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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Juillet-Août 2019, Vol. 58, No. 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2019, Collections de BAnQ.

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[" LE PASSÉ REVISITÉ > INSECTES POURQUOI DISPARAISSENT-ILS ?JUILLET-AOÛT 2019 Génomique, imagerie, molécules anciennes : en archéologie, ces techniques bouleversent nos connaissances sur les peuples mythiques CHASSE AUX EXOPLANÈTES LES DÉBUTS DE LA QUÊTE Q EBEC SCIENCE JUILLET-AOÛT 2019 6 , 9 5 $ MESSAGERIES DYNAMIQUES 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 NOUVEAUTÉS 2019 ?L\u2019ASTROLab ofre un décollage vers l\u2019inini avec une expérience renouvelée NOUVEAU FILM?|?RÉALITÉ VIRTUELLE?|?OBSERVATOIRE?|?EXPOSITIONS l\u2019espace Photo?: Guillaume Poulin astrolac.qc.ca NOUVEAUTÉS 2019 ?L\u2019ASTROLab ofre un décollage vers l\u2019inini vec une expérience renouvelée NOUVEAU FILM?|?RÉALITÉ VIRTUELLE?|?OBSERVATOIRE?|?EXPOSITIONS Photo?: Guillaume Poulin astrolab.qc.ca 04_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2019.07-08.indd 2 19-06-10 14:03 SOMMAIRE 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 9 Carnet de santé Par Alexandra S.Arbour 11 Technopop Par Chloé Freslon | 13 Polémique Par Jean-François Cliche | 54 Culture Par Émilie Folie-Boivin 57 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 58 Rétroviseur Par Saturnome C O U V E R T U R E : I L L U S T R A T I O N Q S ; I M A G E : S H U T T E R S T O C K 44 10 32 06 17 Seuls trois navires vikings bien préservés ont été mis au jour.Les chercheurs espèrent en découvrir d\u2019autres pour mieux comprendre ce peuple.REPORTAGES 17 Pour que le rouge passe au vert Est-il possible de reverdir une ancienne mine de fer isolée de tout et condamnée par un climat nordique dif?cile ?32 La genèse de la chasse aux exoplanètes Il y a à peine 25 ans, les astronomes ne cherchaient pas à traquer les mondes lointains.Un désintérêt qui paraît surprenant, avec le recul.36 Brancher son cerveau, une bonne idée ?Un faible courant électrique appliqué sur la tête permettrait de régler une panoplie de problèmes de santé.44 La déchéance des insectes Dans plusieurs écosystèmes, papillons, abeilles, termites et autres petites bêtes disparaissent à un rythme effarant.49 L\u2019écran solaire, nouvel ennemi des coraux ?Des États interdisent l\u2019utilisation de certaines crèmes solaires, qui nuiraient à la santé des coraux.Une intention qui repose sur des preuves ténues.EN COUVERTURE 17 Le passé revisité Grâce aux techniques de pointe, les archéologues lèvent le voile sur des pans d\u2019histoire autrefois inaccessibles.Ce qu\u2019ils découvrent les oblige à récrire le passé de peuples mythiques comme les Vikings, les Néandertaliens, les Dorsé- tiens et les habitants de la cité d\u2019Angkor.À lire dans notre grand dossier estival ! SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS On suit le parcours des médicaments, de la poudre au comprimé 8 CONNAISSEZ-VOUS LE JAMESTOWN CANYON ?Les maladies transmises par des moustiques gagnent du terrain.À quoi doit-on s\u2019attendre ?10 UN OURAGAN DE STATISTIQUES Pour mieux comprendre les pluies extrêmes, les chercheurs se tournent vers l\u2019ouragan Harvey.11 LE PIANO POUR SE REMETTRE D\u2019UN AVC Il suf?rait de s\u2019entraîner à jouer une séquence de notes pour retrouver l\u2019usage des mains.14 L\u2019INSATIABLE CURIOSITÉ DE LÉONARD DE VINCI Entrevue avec l\u2019historien Walter Isaacson, auteur d\u2019une imposante biographie de ce grand génie.QUÉBEC SCIENCE JUILLET-AOÛT 2019 04_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2019.07-08.indd 3 19-06-11 11:47 QUÉBEC SCIENCE 4 JUILLET-AOÛT 2019 Éditorial MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan Inconfort au musée En Occident, des collections muséales n\u2019auraient pu voir le jour sans l\u2019esclavage et le colonialisme.Doit-on corriger le passé en restituant ces artéfacts ?J\u2019 adore visiter les musées d\u2019histoire naturelle.Devant un fossile de tricératops, des minéraux rares ou un vieil herbier, je suis en contemplation.Mon émerveillement s\u2019évaporerait-il si l\u2019on m\u2019indiquait que ces objets ont été acquis par des marchands d\u2019esclaves, puis entreposés dans la cale de leurs navires aux côtés d\u2019hommes et de femmes enchaînés ?Ou encore si l\u2019on m\u2019expliquait qu\u2019ils ont été arrachés à des peuples indigènes par une puissance coloniale ?C\u2019est pourtant ainsi que plusieurs grands musées ont constitué leurs collections qui font aujourd\u2019hui courir les touristes et vibrer les scienti?ques.Longtemps passée sous silence, cette vérité dérangeante rattrape actuellement le milieu muséal, bombardé par les demandes de nations exigeant qu\u2019on leur restitue des objets pillés ou extorqués.Au Musée d\u2019histoire naturelle de Londres, le territoire de Gibraltar réclame deux crânes de Néandertaliens ; le Chili demande la dépouille bien préservée d\u2019un paresseux géant ayant vécu il y a 12 000 ans ; et la Zambie aimerait ravoir le fameux crâne de Broken Hill.La Tanzanie souhaiterait rapatrier l\u2019immense squelette d\u2019un sauropode exposé depuis 1937 dans le hall du Musée d\u2019histoire naturelle de Berlin.En novembre 2018, la gouverneure provinciale de l\u2019île de Pâques livrait un vibrant plaidoyer a?n que le British Museum rende à son peuple un géant de pierre dérobé par les Anglais.« Vous avez notre âme », a-t-elle déclaré.Ces demandes s\u2019inscrivent dans un bras de fer qui oppose depuis des décennies les musées européens aux anciennes colonies.Les musées nord-américains ne sont pas en reste, puisque les peuples autochtones, tant au Canada qu\u2019aux États-Unis, réclament également leurs biens culturels.Fin 2018, le président français Emmanuel Macron a donné du grain à moudre aux partisans du rapatriement : il a accepté de rendre au Bénin 26 objets en bronze exposés au Musée du quai Branly \u2013 Jacques Chirac à Paris, dans la foulée d\u2019un rapport signé par deux chercheurs qui recommande le retour du patrimoine culturel africain spolié pendant la période coloniale.Il s\u2019en est suivi moult débats de part et d\u2019autre de l\u2019Atlantique sur le bien-fondé du document, quali?é par certains de jusqu\u2019au-boutiste.Le camp « antirapatriement » a ressorti des arguments usés à la corde : les musées se videront ; les nations africaines ne possèdent pas d\u2019installations appropriées pour accueillir et protéger les œuvres ; les visiteurs n\u2019auront plus un accès aussi aisé à ces objets ; l\u2019idée qu\u2019il y ait eu pillage reste incertaine, puisque des colonisés auraient pu marchander des artéfacts ; ce patrimoine appartient à l\u2019humanité, et pas à un pays en particulier, et doit donc demeurer dans un musée dit « universel »\u2026 À l\u2019heure des réparations et des réconciliations, ce discours paternaliste ne tient plus la route.Ces artéfacts représentent un lien avec le passé essentiel à la consolidation de l\u2019identité de ces peuples dépossédés.C\u2019est aussi vrai d\u2019une statue reconnue pour son importance spirituelle que d\u2019un fossile de dinosaure déterré par un villageois à qui l\u2019on n\u2019a jamais accordé le moindre crédit.Et que dire des restes humains pillés par des explorateurs ?De nombreuses nations autochtones se sont battues pour ravoir les dépouilles de leurs ancêtres.Favoriser la restitution ne veut pas dire qu\u2019il faille emballer illico tous les artéfacts pour les renvoyer d\u2019où ils viennent.Le retour d\u2019objets culturels dans leurs lieux d\u2019origine exige du temps et de l\u2019espace pour le dialogue entre les nations revendicatrices et les musées.C\u2019est ce que prône Chip Colwell, anthropologue américain et conservateur au Musée de la nature et des sciences de Denver, qui a lui-même remis des artéfacts à des communautés autochtones.Dans son livre Plundered Skulls and Stolen Spirits, il raconte les tensions et les négociations qui font immanquablement partie de la restitution.Mais au ?nal, il observe qu\u2019aucun musée qui a tenté l\u2019aventure n\u2019a fermé ses portes.Mieux, les conservateurs et les scienti?ques en ressortent avec une connaissance plus ?ne des peuples autochtones.Parmi ces derniers, plusieurs ont même ouvert leur propre musée.Ils peuvent en?n y raconter leur histoire et, ce faisant, s\u2019approprier leur passé.lQSD 04_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2019.07-08.indd 4 19-06-10 11:26 QUÉBEC SCIENCE 5 JUILLET-AOÛT 2019 Mots croisés Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca QUÉBEC SCIENCE RÉCOMPENSÉ Au 42e gala annuel des Prix du magazine canadien, notre journaliste Mélissa Guillemette a remporté une médaille d\u2019or dans la catégorie Journalisme de service pour son reportage « Où vont les déchets électroniques ?» (octobre-novembre 2018).Fruit d\u2019une longue enquête, cet article décortiquait le système complexe de la récupération et du recyclage des objets électroniques.Le magazine était également en lice dans la catégorie Meilleur dossier thématique pour le dossier spécial « L\u2019or brun : tout sur le caca » (mars 2018), auquel avaient collaboré Marine Corniou, Marianne Desautels-Marissal, François Émond et Annie Labrecque.Bravo à tous ! CANCER : IL Y A DE L\u2019ESPOIR J\u2019ai adoré lire votre dossier sur le cancer.Ayant moi- même été atteinte d\u2019un cancer l\u2019an dernier et ayant reçu un traitement expérimental avec de l\u2019immunothérapie, votre article sur ce sujet m\u2019a fascinée.Surtout, j\u2019ai retenu qu\u2019il y a beaucoup d\u2019espoir sur le plan des découvertes médicales dans l\u2019avenir des traitements du cancer.Merci pour ce numéro! ?Roxane Larivière LES TROUS NOIRS EN RAPPEL Au mois d\u2019avril, quand la photo du trou noir de la galaxie M87 a été publiée, j\u2019étais prêt.J\u2019avais relu votre article publié le mois précédent.C\u2019est tellement rare de pouvoir lire un article qui explique un évènement à venir.Maintenant, j\u2019espère que nous aurons l\u2019occasion d\u2019en apprendre plus sur ce trou noir.Merci ! ?François Boulay « Que la lumière soit ! » Voilà comment on pourrait quali?er le texte de Marine Corniou qui, en quelques pages, rend en?n intelligible le phénomène des trous noirs.D\u2019abord, ce ne sont pas des trous, mais de simples corps dont la masse attire d\u2019autres corps moins massifs.Ils se forment lorsque des étoiles s\u2019effondrent sur elles-mêmes, en ?n de vie.Et ainsi de suite.Explications simples, concrètes, lumineuses.Merci, madame ! ?Pierre Frigon DES MÉGOTS DANS L\u2019OCÉAN Sur notre page Facebook, nous vous informions récemment que les mégots de cigarette sont la première source de déchets océaniques, une nouvelle qui a suscité de nombreuses réactions.En voici quelques-unes.En plus d\u2019être néfaste pour la santé, de coûter cher aux utilisateurs et au système de santé, le tabagisme nuit maintenant à nos océans\u2026 Il n\u2019y a que les compagnies de tabac qui pro?tent de ce cancer.Je sais que c\u2019est dif?cile de cesser de fumer.Pour libérer la planète et les fumeurs de ce boulet, il est impératif de mieux soutenir la cessation tabagique.?Fannie Lépine Avec les pro?ts que font les compagnies de tabac, elles devraient investir dans la recherche pour créer des mégots biodégradables, non ?Véronique Milette JUILLET-AOÛT 2019 VOLUME 58, NUMÉRO 1 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Gabriel Laurin, Sylvain Lumbroso, Alexis Riopel, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Jean-Patrick Toussaint Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs Louise Bilodeau, Marianne Chevalier, Jean-François Hamelin, Nicole Aline Legault, Valérian Mazataud, Dushan Milic, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Lynda Moras Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: 27 juin 2019 (555e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 36 $ + taxes États-Unis, 1 an : 72 $ Outre-mer, 1 an : 112 $ 514 521-8356, poste 504 ou 1 800 567-8356, poste 504 Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2019 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.D O R I A N D A N I E L S E N P A T R I C K B R I N K S M A \u2013 U N S P L A S H 04_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2019.07-08.indd 5 19-06-10 11:26 Le cabinet des curiosités V êtus d\u2019un sarrau, de lunettes de protection et d\u2019un ?let pour les cheveux, les employés s\u2019affairent autour des machines pour fabriquer et empaqueter l\u2019un des 300 médicaments commercialisés par la compagnie Pharmascience.1 L\u2019usine de Montréal a la capacité de produire pas moins de 2,5 milliards de comprimés chaque année, selon Jean-Guy Goulet, chef d\u2019exploitation chez Pharmascience.Outre les pilules, les médicaments qui sortent de l\u2019entreprise prennent la forme de crèmes, d\u2019onguents, de suspensions liquides ou de capsules.Leur particularité ?Tous sont des produits génériques, c\u2019est- à-dire des « copies » de médicaments de marque vendues à moindre coût.En 2017, les médicaments génériques représentaient 70,6 % des ordonnances au Canada, selon l\u2019Association canadienne du médicament générique.Au pays, un médicament est en effet protégé par un brevet pour une durée de 20 ans.Passé cette échéance, d\u2019autres compagnies pharmaceutiques peuvent reproduire la molécule et la commercialiser sous un nom différent.Les génériques contiennent les mêmes ingrédients actifs que les médicaments d\u2019origine.Chez Pharmascience, l\u2019équipe de recherche et développement s\u2019emploie en premier lieu à obtenir la meilleure formulation du médicament générique.Elle s\u2019assure que celui-ci agit et est libéré dans le corps de façon semblable au médicament original, ce qu\u2019on appelle « bioéquivalence ».« Pendant cette phase, on établit aussi la durée de vie du médicament avec des études de stabilité.Notre objectif est qu\u2019il se conserve au moins de 18 à 24 mois, un temps suf?sant pour la mise en marché », indique Mustapha Kandil, directeur principal de la recherche et du développement.Si cette phase prend de deux à trois ans, il en va autrement de l\u2019étape de la fabrication : l\u2019usine peut produire de sept à huit millions de comprimés sur une période de trois jours pour certains médicaments.2 DE LA POUDRE\u2026 Les matières premières, à l\u2019état de poudre, proviennent en grande partie de l\u2019Inde et de la Chine.Elles sont pesées précautionneusement et mixées dans de grandes cuves.Les ingrédients actifs sont combinés avec différents excipients (substances qui facilitent la déglutition, donnent une saveur, stabilisent le produit, etc.) pour for- 1 QUÉBEC SCIENCE 6 JUILLET-AOÛT 2019 Dans un décor dominé par le blanc des murs et le métal des appareils, nous avons suivi le parcours des médicaments génériques en comprimés.Par Annie Labrecque MÉDICAMENT : de la poudre au comprimé mer le comprimé.Dans certains cas, lorsque les éléments se mélangent dif?cilement, on force cette liaison en ajoutant de l\u2019eau et en introduisant le tout dans un mélangeur à haut cisaillement.On obtient de petits granules, qui ont l\u2019apparence du couscous, dont la composition et la concentration sont uniformes sur le plan des ingrédients actifs.Il faut ensuite passer au séchage pour retirer toute humidité dans une autre machine à lit ?uidisé qui les met en suspension dans l\u2019air chaud.À l\u2019étape suivante, le mélange sec est compressé entre deux poinçons, d\u2019où le terme comprimé.Puis, une machine projette un liquide coloré qui sèche au contact des comprimés.3 En effet, si la plupart des comprimés sont de couleur blanche, on peut leur ajouter un enrobage coloré, d\u2019une part pour les différencier, mais aussi pour les protéger contre l\u2019humidité, masquer leur goût ou aider à la libération du médicament à l\u2019intérieur de l\u2019intestin.« Les médicaments génériques reproduisent la couleur du médicament d\u2019origine.Si celui-ci est de couleur bleue, on emploiera la même, précise Jean-Guy Goulet.C\u2019est important des points de vue de l\u2019ef?cacité et du respect du traitement, surtout chez les personnes qui se font prescrire plusieurs comprimés.Si elles sont habituées à prendre une pilule bleue le matin et qu\u2019on utilise une autre couleur, cela peut porter à confusion.» 4 Pour éviter la contamination, la pression de l\u2019air dans les salles où sont fabriqués les comprimés est plus basse que dans le reste du bâtiment, ce qui permet que la poudre reste à l\u2019intérieur de la pièce.À certaines étapes critiques, les employés doivent en?ler un habit protecteur.6 C\u2019était le cas au moment de notre passage : on produisait alors de l\u2019oxycodone, un puissant opioïde qui peut s\u2019avérer dangereux pour la santé.\u2026 À LA BOUTEILLE Les précieux comprimés sont ensuite mis dans une bouteille ou dans un emballage thermoformé.5 Ce dernier est composé de plastique et d\u2019aluminium qui protège chaque comprimé contre l\u2019humidité et la luminosité.Sur la chaîne de montage, les machines comptent exactement la quantité de comprimés requise, scellent le produit, ajoutent un absorbeur d\u2019humidité si nécessaire, appliquent l\u2019étiquette, etc.Le médicament est en?n prêt à prendre sa place sur les tablettes de la pharmacie.lQS 6 2 3 4 5 P H O T O S : J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N QUÉBEC SCIENCE 7 JUILLET-AOÛT 2019 SUR LE VIF QUÉBEC SCIENCE 8 JUILLET-AOÛT 2019 I M A G E : S H U T T E R S T O C K Connaissez-vous le Jamestown Canyon ?I ls s\u2019appellent Snowshoe hare, Jamestown Canyon ou Trivittatus.Ce ne sont ni des rappeurs ni des marques d\u2019équipement sportif, mais plutôt des virus transmis par des moustiques.Retenez ces noms, car ils pourraient bien faire parler d\u2019eux dans les années qui viennent.Déjà présents au Canada, ils infectent certains animaux et humains qui se font piquer par un moustique porteur.Bénins dans 80 à 90 % des cas, ils peuvent parfois causer de la ?èvre et des symptômes grippaux, et même des encéphalites, soit des in?ammations potentiellement fatales du cerveau.Et les infections qu\u2019ils provoquent pourraient bien être sous-diagnostiquées.C\u2019est ce qu\u2019affirme Michael Debrot, virologiste au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg, qui suit leurs traces de près.« Il semble que, dans plusieurs provinces canadiennes, plus de 20 % des gens ont des anticorps contre les virus Jamestown Canyon et Snowshoe hare, ce qui signi?e qu\u2019ils y ont été exposés par le passé ou récemment », explique l\u2019expert, qui a publié ces données en 2017 et 2018.Les cas humains problématiques restent assez rares, mais les virologistes s\u2019attendent à ce qu\u2019ils augmentent, à l\u2019instar de ce qui se passe avec le virus du Nil occidental (VNO), un autre virus transmis par les moustiques.Bien établi au Québec depuis 2002, le VNO a été à la source de plus de 200 cas à l\u2019été 2018, principalement en Montérégie, et il a tué 15 personnes.Ce bilan, le pire en 15 ans de surveillance, pourrait s\u2019alourdir à moyen terme avec l\u2019arrivée imminente d\u2019un vecteur redoutable : le moustique tigre ou Aedes albopictus.Avec son comparse Aedes aegypti, il est un champion de la transmission virale.Les moustiques du genre Aedes sont les principaux vecteurs de la dengue, des virus Chikungunya et Zika et de la ?èvre jaune, et ils gagnent du terrain partout dans le monde, pro?tant des mouvements de population et du réchauffement climatique.« Avec des températures estivales plus favorables, Aedes aegypti et Aedes albopic- tus pourraient s\u2019établir au Canada, comme ils se sont installés au cours des dernières décennies sur une grande partie de la côte Est américaine.Tous les agents pathogènes qu\u2019ils transmettent pourraient donc être introduits », mentionne Erin Mordecai, spécialiste des effets des changements climatiques sur les maladies infectieuses à l\u2019Université Stanford, aux États-Unis.En plus du VNO, les moustiques Aedes peuvent en effet trimbaler toutes sortes d\u2019« arbovirus », un terme qui désigne les centaines, voire les milliers de virus transmis par les moustiques et les tiques.Ces souches, pour la plupart non identi?ées, constituent un vivier inépuisable de pathogènes potentiels.Cela n\u2019augure rien de bon, d\u2019autant que, « d\u2019ici 2080, jusqu\u2019à un milliard de personnes supplémentaires pourraient être exposées aux maladies transmises par les moustiques, surtout en Europe ».C\u2019est ce que concluent des travaux d\u2019Erin Mordecai, parus au printemps dernier dans PLOS Neglected Tropical Diseases.Une autre étude, publiée au même moment par une équipe internationale dans Nature Microbiology, révélait que la moitié de la population mondiale pourrait vivre dans des zones propices au pullulement d\u2019Aedes aegypti d\u2019ici 2050.Dans ce contexte, certains arbovirus pourraient se répandre telles des traînées de poudre, comme l\u2019a fait le virus Zika entre 2014 et 2017, dans 70 pays et territoires.Mais lesquels ?Le Jamestown Canyon pourrait-il sortir de l\u2019ombre ?« Tout le monde aimerait prédire quel sera le prochain virus émergent.Les maladies transmises par des moustiques gagnent du terrain partout dans le monde, à mesure que ces insectes piqueurs étendent leur aire de répartition.À quoi doit-on s\u2019attendre ?Par Marine Corniou w Carnet de santé ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour QUÉBEC SCIENCE 9 JUILLET-AOÛT 2019 I M A G E : S H U T T E R S T O C K Mais chaque fois qu\u2019on s\u2019y est risqué, on s\u2019est trompé », indique Rémi Charrel, virologiste à Marseille et spécialiste des arboviroses.Dans un article publié en 2017, il souligne que les épidémies de virus Chikungunya ou Zika ont été présentées à tort comme des phénomènes nouveaux.« Des émergences de virus, il y en a partout tout le temps, mais, dans la plupart des cas, elles tournent court.Et parfois, le nombre de cas grossit de façon exponentielle », précise-t-il.De nombreux facteurs peuvent expliquer une soudaine épidémie : adaptation de certaines espèces de moustiques au contexte urbain, mutations génétiques qui permettent à une souche de virus d\u2019infecter plus ef?cacement son hôte, saison exceptionnellement chaude, etc.« Souvent, on ne sait pas ce qui se passe.Par exemple, dans le cas du virus Zika, qui était considéré comme \u201cgentil\u201d, aucune mutation ?agrante ne permet d\u2019expliquer le revirement de situation.» Que ce soit à cause d\u2019Aedes ou des quelque 80 espèces locales de moustiques, le Québec n\u2019est pas à l\u2019abri d\u2019une épidémie.Pour garder un œil sur les virus en circulation, l\u2019Institut national de santé publique du Québec exerce une triple surveillance chez les animaux, les humains et les moustiques (à l\u2019aide de pièges), signale Julie Ducrocq, conseillère scienti?que.Le Plan national de surveillance des arboviroses va d\u2019ailleurs être renouvelé et renforcé pour 2020-2025.« On surveille les moutons et les chevaux, qui sont des sentinelles pour le virus de l\u2019encéphalite équine de l\u2019Est et pour celui de la Cash Valley.Il y a eu des cas humains aux États-Unis, mais pas encore au Québec », dit-elle, spéci?ant que, quelle que soit l\u2019arbovirose, la meilleure façon d\u2019y échapper reste d\u2019éviter les piqûres.