Reflet de société /, 1 janvier 2017, Hiver 2017, Vol. 26, No 2
[" nefletdeSociété Un regary diffrent sur notre sociétés Je SUIS PAS RAGS [k MAIS 2 Je découvre ! 3 Éditorial Raymond VigeR www.raymondviger.wordpress.com Journées de la Culture 2017.Je me retrouve sur la scène du Bistro le Ste-Cath.À ma gauche, Carole Poirier, députée d\u2019Hoche- laga-Maisonneuve.À ma droite Francis Désilets, conteur professionnel et animateur aux Dimanches du Conte.La raison de notre triumvirat est de permettre à Mme Poirier de remettre un prix à Francis Désilets pour ses 10 ans d\u2019animation aux Dimanches du Conte.À titre de représentant, Francis recevra par la même occasion un deuxième prix pour leurs 20 ans d\u2019existence.Une période de 20 ans pendant laquelle, le directeur, Jean-Marc Massie, n\u2019a cessé de défendre les artistes.Parce qu\u2019un artiste n\u2019est pas un «cheap labor» qui ne sert qu\u2019à remplir une salle de spectacle.Mais voilà que pendant son allocution, Mme Poirier vient me frapper de plein fouet.Elle présente l\u2019ignoble entente entre Ottawa et Net?ix.Ce géant américain béné- ?ciera d\u2019une exemption de taxes pour ses abonnements vendus au Canada.Des éclairs m\u2019ont traversé l\u2019esprit.Des nuages gris ont pris toute la place dans mon cerveau.Ma sérénité a fait place à la fougue du guerrier.Tous les beaux discours que j\u2019avais préparés pour souligner le magni?que travail de Francis Dési- lets et des Dimanches du Conte ont disparu.Notre organisme communautaire, non subventionné intervient auprès de jeunes marginalisés.Notre organisme, positionné en économie sociale, a créé 50 emplois permanents toujours non subventionnés auprès d\u2019une clientèle pas toujours employable.Des gens qui ont besoin de formation et d\u2019écoute.C\u2019est plus de dix millions en taxes et en charges sociales que nous avons fait parvenir aux trois paliers de gouvernement.Je ne saurais dire combien exactement.J\u2019ai arrêté de compter il y a plusieurs années après avoir atteint ces dix millions.Notre organisme a dû s\u2019adapter et s\u2019ajuster aux augmentations de taxes, de nouvelles lois que les gouvernements nous ont imposées.Nous sommes un organisme qui participe à la vie économique et sociale de notre pays et de notre société.Quand j\u2019apprends les ententes que nos gouvernements concluent avec différentes grandes industries, je me questionne si les millions que je leur envoie sont bien investis.Et voilà que sur scène, devant une foule en délire, j\u2019apprends que Net?ix l\u2019aura facile pendant que nous nous saignons à tout faire, autant de l\u2019intervention que son ?nancement.D\u2019autres entreprises, même canadiennes, ont eu des accommodements raisonnables pour continuer à faire voguer leurs bateaux vers les paradis ?scaux.Pendant que les grosses entreprises font la loi.Pendant qu\u2019ils dictent leurs conditions.Nos gouvernements plient devant eux.Et nous devons continuer à faire des miracles avec des peanuts.Et on parle de démocratie quand le seul droit que nous avons est de prendre cinq minutes pour élire un gouvernement et que nous subirons pendant les quatre années suivantes ses prises de position.Insulté par l\u2019annonce que Mme Carole Poirier venait de faire, j\u2019ai déchiré ma chemise sur scène, oubliant ma raison d\u2019y être : Féliciter Francis Désilets pour son implication dans l\u2019art oratoire du conte Féliciter les Dimanche du Conte pour près d\u2019un quart de siècle de soutien aux conteurs du Québec.Remercier Toxic Art pour la création de trophées originaux pour eux.Remercier Mme Carole Poirier pour son soutien à la culture du Québec.Félicitations à tous les artisans de la Culture au Québec qui s\u2019acharnent à conserver intacte notre culture.Et parfois avec de faibles moyens.Merci à vous, chers lecteurs, de m\u2019accepter dans tout ce que je peux vivre et traverser pour accomplir notre mission sociale et culturelle.Netlix et les Journées de la culture 5 Je découvre ! 6 ReletdeSociété Service aux bonnés Changement d\u2019adresse 514-256-9000 abonnes@re?etdesociete.com goo.gl/dE51DH 4264 Ste-Catherine Est, Montréal, Qc H1V 1X6 Tél: 514-256-9000 \u2022 Fax: 514-256-9444 \u2022 Sans frais: 1-877-256-9009 info@reletdesociete.com \u2022 refletdesociete.com ISSN : 1711-7860 Directrice administrative Danielle Simard 514-256-9000 journal@journaldelarue.ca PUBLICITE ET COMMANDITE Éditeur / Rédacteur en chef Raymond Viger 514-256-4467 raymondviger@hotmail.com Collaborateurs Normand Charest, Louise Gagné, Jean- Claude Leclerc, Nicole Viau.Café Graf?ti 514-259-6900 Pupitre Delphine Caubet.Corrections Karyn P.Valéry.Journalistes Justine Aubry, Jean-Pierre Bellemare, Delphine Caubet, Alexandra Duchaine, Colin McGregor, Anne Reitzer, Mélina Soucy.Infographie Delphine Caubet et Mélina Soucy.Illustrateurs Cyril, Toya, Yema.Notre mission: Le Journal de la Rue est un organisme à but non-lucratif qui a comme principale mission d\u2019aider les jeunes marginalisés à se réinsérer dans la vie socioéconomique en favorisant leur autonomie.Membres de : \u2022 Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) \u2022 Association québécoise des éditeurs de magazines (AQEM) \u2022 Magazine Canada (CMPA) \u2022 Association des médias écrits communautaire du Québec (AMECQ) \u2022 Regroupement des organismes communautaires jeunesse du Québec La reproduction totale ou partielle des articles pour un usage non pécuniaire est autorisée à condition d\u2019en mentionnéer la soucer.Les textes et les dessins qui apparaissent dans Relet de Société sont publiés sous la responsabilité exclusive de leurs auteurs.Relet de Société est un magazine édité par le Journal de la Rue qui traite de multiples thématiques socioculturelles (violence, santé, environnement, prostitution.).Nous proposons des solutions et des ressources.Relet de Société dispose d\u2019un fonds de réserve provenant des abonnements.Au fur et à mesure que les magazines vous sont livrés, l\u2019organisme récupère les frais dans ce fonds.C\u2019est une façon de protéger votre investissement dans la cause des jeunes.Ne me jette pas, passe-moi à un ami 8,95$ l\u2019unité.Technologie Voix virtuelles Des chercheurs anglais ont créé des avatars numériques contrôlés par des thérapeutes pour aider les schizophrènes à combattre les voix dans leur tête.Ces avatars person- niient les voix et permettent aux patients de les affronter.75 patients ont suivi cette thérapie pendant trois mois, tout en étant médicamentés.7 des patients ont cessé d\u2019entendre des voix après cette expérience.Les chercheurs avaient constitué un groupe témoin qui recevait des conseils médicaux à la place de la thérapie avec les avatars.Seulement 2 75 avaient cessé d\u2019entendre des voix.Les schizophrènes vivent en moyenne avec 3 à 4 voix différentes.Souvent ces voix les insultent ou les menacent selon Tom Craig du King\u2019s College de Londres, auteur de l\u2019étude.Les médicaments sufisent souvent à diminuer les symptômes, mais 1/4 des patients continuent à les entendre.Source: Agence France-Presse Jouer avec la pensée Le jeu vidéo Brain Invaders permet au joueur de jouer sans manette.Il élimine les ennemis du jeu par la pensée.À l\u2019aide d\u2019un casque à électrodes qui traduit la pensée en actions, les créatures pixélisées explosent les unes après les autres.Cette technologie pourrait permettre de commander des membres artiiciels, de communiquer avec des personnes incapables de parler et même de piloter 7 un fauteuil roulant.Simplement par la pensée.«L\u2019intelligence arti?cielle permet de décoder l\u2019intention du sujet à partir de données encé- phalographiques et les traduit en commandes», explique Marco Congelo, chercheur au laboratoire images parole signal automatique (GIPSA-lab).Dans le jeu, les extraterrestres à éliminer clignotent.Le joueur perçoit ce clignotement lorsqu\u2019il se concentre sur l\u2019ennemi qu\u2019il veut détruire.Cela crée une onde cérébrale dans le cerveau du joueur qui est traduite par le casque et détruit la créature.Source: Agence France-Presse Astronomie Un État en orbite Le milliardaire et scienti?que russe Igor Ashurbeyli a annoncé en automne 2016 la création d\u2019un «État», Asgardia, qui n\u2019existera qu\u2019en orbite.En attendant de pouvoir demander son adhésion aux Nations Unies, il invite quiconque à faire une demande de citoyenneté.En été 2017, la «population» dépassait déjà les 200 000.Et des élections parlementaires auront lieu avant le 1er janvier 2018.Le microsatellite Asgardia-1 a été lancé le 12 novembre 2017 depuis les États-Unis et a été en partie payé par le socio?nancement.De la taille d\u2019un ballon de football, il ne fait que 2 kilos, mais est censé représenter la première brique du futur État: il contient un disque dur sur lequel sont enregistrés la constitution du pays, ses symboles nationaux et les données de ses citoyens.Source: Agence Science-Presse Biologie Fertilité: une affaire d\u2019hommes Jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, on attribuait la question de «l\u2019horloge biologique» uniquement aux femmes.Maintenant que les couples des sociétés riches choisissent d\u2019avoir leur premier enfant à un âge tardif, les chercheurs croient que les hommes sont tout autant concernés.En juillet dernier, la revue Human Reproduction publiait une revue de 185 études qui arrivait à un chiffre alarmant: le taux de sperme aurait chuté de 60% en 40 ans dans les pays riches.Selon les chercheurs, ce déclin a un impact sur l\u2019âge où l\u2019homme pourrait se reproduire, car il arrive un moment où le nombre de spermatozoïdes est statistiquement insuf?sant.Ce problème provoque un