Québec science, 1 janvier 2019, Septembre 2019, Vol. 58, No. 2
[" >QUEBEC SCIENCE SEPTEMBRE 2019 JANE GOODALL LA PRIMATOLOGUE \u201d \u201c Si nous continuons comme si de rien n\u2019était, il n\u2019y aura plus ni chimpanzés, ni éléphants, ni lions, ni girafes, ni tant d\u2019autres animaux dans la nature.L'ÉCHEC DE L'ENSEIGNEMENT DES SCIENCES LA RÉVOLUTION DES ONDES GRAVITATIONNELLES SEPTEMBRE 2019 6 , 9 5 $ MESSAGERIES DYNAMIQUES 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 NOUVEAUTÉS 2019 avec une expérience renouvelée NOUVEAU FILM et APPLICATION MOBILE « ÉMERGENCE » SALLE MULTIMÉDIA 4K RÉALITÉ VIRTUELLE l\u2019espace sepaq.com/montmegantic ÉMERGENCE photo : Rémi Boucher Prochaine sortie : l\u2019espace Photo?: Rémi Boucher astrolab.qc.ca NOUVEAUTÉS 2019 L\u2019ASTROLab ofre un décollage vers l\u2019inini avec une expérience renouvelée NOUVEAU FILM ET APPLICATION MOBILE «?ÉMERGENCE?» SALLE MULTIMÉDIA 4K | RÉALITÉ VIRTU LLE É ENCE 04_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2019-09.indd 2 19-08-07 09:39 SOMMAIRE 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 9 Carnet de santé Par Alexandra S.Arbour 11 Technopop Par Chloé Freslon | 13 Polémique Par Jean-François Cliche | 46 Culture Par Émilie Folie-Boivin 49 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 50 Rétroviseur Par Saturnome C O U V E R T U R E : P H O T O : M O R T E N B J A R N H O F 38 28 17 06 14 À 85 ans, Jane Goodall voyage plus de 300 jours par année pour sonner l\u2019alarme.REPORTAGES 19 En direct de l\u2019Univers La détection des ondes gravitationnelles, en 2015, a secoué le monde de l\u2019astronomie.Où en sommes-nous rendus ?24 La réunion des Corées : écrite dans le ciel ?L\u2019astronomie pourrait représenter un terrain neutre pour de premiers échanges entre les voisins en con?it depuis près de 75 ans.28 Tous des cancres en science ?Délaissée au primaire, malmenée au secondaire, la science est le parent pauvre du système scolaire québécois.33 L\u2019oreille prodigieuse Les ornithologues sont unanimes à saluer le talent phénoménal d\u2019Olivier Barden ; il entend les oiseaux comme personne.38 L\u2019herbe est-elle plus verte dans le pâturage ?Et si les grands troupeaux de bovins pouvaient contribuer à lutter contre le réchauffement planétaire et la dégradation des sols ?L\u2019idée a des adeptes.EN COUVERTURE 14 L\u2019infatigable Jane Goodall La célèbre primatologue qui a bravé les interdits pour documenter les mœurs des chimpanzés met aujourd\u2019hui sa détermination au service de la planète.SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS Une exposition temporaire au Musée des beaux-arts de Montréal nous permet de scruter sous les bandelettes des momies.8 CES REQUINS BIEN DE CHEZ NOUS Des chercheurs tentent d\u2019en apprendre davantage sur les grands requins blancs qui s\u2019aventurent au large de la Nouvelle-Écosse.10 BOROPHÈNE : LE MATÉRIAU MIRACLE ?La pression pour trouver des matériaux toujours plus performants est incessante.Le borophène passera-t-il le test ?11 DES AILES DE LIBELLULE À L\u2019HÔPITAL Les chercheurs s\u2019inspirent de la structure des ailes des demoiselles pour lutter contre les infections nosocomiales.CHERCHEUR EN VEDETTE 44 POUR DES PRÉMATURÉS EN SANTÉ Mathieu Nadeau-Vallée a démontré qu\u2019une molécule anti-in?ammatoire réduit les complications liées aux naissances prématurées chez l\u2019animal.QUÉBEC SCIENCE SEPTEMBRE 2019 04_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2019-09.indd 3 19-08-07 09:40 QUÉBEC SCIENCE 4 SEPTEMBRE 2019 Éditorial MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan Jeunes chercheurs en détresse La dépression et l\u2019anxiété affectent disproportionnellement les doctorants.Les universités doivent agir.Ph.D.: trois petites lettres qui of?cialisent l\u2019obtention du doctorat, couronnent des années de travail intellectuel soutenu et ouvrent les portes d\u2019une carrière en recherche.Du moins, c\u2019est ce que promet le milieu universitaire.Car derrière cette abréviation se cache une réalité qui n\u2019a rien d\u2019éblouissant.Enrôlés dans une culture où seule l\u2019excellence prévaut, les étudiants passent de longues heures face à eux-mêmes à travailler sur un projet qui avance souvent à pas de tortue et dont l\u2019objectif semble tellement loin qu\u2019il en devient inatteignable.Ils cheminent dans un environnement hautement compétitif, où les heures supplémentaires sont portées comme des médailles d\u2019honneur et les épisodes d\u2019épuisement comme des blessures de guerre inévitables.Avec un peu de chance, ils trouveront un directeur de thèse qui les encadrera avec bienveillance.Mais s\u2019autoriseront-ils à lui con?er leurs problèmes ?Montrer leur vulnérabilité leur coûtera-t-il des occasions d\u2019emploi ?Peuvent-ils se le permettre alors que seul un doctorant sur cinq obtiendra un poste de professeur?Le phénomène n\u2019est pas anecdotique ; il est étayé par des données qui dressent un constat brutal : il y a quelque chose de pourri aux études supérieures.Parue en 2017 dans Research Policy, une étude réunissant 3 659 doctorants ?amands a montré que la moitié d\u2019entre eux étaient en situation de détresse psychologique et que le tiers risquaient de souffrir d\u2019un trouble de santé mentale, particulièrement la dépression.Début 2018, la revue Nature Biotechnology a publié une enquête signalant que les étudiants aux cycles supérieurs sont six fois plus à risque d\u2019être atteints de dépression ou d\u2019anxiété que la population générale (et ces problèmes sont plus prononcés chez les femmes et les minorités sexuelles).Une conclusion fondée sur un échantillon international de 2 279 étudiants, la plupart au doctorat, inscrits dans 234 établissements répartis dans 26 pays.Toujours en 2018, une autre étude a tenté de déterminer la fréquence et la gravité des problèmes de santé mentale chez les étudiants de doctorat en économie de huit grandes universités, dont Princeton, Harvard, Yale et le Massachusetts Institute of Technology.En résumé, 18 % présentaient des symptômes de dépression ou d\u2019anxiété de modérés à graves, alors que le taux national de dépression chez les Américains âgés de 25 à 34 ans est d\u2019environ 3,5 %.Et 11 % ont af?rmé avoir eu des pensées suicidaires.Voilà des résultats qui sont autant d\u2019appels à l\u2019aide.Chez nous, il manque encore de données solides sur la santé psychologique des étudiants des cycles supérieurs.Peut-être viendront-elles de l\u2019Union étudiante du Québec qui, à l\u2019automne 2018, a lancé une enquête provinciale pour évaluer la santé psychologique de la communauté étudiante universitaire.En attendant, un chiffre ne ment pas : 50 % des doctorants québécois abandonnent leurs études.La situation est af?igeante.D\u2019un point de vue pragmatique, on tue à petit feu ceux et celles qui sont aux premières lignes de l\u2019avancement de la science ?au Québec, les doctorants contribuent au tiers des articles scienti?ques.Mais surtout, sur le plan humain, on met en péril la santé mentale de jeunes adultes.On leur coupe les ailes avant même qu\u2019ils prennent leur envol.Certes, des campus ont investi dans le soutien psychologique et dans des campagnes de santé publique.Certes, il existe de merveilleuses initiatives comme Thèsez-vous, qui offre aux étudiants de rédiger dans un lieu commun a?n de briser leur isolement.Ou encore PasiUM, le programme de pairs aidants en sciences in?rmières de l\u2019Université de Montréal, qui permet aux étudiants de se soutenir entre eux.Mais ce n\u2019est pas assez.Nous sommes mûrs pour un changement de culture radical où le professorat ne sera pas une ?n en soi, mais une perspective de carrière parmi d\u2019autres ; où l\u2019échec sera accueilli ouvertement pour mieux enseigner la résilience comme une compétence essentielle ; où l\u2019équilibre études-travail-vie personnelle sera fortement encouragé ; où les directeurs de thèse devront être eux-mêmes des exemples inspirants à cet égard ; et ?nalement, où le maintien d\u2019une bonne santé mentale ne sera plus une responsabilité individuelle, mais une obligation collective.lQS 04_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2019-09.indd 4 19-08-07 09:40 QUÉBEC SCIENCE 5 SEPTEMBRE 2019 Mots croisés Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca QUÉBEC SCIENCE À L\u2019HONNEUR Des reportages de Marine Corniou et de Mélissa Guillemette ont été retenus en vue de l\u2019attribution du prix Roberval, qui souligne les meilleures communications de la francophonie sur les technologies.Les articles sélectionnés portent sur les effets spéciaux par ordinateur (« Le cinéma peut-il se passer des acteurs ?» publié dans notre numéro de décembre 2018) et les efforts des agences spatiales pour retourner sur notre satellite naturel (« Les faces cachées de la Lune », paru en septembre 2018).Les gagnants seront dévoilés le 16 novembre à Compiègne, en France.Croisez les doigts pour elles ! UNE IMAGE VAUT MILLE MOTS Sur notre page Facebook, nous vous avons lancé un dé?: deviner où se trouvait notre journaliste Marine Corniou, à partir de cette photo.Vos réponses n\u2019ont pas manqué d\u2019humour (parfois noir !) : au Carrefour Laval, au Comiccon de Montréal et dans une garderie pour enfants non vaccinés.Marine se trouvait plutôt dans une chambre des Hôpitaux universitaires de Genève aménagée pour prendre en charge les patients atteints d\u2019Ebola.Vous pourrez lire ce reportage le mois prochain.SEPTEMBRE 2019 VOLUME 58, NUMÉRO 2 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Louise Bilodeau, Maxime Bilodeau, Jean- François Cliche, Catherine Couturier, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Joël Leblanc, Laura Martinez, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Pierre Sormany, Jean-Patrick Toussaint Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs Louise Bilodeau, Morten Bjarnhof, Dorian Danielsen, Nicole Aline Legault, Valérian Mazataud, Christinne Muschi, Francis Vachon, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Lynda Moras Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: 22 août 2019 (556e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 36 $ + taxes États-Unis, 1 an : 72 $ Outre-mer, 1 an : 112 $ 514 521-8356, poste 504 ou 1 800 567-8356, poste 504 Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2019 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.L\u2019ARCHÉOLOGIE VOUS FAIT VIBRER Sur Instagram, Annelitterarum a publié cette photo accompagnée de la mention « Québec Science, l\u2019une de mes revues préférées ! » Votre dossier spécial, sur le passé revisité : passionnant ! Québec Science, bravo ! ?Gilles Duchesne Un grand merci à l\u2019équipe de Québec Science pour nous avoir fait voyager dans le temps avec ce passionnant numéro sur l\u2019archéologie ! Nous avons adoré découvrir les techniques de pointe utilisées pour révéler les secrets du passé, et cela semble avoir éveillé une vocation d\u2019Indiana Jones chez mon ils de huit ans.Bravo à vos talentueux journalistes ! ?Laure Marcus 04_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2019-09.indd 5 19-08-07 09:40 Momie de Tamout, Troisième Période intermédiaire, début de la 22e dynastie, vers 900 av.J.-C.IMAGES : THE TRUSTEES OF THE BRITISH MUSEUM, EA 22939 Tamout était chanteuse au temple.Elle était atteinte d\u2019athérosclérose ; des plaques d\u2019athérome ont été décelées dans ses artères grâce à l\u2019imagerie médicale.Selon l\u2019usure de ses hanches, elle était âgée de 35 à 49 ans au moment de son décès, vers 900 avant notre ère.L\u2019image de droite révèle ce qui se cache sous les bandelettes qui la recouvrent, dont des amulettes faites de métal, de pierre et de cire d\u2019abeille.Le cabinet des curiosités P our les six dépouilles au cœur de l\u2019exposition Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés, le repos éternel n\u2019est pas tout à fait paisible.Issues de la collection du British Museum de Londres, elles ont déjà été exposées à Sydney, Taipei et Hong Kong.Ces momies, qui datent de 900 avant notre ère jusqu\u2019à l\u2019an 180, ont été soigneusement préparées pour le grand voyage vers les dieux.« La vie était une chose passagère à l\u2019époque : on vivait pour se rendre dans l\u2019au-delà, explique Laura Vigo, archéologue et conservatrice au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).En regardant nos momies, je me dis que c\u2019est réussi ! Elles ont transcendé leur état, mais sous une autre forme\u2026 dans un musée ! » D\u2019autres n\u2019ont pas eu cette chance.À une certaine époque, quiconque avait de l\u2019argent (et ne craignait pas trop d\u2019être frappé par la malédiction) pouvait se procurer une momie dans une vente aux enchères et même organiser un « grand déballage » avec entrée payante.En 1821, le chirurgien Augusto Granville a quant à lui disséqué une momie au nom de la médecine et a présenté ses découvertes devant les membres de la Société royale de Londres.Il a lui-même reconnu que retirer les 12,6 kg de bandelettes posées des centaines d\u2019années plus tôt (la datation au carbone 14 effectuée plus tard a révélé que la momie en question datait du 6e siècle avant notre ère) avait eu pour effet de sacri?er un incroyable spécimen.Les chercheurs d\u2019aujourd\u2019hui se gardent une petite gêne et recourent à diverses techniques d\u2019imagerie pour nous laisser jeter un œil sous les bandelettes.Les scientifiques du British Museum ont notamment utilisé un tomodensitomètre (CT-scan) à double énergie qui découpe, de façon numérique, chaque momie en 8 000 « tranches ».« Le travail d\u2019analyse est ensuite énorme.Il faut des heures pour différencier la peau des bandelettes et des os, mentionne le bioarchéologue Existe-t-il plus fascinant qu\u2019une momie ?Une exposition temporaire au Musée des beaux-arts de Montréal nous fait voyager au cœur des sarcophages.Par Mélissa Guillemette Sous les bandelettes des momies XX_CABINET_2019-09_version modifie?momie_bonne legende.indd 6 2 3 4 1 1 Instruments d\u2019embaumeurs, Nouvel Empire, vers 1550-1069 av.J.-C., probablement Thèbes (Égypte), bois.Employés par les embaumeurs pour mélanger des préparations.À l\u2019extrémité se trouve Anubis, dieu à la tête de chacal, qui représente les embaumeurs.IMAGE : THE TRUSTEES OF THE BRITISH MUSEUM, EA 5505 ET EA 5506 2 Plaquette des sept huiles, Ancien Empire, vers 2686-2181 av.J.-C., probablement Abydos (Égypte), calcite.Ces huiles étaient utilisées par les embaumeurs.IMAGE : THE TRUSTEES OF THE BRITISH MUSEUM, EA 6122 3 Vases canopes de Djedbastetiouefankh, 30e dynastie, vers 380-343 av.J.-C., Hawara (Égypte), calcaire.Les vases canopes contenaient les organes embaumés des momies.Même quand l\u2019embaumeur choisissait de déposer ces viscères directement sur la momie, des vases étaient néanmoins placés près du cercueil, de façon symbolique.IMAGE : THE TRUSTEES OF THE BRITISH MUSEUM, EA 22374, EA 22375, EA 22376 ET EA 22377 4 Maquette de barque funéraire, 12e dynastie, vers 1985-1795 av.J.-C., provenance inconnue, bois de ?guier sycamore.On déposait de telles maquettes près des momies pour les guider dans leur nouvelle vie.Les deux pleureuses à bord sont Isis et Néphtys, déesses funéraires.IMAGE : THE TRUSTEES OF THE BRITISH MUSEUM, EA 9525 Daniel Antoine, l\u2019un des deux commissaires de l\u2019exposition au British Museum.On peut alors demander au système d\u2019enlever virtuellement les bandelettes a?n de scruter la momie.» Cette opération qu\u2019on visualise sur un écran fait partie des éléments clés de l\u2019exposition de Montréal.Aux côtés des momies sont aussi présentées des copies des amulettes en métal, en pierre, en cuir ou en cire dévoilées par l\u2019imagerie.Les chercheurs se sont servis d\u2019un scanneur de surface ?« ressemblant à un fer à repasser » d\u2019une valeur de plus de 40 000 $ ?pour ajouter les couleurs, ombres et textures de la surface des bandelettes et du coffre au rendu 3D.La somme de ces travaux « permet de déterminer le sexe des momies, l\u2019âge à la mort, selon l\u2019usure des articulations des hanches, et l\u2019état de santé de ces individus, poursuit M.Antoine.On découvre ainsi que certains d\u2019entre eux souffraient de maladies cardiovasculaires.J\u2019avais toujours cru que ces maladies étaient très modernes ! » Les analyses ont également mis au jour des problèmes de caries et d\u2019abcès dentaires dans l\u2019Égypte ancienne.« Quand on a préparé, au MBAM, l\u2019exposition sur Pompéi [citée romaine de la même époque], on a vu que les gens avaient les dents bien soignées, relate Laura Vigo.C\u2019est une question d\u2019environnement : les hommes et les femmes dont les momies sont maintenant présentées [issus de la classe moyenne supérieure] avaient une alimentation riche en hydrates de carbone et buvaient une eau pauvre en fluor, contrairement aux habitants de Pompéi.» L\u2019imagerie fournit également des indices sur les méthodes de momi?cation et révèle le génie des embaumeurs, qui étaient des prêtres de haut rang.Car il existe peu de littérature scienti?que sur l\u2019évolution des pratiques au ?l du temps, indique l\u2019égyptologue du British Museum Marie Vandenbeusch, qui est l\u2019autre conceptrice de l\u2019exposition.« On arrive à voir comment les organes ont été retirés de l\u2019abdomen et du thorax, généralement à travers une incision sur le côté gauche, et comment le cerveau a été enlevé : quels os du nez étaient cassés par exemple.On réalise que, dans certains cas, les organes ont été embaumés séparément et replacés à l\u2019intérieur du corps ou sur le corps.» Puis le cœur, seul organe généralement laissé en place, est bien visible.Les appareils à balayage montrent que différents types de matériaux étaient employés pour le rembourrage du corps, étape nécessaire pour qu\u2019il ne soit pas déformé pendant la période de déshydratation qui précède l\u2019application des bandes de tissu.L\u2019exposition et les voyages en avion mettent-ils les momies à risque ?« Des équipes s\u2019assurent qu\u2019elles sont présentées dans des conditions où la préservation sera garantie : une humidité constante, autour de 40 %, et une température qui change lentement.On fait tout pour qu\u2019elles soient toujours là dans 3 000 ans ! » dit Daniel Antoine, qui préfère parler de personne mo- mi?ée plutôt que de momie pour rappeler au public qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019objets, mais de restes humains à traiter avec respect.lQS Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés, au Musée des beaux-arts de Montréal, du 14 septembre 2019 au 2 février 2020, mbam.qc.ca XX_CABINET_2019-09_version modifie?momie_bonne legende.indd 7 19-08-07 09:49 SUR LE VIF QUÉBEC SCIENCE 8 SEPTEMBRE 2019 I M A G E : O C E A R C H / R O B S N O W Ces requins bien de chez nous Des chercheurs tentent d\u2019en apprendre davantage sur les grands requins blancs qui s\u2019aventurent au large de la Nouvelle-Écosse.Par Laura Martinez P ersonne ne sait combien de requins blancs nagent dans les eaux du Canada atlantique », aff irme Robert Hueter.Cet automne, il aura peut- être des éléments de réponse alors qu\u2019il voguera au large de la Nouvelle-Écosse à bord du navire américain MV Ocearch.En compagnie de plus de 25 chercheurs d\u2019une vingtaine d\u2019établissements ?dont trois canadiens ?, celui qui agit à titre de conseiller scienti?que en chef de la mission traquera ces prédateurs pour mieux comprendre leurs déplacements et en apprendre davantage sur leur alimentation, leur reproduction et leur état de santé.Depuis 1874, seulement une soixantaine de requins blancs ont été signalés à l\u2019est du pays, selon un rapport du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) de 2006, mis à jour en 2017 par Pêches et Océans Canada.Par mesure de précaution, le COSEPAC considère que l\u2019animal est en voie de disparition dans nos eaux.Outre l\u2019absence d\u2019estimation du nombre d\u2019individus dans l\u2019Atlantique, plusieurs mystères subsistent : où l\u2019animal se reproduit-il ?Où se nourrit-il ?Quelles sont ses routes migratoires ?Il était donc temps que les scienti?ques se penchent sur cette espèce.En septembre 2018, la biologiste Heather Bowlby, de Pêches et Océans Canada, a réussi à placer un émetteur sur un requin blanc au large de la Nouvelle-Écosse.Une première dans les eaux canadiennes ! Quelques semaines plus tard, l\u2019organisme à but non lucratif Ocearch a pris le relais.Durant les trois semaines d\u2019expédition, sept requins blancs ont été interceptés et plus d\u2019une dizaine d\u2019échantillons ?sang, muscle, sperme, etc.?ont été prélevés par individu.