À vos chasse-moustiques ! lQS Nous sommes cuits J uillet 2018.La canicule bat son plein.Mes patients arrivent au service des urgences ratatinés, la peau rougie, moribonds.L\u2019un d\u2019entre eux a failli mourir.Les ambulanciers ont sué en allant le chercher dans sa chambre de résidence non climatisée.Il avait chuté au pied de son lit et avait été incapable de se relever.Il a passé plusieurs heures au sol, à plus de 40 °C.En cas de chaleur accablante, les messages des autorités de santé publique fusent de partout.On encourage les gens à être solidaires de leurs proches, on ouvre des haltes climatisées, on prolonge les heures d\u2019ouverture des piscines.On recommande de boire de l\u2019eau sans attendre la soif, de réduire les efforts physiques et de passer au moins deux heures par jour dans un environnement frais.N\u2019empêche que l\u2019an dernier, pendant les six jours qu\u2019a duré la canicule, il y a eu 66 décès à Montréal pour lesquels la chaleur aurait été un facteur contributif.Surtout des hommes seuls, souffrant de troubles de santé mentale ou de dépendance aux drogues, ainsi que des aînés.Leur point commun : ne pas avoir eu accès à l\u2019air climatisé et résider dans un îlot de chaleur.Pourquoi eux ?Parce que la chaleur brûle d\u2019abord les plus vulnérables.Certains ont à peine de quoi se nourrir ou se loger, alors ne leur parlez pas d\u2019installer un climatiseur.Pensons aussi aux toxicomanes ou aux itinérants : ils ne sont pas le genre de personnes qui sont les bienvenues dans les centres commerciaux ou à la piscine du coin.D\u2019autres ?comme les gens âgés ?ressentent moins la soif et la chaleur pour des raisons physiologiques.La littérature médicale nous apprend que les canicules provoquent bien plus que des coups de chaleur : infarctus du myocarde, insuf?sance rénale aigüe, accident vasculaire cérébral et coma diabétique sont aussi du lot.Même les psychoses augmenteraient proportionnellement à la hausse du mercure\u2026 Les médecins peuvent certainement soigner un patient à la fois, relayer les messages de la santé publique et se battre pour l\u2019accès à l\u2019air climatisé.Mais la climatisation n\u2019est pas une panacée : elle rejette de l\u2019air plus chaud dans l\u2019atmosphère et ?nit par contribuer au problème, particulièrement la nuit.Un groupe de professionnels de la santé, sous la conduite de l\u2019Association canadienne des médecins pour l\u2019environnement, a lancé un cri d\u2019alarme en avril dernier.Ils demandent de soigner la planète au béné?ce des patients.Le diagnostic du groupe est sans appel et le remède qu\u2019il propose est ambitieux : il faut verdir les villes, diminuer notre dépendance au pétrole, favoriser le transport collectif et le transport actif.De plus, il est indispensable de boni?er les enveloppes budgétaires pour la santé publique a?n d\u2019accroître la prévention.Les retombées de telles mesures environnementales sur la santé ne sont plus à prouver.Les épisodes de forte chaleur seront de plus en plus fréquents.Le système de santé au grand complet ne peut plus faire la sourde oreille.Car si l\u2019on additionne réchauffement climatique et vieillissement de la population, vous aurez compris que nous sommes cuits.lQS SUR LE VIF QUÉBEC SCIENCE 10 JUILLET-AOÛT 2019 I M A G E : S H U T T E R S T O C K , N A S A L\u2019ouragan Harvey a ravagé le Texas en 2017.Depuis, il fait of?ce de souris de laboratoire pour comprendre les pluies extrêmes et leur possible lien avec les changements climatiques.Par Mélissa Guillemette D epuis près de deux ans, le statisticien Richard Smith travaille à prédire l\u2019ampleur de l\u2019ouragan Harvey\u2026 survenu en 2017.Mais pourquoi donc s\u2019attarder aux probabilités qu\u2019un évènement déjà passé survienne ?Pour anticiper ce qui attend le sud-est des États-Unis relativement aux changements climatiques, a expliqué le professeur de l\u2019Université de Caroline du Nord au congrès de l\u2019Association américaine pour l\u2019avancement des sciences, à Washington, en février dernier.Le chercheur se penche plus précisément sur les pluies qui ont accompagné Harvey.Ce dernier a déversé son ?el sur le Texas pendant trois jours ; certaines villes ont reçu plus de 1 000 mm de pluie, un record historique aux États-Unis.Au total, 90 personnes ont perdu la vie et les dommages sont chiffrés en dizaines de milliards de dollars.Richard Smith et son collègue Ken Kurnel basent leurs travaux sur la température de l\u2019eau de surface dans le golfe du Mexique et sur le taux de dioxyde de carbone (CO 2 ) dans l\u2019atmosphère.Le professeur a calculé que le risque qu\u2019un ouragan tel Harvey ?dé?ni comme un épisode de pluie de plus de 711 mm en cinq jours ?se forme cette année-là était de moins de 1 sur 1 000.« C\u2019est peu, mais selon nos calculs, c\u2019est de deux à trois fois plus que s\u2019il n\u2019y avait pas eu de réchauffement climatique.» Selon les différents modèles utilisés, par Richard Smith et par d\u2019autres chercheurs, la probabilité que des ouragans aux pluies très fortes se produisent dans la région dans les années 2080 sera multipliée par 18, 30 ou même 60 si les niveaux de CO 2 suivent le scénario le plus pessimiste projeté par le Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat.« Je n\u2019avancerai pas de nombre exact, mais l\u2019important est de constater que, peu importe la simulation, la probabilité augmente de façon spectaculaire », assure le professeur, qui détaillera ses calculs dans une publication scienti?que en préparation.Faut-il pour autant conclure que les ouragans et les épisodes de pluies diluviennes seront plus fréquents sur la planète en raison des changements climatiques ?Ce n\u2019est pas si simple.Dire que des évènements météorologiques extrêmes sont une conséquence des activités humaines n\u2019est pas aisé, puisqu\u2019ils sont rares, complexes et qu\u2019ils sont in?uencés par leur situation géographique.On ne peut d\u2019ailleurs généralement parler de « causalité » que pour un aspect très précis d\u2019un évènement météorologique, comme les précipitations pour l\u2019ouragan Harvey, mentionne Alexis Hannart, chercheur en science du climat au consortium Ouranos.« Ces niveaux de pluie sont très dif?ciles à expliquer sans faire intervenir les changements climatiques.Mais si l\u2019on considère Harvey comme un tout, avec l\u2019ensemble de ses caractéristiques, on ne peut pas tirer de conclusions sur le fait que les ouragans sont plus ou moins probables dans le contexte du réchauffement climatique.Il faut demeurer prudent », dit celui qui prenait part au même congrès que Richard Smith à Washington.Par ailleurs, de plus en plus de chercheurs s\u2019intéressent aux répercussions économiques et humaines des changements climatiques plutôt qu\u2019uniquement aux phénomènes physiques.« Cela ancre le lien de cause à effet dans des choses bien concrètes, comme la mortalité ou les dommages matériels, indique M.Hannart.On vit dans un monde centré sur la performance économique ; c\u2019est une voie peut-être plus ef?cace pour convaincre les décideurs qu\u2019il faut adapter les villes.» lQS Un ouragan de statistiques Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe I M A G E : S H U T T E R S T O C K D o , ré, mi, fa, mi.Jouer cette séquence au piano paraît élémentaire, mais pour les personnes qui ont perdu en partie l\u2019usage d\u2019une main à la suite d\u2019un accident vasculaire cérébral (AVC), ce simple exercice demande beaucoup d\u2019efforts.Il pourrait cependant se révéler salvateur, comme en témoigne la vidéo que nous présente Anouk Lamontagne, professeure associée à l\u2019École de physiothérapie et d\u2019ergothérapie de l\u2019Université McGill.On y voit les doigts d\u2019un patient qui enfoncent avec assurance les touches du clavier.« Au départ, il avait de la dif?culté à prendre une clé, à ouvrir un pot.C\u2019est quelqu\u2019un qui a travaillé très fort », af?rme-t-elle.Même si ce type de séquelle est fréquent chez ses patients, les traitements actuels, comme le renforcement musculaire, ne réussissent « pas vraiment à favoriser un retour optimal » des fonctions motrices de la main, mentionne Anouk Lamontagne.C\u2019est pourquoi, avec son équipe, elle étudie le potentiel de la thérapie musicale.Dans son projet de recherche, elle observe le cerveau de participants qui, pendant trois semaines, reproduisent sur un clavier électronique des notes de musique dictées par un écran d\u2019ordinateur.Des travaux précédents publiés dans le journal Frontiers in Human Neuroscience en 2014 avaient montré un gain de dextérité pour les patients ?qui n\u2019était pas constant toutefois.Pour comprendre le phénomène, les chercheurs se concentrent sur les processus neuronaux entre les aires motrices et les aires auditives du cerveau, souvent touchées par les AVC.« Avec un magnétoencéphalographe, on peut mesurer l\u2019activité cérébrale au ?l du traitement, ce qui nous indique quels ont été les changements qui sont attribuables à l\u2019entraînement », explique Marie-Hélène Boudrias, une autre pro- fesseure engagée dans ce projet.Analyser les résultats de plusieurs patients permettra de faire des comparaisons et d\u2019établir quels éléments présents au premier jour du traitement en prédisent le succès.« On pense que, si la connexion entre les zones audiomotrices est assez bonne, alors l\u2019entraînement sera ef?cace.» Les résultats devraient fournir, à terme, la possibilité d\u2019entreprendre une plus vaste étude qui comparerait l\u2019ef?cacité du traitement musical avec celle de thérapies traditionnelles.Chose certaine, il est beaucoup plus plaisant de jouer de la musique que de répéter le même mouvement à plusieurs reprises.D\u2019autant plus que les patients peuvent s\u2019exercer à la maison, ce qui n\u2019est pas possible dans le cas d\u2019autres thérapies, et s\u2019améliorer par eux-mêmes.« La musique, quand on se trompe, ça sonne faux.On le sait tout de suite », illustre Anouk Lamontagne.lQS J\u2019ai une confession à vous faire : je suis une personne de contradictions.Alors que j\u2019adore effacer des courriels de ma boîte de réception, je ne supprime aucune photo de mon cellulaire, pas même celles qui sont ratées.Pour quali?er les gens qui, comme moi, n\u2019arrivent pas à se séparer de leurs photos, mais aussi de tout type de ?chiers numériques, il existe un terme : accumulateur compulsif numérique (ou digital hoarder).Cette expression aurait été utilisée pour la première fois en 2015 à propos d\u2019un Néerlandais qui prenait plusieurs milliers de photos par jour sans jamais les utiliser ni les regarder.Sur Internet, et particulièrement sur Reddit, il existe des communautés d\u2019accumulateurs compulsifs numériques.Ils échangent des conseils sur la création de serveurs de données à la maison ou tentent de trouver des sites d\u2019hébergement performants meilleur marché.Ils publient même des photos de leurs disques durs ! Cela peut sembler étrange, mais ne les jugeons pas trop vite.Il ne s\u2019agit pas d\u2019amasser pour amasser.La ?erté de ces communautés réside dans leur capacité à traquer des ?chiers rares, comme des manuels de jeux vidéos disparus.Pourquoi s\u2019accrocher à des ?chiers numériques ?Les raisons varient de la pure paresse à l\u2019anxiété de se débarrasser de quoi que ce soit, explique Nick Neave, directeur d\u2019un groupe de recherche sur l\u2019accumulation numérique à l\u2019Université Northumbria, au Royaume-Uni.Mais le motif le plus souvent évoqué est la possibilité que ces ?chiers se révèlent un jour utiles.Vérité ou fantasme, on ne le saura jamais ! Dans tous les cas, bien des accumulateurs ?nissent par souffrir de leur encombrement : il leur cause du stress, sans parler de potentiels problèmes de cybersécurité.À qui la faute ?Aux plateformes comme Google Drive qui nous incitent à y stocker nos ?chiers à un prix dérisoire.Et quand ça déborde, au lieu d\u2019effectuer un grand ménage, on préfère payer davantage d\u2019espace.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que j\u2019ai dû faire récemment.En raison de leur immatérialité, il est facile d\u2019oublier toutes ses données\u2026 et les centres qui les abritent.Ceux-ci consomment plus de deux pour cent de l\u2019électricité mondiale et émettent à peu près autant de CO 2 que l\u2019industrie aérienne.Peut-être qu\u2019un petit nettoyage s\u2019impose ?lQS Les accumulateurs du Web Le piano pour se remettre d\u2019un AVC Par Gabriel Laurin Chaque jour, les traitements par cellules souches changent des vies.Reprogrammez l\u2019histoire Soutenir la Fondation HMR, c\u2019est favoriser la guérison de patients atteints de cancer en accélérant le développement de traitements par thérapie cellulaire, et surtout, c\u2019est permettre de reprogrammer des cellules souches pour sauver des vies, maintenant.Donnez à fondationhmr.ca QUÉBEC SCIENCE 13 JUILLET-AOÛT 2019 Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf V I G G Ces morses qui tombent du ciel\u2026 R églons tout de suite quelques petits points élémentaires.Les morses n\u2019ont pas d\u2019ailes.Ils ont de jolies palmes, oui, mais rien qui permette de voler.Ce n\u2019est pas non plus une espèce arboricole.Et ils ne se promènent jamais en montagne.Bref, ces gros pinnipèdes passent à peu près toute la partie émergée de leur vie à moins d\u2019un mètre d\u2019altitude.Alors, pour que l\u2019un d\u2019entre eux tombe d\u2019assez haut pour se tuer, il faut\u2026 Mais que faut-il au juste ?Le réchauffement planétaire peut faire l\u2019affaire, si l\u2019on en croit la télésérie de Net?ix Our Planet.Dans son épisode « Frozen Worlds », on voit des morses qui ont escaladé une falaise de 80 m en Russie en 2017.Ils auraient grimpé là pour s\u2019éloigner de la plage plus basse, surpeuplée par des dizaines de milliers de congénères à cause de l\u2019absence de glaces marines cet été-là.Or, quand est venu le temps de regagner la mer, compte tenu du peu d\u2019agilité de l\u2019espèce, disons pudiquement que les « randonneurs » ont surtout procédé par gravité : 250 d\u2019entre eux se sont écrasés au bas de la falaise.Cela donne une scène émotionnellement très chargée, voire dif?cile à supporter pour certains.Mais c\u2019est aussi une scène qui a semé son lot de controverses.Plusieurs médias et blogueurs (dont quelques climatosceptiques notoires) l\u2019ont dénoncée comme étant la « récupération quasi pornographique d\u2019une tragédie ».Le Financial Post, par exemple, y a vu une réédition du coup de pub viral que National Geographic avait fait en 2017 en présentant un ours polaire tout émacié comme une victime du réchauffement climatique ?ce dont on n\u2019avait en vérité pas la moindre idée, puisqu\u2019il pouvait très bien être simplement malade ou blessé, comme cela arrive naturellement à bien des ours depuis des milliers d\u2019années.Qui croire ?Le fait est que les morses ne sont pas particulièrement agoraphobes : il est très facile de trouver des photos de centaines de morses sur une plage, qui se tiennent tous en groupe serré même si l\u2019espace abonde autour d\u2019eux, et ce, indépendamment des changements climatiques.Mais il est assez bien établi en science que les plages sont un pis-aller pour ces animaux.L\u2019absence de glace les pousse en plus grand nombre vers la terre ferme, ce qui fait craindre le pire pour l\u2019espèce à long terme.Mais de là à dire que c\u2019est le réchauffement planétaire qui a transformé 250 morses en alpinistes du dimanche, il y a un (gros) pas supplémentaire.Des cas semblables ont été documentés, comme en 1996 en Alaska, où 60 spécimens sont morts après avoir chuté d\u2019une falaise.La plupart des biologistes interviewés à ce sujet disent qu\u2019on ne sait tout simplement pas pourquoi (hormis une piètre vue) des morses escaladent à l\u2019occasion des parois, mais qu\u2019on n\u2019a pas de raison de penser que cela survient plus souvent qu\u2019avant.Alors pourquoi avoir fait ce lien spéculatif avec le climat ?Pourquoi, aussi, avoir présenté ces images comme une seule et même scène alors qu\u2019il s\u2019agissait en réalité de séquences tournées dans deux endroits différents, comme l\u2019a admis la réalisatrice Sophie Lanfear au magazine The Atlantic ?Bien que je ne lise pas dans les pensées de tout ce beau monde, je ne peux m\u2019empêcher d\u2019établir un lien avec le fait que Net?ix a coproduit sa minisérie avec\u2026 le World Wildlife Fund, un organisme environnementaliste et militant qui, par dé?nition, est toujours plus ou moins en campagne de ?nancement.On touche ici au cœur du problème, je pense.Que dirait-on si, par exemple, l\u2019Association canadienne des producteurs pétroliers coproduisait un « documentaire » sur les sables bitumineux ?On soupçonnerait certainement, à tort ou à raison, que cela a teinté le propos.Il se pourrait bien que ce soit le cas avec Our Planet.Mais quelles qu\u2019aient été les intentions derrière la télésérie, le résultat est le même : les producteurs et les artisans ont donné des munitions aux climatosceptiques, ont terni leur propre crédibilité et celle d\u2019une cause par ailleurs bonne.Pas joli\u2026 lQS I M A G E : V E N I S E , G A L L E R I E D E L L \u2019 A C C A D E M I A , G A B I N E T T O D I S E G N I E S T A M P E L\u2019insatiable curiosité de LÉONARD DE VINCI L\u2019homme de Vitruve, réalisé par le peintre vers 1490, sur papier. QUÉBEC SCIENCE 15 JUILLET-AOÛT 2019 Q \u2019 \u2018 ENTREVUE AVEC WALTER ISAACSON uand Walter Isaacson a décidé de s\u2019attaquer à la biographie de Léonard de Vinci (1452-1519), il a exigé de son éditeur américain que l\u2019ouvrage soit imprimé sur du papier de qualité ?une fantaisie destinée à rendre hommage à cette technologie qui résiste au temps et à laquelle l\u2019historien se devait d\u2019être reconnaissant.En effet, quelque 7 200 pages des carnets du maître sont toujours intactes, et Walter Isaacson y a eu accès a?n de brosser le portrait du plus savant des artistes de la Renaissance.En cette année du 500e anniversaire de la mort du célébrissime peintre italien, nous nous sommes entretenus avec l\u2019auteur de Léonard de Vinci : la biographie, parue au printemps aux éditions Flammarion Québec.Au ?l de ses recherches, l\u2019in?nie curiosité de Léonard de Vinci est apparue au biographe comme la source de ses prouesses.La bonne nouvelle, c\u2019est que nous pouvons tous nous en inspirer, croit-il.Québec Science : Vous comptez plusieurs biographies de « génies » à votre actif : Albert Einstein, Benjamin Franklin, Steve Jobs.Comment Léonard de Vinci se compare-t-il à ces derniers ?Walter Isaacson : Léonard de Vinci partage plusieurs qualités avec eux, à commencer par le fait qu\u2019il était non seulement intelligent, mais aussi très créatif.Ils ont tous posé leur regard sur plusieurs disciplines, des mathématiques à la musique, des sciences aux lettres, et cela les a aidés à être plus inventifs.Par ailleurs, ils arrivaient à penser sans idées préconçues parce qu\u2019ils étaient très attentifs aux motifs qui existent dans la nature.Léonard de Vinci, par exemple, prenait le temps d\u2019observer comment la surface de l\u2019eau ondule lorsque le vent souf?e [NDLR : les tourbillons dans l\u2019eau ont plus tard in?uencé sa manière de peindre des chevelures].QS Est-ce que Léonard de Vinci faisait bande à part dans l\u2019Italie de la Renaissance ?WI Il était assurément marginal.Il était gaucher, ?ls illégitime et homosexuel.Et je pense même qu\u2019on peut dire qu\u2019il était radical.Se sentir rebelle et différent l\u2019a aidé à défricher de nouveaux terrains et à être plus innovant.QS S\u2019intéressait-il à la science en tant qu\u2019outil ou la considérait-il plutôt comme un sujet d\u2019étude valable en lui-même ?WI Dès l\u2019enfance, Léonard de Vinci s\u2019est intéressé à la science par pure curiosité.Il dessinait les cours d\u2019eau qu\u2019il voyait autour de Vinci, le village toscan où il est né.Il voulait savoir comment la nature fonctionne, comment les roches sont formées, pourquoi le ciel est bleu.Plus tard dans sa vie, il a parfois étudié l\u2019anatomie et l\u2019optique pour améliorer son art, mais la plupart du temps, c\u2019était simplement pour ressentir la joie de comprendre la nature.En effet, il n\u2019est pas nécessaire de savoir pourquoi le ciel est bleu pour peindre La Joconde.Je crois que, dans toute l\u2019histoire, Léonard de Vinci a été la personne qui a manifesté la plus grande curiosité.QS Quelle était sa relation avec la nature ?WI Quand il se promenait, il remarquait des choses qui attirent l\u2019attention de bien peu de gens.Comment la lumière éclaire-t-elle un objet courbe ?Les oiseaux battent-ils des ailes plus rapidement vers le bas ou vers le haut quand ils décollent ?Ce que j\u2019aime avec Léonard de Vinci, c\u2019est qu\u2019on peut s\u2019efforcer de devenir un peu plus comme lui.Ce serait dur pour vous et moi de nous approcher d\u2019Albert Einstein : nous aurions besoin d\u2019une immense puissance cognitive.Mais ce qui distingue Léonard de Vinci, c\u2019est simplement d\u2019avoir pris le temps et la peine d\u2019observer des choses que tout le monde peut voir.QS Comment ses études de l\u2019optique ont-elles in?uencé ses tableaux ?WI Après avoir appris la notion de perspective aux côtés des artistes ?orentins qui l\u2019ont inventée, Léonard de Vinci l\u2019a poussée à un tout autre niveau.Dans L\u2019adoration des mages [vers 1481], on voit qu\u2019il avait bien compris que les objets paraissent de plus en plus petits à mesure qu\u2019ils sont éloignés.Mais dans La Cène [1495-1498], c\u2019est encore plus sophistiqué.Il utilise certes ce même type de perspective, mais il se sert aussi d\u2019une autre astuce : en peignant les murs de manière qu\u2019ils se rapprochent plus rapidement qu\u2019ils le devraient, il accentue l\u2019impression de profondeur.Finalement, il applique aussi le concept de « perspective aérienne », à savoir que les objets plus distants paraissent un peu plus ?ous.L\u2019une des grandes contributions de Léonard de Vinci a été CI Dans une volumineuse biographie de Léonard de Vinci, l\u2019historien Walter Isaacson fait briller chacune des facettes du grand génie de la Renaissance.Par Alexis Riopel ENTREVUE QUÉBEC SCIENCE 16 JUILLET-AOÛT 2019 de montrer comment peindre une scène sur une surface bidimensionnelle et qu\u2019elle paraisse tridimensionnelle.QS Léonard de Vinci valorisait beaucoup l\u2019apprentissage par l\u2019observation.Puisait-il aussi une partie de ses connaissances dans les écrits ?WI Il est né l\u2019année pendant laquelle Gutenberg a produit la première impression en série.Il a donc été en mesure de lire beaucoup de livres, mais il n\u2019a jamais organisé son propre travail pour le publier, ce qui est extrêmement dommage\u2026 Heureusement, ses carnets de notes ont été très bien conservés et, 500 ans plus tard, on peut toujours les lire.Léonard de Vinci n\u2019a cependant pas été très in?uent dans les années suivant sa mort parce que très peu de gens ont eu accès à ses carnets.QS Qu\u2019est-ce que cela aurait changé s\u2019il avait publié une partie de ses travaux scienti?ques ?WI Je suis certain qu\u2019il aurait eu une immense influence en anatomie.Il a fallu attendre 100 ou même 200 ans avant que certaines de ses réalisations soient redécouvertes.Léonard de Vinci avait notamment compris que les valves du cœur ne s\u2019ouvrent pas à cause de la pression sanguine, mais plutôt à cause des tourbillons dans l\u2019écoulement du sang.S\u2019il avait publié ses travaux, il aurait été considéré comme l\u2019un des plus grands anatomistes, un pionnier dans la compréhension de la circulation sanguine et des muscles.QS Quelle in?uence a-t-il eue sur les savants de son époque, malgré la faible diffusion de ses travaux ?WI Il a marqué la représentation graphique de l\u2019information, notamment par la manière dont il dessinait le corps humain, soit en plusieurs couches, et par la beauté de toutes ses illustrations, de l\u2019anatomie aux cartes géographiques.Ses illustrations ont été vues et ont inspiré d\u2019autres personnes à l\u2019époque.QS L\u2019œil faisait partie de ses sujets fétiches.Qu\u2019a-t-il découvert sur cet organe ?WI À l\u2019époque, certaines personnes croyaient que les yeux émettaient des rayons qui se re?