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Titre :
La revue des deux Frances : revue franco-canadienne
Éditeur :
  • Paris; Montréal; Québec [etc] :la Revue,1897-1899
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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La revue des deux Frances : revue franco-canadienne, 1899-09, Collections de BAnQ.

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[" { FRANCE.Un franc | | ÉTRANGER.25 cents 3° Année | | ® Septembre 1899.LA REVUE DEux \"FRANCES Revue Franco-Canadienne \u2018Le Numéro: - Directeur : Achille STEENS Sommaire Ackille Steens .\u2026\u2026.Le Prince Sage.1200 Lean s aa ae un 97 Jean de Ronnefor .Ce que (cru le Pape en 1900.101 Jean-Paptis\u2018e Péribonca.Exyosition Normande Canadienne à Honfleur 105 Benjamin Salte.Auld ang Syne.iia ess 112 Parisiana.0 Ll Lo Floride.\u2026.2000 01e cases ana nee a annee 113 Louis Merlet.s.00 Le fleuve endormi.eerie.126 Jacques de Nouvion.La poesie moderne.covviiviiiiniiiaiins 13 Georges Grappe.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.Tombees C'Or.2 22e nas sa nanas Lans as e seen 1°3 E.Z Massicotta Cie een eo La TAlSC.ei ee cies 133 Adrien Timmermans.Sur le sens et la prononciation du mot fleur- AE-UIS Lena casa 0 conan nas awac au na sa sac mean 00 .439 Louis Haugmard.Lied.css sans sect caca 0 cena ana n en e sas c ana case 152 Canacien.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.0.00000000eu se Lettres et oyuscules par Edmond Pareé.153 AbelLetalle.La Carénme.eovveiveiinitirinnsariiinenniaienns 157 Paul Bastien.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.Nouvelle lettre à une Inconnue.158 Joseph Ageorges.Nouvel essai sur un vieil auteyr.163 - Jacques Crepet.«o.oo.Letrait d'UNION.L.Lcu es ae se sacs sense aan 175 F WFantasio.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.sescecunses Les Théatres.\u2026.\u2026.\u2026.avaeseeass ses sss canne 183 CHRONIQUE DES DEUX FRANCES.\u2014 ECHOS DE PARIS.\u2014 LA MODE PARISIENNE.EE BUREAUX FRANCE |} CANADA ;| ÉTATS-UNIS Ava ; ¢ Aswan 23, RUE RaciNE |2| 30,R.S'-Jacques 29, R.Sr-Jzan |2| 21, RUE goLp PARIS 51 MONTREAL QUÉBEC 31 LOWELL.Mass. es Compagnies de Navigation françaises, La REVUE DES Deux FRANCES se trouve dans tous les Paquebots des grand anglaises et américaines, et dans les salons de lecture des Grands Hôtels de Paris, Londres, Mon! réal, New-York, etc.Administration Française PARIS \u2014 23, rue Racine, 23 \u2014 PARIS DE 2 A 5 HEURES DU SOIR, TOUS LES JOURS VOL.23-24 REVUE DES DEUX FRANCES | Secrétaire de la Rédaction : Rodolphe BRUNET AS Abonnements pour la France, le Canada et les États-Unis 15 francs Un an.3 dollars 9 francs $1.80 Les abonnements seront servis dans toute l'Amérique par nos Administrations de Montréal, de Quebec (Canada) et de Lowell.Mass.(E.-U.}.PUBLICITÉ La Publicité se traite directement : Québec et de Montréal, ou avec les A France, avec l\u2019administration de Paris.Au Canada, avec nos administrateurs de gents düment accrédités par eux; en A chaque Numéro : VOYAGES MARITIMES PARIS \u2014 9,rue de Rome, 9 \u2014 PARIS (près la gare Saint-Lazare) \u2014\u2014\"ae- L.DESBOIS VOYAGES ET EXCURSIONS A forfait et accompagnés pour Lourdes, l'Espagne, l'Italie, la Palestine, l\u2019Algérie, la Tunisie et tous autres pays d\u2019Europe.BILLETS par toutes les Compagnies de Navigation et pour toutes les destinations.Renseignements et devis gratuits sur tous voyages DES RENSEIGNEMENTS soni donnés aux adresses suivantes : MONTPEAL : 30, rue Saint-Jacques, QUÉBEC : 29, rue Saint-Jean, LA MODE PARISIENNE GRANDE PHARMACIE DE LA CROIX DE GENÈVE 142, Boulevard Saint-Germain, 142 PARIS MAISON DE CONFIANCE SPÉCIALE POUR LES ORDONNANCES ANALYSES MÉDICALES Prix modérés et spéciaux pour les abonnés Spécialement en dépôt SUCRE ÉDULCOR LE SEUL PERMIS AUX DIABÉTIQUES DRAGÉES FERRÉ CONTRE LA CONSTIPATION Les Produits de la Maison se trouvent dans les principales -pharmacies de Québec et de Montréal.REMNE AUX DOCTEURS LE PRINCE SAGE Pour l\u2019Honorable J.E.Robidoux, Québec.* Eginhald, fils de roi, était élevé dans un cloître par les moines de Saint-Benoist.Sa mère était morte en le mettant à la lumière prématurément, comme ces plantes qui se flétrissent dès qu\u2019elles ont muri trop hâtivement leur fruit.Lui-même était resté malingre, de complexion chétive.Il avait grandi sans se développer presque dans l\u2019atmosphère emprisonnée du cloi- tre.Ses jeunes ans privés de soleil s\u2019étaient torturés sous le faix des grands murs noirs qui étouffaient leur floraison, Il s\u2019était légèrement voûté comme si le faite de sa cellule avait pesé jusque-là sur ses épaules de tout son mortel ennui.Les jours, il s\u2019amusait à orner les missels d\u2019enluminures précieuses qu\u2019il savait avec art prodiguer.Son talent s\u2019était parfait d\u2019une délicatesse exquise avec le temps.Aux orgues il n\u2019avait point d\u2019égal et de la sombre chapelle des bénédictins il se\u2019 plaisait à réveiller les échos endormis des voûtes du rythme majestueux des chants liturgiques.I! y mettait toute son âme, tant que ses yeux en pleuraient et que l\u2019orque semblait exhaler toute sa foi en des accords qui parlaient comme des voix de saintes.L\u2019antique basilique s\u2019emplissait alors des pères de l\u2019abbaye qui venaient écouter religieusement le jeune chantre aux matines.Ils s\u2019extasiaient sous le charme angélique de sa voix, se sentaient pénétrés des accents douloureux qu\u2019il arrachait de son orgue et, longtemps encore après que le prieur l\u2019était venu prendre pour le reconduire à sa cellule, se berçaient des échos dont les chants du novice avaient empli leurs âmes.Dans les sciences, il avait mis la même ardeur.L\u2019as- 1° SEPTEMBRE 1899 7 008 LA REVUE DES DEUX FRANCES trologie et l\u2019écriture l\u2019avaient trouvé également propice.Il étonnait les clercs par sa surprenante perspicacité et sa mémoire prodigieuse.Il remplissait les parchemins plus rapidement qu\u2019eux et en lettres moins hâtives quoiqu\u2019il fût peu attentif aux textes.Il révait malgré tout des filles aux lèvres sensuelles, pareilles aux corolles incarnates et veloutées des pivoines, aux yeux où roule éternellement une larme de plomb vif, aux seins excitants de désirs, blancs comme les lis éternellement blancs des absides.II rêvait de celles qu\u2019il avait rencontrées les dimanches en procession par les rues et qui avaient souri de ce prince en robe de bure, le front dans son missel.Il avait leur image gravée en ses yeux comme ces, empreintes de vieilles médailles qui résistent au temps.Il les revoyait dans ses longues heures de rêverie quand obsédées du calme vide de sa cellule, ses pensées erraient de l'une à l\u2019autre avec joie.O comme il eût voulu entendre leur voix, échanger ce sourire qu\u2019il leur avait vu faire à d\u2019autres ! Comme toute cette efflorescence de grâce et de beauté enthousiasmait déjà sa jeunesse avide de connaître! Il s\u2019était plu à voir les bacheliers courtiser les jouvencelles, les bacheliers aux chausses de velours fin et au pourpoint fourré de vair, les jouvencelles aux cottes d\u2019azur.Et lui, dans sa robe de clerc, sombre comme ses jours, ignorait encore toutes ces choses qu\u2019il devinait belles, bien belles puisqu\u2019elles faisaient rire leurs yenx et que les siens ne savaient que pleurer.Ainsi, son cœur s\u2019ouvrit peu à peu comme les fleurs prématurées des serres.Il acquit avec la sagesse, la bonté ample du nazaréen.Sa main royale, faite pour porter le glaive, au moule des preux, ses ancêtres, pansait les blessures et donnait l\u2019aumône.Chaque matin, à l\u2019Angelus, les serfs affamés de la ville se pressaient à la porte du monastère.Eginhald, entre deux servants portant des corbeilles, paraissait alors et distribuait le pain et les viandes préparées à cette intention.Même il y joignait quelques deniers pour les plus pauvres, et des vêtements pour les moins vêtus.Puis il rentrait béni par tous les yeux tandis qu\u2019un long murmure de joie montait derrière lui. LE PRINCE SAGE 99 Un soir comme, la cloche sonnant l\u2019heure du repos le prince se retirait daus sa cellule, la cour pavée de l'abbaye résonna soudain des pas des chevaux, Dans le silence morne du crépuscule, le bruit s\u2019augmenta d\u2019un tumulte de voix.On parlait vivement sous sa fenêtre, tandis que les chevaux impatients piaffaient.Eginhald intrigué, poussa sa couchette près des vitraux et montant sur les sangles regarda au dehors.Deux chevaliers bannerets dont les gonfalons portaient les couleurs de sa race, lui apparurent dans l\u2019entrecolonnement de porphyre des arcades, le heaume relevé, sur leurs palefrois richement d\u2019ors et de brocart carapaçonnés.Sous le porche, le prieur et quelques pères fouettés par la curiosité, s\u2019entretenaient avec force geste d\u2019un parchemin qu'un héraut tenait déployé sous leurs yeux.Puis, il les vit lever la tête tous ensemble vers sa fenêtre et le prieur la désigner du doigt au héraut.Gomme il se rejetait précipitamment à l\u2019intérieur pour s\u2019effacer de leur vue le prieur et le chevalier traversaient la cour et il entendit bientôt leurs voix monter l\u2019escalier de pierre et s\u2019approcher.Inquiet maintenant il répara en hâte le désordre de sa cellule et se tint prêt.Les voix s\u2019étaient tues, mais dans le corridor, le frôlement de leurs pas qu\u2019ils assourdissaient à dessein parvint jusqu\u2019à lui.La porte s\u2019ouvrit, le prieur entra, puis le chevalier, tandis que quelques têtes de moines derrière eux cherchaient à voir.\u2014 Le seigneur soit avec vous mon fils, dit le révérend, et vous fortifie des maux que sa volonté nous prodigue parfois pour nous éprouver.Notre digne prince, votre père, est trépassé ce matin et voici le noble comte qui vient nous en porter ta douloureuse nouvelle et mettre aux pieds du hoir légitime de son maître, l'hommage des vœux de la noblesse tout entière.Que le Seigneur, qui vous fait roi d\u2019un si grand royaume vous ait en sa sauvegarde mon fils ! II dit, et s\u2019inclina, et toutes les têtes dans l\u2019encadrement voûté de la porte se courbèrent.Eyjinhald ne parut point chagrin, mais il fut surpris.Il avait à peine entrevu deux fois son père dans sa vie, et depuis son entrée au monastère, six années s\u2019étaient écoulées sans qu\u2019il 100 LA REVUE DES DEUX FRANCES en eut seulement entendu parler.Il ignorait que le vieillard l\u2019avait tenu ainsi éloigné de sa cour pour qu\u2019il ne fût pas témoin de sa luxure.Les ribaudes et les dignitaires excitaie nt à dessein chaque jour sa dépravation par des scènes érotiques repoussantes.Il avait ainsi abdiqué ses pouvoirs entre leurs mains pour se livrer, les yeux clos, à la variété toujours nouvelle de leurs plaisirs.Tandis que les serÏs se nourrissaient de l\u2019herbe jaunie des routes, les chevaliers festoyaient sans relà- che.L\u2019orgie avait tué le roi avant les années.ll était mort usé, décomposé de jour en jour, tant que ses chairs s\u2019étaient détachées, liquéfiées déjà pendant son agonie.Eginhald trouva la cour tout en larmes.Son cœur ignorant crut à la sincérité de cette douleur.À la vérité, les seigneurs déploraient la mort de leur compagnon de débauches.La vision de l\u2019inconnu les talonnait déjà.Il fit faire au roi des obsèques somptueuses, telles qu\u2019on n\u2019en avait jamais vues, et si le peuple se garda d\u2019y participer, les chevaliers en échange accoururent du fond de la contrée pour y promener leurs regrets.Ils s\u2019étonnèrent de la frêle carrure du prince et sourirent de sa simplicité.Leur déception fut grande, lorsque le lendemain, Eginhald leur déclara vouloir régner avec justice el austérité.Il obligea les courtisans à fuir sa présence en les délaissant et s\u2019entoura des clercs les plus réputés pour leur science et leur sagesse.Le ressentiment des nobles s\u2019augmenta encore de son refus de faire la guerre, la tenant pour méprisable.Les porte- glaives le dépeignirent comme un craintif et ébruitèrent partout sa répulsion des armes.Leur haine s\u2019enfla sourdement de toute sa popularité grandissante.Et comme il aimait les filles simples dont les yeux roulaient éternellement une larme de plomb vif, aux lèvres sensuelles de l\u2019incarnat des pivoines, les courtisanes s\u2019en moquèrent.Ainsi sa cour se vida des guerriers et des fous pour s\u2019emplir des clercs érudits et des docteurs.Quelque temps s\u2019écoula dans l\u2019aisance du peuple heureux de sa sagesse.Un matin, à laube naissante, parmi les rideaux arrachés du dais, on lé trouva égorgé sur son lit.Achille Steens.terres EE CE QUE FERA LE PAPE EN 1900 Par une Bulle répandue d\u2019hier dans le vieux et le nouveau monde, Léon XIII vient d\u2019annoncer que l\u2019année 1900 sera jubilaire.L\u2019avenir, doigt de Dieu posé sur les aiguilles du cadran, nous cache les derniéres minutes du xix* siécle, ce débordant de tout, de bien et de mal, de gloire astrale et d\u2019infamie putride, qui va tomber avec les autres choses périmées dans le charnier des heures mortes.Et voici qu\u2019un homme, avec une sécurité admirable, règle les détails d\u2019une fête en l\u2019année 1900, pour y convier le Monde.Cet homme est un vieillard dont le berceau fut posé près du berceau où naquit le siècle! Il est nonagénaire.Il est captif parmi quelques vieux prêtres et beaucoup de tableaux.Il est sans armée pour sa défense, sans royaume pour son esprit de gouvernement.Roi des consciences, il vient d\u2019être insulté par les rois de la matière, qui lui ont refusé une place dans l\u2019assemblée de leurs délibérations pacifiques.Il a été exclu à la demande d\u2019une maison royale dont le sang ne bout plus qu\u2019aux instants de curée, d\u2019une monarchie qui relève par la morgue la bassesse de ses triomphes.Et chaque Etat du monde s\u2019occupe autant de la parole du vieillard que s\u2019il était chef de cet Etat même.Ses lettres agitent les chancelleries dont Lui ignore le nom.Il jette sur les mers sa Bulle d\u2019une main plus débile que celle de l'enfant jetant une feuille sur l\u2019eau.Mais les Océans emportent avec respect, de l\u2019un à l\u2019autre bord, le papier roulé où dort la pensée pontificale sous le sceau de saint Pierre.Parce que le pape a signé la bulle qui 102 LA REVUE DES DEUX FRANCES s'appellera pour l\u2019histoire : Properante ad exitum sæculo, parce que cette bulle aura été lue à trente millions d\u2019hommes, le Jubilé aura lieu partout, selon le vœu du vieillard, même si, dans les galeries du Vatican, passe la Mort, celle qui saisit les forces humaines et les annule brusquement dans sa molle étreinte.On raconte qu'après sa maladie, le pape a demandé près de lui un cardinal signalé pour son ambition à succéder.Ce cardinal ne paraissait guère, dans l\u2019entourage du Pontife, aux heures de santé.Quand Léon XIII fut accablé par le mal, le même prince de l\u2019kglise fit une entrée, qui ressemblait à une invasion, Guéri, le pape fut informé et tint ce discours au personnage : \u2014 J'espère, Monsieur le cardinal, que vous conserverez l\u2019habitude reprise de venir souveut.D'ailleurs j\u2019ai un conseil à vous demander.J'ai longuement songé à la fête d\u2019ouverture jubilaire que je posséderai en 1500.J\u2019ai changé les places des cardinaux autour de moi.Voyez plutôt.Ce disant, le pape prend un plan de Saint-Pierre où des noms inscrits marquent des droits nouveaux de préséance : \u2014 Je serai là, reprend-il; le cardinal-vicaire sera ici, et vous serez à cette place.4 moins que vous ne soyez mort Que pensez-vous de ce changement?Et le vieux pape sourit en homme qui a toujours sur l\u2019esprit la limaille d\u2019or brillant et la poudre de diamant coupant.Le cardinal pâlit sans rien dire, car les prophéties de cette sorte ne portent pas bonheur.Dix princes de l\u2019Eglise, indiqués jadis pour la succession de Léon XIII, l\u2019attendent déjà dans le tombeau ! Le jubilé de 1900 sera donc, quoi qu\u2019il advienne.Mais combien d\u2019hommes savent aujourd\u2019hui ce qu\u2019est un jubilé?Le mot lui-même frappe l\u2019oreille comme un vieil air inconnu dont le rythme serait oublié.Chose et mot datent du judaïsme.Chez les juifs, l\u2019année jubilaire était la cinquantième année, celle qui arrivait après sept fois sept ans : pendant cette période, tous les esclaves reprenaient leur liberté, et les Juifs qui avaient vendu ou engagé CE QUE FERA LE PAPE EN 1900 103 leurs héritages rentraient en possession de leurs biens.L'Eglise moderne a renouvelé cette tradition, et l'année jubilaire rend aux âmes la blancheur qu\u2019elles ont perdue.L\u2019origine du mot est plus incertaine.Les uns affirment qu\u2019il vient de jobel, bélier en hébreu, parce que le jubilé était annoncé au peuple par des instruments en corne de bélier.C\u2019est l\u2019étymologie la moins noble.D\u2019autres trouvent la racine Jobal qui veut dire rémission, pardon: Joseph prétend que jubilé est synonyme de liberté, ce qui seraitune interprétation plus séduisante pour les applications modernes, que l\u2019on en peuttirer.Dans l\u2019église, romaine, l\u2019année sainte fut établie pour la première fois en 1300, par Boniface VIII : \u2014 Nous accordons, dit la bulle, indulgence à tous ceux qui visiteront les basiliques de Rome durant la présente année 1300 et toutes les centièmes années suivantes.L\u2019affluence fut telle que les vivres manquèrent dans Rome.Ce souvenir est perpétué dans l\u2019église du Latran par la fresque du Cimabué.Dante a mis aussi la griffe de son génie sur cette date : au XVIII chant de l\u2019Ænfer, il compare l'affluence des damnés à la foule qui, l\u2019an du jubilé, traversait le Pont Saint- Ange, les uns allant vers Saint-Pierre, les autres en revenant.Clément VI raccourcit de cinquante ans l\u2019intervalle qui séparaît les jubilés, et Paul II abrégea encore cet espace en proclamant quatre années saintes par siècle.Depuis lors, les années jubilaires ont, de vingt-cinq ans en vingt-cinq ans, mêlé leur chiffre d\u2019or aux chiffres de bronze des années jusqu\u2019en 1800, car Pie VII ne célébra pas de jubilé.L\u2019attention du monde se détachait de tout, à la fin du dix-huitième siècle, pour aller vers l\u2019homme dont le soleil n\u2019est pas encore descendu à l\u2019horizon du soir.Léon XII célébra le jubilé de 1825, et quatre cent mille pèlerins vinrent alors dans Rome.Ea 1830, pas de jubilé : c\u2019est Pexil de Gaëte.En 1873, l\u2019Elise est en deuil de son pouvoir temporel, et Pie [IX le Grand, immortel prisonnier, prie seul pour la paix de l\u2019Europe.Cette année, le jubilé commencera le jour de Noël; à quel degré de civilisation raffinée, de discipline affinée est cet uni- 104 LA REVUE DES DEUX FRANCES vers catholique qui, à la même minute, sur le signe d\u2019un vieillard, tournera sa pensée vers une petite porte murée dans la basilique de Saint-Pierre.À cette porte, se présentera le Pontife, sous le feu des lumières, dans la grande tenue de sa royauté spirituelle, avec le port suavement fier de la fleur royale qui se courbe sous le poids de sa blancheur.Les pieds du Pontife hésiteront vers la porte sainte comme des ailes prêtes à s\u2019envoler.Avec un marteau d\u2019or offert par les évêques du monde entier, le pape frappera trois fois cet huis de Pierre : « Ouvrez-vous, porte de justice! » chantera le chœur.Et les ouvriers feront tomber la maçonnerie.Et le cortéye des cardinaux, inaperçu, entrera derrière le pape, seul visible par l\u2019éclat de sa fonction.Et les foules assemblées entendront encore la voix de tête faible et claire du Pontife qui semble porter la vieillesse sur lui comme une armure pour se rendre invulnérable et qui fait monter le délabrement jusqu\u2019au charme.Le jubilé durera tout l\u2019an; puis, au Noël de 1900, la main du pape fermera avec une truelle d\u2019or la porte qui fut ouverte avec un marteau d\u2019or.Cette brèche, celte fermeture, sont images et symboles : dans cette fête, il y ale salut souriant au passé, l\u2019espoir triom- phaut vers l\u2019avenir.Sur ces gestes brillants et arides du jubilé, plane la sérieuse poésie de l\u2019Eglise, qui suit la pente tracée de toute éternité.Après avoir percé les incerlitudes de l'avenir, l\u2019Eglise revient s\u2019asseoir dans le passé, portes closes et si loin, qu\u2019elle vogue dans les flots du temps; elle ne va jamais aussi haut qu\u2019en revenant vers le ciel, d\u2019où elle est descendue.Jean de Bonnefon. EXPOSITION NORMANDE-CANADIENNE A HONFLEUR A Honfleur, Calvados?Une exposition ! A Honfleur, des fanfares ?des trains de plaisir, apportant des Parisiens de Mont- martre et des Batignolles?Aux échopes antiques des drapeaux neufs qui claquent; à travers les ruelles tortueuses, d\u2019élégantes foules en liesse, qui dévalent par la cité de silence si chère aux peintres, aux artistes, el aux fervents des légendes, pour son archaïsme agreste et marin, pour son église en bois de « Ste-Catherine de la Mé », auclocher essenté dzbardeau, pour ses maisons ventrues qui datent d'Henri IV, pour son vieux bassin, ses vieux portails de paroisse, où la ravenelle fleurie embaume la pierre ajourée, pour sa Lieutenance, pour sa cite de Grice! A Honfleur, les fracas en réduction des bazars de Vienne et de Chicago! Une exposition avec des reporters, des photographes, des discours officiels et des jurys de récompense ! Tout cet attirail fin de siècle dans la paix d\u2019une villégiature pour les sages, au délicieux pays d\u2019été qu\u2019écrase l\u2019orgueilleuse voisine, Trouville-Reine-des-Plages ! Une exposition dans le modeste port des marchands de beurre et de cidre de la Vallée d\u2019Auge, que regarde, de la côte en face, le Havre dédaigneux, cette Marseille de la Manche ! A Honfleur, une Exposition Normande-Canadienne ?La folle aventure ! Voilà pourtant la fantaisie que vient de réaliser le vouloir déterminé d\u2019un parisien de lettres; avec en moins les cacophonies et les brutalités des foires cosmopolites.Chroniqueur au G:l Blas, à l\u2019ancien Voltaire, au Clai- 106 LA REVUE DES DEUX FRANCES ron, au Figaro, fondateur de la fameuse Vie Franco-Russe et de la non moins fameuse Revue de Paris et St-Péters- bourg, notre confrère Jehan Soudan de Pierrefitte a fait son tour du monde, en coureur de chimères : « Son boulevard, dit Sarcey, va du lac salé des Mormons au palais des Négous d\u2019Abyssinie, en passant par Montréal, le Caire et la Mecque ».Du Canada, Jehan Soudan a gardé une tendresse aux Français du Saint-Laurent.Et il ne cesse de prêcher du haut de son monocle, l\u2019amour des cousins de la « Nouvelle France ».A Honfleur, Jehan Soudan retrouva \u2014 combien éteint \u2014 le souvenir du glorieux Champlain.Et si bien le journaliste écrivit, parla, conférencia ; tant il promena son enthousiasme, de Normandie à Paris, que voici à Honfleur, aujourd\u2019hui, un Congrès de la Tradition populaire inaugurant un Panthéon des grands Honfleurais etune Exposition Normande-Canadienne.Oh! ce ne fut pas chose toute faite, on peut croire, que cette conquête d\u2019une petite ville normande à une idée parisienne, ni l\u2019œuvre d\u2019un jour.