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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Mars 2019, Vol. 57, No. 6
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2019, Collections de BAnQ.

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[" C1_QS_MARS_201903_FINALE.indd 1 19-01-31 14:55      Lumière sur les TROUS NOIRS MARS 2019 On est sur le point de con?rmer l\u2019existence de ces géants cosmiques + PEUT-ON PRÉVENIR L\u2019ALZHEIMER ?.DES FEMMES EN SCIENCE SE CONFIENT .ÉVOLUTION : L\u2019HUMAIN CHANGE ENCORE QUEBEC SCIENCE LES PERSONNES OBÈSES SONT-ELLES BIEN SOIGNÉES ?  > MARS 2019 6 , 9 5 $ MESSAGERIES DYNAMIQUES 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 18704_Pub_Decouverte_QcScience_HR.pdf 1 18-11-28 15:53 ? QUÉBEC SCIENCE 37 MARS 2019 terme à la sélection naturelle parce que la plupart des bébés [NDLR : pas seulement les mieux adaptés] survivent jusqu\u2019à l\u2019âge adulte.Pourtant, le nombre d\u2019enfants par personne varie énormément.De plus, dans les sociétés modernes, comme ici en Suède, seulement les deux tiers des adultes se reproduisent.» Il y a donc de multiples leviers sur lesquels peut jouer l\u2019évolution.« Dans une étude parue il y a quelques années, on a constaté une forte sélection favorisant les hautes statures chez les hommes aux Pays-Bas », illustre la chercheuse.Selon l\u2019article en question, les Néerlandais plus grands que la moyenne avaient environ 10 % plus d\u2019enfants que leurs compatriotes plus petits.Évidemment, les critères selon lesquels les partenaires sont choisis sont très différents d\u2019une société à l\u2019autre.Ce qui plaît aux Pays-Bas manque peut-être de charme en Chine.Mais, partout sur la planète, de grands mécanismes à la base de l\u2019évolution agissent toujours sur l\u2019humain, dont la sélection naturelle, qui se cristallise dans le choix du partenaire et le nombre d\u2019enfants de chacun ; les mutations génétiques qui surviennent à un rythme soutenu, peut- être même accéléré ; et les migrations tous azimuts, qui homogénéisent le bassin génétique mondial.Pourtant, l\u2019évolution de l\u2019humain moderne n\u2019attire que très peu l\u2019attention, remarque Scott Solomon, biologiste à l\u2019Université Rice, au Texas, et auteur de l\u2019essai Future Humans: Inside the Science of Our Continuing Evolution, publié en 2016.« Quand j\u2019ai fait de la recherche pour mon livre, j\u2019ai été surpris de découvrir qu\u2019on en savait bien plus sur l\u2019évolution de certaines espèces d\u2019oiseaux que sur la nôtre ! » Après beaucoup de temps passé à observer les tortues, les lézards et les volatiles aux îles Galápagos, les biologistes devraient peut-être se pencher sur la faune des bars en sirotant une bière.I L L U S T R A T I O N S : S H U T T E R S T O C K 18704_Pub_Decouverte_QcScience_HR.pdf 1 18-11-28 15:53 ?MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE MARS 2019 SOMMAIRE 17 EN COUVERTURE Sortir les trous noirs de l\u2019ombre Le premier portrait d\u2019un trou noir est sur le point d\u2019être publié.Ce cliché devrait aider les scienti?ques à mieux comprendre ces objets cosmiques mystérieux.REPORTAGES 24 Les personnes obèses sont-elles bien soignées?Les préjugés envers les personnes obèses nuisent à la qualité des soins de santé qu\u2019elles reçoivent.31 Elles sont «20 %» En 2019, les secteurs de la science et de la technologie demeurent des milieux d\u2019hommes.Le peu de femmes qui y font carrière mettent les bouchées doubles pour faire leur place.Dans un nouveau balado, elles se racontent.36 L\u2019humain moderne toujours en évolution De récentes études détectent les signes ?discrets, mais bien présents ?de l\u2019évolution de notre espèce.À quoi ressemblera l\u2019humain du futur ?40 Lutter sur tous les fronts contre Ebola Les équipes médicales combattent avec un arsenal inédit la pire épidémie de l\u2019histoire de la République démocratique du Congo.17 Il existerait des trous noirs de toutes les tailles, avec une masse de 10 à 100 milliards de fois plus grande que celle du Soleil ! P H O T O D E L A P A G E C O U V E R T U R E : S H U T T E R S T O C K 6 24 36 44 SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS L\u2019art préhistorique se dévoile au ?l des déc uvertes scienti?ques.8 LES NANOSATELLITES À LA CONQUÊTE DU CIEL Des nuées de ces engins polyvalents révolutionnent l\u2019industrie spatiale.10 EMPOISONNEMENT AU LABO Une histoire inusitée s\u2019est déroulée dans une université canadienne.11 UN PHARE DEVIENT UNE BASE SCIENTIFIQUE Le site de Pointe Mitis, dans le Bas-Saint-Laurent, sera voué à la recherche dès l\u2019été prochain.14 ALZHEIMER : PRÉVENIR À DÉFAUT DE GUÉRIR Il est possible de repousser l\u2019échéance, selon le Dr Philippe Amouyel.44 VIVE LES COMMUNS! Marie-Soleil L\u2019Allier étudie les « communs » urbains, un régime de partage qui a la cote à l\u2019heure de la transition écologique.4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 9 Carnet de santé Par Alexandra S.Arbour | 11 Technopop Par Chloé Freslon | 13 Polémique Par Jean-François Cliche | 46 CulturePar Émilie Folie-Boivin | 49 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 50 Rétroviseur Par Saturnome ?                                                                                                                                                                                                   MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan Éditorial Reproductibilité : de l\u2019impasse à l\u2019espoir Et si la crise de la reproductibilité menait au perfectionnement de la science ?O n le répète depuis des années, la science traverse une crise de la reproductibilité. De la psychologie aux sciences biomédicales en passant par l\u2019économie et l\u2019informatique, des études tentent de reproduire idèlement des résultats de recherches antérieures et n\u2019y parviennent pas.  Mais est­ce véritablement une crise? N\u2019assiste­t­on pas plutôt à un exercice de lucidité qui illustre une caractéristique propre de la démarche scientiique, celle de se remettre en question perpétuellement et, ce faisant, de s\u2019autocorriger ?Ces rélexions ne sont pas nouvelles, mais elles ont été noyées dans un discours qui associe les problèmes de reproductibilité à tout ce qui ne fonctionne pas dans le monde scientiique : le biais de publication, c\u2019est- à­dire la tendance à ne diffuser que les résultats positifs ; la pression de publier ; des interprétations statistiques laxistes ; les biais de conirmation d\u2019hypothèse ; la manipulation des données, etc.Tout cela n\u2019est pas faux, mais par moments, ça frôle le misérabilisme. Et cela mine la coniance en la science.« Au lieu d\u2019inspirer les jeunes générations à faire davantage de recherche et à en améliorer la qualité, [l\u2019idée que la science est en crise] pourrait favoriser chez elles le cynisme et l\u2019indifférence. [\u2026] Cela risque de discréditer la valeur des données scientiiques et d\u2019alimenter les théories antisciences », argumente Daniele Fanelli, expert en méthodologie à la London School of Economics and Political Science, dans un article d\u2019opinion publié en mars 2018 dans Proceedings of the National Academy of Sciences.  Depuis quelque temps, des voix émergent ain de transformer cette « crise » en occasion pour perfectionner la science. En Europe, la plateforme Curate Science tente de certiier la transparence et la reproductibilité de la recherche empirique. Elle réunit des standards sous la forme d\u2019une iche semblable au tableau de la valeur nutritive des produits alimentaires. Parmi les critères, on exige que les données et la méthodologie soient publiques. Les protocoles de recherche doivent également être préenregistrés et soumis à un comité de pairs en amont. Si le tout est approuvé, les chercheurs obtiennent en échange une garantie de publication ? même si l\u2019issue de l\u2019étude s\u2019avère négative. Jusqu\u2019à présent, 158 revues savantes ont recours à cette méthode qui réduirait le biais de publication. En octobre 2018, un papier prépublié sur PsyArXiv a analysé 113 protocoles préenregistrés dans les domaines de la psychologie et des sciences biomédicales. On y trouvait 296 hypothèses. Parmi elles, 61 % n\u2019ont pas été étayées par les résultats obtenus. Ces travaux sont moins excitants à publier qu\u2019une découverte majeure, mais ils ont le mérite de montrer justement cela : la science n\u2019est pas toujours sensationnelle. Le plus souvent, c\u2019est même une enilade d\u2019échecs.  Pendant ce temps, des scientiiques afinent les méthodes de reproduction d\u2019études, critiquées notamment en ce qui a trait aux échantillons (soi­disant trop petits ou pas assez similaires) ainsi qu\u2019au respect des protocoles originaux. Le dernier projet en la matière s\u2019intitule Many Labs 2. L\u2019objectif : reproduire 28 études en psychologie. Les équipes à l\u2019origine de ces expériences ont été consultées ain de répéter le plus scrupuleusement possible la méthode. Le nombre de participants dans les échantillons combinés était 62 fois plus élevé que dans les études de départ. Soixante laboratoires situés dans 36 pays et territoires ont refait les expériences ain de vériier si le contexte et le lieu auraient une inluence. La moitié des études ont passé le test. Et si une tentative de reproduction réussissait à un endroit sur la planète, elle réussissait aussi partout ailleurs. Idem pour les études impossibles à reproduire.  Doit­on voir le verre à moitié vide ou à moitié plein ?Je suis de nature optimiste : 14 études sur 28 se sont révélées très solides, montrant du même coup que les sciences sociales sont capables de rigueur, quoi qu\u2019en disent les mauvaises langues. Pour citer Brian Nosek, le chercheur principal derrière Many Labs 2, « la science n\u2019est pas une question de vérité et de fausseté ; elle a plutôt pour objectif de réduire l\u2019incertitude.»  La crise? Quelle crise? ?QS QUÉBEC SCIENCE 4 MARS 2019 ?                                                                                                                                                                                                               MARS 2019 VOLUME 57, NUMÉRO 5 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Marianne Desautels-Marissal, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Alexis Riopel, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Jean-Patrick Toussaint Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs Rodolphe Beaulieu, Jean-François Hamelin, Nicole Aline Legault, Christinne Muschi, Sébastien Thibault, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Lynda Moras Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Chantal Verdon 418 559-2162 514 521-8356, poste 402 cverdon@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: 14 février 2019 (552e numéro) Abonnement Canada, 1 an: 36 $ + taxes États-Unis, 1 an:72$/Outre-mer, 1 an:112$ 514 521-8356, poste 504 ou 1 800 567-8356, poste 504 Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec,Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2019 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Mots croisés 10 LES DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE LES 10 DÉCOUVERTES DE L\u2019ANNÉE Vous avez été nombreux et nombreuses à voter pour votre découverte préférée de l\u2019année 2018.L\u2019équipe de scienti?ques gagnante sera dévoilée sur notre site le 20 février prochain.En attendant, voici quelques- uns de vos commentaires au sujet des découvertes qui vous ont marqués.Un test pour dépister les cancers de l\u2019utérus et de l\u2019ovaire : «Comme femme et maman d\u2019une ille, je souhaite tout particulièrement qu\u2019on réussisse à mieux connaître et dépister les cancers qui pourraient nous affecter et qui sont souvent invisibles et sans symptômes jusqu\u2019à ce qu\u2019il soit trop tard et que des interventions majeures doivent être faites.»  ?Gabrielle Lemieux, Montréal Le lien entre stress et dépression mis au jour : « Ces recherches sur les causes biolo- cherches sur les causes biologiques de la dépression sont importantes et peuvent mener à de meilleures approches. Ça me touche personnellement, car j\u2019ai des proches qui en ont souffert.»  ?Eric Gloutnay, Carignan www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca La forêt boréale proitera du réchauffement\u2026 jusqu\u2019à un certain point : «Comprendre l\u2019évolution des forêts dans un contexte de changement climatique est primordiale pour protéger adéquatement cette ressource.» \u2013 Mathieu Frégeau, Québec Une molécule prometteuse contre la malaria : « Si peu de recherches sont faites sur les maladies des pays en voie de développement. Des maladies qui tuent un grand nombre de gens et qui sont pourtant négligées par la science parce qu\u2019elles sont inconnues des pays riches.Saluons une découverte aussi prometteuse ! »  ?Nicolas Tremblay, Gatineau Mesurer la force des vagues\u2026 en canot à glace! : « Avec les changements climatiques, je trouve crucial qu\u2019on s\u2019intéresse à l\u2019état du leuve. [\u2026] J\u2019admire les méthodes utilisées par les chercheurs pour obtenir des données iables. Il fallait être de sacrés aventuriers pour aller jusqu\u2019au bout de ce projet.»  ?Mélanie Claude, Morin-Heights ERRATUM Dans  le numéro de  janvier­ février2019, on pouvait lire dans la chronique « Technopop » que « [\u2026] Satya Nadella a remplacé Bill Gates» à la tête de Microsoft.Il s\u2019agit d\u2019une erreur. Satya Na- della a succédé à Steve Ballmer qui, lui, avait remplacé Bill Gates.Toutes nos excuses.  courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 NOUVEAU DEUX NOUVELLES CHRONIQUES Dans ce numéro, nous inaugurons deux nouvelles chro- gurons deux nouvelles chroniques : « Carnet de santé » et  « Anthropocène ».  La première sera rédigée par la Dre  Alexandra S. Arbour. Cette médecin de famille, qui termine sa spécialisation en gériatrie et possède un baccalauréat en journalisme, s\u2019intéresse aux parcours de vie abracadabrants, aux comorbidités psychiatriques, à la bioéthique et à la pédagogie médicale. Dans sa chronique, elle décortiquera des situations vécues dans son quotidien hospitalier pour réléchir autrement à notre système de santé.  La chronique « Anthropocène » sera tenue par Jean­Patrick Tous­ saint. Titulaire d\u2019un doctorat en sciences environnementales de l\u2019Université d\u2019Adélaïde, en Australie, et spécialiste en biologie végétale, il étudie depuis 20 ans les enjeux et les politiques liés à l\u2019environnement. Alors que la planète vit une crise climatique sans précédent, il nous expliquera les mille nuances des déis environnementaux pour nous aider à élargir nos perceptions.?QS www.quebecscience.qc.ca Abonnez-vous Écrivez-nous Suivez-nous QUÉBEC SCIENCE 5 MARS 2019 2019_LES ACTUS_MARS.indd 6 19-01-31 10:14                                                                                                                                                      Le cabinet des curiosités Les premiers artistes Des bribes du passé nous sont dévoilées au il des découvertes scientiiques sur l\u2019art préhistorique.  Par Annie Labrecque Il y a quelques années, l\u2019archéologue québécois Maxime Aubert a exploré une grotte de calcaire ornée de traces de mains, de symboles  et de igures animales. Le lieu a été découvert en 1990 sur l\u2019île de  Bornéo, en Indonésie. Le chercheur souhaitait y tester la technique de datation par l\u2019uranium­thorium, qui est très précise lorsqu\u2019elle est appliquée à des fragments de  calcite. Ce minerai s\u2019est déposé sur les  peintures et les a protégées des outrages du temps.  Jusqu\u2019alors, on croyait que ces œuvres dataient d\u2019il y a 10 000 ans. Elles se sont révélées beaucoup plus vieilles : l\u2019un des dessins aurait au moins 40 000 ans. Ce  serait même la plus ancienne œuvre igurative (représentation du visible, par opposition à l\u2019art abstrait) découverte à  ce jour ! Elle reproduit un grand animal de couleur rouge­orange, possiblement un bovidé sauvage, selon l\u2019article scientiique publié en 2018 dans Nature par Maxime Aubert et ses collègues australiens et indonésiens.  Les spécialistes croyaient auparavant  que l\u2019art rupestre était né en Europe, où des grottes sont étudiées depuis des lustres. C\u2019était sans compter les dessins Après analyse, deux échantillons prélevés sur cette peinture auraient au moins entre 39 400 et 40 000 ans.L\u2019œuvre d\u2019art est détériorée, mais les chercheurs croient qu\u2019elle représente un banteng bornéen (une espèce de bovidé).1 réalisés à 10 000 km de là, en Asie du  Sud­Est, aux mêmes périodes. « L\u2019art rupestre y a évolué de façon similaire avec des représentations de mains et de gros animaux pour ensuite en arriver à des  peintures d\u2019humains », souligne Maxime Aubert, qui continue ses explorations dans les grottes de la région de Bornéo.Fait étonnant, les archéologues ont observé, dans plusieurs sites indonésiens, des créations exécutées en deux phases, séparées par plusieurs dizaines de milliers d\u2019années. « Des peintures se superposent, explique M.Aubert : une première phase en orange et la suivante en mauve.»  Mais pour en apprendre davantage sur ces « artistes », il reste encore beaucoup de travail à abattre. Qui étaient ces Homo sapiens ? Pourquoi faisaient­ils ces peintures ? « Je travaille avec une équipe de  l\u2019Institut Max­Planck, en Allemagne, pour essayer d\u2019extraire de l\u2019ADN, s\u2019il y en a, des traces de mains [voir la photo 3 ci­contre], dit le chercheur. Pour les produire, les  artistes de l\u2019époque devaient mettre les pigments dans leur bouche et soufler  ensuite sur la paroi rocheuse où ils avaient posé leurs mains. Peut­être que de l\u2019ADN ancien a été préservé ? Si ça fonctionne, ce serait vraiment incroyable ! »  AU FIL DES DÉCOUVERTES Les nouveaux outils et  les avancées dans les techniques de datation permettent petit à petit de parfaire les connaissances sur la préhistoire. Par exemple, une étude publiée en 2013 par un archéologue américain a révélé que les traces de mains trouvées dans des QUÉBEC SCIENCE  6  MARS 2019  Les premiers artistes 2019_LES ACTUS_MARS.indd 7 19-01-31 10:14                                                     - Découvertes également à Bornéo, ces ?gures humaines datent de 13 600 ans et plus, mais pourraient remonter à l\u2019apogée de la dernière glaciation, il y a 20 000 ans.La ?gure de gauche est une reproduction mieux dé?nie de l\u2019originale, qu\u2019on peut voir à droite.Peinture rupestre d\u2019un bovidé sauvage de Bornéo, en Indonésie.Elle fait partie d\u2019un grand panneau com portant au moins deux autres représentations d\u2019un bovidé sauvage, dont l\u2019une date d\u2019au minimum 40 000 ans.Il s\u2019agit du plus ancien dessin ?guratif connu du monde.Les montagnes où sont situées les grottes de calcaire à Bornéo, en Indonésie.Des mains en négatif.Celle de gauche a été réalisée il y a au moins 40 000 ans, en Indonésie, tandis que celle de droite date de la dernière période glaciaire, soit environ 20 000 ans.3 4 2 grottes d\u2019Espagne et de France auraient été en grande partie laissées par des femmes. Puisque ce sont des représentations animales qui décorent les parois, plusieurs chercheurs croyaient, à tort, que les hommes, ces chasseurs, en étaient les auteurs.  Plus récemment, en datant de nouveau des peintures de trois grottes espagnoles, une équipe britannico- allemande a constaté qu\u2019elles avaient été réalisées par des Néandertaliens il y a 64 000 ans, et non par l\u2019Homo sapiens moderne d\u2019Europe, arrivé 20 000 ans après.  Malheureusement, toutes les œuvres ne peuvent être datées, surtout en l\u2019absence de calcaire. Quant à la technique  au carbone 14, elle n\u2019est pas eficace pour les œuvres très anciennes. « J\u2019ai vu beaucoup de peintures jusqu\u2019à présent, mais peu dont on puisse déterminer la  date », mentionne Maxime Aubert.  Le gros lot, c\u2019est la peinture prise en  sandwich entre deux couches de calcaire, indique le chercheur. Deux dates ? un  maximum et un minimum ? fournissent alors de précieuses informations. Souhaitons­lui de nombreux sandwichs préhistoriques ! ?QS QUÉBEC SCIENCE  7  MARS 2019  P h o t o s : P i n d i S e t i a w a n ; K i n e z R i z a 2019_LES ACTUS_MARS.indd 8 19-01-31 10:14                                                                                                                                                                                                                   SUR LE VIF Les nanosatellites à la conquête du ciel Micro-, nano- et pico- sont des pré?xes qu\u2019on accole désormais au mot satellite.Des nuées de ces engins polyvalents révolutionnent l\u2019industrie spatiale.Par Marianne Desautels-Marissal P H O T O : N A S A L a miniaturisation des  composants électroniques  a fait bien plus que de nous visser de puissants ordinateurs à la main : elle a aussi contribué à la multiplication de tout petits satellites, qui seront placés par milliers en orbite au il des prochaines années. Quelques centaines de ces engins s\u2019activent d\u2019ores et déjà dans l\u2019espace, prélevant des données en solo ou en lottilles aux ins de communication, d\u2019observation de la Terre et des phénomènes météo ou encore de gestion du traic maritime.La catégorie des minisatellites est assez large, allant des femtosatellites, lilliputiens pesant 100 g et moins, aux « petits » satellites de 500 à 1 000 kg. Mais ceux qui ont la cote sont les nanosatellites, dont la masse oscille entre 1 et 10 kg, comme les CubeSats, des cubes de 10 centimètres de côté pouvant être assemblés selon plusieurs conigura- tions. Ces boîtes à chaussures de l\u2019espace peuvent déployer antennes et panneaux solaires et parfois même accomplir les prouesses autrefois réservées à leurs aïeux classiques, gros comme des autos ou des bus.Rien qu\u2019en 2018, plus de  300 nanosatellites ont été lancés et près de 500 autres le seront cette année, suivant une progression qui devrait mener à la mise en orbite de plus de 3 000 d\u2019entre  eux d\u2019ici six ans, dont la majorité seront des CubeSats.