« Et tout ça en 15 minutes top chrono ! » s\u2019exclame Maeva Giraudo, doc- teure en biologie moléculaire et toxicologie environnementale, qui a participé à l\u2019échantillonnage de deux requins blancs depuis la plateforme spécialement conçue pour hisser les requins hors de l\u2019eau.Cette technique d\u2019échantillonnage ne fait pas l\u2019unanimité au sein de la communauté scienti?que, pas plus que le côté sensationnaliste d\u2019Ocearch, qui crée des comptes Twitter pour chacun des requins étiquetés.Il n\u2019empêche, l\u2019organisme a le mérite de mettre à la disposition de tous les données GPS de ses requins (dont Brunswick, un mâle marqué en février 2019 dans le sud des États-Unis et localisé en juillet dernier au large des îles de la Madeleine) et d\u2019inviter gratuitement à bord les scienti?ques avec lesquels il collabore depuis 2007.Pour Robert Hueter, la mission canadienne de 2018 a été un succès.Il précise d\u2019ailleurs que, selon les analyses préliminaires, le niveau de stress physiologique des requins diminue au cours des 15 minutes d\u2019échantillonnage.« Tous les requins dotés de balises satellites sont en bonne santé et se sont ensuite déplacés vers le sud [au large des États-Unis] », mentionne le chercheur.Le premier requin blanc marqué au Canada a suivi un trajet similaire, indique Heather Bowlby, qui dirige depuis 2016 le laboratoire de recherche sur les requins du Canada atlantique.Le sud de la Nouvelle-Écosse, où se situent différentes échoueries de phoques, serait une zone d\u2019alimentation de ces animaux, s\u2019accordent à dire Robert Hueter et Heather Bowlby.D\u2019après cette dernière, les populations croissantes de phoques gris attireraient de plus en plus de requins blancs, qui s\u2019alimentent habituellement « w Carnet de santé ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour QUÉBEC SCIENCE 9 SEPTEMBRE 2019 I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M Moi, mes souliers\u2026 M élanie ?le un mauvais coton.Cette agente administrative de 45 ans est déconcentrée au travail, tout l\u2019irrite et elle dort mal.Marathonienne aguerrie, elle a même délaissé son club de course.Son conjoint lui lance un ultimatum : « Je ne te reconnais plus\u2026 Va à la clinique.» Elle prend rendez-vous avec son médecin de famille.Il lui prescrit un bilan sanguin et un arrêt de travail.Il évoque un diagnostic de dépression majeure et lui propose la prise d\u2019un antidépresseur.Elle veut y penser, alors le médecin prévoit un suivi dans une semaine.Elle sort du cabinet la tête pleine de questions.Elle se sent coupable d\u2019arrêter de travailler pour un problème de santé mentale.Elle est pourtant loin d\u2019être la seule\u2026 L\u2019histoire de Mélanie est ?ctive, mais des cas comme le sien, j\u2019en ai vu des dizaines dans ma pratique.Au Québec, 12 % de la population vivra un épisode dépressif au cours de sa vie.L\u2019utilisation d\u2019antidépresseurs est aussi légion : au moins 5 % des Québécois en consomment régulièrement.Et selon l\u2019Organisation mondiale de la santé, la dépression sera la principale cause d\u2019arrêt de travail en 2020.Toujours est-il que Mélanie (ou Michel ou Fatima) appelle son amie Josée, qui a fait une dépression postpartum après son deuxième bébé.« As-tu déjà pris ça, toi, des antidépresseurs ?» Josée répond : « Oui, mais j\u2019ai arrêté, ça ne donnait rien.» Elle a en partie raison ; on est loin du remède miracle.Une méta-analyse récente parue dans The Lancet le prouve : si la plupart des antidépresseurs étudiés sont plus ef?caces que les placébos, leur effet demeure modeste.Mélanie n\u2019a pas envie de prendre une pilule.Et puis ses symptômes se dissipent quelques heures après un verre de vin.Or, une dépression non traitée risque de se chronici- ser.Ce trouble de santé mentale prédispose à davantage d\u2019infections, de maladies cardiovasculaires, auto-immunes et endocriniennes.Nul besoin d\u2019avoir un diplôme en médecine pour comprendre que l\u2019automédication ?ce que fait Mélanie avec l\u2019alcool ?peut devenir un problème en soi.Explorons l\u2019ambivalence de Mélanie.Elle a peur de devenir « dépendante » comme sa belle-sœur Hélène, qui consomme des antidépresseurs « depuis toujours ».Effectivement, il est possible de prendre un antidépresseur pour une durée prolongée s\u2019il est bien toléré.Le médicament peut par contre être cessé s\u2019il entraîne des effets secondaires comme l\u2019anorgasmie, l\u2019insomnie ou la somnolence, après six à neuf mois de traitement.Certains décriront des symptômes de sevrage rendant son abandon dif?cile.Cela fait débat dans le monde médical, peu d\u2019études s\u2019étant penchées sur les effets d\u2019une prise d\u2019antidépresseurs à très long terme.Une semaine plus tard, Mélanie consent à suivre un traitement.Son médecin lui indique que la formule gagnante est de combiner psychothérapie et médication.Elle reçoit des conseils d\u2019une travailleuse sociale qui l\u2019oriente vers des thérapies à bas coût dans sa région, car elle n\u2019a pas d\u2019assurances.Avec un psychologue, elle explore les raisons qui l\u2019ont menée au bout du rouleau.Le professionnel explique à cette coureuse d\u2019expérience qu\u2019un antidépresseur, c\u2019est comme une bonne paire de souliers.« Ils ne vont pas courir le marathon à votre place, mais si vous êtes bien chaussée, c\u2019est plus facile ! » Mélanie pousse l\u2019analogie : elle tente de vaincre sa dépression avec ses stratégies d\u2019athlète.Elle écoute les conseils de ses entraîneurs ?son psychologue et son médecin de famille ?et s\u2019entoure de coéquipiers motivants, les membres de sa famille.Un pas à la fois, c\u2019est ainsi qu\u2019elle retrouve son souf?e.lQS dans la région de Cape Cod.L\u2019hiver, tous les requins se rejoindraient au large de la Floride, pense M.Hueter.Les requins blancs ne sont pas les seuls requins à s\u2019aventurer près des côtes canadiennes.En fait, six autres espèces fréquenteraient le Saint-Laurent : le requin pèlerin, le requin du Groenland, le requin bleu, le requin maraîche, l\u2019aiguillat commun et l\u2019aiguillat noir.Répertoriés pour la dernière fois en 1963 par Wilfred Tempelman dans le Journal of the Fisheries Research Board of Canada, ils y seraient toujours présents, au dire du directeur scienti?que de l\u2019Observatoire des requins du Québec, Jeffrey Gallant.Depuis 2007, il étudie le deuxième requin carnivore pour ce qui est de la taille après le requin blanc : le requin du Groenland.Un animal discret qui, selon une étude publiée par d\u2019autres chercheurs en 2016 dans Science, pourrait vivre au-delà de 272 ans ! Contrairement à l\u2019équipe d\u2019Ocearch, Jeffrey Gallant ne hisse pas ces requins des profondeurs hors de l\u2019eau.Il va plutôt à leur rencontre en plongée a?n de les équiper d\u2019une balise acoustique à l\u2019aide d\u2019une lance.Mais depuis 2012, il n\u2019a plus observé ces requins à Baie-Comeau.« Et l\u2019on ne peut pas expliquer pourquoi », se désole le plongeur.De retour de sa campagne d\u2019échantillonnage, réalisée dans les eaux plus profondes de Baie-Comeau, Jeffrey Gallant analyse actuellement les images obtenues par son nouveau sonar à balayage latéral dans l\u2019espoir de détecter ces centenaires.Heather Bowlby a aussi innové cet été en misant sur une nouvelle technique de marquage qui permet d\u2019attirer les requins en surface sans les attraper.De leur côté, Robert Hueter et Maeva Giraudo se demandent si les requins blancs marqués en Nouvelle-Écosse en 2018 seront de retour cet automne, particulièrement Luna, une femelle adulte d\u2019environ 4,5 m de long à laquelle ils se sont attachés instantanément.lQS SUR LE VIF QUÉBEC SCIENCE 10 SEPTEMBRE 2019 I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M L e graphène devait changer nos vies dans des domaines aussi variés que la santé, le transport et l\u2019énergie.La réalisation de son plein potentiel se fait toujours attendre, mais sa découverte, en 2004, a stimulé la recherche d\u2019autres superma- tériaux en deux dimensions, constitués d\u2019un seul atome d\u2019épaisseur.Ils sont plus conducteurs, plus légers et plus résistants que les matériaux en trois dimensions.Le petit nouveau dans la famille est le borophène, composé d\u2019atomes de bore.Des chercheurs ont prédit son existence dès les années 1990, mais ce n\u2019est qu\u2019en 2015 qu\u2019ils ont réussi à faire « pousser » la première « feuille » de borophène.Un tour de force, car, contrairement au graphène, le nouveau compétiteur doit absolument être produit en laboratoire.« Le graphène est disponible dans la nature ; c\u2019est du graphite, un cristal de carbone.La production du borophène est totalement synthétique et reste dif?cile », explique Jean-François Morin, professeur de chimie à l\u2019Université Laval.Cette couche d\u2019atomes de bore ne tient pas en elle-même : elle doit être déposée sur un autre support.Les chercheurs ont ainsi réussi à créer du borophène sur de ?nes couches de métaux.Or, il n\u2019est pas aisé de séparer le borophène du substrat qui le soutient.« Le borophène reste collé sur le métal ; pour l\u2019instant, personne n\u2019est parvenu à l\u2019en détacher, ce qui rend ardue la mesure précise de certaines propriétés », mentionne le professeur Boris Yakobson, de l\u2019Université Rice, au Texas.Il est l\u2019un des premiers à avoir annoncé qu\u2019on pouvait faire « pousser » le borophène sur l\u2019or, l\u2019argent et le cuivre, en 2013.L\u2019exploit ultime serait de produire du borophène autoportant, ce à quoi s\u2019attellent plusieurs équipes internationales.PROPRIÉTÉS QUI FONT RÊVER Le matériau est surprenant.« Une des choses rares qu\u2019on observe, c\u2019est que le borophène est polymorphe, c\u2019est-à-dire que sa structure change selon le substrat sur lequel il se trouve », indique Boris Yakobson.Il soupçonne au moins une douzaine de « phases » possibles ! Sur l\u2019aluminium, par exemple, le borophène adopte la même structure en alvéoles que le graphène.Le borophène pourrait donc répondre à toutes sortes de besoins.Il pourrait entrer dans la fabrication de circuits imprimés flexibles et de cellules photovoltaïques de panneaux solaires.Ou encore agir comme capteur pour détecter l\u2019éthanol et d\u2019autres gaz, et être utilisé dans des batteries qui se rechargeraient beaucoup plus rapidement et qui seraient plus légères, un avantage de taille pour le transport électrique.Il est aussi capable de stocker jusqu\u2019à 15 % de son poids en hydrogène, une avenue intéressante pour la transition énergétique ?mais moins au Québec, qui possède déjà de l\u2019hydroélectricité en abondance, rappelle Claudiane Ouellet-Plamondon, profes - seure en génie de la construction à l\u2019École de technologie supérieure de Montréal.Mais ce n\u2019est pas demain la veille que le borophène deviendra un matériau courant.« Les scienti?ques se rendent aujourd\u2019hui compte des dif?cultés à employer le graphène ; ce serait optimiste de dire que le borophène va régler tous les problèmes », soutient la professeure Ouellet-Plamondon.Le carbone reste plus abondant que le bore dans la croûte terrestre, et la fabrication du borophène est encore très coûteuse.On doit aussi trouver le moyen de faire du borophène sur des matériaux isolants comme le verre ou le silicone pour faciliter son étude et son utilisation.En effet, le borophène étant très cher, il faudra le mélanger à d\u2019autres matériaux pour pouvoir l\u2019exploiter en industrie.L\u2019avenir des matériaux bidimensionnels est plein de promesses.Reste à savoir quand elles se réaliseront.lQS Dispositifs électroniques ultrarapides, batteries légères : la pression pour trouver des matériaux toujours plus performants est incessante.La nouvelle coqueluche, le borophène, passera-t-elle le test ?Par Catherine Couturier Borophène : à la recherche du matériau miracle Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe Des ailes de libellule à l\u2019hôpital Par Marine Corniou QUÉBEC SCIENCE 11 SEPTEMBRE 2019 Les CV sous l\u2019œil de l\u2019IA L es programmeurs d\u2019Amazon croyaient avoir bâti une machine de rêve : une intelligence arti?cielle (IA) qui trierait les curriculums vitæ pour en tirer les meilleurs candidats.Comme d\u2019autres, ils ont cru que la technologie était la réponse à tous leurs maux.Mais ils ont oublié que la machine est à l\u2019image des humains qui la conçoivent : bourrée de préjugés.Entraîné à analyser des CV généralement soumis par des hommes (qui composent la majorité de la main- d\u2019œuvre dans les technologies), le système a « appris » à discriminer les femmes.Ainsi, l\u2019outil pénalisait les dossiers de candidature qui présentaient le mot femme, comme dans « présidente du groupe de femmes en IA » ; il déclassait ceux qui comportaient des noms de collèges féminins.Amazon a abandonné son outil à l\u2019automne 2018.De toute évidence, si l\u2019on n\u2019y prend garde, l\u2019intelligence arti?cielle perpétue nos idées préconçues dans le recrutement d\u2019employés.Mais pourrait-elle aussi nous en libérer ?Voici trois compagnies qui y travaillent.Les mots utilisés dans les offres d\u2019emploi sont importants, notamment parce qu\u2019ils peuvent décourager certains candidats de postuler.Le logiciel de la jeune entreprise américaine Textio analyse les offres d\u2019emploi et relève quels mots sont subjectifs pour en suggérer d\u2019autres.Par exemple, les femmes sont souvent interpellées par le mot collaboration.Si vous êtes passé avec succès à travers le processus de présélection, vous pourriez être convoqué à une entrevue ?lmée par l\u2019outil HireVue.Celui-ci répertorie les compétences, les attributs et les comportements des meilleurs employés de l\u2019entreprise qui ont été embauchés dans le passé, puis établit le pro?l idéal pour un poste similaire.Le candidat est donc noté sur la probabilité d\u2019être « bon ».L\u2019entreprise Mya engage quant à elle la conversation avec des candidats par texto, à la manière d\u2019un robot de clavardage (chat bot).En quelques minutes, son outil exclut les candidats sur la base d\u2019un modèle d\u2019évaluation préprogrammé ou les fait passer à la partie suivante du processus d\u2019embauche.Le mieux est l\u2019ennemi du bien : malgré toutes leurs bonnes intentions, ces compagnies fondent généralement leur modèle sur l\u2019attribution d\u2019une note, en comparant le pro?l soumis avec les candidats qui ont fait bonne ?gure par le passé.Je ne peux m\u2019empêcher de penser aux gens qui n\u2019ont pas un parcours classique.Ces marginaux réussiront-ils à trouver un emploi ?Veut-on vraiment des employés qui se ressemblent tous ?N\u2019y a-t-il qu\u2019une seule façon de mesurer la compétence ?À l\u2019heure où l\u2019on considère la diversité dans les organisations comme une richesse, il me semble que l\u2019IA cherche plutôt à nous enfermer dans un modèle unique de réussite, et je vous avoue avoir un peu peur pour l\u2019avenir.lQS I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I V A N O V A E T A L .D ans la lutte contre les infections contractées dans un établissement de santé, il est un ennemi que les médecins redoutent particulièrement : les bio?lms, ces colonies de bactéries qui se ?xent solidement à la surface de certains dispositifs médicaux comme les cathéters, les sondes urinaires, les implants ou les prothèses.Ainsi, un quart de toutes les infections nosocomiales seraient associées à l\u2019utilisation de matériel infecté, d\u2019après des données américaines.Pour concevoir des matériaux plus sécuritaires, une équipe montréalaise se tourne vers\u2026 les libellules et les cigales ! Et plus précisément vers leurs ailes, qui sont naturellement antibactériennes.« Elles sont couvertes de minuscules picots, sorte de nanoclous qui tuent les bactéries par contact physique », a expliqué Dao Nguyen, chercheuse à l\u2019Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, au cours d\u2019un symposium de l\u2019Initiative interdisciplinaire en infection et immunité de McGill en juin dernier.Plusieurs équipes s\u2019intéressent à cette approche « mécanique », alors que les bio?lms, enchâssés dans une gangue collante et protectrice, ont une capacité extrême à résister au système immunitaire.Ces communautés de microorganismes sont aussi de 500 à 5 000 fois plus résistantes aux traitements antibiotiques que les bactéries de même nature isolées.En 2018, des chercheurs de Singapour ont montré qu\u2019un revêtement constitué de picots nanométriques de zinc, imitant ceux des libellules, pouvait éliminer jusqu\u2019à 99,9 % des germes présents sur différentes surfaces.De son côté, Dao Nguyen compte mettre en place une plateforme pour produire toute une gamme de structures copiant les ailes d\u2019insectes.« L\u2019idée est d\u2019utiliser divers matériaux, de faire varier la taille des nanopiliers, leur forme, leur espacement et de tester plusieurs techniques de production », précise-t-elle.Son équipe observera par microscopie les interactions entre les bactéries et les surfaces, puis mettra à l\u2019épreuve les plus prometteuses contre la bactérie Pseudomonas aeruginosa, responsable d\u2019infections contractées à l\u2019hôpital et d\u2019infections mortelles chez les personnes atteintes de ?brose kystique.Si les résultats sont concluants, les matériaux pourront un jour être utilisés à grande échelle pour fabriquer des instruments et des appareils médicaux plus sûrs.lQS Les pics à la surface des ailes INRS.CA/ portesouvertes Portes ouvertes 2 NOVEMBRE 2019 Montréal \u2022 Laval \u2022 Varennes \u2022 Québec Bienvenue aux étudiantes et étudiants! Maîtrises Doctorats Stages d\u2019été - 1er cycle QUÉBEC SCIENCE 13 SEPTEMBRE 2019 Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf V I G G Le sens de l\u2019exagération J e suis fasciné par les liens de parenté qu\u2019on peut voir, parfois, entre le métier de journaliste et la publication d\u2019articles scienti?ques.« Morbidement fasciné », devrais-je dire, parce que je pratique un métier que je trouve, disons-le diplomatiquement, extrêmement perfectible.On reproche souvent aux journalistes de pécher par sensationnalisme, d\u2019exagérer l\u2019importance de leurs exclusivités et de faire un tri dans les faits et les données pour ne retenir que ce qui vient appuyer une trame narrative choisie à l\u2019avance.Tout cela est, dans l\u2019ensemble, pas mal vrai : les médias ont tous ces travers, plus ou moins prononcés.À priori, on ne s\u2019attendrait pas à trouver ce genre de comportement dans des publications savantes, où des comités de pairs veillent au grain.Et il est vrai que, grâce à leur travail, les mauvaises habitudes des médias de masse n\u2019y sévissent pas (du tout) au même degré.Mais il y en a peut- être plus qu\u2019on pense, si l\u2019on se ?e à une étude publiée cette année dans le Journal of the American Medical Association.L\u2019article a analysé des essais cliniques en santé cardiovasculaire dont les résultats sont parus de 2015 à 2017 dans six revues médicales réputées, comme The Lancet et le New England Journal of Medicine, à la recherche de spins, c\u2019est-à-dire de tournures de phrase visant à laisser croire que les résultats d\u2019un essai sont plus concluants qu\u2019ils le sont vraiment.Il peut s\u2019agir, par exemple, de résultats qui ne sont pas « statistiquement signi?catifs » (les chances qu\u2019ils soient dus au hasard sont trop grandes pour qu\u2019on les considère comme solides), mais qui sont présentés ou interprétés comme tels.Ce peut aussi être des résultats « secondaires » (qui ne faisaient pas partie des objectifs principaux de l\u2019essai) qui sont montés en épingle même s\u2019ils sont moins ?ables que les résultats « primaires », pour lesquels l\u2019essai clinique était expressément conçu.L\u2019étude sur les spins, menée par Muhammad Shahzeb Khan, de l\u2019hôpital John H.Stroger Jr.