renversement de situation inédit.Comme le souligne le New Scientist, «le déclin rapide du sperme est une opportunité pour dissiper l\u2019idée que la fertilité est d\u2019abord une question de femmes.» Source: Agence Science-Presse Réconforter les gènes Le réconfort physique d\u2019un adulte s\u2019inscrit dans les gènes de leurs enfants 4 ans plus tard.C\u2019est ce que révèle une étude menée par le département de génétique médicale de l\u2019Université de la Colombie-Britannique.L\u2019étude démontre que les enfants de 4 ans qui ont connu plus de détresse et qui ont reçu moins de réconfort dévoilaient un pro?l moléculaire sous-développé pour leur âge.L\u2019équipe de recherche croit que cette modulation des gènes par l\u2019environnement indiquerait peut- être que ces enfants sont en retard sur le plan génétique et auraient une incapacité à s\u2019épanouir.Pour cette recherche, 94 enfants en santé y ont participé.Leurs parents ont tenus des journaux des comportements de leurs bébés et des contacts qu\u2019ils avaient avec eux.Les enfants étaient alors âgés de 5 semaines et l\u2019étude s\u2019est terminé lorsqu\u2019ils ont atteint l\u2019âge de 4 ans et demi.Source: Radio-Canada 8 Note aux lecteurs Pour des questions de mise en page et de ?ui- dité du texte, nous avons choisi de reproduire certains commentaires Facebook et de corriger leur orthographe, mais sans en changer le contenu.Si toutefois vous souhaitez lire les commentaires originaux, nous vous invitons à consulter la version numérique de cet article sur: goo.gl/ycxcA7 P i x a b a y .c o m 9 La Meute Cyberintimidation et double discours Mélina Soucy Plusieurs citoyens québécois s\u2019identi?ent comme membres de la Meute sur les réseaux sociaux.Ils rejoignent cette bannière, car ils craignent que «la montée de l\u2019islam radical dans le monde vienne perturber la quiétude et la sécurité canadienne».Ils s\u2019organisent sur Facebook depuis un peu plus de 2 ans pour devenir un groupe de pression politique in?uent.La Meute est décrite comme un groupe xénophobe d\u2019extrême droite par les médias et les politiciens.Régis Labeaume, le maire de la ville de Québec, a même traité le groupe de milice toxique et dangereuse.Pour véri?er la véracité de ces allégations et enquêter sur une histoire de cyberintimidation en lien avec ce groupe, j\u2019ai rejoint le groupe Facebook secret de la Meute (c\u2019est- à-dire qu\u2019on ne peut pas le trouver sur Facebook sans qu\u2019un membre ne nous ajoute) et ce, en m\u2019identi?ant comme journaliste.«Souhaitons la bienvenue à Mélina Soucy dans le clan 06».On m\u2019accueille comme tous les autres, avec ce statut Facebook, rapidement commenté par les autres membres, à coup d\u2019émoticônes représentant des têtes de loups.Cyberintimidation Le blogue TPL Moms donne la parole aux mères et encourage la diversité culturelle.Lors du scandale de la prière des musulmans au Parc Safari en juillet 2017, le blog s\u2019est prononcé pour la défense de cette communauté.«J\u2019ai lancé le sujet, puis une rédactrice a fait un texte qui reflète très bien nos valeurs d\u2019ouverture», explique Josiane Stratis, rédactrice en chef du blogue.L\u2019article parut le 5 juillet n\u2019a attisé les commentaires désobligeants que le lendemain de sa publication.«Je m\u2019entraîne le jeudi midi, raconte madame Stratis.Entre le moment où je suis partie du bureau et celui où je suis revenue, ma sœur avait bloqué 40 commentaires.Ça a duré 5 jours.» Selon la rédactrice en chef de TPL Moms, la majorité des commentaires avaient été rédigés par des membres de la Meute.«C\u2019est facile d\u2019identi?er les gens de la Meute.Ils ont souvent le symbole de leur groupe sur leur photo de pro?l ou leur page Facebook personnelle.Ce sont également eux qui venaient écrire 25 commentaires par heure.Leurs discours commençaient souvent par un argument ouvert d\u2019esprit qu\u2019ils saupoudraient d\u2019éléments racistes.» Véri?cation des faits Le logo de la Meute étant absent des photos montrées sur la capture d\u2019écran.J\u2019ai moi-même véri?é que chacun des individus s\u2019y trouvant étaient bel et bien membre du groupe.C\u2019était le cas.Josiane Stratis m\u2019avait également informé d\u2019un possible appel à la cyberintimidation de la part de Sylvain Brouillette, chef des communications et membre dirigeant de la Meute.J\u2019ai retrouvé cette incitation à commenter l\u2019article de TPL Moms sur le groupe se- Extrait de commentaires reçus sur TPL Moms: «Cessez de vous applaventrir, la religion pour ce que ça leur fait du bien.Ils veulent être dominés et exploités, on ne peut rien y a faire.Qu\u2019ils le fassent en privé.Cette religion vient de l\u2019an 600 et n\u2019a pas évolué.Revenir en arrière n\u2019est pas un signe d\u2019ouverture, mais plutôt de fermeture.Réfléchissez un peu.Un dieu aurait-il exigé d\u2019enfermer la femme dans un costume avec des trous pour les yeux?Mais pour certains, il faut toujours défendre l\u2019indéfendable.On a été tellement éduqué à faire plaisir aux autres.Tendre la joue gauche si on a reçu une gifle sur la droite, ne serait-ce pas de la lâcheté en fait?» «T\u2019as bien raison, y a pas de mal à écouter des gens demander à ce qu\u2019on tue les juifs et les chrétiens.Y a pas de mal à les laisser faire leur petite prière dans un coin du parc\u2026 C\u2019est pas ça qui va finir par faire comme en Europe où ils sont rendus à bloquer des rues pour prier par milliers au lieu de faire ça dans leur mosquée\u2026 On chialera rendu là, mais entre-temps y a aucun problème.Nous avons fait du Québec un état laïc, mais seulement pour les Québécois, les immigrants eux peuvent faire leur religion dans la rue ou dans un parc s\u2019ils veulent.Parce que la laïcité, c\u2019est juste bon pour pitou\u2026 vive les lunettes roses.» 10 cret.Monsieur Brouillette avait toutefois modi?é son nom pour Facebook, empruntant le pseudonyme de Sylvain Maikan.Je l\u2019ai ensuite contacté pour avoir son opinion.«J\u2019incitais les gens à ouvrir un débat, défend-t-il.Les gens vivent dans un monde complètement irréaliste.Ils vivent dans une bulle.Ils sont complètement inconscients des dommages que l\u2019islam radical a fait ailleurs dans le monde.Il y a des sociétés qui étaient très enviables il y a quelques décennies qui sont devenues des enfers.À un moment donnée, c\u2019est beau être ouvert et accueillant, mais c\u2019est important de le faire de la bonne façon.» Sylvain affirme aussi que les commentaires laissés par les membres de la Meute ne sont pas xénophobes et n\u2019ont pour but que d\u2019ouvrir le débat.Donc, quand un de leur membre dit que l\u2019islam «vient de l\u2019an 6000 et n\u2019a pas évolué depuis», ce n\u2019est pas un commentaire discriminatoire.Quand il incite les gens à «réfléchir un peu, car un dieu aurait-il exigé d\u2019enfermer la femme dans un costume avec des trous pour les yeux?», ce n\u2019est pas raciste.«C\u2019est une question de point vue», m\u2019a répondu Sylvain Brouillette.Comment reconnaître l\u2019extrême droite?Une fois ma petite enquête terminée, j\u2019ai demandé à un spécialiste si la Meute était un groupe d\u2019extrême droite.Herman Deparice-Okomba, directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, a appuyé ce quali?catif.«La plupart des groupes d\u2019extrême droite ont toujours eu des discours ambigus, explique-t-il.La Meute n\u2019a jamais eu de discours clairement xénophobes ou ho- mophobes par exemple.Elle ne va jamais le dire clairement, car elle a peur d\u2019être poursuivie, de se faire taxer de raciste.Il faut aller au-delà de cela.Il faut apporter une analyse plus large.» Le spécialiste en radicalisation donne en exemple le débat autour de la création d\u2019un cimetière musulman à Saint-Apollinaire en juillet 2017.«La Meute lutte contre l\u2019islam radical, souligne M.Deparice-Okomba.Il n\u2019y a pas de lien avec le cimetière musulman et l\u2019islam radical.Ils en créent quand même un.Ils ont un discours public qui est of?cieux, qui diffère de leur discours privé.C\u2019est pour se faire une image respectable auprès de l\u2019opinion publique.» Je suis donc partie à la recherche de commentaires qui diffèreraient de leur discours public, discours qui disait seulement que la Meute avait eu un problème avec «l\u2019exercice de la démocratie lors des consultations publiques concernant le cimetière».J\u2019en ai trouvé, bien qu\u2019ils ne s\u2019agissent que de quelques individus, ces commentaires peuvent encourager le racisme et attiser la haine.Ce sont des commentaires en réaction au statut Facebook de Sylvain Brouillette, statut annonçant la victoire du non face à la création du cimetière.Certains commentaires en dessous de cette publication étaient ouvertement haineux ou racistes.En voici quelques uns: Post dans le groupe de La Meute invitant à commenter l\u2019article de TPL Mom.«De toute façon, je pense à ça, ils ne sont pas capables de manger non halal, pas capables de respecter nos lois et nos coutumes, pas capables de s\u2019habiller comme nous, pas capables d\u2019être enterrés sur la même terre que nous, pourquoi ils viennent ici alors?» «J\u2019espère qu\u2019ils ne changeront pas d\u2019avis au Conseil de ville.» «Si le Conseil de ville change la décision de la population, on a juste à les pendre pour haute trahison.» «On manquerait de corde.» 11 Bien que le groupe ne se considère pas raciste, il attire parfois des gens qui tiennent des propos racistes, comme le prouvent ces captures d\u2019écran.