The Quebec gazette = La gazette de Québec, 18 janvier 1838, jeudi 18 janvier 1838
[" we \\} Ia PROCES REVOLUTIONNAIRE, JACQUES CAZOTTE.(suite) Enfermé à La Force, il échappa miraculeusement au massacre de septembre.Son âge, l\u2019impression que fit sur la foule sa figura vénéralle, et sur- tous l\u2019héreïque piété filiale d'Elisabeth, sa fille, le sauvèrent ; mais quelque jours s'étaient à peine écoulés Cazotte était de nouveau jeté dans les prisons, et il fut cité devant la deuxième section du tribunal de la Seine, Ce fut le 24 septembre 1792 w'il parut devant ses juges ; l\u2019enceinte du pretoire tait, dès le matin, envahie par une foule immerse, dont la présence du tribunal contenait à peine la bruyante impatience.Quand l'accusé parut, le bruit, les cris et les murmures qui remplissaient la salle s\u2019apaisèrent tout à coup, et firent place i uo No.5198.] silence profond et soionnel.Cazotte s\u2019avança d\u2019un $ assuré vers la sellette des accusés ; sa mise; jen que sévère, n\u2019était pas exempte de recherche ,' fes yeux bleus brillaient d\u2019un éclat vif et fébrile, vn ; sourire où perçait l'ironie entr\u2019ouvrait ses lèvres ;, sont front large et pur, à peine sillonné de quelques .ride, et surtout ses long cheveux, tombant en bou- | oles d'argent sur ses épaules, donnaient à sa per-\u2019 soune uue irrésistible dignité, et la revêtaient de toute la majesté de la vieillesse.| .Derrière lui, appuyée sur le bras du défensenr, près duquel elle prit place, abattue, pâle, chance- ante, marchait sa fille, Elisabeth était mieux que jolie; tout en elle était grace, dévouement et ten-: dresse ; elle avait voulu, et nul n\u2019eût osé lui refuser cette faveur, suivre son père an tribunal; mais en : vain cherchait-ou eur ses traits souffraus quelque, trace de l\u2019énergie dont elle avait récemment fait : preuve; la-pauvre enfant sentuit que rien de sem- blabie Ala pitié ne remuait au cœur de ces juges qu\u2019environnait le sinistre appareil d\u2019une inexorable justice.Cette conviction l'avait brisée ; elle n\u2019é-' tait plus que le témoin sans espuir du sacrifice qu\u2019on allait conmencer.Le présidont ordonna la lecture de l'acte d\u2019accusation; mais, à ce moment, un incident inattendu interrompit le drame à peine commencé ; l'accusé et sou défenseur se levèrent, ce dernier déposa sur le! bareau du président des conclusions écrites, le premier parla en ces termes: \u201cJe ne redonte \u2018pas le procés qu'on w\u2019intente,; j'en prévois les suites, «à Dieu ma préparé à les su-! bir ; mais je me dois À moi-même, je dois à ma famille d\u2019en appeller, pour conjurer l'orage par tous | les mayens que votre propre loi, votre constitution\u2019 me dounent : il en est nu que j'invoque, et vous, : Tnoins que personne, peuvez en méconuaître la pni-; sauce.Vous rendez la justice au nom du peuple | \u201cœvuverain, de qui vous tenez, dite-vous, mandat de me juger: cette mission, vous l\u2019avez perdue: le souveraiu lui-même m\u2019a juré, il n\u2019a renvoyé absous de tous les crimes que vous voulez rechercher au- | jourd'hui.\u201c Ce fut, certes, un acie terrible et solennel de sa souveraineté que cette scène lugubre des prisons, - où tant de victimes furent jugés et frappées autour ,de moi; désigué comme elles à la mort, j\u2019eusse succomyvé comme elles si les cheveux blancs que vous voyez, si l'ange gardien que Dieu m'avait dou- né, et qui ne m\u2019a pus abandonné devant vous, D\u2019eussent touché cs peuple qu fait votre furce et Vous à dunné vos pouvoirs.Il a ouvert ses rangs devant mois il a épargné mes vieux jours; ses, bras sauglants ont porté mon enfant en triomphe, il a dit que j'étais libre, il l\u2019a dit dans la plénitude du droit que vousavez proclamé vous-mêmes ; que sun arsêtme protége! Jesuis jugé, vous êtes incompétents.\u201d Ces paroles répandirent dans l'assemblée une vive agitation et frappèrent les juges de stupeur ; on était àce moment d\u2019exaltation croissante où nul n\u2019eût osé contester la légitimité des massacres de septembre.Ce n\u2019était donc pas sans quelque autorité que, s\u2019emparaot d'un trait d\u2019humanité échappé aux fureurs de ces tristes jours, on l\u2019invoquait comwe acte de souveraine justice.La séance fut suspendue ; le tribunal eut, dans son embarras, recours aux comités de la convention ; leur réponse fut qu\u2019il fallait passer outre,et l'arrêt suivant fut rendu : « Letribanal, sans s\u2019arrêter ni avoir égard à ln protestation du sieur Cazotte, ordonne qu\u2019il sera passé outre à l\u2019iustruction du procès, et cependant qua la diligence du commissaire national, copie e.la dite protestation et expédition du jugement séront adressées au ministre de la justice, pour être par lui communiquées à la Convention nationale, il y a lieu.\u201d L intérrogatoire commença; il se prolongea pen- dunt deux audiences: c'était tout le procès.Au- can témoin n'avait été cité.On opposait à Cazot- te ses lettres et ses écrits ; son interrogatoire n\u2019en fut que le courageux commentaire.Son sang-froid ne'se démentit pas un instant ; on eût dit en l\u2019écou- \u2018tabt qu\u2019il ne s\u2019agissait pour Cazotte qne de l\u2019une de ces luttes d\u2019esprit'et d'â-propos par lesquelles il brillait dans le monde, et qui l'avaient rendu (ainsi qu\u2019il fe disait lui-même) la cogueluche des beaux esprits de son parti.Parfois nême on croit en- teudreun de ces dialogues sublimes dont, parmi nous, le grand Corneille eut senl le accret.Quol- «ques traits, entre tous, le prouveront à nos lecteurs : D.Vagus ne pouvez nier avoir voulu favoriser la fuite da roi.Cela est si vrai que, dans vos lettres, vous offrez vôtre maison pour le recevoir ?R.Je la lui ai offerte comme je Ini offre ma vie : tout ce que mui et les.miens possédons de biens en
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