à Chicago, a désigné 93 essais cliniques dont certains des résultats étaient « non signi?catifs ».Du nombre, les deux tiers recelaient une forme de manipulation dans leur texte principal et pas tellement moins (57 %) le faisaient carrément dans leur résumé.« Les chercheurs manipulent souvent le langage de manière à détourner l\u2019attention de leurs résultats primaires neutres », concluent le Dr Khan et son équipe, qui avertissent que « la recension par les pairs ne prévient pas toujours l\u2019usage d\u2019éléments de langage trompeurs dans les articles scienti?ques ».Entre exagérer l\u2019importance d\u2019une primeur journalistique et grossir celle d\u2019une découverte, la différence n\u2019est pas si grande.Même chose pour ce qui est d\u2019ignorer ce qui nuit à un scénario croustillant et de s\u2019accrocher à son hypothèse de départ en dépit de résultats négatifs.À cet égard, je ne peux m\u2019empêcher de penser à une conversation que j\u2019ai eue il y a quelques années avec un chercheur en géologie.Ce n\u2019est pas dans les revues savantes les plus prestigieuses, comme Nature et Science, que paraissent la plupart des percées véritablement marquantes, me disait-il, parce que ces périodiques visent trop les recherches qui « feront jaser », qui auront une in?uence médiatique.Ces revues auraient donc, jusqu\u2019à un certain point, des travers communs avec les médias de masse que n\u2019auraient peu ou pas les publications moins connues.Émerge alors une crainte.Dans les années 1970, autour de 70 % des Américains faisaient « assez » ou « fortement » con?ance aux médias, mesurait alors la maison de sondage Gallup.Cette con?ance est maintenant de seulement 40 % à 45 %.Alors, si les revues savantes partagent (un peu) les mêmes défauts que les journalistes, est-ce que la con?ance du public dont jouissent encore les scienti?ques va prendre le même chemin ?Quand on constate la grande mé?ance à l\u2019égard de la science af?chée ?ère- ment par certaines personnes dans des débats comme celui sur les bienfaits de la vitamine C et quand on observe les haussements d\u2019épaules devant les études souvent contradictoires en nutrition, il est permis de s\u2019inquiéter.lQS QUÉBEC SCIENCE 14 SEPTEMBRE 2019 L\u2019infatigable ane Goodall J PHOTO : MORTEN BJARNHOF QUÉBEC SCIENCE 15 SEPTEMBRE 2019 ENTREVUE AVEC JANE GOODALL A u bout du ?l, la voix est fragile et cassée par la fatigue et la toux.Malgré notre insistance, Jane Goodall refuse de reporter l\u2019entrevue.« Je tousserai quoi que je fasse.Et puis, j\u2019ai trop de choses à vous dire », déclare-t-elle avec la force tranquille qui a fait sa réputation.Sans se faire prier, elle raconte par le détail sa vie dans la jungle tanzanienne où, il y a plus de 50 ans, elle a effectué des recherches qui ont changé à jamais notre compréhension des chimpanzés et transformé l\u2019étude du comportement animal.À 85 ans, la primatologue est plus résolue que jamais à mener ce qui sera sans doute son dernier et plus important combat : convaincre le public et les politiciens qu\u2019il est encore temps d\u2019agir pour protéger la planète.Québec Science : En 1957, alors que vous aviez 23 ans, vous avez rencontré le paléoanthropologue et archéologue Louis Leakey qui, impressionné par vos connaissances sur l\u2019Afrique et la faune, vous a embauchée pour l\u2019assister dans une fouille archéologique en Tanzanie.Plus tard, il vous a con?é un projet : l\u2019étude des chimpanzés à l\u2019état sauvage.Quelle a été votre réaction ?Jane Goodall : Depuis l\u2019âge de 10 ans, je rêvais d\u2019aller en Afrique pour observer les animaux sauvages et écrire des livres à leur sujet.Quand Louis Leakey m\u2019a offert l\u2019occasion d\u2019aller vivre dans la jungle pour étudier l\u2019animal qui nous ressemble le plus, le chimpanzé, je pouvais à peine y croire ! Cela dit, il y avait des sceptiques pour qui il était ridicule d\u2019envoyer dans la forêt une jeune ?lle qui ne possédait pas de diplôme universitaire.Qui plus est, nous n\u2019avions pas d\u2019argent pour ?nancer ce projet.Alors, je suis retournée en Angleterre, où j\u2019ai décroché un emploi pour économiser des sous et lu tout ce que je pouvais sur les chimpanzés ?que des ouvrages sur leur vie en captivité, car personne n\u2019avait documenté leurs comportements dans la nature.Cela a duré une année.Mais j\u2019ai toujours été une personne patiente.Un jour, un riche homme d\u2019affaires américain s\u2019est présenté à Louis en déclarant : « Voilà de l\u2019argent, mais juste pour six mois.On verra comment elle s\u2019en sort.» Mais nous n\u2019étions pas au bout de nos peines.Les autorités m\u2019ont d\u2019abord refusé l\u2019accès à la forêt de Gombe.Sous la pression de Louis, elles ont ?ni par accepter, mais à une condition : que je sois accompagnée.C\u2019est ma merveilleuse mère qui s\u2019est portée volontaire.Je ne sais pas combien de mères auraient ainsi quitté le confort de leur foyer pour dormir avec leur ?lle dans une vieille tente militaire sous laquelle rampaient des scorpions.Elle devait aussi affronter des babouins qui attaquaient notre camp pour se nourrir et gérer notre cuisinier qui s\u2019enivrait avec des bananes fermentées.Tout cela pour me laisser vivre mon rêve.Et quand je revenais le soir, découragée parce que les chimpanzés me fuyaient, elle me remontait le moral et me rappelait que j\u2019apprenais déjà beaucoup sur eux en les observant à travers mes précieuses jumelles.QS Comment avez-vous réussi à être acceptée par les chimpanzés ?JG C\u2019était simplement une question de patience.Je n\u2019ai pas essayé de m\u2019approcher trop vite.Je portais des vêtements de la même couleur tous les jours.Ils ont ?ni par s\u2019habituer à me côtoyer et ont réalisé que je ne représentais pas un danger.Cela a pris plus de cinq mois.QS Quels sont vos meilleurs souvenirs de cette époque ?JG Une fois que les chimpanzés m\u2019ont acceptée, j\u2019ai appris graduellement à les connaître en tant qu\u2019individus et compris peu à peu leur structure sociale complexe.J\u2019ai étudié comment les mâles adultes se font concurrence pour diriger leur groupe, comment les relations se développent entre les mères et leurs enfants, ainsi qu\u2019entre frères et sœurs.J\u2019ai constaté que, comme nous, ils ont un côté sombre et sont capables de violence.Mais tout comme nous, ils sont capables d\u2019amour, de compassion et d\u2019altruisme.QS Avez-vous déjà eu peur quand vous étiez seule dans la forêt ?JG Il m\u2019arrivait de m\u2019aventurer seule la nuit dans les collines.Je m\u2019allongeais sur le sol et dormais avec une simple couverture ?non sans nervosité ! J\u2019avais un peu peur des léopards.Si l\u2019un d\u2019entre eux s\u2019approchait, je tirais ma couverture sur ma tête et je me répétais : je suis ici pour une bonne raison, donc rien ne peut m\u2019arriver.Et rien ne m\u2019est jamais arrivé.La célèbre primatologue qui a bravé les interdits pour documenter les mœurs des chimpanzés met aujourd\u2019hui sa détermination et son zèle au service de la planète.PAR MARIE LAMBERT-CHAN Elle sera à Montréal le 26 septembre pour une conférence ouverte au grand public à l\u2019Université McGill.Les billets (10 $) sont vendus en ligne : mcgill.ca/beatty QUÉBEC SCIENCE 16 SEPTEMBRE 2019 QS Avez-vous déjà subi du sexisme pendant vos années de recherche sur le terrain ?JG Non.Au contraire, le fait d\u2019être une jeune femme m\u2019a été béné?que à deux égards.D\u2019abord, Louis Leakey estimait que les femmes étaient de meilleures observatrices et il recherchait quelqu\u2019un qui n\u2019était pas allé à l\u2019université parce qu\u2019il trouvait que les scienti?ques avaient une vision réductrice du monde.Par exemple, ils entretenaient l\u2019idée que l\u2019espèce humaine était distincte du règne animal.Notre étude des chimpanzés a montré que ce n\u2019est pas vrai.Être une femme fut également un avantage dans la Tanzanie postcoloniale, alors que les hommes blancs étaient considérés avec une certaine mé?ance, voire de l\u2019animosité, par la population.Par contre, tout le monde voulait aider une jeune ?lle ! QS De retour en Angleterre, en 1962, vous avez commencé un doctorat en éthologie à l\u2019Université de Cambridge en vous appuyant sur vos données recueillies en Tanzanie.Vous aviez notamment noté que les chimpanzés concevaient et utilisaient des outils ?une découverte révolutionnaire.Pourtant, vous avez subi le feu des critiques des scienti?ques.JG : Plusieurs professeurs m\u2019ont dit que j\u2019avais mal conçu mon étude.Selon eux, je n\u2019aurais pas dû donner des noms aux chimpanzés, mais plutôt des numéros.Et je n\u2019aurais pas dû écrire qu\u2019ils avaient des personnalités, qu\u2019ils étaient dotés d\u2019un esprit capable de résoudre des problèmes, qu\u2019ils éprouvaient des émotions.Mais je me moquais de leur avis.Les scienti?ques ont ?nalement admis que j\u2019avais raison après avoir vu les images d\u2019Hugo.[NDLR : Hugo van Lawick, cinéaste néerlandais, a suivi le travail de Jane Goodall en Tanzanie à la demande de la National Geographic Society.M.van Lawick fut également le conjoint de Jane Goodall de 1964 à 1974.] QS Depuis, non seulement vos observations sur les comportements sociaux et l\u2019intelligence des chimpanzés ont été con?rmées à maintes reprises, mais des chercheurs explorent maintenant la conscience animale.Suivez-vous ce champ de recherche ?JG Je le suis dans une certaine mesure, mais ce qui me motive depuis plusieurs années, c\u2019est surtout la protection des chimpanzés et de la faune en général avant qu\u2019il soit trop tard.Nous vivons la sixième grande extinction et le doute n\u2019est plus possible : si nous continuons comme si de rien n\u2019était, il n\u2019y aura plus ni chimpanzés, ni éléphants, ni lions, ni girafes, ni tant d\u2019autres animaux dans la nature.QS Justement, en 2017, un groupe de chercheurs a révélé que 60 % des espèces de primates sont menacées de disparition en raison de la destruction de leur habitat ainsi que de la chasse et du commerce illicites.Devant cette sombre réalité, comment rester optimiste ?JG J\u2019ai rencontré tant de gens, surtout des jeunes, qui me disent avoir perdu espoir parce que nous avons détruit leur avenir et qu\u2019ils ne peuvent rien y faire.Et c\u2019est vrai.Nous avons volé le futur de nos jeunes.Mais est-il vrai qu\u2019il n\u2019y a rien à faire ?Je n\u2019arrive pas à le croire.Nous avons une fenêtre de temps pour agir et nous devons nous unir et commencer à réparer les torts in?igés.Mère Nature, si on lui en donne la chance, est incroyablement résiliente.C\u2019est pourquoi je voyage 300 jours par année pour parler à des étudiants, des politiciens, des groupes d\u2019intérêts.Si tout le monde abandonne, alors il n\u2019y a plus d\u2019espoir.QS Il n\u2019est pas facile de convaincre les gens de passer à l\u2019action pour protéger la faune et l\u2019environnement.Or, c\u2019est ce que vous faites depuis plus de 30 ans.Quelle est votre approche ?ENTREVUE « Nous vivons la sixième grande extinction et le doute n\u2019est plus possible : si nous continuons comme si de rien n\u2019était, il n\u2019y aura plus ni chimpanzés, ni éléphants, ni lions, ni girafes, ni tant d\u2019autres animaux dans la nature.» JANE GOODALL EN 10 DATES 3 avril 1934 Valerie Jane Morris-Goodall naît à Londres.2 avril 1957 Elle va rejoindre une amie d\u2019enfance au Kenya.Là-bas, elle prend son courage à deux mains et communique avec le paléoanthropologue Louis Leakey, alors conservateur au musée Coryndon, à Nairobi, qui, plus tard lui propose de mener une étude sur les chimpanzés.14 juillet 1960 Elle arrive dans la forêt de Gombe, dans l\u2019ouest de la Tanzanie, où elle amorce ses travaux.30 octobre 1960 Jane Goodall observe des chimpanzés qui mangent de la viande, alors qu\u2019on les croyait végétariens.4 novembre 1960 La primatologue découvre que, comme les humains, les chimpanzés sont capables de concevoir et d\u2019utiliser des outils. QUÉBEC SCIENCE 17 SEPTEMBRE 2019 1965 Elle obtient son doctorat en éthologie de l\u2019Université de Cambridge.Elle ouvre of?ciellement les portes de son centre de recherche à Gombe.1977 Elle fonde l\u2019Institut Jane Goodall.1984 La chercheuse lance un programme pour étudier et améliorer la vie des chimpanzés dans les sanctuaires.1986 Elle délaisse le monde de la recherche pour se consacrer à la protection des chimpanzés sauvages.16 avril 2002 Elle est nommée messagère de la paix des Nations unies.Pendant quelques années, Jane Goodall et son équipe ont entretenu une grande proximité avec les chimpanzés, les épouillant, les chatouillant, les berçant.Ici, on peut voir la primatologue avec Flint, le premier chimpanzé dont elle a pu documenter la naissance et l\u2019enfance.Cependant, en 1966, une éclosion de poliomyélite chez les chimpanzés a mis un terme à ces contacts physiques.En effet, les chercheurs craignaient que le virus ait été transmis aux animaux par des humains et ils n\u2019ont plus voulu courir ce risque.PHOTO : HUGO VAN LAWICK, NG IMAGE COLLECTION LA RELÈVE DE JANE Pour mener à bien sa mission, Jane Goodall peut compter sur une brigade d\u2019employés disséminés à travers le monde dans la trentaine de bureaux de l\u2019institut qui porte son nom.Créée en 1977, l\u2019organisation avait d\u2019abord pour objectif de poursuivre la recherche sur les chimpanzés et de mieux protéger ces primates ainsi que leurs habitats.Aujourd\u2019hui, elle agit sur plusieurs fronts : en plus de travailler à la protection des primates et de leur environnement, ses équipes mettent sur pied des projets de lutte contre les changements climatiques, de conservation de la faune, de sensibilisation au tra?c d\u2019espèces sauvages, d\u2019agroforesterie, d\u2019éducation des ?lles tanzaniennes, de microcrédit et de santé maternelle et infantile.À première vue, ces activités semblent disparates, mais elles ont toutes un lien avec les chimpanzés.« Les gens pauvres et malades n\u2019ont pas le temps de se soucier de la protection de ces animaux et de leur environnement, explique Andria Teather, directrice générale de la branche canadienne de l\u2019Institut Jane Goodall.En Tanzanie et en République démocratique du Congo entre autres, il y a des hommes et des femmes qui, pour assurer leur subsistance, coupent des arbres et mangent de la viande de brousse parce que ce sont leurs seules options.À moins de travailler avec eux pour remédier à la situation, nous n\u2019avons aucune chance de leur parler de la préservation des espèces et de la forêt.» En parallèle, l\u2019Institut développe depuis 1991 le programme éducatif Roots and Shoots, aujourd\u2019hui présent dans plus de 100 pays, qui encourage les jeunes à passer à l\u2019action pour construire un monde durable.Ce faisant, l\u2019Institut a l\u2019espoir de former la prochaine génération de Jane Goodall.« Nous voulons créer une cohorte de jeunes qui, comme Jane, seront assez courageux, audacieux et instruits pour changer les politiques et les mentalités », dit Andria Teather, qui sait bien que le plus grand dé?de son organisation sera « l\u2019après- Jane ».« Nous avons une leader emblématique qui vieillit, reconnaît-elle.Nous en sommes tous conscients, à commencer par elle.Personne ne pourra véritablement la remplacer, mais il y a certainement des gens qui continueront le travail en son nom.» QUÉBEC SCIENCE 18 SEPTEMBRE 2019 JG Pour modi?er l\u2019opinion des gens, il est inutile de les affronter et de les montrer du doigt.Il faut essayer d\u2019atteindre leur cœur en leur racontant des histoires.Quand je me suis battue pour faire sortir les chimpanzés des laboratoires de recherche médicale [dans les années 1990], des défenseurs des droits des animaux m\u2019ont reproché d\u2019avoir parlé aux travailleurs des laboratoires.Mais si vous ne leur parlez pas, comment pouvez-vous les faire changer d\u2019idée ?Impossible ! QS Prendrez-vous un jour votre retraite ?JG Jamais, jamais, jamais ! Bien sûr, mon corps ne pourra pas toujours me permettre de voyager autant.J\u2019espère que, à ce moment-là, je pourrai encore compter sur mon cerveau pour écrire plus de livres parce que c\u2019est aussi une façon d\u2019in?uencer les esprits.En attendant, je continuerai de me battre pour faire comprendre au public que, malgré notre sentiment d\u2019impuissance, tout un chacun peut changer les choses.Si nous choisissons de façon responsable et durable ce que nous achetons, portons et mangeons, collectivement la somme de ces choix éthiques nous mènera vers un monde meilleur.Un monde que nous aurons moins honte de laisser à nos enfants.lQS ENTREVUE PHOTO : HUGO VAN LAWICK, NG IMAGE COLLECTION ESPACE IMAGE : NSF/LIGO/UNIVERSITÉ D\u2019ÉTAT DE SONOMA/A.SIMONNET ?Représentation de la fusion d\u2019étoiles à neutrons détectée le 17 août 2017.Ces corps sont si denses que les atomes s\u2019y écrasent sous l\u2019effet de la gravité et que protons et électrons fusionnent pour former des neutrons tassés les uns contre les autres.La détection des ondes gravitationnelles, en 2015, a secoué le monde de l\u2019astronomie.Depuis, les découvertes pleuvent : en plus d\u2019observer certains phénomènes au télescope, les chercheurs peuvent maintenant déceler leurs vibrations.PAR MARINE CORNIOU EN DIRECT DE L\u2019UNIVERS QUÉBEC SCIENCE 19 SEPTEMBRE 2019 ESPACE À LIRE AUSSI Ondes gravitationnelles : la prochaine génération de détecteurs www.quebecscience.qc.ca/espace/ ondes-gravitationnelles-prochaine- generation-detecteurs W ooohooop ! À tout mom e n t d u jour (et de la nuit), le téléphone cellulaire de Daryl Haggard peut émettre ce bref signal sonore qui monte dans les aigus.Un nouveau message texte ?Pas tout à fait.Le signal vient de beaucoup plus loin : quelques millions d\u2019années-lumière pour être précis.« À chaque wooohooop, je sais qu\u2019il y a deux trous noirs qui viennent de fusionner quelque part dans l\u2019Univers », s\u2019amuse l\u2019astronome de l\u2019Institut spatial de McGill à Montréal.Comme des milliers d\u2019autres chercheurs et de curieux, elle reçoit presque en temps réel les noti?cations des deux détecteurs LIGO et de leur cousin Virgo.Ces immenses instruments situés respectivement aux États-Unis et en Italie captent les ondes « gravitationnelles », produites entre autres lorsque deux trous noirs se télescopent.Car ces cataclysmes ont beau avoir lieu au ?n fond du cosmos, ils sont suf?- samment violents pour qu\u2019on en perçoive l\u2019écho.Ils provoquent des déformations de l\u2019espace-temps (voir l\u2019encadré ci-contre), qui se propagent telles des vaguelettes à la vitesse de la lumière, et ?nissent par faire tressauter les détecteurs terrestres.Sur les détecteurs LIGO, qui font quatre kilomètres de long, le passage d\u2019une telle onde gravitationnelle représente une compression ou un étirement d\u2019environ un millionième de milliardième de millimètre\u2026, soit 1 000 fois moins que la taille d\u2019un proton ! Assez, toutefois, pour faire indirectement sonner téléphones et tablettes partout sur la planète environ une fois par semaine.