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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Mars 2020, Vol.58, No. 6
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Québec science, 2020, Collections de BAnQ.

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[" QUEBEC SCIENCE FAIRE POUSSER DES DIAMANTS EN LABORATOIRE LA VIE ÉPROUVANTE DES CHERCHEURS PALESTINIENS MARS 2020 BIEN OU M AL?La confusion et la surenchère semblent régner en nutrition.Comment s\u2019y retrouver ?ALIMENTATION MARS 2020 6 , 9 5 $ MESSAGERIES DYNAMIQUES 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 T 2 0 - 6 3 4 5 1 · H 1 03-05_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2020-03.indd 2 20-01-31 12:14 MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 3 SOMMAIRE 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 9 Carnet de santé Par la Dre Alexandra S.Arbour 11 Technopop Par Chloé Freslon | 12 Polémique Par Jean-François Cliche | 46 Culture Par Émilie Folie-Boivin 49 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 50 Rétroviseur Par Saturnome 10 11 8 6 P H O T O D E L A C O U V E R T U R E : D O N A L D R O B I T A I L L E / O S A \u2022 D I R E C T I O N A R T I S T I Q U E E T I L L U S T R A T I O N S : N A T A C H A V I N C E N T Rendez-vous sur notre compte Instagram pour voir les coulisses de la séance photo de la couverture ! QUÉBEC SCIENCE MARS 2020 SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS Les hippocampes peuplent les eaux chaudes du globe.Mais ce sont sous nos froides latitudes qu\u2019est conservée la plus vaste collection de spécimens séchés.8 MINIORGANES, GRAND POTENTIEL Les organoïdes, des copies miniatures de tumeurs ou d\u2019organes, pourraient transformer la médecine personnalisée.10 ET SI L\u2019ON RETOURNAIT VOIR VÉNUS ?Longtemps boudée, la planète fait de nouveau rêver les agences spatiales.11 COMBATTRE LA DENGUE À L\u2019AIDE DE\u2026 MOUSTIQUES ! Des moustiques infectés par une bactérie sont utilisés comme des chevaux de Troie pour lutter contre le virus.14 À BAS LES BARRIÈRES Armée de données probantes, Annie Pullen Sansfaçon lutte à sa manière contre la stigmatisation dont sont victimes les enfants transgenres.CHERCHEUR EN VEDETTE 42 LE CERVEAU ALLUMÉ Grâce aux recherches de Maxime Descoteaux, il est possible de cartographier le cerveau humain sans toucher à un poil de la boîte crânienne.REPORTAGES 18 Science sous occupation Les scienti?ques palestiniens mènent leurs recherches dans des conditions éprouvantes.À des milliers de kilomètres, au Québec, des collègues les appuient du mieux qu\u2019ils peuvent.30 La radio a 100 ans au Canada En 1920, le grand public découvre un moyen de communication jusque-là connu d\u2019une poignée d\u2019ingénieurs : la radio.Retour sur l\u2019histoire de cette invention révolutionnaire.36 Bijoux de laboratoire On sait désormais faire pousser les diamants (presque) comme des plantes vertes.Et ce n\u2019est pas que pour faire joli ! EN COUVERTURE 24 La cacophonie nutritionnelle Pourquoi est-il aussi dif?cile de comprendre la science quand vient le temps de décider du contenu de son assiette ?03-05_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2020-03.indd 3 20-01-31 13:58 4 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan Éditorial Le droit à l\u2019erreur Comme tout le monde, les chercheurs commettent des erreurs de bonne foi.Mais peu d\u2019entre eux osent l\u2019admettre.«L a chose que tous les scientifiques craignent le plus est de découvrir qu\u2019un résultat important qu\u2019ils ont publié était fondé sur des données erronées.» En septembre dernier, Rasmus Nielsen, généticien à l\u2019Université de Californie à Berkeley, ouvrait ainsi une en?lade de messages sur Twitter dans laquelle il faisait acte de contrition.Quelques mois plus tôt, il avait fait paraître, dans Nature Medicine, un article af?rmant que les jumelles chinoises modi?ées génétiquement par le biophysicien He Jiankui auraient une espérance de vie réduite.Or, il y avait des erreurs techniques dans la base de données utilisée pour les besoins de cette étude, ce qui a in?rmé les conclusions de Nielsen.En janvier, toujours sur Twitter, une autre scienti?que battait sa coulpe : Frances Arnold, lauréate du prix Nobel de chimie 2018, annonçait qu\u2019elle rétractait volontairement un article paru dans Science, car les résultats n\u2019avaient pu être reproduits.« Il est pénible de l\u2019admettre, mais essentiel de le faire.Je m\u2019excuse auprès de tous.J\u2019étais assez occupée quand cet article a été soumis et je n\u2019ai pas fait mon travail correctement.» Personne n\u2019aime présenter des excuses, surtout lorsqu\u2019elles sont publiques.L\u2019égo en prend forcément un coup.On craint d\u2019être attaqué et humilié.Et pourtant, les aveux de Frances Arnold et de Rasmus Nielsen ont été accueillis avec compassion par leurs collègues, qui ont salué leur courage, leur franchise et leur transparence.Comme quoi les scienti?ques, même les plus estimés, ont droit à l\u2019erreur\u2026 Mais rares sont ceux qui osent admettre leurs torts.Il n\u2019est pas question ici d\u2019actes malveillants, tels que la fraude ou le plagiat, mais d\u2019erreurs commises de bonne foi.Les bévues sont routinières en science ?comme dans toute autre activité accomplie par des humains qui, faut-il le rappeler, sont faillibles.Malgré tout, beaucoup de chercheurs craignent que leur faute avouée ne soit pas à demi pardonnée.Ils imaginent plutôt une tache indélébile pouvant ralentir leur carrière, voire y mettre ?n.Mais ce n\u2019est pas en taisant une erreur qu\u2019elle s\u2019effacera.À moins d\u2019être décelée, elle persistera dans la littérature scienti?que et servira peut-être d\u2019assise à d\u2019autres études qui elles-mêmes pourront justi?er l\u2019adoption de lignes directrices ou de politiques publiques.Dans l\u2019espoir de renverser la tendance, de jeunes chercheurs en psychologie ont lancé en 2017 le projet Loss-of-Con?dence, une plateforme destinée à leurs collègues qui désirent désavouer publiquement leurs propres travaux.En trois ans, ils ont reçu\u2026 12 soumissions.Pourtant, 316 individus ont répondu à un sondage anonyme dans le cadre du même projet et près de la moitié ont déclaré qu\u2019ils remettaient en doute au moins un de leurs articles publiés.Cela illustre à quel point la peur de l\u2019erreur est ancrée dans la psyché des scienti?ques.Les responsables du projet déduisent qu\u2019il y a probablement des centaines, voire des milliers de chercheurs dans la même situation.« Pour moi, cela laisse entendre que la perte de con?ance dans son propre travail est courante en science.Il serait merveilleux qu\u2019elle soit traitée comme telle », commente Julia Rohrer, coordonnatrice de Loss-of-Con?dence.En effet, la divulgation d\u2019une erreur serait plus acceptable si l\u2019on en normalisait la portée.Des excuses publiques comme celles de Frances Arnold envoient un signal positif à la communauté scienti?que, mais elles contribuent aussi à donner un caractère spectaculaire au geste, ce qui peut effrayer des chercheurs.Pourquoi ne pas simpli?er les choses ?Pourquoi les revues savantes ne pourraient pas permettre aux scienti?ques de mettre à jour leur article, en y expliquant leur erreur et comment ils proposent de la corriger ?L\u2019idée n\u2019est pas farfelue : en physique, les journaux de la série Living Reviews offrent à leurs auteurs de rafraîchir leurs articles pour y ajouter de nouveaux éléments.Ainsi, l\u2019admission d\u2019une erreur ne serait plus perçue comme une marque au fer rouge, mais comme une contribution essentielle aux connaissances, de même qu\u2019un gage de con?ance envers la méthode scienti?que.Après tout, comme la dé?nit le philosophe français André Comte-Sponville, « la science est un ensemble ordonné de paradoxes testables et d\u2019erreurs recti?ées ».03-05_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2020-03.indd 4 20-01-31 12:14 MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 5 Mots croisés Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D MARS 2020 VOLUME 58, NUMÉRO 6 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Etienne Plamond Emond, Alexis Riopel, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Jean- Patrick Toussaint Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs Donald Robitaille / OSA, Bertrand Carrière, Nicole Aline Legault, Valérian Mazataud / Studio Hans Lucas, Maxim Morin /OSA, Christinne Muschi, Michel Rouleau, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Maryvonne Charpentier Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution: 20 février 2020 (560e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 36 $ + taxes États-Unis, 1 an : 72 $ Outre-mer, 1 an : 112 $ 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2020 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.SCIENCE ET PRÉJUGÉS Publiée dans le numéro de janvier-février 2020, la chronique de Jean-François Cliche traitait d\u2019une question délicate : les faits et gestes de nos dirigeants, de même que les projets de loi proposés et adoptés, comme la loi 21, teintent-ils les pensées et les agissements du public ?Qu\u2019en dit la science ?On ne trouve pas dans la dern ière chronique de Jean-François Cliche de « travaux révélateurs » permettant de répondre à la question « La loi 21 a-t-elle un effet sur les préjugés ethniques ?» Le chroniqueur cite des études américaines qui ont montré une augmentation des préjugés racistes après que Donald Trump eut affirmé que les migrants mexicains apportent « drogues, crimes et viols ».A-t-on entendu quelque chose de comparable au Québec ?Pourquoi un tel rapprochement qui laisse croire que les pro-laïcité sont des trumpistes racistes ?Si jamais notre loi sur la laïcité avait un quelconque effet stigmatisant, ce serait à l\u2019endroit de ceux qui refusent la neutralité religieuse de l\u2019État et non d\u2019un groupe ethnique en particulier.?Daniel Baril LA RÉPONSE DE NOTRE CHRONIQUEUR : Il était très clair dans ma chronique que je citais des études sur l\u2019effet Trump (notamment) pour montrer que les faits et gestes de nos dirigeants contribuent à façonner nos normes sociales et que, si c\u2019est le cas aux États-Unis, ça peut l\u2019être ici aussi.Rien de plus.Cela ne signi?e en rien que le gouvernement Legault se compare à l\u2019administration Trump ni que la laïcité implique des desseins racistes.Par ailleurs, je me permets d\u2019insister sur cette phrase de mon texte : « [\u2026] comme aucune étude n\u2019a été entreprise sur le cas précis du Québec et de la Loi sur la laïcité de l\u2019État, on ne peut af?rmer catégoriquement qu\u2019elle a eu ou est en train d\u2019avoir ce genre d\u2019in?uence.» DES DÉCOUVERTES FASCINANTES Encore cette année, vous avez démontré un grand engouement pour notre sélection des 10 découvertes de l\u2019année.Spécialisée en environnement, j\u2019ai toujours été préoccupée par la problématique de la sur- pêche.Bien qu\u2019il semble évident que les réservoirs aquatiques mondiaux sont liés, on pouvait dif?cilement préciser les impacts d\u2019une pêche invasive sur toute la faune aquatique.Eh bien voilà une bonne chose de réglée ! On pourra maintenant brandir cette découverte pour mieux contrôler le commerce du poisson ! ?Lise Cauchon-Tremblay La maladie de Parkinson est tellement insidieuse, sournoise et dévastatrice pour un nombre sans cesse grandissant d\u2019êtres humains que le moindre pas signi?catif pouvant aider à sa compréhension peut se révéler crucial dans sa prévention ou sa guérison.?Jacques Ranger Je suis sensible aux changements qui affectent la forêt.Je suis touchée par cette étude qui met en lumière le travail patient effectué par des arpenteurs des 19e et 20e siècles.En espérant que ça puisse nous être utile pour mieux comprendre et respecter la forêt.?Lucie Chartrand Une personne de mon entourage a été atteinte de la sclérose latérale amyotrophique et en est morte.J\u2019ai pu constater la progression rapide et cruelle de cette maladie, ainsi que les limites des moyens existants pour la traiter.Je suis fière qu\u2019une équipe québécoise ait réalisé une telle percée.?Nathalie Cartier 03-05_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2020-03.indd 5 20-02-03 10:08 LE CABINET des curiosités 6 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM PLONGEON parmi les hippocampes À l\u2019entrée du Musée Redpath, à Montréal, deux hippocampes exposés dans une vitrine attirent l\u2019attention des visiteurs.On apprend que la collection de chevaux de mer de l\u2019établissement compte plus de 12 000 spécimens.Celle-ci n\u2019est malheureusement pas présentée au grand public.Pour y jeter un coup d\u2019œil, Québec Science suit Anthony Howell, technicien en zoologie et gestionnaire des collections, dans le sous-sol du musée mcgillois.Après le passage de la porte sécurisée, une odeur indescriptible surprend nos narines.Selon notre guide, la température chaude maintenue dans cette section du bâtiment et la présence d\u2019une trentaine d\u2019animaux empaillés y sont pour quelque chose.Un peu plus loin, nous nous arrêtons devant une grande armoire grise où sont cachés les hippocampes, classés en une vingtaine d\u2019espèces et ensachés.Ils proviennent d\u2019un peu partout dans le monde : Indonésie, Hawaii, Chine, Nouvelle-Zélande et Brésil entre autres.Cette collection a commencé en 1996 avec les travaux de la chercheuse Amanda Vincent, qui travaillait alors à l\u2019Université McGill (elle est rattachée à l\u2019Université de la Colombie-Britannique depuis 2002).Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce fut elle qui, pour la première fois, étudia les hippocampes sous l\u2019eau ! Elle a également cofondé Project Seahorse, un réseau de scienti?ques voué à la conservation des écosystèmes marins et plus particulièrement des hippocampes, qui sont durement touchés par les changements climatiques et le braconnage.Ce travail l\u2019a amenée à l\u2019autre bout de la planète, où elle a recueilli des spécimens séchés et vendus dans les marchés d\u2019Asie.En effet, dans la médecine traditionnelle chinoise, cet animal aiderait à combattre la fatigue, le vieillissement ou encore la dysfonction érectile, rien de moins.Chercheuse au Musée Redpath de 1997 à 2012, Sara Lourie a étudié sous la supervision d\u2019Amanda Vincent et a ainsi contribué aux activités du réseau.Au départ, se rappelle-t-elle, la taxonomie de ce petit poisson était complètement désorganisée.« Les biologistes ignoraient combien il y avait d\u2019espèces d\u2019hippocampes et comment il était possible de les distinguer les unes des autres », relate-t-elle.Sara Lourie y a mis de l\u2019ordre et élaboré un guide d\u2019identi?cation des hippocampes en explorant notamment les musées pour arriver à les classer correctement.À ce jour, il en existerait 44 espèces, selon le Project Seahorse.DE PETITE À GRANDE COLLECTION La collection prend de l\u2019ampleur au ?l des voyages de Sara Lourie en Asie du Sud-Est.En 2001, elle met au jour une nouvelle espèce, Hippocampus denise, qui fait environ deux centimètres de long et habite les eaux du Paci?que occidental, près de l\u2019Indonésie.La chercheuse a nommé ce poisson orangé en l\u2019honneur de Denise Tackett, une photographe ayant fait partie du Project Seahorse.« Denise m\u2019a envoyé des photos de ces hippocampes que je ne connaissais pas.J\u2019ai pu aller sur un bateau de plongée pour tenter d\u2019en trouver un spécimen », raconte Sara Lourie.Sa patience a été récompensée : elle en a aperçu au bout de sa cinquième journée de recherche.Ces spécimens n\u2019appartiennent cependant plus à la collection du musée montréalais ; ils ont été transférés à Hawaii et en Indonésie, il y a quelques années, pour y être conservés.La chercheuse a également découvert trois autres espèces au cours de sa carrière.Depuis le départ de Sara Lourie du Musée Redpath, la collection d\u2019hippocampes n\u2019a pas été boni?ée.Anthony Howell explique qu\u2019aucun chercheur n\u2019étudie actuellement les hippocampes à l\u2019Université McGill, à laquelle le Musée est associé.L\u2019application de lois plus restrictives pour protéger cet animal aquatique limite aussi l\u2019expansion de la collection.« Nous aimerions bien exposer plus de spécimens, mais malheureusement, nous n\u2019avons pas de place dans la galerie pour le moment », se désole M.Howell.Qui sait, ces petits chevaux de mer feront peut-être surface un jour à un étage du Musée.Les hippocampes peuplent les eaux chaudes du globe.Mais ce sont nos froides latitudes qui accueillent la plus vaste collection de spécimens séchés.Par Annie Labrecque MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 7 \u2022 IMAGE : WIKIMEDIA COMMONS \u2022 PHOTOS : MAXIM MORIN / OSA ON 3 4 2 1 1.Sur chaque bocal sont indiqués le nom de l\u2019espèce, l\u2019endroit où l\u2019hippocampe a été trouvé et la méthode de capture.2.Anthony Howell présente quelques échantillons placés dans des bocaux d\u2019éthanol.Cette méthode de conservation, comparativement au séchage des spécimens, garde intacte la forme de l\u2019animal.3.Hippocampus kelloggi ou grand hippocampe fait partie des espèces de grande taille.On l\u2019utilise souvent dans des animations scientiiques ain de montrer sa structure anatomique, dont la poche ventrale.Chez l\u2019hippocampe, c\u2019est le mâle qui porte les œufs.4.À l\u2019état sauvage, les hippocampes peuvent revêtir différents motifs et couleurs selon l\u2019espèce : brune, jaune, noire, verte, rose\u2026 Comme les caméléons, certains sont capables de changer de couleur ain de se camouler dans l\u2019environnement et d\u2019échapper aux prédateurs ou encore pour courtiser une femelle.Y A-T-IL DES HIPPOCAMPES DANS LES EAUX DU CANADA ?Une seule espèce d\u2019hippocampe a été aperçue dans nos eaux (photo ci-contre).« C\u2019est peu commun, mais on a observé l\u2019espèce Hippocampus erectus près de la Nouvelle-Écosse.Il pourrait s\u2019agir d\u2019une population résidente, à moins qu\u2019elle ait été emportée jusqu\u2019ici par les eaux chaudes du Sud », dit Sara Lourie. SUR LE VIF 8 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2022 IMAGE : PRINSES MÁXIMA CENTRUM VOOR KINDERONCOLOGIE Miniorganes, grand potentiel Les organoïdes, des copies miniatures de tumeurs ou d\u2019organes, pourraient révolutionner la médecine personnalisée.Par Marine Corniou L a visite est un peu décevante : à l\u2019œil nu, on ne voit qu\u2019un liquide rose, celui qui est utilisé dans tous les laboratoires pour cultiver des cellules.Pourtant, au fond des puits de la plaque en plastique, ?ottant dans cette solution, se trouvent des miniorganes malades.Plus précisément des miniestomacs, minipoumons et miniœsophages qui pourraient bien sauver la vie de leurs propriétaires.Julie Bérubé les couve du regard.C\u2019est elle qui fait pousser ces « organoïdes », à l\u2019Hôpital général de Montréal (HGM), à partir des cellules tumorales des patients qui se font opérer pour un cancer thoracique deux étages plus bas.« Ce sont des sphères d\u2019environ 2 000 cellules, explique cette assistante de recherche.C\u2019est délicat à obtenir, mais j\u2019y arrive dans 75 % des cas.» Selon l\u2019agressivité du cancer dont elles sont issues, les cellules mettent ainsi d\u2019une journée à plusieurs semaines à se structurer en trois dimensions dans un support gélatineux.Ces organoïdes, qui possèdent la même variété de cellules que l\u2019organe « entier », permettent aux médecins de déterminer quel médicament anticancéreux sera ef?cace pour un patient donné en cas d\u2019échec de la chimiothérapie de base (ce qui arrive dans 40 % des cas).Le postulat : ce qui fonctionne pour tuer l\u2019organoïde fonctionnera aussi dans l\u2019organisme du malade.« Lorsqu\u2019on cultive les cellules de façon traditionnelle, à plat [en deux dimensions], il y a toujours un type de cellule qui prend le dessus.Ce n\u2019est pas représentatif de la complexité de la tumeur.Les organoïdes sont beaucoup plus proches de la réalité clinique », indique Lorenzo Ferri, le chirurgien qui pilote le projet.Depuis un an, son équipe a ainsi récupéré des échantillons de tumeurs d\u2019environ 120 patients pour en faire des « copies » gardées dans un incubateur ou congelées.Cette biobanque est une première au Canada ; c\u2019est aussi la plus grande du monde pour les cancers thoraciques.« Chaque échantillon qui arrive du bloc opératoire est préparé en moins de deux heures pour être envoyé au séquençage génétique d\u2019une part et pour créer un organoïde d\u2019autre part », mentionne la chercheuse Veena Sangwan, qui travaille avec Lorenzo Ferri à l\u2019Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).