«Ces gens se font mettre dehors du groupe Facebook à l\u2019instant où les administrateurs s\u2019en rendent compte», précise Sylvain Brouillette.Encore une fois, les personnes qui ont écrit les commentaires ci-haut ne sont pas exclues du groupe, au moment où je rédige cet article, plusieurs mois après leur écriture.On voit même Sylvain Brouillette (Maikan) dire qu\u2019«on manquerait de corde» pour pendre le conseil d\u2019administration de la ville de Saint-Apollinaire s\u2019ils venaient à contrer la décision du référendum.J\u2019ai demandé au chef des communications pourquoi le groupe attirait quand même des racistes malgré sa volonté de ?ltrer ce type de membre.«C\u2019est en partie à cause de l\u2019image que les médias nous donne que des racistes joignent le groupe», m\u2019a-t-il répondu.Herman Deparice-Okomba n\u2019est pas du même avis.Selon lui, la Meute est responsable des propos tenus par ses membres.«C\u2019est une pépinière de discours intolérables.Ils disent qu\u2019ils les écartent, mais s\u2019ils les écartent comment ces gens peuvent arriver dans leur groupe?Il y a quelque chose qui les attire».Monsieur Deparice-Okomba mets en garde la population contre «les discours généralistes de la Meute qui laissent place à l\u2019interprétation.«C\u2019est tellement flou et vaste que les gens doivent eux- mêmes tirer leurs conclusions.C\u2019est là que ça devient dangereux.» «S\u2019ils ne veulent pas s\u2019intégrer de leur vivant, qu\u2019ils s\u2019intègrent au moins dans la mort.» «Ils iront se faire enterrer chez eux s\u2019ils sont pas contents.» «Ils se feront enterrer le cul sorti\u2026 on fera des racks à bicycle.» «Qu\u2019on leur vendent un terrain dans les terres, pis qu\u2019ils nous câlissent la paix\u2026 cancer de la terre.» «Attention, car il est reconnu par les experts, que la majorité du temps un accommodement refusé en attire un autre\u2026 Exemple; Par le refus d\u2019une burqa, on accepterait plein de voiles, alors qu\u2019ils sont aussi dangereux parce que ce sont aussi les drapeaux et le porte-étendard de l\u2019islam\u2026» Je découvre ! 12 La Meute Manipulation de l\u2019opinion publique Mélina Soucy Les médias répètent que la Meute compte 43 000 membres et il est vrai que leur page Facebook en compte autant.Cependant, ils n\u2019étaient que quelques centaines à leur manifestation contre «l\u2019immigration illégale» en provenance des États-Unis en août 2017.«Les médias ont eu tendance à gon?er l\u2019importance de la Meute en insistant sur le 43 000 membres», a souligné Philippe Gohier, rédacteur en chef de VICE Québec lors de la conférence L\u2019effet de Meute au congrès 2017 de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).En plus d\u2019augmenter leur importance par leur nombre imposant sans l\u2019interpréter, les médias ont favorisé l\u2019opinion publique de la Meute lors des événements du 20 août à Québec.Lors de la manifestation contre l\u2019immigration illégale, le groupe identi- taire de droite avait été con?né dans un stationnement souterrain, car une contre-manifestation des antiracistes les empêchait de suivre leur itinéraire.Les médias avaient mis en parallèle le con?nement de la Meute et la violence des groupes antiracistes.Cela eut pour effet de poser en victimes le groupe identitaire.«Ce jour-là, la Meute a remporté la bataille médiatique», a déploré Luce Julien, rédactrice en chef du Devoir pendant le congrès de la FPJQ.La Meute a effectivement fait bonne ?gure dans les articles de la majorité des médias.On pouvait y lire que la Meute avait manifesté «dans le calme sous escorte policière» et «sans accroc».Les journalistes mettaient en miroir l\u2019attitude paci- ?que de la Meute et la violence des groupes antifascistes.Cela avait pour effet de valider la position non- radicale du groupe sans s\u2019interroger sur la nature de leur réel discours.Victimisation de la Meute Outre son comportement exemplaire durant les manifestations selon les médias et son habitude à s\u2019identi?er comme «le peuple par la force du nombre», la Meute tente également de gagner l\u2019opinion publique en se victimisant.La collecte de cadeaux pour les jeunes de la DPJ qu\u2019elle avait annoncée en association avec Cen- traide Jeunesse Montréal en octobre 2017 est un bon exemple.«La Meute veut montrer à ces jeunes que la société dont ils font partie ne les a pas oubliés et qu\u2019elle compte sur eux pour faire de notre pays un endroit encore meilleur lorsqu\u2019il sera enrichi de leur expérience», peut-on lire sur le groupe Facebook.Ce communiqué n\u2019a pas plu aux représentants antifascistes cachés au sein du groupe de la Meute.Ces derniers ont contacté Centraide Jeunesse Montréal les informant qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une alliance politique; la Meute voulant devenir un groupe de pression.Le lendemain de l\u2019annonce de la campagne, Sylvain Brouillette, porte- parole de la Meute, informait ces membres de son annulation en accusant les «amis gauchistes» de priver des jeunes de leur aide, tout en aidant la Meute dans sa stratégie pour gagner l\u2019opinion publique.«Quoi qu\u2019il en soit, la stratégie stupide de l\u2019extrême gauche ne fera que mettre une fois de plus les projecteurs sur la Meute, écrit-il.Nous avions annoncé le projet jeunesse à l\u2019interne seulement parce que nous ne voulions pas en faire un enjeu politique».Sylvain Brouillette ajoute que «la Meute n\u2019abandonnera pas son projet d\u2019aider les enfants défavorisés, n\u2019en déplaise aux tarés de l\u2019extrême gauche qui sont prêts à sacri?er le bien-être des enfants pour de simples différents sur des opinions politiques, pour lesquels les enfants ne sont nullement concernés».La Meute enfonce le clou de l\u2019autovic- timisation en niant l\u2019aspect politique d\u2019une telle association et en faisant porter le blâme à l\u2019«extrême gauche».«Ce jour-là, la Meute a remporté la bataille médiatique», a déploré Luce Julien, rédactrice en chef du Devoir 13 14 Pédophilie Quel humain derrière l\u2019agresseur?Delphine caubet AVERTISSEMENT: Re?et de Société émet une mise en garde pour les lecteurs sensibles à la problématique de la pédophilie.Cet article est destiné à comprendre l\u2019autre versant de cet enjeu, celui des agresseurs.Nous pensons que pour lutter contrer la pédophilie, il faut comprendre le comportement de ces hommes et femmes.Toutefois, certaines personnes pourraient être heurtées par sa lecture.D\u2019aussi loin qu\u2019il s\u2019en souvienne, Thomas (prénom ?ctif ) est attiré par les enfants, par les garçons pré- pubères précisément.Thomas est pédophile.Au Canada, la pédophilie est considérée comme une déviance sexuelle.Les chercheurs estiment que ces hommes et femmes développent leur intérêt pour les enfants à l\u2019adolescence, au même titre que l\u2019hétérosexualité ou l\u2019homosexualité.En revanche, les pédophiles primaires (qui n\u2019auraient d\u2019intérêt que pour les enfants) sont rares.Relation avec les adultes Thomas a une relation complexe avec les femmes, dont il dit avoir toujours eu des images négatives.Dans sa tête, les choses sont claires: «Je ne pas veux pas quitter le monde des enfants», dit-il.Que ce soit avec sa mère, son ancienne conjointe ou d\u2019autres adultes, Thomas explique ne pas recevoir l\u2019amour dont il a besoin.Durant toute sa vingtaine, Thomas fera une dizaine de victimes, dans sa famille et chez les scouts.Par deux fois il tentera des thérapies «pour ne pas devenir un monstre.» À 29 ans, Thomas entame la deuxième, qui dure un an et se solde par un échec.«J\u2019y suis rentré de mon plein gré, mais c\u2019était une thérapie policière qui marchait à la menace.Ça a d\u2019ailleurs conduit au suicide d\u2019un de mes amis.» Il entre alors dans une phase de révolte contre le système.Parallèlement, Thomas voit sa vie d\u2019adulte évoluer et il tombe amoureux d\u2019une collègue de travail.Malgré l\u2019amour qu\u2019il dit ressentir pour cette femme, sexuellement, il est incapable d\u2019interagir avec elle.Ils auront deux enfants, aucun conçu naturellement.Empathie pour les victimes?Alors qu\u2019il a conscience de faire du mal aux enfants, Thomas essaie d\u2019expliquer ses actes: «Avant de poser les gestes, c\u2019est comme regarder le monde à travers une meurtrière, on n\u2019a pas conscience de tout.Mais après, tu vois le monde dans son intégralité et tu comprends ce que tu as fait\u2026 C\u2019est très souffrant.» Autant les intervenants que les personnes ayant ces déviances témoignent de la souffrance que vivent également les agresseurs.Katia Lavallée, directrice du Centre d\u2019aide et de traitement des agressions sexuelles (CETAS), explique: «Pendant le passage à l\u2019acte, le point de vue de la victime est balayé ou déformé.Il se dit que si la victime revient, c\u2019est qu\u2019il ne lui fait pas si peur, qu\u2019elle peut être capable de vivre avec.Pendant l\u2019acte, ils ne peuvent pas se mettre à la place de la victime.C\u2019est après que la honte, le regret et la souffrance arrivent.» Description du phénomène appuyée par Thomas.À quoi la directrice ajoute: «Les pédophiles ne posant qu\u2019une seule fois des gestes sont fréquents.Ce sont les prédateurs, comme dans les ?lms, qui sont rares.» D\u2019après Katia Lavallée, 20% des pédophiles «L\u2019isolement augmente les fantasmes.Ça n\u2019aide pas de ne pas parler.Mais il faut que l\u2019interlocuteur ne cautionne pas les gestes, sinon au contraire, cela pousse à l\u2019acte.» 15 seraient des femmes, mais le sujet serait encore tabou et peu traité.