« L\u2019avantage des CubeSats, c\u2019est que les niveaux de dificulté et de complexité sont réduits », avance Dean Sangiorgi, gestionnaire de programmes à l\u2019Agence spatiale canadienne. Celle­ci a mis sur pied l\u2019Initiative canadienne CubeSats en décernant l\u2019an dernier 15 bourses de 200 000 $ à des équipes d\u2019établissements postsecondaires partout au pays afin qu\u2019elles conçoivent leurs propres satellites.« Notre objectif premier, c\u2019est de donner la chance aux étudiants de participer à une véritable mission spatiale.» L\u2019époque où l\u2019organisation d\u2019une mission spatiale demandait des décennies de travail et un budget astronomique est donc révolue. Avec les petits satellites, toutes les échelles rétrécissent : la taille des équipes, les échéanciers, les coûts et la durée totale des missions, qui sont bouclées en quelques années seulement.C\u2019est pourquoi un grand nombre de lancements sont orchestrés par des groupes d\u2019étudiants, parfois même des élèves du secondaire, dans des buts scientiiques  et éducatifs.On peut installer une variété d\u2019appareils ou de détecteurs dans un satellite miniature pourvu que les circuits résistent aux rayonnements cosmiques. La diversité des missions retenues dans le cadre de l\u2019Initiative canadienne CubeSats en témoigne : compréhension de la nature de l\u2019énergie sombre, effet des incendies de forêt sur la lore et la faune, composition des astéroïdes, surveillance des océans et couverts de glace, pour n\u2019en nommer que quelques­unes.Parmi les équipes lauréates igure celle du projet QMSat (Quantum Magneto Satellite) de l\u2019Université de Sherbrooke, qui accueillera à son bord un magnétomètre quantique. Cet instrument détectera les variations du champ magnétique terrestre ain d\u2019étudier des phénomènes comme les vents solaires, les tempêtes ou les ouragans sur Terre, voire les mouvements du magma sous la croûte terrestre. « Le magnétomètre quantique a l\u2019avantage de pouvoir être miniaturisé, ce qui est plus dificile à réaliser avec des magnétomètres traditionnels », précise Paul Cuerrier, un des étudiants qui mettent au point le QMSat.  QUÉBEC SCIENCE 8 MARS 2019 w 2019_LES ACTUS_MARS.indd 9 19-01-31 12:56                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           Mais il n\u2019y a pas que les établissements de recherche et les agences spatiales qui rêvent de nouvelles constellations satellitaires. Les militaires y voient des  possibilités de surveillance, par l\u2019entremise de réseaux de dizaines d\u2019engins, plus résilients qu\u2019un seul gros satellite : en cas de pépin technique ou d\u2019attaque, un essaim privé d\u2019un seul élément reste fonctionnel.Dans les années 1990, des compagnies privées se sont mises elles aussi à lancer de petits engins en orbite basse. À partir des années 2000, particulièrement chez nos voisins du Sud, une nouvelle économie a ainsi commencé à percer l\u2019atmosphère terrestre. Des sommes astronomiques sont avancées en capital de risque à de jeunes pousses ayant des visées stratosphériques, au point où certains craignent même une bulle spéculative.  Un vent qui vient notamment de la Silicon Valley, avec de gros joueurs comme SpaceX ou Virgin Orbit, du milliardaire Richard Branson. Alors que des entreprises comme OneWeb espèrent révolutionner les télécommunications en offrant au monde entier une connexion Internet à haut débit du haut des airs, d\u2019autres investissent dans des services de mise en orbite. C\u2019est qu\u2019il faut bien les lancer, ces minisatellites ! En 2018, la irme Rocket Lab a commencé à offrir des places à bord de sa petite fusée Electron. Une forme de covoiturage pour nanosatellites parmi d\u2019autres en émergence, qui pourraient bien concurrencer avantageusement les services de plus grosses fusées comme les Falcon 9 et Falcon Heavy de SpaceX, les Ariane 5 et autres Soyouz.  Les premiers CubeSats de l\u2019Agence spatiale canadienne seront envoyés dans l\u2019espace à l\u2019automne 2021 : « Notre satellite va se rendre à la Station spatiale internationale à bord d\u2019une fusée, puis un astronaute va déposer le CubeSat dans un dispositif de lancement qui l\u2019éjectera en orbite », précise l\u2019étudiante Chloé Mireault­Lecourt, initiatrice du projet QMSat. « Pour la plupart d\u2019entre nous, l\u2019aérospatiale était un domaine complètement nouveau, poursuit­elle. Travailler sur un appareil qui va se retrouver dans l\u2019espace, c\u2019est extrêmement motivant et inspirant ! » L\u2019Agence spatiale canadienne désirait susciter l\u2019intérêt des étudiants pour ce genre de projet. En ce sens, le petit QMSat a déjà accompli sa plus grande mission.?QS I L L U S T R A T I O N : S H U T T E R S T O C K Carnet de santé ALEXANDRA S.ARBOUR Le patient a «toujours» raison L\u2019 histoire se déroule il y a environ cinq ans. Je suis alors étudiante en médecine, en stage d\u2019hématologie. J\u2019entre dans la chambre d\u2019un patient atteint d\u2019une grave anémie auto­immune : son système immunitaire attaque indûment ses globules rouges et lui cause ainsi une fatigue extrême et des douleurs thoraciques, comme s\u2019il faisait plusieurs fois par jour une « petite » crise cardiaque. Je m\u2019approche globine de mon patient est bel et bien de 81 au- jourd\u2019hui ! Je retourne à sa chambre, triomphante : « Vous aviez raison ! » Je me rappelle avoir bien rigolé avec lui. Je repenserai souvent à ce patient pendant ma résidence effectuée pour devenir interniste en gériatrie ? un de lui, un peu à reculons.« Et puis ? À combien sont mes globules rouges ? me demande­ t­il, tout sourire. Je me sens comme si j\u2019avais 80 d\u2019hémoglobine ! » Ma réponse : son taux est de 56 grammes par litre de sang, la normale étant au­delà de 140. Déception.Je réconforte le patient, promets d\u2019adapter son traitement, d\u2019envisager une transfusion. Il acquiesce, dépité. Comme tout patient atteint d\u2019une maladie rare, il est devenu un spécialiste de son état de santé.  Quelques heures plus tard, je reçois une note du laboratoire m\u2019avisant qu\u2019il y a erreur. Le taux d\u2019hémo- et, même si je n\u2019ai que quatre ans de résidence derrière la cravate, je me suis rapidement rendu compte que c\u2019était, de loin, la question la plus importante.Je remarque que, trop souvent, certains médecins omettent de considérer le savoir expé- pires maladies susceptibles de les afliger ! Avec la crise de coniance qui touche la profession médicale, peut­ être que l\u2019heure est venue de se remettre en mémoire les conseils du bon Dr Osler au lieu de ne jurer que par les essais randomisés contrôlés. Des voix s\u2019élèvent d\u2019ailleurs en ce sens, jusque dans les pages du New England Journal of Medicine, pour mettre de l\u2019avant un nouveau modèle de diagnostic : une médecine personnalisée où les données probantes sont interprétées à la lumière des nuances de chaque patient.  C\u2019est ainsi que je souhaite amorcer ma médecin spécialiste des soins aux personnes de 65 ans et plus. Se pour­ rait­il que, pour paraphraser le monde de la vente au détail, le patient ait « toujours » raison ?  « N\u2019oubliez jamais de demander au patient ce qu\u2019il pense avoir », nous répétaient ad nauseam nos professeurs. Je me souviens de m\u2019être bêtement demandé comment un patient pouvait bien en savoir plus que moi, qui sacriiais tant d\u2019heures de sommeil au proit de l\u2019étude. Le temps a passé rientiel de leurs patients, se iant uniquement à leurs connaissances scien- tiiques pour formuler un diagnostic. Risqueraient­ils ainsi de commettre davantage d\u2019erreurs médicales ?C\u2019est du moins ce que conclut une étude publiée en novembre 2018 dans le journal Health Affairs.  Le Dr William Osler, un pionnier de la pédagogie médicale, l\u2019enseignait déjà au début du 20e siècle : « Écoutez votre patient, c\u2019est lui qui vous donnera le diagnostic.» Cet éminent médecin canadien, ancien professeur à l\u2019Université McGill et fondateur de la prestigieuse faculté de médecine de l\u2019Université Johns Hopkins aux États­ Unis, vivait cependant à une époque bien différente. Ses patients ne passaient pas des heures sur Internet à tenter d\u2019établir un diagnostic des relation médecin­lecteur avec vous. Je me propose d\u2019être vos yeux et vos oreilles à l\u2019hôpital. En échange, la prochaine fois que vous serez dans le cabinet du médecin, pensez à cette chronique et partagez votre opinion.Après tout, c\u2019est aussi pour le bien de votre docteur ! ?QS QUÉBEC SCIENCE  9  MARS 2019  2019_LES ACTUS_MARS.indd 10 19-01-31 12:59                                                                                                                                                                         SUR LE VIF Un chercheur empoisonne son collègue au labo Une histoire pour le moins inusitée s\u2019est déroulée dans une université canadienne.Par Mélissa Guillemette P H O T O : S H U T T E R S T O C K U n  chercheur  qui  était jusqu\u2019à récemment en poste  à  l \u2019Université Queen\u2019s,  en  Ontario, passera sept années en prison pour avoir empoisonné à plusieurs reprises son collègue de laboratoire.  La victime et son bourreau, Zijie Wang, effectuaient tous les deux un stage post­ doctoral au département de chimie au moment des faits. Ils ont même déjà été colocataires.Dans son témoignage, rapporté par le journal interne de l\u2019établissement universitaire, le jeune chercheur empoisonné  a raconté le premier épisode suspect, datant de janvier 2018. Une pointe de tarte aux pommes, dans sa boîte à lunch, avait une drôle d\u2019amertume. Il a été pris de vomissements et de diarrhées peu de temps après y avoir goûté.  Dans les semaines suivantes, ce même goût étrange avait imprégné une autre tarte aux pommes, une brioche et de l\u2019eau consommées à l\u2019université.Grâce à une caméra installée pour appréhender le suspect, la victime a découvert que Zijie Wang injectait une substance dans sa nourriture.Il s\u2019agissait de n­nitrosodiméthylamine (NDMA), un composé toxique parfois utilisé en recherche médicale. Cette même substance a d\u2019ailleurs causé la mort d\u2019un étudiant chinois, en 2013, à Shanghai, lui aussi empoisonné par son colocataire.Au cours du procès, qui a eu lieu l\u2019automne dernier en Ontario, le chercheur pris pour cible s\u2019est dit inquiet de développer un cancer. La NDMA est en effet considérée comme probablement cancérigène pour l\u2019humain par Santé Canada, puisqu\u2019elle  provoque des cancers, même à faible dose, chez différents animaux de laboratoire.Le seuil de génotoxicité, à partir duquel la substance entraîne des lésions dans l\u2019ADN, n\u2019est toutefois pas connu chez l\u2019humain. Mais des études épidémiologiques ont révélé un lien entre certains cancers et l\u2019exposition à la NDMA, qui se retrouve parfois dans l\u2019air, dans l\u2019eau et dans certains aliments, notamment à proximité de secteurs industriels.S\u2019il avait ingéré la substance, le directeur de la Chaire en prévention et traitement du cancer de l\u2019Université du Québec à Montréal, Richard Béliveau, serait­il inquiet pour sa santé ? « Par rapport à tous les éléments qui peuvent causer un cancer, cet épisode ne serait pas mon inquiétude principale, assure­t­il. Des chercheurs ont calculé qu\u2019un corps humain produit un million de cellules précancéreuses par jour et la majorité sont éliminées naturellement. Il est possible qu\u2019une des cellules mutées par la nitrosamine survive et devienne cancéreuse, mais la victime ne pourra jamais le savoir avec certitude.»  Elle ne saura non plus jamais pourquoi son ancien collègue a tenté de l\u2019empoisonner, puisqu\u2019il n\u2019a pas fourni d\u2019explications au procès, où il a plaidé coupable.  UN CAS QUÉBÉCOIS Cette histoire sordide rappelle un épisode québécois survenu dans les années 1970.Un étudiant en parasitologie de l\u2019Université McGill avait alors ajouté dans la nourriture de ses quatre colocataires des œufs de vers parasites Ascaris suum.Une dizaine de jours plus tard, les victimes se sont tour à tour rendues au service des urgences en raison de graves problèmes respiratoires, puisque les vers se logeaient dans leurs poumons.  Deux étudiants ont failli mourir, a relaté leur médecin au Beaver County Times.Tous s\u2019en sont néanmoins tirés, même le suspect, Eric Kantz, qui était d\u2019origine américaine. La preuve contre lui s\u2019est révélée insufisante au procès.  Le bon côté des choses ? L\u2019histoire a permis d\u2019apprendre que le parasite, connu pour ses ravages chez les porcs, pouvait également affecter l\u2019humain. Un article de 1972 paru dans The New England Journal of Medicine détaille la découverte fortuite. ?QS QUÉBEC SCIENCE 10 MARS 2019 2019_LES ACTUS_MARS.indd 11 19-01-31 13:57                                                                                                                                                                                                                                                         Un phare devient une base scientiique Par Alexis Riopel A u 19e siècle, une pointe rocheuse s\u2019avançant dans  l\u2019estuaire  du Saint­Laurent faisait le malheur de navires qui s\u2019échouaient sur sa rive, si bien qu\u2019on y construisit un phare. Aujourd\u2019hui, ce même environnement, qui abrite une faune et une lore riches, s\u2019apprête à faire le bonheur des biologistes.  Le site patrimonial du phare de Pointe Mitis, dans le Bas­Saint­Laurent, sera transformé dès l\u2019été prochain en un lieu voué à la science et à l\u2019exploration de la nature.  Après des années de démarches,  l\u2019Association des résidents de la Pointe­ du­Phare (ARPP) a signé un bail de  15 ans avec la Ville de Métis­sur­Mer en novembre 2018 pour mettre en valeur le site délaissé depuis plus de 20 ans.En 2016, Métis­sur­Mer avait elle­même racheté le phare du gouvernement canadien ainsi que les quatre autres bâtiments du lieu.L\u2019ARPP compte offrir en location l\u2019ancienne maison du gardien de phare ain que des étudiants viennent y effectuer des travaux de terrain ou que des enfants y participent à des camps scientiiques.  La pointe se referme en une baie sur son côté est. Cette coniguration remarquable, dans une zone où la côte est plutôt rectilinéaire, crée une grande variété d\u2019habitats. « C\u2019est un endroit idéal pour explorer les milieux marin et côtier, observe le président de l\u2019ARPP et professeur de biologie à l\u2019Université Laval Ladd Johnson. Près du phare, le rivage descend très doucement, ce qui fait qu\u2019à marée basse une grande zone émerge de l\u2019eau et on peut s\u2019amuser beaucoup ! »  Le professeur Johnson, qui s\u2019intéresse à l\u2019écologie benthique et aux invasions biologiques, aimerait poursuivre ses propres recherches sur les escargots marins à cet endroit et y organiser des cours intensifs de biologie marine. Il espère ne pas être le seul : à la dernière réunion de Québec­Océan, un organisme regroupant les océanographes de la province, il a invité ses collègues à venir y mener des projets.  Il y a tout un lot de devinettes scien- tiiques à éclaircir à la pointe Mitis.Depuis quelques années, la population de crabes communs a explosé dans  le secteur. Un dénombrement de ces crustacés ? réalisé à l\u2019aide des résidants, peut­être ? serait la première étape pour comprendre ce phénomène, croit M. Johnson, qui habite à la fois Québec et Métis­sur­Mer. Ce serait aussi l\u2019occasion de faire découvrir à la communauté locale la richesse de son patrimoine naturel.  L\u2019ARPP tente d\u2019amasser 100 000 $ dans le but de rénover les bâtiments ce printemps afin de les offrir aux scientifiques et à leurs émules dès l\u2019été prochain. Après avoir éclairé les marins à travers les tempêtes, le phare de Pointe Mitis s\u2019apprête à jeter de la lumière sur la science. ?QS P H O T O : S H U T T E R S T O C K QUÉBEC SCIENCE  11  MARS 2019  Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe E n août 2018, une étude nous apprenait qu\u2019un tiers des adolescents américains n\u2019avait pas lu un livre pour le plaisir dans la dernière année. Ne pas lire sufisamment peut avoir une incidence considérable sur la capacité à comprendre les questions d\u2019un examen, à distinguer les fausses nouvelles des vraies et à s\u2019engager dans la société.La Silicon Valley a peut­être trouvé une solution au problème à travers des applications mobiles comme Hooked, Yarn ou Tap, où les histoires ne sont pas racontées dans de longs paragraphes, mais plutôt à coup de textos qui déilent à l\u2019écran, le tout accompagné de vidéos, de ichiers audios et même d\u2019interactivité avec l\u2019utilisateur. L\u2019objectif : introduire un contenu de façon rapide et dynamique. Le format peut sembler un peu étrange aux personnes plus âgées (comme moi), mais il captive nos jeunes !  Ai­je réussi à piquer votre curiosité ? Si vous n\u2019êtes pas encore convaincu, de grands diffuseurs le sont déjà ! Pocket Gems a bénéicié d\u2019un investissement de 90 millions de dollars américains de Tencent, le géant chinois de services Internet et mobiles. Ubisoft a acheté le Studio 1492, qui conçoit des histoires de romance interactives. Hooked a déclaré avoir 100 millions de lecteurs et compte parmi ses investisseurs des célébrités telles que Snoop Dogg, Ashton Kutcher, Mariah Carey, Jamie Foxx et LeBron James. Enin, Yarn a annoncé une collaboration avec Marvel Entertainment.  Qu\u2019est­ce qui explique le succès de ces applications mobiles ? D\u2019abord, l\u2019avènement des messages textes qui, désormais, sont le moyen de communication le plus utilisé par les Américains de moins de 50 ans. Les applications de iction ne font qu\u2019être là où leur public se trouve déjà. La seconde raison est inhérente à notre époque, bien qu\u2019un peu triste : il s\u2019agit d\u2019adapter les histoires à notre capacité d\u2019attention de plus en plus réduite. La iction est construite pour stimuler le lecteur en continu tout en lui donnant l\u2019impression qu\u2019il maîtrise la situation.Des experts prédisent que ce type de littérature continuera à croître, mais ne devrait jamais vraiment atteindre le marché grand public, car il s\u2019agit d\u2019un format destiné aux adolescents. Je ne suis pas d\u2019accord.On sait que les produits destinés aux jeunes peuvent être adoptés par les adultes. C\u2019est le cas de Fortnite,  un jeu vidéo qui remporte un succès colossal.  Je lisais beaucoup de livres lorsque j\u2019étais jeune, mais aujourd\u2019hui je préfère les articles en ligne. Je ne suis pas encore consommatrice des applis de iction, mais j\u2019avoue avoir envie d\u2019essayer. La prochaine in de semaine au chalet, je risque de rester collée à mon cellulaire, mais ce sera pour une bonne raison : la lecture ! ?QS Comment faire lire les ados ? Grâce à des applis ! Le vrai climatoréalisme 2019_LES ACTUS_MARS.indd 12 19-01-31 10:14 PARTOUT AU QU ÉBEC! PRÉSENTÉE PAR Pour la relève en journalisme scientiique 1er prix d\u2019une valeur de 2e prix d\u2019une valeur de 17 000$ 8 000$ et des stages au Québec et des stages au Québec et en France Les lauréats seront dévoilés le 5 mai 2019.Information : acs.qc.ca Consultez le calendrier au TECHNOSCIENCE.CA Un évènement du Grand partenaire QUÉBEC SCIENCE 12 MARS 2019 2019_LES ACTUS_MARS.indd 13 19-01-31 13:03                                                                                                                                                                                                           QUÉBEC SCIENCE 13 MARS 2019 S erait­il possible que le réchauffement planétaire diminue la mortalité au lieu de l\u2019augmenter, comme on l\u2019entend souvent dans les médias ?L\u2019automne dernier, qui a ini de manière particulièrement froide, certains climatosceptiques québécois ont brandi sur Twitter une étude parue en 2015 dans The Lancet qui montrait que le froid est responsable de 18 fois plus de morts que la chaleur.C\u2019est donc dire, concluaient­ils, que, même si des canicules plus fréquentes tueront plus de gens, le réchauffement sauvera davantage de vies qu\u2019il en fauchera.  Ce cas illustre parfaitement la nouvelle mode dans les cercles climatosceptiques : comme à peu près plus personne ne prend au sérieux ceux et celles qui nient l\u2019existence des changements climatiques ou leur origine anthropique, ils se disent mainte- thropique, ils se disent maintenant « climatoréalistes ». Ce sont désormais les conséquences du réchauffement qui sont rejetées ou alors décrites comme bénignes, voire positives.  L\u2019étude de 2015 existe bel et bien, elle est très vaste (74 millions de décès dans 13 pays entre 1985 et 2012) et elle conclut effectivement que 7,71 % de la mortalité est liée à des températures « non optimales », dont 7,29 % surviennent par temps froid et seulement 0,42 % par temps chaud. On trouve d\u2019ailleurs des chiffres qui vont dans le même sens sur le site de Statistique Canada : d\u2019un océan à l\u2019autre, autour de 770 personnes meurent par jour, en moyenne, de décembre à mars, contre quelque 680 en juin, juillet et août.  