« Le séquençage nous renseigne sur les anomalies génétiques présentes dans la tumeur.Cela nous permet de sélectionner une dizaine de cibles, comme des protéines mutées, et de tester sur les organoïdes des médicaments potentiellement ef?caces sur ces cibles », reprend Lorenzo Ferri, précisant qu\u2019un seul des 120 patients avait, ?n 2019, reçu un tel traitement personnalisé.On ne connaît pas encore le taux de succès de l\u2019expérimentation à l\u2019HGM, mais une petite étude néerlandaise publiée en octobre 2019 a montré que des organoïdes de cancer du côlon permettaient de prédire avec justesse la réponse à une chimiothérapie dans 8 cas sur 10.De quoi améliorer les taux de survie et limiter ses effets indésirables qu\u2019il faut endurer parfois pour rien.Si, pour l\u2019instant, l\u2019approche est réservée à une poignée de patients, c\u2019est parce que cultiver les organoïdes coûte plusieurs milliers de dollars, sans parler du séquençage.Ces recherches sont ?nancées par les dons versés à la Fondation de l\u2019Hôpital général de Montréal.« Mais à terme, ce sera la norme dans les soins, af?rme Lorenzo Ferri, qui est aussi directeur du Programme de chirurgie gastro-intestinale supérieure du CUSM.On le fait depuis 60 ans en infectiologie : on cultive la bactérie pathogène et on l\u2019expose à différents antibiotiques pour trouver celui qui est ef?cace.Il est temps qu\u2019on procède de la même façon pour le cancer.» En attendant, les organoïdes envahissent les laboratoires de recherche.Car il n\u2019y a pas que les tissus tumoraux qui poussent en 3D : Carnet de santé Dre ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 9 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM partout, les scienti?ques travaillent sur des reins, des poumons, des pancréas, des foies et même des cerveaux miniatures, sains ou touchés par diverses maladies.Cet engouement réjouit Hans Clevers, le généticien qui a créé, sans le vouloir, les premiers organoïdes en 2008 à l\u2019Institut Hu- brecht, aux Pays-Bas.« Nous avions trouvé des cellules souches dans l\u2019intestin : elles se divisent constamment pour renouveler l\u2019intégralité de la paroi intestinale en quelques jours », raconte-t-il.Hans Clevers a vite isolé ces cellules : en y ajoutant des substances qui stimulent leur différenciation, il a constaté qu\u2019elles se réorganisaient spontanément pour former des « intestinoïdes ».« On sait maintenant que chaque organe contient des cellules souches.Depuis notre découverte, il y a eu une explosion d\u2019articles scienti?ques sur les organoïdes, d\u2019abord chez la souris, puis chez l\u2019humain.On a la recette pour en produire à partir d\u2019une vingtaine d\u2019organes ou de tissus », dit-il.Outre les tests pharmacologiques, ces organoïdes ouvrent la voie à la régénération d\u2019organes et aident à comprendre le développement des tissus et des maladies en limitant le recours aux animaux de laboratoire.La prochaine étape ?Tenter de les rendre encore plus réalistes en y intégrant des cellules immunitaires, nerveuses, voire des vaisseaux sanguins, et en formant des réseaux.En septembre 2019, une équipe américano-japonaise a fait croître de petites sphères de foie, de pancréas et de canaux biliaires reliées, qui se sont mises à sécréter de l\u2019acide biliaire.« Il y a beaucoup de compétition dans le domaine, s\u2019amuse Hans Clevers.L\u2019industrie pharmaceutique et les entreprises de biotechnologie veulent toutes apprendre à cultiver des organoïdes.C\u2019est un énorme succès ; j\u2019espère qu\u2019ils tiendront leurs promesses ! » La médecine, une afaire de femmes ?U n patient qui sort du bloc opératoire est amené au pas de course à l\u2019unité des soins intensifs.Autour de sa civière, c\u2019est la cohue.Tous s\u2019affairent et parlent en même temps : in?rmières, inhalothérapeute, anesthésiste.Une jeune intensiviste, enceinte de sept mois, tente de se frayer un chemin près du malade, malgré son gros ventre.Le chirurgien, médecin d\u2019expérience, l\u2019arrête et lui lance : « Ah ! les jeunes femmes ! Vous pensez que vous pouvez tout avoir.Eh bien, ma petite, sache que tu ne seras ni un bon médecin ni une bonne mère.» Ce scénario digne des années 1950, vécu par une de mes collègues, s\u2019est pourtant déroulé dans un hôpital près de chez vous il y a moins de cinq ans.La réaction de l\u2019équipe médicale autour ?Certains ont baissé les yeux, d\u2019autres y sont allés d\u2019un rire discret.Beau malaise\u2026 N\u2019en déplaise à ce chirurgien, la féminisation de la médecine est bien entamée, et ce, depuis belle lurette.Au Québec, les premières femmes ont été admises sur les bancs de la Faculté de médecine de l\u2019Université McGill en 1918.Il aura fallu un siècle avant que la parité hommes-femmes soit atteinte dans la profession.Selon les données du Collège des médecins du Québec, les femmes représentent 50,6 % des effectifs en 2018.Malgré cela, plusieurs arguent que les femmes médecins travaillent moins fort que leurs confrères.Les motifs : la conciliation travail-famille et les congés de maternité, qui donnent des maux de tête aux patients et aux collègues.Certains vont jusqu\u2019à dire que cela justi?e l\u2019écart salarial entre les sexes, car ?surprise ?les femmes médecins gagnent moins en général.Une équipe de chercheurs de l\u2019Université Laval s\u2019est intéressée à cette inégalité.Notons d\u2019abord que la vague rose ne touche pas toutes les disciplines.Les femmes sont surreprésen- tées en médecine familiale, en obstétrique et en pédiatrie par exemple.Les spécialités les plus rémunérées, comme la chirurgie ou la radiologie, sont encore des châteaux forts masculins.En outre, les jeunes diplômées qui choisissent d\u2019avoir des enfants demeurent les premières à s\u2019en occuper, ce qui les force à diminuer leur nombre d\u2019heures de travail.Le mode de rémunération à l\u2019acte les défavorise alors grandement.La féminisation de la médecine ne laisse personne indifférent.Certains préconisent une redé?nition pure et simple de la médecine et de son mode de rétribution pour que les femmes y trouvent leur compte.D\u2019autres prennent position en faveur de la parité entre hommes et femmes dans les écoles de médecine pour freiner la féminisation, au nom d\u2019un accès équitable à la profession.Même la recherche scienti?que a commencé à s\u2019en mêler.Une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association en 2017 a démontré que des patients hospitalisés avaient un taux de mortalité et un risque de réadmission plus faibles si leur soignant était une femme ! Ces résultats étonnants, j\u2019en conviens, s\u2019expliqueraient, selon les auteurs, par les différences dans la pratique médicale entre les hommes et les femmes.Ces dernières sont plus enclines à adhérer aux principes de la médecine fondée sur les preuves, à faire davantage de prévention ou encore à utiliser des stratégies de soutien psychologique.À ceux qui pensent encore que la médecine est une affaire d\u2019hommes, comme ce chirurgien impoli, je dis : « Arrivez en 2020.» Parce que tout porte à croire que pratiquer cette profession « comme une ?lle » est tout à notre honneur\u2026 et à celui des patients. SUR LE VIF 10 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2022 IMAGE : NASA / LORI GLAZE D e nos deux voisines, c\u2019est Mars qui monopolise l\u2019attention et concentre les rêves de conquête.Mais Vénus pourrait bien prendre sa revanche.Négligée depuis 30 ans, la planète ravive l\u2019intérêt des agences spatiales : l\u2019Inde compte y lancer un orbiteur en 2023 ; l\u2019Europe planche sur un projet similaire pour 2032 ; et la Russie souhaite y renvoyer une sonde en 2027.Quant à la NASA, elle a amorcé ?n 2019 une série d\u2019études pour évaluer la faisabilité de diverses missions planétaires, dont Venus Flagship, une entreprise de deux milliards de dollars qui inclurait plusieurs orbiteurs et atterrisseurs, ainsi qu\u2019un ballon-sonde.L\u2019objectif de toutes ces missions sera d\u2019évaluer « l\u2019hospitalité » passée de cette planète discrète, qui se cache derrière une couche de nuages opaques.Aujourd\u2019hui, Vénus est assurément invivable : la température à sa surface est d\u2019environ 460 °C et son atmosphère exerce une pression 100 fois supérieure à celle ressentie ici-bas.Malgré ces conditions extrêmes, la deuxième planète du système solaire a déjà fait l\u2019objet de plus de 30 missions, surtout entre 1960 et 1980.Mais la dizaine de robots qui ont réussi à se poser sur son sol orangé ont été anéantis illico.La sonde russe Venera 13, en 1982, a tout de même résisté deux heures, un record.« D\u2019autant que l\u2019atmosphère contient de l\u2019acide sulfurique ! » indique Robert Lamon- tagne, astrophysicien et coordonnateur du Centre de recherche en astrophysique du Québec.À quoi bon vouloir retourner dans cet enfer ?Pour enquêter avec les moyens modernes à la lumière de nouvelles informations.« On comprend mieux aujourd\u2019hui comment s\u2019est formé le système solaire et l\u2019on pense que les conditions sur Vénus ont été propices à la vie quand le Soleil était moins chaud et moins lumineux », poursuit le spécialiste.De fait, ces conditions auraient même persisté pendant deux à trois milliards d\u2019années, à en croire des modélisations présentées récemment par Michael Way, de l\u2019Institut Goddard des études spatiales de la NASA.Ses simulations climatiques laissent entendre que la température sur Vénus s\u2019est longtemps maintenue entre 20 et 50 °C, permettant la présence d\u2019eau liquide.Pas si étonnant, car Vénus et la Terre se sont formées en même temps, côte à côte, et ont une taille et une densité analogues, ce qui leur vaut souvent d\u2019être présentées comme des « jumelles ».Sauf qu\u2019il y a environ 700 millions d\u2019années, un évènement brutal aurait mis ?n au temps doux chez notre voisine.« Nous croyons que des éruptions volcaniques se sont produites à très grande échelle et simultanément, avance Michael Way.Cela aurait relâché d\u2019immenses quantités de dioxyde de carbone sur une période géologique courte.» Résultat : un emballement de l\u2019effet de serre, dopé par l\u2019évaporation de l\u2019eau, ce qui a créé, en quelques millions d\u2019années, une véritable fournaise.Michael Way fait partie de ceux qui plaident pour relancer l\u2019exploration de Vénus.« LA grande question, c\u2019est l\u2019histoire de l\u2019eau.Pour y répondre, il faut mesurer les gaz rares dans l\u2019atmosphère et les isotopes de carbone et d\u2019azote » entre autres, énumère-t-il.Plusieurs projets sur la planche à dessin reposent sur des aéronefs (comme le Breeze proposé ?n 2019 par des chercheurs de l\u2019Université d\u2019État de New York à Buffalo) et d\u2019autres plateformes aériennes qui pourraient sonder les cieux de Vénus sans se brûler à sa surface.« Si l\u2019on veut rêver, on peut imaginer que des formes de vie se sont adaptées à la haute atmosphère vénusienne, où les conditions sont plus vivables, mentionne Robert Lamontagne.Car on sait que les microbes peuvent résister à beaucoup de choses, y compris à l\u2019acide ! Mais il faudra être patient : ces missions ne sont encore que des idées.» Et si l\u2019on retournait voir Vénus ?Longtemps boudée, Vénus fait de nouveau rêver les agences spatiales.Par Marine Corniou Au départ, Vénus était très semblable à la Terre, comme le montre cette modélisation.Mais il y a 700 millions d\u2019années, un évènement brutal aurait changé le cours des choses. Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe Combattre la dengue à l\u2019aide de\u2026 moustiques ! Par Marine Corniou MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 11 \u2022 IMAGE : WORLD MOSQUITO PROGRAM L es moustiques excellent dans la transmission de maladies.La bactérie Wolbachia, elle, a un don pour infecter les insectes et saper leur capacité à véhiculer des virus.Introduisez la seconde dans les premiers et vous aurez une arme de choix pour limiter la dissémination de la dengue, de la ?èvre jaune ou du virus Zika.Cette stratégie commence à faire ses preuves, a révélé récemment le World Mosquito Program (WMP).Depuis quelques années, des équipes de ce consortium international de recherche relâchent dans la nature des nuées de moustiques infectés par cette bactérie et les laissent contaminer leurs homologues sauvages.Les résultats sont prometteurs, en particulier contre la dengue, qui affecte près de 100 millions d\u2019individus par an.« Nous avons mené un essai dans la région de Yogyakarta, en Indonésie, où vivent 65 000 personnes, indique Cameron Simmons, directeur des évaluations d\u2019impact du WMP.Le projet a permis de réduire les cas de dengue de 76 % [NDLR : en deux ans et demi] par rapport à une zone où nous n\u2019avions pas relâché de moustiques infectés par Wolbachia.L\u2019essai a été élargi à une population de 400 000 personnes et nous aurons les résultats prochainement.» D\u2019autres lâchers effectués au Brésil depuis 2015 ont permis de diminuer les cas de dengue et de chikungunya de manière comparable.Pareillement au Vietnam et en Malaisie.Selon une étude publiée ?n 2019 dans Current Biology, des moustiques « traîtres » introduits dans six zones autour de Kuala Lumpur ont fait chuter les cas de dengue de 40 %.Au total, une douzaine de pays ont commencé à relâcher ces petits chevaux de Troie.Présente naturellement chez plus de 40 % des espèces d\u2019insectes, Wol- bachia ne colonise pas Aedes aegypti, le vecteur principal de la dengue, sans l\u2019aide de scienti?ques.Ces derniers parviennent à forcer les choses en laboratoire : une fois injectée dans un moustique, Wolbachia y entrave la réplication et la dispersion des éventuels virus, probablement en activant les défenses immunitaires de son hôte.Si la libération de centaines de milliers de moustiques infectés se fait par lots sur 12 à 20 semaines, les résultats sont durables, car la bactérie se transmet de génération en génération.« Wolbachia est encore présente dans la population locale de moustiques huit ans après le premier lâcher en Australie et pourrait s\u2019y maintenir pendant des décennies », af?rme Cameron Simmons.Une bonne nouvelle quand on sait que le réchauffement climatique pousse Aedes à gagner du terrain partout dans le monde.Des vidéos qui chatouillent le cerveau, vraiment ?« O rgasme du cerveau », « chatouillement de la tête ».Ces expressions décrivent les sensations éprouvées par les amateurs de vidéos catégorisées « ASMR ».Si vous passez du temps sur YouTube ou Instagram, vous les avez probablement déjà vues : présentes par millions, ces vidéos mettent généralement en scène des femmes qui parlent d\u2019une voix très douce, coupent des légumes délicatement ou manipulent deux objets qui par frottement produisent des sons.Pour certaines personnes, ces sons et ces images procurent un sentiment de calme profond, de détente et parfois même d\u2019euphorie.Ils les aident ainsi à trouver le sommeil ou à réduire leur stress.Lorsqu\u2019un groupe commence à discuter de cette tendance dans un forum il y a plus de 10 ans, un consensus émerge : il faut trouver à ce mouvement un nom qui fasse sérieux et scienti?que, un terme qui empêcherait qu\u2019on se moque de ses adeptes.Les internautes s\u2019entendent sur le sigle ASMR (pour autonomous sensory meridian response, qu\u2019on peut traduire par « réponse autonome sensorielle culminante »).Malgré l\u2019immense popularité de ces vidéos, rares sont les scienti?ques qui s\u2019y sont intéressés.Giulia Poerio, du département de psychologie de l\u2019Université de Shef?eld, au Royaume-Uni, a pourtant découvert que le visionnement d\u2019une vidéo ASMR (et non d\u2019un autre type de vidéo) abaisse la fréquence cardiaque de plus de trois battements par minute et augmente la conductance cutanée.Mais ces réactions physiologiques se produisent seulement chez les personnes qui éprouvent les fameuses sensations étranges quali?ées de chatouillements ou d\u2019« orgasmes du cerveau ».Ces résultats con?rment la complexité émotionnelle de l\u2019ASMR, qui est à la fois relaxante et euphorique.Ces titillations seraient par ailleurs déclenchées par le chuchotement, des sons nets et des mouvements lents, selon une autre étude britannique datant de 2015.Mais la comparaison avec la sexualité s\u2019arrête là, car seulement cinq pour cent des participants ont indiqué utiliser l\u2019ASMR comme stimulation sexuelle.Je vais vous faire une con?dence : je ne suis pas sensible aux vidéos ASMR.Au contraire, elles m\u2019énervent ! J\u2019y consacre néanmoins de nombreuses heures.Je ressens une petite frustration de ne pas faire partie de cette élite qui parvient à se détendre en regardant une femme qui se brosse les cheveux devant un micro.J\u2019en viens à douter de mon cerveau.J\u2019envoie une bouteille à la mer : chers scienti?ques, j\u2019aimerais bien que vous vous penchiez un peu plus sur la question a?n de découvrir les mystères de l\u2019ASMR.Signé : quelqu\u2019un qui voudrait s\u2019endormir avec son cellulaire sur l\u2019oreiller. Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf 12 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2022 ILLUSTRATION : VIGG La vérité, c\u2019est compliqué D epuis l\u2019élection de Donald Trump, les « fausses nouvelles » sont non seulement sur toutes les lèvres, mais aussi dans la mire des chercheurs.Et les dernières études sur le sujet laissent toutes entendre la même chose : on semble avoir beaucoup exagéré leur importance.Vous avez bien lu : « exagéré »\u2026 J\u2019en ai compté trois qui sont parues en 2019 dans des revues savantes bien connues.Science Advances a lancé le bal en janvier avec un article au titre évocateur : « Less than you think » (moins que vous pensiez).Ses auteurs ont analysé les partages de 3 500 utilisateurs de Facebook entre avril et novembre 2016 et ils ont constaté que seulement 8,5 % d\u2019entre eux avaient relayé des nouvelles provenant de sources douteuses.Deux semaines plus tard, c\u2019était au tour de Science de publier une étude qui s\u2019intéressait, elle, au réseau social Twitter.En examinant les gazouillis de quelque 16 000 abonnés américains entre août et décembre 2016, les chercheurs ont constaté que la plupart des fausses nouvelles (79,8 %) avaient été partagées par une toute petite minorité très active de 0,1 % des utilisateurs et que seulement 1 % de l\u2019échantillon avait consommé 80 % des fausses nouvelles.En?n, en novembre dernier, on lisait dans les Proceedings of the National Aacademy of Sciences que l\u2019in?uence des « trolls professionnels » du gouvernement russe désireux de semer la bisbille aux États-Unis est minime.En questionnant 1 239 Américains utilisateurs courants de Twitter, les auteurs ont découvert que seulement 76 d\u2019entre eux, ou 6 %, avaient aimé, relayé ou cité des publications de comptes créés par l\u2019« Internet Research Agency », une organisation liée au Kremlin.Et encore, tout indique que ces 6 % n\u2019ont pas été in?uencés à proprement parler par ce qu\u2019ils ont lu, mais qu\u2019ils partageaient des contenus avec lesquels ils étaient déjà d\u2019accord.Alors, pourquoi les fausses nouvelles font-elles couler tant d\u2019encre ?En elles-mêmes, les manigances d\u2019une puissance étrangère pour tenter de manipuler une élection sont de toute évidence d\u2019intérêt public.Et il est bien possible que les médias en parlent d\u2019autant plus que le phénomène leur offre un point de comparaison ?atteur ?eux qui ont souvent été critiqués pour leurs penchants sensationnalistes.Mais par-dessus tout, ces études illustrent à quel point il est dif?cile de dé?nir les fausses nouvelles et d\u2019en mesurer la portée.Aucune d\u2019entre elles n\u2019a tenté de valider la véracité (ou l\u2019absence de véracité) des contenus qui étaient relayés ou « aimés ».Elles sont simplement parties de « listes noires » de sources particulièrement malhonnêtes.Ainsi, l\u2019étude de Science Advances n\u2019a considéré que les sites visant à générer du tra?c et à procurer des revenus publicitaires, et non à in?uencer qui que ce soit, ce qui a exclu des sites hyperpartisans comme Breitbart News et Fox News, qui sont pourtant des sources régulières de « nouvelles » très déformées.La même idée domine dans l\u2019examen des interactions avec des trolls professionnels.Ce sont des choix qui peuvent être défendus jusqu\u2019à un certain point.Même des sites aussi sulfureux que Breitbart News et Fox News ne font pas que colporter des contrevérités.Aux côtés des faussetés manifestes qu\u2019on y lit (comme des commentaires sur l\u2019acte de naissance « contrefait » de Barack Obama), on y trouve aussi de véritables nouvelles.Inclure de tels médias dans les listes noires aurait donc impliqué de faire un tri parmi les hyperliens partagés, ce qui aurait immanquablement amené les chercheurs dans des zones grises : des omissions plutôt que des mensonges purs et simples, des biais plutôt que de la malhonnêteté, des ragots contenant tout de même un fond de vérité (parfois mince, parfois plus substantiel), etc.Il leur aurait fallu trouver comment établir précisément la « teneur » en vérité d\u2019une nouvelle et à partir de quel point on peut dire qu\u2019une nouvelle est fausse.En évitant ces zones grises, ces études ont sous-estimé la portée du phénomène, selon moi.Il est évident que, devant des sources de faussetés particulièrement grossières, la plupart des gens ?airent l\u2019arnaque et passent leur chemin sans accorder de « J\u2019aime » ni partager.Quand la frontière entre le vrai et le faux est plus ?oue, les « nouvelles » sont plus crédibles et il est plus tentant de les relayer.En ne retenant que les cas les plus caricaturaux, ces chercheurs ont établi un genre de « plancher théorique » : l\u2019in?uence réelle des fausses nouvelles est plus grande que ce qui transparaît dans ces résultats.Mais comme l\u2019a déjà dit Mark Zuckerberg à ceux qui accusaient Facebook de ne rien faire pour limiter la propagation des rumeurs, « la vérité, c\u2019est compliqué ».Bien plus, en tout cas, qu\u2019une simple liste. Depuis 50 ans, l\u2019Institut national de la recherche scientifique collabore à vos projets et les fait rayonner tout en contribuant au développement de la société par ses découvertes et innovations scientifiques, sociales et technologiques. ENTREVUE 14 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 Annie Pullen Sansfaçon \u2022 PHOTO : VALÉRIAN MAZATAUD / STUDIO HANS LUCAS À bas les barrières Armée de données probantes, Annie Pullen Sansfaçon lutte à sa manière contre la stigmatisation dont sont victimes les enfants transgenres.Par Marie Lambert-Chan MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 15 U ne jolie robe.Voilà ce que l\u2019enfant d\u2019Annie Pullen Sansfaçon voulait porter pour sa toute première journée d\u2019école.Exactement comme elle le faisait à la maison.Mais l\u2019uniforme imposé par l\u2019école était strict : des pantalons pour les garçons, des tuniques pour les ?lles.Bien que la nature lui ait assigné un sexe masculin à la naissance, dans sa tête, elle est une ?lle.Tout simplement.