«Les choses commencent à changer, mais les femmes sont encore souvent vues comme des victimes et l\u2019on cherche l\u2019homme derrière.Il y a un double standard envers les hommes et les femmes.La pédophilie féminine est banalisée.» Souffrance de l\u2019agresseur Depuis 17 ans, Thomas dit ne pas avoir touché d\u2019enfants.En 1988, il a été condamné à 4 mois de prison pour des attouchements envers ses enfants et celui d\u2019un ami.Depuis, Thomas suit une thérapie et est médicamenté (des antidépresseurs et d\u2019autres molécules pour diminuer ses fantasmes.) Il n\u2019arrive pas encore à réconcilier les deux parties de lui: celle qui est attirée par les jeunes garçons, et celle qui ne veut pas leur faire de mal.Sa nouvelle piste de solution est de faire du bénévolat et de se faire de nouveaux amis qui connaissent son passé.Il parle notamment de sa nouvelle voisine «qui déteste les gens comme lui», mais qui l\u2019aide.«Elle contribue à ma réconciliation avec le monde des adultes et des femmes.» L\u2019isolement est une menace supplémentaire pour les victimes et agresseurs.Claire Deschambault, directrice du groupe Amorce, explique: «L\u2019isolement augmente les fantasmes.Ça n\u2019aide pas de ne pas parler.Mais il faut que l\u2019interlocuteur ne cautionne pas les gestes, sinon au contraire, cela pousse à l\u2019acte.» Pour Thomas, les «crétins» qui écrivent sur internet que les pédophiles doivent mourir ne font que les renvoyer dans l\u2019anonymat et ils deviennent plus dangereux.Thérapie D\u2019après Katia Lavallée, l\u2019intérêt sexuel pour les enfants ne disparaîtra pas, mais des thérapies existent pour prévenir les passages à l\u2019acte et contrôler les fantasmes.Pour cela, des intervenants travaillent avec ces personnes pour comprendre pourquoi elles ont commis ces actes.Ces thérapies misent sur l\u2019identi?- cation des situations à risque, pour que la personne garde le contrôle.Dans son centre, Katia Lavallée voit essentiellement des personnes référées par le système judiciaire.Selon elle, les autres n\u2019oseraient pas se présenter par honte et par peur d\u2019être dénoncées à la police.En?n, contrairement aux idées véhiculées, les délinquants sexuels font partie des criminels dont le taux de récidive est le plus bas: 17% pour non les traités (à 10% pour les traités), contre 51% pour les autres délinquants.À noter, toutefois, que ces statistiques ne prennent en compte que la minorité de crimes connus par la justice.Cyberpédophilie D\u2019après l\u2019Institut national de la santé publique du Québec, il serait dif?cile de conclure catégoriquement que la consommation de matériel pédopor- nographique engendrerait des agressions sexuelles.Les experts sur le sujet sont divisés.Mais la directrice du groupe Amorce, Claire Deschambault, précise: «La consommation de ces images amène une progression: l\u2019âge des enfants diminue, tandis que la quantité de matériel augmente.Et progressivement, ils vont se mettre à regarder les enfants dans la rue et à fantasmer sur eux.La cyberpé- dophilie banalise les actes.» D\u2019après le Code criminel canadien, leurrer un enfant par des moyens de télécommunication ou la cyberprédation est punissable criminellement.«Car c\u2019est un crime sexuel comme un autre, c\u2019est une agression sexuelle sans contact», explique Claire Deschambault.Prendre ou diffuser des images pédo- pornographiques est un crime, mais la possession des clichés (sans en être l\u2019auteur) est tout aussi punissable par la loi.Le nombre de personnes consultant ces images est extrêmement dif?cile à évaluer.Notamment dû à l\u2019absence de frontière géographique du web.Plusieurs organismes se sont spécialisés dans la cyber- protection des enfants et reçoivent des signalements de la part des internautes.L\u2019un d\u2019eux, Cyberaide, a annoncé que le nombre de signalements continue d\u2019augmenter avec les années, oscillant à environ 700 par mois. 16 Justice réparatrice Briser le cercle de la violence Mélina Soucy Terry a 53 ans.Il y a une dizaine d\u2019années, ses nuits ont commencé à être perturbées par d\u2019affreux cauchemars.Ses cauchemars avaient des odeurs du passé.Ces images et ces odeurs se sont avérées être des souvenirs.Terry s\u2019est souvenue qu\u2019elle a été victime d\u2019inceste entre l\u2019âge de 4 et 12 ans.«Je suis tombée en dépression sévère en 2013, con?e Terry.J\u2019ai essayé toutes sortes de thérapies.Au ?l du temps, j\u2019ai trouvé une thérapie de groupe où un ex-détenu a livré un témoignage.Il parlait de prison intérieure et ça m\u2019a interpellée.\u201cLa prison intérieure n\u2019est pas différente de celle du pénitencier, la seule différence ce sont les barreaux\u201d, a-t-il dit.Il a ensuite parlé de justice réparatrice et ça m\u2019a interpellée.» Justice réparatrice Des victimes de pédophiles et des agresseurs sexuels conversent face à face dans une pièce.Un détenu sanglote, une victime crie.Une victime pleure, un détenu garde le silence.Tous échangent, dans le respect, sous les yeux avisés d\u2019un animateur.«Les rencontres détenus-victimes sont au centre de nos activités, explique Estelle Drouvin, coordonnatrice du Centre de services de justice réparatrice (CSJR).On reçoit des groupes composés de 4 détenus, 4 victimes et 2 membres de la communauté.Ils se verront une fois par semaine pendant 7 semaines.» La justice réparatrice aide les personnes touchées par des actes de violence à se rétablir par un processus basé sur le dialogue.Elle s\u2019adresse autant aux victimes de crimes qu\u2019aux agresseurs qui les ont commis.C\u2019est une alternative à la justice traditionnelle et elle peut choquer certaines personnes.«Les gens qui ne comprennent pas ce qu\u2019est la justice réparatrice sont souvent mal informés, pense Estelle.Ils croient que les victimes sont obligées de pardonner et que les détenus peuvent sortir plus rapidement.» En réalité, les détenus ne retirent de ces rencontres que la possibilité de prendre conscience de la portée de leur crime.Du côté de la victime «La justice réparatrice convient à un public qui a déjà eu un suivi thérapeutique auparavant, comme c\u2019est le cas dans la situation de Terry», croit Katia Lavallée, psychologue et directrice du Centre d\u2019aide et de traitement des agressions sexuelles (CETAS).Elle précise également que le témoignage extrêmement positif de Terry est peu commun.«J\u2019ai eu mon premier face à face avec un détenu au Centre fédéral de formation, con?e Terry.Il avait la même carrure, les mêmes yeux, la même physionomie que mon agresseur.Sauf son sourire.Son sourire irradiait l\u2019amour.C\u2019est la première fois que quelqu\u2019un qui ressemblait à mon agresseur et qui avait commis le même crime que lui me disait que je n\u2019avais pas à me sentir coupable.La honte, la culpabilité ne me concernaient plus.La rencontre s\u2019est déroulée dans la compréhension et le respect.» Au départ, Terry ne croyait pas qu\u2019une rencontre avec un criminel lui serait béné?que.Elle ne pensait pas que le criminel pourrait ressentir de la culpabilité.«J\u2019avais des ailes en sortant du pénitencier, livre Terry.Quand on va à une rencontre de ce genre, le CSJR nous conseille de venir accompagné.Mon amie m\u2019attendait dans sa voiture.Elle s\u2019est mise à pleurer, en disant que je rayonnais et qu\u2019elle ne m\u2019avait jamais vue comme ça.» La réaction positive de Terry à une rencontre détenu-victime n\u2019est pas rare.Toutefois, certaines victimes ont de la colère à extérioriser.«On encourage les victimes à extérioriser leurs émotions, peu importe s\u2019il s\u2019agit de tristesse ou de colère, tant que c\u2019est fait dans la non-violence, précise Estelle Drou- vin.La colère est perçue comme une libération de la personne ici.» 17 Du côté du détenu Stéphane et Terry se taquinent.Ils rient, ils sont amis.Stéphane et Terry se sont connus au CSJR.Terry en tant que victime, Stéphane en tant que détenu.«Je ne peux pas expliquer qu\u2019une victime et un ex-détenu soient amis, révèle Mme Lavallée.Toutefois, ici au CETAS, il est commun de voir des victimes être en couple avec des délinquants sexuels.Il ne s\u2019agit pas de leurs agresseurs personnels, mais d\u2019hommes qui ont réussi à se réhabiliter et qui leur démontrent qu\u2019ils ont changé.» Elle précise toutefois que cette situation n\u2019est pas non plus toujours fonctionnelle, mais qu\u2019elle ne demeure pas rare.Stéphane est entré en prison en 1986 pour un homicide d\u2019enfant, ainsi que plusieurs charges d\u2019agressions sexuelles sur mineurs et une charge d\u2019enlèvement.«J\u2019ai passé 24 ans en prison, dévoile le septuagénaire.Au début de mon incarcération, j\u2019étais profondément égoïste.Je n\u2019avais pas de remords.C\u2019était moi la victime qui avait perdu son emploi, sa maison, son bateau et sa famille».C\u2019est un événement au pénitencier qui a ouvert les yeux de Stéphane sur l\u2019horreur de ses crimes.«Pendant que j\u2019étais à Port-Cartier, le 10 février 1991, mon meilleur ami, également incarcéré, s\u2019est fait tuer violemment.Ils l\u2019ont torturé.C\u2019était une mort horrible.C\u2019est là que j\u2019ai pris conscience que les gestes que j\u2019avais posés n\u2019étaient pas mieux.J\u2019ai ?nalement compris que j\u2019avais fait des victimes.» À la suite du décès de son ami, Stéphane a cessé de consommer de l\u2019alcool et de la drogue.Puis, il a suivi deux programmes de sensibilisation pour délinquants sexuels.«Dans ma première thérapie, ils me sacraient dehors quand je commençais à parler de moi, se rap- pelle-t-il.Je racontais toujours mes propres traumatismes.Je mettais tout sur le dos du fait qu\u2019enfant j\u2019ai été abusé par mon père, qu\u2019il m\u2019a mis dehors et que j\u2019ai été prostitué pendant 2 ans après.» Au pénitencier de Sainte-Anne- des-Plaines, Stéphane a véritablement commencé à améliorer son ouverture d\u2019esprit.