Alors, les « réalistes » auraient­ils raison, du moins sur ce point ? Pas vraiment. Cette étude a seulement établi dans quel intervalle de températures la mortalité est à son plus bas dans près de 400 localités, puis attribué les décès supplémentaires au froid ou à la chaleur. Et elle a trouvé un surplus de mortalité en hiver, mais c\u2019est un phénomène qui est connu depuis longtemps, m\u2019a indiqué le Dr Pierre Gosselin, responsable de la recherche en santé au consortium Ouranos sur les changements climatiques.La question importante, dit­il, et à laquelle la science a bien répondu ces dernières années, est celle­ci : ce surcroît de mortalité hivernale s\u2019explique­t­il par le froid (auquel cas le réchauffement pourrait être salutaire) ou par le changement de saison ? C\u2019est la seconde possibilité qui semble la bonne, enchaîne le Dr Gosselin.  La mortalité augmente en hiver parce que le corps s\u2019adapte au temps plus froid ? le sang devient plus épais, par exemple, ce qui a des conséquences sur la mortalité cardiaque ? et parce que des virus comme celui de la grippe se répandent mieux qu\u2019en été.Or, on observe cette hausse des décès dans pratiquement tous les climats. Une revue de la littérature scientiique publiée en 2013 dans WIREs Climate Change signalait ainsi que « l\u2019excès de mortalité hivernale est environ deux fois plus élevé en Angleterre et au pays de Galles qu\u2019en Norvège », même si l\u2019hiver est beaucoup plus rude en Scandinavie. En fait, mentionne le Dr Gosselin, on observe ce surcroît saisonnier de décès même dans des villes subtropicales comme Taiwan.  Alors, même si l\u2019hiver québécois s\u2019adoucit, il est dificile de croire que la Grande Faucheuse deviendra soudainement plus clémente.  Du côté estival de l\u2019équation, poursuit le Dr  Gosselin, « on prévoit qu\u2019il y aura de trois à cinq fois plus de jours chauds  au Québec d\u2019ici 20 ans et, dans certains endroits tropicaux et subtropicaux, on est déjà aux limites de l\u2019adaptation physiologique du corps humain [à la chaleur] ». En général, les canicules s\u2019accompagnent d\u2019un surplus de mortalité, surtout chez des personnes âgées, dont la santé est déjà chancelante.Donc, en comptant les décès attribuables aux canicules en plus de ceux qui surviendront avec d\u2019autres phénomènes estivaux susceptibles de devenir plus fréquents à l\u2019avenir (inondations, ouragans, etc.), les modèles actuels prédisent clairement que le réchauffement augmentera la mortalité, conclut le Dr Gosselin.Soyons véritablement climatoréalistes\u2026 ?QS Le vrai climatoréalisme Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf V I G G QUÉBEC SCIENCE 14 MARS 2019 M 2019_LES ACTUS_MARS.indd 14 19-01-31 10:14 Alzheimer : prévenir à défaut de guérir La maladie d\u2019Alzheimer est incurable, pour le moment.Mais il est possible de repousser l\u2019échéance, soutient le Dr Philippe Amouyel, spécialiste des maladies liées au vieillissement et de leur prévention.Par Marine Corniou QUÉBEC SCIENCE 15 MARS 2019 ENTREVUE AVEC PHILIPPE AMOUYEL I L L U S T R A T I O N : Q S ; P H O T O S : D R ; S H U T T E R S T O C K al incontrôlable qui ronge nos sociétés vieillissantes, la maladie d\u2019Alzheimer résiste encore et toujours aux assauts des chercheurs.Elle affecte 35 millions de personnes dans le monde, et l\u2019on s\u2019attend à ce que le nombre de cas triple d\u2019ici 2050.« Elle touche notre personnalité, notre relation aux autres, notre moi intime, notre capacité à vivre en société », écrit Philippe Amouyel dans son Guide anti-Alzheimer : les secrets d\u2019un cerveau en pleine forme, paru en mars 2018 aux éditions du Cherche midi.Ce neurologue de formation, professeur de santé publique au Centre hospitalier régional universitaire de Lille et directeur d\u2019une équipe de recherche sur les maladies du vieillissement à l\u2019Institut Pasteur de Lille, propose dans son ouvrage des conseils simples pour retarder autant que possible les premiers signes de la maladie.Nous avons pro?té de son passage à Montréal, l\u2019automne dernier, pour faire le point sur les avancées de la recherche, que ce soit dans le domaine de la génétique, de la pharmacologie ou de la prévention.Québec Science : Malgré des efforts de recherche importants, il n\u2019existe toujours pas de traitement contre la maladie d\u2019Alzheimer.Plusieurs essais cliniques ont été interrompus début 2018 faute d\u2019ef?cacité.Est-ce un constat d\u2019échec généralisé ?Philippe Amouyel : En fait, du côté scienti?que, il y a eu des avancées colossales depuis une dizaine d\u2019années.Mais c\u2019est vrai que, pour que la recherche soit considérée comme un succès par le public, il faut qu\u2019elle se traduise par un médicament que les gens pourront acheter à la pharmacie.Malheureusement on n\u2019en est pas là, d\u2019abord parce que le cerveau est un organe compliqué, ensuite parce que la maladie est elle aussi compliquée, insidieuse et qu\u2019elle s\u2019étend dans le temps.Lorsque les signes apparaissent, la maladie évolue déjà depuis 10, 20 ou même 30 ans.Le cerveau résiste pendant un certain temps, puis il ne parvient plus à compenser les pertes de neurones et les symptômes se manifestent.QS Il est alors trop tard pour intervenir ?PA C\u2019est ce qu\u2019on pense.Le problème, c\u2019est qu\u2019on a testé les traitements trop tardivement.S\u2019il n\u2019y a plus assez de neurones, les molécules ne peuvent faire régresser les symptômes.C\u2019est pour cela que, en ce moment, plusieurs essais reprennent des molécules qui ont apparemment échoué et les testent bien avant l\u2019apparition des symptômes, pour voir si elles permettent de bloquer la maladie à un stade où le cerveau peut encore récupérer.Parallèlement, une centaine de molécules font l\u2019objet d\u2019essais thérapeutiques, la plupart à la phase présymptomatique.QS Comment peut-on déceler la maladie avant les premiers symptômes ?PA Pendant longtemps, le diagnostic ne se faisait qu\u2019à l\u2019autopsie.Aujourd\u2019hui, il repose sur un faisceau de présomptions, c\u2019est-à-dire la présence de symptômes, mais aussi de certains marqueurs biologiques dans le liquide céphalora- chidien, et sur l\u2019imagerie par résonance magnétique, qui montre alors une diminution du volume de certaines aires cérébrales.En recherche, on peut utiliser une autre technique d\u2019imagerie, la tomographie par émission de positrons [PET scan].On dispose de traceurs qui vont se ?xer sur les plaques amyloïdes, caractéristiques de la maladie, et donner une idée de leur quantité à des stades plus précoces.QS Justement, que savons-nous de ces « plaques » dans le cerveau et des causes de la maladie ?PA Comme beaucoup d\u2019autres affections, la maladie d\u2019Alzheimer est le fruit d\u2019interactions entre des facteurs environnementaux et un terrain génétique.Moins de un pour cent des formes d\u2019alzheimer sont génétiques, avec une transmission familiale ; elles débutent très tôt.Tous les autres cas sont sporadiques et surviennent après 65 ans.On sait qu\u2019il y a d\u2019abord une accumulation de protéines amyloïdes [NDLR : qui forment des agrégats ou plaques entre les neurones].Puis, par un mécanisme qu\u2019on ne connaît pas bien, ces amas altèrent la structure d\u2019une autre protéine, la protéine tau, qui déforme les neurones et entraîne leur dégénérescence.La maladie débute dans l\u2019hippocampe, puis se propage au reste du cerveau.Ce phénomène de « cascade amyloïde » a été mis en évidence par des recherches sur les formes précoces familiales de la maladie.Cela dit, les mécanismes sont probablement complexes et multiples.Récemment, des études de génétique nous ont aidés à mettre au jour d\u2019autres mécanismes en jeu.QS Pouvez-vous nous parler de ces travaux en génétique, qui sont la spécialité de votre équipe ?PA Quand on travaille en génétique, on ne fait pas d\u2019hypothèses à priori ; on analyse entièrement le génome par balayage pour trouver les variants qui sont plus fréquents chez les malades que chez les gens en bonne santé.Notre laboratoire a coordonné la plus grande étude internationale jamais M QUÉBEC SCIENCE 16 MARS 2019 réalisée sur la maladie d\u2019Alzheimer, dans le cadre du consortium I-GAP [pour International Genomics of Alzheimer Project ; 100 000 personnes ?40 000 patients et 60 000 personnes en santé en Europe et en Amérique du Nord \u2013 y ont participé.On a découvert 27 des 30 gènes connus aujourd\u2019hui dans la maladie d\u2019Alzheimer.Chacun de ces variants fait augmenter d\u2019environ un à trois pour cent le risque de souffrir de la maladie, mais l\u2019effet cumulé de plusieurs variants permet de calculer un « score » génétique.QS Avez-vous eu des surprises sur la nature des gènes en cause ?PA On s\u2019est aperçu que plusieurs variants concernaient le métabolisme des lipides.Ce qui n\u2019est pas si étonnant, puisque le cerveau est composé de 60 % de graisses.Une autre piste qui est ressortie est celle de l\u2019immunité innée.Trois des gènes associés à un risque accru de développer la maladie sont exprimés dans les microglies, les cellules immunitaires du cerveau.Il semble que le corps lutte contre la maladie avec sa propre immunité, et cette capacité naturelle à lutter pourrait expliquer pourquoi certaines personnes sont atteintes d\u2019alzheimer et d\u2019autres non.On pourrait peut-être stimuler cette immunité pour renforcer les défenses de l\u2019organisme.QS Dans votre livre, vous proposez une série d\u2019actions et de « rituels anti- Alzheimer ».N\u2019est-ce pas surprenant de la part de quelqu\u2019un qui est très engagé dans la recherche ?PA Pas du tout ! On a des preuves solides qu\u2019un certain nombre de facteurs permettent de repousser le début de la maladie.Tout est parti d\u2019une grande étude hollandaise, l\u2019étude de Rotterdam, qui a montré que l\u2019incidence de la maladie était plus faible chez les gens nés en 1930 que chez ceux nés en 1920.On a trouvé la même chose de manière simultanée dans plusieurs pays à revenu élevé.Les cohortes plus jeunes avaient fait des études plus longues, avaient un risque cardiovasculaire atténué, ce qui est associé à un début plus tardif des symptômes.Cela étant dit, pour avoir une preuve scienti?que irréfutable, il faudrait mener des essais cliniques pendant 15 ans avec des participants qui ont adopté les mesures préventives et d\u2019autres non.C\u2019est long ! Certains pays comme la Chine, qui comptera 150 millions de cas dans 30 ans, ré?échissent à des programmes gouvernementaux de prévention.Mais on peut aussi compter sur les personnes elles-mêmes et les inciter à passer à l\u2019acte.QS Votre ouvrage parle d\u2019activité physique, d\u2019alimentation, de consommation d\u2019alcool\u2026 Du « bon sens », en somme.Mais c\u2019est dif?cile de changer les comportements.En tant que médecin de santé publique, vous devez en être conscient ! PA C\u2019est là l\u2019enjeu de mon livre : donner des explications, car la prévention est toujours plus ef?cace quand on la comprend, et proposer ce que j\u2019appelle des « rituels » très concrets, soutenus par des études scientifiques.Je pense que, contrairement aux maladies cardiovasculaires, la maladie d\u2019Alzheimer suscite une crainte, un peu comme le cancer.Les gens sont davantage réceptifs.QS Quelles sont les mesures de prévention qui ont fait leurs preuves ?PA En gros, il y a quatre directions.D\u2019abord, stimuler son cerveau, mais pas que de façon intellectuelle, également avec des activités comme le bricolage.Ensuite, protéger le cerveau : des substances toxiques, de la pollution, des chocs répétés, même légers, en portant un casque et en évitant les sports de contact.Le troisième axe est celui d\u2019un cerveau sain dans un corps sain : il s\u2019agit de soigner son corps, son alimentation, d\u2019abaisser son risque cardiovasculaire.En?n, il faut maintenir des relations sociales.Les gens qui vivent en couple souffrent de 30 % à 50 % moins d\u2019alzheimer que ceux qui sont seuls.Voir ses amis, faire des activités sociales : cela paraît futile, mais c\u2019est très important.QS Concrètement, y a-t-il un comportement en particulier à privilégier ?PA Il faut opter pour ce qu\u2019on a envie de faire.Les mesures préventives, il vaut mieux les appliquer un peu tous les jours qu\u2019une fois le 31 décembre et une fois avant l\u2019été ! Il y a aussi des précautions simples auxquelles on pense moins.En France ?et c\u2019est sûrement le cas au Québec aussi ?, la moitié de la population est carencée en vitamine D, ce qui est un facteur de risque.Or, les suppléments ne coûtent presque rien.Un autre exemple est celui de la baisse de l\u2019audition, ou presbyacousie, qui débute parfois dès 40 ou 50 ans.Elle entraîne un ralentissement de la stimulation cérébrale et un isolement.Mais l\u2019appareillage auditif coûte cher et a une connotation de « vieillard », et par conséquent beaucoup de gens ne se font pas appareiller.QS La prévention peut-elle avoir un effet réel sur ce ?éau ?PA On sait que, si l\u2019on parvient à repousser de 5 ans l\u2019âge auquel se déclenche la maladie, au bout de 10 ans, on aura réduit de moitié le nombre de cas.Ce n\u2019est pas rien, puisque, après 85 ans, environ 30 % des gens souffrent d\u2019alzheimer.?QS Il faut maintenir des  relations sociales. Les  gens qui vivent en couple  soufrent de 30 % à 50 %  moins d\u2019alzheimer que  ceux qui sont seuls. Voir  ses amis, faire des activités  sociales : cela paraît futile,  mais c\u2019est très important.  ENTREVUE QUÉBEC SCIENCE 17 MARS 2019 SORTIR LES TROUS NOIRS DE L\u2019OMBRE Le premier portrait d\u2019un trou noir est sur le point d\u2019être publié.Au-delà de l\u2019exploit technique, ce cliché devrait aider les scienti?ques à comprendre ces objets cosmiques qui dé?ent les lois de la physique.PAR MARINE CORNIOU P H O T O : B R O N Z W A E R / D A V E L A A R / M O S C I B R O D Z K A / F A L C K E / R A D B O U D U N I V E R S I T Y ESPACE ? QUÉBEC SCIENCE 18 MARS 2019 I maginez un animal vorace mais farouche, passé maître dans l\u2019art du camou?age.On a déjà aperçu ses empreintes, trouvé les restes de ses repas.Certains disent qu\u2019ils ont senti son souf?e, mais personne ne l\u2019a jamais vu.Dragon, yéti, monstre marin, qu\u2019importe, il s\u2019agit là des prémices de nombreuses légendes.C\u2019est aussi, avec moins de magie et plus d\u2019équations, la fascinante histoire des trous noirs, ces géants cosmiques compacts et si massifs que rien ne peut s\u2019en échapper, pas même la lumière.Leur réalité ne fait aucun doute ; mais il n\u2019y a aucune preuve directe de celle-ci\u2026 pour l\u2019instant.Car d\u2019ici quelques semaines, les astronomes pourront admirer la première « photographie » of?cielle de Sagittarius A* (prononcez « A étoile »), le colosse qui trône au cœur de notre galaxie, à quelque 26 000 années-lumière de la Terre.Un cliché historique qui validera du même coup l\u2019existence de ces étranges objets.L\u2019image, qui est attendue fébrilement depuis plus d\u2019un an, est le fait d\u2019armes de l\u2019Event Horizon Telescope (EHT), un réseau de huit radiotélescopes répartis sur quatre continents.En agissant de concert, par « interférométrie », ils constituent un télescope au diamètre équivalent à celui de la Terre.Une telle alliance était nécessaire pour voir la bête : même si sa masse est celle de quatre millions de Soleil, Sagittarius A* est si dense que le voir depuis la Terre équivaut à repérer une balle de golf sur la Lune, cachée dans un nuage de poussière.Il faut, pour cela, un pouvoir de résolution 2 000 fois supérieur à celui du télescope spatial Hubble ! Plus que jamais, l\u2019étau se resserre.Mais l\u2019EHT apportera la preuve ultime en mettant en lumière la frontière du trou noir, poétiquement nommée « horizon des évènements ».ESPACE ? QUÉBEC SCIENCE 19 MARS 2019 SMT SPT JCMT/SMA LMT ALMA/APEX IRAM Aux printemps 2017 et 2018, ces télescopes ont tous pointé leurs antennes pendant quelques nuits vers la constellation du Sagittaire, où se dissimule leur discret modèle.De quoi accumuler suf?samment de données pour révéler la silhouette sombre du trou noir se détachant sur fond de gaz incandescent.« Recombiner et analyser les données prend plus de temps que prévu.Mais c\u2019est bon signe : cela prouve qu\u2019il y a quelque chose d\u2019intéressant à voir », se réjouit Daryl Haggard, spécialiste des trous noirs à l\u2019Université McGill, qui suit de près les travaux de l\u2019équipe internationale de l\u2019EHT.Pour voir ce qui, par définition, est invisible, les astronomes rivalisent d\u2019ingéniosité depuis cinq décennies.« Nous avons beaucoup, beaucoup de preuves indirectes que les trous noirs existent.De fait, on a quasiment con?rmé leur existence grâce à deux découvertes : en 2015, des ondes gravitationnelles causées par la collision de deux trous noirs ont été détectées.Et il y a quelques mois, un autre réseau de télescopes, appelé Gravity, a pu observer le gaz qui orbite au plus près de Sagittarius A* », résume Daryl Haggard.Plus que jamais, l\u2019étau se resserre.Mais l\u2019EHT apportera la preuve ultime en mettant en lumière la frontière du trou noir, poétiquement nommée « horizon des évènements ».UNE QUÊTE HISTORIQUE Pour comprendre l\u2019enjeu de cette traque, il faut revenir plus de 200 ans en arrière, alors que Newton et sa pomme viennent d\u2019établir les lois de la gravitation.À la ?n du 18e siècle, Pierre-Simon de Laplace, en France, et John Michell, au Royaume-Uni, postulent que la lumière aussi obéit à ces lois.Reprenons la pomme : si on la lance, elle retombe.Mais si on la lance suf?samment vite, à plus de 11 kilomètres par seconde (km/s), elle atteint la « vitesse de libération » de la Terre, échappe à la gravité de la planète et se retrouve expédiée dans le cosmos.Laplace et Michell imaginent qu\u2019il y a des astres tellement massifs que, pour échapper à leur attraction gravitationnelle, il faudrait aller non pas à 11 km/s, mais plus vite que la lumière (300 000 km/s).Or, une telle vitesse est impossible : si ces monstres existent, tout ?y compris la lumière ?est alors piégé à l\u2019intérieur.« Puis, en 1915, Einstein publie sa théorie de la relativité générale, et ses équations montrent très clairement l\u2019existence possible de tels trous noirs.Reste que la communauté scientifique trouve cela trop bizarre », raconte Julie Hlavacek-Larrondo, astrophysicienne à l\u2019Université de Montréal.Einstein lui-même ne croit pas à ces puits gravitationnels aberrants ! Le projet EHT (Event Horizon Telescope) consiste à mettre en réseau huit radiotélescopes répartis sur la planète pour obtenir en?n des images de trous noirs : le radiotélescope de l\u2019IRAM en Espagne, le LMT au Mexique, le SMT en Arizona, le JCMT et le SMA aux îles Hawaii, le SPT en Antarctique, l\u2019ALMA et l\u2019APEX au Chili.PHOTO : SHUTTERSTOCK ; SOURCE : EHT EINSTEIN TIENT BON ! En 2018, le réseau de télescopes Gravity a aussi permis de suivre S2, l\u2019étoile visible la plus proche de Sagittarius A*, lors de son passage à proximité du géant.C\u2019est justement sa trajectoire qui avait permis de deviner, il y a quelques années, la masse du trou noir.Mais cette fois, grâce à la précision de Gravity, S2 a servi de modèle pour valider la relativité générale là où le « tissu » de l\u2019espace-temps est déformé à l\u2019extrême par le corps massif.Comme prévu par Einstein, la gravité intense a étiré les ondes lumineuses émises par l\u2019étoile, les faisant apparaître plus longues (et donc plus rouges) que normalement.Pour l\u2019instant, donc, les trous noirs n\u2019ont pas permis de prendre les équations d\u2019Einstein en défaut, bien au contraire.I L L U S T R A T I O N : S H U T T E R S T O C K ? QUÉBEC SCIENCE 20 MARS 2019 Sur cette simulation, le trou noir est entouré d\u2019un disque d\u2019accrétion.La gravité agit comme une lentille, en incurvant les rayons lumineux émis à l\u2019arrière-plan.Le déclic survient dans les années 1970, avec les premiers indices concrets.« Les fusées ont pris des \u201cradiographies\u201d du ciel et on s\u2019est aperçu qu\u2019il était couvert de sources de rayons X, poursuit la chercheuse.Or, il faut quelque chose de très énergétique pour émettre des rayons X : même notre Soleil en produit peu.» Ce « quelque chose », ce sont les trous noirs.Ceux-ci sont parfois entourés de gaz et de matière, provenant par exemple d\u2019une étoile voisine, qui forment un disque d\u2019accrétion, un peu comme les anneaux de Saturne.« Sauf que, en raison de l\u2019intense gravité, cette matière tourne très vite.Il y a beaucoup de frottements, elle est chauffée à des dizaines de millions de degrés et émet alors des rayons X », explique Julie Hlavacek-Larrondo.En somme, le trou noir reste invisible, mais trahit sa présence en « en?am- mant » ce qui s\u2019approche trop près de lui.Contrairement aux idées reçues, les trous noirs ne sont pas tous immenses.Il en existe de toutes les tailles, peut-être même des microscopiques qui se seraient formés dans l\u2019Univers primordial.Les plus nombreux sont probablement les trous noirs « stellaires », issus d\u2019anciennes étoiles.Arrivées en ?n de vie, celles-ci s\u2019effondrent sur elles-mêmes en un résidu extrêmement dense : naine blanche, étoile à neutrons ou, en?n, trou noir lorsque l\u2019étoile de départ est au moins 40 fois plus massive que le Soleil.Il pourrait y avoir dans la Voie lactée plus de 100 millions de trous noirs stellaires.En avril dernier, une équipe de l\u2019Université Columbia a même estimé qu\u2019il y en aurait environ 20 000 rien qu\u2019au voisinage de Sagittarius A*.Ce dernier joue dans une autre catégorie : celle des trous noirs supermassifs, qui « pèsent » plusieurs millions de masses solaires et dont l\u2019origine est encore mysté- ESPACE P H O T O S : S H U T T E R S T O C K ; E S A / A O E S M E D I A L A B REPORTAGE_TROU_NOIR_201903_corrige?.indd 20 19-01-31 10:33 QUÉBEC SCIENCE 21 MARS 2019 rieuse.