« \u201cPourquoi devrais-je porter un pantalon ?\u201d m\u2019a-t-elle demandé.Ç\u2019a été un moment marquant », se rappelle Annie Pullen Sansfaçon, chercheuse en travail social.Rien ne la prédestinait à étudier les parcours des enfants trans\u2026 jusqu\u2019à ce qu\u2019elle découvre qu\u2019elle était mère d\u2019une ?lle trans.Dès lors, elle a été témoin des nombreuses barrières au bien-être de ces enfants et de leur famille.Elle cherche maintenant à les faire tomber une à la fois en s\u2019appuyant sur ses recherches et celles de ses collègues.« Je veux que les données empiriques sortent des murs de l\u2019université et puissent servir à ceux et celles qui en ont besoin », af?rme la professeure de l\u2019Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enfants trans - genres et leurs familles ?nancée par le Conseil de recherches en sciences humaines.Entrevue avec une scienti?que pour qui l\u2019engagement et la rigueur peuvent ?et doivent ?coexister.Québec Science : On n\u2019a jamais autant parlé de transdiversité dans l\u2019espace public.Cependant, quantité d\u2019obstacles demeurent pour les personnes trans, qui sont plus à risque de discrimination, de harcèlement, de violence.Comment peut-on mieux soutenir les enfants trans ?Annie Pullen Sansfaçon : Nos recherches con?rment quelque chose qui semble aller de soi : le soutien parental est un facteur de protection vraiment fort.Or, la majorité des enfants trans n\u2019en béné?cient pas.Il n\u2019y a pas d\u2019études comparatives, mais on constate par exemple que le taux de suicide diminue de façon signi?cative chez les jeunes trans qui ont un très bon soutien parental comparativement à ceux dont les parents tolèrent l\u2019identité de genre sans vouloir en parler davantage.Les données montrent également que le bien-être des jeunes trans passe par des mesures d\u2019inclusion à l\u2019école, comme la création d\u2019une alliance LGBTQ+.L\u2019accès à des cliniques d\u2019af?rmation de genre est aussi important.Ce sont des endroits où iels* peuvent obtenir des traitements hormonaux à partir de la puberté.Au contraire, plus on retarde cet accompagnement, plus la dysphorie de genre persiste, et donc l\u2019inconfort et la souffrance.Les jeunes qui franchissent les portes de ces cliniques n\u2019ont pas tous les mêmes besoins.Par exemple, certains demanderont un jour une chirurgie, d\u2019autres non.Les parcours ne sont ni linéaires ni typiques.QS Devant des expériences aussi variables, en tant que médecin, psychologue ou travailleur social, quelle approche doit-on privilégier ?LEXIQUE Identité de genre : sensation intérieure et profonde d\u2019être homme ou femme, d\u2019être homme et femme, de n\u2019être ni l\u2019un ni l\u2019autre ou encore de se situer quelque part le long du spectre de genre.Cette identité peut être liée ou non au sexe assigné à la naissance.Expression de genre : manière dont un individu exprime publiquement son genre, que ce soit par ses vêtements, son comportement, le choix de son prénom, etc.Elle ne correspond pas forcément à l\u2019identité de genre.Transgenre ou trans : personne dont l\u2019identité de genre ou l\u2019expression de genre ne correspond pas au sexe attribué à la naissance.Dysphorie de genre : sentiment persistant d\u2019inconfort ou de détresse causé par une discordance entre l\u2019identité de genre et le sexe assigné à la naissance.Non-binaire : individu dont l\u2019identité de genre se situe en dehors du modèle de genre binaire homme-femme.Source : Lexique sur la diversité sexuelle et de genre, produit par le gouvernement du Canada et mis à jour en février 2019.* Le pronom iels désigne les personnes sans distinction de genre. ENTREVUE 16 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 APS Il y a trois grandes approches.La première est dite « réparatrice » : elle implique de ne pas laisser les jeunes transitionner socialement.On devrait essayer de les rendre plus à l\u2019aise avec leur sexe assigné à la naissance et faire en sorte qu\u2019ils le demeurent le plus longtemps possible.C\u2019est illégal en Ontario et dans des États américains, dont l\u2019Utah et la Californie, mais pas encore au Québec.La seconde approche est l\u2019« attente vigilante » : on admet que l\u2019enfant pourra béné?cier d\u2019une transition, mais on choisit d\u2019attendre a?n qu\u2019il soit entièrement sûr de son choix.On se concentre sur le résultat, la transition, plutôt que sur l\u2019état du jeune.Cette approche sous-entend une question : l\u2019enfant est-il vraiment trans ?En?n, il y a l\u2019approche af?rmative, que je préconise.Elle est de plus en plus prônée au Canada, car elle semble être celle qui donne les résultats les plus probants.On suit le rythme de l\u2019enfant et l\u2019on répond à ses besoins.L\u2019identité de genre n\u2019est pas un résultat, mais un processus.La prémisse est la suivante : la seule personne qui peut con?rmer son identité est la personne elle- même.Et ce, même si elle change d\u2019idée.QS À cet effet, des reportages récents ont analysé le phénomène de la « détransition », c\u2019est- à-dire une personne qui, après avoir effectué ou amorcé une transition, décide d\u2019adopter une identité de genre qui correspond à son sexe à la naissance ou à une identité non binaire.Qu\u2019en pensez-vous ?APS C\u2019est un phénomène réel mais rare, selon les données actuelles.Nous manquons de connaissances et sommes coincés dans une sorte de prise de bec où des conclusions s\u2019opposent : celles issues d\u2019anciennes recherches qui af?rmaient qu\u2019un grand pourcentage de jeunes détran- sitionnaient et celles provenant de travaux plus récents qui montrent qu\u2019une petite proportion seulement de jeunes changent d\u2019idée.Mais tout sépare ces études : ce ne sont ni la même méthodologie, ni les mêmes jeunes, ni le même contexte social.Voilà pourquoi j\u2019espère obtenir une subvention pour aller à la rencontre de ces jeunes qui détransitionnent a?n de mieux les comprendre.Pourquoi leur choix ne leur convient plus ?Certains ont-ils transitionner dans l\u2019espoir de régler des enjeux de discrimination ?Au ?nal, la transition a-t-elle entraîné davantage de discrimination ?Est-ce une dysphorie sociale ou de genre ?Ou les deux ?Pour l\u2019instant, nous n\u2019en savons rien.QS Qu\u2019en est-il des familles des enfants trans ?APS Les parents ont beaucoup de dif?culté à accepter cet état de fait ; ça prend du temps avant qu\u2019ils offrent leur soutien à leur enfant.Ils évoquent le deuil de leur enfant, le choc, l\u2019adaptation.Encore une fois, les parcours varient et sont in?uencés par l\u2019environnement.On voit des parents qui acceptent bien l\u2019identité de genre de leur enfant, mais qui sont critiqués par leurs propres parents ou le voisinage.Parfois, des con?its conjugaux émergent.La pression sociale est très forte.Quand un enfant fait un coming out, le parent en fait un également.Dans une étude effectuée il y a quelques années, on s\u2019est rendu compte que le parent agissait un peu comme un bouclier, en affrontant lui aussi les dé?s de son enfant.Le problème, c\u2019est qu\u2019il existe très peu de services pour aider ces parents.C\u2019est ce qui m\u2019a poussée à cofonder l\u2019organisme Enfants transgenres Canada pour mieux soutenir les familles [NDLR : elle en a été aussi la vice-présidente de 2013 à 2018].QS Vous avez également contribué en 2016 à l\u2019adoption du projet de loi no 103, soit la Loi visant à renforcer la lutte contre la transphobie et à améliorer notamment la situation des mineurs transgenres.Cette loi a ajouté l\u2019identité de genre aux motifs de discrimination interdits par la Charte des droits et libertés de la personne.Elle a aussi permis aux enfants et aux adolescents de modi?er leur prénom et la mention de sexe sur leur acte de naissance.Quatre ans plus tard, les effets de cette loi se font-ils sentir ?APS : Oui.Grâce au changement de mention de sexe, les mineurs peuvent avoir des cartes cohérentes avec leur identité de genre et ainsi avoir accès plus rapidement aux services.Ça peut devenir compliqué quand on se présente chez le médecin avec une carte d\u2019assurance maladie qui ne re?ète pas qui l\u2019on est\u2026 Des barrières sont certainement tombées, mais d\u2019autres demeurent.Pour modi?er l\u2019acte de naissance, il faut être citoyen canadien.Or, que fait-on des personnes trans immigrantes, réfugiées ou en attente de statut ?Autre chose : la loi ne prévoit pas une case vide pour le sexe.C\u2019est soit « M » ou « F ».Mais certaines personnes 2 % 20 % EST DE RETOUR ! Dès le 11 février, soyez à l\u2019écoute de la deuxième saison du balado 20 %.Encore une fois, on y découvrira les parcours de scienti?ques inspirantes, dont Annie Pullen Sansfaçon, chercheuse en travail social ; Nada Jabado, oncologue et généticienne ; et Marijo Gauthier-Bérubé, archéologue subaquatique.À télécharger sur votre plateforme de balados préférée.www.quebecscience.qc.ca/balados/20-pourcent Annie Pullen Sansfaçon Coproduit par Québec Science et l\u2019Acfas.Avec le soutien du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec, la Commission canadienne pour l\u2019UNESCO et L\u2019Oréal Canada. MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 17 ne s\u2019identi?ent ni à l\u2019un ni à l\u2019autre.Il y a encore des freins économiques, car le changement de mention de sexe implique des frais d\u2019une centaine de dollars.C\u2019est sans compter la lettre de soutien d\u2019un professionnel de la santé, chose qui n\u2019est pas toujours facile à obtenir, notamment pour les jeunes en région.QS Vous êtes une chercheuse et une mère engagée.Est-ce mal vu en science d\u2019être aussi « proche » de son sujet d\u2019étude ?APS Ça l\u2019est en effet.Mais à cela, j\u2019ai envie de répliquer : en quoi ma rigueur est-elle affectée par le fait que je suis parent d\u2019une enfant trans ?Si l\u2019on suit cette logique, les chercheurs qui étudient les personnes âgées ne devraient pas avoir de parents vieillissants et les chercheurs qui travaillent du côté de la protection de l\u2019enfance ne devraient pas avoir d\u2019enfants.Ça n\u2019a pas de sens ! Mon expérience personnelle ne m\u2019empêche nullement d\u2019appliquer avec rigueur les mêmes méthodologies que mes collègues.Par ailleurs, si je suis engagée, c\u2019est en raison de ma famille, certes, mais aussi de ma profession.Le changement social fait partie de l\u2019ADN du travail social.Si mes recherches n\u2019avaient aucune répercussion sur les services sociaux, il me faudrait me questionner.QS Vous tenez à embaucher des personnes trans à des postes de professionnels de recherche.En quoi cela apporte-t-il une plus-value ?APS D\u2019abord, ça augmente la con?ance des participants à nos études : en entrevue, iels se sentent plus à l\u2019aise à l\u2019idée de divulguer des informations très personnelles, pouvant en?n se con?er à quelqu\u2019un qui les comprend.N\u2019oublions pas que plusieurs de ces jeunes vivent de l\u2019isolement et n\u2019ont parfois jamais rencontré d\u2019autres personnes trans.Faire participer des personnes trans à nos recherches répond également aux lignes directrices d\u2019un nouveau code d\u2019éthique que j\u2019ai cosigné et qui a été entériné par l\u2019Association professionnelle canadienne pour la santé transgenre.En?n, cela fait partie de mon engagement envers la communauté, car les personnes trans sont souvent discriminées à l\u2019embauche.Et puis, il nous faut davantage de personnes trans formées en recherche qualitative.Ce serait bien qu\u2019un jour le titulaire de cette chaire soit trans.Je serai prête à laisser ma place sans problème ! Coupures d\u2019électricité, couvre-feux, déplacements entravés : les scienti?ques palestiniens mènent leurs recherches dans des conditions éprouvantes.À des milliers de kilomètres, au Québec, des collègues les appuient du mieux qu\u2019ils peuvent.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE Muna Ahmead, professeure de la Faculté de santé publique de l\u2019Université Al-Quds SOCIÉTÉ SCIENCE SOUS L e campus de l\u2019Université Al-Quds à Abu Dis, en banlieue de Jérusalem, est logé au milieu de montagnes si abruptes qu\u2019on se demande si l\u2019autobus parviendra à les franchir.Il émerge ?nalement comme une oasis dans le paysage aride.Çà et là, des espaces verts où sont disposées des tables ; les étudiants y boivent un thé en révisant et en jasant.Ce sont ces mêmes montagnes couleur sable qu\u2019on voit de la fenêtre du bureau de Muna Ahmead.Le panorama serait magni?que si ce n\u2019était de la « barrière de sécurité » ou du « mur de la honte », selon le point de vue, qui s\u2019élève entre le campus et Jérusalem.Cette structure a été construite à partir de 2002 par Israël pour se protéger des attentats terroristes, mais elle empiète sur les territoires palestiniens.« Mais moi, je ne fais pas de politique ! » dira la professeure Ahmead à plusieurs reprises.En effet, son domaine, c\u2019est la science, plus particulièrement la recherche en santé mentale.Elle s\u2019y consacre avec une telle passion qu\u2019elle a obtenu son doctorat en trois ans, travaillant « nuit et jour », en Grande-Bretagne.Elle enseigne aujourd\u2019hui la psychothérapie ; elle est même la première résidante des territoires palestiniens formée en la matière.Les OCCUPATION 18 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2022 PHOTOS : MÉLISSA GUILLEMETTE besoins sont immenses vu les contextes historique et politique.Faut-il rappeler que le con?it israélo-palestinien dure depuis plus de 70 ans ?Muna Ahmead a atterri à Rouyn- Noranda à l\u2019été 2019, troquant son domicile à un jet de pierre de l\u2019église de la Nativité, à Bethléem, contre les résidences étudiantes de l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.Elle a travaillé avec le professeur Saïd Bergheul dans le cadre d\u2019un nouveau « pont scienti?que Québec-Palestine ».« Cela faisait un moment que je voulais me pencher sur la cybercriminalité, car beaucoup de femmes ici reçoivent des menaces du genre \u201cSi tu ne fais pas ceci, je vais envoyer telle photo à tes parents\u201d.Je voulais lancer un programme de prévention, mais je ne savais pas comment m\u2019y prendre.» D\u2019autant plus que la chercheuse n\u2019a pas accès aux publications scienti?ques ; ces abonnements coûtent une fortune et l\u2019Université Al-Quds ne peut se permettre pareilles dépenses.Ces deux mois passés sous nos latitudes ont été fructueux : une revue de la littérature a été réalisée, un questionnaire a été produit pour évaluer la fréquence du cyberharcèlement chez les étudiants palestiniens et des programmes de prévention existants ont été explorés.« Je suis en train de recueillir les données.On va publier le tout quand ce sera terminé », dit la volubile scienti?que.Le « pont scientifique » qu\u2019elle a emprunté permet à des chercheurs palestiniens de lancer un projet avec un collègue québécois, grâce à une bourse, au cours d\u2019un séjour dans une université de la province.Il a été mis en place par les Fonds de recherche du Québec et l\u2019Académie palestinienne des sciences et des technologies (PALAST) en 2017, en marge d\u2019une mission commerciale du gouvernement québécois en Israël.Le scienti?que en chef du Québec, Rémi Quirion, raconte que, quelque temps avant le départ, Philippe Couillard, alors premier ministre, avait souhaité « qu\u2019on fasse quelque chose avec le réseau universitaire palestinien.On a communiqué avec le président de la PALAST pour sonder l\u2019intérêt ?qui était grand.On a réussi à établir ce pont assez rapidement », se souvient celui qui a signé l\u2019entente de un million de dollars sur quatre ans à Ramallah.Le réseau universitaire québécois s\u2019est mis de la partie ?en deux ans, 64 duos se sont formés ?et une troisième cohorte se prépare.Les Allemands ont un programme similaire et d\u2019autres pays y travaillent, dont la France et la République tchèque.Car des cerveaux, il y en a beaucoup par ici ! On trouve 18 universités en Cisjordanie et dans la bande de Gaza qui emploient 2 200 professeurs.La recherche est en croissance : en 20 ans, le nombre d\u2019articles scienti?ques dans les périodiques internationaux de langue anglaise est passé de quelques dizaines par année à plus de 600, surtout en médecine, physique, astronomie et chimie, selon la revue Nature.FAIRE DES MIRACLES Une étudiante nous fait visiter le campus de l\u2019Université nationale An-Najah, à Naplouse, en Cisjordanie.Du Département de médecine à la Faculté des technologies de l\u2019information en passant par la salle de squash, on oublie que les universités palestiniennes incarnaient, à leur émer- MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 19 Le mur de séparation fait désormais partie du décor du campus de l'Université Al-Quds, en banlieue de Jérusalem. SOCIÉTÉ gence, dans les années 1970, des lieux de résistance.L\u2019éducation était une façon de s\u2019armer pour gagner l\u2019indépendance.« La recherche ne faisait pas partie de la mission initiale ; il n\u2019y avait pas d\u2019installations pour ça », relate le président de l\u2019établissement, Maher Natsheh, un chimiste actif dans cette université depuis son ouverture, en 1977.« Malgré tout, au D épartement de chimie, on a rapidement réussi à publier un premier article scienti?que avec un simple pH-mètre ! » poursuit-il.Les universités palestiniennes ressemblent désormais à n\u2019importe quelles autres dans le monde, désireuses de publier toujours plus d\u2019articles dans des revues renommées a?n d\u2019attirer plus de fonds de donateurs et de l\u2019industrie et de recruter davantage d\u2019étudiants (locaux seulement, car les étudiants étrangers ne peuvent obtenir que des permis de séjour de trois mois des autorités israéliennes).Mais les enjeux ?nanciers persistent, en bonne partie à cause du contexte politique.Entre 2000 et 2017, le coût budgétaire de l\u2019occupation israélienne pour le peuple palestinien a été estimé à 47,7 milliards de dollars américains, selon un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement.« La recherche tient aux efforts personnels des chercheurs et au soutien des universités [qui sont essentiellement ?nancées par les droits de scolarité], indique M.Natsheh.Avec les moyens que nous avons, nous faisons des miracles.Quand des délégations étrangères nous visitent, elles n\u2019en reviennent pas.» Pour Manar Qamhieh, jeune profes- seure de génie informatique à l\u2019Université nationale An-Najah, ce ne sont pas les équipements qui font défaut : son ordinateur lui suf?t.Si elle a soumis sa candidature au pont scienti?que, c\u2019est pour s\u2019offrir le luxe du temps à l\u2019Université du Québec en Outaouais dès la ?n mai 2020.