La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 avril 1962, Avril
[" REVUE\t_ 2uc OPULAIRE LE MAGAZINE DE LA CANADIENNE LE MOIS DE LA FIANCEE destination : voyage de NOCES! AVRIL 1962 ili D*K SrfÀÇ mmmm raHI a^srJ - -.-V ' r , * ^'5«i#^*,r' ~w'\" ' .\u2018 ¦/2 TASSE DE SUCRE 1 TASSE DE RHUM BLANC ZESTE DE 2 ORANGES ET DE 2 CITRONS JUS DE 4 ORANGES ET DE 2 CITRONS 1 BOUTEILLE DE VIN MOUSSEUX SEC OU DE VIN BLANC PETILLANT | Chauffer doucement durant 10 minutes, l\u2019eau, le sucre et les zestes.Laisser refroidir et couler dans le Il bol à punch.Ajouter les jus de fruits et le rhum.Couvrir et mettre au frais jusqu\u2019au moment de || servir.Ajouter alors le vin.(Pour l| 12 personnes.) BISCUITS AU FROMAGE 1 TASSE DE FARINE TOUT USAGE V2 TASSE DE FROMAGE RAPE il\t1/3 DE TASSE DE MARGARINE Il\tEAU GLACEE \u2014 SEL Mettre la farine, le sel et le fro-| mage dans un bol, couper la mar-| garine dans ce mélange comme [ Lire la suite page 41 ] 38 La Revue Populaire, avril 1962 Soyez aimée aussi pour vos \u201cdouceurs\"! \u2022 ¦ F % De fines pâtisseries en un instant Voici un conseil de Five Roses qui vous permettra de gagner bien du temps ! Préparez la recette de base Five Roses (suffisante pour une semaine) et gardez la pâte dans une boîte sur vos tablettes.En un clin d\u2019oeil, vous pourrez préparer toutes sortes de bonnes choses.Voici quatre suggestions.Écrivez à Five Roses, B.P.6089, Montréal, pour recevoir un recueil d\u2019autres recettes.Recette de base Five Roses 7 t.de farine Five Roses\t% t.de poudre à pâte 1 c.à table de sel\t1 t.de shortening Mélanger la farine, la poudre à pâte et le sel.Incorporer le shortening, au couteau, ou au batteur électrique réglé à la vitesse la plus lente, jusqu\u2019à ce que le tout soit bien homogène.Déposer le mélange dans une boîte, sans le tasser.NE PAS RÉFRIGÉRER.Utiliser pour les recettes ci-dessous.Pain au citron et aux noix '/t t.de beurre % t.de sucre 2 œufs 1 t.de lait Chauffer le four à 350°; graisser et saupoudrer de farine un moule à pain de 9\" x 5\".Défaire le beurre en crème; ajouter le sucre lentement et battre jusqu\u2019à consistance légère.Ajouter les oeufs un à un, sans cesser de battre.Ajouter le lait en 3 fois, alternativement avec la pâte-minute.Incorporer 2'/t t.de pâte-minute V/ c.à thé de zeste de citron râpé Yi t.de noix hachées le zeste et les noix.Verser dans le moule.Mettre au four pendant 1 heure à 350°.Au sortir du four, garnir avec un mélange de 1/5 de t.de sucre à glacer et 1 c.à table de jus de citron.Croustillant gâteau pour le café Garniture: 3 c.à table de beurre fondu c.à thé de canelle '/21.de sucre\tMélanger le tout et 1\tt.de cornflakes\tmettre de côté Pâte: 2 t.de pâte-minute 1 œuf bien battu % t.de lait Mélanger l\u2019oeuf et le lait puis incorporer à la pâte-minute en agitant bien jusqu\u2019à ce que la pâte épaississe.Verser au fond d\u2019un moule à pain de 8\" x 8\" x 2\".Répandre régulièrement la garniture sur le dessus.Mettre au four pendant 25 minutes à 400°.Donne 16 carrés de 2\".Muffins aux fruits 2\tt.de pâte-minute\t% t.de lait '/t t.de sucre\t% t.de raisins secs ou 1 œuf\td'écorces confites hachées Chauffer le four à 400°.Graisser 12 moules à muffins.Mélanger les ingrédients et battre vivement pendant 30 secondes.Ajouter progressivement les raisins ou l\u2019écorce.Remplir les moules aux 2/i.Mettre au four pendant 12 à 15 minutes à 400°.FARINE FIVE ROSES LES MEUNIERS LES PLUS RÉPUTÉS AU CANADA ROSES Mine enrichie ^Dt vitamines pbetamisee ÇOHIW Z^JNETOUTUSAGE PAS BESOIN DE TAMISER 'mhdm.¦ V ¦51 Partout où Ion sait s'amuser, le lait est de la fêteV S\u2019amuser creuse l\u2019appétit: voilà pourquoi vos jeunes invités apprécieront ces sandwichs et canapés.surtout s\u2019ils sont arrosés de bon lait, servi nature ou aromatisé.Délicieux et rafraîchissant, le lait naturel est un aliment presque parfait: aux jeunes comme aux moins jeunes, il fournit un précieux supplément nutritif.Demandez nos recettes.et laissez les jeunes préparer eux-mêmes leur collation! ?Essayez ces sandwichs et canapés 1 \u201cPAIN-SAUCISSE\u201d AU GRATIN: Tranchez un pain français moyen en tranches de Vz\".Faites-en des sandwichs en y étendant du beurre amolli puis un mélange fait de 2 tasses de fromage Cheddar canadien \u2022 râpé, % de tasse de mayonnaise, 1 c.à thé de sauce Worcestershire, 2 c.à thé de moutarde préparée et V2 c.à thé de sel de céleri.Reconstituez le pain en alignant les sandwichs sur un papier d\u2019aluminium dont vous relevez les bords pour tenir les sandwichs ensemble.Coupez 5 saucisses fumées en deux sur la longueur et sur la largeur, et glissez-en deux morceaux dans chaque \u201csandwich\u201d.Déposez le pain sur une tôle à biscuits et faites cuire au four à 375°F.20 à 25 minutes.(10 sandwichs) COCO-CANAPÉS: Dans une petite casserole, mélangez 2 c.à soupe de beurre, 2 c.à soupe de crème légère, Vz tasse de cassonade, Va de tasse de noix de coco et % de tasse de noix hachées.Cuire à feu doux jusqu\u2019à ébullition.Etendre sur 6 tranches de pain grillé chaudes et beurrées.Déposer sur une tôle à biscuits et faire dorer.Couper en diagonale et servir chaud.(12 canapés) Recueil gratuit: Demandez le nouveau recueil de Marie Fraser: ''Compagnons du lait pour les jeunes\u201d.Ecrivez au Service des produits du lait.Division de: LES FERMIERS LAITIERS DU CANADA, 180 est, boul.Dorchester, Montréal, P.Q.compagnons du lait pour les jeunes j Mû/üe fan LE PRINCE CHARMANT Il la regarda tendrement, et lui prit la main.\u2014 Ne serais-tu pas heureuse de te marier, Any ?L\u2019image de René se dressa, se précisa, tentatrice et si belle devant les yeux couleurs d\u2019azur.\u2014 Cela dépend avec qui, répondit-elle.-\u2014Naturellement.Et crois bien que je ne chercherai jamais à t\u2019influencer.Mais il est de mon devoir de te conseiller, et de t\u2019encourager à fixer un choix, si j\u2019estime que ce choix a toutes les chances d\u2019assurer ton bonheur.Elle se mit à rire.\u2014 Tu as quelqu\u2019un à me proposer ?