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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Janvier-Février 2019, Vol. 57, No. 5
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Québec science, 2019, Collections de BAnQ.

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[" LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2018ANNÉE QUEBEC SCIENCE JANVIER \u2013 FÉVRIER 2019 26e ÉDITION LA FIN des allergies alimentaires ?Peut-on soigner le mal par le mal ?+ COMMENT LA NATURE FABRIQUE LES MOTIFS .DES HACKERS RETROUVENT DES PERSONNES DISPARUES .ENTREVUE DONNA STRICKLAND, NOBEL DE PHYSIQUE J A N V I E R - F É V R I E R 2 0 1 9 6,95$ M E S S A G E R I E S D Y N A M I Q U E S 1 0 6 8 2 PP 40065387 J\u2019imagine ma recherche au Canada Pour lancer sa carrière du bon pied, les équipements et les installations de pointe constituent un atout majeur.À la Fondation canadienne pour l\u2019innovation, nous sommes heureux d\u2019accompagner les chercheurs à chaque étape de leur carrière en leur donnant accès aux outils dont ils ont besoin pour repousser les frontières du savoir et transformer le monde.Bravo aux lauréats 2018 qui, eux aussi, ont choisi la recherche chez nous.NOUS DONNONS À LA NOUVELLE GÉNÉRATION LES OUTILS NÉCESSAIRES POUR VOIR GRAND ET INNOVER #JeSuisInnovation En savoir plus : innovation.ca/annieqs Institut national de la recherche scienti?que (INRS) Institut national de la recherche scienti?que (INRS) I n s t i t u t n a t i o n a l d e l a r e c h e r c h e s c i e n t i ?q u e ( I N R S ) 2019_E?DITO_MOT_CROISE?S.indd 2 18-12-11 09:06 Annie Castonguay Chimie bioinorganique Institut national de la recherche scienti?que (INRS) Institut national de la recherche scienti?que (INRS) I n s t i t u t n a t i o n a l d e l a r e c h e r c h e s c i e n t i ?q u e ( I N R S ) 2019_E?DITO_MOT_CROISE?S.indd 3 18-12-11 09:06 2019_E?DITO_MOT_CROISE?S.indd 4 18-12-11 10:37 6 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 7 Mots croisés | 11 Polémique Par Jean-François Cliche 13 Technopop Par Chloé Freslon | 66 Culture Par Émilie Folie-Boivin | 70 Rétroviseur Par Saturnome SUR LE VIF 8 LE CABINET DES CURIOSITÉS Visite du seul sanctuaire pour chimpanzés au pays 10 DU PHOSPHORE À LA TONNE Quelle quantité de phosphore un sol peut-il emmagasiner avant d\u2019en évacuer le trop plein dans les cours d\u2019eau ?12 DES PIRATES BIEN INTENTIONNÉS Des hackers glanent de l\u2019information éparpillée sur le Web pour retrouver des personnes disparues.13 BROUILLARD EN BOUTEILLE Les scienti?ques veulent comprendre comment ces nuages au sol se forment et disparaissent.14 LA MODESTE RÉVOLUTIONNAIRE L\u2019automne dernier, la Canadienne Donna Strickland a remporté le Nobel de physique pour ses travaux sur les lasers.65 CAROLE LÉVESQUE, L\u2019ALLIÉE DES AUTOCHTONES Depuis 45 ans, l\u2019anthropologue Carole Lévesque a tissé des liens précieux avec les peuples autochtones.18 EN COUVERTURE À quand la ?n des allergies alimentaires ?Pendant longtemps, les médecins n\u2019ont rien eu à proposer aux personnes ayant des allergies alimentaires.Or, une nouvelle avenue commence à faire ses preuves : la « désensibilisation ».Mais on est loin du remède miracle.PALMARÈS ANNUEL 27 Les 10 découvertes de l\u2019année au Québec Pour une 26e année, notre jury a sélectionné les découvertes québécoises les plus renversantes de 2018.Un palmarès qui rend hommage à l\u2019ingéniosité, l\u2019intelligence et la curiosité insatiable des chercheurs d\u2019ici.REPORTAGES 52 Le monde est beau Des chercheurs de différentes disciplines s\u2019allient pour comprendre les motifs et les formes qui nous entourent.58 Des fourmis agricultrices et pharmaciennes Des fourmis costaricaines ont des défenses antifongiques qui pourraient être utilisées un jour dans les hôpitaux.SOMMAIRE MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE JANVIER-FÉVRIER 2019 20 08 27 52 14 Votez pour votre découverte préférée.Détails en p.68 P H O T O D E L A P A G E C O U V E R T U R E : A N D R É N O Ë L 2019_E?DITO_MOT_CROISE?S.indd 5 18-12-11 10:37 QUÉBEC SCIENCE 6 JANVIER - FÉVRIER 2019 L a tactique est bien connue : pour promouvoir un produit ou une cause, enrôlez une vedette.Cette stratégie de marketing éprouvée s\u2019appliquerait même à la théorie de l\u2019évolution, selon une recherche de l\u2019Université de Nipissing, en Ontario.Au cours d\u2019une série d\u2019expérimentations, les auteurs ont montré que les participants adhéraient davantage à la sélection naturelle des espèces après avoir lu un texte ?ctif dans lequel l\u2019acteur George Clooney disait y souscrire ?et ce, peu importe leur âge ou leur croyance religieuse.À l\u2019inverse, leur opinion était peu in?uencée par des propos similaires attribués à un biologiste réputé.Autrement dit, l\u2019expertise ne fait pas le poids devant le vedettariat.Les chercheurs concluent ainsi que les célébrités pourraient jouer un rôle non négligeable dans le renforcement de la culture scienti?que, surtout à une époque polarisée où la science est instrumentalisée à des ?ns partisanes.Permettez-moi toutefois de douter de l\u2019effet à long terme du procédé.S\u2019il est vrai que la culture scienti?que a besoin d\u2019un sérieux coup de pouce (un sondage Léger, réalisé en 2016, rapportait que 43 % des Canadiens estiment que la science est une opinion et 33 % se considèrent comme incompétents en science), le recours à un porte-parole hyper populaire ne peut suf?re à renverser la tendance.Au mieux, il s\u2019agit d\u2019un coup d\u2019éclat aux retombées éphémères, car il y a fort à parier que les volontaires de l\u2019étude se rappellent davantage le charismatique George Clooney que la théorie de l\u2019évolution.« Les célébrités doivent faire preuve de prudence en matière de campagne de soutien, car elles risquent de devenir l\u2019histoire au détriment de la campagne », écrivait justement Geof Rayner, un chercheur londonien, dans un commentaire publié en 2012 dans le British Medical Journal au sujet de leur participation à des messages de santé publique.Par ailleurs, quand il est question de science, les vedettes sont capables du meilleur comme du pire.Au bout du spectre, on trouve Gwyneth Paltrow.L\u2019actrice reconvertie en gourou du bien-être s\u2019enfonce dans la pseudoscience depuis plusieurs années, entraînant possiblement avec elle des milliers d\u2019admirateurs.Malgré leurs bonnes intentions, d\u2019autres célébrités ont provoqué des remous inattendus.En 2013, Angelina Jolie a révélé qu\u2019elle avait subi une double mastectomie après avoir découvert qu\u2019elle était porteuse de la mutation du gène BRCA.Si des chercheurs ont observé que cette sortie avait poussé des femmes à s\u2019informer davantage sur les tests génétiques, d\u2019autres ont signalé que la compréhension de ces examens ne s\u2019était pas franchement améliorée.Pis, plusieurs femmes se seraient soumises à ces tests inutilement.Chez nous, les nombreux artistes qui ont signé le « Pacte pour la transition » énergétique ont suscité autant d\u2019applaudissements que de grincements de dents.Des critiques ont pointé le manque de cohérence, voire d\u2019authenticité, de certaines vedettes qui se sont engagées à réduire leur empreinte écologique tout en étant les têtes d\u2019af?che de publicités de voitures.Au lieu de miser sur une célébrité pour faire la promotion de la culture scienti?que, peut-être vaudrait-il mieux s\u2019attaquer à ceux qui détournent la science pour semer la mé?ance et la discorde, comme l\u2019ont fait des trolls russes en disséminant des messages antivaccins sur Twitter ?Un article publié en octobre dernier dans Proceedings of the National Academy of Sciences af?rme que le principal obstacle à une meilleure diffusion de la science est « la disponibilité immédiate d\u2019informations trompeuses et biaisées dans les médias, souvent insérées délibérément par des acteurs sans scrupules aux intentions non avouées ».Bien qu\u2019on perçoive entre les lignes leur découragement devant l\u2019immensité de la tâche, les auteurs suggèrent de mettre en place un vaste réseau qui surveillerait les médias sociaux pour anticiper et contrecarrer ces opérations de désinformation.Bref, pour le moment, le meilleur rôle que George Clooney puisse jouer reste au cinéma.lQS George Clooney à la défense de Darwin Les célébrités devraient-elles mettre leur pouvoir d\u2019in?uence au service de la culture scienti?que ?Éditorial MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan 2019_E?DITO_MOT_CROISE?S.indd 6 18-12-11 10:37 LE SAVOIR AUTOCHTONE POUR PROTÉGER L\u2019ENVIRONNEMENT ?« Lors de mon séjour au Nu- navik, dans les années 1990, les chercheurs de Pêches et Océans Canada ont dû se résigner à consulter les Inuits pour la gestion des populations.L\u2019expérience sur le terrain possède une valeur inestimable.» ?Yves E.Gauthier LE CINÉMA PEUT-IL SE PASSER DES ACTEURS?« Verra-t-on bientôt un avertissement du genre : \" Ce ?lm a été tourné avec de vrais acteurs \" comme on peut déjà lire \" Ce produit alimentaire contient de vrais ingrédients \" ?C\u2019est probable.Et la prochaine étape sera des pièces de théâtre où l\u2019on pourra voir les hologrammes de comédiens célèbres vivants ou décédés.Comme toujours, ce seront les critères de rentabilité qui détermineront l\u2019avenir de ces nouvelles technologies.Ainsi va le progrès.paraît-il.» - Bernard Cournoyer INSIGHT ARRIVE SUR MARS À la suite de l\u2019atterrissage de la sonde InSight sur la planète Mars, le 26 novembre dernier, voici ce qu\u2019observait l\u2019un de nos lecteurs sur Facebook : « Nous sommes nés explorateurs.Des millions de gens suivront cette mission et toutes les autres qui suivront.Parce que justement, ça apporte du sens à la vie.L\u2019émerveillement, l\u2019innovation, la découverte, tout ça en travaillant ensemble pour atteindre un même but.Si vous utilisez un téléphone cellulaire, Internet, un GPS ou la télévision, vous béné?ciez de l\u2019innovation catalysée par l\u2019exploration spatiale.Le Canada est le pays développé qui dépense le moins en matière d\u2019exploration spatiale.Il est triste que cette grande aventure humaine ne soit pas plus valorisée.» ?Richard Léveillé ERRATUM Dans le reportage « Une bière qui prend l\u2019air » (numéro de décembre 2018), les informations dans la légende de la photo 3, à la page 25, étaient inexactes.Il s\u2019agit plutôt d\u2019un système de service de bière en fût destiné aux boutiques du microbrasseur Pit Caribou.Dans le supplément La recherche dans le réseau de l\u2019Université du Québec, dans l\u2019article « Commotions cérébrales : la science progresse », il aurait fallu lire que le bandeau porté par les joueuses de soccer pour détecter les types d\u2019accélération de la tête a été conçu par la compagnie Triax et non par l\u2019École de technologie supérieure.lQS Mots croisés QUÉBEC SCIENCE 7 JANVIER - FÉVRIER 2019 UN PRIX POUR QUÉBEC SCIENCE Le journaliste Marc-André Sabourin a remporté un Grand Prix du journalisme indépendant, dans la catégorie Sciences et techniques, pour son article « Klondike spatial » (numéro de mars 2017), qui portait sur l\u2019exploitation des ressources naturelles dans l\u2019espace.Saluons également le travail de nos collaborateurs Annie Labrecque, Jean-Benoît Nadeau et Guillaume Roy, également mis en nomination pour des reportages publiés dans les pages de Québec Science.Bravo à tous ! JANVIER-FÉVRIER 2019 VOLUME 57, NUMÉRO 5 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Sarah R.Champagne, Jean-François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Joël Leblanc, Martine Letarte, Renaud Manuguerra-Gagné, Philippe Marois, Laurie Noreau, Etienne Plamondon Emond, Alexis Riopel, Saturnome Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs Louise Bilodeau, Jean-François Hamelin, Michèle Huneault, Vigg, Valérian Mazataud, André Noël Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Sophie Desbiens Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Chantal Verdon 418 559-2162 514 521-8356, poste 402 cverdon@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: 3 janvier 2019 (551e numéro) Abonnement Canada, 1 an: 36 $ + taxes États-Unis, 1 an:72$/Outre-mer, 1 an:112$ 514 521-8356, poste 504 ou 1 800 567-8356, poste 504 Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2019 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie, de la Science et de l'Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca 2019_E?DITO_MOT_CROISE?S.indd 7 18-12-11 10:37 QUÉBEC SCIENCE 8 JANVIER - FÉVRIER 2019 QUÉBEC SCIENCE 8 JANVIER - FÉVRIER 2019 Le cabinet des curiosités Les oreilles en chou-?eur de Rachel témoignent des nombreux coups qu\u2019elle s\u2019est donnés à la tête à la suite de ses traumatismes vécus en laboratoire.Aujourd\u2019hui, grâce à la médication et aux bons soins de la Fondation, ses épisodes d\u2019hallucinations et d\u2019automutilation sont plutôt rares.Plusieurs plateformes en bois permettent aux primates de se prélasser sous les feuilles des peupliers et des saules.La photographe de la Fondation, Nancie J.Wight, montre ses clichés à Binky.En raison de sa puissance musculaire, un chimpanzé adulte agressif peut représenter une menace mortelle pour un humain.Leur habitat est donc entièrement grillagé.Tatu, 43 ans, s\u2019amuse avec quelques « enrichissements » : un cellulaire, un jouet en peluche et une doudou. RETRAITE POUR PRIMATES E n entrant dans le bâtiment principal de la Fondation Fauna, on perçoit de suite une odeur légère qui chatouille le nez, dif?cile à dé?nir.Ce n\u2019est pas de l\u2019urine ni de la paille mouillée\u2026 « Ça, c\u2019est l\u2019odeur du chimpanzé », clari?e Mary Lee Jensvold, directrice associée de l\u2019organisme.Pas de doute, on est sur le territoire de l\u2019animal.En tout et pour tout, il n\u2019y a que 12 chimpanzés au Canada et ils sont réunis sur cette ancienne terre agricole à 20 minutes de Montréal, sur la Rive-Sud.Créé au milieu des années 1990 par une ex-toiletteuse pour chiens et son conjoint vétérinaire, cet organisme abrite des dizaines d\u2019animaux abandonnés ou autrefois maltraités (chevaux, chèvres, oies, chiens, lapins, macaques\u2026).Mais les chimpanzés demeurent les vedettes des lieux.L\u2019ambiance est calme lors de notre visite dans ce centre ?nancé par des dons privés.De l\u2019autre côté d\u2019une grande vitre, Rachel se tire un pneu et s\u2019assoit.Cette femelle de 36 ans a toujours été fascinée par les gens écrivant dans un cahier, nous dit notre guide.Pas étonnant donc qu\u2019elle scrute avec autant de curiosité le journaliste planté devant elle, en s\u2019étirant le cou pour voir ce qu\u2019il gribouille.De courts « Ouh ! ouh ! ouh ! » graves et bestiaux résonnent dans le bâtiment.Ce n\u2019est pas un « résident » qui les émet, mais plutôt l\u2019une des préposées aux soins animaliers, agenouillée pour offrir la collation de l\u2019après-midi.« Tous nos employés doivent apprendre le comportement des chimpanzés et leur répondre par des gestes et des expressions de chimpanzés.Le meilleur outil pour assurer leur bien-être, c\u2019est l\u2019environnement social, incluant leur relation avec les humains qui en ont la charge », précise Mme Jensvold.Ces chimpanzés n\u2019ont pas toujours eu droit à autant d\u2019attentions.Ils proviennent d\u2019instituts de recherche biomédicale américains et de zoos canadiens, et conservent souvent d\u2019importantes séquelles physiques et psychologiques de leur séjour dans ces établissements.Par exemple, Sue Ellen (la doyenne, âgée de 51 ans) s\u2019est fait arracher toutes les dents lorsqu\u2019elle était animal de cirque a?n de ne pas mordre ses dompteurs.Puis elle a été vendue à un laboratoire où on lui a inoculé le VIH.Regis, lui, a été anesthésié près de 200 fois durant son enfance, souvent par fusil hypodermique, pour subir nombre de biopsies et d\u2019opérations.Le gouvernement américain ne ?nance plus aucune recherche menée sur des chimpanzés depuis 2015, alors qu\u2019on en retrouvait 700 dans les laboratoires.Mais trois ans plus tard, des centaines d\u2019entre eux y croupissent toujours, faute de place dans les quelques sanctuaires existants.Du côté du Canada, cette espèce n\u2019a jamais vraiment été utilisée à des ?ns scienti?ques, bien que d\u2019autres primates, principalement des macaques, le soient.Avec le temps, les chimpanzés de la Fondation Fauna ont réappris à faire con?ance aux humains.Ils ont aujourd\u2019hui droit à 1 115 m2 d\u2019aires intérieures : un labyrinthe de corridors grillagés leur permettant de passer des diverses salles de jeux aux pièces isolées, s\u2019ils ont besoin de calme.À cela s\u2019ajoutent deux acres de terrains boisés clôturés et une offre quotidienne d\u2019« enrichissements », un terme fourre-tout désignant tout objet ou toute activité servant à divertir et occuper les chimpanzés : bouteilles en plastique, balles de tennis, lunettes de soleil, matériel de peinture, télévision, etc.Regarder le petit écran est d\u2019ailleurs l\u2019une des activités préférées de Loulis, cobaye connu pour avoir appris à communiquer en langage des signes.Il adore les émissions de cuisine.L\u2019important, avec cette offre stimulante, est que ces primates puissent faire des choix.Tout le contraire de leur vie d\u2019avant.« Dans le futur, nous adapterons les installations aux problèmes de mobilité qu\u2019ils auront », assure Mary Lee Jensvold, signalant que ses pensionnaires ont de 20 à 50 ans, alors que la longévité moyenne du chimpanzé est d\u2019environ 35 ans.Bref, c\u2019est une cohorte gériatrique \u2013 et la dernière que la Fondation accueillera.En effet, les chimpanzés utilisés en recherche ne peuvent plus traverser la frontière canado-américaine depuis qu\u2019on leur a accordé le statut d\u2019espère menacée en 2015 (au même titre que leurs cousins sauvages).Malgré la lente attrition à venir, l\u2019équipe de la Fondation Fauna concentre donc ses efforts sur la poignée de chanceux qui ont déjà pu y trouver refuge.lQS Visite du seul sanctuaire pour chimpanzés au pays Par Philippe Marois Les chimpanzés préfèrent circuler sur les passerelles grillagées (elles courent sur plus de 200 m) plutôt que sur le sol.Puisqu\u2019ils ont vécu toute leur vie en captivité, ils ne sont pas habitués à marcher dans l\u2019herbe.QUÉBEC SCIENCE 9 JANVIER - FÉVRIER 2019 P h o t o s : N J W i g h t e t T a n y a B a r r QUÉBEC SCIENCE 10 JANVIER - FÉVRIER 2019 L e phosphore fait la vie dure à nos écosystèmes aquatiques, où sa surabondance entraîne une prolifération de cyano- bactéries et étouffe ces milieux biologiques.Sa principale source se trouve pourtant hors de l\u2019eau : ce sont les activités agricoles en raison des déjections animales et des engrais.Si bien que, pour recouvrer la santé, des bassins versants particulièrement fragiles, à proximité de zones d\u2019agriculture intensive dans le sud du Québec, auraient besoin d\u2019une période sans nouvel apport de phosphore de 1 000 à 1 500 ans.Ce sont du moins les projections avancées par un article paru dans Nature Geoscience l\u2019automne dernier.À l\u2019aide d\u2019une approche statistique, des chercheurs en limnologie de l\u2019Université de Montréal et de l\u2019Université McGill ont calculé le seuil à partir duquel la concentration de phosphore dans le sol, à l\u2019échelle du bassin versant, accélérerait son déplacement vers les eaux de surface.Pour y arriver, ils ont comparé les teneurs en phosphore dans les cours d\u2019eau et sur les terres dans 23 bassins hydrographiques de la province entre 1985 et 2011.Ils ont ensuite complété le tableau historique des surplus annuels de phosphore de 1901 à aujourd\u2019hui en estimant les ?ux à l\u2019aide d\u2019archives.Résultat : la terre, telle une éponge, absorberait à l\u2019échelle du bassin hydrographique jusqu\u2019à 2,1 tonnes de phosphore par kilomètre carré sans causer trop de dommages aux plans d\u2019eau, selon le scénario jugé le plus probable par l\u2019équipe.« Une fois le seuil dépassé, le sol ne devient pas un bloc de béton imperméable : il continue à accumuler le phosphore, mais le transfert vers les eaux de surface est facilité », explique le doctorant Jean-Olivier Goyette.Les risques deviennent alors sérieux.Au total, 19 des 23 bassins versants étudiés ont franchi le seuil des 2,1 tonnes par kilomètre carré.Le pire cas est le bassin de la Yamaska.