«La psychologue là-bas a parlé avec moi des abus physiques de mon père, ajoute-t-il.Elle et les gens du CSJR sont des anges de compassion qui m\u2019ont permis de m\u2019ouvrir aux autres.Dans les premières rencontres avec les victimes, je voulais quand même me cacher en dessous de la table.» Chaque année, le CSJR et l\u2019Institut de guérison des mémoires de Cape Town organisent Guérison des mémoires, un événement où 24 personnes ayant subi ou été témoins de violences se rencontrent le temps d\u2019une ?n de semaine.Là- bas, une victime d\u2019inceste a réussi à détruire les dernières réticences de Stéphane à s\u2019ouvrir.«Il avait beaucoup de peine et d\u2019agressivité, se souvient l\u2019ex-dé- tenu.Il faisait son témoignage et je sentais qu\u2019il savait que c\u2019était moi le gars dans le groupe qui avait commis le même crime dont il a été victime.J\u2019ai pu lui parler en compagnie d\u2019Estelle, une semaine après notre rencontre détenus-victimes.Il a demandé à Estelle de faire un face à face avec moi.J\u2019ai accepté.Avec cette rencontre-là, j\u2019ai débloqué.Je ne vivais plus les rencontres comme des accusations.Le gars s\u2019est con?é à moi.Il ne me jugeait pas.» Stéphane s\u2019est fait une promesse depuis la mort de son ami et ses multiples thérapies : plus aucune victime.Promesse qu\u2019il a réussi à tenir à ce jour.Pour rejoindre le Centre de services de justice réparatrice: 514- 933-3737 Justice réparatrice en bref Il s\u2019agit d\u2019une alternative à la justice traditionnelle qui est axée sur la réparation des torts causés par des activités criminelles.Ainsi, des victimes de crimes violents et des détenus ayant commis des crimes de la même nature se rencontreront une fois par semaine dans un local sous la supervision d\u2019un animateur pour discuter.L\u2019animateur peut être un travailleur social, une victime ou un ex-détenu qui a fait ses preuves dans l\u2019organisme qui gère les rencontres.Des membres de la communauté et un membre de l\u2019organisme sont toujours présents pendant ces rencontres pour en assurer le bon déroulement.Les participants à ces rencontres sont tous volontaires et les victimes viennent accompagnées pour assurer un bon retour à la maison par la suite.Les victimes se libèrent ainsi de charges émotives lourdes pendant que les criminels cheminent vers une prise de conscience. 18 Milieu carcéral Des prisons ouvertes à la réhabilitation JuStine aubry Prisons sans barreaux, détenus sans menottes, gardes souriants se liant d\u2019amitié.Les prisons ouvertes et «humanisées» pourraient quasiment passer pour des lieux de villégiature.Mais pourquoi avoir adopté ce modèle?Favorise-t-il la réhabilitation et un risque moindre de récidive chez les criminels?Plusieurs exemples semblent le prouver.Construite en 2010, la prison norvégienne de Halden, surnommée «la plus humaine du monde», fonctionne selon le principe d\u2019une incarcération ouverte appuyée par une «humanisation des pratiques carcérales».Ce système est aujourd\u2019hui utilisé dans d\u2019autres centres de détention à travers la Scandinavie.En Finlande, ce type de prisons existe depuis le milieu des années 1930.Plusieurs principes ont semé le doute dans l\u2019esprit des défenseurs d\u2019un système rigide: absence de cellules et de barbelés, prisonniers sans menottes et gardes sans armes.Dans la prison à sécurité minimale de Bastoy, située sur une île norvégienne de 2,6 km², les 115 criminels (du tra?quant au meurtrier) vivent dans de jolies petites maisonnettes en bois.Ils évoluent dans un environnement similaire à celui d\u2019une vie normale en société, la surveillance étant uniquement électronique.Les détenus sont libres de circuler à pied ou à vélo, s\u2019ils le souhaitent.Ski de fond, baignade et randonnée sont également au menu à la ?n d\u2019une journée de travail dans les champs ou à la serre.Ils ont la belle vie, ces criminels, diront certains.Pourtant, depuis les années 1960, des chercheurs scandinaves étudient l\u2019ef?cacité de la sanction punitive sur la propension à reproduire des actes criminels.Et selon eux, aucune réelle corrélation ne peut être établie.La réhabilitation constituerait une solution beaucoup plus favorable autant pour le détenu que pour la société.Selon plusieurs spécialistes, il y aurait effectivement moins de récidives de la part de prisonniers ayant fréquenté une prison ouverte aux valeurs humanistes.Le docteur John Pratt, enseignant en criminologie à l\u2019Université de Wellington en Nouvelle-Zélande, est aussi de cet avis.Les statistiques rapportées par le chercheur sont révélatrices: le taux de récidive avoisinerait les 20% pour les résidents de ce type de prisons alors qu\u2019il frôlerait les 65% pour un prisonnier purgeant une peine aux États-Unis.Au Canada, les récidivistes représenteraient plus de 50%.Mais si ce fonctionnement est réellement aussi ef?cace, à quand un modèle similaire pour les prisons canadiennes?Depuis plusieurs années, elles sont en constante surpopulation.Alors que le taux de criminalité diminue, les milieux carcéraux débordent toujours.Pourquoi?Principalement parce que les libérations conditionnelles sont souvent limitées et que beaucoup de criminels récidivent.Les politiques punitives ont pourtant été de maintes fois démontrées comme non concluantes.Selon le Service correctionnel du Canada (SCC), «des efforts pour mieux préparer les détenus à réintégrer la société dans le but ultime de réduire le recours à l\u2019incarcération comme principale mesure correctionnelle» seraient déployés en plus de la mise en place d\u2019un programme favorisant «les aptitudes et le comportement compatibles avec la réinsertion sociale».Mais la situation ne s\u2019améliore pas.Le Protecteur du citoyen constate la détérioration des conditions de détention des établissements carcéraux québécois alors que le ministère de la Sécurité publique (MSP) du Québec ne sait plus où donner de la tête pour trouver des places supplémentaires.La solution résiderait peut-être dans une réforme pénale qui cesserait progressivement de voir l\u2019emprisonnement comme une ?n en soi.Mais plutôt de considérer cette phase comme un passage obligé vers la réhabilitation et la réinsertion.L\u2019amélioration de la transition vers les centres résidentiels communautaires (CRC) à la suite d\u2019une libération pourrait également être la clé contre la récidive. 19 Je découvre ! 20 P h o t o s : I n c o g n i t a ?l m ; T F 1 D r o i t s A u d i o v i s u e l s 21 Des petits sages en chimio, un guerrier en dialyse, un chevalier avec une armure de papier et une princesse au souf?e fragile se partagent l\u2019écran dans Et les Mistrals gagnants.Ce documentaire français, réalisé par Anne-Dauphine Julliand, présente sous un jour plus lumineux la vie d\u2019enfants âgés entre 5 et 9 ans.Ces enfants sont atteints de maladies graves, démontrant que malgré tout, ils demeurent des enfants.«Les enfants malades aiment la vie de la même façon que les autres, croit la réalisatrice et journaliste française.Je voulais capturer cette sagesse que les enfants ont.» Dans le ?lm, on assiste effectivement à des bribes de philosophie de ses jeunes.«Quand on est malade, ça n\u2019empêche pas d\u2019être heureux, raconte Tugdual, un jeune garçon atteint d\u2019un cancer.Quand un ami meurt, on est triste, après on est heureux, rien n\u2019empêche d\u2019être heureux.» Message d\u2019espoir Selon Anne-Dauphine Julliand, les enfants vivent l\u2019instant présent et ne pensent pas au futur.«On oublie trop souvent que c\u2019est tout de suite que ça se passe», con?e la réalisatrice qui a elle-même perdu deux enfants aux mains d\u2019une maladie grave.Théâtre, soccer, jardinage, activités de style «rêves d\u2019enfants» et école (parfois en milieu hospitalier), rien n\u2019arrête les cinq protagonistes du ?lm.Le film est tourné à hauteur d\u2019enfants et ne donne la parole qu\u2019à ces derniers pour bien rendre leur authenticité.«Il faut que tu filmes le bain, car sinon tu ne filmes pas ma vie et ça ne sert à rien de faire un film», a demandé Charles à Anne-Dauphine.La journaliste a réalisé le souhait de l\u2019enfant souffrant d\u2019une épidermolyse bulleuse, maladie génétique rare qui rend sa peau aussi fragile que les ailes d\u2019un papillon, en capturant cet instant d\u2019intimité avec pudeur et justesse.«Je sais que c\u2019est dif?cile pour vous, concède Imad à ses parents, enfant de 6 ans souffrant d\u2019une insuf?- sance rénale.Pour moi, par contre c\u2019est facile.» Bien que la parole ne soit pas aux parents, on les aperçoit tout au long du documentaire en train de veiller sur leur progéniture.«Un parent ne doit pas se sentir coupable de l\u2019état de son petit, car la seule chose qu\u2019il promet à ses enfants lorsqu\u2019ils naissent c\u2019est de les aimer, énonce Anne-Dauphine.On ne peut pas leur assurer une santé à toute épreuve, mais on peut leur promettre qu\u2019on les rendra heureux.» Après 110 heures de tournage, la journaliste en est venue à tirer plusieurs conclusions sur la perception que les enfants ont d\u2019eux-mêmes.«Les enfants ne se dé?nissent pas par leur maladie, observe-t-elle.Ils n\u2019ont pas peur de mourir.» D\u2019après elle, les jeunes avaient peur de choses dont les enfants ont normalement peur.Par exemple, Imad avait peur d\u2019entrer en 1re année.Peur de mourir «Les enfants ne sont pas des adultes en miniature, af?rme Nago Hum- bert, chef de l\u2019unité des soins palliatifs pédiatriques du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine (Montréal).Ils ont des peurs.La plupart d\u2019entre eux souffrent de maladies incurables.Qu\u2019ils soient âgés de quelques jours ou de 18 ans, ils ont tous des angoisses.» Nago Humbert est également professeur de médecine à l\u2019Université de Montréal et côtoie les enfants en ?n de vie du CHU Sainte-Jus- tine depuis maintenant un quart de siècle.Durant ses années de pratique, le professeur n\u2019a eu affaire que rarement à des phrases pleines de sagesse et d\u2019espoir de la part d\u2019enfants.