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Titre :
La revue des deux Frances : revue franco-canadienne
Éditeur :
  • Paris; Montréal; Québec [etc] :la Revue,1897-1899
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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La revue des deux Frances : revue franco-canadienne, 1897-12, Collections de BAnQ.

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[" Ma 3- \\Tde 443 Sratue d'homme d'État (ac un bavard de talent tres Tone É rendant eric a°° ave\u201d @'z fareur à Par- arand remme er pros ace Mer re deur.fer fou sur depute Trae demmer\u2019 e de \u2026 La Perite Fiore.\u2014 Dame!.\u2026.Parce que j'sais bien qu\u2019à sa place, j'm'arrangerais pour pas en avoir, toujours!.Lr Pere.\u2014 Et pourquoi cela, Mademoiselle?\u2026 La Prrire Fire.\u2014 Pour pas les porter, doncl.II est chargé!.ca fait peur!.Le Pine.\u2014 À propos, a-t-on idée de ce cocher qui me réclame dix francs?\u2026 J'ai cédé pour éviter une discussion.J'ai horreur de toute discussion !\u2026 (La petite fille sourit.) Et il se plaignait d\u2019avoir aidé à arranger les malles sur l\u2019omnibus!.Ce n\u2019est pas moi qui pouvais le faire, n\u2019est-ce-pas?\u2026 LA Perire Firre.\u2014 Pour sir, non!.(la a l'air très difficile!.Lt puis.faut éire joliment fort!.Le Pène (vexé).\u2014 Là n'est pas la question!.(A sa femme.) Ft il trouvait extraordinaire que, payant la voiture dix francs, je retienne le pourboire.La Prrire Fure.\u2014 Pauvre homme!.Il ne l'avait pas volé, son pourboire!\u2026 Il avait bien travaillé pour charger tout ça.\u2026 Le Père.\u2014 Voilà-til pas une belle affaire?.Aider à charger un omnibus!. > 210 LA REVUE DES DEUX FRANCES La Perite Firre.\u2014 Oui, mais quel omnibus!\u2026 Chargé à crever le ciel, qu\u2019il était! \u2026 Le Pène.\u2014 Pourvu que nous trouvions un compartiment pour nous seuls!\u2026 Il serait insupportable de nous séparer.Les Jeunes Fes, Les GranDs-PARENTS, ta Ming, Le LycÉEN et LA PrriTE FiLe protestent mentalement et font des vœux ardents pour être séparés du père, qui continue à gesticuler ; les Saint-Cyriens boivent ses paroles et se groupent en masse serrée et solide devant les portes qui ouvrent sur le quai, de façon à les masquer complètement et à être maîtres du terrain dès qu\u2019on appellera les voyageurs.Le Père (an lycéen, qui appuie le ballot de ion res sur son pied, pour se soulager un peu).\u2014 Paul!.tenez vos livres convenablement.Le Lycéen (résigné).\u2014 Oui, p\u2019pa!\u2026 (1l relève ses livres.) Le PÈRE (majestueux).\u2014 Et ne me forcez plus à le répéter!.Le Lycéen.\u2014 Non, p\u2019pal.(A part, avec envie.) Et dire qu'il y en a qui ont la veine de rester au lycée pendant les vacances ! La Dame et LE MONSIEUR VULGAIREs; le valet de pied est immobile à quelques pas, debout entre le sac de Madame et la valise de Monsieur.La Dame.\u2014 Vous allez voir que nous ne trouverons pas à nous caser!.Le Monsieur.\u2014 Dame! Ce n\u2019est pas ma fautel.A la gare Saint-Lazare, je suis très connu et je connais tout le personnel, mais ici.La Dame.\u2014 Je ne vois pas en quoi il est nécessaire d'être connu pour louer un compartiment entier?\u2026 Le Monsieur (bondissant).\u2014 Entier?.Peste! comme vous y allez, ma chére!.La Dame.\u2014 N'est-ce pas vous-même qui disiez qu'à Saint- Lazare, vous auriez pu.Le Monsieur.\u2014 En avoir un a 'ceil?.Eh! parbleu ouil.Sans ¢a je ne l'aurais pas prisl.(Réfléchissant.) Pourquoi vous êtes-vous acharnée à vouloir aller à la mer en passant par Argentan?. VILLÉGIATURE 219 La Dame (résolument).\u2014 l\u2019arce que vous avez dit à votre ami d\u2019Alvéol de venir nous voir à Laigle, où on s'arrête dix minutes, et qu\u2019il eût été singulier de\u2026 Le Monsieur (ahuri .\u2014 Moi?moi?Du diable soit si j'ai dit quelque chose à d\u2019Alvéol, par exemple!\u2026 La Dame.\u2014 Vous allez voir que ce sera moi, tout à l'heure! \u2026 Le Monsieur (suivant son idée \u2014 Comment! moi qui étais bien décidé à aller à Trouville par Saint-Lazare, j'aurais donné rendez-vous sur une autre ligne?.Ah! elle est forte, celle-là! \u2026 Li Dave, \u2014 \u2026\u2026.Le Moxsigur (perplere).\u2014 \\ moins d'une aberration com- pléte., je.La Dame.\u2014 Enfin, nous verrons bien si M.d'Alvéol est à la station., oui ou non.Le Monsieur.\u2014 On n'arrive à Laigle qu'à minuit quarante!\u2026 Ce pauvre d\u2019Alvéol!.Si je lui ai vraiment dit \u2018être là\u2026., il est capable d\u2019y venir! Et il habite à trois lieues!\u2026 Seulement, comment ai-je pu avoir l\u2019idée étrange de lui demander de venir à une station où nous ne passions pas.dans mon programme\u2019.La Dame.\u2014 .Le Monsieur.\u2014 Je vous prierai d'être polie pour ce pauvre d\u2019Alvéol!.Je ne sais ce que vous avez contre luil.La Dame.\u2014 Rien.Le Monsieur.\u2014 Enfin.ll est bien évident que vous ne l\u2019aimez pas?.\u2026 .La Daur.\u2014 \u2026\u2026 .Le Monsieur.\u2014 Moi, je l'aime beaucoup! Et je vous prie\u2026 formellement, d'être aimable pour lui\u2026 Lx Dive.\u2014 Mais il me semble que je l'ai toujours été.Le Monsieur.\u2014 Tout juste., sans élan.La Dame.-\u2014 Je ticherai de 1'étre davantage.Le Monsirur.\u2014 Si j'en étais sûr?\u2026 La Dame (interrogativement).\u2014 Si vous en étiez sûr)?Le Moxsiun.\u2014 Je l'inviterais à venir nous rejoindre à Trouville.Nous avons là huit ou dix chambres qui vont rester vides, des domestiques qui ne ficheront rien. 220 LA REVUE DES DEUX FRANCES La Dame.\u2014 Vous pouvez en loute confiance inviter M.d'Alvéol, mon ami!\u2026 Il n\u2019aura pas à se plaindre de moi.Le Monsieur.\u2014 J'enregistre votre promesse.Le valet de pied tourne le dos, pour cacher le rire silencieux qui fait grimacer sa face plate et canaille.En coupé.Le MONSIEUR D'UN CERTAIN AGE.LA Jetae Feunr DÉLICIEUSEMENT JOLIE.Le MONSIEUR D'UN CERTAIN AGE \u2018arrangeant fiévreusement les sacs, valises, couvertures, etc, ete., dans le filet et sous la banquette).\u2014 Nous voilà seuls!!! .Il termine ses petits arrangements, s'assied près de la jeune femme et lui prend la main.La Jeuxe Femme (inquiète, regardant la troisième place vide).\u2014 Pourquoi ne faites-vous pas monter Julie avec nous?\u2026 LE MONsIEUR D'UN CERTAIN AGE.\u2014 Votre femme de chambre?.Parce qu'elle nous génerait, ma chériel.LA Jeuxe Femme.\u2014 Mais, pasdu tout!.En quoi voulez-vous qu\u2019elle nous gêne?\u2026 Le MOSSIEUR D'UN CERTAIN AGE (à parl).\u2014 O candeur!.Mais en tout!.quand nous avons la chance de trouver ce coupé, où personne évidemment n'aura l\u2019idée saugrenue de monter en troisième.une chance inespérée., le coupé entier, pour le prix de deux places!.(laut, tendrement.) Ma chérie!.ma chériel.La Jeuxe Femme.\u2014 Monsieur?Le Moxsieun D'UN CERTAIN AGE.\u2014 Je vous adore!!! (Il se jette à genoux.) Le Mossieun cure (ouvrant doucement la portière, s'introduisant dans le compartiment et s\u2019arrétant d'un air interdit) \u2014 Oh!.pardon, Madame!.Ce compartiment est réservé, sans doute?.La Jeuse Femme (vivement).\u2014 Mais non, Monsieur. VILLÉGIATURE 291 Le Mossisun cmc.\u2014 Pardon.je le croyais.1! s\u2019installe a la place du milieu qui est vide.) Le Monsieur D'UN CERTAIN AGE (à part).\u2014 C'est cette brute de de Galbe!.\u2026 Il va se présenter au club.Attends, va ! \u2026 LA Jeune Femme (à part).\u2014 Que ce monsieur a eu une bonne idée de monter! Je commençais à avoir peur!.tandis qu'à présent\u2026 \u2018Elle se pelotonne dans son coin el se prépare à dormir.) Le Monsieur cumic (à parl, continuant à s\u2019installe entre le mart el la femme).\u2014 La voilà, la veinel.la voila!.Il louche sur la jeune femme.) Un bijou!., pas de maquillage., un blond sincère et un teint idem.Tout ça pour cet animal de la Guigne., pour lui tout seul?.Allons donc!\u2026 Ça serait indécent!.Le Monsieur, La DAME, 1a Viewre Dave, La Bonse, LA Nouxou, Le Bésé et Le Mourarp (portant toujours son faisceau de filets et d\u2019échasses), se hissent péniblement dans un compartiment.La Vire Dame (épongeant le front du moutard qui a un peu chaud).\u2014 Pauvre trésor!\u2026 lui laisser porter une charge pareille!\u2026 (Entre ses dents regardant le père.) Manant, va!\u2026 Le Monsieun.\u2014 Enfin., je ne peux pourtant pas prendre les billets, faire enregistrer les bagages et m'occuper de tout, avec un paquet d\u2019échasses i la main!.Pourquoi pas aussi la cage des serins, pendant qu'on y est?.La Dave (au montard.) \u2014 Pauvre chéri, qui n\u2019a pas eu de prix!.(Le moutard fail une « lippe ».) Oui, va!'., tu ne retourneras pas & Louis-le-Grand Ian prochain.La figure du moutard s'illumine.) Le Monsieur (Lbondissant \u2014 Comment, comment, il ne relournera pas à Louis-le-Grand?.La Daur.\u2014 Non.Depuis trois ans qu'il y est, on ne lui a jamais donné de prix.En conscience, il ne peut pas y rester, l\u2019y laisser davantage serait une injustice!.La Visite Dame.\u2014 Une injustice flagrante!.L: Monsieur les year au ciel \u2014 TITI 223 LA REVLE DES DEUX FRANCES Sar lo quai.La Dave aux cHIENS el AU cuaT NOIR (au chef de gare).\u2014 Monsieur, il n'y a plus de place., où dois-je monter\u2019 Le Cuer pe care (ahuri, courant le long des wagons et ouvrant toutes les portières.\u2014 Ici, Madame, ici!.\u2026 (Il ouvre le compartiment de la famille aux échasses; hurlements, pro- lestations.) \u2014 Nous sommes sept! \u2014 Nous avons droit au compartiment entier ! Le Cuer DE GARE.\u2014 Non., puisque les enfants n'ont payé que demi-place! La Viemre Dane.\u2014 Je proteste.La Dave aux chiens (au chef de gare .\u2014 Enfin, Monsieur, je ne peux cependant pas monter ici, malgré les voyageurs?.LE CuEF DE GARE (énervé).\u2014 Alors, Madame, ne partez pas!.La Dame aux cures.\u2014 C'est vrai, il y a encore cal.(Un temps et nettement.) Seulement, il faut chercher autre chose.Le CuEF DE GARE (tenant toujours la portière ouverte).\u2014 Eh bien, montez, Madame, c'est votre droit.(La famille entière se consulte.) La Viemre DAME (au père).\u2014 Il n\u2019y a pas à hésiter.Le Monsieur (au chef de gare).\u2014 Je vais payer les places entières.Nous préférons être seuls\u2026 Le Cuer pE GARE.\u2014 Allons! bon!.(A la dame aux chiens.) Venez, Madame, je vais faire accrocher un wagon.La Dame aux cures.\u2014 Merci, Monsieur.(4 part.) Eh! allons donc!.Les SarnT-Cyniens empilés à douze dans un compartiment (Bruits, chants et exclamations diverses! - \u2014 Hue done!!.\u2014 Pour voir et complimenter L'armée française.\u2014 Ou sont Morin et Briouze?. VILLÉGIATURE 293 \u2014 Dans le compartiment où il y a deux jeunes filles.le père a été obligé de monter ailleurs.Ce qu\u2019il rageait!.Nous les retrouverons la-bas.\u2014 Les jeunes filles?\u2014 Mais non, Morin et Briouze.\u2014 C'est la couturière Qu'habite sur l'devant ! Moi j'suis sur l'derrière, C\u2019est bien différent ! \u2014 Ou sont les cigarettes?.\u2014- Sur le bi, sur le bout, Sur le bi du bout du banc! \u2014 Voila, Mossieu! \u2014 Non, non jamais, jamais en France, Jamais l'Anglais ne règnera!\u2026 Le train s\u2019ébranle: cris d'animaux; vacarme étourdissant.Gyp. YÉRAGUTZ Yéragutz, le Chinois, était un homme fort.ll pesait comme une tour et cassait des barres de fer.On pouvait aussi frapper sa poitrine avec des marteaux comme sur une enclume.Et sa strature était si épaisse que toules les fois qu'il sortait du bain on aurait cru, à voir descendre le niveau des eaux, qu'il traînait le fleuve après lui.Yéragutz était un homme adroit.Il lançait des toupies tournantes sur le tranchant d\u2019un sabre, éteignait les lanternes avec un tube de paille, montrait aux bonzes des rats habillés de soie qu\u2019il faisait courir sur une baguette ; \u2014 mais l'homme fort dédaignait l\u2019homme adroit, et, pour vivre, Yéragulz continuait à casser des barres.On le craignait.Rien qu\u2019en tirant sa moustache, il faisail peur aux tout petits.Son pas pesait sur la terre.ll riait comme l'orage éclate, parlait de son ancêtre Yoritomo, Premier Shogoun, en saluant des deux mains.Devant ses yeux levés tous les autres yeux se baissaient.Un jour l\u2019athlète quitta sa montagne et demanda le chemin d\u2019Yédo.Il parlait au milieu des marchands de soie, de riz et de graisse d'ours, \u2014 et un vieillard sans jambes, allongé à ses pieds lui secouait sa grande natte.\u2014 Le pays ne te sulfit pas, Yéragutz; l'or te fouille à coups de sabre, et tu veux partir à la ville\u2026 YÉRAGUTZ 225 \u2014 À la ville, pour lutter de force avec les Soumos, c'est la vérité; je ne veux plus être casseur de bâtons.\u2014 Eh bien, dit le vieux Sinnoô, puisque le Solitaire m'a donné l'esprit du conseil, emmène-moi, mon fils.A nous deux, nous arriverons.Tu casseras tes barres, et moi j'appellerai les gens, du haut de ta tête.Yéragutz se baissa, prit le vieux d\u2019un seul poing, le mit à cheval sur ses épaules et dégagea sa natte de crin.\u2014 Y es-tu?Oui, mon fils; tu m\u2019as levé si haut que je vois le fond des nids, avec leurs œufs.Alors, d\u2019un tour de ceinture, l\u2019athlète lia le vieillard par les moignons, le fit glisser comme un collier jusqu\u2019à son cou, \u2014 et partit.* « Ils venaient d'Ortabara.Quand ils entraient dans les villages les petites portes de papier s\u2019ouvraicnt.et dans le fond des massifs, on entendait alors tinler les tasses, claquer les pipettes de bois; les éventails s'ouvraient, d\u2019une aile vive, el par groupe, des femmes en flottantes manches et des enfants nus couraient au-devant d'eux : \u2014 L'homme à double tête ! l'homme à double tête ! Si l\u2019Hercule avait faim, il cassait une barre en deux et passait dans les maisons pour manger une écuelle de crabes et boire une tasse de thé.S'il n'avait pas faim, il continuait sa route, l'ail en avant.Et le bavardage de l'estropié le faisait rire.\u2014 Yéragutz, mon fils, disait le vieux, c'est assez marcher dans la colère! Voilà dix ans que je pleure en vain.Si je mourais cette nuit, m'aurais-tu reconnu?.Songe à mes paroles, et répète-les dans ton cœur, tu es mon fils, Yéragulz! tu cs mon enfant! Et Sinnod qui te parle est ton père\u2026 \u2014 Se peut-il! criait en riant l\u2019athlète.\u2014 Yéragutz! Yéragutz, mon enfant! mon bouquet de riz, mon seul garçon, plus d'injustice! Le voilà bien vieux, Sinnod.Je puis tomber sur tes reins, ct loi, tu couverais ma te décembre 1897.Id 296 LA REVUE DES DEUX FRANCES poitrine que mes yeux ne s'ouvriraient plus.Vois ton père! et si tu ne l\u2019écoutes pas, que Yoritomo me renverse | \u2014 Se peut-il! disait l\u2019athlète, se peut-il qu\u2019un jour de ta moitié de corps fragile comme une boile de laque, celui qui te porte soit sorti! Regarde : j'ai le flane du bœuf, mes jambes sont des colonnes, et ton corps, Sinnoë, ne pèse en mes deux mains que le petit poids d\u2019une mouche.\u2014 Et ta mère! Oublies-lu ta mère?criait le vieux sur son perchoir.Tu es le fils de Nami aux cheveux fins! Si elle vivait encore, elle sangloterait sur ta roule, et puisqu'elle fut jolie, l\u2019écouterais-tu?Pourquoi parler de ta force?Nami était fine comme la vapeur du soir.Elle avait une peau de poisson doré, des mains qui eurent toujours l\u2019air de jouer à pigeon- vole, et ce qu'elle te disait, mon fils, pour Uégayer, aurail fait rire les fouines! \u2014 Ce n'est pas vrai! lançait Yéragulz en courant.L'homme fort est un homme divin.Ma mère était plus haute que les tours, et quand elle avait parlé, l'air devait gémir comme du bronze! \u2014 Mon enfant, vois mes yeux ! disait le vieillard.Ils pleurent depuis que tu es né! Je suis ton père, et tu le sais bien ! puisque tu m\u2019emmènes avec toi et que tu me passes tes bâtonnets pour que je mange dans tes écuelles ! Tu m'aimes, je le sens.mais tu ne veux pas être mon fils ! \u2014 Non, répliquait Yéragutz, tu es seulement l'homme qui m'a veillé tout petit.Mais on ne peul pas dire que je ne t'aime pas.\u2014 Non, tu ne m'aimes pas! \u2014 Où es-tu en ce moment, Sinnoô \u2014 Sur tes épaules.\u2014 Et pourquoi, chélif, te trouve-t-on sur les épaules du casseur de barres ?grogna 1'Hercule toujours courant.Sinnoô, juché sur l'athlète comme un oiseau de nuit sur casque, ne répondit pas.\u2014 Tu le sais bien, dit tranquillement Yéragulz.* * * Ils se disputèrent ainsi de village en village.Yéragutz avail YÉRAGUTZ .227 cassé vingt bâtons de fer sans reconnaître Sinnoô.Juché sur le cou de l'athlète et les coudes sur son crâne, le vieux pleurait sa plainle éternelle, mais Yéragutz, lancé sur les routes, ne l'écoutait plus.