étaient sur les objets et que c\u2019était ainsi qu\u2019on arrivait à voir.Léonard de Vinci a parfaitement compris que les yeux fonctionnent plutôt en captant la lumière environnante qui se re?ète sur les objets.Dans ses carnets, 15 pages de notes sont consacrées aux rayons pénétrant dans l\u2019œil et à ses dissections de cet organe.Il tentait de saisir comment les rayons de lumière y sont focalisés.Ces travaux lui ont permis d\u2019apprendre des notions pertinentes à la perspective.Par exemple, il a compris que le centre du champ de vision est plus sensible aux détails, mais que la perception des ombres demeure relativement bonne en périphérie.Il a utilisé ce truc dans La Joconde.Si vous regardez directement la bouche de Mona Lisa, vous présumerez qu\u2019elle ne sourit pas.Cependant, en modi?ant légèrement la direction de votre regard, les ombres vous donneront l\u2019impression que les coins de ses lèvres se redressent.Son sourire semble vaciller en fonction de la manière dont vous regardez le tableau.QS L\u2019une des œuvres de Léonard de Vinci découverte tardivement et dont la paternité fait toujours débat, le Salvator Mundi, est particulièrement intéressante d\u2019un point de vue scienti?que.Pouvez-vous nous dire pourquoi ?WI Léonard de Vinci utilisait fréquemment ce qu\u2019il appelait le sfumato, c\u2019est-à-dire le brouillement des contours.Grâce à ses études sur l\u2019œil et l\u2019optique, il savait que les lignes d\u2019un objet lointain sont légèrement ?oues, mais que celles d\u2019un objet plus près de notre visage sur lequel on concentre notre regard paraîtront mieux dé?nies.En peignant l\u2019une des mains de Jésus plus nettement que son visage, il donne l\u2019impression que la main sort du tableau pour nous bénir.QS Y a-t-il des incohérences scienti?ques dans le Salvator Mundi ?WI Plusieurs détails de l\u2019orbe de cristal que tient Jésus dans sa main gauche sont scienti?quement corrects.Cependant, la toge de Jésus qu\u2019on voit à travers la sphère n\u2019est pas déformée.Pourtant, quand vous regardez à travers une boule de cristal, les objets à l\u2019arrière apparaissent déformés ou même renversés.À mon avis, Léonard de Vinci était bien au fait de cette anomalie scienti?que.Certaines personnes croient qu\u2019il ne voulait pas distraire le spectateur de la beauté de l\u2019art en déformant la toge qu\u2019on voit à travers l\u2019orbe.Une autre hypothèse, tout à fait plausible selon moi, veut que Léonard de Vinci ait voulu illustrer que rien de ce que touche Jésus ne peut être perverti.Je crois qu\u2019il a intentionnellement peint la toge de Jésus en rupture avec la réalité a?n de simuler ce petit miracle.QS L\u2019homme de Vitruve est-il un objet d\u2019art ou de science ?WI D\u2019abord, c\u2019est évidemment une magni- ?que œuvre d\u2019art.Ses lignes ?nes rendent l\u2019image vive et le regard du personnage intense.Mais Léonard de Vinci a aussi pensé L\u2019homme de Vitruve comme une œuvre mathématique, en tentant de résoudre la quadrature du cercle.Et aussi comme une œuvre d\u2019anatomie, en montrant les proportions exactes du corps humain.C\u2019est même une œuvre de spiritualité parce qu\u2019elle démontre que les proportions du corps correspondent à celles d\u2019une église parfaite.À mon avis, c\u2019est l\u2019un des ouvrages les plus aboutis de Léonard de Vinci.lQS Le Salvator Mundi, attribué à Léonard de Vinci, est le tableau le plus cher du monde : il a été vendu 450,3 millions de dollars en 2017.I M A G E : C H R I S T I E \u2019 S I M A G E S / B R I D G E M A N I M A G E S DOSSIER SPÉCIAL \u203a Le passé caché dans les molécules .p.18 \u203a Néandertal, une autre humanité.p.24 \u203a Les nombreuses vies d\u2019Angkor .p.26 \u203a Dorsétiens, la ?n d\u2019un peuple nordique .p.28 \u203a Ces fascinants Vikings .p.30 LE PASSÉ REVISITÉ Grâce aux techniques de pointe, les archéologues lèvent le voile sur des pans d\u2019histoire autrefois inaccessibles, ce qui les oblige à récrire le passé en partie, voire en totalité.I M A G E S : J E A N - J A C Q U E S H U B L I N / M P I - E V A , L E I P Z I G ; É T I E N N E F A B R E / S S A C ; I N S T I T U T C U L T U R E L A V A T A Q / R O B E R T F R É C H E T T E ; D A M I A N E V A N S QUÉBEC SCIENCE 17 JUILLET-AOÛT 2019 S ur l\u2019écran, la dent numérisée en 3D tourne sur elle-même, sous l\u2019œil satisfait de Josh Lindal, qui vient de programmer l\u2019animation.« C\u2019est dur de rendre une dent intéressante », lance ce jeune anthropologue de l\u2019Université de Winnipeg en s\u2019excusant presque.Pourtant, la molaire en question, précieusement gardée dans un laboratoire en Allemagne, n\u2019a rien de banal.« C\u2019est une molaire de Néandertal », assure le chercheur, détaillant la largeur des « pics » dentaires caractéristiques d\u2019Homo neandertalensis.C\u2019est Josh Lindal qui a authenti?é la dent trouvée au milieu de fragments d\u2019os d\u2019animaux exhumés en 2015 d\u2019une grotte en Serbie, où l\u2019équipe de Winnipeg organise des fouilles tous les étés.« C\u2019est la première preuve formelle de la présence des Néandertaliens en Serbie », souligne le chercheur, qui a décrit sa trouvaille âgée de 100 000 ans dans le Journal of Human Evolution en juin dernier.Pour l\u2019instant, la dent est le seul vestige humain mis au jour dans la grotte par l\u2019équipe.Si le butin peut sembler mince après des mois de fouilles, il n\u2019en est rien.La morphologie de la molaire n\u2019est que la partie visible d\u2019un iceberg d\u2019informations.C\u2019est vrai pour la moindre dent retrouvée, mais aussi pour les os, les outils en pierre, les poteries ou même les excréments fossiles.Tous ces artéfacts peuvent livrer une multitude de renseignements allant de l\u2019état de santé d\u2019un individu au type de gibier qu\u2019il mangeait en passant par les traumatismes qu\u2019il a vécus ou même l\u2019âge auquel il a été sevré ! On peut aussi en tirer des conclusions sur les épidémies passées, les mouvements de population, la domestication de diverses espèces et l\u2019évolution de l\u2019agriculture.« Pendant longtemps, en archéologie, on s\u2019est contentés de ce qu\u2019on pouvait voir à l\u2019œil nu, mais les informations étaient limitées.Aujourd\u2019hui, on réalise que, en plongeant dans les plus petites échelles d\u2019analyse, notre résolution est bien meilleure ! » se réjouissait Christina Warinner, « archéogénéticienne » à l\u2019Institut Max- Planck de la science de l\u2019histoire humaine, au congrès de l\u2019Association américaine pour l\u2019avancement des sciences organisé Pour reconstituer le passé, les scienti?ques ne se contentent plus d\u2019assembler des fossiles ou d\u2019étudier des éclats de silex.Ils s\u2019appuient aujourd\u2019hui sur des techniques moléculaires d\u2019une précision extrême, qui récrivent l\u2019histoire du monde.PAR MARINE CORNIOU DOSSIER SPÉCIAL LE PASSÉ CACHÉ DANS LES MOLÉCULES QUÉBEC SCIENCE 18 JUILLET-AOÛT 2019 à Washington en février 2019.L\u2019image du chercheur fouillant le sol à la truelle et au pinceau n\u2019est pas totalement révolue, mais s\u2019y ajoutent désormais le séquen- çage de l\u2019ADN, la recherche de génomes microbiens, la détection de protéines et de lipides, les analyses de la composition chimique de l\u2019émail des dents\u2026 Autant dire que, avec une molaire entière, Josh Lindal a bon espoir de faire des découvertes marquantes.En fait, mieux vaut tomber sur une dent que sur un os : c\u2019est ce qui résiste le mieux au temps et c\u2019est un véritable registre de la vie d\u2019un individu.Dans sa conférence, Christina Warinner a fait l\u2019éloge de la plaque dentaire.« C\u2019est l\u2019un des trucs les plus cool du monde ! Le tartre est la seule partie de l\u2019organisme qui se fossilise pendant qu\u2019on est encore vivant, car il est entièrement minéral.Il grossit avec des cernes de croissance, comme les arbres, informant ainsi sur les différentes périodes de vie.On y trouve des protéines et de l\u2019ADN bactérien, mais aussi des résidus alimentaires ou des molécules du système immunitaire ! » La molaire néandertalienne, quant à elle, appartenait à un enfant et n\u2019est donc pas très entartrée.Mais elle va livrer son génome, qui sera séquencé sous peu en Allemagne.« Le séquençage est presque devenu la norme », dit Josh Lindal, impatient d\u2019en savoir plus sur le ou la propriétaire de la quenotte esseulée.LES SECRETS DE L\u2019ADN L\u2019ADN résiste étonnamment bien aux affres du temps et n\u2019est pas l\u2019apanage des homininés.« On peut en trouver dans tout ce qui a été vivant un jour, des plantes aux microbes en passant par les espèces animales et humaines, éteintes ou non.L\u2019ADN ancien est une fenêtre directe sur le passé, c\u2019est un outil très puissant », s\u2019enthousiasme Bastien Llamas, paléo- généticien à l\u2019Université d\u2019Adélaïde, en Australie.Rien n\u2019illustre mieux la puissance de l\u2019ADN ancien que la découverte fortuite, en 2010, d\u2019une espèce humaine jamais décrite.Tout est parti d\u2019une minuscule phalange découverte deux ans plus tôt en Sibérie, dans la grotte de Denisova.« L\u2019ADN ancien est une fenêtre directe sur le passé, c\u2019est un outil très puissant.» \u2014 Bastien Llamas, paléogénéticien à l\u2019Université d\u2019Adélaïde Reconstruction virtuelle de la molaire découverte par Josh Lindal en Serbie.Elle appartenait à un enfant néandertalien d\u2019environ huit ans.I M A G E S : J O S H L I N D A L Reconstruction virtuelle de la mandibule trouvée au Tibet à 3 000 m d\u2019altitude.L\u2019analyse des protéines qu\u2019elle contient a révélé en mai 2019 qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une mandibule de Dénisovien.I M A G E : J E A N - J A C Q U E S H U B L I N / M P I - E V A , L E I P Z I G CHÉ ES QUÉBEC SCIENCE 19 JUILLET-AOÛT 2019 P H O T O S : J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N À priori, rien d\u2019extraordinaire.Sauf que l\u2019os, âgé de plus de 40 000 ans, contenait encore de l\u2019ADN, que l\u2019équipe de Svante Pääbo, de l\u2019Institut Max-Planck d\u2019anthropologie évolutionniste de Leipzig, en Allemagne, a pu décrypter.Résultat de cette enquête ?La propriétaire de l\u2019os, une petite ?lle d\u2019environ six ans, appartenait à une espèce d\u2019homininé proche de Néandertal, mais suf?samment distincte pour qu\u2019on doive ajouter une nouvelle branche à l\u2019arbre généalogique de l\u2019humanité : les « Dénisoviens ».Et en 2018, nouveau coup de théâtre ! La même équipe a séquencé l\u2019ADN d\u2019un autre os mis au jour sur les lieux, celui d\u2019une jeune ?lle née d\u2019un père déniso- vien et d\u2019une mère\u2026 néandertalienne.De quoi éclairer d\u2019un nouveau jour les interactions humaines, comme l\u2019avait fait en 2014 la publication du génome néandertalien par l\u2019équipe de Svante Pääbo (voir page 24).Certes, on ne sait pas grand-chose des Dénisoviens, mais la preuve moléculaire de leur existence est une sacrée révélation ! D\u2019autant qu\u2019on trouve encore des traces de leur génome chez les humains d\u2019aujourd\u2019hui en Océanie et en Asie.« L\u2019information génomique ne renseigne pas uniquement sur l\u2019individu : elle permet de lever le voile sur l\u2019histoire de toute une population, car l\u2019ADN est hérité des parents et de tous les ancêtres avant eux », reprend Bastien Llamas, qui utilise l\u2019ADN pour étudier entre autres l\u2019évolution des bisons, celle de marsupiaux disparus il y a 42 000 ans et les anciens peuples d\u2019Amérique centrale.« Grâce aux génomes préhistoriques, on a appris en 2014 que les Européens actuels ont trois lignées ancestrales : des chasseurs-cueilleurs d\u2019Europe, des fermiers du Proche-Orient et des pastoralistes des steppes russes.Sans l\u2019ADN, il aurait été impossible de le savoir », ajoute-t-il.On comprend pourquoi la communauté paléoanthropologique s\u2019est emballée pour la technique.Fin 2010, seuls cinq génomes anciens avaient été séquencés.On approche maintenant de la barre des 2 000 génomes humains anciens, sans compter ceux des autres espèces ! « Cette explosion est liée à l\u2019évolution des techniques de séquençage.Depuis 2007, les machines sont capables de séquencer des milliers de petits bouts d\u2019ADN en parallèle : c\u2019est donc parfaitement adapté à l\u2019ADN ancien, qui est très fragmenté », observe Bastien Llamas.Évidemment, cette extrême fragmentation, due aux agressions du temps, rend l\u2019opération délicate et la paléogénétique a ses limites.D\u2019abord, les coûts sont faramineux et seule une poignée de laboratoires dans le monde possède l\u2019expertise pour effectuer les analyses en évitant toute contamination.Ensuite, dans certaines régions, tropicales notamment, l\u2019ADN se dégrade trop vite.L\u2019homme de Florès, découvert en Indonésie, s\u2019est d\u2019ailleurs montré réfractaire à toutes les tentatives de séquençage.En?n, il y a une limite temporelle.« En général, on arrive à remonter à 40 000 ou 60 000 ans, même si dans certaines conditions, comme dans des grottes profondes, on a trouvé de l\u2019ADN conservé depuis 500 000 ans », poursuit l\u2019expert.Le record ?Le génome d\u2019un cheval exhumé du pergélisol au Yukon et âgé de 700 000 ans.Pour sa thèse de doctorat, réalisée à l\u2019Université de Montréal au Laboratoire d\u2019archéologie de l\u2019Anthropocène et à l\u2019Université de Gênes, Geneviève Pothier-Bouchard analyse le collagène des os trouvés dans des grottes préhistoriques en Italie (photo de gauche).Le site a été occupé successivement par des Néandertaliens et par des Homo sapiens.DOSSIER SPÉCIAL INCREVABLES PROTÉINES Notez qu\u2019on est encore loin du Parc Jurassique et de son ADN de dinosaure ! En revanche, les protéines, elles, sont des championnes de longévité, capables de rester intactes plusieurs millions d\u2019années dans les archives fossiles.Les préhistoriens s\u2019y intéressent depuis le tournant des années 2000, mais la « paléoprotéomique » est en plein essor grâce à l\u2019amélioration des techniques de détection et d\u2019analyse.À preuve, en 2016, des experts de l\u2019Université de York, au Royaume-Uni, ont pu analyser des protéines dans la coquille d\u2019un œuf d\u2019autruche de 3,8 millions d\u2019années.En 2017, deux équipes ont même af?rmé avoir récupéré du collagène dans les os de dinosaures de 80 millions et même de 195 millions d\u2019années, non sans susciter le scepticisme chez certains paléontologues.Quoi qu\u2019il en soit, quand l\u2019ADN n\u2019est plus là pour parler, il y a de bonnes chances que les protéines puissent prendre le relais.L\u2019intérêt, c\u2019est que les protéines sont fabriquées par les cellules en suivant scrupuleusement la « recette » dictée par l\u2019ADN.Autrement dit, décoder leur composition revient à lire indirectement le génome d\u2019origine.C\u2019est ce qu\u2019a démontré de façon éclatante l\u2019analyse d\u2019une mâchoire mise au jour au Tibet et dévoilée en mai 2019 dans Nature.Âgée de 160 000 ans, elle ne contenait plus d\u2019ADN exploitable.Mais l\u2019équipe chinoise qui l\u2019a étudiée, en collaboration avec l\u2019Institut Max-Planck de Leipzig, a réussi à récupérer du collagène intact dans l\u2019ivoire des dents.Les protéines ont révélé un génome dénisovien, le premier trouvé hors de la grotte de Denisova ! La découverte est immense, puisqu\u2019elle indique notamment que ces humains avaient colonisé les plateaux tibétains à plus de 3 000 m d\u2019altitude bien avant l\u2019arrivée des Homo sapiens.« Le collagène est très robuste.C\u2019est une protéine composée de trois chaînes d\u2019acides aminés, et l\u2019une d\u2019elles est assez variable d\u2019un mammifère à l\u2019autre », explique Geneviève Pothier-Bouchard, doctorante en anthropologie à l\u2019Université de Montréal.Ainsi, la « recette » du collagène, que contiennent en abondance les os fossiles et les dents, est différente d\u2019une espèce à l\u2019autre.« En analysant sa composition, on peut discriminer un fossile de chèvre de celui d\u2019un mouton par exemple », dit-elle.Ou de sapiens et de Dénisovien, en l\u2019occurrence.Geneviève Pothier-Bouchard, elle, utilise le collagène des os pour étudier les « restants de table » de Néandertaliens et d\u2019Homo sapiens sur un site en Italie.« Les os sont pulvérisés : je ne pourrais pas en identi?er plus de un pour cent si je n\u2019avais pas recours à l\u2019analyse du collagène », note-t-elle.Elle a déjà pu montrer que les occupants du site mangeaient surtout des cervidés, des animaux peu mobiles.« Ces humains se déplaçaient très loin pour aller chercher de la pierre, mais ils chassaient autour de leur site d\u2019occupation », observe-t-elle.Sa méthode, appelée ZOOMS (pour « zooarchéologie par spectrométrie de masse »), a été mise au point au Royaume- Uni en 2009 et consiste, en gros, à scinder les protéines de collagène et à déterminer la masse de chaque tronçon.« C\u2019est un peu comme obtenir le code-barres du collagène », signale la jeune femme, qui collabore d\u2019ailleurs avec l\u2019inventeur de la C\u2019est dans cette grotte tibétaine qu\u2019a été trouvée par hasard la mandibule dénisovienne, en 1980.L\u2019équipe chinoise qui a mené les analyses de protéines sur la mandibule a décidé d\u2019excaver la grotte.IMAGE : DONGJU ZHANG / UNIVERSITÉ DE LANZHOU Au laboratoire de l\u2019Institut Max Planck, un chercheur extrait de l\u2019ADN ancien dans une salle blanche pour éviter toute contamination.MPI FOR EVOLUTIONARY ANTHROPOLOGY QUÉBEC SCIENCE 21 JUILLET-AOÛT 2019 DOSSIER SPÉCIAL technique.L\u2019avantage ?« C\u2019est beaucoup moins cher que l\u2019analyse d\u2019ADN et cela permet d\u2019examiner jusqu\u2019à 1 000 fragments d\u2019os par semaine », fait-elle remarquer.C\u2019est d\u2019ailleurs grâce à la ZOOMS que des chercheurs de l\u2019Institut Max-Planck de Leipzig (encore eux !) ont pu passer au crible la grotte de Denisova.Ils avaient exhumé 2 000 fragments d\u2019os, dont l\u2019immense majorité appartenait à des animaux.Mais ils ont pu déceler rapidement du collagène humain dans 5 ossements, ce qui leur a permis de découvrir le fameux fossile mi-dénisovien, mi-néandertalien.Un coup d\u2019accélérateur technique, doublé d\u2019un bon coup de chance.Seul hic, la spectrométrie de masse comme l\u2019analyse d\u2019ADN endommagent les précieux échantillons.C\u2019est pourquoi April Nowell opte plutôt pour l\u2019électrophorèse : rapide, pas trop chère et non destructive.Pour faire court, cette jeune archéologue de l\u2019Université de Victoria utilise des anticorps, sortes d\u2019aimants qui se ?xent à certaines protéines dont elle soupçonne la présence.C\u2019est un de ses collègues qui l\u2019a convaincue d\u2019essayer la méthode en 2016, alors qu\u2019elle étudiait des outils en pierre probablement taillés par des Homo erectus il y a 250 000 ans en Jordanie.« Je n\u2019y croyais pas trop, mais on a sélectionné des outils très usés, avec de nombreuses microcrevasses dans lesquelles de la chair, du sang et de la graisse sont restés emprisonnés.Et l\u2019on y a décelé des protéines de canard, de cheval, de chameau, de bovin, de rhinocéros et d\u2019éléphant d\u2019Asie ! » énumère-t-elle, encore surprise par la variété des espèces dépecées et donc des techniques de chasse de ces humains primitifs.À ce jour, ce sont les protéines les plus anciennes jamais retrouvées sur des outils en pierre.En déchiffrant l\u2019in?niment petit, les préhistoriens s\u2019autorisent une relecture complète du passé, accédant à des détails invisibles jusqu\u2019ici.Et ce n\u2019est que le début.En 2017, l\u2019équipe de Svante Pääbo a trouvé de l\u2019ADN de Néandertaliens dans les sédiments de quatre grottes eurasiennes\u2026 sans toucher au moindre fossile ! Préservé dans les différentes couches de sol, l\u2019ADN provient des excréments ou des tissus mous des personnes ayant occupé le site il y a des millénaires.L\u2019équipe allemande essaie d\u2019ailleurs d\u2019en repérer dans la grotte où travaille Geneviève Pothier-Bouchard et dans laquelle aucun ossement humain n\u2019a encore été découvert.Parmi les autres techniques émergentes, l\u2019analyse de l\u2019épigénome, c\u2019est-à-dire des marques chimiques accrochées au génome qui régulent l\u2019expression des gènes, commence à montrer son potentiel.« C\u2019est un de mes dadas en ce moment, lance Bastien Llamas.Les marques de méthylation résistent plutôt bien à l\u2019usure du temps.Je les étudie sur de l\u2019ADN de bison de 49 900 ans ! » L\u2019intérêt, c\u2019est que la méthylation donne des indices sur le type de gènes exprimés et donc sur l\u2019anatomie, l\u2019adaptation à l\u2019environnement, le mode de vie, etc.Voilà un beau pied de nez à ceux qui pensent que l\u2019étude du passé est une science « molle ».« En fait, c\u2019est tout le contraire, assure Bruno Maureille, spécialiste français des Néandertaliens.Les paléoanthropologues et les préhistoriens en général ont toujours été à l\u2019affût des innovations scienti?ques.Ils intègrent très rapidement les nouvelles méthodologies : au début du 20e siècle, les premiers ossements radiographiés étaient d\u2019ailleurs des ossements néan- dertaliens ! » Reste que ces outils ne dispensent pas du travail de base : passer les grottes au peigne ?n, déterrer des fossiles, puis interpréter les données.C\u2019est pourquoi Josh Lindal passera encore une bonne partie de son été en Serbie à gratter des carrés de fouilles, centimètre par centimètre.Il ne se fait pas d\u2019illusion : ses chances de trouver une autre dent humaine, au milieu des os d\u2019ours et de bouquetin, restent in?mes.lQS La riche histoire d\u2019une dent Une équipe australienne a pu retracer le parcours d\u2019un enfant néandertalien grâce à l\u2019analyse chimique de l\u2019émail d\u2019une dent.www.quebecscience.qc.ca/sciences/archeologie-histoire-dent La révolution de l\u2019ADN ancien Entrevue avec un archéologue sur la façon dont l\u2019analyse des génomes anciens a chamboulé l\u2019archéologie.www.quebecscience.qc.ca/sciences/adn-ancien-revolution-archeologie VOIR DE LOIN, À TRAVERS\u2026 OU DE TRÈS PRÈS Il suf?t parfois de prendre de la hauteur pour en?n voir ce qu\u2019on avait sous le nez.Le lidar, une méthode de télédétection par laser, le prouve depuis une dizaine d\u2019années en révélant des vestiges archéologiques plus spectaculaires les uns que les autres.Rien qu\u2019en 2018, plus de 60 000 structures mayas ont été découvertes grâce à cette méthode, qui consiste à balayer la surface d\u2019un territoire avec des impulsions laser émises d\u2019un avion ou d\u2019un drone.En « rebondissant » au sol, les faisceaux laser informent sur les reliefs du terrain, qui peuvent être décelés au centimètre près, y compris sous l\u2019épaisse jungle du Guatemala et du Belize.« La technique existe depuis plusieurs décennies, mais elle n\u2019était pas au point.En 2009, une équipe au Belize a en?n pu utiliser le lidar pour la première fois sur une zone étendue et a mis au jour le site maya de Caracol.