« On en trouve au centre de presque toutes les galaxies, plus ou moins actifs selon la quantité de matière autour », indique Julie Hlavacek-Larrondo.En 2018, la chercheuse a d\u2019ailleurs découvert des trous noirs encore plus gros grâce au télescope à rayons X Chandra de la NASA.« On a regardé au cœur de 72 grosses galaxies, parmi les plus vieilles de l\u2019Univers.Elles abritent des trous noirs 10 fois plus massifs que ce qu\u2019on pensait ; on les a appelés \u201cultramassifs\u201d », relate- t-elle.Leur masse ?De 10 à 100 milliards de fois celle du Soleil ! Mais attention, à l\u2019inverse de leur image populaire d\u2019ogres destructeurs, les trous noirs ne sont pas des aspirateurs cosmiques.D\u2019abord, ils sont le plus souvent isolés et donc parfaitement calmes.Ensuite, ces objets, même gigantesques, « n\u2019aspirent » rien.Si notre Soleil se transformait subitement en trou noir, les planètes ne seraient pas avalées.Il ferait un froid extrême, mais la Terre continuerait à suivre son orbite, aiment à rappeler les physiciens.La masse (et donc l\u2019attraction) de l\u2019astre resterait la même, mais elle serait condensée dans une boule de 6 kilomètres de diamètre ?contre 1,3 million normalement.« La matière peut rester longtemps en orbite de façon stable autour d\u2019un trou noir.Mais en chauffant dans le disque d\u2019accrétion, à cause de la friction, elle émet des photons et perd de l\u2019énergie », mentionne Daryl Haggard.C\u2019est en raison de cette perte d\u2019énergie, de ce ralentissement que la matière décrit une spirale et ?nit par sombrer dans ce trou qui n\u2019en est pas vraiment un.« Une fois que la matière franchit l\u2019horizon des évènements, on la perd de vue et on n\u2019a aucun moyen d\u2019observer ce qu\u2019elle devient ?même si les théoriciens ont beaucoup d\u2019idées sur la question », ajoute-t-elle.Le terme trou renvoie donc plus au manque d\u2019information qu\u2019à un quelconque ori?ce\u2026 VOIR À LA LISIÈRE L\u2019horizon des évènements, c\u2019est l\u2019essence même des trous noirs, leur définition fondamentale.Il s\u2019agit d\u2019une frontière intangible, une sorte de membrane virtuelle ne pouvant être franchie que dans un seul sens.Cette sphère délimite l\u2019emprise gravitationnelle du trou noir, son territoire.L\u2019objectif de l\u2019EHT est de révéler l\u2019existence de cette frontière immatérielle.« Si on prouve que toute la masse du trou noir est contenue à l\u2019intérieur d\u2019une zone comparable à l\u2019horizon des évène- » «Il existerait des trous noirs de toutes les tailles, des plus microscopiques aux plus énormes, avec une masse de 10 à 100 milliards de fois plus grande que celle du Soleil ! Cette représentation d\u2019artiste montre les vents et les jets ultra rapides produits par un trou noir supermassif au centre d\u2019une galaxie.Ces ?ux de matière jouent un rôle fondamental dans le « modelage » des galaxies et la formation d\u2019étoiles.REPORTAGE_TROU_NOIR_201903_corrige?.indd 21 19-01-31 14:17 QUÉBEC SCIENCE 22 MARS 2019 ments, dans la mesure où l\u2019on ne connaît aucun autre objet ayant cette densité, on con?rmera qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un trou noir », explique Guy Perrin, astronome à l\u2019Observatoire de Paris.Il est le responsable français de l\u2019instrument Gravity, un interféromètre qui regroupe les quatre télescopes de huit mètres du Very Large Telescope au Chili, eux aussi braqués dans la direction de Sagittarius A*.Alors que l\u2019EHT sonde le centre de la Galaxie dans la gamme des ondes radio millimétriques, Gravity scrute la même zone dans l\u2019infrarouge.« L\u2019EHT et Gravity sont deux instruments complémentaires qui arrivent au même moment, ce qui est fantastique », s\u2019enthousiasme Guy Perrin.Si Gravity n\u2019a pas une résolution suf?sante pour voir l\u2019horizon des évènements (pour reprendre l\u2019analogie, il permettrait de distinguer l\u2019équivalent de trois humains sur la Lune plutôt qu\u2019une balle de golf), il a accompli en 2018 de véritables prouesses techniques.« L\u2019idée de Gravity est née en 2005, mais on ne savait pas si on allait y arriver.Il fallait atteindre des performances qui allaient bien au-delà de ce qu\u2019on faisait en interférométrie infrarouge à l\u2019époque.Quand on a pu faire les premières observations en mai 2016, ça a été un immense soulagement », se souvient-il.Un soulagement, et un pas de géant vers Sagittarius A* : jamais encore les astronomes n\u2019avaient regardé si proche du monstre.Fin octobre 2018, le consortium Gravity de l\u2019Observatoire européen austral a détaillé dans le journal Astronomy & Astrophysics l\u2019observation de « points chauds », des sursauts lumineux émis juste au bord du trou noir.Ces sortes de tempêtes magnétiques sont dues au déchirement du plasma chauffé à des millions de degrés, et les chercheurs ont pu calculer que celui-ci tourbillonne à 30 % de la vitesse de la lumière, à quelques encablures du point de non-retour.« Ces bouffées énergétiques sont comme des sondes au plus près du trou noir, 400 fois plus près que les étoiles qui orbitent autour et qui sont étudiées depuis plusieurs années », dit Guy Perrin.« Ce sont de très beaux résultats, formidables, commente Daryl Haggard.Ils vont nous aider à comprendre tous les phénomènes qu\u2019on observe parallèlement dans différentes longueurs d\u2019onde.» DES LABORATOIRES EXTRÊMES Si Sagittarius A* et les autres trous noirs supermassifs intéressent tant les astronomes depuis quelques années, c\u2019est parce qu\u2019ils semblent être une clé pour percer les secrets des galaxies.Les deux entités grandissent ensemble, meurent ensemble et interagissent constamment dans un curieux manège d\u2019échanges de matière, faisant intervenir des champs magnétiques complexes.« C\u2019est perturbant : notre galaxie fait 100 000 années-lumière de large.Le trou noir au centre n\u2019est pas plus gros que notre système solaire.C\u2019est une aiguille dans une botte de foin ! Pourquoi ces astres minuscules à l\u2019échelle astronomique in?uent-ils autant sur leur galaxie?» s\u2019interroge Daryl Haggard.Ils sont d\u2019ailleurs capables du pire, même si l\u2019on ne saisit pas encore bien leurs accès de colère.« Les trous noirs supermassifs ont assez d\u2019énergie pour détruire leur galaxie.Ils peuvent engendrer à partir du disque d\u2019accrétion des jets de particules extrêmement énergétiques, expulsés quasiment à la vitesse de la lumière et qui peuvent s\u2019étendre bien au- delà de la galaxie hôte », con?rme Julie Hlavacek-Larrondo, qui se spécialise dans l\u2019étude de ces jets et travaille régulièrement avec Daryl Haggard.C\u2019est ainsi que, paradoxalement, ces astres invisibles peuvent produire les ?ashs les plus puissants de l\u2019Univers : les quasars.Certains trous noirs ont la force nécessaire pour disperser les gaz dans toute leur galaxie, limitant ainsi la formation d\u2019étoiles.En 2016, une équipe de l\u2019Université York, à Toronto, a décelé des vents spatiaux ?lant à 200 millions de kilomètres à l\u2019heure à proximité d\u2019un trou noir supermassif.L\u2019équivalent d\u2019un ouragan de catégorie 77 ! Sagittarius A* est calme, lui.Un peu trop, pour Julie Hlavacek-Larrondo, qui le quali?e d\u2019ennuyeux en riant.Elle lui préfère le trou noir supermassif de M87, une galaxie géante voisine.Alors qu\u2019on n\u2019a jamais détecté de jets issus de Sagittarius A*, ceux en provenance du trou noir de M87 s\u2019étendent sur 5 000 années-lumière et sont même visibles par les télescopes amateurs.Ça tombe bien, l\u2019EHT va aussi tenter de lui tirer le portrait.Véritables laboratoires cosmiques, les trous noirs pourraient aussi être la clé de bien des mystères fondamentaux, du Big Bang aux multivers en passant par les voyages dans le temps.Ce n\u2019est pas pour rien que ces entités légendaires ont inspiré autant d\u2019auteurs et de cinéastes : elles siègent aux limites de la physique, mettant à mal l\u2019espace et le temps, et poussant la relativité générale dans ses retranchements.« À l\u2019intérieur d\u2019un trou noir, nos lois ne fonctionnent plus.En théorie, toute la masse devrait être concentrée dans un point in?niment dense et in?niment petit, qu\u2019on appelle \u201csingularité\u201d », reprend Julie Hlavacek-Larrondo.Or, la physique déteste la notion d\u2019in?ni, qui fait capoter les calculs.Il y a donc un problème de taille : pour décrire un trou noir, point de rencontre entre l\u2019immense et le minuscule, les physiciens ont besoin à la fois de la relativité générale, qui s\u2019applique aux échelles astronomiques, et de la mécanique quantique, qui régit l\u2019in- ?niment petit.C\u2019est fâcheux, car ces deux théories sont toujours irréconciliables ! Ces astres singuliers pourraient-ils unir les deux mondes?C\u2019est en tout cas ce que pensent plusieurs théoriciens, à commencer par le regretté Stephen Hawking, spécialiste des trous noirs, qui cherchait à « uni?er » la physique avec sa fameuse théorie du tout (voir le texte ci-contre).Ainsi, loin d\u2019être des puits sans fond, les trous noirs sont des moteurs puissants qui alimentent aussi bien la dynamique des galaxies que les ré?exions les plus fondamentales.Espérons que Sagittarius A* se montrera sous son meilleur pro?l pour aider à sortir de l\u2019ombre ces titans aux mille visages.lQS ESPACE Les trous noirs pourraient être la clé de bien des mystères fondamentaux, du Big Bang aux multivers en passant par les voyages dans le temps.REPORTAGE_TROU_NOIR_201903_corrige?.indd 22 19-01-31 10:33 QUÉBEC SCIENCE 23 MARS 2019 LE DÉCONCERTANT EFFET HAWKING Mort le 14 mars 2018 à l\u2019âge de 76 ans, le célèbre astrophysicien Stephen Hawking a bouleversé la science des trous noirs.PAR MARINE CORNIOU R ien ne s\u2019échappe d\u2019un trou noir : ce postulat ne s e m b l e p a s laisser place à la nuance.Et pourtant, à en croire les travaux de Stephen Hawking, les trous noirs « irradient » bel et bien, émettant un rayonnement.Ce désormais célèbre « rayonnement de Hawking » a été décrit par l\u2019astrophy- sicien britannique dans Nature en 1974 et a changé le regard de la communauté scienti?que sur ces astres\u2026 qui ne seraient pas tout à fait noirs ! « En prenant en compte la mécanique quantique, Hawking a montré que les trous noirs émettent un rayonnement d\u2019autant plus important que leur masse est faible, même si cela n\u2019a pas été prouvé expérimentalement », explique Flora Moulin, doctorante au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie de Grenoble, en France.Ainsi, les trous noirs sur lesquels l\u2019as- trophysicien s\u2019est creusé les méninges sont minuscules : de la taille d\u2019un proton, ils renferment la masse d\u2019une montagne (un milliard de tonnes).« En théorie, des trous noirs de toutes les masses peuvent exister.Ces petits trous noirs se seraient formés dans l\u2019Univers primordial, très dense, dans des conditions extrêmes », ajoute la spécialiste.Ces microscopiques trous noirs, impossibles à observer, doivent inévitablement être soumis à des phénomènes quantiques, qui sont justement à l\u2019origine de leur rayonnement.Pour comprendre, il faut savoir que le vide n\u2019existe pas en mécanique quantique.Des paires de particule- antiparticule surgissent constamment du néant, au hasard, et s\u2019annihilent instantanément.Sauf qu\u2019à l\u2019horizon d\u2019un trou noir, il y a des forces de « marée » si intenses que, lorsqu\u2019un tel couple se forme, les partenaires sont séparés.« La particule [d\u2019énergie positive] s\u2019échappe et l\u2019antiparticule [d\u2019énergie négative] va à l\u2019intérieur du trou noir », indique Flora Moulin.Résultat : le trou noir émet des particules et perd sa masse, à mesure que de l\u2019énergie négative y pénètre.D\u2019où la fameuse « évaporation » des trous noirs postulée par Stephen Hawking.Le hic, c\u2019est que le rayonnement en question est « muet » : il n\u2019est porteur d\u2019aucune information sur la forme, la couleur ou la con?guration de la matière qui a jadis plongé dans le trou noir.Or, les lois quantiques af?rment qu\u2019aucune information ne peut disparaître et que tout phénomène est plus ou moins réversible.Stephen Hawking a donc mis au jour un paradoxe déroutant, qui l\u2019a titillé pendant 40 ans.Son ultime travail, détaillé dans un article posthume publié par ses coauteurs des universités Harvard et de Cambridge en octobre 2018, sur la plateforme ArXiV, donne justement des pistes pour résoudre ce « paradoxe de l\u2019information ».Le trio suggère, en gros, que l\u2019information serait stockée à l\u2019horizon du trou noir et non pas à l\u2019intérieur.L\u2019hypothèse est très contestée, mais elle a le mérite de raviver le débat.Même après sa mort, Stephen Hawking fait des vagues dans l\u2019Univers.lQS I L L U S T R A T I O N : S H U T T E R S T O C K ESPACE REPORTAGE_TROU_NOIR_201903_corrige?.indd 23 19-01-31 10:33 QUÉBEC SCIENCE 24 MARS 2019 SANTÉ REPORTAGE_OBESITE?_201903_V2_corrige?_+1/2 Pub_vsuzanne.indd 24 19-01-31 13:14 QUÉBEC SCIENCE 25 MARS 2019 L\u2019 indignation de Mickaël Bergeron est immense, tout comme sa mé?ance à l\u2019égard des professionnels de la santé.Ce soir, les mots qu\u2019il prononce au micro pèsent lourd.L\u2019assistance l\u2019écoute sans faire un bruit.« J\u2019ai été hospitalisé pour une gastro terrible à l\u2019adolescence, on m\u2019a fait la morale sur mon poids.J\u2019ai reçu un coup de marteau sur la tête ; on m\u2019a fait la morale sur mon poids en même temps que mes points de suture.À 24 heures de perdre une jambe à cause d\u2019une bactérie, un médecin, qui ne m\u2019adressait jamais directement la parole, a demandé à une in?rmière si ça valait la peine de me soigner en raison de mon diabète.Je n\u2019en fais même pas ! » « Ça ne donne pas envie de vous consulter », assène le trentenaire aux médecins, nutritionnistes et autres intervenants qui participent à une formation organisée l\u2019automne dernier par le chapitre montréalais d\u2019Obésité Canada et dont le titre est « Dois-je parler du poids dans ma pratique ?Si oui, comment ?» Mickaël Bergeron sait qu\u2019il n\u2019est pas le seul à souffrir : il a recueilli de nombreux témoignages qu\u2019il publiera dans un essai sur la grossophobie ?ou l\u2019attitude hostile envers les grosses personnes, un terme qui est entré dans l\u2019édition 2019 du Petit Robert.S\u2019il n\u2019y a pas encore d\u2019étude sur l\u2019ampleur de la stigmatisation liée au poids dans le monde de la santé au Canada ?une équipe des universités Concordia et de Calgary y travaille ?, tout laisse croire que la situation se compare à celle d\u2019autres pays où le phénomène a été documenté des points de vue tant des patients que des praticiens, qu\u2019ils soient médecins, dentistes, in?rmières, diététistes, psychologues, kinésiologues ou physiothérapeutes.Une recherche parue en 2014 et menée auprès de 4 700 étudiants américains en médecine a ainsi montré que les biais inconscients sont légion (74 %) et que les biais conscients sont plus fréquents (67 %) que ceux associés à l\u2019orientation sexuelle ou à l\u2019origine ethnique.Le problème est pour le moins sérieux, alors que près du quart de la population québécoise est obèse ?et que la tendance ne semble pas près de s\u2019inverser.« Les professionnels de la santé ne sont pas immunisés contre les valeurs et LES PERSONNES OBÈSES SONT-ELLES BIEN SOIGNÉES ?Les préjugés envers les personnes obèses nuisent à la qualité des soins de santé qu\u2019elles reçoivent.La ?n des blagues de gros serait une question de santé publique.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE ILLUSTRATIONS : SÉBASTIEN THIBAULT REPORTAGE_OBESITE?_201903_V2_corrige?_+1/2 Pub_vsuzanne.indd 25 19-01-31 10:41 QUÉBEC SCIENCE 26 MARS 2019 les croyances culturelles auxquelles nous sommes tous exposés », rappelle Rebecca Puhl, une Ontarienne qui étudie le phénomène depuis une quinzaine d\u2019années au Rudd Center for Food Policy and Obesity, basé au Connecticut.Mais l\u2019existence de fausses croyances chez les professionnels de la santé attire l\u2019attention des chercheurs parce qu\u2019elle nuit à la qualité des soins.Une étude de 2004 du Rudd Center, maintes fois citée, a révélé que les médecins à qui l\u2019on soumet un dossier ?ctif prévoient accorder moins de temps au patient si ce dernier est déclaré obèse (22 minutes en moyenne) que lorsqu\u2019on le présente comme en surpoids ou mince (respectivement 25 et 31 minutes).Cette négligence a été tristement illustrée par une femme de Victoria, en Colombie-Britannique, qui a transformé sa rubrique nécrologique en un éditorial contre la grossophobie en 2018 ; son cancer n\u2019a été découvert que quatre jours avant sa mort, alors qu\u2019elle sentait depuis des années que quelque chose clochait.Comme seule réponse à ses préoccupations, les médecins lui disaient\u2026 de perdre du poids.Les patients qui ont vécu des expériences négatives avec des professionnels de la santé retardent les visites médicales ou les évitent carrément, selon une revue de la littérature réalisée par des chercheurs canadiens qui sera bientôt publiée dans Primary Health Care Research & Development.Même le matériel médical leur rappelle constamment leur différence : les pèse-personnes, les brassards du tensiomètre, les civières et les appareils d\u2019imagerie standards ne conviennent pas aux plus corpulents.Tout cela nourrit un cercle vicieux déjà enclenché.« La stigmatisation provenant de toutes les sources ?la famille, les établissements scolaires, le monde du travail, etc.?contribue au gain de poids et à l\u2019obésité », poursuit Mme Puhl, parce que la détresse psychologique peut favoriser des comportements malsains comme l\u2019hyperphagie ou conduire à l\u2019abandon de l\u2019activité physique.DES AUTOMATISMES TENACES Juste après le témoignage de Mickaël Bergeron, Angela Alberga présente deux silhouettes féminines sur l\u2019écran géant : l\u2019une ronde, l\u2019autre ?liforme.« En regardant ces images, faites des associations avec les mots que je vais donner et ré?échissez », dit la professeure du Département de santé, de kinésiologie et de physiologie appliquée de l\u2019Université Concordia.Prêtez-vous au jeu, chers lecteurs, avec l\u2019image ci-contre.Coureuse de marathon.Organisée.Fait du tricot.Alimentation malsaine.Fait du canot.Bon leader.Bizarre socialement.« J\u2019aimerais vous parler de mon amie à gauche, dit Mme Alberga.C\u2019est une bonne leader.L\u2019activité physique fait partie de son SANTÉ REPORTAGE_OBESITE?_201903_V2_corrige?_+1/2 Pub_vsuzanne.indd 26 19-01-31 13:16 QUÉBEC SCIENCE 27 MARS 2019 mode de vie ; elle a couru je ne sais combien de marathons dans sa vie même si elle n\u2019a que 30 ans.Elle fait aussi très souvent du canot en famille et est très organisée.» Puis vient le tour de la silhouette longiligne.« Cette autre amie aime beaucoup Net?ix et manger ses collations devant la télévision.Le tricot est l\u2019un de ses passe-temps, auquel elle s\u2019adonne toute seule.Elle n\u2019est pas trop portée sur les activités sociales qui réunissent de nombreuses personnes, elle préfère rester avec ses amis proches.» Pas un mot dans la salle.« Est-ce différent de ce que vous aviez en tête ?» Ces associations automatiques résultent d\u2019une tendance à réduire l\u2019obésité à la volonté de la personne, à sa paresse, à son manque de discipline et à sa gloutonnerie et, enfin, à présumer qu\u2019elle s\u2019alimente mal et ne fait pas d\u2019exercice.Ces préjugés n\u2019épargnent personne, ni vous qui lisez ces lignes, ni celle qui les a écrites, ni même les individus obèses.Là-dessus, le Canada a des données ; une étude comparative de 2015 a montré que les partis pris en matière de poids dans la population y sont équivalents à ceux mis au jour en Islande, en Australie et aux États-Unis.Ces idées préconçues seraient d\u2019ailleurs présentes chez les enfants dès l\u2019âge de trois ans.Pourtant, dans bien des cas, le sur- poids et l\u2019obésité n\u2019ont rien à voir avec le laisser-aller.« C\u2019est le contraire ! » lance Èvelyne Bourdua-Roy, une médecin de famille qui a communiqué avec nous quand elle a su que Québec Science se penchait sur le sujet.« Le cas typique, c\u2019est la dame qui a toujours été au régime, qui a constamment faim, qui fait du sport, qui ne maigrit pas et qui continue quand même.Il en faut, de la volonté ! Ces personnes me disent : \u201cJe vous jure que je ne triche pas\u201d et s\u2019étonnent que je les croie », dit celle dont les yeux s\u2019embuent quand elle relate les histoires de patients malmenés dans le système de santé.Pour mieux les soigner, elle a obtenu le certi?cat de l\u2019American Board of Obesity Medicine (ABOM), une organisation qui vise à combler le manque de formation, décrié par les praticiens eux-mêmes.Dans un texte d\u2019opinion paru dans BMC Medicine en 2018, des chercheurs af?rmaient d\u2019ailleurs que, pour combattre l\u2019épidémie d\u2019obésité, il faut commencer par « former des professionnels de la santé compatissants et bien informés qui prodigueront de meilleurs soins et ultimement réduiront les effets négatifs des préjugés liés au poids.» Il y a encore loin de la coupe aux lèvres : en Alberta, une étude effectuée en 2016 à partir de la description des cours de 67 programmes d\u2019études en santé témoigne de l\u2019absence du sujet.DES CAUSES MULTIPLES À l\u2019Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, la Dre Marie-Philippe Morin con?rme que le poids ne se résume pas aux habitudes de vie\u2026 tout en précisant qu\u2019elles sont importantes.