\u2014 Je suis ton pere.Souviens-toi de Nami et de notre maison.du bosquet de bambous, des cerfs-volants, et du kiosque de baigneurs où nous plongions dans les clochettes\u2026 \\'éraguiz hâtait sa course.\u2014 Je ne me souviens que des bouillons de poule que je buvais autrefois derrière tes paravents.Les bonzes ne m'ont pas fail ingrat, Sinnoû, et sans être ton fils, je casserais, pour te nourrir, cent barres de fer chaque matin.La nuit tombait.Yéragutz, oublié par la fatigue, avançait toujours.Le vieux, les bras brisés, les mains en coque, appuya sa joue contre la têle du marcheur.Yéragutz l\u2019entendit soupirer, d'une haleine de plume.Et doucement, doucement, Sinnoô se tut\u2026 L'ombre du soir l'avait endormi.* ** Ils se reposèrent sous les pins.Avant l'instant de l'aube et ruisselant de rosée, \\éragutz se leva d'entre les herbes.Quelques bonnes étoiles brûlaient encore, \u2014 et toute la campagne sentait le lotus.Les chemins qu'il avait suivis descendaient à ses pieds vers Yédo, vers la mer tremblante.On n\u2019apercevait de l\u2019océan, dans cette pointe du jour, qu\u2019une immense et brune étendue, et lointaine, la ligne de l'horizon tranquillement bleue.Yéragutz, la tête levée, attendit\u2026 Comme il regardait, une blonde lueur courut sur la mer en léchant l'eau de ses mille languettes d'or.Sur le rivage, elle dissipa ses faisceaux luisants, et, à l\u2019aventure, monta vers la ville, grimpa les côtes, escalada Yéragutz qui en fut comme ébloui.C'était la première fois que l\u2019athlète ouvrait ses yeux libres, et, comme l'enfant solitaire, écoutait son âme chanter.Il lui sembla que cette lueur fusait d\u2019un seul point, à l\u2019autre bout de l'horizon.Alors, sans bouger, il regarda l'océan.Et ses yeux fixes, allongés vers la tempe en queue 228 LA REVUE DES DEUX FRANCES d\u2019oiseau, s\u2019ouvrirent avec tant de force qu\u2019ils brûlaient le vide.\u2014 Ah! chuchota Yéragutz, d'où vient donc cette lumière?\u2026 Tout à coup, la mer s\u2019éclaira, et le soleil apparut, comme une orange éclatante, comme le grain d'or de toute la clarté surgie.Ce grain menu, celte semence de feu suffisait done pour incendier tout l\u2019espace du ciel, toutes les maisons de la ville ! épandre les feuillages au flanc des montagnes, au profond des noires forêts, lancer la joie au cœur des foules.De ce disque chétif émanait, immense, la Vie! \u2014 Ah! hurla Yéragutz, qui donc t'engendre Lumière?Ce rien?.Et, frissonnant, doutant de lui, le luiteur baissa la tête, comparant ces prodiges à l\u2019humble merveille que lui contait l\u2019estropié\u2026 Il courba le front, et à l'angle des yeux, ses paupières se détendirent.Le vieillard se réveillait.Mais avant qu'il eût recommencé sa plainte, l\u2019orgueilleuse et pitoyable main de l\u2019athlète-enfant l\u2019éleva jusqu'aux cimes des arbres, et convaincu celte fois, enfoncé à grands pas dans l'aurore : \u2014 Viens, dit Yéragutz, viens, mon père.Georges d\u2019Esparbés.= Dolichinelles.Vous qui chantez les ritournelles De l\u2019Amour, la main dans la main, Aimés qui suivez le chemin Croyant aux amours éternelles, Polichinelles! Législateurs, trouble-cervelles, Orateurs de clubs maladroits, Qui parlez de devoirs, de droits, Aux générations nouvelles, Polichinelles ! Chercheurs de gloires immortelles, Guerriers, hâbleurs de carrefours, Traineurs de sabre dans les cours, Vos batailles, où donc sont-elles ?Polichinelles ! Diseurs de fades villanelles, Poètes aux fronts chevelus, Que la foule n\u2019a jamais lus, Rimeurs de strophes solennelles, Polichinelles ! Expluiteurs de fausses nouvelles, Reporters de petits journaux, Pourvoyeurs de nos tribunaux, Journalistes sans clientèles, Polichinelles! Vos dmes sonl des criminelles, Mais je suis là, comme un remords, Je fais agir tous vos ressorts, C'est moi qui tire vos ficelles ! Polichinelles! Paul Bru. La Légion d\u2019honne Ur aû vingtième Siècle.C'était le quatorze juillet d\u2019une des premières années du xx° siècle.La France continuait à fêter machinalement par des lampions et des danses l'anniversaire de la prise de la Bastille.Seulement, nul ne se rappelait plus ce qu'avait été la Bastille.ni pourquoi on l'avait prise, ni même à quelle époque l'événement avait cu lieu.Cette ignorance générale nuisail un peu au caractère symbolique de la fête du quatorze juillet, mais pas du tout à son caractère national, car les boutiques des marchands de vins et les bals publics ne désemplissaient pas.À celle date, les Français avaient également conservé l\u2019habitude de se décorer entre eux, afin de se distinguer des autres peuples, ce qui a toujours été une de nos principales préoccupations.« Décorez-vous.les uns les autres », n\u2019a pas dit Jésus.Le Conseil des Ministres s\u2019assembla donc ce jour-là pour établir la liste des candidats à la Légion d'honneur.\u2014 Donnez-moi chacun la liste des demandes que vous avez reçues, dit d'abord à ses collègues le Président du Conseil.\u2014 Moi.je n'en ai reçu aucune, répondit le Ministre de l'Instruction publique.\u2014 Ni moi\u2026, ajouta celui de l'Intérieur.Les titulaires des portefeuilles de l'Agriculture, des Fi- ado LA REVUE DES DEUX FRANCES nances, du Commerce, ainsi que tous les Ministres présents firent des réponses analogues.Aucun d\u2019eux n'avait recu une seuLE demande de décoration.\u2014 C\u2019est fantastique! murmura le Président du Conseil.J'avais déjà remarqué que le nombre des demandes diminuait dans des proportions inquiétantes, mais je ne supposais pas que les Français en arriveraient à un pareil degré d\u2019indilfé- rence et de mépris! \u2014 Ce n\u2019est pas possible, murmura le Ministre de l'Instruction, qui était observateur.Jamais on n'a tant vu de gens décorés dans les rues.Il doit y avoir quelque chose là-dessous.\u2014 Si nous mandions le Grand Chancelier de l'Ordre?hasarda une voix.Ce haut personnage ne tarda pas à se présenter dans la Chambre du Conseil.On lui soumit le cas.Il se montra fort ému et fut d\u2019avis de consulter le livre des décorations, qu'on envoya immediatement chercher par un peloton de cuirassiers.Le Grand Chancelier se mit alors à faire des calculs.Puis, on le vit tout à coup pâlir et se frapper le front avec un geste de découragement.\u2014 Ah! mon Dieu! s'écria-t-il.\u2014 Quoi?quoi?demandèrent les Ministres.Mais le Grand Maître avait vite reconquis le sang-froid et la dignité qui convenaient à son rang.\u2014 Messieurs, continua-t-il d\u2019un ton posé, je ne m'étonne plus que personne ne demande plus à être décoré de la Légion d'honneur.\u2014 Et pourquoi cela?\u2014 Pourquoi?Et se recueillant, le Chancelier articula : \u2014 Personne ne demande plus à être décoré de la Légion d'honneur, pour une raison bien simple, C'EST QUE TOUT LE MONDE L'EST! \u2014 Voyons, mon ami, fit le Président du Conseil, vous badinez! Mais il fallut se rendre bientôt à l'évidence.Les statistiques étaient lh.On calcula le nombre des Français majeurs et pourvus de leurs droits, on le compara ensuite avec celui des Français décorés, y compris les légionnaires rayés pourescroque- ries ou trahison.Il y avait égalité absolue entre les deux chiffres. LA LÉGION D'HONNEUR AU VINGTIÈME SIÈCLE 231 \u2014 Voilà qui est bien ennuyeux! soupira le Président du Conseil.Comment allons\u2014nous faire désormais pour récompenser les dévodments?\u2014 On est capable de ne plus se dévoucr, ajouta le Ministre du Commerce.\u2014 11 reste la ressource de fonder une nouvelle décoration.dit le Grand Chancelier.Mais je crains que rien ne remplace jamais notre Légion d'honneur.\u2014 Messieurs! s'écria soudain le chef du Cabinet, jai trouvé la solution! Le Ministère respira.\u2014 Oui, mes chers collègues, j'ai trouvé.Quelqu'un d\u2019entre vous peut-il me dire le nom de l'homme qui, soit par ses inventions, suit par ses {ravaux, mériterait le plus d'être décoré s\u2019il ne l'était déjà! Une vive discussion s\u2019éleva.Chacun cita des noms.Le Ministre de la Guerre proposa l'inventeur d'une fumée sans poudre, à la fois économique et meurtrière.On parla successivement d'un homme qui avait découvert une mine d\u2019or aux environs de Paris, et de plusieurs citoyens qui s'étaient distingués dans leur profession, par exemple, un commerçant qui avait gagné un million en six mois en ne vendant rien.et un homme de lettres qui avait acquis une célébrité universelle avant d'avoir écrit une seule ligne.Le choix du Conseil finit par s'arrêter sur un nommé Dupont qui, depuis sa majorité jusqu'à l'âge de quatre-vingt quinze ans, qui était actuellement le sien, avait toujours voté pour les candidats du Gouvernement, dans toutes les élections et sous tous les régimes.Il était décoré naturellement.\u2014 ll faut encourager cela! dit le Ministère tout entier.Mais de quelle façon?\u2014 \\ous allez voir.Et le Président du Conseil traça rapidement quelques lignes.\u2014 Cette note paraîtra demain a I'Officiel.Il montra alors à ses collègues étonnés le décret suivant : M.Duroxr, chevalier de la Légion d'honneur.Est autorisé a NE PLUS PORTER SA DÉCORATION.Services exceptionnels.Alfred Capus. MISS MAUD GONNE Maud Gonne, l'apôtre irlandaise.est en Amérique depuis quelques jours.Le succès de ses conférences est certain.Et il n'y aura pas que ses compatriotes à se rendre en foule la voir, l'écouter, l\u2019applaudir.Innombrables seront les citoyens des États- Unis qui voudront connaître la déjà célèbre jeune femme, la vaillante fille des thanists.Maud Gonne est grande, très grande même parmi nous, Français, de race plutôt petite ; mais, de l'autre côté de l'Océan.on le remarquera beaucoup moins.Du reste, onduleuse, souple et souvent penchée, elle se diminue, pourrait-on dire, par extrême affabilité, par habituelle bonne grâce. MISE MALD GONNE 233 Des peintres, des sculpteurs, en des œuvres parfois excellentes, ont voulu réaliser la vision qu\u2019ils eurent de l'étrange beauté de cette apôtre-femme.Mais, trompés par la couleur claire des cheveux bouffants, par le bleu doux des larges yeux, par la fraîcheur du teint, par la voix enfantine et chantante.ils ont peint, ils ont sculpté une sorte de séraphin mièvre, de muse tendre, rêveuse, ou de préraphaélite apparition.Et ce n\u2019est là qu\u2019un des aspects de Maud Gonne.Alors que je ne l'avais pas encore vue, je remarquai dans l\u2019atelier de M Clovis Hugues, sculpteur, une espèce de masque en terre glaise durcie, figure jolie de femme, dont cependant les manxillaires puissants formaient relief à m'étonner.Mme Clovis Hugues n\u2019avait fait la qu'une rapide esquisse pour un buste de Maud Gonne, mais elle y avait mis la caractéristique du visage de l\u2019énergique et tenace Irlandaise.C'est quand clle se lance en un réquisitoire contre I'Ennemi que l\u2019ossature solide d\u2019un être fortement doué pour l'action apparaît, se signale sous la dissimulante chair jeune des joues; en même temps, le regard devient dur ou plein d'ombre et d'un mystère inquiétant.La voix seule ne peut pas cesser d\u2019être enfantine ; même quand elle grossit, on ne saurait avoir peur, s\u2019il n'y avait, pour les sous-entendus tragiques des mots.l'expression des yeux et de tout le visage transfiguré.Maud Gonne ajoute à l'originalité de sa longue ct flexible personne par la singularité pittoresque de ses vêtements.De même qu'elle a le courage de ses opinions dangereuses pour sa sécurité, elle a le courage de ses goûts en toilette.Elle ne suit pas la mode : clle la côtoie, avec la fantaisie d'une artiste.Elie est de toute manière extrêmement séduisante.C'est très fâcheux pour ceux qu\u2019elle combat.x \u2018x Ses conférences ont ceci de particulier qu\u2019on pourrait en accompagner le mélodieux débit avec les arpèges assourdis d\u2019une harpe, \u2014 de celle harpe des bardes celtes, emblème, auprès du trèfle, de la Terre d\u2019Emeraude.Maud Gonne parle en lente mélopée, psalmodie presque, \u2014 et c'est bien un De profundis, ce récit désolé qu\u2019elle fait 934 LA REVUE DES DEUN\\ FRANCES des maux de sa patrie, De profundis où les iniquités ne sont pas de ses frères, où le Puissant qu\u2019elle implore est un peuple ami, où elle clame son inépuisable foi en la libération, en la résurrection\u2026 de l'Irlande.Il n\u2019y a rien de cherché, de voulu, dans cette façon harmonieusement monotone, \u2014 sans cris, sans gestes, \u2014 de loucher le fond des cœurs, de remuer les nerfs, de susciter l\u2019indignation et les larmes.La conférencière est une sincère, une passionnée ; elle procède en toute simplicité.Il paraît que son action est considérable sur les foules irlandaises, amoureuses d'éloquence et de la musique des paroles.Les commentaires de Maud Gonne aux projections lumineuses qui terminent ses conférences sont parfois d'une humour plaisante, sans pourtant que la voix soit bien différente de celle qui soulevait pour l'action ou faisait pleurer.Les Irlandais sont spirituels, gais.Ils s\u2019arrangent quelquefois pour qu\u2019une éviction donne de quoi bien rire aux dépens \u2014 de la constabulary.Gela se voit par les « instantanés » mon- MISE MAUD GONNE 235 trés aux conférences.De même, pour prouver que les députés patriotiques sont Jilés en Irlande, on a fait toute une suite « d'instantanés » où un de ces députés est sans cesse escorts, de près ou de loin, par le même personnage.Cela devient de plus en plus drôle.Naturellement, le député réussit à dépister son détective, ce qui est encore plus plaisant.* «+ Miss Maud Gonne est née dans le Kerry et a été élevée à Dublin.Mais elle est d\u2019une famille de landlords irlandais ralliés à l'Angleterre et aux idées conservatrices.L'élégante vie britannique ne put la retenir quand elle se fut découvert une immense pitié pour le paysan d'Irlande, quand elle eut eu l'âme bouleversée par les évictions, les miséres vues.Dès que son père, colonel de l'armée anglaise, fut mort, elle obéit à la vocation qui se révélait impérieuse.Elle alla voir les chefs du mouvement nationaliste.Ils la trouvèrent bien jeune, bien frêle et bien aristocrate pour lui donner tout de suite leur confiance.Et puis, ils étaient troublés, déroutés, devant du trop nouveau, de l'extraordinaire.Mais, bientôt, ils comprirent l\u2019aide infiniment utile, prestigieuse que devenait pour eux cette jeune fille enthousiaste, aux multiples dons de séduction, \u2014 riche et généreuse.O'Leary fut son principal éducateur en la complexe politique irlandaise.Davitt la patronna.Bien entendu, Maud Gonne était promptement boycoitée par sa famille et ses amis d'autrefois.Elle se donna pour mission, non seulement de relever le courage de ses compatrioles par des discours ailés d'espérance, mais de parcourir l'Angleterre, la France, d'autres pays afin de provoquer l\u2019attendrissement et l\u2019indignation qui entraineraient le vote du home rule.Elle prit part à toutes les grandes manifeslations protestataires.\u2014 Récemment encore, à Dublin, elle marcha derrière un drapeau noir et un cercueil symbolique et, peu de jours après, à Versailles, déposa une couronne sur le monument de l[oche.\u2026 Elle assistait à des éviclions pour secourir ; elle devenait membre des Sociétés d'Amnistie el visita les prisonniers pa- 236 LA REVUE DES DEUX FRANCES triotes à Portland, à Chatham, à Malborough tant qu\u2019on ne s\u2019y opposa pas.Son courage était indestructible.Mais elle tomba malade, gravement.Elle dut aussi, non pour éviter « le martyre », mais pour continuer d'agir à l'aise, prendre domicile à Paris.Sitôt qu\u2019elle fut rétablie, ou presque, elle recommença ses tournées de conférences à travers la France, la Belgique, revint en Angleterre, en Irlande.