\u2014 C\u2019est vrai.Quelqu\u2019un qui, depuis qu\u2019il t\u2019a vue, ne cesse de penser à toi.Un charmant garçon qui gagne largement sa vie, dont la famille est assortie à la nôtre à tous points de vue, et qui serait dans le ravissement le plus complet si je pouvais lui donner un peu d\u2019espoir.\u2014 Il t\u2019a chargé de plaider sa chance ?\u2014 Oui, Any.\u2014 Pourquoi ne l\u2019a-t-il pas fait lui-même ?\u2014 Il t\u2019aime trop pour avoir l\u2019audace.Il craint de te paraître gauche, malhabile, et de s\u2019exposer à un refus ?\u2014 Un refus qu\u2019il aura tout de même.\u2014 Tu ne peux pas refuser sans savoir de qui il s\u2019agit.\u2014 Comme c\u2019est malin ! de ton camarade Xavier Denètre, bien entendu.\u2014 Any, tu es d\u2019une perspicacité ! \u2014 Oh ! ce n\u2019est pas bien difficile à deviner, c\u2019est le seul homme jeune et présentable auquel j\u2019ai adressé la pa role depuis que nous habitons rue Bonaparte.Je l\u2019ai vu pour la première fois le soir du bal.Elle poussa un soupir, et répéta, avec une voix chargée de rêves : \u2014 Le soir du bal !.Il eut un mouvement d\u2019impatience : \u2014 De ce stupide bal qui t\u2019a détraqué la cervelle ; tu le vois bien.Mais elle protesta avec ferveur : \u2014 N\u2019en dis pas de mal : ce fut le plus beau soir de ma vie.Il la taquina gentiment : \u2014 Comme c\u2019est bête, ma petite fille ! Même une petite fille bien sage ! Conçoit-on une chose plus ridicule ?Devenir amoureuse d\u2019un homme qu\u2019on n\u2019avait jamais vu avant, et qu\u2019on ne reverra jamais plus.\u2014 Qu\u2019en sais-tu ?\u2014 Oh ! évidemment, tout arrive et il n\u2019y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas.Reconnais pourtant que selon toutes probabilités, tu ne te retrouveras pas en présence de M.Para-Boni.D\u2019autant plus que, même s\u2019il avait le désir de te revoir, il en serait empêché par la stupide comédie que tu lui as jouée, je me demande d\u2019ailleurs pourquoi ?\u2014\tJe me le demande moi-même?.\u2014\tQuel besoin avais-tu de lui donner un faux nom ?et de te faire passer pour une jeune fille de l\u2019aristocratie ?Le voudrait-il, ce qui est improbable, il ne retrouverait jamais tes traces, ma pauvre fille.Elle soupira tristement : \u2014 Je le sais bien.\u2014 Oh oh ! voulut-il plaisanter, voilà un soupir qui en dit long.Mais il s\u2019arrêta, voyant les yeux de sa soeur s\u2019emplir de larmes.Alors, tendrement, il la serra contre lui.\u2014 Ma chère petite Any, lui dit-il affectueusement, ' tu me fais une peine infinie.Promets-moi de chasser la chimère qui voltige, je le vois bien, derrière ce front soucieux.M.Para-Boni est plein de qualités mondaines qui le rendent infiniment séduisant, mais il épousera un jour quelque jeune fille de son monde, élevée comme lui, et tu seras dans son esprit à peine un souvenir.« Garde ton coeur, mon Any.L\u2019amour, le vrai, tu le connaîtras plus tard, et tu verras qu\u2019il ne ressemble en rien à cet attrait subit, violent, je le veux bien, mais passager, que tu as éprouvé pour ton danseur d\u2019un soir.Elle tenta un pauvre sourire.[ Lire la suite page 42 ] 40 La Revue Populaire, avril 1962 RECEPTIONS, DINERS.pour une pâte brisée.Ajouter juste assez d eau pour réunir la pâte en boule.Laisser refroidir 15 minutes.Abaisser mince, découper à l\u2019emporte-pièce, placer sur une tôle, piquer avec une fourchette et cuire à 400° F., 4 à 5 minutes.DINDE GLACEE Choisir une jeune dinde, la préparer, la nettoyer.L\u2019assaisonner à l\u2019intérieur de sel, de poivre, y mettre des feuilles de céleri, du persil, une carotte en rouelles, un oignon tranché.La ficeler, 1 assaisonner à l\u2019extérieur.La placer sur un treillis dans une lèchefrite, la poitrine en bas pour commencer la cuisson.Cuire au four environ 45 minutes à la livre.) Le four doit être à 300° F.si la dinde pèse plus de 6 livres et à 325° F.si elle pèse moins.Quand la dinde a cuit environ 1 heure, la retourner.Pendant la cuisson, badigeonner la dinde de beurre ou de margarine fondus environ toutes les demi-heures.Quand elle est cuite, la laisser refroidir et la glacer.Pour glacer la dinde, préparer un bon consommé clair, avec de la gélatine, et quand le consommé commence à prendre, le verser sur la dinde de façon à la recouvrir d\u2019un enduit brillant.Poser sur cette gelée une garniture faite de piment rouge et de concombre ou encore d\u2019oeufs cuits dur et de feuilles de poireau.Verser d\u2019autre gélatine sur cette garniture.ASPIC DE CREVETTES 2 C.A TABLE DE GELATINE 2\tTASSES DE CREME SURE A 15% 1 C.A THE DE SAUCE ANGLAISE 3\tTASSES DE CREVETTES CUITES HACHEES 1 TASSE DE CELERI EN DES Va TASSE D\u2019EAU FROIDE Va DE TASSE DE JUS DE CITRON 1 C.A THE DE SEL 1 TASSE DE PIMENT VERT COUPE EN DES Va DE TASSE DE RAIFORT RAPE Gonfler la gélatine à l\u2019eau froide.La dissoudre au-dessus de l\u2019eau bouillante.Refroidir légèrement.L\u2019incorporer à la crème avec le jus de citron et la sauce anglaise.Laisser prendre à demi, ajouter le reste des ingrédients, bien mêler et verser dans un moule passé à l\u2019eau froide.Laisser prendre.Démouler, garnir de crevettes, de sections de citron et de cresson.N.B.On peut préparer ces aspics dans des moules individuels.Si on ne dispose pas d\u2019un grand nombre de moules, on peut utiliser les tasses de papier pour portions.Germaine Gloutnez GERMAINE GLOUTNEZ OFFRE AUX LECTRICES DE LA REVUE POPULAIRE UN LIVRE DE RECETTES 1NTITI LE : « MON COURS D\u2019ART CULINAIRE ».ENVOYEZ UN CHEQUE OU M A N D A T - P O S T E A 3060, AVENUE MAPLEWOOD, APPT.4, MONTREAL, P.Q\u201e AU NOM DE MADEMOISELLE GERMAINE GLOUTNEZ.Bit Ge gâteau tendre et délicat présente, dans la pâte même, une exqnise saveur de coco que rehausse délicieusement un riche glaçage de chocolat au lait.Faites-le avec de la \u2018Magic\u2019.et vous serez hère des résultats! ye -é'a V\tSUCCULENT GATEAU ETAGE AU COCO Tatniser ensemble 2\tAi ta s sus du farinu à pâtis- suriu, tamisée une fois ou 2 tasses du farinu tout-usage, tamisée une fois 3\tc.à thé de Poudre à Pâte \u2018Magic\u2019 J/2 c.