« Je ne veux pas que vous banalisiez l\u2019effet des habitudes de vie dans votre article ou qu\u2019on dise que ce n\u2019est pas une responsabilité personnelle ! » mentionne cette interniste surspécialisée en médecine bariatrique, qui est titulaire aussi du certi?cat de l\u2019ABOM.Pour être en santé, de bonnes habitudes sont primordiales pour tous, qu\u2019on ait une silhouette en forme d\u2019échalote ou de poire.La Dre Morin donne des formations à ses confrères détaillant toute la complexité de l\u2019obésité.« Il y a plusieurs données scien- ti?ques qui indiquent que oui, la fameuse balance énergétique [énergie absorbée comparée à celle dépensée] a son importance ; par contre, il y a une foule d\u2019autres facteurs qui viennent modi?er le tableau.» Elle cite la génétique, la composition de la ?ore intestinale, les hormones gastro- intestinales, le fonctionnement du cerveau, les effets secondaires de certains médicaments, les troubles alimentaires et les enjeux psychiatriques.C\u2019est sans compter le stress et les déterminants sociaux.« La grande question, c\u2019est comment travailler sur chacun des facteurs pour aider le patient.La science n\u2019y a pas encore répondu totalement.» La preuve que les causes sont multifacto- rielles : la bande gastrique, un dispositif qui n\u2019agit que sur un élément, en réduisant la capacité de l\u2019estomac, est peu ef?cace, selon la spécialiste.La chirurgie bariatrique, elle, donne de bons résultats parce que, en plus de modi?er la structure du système digestif, elle agit sur la ?ore intestinale et l\u2019action de certaines hormones gastro-intestinales.Outre la chirurgie bariatrique, la littérature scienti?que montre qu\u2019un suivi multidisciplinaire incluant au moins 14 rencontres en six mois porte ses fruits, mais ce n\u2019est pas un service disponible dans le régime public.Certains médicaments aident également à la perte de poids, mais ils ne sont pas couverts par la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec ni par la grande majorité des assureurs privés.22 MINUTES : c\u2019est le temps moyen que les médecins prévoient accorder à un patient obèse, contre 31 minutes pour un patient mince, selon une étude américaine.REPORTAGE_OBESITE?_201903_V2_corrige?_+1/2 Pub_vsuzanne.indd 27 19-01-31 10:41 QUÉBEC SCIENCE 28 MARS 2019 Ainsi, bien peu d\u2019options garnissent le coffre à outils des soignants.Ils incitent donc encore et toujours les patients à améliorer eux-mêmes leurs habitudes de vie.« Mais quand les résultats ne sont pas au rendez-vous, on se dit que le problème, c\u2019est le patient, pas le traitement ! » analyse la Dre Morin.C\u2019est à ses yeux un automatisme qui témoigne de leur sentiment d\u2019impuissance.RÉVEILLER LES PATIENTS Mais au fait, cette urgence à faire perdre du poids aux patients est-elle justi?ée ?Ne peut-on pas vivre gros et en forme ?La réponse n\u2019est pas simple, alors que l\u2019obésité est considérée comme un facteur de risque pour plusieurs maladies, au même titre que le tabagisme ou la consommation d\u2019alcool abusive par exemple.En 2017, une vaste étude a montré que des femmes obèses sans syndrome métabolique (qui regroupe un ensemble de facteurs de risque comme l\u2019hypertension, un faible taux de « bon » cholestérol et une glycémie élevée) couraient malgré tout plus de risques de souffrir de maladies cardiovasculaires que les femmes minces.Et l\u2019inflammation chronique associée à l\u2019obésité entraînerait la coexistence de plusieurs affections ou troubles, dont les cancers et des maladies neurodégénératives, quoique le déclencheur de la réaction in?ammatoire soit encore un mystère, selon une étude parue dans Nature Reviews Endocrinology en 2017.Tous les patients ne sont pas conscients de ces risques potentiels.Certains se croient même en surpoids alors qu\u2019ils ont un indice de masse corporelle les classant dans la catégorie des obèses morbides, signalent des professionnels de la santé interviewés pour ce reportage.Plusieurs d\u2019entre eux évoquent ainsi l\u2019envie de « réveiller » leurs patients, de les motiver au nom de leur santé.Mais ils sont coincés devant des données contradictoires, qui pour certaines martèlent la hausse fulgurante de l\u2019obésité et des maladies chroniques associées, tandis que d\u2019autres évoquent l\u2019effet de la stigmatisation et remettent en doute la valeur du poids comme un indicateur de santé.« En tant qu\u2019intervenant, qu\u2019est-ce que je fais ?» s\u2019interroge Nadia Bujold, diététiste- nutritionniste au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre- Sud-de-l\u2019Île-de-Montréal, qui a participé à la formation d\u2019Obésité Canada.« Est-ce que je vise une perte de poids ou j\u2019accepte mon patient tel qu\u2019il est et j\u2019observe si son corps change à la suite d\u2019une modi?cation de ses habitudes de vie ?Et comment faire quand 90 % des clients veulent maigrir\u2026 tout de suite ?» Sa solution, pour le moment, est de parler de « poids bonheur » plutôt que de poids santé, qui lui est établi par le fameux indice de masse corporelle.« Les clients me disent souvent que leur médecin leur a conseillé de perdre du poids pour améliorer tel ou tel aspect de leur bilan de santé.Avec le poids bonheur, ils s\u2019approprient cet objectif.Si ce n\u2019est pas réaliste, je vais intervenir, mais souvent il entre dans les 5 % à 10 % de perte de poids recommandés » par les associations médicales pour améliorer l\u2019état de santé.Il faut rappeler que la perte de poids est beaucoup plus dif?cile que ce que les gyms et régimes laissent entendre, car le corps, pour assurer sa survie, combat l\u2019amaigrissement.Il est ainsi peu probable qu\u2019un homme de 1,75 m et 125 kg (considéré comme un individu obèse morbide) parvienne à son poids santé (entre 56 et 77 kg).Au cours de la formation d\u2019Obésité Canada, la kinésiologue Jo-Anne Gilbert, fondatrice d\u2019Imparfait et en santé, a suggéré de demander aux patients de noter eux-mêmes leurs habitudes de vie sur une échelle de 1 à 10.« Je commence par le sommeil et le stress, puis viennent l\u2019alimentation et l\u2019activité physique.[\u2026] La cinquième question que j\u2019ajoute toujours est \u201cQuelle est votre satisfaction par rapport à votre image corporelle ?\u201d Si la personne me répond 10/10, qui suis-je pour lui parler de perte de poids s\u2019il n\u2019y a aucun facteur de risque associé ?» ENJEU DE SOCIÉTÉ Mais comment « lutter contre l\u2019obésité » sans combattre les obèses ?Du côté des médecins, des organisations majeures commencent à s\u2019intéresser à la question, comme l\u2019American Academy of Pediatrics, qui a produit ?n 2017 une déclaration au sujet des risques sanitaires de la stigmatisation.Le sujet gagne aussi les congrès, où l\u2019on indique par exemple que les termes SANTÉ Nous serions plus gênés de nos préjugés racistes ou sexistes que de ceux liés au poids.REPORTAGE_OBESITE?_201903_V2_corrige?_+1/2 Pub_vsuzanne.indd 28 19-01-31 10:41 QUÉBEC SCIENCE 29 MARS 2019 personnes présentant de l\u2019obésité ou personnes vivant avec l\u2019obésité doivent être favorisés en comparaison des expressions obèses morbides ou gros, qui braquent davantage les patients.Le débat intéresse en outre l\u2019Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) depuis plusieurs années.En la matière, le Québec a toujours eu une approche novatrice en réunissant l\u2019obésité et la préoccupation excessive à l\u2019égard du poids dans un même dossier.« Nous vivons dans un environnement qui nous amène à la fois à ne pas nous sentir bien relativement à notre poids et à avoir un excès de poids », explique Marie-Claude Paquette, conseillère scienti?que spécialisée à l\u2019INSPQ et professeure de nutrition à l\u2019Université de Montréal.Elle fait toutefois son mea-culpa : depuis quelques années, ses collègues et elle ont utilisé les données frappantes sur l\u2019obésité pour conférer du mordant aux introductions de leurs différents rapports plutôt que de cibler le véritable problème : la modi?cation de l\u2019environnement.« C\u2019est que l\u2019obésité, c\u2019est vendeur ! Mais on se dit qu\u2019il faut changer cette habitude.» Car le problème n\u2019est pas l\u2019obésité des individus, ajoute-t-elle, mais le fait que le poids moyen augmente en raison de cette société où l\u2019on salive autant devant la poutine qu\u2019on envie les mannequins ?liformes.Voilà pourquoi la chercheuse étudie l\u2019effet que des actions concrètes pourraient avoir sur le taux d\u2019obésité, comme une taxe sur les boissons sucrées ou des règlementations sur les ingrédients des produits transformés.Ce discours émergent se heurte toutefois au scepticisme de professionnels de la santé ?quand il n\u2019est pas quali?é de « politiquement correct ».La professeure de psychologie de l\u2019Université du Québec à Trois-Ri- vières (UQTR) Marie-Pierre Gagnon- Girouard en fait l\u2019expérience lorsqu\u2019elle présente son sujet d\u2019étude dans les congrès.« Des gens pensent que ce ne sont pas des préjugés mais des faits.Ils me demandent : \u201cQu\u2019est-ce qui vous prouve que les gens en surpoids ne sont pas plus paresseux que les autres ?\u201d Je n\u2019ai jamais cherché à mesurer la paresse, mais presque 60 % des individus sont en surpoids ou obèses ! Ferions-nous face à une épidémie de paresse ?» Ce qui l\u2019intéresse, c\u2019est la diminution des partis pris.Pour ce faire, elle a utilisé la réalité virtuelle.L\u2019idée : sensibiliser les futurs professionnels de la santé en les immergeant dans le corps d\u2019une personne obèse et en leur soumettant des silhouettes variées.Ce type d\u2019intervention semble ef?cace pour lutter contre les préjugés envers les aînés.Mais les premiers tests, menés auprès de M.et Mme Tout-le-monde, l\u2019ont pour le moins déçue.« On n\u2019a pas fait participer beaucoup de gens, mais pour la moitié d\u2019entre eux, l\u2019effet était neutre ou positif.Hélas, pour certains, on notait un effet négatif ; cela augmentait leurs préjugés, leur dégoût\u2026 » Pour diverses raisons, le projet a cessé.Marie-Pierre Gagnon-Girouard se tourne aujourd\u2019hui vers l\u2019électroencéphalographie.De petits capteurs posés sur le crâne de participants enregistreront les signaux électriques émis alors qu\u2019ils observent des silhouettes et des paires de mots telles que grosse et gentille ou grosse et paresseuse.Son hypothèse : nous serions plus gênés de nos préjugés racistes ou sexistes que de ceux liés au poids.« On peut le constater dans la signature électrique : on voit l\u2019activation du préjugé, la réponse émotionnelle et, après, la réponse d\u2019inhibition.» La chercheuse espère recruter différents professionnels de la santé pour ces travaux, ce qui n\u2019est pas facile (des volontaires dans la salle ?) « Je les comprends ! » avoue-t-elle.EXIGER LE RESPECT ?À la ?n de la formation d\u2019Obésité Canada, une jeune femme ayant souffert d\u2019hyperphagie boulimique prend la parole.Elle n\u2019a pas consulté son médecin de famille depuis un bail et doit le voir la semaine suivante.« Je suis vraiment stressée à l\u2019idée d\u2019être pesée.» Les spécialistes du panel lui conseillent de parler de ses inquiétudes avec son praticien, voire de refuser d\u2019être pesée si elle n\u2019en a pas envie.Peut-on être gros et en santé ?Venez en discuter avec nous.Les années lumière et Québec Science tiendront un bar des sciences le 26 février prochain, à 17 h 30, à la microbrasserie Le temps d\u2019une pinte, 1465, rue Notre-Dame Centre à Trois-Rivières.Nos invités : André Tchernof, endocrinologue ; Marie-Pierre Gagnon-Girouard, chercheuse en psychologie de la santé à l\u2019UQTR ; et Irène Margaritis, professeure de physiologie et de nutrition humaine.Bienvenue à tous ! «Savez-vous comment j\u2019ai réussi à perdre du poids ?Pas après un sermon, jamais.C\u2019est quand un médecin s\u2019est intéressé à moi, a voulu savoir si j\u2019allais bien, si je souffrais de solitude, si je mangeais mes émotions.Je me suis dit que j\u2019en valais la peine ! » \u2013 Mickaël Bergeron REPORTAGE_OBESITE?_201903_V2_corrige?_+1/2 Pub_vsuzanne.indd 29 19-01-31 10:41 Mais cela est très dif?cile, nous explique quelques semaines plus tard Gabrielle Lisa Collard, une militante contre la grossophobie rencontrée à Verdun.Cette traductrice et journaliste tient le blogue Dix octobre, où l\u2019on peut lire un texte intitulé « Mon médecin me déteste ».Elle y écrit « à quel point c\u2019est dif?cile et déshumanisant de devoir faire con?ance, voire mettre sa vie entre les mains de quelqu\u2019un qui vous hait ».Elle estime que son médecin ramène à tort tous ses soucis de santé à son « problème » de poids et échoue ainsi à bien la traiter.Elle a beau être très active dans l\u2019espace public pour dénoncer la discrimination, devant son professionnel de la santé, c\u2019est autre chose.« Je ne suis pas capable de lui dire tout ça.Quand je le vois, je suis dans un contexte où je suis vulnérable ?je ne vais jamais le voir parce que ça va bien.» Un autre médecin a néanmoins eu une in?uence très positive dans sa vie il y a environ 10 ans.Il lui a dit, alors qu\u2019elle s\u2019excusait de son poids et lui assurait avoir de bonnes habitudes de vie : « Tu sais, tu peux être grosse et en santé.» « C\u2019était la première fois que j\u2019avais devant moi un médecin qui me percevait comme un être humain », dit-elle.Mickaël Bergeron a vécu la même situation.« Savez-vous comment j\u2019ai réussi à perdre du poids ?a-t-il demandé à l\u2019assistance.Pas après un sermon, jamais.C\u2019est quand un médecin s\u2019est intéressé à moi, a voulu savoir si j\u2019allais bien, si je souffrais de solitude, si je mangeais mes émotions.Je me suis dit que j\u2019en valais la peine ! » « C\u2019est important, insiste Gabrielle Lisa Collard, parce que le désir d\u2019être plus en santé, ça part de l\u2019amour-propre.» lQS DES PLAINTES PRISES AU SÉRIEUX Au Québec, les personnes qui estiment avoir subi un traitement discriminatoire dans le système de santé peuvent porter plainte auprès de l\u2019ordre professionnel du soignant.Le Collège des médecins, par exemple, nous a indiqué que « le code de déontologie, précisément l\u2019article 17, dit que le médecin doit avoir une conduite irréprochable, peu importe l\u2019aspect physique, la race ou la religion du patient.C\u2019est une chose qui doit être prise au sérieux et qui peut mener à une enquête du syndic ».Parmi les décisions du conseil de discipline du Collège, nous avons trouvé deux cas de cette nature.En 2006, une patiente a consulté un médecin de famille en raison d\u2019insensibilité aux doigts à la suite d\u2019une chirurgie.Elle raconte qu\u2019il l\u2019a traitée de « grosse balloune » en plus de lui demander pourquoi elle mangeait autant.Et en 2018 un médecin a quali?é une patiente de « molle », alors qu\u2019elle était venue à son cabinet pour obtenir une évaluation médico-légale après un accident de travail.SANTÉ veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 Réservez avant le 19 février et ÉCONOMISEZ ! Inscrivez 10 personnes, obtenez la 11e participation gratuitement?! Photo : Yvan Monette et Diane Dufresne 3 AU 9 AOÛT Grand comme le Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean ! En partance de Saguenay, roulez 7 jours et découvrez un fort beau coin de pays.Conjuguez les plaisirs du vélo et des points de vue inoubliables sur le lac, et goûtez les délicieux bleuets.Des vé- lo-vacances pour être actif, respirer et proiter du moment?! c en partenariat ave REPORTAGE_OBESITE?_201903_V2_corrige?_+1/2 Pub_vsuzanne.indd 30 19-01-31 10:41 QUÉBEC SCIENCE 31 MARS 2019 SOCIÉTÉ PAR MARIE LAMBERT-CHAN PHOTOS : RODOLPHE BEAULIEU Ê tes-vous capable de nommer une femme scienti?que célèbre ?À cette question, bien des gens répondront spontanément « Marie Curie », comme l\u2019ont montré différents coups de sonde menés aux États-Unis et en Grande-Bretagne au cours des dernières années.Mais les choses se corsent quand on leur demande s\u2019ils connaissent plus d'une femme scienti?que ou, encore, des chercheuses vivantes.La plupart sont incapables de donner des noms.Est-ce étonnant ?Pas vraiment.Dans les domaines de la science et de la technologie, les femmes ne forment que 20 % de la main-d\u2019œuvre.Une statistique qui stagne, car, dans ces milieux d\u2019hommes, l\u2019égalité des chances est un concept qui n\u2019a guère porté ses fruits.Différentes études en font état : les femmes obtiennent moins de subventions, gagnent de plus petits salaires, accèdent moins aux postes de professeurs titulaires et de gestionnaires, sont moins fréquemment invitées comme conférencières dans des rencontres internationales, reçoivent moins de prix prestigieux et les sommes d\u2019argent associées à leurs récompenses sont souvent moins élevées\u2026 Malgré tout, des femmes persistent et signent.Brillantes, passionnées et courageuses, elles méritent qu\u2019on apprenne à les connaître.C\u2019est ce que propose le nouveau balado 20 %, coproduit par Québec Science et l\u2019Acfas, en collaboration avec la Commission canadienne pour l\u2019UNESCO, L\u2019Oréal Canada et la radio CHOQ.ca.Dans une série d\u2019entretiens, des femmes de tous horizons et de toutes disciplines discutent de leur parcours avec les journalistes Carine Monat et Chloé Freslon.Elles partagent leurs réussites et leurs échecs, leurs ambitions et leurs doutes, leurs joies et leurs peines.On y découvre des scienti?ques inspirantes.Au cours de cette première saison, elles seront 22 à se con?er au micro.Parmi elles, Joanne Liu, présidente de Médecins sans frontières ; Joëlle Pineau, directrice du laboratoire de recherche en intelligence arti?cielle de Facebook à Montréal ; Farah Alibay, ingénieure au Jet Propulsion Laboratory de la NASA ; Isabelle Desgagné-Penix, chercheuse innue spécialisée en biochimie à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières ; Alex Zandra, développeuse indépendante de jeux vidéos ; Naysan Saran, cofondatrice et pdg de CANN Forecast ; et Marianne Falardeau-Côté, doctorante à l\u2019Université McGill en sciences des ressources naturelles.En guise d\u2019avant-goût, voici des extraits d\u2019entretiens réalisés avec quelques-unes de ces femmes remarquables.ELLES SONT « 20%» En 2019, les secteurs de la science et de la technologie demeurent des milieux d\u2019hommes.Le peu de femmes qui y font carrière mettent les bouchées doubles pour faire leur place.Dans un nouveau balado, elles se racontent.2 % POUR ÉCOUTER 20 % À partir d\u2019un iPhone, d\u2019un iPad ou d\u2019un iPod, lancez l\u2019application Balados.Au bas de l\u2019écran, appuyez sur la loupe et tapez 20 %.Appuyez sur l\u2019icône de l\u2019émission (ci-contre à gauche), puis sur le bouton « S\u2019abonner ».Ainsi, vous retrouverez l\u2019émission dans la bibliothèque de l\u2019application, en plus d\u2019être informé de la sortie de chaque nouvel épisode.À partir d\u2019un ordinateur, rendez-vous à l\u2019adresse www.quebecscience.qc.ca/balados/20-pourcent Les derniers épisodes pourront être écoutés à partir de cette page. XXXXXXX QUÉBEC SCIENCE 32 MARS 2019 SOCIÉTÉ u\u2019est-ce qui vous a poussée à devenir présidente de Médecins sans frontières [MSF] ?C\u2019était le désir profond de m\u2019assurer que les patients et les communautés restent au cœur de nos prises de décision.Je ne voulais pas qu\u2019on perde de vue l\u2019essence de notre raison d\u2019être : apporter du secours aux gens en détresse dans des contextes de crise ?catastrophes naturelles, con?its, marginalisation.Lorsque vous êtes sur le terrain, cela fait-il une différence que vous soyez une femme ?Si l\u2019être humain vit en pleine conscience, le sexe devient assez secondaire.Mais oui, il y a des circonstances qui sont plus dif?ciles pour une femme dans certains pays où les interlocuteurs sont souvent de sexe masculin.Cela dit, quand j\u2019étais chargée des opérations en Afghanistan, être une femme a été une force, voire un atout parce que ça déstabilise [les interlocuteurs].La déstabilisation est un atout majeur en temps de négociations.Dans vos premières années de pratique au Québec, quelle a été la stratégie pour ne pas être vue avant tout comme une femme médecin, mais comme une médecin à part entière ?Je pense qu\u2019un lien thérapeutique se crée si on est capable de susciter une certaine con?ance.Donc, c\u2019est un dé?supplémentaire quand vous êtes une jeune femme et que vous avez l\u2019air d\u2019avoir 12 ans.C\u2019est vrai que, quand j\u2019ai commencé à exercer, si un étudiant m\u2019accompagnait, les parents [d\u2019enfants malades] s\u2019adressaient automatiquement à lui.Mais honnêtement, mon plus gros problème n\u2019était pas du tout d\u2019être une femme, mais d\u2019être une minorité visible.Si vous aviez été un homme, comment votre parcours aurait été différent ?Probablement que j\u2019aurais des enfants aujourd\u2019hui.C\u2019est la dure réalité.Ça va probablement changer pour les prochaines générations.Quand j\u2019aurais pu avoir des enfants, j\u2019étais dans les zones de guerre.Et on ne fait pas des enfants quand on travaille en zones de guerre.En tout cas, pour moi, ça n\u2019allait pas ensemble.Aujourd\u2019hui, si j\u2019étais un homme, je pourrais trouver une jeune femme pour porter mes enfants, comme le font plusieurs de mes collègues masculins.Avant, je n\u2019en parlais pas, mais maintenant je le dis parce que je me suis rendu compte que le fait de ne pas avoir d\u2019enfants in?uence ma façon de me projeter dans le futur.