À l\u2019ouverture officielle de l\u2019Exposition, l\u2019autre soir, le colonel Lachèvre, président du « Vieux Honfleur » \u2014la société tout exprès fondée pour organiser les fètes normandes canadiennes \u2014 saluait un succès extraordinaire par ces paroles d\u2019une bonhomie fine, adressée au maître André Theuriet : « Quand, il y a deux ans, M, J.Soudan de Pierrefitte osa dérouler ce joli rêve devant les Honfleurais, nous nous rappelons le sourire incrédule qui accueillit les promesses de sa conférence enthousiaste.» On le voit d\u2019ici, le prudent sourire des normands d\u2019Honfleur.Maintenant, l\u2019œuvre est debout.Et nous venons de visiter l'Exposition Normande Canadienne.Eh bien, vrai! Cela n\u2019est pas banal.Exposition?Soit! Mais une Exposition qui ne ressemble pas à une Exposition.Le mot, ici, perd son sens vulgaire.Musée serait mieux, mais « musée » c\u2019est encore un étalage de choses mortes et mornes.A Honfleur, rien de cela.Rien de ces exhibitions prétentieuses disproportionnées, criardes, dont l\u2019idée s\u2019éveille au mot d\u2019Exposition hors Paris. EXPOSITION NORMANDE-CANADIENNE 107 Au centre de la ville, sous les massifs marronniers verts d\u2019une promenade où furent les anciens fossés de la place forte, on a tracé un jardin riant.Et là sont dressés des pavillons, qui sont l\u2019Exposition, Celle-ci est close d\u2019une enceinte où l\u2019on pénètre par des portes de ferme normande, une tour en ruines, et une vieille porte de citadelle, reconstituée à sa place historique.Jardins, pavillons, portes sont « d\u2019ensemble » harmonieux avec le cadre de la ville minuscule qui leur fait décor.Une exposition de poche, et non une exposition de province.Un musée des arts normands ; mais un musée vivant, d\u2019une ordonnance oriyi- nale et simple.Un musée populaire, conception d\u2019un artiste de Paris.En une suite de « tableaux », se déroulent les scènes variées de l\u2019ancienne vie normande : maritime, paysanne, urbaine.Et le tout garde une saveur intense du terroir, à la fois musée Grévin et Carnavalet.Passons la Porte de Rouen ; laissons dans le jardin le logis de ferme donton a fait une Rostellerie de la Cigogne, avec son rustique toit de chaume, coiffé de glaïeuls.Et entrons à droite dans les grandes galeries de la Tradition Populaire.Sous le porche normand, voici le fer à cheval, cloué en porte bonheur ; puis les mangeoires, les guirlandes de haricots secs, les gerbesd\u2019épis, les curieux instruments aratoires d'antan.Nous sommesen pleine Vie agricole.Voici la maison du paysan, sa chambre avec son lit à colonnes, ses rideaux, sa couchure, ses chaises, ses coffrets, ses boîtes.Voilà le vieux coffre à linge, le coffre de mariage et l'armoire normande, taillée de sculptures naïves en plein cœur de chène, la jolie armoire normande si joliment chantée par mon ami, le poéte Robert Campion.Elle est solidement montée, Sa ferrure est en fer forgé, Et de sa corbeille sculptée, Pas une rose n\u2019a bougé.Dans ses rosaces se marie L\u2019églantine aux fleurs da pommier , Et la tourterelle apparie, Son doux rêve de ramier, 108 LA REVUE DES DEUX FRANCES Et les battants entr\u2019ouverts montrent une lourde charge de linge fleurant la bonne lessive.La pièce voisine c\u2019est la cuisine, avec sa dégringolée de dinanderie reluisante, étalée aux murs, son pallier ou vaissellier chargé de « vieux Rouen », sa grande cheminée où s\u2019alignent les chandeliers de cuivre, l\u2019attirail des broches à rôtir, et le vieux fusil de chasse du maître, à côté des s\u2019armanachs prédisant les changements de Lemps, et les chaudrons, casseroles, écumoires, passoires, grils, tranchoires.Dans l\u2019âtre, la crémaillère où pend la marmite, et les landiers de fer; auplafond pend une couronne de chandelle « des six ».Devant le repas sur table le maître est assis; la maîtresse debout; pour lui, « atteint » la grosse miche de pain.Le tableau est naïf et parfait de vérité.À côté, la laiterie ; nulle écrémeuse patentée ; mais le pot de Perrette « bien posé sur son coussinet », les grands seaux, les terrines, les barattes primitives.Puis, toute la série des ustensiles pour fabriquer les bons fromages normands: Pont-l\u2019Evèque, Livarot, Neufchâtel, Camembert.Tout proche, sont les instruments de culture; je veux dire les vieux, démodés, d\u2019antan.Comme c\u2019est loin tout cela, par notre temps de faneuses et batteuses américaines! Et les anciennes mesures, en boissellerie, en vannerie ! Dans ce quartier, nous rencontrons pour la première fois, l\u2019écusson aux fleurs de lys, léopard, et feuilles d'érable, avec la devise « je me souviens » qui marque le Canada Français.Parmi les produits du sol normand, sont là les envois canadiens : beaux grains de blé du Manitoba, fruits en bocaux, conserves, produits de l\u2019élevage ; et encore, les riches collections des minéraux, phosphate fertilisant, minerais de fer, de nickel; argent et or du Klondyke.La Forêt est représentée par une hutte de charbonniers, couverte d\u2019ajonces ; le bois de construction, et le charbon, et les galoches et sabots de toutes formes les plus anciennes, avec la faune forestière.Là sont les échantillons des plus beaux bois canadiens.Mais il faut passer vite.Voici la vie urbaine.Dans des vitrines, les précieux objets de la vie domestique de jadis; vaisselle, bijoux normands, bonnets, dentelles EXPOSITION NORMANDE-CANADIENNE 109 de Honfleur, ivoires, costumes, résumés en curieux tableaux.Le premier un écot de veillée, l\u2019aïeul se chauffant au feu de l\u2019âtre, l\u2019enfant somnolant, le marin ravaudant son filet, la femme filant au rouet, tandis qu\u2019une voisine, par la porte entr\u2019ouverte, montre sa cape rouge.Ici, c\u2019est un baptême.Le cortège va partir de chez l\u2019accouchée, dans son lit à baldaquin.Voici assemblée sous les pommiers, prétexte aux costumes de tous les pays normands ; les habits à basque et les blaudes bleues et les chapeaux gris à poils, et les hauts bonnets les plus célèbres des cantons de Nor- mandie.La vie urbaine se termine par un intérieur d\u2019épicier- mercier, où le vieux marchand aune des étoffes anciennes du pays.Ces diverses reconstitutions ont été organisées, avec une minutie scrupuleuse de vérité locale, par des amateurs et fervents collectionneurs Honfleurais : M.Louveau, M.de Ville- d\u2019Avray, et le professeur de dessin M.Leclerc.Une idée peu banale : pour les objets du mobilier religieux rustique, une naive chapelle votive.\u2018L\u2019abbé Maurisset, curé doyen de Honfleur, y a groupé les plus précieuses pièces de Phagiographie normande ; objets du culte, chapes, bannières, souvenirs de pèlerinage, médailles, ex-votos, cierges, lutrin, bâtons de procession, draps mortuaires des anciennes confréries ; puis les reliquaires, les missels, les images découpées, une merveilleuse et riche collection très admirée des délicats.Une vitrine canadienne y expose des livres de piété, en lan- que des indiens montagnais, envoyés par M.Ernest Gagnon du gouvernement de Québec, et provenant des missions des R.-R.P.-P.Oblats du lac Saint-Jean.Nous arrivons enfin à la salle à succès : La Vie Maritime.Tout une flotte en miniature, la flotte de la Manche, frégates célèbres, bateaux illustres, représentés par leurs modèles précieux que M.Brodelet, l\u2019habile organisateur, a obtenu de l\u2019arsenal de Cherbourg.Les amateurs s\u2019y délectent devant des pièces uniques.Les constructeurs célèbres de Honfleur y ont leur place.À côté des vaisseaux de haut bord voici la flottille des bateaux de pêche, et aussi le fouillis des apparaux, filets 110 LA REVUE DES DEUX FRANCES pour la morue et pour la crevette, disposés avec un art infini aux parois d\u2019une salle qui donne l'illusion d\u2019un in'érieur de bateau.On y sent même le goudron; et une parisienne de Trouville m\u2019assura qu\u2019elle y venait, entre deux concerts de l\u2019orchestre, pour savourer l'illusion d\u2019un langage très esthétique.Ici est encore l\u2019écusson canadien.Faisant suite à la remarquable exposition de la pêche à Terre-Neuve, envoyée par M.Bellet de la Chambre de Commerce et-M.Louis Gautier, de l\u2019Ecole d\u2019Hydrographie de Fécamp, voisinant avec les filets aux bonnes senteurs marines, s\u2019accrochent les défro- \u201c ques romantiques du colon et du trappeur de l\u2019Ouest canadien.Alphonse Allais qui est de Honfleur, a exposé là un vieux corduroy élimé, rapporté du lac Ouinipeg, M.Soudan de Pier- refitte ses mocassins de la grande Prairie des carquois anciens, avec leurs flèches, le sculpteur canadien Philippe Hébert, un tomahawk, etc.Puis ce sont des canots d\u2019écorce et aussi des costumes du Carnaval de Glace, de Montréal, des raquettes a neige, des tobbogans, casse-tête, des calumets de corne, disposés en désordre pittoresque.A portée des visiteurs, sont sur une table, les collections de journaux français du Canada : Le Monde Illustré, la Revue des Deux Frances, le Samedi illustré, le Courrier de l'Ouest, la Patrie, l\u2019Evangeline, le Moniteur Acadien, le Canard, etc, jusqu\u2019à l\u2019ancienne Lanterne de M.Arthur Buies.Une idée de journaliste qui ressemble bien au commissaire de l\u2019Exposition Normande canadienne.J\u2019allais oublier d\u2019admirables pelleteries du Canada envoyées par les frères Révillon, les grands fourreurs parisiens et canadiens.Mais il faut finir.Nous sommes chez les photographes.Un coin avec l\u2019écusson : « Je me souviens » expose les vues de Québec et Montréal, des reproductions de vieilles gravures historiques.Mgr Laflamme, recteur de l\u2019Université de Québec à envoyé une photographie du Drapeau fleurdelysé de Carillon.La photographie canadienne se complète de vues de la procession des corporations à la dernière fête Saint-Jéan-Baptiste EXPOSITION NORMANDE-CANADIENNE 111 de Montréal, des scènes de la fête française du 14 juillet.Enfin, un clou pour Honfleur, les paysages et scènes de la \u201ccolonisation dans les territoires de l\u2019Ouest et du Nord, sur le lac Saint-Jean, au nouveau canton de Honfleur, créé par M.Adelard Turgeon, le sympathique ministre de la colonisation et des mines, lors de son pèlerinage patriotique de l\u2019an dernier à Honfleur.Est-ce tout?Non pas.Il y a le Salon Normand.Sept cents toiles et sculptures de maîtres peintres et statuaires \u2014 d\u2019origine ou de talent normand \u2014 et canadien, À l\u2019entrée, sous le porche, \u2014 le visiteur est salué par le buste en marbre de M.Laurier, et l\u2019écusson « Je me souviens! » Plus loin, du même statuaire Ja réduction du monument Champlain à Québec.Plus loin en- corè, voici le maître sculpteur canadien Philippe Hébert avec sa gracieuse statue « Fleur des Bois! » et l\u2019Indien.Mlle Fanny Plimsoll est également représentée par des (toiles pleines de fraicheur.C\u2019est le maître honfleurais Adolphe Marais le jeune peintre animalier qui a su grouper ce superbe Salon Normand, le grand succès de l\u2019Exposition avec la marine.Dans cet ensemble de choses délicates, précieuses, souvenirs du sentiment et de l\u2019art, le Canada, on le voit, a sa belle place.C\u2019est lui qui fut nommé le premier à la cérémonie religieuse d\u2019inauguration, dans l\u2019allocution si touchante du curé-doyen M.l\u2019abbé Maurisset.Les fates du Congrès auront, du reste, leur apogée et leur conclusion, dans la Semaine Canadienne, commençant le 3 septembre, avec le patronage d\u2019un comité tout à fait digne des deux Frances.Au programme qui n\u2019est pas définitivement arrêté figurent déjà l\u2019inauguration d\u2019une plaque à Champlain, avec discours d\u2019orateurs de marque parisiens et canadiens.On espère la présence de nos ministres Robidoux e' Archambault pour représenter les Français du Saint-Laurent.Le soir, au théâtre, première représentation d\u2019uue légende héroïque, L7 Nouvelle France, pièce d\u2019ombres animées, paroles et musique de Georges Fougerolles, chantée par l\u2019auteur.Pour cadre, une causerie de Jehan Soudan sur la Tradition françuise au Ca- 112 LA REVUE DES DEUX FRANCES nada, avec audition de poésies de Crémazie et Frechette, par Mile Marcilly et les chansons populaires du Canada d\u2019Ernest Gagnon.Cette soirée, vraiment canadienne, sera terminée par une représentation cinématographique des scènes et vues du nouveau Honfleur du lac Saint-Jean et du Manitoba.Le lendemain, M.Richard, l\u2019historien de l\u2019Acadie, donnera une lecture sur le pays d\u2019Evangéline.Nous nous ferons une joie de raconter ces jolies fètes de la tradition normande et canadienne.Jean-Baptiste Péribonca.oti Auld ang Syne de Robert BURNS L\u2019amilié nous rassemble, Le cœur ne peut se laire : Accourons à sa voiæ! Donnons-lui son content.Je retrouve, il me semble, Vidons un pelit verre Le bon temps d'autrefois.Aux jours que j'aime tant.Nos câûteguæ, les villges Volre main que je presse Ont vu nos jeux d\u2019enfants.Et ces propos charmants Que j'ai foule de plages Dissipent la tristesse Depuis ce bon vieux temps! Ainsi qu\u2019au bon vieux temps ! Les ruisseaux, quand j'y pense, Amis! comme naguère, Nous paraissaient bien grands, Aux jours de mon printemps, Puis, l'océan immense Buvons un pelit verre! Nous sépara longtemps.Vive le Lon vieux temps ! Benjamin Sulte. LA FLORIDE Une charmante légende allemande nous montre l\u2019hiver personnifié par « Jacques Frost », ou pour mieux dire « Jacques la gelée ».Au temps venu, nous dit-on, une légion de petits lutins accourent à ses ordres; sur le soir ils dessinent en givre sur les vitres, mille images des plus fantastiques et s\u2019en retournent en mordillant les oreilles et le nez des passants.Naturellement Jacques Frost fait la joie des enfants, de ces chers petits innocents, qui ne voient que le bon côté des choses; mais pour nous autres, pour ceux qui ont eu l\u2019expérience de la vie, que de misères et de tristesses nous apportent ces froides journées d'hiver, aussi cherchons-nous à fuir une température si peu hospitalière, pour trouver un climat plus doux, et comme la « Mignon » de Gounod nous voudrions trouver « un éternel printemps sous un ciel toujours bleu ».Et bien où pourrions-nous mieux le trouver que dans cette grande presqu\u2019ile américaine, sur cette terre enchantée que l\u2019on appelle : La Floride.Là ne trouvons-nous pas au milieu de bouquets d\u2019orangers, de superbes hôtels, d\u2019immenses forêts toujours vertes, entrecoupées de lacs et de rivières où abondent le gibier et les plus belles variétés de poissons.En un mot tout y attire ety séduit le touriste, dans cet Eden, où l\u2019on peut vivre sans effort et où pourtant le travail de l\u2019homme s\u2019y déploie avec une rare énergie.La Floride a été l\u2019objet de convoitises de plus d\u2019une nation.(1) Les notes et gravures que nous publions sur « La Floride » sont empruntées d\u2019un guide publi par le département des Passagers du chemin de fer « Plant System » et qui a pour titre « Florida, Cuba and Jamaica » par Frank Presbey.ier SEPTEMBRE {809 8 LA REVUE DES DEUX FRANCES dans la baie de Tampa, point de départ de ses malheureuses expéditions, L'Espagne, la France e Angleterre on 2 tour à tour posséd la Floride, en tou son entré dans | confédé- Colonisée dès un demi-siè- cle avant l\u2019arrivée des puritains à Plymouth et les commencements de la Virginie, elle reçut en 1512,comme premier visiteur européen, Ponce de Léon, cet éternel chercheur de la fontaine de Jouvence.En 1539, de Soto débarquait LA FLORIDE 115 l'est du Mississipi.On y remarque la rivière Saint-Jean le seul grand cours d\u2019eau des Etats-Unis qui coule vers le nord.Cette rivière a deux milles de largeur jusqu\u2019à 150 milles de son embouchure, et elle est navigable tant par elle-même que par ses tributaires sur un parcours de mille milles.Les Fleurs Il y a plus de lacs en Floride seule que dans tous les Etats du centre et de la Nouvelle-Angleterre.Ses moyens de communication par voie ferrée et par bateaux sont des plus étendus et se perfectionnent de jour en jour. 116 LA REVUE DES DEUX FRANCES C\u2019est le pays du soleil.Quand tout n\u2019est que neiges et froids autour d\u2019elle, la Floride offre le plus bel épanouissement de ses beautés printanières.Aussi de décembre à avril est-elle le rendez-vous de milliers de touristes fuyant le maussade hiver.La Floride est l\u2019Italie de l'Amérique.Sur ces deux Péninsules le ciel est toujours pur, la brise douce et embaumée. LA FLORIDE 117 Du reste, l'Italie et la Floride ont chacune un cachet caractéristique bien différent.Si l\u2019une est la terre du souvenir et des richesses artistiques, l\u2019autre offre au voyageur les beautés luxuriantes d\u2019une nature encore vierge et sauvage unis au confort de la civilisation moderne.À ce dernier point de vue, pas une hôtellerie d'Italie ne peut se comparer pour le luxe et le confort avec les hôtels princiers de la baie de Tampa.De plus, le panorama de la Baie de Naples n\u2019a rien de supérieur à celui que l\u2019on peut admirer de l\u2019hôtel « Belleview ».Les Américains n\u2019ont guère connu la Floride avant la guerre 118 LA REVUE DES DEUX FRANCES de sécession.On s\u2019en faisait autrefois l\u2019idée d\u2019un pays inhabitable pour d'autre que le sauvage, infesté d\u2019alligators, un foyer de fièvres, etc.La Floride devait être découverte une seconde fois et elle l\u2019a été.On connaît aujourd\u2019hui les charmes incomparables de cette terre enchanteresse grâce à M.H, B.Plant dont le génie persévérant et le tact financier ont ouvert au progrès agricole et industriel ce pays jusque-là désert et redouté, M.Plant est l\u2019esprit dirigeant de l\u2019immense commerce de transport par terre et par eau que possède la Floride.Quelle œuvre admirable que celle de ce citoyen dotant sa patrie d\u2019un de ses plus beaux Etats, découvrant aux regards de ses compatriotes les richesses inconnues d\u2019une solitude au- jourd\u2019hui remplie d\u2019habitants et de villes prospères ! Quoi de plus naturel que l\u2019émigration des gens du Nord vers ce paradis qui offre des conditions d\u2019existence plus favorables et où le même travail qui vous fera vivre conduit ici à l\u2019aisance et à la fortune! Une grande partie de la Floride est encore inoccupée et des milliers d\u2019âcres de son sol fertile attendentles cœurs vaillants, les travailleurs intelligents, les bras vigoureux, pour prodiguer leurs trésors inépuisables.Le règne animal et végétal, est en Floride d\u2019une richesse e: d\u2019une abondance exceptionnelles.On y trouve une variété innombrable d\u2019oiseaux : aigles, pélicans, hérons, canards, oiseaux de tout plumage et de tout chant; arbres, arbustes et fleurs de toute description.Ç Lorsque sous d\u2019autres cieux se déchaînent les tempêtes de mars, ici règne déjà l'été avec toutes ses délices.Les fraises sont mûres, les violettes s\u2019entr\u2019ouvrent, le palmier déploie sa verdoyante couronne, l\u2019odeur des jasmins embaume l\u2019air et les fleurs marient leurs nuances au vert gazon.C\u2019est une succession de frais bocages et de jardins en fleur où se jouent les brises embaumées du golfe.Plusieurs sources d\u2019eau minérale y possèdent des vertus justement appréciées.Les essences forestières y sont nombreuses et excellentes : le chène, le pin, le cèdre, le cyprès, le magnolia atteignent des 119 sx Sy ea â w= QUES mr A 25 rt Ao 2s A a te x 2 Non Ae, i) ED i a = \u201c+ die! La Ne Fig TE xy ih >.# nN -% oe \u20ac 3 ge A } a A Pr Le = 4, vi: > - Br?ge, Se % & \u201chig, or 7 + y A Ie & + & x ~~ 120 LA REVUE DES DEUX FRANCES dimensions considérables et fournissent du bois de première qualité.Sur la côte Ouest de la Floride le climat est plus doux que sur la côte Est, exposée aux vents humides de l\u2019Atlantique.Il gèle parfois à l\u2019extrémité nord, mais ailleurs la gelée est in- Sous-bois en Floride connue et au sud de Tampa la température ne varie guère de plus de dix degrés.Plusieurs chemins mènent à la Floride.Jacksonville est presqu\u2019à égale distance de New-York et de Chicago.Le touriste venant de l\u2019ouest peut rejoindre le « Plant System » à LA FLORIDE 121 Montgomery, Ala., Albauy, Ga., Tifton, Ga., Savannah, Ga., ou a Jacksonville.Du centre des Etats-Unis ou de la Nouvelle Angleterre, le voyageur partant de New- York, de Phi- ladelphie ou de prend le « Flo- + poux JEN ~~ i rida Special» RB du« Systeme Plant » qui courtde New- York : a Tampa.Ce convoi présente tout le confort d\u2019un hôtel de premier ordre : chars Pullman dortoirs, réfectoires, bibliothèques.Sur son parcours est la ville historique de Richmond, Etat de Virginie, très intéressante à visiter, 122 LA REVUE DES DEUX FRANCES Le réseau de chemins de fer Plant a son terminus nord à Charleston, Caroline du Sud, ville au cachet antique et rempli des souvenirs chevaleresques des premiers temps de la colo- Ua port de la Floride nie.Les murs de ces vieilles résidences se cachent sous les rosiers et les vignes et cette fraîche toilette efface les ruines du temps.Charleston est située sur le bord de la mer, entre les embouchures des rivières Cooper et Ashley.On remarque ~\u2014 Fes A ; Le lort Sumler (Charlesion) dans le port son brise-lames et les forts historiques Moultrie et Sumter.Des rues ombragées de grands chénes, de superbes jardins donnent à la ville un aspect d\u2019ensemble charmant.Ilfaut voir aussi près de la ville les célèbres jardins aux magnolias.Savannah, comme Charleston, remonte aux premiers temps de la colonie américaine et conserve l\u2019empreinte du passé. LA FLORIDE 123 C\u2019est le principal port de l'Atlantique Sud aux Etats-Unis.Rien de plus agréable que quelques heures de flanerie dans ses rues hordées de chênes et sur ses boulevards pavés en co- Promenade en face de la mer quillages.Sortons de la ville et allons visiter les plages célèbres de la Falaise Blanche, du Cap au Tonnerre, de l\u2019Isle de Récolte des oranges l\u2019Espoir.Noublions pas la « Ville des Morts », ce cimetière à l'aspect unique, orné par la nature comme il convient à la terre du dernier repos.Une sorte de mousse grise, très abon- 124 LA REVUE DES DEUX FRANCES dante à cet endroit, y recouvre partout le sol, évoquant par contraste avec la luxuriante verdure des bosquets, l\u2019idée de la cendre et poussière que nous sommes.C\u2019est à Savannah que John Wesley, fondateur de la secte des Méthodistes, officia pour la première fois en qualité de directeur spirituel d\u2019une congrégation de fidèles.Le monument le plus historique de cette ville est sa salle de théâtre, la plus ancienne des Ftats- Unis, construite en 1818 avec de la brique importée d\u2019Angleterre.