\u2014 Elle ne se contenta pas de parler, d'aller où l\u2019appelait son devoir.Quand il le fallut, elle écrivit des lettres aux journaux \u2014 pleines de faits, de chiffres \u2014 des réfutations; clle donna, çà et là, des articles d'attaques violentes contre l'Angleterre et d'appel à la solidarité des peuples.Elle méditait depuis longtemps sa « Mission » en Amérique.Au moment de partir, elle a eu un profond chagrin : son grand chien danois, Dagda, est mort.Le bon chien, avant d\u2019être affaibli, l'accompagnait aux réunions, aux conférences.Sa puissante voix se mélait aux acclamations ou aux cris de la foule.Il avait une curieuse façon de grogner au mot « anglais ».On l\u2019empoisonna.Est-ce une vengeance de ceux qu'il haïssait tout autant que sa maîtresse?En mai dernier, l\u2019active, la combative nationaliste a fondé à Paris un journal, L\u2019Irlande Libre, journal modestement logé, pour l'instant, au 6 de la rue des Martyrs, dans une vieille maison où Murger habita : deux petites pièces pour archives et salle de rédaction, mais aux murs des gravures symboliques, satiriques, une carte du cher pays, des photographies de patriotes, des manifestes\u2026 enfin, le drapeau vert de l'Irlande indomptée, de l\u2019Érin qui espère.Mary Léopold-Lacour. Le Pont d\u2019Amour (CONTE RUSTIQUE) Le jeune pâtre Jean Béhiol, de la grange de Roque, ne se tenait plus de joie depuis la nuit où, sur l'aire de leur maître Roublac, Jeannette Poujol, sa fiancée, avait, pour calmer sa jalousie, juré de passer avec lui, à la prochaine Saint-Amans, le Pont d'Amour, et de lier ainsi sa vie à la sienne devant tous les pacauts de la montagne.Ce serment, elle l'avait fait en prenant à témoin la lune errante, les étoiles et Notre-Dame de Roubignac qui protège les pastourelles.Or, de mémoire de montagnard, il n\u2019y avait pas sur l'Escandorgue d'exemple de deux amants trahissant leur foi, après avoir, la main dans la main, traversé ce pont redoutable le jour de la fête du grand saint.Ou plutôt on citait bien celui d\u2019une certaine Justine Sauvagnac qui, après celle épreuve faite en compagnie de son novi Casimir Dur, l\u2019abandonna pour épouser Donatien Gailhardet, de Coste- garde; mais la malheureuse était morte six semaines après ses noces.Jeannette savait cela: Jeannetie, comme toutes les filles de la montagne, avait le culte de Notre-Dame de Roubignac et de saint Amans, son fidèle évêque, et croyait fermement à la colère ou aux bienfaits dont ils comblaient les amoureux qui les invoquaient en passant leur pont le jour de leur fête.Donc si, ce jour venu, Jeannette traversait avec lui les trois DIN 238 LA REVUE DES DEUX FRANCES arches de Villeneuvelte, il pouvait la considérer comme sa femme.Aussi, en sortant de ce rendez-vous, il bondissait, délirait, clamait la joie de son triomphe à travers la combe endormie, sous le ciel fourmillant d\u2019étoiles.L\u2019alarme avait été si chaude ! Ceite Jeannette qu'il adorait depuis qu'à son menton de pastoureau avait poussé sa première barbe, cette Jeannette qu'il croyait à lui, sur la foi de leurs serments répétés, ne l'avait-il pas surprise sous un châtaignier, causant avec Savi, le bouvier de Peyreplantade, son plus mortel ennemi?Grand Dieu! à qui se fier désormais?Elle qui, de trois ans moins âgée, semblait à côté de lui, quand ils gardaient, une bergeronnette-lavandière buvant sous l\u2019aile protectrice d\u2019un ramier à la source des Neuf-Fontaines! De la bergeronnette, elle avait l'élégance frèle et inquiète et jusqu\u2019à la perpétuelle oscillation qu\u2019exigeait sa vie laborieuse.La bonté, la douceur, la franchise se lisaient dans la prunelle humide et bleue, d'un bleu lavé comme le bleu de la pervenche à l'aurore.Et dire que c\u2019était pour ce malandrin de Savi, cet être mauvais, laid et brutal, qui terrorisait le village, qu\u2019elle avait failli l\u2019abandonner! Mais à quoi bon récriminer?le danger était conjuré, elle lui était revenue plus douce et plus tendre que jamais avec la fameuse promesse.Aussi, depuis lors, Jean Béhiol n'avait songé qu'à faire ses préparatifs pour cette journée décisive.On était à la mi-juillet et la fête tombait au commencement d'août, au moment où, les moissons étant finies et engrangées, il n\u2019y avait plus qu'à remiser les faucilles et à atlendre patiemment les vendanges.Certes, Jean Béhiol n\u2019était pas le seul à s'enfiévrer aux approches de cette fête.D'un bout à l\u2019autre des garrigues, dans les hameaux de l\u2019Escandorgue et les villages du Larzac, toul ce qu\u2019il y avait d'amoureux et d'amoureuses partageaient la même impatience.Les couples, sûrs de leur amour, n'ayant rien à craindre de l\u2019épreuve traditionnelle, ne voyaient pas le moment où, étroitement enlacés, au-dessus du flot grondant, le pied solide sur l\u2019arche mince, ils montreraient à leurs amis le bonheur de leurs fiançailles; mais ceux-là dont l'amour était hésitant ou manquait de sincérité vivaient ces quelques jours dans une anxiété redoutable, Notre-Dame et saint LE PONT D'AMOUR 239 Amans se montrant, on l\u2019a vu, d\u2019une implacable sévérité pour les infidèles et les traîtres.L'épreuve, d\u2019ailleurs, n'allait pas sans quelque danger, car le Pont d'Amour n\u2019était pas un pont, mais un aqueduc fort étroit, que les seigneurs de Villeneuvette avaient jadis construit sur la Dourbie pour amener dans leurs jardins les eaux d\u2019une source lointaine.Il se dressait à dix mètres sur la rivière et supportait une rigole dont les deux bords avaient à peine la largeur d'un pied.Ajoutez à à cela que, rongéés par le scolopendre et le lierre et par six cents ans d'existence, ses trois arches menaçaient ruine, et l'on comprendra que, pour aller à deux de front d'un bout à l\u2019autre, il fallait un certain courage.Jeannette et Jean étaient bien décidés à l'avoir.Et ce fut en chantant avec tous les autres domestiques de la grange que, le jour venu, ils prirent, sur le char à bancs de leur maître, la route de Villeneuvette.Arrivés au bas de la côte, ils aperçurent au loin devant eux une charrette que maitre Rou- blac reconnut pour étre celle de Peyreplantade.Un homme montant une mule l\u2019escortait.Il fut aisé à tout le monde de reconnaitre Savi,le bouvier.À ce nom, jeté par Roublac, Jeannette qui, jusque-là, avait été aussi bavarde qu'une pie et non moins gaie qu\u2019une bartavelle, devint tout à coup sérieuse et muette, et, de son côté, Jean se sentit envahi d'un pressentiment lugubre qui figea son rire sur ses lèvres.Le bouvier de Peyreplantade s\u2019était fait beau.ll s'était coiffé d'un feutre montagnard dont les bords larges dissimulaient ce que ses yeux avaient de trop louche; il portait un complet de velours bleu et des guêtres jaunes toutes neuves.Enfin, il avait pomponné, harnaché sa mule à l'espagnole.Dès qu\u2019il aperçut le char à bancs de Roublac, sachant que Jeannette s\u2019y trouvait, il fit retourner sa bête et piqua des deux.Sous prétexte de dire bonjour aux amis, il caracola autour du véhicule et vit Jeannette enlacée par Jean.Alors, il enveloppa celui-ci d\u2019une œillade où se lisaient la rage d'une terrible jalousie, le paroxysme d\u2019une haine sans bornes.Quand, sa politesse faite, il reprit le large au galop, il était blème et écumait comme sa mule.Lui aussi depuis longtemps aimait Jeannette, et il I'aimait d'un amour sauvage, impérieux, brutal comme celui qui pousse alo LA REVUE DES DEUX FRANCES les fauves.Il était fils unique, héritait un jour d\u2019une gran- geotle sur le Larzac, et en altendant possédait de sérieuses économies.Aussi Jeannette, qui savait cela, ne l'avait point repoussé, et bien qu'elle aimät Jean Béhiol, dont la fortune tenait dans son bâton de pastoureau, elle avait, sans décourager celui-ci, répondu aux premières avances de l\u2019autre ; puis dans un moment de passion, poussée par Jean, elle s'était laissé arracher la promesse des flançailles au Pont d'Amour.Lorsque Savi apprit cela, il jura de l\u2019avoir quand même et de se venger de Jean Béhiol; et à partir de ce jour, il en chercha les moyens.Sans doute, il les avait trouvés, à voir la bave de ses lèvres, la férocité de ses yeux tandis qu'il chevauchait seul maintenant, sur la route de Villeneuvette.La chapelle de Notre-Dame de Roubignac était pleine de monde quand les gens de maître Roublac y arrivèrent; la messe était commencée, une messe que M.le curé de Clermont expédiait hâtivement, à la bonne franquette, car filles et gas, femmes et hommes étaient pressés, les uns de se rendre au Pont, les autres de visiter la foire.Elle se tenait sur la place de la Villeneuvette, et, ce jour-là, elle regorgeait de pacants.Cependant, aux sons de la musette et du hautbois, les amoureux, qui devaient lraverser le Pont, se dirigeaient vers la Dourbie, et les curieux avaient envahi les deux rives.Déjà, derrière les buissons, des couples se déchaussaient en riant, car outre que la tradition voulait qu'on passät le Pont les pieds nus, il eût été dangereux de faire autrement, tant les deux bords de la rigole étaient minces.\u201c Le premier couple qui traversa fut un jouvenceau et une jouvencelle de Cabrières.Ils n'avaient pas quarante ans à eux deux.Il passa, lui, la prunelle triomphanle et son jarret musclé bien tendu, elle, modeste et légère.Et quand ils furent à l\u2019autre bout, la foule applaudit bruyamment à leur jeunesse rayonnante, tandis que garçons et filles chantaient : Passez, passez, gentils amoureux, Fleurs élincclantes du terroir De Languedoc.Passez, passez.De l'autre côté Est le bonheur.À Saint Amans, Aujourd'hui il faut dire oui ou non, En langue d\u2019oc. LE PONT D'AMOUR 241 D'autres, d'autres encore passèrent triomphants, radieux et beaux de la beauté de leurs vingt ans.Ils allaient, le regard noyé dans leur rêve, saluant du haut de ce Pont d'Amour, l'aurore de leur vie nouvelle.Et l'on eût dit, sous le ciel clair, un défilé de jeunes faunes et de nymphes.Midi sonnait ct le tour de Jean Béhiol et de Jeannette n'était pas encore venu, les couples plus hardis de la plaire passant avant ceux plus timides de la montagne.kes musiciens étaient futigués de jouer et tout le monde avait faim ou soif.Aussi, les caps «de jouben (chefs de jeunesse) de chaque village décidèrent d'interrompre la fête pour qu\u2019on pût aller diner dans les bois.Les amoureux de la grange à Roublac resteraient les premiers à passer.Quand le précou de Villencuvette cria cela, Jean, que ses vagues pressenlimenls ne quiltaient pas, en fut encore plus allristé, ct Jeannette respira d\u2019aise, tant cet acte auquel elle était jusqu'alors bien décidée lui portait peine à cette heure.Qu'auraient-ils pensé tous deux s\u2019ils avaient vu caché au fond d'une oseraie, de l'autre côté de la Dourbie, le bouvier de Peyreplantade rire, à ce moment, d'un mauvais rire?II riait, I'affreux garncment, et, avec la patience d'un loup qui guetle sa proie, il attendait que la foule se fut dispersée et que, par groupes, par hameaux, on eùüt mis la table dans les clairières.Quand il n\u2019y eut plus personne aux entours du Ponl, il sortit de son oseraie, et, les rcins ployés comme un renard, il s'engagea sur les trois arches.Arrivé à l\u2019endroit le plus dangereux, celui qui surplombait le précipice.il vida sur les deux bords de la rigole un pelit sac plein de tessons, de verre pilé et d'épines d\u2019acacia qu\u2019il dissimula sous quelques poignées de cendre.Cela fait, il regagna ea cachette et s\u2019y blottit, les yeux braqués sur l'autre rive.Les gens de Roque s'étaient installés sous un rouvre: non loin d\u2019eux ceux de Peyreplantade avaient fait de même sous un chêne.Maître Roublac qui les regardait fit remarquer aux siens que Savi le bouvier n\u2019y élait pas.Sans doute, il avait dû reprendre seul le chemin de Peyreplantade.Cela rendit un peu de gaieté à Jeannou ct à sa Jeannette, et ce fut\u201den 1°7 décembre 1897.16 alia LA REVUE DES DEUX FRANCES sautant et en dansant qu'ils se mêlèrent à la foule, laquelle, une fois les paniers vidés, les appétils rassasiés, afflua de nouveau vers le Pont, plus turbulente.Tout à coup, pieds nus et la main dans la main, Jean el Jeannette apparurent sur la première arche.Ils étaient si mignons, si gentils tous deux que la foule leur fit comme aux jouvenceaux de Cabrières une ovation chaleureuse.Les musettes et les hautbois s\u2019attendrirent et ce fut avec une évidente sympathie que la foule les salua de son refrain Passas, passas, gents calignaires Flous relusentas dou terroire De Lengado.Soudain, on vit le garçonnet s'arrêter, pâlir et l\u2019on entendit la fillette pousser un cri d'épouvante.La foule crut qu\u2019ils avaient peur, et pour leur donner du courage, elle applaudit de plus belle.Quelques rires moqueurs éclatèrent aussitôt couverts par les hautbois et les musettes.Cependant, sans que personne s\u2019en aperçût.un filet de sang avait éclaboussé la pierre jaune de l'arche.C'était le sang du pauvre Jean, dont un éclat de verre avait fendu le pied d\u2019un orteil à l'autre.Blème, il fit mine de s'asseoir tout en protégeant des mains son amante ; alors la foule se fâcha, maints quolibets partirent comme des fusées à l'adresse de l\u2019amoureux qu'on accusait de reculer, tandis que la jeunesse poursuivait d'une voix irritée : Pass:s, passas dè l\u2019autre ban Es lou bounhur.À Saint-Aman loi hous cal dire : oi ou nô En langa d'à.Poussé par la honte, Jean ordonna à Jeannette de rester immobile et fit encore un pas.« C\u2019est la fiancée qui ne veul plus », cria-t-on.Etles lazzis de pleuvoir sur elle.Mais voilà que touchés par les rayons du soleil étincelèrent les tessons et resplendirent les éclats de verre, et l\u2019on vit les pieds nus de Jean saigner comme ceux du Christau calvaire.On vit aussi sa Jeannette terrifiée, perdant la tête, se cram- LE PONT D'AMOUR 243 ponner à lui si violemment qu'il faillit perdre l'équilibre.11 lituba quelques instants et la foule, saisie d'épouvante, ferma les yeux pour ne pas les voir rouler tous deux au fond du précipice.Mais le gas fut assez fort pour résister.Alors un immense cri d'horreur s\u2019éleva contre le criminel inconnu \u2014 un abominable jaloux sans doute, \u2014 et avant qu\u2019on eût pu venir au secours, ramassant tout ce qui lui restait de courage.le pâtre héroïque saisit brusquement sa pastoure, la souleva dans ses bras, et lentement, avec une énergie farouche, 1! passa, piétinant tessons et épines.Le sang coula de ses deux pieds comme l'eau pure des fontaines et rougit l'arche d'Amour tout entière.Une clameur d'admiration succéda au silence poignant de la foule émue par la grandeur de ce spectacle\u2026 Enfin exténué, plus pâle qu\u2019un mort, il atieignit le bout du Pont, trouva encore assez de force pour déposer doucement sa Jeannette évanouie et s\u2019affala comme une masse.P.Vigné d\u2019Octon député.ov S48 LE DANTE Que regarde-l-il donc dans la nuit formidable ?Qu\u2019entrevoit-il au fond de l'abime insondable ?Ce dur marcheur par tant de spectres visité, lux portes de l\u2019horrible et dolente cité Suns doute a lu ces mots : a Ici, plus d'espérance ! » C'est pourquoi les enfants, les femmes de Florence Devant ce front lugubre et plus froid que le fer Disuient : « Voilà celui qui revient de l\u2019Enfer! » Hélas! quand il aura che: la race vivante Contemplé la terreur, la haine, l'épouvante, La vertu dans l'opprobre et le crime étonnant L'univers à genoux, malgré le ciel tonnant ; Quand la main de la Mort, plus lourde que la pierre.Aura posé le sceau divin sur sa paupière, Quand il ira frapper au grand seuil étoilé, Les anges qui l\u2019aimaient comme un frère exilé, Voyant dans son regard ce feu noir de cratère, Diront : « Voilà celui qui revient de la terre! » Henri de Bornier de PAcadémie français. ÉDOUARD DETAILLE Édouard Detaille est né à Paris, le 5 octobre 1848, et, en 1867, il exposait au Salon l\u2019Intérieur de l\u2019Ale- lier de Meissonier.11 n\u2019avait pas encore dix-neufans.et ce pelit tableau réunissait déjà cette finesse d'ol- servation et cette correction de dessin qui sont la caractéristique du talent du maitre.Si nous commençons celte étude par ce rapprochement de dates, c'est u\u2019elles marquent quelle extraordinaire nature d'artiste est celle de Detaille.Ces dons merveilleux étaient innés en lui, et le talent s'imposait dès ea première manifestation.Au sortir du lycée Bonaparte, où il avait fait d'excellentes études, ct pourvu de son diplôme de bachelier, Detaille est présenté à Meissonier, ct sollicite de lui une lettre d\u2019introduction auprès de Cabanel ; Meissonier, en froid avec son collè- ÉDOUARD DETAILLE 215 gue de l'Institut, déclare au jeune débutant que sa recommandation aurait peu de poids.Il se fait montrer ses croquis, le fait venir à Poissy, où, quelques jours après, il l\u2019installait chez lui, le faisant travailler un peu partout, dans les champs, d'après les chevaux, dans la forêt.C'était en novembre 1865.Notre échappé de collège eut alors ainc grande difficulté à surmonter.Il lui fallut piocher ferme d'après la nature, la serrer de près et mettre de côté cette facilité d'improvisation qui lui faisait couvrir tous ses cahiers de classe de croquis charmants et spirituels au possible.Pour peu qu'ils en eussent eu le goût, les professeurs de Detaille auraient pu, par droit de confiscation, se faire une collection qui, aujourd'hui, leur vaudrait mieux qu'une ferme en Brie.L'Université \u2014 alma Mater \u2014 ne saurail penser à tout.Exceptons M.Pasquet, pro- fesseurà Bonaparte, - - qui surveillait du comm de l'œil la confection d\u2019un croquis, et ne le confisquait que lorsqu\u2019il le Jugeait suffisamment achevé.J'ai encore sous les yeux un cahier de physique où chaque expérience est illustrée.L\u2019en-tête du chapitre de l'Eau, en particulier, est agrémenté de deux Auvergnats en costume de travail.qui sont une des choses les plus amusantes et les plus comiques que l'on puisse voir.C\u2019élait Doyère, le fils du célèbre chimiste, compagnon de classe de Detaille, qui collectionnait avec le plus de soin les élucubrations de son camarade.Mais cette facilité charmante, il fallait y renoncer en en- rant chez Mcissonicr, maitre impeccable, au dessin parfait, à la forme irréprochable.Dragons, par Delaille. 