« C\u2019est incroyablement excitant.On se ronge les ongles en se demandant quand va survenir le prochain signal ! » assure Daryl Haggard en riant.Pour cette spécialiste des trous noirs, comme pour tous les astrophysiciens, la première détection d\u2019ondes gravitationnelles en 2015, un siècle après leur description par Albert Einstein, a été une véritable révolution.Imaginez : après des centaines d\u2019années à scruter le ciel avec des instruments optiques, les scienti?ques réussissent désormais à percevoir les vibrations de l\u2019Univers.Et les ondes gravitationnelles portent en elles une ?opée d\u2019informations inédites sur les évènements qui les ont créées.Ce tout nouveau moyen de sonder l\u2019Univers a propulsé l\u2019astronomie dans une nouvelle ère : celle du « multimessager », où les signaux venus du cosmos peuvent être à la fois électromagnétiques et gravitationnels.LA CERISE SUR LE GÂTEAU Le tournant date concrètement du 17 août 2017.Le trio LIGO-Virgo reçoit alors un signal fort de plusieurs dizaines de secondes dont la « morphologie » est caractéristique d\u2019une fusion d\u2019étoiles à neutrons.Ces corps sont si denses que les atomes s\u2019y écrasent sous l\u2019effet de la gravité et que protons et électrons fusionnent pour former des neutrons tassés les uns contre les autres.Contrairement aux trous noirs, les étoiles à neutrons sont constituées de matière visible.Et justement, ce jour-là, moins de deux secondes après le signal gravitationnel, le télescope spatial Fermi de la NASA lance l\u2019alerte : il a capté un sursaut de rayons gamma, sorte de ?ash de lumière très énergétique.« Les astrophysiciens de partout dans le monde essayaient de savoir si les deux signaux étaient liés au même évènement », se souvient Daryl Haggard.C\u2019était le cas : en se percutant, à 130 millions d\u2019années-lumière de la Terre, les deux étoiles à neutrons ont donné lieu à une formidable explosion, appelée « kilonova », la première jamais observée.Grâce aux indications « géographiques » de LIGO-Virgo, le nouveau point lumineux a pu être repéré dans la galaxie NGC 4993, 11 heures après l\u2019arrivée des ondes gravitationnelles, par un télescope au Chili.Dans les jours et les semaines qui ont suivi, plusieurs types de rayonnement électromagnétique ont pu être captés par 70 observatoires et télescopes dans le monde : lumière visible, infrarouge, ultraviolet, ondes radio\u2026 L\u2019équipe de Daryl Haggard, elle, détectera des rayons X avec le télescope spatial Chandra neuf jours plus tard, produits par l\u2019interaction entre la matière éjectée avec fracas par la kilonova et la matière interstellaire.Le fait d\u2019observer ce phénomène conjointement à travers la « fenêtre » des ondes gravitationnelles et celle des ondes lumineuses a mis les scienti?ques en émoi.Un peu comme s\u2019ils avaient soudainement LES ONDES D\u2019EINSTEIN Les ondes gravitationnelles sont un phénomène évoqué par Albert Einstein dans sa théorie de la relativité générale.Il avait alors introduit la notion d\u2019espace-temps, selon laquelle la trame de l\u2019Univers est une sorte de tissu élastique qui « ploie » sous la masse des corps célestes.Le physicien avait prédit que certains évènements extrêmement énergétiques pouvaient engendrer des « rides de courbure » dans l\u2019espace-temps : de quoi secouer le « tissu » et le faire vibrer comme une corde de violon ou, plus prosaïquement, un bloc de gelée, en étirant et contractant les distances au passage.Seuls les phénomènes extrêmes du cosmos sont susceptibles de produire de telles secousses : les supernovas, des explosions d\u2019étoiles ou encore les couples d\u2019astres très denses (étoiles à neutrons ou trous noirs) qui accélèrent en orbitant l\u2019un autour de l\u2019autre avant de s\u2019unir.Plus l\u2019évènement est violent et proche de la Terre, plus les chances d\u2019en déceler les ondes sont grandes.Il a fallu beaucoup de patience et d\u2019ingéniosité pour détecter ces ondes dites « gravitationnelles », qui s\u2019apparentent à un murmure quasiment inaudible.Les trois Américains à l\u2019origine du projet LIGO ont d\u2019ailleurs reçu le prix Nobel de physique en 2017.I M A G E : N A S A QUÉBEC SCIENCE 20 SEPTEMBRE 2019 COMMENT FONCTIONNENT LES DÉTECTEURS ?Détecter les ondes gravitationnelles relève du miracle technique.L\u2019exploit est accompli par des « interféromètres » gigantesques dont le principe est assez simple, du moins en théorie.Un laser est divisé en deux faisceaux 1 qui parcourent deux tubes perpendiculaires longs de trois kilomètres (pour Virgo, en Italie 2 ) et de quatre kilomètres (pour les deux LIGO, situés en Louisiane et dans l\u2019État de Washington 3 ).Au bout du tube à vide, un miroir ré?échit la lumière vers le point de départ et les deux faisceaux « se recombinent ».Si une onde gravitationnelle passe, elle étire l\u2019espace dans l\u2019un des bras et le raccourcit dans l\u2019autre ; les deux faisceaux seront donc légèrement décalés.Il a fallu des années pour calibrer les instruments, qui ont été construits au tournant des années 2000.De 2005 à 2011, LIGO et Virgo ont alterné les périodes de prise de données et les périodes d\u2019optimisation sans jamais rien déceler.Ce sont ?nalement les améliorations apportées dans les années 2010 qui ont permis de capter les premiers signaux.La sensibilité avait été multipliée par 10 par rapport aux premières versions.Depuis le 1er avril, c\u2019est encore mieux : les chercheurs reçoivent environ un signal par semaine.Comment, une fois les oscillations repérées, les astrophysiciens peuvent-ils comprendre ce qu\u2019ils viennent d\u2019« entendre » ?En fait, il existe des modélisations de tous les types de cataclysmes capables de provoquer ces vibrations d\u2019espace-temps : on sait donc à quoi on a affaire en regardant la morphologie du signal.« Les oscillations sont produites par deux objets massifs qui tournent l\u2019un autour de l\u2019autre en se rapprochant avant d\u2019entrer en collision.4 La durée du signal, son amplitude, la rapidité avec laquelle la fréquence augmente dépendent de la masse des objets et d\u2019autres paramètres, qui sont imprimés dans cette signature », explique le physicien Benoît Mours.I M A G E S : C A L T E C H / M I T / L I G O L A B ; L A C O L L A B O R A T I O N V I R G O / C C O 1 .0 1 3 2 4 QUÉBEC SCIENCE 21 SEPTEMBRE 2019 ESPACE I M A G E S : E G O / L A C O L L A B O R A T I O N V I R G O / P E R C I B A L L I ; S H U T T E R S T O C K .C O M ajouté la bande son à un ?lm muet.« Cette combinaison est extrêmement puissante.Avant, on n\u2019avait que la moitié de l\u2019histoire ! » s\u2019exclame Daryl Haggard.Le mode multimessager leur permet de valider des tonnes de modèles et de théories invéri?ables jusqu\u2019ici, dans des territoires inexplorés de la physique.À elle seule, cette fusion d\u2019étoiles a engendré plus de 800 publications scienti?ques.Et la moisson se poursuit ! Deux ans plus tard, des émissions d\u2019ondes radio sont toujours perceptibles, produites par des jets vraisemblablement issus du « petit » trou noir né de la fusion.« Cet évènement nous a appris énormément sur l\u2019évolution stellaire, sur la physique de ce type d\u2019explosion, sur la nature des éléments chimiques créés, et ce n\u2019est que la pointe émergée de l\u2019iceberg », résume Chad Hanna, astrophysicien à l\u2019Université de Pennsylvanie.La combinaison des « messagers » cosmiques a démontré que la vitesse de propagation des ondes gravitationnelles est égale à celle de la lumière, ce qui permet d\u2019éliminer certaines théories de la gravitation, élaborées pour se passer des facteurs gênants que sont l\u2019énergie noire et la matière noire.Un bond théorique aussi rapide que majeur ! Et ce n\u2019est pas tout.« Par le signal électromagnétique, nous savons où se trouve la galaxie hôte et quelle est la vitesse d\u2019éloignement de la kilonova.En combinant ces données avec l\u2019indication de distance fournie par les ondes gravitationnelles, nous avons pu effectuer une estimation de la constante de Hubble », se réjouit Chad Hanna.Cette constante de Hubble quanti?e la vitesse d\u2019expansion de l\u2019Univers et sème la discorde parmi ceux qui essaient de la calculer et qui n\u2019obtiennent pas tous le même résultat.La nouvelle estimation manque encore de précision, mais l\u2019observation d\u2019autres kilonovas aidera peut-être un jour à trancher le débat.Bref, on l\u2019aura compris, l\u2019astronomie multimessager, c\u2019est du solide.« C\u2019est un domaine captivant, qui est bien plus que la somme de ses parties ! » déclare le chercheur.ALERTES EN DIRECT Les scienti?ques en sont maintenant à la troisième campagne d\u2019observation LIGO-Virgo, qui durera au moins un an.Entre le début du mois d\u2019avril et la ?n mai, Daryl Haggard avait déjà reçu une douzaine d\u2019alertes.QUÉBEC SCIENCE 22 SEPTEMBRE 2019 TOUT L\u2019OR DU MONDE En espionnant la kilonova sous tous ses angles, les scienti?ques ont aussi résolu une énigme vieille de plusieurs décennies quant à l\u2019origine des éléments lourds dans l\u2019Univers.Prenez l\u2019or, par exemple, dont sont faits votre collier ou votre alliance.D\u2019où vient-il ?Les noyaux des atomes d\u2019or possèdent beaucoup de neutrons (presque quatre fois plus que les atomes de fer) et ils ne peuvent pas être créés par les réactions de fusion au cœur des étoiles, contrairement au carbone, à l\u2019azote ou au fer justement.«L\u2019évènement du 17 août 2017 a prouvé que ce sont des fusions d\u2019étoiles à neutrons qui ont produit la plupart des métaux précieux et des éléments lourds qu\u2019on trouve sur Terre.Cette explosion à elle seule a éjecté 10 fois la masse de la Terre en or, 50 fois sa masse en platine et 5 fois celle en uranium », a expliqué Brian Metzger, astrophysicien à l\u2019Université Columbia, au congrès 2019 de l\u2019Association américaine pour l\u2019avancement des sciences.Comment ?Lors de l\u2019explosion, une fraction des neutrons sont éjectés et viennent se combiner avec les noyaux lourds, comme le fer et le nickel, présents dans la croûte de ces astres, pour former des atomes plus lourds encore.Il faut dire que les détecteurs fonctionnent mieux que jamais, après avoir subi une série d\u2019améliorations destinées à accélérer le rythme des découvertes, mentionne Benoît Mours, chercheur au Centre national de la recherche scienti?que à Annecy.« Dans Virgo, on a changé la façon dont on suspend les miroirs : ils étaient accrochés avec des ?ls d\u2019acier et ils le sont maintenant avec des ?bres de silice, plus stables.On a aussi augmenté la puissance du laser et fait la chasse à tous les bruits techniques.On essaie également de réduire l\u2019in?me fraction de lumière qui est diffusée dans toutes les directions et qui risque de s\u2019introduire de nouveau dans le faisceau », explique-t-il.Au ?nal, la sensibilité des deux détecteurs LIGO a été améliorée d\u2019environ 50 % et celle de Virgo, qui partait de plus loin, d\u2019un facteur 2.« On peut déjà dire que cela fonctionne comme prévu ! Quand on a passé des dizaines d\u2019années à espérer voir le premier évènement et qu\u2019on en détecte 12 en moins de deux mois, on mesure le chemin parcouru », souligne le responsable français de la collaboration Virgo.Pour ne pas passer à côté d\u2019un autre spectacle « vibrations et lumière », les alertes de la troisième période d\u2019observation LIGO-Virgo sont publiques et émises quasiment en temps réel grâce à des algorithmes qui analysent continuellement les signaux, histoire de permettre aux astronomes de se ruer sur leurs télescopes le cas échéant.Une dizaine de collisions d\u2019étoiles à neutrons pourraient être décelées au cours de l\u2019année, selon les estimations.« On pense en avoir perçu une en avril dernier, mais trois fois plus éloignée que celle de 2017 », précise Chad Hanna.De plus, aucune « contrepartie » lumineuse n\u2019a pu être repérée, rendant l\u2019évènement moins palpitant que celui du 17 août 2017.Chad Hanna fait partie des rares scien- ti?ques qui supervisent les algorithmes et véri?ent que chaque wooohooop détecté est bel et bien dû au passage d\u2019une onde gravitationnelle.« On s\u2019assure que tout semble normal, que les détecteurs fonctionnaient bien, sinon on rétracte le signal », dit ce pivot de l\u2019équipe LIGO, qui ne lâche jamais son téléphone.Ça n\u2019a l\u2019air de rien, mais il faut une minutie extrême pour con?rmer qu\u2019un signal si ténu n\u2019est pas du bruit de fond.Le fait d\u2019avoir trois détecteurs en fonction aide à valider les données en plus de permettre de localiser la source des ondes gravitationnelles sur la voûte céleste.« Jusqu\u2019à maintenant, on a réussi à faire fonctionner les trois détecteurs simultanément environ 40 % du temps et au moins deux d\u2019entre eux 80 % du temps », indique Chad Hanna.Si tout se passe bien, le nouveau détecteur KAGRA, situé au Japon, se joindra aux trois autres ?n 2019, augmentant encore les chances de gagner le gros lot.Des détecteurs beaucoup plus massifs avec des bras de 10 ou 40 km de long pourraient aussi voir le jour à l\u2019horizon 2030, même s\u2019il reste à les ?nancer.« Nous attendons avec impatience la fusion d\u2019un trou noir et d\u2019une étoile à neutrons, reprend Daryl Haggard, à l\u2019Institut spatial de McGill.Un tel évènement émettrait probablement de la lumière en plus des ondes gravitationnelles, puisque la matière de l\u2019étoile se ferait déchiqueter et chauffer avant de disparaître dans le trou noir.» Là encore, un signal évocateur a été repéré en avril dernier, mais il était trop léger pour convaincre les spécialistes.« Les étoiles à neutrons sont des objets si extrêmes, si différents de ce que l\u2019on connaît sur Terre que ces observations sont les seuls moyens dont on dispose pour comprendre ce qui se cache sous leur surface », détaille l\u2019astrophysicienne.Il faut dire que les atomes connus n\u2019ont pas grand-chose à voir avec l\u2019état de la matière à l\u2019intérieur de ces astres, dont une seule cuillérée pèserait des centaines de millions de tonnes ! Et les télescopes, même les plus puissants, ne peuvent rien dévoiler de l\u2019intimité de ces sphères dont le rayon ne dépasse pas quelques kilomètres\u2026 Quant à Chad Hanna, lorsqu\u2019on lui demande ce qu\u2019il espère le plus chaque fois que son cellulaire lui signale un nouveau cataclysme lointain, il n\u2019hésite pas longtemps.« Puisque les ondes gravitationnelles sont une fenêtre d\u2019observation totalement nouvelle, ce serait dommage qu\u2019on ne voie que des choses auxquelles on s\u2019attend.J\u2019aimerais tellement tomber sur quelque chose d\u2019inconnu ! » Après tout, on vient seulement de mettre nos écouteurs.Il n\u2019y a plus qu\u2019à monter le son ! lQS Ce miroir du détecteur Virgo pèse 42 kg : il est suspendu à quatre ?nes ?bres de silice fondue, qui sont collées sur les côtés du miroir.Les améliorations apportées en 2018, notamment aux miroirs, ont permis d\u2019augmenter la sensibilité de Virgo d\u2019un facteur 2.QUÉBEC SCIENCE 23 SEPTEMBRE 2019 « SOCIÉTÉ LA RÉUNION DES CORÉES : ÉCRITE DANS LE CIEL ?J e connais leurs n o m s .M a i s je n\u2019ai jamais réussi à leur par ler» , d i t Hong-Jin Yang, d\u2019une voix aussi douce que son regard.Le chercheur de l\u2019Institut coréen de science astronomique et spatiale sait trop bien que, à quelque 335 km de son bureau, 6 professeurs, 11 postdoctorants et 6 étudiants travaillent à l\u2019Observatoire d\u2019astronomie de Pyongyang, en Corée du Nord.Ils font, entre autres, des recherches théoriques, de l\u2019astrométrie, de la radioastronomie et de la géodynamique et publient principalement leurs résultats dans des revues nationales.Mais leur écrire dans le but d\u2019amorcer une collaboration, c\u2019est comme envoyer un message dans l\u2019Univers ! Il faut inévitablement passer par différents messagers, car les deux pays sont en con?it depuis leur scission en 1945, et les négociations en vue de la dénucléarisation de la Corée du Nord sont dans l\u2019impasse.Mais « l\u2019astronomie est apolitique ; c\u2019est de la pure science.Voilà donc un bon sujet pour restaurer le sentiment d\u2019harmonie entre le Nord et le Sud », croit Hong-Jin Yang, que nous avons rencontré au congrès de l\u2019Association américaine pour l\u2019avancement des sciences en février dernier.Il y a de l\u2019espoir.Signe d\u2019une ouverture, le pays le plus isolé du monde est redevenu membre de l\u2019Union astronomique internationale (UAI) en 2012, après une absence de plus de 20 ans.Cette année-là, le président de l\u2019observatoire nord-coréen a même présenté les travaux de son équipe à l\u2019assemblée générale de l\u2019UAI, tenue à Pékin, une rencontre qui a lieu tous les trois ans.En 2015 et en 2018, les astronomes nord-coréens ont toutefois brillé par leur absence.Mais qu\u2019en sera-t-il en 2021, alors que l\u2019assemblée générale aura lieu tout près de chez eux\u2026, à Busan, en Corée du Sud ?HÉRITAGE DE 2 000 ANS Ancien vice-président de l\u2019UAI, Georges Miley fait partie des personnes qui ont milité pour le retour des collègues nord- coréens dans le « giron familial ».Après ses premières discussions avec le directeur de l\u2019Observatoire d\u2019astronomie de Pyongyang, il a vite compris que l\u2019intérêt était grand pour de plus amples échanges.Dans une missive envoyée au président de l\u2019académie des sciences nord-coréenne en 2011, M.Miley a utilisé un argument astucieux : l\u2019année 2012 marquait les 100 ans de la naissance du mythique (et défunt) Kim Il-sung.« En facilitant la création de l\u2019Observatoire d\u2019astronomie de Pyongyang en 1956, votre premier président a reconnu l\u2019importance de l\u2019astronomie pour la République populaire démocratique de Corée et pour le monde, écrivait-il.Je me permets donc de vous inviter à rejoindre les rangs de l\u2019UAI lors du 100e anniversaire de sa naissance.» M.Miley, qui est professeur à l\u2019Université de Leyde, aux Pays-Bas, est aujourd\u2019hui responsable du bureau de l\u2019astronomie pour le développement de l\u2019UAI, qui compte 10 antennes régionales à travers le monde.« Quand on regarde la planète Terre de l\u2019espace, ce \u201cpoint bleu pâle\u201d comme disait l\u2019astronome Carl Sagan, on réalise que les con?its internationaux n\u2019ont pas de sens.Les gens se ressemblent plus qu\u2019ils s\u2019opposent.» Il n\u2019a pas hésité à faire venir des astronomes nord-coréens pour quelques mois à Leyde en 2014.Et il continue de communiquer avec ses vis- à-vis par courriel.Pour les astronomes de la Corée du Sud, c\u2019est une autre histoire.« Je pense que les Nord-Coréens ont plus de facilité à interagir avec des chercheurs européens ou chinois qu\u2019avec les Sud-Coréens », dit Hong-Jin Yang.La science pourrait-elle représenter un terrain neutre pour de premiers échanges entre les voisins en con?it depuis près de 75 ans ?C\u2019est le pari d\u2019un astronome sud-coréen.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE I M A G E : N A S A Une photo hivernale du mont Paektu et du lac du Paradis, logé au creux du cratère volcanique de cinq kilomètres de diamètre, situé à la frontière entre la Corée du Nord et la Chine.Un astronome sud-coréen espère qu\u2019un observatoire d\u2019astronomie y sera construit un jour.QUÉBEC SCIENCE 24 SEPTEMBRE 2019 Pourtant, les deux États, qui ne faisaient qu\u2019un avant la guerre et qu\u2019on appelait le « pays du matin calme », ont un immense bagage en matière d\u2019astronomie.Les données communes couvrent 2 000 ans d\u2019étude du ciel ! Et l\u2019un des plus vieux observatoires astronomiques sur la planète est situé dans le sud de la péninsule : il s\u2019agit du Cheomseongdae, datant du 7e siècle.La Corée est aussi connue pour ses quelque 20 000 dolmens, des structures rocheuses préhistoriques parfois gravées d\u2019une carte du ciel.« Mais depuis 1945, il n\u2019y a plus de communications entre nous », rappelle l\u2019astronome.Cet héritage commun a toujours une grande valeur pour la communauté scienti- ?que.Le professeur émérite de l\u2019Université de Montréal Anthony Moffat peut en témoigner.Il a fait partie d\u2019une grande équipe internationale qui a retrouvé un duo d\u2019étoiles à l\u2019origine d\u2019un phénomène observé en 1437.