À quoi ressemblerait le monde s\u2019il y avait autant de femmes que d\u2019hommes dans les métiers où elles sont sous- représentées ?Je ne peux pas vous dire avec certitude ce que ça changerait.Mais j\u2019aimerais vous relater une anecdote.Pendant la guerre du Congo, beaucoup de femmes ont été violées.À tel point que, en 1998-1999, au moment où les gens revenaient dans la capitale, Brazzaville, par un corridor humanitaire, on avait mis une pancarte qui disait « Femmes violées à droite ».Il fallait faire plus et mieux pour ces femmes.J\u2019en ai parlé à une séance du conseil d\u2019administration de MSF en France.J\u2019avais déclaré : « On ne peut pas faire semblant que ça n\u2019existe pas.» Et on m\u2019a répondu : « Mais Joanne, on ne meurt pas d\u2019un viol.» [\u2026] Si, à cette époque, il y avait eu plus de femmes en situation de leadership, la réaction aurait été différente.Peut-être parce que les femmes ont une sensibilité différente.Cela dit, l\u2019un des plus grands défenseurs des femmes qui ont subi des violences sexuelles est un homme : il s\u2019agit du Dr Denis Mukwege [NDLR : un gynécologue réputé qui a reçu le prix Nobel de la paix 2018].Comme quoi tout n\u2019est pas noir et blanc\u2026 PRÉSIDENTE DE MÉDECINS SANS FRONTIÈRES Joanne Liu dans ses mots : « Je suis pédiatre-urgentiste.J\u2019aime la science jusqu\u2019à un certain point, mais en fait je préfère le sport et les mets chinois.» Dre Joanne Liu < QUÉBEC SCIENCE 33 MARS 2019 C hez CANN Forecast, vous utilisez l\u2019intelligence arti?cielle pour fournir des recommandations au sujet de l\u2019eau.Comment cela fonc- tionne-t-il ?Tout a commencé dans une compétition AquaHacking, organisée par la Fondation de Gaspé Beaubien.C\u2019était en 2016.On a élaboré un modèle statistique d\u2019apprentissage automatique qui utilise les données environnementales comme les précipitations, la température, le taux d\u2019humidité, etc., pour fournir une estimation réaliste de la qualité de l\u2019eau du Saint-Laurent.D\u2019ordinaire, on obtient ces résultats grâce à de l\u2019échantillonnage, dont l\u2019analyse prend 24 heures.C\u2019est très mauvais dans un processus décisionnel si l\u2019eau se révèle contaminée.Avec notre modèle, nous donnons des résultats pratiquement en temps réel.C\u2019est comme ça qu\u2019on a commencé à travailler avec la Ville de Montréal.Quand on démarre une entreprise, on se lance avec l\u2019idée qu\u2019on va changer le monde.Est-ce votre cas ?Oui, de plus en plus.Il y a de l\u2019intérêt à l\u2019échelle canadienne.On lancera bientôt un projet de recherche d\u2019envergure nationale.Notre travail pourrait aussi servir aux pays émergents.La cause des femmes en technologie vous tient à cœur.Pourquoi ?Parce qu\u2019il n\u2019y a que 20 % de femmes en technologie.Quand je suis arrivée à Polytechnique Montréal, on n\u2019était que 5 ou 6 femmes dans une classe de 80 hommes ! Peut-être que les jeunes ?lles ne songent pas à ce type de carrière parce qu\u2019elles ne se voient pas représentées dans ces rôles dans les médias et les ?lms.Moi, je m\u2019éclate dans ce que je fais ! Si je peux en inspirer une ou deux à faire de même, j\u2019en serai très contente.Ce sera ma petite contribution.Quel est le sentiment d\u2019être l\u2019une des rares femmes dans un groupe d\u2019hommes ?À Poly, franchement, ça ne faisait pas de différence.Les gars ne nous ont jamais dit qu\u2019on était moins bonnes parce qu\u2019on était des femmes.On a toujours été traitées de manière égale dans les équipes.< Naysan Saran COFONDATRICE ET PDG DE CANN FORECAST Naysan Saran dans ses mots : « Je suis à moitié ivoirienne et à moitié iranienne.Je suis arrivée au Canada il y a 14 ans.Ma mère m\u2019a convaincue de faire des études en techno.J\u2019ai toujours aimé lire.D\u2019ailleurs, il y a deux livres qui ont complètement changé ma vie.Le premier est La vie rêvée des maths, de David Berlinski, et le second est The Art of Learning, de Josh Waitzkin.» Est-il plus facile pour les hommes que pour les femmes d\u2019être entrepreneur ?Certaines personnes ne seraient peut-être pas d\u2019accord avec moi, mais je trouve que les avantages et les inconvénients pour une femme s\u2019équivalent, surtout en techno.Les femmes ont accès à beaucoup de ressources.Il y a tellement de bourses, de visibilité, d\u2019associations\u2026 Les gouvernements fédéral et provincial sont en train de débloquer des sommes considérables pour aider les femmes dans le domaine.C\u2019est le moment de se lancer ! XXXXXXX QUÉBEC SCIENCE 34 MARS 2019 A u cours de votre carrière, vous êtes passée d\u2019employée dans des studios à travailleuse autonome, mais ce n\u2019est pas la seule transition que vous avez connue.Ce changement professionnel est aussi lié à votre coming out, n\u2019est-ce pas ?Oui, j\u2019ai amorcé ma transition en public il y a environ trois ans et demi.Je travaillais alors dans une compagnie de plus de 300 employés.La grande majorité d\u2019entre eux n\u2019avait jamais rencontré une personne transgenre de leur vie.Ce fut extrêmement éprouvant de changer ma présentation publique du jour au lendemain, en plus d\u2019avoir à éduquer beaucoup de collègues pour leur faire comprendre ce que je vivais et aussi comment me respecter.C\u2019est à ce moment que vous avez réalisé ce que c\u2019était d\u2019être une femme dans un monde d\u2019hommes ?Ce fut un choc ! Par exemple, il fallait soudainement que je détaille pas mal plus mon expérience auprès de collègues qui me connaissaient moins.Les gens ne me croyaient pas quand je disais que j\u2019avais fait plein de jeux vidéos.On me demandait qui était le programmeur qui m\u2019avait aidée.Chaque fois que je présentais des projets de jeux ou que je rencontrais des membres de l\u2019administration, tout d\u2019un coup, on me questionnait davantage sur mes compétences.Ça revient à dire que, souvent, le travail des femmes est sous-évalué par rapport à celui des hommes.Absolument ! Avant, mes évaluations allaient toujours super bien.Après mon coming out, je n\u2019étais plus aussi performante qu\u2019avant.J\u2019ai senti une grande différence.Ça demandait énormément d\u2019énergie, en plus d\u2019avoir à expliquer, voire justi?er mon identité.C\u2019était épuisant.J\u2019ai fait un burnout six mois plus tard.Que faire pour avoir plus de ?lles dans l\u2019industrie des jeux vidéos ?Les jeunes ?lles sont déjà intéressées ! Il faut arrêter de dire que les jeux vidéos, ce n\u2019est pas pour les femmes.Le dé?est de les pousser à y faire carrière.Si on peut avoir un environnement plus représentatif en matière d\u2019identité de genre, de sexualité, d\u2019ethnicité, de culture, ça donnerait de meilleurs produits.Et les employés se sentiraient plus soutenus et plus écoutés, ils développeraient leur plein potentiel.C\u2019est le cas des plus petits studios.Leurs employés sont passionnés ! Dans les grands studios, la pression est complètement folle pour livrer des jeux en un temps record.C\u2019est la fameuse culture du crunch.Pourtant, l\u2019avenir du jeu passe par la syndicalisation des employés.Il ne faut pas que le pouvoir soit concentré au sommet.Le taux de roulement dans l\u2019industrie du jeu est incroyable.Les semaines de 60, 80, 100 heures sont insoutenables.Quand les gens sont épuisés, ils partent.Mais il y en a plein pour les remplacer.C\u2019est inhumain.Si les femmes représentaient 50 % de la main-d\u2019œuvre dans les jeux vidéos, à quoi ressemblerait l\u2019industrie ?Ce serait une industrie encore plus passionnée, où l\u2019on aurait des produits plus diversi?és qui atteindraient un auditoire encore plus grand.Si on a une plus grande représentativité derrière l\u2019écran, on en aura aussi une plus grande devant l\u2019écran.< DÉVELOPPEUSE INDÉPENDANTE DE JEUX VIDÉOS Alex Zandra dans ses mots : « Je m\u2019appelle Alexandra, mais vous pouvez m\u2019appeler Zandra.Je suis auteure, game designer, artiste, streamer, conférencière et plus encore.Je crée depuis que je suis toute petite et je n\u2019imagine pas arrêter un jour.J\u2019ai réalisé que j\u2019étais une femme transgenre à 35 ans.J\u2019aime beaucoup partager ce que j\u2019apprends et je peux parler à l\u2019in?ni quand un sujet m\u2019enthousiasme.Je suis constamment sur les réseaux sociaux parce que c\u2019est là que se trouvent mon auditoire et mon cercle d\u2019amis proches.J\u2019adore les souris et les perruques de couleur éclatante.Mon but dans la vie, c\u2019est de changer le monde, même si c\u2019est juste un tout petit peu.» Alex Zandra SOCIÉTÉ QUÉBEC SCIENCE 35 MARS 2019 < À huit ans, vous découvriez la scienti- ?que Jane Goodall dans un documentaire.Elle étudie les primates.C\u2019est à ce moment que vous réalisez que la science peut devenir un métier.Je trouvais incroyable de voir qu\u2019une femme puisse être une aventurière, qu\u2019elle étudie les chimpanzés dans la jungle africaine.Ça a été un moment d\u2019illumination.J\u2019ai compris que c\u2019était aussi possible pour moi.Qu\u2019est-ce que vous cherchez en Arctique ?Mon projet est interdisciplinaire, mais l\u2019objectif général est de comprendre comment nous béné?cions des écosystèmes marins de l\u2019Arctique.Pour y parvenir, j\u2019ai recours à une approche appelée « services écosysté- miques » : ce sont tous les béné?ces que l\u2019humanité obtient de la nature.Ça peut aller de la nourriture à des avantages plus indirects comme la régulation du climat.Par exemple, les microalgues dans l\u2019océan Arctique capturent du carbone de l\u2019atmosphère, ce qui rend un service à l\u2019humanité parce que ça peut contribuer à réduire le réchauffement de la planète.Mon but est de reconnaître tous les béné?ces que l\u2019océan Arctique nous apporte.Qu\u2019est-ce qu\u2019on met dans ses bagages pour un séjour en Arctique ?Évidemment, des vêtements chauds, de bonnes bottes.J\u2019ai toujours avec moi des lunettes de ski et une cagoule qui cache le visage au complet.J\u2019apporte aussi de la nourriture que j\u2019aime parce qu\u2019on ne trouve pas de tout dans les supermarchés ?pour ne pas dire LE supermarché ?, d\u2019autant plus que je suis végétarienne.Être une femme sur le terrain, c\u2019est un avantage ou un inconvénient ?Ça dépend.Par exemple, quand on doit faire ses besoins dans la toundra et qu\u2019il n\u2019y a aucun arbre pour se cacher, eh bien, les hommes ont un avantage évident sur les femmes ! Mais dans d\u2019autres domaines, ça peut être avantageux d\u2019être une femme, comme dans mes interactions avec les communautés dans le Nord.J\u2019ai une approche sans doute différente.Je prends vraiment le temps de tisser des liens.Marianne Falardeau-Côté DOCTORANTE EN SCIENCES DES RESSOURCES NATURELLES À L\u2019UNIVERSITÉ McGILL Marianne Falardeau-Côté dans ses mots : « J\u2019ai toujours été une passionnée de la nature et une amoureuse des animaux.Quand j\u2019étais jeune, on avait une petite ferme avec des poules, des canards, des lapins dont je m\u2019occupais.J\u2019ai alors compris l\u2019importance de protéger l\u2019environnement.J\u2019ai adopté un mode de vie durable.Je suis végétarienne depuis 10 ans.J\u2019adore les sports de plein air.Je suis aussi prof de yoga, ce qui m\u2019aide beaucoup à relaxer dans les moments stressants du doctorat.J\u2019aime beaucoup voyager, découvrir le monde et, surtout, m\u2019immerger dans des cultures qui sont différentes de la mienne.» Qu\u2019est-ce que cela changerait si la relève scienti?que comptait plus de femmes ?Des études indiquent qu\u2019avoir plus de diversité en science permettrait de soutenir l\u2019innovation et la créativité.Ça me semble assez logique parce que davantage de perspectives et d\u2019idées favorisent l\u2019innovation.Peut-être que les femmes ont aussi un type de leadership différent de celui des hommes.Les femmes fonctionnent beaucoup par consensus.C\u2019est positif pour l\u2019approche scienti?que. L\u2019HUMAIN MODERNE TOUJOURS EN ÉVOLUTION n ce jeudi soir froid et neigeux, l\u2019ambiance chaleureuse a u Wa v e r l y, a u cœur du Mile End, à Montréal, invite aux rapprochements.Sous l \u2019écla irage tamisé, les serveuses apportent verres de bière et cocktails aux tables.Bien que plusieurs clients se retrouvent entre amis, d\u2019autres, visiblement, sont venus à des rendez-vous galants ou pour faire des rencontres.C\u2019est dans des lieux comme celui-ci que se dessine aujourd\u2019hui l\u2019évolution de l\u2019espèce humaine.Car, contrairement à ce que la plupart des gens pensent, l\u2019évolution n\u2019a pas de ?nalité, et celle de notre espèce n\u2019est donc pas arrivée à terme.L\u2019environnement dans lequel nous vivons, en constante mutation, nous impose sans relâche des pressions évolutives.La culture propre à chaque société aiguille d\u2019autant de manières la sélection naturelle.L\u2019humain se transforme.« En raisonnant par l\u2019absurde, on peut se demander ce qu\u2019il faudrait pour qu\u2019une population humaine n\u2019évolue pas », dit Alexandre Courtiol, chercheur en biologie évolutive au Leibniz Institute for Zoo and Wildlife Research, à Berlin.Les conditions nécessaires pour éviter toute forme d\u2019évolution sont en effet très contraignantes : « Qu\u2019on ait tous le même nombre d\u2019enfants, qu\u2019on vive tous jusqu\u2019au même âge, qu\u2019on choisisse son partenaire au hasard, qu\u2019il n\u2019y ait pas de mutations, qu\u2019il n\u2019y ait pas de migrations », énumère le biologiste.En effet, comme l\u2019avait si bien compris Darwin, si les êtres vivants évoluent, c\u2019est surtout parce que les individus les mieux adaptés à leur milieu vivent plus vieux et se reproduisent davantage.Cette fameuse sélection naturelle contribue donc à propager les traits les plus avantageux.Si l\u2019on comprend qu\u2019un loup plus puissant domine sa meute et transmette ses gènes par exemple, on peut toutefois s\u2019interroger sur ce qui départage deux partenaires potentiels accoudés à un bar.Dans une métropole cosmopolite comme Montréal, une multitude de traits ?visibles ou invisibles ?sont représentés dans la population.Le succès en amour, et éventuellement le nombre de descendants, dépend surtout de conditions socioéconomiques, des aléas de la vie ainsi que du libre arbitre, mais l\u2019ADN de chacun y contribue aussi dans une petite proportion.« L\u2019évolution a lieu, qu\u2019on le veuille ou non, tant qu\u2019il y a des variations dans la reproduction qui sont liées à certains traits, explique au téléphone Elisabeth Bolund, spécialiste de la biologie évolutive à l\u2019Université d\u2019Uppsala, en Suède.On entend souvent dire qu\u2019on a mis un Aujourd\u2019hui encore, notre espèce est en pleine évolution.De récentes études en détectent les signes ?discrets, mais bien présents ?sur le niveau de cholestérol, la taille ou la fertilité.À quoi ressemblera l\u2019humain du futur ?PAR ALEXIS RIOPEL QUÉBEC SCIENCE 36 MARS 2019 SCIENCES E REPORTAGE_E?volution de l'humain moderne_201903_vsuzanne.indd 36 19-01-31 11:00 QUÉBEC SCIENCE 37 MARS 2019 terme à la sélection naturelle parce que la plupart des bébés [NDLR : pas seulement les mieux adaptés] survivent jusqu\u2019à l\u2019âge adulte.Pourtant, le nombre d\u2019enfants par personne varie énormément.De plus, dans les sociétés modernes, comme ici en Suède, seulement les deux tiers des adultes se reproduisent.» Il y a donc de multiples leviers sur lesquels peut jouer l\u2019évolution.« Dans une étude parue il y a quelques années, on a constaté une forte sélection favorisant les hautes statures chez les hommes aux Pays-Bas », illustre la chercheuse.Selon l\u2019article en question, les Néerlandais plus grands que la moyenne avaient environ 10 % plus d\u2019enfants que leurs compatriotes plus petits.Évidemment, les critères selon lesquels les partenaires sont choisis sont très différents d\u2019une société à l\u2019autre.Ce qui plaît aux Pays-Bas manque peut-être de charme en Chine.Mais, partout sur la planète, de grands mécanismes à la base de l\u2019évolution agissent toujours sur l\u2019humain, dont la sélection naturelle, qui se cristallise dans le choix du partenaire et le nombre d\u2019enfants de chacun ; les mutations génétiques qui surviennent à un rythme soutenu, peut- être même accéléré ; et les migrations tous azimuts, qui homogénéisent le bassin génétique mondial.Pourtant, l\u2019évolution de l\u2019humain moderne n\u2019attire que très peu l\u2019attention, remarque Scott Solomon, biologiste à l\u2019Université Rice, au Texas, et auteur de l\u2019essai Future Humans: Inside the Science of Our Continuing Evolution, publié en 2016.« Quand j\u2019ai fait de la recherche pour mon livre, j\u2019ai été surpris de découvrir qu\u2019on en savait bien plus sur l\u2019évolution de certaines espèces d\u2019oiseaux que sur la nôtre ! » Après beaucoup de temps passé à observer les tortues, les lézards et les volatiles aux îles Galápagos, les biologistes devraient peut-être se pencher sur la faune des bars en sirotant une bière.I L L U S T R A T I O N S : S H U T T E R S T O C K REPORTAGE_E?volution de l'humain moderne_201903_vsuzanne.indd 37 19-01-31 11:00 QUÉBEC SCIENCE 38 MARS 2019 1 .LES MUTATIONS La mutation génétique est l\u2019ingrédient de base de l\u2019évolution d\u2019une espèce.Sans mutation, l\u2019ADN serait stable, incapable d\u2019incorporer de nouvelles variations.Or, il n\u2019y a aucune raison pour que le rythme des mutations ralentisse chez l\u2019humain actuel.« En fait, on peut imaginer qu\u2019il s\u2019accélère, avec tous les polluants auxquels nous sommes maintenant exposés », note le biologiste Alexandre Courtiol.Des expériences avec des souris ont effectivement démontré que la pollution atmosphérique augmente le nombre de mutations.Bien que des mutations génétiques surviennent chaque fois qu\u2019une cellule se divise, ce sont celles qui touchent les spermatozoïdes et les ovules qui nourrissent l\u2019évolution.Ces mutations se répliquent en effet lors de la croissance de l\u2019embryon et se retrouvent dans toutes les cellules de son corps.On évalue que l\u2019ADN d\u2019un nouveau-né comporte en moyenne une soixantaine de mutations par rapport aux génomes de ses parents.Si ces mutations peuvent parfois être responsables de maladies génétiques rares, elles sont pour la plupart inoffensives.Et peuvent aussi, à l\u2019occasion, conférer un trait utile ou séduisant\u2026 « Le taux de mutations n\u2019est pas en voie de diminuer, pense également le biologiste Scott Solomon.D\u2019autant que le nombre de mutations est fortement corrélé avec l\u2019âge du père au moment de la conception.» Dans une étude parue dans la revue Nature en 2017, des chercheurs islandais ont relevé que, pour chaque tranche de huit mois d\u2019âge, les pères transmettent en moyenne une mutation de plus à leur enfant.La même étude établissait que les pères de 30 ans lèguent en moyenne 45 mutations, tandis que les mères du même âge en donnent seulement 11.Puisque les testicules produisent les spermatozoïdes tout au long de la vie, les mutations génétiques s\u2019additionnent au ?l des ans.Conséquence : les contraintes de la vie moderne qui poussent les parents à fonder leur famille de plus en plus tard accentuent le potentiel d\u2019évolution.2 .L\u2019ALIMENTATION « Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es.» Si l\u2019alimentation est l\u2019un des déterminants les plus importants de la santé d\u2019une personne, elle est aussi l\u2019une des principales forces qui modèlent l\u2019évolution de notre espèce.En effet, la sélection naturelle favorise les individus qui sont les plus adaptés à la nourriture accessible dans leur environnement.Pour les premiers agriculteurs à avoir domestiqué les vaches pour leur lait, probablement en Anatolie il y a plus de 7 000 ans, cela signi?ait d\u2019avoir la mutation génétique permettant de digérer le lactose.Pour un humain d\u2019aujourd\u2019hui, le dé?est de rester en bonne santé tout en se nourrissant d\u2019aliments gras, sucrés et salés ?et en mangeant des portions qui n\u2019ont jamais été aussi grosses dans l\u2019histoire de l\u2019humanité.« Nos régimes ont beaucoup changé depuis 100 ans, indique Scott Solomon.On voit une forte corrélation entre l\u2019alimentation et certaines causes de mortalité, comme les maladies cardiovasculaires, le diabète et l\u2019obésité.» D\u2019ailleurs, une grande étude américaine montre que les dernières générations se sont adaptées à un menu riche en cholestérol a?n, semble-t-il, de se protéger des effets délétères de ce lipide pris en trop grande quantité.En 2010, une équipe menée par le biologiste américain Stephen C.Stearns a analysé les données de la Framingham Heart Study, qui dresse le bilan de santé de milliers de sujets sur trois générations, en espérant y détecter la marque de l\u2019évolution.Les chercheurs ont constaté que les femmes génétiquement prédisposées à maintenir un faible taux de cholestérol dans leur sang avaient plus d\u2019enfants, pour une raison qui échappe aux scienti?ques.En conséquence, ces allèles (variants génétiques) ont tendance à devenir plus fréquents dans la population.Pour la prochaine génération de cette cohorte, les auteurs prévoient une réduction du taux de cholestérol attribuable à la sélection naturelle de 0,8 mg par 100 ml de sang (le taux normal oscille entre 150 et 300 mg par 100 ml de sang).Le taux réel moyen dépendra toutefois dans une plus grande mesure de notre régime collectif.