« On estime qu\u2019entre 50 à 100 tonnes de phosphore par kilomètre carré y ont été accumulées dans le dernier siècle », signale Jean-Olivier Goyette.Le cap aurait été passé à cet endroit\u2026 dès la décennie 1920, soit avant l\u2019avènement de l\u2019agriculture intensive.L\u2019humain et ses activités restent néanmoins à blâmer.Les surplus de phosphore ont atteint un sommet dans les années 1980.S\u2019ils ont diminué depuis, en raison de règle- mentations provinciales en agriculture, aucun des bassins versants où le seuil avait été dépassé n\u2019est redescendu sous la valeur critique.Selon les calculs des chercheurs, il faudrait des centaines, voire des milliers d\u2019années, pour revenir sous le seuil des 2,1 tonnes dans les bassins fragilisés.Pour celui de la Yamaska, l\u2019étude envisage de 1 000 à 6 000 ans, selon les différents scénarios climatiques ! « Mais il y a beaucoup d\u2019incertitudes » au sujet du modèle menant à ces prévisions, reconnaît Roxane Maranger, professeure à l\u2019Université de Montréal, qui a supervisé l\u2019étude.NE PAS JETER L\u2019ÉPONGE « Ce qui m\u2019inquiète avec cet article, c\u2019est qu\u2019on jette l\u2019éponge », commente d\u2019emblée Aubert Michaud, chercheur à l\u2019Institut de recherche et de développement en agroen- vironnement, se référant aux prévisions des chercheurs.Même son de cloche du côté de Léon-Étienne Parent, professeur émérite Du phosphore à la tonne Quelle quantité de phosphore un sol peut-il emmagasiner avant d\u2019en évacuer le trop-plein dans les cours d\u2019eau ?Par Etienne Plamondon Emond SUR LE VIF V I G G QUÉBEC SCIENCE 11 JANVIER - FÉVRIER 2019 w I maginez qu\u2019on vous présente une série de photos montrant le visage de gens joyeux ou fâchés et que vous deviez distinguer les deux états.Dif?cile de concevoir tâche plus aisée pour les animaux sociaux que nous sommes.Maintenant, imaginez que vous deviez classer des photos sur lesquelles ?gurent le visage de personnes qui souffrent et celui de gens au paroxysme d\u2019ébats sexuels.Puisque la douleur et l\u2019orgasme sont possiblement les deux émotions les plus contrastées, cette tâche sera certainement aussi facile que la première, non ?Eh bien pas tant que ça.La confusion entre les deux expressions n\u2019est pas totale, mais elle demeure étonnamment forte.Par exemple, dans une étude parue en 2008 dans le Journal of Social, Evolutionary, and Cultural Psychology, une centaine de participants à qui l\u2019on a fait voir 40 photos de visages exprimant la douleur et autant exprimant le plaisir sexuel se sont trompés dans 20 % à 25 % des cas.Comparativement à d\u2019autres émotions, c\u2019est assez élevé : dans une étude publiée en 2011 dans le Journal of Vision, les photos de visages joyeux ont pratiquement toutes été désignées correctement.Certes, cette même étude a aussi révélé que la tristesse, la colère, la peur et le dégoût sont des émotions plus dif?ciles à différencier les unes des autres.Cependant, l\u2019idée que les émotions négatives produisent des mines apparentées ne heurte pas le sens commun.Quant à la douleur et à la jouissance sexuelle, elles n\u2019ont rien à voir l\u2019une avec l\u2019autre, de façon générale (tant qu\u2019il y a consentement, je n\u2019ai pas de problème avec ça !).La question fait donc débat en psychologie depuis des années : à quoi servent nos expressions d\u2019orgasme ou de douleur ?Si leur but est la communication, pourquoi ces deux états ne débouchent-ils pas sur des expressions plus faciles à reconnaître ?Il y a deux possibilités.Soit les expressions provoquées par l\u2019atteinte du nirvana ne sont pas faites pour communiquer grand-chose, soit elles ne seraient qu\u2019un « effet secondaire » physiologique de l\u2019orgasme.Mais on peut aussi en conclure que nos expressions d\u2019orgasme ont bel et bien une valeur communicative.D\u2019une part, nous parvenons à les distinguer de la douleur dans une majorité de cas.Et d\u2019autre part, il y a peut-être quelque chose d\u2019un peu arti?ciel dans la méthodologie des études sur le sujet.Dans la vie, il y a très peu de risques que les manifestations de souffrance soient confondues avec celles du plaisir sexuel.En effet, quand nous interprétons l\u2019état émotionnel de quelqu\u2019un, nous ne le faisons pas uniquement sur la base d\u2019une expression faciale ?gée.Il y a toujours un contexte : deux personnes nues dans un lit ou un menuisier du dimanche avec un marteau sur le doigt par exemple.De même, une expression ne sera pas interprétée de la même manière si elle s\u2019accompagne d\u2019un « Oh oui, encore ! » ou d\u2019un « Ayoye donc ! » D\u2019ailleurs, une étude récente parue dans l\u2019Emotion Review a noté que les réactions spontanées à des stimulus intenses sont dif?ciles à déchiffrer à la seule lumière d\u2019une photo de visage.En analysant l\u2019expression faciale de 18 soldats photographiés au moment de leur retour au pays (donc une situation intensément positive), les participants à l\u2019étude ont cru qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une situation négative dans 78 % des cas.Au bout du compte, est-ce que la confusion entre diverses expressions faciales nous renseigne sur leur illisibilité ou simplement sur l\u2019importance du contexte ?lQS Montre-moi comment tu jouis, je te dirai comment tu soufres Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf I L L U S T R A T I O N : S H U T T E R S T O C K de la Faculté des sciences de l\u2019agriculture et de l\u2019alimentation de l\u2019Université Laval.« Ça va décourager pas mal de monde, alors qu\u2019on sait qu\u2019on peut désaturer des sols plus rapidement », dit-il en évoquant le recours à des plantes fourragères pour extraire du phosphore de la terre.Sans contester la valeur avancée de 2,1 tonnes par kilomètre carré, ces deux chercheurs demeurent sceptiques.Un seuil environnemental de saturation des sols en phosphore est déjà utilisé dans les fermes.Inspiré entre autres par les analyses menées en laboratoire par Léon-Étienne Parent, il a été intégré au Règlement sur les exploitations agricoles en 2010.Ce seuil se base sur une méthodologie complètement différente, qui évalue la capacité du sol, sur une parcelle agricole donnée, à retenir le phosphore selon les minéraux qu\u2019il contient.C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019un des reproches de M.Parent à l\u2019étude : ne pas tenir compte des différents types de sols.Celui de la vallée du Saint-Laurent, donne-t-il en exemple, a une capacité de rétention plus faible que celui des Laurentides et des Appalaches, puisqu\u2019il contient moins d\u2019aluminium et de fer, auxquels se ?xe chimiquement le phosphore.« On parle de deux mondes différents », considère-t-il.« Au moins ça réveille le débat », se réjouit Léon-Étienne Parent, qui estime que cet enjeu a été maintenu « sous anesthésie » dans la dernière décennie.lQS DES MILLIERS DE TONNES Les entreprises agricoles de la province ont produit environ 96 000 tonnes de phosphore en 2016, selon le ministère de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec.Près de 61 000 tonnes provenaient des déjections animales, tandis que 32 000 tonnes étaient issues d\u2019engrais minéraux. QUÉBEC SCIENCE 12 JANVIER - FÉVRIER 2019 L a lutte est serrée entre les 65 équipes qui s\u2019affrontent en ligne.Les Blue Team Ninjas caracolent en tête du classement avec 9 705 points, talonnés de près par les Cyborg Bandits, qui en ont obtenu 7 610.Le pointage peut grimper vite, à coup de 100 points pour une adresse courriel, voire 400 pour une série de photos.Chaque information a une valeur dé?nie en fonction de sa capacité à faire avancer l\u2019enquête en cours : retrouver une véritable personne disparue.Bienvenue à la toute première partie organisée par l\u2019association à but non lucratif Trace Labs, nouvellement fondée.La compétition présentée à l\u2019occasion de la conférence de hackers DEFCON Toronto, tenue en juillet 2018, est structurée comme un jeu.À l\u2019aide de logiciels de « minage » de données comme Carrot2 et Maltego, qui permettent d\u2019effectuer des recherches très poussées, les participants dénichent de l\u2019information publique en ligne dans le but de mettre la main sur la cible.« Seule une fraction des gens qui disparaissent font l\u2019objet de recherches sérieuses entreprises par la police », explique Robert Sell, fondateur de Trace Labs, qui est aussi membre d\u2019un groupe de recherche et de sauvetage traditionnel (qui fouille forêts et cours d\u2019eau) en Colombie-Britannique.Les statistiques tendent à lui donner raison.En 2017, 78 035 personnes, surtout des enfants (61 % des cas), ont été portées disparues au pays, selon la Gendarmerie royale du Canada.Du nombre, environ 500 le sont toujours.« Les forces de l\u2019ordre ne disposent pas du temps et des ressources nécessaires pour mener des enquêtes à partir d\u2019informations en libre accès.Pourtant, ces dernières ont le potentiel de conduire à l\u2019endroit où se trouvent ces gens », assure celui qui travaille en sécurité informatique depuis 20 ans.Justement, à la rencontre torontoise, deux individus ont été retrouvés \u2013 l\u2019un a été repéré dans un réseau de prostitution, alors que le second avait refait sa vie dans une autre ville.COLLABORATION AVEC LA POLICE Dans l\u2019imaginaire populaire, le pirate informatique est nécessairement un être malicieux.Pourtant, les contextes de piratage se sont multipliés au cours des dernières années, fait valoir Éric Parent, président et fondateur de Logicnet/EVA-Technologies, une ?rme spécialisée en sécurité informatique.« Les activités qui mettent le piratage à l\u2019honneur proposent désormais des compétitions dont les cibles sont des entreprises qui souhaitent améliorer leurs mécanismes de défense informatique », souligne-t-il.Trace Labs s\u2019inscrit dans cette tendance ; c\u2019est une manière pour le moins originale de joindre l\u2019utile à l\u2019agréable, puisque des prix sont remis aux équipes gagnantes.Depuis juillet dernier, Trace Labs a organisé d\u2019autres parties semblables à celle de Toronto, notamment dans le cadre du DEFCON Vegas et du Hackfest 2018, présenté en novembre à Québec.La chance n\u2019a toutefois pas souri aux participants : aucun disparu n\u2019a été retrouvé à l\u2019occasion de ces deux compétitions.Néanmoins, l\u2019ensemble des informations récoltées a été remis aux forces de l\u2019ordre.« Contrairement à des groupes qui opèrent sur des bases semblables aux nôtres, mais qui se posent en justiciers, nous travaillons en partenariat avec la police.C\u2019est elle qui nous désigne des cas, elle est ensuite libre de faire ce qu\u2019elle veut avec le fruit de notre recherche », af?rme Robert Sell.La preuve : les 400 membres de Trace Labs n\u2019ont aucune idée de ce qui est advenu des deux personnes retrouvées au cours de la DEFCON Toronto.« Ça va au-delà de nos préoccupations.» lQS SUR LE VIF P H O T O M O N T A G E S : Q S ; S H U T T E R S T O C K Des pirates bien intentionnés Des hackers glanent de l\u2019information éparpillée aux quatre coins du Web pour retrouver des personnes disparues.Par Maxime Bilodeau QUÉBEC SCIENCE 13 JANVIER - FÉVRIER 2019 Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe S\u2019 il y a un évènement météorologique dif?cile à prévoir, c\u2019est bien le brouillard.Estimer la durée des épisodes est tout aussi complexe, car les scientifiques ne comprennent pas bien comment ces nuages au sol se forment et disparaissent.Pour éclaircir ce mystère ?sortir du brouillard, quoi ! ?, des chercheurs américains et canadiens ont travaillé ensemble au large des côtes de Terre- Neuve et de la Nouvelle-Écosse l\u2019automne dernier.La compréhension du phénomène est une question de sécurité : la navigation dans le brouillard est dangereuse, surtout pour les aéronefs et les bateaux.« Des problèmes d\u2019instrumentation peuvent survenir et provoquer des accidents », souligne Harindra Joseph Fernando, chercheur à l\u2019Université de Notre-Dame, en Indiana, et directeur de ce projet nommé C-FOG.Le brouillard est composé de ?nes gouttelettes d\u2019eau ou de glace en suspension, c\u2019est bien connu.« Nous tentons d\u2019améliorer nos connaissances en recueillant des données sur la taille, la vitesse, la turbulence et la thermodynamique de ces particules », explique le chercheur américain.Il travaille en collaboration avec des scienti?ques notamment d\u2019Environnement Canada et de l\u2019Université Dalhousie, ainsi que les forces armées américaines et la National Science Foundation, qui ?nancent en grande partie cette recherche.Fait inusité, l\u2019équipe a également embouteillé des échantillons de brouillard à l\u2019aide d\u2019un dispositif qui l\u2019aspire et le condense.« Parfois, le brouillard se forme autour d\u2019une particule de polluant, décrit M.Fernando.Ces bouteilles contiennent donc des particules polluantes susceptibles d\u2019in?uencer la formation du phénomène.» Au fait, pourquoi avoir choisi Terre- Neuve comme lieu d\u2019observation principal ?Parce qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019endroit le plus brumeux du monde ! « La zone est d\u2019intérêt, car les courants du Labrador et le Gulf Stream s\u2019y rencontrent, provoquant ainsi un gradient de température.Cela nous permet de véri?er l\u2019incidence du changement de température sur la formation du brouillard », mentionne-t-il.Ironiquement, l\u2019équipe de recherche n\u2019a connu que 7 jours de brouillard durant son séjour scientifique de 46 jours.« Nous avons collecté des données pertinentes malgré tout », assure le chercheur.L\u2019équipe espère, au terme de l\u2019analyse des données, parvenir à de meilleures prévisions météorologiques.« Nous tentons d\u2019élaborer un modèle robuste qui améliorera d\u2019au moins 20 % à 30 % nos prévisions relatives au brouillard », signale Harindra Joseph Fernando.La recherche sur le brouillard avait été délaissée dans les années 1940 faute d\u2019outils suffisamment perfectionnés, selon M.Fernando.Armé de technologies de pointe, C-FOG réussira assurément à dissiper quelques mystères ! lQS Par Annie Labrecque Brouillard en bouteille « U n ordinateur sur chaque bureau et dans chaque foyer », telle était la devise choisie par Bill Gates en 1975, à la fondation de Microsoft.Pendant longtemps, on a associé spontanément les ordinateurs personnels à la multinationale.Mais avec les années, sa réputation s\u2019est ternie : en 2014, l\u2019entreprise était plutôt réputée pour sa culture toxique et ses querelles internes.Microsoft était un géant en déclin.Cette année-là, Satya Nadella a remplacé Bill Gates.Le nouveau président-directeur général s\u2019est donné pour mission de redresser la culture organisationnelle, mais aussi de relancer les développements technologiques.Car Microsoft a raté trois changements majeurs survenus au cours des dernières années : l\u2019avènement des téléphones intelligents avec l\u2019iPhone, la suprématie du moteur de recherche de Google et les médias sociaux, Facebook en tête.Résultat des courses : une génération entière a grandi sans avoir jamais utilisé un produit Microsoft ! Dans les années 1990, tous les produits de l\u2019entreprise fonctionnaient en circuit fermé dans l\u2019univers Microsoft, qui protégeait ses outils coûte que coûte.Aujourd'hui, on peut exécuter des applications Windows sur un iPad ou sur un Android.Le changement de mentalité a été tel que, l\u2019an passé, Microsoft a acheté GitHub, une plateforme de développement où le code source est ouvert à tous.La compagnie organise également un marathon de programmation de trois jours avec ses 23 500 employés.En voilà des pratiques inno- vantes ! Et l\u2019innovation, c\u2019est le nerf de la guerre dans les technologies.Comment Satya Nadella a-t-il réussi ce virage ?À l\u2019aide d\u2019une approche douce.L\u2019un de ses premiers gestes en tant que pdg a été de demander aux dirigeants de la société de lire La communication non violente au quotidien, de Marshall B.Rosenberg, un petit traité sur la collaboration respectueuse avec les autres.Satya Nadella est convaincu que les êtres humains sont empreints d\u2019empathie, ce qui est essentiel pour créer des produits audacieux qui auront une in?uence sur les utilisateurs.La stratégie fonctionne : les revenus annuels de Microsoft ont dépassé les 100 milliards de dollars en juin 2018 ?les plus élevés en 43 ans ! ?et la capitalisation boursière de l\u2019entreprise a détrôné celle d\u2019Apple.Satya Nadella n\u2019est peut-être, en fait, qu\u2019un leader de son époque : quelqu\u2019un qui dirige non pas en imposant sa volonté, mais en faisant preuve d\u2019écoute auprès tant de ses employés que des consommateurs.Le Microsoft des années 1990 n\u2019est plus.Vive Microsoft ! lQS Le réveil du géant Microsoft QUÉBEC SCIENCE 14 JANVIER - FÉVRIER 2019 Donna Strickland au Conseil national de recherches du Canada à Boucherville, où elle a parlé, en novembre dernier, des promesses de la photonique en environnement.Q QUÉBEC SCIENCE 15 JANVIER - FÉVRIER 2019 ENTREVUE AVEC DONNA STRICKLAND L\u2019automne dernier, la Canadienne Donna Strickland a remporté le prix Nobel de physique pour ses travaux sur les lasers.Par Alexis Riopelpel La modeste révolutionnaire P H O T O : V A L É R I A N M A Z A T A U D uand Gérard Mourou, son superviseur au doctorat, a demandé à Donna Strickland de fabriquer un laser radicalement différent de ce qui existait alors, elle lui a répondu que « c\u2019était facile » et que « ça ne constituait même pas un sujet de thèse ».« Je peux lui dire aujourd\u2019hui qu\u2019elle avait raison, écrivait M.Mourou en octobre dernier.Ce n\u2019était pas un sujet de thèse, c\u2019était un sujet de prix Nobel ! » Le duo a gagné la plus prestigieuse récompense en physique, cuvée 2018, pour avoir « ouvert la voie aux impulsions laser les plus courtes et les plus intenses jamais créées par l\u2019humanité ».Depuis la publication en 1985 d\u2019un article détaillant l\u2019« ampli?cation par dérive de fréquence », des millions de chirurgies de correction de la vision ont été rendues possibles grâce à cette technique.Scienti?que discrète et pragmatique, Donna Strickland s\u2019est retrouvée, du jour au lendemain, sous les feux de la rampe.Alors qu\u2019elle jonglait avec les demandes médiatiques à la suite de l\u2019annonce des lauréats, elle a pris le temps de répondre à nos questions.Québec Science : Comment avez-vous appris que vous remportiez le prix Nobel ?Donna Strickland : Le Comité Nobel appelle toujours les lauréats au même moment de la journée, vers cinq heures du matin dans notre fuseau horaire.Je dormais et, quand j\u2019ai entendu le téléphone sonner, j\u2019ai tout de suite pensé à mes enfants.Rapidement, mon mari a décroché et m\u2019a dit que quelqu\u2019un voulait parler à la professeure Strickland.Ça m\u2019a rassurée.On m\u2019a alors dit que c\u2019était un appel important de la Suède.Je savais que le prix Nobel était décerné ce jour-là, mais je ne pensais certainement pas le gagner.QS Pour quelle raison avez-vous entrepris, il y a plus de 30 ans, de fabriquer un laser aux impulsions plus courtes et plus intenses ?DS Dans les années 1980, personne n\u2019arrivait à augmenter l\u2019intensité des lasers.Pour mon projet de doctorat, j\u2019avais besoin d\u2019un laser plus intense a?n d\u2019atteindre la « neuvième harmonique », c\u2019est-à-dire de faire en sorte qu\u2019un atome absorbe neuf photons simultanément.Maria Goepper - Mayer, la deuxième femme à avoir reçu le prix Nobel de physique [NDLR : Donna Strickland est la troisième], a d\u2019ailleurs été la première à montrer théoriquement qu\u2019un atome pouvait absorber plus d\u2019un photon à la fois.Cependant, elle ne se souciait pas des dif?cultés techniques que cela impliquait\u2026 QS Comment fonctionne l\u2019ampli?cation par dérive de fréquence ?DS L\u2019idée, c\u2019est de produire des impulsions très intenses, mais seulement à la sortie du laser.Si la densité de photons à l\u2019intérieur du dispositif est trop grande, cela pourrait le détruire.Dans notre expérience de 1985, nous avons donc étiré une impulsion [de 150 picosecondes ou millièmes de milliardième de seconde] à environ 300 picosecondes.Ensuite, on l\u2019a ampli?