« J\u2019ai besoin d\u2019un tel programme pour me concentrer sur mes travaux, car même l\u2019été est chargé ici, dit-elle dans un français témoignant de ses six années passées en France pour sa maîtrise et son doctorat.Durant l\u2019année, j\u2019enseigne de 12 à 20 heures par semaine ! » Au Québec, le professeur moyen passe plutôt 6 heures en classe.Avec son chercheur partenaire de Gatineau, Omar Abdul Wahab, elle se penchera sur les « machines virtuelles », une technique de division des tâches dans les systèmes informatiques bien réels.Elle possède une expertise dans l\u2019ajout de contraintes de temps pour l\u2019exécution des tâches, tandis que son collègue connaît bien l\u2019infonuagique.Ils vérifieront s\u2019il est possible d\u2019ordonnancer les tâches de serveurs du nuage tout en y insérant des contraintes de temps.Chacun pro?tera des connaissances de l\u2019autre.METTRE LA PALESTINE SUR LA CARTE L\u2019année 2018 fut « bonne » pour les universités palestiniennes : elles ont pu se partager l\u2019équivalent de 2,5 millions de dollars canadiens versés par le gouvernement.« Ce n\u2019est rien\u2026 », observe pourtant le nouveau ministre de l\u2019Éducation de l\u2019Autorité palestinienne, Marwan Awartani, un mathématicien.M.Awartani est aussi président de la PALAST ; c\u2019est lui qui a établi le programme avec le Québec.Nous l\u2019avons rencontré ?n novembre en pleine « journée de colère », déclenchée lorsque Washington a déclaré ne plus considérer les colonies juives comme illégales (environ 600 000 Israéliens vivent dans ces villes construites en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et cela viole le droit international, selon les Conventions de Genève de 1949).Au square Al-Manara, tout près de son bureau, des centaines de personnes manifestaient, certaines brûlant des images de Donald Trump et des drapeaux israéliens.Les universités étaient fermées pour l\u2019occasion.« C\u2019est un environnement turbulent, mentionne Marwan Awartani.Chaque jour, il y a quelque chose de nouveau : une route 20 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 Manar Qamhieh, professeure du Département de génie informatique de l\u2019Université nationale An-Najah La bibliothèque de l\u2019Université nationale An-Najah est fermée, un couvre-feu est instauré\u2026 En science, on a besoin d\u2019un espace libre dans notre tête pour ré?échir.» Sans compter que l\u2019importation de matériel et de produits chimiques pour les laboratoires est contrôlée aux frontières israéliennes et égyptiennes « Une expérience peut s\u2019effondrer s\u2019il manque un seul morceau », af?rme-t-il.À travers ses différents partenariats dans le monde, la PALAST nourrit néanmoins un objectif ambitieux : « mettre la Palestine sur la carte en matière de science et de technologies », peut-on lire sur son site Web.« Nous avons perdu notre territoire en 1948 et nous avons été faits réfugiés plus d\u2019une fois, relate Marwan Awartani.Nous n\u2019avons pas de pétrole, pas de ressources naturelles ; pour que la Palestine devienne une économie vibrante, nous n\u2019avons d\u2019autre choix que de miser sur la connaissance.» DÉPLACEMENTS ÉPROUVANTS Ce matin, à l\u2019Université arabe américaine de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, Faisal Sabah donne un cours sur les couleurs qui ornent les cartes géographiques.Il guide ses étudiants dans la compréhension des légendes contrastées qu\u2019af?che le projecteur.Une fois la classe terminée, il explique que ses travaux de recherche concernent moins les cartes que les politiques d\u2019habitation.« En Palestine, l\u2019espace est très limité : plusieurs villes se trouvent à proximité de colonies israéliennes, de routes vers ces colonies, du mur.Et en même temps, la société palestinienne change.Avant, on vivait avec nos familles, tandis que maintenant chacun veut sa maison.Cela entraîne une forte demande et le secteur privé bâtit désormais des projets en hauteur, ce qui ne se faisait pas il y a 10 ans.» Il fera équipe avec Anne Latendresse, de l\u2019Université du Québec à Montréal, à compter du mois de mars pour explorer différentes approches en matière de logement.Il déplore qu\u2019il soit plus « facile » pour lui d\u2019aller à Montréal que de visiter ses collègues de la bande de Gaza.Les déplacements en Cisjordanie sont déjà dif?ciles en raison des points de contrôle israéliens (un chercheur nous a raconté son stress de passer de quatre à six heures par jour sur la route pour effectuer l\u2019aller-retour entre Abu Dis et Ramallah, séparés par une vingtaine de kilomètres), mais il est encore plus ardu d\u2019atteindre l\u2019autre territoire palestinien.« Il y a deux ans, l\u2019Université islamique de Gaza m\u2019a invité à y faire une présentation, cite en exemple M.Sabah.J\u2019ai demandé une permission [aux autorités israéliennes].Je ne l\u2019ai pas eue, mais j\u2019aimerais pouvoir y aller, car les politiques d\u2019habitation concernent toute la Palestine.» Insoutenable.C\u2019est le mot qu\u2019a utilisé la chercheuse québécoise Dyala Hamzah pour décrire la situation vécue par son homologue de la bande de Gaza, Yousef Omar, de l\u2019Université Al-Aqsa, qui tente d\u2019effectuer un séjour de recherche avec elle.Tous deux sont historiens : il a fait des recherches sur l\u2019Empire ottoman et elle se consacre au monde arabe moderne.« Ses travaux s\u2019arrêtent là où les miens commencent », résume la professeure de l\u2019Université de Montréal, rencontrée à une soirée soulignant la visite d\u2019une délégation de la PALAST au Québec en octobre dernier.Leur projet commun concerne la position du Canada par rapport aux réfugiés palestiniens au cours des années qui ont suivi la création de l\u2019État d\u2019Israël.M.Omar devait passer l\u2019été 2019 à ses côtés.Pour ce faire, il lui fallait sortir de la bande de Gaza pour se soumettre aux tests biométriques dans une ambassade canadienne.Ce mince territoire au bord de la mer Méditerranée fait l\u2019objet d\u2019un blocus depuis qu\u2019il est passé, en 2007, sous le contrôle du Hamas, un parti considéré comme terroriste par certains États, dont le Canada.Comme Yousef Omar n\u2019a jamais réussi, en 20 ans, à obtenir une permission pour quitter Gaza par le poste-frontière israélien d\u2019Erez, il s\u2019est tourné vers le poste de Rafah, point de passage vers l\u2019Égypte.Il a fait trois tentatives.« Dans les trois cas, les autorités égyptiennes ont refusé ma demande sans plus d\u2019explications, dit-il par courriel, puisqu\u2019il était ardu de lui parler par vidéoconférence en raison des coupures quotidiennes d\u2019électricité.De plus, j\u2019ai tenté à plusieurs reprises de sortir de Gaza grâce à des passeurs.Ils demandent 3 600 dollars américains, une somme énorme » qui représente la moitié de la bourse pour couvrir ses frais de transport, d\u2019hébergement et de repas dans le cadre du programme.« J\u2019ai refusé.» Il a tenté de convaincre le Canada de le laisser entreprendre la procédure bio- MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 21 Faisal Sabah a mis sur pied le Département de systèmes d'information géographiques de l\u2019Université arabe américaine de Jénine. SOCIÉTÉ métrique dans une mission diplomatique européenne de Gaza, sans succès.« Je ne laisse pas tomber.J\u2019ai besoin d\u2019aller au Canada pour réaliser mon projet, car je dois consulter des documents qui se trouvent aux archives à Ottawa et dans d\u2019autres bibliothèques.» Yousef Omar n\u2019est pas le seul : quatre autres Gazaouis n\u2019ont pu se rendre au Québec depuis 2017.Une chanson que connaît l\u2019organisme Gisha, de Tel-Aviv, qui milite pour la liberté de mouvement des Palestiniens.« Pour demander un permis de voyager vers une ambassade, les demandeurs doivent démontrer qu\u2019ils ont un rendez-vous à cette ambassade, souligne la porte-parole Miriam Marmur.Mais comme la révision des dossiers par Israël est longue, certaines personnes manquent leur rendez-vous, ce qui signi?e qu\u2019elles doivent obtenir un nouveau rendez-vous et présenter une nouvelle demande de permis à Israël.» Certains habitants de la bande de Gaza ont néanmoins réussi à décoller.C\u2019est le cas d\u2019Hussam Musleh, que nous avons rencontré à l\u2019Institut national de la recherche scienti?que (INRS), à Varennes, l\u2019automne dernier.Le chercheur nous a fait le récit de son odyssée vers le Canada.Il a pro?té d\u2019un voyage pour raison de santé au Caire, en Égypte, pour se rendre à l\u2019ambassade canadienne, après avoir traversé le Sinaï en autobus.Il est resté dans la capitale égyptienne deux mois, en attente de la réponse positive de l\u2019ambassade.Hussam Musleh n\u2019était pas au bout de ses peines.« J\u2019ai acheté un billet d\u2019avion, mais arrivé à l\u2019aéroport, je n\u2019ai pas pu embarquer ; mon vol passait par les États- Unis.» Ce pays ne permet plus les transits aux ressortissants de certains pays qui n\u2019ont pas de visa américain.« J\u2019ai failli abandonner.» Surtout que sa femme aurait eu besoin de lui, alors que leur cinquième enfant, Canan (pour « Canada » !), n\u2019avait 1922 À la suite du démantèlement de l\u2019Empire ottoman, la Palestine tombe sous mandat britannique, c\u2019est-à-dire que le Royaume-Uni doit préparer la région à l\u2019établissement d\u2019un foyer pour le peuple juif et assurer la sauvegarde des droits de tous les habitants, peu importe leur religion.1945 Fin de la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle six millions de Juifs ont étés exterminés.L\u2019Organisation des Nations unies (ONU) est créée et elle hérite de la Palestine mandataire.1947 L\u2019Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution qui prévoit le partage de la Palestine en deux États.Jérusalem et les lieux saints seront une « zone internationale ».1948 L\u2019État d\u2019Israël est créé.La première guerre israélo- arabe oppose le nouvel État à ses voisins jusqu\u2019en 1949.Israël gagne : la « ligne verte », le tracé au cœur de l\u2019accord armistice, agrandit son territoire.Entre 1947 et 1949, environ 800 000 Palestiniens sont forcés de quitter leur maison.1967 Guerre des Six Jours, au terme de laquelle le territoire israélien est multiplié par quatre ; l\u2019occupation des territoires palestiniens commence.On dénombre 300 000 nouveaux réfugiés.LE CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN EN 10 MOMENTS MARQUANTS \u2022 IMAGE : HUSSAM MUSLEH 22 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 Le physicien Hussam Musleh travaille à temps partiel à l\u2019Université al-Azhar, à Gaza, et enseigne au secondaire.Il pose ici chez lui avec son plus jeune ils, Canan. que quelques mois.Un second vol l\u2019a ?na- lement mené à bon port : un appartement et une bicyclette l\u2019attendaient pas trop loin de son laboratoire d\u2019adoption.Ses efforts ont porté leurs fruits.Il a passé un peu plus d\u2019un mois dans le laboratoire de Federico Rosei à travailler sur des matériaux pour les panneaux solaires.Ce séjour était court, mais Hussam Musleh continuera de pro?ter des équipements du groupe pour tester des échantillons, qu\u2019il enverra par la poste.Nous souhaitions visiter le laboratoire où M.Musleh mène ses travaux, à l\u2019Université al-Azhar, mais le Bureau gouvernemental de la presse d\u2019Israël ne nous a pas accordé la carte de presse nécessaire pour entrer dans la bande de Gaza ; Québec Science ne répond pas aux critères pour l\u2019obtenir (et il aurait aussi fallu obtenir la permission du Hamas une fois arrivés dans la région).« Si vous, vous ne pouvez pas venir, imaginez comme nous sommes coincés », a dit, exaspéré, M.Musleh au téléphone.SOLIDARITÉ DES CHERCHEURS Le confinement d\u2019Hussam Musleh tranche avec la vie de son collègue de l\u2019INRS Federico Rosei : dif?cile de trouver plus globetrotteur ! Il multiplie les rencontres et les conférences aux quatre coins du monde.De plus, recevoir des étudiants et chercheurs des pays en développement est pratiquement la marque de commerce de son laboratoire.« Ces pays ont besoin d\u2019énergie pour se développer, indique M.Rosei, attrapé entre deux voyages.Les technologies énergétiques sur lesquelles nous travaillons nécessitent moins d\u2019énergie à la fabrication et sont à faible coût.Leur ef?cacité est moins grande, mais c\u2019est compensé par le fait qu\u2019il y a beaucoup de soleil dans ces pays.» Pour lui, les chercheurs se doivent d\u2019être solidaires.« Les scienti?ques des pays en développement sont pénalisés sur tous les plans.Ils n\u2019ont pas beaucoup d\u2019installations et ont peu d\u2019argent pour la recherche.Ils sont également très isolés, car ils ne reçoivent pas de visites de chercheurs étrangers.Travailler ensemble est une question de justice sociale.» Son discours fait écho à celui de l\u2019organisme international Scientists for Palestine, qui favorise les échanges entre universitaires depuis 2017.« L\u2019isolement international tue la science, dit Mario Martone, cofondateur de l\u2019organisme et chercheur postdoctoral en physique des particules à l\u2019Université du Texas, à Austin.L\u2019idée n\u2019est vraiment pas d\u2019arriver avec nos gros sabots d\u2019Occidentaux.Nous organisons des rencontres en Palestine avec des chercheurs de partout dans le monde et les retombées sont considérables.C\u2019est du haut niveau - on ne voulait pas proposer des activités de style \u201ctiers-monde\u201d.» Dernier arrêt : le bureau de Rasmi Abu Helu, immunologue basé à l\u2019Université Al-Quds.Lui aussi a une vue sur le mur de séparation.Il rappelle que les chercheurs des pays en développement doivent généralement accepter de se séparer de leur famille pour voyager à l\u2019étranger, chose que les chercheurs canadiens n\u2019 ont pas à subir.Sélectionné par le programme Québec-Palestine, il souhaitait partir avec ses quatre ?lles et sa femme à l\u2019été 2018 ; il devait effectuer des tests précliniques pour un médicament contre un type d\u2019infection vaginale à l\u2019Université Laval.« Je voulais faire d\u2019une pierre deux coups : réaliser un séjour de recherche de deux mois et permettre à ma famille de passer de belles vacances.» Mais leurs demandes de visa du Canada ont toutes été refusées\u2026 à l\u2019exception de celle du professeur.Les visiteurs des pays en développement sont parfois vus comme de potentiels demandeurs d\u2019asile, ce que dénoncent plusieurs acteurs du milieu de la science et des technologies, dont le spécialiste en intelligence arti?cielle de l\u2019Université de Montréal Yoshua Bengio.Quand la famille des visiteurs reste derrière, les « risques » sont considérés comme moindres.Une chercheuse de la bande de Gaza à qui un visa n\u2019a pas été accordé voulait justement voyager avec son enfant\u2026 de deux ans.Rasmi Abu Helu poursuit : « Avec ma femme et mes ?lles à mes côtés, j\u2019aurais été plus détendu pour faire mon travail ; ç\u2019aurait été plus satisfaisant pour moi et plus agréable pour ma famille.» Déçu, il a d\u2019abord annulé le projet.Puis, résigné, il a de nouveau soumis sa candidature au programme dans l\u2019espoir de visiter Québec en 2020.« Je suis un professeur bien établi, j\u2019ai un grand historique de voyage, souvent accompagné.Honnêtement, je n\u2019ai aucune intention d\u2019immigrer au Canada ! J\u2019ai eu plusieurs possibilités de travail à l\u2019étranger, mais j\u2019ai choisi la Palestine.» Ce reportage a été réalisé grâce à une bourse du Fonds québécois en journalisme international.1987 Début de la première intifada, un soulèvement de la population palestinienne.1993 Fin de la première intifa- da avec la signature des accords d\u2019Oslo par Israël et l\u2019Organisation de libération de la Palestine.Ces accords impliquent la création de l\u2019Autorité palestinienne, qui administrera certaines zones de la Cisjordanie et la bande de Gaza.2000 Début de la seconde inti- fada, qui dure jusqu\u2019en 2006.2007 À la suite d\u2019une lutte de pouvoir entre le Hamas, qui avait remporté les élections législatives en 2006, et le Fatah (le parti principal depuis la création de l\u2019Autorité palestinienne), le Hamas prend le contrôle de la bande de Gaza.Israël et l\u2019Égypte imposent un blocus.2016 Le Conseil de sécurité de l\u2019ONU vote une résolution qui exige qu\u2019Israël cesse ses activités de peuplement du territoire palestinien.BALADO Envie d\u2019en savoir plus ?Rendez-vous sur notre site Web pour découvrir notre balado intitulé Je voudrais voir Hussam.quebecscience.qc.ca/balados MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 23 SANTÉ Pourquoi est-il aussi di cile de comprendre la science quand vient le temps de décider du contenu de son assiette ?PAR ALEXIS RIOPEL PHOTOS : DONALD ROBITAILLE / OSA DIRECTION ARTISTIQUE ET ILLUSTRATIONS : NATACHA VINCENT C\u2019 est comme si, d\u2019un coup, tout pouvait changer.La viande rouge rime avec cancer, puis elle redevient un aliment comme un autre.Les bleuets passent du statut de petits fruits à celui de superaliments.Les œufs, auparavant source de protéines, se mutent en un grave facteur de risque pour les maladies cardiovasculaires.L\u2019endive, une simple feuille, est déclarée solution miracle dans la lutte contre le cancer de l\u2019ovaire.La confusion et la surenchère semblent régner dans la recherche en nutrition.Le chocolat, le café et le vin occupent l\u2019espace médiatique ?surtout quand on af?rme qu\u2019ils nous donnent un coup de pouce dans la prise en charge de notre santé ?pendant que de bizarroïdes régimes alimentaires se répandent comme des traînées de poudre.À mauvais escient ou par inadvertance, la science de la nutrition est instrumentalisée, ridiculisée, déformée, ?ltrée et remâchée.Les consommateurs ne savent plus où donner de la tête devant cette cacophonie apparente.Car il est effectivement question d\u2019une apparence de mésentente entre les chercheurs.Derrière le chaos visible, les nutritionnistes estiment que la qualité de la recherche ne laisse généralement pas à désirer.C\u2019est plutôt la manière dont on sert au public ce grand buffet de la science nutritionnelle qui provoque l\u2019indigestion.En cause : des résultats présentés hors contexte, des industries qui s\u2019immiscent dans l\u2019interprétation et la transmission des résultats de la recherche, des journalistes débordés.« Il y a de la confusion dans le public, admet Jean-Philippe Drouin-Chartier, chercheur postdoctoral au département de nutrition de l\u2019Université Harvard.Je pense que les données sont pourtant assez constantes et robustes, et pointent toutes vers des régimes plus riches en végétaux et une diminution de la viande rouge.Des résultats contradictoires émergent parfois, mais c\u2019est normal.La science est ainsi faite.» Dernier exemple en date : les viandes rouges et transformées ne seraient pas assez nocives pour la santé pour qu\u2019on en recommande une consommation plus modérée.L\u2019avis, qui découle d\u2019une revue exhaustive de la littérature publiée dans les respectées Annals of Internal Medicine en octobre 2019, n\u2019a pas tardé à susciter de vives réactions.D\u2019éminents nutritionnistes ont reproché aux auteurs des faiblesses méthodologiques, mais surtout d\u2019interpréter les résultats à leur guise.Des soupçons de con?it d\u2019intérêts ont même surgi, après que l\u2019auteur principal eut révélé avoir obtenu du ?nancement de l\u2019industrie bovine pour un autre projet.Sans plonger dans l\u2019abysse des tableaux chiffrés, qui croire ?CACOPHONIE CACOPHONIE LA CAC PH NIE NUTRITIONNELLE 24 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2014\u2014 Bee.a & rr } th\" a EE a AES mE =}, | L | if! / # À 7/ vf æ ea 7 \\ Ru, i | hi La - 7 Ni wa So, 4 Ca\u201d SANTÉ \u201c Je n\u2019ai jamais vu d\u2019étude qui a changé tout ce qu\u2019on pensait sur la nutrition.\u201d \u2013 Bernard Lavallée, nutritionniste « La raison principale de ces interrogations, c\u2019est qu\u2019on parle beaucoup trop de nutrition », répond le nutritionniste Bernard Lavallée, qui anime le blogue Le nutritionniste urbain.Le public a une soif insatiable d\u2019informations depuis qu\u2019il s\u2019est détourné du régime alimentaire traditionnel (steak, blé d\u2019Inde, patates) il y a quelques décennies.Par ailleurs, les épiceries regorgent désormais de provisions du monde entier et d\u2019aliments transformés qui n\u2019existaient pas jusqu\u2019à récemment.