246 LA REVUE DES DEUX FRANCES Plein d\u2019ardeur, Detaille se met à la besogue, et à ses dons naturels l'étude ajoute bientôt cette science de dessin qui donne à ses moindres croquis leur caractère si complet d'esprit et de personnalité.En 1867, Detaille passe l'hiver dans le Midi avec son maitre, et exécute sous ses yeux sa première toile importante : Cuirassiers de la Garde ferrant leurs chevaux sur la route d\u2019Aptibes.Jusque-là Detaille n'avait fait que des études, soit en plein air, soit dans l'atelier, beaucoup de nu, et trouvait ses modèles à la caserne de Poissy; nous avons vu dans son atelier un superbe torse de fantassin, très académique en dépit de son pantalon rouge, et quel fantassin ! un vieux troupier qui avait fait la campagne de Chine et avait été nommé précepteur d'un jeune mandarin ! \u2014 L'éducation de ce fils du Céleste-Empire nous rend rêveur.Si vous avez l'honneur et le très grand plaisir de fréquenter le salon de son Altesse la princesse Matlulde, vous y verrez en belle place un ravissant petit tableau, une Halte de tambours ; c'était l\u2019envoi de Detaille au Salon de 1868.Les belles promesses que donnait le talent du jeune peintre en 1807 s'étaient pleinement réalisées, et Edmond About put écrire dans la Revue des Deux Mondes : « Je vois poindre un jeune élève de Meissonier qui pourrait bien passer maître un jour ou l'autre.I] se nomme Detaille ; il a exposé une halte de tambours, un vrai bijou.» L'histoire de ce tableau est bien amusante.Un brave garçon, Leussen, modèle attitré de Meissonier, qui avait su metlre quelques sous de côté, s'était engoué de cette charmante petite toile, et, avant même qu\u2019elle soit terminée, apporte un jour à Detaille toutes ses économies \u2014 huit cents francs.\u2014 Il lui achète son tableau.Le jeune peintre fut ravi; moins encore que son client qui, le jour même de l'ouverture.du Salon, revendait quinze cents francs à la princesse Mathilde son acquisition de l\u2019avant-veille.L'année suivante, Detaille obtient sa première médaille avec les Grenadiers de la Garde au camp de Saint-Maur, qui lui valaient cet article de Théophile Gautier : « Quelle finesse, quelle observation, quelle entente des allures militaires chez ce jeune homme qui est un maître à l\u2019âge où les autres ne sont encore que des élèves! » ÉDOUARD DETAILLE 247 Les études qui avaient servi à exécuter ce tableau étaient restées à Poissy, en 1870, pendant l'occupation prussienne.Meissonier, se doutant bien que les Allemands aimeraient assez à grappiller dans son atelier, avait déménagé toutes ses œuvres et laissé en évidence les petites études de Detaille, qui n'étaient pas signées ; elles ont naturellement été enlevées et font probablement l'ornement du salon de quelque bon officier de la landwehr, qui fait admirer à ses invités les soi-disant études de Herr professor Meissonier.En dehors de ses charmantes études militaires, Detaille était fort épris alors du Directoire et faisait, sur cette si intéressante époque, nombre de petits tableaux pleins d'esprit et de recherche : la Lecture des affiches, l'Indication du factionnaire, le Plan de bataille, Jeune muscadin, etc.Notes charmantes et auxquelles, pour notre grand plaisir, nous serions bien heureux de le voir revenir au moins de temps en temps.De 1869 à 1870, Detaille exécute un Engagement entre les Gardes d'honneur et les Cosaques, souvenir de 1814, qui lui fait avoir une médaille au Salon pour la deuxième fois.Tout cela nous mène en 1870 et la guerre éclate.Elle surprend le jeune artiste achevant le Moulin de Longchamp, ravissante petite scène du high-life parisien, dont l'esquisse se vendait plus tard à la vente de Vibert.Detaille se rend aux avant-posles sur la frontière, à la recherche du général Pajol, qui devait l'emmener avec lui; dans le désarroi du commencement de la campagne, impossible de le rejoindre.Detaille est incorporé au 8 bataillon des Mobiles de la Seine, et en fit partic du mois d'août à la fin de novembre.Il vécut alors les scènes si tristes el si intéressantes qu\u2019il a peintes depuis, et qui nous donnent à jamais l'illusion poignante de celle inoubliable époque.Detaille réalisait ce mot si typique de Charlet: « Le vrai peintre militaire doit tout croquer sous le feu.» 218 LA REVUE DES DEUX FRANCES En novembre, le général Apport l'attache à sa personne en qualité de secrétaire, et Detaille prend part à la bataille du Dé a décembre, sur la Marne, lutte atroce et terrible, la plus effrayante decellesquicurent licu sous les murs de Paris.C'est la quel'artistetrouve sur nature les documents pour exécuter I'aquarelle Un Coup de nutrailleuse : tout _ un rang de Saxons ~ \u201cfoudroyés dans _un fossé, avec des \\ 7 attitudes convul- , $ sives et épouvan- \"tables.Puis cette ) , ;.composition mer- & bh veilleuse dans sa \\ ; 7h sinistre réalité, 3 di D \\ / les Frères de la x 8), A Doctrine chré- x.» ô Ne \u201ctienne relevant les iol, A //G Morts dans ces / ZN plaines glacées, LE somées de cada- CLEA EP vres cl encore - LE nu._e Tz ~~ émailléesdedébris > de cartouches dé- \u2014 chirées.>a 4 TAN Pendant la \u2018Pipper d'un régiment écossais, par Detaille.Commune, De- taille voyage en Belgique, en Hollande, visitant les musées : puis, de retour à Paris, hanté par les souvenirs de ce qu'il a vu aux environs occupés par les Allemands, il exécute le \u201c \\ a / bat 4 es, ; À \u2014 4 J Sa < ) < & / 4 3 ty CT NON » | = NV A 4 Pn y Ye \\ À 4 Cf el?\u201d ' A 4 ty > / NE TWN | Lai / > 4 \u201can + > \u201ci Epourp RETAILE - TAMBOUK DU 42° REGIMENT D HIGILANDERS abo LA REVUE DES DEUX FRANCES tableau les Vainqueurs.Au Salon de 1872, il est invité par ordre à retirer son envoi.ce tableau, popularisé par la gravure.un des meilleurs du jeune maitre, et que les Teulons ne digèrent pas encore ! Ne l'avez-vous pas présente aux yeux, cette longue file de voilures allemandes, s'avançant lentement dans une route neigeuse, sous la conduite de soldats prussiens?D'aflreux juifs à face sinistre, moitié receleurs.moitié croque- morts, des « filousophes ».suivant la si jolie expression de 3 Hugo, ont déménagé les maisons pillées ct incendiées, et l\u2019armée victorieuse escorte et protège le fruit de ces vols.Fauteuils, livres, meubles, pendules, lustres, batteries de cuisine, tout enfin encombre ces voitures.Les voleurs n\u2019ont rien oublié et leur razzia a été faite méthodique et complète ! Que d'œuvres charmantes se succèdent alors! Zn retraite, Salon de 1373, à la suite duquel il fut décoré.Les Cuirassiers «de Morsbroon, Salon de 1871 ; les «3 Grandes Manceurres, Champagny, Cosaque, par Delaille.l\u2019Alerte, ctc., efc.; enlin ce merveilleux Régiment qui passe, un des attraits du Salon de 1875.Quelle adorable chose ! Sous un ciel gris, plombé, colonneux, à la hauteur de la Porte Saint-Martin, un régiment arrive de front, tambours en tête.L'éternel badaud parisien suit en marquant le pas, l\u2019apprenti qui tire sa voiture à bras donne un coup d'épaule plus vigoureux pour ne pas perdre son rang entre les lapins et les clairons.Le peintre s\u2019est lui-même représenté à droite, près du kiosque à journaux.Devant lui, Meissonier, son maître, frappant de ressemblance, avec sa belle lite de vieux fleuve et ses jambes arquées.À gauche appuyé à la balustrade du boulevard, de Neuville contemplant une petite dame.Malgré tout le succès de cetle composition, si vraiment française, Detaille, l'esprit et le cœur pleins de souvenirs de ÉDOLARD DETAILLE sDI la guerre, revient l'année suivante à des scènes plus accentuées de l'existence militaire, , et nous donne un fort important et très dramatique tableau : En reconnaissance.Quelle variété sur toutes ces physionomies si martiales et si énergiques! N'est-ce pas le type même de l'héroïsme national que ce vieux chasseur à pied, à la tournure si crâne, avec sa longue barbe, qui jetle sur le cadavre d\u2019un ulilan un regard calme et résolu?Héros , simple et modeste, modtle de ° devoir et d'honneur.Tout d'ailleurs, dans ce tableau, est vivant et vrai! L'oflicier, qui voudrait arrêter ses hommes pour se porter seul en avant, les paysans qui entr'ouvrent leurs portes afin de voir arriver leurs défenseurs, et cet héroïque gamin qui, crâènement, marche en tête, prèt à ramasser le fusil du premier qui tombera, fier qu'il serait de faire le coup de feu au milieu de nos braves petits chasseurs.Le succès de cette toile fut considérable.Au Salon de 1877, Detaille expose le Salut aur Blessés, qui faillit avoir le méme sort que les |} ain- queurs; il fallut trans- Infunterie française (1835) Par Edouard Detaille, ! | t former les blessés allemands en blessés autrichiens, pour 202 LA REVUE DES DEUX FRANCES calmer les susceptibilités de l'administration.Ce changement se fit la veille de l'ouverture; après le Salon, Detaille s\u2019empressa de faire disparaitre les Autrichiens.Puis le jeune maître nous donne Bonaparte en Égypte, un bijou de couleur et d'observation.L'esquisse de ce joli tableau est restée à Detaille! Il y tient.\u2026, el comme je le comprends.C\u2019est une vraie perle! Puis vinrent d'autres petites toiles moins importantes et de nombreuses aquarelles, et toutes ces œuvres témoignent du progrès que fait l'artiste dans la recherche de la couleur, de l'observation, du rendu.La facture, peut-être un peu sèche au début, s\u2019est assouplie, s'est élargie d'année en année, et le peintre est, dès lors, en pleine possession de ce merveilleux talent qui le place hors de pair parmi les meilleurs.C\u2019est à celte époque que Detaille entreprit un voyage en Anglelerre.Il y reçut un accueil enthousiaste, et en rapporta maints {travaux intéressants.Qui n\u2019a admiré chez Goupil les Scots Guards revenant de l\u2019exercice à Hyde-Park, les Highlanders à l\u2019ile de Wight, un Bureau de recrutement près du Parlement, et enfin une Visite à lu Tour de Londres, sous la conduite de ces fameux gardiens au costume Henri VIII qua si bien peints Millais?En 1881, Detaille fait partie de l\u2019expédition de Tunisie, en qualité de sous-lieutenant attaché à l'état-major du général Vincendon.Il travaille à force dans ce beau pays, vivant avec la troupe, s'intéressant à tout, prenant part aux marches, el con- tre-marches, rapporte une admirable collection d'esquisses et de croquis, puis un superbe dessin rehaussé : Colonne en marche et une aquarelle, le Port de Bi:erte, qu'il offre à l\u2019amiral Miot.Un souvenir de cette amusante époque.Un soir, au bivouac, un colonel demande à notre peintre sous-lieutenant la permission de lui présenter un jeune soldat de son régiment dont les dessins font l\u2019admiration de tous les camarades et l\u2019orgueil des fableaux des sergents-majors.Arrive le jeune homme qui montre ses croquis.« Pas mal, dit Detaille, et que comptez-vous faire en sortant du régiment?N'entrerez- vous pas à l\u2019École des Beaux-Arts) » \u2014 « Jamais de la vie, mon lieutenant, répond le troupier, j'irai carrément sonner chez M.Detaille; on le dit si bon garçon qu\u2019il ne me refu- ÉDOUARD DETAILLE 293 sera pas ses conseils.» \u2014 Detaille se fait connaître alors ; ahurissement du jeune troupier qui ne s'attendait pas à cette rencontre.Au Salon de 1881, Detaille expose lu Distribution des Draj:caur, grande loile officielle qui fit, il faut bien le dire, un four retentissant.ll fallait avoir les reins solides pour résister aux éreintements nombreux de la presse, des camarades et du public : cette toile d\u2019ailleurs n\u2019existe plus, Detaille l'a détruite et n\u2019en a gardé dans son atelier que quelques morceaux très réussis.Portraits de généraux, groupes de fantassins en plein soleil, la musique de la Garde républicaine, etc.La Distribution des Drapeaur qui est placée dans un des salons de l'Élysée, n\u2019est qu\u2019une esquisse qu\u2019avait faite le peintre avant d'exécuter sa grande toile.Cette esquisse, reprise par lui, repeintc entièrement, est bien supérieure à la vasle composilion que nous avions vue au Salon, et dont la destruction fut un gros sacrifice d'argent, mais aussi une grande salisfac- tion artistique pour Îetaille.En 1882, Detaille commence les beaux travaux des Panoramas et exé- cule, avec de Neuville, Champigny.puis Re:onville.C'est à celle occasion qu\u2019il fit un voyage à Metz.Rien ne saurait rendre l'impression profonde ressentie par l'artiste, qui avait tenu à faire ses éludes sur les lieux mêmes et aux dates exactes où, douze années auparavant, avaient eu lieu ces lulte: gigantesques.\u2014 Le soir surlout, la tristesse était, paraît-il, indéfinissable, el si I'émotion nous élreint au cour en contemplant ces grandes pages d'histoire, c'est que l'âme même du peintre patriote semble avoir passé dans son œuvre.Les Allemands étaient alors moins chatouilleux que main- Kléber (1800) Par Edouard Detaille. 254 LA REVUE DES DEUX FRANCES tenant, et le gouverneur de Metz avait donné à Detaille toutes les autorisations et toutes les facilités possibles pour travailler à son aise sur les champs de bataille.En 1881, Detaille avait été nommé officier de la Légion d'honneur, et, dès 1883, il entreprend un monument national, L'Armée française, œuvre colossale, faisant revivre tous nos vieux régiments depuis 89, avec leur histoire, leurs allures, leurs costumes, leur existence propre.\u2014 Pour mener à bien ce travail inouï, si plein de difficultés et de recherches, il fallait que le peintre fût doublé d\u2019un bénédictin.\u2014 Detaille, depuis peu de temps a terminé son œuvre, et tous ceux-là pourront lui dire merci, qui sont à la fois Français et artistes.En même temps qu\u2019il exécutait ces centaines de dessins et d\u2019aquarelles, Detaille, avec sa prodigieuse activité, trouvait le temps de voyager un peu partout, en Suisse, en Italie, en Espagne, en Autriche.Il a rapporté de Vienne quantité d\u2019études encore inédiles et que je signale d'avance à l'admiration des connaisseurs.En 1884, Detaille assiste, sur l'invitation personnelle du czar, aux manœuvres de l\u2019armée russe.Accueilli comme un ami par tous les princes et tous les officiers qui se disputaient le plaisir de le fêter, il reçut de l'Empereur, dont il fut l'hôte pendant un mois, le plus précieux et le plus rare accueil.\u2014 Les grands-ducs venaient chaque jour pour le voir travailler, et faire poser pour lui cosaques, cavaliers, fantassins ; et l\u2019artiste revint à Paris, heureux et fier pour son pays de la belle réception que lui avaient faite les Français du Nord.Dès son retour, après un séjour à Moscou et à Berlin, il se mettait au travail et envoyait en Russie une série d\u2019aquarelles commandées par l'Empereur.D'autres wuvres encore sont destinées au Palais d'Hiver.