ée grâce à une seconde source d\u2019énergie.Puis, on l\u2019a compressée à l\u2019aide d\u2019une lentille a?n d\u2019obtenir l\u2019impulsion la plus courte possible [2 picosecondes].La densité de photons est alors énorme et le faisceau est prêt à « donner une volée » à un atome.QS Quelles sont les applications de cette technique aujourd\u2019hui ?DS Vous avez peut-être déjà vu ces vidéos sur YouTube où un faisceau laser coupe de l\u2019acier comme si c\u2019était du beurre.L\u2019ampli?cation par dérive de fréquence est complètement différente.En fait, il n\u2019y a pas plus d\u2019énergie dans une seule impulsion de notre montage de 1985 que dans un pointeur laser qu\u2019on active pendant une seconde.Cependant, cette énergie est extrêmement concentrée et ne frappe qu\u2019un tout petit volume, d\u2019un micromètre sur un micromètre, soit à peu près la taille d\u2019une longueur d\u2019onde de lumière.Ainsi, l\u2019ampli?cation par dérive de fréquence permet de faire du travail de précision, comme usiner de petites pièces d\u2019électronique ou effectuer des chirurgies oculaires.Car le beau côté de cette machine-là, c\u2019est que, en recombinant l\u2019impulsion en un point précis avec une Q QUÉBEC SCIENCE 16 JANVIER - FÉVRIER 2019 lentille, on peut traverser des matériaux transparents, comme du verre ou une cornée, sans les abîmer.Et c\u2019est seulement à cet endroit que l\u2019intensité est assez forte pour déloger les électrons ou changer l\u2019indice de réfraction de la cornée.QS Y a-t-il un scientifique en particulier qui vous a donné le goût de vous lancer en physique ?DS Les gens m\u2019ont beaucoup posé cette question, et j\u2019ai essayé de me rappeler mon enfance a?n de comprendre pourquoi je suis devenue la personne que je suis maintenant.J\u2019ai réalisé que ce sont surtout mes parents qui m\u2019ont in?uencée.Mon père était ingénieur en électricité et ma mère enseignante d\u2019anglais.Dans sa jeunesse, ma mère avait voulu poursuivre des études en mathématiques et en sciences mais, en tant que femme, elle n\u2019en avait pas eu l\u2019occasion.J\u2019ai entendu cela haut et fort toute ma vie : « Tu devrais faire ce que tu veux et pas ce que les autres pensent que tu devrais faire.» QS Vous avez étudié en génie.Pourquoi ne pas avoir tout de suite plongé dans la physique si vous étiez déjà passionnée par la science fondamentale ?DS Une partie de moi croyait que je ne serais pas assez douée pour mener une carrière universitaire en physique.Mon père et ma sœur avaient fait des études de génie, cela me semblait donc un choix naturel pour décrocher un bon emploi.Et puis, quand j\u2019ai vu le programme de génie physique à l\u2019Université McMaster, j\u2019ai tout de suite pensé que c\u2019était pour moi.Je me suis alors mise à marcher sur la ligne entre la physique et le génie, et j\u2019ai gardé un pied dans chaque monde tout au long de ma carrière.QS Quand vous avez obtenu le prix Nobel de physique, les médias ont soulevé le fait que vous n\u2019étiez pas professeure titulaire à l\u2019Université de Waterloo, où vous enseignez.Pourquoi ne jamais avoir posé votre candidature à ce poste ?DS Je ne sais pas\u2026 Quand j\u2019étais présidente de l\u2019Optical Society of America [OSA], on m\u2019avait suggéré de postuler, mais j\u2019étais alors trop occupée.Aujourd\u2019hui, cependant, ça y est, je suis professeure titulaire.Mais cela ne change rien.Je n\u2019ai pas de meilleur salaire, l\u2019Université ne m\u2019offre pas de nouvelles ressources.La seule différence, peut-être, c\u2019est que je devrai siéger à de nouveaux comités, ce qui est plutôt un désavantage\u2026 QS Les femmes sont beaucoup moins nombreuses que les hommes en physique.Consta- tez-vous des perspectives professionnelles différentes en fonction du sexe ?DS Je n\u2019ai jamais eu l\u2019impression d\u2019être traitée différemment au cours de ma carrière, mais j\u2019ai entendu de nombreuses femmes raconter qu\u2019elles trouvaient le milieu encore très dif?cile.Je ne peux pas vraiment me prononcer, car je n\u2019ai rien vécu de tel.Mais il y a toujours place à l\u2019amélioration.Il faut que les débouchés soient les mêmes pour les deux sexes.Et de la même manière, j\u2019espère que les hommes qui souhaitent devenir in?rmiers réussissent dans la profession.En gros, j\u2019espère que tout le monde puisse faire ce dont il a envie.QS L\u2019accès à la physique pour les femmes dans d\u2019autres pays doit être beaucoup moins facile\u2026 DS Certainement.Je suis très chanceuse d\u2019avoir grandi au Canada.C\u2019est l\u2019une des nombreuses façons dont la chance m\u2019a souri dans la vie.QS Comment aimeriez-vous utiliser votre statut de lauréate du prix Nobel ?DS J\u2019aimerais encourager les gouvernements à utiliser la photonique pour prendre des mesures environnementales.Cette idée date d\u2019avant le prix Nobel.Je fais partie d\u2019un comité de l\u2019OSA qui milite pour cela depuis l\u2019Accord de Paris sur le climat.Si l\u2019on veut apporter des changements dans nos émissions de gaz à effet de serre, il faut voir à ce que ces changements produisent les effets voulus.La photonique n\u2019est pas la seule manière de s\u2019en assurer, mais je crois que c\u2019est un outil très puissant.J\u2019en ferai donc la promotion dans les prochaines années et j\u2019espère bien me faire entendre par le gouvernement canadien.Nous aimerions avoir un institut ici, au Canada, spécialisé dans le monitorage environnemental.Les chercheurs en photonique ne devraient pas être les seuls à cette table : nous essaierons d\u2019avoir des spécialistes d\u2019autres disciplines.QS Quels types de mesures environnementales la photonique rend-elle possibles ?DS Il y a de nombreuses applications environnementales pour les lidars [des lasers employés à la manière de radars], mais ce n\u2019est pas tout.Par exemple, des collègues de l\u2019Université Laval installent des détecteurs optiques dans le sol au nord du pays pour évaluer l\u2019état du pergélisol ?que les changements climatiques rendent beaucoup moins « permanent ».Il est aussi possible d\u2019équiper des avions de spectromètres et de survoler des sites d\u2019exploitation pétrolière pour véri?er si les entreprises respectent les règlements qui leur sont imposés.D\u2019autres appareils optiques pourraient aussi être déployés dans les océans pour prendre des mesures a?n d\u2019adapter les modèles climatiques.QS Et quelle in?uence aura le prix Nobel sur vos recherches personnelles ?DS J\u2019espère obtenir plus de fonds, ce qui pourrait grandement aider mon laboratoire.Et puis, plus d\u2019étudiants d\u2019un peu partout dans le monde voudront probablement se joindre à mon équipe et j\u2019aurai de l\u2019argent pour les payer.Avec un peu de chance, je pro?terai de toutes les bonnes choses qui viennent avec un prix Nobel.Mais je n\u2019aurai peut-être plus le temps de faire quoi que ce soit ! lQS Dans sa jeunesse, ma mère avait voulu poursuivre des études en mathématiques et en sciences mais, en tant que femme, elle n\u2019en avait pas eu l\u2019occasion.J\u2019ai entendu cela haut et fort toute ma vie : « Tu devrais faire ce que tu veux et pas ce que les autres pensent que tu devrais faire.» ENTREVUE QUÉBEC SCIENCE 17 JANVIER - FÉVRIER 2019 UNIVERSITÉ D\u2019INGÉNIERIE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL Pr Frédérick Gosselin LEUR PROCÉDÉ D\u2019IMPRESSION 3D DE CAPTEURS PIÉZOÉLECTRIQUES EN UNE SEULE ÉTAPE SE CLASSE PARMI LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE DE QUÉBEC SCIENCE Imprimer des capteurs piézoélectriques et leurs électrodes en une seule étape et à température ambiante, tel est l\u2019exploit réalisé par l\u2019équipe formée par le Pr Frédérick Gosselin, le Pr Daniel Therriault et la doctorante Sampada Bodkhe au Laboratoire de mécanique multi-échelles.Basée sur la coextrusion d\u2019un nano-composite piézoélectrique entre deux couches d\u2019argent, leur technologie innovante permet d\u2019obtenir rapidement des capteurs prêts à l\u2019emploi s\u2019adaptant à n\u2019importe quelle surface.Ces capteurs peuvent trouver de nombreuses applications répondant à la demande croissante d\u2019objets connectés lexibles.Entre autres, ils ouvrent la voie au développement de vêtements intelligents permettant d\u2019étudier les cycles respiratoires et les mouvements des membres.Pr Daniel Therriault Sampada Bodkhe DES TRAVAUX SCIENTIFIQUES QUI CHANGENT LE MONDE POLYMTL.CA/RECHERCHE Félicitations à nos chercheurs ! QUÉBEC SCIENCE 18 JANVIER - FÉVRIER 2019 SANTÉ À QUAND LA FIN DES ALLERGIES ALIMENTAIRES ? QUÉBEC SCIENCE 19 JANVIER - FÉVRIER 2019 P hilémon est ici chez lui.À peine arrivé dans le sous-sol du CHU Sainte- Justine, il se dirige joyeusement vers le meuble où sont entassés des jeux de société et choisit un casse-tête.Depuis le mois d\u2019août dernier, le garçon de quatre ans vient à l\u2019hôpital toutes les deux semaines pour avaler, sous supervision médicale, quelques milligrammes de poudre d\u2019œuf et de lait, deux aliments auxquels il est très allergique.« Philémon a déjà été quatre fois à l\u2019urgence dans le passé, notamment à cause d\u2019une négligence à la garderie », raconte sa mère, Marie-Hélène Croisetière.Le but de ce traitement, donné à la nouvelle Clinique d\u2019immunothérapie orale (CITO), ouverte à la ?n de 2017, est simple : « désensibiliser » le système immunitaire, responsable de la réaction allergique, et le forcer à tolérer des doses croissantes d\u2019allergènes.Aujourd\u2019hui, Philémon consommera environ 60 mg de lait et autant d\u2019œuf ?soit un millième d\u2019œuf ?dilués dans une compote.C\u2019est déjà cinq fois plus que sa première dose, prise deux mois auparavant.Si tout se passe bien, il repartira avec 15 pots en plastique contenant autant de doses d\u2019allergènes à prendre religieusement chaque matin jusqu\u2019au prochain rendez-vous.Encore quelques semaines de son régime quotidien et Philémon sera capable de tolérer des traces d\u2019œufs et de lait.Au terme du traitement, qui dure environ deux ans, il devrait pouvoir avaler un verre de lait et manger un œuf sans risquer sa vie.« On pourra peut-être réaliser notre rêve d\u2019aller camper à Anticosti, loin de tout hôpital ! » dit Marie-Hélène Croisetière, que le traitement rassure beaucoup à quelques mois de l\u2019entrée à l\u2019école de son ?ls.Pour des enfants qui vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, l\u2019immunothérapie orale est une lumière au bout du tunnel.« Soudainement, les familles peuvent recommencer à aller en vacances, sans craindre de manger dans un buffet où il y a des pinottes par exemple.Les enfants peuvent dormir chez leurs amis et les ados peuvent embrasser quelqu\u2019un à un party sans avoir à lui demander ce qu\u2019il ou elle a mangé avant », détaille avec enthousiasme Philippe Bégin, l\u2019allergologue qui a mis sur pied cette clinique pionnière, la seule au pays.Dans la petite pièce immaculée où sont préparées les doses de chaque patient, un frigo à la porte vitrée laisse entrevoir des bouteilles de moutarde, des berlingots de lait et des ?acons dont les étiquettes indiquent « pistache », « blé », « cajou », « arachide »\u2026 « On peut traiter jusqu\u2019à cinq allergies en même temps, en privilégiant les allergènes qui sont les plus dif?ciles à éviter, comme le blé ou le lait.Mais certains patients ont 25, 30 allergies.Il n\u2019y a pas de limite », précise l\u2019allergologue.SOIGNER LE MAL PAR LE MAL Il en a fallu du temps pour que les médecins se décident à utiliser ce « traitement » à large échelle contre les allergies alimentaires.Le premier cas documenté date pourtant de 1908.Un médecin londonien af?rmait alors, dans la revue The Lancet, avoir désensibilisé un garçon de 13 ans allergique aux œufs ?bien que le terme « allergie », introduit seulement deux ans plus tôt, ne soit pas employé dans l\u2019article.Partant d\u2019une dose équivalente à 1/10 000e d\u2019œuf, le patient a ingéré chaque jour une quantité de plus en plus importante de l\u2019aliment, réussissant, au bout de huit mois, à manger un œuf entier sans être « empoisonné ».Depuis les années 1980, ce type de désensibilisation est largement utilisé pour les personnes souffrant d\u2019allergies au pollen ou au venin d\u2019insecte, par injection ou en plaçant l\u2019extrait allergénique sous la langue.Mais outre quelques tentatives ici et là en Europe, les médecins sont longtemps restés frileux à l\u2019idée d\u2019appliquer le même concept aux allergies alimentaires.« Le premier principe de la médecine, c\u2019est de ne pas nuire.Il y avait donc des réticences à administrer à quelqu\u2019un un aliment sus- PAR MARINE CORNIOU PHOTOS : ANDRÉ NOËL / DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT Pendant longtemps, les médecins n\u2019ont rien eu à proposer aux personnes ayant des allergies alimentaires.Or, une nouvelle avenue commence à faire ses preuves : la « désensibilisation ».Mais on est loin du remède miracle. QUÉBEC SCIENCE 20 JANVIER - FÉVRIER 2019 ceptible de le tuer.C\u2019est très archaïque comme mode de traitement ! » reconnaît Hans Oettgen, chercheur et allergologue à l\u2019Hôpital pour enfants de Boston.Ce qui a poussé les scienti?ques à faire des recherches sur le sujet au cours de la dernière décennie, c\u2019est le raz-de-marée de patients allergiques déferlant dans les hôpitaux, à qui l\u2019on n\u2019avait rien d\u2019autre à prescrire qu\u2019une grande dose de prudence et un injecteur d\u2019épinéphrine, le fameux EpiPen, à utiliser en cas d\u2019anaphylaxie ?une réaction potentiellement mortelle.À partir de 2010, des essais cliniques sur de grosses cohortes ont con?rmé l\u2019ef?cacité de l\u2019immunothérapie orale.« Et en 2017, une méta-analyse a démontré hors de tout doute que cette approche fonctionne », indique Philippe Bégin, qui participe actuellement à la rédaction des recommandations canadiennes sur le sujet.Au Canada, le CHU Sainte-Justine est le premier établissement à proposer la désensibilisation alimentaire en dehors d\u2019un contexte de recherche.Le mot s\u2019est vite passé : pour son projet pilote de trois ans, la CITO a reçu plus de 1 000 demandes en 2018, alors qu\u2019elle ne peut prendre en charge qu\u2019environ 200 enfants par année.DÉSAMORCER LA BOMBE Pour saisir comment fonctionne l\u2019immunothérapie orale, il faut d\u2019abord comprendre ce qu\u2019est une allergie.Les principaux coupables de ces réactions aberrantes sont les anticorps IgE, en cause dans la majorité des allergies alimentaires.Lors d\u2019un premier contact avec l\u2019allergène, comme une arachide, les cellules dendritiques l\u2019interceptent par erreur.Ces sentinelles, qui forment la première ligne de défense de l\u2019organisme, le présentent à d\u2019autres soldats de l\u2019immunité, les lymphocytes T.Activés, ces derniers réveillent à leur tour des lymphocytes B, qui fabriquent les IgE : celles-ci deviennent de redoutables machines à repérer les cacahouètes.Les IgE sont tapies dans les tissus, où elles sont ?xées à des cellules, les masto- cytes, qui contiennent des granules pleins de substances in?ammatoires, dont l\u2019histamine.Quand l\u2019allergène est ingéré, il vient s\u2019attacher à ces IgE.Dans les minutes qui suivent, les mastocytes déchargent alors leur contenu avec fracas, ce qu\u2019on appelle la « dégranulation ».C\u2019est un peu comme si les allergènes appuyaient sur les détonateurs (les IgE) de milliers de bombes (les mastocytes).« Tout le corps réagit : plaques cutanées, vomissements, diarrhée, chute de la pression sanguine ?le fameux choc anaphylactique ?et crise d\u2019asthme qui peut être fatale », explique Philippe Bégin.L\u2019objectif de l\u2019immunothérapie orale, c\u2019est justement de désamorcer ces bombes.« Il y a environ 200 000 IgE à la surface des mastocytes.Il faut qu\u2019au moins 2 000 d\u2019entre elles soient stimulées en même temps par des allergènes pour déclencher la dégranulation.En donnant une microdose d\u2019allergène, on n\u2019en fournit pas assez pour déclencher la réaction.De plus, le mastocyte \u201cavale\u201d les IgE antiarachides et les dégrade.Ainsi, quand on prend une dose tous les jours, on n\u2019est jamais capable de réarmer le mastocyte », poursuit Philippe Bégin, également chercheur au Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal.Au bout de 6 à 12 mois, environ 80 % des patients sont « désensibilisés », c\u2019est-à-dire qu\u2019ils peuvent ingérer de petites quantités d\u2019allergènes sans que leur corps réagisse.Ils doivent toutefois continuer à consommer chaque jour une « dose d\u2019entretien » ; dans le cas de Philémon, ce sera un œuf et un verre de lait.Sans ce traitement quotidien, ils risquent de perdre, d\u2019un seul coup, tous les acquis.« Dans certains cas, cependant, l\u2019allergie disparaît complètement.Selon des études récentes, après quatre ou cinq ans, la moitié des enfants n\u2019en sont plus af?igés », mentionne le chercheur.Chez ces chanceux, le système immunitaire a été rééduqué pour de bon : il ne cible plus l\u2019aliment, même si le patient cesse son traitement.« À long terme, les globules blancs se tannent de fabriquer des IgE ; ils produisent d\u2019autres SANTÉ QUÉBEC SCIENCE 21 JANVIER - FÉVRIER 2019 anticorps, qui neutralisent l\u2019allergène.Et plus on commence tôt, plus cela semble ef?cace.En 2016, une étude menée auprès d\u2019enfants de moins de trois ans allergiques aux arachides a montré qu\u2019après trois années de traitement ils étaient tous guéris de leur allergie », dit-il.UN TRAITEMENT EN DEMI-TEINTE Le hic, c\u2019est qu\u2019il est impossible de savoir qui guérira et qui restera allergique à vie.Il faut dire que le système immunitaire est complexe et ne se laisse pas apprivoiser facilement.La désensibilisation est donc loin d\u2019être une science exacte.« D\u2019un jour à l\u2019autre, le degré de tolérance à une dose ?xe d\u2019allergène change, en fonction de la fatigue, de l\u2019état de santé, de l\u2019exercice physique, des menstruations chez les ?lles », fait observer Moshe Ben-Shoshan, allergologue et chercheur à l\u2019Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill.Il pilote depuis 2013 un essai clinique de désensibilisation orale au lait, auquel sont venus s\u2019ajouter les œufs, les arachides et les noix.« C\u2019est loin d\u2019être parfait, admet-il.Souvent, les enfants n\u2019aiment pas ça, ils ont des picotements dans la bouche, des maux de ventre.Et il y a un plus grand risque d\u2019anaphylaxie pendant la désensibilisation.» Le jeu en vaut-il la chandelle ?Pour Moshe Ben-Shoshan, la réponse n\u2019est pas Peut-on prévenir les allergies ?L\u2019enfer est parfois pavé de bonnes intentions.Pour prévenir les allergies, les experts ont longtemps recommandé d\u2019éviter de donner aux bébés les aliments les plus allergènes.Les parents devaient ainsi s\u2019abstenir de donner du lait de vache avant l\u2019âge de un an et des arachides ou des fruits de mer avant l\u2019âge de deux ou trois ans.En réalité, il faut faire tout le contraire.C\u2019est ce qu\u2019a montré l\u2019étude LEAP publiée en 2015 dans le New England Journal of Medicine, qui a conduit à un virage à 180 degrés des recommandations.Cette étude, effectuée auprès de 640 bébés, a montré que le fait d\u2019introduire les arachides dans l\u2019alimentation entre 4 et 11 mois diminuait de 80 % le risque d\u2019y être allergique ! En juin 2017, une étude à laquelle 2 100 enfants canadiens de la cohorte CHILD ont participé révélait à son tour que les enfants qui n\u2019avaient pas consommé de produits laitiers au cours de leur première année de vie couraient quatre fois plus de risques que les autres d\u2019être allergiques au lait.Pareillement pour les œufs ou les arachides (risque doublé).« Les anciennes recommandations ont vraiment nui.En diversi?ant l\u2019alimentation plus tôt, vers quatre mois, je suis persuadée qu\u2019on peut réduire la fréquence des allergies alimentaires », af?rme Catherine Laprise, chercheuse à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l\u2019étude des déterminants génétiques de l\u2019asthme.Elle souhaite mettre sur pied une étude pour le prouver, dans laquelle elle conseillera également aux parents de « badigeonner leurs bébés de crème hydratante ».Pourquoi ?Parce que l\u2019eczéma sévère est associé à un risque accru d\u2019allergies alimentaires.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la « marche atopique » : environ 35 % des enfants ayant de l\u2019eczéma ont aussi des allergies alimentaires et 75 % d\u2019entre eux ?nissent par souffrir d\u2019asthme ou de rhinite allergique.En rendant la peau sèche et poreuse, l\u2019eczéma permet à des allergènes de l\u2019air et alimentaires de pénétrer dans l\u2019organisme et d\u2019activer le système immunitaire.Le Dr Philippe Bégin, du CHU Sainte-Justine, observe toutefois qu\u2019il y aura fort à faire pour convaincre les parents de tartiner leur progéniture.« Ils ont souvent peur d\u2019appliquer des crèmes à la cortisone sur la peau de leurs bébés.Pourtant, c\u2019est bien pire de laisser l\u2019in?ammation s\u2019installer.» toujours claire.« Pour les œufs et le lait, qui sont omniprésents, c\u2019est sûr que ça change la vie.Pour les arachides, je ne sais pas.» Dans les essais cliniques, environ 20 % des patients abandonnent d\u2019ailleurs le traitement en cours de route.Il n\u2019empêche, la désensibilisation devrait pouvoir être offerte à tous ceux qui le souhaitent, estime de son côté Philippe Bégin.Ce qui est loin d\u2019être le cas.« Quand on a ouvert la CITO, le ministre Gaétan Barrette nous a demandé de nous concentrer sur les cas les plus graves, c\u2019est-à-dire les enfants qui ont plusieurs allergies et dont la qualité de vie est très dégradée.Mais en réalité, il n\u2019y a pas de cas légers : même les gens avec une seule allergie peuvent en mourir.» Cependant, les cas « simples », par exemple une personne avec une seule allergie ou capable de tolérer des doses importantes de l\u2019aliment sans avoir de réactions, sont plus faciles à prendre en charge : la désensibilisation est plus rapide et mobilise moins de ressources.Pourquoi leur refuserait-on le traitement ?se questionne le Dr Bégin.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un litre de lait ou d\u2019un sac d\u2019arachides, les « médicaments » pour la désensibilisation sont bon marché.