à thé de sel Défaire en crème dans un grand bol % de tasse du huurre Y incorporer graduellement VA ta sse de sucre granulé fin Ajouter, un à un, en battant bien après chaque addition 2 oeufs 1 blanc d'oeuf D\u2019autre part, mélanger % de tasse de lait A de c.à thé de vanille Ajouter les ingrédients secs au mélange crémeux, par petites quantités, en alternant avec le lait et mélangeant délicatement après chaque addition.Incorporer en pliant la pâte 'A de tasse de noix de coco filarnentêe, hachée Verser dans 3 moules à gâteaux-étages ronds de 8\", graissés et dont le fond est garni d\u2019un papier paraffiné graissé.Cuire à four modérément chaud, 375°, de 20 à 25 min.Laisser reposer 10 min.sur une grille à gâteaux.Démouler, enlever le papier et laisser refroidir complètement les gâteaux.Réunir les étages et glacer le gâteau avec le Glaçage de Chocolat au Lait; saupoudrer de coco grillé.Glaçage de.Chocolat au Lait: Tamiser ensemble VA tasses de sucre à glacer tamisé et Al tasse de cacao.Défaire en crème Al tasse de beurre; y ajouter un jaune d\u2019oeuf et battre pour bien incorporer.Ajouter le mélange sucre-cacao en ail ernant avec juste ce qu\u2019il faut de crème bien chaude (env.A de tasse) pour obtenir un glaçage qui s\u2019étende bien.Ajouter en battant 1 c.à thé de vanille.it EsimSilliaii Un autre produit de qualité de STANDARD BRANDS LIMITED La Revue Populaire, avril 1962 41 Ces patrons sont imprimés en français.Si vous ne pouvez vous procurer ces patrons SIMPLICITY chez le marchand de votre localité, commande7-les avec le montant requis à l\u2019adresse suivante : Patrons \u2018 La Revue P 0 P U L A I R E\u201d, Dominion Simplicity Patterns Limited.74 Yorkville Ave, Toronto 5, Onta-b.Si vous habitez les Etats-Unis, adressez-vous à Simplicity Patterns, 200 Madison Ave.New York City, U.S.A.Rafraîchissante comme le printemps .Chaude et colorée comme le soleil d\u2019été ! Voilà une robe qui convient aussi bien aux jeunes filles qu\u2019aux jeunes femmes modernes.Cintrée à la taille, ample et légère, dégagée aux bras et à i'encolure, c\u2019est un modèle Simplicity \u2014 no 4257 pour dam^s et jeunes filles.Très chic.1 \u2022X i.M\t~\t'J** « i.4257 LE PRINCE CHARMANT \u2014\tSans doute, as-tu raison, Jean, et je conviens que je suis un peu folle.Mais si tu savais comme c\u2019est bon de croire et d\u2019espérer malgré tout, en dépit de tout !.\u2014\tPeut-être, mais il ne .faut pas.Je t\u2019assure, Any, qu\u2019il vaut mieux couper le mal dans sa racine.Etre héroïque, n\u2019est pas facile, et pourtant, je te demande de le tenter.Tu vas couper les ailes à ce trop beau rêve, oublier cette idylle impossible, et quand tu auras mis de Tordre dans tes pensées et dans ton coeur, tu te souviendras qu\u2019il existe un homme, un brave garçon, pour lequel tu représentes ce qu\u2019il y a de plus durable au monde.Quant à l\u2019autre, ma petite Any, dis-toi bien une chose : c\u2019est que, si charmante qu\u2019il t\u2019ait trouvée, tu n\u2019auras été pour lui que la distraction d\u2019un bal.la jeune fille d\u2019un soir, et rien de plus.\u2014 Je le sais.Mais tais-toi, ne me dis plus rien.Un rêve que l\u2019on brise, cela fait mal, mon pauvre Jean.Il reprit la correction des copies de ses élèves.Elle passa dans sa chambre, baigna ses yeux, et s\u2019habilla pour sortir.Il fallait penser au dîner du soir, et elle avati quelques achats à effectuer.A peine était-elle dans la rue qu\u2019elle se heurta à Xavier.Elle ne l\u2019avait pas revu depuis le soir du bal, mais comme son frère venait justement de lui dévoiler les sentiments du jeune homme, elle se troubla un peu en le voyant, et ce trouble qu\u2019il constata lui parut de bon augure, il supposa que Jean avait parlé, et que Any ne lui était pas hostile.Il en épreuva une joie très grande, et la force de dompter son habi -tuelle timidité.\u2014\tVous sortez bien tard, Mademoiselle Any, lui dit-il après l\u2019avoir saluée.\u2014\tC\u2019est vrai, mais je dois réparer un oubli.Heureusement ce que je désire trouver se trouve tout à ccté de chez moi.Et elle montrait en riant le magasin d\u2019un marchand de primeurs.Il marcha à côté d\u2019elle, et ils firent quelques pas sur le trottoir.Puis, comme la conversation s\u2019était engagée sur un film de cinéma que Xavier trouvait admirable, il demanda : \u2014 Pourquoi n\u2019allez-vous pas le voir ?Dites à Jean que s\u2019il veut vous y accompagner, j\u2019ai des places à des prix réduits par un de mes amis qui est journaliste ?Et il ajouta : \u2014 J\u2019y retournerai volontiers.Voulez-vous que nous décidions pour jeudi ?\u2014 Mais je ne demande pas mieux, si Jean y consent toutefois.\u2014 Oh ! je suppose que lorsque vous dites oui, ce brave Jean ne dit certainement pas non.\u2014 Il est vrai qu\u2019il est si bon pour moi.Il me gâte ridiculement, mais je l\u2019aime, moi aussi, de tout mon coeur, et jamais je ne le quitterai.\u2014 Même pour vous marier ?\u2014 Oh ! fit-elle avec un geste qui semblait repousser très loin cette perspective, je ne songe pas au mariage !.Et comme elle était devant la porte du magasin, elle coupa court à la conversation et tendit la main à Xavier pour lui dire adieu.\u2014 Je viendrais vous voir, si vous le permettez, reprit le jeune homme, et nous organiserons notre petite soirée de cinéma.\u2014 Eh bien, c\u2019est cela ! A bientôt, répondit-elle avec gentillesse.Il la quitta, emportant le souvenir de son joli visage souriant, et plus amoureux que jamais, il s\u2019en retourna, le coeur plein d\u2019espoir.Any, munie de ses petites provisions, revint vers sa demeure, un peu moins mélancolique qu\u2019elle n\u2019était partie.\u2014 J\u2019ai rencontré ton camarade Xavier, dit-elle à son frère, tout en ran ¦ géant dans une coupe les fruits qu\u2019elle venait d'acheter.\u2014 Où donc ?\u2014 Devant la porte.Jean éclata de rire : \u2014 Je présume qu\u2019il doit connaître par coeur la rue Bonaparte, à force de la parcourir en tous sens.Et tout cela dans l\u2019espoir de revoir vos beaux yeux, Mademoiselle.\u2014 Il m\u2019a offert des places de cinéma, et y viendra avec nous, si tu veux m\u2019y accompagner.