À l\u2019époque, des astronomes du roi avaient remarqué un point brillant dans le ciel de Séoul qui était demeuré visible pendant 14 nuits avant de disparaître.Il s\u2019agissait en fait d\u2019une nova, une explosion qui ne détruit pas les deux étoiles qui l\u2019ont causée.Les écrits des astronomes coréens avaient situé le phénomène lumineux dans la constellation du Scorpion, ce qui fournissait des indices précieux aux chercheurs.Mais la traque ne fut pas simple pour autant ; si l\u2019équipe internationale a publié sa découverte en 2017, elle travaillait sur ce cas depuis des décennies ! En 1985, M.Moffat et son collègue Michael Shara avaient effectué un séjour en Australie et obtenu des images très larges du télescope Schmidt.Elles couvraient la section du ciel correspondant au phénomène de 1437.« Mais il y avait trop de candidates [d\u2019étoiles pouvant être à l\u2019origine de la nova], raconte-t-il.La clé est venue des années plus tard, quand on a utilisé d\u2019autres photographies sur lesquelles on voit des nébuleuses, c\u2019est- à-dire du gaz chaud éjecté à la suite d\u2019une explosion ou d\u2019une éruption.Une seule des étoiles montrait cet effet-là.C\u2019était la bonne ! » Cette quête a permis de mettre au jour l\u2019évolution d\u2019un tel système sur près de 600 ans.QUÉBEC SCIENCE 25 SEPTEMBRE 2019 SOCIÉTÉ I M A G E S : N A S A ; W I K I M E D I A C O M M O N S L\u2019histoire de l\u2019astronomie serait donc un bon point de départ pour une collaboration entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, croit Hong-Jin Yang, dont c\u2019est justement le principal sujet d\u2019étude.Et ça tombe bien : l\u2019Observatoire d\u2019astronomie de Pyongyang étudie aussi ce thème.« En astronomie observationnelle, puisqu\u2019il faut des installations et de l\u2019équipement comme des télescopes et des ordinateurs, nous serions confrontés à des obstacles liés aux sanctions des Nations unies à l\u2019encontre de la Corée du Nord [NDLR : les sanctions interdisent l\u2019importation et l\u2019échange de biens et de technologies].Également, le fossé qui existe entre les deux Corées quant à l\u2019expérience en matière d\u2019observation pourrait compliquer la collaboration.Étudier la tradition astronomique coréenne serait plus facile.Ce ne serait pas qu\u2019un symbole puissant pour une collaboration intercoréenne, ce serait aussi une grande réalisation scienti?que.» Il espère que les autres domaines de l\u2019astronomie seront ensuite étudiés conjointement et il rêve même de la construction d\u2019un observatoire commun sur le mont Paektu, en Corée du Nord, à la frontière avec la Chine.Il s\u2019agit du plus haut sommet de la péninsule, culminant à 2 744 m ?son nom signi?e d\u2019ailleurs « montagne à tête blanche ».En raison de son isolement et de l\u2019absence de pollution lumineuse, « les conditions au mont Paektu sont excellentes pour l\u2019observation du ciel », assure l\u2019astronome.Les instruments qu\u2019on y installerait permettraient aux scienti?ques de travailler en réseau avec ceux de la Corée du Sud.Le lieu est déjà au cœur d\u2019une collaboration internationale sans précédent depuis 2011.Le mont est en fait un supervolcan ; l\u2019éruption du Millénaire, en l\u2019an 946, compte parmi les plus fortes de l\u2019histoire avec ses 24 km3 de magma éjectés.Il existe peu d\u2019information à son sujet, à l\u2019exception de ce qui a pu être publié du côté de la Chine.L\u2019existence même du volcan confond les chercheurs, car il n\u2019est pas situé à la rencontre de plaques tectoniques.Mais entre 2002 et 2005, les scienti- ?ques nord-coréens ont remarqué que des microséismes inquiétants se produisaient.Aussi ont-ils voulu approfondir leurs connaissances sur ces secousses et cherché à imaginer les conséquences d\u2019une éventuelle éruption.Ils ont fait appel à des chercheurs européens, chinois et américains qui, regroupés au sein du Mt Paektu Geoscienti?c Group et soutenus par l\u2019Association américaine pour l\u2019avancement des sciences, sont arrivés dans cette région doublement isolée, car dif?cile d\u2019accès.Malgré les différences culturelles, la collaboration est fructueuse, mentionne James Hammond, professeur à Birk- beck ?Université de Londres.« Pour notre premier article scienti?que, Ri Kyong-Song est venu passer un mois à Londres.À la ?n de son séjour, on avait déjà produit une première ébauche, ce qui est plutôt rapide ! » Ri Kyong-Song, de l\u2019Earthquake Administration de Corée du Nord, est d\u2019ailleurs le premier auteur de l\u2019article, qui est paru en 2016 dans la revue Science Advances.Cependant, l\u2019équipe est à la merci des approbations des gouvernements et des Nations unies, nécessaires en raison des sanctions.Et les organismes subventionnaires sont frileux.« C\u2019est considéré comme un projet risqué, pas sur le plan scienti?que, mais sur le plan Image satellite de la péninsule de Corée la nuit.Le Nord, peu développé, est beaucoup moins lumineux que le Sud, d\u2019où l\u2019intérêt pour un observatoire d\u2019astronomie.L\u2019observatoire de Cheomseongdae et ses 362 morceaux de granit empilés sur neuf mètres de hauteur ont passé l\u2019épreuve du temps. politique », explique M.Hammond qui, après avoir travaillé aux quatre coins de la planète, n\u2019avait jamais eu à surmonter de telles embûches.STABILITÉ ET INSTABILITÉ Hong-Jin Yang et d\u2019autres scientifiques sud-coréens parviendront-ils à collaborer avec leurs voisins ?Le politologue Benoît Hardy-Chartrand pense que l\u2019astronomie, et la science en général, est « un excellent terrain pour la coopération Nord-Sud.Toute coopération qui relèverait de l\u2019économie, de la politique ou de la culture risquerait d\u2019être minée par les différences idéologiques et les sensibilités politiques du régime nord-coréen, ce qui est moins le cas pour les échanges scienti?ques ».Le moment semble opportun, en tout cas.Les relations entre les deux Corées se sont stabilisées depuis l\u2019élection du président sud-coréen Moon Jae-in, en 2017.« Il avait fait campagne en promettant un rétablissement des liens avec le Nord, rappelle le professeur de l\u2019Université du Temple au Japon.Il y a eu trois sommets entre le leader nord-coréen Kim Jong-un et le président Moon en 2018, alors qu\u2019il n\u2019y en avait eu que deux précédemment, en 2000 et en 2007.» Bien que les efforts de Moon Jae-in soient remarquables, la situation sur la péninsule coréenne est tributaire des relations entre les États-Unis et la Corée du Nord, précise Benoît Hardy-Chartrand, qui est chercheur associé à la Chaire Raoul- Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l\u2019Université du Québec à Montréal.« Même si le risque de con?it armé entre le Nord et le Sud est minime à l\u2019heure actuelle, l\u2019impasse nucléaire entre Washington et Pyongyang fait en sorte que les tensions pourraient être ranimées rapidement.» Il fallait s\u2019y attendre : notre demande d\u2019entrevue à l\u2019Observatoire d\u2019astronomie de Pyongyang est restée lettre morte.Espérons que Hong-Jin Yang aura plus de succès que nous\u2026 lQS LA SCIENCE EN CORÉE DU NORD En matière de science, le pays de Kim Jong-un est généralement associé aux recherches de nature militaire en raison de son programme nucléaire.Sinon, de façon anecdotique, on se rappellera l\u2019épisode du clonage de lapins en 2002 : le pays assure être le deuxième au monde à avoir réussi un tel exploit, ce qui n\u2019a jamais pu être véri?é de façon indépendante.Mais en réalité, la science et la technologie représentent l\u2019un des piliers de la stratégie de développement de la Corée du Nord.« Le régime nord-coréen accorde une importance particulière aux sciences pures et appliquées, puisqu\u2019il considère que les sciences permettront d\u2019accélérer le développement du pays, explique Benoît Hardy-Chartrand, professeur à l\u2019Université du Temple au Japon.Les scienti?ques sont d\u2019ailleurs traités avec une attention particulière.Ils ont droit à de meilleurs salaires et à des logements de bien meilleure qualité que les autres travailleurs par exemple.» Ces dernières années, un nouveau quartier a été construit à Pyongyang pour héberger des établissements scienti- ?ques et leurs employés.En dehors de la capitale, une immense bibliothèque consacrée à la science a été inaugurée à Hamhung à la ?n de 2018.Différents domaines sont étudiés ; un département de science de la forêt a été créé il y a deux ans à l\u2019Université Kim Il-Sung, selon le site de nouvelles indépendant NK News.« J\u2019ai visité une bibliothèque à Séoul qui conserve des revues savantes nord- coréennes, et elles sont généralement plus portées sur les sciences pures que sur les sciences humaines », poursuit Benoît Hardy- Chartrand.Un inventaire des articles publiés par les Nord-Coréens dans des revues internationales mène au même constat : en 2014, ils ont fait paraître 24 articles qui concernent surtout la physique, la chimie, les mathématiques et la science des matériaux.Les coauteurs sont généralement des scienti?ques de Chine, un pays ami de la Corée du Nord.Il y a néanmoins des chercheurs en sciences sociales.Et même en science politique, af?rme M.Hardy-Chartrand ! « Ils travaillent autant dans les universités que dans des think tanks [groupes de ré?exion], mais, plus que dans les autres disciplines, ils sont complètement inféodés au gouvernement.Ils doivent être loyaux aux leaders, et déroger de la ligne du Parti du travail de Corée signi- ?erait la ?n de leur carrière et probablement un séjour en camp de rééducation.» \u201c L\u2019astronomie est apolitique ; c\u2019est de la science pure.\u201d \u2013 Hong-Jin Yang, de l\u2019Institut coréen de science astronomique et spatiale IMAGE : HONG-JIN YANG QUÉBEC SCIENCE 27 SEPTEMBRE 2019 TOUS DES CANCRES EN SCIENCE ?Délaissée au primaire, malmenée au secondaire, la science est le parent pauvre du système scolaire québécois.Que faire ?Une ré?exion de JOËL LEBLANC PHOTOS : FRANCIS VACHON D u r a n t t o u t son secondaire, Brigitte a reçu un enseignement qui lui a fait détester les sciences.Écologie, chimie, physique, biologie : mêmes cauchemars.Elle a échoué à nombre d\u2019examens et en est restée marquée.Maintenant enseignante au primaire, Brigitte évite les sciences autant qu\u2019elle le peut.Ma rencontre avec elle remonte à 2005, dans une école de Val-Bélair.Je commençais comme éducateur scienti- ?que pour la Boîte à science, un organisme de Québec qui travaille à éveiller l\u2019intérêt des jeunes pour les sciences.Je me déplaçais d\u2019école en école et je me rappelle ma surprise devant une telle aversion pour les sciences chez une enseignante du primaire.Une exception, m\u2019étais-je dit.Je me trompais : pendant les six années suivantes, j\u2019ai visité un millier de classes et rencontré des centaines d\u2019enseignantes (il y a si peu d\u2019hommes) ?des centaines de Brigitte ?souffrant d\u2019une allergie aux sciences.Voilà près de 40 ans que le Conseil supérieur de l\u2019éducation lance des appels clairs au ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur (MEES) au sujet de l\u2019enseignement des sciences.Après un premier rapport en 1982, il réitère ses propos en 1990 en soulignant que cette discipline « n\u2019a pas occupé une place importante dans la formation des enseignants [du primaire] eux-mêmes, de sorte que la sensibilité de ces derniers à la culture scienti?que n\u2019est ni spontanée ni très marquée ».Le dernier rapport date de 2013 et mentionne que « la science demeure, encore aujourd\u2019hui et dans bien des écoles, une discipline passablement délaissée ».Rien n\u2019a changé depuis\u2026 Pourtant, de nos jours plus que jamais, une culture scienti?que solide est incontournable pour faire des choix éclairés dans la vie ! SOCIÉTÉ QUÉBEC SCIENCE 28 SEPTEMBRE 2019 En mai dernier, dans une école primaire de la Beauce, une vingtaine d\u2019enfants de première et deuxième année ont suivi un atelier scienti?que de l\u2019entreprise montréalaise Les neurones atomiques.I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ?« Au primaire, bon nombre d\u2019enfants ne reçoivent pas l\u2019enseignement des sciences qu\u2019ils méritent et parfois les sciences ne leur sont pas enseignées du tout », con?rme Pierre Chastenay.Professeur titulaire à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), l\u2019astronome et pédagogue donne le cours de didactique des sciences aux candidates (et quelques candidats) du baccalauréat en éducation au préscolaire et en enseignement au primaire, le BEPEP pour les intimes.« En 2015, j\u2019ai réalisé un sondage en ligne auprès de 500 enseignantes, poursuit-il.Au total, 40 % d\u2019entre elles ont déclaré ne jamais faire de science en classe.Leur crainte des sciences remonte à leur passage au secondaire.Mon travail au BEPEP est de réconcilier les futures professeures avec cette matière.J\u2019aime dire que mon cours, ce sont 45 heures de psychanalyse ! » FORMATION INSUFFISANTE Chez les enseignantes que j\u2019ai rencontrées et qui osaient faire un peu de science avec leurs élèves, il y avait des lacunes à corriger : crainte de s\u2019électrocuter avec une petite pile de lampe de poche, explication des saisons par un schéma erroné, classi?cation des animaux qui exclut les insectes\u2026 Les enseignantes m\u2019avouaient ressentir un sentiment d\u2019incompétence, qu\u2019elles expliquent par leur formation insuf?sante au BEPEP.« À l\u2019UQAM, ce baccalauréat dure quatre ans et compte 120 crédits.Et il y a un seul cours de didactique des sciences qui donne 3 crédits », rappelle Pierre Chastenay.Ce cours permet d\u2019apprendre à enseigner les sciences, ce qui est nécessaire.Mais un bon professeur doit maîtriser son sujet ; or, on demande à des gens qui ne sont pas à l\u2019aise avec les sciences de bien les enseigner.La situation à l\u2019Université de Montréal est légèrement plus enviable : les étudiantes du BEPEP suivent en première année un cours de notions scienti?ques de base et en troisième année un cours de didactique.« Mais il a fallu travailler fort pour avoir ce cours, se souvient Marcel Thouin, professeur de didactique à l\u2019Université de Montréal et cosignataire du rapport du Conseil supérieur de l\u2019éducation de 2013.Les enseignantes de la nouvelle génération se sentent un peu plus outillées, mais une fois en classe, elles sont rattrapées par la réalité du milieu, qui ne réserve que peu de place à l\u2019enseignement des sciences.» C\u2019est que le MEES, qui dicte la répartition des heures d\u2019enseignement des disciplines au primaire, accorde une importance quasi dérisoire aux sciences.Dans une semaine de 25 heures d\u2019enseignement, une fois passé le QUÉBEC SCIENCE 29 SEPTEMBRE 2019 SOCIÉTÉ temps obligatoire alloué aux mathématiques et au français, il ne reste que 11 heures pour les matières « annexes » : science, langue seconde, arts, éthique et culture religieuse ainsi que géographie, histoire et citoyenneté.La répartition de ce temps est à la guise de l\u2019enseignante.Dans un système scolaire qui craque de partout, en raison du manque ?agrant de ressources et des semaines qui ne comptent pas assez d\u2019heures pour gérer tous les cas problèmes, où croyez-vous que des enseignantes, mal à l\u2019aise avec les sciences, coupent en premier ?Sans compter que, malgré sa présence dans le programme, la science n\u2019est pas obligatoire au premier cycle (première et deuxième année).Et même si elle est censée l\u2019être aux deuxième et troisième cycles, aucun examen du ministère ne porte sur cette matière.Le message perçu par plusieurs enseignantes est, bien sûr, qu\u2019elle est moins importante.« Ce n\u2019est pas par mauvaise volonté », tient à rectifier Nathalie Morel, vice- présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome de l\u2019enseignement (FAE).Après 18 années passées dans des classes du primaire, l\u2019ex-enseignante a des souvenirs vivaces des difficultés logistiques qui entravaient son travail.« Les enseignantes se sentent démunies face aux sciences, et le temps qu\u2019elles doivent consacrer à préparer ces cours, en plus de leur présence en classe, est énorme.De plus, l\u2019absence de matériel pour \u201cfaire de la science\u201d est notoire.Il faut des outils de base, comme des balances et des rubans à mesurer, mais il faut aussi un budget récurrent pour le remplacement du matériel périssable ?des piles, ça s\u2019épuise ; des thermomètres, ça se casse.Nous n\u2019avons souvent ni l\u2019un ni l\u2019autre.Sur papier, le programme québécois a de grandes forces, mais il n\u2019a pas les moyens de ses ambitions.» DÉCALAGE Me voilà observateur dans une petite école de la Beauce en mai dernier.Martin Brouillard, cofondateur de l\u2019entreprise montréalaise Les neurones atomiques, livre avec brio une animation scienti?que où la chimie est à l\u2019honneur.La vingtaine d\u2019enfants de première et deuxième année sont littéralement suspendus à ses lèvres, impatients d\u2019entendre la prochaine anecdote, de manipuler des éprouvettes, de voir les liquides changer de couleur.En ?nale : une ovation des élèves, une chanson de remerciement, des regards illuminés pour le reste de la journée.Un enfant est un scienti?que par défaut.Je ne peux m\u2019empêcher de penser aux deux miens, pas encore à l\u2019école, qui expérimentent constamment.Se poser des questions ?et tenter d\u2019y répondre ?est dans leur nature.De l\u2019âge de 6 à 12 ans, alors que leur curiosité scienti?que sera à son maximum, ils passeront par les classes du primaire de toutes ces Brigitte qui seront de merveilleuses enseignantes, mais qui auront peur de la science.Je con?e mes appréhensions à Martin Brouillard alors qu\u2019il ramasse son matériel après sa séance.L\u2019ancien enseignant du primaire m\u2019explique la philosophie qui guide son entreprise.« Avant chacune de nos interventions en classe, nous parlons avec l\u2019enseignante pour savoir ce que ses jeunes connaissent déjà, si notre venue s\u2019inscrit dans une démarche pédagogique plus vaste.Malheureusement, dans bien des cas, il n\u2019y en a pas.On nous fait venir en classe comme on fait venir un clown ou un magicien.Ça démontre comment la science est désincarnée pour ces pro- fesseures, alors qu\u2019elle est partout dans la société et qu\u2019elle devrait être partout dans leur enseignement, imbriquée dans les cours de français et de mathématiques.» Il veut devenir un partenaire qui apporte une plus-value à l\u2019enseignement, être davantage qu\u2019un animateur ponctuel.Martin Brouillard est le cofonda- teur de l\u2019entreprise Les neurones atomiques qui, depuis plus de 10 ans, offre des ateliers de sciences dans les écoles du Québec.QUÉBEC SCIENCE 30 SEPTEMBRE 2019 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M « En fusionnant l\u2019ancien cours d\u2019initiation à la technologie au corpus de sciences, on a tué le temps de laboratoire.» Depuis peu, Martin Brouillard dispose d\u2019un autre levier pour faire changer les choses.Voilà deux sessions qu\u2019on lui con?e un groupe du cours de didactique des sciences au BEPEP de l\u2019UQAM.Il fait découvrir aux étudiantes toute la liberté dont elles disposeront pour enseigner les sciences et l\u2019importance de s\u2019approprier le sujet.