« Mais il faut des in?rmières disponibles en permanence pour répondre aux familles par téléphone, des visites toutes les deux semaines à l\u2019hôpital\u2026 Tout cela représente un coût nouveau pour le système de santé, car les patients allergiques ne coûtent généralement pas grand-chose.Ils sont prudents et se rendent très rarement à l\u2019urgence », souligne l\u2019allergologue.Ce qui ne les empêche pas de souffrir en silence : anxiété, repli sur soi, intimidation à l\u2019école, troubles alimentaires sont le lot de bien des enfants et adultes allergiques.La multiplication des cas a au moins un bon côté : cette masse critique de personnes, qui ont désespérément besoin d\u2019options, ne peut plus être ignorée.La CITO a obtenu son ?nancement grâce à une collecte de fonds et une mobilisation des familles.Aux États-Unis, une bonne partie de la recherche dans le domaine est désormais ?nancée par la philanthropie.Et les pharmaceutiques commencent à s\u2019intéresser à ce vaste marché.D\u2019ailleurs, des comprimés (produits par l\u2019entreprise de biotechnologie américaine Aimmune Therapeutics) et des timbres cutanés (DBV Technologies), reposant tous deux sur le principe de l\u2019immunothérapie mais délivrant des doses standardisées d\u2019arachide, pourraient être approuvés aux États-Unis en 2019.« Des millions de gens sont touchés, et c\u2019est très frustrant de ne pas avoir un traitement curatif ef?cace pour tout le monde.Cela dit, il y a tellement d\u2019efforts de recherche, notamment pour modi?er de façon durable l\u2019activation des lymphocytes T à l\u2019aide de biothérapies, que les progrès vont immanquablement ?nir par arriver », croit Hans Oettgen.De son côté, Philémon se concentre plutôt sur son casse- tête.Il ne le sait pas, mais il pourra peut-être, l\u2019été prochain, déguster sa première crème glacée sur la plus grande île du Saint-Laurent.lQS QUÉBEC SCIENCE 22 JANVIER - FÉVRIER 2019 À lire aussi L\u2019allergie soudaine chez l\u2019adulte www.quebecscience.qc.ca/sante/allergie-soudaine-adulte Pourquoi les humains ont-ils des allergies ?www.quebecscience.qc.ca/sante/pourquoi-humains-ont-allergies SANTÉ Soudainement, les familles peuvent recommencer à aller en vacances, sans craindre de manger dans un buffet où il y a des pinottes par exemple.- Dr Philippe Bégin Chaque allergène est pesé au milligramme près.On commence par donner aussi peu que 0,5 mg de l\u2019aliment (1/600e d\u2019arachide par exemple) pour évaluer la tolérance de chaque patient.Dans le frigo de la clinique CITO se côtoient des allergènes variés, combinés et pesés sur mesure pour chaque patient.Philippe Bégin a mis sur pied la Clinique d\u2019immunothérapie orale du CHU Sainte-Justine grâce à la campagne de ?nance- ment ByeByeAllergies.\u201d \u201c P H O T O S : J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N P H O T O : I S A B E L L E B O I S V E R T , H Ô P I T A L S A I N T E - J U S T I N E QUÉBEC SCIENCE 24 JANVIER - FÉVRIER 2019 Les allergies alimentaires ont connu une hausse vertigineuse ces dernières décennies.Pourquoi ?PAR MARINE CORNIOU épidémie planétaire UNE V ous avez l\u2019impression que de plus en plus de personnes sont allergiques autour de vous ?Ce n\u2019est pas une illusion.« Le tableau est complètement différent de ce qu\u2019il était il y a 20 ans, alors que les allergies alimentaires étaient plutôt rares.Aujourd\u2019hui, elles concernent la moitié de nos patients allergiques », constate Hans Oettgen, dont le département d\u2019allergologie de l\u2019Hôpital pour enfants de Boston reçoit 30 000 patients par an.Aux États-Unis, les allergies alimentaires chez les enfants ont en effet augmenté de 50 % entre 1997 et 2011.Selon une étude publiée en novembre 2018 dans Pediatrics, près de 8 % des enfants américains ont des allergies alimentaires - et 40 % d\u2019entre eux sont allergiques à plusieurs aliments.Rien qu\u2019entre 2010 et 2016 l\u2019allergie aux arachides a bondi de 21 %, selon l\u2019American College of Allergy and Immunology.La situation est analogue en Europe, en Australie et même en Asie, où les cas commencent à se multiplier.Au Canada, les chiffres sont plus difficiles à trouver, mais le nombre de personnes à qui l\u2019on a prescrit un auto-injecteur d\u2019épinéphrine a crû de 64 % entre 2006 et 2015.Quant au nombre de Canadiens qui se sont rendus dans une salle des urgences pour une réaction anaphylactique, il a doublé sur cette même période, selon l\u2019Institut canadien d\u2019information sur la santé.Les estimations de cas, souvent basées sur des sondages par téléphone, sont sujettes à débat, mais de 4 à 8 % des enfants (et de 2 à 5 % des adultes) seraient concernés en Amérique du Nord.Ils sont donc des milliers à vivre dans la crainte de l\u2019ingestion accidentelle d\u2019un fragment d\u2019arachide ou d\u2019un grain de moutarde.UN MONDE TROP PROPRE ?Comment expliquer l\u2019explosion des cas ?« Leur augmentation a été trop rapide pour être due à des changements génétiques.L\u2019explication est donc forcément liée à l\u2019environnement », répond le Dr Oettgen.D\u2019autres types d\u2019allergies ont également connu une hausse au cours du dernier siècle ; les scienti?ques parlent de « trois vagues » successives.Dès le début du 20e siècle, le « rhume des foins » a fait larmoyer de plus en plus de personnes dans la population occidentale.Ces allergies saisonnières à divers pollens n\u2019ont cessé de s\u2019accroître en un siècle, touchant aujourd\u2019hui de 20 % à 30 % des adultes.À la ?n des années 1960, l\u2019épidémie d\u2019asthme a pris le relais, atteignant un pic vers 1995-2000, peut-on lire dans l\u2019ouvrage Tous allergiques ?, de l\u2019allergologue belge Olivier Michel.« Cette épidémie est due, au moins en partie, à l\u2019allergie aux acariens », note-t-il.Quant aux allergies alimentaires, elles sont les dernières à avoir pris de l\u2019essor, à partir des années 1990.Selon certains chercheurs, un plateau aurait été atteint au tournant des années 2010.Chaque fois, ce sont les plus riches, dans les pays industrialisés, qui sont touchés en premier.Autrement dit, ceux qui ont accès à une meilleure hygiène, aux vaccins, aux antibiotiques et à un régime alimentaire occidental.« Pour ces raisons, l\u2019une des théories les plus solides pour comprendre la hausse des allergies est la théorie de l\u2019hygiène.Nous sommes exposés à moins de microbes dans un environnement trop propre.Résultat, notre système immunitaire n\u2019est pas aussi bien entraîné qu\u2019avant et il se trompe en réagissant contre les allergènes », indique Hamida Hammad, chercheuse à l\u2019Université de Gand, en Belgique, qui étudie justement cette hypothèse chez la souris.En 2016, une étude parue dans le New England Journal of Medicine a montré que les enfants des Amish, une communauté religieuse des États-Unis au mode de vie ancestral, ne sont quasiment pas asthmatiques, contrairement aux jeunes Huttérites, dont les familles sont pourtant elles aussi installées sur des terres agricoles.La différence ?Alors que SANTÉ I L L U S T R A T I O N : S H U T T E R S T O C K QUÉBEC SCIENCE 25 JANVIER - FÉVRIER 2019 les Huttérites utilisent de la machinerie moderne, les Amish vivent au contact du bétail et respirent donc des poussières de ferme plus chargées en microbes.Ces derniers auraient également un rôle protecteur contre les allergies alimentaires.Ainsi, divers travaux récents démontrent que l\u2019ensemble des microorganismes présents dans l\u2019intestin participe aussi à l\u2019éducation du système immunitaire.« Le lien entre microbiote intestinal et allergies alimentaires est très clair chez les modèles animaux, et les données s\u2019accumulent chez l\u2019humain », souligne le Dr Oettgen.Par exemple, une vaste étude suédoise publiée en octobre 2018 et menée auprès d\u2019un million d\u2019enfants suivis pendant 13 ans a révélé que le fait de naître par césarienne augmentait de 18 % le risque d\u2019allergies alimentaires.Chez ces nouveau-nés non exposés au microbiote vaginal de leur mère, le développement du système immunitaire est altéré.D\u2019autres facteurs comme la pollution, le dé?cit en vitamine D et l\u2019exposition aux pesticides pourraient contribuer à ce dérèglement immunitaire qui semble se généraliser.Si la tendance se maintient, 50 % de la population mondiale pourrait présenter une allergie respiratoire, alimentaire ou autre d\u2019ici 2050, selon l\u2019Organisation mondiale de la santé.lQS À QUOI PEUT-ON ÊTRE ALLERGIQUE ?En théorie, n\u2019importe quel aliment peut déclencher une sensibilisation de type allergique, bien que certains aient un potentiel allergène particulièrement élevé.Ainsi, une dizaine d\u2019allergènes sont responsables de 90 % des cas d\u2019allergies alimentaires : œufs, arachides, lait (les trois plus fréquents chez l\u2019enfant), moutarde, fruits de mer et poissons, sésame, soya, noix en tout genre et blé.Quant aux noix et arachides, elles causent à elles seules environ 90 % des décès par anaphylaxie.Cela dit, plus de 170 aliments ont été associés à des allergies, et la littérature scienti?que regorge d\u2019études de cas portant sur une allergie alimentaire rare, des graines de chia aux baies de goji en passant par la méduse, les pois chiches, les aubergines, les champignons, le miel et même le cannabis.En réalité, seules quelques protéines, dans un grain de pollen ou un aliment, ont un potentiel allergène du fait de leur structure, de leur composition, de leur résistance à la chaleur et à la digestion.Par exemple, l\u2019arachide contient 32 sortes de protéines, dont au moins 18 sont allergisantes.La fréquence des allergies dépend aussi des habitudes de consommation.Ainsi, l\u2019allergie au riz est particulièrement courante au Japon, l\u2019allergie au poisson l\u2019est en Espagne, les allergies aux fruits se rencontrent souvent en Italie\u2026 et l\u2019allergie aux escargots en France ! Parmi les allergies inusitées récemment décrites, notons une anaphylaxie chez un Américain qui avait bu de l\u2019eau pétillante (les sul?tes ont déclenché le choc).Ou encore ce cas d\u2019un enfant de 13 ans, en Suède, déjà allergique au poulet et qui a découvert de façon violente la viande de crocodile dans un restaurant exotique\u2026 Ou cette femme de 52 ans qui a failli mourir après l\u2019ingestion de quatre framboises au cours d\u2019une randonnée dans les Alpes.ADAPTÉ DE FOOD ALLERGY, H.RENZ ET AL, 2018, NATURE REVIEWS Toutes les deux semaines, la dose d\u2019allergène est Prévalence tous âges confondus au cours des 10 dernières années < 3 % 3-5.9 % 6-10 % >10 % FAITES VOTRE DEMANDE D\u2019ADMISSION GRATUITE SUR PLACE Courez la chance de gagner une bourse de 2500 $* 27 JANVIER DIMANCHE de 10 h à 16 h 1100, rue Notre-Dame O., Montréal *Certaines conditions s\u2019appliquent portesouvertes.etsmtl.ca PRÉSENTÉE PAR Pour la relève en journalisme scienti?que 1er prix d\u2019une valeur de 17 000 $ et des stages au Québec et en France 2e prix d\u2019une valeur de 8 000 $ et des stages au Québec Date limite pour déposer une candidature : 8 mars 2019 Critères et règlements : acs.qc.ca QUÉBEC SCIENCE 26 JANVIER - FÉVRIER 2019 Votez pour la découverte qui vous inspire le plus.Il y a un grand prix à gagner ! Détails à la page 68.* Données comptabilisées depuis 2015 à partir des publications indexées dans le Web of Science, selon l\u2019Observatoire des sciences et des technologies.Notre jury Philippe Archambault, de Université Laval ; Robert Lamontagne, du Centre de recherche en astrophysique du Québec ; Isabelle Marcotte, de l\u2019Université du Québec à Montréal ; Mathieu Picard, de l\u2019Université de Sherbrooke ; Benoît St-Jacques, de l\u2019Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l\u2019Université de Montréal ; Sophie-Andrée Blondin, animatrice des Années lumière à ICI Radio-Canada Première ; et l\u2019équipe de Québec Science : Marine Corniou, Mélissa Guillemette, Marie Lambert-Chan et Joël Leblanc.Un dossier coordonné par Joël Leblanc.10DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE QUÉBEC SCIENCE 27 JANVIER - FÉVRIER 2019 LES 26e ÉDITION C haque année, les chercheurs québécois signent environ 16 000 articles* scientiiques.Bon nombre de ces études font les manchettes ou se taillent une place dans votre il d\u2019actualité Facebook.Mais lesquelles se distinguent véritablement du lot, tant par leurs résultats que par leur méthodologie ?C\u2019est ce qu\u2019a tenté de déterminer notre jury qui, après de longues délibérations, a sélectionné les 10 découvertes québécoises les plus renversantes de 2018.Un palmarès qui rend hommage à l\u2019ingéniosité, l\u2019intelligence et la curiosité insatiable des chercheurs d\u2019ici.Quels sont nos critères ?Chaque découverte doit avoir été publiée dans une revue savante et fait l\u2019objet d\u2019un processus de révision par les pairs entre le 1er octobre 2017 et le 31 octobre 2018.Il doit s\u2019agir d\u2019une percée ou d\u2019une avancée majeure dans un domaine de la recherche fondamentale ou appliquée.Enin, la découverte doit nous éblouir, tout simplement. QUÉBEC SCIENCE 28 JANVIER - FÉVRIER 2019 LES 10 DÉCOUVERTES DE L'ANNÉE P H O T O S : D A N Y D U M O N T OCÉANOGRAPHIE PHYSIQUE UNE ÉQUIPE DE CHERCHEURS DE RIMOUSKI S\u2019EST TOURNÉE VERS LE TRADITIONNEL CANOT À GLACE POUR MESURER LA FORCE DES VAGUES SUR LA BANQUISE.À LEUR GRANDE SURPRISE, ELLE EST COLOSSALE.Par Maxime Bilodeau L a baie du Ha ! Ha !, près de Ri- mouski, occupe une place de choix dans le palmarès des plus beaux laboratoires du monde, parole de Dany Dumont.En plein cœur du parc national du Bic, ceinturée de petits monts escarpés, elle a accueilli le chercheur en océanographie physique venu étudier la dynamique de la banquise durant trois hivers.Le but du scientifique : mieux comprendre comment l\u2019énergie potentielle contenue dans les vagues se dissipe dans les glaces en eau libre, ce qui n\u2019avait jamais été fait auparavant.Mais la couverture de glace est fragile et ne se laisse pas analyser facilement.Il faut se rendre dessus pour déployer les outils de mesure, mais sans l\u2019abîmer.C\u2019est à l\u2019aide d\u2019une embarcation d\u2019une autre époque que le professeur de l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski y est parvenu : un canot à glace dont les bancs ont été retirés pour laisser place aux instruments de mesure, comme des accéléromètres, des sondes et un bon vieux mètre.« Notre expérience demandait de mesurer les vagues au moment où elles percutent la banquise.La glace emprisonnée dans la baie du Ha ! Ha ! est assez stable pour qu\u2019on s\u2019y promène et qu\u2019on approche de la zone critique d\u2019atténuation des ondes, à moins de 100 m de la limite entre la glace et la mer », explique le chercheur, aussi af?lié à l\u2019Université du Québec à Rimouski.Autre outil indispensable : une caméra installée sur le pic Champlain, le point le plus élevé du parc national du Bic voisin, a recueilli les images de la banquise en mouvement et des vagues qui se forment dans l\u2019estuaire du Saint-Laurent.Des bouées stratégiquement disséminées au large ont par ailleurs capté la force des vagues.Le recours à un canot à glace est sans contredit l\u2019aspect le plus original de ces travaux.Sans cette embarcation bien ancrée dans le patrimoine québécois, il aurait été carrément impossible de les mener, soutient le scienti?que.« Noliser un brise-glace de recherche était impensable ; il en coûte environ 60 000 $ par jour pour l\u2019Amundsen de la Garde côtière canadienne ! De plus, comme son nom l\u2019indique, il brise les glaces\u2026 », fait-il valoir.Même constat pour le bateau pneumatique (pas ?able), la motoneige (dangereuse) ou l\u2019hélicoptère (complexe) : le canot à glace s\u2019imposait à tous coups.« À ma connaissance, nous sommes les seuls au monde à l\u2019utiliser pour la recherche », souligne Dany Dumont.Les canotiers-chercheurs ont ainsi pu mesurer la force imposée par les vagues à la banquise à l\u2019occasion de trois épisodes distincts répartis sur deux hivers, en 2016 et 2017.À leur grande surprise, cette force est beaucoup plus importante que celles in?igées par les vents et par les courants marins et contribue de manière marquée Aux avant-postes de la banquise QUÉBEC SCIENCE 29 JANVIER - FÉVRIER 2019 1 1 à l\u2019augmentation de l\u2019épaisseur de la banquise.« C\u2019est un peu comme pour une boule de billard : quand elle en cogne une autre, elle lui transmet son énergie.Dans le cas des vagues, on parle de compression et d\u2019empilement de morceaux de glace ?ottante », illustre-t-il.D\u2019autres mesures réalisées au courant de l\u2019hiver 2018 ont con?rmé leurs observations initiales.Ces résultats, parus en août dernier dans le Journal of Physical Oceanography, ont le potentiel d\u2019améliorer les modèles numériques de prévision du couvert de glace en Arctique et en Antarctique.La navigation maritime sur les océans polaires pourrait être facilitée d\u2019ici les prochaines années, estime Dany Dumont.« À l\u2019heure actuelle, les navigateurs rencontrent parfois de la glace là où les prévisions du Service canadien des glaces et d\u2019Environnement Canada n\u2019en indiquaient pas nécessairement.Nous pensons que cela est dû à l\u2019effet des vagues, qui était jusqu\u2019ici insoupçonné », avance celui qui en transpire un coup pour faire avancer la science.Son secret pour tenir le rythme ?« Quand le cœur pompe trop, j\u2019annonce une pause science ! » rigole-t-il.lQS /// Ont aussi participé à la découverte : Peter Sutherland, de l\u2019Institut français de recherche pour l\u2019exploitation de la mer.Le chercheur Dany Dumont (en haut à gauche) a passé deux hivers à mesurer la force imposée par les vagues à la banquise dans la baie du Ha ! Ha !, en compagnie du scienti?que Peter Sutherland. QUÉBEC SCIENCE 30 JANVIER - FÉVRIER 2019 LES 10 DÉCOUVERTES DE L'ANNÉE NEUROSCIENCES P H O T O : L O U I S E B I L O D E A U Caroline Ménard dans son laboratoire à l'Université Laval Quand le stress ouvre la porte à la dépression POURQUOI STRESS CHRONIQUE ET DÉPRESSION VONT-ILS SOUVENT DE PAIR ?LA COUPABLE EST LA PERTE D\u2019ÉTANCHÉITÉ DE LA BARRIÈRE PROTECTRICE DU CERVEAU.Par Martine Letarte QUÉBEC SCIENCE 31 JANVIER - FÉVRIER 2019 1 2 P H O T O : G E O R G I A H O D E S E T C A R O L I N E M É N A R D I maginez l\u2019expérience : de petites souris noires sont placées dans une cage où on les laisse se faire intimider par une grosse souris blanche agressive pendant quelques minutes chaque jour.Le reste de la journée, l\u2019intimidatrice est tenue à l\u2019écart grâce à un séparateur transparent, mais les autres rongeurs continuent de la voir et de la sentir.Rien pour faire diminuer le stress.Et le tout dure 10 jours, période suf?samment longue pour engendrer un stress chronique chez la souris.Pas toujours reposante, la science.C\u2019est par cette expérience un peu cruelle que l\u2019équipe de Caroline Ménard, chercheuse en neurosciences à l\u2019Université Laval, a découvert le mécanisme cérébral qui explique pourquoi des souris soumises à un stress ?nissent par manifester des symptômes dépressifs.Et tout indique que ce phénomène s\u2019appliquerait à l\u2019humain.Notre cerveau renferme un dispositif de protection redoutable : la barrière hé- matoencéphalique (BHE).Son rôle est d\u2019empêcher la majorité des molécules et des microorganismes présents dans le sang d\u2019atteindre le cerveau, en laissant quand même passer l\u2019oxygène et les nutriments.Or, chez des souris exposées au stress, cette barrière perd de son ef?cacité et permet aux molécules pro-in?ammatoires, qui favorisent l\u2019apparition de symptômes dépressifs, de se rendre au cerveau.Après l\u2019expérience, différents examens du cerveau des souris ont révélé chez la majorité d\u2019entre elles une porosité plus élevée de leur barrière hématoencéphalique.La quantité de claudine-5, l\u2019une des protéines les plus importantes pour assurer l\u2019étanchéité de la BHE, avait aussi diminué de moitié chez les rongeurs devenus stressés.Et à la suite de l\u2019épisode de la cage, des symptômes dépressifs ont été observés.Comment sait-on qu\u2019une souris est dépressive ?« On le mesure par différents tests, répond Caroline Ménard.Comme celui du bécher d\u2019eau.Quand on les y plonge, normalement les souris se débattent pour en sortir, mais les bêtes déprimées abandonnent et se laissent ?otter.» Pour voir si ces résultats étaient applicables à l\u2019humain, l\u2019équipe a analysé des tissus cérébraux provenant de banques de cerveaux.Près des deux tiers des 63 organes étudiés avaient été prélevés chez des gens qui s\u2019étaient enlevé la vie.Ces derniers présentaient un niveau de claudine-5 50 % plus bas.Alors que la dépression touche plus de 300 millions d\u2019individus dans le monde et qu\u2019elle est la principale cause d\u2019invalidité, cette découverte publiée dans Nature Neuroscience en novembre 2017 pourrait améliorer le diagnostic de la maladie et le suivi des personnes dépressives, chez qui on pourrait alors surveiller l\u2019étanchéité de la BHE.