Ça a été une inspiration pour beaucoup d\u2019entre nous », explique Damian Evans, de l\u2019École française d\u2019Extrême-Orient, qui étudie Angkor, au Cambodge, grâce à ce laser héliporté (voir page 26).Rien de mieux pour cartographier rapidement de vastes sites archéologiques ou pour tomber sur des trésors cachés.Outre les cités archéologiques tropicales, encore très peu connues, le lidar a permis de découvrir des monuments néolithiques enterrés en Irlande, une forteresse millénaire au Danemark et une cité du 15e siècle en Afrique du Sud.D\u2019autres techniques comme la thermographie à l\u2019infrarouge et la radiographie à base de muons sont pour leur part employées depuis quelques années en Égypte pour littéralement voir au travers des murs des grandes pyramides.Du côté des fossiles, l\u2019imagerie de pointe est elle aussi réquisitionnée.On ne compte plus les momies échographiées ou passées dans un tomoden- sitomètre (scanner).Le Muséum national d\u2019histoire naturelle de Paris, par exemple, scrute en détail tout ce qui garnit ses collections : météorites, instruments de musique, animaux et fossiles.« Nous avons un microtomographe avec deux émetteurs de rayons X qui permet de recueillir des données d\u2019imagerie à des résolutions plusieurs fois supérieures à celles des scanners médicaux », dit Antoine Balzeau, codirecteur de cette plateforme nommée AST-RX.Le paléoanthropologue a récemment mis en évidence des traces d\u2019une maladie, la neuro?bro- matose, sur le crâne d\u2019un homme de Cro-Magnon.« Je travaille sur la forme du cerveau des homininés, dont les empreintes sont conservées sur la face interne des crânes », ajoute-t-il.Une façon de « voir » des cerveaux pourtant disparus depuis belle lurette.À LIRE AUSSI : PLANÉTARIUM RIO TINTO ALCAN espacepourlavie.ca VIAU PASSEPORT POUR L\u2019UNIVERS A ÉTÉ DÉVELOPPÉ PAR L\u2019AMERICAN MUSEUM OF NATURAL HISTORY, NEW YORK (AMNH.ORG) EN COLLABORATION AVEC LA NATIONAL AERONAUTICS AND SPACE ADMINISTRATION (NASA). DOSSIER SPÉCIAL NÉANDERTAL UNE AUTRE HUMANITÉ I ls ont d\u2019abord cheminé dans la galerie rocheuse, s\u2019enfonçant toujours plus loin dans la grotte à la lueur de torches en os.Puis, à 300 m de l\u2019entrée, dans une vaste cavité, ils ont choisi quelque 400 stalactites de diamètre équivalent, les ont brisées et disposées en deux larges cercles.L\u2019agencement minutieux est ensuite resté à l\u2019abri des regards et de la lumière du jour pendant des millénaires.Située dans le sud-ouest de la France, la grotte en question, dite de Bruniquel, a ?nalement été explorée en 1990, laissant les archéologues perplexes.Il a fallu attendre 2016 pour que des datations effectuées par une équipe franco-belge révèlent que la structure avait en fait 176 000 ans ! Les anneaux de roches sont devenus la plus vieille « construction » connue et ont du même coup repoussé de quelque 130 000 ans l\u2019appropriation du monde souterrain par l\u2019humanité.Or, cette humanité n\u2019était pas « nous » : à l\u2019époque, seul Néandertal, une espèce humaine cousine d\u2019Homo sapiens, habitait la région.« Bruniquel est une immense découverte, s\u2019enthousiasme Bruno Maureille, chercheur au Centre national de la recherche scienti?que (CNRS) à Bordeaux et spécialiste des Néandertaliens.Cette construction énigmatique montre clairement que les bâtisseurs avaient des préoccupations non matérielles.Ce site nous amène à nous questionner sur la structuration sociale des Néandertaliens, qui nous échappe totalement.» Ces premiers occupants d\u2019Europe étaient déjà présents en Espagne il y a 430 000 ans.Ils ont été la seule espèce du genre humain à déambuler sur un immense territoire, couvrant toute l\u2019Europe jusqu\u2019au sud de la Sibérie en passant par le Proche-Orient, jusqu\u2019à l\u2019arrivée des Homo sapiens, en provenance d\u2019Afrique, il y a environ 50 000 ans.Puis, de 10 à 15 000 ans plus tard, pour des raisons ?oues, Néandertal s\u2019est éteint, laissant les humains anatomiquement modernes seuls maîtres des lieux.En dépit de leur règne incontestable, ces gaillards robustes ayant résisté à trois glaciations ont essuyé bien des insultes et suscité nombre de débats depuis leur découverte en Allemagne, en 1856.Tour à tour dépeints comme des sous-hommes aux traits de singe et des brutes épaisses, les Néandertaliens sont, depuis 160 ans, victimes de préjugés inhérents à leur condition d\u2019humains différents.Mais la découverte de Bruniquel, publiée dans Nature, a alimenté un faisceau d\u2019indices archéologiques récents, qui pointent tous vers la même conclusion : les comportements des Néandertaliens étaient comparables, à plusieurs égards, à ceux de nos ancêtres sapiens.Ainsi, l\u2019existence d\u2019une dimension esthétique et symbolique chez Néandertal ne fait plus de doute : utilisation de pigments et de colle, décoration de coquillages, gravures, confection de bijoux avec des os ou des serres de rapace\u2026 En 2018, des datations effectuées sur des peintures à l\u2019ocre rouge, mises au jour en Espagne, ont là aussi laissé penser que les artistes étaient néandertaliens.Surprise ! Même l\u2019art pariétal n\u2019est plus l\u2019apanage des humains modernes.Quant à leurs habitudes de vie, elles font elles aussi l\u2019objet d\u2019une avalanche de découvertes, malgré la relative rareté des vestiges humains.« Environ 400 sites ont livré des ossements néandertaliens, mais on n\u2019a que 25 squelettes bien conservés », résume Bruno Maureille.Grâce aux nouvelles techniques d\u2019analyse, les préhistoriens sont toutefois passés maîtres dans l\u2019art de faire parler chaque os, chaque dent et même chaque outil ou excrément fossile pour cerner l\u2019identité néandertalienne.En 2017, une équipe australienne a analysé l\u2019ADN pris au piège dans le tartre dentaire de Néandertaliens et montré qu\u2019ils consommaient plusieurs plantes médicinales en cas d\u2019abcès dentaire par exemple.Des études ont aussi révélé la diversité des régimes alimentaires de ces groupes, dont les membres étaient d\u2019habiles cueilleurs et chasseurs, fabriquant des lances en bois et tuant des proies jusqu\u2019à une distance de 20 m.Au menu ?Rhinocéros laineux, mou?ons et autre gros gibier en Belgique ; champignons et pignons de pin en Espagne ; rhizomes et végétaux cuits en Irak.Quant aux analyses génomiques, elles ont carrément fait prendre une nouvelle tournure à l\u2019histoire de l\u2019humanité avec la publication, en 2014, du génome de trois Néandertaliens par l\u2019équipe de Svante Pääbo, le pionnier de la paléogénomique.Première espèce humaine fossile mise au jour, Homo neandertalensis a longtemps été considéré comme un être primitif.Les découvertes récentes dessinent un portrait bien diférent.PAR MARINE CORNIOU I M A G E S : C N R S / É T I E N N E F A B R E / S S A C ; S H U T T E R S T O C K QUÉBEC SCIENCE 24 JUILLET-AOÛT 2019 Ce travail a con?rmé les différences entre Néandertal et nous ; mais il a surtout établi que nos deux peuples se sont croisés et hybridés à plusieurs reprises.Si bien qu\u2019aujourd\u2019hui nos génomes (Africains subsahariens mis à part) contiennent encore des portions d\u2019ADN néandertalien ! Certes, des chercheurs se doutaient qu\u2019il y avait eu des échanges entre ces groupes humains (notamment en raison d\u2019objets hybrides entre les deux cultures), mais ces résultats ont contribué à réhabiliter Néandertal pour de bon.Si Homo sapiens et Homo neandertalensis ont parfois été amants et que les Néandertaliens se sont aussi croisés avec d\u2019autres cousins, les Dénisoviens, comme l\u2019a démontré une étude publiée en 2018, n\u2019est-ce pas le signe que ces différentes humanités étaient toutes\u2026 égales ?Reste l\u2019ultime preuve d\u2019humanité : celle de l\u2019inhumation des morts.Même si une quarantaine de sépultures probables ont été trouvées, surtout en Irak et en France, les rites funéraires restent au cœur d\u2019intenses débats.« Une partie de la communauté scienti?que refuse la possibilité que les Néandertaliens aient donné des sépultures à leurs proches, car cela prouverait qu\u2019ils ont disparu pour d\u2019autres raisons que leur supposée infériorité.Ce qui nous force à accepter que, nous aussi, nous pouvons disparaître », analyse Bruno Maureille.Qu\u2019est-ce qui a fait qu\u2019Homo sapiens a conquis le monde, évinçant au passage les autres groupes humains ?« On est obsédés par la disparition des Néandertaliens parce qu\u2019on ne la comprend pas », indique le paléoanthropologue.Ainsi, aucune preuve d\u2019affrontement avec Homo sapiens ni aucun site ayant été occupé à quelques années près par les deux espèces n\u2019ont jamais été découverts.Les « croisements » auraient plutôt eu lieu au Proche-Orient, des millénaires avant l\u2019extinction.Pour Antoine Balzeau, paléoanthro- pologue au CNRS à Paris, la disparition de Néandertal n\u2019est peut-être pas si mystérieuse, après tout.« Depuis que la Terre existe, plus de 99 % des espèces ont disparu, y compris des espèces intellectuellement fortes », souligne-t-il.D\u2019ailleurs, le séquen- çage du génome de deux Homo sapiens arrivés il y a environ 50 000 ans en Europe de l\u2019Ouest a révélé que leurs lignées ont elles aussi disparu.Néandertal s\u2019est-il simplement éteint de sa belle mort, dans son coin ?« Chose certaine, il faut cesser de hiérarchiser les espèces humaines : notre anthropocentrisme biaise tout ce que nous faisons ! Ils n\u2019étaient ni inférieurs ni égaux, juste différents.Et avec un cerveau très différent du nôtre, ces gens avaient des comportements tout aussi complexes », observe M.Balzeau.Et ils nous prouvent, découverte après découverte, qu\u2019il n\u2019y a pas eu qu\u2019une seule façon d\u2019être humain.lQS Les Néandertaliens avaient des membres courts et puissants, une cage thoracique large et des arcades sourcilières proéminentes.Selon des analyses, ils ont pu être roux à la peau pâle et aux yeux clairs.\u201c La grotte de Bruniquel est une immense découverte.Cette construction énigmatique montre que les bâtisseurs avaient des préoccupations non matérielles.\u201d \u2013 Bruno Maureille, paléoanthropologue à l\u2019Université de Bordeaux Structure circulaire dans la grotte de Bruniquel QUÉBEC SCIENCE 25 JUILLET-AOÛT 2019 DOSSIER SPÉCIAL LES NOMBREUSES VIES D\u2019ANGKOR L e complexe d\u2019Angkor est non seulement l\u2019un des plus grands sites archéologiques actifs du monde, mais aussi l\u2019une des destinations les plus courues en Asie.L\u2019an dernier, 2,6 millions de touristes se sont photographiés devant la douve du temple Angkor Vat ou dans les racines envahissantes de Ta Prohm, où le film Tomb Raider a été tourné.Le site médiéval est tellement grand, avec ses 400 km2, qu\u2019on peut acheter un laissez-passer valide plusieurs jours pour visiter les ruines des différents temples, reliés par des routes, et pour admirer les monuments et le réseau hydraulique sophistiqué.C\u2019était une autre histoire dans les années 1990 : seuls les Cambodgiens s\u2019y aventuraient, alors que s\u2019achevait la guérilla sanguinaire des Khmers rouges.« On s\u2019y rendait en famille pour le culte et avec mes collègues de classe, au secondaire, j\u2019allais souvent y faire du vélo et des pique-niques, se souvient Piphal Heng, qui est né dans la ville juste à côté, Siem Reap.Je me suis toujours demandé comment et pourquoi ces temples ont été construits et surtout qui les a construits.» Ces questions ont façonné la carrière de l\u2019archéologue, qui étudie depuis une quinzaine d\u2019années le site témoignant du règne de l\u2019Empire khmer, qui s\u2019est étendu du 9e siècle au 15e siècle sur la majeure partie de l\u2019Asie du Sud-Est.« Le récit d\u2019Angkor [qui émerge des travaux antérieurs] laisse croire qu\u2019on sait tout et que tout a été étudié parce que l\u2019accent a été mis sur les rois, les élites et la religion, à partir des inscriptions sur les temples », explique Piphal Heng.Mais de quoi avait l\u2019air ce grand complexe où l\u2019on soupçonne que 750 000 personnes habitaient ?Où vivaient les serviteurs et les simples citoyens ?Et que faisaient-ils en dehors du culte ?Des excavations destinées à répondre à ces questions ont commencé en 2010, mais l\u2019utilisation du lidar à partir de 2012 a fourni un tableau inédit de la cité.C\u2019était la première fois que la télédétection par laser était utilisée au-dessus d\u2019une vaste région en Asie, et l\u2019exercice a révélé ce qui se cachait sous la végétation, mentionne Piphal Heng, qui est aujourd\u2019hui directeur de projet à l\u2019International Archaeological Research Institute à Honolulu.« Nous avons recouru à cette technologie pour produire une carte détaillée, ce qui nous a permis de localiser les temples, les étangs et les buttes\u2026 » Des buttes ?C\u2019est qu\u2019à l\u2019intérieur de l\u2019enceinte des différents temples et même à l\u2019extérieur, le sol a été travaillé : des habitations devaient se trouver sur ces monticules, pour résister aux saisons des pluies, tandis que les étangs recueillaient l\u2019eau.« Avec les données du lidar, on a pu voir très clairement cet aménagement incroyablement bien organisé, et des sentiers.À Angkor Vat, ça a carrément l\u2019air d\u2019une gaufre ! On creuse donc dans ces buttes », raconte Alison Carter, pro- fesseure à l\u2019Université de l\u2019Oregon, aux États-Unis, qui a signé des articles scien- ti?ques avec Piphal Heng.Ce système « en grille » est visible même à quelques kilomètres des temples, mais de façon moins dense.Qui vivait donc autour d\u2019Angkor Vat et de Ta Prohm, deux temples où l\u2019équipe a fait des excavations ?Les scienti?ques n\u2019en sont pas certains, mais des inscriptions sur les murs de Ta Prohm laissent penser que des étudiants et des enseignants y habitaient, ainsi que des serviteurs, indiquent-ils dans un article du Journal of Field Archaeology de 2018.« Je crois que les gens qui vivaient dans l\u2019enceinte travaillaient peut-être au temple, que ce n\u2019était pas des membres de l\u2019élite, dit Alison Carter.À Angkor Vat non plus, ça ne semble pas être des gens de haut rang, mais ce ne sont pas les plus pauvres non plus.» Les artéfacts trouvés jusqu\u2019à présent sont surtout des morceaux de céramique, qui servaient à cuisiner et à ranger des Angkor, le centre de l\u2019ancien Empire khmer au cœur de l\u2019actuel Cambodge, est un lieu aussi magni?que que mythique.Mais des gens bien ordinaires y vivaient ! PAR MÉLISSA GUILLEMETTE I M A G E S : D A M I A N E V A N S ; S H U T T E R S T O C K QUÉBEC SCIENCE 26 JUILLET-AOÛT 2019 objets, et des tuiles.Des résidus végétaux sont aussi à l\u2019étude pour déterminer ce que mangeaient les habitants.Alison Carter a également un projet inusité concernant les toilettes de l\u2019époque ! « L\u2019élite écrit toujours l\u2019histoire, mais le pouvoir de l\u2019archéologie est justement de reconstituer la vie de ceux qui n\u2019ont pas pu l\u2019écrire, à travers ce qu\u2019ils ont laissé comme traces.Ce sont les personnes \u201cordinaires\u201d qui composaient le gros de la population, ce sont elles qui ont construit le réseau hydraulique, qui ont fait fonctionner les temples, qui ont fabriqué les céramiques qu\u2019on découvre ! » Les circonstances mystérieuses entourant la chute d\u2019Angkor ajoutent au mythe de la cité.Certains croient que son abandon a été rapide au 15e siècle, en raison d\u2019enjeux climatiques causant de graves problèmes au réseau hydraulique et de l\u2019invasion des troupes thaïes du royaume d\u2019Ayutthaya.Une étude récemment publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences avance plutôt que le déclin a été graduel et que le tournant démographique s\u2019est même amorcé au siècle précédent.C\u2019est une carotte de sédiments de 70 cm prélevée au fond de la douve de la cité royale d\u2019Angkor Thom qui a informé l\u2019équipe internationale derrière ces travaux.L\u2019analyse du pollen qu\u2019elle contient a permis de dé?nir l\u2019environnement des différentes époques, dont celle correspondant à la « ?n » de l\u2019Empire.« On peut voir quand les populations ont défriché le territoire, quand elles ont commencé à produire du riz et quand la production de riz a stoppé et que la forêt a recommencé à croître », explique Damian Evans, l\u2019un des auteurs de l\u2019étude qui a aussi participé aux travaux menés avec le lidar.Ces données montrent que les activités sur le site ont commencé à décliner dès les premières décennies du 14e siècle et que la douve a même cessé d\u2019être entretenue au cours de ce siècle.La désertion d\u2019Angkor par la noblesse n\u2019est peut-être donc pas due à l\u2019échec du système hydraulique.Ce serait l\u2019inverse, en fait : l\u2019élite aurait choisi de s\u2019installer près du Mékong et du Tonle Sap, et a cessé d\u2019entretenir le réseau hydraulique, qui s\u2019est dégradé.Mais des agriculteurs sont restés.« Cela nous conduit à revoir notre conception d\u2019Angkor et cette idée qu\u2019il fallait une élite pour l\u2019administrer, dit M.Evans, chercheur à l\u2019École française d\u2019Extrême-Orient de Paris.Les citoyens pouvaient s\u2019arranger : les petites fermes étaient des structures résilientes.» À qui la ville ?lQS CARRIÈRE D\u2019AVENIR Les archéologues sont très recherchés au Cambodge, selon Sokrithy Im, qui est employé par l\u2019Autorité pour la protection du site et l\u2019aménagement de la région d\u2019Angkor.Plusieurs centaines d\u2019archéologues cambodgiens travaillent sur ce site, en recherche, conservation ou tourisme.« Il y a également des lieux archéologiques dans toutes les provinces du Cambodge, donc les diplômés trouvent tout de suite un emploi », af?rme l\u2019archéologue, qui enseigne aussi à la Royal University of Fine Arts, à Phnom Penh.Ses travaux portent sur les routes historiques reliant Angkor à d\u2019autres régions du monde.Il s\u2019intéresse par le fait même aux activités économiques de l\u2019Empire.« Beaucoup de chercheurs croient que l\u2019Empire khmer était un état agraire.Mais si c\u2019était le cas, pourquoi y aurait-il eu une route allant jusqu\u2019à la mer ?Il existe des preuves que l\u2019Empire faisait aussi le commerce de diverses marchandises locales, comme des objets travaillés en fer de bonne qualité, ainsi que de produits de la forêt, de médicaments traditionnels, d\u2019épices et de minéraux.Nous trouvons aussi des céramiques importées témoignant d\u2019échanges.» On n\u2019a pas ?ni d\u2019en apprendre sur cet empire mythique ! Le Bayon, le temple central de l\u2019ancienne cité d\u2019Angkor Thom Une image d\u2019Angkor Vat obtenue par lidar.On y voit la structure en « gaufre » enfouie sous la végétation.À gauche, une vue aérienne du même site.QUÉBEC SCIENCE 27 JUILLET-AOÛT 2019 DOSSIER SPÉCIAL DORSÉTIENS LA FIN D\u2019UN PEUPLE NORDIQUE À quelque 40 km de la communauté inuite de Kangiqsujuaq, l\u2019extrémité nord-est d\u2019une île inhabitée offre un spectacle étonnant : 180 visages humains, et quelques ?gures animales, sont gravés sur une large veine de stéatite, une roche aussi appelée pierre de savon.Le site est connu sous le nom de Qajartalik (prononcer « rha- yar-ta-lik »), qui signi?e en inuktitut « où il y a un kayak ».D\u2019une super?cie d\u2019environ 1 800 m2, il a été désigné candidat par le Canada en 2017 pour ?gurer sur la Liste du patrimoine mondial de l\u2019Unesco.La mise en candidature du site a été coordonnée par l\u2019Institut culturel Avataq, un organisme du Nunavik qui assure la préservation de la culture inuite.« Les ?gures se ressemblent beaucoup, mentionne Elsa Cencig, archéologue à l\u2019Institut.Elles sont ovales, rondes ou rectangulaires avec des lignes pour représenter les yeux.» Seules ou en groupe sur la paroi rocheuse, elles mesurent de 2 cm à 70 cm et auraient été gravées par différents artistes.Les archéologues n\u2019arrivent pas à savoir pourquoi elles sont si nombreuses à cet endroit précis et pourquoi elles ont été réalisées.Seule certitude, ce ne sont pas des pétroglyphes inuits ; ce sont plutôt les Dorsétiens qui les ont créées avec un outil pour buriner, piqueter ou inciser la stéatite.Munie de gants bleus, Elsa Cencig nous montre d\u2019ailleurs quelques délicates sculptures dorsétiennes, dont celle d\u2019un phoque en ivoire, pas plus grosse qu\u2019une gomme à effacer.Elle est exposée dans une vitrine des bureaux montréalais de l\u2019Institut culturel Avataq.Les légendes inuites font référence aux Dorsétiens comme étant les Tuniit, c\u2019est- à-dire les « premiers habitants », qu\u2019elles décrivent comme étant très forts, rustres et timides.Ce peuple a occupé le territoire de l\u2019Arctique canadien à partir de 500 ans avant notre ère et jusqu\u2019en 1050 environ, tandis que les Thuléens, les ancêtres des Inuits, y sont arrivés une centaine d\u2019années plus tard.Elsa Cencig raconte que les Dorsétiens vivaient près de la mer et de la banquise.« Ils chassaient des mammifères marins comme le phoque et le morse.Adaptés à l\u2019environnement froid, ils utilisaient de petits crampons sous leurs bottes et possédaient des traîneaux à main avec des patins en os », dit-elle après nous avoir montré des lampes sculptées par les Dorsétiens dont la majorité sont conservées dans l\u2019immense réserve muséale de l\u2019Institut, également située à Montréal.Il est impossible de dater les dessins au carbone 14 en raison du support inorganique des œuvres (voir l\u2019encadré à la page suivante).Mais des études comparatives et stylistiques permettent d\u2019attribuer aux Dorsétiens la paternité des pétroglyphes de Qajartalik.« Ce type de visage se trouvait aussi sur les manches d\u2019outils dorsétiens et sur de petites ?gurines », con?rme Elsa Cencig.Les Inuits, quant à eux, ne faisaient pas ce genre de dessins pas plus qu\u2019ils n\u2019en ornaient leurs outils.Louis Gagnon, conservateur de l\u2019Institut culturel Avataq, relate que, lors de sa première expédition à Qajartalik, en 1996, certains Inuits appréhendaient et évitaient ce lieu qui, selon un aîné, « appartenait peut- être à un chamane ».Les archéologues de l\u2019Institut réfutent toutefois cette hypothèse de représentation du diable, un concept tiré de la religion catholique, mais absent du chamanisme des Dorsétiens.UN PEUPLE DISTINCT DES INUITS Plusieurs sites d\u2019anciennes habitations dorsétiennes à travers l\u2019Arctique témoignent de la présence de ce peuple.« On y trouve des os d\u2019animaux, des outils et des pierres utilisés pour leurs maisons longues, une habitation semi-souterraine qu\u2019ils ont introduite », explique l\u2019archéologue Jamie Brake, du gouvernement du Nunatsiavut, dirigé par les Inuits de Terre-Neuve-et- Labrador.Il s\u2019intéresse à la conservation de ces sites, souvent côtiers, et donc à risque de disparaître avec la hausse du niveau de la mer.« Cela ne fait aucun doute dans notre esprit que les changements climatiques et l\u2019érosion côtière causent déjà bien des dommages aux sites archéologiques, s\u2019inquiète Jamie Brake.Une grande partie d\u2019un site dorsétien qui était en excellente condition a été détruite par l\u2019océan.Nous ne pourrons malheureusement pas sauver tous les sites.» D\u2019où cette urgence d\u2019aller examiner les sites les plus importants aux yeux de la communauté avant que l\u2019eau les engloutisse.Jamie Brake s\u2019émerveille lui aussi devant la production artistique des Dorsétiens, qui était particulièrement féconde à la ?n de leur occupation du territoire.