« Cette abondance de choix nourrit la confusion », croit M.Lavallée.QUESTION DE MÉTHODE La profusion d\u2019options n\u2019est pas sans complexi?er la nutrition comme objet de science.Les aliments consommés, la manière dont ils sont cuisinés, les quantités ingérées, les contaminants qui les souillent : autant de variables qui ne cessent de ?uctuer selon les jours, les saisons et au ?l de la vie.Au surplus, les habitudes en matière d\u2019activité physique, le stress et même les rayons du soleil in?uencent la santé.En chaque corps, la même recette ne produit pas le même gâteau.Comment donc isoler l\u2019effet d\u2019un régime ou pire d\u2019un seul aliment ?En médecine, les « essais randomisés contrôlés » constituent la méthode la plus rigoureuse pour évaluer l\u2019ef?cacité d\u2019un médicament.On répartit les sujets au hasard dans deux groupes, l\u2019un soumis au traitement, l\u2019autre à un placébo, sans préciser aux participants dans quel groupe ils sont (répartition « en aveugle »).En nutrition, une telle approche est illusoire.D\u2019abord, des essais s\u2019étalant sur des décennies sont nécessaires pour trancher les débats.Ensuite, il est extrêmement dif?cile de contrôler le régime alimentaire d\u2019un sujet dans un contexte de vie réelle.Finalement, les gens savent ce qu\u2019ils mangent : une expérience à l\u2019aveugle relève de l\u2019impossible.Pour ces raisons, les chercheurs en nutrition s\u2019en remettent souvent à des études dites d\u2019observation.On rassemble de larges cohortes et, de façon régulière, chaque sujet subit un examen médical et remplit un questionnaire sur ses habitudes de vie.Certaines de ces cohortes sont suivies depuis les années 1970.À l\u2019aide des données obtenues, les scienti?ques peuvent associer des habitudes alimentaires à des états de santé.En compensant des variables confondantes, ils peuvent théoriquement isoler l\u2019effet d\u2019un aliment.Par exemple, si les gens qui mangent plus de brocoli fument moins, cela doit être pris en compte pour évaluer l\u2019effet protecteur réel du brocoli.Les études d\u2019observation ne permettent toutefois pas de déterminer la causalité de la relation observée.Pour cela, il faut réaliser des études comparatives à petite échelle et examiner les mécanismes biologiques potentiellement en cause.Les études d\u2019observation ne devraient donc servir qu\u2019à désigner des pistes de ré- ?exion.Pourtant, dans la sphère publique, on les rapporte souvent en faisant ?de l\u2019absence de causalité.John Ioannidis, spécialiste de la médecine préventive à l\u2019Université Stanford, a soulevé plusieurs cas faisant sourciller.Si l\u2019on se ?e à des travaux découlant d\u2019études menées sur de grandes cohortes, écrivait-il en 2018 dans le Journal of the American Medical Association, manger une douzaine de noisettes par jour prolonge la vie de 12 ans.Boire trois cafés tous les jours a la même incidence, tandis qu\u2019une mandarine quotidienne allonge l\u2019espérance de vie de 5 ans.À l\u2019inverse, consommer un œuf par jour réduit de 6 ans l\u2019espérance de vie et deux tranches de bacon quotidiennement retranchent 10 ans.Comment parvient-on à des conclusions aussi loufoques ?Selon John Ioannidis, des variables confondantes oubliées minent les résultats.Un autre mécanisme peut être à l\u2019œuvre, soulève-t-il : les grandes cohortes permettent le croisement de milliers de variables alimentaires avec des milliers d\u2019effets sur la santé.Du lot, il est possible de mesurer une corrélation valable statistiquement, mais simplement due au hasard ?entre la crème glacée et la myopie par exemple.« Néanmoins, nous devons nous en remettre aux études d\u2019observation parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autre façon de procéder », croit Marion Nestle, nutritionniste à l\u2019Université de New York.Certes, d\u2019autres devis expérimentaux doivent être pris en compte, mais les études d\u2019observation restent l\u2019outil le plus puissant à la disposition des chercheurs ?qui doivent toutefois « faire preuve de bon sens », nuance-t-elle.Selon John Ioannidis, les nutritionnistes qui publient des résultats improbables ?comme une étude parue en 2005 dans Cancer qui prétend que les femmes consommant une tasse d\u2019endives par semaine ont 76 % moins de risques de souffrir d\u2019un cancer de l\u2019ovaire ?éveillent la mé?ance du public à l\u2019égard de la science nutritionnelle.« Dans ma carrière, je n\u2019ai jamais vu d\u2019étude qui a changé tout ce qu\u2019on pensait sur la nutrition, fait remarquer Bernard Lavallée.Les nutritionnistes savent bien qu\u2019une étude seule ne vaut pas grand-chose pour établir des recommandations.» Selon lui, même une méta-analyse, qui rassemble les données de plusieurs études, n\u2019est pas suf?sante pour mettre à jour des recommandations nutritionnelles ; il en faut plusieurs.De l\u2019avis de Sylvain Charlebois, professeur en distribution agroalimentaire à l\u2019Université Dalhousie, la science de la nutrition fonctionne de manière ef?cace.C\u2019est plutôt lors de la transmission de ses conclusions au public que naît la confusion.26 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 La science de la nutrition : éclairante ou contradictoire ?La question vous passionne ?Venez en discuter avec un groupe d\u2019experts réunis dans le cadre d\u2019un bar des sciences organisé par l\u2019émission Les années lumière et Québec Science.Le débat sera enregistré et diffusé ultérieurement sur les ondes d\u2019ICI Radio-Canada Première le dimanche 8 mars à 13 h.Quand ?Le mardi 25 février, de 19 à 20 h Où ?Café Fou Aeliés, sur le campus de l\u2019Université Laval, à Québec L\u2019entrée est gratuite.Bienvenue à tous ! BAR DES SCIENCES SANTÉ « La façon dont on interprète les résultats laisse à désirer ces temps-ci, dit-il.Je ne veux pas blâmer les médias pour ça, mais il y a de graves manquements quand vient le temps de comprendre la méthodologie.La recherche est bonne, c\u2019est la communication qui est malade.» LACUNES JOURNALISTIQUES En 2015, la science délivrait un nouveau laissez-passer nutritionnel : manger du chocolat permettrait de perdre du poids ! Des chercheurs allemands af?liés à l\u2019Institute of Diet and Health montraient que les sujets d\u2019un essai clinique perdaient 10 % plus de poids s\u2019ils mangeaient 40 g de chocolat noir chaque jour tout en adoptant un régime faible en glucides que ceux qui avaient seulement suivi le régime.Le tout était rapporté dans la revue International Archives of Medicine.La presse du monde entier s\u2019est emparée de ces résultats.« Mince grâce au chocolat ! » a titré le journal allemand Bild, le plus gros d\u2019Europe, imité par des publications au Royaume-Uni et en Inde, par les télévisions texane et australienne, et un peu partout en ligne.Le plus souvent, les journalistes n\u2019ont pas communiqué avec l\u2019auteur principal, Johannes Bohannon, ni demandé l\u2019avis d\u2019experts indépendants.Si l\u2019histoire paraît trop belle pour être vraie, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019a aucune valeur scien- ti?que.Elle a été conçue de toutes pièces pour produire ce résultat trompeur.Certes, l\u2019essai clinique a bien eu lieu, mais sur 15 personnes seulement.Son auteur, dont le nom est en fait John Bohannon, est un journaliste scienti?que et l\u2019institut de recherche en question n\u2019existe pas.Le journal scienti?que qui a publié l\u2019étude est réel, mais réputé charlatan.L\u2019expérience était avant tout sociale : l\u2019auteur voulait véri?er si ses collègues journalistes allaient tomber dans le panneau.Ils ne l\u2019ont pas déçu ! La cacophonie qui entoure la recherche nutritionnelle découle-t-elle donc d\u2019un mauvais travail journalistique ?Si cette étude dont la qualité est inexistante a été accueillie à bras ouverts par les médias, il y a fort à parier que les nuances des travaux plus sérieux passent aussi à la trappe.Vu du monde de la recherche, le bâclage journalistique semble s\u2019être accru ces dernières années.« Il y a 25 ans, indique Sylvain Charlebois, il n\u2019y avait pas les réseaux sociaux.L\u2019intensité médiatique n\u2019était pas la même.Aujourd\u2019hui, les médias sont davantage sous pression.Et les journalistes spécialisés ne sont pas nombreux.» Avec des revenus publicitaires en chute libre, l\u2019industrie des médias manque de moyens pour assurer une couverture de qualité de la recherche.Les journalistes rapportent souvent les fruits de la recherche sans même lire les publications scienti?ques convenablement, déplore Marion Nestle.« La recherche en nutrition est amusante et fait vendre des journaux », note-t-elle en guise d\u2019explication.Jean-Claude Moubarac, professeur adjoint au Département de nutrition de l\u2019Université de Montréal, se demande également si l\u2019appétit du public et des médias pour les « solutions miracles » a grandi au ?l des ans.À son avis, c\u2019est cependant l\u2019ingérence de l\u2019industrie dans la recherche et les politiques publiques qui est le principal responsable de la dérive.L\u2019INFLUENCE DES LOBBYS « L\u2019industrie alimentaire finance des travaux de recherche qui, à mon avis, prolongent artificiellement des débats, exactement comme l\u2019a fait l\u2019industrie du tabac, explique M.Moubarac.Ainsi, des données montrent depuis longtemps qu\u2019il y a un lien entre la consommation de boissons sucrées et l\u2019obésité.Mais l\u2019industrie ne veut pas les considérer.Elle ?nance donc de la recherche pour démontrer le contraire.» Il y a ingérence sur plusieurs plans : le choix de la question de recherche, la sélection des données, l\u2019interprétation des résultats et leur explication au public.Marion Nestle abonde dans le même sens et insiste sur le rôle de la concurrence dans l\u2019industrie agroalimentaire.« Les enjeux sont plus élevés qu\u2019avant, dit-elle.Davantage de calories sont offertes sur le marché et les compagnies alimentaires se font par conséquent une rude compétition.L\u2019une de leurs stratégies consiste à ?nancer la recherche.» Grâce à la science, elles espèrent obtenir des arguments de vente qui permettent, par exemple, de souligner à grands traits les vertus santé de tel aliment ou de jeter un doute sur la nocivité de tel autre.Même si les études sont menées dans les règles de l\u2019art, l\u2019in?uence du bailleur de fonds se fait sentir.Le professeur Gary Sacks de l\u2019Université Deakin, en Australie, a fait l\u2019examen de toutes les publications de l\u2019année 2014 dans les 15 périodiques scienti?ques les plus cités en nutrition.Des quelque 4 000 études, la grande majorité étaient payées par des gouvernements ou des fondations, mais 14 % faisaient mention d\u2019un ?nancement de l\u2019industrie agroalimentaire.Parmi celles-ci, plus de 60 % débouchaient sur des résultats en faveur des activités de leur commanditaire et seulement 3 % arrivaient à des conclusions défavorables.L\u2019ascendant de l\u2019industrie n\u2019est pas l\u2019apanage d\u2019entreprises comme Coca-Cola.Le producteur de jus de grenade POM Wonderful a dépensé des millions de dollars pour ?nancer des travaux dans d\u2019excellentes universités aux États-Unis et ailleurs dans le monde.Résultat : le fort taux d\u2019antioxydants de son produit réduirait les risques de maladie cardio- vasculaire, de diabète de type 2, de cancer de la prostate et de dysfonction érectile.« Dépensez 20 millions pour ?nancer la recherche sur n\u2019importe quel fruit [\u2026] et vous allez découvrir aussi qu\u2019il procure des avantages uniques et en apparence miraculeux », écrit Marion Nestle dans son plus récent essai intitulé Unsavory Truth: How Food Companies Skew the Science of What We Eat, en soulignant du même trait que les vertus des antioxydants font encore débat dans la communauté scienti?que.Le ?nancement de la recherche par l\u2019industrie n\u2019est pas nécessairement un problème, croit cependant Jean-Philippe Drouin-Chartier, qui a déjà collaboré avec l\u2019industrie laitière.« Il faut prendre en considération les études ?nancées par l\u2019industrie, mais en gardant à l\u2019esprit qu\u2019il y a des risques de biais plus élevés », mentionne-t-il.Le spécialiste de la distribution alimentaire Sylvain Charlebois, qui a effectué des contrats à titre de consultant pour Pepsi, Sobeys et des producteurs de viande transformée, va même jusqu\u2019à dire que les chercheurs en nutrition ne pro?tent pas assez des subventions privées pour propulser leurs travaux.« Normalement, 28 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 les industries ne se mêlent pas trop de la conversation collective sur la science parce qu\u2019elles ont vraiment peur d\u2019être perçues en situation de con?it d\u2019intérêts », soulève-t-il pour rassurer.Marion Nestle pense tout autrement : les visées des entreprises sont incompatibles avec une science de qualité.« Ce sera très dif?cile de se débarrasser de l\u2019in?uence de l\u2019industrie parce que nous vivons à une époque où le secteur privé règne en maître, déclare-t-elle.Mais il y a des choses que les gens peuvent faire pour se prémunir contre les informations biaisées : se demander qui ?nance la recherche, à qui pro?tent ses résultats, et être plus sceptiques à l\u2019égard de tout ce qui est présenté comme une percée révolutionnaire.» Une autre solution pour ceux dont les oreilles bourdonnent dès qu\u2019il est question de nutrition : ignorer tout bonnement l\u2019étude du moment et s\u2019en remettre à des recommandations sérieuses formulées par des spécialistes qui suivent la recherche dans son ensemble, comme celles du Guide alimentaire canadien.Ou encore, s\u2019inspirer de la formule du journaliste américain Michael Pollan, auteur de plusieurs essais sur l\u2019alimentation, qui tient en sept mots (neuf en français) : « Manger de la nourriture.Pas trop.Surtout des plantes.» « Honnêtement, il faut moins se casser la tête pour décider quoi manger, soutient Bernard Lavallée.Les recommandations actuelles fonctionnent, mais elles sont trop \u201cplates\u201d et ne permettent pas de faire de l\u2019argent.On a trop intellectualisé ce qu\u2019on doit manger et cela crée une source de stress, alors que manger devrait avant tout être une source de plaisir.» Sur ce, bon appétit ! PAR ETIENNE PLAMONDON EMOND La radio a 100 ANS au Canada 30 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 CENTENAIRE DE LA RADIO En 1920, le grand public découvre un moyen de communication jusque-là seulement connu d\u2019une poignée d\u2019ingénieurs : la radio.Retour sur l\u2019histoire de cette invention révolutionnaire qui a ouvert la voie à nos téléphones intelligents. LE « PATENTEUX » QUI A MARQUÉ L\u2019HISTOIRE Guglielmo Marconi n\u2019avait qu\u2019une ambition : libérer la communication de ses ?ls.Un visionnaire ! L a communication sans ?l voit le jour par un coup de feu.En 1895, Guglielmo Marconi, âgé de 21 ans, tente de communiquer par télégraphie sans fil avec son assistant, posté derrière une colline et muni d\u2019un récepteur\u2026 et d\u2019un fusil.Si le message lui parvient, il a ordre d\u2019appuyer sur la gâchette ?ce qu\u2019il fait ! Cet épisode « explosif » sera raconté différemment au ?l du temps par le père de la télégraphie sans ?l.S\u2019est-il déroulé dans sa Bologne natale ou dans les Alpes suisses ?Quelle est la véritable identité de son assistant ?Si l\u2019on manque de réponses, une chose est sûre : cet exploit est la somme d\u2019expériences par essais et erreurs d\u2019un « pa- tenteux » à l\u2019affût des dernières découvertes sur les ondes électromagnétiques.Il réussit ainsi à allier des technologies existantes pour mettre au point un outil pratique, capable de transmettre un message intelligible sans câble.Cela lui vaudra bien plus tard un prix Nobel de physique, lui qui, pourtant, était un piètre élève.En 1896, l\u2019inventeur d\u2019origine italo- irlandaise s\u2019installe à Londres, où il dépose un brevet.« Il se disait que, logiquement, on devrait être capable de répéter cet exploit d\u2019un endroit à l\u2019autre, partout sur terre », souligne Marc Raboy, professeur émérite de communications à l\u2019Université McGill et auteur de la biographie Marconi: The Man Who Networked the World publiée en 2016.Marconi en fait la démonstration entre le 12 et le 14 décembre 1901.À Poldhu, en Grande-Bretagne, son équipe envoie trois points : la lettre S en code Morse.C\u2019est lui-même qui capte ces impulsions à l\u2019aide d\u2019un récepteur relié à une antenne fixée à un cerf-volant, depuis l\u2019endroit au nom prédestiné de Signal Hill, à Saint John\u2019s, à Terre-Neuve.Cette première communication transatlantique sans ?l crée une onde de choc.En peu de temps, l\u2019inventeur fait l\u2019objet de toutes les conversations, y compris sur la scène internationale.« Les Allemands étaient déterminés à ne pas laisser aux Britanniques le monopole de l\u2019usage des ondes », raconte Marc Raboy.Au fil de ses recherches, l\u2019historien a découvert en Marconi un mélange de Bill Gates, de Steve Jobs et de Mark Zuckerberg.Marconi conçoit à la fois des technologies, leurs usages et les modèles d\u2019affaires pour les exploiter.Toujours en Grande-Bretagne, il fonde en 1897 la Wireless Telegraph & Signal Company avec le soutien ?nancier de la famille de sa mère, dont le grand-père avait créé la distillerie Jameson.Armé de multiples brevets, il se retrouve à la tête d\u2019une multinationale constituée de plusieurs ?liales à travers le monde, dont une, déterminante, établie à Montréal en 1903 : la Marconi Wireless Telegraph Company of Canada.Il trouve ici le premier pays prêt à le soutenir of?ciellement et à réaliser avec lui un partenariat public-privé (voir le texte « Briser le ?l des évènements », p.33).Bien que son titre d\u2019inventeur soit constamment contesté, il remporte presque toutes ses batailles de brevet et continue d\u2019incarner sa technologie aux yeux du grand public, pour qui ses démonstrations relèvent de la magie.Les médias s\u2019entichent de lui et le préfèrent à son rival plus excentrique, Nikola Tesla.« C\u2019était une vedette internationale.Il était toujours au bon endroit au bon moment », assure Marc Raboy.Après le naufrage du Titanic en 1912, il accueille, au port de New York et sous les ?ashs des photographes, les 700 survivants à la sortie du Carpathia.Ce navire les a secourus à la suite de la réception d\u2019un signal de détresse envoyé grâce à la télégraphie sans ?l.« Il était considéré comme la personne qui avait sauvé ces gens.» En décembre 1901, Guglielmo Marconi (page de gauche, au centre) se rend à Signal Hill, à Terre-Neuve, où il capte des impulsions envoyées par son équipe située en Grande-Bretagne.Pour ce faire, il utilise un cerf- volant auquel il ixera une antenne reliée à un récepteur.En bas à gauche, un modèle de récepteur produit en 1923 par la compagnie de Marconi.MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 31 \u2022 PHOTOS : ULTRA ELECTRONICS TCS CENTENAIRE DE LA RADIO Il demeure malgré tout solitaire et dépressif.Les Italiens le considéraient comme un Anglais, les Britanniques le voyaient comme un Italien et le milieu scientiique levait le nez sur un autodidacte.« Cet état de choses lui a occasionné beaucoup d\u2019angoisses.Il se réfugiait dans ses recherches, dit son biographe.L\u2019une de ses illes avait remarqué qu\u2019il était plus à l\u2019aise lorsqu\u2019il parlait ou bricolait avec ses employés au bas de la hiérarchie.» Dans les décennies 1910 et 1920, Marconi s\u2019intéresse aux ondes courtes, plus eficaces pour les communications sur de longues distances en raison de leur capacité à se réléchir sur l\u2019ionosphère.Mais il résiste d\u2019abord à l\u2019engouement pour la radiodiffusion.« Il trouvait la communication trop importante pour devenir une forme de divertissement ou un outil de marketing.» En 1931, il établit le premier service de radio mondial pour le Vatican, inquiet de dépendre du régime de Benito Mussolini dans ses communications.Par contre, de 1927 jusqu\u2019à sa mort en 1937, il est membre actif du parti fasciste italien.Ce que Marc Raboy qualifie de « tache noire » met en relief les contradictions du personnage.« Il parlait souvent de la technologie comme d\u2019un instrument qui pouvait faciliter la compréhension entre les humains et les nations, favoriser la paix.En même temps, il offrait en toute connaissance de cause ses dernières inventions à des États qui allaient s\u2019en servir à des ins militaires.» Homme complexe et énigmatique, il n\u2019en demeure pas moins que le monde l\u2019a suivi dans sa motivation la plus profonde : rendre la communication mobile, sans il et sans frontières.\u2022\u2022\u2022 1831 ?Michael Faraday découvre l\u2019induction électromagnétique.1864 ?James Clerk Maxwell formule des théories et des équations qui supposent l\u2019existence d\u2019ondes électromagnétiques et prédisent leur comportement.1887 ?Heinrich Hertz détecte et prouve l\u2019existence des ondes électromagnétiques.1895 ?Guglielmo Marconi met au point un système pour communiquer à l\u2019aide des ondes hertziennes.La télégraphie sans il est née.LA TRANSMISSION SANS FIL AU FIL DU TEMPS ÉMISSION SPÉCIALE Savamment plani?ée, la soirée du 20 mai 1920 marque le coup d\u2019envoi de la radio dans l\u2019imaginaire collectif.« Hello Ottawa ! » Ces paroles sont prononcées le 20 mai 1920 dans les locaux de la Marconi Wireless Telegraph Company, à Montréal.Mais elles sont aussitôt transmises dans la capitale.Un haut-parleur, baptisé MagnaVox, les fait résonner entre les murs du château Laurier.Là-bas, le gratin scientiique de la Société royale du Canada vient d\u2019assister à une conférence d\u2019Arthur Stewart Eve, professeur à l\u2019Université McGill.Il discourt sur les innovations technologiques conçues durant la Première Guerre mondiale, dont la radio, alors nommée « téléphonie sans il ».Il procède à une démonstration, qui fera les manchettes des journaux le lendemain.