« Juste de leur faire réaliser que le programme au primaire n\u2019est qu\u2019un guide et qu\u2019elles peuvent y naviguer à leur guise les fait toujours tomber des nues.Le programme suggère d\u2019aborder l\u2019atome au secondaire, alors les professeures croient qu\u2019on ne peut pas en parler au primaire.Mais oui, on peut ! Ma pratique me montre que les enfants comprennent très bien.» Il faudrait peut-être plus de Martin Brouillard et de Pierre Chastenay dans les différentes universités de la province.Une grande partie des enseignantes voient la science comme la simple transmission d\u2019un ensemble de savoirs.Elles n\u2019ont pas pris conscience ?ou elles n\u2019ont pas été orientées dans cette voie ?que l\u2019important, c\u2019est de faire comprendre la nature de la science et non mémoriser des concepts.CHEZ LES PLUS GRANDS Au secondaire, la présence d\u2019enseignants spécialisés en sciences devrait nous rassurer.Et pourtant\u2026 « Ces enseignants n\u2019ont pas toujours une approche qui est conforme à la nature de l\u2019activité scienti?que ; il y a hélas beaucoup de \u201cbourrage de crâne\u201d », indique Patrice Potvin, professeur en didactique des sciences au secondaire à l\u2019UQAM.Le renouveau pédagogique du début des années 2000, la fameuse réforme, a fusionné les cours d\u2019écologie, de biologie, de physique, de chimie et de technologie dans un lourd cours général de science et technologie en première, deuxième et troisième secondaire, poursuit Patrice Potvin.Pour l\u2019enseignant, cela fait énormément de matière à maîtriser.Les professeurs d\u2019avant la réforme qui enseignaient la biologie, par exemple, ont dû se mettre à enseigner aussi la physique.« Le contenu des cours a explosé.Bien des enseignants sont passés en mode magistral pour avoir le temps de tout couvrir dans l\u2019année scolaire.» Le temps de classe devient trop précieux pour le passer à faire des manipulations et à apprendre de ses erreurs et, encore une fois, la démarche occupe la seconde place.Nathalie Morel, de la FAE, abonde dans le même sens : « En fusionnant l\u2019ancien cours d\u2019initiation à la technologie au corpus de sciences, on a tué le temps de laboratoire.Les jeunes doivent passer du temps dans des ateliers à manipuler des machines- outils, à apprendre le dessin technique\u2026 Très peu d\u2019heures sont accordées à la science appliquée, soit les laboratoires de chimie, de physique, les dissections.» Selon elle, tous les enseignants le mentionnent : l\u2019ancien modèle, avec ses enseignants spécialistes et un cours distinct sur la technologie, surpasse le modèle actuel, où les domaines scienti?ques sont dilués dans une matière globale, mais informe.Résultat : des jeunes qui s\u2019ennuient et qui décrochent.« L\u2019intérêt des enfants pour les sciences s\u2019éteint souvent au secondaire parce qu\u2019elles y perdent leur côté ludique ; on a mis de côté les dé?s », con?rme Marcel Thouin, de l\u2019Université de Montréal.La réforme préconisait pourtant cette approche, précise Patrice Potvin.« Dans l\u2019introduction du programme, on fait mention que \u201cl\u2019élève doit être au cœur de ses apprentissages\u201d.En sciences de l\u2019éducation, cela fait plus de 200 ans, depuis Jean-Jacques Rousseau, qu\u2019on sait que l\u2019apprentissage doit être actif, stimulant et concret.Mais à l\u2019école secondaire québécoise, le contexte ne le permet pas.» Dépassés par un contenu trop vaste, les enseignants ont le ré?exe de se tourner vers les manuels scolaires.Or, ces manuels, s\u2019ils respectent le programme de formation de l\u2019école québécoise, poussent le contenu plus loin, histoire d\u2019en donner plus que le client en demande.Mais la plupart des \u2013 Nathalie Morel, de la Fédération autonome de l\u2019enseignement QUÉBEC SCIENCE 31 SEPTEMBRE 2019 SOCIÉTÉ enseignants prennent le manuel pour une bible à travers laquelle il faut passer coûte que coûte.« Plusieurs sont esclaves de ces outils », déplore Patrice Potvin.Autre dictature, celle de l\u2019épreuve uniforme de quatrième secondaire.Tout l\u2019enseignement des sciences au secondaire est basé sur cet ultime examen du MEES.Et comme c\u2019est un gros test à choix multiples, on montre aux élèves à fournir les bonnes réponses plutôt qu\u2019à comprendre comment la science se construit.« Le programme et son évaluation ne sont pas conséquents, continue Pierre Chastenay.Le programme est socioconstructiviste, c\u2019est-à-dire qu\u2019il prévoit que les élèves expérimentent de leurs mains et \u201cdécouvrent\u201d le savoir.L\u2019épreuve uniforme, elle, est de nature béhavioriste ; c\u2019est du conditionnement, on donne les réponses qui sont attendues.Le programme propose A, mais on évalue B\u2026 alors on enseigne B ! » On comprendra que de nombreux élèves, moins enclins aux cours magistraux et à l\u2019assimilation de beaucoup d\u2019informations, comme Brigitte à l\u2019adolescence, ne s\u2019y retrouvent pas.Ceux-là abandonnent les sciences naturelles, se dirigent au cégep en sciences humaines et choisissent, parfois, de devenir enseignants au primaire, avec tout ce bagage négatif relativement aux sciences « dures ».Un cercle vicieux\u2026 Et cela fait 40 ans que ça dure.Il n\u2019a pas été possible d\u2019avoir une réaction du ministre de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, sur cette situation ni de savoir s\u2019il prévoyait s\u2019attaquer à ces lacunes durant son mandat.PISTES DE SOLUTION Depuis ma rencontre avec Brigitte en 2005, et toutes les autres enseignantes par la suite, je me demande comment renverser cette situation, du moins au primaire.Une des solutions que je proposerais : créer un nouveau statut d\u2019enseignants spécialisés en sciences.On n\u2019exige pas des profes- seures qu\u2019elles enseignent la musique ou l\u2019éducation physique parce qu\u2019elles n\u2019ont pas la formation requise.Pourquoi insiste-t-on pour qu\u2019elles prennent en charge les cours de sciences ?Imaginons une éducatrice scienti?que qui serait responsable de quelques écoles et qui rencontrerait chaque classe toutes les deux semaines durant deux heures.Non seulement elle serait mieux quali?ée que ses collègues, mais elle rentabiliserait son temps en donnant plusieurs fois la même matière auprès de tous ses groupes.Bien sûr, cela impliquerait de nouveaux investissements\u2026 Martin Brouillard, des Neurones atomiques, n\u2019est pas d\u2019accord avec cette idée.« On veut démocratiser la science, mais on la mettrait entre les mains de spécialistes ?On passerait à côté d\u2019une réelle intégration avec le français, les mathématiques\u2026 La science est déjà désincarnée socialement, on ne ferait que le con?rmer à l\u2019école, alors que c\u2019est l\u2019inverse qu\u2019il faut faire.On continuerait de montrer que la science, c\u2019est pour les gens spéciaux, pas pour les gens ordinaires comme les professeurs.» Il croit plutôt qu\u2019il faut augmenter la formation scienti?que des maîtres.J\u2019ignore si Brigitte enseigne encore ou si elle a surmonté son aversion pour les sciences.Mais je sais que, chaque année, quelques centaines de nouvelles enseignantes arrivent dans nos écoles.Plusieurs traumatisées par les sciences, quelques-unes décomplexées à leur égard.Avec un peu de chance, mes deux enfants croiseront ces dernières.Et avec beaucoup de chance, certaines choses auront changé au secondaire avant qu\u2019ils y entrent.lQS QUÉBEC SCIENCE 32 SEPTEMBRE 2019 SCIENCES L\u2019OREILLE prodigieuse Les ornithologues sont unanimes à saluer le talent phénoménal d\u2019Olivier Barden ; il entend les oiseaux comme personne.TEXTE ET PHOTOS PAR LOUISE BILODEAU Durant l\u2019heure de la séance photo à la réserve naturelle du Méandre- de-la-Rivière-Vincelotte, située en face de l\u2019Isle- aux-Grues, Olivier Barden a reconnu à l\u2019écoute et au télescope pas moins de 35 espèces d\u2019oiseaux.QUÉBEC SCIENCE 33 SEPTEMBRE 2019 SCIENCES S amuel Denault se souvient de cette journée d\u2019automne 2008 où il marchait sur un sentier des Berge- ronnes avec Olivier Barden.Les deux biologistes, alors dans la vingtaine, travaillaient à l\u2019Observatoire d\u2019oiseaux de Tadoussac.Olivier lui dit qu\u2019il vient d\u2019entendre, coup sur coup, la paruline des pins, qui niche plus au sud, et le bruant des plaines, plus fréquent à l\u2019ouest.Deux petits cris de vol d\u2019espèces qu\u2019il serait vraiment étonnant de trouver là.Moins d\u2019une minute plus tard, elles sont devant eux.« J\u2019étais sidéré.Olivier a poussé vraiment loin l\u2019art de décortiquer les cris.C\u2019est une chose d\u2019identi?er les oiseaux à leur chant, mélodieux ou distinctif.C\u2019en est une autre de démêler leur cri de vol, un très bref tiss ou tss anonymes pour l\u2019oreille moyenne.C\u2019est là qu\u2019Olivier se distingue », jure Samuel Denault, qui n\u2019est pourtant pas « le dernier raisin », comme il dit.L\u2019observation par l\u2019écoute, il connaît.Dans le monde de l\u2019ornithologie amateur et professionnelle, Olivier Barden, 33 ans, est reconnu comme un surdoué.Non seulement il sait distinguer près du quart des 10 400 espèces aviaires répertoriées dans le monde, mais il reconnaît pratiquement l\u2019ensemble des vocalisations des 760 espèces qui se reproduisent au Canada et aux États-Unis.« Olivier est le meilleur observateur d\u2019oiseaux que j\u2019ai croisé.On ne peut même plus valider ce qu\u2019il dit », lance Michel Robert, biologiste au Service canadien de la faune et coordonnateur du Deuxième atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional.C\u2019est à huit ans qu\u2019Olivier Barden tombe sous le charme des oiseaux.Une recherche scolaire sur les premiers arrivants printaniers lance le bal.Grand lecteur, il mémorise l\u2019Encyclopédie des oiseaux du Québec en une dizaine de jours.De façon naturelle, son intérêt se porte sur les chants, qu\u2019il retient à la première écoute, signe d\u2019une mémoire phénoménale et certainement d\u2019une oreille absolue.L\u2019oiseau préféré d\u2019Olivier Barden, le sauvage et insaisissable faucon gerfaut, dessiné à l\u2019âge de 10 ans.Plus jeune, Olivier Barden multipliait les sorties avec son père pour observer les oiseaux.À 13 ans, il est devenu le plus jeune ornithologue à participer au Relevé des oiseaux nicheurs de l\u2019Amérique du Nord.QUÉBEC SCIENCE 34 SEPTEMBRE 2019 « Quand je me trompais d\u2019une note, il me montrait mon erreur sur la portée, avec sa bien petite base de solfège », se rappelle sa mère, Marie-Dominique Rouleau, professeure de chimie qui chantait dans un ensemble vocal.Adolescent, il passe une partie de ses étés au Centre écologique de Port- au-Saumon, un camp scienti?que où il se familiarise avec les cris de vol des oiseaux nicheurs.Il observait une paruline silencieuse sur une branche et, dès qu\u2019elle décollait, portait attention à son cri.« J\u2019ai fait énormément de sorties avec mon père et en solo pour arriver à cataloguer les cris de vol lors des migrations, ceux de contacts en période de nidi?cation et ceux sur les lieux d\u2019hivernage, jusqu\u2019au pépiement des jeunes réclamant leur nourriture.Bref, j\u2019en mangeais ! » raconte Olivier Barden.Si bien qu\u2019à 13 ans il devient le plus jeune ornithologue à participer au Relevé des oiseaux nicheurs de l\u2019Amérique du Nord, un recensement effectué principalement à l\u2019écoute.À 15 ans, il s\u2019intéresse aux migrations nocturnes.Ce pan du monde de l\u2019observation est peu fouillé à l\u2019époque et la documentation est aussi rare qu\u2019un merle en janvier.Les rapports produits jusque-là par une poignée d\u2019observateurs dénombrent des passages massifs d\u2019oiseaux voyageant la nuit a?n de pro?ter des vents favorables en haute altitude, mais recensent surtout des espèces aux cris typiques comme certaines grives.Rarissime oreille à détecter les cris de vols nocturnes d\u2019autant d\u2019espèces et en particulier des bruants et des parulines, Olivier Barden parvient à des statistiques inédites à l\u2019échelle nord-américaine qui lui valent une large reconnaissance.Il obtient en 2010 son baccalauréat en biologie à l\u2019Université Laval, commence une maîtrise en sciences forestières, mais l\u2019appel des grands espaces se fait trop fort.Des Territoires du Nord-Ouest aux provinces de l\u2019Atlantique, il sillonne le pays pour divers organismes gouvernementaux et privés, effectuant des inventaires d\u2019oiseaux souvent en terrain dif?cile, où l\u2019écoute demeure évidemment primordiale.« Quand seule une toile de tente vous sépare de la forêt et de la nuit, l\u2019observation est constante », indique celui qui, au nord de Havre-Saint- Pierre, a été tiré de son sommeil par les pou pou pou pou ascendants, graves et sif?és de la nyctale de Tengmalm, une discrète et minuscule chouette.Au cours des quatre dernières années, Olivier Barden a mis ses connaissances au service du Deuxième atlas des oiseaux ni- cheurs du Québec méridional.Cet ouvrage colossal paru en avril dernier rassemble les données recueillies par près de 2 000 ornithologues expérimentés.Il a notamment contribué à mettre au point l\u2019outil de validation de leurs mentions en passant à travers les 19 indices de nidi?cation des oiseaux nicheurs non seulement du Québec, mais aussi du reste du Canada.Par exemple, si un observateur donnait comme indice la construction d\u2019un nid par un faucon, un point d\u2019exclamation lui signalait l\u2019inexactitude de l\u2019indice : cet oiseau utilise plutôt les vieux nids d\u2019autres espèces.« Cela exige une très bonne connaissance de la biologie aviaire, ajoute Michel Robert.Il y a sans doute quelques dizaines d\u2019excellents observateurs au Québec, mais je n\u2019ai jamais vu quelqu\u2019un décrire, décomposer, schématiser un son comme Olivier le fait.» Sa compréhension des subtilités auditives est telle qu\u2019il se les ?gure en sono- gramme.Cet outil, aujourd\u2019hui largement Olivier Barden est capable de traduire mentalement les chants et les cris des oiseaux en sonogramme.Il s\u2019agit d\u2019un outil qui représente la structure des sons sous forme de graphique.Ici, on voit le sonogramme du chant de la paruline noir et blanc.Le sonogramme du chant complexe du solitaire à dos brun, un oiseau des montagnes du Guatemala et du Mexique.IMAGE : GEOFFREY A.KELLER / MACAULAY LIBRARY AT THE CORNELL LAB OF ORNITHOLOGY (ML 109133) IMAGE : GEOFFREY A.KELLER / MACAULAY LIBRARY AT THE CORNELL LAB OF ORNITHOLOGY (ML 73983) QUÉBEC SCIENCE 35 SEPTEMBRE 2019 utilisé grâce à la médiathèque Macaulay ?qui met en ligne la plus importante collection de documents audios et vidéos sur le comportement des animaux ?, traduit visuellement la structure des sons.L\u2019axe des y représente la fréquence en hertz et celle des x le temps découpé en millisecondes.Ainsi, le zlip de la paruline à poitrine baie forme un M et le tzuinn de la paruline noir et blanc dessine une vingtaine d\u2019ondulations en dents de scie.« Ces graphiques me parlent », explique celui qui a commencé dès l\u2019enfance à s\u2019 y référer, alors que les ressources étaient rares.Pour une oreille entraînée, ce n\u2019est pas si sorcier, mais il pousse l\u2019expertise plus loin en étant capable de reconnaître sur le terrain le chant ou le cri d\u2019un oiseau qu\u2019il n\u2019a jamais entendu auparavant, mais dont il a étudié le sonogramme.Et d\u2019en retenir plusieurs centaines ! « Le plus dif?cile ?Savoir qu\u2019on ne verra jamais tous les oiseaux dont on rêve », con?e Olivier Barden qui, entre deux contrats, a maintes fois tendu son hamac au ?n fond des forêts tropicales.Ce qui lui a valu bien des aventures\u2026 En 2006, un ami américain et lui partent à la recherche dans la vallée péruvienne du Mantaro d\u2019une espèce non décrite du genre phacellodomus.« Nous avons bien vu notre oiseau, mais les villageois, gentils quoique armés, nous ont placés en garde à vue pour la nuit, avant de nous inviter à quitter les lieux sans que nous sachions trop pourquoi », relate l\u2019ornithologue au ?egme inébranlable, sauf devant un oiseau rare.ENTENDRE L\u2019INAUDIBLE En octobre dernier, Québec Science participe à l\u2019excursion sur le thème des oiseaux de rivage qu\u2019Olivier Barden anime au banc de Portneuf-sur-Mer à l\u2019occasion du Festival des oiseaux migrateurs de la Côte-Nord.Ce n\u2019est pas le Pérou, mais c\u2019est tout aussi palpitant.À mi-chemin de cette ?èche littorale de 4,5 km, son ouïe ultra?ne lui signale une envolée de petits échassiers.Après cinq bonnes minutes, le nuage d\u2019oiseaux apparaît.Compte tenu des nuances subtiles de leurs plumages respectifs, le décompte en vol qu\u2019il en fait est d\u2019une précision stu- pé?ante : 3 100 bécasseaux semipalmés, 30 bécasseaux minuscules, 35 bécasseaux variables et 1 unique bécasseau de Baird repéré à son trrrt égal, mi-grave, sec et roulé, à peine audible.« C\u2019est une espèce qui migre de l\u2019ouest par le centre du continent.On n\u2019en a jamais de grandes quantités au Québec, seulement quelques juvéniles en automne », nous apprend notre guide.Un indice pour dénicher ce visiteur rare dans cet océan de plumes ?« Il a tendance à rester à l\u2019avant ou à la traîne des limicoles avec qui il se déplace.Au moment de se poser, il s\u2019en écarte un peu », dit-il en pointant sa lunette sur l\u2019individu trahi par sa silhouette légèrement plus élancée.Olivier Barden aurait pu être chercheur, mais il se dit trop attaché au terrain.Depuis février, il occupe le poste de gardien de parc sur les canaux historiques à Parcs Canada.« Je patrouille le territoire et je suis heureux », déclare l\u2019ornithologue, qui espère un jour exporter son savoir en matière de conservation et de protection des espèces.Car s\u2019il est une chose inconcevable à ses yeux (et ses oreilles), c\u2019est un monde où les oiseaux se sont tus.lQS Le plus di cile ?Savoir qu\u2019on ne verra jamais tous les oiseaux dont on rêve.\u2013 Olivier Barden « » SCIENCES I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M QUÉBEC SCIENCE 36 SEPTEMBRE 2019 ÉCOUTEZ NOS BALADOS ! « Découvrez nos séries documentaires qui vous feront entendre la science autrement à travers des enquêtes, des entrevues et des portraits exclusifs.» Marie-Lambert Chan, rédactrice en chef COMMENT LES ÉCOUTER ?1.À partir d\u2019un appareil Apple, lancez l\u2019application Balados.2.Au bas de l\u2019écran, appuyez sur la loupe et tapez Québec Science.3.Appuyez sur l\u2019icône de l\u2019émission (ci-dessus), puis sur le bouton « S\u2019abonner ».Ou à partir d\u2019un ordinateur, rendez-vous à l\u2019adresse www.quebecscience.qc.ca/balados ENVIRONNEMENT L\u2019HERBE EST-ELLE PLUS VERTE DANS LE PÂTURAGE ?QUÉBEC SCIENCE 38 SEPTEMBRE 2019 L\u2019élevage, en particulier bovin, est souvent montré du doigt quand il est question de production de gaz à efet de serre.Et si les grands troupeaux pouvaient, au contraire, contribuer à lutter contre le réchaufement planétaire et la dégradation des sols ?PAR PIERRE SORMANY ILLUSTRATION : DORIAN DANIELSEN I l faut imaginer les grandes prairies nord-américaines telles qu\u2019elles existaient autrefois, avec des herbes hautes et des arbres espacés ainsi que d\u2019immenses troupeaux de bisons : de 50 à 70 millions de bêtes, estiment les historiens et paléontologues.Ajoutez les bisons des bois du Nord canadien, les bœufs musqués, les élans d\u2019Amérique, les chèvres des montagnes\u2026 Il y a quatre siècles, il y avait plus de 100 millions de ruminants en Amérique.Presque autant que dans nos élevages intensifs d\u2019aujourd\u2019hui.« Ce sont les grands herbivores qui ont fabriqué nos prairies », rappelle Joel Salatin, l\u2019un des agriculteurs les plus connus des États-Unis depuis que l\u2019auteur à succès Michael Pollan a désigné sa ferme de Virginie, Polyface Farm, comme le modèle à suivre pour l\u2019agriculture de demain dans son livre The Omnivore\u2019s Dilemma, publié en 2006.« À l\u2019arrivée des Européens, explique Joel Salatin, le sol était recouvert de 10 m de terre meuble, riche en matière organique.Mais on a exterminé les bisons, on a inventé la moissonneuse mécanique, on a labouré les terres, on a drainé l\u2019eau et, en un siècle ou deux, l\u2019érosion a entraîné cette couche de sol dans les rivières.En 1961, quand mes parents ont acheté la terre que j\u2019exploite, le sol était trop pauvre pour nourrir une famille et il était strié de bandes de roche nue.» C\u2019est en pratiquant la « gestion holistique » de la terre que cet agriculteur a pu restaurer la qualité de son sol.Pour commencer, les pluies printanières provoquent une pousse rapide des graminées.Un troupeau de bovins est laissé en pâturage sur une parcelle du champ et y mange les herbes fraîches.Le lendemain, on déplace le troupeau vers une autre parcelle.Les excréments des bêtes et les tiges végétales piétinées par le bétail forment sur le sol une couche humide riche en minéraux et en matière organique.On ne la laboure pas pour éviter l\u2019érosion, mais quelques centaines de volailles viennent y picorer les graines et les insectes qui y prolifèrent, ce qui aide à étendre la matière organique.Les grandes herbes repoussent rapidement sur ce substrat.Quelques semaines plus tard, le troupeau pourra revenir y brouter.