« On pourrait aussi concevoir de nouveaux antidépresseurs pour rendre cette barrière plus étanche, dit Caroline Ménard.Actuellement, de 30 % à 50 % des gens dépressifs répondent peu ou pas à la prise d\u2019antidépresseurs.» La chercheuse souhaite également mieux comprendre les raisons biologiques de la résistance au stress chez les souris dont la BHE est restée intacte durant l\u2019expérience.Caroline Ménard, dont le laboratoire regroupe six femmes de différents pays, compte en outre appliquer le concept de diversité chez les souris.« La dépression est deux fois plus fréquente chez les femmes et leurs symptômes sont différents, mais les tests précliniques sont généralement faits sur des souris mâles pour éviter d\u2019avoir à se soucier du cycle hormonal, signale-t-elle.Intégrer des souris femelles pourrait aider à mettre au point de meilleurs traitements contre la dépression.» lQS /// Ont aussi participé à la découverte : Benoît Labonté (Université Laval), Gustavo Turecki (Université McGill) et des chercheurs de l\u2019Icahn School of Medicine at Mount Sinai (New York) et du Trinity College (Dublin).Les deux races de souris utilisées pour étudier l'effet du stress chronique QUÉBEC SCIENCE 32 JANVIER - FÉVRIER 2019 LES 10 DÉCOUVERTES DE L'ANNÉE P H O T O S : O L I V I E R S A N C H E PHYSIQUE Au commencement, il y avait.DES ÉLECTRONS Q ui a dit que radiothérapie et astrobiolo- gie n\u2019avaient rien à voir ?Sûrement pas Léon Sanche.Depuis plus de 40 ans, ce chercheur de l\u2019Université de Sherbrooke se consacre à l\u2019étude des électrons secondaires, qui sont produits en très grand nombre lors de rayonnements ionisants ?comme ces rayons qu\u2019on utilise en radiothérapie pour détruire les cellules cancéreuses.Ce n\u2019est que récemment que les applications de ses travaux dans la quête des origines de la vie lui ont sauté aux yeux.Lorsque des rayons ionisants (par exemple des rayons X) atteignent une molécule, ils lui arrachent un ou plusieurs électrons, ce qui la rend instable ; et les électrons éjectés partent en tous sens et peuvent à leur tour interagir avec d\u2019autres molécules.Les travaux de Léon Sanche, qui est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en science des radiations, lui ont notamment permis de quanti?er les dommages causés à l\u2019ADN de cellules cancéreuses par ces électrons secondaires de basse énergie ?moins de 30 électronvolts comparativement à des millions pour des électrons primaires.Le physicien et son équipe ont démontré que de tels électrons de basse énergie peuvent, dans certaines conditions ?environnement cryogénique, près du zéro absolu (-273,15 °C) ?créer des molécules propices à l\u2019apparition de la vie (ou pré- biotiques).Pour ce faire, ils ont suivi un raisonnement inverse à celui appliqué aux recherches sur la radiothérapie.« Nous sommes partis de molécules très simples relativement communes dans l\u2019espace, comme le méthane, l\u2019ammoniac et le dioxyde de carbone.Puis, nous les avons irradiées d\u2019électrons secondaires à des doses semblables à celles du rayonnement cosmique émis par le Soleil », explique Léon Sanche.Au lieu d\u2019utiliser les électrons pour détruire de grosses molécules, on force des petites à s\u2019associer pour former des composés plus gros.L\u2019expérience a impliqué de bombarder des grains gelés de molécules simples à l\u2019aide d\u2019électrons secondaires dans une enceinte à hypervide, qui permet d'atteindre une très basse pression analogue à celle qu\u2019il y a dans l\u2019espace.Le but : déclencher des réactions chimiques à la surface des solides de glace et analyser les nouvelles molécules ainsi constituées.À sa grande surprise, Léon Sanche a découvert des molécules complexes, apparentées à celles qu\u2019on trouve dans les systèmes vivants.Comme la glycine, un acide aminé nécessaire à la structure des protéines et qui a déjà été repéré sur des météorites et satellites de notre système solaire.« Pour être honnête, je ne pensais pas que l\u2019expérience irait jusqu\u2019à produire un acide aminé.Nous ignorons pour l\u2019instant quelle est la nature de la réaction qui a permis cet exploit.Tout ce que nous savons, c\u2019est que les électrons de basse énergie sont capables de former des molécules prébiotiques, ce qui n\u2019avait jamais été vu auparavant », souligne celui qui a publié ses résultats dans The Journal of Chemical Physics.Prochaine étape : mettre au jour d\u2019autres molécules de vie dans des conditions semblables, tels les sucres et les groupements phosphates de l\u2019ADN.« Si nous les observons, nous y serons : nous aurons en quelque sorte le début de l\u2019équation, le commencement qui permettra ensuite de concevoir l\u2019apparition de la vie sur Terre », pense le chercheur.lQS /// Ont aussi participé à la découverte : Sasan Esmaili, Andrew Bass, Pierre Cloutier et Michael Huels, de l\u2019Université de Sherbrooke.LA DÉCOUVERTE DE MOLÉCULES COMPLEXES DANS UN ENVIRONNEMENT REPRODUISANT L'HOSTILITÉ DE L\u2019ESPACE DONNE DES PISTES SUR LA FAÇON DONT LA VIE POURRAIT AVOIR ÉMERGÉ SUR TERRE.Par Maxime Bilodeau QUÉBEC SCIENCE 33 JANVIER - FÉVRIER 2019 1 3 Le professeur Léon Sanche à côté d\u2019un appareil unique en son genre conçu à l\u2019Université de Sherbrooke pour étudier le comportement des électrons de basse énergie.Le laboratoire de M.Sanche comprend neuf autres machines similaires.Cet appareil est muni de cryostats, ce qui permet d\u2019atteindre des températures semblables à celles qui règnent dans l\u2019espace interstellaire.L\u2019analyse de certains dommages induits par les électrons de basse énergie dans trois échantillons d\u2019ADN. Photo : Peter Sutherland et l\u2019équipe BicWin Bravo au professeur en océanographie physique à l\u2019UQAR-ISMER Dany Dumont pour sa nomination aux 10 Découvertes de l'année.L'UQAR parmi les meilleures universités au Canada en recherche Année après année, les chercheuses et chercheurs de l\u2019UQAR s\u2019illustrent parmi les meilleurs au pays et la qualité de leurs travaux est reconnue à l\u2019échelle nationale et internationale.Cette constance de l\u2019UQAR illustre que l\u2019excellence en recherche n\u2019a pas d\u2019adresse.Pour une huitième année consécutive, l\u2019Université du Québec à Rimouski est la seule université québécoise offrant majoritairement des programmes de premier cycle à faire partie du top 5 des universités de l\u2019année selon la firme indépendante RE$EARCH Infosource Inc.des universités en recherche au Canada depuis 2011 INRS UNIVERSITÉ DE RECHERCHE université au Québec en intensité de recherche oa 232 bi \"2 .| Ve Te ; ) per % + | \u20ac Ë A \u2014 nS L'INRS se classe en tête des universités québécoises et au troisième rang canadien pour son financement par professeur.Félicitations à nos professeur(e)s, à nos étudiant(e)s de maîtrise et de doctorat ainsi qu'à \u2018 | nos équipes qui innovent par la recherche et forment les leaders scientifiques de demain.Source : Canadas Top 50 Research Universities 2018 - Research Infosource A | N RS CA QUÉBEC SCIENCE 36 JANVIER - FÉVRIER 2019 LES 10 DÉCOUVERTES DE L'ANNÉE P H O T O S : S A M P A D A B O D K H E ; H O N G Q I U W E GÉNIE MÉCANIQUE Un capteur qui s\u2019étend comme du dentifrice IMPRIMÉ SUR UN CHANDAIL, CE CAPTEUR DE MOUVEMENTS NE REQUIERT NI PILE NI ASSEMBLAGE POUR SUIVRE LE RYTHME DE NOTRE RESPIRATION.Par Etienne Plamondon Emond T eeshirts, maillots et sous-vêtements qui enregistrent le rythme cardiaque, la respiration, la position de celui ou celle qui les portent ; la tendance est aux vêtements intelligents.Mais ils viennent avec un « accessoire » : une encombrante pile qu\u2019il faut recharger régulièrement.Ils pourraient toutefois s\u2019en départir bientôt grâce à un capteur de mouvements qui se passe de source d\u2019énergie extérieure, mis au point dans les laboratoires de Polytechnique Montréal.Pour relever ce pari, l\u2019équipe de recherche a eu recours à un matériau piézoélectrique, c\u2019est-à-dire qui a la propriété de produire de l\u2019énergie électrique lorsqu\u2019il est déformé.Depuis plusieurs années, le laboratoire de Daniel Therriault, au Département de génie mécanique de Polytechnique Montréal, s\u2019emploie à adapter ce genre de matériaux aux procédés d\u2019impression 3D.C\u2019est le cas du polymère constitué de nanoparti- cules de céramique qui a été utilisé dans cette percée.Mais pour capter et faire passer le courant électrique créé par le matériau piézoélectrique, des électrodes devaient être assemblées de part et d\u2019autre.A?n de réduire le nombre d\u2019étapes de fabrication, les chercheurs se sont tournés vers une pâte composée de nanoparticules d\u2019argent qui présentait les propriétés conductrices voulues pour jouer le rôle d\u2019électrode.Il restait à faire sortir les deux composants de l\u2019imprimante 3D en un seul morceau, sans les mélanger ! « On s\u2019est inspirés des tubes de dentifrice », explique Daniel Therriault.Plus précisément, de ces tubes qui expulsent une pâte dont les rayures de couleur ne s\u2019entrecroisent pas.Pour arriver au même effet, les chercheurs ont d\u2019abord appliqué deux traits de pâte conductrice sur les parois internes du réservoir de l\u2019imprimante 3D.Ils ont ensuite rempli le réservoir avec la pâte composite contenant le polymère piézoélectrique.« Le grand dé?était de trouver la bonne viscosité pour qu\u2019ils sortent ensemble au même moment », souligne la jeune chercheuse Sampada Bodkhe, dont le capteur constitue l\u2019aboutissement de travaux de doctorat.Après de multiples essais et erreurs, elle a obtenu le résultat espéré : un mince filament imprimé avec deux couleurs bien distinctes, capable d\u2019envoyer par lui-même un signal électrique à la moindre in?exion.Cette avancée a fait l\u2019objet d\u2019une demande de brevet et d\u2019un article dans la revue Advanced Engineering Materials, publié en juillet 2018.« C\u2019est quelque chose qui pourrait être utile à court et moyen terme », juge Daniel Therriault.Pour le prouver, les chercheurs l\u2019ont imprimé sur une genouillère portée par un cycliste sur un vélo stationnaire.Les ondulations du voltage émis par le capteur suivaient, à quelques détails près, le mouvement du genou, ?lmé simultanément par caméra.Pour véri?er la sensibilité de la technologie, l\u2019équipe l\u2019a aussi imprimé sur un chandail à la hauteur du thorax.Les variations dans la fréquence et l\u2019amplitude du voltage enregistré permettaient de déterminer si les respirations du porteur étaient courtes et superficielles ou lentes et profondes.Pour ces expériences, les capteurs étaient branchés directement à un système d\u2019acquisition de données, mais ils pourraient éventuellement s\u2019intégrer à un système sans ?l.L\u2019équipe de Daniel Therriault travaille actuellement à insérer le capteur dans le caoutchouc d\u2019une semelle de chaussure a?n de dénombrer les pas de son utilisateur.Et au-delà des vêtements, le milieu de l\u2019aérospatiale pourrait à long terme béné?cier de la trouvaille.Un drone, voire un avion, serait à même de détecter, à l\u2019aide de capteurs légers intégrés à sa structure, des perturbations dans les conditions de vol ou des dommages sur la structure pour prévenir des accidents.Voilà un « dentifrice » qu\u2019on ne voudra certainement pas remettre dans son tube ! lQS /// Ont aussi participé à la découverte : Frederick P.Gosselin et Clara Noo- nan (Polytechnique Montréal). QUÉBEC SCIENCE 37 JANVIER - FÉVRIER 2019 1 4 Prise de vue microscopique de la pâte composite contenant le polymère piézoélectrique.Les chercheurs ont imprimé le capteur sur un chandail à la hauteur du thorax a?n de véri?er s\u2019il était assez sensible pour enregistrer les respirations du porteur.Le test s\u2019est révélé concluant.Le capteur est l\u2019aboutissement des travaux de doctorat de Sampada Bodkhe. QUÉBEC SCIENCE 38 JANVIER - FÉVRIER 2019 LES 10 DÉCOUVERTES DE L'ANNÉE P H O T O S : U N I V E R S I T É D U N O U V E A U - B R U N S W I C K ; C H A R L E S M A S S I C O T T E FORESTERIE L es changements climatiques nous font craindre le pire, mais certaines régions du globe pourraient s\u2019en tirer à bon compte.« Dans le nord du Québec, la saison de croissance des arbres est très courte.Si elle commence quelques semaines plus tôt à cause d\u2019une augmentation de la température de deux degrés Celsius, on prédit que ce sera bénéfique pour la productivité de la forêt », soutient le chercheur Loïc D\u2019Orangeville.En l\u2019absence d\u2019autres perturbations, cette productivité pourrait carrément augmenter de 13 %.Du même coup, cela devrait contrebalancer la situation plus au sud, où les végétaux de la forêt boréale risquent de souffrir grandement du manque d\u2019eau, malgré un allongement de la période de croissance pour eux aussi.Mais il faut demeurer sous le seuil des deux degrés, prévient le biologiste.Au-delà, tout risque de basculer.« Ce ne sera vraiment pas une bonne nouvelle pour notre forêt boréale si l\u2019on dépasse ce seuil.Dans nos simulations, on remarque que la ligne entre la zone qui est en déclin au sud et celle qui est favorisée au nord monte vers le nord à mesure que la température se réchauffe », explique le chercheur, qui a publié ces conclusions dans Nature Communications alors qu\u2019il terminait son postdoctorat à l\u2019Université du Québec à Montréal.Ainsi, si le réchauffement atteint trois degrés Celsius, les arbres situés au nord ne seront plus assez nombreux pour compenser les pertes subies au sud.Si Loïc D\u2019Orangeville a réussi à brosser un tableau aussi précis de l\u2019avenir de la forêt boréale, c\u2019est qu\u2019il a pu béné?- cier d\u2019une base de données colossale : 270 000 échantillons d\u2019arbres recueillis sans interruption depuis 40 ans par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.Ces milliers de spécimens sont les témoins privilégiés de la façon dont les températures, les précipitations et les sécheresses des dernières décennies ont in?ué sur la croissance de nos principales essences boréales.Les hauts et les bas de la forêt boréale VASTE, MAJESTUEUSE, PRODUCTIVE : LA FORÊT BORÉALE EST UN JOYAU DU QUÉBEC.UNE ÉTUDE BROSSE UN TABLEAU PRÉCIS DE SON AVENIR À L\u2019HEURE DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE.CE QU\u2019ON Y LIT A DE QUOI NOUS RÉJOUIR\u2026 ET NOUS INQUIÉTER.Par Laurie Noreau Le biologiste Loïc D\u2019Orangeville a brossé un tableau précis de l\u2019avenir de la forêt boréale québécoise. QUÉBEC SCIENCE 39 JANVIER - FÉVRIER 2019 1 5 À partir de ces carottes prélevées dans les troncs des arbres, il a pu observer leurs cernes de croissance et associer les variations de croissance aux ?uctuations climatiques des 40 dernières années.« Nous avons désigné les conditions climatiques idéales pour la croissance de six espèces d\u2019arbres », dit celui qui est aujourd\u2019hui professeur à l\u2019Université du Nouveau-Brunswick et chercheur au Centre d\u2019étude de la forêt.Constat : tous les arbres ne sont pas égaux face aux changements climatiques annoncés.Cette analyse du passé révèle que certaines essences, comme l\u2019épinette blanche, sont très sensibles aux variations de température, alors que les changements dans les précipitations ont peu d\u2019effets sur elles.À l\u2019opposé, l\u2019épinette noire est extrêmement vulnérable, qu\u2019on fasse osciller le thermomètre ou le régime de précipitations.« Cela permet de déterminer la sensibilité de chacune des essences aux variations de la température ou des précipitations.À partir des modèles climatiques, on peut savoir si une espèce connaîtra une hausse ou une baisse de sa croissance et dans quelles proportions », mentionne Loïc D\u2019Orangeville.Des données cruciales qui ne sont pourtant pas prises en considération dans les mesures d\u2019aménagement des forêts à l\u2019heure actuelle.Le chercheur souhaite combler ce vide en créant un « guide de survie » pour les forêts, ce qui ouvrirait la porte à de meilleures prévisions de la production de bois.L\u2019incertitude reste toutefois le plus grand dé?, car elle implique de prédire un bouleversement climatique pour une culture qui sera récoltée dans 50 ans ! Ce n\u2019est assurément pas dans une boule de cristal qu\u2019on trouvera la réponse.lQS /// Ont aussi participé à la découverte : Louis Duchesne et Daniel Houle, du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (M.Houle fait également partie du consortium Ouranos), Richard P.Phillips (Université de l\u2019Indiana), Yves Berge- ron (Université du Québec en Abitibi- Témiscamingue) et Daniel Kneeshaw (Université du Québec à Montréal). QUÉBEC SCIENCE 40 JANVIER - FÉVRIER 2019 LES 10 DÉCOUVERTES DE L'ANNÉE MÉDECINE Traquer les cancers silencieux ENSEMBLE, LES CANCERS DE L\u2019UTÉRUS ET DE L\u2019OVAIRE SONT LES TROISIÈMES POUR CE QUI EST DE L\u2019INCIDENCE ET DE LA MORTALITÉ CHEZ LES FEMMES.ENCORE AUJOURD\u2019HUI, ILS SONT DIFFICILES À DÉPISTER AVANT QU\u2019IL SOIT TROP TARD\u2026 MAIS LES CHOSES POURRAIENT BIENTÔT CHANGER.Par Renaud Manuguerra-Gagné L orsqu\u2019on demande à Lucy Gilbert son avis sur le traitement actuel des cancers de l\u2019utérus et de l\u2019ovaire, la directrice du service de gynécologie oncologique du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) est catégorique : « C\u2019est inacceptable qu\u2019en 2018 nous ayons le même taux de guérison qu\u2019il y a 25 ans ! Très peu de secteurs ont aussi peu évolué.» Sa réaction n\u2019a rien d\u2019étonnant.À l\u2019heure actuelle, il n\u2019existe aucun test de dépistage ?able pour ces cancers chez les femmes qui n\u2019en présentent pas les symptômes.Et même lorsque ces symptômes apparaissent, ils demeurent vagues et facilitent peu le diagnostic.« Ce sont des problèmes digestifs ou urinaires, pas gynécologiques, poursuit la médecin.Le temps que la patiente soit redirigée en gynécologie, le cancer a le temps de se développer.» Dans ces cas-là, il est possible d\u2019évaluer les risques avec une échographie ou par des tests sanguins.Toutefois, ces derniers ne permettent pas de diagnostic clair et ils entraînent beaucoup de faux positifs.« Après avoir expliqué la situation aux patientes, on leur propose l\u2019ablation de l\u2019utérus et des ovaires, dit le Dr Kris Jardon, chercheur et gynécologue-oncologue au CUSM.C\u2019est uniquement après qu\u2019on pourra con?rmer s\u2019il y avait un cancer.Celui-ci est alors souvent à un stade avancé et a progressé, ce qui nécessite un traitement par chimiothérapie.» Ces interventions offrent un taux de survie de seulement 40 % ?un chiffre qui a peu bougé au cours des dernières décennies.Pour les deux médecins, la solution Une brosse Tao, un instrument grâce auquel on peut prélever des cellules directement dans l\u2019utérus, au plus près de la tumeur, sans contamination par d\u2019autres cellules du col. QUÉBEC SCIENCE 41 JANVIER - FÉVRIER 2019 1 6 P H O T O S : J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N serait de dépister la maladie à un stade précoce.Et après des années de travail, ils touchent presque au but.Leurs travaux ont mené à l\u2019élaboration d\u2019un test baptisé « PapSEEK », qui consiste en l\u2019analyse génétique d\u2019un prélèvement de cellules de la paroi utérine, une procédure semblable au test Pap lors d\u2019un examen gynécologique.Le PapSEEK permet de détecter la présence de mutations dans les cellules de l\u2019ovaire et de l\u2019endomètre.À ce jour, 18 gènes ont été associés de façon signi?cative aux cancers de l\u2019utérus et de l\u2019ovaire.Ils rendent possible le repérage des cellules anormales avant que la maladie s\u2019aggrave\u2026 mais encore faut-il prélever des cellules à proximité de la tumeur.C\u2019est ici que les chercheurs de l\u2019Institut de recherche du CUSM ont eu l\u2019idée d\u2019employer la brosse Tao.« Cette brosse permet de prélever des cellules directement dans l\u2019utérus, au plus près de la tumeur, sans qu\u2019elle soit contaminée par d\u2019autres cellules du col », explique le Dr Jardon.En comparant les échantillons obtenus chez des patientes qui avaient déjà reçu un diagnostic de cancer avec ceux recueillis chez des femmes en santé, les chercheurs sont parvenus à détecter jusqu\u2019à 93 % des cas de cancers de l\u2019utérus et 45 % de ceux de l\u2019ovaire, et ce, sans aucun faux positif.Une première pour une technique non invasive ! L\u2019équipe a fait connaître ses résultats dans la revue Science Translational Medicine.Malgré ce succès, il reste bien du travail à accomplir.