«Ce n\u2019est pas impossible que les jeunes aient un discours positif comme dans le ?lm, mais ce ne sont pas la majorité, nuance-t-il.Une ado m\u2019a déjà demandé comment on faisait pour mourir quand on n\u2019y arrivait pas».Le spécialiste ajoute que ces enfants n\u2019ont pas le choix de développer une maturité que ni vous ni moi ne connaîtrons jamais, car elle est liée à la souffrance.«Imaginez à l\u2019âge de 12 ans, peu après l\u2019annonce de votre cancer vous faire dire, que nous allons devoir prendre de votre sperme pour les possibles enfants que vous aurez, donne-t-il en exemple.Tout ça, car la chimiothérapie peut rendre stérile.» Les plus jeunes ont plus tendance à avoir une pensée magique.«Il est vrai que les 6 ans et moins vivent au jour le jour, consent le professeur.On peut même mesurer leur douleur Un parent ne doit pas se sentir coupable de l\u2019état de son petit, car la seule chose qu\u2019il promet à ses enfants lorsqu\u2019ils naissent c\u2019est de les aimer. 22 avec leur envie de jouer.S\u2019il n\u2019en a plus envie, c\u2019est inquiétant.» Selon le spécialiste, avant 6-7 ans la peur de la mort n\u2019est pas présente, car ça ne peut pas leur arriver à eux.Pour ce qui est de la perception de leurs corps, les enfants ont surtout peur d\u2019être seuls ou mis à l\u2019écart par leur différence.«Ils voient leur différence, par leur handicap ou leur traitement physique, ils savent qu\u2019ils sont malades», fait valoir Nago Humbert.Plus dif?cile pour les ados Dans une société où le corps et la performance sont mis sur un piédestal, il est très dif?cile pour les ados de passer au travers de la maladie.«Ce n\u2019est pas le décès le plus dur, mais bien la maladie et les traitements qui transforment le corps», explique le professeur Humbert.En généralisant, le spécialiste peut séparer la vision de la maladie des ados en 2 catégories.Il y a ceux qui se replient sur eux-mêmes, ont honte de leur apparence physique, ne veulent pas se voir sans cheveux, vivent leur maladie comme une injustice et sont plutôt dépressifs.De l\u2019autre côté, il y a ceux qui voient leur maladie comme un tremplin vers la mort et vivent leur vie à 250 km/h, en testant leurs limites avec des sports extrêmes par exemple.Pour illustrer cette deuxième catégorie, le professeur se rappelle de l\u2019histoire d\u2019un de ses patients qui a été immortalisée par les Cowboys fringuant en 2008 dans leur chanson La tête haute.«Un jour, Laurent m\u2019a appelé et m\u2019a dit : \u201cNago je crache du sang, je fais quoi?\u201d, se rappelle l\u2019expert en pédiatrie.Je lui ai dit de rentrer à l\u2019hôpital au plus vite.Il m\u2019a répondu qu\u2019il ne pouvait pas vraiment, car il était à Hawaii et faisait de la plongée sous-marine.» Laurent avait 19 ans lorsqu\u2019il a succombé à son cancer.«Laurent trompait la mort, raconte Nago Humbert.Il ne faisait jamais ressentir aux gens qu\u2019il allait mal, car il continuait à faire ses activités.On oubliait qu\u2019il était malade.» Plongeur aux poumons fragiles, Laurent a en commun ce que les cinq protagonistes et tous les enfants de Saint-Justine partagent: une résilience colossale.Imaginez à l\u2019âge de 12 ans peu après l\u2019annonce de votre cancer, vous faire dire, que nous allons devoir prendre de votre sperme pour les possibles enfants que vous aurez.Camille est un enfant dont la personnalité énergique nous fait oublier son neuroblastome, un type de cancer infantile. 23 Emblème national Connait-on le drapeau québécois?anne reitzer et Delphine caubet «Pour la majorité des Québécois, c\u2019est un lys, alors que, botaniquement parlant, c\u2019est un iris versicolore», explique Louise Gratton, consultante en écologie.Cet imbroglio historique et culturel autour de la ?eur de lys dure depuis des siècles et Jacques Cartier n\u2019a pas manqué de l\u2019importer au Québec.L\u2019origine de cette erreur est incertaine.Le chroniqueur du Soleil, Larry Hodgson, remonte aux premiers Francs et à l\u2019avènement de Clovis (en 482) qui l\u2019adopta comme symbole au cours de conquêtes en Flandre.Poussant sur le bord de la rivière Lys, l\u2019iris appelé la ?eur de la Lys serait devenu ?eur de lys.Louis VII, autre roi des Francs en 1137, est également suspecté.Le roi, arborant un iris sur son blason, passa de « Flor de Loys » à ?eur de Lys.En?n, Louise Gratton nous rapporte une dernière explication.Cette ?eur poussant dans un milieu humide était appelée ?eur de lisier, contracté avec le temps à ?eur de lis.Les deux orthographes (lys et lis) étant acceptées.Une chose est certaine: botanique- ment, la ?eur de lys (sur le drapeau québécois entre autres) est un iris.Louise Gratton explique que l\u2019on voit la différence au nombre de pétales.Un iris en possède 3 contre 5 pour le lys.Changement d\u2019emblème En 1948, lorsque sous Maurice Du- plessis il est décidé que le drapeau sera cantonné de quatre ?eurs de lys, les botanistes se sont manifestés pour dire que c\u2019était une erreur; d\u2019autant que la ?eur n\u2019est pas indigène.Et elle n\u2019a jamais poussé au Québec, alors que l\u2019iris versicolore est partout dans la province et s\u2019éclot aux alentours de la Saint-Jean.Il aura fallu attendre plus de 50 ans avant que le gouvernement du Québec décide de changer en?n l\u2019emblème de notre province pour adopter l\u2019iris versicolore.Si différentes actions ont été menées durant plusieurs années, toutes se sont soldées par un échec.En 1999, Louise Gratton se trouve dans un petit restaurant mon- tréalais lorsque lui vient une idée: «C\u2019est bizarre de dire ça, mais j\u2019ai eu comme un éclair de génie.J\u2019ai repensé à la société de publicité PopMedia qui faisait des cartes postales, et je me suis dit qu\u2019en fait jamais une campagne publique n\u2019avait été menée et c\u2019était peut- être pour ça que le gouvernement ne nous entendait pas.» C\u2019est pourquoi Louise décidera de se lancer dans cette grande aventure en faisant appel à la célèbre photographe et botaniste Gisèle Lamou- reux, qui se chargera de prendre en photo l\u2019iris versicolore et d\u2019écrire un manifeste sur l\u2019histoire de la ?eur.Louise Gratton demandera à PopMe- dia d\u2019imprimer 60 000 cartes postales qui seront distribuées à la population, qui se chargera de les envoyer au ministère de l\u2019Environnement.Le ministère, recevant des cartes en grand nombre, a alors adopté la résolution de changer l\u2019emblème ?oral initial en iris versicolore.Si le chemin a été long, Louise a bien compris que pour avancer vite il fallait mobiliser le plus de monde possible: «Tu vois, ce n\u2019était pas en restant entre scienti?ques qu\u2019on aurait pu changer le nom de la ?eur, mais bien en s\u2019ouvrant au peuple, car après tout, c\u2019est leur drapeau à eux aussi».Instances of?cielles Pour en apprendre davantage sur le quiproquo iris/?eur de lys, Re?et de Société a contacté le ministère de la Justice, responsable du drapeau et des symboles nationaux.Une conversation sans queue ni tête s\u2019en est suivi où l\u2019agent ne comprenait pas que nous parlions d\u2019iris sur le drapeau québécois tandis que nous tombions des nues que la personne responsable des symboles ne connaisse pas l\u2019histoire autour de la ?eur de lys.Quant à Louise Gratton, elle s\u2019est esclaffée en précisant que cette ignorance ne l\u2019étonnait aucunement. 24 Politique municipale Le combat du congé de maternité alexanDra Duchaine Les femmes aux ambitions politiques doivent- elles taire leur désir d\u2019avoir des enfants pour être élues?La conseillère municipale de l\u2019arrondissement montréalais Ahunt- sic-Cartierville, Émilie Thuillier, le croit et s\u2019en désole.«Dans mon quartier, par exemple, plus on avance dans les échelons, dans les paliers de gouvernement, moins les élues ont d\u2019enfants, moins elles sont mères», évoque la trentenaire.Émilie Thuillier a 2 enfants.Elle côtoie la députée provinciale d\u2019Ahuntsic-Cartierville Marie Montpetit qui en a un seul, puis la députée fédérale, Mélanie Joly, qui n\u2019en a pas.«Aucune femme ne dira qu\u2019elle a mis de côté sa vie familiale pour sa carrière politique, c\u2019est beaucoup trop tabou, af?rme Émilie Thuillier.Sauf qu\u2019on le voit, on ne peut le nier, les élues ont rarement des familles nombreuses», souligne la conseillère en riant.Aucun soutien Pour la députée péquiste de Marie- Victorin Catherine Fournier, les femmes ne devraient jamais avoir à choisir entre vie politique et familiale.«Des mesures doivent être mises en place pour qu\u2019être à la fois mère et législateur soit possible», croit l\u2019élue de 25 ans qui désire donner naissance.«Pour l\u2019instant, je ne comprends pas comment je ferais pour avoir des enfants, puisque mes fonctions politiques sont très prenantes», partage la plus jeune députée de l\u2019histoire du Québec.À l\u2019Assemblée nationale du Québec, les familles ne pro?tent d\u2019aucun soutien.«Il n\u2019y a pas de salle d\u2019allaitement, pas de garderie et, pire encore, les élus n\u2019ont pas un seul jour de congé parental», souligne Catherine Fournier.Les mères députées doivent se remettre au travail tout de suite après l\u2019accouchement, P i x a b a y .c o m 25 sinon elles encourent des pénalités ?nancières, voire leur destitution.Aux dires de la conseillère municipale de l\u2019arrondissement montréalais Villeray\u2013Saint-Michel-Parc-Exten- sion et ex-députée de Laurier-Do- rion, Elsie Lefebvre, les législateurs sont les grands oubliés de la politique familiale.