\u2014 Mais, certainement.Quel jour ?\u2014 Jeudi.D\u2019ailleurs, il viendra demain t\u2019en parler.\u2014 J\u2019en suis ravi.Car, vraiment, Any, je voudrais que tu apprennes à le connaître, et, le connaissant, à l\u2019apprécier.Elle secoua sa jolie tête d\u2019un mouvement obstiné : \u2014 Ne te fais pas trop d\u2019illusions, Jean.Il est possible que je finisse par avoir beaucoup de sympathie, et même d\u2019amitié pour ce jeune homme, mais de là à l\u2019amour !.\u2014 Il n\u2019y a pas si loin que tu crois.Elle le regarda gravement, et dit avec reproche : \u2014 Tu es donc bien pressé de te débarrasser de moi, que tu me pousses ainsi au mariage.Tu peux donc envisager sans peine l\u2019idée de nous séparer ?Il répliqua : \u2014 Et f>°urquoi nous séparer ?Est-ce que dans ton futur ménage il ne pourrait pas y avoir une petite place pour moi ?\u2014 C\u2019est vrai, concéda-t-elle, pen sive.\u2014 Ainsi, il n\u2019y aurait rien de changé Et comme elle demeurait silencieuse : \u2014 Qu\u2019en penses-tu, Any ?\u2014 Ah ! fit-elle, énervée, et de nouveau prête aux larmes, je ne sais pas.Cesse de me persécuter ainsi, ne me parle plus de mariage.Cette idée seule m\u2019exaspère.Elle revint vers sa chambre, mit de Tordre dans ses armoires, et, reprise par le souvenir du bal elle songea tout d\u2019un coup à cette petite guirlande de myosotis dont elle avait fait un bracelet et qu\u2019elle n\u2019avait jamais retrouvé.\u2014 Où donc ai-je pu le perdre ?se demandait-elle.Elle se souvint qu\u2019en dansant, les doigts de René s\u2019y étaient posés, et elle pensa que sous la légère pression, le fragile bijou s\u2019était peut-être brisé.Elle soupira ; non d\u2019être privée de cette banale parure, mais de se trouver face à face avec d\u2019amers renoncements.Ah ! petite Any, petite Any, ce n\u2019est que dans les contes que le Prince-Charmant retrouve Cendrillon !.DANS LA VOITURE qui les conduisait au bal des Dormont d\u2019Ornoy, Mme Para-Boni demanda à René : \u2014\tEst-ce que la petite annonce dans les journaux a donné un résultat ?\u2014\tHélas ! ma tante, aucun ; vous m\u2019er.voyez désespéré.Elle le regarda, et, devant ses grands yeux désolés, elle s\u2019attendrit.¦\u2014 Mais c\u2019est qu\u2019il a de la peine, vraiment ! C\u2019est donc si sérieux, cette amourette ?\u2014 Ma tante, si je ne retrouve pas Any.j\u2019en deviendrai fou ! \u2014 Allons, allons, calme-toi, mon petit.Et tâche de te composer un visage moins mélancolique ; tu as plutôt Tail d\u2019aller à un enterement qu\u2019à une soirée dansante.Qui sait si une surprise ne t\u2019attend pas au seuil de ce salon ?Peut-être vas-tu y retrouver « la dame de tes pensées », comme on disait au bon vieux temps.Cet espoir que Mme Para-Boni venait de lui jeter dans l\u2019âme au moment pré- cis où la voiture s\u2019arrêtait devant la porte des Dormont d\u2019Ornoy, avait rendu à René toute sa sérénité.Ce fut avec son amabilité coutumière qu\u2019il alla saluer ses hôtes, et il n\u2019attendit que le prélude du premier tango pour engager la fille de la maison., Cette petite Eve, à la vérité, était charmante.Un teint mat, des yeux de braise, et le plus joli visage qu\u2019on pût rêver, encadré par des boucles brunes.Une réplique parfaite des Vierges de Botticelli Mme Para-Boni suivait d\u2019un oeil attendri les évolutions savantes des deux jeunes gens.« Ils font un couple admirable », songeait-elle.Et, persuadée que René ne retrouverait pas Any, elle entrevoyait déjà un mariage prochain, ce qui la comblait d\u2019aise.Pensant à cette petite inconnue qui avait pris d\u2019assaut le coeur jusque-là inaccessible de son neveu, elle en venait à croire \u2014 non sans raison \u2014 qu\u2019il avait eu affaire à quelque gentille midinette, qui, par jeu, gaminerie, ou toute autre raison, s\u2019était parée pour un soir d\u2019un nom imaginaire.Si elle avait lu les annonces des journaux, elle préférait ne pas y répondre, sans doute pour ne point dévoiler la supercherie.En somme, Mme Para-Boni, dont le rude bon sens était proverbial, voyait à peu près juste dans cette romanesque histoire.Personnellement, elle avait mis un point final sur l\u2019idylle et l\u2019aventure de René, et, ayant jeté son dévolu, au point de vue matrimonial, sur la petite Dormont d\u2019Ornoy, elle se réjouissait de voir que ses projets n\u2019étaient peut-être pas loin d\u2019aboutir.Cependant, si elle avait été plus perspicace, elle eût constaté que le visage de René s\u2019assombrissait à mesure que le temps passait.Car, si des invités retardataires faisaient parfois leur entrée dans le salon, Any n\u2019apparaissait toujours pas.Il continuait à danser avec Eve, mais, malgré sa parfaite éducation, il ne parvenait qu\u2019avec effort à rester le brillant causeur qu\u2019il avait coutume d\u2019être.Il connaissait beaucoup la jeune fille, qu\u2019il rencontrait souvent dans le monde, au théâtre et sur des terrains de tennis, et elle était certainement, parmi ses camarades féminines, celle avec laquelle il sympathisait le plus.Il aimait ses beaux yeux sincères, sa franche poignée de main et la loyauté qu\u2019elle apportait dans ses moindres actes.En faire sa femme ne lui eût point paru impossible, et il l\u2019aurait sans doute aimée s\u2019il n\u2019y avait eu cette merveilleuse créature qui avait nom Any.Il devint peu à peu si distrait, si taci-turnè, qu\u2019Eve s\u2019en aperçut.Ils venaient de passer dans le petit boudoir attenant à la salle de bal, et on leur versait des rafraîchissements.Elevant sa coupe pleine, René eut subitement la vision d\u2019Any assise à ses côtés, ses lèvres roses effleurant la mousse pétillante.Il réentendit sa voix, son rire ; il revit le bleu de ses yeux, l\u2019or de sa chevelure, la chair nacrée des épaules.Ce fut si fort, si poignant, que, troublé, il dut reposer son verre sur la table.Sa main tremblait.Eve se mit à rire : \u2014Vous, mon cher ami, ou je me trompe fort, ou vous êtes amoureux ! \u2014 C\u2019est vrai ! avoua-t-il sans ambages.