À noter aussi le musée artistique de Telfair, un des plus beaux des Etats-Unis.Au point de vue de l'importance commerciale, Savannah vient après la Nouvelle-Orléans.Elle fait d\u2019énormes exporta- Les Cotonniers tions de coton, de térébenthine, de résine et de goudron, de fruits et de léjumes.En une seule saison, cinq compagnies de steamers océaniques ont exporté de cette ville pour plus de trois millions de piastres de melons et plus de six millions de piastres de légumes.« L\u2019Ozéan Steamship Company » (dont le nom populaire est la « Savannah Line » possède tout une flotte de vaisseaux qui font le service de Savannah à New-York.La reine de cette flotte est « La Grande Duchesse » un navire de 404 pieds de quille par 47 pieds de largeur, deux hélices avec une machine de 7,000 chevaux vapeur.« La Grande Duchesse » est superbement aménagée, très rapide et peut accommoder 300 passagers de première et 400 de seconde. LA FLORIDE 125 A mi-chemin entre Savannah et Jacksonville se trouve Way- cross, jolie petite ville, où convergent trois des grandes artères du réseau Plant.C\u2019est là qu\u2019à la fin du dernier siècle, le général Oglethorpe, alors gouverneur de la colonie de Geor- gie, avait ses quartiers généraux.Aujourd\u2019hui les touristes y vont en foule jouir d\u2019un climat délicieux et respirer l\u2019air pur de ses plages admirables.Sur la route des voyageurs venant de l\u2019ouest se trouve Touristes mangeant des oranges Montgomery, capitale de l\u2019Alabama, qui fut aussi quelque temps la capitale des Etats confédérés.Ils\u2019y fait un grand commerce de coton.Ses habitants ont les mœurs caractéristiques des populations du sud.Puis nous trouvons Thomasville,un sanatorium de grande réputation etque l'ona surnommé la « Cité-jardin du sud ».Cavaliers et bicyclistes s\u2019en donnent à cœur joie sur ses nombreuses routes entretenues comme des terrains de course.Les émanations balsamiques des immenses forêts.au milieu desquelles est située Thomasville donnent sans doute à l'air de cette région ses propriétés curatives et vivifiantes si recherchées.L'endroit est d\u2019ailleurs très joli et fort gai, pourvu d\u2019églises, d\u2019écoles, 126 LA REVUE DES DEUX FRANCES d\u2019excellents hotels, de lumière électrique, d\u2019aqueducs et même d\u2019une salle de concert-opéra.On peut faire aux environs de fructueuses excursions de chasse.Le County Club y possède ua vaste terrain où l\u2019on pratique le jeu de golf, le tir aux pigeons, etc.Après avoir vu Albany, Georgie, qui est le point de raccordement d\u2019un grand nombre de chemins de fer avec le « Plant System », on atteint Waycross, où par la voie principale de Montgomery on rejoint le réseau central de Savannah à Jacksonville, on peut dire que l\u2019on vient de traverser, de parcourir un véritable paradis car tout n\u2019est que déliees dans cette terre de prédilection, appelée « La Floride ».PARISIANA LE FLEUVE ENDORMI Le fleuve nonchalant roule ses flots de lave ; sous le ciel empourpré de brûlante clarté chaque pli de l\u2019eau vive est un sillon jeté comme une fonte rouge où la limaille bave.Calme plat.\u2014 Loin, très loin, une mouvante épave, Point noir silhouetté par le couchant d'élé, esquisse ses contours au bord déchiqueté que l'eau, d'un clapotis constant, effrite et lave.De mornes peupliers dans le soir effacés.Des chênes aux rameaux nombreux, entrelacés, dessinent leurs reflets mobiles sur l'eau triste, Et là bas, les clochers où sonne l\u2019Angelus se bleuissent, dressant des spectres d\u2019améthyste, veilleurs de désespoir pour nos rêves perdus.Louis Merlet RSS | HUE L\u2019honorable M.J.-E.Robi- doux, Ministre-Secrétaire de NHL la province de Québec, et Fe yg Mme Robidoux, ainsi que Frontispice de Raoul Barré.l\u2019honorable M.Horace Ar- chambault, Ministre-Procu- reur-Général de la province de Québec, et Mme Archambault, sont repartis pour le Canada.Ils ont reçu, à Paris, les plus grandes marques de sympathie et d\u2019estime tant de la part du gouvernement français que d\u2019une foule de personnalités très distinguées.A Londres, ils ont, dans le procès Demers, soutenu les intérêts de la province de Québec ; et, à Paris, leur présence et leurs paroles auront un effet heureux, en vue de la prochaine exposition, Sont partis au Canada : Le docteur Bédard, de Québec et le docteur L.Lupien et Mme Lupien.Viennent d\u2019arriver à Paris : le docteur Aristide Blais, de Québec, et le docteur Théo.A.Lemieux, de Lawrence.» Le docteur Eugène Lacerte est parti passer dix jours de vacances en Suisse.Le docteur C.H.David, de Bridgeport, suit les cours du 128 LA REVUE DES DEUX FRANCES professeur Castex sur les maladies de la gorge, du nez et des des oreilles.oe Canadiens et Américains inscrits aux bureaux de la Revue des Deux Frances, en août : Le docteur Eugène Lacerte, Lévis; 3, rue Casimir Dela~ vigne.M.J.Smith, New-York ; Hôtel Moderne.Mme J.Smith, New-York; Hôtel Moderne.M.Thos.Bask, Chicago ; Grand Hôtel.M.E.A.Kenning ; Philadelphie ; Grand Hôtel.M.Chas.W.Buckham, Burlington ; Hôtel Foyot.M.J.M.Morena, Mexico; Hôtel de Paris.Mme J.M.Morena, Mexico; Hôtel de Paris.M.J.Sullivan, Toronto : Hôtel d\u2019Angleterre.M.À.Sullivan, Toronto; Hôtel d\u2019Angleterre.Le docteur Aristide Blois, Québec ; 7, rue Casimir Delavigne.Le docteur Théo.A.Lemieux, Lawrence ; 3, rue Casimir- Delavigne.M.Pierre Beullac, Montréal.LS .Le docteur Edouard Plamondon, chef de clinique du professeur Labadie, remplace actuellement le célèbre oculiste, parti en vacances.Certains de nos confrères canadiens sont excessifs dans leur parti-pris contre le pauvre capitaine Dreyfus, dont tout fait supposer l'innocence, malgré l\u2019absurde jugement rendu à Rennes.Un journal de Montréal voit la France s\u2019en allant en ruines! Est-ce parce qu\u2019elle est gouvernée par de sages et honnèles républicains comme MM.Loubet, Waldeck-Rousseau, Monis, Leygues, Jean Dupuy, Millerand, Baudin, etc.?Si l\u2019état-major français a commis des fautes très graves, est-ce la faute des artisans de lumière qui ont découvert les faux et les mensonges que l\u2019on sait ? CHRONIQUE DES DEUX FRANGES 129 Et, dire que Dreyfus est coupable, parce qu\u2019il est juif, c\u2019est venir affirmer une bien grosse bêtise ; c\u2019est ne pas se souvenir des paroles divines : « Tous les hommes sont frères », paroles qui semblent être bien oubliées par les chrétiens anti- sémiles.La France qui a fait la révolution de 89, peut lever les épaules et se contenter de sourire si, par hasard, elle s\u2019amuse à lire dans un journal canadien des appréciations comme celles que nous y lisions récemment.Avec M, Hervé de Kérohont, directeur du grand journal catholique et royaliste, Le Soleil, nous dirons : qu\u2019 « il faudrait être un mauvais Français pour ne pas souhaiter ardemment la fin de cette sorte de guerre civile qui nous divise depuis bientôt deux ans et dans laquelle les partisans et les adversaires de la revision du procès Dreyfus, ou plutôt ceux qui veulent l\u2019acquittement d\u2019un innocent et ceux qui veulent sa condamnation, apportent autant de passion et d\u2019acharnement que les papistes et les huguenots dans les guerres de religion du xvre siècle.» Le docteur Arthur Bernier, qui s\u2019en retourne à Montréal, après un séjour de près de deux ans à Paris, a suivi les cours du professeur Comby sur les maladies des enfants.Mais il a étudié d\u2019une façon plus spéciale les maladies internes sous la direction des éminents professeurs Potain, de l\u2019Institut, et Roux, le successeur de Pasteur.Le docteur Bernier a étudié si laborieusement à Paris, que ses succès à venir sont certains.Nous croyons de notre devoir de le recommander à nos compatriotes de Montréal, d\u2019une manière toute particulière.Et, à lui-même, nous offrons nos souhaits les meilleurs.R.B.ie SEPTEMBRE 1899 y LA POÉSIE MODERNE Le nombre des poètes est aujourd\u2019hui fort grand et les genres de poésies sont devenus très nombreux.Notre intention n\u2019est donc pas d\u2019examiner dans leur ensemble tous les poètes et toutes les poésies.Cette étude d\u2019ailleurs ne serait pas neuve, sans compter qu\u2019elle demanderait un travail beaucoup plus considérable que celui que nous nous sommes proposé.Et puis, pourrions-nous faire autrement que de décerner à la grande poésie, celle dont se sont tour à tour servi Racine, Corneille, Victor Hugo, Leconte de Lisle, Baudelaire, Théophile Gautier, des louanges admiratives ?Pourrions-nous ne pas reconnaître que M.J.M.de Heredia est, de nos jours, le poète le plus pur écrivant dans le style le plus poli?Pour nous, nous croyons qu\u2019une étude n\u2019est intéressante que par la critique, que parce qu\u2019elle discerne le bon et le mauvais, rien ne nous semble plus fastidieux que la louange ou la désapprobation éternelle.Pour cette même raison, nous nous dispenserons encore de parler de la « poésie de salun », qui n\u2019est qu\u2019un divertissement mondain, et, espérons-le, sans prétention, et aussi de la poésie dite-impressionniste, décadente, verlainienne ou mallarméenne, dont la fabrique principale se trouve rue de l\u2019Echaudé-Saint- Germain, au Mercure de France.Il nous a toujours paru que la conformation d\u2019esprit de ces derniers « poètes » devait être particulière et que la façon dont ils comprennent les mots n\u2019était pas la nôtre.Avouons donc \u2014 oh très humblement \u2014 que si nous ne parlons pas d\u2019eux, c\u2019est parce que nous ne les comprenons pas et qu\u2019ainsi nous ne voulons pas les juger. LA POÉSIE MODERNE 131 La poésie dont nous voulons parler n\u2019a pas de nom ; élle n\u2019a pas de chef, car elle n\u2019est pas une école ; elle s\u2019exprime assez nettement, mais ne se comprend pas.Elle est née d\u2019hier, elle en est donc encore à sa prime-enfance et n\u2019a pas devant elle un avenir brillant.Elle mourra demain, comme elle est née par le caprice d\u2019une mode.En grande enfant et en enfant terrible, elle parle de tout : elle gronde la vie,elle appelle la mort, elle loue le soleil, la lune, les étoiles, elle fait risette au ciel bleu et montre aux nuages de grands yeux courroucés ; elle roucoule le printemps, et les amours aériennes des oiseaux ; elle module l\u2019été et ses farnientes lascifs; elle murmure l\u2019automne et les fleurs, les pavots et les anémones ; elle chante l\u2019hiver, le givre, la neige, le froid, les réceptions mondaines et les flirts commencés au coin du foyer bourgeois.Puis elle gambade dans les plate-bandes fleuries du jardin de Vénus, elle pleure un Adonis ou réclame une Hélène, ou bien, bouche contre bouche, elle souffle des « je t'aime » enamourés et palpite en narrant des voluptés qui lui sont inconnues ; elle ne connaî! rien, elle parle beaucoup mais ne dit rien.Cette poésie-là, elle affecte la forme du sonnet; mais les sonnets qu\u2019elle forme ne sont pas des sonnets ; ce sont quatorze vers alignés.On la rencontre partout, partout on lui donne hospitalité et les bonnes gens lui témoignent un respect infini, le respect aux choses inutiles qui paraissent difficiles et qui exigent de l\u2019instruction.Et le poète jouit des mêmes prérogatives.Elle serait curieuse la psychologie du faiseur de sonnets.Molière l\u2019avait toute en un siècle où la préciosité déjà faisait loi; il nous avait dépeint un Oronte fat et incapable ; seulement, par une surprise assez explicable, le sonnet qu\u2019il lui mit dans la bouche et dont il fit faire une critique rigoureuse par Alceste, n\u2019était pas ridicule et ne nous paraît point mauvais.La forme en est un peu contournée mais les fleurs de rhétorique en sont exclues et les deux derniers vers en sont fort beaux, par l\u2019idée et aussi par eux-mêmes : Belle Philis, on désespère Alors qu\u2019on espère toujours, 132 LA REVUE DES DEUX FRANÉES Sans doute, aujourd\u2019hui encore on pourrait décréter de fatuité et d'incapacité le rimailleur éternel des lieux-communs, de l\u2019amour des astres ; mais il est permis de se demander pourquoi l'incapacité va l\u2019enfermer dans les vers, alors que la prose est manifestement plus facile à écrire.Pourquoi?La raison certes en est simple.Il est admis en effet que les lieux communs sont du domaine de la poésie ; il est admis aussi que les yeux bleus, les bouches roses, les cheveux blonds, les profils grecs, les mains diaphanes, les seins pommelés, les cœurs transpercés, les teints nacrés, les charmes captivants, les cieux d\u2019azur, les étoiles brillantes, le char de la lune, les nuages multiformes, la neige floconneuse et son blanc linceul, les bourgeons naissants, les bois mélancoliques, les épis vermeils, l\u2019espace infini, l\u2019horizon poudreux, la mer grandiose, les oiseaux gazouilleurs, les poissons argentés, en un mot l\u2019amour et la nature sont des Jieux communs d\u2019autant plus faciles à interpréter et à chanter qu\u2019ils sont plus nombreux; ils ont de plus cet avantage qu\u2019ils sont à la portée de tous et que chacun peut se laisser envahir par leur charme.Alors quel besoin d\u2019aller chercher plus loin des idées, lorsque deux mines sont là qui se laissent exploiter sans jamais se tarir?Et alors quoi de plus facile que d\u2019envelopper ces matériaux, dans les alexandrins, dont la seule difficulté, la rime, n\u2019existe même plus aujourd\u2019hui ?La prosodie française de M.Guicherat indique la place des césures, et le dictionnaire de M.Sommes indique à coup sûr les rimes propres, voire même impropres.Et l\u2019on peut ainsi se donner, sans grande difficulté, la satisfaction de « faire des vers ».Cette manière de procéder rend impossible de nos jours la célèbre épigramme de Boileau : Il se tue à rimer, que n\u2019écrit- il en prose ! car il est devenu plus facile d\u2019écrire en vers qu\u2019en prose.Encore si les poètes avaient la modestie de composer pour eux seuls, de garder par devers eux leurs\u2019 œuvres complètes, l\u2019idée ne nous viendrait pas certes de prolester contre ce genre de littérature ; mais loin de se retrancher derrière cette modestie socratique, ils encombrent revues, journaux, gazettes, périodiques et quotidiens, se tiennent à afficher à la devanture, des libraires le vide de leurs cer- LA TOÉSIE MODERNE 133 veaux, la nullité de leurs pensées et la médiocrité de leur style ; ils font entrer Ja poésie dans une voie, d\u2019où elle ne sortira pas entière ; elle y a perdu déjà sa vogue et peut-être un peu de son charme ; dès longtemps, en effet, on ne lit plus les poë- sies faites dans ce goût et l\u2019on affecte aussi de mépriser la bonne poésie, proche est le jour où les grands poètes seront dessaissis et où ils se lèveront pour demander à leurs successeurs ce qu\u2019ils ont fait du patrimoine qu\u2019ils leur avaient légué, et paraphrasant Boileau, répandront sur eux l\u2019anathème et les malédictions : « Maudits soient les derniers qui, dans les bornes d\u2019un vers, enfermèrent leurs pensées! » Jacques de Nouvion.CSE\u201d Tombées d\u2019or A Mademoiselle, M.T.de la GIRENNERIE Il est des jours d'automne où le soleil tout blème, Ose à peine percer le ciel grisätre encor.La tristesse jamais n\u2019eut de plus sombre emblême.Du haut des arbres gris tombent les feuilles d\u2019or.Dans ce calme si doux, la feuille qui se sème Accomplissant ainsi les durs arrêts du sort Est une ample moisson qui se fait elle-même Sans troubler la torpeur où le monde s\u2019endort.De mème dans la vie on rencontre des ames, Nouvelles feuilles d\u2019or, que les destins infâmes Arrachent brusquement de l'arbre du bonheur.Pour ne pas attrister par leur mine tragique, L'égoïsme du monde, elles ont, héroïques, Le sourire à la lèvre, et la douleur au cœur !.\u2026 Château de Vaux Georges Grappe. Le monde spirite de Paris vient d\u2019être mis en révolution par les déclarations de M.Camille Flammarion au sujet de la médiuminité.\\ : Le savant astronome avait Frontispice de Raoul Barré cru depuis très longtemps être le représentant de Galilée sur la terre, il croyait bien sincèrement à la véracité des communications, confidentielles c\u2019est le cas de le dire, que ce grand esprit daignait lui faire ; en un mot il croyait fermement à la possibilité de communiquer avec l\u2019âme des morts au moyen des tables ou autres instruments.Après avoir soumis les communications d\u2019outre-monde dont il était l\u2019objet à un examen sérieux, M.Flammarion en est arrivé à conclure que l\u2019âme humaine serait une substance spirituelle douée d\u2019une force psychique, pouvant agir en dehors des limites assignées par le corps ; mais qu\u2019il ne faut voir autre chose dans les manifestations spirites que le reflet immédiat ou éloigné, précis ou vague de nos sentiments ou de nos pensées.Par conséquent, le spirite qui pose à la table impressionnée sans son action nerveuse des questions sur des sujets qui l\u2019intéressent et occupenten ce moment (out son esprit,répond lui-même inconsciemment à ses propres questions : c\u2019est un dialogue intime, et c\u2019est pour cela que le questionneur n\u2019obtient jamais de réponses satisfaisantes sur un sujet dont il n'a jamais entendu parler.ROSE VE SICILE ERA ÉCHOS DE PARIS 135 Quelle créance ajouter maintenant aux livres du grand apôtre du spiritisme Allan Kardec.Ces livres qu\u2019il écrivait sous la soi disant dictée des esprits supérieurs disparus de ce monde comme ceux de Saint-Louis, Jeanne d\u2019Arc et même Jésus-Christ, ne seraient-ils que son travail personnel, le travail de son simple esprit subitement atteint de folie ; ou bien, doué d\u2019une intelligence supérieure, ayant perçu nettement jusqu\u2019où va la simplicité humaine, se serait-il épris tout à coup d\u2019un esprit de mystification et amusé de la crédulité des foules?.Je n\u2019entreprendrai pas de soutenir que le contenu de ses livres n\u2019est que mensonge en appuyant ma conviction sur ce que J'entends dire tous les jours « les morts ne reviennent pas ».De même je ne viendrai pas non plus soutenir que c\u2019est une chose possible parce qu\u2019il n\u2019existe aucun peuple soit barbare, soit civilisé, dont les annales ne rapportent et n\u2019affirment des apparitions.Il est bon de reconnaître cependant que cette opinion qui règne dans l'univers entier n\u2019a pu devenir universelle et admissible que par la constatation de faits que l\u2019expérience seule a pu rendre croyables.C\u2019est dommage vraiment que M.Flammarion soit venu jeter le trouble, peut-être détruire cette illusion.C'était si simple de prier un médium, telle une demoiselle du téléphone, de vous mettre en communicationavec l\u2019âme de Jean Pierre ou de Jean Paul.On ne sait jamais où le progrès peut conduire, aussi je reste rêveur en songeant que nous aurions pu voir un jour le veuf demander à l\u2019esprit de sa femme défunte la permission de se remarier, l\u2019assassin implorer d\u2019un pied de table le pardon de sa victime et le bourreau devenu rentier recevoir les félicitations de ses clients forcément anciens.En interrogeant comme il convenait l'esprit de M.Chesnelong mort ce mois-ci, quelles réponses n\u2019eût-on pas obtenu au su- Jet du Comte de Chambord ?Qui sait si l\u2019esprit de lexilé de Frohsdorff en voyant tout à coup devant lui l\u2019ex-délégué du Comité des Neufs, ne s\u2019est pas 136 LA REVUE DES DEUX FRANCES mis à sourire amicalement à celui qui fut M.Chesnelong au souvenir de son ancienne ambassade à Salzbourg en 1873 au sujet du drapeau blanc.Le parti catholique qui poursuivait à ce moment avec passion la restauration de la monarchie, n\u2019était pas du tout disposé à s\u2019embarrasser de la question sentimentale du drapeau.Pour réussir, il faisait bon marché des fleurs de lis ; il est vrai que le Pape Pie IX avait dit au Comte de Chambord: « C\u2019est avec le drapeau tricolore que les Français m\u2019ont rétabli à Rome.Vous voyez qu\u2019avec ce drapeau on peut faire de bonnes choses ».N\u2019empêche que le Comte de Chambord resta inflexible devant l\u2019éloquence attendrie, le verbiage abondant de M.Chesne- long qui s\u2019évertuait par tous les moyens à le convaincre il resta courtois, poli, gracieux mais imperturbable, laissant à peine paraître ses impressions sur son visage grave d\u2019homme résolu à ne point céder.L\u2019honorable M.Chesnelong ne perdit pas courage pour cela, et à bout d\u2019arguments, sa faconde épuisée, il inventa dernier espoir la solution du drapeau mixte.La branche aînée et la branche cadette avaient fusionné.Pourquoi les deux drapeaux ne fusionneraient-ils pas ?Pour une idée c\u2019en était une que celle d\u2019avoir imaginé un drapeau qui serait blanc sur la première de ses faces, tricolore sur l\u2019autre avec les armes de France au centre des deux.M.Chesnelong, à son grand étonnement, n\u2019obtinl pas l\u2019acquiescement qu\u2019il attendait : « Je remarquai, écrit-il, sur la figure de Monseigneur une expression visible de mécontentement » elle comte de Chambord l\u2019ayant interrompu doucement lui avait dit d\u2019une voix ferme : « Je n\u2019accepterai jamais le drapeau tricolore ».« Monseigneur, avait repliqué M.Chesnelong avec une émotion respectueuse, permettra que je n\u2019aie pas entendu cette parole.J'oublie donc le mot que Monseigneur vient de me dire.» Grâce à cette restriction, l\u2019habile homme qu\u2019était M.Chesne- long, put revenir à Paris sa conscience tranquille, car il put ne pas mentir tout en ne disant pas la vérité. ÉCHOS DE PARIS 137 Mais de l\u2019avis de tous la question du drapeau était bien em- bétante, aussi le mot d\u2019ordre accepté unanimement par les partisans de la branche cadette ou d\u2019Orléans, était : « Allons de l\u2019Avant !.Proclamons la monarchie.Pour le drapeau on verra après !.» Mais les légitimistes, et le Comte de Chambord ne l\u2019entendaient pas ainsi.Henri V voulait voir avant et non pas aprés.Pour faire cesser l\u2019équivoque il signifia à l\u2019Assemblée nationale qu\u2019il ne rentrerait en France qu\u2019avec le drapeau blanc, renouvelant en cela ce qu\u2019il avait déjà dit le 5 juillet 1871 : « Dans les plis glorieux de cet étendard sans tache, je vous apporterai l\u2019Ordre de la Liberté.Français.Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d\u2019Henri IV.» C\u2019était net, précis, et cependant des hommes avaient encore espéré qu\u2019un changement pourrait se faire.M.Chesnelong, était du nombre etcomme beaucoup il a échoué dans sa tentative, même avec un drapeau mixte ! Il est vrai qué l\u2019idée n\u2019était pas très heureuse, et je ne vois pas sans sourire ce drapeau figurer au milieu des troupes, dans une revue comme celle du 14 juillet dernier par exemple et qui était splendide.Comme toujours toutes les troupes ont défilé avec un ensemble parfait, et ma fois les vivats poussés sur leur passage étaient bien mérités, ainsi que l\u2019enthousiasme et la curiosité dont les Parisiens ont fait preuve à l\u2019égard des tirailleurs sénégalais, car on pouvait dire d\u2019eux en les voyant passer avec le commandant Marchand que c\u2019était de braves et beaux hommes conduits par un héros.Baron Louis Girardot.GED Le Nouveau Larousse illustré vient de lerminer sa treizième série.Il serait vraiment difficile de concevoir un ensemble plus brillant, un travail plus consciencieux que cette magnifique brochure.Nous y retrouvons les quatre superbes planches en couleurs des Costumes et celle des Couronnes qui avaienta leur apparition en fascicules provoqué partout Lne si vive 138 LA REVUE DES DEUX FRANCES admiration parla perfection de leur exécution, la richesse de leur coloris, la précision de leur documentation.La série tout entière est illustrée avec une profusion extraordinaire : il y a près de 1500 gravures, 20 tableaux synthétiques et 17 cartes parmi lesquelles nous mentionnérons surtout les belles cartes en couleurs des Courants.Le texte n'est pas moins digne d\u2019è- loges et il y aurait à citer quantité d'articles de grande valeur ; notons entre autres les mots Copernic, Coran, Corde, Corneille, Corporation, Corps, Cosmogonie, Couleur, Cour, Course, Victor Cousin, Crâne, Credit, Cri, Crime, Critique, Croisade, etc.Pour dire d\u2019un mot notre impression, nous n\u2019aurions pas de meilleur conseil à donner aux personnes qui n\u2019ont pas encore souscrit au Nouveau Larousse illustré que de jeter un coup d\u2019œil sur cette nouvelle série; nous sommes convaineus qu\u2019elles en ressentiraient le désir de posséder ce précieux dictionnaire.(La serie 5 francs chez tous les libraires).LA VALSE Laisse-moi te chanter, valse très langoureuse, Qui lance vers les cieux notre âme aventureuse; O rythme de l\u2019amour! Satan ou Cupidon, Dans un instant fatal de haine ou d'abandon A dû te mettre au jour: valse très langoureuse ! Lorsque de doux accords \u2014enivrements des sens \u2014 Se répandant partout comme un parfum d\u2019encens, Charment nos cœurs humains de musique divine, Si dans la femme chaste un émoi se devine Nous te bénissons tous: enivrements des sens ! O valse ! épands en nous tes ivresses étranges, Danse de volupté, des démons ou des anges, Et quand-par la saveur des désirs inconnus, Frémissants, affolés nous serons devenus, \u2019 Tu nous feras mourir en ivresses étranges.Montreal.E.Z.Massicotte. Sur le sens et la prononciation du mot fleur-de-lis Les Grecs et les Romains appelaient emblematatout ouvrage artistique fait avec des pièces de rapport incrustées dans une surface.Ils auraient attribué ce nom à nos mosaïques et à la tabletterie moderne s\u2019ils avaient été nos contemporains.Pour exécuter ces travaux ingénieux, l'artiste demandait la ligne, non au crayon maisau ciseau, et cherchait dans la couleur naturelle des pièces qu\u2019il assemblait l'harmonie des teintes de ses décors fantaisistes ou l\u2019aspect vrai des objets reproduits d\u2019après nature.Ses procédés étaient ceux d\u2019aujourd\u2019hui.De cette peinture faite au ciseau, il passait aux emblemata en relief, et d\u2019autant plus facilement qu\u2019on avait l\u2019habitude soit de peindre les statues, ou bien, à l\u2019instar en quelque sorte des travaux d'assemblage, de les former de marbres ou de métaux de diverses couleurs.C\u2019est ainsi que sur les vases on posait des reliefs mobiles, appelés tessellae exemptiles \u2014 qu\u2019on pouvait ôter à loisir.Verres força les Siciliens à lui apporter leurs vases exemp- tiles, dont il fit arracher ce décor pour en accroître ses rapines.Les Romains qualifiaient différemment ce genre de travail.Ils l\u2019appelaient vermiculé (arabesques) quand il servait à orner les voûtes de leurs chambres, tessellé lorsqu\u2019il formait le plancher, segmenté quand il remplaçaitle lambrissage.Leur esprit était si bien familiarisé avec ce nouveau genre de peinture qu\u2019ils en transportaient les procédés austyle.Maint passage du Brutus et de l\u2019Orateur de Cicéron par exem- 140 LA REVUE DES DEUX FRANCES ple en font foi.Dans un passage, Lucilius dit des discours de Marius Calidius : « Tu ne trouveras pas un mot qui ne soit « posé à sa place et qui ne figure dans la phrase comme une « pièce de tabletterie ».Théophile Gautier a donc eu des précurseurs.Chez les Grecs et les Latins nous rencontrons très rarement l\u2019expression emblema, ouvrage incrusté, avec le sens spécial que nous y attachons.Ils connaissaient cependant les figures de style appelées métaphore et allégorie ainsi que les genres de poésie qui en résultent; la parabole et la fable.Mais leurs œuvres d'art s\u2019adressaient plutôt aux sens qu\u2019à l\u2019esprit.L'action maîtresse animait tous les détails dé leurs compositions et n\u2019en faisait qu\u2019un geste organisé.Des organes en mouvement : pas de regard.Les yeux étaient pierre comme le reste, deux globes unis émergeant de leurs cavités.Il fallait que l\u2019influence du Christianisme vint aider au développement des facultés psychiques, en faisant naître l\u2019habitude de la pensée religieuse, la préoccupation de Dieu, de l\u2019âme et des choses invisibles de la foi, pour qu\u2019on en arrivât à se servir de l\u2019emblema pour donner corps à un sens moral ou religieux.Dorénavant, grâce à cet esprit nouveau, la vue de certains objets suggestifs ou symboliques, assemblés sans la préoccupation de l\u2019art, suffit pour saisir l'emblème, l\u2019esprit étant plus prompt que les yeux et, pour être instruit, ne demandant pas comme ceux-ci la représentation complète de l\u2019objet.Le symbole, lui non plus, ne s\u2019éloignait guère de l\u2019acception concrète.Les Grecs appelaient de ce nom la part que chacun apporte à un pic-nic, le confluent, le pacte, le rapprochement de deux choses, mais non l\u2019objet de la comparaison : l\u2019idée que n\u2019exprime parfaitement ni l\u2019un ni l'autre de ses termes.Les Latins rendaient ce sens par tesserae qui signifie indistincte- mienñt : mot du guet, marque, enseigne, jeton pour toucher du blé, lettre de change, gage d'hospitalité.\u201cCependant la différence que nous venons de signaler pour être profonde porte plutôt sur le degré de développement et la prédominance du sens moral dans les emblèmes chrétiens, et ne saurait entraîner la conclusion qu\u2019il fût introuvable dans SUR LE SENS ET LA PRONONCIATION DU MOT FLEUR-DE-LYS 141 les emblemata des anciens.Dans la langue comme dans les œuvres d\u2019art la cigogne figurait la piété maternelle, le pavot la fécondité etles synthémala, allégorémata ou emblèmes de Pythagore cachaient une philosophie profonde sous une forme del- phique.L'influence de l\u2019évangile sur l\u2019art ancien n\u2019en a pas moins déterminé le sens actuel de l'emblème, défini par Richelet comme « un symbole qui n\u2019a pas besoin de mots et qui par une ou « plusieurs figures représente avec esprit une idée morale ».Cette idée s\u2019exprimant par le dessin, la couleur ou la sculpture, lorsqu\u2019elle portait sur les mystères de la foi, créait l\u2019emblème religieux.| Quand elle avait pour objet le devoir, sa représentation formait l\u2019emblème moral.Les seigneurs les faisaient placer sur leur écu, leur bannière et au front de leurs forteresses ; les magistrats dans leur sceau.Nous avons cru que ce préambule pouvait avoir une double utilité en ce sens qu\u2019il pourrait servir àexpliquer la traduction d\u2019écu par tesseræ gentilitiae que donne Richelet, traduction qui renoue comme on voit le lien entre le passé et le présent, et, ensuite, à démontrer le besoin incessant des hommes de reproduire non seulement la nature, mais l\u2019idée même en quelque sorte en rendant visibles les abstractions qu\u2019élabore l\u2019esprit.Dans l\u2019écusson de France nous rencontrons trois fleurons de forme liliacée sur champ d\u2019azur.On les appelle les fleurs-de- lis.Le lecteur n\u2019aura nulle difficulté à s\u2019en rappeler la figure.Si l\u2019on avait voulu désigner par cette expression : la fleur lis, formée grammaticalement comme le Dieu Amour, on aurait mis les deux mots en opposition comme nous venons de faire, ou bien on se serait arrangé comme en hollandais et en anglais où l\u2019on dit dans l\u2019ordre inverse le liebloem, lilyflower, lis fleur, \u2014 nous le verrons tout à l\u2019heure pour lis asphodèle, \u2014 en prenant le mot fleur pour la partie déterminée.La construction grammaticale du nom ne permet donc pas de supposer qu\u2019il s\u2019agisse de la {leur appelée lis, comme il arrive pour le cours d\u2019eau dans fleuve du Tage, par exception. 142 f.A REVUE DES DEUX FRANCES Pour ouvrir la discussion citons Richelet, lexicographe aussi consciencieux par son genre d\u2019esprit que l'était Littré par son caractère et sa méthode scientifique.Il se croit obligé de rechercher la vérité toujours, mais non de la connaître pour la seule raison qu\u2019il s\u2019occupe du sens des mots.Dans le doute il s\u2019abstient, selon le précepte de l\u2019évêque d\u2019Hippone, ou s\u2019il lui arrive de présenter une opiuion, c\u2019est toujours avec une réserve pleine d\u2019égards pour la vérité voilée.Le lecteur trouve en lui un guide sûr et discret dont la parole est agréable et qui peut lui apprendre bien des choses.« On ne sait pourquoi il (Louis VII) prit les lis dans ses « armes.Blondel a cru que cefut par la ressemblance de son « nom Louis avec le mot lis, ce qui me paraît tout à fait « puéril.Il est plus vraisemblable qu\u2019il prit les fleurs de lis « dans ses armes parce que sa beauté lui avait acquis le titre « de Florus et que, pour y répondre, il prit le lis comme la « plus belle fleur de son siècle.Quoi qu\u2019il en soit.» Pline dit du lis: « Flos est notissimus, proximum aro sd « nobilitatem obtinens ».S\u2019il n\u2019est pas plus beau que la rose, il a la noblesse ; s\u2019il n\u2019a pas la grâce, il a une douceur sévère.Le caractère que Pline lui prête ne sera pas inutile à ces déductions.« Quoi qu\u2019il en soit.» Alors, n\u2019est-il pas permis d\u2019admettre que fleur de lis veut dire fleur de Lois, et que Lois VII, surnommé Florus, prit les lis, non parce que leur nom rime tant soit peu avec Lois, mais parce que le lis, grâce à sa noblesse native a un caractère de majesté, non pour former un jeu de mots indigne de l\u2019esprit d\u2019un roi, indigne d\u2019être illustré sur ses armes, mais parce que le lis, avec sa tige élancée et droite se confond pour ainsi dire avec la hasta regia bâton ou sceptre royal, nom chez Pline d\u2019une liliacée, King\u2019s spear pour les Anglais, kônigsscepter pour les Allemands, et pour la science lis asphodèle ou asphodèle ?La preuve du bien fondé de cette admission qui n\u2019est pas seulement la nôtre, nous la tirons de l\u2019anglais.Dans cette longue fleur-de-lis se rend par flower de luce qu\u2019il faut prononcer flaüer de liouce. SUR LE SENS ET LA PRONONCIATION DU MOT FLEUR-DE-LYS 143 Or Loïs ou Louis sonne dans cette langue comme Lioüisse, par contraction Liousse et s\u2019écrit Lewis.L\u2019adaptation anglaise flower de luce pour flower de Lewis d\u2019abord, pour flower de Luce ensuite, tranche donc nettement la question étymologique en faveur de LouïÏs, car, si le traducteur inconnu avait rencontré le mot lis dans l\u2019expression française, c\u2019est flower lily ou lily flower, soit encore flower of the lily qu\u2019il aurait mis à la place.Nous comprenons ainsi pourquoi on dit fleur de lis avec la préposition de, au lieu de fleur-lis, et concevons qu\u2019ayant à faire aux fleurs de Loïs nous ne devons pas faire sonner le s final de lis ou lys, prononciation que nous interdit du reste le \u201cdictionnaire de l\u2019Académie.Cette confirmation linguistique qui nous vient d\u2019Angleterre et qui est parfailement acceptable implique qu\u2019en France on a dû prononcer un jour distinctement fleur de Loïs, et que la transformation du nom propre en lis n\u2019est survenu que par la suite.Il n\u2019est pas admissible, nous venons de le dire, qu\u2019un roi de France ait eu l'esprit assez vulgaire et futile pour placer dans ses armes une fleur, pour nul autre motif, si ce n\u2019est que lis rime avec Loïs et combien péniblement encore ! C\u2019eût été un étonnant ancêtre de François I\u2018' et Louis XIV, un maître inattendu de Coictier, ce curieux médecin de Louis XI.M.Edouard Fournier dans sa description des enseignes du vieux Paris nous raconte que ce personnage mit au-dessus de sa boutique une enseigne sur laquelle était peint un arbre avec pour légende : « À l\u2019abricotier », ce qu\u2019il fallait lire : à l'arbre Coic- tier.Cependant, lorsqu\u2019au Loïs, qui plaça les lis dans son écu succéda un autre Loïs, un Jean, un Charles, un Henri, le peuple n\u2019y vit plus les fleurs de Lois VII, mais comme c\u2019étaient toujours des objets de forme liliacée devant figurer de vrais lis, il se mit à dire, sans se préoccuper du fait historique, fleurs de lys, cessait de mettre une majuscule et ne fit qu\u2019un seul mot de cette expression.C\u2019est une presque certitude qu'à cette époque on prononçait 144 LA REVUE DES DEUX FRANCES le mot lis lille, lie ou li, pour la bonne raison qu\u2019il n\u2019y a pas de s dans le nom latin lillum et que, s\u2019il y en avait eu un, on ne l\u2019aurait guère prononcé, pas plus que dans corps, mœurs, vertus.Le roman transalpin dit lilio, giglio avec gl mouillé.Cette prononciation rendait donc moins choquante la substitution de lis à Loïs, Luïs.Lis avec sest très probablement la forme plurielle de lil, li pour lille avec Il mouillé, comme aulx celle de al, mis à la place de : ail etc.On a pu rejeter la forme lille parce qu\u2019elle a l\u2019apparence d\u2019un substantif féminin, alors que lilium (cependant l\u2019Académie veut qu\u2019on prononce l\u2019empire des liss) devait fournir un mot masculin.La manière de dire du peuple fut acceptée parce que sa naiveté et sa bonne foi étaient trop entières pour qu\u2019on lui fit un crime de son interprétation et les rois eux-mêmes finirent par s\u2019exprimer en son langage.Mais ces emblêmes étaient-ils d\u2019intention des lis?Faut-il que l\u2019étymologie accepte la version populaire et donne sa confiance à des gens qui changent la forme des mots d\u2019après leur conception du sens et ne se préoccupent pas de leur origine, comme nous venons d\u2019en voir la preuve?Etait-on sûr que ces fleurons simulaient des lis et faut-il imputer au peintre seul la difficulté que nous avons à les reconnaître comme tels ?N\u2019étaient- ils pas un jeu du pinceau ou des fleurs fabuleuses que le peuple prit pour des lis comme il prit la licorne pour un animal réel ?Pourquoi les lis de France ne sont-ils pas pareils à ceux de nos jardins ?Est-ce parce qu\u2019ils ont plutôt une valeur emblématique que concrète et que pour cette raison la réalité se trouve sacrifiée?En effet, ne dit-on pas depuis toujours que toute comparaison cloche en ce sens qu\u2019elle est impuissante à suggérer l\u2019objet intégral qu\u2019elle doit appeler devant notre esprit et que par conséquent l\u2019imperfection est chez elle une qualité inhérente ?Ce qui dans la flore rappelle exactement la forme de l\u2019emblème et en diffère tout aussi exactement comme couleur, sans parler de son inaptitude à suggérer un sens idéal, c\u2019est le bouton du maronnier d\u2019Inde au moment que les jeunes feuilles soigneusement plissées en forme de fuseau allongé par le haut, SUR LE SENS ET LA PRONONCIATION DU MOT FLEUR-DE-LYS 145 s'élancent de leur spathe, fendue en deux lobes qui vont se recourbant vers la terre.Cependant rien ne permet de supposer que le peintre d\u2019armes ait stylisé son fleuron d\u2019après ce type.Il semble au contraire avoir pris à cœur de nous avertir que nous avons affaire à une fleur, car souvent il fait jaillir à droite et à gauche deux étamines du fond de la figure.Pour établir l\u2019identité des lis de France nous n\u2019avons à notre disposition qu'un calcul des probabilités; la solution ne donnera jamais une satisfaction entière tant qu\u2019elle n\u2019est pas confirmée par celui qui a posé le problème et qui en garde la clef.Toutefois ne restons pas en place ; suivons un courant sauf à le remonter, dirigeons-nous sur un point, sauf à en choisir un autre ; seulement ne nous engageons pas à fond pour éviter le - naufrage et attendons qu\u2019il se présente du nouveau.Car dans tout problème il existe des éléments qui le démontreront comme bien ou mal posé.La solution dans l\u2019un ou l\u2019autre cas sera toujours ou la vérité ou la démonstration utile de l\u2019impossible.La fable, le mythe, la chimère contiennent un élément réel, un reflet de l\u2019observation directe, subsistant, füt-il dix fois répercuté par des imaginations différentes.Ainsi dans la licorne ou monocéros il est permis de démêler un assemblage du rhinocéros de l\u2019Inde, de l\u2019hippopotame et du zèbre, étant donné que le peintre en armoiries lui prêtre des pattes \"d\u2019éléphant, une corne unique au milieu du front, la taille d\u2019un poulain de deux ans, une vitesse incomparable, une couleur cendrée et une queue de sanglier, et qu\u2019il place son habitat dans les montagnes d\u2019Abyssinie.Or, le sanglier, le pachyderme des forêts a la couleur, la queue et la peau de l\u2019hippopotame.Ensuite, l\u2019hippopotame ou cheval de rivière s\u2019appelle en hollandeis ny/paard ou cheval du Nil, ce qui nous ouvre une perspective sur son habitat et nous fait entrevoir une lueur de l'idée cheval dont lalicorne alataille et la rapidité.La corne rappelle le rhinocéros d\u2019Inde, congénére de I\u2019hippopotame et du sanglier.Aprés le retour des croisés des pays orientaux, beaucoup de fables de ce genre ont pris corps et les pharmaciens profitant de la crédulité publique allaient jus- {er SEPTEMBRE 1899 10 146 LA REVUE DES DEUX FRANCES qu\u2019à vendre la corne du monstre appelé licornesous les fausses, espèces de celle du cerf ou des dents du morse.L'artiste représentait ses figures d\u2019après le sens apparent des noms, créait un cheval à pieds d\u2019éléphant en s'inspirant d\u2019un mot comme nylpaard cheval du Nil ou hippopotame.Il assemblait d\u2019après les récits, les propriétés particulières à plusieurs animaux semblables, les ongulés dans le fait, en un seul animal.Même que sa fantaisie se plaisait à créer des chimères de cette sorte et à procéder exprès à l\u2019encontre du précepte d\u2019Horace : Denique sit quodvis simplex, duntaxat el unum.C\u2019est ainsi que l\u2019antiquité créa ces dames des flots appelées sirènes qu\u2019Horace décrit dans ce vers : Desinit in piscem mulier formosa superne, Tout au rebours de nos procédés scientifiques fondés sur l\u2019analyse et la différenciation, et visant le yroupement d\u2019individus semblables, le peintre, le sculpteur et le poète aimaient la sytithèse incorporée et créaient des monstres plus merveilleux que nature.Ils se seraient interdit de composer la licorue s'ils avaient eu le rhinocérds, l\u2019hippopotame, le sanglier et le zèbre devant les yeux et qu\u2019ils se fussent trouvés devant un public instruit.Au moyen-âge on n\u2019a pas précisé non plus les caractères propres et communs du lis, de l'iris ou glaïeul, de l\u2019asphodèle, du narcisse, de l\u2019amaryllis et d\u2019autres liliacées.On les a confondues l\u2019une avec l\u2019autre tantôt en raison de leurs caractères botaniques : leurs racines bulbeuses, leur tige droite à feuilles lancéolées, leurs fleurs à périanthe simple, tantôt à cause de leur valeur emblématique propre également à des sujets d\u2019une autre famille,comme il est arrivé pour le lis asphodèle ou haste royale et la férule qui est une espèce de fenouil.Aussi est-ce grandement notre avis que dans les armes de France on a mis la fleur du lis à la place de celle de l\u2019haste royale ou aspholèle sous l\u2019impression de la similitude physique des deux plantes, et de leur valeur comme symbole ; que, SUR LE SENS ET LA PRONONCIATION DU MOT FLEUR-DE-LYS 147 d'autre part, dans l\u2019oriflamme ou bannière de St-Denis, appelée aussi oriflour ou oriflowr, les flammes de feu étaient d\u2019intention première des iris d\u2019un violet ardent appelées flambes en botanique et qu\u2019elles se sont substituées aux lis à la faveur de leur ressemblance avec le lis rouge.Cet avis nous allons l\u2019appuyer au point de vue botanique d\u2019abord.L\u2019asphodèle appartient au genre narcisse et se range dans l\u2019ordre des armaryllidacées.Il est de la même famille que le lis.La tige de l\u2019un et de l\u2019autre est droite, leur fleur blanche ou jaune.Valerius rappelle que de son temps on prenait la hasta regia, qu\u2019il appelle an- thericon à cause de son panicule fleuri, pour le lis bâtard, plante dont le nom est hémérocalle ou lis silvestre.Richelet parle du lis asphodèle jaune, confondant ainsi les deux sujets dans une même appellation, D\u2019autre part l\u2019iris ou flambe s\u2019appelle en italien giglio ou liglio céleste et les allemands traduisent hasta regia par kônigs- scepter sceptre de roi et par peitschenstock bâton de fouet ou férule, à cause de la longueur de leur tige ou de l\u2019usage qu\u2019on en fait.Quant aux caractères symboliques que le lis possède en commun avec le lis asphodéle, nous rappelons que Pline relève sa noblesse qui ne le cède qu\u2019à celle de la rose.Il a de son frère la taille haute, le port droit, sans la raideur qui a valu à ce dernier la qualification athraustos qu\u2019on ne peut entamer, inflexible, chez Suidas.Le lis était l'emblème de la justice chez les Grecs, d\u2019où son nom métaphorique Krinon lis, c\u2019est-à-dire jugement.Peut-étre prenaient-ils la tige du lis pour celle du lis asphodèle.A son tour et à cause de son inflexibilité l\u2019asphodèle était l\u2019emblème de l\u2019autorité royale.C\u2019est pour cela qu\u2019on l\u2019appelait hasta regia, haste royale, et par inintelligence du sens vrai, ache royale, comme s'il s\u2019agissait de I'herbe de ce nom.Voici la