\u2014 Grand amateur d'art, Alexandre III adorait le talent de Detaille.A ne voir que cette existence de travail incessant, ne sem- blerait-il pas que cet infatigable piocheur'dût être rien moins qu\u2019un mondain?Quelle erreur! Detaille, à certains moments de l'hiver, ne déteste pas le monde, et même le plus grand monde, où il a ses entrées par droit de conquête; mais, quand viennent l\u2019été etl\u2019automne, ne lui parlez ni de villes d\u2019eaux, ni ÉDOUARD DETAILLE 255 de bains de mer.Si l'artiste se déplace facilement quand son travail l'exige, c'est pour lui, en toute autre circonstance, une insupportable corvée que de quitter son cher Paris et ses environs.L'homme, vous le connaissez tous.Grand, mince, très distingué, un peu raide, on le prendrait pour quelque lord de passage à l\u2019aris.Mais si son veston est de coupe anglaise, son esprit est bien français, voire même gamin de Paris.\u2014 Rien de drôle comme ses saillies, dites froidement, et qui stupéfient tous ceux qui ne connaissent pas cette nature si bonne, si spirituelle.Detaille, avec son extérieur quelquefois glacial vis-à-vis des gens qu\u2019il ne connait pas, est bon et simple.\u2014 Jamais on n\u2019est venu en vain solliciter, boulevard Malesherbes, un conseil ou un avis, et le service est si gentiment rendu que l\u2019on se demande ensuite si c\u2019est du conseil ou de la façon dont il fut donné que l'on doit être le plus reconnaissant.Le plus bel éloge que l'on puisse faire du caractère de Detaille, c\u2019est celui-ci : il ne s\u2019est jamais brouillé avec Meissonier, et Dieu sait que le grand maître n'était pas tous les jours commode.Si vous sonmez 129, boulevard Malesherbes, près la rue Legendre, des aboiements se feront entendre et une meute bizarre \u2018Vous entourera de ses cercles joyeux.\u2014 Ces échantillons variés de la race canine, depuis le lévrier jusqu'au roquet, font le désespoir de Detaille par la persistance qu'ils meltent à envahir son atelier, au rez-de-chaussée ; mais aussi quel orgueil a été le sien quand il reçut un premier prix à l'Exposition canine! Ce qui frappe dans celle immense pièce inondée de lumière, c'est l\u2019admirable collection de coiffures militaires de toutes sortes, placées en étagère.\u2014 Tous les modèles y sont représentés, et si, ce qu'à Dieu ne plaise, le musée des costumes brûlait aux Invalides, il n\u2019y aurait, pour refaire la série des casques, shakos, schapskas, képis, etc., etc., de nos braves soldats, qu\u2019à s'emparer du « fonds de Detaille » etiam manu mililari.Au mur, dans des vitrines, tous les modèles de fusils connus; par places, des cuirasses, des lances, des drapeaux.\u2014 Signe particulier : pas de chaise pour s'asseoir. 2956 LA REVUE DES DEUX FRANCES Detaille professe une sainte horreur pour l'amaleur qui vient fumer un cigare dans l'atelier en disant : « Je ne vous dérange pas?» Mais quelle revanche avec le beau « hall » de l'hôtel! Un immense salon haut de deux étages, encombré d'étoffes et de bibelots splendides, puis un peu partout des Meissonier, des Raffet (le dieu de Detaille, et comme je comprends celal), des Leloir, des Géricault, des Charlet, des Vibert.des Horace Vernet, une cire originale de P.-J.Mine, deux esquisses ce Cain, des Barye, et enfin.des Detaille.Et tout cela dans une ordonnance et une harmonie à ce point parfailes qu\u2019un grain de poussière n'oserait certes pas, pris de respect, s'aventurer au milieu de ces merveilles.Le fidèle Louis, d'ailleurs, ne le souffrirait pas : une mouche indiscrète lui paraît une ennemie personnelle.N'est-ce pas une merveilleuse existence que celle de cet artiste si complet, arrivé si jeune au premier rang, admiré de tous: des amateurs de haut goût qui couvrent d'or ses toiles pour les accrocher dans leurs galeries.comme des humbles et des petils qui achètent ses gravures pour en tapisser leurs chambretles, \u2014 el profondément aimé de tous ceux qui l\u2019apprécient non seulement pour son haut el rare talent, mais encore pour ses grandes et profondes qualités de cœur et de patriotisme.Georges Cain. Es VA ~- Ë es a Y || ns \\ | {| + Hr à à 4 \u20ac Nd = i» v gt : Moy Lüg1 o1equocap m1 * fr.hi i à r= me Î | 4 HEC ni x 5 1 | x x Ë -}i 2 à paf ÿ ® ~ 7 (> a TR N cs IN Sy 2¢ ty SCORE 2 al 3 > $ 8 3 Pe ain 8 TA « + } x NE = Ÿ 0° a Dé 4 TA ! Ré | a+\" % li fn kN A Jie x In = J At 0 pose Los me Zo i ATELIER D'ÉDOUANRD DETAILLE FX Nos Étoiles CLEO DE MÉRODE Une des plus brillantes étoiles de notre balletparisien, M\"*Cléo de Mérode, a quitté les rives de la Seine pour les flots argentés de l'Océan.Les Américains ne doivent pas regretter aujourd'hui les 4.000 dollars qu'ils lui ont offerts pour l'arracher à notre Opéra national : M! de Mérode est une , danseuse d\u2019une grâce À exquise et d'un art } consommé.Nulle peut-être mieux M.qu\u2019elle, n\u2019a réussi dans ces danses anciennes qu'\u2019adoraient nos pères : la pavane, le menuet, la govolle etla sarabande, ces danses où ils mettaient Photo.Reutlinger. CLÉO DE MÉRODE 259 toute leur Âme et qui avaient un autre cachet, il faut bien le dire, que nos sauteries d'aujourd'hui, Depuis un an, M'+ de Mérode est l'héroïne de bien des incidents de coulisses dont la presse parisienne s\u2019est fait l'écho.Lors du dernier passage à Paris du roi Léopold de Belgique, le souverain témoigna le désir d'assister à une MADEMOISELLE CLEO DE MERODL dans la Pavane, Phot.Mai-ct représentalion de l'Opéra où paraîtrait sa compatriote.Le roi fut si enthousiasmé de la danseuse, qu'il se la fit présenter dans sa loge\u2018ct la complimenta publiquement.De là, à broder toute une histoire galante, il n\u2019y eut qu'un pas.Tous les journaux de l\u2019aris s'en donnèrent à cœur-joie pendant huit jours, malgré les véhémentes protestalions de l\u2019étoile.Cette aventure, les journaux de New-York l'ont reprise à 260 LA REVUE DES DELUX FRANCES l'occasion de l'arrivée de M\" de Mérode sur la terre des petits-fils de La Fayette.Le World a été le plus documenté, aussi s\u2019est-il attiré une vive réplique de la danseuse pour avoir publié son portrait en vis-à-vis avec celui du roi des Belges.Dans notre théâtre français, il est encore possible, quoi qu\u2019on en dise, de découvrir\u2019 des actrices simplement éprises de leur art.M\" Cléo de Mérode est de celles-là.Nous savons bien que les mauvaises langues discuteront toujours la richesse, somptueuse parfois, de sa mise et qu'on glanera sur l'habileté de cette étoile qui a trouvé le moyen de s'offrir des toilettes de doo dollars avec les 200 francs par mois que lui accorde généreusement notre Opéra.Mais ce n'est un secret pour personne que nos grands couturiers parisiens habillent à leurs frais nos prima donna pour la simple réclame qui en revient à leurs Maisons.Et puis?11 vaut mieux s\u2019éblouir de la traînée de lumière que nos étoiles laissent après elles, dans leur radieuse beauté, que de se brûler les yeux de leur liberté de vie qui tient souvent de la Fable.* kk Pp l'Industrie eanadienne ~ PELLETERIES.ET FOURRURES.l\u2019ages extraites de l'Histoire naturelle du chasseur canadien et de l\u2019éleveur de pelleterie, en cours de préparation.Séchée sur un moule ou sur un cadre et garnie de son poil, la peau de certains animaux prend le nom de pelleterie.Après avoir subi l\u2019apprêt et le travail du fourreur cette même peau se transforme en fourrure.On donne le nom de peluye à la réunion des poils d'un mammifère quand on se propose d\u2019en indiquer les couleurs ou les nuances.On dit : le pelage du renard rouge \u2014 Vulpes Julvus \u2014 est d'un brun rouge ; le pelage de l'hermine \u2014 pulomis herminea \u2014 est d'un blanc pur légèrement lavé de soufre, en hiver.\u2026, etc.Le système pileux des animaux à fourrure se compose toujours de deux espèces de poil: le duvet et le long poil ou Jarre, qui recouvre le duvet.Chez la plupart des animaux à fourrure les poils sont soumis à des modificalions annuelles que l'on appelle nues.La mue, ou chute et renouvellement du poil.se produit au printemps en nos pays.On conçoit facilement que les animaux, qui conserveraient en été l'épaisse couverture qui les préserve en hiver, périraient de chaleur.La providence y a pourvu en les débarrassant de tout excès de poils au moment nécessaire.Ces poils se renouvellent pendant le cours de la saison tempérée et progressivement.Le phénomène inverse, la contre- aa LA REVUE DES DEUX FRANCES mue, s\u2019il est permis de la désigner ainsi, prend naissance au commencement de l'automne et se poursuit jusqu'à l'heure où l'animal n\u2019a plus rien à craindre des rigueurs extrêmes du climat.Cet accroissement de la densité de l'enveloppe et de son lustre atleint son point culminant à la fin de janvier, reste stationnaire jusqu'en mars et commence à s\u2019alténuer d\u2019unc manière sensible en avril, du moins dans les parties les plus élevées en latitude de notre province de Québec ; dans les parties les plus basses elle se manifeste plus tôt.La chute et le retour du poil ne se produisent pas aux mêmes dates pour tous les animaux.Ils ont lieu à des époques différentes et dépendent beaucoup du genre de vie de chacun d'eux.C'est ainsi que les mammifères à fourrure dont les habitudes sont essentiellement aquatiques, tels que le castor, la loutre et le rat musqué muent beaucoup plus tard et reprennent leurs poils beaucoup plus tôt que les espèces exclusivement forestières, telles que les renards, les loups-cerviers, les martres, etc.Les animaux soumis à l'anesthésie hibernale échappent à ces lois.L'ours, par exemple, ne perd de sa valeur comme pelleterie que pendant la durée de la gestation pour la femelle et au cours de la saison du rut pour le mâle.Les phénomènes de la mue et de la contre-mue ont une action directe sur l'épaisseur de la peau.\u201cLa peau d\u2019un mammifère se compose de deux couches dermiques enveloppantes connues respectivement sous les noms d'épiderme et de derme.Le derme est l'enveloppe immédiatement en contact avec les parties graisseuses et les muscles, et c'est dans ce derme que naissent les poils qui recouvrent l'épiderme ou couche la plus extérieure.L'abondance du poil est en raison inverse de l'épaisseur de ja peau.Ce qui veut dire que, plus la toison est épaisse, dense, serrée, plus la peau est mince: plus il est court.rare et espacé plus la peau est épaisse.Ces prolégomènes compris, dans quelles conditions une dépouille sera-t-elle de saison, c\u2019est-à-dire, à quel moment aura-t-elle atteint sa plus grande valeur commerciale) Poser la question, c\u2019est la résoudre, n'est-ce pas\u201d PELLETERIES ET FOURRURES 263 Il est évident qu'une peau de saison sera celle que l'on aura capturée à l\u2019époque où son poil sera le plus beau, le plus épais, le plus brillant; où il aura atteint, en un mot, son développement le plus complet, et il semble que rien n'est plus simple que d'établir ces qualités que l'on sait se présenter, à l'ordinaire, de janvier en mars.Dans la pratique il est loin d'en être ainsi et rien n'est plus difficile, quelquefois, que l'application des lois que je viens de formuler et le choix d'une peau de saison.Cette difficulté est due à plusieurs causes d'ordre différent.En premier lieu, il y a les causes naturelles, parmi lesquelles je placerai les accidents de tous genres, maladies, blessures et privations qui frappent les animaux comme les hommes et qui modifient singulièrement leur aspect extérieur, quelle que soit la saison.En second lieu, les causes artificielles, qui comprennent la manière dont chaque intéressé interprète le terme peau-de- saison et les manipulations occulles \u2014 que l'on me pardonne cetle épithète \u2014 que la pelleteric peut subir avant son appa- vition sur le marché.GAUSES NATURELLES D'ERREUR.l\u2019ersonne n'ignore que les animaux sont sujets à un grand nombre d\u2019affections morbides et de misères.Or, leur fourrure et leur pelage se ressentent toujours des conditions de santé et d'existence qu'ils subissent.Les agents extérieurs el les variations climatériques ont également une grandeinfluencesurleurenveloppeindépendammentdelasaison.Il en résulte que, très souvent, une béle à lourrure, prise en lemps permis.n'a aucune des apparences d'une pelleterie de saison et que, par suite, la loi est exposée à commettre de graves erreurs.C'est ainsi, par exemple, qu'à la fin de l'hiver ct au commencement du printemps.après une pluie, la martre semble ne plus être de saison.Le côté chair de sa pelleterie se parsème de taches roussâtres et brunes et les chasseurs disent que l\u2019on peut, en complant ces taches, indiquer le 264 LA REVUE DES DEUX FRANCES nombre des goultes de pluie qui ont atteint l'animal.Si la pluie se continue, les taches augmentent ; si, au contraire.elle est remplacée par un temps sec et vif, les taches disparaissent et le côté chair reprend toute sa blancheur.En quarante-huit heures, une peau de martre, à ceite époque, peut être et ne pas être de saison.Quand un castor souffre pour une cause ou pour une autre ; quand sa digue se brise et qu'il a un surcroit de travail : quand il subit des privations inusitées, des craintes trop grandes ou souvent renouvelées, sa peau devient très laide et prend toutes les apparences des pelleteries hors de saison.Lorsqu\u2019en hiver la glace qui recouvre la surface de l'eau s'affaisse près de sa cabane ou près de ses terriers, la jarre ou long poil qui surmonte le duvet est enlevé par le frottement, contre les parois glacées devenues trop basses, sur toute l'étendue du dos, et sa peau devient plus laide encore.Il arrive souvent au printemps qu\u2019une loutre dont la fourrure \u2014 j'emploie ici le mot fourrure dans le sens d\u2019enveloppe \u2014 a été longtemps en contact avec la glace, gravit une roche pour se chauffer au soleil.Sous l'action des rayons solaires et en très peu de temps son poil se recroqueville, se frise et perd tout son lustre.Si l'animal était pris ou tué en ce moment, et cela se présente assez fréquemment, on le conçoit, sa pelleterie garderait un caractère d'infériorité et perdrait une grande partie de sa valeur, bien qu'il suffise de quelques heures d'immersion pour lui rendre toutes ses qualités.Parmi les causes naturelles, je citerai encore le vison pris au cours de la saison «août.Au mois d'août, la première mue se lermine pour les jeunes animaux de celte espèce et tout le poil de naissance disparait pour faire place au duvet et au jarre nouveau.Le pelage est alors formé de poils un peu courts, il est vrai, mais très fournis, très lustrés, et le derme, sous l'influence de cette transformation, devient blanc.L'animal est «e saison ou plutôt en a l'air, ce qui, dans la pratique, revient au même.On dit que cette particularité se présente pour tous les jeunes animaux à fourrure de l\u2019année.Je ne puis l'affirmer n'ayant étudié que le vison, mais cela semble probable, les mêmes causes présidant aux mêmes effets, quelle que soit l'espèce, pourvu qu\u2019elle appartienne à la même famille des musteleins. - PELLETERIES ET FOURRURES 265 La maladie change également et beaucoup l'aspect du pelage.Un renard blessé ou très récemment guéri peut être horrible d\u2019aspect en janvier.Son poil devient court, clairsemé, sans lustre et, s'il ne prouve la date certaine de sa mort, le trappeur qui l\u2019a tué ou pris, est exposé à voir saisir la triste dépouille qu\u2019il possède comme n'étant pas de saison, par le premier garde-chasse qui l\u2019aperçoit.CAUSES ARTIFICIELLES D'ERREUR Qu'est-ce qu'une peau de saison?Pour la loi une peau de saison est celle qui a été prise entre la date de l'ouverture et celle de la prohibition.Pour le chasseur, cette même peau es! de saison quand il lui est possible de la vendre son prix maximum sans s\u2019exposer à aucune poursuite, ou sans être contraint à un sacrifice.par l\u2019acheteur.Pour le commerçant en pelleterie, pelletier ou fourreur, une peau est toujours de saison s'il peut sans danger l'acheter à bas prix et da revendre très cher soit brute, soit manufacturée.Comme on le voit par celte triple interprétation de la périphrase « peau de saison », c'est la loi et le luxe qui sont toujours les dupes du trappeur, du marchand et quelquefois de l'animal lui-nfême.Je le déplore, mais il en est ainsi el je ne puis être tenu responsable, bien que trappeur, des naïvetés de la loi, des finesses du marchand et des roueries de mes collègues en trapperies, fort honnêtes, d\u2019ailleurs, en toutes autres ques- lions n'intéressant pas l'industrie qui leur dispense trop parcimonieusement un pain toujours chèrement acquis.Dès lors, l'on peut concevoir très facilement que les causes artificielles ne contribuent pas moins que les causes naturelles, dont je viens d\u2019exposer les plus tangibles, à rendre fort délicate l'action de reconnaître d'une façon précise une peau de saison.Cependant, malgré mon profond respect pour la loi et ma 200 LA REVUE DES DEUX FRANCES grande sympathie pour le luxe, je dois exposer quelques-uns des moyens que l\u2019on emploie, pour abuser leur candeur.Vous capturez, en avril, après la fermeture de la chasse, disons une martre.