« La détection d\u2019une ou deux mutations sur les 18 gènes ne veut pas dire que vous avez un cancer, mentionne la Dre Gilbert.Ces mutations peuvent apparaître dans d\u2019autres situations, surtout chez les femmes plus âgées.La prochaine étape consistera à mettre au jour une signature génétique spéci?que à ces cancers pour repérer les femmes qui ont vraiment besoin d\u2019une chirurgie.» lQS /// Ont aussi participé à la découverte : Xing Zeng, Jocelyne Arseneau et Lili Fu, du CUSM, ainsi que des chercheurs de la Johns Hopkins University School of Medicine, de l\u2019Université de Göteborg, du Rigshospitalet de Copenhague et de l\u2019Hôpital universitaire d\u2019Odense.La Dre Lucy Gilbert entourée de ses collègues les Drs Xing Zeng et Kris Jardon, qui ont collaboré étroitement à l\u2019élaboration du test PapSEEK. QUÉBEC SCIENCE 42 JANVIER - FÉVRIER 2019 LES 10 DÉCOUVERTES DE L'ANNÉE GÉOLOGIE P H O T O : I C H I K O S U G I Y A M A La Terre sur pause IL Y A DES LUSTRES, LA TERRE S\u2019EST ENDORMIE PENDANT UN MILLIARD D\u2019ANNÉES.ON VIENT DE DÉMONTRER QUE LA VIE Y A ALORS PERDU DES PLUMES.Par Joël Leblanc équipe de Galen Halverson se passionne pour l\u2019une des périodes les moins palpitantes de l\u2019histoire de la Terre ; on la surnomme le « milliard ennuyeux ».« C\u2019est une longue \u201cpause\u201d qui a duré de 1,8 milliard d\u2019années à 0,8 milliard d\u2019années avant aujourd\u2019hui, explique le géologue dans son bureau de l\u2019Université McGill.Les archives géologiques montrent que, pendant cette pause, une étonnante stabilité régnait : environnementale, évolutive, tectonique, climatique\u2026 La Terre s\u2019est pour ainsi dire ?gée.C\u2019est un des grands mystères de la géologie.» Pour en apprendre un peu plus sur ce pan de l\u2019histoire terrestre, ses collègues et lui ont étudié une formation rocheuse constituée par l\u2019accumulation de sédiments au fond d\u2019un lac, à présent asséché, pendant cette époque « ennuyeuse ».Elle se trouve au cœur de l\u2019Ontario, dans une unité géologique appelée Sibley, près de Thunder Bay, sur la rive nord du lac Supérieur.Les couches sédimentaires qui la composent contiennent des sulfates.Que nous apprennent ces minéraux ?« Lorsqu\u2019ils se sont formés, les sulfates de Sibley ont séquestré un échantillon de l\u2019oxygène qui se trouvait dans l\u2019atmosphère de la Terre il y a 1,4 milliard d\u2019années, raconte le chercheur.Notre dé?a été de prélever les sédiments sans les contaminer et d\u2019analyser en laboratoire l\u2019oxygène qu\u2019ils contenaient.» Jamais un échantillon d\u2019oxygène si ancien n\u2019avait été analysé de cette façon, une besogne accomplie par le doctorant Peter Crockford.Ils ont découvert que seule une petite partie de cet oxygène était le fruit de la photosynthèse menée par des organismes vivants, qui se résumaient alors aux bactéries.Ces résultats, publiés dans la revue Nature, révèlent que la vie était plutôt timide sur Terre à ce moment-là.La productivité primaire, c\u2019est-à-dire la quantité de matière organique que les bactéries produisaient par photosynthèse, ne représentait que 6 % de ce qu\u2019elle est actuellement.Pour déterminer la part d\u2019oxygène créée par les microorganismes qui peuplaient la Terre, les chercheurs ont dû départager les isotopes de l\u2019oxygène présents dans les sulfates.Car il existe trois versions stables de l\u2019atome d\u2019oxygène : l\u2019oxygène-16, le 17 et le 18, le nombre indiquant la quantité de neutrons et de protons dans le noyau.Le 16O représente 99,75 % de tout l\u2019oxygène qui se trouve sur Terre, tandis que le 17O et le 18O complètent la tarte avec respectivement 0,04 % et 0,21 %.Le dioxygène (O 2 , celui qu\u2019on respire), qui se forme dans la stratosphère, est un peu plus riche en 16O, tandis que les deux autres isotopes sont en proportions un peu plus grandes dans l\u2019ozone (O 3 ).Quant aux organismes photosynthétiques, le dioxy- gène qu\u2019ils fabriquent contient les trois isotopes dans leurs proportions normales.En évaluant les ratios des isotopes dans les sulfates de Sibley, l\u2019équipe mesurait donc indirectement les proportions issues de chaque source.« Nous avons vu qu\u2019il y avait une surabondance relative de 16O, donc d\u2019oxygène provenant de la stratosphère », résume le professeur Halverson, mentionnant que les bactéries libéraient alors forcément moins d\u2019oxygène par photosynthèse.Cela peut paraître une évidence, compte tenu du fait que les organismes vivants étaient moins nombreux que maintenant.L\u2019 QUÉBEC SCIENCE 43 JANVIER - FÉVRIER 2019 1 7 ause bv Mais il faut savoir que, avant le milliard ennuyeux, il y a environ 3,5 milliards d\u2019années, les premiers organismes pho- tosynthétiques arrivaient à produire plus d\u2019oxygène, comme l\u2019indiquent de nombreux gisements de fer dont l\u2019oxydation remonte à cette époque.Et après ce milliard d\u2019années de surplace, les premiers êtres multicellulaires ont pu faire leur apparition parce qu\u2019il y avait encore plus d\u2019oxygène.Entre les deux, les géologues se doutaient bien que la vie avait connu un recul et tourné au ralenti.C\u2019est maintenant chose confirmée et mesurée.Avec un degré de précision impressionnant pour des archives géochimiques si anciennes.lQS /// Ont aussi participé à la découverte : Thi Hao Bui, de l\u2019Université McGill, ainsi que des chercheurs de l\u2019Institut Weizmann des sciences d\u2019Israël, de l\u2019Université de Princeton, de l\u2019Université Rice, de l\u2019Université d\u2019État de Louisiane, de l\u2019Université de Pékin, de l\u2019Université Yale, de l\u2019Université de Californie à Riverside, de l\u2019Université Lakehead à Thunder Bay et de l\u2019Université du Colorado à Boulder.Le doctorant Peter Crockford a analysé l\u2019oxygène séquestré dans la roche il y a 1,4 milliard d\u2019années. QUÉBEC SCIENCE 44 JANVIER - FÉVRIER 2019 LES 10 DÉCOUVERTES DE L'ANNÉE BIOCHIMIE P H O T O S : J E A N - F R É D É R I C O L I V I E R ; S H U T T E R S T O C K Protéger le cerveau contre la malaria UNE MOLÉCULE DÉRIVÉE D\u2019UNE PLANTE COMBAT LA MALARIA SUR DEUX FRONTS : EN PLUS DE S\u2019EN PRENDRE AU PARASITE, ELLE POURRAIT DEVENIR LE PREMIER TRAITEMENT CONTRE L\u2019UNE DE SES COMPLICATIONS LES LUS DANGEREUSES.Par Renaud Manuguerra- Gagné P lasmodium falci- parum, dangereux représentant de la famille des parasites qui causent la malaria, est un spécialiste du système immunitaire humain.Se glissant au cœur de nos globules rouges, il infecte chaque année plus de 200 millions de personnes grâce au coup de pouce de certains moustiques.« C\u2019est un parasite extrêmement bien adapté pour infecter l\u2019humain, explique David Langlais, professeur adjoint au Département de génétique humaine de l\u2019Université McGill.Il a évolué à nos côtés sur une très longue période de temps.» L\u2019infection culmine avec la destruction de nos globules rouges, entraînant de fortes ?èvres et de l\u2019anémie.Il est possible de prévenir la malaria \u2013 ou paludisme \u2013 par la prise d\u2019antipaludiques ; ces mêmes médicaments sont utilisés à fortes doses pour traiter l\u2019infection.Or, bien que les complications de la malaria soient statistiquement rares, la quantité phénoménale de nouvelles infections entraîne quand même des centaines de milliers de décès chaque année.Et la complication la plus dangereuse reste le neuropaludisme, une in?ammation fulgurante du cerveau.« On ne sait pas pourquoi certaines personnes souffrent de cette complication, dit Philippe Gros, chercheur au Département de biochimie de l\u2019Université McGill.Des globules rouges infectés semblent se coincer dans les vaisseaux capillaires qui alimentent le cerveau et déclenchent une importante réaction in?ammatoire.» En quelques heures ou quelques jours, un grave œdème cérébral, pour lequel il n\u2019existe pratiquement aucun traitement, terrasse le patient.Le taux de mortalité est de 40 % et les victimes sont essentiellement des enfants.De plus, jusqu\u2019à 30 % des survivants en gardent des séquelles neurologiques permanentes, telles que des dé?cits d\u2019apprentissage ou des réductions des fonctions motrices.« Notre système immunitaire est l\u2019un des principaux responsables de cette réaction, indique David Langlais.Chez des souris transgéniques, on a déjà montré que le retrait de certains gènes liés à l\u2019immunité conférait une résistance au neuropaludisme.On cherchait une molécule capable du même résultat.» Cette molécule tant espérée leur a été suggérée par un de leurs collègues, le professeur Jerry Pelletier, du Département de biochimie de l\u2019Université McGill.Ce dernier étudiait les rocaglates, une classe de molécules dérivées de petits arbustes tropicaux de la famille des aglaïa et qui ont la capacité de bloquer la synthèse des protéines.Même s\u2019il s\u2019y intéressait pour leur rôle dans le traitement du cancer, les mécanismes qu\u2019il a cernés peuvent aussi bien être en cause dans une réaction in- ?ammatoire que dans l\u2019activité des parasites responsables de la malaria. QUÉBEC SCIENCE 45 JANVIER - FÉVRIER 2019 1 8 Les Drs David Langlais et Philippe Gros Un enfant meurt du paludisme toutes les deux minutes en moyenne dans le monde.En testant cette molécule sur leurs modèles de neuropaludisme, les chercheurs ont fait une découverte remarquable : une dose unique, administrée dès l\u2019apparition des symptômes, augmentait de façon marquée le taux de survie des souris atteintes.Autre victoire : en plus de cibler la réaction in?ammatoire, la molécule attaque le parasite lui-même ! Ces conclusions ont été publiées dans Proceedings of the National Academy of Sciences en mars 2018.« Après le traitement, le nombre de parasites décroît autant chez les souris que dans des globules rouges humains infectés en laboratoire, souligne David Langlais.Le rocaglate fonctionne même avec des souches de parasites résistant habituellement aux médicaments antipaludiques.On ne sait pas s\u2019il tue le parasite ou s\u2019il ralentit sa prolifération, mais son mode d\u2019action diffère totalement des traitements classiques.» « Il reste énormément de travail à faire avant que cette découverte devienne un outil thérapeutique », fait observer Philippe Gros.Tester un nouvel antipaludique est très dif?cile, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une complication potentiellement mortelle qui touche des enfants.Malgré tout, les chercheurs sont déjà au travail pour mettre au jour des molécules encore plus ef?caces, dérivées des roca- glates.Une avancée qui pourrait changer le destin de centaines de milliers d\u2019enfants au cours de la prochaine décennie.lQS /// Ont aussi participé à la découverte : Regina Cencic, Neda Moradin, James M.Kennedy, Michael J.Tarry et Martin Schmeing, de l\u2019Université McGill, ainsi que des chercheurs de l\u2019Université de Boston, dont John Porco, et de l\u2019Université de Toronto, dont Kevin Kain. QUÉBEC SCIENCE 46 JANVIER - FÉVRIER 2019 LES 10 DÉCOUVERTES DE L'ANNÉE P H O T O S : S A M U E L B E A U L I E U , A N T O I N E C O M B Y E T Y A N N M A I R E S S E PHYSIQUE À 10 attosecondes près À l\u2019Université de Bordeaux, chercheurs et étudiants se sont habitués à l\u2019odeur de camphre qui envahissait parfois les couloirs du Centre Lasers intenses et applications.C\u2019est le doctorant québécois Samuel Beaulieu qui était à l\u2019origine de ces ef?uves ; il ne soignait pourtant aucun rhume.« Je travaillais sur la chiralité, explique le jeune chercheur, maintenant à l\u2019Institut Fritz-Haber de Berlin.Un composé chiral est un peu comme la main humaine : ses molécules existent en deux versions.» Dans les deux versions, l\u2019assemblage des atomes est le même, mais la con?guration tridimensionnelle est inversée à un endroit de la molécule.C\u2019est le cas notamment des molécules de camphre, qui sont un peu comme nos mains : certaines sont « gauchères », d\u2019autres sont « droitières », image miroir l\u2019une de l\u2019autre.Bien souvent, la chiralité ne change rien aux propriétés chimiques des substances.Le camphre sent le camphre, quel qu\u2019il soit.Mais parfois elle change tout.Les molécules « miroirs » de certains médicaments peuvent avoir des effets biochimiques très différents.« En pharmacologie, continue Samuel Beaulieu, il est primordial de distinguer les versions de certaines molécules.L\u2019ingrédient actif du Vicks, par exemple, est un décongestionnant nasal.Mais la \u201cmauvaise\u201d version du même composé est une drogue dangereuse : la méthamphétamine.» Ainsi, les molécules chirales ne sont pas toujours de parfaits clones.À preuve, elles réagissent différemment lorsqu\u2019on les percute avec un laser, une méthode qui permet de les ioniser, c\u2019est-à-dire de leur arracher un électron.« Et on sait que, si ce laser est polarisé circulairement et que la molécule est chirale, l\u2019électron sera propulsé plus souvent vers l\u2019avant ou vers l\u2019arrière, selon la version de la molécule.J\u2019ai voulu savoir si ces électrons étaient envoyés aussi rapidement dans une direction que dans l\u2019autre.» Beau dé?: à l\u2019échelle moléculaire, une ionisation est d\u2019une rapidité inimaginable, de l\u2019ordre de l\u2019attoseconde, soit un milliardième de milliardième de seconde.Mais grâce à des équipements de pointe et des impulsions laser ultrabrèves, l\u2019étu- diant-chercheur a pu étudier le phénomène.Un tour de force qui a fait l\u2019objet d\u2019un article dans la revue Science en décembre 2017.À Varennes, au centre Énergie Matériaux Communication de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que, le chimiste et photophysicien François Légaré arpente son laboratoire.Sur d\u2019énormes tables anti- vibrations, au milieu d\u2019une myriade de lentilles et de gros lasers, trône une enceinte métallisée de la taille d\u2019une grosse machine à expresso.« Ce montage est semblable à celui que Samuel avait conçu pour ses expériences, indique celui qui a supervisé les travaux du doctorant, conjointement avec Yann Mairesse à Bordeaux.C\u2019est une chambre à hypervide.À l\u2019intérieur, on crée un vide à peu près total, puis on envoie le camphre sous forme gazeuse par cet injecteur.La lumière polarisée du laser entre ici, par cette fenêtre, et est focalisée dans l\u2019échantillon de camphre.» Des capteurs extrêmement sensibles complètent le montage autour de l\u2019enceinte et servent à détecter les électrons éjectés.« L\u2019impulsion laser est comme le signal de départ d\u2019une course, illustre Samuel Beaulieu.J\u2019ai découvert que, lorsque les électrons partent vers l\u2019avant, ils ont de \u201cmeilleurs ré?exes\u201d : ils s\u2019échappent une dizaine d\u2019attosecondes plus tôt que lorsqu\u2019ils sont projetés vers l\u2019arrière.Et ces résultats s\u2019inversent si on utilise l\u2019autre version de la molécule de camphre.Notre marge d\u2019erreur est de deux attosecondes.» Dix attosecondes, des broutilles ?Dif- ?cile à dire : on ne découvre pas tous les jours une nouvelle propriété fondamentale de la matière.À cette échelle de temps où une seconde ressemble à un milliard d\u2019années, quelques attosecondes ont peut-être plus d\u2019importance qu\u2019on croit.lQS /// Ont aussi participé à la découverte : des chercheurs de l\u2019Université de Bordeaux, de l\u2019Université Pierre et Marie Curie ?Paris 6, de l\u2019Institut Weizmann des sciences d\u2019Israël et du Centre national de la recherche scienti?que (France).CERTAINES MOLÉCULES SONT PARFOIS « GAUCHÈRES », PARFOIS « DROITIÈRES ».EN PLUS DE CETTE BIZARRERIE, ON SAIT MAINTENANT QU\u2019ELLES ONT DES TEMPS DE RÉACTION INÉGAUX LORSQU\u2019ELLES SONT BOMBARDÉES PAR DES LASERS.Par Joël Leblanc QUÉBEC SCIENCE 47 JANVIER - FÉVRIER 2019 1 9 ès Les chercheurs Antoine Comby et Samuel Beaulieu effectuent des réglages ?ns sur l\u2019interféromètre qu\u2019ils ont fabriqué pour réaliser l\u2019expérience.Cette table optique sert à la mise en forme des impulsions laser nécessaires pour compléter l\u2019expérience.Un dispositif utilisé pour la compression d\u2019impulsions laser. QUÉBEC SCIENCE 48 JANVIER - FÉVRIER 2019 LES 10 DÉCOUVERTES DE L'ANNÉE ASTROPHYSIQUE 10 P H O T O S : J O H N N A R V A L I / C I F A R ; N A S A ' S G O D D A R D S P A C E F L I G H T C E N T E R / C I L A B T rès loin d\u2019ici, à environ 130 millions d\u2019années-lumière, deux étoiles à neutrons très massives tournoyaient l\u2019une autour de l\u2019autre de plus en plus vite, déformant l\u2019espace-temps autour d\u2019elles.Cette danse s\u2019est arrêtée brusquement lorsque les deux astres se sont percutés et ont fusionné en une mégaexplosion.À cause de la distance, ce n\u2019est que le 17 août 2017 que les signes de cette collision nous sont parvenus.Ce jour-là, dans son bureau, Daryl Haggard, professeure adjointe à l\u2019Institut spatial de McGill à Montréal, reçoit des alertes courriel à propos de cet évènement capté par les détecteurs d\u2019ondes gravitationnelles LIGO et Virgo (situés aux États-Unis et en Italie).Deux secondes plus tard, le télescope Fermi de la NASA détecte quant à lui un rayonnement gamma soudain.Une question turlupine alors des centaines d\u2019astrophysiciens : s\u2019agit-il d\u2019un seul et même évènement ?Une dizaine d\u2019heures plus tard, ce sont plus de 70 télescopes et instruments de partout sur Terre qui sont dirigés vers la constellation de l\u2019Hydre et qui se mettent à travailler de concert pour trouver l\u2019origine exacte des signaux.Contrairement à la fusion de deux trous noirs, qui ne crée que des ondes gravitationnelles, le choc entre deux étoiles à neutrons produit, en plus, des ondes électromagnétiques ?un sursaut de rayons gamma.« Tous les astrophysiciens étaient impatients d\u2019observer une collision entre étoiles à neutrons, car celles-ci, à la différence des trous noirs, sont composées de matériaux qu\u2019on peut détecter », ajoute-t-elle.Avec l\u2019aide de Melania Nynka et John J.Ruan, chercheurs postdoctoraux à l\u2019Université McGill, Daryl Haggard a pu accéder aux observations du télescope spatial Chandra, spécialisé dans la détection des rayons X.Mais ils n\u2019étaient pas les seuls à vouloir obtenir ces précieuses informations.Deux autres équipes étaient aussi dans la course.« Cela n\u2019arrive pas souvent, mais nous avons publié des analyses similaires et abouti à la même conclusion, ce qui est très important pour valider la découverte », explique l\u2019astrophysicienne, qui a fait paraître ses résultats dans la revue The Astrophysical Journal Letters.Et quelle découverte ! « Non seulement c\u2019est la toute première fois qu\u2019on observe la fusion de deux étoiles à neutrons, mais c\u2019est aussi la première fois que l\u2019on con?rme un évènement cosmique grâce aux ondes gravitationnelles et électromagnétiques ! » s\u2019enthousiasme la chercheuse, qui est consciente que cela représente un jalon dans l\u2019histoire de l\u2019astrophysique.On obtient donc un tableau complet de cette danse binaire, comme si l\u2019on pouvait aussi bien la voir et l\u2019entendre.Un an plus tard, on observait toujours de l\u2019activité sur les lieux de l\u2019explosion, même si, selon des données datant d\u2019août 2018, il n\u2019en restera plus de trace d\u2019ici peu.Le souhait de Daryl Haggard ?Déceler d\u2019autres fusions d\u2019étoiles à neutrons pour con?r- mer ses travaux, mais aussi repérer une collision entre un trou noir et une étoile à neutrons, qui aiderait à approfondir les connaissances sur ces objets célestes.En 2019, qui sait ?lQS Collision d\u2019étoiles UNE ÉQUIPE CANADIENNE ÉTAIT AUX PREMIÈRES LOGES POUR ASSISTER À L\u2019ÉVÈNEMENT LE PLUS ATTENDU EN ASTROPHYSIQUE : LA FUSION DE DEUX ÉTOILES À NEUTRONS.Par Annie Labrecque L\u2019ASTROPHYSICIENNE DARYL HAGGARD oiles NOS CHERCHEURS ONT ENCORE REPOUSSÉ LES LIMITES DE LA SCIENCE L\u2019UNIVERSITÉ MCGILL ET L\u2019INSTITUT DE RECHERCHE DU CENTRE UNIVERSITAIRE DE SANTÉ MCGILL FÉLICITENT LEURS CHERCHEURS ET AUTEURS DE L\u2019UNE DES DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE 2018 DE QUÉBEC SCIENCE.QU\u2019ILS TRAVAILLENT À L\u2019ÉCHELLE CELLULAIRE OU COSMIQUE, NOS CHERCHEURS AMÉLIORENT NOTRE QUALITÉ DE VIE ET NOUS AIDENT À MIEUX COMPRENDRE NOTRE MONDE.STOPPER L\u2019INFLAMMATION CAUSÉE PAR LA MALARIA JERRY PELLETIER (à gauche) et PHILIPPE GROS (au centre), professeurs de biochimie, ainsi que DAVID LANGLAIS, professeur de génétique humaine, ont mis au point un produit végétal qui pourrait sauver un demi-million de vies par année. PETER CROCKFORD, doctorant en sciences de la Terre et des planètes, a dirigé une équipe ayant extrait de sédiments rocheux de l\u2019oxygène vieux de 1,4 milliard d\u2019années.DÉFINIR LA COMPOSITION DE L\u2019ATMOSPHÈRE TERRESTRE AU DÉBUT DE LA VIE ANIMALE L\u2019équipe d\u2019astrophysiciens de la Pre DARYL HAGGARD (à droite) a découvert que les ondes lumineuses résultant d\u2019une collision d\u2019étoiles à neutrons survenue à 138 millions d\u2019années-lumière de la Terre continuent de s\u2019intensi?er.COMPRENDRE CE QUI SE PRODUIT LORSQUE LES OBJETS LES PLUS DENSES DE L\u2019UNIVERS SE HEURTENT Une équipe dirigée par la Dre LUCY GILBERT (au centre) et ses collègues, les DRS KRIS JARDON et ZIGGY ZENG, de l\u2019Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, a mis au point un test très peu invasif permettant de déceler ces cancers gynécologiques plus tôt et de sauver plus de vies.DÉTECTER PLUS RAPIDEMENT LES CANCERS DE L\u2019OVAIRE ET DE L\u2019UTÉRUS SCIENCES QUÉBEC SCIENCE 52 JANVIER - FÉVRIER 2019 Coupe d\u2019une coquille de nautile, en forme de spirale. QUÉBEC SCIENCE 53 JANVIER - FÉVRIER 2019 Le monde est Des chercheurs de diférentes disciplines s\u2019allient pour comprendre les motifs et les formes qui nous entourent.