\u2014 Ah ! comme vous me faites plaisir, René ! \u2014 Pourquoi ?demanda-t-il, interdit.\u2014 Mais, mon cher, parce que si vous êtes déjà amoureux, il n\u2019y a aucun risque que vous le deveniez de moi \u2014 Et ça vous ennuierait si fort que ça que je fusse épris de vous ?\u2014 Mon Dieu, cela me créerait peut-être des discussions avec ma famille, qui rêve, \u2014 je ne vous apprendrai rien, je suppose, \u2014 d\u2019unir d\u2019un lien légal nos deux intéressantes personnes.\u2014 Vous ne me ferez donc pas l\u2019honneur de m\u2019agréer pour époux ?\u2014 Mon cher René, vous êtes le garçon le plus séduisant de la terre, mais vous connaissez cette formule : « N\u2019est pas beau ce qui est beau : est beau qui plaît.» \u2014 Ce qui revient à dire que je ne vous plais pas ?\u2014¦ C\u2019est-à-dire qu\u2019il y a un autre qui me plaît plus que vous.42 La Revue Populaire, avril 1962 LE PRINCE CHARMANT \u2014 Ah! ah! amoureuse, vous aussi, alors, ma petite Eve ?\u2014 Confidence pour confidence : ra-contez-moi votre petite histoire, je vous dirai ensuite la mienne.\u2014 Eh bien, voilà, commença René.Il parla longuement.A cette jeune fille qui l\u2019écoutait avec une attention passionnnée, il dit comment il s\u2019était cru obligé d\u2019assister au bal de « La Gascogne » malgré la corvée que cette obligation représentait pour lui.Et puis, tout d\u2019un coup, tandis qu\u2019il errait de salle en salle, attendant le moment où, sans être incorrect, il pourrait s\u2019en retourner, il s\u2019était trouvé en présence d\u2019Any.Il évoqua la radieuse apparition.Les yeux fermés, il dépeignit l\u2019angélique visage, l\u2019éblouissement de la chevelure, toute cette gamme miraculeuse de bleu, d\u2019un bleu céleste qui donnait à cette créature terrestre un air d\u2019im matérialité.\u2014 Elle m\u2019a dit s\u2019appeler Any de Mont-gesty.J\u2019ai eu l\u2019imprudence de ne pas lui en demander davantage ; ce qui fait que j\u2019ignore complètement en quel coin de Paris elle habite.Et il expliqua de quelle manière sa tante avait cru possible de la retrouver en consultant le Bottin.Puis, ce moyen-là s\u2019étant avéré inefficace, il avait eu recours à l\u2019annonce dans les grands quotidiens.Peine perdue.Tout échouait.Personne ne connaissait cette famille de Montgesty, et enfin, cette jeune fille, si elle avait lu l'entrefilet des journaux, préférait sans doute renoncer à son bracelet plutôt que de susciter une nouvelle rencontre avec un danseur d\u2019un soir.Il y avait là une énigme d\u2019autant plus irritante qu\u2019il était à prévoir qu\u2019on ne la déchiffrerait jamais.\u2014 Si absurde que cela vous paraisse, ma petite Eve, conclut le jeune homme, j\u2019ai subi le coup de foudre.Oh ! je sais que ce n\u2019est pas moderne, que je vais vous paraître vieux jeu.Je n\u2019y puis rien.C\u2019est ainsi.On dirait qu\u2019on m\u2019a jeté un sort.Je suis véritablement envoûté.Cette enfant charmante rencontrée un soir, dont je ne savais rien avant ; dont je ne saurai peut-être jamais rien de plus, je l\u2019aime à en perdre la raison.Elle est devenue le but unique de ma vie ; pour la découvrir, je donnerais toute la fortune des Para-Boni.\u2014 Je vous aiderai dans vos recherches, promit Eve.Je sais trop ce que c\u2019est qu\u2019un sentiment sincère ; pour ne-pas comprendre votre état d\u2019âme.Moi-même, je me trouve, du point de vue sentimental, dans une situation difficile.\u2014 J\u2019espère, s\u2019écria René, qui ne put s\u2019empêcher de rire, que l\u2019homme que vous aimez n\u2019est pas du moins inaccessible ?\u2014 Oh ! non, il est réel, tout à fait abordable, il n\u2019a rien d\u2019un fantôme, loin de là.Mais il est pétri d\u2019un orgueil ridicule, et sous prétexte que la fortune de mes parents me met au-dessus de lui, il refuse de m\u2019épouser.\u2014 Eh bien, ce sont là des pensées tout à fait honorables.\u2014 Je n\u2019en disconviens pas.Mais faut-il que j\u2019aie peu de chance à une époque où il y a tant de coureurs de dot, d\u2019être tombée sur un phénomène pareil.Un homme qui m\u2019aime, que j\u2019adore, et qui ne veut pas entendre parler de mariage, parce que je suis trop riche ! \u2014-Il n\u2019y a qu\u2019un remède à cela.\u2014 Que je me ruine afin d\u2019unir nos deux misères ?\u2014 Non, mais de l\u2019aider à gagner, au plus tôt, le plus d\u2019argent possible.Que fait-il, ce garçon ?Il travaille, j\u2019imagine ?Et d\u2019abord, où l\u2019avez-vous connu ?\u2014 A la Faculté.Vous savez que j\u2019ai fait ma licence de Lettres.Nous suivions les mêmes cours.Par suite de je ne sais quels ennuis matériels, il était un peu en retard pour ses études et moi, par contre, j\u2019étais en avance.Bref, un travail commun, des lauriers universitaires, cueillis en même temps, des goûts identiques et des affinités physiques et morales que je n\u2019entreprendrai pas d\u2019approfondir, nous ont entraînés l\u2019un vers l\u2019autre.De la bonne camaraderie tout d\u2019abord, puis une estime réciproque, une amitié solide, et pour finir l\u2019amour ! Peut-être pas de ces élans passionnés qui entraînent aux pires folies, mais à coup sûr un sentiment sérieux, durable, et \u2014 chez moi tout au moins \u2014 définitif.J\u2019ai repoussé déjà pas mal de demandes en mariage.Mes parents, d\u2019ailleurs, n\u2019ont guère insisté pour me faire agréer ces maris éventuels, ils ne sont pas pressés de se débarrasser de moi au profit d\u2019un Monsieur qui ne leur apparaîtrait pas le gendre rêvé.Mais vous, mon cher René, c\u2019est autre chose.Je suis certaine que vous réunissez toutes les qualités requises, et je serai, à votre sujet, dûment sermonnée, voire persécutée jusqu\u2019à ce que je me sois décidée à prononcer le fameux « oui » traditionnel.C\u2019est pourquoi, si vous ne faites pas acte de candidature à ma main, vous me rendrez un fameux service ! \u2014 Après ce que je viens de vous confier, je suppose, ma petite Eve, que vous voilà pleinement rassurée sur mes intentions ?Je suis aussi résolu à épouser cette introuvable Any, que vous-même à convoler en justes noces avec votre étudiant.Et, à ce propos, comme il me serait agréable de contribuer à votre bonheur, je vous propose une chose.