«En termes de conciliation travail-famille, le Québec est un modèle, conçoit-elle.Par contre, pour les élus, c\u2019est la préhistoire», dénonce la mère.À ses yeux, si les institutions politiques sont en retard, c\u2019est parce qu\u2019elles ont été trop longtemps entre les mains d\u2019un «boys club» que les femmes commencent à peine à s\u2019approprier.Ce qu\u2019il reste à faire Élue enceinte en 2009, Elsie Le- febvre s\u2019est battue pour qu\u2019à l\u2019Hôtel de Ville de Montréal la situation des parents, mais surtout des mères, s\u2019améliore.La mairie qui n\u2019était même pas dotée d\u2019une table à langer est aujourd\u2019hui pourvue d\u2019un salon d\u2019allaitement et d\u2019une halte-garderie.Depuis juin 2016, tous les élus municipaux du Québec pro?tent même de 18 semaines de congé parental.Sauf que ce congé reste plus symbolique que pratique.«La plupart des élus n\u2019ont pas le budget pour disposer d\u2019un secrétaire ou d\u2019un remplaçant, explique la conseillère de Ville de Champlain-L\u2019Île- des-Soeurs Marie-Eve Brunet.Si personne ne prend notre relève, à l\u2019accouchement, on n\u2019a pas le choix de continuer à travailler, parce que le citoyen doit toujours être représenté», défend la mère de 2 enfants.Il faut donc qu\u2019un remplaçant soit désigné pour chaque conseiller.Pour Elsie Lefebvre, tout reste encore à faire pour que la conciliation poli- tique-famille soit possible.«Il faut changer les horaires des consultations publiques, qui se font surtout le soir, commence-t-elle.Il faut rendre possible le vote à distance ou l\u2019enregistrement des assemblées et, plus important encore, il est nécessaire d\u2019offrir des congés parentaux au fédéral et au provincial», énumère-t-elle.Ailleurs en politique Au sein de tous les paliers gouvernementaux, les femmes sont minoritaires.Elles occupent 32% des sièges au municipal, contre 27% au provincial et 26% au fédéral.«Si les femmes n\u2019avaient pas à décider entre vie familiale et vie politique, si la conciliation allait de soi, il est certain qu\u2019elles seraient plus présentes dans les espaces décisionnels», plaide Elsie Lefebvre, loin de négliger l\u2019existence d\u2019autres facteurs.Fait fort révélateur, l\u2019ex-députée de Laurier-Dorion a décidé de quitter le Parti québécois pour tenter sa chance au municipal en 2009 parce qu\u2019elle était enceinte.Impossible pour elle de parcourir le Québec à la rencontre des citoyens ou de multiplier les allers-retours Québec-Montréal un bébé dans les bras.Représenter les habitants de son quartier semblait plus réaliste pour la jeune mère.Émilie Thuillier, Marie-Ève Brunet, Catherine Fournier et Elsie Lefebvre mènent un combat pour que la politique soit à l\u2019image de la société.«Les élus doivent vivre ce que les citoyens vivent, sinon ça fait des politiques publiques vides et décalées, qui n\u2019ont aucun sens», résume Ma- rie-Ève Brunet.À Ottawa, à Québec et au sein des mairies, certi?ent les 4 femmes de tête, il faut des mères qui comprennent le casse-tête quotidien des familles et qui légifèrent en conséquence.Et il faut aussi des pères.Marie-Ève Brunet a dû retourner au travail 5 jours après son accouchement, car à l\u2019époque le congé parental de 18 semaines n\u2019était pas encore mis en place.Elle a pu le faire grâce à son mari, qui a pris plusieurs mois de congé pour la suivre partout où son statut d\u2019élue la menait.Marie-Ève Brunet le dit haut et fort, si les femmes sont minoritaires à l\u2019Assemblée nationale, c\u2019est en partie parce qu\u2019elles sont encore perçues comme les responsables des petits.«Il faut ré?é- chir à notre vision collective de la mère, à notre vision du couple et de la répartition des tâches», conclut-elle.Parce qu\u2019avant de moderniser les institutions politiques, il faut d\u2019abord moderniser la famille, rappelle-t-elle.«Si personne ne prend notre relève, à l\u2019accouchement, on n\u2019a pas le choix de continuer à travailler, parce que le citoyen doit toujours être représenté», défend la mère de 2 enfants.P i x a b a y .c o m 26 Je découvre ! 27 Rétrospective d\u2019un détenu Jean-pierre belleMare, ex-tôlarD Ce qui représente un demi-siècle.C\u2019est aussi le pourcentage indiquant un parfait équilibre.Plusieurs hommes sont déjà morts d\u2019infarctus à cet âge.L\u2019annonce d\u2019un cancer lors d\u2019examen périodique monte en ?èche aussi après la cinquantaine.C\u2019est le moment où les excès alimentaires ou les habitudes de vie turbulentes réclament leurs dûs.Tour de taille, tour de rein, tour de conscience entre autres.Une ré?exion sur le chemin parcouru et les buts atteints nous oblige à ré?échir autrement, différemment.La douceur, les petites attentions, la qualité de vie prennent de plus en plus d\u2019importance.Même si l\u2019espérance de vie augmente de plus en plus, la qualité de cette extension est loin de faire l\u2019unanimité.Faire un bilan de nos réalisations nous rassure ou, au contraire, nous presse d\u2019avancer.Le temps devient de plus en plus précieux lorsqu\u2019il diminue.Je réalise que ma vie qui ressemble parfois à un véritable conte de fées, n\u2019est pas vraiment ce que j\u2019avais plani?é.Cependant, j\u2019embrasse les tournures du destin qui ont embelli mon parcours.Je me sais extrêmement privilégié malgré mes 26 ans derrière les barreaux.Cette période très sombre m\u2019a servi à développer mon émerveillement, un peu comme un aveugle qui retrouve la vue.Je me délecte de tout ce que je peux voir, ressentir, toucher et goûter.Que puis-je demander de plus?Une seule chose peut-être.Que ceux que je rencontre puissent en jouir de la vie autant que moi.Je n\u2019ai rien fait d\u2019éclatant, mais j\u2019ai au moins essayé.Le théâtre, la radio, la réalisation de ?lm, les entrevues télés, l\u2019écriture de livres et de chroniques, sont des médiums qui m\u2019ont généreusement servis.Je me suis réapprivoisé, j\u2019ai renoué avec cet adolescent insouciant qui croyait posséder le monde.Il est maintenant un jeune adulte plutôt sage et serein dans un corps beaucoup trop vieux.J\u2019assure cette calvitie galopante, ces rides qui grafignent un peu mes yeux et ces cheveux blancs qui rassurent mes interlocuteurs.Je m\u2019occupe d\u2019un magnifique domaine en location où des gens célèbrent leurs anniversaires de naissance, de mariage et autres.Je me suis questionné sur la façon dont je voudrais célébrer mon de- mi-siècle.Mon père s\u2019est suicidé il y a 35 ans à Sherbrooke en sautant d\u2019un pont.Ma dernière vision de lui fut à la morgue, dans un garage miteux situé dans un sous terrain.J\u2019avais à peine 15 ans.C\u2019est ce jour- là que l\u2019enfant cessa de grandir et commença à pourrir.Prochainement, je vais refaire un pèlerinage sur son départ pour marquer mes 50 ans.Je ne sais pas ce que ça signi?e et je ne veux pas la réponse.Je veux uniquement vivre ce moment marquant en refaisant le chemin en sens contraire. Après 25 ans Ma première sortie colin McGreGor, centre féDéral De forMation Il est 17h30 par un soir de semaine.Le soleil est encore haut dans le ciel \u2014 c\u2019est le temps de l\u2019année où les jours sont les plus longs.Quatre d\u2019entre nous attendent au Carrefour, le point central de la prison, sous un puits de lumière aux vitres graisseuses.Notre chauffeur pour la soirée traverse le hall.Une sortie supervisée.«Êtes-vous prêts?» Oui, pourquoi pas?Je n\u2019ai rien d\u2019autre à faire.Sortir de la prison pour quelques heures et me rendre à une réunion dans une église du centre-ville.Voilà le programme.Bouche bée, comme un labrador, j\u2019observe le paysage par la fenêtre de la fourgonnette gouvernementale.Que de choses à voir! Cet édi- ?ce n\u2019y était pas, à l\u2019époque\u2026 celui- là y était\u2026 le Stade olympique est entouré de deux grues maintenant, plutôt qu\u2019une seule, qui le surmontait lorsque je suis allé aux Olympiques en 1976\u2026 L\u2019état des routes semble plus douteux que jamais\u2026 Et pourquoi tous les moins de 30 ans tiennent-ils un bout de plastique noir et brillant devant leur nez?Ah, c\u2019est vrai\u2026 nous sommes en 2017.Nous arrivons à l\u2019église.Le clocher penche toujours autant qu\u2019avant.L\u2019édi?ce a été construit il y a près de 200 ans sur un marais.La famille responsable de sa construction le voulait près de leur demeure, au bas de la pente du mont Royal.Le clocher est toujours aussi de travers qu\u2019il l\u2019était dans mon enfance, alors que j\u2019allais à l\u2019église deux fois l\u2019an (à Noël et à Pâques, pour des raisons sociales plutôt que religieuses).Voilà le baptistère, une petite annexe ronde en pierre.Ma mère ne voulait pas que je sois baptisée.Mais en 1961, les femmes n\u2019avaient pas beaucoup de droits.Cette année-là, le premier membre féminin de l\u2019Assemblée nationale québécoise, Mme Claire Kirkland- Casgrain, venait d\u2019être élu.Malgré cela, le mari de Mme Casgrain avait dû signer l\u2019hypothèque de leur maison; elle n\u2019aurait pas pu le faire elle-même.C\u2019est ainsi que mon père a fait endormir ma mère par un médecin.Puis il m\u2019emmena à cette même église, juste assez longtemps pour y être baptisé par un prêtre, un confrère d\u2019études à McGill.Ce religieux a ?ni par être renvoyé de l\u2019Église pour indiscrétions conjugales.Ce qui était considéré comme beaucoup plus grave, en ce temps- là, que de droguer des mères pour baptiser en secret leurs enfants.Heureusement, la société a changé.Nous nous joignons à la réunion.Les personnes présentes sont de tous les âges, silhouettes, sexes et ethnies.Beaucoup sont des prisonniers, ex-prisonniers ou quelque part entre les deux.D\u2019autres sont des membres de la communauté qui souhaitent aider.Les «civils» sont accueillants, chaleureux, mais à la manière réservée des Anglos.Nous sommes toujours dans le Montréal anglais, comme me le rappellent les fenêtres géantes qui occupent un côté de la pièce où nous sommes.Les fenêtres donnent sur les murs de pierre rouge richement sculptés d\u2019un édi?ce ancien.Il y a plus d\u2019un siècle de cela, les navires rapportaient d\u2019Europe cette pierre écossaise utilisée pour la construction des maisons des anglophones, pour leurs commerces, leurs bureaux et les casernes de pompiers.Un matériau fonctionnel, sobre, irradiant la stabilité et le pouvoir.Une pierre facile à sculpter, qui ne se dissout pas dans la neige \u2014 au contraire du Stade olympique.