« La diffusion cristallise la faisabilité des communications radio, souligne Alain Dufour, président de la Société québécoise des collectionneurs de radios anciens.Cela rend concret, pour le commun des mortels, ce qui se faisait entre scientiiques et gens d\u2019affaires.» Pour bien comprendre l\u2019importance de ce « Hello Ottawa ! », revenons quelques années en arrière.Pour des raisons de sécurité, le Canada interdit sur son territoire les communications sans il pendant la Grande Guerre, entre 1914 et 1918, sauf celles de la Marconi Wireless Telegraph Company.Cette entreprise pouvait tester le potentiel de cette technologie à des ins militaires.Une fois le conlit terminé, ses ingénieurs élargissent leurs horizons.Dès mars 1919, ils amorcent des essais à Montréal.Ils prennent la parole en ondes, Marc Raboy, professeur émérite de l\u2019Université McGill et biographe de Marconi 32 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2022 PHOTO : LINO CIPRESSO énumèrent de vive voix des chiffres et des lettres, puis demandent à des propriétaires de récepteur de leur répondre s\u2019ils reçoivent un signal.En décembre 1919, ils produisent des émissions de tests de façon régulière, la plupart du temps les soirs de semaine.Mais ils organisent un plus grand coup d\u2019éclat le 20 mai 1920.Rien n\u2019est laissé au hasard.La diffusion radio est prévue en soirée.C\u2019est le moment où les ondes radio se propagent plus facilement sur de longues distances, puisque le jour le rayonnement électromagnétique du Soleil peut perturber leur rélexion sur l\u2019iono­ sphère.La circulation des tramways est interrompue autour du château Laurier, car les étincelles provoquées par la perche des véhicules risqueraient de créer de l\u2019interférence.À Montréal, durant la diffusion, des ingénieurs font jouer sur phonographe l\u2019interprétation de Dear Old Pal of Mine par le ténor John McCormack.Une canta­ trice offre une prestation.Les notes et les inlexions de la voix sont transmises à l\u2019aide d\u2019émetteur d\u2019une puissance de 500 watts installée au sommet du bâtiment de deux étages de la Marconi Wireless Telegraph Company sise rue William, dans le quartier Grifintown, là où se trouve maintenant une partie du campus de l\u2019École de tech­ nologie supérieure.Le son qu\u2019entend l\u2019auditoire ottavien, près de 160 km plus loin, n\u2019est pas parfait, mais un journaliste de l\u2019Ottawa Journal rapporte qu\u2019il aurait été possible de danser.« La technologie avait un côté novateur, mais reste rudimentaire », relativise Alain Dufour.Puis, un officier de la marine chante à Ottawa et c\u2019est au tour des ingénieurs montréalais de tendre l\u2019oreille.L\u2019évènement marque l\u2019imaginaire collectif.La Marconi Wireless Telegraph Company réalise dans les mois suivants des émissions régulières sous l\u2019indicatif XWA, qui devient CFCF en 1922.L\u2019engouement d\u2019un soir jette les bases d\u2019une diffusion sans interruption.\u2022\u2022\u2022 1901 ?Guglielmo Marconi réussit la première transmission transatlantique d\u2019un message télégraphique sans ?l grâce à la ré?exion des ondes radio sur l\u2019ionosphère.1906 ?La veille de Noël, Reginald Fessenden, originaire de l\u2019Estrie, diffuse depuis le Massachusetts de la musique et une lecture de la Bible.La première émission radiophonique est entendue par des navires sur l\u2019Atlantique.1909 ?Le naufrage du Republic dans l\u2019Atlantique ne fait que 6 morts sur 1 500 passagers grâce à l\u2019envoi du signal de détresse « C.Q.D.» par la télégraphie sans ?l.1935 ?Robert Alexander Watson-Watt recourt aux ondes radio pour repérer et localiser des avions en vol.Il crée ainsi le radar.BRISER LE FIL DES ÉVÈNEMENTS Comme Internet, la radio est une technologie de rupture.Comment ces deux innovations sont- elles liées ?L\u2019ancien mantra de Facebook, « Bouger vite et casser des choses au passage », aurait pu s\u2019appliquer à la télégraphie sans il et à la radio, tant elles ont entraîné des bouleversements économiques, sociaux et politiques à leur époque.Pour mieux comprendre, un voyage dans le temps s\u2019impose.Reportons­nous au 16 décembre 1901, quelques jours après la première transmission télégraphique sans il au­dessus de l\u2019Atlantique.Guglielmo Marconi reçoit une lettre des avocats de l\u2019Anglo­American Telegraph Company.Propriétaire de câbles sous­marins, elle me­ nace d\u2019engager des poursuites s\u2019il ne cesse pas ses activités à Terre­Neuve, qui était à cette époque un territoire britannique.Un fonctionnaire des postes canadiennes, de passage à son hôtel à Saint John\u2019s, lui aurait lancé : « Laissez tomber ces gens et venez au Canada.» En effet, le gouvernement canadien l\u2019accueille aussitôt et finance même ses activités sur l\u2019île du Cap­Breton, en Nouvelle­Écosse, enthousiaste à l\u2019idée de se passer de câbles télégraphiques appartenant à d\u2019autres pays et de proiter de cette nouvelle communication mobile pour les navires.« Le premier ministre Wilfrid Laurier souhaite s\u2019émanciper de l\u2019Angleterre et aficher son indépendance à l\u2019égard des États­Unis.Il voit cela comme une occasion, d\u2019autant plus qu\u2019on a des milliers de kilomètres de côtes et qu\u2019on dépend beaucoup du traic maritime », rappelle Denis Couillard, directeur des stratégies gouvernementales à l\u2019Ultra Electronics TCS, une entreprise autrefois connue sous le nom de\u2026 Marconi Wireless Telegraph Company of Canada ! Dans les années 1910, cette même compagnie sera au cœur de la création d\u2019une autre tech­ nologie tout aussi perturbatrice : la radio.Ses employés l\u2019expérimentent sans saisir l\u2019usage qui en sera fait.« À l\u2019aube des années 1920, les ingénieurs innovent avec des œillères : ils voient dans la radio une façon de remplacer un il de cuivre entre un point a et un point b », souligne Denis Couillard.En d\u2019autres mots, ils perçoivent la radio comme un moyen de permettre un dialogue entre deux personnes à distance et sans il.Ils pensent donc d\u2019abord aux pape­ tières, qui ont du mal à communiquer avec leurs installations en forêt, loin des lignes téléphoniques.Mais certains craignent que quelqu\u2019un entende leurs conversations en syntonisant la même fréquence.Ce défaut dévoile une qualité : la possi­ bilité de transmettre un message en même temps à une foule d\u2019auditeurs situés à diffé­ rents endroits.L\u2019engouement est immédiat.En 1921, un peu plus de 1 200 personnes possèdent un récepteur au Canada.Dès 1922, les stations commerciales, comme CKAC fondée par le quotidien La Presse, diffusent des émissions.En 1931, on compte plus de 750 000 récepteurs au pays.« Les gens ont compris qu\u2019ils pouvaient s\u2019acheter une boîte et avoir le monde à leur portée », dit Denis Couillard.Ce dernier n\u2019hésite pas à tracer un parallèle avec Internet.Née en 1989, cette innovation est aussi issue d\u2019une technolo­ gie mise au point à des ins militaires, en l\u2019occurrence l\u2019ARPAnet, du département de la Défense des États­Unis.Encore là, la population s\u2019en empare avec avidité pour s\u2019informer, communiquer et se divertir.Ainsi, 70 ans après l\u2019émergence de la radio, une technologie facilite encore davantage l\u2019accès au reste de la planète depuis son domicile.« La grande différence, c\u2019est que, pour utiliser Internet, il faut savoir lire et écrire.Ce n\u2019était pas le cas pour la radio », soulève Denis Couillard.MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 33 CENTENAIRE DE LA RADIO DES ÉTINCELLES QUI PERDURENT Si le rêve de la voiture autonome semble aujourd\u2019hui à portée de main, c\u2019est grâce au développement depuis des décennies de la communication sans ?l.Internet n\u2019a pas pour autant relégué la radio aux oubliettes.« Une nouvelle technologie ne remplace jamais complètement une ancienne », indique Denis Couillard.Spécialisée en radiocommunications tactiques, Ultra Electronics TCS offre des équipements de communication sans il qui servent aussi lors d\u2019interventions après une catastrophe naturelle, alors que les infrastructures de téléphonie cellulaire et de ibres optiques sont détruites ou inutilisables.« La radio bidirectionnelle joue un rôle fondamental quand tout s\u2019écroule », rappelle M.Couillard.Elle permet de bouger vite, même quand tout est cassé.\u2022\u2022\u2022 Saisir son téléphone intelligent, le synchroniser avec des haut-parleurs sans il, puis sélectionner une liste de lecture.Un geste désormais routinier qui nous semble bien loin du bouton à tourner pour chercher une station à notre goût entre deux crépitements et une voix monotone.Pourtant, avec ses antennes camoulées et son recours à des puissances d\u2019à peine quelques centièmes de watt, la communication Bluetooth découle bel et bien des méthodes employées autrefois pour diffuser des bulletins radiophoniques.« Il s\u2019agit exactement des mêmes principes physiques et des mêmes concepts utilisés au début du 20e siècle pour transmettre de l\u2019information », mentionne Ghyslain Gagnon, directeur du Laboratoire de communications et d\u2019intégration de la microélectronique de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS).S\u2019il avait à dessiner un schéma pour décomposer la structure du système, comme le font souvent les ingénieurs, il tracerait les mêmes composants.« Je fais vibrer des électrons dans une antenne qui engendre un champ électromagnétique que je capte ensuite avec une antenne réceptrice.Celle-ci fait de nouveau vibrer des électrons pour le déchiffrer.» La communication sans il a néanmoins fait du chemin.S\u2019il répétait les expériences des premiers innovateurs qui ont tenté de dompter les ondes électromagnétiques à la in du 19e siècle, « le Wi-Fi arrêterait de fonctionner, assure Ghyslain Gagnon.Probablement que les ordinateurs planteraient aussi », tant cette méthode altérerait toutes les communications aux alentours.Car les pionniers créent des étincelles.Littéralement.Au moyen de hauts voltages, ils provoquent de brusques décharges d\u2019énergie qui s\u2019étalent sur une très large bande de fréquences.Au point où ils peuvent causer de la friture dans des conversations téléphoniques ilaires ou produire un signal capté par un appareil sans aucune liaison avec un câble.Pour la télégraphie sans il, la démarche convient : le code Morse permet d\u2019interpréter de brèves ou de longues impulsions.En revanche, accaparer ainsi une large part du spectre électromagnétique devient un problème au moment de le partager à grande échelle.Si deux signaux sont envoyés simultanément, ils risquent de se mélanger à la réception, comme si deux personnes parlaient en même temps.DE LA LAMPE AU TRANSISTOR Au début du 20e siècle, l\u2019invention des tubes à vide, communément appelés « lampes », et leur perfectionnement changent tout.Ils permettent d\u2019ampliier un signal électrique et d\u2019en améliorer la réception.Ce meilleur contrôle rend possible l\u2019émission d\u2019une onde continue sur une fréquence précise, puis d\u2019en moduler l\u2019amplitude ?l\u2019amplitude modulation que l\u2019on connaît mieux sous le sigle AM.Idéale pour transmettre les inlexions d\u2019une voix et les notes d\u2019une pièce musicale, cette avancée aide à partager le spectre des radiofréquences.« Les lampes, c\u2019était loin Ghyslain Gagnon, directeur du Laboratoire de communications et d\u2019intégration de la microélec- tronique de l\u2019École de technologie supérieure 34 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2022 PHOTOS : LINO CIPRESSO \u2022 CAROLINE PERRON PHOTOGRAPHIES 1957 Spoutnik, le premier satellite artii- ciel mis en orbite par l\u2019URSS, émet un bip-bip sur les fréquences radio.1978 Lancement du premier satellite de géolocalisation à l\u2019aide du GPS, un dispositif conçu par le département de la Défense des États-Unis.1992 « Joyeux Noël ! » dit le premier texto commercial envoyé depuis un ordinateur à un téléphone portable.Le SMS ?pour short message service ?avait été élaboré dans la décennie 1980 à l\u2019initiative de l\u2019ingénieur Matti Makkonen.1941 L\u2019actrice Hedy Lamarr invente un système de cryptage pour les torpilles radioguidées : l\u2019étalement du spectre par saut de fréquence.Il s\u2019agit de changer la fréquence selon une séquence connue par le récepteur, ce qui rend dificile l\u2019interception du message.L\u2019armée rejette sa proposition, qui jouera inalement un rôle clé dans le développement du Wi-Fi et des communications Bluetooth. d\u2019être ?able.Comme avec une ampoule incandescente pour l\u2019éclairage, les ?la- ments à l\u2019intérieur ?nissent par brûler et l\u2019on doit remplacer la lampe », observe néanmoins Ghyslain Gagnon.La création du transistor en 1947 ouvre de nouveaux horizons.Les entreprises japonaises le comprennent et s\u2019en servent dès la décennie 1950 pour concevoir des radios portatives.En plus d\u2019ampli?er un signal de manière plus ?able et ef?cace, il annonce le passage vers le numérique.Agencé en un circuit intégré ou « puce », le transistor est de nos jours la pièce maîtresse des microprocesseurs de nos outils informatiques.Il y agit comme un interrupteur, engendrant des 1 et des 0.Avec ces bits, il devient plus facile de crypter des données lors de leur envoi ou de nettoyer les interférences d\u2019un signal lors de leur réception à distance.Des algorithmes de compression permettent de transmettre beaucoup plus de données sur une même fréquence, que ce soit du texte, de la voix, des ?chiers ou de la vidéo en continu visionnée sur nos appareils mobiles.Aujourd\u2019hui, les yeux sont rivés sur la cinquième génération de télécommunications sans ?l.Sur le toit de l\u2019accélérateur d\u2019entreprises Centech, à l\u2019ÉTS, une antenne 5G est en ce moment mise à l\u2019essai.Cette technologie promet de réaliser le rêve de l\u2019Internet des objets.Une myriade d\u2019objets connectés échangeront ainsi une foule d\u2019informations en temps réel sur des fréquences plus élevées que 6 gigahertz.Par comparaison, les communications Bluetooth s\u2019effectuent sur les bandes de fréquences de 2,4 gigahertz.Les ondes, comme leur portée, seront donc plus courtes.Cela implique une multiplication des antennes, mais moins de risques d\u2019interférence entre les communications.« Ce sera parfait pour avoir des réseaux de capteurs », souligne Ghyslain Gagnon.Ajoutez à cela des signaux plus ciblés et une faible latence, soit un intervalle d\u2019à peine quelques millisecondes entre l\u2019envoi et la réception d\u2019un signal, et les esprits s\u2019emballent au sujet de la mise en service de voitures autonomes.Les véhicules devraient pouvoir ainsi s\u2019adapter, apprendre et communiquer entre eux en temps réel, notamment pour freiner plus rapidement qu\u2019un humain au volant.Est-ce une révolution ?Pour un ingénieur comme Ghyslain Gagnon, il s\u2019agit surtout de l\u2019aboutissement d\u2019une maîtrise toujours plus poussée de la communication sans ?l.Même le principe des étincelles est revenu au goût du jour.L\u2019entreprise mon- tréalaise SPARK Microsystems, fondée par Frédéric Nabki et Dominic Deslandes, deux professeurs de l\u2019ÉTS, met au point une puce en mesure de transmettre de l\u2019information par des impulsions, cette fois de manière contrôlée, sans interférer avec les autres communications.Comme la transmission d\u2019informations n\u2019est pas continue, elle permettrait d\u2019économiser l\u2019énergie de dispositifs, comme des capteurs de température intégrés dans une maison intelligente a?n de régler le chauffage.S\u2019ils servent à alimenter une intelligence arti?cielle, peut-être que cette dernière remerciera un jour les humains d\u2019avoir eu l\u2019idée de créer des étincelles.La production de ce dossier a été rendue possible grâce au soutien de l\u2019École de technologie supérieure.MARCONI, VERSION 2020 Le 20 mai prochain, l\u2019ÉTS et l\u2019Université Carleton tenteront de répéter la transmission radiophonique effectuée 100 ans plus tôt, jour pour jour, entre Montréal et Ottawa.Salam Layouni, étudiante en génie électrique à l\u2019ÉTS, a décidé de se lancer dans cette expérience pour son projet de ?n d\u2019études.Elle a déjà réalisé en laboratoire l\u2019émission et la réception de sons à l\u2019aide de la modulation de fréquence (FM).Mais avec la modulation d\u2019amplitude (AM), le dé?est d\u2019une tout autre ampleur.Contrairement à 1920, elle et ses collègues ne seront pas seuls à transmettre sur le spectre des radiofréquences et le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes les oblige à rester à l\u2019intérieur d\u2019une bande de fréquences.« On va utiliser des fréquences porteuses entre 1 et 1,5 mégahertz.C\u2019est dur à ajuster ! On n\u2019a pas droit à une large bande de fréquences comme avec le FM », explique-t-elle.De plus, les normes de sécurité ont été resserrées pour les antennes.« Il faudra faire beaucoup d\u2019essais, en augmentant chaque fois le gain de l\u2019ampli?cateur, pour obtenir la puissance de 500 watts.C\u2019est énorme ! » Avant d\u2019amorcer son parcours professionnel, elle se mettra dans les souliers des pionniers du passé.« C\u2019est toujours bien de comprendre la base », rappelle-t-elle avec sagesse.\u2022 IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 35 THÈME ECHNOLOGIE « R ien de plus pur que les rivières de diamants, rien de plus trouble que leur source », écrivait avec justesse le romancier français Hervé Bazin en 1976.Ce constat, Myriam Élie l\u2019a fait elle aussi, il y a quelques années, quand elle s\u2019est lancée dans la joaillerie.Elle s\u2019est heurtée à des chaînes d\u2019approvisionnement en métaux et pierres précieuses loin d\u2019être toujours transparentes.« Entre la mine et la bijouterie, un diamant peut passer entre les mains de 20 personnes ! » dit la fondatrice des bijoux Myel dans sa boutique épurée de l\u2019avenue Laurier, à Montréal.Pas question, pour la jeune trentenaire, d\u2019utiliser ce qu\u2019on appelle des « diamants de sang », provenant de zones de con?its, ou de l\u2019or extrait par des enfants.« Nous n\u2019employons plus de matériaux dont nous ne connaissons pas la provenance », déclare cette entrepreneuse déterminée devant une vitrine où s\u2019alignent des alliances raf?nées.Ses saphirs viennent donc du Montana et d\u2019Australie ; les grenats, d\u2019un territoire navajo en Arizona qu\u2019elle a visité en janvier ; les émeraudes sont issues de mines éthiques du Brésil.Quant aux diamants, ils proviennent des entrailles\u2026 d\u2019un laboratoire aux États-Unis.Fabriqués dans des réacteurs, les diamants qui ornent les bijoux Myel sont aussi scintillants qu\u2019arti?ciels.« Ils sont indiscernables des diamants de mine et de 20 à 30 % moins chers, explique Myriam Élie en sortant un solitaire de 0,25 carat [1 carat équivaut à 200 mg].J\u2019aime le côté techno derrière leur fabrication.» Elle n\u2019est pas la seule : ces diamants 2.0 font aussi de l\u2019œil aux physiciens, tant leurs propriétés mécaniques, optiques, thermiques, électroniques et même quantiques surpassent celles des autres matériaux.Mais pour l\u2019instant, revenons à l\u2019esthétique : les bijoux Myel brillent de mille feux, et ce n\u2019est pas une ?gure de style ! Même les gemmologues ne pourraient distinguer, sans faire de tests poussés, ces diamants de synthèse de leurs cousins naturels.Les joyaux qui sortent des machines sont même potentiellement plus purs que les diamants de mine, qui peuvent être contaminés par toutes sortes d\u2019inclusions minérales.En théorie, la recette pour produire un diamant parfait est plutôt simple : il « suf?t » d\u2019aligner des atomes de carbone.36 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2022 IMAGES : MYEL \u2022 SHUTTERSTOCK.COM On sait désormais cultiver les diamants (presque) comme des plantes vertes.Et ce n\u2019est pas que pour faire joli ! PAR MARINE CORNIOU Ceux-ci, lorsqu\u2019ils sont tissés serrés, en mailles cubiques, forment les cristaux les plus durs qui soient.On sait fabriquer ces condensés de carbone depuis les années 1960 grâce à deux techniques (voir l\u2019encadré p.39).Chaque année, des millions de carats de petits diamants arti?ciels sont employés dans l\u2019industrie manufacturière pour la découpe, le polissage, le forage, l\u2019usinage de matériaux durs, etc.Mais ces minicristaux peu onéreux, abrasifs et brunâtres n\u2019auraient pas fait rêver Marilyn Monroe.La fabrication de diamants de qualité gemme, requise pour la joaillerie, n\u2019est vraiment maîtrisée que depuis une dizaine d\u2019années.