« Cette étude montre une relation entre le taux de cholestérol sanguin et le succès reproductif, commente Emmanuel Milot, un biologiste spécialisé en génétique à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.Cependant, on ne sait pas vraiment si cela s\u2019explique par une diminution des chances de survie, par une baisse de la fertilité ou par autre chose.» Comme quoi la culture ?alimentaire dans ce cas-ci ?est en constante interaction avec la nature.« La culture fait partie de l\u2019environnement.Collectivement, on change souvent les traits qui sont sélectionnés et contre-sélectionnés, souligne le chercheur Alexandre Courtiol.Et ça peut aller très vite, car on contrôle la culture.» 3 .LES MIGRATIONS Au Canada, une personne sur cinq est née à l\u2019étranger.À l\u2019échelle planétaire, il n\u2019y a jamais eu autant de mouvements de population : environ 250 millions d\u2019individus migrent d\u2019un pays à l\u2019autre chaque année.Pour les génomes dispersés un peu partout sur terre, il s\u2019agit d\u2019un brassage sans précédent.« Cela va créer davantage d\u2019homogénéité dans la distribution des allèles sur la planète, relève Alexandre Courtiol.Par conséquent, les migrations vont réduire l\u2019adaptation locale de certains groupes à leur environnement, comme les peuples qui vivent en haute altitude.» Ainsi, les anciennes populations andines disposaient QUATRE FORCES DERRIÈRE NOTRE ÉVOLUTION ACTUELLE SCIENCES REPORTAGE_E?volution de l'humain moderne_201903_vsuzanne.indd 38 19-01-31 11:00 QUÉBEC SCIENCE 39 MARS 2019 d\u2019« attributs » génétiques les dotant de muscles cardiaques particulièrement adaptés à la faible concentration d\u2019oxygène dans l\u2019air.Une étude de 2018 fait d\u2019ailleurs remonter cette adaptation évolutive à six ou sept millénaires avant aujourd\u2019hui.Or, ce genre de « spécialisation » s\u2019effrite à mesure que les populations se métissent.Cependant, grâce aux migrations, « on peut s\u2019attendre à ce que les mutations bénéfiques se répandent aussi plus rapidement », soutient le chercheur Scott Solomon.Il y a 1 000 ans, un bébé naissant en Chine avec une mutation le protégeant contre une maladie infectieuse absente du territoire chinois (mais présente au Brésil par exemple) n\u2019aurait disposé d\u2019aucun avantage évolutif, explique-t-il.Cette mutation se serait probablement éteinte après quelques générations.Maintenant, par contre, il serait tout à fait possible que cet individu migre vers le Brésil et que sa mutation avantageuse se transmette et s\u2019y répande.De plus, avec l\u2019accroissement des migrations, le phénomène de « dérive génétique » est en recul.La dérive génétique survient dans une petite communauté isolée où, au gré de quelques mutations aléatoires, un trait ne comportant pas d\u2019avantage évolutif s\u2019étend à l\u2019ensemble de ses membres.Au Québec, l\u2019effet fondateur au Saguenay\u2013Lac-Saint-Jean en est un bon exemple.Le groupe restreint à l\u2019origine de cette population transportait avec lui des allèles causant certaines maladies héréditaires.Au ?l des générations, ces gènes mutés se sont ?nalement transmis à une bonne partie des habitants.« La dérive génétique ne sera plus un enjeu, con?rme la chercheuse Elisabeth Bolund.Les variations existantes pourront se mélanger de plusieurs nouvelles manières.» 4 .LA MÉDECINE L\u2019amélioration de la médecine et de l\u2019hygiène a considérablement abaissé le taux de mortalité infantile en Occident depuis quelques siècles.Or, cette révolution encore en cours dans plusieurs pays du monde continue d\u2019orienter la trajectoire évolutive de notre espèce.« Avant la transition démographique en Finlande, un enfant sur deux mourait avant l\u2019âge adulte », remarque Elisabeth Bolund.Dans ces conditions, les parents choisissaient généralement de donner naissance à une progéniture nombreuse a?n d\u2019assurer la pérennité de leur famille.Les mutations génétiques favorisant la fertilité étaient alors fortement avantagées par la sélection naturelle.Puis, quand les avancées de la médecine et de l\u2019hygiène ont fait en sorte que la qua- si-totalité des enfants survivaient jusqu\u2019à l\u2019âge adulte, la taille de la population a explosé.Une ou deux générations plus tard, les parents se sont mis à avoir moins d\u2019enfants et la croissance de la population s\u2019est stabilisée.Ce schéma est typique de la transition démographique d\u2019une population.En Gambie, un petit pays d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, la transition démographique est en cours ?et son effet sur l\u2019évolution a récemment été démontré.En 2013, une étude, signée notamment par Alexandre Courtiol, révélait qu\u2019entre 1956 et 2010 les critères favorisés par la sélection naturelle dans deux villages gambiens avaient changé.Au début de la période, les femmes petites et corpulentes produisaient une plus grande descendance que les autres femmes des villages.À la ?n, c\u2019étaient les femmes grandes (plus de 1,57 m) et minces (indice de masse corporelle sous 21) qui béné?ciaient d\u2019un succès reproductif relativement plus élevé.La transition démographique s\u2019est opérée presque « spontanément », explique Emmanuel Milot, en raison de l\u2019implantation d\u2019une clinique dans la région en 1974.« D\u2019un coup, la mortalité infantile est quasiment disparue », précise-t-il.Cependant, les chercheurs ne comprennent pas le lien entre une morphologie élancée et le succès reproductif dans le contexte d\u2019après la transition démographique.L\u2019HUMAIN DU FUTUR Bref, notre histoire évolutive amorcée il y a plus de trois milliards d\u2019années avec l\u2019apparition de la vie sur Terre se poursuit, mais qu\u2019en est-il de l\u2019avenir ?« Si l\u2019on veut savoir à quoi ressemblera l\u2019humain du futur, il faut aussi dé?nir l\u2019environnement du futur, fait valoir Alexandre Courtiol.Ça rend l\u2019exercice vraiment spéculatif.» Selon le biologiste français, les deux principales variables à surveiller seront l\u2019alimentation et l\u2019exposition aux agents pathogènes.Ces deux aspects de notre environnement physique et culturel diffèrent radicalement de celui de nos ancêtres récents.Nos maisons ultrapropres et notre usage compulsif d\u2019antibiotiques réduisent au minimum notre exposition aux pathogènes.« Pour l\u2019instant, la transition démographique est bien avancée ou a au moins commencé dans tous les pays du monde, indique Alexandre Courtiol.Mais si d\u2019un coup il survient un grand changement environnemental, comme le développement d\u2019une très forte résistance des bactéries aux antibiotiques, la tendance pourrait s\u2019inverser.On pourrait se remettre à mourir comme des mouches et à faire des bébés comme des lapins.» Le contexte évolutif serait alors complètement renversé.Les changements climatiques pourraient également écrire la prochaine page de l\u2019histoire d\u2019Homo sapiens, croit Scott Solomon.Cependant, ce ne sont pas les quelques degrés en plus qui vont redé?nir les règles du jeu, mais bien les effets indirects de ce dérèglement.« Les changements climatiques vont favoriser la propagation de maladies infectieuses, selon le biologiste.En outre, la hausse du niveau de la mer va motiver les migrations à grande échelle.» Finalement, l\u2019humain du futur évoluera en réaction au transhumanisme, pour le meilleur et pour le pire, pense Emmanuel Milot.« On se dirige vers des interventions destinées à modi?er l\u2019humain, comme le criblage génétique ou l\u2019édition génétique.Il est dif?cile de faire des prévisions.Ces opérations risquent de changer les patrons de la sélection naturelle », dit le professeur québécois.L\u2019évolution in?nie de l\u2019humain est bien en marche.lQS REPORTAGE_E?volution de l'humain moderne_201903_vsuzanne.indd 39 19-01-31 11:00 LUTTER SUR TOUS LES FRONTS CONTRE EBOLA omplexe et dif- ?cile.» C\u2019est en ces termes que l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) qualifie la lutte contre l\u2019épidémie d\u2019Ebola qui fait rage en République démocratique du Congo (RDC) depuis août dernier.Le redoutable virus sévit dans le Nord-Kivu, une zone de conflit où s\u2019entredéchirent plus de 130 groupes armés, et dans la province voisine, l\u2019Ituri.Au moment d\u2019écrire ces lignes, en janvier, Ebola avait contaminé plus de 700 Congolais et tué près de 450 d\u2019entre eux ; depuis la découverte du virus il y a plus de 40 ans, il s\u2019agit de la plus grande épidémie après celle qui a frappé l\u2019Afrique de l\u2019Ouest en 2014-2016.De façon inquiétante, les enfants, peu touchés lors des épidémies précédentes, représentent plus du tiers des cas.Il y a toutefois une lueur d\u2019espoir.Car pour la première fois dans l\u2019histoire de cette ?èvre hémorragique, médecins et in?rmiers disposent d\u2019armes pour mener leur combat : un vaccin, le VSV-ZEBOV, qui a été administré à plus de 60 000 personnes, mais aussi quatre traitements expérimentaux (des anticorps et un médicament antiviral) qui font l\u2019objet d\u2019un essai clinique contrôlé depuis la ?n de novembre 2018.« La vaccination améliore beaucoup les choses.Parmi les gens qui ont été vaccinés à temps, personne ne semble avoir été infecté », témoigne Gary Ko- binger, spécialiste du virus Ebola.Le microbiologiste, directeur du Centre de recherche en infectiologie du CHU de Québec-Université Laval, a fait partie de l\u2019équipe canadienne qui a mis au point le VSV-ZEBOV et le ZMapp, un des traitements expérimentaux testés qui, espérons-le, fera mentir les statistiques ?ce virus étant mortel dans 50 % à 90 % des cas.UN BOUCLIER EFFICACE Bien que le vaccin produit par Merck n\u2019ait pas encore reçu d\u2019approbation d\u2019une agence de santé, il est utilisé à large échelle à titre « compassionnel » en République démocratique du Congo depuis l\u2019éclosion de l\u2019épidémie.Il avait été administré en Guinée en 2015 à plus de 4 000 volontaires au cours d\u2019un premier essai clinique.Certains le recevaient alors immédiatement, d\u2019autres 21 jours après leur contact probable avec une personne infectée.Les résultats furent plus que convaincants : le vaccin a été considéré comme ef?cace à 100 %, selon un bilan publié par la revue The Lancet en décembre 2016, même s\u2019il faudrait plus de données pour con?rmer son taux d\u2019ef?cacité.« En Guinée, nous avons recommandé à l\u2019OMS de donner sans délai le vaccin à tous les participants, car il s\u2019est révélé tellement ef?cace que cela devenait non éthique de retarder la vaccination de QUÉBEC SCIENCE 40 MARS 2019 SANTÉ « La République démocratique du Congo fait face à la pire épidémie d\u2019Ebola de son histoire.Les équipes médicales peuvent toutefois compter sur un arsenal inédit contre ce virus hautement mortel.PAR MARINE CORNIOU QUÉBEC SCIENCE 41 MARS 2019 21 jours », explique Benoît Mâsse, professeur à l\u2019École de santé publique de l\u2019Université de Montréal.Il a présidé le Comité international de contrôle des données et de la sécurité de cette étude.Il est de nouveau à la tête du Comité, ?nancé par le Centre de recherches pour le développement international, pour l\u2019actuel programme de vaccination en RDC.« À ce jour, le pro?l d\u2019innocuité est rassurant, avec des données sur plus de 44 000 personnes vaccinées dont plus de 11 000 enfants », af?rme celui qui est aussi chercheur au CHU Sainte-Justine.Il précise qu\u2019il faudra déterminer combien il y a eu d\u2019échecs vaccinaux dans cette nouvelle épidémie pour obtenir davantage de données sur les éventuels effets néfastes, l\u2019ef?cacité et la durée de protection du vaccin.« Des problèmes de conservation du vaccin, qui doit normalement être maintenu à -70 °C, pourraient aussi compromettre la protection dans certains cas.Quoi qu\u2019il en soit, grâce au VSV-ZEBOV, on a une meilleure maîtrise de la situation que par le passé.» En République démocratique du Congo, les agences onusiennes, le ministère de la Santé et les organisations non gouvernementales (ONG), surtout Médecins sans frontières, travaillent de concert pour vacciner au plus vite toutes les personnes qui ont pu côtoyer un malade ainsi que les gens ayant été en contact avec ces personnes.Cette stratégie est celle de la vaccination « en ceinture ».Le but : protéger le plus vite possible tous les membres de la famille, les visiteurs ou tout autre individu qui aurait pu toucher le patient, ses ?uides corporels ou ses vêtements.« Malheureusement, il y a des zones où le taux de couverture vaccinale est trop faible et c\u2019est là qu\u2019il continue à y avoir des cas d\u2019infection », déplore Gary Kobinger.ZONES DE GUERRE Ces zones sont celles où les violences sont quotidiennes ; plus de cinq millions de personnes ont perdu la vie ces 20 dernières années en raison des con?its opposant rebelles et forces armées de la République démocratique du Congo.« Cela entrave la riposte contre Ebola, malgré notre longue expérience dans la lutte contre ce ?éau.En outre, les provinces frappées par le virus sont les plus peuplées de la RDC et elles enregistrent une forte mobilité des populations à cause de ces con?its, explique Jean-Jacques Muyembe, directeur de l\u2019Institut national de recherche biomédicale de Kinshasa.Et les équipes médicales qui viennent les aider rencontrent de l\u2019hostilité.» De fait, dans ces régions, on se mé?e d\u2019un gouvernement incapable d\u2019assurer stabilité et sécurité.Et la situation s'est encore dégradée en début d'année, suite aux élections présidentielles controversées.Quand les malades voient soudainement arriver les équipes des ONG masquées et vêtues de combinaisons intégrales, qui travaillent dans des camps médicaux sous haute surveillance, beaucoup préfèrent fuir.« Ces populations sont aux prises avec un conflit armé qui, selon leur perspective, n\u2019a pas été priorisé.Depuis 2014, les meurtres, les pillages, les enlèvements se multiplient, et la réponse P H O T O S : S H U T T E R S T O C K V S V - Z E B O V Activités de décontamination menées par le personnel de Médecins sans frontières à Kalunguta (zone de santé de Butembo), dans la province du Nord-Kivu, en RDC.Photo : Alexis Huguet, 24 novembre 2018. QUÉBEC SCIENCE 42 MARS 2019 de la communauté internationale restait timide.Au contraire, quand l\u2019épidémie a été annoncée, de nombreux employés de l\u2019ONU et d\u2019ONG sont venus constater la gravité de la situation », raconte Martine Villeneuve, chef de mission de l\u2019ONG Danish Refugee Council en RDC.Ces interventions, perçues comme disproportionnées, alimentent le moulin à rumeurs.Ainsi, certains pensent que la maladie est une invention des humanitaires pour faire de l\u2019argent ; d\u2019autres que le vaccin est dangereux ; d\u2019autres encore qu\u2019on laisse les malades mourir de faim dans les centres de traitement.Pour ajouter à cette incompréhension, les rites funéraires ont été abolis au pro?t d\u2019enterrements sécurisés.La toilette rituelle du corps contribuait à répandre le virus.« Mais dans un climat d\u2019insécurité permanente, convaincre les gens de changer leurs habitudes en raison d\u2019un risque infectieux n\u2019est pas aisé », ajoute celle dont l\u2019organisme se trouvait en poste dans la région avant l\u2019éclosion de l\u2019épidémie, affecté notamment à la reconstruction d\u2019écoles.« Nous apportons aussi un soutien psychologique aux familles éprouvées par la maladie.Le dialogue avec les communautés joue un rôle capital dans la réponse.Mais c\u2019est beaucoup plus facile à dire qu\u2019à faire ! » Le vent tourne doucement.« Les centres de traitement d\u2019Ebola sont considérés comme des mouroirs, donc les gens préfèrent garder leurs malades à domicile, ce qui entretient malheureusement les chaînes de transmission du virus.Grâce aux traitements expérimentaux, on voit désormais des malades entrer dans les centres et en sortir guéris.La con?ance renaît dans les communautés, qui ne cachent plus les malades dans les maisons », mentionne Jean- Jacques Muyembe, qui coordonne l\u2019essai clinique sur ces traitements providentiels.Comment contrer, en parallèle, le manque d\u2019information, qui nourrit les réticences des populations et fragilise la réponse sanitaire ?C\u2019est justement ce que cherche à savoir Jude-Mary Cénat.Ce professeur adjoint de l\u2019École de psychologie de l\u2019Université d\u2019Ottawa dirige un projet visant à élaborer des trousses de prévention et d\u2019intervention psychosociale en collaboration avec les organismes sur le terrain et les communautés.« En tenant compte des facteurs culturels et sociaux, les trousses seront basées sur les besoins réels des gens et les aideront à prendre conscience des comportements à risque.Beaucoup d\u2019outils existants ont été conçus sur la peur, mais quand il n\u2019y a plus d\u2019épidémie, ils ne fonctionnent plus », souligne-t-il.Avant d\u2019y parvenir, ce chercheur ayant travaillé sur la résilience dans plusieurs pays souhaite évaluer les conséquences de la ?èvre Ebola sur la santé mentale des survivants.Son enquête, menée en partenariat avec les universités de Kinshasa et de Lubumbashi, se concentrera sur les plus vulnérables, notamment les orphelins et les femmes, premières victimes.« Il m\u2019a été rapporté que beaucoup de femmes qui ont contracté le virus ont été chassées de leur communauté », dit-il.Les données sont recueillies depuis janvier par des enquêteurs locaux dans la province de l\u2019Équateur, siège d\u2019une autre épidémie d\u2019Ebola en mai 2018.« Comment les victimes se reconstruisent-elles après un tel drame ?Quelles sont les ressources personnelles et communautaires disponibles et créatrices d\u2019aptitudes résilientes ?Et comment les habitants vivent-ils la récurrence des flambées épidémiques ?» se demande-t-il.La République démocratique du Congo subit actuellement sa 10e épidémie d\u2019Ebola et n\u2019est pas au bout de ses peines.Si la prévention vaccinale et de meilleurs traitements sont une priorité absolue, ces mesures ne doivent pas occulter le besoin de bâtir un pont entre les intervenants et les populations.Un tel dialogue ne pourra s\u2019établir que sur le long terme, loin de la panique et de l\u2019état d\u2019urgence.lQS Tous les travaux de recherche décrits dans cet article et la production de ce reportage ont été rendus possibles grâce au soutien du Centre de recherches pour le développement international.SANTÉ Grâce aux traite ments expérimentaux, on voit désormais des malades entrer dans les centres et en sortir guéris.La con?ance renaît dans les communautés.Équipement de protection individuelle contre Ebola du personnel de Médecins sans frontières en RDC.Photo : Gabriele François Casini, 17 décembre 2018. QUÉBEC SCIENCE 43 MARS 2019 1 AN \u203a 8 numéros \u203a 36 $ 2 ANS \u203a 16 numéros \u203a 58 $ 3 ANS \u203a 24 numéros \u203a 81 $ Économisez jusqu\u2019à 51% sur le prix en kiosque ABONNEZ-VOUS ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous 514 521-8356 - 1 800 567-8356, poste 504 (plus taxes) L\u2019ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE À LA PORTÉE DE TOUS Aussi offert en édition numérique 1 AN \u203a25 $* *Gratuit pour les abonnés à l'édition imprimée QUÉBEC SCIENCE 44 MARS 2019 L a ville de Gand, en Belgique, mérite sans peine le titre de capitale mondiale de la mise en commun ou commoning.En 2017, on y trouvait près de 500 projets de « communs » urbains, comme des jardins communautaires, des bibliothèques d\u2019outils et des ateliers de fabrication collaboratifs.C\u2019est 10 fois plus qu\u2019il y a une décennie, peut-on lire dans un rapport commandé par la ville de 300 000 habitants.De fait, la mise en commun de la gestion de ressources par des groupes de résidants y est si avancée qu\u2019il est possible de satisfaire n\u2019importe quel besoin grâce à elle, souligne Marie-Soleil L\u2019Allier, étudiante au doctorat en sciences de l\u2019environnement à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Du prêt de perceuses aux coopératives d\u2019habitation en passant par la gestion de bâtiments publics et la mobilité partagée, la notion de propriété y est revue et corrigée.« À Gand, les communs représentent une troisième voie à l\u2019État et au marché privé », résume celle qui était à Barcelone, une autre ville très portée sur le commoning, lorsque Québec Science l\u2019a interviewée.Si Marie-Soleil L\u2019Allier parcourt ainsi le monde, c\u2019est parce qu\u2019elle étudie l\u2019apport des projets fondés sur les communs à la transition écologique, cette idée selon laquelle une refonte du modèle économique et social est nécessaire pour faire face aux enjeux climatiques.Son objectif : faire avancer les connaissances sur un sujet qui a été très peu exploré jusqu\u2019à maintenant dans la littérature scienti?que.« Je souhaite tout d\u2019abord dresser un bilan comparatif d\u2019initiatives québécoises et européennes, comme celles de Gand.Puis je sélectionnerai une dizaine de cas d\u2019ici comme d\u2019ailleurs a?n de les étudier plus en profondeur », explique celle qui peut compter sur l\u2019une des 15 bourses accordées annuellement à des doctorants en sciences humaines et sociales par la Fondation Pierre Elliott Trudeau.LA TÊTE DE L\u2019EMPLOI Marie-Soleil L\u2019Allier ne se destinait pourtant pas à une carrière universitaire.Titulaire d\u2019un baccalauréat en informatique et génie logiciel, elle a travaillé pendant une dizaine d\u2019années dans ce domaine avant de frapper un mur.« J\u2019ai souffert d\u2019épuisement professionnel, laisse-t-elle tomber.Cet arrêt forcé m\u2019a permis de ré?