\u2014 Laquelle ?\u2014 Mettez-moi en relations avec ce jeune homme ; je causerai avec lui, je l\u2019étudierai, je le jugerai, et si, comme je l\u2019espère, il est digne de mon estime, et de votre amour, je m\u2019intéresserai à son avenir.\u2014 De quelle manière, René ?\u2014 Je lui proposerai un poste dans les magasins « La Gascogne ».Une direction en province, par exemple.On y gagne gros, je vous jure, et on peut arriver très loin.Ainsi, il ne vous opposera plus son manque de fortune.Dans quelques années, s\u2019il est travailleur et débrouillard, il en aura acquis une, plus belle que la vôtre.Dans un élan de gratitude, la jeune fille prit la main de René et la serra longuement dans les siennes.\u2014 Que vous êtes gentil!.Ah! je sens que je vous devrai mon bonheur ! s\u2019écria-t-elle.Il lui sourit, et quelques minutes ils demeurèrent silencieux, se regardant avec une mutuelle confiance, tandis que leurs visages revêtaient une telle expression de sérénité.Mme Para-Boni et Mme Dormont d\u2019Ornoy, qui passaient à ce moment-là devant le petit boudoir, jetèrent un rapide coup d\u2019oeil sur les deux jeunes gens, et, constatant la bonne entente qui semblaient s\u2019être établie entre eux, elles éprouvèrent une même satisfaction.\u2014 Ces chers enfants, murmura l\u2019une d\u2019elles, comme ils sont bien faits pour s\u2019entendre ! A quoi l\u2019autre répondit péremptoirement : \u2014 De toute évidence, Dieu, dans sa sagesse, les a crées l\u2019un pour l\u2019autre.« JE T\u2019AI DEJA DIT, Any, que je ne voulais pas t\u2019influencer en matière de mariage.» \u2014 Mais je te demande un conseil ?Jean regarda sa soeur, la vit grave, partagée entre des sentiments contradictoires, et bien qu\u2019il eût à se rendre à un rendez-vous qui l\u2019intéressait fort, il s\u2019assit auprès d\u2019elle, et s\u2019accorda encore quelques minutes de conversation.\u2014 Je crois que mon camarade Xavier est très sincèrement épris de toi, et que tu trouverais dans une vie commune, avec lui, un bonheur presque certain.\u2014 Mais penses-tu qu\u2019il est honnête de s\u2019engager pour toute une existence, alors qu\u2019on a le coeur tout plein d\u2019un autre, à un tel point que son souvenir s\u2019impose à chaque heure du jour et qu\u2019on n\u2019a ni la force, ni le désir de s\u2019en délivrer ?\u2014 Ma petite Any, tu déraisonnes.\u2014 Nullement ; je te montre avec loyauté ce qui se passe dans le plus secret de moi-même.\u2014\tAinsi, tu penses toujours à ton Prince Charmant ?\u2014\tSans espoir, hélas ! En ne répon- dant pas a cette petite annonce, j\u2019ai perdu la seule chance qui me restait de le revoir.Mais si absurde que soit mon rêve, je m\u2019y accroche, je le berce contre mon coeur !.Un amour, même impossible, c\u2019est si doux, Jean !.Il répéta d\u2019une voix bizarre : \u2014 Oui, Any, c\u2019est si doux.Surprise, car elle ne lui connaissait pas ce ton grave ni ce visage tout mélancolique, la jeune fille ne put s\u2019empêcher de dire : \u2014 Je suis enchantée que tu m\u2019approuves, mais je ne m\u2019attendais pas à une telle compréhension de ta part.\u2014 Me crois-tu donc incapable d\u2019éprouver un sentiment semblable ?Elle se mit à rire.\u2014 Certainement non.Mais que veux-tu, je n\u2019avais jamais pensé que tu pouvais, toi aussi, devenir amoureux.Il parut surpris, et même un peu fâché.\u2014 Pourquoi?Je n\u2019ai ni l\u2019âge ni le physique d\u2019un grand-père.\u2014 Excuse-moi, Jean, je n\u2019ai pas voulu te peiner, mais tu ne vois aucune femme, aucune jeune fille ?\u2014 Qu\u2019en sais-tu ?A cette minute, Any réalisa brusquement qu\u2019elle ignorait, en effet, tout ce que pouvait être la vie sentimentale de son frère.Elle le voyait acharné au travail, toujours penché sur des livres ou des cahiers, il ne parlait que de ses cours, de ses élèves, ou de ses professeurs.Jamais il ne sortait le soir.Comment eût-elle supposé que Jean avait un tendre secret, une idylle cachée, un amour qui, peut-être, lui remplissait le coeur ?Elle lui mit la main sur l\u2019épaule, et affectueusement demanda : \u2014 Pourquoi as-tu si peu confiance en moi, que tu me caches une chose essentielle de ta vie ?Il haussa les épaules avec lassitude : \u2014 A quoi bon parler de ce qui ne sera jamais ?\u2014 Il y a un obstacle à ton amour ?\u2014-Il y en a un, que, moi, je juge infranchissable.\u2014 Celle que tu as choisie ne t\u2019aime pas ?\u2014 Elle m\u2019aime infiniment, au contraire.\u2014 Alors, ce sont ses parents, peut-être, qui s\u2019opposent ?\u2014 Je ne connais pas ses parents.Et il ajouta : \u2014 Ne cherche pas à comprendre, Any, et n\u2019y pense plus.J\u2019ai laissé échapper devant toi une partie de mon secret, et je le regrette.Mais quelquefois la peine est trop lourde, et la résignation moins complète.\u2014 Jean, je suis désolée de te savoir malheureux.Ne puis-je rien pour toi ?\u2014 Si, être heureuse toi-même.Ta joie sera la mienne, ton foyer sera le mien.C\u2019est pourquoi je souhaite te le voir bâtir avec un brave et loyal garçon.\u2014 Ah ! nous y revenons ! soupira-t-elle.\u2014 Mais oui, revenons-y ! C\u2019est la seule chose intéressante pour moi, je te le jure.Sur mon rêve impossible je veux l\u2019oubli.Et toi, petite soeur, ne peux-tu en faire autant ?Vas-tu sacrifier un destin de toutes manières acceptable, à la douceur de caresser entre tes bras une chimère ?Elle dit d\u2019un ton net : \u2014 Je n\u2019aime pas Xavier.Depuis que je le connais, qu\u2019il vient ici, que nous sortons ensemble, j\u2019ai fait de grands efforts pour m\u2019attacher à lui.Il est un ami charmant, un bon camarade, mais jamais je ne pourrai le considérer comme un fiancé éventuel, un mari possible.Et enfin, je l\u2019estime trop pour lui apporter un coeur qui, hélas ! ne m\u2019appartient plus.\u2014 En ce cas, il serait honnête de ne pas encourager plus longtemps ses espoirs.\u2014\tJe suis de ton avis, tu lui parleras.Jean fit la grimace.