À chaque cycle, la teneur du sol en matière organique augmente, tout comme la densité des bactéries et des champignons mycorhiziens, essentiels au développement du système racinaire des grandes herbes.C\u2019est le principe du pâturage en rotation (rotational grazing).Trente ans après avoir implanté cette technique, Joel Salatin constate que la couche de sol fertile, sur ses 200 hectares, atteint de nouveau plusieurs mètres.Sa ferme produit maintenant près de trois millions de dollars de denrées par année et fait travailler 22 personnes.« Nous reproduisons à la ferme ce que les bisons ont fait naturellement pendant des siècles.C\u2019est tellement évident que j\u2019ai du mal à comprendre pourquoi on a développé autrement notre agriculture moderne », lance-t-il.UN HÉRITAGE AFRICAIN C\u2019est en Afrique qu\u2019est née cette nouvelle vision du rôle des troupeaux d\u2019herbivores dans l\u2019enrichissement des sols.Le biologiste Allan Savory dirigeait dans les années 1960 un programme de lutte contre la déserti?cation pour le compte du British QUÉBEC SCIENCE 39 SEPTEMBRE 2019 ENVIRONNEMENT I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M Colonial Service dans l\u2019actuel Zimbabwe.La pensée dominante, à l\u2019époque, c\u2019était que l\u2019assèchement des sols était en bonne partie due à la surpopulation animale, qui arrachait tout ce qui poussait.Mais après l\u2019élimination d\u2019un vaste troupeau d\u2019éléphants et la réduction des élevages de chèvres sur des terres vulnérables, Allan Savory a noté une accélération du rythme d\u2019assèchement des prairies.Il a alors compris que, loin de détruire les espèces végétales, les herbivores contribuaient à leur régénération et ralentissaient l\u2019assèchement des sols.Au cours des 15 années qui ont suivi, il a patiemment mis au point, sur le continent africain d\u2019abord, puis aux États-Unis, diverses techniques de gestion des pâturages qui font école aujourd\u2019hui.À ce moment-là, on parlait peu des gaz à effet de serre et du réchauffement planétaire.Mais la régénération des sols apparaît désormais comme un élément clé non seulement pour améliorer le rendement des cultures et lutter contre la famine, mais aussi pour la ?xation de l\u2019excédent de carbone atmosphérique.C\u2019est l\u2019idée de la démarche internationale « 4 pour 1 000 », lancée par la France en décembre 2015.Il s\u2019agit de mobiliser les collectivités, les organisations non gouvernementales, les établissements de recherche et les agriculteurs autour d\u2019un objectif ambitieux : accroître de 0,4 % par année (d\u2019où le nom du programme), pendant les 40 prochaines années, le pourcentage de matière organique des 30 à 40 premiers centimètres de sol.Cela permettrait, a-t-on calculé, d\u2019absorber la totalité du carbone émis en excédent par nos activités industrielles pendant cette même période.L\u2019idée n\u2019est pas nouvelle.Chaque année, environ 30 % du carbone de l\u2019air est capté par les plantes.Lorsqu\u2019elles meurent, une partie du carbone qu\u2019elles contenaient est réémis dans l\u2019atmosphère, mais le reste est converti en composés carboniques plus stables qui resteront emprisonnés dans le sol pendant des dizaines d\u2019années.Au total, les sols de la planète contiennent de deux à trois fois plus de carbone que l\u2019atmosphère.Les hautes herbes des pâturages, qui poussent plus vite que les arbres, pourraient être, en théorie, des « pièges à carbone » plus ef?caces que les forêts, à condition de retenir de plus en plus de matière organique dans la couche de terre meuble.Les pratiques mises de l\u2019avant par le programme « 4 pour 1 000 » incluent le maintien d\u2019une couche végétale sur les sols a?n d\u2019éviter leur assèchement (en mettant ?n à la pratique des labours notamment), l\u2019épandage de fumier et de compost pour enrichir la terre, la restauration de la biodiversité des pâturages et des forêts dégradées, la plantation d\u2019arbres et de légumineuses, etc.Mais la liste des bonnes pratiques ne désigne pas formellement deux éléments qui semblent pourtant essentiels à la régénération des sols : l\u2019élimination des herbicides et des pesticides, qui appauvrissent le sol en bactéries et en champignons, et le pâturage par les ruminants, qui accélère le cycle de transformation du carbone.Deux sujets qui, par les temps qui courent, provoquent des remous dans l\u2019opinion publique.LES DEUX VISAGES DE L\u2019ÉLEVAGE BOVIN Il faut dire que, chez les groupes de défense de l\u2019environnement, les ruminants n\u2019ont pas une bonne réputation.On reproche entre autres aux grands élevages de consommer énormément d\u2019eau, d\u2019émettre de grandes quantités de gaz à effet de serre, d\u2019encourager la déforestation et de détourner vers l\u2019alimentation animale des cultures qui nourriraient autrement bien plus d\u2019humains.En effet, selon l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture, 30 % ENVIRON DU CARBONE DE L\u2019AIR EST CAPTÉ PAR LES PLANTES CHAQUE ANNÉE. on aurait besoin en moyenne de trois kilos de nourriture végétale, principalement des grains, pour produire un kilo de viande.Mais ce dernier argument contre l\u2019élevage ne vaut pas pour toutes les régions ni tous les modes de production.Dans le cas des bœufs nourris aux herbes, les pâturages sont souvent situés en zones semi-arides ou alpines ou dans des terres vallonnées qui ne se prêtent pas à l\u2019agriculture céréalière.Les herbes qui y poussent ne sont pas propices à l\u2019alimentation humaine.Or, ces écosystèmes naturels sont un refuge essentiel pour la biodiversité.Leur maintien contribue à la survie de nombreuses espèces animales\u2026 et à la régulation du climat.« Avec le réchauffement climatique, notre région connaît des sécheresses estivales de plus en plus prononcées.Les terres abandonnées ne produisaient plus rien et les espèces sauvages qui en dépendent disparaissaient peu à peu.Il fallait reconstituer la couche de sol organique pour qu\u2019elle puisse retenir l\u2019eau et accroître du même coup la diversité des plantes.C\u2019est ce que notre pratique d\u2019élevage a permis », explique Brandon Connaughton, qui m\u2019a fait visiter la ferme californienne Tara Firma, à Petaluma, à moins d\u2019une heure de San Francisco.En activité depuis un peu plus de 10 ans, elle fait partie d\u2019un réseau d\u2019une vingtaine de fermes supervisées par le Marin Agricultural Land Trust, un organisme de gestion des terres du comté de Marin, en collaboration étroite avec le Marin Carbon Project et le département des sciences de l\u2019environnement de l\u2019Université de Californie à Berkeley.Ici, en plus des bœufs et des poules, on élève des cochons, entièrement nourris de déchets des marchés publics avoisinants.Leur lisier sert à la préparation d\u2019un compost utilisé sur place pour accélérer la régénération du sol, mais il est aussi vendu aux agriculteurs voisins.« On dépasse largement l\u2019objectif du quatre pour mille, estime Brandon Connaughton.Si l\u2019on faisait la même chose avec toutes les prairies naturelles, on règlerait le problème des gaz à effet de serre d\u2019origine industrielle.» DES ÉLEVAGES CARBONEUTRES ?Directeur de la Chaire en éco-conseil de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi, Claude Villeneuve demeure sceptique.« Oui, on peut ?xer le carbone dans les sols avec des pratiques agricoles ef?cientes, mais les bœufs nourris exclusivement aux herbes « Si l\u2019on faisait la même chose avec toutes les prairies naturelles, on règlerait le problème des gaz à effet de serre d\u2019origine industrielle.» \u2013 Brandon Connaughton, de la ferme Tara Firma, en Californie ENVIRONNEMENT I M A G E : P I E R R E S O R M A N Y « Mon véritable produit, ce n\u2019est pas le bœuf.c\u2019est la qualité de mes sols ! » \u2013 Brian Maloney, éleveur de bovins en pâturage grandissent moins vite que les bœufs nourris aux grains.Cela signi?e que leur digestion va produire du méthane plus longtemps.» Or, le méthane est un gaz à effet de serre jusqu\u2019à 25 fois plus « puissant » que le dioxyde de carbone.À court terme, une augmentation des troupeaux en pâturage pourrait donc accélérer le réchauffement.Mais ce méthane se dégrade en quelques années sous l\u2019effet des rayons ultraviolets, alors que le CO 2 peut persister plus d\u2019un siècle dans l\u2019atmosphère.« À long terme, une forte ?xation du carbone compensera peut- être la hausse de production du méthane, admet-il, à condition que la densité des troupeaux demeure relativement faible.» Pour Claude Villeneuve, on ne pourrait envisager de remplacer l\u2019ensemble de notre production bovine actuelle par des pâturages qui soient carboneutres.Dans tous les cas, la réduction de la consommation de viande est donc incontournable, ce que réitère d\u2019ailleurs un récent rapport sur l\u2019utilisation des terres signé par le Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat.Claude Villeneuve rappelle aussi que, dans l\u2019évaluation de l\u2019empreinte carbonique de l\u2019agriculture, il faut tenir compte de l\u2019ensemble.« Oui, ces pâturages demandent moins d\u2019engrais, moins de machinerie.Mais le Québec manque d\u2019abattoirs.Nos bovins doivent être transportés sur des centaines de kilomètres pour être abattus.C\u2019est de là que vient la plus grosse émission de gaz carbonique ! » Son scepticisme rejoint les conclusions d\u2019une étude publiée en 2017 par le Réseau de recherche sur le climat et l\u2019alimentation de l\u2019Université d\u2019Oxford.On y reconnaît que « de bonnes pratiques de pâturage aident à maintenir le carbone dans le sol [\u2026] et à séquestrer du carbone à un rythme plus élevé que si ces terres étaient laissées sans animaux ».Mais les auteurs notent qu\u2019il y a peu d\u2019études qui sont parues dans des revues à comité de lecture et que le potentiel de séquestration reste ?ou.La nature des sols et les conditions climatiques limitent aussi ce qu\u2019on peut obtenir : dans certaines parties du monde, sous certains climats, le piégeage du carbone sera toujours marginal.Au total, ces bonnes pratiques pourraient accroître de 7 à 53 %, selon les différentes estimations, la quantité annuelle de carbone ?xée dans le sol, mais cela ne contribuerait, dans le meilleur des cas, qu\u2019à résorber de 2 % nos émissions de CO 2 , concluent les auteurs.Le rapport émet d\u2019autres réserves.D\u2019abord, ce potentiel élevé de ?xation du carbone n\u2019est que temporaire : au bout de 30 à 70 ans, selon le niveau de carbone initial du sol, on aboutit à une saturation de sa capacité de stocker le carbone.Comme c\u2019est le cas d\u2019une forêt mature, le système retrouve alors un équilibre où il libère autant de carbone et d\u2019azote qu\u2019il en capture.Ensuite, le processus nécessite une gestion rigoureuse des pâturages et il est hélas réversible : il suf?ra de quelques années de négligence pour que ce sol « enrichi » se dégrade et perde une bonne partie de la matière organique patiemment accumulée.Des résultats modestes à l\u2019échelle planétaire ?Peut-être, mais Brian Maloney, un éleveur de bovins en pâturage de Thurso, en Outaouais, demeure convaincu d\u2019avoir fait QUÉBEC SCIENCE 42 SEPTEMBRE 2019 EUROPE septembre-octobre Corse 8-23 Toscane 20-5 Portugal 21-6 Piémont 22-7 Majorque 28-13 octobre-novembre Algarve 27-5 CUBA novembre Holguín en boucles 9-16 16-23 veloquebecvoyages.com 514 521-8356 | 1 800 567-8356, poste 506 Réservez vos vacances! EN LIBERTÉ Formule destinée aux cyclistes autonomes.Choisissez votre date de départ et votre destination.Mettez du soleil dans vos rayons! le bon choix.La ferme Brylee appartient à sa famille depuis quatre générations.Il y a élevé un troupeau de vaches laitières.En 2002, victime de la maladie du poumon des agriculteurs, il a dû renoncer à sa grange.Il a alors décidé de transformer sa pratique en misant sur le bœuf élevé en pâturage.Il a étudié ce qui se faisait ailleurs et découvert la valeur d\u2019une terre « vivante ».« Mes sols comptaient autrefois 7, 8 ou 10 % de matière organique.Mais ces taux baissaient chaque année, jusqu\u2019à atteindre 3 % en certains endroits.» Avec l\u2019aide d\u2019un conseiller originaire d\u2019Afrique du Sud, il a mis en place des pratiques de pâturage en rotation intensive qui ont donné d\u2019excellents résultats.Aujourd\u2019hui, en plus de son troupeau (une cinquantaine de bouvillons abattus tous les automnes), il loue sa terre aux fermiers voisins pour que leurs vaches laitières viennent y brouter.« Mon véritable produit, ce n\u2019est pas le bœuf\u2026, c\u2019est la qualité de mes sols ! » se réjouit-il.L\u2019an dernier, il a fait évaluer la teneur en matière organique de sa terre par une ?rme spécialisée de Sherbrooke, DocTerre.« Je n\u2019ai pas effectué d\u2019étude exhaustive, convient la biologiste Vivian Kaloxilos.Mais j\u2019ai procédé à des prélèvements à quatre endroits et à trois profondeurs.J\u2019ai obtenu des résultats comme je n\u2019en ai jamais vu : de 15 à 20 % de matière organique dans le sol de surface, de 8 à 12 % pour mes prélèvements en profondeur, faits de 30 à 45 cm.» Les chercheurs américains Paige Stanley, de l\u2019Université de Californie à Berkeley, et Jason Rowntree, de l\u2019Université d\u2019État du Michigan, ont constaté des résultats aussi spectaculaires dans des fermes qui pratiquent le pâturage en rotation intensive.Dans un article synthèse du journal Agricultural Systems, paru en mai 2018, ils af?rment que la ?xation réelle du carbone dans les sols qu\u2019ils ont analysés dépasse tout ce qui avait été estimé dans les études antérieures et qu\u2019elle pourrait même compenser les émissions de méthane et le gaz carbonique lié à la machinerie agricole et au transport\u2026 À condition bien sûr de pouvoir compter sur des abattoirs pas trop éloignés.À 20 minutes de la ferme Brylee, à Saint-André-Avellin, Paul Slomp s\u2019est lui aussi lancé dans ce type d\u2019élevage bovin.C\u2019était il y a cinq ans.Il a acheté une terre pauvre, avec à peine de 1,5 à 2 % de matière organique dans une couche de terre meuble plutôt mince.Son but, c\u2019est de hausser ce taux jusqu\u2019à 15 % sur plus d\u2019un mètre.Il engraisse 180 bêtes sur les 130 hectares de sa ferme baptisée Grazing Days.« Je suis encore en rodage.Il est trop tôt pour mesurer les résultats.Mais quand je vois la couleur de l\u2019herbe qui pousse aujourd\u2019hui et que je la compare avec les champs voisins, je me dis que je suis sur la bonne voie.» lQS QUÉBEC SCIENCE 44 SEPTEMBRE 2019 L es naissances prématurées font moins la manchette que la mé?ance à l\u2019égard des vaccins ou que la résistance aux antimicrobiens.Mais elles n\u2019en préoccupent pas moins l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS), pour qui la venue au monde de nourrissons avant 37 semaines de gestation constitue un enjeu majeur de santé publique.Chaque année, quelque 15 millions de bébés naissent trop tôt sur la planète, indique un rapport sur la question publié par l\u2019OMS en 2012.Cela représente 1 naissance sur 10 à l\u2019échelle mondiale ; au Canada, on parle d\u2019environ huit pour cent des accouchements.Les complications qui en découlent vont du retard de croissance qui persiste parfois jusqu\u2019à l\u2019âge adulte au décès du nouveau-né, surtout en cas d\u2019extrême prématurité (moins de 28 semaines), en passant par toutes sortes de séquelles neurologiques.Pourquoi les naissances prématurées demeurent-elles un problème de taille ?En partie parce que les pratiques médicales, notamment en matière de prévention, ont peu évolué dans les 30 dernières années.Mais cela pourrait bientôt changer, entre autres grâce aux recherches de doctorat de Mathieu Nadeau-Vallée sur un composé pharmacologique qui prévient plusieurs complications dues à la prématurité.« Il y avait place pour l\u2019innovation.C\u2019est en partie ce qui m\u2019a amené à me pencher sur ce sujet », raconte le jeune chercheur en pharmacologie de l\u2019Université de Montréal qui, à l\u2019automne 2018, a remporté le prix Jim Glionna.Cette récompense du Temple de la renommée médicale canadienne est décernée à un étudiant des cycles supérieurs qui fait preuve de leadership et de persévérance et qui s\u2019intéresse à l\u2019avancement des connaissances en santé.Parce que oui, Mathieu Nadeau-Vallée étudie aussi la médecine à l\u2019Université de Montréal, une formation qu\u2019il a entreprise parallèlement à ses études de doctorat en pharmacologie, dont il a récemment soutenu la thèse.En outre, il est le père d\u2019un petit garçon de trois ans, signe quantité d\u2019articles de recherche à titre de premier auteur dans des revues de renom et engrange les prix, bourses et distinctions de prestige comme certains récoltent les pommes : à la chaudière.En un mot comme en mille, Mathieu Nadeau-Vallée est un authentique surdoué.Ou comme l\u2019af?rme son directeur de thèse Sylvain Chemtob, pédiatre et chercheur au CHU Sainte-Justine : « Il est né pour être chercheur.» SUS À L\u2019INFLAMMATION Plusieurs facteurs de risque sont associés à un taux élevé de naissances prématurées, comme le surpoids et le sous-poids de la mère, le stress chronique, les infections et le tabagisme.Le POUR DES PRÉMATURÉS EN SANTÉ MATHIEU NADEAU-VALLÉE A DÉMONTRÉ QU\u2019UNE MOLÉCULE ANTI-INFLAMMATOIRE RÉDUIT LES COMPLICATIONS LIÉES AUX NAISSANCES PRÉMATURÉES CHEZ L\u2019ANIMAL.DES RÉSULTATS MONTRENT QU\u2019IL EN SERAIT DE MÊME CHEZ L\u2019HUMAIN.CHERCHEUR EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC P H O T O : V A L É R I A N M A Z A T A U D ?l conducteur qui relie toutes ces conditions ?Toutes ont trait à l\u2019in?ammation, plus ou moins directement.« La cigarette, par exemple, cause des dommages à la vascularisation du placenta, ce qui favorise la libération de substances pro-in?ammatoires.Celles-ci stimulent les ?bres de l\u2019utérus responsables des contractions, ce qui peut déclencher le travail avant terme », explique Mathieu Nadeau-Vallée.Son idée : s\u2019attaquer à ces médiateurs in?ammatoires, dont l\u2019interleukine-1, un important messager engagé dans tous les processus in?ammatoires, qui est relâché en grande quantité lors d\u2019un accouchement avant terme.La solution n\u2019est cependant pas de faire disparaître l\u2019interleukine-1 à grand renfort d\u2019anti-in?ammatoires puissants, comme les corticostéroïdes.Cette cytokine, après tout, a aussi comme fonction de protéger la mère et le fœtus contre les infections.Dans un monde idéal, il faudrait donc en bloquer l\u2019action de manière partielle, soit tout juste avant le travail.La molécule étudiée par Mathieu Nadeau-Vallée fait précisément cela.Son nom : rytvela, des initiales des sept acides aminés qui la constituent.Il s\u2019agit d\u2019un composé minuscule capable de pénétrer la barrière étanche du placenta.« Le rytvela n\u2019est pas nouveau : l\u2019équipe du Dr Chemtob l\u2019avait créé et testé dans le cas de maladies in?am- matoires comme l\u2019arthrite rhumatoïde et les dermatites.Pour ma part, j\u2019ai con?rmé son ef?cacité pour éviter des problèmes en cas de naissances prématurées », spéci?e-t-il.Et quelle ef?cacité ! En administrant du rytvela à des souris gestantes chez qui on déclenche le travail prématurément, on observe que la progéniture ne souffre pas de la cascade de problèmes et de complications dus à l\u2019in?ammation.En effet, 30 jours après leur venue au monde, l\u2019équivalent de l\u2019âge adulte chez ce modèle animal, ces souriceaux ont un cerveau normal.Tout le contraire de leurs comparses dont la mère n\u2019a pas reçu le traitement ; leur cerveau présentait une réduction de la microvascularisation et de sa masse globale d\u2019environ 50 %.Attention : malgré tout, le rytvela n\u2019empêche pas toutes les naissances prématurées .Mais ce n\u2019est pas l\u2019enjeu principal, soutient le jeune chercheur.