échir au sens que je donne au travail et de constater qu\u2019il n\u2019était pas en adéquation avec mes valeurs.» Écologiste convaincue, elle décide de tout lâcher pour effectuer un retour aux études à la maîtrise en sciences de l\u2019environnement à l\u2019UQAM à l\u2019âge de 36 ans.Rapidement, la question des entre- VIVE LES COMMUNS ! MARIE-SOLEIL L\u2019ALLIER CONSACRE SA THÈSE DE DOCTORAT AUX « COMMUNS » URBAINS, UN RÉGIME DE PARTAGE QUI A LE VENT EN POUPE À L\u2019HEURE DES DÉFIS ENVIRONNEMENTAUX.CHERCHEUSE EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC P H O T O : J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N prises qui prennent le virage écologique la fascine.« À l\u2019époque, il était beaucoup question d\u2019entreprises qui contribuent, par leurs actions, à migrer vers une économie verte.J\u2019ai décidé de mettre à l\u2019épreuve ce discours », raconte-t-elle.Première étape : brosser un portrait de l\u2019entreprise type engagée dans la transition écologique.À l\u2019issue de cet exercice, elle dégage plusieurs grands critères qui permettent de dé?nir cette « nouvelle » génération d\u2019entreprises.Parmi eux, une compréhension de la gravité de la crise environnementale, une volonté d\u2019atteinte d\u2019équité et de justice sociale, de même qu\u2019une adhésion à une re- dé?nition profonde de la notion de croissance.Armée de ce ?ltre d\u2019analyse, Marie-Soleil L\u2019Allier a ensuite réalisé un sondage auprès de 38 PME de l\u2019économie verte du Québec.Le but : les situer sur un continuum allant de celles implantées au cœur des régimes sociotechniques dominants (comme l\u2019utilisation de l\u2019automobile traditionnelle comme moyen de transport le plus répandu) jusqu\u2019à celles répondant à la dé?nition de l\u2019entreprise de la transition écologique, peut-on lire dans son mémoire de maîtrise.« Au ?nal, 14 répondaient assez bien à l\u2019idéal type, même si aucune entreprise n\u2019était parfaite », rapporte-t-elle.À quelques mois de la ?n de ses études de deuxième cycle, en 2014, Marie-Soleil L\u2019Allier savait déjà que sa place était au doctorat et non dans l\u2019unité de développement durable d\u2019une grande entreprise.Pourtant, c\u2019est la casquette d\u2019entrepreneure qu\u2019elle ?nit par porter, à titre de cofondatrice de la chaîne de magasins d\u2019alimentation zéro déchet LOCO, la première du genre au Québec.Dans ce commerce, les clients apportent des contenants réutilisables pour transporter leurs achats, que ce soit du riz ou du savon à vaisselle.« Un soir autour d\u2019un verre, trois copines et moi, toutes étudiantes aux cycles supérieurs, avons lancé l\u2019idée folle de révolutionner la façon dont les Québécois font leur épicerie.Le lendemain, on se lançait vraiment dans ce projet », se souvient-elle.Deux ans plus tard, un premier LOCO ouvrait ses portes sur la rue Jarry Est, à Montréal.Depuis, deux autres adresses à Verdun et à Brossard ont vu le jour.Pour la doctorante, cela a été l\u2019occasion de mettre en pratique des concepts théoriques.Mais surtout de s\u2019engager.« C\u2019est la seule manière de combattre le cynisme.Le zéro déchet, à mes yeux, est un chemin vers une nouvelle mentalité au potentiel transformateur.» Dans sa thèse, Marie-Soleil L\u2019Allier compte relater la vaste histoire du concept des communs ?il remonte à la Rome antique (res communes), puis a été bouleversé tour à tour par l\u2019arrivée du capitalisme moderne et par l\u2019avènement du numérique.En outre, elle souhaite mettre le doigt sur les conditions gagnantes qui expliquent le succès de certains de ces projets à Gand et à Barcelone.Pour ce faire, la scienti?que analysera notamment leur relation avec les municipalités de même que le soutien offert par ces dernières, indique Jonathan Durand-Folco, professeur à l\u2019École d\u2019innovation sociale de l\u2019Université Saint-Paul, à Ottawa, et codirecteur de la thèse de l\u2019étudiante.« Les travaux de Marie-Soleil permettront de repenser autrement la transition écologique, fait-il remarquer.C\u2019est un sujet de la plus grande importance et, cela, la Fondation Pierre Elliott Trudeau l\u2019a bien compris.» lQS Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/SciChefQC SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC* P H O T O : C H R I S T I N N E M U S C H I RQ : Quels sont les dé?s et les gains d\u2019un retour aux études à 36 ans, après 10 ans sur le marché du travail ?MSL : Le principal dé?a été le changement de mode de vie ! Revenir à un revenu d\u2019étudiant a demandé quelques ajustements.J\u2019ai alors eu l\u2019occasion de découvrir la démarche zéro déchet et de me (re)dé?nir autrement que par ma consommation ! Un retour aux études est souvent précédé d\u2019une période d\u2019introspection.Qu\u2019est-ce que j\u2019ai envie de faire ?Quelles sont mes forces ?Comment puis-je les utiliser pour contribuer au bien commun ?Par conséquent, le choix de la discipline est davantage en harmonie avec qui l\u2019on est et qui l\u2019on veut devenir.RQ : À titre de chercheuse-entrepreneure, quels leviers ont été favorables dans la création de l\u2019épicerie zéro déchet LOCO ?MSL : En fait, les rythmes de la recherche et de l\u2019entrepreneuriat sont extrêmement dif?ciles à conjuguer ! Alors que le premier exige du temps pour la ré?exion, le second nécessite plutôt de la rapidité et de la réactivité, en plus d\u2019envahir tout l\u2019espace mental ! Le principal levier a donc été d\u2019avoir une équipe de fondatrices chercheuses-entrepreneures.Certaines se sont spécialisées dans les opérations et la gestion des épiceries, et d\u2019autres dans des activités de recherche.De plus, nous avons béné?cié d\u2019un très bon accompagnement du Centre d\u2019entrepreneuriat ESG UQAM.Il faut aussi préciser que LOCO est un incroyable laboratoire d\u2019expérimentation.Nous pouvons à la fois y tester et mettre en pratique des théories et connaissances scienti?ques, et prendre du recul a?n de favoriser les apprentissages.RQ : À la tête des entreprises engagées dans la transition écologique, il y a des entrepreneurs tout aussi convaincus.Quelles sont les principales qualités de ces gestionnaires ?MSL : D\u2019abord, une compréhension profonde des crises écologiques et climatiques que nous rencontrons.Ce point est primordial, car il détermine le type de solution élaborée par l\u2019entrepreneur.Nous ne sommes plus à l\u2019époque où il fallait simplement polluer moins, recycler et faire attention.Aujourd\u2019hui, il faut passer d\u2019une économie qui détruit la nature à une économie qui protège la nature et en prend soin.Si l\u2019on ne comprend pas cela, il est impossible d\u2019imaginer des solutions qui règleront les problèmes à la source.Ensuite, il faut être extrêmement motivé et persévérant.L\u2019entrepreneur de la transition s\u2019engage à changer un système sur lequel il n\u2019exerce pas d\u2019in?uence, mais son succès se mesure à sa capacité de le rendre plus soutenable.Pour y parvenir, l\u2019entrepreneur doit effectuer un travail colossal des points de vue tant cognitif, institutionnel et économique que politique. V I S I T E R I N G E N I U M \u2013 M U S É E D E S S C I E N C E S E T D E L A T E C H N O L O G I E D U C A N A D A C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb Courons au musée ! Quand j\u2019ai retrouvé mon amoureux après avoir ?âné (lire : m\u2019être éclatée) en solo dans les salles d\u2019exposition du Musée des sciences et de la technologie du Canada, à Ottawa, il était un peu alarmé.Ma ?lle de trois ans venait, encore, d\u2019échapper à sa vigilance pour retourner voir la locomotive à vapeur grandeur nature.Comment lui en vouloir, sachant que c\u2019est l\u2019attraction la plus populaire du lieu ?Une fois réunis, nous avons poursuivi l\u2019exploration des quelque 3 000 artéfacts du Musée, qui s\u2019est refait une beauté en 2017.Avec une super?cie de 7 400 m2, pas étonnant que certains prennent quatre heures à le parcourir ! Dans ce musée ludique, tous nos sens sont en éveil.On nous invite à frapper sur un casque de hockey avec une masse pour observer la force de l\u2019impact, à piloter un vaisseau spatial, à tester une chambre anéchoïque ?qui empêche le son de rebondir sur les murs ?et à découvrir les illusions d\u2019optique avec la Cuisine bizarre +, nausées en prime.La Cuisine bizarre est l'installation interactive la plus ancienne de l\u2019endroit ; elle s\u2019y trouve depuis 1967.Le week-end, le Musée grouille de vie et on se demande comment, après avoir absorbé autant d\u2019information, les enfants trouvent encore de l\u2019énergie pour courir dans ZOOOM, la salle de création.Le Musée a sûrement une explication scienti?que à proposer, mais je l\u2019ai probablement ratée en courant après ma petite curieuse.Musée des sciences et de la technologie du Canada, à Ottawa, ingeniumcanada.org/fr/mstc ÉCOUTER La vie après la mort L\u2019auteure Taous Merakchi était fascinée par le trépas, tout comme son père.À la mort de ce dernier, elle a cherché à comprendre ce qui se passe une fois le dernier souf?e rendu.Elle aborde ce sujet délicat en toute intimité avec le balado Mortel qui, au ?l des épisodes, lève un peu plus le voile sur les mystères de la mort.Une thanatopractrice et une médecin légiste se con?ent ainsi sur leur manière de voir leur pratique, et les rites d\u2019ici et d\u2019ailleurs sont racontés.Une autre superbe production de la compagnie française Nouvelles Écoutes.nouvellesecoutes.fr/mortel QUÉBEC SCIENCE 46 MARS 2019 P H O T O S : S H U T T E R S T O C K 46-47_CULTURE _ PUB _ SATURNOME_201903_corrige?.indd 46 Un sujet musclé Si les athlètes ont recours aux stéroïdes et à d\u2019autres substances dangereuses pour améliorer leurs performances, les sportifs du dimanche aussi les reluquent, dans l\u2019espoir de développer une charpente aussi massive que celle de l\u2019acteur Dwayne Johnson.Toutefois, peu de gens sont conscients des dommages irréversibles que leur consommation peut causer à leur corps et leur mémoire.Dans le documentaire Dopage, la victoire à tout prix ?, le toujours divertissant Xand van Tulleken, animateur et médecin britannique, s\u2019entretient avec d\u2019ex-drogués du sport, teste les techniques pour échapper aux contrôles et présente les récentes innovations en matière de dopage.Parmi celles-ci, on découvre la stimulation crânienne et le dopage génétique, qui permet de prendre du muscle sans avoir à lever un seul haltère.À écouter avec notre adolescent et futur olympien ou avec notre douce moitié qui carbure à l\u2019entraînement physique.Dopage, la victoire à tout prix ?, le mercredi 20 février à 22 h, en primeur à ICI Explora.B B C 2 0 1 6 LIRE Science, iction Une biologiste déterminée à poursuivre l\u2019observation scienti?que de ce monde à la dérive ; des parasites qui se multiplient et colonisent les êtres vivants ; des monstres sous-marins infestant les alentours d\u2019un village ?ottant : ils se côtoient tous dans l\u2019envoûtante ?ction dystopique Faunes.Dans cet univers, la nature vorace s\u2019adapte pour survivre et reprendre ses droits sur l\u2019humain.L\u2019atmosphère brumeuse, moite, poétique et charnelle qu\u2019a créée Christiane Vadnais est obsédante à souhait.Avec ce premier livre, l\u2019auteure fait une solide impression.Faunes, par Christiane Vadnais, Éditions Alto, 137 p.OFFRIR Cuisine laboratoire Le jus peut-il remplacer un fruit ?Pourquoi le cerveau gèle-t-il quand on boit une sloche ?Pourquoi certains aliments « produisent-ils » de petites mouches ?Ce ne sont là que quelques-unes des questions auxquelles répond Explique-moi\u2026 les aliments, un livre éducatif destiné aux chefs en herbe.Rempli d\u2019astuces et de recettes (dont un attrayant gâteau multicolore), il amène les jeunes dans les coulisses de l\u2019alimentation.L\u2019ouvrage contient également des expériences franchement amusantes démythi?ant la chimie alimentaire.On le suggère à partir de huit ans ?quoique ma ?lle de trois ans l\u2019adore et le demande avant le dodo.Préparez-vous à ce que vos sous-chefs proposent leur « aide » à l\u2019heure des repas ! Explique-moi\u2026 les aliments, par Ricardo Larrivée et Jade Bérubé, Éditions Auzou, 130 p.R E G A R D E R LIRE Quand les cerveaux s\u2019affrontent Dans La plus belle histoire de l\u2019intelligence, les scienti?ques français Stanislas Dehaene et Yann Le Cun entament une fascinante discussion sur l\u2019intelligence.On y apprend que les nouveau-nés ont un étonnant sens mathématique, que les huîtres sont dotées d\u2019une prémisse d\u2019intelligence, on découvre ce qu\u2019il faut avoir pour être stupide et que les ordinateurs ne devraient pas se tourner contre nous (?ou).On se couche plus brillant.La plus belle histoire de l\u2019intelligence, par Stanislas Dehaene, Yann Le Cun et Jacques Girardon, Éditions Robert Laffont, 286 p.Un Douglas inconsolable La forêt de Port Renfrew, sur l\u2019île de Vancouver, abrite Big Doug le solitaire, le deuxième sapin de Douglas au Canada pour la taille.Son âge ?Quelque part entre 500 et 1 000 ans.Quand le bûcheron Dennis Cronin l\u2019a aperçu en 2011, impressionné par sa prestance, il l\u2019a protégé des scies mécaniques en l\u2019entourant d\u2019un ruban.Les arbres voisins n\u2019ont pas eu cette chance et Doug trône aujourd\u2019hui, seul, au milieu des décombres.Big Lonely Doug: The Story of One of Canada\u2019s Last Great Trees revient sur l\u2019histoire de ce colosse.L\u2019ouvrage jette un regard scienti?que sur l\u2019importance de ces véritables cathédrales pour les écosystèmes côtiers et l\u2019industrie du bois.Un récit nuancé et poignant qui nous fait voir à quel point les éléments sont interreliés sous la canopée.Big Lonely Doug : The Story of One of Canada\u2019s Last Great Trees, par Harley Rustad, House of Anansi Press, 315 p.QUÉBEC SCIENCE 47 MARS 2019 46-47_CULTURE _ PUB _ SATURNOME_201903_corrige?.indd 47 EUROPE Majorque \u203a 27 avril au 12 mai Riviera italienne \u203a 23 mai au 7 juin Piémont \u203a 2 au 17 juin Algarve \u203a 7 au 22 juin La Rochelle-Bordeaux \u203a 14 au 29 juin Alsace \u203a 15 au 30 juillet DESTINATIONS SOLEIL \u203a CUBA Varadero en boucles \u203a 31 mars au 7 avril Holguín en boucles \u203a 7 au 14 avril \u203a 14 au 21 avril AMÉRIQUE Five Boro Bike Tour New York \u203a 3 au 5 mai Virginie \u203a 4 au 12 mai Cape Cod \u203a 11 au 16 mai Baie Georgienne \u203a 22 au 29 juin veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 Photo : Patrick De Rosa Rêvez, réservez ! Demandez notre brochure 2019! FORMULE EN LIBERTÉ : destinée aux cyclistes autonomes.Plusieurs destinations vous sont ofertes à la date de votre choix.VOYAGEZ libre comme l\u2019air! FORMULE GROUPE SUR MESURE : le plaisir de rouler avec les vôtres?! Décidez de la date, destination et durée. QUÉBEC SCIENCE 49 MARS 2019 L es humains ?vous et moi ?ne représentent que 0,01 % (oui, oui, un centième de pourcentage) de la biomasse terrestre totale, selon certaines estimations récentes.Pourtant, malgré ce faible poids du nombre, notre incidence sur l\u2019environnement, elle, ne l\u2019est pas.Nul besoin ici de rappeler à quel point l\u2019homme et la femme modernes (et même nos ancêtres moins « modernes ») ont façonné leur environnement.Nous l\u2019avons fait à un point tel que nous sommes désormais entrés dans une ère géologique où nous sommes considérés comme une véritable force de la nature.Bienvenue dans l\u2019Anthropocène ! Parmi les manifestations incontestables de cette nouvelle ère, il y a bien sûr le dérèglement climatique, mais aussi la perte de biodiversité, une catastrophe annoncée qui monopolise peu, ou du moins pas assez, notre attention.Avec les épisodes de chaleur suffocante, les incendies de forêt ravageurs et les ouragans meurtriers, tous les regards se portent sur le climat.Pourtant, le Forum économique mondial (vous avez bien lu) classe la perte de biodiversité et l\u2019effondrement des écosystèmes terrestres parmi les 10 risques ayant les répercussions globales les plus importantes.Pourquoi ?Principalement parce que les activités qui occasionnent cette perte accélérée ?dont l\u2019étalement urbain, les changements climatiques et, avouons-le, nos systèmes de production et de consommation ?contribuent directement au dérèglement des écosystèmes naturels qui constituent la pierre angulaire de notre quotidien.Alors que vous cogiterez sur ces derniers mots tout en avalant votre gorgée de café, peut-être apprécierez-vous d\u2019autant plus cette boisson sachant qu\u2019elle ne pourrait exister sans la diversité des insectes pollinisateurs qui participent à sa production\u2026 comme ils le font pour 75 % des cultures vivrières mondiales d\u2019ailleurs.Que nous propose la communauté scienti?que a?n de freiner un tant soit peu l\u2019hécatombe associée à la perte de biodiversité ?L\u2019IPBES.Grosso modo, l\u2019IPBES ou Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques est à la science de la biodiversité et aux écosystèmes ce que le Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) est à la science du climat.Chapeauté par l\u2019Organisation des Nations unies, ce regroupement de scienti?ques indépendants a pour mission de renforcer les liens entre la science et la politique a?n de protéger nos derniers îlots de biodiversité.Active depuis 2012, l\u2019IPBES marquera un grand coup en mai prochain, lorsqu\u2019elle dévoilera l\u2019état des lieux de la biodiversité mondiale ?le premier exercice du genre depuis 2005.À l\u2019instar des grandes évaluations du GIEC, ce rapport devrait aiguiller les décideurs internationaux quant à l\u2019étendue des efforts à consacrer pour limiter la portée des dommages.Si l\u2019IPBES a été créée près de 25 ans après le GIEC, cette arrivée tardive aura néanmoins permis de s\u2019appuyer sur les bons (et moins bons) coups du GIEC, notamment en intégrant l\u2019apport de scienti?ques issus des sciences sociales aux processus de la plateforme tout en faisant une place aux savoirs autochtones (non sans dif?culté).Cela n\u2019élimine pas de facto les tensions qui se manifestent lors de discussions savantes.La frustration est ainsi palpable quand il est question du mode de fonctionnement de cette unité aux saveurs onusiennes ou encore de la dé?nition même de l\u2019apport de la nature à l\u2019humain.D\u2019ailleurs, alors que les indicateurs de la biosphère tournent au rouge, certains pourraient être tentés de dire que l\u2019heure n\u2019est plus aux longues délibérations inhérentes à ces processus ultrabureaucratiques, aussi crédibles soient-ils.Encore mieux : pourquoi ne pas investir toutes nos énergies dans cet enjeu colossal qui menace les fondations mêmes de la vie sur terre ?Mais cela signi?e-t-il qu\u2019il faille diminuer nos efforts dans la lutte contre les changements climatiques ?Devant l\u2019urgence, sur quel front devrait-on agir en priorité ?En fait, il ne s\u2019agit pas d\u2019opposer les efforts requis destinés à limiter les conséquences du dérèglement climatique et ceux déployés pour préserver la biodiversité.Ne faudrait-il pas plutôt juxtaposer ces initiatives quelque peu symbiotiques ?C\u2019est ce que tâchent d\u2019accomplir les professeurs Andrew Gonzalez, de l\u2019Université McGill, et Jérôme Dupras, de l\u2019Université du Québec en Outaouais, qui cherchent à concevoir et évaluer des réseaux écologiques résilients dans la région du grand Montréal.Leur but : maintenir des écosystèmes favorisant une riche biodiversité tout en permettant d\u2019atténuer les contrecoups des changements climatiques et de mieux s\u2019y préparer.Anthropocène exige, le temps est donc à l\u2019intégration rapide des connaissances scienti?ques aux politiques nationales et internationales et, surtout, à leur mise en œuvre.Nous ne pesons peut-être pas beaucoup dans la balance du vivant sur terre, mais notre force de frappe est loin d\u2019être négligeable, voire négative.À nous d\u2019en prendre conscience et de nous assurer que nos connaissances scienti?ques acquises ne s\u2019ajoutent pas à la liste des espèces en voie de disparition, mais sont utilisées à bon escient !lQS La biodiversité dans l\u2019ombre du climat JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT S H U T T E R S T O C K Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.Anthropocène ofertes à la date de avec les vôtres?! RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME QUÉBEC SCIENCE 50 MARS 2019 Découvrez les lauréats 2018 Les Prix du Québec constituent la plus haute distinction gouvernementale en culture et en science et récompensent chaque année des carrières exceptionnelles dans ces domaines.Soumettez sa candidature d\u2019ici le 25 mars 2019! CONNAISSEZ-VOUS UNE PERSONNE MENANT UNE CARRIÈRE EXCEPTIONNELLE EN SCIENCE?#PrixduQuébec prixduquebec.gouv.qc.ca Le prix Relève scienti?que est remis à une personnalité de 40 ans ou moins s\u2019étant illustrée en science.Gilbert Laporte Jean Caron Jérôme Dupras Yves Gingras Nahum Sonenberg Prix Léon-Gérin Histoire et sociologie des sciences Prix Wilder-Pen?eld Régulation de l\u2019expression génétique Prix Marie-Victorin Recherche opérationnelle et science de la décision Prix Lionel-Boulet Physique et hydrodynamique des sols Anne Bruneau Francine de Montigny Prix Armand-Frappier Systématique et évolution des plantes Prix Marie-Andrée-Bertrand Santé psychosociale des familles Prix Relève scienti?que Économie écologique \u2022 Nouveau ilm Émergence été 2019 \u2022 Nouvelle expérience de réalité virtuelle été 2019 \u2022 Nouvelle salle multimédia avec projecteur 4K \u2022 Spectacle Lune : 50e anniversaire de Apollo 11 \u2022 Festival d'astronomie juillet 2019 \u2022 Perséides août 2019 sepaq.com/montmegantic | astrolab.qc.ca PARC NATIONAL DU MONT-MÉGANTIC "]
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