« Dans le milieu, on a longtemps prétendu que les gens n\u2019étaient pas prêts pour les diamants synthétiques.Or, depuis quelques mois, je reçois de plus en plus d\u2019infolettres de fournisseurs qui en proposent », témoigne Myriam Élie, qui af?rme être la première designer au Québec à avoir franchi le pas.Ces pierres, dépourvues de passé trouble, gagnent du terrain et représenteraient aujourd\u2019hui de trois à quatre pour cent du marché mondial du diamant.Si la Chine domine la production, le géant De Beers, qui s\u2019est longtemps opposé au synthétique, a retourné sa veste en 2018.Il a lancé une gamme de bijoux de laboratoire, Lightbox Jewelry, à des prix dé?ant toute concurrence.Un séisme pour une industrie franchement conservatrice ! Incolores, roses ou bleutés, selon qu\u2019on y ajoute de l\u2019azote ou du bore par exemple, les diamants arti?ciels sont de plus en plus massifs.À Paris, la bijouterie « écoresponsable » Courbet a vendu en avril 2019 le plus gros diamant de culture jamais serti, lourd de 9 carats.Une miette à côté des 155 carats produits deux ans plus tôt par des chercheurs allemands spécialisés dans la synthèse de cristaux.Certes, la qualité était grossière, mais on parle d\u2019une galette de diamant de 92 mm de diamètre\u2026 JOUJOUX DE HAUTE TECHNOLOGIE Chez LakeDiamond toutefois, ce n\u2019est pas la taille qui compte.Cette jeune pousse issue de l\u2019École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), qui a accueilli Québec Science l\u2019été dernier, fabrique, en plus des gemmes pour la joaillerie, des pièces micromécaniques destinées à l\u2019horlogerie de luxe ?Suisse oblige.« Quand on met en contact deux surfaces en diamant, elles glissent parfaitement l\u2019une sur l\u2019autre, BIJOUX DE LABORATOIRE Les diamants des bijoux Myel ont été cultivés en laboratoire.MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 37 TECHNOLOGIE Les diamants ont des propriétés mécaniques, thermiques, optiques et quantiques exceptionnelles.C\u2019est dans ce réacteur que Mehdi Naamoun fait pousser des diamants ultrapurs pour l\u2019entreprise suisse LakeDiamond.38 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2022 IMAGES : LAKEDIAMOND PÉPINIÈRES DE DIAMANTS L\u2019histoire des diamants naturels commence il y a plus de deux milliards d\u2019années, à plus de 150 km sous terre, dans des conditions de pression et de température extrêmes conduisant à la formation de denses cristaux de carbone.Ceux-ci remontent ensuite à la surface à la faveur d\u2019éruptions magmatiques, véhiculés par une lave très rare, la kimberlite.Lave qu\u2019on a notamment trouvée dans le Grand Nord canadien en 1998\u2026 et qui permet au Canada d\u2019être aujourd\u2019hui le troisième producteur mondial de diamants de mine.Pour fabriquer des diamants, on a logiquement cherché dès les années 1950 à imiter leurs conditions naturelles de formation.La synthèse dite HPHT, pour « haute pression et haute température », est la méthode la plus utilisée pour produire des diamants industriels.On comprime du graphite (composé de carbone) à 1 500 °C dans d\u2019énormes presses hydrauliques qui exercent jusqu\u2019à 60 000 fois la pression atmosphérique ! La pureté est dif?cile à maîtriser, de l\u2019azote étant incorporé lors de la croissance (ce qui rend le diamant jaunâtre).L\u2019autre technique, employée par Lake- Diamond, appelée « dépôt chimique en phase vapeur », consiste à faire croître le diamant dans une enceinte sous vide.À l\u2019intérieur, un gaz carboné est dissocié en atomes de carbone et d\u2019hydrogène.« Le moyen le plus simple est de se servir d\u2019un générateur de micro-ondes cinq fois plus puissant que les fours domestiques pour chauffer le gaz à environ 4 000 °C », explique Jocelyn Achard, qui fabrique des diamants à l\u2019Université Sorbonne Paris Nord.Les atomes de carbone viennent se déposer sur une « graine » de diamant, et l\u2019hydrogène, très réactif, empêche la formation parasite de graphite.« On peut contrôler la vitesse de croissance.Pour du diamant très pur, la vitesse est de 5 microns par heure [soit un millimètre en huit jours environ].On peut aller jusqu\u2019à 100 microns pour la joaillerie », ajoute le spécialiste.« Cela paraît simple, mais c\u2019est un dé?considérable de maintenir des conditions stables, à quelques degrés près, pendant des semaines », précise de son côté Pascal Gallo, chez LakeDiamond.nous expliquait Mehdi Naamoun, directeur des opérations de l\u2019entreprise fondée en 2015.Plus besoin de lubri?ant pour les engrenages de montre par exemple.» Ces pièces en diamant sont « sculptées » par un plasma d\u2019oxygène, dont les ions percutent et oxydent les morceaux qu\u2019on souhaite retirer.LakeDiamond a cependant d\u2019autres ambitions : produire des diamants ul- trapurs pour les technologies de pointe.« C\u2019est comme pour le Coca-Cola, il faut connaître les secrets de la recette.Seule une poignée d\u2019entreprises dans le monde sont capables d\u2019atteindre ce degré de pureté », mentionne Mehdi Naamoun.Le jeune physicien nous a montré une plaquette translucide très mince, d\u2019environ 5 mm de côté : c\u2019est la « graine » de diamant qui sert de support pour faire croître le cristal par la méthode dite de « dépôt chimique en phase vapeur ».« On utilise un ?ux de gaz, du méthane, qu\u2019on chauffe et dissocie en atomes dans un réacteur.Les atomes de carbone viennent se déposer sur l\u2019échantillon et le diamant pousse.Il faut environ deux semaines pour obtenir un carat sans impuretés », indique-t-il.Et d\u2019énumérer, les yeux pétillants, les qualités exceptionnelles du produit ?nal : c\u2019est le matériau le plus dur du monde, le meilleur conducteur de chaleur, celui qui résiste le mieux aux très hautes tensions ; il est inerte, biocompatible et très élastique (entendez par là qu\u2019il retrouve sa con?guration initiale s\u2019il est déformé)\u2026 Le fondateur de LakeDiamond, Pascal Gallo, espère produire à terme des instruments chirurgicaux de précision, des microressorts, des pièces pour les biotechnologies et l\u2019électronique ; mais ce qui le fait vraiment vibrer, ce sont les lasers à base de diamant.C\u2019est d\u2019ailleurs parce qu\u2019il s\u2019est aperçu, pendant ses recherches sur les semi-conducteurs, qu\u2019il pouvait augmenter la puissance d\u2019un laser en y intégrant du diamant que Pascal Gallo a décidé de faire pousser lui-même les matériaux dont il avait besoin.« On avait du mal à trouver des fournisseurs », se souvient-il.Aujourd\u2019hui, son superlaser est bien rodé.« Dans la cavité où est produite la lumière, on utilise des miroirs constitués de diamants, nanogravés, qui ré?échissent presque parfaitement certaines longueurs d\u2019onde et évacuent la chaleur, dit-il.Notre laser émet un faisceau infrarouge très rectiligne et très puissant.» L\u2019appareil détient le record du monde dans sa catégorie : la puissance de 10 000 pointeurs laser concentrée dans un faisceau très ?n.Parfait pour le transfert d\u2019énergie sans ?l.« Nous pensons employer ce type de laser pour recharger en vol des drones dotés de panneaux photovoltaïques.D\u2019ici quelques années, on espère aussi recharger des satellites et leur transmettre des données à 600 km de la Terre », s\u2019enthousiasme Pascal Gallo, qui travaille à ces projets avec l\u2019agence spatiale suisse et le spécialiste de l\u2019énergie TAQA.Ce n\u2019est pas tout : avec l\u2019EPFL, il vise à mettre au point un système d\u2019imagerie médicale extrêmement fine, une sorte d\u2019hybride entre l\u2019imagerie par résonance magnétique et la microscopie.Le rapport avec le diamant ?Ce cristal peut capter des champs magnétiques in?mes, comme ceux émis par le cerveau ou le cœur.Mais il faut, cette fois-ci, plonger dans l\u2019in?niment petit, à l\u2019échelle des atomes de carbone, pour en comprendre les propriétés quantiques.Moins clinquant que les bagues, peut-être, mais encore plus hypnotisant ! BLING-BLING QUANTIQUE Car les diamants ont beau être proches de la perfection, ils renferment à l\u2019occasion de petits « couacs » qui viennent interrompre le maillage régulier de carbone.Parfois, deux atomes voisins de carbone manquent à l\u2019appel : l\u2019un d\u2019eux est remplacé par un atome d\u2019azote, tandis que l\u2019autre emplacement reste vide.On obtient alors un duo azote-lacune, célèbre (dans le monde de la physique, du moins !) sous le nom de « centre NV », pour nitrogen-vacancy.Dans ce petit trou, des électrons ?ottent librement et sont extrêmement sensibles aux variations de leur environnement, qu\u2019elles soient électriques, magnétiques ou optiques.Si les centres NV existent dans les diamants naturels, ils suscitent un véritable engouement depuis peu grâce aux diamants synthétiques.Car ces « défauts » peuvent y être introduits de façon contrôlée.« Quand j\u2019étais étudiante [en physique atomique], on devait travailler sur des diamants naturels très purs.Il y en avait un de l\u2019Oural, qu\u2019on appelait \u201cMagic Russian\u201d, dont tous les chercheurs s\u2019arrachaient des échantillons », MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 39 TECHNOLOGIE \u201c De gros projets de recherche tentent de faire des qubits intriqués, les briques élémentaires d\u2019un ordinateur quantique, à base de diamant.\u201d \u2013 Jocelyn Achard UN MONDE DE DÉFAUTS Les centres azote-lacune (représentés ci-contre, l\u2019atome d\u2019azote étant en mauve) sont les défauts les plus étudiés du diamant.« Mais il y en a des centaines d\u2019autres, souligne la physicienne Lilian Childress.Chacun donne des propriétés particulières au cristal : c\u2019est comme si nous avions tout un nouveau tableau périodique à explorer ! » À ce jour, environ 800 « centres colorés » ?appelés ainsi, car ils modi?ent la couleur du diamant ?ont été répertoriés.Des chercheurs s\u2019intéressent aux propriétés de centres colorés, à base de silicium, d\u2019étain ou de plomb par exemple.En?n, il est aussi possible de « doper » le diamant lors de la synthèse en y ajoutant des impuretés de bore ou de phosphore pour en faire un matériau semi-conducteur.se souvient Lilian Childress, physicienne à l\u2019Université McGill.Pour ses expériences, elle achète maintenant des diamants synthétiques, plus ?ables que le joyau russe, auprès d\u2019entreprises comme Element 6 (une ?liale de De Beers) et vient d\u2019en commander un de LakeDiamond.Dans son laboratoire aux stores fermés en permanence, elle étudie les propriétés optiques et quantiques de ces imperfections invisibles.Ses outils ?Une plaquette de diamant et un faisceau laser qui parcourt un circuit complexe de miroirs et d\u2019objectifs de microscope ?xés sur une grande table.« C\u2019est une sorte de jeu de construction pour adultes, s\u2019amuse la scienti?que.Les centres NV se comportent un peu comme des atomes piégés dans une matrice.Mais ils peuvent être étudiés par des moyens très simples.» Et être exploités par les physiciens, qui s\u2019en servent notamment comme des magnétomètres sensibles à l\u2019échelle atomique.Ils jouent en fait avec le spin des électrons, une propriété naturelle de ces particules.« Le spin, c\u2019est un peu comme un minuscule aimant.Il est sensible au champ magnétique, qui va in?uer sur ses niveaux d\u2019énergie, ce qui peut être mesuré optiquement », détaille Lilian Childress.Ces capteurs de champ magnétique ne courent pas encore les rues, mais de nombreux prototypes voient le jour en recherche biomédicale et en ingénierie.À l\u2019Université de Sherbrooke, par exemple, une équipe étudiante met au point un magnétomètre quantique à base de diamant qui s\u2019envolera bientôt à bord d\u2019un nanosatellite CubeSat pour recueillir des données sur le champ magnétique terrestre.BRODER LES ATOMES Au Laboratoire des sciences des procédés et des matériaux de l\u2019Université Sorbonne Paris Nord, Jocelyn Achard et Alexandre Tallaire se spécialisent eux aussi dans la production de diamants ultrapurs pour pousser le matériau encore plus loin\u2026 et en faire un support d\u2019information quantique.« Le Graal en physique, c\u2019est l\u2019ordinateur quantique.Pour l\u2019instant, la plupart des efforts de recherche sur le sujet reposent sur l\u2019utilisation de supraconducteurs, mais ces matériaux doivent être maintenus à basse température au moyen d\u2019hélium liquide.Le diamant, au contraire, est manipulé à température ambiante.De gros projets de recherche tentent actuellement de faire des qubits intriqués, les briques élémen- 40 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2022 ILLUSTRATION : MICHEL ROULEAU taires d\u2019un ordinateur quantique, à base de centres NV », explique Jocelyn Achard.Ici aussi, c\u2019est le spin des électrons qu\u2019on cherche à exploiter.Les étranges lois quantiques autorisent une particule à se trouver dans deux états en même temps et c\u2019est également le cas pour le spin.Cette superposition, si on la maîtrise, permettrait de décupler la puissance de calcul des machines : au lieu de bits dont la valeur est soit 0, soit 1, on aurait des qubits qui prendraient simultanément les valeurs de 0 et de 1.Or, les états de superposition sont très fragiles, détruits par la moindre perturbation de l\u2019environnement.Là encore, le diamant se démarque : « On peut manipuler les niveaux d\u2019énergie des centres NV pendant des temps assez longs, quelques millisecondes », ajoute le chercheur.En 2019, des progrès notables ont été enregistrés dans le domaine.Une équipe de l\u2019Université de technologie de Delft, aux Pays-Bas, a réalisé un système quantique de 10 qubits grâce au spin d\u2019un unique centre NV et aux spins des atomes adjacents.Une équipe de l\u2019Université nationale de Yokohama, au Japon, a quant à elle réussi à « téléporter » de l\u2019information dans un diamant par intrication quantique (un phénomène qui permet de coupler les bits quantiques entre eux).« Pour le moment, un ordinateur quantique à base de diamant reste de la science-?ction, car il faudrait pouvoir positionner intentionnellement deux centres NV à moins de 10 nanomètres l\u2019un de l\u2019autre pour qu\u2019ils puissent interagir.On ne sait pas encore le faire, mais on y travaille », poursuit Jocelyn Achard.Chose certaine, cette orfèvrerie atomique ouvre la voie à des applications encore inconcevables il y a quelques années.Pour Pascal Gallo, de LakeDia- mond, la pierre la plus dure du monde est sans aucun doute un investissement solide.Il vient d\u2019ailleurs d\u2019acquérir un second réacteur.« Quand je fais croître un diamant, parfois je me réveille la nuit pour aller voir le réacteur.C\u2019est comme élever des enfants ! On ne veut pas qu\u2019ils grandissent trop vite.Chaque croissance est un petit miracle », dit-il avec émotion.Comme quoi, même arti?ciel, le diamant ne perd rien de sa magie.MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 41 PRÉSENTÉE PAR Pour la relève en journalisme scientiique 1er prix d\u2019une valeur de 17 000 $ et des stages au Québec et en France 2e prix d\u2019une valeur de 8 000 $ et des stages au Québec Date limite pour déposer une candidature : 15 mars 2020 Critères et règlements : acs.qc.ca 2020 D ans la bouche de Maxime Descoteaux, le cerveau devient un enchevêtrement de routes, de voies rapides et de chemins de traverse sur lesquels circulent, comme des voitures, des molécules d\u2019eau.Sa spécialité, l\u2019imagerie par résonance magnétique (IRM) de diffusion couplée à des algorithmes informatiques et des modèles mathématiques, permet au professeur du Département d\u2019informatique de l\u2019Université de Sherbrooke de cartographier ce vaste réseau de manière non effractive.Ou, comme il aime le vulgariser, d\u2019« obtenir un Google Maps du cerveau ».« C\u2019est exactement comme dans le cas d\u2019un satellite qui prend des photos.Ce qui m\u2019intéresse, ce ne sont toutefois pas les autoroutes 20, 10 ou 30, dont nous avons une bonne idée de la con?guration, mais bien les routes secondaires, tout particulièrement celles paralysées par des chantiers de construction », explique le chercheur de 39 ans.Son approche novatrice fait aujourd\u2019hui partie intégrante de protocoles de recherche sur les maladies d\u2019Alzheimer et de Parkinson, la sclérose en plaques et les commotions cérébrales, entre autres troubles.Pour ses travaux, Maxime Descoteaux a été désigné lauréat 2019 du prix Relève scienti?que.Il s\u2019agit de l\u2019un des 15 Prix du Québec décernés annuellement par le gouvernement du Québec et qui est attribué à une personnalité de 40 ans ou moins s\u2019étant illustrée en sciences.Un honneur que le principal intéressé, un joueur de tennis invétéré, compare au trophée de Wimbledon.« Après presque 20 ans de travail dans l\u2019ombre, cette récompense représente une véritable tape dans le dos, un encouragement à continuer à me dépasser », souligne le titulaire de la Chaire de recherche en neuro-informatique.TRAQUER LES NIDS-DE-POULE Le câblage cérébral est comme un paquet de spaghettis cuits : il est très dense et noueux.Bloquées par ces obstacles, les molécules d\u2019eau, qui composent les trois quarts de notre cerveau, n\u2019ont d\u2019autre choix que de circuler le long des neurones et de leurs axones, de longues ?bres nerveuses qui font of?ce de routes.C\u2019est ce mouvement distinct que capte l\u2019IRM dite de diffusion, une technique d\u2019analyse des images obtenues par résonance magnétique qui repose sur la diffusion des molécules d\u2019eau dans la matière blanche.Mais attention : ce n\u2019est qu\u2019un début.« L\u2019acquisition d\u2019images prend à peine quelques minutes.Ce qui est long, c\u2019est leur traitement : de l\u2019ordre de plusieurs heures pour une reconstruction minutieuse aux ?ns de recherche », précise Maxime Descoteaux.LE CERVEAU ALLUMÉ GRÂCE AUX TRAVAUX DE MAXIME DESCOTEAUX, IL EST DÉSORMAIS POSSIBLE DE CARTOGRAPHIER L\u2019ENSEMBLE DU CERVEAU HUMAIN SANS TOUCHER À UN POIL DE LA BOÎTE CRÂNIENNE.CHERCHEUR EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC 42 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2022 PHOTOS : BERTRAND CARRIÈRE \u2022 CHRISTINNE MUSCHI C\u2019est ici qu\u2019entrent en jeu les savants calculs mathématiques du scienti?que.Ces derniers permettent de donner un sens à l\u2019amas indigeste d\u2019images des 85 milliards de neurones du cerveau humain, lesquels partagent entre eux 850 milliards de connexions.« Pour chaque point du cerveau, nous déduisons le déplacement des molécules d\u2019eau grâce à des probabilités.Ces millions de calculs alimentent ensuite un algorithme de tractographie responsable de brosser un tableau d\u2019ensemble », indique-t-il.À l\u2019heure actuelle, les outils utilisés par Maxime Descoteaux sont dotés d\u2019une résolution « moyenne », de l\u2019ordre du millimètre.Pour percevoir les neurones et leurs axones, une dé?nition de l\u2019ordre du micromètre, 1 000 fois plus petit, sera nécessaire.« C\u2019est comme si les pixels qui constituent nos images représentaient chacun un kilomètre à la surface de la Terre, illustre-t-il.C\u2019est bien, mais insuf?sant : nous voulons qu\u2019ils représentent chacun un mètre de manière à percevoir les nids-de-poule sur la route.» Une révolution technologique sera néanmoins indispensable pour atteindre cet objectif, estime-t-il.UTILE À LA SOCIÉTÉ En attendant, Maxime Descoteaux fait bon usage de son savoir.La technologie qu\u2019il a conçue est déjà régulièrement utilisée par des neurochirurgiens pour retirer des tumeurs par exemple.En outre, il a cofondé la compagnie Imeka Solutions en 2012 avec Pierre-Marc Jodoin, également professeur au Département d\u2019informatique de l\u2019Université de Sherbrooke.Le but de cette jeune pousse de 13 employés : accélérer le transfert de connaissances en matière d\u2019IRM de diffusion et d\u2019intelligence arti?cielle, notamment dans l\u2019industrie pharmaceutique.Imeka Solutions a d\u2019ailleurs un pied-à-terre à Boston, où les Novartis, Sano?et autres P?zer sont concentrés.« Nous voulons convaincre les pharmaceutiques de faire appel à notre technologie dans leurs études cliniques.En ce moment, on administre des médicaments qui modi?ent la chimie du cerveau sans toutefois savoir comment ils agissent précisément », regrette Maxime Descoteaux.À son avis, c\u2019est en établissant de tels ponts entre le monde universitaire et celui des affaires qu\u2019il est le plus utile à la société.« Au-delà de mes beaux articles, je désire que mes travaux changent des vies », assure-t-il.Pierre-Marc Jodoin reconnaît bien là son collègue et partenaire d\u2019affaires, « un personnage hors norme, très compétitif, mais pas bourreau de travail pour deux sous » avec qui il collabore depuis une dizaine d\u2019années.« Maxime n\u2019est pas du tout du type professeur Tournesol.Au contraire : il est un chercheur très terre à terre et anormalement structuré.Il déteste être dans le ?ou et ne laisse donc pas de place à l\u2019improvisation.En même temps, il est d\u2019un commerce très agréable et touche un peu à tout », conclut-il.Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/SciChefQC SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC* RQ : Si vous aviez des ressources illimitées, quel projet rêveriez-vous de mettre sur pied ?MD : Les neurochirurgiens peuvent voir et mesurer le cerveau et, potentiellement, le changer en le déconnectant ou en modi?ant ses connexions.Voilà pourquoi je rêve d\u2019un projet de neurochirurgie qui combinerait une imagerie par résonance magnétique [IRM] intraopératoire avec une acquisition et une reconstruction du connectome [une carte des réseaux neuronaux] de manière ultrarapide.Pour y arriver, il faudrait réunir plusieurs conditions : équiper des centres hospitaliers universitaires d\u2019appareils IRM intraopératoire au Québec et à l\u2019étranger ; avoir une entente de recherche avec un fabricant d\u2019appareils IRM pour accéder aux paramètres cachés de la machine ; rendre l\u2019analyse d\u2019images en temps réel ; obtenir les images par résonance magnétique avant, pendant et après les opérations, ce qui implique d\u2019avoir accès aux neurochirurgiens et à leurs patients ; recevoir toutes les données de ces mêmes patients et les surveiller ; en?n, partager ces données avec la communauté scienti?que tout en assurant leur protection et leur anonymat.RQ : Vous parlez de la nécessité d\u2019une révolution technologique pour augmenter la résolution des outils que vous avez conçus.De quel ordre sera cette révolution ?MD : On doit repousser les limites de la physique et des instruments mis au point par les ingénieurs.On a besoin de nouveaux outils d\u2019imagerie moins chers que l\u2019IRM, qui peuvent reconstituer le connectome rapidement et précisément.Je pense à un appareil qui ressemblerait à une lampe de poche, un miniultrason ou un téléphone cellulaire qu\u2019on balaierait sur le cerveau et qui reconstruirait sa carte intégralement.RQ : Où en sera votre technologie dans 10 ans ?MD : Cette technologie commencera à in?uencer réellement le milieu clinique et l\u2019industrie pharmaceutique.Surtout en ce qui a trait à la découverte de nouveaux traitements et médicaments pour les maladies neurodégénératives et les traumatismes crâniens.La médecine pourra mieux cibler les zones pertinentes du cerveau à évaluer et à soigner, mieux comprendre les mécanismes complexes des réseaux neuronaux en jeu et, dès lors, se concentrer sur le vrai problème avec précision, comme la neuro-in?ammation ou la mort d\u2019axones.RQ : Quels sont les dé?s pour un chercheur qui se lance dans l\u2019entrepreneuriat ?MD : Le fait d\u2019être professeur d\u2019université m\u2019a en quelque sorte préparé à l\u2019entrepreneuriat.Un professeur doit faire preuve d\u2019un sens des affaires pour monter un laboratoire avec des employés compétents et des ressources stables.Il doit bien vendre ses idées pour avoir du succès.C\u2019est la même chose pour un entrepreneur.Par contre, il est plus dif?cile de ?nancer une technologie et de la vendre à un client que de convaincre des éditeurs de publier un article.Les dé?s résident dans la communication avec l\u2019industrie, qui n\u2019évolue pas au même rythme que la science.Présentement, notre technologie est loin devant ce qui se fait sur le marché.Il faut donc parvenir à l\u2019expliquer le plus simplement possible, exposer des résultats concrets et prendre l\u2019industrie par la main pour la persuader progressivement de l\u2019intérêt de nos travaux. QUÉBEC SCIENCE 44 JANVIER-FÉVRIER 2019 DÉCOUVREZ LES RÉCIPIENDAIRES 2019 Québec met en lumière celles et ceux qui voient grand pour notre société.Soumettez la candidature d\u2019une personne au parcours exceptionnel d\u2019ici le 16 mars 2020.Prix du Québec 2020 #PrixduQuébec prixduquebec.gouv.qc.ca Réjean Hébert Sylvain Moineau Francine Descarries Stanley Nattel Maxime Descoteaux Prix Wilder-Pen?eld Recherche biomédicale Prix Relève scienti?que Prix Armand-Frappier Création ou développement d\u2019institutions de recherche ou administration et promotion de la recherche Prix Marie-Victorin Sciences naturelles et génie Karim Zaghib Claudia Mitchell Prix Lionel-Boulet Recherche et développement en milieu industriel Prix Léon-Gérin Sciences humaines et sociales Prix Marie-Andrée-Bertrand Innovation sociale CuL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb V I S I T E R ÉCOUTER Plus grand que nature Le quotidien britannique The Guardian propose de passionnants longs reportages et il a eu la bonne idée de nous offrir certains d\u2019entre eux en version narrée avec son balado The Guardian\u2019s Audio Long Reads.Je vous invite à écouter l\u2019épisode « The Real David Attenborough », qui dresse un portrait de cette personnalité de la BBC.Depuis les années 1950, l\u2019animateur et naturaliste a fait découvrir les beautés de la faune et de la ?ore à des générations de téléspectateurs.Aujourd\u2019hui, certains lui reprochent de peu parler des effets de la crise climatique sur les écosystèmes et des répercussions des activités humaines sur la planète.On apprend pourquoi dans cette demi-heure fascinante sur les rouages de la production télévisée.The Guardian\u2019s Audio Long Reads, épisode « The Real David Attenborough », 33 minutes, à télécharger sur votre plateforme de balados préférée ou sur le site du Guardian : bit.ly/36LfnmP Les Incas ont laissé une trace indélébile malgré la rapide disparition de leur empire.Le Musée Pointe-à-Callière, à Montréal, met en valeur leurs trésors inestimables dans l\u2019exposition Les Incas\u2026 c\u2019est le Pérou ! Parmi ces trésors, les textiles, qui leur étaient plus précieux que l\u2019or et l\u2019argent.Ces tissus dévoilent la virtuosité technique d\u2019un empire qui aura duré moins d\u2019une centaine d\u2019années, de 1450 à 1532.« Les enchevêtrements de ?ls et de motifs démontrent une impressionnante science mathématique », souligne Serge Lemaître, commissaire belge de cette exposition adaptée d\u2019Inca Dress Code : textiles et parures des Andes et initialement tenue à Bruxelles.Les couleurs des pièces sont vibrantes et étonnamment bien préservées, grâce au climat sec de la région où était établi l\u2019Empire.Une fois l\u2019exposition terminée, les artéfacts les plus fragiles risquent de ne pas être présentés au public avant longtemps, voire plus jamais ; alors courez admirer ce souf?ant poncho de plumes à l\u2019ef?gie de deux chats.Les créations exceptionnelles abondent dans cette exposition.La plus chère aux yeux du commissaire est un fragment de textile rectangulaire de 21 cm délicat au possible, tissé à partir de la ?ne et douce laine de la vigogne ?un ancêtre de l\u2019alpaga ?, ?bre que seul l\u2019entourage de l\u2019empereur pouvait porter.L\u2019étoffe serait probablement celle de l\u2019empereur lui-même ! À 162 ?ls au centimètre carré ?alors que la plus magni?que soie chinoise en compte 130 ?, on a là un tissu d\u2019exception.Il fait partie des 300 pièces d\u2019orfèvrerie, de céramique et objets rituels illustrant les savoirs des Incas.On y trouve également le quipu, un groupe de cordelettes servant de système de comptabilité et d\u2019aide- mémoire.Des œuvres aux menus détails que vous aurez envie d\u2019observer de très, très près ! Pro?tez de votre visite au Musée pour voir Dans la chambre des merveilles, exposition temporaire lancée l\u2019an dernier qui connaît une telle popularité qu\u2019elle a été prolongée jusqu\u2019en 2021.Il s\u2019agit d\u2019une incursion dans l\u2019univers des collectionneurs qui nous ramène à l\u2019époque des cabinets de curiosités européens.Puisque nous n\u2019avions rien de tel au Québec, Pointe-à-Callière en a monté un sur mesure, enrichi de spécimens d\u2019ici.Orignal albinos, microscopes de poche, veau à deux têtes et oreilles de baleines à bosse se côtoient dans un arrangement aristocratique et épuré.Le visiteur pourra s\u2019extasier devant l\u2019ingéniosité des lunettes de neige traditionnelles des Inuits, puis bouillir intérieurement de colère devant les minuscules chaussures pour pieds bandés des Chinoises d\u2019une autre époque.Ces trouvailles éparpillées révèlent à quel point notre monde est étrange.Les Incas\u2026 c\u2019est le Pérou ! (jusqu\u2019au 13 avril) et Dans la chambre des merveilles, au Musée Pointe-à-Callière de Montréal, pacmusee.qc.ca Empire inca et autres curiosités 46 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 \u2022 IMAGE : CAROLINE THIBAULT LIRE Par le trou de la serrure Vous avez déjà rêvé d\u2019être aussi minuscule qu\u2019une drosophile a?n de voir ce que bricolent les scienti?ques dans leurs laboratoires ?L\u2019auteur et bédéiste Jean-Yves Duhoo l\u2019a fait pour vous ?sans sacri?er un centimètre de sa taille ! Avant d\u2019amorcer son projet de bédéreportage, il n\u2019était pas du tout un habitué de la science.Mais grâce à sa persévérance et à des chercheurs entremetteurs, il a réussi à in?ltrer 45 grands laboratoires français pour nous en raconter les coulisses.Le travail des chercheurs de chaque laboratoire est résumé en une poignée de pages ; on s\u2019incline devant ce véritable tour de force de vulgarisation.Que ce soit sur les archives du climat, le temps atomique, le stress des plantes, la sécurité sanitaire ou la bioluminescence, ses visites guidées sont intelligentes et teintées d\u2019humour.Dans le secret des labos, par Jean-Yves Duhoo, Éditions Dupuis, 192 p.Ce qu\u2019il reste de nous Il y a quelque chose de très apaisant dans Le trauma, quelle chose étrange, qui se penche sur ce phénomène particulier qu\u2019est le traumatisme psychique.Cette petite bande dessinée nous présente la dissociation, qui consiste en une déconnexion entre le cerveau et le corps à la suite d\u2019un évènement perturbant.Le trait de crayon dépouillé, marié à des explications aussi généreuses que bienveillantes, permet au lecteur de se familiariser avec une af?iction complexe.Les gens qui en souffrent pourront quant à eux trouver des outils simples pour mieux vivre avec leurs pénibles souvenirs et cette dissociation épeurante.Pour les curieux que cette immersion séduira, sachez que la jolie collection compte également deux autres titres : La douleur, quelle chose étrange et L\u2019anxiété, quelle chose étrange.Le trauma, quelle chose étrange, par Steve Haines et Sophie Standing, Éditions Ça et là, 32 p.V O I R L I R E Nécessaire émission Carbone, c\u2019est le nom de la nouvelle plateforme de Radio- Canada entièrement consacrée à la couverture de l\u2019environnement.Son équipe ?celle des capsules vidéos punchées sur des sujets qui nous touchent de très près ?tels que la trace environnementale insoupçonnée du papier de toilette ?et nous présente des scienti?ques et des acteurs de changement inspirants.On ne veut rien rater du contenu dynamique et engageant de cette joyeuse brigade verte.Carbone, à ici.radio-canada.ca Une bonne idée, oui Pour se faire une tête sur les enjeux d\u2019actualité, il vaut mieux s\u2019abreuver à des sources ?ables plutôt que de s\u2019appuyer sur des opinions prémâchées.La nouvelle collection « Ce qu\u2019en dit la science », abordant des thèmes qui font justement jaser (comme l\u2019utilisation de la tablette électronique à l\u2019école, la maternelle à quatre ans, la consommation de cannabis), tombe à pic.Six titres seront publiés annuellement, chacun soupesant les avantages et les inconvénients du sujet choisi et apportant des pistes de ré?exion à la lumière des plus récentes recherches scienti?ques.Les deux premiers livres sont clairs, concis et fort bien documentés.De quoi prendre des décisions éclairées et débattre plus intelligemment.L\u2019iPad à l\u2019école, une bonne idée ?et La maternelle 4 ans, une bonne idée ?, sous la direction de Stéphane Labbé, Éditions Fides, environ 120 p.chacun.Rendez-vous sous la voûte Chaque visite au Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal permet de prendre un peu plus conscience de notre place dans le vaste monde.Horizon, au-delà des limites de l\u2019Univers visible, la nouvelle projection, ne fait pas exception ! La formation de l\u2019Univers ?rien de moins ?n\u2019aura plus de secrets pour vous grâce à cette adaptation d\u2019une production japonaise.Un imposant programme, que le ?lm explore magni?quement : on nous familiarise avec les concepts fondamentaux de la cosmologie en revenant sur le travail des pères de l\u2019astronomie, de la théorie du big bang aux plus récentes découvertes.Horizon, au-delà des limites de l\u2019Univers visible, 29 minutes, 12 ans et plus, au Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal jusqu\u2019en novembre 2020.MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 47 \u2022 IMAGES : CARBONE, RADIO-CANADA \u2022 GROUPE FIDES INC. L\u2019ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE À LA PORTÉE DE TOUS ABONNEZ-VOUS > quebecscience.qc.ca/abonnement 514 521-8356 - 1 800 567-8356, poste 504 ÉDITIONS PAPIER ET NUMÉRIQUE ÉDITION NUMÉRIQUE 1 AN 8 numéros 36 $ 27 $ 2 ANS 16 numéros 58 $ 43 $ 3 ANS 24 numéros 81 $ 60 $ (plus taxes) ÉCONOMISEZ 51% sur le prix en kiosque jusqu\u2019à oyager à l\u2019étranger est pratiquement un passage obligé pour les chercheurs, qu\u2019ils soient en début de carrière ou con?rmés.Ce n\u2019est pas un caprice : la science progresse généralement grâce aux collaborations internationales, qui s\u2019établissent à coups de conférences, de réunions de comités, de travail de terrain.Et tout cela exige évidemment des déplacements en avion.Beaucoup de déplacements en avion.Seulement à l\u2019Université de Montréal, on estime que chaque étudiant étranger et chaque professeur ont une empreinte carbone annuelle moyenne liée aux voyages de 3,85 et 10,76 tonnes de CO 2 respectivement\u2026 Ce n\u2019est pas rien quand on sait que l\u2019empreinte annuelle d\u2019un foyer canadien est d\u2019environ 13 tonnes.Je ne fais pas meilleure ?gure.Mes études doctorales m\u2019ont conduit à rouler ma bosse de l\u2019Amérique du Nord à l\u2019Australie en passant par l\u2019Europe et l\u2019Asie.J\u2019ai su en tirer quantité de collaborations et d\u2019articles scienti?ques, de souvenirs et de photos mémorables, mais tout cela perd de son éclat quand je songe aux dizaines de tonnes de gaz à effet de serre (GES) ainsi émises.Un lourd prix écologique à payer au nom de la science\u2026 Vient donc la fameuse question : les scienti?ques devraient-ils carrément s\u2019abstenir de tout déplacement en avion ?D\u2019emblée, certains diront que les émissions associées au transport aérien ne sont responsables que de deux pour cent des GES à l\u2019échelle planétaire.Pourquoi donc pénaliser les scienti?ques, qui ne doivent représenter qu\u2019une fraction de ces émissions globales ?Soit.Toutefois, celles-ci sont appelées à augmenter de manière signi?cative au cours des prochaines décennies.D\u2019autre part, les scienti?ques éprouvent eux aussi le ?ygskam, ce terme suédois qui désigne la honte de prendre l\u2019avion.Elle se fait surtout sentir chez les universitaires du domaine des sciences du climat.Non seulement l\u2019empreinte carbone liée à leurs voyages semble miner leur crédibilité aux yeux du public, mais pour plusieurs d\u2019entre eux, éviter l\u2019avion est un choix tout simplement cohérent avec leur discours.Marshall Shepherd, climatologue à l\u2019Université de Géorgie, fait ?gure d\u2019exemple : il a récemment refusé de se déplacer en avion vers San Francisco, où il devait recevoir un prix prestigieux pour ses efforts de communication en sciences du climat.Même les avantages des déplacements aériens sont remis en question.Selon des données préliminaires, il n\u2019y aurait pas de lien entre le nombre de voyages professionnels et le succès des chercheurs.Entre refuser tout périple outre-mer et plomber son budget carbone personnel, existe-t-il un juste milieu ?Voyager moins ! C\u2019est la proposition d\u2019étudiants et de chercheurs qui ont lancé en 2015 une pétition et le mot-clic #FlyingLess.C\u2019est également l\u2019approche préconisée par Elena Bennett, de l\u2019Université McGill, et Navin Ramankutty et Lior Silberman, de l\u2019Université de la Colombie-Britannique, dans un éditorial publié sur Ensia, un site de nouvelles géré par l\u2019Institute on the Environment, de l\u2019Université du Minnesota.Ces chercheurs se sont demandé s\u2019il ne fallait pas réduire les trajets en avion plutôt que de culpabiliser ceux et celles qui empruntent la voie des airs pour leurs activités universitaires.À travers leurs raisonnements fort bien déclinés, ces chercheurs proposent à leurs pairs d\u2019être sélectifs dans leurs déplacements ; de regrouper certains voyages lorsqu\u2019ils sont nécessaires ; et de choisir un mode de transport basé sur plusieurs considérations (distance à parcourir, source d\u2019énergie associée audit mode de transport, etc.).De mon côté, je penche aussi pour la modération.Car l\u2019être humain est un animal social.C\u2019est notre capacité à collaborer qui a fait le succès de notre espèce (tout en créant d\u2019autres problèmes, certes).Les avancées scienti?ques n\u2019y échappent pas.Il m\u2019est donc dif?cile de prôner l\u2019abstinence totale dans le cas de déplacements aériens vers des conférences qui contribuent à cette collaboration.Par contre, je trouve dif?cile d\u2019ignorer les conditions dans lesquelles certaines de ces conférences se déroulent.Est-il obligatoire d\u2019organiser des rencontres dans des destinations touristiques « tout-inclus » aux Bahamas (conférence internationale de biologie cellulaire bactérienne en 2020), à Bali (conférence sur le génie énergétique et le génie de l\u2019automatisation en 2020) ou à Cancún (Conférence des Parties de l\u2019Organisation des Nations unies sur la diversité biologique en 2016) pour que les échanges scienti?ques soient fructueux ?Poser la question, c\u2019est y répondre : l\u2019industrie du tourisme représente après tout près de huit pour cent des émissions mondiales de GES.Au-delà du transport aérien, l\u2019empreinte environnementale locale de ces rassemblements, surtout dans les lieux de villégiature du Sud, est loin d\u2019être négligeable.Pensez ici à la perte d\u2019habitats naturels liés aux infrastructures et activités touristiques ; à l\u2019exploitation des ressources en sols et en eau ; à la pollution terrestre et marine, etc.Le plus récent budget carbone révélé à la COP25 à Madrid nous indiquait que les projections des émissions de CO 2 pour 2019 seraient encore à la hausse.Ce constat, et les implications associées, n\u2019ont laissé personne indifférent\u2026 y compris le secteur du tourisme, qui a reconnu devoir se transformer dans un contexte climatique, avouons-le, plutôt volatile ! Dans un même esprit de sobriété d\u2019émissions de carbone, peut-être le temps est-il venu pour la communauté scienti?que internationale de prêcher par l\u2019exemple : #Voyagermoins, d\u2019une part, et surtout\u2026 #Voyagermieux ! Prendre l\u2019avion au nom de la science ou pas ?V Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Anthropocène MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 49 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 50 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2020 Photos?: Diane Dufresne et Yvan Monette RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 Rêvez, réservez ! Demandez notre brochure 2020 ! Photos?: Diane Dufresne et Yvan Monette Cuba, Holguín en boucles 28 mars au 4 avril 4 au 11 avril Maine 5 au 11 juillet Niagara 12 au 18 juillet Île-du-Prince-Édouard 19 au 25 juillet Nouvelle-Angleterre 26 juillet au 2 août Majorque 12 jours 2 au 14 mai Riviera italienne 23 mai au 7 juin Piémont 30 mai au 14 juin Puglia 31 mai au 15 juin Algarve 5 au 20 juin Autriche 5 au 20 juillet Vallée de la Loire 11 jours 6 au 17 juillet Irlande 20 juillet au 4 août Destination soleil Amérique Europe FORMULE EN LIBERTÉ Destinée aux cyclistes autonomes.Plusieurs destinations vous sont offertes à la date de votre choix.Découvrez le monde à vélo?! Vacances au Québec et à travers le monde offertes en 4 formules Grand Tour Mauricie-Lanaudière : découvrez la belle inconnue Les prix sont valides pendant 60 jours à compter du 16 décembre 2019 (voir page 82).L I B R E COMME L \u2019 A I R 2 0 2 0 Plus de 70 DESTINATIONS NOUVEAU NOUVEAU Plus de 70 DESTINATIONS 1.Selon la cote attribuée par Ressources naturelles Canada, en fonction d\u2019un réservoir plein.VOTRE PASSEPORT POUR DU PLAISIR À L\u2019ÉTAT PUR LA TOUTE NOUVELLE CROSSTREK HYBRIDE ÉLECTRIQUE RECHARGEABLE 2020 La Crosstrek hybride électrique rechargeable vous offre le meilleur des deux mondes : pour vos sorties en ville, vous utilisez le moteur électrique écologique.Pour prendre le large, vous y ajoutez la puissance du moteur à essence BOXER® SUBARU 2,0 L à 4  cylindres ainsi que tous les avantages qui font la renommée de Subaru.Ensemble, les deux systèmes ne consomment que 2,6 Le/100 km, pour offrir jusqu\u2019à 774 km1 d\u2019autonomie.Voilà, tout est dit.subaru.ca "]
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