«Tout le monde est là?Bien, nous pouvons commencer.» Nous faisons un tour de table pour nous présenter.Beaucoup de sourires.Quelqu\u2019un récite un poème dans lequel on raconte comment c\u2019est bien d\u2019être en prison pour une nuit.On donne une présentation sur le sujet des Palestiniens de Cisjordanie.Eux aussi habitent une sorte de prison.Ça leur prend des heures à passer des postes de contrôle pour aller travailler à des salaires de misère.Pour chaque litre d\u2019eau utilisé par les Palestiniens, les colons israéliens en utilisent sept.Le taux de chômage est incroyablement élevé.Il existe une carte en damier de la région où tout est divisé, apparemment au hasard, entre les «in» et les «out».On se demande à quoi pourrait ressembler une carte de ce genre pour Montréal.Notre société cache un peu mieux ces frontières.Qui sait laquelle de ces cultures, la leur ou la nôtre, est la plus transparente?Le présentateur fait partie d\u2019un groupe qui tente d\u2019aider les «out» dans leur malheur par un dialogue paci?que, le travail social et un peu de lobbying politique.En ce moment, il heurte des murs, mais n\u2019a pas l\u2019intention d\u2019abandonner son approche.«La violence n\u2019est jamais une bonne réponse», dit-il.Une bonne leçon.On remercie le présentateur.Avec envie, je surveille la table derrière lui, que l\u2019on s\u2019apprête à garnir de douceurs et de bouchées diverses.Je calcule le meilleur angle pour m\u2019approcher, le plus nonchalamment possible, de ce banquet gratuit pour m\u2019en mettre plein la bouche.En chemin, des gens m\u2019arrêtent pour me remercier de mon bavardage autour des tables pliantes.Je me fais prendre par les conversations, toujours reconnaissant d\u2019être traité comme un être humain.Mais j\u2019apprends à dialoguer, tout en m\u2019emplissant les joues de biscuits et de fromage.Ça peut se faire.Avec quelques hochements de tête et un peu de mime.Chacun fait ses adieux.Nous promettons de nous revoir, quand la loi le permettra.Tous semblent sincèrement heureux de notre présence.Retour à la fourgonnette, en marchant sur un trottoir où je suis déjà passé des milliers de fois.Une ancienne librairie, un de mes lieux favoris sur Terre, repose maintenant sous une tour de verre; en m\u2019étirant le cou, je peux voir l\u2019immeuble où je travaillais autrefois; et quelque part sous nos pieds, dans le centre commercial souterrain où je ne peux me rendre, se tient ce qui reste de l\u2019entreprise familiale depuis longtemps déchue.C\u2019est peut-être le seul foyer qu\u2019il me reste.C\u2019est un magni?que soir d\u2019été.Les couples marchent main dans la main; les touristes prennent des photos; une jeune femme contrariée, habillée de noir, crie dans un petit bout de plastique noir.Comment un si petit objet de plastique peut-il agacer à ce point?Ah, c\u2019est vrai, nous sommes en 2017.Nous nous entassons dans la fourgonnette.Retour à Laval: une ville sur laquelle j\u2019ai déjà refusé d\u2019écrire, lorsque je travaillais comme pigiste au bureau montréalais du Financial Post, en disant au siège social qu\u2019il n\u2019arrive jamais rien d\u2019intéressant à Laval.Comme au Monopoly: Retourner en Prison.Ne pas passer sur Départ, ne pas recevoir 200$. ?Je m\u2019abonne à Reflet de Société ?1 an - 6 numéros 49,95$ ?2 ans - 12 numéros 89,95$ ?3 ans - 18 numéros 119,95$ ?International, 1 an - 55,00$ Taxes incluses.?Je fais un don : Chèque ou mandat à l\u2019ordre de : Re?et de Société 4264 rue Ste-Catherine Est Montréal, H1V 1X6 (514)256-9000 ou 1-877-256-9009 S\u2019abonner à Re?et de Société est une manière originale de soutenir notre action auprès des jeunes.Prénom : Nom : Adresse : Ville : Code postal : Courriel : Nº carte : |_||_||_||_| |_||_||_||_| |_||_||_||_| |_||_||_||_| ?Visa ?Mastercard ?Amex Date expiration : |_||_||_||_| Signature : Général Aide juridique 1-800-842-2213 Protection de la jeunesse 1-800-665-1414 Info-santé 811 Centre antipoison 1-800-463-5060 Centre de référence Montréal (514) 527-1375 Clinique Droit Devant (514) 603-0265 Centres de crise de Montréal Tracom (centre-ouest) (514) 483-3033 Iris (nord) (514) 388-9233 L\u2019Entremise (est-centre-est) (514) 351-9592 L\u2019Autre-maison (sud-ouest) (514) 768-7225 Centre de crise Québec (418) 688-4240 L\u2019ouest de l\u2019île (514) 684-6160 L\u2019Accès (450) 679-8689 Archipel d\u2019Entraide (418) 649-9145 Prévention du suicide (418) 683-4588 Émile Nelligan (514) 351-6661 Violence CAVAC 1-866-532-2822 Groupe d\u2019aide et d\u2019info sur le harcèlement sexuel au travail (514) 526-0789 SOS violence conjugale (514) 728-0023 Trève pour elles (514) 251-0323 Centre pour les victimes d\u2019agression sexuelle (24h) (514) 934-4504 Armée du salut (514) 934-5615 Stella (travailleuses du sexe) (514)285-8889 Décrochage Éducation coup de ?l (514)525-2573 Revdec (514)259-0634 ou 1-866-329-4223 Carrefour Jeunesse (514)253-3828 VIH-SIDA C.O.C.Q.Sida (514) 844-2477 La Maison du Parc (514) 523-6467 NoPa MTS-VIH (514) 528-2464 Drogue et désintoxication Toxic-Action(Dolbeau-Mistassini) (418) 276-2090 Centre Jean-Lapointe MTL adulte (514) 288-2611 Le grand chemin Québec Jeunesse (418) 523-1218 Pavillon du Nouveau point de vue (450) 887-2392 Urgence 24h (514) 288-1515 Portage (450) 224-2944 Centre Dollard-Cormier Adulte (514) 385-0046 Centre Dollard-Cormier Jeunesse (414) 982-4531 Le Pharillon (514) 254-8560 Drogue aide et référence 1-800-265-2626 Un foyer pour toi (450) 663-0111 L\u2019Anonyme (514) 236-6700 Cactus (514) 847-0067 Dopamine ( jour et soir) (514) 251-8872 Intervenants en toxicomanie (450) 646-3271 Escale Notre-Dame (514) 251-0805 FOBAST (418) 682-5515 Dianova (514) 875-7013 Centre Casa (418) 871-8380 Centre UBALD Villeneuve (418) 663-5008 Au seuil de L\u2019Harmonie (418) 660-7900 Cran (514) 284-3426 Relais Méthadone (514) 874-9300 Alimentation Le Chic Resto-Pop (514) 521-4089 Jeunesse au Soleil (514) 842-6822 Café Rencontre (418) 640-0915 Ligne d\u2019aide et d\u2019écoute CALACS 1-888-933-9007 Gai Écoute 1-888-505-1010 Tel-Jeunes (514) 288-2266 / 1-800-263-2266 Tel-aide et ami à l\u2019écoute (514) 935-1101 Jeunesse-j\u2019écoute 1-800-668-6868 Suicide action Montréal (514) 723-4000 Prévention suicide Accueil-Amitié (418) 228-0001 Partout au Québec 1-866-appelle Secours-Amitié Estrie 1-800-667-3841 Cocaïnomanes anonymes (514) 527-9999 Déprimés anonymes (514) 278-2130 Gamblers anonymes (514)484-6666 Gam-anon (proches du joueur) 1-800-484-6664 Narcotiques anonymes 1-800-879-0333 Outremangeurs anonymes (514) 490-1939 Parents anonymes 1-800-361-5085 Jeu: aide et référence 1-800-461-0140 Ligne Océan (santé mentale) (418) 522-3283 Sexoliques anonymes (514) 254-8181 Primes-Québec(soutien masculin) (418) 649-1232 Émotifs anonymes (514) 990-5886 Alanon & Alateen (418) 990-2666 Alcooliques Anonymes Québec (418) 529-0015 Montréal (514) 376-9230 Laval (450) 629-6635 Rive-sud (450) 670-9480 Mauricie-Saguenay-Lac-St-Jean (866) 376-6279 NAR-ANON Montréal (514) 725-9284 Saguenay (514) 542-1758 Abus aux aînés (514) 489-2287 Famille Grands frères/Grandes soeurs (418) 275-0483 Familles monoparentales (514) 729-6666 Regroupement maison de Jeunes (514) 725-2686 Grossesse Secours (514) 271-0554 Chantiers Jeunesses (514) 252-3015 Réseau Homme Québec (514) 276-4545 Patro Roc-Amadour (418) 529-4996 Pignon Bleu (418) 648-0598 YMCA MTL centre-ville (514) 849-8393 YMCA Hochelaga-Maisonneuve (514) 255-4651 Armée du Salut (514) 932-2214 La Marie Debout (femmes) (514) 597-2311 Parents Secours 1-800-588-8173 Hébergement de dépannage /urgence Auberge de l\u2019amitié pour femmes (418) 275-4574 Bunker (514) 524-0029 Le refuge des jeunes (514) 849-4221 Chaînon (514) 845-0151 En Marge (514) 849-7117 Passages (514) 875-8119 Regroupement maisons d\u2019hébergement jeunesse du Québec (514) 523-8559 Foyer des jeunes travailleurs (514) 522-3198 Auberge communautaire du sud-ouest (514) 768-4774 Maison le Parcours (514) 276-6299 Oxygène (514) 523-9283 L\u2019Avenue (514) 254-2244 L\u2019Escalier (514) 252-9886 Maison St-Dominique (514) 270-7793 Auberge de Montréal (514) 843-3317 Le Tournant (514) 523-2157 La Casa (Longueuil) (450) 442-4777 Armée du Salut pour hommes (418) 692-3956 Mission Old Brewery (514) 866-6591 Mission Bon Accueil (514) 523-5288 La Maison du Père (514) 845-0168 Auberge du Coeur (Estrie) (819) 563-1387 La maison Tangente (514) 252-8771 Hébergement St-Denis (514) 374-6673 L\u2019Abris de la Rive-Sud (homme) (450) 646-7809 Maison Élisabeth Bergeron (femme) (450) 651-3591 Je m\u2019abonne ! 31 Je découvre ! Je découvre ! Je découvre ! Je découvre ! Je découvre ! Je découvre ! Je découvre ! Je découvre ! "]
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