« L\u2019important est de faire disparaître les effets secondaires provoqués par la prématurité, pas nécessairement que les mères accouchent à terme.Le nœud du problème, c\u2019est l\u2019in?ammation qui déclenche la naissance prématurée et qui ravage la santé des petits », indique-t-il.Les travaux de Mathieu Nadeau-Vallée ouvrent la porte à d\u2019éventuelles études chez la femme enceinte.Quelques expériences préliminaires con?rment déjà l\u2019ef?cacité du rytvela sur des cellules d\u2019utérus humain.Surtout, ces résultats ont eu pour effet de braquer les projecteurs sur les naissances prématurées et de donner un nouveau souf?e à la recherche sur le sujet.C\u2019est là la marque des grands, pense le Dr Chemtob.« Je suis convaincu que Mathieu va être à l\u2019origine de plusieurs autres belles percées scienti?ques, et pas seulement en néonatologie.Il a cette capacité formidable de formuler des hypothèses de recherche au chevet des patients, puis de les explorer en laboratoire », souligne-t-il.Le jeune clinicien-chercheur n\u2019a d\u2019ailleurs pas ?ni de faire la navette entre ces deux univers, lui qui souhaite entamer sa résidence en médecine interne dès l\u2019année prochaine.lQS Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/SciChefQC SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC* P H O T O : C H R I S T I N N E M U S C H I RQ : Recommanderiez-vous aux étudiants en médecine de faire de la recherche et pourquoi ?MNV : Tout à fait ! Les futurs médecins sont dans une position idéale pour contribuer à la recherche biomédicale.Être confronté quotidiennement aux limites de la médecine engendre des hypothèses de recherche.De plus, la formation en recherche permet au clinicien de développer des aptitudes essentielles, comme la rigueur, la communication, la curiosité.RQ : Comment vivez-vous la conciliation famille-recherche ?MNV : Je ne fais pas de la recherche en dépit de mon statut de parent ; au contraire, avoir un enfant est une motivation supplémentaire à faire de la recherche ! Elle est nécessaire a?n de trouver des solutions aux problèmes de santé pédiatrique majeurs tels que la prématurité ou encore la résistance croissante aux antibiotiques, les maladies chroniques et syndromes génétiques, les infections congénitales, etc.Quand mon ?ls sera plus vieux, je serai ?er de lui expliquer en quoi consiste mon travail ! RQ : Comment l\u2019in?ammation chez la mère touche-t-elle la progéniture si ce n\u2019est pas par le seul fait de provoquer un accouchement prématuré ?MNV : En fait, plusieurs études chez les rongeurs, les primates et l\u2019humain montrent que c\u2019est l\u2019in?ammation qui cause les dommages au fœtus, entre autres au cerveau, et non la prématurité en soi.Par exemple, lorsqu\u2019on mesure les messagers in?ammatoires dans les ?uides de la mère, c\u2019est-à-dire dans le sang, dans le liquide amniotique, on se rend compte qu\u2019un enfant prématuré non touché par l\u2019in?ammation se portera mieux qu\u2019un enfant à terme ayant subi de l\u2019in?ammation.C\u2019est parce que la réaction in?ammatoire se propage de la mère au fœtus que des dommages parfois irréversibles se produisent.Voilà pourquoi nous avons inventé une molécule anti-in?ammatoire puissante qui pourrait être administrée chez les femmes enceintes à risque de travail prématuré.RQ : Quels sont les avantages et les dé?s de faire la navette entre l\u2019univers clinique et celui de la recherche ?MNV : Le réel dé?est de maintenir ses connaissances à jour dans les deux domaines.Il faut à tout prix éviter que le temps passé en laboratoire nuise à l\u2019acquisition d\u2019aptitudes cliniques fondamentales, surtout pour le médecin en formation.Néanmoins, le jeu en vaut la chandelle.Lorsqu\u2019un médecin acquiert un bagage en sciences fondamentales, il ne voit plus les problèmes cliniques et les modalités thérapeutiques de la même façon.Il peut non seulement diagnostiquer une maladie et la traiter, mais aussi en optimiser le diagnostic et le traitement en laboratoire.Sa pensée passe de « comment traiter ce patient » à « comment mieux traiter ce patient à l\u2019avenir ».C\u2019est l\u2019essence du progrès. V O I R Humour et science, une réaction exothermique ! C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb QUÉBEC SCIENCE 46 SEPTEMBRE 2019 LIRE Décollage imminent Il y a 50 ans, Neil Armstrong faisait un pas de géant pour l\u2019humanité en posant le pied sur la Lune.Un tel jubilé, ça se fête ! Pour revivre les moments forts de cet exploit historique, plongez dans l\u2019excellent Objectif Lune : Apollo, la grande aventure scienti?que du XXe siècle.L\u2019ouvrage brosse le tableau des 17 missions spatiales du programme Apollo à travers une vaste collection de photos, documents et croquis.Y sont répertoriées une foule d\u2019anecdotes savoureuses sur la construction des vaisseaux et lanceurs, sur les équipages et sur les dé?s rencontrés pendant l\u2019exploration.L\u2019expérience est également enrichie d\u2019un volet en réalité augmentée, à consulter à l\u2019aide d\u2019une application.Mais à lui seul, le livre contient assez de matériel pour vous propulser sur la Lune pendant de longues heures.Objectif Lune : Apollo, la grande aventure scienti?que du XXe siècle, par Rod Pyle, Éditions MultiMondes, 176 p.I M A G E : J U L I E D I R W I M M E R Il était bien écrit « J\u2019ai fait une blague de chimie et il n\u2019y a eu aucune réaction » sur le teeshirt du chimiste, chercheur, professeur et vulgarisateur Normand Voyer.Mais dès sa première blague (« Comment appelle-t-on un piano dans une piscine ?Un piano aqueux ! »), les rires fusant du fond du bar ont donné le ton au cabaret des Lundis HI HI, tenu en juin dernier.« HI » comme dans « acide iodhydrique », oui, oui ! En moins de deux heures, une bande de joyeux passionnés a réussi à faire mentir ceux qui pensent que l\u2019humour et la science ne peuvent former qu\u2019un mélange hétérogène.C\u2019était d\u2019ailleurs le pari des créateurs des Lundis HI HI, M.Voyer et Julie Dirwimmer, conseillère principale aux relations science et société au Bureau du scienti?que en chef du Québec.« On pense, à tort, que les scienti?ques ne sont pas des gens comme les autres, explique M.Voyer.Notre but est de renverser les stéréotypes et de promouvoir les sciences auprès du grand public.Les jeunes, je sais où les trouver, mais les adultes, il faut aller les chercher autrement.» C\u2019est pourquoi son équipe a d\u2019abord établi ses quartiers au Bistro de Paris, l\u2019une de ces vieilles tavernes montréalaises comme on les aime, qui sert encore de grosses Labatt 50.Au menu de cette drôle de soirée ?Jeu-questionnaire, entrevues avec de vrais chercheurs qui ont le sens de la répartie, séance de micro ouvert où scienti?ques et humoristes émergents font de l\u2019esprit et présence d\u2019une vedette-surprise.Les invités bénévoles ont su mêler avec adresse les thèmes d\u2019actualité, comme les changements climatiques, et les disciplines scienti?ques dans une atmosphère détendue.La prochaine soirée se déroulera le 30 septembre, dans un lieu qui sera bientôt con?rmé.On vous suggère de suivre la page Facebook de cette tradition appelée à grandir.Car Normand Voyer espère amener les Lundis HI HI en tournée au Québec.« Bon, le centre Bell n\u2019est peut-être pas pour tout de suite ! » concède le professeur en riant.Mais mon petit doigt me dit que leur public sera à l\u2019étroit plus vite que prévu ! Lundis HI HI : www.facebook.com/lundisHIHI Les Lundis HI HI ont une mascotte, baptisée Poulette langoureuse.Un membre du public peut la « faire chanter » dans le cas d\u2019une blague scienti?que au goût douteux.Qui a dit que les chercheurs n\u2019avaient pas le sens de l\u2019humour ? ÉCOUTER La Lune d\u2019encore plus près Treize minutes.Ce fut le temps requis par Apollo 11 pour effectuer sa descente historique sur la Lune.Et c\u2019est aussi le titre du balado que la BBC propose pour raconter dans le menu détail le trépidant voyage de cette mission.Dans 13 Minutes to the Moon, on découvre des témoignages d\u2019anciens employés et des astronautes des diverses missions lunaires (dont Michael Collins, le coéquipier de Buzz Aldrin et de Neil Armstrong).Le second épisode est consacré à ces milliers de nerds à peine sortis de l\u2019école que la NASA a engagés pour mener les opérations du programme Apollo.Quelle époque remplie de promesses pour les jeunes d\u2019hier ! Préparez-vous à raccrocher votre mâchoire à quelques reprises et à frissonner, en partie grâce à l\u2019ambiance sonore, dramatique à souhait.13 Minutes to the Moon, sur votre plateforme de balados préférée, environ 45 minutes par épisode.bbc.co.uk/programmes/w13xttx2 LIRE Histoires de fèces C\u2019est toujours avec envie que je regarde ma ?lle rire à gorge déployée lorsqu\u2019elle lit ses livres jeunesse sur les excréments.En?n, le tour est venu pour les adultes de se divertir de cette fonction cruciale de la biologie grâce à l\u2019ouvrage Au cœur du caca, un petit guide illustré (et bien documenté) sur les déjections.L\u2019illustrateur et directeur artistique japonais Bunpei Yorifuji réussit une nouvelle fois à nous envoûter avec un sujet pas piqué des vers (rappelons-nous sa délicieuse ode au tableau périodique dans La vie merveilleuse des éléments, dont nous vous parlions en 2018).Ses dessins comiques permettent de bien vulgariser le propos du spécialiste en parasitologie et docteur en médecine Fujita Koichiro.Nos selles sont scrutées ici à la loupe : les auteurs observent les bactéries intestinales et leur in?uence sur l\u2019écologie, et expliquent le cycle complet de nos matières fécales sous toutes leurs formes, couleurs et textures avec des schémas à l\u2019appui.Cette brillante célébration du « numéro deux » nous reconnecte avec notre transit et nous rappelle qu\u2019on peut lire notre état de santé général dans nos selles au fond de la cuvette.La lecture parfaite pour le trône.Au cœur du caca, par Bunpei Yorifuji et Fujita Koichiro, Éditions B42, 174 p.Bouffée d\u2019air frais Zizanie aquatique, patience crépue, trompette de la mort, comptonie voyageuse : ce sont quelques-uns des trésors empreints de poésie qui peuplent le terroir québécois et auxquels nous initie FORÊT.S\u2019il est trop volumineux pour servir de guide d\u2019identi?cation au cours d\u2019une randonnée, ce livre, écrit par le duo père-?lle derrière l\u2019entreprise Gourmet Sauvage, est une excellente introduction au garde-manger des bois.Chaque trouvaille est truffée d\u2019explications sur la manière d\u2019apprêter verdures, petits fruits et tubercules.Le tout est joliment illustré et orné d\u2019alléchantes recettes.FORÊT : identi?er, cueillir, cuisiner, par Gérald Le Gal et Ariane Paré-Le Gal, Éditions Cardinal, 384 p.R E G A R D E R QUÉBEC SCIENCE 47 SEPTEMBRE 2019 I M A G E : S H U T T E R S T O C K VISITER À vos marques ! Comment savoir si l\u2019on est destiné à faire du bobsleigh ?Ou de l\u2019escrime ?De quel bois se chauffent les athlètes pour battre des records ?La Maison olympique du Canada fournit des pistes de réponse avec L\u2019expérience olympique canadienne, son exposition permanente et immersive.Sise à quelques pas du Quartier des spectacles, à Montréal, elle comporte trois salles : au ?l de chacune, on découvre les coulisses des jeux modernes à travers les athlètes de chez nous.On s\u2019arrête également à l\u2019aspect scienti?que des Jeux en abordant les nouvelles technologies permettant aux sportifs de récupérer plus rapidement et de retrancher de précieux quarts de seconde au compteur.Éducative, rassembleuse et touchante, l\u2019exposition nous invite à bouger.Notre attraction préférée ?La station interactive qui a été conçue en collaboration avec des chercheurs de l\u2019École de kinésiologie et des sciences de l\u2019activité physique de l\u2019Université de Montréal.Elle fournit, en moins de cinq minutes, trois suggestions de sports adaptés à notre morphologie et à nos aptitudes.J\u2019aurais ainsi tout le potentiel pour devenir la prochaine Tessa Virtue (même si je ne suis jamais capable d\u2019attacher mes patins toute seule).Et vous ?L\u2019expérience olympique canadienne, à la Maison olympique du Canada, à Montréal, du mercredi au dimanche.bit.ly/2wOVkDW L\u2019énigme Tesla Avec plus de 300 inventions à son actif, Nikola Tesla est l\u2019un des plus brillants cerveaux de l\u2019histoire moderne.Sa mort, en 1943, est d\u2019origine suspecte.On le soupçonnait à l\u2019époque de travailler sur une arme de destruction massive : le « rayon de la mort ».Son décès serait-il lié à ce projet ?Des documents récemment déclassés fournissent quelques pistes.Théorie du complot et spéculations sont au cœur de la série en cinq épisodes Nikola Tesla : le mystère du rayon de la mort, alors qu\u2019un analyste militaire, un historien et un ingénieur tentent de résoudre cette enquête captivante.Nikola Tesla : le mystère du rayon de la mort, les lundis à 22 h dès le 26 août à Canal D.IMAGES: NASA, WIKIMEDIA COMMONS ; SHUTTERSTOCK.COM IMAGE : CANAL D 1 AN \u203a 8 numéros \u203a 29 $ 2 ANS \u203a 16 numéros \u203a 46 $ 3 ANS \u203a 24 numéros \u203a 65 $ Économisez jusqu\u2019à 61% sur le prix en kiosque ABONNEZ-VOUS ! quebecscience.qc.ca/rentree 514 521-8356 - 1 800 567-8356, poste 504 (plus taxes) Offre en vigueur jusqu'au 26 septembre 2019,23h59 L\u2019ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE À LA PORTÉE DE TOUS PROMO DE LA RENTRÉE L une s\u2019appelle Greta Thunberg, l\u2019autre Sara Montpetit.Toutes deux ont pratiquement le même âge et les mêmes aspirations.Bien qu\u2019elles vivent à des milliers de kilomètres l\u2019une de l\u2019autre et ne se soient jamais rencontrées, elles partagent les mêmes craintes.Et elles ont su rassembler, au ?l des mois, des milliers ?voire des millions ?de jeunes (et moins jeunes) pour prendre en main cet avenir qui leur paraît de plus en plus incertain.Le mouvement Fridays for Future, lancé par Greta Thunberg en Suède en août 2018 et qui a donné naissance à Pour le Futur Montréal, coorganisé par Sara Montpetit, encourage les jeunes à manquer l\u2019école tous les vendredis pour manifester et inciter les dirigeants politiques à agir vigoureusement et concrètement face au dérèglement climatique.L\u2019initiative a essaimé partout sur la planète.Dignes représentants de la génération Z, Greta, Sara et leurs camarades ne se gênent pas pour exposer le décalage qui existe entre leurs opinions sur les enjeux environnementaux et celles de leurs parents et grands-parents.Cet écart générationnel est-il réel ?Y a-t-il bel et bien un fossé de perception entre jeunes et « vieux » ?Si l\u2019on se ?e à une étude réalisée pour le compte de la Banque européenne d\u2019investissement, tout n\u2019est pas noir ou blanc.En France, comme en Espagne, en Italie et en Suède, les millénariaux (les personnes de la génération Y) semblent plus sensibles que les baby-boumeurs aux changements climatiques.C\u2019est à peu près le même tableau aux États-Unis.En revanche, l\u2019Allemagne et la Pologne sont à contre-courant, puisque c\u2019est ma génération, la X, qui semble plus préoccupée par le sujet que les millénariaux.Au Québec, quelques sondages récents placent l\u2019enjeu climatique et la protection de l\u2019environnement comme des priorités, toutes générations confondues.Bien que ces questions préoccupent particulièrement la génération Y, il est presque surprenant de constater que les groupes environnementaux semblent être davantage au diapason des baby-boumeurs ! En effet, ces derniers prêtent volontiers l\u2019oreille à des thèmes chers aux groupes écologiques comme l\u2019électri?cation des transports et la consommation responsable.Bref, le clivage intergénérationnel semble réel, mais il est loin d\u2019être uniforme.Rappelons par ailleurs qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019échantillons issus de sondages et pas de données scienti?ques solides.Quoi qu\u2019il en soit, est-ce que la « jeunesse montante » que nous avons vu dé?ler dans les rues du Québec et de dizaines de pays peut réellement corriger notre trajectoire climatique collective ?Du moins, peut-elle changer notre perception de l\u2019enjeu ?Possiblement.Dans une étude menée sur deux ans auprès de 238 familles, un groupe de chercheuses de l\u2019Université d\u2019État de Caroline du Nord a précisément voulu déterminer si des jeunes de 10 à 14 ans étaient en mesure de modi?er la perspective climatique de leurs parents par ce que les chercheuses appellent l\u2019« apprentissage intergénérationnel ».Parmi ces jeunes, certains suivaient un programme d\u2019études axé sur les changements climatiques.Selon les résultats publiés en juin dernier dans la revue Nature Climate Change, les élèves de ce programme se sentaient plus concernés par la question du réchauffement planétaire que leurs comparses issus du groupe témoin.Plus encore, les jeunes qui avaient participé à ce programme particulier ont été en mesure de changer signi?cativement l\u2019opinion de leurs parents quant à la réalité climatique, changement de perception qui fut plus prononcé chez les parents dits « conservateurs », et encore plus chez les pères que chez les mères.En?n, les jeunes ?lles du programme étaient plus convaincantes pour in?uencer leurs parents que les garçons.Le pouvoir de mobilisation de Greta Thunberg et de Sara Montpetit est peut-être la manifestation la plus probante de ces résultats empiriques, alors que ces jeunes ?lles ne laissent pas indifférents les leaders d\u2019ici et d\u2019ailleurs.On a souvent tendance à grossir le trait quand on parle des générations.Mais aucune ne forme un tout homogène.Je suis d\u2019une génération qui, selon certains, ne se laisse pas émouvoir facilement par le sort de la planète.Pourtant, nous sommes plusieurs X à saluer les convictions, les prises de parole et l\u2019audace des plus jeunes ?tout comme des centaines de scienti?ques de renom d\u2019ailleurs, qui ont apporté leur soutien au mouvement des grèves scolaires.Le dérèglement climatique qui vous inquiète et vous unit, vous les Z et les Y, et qui a braqué les projecteurs sur les Greta et Sara de ce monde, est indéniable.Maintenant, le dé?consiste à ne pas lâcher prise a?n que votre voix puisse trouver un écho auprès de ma génération et celle de mes parents quant à la nécessité d\u2019agir de manière ambitieuse face à l\u2019enjeu le plus important de notre époque.Car les pancartes que vous brandissez ne le résument que trop bien : cet avenir, si incertain, vous appartient ainsi qu\u2019aux générations qui vous suivront.lQS Greta, Sara et toi\u2026 JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.Anthropocène QUÉBEC SCIENCE 49 SEPTEMBRE 2019 \u2019 QUÉBEC SCIENCE 50 SEPTEMBRE 2019 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME et de l\u2019Amérique Au cœur du Québec Organisé par : En collaboration avec : Un concours pour les classes, les jeunes et les adultes 18 septembre 2019 Journée nationale Je lis la science ! Cinq prix d\u2019une valeur de 500 $ chacun pour les classes Cinq prix d\u2019une valeur de 200 $ chacun pour les jeunes Cinq prix d\u2019une valeur de 200 $ chacun pour les adultes Plus de 4 500 $ de livres et magazines Prix à gagner Participez en classe ou à la maison Le 18 septembre, les jeunes, les adultes et les classes des écoles primaires et secondaires canadiennes sont invités à consacrer un moment de la journée à des lectures scientifiques : \u2022 livre documentaire \u2022 magazine de vulgarisation scientifique \u2022 roman de science-fiction \u2022 BD sur un thème scientifique \u2022 biographie d\u2019un chercheur \u2022 etc.Détails du concours et inscriptions : www.jelislascience.com / | | Ny N "]
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