description qu\u2019en fait Pline XXI, 68, « Asphodelus herba « est quam alio nomine anthericon (épi de fleurs, panicule) « vacant.Ejus duae sunt species.Marum albucum nominant, 148 LA REVUE DES DEUX FRANCES « foeminam hastam regiam quod, dum floret, requi sceptri « effigiem referat » La haste, synonyme de sceptre, bâton et férule, était l\u2019emblème de l\u2019autorité royale.Celle d\u2019Achille, roi des Myrmidons était un bâton ou une verge qui ne devait plus fleurir, c\u2019est-à- dire un sceptre qu\u2019il ne transmettrait pas à ses descendants.D\u2019après Justin le sceptre des rois de Rome était une haste surmontée d\u2019une pique.C\u2019étaient des hastes ou verges que les licteurs portaient devant les consuls, proconsuls et préteurs ; elles enveloppaient une hache surmontée d\u2019une pique, emblème du principe que la justice doit être une sauvegarde contre la punition et tenir le manche de l\u2019instrument de supplice.Quand le magistrat condamnait le prévenu il brisait sa verge au-dessus de sa tête, en signe que la justice l\u2019abandonnait au bourreau.Chez le peuple d'Israël et ailleurs la verge était l\u2019emblème primitif de l\u2019autorité.Aaron, David, Jonathan, Moäb la portaient dans l\u2019exercice de leur ministère.Nous pouvons donc être dans le vrai en présumant que le fleuron de l\u2019écu de Frauce était le lis, en grec Krinon, fleur de justice, frère de la fleur de l\u2019asphodèle, lis asphodèle ou hasta regia, fleur d\u2019autorité royale, frère aussi de l\u2019iris ou flambe, de l\u2019oriflour ou oriflamme.Les lis sont blancs dans les armes de France, jaunes ou d\u2019or sur le drapeau, rouges sur l\u2019oriflamme ; blanc, jaune et rouge sont les trois couleurs dont se parent les lis.Mais si nous nous trouvons plus près de la certitude d\u2019avoir à faire à des lis en raison de leur sens emblématique de justice et d\u2019autorité royale, nous somm:s loin encore d\u2019avoir diminué dans une mesure quelconque les difficultés que les détails de leur forme opposent à cette explication.En effet, alors que le périanthe simple ou périgone du lis et de l\u2019asphodèle que nous appelons communément la corolle a six pétales, ceux de l\u2019écu et du drapeau n\u2019en ont que trois.Dans l\u2019absence d\u2019un document direct, l\u2019explication que nous offrons et qui reste à vérifier ultérieurément, est celle-ci.Les pétales du lis et de l\u2019asphodèle sont rangés sur deux cercles concentriques de sorte que la fleur ou plutôt son périgone est SUR LE SENS ET LA PRONONCIATION DU MOT FLEUR-DE-LYS 149 double et présente trois pétales intérieurs entourés de trois autres placés extérieurement.Dans P\u2019écu le lis a six pétales dont trois plus grands que les autres, les premiers tournés en haut, les seconds en bas, et réunis sur un même pédoncule qu\u2019entoure un anneau.Le peintre du blason s\u2019en est-il rapporté au nom ou la qualité de fleur double, sans examiner sa réalité dans la nature?S\u2019est-il fondé sur ce passage du poëte Nicandre asphodélois dianthéos, c\u2019est-à-dire de la fleur dédoublée de l\u2019asphodèle ?A-t-il obéi à son goût pour la chimère, a-t-il voulu insinuer que le lis naturel est impuissant à rendre l\u2019idée de justice et d\u2019autorité royale de sorte qu\u2019il a pris pour signe un lis de convention 77?Il y a une autre contraduction de forme.Le pétale du milieu de chacun des groupes, de haut et de bas est redressé en fer de lance, ce qui a rendu plausible l\u2019admission que le fleuron représentait le fer d\u2019une arme de haste.Sur ce point nous conjecturons que le peintre d\u2019armoiries a voulu rappeler le fer de lance surmontant la hache des fasces romains enveloppée dans les verges et les dépassant de toute sa lame.Quant à la supposition que l\u2019emblème était dans la réalité un fer d\u2019angon (lance à fer crochu), ce n\u2019est pas fleur d\u2019angon mais fer d\u2019angon qu\u2019on aurait dit, et si Louis VII ou un autre roi avait pris cette arme comme emblème de la force sans contre poids, ce qui est le désir des barbares, c\u2019est fer de Louis et non fleur de Louis qu'on l\u2019aurait nommé.Or, lehéraut d\u2019arme Llasonnait la couronne des rois de France de fleuronnée (Ri- chelet), non de ferronnée.Mais voici deux autres arguments d\u2019ordre bien différent et capables l\u2019un comme l\u2019autre de gagner la cause du lis.Si la fleur de Lois, avait été une fleur autre que le \"lis, son nom apparemment n\u2019aurait pu donner la rime de Loïs dont il prit la place, car les noms de fleurs à sens fijuré, composés d\u2019une ou de deux syllabes et se terminant en is sont rares : même iris, la liliacée, la flambe, n\u2019a irait pu servir, le r ne s\u2019élidant guère.Cette même preuve nous garantit par contre-coup que 150 LA REVUE DES DEUX FRANCES les lis sont des fleurs de Loïs, Luïs, et nom d\u2019un roi de France du nom de Jean, Charles, Philippe ou Henri, car la rime lis en ce cas n\u2019aurait pu exister.C\u2019est donc à un roi appelé Louis qu\u2019il faut attribuer l\u2019adoption de cet emblème.L'autre argument nous prouve par la matérialité du fait et d\u2019une façon évidente que les fleurons de l\u2019écu de France sont des lis, des fleurs de Loïs.St-Loys fit cadeau à sa femme Marguerite d\u2019une bague où l\u2019on voyait une guirlande en émail, tressée avec des marguerites, par allusion au nom de la reine,et des lis, fleurs de Loys, mais cette fois avec des lis non pas douteux, mais tels que nous les voyons de nos yeux dans la nature.Elle portait en légende ces paroles inspirées par l\u2019amour conjugal : « Hors cet annel, pourrions-nous trouver amour ».Enfin ncus tenons ce document tant recherché, document implicite, mais d'autant plus digne de foi qu\u2019il se produit naturellement et en dehors de tout débat.Nous avons trouvé le fait dans Larousse.La fleur de la reine était la marguerite, celle du roi de France le lis.: Nous avons écarté de cette étude toute discussion sur le point de savoir si le blason des premiers rois de France était composé de grenouilles, de crapauds ou d\u2019abeilles, bien qu\u2019elle ait de l\u2019intérêt pour la philologie et l\u2019histoire.Nous n\u2019avons pas cherché non plus à examiner à quel Louis remonte l\u2019introduction des lis dans les armes de France, ni combien il y en avait dans le premier blason.Nous ignorons si l\u2019oriflamme, d\u2019un samis vermeil semé de flammes, était simplement fendue comme les bannières auxquelles elle ressemblait du reste pour la forme générale, ou si elle avait cinq échancrures, comme le prétend un auteur anglais appelé Fair- holt.Il nous semble parler, soit dit en passant, d\u2019une oriflamme postiche, composée d\u2019après une mauvaise interprétation du nom comme flamme d\u2019or.Le lecteur quiaimerait s\u2019éclairer sur les points controversés pourra trouver des éléments dans le Dictionnaire de Richelet, dans celui de Trévoux et dans Larousse, sila littérature spéciale de ce sujet n\u2019est pas a sa portée. SUR LE SENS ET LA PRONONCIATION DU MOT FLEUR-DE-LYS 151 Nous nous sommes attaché spécialement au cdté linguistique de la questian, Nous sommes heureux d\u2019avoir pu apporter la preuve certaine, par le rapprochement avec flower de luce, qu\u2019il s\u2019agit de la fleur de Loïs, que l\u2019oriflamme était d\u2019abord semée de fleurs d\u2019où son nom de oriflour ou oriflowr, et que ces fleurs étaient des iris ou flambes, sœurs des lis, ainsi qu\u2019en témoigne encor une fois l\u2019anglais en orthographiant le mot oriflamb aussi bien qu\u2019oriflamme.Blondel avait déjà émis l\u2019opinion que les fleurs de lys étaient les fleurs de Loïs, et les auteurs du Dictionnaire de Trévoux que les flammes de la bannière de Saint-Denis étaient des flambes.Celui qui a emprunté au lis et à ses congénères l\u2019iris et l\u2019asphodèle les motifs du blason de France semble s\u2019être inspiré de Nicandre et surtout de Pline.Le lis pour celui-ci était digne d\u2019être la fleur de la royauté par sa noblesse, seconde seulement à celle de la rose, et par son affinité avec l\u2019asphodèle, nommé pour son inflexible rigidité, haste royale ou sceptre du roi.Son identité se dégage ainsi de celle de lisch, mot allemand qui veut dire laiche, carex, auquel on a voulu rapporter son crigine sous l'impression de l\u2019idée que les Francs, venant des pays marécageux de la Frise, leurs rois avaient pris le carex ou lisch plante qui fleurit à longue tige et qui aime le bord de l\u2019eau, comme emblème de leurs armes.Embléme d\u2019autorité et de justice, le lis fut blasonné en champ d\u2019azur pour signifier que sa vertu dérive du ciel el que sa rigidité ne doit pas exclure la douceur symbolisée par le bleu.Son rôle était d\u2019être un ministère de grâce, de justice et de répression et non seulement de la loi et de la vindicte comme les verges et la hache des fasces romains.Le fruit de cette étude qu\u2019il soit permis de le présenter en ces termes.La fleur de Lois était le lis, à preuve la bague de Loys IX,et parce qu\u2019il en était ainsi le peuple s\u2019est mis à dire les fleurs- de-lis, préférant se servir d\u2019une construction impropre, plutôt 152 LA REVUE DES DEUX FRANCES que de dire que les fleurs de Jean, Charles, Philippe ou Henri étaient celles de Louis, ce qui lui paraissait un contresens.Les flammes de l\u2019oriflamme sont des fleurs, d\u2019où le nom d\u2019oriflour, des iris, appelés flambes, assimilés au lis rouge, d\u2019où le nom anglais d\u2019oriflamb.Il faut donc prononcer avec l\u2019Académie fleurs de li et empire des liss.Roses, Vous êtes la gaité Que j'attends ; Vous chassez l\u2019acreté Des heures si moroses Que nous verse le temps.Roses, Vos parfums, endormeurs De chagrins Vont à l'âme, et tu meurs O tristesse des choses, Sous des rayons sereins, Roses, Vos teinis, éclat vermeil Ou pâleur Triste, disent l\u2019éveil Ou la mor* des fleurs closes, Dans le secret du cœur.Roses, Vos regards veloutés, Les frissons Que donnent vos beautés, Sont les paradis roses Des jeunes passions.Adrien Timmermans.ç@Bs LIED A Mlle J.L.Roses, Vos pétales, unis Comme Amour Sait unir, sont des nids Aux baisers que tu poses, Brise, en faisant ta cour.Roses, Quand votre soir descend, Désolé, Votre corps languissant S'effeuille : ainsi les proses Douces, au rythme ailé.Roses, Votre brève splendeur, Sans retour Conseille à notre ardeur De n\u2019attendre, avec pauses, Que des bonlieurs d\u2019un jour.Louis Haugmard. LETTRES ET OPUSCULES Par Edmond PARÉ (1) Edmond Paré est mort, en novembre 1897, à l\u2019âge de quarante ans et c'est un de ses amis M.Ludovic Brunet, qui a recueilli, avec un soin pieux, dans des journaux canadiens où ils avaient été publiés à différentes dates, les chroniques, impressions de voyage, articlesde polémique, fantaisies ctc., qui composent ce volume.« Les amis des lettres canadiennes dit M.Brunet dans sa préface n'auraient pas manqué en parcourant nos vieux journaux d\u2019y remarquer les écrits d\u2019Edmond Paré.Je leur aurai évité le fastidieux travail de compulser de volumineux in-folios et d\u2019y faire des recherches fatigantes ».C\u2019eut été grand dommage, en effet que ces charmants opuscules fussent restés ensevelis sous la poussière des vieux journaux, car ils sont vibrants de vie et de jeunesse et l\u2019élégante toilette typographique dont les ont revêtus les éditeurs québec- quois leur va à merveille.D'ailleurs à Québec, tout comme à Paris, les in-folios poudreux ne sont guère consultés que par des érudits à la recherche d\u2019ennuyeux comptes-rendus de séances parlementaires ou par des polémistes qui veulent y trouver la trace des variations de leurs adversaires, rarement par des historiens de littérature.Notre reconnaissance à M.Brunet pour nous avoir révélé 1.Dussault et Proulx.Editeurs.Québec 1899. 154 LA REVUE DES DEUX FRANCES des richesses inconnues ne va pas sans un vif sentiment de regret car ainsi qu\u2019il le dit encore « si Paré n\u2019était pas mort si jeune et avait pu donner la pleine mesure de son talent nous l\u2019aurions compté au nombre de nos célébrités littéraires ».Un écrivain âgé de quarante ans, à Paris, n\u2019est plus jeune et a souvent déjà produit ses meilleures œuvres.Au Canada, pour des raisons qui ne sont pas exclusivement climatériques mais qui n\u2019en tiennent pas moins aux circonstances spéciales dans lesquelles nous nous trouvons,les auteurs comme les fruits miirissent plus tard que dans les pays tempérés et dans ces serres-chaudes intellectuelles que sont les grandes capitales de l\u2019Europe.Les chroniques qui forment la plus grande partie des « Lettres et Opuscules » sont d\u2019un tour vif, enjoué, d\u2019un esprit du meilleur aloi toujours, et supporteraient facilement la comparaison avec celles des journalistes parisiens de l\u2019ancienne école qui n\u2019ont pas encore renoncé à ce geure.Bien qu\u2019elles ne consistent qu\u2019en de courtes notations fantaisistes, elles donnent cependant une idée assez exacte de la vie canadienne et surtout de la vie à Québec.On y devine que les Québecquois sont aimables, sympathiques, un peu nonchalants ; que le progrès dans la vieille capitale est peu marqué, que tout le monde s\u2019y connaît ; que les jalousies et les antipathies inséparables de la vie de province y existent mais qu\u2019elles sont peu profondes et seulement à la surface.Les premières pages du volume ont été écrites alors que l\u2019auteur était encore sur les bancs du collège et publiées dans un journal de collégiens « J\u2019Abeille ».Ce sont surtout des descriptions : paysages d'automne, paysages d\u2019hiver, paysages de printemps, qui témoignent chez Edmond Paré d\u2019une grande acuité de vision et d\u2019un sens du pittoresque très développé.J\u2019emprunte quelques lignes au morceau intitulé : « Le marché de Pâques ».« Voici les bœufs détalant par les rues étroites, magnifiques « avec leurs grandes robes rousses tachetées de blanc, placi- « des et ondulants dans leur marche, promenant sur la foule « turbulente leurs grands yeux calmes et doux, puis lorsque le LETTRES ET OPUSCULES 155 « conducteur presse de son bâton leur paresseuse allure, s\u2019ar- « rêtant et secouant leurs têtes puissantes d\u2019un air de dédain « suprême ».\u2026 Et aux halles: « À chaque traîneau est attelé un cheval « si remarquablement pénétré de l\u2019esprit de son rôle muet et « immobile, qu\u2019on pourrait placer entre ses jambes tout un « assortiment de porcelaines comme en un lieu sûr.Il tient sa « tête inclinée vers le sol d\u2019un air méditatif, comme s\u2019il se livrait- « à de profondes études sur notre système de macadam.Quel- « quefois cependant, il s\u2019arrache a sa contemplation, se dé- « tourne lentement, considère le lent progrès de la vente puis « secoue la tête d'un air sententieux qui veut dire : « le com- « merce va mal ».Jules Renard ou Rudyard Kippling n\u2019auraient pas mieux observé que ce collégien.De la page 49 à la page 90, des lettres de Paris et d'Italie.On a déjà dit et l\u2019on dit encore tant de choses sur Paris et sur l\u2019Italie qu\u2019il serait bien malin le touriste qui saurait trouver en décrévant ses impressions une note originale, On sent dans les appréciations de Paré une compréhension très large et un rare bon sens auquel se mêle çà et là une pointe d\u2019humour.Ainsi l\u2019une des lettres traite de l\u2019Académie, des Grands magasins et du Chat Noir, l\u2019idée d\u2019accoler ces trois institutions n\u2019est déjà pas banale.La physionomie du vieux Québec est évoquée à plusieurs endroits du volume dans un relief très saisissant, avec ses rues tortueuses, ses maisons aux pignons pointus qui font rêver du moyen-âge et où « il semble que vous allez voir tout à coup « déboucher d\u2019un carrefour obscur, une brillante cavalcade « de gentilshommes, resplendissants de velours et d\u2019or, cara- collant avec grâce sur des chevaux fringants, le faucon au A A poing et suivis de fous aux costumes bariolés, de pages rem- « plissant les airs des sons éclatants du cor, des lueurs rouges « et vives des flambeaux.» Voici un éreintement pas trés méchant du reste, de M.Louis Fréchette.Ce qui est un excellent moyen d\u2019attirer l\u2019attention des lecteurs canadiens que tout ce qui touche au poéte natio- 156 LA REVUE DES DEUX FRANCES nal intéresse.Plus loin quelques coups de griffe à des politiciens, aux Anglais, aux Américains, aux pianistes; un article humoristique sur les améliorations dont rêvent depuis longtemps mais que ne réalisent jamais les édiles de la vieille capitale, etc.Tout cela est bien dans la note des préoccupations ordinaires d\u2019un bon habitant de Québec.Je m\u2019arréte à la page 124.Il s'agit des inconvénients du mariage.« Que de mariages, bon Dieu! » « On doit se défier en général des promenades à deux sur « les plages silencieuses lorsque le jour mourant colorant l\u2019eau « et le ciel, met en nos cœurs de secrètes tendresses et que le « bruit des vagues se brisant en fine poussière sur le sable, « fait naître dans les âmes des promeneurs des rêveries dan- « gereuses.« N\u2019allez pas non plus écouter trop souvent la chanson qui s'envole avec un bruissement d\u2019ailes des lèvres émues, alors « que le crépuscule assombrissant le salon, rend plus vague le « profil délicat de la chanteuse et que la fenêtre ouverte laisse « venir jusqu\u2019à vous le parfum pénétrant des champs.« Mais surtout, mes amis, mes chers amis! N\u2019allez pas, oh! < A « n\u2019allez jamais lire en compagnie d\u2019une jolie jeune fille, un « livre aimé, à l\u2019ombre d\u2019un chêne verdoyant, alors que vous « ne voyez devant vous que les champs immobiles sous la cha- « leur accablante du midi, et, près de vous, l\u2019ombre de cils « abaissés sur une, joue en fleurs.Songez que les têtes se rap- « prochent sous le fallacieux prétexte de mieux lire.Songez « A que les mains s\u2019effleurent en tournant les pages du livre ».Toute cette chronique est délicieuse.Elle est suivie d'une réponse d\u2019une inconnue, d\u2019une réplique, etc.Ces quelques pages, éclairent gaiement certains côtés de nos mœurs.On y devine qu\u2019à Québec il y a beaucoup de jeunes filles à marier, que les vieux garçons y attirent l\u2019attention, que la vie y est familiale, cordiale, qu\u2019une grande égalité sociale y règne, ct qu\u2019on y flirte gentiment, bien qu'avec une moins grande liberté que chez les Américaines. LETTRES ET OPUSCULES 157 En somme le volume est gai, amusant el laisse une impression que j'appellerai rafraîchissante.II serait à désirer qu\u2019on exhumät de nos vieux journaux toutes les excellentes choses que des journalistes et des écrivains comme Tassé, Lusignan et plusieurs autres y ont enfouies.Un Français de la Vieille-France qui voit sans émoi disparaître dans les « in-folios poudreux » l\u2019œuvre teut entière d\u2019un robuste écrivain comme Sarcey (150.000 pages disent cerlains statisticiens) dont pas un seul volume ne va rester et sombrer quolidiennement dans l\u2019oubli, une dizaine au moins de délicieux petits chefs-d\u2019œuvre signés l\u2019ouquier, Bergerat, Aurélien Scholl, Mirbeau etc, doit sourire de la pénurie dont témoigneraient des exhumations de ce genre, Hélas ! oui, nous sommes pauvres en la Nouvelle-France et nous n\u2019avons pas les moyens de rien perdre de notre bien littéraire.Canadien.mA AS | LA CARENE Trainant vers l\u2019inconnu leurs épouvantes vagues, Dans un ciel indolent, lourd, fantastique et noir, Les nuages errants semblent, dans l'air du soir, Des monstres effarés s\u2019étirant sur des vagues.D'aucuns, précipitant d\u2019imaginaires dragues, Font de l'abime un vaste et magique entonnoir, D'autres, tentant de fuir un immense éteignoir, Fondent, dans un éclair d\u2019espadons et de dagues.L'un court, l'autre s\u2019agite, un autre, au loin, se tord ; C\u2019est le heurt sans l'affront, la lutte sans la mort ; C'est le frissonnement du silence qui plane.Tandis que le croissant de la lune, soudain, Trahit dans cette horreur froidement diaphane, Une carène d'or émergeant de l\u2019Eden.Abel Letalle. Nouvelle Lettre à une Inconnue Aussi bien, Madame, puisqu'il est entendu que vous existez à peine, et que je vous façonne au gré de mon illusion, j\u2019oserai, pour une fois, vous parler littérature.Vous créant ainsi une âme, pour le plaisir de l\u2019accorder avec la mienne, peut- être ne serais-je point déçu de vous entendre.Car c\u2019est une chose bien dangereuse qu\u2019un livre dans la main d\u2019une femme et qui la met rarement en beauté et qu\u2019il est toujours agréable, souvent utile, de remplacer par des fleurs ou un éventail.Oh! l'horreur certaine et précise et vivante de la femme qui a la passion posthume pour Musset et qui vous décrit « le fameux saule du cimetière », sur son tombeau, et qui vous lit ses vers avec une voix et des yeux congruents: ennui morne des petites questions où l\u2019on se perd comme en un labyrinthe, et des impossibles associations et des incompréhensibles intuitions ! A vous, qui existez à peine, Madame, si vague que vous en êtes belle, je puis bien le dire: la seule personne qui sache lire un livre, c\u2019est Mimi Pinson, quand elle le balance, par les deux pages retournées de la couverture, comme une pauvre libellule en détresse ou qu\u2019elle en profite pour des balistiques inattendues.Car c\u2019est toute une philosophie que les gestes faciles de Mimi Pinson, autour d\u2019un pauvre livre silencieux et lourd, labeurs, espoirs, veillées d\u2019enthousiasme et veillées de tristesse, matin gris par la pluie qui bat les vitres, après-midi sans entrain, toute une âme d'homme exprimée, offerte humblement en holocauste, et dont Mimi Pinson se joue et qu\u2019elle retourne à son gré, parce qu\u2019elle a les doigts roses! C\u2019est un NOUVELLE LETTRE A UNE \u2018INCONNUE 159 symbole que ce rire de femme vainqueur d\u2019un effort d'homme, parce que le rive est clair et qu\u2019il est encadré de dents blanches ; c\u2019est un symbole que le meilleur de nous-mêmes se perde parfois, entraîné dans un remous de jupes ou pulvérisé par des caprices d\u2019enfant malade.Et je m'amuse, Madame, de tous les optimismes ensoleillés quand je vois la vie, par le jeu de la matière qu\u2019elle pétrit à son gré, faire des choses ou des êtres qui sont plus forts que toutes les idées, de la beauté inconsciente et joyeuse qui vaut mieux que de la vertu.Je vous le dis, pour tenir la vraie valeur de nosefforts et la contingence de nos littératures, il convient de sorger à Mimi Pinson qui tient un livre.Le poète et la violée de M.Nonce Casanova pourrait cependant occasionner chez elle