« L\u2019art nous donne une idée de ce à quoi ils ressemblaient ou des vêtements qu\u2019ils portaient, comme des mitaines ou des bottes ainsi que d\u2019étranges parkas avec un col très haut derrière la tête », indique-t-il.Même s\u2019il subsiste une aura de mystère ?est-ce que les modi?cations du climat et l\u2019épuisement des ressources ont précipité Seuls des gravures dans la roche, d\u2019anciennes fondations et quelques artéfacts témoignent du passage dans le nord du Canada des Dorsétiens, un peuple disparu.Qui étaient-ils ?PAR ANNIE LABRECQUE I M A G E S : I N S T I T U T C U L T U R E L A V A T A Q / R O B E R T F R É C H E T T E QUÉBEC SCIENCE 28 JUILLET-AOÛT 2019 Les pétroglyphes de Qajartalik mesurent de 2 cm à 70 cm et auraient été gravés par différents artistes dorsétiens.Les ?gures ne sont pas visibles au premier coup d\u2019œil, car elles s\u2019intègrent complètement à l\u2019environnement, d\u2019après Louis Gagnon, conservateur de l\u2019Institut culturel Avataq.L\u2019équipe projette d\u2019utiliser un appareil à balayage sur le site lors d\u2019une prochaine expédition pour réaliser l\u2019inventaire en 3D de toutes les ?gures.leur déclin ?Pourquoi ont-ils disparu ?, les avancées technologiques des dernières années ont permis de jeter un éclairage nouveau sur les premiers habitants de l\u2019Arctique.Par exemple, on sait maintenant avec certitude qu\u2019il n\u2019y a pas eu de métissage entre les Dorsétiens et les Thuléens.Cette étude, menée par un groupe international de chercheurs, a été publiée en 2014 dans la revue Science.Grâce à l\u2019analyse de l\u2019ADN ancien de 169 précieux fragments d\u2019os humains, de dents et de cheveux provenant du Canada, de Sibérie, du Groenland et d\u2019Alaska, des experts en génétique ont déterminé que les pré-Dorsétiens, les ancêtres des Dorsétiens, sont arrivés en Arctique il y a 5 000 ans.Ceux-ci ont franchi en même temps que d\u2019autres peuples le pont de terre entre la Sibérie et l\u2019Alaska, avant qu\u2019il soit recouvert par la montée des eaux.Les chercheurs ont aussi conclu que les pré-Dorsétiens et les Dorsétiens étaient un groupe génétiquement distinct des Inuits et des Amérindiens, qui vivaient plus au sud, et qu\u2019ils ont été isolés des autres peuples pendant 4 000 ans avant de disparaître complètement.Ces résultats auraient été impossibles à obtenir seulement à l\u2019aide de fouilles archéologiques.« Ce fut la ?n d\u2019une longue occupation sur des millénaires d\u2019un peuple adapté à l\u2019Arctique », termine l\u2019archéologue Jamie Brake.Une occupation qui n\u2019a pas fini d\u2019être étudiée\u2026 lQS LES PIÈGES DE LA DATATION La datation au carbone 14 ne peut être effectuée sur les spécimens organiques marins ni sur la plupart des sites et artéfacts dorsétiens, où l\u2019on trouve de l\u2019huile de phoque.Ceux-ci sont dits « contaminés » par ce qu\u2019on appelle l\u2019effet réservoir marin.Les animaux marins absorbent le carbone différemment des animaux terrestres.Les chercheurs doivent donc tenir compte de cet effet, car la datation obtenue sur ces échantillons est plus ancienne que ce qu\u2019elle est en réalité.QUÉBEC SCIENCE 29 JUILLET-AOÛT 2019 DOSSIER SPÉCIAL C hristophe Colomb ne s\u2019en doutait pas, mais il était loin d\u2019être le premier explorateur européen à poser les pieds en Amérique.Les Vikings avaient entrepris ce long et périlleux voyage sur l\u2019océan Atlantique dès le 9e siècle, comme l\u2019attestent les vestiges de plusieurs habitations et les artéfacts découverts en 1961 à L\u2019Anse aux Meadows, à l\u2019extrémité nord de Terre-Neuve.La civilisation viking est dif?cile à circonscrire.Elle représente une diaspora originaire de plusieurs pays nordiques qui a prospéré de 700 à 1000 environ.Le terme viking ne désigne donc pas une ethnie en particulier, mais plutôt un métier, voire une façon de vivre.Outre les côtes nord-américaines, ils se sont rendus au Groenland, en Islande, en Italie, en Russie et même en Afrique du Nord à bord de solides bateaux qui arboraient souvent une tête de dragon.Ceux-ci servaient de moyen de transport pour les échanges commerciaux, la guerre et la conquête de nouveaux territoires et faisaient ultimement of?ce de sépulture, un privilège réservé à ceux qui béné?ciaient d\u2019un statut élevé.« Le bateau le plus connu est l\u2019Oseberg, découvert en 1904 en Norvège, mentionne l\u2019archéologue canadienne Michele Hayeur Smith, de l\u2019Université Brown, aux États-Unis.On a trouvé un grand monticule où était enseveli le navire ainsi que deux squelettes de femmes à l\u2019intérieur.C\u2019était très courant d\u2019enterrer aussi des chariots, des traîneaux, des chevaux décapités et de l\u2019équipement de tissage.» Les Vikings, qui étaient païens, inhumaient leurs morts près des habitations pour qu\u2019ils puissent continuer à participer aux activités des vivants.« On les intégrait aux festivités et on leur apportait de la nourriture », raconte Michele Hayeur Smith.UN GRAND BATEAU ENFOUI La découverte d\u2019un bateau s\u2019avère donc très excitante pour les archéologues, car même si les Vikings en ont construit des milliers pendant leur règne, on en a retrouvé très peu.« Il y a seulement trois navires vikings bien préservés en Norvège, mis au jour il y a longtemps.Pour en apprendre davantage sur ce peuple, nous avons besoin d\u2019en découvrir d\u2019autres », déclare Knut Paasche, archéologue et directeur du Norwegian Institute for Cultural Heritage Research (NIKU).Son équipe a eu la main heureuse en 2018, en « balayant » à l\u2019aide d\u2019un géoradar un site à quelques kilomètres de la ville d\u2019Oslo.Conçu en partenariat avec un institut spécialisé dans les nouvelles technologies archéologiques, le géoradar motorisé est muni d\u2019un GPS et d\u2019antennes qui envoient des signaux à travers les différentes couches du sol.De quoi effectuer une sorte d\u2019échographie du sol, en somme.Le site sur lequel ils ont jeté leur dévolu était prometteur.On a déjà exhumé des artéfacts comme des épées et des bijoux sur ce bout de terre appartenant à un cultivateur et sa famille depuis 300 ans, mais les experts de la région croyaient que les activités agricoles avaient détruit toute trace de présence viking.Ce qu\u2019ils trouvent alors va au-delà de leurs attentes : huit sépultures et cinq habitations longues sont révélées, mais aussi un grand navire de 20 m de long qui se cache sous à peine 50 cm de terre.Celui-ci est-il en bon état ?Les images indiquent que la partie inférieure du bateau serait bien conservée et, selon les premières estimations, le drakkar aurait été construit entre les années 800 et 1000.L\u2019excavation risque d\u2019être délicate.« La machinerie utilisée en temps normal peut détruire des éléments aux alentours.Voilà pourquoi nous préférons employer des méthodes géophysiques, moins inva- sives, pour faire des recherches », dit le directeur du NIKU.Le groupe collectera ainsi d\u2019autres données géophysiques, à l\u2019aide entre autres de la magnétométrie et de la prospection électrique du sol, au On se représente les Vikings comme de redoutables guerriers barbus à la proue d\u2019un bateau.Mais ces pilleurs étaient aussi chasseurs, agriculteurs, marchands et navigateurs.Chaque découverte laisse entrevoir un autre pan de leur histoire.PAR ANNIE LABRECQUE CES FASCINANTS VIKINGS I M A G E S : S H U T T E R S T O C K QUÉBEC SCIENCE 30 JUILLET-AOÛT 2019 cours de l\u2019été pour mieux comprendre ce qui est en dessous et être prêt au moment des fouilles archéologiques.« La géophysique nous permet de voir les trous laissés par les poteaux de maison, la cheminée, l\u2019emplacement des lits, etc.Les seules choses que nous ne pouvons observer sont les artéfacts près du sol », souligne Knut Paasche.Quant au bateau, « si tous les clous sont au bon endroit, nous aurons assez d\u2019informations à son sujet pour le reconstruire, même si le bois a complètement disparu, en utilisant l\u2019empreinte imprimée dans le sol », estime le directeur du NIKU.Lui et d\u2019autres membres de son équipe s\u2019affaireront donc à en bâtir une réplique.Enthousiaste, il assure que peu importe l\u2019état du navire, il s\u2019agit d\u2019une découverte inestimable.Sur quelles mers ce bateau a-t-il vogué ?On ne le saura jamais, mais il a probablement vécu son lot d\u2019aventures.« Les Vikings partaient en expédition pour s\u2019enrichir », signale Anne-Gaëlle Weber, doctorante en histoire médiévale à l\u2019Université du Québec à Montréal et chargée du cours L\u2019aventure scandinave, des Vikings aux Normands.« S\u2019il fallait choisir les objets qui les caractérisent le mieux, je dirais que c\u2019est la hache, pour le combat, et la balance, pour peser le poids de métaux précieux », ajoute-t-elle.Il y a quelques années, l\u2019exploration d\u2019anciens vestiges cachés à trois mètres sous la ville de Ribe, au Danemark, a con?rmé qu\u2019ils étaient bien plus que de violents pilleurs.Ils étaient d\u2019habiles commerçants, des artisans, des aubergistes et des ouvriers.Dans cette cité, des archéologues danois ont trouvé des milliers d\u2019artéfacts datant du début du 8e siècle : perles, amulettes, peignes, os, etc.Les Vikings entretenaient de nombreux réseaux d\u2019échanges, puisque les perles de verre retrouvées viennent du Moyen-Orient.Et ils soignaient leur image.« Ils aimaient le clinquant ! » s\u2019exclame Michele Hayeur Smith, qui est également spécialiste des textiles anciens.Les tissus qu\u2019utilisaient les Vikings étaient colorés et constitués d\u2019une variété de tissages.Ils servaient aussi de monnaie d\u2019échange au même titre que le beurre ou le poisson.« Les Vikings possédaient en outre des bracelets d\u2019argent qu\u2019ils coupaient et pesaient pour payer, explique l\u2019archéologue canadienne.Ils étaient exubérants dans leurs goûts vestimentaires et leur choix de textiles.Mais à partir du 12e siècle environ, les tissus deviennent extrêmement monotones, présentent beaucoup moins de couleurs et sont très uniformes.» Ce changement coïnciderait avec la période à laquelle les Vikings se convertissent au christianisme.Sous l\u2019in?uence de la religion, ainsi que de plusieurs autres facteurs, les Vikings se sont amalgamés au reste de la société, mettant ainsi un terme à leur épopée.lQS L\u2019Oseberg, construit dans les années 800, a été découvert en 1904 en Norvège.Dans ce bateau très bien conservé, on a notamment découvert les squelettes de deux femmes.« Il y a seulement trois navires vikings bien préservés en Norvège.Pour en apprendre davantage sur ce peuple, nous avons besoin d\u2019en découvrir d\u2019autres.» \u2013 Knut Paasche, archéologue QUÉBEC SCIENCE 31 JUILLET-AOÛT 2019 ESPACE QUÉBEC SCIENCE 32 JUILLET-AOÛT 2019 E n montant sur l\u2019estrade le 6 octobre 1995 à Florence, Michel Mayor ne mesure pas encore l\u2019onde de choc que va provoquer son annonce.Cet astrophysicien de l\u2019Université de Genève vient de découvrir la première planète qui gravite autour d\u2019une étoile active autre que le Soleil ?baptisée 51 Pegasi b.La nouvelle se propage rapidement et bouleverse en très peu de temps le paysage de l\u2019astrophysique.La traque est lancée : les universités et les agences spatiales du monde entier commencent à investir des sommes considérables pour inscrire des exoplanètes à leur tableau de chasse.Presque 25 ans plus tard, on en compte environ 4 000 et le nombre augmente si- gni?cativement tous les mois.Pourtant, la recherche de planètes ex- trasolaires s\u2019est longtemps déroulée en marge de l\u2019astronomie, voire dans un climat de mépris.Avant 1995, seules trois équipes cherchaient à mettre au jour les compagnons des étoiles lointaines, contre des centaines aujourd\u2019hui ! Marquée par une série d\u2019annonces avortées, la traque des exoplanètes a souffert d\u2019un manque de crédibilité.« Il faut quand même se rappeler que de fausses découvertes d\u2019exoplanètes ont contribué à refroidir la communauté scientifique dans les années 1970 », souligne Danielle Briot, astronome à l\u2019Observatoire de Paris, passionnée par l\u2019histoire de sa discipline.Le ratage le plus spectaculaire est sans conteste celui de Peter Van de Kamp.Cet astronome hollandais a publié avec fracas en 1969 le relevé de deux planètes autour de notre voisine, l\u2019étoile de Barnard.Mais l\u2019emballement autour de cette annonce a eu un effet désastreux, à peine quatre ans après.Une équipe d\u2019astronomes chevronnés montre alors du doigt que le signal correspond en fait aux périodes de nettoyage de la lentille du télescope utilisé par Peter Van de Kamp.Les premières planètes ne sont que de vulgaires illusions optiques causées par le passage d\u2019un chiffon ! La chute est dure et hantera longtemps les astrophysiciens chasseurs de planètes.UNE THÉORIE CATASTROPHIQUE Michaël Gillon est bien conscient que sa discipline revient de loin.Pendant longtemps, l\u2019idée même de l\u2019existence de planètes extrasolaires paraissait inconcevable.« Au début du 20e siècle, nous pensions que le système solaire était le résultat d\u2019une catastrophe improbable », nous mentionnait ce chercheur de l\u2019Institut d\u2019astrophysique et de géophysique de l\u2019Université de Liège, en Belgique, au cours d\u2019un passage à Montréal l\u2019hiver dernier.Une des théories très répandues à l\u2019époque était celle d\u2019un accident spatial, imaginé en 1905 par le géologue américain Thomas C.Chamberlin.Selon lui, une étoile avait arraché de la matière au Soleil en passant près de lui.Les débris se seraient alors agrégés pour former la Terre et les corps célestes qui nous entourent.« Ce genre de collision entre étoiles est tellement rare qu\u2019il semblait illusoire de DE LA CHASSE AUX EXOPLANÈTES LA GENÈSE Jusqu\u2019à la découverte oicielle de la première exoplanète en 1995, la traque de ces mondes lointains était un sujet marginal, voire tabou.Un désintérêt qui paraît très surprenant, avec le recul.PAR SYLVAIN LUMBROSO ILLUSTRATION : DUSHAN MILIC QUÉBEC SCIENCE 33 JUILLET-AOÛT 2019 ESPACE 1 342 6 NEPTUNIENNES NOMBRE DE PLANÈTES TYPE DE PLANÈTES 1 239 SUPER-TERRE 1 229 GÉANTES GAZEUSES 156 TELLURIQUES INCONNUES Ce tableau indique le nombre actuel de planètes connues au- delà de notre système solaire, classées par types.Leur découverte a été validée par de multiples observations.SOURCE : NASA, 10 JUIN 2019.OÙ EN EST LA TRAQUE AUX EXOPLANÈTES ?3 972 EXOPLANÈTES CONFIRMÉES I M A G E S : S H U T T E R S T O C K trouver des exoplanètes », indique avec un brin d\u2019ironie Michaël Gillon, qui a plus de 100 planètes extrasolaires révélées à son actif.Au milieu du siècle dernier, le modèle d\u2019un nuage de gaz primordial, qui engendre une étoile et des planètes, ?nit toutefois par reprendre ses droits.Cette idée ancienne, formulée par le philosophe Emmanuel Kant, explique mieux la vitesse de rotation du Soleil ou la présence de corps rocheux notamment.Avec ce retour en grâce d\u2019une vieille notion, l\u2019existence d\u2019autres planètes à travers la galaxie redevient possible.Mais l\u2019idée semble invéri?able.Détecter de telles planètes demande des capacités techniques de pointe, classées « hors de portée » par la communauté scienti?que du moment.Dans la lumière éclatante d\u2019une étoile, ces objets, minuscules par comparaison, sont indétectables, même avec les télescopes les plus puissants.Certains sont toutefois persuadés qu\u2019on peut « deviner » leur présence indirectement.Pour échapper au scepticisme des collègues, ces chercheurs audacieux réservent leurs hypothèses aux revues grand public.C\u2019est dans cette atmosphère que le Marseillais David Belorizky osera évoquer pour la première fois, en 1938, une méthode pour traquer des exoplanètes.Dans le magazine L\u2019astronomie, il soutient qu\u2019il doit être possible de déceler la baisse de luminosité d\u2019une étoile, même lointaine, si des objets en orbite passent régulièrement devant elle.Cette proposition avant-gardiste restera seulement connue des amateurs de la Société d\u2019astronomie française, abonnés à la revue.« Pourtant, David Belorizky avait vu juste ! » exulte Danielle Briot, qui adore exhumer la mémoire des pionniers délaissés.C\u2019est d\u2019ailleurs cette méthode (dite des transits), réhabilitée depuis, qui a permis de repérer plus de 75 % des exoplanètes connues.C\u2019est toutefois une autre technique (dite des vitesses radiales) qui sera à l\u2019origine de la découverte de Michel Mayor en 1995.Chose surprenante, elle aussi avait été théorisée bien avant, soit 40 ans plus tôt, par Otto Struve, un scienti?que russe immigré aux États-Unis, indique Danielle Briot.« La mé?ance à l\u2019égard de la discipline n\u2019a épargné personne, pas même les chercheurs bien établis », af?rme-t-elle.En 1952, Otto Struve publie un article qui propose de mesurer le léger mouvement des étoiles provoqué par la rotation de leurs planètes.L\u2019article passe inaperçu et aucune équipe n\u2019essaie de construire le dispositif suggéré par le chercheur russe.Il faudra attendre les années 1980 et un progrès technique venu du Canada pour rallumer la mèche dans l\u2019esprit des astronomes.LE CANADA PARMI LES PIONNIERS L\u2019Université de Victoria, en Colombie- Britannique, vient alors de mettre au point un équipement pour numériser et analyser la lumière des étoiles.L\u2019un de ses professeurs d\u2019astrophysique, Gordon Walker, est emballé par cette innovation.« Tout à coup, j\u2019ai pris conscience que c\u2019était possible de mesurer les toutes petites déviations des étoiles causées par leurs planètes », se souvient-il.Malheureusement il n\u2019obtient que quelques nuits d\u2019observation au ?l des ans sur un télescope à Hawaii pour tester le nouveau matériel.« C\u2019était tellement difficile de convaincre nos collègues ! La plupart considérait que la recherche des exoplanètes était une distraction et ne faisait pas partie de l\u2019astronomie professionnelle », regrette Gordon Walker.Son équipe ne renonce pas pour autant, même s\u2019il faut rester éveillé pendant les nuits d\u2019observation.La précision exigée pour détecter les planètes est tellement grande qu\u2019il faut en outre faire passer la lumière des étoiles dans des cellules spéciales contenant du gaz a?n de ne pas se laisser berner par les petites variations terrestres des instruments de mesure.« C\u2019était très délicat, car nous utilisions du ?uorure d\u2019hydrogène, un gaz mortel qu\u2019il fallait manipuler à la main », précise le professeur de Victoria.Après plus de 10 ans d\u2019observation, la liste des étoiles candidates se restreint, car aucun signal clair n\u2019est enregistré.En 1987, le Canadien fait une première annonce autour de Gamma Cephei, une étoile visible dans le ciel à 45 années-lumière de la Terre.Finalement, il se rétracte rapidement dans Nature, car un collègue lui serine que le signal n\u2019est qu\u2019une perturbation interne de l\u2019étoile.Malgré tout, le domaine qui compte une poignée de chercheurs spécialisés commence à frémir.Les alertes se poursuivent, mais aucune n\u2019est assez décisive pour lancer la discipline.Pire, elles jettent carrément un doute sur l\u2019existence d\u2019autres planètes QUÉBEC SCIENCE 34 JUILLET-AOÛT 2019 Apprenez l\u2019essentiel de la communication et du journalisme scientiiques en trois cours, à distance et à temps partiel, avec notre microprogramme de 2e cycle.AUTOMNE 2019 Communication scientiique (COM-6060) Sciences et grands déis de l\u2019humanité (GSC-6000) MICROPROGRAMME DE 2e CYCLE EN COMMUNICATION ET JOURNALISME SCIENTIFIQUES Chaire de journalisme scientiique Bell Globemedia - Université Laval EN SAVOIR PLUS | Arnaud Anciaux, directeur du programme 418 656-2131, poste 404843 | arnaud.anciaux@com.ulaval.ca HIVER 2020 Journalisme scientiique (COM-6061) ADMISSION | Automne 2019 semblables à celles qui nous entourent.En 1989, l\u2019Américain Dave Latham proclame la découverte d\u2019un objet étrange, probablement une naine brune, qui par dé?nition n\u2019est ni une planète ni une étoile.La révélation suivante est encore plus énigmatique, car elle remet en cause de nombreuses théories.Deux chercheurs, dont le Canadien Dale Frail, dévoilent en 1992 la bagatelle de deux compagnons rocheux orbitant autour d\u2019un pulsar, le résidu de l\u2019explosion d\u2019une étoile.Paradoxalement, cette prouesse est à peine relevée par la communauté scienti?que.Avec le recul, le très secret Dale Frail nous livre une première explication en exclusivité.« Nous n\u2019avons pas diffusé largement notre découverte.Je venais d\u2019entamer ma carrière et je ne voulais pas être catalogué comme l\u2019homme qui avait gagné à la loterie ! » Gordon Walker, qui était à ce moment aux premières loges, livre l\u2019autre partie du récit : « Tout le monde souhaitait la découverte de l\u2019équivalent du système solaire, pas celle de planètes autour d\u2019une étoile morte qui a explosé.J\u2019ai toujours trouvé cela ridicule, mais en fait, l\u2019humain cherche uniquement ce qui lui ressemble.Ce biais dans notre approche a longtemps freiné la discipline.» Ce n\u2019est pas le cas de Michel Mayor, qui s\u2019écarte volontiers des ornières pour laisser son équipe explorer des zones improbables.Grâce à une technique mise au point par l\u2019opticien français André Baranne, les Européens observent le voisinage très proche de 51 Pegasi pour y localiser une géante gazeuse qui en fait le tour en seulement 4,2 jours.« Cette découverte a tout bouleversé, à commencer par ma carrière ! » explique René Doyon, un astronome québécois renommé.Avant 1995, son sujet principal de recherche était des objets très lointains, au- delà de la Voie lactée.« Après la découverte de Michel Mayor, nous nous sommes mis à utiliser notre expertise en matière d\u2019imagerie pour trouver des planètes beaucoup plus proches de nous », commente celui qui dirige l\u2019Institut de recherche sur les exoplanètes de l\u2019Université de Montréal.En visitant ses locaux, il est facile de mesurer ce bouleversement.Les moyens sont là désormais, et la traque s\u2019est prodigieusement développée.Une photo d\u2019exoplanètes a même été réalisée pour la première fois par l\u2019équipe montréalaise de René Doyon en 2008.Des milliards de dollars sont injectés pour construire des instruments comme les télescopes Kepler ou TESS, envoyés dans l\u2019espace pour capter de nouvelles candidates.Une dernière ombre gâche tout de même ce beau tableau : les pionniers des exoplanètes n\u2019ont toujours pas reçu le prix Nobel.