À cette époque le poil n\u2019a plus grande solidité et la peau du côté chair commence à s\u2019obscurcir.1l faut faire disparaître ces tares, qui rendraient la peau invendable ou tout au moins en diminueraient beaucoup le prix.Voici l\u2019une des manières de procéder.Vous écorchez l\u2019animal comme à l'ordinaire et étendez sa dépouille sur son moule (Voir Guide du Chasseur de pelleterie), Vous grattez le côté chair avec soin et vous le savonnez au savon blanc.Cela fait, vous enlevez la peau du moule et la retournez le poil en dehors, puis, vous l'immergez dans un bain d'eau pure chaude.Vous l\u2019y laissez baigner deux heures environ.Vous l\u2019en retirez brusquement, ce laps de temps écoulé, et la plongez dans un bain glacé où vous avez fait dissoudre, au préalable, de l\u2019alun et du sulfate de zinc en parties égales, et vous la retirez au bout d\u2019une demi-heure d'immersion.La contraction des pores, dilatés par le bain chaud, se produit, sous l'influence du froid et des substances astringentes qu\u2019il contient, avec une telle intensité que les poils reprennent toute leur solidité.Il ne vous reste plus qu'à remettre sur moule, à gratler et à savonner de nouveau, et à laisser sécher la peau bien tendue et conservée au frais.Votre pelleterie est redevenue tout à fait de saison, et vous n'avez plus qu\u2019à la vendre le plus vite et le plus cher possible.Ce traitement, dont j'affirme l'efficacité lorsqu'il est convenablement compris, s'applique à toutes les peaux.La mise sur moule peut également singulièrement modifier les apparences d'une pelleterie de saison et provoquer sur la personne de la bête \u2014 si j'ose m'exprimer ainsi \u2014 les plus amusantes erreurs.En plaçant une peau sur cet appareil, on peut allonger ou raccourcir la tête de l'animal, modifier la forme de ses pattes, de sa queue, augmenter ou diminuer dans une certaine mesure la densité de son poil, etc.Et, comme preuve de ce que j'avance, l'on me permettra de narrer le fait suivant : Un chat devenu sauvage fut capturé un jour par un trap- PELLETERIES ET FOURRURKLES 207 peur nommé Bro\u2026 Il l\u2019étendit sur moule avec toute l\u2019habileté d\u2019un vieux chasseur qu'il était.Puis, il la vendit comme peau dc pékan, à un trader (trafiquant) nommé Bel\u2026, qui la revendit à un autre trader nommé Poit\u2026 Ce dernier la transporta à Mingan où, finalement, il la céda, toujours en qualité de pékan, à M.Peter Mac K., facteur de la Compagnie de la baie d'Hudson, qui, m'alfirme-t-on, ne démentira pas le fait.Un autre chat, pris dans les mêmes conditions et préparé de même manière, a été également vendu comme pékan \u2014 toujours \u2014 à l'un des postes de la Compagnie, mais cette fois à Betsiamis.Et cependant l'on ne saurait accuser les commis de la baie d'Iludson d'ignorer la pelleterie.Il se vend, assez couramment, des peaux de chèvres comme peaux de loups, et certains chasseurs teignent, par des procédés qui leur sont propres, avec tant de perfection.la peau du renard fauve.qu\u2019ils le vendent comme renard noir.Un dernier exemple pour en terminer M n\u2019y a pas de longs jours encore, une peau que l'on croyait celle d'un caribou fut saisie.On l'accusait d'avoir 416 levée en temps prohibé.Le propriétaire se défendit et deux experts furent désignés.Le premier conclut à la validité de la saisie, la peau n\u2019étant pas de saison, disait-il.Le second, au contraire, déclara que cette dépouille appartenait à un animal tué en octobre.Un appela un troisième expert qui ne fut pas de l'avis du premier et refusa de partager l'opinion du second sur la date de la mort du caribou.Ses recherches se continuèrentet furent poussées à leurs dernières limites et l\u2019on finit par démontrer avec la plus éblouissante clarté que la peau de caribou incriminée était une peau de vache.On le voit, je l'espère du moins, acheter une pelleterie ; savoir si elle est de saison : délerminer exactement sa nature : établir que malgré les apparences elle à été capturée en temps permis ou en lemps prohibé, sont quelquefois œuvres fort délicates.CARACTÈRES DES PEAUX DE SAISON (Cependant il est plusieurs caractères qui.lorsqu'ils sont AÊR 268 LA REVUE DES DEUX FRANCES accumulés sur une même pelleterie, peuvent conduire à une quasi-certitude.Le côté chaïr d\u2019une peau de saison doit être blanc et glacé comme du papier à Écrire.On ne doit apercevoir dans le derme aucun de ces petits réseaux veineux qui ressemblent à des arborescences violätres ou rosâtres.Si vous saisissez une peau de saison par l'une de ses extrémités et que vous l'agitiez brusquement elle fait entendre un bruit particulier, un craquement qui ressemble à celui du papier froissé.Si.à la blancheur et au craquement se joint le peu d'épaisseur de la peau.la solidité, le lustre et la densité du poil, vous avez bien des raisons de croire que la peau est de saison.Néanmoins, vous ferez toujours bien de vous assurer que la blancheur n\u2019a rien de factice, que le lustre est de bon aloi, que la solidité du poil est constante, que la peau n'a point été amincie et que le craquement lui-méme n'est di à aucune hypocrisie.Un des bons moyens de s'assurer à quel genre de blancheur l\u2019on a affaire consiste à lécher le derme.La saveur salée, styptique ou acide, indiquera la nature de la substance employée au blanchiment.Un léger bain à l'eau liède permet, presque toujours, d'expérimenter la solidité du poil ct la valeur de son lustre.Il n\u2019existe en réalité qu\u2019un seul caractère qui puisse affirmer d\u2019une manière complète la bonne saison d'une pelleterie.C\u2019est le changement hibernal de la couleur du pelage, et ce caractère n'existe-t-il que pour un très pelit nombre d'animaux, tels que le lièvre, l\u2019isatis et les beletles ou les hermines.Encore ne faut-il pas confondre l\u2019albinisme hibernal, qui n'a rien de morbide, avec l'albinisme persistant qui provient d\u2019une affection du système pileux.Presque tous les animaux offrent des exemples soit complets, soit inachevés de ce dernier albinisme.Il est fréquent chez le rat musqué; très rare chez le castor.Je n'ai jamais vu de loutre blanche, ni de carcajou, ni de loup- cervier. PELLETERIES ET FOURRUKRES 209 Les martres offrent de nombreux exemples d'albinisme partiel.Il y a des martres d'un roux ardent avec le cou blanc.Il en est qui ont le cou blanc et les quatre pattes blanches jusqu'à la première jointure.On en trouve dont la poitrine est jaune et les quatre patles blanches.Enfin il existe des régions où la plupart des martres ont le bout de la queue blanc.x ¥ Il existe entre la pelleterie d'une bête à fourrure et son poids une relation qui semble constante.Une pelleterie est toujours en poids le vingtième, à très peu de chose près, du poids total de l'animal.Un ours de trois cents livres donnera une pelleterie du poids de quinze livres.Un castor de soixante livres une pelleterie de trois livres.Une martre de quatre livres une dépouille de trois à quatre onces.\u2026, etc.Je n'apprendrai rien à mes lecteurs et confrères en Saint- ilubert en leur disant que les pelleteries se vendent à la pièce, le castor seul et ses rognons se vendent au poids.Mais peut-être sont-ils moins versés que moi dans les dessous de la chasse du bois, et j'espère les scandaliser, en leur apprenant que la peau du castor s'alourdit au moyen de plombs très aplatis que l\u2019on introduit au moyen d'incisions dans le derme encore frais de l'animal et avant de tendre sa peau.En séchant, toutes les traces d'incisions disparaissent et le plomb très malléable, surtout ainsi aplati, ne décèle plus en rien sa présence.On peut par ce moyen gagner quel- (ues onces sur chaque peau.Le rognon se traite à peu près de la mème manière, la substance alourdissante seule change.l\u2019our alourdir le rognon, on le fend longitudinalement lorsqu'il est frais et l'on y ajoute une certaine quantité de la chair musculaire qui prolonge la colonne vertébrale à proximité des glandes odorantes.Cela fait on laisse sécher et il devient très dillicile alors de se rendre compte de la falsification.ll est encore bien des procédés d\u2019alourdissement, d\u2019embe!- lissement, de changement des peaux, des pelleteries ou des 270 LA REVUE DES DEUX FRANCES matières qui en procèdent, mais les exposer tous serait faire un cours de fourberies cynégétiques bien éloigné de ma pensée et les quelques exemples que j'ai cru devoir citer suffisent, pour que chacun puisse apprécier les difficultés qui encombrent la connaissance des pelleteries et des fourrures.Henry de Puyjalon.+ L'A PLUS BELLE FILLE DU MONDE BALLADE POSTHUME La plus belle fille du monde Je la connais certainement ; Mais si vous croyez qu\u2019elle est blonde.Vous vous trompe: complètement.Ses cheveux sont noirs, el l'ébène Paraitrait pâle à côté d'eux; Ses cils sont noirs et c\u2019est à peine Si l'on voit le blanc de ses yeux, Aussi, perfois, son sany bouillonne, Elle s\u2019emporle en un moment, Et si vous croyez qu'elle est bonne, Vous vous trompe: complètement.C'est un éclair ! c'est lu rafale! Et l\u2019on à peine, tant c'est prompt, \\ mettre au pas cette cavale Sous la cravache et l'éperon.Mais, quand elle a la joie en tile, Alors c\u2019est un enchantement, Car, si vous croyez qu\u2019elle est bite, Vous vous trompe:z complétement ! Son esprit esl comme ses hanches, ! est souple et toujours bondit, Et, comme elle a des dents très blanches.Elle rit de tout ce qu'on dit, Elle pousse tout à l'extrême, Gaiîté, cœur et lempérament.\u2026 \u2014 Mais, si vous croyez qu'elle m'aime, Vous vous trompez complètement ! Alexandre Dumas fils.CRAP JOURNAL DE MES CAMPAGNES AU CANADA \u201c (11755 à 1760) PAR LE COMTE DE MAURES DE MALARTIC Lieutenant-général des armées du roi (Suite.) Le 31 décembre, M.le marquis de Vaudreuil partit pour Québec.Un interprète des Iroquois voulut répandre l'alarme dans la ville, assurant qu\u2019à une lieue du fort Saint-Frédéric.il avait entendu sept coups de canon, et qu'il croyait Carillon attaqué.Je ne donnai nulle créance à sa déposilion, trouvant qu'il se coupait et je voulus parier qu\u2019il avait pris des coups de vent pour des coups de canon.ANNÉE 1756 Le 1° janvier, on court en Canada depuis la pointe du jour jusqu'au soir pour souhaiter la bonne année.Le 10 avril j'accompagnai notre commandant, qui alla faire son compliment à M.le marquis de Vaudreuil, sur les succès de M.de Léry.Ce général nous appril que l'avant-garde du détachement ayant rencontré le 26, six Onoyotès, M.de Flo- rimond leur avait barré le chemin par deux branches de porcelaines et les avait engagés à attendre leur père, qui les suivait à la têle de ses guerriers; que les dits sauvages ayant marché à la rencontre de M.de Léry, l\u2019abordèrent en lui disant : « Notre père n\u2019a-t-il plus de vieux guerriers, qu\u2019il en envoie d'aussi jeunes?\u2014 Que M.de Léry leur répondit : « Il les réserve pour des occasions plus essentielles ; les jeunes sont faits pour les opéralions pénibles ».et qu\u2019il leur présenta un collier, s\u2019informant de ce qui se passait au fort.Les Onoyotès t.Vuir la Revue des 167 octobre ct 1°7 novembre derniers. 272 LA REVUE DES DEUX FRANCES ayant accepté le collier, lui dirent que le commandant du fort est dans une grande sécurité, qu'ils le lui feront prendre demain, et que, s\u2019il veut, ils iront savoir s'il a eu quelque avis.Il le leur permet; ils y porlèrent de l'ours, y passèrent partie de la nuit et s\u2019y enivrèrent.Ils revinrent à la pointe du jour informer M.de Léry que le commandant ne se méfiait de rien, qu'à leur sortie du fort, il portait sept traînes chargées de vivres pour Choueguen.D'après cet avis, M.de Léry embusqua partie de son détachement.Dès qu'elles parurent, les sauvages, se jetant dessus prirent tous les conducteurs, exceplé un nègre, qu\u2019ils ne purent joindre, el menèrent les traînes à leur père, qui fit distribuer les vivres à tout le détachement, qui commençait à en manquer\u2018, Après leur avoir donné le temps de manger, il marche au fort sur trois colonnes, M.de Montigny commandait celle de la droite, M.de Portneuf celle degauche et lui celle du centre.A vingl arpents du fort, des gens qui travaillaient découvrirent qu'on venail les attaquer, ils rentrèrent, fermèrent la porte et donnèrent l'alarme à la garnison, composée de soixante hommes et commandée par un capitaine.Les trois colonnes y coururent, la hache à la main.Deux soldats français, un de la colonie et un sauvage, enfoncèrent la porte et tuèrent le commandant qui n'avait pas voulu se rendre et avait tué un sauvage.La garnison fut passée au fil de l'épée, les sauvages qui élaient à l'attaque n'ayant voulu faire aucun quartier.Les autres étaient allés s'embusquer pour arrêter les secours qui pouvaient arriver du fort de Bull, éloigné de celui-ci d'une lieue.M.de Léry fit jeter dans la rivière beaucoup de poudre et des boulets, et rompre tous les bateaux.Le feu ayant pris à des bois qui communiquaient aux poudres?, on fut obligé de se retirer.Plusieurs barils saulèrent et enlevèrent une poutre qui cassa les reins d\u2019un soldat de Guyenne et blessa un de la Reine.Les Onoyotès conseillèrent à M.de Léry de changer de route, pour éviter la rencontre du colonel Jhonson, qu'on 1.Ce coup de main eut licu le 27 mars.2.Le fort sauta avec quarante milliers de poudre.Tout fut détruit daus l'en- ceinle avec une Lrès grande quantité de provisions.La commotion ful si forte que tous les soldats furent renversés. MES CAMPAGNES AU CANADA 273 disait en marche avec un corps considérable.Il prit celle de la baie de Niaouré, où il trouva les bateaux qui avaient été menés par un piquet du régiment de Béarn.On estime que les Anglais avaient, dans ce fort, trente milliers de poudre et un amas considérable de vivres et marchandises.Le 8 mai, j'allai à la Prairie où j'appris par une femme qui venait de la ville que M.de Rigaud, frère de M.de Vau- dreuil, qui avait été pris l'année passée sur le vaisseau l\u2019Al- cide, y était arrivé hier.Dès que j'eus dîné, je revins à Lon- gueil pour en informer notre commandant, et savoir s'il avait envoyé aux nouvelles; étant fort impatient d\u2019en avoir.Je fis partir sur-le-champ pour Montréal un grenadier qui me rapporta trois heures après le détail de ce qui se passait en France, au départ de M.de Rigaud et l'état des troupes de terre qui arrivaient aux ordres de M.le marquis de Montcalm! 