quelques attitudes graves.Un poète, pour la plupart des femmes, c\u2019est une forme très douce, aux doigts fuselés; aux yeux bleus, et aux cheveux blonds, qui les reconduit longtemps et vaguement, sans exigences, jusqu\u2019à leur porte, le soir, sous les étoiles.Et une femme qui résiste, pour Mimi Pinson, c\u2019est un cas étrange et qui lui donne à penser.Elle serait donc un peu déçue de lire M.Casanova qui est d\u2019un lyrisme très philosophique et d\u2019une abondance fort réfléchie.Il ne faut point se perdre \u2018dans le ruissellement deses métaphores toujours hardies, quelquefois risquées, voire regrettables pour l\u2019ensemble de l\u2019œuvre.Cet écrivain a des idées, vaut d'être lu et suivi.]l est de bonne race latine, clair, sensible et facilement voluptueux.Et d\u2019ailleurs, Madame, pour vous plaire, il est hanté par l'amour ; lisez-le, il vous en parlera mieux que moi, un peu trop crüment à mon gré ; mais enfin, puisque vous êtes prévenue, si vous lisez du Casanova, devant-le monde, vous saurez un peu rougir.J\u2019écris cette lettre à plusieurs reprises, Madame, et je laisse venir mes sentiments sur le papier sans le souci de les mettre en forme.Or, en ce moment, \u2014 il est onze heures du soir, la pluie bat mes vitres, la 1ve est noire, déserte, à peine éveillée par un fiacre égaré \u2014 je suis invinciblement attiré par ce titre du nouveau livre de Pierre Loti ; Reflets sur la sombre route.Les reflets, ce sont les souvenirs, et la sombre route, pour 160 LA REVUE DES DEUX FHANCES vous, pour moi, c\u2019est la vie que nous avons déjà parcourue.Et je voudrais, maintenant, du bruit, de la lumière, pour n\u2019y point songer, pour ne pas la voir derrière moi, toujours attachée à ma pensée, regret des joies qui ne sont plus, et remords des choses que j'aurais pu faire.Et Loti, que j'ai lu toute la semaine, me charme ct m\u2019énerve par son romantisme fatigué, par celte tristesse qui n\u2019a plus d\u2019élan, représentant d\u2019une génération qui a voulu pénétrer jusqu\u2019au fond de l'idée, de la sensation, de l\u2019effort, et qui n\u2019a rien trouvé pour la réconforter.Oh ! cette phrase régulière et monotone où se rythme, sans effort, une impression presque physiologique et continue de désespérance! Elle est atlirante et perverse et douloureuse el voluptueuse comme une fumée d\u2019opium.Elle endort, elle exile de la vie, et l\u2019on ne sait trop s\u2019il en faut souffrir ou jouir, si l\u2019on doit s\u2019y enfoncer, ou bien ouvrir sa porte, ses fenêtres, comme un homme qui étouffe et chercher au dehors de la joie et des gens qui parlent.Lisons plutôt ; c\u2019est intitulé, au début du livre : Nocturne : « Deux heures du matin, une nuit d\u2019hiver, loin de tout, dans la profonde solitude des campagnes pyrénéennes.Du noir intense autour de moi, el sur ma tête des scintillements d\u2019étoiles.Du noir intense, des confusions de choses noires ; ici, dans l\u2019infime région terrestre où vit et marché I'étre infime que je suis, un air pur et glacé qui dilate momentanément ma poitrine et semble doubler ma vitalité éphémère.Et là-haut, sur le fond bleu-noir des espaces, les myriades de feux, les scintillements éternels.La vie se tait partout, en un froid sombre qui ressemble à la mort; même les bêtes de nuit ont fini de rôder et sont allées dormir.Dehors, personne.Et je regarde, au-dessus du noir de la terre qui m\u2019entoure, scintiller les mondes.Alors, peu à peu, me reprend ce sentiment particulier qui est l\u2019épouvante sidérale, le vertige de l\u2019infini\u2026.Des pas résonnent en avant de moi, au milieu de la microscopique solitude terrestre : un bruit de vie qui me surprend au travers de toute cette obscurité, de tout ce silence.Et deux silhouettes humaines croisent ma route marchant lentement, le fusil sur l'épaule.Ah! des douaniers! J\u2019oubliais, moi, les petites affaires d\u2019ici-bas, la frontière d\u2019Es- NOUVELLE LETTRE A UNE INCONNUE 161 pagne qui est là tout proche.Ils font une ronde et vont deux par deux, comme toujours, par crainte des rencontres mauvaises.\u2026.Mon Dieu, quelle capitale affaire, si quelques brimborions prohibés allaient cette nuit passer de chez les pygmées de France aux mains des pygmées Espagnols ! Quelle importance cela prendrait vu seulement des mondes les plus voisins du nôtre, de Véga, de Bellatrix ou d\u2019Atair.» La sentez-vous, Madame, cette poignante contradiction de nos pauvres existences ?Nous ne sommes rien, moins que rien! Nos plus gigantesques efforts contre les forces et l\u2019immensité du monde sont peut-être, et au plus, ce qu\u2019est l\u2019effort d\u2019une bactérie contre l\u2019eau chaude qui la détruira.Nous ne sommes capables de rien, excepté de souffrir et d\u2019enfermer l\u2019absolu dans notre couleur.Supposons, Madame, que vous viviez, et que je vous aime, et que vous me quittiez, comme il convient.Toute la vie, autour de moi, continuera insouciante et monotone ; et de toute la nature qui roule sans voir et sans entendre « à côté des fourmis, les populations » pas un alôme de consolation ou même d\u2019ironie ne me viendra.Je serai seul pour souffrir et absolument\u2026 Pour agir, nous ne sommes rien, pour souffrir, nous sommes tout\u2026 Aussi, mon enfant, je voudrais suivre l\u2019auteur des « reflets » jusqu\u2019à cette île de Pâques, blottie au milieu de l\u2019Océan Pacifique, à mille lieues de toute civilisation, où trois cents sauvages représentent une race qui s\u2019éteint, sans autre compagnie que le ciel trop haut et l\u2019eau indifférente.Non point, pour vous dire, dans ce lieu, les sentimentalités convenues qu\u2019inspire la solitude.On n\u2019embrasse bien sa femme que devant des amis et pour le plaisir de leur faire croire qu\u2019on en est aimé.Je me suis toujours ennuyé, quand j'ai voulu chez moi, toutes vitres closes, avec des personnes de bonne volonté, réaliser l\u2019île de Pâques.Je voudrais seulement la connaître farce que j'imagine que la vie s\u2019y doit éte/ndre et diminuer doucement, sans qu\u2019on s\u2019en aperçoive, et que tout effort s\u2019y perd, et que toute sensibilité s\u2019y dégrade\u2026 Ne m\u2019en voulez pas, Madame, si je vous entraîne un peu brusquement des solitudes heureuses de l\u2019île de Pâques jusqu\u2019à 1°\u2018 SEPTEMBRE 1899 11 162 LA REVUE DES DEUX FRANCES l\u2019enceinte inquiète et bruyante du Palais-Bourbon.Nous serons en la compagnie de M.Melchior de Vogüé, et de son dernier livre: Les morts qui parlent.On y trouve une histoire du parlementarisme dont la morale est assezingénieuse.La voici: Les décisions parlementaires ne résultent pas des raisons avancées dans la discussion, ni des motifs actuels, mais bien au contraire d\u2019idées-forces héréditaires accumulées dans l\u2019évolution sociale, d\u2019où le titre du livre: Les morts qui parlent.À travers les périodes sonores d\u2019un Elzéar Bayonne, c\u2019est à la fois la souffrance des Jacques et les persécutions subies par les Juifs qui reviennent en lumière.On l\u2019applaudit.Ce qui n\u2019empéche pas chacun de voter selon les volitions ancestrales.Au courant du récit se place unintéressant épisode.Il s\u2019agit d\u2019une certaine Rose Esther, élevée à Fontenay-aux-Roses dans les préceptes de la morale laïque, et qui les envoie par dessus les clochers de la capitale pour s\u2019y préparer une royauté toute mondaine.On a beaucoup disserté sur cet incident littéraire, et quelques-uns n\u2019ont point pardonné au catholique militant qu\u2019est M.Vogué, d\u2019avoir mis en doute l\u2019efficacité de préceptes moraux qui ne seraient point fondés sur une religion.Vous voyez le problème qui est grave, et que je n\u2019oserais résoudre ?Faut-il arracher les femmes à la tutelle parfois dangereuse d\u2019une religion qui, par ses cérémonies agréables, énerve leur sensibilité et trouble leur piété de menus sentiments profanes ?Faut - il, au contraire, les fatiguer de raisonnements et les laisser, si taibles et si incapables de se conduire seules, avec le seul viatique des froids préceptes de la morale laïque ?L'idéal serait peut-être de ne point séparer, dans l\u2019âme d\u2019une femme, la moralité du sentiment religieux, et de les faire valoir simultanément et de mettre l\u2019une en beauté par l\u2019autre.Car la petite âme féminine ne comprend rien à la moralité toute pure et risque aussi de s\u2019évaporer parmi les fumées de l\u2019encens.Mais qui sera le professeur de morale et qui sera le professeur de sentiment religieux ?Leur mari ?Le pauvre risquera fort de les ennuyer ou de s\u2019oublier à une tendresse au milieu d\u2019une prédication bien préparée ?Un autre, le prêtre spécialement chargé de l'affaire ?(est une chance à courir, parfois heureuse, que de lui confier NOUVELLE LETTRE A UNE INCONNUE 163 la mission.Mais, cela me paraît dur pour un homme de penser qu\u2019unautre homme, même s\u2019il est un saint, se charge de donner des conseils à sa femme.Je crois que si vous éliez vivante, mon enfant, je tâcherais de me charger seul de l\u2019affaire, quitte à oublier souvent mon rôle de prédicateur religieux et laïque.Ma lettre s\u2019allonge, et je voudrais vous quitter, Madame, sur un poète, sur des vers de M.Sébastien Charles Lecomte.Ils ont un titre pompeux : Les Bijoux de Marguerite, et le livre, tout rese, est un véritable écrin.Je serais aise de vous le voir feuilleter avec une attitude penchée et d\u2019une jolie main élégante.Ce sont par contradiction avec le joli geste que j'imagine, toutes les horreurs des légendes helléniques que le poète fait revivre en des formes qui ont comme des duretés et des éclats de métal.En disant qu\u2019il les fait revivre, je m\u2019exprime mal ; c\u2019est bien mortes, bien périméeset comme dans une nuit triste qu\u2019ilnous les montre.Ce livre fait songer à une descente aux enfers, comme les décrivaient jadis les poètes.Et nous v trouvons bien ces formes crrantes et lamentables qu\u2019Homère laissaità peine s\u2019animer sur les bords du Léthé.C\u2019est comme une reconstitution mortuaire, et toute l\u2019œuvre vient d\u2019une intuition très sûre et d\u2019un sentiment exact de ce qui n\u2019est plus.Ecoutez : Tu descendras les longues rampes Qui mènent vers la nuit Avec, plus fraiche sur les tempes L\u2019odeur du vent qui fuit.La Terre où je t\u2019aurais laissée .Dans la lumière d\u2019or S\u2019effacera de ta pensée Et frissonnante encore, La foule muette des ombres Mortes du même jour, Avec des regards clairs ou sombres De haine ou bien d'amour.Vers les rives du morne fleuve, Suivront ton pas charmé Et te feront, tragique veuve Un cortège alarmé. 164 LA REVUE DES DEUX FRANCES Ta forme, les précédant toutes Ira superbement La lune, sous les funèbres voûtes Du dernier firmament.Et je songe, Madame, que vous aussi vous êtes une forme, une image, un symbole que je me suis fait par égoïsme.Voici quelques pages que je vous aime sans alarme, \u2018puisque vous n\u2019êtes animée qu\u2019à mon gré, et voici que doucement je m\u2019éloigne de vous, vous laissant disparaître sans regret.C\u2019est bien la première fois que je n\u2019éprouve pas l'amertume d\u2019une séparation et la tristesse accrue de la solitude\u2026 Pourquoi donc ne pas s'attacher à des images vaines, si l\u2019amour des vivants est douloureux ?Paul Bastien.a om BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE Noncs Casanova : Les Adultères vierges.Le Poète el la Violee.2 vol.à 3 fr.50.Chez Ollendorff.PIERRE LoTI : Reflets sur la sombre route.1 vol.Chez Calmann-Lévy.MeLcHion DE VoGUE : Les morts qui parlent.« vol.Chez Perrin.SEBASTIEN CHARLES LECONTE : Les Bijoux de Marguerite, 1 vol.Editions, du Mercure de France.E.Z.MASSICOTTE : Monographie de plantes canadiennes.Chez Beau- chemin et fils (Montréal).Ce livre est à la fois d\u2019un savant et d\u2019un poète qui sait se pencher sur les fleurs autant pour les étudier que pour les aimer ; c\u2019est dire qu\u2019on pourra trouver à le lire, au Canada, autant de profit que d'agrément.JeaN SÉvÈRE ; Vers la lumière.Bibliothèque de l'Œuvre internationale.Poème dramatique souvent vrai, toujours sincère et généreux à l\u2019occasion de la psychologie des aveugles.EDOUARD D'AUBRAN : L@ Ferme du Plouarel.Alphonse Lemerre, éditeur.Avec une intrigue qui s'achève en drame, ce livre nous offre une étude minutieuse des mœurs bretonnes et de bons tableaux champêtres.FEMMES NOUVELLES : Paul et Victor Margueritte, librairie Plon.Roman agréable et honnète où l'on oppose des jeunes filles raisonnables à d\u2019autres qui ne le sont pas.Ep.MARTIN-VIDEAU : L'Irrésistible.Librairie Plon.On trouvera dans ce livre les habituelles et toujours intéressantes aventures qui naissent des rivalités amoureuses.L'ensemble rappelle l\u2019effort constant qui est propre à la manière réaliste. NOUVEL ESSAI SUR UN VIEIL AUTEUR « Ily a des personnages illustres a-t-on dit, dont on conçoit l\u2019utilité ou la grandeur plus qu\u2019on en ressent le charme.On leur est reconnaissant par réflexion.» Et certainement Boi- leau est aux yeux de bien des gens un de ces hommes-là.Le Littérateur ne l\u2019aime pas comme il aime Racine, ne l'admire pas comme il admire Corneille ; il ne l'aime ni ne l\u2019admire avec quelque chose de son âme, de son cœur, de son enthousiasme.H le comprend par raison, rend hommage à sa raison parce qu\u2019il est tout raison.Il semble que ce soit là tout ce qu\u2019il puisse faire pour lui.C\u2019est que Boileau n\u2019a pas été le peintre de l\u2019héroïsme comme Corneille, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas comme Racine aimé et fait aimer, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas su réveiller ennous le penchant qui nous porte à l\u2019admiration, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas inventé de ces êtres amoureux et déments à la fois, cruels et sublimes par instants, furieux jaloux ou si tendrement aimants qui s\u2019appellent Roxane, Emilie, Andromaque, Iphigénie ou Phèdre, adorables femmes, monstres d'amour ou simplement anges de vertu et de grâce ; c\u2019est pour s'exprimer avec plus de précision qu\u2019il n\u2019a pas touché à l\u2019intimité de notre être, qu\u2019il n\u2019a pas remué notre cœur, qu\u2019il n\u2019a pas ouvert de larges horizons à notre imagination.Il a fait des satires, des épitres, un art poétique, froids poèmes encore qu\u2019ils soient vivants et admirables.Boileau est un homme avec qui l\u2019on se réconcilie.parce que généralement on commence par se brouiller avec lui.Autour de quinze ans, peut-être jusqu\u2019à dix-huit, grâce à d\u2019horribles manuels et aux formules des résumés de baccalauréat et aussi grâce un peu aux satires el aux épitres, car en a-t-on lu autre chose à quinze ans.On se le représente comme un 166 LA REVUE DES DEUX FRANCES bourgeois du xvn* siècle, critique sévère, gardien féroce du Parnasse français, fidèle à la seule consigne de la raison, et rimeur de froide et correcte façon.Et le professeur du haut de sa chaire ne contribue pas peu à fixer dans notre âme trop jeune l\u2019impression maussade de ce célibataire quinteux et morose.Ce bourgeois calme et casanier, si rangé et distingué qu\u2019il soit, n\u2019inspire guère aux jeunes qu'une admiration de commande, ne se manifestant d\u2019ailleurs qu\u2019aux jours d\u2019examen et d'interrogation officielle.Sa vie toute unie s\u2019écoula loin du bruit et des trop nombreuses sociétés.Elle prête peu aux détails biographiques.Les évènements marquants n\u2019en furent guère.qu\u2019un voyage aux eaux précédé d\u2019un accès d\u2019asthme et suivi d\u2019une crise de goutte.Et l\u2019histoire de son âme fut calme et reposée, l\u2019histoire de son âme jamais inquiète et toujours pacifiée ! car il semble bien que chez lui la raison seule se soit mise en colère : d\u2019ailleurs n\u2019était-elle pas excusable de crier tout haut au Jésuite irrespectueux que Pascal est sublime.Mais.ce n\u2019est que par une plus longue pralique de l\u2019histoire littéraire et de la littérature du temps qu\u2019on parvient à dégager la si curieuse silhouette de cet homme avec son caractère original, son franc-parler et ses qualités de modestie et de demi-vertu.Alors seulement on comprend, on s\u2019aperçoit que ce bon M.Boileau était vraiment un excellent bour- eois et d\u2019exquise compagnie avec qui il suffisait de savoir parler, rire ou même.boire spirituellement.C\u2019est en feuilletant une vieille, très vieille édition des œu- vres du satirique, la première où le naïf auteur du Bolaeana, le pieux inconnu qui s\u2019appelait M.de Montchesnay, inséra ses anecdoctes piquantes que Boileau m\u2019apparut au travers de ces bons mots authentiques ou non, arrangésou textuels qui couvrent une soixantaine de ces grandes pages in-4° largement imprimées et solidement reliées sous la classique couverture de veau ancien.C\u2019est encore comme on l\u2019a fait remarquer mille fois, sous le buste de Girardon qu\u2019on le devine.La lèvre dessine un sourire suggestif qui indique une habitude de raillerie rieuse ou mordante.L'ensemble de la figure pleine et bien taillée sous l\u2019ample perruque nous laisse soupçonner qu\u2019on est NOUVEL ESSAI SUR UN VIEIL AUTEUR -167 là en face de quelqu\u2019un qui a été tout le contraire d\u2019un homme triste, morne ou mélancolique.C\u2019est encore dans ses lettres et plus encore que dans les siennes dans celles de Racine, ¢\u2019est dans les mémoires du temps et surtout dans ceux de Racine le Jeune qu\u2019il se dévoile et alors on se dit que Boileau est: up de ces hommes qui gagnent à être connus.LS A le regarder longtemps il semble qu\u2019il devienne sympathique.Peu à peu la lèvre se fait moins rieuse et plus souriante, l\u2019œil moins fier et plus bienveillant.Accordons-lui la loyauté, l\u2019honnêteté, la sincérité, le goût, la raison, crie-t-on sans cesse.mais refusons-lui ce je ne sais quoi qui attire la sympathie des autres hommes.Pourtant sympathique Boileau l'a bien été dans une certaine mesure aux yeux de beaucoup de braves gens de son temps et peut-être l\u2019est-il aujourd\u2019hui aux yeux de quelques fidèles.Sympathique Boileau l\u2019a été dans sa générosité, il acheta sa bibliothèque à Patru \u2014on s\u2019en souvient \u2014 et se serait demis volontiers de sa pension au profit de Corneille.Sympathique Boileau l\u2019a été dans ses amitiés et ses relations ; il aima avec un libéral éclectisme des Jansénistes et des Jésuites, des courtisanset des hommes de lettres,des magistats et une actrice.Sympathique Boileau l\u2019a été par son esprit de joyeux causeur et de fin gourmet, ce qui, à bien prendre n\u2019est pas banal, car l\u2019esprit enlève souvent la sympathie.Cet homme qui a eu tant d\u2019ennemis a eu aussi beaucoup d\u2019amis.Et n\u2019aurait-il eu pour tel que le seul Racine, Racine seul suffirait à lui laisser cette réputation de piété amicale.« Plus je vois décroître le nombre de mes amis, lui écrivait Racine peu de jours avant sa mort.plus je deviens sensible au peu qu\u2019il m\u2019en reste et à vous parler franchement, il me semble que je n\u2019ai plus que vous.Adieu! je crains de m\u2019attendrir follement en m\u2019arrétant trop sur cette réflexion.» Oh ! je sais bien, c\u2019est Racine qui a écrit cela et je le sais bien aussi Boileau edt été incapable de l\u2019écrire sous cette forme, mais je crois tout de même qu\u2019il l\u2019aurait pensé.Ne nous pressons pas de condamner ces hommes qui passent pour sentir peu.Beaucoup parmi eux doivent sentir mais sentir autrement que nous el c\u2019est pourquoi nous ne.les comprenons pas.Hs doivent \u2014si on peut le dire sans changer 168 LA REVUE DES DEUX FRANCES l\u2019essence même de l'émotion \u2014 sentir avec plus de raison et moins de sensibilité.Mais non, il faudrait inventer un autre mot pour déterminer ce phénomène qui se produit en eux et pour lequel nous sommes inaptes comme ils sont incapables de se prêter à celui qui se produit chez la plupart de leurs semblables, Oui, sympathique Boileau l\u2019est bien, quand on le connaît c\u2019est-à-dire quand on l\u2019a étudié, quand on l\u2019a regardé vivre.Il grandit dans un logis triste, sans mère pour le bercer, aux côtés d\u2019une servante grondeuse qui « le traitait avec empire ».L\u2019affection féminine et délicate qui endort nos premières douleurs ne l\u2019encouragea jamais à laisser jaillir ses émotions dans leur vive et naturelle abondance.Il avait bien nous dit l\u2019histoire, une petite sœur pour aimer, une grande sœur pour être aimé, mais ajoute encore l\u2019histoire ces Boileau n\u2019étaient pas tendres.En vérité aucune robe n\u2019a passé dans sa vie; aussi se prend-on quelquefois à répéter les vers du Poète : Si tes vers prudents ménagent la couleur, S'ils ne pèchent pas par excès de chaleur, Je te pardonne va, lorsque je considère Que tu perdis, enfant, une très jeune mère, Et que tu.mourus vieux garçon ! Son enfance se passa tout près du palais.Tristement il écoula les conversations des basochiens loin de la belle nature.Par hérédité comme par éducation il était porté au positif.La règle, la discipline, l\u2019ordre, la justice, voilà les notions abstraites qu\u2019il pouvait apprendre à l\u2019école de ses frères, beau- frère, père, oncle et peut-être cousins.Je me le représente mal ailleurs que dans ce milieu et je suppose qu'il faut un réel effort d\u2019imagination pour le voir comme on nous l\u2019a montré dans la vigne de Clignancourt.Gilles possédait en effet un arpent de terre, là-bas derrière Montmartre.C\u2019était bien un peu la campagne en ce temps là : pour rivière le grand égout, pour horizon d\u2019un côté la butte et ses moulins et de l\u2019autre l'extrémité de la pleine Saint-Denis plate et maigre, Mais fleurs, ombrages, eaux légères, ciel tendre, non Boileau n\u2019a pas vu NOUVEL ESSAI SUR UN VIEIL AUTEUR 169 .cela, il n\u2019a dû voir, comme le racontent ses vers que croître à plaisir l\u2019oseille et la laitue et pousser l\u2019artichaut auprès du champignon.Il a pris quelques jours de congé dans la maison de son frère près de Villeneuve Saint-Georges.C\u2019est à cause d\u2019un pré qui se trouvait là à Crosne tout au bout du jardin qu\u2019il adjoignit à son nom celui de Despréaux.On ne saurait nier, disent les touristes et j'ai contrôlé ce dire, que l\u2019endroit ne soit délicieux.L\u2019eau y coule limpide et chantante dans le lit de l\u2019Yèrres et pour les chaudes journées de juillet une brume moite s\u2019élève qui va envelopper les peupliers et les saules.Mais que pouvait faire sur l\u2019Âme de Nicolas l\u2019impression fugitive de ce coin de terre aperçu en passant.L\u2019enfant retombait bien vite dans la réalité qui lui apparaissait sous la forme par exemple d\u2019une classe de rhétorique où pérorait le « cuistre imbécile » dont il nous a laissé le portrait dans ses Réflexions sur Longin.Puis il fit comme tout bon Boileau devait les faire ses études de droit qui selon toute apparence lui plurent peu.Il plaida sans succès, En ce temps-là mourut son père et en ce temps- là commencèrent les grandes inquiétudes de sa vie, ses déménagements.Alors « il descendit au grenier ».Plus tard nous le verrons transporter ses pénates non loin de là chez Dongois le greffier d\u2019où il découcha à cause du tintammarre que faisaient les nourrices dans l\u2019escalier.Peut-être alla-t-il rue du Vieux-Colombier ; on le rencontrera dans sa maison d\u2019Auteuil et il mourra au cloitre N.