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE b a A nja Geitmann adore les casse-têtes.Mais oubliez les après-midis à chercher les bons morceaux en buvant une tisane : ce sont les cellules en forme de puzzle à la surface des feuilles de certaines plantes qui intéressent la biologiste.« Cette con?guration se crée à partir de cellules assez simples.Regardez la différence sur 18 heures », dit la doyenne de la Faculté des sciences de l\u2019agriculture et de l\u2019environnement de l\u2019Université McGill en montrant des images captées au microscope dans son laboratoire.Sur cette courte période, une cellule hexagonale commence à se déformer pour s\u2019emboîter dans ses voisines.Pour décortiquer la mécanique derrière le phénomène, son équipe utilise des outils de modélisation qui servent habituellement pour les ponts ou les voitures.« On fait des simulations des forces, des composants et des formes pour essayer de comprendre les différentes étapes qui mènent à un agencement multicellulaire qui devient une feuille super complexe.» Pour le moment, son équipe a découvert, à partir de la plante modèle Arabidopsis, que la cellulose et la pectine, présentes dans la paroi cellulaire, jouent un rôle dans cette mystérieuse organisation, tout comme la pression interne de la cellule.Reste que personne ne fournit de plan exact aux cellules pour qu\u2019elles s\u2019agencent joliment dans l\u2019espace, pas même l\u2019ADN ! Voilà un exemple de motif parmi tant et tant d\u2019autres.La structure hexagonale du ?ocon de neige, les rosettes du léopard, les cours d\u2019eau en veinures, la disposition des pétales et l\u2019ondulation des dunes ont également tous une régularité qui ne doit rien au hasard.Et fréquemment, un nouveau cas est « mis au jour » par la science. SCIENCES QUÉBEC SCIENCE 54 JANVIER - FÉVRIER 2019 Les motifs sont partout sur la Terre (et même dans l\u2019espace ; pensons aux galaxies spirales), dans les mondes du vivant comme du non-vivant.« On aime croire que le monde du vivant est particulier ?et il l\u2019est à certains égards ?, mais cela ne l\u2019exempte pas des lois de la physique ! » rappelle le Britannique Philip Ball, auteur du livre Formes et motifs dans la nature : l\u2019ordre caché du monde sous l\u2019apparent chaos, paru en 2016.Ces coquetteries de la nature sont donc un sujet de recherche riche, qui captive à la fois les biologistes, les chimistes, les physiciens, les mathématiciens, les écologistes et les géomorphologues ?et c\u2019est bien ce qui fascine cet ancien éditeur de Nature.Les chercheurs doivent d\u2019ailleurs souvent s\u2019entourer d\u2019équipes multidisciplinaires pour percer les mystères des motifs, car ceux-ci se moquent des frontières.À regarder les ailes d\u2019un papillon, un coquillage ou les ondes de cristallisation d\u2019une agate, une impression de symétrie émerge.« En réalité, c\u2019est tout le contraire ! » souligne M.Ball, interrogé par Skype.Il tourne son regard vers la fenêtre pour trouver un exemple étayant son propos.« Un élément véritablement symétrique est uniforme et sans particularité, ce qui n\u2019a rien à voir avec l\u2019un des motifs les plus communs et les plus riches dans la nature : l\u2019arbre.En l\u2019observant, on détecte une certaine organisation, qui se répète encore et encore, sur une échelle de plus en plus petite.C\u2019est la même structure à la fois désorganisée et régulière qu\u2019un réseau de rivières, que nos poumons et que nos vaisseaux sanguins.» Il s\u2019agit de fractales, un terme qui vient d\u2019ailleurs du latin « brisé », « irrégulier ».LE SENS DE L\u2019AUTOORGANISATION Stephen Morris s\u2019avoue obsédé par ces « ruptures de symétrie ».Ce professeur de géophysique de l\u2019Université de Toronto en fait même des photos léchées qu\u2019il présente dans des expositions artistiques.« J\u2019appelle ça de l\u2019art nerd », rigole celui qui alimente un compte Flickr depuis plusieurs années.Et il a d\u2019autres talents inusités, comme lire dans les craquelures de la boue séchée et dans les rides des glaçons.Il peut notamment dire que telle ?ssure est arrivée avant telle autre dans un couvert de boue ; les nouvelles fentes se courbent pour se greffer à une ancienne à angle droit, formant ainsi un T.Quant aux glaçons, qu\u2019il fait « pousser » en laboratoire pour mieux les étudier, l\u2019amplitude de leurs ridules est liée à la présence d\u2019impuretés dans l\u2019eau, a découvert le chercheur au ?l de ses travaux, qui ont mené à la création de l\u2019Icicle Atlas.Il adore faire des expériences de formation de motifs, car il se sent alors « comme un magicien qui sort un lapin de son chapeau ».Mais l\u2019effet de surprise est le même dans la nature.« Bien que l\u2019on connaisse les forces en jeu, le résultat n\u2019est pas évident.Rien dans le vent ou dans les grains de sable ne ressemble à une courbe, mais quand on combine les deux, le sable s\u2019organise en ondulations qui sont beaucoup plus grandes que les grains et qui ne sont pas liées aux propriétés du vent.» La dynamique des structures en motifs est généralement non linéaire, en ce sens que les forces en action doivent atteindre une certaine valeur, dépasser un seuil critique pour que ceux-ci apparaissent spontanément, ajoute M.Morris.Un exemple figurant sur sa chaîne YouTube vaut mille mots (pour le voir : quebecscience.qc.ca/sciences/motifs).Un sirop est versé sur une espèce de tapis roulant.Quand le tapis ?le à bonne vitesse, le sirop (qui pourrait être du miel) se dépose en ligne droite.Quand le tapis ralentit jusqu\u2019à un point particulier, un dessin apparaît, d\u2019abord de simples vagues puis, quand la surface perd de la vitesse, des sortes de lettres attachées.À la ?n de l\u2019expérience, le sirop dessine carrément des boucles ! Pour faire la lumière sur ces systèmes, les mathématiques sont utiles.Existe-t-il une théorie universelle ?« Il n\u2019y a pas un seul modèle qui explique tous les motifs, bien que les modèles soient tous liés », dit le géomorphologue.1 2 3 4 5 P h o t o s : S .M o r r i s ; P a v e m e n t c e l l s 2 ; G e i t m a n n L a b ; F .H a u d i n QUÉBEC SCIENCE 55 JANVIER - FÉVRIER 2019 D\u2019ailleurs, les équations qui décrivent la forme des bulles de savon peuvent servir à l\u2019étude de la formation des trous noirs ! Et celles qui dépeignent les rubans de nuages ou des pelages animaux présentent également des points communs.« Quand la nature doit briser une symétrie, il y a un nombre ?ni de manières de faire, résume Anne De Wit, directrice de l\u2019Unité de chimie physique non linéaire de l\u2019Université libre de Bruxelles.Ainsi, pour paver une surface, des carrés, des hexagones ou des bandes feront l\u2019affaire, mais pas des pentagones.» LA CHIMIE FAIT DES FOLIES L\u2019un des modèles fameux expliquant l\u2019apparition des motifs date de 1952 et a été publié par le mathématicien britannique Alan Turing, mieux connu pour son immense contribution en informatique.Au cours de son doctorat, au tournant de 1990, Anne De Wit a justement collaboré avec l\u2019équipe qui a fait la première démonstration expérimentale des motifs à la Turing.Que prévoit, au juste, le modèle d\u2019Alan Turing ?Dans son article, le mathématicien s\u2019intéresse particulièrement au monde du vivant.Il af?rme que les systèmes homogènes, comme un groupe de cellules en tout point semblables, voient leur symétrie brisée sous l\u2019effet de deux réactifs qui interagissent et se diffusent à des rythmes différents.Bref, ce serait les variations de concentrations chimiques qui donneraient lieu à des organisations spatiales si particulières ; le mathématicien cite un motif tacheté ou encore la disposition régulière des feuilles de l\u2019aspérule odorante autour de la tige.Tout cela était bien beau sur papier, mais cette théorie n\u2019a été prouvée qu\u2019en 1989 grâce à une réaction CIMA (un mélange de chlorite, d\u2019iodure et d\u2019acide malonique) additionnée d\u2019amidon.Au lieu de se mélanger de façon homogène, les substances se sont structurées pour créer des hexagones et des rouleaux.« C\u2019était pour moi une réconciliation de la chimie avec la vie, raconte Anne De Wit.Car dans les cursus de chimie, on nous apprend cette espèce de dogme que tout système ?nit par évoluer vers l\u2019équilibre, ce qui est en contradiction avec la nature autour de nous.L\u2019uniformité, chez les êtres vivants, c\u2019est la mort ! » Les équations d\u2019Alan Turing suscitent encore beaucoup d\u2019intérêt, pour des systèmes autant chimiques que physiques ou biologiques.Elles sont utilisées par exemple pour comprendre la distribution spatiale des proies et des prédateurs dans un écosystème, pour décrire des nanostructures de semi-conducteurs et pour expliquer ces étranges formations végétales nommées « cercles de fée » en Namibie et en Australie.Pour con?rmer les idées d\u2019Alan Turing expérimentalement chez un animal, il a fallu attendre 2012, quand des chercheurs du King\u2019s College de Londres ont joué avec les ondulations du palais chez des souris.En modulant les morphogènes (le facteur de croissance des ?broblastes et la protéine Sonic Hedgedog dans ce cas-ci), ils ont réussi à modi?er son agencement de rayures.Anne De Wit continue à s\u2019intéresser aux systèmes de type réaction-diffusion à la Turing, mais elle ajoute aujourd\u2019hui la dimension « advection ».Pour faire simple : elle explore depuis quelques années les jardins chimiques.Cette expérience populaire consiste habituellement à déposer des grains de sels métalliques dans un bécher empli d\u2019une solution de silicate de sodium pour aussitôt voir pousser des 1.En vert, les cellules en casse-tête sur l\u2019épiderme d\u2019une feuille.En rouge, des structures nommées stomates, qui permettent la respiration.2.La formation des craquelures dans la boue séchée suit certaines règles.3.Les glaçons faits à partir d\u2019eau contenant des impuretés présentent des ridules.4.Des chercheurs étudient la formation des motifs de l\u2019écorce des arbres.5.Les dunes prennent une apparence différente selon la vitesse et la direction du vent et selon la quantité de sable, notamment.6.Des spirales vertes obtenues en faisant croître un jardin chimique entre deux plaques de verre.7.et 8.Les taches et rayures du pelage des animaux, tout comme les motifs sur les ailes des papillons, témoignent d\u2019une rupture de symétrie survenue lors du développement de ces animaux.ciam aspererest, sit estenis sediti aut qui tem si omnis et lacerci psandistius.6 7 8 SCIENCES QUÉBEC SCIENCE 56 JANVIER - FÉVRIER 2019 « arbres » métalliques ?et épater la galerie.La chimiste reprend le concept, mais entre deux plaques de plexiglas (pour limiter la croissance à deux dimensions) et en injectant une solution aqueuse de sel de cobalt de façon très contrôlée.En modi?ant la vitesse de l\u2019injection ou la concentration des solutions, son équipe produit des motifs très différents : des ?eurs, des étoiles, des spirales, des ?laments\u2026 « On essaie de déterminer pourquoi ces formes apparaissent plutôt que d\u2019autres.Dans le cas des ?eurs, ce sont de petits pétales gris.Comme la solution de cobalt est beaucoup moins visqueuse que la solution de silicate, quand on l\u2019injecte, elle trace des \u201cdoigts\u201d.» La compréhension de ces processus pourrait aider à la fabrication de nouveaux matériaux.DES BRAS ET DES ROBOTS Dans un article de la Physical Review X publié en 2018, Xavier Diego, un chercheur postdoctoral basé au Laboratoire européen de biologie moléculaire de Barcelone, propose une nouvelle approche mathématique pour faciliter les expériences avec des cellules qu\u2019on soupçonne de se développer selon le modèle d\u2019Alan Turing.Mais le dada de ce physicien théoricien, outre cette incursion momentanée dans l\u2019univers du mathématicien britannique, c\u2019est le développement des organes, particulièrement les bras, dont les trois segments se forment en 40 heures chez l\u2019embryon humain.Car le Graal des motifs, celui qui suscite l\u2019intérêt des chercheurs par-dessus tout, c\u2019est le corps humain, une spectaculaire rupture de la symétrie ! « Chacun de nous se forme à partir d\u2019une seule cellule, qui se divise en deux, puis en quatre\u2026 Les cellules se différencient en ayant pourtant toutes les mêmes instructions génétiques et tout cela se fait de façon synchrone pour parvenir à modeler un cerveau, des os, des muscles\u2026 » Comprendre le développement des différents tissus et organes permettrait de voir sous un nouveau jour les anomalies congénitales et de concevoir des stratégies de régénération.Pour saisir l\u2019effet des « instructions » que fournissent les gènes, le laboratoire dont Xavier Diego fait partie, le Sharpe Group, utilise entre autres des centaines de petits robots mis au point à l\u2019Université Harvard : les Kilobots.« Ils sont capables d\u2019envoyer un signal pour dire \u201cJe suis là\u201d et ils sont en mesure de recevoir ce signal des autres robots, mais sans pouvoir dire de quel côté ce voisin se trouve.On peut les programmer comme s\u2019ils étaient l\u2019expression d\u2019un gène.On les met ensuite sur une table et on les regarde s\u2019organiser.Cela nous aide à repérer les obstacles que de tels systèmes rencontrent dans la nature.On leur fait faire toutes sortes de choses et, même si on en enlève trois d\u2019un coup, les autres poursuivent leur programme comme si de rien n\u2019était.» Un article scienti?que sur ces travaux est en voie d\u2019être publié.Pour revenir aux cellules végétales en casse-tête d\u2019Anja Geitmann, de l\u2019Université McGill, une autre question l\u2019embête : pourquoi s\u2019agencent-elles ainsi ?Pour y répondre, l\u2019équipe recourt à un mutant qui rate ses puzzles dans un but de comparaison.« Les deux plantes poussent aussi bien.Mais si l\u2019on expose leurs feuilles à un herbivore ou à beaucoup de vent, peut-être observera-t-on un avantage à la géométrie en puzzle », suggère la professeure.Bref, la sélection naturelle aurait favorisé les mieux organisés ! Pour tester cette hypothèse, un étudiant en génie a conçu un appareil singulier qui étire les feuilles jusqu\u2019à les déchirer tout en prenant diverses mesures.En attendant d\u2019en savoir plus, les motifs restent un casse-tête amusant et font de sublimes photos qui n\u2019émerveillent pas que les nerds.lQS DÉCOUVERTE D\u2019UNE FORME GÉOMÉTRIQUE Une équipe de chercheurs espagnols et américains a modélisé l\u2019arrangement de certaines cellules épithéliales pour découvrir le « scutoïde », décrit dans Nature Communications en juillet 2018.On croyait auparavant que ces cellules prenaient l\u2019apparence d\u2019un prisme ou d\u2019un tronc de pyramide au cours du développement d\u2019un embryon.Or, cela était incompatible avec des indications selon lesquelles le nombre de voisins à la base et au sommet de ces cellules diffère dans certains cas.Le modèle mathématique des chercheurs a fourni une solution : un prisme tordu ayant à son sommet un polygone à cinq côtés et à sa base un polygone à six côtés.Le groupe a ensuite con?rmé en laboratoire que 75 % des cellules épithéliales tirées des glandes salivaires de drosophiles sont des scutoïdes, ainsi que 50 % de celles dans l\u2019embryon du même insecte.Cette structure permettrait de réduire la consommation d\u2019énergie des cellules et de maximiser leur disposition en trois dimensions.Le nom de la forme est inspiré du terme scutellum, qui désigne une partie du thorax chez certains insectes dont la forme ressemble au fameux prisme tordu.Les Kilobots sont de petits robots conçus pour étudier la formation des motifs.Des pattes leur permettent de se déplacer et de former, avec leurs voisins, toutes sortes de structures.P h o t o : W i k i m e d i a C o m m o n s A d a p t é d e N a t u r e C o m m u n i c a t i o n s Nouveau ilm Émergence Nouvelle expérience de réalité virtuelle été 2019 Nouvelle salle multimédia avec projecteur 4K Spectacle Lune : 50e anniversaire de Apollo 11 Festival d'astronomie juillet 2019 Perséides août 2019 sepaq.com/montmegantic | astrolab.qc.ca QUÉBEC SCIENCE 57 JANVIER - FÉVRIER 2019 \u2022 Nouveau ilm Émergence été 2019 \u2022 Nouvelle expérience de réalité virtuelle été 2019 \u2022 Nouvelle salle multimédia avec projecteur 4K \u2022 Spectacle Lune : 50e anniversaire de Apollo 11 \u2022 Festival d'astronomie juillet 2019 \u2022 Perséides août 2019 sepaq.com/montmegantic | astrolab.qc.ca PARC NATIONAL DU MONT-MÉGANTIC QUÉBEC SCIENCE 58 JANVIER - FÉVRIER 2019 DES FOURMIS Lovées dans les cavités d\u2019arbres hauts d\u2019une quarantaine de mètres au Costa Rica, les fourmis Apterostigma présentent des défenses antifongiques qui pourraient être utilisées un jour dans les hôpitaux.PAR SARAH R.CHAMPAGNE PHOTOS : MICHEL HUNEAULT C\u2019 est l\u2019histoire de symbioses à l\u2019ombre d\u2019une dense canopée costaricaine.Depuis des millions d\u2019années, des fourmis y font pousser un champignon qui les abrite et les nourrit.Pour protéger ce partenaire, elles se sont associées à des bactéries produisant des molécules qui éliminent les pathogènes et maintiennent la culture en bonne santé.Vécue dans la plus grande discrétion, cette relation fusionnelle est aujourd\u2019hui décortiquée par les scienti?ques, qui espèrent en tirer de nouveaux médicaments anti-infectieux.Des molécules dont l\u2019humanité a un besoin criant : de plus en plus d\u2019infections résistent aux traitements actuels, et les médecins manquent parfois cruellement d\u2019options.C\u2019est ce qu\u2019explique Carlos de la Rosa en s\u2019approchant d\u2019une petite masse blanche qui pourrait tenir au creux de sa main : un nid de fourmis du genre Apterostigma.Elles font partie des quelque 200 espèces de fourmis dites « champignonnistes » présentes sur les continents américains et dans les Caraïbes.Toutes ont mis au point des stratégies sophistiquées d\u2019agriculture et, semble-t-il, de défense.Le directeur de la Station de recherche biologique La Selva, au Costa Rica, nous reçoit dans cette foisonnante forêt humide située à 80 km de la capitale, San José.La Selva, qui se traduit littéralement par « la jungle », est la plus ancienne réserve privée du pays, « une bibliothèque inédite d\u2019informations », dit M.de la Rosa, qui accueille plus de 250 chercheurs annuellement.Ses collègues de la capitale et ceux basés aux États-Unis ont découvert que les alliées bactériennes d\u2019Apterostigma fabriquent une molécule, baptisée « selvamicine » en l\u2019honneur de la station de recherche, ef?cace entre autres contre un champignon bien connu pour ses infections chez l\u2019humain, Candida albicans.Responsable de mycoses buccales ou vaginales super?cielles, il est aussi en cause dans environ la moitié des infections fongiques nosocomiales graves.En baissant la voix, M.de la Rosa touche délicatement la fourmilière-champignon à la texture cotonneuse pour en faire sortir un spécimen.Mais les fourmis ne daignent pas quitter le nid ; elles ne sont pas agressives et leur ligne de conduite est plutôt « de faire le mort », mentionne-t-il.Elles devront cependant sortir un jour ou l\u2019autre pour rapporter des débris, feuilles ou insectes morts qui formeront un compost indispensable à la croissance de leur champignon nourricier.Le lendemain, nous passons par San José, où nous visitons le laboratoire d\u2019Adrian Pinto qui, dans la chaleur humide, s\u2019essuie le front avant d\u2019ouvrir un plat en plastique.Dans la matière jaunâtre à l\u2019aspect alvéolaire d\u2019un autre nid-champignon, une énorme fourmi coupe-feuille, une zompopa celle-là.