« Trouver des systèmes planétaires n\u2019est peut-être pas quelque chose qui relève de la physique fondamentale, spécule René Doyon.Je trouve cela tellement dommage, car c\u2019est un chemin essentiel pour la quête de la vie extraterrestre ! » lQS «La mé?ance à l\u2019égard de la discipline n\u2019a épargné personne, pas même les chercheurs bien établis.» \u2013 Danielle Briot, astronome à l\u2019Observatoire de Paris BALADO Prolongez cette enquête sur notre site Web avec notre nouveau balado Exoplanètes : le Canada, de l\u2019ombre à la lumière.Apprenez comment la science nationale est passée à côté de la grande découverte, de la voix même de ses chercheurs : Gordon Walker, Dale Frail et René Doyon.QUÉBEC SCIENCE 35 JUILLET-AOÛT 2019 SANTÉ BRANCHER SON CERVEAU, POUR LE MEILLEUR OU POUR LE PIRE ?QUÉBEC SCIENCE 36 JUILLET-AOÛT 2019 L e procédé relève du jeu d\u2019enfant.Il faut d\u2019abord placer deux éponges imbibées de solution saline sur son cuir chevelu.Puis, à l\u2019aide d\u2019un câble électrique, on relie ces deux électrodes, une anode et une cathode, à une source d\u2019électricité, comme une simple pile de neuf volts.On active l\u2019interrupteur et voilà : un courant électrique à peine perceptible ?de 1 à 2 milliampères, contre environ 900 pour les tristement célèbres « électrochocs » de Vol au-dessus d\u2019un nid de coucou ?circule dans les régions ciblées du cerveau, y modi- ?ant au passage l\u2019excitabilité neuronale et la capacité de former de nouvelles synapses.Fabriquer un tel dispositif à la maison coûte tout au plus quelques dizaines de dollars, soulignent de nombreuses vidéos sur YouTube consacrées à la question.Sur Reddit, une communauté de 11 700 adeptes fait aussi l\u2019apologie de cette forme peu banale de neuromodulation : la stimulation transcrânienne à courant continu ou STCC.Sur ces forums, on échange à propos des vertus thérapeutiques qui lui sont prêtées ?autisme, douleurs chroniques, dépression, tout y passe ?et l\u2019on partage des conseils sur les meilleures manières d\u2019en tirer parti.L\u2019efficacité même de la technique y est rarement remise en question.Ces dernières années, plusieurs jeunes entreprises se sont mises à proposer des appareils de stimulation cérébrale pour doper ses neurones dans le confort de son salon.Halo Neuroscience, par exemple, a conçu un casque à l\u2019allure futuriste qui excite le cortex moteur d\u2019athlètes à la recherche de meilleures performances, parmi lesquels ?gurent les joueurs de baseball des Giants de San Francisco.Le dispositif de l\u2019entreprise britannique Neurovalens, le Modius, faciliterait quant à lui la perte de poids en activant l\u2019hypothalamus et le tronc cérébral, ce qui réduirait les fringales.Le prix de tels gadgets : tout au plus quelques centaines de dollars, livraison incluse ! La STCC n\u2019est pas la seule technique de neuromodulation, mais c\u2019est de loin la plus commode.Pas besoin d\u2019ouvrir la boîte crânienne pour y implanter chirurgicalement des électrodes reliées à un boîtier, comme c\u2019est le cas avec la stimulation cérébrale profonde.Surtout, il n\u2019est pas nécessaire de se déplacer dans un laboratoire pour en béné?cier.Contrairement à la stimulation magnétique transcrânienne, qui consiste à appliquer une impulsion magnétique à travers le crâne a?n de stimuler certaines régions du cortex cérébral, les appareils de STCC sont légers, compacts et simples d\u2019utilisation.L\u2019idée d\u2019utiliser l\u2019électricité pour agir sur le cerveau existe depuis des siècles : Apprendre rapidement une nouvelle langue, améliorer ses performances sportives, repousser la fatigue : un faible courant électrique appliqué sur la tête permettrait tout cela et même plus.Vraiment ?PAR MAXIME BILODEAU I M A G E : S H U T T E R S T O C K QUÉBEC SCIENCE 37 JUILLET-AOÛT 2019 SANTÉ P H O T O : L O U I S E B I L O D E A U « On ne peut pas se ?er uniquement aux actions et émotions des participants pour con?rmer l\u2019ef?cacité de la STCC.» \u2013 Shirley Fecteau, professeure à l\u2019Université Laval les Grecs et les Romains de l\u2019Antiquité connaissaient les vertus médicales des poissons électriques, comme la torpille, qu\u2019ils plaçent directement sur le cuir chevelu pour stimuler le cerveau.C\u2019est en l\u2019an 2000 que les premiers travaux modernes sur la STCC ont été publiés, dans les pages du Journal of Physiology.Les chercheurs, des Allemands, y font état d\u2019une hausse de l\u2019excitabilité cérébrale de 40 % dans certaines zones du cerveau à la suite de son application.L\u2019industrie a ?airé la bonne affaire : le marché mondial des neurotechnologies destinées au consommateur ?qui, du reste, ne se limitent pas à la STCC ?représentera trois milliards de dollars américains d\u2019ici 2020.UNE RÈGLEMENTATION FLOUE Cet engouement n\u2019est pas sans inquiéter la communauté scienti?que.Dans un article paru plus tôt cette année dans la revue Science, le professeur de l\u2019Université de la Colombie-Britannique Peter Reiner déplore l\u2019absence de surveillance de la part des agences de santé publique, comme Santé Canada et la Food and Drug Administration aux États-Unis.Ainsi, les compagnies qui commercialisent des appareils de STCC en Amérique du Nord n\u2019ont pas à prouver l\u2019innocuité de leurs produits tant que leurs promesses restent vagues.«Elles vont parler d\u2019amélioration du bien-être et de l\u2019humeur générale, sans plus.En ce sens, elles contournent la règlementation et n\u2019ont de comptes à rendre à personne », explique le neuroéthicien en entrevue.À la défense des autorités sanitaires, les données qui concluent à la dangerosité de la STCC sont anecdotiques, voire inexistantes.Outre les brûlures de faible importance causées par l\u2019application fréquente de courants électriques sur la peau et les maux de tête aussi bénins que passagers, la STCC n\u2019occasionne pas d\u2019effets secondaires.Rien qui mérite en tout cas d\u2019accaparer les ressources d\u2019agences gouvernementales, qui ont bien d\u2019autres chats à fouetter.L\u2019absence de preuves formelles d\u2019effets à long terme découlant d\u2019un usage répété de la STCC ne signi?e toutefois pas qu\u2019ils n\u2019existent pas.« On ignore ce que 5, 10, 15 ans de STCC laissent comme traces dans le cerveau.Or, au lieu d\u2019appliquer le principe de précaution, on ferme les yeux et l\u2019on se contente du statu quo », déplore Peter Reiner, qui plaide pour la mise sur pied d\u2019un comité d\u2019experts qui agirait un peu comme un chien de garde quant à ces questions a?n d\u2019éviter tout dérapage.Vince Clark, professeur à l\u2019Université du Nouveau-Mexique et spécialiste de la neuromodulation, se fait plus rassurant.Sans nier les risques potentiels pour la santé qui guettent les consommateurs crédules, il en minimise la gravité.« S\u2019il y en a, on ?nira par le savoir tôt ou tard.À ma connaissance, les cabinets de médecins ne sont pas envahis par des adeptes de STCC aux prises avec des problèmes neurologiques\u2026 », fait-il remarquer.Il reconnaît cependant que ces mêmes amateurs font preuve d\u2019un optimisme démesuré à l\u2019égard d\u2019une technologie qui n\u2019a pas encore fait ses preuves.DES POSSIBILITÉS INFINIES Troubles de l\u2019humeur, rééducation à la suite d\u2019un accident cérébral vasculaire, alcoolisme, stress post-traumatique : les usages médicaux possibles de la STCC sont multiples.Depuis 2015, il se publie annuellement au-delà de 600 études sur le sujet.Difficile néanmoins d\u2019accorder la même crédibilité à l\u2019ensemble de ces recherches sur la STCC tant les protocoles diffèrent.Shirley Fecteau, professeure à l\u2019Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neu- roplasticité cognitive, donne l\u2019exemple de la cessation tabagique, un de ses nombreux champs d\u2019intérêt.«On sait que le tabagisme implique des processus cognitifs comme l\u2019impulsivité.Nous stimulons donc les régions cérébrales activées pendant les épisodes de forte envie de consommation», résume-t-elle.Plus simple à dire qu\u2019à faire, car les variables sur lesquelles intervenir sont in?nies.Elles vont du nombre d\u2019électrodes (de deux à plusieurs dizaines) à leur mise en place en passant par le type de courant (alternatif, pulsé, continu\u2026), sa polarité (sens du courant), mais aussi les dispositions propres aux fumeurs.«Applique-t-on la STCC avant que le participant ait fumé ou après ?Le prive- t-on plutôt complètement de cigarettes ?Intervient-on le matin, le midi, le soir ?autour des repas ?» énumère-t-elle.Plus fondamental encore : un doute persiste quant à l\u2019ef?cacité même du traitement.Dans une étude parue l\u2019année dernière dans la revue Nature, une équipe hongro-américaine rapporte qu\u2019environ 75 % du courant électrique appliqué sur le cuir chevelu de cadavres animaux et humains est dissipé par les tissus mous et l\u2019os du crâne.Faites le calcul : seul de 0,25 à 0,50 milliampère atteindrait réellement le cerveau, une intensité ridiculement basse.Ces mêmes chercheurs estiment qu\u2019au moins 4 milliampères ?l\u2019équivalent de la décharge d\u2019un pistolet à impulsion électrique ?seraient nécessaires pour stimuler les neurones et produire un quelconque effet dans le cerveau.Ces résultats ont fait réagir quelques scienti?ques, dont Vincent Walsh, de la University College de Londres, qui a qualifié la recherche sur la STCC « d\u2019océan de bêtises et de mauvaise science ».Les quelques métanalyses publiées sur le sujet lui donnent en partie raison : plusieurs sont pour le moins mitigées, faisant état de faibles preuves de son ef?cacité.QUÉBEC SCIENCE 38 JUILLET-AOÛT 2019 SÉPARER LE BON GRAIN DE L\u2019IVRAIE Si le doute plane, ce n\u2019est manifestement pas dans l\u2019esprit de Vince Clark.Il n\u2019est pas surpris par la médiocrité de plusieurs études sur la STCC, qu\u2019il impute en grande partie à l\u2019amateurisme des équipes qui les ont menées.« Le but de toute science est d\u2019établir des liens de cause à effet en contrôlant toutes les variables d\u2019une expérience, ce que ces chercheurs peinent à faire.C\u2019est vrai dans tous les domaines scienti?ques », fait-il remarquer.Même réaction de la part de Shirley Fecteau, qui attribue la grande popularité de cette technique auprès de la communauté scienti?que à sa polyvalence et à son accessibilité.« Ce n\u2019est pas tout de s\u2019équiper et de s\u2019improviser expert du cerveau.Encore faut-il posséder le bagage de connaissances nécessaire pour mettre au point une méthodologie rigoureuse », déclare-t-elle.C\u2019est ce qui explique pourquoi elle recourt systématiquement à la neuro- imagerie, comme l\u2019imagerie par résonance magnétique, dans le cadre des travaux qu\u2019elle effectue dans son laboratoire.Le but : observer en temps réel l\u2019effet de la STCC sur les régions du cerveau concernées.« Cela nous permet de nous assurer de l\u2019exactitude des paramètres de neuromodulation au regard des changements dans la manière de fonctionner du cerveau.On peut dès lors faire des liens avec les comportements observés et ainsi renforcer les liens de causalité », analyse-t-elle.Bien que fondamentale, cette étape de validation était une chose impossible du point de vue technique il y a encore quelques années.« On ne peut pas se ?er uniquement aux actions et émotions des participants pour con?rmer l\u2019ef?cacité de la STCC, un biais qu\u2019on voit encore de manière fréquente », rappelle Shirley Fecteau.Mais de tout ça, les adeptes de la STCC n\u2019ont cure, comme en témoignent leurs discussions troublantes sur Reddit.Un homme qui souffre d\u2019un trouble du dé?cit de l\u2019attention avec hyperactivité s\u2019y fait par exemple conseiller divers montages d\u2019électrodes.Un autre cherche plutôt des recommandations pour mettre ?n à ses épisodes d\u2019extrême colère.Parfois, les échanges sont carrément surréalistes.« Quelqu\u2019un a-t-il déjà soigné ses problèmes de libido avec la STCC ?» demande le plus sincèrement du monde un internaute.Et devinez quoi : des mains se lèvent dans l\u2019assistance virtuelle\u2026 lQS QUI SONT LES ADEPTES DE LA STCC ?Qui sont les mordus de stimulation transcrânienne à courant continu ?Une équipe de l\u2019Université de Pennsylvanie en a brossé le portrait dans une rare étude publiée l\u2019année dernière dans les pages du Journal of Cognitive Enhancement.Les chercheurs ont interrogé 339 membres du grand public, majoritairement des Nord-Américains, ayant acheté un appareil destiné aux particuliers.Si la plupart sont des hommes, les adeptes sont néanmoins plus âgés qu\u2019on pourrait le croire (45 ans en moyenne) et occupent une position élevée dans l\u2019échelle sociale.Près des trois quarts d\u2019entre eux se sont tournés vers cette technologie pour accroître leurs facultés cognitives ; 40 % l\u2019ont plutôt choisie pour traiter un trouble quelconque, comme la dépression.Quatre participants sur 10 s\u2019en sont lassés après un certain temps, principalement par manque d\u2019ef?cacité perçue et par absence de supervision appropriée.Fait à noter : 8,4 % des répondants à cette enquête ont rapporté avoir recouru à leur appareil à plus de 100 reprises.Shirley Fecteau, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neuroplasticité cognitive, utilise la neuro-imagerie pour observer en temps réel l\u2019effet de la STCC sur les régions du cerveau concernées.QUÉBEC SCIENCE 39 JUILLET-AOÛT 2019 ENVIRONNEMENT Est-il possible de reverdir une ancienne mine de fer isolée de tout et condamnée par un climat nordique di cile ?Une équipe tente de relever le déi.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE L éonie Côté ouvre la porte du frigo pour en sortir des champignons cultivés dans des plats en verre.L\u2019étudiante de l\u2019Université Laval place de grands espoirs dans ces amas gris, blanchâtres ou bruns originaires des alentours de sites miniers délaissés de Schefferville, à quelque 500 km au nord de Sept-Îles.Ces champignons, qui s\u2019associent naturellement aux racines de plantes, pourraient être le remède nécessaire à la restauration de ces anciennes mines de fer.Mais puisque les champignons peuvent être soit des alliés ou des parasites des plantes, il fallait d\u2019abord désigner lesquels étaient les « bons ».C\u2019est pourquoi 1 000 bouts de racines de différentes plantes du complexe minier ont été mis au frigo dans autant de contenants.« J\u2019ai identi?é 106 espèces de champignons et j\u2019ai choisi les plus fréquentes, car elles sont peut-être les plus béné?ques pour les plantes », explique la jeune femme.Elles peuvent faciliter l\u2019absorption de l\u2019eau et des nutriments par exemple.Ses neuf champignons « finalistes » ont ensuite été mis en contact avec des résidus miniers de Schefferville pour voir comment ils allaient réagir et pour déterminer lesquels étaient des alliés.« À cause du POUR QUE LE ROUGE PASSE AU Schefferville IMAGE : VIRIDIS TERRA INNOVATIONS ET T2 ENVIRONNEMENT ; SHUTTERSTOCK VERT Mine Poirier QUÉBEC SCIENCE 40 JUILLET-AOÛT 2019 La compagnie Iron Ore du Canada a exploité plusieurs hectares de terrain à Schefferville entre 1954 et 1982.Voici l\u2019un des sites, dont l\u2019aspect n\u2019a guère changé depuis cette époque.bouleversement du sol, quand une graine germe, elle ne trouve pas nécessairement son champignon qui lui permet de bien croître, dit son professeur, Damase Khasa, du Département des sciences du bois et de la forêt.L\u2019idée est de faire pousser la plantule en serre avec son champignon pour l\u2019aider à bien s\u2019établir quand elle sera transplantée dans la mine.» Car il faudra qu\u2019elle soit robuste pour tenir bon à Schefferville ! Les hectares de terrain perturbé et compacté par la compagnie minière Iron Ore du Canada entre 1954 et 1982 ont essentiellement le même aspect martien qu\u2019à l\u2019époque.Il faut savoir que, jusque dans les années 1990, les entreprises n\u2019étaient pas responsables de la restauration des sites exploités au Québec ?des sites qu\u2019on quali?e aujourd\u2019hui d\u2019orphelins.La compagnie Tata Steel Minerals du Canada (TSMC), qui exploite le fer depuis 2012 dans les mêmes environs, devra quant à elle reverdir le territoire qu\u2019elle aura perturbé et sait que ce ne sera pas aisé sur ce plateau isolé, froid et archi venteux.C\u2019est pourquoi elle ?nance un projet de recherche et développement depuis trois ans sur un ancien site et sur ses propres exploitations auquel collaborent différentes équipes, dont celle de Damase Khasa qui est soutenue par le Fonds de recherche du Québec ?Nature et technologies.Voilà qui tombe à point : le gouvernement du Québec commence les premières analyses en vue de la restauration des 11 sites orphelins dont il a la charge.Comment s\u2019y prendre pour faire jaillir la végétation sur le sol ferreux ?La feuille de route est à inventer ; il n\u2019y a pas d\u2019exemple québécois à des latitudes aussi élevées duquel s\u2019inspirer.La restauration la plus « nordique » demeure celle de la mine Poirier\u2026 à 100 km au nord d\u2019Amos.Et les mines véritablement au nord de la province sont toutes encore en activité.SOLUTION DURABLE Par les fenêtres de son bureau, au sous-sol de sa maison de Valcourt, Hugo Thibaudeau Robitaille, cofondateur de la ?rme T2 Environnement et gestionnaire du projet pour TSMC, pointe les sections de son terrain où il produit des légumes, du bois et du sirop d\u2019érable.La productivité de sa terre n\u2019a rien à voir avec celle du sol rougeâtre qui l\u2019occupe.« Les résidus miniers n\u2019ont aucune matière organique, dit le biologiste.Le but est de les restaurer en intégrant le moins d\u2019intrants [engrais, semences ou autres] possible pour que les écosystèmes se bâtissent d\u2019eux-mêmes.» Surtout que ces intrants devraient venir de loin, par avion ou par train, car les routes ne relient pas le sud de la province et Schefferville.« Et si l\u2019on ajoute des intrants pour faire une belle prairie, le jour où l\u2019on arrête d\u2019en mettre, la productivité tombe.Ce n\u2019est pas durable.» Le complexe minier a plusieurs visages : non seulement il est tantôt du côté du Labrador, tantôt au Québec, mais il se trouve aussi dans la zone de transition entre la taïga et la toundra arbustive.La première étape du projet a donc été de dresser l\u2019inventaire des végétaux de ce bout de pays, en collaboration avec la ?rme Viridis Terra Innovations, qui a une expertise en restauration de mines.Ces deux partenaires ont remarqué que les résidus miniers ne sont pas tous désertés par les végétaux.« Il y a des haldes [ces immenses buttes de résidus] qui sont exemptes de toute végétation, mais il y en a aussi qui ont été colonisées par des plantes, mentionne M.Thibaudeau Robitaille.On a sélectionné cinq espèces pionnières, c\u2019est-à-dire celles qui favorisent le démarrage des écosystèmes.» Les deux entreprises ont réalisé toutes À NOTER Ce reportage porte sur les recherches en vue du reverdissement des sites exploités par l\u2019entre prise TSMC.Au moment de mettre sous presse, no us apprenions que le bilan environnemental de la min ière est contesté par le conseil innu de Matimekush-L ac John, communauté voi sine de Schefferville, qui s\u2019in quiète du déversement d\u2019eaux rouges suspectes aux al entours d\u2019un site de minerai de fer en exploitation et de la gestion d\u2019un dépotoir situé du côté du Labrad or.Les autorités fédérales et provinciales surveillent la situation.Nous suivrons ce dossier dans les prochains mois sur notre site Web.QUÉBEC SCIENCE 41 JUILLET-AOÛT 2019 Ci-dessus, des champignons provenant de Schefferville cultivés en laboratoire par l\u2019étudiante à la maîtrise Léonie Côté, à l\u2019Université Laval.En bas : Daniel Tarte, cofondateur de T2 Environnement, lors d\u2019un suivi des essais sur le terrain, en septembre 2018.ENVIRONNEMENT I M A G E S : L É O N I E C Ô T É ; V I R I D I S T E R R A I N N O V A T I O N S E T T 2 E N V I R O N N E M E N T sortes de tests avec ces cinq espèces sur les sites en 2017 et 2018.Elles ont ainsi véri?é l\u2019ef?cacité de l\u2019hydroense- mencement et de différentes façons de planter les boutures ou de remodeler le terrain.Pendant ce temps, les racines des espèces clés avaient fait leur chemin jusqu\u2019à l\u2019Université Laval pour que s\u2019opère l\u2019inventaire des champignons.« Cet été, on va essayer d\u2019implanter des grappes de végétation pour voir si elles se disséminent.On veut aussi créer un verger de boutures pour le saule [l\u2019une des cinq espèces sélectionnée] parce que c\u2019est fastidieux de les recueillir directement dans la nature », indique Hugo Thibaudeau Robitaille, qui s\u2019amuse comme un petit fou avec ce projet.Les plantes qui seront utilisées pour les grappes sont celles qui ont grandi dans les serres de l\u2019Université Laval grâce aux soins de Roudy Jean.Dans une vingtaine de bacs bleus remplis de terre rouge, des boutures de saule prennent racine.Elles sont dopées par l\u2019inoculum secret du doctorant : une « soupe » nutritive à laquelle il ajoute les champignons recommandés par Léonie Côté.« Je teste trois champignons sur les boutures et j\u2019ai aussi des bacs sans champignon, signale le jeune homme.Je vais ensuite prendre des mesures physiologiques : le taux de photosynthèse et la biomasse », pour comparer l\u2019effet des différents inoculums.Au fond de la serre, ses semis d\u2019aulnes crispés et de bouleaux glanduleux pétants de santé se feront également servir une soupe avant de prendre l\u2019avion et d\u2019être plantés sur le site.Si les essais sont concluants et que l\u2019industrie manifeste un intérêt pour cette solution, les plants pourraient un jour être cultivés et inoculés dans une pépinière sur place, ouvrant la porte à un nouveau secteur économique pour les communautés locales.Non seulement un grand territoire doit déjà être restauré, mais d\u2019autres sites seront à verdir dans le futur ; deux minières sont toujours actives et la quête de gisements se poursuit.REGARD SUR LE MICROBIOME Dans un laboratoire du Conseil national de recherches du Canada situé au fond du quartier industriel de Mont-Royal, Charles Greer nous montre différents séquenceurs, dont le petit dernier, un MinION pas plus gros qu\u2019une barre de chocolat et qui permet des analyses sur le terrain.Son travail dans le projet consiste à décrire le microbiome des racines pour trouver, un peu comme pour les champignons, les bactéries qui vivent en symbiose avec des plantes des sites.« On s\u2019est intéressés au microbiome à l\u2019extérieur des racines, mais aussi à l\u2019intérieur des racines.Comme les humains, les plantes ont beaucoup de bactéries qui peuvent les protéger, les aider ou leur nuire.» Pour découvrir tout ce beau monde, « on prend la plante, on coupe les racines qu\u2019on veut utiliser et on les secoue pour enlever le gros de la terre, mime le microbiologiste.Celle qui est encore collée aux racines est celle qu\u2019on veut analyser parce que les bactéries qui sont béné?ques pour les plantes en sont proches ».Grâce aux séquenceurs, son équipe a pu obtenir l\u2019ADN « total » des échantillons, c\u2019est-à-dire l\u2019ADN mélangé de tous les systèmes biologiques d\u2019un échantillon de terre.Ensuite, il a suf?de comparer l\u2019amas d\u2019informations recueillies avec des banques de données pour désigner les espèces de bactéries qui répondent « présentes » ! Quant aux populations bactériennes à l\u2019intérieur des plants, il a fallu stériliser l\u2019extérieur des racines avant de les broyer pour en extraire, encore une fois, l\u2019ADN total et le décortiquer.Par la suite, l\u2019équipe de M.Greer a déterminé quelles bactéries se trouvent avec quelles espèces végétales sur des sites miniers et naturels.« On remarque par exemple deux souches communes pour trois sites perturbés.Ça peut signi?er qu\u2019elles sont importantes.» Il souhaite concevoir et mettre à l\u2019essai un autre inoculum avec ces « bonnes » bactéries ; si tout va bien, ce produit sera testé à la mine à l\u2019été 2020.Le recours aux organismes vivants pour restaurer des sites miniers est un phénomène encore nouveau, déclare M.Charles Greer, qui travaille depuis plusieurs années à la remise en état de sites d\u2019exploitation de sables bitumineux.« L\u2019industrie minière a moins l\u2019habitude de travailler avec les biotechnologies, sauf pour certaines techniques d\u2019extraction qui font appel aux microbes.» LES VÉGÉTAUX PIONNIERS Épinette noire Aulne crispé Bouleau glanduleux Airelle des marais Saule planifolié QUÉBEC SCIENCE 42 JUILLET-AOÛT 2019 \u201c C\u2019est la qualité de la terre qui me tracasse.C\u2019est quasiment du sable, et du sable plein de fer.\u201d \u2013 Mariana Trindade, gestionnaire des questions environnementales à TSMC DU SABLE PLEIN DE FER Mariana Trindade a une vue à la fois sur Montréal et sur Schefferville.Une grande carte couvre une partie d\u2019un mur de son bureau lumineux au 11e étage d\u2019une tour du centre-ville.La gestionnaire des questions environnementales de TSMC nous propose une visite guidée à vol d\u2019oiseau.