-D.Mais il est temps de rentrer plus avant dans l\u2019intimité de cet homme.La Peinture et la Poésie ont popularisé les réunions jeunes, charmantes délicieuses des amis du Mouton-Blanc, de la Pomme du Pin et de la Croix de Lorraine.Le rire, les malins propos et le bon vin se mélaient à plaisir.On débitait des vers et quelquefois on se noyait dans son verre.Le dimanche on allait à Meudon où on lisait Psyché.Entre temps on organisait de Joyeuses parties.Racine présentait Boileau à Chapelain comme le bailli de Chevreuse.Devant le foyer où s\u2019éteignait un tison mal allumé le faux bailli s\u2019échauffait sur l\u2019éloge de Molière et Racine était obligé de le pousser dehors pour l\u2019empêcher de se trahir.Encore fallait-il jouer de ruse pour éviter Cotin dans 470 LA REVUE DES DEUX FRANCES l\u2019escalier.À cette époque Boileau à sa manière mordait aussi tant qu\u2019il pouvait aux fruits de la vie.Il était de ces soupers dont parle Mme de Sevigné.« Ce sont des diableries !\u2026 Dieux, quelle folie ! Dieux, quelle folie ! » Ami des belles femmes mais sans passion, ami aussi des fêtes partagées, des plaisirs sans mélange et du bonheur sans bruit, il fréquente rue des Tournelles, aux heures des intimes, chez Ninon qui joue du luth et se met au clavecin après dîner, chez Ninon qui goûte fort son esprit.J\u2019ignore s\u2019il apporte son plat comme tout bon convive devait le faire, selon la légende.Il s'asseoit chez la Champmeslé entre Racine et le jeune Sevigné et j'imagine que puisqu\u2019il y faisait bonne figure, il devait avoir quelques charmes.Sans doute il n\u2019y allait pas pour le même intérêt que Racine mais enfin il y allait et pour cela déjà il ne fallait être ni prude, ni dévot.Il ne paraît pas que la fougue des sens ou l'ivresse du cœur se mêlât à ses relations.Comment cela aurait-il pu se faire disent les mauvaises langues, mais ce sont les mauvaises langues.La table, les fins soupers et les débauches d\u2019esprit dessinaient bien à peu près tout son horizon sensible et « l\u2019on ne saisit pas une seule fois chez lui la trace d\u2019une joie ou d\u2019une souffrance qui lui soit venue par la femme ».Et pourtant il allait chez la Champmeslé !\u2026.on dit qu\u2019il y a dans ces sociétés là \u2014 on le dit\u2014 toujours quelque Boileau ou blasé ou insensible qui laisse ses amis à leurs attentions amoureuses, qui se contente de jouir des entretiens, de prendre part au wisth ou au souper, quelquefois de faire de l'esprit à propos d\u2019un voisin trop ouvert ou de loger malignement son nom à la fin d\u2019une chanson à boire.Il tempère le trop d\u2019expansion, régularise les relations, maintient tout en équilibre et si la dame se montre.obligeante : « oh ! n\u2019ayons point d\u2019amour, dit-il, il est trop dangereux».Porté à l\u2019indulgence universelle et inactive, il contemple peut- être tendrement l\u2019amour des autres et c\u2019est encore là une volupté qui ne purifie pas.Mais Boileau allait ailleurs que- chez Ninon.!! fréquentait chez Lamoignon et ailleurs encore et c \u2018est peut-être ailleurs encore qu il fautle chercher tout entier ; c\u2019est dàns son.amitié avéc Racine qu\u2019il se montre dans toute sa sim- NOUVEL ESSAI SUR UN VI£IL AUTEUR 171 plicité, méme avec son cceur car il en avail.L\u2019histoire en est simple.Ils se recontrent à vingt ans pour une critique que Boi- leau avait faite de l\u2019ode à la Renommée ; ils ont des amis communs ; ils font ensemble leur carrière de poètes historiens « plus ébaubis que vous ne sauriez penser à pied à cheval dans la boue jusqu\u2019aux oreilles ».Le métier était rude et la joviale Sevigné avait beau jeu de se moquer de ces deux cavaliers prenant leur longues lunettes pour voir l\u2019Ennemi de très loin.Puis c\u2019est la dernière et la plus belle partie de leur vie.Cette admirable correspondance de 1687 à 1699 donne bien le diapason de leurs relations.La richesse, l\u2019émotion n\u2019est pas leur fait, mais sous les formules polies, prudentes et contenues du xvin° siècle.« Monsieur.mon cher Monsieur ».On découvre vite une affection profonde, sincère, belle d\u2019une beauté morale pure, noble et grande.Dans leurs critiques mutuelles on surprend une délicatesse et un tact extraordinaire et l\u2019on a eu raison de remarquer que jamais l\u2019amour-propre ne fut plus absent du commerce de deux poètes.Louis Racine rapporte cette anecdote.« Dans une dispute qu\u2019ils avaient eu sur un point de littérature Boileau accablé par les railleries de son ami lui dit d\u2019un grand sang-froid quand la dispute fut finie : Avez-vous eu envie de me fâcher ?\u2014 Dieu m\u2019en garde, lui dit Racine \u2014 Eh bien ! vous avez eu tort puisque vous m\u2019avez fâché ».Boileau habitait alors à sa maison d\u2019Auteuil où il ne menait pas une triste vie.Bossuet et La Bruyère pouvaient s\u2019y rencontrer, D'Aguesseau s\u2019y arrêtait en passant et Bouhours y dinait.Mais surtout quelle fête quand Racine arrivait à « l\u2019hostellerie ».Le maître était-il à la messe, on causait avec Antoi- ue un jardinier de bonue maison, je vous assure.Puis le maître revenu, on devisait sous les ombrages, quelquefois on s\u2019y souvenait de la Champmeslé mais seulement de la Champmeslé intelligente.La petite famille de M.Racine Jouait dans les allées et Boileau se dépouillant de son embarrassante perruque abattait les quilles avec les enfants ou corrigeait dans la charmille des versions de Jean-Baptiste.A cette époque il n'était ni quinteux, ni morose, la surdité n\u2019était pas complète et encore il pouvait savourer dans les hommages de 172 LA REVUE DES DEUX FRANCES Brossette tard venus eux aussi, plutôt les fromages que les compliments.Boileau mourut à Paris tout adonné à la piété et aux exercices de cette religion qui lui restait après ses amis pour le recueillir, pacifier son cœur qui se serait meurtri à la fin et endormir ses douleurs de vieillard.La religion, il l\u2019avait peut-être négligée un peu, mais jamais oublié complètement et il pouvait passer encore aux yeux du monde pour « un bon chrétien » comme en témoigne l\u2019anecdote de Louis Racine : « Boileau étant allé à confesse dans un village non loin de Paris, le curé lui demanda quel était son péché capital.\u2014 Je fais des vers dit Boileau.\u2014 Tant pis ! reprit le confesseur.\u2014 Et des vers de satire.\u2014 Encore pis ! \u2014 Contre les vices de tout le monde et en particulier contre les méchants auteurs.\u2014 Ah ! dit le curé, il n\u2019y a pas de mal alors et je n\u2019ai plus rien à vous dire.» Voilà esquissée à grands pas et gros traits la vie de Boileau, de Boileau considéré au seul point de vue de ses relations et de son caractère.Elle nous le montre tel qu\u2019il fut en réalité, bourgeois excellent, prudent et sage, juste, réglé, et plein de bon sens, tel aussi à y bien regarder que l\u2019avait défini son père: « Pour Colin ce sera un bon garçon qui ne dira de mal de personne ».En effet il est vrai que Colin, qui a molesté tant de mauvais écrivains n\u2019a dit de mal de personne.Boursault le savait bien que Boileau ne dédaignait pas d\u2019inviter à sa table après lui avoir reproché quelques méchants vers.Il ne faut donc pas s\u2019étonner qu\u2019un tel homme ait eu sur son entourage une réelle influence.Sa retenue, sa gravité, son manque d\u2019imagination, ce qui veut direici bon sens et prudence devaient lui donner un certain prestige aux yeux de ses amis plus portés aux faiblesses humaines, à celles qui sont plus particulièrement appelées faiblesses.On trouve encore dans la vie de tous les jours de ces Boileau au petit pied à qui leur retenue, méritoire ou non, fait accorder de la créance.Les amis de notre poète étaient d\u2019honnêtes gens du temps, beaux NOUVEL ESSAI SUR UN VIEIL AUTEUR 173 esprits, littérateurs et qui mieux est tous auteurs.On parlait donc litttérature entre gens du métier, c\u2019est-à-dire on discutait! Boileau, causeur spirituel était écouté ; on le tenait pour homme de goût et comme tout le monde était très intelligent, tout le monde enregistrait ses critiques parce qu\u2019elles étaient marquées au coin du bon sens et que le bon sens déroute l\u2019imagination.L\u2019un laissait-il voguer librement « la folle du logis » sur l\u2019Océan de la Fantaisie, Boileau lui criait qu\u2019il s\u2019éloignait trop des terres accessibles au commun « Il ne faut pas quitter la nature d\u2019un pas »; l\u2019autre confiant en sa veine et en sa facilité rimajt & bride abattue et se serait escrimé volontiers à cadencer mille vers au pied levé, Boileau lui montrait que sur quatre mots il fallait en effacer trois et que des « vers admirables n\u2019autorisaient pas à négliger ceux qui les devaient environner ».Celui-ci adorait l\u2019Arioste et Boileau lui rappelait Mal- herbe ; celui-là s\u2019exerçait en des contes de verve facile, Boileau lui faisait comprendre quel mérite il y avait à enchâsser un petit chef-d\u2019œuvre de style et de pensée dans le cadre d\u2019une fable.Peut-être que Molière ou Racine, ou surtout La Fontaine eussent été indulgents pour les mauvais auteurs qui ne les génaient pas, mais Boileau était là pour clouer les Pradons au pilori et pour les sacrifier sans pitié sur l'autel du Beau.J'imagine qu\u2019elle était de lui l\u2019idée d\u2019infliger, en guise de pensum, la lecture de la Pucelle à celui des quatre qui aurait failli aux conventions.En somme Boileau a joué un peu du rôle du Professeur au milieu des écrivains du xvit siècle.Non pas que sans lui les génies de ce temps là n\u2019eussent pu laisser à la postérité des marques de leur talent, mais il les a retenus sur la pente des défauts qui résultent souvent du trop d\u2019intelligence et du trop de facilité.I leur a fait apprendre une leçon, une lecon essentielle qui pourrait s\u2019intituler : de l\u2019Ordre dans le Beau.Devant leurs œuvres il a été un peu ce qu\u2019a été devant les œuvres des poêëtes grecs le public du théâtre d\u2019Athènes, un spectateur etun juge, en un mot il a été le premier grand critique de France.Sainte-Beuve a magistralement résumé la question de l\u2019influence de Boileau sur son époque dans une 174 LA REVUE DES DEUX FRANCES page trop belle pour être imitée, trop connue pour être citée.Combien de fois n\u2019a-t-on pas dit que sans Boileau« Racine aurait fait plus souvent des Berenice ; La Fontaine moins de fables et plus de contes ; Molière lui-même aurait donné davantage dans lesScapins.» La page peut se résumer à son tour en une phrase : Boileau a repris la loi de Malherbe, l\u2019a appris à Racine, l'a rappelé à Molière, a forcé La Fontaine à y penser et l\u2019a enseigné à tout le monde.Enfin ajoutons que pour la gloire du xvn° siècle, Boileau a eu un collaborateur royal en Louis XIV qui l\u2019a appuyé et consacré, parce que comme lui il avait du bon sens, parce que comme lui il a aimé et apprécié Racine et Molière, et que pour ainsi dire il a presque toujours sanctionné les jugements de Boileau par des pensions ou par des applaudissements qui valaient des pensions, De ces quelques considérations il ressort d\u2019abord que les idées générales de Boileau, c\u2019est-à-dire de sa critique sont l\u2019expression de son caractère, car comme nous faisons nos idées, nos idées à leur tour nous font, quoiqu\u2019en ait dit Montaigne.Boileau s\u2019éveillant à la vie intelligente a pris connaissance des idées qui flottaient dans Pair a cette époque.Son bon sens lui a montré qu\u2019elles péchaient à bien des égards, il les a modifiées alors dans le sens de son humeur et de son caractère éclos à la chaleur d\u2019un milieu juridique ; plus tard pour rester logique avec lui-même il les défendra avec excès ce qui justifie l\u2019affirmation contradictoire de celle de Montaigne ; 1! ressort encore ceci : que Boileau a joué dans la littérature un rôle essentiel, rôle plus sérieux que brillant, plus utile qu\u2019éclatant, mais un rôle qui ne pouvait être joué que par un des cerveaux les mieux équilibrés qui puissent être.La qualité qu\u2019on dénie le plus à ce rôle est certainement la délicatesse.Il särable pourtant que notre poète a toujoursmontré le plus grand tact dans ses jugements\u2026.Si la mauvaise « critique » est plus facile que « l\u2019art », par contre la grande critique est plus difficile que l\u2019admiration irraisonnée ou de commande.Ah ! si l\u2019on savait cela à quinze ans !.Paris, 10 avril 1899.Josepn Ageorges. LE TRAIT D\u2019UNION Au sortir de la Banque, le portefeuille très gonflé lentement enfoui dans la poche intérieure du veston, Jean d\u2019Ornelles, véri- flant avec un soin minutieux le memento ou il avait inscrit les emplettes et les courses rendues nécessaires par son départ précipité, constata que les lignes en étaient toutes raturées.En vain il chercha quelque oubli à réparer.Alors, anxieusement, il songea : « Que vais-je faire jusqu\u2019au dîner ?» De rentrer chez lui, il écarta la pensée d\u2019y penser : plus que d\u2019air, il avait, en cet instant, besoin d\u2019action ambiante, besoin de remuet, de voir remuer, de sentir remuer, de palper de la joie etdubonheur afin d\u2019occuper ses yeux et de dérouter la tension de son esprit.Il ne voulait plus réfléchir : son parti était pris, sa résolution irrévocable \u2026, il n\u2019y voulait pas revenir, de peur de se formuler des choses qu\u2019il redoutait pour sa sensibilité névrosée, et qu\u2019il croyait inutiles, et aussi, surtout \u2014 mais ce sentiment lui était plus obscur que les autres \u2014 parce qu\u2019à la façon de ceux qui se savent condamnés par leur mal et se prennent soi-même en pitié, il acceptait pour rançon à sa misère une fin lâche et facile.« Deux heures à tuer ! songeait-il.Comment ?».C\u2019était une belle journée de juin.Le soleil, encore qu\u2019affaibli à celte heure, sectionnait la rue d\u2019une ombre nette.Les femmes avaient des toilettes claires ; des ombrelles gaies couronnaient les fiacres découverts.La chaussée était encombrée d\u2019équipages comme les trottoirs de piétons ; sur tout ce monde, sur toules ces choses, sur toute cetle vie grouillante la splendeur de l\u2019après-midi royonnait en sourires.Jean, machinalement, se dirigea vers le boulevard : il aimait sa physionomie si particulière, les beaux jours, à l\u2019heure de l\u2019apéritif ; dans la percée de la rue, là-bas, le bouquet vertd\u2019un arbre le sollicitait ; par avance il éprouva la joie de l\u2019asphalte où les tables débordent, où les camelots mettent des cris rauques, la foule, le murmure continu \u2018du flot, les sorties d\u2019atelier des graces jolies. 176 LA REVUE DES DEUX FRANCES \u2014 « Qui, un tour de boulevard.» Mais, comme, à un coin de rue, une main le saluait au passage, il réfléchit qu\u2019il ne ferait pas cinquante pas sans rencontrer des amis, qu\u2019il se trouverait gêné pour leur annoncer son voyage et plus gêné pour le leur cacher ; que, connaissant sa folle passion pour Colette Amour, Roger d\u2019Arles ou Raymond Boisset, \u2014 qui cerlainement à cette heure devaient croiser entre la rue Drouot et la rue Scribe, \u2014 à le voir si nerveux devineraient quelque chose, et, peut-être l\u2019ennuieraient de leurs questions et de leurs conseils; que s\u2019il avait l\u2019infortune de le rencontrer, ce gros excellent ventre d\u2019Aunuy ne manquerait pas de le confesser, \u2014 car le moyen de se défendre contre sa confiance communicative ! \u2014 ni demain, de colporter dans Paris des papotages ; qu\u2019il était politique de se garder des amis qui, en cas de scandale, le défendraient, le jour où Colette le lâcherait, car elle le lâcherait un jour, fatalement, comme elle avait lâché les autres ! \u2014 lui rendraient facile le retour.Avec un soupir de regrets il rétrograda : ce lui eût été un vif plaisir, ce dernier tour de boulevards ! Dernier tour, dernière fois.dernier.ultime.Ceci 'emplit de mélancolie.Il allait, ce soir-même, devenir un nouvel homme ; il fallait, ce soir, qu\u2019il fit peau neuve\u2026 Tout à l\u2019heure pour toujours peut-être, pour longtemps à coup sûr, il abandonnerait sa femme, l\u2019hôtel familial, les habitudes de quarante années, les amis, l'atmosphère quotidienne.Aussi l\u2019universelle considération \u2014 pour partir avec Colette.ou?\u2014 ou elle voudrait, Berlin, Londres ou Bruxelles.Ceci lui semblait extraordinaire et triste, et pourtant, il ne regrettait pas : puisqu\u2019il ne pouvait continuer sa vie double, puisque la tyrannie de Colette l\u2019exigeait, il quittait tout, il partait avec elle\u2026, peut-être l\u2019aime- rait-elle davantage pour ce sacrifice ?.\u2026 Mais quelque décidé qu\u2019il füt, il était inquiet, Ces choses impré- cisées \u2014 et qu\u2019il ne voulait pas préciser de peur d\u2019affaiblir sa détermination \u2014 se formaient, se soudaient, prenaient consistance en lui, malgré lui.Comme du remords, comme des doutes s\u2019infiltraient lentement dans son esprit.Sans se l\u2019avouer, il se sentait lâche contre le devoir et lâche dans le crime \u2014 et ridi- LE TRAIT D\u2019UNION 177 cule.Comme il longeait une devanture une glace lui renvoya son image : il se vit très pâle.Alors il revint sur ses pas, s\u2019arrêta pour s\u2019examiner.Il avait beaucoup vieilli, depuis six mois : la patte d\u2019oie s\u2019accusait aux tempes éclaircies ; dans la moustache, les poils blancs faisaient le nombre ; des plis tiraient la bouche.La taille s\u2019était un peu courbée aussi.Il porta la main à ses reins et palpa un point douloureux.Il était vraiment vieux, pour devenir un nouvel homme, pour s\u2019exiler, pour tenir l\u2019emploi d\u2019un amant\u2026 Il demeurait arrêté devant la glace, et ses yeux, sans en retenir l\u2019image, fixaient les mille objets qui emplissaient la devanture du brocanteur.Le trottoir, étant, à cette place, très étroit, des passants, avec un grognement, ie bousculèrent.Il souffrit de la nécessité physique d\u2019aller ailleurs.\u2014 « Que vais-je faire jusqu\u2019à sept heures?se répéta-t-il.Le besoin s\u2019accusait en lui, impératif, de ne plus penser, de ne plus avoir conscience de l\u2019avenir prochain, Il n\u2019avait pas désiré de fuir avec Colette ; la courtisane lui avait imposé sa volonté.Il accomplissait la sottise \u2014 mais il ne voulait pas de remords.D'ailleurs, il n\u2019avait plus la force de se combattre : il était las dans sa chair et dans son cœur.L'exil, c'était un armistice, c'était une solution peut-être.Il souhaita d\u2019entendre le sifflet du train, de se trouver en face d\u2019un fait accompli.Il lui semblait que les battements de son pouls enfiévré se régleraient sur la cadence sûre des pistons de la locomotive, que la nuit l\u2019emplirait de calme et d\u2019oubli, il s\u2019évoqua dans le coupé, au côté de Colette.\u2014 Oh! la sécurité de la chair voisine ! \u2014 Il rêva d\u2019une caresse qui serait sa récompense\u2026 \u2014 « Cocher!.» Il jeta l\u2019adresse de son amie.Colette seule pouvait lui rendre le courage et la confiance en soi.Si elle était bonne, si elle lui laissait seulement baiser sa chevelure d\u2019or, si elle l\u2019accueillait d\u2019un mot tendre, les heures craintes seraient d\u2019impatience joyeuse.« Ma Colette », se berça-t-il.Etendu sur les coussins, à songer à son amie, il goûta des délices ardentes.Son regard recula, l'horizon intérieur s\u2019épanouit comme une onde calme sous la tombée d'une étoile; à voir ses yeux ler SEPTEMBRE 12 178 LA REVUE DES DEUX FRANCES mouillés de tendresse, ceux-là qui lisent les âmes pensèrent : « voici un homme bon.» De fait un peu de la bonté du jour rayonnait en lui.Pourtant, à la porte de Colette, un grand trouble le prit.Elle ne l\u2019attendait pas, à cette heure.Comment l\u2019allait-elle accueillir?Il hésita : il craignait le premier mot, comme un coup au cœur.Puis-il se railla, avec un haussement d\u2019épaules se résolut.Lentement il gravit les deux étages, et, sur le palier \u2018souffla, car la joie de Colette ignorait la pitié.Enfin il vérifia sa tenue,.\u2026 sonna : le cœur lui battait comme à sa première heure d\u2019amour ! \u2014 « Madame n\u2019est pas là », dit la soubrette.Il n\u2019avait pas prévu cette réponse, et elle lui fut si cruelle qu\u2019il sentit des pleurs monter à ses yeux.En cet instant il lui fallait la grâce, la tendresse d\u2019une femme, un geste consolateur, la certitude qu\u2019il était cher, il lui fallait le parfum accoutumé, la joie des beaux bras, l\u2019or fluide des cheveux fins où il enfouissait sa face.Il ne douta pas que Colette, si elle était 1a, ne {dt aimante ; il crut à sa bonté; parce qu\u2019elle était absente, il l\u2019aima avec plus d\u2019audace.\u2014 « Je l\u2019attendrai\u2026 \u2014 « Madame ne rentrera que tard ».Avec un sourire sceptique et humble, presque, \u2014 il glissa une pièce dans les mains de la servante, et, fut pour entrer.Mais une porte de l\u2019antichambre s\u2019ouvrait d\u2019où s\u2019élançait, dans un frou-frou soyeux, la blonde et rose Colette, et, tout de suite, sans voir la muette supplication de son amant, fronçant ses sourcils despotiques, elle le mettait dehors : \u2014 « Mon cher ami, quand je fais dire que je n\u2019y suis pas, c\u2019est pour toutle monde.J'ai mes malles à finir\u2026 Non, mon cher, si je vous savais derrière mon dos, je n\u2019avancerais pas.Vous n\u2019avez rien à faire ?Eh bien ! Allez dire adieu à Camille ?» \u2014 Colette ! » La porte refermée, il dut s\u2019appuyer à la rampe pour descendre : ses pas tremblaient.La haine l\u2019emportant contre la fille, il grommela des injures.Mais, brusquement, sa colère tomba.Les nerfs s\u2019affaissèrent pour avoir trop vibré : il ne ressentait LE TRAIT D\u2019UNION 179 plus l\u2019insulte à sa femme ni humiliation, mais seulement sa misère, et il gémit sur lui-même, Il se trouvait très malheureux parce qu\u2019il n\u2019était pas aimé, lui qui aimait, parce que Colette l\u2019avait rudoyé et chassé, parce qu\u2019à cet instant il avait besoin d\u2019ê- tre plaint et que personne ne le plaignait.Il eût voulu pouvoir cacher son chagrin dans les bras d\u2019une amie douce et sûre, comme jadis, aux heures innocentes de l\u2019enfance, et pleurer sans contrainte les sanglots qui soulagent.Le fiacre roulait vers l\u2019hôtel, franchissant le parc Monceau pour gagner l\u2019avenue Hoche.