1.Louis-Joseph, marquis de Montcalim-Gozon de Saint-Véran, né le 28 février 1712 au château de Candiac, près de Nimes, entra à treize aus dans le régiment de Hainaut-Infanteric, dont son père était licutenant-colonel.Il y devint capitaine.En 1743, il fut nommé colonel du régiment Auxerrois-Infanterie.Trois fois blessé à la bataille de Plaisauce (13 juin 1746), apprenant que son régiment est désigné pour attaquer le col de l\u2019Assiette, il part la tête enveloppée, les blessures encore ouverles, rejoint son corps, se trouve à l'attaque, et y reçoit deux coups de feu.Il est nommé brigadier en 1747.coloncl d\u2019un régiment de cavalerie de son nom eu 1749, et maréchal de camp en 1750 à l'occasion de son départ pour le Canada.Voici la lettre que lui écrivit à ce propos le ministre d'Argenson (25 janvier 1756) : « Peut-être ne vous attendiez-vous plus, Monsieur, à recevoir de mes nouvelles au sujet de la dernière conversation que j'ai cue avec vous, le jour que vous m'êles venu dire adieu à Paris.Je n'ai cependant perdu de sue un instant, depuis ce temps-là, l'ouverture que jo vous ai faite alors, et c'est avec le plus grand plaisir que je vous on annonce le succès.Le Roi a donc déterminé sur vous son choix, pour vous charger du commandement de ses troupes dans l'Amérique septentrionale, et il vous honorera à votre départ du grade de maréchal de camp.Vous n'avez pas un instant à perdre pour venir remercier le Roi de ses grâces et de la distinction qu'il fait de vous.L\u2019applaudissement que vous en recevrez de la part du public ajoutera encore à la satisfaction que vous devez en avoir.Je crois que vous ferez bien de vous lenir sur la réserve avec ce qui s'appelle le Public, et de n\u2019en faire confidence qu'à vos plus proches pareuts ct à vos intimes amis, et cela même au moment de votre départ, que vous ne pourrez trop précipiter, n'ayant guère de temps pour venir recevoir ici vos instructions, ct vous rendre dans les premiers jours de mars au lieu do votre embarquement.» \u2014 Voici, d'autre part, la com- inission du Roi datée du 1° mars 1756 : « Avant résolu d'envoyer de nouvelles troupes au Canuda, ct voulant pourvoir au commandement tant des troupes de renfort que de celles que nous avons fait passer l\u2019année dernière daus ledit pays, lequel commandement est vacant par la détention du baron de Dicskau, à qui nous l\u2019avions confié, nous avons jugé no pouvoir faire un meilleur choix que dans notro cher et bieu aimé le sieur marquis de Montcalm, maréchal de camp en nos urmées; vu les preuves qu'il nous a données de sa valeur.expérience, capacilé, 1er décembre 1897.18 27h LA REVUE DES DEUX FRANCES maréchal de camp, de M.le chevalier Levis \u2018, brigadier, et M.de Bourlamaque, colonel *.Le 9, j'allai à Montréal, voir M.de Rigaud ; j'en revins le soir avec un seul homme dans un canot.J'essayai de le gouverner et conduire sans m'asseoir et j'y réussis.Ces canots sont des espèces d'auges faites avec un seul arbre.Ils sont très légers et tournent très facilement.Tous les habitants en ont pour porter leurs denrées au marché et traverser le fleuve.Ils mettent jusqu'à huit quintaux dedans, ils les conduisent tantôt avec de petits avirons, ce qu\u2019ils appellent nager, tantôt avec la perche dans les endroits où il y a peu d'eau ou des courants qu'il faut monter le long de terre.Le 11, M.de Villiers, capitaine de la colonie, fit la revue des soldats de ce corps qui doivent faire partie d\u2019un détachement de huit cents hommes dont M.le général lui donne le commandement.Il doit aller prendre poste dans la baie de Niaouré d\u2019où il harcelilera et inquiétera tous les convois destinés à Choueguen.Les Canadiens et sauvages compléteront ce détachement.3 Le 11 août, à une heure du matin, la division poussa au large, entra à huit heures dans Ja rivière au Sable, y resta fidélité et affection à notre service, dans les différentes actions de guerre ct autres commissions dont il était chargé.À ces causes el autres considérations à ce nous mouvant, nous avons ledit sieur marquis de Montcalm fait, conslitué par ces présentes signées de notre main, commandant sur les troupes qui doivent passer au Canada, et sur celles qui y sont actuellement, sous l'autorité de noire gouverneur général dudit pays.P 1.François, chevalier, marquis, puis duc de Lévis, né au château d'Ajac en Languedoc, 23 avril 1723.Sous-liculenant au régiment de la marine en 1735, capitaine en 1737, assiste à la prise de Prague (1741), à la retraite de Bohème (1741), à la bataille de Detlingen (1743).Gréé en 1747 uide-major général des logis de l\u2019armée d'Italie, il assiste à l'attaque des retranchements de Villefranche et dé Montalban, el à la prise de Nice.En 1747, il obtient une commission pour tenir rang de colonel d'artillerie.En 1756, il est créé brigadier d'infanteric cl désigné pour venir au Canada sous les ordres de Montcalm.3.Bourlamaque, ou Bourlamarque, officier solide et consciencieux, qui nie révéla que plus tard ce qu'il valait.Montcalm, au début de la campagne, se déliait de lui.Il écrivait à son propos au ministre de la guerre, Argenson (10 novembre 1756) : « I voulait que je vous en écrivisse pour vous préparer à la demando de son retour.Îl n\u2019a pas encore le ton du commandement; trop pour la minute; trop à la lettre pour des ordres donnés par un général (Vaudreuil), de quatre-vingt lieues, qui ne sait pas parler guerre.» MES CAMPAGNES AU CANADA 270 deux heures, arriva à quatre heures dans la rivière de la Famine; elle y reçut ordre par deux courriers de se rendre en diligence dans une anse à demi-lieue de Choueguen \u2018 où toute la première division est postée.Elle s\u2019embarqua à six heures et fut forcée à minuit de relâcher derrière une pointe qu'elle ne pul doubler.Étant dans un canot d\u2019écorce, je doublai cette pointe et arrivai à une heure chez M.le marquis de Montcalm\u2019; j'y appris que M.de Combles, notre ingénieur en chef *, avait été tué par un de nos sauvages, qui l'avait pris pour un Anglais à cause de sa veste à parements rouges: que deux barques anglaises s'étaient approchées de notre camp et avaient été forcées de se retirer par les boulets que leur envoyèrent quatre canons que nous avons établis sur la grève, et qu'à leur entrée dans la rivière elles avaient essuyé un feu de mousqueterie très vif.Le 12, la seconde division aborda derrière le camp et campa entre la Sarre et Guienne.On déchargea les bateaux et on les tira à terre.Celte division étant très fatiguée, reçut l\u2019ordre de se reposer.La première fournit des travailleurs pour achever le chemin du camp à l'endroit désigné pour l'ouverture de la tranchée, faire des fascines, saucissons et gabions.Lieutenant-général de Malartic.1.Les ouvrages défeusifs de Choucguen étaient devenus redoutables.Ils formaient trois forts détachés : Ontario, sur la rive droite de la rivière : Choueguen, sur la rive gauche, à l'endroit où s'élève aujourd\u2019hui la ville d'Oswego ; et Georges sur une hauteur de la même rive.Ces ouvrages étuient défendus par seize cents à dix-sept cents hommes des régiments de Shirley, de Pepperell et de Schuyler, sous les ordres du colonel Mercer.a.Cette première atlaque uvait cu lieu le 11 août, à la point du jour.Elle wail été dirigée contre le fort Ontario.Ce fort consistait en un carré de soixante mètres de frout, dont les faces étaient couvertes par un redan, et lui donnaient une forme étoiléo, Il était palissadé, protégé par un fossé de six mètres de large, une coutrescarpe, un glacis, et défendu par huit canons ct quatre mortiers à double grenade.Eingénicur de Combles en avait fait la reconnaissance: son rapport servit de base aux opérations qui suivirent.3.L'ingénieur se nommait de Combles.Le sauvage qui l'avait tué fut inconsolable de sa mualadresse.Il là répara de son mieux l'année suivante en culevant a lui seul la chevelure à trente-trois Anglais.(A suivre.) L\u2019ACTUALITÉ LÉON XII ET LES PROCHAINES ÉLECTIONS C\u2019est au printemps prochain que se feront par toute la France les élections pour le renouvellement de la Chambre des Députés.Quoique six mois encore nous séparent de cette date, les partis politiques s'organisent déjà et les candidats s'apprêtent à entrer en lice.À ce propos, nous tenons de notre confrère, M.de Piessac, dont les attaches avec l\u2019une des plus hautes personnalités du monde catholique français sont connues, les renseignements suivants sur l'orientation du parti dans les prochaines élections.Il y a quelques mois, un groupe de notabilités monarchistes et de catholiques appartenant ou inféodés à la grande industrie, s\u2019était formé dans le but de décider le Pape à modifier son atlitude vis-à-vis du gouvernement français, et surtout à se prononcer contre les revendications ouvrières.Les coalisés espéraient obtenir, à la veille des élections, une lettre favorable aux « vieux partis » et condamnant le mouvement démocratique chrétien, spécialement les « abbés démocrates ».L'évolution retentissante d\u2019un illustre député catholique marqua la phase préliminaire de la campagne.On pensait avoir affaibli le parti des réformes sociales en confinant à l\u2019Académie le plus éloquent de ses orateurs. ACTUALITÉ 277 Afin d'imposer un terme à ces manœuvres, qui amenèrent à Rome, ces temps derniers, soit pour y coopérer, soit pour les déjouer, plusieurs notabilités laïques et certains membres des plus en vue du haut clergé, Léon XIII a tenu à confirmer avec une nouvelle netteté ses enseignements aux catholiques français.La lettre que sont chargés de notifier aux évêques du Nord Dom Sébastien Wyart, Général des Chartreux, et aux évêques du Midi le T.R.P.Picard, supérieur des Augustins de I'Assomption, est divisée en quatre paragraphes : 1° Le Pape recommande aux catholiques de prendre la part la plus active aux élections du printemps prochain.Ils n\u2019ont déjà que trop lardé à s'organiser.Les évêques doivent provoquer el diriger cetle organisation : 2° Les candidats qui se recommanderont du titre de catholiques devront se placer sur le terrain indiqué par le Pape : Acceptation sincère et sans restriction de la République : 3° Les catholiques doivent s'adonner avec un zèle parli- culier aux réformes sociales.Le Pape bénit paternellement toutes les œuvres catholiques, mais il réserve une bénédiction spéciale aur œuvres démocratiques, dont l\u2019action répond plus efficacement aux nécessités de l\u2019heure présente : 4° Le Pape exprime un blâme formel aux journaux et publications diverses qui, toul en s\u2019intitulant catholiques, refusent de se conformer à ses enseignements.Léon XIII reste ainsi dans la tradition qu'il a ouverte au mois de janvier 1888 lorsque, à la prière du cardinal Gibbons, il intervint en faveur des Chevaliers du Travail et ceux de nos frères qui sont courbés « sous un joug presque servile ».(Prope servile jugum, dit l\u2019Encyclique Rerwm novaram.) Une revue catholique espagnole, El Criterio catolico, écrivait alors : « La déclaration de Léon XIII en faveur des Chevaliers du Travail trace la voie à la démocratie chrétienne : cette démocratie marchant sous l\u2019étendard de l\u2019Église, et obéissant aux doctrines du catholicisme, doit être la condamnation vivante de la démocratie malérialiste, athée, révolutionnaire, comme des maximes qu'elle proclame.Cette démocratie chrétienne est la seule qui devra résoudre le grand problème social, et mettre d'accord les intérêts des riches et des pauvres.Elle est 278 LA REVUE DES DEUX FRANCES entrée dans la vie agissante et extérieure au moyen de l\u2019'Œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers, fondée par le comte de Mun, suivant la voie tracée par Ms Pie, Më de Ségur et surtout par M\" Mermillod.» LE BUDGET DE LA FRANCE On vient de distribuer aux députés le rapport sur le budget général de l\u2019exercice 1898.C\u2019est certainement la chose dont on se préoccupe le moins en France, et celle pourtant qui est de beaucoup la plus importante.Le budget total avoué pour l'année prochaine s'élèvera à trois milliards quatre cent neuf millions de franes, soit sir cen! quatre-vingt-un millions huit cent mille dollars environ, Nous disons que c'est là le budget avoué, car il est une multitude d'autres dépenses que nos ministres se permettent et pour lesquelles ils présentent ensuite la carte à payer.Il y a, en outre, des émissions de bons du Trésor qui ne cessent jamais et qui s'accumulent jusqu\u2019à ce qu\u2019on les convertisse en dette consolidée.Voici où s'engloutira cet énorme budget.Le service de la dette publique, qui dépasse 3o milliards et demi de francs (6 milliards de dollars), dévorera à lui seul 1,252 millions, jetés dans le gouffre de la spéculation.Les Ministères de la Guerre et de la Marine absorbent presque un autre milliard, exactement 913 millions.De plus, comme il faut défalquer encore les frais divers qu\u2019entraînent l'exploitation des impôts, la régie et les revenus publics, c'est une somme improductive de 435 millions qui, s'ajoutant à la rente et aux budgets militaires, donnent un total de »,600 millions environ que la France dépense chaque année pour maintenir son propre crédit et sa silualion politique.Que reste-t-il pour actionner les rouages sociaux et parer aux besoins de l'administration nationale) Un peu plus de 800 millions sur plus de 3 milliards! Ajoutons que la France compte actuellement quelque 400.000 fonclionnaires qui émargent au budget de l\u2019État, et ACTUALITÉ 279 que ce nombre prodigieux de parasites n'est pas près de diminuer\u2026 au contraire.L'ALLEMAGNE A L\u2019EXPOSITION DE 1900 Le commissaire allemand pour l'Exposition de 1goo, M.Richter, a fait à Berlin, devant un public nombreux, une conférence très applaudie.Il a dit qu'après bien des efforts 1l avait réussi à oblenir pour l'Allemagne une place de 700 mètres carrés pour construire un palais au bord de la Seine.Il a vanté à ce propos l\u2019extrême courtoisie des Français : « L'Exposition de 1900, a-t-il dit, la plus importante peut- être que le monde aura jamais vue, datera dans l'histoire de l\u2019industrie.Le combat sera acharné, on espère y surpasser l'industrie allemande, et par suite en refouler l'expansion.Ce serait une faute irréparable, si nous y envoyions seulement nos produits de vente courante, car un insuccès porlerait un grand dommage à notre commerce entier.La France nous donne un exemple sérieux en instituant un double jury pour examiner les objets dignes d'être exposés.Imitons son exemple en n'envoyant aucune marchandise de qualité inférieure, et n'oublions pas que le jugement rendu à Philadelphie, bon marché et mauvais, pèse encore sur la fabrication allemande.Nous ne pouvons rivaliser avec la France, qui a derrière elle un passé de quatre siècles pour les branches d'industrie artistique; mais nous pouvons remporter de beaux succès dans le domaine de la chimie optique, mécanique, où personne ne peut encore dépasser l'Allemagne.» LA PAIX ARMÉE En étudiant les statistiques comparatives des charges des grands l\u2018tats européens, un Danois, M.F.Bajer, a établi que les dépenses militaires effectives ont été, en 1893, les suivantes : Pour l\u2019Empire allemand, 814.06ÿ.000 francs; pour la 280 LA REVUE DES DEUX FRANCES France, 850.067.000 francs; pour la Russie, 1.131.319.000fr.; pour l'Autriche-Hongrie, 580.413.000 francs, et pour l'Italie, 329.469.000 francs.Le total des dépenses effectives annuelles pour douze nations : I'Allemagne, I'Autriche, la Belgique, le Danemark, la France, la Grande-Bretagne, la Grèce, l'Italie, la Ilollande, la Suède et la Suisse, atteint 4 milliards G1 2.620.000 francs, près d\u2019un milliard de dollars.Notez que, dans cette effroyable somme, ne sont comprises ni les dépenses de l\u2019Espagne, ni celles de la Norvège, du l\u2019or- tugal, de la Roumanie, de la Serbie, de la Turquie, du grand- duché de Luxembourg, etc., etc.Voyons comment sont réparties ces dépenses de la paix armée : Cette charge écrasante a pesé, en 1893, en France pour 23 fr.13 c.par tête d'habilant, soit 4 dollars et demi; en Allemagne, pour 16 fr.56c.; en Hollande, pour 15 fr.38 c.; en Suisse, pour 11 fr.15 c.; en Danemark, pour11r fr.o1c.: en Italie, pour 10 fr.72 c.\u2014la proportion, qui avail été de 1% fr.07 c.de 1887 à 1892, a dépassé 16 fr.5o c.depuis les guerres d'Abyssinie; de 10 fr.28 c.par tête en Belgique, et de 9 fr.13 c.en Russie, non compris la Finlande.Cuba risque de l'augmenter de Go 0,0 pour l'Espagne.L'Europe a, en moyenne, consacré 5 milliards par an, depuis la grande crise de 1870, à ses dépenses militaires normales.Quelque coûteuse que soit celle pair armée, qui tient tous les États européens sur un perpétuel qui-vive, elle est encore préférable à la guerre dont on ne connaît jamais les désastreux résultats.En France, d'après le docteur Jules Richard, les pertes subies par l'armée française, en 1870-71.sont les suivantes : llommes, Morts en France de blessures.80.000 Morts en France de maladies, d'accidents, suicides, ele LL 2.1., .36.000 Morts en Allemagne, prisonniers .1 22 4 4 4441 44420 20,000 Toran pes Mmours, , , , © \u201c136.000 Blessés .4 o.oo.he ee ee ee ee ee \u201c158 L000 Malades 101 44042 44 44 22 4 4 4 4 LL 4 4 1 1 1140 328.000 Toru, ., .480, 000 ACTUALITÉ 281 En Allemagne, d'après les rapports officiels de l'état-major de Berlin, il est mort, du côté des Allemands, 40,877 hommes, dont 17,255 sur les champs de bataille et 21,025 dans les ambulances: 18.545 hommes ont été blessés, mais ont survécu.Les chiffres ne sont pas moins édifiants en ce qui concerne les capitaux.Les pertes subies par la France sont les suivantes, d\u2019après M.Mathieu-Bodet, ancien ministre des Finances : Francs Dépenses militares .Cee 0 2.386.412.5358 Sommes payées a I'Allemagne ., .| 5.742.938 814 Emprunis et primes.1.156.327.955 Travaux publics occasionnés par la guerre.