« Là, c\u2019est Schefferville ; la ligne pointillée, c\u2019est la route ; et notre site commence ici, au Labrador.Au bout de la route, on revient au Québec et l\u2019on trouve les sites Goodwood et Sunny, dont l\u2019exploitation n\u2019a pas encore commencé.» La minière a investi quelque 300 000 $ depuis 2016 dans la recherche en vue de la restauration des lieux et continuera à verser 100 000 $ annuellement pour accroître les connaissances qui lui seront utiles dans quelques années, quand elle fermera un premier site.Mariana Trindade espère que la sélection judicieuse des végétaux, du modèle de plantation et des champignons et bactéries suf?ra à verdir les montagnes rouges, mais elle demeure sceptique.« C\u2019est la qualité de la terre qui me tracasse, avoue-t-elle.C\u2019est quasiment du sable, et du sable plein de fer\u2026 » Elle s\u2019est donc tournée vers Didier Barré, au Conseil national de recherches du Canada.Il commencera bientôt un travail de caractérisation du sol pour établir ce qu\u2019il y manque et ce qui pourrait y être ajouté.« Mais encore une fois, l\u2019idée est d\u2019utiliser ce qui est déjà sur place pour enrichir le sol, dit Mme Trindade.Faire du compost n\u2019est pas facile dans la région, à cause du climat et aussi de la présence d\u2019ours, qui rôdent dans les parages.Mais on pourrait songer à déchiqueter le carton et les palettes de bois pour les ajouter au sol.» Il faut penser à toutes les possibilités, selon elle.« Les conditions sont tellement hétérogènes qu\u2019on n\u2019arrivera pas à une recette unique.Quand on plante sur une pente pour éviter l\u2019érosion, les résultats peuvent être complètement différents d\u2019un côté à l\u2019autre.Ça va être un travail titanesque », reconnaît-elle.Cet été, Mariana Trindade prévoit aller sur le terrain avec l\u2019équipe.« Ça demande beaucoup de main-d\u2019œuvre d\u2019un coup.Je serai là comme ouvrière ! » Toutes les paires de bras comptent quand on s\u2019attaque à un monstre de fer.lQS QU\u2019EN EST-IL DES SITES ORPHELINS DE SCHEFFERVILLE ?Le gouvernement du Québec a hérité de 11 sites d\u2019exploitation du fer qui ont été fermés dans les années 1980.L\u2019étude de ces sites répartis sur 15 km commence cet été et devrait se terminer en 2021.« La caractérisation permet de faire le constat environnemental du site, qui inclut notamment d\u2019évaluer s\u2019il y a présence de drainage minier », explique Sophie Proulx, ingénieure de projet à la Direction de la restauration des sites miniers du ministère de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles.Ce drainage peut entraîner une lixiviation des métaux, c\u2019est-à-dire que des métaux peuvent se retrouver en trop grande concentration dans l\u2019eau de surface, les sédiments ou l\u2019eau souterraine.S\u2019il s\u2019agit de métaux problématiques, comme des éléments qui pourraient contaminer la chaîne alimentaire, il faudra corriger la situation avant de restaurer les lieux.Après cette évaluation, les sites seront classés comme prioritaires ou non, par rapport aux autres sites orphelins québécois, ce qui in?uencera la vitesse d\u2019action sur place.Car au total, Québec doit restaurer 82 sites d\u2019exploitation minière (6 en font actuellement l\u2019objet) et 223 sites d\u2019exploration, selon le dernier bilan, datant de mars 2018.Le ministère a-t-il con?ance que des entreprises seront capables de relever le dé?Les recherches à Schefferville montrent que restaurer un site en milieu nordique et isolé, ce n\u2019est pas de tout repos ! « C\u2019est sûr que notre bassin de consultants n\u2019est pas très grand, dit Mme Proulx.Mais il y en a qui ont l\u2019habitude de travailler en milieu reculé, ailleurs dans le monde.On en tiendra compte.» La restauration des vieux sites est toujours complexe.« On répare des pots cassés il y a 50 ans », rappelle l\u2019ingénieure.Une bouture de saule plantée par l\u2019équipe pour un test impliquant un système d\u2019irrigation.QUÉBEC SCIENCE 43 JUILLET-AOÛT 2019 ENVIRONNEMENT QUÉBEC SCIENCE 44 JUILLET-AOÛT 2019 DES INSECTES E n juillet 1976 et janvier 1977, Brad Lister s\u2019est rendu dans la forêt de Luquillo, à Porto Rico, pour compter tout ce qui avait six pattes.La petite mouche Bac- cha clavata, le coléoptère Antilliscaris megacephalus, le termite Nasutitermes costalis : en théorie, rien n\u2019échappait à ses pièges placés au sol et suspendus dans la canopée.Quand il est retourné dans la même forêt 35 ans plus tard, il en a perdu son latin.« Après quelques jours, c\u2019est devenu assez évident que les choses avaient profondément changé, raconte-t-il.Dans les années 1970, nos pièges collants étaient recouverts d\u2019insectes.Maintenant, ils en étaient essentiellement dépourvus.Il y avait un diptère ici et là, peut-être quelques coléoptères, mais en vérité presque rien.» « L\u2019équipe s\u2019est demandé s\u2019il ne s\u2019agissait pas de mauvaises journées, poursuit le professeur de biologie du Rensselaer Polytechnic Institute, dans l\u2019État de New York.Mais c\u2019est resté comme ça pendant toute la période d\u2019échantillonnage.Lorsqu\u2019on est revenus dans notre laboratoire aux États-Unis, on a réalisé que la biomasse d\u2019insectes sur les pièges disposés au sol avait diminué de 90 % par rapport aux années 1970, ce qui est sidérant.» Des campagnes d\u2019échantillonnage supplémentaires l\u2019année suivante ont mené les chercheurs au même constat.Tragiquement, l\u2019observation d\u2019un déclin dans les populations sauvages d\u2019insectes n\u2019est pas circonscrite à la petite île cari- béenne de Porto Rico.Avant que Brad Lister et son collègue Andres Garcia, de l\u2019Université nationale autonome du Mexique, publient leurs résultats dans la prestigieuse revue scienti?que Proceedings of the National Academy of Sciences en octobre 2018, d\u2019autres indications d\u2019une possible « apocalypse » chez les insectes émergeaient.C\u2019est une étude conduite en Allemagne qui a véritablement lancé le bal en 2017.Pendant 27 ans, les membres du club amateur d\u2019entomologie de Krefeld ont minutieusement récupéré les insectes volants se prenant les pattes dans des pièges situés à l\u2019un ou l\u2019autre des 63 lieux étudiés dans l\u2019ouest du pays.Leurs données, con?ées à des chercheurs néerlandais, ont révélé une diminution de 76 % de la biomasse d\u2019insectes entre 1989 et 2016.En janvier 2019, un nouveau coup de tonnerre résonne sur la planète insectes.Deux chercheurs basés en Australie ont analysé la littérature et compilé les résultats de 73 articles faisant état d\u2019une décroissance des insectes.Ils concluent Dans plusieurs écosystèmes, papillons, abeilles, termites et autres petites bêtes disparaissent à un rythme efarant.Si rien n\u2019est fait, la biodiversité entière risque de dépérir.PAR ALEXIS RIOPEL ILLUSTRATION : MARIANNE CHEVALIER LA DÉCHÉANCE QUÉBEC SCIENCE 45 JUILLET-AOÛT 2019 ENVIRONNEMENT P H O T O : V A L É R I A N M A Z A T A U D ; I M A G E S : S H U T T E R S T O C K que 40 % des espèces d\u2019insectes sont à risque d\u2019extinction d\u2019ici les prochaines décennies.Bien que certains entomologistes aient plus tard soulevé que cette prévision était précipitée du fait de la piètre couverture géographique des données, l\u2019alarme retentissait et n\u2019allait plus dérougir.Avec les publications des dernières années, « c\u2019est devenu clair que les insectes sont en déclin sur une base planétaire », souf?e Brad Lister.D\u2019autres experts avancent qu\u2019environ 10 % des espèces d\u2019insectes seraient déjà menacées d\u2019extinction, selon une estimation provisoire publiée en mai 2019 dans un vaste rapport de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, sous la gouverne de l\u2019Organisation des Nations unies.MAUVAIS DÉBARRAS À ce jour, environ un million d\u2019espèces d\u2019insectes sont répertoriées sur la planète, mais les entomologistes estiment qu\u2019il en existerait 5,5 millions.La plupart d\u2019entre elles provoquent chez nous du dégoût, de l\u2019exaspération ou de l\u2019indifférence.Le traitement de ruisseaux avec des bio-insecticides pour éradiquer les moustiques dans des régions de villégiature au Québec illustre notre relation dif?cile avec les insectes.Il y a néanmoins des exceptions ! Dans une serre du Jardin botanique de Montréal, au début du printemps, c\u2019est l\u2019émerveillement qu\u2019on peut lire dans les yeux des visiteurs.Comme chaque année, les entomologistes de l\u2019Insectarium ont importé les chrysalides des plus belles espèces du monde pour l\u2019exposition Papillons en liberté.La biodiversité, quand elle revêt ses plus beaux habits, attire des foules hautement diversi?ées : aînés, étudiants et touristes admirent ou photographient les graciles créatures tandis que Maxim Larrivée nous rejoint.Ses cheveux virent au gris, la même couleur que son regard qui ne manque pas de remarquer le moindre papillon qui pourrait être écrasé sous sa botte.Ce chercheur de l\u2019Insectarium est un spécialiste des monarques, ces lépidoptères emblématiques de la fragilité des écosystèmes.Il étudie l\u2019évolution de cette espèce « charismatique », qui reçoit beaucoup d\u2019attention de la part du public et des médias, mais il se porte aussi à la défense des « petites bibittes brunes » qui n\u2019intéressent personne.« Normalement, lorsqu\u2019on se met à analyser le déclin d\u2019une espèce, c\u2019est parce que sa population a déjà sérieusement diminué, signale-t-il, donnant en exemple la tourte, le monarque et la morue.Ce que l\u2019on constate actuellement, c\u2019est qu\u2019il y a une exacerbation du problème.Mais cela n\u2019a pas commencé il y a 30 ans ; cela s\u2019est produit graduellement et remonte à bien plus longtemps.» Sa plus grande crainte, en étudiant les insectes, est d\u2019écrire la chronique d\u2019une mort annoncée, con?e-t-il.« Devrait-on se concentrer tout de suite sur des mécanismes d\u2019adaptation et des mesures d\u2019atténuation qui pourraient, au moins, ralentir le processus ?Les insectes ont QUÉBEC SCIENCE 46 JUILLET-AOÛT 2019 un rôle beaucoup plus grand que de se gaver de notre sang : ils ont une fonction écosystémique considérable », explique-t-il en chassant un papillon venu se poser sur sa tête.Malgré leur minuscule taille, les insectes portent sur leurs épaules une grande partie des écosystèmes terrestres.Bien entendu, ils sont à la base de la chaîne alimentaire.De nombreux oiseaux, amphibiens, reptiles et petits mammifères s\u2019en nourrissent.Les insectes contribuent également à la dégradation de la matière organique morte.Les termites, par exemple, décomposent une importante fraction du bois mort dans les forêts humides tropicales.Les insectes volants, surtout les abeilles et les bourdons, contribuent par ailleurs à la pollinisation de près de 90 % des plantes à ?eurs sauvages.En outre, les insectes pro?tent d\u2019une foule de manières plus directes aux humains.D\u2019abord, les trois quarts des cultures céréalières et maraîchères dépendent de la pollinisation par les insectes.Puis, ils font partie de l\u2019alimentation traditionnelle de plus de deux milliards d\u2019humains ?on en dénombre près de 2 000 espèces qui sont consommées.Leur apport en protéines pourrait d\u2019ailleurs être fort utile pour nourrir de façon écologique une population mondiale en pleine croissance.Ils produisent en?n certains matériaux, comme la soie, ou de délicieux aliments, comme le miel.LES RACINES DU PROBLÈME Des boisés allemands aux forêts tropicales portoricaines, la diversité et l\u2019abondance des insectes sont sévèrement mises à mal.Une poignée de facteurs ?tous attribuables à l\u2019activité humaine ?contribuent à ce déclin massif.Les scienti?ques accusent principalement la perte d\u2019habitats naturels, l\u2019utilisation massive de pesticides (comme les néonicotinoïdes « tueurs d\u2019abeilles ») et les changements climatiques.La dose de chacun de ces ingrédients varie d\u2019un pays à l\u2019autre dans ce que Maxim Larrivée appelle « le cocktail des changements globaux ».En Allemagne par exemple, les lieux échantillonnés par le club entomologique de Krefeld étaient pratiquement tous bordés par des terres agricoles.Les auteurs évoquent d\u2019ailleurs l\u2019intensification de l\u2019agriculture comme la probable cause principale du déclin observé.Leur analyse statistique écarte même la hausse de la température de 0,5 °C pendant la période étudiée.Ce tableau pourrait être typique de l\u2019Europe, où la densité de population est élevée et l\u2019agriculture omniprésente.À Porto Rico, la situation est tout autre.L\u2019agriculture y est très peu pratiquée, l\u2019économie étant surtout basée sur le tourisme et l\u2019industrie.Par ailleurs, la forêt de Luquillo fait partie d\u2019un territoire protégé depuis 1876.L\u2019analyse statistique des chercheurs a plutôt établi que le déclin des insectes était en grande partie attribuable à l\u2019augmentation de 2 °C des températures maximales quotidiennes entre 1976 et 2012.Une telle causalité est d\u2019ailleurs parfaitement logique d\u2019un point de vue biologique, dans le contexte de la forêt tropicale.« Les insectes tropicaux ont évolué dans un environnement où les ?uctuations de température sont très peu nombreuses, explique Brad Lister.En conséquence, de petites variations au-dessus de leur température optimale font en sorte qu\u2019ils ne sont plus adaptés au milieu.Leur reproduction en pâtit et leur taux de mortalité augmente.» Pour l\u2019instant, l\u2019immense majorité des études sur le déclin de populations d\u2019insectes ont été réalisées en Europe ou aux États-Unis (à l\u2019exception notable de celle de Brad Lister, à Porto Rico).Au Québec, aucun suivi de la biomasse des insectes n\u2019a été entrepris de manière systématique dans les dernières décennies, selon Maxim Larrivée et Christian Hébert, chercheur au ministère des Ressources naturelles du Canada.Toutefois, les choses pourraient bientôt changer.M.Hébert travaille au Service canadien des forêts depuis près de 30 ans.Dans la foulée du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992, il a orienté ses travaux sur la biodiversité des insectes, surtout dans la forêt boréale québécoise.La plupart de ses projets de recherche portent sur l\u2019évolution de l\u2019abondance et de la diversité des populations d\u2019insectes dans les forêts ayant subi un stress, comme l\u2019invasion d\u2019un ravageur, une maladie, un incendie ou des vents dévastateurs.Pour chacun des secteurs endommagés qu\u2019il étudie, le chercheur tend aussi des pièges sur des parcelles où la forêt a été épargnée.Cela lui donne une lecture de l\u2019état « normal » des communautés d\u2019insectes.Or, ces données amassées à simple titre comparatif sont celles qui pourraient maintenant lui permettre de véri?er si les insectes québécois sont victimes d\u2019une hécatombe.« Dès cette année, nous allons retourner prendre des échantillons dans des forêts que nous avons déjà étudiées dans le passé, mentionne-t-il.Cela nous permettra d\u2019obtenir des données rigoureuses pour comparer les communautés d\u2019insectes et leurs abondances relatives.» Le premier endroit qu\u2019il revisitera se trouve dans le parc national des Grands- Jardins, dans Charlevoix.Christian Hébert étudie cette forêt depuis l\u2019incendie de 1999, qui avait ravagé plus de 5 000 hectares.En 2009, il y avait noté une tendance à la baisse des populations d\u2019insectes dans les \u201c Les insectes ont un rôle beaucoup plus grand que de se gaver de notre sang : ils ont une fonction écosystémique considérable.\u201d \u2013 Maxim Larrivée, chercheur à l\u2019Insectarium de Montréal QUÉBEC SCIENCE 47 JUILLET-AOÛT 2019 ENVIRONNEMENT I M A G E : S H U T T E R S T O C K parcelles épargnées par les ?ammes par rapport à l\u2019an 2000.« Ce sera intéressant de voir si la tendance se con?rme, si l\u2019on atteint un plateau ou bien si la baisse est annulée par une remontée des populations », fait-il valoir.Selon Christian Hébert, les insectes des forêts boréales québécoises sont probablement exposés à un cocktail moins explosif qu\u2019en Europe, car ils sont situés loin des terres agricoles.Ils sont aussi en mesure de résister à des écarts de température plus importants que leurs cousins des tropiques, simplement du fait que les conditions varient naturellement au ?l de l\u2019été.Dans le sud du Québec, Maxim Larrivée soupçonne que la situation pourrait être plus grave.Comme bien d\u2019autres, il remarque de façon anecdotique que moins d\u2019espèces d\u2019insectes viennent finir leurs jours sur son pare-brise, comparativement aux années 1990.Pour établir un état des lieux plus quantitatif, il collabore à un grand programme de suivi de la biodiversité mis en branle par le gouvernement québécois.À terme, des biologistes doivent visiter 250 cellules d\u2019un rayon d\u2019une quinzaine de kilomètres réparties sur le territoire et y quanti?er l\u2019abondance de certaines espèces ciblées.Chacune des cellules englobera un ou deux milieux humides, une zone forestière ou toundrique, un lac et une rivière.Chez les insectes, on s\u2019intéressera aux odonates et aux papillons dans les milieux humides et aux espèces habitant le sol dans les milieux forestiers.Peu importe la situation actuelle au Québec, aucune région du monde n\u2019est à l\u2019abri d\u2019un appauvrissement de la biodiversité.Et du moment que quelques espèces disparaissent, la résilience du système entier est fragilisée.« Je ne crois pas être alarmiste en disant que nous approchons à toute vitesse du point de non-retour, se désole Brad Lister.Le monde naturel est en train d\u2019imploser autour de nous.» Mais même si la sixième extinction est bien en marche, il n\u2019est jamais trop tard pour changer nos pratiques, fait observer Maxim Larrivée.« L\u2019enjeu de la biodiversité doit nous préoccuper parce que ses répercussions ne seront pas uniquement sur la biosphère, mais aussi sur l\u2019humain à court et moyen terme », dit-il.La perte de la biodiversité, c\u2019est comme les changements climatiques : on ne sait pas quand ça va déraper, s\u2019inquiète quant à lui Christian Hébert.« D\u2019un coup, ça peut aller très vite et provoquer des effets catastrophiques.On ne veut pas se rendre là.» Avant d\u2019ajouter une note d\u2019espoir\u2026 à l\u2019égard des insectes : « Si ça se trouve, on va disparaître avant eux.» lQS Cégep de Sherbrooke Nicolas Lambert, Anthony Marcotte et Olivier Michaud Pour ne rien manquer de Science, on tourne?!, suivez-nous sur /scienceontourne Félicitations aux gagnants de la finale nationale scienceontourne.com 2 7 e é d i t i o n Un événement du QUÉBEC SCIENCE 48 JUILLET-AOÛT 2019 Juill.1976 Janv.1977 Juill.2011 Janv.2012 Juill.2012 Janv.2013 100 75 50 25 0 Biomasse moyenne (mg) UN EFFONDREMENT BRUTAL ?Ce graphique présente la biomasse des insectes capturés pour 100 coups de ?let dans la forêt de Luquillo, à Porto Rico, par Brad Lister et son équipe.Calculées en milligrammes, ces valeurs sont moyennées sur plusieurs centaines de fauchages dans les hautes herbes à chaque période d\u2019échantillonnage.SOURCE : « CLIMATE-DRIVEN DECLINES IN ARTHROPOD ABUNDANCE RESTRUCTURE A RAINFOREST FOOD WEB », PROCEEDINGS OF THE NATIONAL ACADEMY OF SCIENCES, 2018. ENVIRONNEMENT Déjà fragilisés par les changements climatiques, les coraux seraient aussi afectés par les résidus d\u2019écrans solaires.Si bien que des États veulent interdire aux baigneurs de s\u2019en badigeonner.PAR GABRIEL LAURIN À l\u2019été 2018, Hawaii a annoncé en grande pompe que les écrans solaires les plus communément utilisés ne seront plus les bienvenus sur ses plages dès 2021.Quelques mois plus tard, le petit archipel micronésien des Palaos et la ville de Key West, en Floride, lui emboîtaient le pas.Une décision qui provoquera sans doute des remous chez les touristes, ce qui importe peu à ces régions : elles veulent préserver leurs récifs coralliens dont la survie, déjà mise en péril par le réchauffement climatique, serait menacée par deux composants typiques des écrans solaires, l\u2019oxybenzone et l\u2019octinoxate.On soupçonne entre autres que l\u2019oxyben- zone entraînerait une hyperossi?cation chez les larves coralliennes.Elles mourraient enfermées dans leur propre squelette.D\u2019autres recherches ont montré que l\u2019oxy- benzone, mais aussi d\u2019autres composés présents dans la crème solaire, stimulerait des infections virales dormantes dans les zooxanthelles, ces algues minuscules qui donnent leur couleur aux coraux.Les virus se répliqueraient au point de provoquer l\u2019explosion des algues et le blanchissement des coraux, puis se répandraient dans les eaux environnantes et contamineraient les récifs voisins.Inquiétant ?À première vue oui.Chaque année, les vacanciers laissent dans leur L\u2019ÉCRAN SOLAIRE, NOUVEL ENNEMI DES CORAUX ?I M A G E : S H U T T E R S T O C K QUÉBEC SCIENCE 49 JUILLET-AOÛT 2019 ENVIRONNEMENT TONNES D\u2019ÉCRAN SOLAIRE dans les eaux où baignent les coraux.I M A G E S : S H U T T E R S T O C K sillage de 6 000 à 14 000 tonnes d\u2019écran solaire qui polluent les eaux où baignent les coraux, selon les plus récentes estimations des quantités vendues annuellement.La majorité de ces crèmes sont dites « organiques », car elles contiennent des ?ltres chimiques, comme l\u2019oxybenzone et l\u2019octinoxate, qui vont absorber les rayons UV.Les autres crèmes, dites « minérales », comptent plutôt sur des particules d\u2019oxyde de zinc ou de dioxyde de titane, qui reflètent physiquement les rayons du soleil.Ces dernières ne sont jusqu\u2019à présent pas visées par les interdictions.Mais il faut dire que les législateurs hawaiiens et palaosiens n\u2019ont fondé leur interdiction que sur deux études scientifiques, ce qui a fait bondir Carys Mitchelmore, professeure au centre de science environnementale de l\u2019Université du Maryland.Lorsqu\u2019elle s\u2019est intéressée au projet de loi hawaiien, elle s\u2019attendait à trouver une multitude de recherches qui le justi?eraient.« Mais quand j\u2019ai véri?é, il n\u2019y avait rien de plus ! Non seulement les articles publiés sur le sujet étaient vraiment rares, mais les échantillons utilisés par leurs auteurs étaient bien peu nombreux.» Avec son équipe, elle a donc cherché à mieux documenter la concentration de 13 composants d\u2019écrans solaires dans les eaux hawaiiennes et a prélevé 57 échantillons autour de l\u2019archipel, soit beaucoup plus que les études précédentes.Résultat ?Les concentrations de ces sub stances étaient généralement très basses et, pour plusieurs échantillons, la quantité était si infime que la chercheuse n\u2019a pu obtenir de mesure exacte.Impossible, donc, de conclure qu\u2019elles endommagent véritablement les coraux ou tout autre organisme.Carys Mitchelmore déplore du même souf?e la manière dont on parle des composants chimiques dans l\u2019environnement.« Dès qu\u2019on apprend qu\u2019une substance a été détectée dans l\u2019eau de mer, on imagine qu\u2019elle cause des dommages.Mais ce n\u2019est pas le cas », spéci?e-t-elle.On doit surtout connaître les concentrations de la substance dans l\u2019écosystème avant de déterminer si elle peut nuire ou pas aux organismes qui y vivent.