À ces pelouses fleuries, à ces arbres verts, à ces corbeilles jolies, à tout ce paysage de frai- cheur et de repos qu\u2019il traversait chaque jour, combien de fois avait-il emprunté quelque joie?Combien de fois, en ces deux années de liaison, avait-il connu la paix et le souire ?Ç\u2019avaient été, dès le premier soir, des querelles et des violences, \u2014 car elle avait compris, tout de suite, qu\u2019il devait être sa proie.oui, dès le premier soir, et, après deux années de tortures, de honte, d\u2019angoisses, elle l\u2019enlevait à sa vie quoti- tienne, à ses amis, 4 sa femme.pauvre Camille, elle était à plaindre, elle aussi !\u2026.Ceci détourna sa pensée ; dans une soif de souffrances il l\u2019évoqua, telle qu\u2019elle était devenue depuis qu'il l\u2019avait abandonnée, pâle et endeuillée, silencieuse et douce, vivant à l'écart du monde, ne sortant que pour aller jusqu\u2019à l\u2019église, ne lisant que des livres pieux.Comment reconnaître en elle le jeune être de grâce et de sourire auquel quinze ans plustôt, il avaitlié sa vie 2 Certes elle n\u2019avait jamais été jolie, étant de nature pauvre et frêle ; mais quand il était près d\u2019elle, ses yeux n\u2019avaient- ils pas, pour lui, un charme si doux, si enveloppant, qu\u2019à se sentir tant aimé, il avait le cœur doucement mouillé ?Et était- il rien de plus coquettement mutin, jadis, que les ailes retroussées de son petit nez et, sur les dents inégales, le sourire familier de ses lèvres toujours entr\u2019ouvertes ?Il se souvint du temps où il était reconnaissant à sa femme de sa fragilité, où il avait la religion de son sourire.C'était loin, loin.et il n\u2019y avait pas que des années entre ce temps-là et lui, il y avait Colette.Du jour où il l\u2019avait connue, il avait né- 180 LA REVUE DES DEUX FRANCES gligé sa femme, en sorte que, moins de quinze jours aprés le début de leur liaison, Camille, si elle ne l\u2019avait pas appris, avait tout deviné, moins le nom de sa rivale ou plutôt, de sa triomphatrice\u2026 Encore, sur ce dernier point, avait-elle été pleinement renseignée par les photographies qui traînaient dans les poches de son mari.Pas un reproche, pas même une remarque n'avait alors trahi sa blessure ; elle n\u2019avait point paru s'apercevoir que Jean soudain, multipliait les repas au dehors, rentrait tard, et, parfois, ne rentrait pas.Habileté, fierté, indifférence ?Jamais, jusqu\u2019à ce jour, il n\u2019avait tenté d\u2019analyser l\u2019étrange conduite de Mme d\u2019Ornelles, trop heureux de sa liberté pour en rechercher les causes\u2026 Elle avait tu son ressentiment et sa douleur; seulement, peu à peu, elle s\u2019était éloignée du monde, réfugiant son cœur dans la dévotion, et, s\u2019habillant de noir, marchant à pas feutrés, levée à sept heures pour entendre la messe de huit, retirée dans sa chambre dès le dîner, elle semblait quelque vieille demoiselle de province que son salut seul sollicite.Plusieurs fois déjà, aux jours où la tyrannie de Colette le faisait le plus souffrir, Jean avait eu le désir, comme Camille lui tendait le front, de l\u2019attirer à lui, de lui tout avouer, d\u2019implorer son pardon.Mais Camille savait-elle vraiment?Elle semblait si austére, elle était si différente de sa femme, de celle qu'il avait aimée jadis, au nez mutin, aux lèvres entr\u2019ouvertes ! Il n\u2019avait pas osé, il avait craint d\u2019être obligé à des promesses qu\u2019il ne saurait tenir, il avait eu honte de ce retour à la femme motivé seulement par les querelles de la maîtresse.Et le temps avait passé.Voicique, maintenant, l\u2019excès de sa misère l\u2019attendrissait sur Camille.Il se souvenait, après deux ans d\u2019indifférence, \u2014 d\u2019oubli presque, \u2014 de toute la douceur, de toute l'intimité de leur vie commune ; il se souvenait du soir où il l\u2019avait emportée chez lui, toute neuve, et que, dans le coupé, les bras à son cou, elle pleurait : « Je vous aime tant, mon mari.» et qu\u2019elle souriait au travers de ses larmes pour se charmer de ces adorables mots : « Mon petit mari.mon petit mari.» Ohl ces syllabes fuselées en joie, il en retrouvait l\u2019écho dans son cœur. LE TRAIT D\u2019UNION 181 Puis ce furent d\u2019autres tableaux : il la revit, la taille déformée par le cher fardeau de leurs espérances, appuyant au bras du « méchant papa » ses pas alourdis\u2026 Les passants en les croisant, se souriaient malignement d\u2019un sourire qui voulait dire : « Eh eh ! cette petite commère !.» Et lui, loin de s\u2019offenser, s\u2019épanouissait dans une bonne joie : « Voilà-t-il pas de quoi être fier | » s\u2019exclamait-elle avec une moue, un jour qu\u2019il se carrait dans l\u2019orgueil de sa paternité imminente.Mais comme le baiser dont elle accompagnait ces mots les démentait ! Comme ellelui était reconnaissante du lien nouveau, de la raison nouvelle pour l\u2019aimer davantage.« Je suis une vraie femme », riait-elle.Le jour sombre.le plus sombre de sa vie.Prés du lit de la mère sauvée, en un petit cercueil capitonné de satin blanc, le chérubin dont la venue a manqué tuer Camille et qui \u2014 le médecin l\u2019a dit \u2014 nesera pas remplacé.Ah ! qu\u2019ils s\u2019aimèrent saintement et délicieusement dans leur douleur, et comme à mêler leurs pleurs, ils s\u2019étaient unis !.Mais Colette.Et c\u2019étaient la désertion du foyer, le mensonge, la vie double, la fièvre des sens et la honte, la lassitude\u2026 Oh oui! il était las.las.Et cependant, ce soir, il partirait.Vers quel inconnu?.Il entra dans la chambre de Camille pour lui annoncer son voyage.Depuis bien longtemps c\u2019était la première fois qu\u2019il y pénétrait.Un dernier scrupule lui en avait, jusqu\u2019à ce jour, défendu le seuil ; trop de souvenirs saints l\u2019habitaient\u2026 Au bruit de ses pas, Camille se retourna.Elle était assise près de la fenêtre lisant.Le rideau soulevé laissait entrer les dernières lueurs du jour.Elle rejeta sur une tablette le livre pieux qu\u2019elle tenait et s avança pour lui tendre son front, Jamais elle n\u2019avait cessé cette tendre habitude.C\u2019était, le matin et le soir, sa prière d\u2019épouse.\u2014 « Qu\u2019as-tu, Jean ?» Debout, près d\u2019elle, il demeurait immobile, la regardant sans la voir.La fable qu\u2019il avait forgée fuyait sa mémoire, il 182 LA REVUE DES DEUX FRANCES ne trouvait plus les explications assemblées depuis plusieurs jours, il hésitait à mentir comme s\u2019il eût conscience qu\u2019à cette heure il ne saurait pas bien mentir.Etaient-ce donc les souvenirs errants de cette chambre, ou la vue de sa pâle victime, ou l\u2019affaissement de son énergie qui étouffaient, qui arrétaient la voix dans sa gorge, qui le faisaient tremblant et silencieux ?Il voulut se forcer, commença : « Ma chère Camille.» Ces syllabes dansèrent comme des notes discordantes.II se tut, impuissant, épouvanté ! plus misérable encore que tout à l\u2019heure, et ce fut cette impuissance, cette épouvante, cette misère qu\u2019il gémit bientôt dans cet appel lamentable : « Camille ! » Doucement elle passa ses bras au cou de son mari.\u2014 Qu\u2019as-tu, mon Jean?» Elle avait dit mon.Ce mot, la caresse qui l\u2019accompagnait achevèrent de le troubler.Avait-elle deviné un dernier mensonge et tentait-elle, enfin, de reconquérir son mari?Etait-ce simple compassion de femme pitoyable ou souvenir d\u2019amante ?Jean ne se le demanda point.À cette heure, tout son être s\u2019élançait vers Camille qui, seule, le plaignait quand il était misérable ; qui, lorsqu\u2019il l\u2019allait répudier, le réclamait comme son bien cher; qui, devant son mal, oubliait combien elle avait souffert par lui.Des lignes émaciées de ce fin visage, du cerne bleu de ces yeux, du corsage trop vide lui venaient des reproches et du remords.Sa misère s\u2019attendrit sur cette autre misère ; il goûta une âpre volupté à la plaindre plus que lui, à s\u2019insulter, à haïr Colette.Dans l\u2019ombre complice il attira sa femme sur son cœur : « Oh! pardon, Camille! » \u2014 Mon Jean, n\u2019as-tu pas souffert aussi?\u2026 Nous allons commencer une vie nouvelle.» Et, comme il allait parler s\u2019accuser, s\u2019humilier, elle lui mit sa main fragile et douce sur la bouche: « Tais-toi\u2026 Je ne veux rien savoir.Nous avons été malheureux.La souffrance nous a réunis.Que bénie soit cette souffrance, mon aimé.» Jacques Crepet.ABBE LES THÉATRES Mme Sarah Bernhardt, venue à Paris ces jours-ci, est repartie de suite, pour la grande tournée qui précédera sa rentrée définitive ; elle a assisté à une grande réunion des chefs de service de construction, sous la direction de l\u2019architecte de la Ville; les travaux de réfection du théâtre sont, déjà, fort avancés ; tout sera réparè ou renouvelé pour le retour de la tournée fixé à fin novembre.« .À la Comédie-Française : La reprise de Charlotte Corday, fixée d'abord au samedi 26, a été remise à une date ultérieure; les affiches posées, pour ce jour, portent : Tartuffe et La Joie fait peur.M.L.Claretie est rentré à Paris.+ PRE) Voici la distribution exacte des rôles dans Tristan et Iseult; elle nous est envoyée par M.Charles Lamoureux avec prière de dire que celte distribution ne comporte pas de « doublures » et que tous les artistes sont engagés au même titre et pour paraître alternativernent : Tristan : MM.Gibert et Emm.Lafarge; Yseult ; Mme F.Litvinne, Mlle Pacary, Mlle Janssen ; Brangaene ; Mme Bréma, Mme Darlays, Mlle Spa- nyi ; Kurwenal : MM.Georges Chais et Sempé ; le roi Marke : MM.Val- lier et Challet.A l'Opéra-Comique : Les chœurs ont commencé les études de Louise, le drame lyrique de M.Gustave Charpentier.: Les principaux rôles de cet ouvrage sont distribués à Mlles Rioton et Wyns, à MM.Maréchal et Albers.La réouverture aura lieu, avec la Vie de Bohéme, le jeudi [4 septembre - .L'Opèra-Comique rouvrira ses portes, jeudi prochain avec la « Vie de 184 LA REVUE DES DEUX FRANCES Bohème », pour la rentrée de Miles Guiraudon et Tiphaine, de MM.Maréchal, Fugère, Isnardon, Delvoye et Belhomme.Le lendemain 15, « Mignon », pour la rentrée du Lénor Clément et de Mlle Charlotte Wyns, qu\u2019on n\u2019a pas entendue à Paris depuis plus d\u2019un an.Les Spectacles suivants se composeront de « Manon », pour la rentrée de Mlle Marignan et le début du ténor Delmas ; « Lakmé » et « Mireille » par Mlle Thiéry, ria rusticana », « Philémon et Baucis », le « Caïd », Le programme jusqu\u2019au 1 janvier est ainsi fixé : On compte reprendre « Fra Diavolo » avant la fin du mois, puis viendront les reprises d\u2019 « Orphée » pour les débuts de Mlle Gerville-Réache ; les « Pêchears de perles » ; pour la rentrée de Mme Bréjean-Gravière et le début de M.Albers; la reprise de « Cendrillon », le gros succes de l'ander- nier ; la reprise de « Proserpine », de Saint-Saëns, et la première représentation, a Parisde son ballet « Javotte », qui sera dansé par Mlle Edea Santori et Mlle Chasles.Enfin, « Louise », les quatre actes de Charpentier, comme première nouveauté, précédant la «Chambre bleue», un acte de J.Bonval ; la « Sœur de Jocrisse », un acte de Banès, et « Hænsel et Gretel », laféerie enfantine d\u2019Humperdink.« Carmen », «Cavalle- etc.» .Parmi les nombreux attraits de la Grande Roue, il convient de citer, à côté de la si curieuse ascension, l'intéressant spectacle du théâtre de la Roue.Le programme en est toujours varié et amusantet comporte, actuellement, entre autres attractions, Kesiky et ses chiens jouant un véritable drame ; l'étonnant illusionniste Maletzky ; miss Hannah, équilibriste ; l\u2019ours lutteur et l\u2019amusante fantaisie Une Noce à la Cour des Miracles.- .Tout-Paris select se presse au jardin de Paris, par les belles soirées de maintenant.Le Moulin Rouge tient le record des choses les plus gaies.À Les grelots du plaisir sonnent très fort dans le jardin du joyeux Bullier, Tout le Quartier est là, les dimanches, jeudis et samedis.FANTASIO. Puissance du Canada GOUVERNEMENT DE LA PROVINCE DE QUÉBEC VASTE TERRITOIRE A GOLONINER Riches régions minières et forestières de toutes sortes.Terres d\u2019une fertilité reconnue, climat sain et favorable à toute culture, communications faciles avec les marchés locaux et étrangers.Les colons agriculteurs peuvent, avec une QUINZAINE DE CENTS FRANCS, acheter un lot d\u2019environ 40 hectares dont 4ou 5 en terre défrichée.Les terres du Gouvernement valent 20ou 30 sous l\u2019acre.Les lots sont de 100 acres (environ 40 hectares).La forêt couvre des millions d\u2019hectares, où l\u2019on trouve, entre autres, du bois de pulpe d\u2019une quantité supérieure.Il y a aussi abondance de minEs dans la province.On y rencontre l\u2019on, l\u2019ARGENT, le curvrE, le FER (titanique, chronique et magnétique), la plombagine, le mica, l\u2019amiante, le granit de tout genre, le kaolin, le pétrole, etc.Plusieurs mines, en ce qui concerne le cuivre, le fer, la plombagine, le mica et l\u2019amiante, sont déjà en exploitation.Les mines de la Beauce, où l\u2019on fait de nouvelles tentatives après une suspension de travaux de plusieurs années, ont déjà donné une douzaine de millions de francs d\u2019or.La population de la province de Québec est de langue française surtout.Des bureaux et des agents d\u2019immigration reçoivent les immigrants à Québec et à Montréal, Le service des Postes et des Chemins de fer et le système des Banques est des plus réguliers et des plus sûrs.Pour plus ample information, s'adresser à l\u2019honorable Commissaire de la Colonisation et des Mines, Québec, Canada. Madame Albert Giguere A beaucoup souffert après la naissance de son bébé.\u2014 Son médecin ne pouvait rien faire pour elle.\u2014 Triste et découragée, elle n\u2019avait plus aucun espoir d\u2019être guérie.\u2014 Les pilules rouges du D' Corderre ont mis fin à toutes ses souffrances.Elle recommande à toutes les femmes malades de se guérir en prenant les Pilules Rouges du D' Corderre, le seul remède au monde qui guérit toutes les maladies des femmes.Dans le bul de faire connaître à d\u2019autres personnes souffrantes comme elle, le moyen de guérison à leur portée, Madac e Giguére nous envoie son témoignage en nous donnant l'autorisation de le publier pour le plus grand bien des femmes souffrantes de son sexe.Si toutes les femmes agissaient ainsi, le nuage de désespoir qui enveloppe tant de pauvres femmes malades se dissiperait bientôt.Madame Giguère dit : « J'ai été bien malade après la naissance de mon bébé, j'étais très faible et d\u2019une pâleur effrayante, je souffrais beaucoup d\u2019irrégularités probablement causées par la faiblesse de mon sang, ma digestion ne se faisait pas, j'avais mal aux reins et dans les côtés, le mal de tête me faisait souffrir continuellement, je crois que j'avais aussi une maladie de cœur tellement il me faisait mal, je ne reposais pas la nuit.J'étais toujours fatiguée, la cause de ma maladie était depuis la naissance de mon dernier bébé, je n'avais jamais bien re- love de cette maladie ; mon médecin 1n\u2019a donné , eaucoup de remèdes mais sans me soulager.MADAME ALBERT GIGUERE Les Pilules Rouges du D\" Coderre guérissaient tant de femmes, que j'ai voulu les essayer, je ne le regrette pas, car elles m\u2019ont sauvée; ma digestion est maintenant très bonne, je dors bien et je suis plus forte.J'ai recommandé les Pilules Rouges du D\" Coderre à Mme Tanguay qui demeure sur la rue Beaudry, elle les prend pour la faiblesse et elle s\u2019en trouve très bien.» Madame Albert Giguère, 619a, rue Sanguinet, Montréal.Les Pilules Rouges du D' Coderre sont composées de remèdes spécialement pour le beau mal, les irrégularités, perles blanches, la constipation, le mal des reins, douleurs dans le bas-véntre, mal dans les côtés, palpitations du cœur, tiraillements, d'estomac, mal entre les épaules, étourdissements, perte de sommeil, perte de mémoire, perte d'appétit, mal de tête, pour les maladies du changement d\u2019age, elles sont sans rivales, elles préviennent toutes ces maladies particulières aux femmes qui passent cette période critique.Consultez nos médecins spécialistes d\u2019une vaste expérience dans le traitement des maladies des femmes.Nous vous invitons à leur écrire une description de votre maladie.Nos médecins donneront à votre cas toute l'attention dont ils sont capables, ils vous expliqueront très clairement toute la cause de votre maladie et le moyen de vous guérir aussi promptement que possible.Leurs consultations sont gratuites à toutes les femmes malades.Ne craignez pas d'écrire, toutes lettres adressées au « Département Médical, Boîte 2306, Montréal » sont ouvertes par les médecins seuls et tenues confidentielles par eux.Ecrivez dès aujourd\u2019hui.tout délai aggrave votre maladie.Méfiez-vous de ces marchands qui veulent vous vendre des Pilules Rouges comme étant aussi bonnes que les Pilules Rouges du D\" Coderre, refusez-les.Les vraies Pilules Rouges du D* Coderre sont toujours vendues en petites boîtes de bois rondes contenant 50 Pilules Rouges chaque \u2014 elles ne se vendent jamais à la douzaine, au cent ou à 1 fr.25 la boîte.Lorsque vous ne pouvez vous procurer les véritables Pilules Rouges du D' Coderre, ou lorsque vous avez des doutes, envoyez-nous 2 fr, 50 en timbres-poste pour une boîte, ou 12 fr.50 pour six boîtes.Vous êtes certaine que vous recevrez par le retour de la malle, les véritables Pilules Rouges du Dr Coderre.Nous les envoyons dans toutes les parties du pays et à l\u2019étranger franc de port.Ayez soin en nous écrivant de nous donner votre adresse bien complète afin d'éviter tout retard dans l'envoi.Adressez comme suit : Compagnie Chimique Franco-Américaine, Boîte 2306, Montréal, Can.w LA MODE PARISIENNE L'Administration de la Revue pes Deux Frances se charge de fournir les patrons sur demande.NS AN Ne S N J NN ue N SN ve \u2014 Fig.1.\u2014 Robe de visite, en pelil drap mélangé beige et blanc.Double jupe fermée derrière avec couture en biais, bordée de quatre rangs de galons mohair remontant de côté aveu altaches de passementerie et boutons.Jaquette ajustée à basque courte ; les devants croisés et fermés sous deux attaches, sont ouverts sur une pointe de soie piquée et ornés de deux revers ronds en même étoffe.Manche tailleur.PR PARFUM EXQUIS, DÉLICAT ET PERSISTANT me ED.PINAUD PARIS or mer Bani Y7 A pt) LA MODE PARISIENNE 5 ie mth AEE +f GE be CRN tir a NA) Da SL, ng ay N blu 4 da \u201c4 hs 1H { (Han % Fo = À ny >) ANY - 5 < \\ il N (4 A | i A il | 5 § | = AN } | i 1 k (si ç ! | iy! ig j a | | i | i | .ts ed 1h is A HE === z ç J ; J 7 = De Gp 7 A Ld N Lf 4 AG À M 6) 7 il I |) / | | i It | ( 1 | = | 8 i i CN 7 i 3 pg.er ee â cms < HF Uy Fase cy \u2014-\u2014di, \u2018 Fig.2 \u2014 Ravissant costume tailleur en drap bleu, g arni d\u2019applications de drap découpé sur velours.La jupe est terminée par un volant en forme.Gracieux boléro, fermé de côté, orné de péleri- nes superposées dont une en velours et deux en drap bordées de piqûres. LA MODE PARISIENNE Fig.3.\u2014 Toilette de jeune fille, en voile gris mouette.La jupe-tunique, toute plate à la taille est fermée de côté et découpée en pointe sur une sous-jupe très ondulée et bordée d\u2019une petite ruche.Corsage à dos tendu ; le devant est garni de trois revers arrondis et superposés de \u2018épaule à la taille, s\u2019ouvrant sur un plastron de taifetas blanc à petits plis en travers, formant crevés de chaque côlé d\u2019un large pli rond sous lequel ferme le corsage.Manche plate, terminée sur la main par une pointe évasée.Une légère broderie entoure les revers de la tunique.EAU D'HOUBIGANT, la PLUS a TOI EEE pour HOUBIGANT, 19, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris. LA MODE PARISIENNE y A SAA 2 TRUE 2e =F I ili Fig.4.\u2014 Elégant déshabillé en crépe de Chine rose très pâle.Le haubest formé par un petit fichu Marie-Antoinette en mousseline de soie blanche terminé sous un chou de velours noir.Entre-deux de guipure écrue et volant en crêpe de Chine.Etoiles de satin géranium découpées et appliquées.SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DES JOURNAUX DE MODES PROFESSIONNELS DES COUTURIÉÈRES ET CONFECTIONNEUSES.\u2014 Anc.Maison L.MicHAU, A.-J.Laroche, directeur, successeur, 8, rue de Richelieu, Paris.\u2014 Exposition universelle 1889, médaille d'or, concours commercial de Tunis.\u2014 La Couturière, organe professionnel ; L'Art de la Couture, publication de grandes figurines ; L'Elégance, robes et confection ;Les Toilettes modèles, gr.édit.avec album ; Le Luxe, gr.édit.parisienne ; Le Monde et les Théâtres, arts, modes, illustrations, sports ; La Mode Tailleur pour Dames: La Modiste française.\u2014 Travestissements.\u2014 Cours de coupe.\u2014 Fabrique de mannequins pour couturières.\u2014 Toutes les lettres, mandats, renseignements doivent être adressés à M.A.-J.LAROCHE, directeur.\u2014 Adresse télégraphique : Licho-Paris.\u2014 Téléphone Paris-Province 111.27.\u2014 Spécimen sur demande. LA MODE PARISIENNE Fig.5.\u2014 Toilette de Five o'clock pour fillettes de 14 à 15 ans.I.\u2014 Robe en linon, ouverte devant sur un tablier de taffetas.plis lingerie en biais.La même Uverture se continue au corsage, garnie de revers en taffelas plissé s\u2019ouvrant sur une guimpe dra- èe.Manche plate en pointe sur la main.Ceinture de satin, HU, \u2014 Robe en lainage uni.La jupe-tunique est découpée en dents arrondies sur une sous \u20ac velours miroir.Corsage à plis ronds formant bretelle, également découpé en dents arrondies sur 0 gilet de velours fermé au milieu du devant et garni d\u2019une double rangée de tout pelils boutons.aque dent du corsage est fixée par un bouton.Manche plate évasée sur la main.-jupe LA MODE PARISIENNE Fig.6.\u2014 Toilette de promenade en covercoat, garnie de deux bandes de taffetas quadrillé et découpé en dents arrondies.La veste boléro est entourée de la même garniture, s\u2019ouvrant sur UN gilet blanc et s\u2019arrondissant sur la taille pour former une petite basque.SAVON ROYAL D, À of is\" THRIDACE \\ ST vrs SAVON VELOUTINE Buidupeadeg mginuniands p Hygiino dil Pout of Boautd daTint, + Nouveaux PARFUMS: EXTRA-VIOLETTE AMBRE ROYAL MARECHALE.Jouve et Bovis, Impiibreürs-Éditeutrs; 15, Tie\u2019 Rucine, Paris. 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