« Les petites fourmis Apterostigma sont en quelque sorte des fourmis préhistoriques, des ancêtres des champignonnistes plus connues, les fourmis coupe-feuilles, que vous voyez ici », indique ce microbiologiste de l\u2019Université du Costa Rica, spécialiste des symbioses entre les microorganismes et leurs hôtes.Le Canadien Cameron R.Currie, avec qui les chercheurs cos- taricains travaillent, a été l\u2019un des premiers à décrire l\u2019alliance des fourmis agricultrices avec des bactéries, dès la ?n des années 1990.Ces bactéries se trouvent sur la cuticule du thorax des fourmis, y laissant chez certaines espèces des traces blanches.En 2013, après deux décennies de recherche sur diverses espèces, celles du genre Apterostigma de La Selva ont attiré l\u2019attention de l\u2019équipe d\u2019Adrian Pinto et Cameron R.Currie.Les membres costaricains de l\u2019équipe avaient alors recueilli les fourmis à la station La Selva pour en cultiver les bactéries.Des échantillons ont ensuite été envoyés à l\u2019Université Harvard et à l\u2019Université du Wisconsin à Madison, où travaille M.Currie.Leurs propriétés antimicrobiennes ont été évaluées, permettant aux chercheurs de mettre la main sur une substance particulièrement ef?cace contre Candida albicans et de séquencer les gènes qui la produisent.En 2016, ils révèlent dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences que la structure de la selvamicine est très semblable à celle de deux antifongiques déjà bien connus, l\u2019am- agricultrices et pharmaciennes SANTÉ QUÉBEC SCIENCE 59 JANVIER - FÉVRIER 2019 Carlos de la Rosa est directeur de la Station de recherche biologique La Selva, au Costa Rica.Il vit dans une maisonnette au cœur de ce riche écosystème sur lequel il veille.En plus de recevoir des chercheurs, il est lui-même spécialiste des moustiques. QUÉBEC SCIENCE 60 JANVIER - FÉVRIER 2019 SANTÉ photéricine B et la nystatine, dont l\u2019usage est toutefois limité par leur forte toxicité.Or, un bon médicament conjugue une haute ef?cacité et une basse toxicité, « la combinaison la plus dif?cile à trouver », nous a dit Carlos de la Rosa, assis au cœur de son riche réservoir de faune et de ?ore.Pas surprenant donc qu\u2019aucune recherche sur les unions fourmis-champignons- bactéries n\u2019ait encore abouti à la mise au point d\u2019un médicament.Mais cette fois, l\u2019optimisme est permis.David Andes, professeur en infectiologie à l\u2019Université du Wisconsin à Madison, poursuit maintenant les essais précliniques, qui « ont démontré l\u2019ef?cacité et l\u2019innocuité de la selvamicine chez les animaux », nous écrit-il.La molécule présente de meilleures propriétés thérapeutiques que ses deux cousines déjà sur le marché, elle est plus soluble et elle possède un mécanisme d\u2019action et des cibles différents.Si toutes les étapes précliniques sont franchies, la molécule pourrait être testée sur des humains.Le processus prend généralement de 5 à 10 ans, une phase aussi cruciale qu\u2019incertaine nommée très justement la « vallée de la mort » par l\u2019industrie pharmaceutique.« La majorité des molécules qu\u2019on trouve sont mises à la poubelle et particulièrement les antifongiques », con?rme Adnane Sellam, chercheur au CHU de Québec\u2013Université Laval, qui n\u2019est pas engagé dans ces travaux.Comme pour les antibiotiques, découvrir de nouveaux antifongiques est une urgence absolue.« Les champignons pathogènes développent des résistances à toutes les molécules utilisées actuellement.Ce qui fait encore plus peur, c\u2019est qu\u2019il y a de la résistance croisée, ce qui veut dire que certains champignons résistent à plusieurs familles d\u2019antifongiques », signale-t-il.Sans parler du plus récent cauchemar des hôpitaux, le coriace Candida auris, dont certaines souches résistent à tout traitement.Plus largement, la résistance aux anti- microbiens constitue de nos jours l\u2019une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, estime l\u2019Organisation mondiale de la santé.« C\u2019est aussi une belle découverte parce que cette molécule est extraite d\u2019un système vivant », ajoute M.Sellam.Cette approche avait été délaissée dans les dernières années, note-t-il, alors qu\u2019une grande proportion des antibiotiques et des antifongiques utilisés à présent vient pourtant des organismes vivants.« Cette petite fourmi est l\u2019exemple le plus patent que le futur de notre civilisation dépend de la protection d\u2019espaces comme cette forêt, dont nous ne connaissons que 18 % des espèces », insistait Carlos de la Rosa lors de notre passage au Costa Rica.Impossible de savoir ce qui servira demain, d\u2019où l\u2019importance de conserver l\u2019écosystème, répète le directeur de La Selva.Il en sait quelque chose : la chimiothérapie par laquelle on a traité son cancer, il y a 30 ans, comportait des molécules dérivées d\u2019une plante, les alcaloïdes de Catharantus roseus.En santé aujourd\u2019hui, il réenchante la jungle pour le public et veille sur les plus petites créatures pour la suite du monde.lQS La division du travail est très sophistiquée chez les fourmis champignonnistes.Celles qui sortent du nid- champignon pour rapporter des débris végétaux ont une tête proéminente et des mandibules tranchantes.Les fourmis plus petites s\u2019occuperont quant à elles de découper les feuilles en menus morceaux et de les transformer en pulpe pour nourrir leur champignon.Dans le laboratoire du microbiologiste Adrian Pinto à San José, des dizaines de boîtes comme celles-ci fourmillent d\u2019activité.Son équipe a isolé les meilleurs spécimens d\u2019Apterostigma de la réserve La Selva.On voit ici deux nids-champignons du même type, à l\u2019aspect spongieux et alvéolaire. NOUS FAISONS AVANCER LA SCIENCE Félicitations à Caroline Ménard et à son équipe de recherche qui ont découvert comment le stress chronique peut mener à la dépression.Une fois de plus, nos chercheurs permettent de faire des découvertes importantes pour notre société.ulaval.ca/recherche | #FiertéUL 34 ur.mé nol AN x a = ne tf AL +\u2018 NS 2 gP Rau + É \u2014 ER \u20ac 4 SE ca WE avd Le \u2014 wey 3 f ok by \u2014 ages A ee roue A ) - = ao y FA +2 | ~\u2014\u2014 ff PE a A = SEN EX \u201cax - er TA LAD = 4 UN Ne ! dA \u20ac * 5102 eg X : - - =F bY Y \u2018* p EN 45 3 \u201d~ Ny AR \u2019 %, a Tr ; À BIODIVERSITÉ DU NORD A 3 7 BIOPRODUHTS B ES + ; IOPRO ù = pan\u2019 / } ECOLO e + : 3 : LAV STAY < FORES BLE & - .1° \u2018 \u20181 A ! Fil CE) - \u2014\u2014\u2014 wv\" = \u2014_\u2014 = - - ADMISSION EN COURS (dy, OAT] ho i wiihauaen- ù , «+ CCN JT AE nN (0 ©» De CSS CU : CN N 1 ON AY 5.NPT ~ Fr L i J / Ly oy Lo \\U JJ se bao J Co c 7.J GEOCHIMIE ENVIRONNEMENTALE | GEOR SIQUE IN: LIQUEE > GEOTECHNIQUE MINIERE ® Au 7\" GESTION OT Lt DES RÉJETS MINIERS EY y HYDROGEGLOGIE I ~ ESTAURATION 2e A.will MINIERS ¥ Aor re DB v ).AUX IERES > VE GET ALISA V7, DES AV RS lt = Tm Ta - ugat.ca/irme y ~/} \u201ci oA ov\" = 77 \u201cne y Hi NN vw.> ; \u2014) e A \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 pf r Ma ét -\u2014 _ dR.oo o es ~~ el 3 (FL NS _\u2014\\ + > = oh 4% = ee PY e dg ax Le Pt Alin a7 J QUÉBEC SCIENCE 64 JANVIER - FÉVRIER 2019 DÉCOUVREZ LES LAURÉATS 2018 Les Prix du Québec constituent la plus haute distinction gouvernementale en culture et en science et récompensent chaque année des carrières exceptionnelles dans ces domaines.Soumettez sa candidature aux Prix du Québec 2019! CONNAISSEZ-VOUS UNE PERSONNE MENANT UNE CARRIÈRE EXCEPTIONNELLE EN SCIENCE?#PrixduQuébec prixduquebec.gouv.qc.ca Le prix Relève scienti?que est remis à une personnalité de 40 ans ou moins s\u2019étant illustrée en science.Gilbert Laporte Jean Caron Jérôme Dupras Yves Gingras Nahum Sonenberg Prix Léon-Gérin Histoire et sociologie des sciences Prix Wilder-Pen?eld Régulation de l\u2019expression génétique Prix Marie-Victorin Recherche opérationnelle et science de la décision Prix Lionel-Boulet Physique et hydrodynamique des sols Anne Bruneau Francine de Montigny Prix Armand-Frappier Systématique et évolution des plantes Prix Marie-Andrée-Bertrand Santé psychosociale des familles Prix Relève scienti?que Économie écologique QUÉBEC SCIENCE 65 JANVIER - FÉVRIER 2019 De l\u2019artisanat à la famille en passant par l\u2019environnement, chez les Cris comme chez les Inuits ou les Mohawks : Carole Lévesque, chercheuse au Centre Urbanisation Culture Société de l\u2019Institut national de la recherche scientifique (INRS), s\u2019intéresse à tous les enjeux liés aux peuples autochtones au Québec avec lesquels elle collabore de façon étroite.Les travaux réalisés ont donné lieu à plus de 150 rapports de recherche depuis 1972.« J\u2019ai toujours travaillé avec les gens et je suis toujours revenue sur le terrain pour partager les résultats de ces recherches.La réciprocité est importante », af?rme Carole Lévesque, qui a passé six ans de sa vie dans différentes communautés autochtones.Pourtant, à l\u2019époque, c\u2019était mal vu par le milieu de la recherche.« La vision était assez élitiste, paternaliste, et on me reprochait de ne pas faire de la vraie recherche », se souvient la chercheuse, qui a travaillé sans être af?liée à une université pendant une décennie.Née à Beauharnois, de parents qui n\u2019ont pas été plus loin que l\u2019école primaire, elle croit que ses origines modestes expliquent son côté atypique.Son destin change à 11 ans.Elle rencontre alors une professeure de littérature de la Sorbonne invitée à son école de village tenue par des religieuses de Jésus-Marie.« Ça m\u2019avait tellement impressionnée ! raconte Mme Lévesque.J\u2019étais revenue à la maison en disant à ma mère que je voulais étudier à la Sorbonne.Je ne savais même pas où était Paris.» Seize ans plus tard, elle entrait à la célèbre université française pour faire son doctorat.Ses études, elle les a d\u2019ailleurs payées de sa poche, en travaillant au sein de plusieurs communautés autochtones et organismes, notamment la Commission scolaire du Nouveau-Québec et la Société d\u2019énergie de la Baie James.Elle entre à l\u2019INRS en 1995, puis y crée en 2001 le Réseau de recherche et de connaissances relatives aux peuples autochtones DIALOG.Celui-ci compte au- jourd\u2019hui une trentaine de chercheurs issus de près de 20 universités dans le monde, en plus d\u2019étudiants et de membres d\u2019instances et de communautés autochtones.« Un tel réseau permet à la connaissance de circuler le moins hiérarchiquement possible, explique Carole Lévesque.Ce n\u2019est pas d\u2019un côté les universitaires qui savent et de l\u2019autre les gens des milieux autochtones qui ne savent pas.Nous mettons en valeur les savoirs respectifs et travaillons en mode de coconstruction de connaissances.» Grâce à ce mode de fonctionnement horizontal, l\u2019anthropologue constate qu\u2019une con?ance s\u2019instaure entre les Autochtones et le monde de la recherche.Non seulement ils viennent à elle, mais ils n\u2019hésitent pas à revenir si le besoin se présente.C\u2019est ce rôle actif dans la réconciliation avec les peuples autochtones qui lui a valu le prix Marie-Andrée-Bertrand en 2016, attribué par le gouvernement du Québec.Il souligne l\u2019ensemble de sa carrière et la qualité de ses travaux, qui ont mené à des innovations sociales d\u2019importance pour le mieux-être des individus et des collectivités.À 68 ans, Carole Lévesque entame un nouveau projet de coconstruction des connaissances sur la réussite éducative ?nancé par DIALOG et la Fondation Lucie et André Chagnon.« Nous regarderons ensemble la manière dont on apprend et dont on transmet les savoirs en milieu autochtone.» Elle retournera ainsi fréquemment sur le terrain, sa deuxième maison.« C\u2019est ce qui me donne de l\u2019énergie », dit-elle, un sourire dans la voix.Par Martine Letarte La production de ce portrait a été rendue possible grâce au soutien du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.L\u2019alliée des Autochtones Depuis 45 ans, l\u2019anthropologue Carole Lévesque a tissé des liens précieux avec les peuples autochtones.P H O T O : P A U L B R I N D A M O U R . QUÉBEC SCIENCE 66 JANVIER - FÉVRIER 2019 REGARDER Par ici, les illes ! Vous êtes à la recherche d\u2019une (nouvelle) carrière ?Passez voir Les Catalys, une websérie en 10 épisodes dont la mission est d\u2019encourager les ?lles de 13 à 19 ans (mais ça marche pour les plus âgées aussi !) à s\u2019orienter vers des professions dans le secteur de la science et des technologies.Un vaste domaine où elles n\u2019occupent d\u2019ailleurs que moins du quart des emplois.Chaque capsule de huit minutes dresse le portrait d\u2019une jeune professionnelle ?dont une architecte, une programmeuse de jeux vidéos et une ingénieure ?à travers une entrevue décontractée.On en pro?te pour vulgariser l\u2019un des concepts abordés en une minute top chrono et rendre hommage à une autre scienti?que.On ne le voit pas, mais c\u2019est digne de mention : l\u2019équipe derrière la caméra est entièrement féminine ! Et écoutez la websérie jusqu\u2019à la toute ?n du générique, car les invitées livrent en bonus un précieux conseil.Les Catalys, www.facebook.com/lescatalys.V I S I T E R © A D L E R P L A N E T A R I U M & N I C K U L I V I E R I P H O T O G R A P H Y _ P L A N E T N I N E C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb Objets identi?és\u2026 ou presque Dans les environs de Pluton se cacherait un objet volumineux qui déchaîne les passions chez les astronomes depuis 2015 : la fameuse neuvième planète.Existe-t-elle ?En attendant d\u2019en avoir le cœur net, on se rend au Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal, où prend l\u2019af?che le documentaire Planète 9, produit par le Planétarium Adler de Chicago.En plus d\u2019explorer l\u2019épineuse question de cette planète mystérieuse, le ?lm initie les spectateurs aux recherches sur les objets situés dans la ceinture de Kuiper.L\u2019astronome et professeur d\u2019astrophysique Matt Brown y raconte les astres les mieux connus de la science.C\u2019est le cas de l\u2019intrigante Haumea, une planète naine de la forme d\u2019un œuf, réputée être l\u2019objet ayant la rotation la plus rapide de notre système solaire, et la très nonchalante Sedna, qui prend 12 000 ans à parcourir son orbite.Ce sont 27 minutes remplies d\u2019optimisme et de mystère, et cela fait un bien fou.Les enfants aimeront particulièrement le second spectacle de ce programme double, qui propose une immersion dans les recherches d\u2019Albert Einstein.Présenté lui aussi sous le dôme 360°, le ?lm d\u2019animation Les secrets de la gravitation met en scène un jeune apprenti magicien qui cherche à comprendre pourquoi les objets retombent sur le sol au lieu de ?otter.Le concept, pas si simple à assimiler sur papier, devient limpide lorsqu\u2019il est expliqué par le brillant robot AlbyX3.Pour mieux comprendre les trous noirs et l\u2019espace-temps (ou simplement se plonger dans des abstractions loin des problèmes de bureau ?à moins que vous soyez physicien théoricien), ce ?lm fait de petits miracles.Planète 9 et Les secrets de la gravitation, dès l\u2019âge de sept ans, 27 minutes chacun.Au Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal jusqu\u2019au 30 avril 2020. Fruits de mer En ?ânant sur le Web, je vous ai trouvé deux courts métrages à vous mettre sous la dent gratuitement.Le premier, Une main, une ligne, un poisson, est un petit documentaire du cinéaste Justin Simms.Il nous amène au large de l\u2019île Fogo, à Terre-Neuve, rencontrer des pêcheurs de morue revenus aux méthodes ancestrales de pêche à la ligne d\u2019il y a 500 ans.Ils mènent cette petite révolution durable à mains nues et ont le contrôle sur la qualité des prises.Ce sont 13 minutes contemplatives à la lumière de l\u2019aube sur la manière de préserver nos précieuses ressources.Dans le second, la ?ction Hybrids, la faune marine a appris à s\u2019adapter à la pollution extrême de nos océans pour survivre.Ce chef-d\u2019œuvre animé de six minutes nous présente une tortue de mer qui habite dans une casserole et des crabes qui trouvent une utilité aux bouchons de bière.On ne vous en dit pas plus, sauf que c\u2019est brillant d\u2019inventivité.Pas étonnant que les étudiants de l\u2019école d\u2019animation MoPA (France), qui l\u2019ont réalisé, aient reçu autant de distinctions dans les festivals.Une main, une ligne, un poisson, www.onf.ca/?lm/main_une_ligne_un_poisson.Avec sous-titres français.Hybrids, www.hybrids-short?lm.com.U N E M A I N .U N E L I G N E .U N P O I S S O N .P H O T O T I R É E D E L A P R O D U C T I O N © O N F 2 0 1 6 QUÉBEC SCIENCE 67 JANVIER - FÉVRIER 2019 LIRE Marie-Ève contre Goliath Voici une histoire judiciaire qui ?nit bien.L\u2019auteure Marie-Ève Maillé nous l\u2019avoue d\u2019emblée, mais ça n\u2019enlève rien au rocambolesque de son récit personnel, qui, d\u2019ailleurs, ne manque pas de rebondissements.L\u2019affaire Maillé, c\u2019est le récit d\u2019une jeune chercheuse de l\u2019Université du Québec à Montréal appelée à témoigner comme experte dans une action collective.Elle se retrouve à devoir défendre à bout de bras la con?dentialité de l\u2019identité des participants à ses recherches et celles des données recueillies, un principe pourtant essentiel à la démarche scienti?que.Si elle cède, cela pourrait créer un précédent.La spécialiste de l\u2019évaluation des répercussions sociales des grands projets nous plonge dans le cauchemar qu\u2019elle a vécu en raison des problèmes d\u2019accessibilité à la justice et du manque de soutien des divers établissements concernés.Ce récit bien vulgarisé est livré avec authenticité, humour décapant en prime, ce qui n\u2019est pas sans rappeler les qualités de la pièce de théâtre documentaire J\u2019aime Hydro.Un gros coup de foudre autant pour cet essai que pour Marie-Ève Maillé, qui a démontré beaucoup de courage dans l\u2019adversité.L\u2019affaire Maillé, par Marie-Ève Maillé, Écosociété, 192 p.STEVE JOBS PORTRAIT BIO GRAPHIQUE D\u2019UN GÉNIE Kevin Lynch Biographie non autorisée R E G A R D E R LIRE Inspirante rétrospective Les ?nes observations qu\u2019a partagées avec les lecteurs l\u2019anthropologue vagabond Serge Bouchard entre 2009 et 2018 dans les pages de Québec Science sont désormais réunies sous une même couverture : L\u2019œuvre du Grand Lièvre Filou.Le voyageur infatigable nous promène de l\u2019Abitibi à Hawaii, communiquant ses ré?exions et son indignation avec la poésie qu\u2019on lui connaît.Les chiens, les inventions québécoises, les langues algonquiennes, le tourisme : autant de sujets auxquels s\u2019intéresse cet esprit libre, qui tente de nous rattacher à notre territoire et de nous ramener à l\u2019essentiel.L\u2019œuvre du Grand Lièvre Filou : chroniques, par Serge Bouchard, Éditions MultiMondes, 217 p.Hommage à l\u2019enfant de la Silicon Valley C\u2019est tout un dé?de produire un livre à la hauteur de l\u2019esthétisme du fondateur d\u2019Apple, mais Steve Jobs : portrait bio graphique d\u2019un génie a une facture visuelle rafraîchissante et dynamique.Le texte principal de cette biographie non autorisée retrace les pans importants de la vie de l\u2019homme qui a repensé l\u2019ordinateur personnel.Le tout est entrecoupé de graphiques pour décortiquer autant son cancer que ses mémorables discours en passant par les ingrédients de son allure austère.Un regard sérieux et amusant sur un personnage révolutionnaire.Steve Jobs : portrait bio graphique d\u2019un génie, par Kevin Lynch, Éditions Hurtubise, 272 p. LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE LES DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE 10 S VOTEZ POUR LE PRIX DU PUBLIC QUÉBEC SCIENCE DÉCOUVERTE DE L\u2019ANNÉE 2018 quebecscience.qc.ca/decouverte2018 UN SÉJOUR FAMILIAL AU PARC NATIONAL DU MONT-MÉGANTIC* · Deux nuitées en chalet EXP ou ÉCHO pour 4 personnes · Un accès aux 60 km de sentiers du parc pour les 3 jours · Une visite de jour de l\u2019ASTROLab et de l\u2019Observatoire du Mont-Mégantic · Une soirée d\u2019astronomie dans le cadre du Festival d\u2019astronomie populaire du Mont-Mégantic VALEUR de 565 $ * Ce forfait familial (2 adultes et 2 enfants) est valide pour l\u2019été 2019, selon les dates du Festival d\u2019astronomie populaire du Mont-Mégantic P h o t o : M a t h i e u D u p u i s Pour participer et consulter le règlement du concours, rendez-vous au www.quebecscience.qc.ca/decouverte2018.Le vote prend ?n le 10 février 2019 à 23 h 59.VOTEZ ET COUREZ LA CHANCE DE GAGNER ASTROLab 26e ÉDITION mm Pr X ) of : { 2 pe ad 55 * : 4 Ne red 1 by = gr ; = @ a LL A YIN 2, 2 Aw ey bec i = 0) z es À Xr PH A AS 2X 22e, NAY v poe ps Hak ac AP ON 8 V Po.=, # Yel Aly aL KE AR) 1\u201d % Pug ii $s 772, PARTIGIPATION SPECIALE ETLRODINT RAR anges) = oe - = dt, or Mi DES > 3) fg 5 A ë 9 : ARNOLD SCHWARZENEGGER Ni 72 2e EX .WE : ed \\ & + % Pot SNS, oor ogl ~ ww A SLL a\" \u2018oN 7 i) #l a Wy \"4 Ne ns \\ 4 \u201d, TEUNE AVENTURE | 2 { Ja} a a | fe 7 À à > JOUEZ 0) of : > D F LA NECESSITE DE PROTEGER LES OCEANS 5 © dos pl ël 4 à 1 Ng \u201c4 \u20ac\u2019 = LXE TE 3 \\} » be Hu, Sal À WN we Sana.N A = A: > : : ep\u201d 5 = f, ai (S yf = Sr Hh: 3 x 7,\" # x (.JEAN-MICHELg 2 Fd à JEANSIACG UN SPECTACLE ÉBLO UN FILM IMPORTANT-SU QUÉBEC SCIENCE 70 JANVIER - FÉVRIER 2019 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME Institut national de la recherche scienti?que (INRS) École nationale d\u2019administration publique (ENAP) École de technologie supérieure (ÉTS) Université du Québec à Montréal (UQAM) Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) Université du Québec à Rimouski (UQAR) Université du Québec en Outaouais (UQO) Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) Institut national de la recherche scienti?que (INRS) École nationale d\u2019administration publique (ENAP) École de technologie supérieure (ÉTS) Télé-université (TÉLUQ) uquebec.ca @Université du Québec @ReseauUQ L\u2019Université du Québec, un réseau de dix établissements Une vitalité scientifique qui permet à nos chercheurs d\u2019innover et de répondre aux besoins de la société québécoise. Bienvenue aux idées brillantes.Portes ouvertes Venez vous informer sur nos 300 programmes aux 3 cycles d\u2019études.Mardi 12 février 2019 | 15 h à 20 h "]
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