\u2014\tTu me charges là d\u2019une bien vilaine mission Je n\u2019aime pas faire de la peine aux autres.\u2014\tAh! fit-elle, sceptique, je n\u2019ai pas la fatuité de croire qu\u2019il en aura beaucoup ! Un peu de regret, sans doute, [ Lire la suite page 48 ] Sucrez-le sans calories! Sucrez votre café ou votre thé avec Sucaryl, et vous n\u2019aurez plus envie de vrai sucre! Surveiller son poids n\u2019est plus un problème.Avec Sucaryl, qui n\u2019a aucun goût amer, vous pouvez vous régaler avec vos desserts favoris sans y ajouter une seule calorie! On l\u2019emploie facilement en cuisine.* Demandez Sucaryl en comprimés ou en solution dans toutes les pharmacies! *Demandez à votre pharmacien la brochure gratuite des \u201cRecettes moins riches en calories avec le Sucaryl Recherchez les produits alimentaires et les boissons à basses calories marqués: \"Sucré avec Sucaryl\u201d, dans votre magasin habituel.h 1120F La Revue Populaire, avril 1962 43 Je t\u2019aime, tu m aimes, ON S\u2019AIMERA jusqu7au bout du monde On a ri, chanté, dansé à la fête.Il n\u2019y avait que du soleil dans les coeurs ; c\u2019était merveilleux ! Mais toute bonne chose a une fin, et la réception terminée, les invités ont dû laisser à regret les jeunes amoureux.Pour eux, la vie commence maintenant, ils n\u2019ont jamais été aussi heureux.L\u2019AVENIR et LE MONDE leur appartiennent.Ils n\u2019ont qu\u2019une hâte, qu\u2019un seul désir en tête .Entreprendre ce magnifique voyage de noces depuis si longtemps rêvé.Se retrouver tous les deux, dans un décor, une atmosphère à la hauteur de leur amour.Tout est organisé.L\u2019endroit est choisi depuis longtemps : Ils iront à JASPER et s\u2019y rendront par train, car en plus de voyager confortablement, ils ne veulent rien perdre du paysage qui s\u2019offrira à leurs yeux tout au long du trajet.Une fois rendus, ils s\u2019installeront au « Jasper Park Lodge», situé sur les bords du lac Beauvert, au coeur des Montagnes Rocheuses.Dans des conditions ordinaires, ce voyage eut été assez dispendieux, mais profitant du plan de « Voyage Organisé » que la compagnie ferroviaire C.N.R.offre à tout le monde, nos jeunes mariés s\u2019en tireront à peu de frais.texte : MICHELE JUNEAU PHOTOS : DICK NYE Il est 2:15.Le départ aura lieu dans une heure.Pour se remettre des émotions de la matinée, Suzanne et son mari, profitant des bons conseils d\u2019un guide placé là tout exprès, se réfugient au Beaver Club de l\u2019Hôtel Reine Elizabeth.Parce que rien ne compte plus pour eux (pie la joie d\u2019être ensemble, ils s\u2019offrent quelques petites douceurs et se laissent aller à la joie du départ prochain.m * y JÜBS.- kî' 'i,.|U\\ \u201cs* T** »ï J* m a* 44 La Revue Populaire, avril 1962 K7- üp* \u2022m La Revue Populaire, avril 1962 4 b : Leur premier appartement.Comme ils sont heureux.Ils goûtent chaque moment de cette merveilleuse détente.Le train a quitté la gare.Ils sont bien installés dans une luxueuse chambrette qui réunit la chambre à coucher et le boudoir .Tout a été pensé en fonction de leur confort : une large fenêtre panoramique leur permet de contempler le paysage, des fauteuils' les accueilleront durant leurs heures de lecture.Dans un wagon attenant, ils prendront demain leur premier repas en tête-à-tête .La vie est belle .la vie est merveilleusement belle ! .W iüi 46 La Revue Populaire, avril 1962 Voyage « Maple Leaf » M-33 VOYAGE DE 12 JOURS DE MONTREAL A JASPER, AU LAC LOUISE ET A BANFF Départs quotidiens du 6 juin au 31 août inclusivement.$798.00 pour 2 personnes PREMIERE CLASSE (2 par chambre) $399 chacune Lit du bas pour chaque personne CLASSE TOURISTE $361.00 chacune Lit du bas pour chaque personne VOITURE ORDINAIRE SEULEMENT $329.00 chacune Les prix indiqués comprennent l\u2019hébergement au Jasper Park Lodge, au Château Lac Louise et à l\u2019hôtel Banff Springs.Les voyageurs qui désirent être hébergés ailleurs pourront déduire $32.00 pour une chambre simple et $23.00 pour une chambre double.1er jour \u2014 Dép.MONTREAL .3 h.15 PM par le «Super Continental» du Canadien National (Gare Centrale).3e jour \u2014 Arr.JASPER.6 h.35 PM Canadien National (Gare du Canadien National).Le prix comprend : Le billet de chemin de fer aller-retour.Un lit du bas.Le transfert au Jasper Park Lodge.Une chambre avec bain pour trois nuits au Jasper Park Lodge, tous les repas commençant et finissant avec le petit déjeuner et la visite des lieux d\u2019intérêts suivants : 4e JOUR \u2014 Départ du Lodge à 2 h.30 de l\u2019après-midi pour une randonnée de 44 milles (durée de trois heures) au mont Edith Cavell et au glacier de l\u2019Ange, Tune des visites les plus pittoresques du parc Jasper, qui permet d\u2019admirer les aspects les plus grandioses des Rocheuses.5e jour \u2014 Départ du Lodge à 9 h.15 du matin pour une tandonnée de 3 heures comprenant le village de Jasper, les lacs Patricia et Pyramid, au pied du mont Pyramid, et de là à travers la vallée d\u2019Athabasca jusqu\u2019au canyon Maligne, un ravin remarquable d\u2019une profondeur de 188 pieds.6e jour \u2014 Départ du Lodge à 9 h.du matin par l\u2019autocar de Jasper Lodge Motor Transport en direction du Lac Louise.La visite, une des plus pittoresques des Rocheuses, comprend un arrêt a la mer de glace Columbia, la plus grande et la plus impressionnante en deçà de l\u2019Arctique.Déjeuner au Columbia Icefield Chalet.Arr.LAC LOUISE.6 h.00 PM.Une chambre avec bain pour deux nu ts, tous les repas et la visite des lieux d\u2019intérêt suivants compris : 7e jour \u2014 Départ de l\u2019hôtel à 10 h.du matin pour une randonnée de 2 heures au lac Moraine et dans la vallée des Dix Pics.Départ de l\u2019hôtel à 1 h.30 PM pour une randonnée de 4 heures au lac Emeraude en passant par la vallée Yoho, le Continental Divide et Field.8e jour \u2014 Journée libre.Dép.LAC LOUISE .4 h.00 PM.Arr.BANFF .6 h.30 PM.Une chambre avec bain pour deux nuits, tous les repas et la visite des lieux d\u2019intérêt suivants compris : Départ de l\u2019hôtel à 1 h.15 PM pour une 9e jour \u2014 visite de Banff (durée de 2 heures), comprenant