- 207.239.800 Indemnités payées par l\u2019État aux départements ct aux par- teuliers., 2 124 4 4 444 4 4 44 4 4 112 4 1 0 604.622.425 Pertes subies par Etat, .2.833.939.000 Dommages supportés par les communes ct non remboursés par l'État.1 1 1 2224414 61 4 2 1 4 4 2 220 335.007 .000 Toran, .13.466.187.553 En ce qui concerne les pertes pécuniaires subies par 1'Allemagne, on est généralement d'accord pour les évaluer à 8 milliards, somme bien supérieure à l'indemnité de guerre imposée à la France.Heureux les peuples qui n'ont pas d\u2019histoire.\u2026 LAMARTINE M.Alfred Mézières vieut de publier à la librairie Hachette, une série d'études littéraires et historiques sous ce titre : Morts et Vivants, où l'éminent académicien passe en revue quelques-unes des figures les plus illustres de ces deux siècles.Nous en détachons cette page sur Lamartine : On parle volontiers de la facilité de Lamartine.Entendons- nous bien à cet égard.Oui, les vers et la prose finirent par couler de source chez lui ; il abusa même plus que personne d'une rare faculté d'improvisation.Mais il n\u2019avait pas commencé par là.Ce génie, qui paraît si naturellement abondant, ne devicnt facile qu'après douze années de travail, de tâtonnements et d'efforts.Il forge lentement l'instrument merveilleux dont il se servira plus tard avec tant de souplesse. 28a LA REVUE DES DEUX FRANCES ll a pour premier maître la nature; d'abord, la lerre de Mäconnais où il grandit, libre et fort, en plein air, au soleil, avec les petits vignerons de son village: puis les Alpes aux cimes neigeuses ; puis, les bords et les îles enchantés du golfe de Naples, Baïes, Procida, Ischia, Nisida.Il ne traverse pas ces pays si divers en voyageur pressé ou frivole ; il y vit, il s\u2019en imprègne, il s\u2019y absorbe dans des méditations, dans des contemplations muettes qui en ont fait passer pour toujours en lui-même le charme, la beauté, la grandeur.Dans les peintures qu'il en tracera plus tard il aura beau disposer et arranger les détails au gré de sa fantaisie, il en rendra l'impression générale avec une émotion, avec une sincérité pénétrantes.* + # Après la nature, la Bible avec ses grandes envolées de poésie.Une mère chrétienne, du tour d'esprit le plus religieux et le plus noble, lui en lit et lui en commente les principaux passages.Elle le familiarise ainsi avec les sommets.in même temps, les rénovateurs du sentiment moderne, Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, Geethe, Chateaubriand, M\"° de Staël, Ossian, lord Byron impriment à son imagination une secousse salutaire.Il est de leur lignée par sa manière de sentir.Mais c\u2019est à une toute autre école qu\u2019il assouplit son style et qu\u2019il apprend son métier de poète.Il étudie de très près Racine, Voltaire, Gresset, Parny ; il y trouve le secret de l'aisance et de la grâce.Il acquiert à son tour ces qualités souveraines, peu à peu, par degrés, à la suite d\u2019un long ellort.« La conscience nous crie : « Travaillez! » écrit-il à Virieu dès 1810.Les Méditations ne parurent que dix ans plus lard.Que de sujets entrepris pendant ces dix années, que d'œuvres mises et remises sur le métier avant d'arriver à la forme définitive! Le poète essaye de tout, de la tragédie, du poême didactique, de l'épopée avant de se fixer dans l'élégie où 1l excellera.Un Saül, une Médée, une Zoraïde, une Brunehaut, un Mérovée, un César, un Clovis sont tour à tour commencés et délaissés.Il espère conquérir la gloire en attachant son nom à quelque travail de longue haleine.Les œuvres moindres auxquelles il met la main de temps en temps ne sont pour lui que des passe-temps de jeunesse, ACTUALITÉ 283 Il fallut l'encouragement de quelques amis et surtout le patronage des salons littéraires du faubourg Saint-Germain pour décider Lamartine à publier les premières Médilations.À vingt-neuf ans, il doutait encore de lui-même.« Je fais, disait-il, de méchants vers, que je n'écris pas, en me promenant tout le long du jour dans les bois les plus sauvages et les plus pittoresques du monde.Ah! si l'homme pouvait rendre seulement quelque ombre de ce qu'il sent dans la nature même inanimée, cela serait assez bon.Mais nous ne faisons que de pâles et ternes copies de ce divin original.» Quoique une modestie alors très sincère et qui ne dura pas lui inspirât cette inquiétude sur son talent, il était enfin mai- tre de sa plume, il possédait le plus harmonieux des instra\u2014 ments, le rythme et la musique du vers élégiaque.Qu'il eût besoin d'exprimer les sentiments d\u2019une âme tendre ou les impressions d'une imagination ardente, les mots allaient répondre à son appel et se ranger d'eux-mêmes, dans un ordre poétique.Le travail et l'effort des années antérieures disparaissent désormais.l'ant d'essais, tant d'exercices répétés avaient si bien assoupli ce génie naissant que rien à l\u2019avenir ne devait lui paraitre difficile, qu\u2019il allait se sentir en mesure d'aborder tous les genres avec une incroyable aisance.* * C\u2019étail une force, mais ce fut aussi un écueil.Lentement préparées, revues avec soin rigoureux, avec le désir de n'y rien laisser d'insuffisant, de tout porter à la perfection, les Méditations firent entrer le poèle d\u2019un seul coupdansla gloire.Inconnu la veille, il était célèbre le lendemain.Une fortune si rapide, l'admiration et l'enthousiasme du public auraient troublé des têtes plus solides que la sienne.ll n\u2019y résista pas, non qu'il se fût laissé gonfler par la vanité ou par l\u2019orgueil, mais il se crul pour l'avenir assuré du succès.Il ne prit plus la même peine pour le préparer, il remplaça le travail lent et attentif par les audaces de l'improvisation.Depuis lors, presque Lout ce qu'il écrira, il l\u2019écrira trop vite, avec des négligences ou des insulfisances d'expression qu\u2019une revision plus soigneuse aurait fait disparaître.Il ne retrouvera plus 284 LA REVUE DES DEUX FRANCES que par intervalles la langue exquise des Méditations, cetle harmonie de couleurs et de ton, cetle sobriété de touche qui, dès les premiers jours, emportaient tous les suffrages.Le flot sera plus abondant et coulera avec plus de force, il ne sera plus aussi pur.Moment unique dans l'histoire des lettres que celui où apparut tout à coup, après une longue sécheresse poétique, après la stérilité de l\u2019Empire, une poésie si tendre, où se mélaient à dose égale les sentiments qui pénètrent le plus l'âme humaine, l\u2019amour, la mélancolie, la foi religieuse.Il y eut alors à travers toute la France un frémissement d'admiration, quelque chose d\u2019analogue, malgré tant de dilférences, à ce qui s'était produit deux siècles plus tôt, lorsqu\u2019on entendit pour la première fois sur la scène les vers héroïques du Cid.Déjà, dans les Nouvelles Méditations, quoique le Crucifix et les Préludes y soient encore de premier ordre, se révèlent des symptômes de précipitation et de négligence.L'impression d'ensemble est moins nette, le choix des pièces moins scrupuleux, l'inspiration moins soutenue.Déjà aussi commence la maladie dont Lamartine a soufferl toute sa vie, qui a perdu tant d'écrivains modernes et inspiré tant d'œuvres médiocres, le besoin d'argent.Savoir rester pauvre! Vertu rare qu'ont seuls pratiquée quelques sages comme Béranger et Alfred de Vigny! Quand on aime le luxe, les voyages, les chevaux, quand on rêve de mener la vie d\u2019un grand seigneur, comment résister aux propositions tentatrices des éditeurs?Ceux-ci sont naturellement attirés par le succès ; à peine un ouvrage a-t-il réussi qu\u2019ils en demandent un nouveau afin de ne pas laisser se refroidir la faveur publique.Le 15 février 1823, Lamartine écrit à Virieu :.« Je viens de vendre 14.000 francs comptant mon second volume des Méditations, livrable et payable cet été.Ayant vendu mon livre, il a bien fallu le faire, et je m'y suis donc mis depuis quelques jours.Cela va grand train.» Trop grand train! Ce n'est pas ainsi qu'avaient été composées les premières Méditations.En revanche, la pensée du poète se déploie avec plus d\u2019abondance, de variété, d\u2019ampleur.Il touche à plus de ACTUALITÉ 285 sujets différents, il se renferme moins dans le recueillement poétique, il se mêle davantage au mouvement des idées contemporaines.L'ode intitulée Bonaparte témoigne d\u2019une virilité et d\u2019une puissance qu\u2019on n\u2019attendait guère d\u2019une muse élégiaque.La même richesse d'images et de rythmes éclate dans les Harmonies composées en grande partie à Florence, sous l'inspiration d\u2019un sentiment religieux très vague, mais très sincère.Jusque-là, le poète a surtout chanté l'amour avec la fragilité de ses joies et l\u2019inévitable mélancolie de ses lendemains.Ici, il semble se proposer un but plus élevé, vouloir réveiller la foi dans les âmes endormies.Est-ce bien la foi au sens positif du mot?Ne serait-ce pas plutôt le détachement des choses de la terre, l\u2019aspiration vers l'idéal et l\u2019infini?\u2026 * * +#* Quoique son âme conserve des habitudes chrétiennes avec un fonds de sentiment religieux, sa pensée sort des limites précises de la foi pour embrasser un champ plus étendu.Jéhovah, le Christ, l'Esprit Saint, le Dieu du Vicaire savoyard, la Nature l'inspirent tour à tour sans qu\u2019on sache à quelle divinité il donne la préférence dans ce Panthéon poétique.Tout devient vague, excepté le besoin de croire à quelque chose, la confiance dans l\u2019éternelle justice et dans l'infinie miséricorde, l'espoir que tout ne se termine pas avec la vie, qu'une destinée plus haute et des jours meilleurs sont réservés à l\u2019homme.Il y a là comme une suite d'effusions et d'élévations de l\u2019âÂme qui charment à la fois les croyants, les esprits délicats, les artistes, les femmes.la société française s\u2019y cherche el s\u2019y reconnait, à ce moment de l'histoire, avec les doutes qui la troublent et les paroles consolantes dont elle a soif.Alfred Mézières, De l'Académie française. 286 LA REVUE DES DEUX FRANCES PARIS QUI S\u2019EN VA La prison de la Roquette doit disparaître dans un avenir prochain, ses hôtes de passage seront transférés à la Santé, à dérision! Une laborieuse compilation de documents d'archives et de mémoires du temps a permis & MM.II.Vial et G.Capon de reconstituer ce passé disparu.L'histoire de notre ville étant remplie d\u2019obscurité et de lacunes, il est particulièrement intéressant de jeter un peu de clarté sur les détails négligés par les historiens de l'ensemble de la vieille cité.Les évolutions successives et les agrandissements périodiques de Paris ont rejeté loin de nous les habitations de plaisance : tel faubourg empuanli étail autrefois le village charmant qu'il faut aller chercher dans la périphérie suburbaine: dans le même endroit qui n'évoque plus aujour- d\u2019hui que de sinistres visions d'échafaud, s\u2019érigeait, splendide, une magnifique demeure des Valois.On avait fait jusqu'à ce jour de timides suppositions sur cette possession royale, elle se trouve cependant confirmée par un passage des Mémoires d\u2019État du Chancelier de Cheverny : « Le 13 août 1575, madame de Cheverny mit au monde » mon second fils sur les cinq heures du matin, lequel fut » baptisé le % septembre ensuivant, en l'église de Saint-Ger- » main-l\u2019Auxerrois, environ vers trois heures de l'après-midi, » par M.l\u2019Evesque d'Angers, confesseur du roy.\u2014 Le roy » et la reine me voulurent faire l'honneur et faveur d\u2019être » parrain et marraine, assistés de Mgr d'Alençon, du roy de » Navarre et de tous les autres princes ; et fut nommé par le » roy de son propre nom Henry et est à présent mon fils » aîné et porte le nom d\u2019Esclimont \u2014 Et en même lemps le » roy me donna la maison de la Roquetle, près de la porte » Saint-Antoine de Paris qui lui avait cousté 26.000 livres, » où je dépensay beaucoup depuis pour l'accommoder et l'em- » bellir pour y recevoir Leurs Majestés qui y venaient sou- » vent se promener et se retirer de la presse.» L'heureux personnage à qui Henri III venait de faire ce don magnifique était Philippe Ilurault, comte de Cheverny et de Limours, cinquième fils de Raoul de Cheverny et de Marie de Beaune, qui fit la campagne d'Allemagne à la suite de ACTUALITÉ 287 Henri ll et acheta la charge de conseiller-clerc à Michel de l\u2019Hôpital, en 1562.Le 15 mai 1566 il épousa la fille du premier président au l\u2019arlement Anne de Thou.Cheverny était un homme heureux, la reine mère jela les yeux sur lui; il devint, grâce à sa souplesse, chancelier de Henri de France, duc d'Anjou, et lorsque le prince revint de Pologne, Cheverny garda les sceaux.\u201c Le séjour de cette maison de plaisance était enchanteur ; les hauteurs boisées de Montlouis répandaient une douce frai- cheur dans les jardins et dans les garennes du clos, loin des bruits de la ville, éloigné des villages de Pincourt et de Charonne.Un chemin conduisait de la porte Saint-Antoine à la demeure seigneuriale et s'arrélait devant la poterne de l'entrée.L'eau arrivait abondamment pour alimenter les rivières et les ruisseaux du parc; nous trouvons à la date du G janvier 1578 une pièce élablissant l'importance de la canalisation néces- \u2018saire aux jeux hydrauliques : « Le prévot des marchands et échevins et Philippe Hurault, » chevalier seigneur de Cheverny et de la Roquette, s'oblige, » au sujet des eaux dudit sieur, comme seigneur de la » Roquette à lui livrer et entretenir à perpétuité, aux frais et » dépens de ladile ville, la conduite des tuyaux de plomb de » 10 lignes de diamètre d'eau à prendre aux réservoirs publies » de Belleville.» En mai 1588, la Roquette était devenue un jour un foyer de ligueurs.Madame de Montpensier, qui lréquentait la maison des Huraut, y cacha des conspirateurs dont le but était d'enlever llenri 111 : il s'agissait de surprendre le roi revenant du bois de Vincennes avec une faible escorte et de jeter l\u2019alarme de la mort du monarque dans Paris, ce qui, étant donné l\u2019état des esprits, aurait donné lieu à de graves désordres dans la ville.Ce beau projet avorta grâce à la vigilante initiative d\u2019un lieutenant de la l\u2019révôté, nommé Nicolas l\u2019oulain : Henri III, prévenu, s\u2019entoura d'une garde nombreuse et son retour s'cffectua sans encombre.Nicolas Poulain consigna le fait dans son rapport ; mais, peu ferré sur la généalogie de la famille Huraut, il a88 LA REVUE DES DEUX FRANCES désigne la maison de la Roquette sous le nom de Bel-Esbat, dans le faubourg Saint-Antoine, à main gauche; or, c'est à une autre branche des Huraut qu\u2019'appartenait ce titre, nom d'une seigneurie de Seine-et-Oise.Disgracié, le chancelier se retira dans sa terre de Cheverny et médita longuement sur sa conduite passée jusqu'à la mort de son maître.Ilenri IV lui rendit sa charge, qu'il garda jusqu'à sa mort \u2014 juillet 1599.Au mois de janvier de la même année, Philippe Iluraut s'était défait de sa maison de campagne; il avait trouvé un acquéreur dans la personne d\u2019une amie : madame de Mercœur.Madame de Mercœur revendit, en 1011, cette maison à Jacques d\u2019Aumont, chancelier baron de Chappes; par héritage, elle revint à Antoine d\u2019Aumont, marié à Catherine Huraut, fille du chancelier de Cheverny, vers 1617.Le 3o janvier 1636, les religieuses Hospitalières de la Charité firent l'acquisition de la Roquette, mais elles ne s\u2019y installèrent d\u2019une façon définitive qu\u2019en 1690; le couvent contenait dix-neuf lits pour les vieilles femmes infirmes.* x # Supprimé en 1791, le couvent fit partie des biens qui furent donnés à l\u2019Administration des Hospices; le 10 vendémiaire an V, elle en prit possession, le 16 juin 1801, pour en faire une filature qui dura jusqu\u2019en 1811, époque où fut ordonnée la vente des propriétés que possédaient à Paris les établissements charitables.En 1818, la rue de la Roquette fut percée à travers l'ancienne résidence royale; le 5 mars 1833, la partie où s'élève le dépôt des condamnés fut achetée 125.000 francs; sa construction, commencée l'année suivante, coûta la bagatelle de 1.443.947 fr.og c.Ce n\u2019était pas cher pour une prison modèle, d\u2019où l'évasion était une utopie.H.Vial et G.Capon.Le Directeur-Gérant : A, STEENS, IMPRIMERIE CHAIX, WUE BERGERE, 20, PARIS, \u2014 21342-10-07, \u2014 (Encre Lorilieux)."]
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