« Tout est toxique ; c\u2019est la concentration qui fait le poison, rappelle-t-elle.Et c\u2019est là que se trouve le décalage entre la perception du public et la réalité.» L\u2019OCTOCRYLÈNE, UN AUTRE SUSPECT ?Cependant, en décembre 2018, une étude parue dans le journal Analytical Chemistry montrait que l\u2019octocrylène, un autre ?ltre UV quasi omniprésent dans les LES VACANCIERS LAISSENT de 6 000 à 14 000 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K écrans solaires organiques, était lui aussi potentiellement toxique pour les coraux.En laboratoire, l\u2019octocrylène se transforme en dérivé d\u2019acide gras et s\u2019accumule discrètement dans le corail, altérant les fonctions des cellules.Dans les coraux exposés au produit, les chercheurs ont en effet détecté des taux élevés d\u2019acylcar- nitine, « une signature bien spéci?que du dysfonctionnement mitochondrial et donc d\u2019un dysfonctionnement du mécanisme de production d\u2019énergie dans la cellule », explique Didier Stien, auteur de l\u2019étude et chercheur au Laboratoire de biodiver- sité et biotechnologies microbiennes de Banyuls, en France.Soulignons toutefois que ces effets toxiques se sont manifestés en laboratoire à des concentrations de 50 microgrammes par litre, alors que celles décelées dans l\u2019environnement par d\u2019autres études n\u2019ont jamais dépassé 7 microgrammes par litre, mentionne Didier Stien.Mais ce n\u2019est pas nécessairement une raison de se réjouir.Après tout, son étude ne s\u2019est déroulée que sur une semaine.« Ce qui signi?e que, sur des mois d\u2019exposition, il est très vraisemblable qu\u2019en milieu naturel les concentrations d\u2019oc- tocrylène soient suf?santes pour contribuer au déclin des coraux », signale-t-il.D\u2019autres expériences seront nécessaires avant d\u2019avoir la certitude que l\u2019octocrylène «Dès qu\u2019on apprend qu\u2019une substance a été détectée dans l\u2019eau de mer, on imagine qu\u2019elle cause des dommages.Mais ce n\u2019est pas le cas.» \u2013 Carys Mitchelmore, spécialiste en toxicologie aquatique ENVIRONNEMENT I M A G E : S H U T T E R S T O C K Dès que le beau temps s\u2019installe, toutes les associations de dermatologues recommandent d\u2019appliquer un écran solaire plusieurs fois par jour.Le hic, c\u2019est que les ?ltres chimiques utilisés dans les écrans solaires pourraient pénétrer dans la circulation sanguine plus que ce qu\u2019on pensait.C\u2019est ce qu\u2019indique une petite étude publiée en mai dernier dans le Journal of American Medical Association, qui a mesuré les concentrations de quatre ?ltres chimiques, dont l\u2019octocrylène et l\u2019oxybenzone, dans le sang de volontaires qui avaient appliqué quatre fois par jour pendant quatre jours un écran solaire en lotion ou en vaporisateur.Résultat ?« Les concentrations plasmatiques étaient supérieures au seuil établi par la FDA [l\u2019agence américaine des denrées alimentaires et des médicaments] en deçà duquel les fabricants sont exemptés de certains tests toxicologiques non cliniques.» En d\u2019autres termes, il faudrait peut-être se pencher sur les effets de ces produits sur l\u2019organisme, puisqu\u2019ils passent dans le sang en quantité non négligeable.La question est d\u2019autant plus pressante que l\u2019oxybenzone pourrait perturber les concentrations d\u2019hormones telles que la testostérone et l\u2019œstrogène, comme le montrent certaines recherches dont une revue de la littérature publiée dans Reproductive Toxicology en 2017.Mais ne cédons pas à la panique.Selon Joël Claveau, dermatologue spécialiste du mélanome au CHU de Québec-Université Laval, les résultats de plusieurs analyses s\u2019appliquent mal à l\u2019humain, puisqu\u2019ils ont été obtenus sur des souris ou des poissons.Ainsi, pour qu\u2019un écran solaire interfère avec les hormones, « il faudrait quasiment s\u2019en badigeonner la peau l\u2019équivalent d\u2019un gallon de peinture ; on aurait alors des doses comparables à ce qui a été testé sur les animaux », mentionne-t-il.Par conséquent, il n\u2019y a probablement aucun danger à utiliser ces crèmes tous les jours.Cependant, gare à une application qui ne respecte pas les indications sur l\u2019emballage, elle pourrait ne pas protéger suf?samment la peau.La crème pourrait-elle, au contraire, être trop ef?cace en privant notre épiderme des bienfaits du soleil ?C\u2019est ce que laissent entendre certaines rumeurs, puisque notre peau « se nourrit » des rayons du soleil pour produire de la vitamine D, qui favorise notamment la santé des os.Risque-t-on alors une carence si l\u2019on s\u2019enduit régulièrement d\u2019écran solaire ?La vaste majorité des études montre que ces produits n\u2019ont guère d\u2019effet sur la production de vitamine D, qui ne requiert que peu de rayons UV, dit Antony Young, professeur en photobiologie expérimentale au King\u2019s College de Londres.En revanche, il faut une quantité bien plus élevée de ces mêmes rayons pour provoquer un coup de soleil.S\u2019il y a bien une chose que la science a démontré de manière irréfutable, c\u2019est que 95 % des cancers de la peau sont associés à l\u2019exposition au soleil.Alors, sortez vos tubes d\u2019écran solaire, mais aussi vos chapeaux, des vêtements protégeant des rayons UV et vos parasols ! UNE PROTECTION À DOUBLE TRANCHANT ?À en croire certains articles qui circulent chaque été sur les réseaux sociaux, les écrans solaires seraient des concentrés cancérigènes, bourrés de nanoparticules nocives et autres perturbateurs endocriniens.Qu\u2019en disent les experts ?QUÉBEC SCIENCE 52 JUILLET-AOÛT 2019 veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 RÉSERVEZ VOS VACANCES ! Envie d'une courte escapade?Optez pour le forfait week-end, du 3 au 5 août.Photo : Yvan Monette et Diane Dufresne 3 AU 9 AOÛT Partez à la conquête du lac Saint-Jean ! Roulez 7 jours dans une nature hors du commun, conjuguez les plaisirs du vélo et les points de vue inoubliables.Des vacances clé en main pour être actif, respirer et proiter du moment.c en partenariat avec nuit à la santé des coraux.Il en va de même pour l\u2019oxybenzone et l\u2019octinoxate ?même si le verdict est déjà tombé à Hawaii.Cette précipitation à agir laisse dire à Terry Hughes, chercheur australien spécialiste des coraux, que le haro sur les crèmes solaires n\u2019est qu\u2019un « écran de fumée ».La preuve : le dépérissement des récifs coralliens est tout aussi virulent là où les baigneurs se font plus rares.Il apparaît donc curieux que des États comme Hawaii fassent de la crème solaire leur cheval de bataille, sans se préoccuper autant des autres menaces.Selon Terry Hughes, il faudrait avant tout s\u2019attaquer à l\u2019augmentation de la température des océans, au déversement des pesticides et des fertilisants, mais aussi au saccage de la vie marine et à la détérioration des récifs due à la surpêche, comme c\u2019est le cas à Hawaii.« Bref, si l\u2019on dressait une liste de ce qui endommage les coraux, la crème solaire se trouverait tout au bas de celle-ci, déclare-t-il.Les gens ont tendance à s\u2019attaquer à des causes qui ne coûtent pas grand-chose et qui sont politiquement simples.Il est beaucoup plus dif?cile de dire à des gens qu\u2019ils ne peuvent plus aller pêcher que de leur interdire de mettre de la crème solaire.» Pour l\u2019heure, il vaut mieux garder son tube à portée de main, car « n\u2019oublions pas que l\u2019écran solaire protège très bien contre les cancers de la peau », insiste Didier Stien.Et dans le doute, bien que la crème de la crème n\u2019existe pas encore, on peut toujours utiliser des écrans solaires minéraux qui, eux, ne présentent pas de risque pour les récifs coralliens, du moins pas pour l\u2019instant.lQS QUÉBEC SCIENCE 53 JUILLET-AOÛT 2019 L I R E P H O T O : A R N A U D D E L V A U X Un oiseau rare Imposant cadeau qui ne tombe du ciel qu\u2019une fois tous les 25 ans, le Deuxième atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional arrive en?n sur les tablettes.Et cet ouvrage est un objet bien singulier.Ambitieux inventaire des oiseaux d\u2019ici, le livre collige des données recueillies sur une période de cinq ans grâce à la participation citoyenne.« Les derniers sondages indiquent que de 18 % à 20 % de la population du Québec s\u2019intéresse aux oiseaux, alors c\u2019est facile de rallier des gens derrière un projet comme ça ! » explique Michel Robert, coordonnateur du projet au Service canadien de la faune d\u2019Environnement et Changement climatique Canada.Ce sont plus de 100 000 heures de travail qu\u2019a consacrées une armada d\u2019observateurs amateurs et professionnels bénévoles pour brosser un tableau des changements survenus au sein des populations d\u2019oiseaux depuis le recensement pour le premier atlas, à la ?n des années 1980.Les oiseaux sont un véritable indicateur de la santé de l\u2019environnement ; ils mettent en exergue les transformations de notre paysage.On apprend, par exemple, que les rapaces sont de plus en plus nombreux depuis l\u2019interdiction de l\u2019épandage du pesticide DDT.Quelqu\u2019un qui se demande pourquoi on voit moins d\u2019hirondelles trouvera aussi l\u2019explication dans ce deuxième atlas, illustre Marie-Hélène Hachey, adjointe à la coordination du livre.Pour les curieux, la diminution de la densité des insectes volants serait notamment montrée du doigt.Loin d\u2019être un guide d\u2019identi?cation (à près de trois kilos, on est loin du poids plume !), cet ouvrage de référence est dûment garni de photos, de cartes et de graphiques.Certes technique, il demeure très accessible.Ses courts comptes rendus, clairs et bien vulgarisés, braquent les jumelles autant sur la situation actuelle du gobemoucheron gris-bleu que du plus commun des pigeons.Professionnels et nouveaux initiés le parcourront avec plaisir.Notons que l\u2019aspect encyclopédique a disparu de cette édition, c\u2019est-à-dire les informations liées aux caractéristiques des espèces.On les retrouve donc dans le premier atlas, toujours disponible en version PDF sur le site du Regroupement QuébecOiseaux.Pour le second, mettez la main sur la version papier, car bientôt il sera un oiseau rare.La troisième édition ?qui sera publiée dans un quart de siècle ?sera fort probablement électronique.Deuxième atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, sous la direction de Michel Robert et collaborateurs, vendu en librairie 89,95 $ ou sur quebecoiseaux.org C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb ÉCOUTER En observation Entre les urgences et les gestes routiniers, les médecins sont parfois profondément marqués par des gens qu\u2019ils prennent sous leur aile.C\u2019est dans l\u2019âme même de la relation praticien- patient que nous plonge The Nocturnists.Dans ce balado américain tourné « sur le vif », public inclus, et suivi d\u2019une entrevue, les professionnels de la santé explorent une foule de sujets, comme les soins de ?n de vie en milieu carcéral ou la fois où un patient déclaré mort a retrouvé son pouls.Intimes, drôles et poignantes, les histoires racontées dans The Nocturnists montrent toute l\u2019humanité qui se cache derrière la froideur du rideau de la salle d\u2019examen.The Nocturnists, sur votre plateforme de balados préférée, environ 30 minutes par épisode, thenocturnists.com QUÉBEC SCIENCE 54 JUILLET-AOÛT 2019 Vers l\u2019inini et plus loin encore I M A G E : S H U T T E R S T O C K Le ilm dont vous êtes (tristement) le héros Our Planet, la nouvelle série documentaire de Net?ix, nous éblouit autant, sinon plus que ses consœurs Planet Earth et Blue Planet, avec ses images saisissantes célébrant la splendeur des écosystèmes.Si cette série en huit épisodes fait elle aussi appel à la narration impeccable du légendaire naturaliste David Attenborough, le ton est beaucoup plus dramatique, preuve qu\u2019il devient quasi impossible de représenter la beauté du monde sans contempler les désolantes répercussions de l\u2019activité humaine sur la nature.Un magni?que, mais déchirant testament de ce qu\u2019il reste de notre planète.Our Planet, huit épisodes d\u2019une heure, net?ix.com IMAGE : MUSÉE AMÉRICAIN D'HISTOIRE NATURELLE ET NASA VISITER LIRE Un sujet osseux Ils sont l\u2019essence même de notre charpente, mais rarement peut-on observer en détail les os.Le livre Skeleton Keys, du vulgarisateur scienti?que américain Brian Switek, sorte de biographie aussi divertissante que fouillée du squelette, met de la chair autour de l\u2019os.Son sujet, il le dépèce jusqu\u2019à la moelle, en partant du moment où les poissons préhistoriques ont commencé à sortir de l\u2019eau pour trouver de quoi se sustenter.Il nous parle également de l\u2019arthrite dont souffraient les dinosaures, de l\u2019obscur marché de squelettes humains et se demande ce qui a bien pu arriver au roi Richard III, enterré dans une tombe trop étroite et dont les restes ont été exhumés d\u2019un stationnement dans la ville de Leicester.Le paléontologue amateur ne lésine pas sur les faits et les anecdotes juteuses pour aborder notre relation complexe avec cette armature, qui continue de parler de nous bien après notre trépas.L\u2019auteur va même jusqu\u2019à imaginer sa propre fossilisation ! Skeleton Keys, par Brian Switek, Riverhead Books, 276 p.Éclair de génie Hydro-Québec fait partie de nos vies depuis maintenant 75 ans, alors quoi de mieux pour célébrer le second réseau hydroélectrique au monde en importance que de se projeter vers l\u2019avenir ?Dans cet ouvrage de vulgarisation, les journalistes Julie Barlow et Jean-Benoît Nadeau nous emmènent dans les coulisses de la société d\u2019État et nous racontent dans un style vivant et personnel les pans majeurs de son histoire pour mieux regarder vers l\u2019avant.On en apprend sur sa logistique de production, de transport et de distribution de l\u2019électricité dans la province, on y décortique sa tari?cation tout en jetant une lumière sur les scienti?ques (océanographes, chimistes, biologistes) qui y travaillent pour réaliser les études d\u2019impact sur l\u2019environnement.Ce livre éclairant propose de nouvelles pistes de ré?exion sur notre rapport à Hydro-Québec, qui espère percer de nouveaux marchés au cours des prochaines années.Branchée ! Hydro-Québec et le futur de l\u2019électricité, par Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow, Québec Amérique, 304 p.R E G A R D E R QUÉBEC SCIENCE 55 JUILLET-AOÛT 2019 Bien plus que des volcans en bicarbonate de soude Pas étonnant que le documentaire Science Fair ait été l\u2019un des favoris du dernier Festival du ?lm de Sundance.On y raconte le parcours enlevant de neuf adolescents qui tentent de remporter les honneurs aux Olympiques de la science, l\u2019International Science and Engineering Fair (ISEF), dans laquelle s\u2019affrontent 1700 jeunes cerveaux de 78 pays.Et chacun est bien déterminé à changer le monde.Ça nous prend aux tripes de voir Kash?a, une jeune musulmane d\u2019une école ne célébrant que l\u2019élite sportive, convaincre l\u2019entraîneur de football de la mentorer, puisque ses professeurs de science n\u2019ont pas de temps à lui consacrer.Et que dire du contrastant et enthousiaste Robbie, véritable artiste et génie des mathématiques, qui, dans ses loisirs, programme sa calculatrice pour qu\u2019elle lance des insultes shakespeariennes.Les présentations réalisées dans cette exposciences mondiale transforment également des destinées, et Science Fair a eu la bonne idée de faire témoigner des lauréats des premiers concours nés dans les années 1950 sur les retombées que l\u2019ISEF a eues dans leur vie.Il s\u2019agit aujourd\u2019hui d\u2019éminents chercheurs.On ne peut que s\u2019incliner devant la lumineuse jeunesse.Science Fair (Exposciences : ?nale mondiale, en version française) est disponible dans l\u2019iTunes Store, sur Google Play et Prime Video et en DVD.Aussi en vidéo sur demande à ICI Explora jusqu\u2019au 20 juillet, puis sur la plateforme de Tou.tv Extra jusqu\u2019en décembre prochain.I M A G E : S H U T T E R S T O C K Vous avez le nez collé sur vos soucis du quotidien ?Le nouveau ?lm Passeport pour l\u2019Univers, présenté au Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal, vous aidera à\u2026 mettre les choses en perspective.Bien assis sous le dôme, vous effectuerez un voyage cosmique dans les plus lointains recoins de l\u2019Univers qui vous permettra de saisir, comme jamais auparavant, notre véritable place dans l\u2019espace.Durant l\u2019exploration ?ctive, vous traverserez la nébuleuse d\u2019Orion et entrerez dans un trou noir, un trajet basé sur les plus récentes découvertes en astronomie.Cette production du Musée américain d\u2019histoire naturelle de New York donne le vertige.Lors de la visite, il ne faut surtout pas rater l\u2019exposition Femmes d\u2019impact, dans laquelle l\u2019artiste Bettina Forget a dessiné les 30 cratères lunaires (sur les 1 700 répertoriés) qui ont été baptisés en l\u2019honneur des grandes dames ayant marqué le monde des mathématiques, de la technologie et de la science au sens large.Et puisqu\u2019un billet vous donne accès à tous les ?lms de la journée, ?lez voir Aurorae, de retour sur les écrans du Planétarium.Portant sur les aurores boréales et accompagnée de la musique de DJ Champion, la production abonde en explications sur le phénomène dansant.Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal, espacepourlavie.ca/planetarium Vers l\u2019inini et plus loin encore La science grandeur nature www.magazinesdescience.com La science se lit aussi ici - acfas.ca/decouvrir | sciencepresse.qc.ca | multim.com L e progrès technologique peut-il être salvateur face à la dégradation écologique en cours ?Ou doit-il porter le poids de tous les maux environnementaux ?Arme à double tranchant, le jumelage technologie et environnement nous plonge dans un profond paradoxe.Si l\u2019on s\u2019arrête aux répercussions environnementales des dernières décennies, le bilan est plutôt médiocre.L\u2019utilisation massive des énergies fossiles a certes joué un rôle prépondérant dans l\u2019évolution de l\u2019humanité, mais à un coût exorbitant.Passons ici sur les ?ops qu\u2019ont été les biocarburants de première génération, le recours massif aux pesticides, aux BPC ou aux CFC ou encore l\u2019obsolescence programmée.Pourtant, il existe de nouvelles technologies grâce auxquelles il est possible de produire de l\u2019énergie de manière renouvelable et peu polluante.De surcroît, notre réalité environnementale actuelle nous permet dif?cilement de détourner le regard de ces avancées si nous voulons atténuer la crise climatique.Dans l\u2019espoir de limiter l\u2019élévation de la température globale à 1,5 °C, suivant l\u2019accord de Paris, il faudrait éliminer de 100 à 1 000 gigatonnes de CO2 de l\u2019atmosphère au cours de ce siècle.Au Canada seulement, les émissions étaient de 716 mégatonnes de CO 2 en 2017, alors que l\u2019objectif de réduction est ?xé à 513 mégatonnes de CO 2 d\u2019ici 2030.Une tendance malheureusement similaire parmi les grandes nations émettrices.Voilà pourquoi le Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) ?irte avec une approche qui inquiète certains climatologues, car ceux-ci y voient un pari hautement risqué: la géo-ingénierie.Cette méthode comprend plusieurs techniques qui visent à réduire le réchauffement planétaire par l\u2019élimination du CO 2 de l\u2019air ou la limitation de la quantité de rayons solaires atteignant la surface de la planète.On propose ainsi de fertiliser des océans a?n d\u2019en augmenter le potentiel de stockage du carbone par une croissance accrue du phytoplancton ou encore de créer des « parasols » qui seraient déployés dans la stratosphère pour re?éter la lumière du soleil dans l\u2019espace et ainsi refroidir l\u2019atmosphère terrestre.D\u2019autres s\u2019appuient sur l\u2019afforestation (plantation d\u2019arbres dans des lieux n\u2019ayant jamais été boisés) ou sur la captation de CO 2 directement à partir de l\u2019air, à l\u2019instar de ce que suggère l\u2019entreprise canadienne Carbone Engineering.L\u2019ennui, c\u2019est que certaines de ces technologies sont peu ou pas éprouvées ou très coûteuses, laissant place à une grande incertitude quant à leur contribution réelle et opportune, sans compter leurs effets potentiellement pervers sur les écosystèmes naturels.L\u2019IA À LA RESCOUSSE ?Mais voilà que viennent s\u2019ajouter des éléments impossibles à ignorer, soit l\u2019intelligence arti?cielle (IA) et l\u2019apprentissage profond.Voitures autonomes, ville intelligente, agriculture de précision : tout cela pourrait permettre de créer un avenir « durable » selon certains\u2026 dans la mesure où nous nous y prenons bien et que nous avons appris des erreurs des révolutions industrielles passées.Rassurant ou foi aveugle ?Au-delà des écueils fréquemment évoqués entourant l\u2019IA, dont l\u2019aspect éthique, peu semblent se pencher sur les implications écologiques de cette nouvelle venue dans l\u2019équation.Le Forum économique mondial l\u2019a illustré de façon douloureusement claire dans un récent rapport traitant de six grands risques que présente l\u2019IA pour la planète.L\u2019incidence sur l\u2019environnement y est principalement mentionnée sous l\u2019angle du « risque économique » : les auteurs estiment qu\u2019une productivité accrue grâce à l\u2019IA et à l\u2019automatisation pourrait contribuer à l\u2019augmentation de l\u2019utilisation des ressources, du gaspillage et de la demande en énergie.Les solutions soumises aux gouvernements ?Être proactifs et se doter de structures de gouvernance nationales et internationales sophistiquées et adéquates.Vraiment ?Trente ans après la création du GIEC et l\u2019état accablant de notre biosphère ?Vous me pardonnerez mon incrédulité\u2026 Pour certains, comme le philosophe Steven Pinker, les développements technologiques étant inéluctables et contribuant à notre prospérité, il serait inconcevable de ne pas en tirer pro?t a?n de résoudre nos problèmes écologiques et sociétaux les plus criants.Pour d\u2019autres, tel que le chroniqueur environnemental George Monbiot, bien que les changements technologiques soient nécessaires, notre futur climatique doit d\u2019abord reposer sur les efforts de restauration des milieux naturels, tout en remettant en question les fondements mêmes de notre système économique global ?dont dépendent grandement les avancées technologiques.Bien humblement, s\u2019il m\u2019apparaît évident que les innovations contribuent, pour la plupart, à de nombreux bienfaits et peuvent dif?cilement être ralenties, il me semble qu\u2019un peu de modestie, de recul, de discernement et de prévoyance seraient de mise devant l\u2019application tous azimuts de technologies qui, au mieux, pourraient nous épargner moult maux de tête climatiques et environnementaux et, au pire, faire de nous de véritables apprentis sorciers des temps modernes ! lQS Quand la techno va, tout va\u2026 ?JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.Anthropocène La science QUÉBEC SCIENCE 57 JUILLET-AOÛT 2019 QUÉBEC SCIENCE 58 JUILLET-AOÛT 2019 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME 1 AN \u203a 8 numéros \u203a 36 $ 2 ANS \u203a 16 numéros \u203a 58 $ 3 ANS \u203a 24 numéros \u203a 81 $ Économisez jusqu\u2019à 51% sur le prix en kiosque ABONNEZ-VOUS ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous 514 521-8356 - 1 800 567-8356, poste 504 (plus taxes) L\u2019ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE À LA PORTÉE DE TOUS Aussi offert en édition numérique 1 AN \u203a27 $* *Gratuit pour les abonnés à l'édition imprimée VISITEZ L\u2019EXPOSITION GRATUITE au Planétarium Rio Tinto Alcan du 14 mai au 8 décembre 2019 espacepourlavie.ca ET VOTEZ pour le prix du public Découverte jusqu\u2019au 15 septembre 2019 ici.radio-canada.ca/decouverte "]
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