l\u2019Enclos des bisons, la Cave, le Bassin, les Chutes et le Tunnel.Journée libre.Transfert à la gare de Banff.10e jour \u2014 Dép.BANFF.3 h.07 PM pai le «Canadian» du Pacifique Canadien (Gare du P.C.).Un lit du bas.12e jour \u2014 Arr.MONTREAL.8 h.40 PM Pacifique Canadien (Gare Windsor).La Revue Populaire, avril 1962 47 SEtyrrj §§ W&ÊiÊÈÈËÈÈm IE ¦ .L.i j j* *b££L- \u2022¦' ' &èS» s»J8fei Ils sont là .ils ne trouvent plus les mots.Le Jasper Park Lodge les accueille et leur offre quelques-uns des | plus beaux moments de leur vie.photos : CANADIAN NATIONAL RAILWAYS OU ALLER ENCORE ?Eux, ont choisi d'aller à Jasper, mais il existe plusieurs autres endroits tout aussi agréables dont les prix de transport s\u2019adaptent peut-être mieux encore à un budget limité.Le seul problème est de faire un choix, mais chose certaine, le voyage de noces quand on peut y songer sérieusement est indispensable.Sinon, on le regrettera un jour de s\u2019en être abstenu aujourd'hui.Deux semaines, c\u2019est évidemment l\u2019idéal, mais même deux ou quatre jours peuvent suffire à commencer une nouvelle vie dans le bonheur le plus complet.Nous avons donc trouvé cinq exemples type de ces voyages que tout jeune couple peut s\u2019offrir, quel que soit ses moyens financiers.Il est à noter que les prix mentionnés sont toujours pour DEUX personnes.Pour $ 270.00 \u2014 De Montréal à la Péninsule île Gaspé (5 jours) Pour $ 246.00 ______ De Montréal à New York et Washington (8 jours) Pour $ 134.00 \u2014 De Montréal à Toronto et aux Chutes Niagara (4 jrs) Pour $ 100.00 \u2014 De Montréal à New York (4 jours) Pour $ 44.00 \u2014 Une fin de semaine au Château Laurier à Ottawa Pour obtenir «le plus amples renseignements concernant le plan de voyage organisé, il vous suffit «le communiquer avec le bureau «le la compagnie C.N.R., 935 ouest, Lagauchetière.Téléphone 877 - 5430.Demandez les VOYAGES MAPLE LEAF.LE PRINCE CHARMANT mais une autre jeune fille aura tôt fait de lui faire oublier Any.\u2014 Ainsi soit-il ! conclut Jean, qui parut avoir retrouvé sa bonne humeur Il se leva pour partir.Il embrassa sa soeur, et descendit en hâte l\u2019escalier, car il voulait être au café Dupont, Boulevard Saint-Michel, à l\u2019heure indiquée pour son rendez-vous ; il n\u2019avait plus de temps à perdre.A la même minute où Jean quittait son modeste appartement de la rue Bonaparte, Eve Dormont d\u2019Ornoy et René entraient précisément dans ce I café si gai, si animé, rendez-vous habi-: tuel d\u2019une grande partie d\u2019étudiants.Le « Dupont », au Quartier Latin, ! occupe une place de choix.Situé en i plein centre du Boulevard Saint-Mi-j chel, à deux pas du Boulevard Saint-! Germain, face à cette petite rue de i l\u2019Ecole de Médecine qui conduit à la ; Faculté, et proche de la Sorbonne, il ! offre à ceux qui le fréquentent, sa ter-: rasse bariolée et cosmopolite, ses salles 5 décorées dans le goût moderne, et le l charmant imprévu de son aquarium.Eve et René avisèrent une petite § table à l\u2019écart, dans un coin d\u2019ombre, et les consommations commandées, ils || causèrent.\u2014 Vous êtes bien gentil d\u2019avoir ré-: pondu à mon appel, dit la jeune fille, i Je craignais que mon coup de télé\u2014 l| phone ne vous atteigne pas.Vous au-!| riez pu être sorti, avoir des affaires I urgentes, que sais-je ?Un tas de rai-|l sons pour ne point venir ce soir.\u2014 Vous savez bien que j\u2019aurais tout f laissé pour vous faire plaisir.\u2014 Merci.Vous êtes un précieux ca-| marade.Je vous aime bien, René.Il se mit à rire.!\t\u2014 Moins que l\u2019autre cependant ?\u2014 Ce n\u2019est pas la même chose.\u2014 Oui, « lui », c\u2019est le bien-aimé.il Viendra-t-il seulement ?\u2014 N\u2019en doutez pas.Chaque fois que l|l nous nous rencontrons, il jure ses ||| grands dieux que c\u2019est la dernière, car 1 il prétend que, ne pouvant être rien 1 l\u2019un pour l\u2019autre, il vaut mieux ne l|l plus nous revoir.Mais il est sans doute | bien difficile d\u2019être héroïque, car il | n\u2019a jamais la force de ne point venir 1 au rendez-vous que je lui donne.,.\u2014 Et c\u2019est ici que vous le retrouvez ?I \u2014Pas toujours.Parfois dans un | musée, ou dans un jardin, au Luxem-| bourg par exemple.J\u2019adore le petit | coin près de la Fontaine Médicis.\u2014 Et de quoi parlez-vous, puisque tout projet d\u2019avenir est, je le suppose, banni de vos entretiens ?\u2014 Oh ! nous n\u2019avons pas l\u2019air d\u2019amoureux ! Le plus souvent, nous arrivons chargés de livres, nous les commentons, nous discutons.Oui, nous ne sommes pas toujours d\u2019accord.même en littérature.Mais quand nous nous quittons nos mains s\u2019unissent, nos yeux se prennent, et nous retournons chacun vers notre vie, avec, quand même, un pauvre petit bonheur serré dans nos ! bras.René regarda Eve malicieusement, et ne put s\u2019empêcher de la taquiner.\u2014 Savez-vous que ça pourrait durer longtemps, ce petit jeu ?\u2014 Hélas ! il a son orgueil ; et moi, mon entêtement.Aucun de nous ne cédera.Il met sa fierté, une fierté d\u2019homme ridicule, absurde, au-dessus de son amour.Et moi, j\u2019ai juré de vaincre cette fierté.J\u2019aurais une telle joie à lui apporter, en même temps que le don absolu de tout mon être, ces biens matériels qu\u2019il repousse, qui sont un obstacle entre nous.Mes parents m\u2019aiment trop pour ne point accueillir celui que j\u2019aurai choisi.Après quelque résistance, je sais bien qu\u2019ils \u2022 céderaient.Mais ce terrible garçon a une tête de granit ! Aussi, je n\u2019espère plus qu\u2019en vous, René.\u2014 Et vous avez raison, tout cela va |: s\u2019arranger.La porte du fond s\u2019ouvrit brusquement, un homme entra.Deux cris sa-:\tluèrcnt à la fois son apparition ! \u2014 Voilà Jean, annonça Eve joyeuse-! ment.\u2014 Et voilà M.de Montgesty, jeta René ||§ avec une surprise indiciple.48 La Revue Populaire, avril 1962 LE PRINCE CHARMANT Alors s\u2019apercevant que leurs regards convergeaient vers la même personne, ils se considérèrent quelques secondes, sidérés.\u2014 Bonjour, Eve.Tiens, Monsieur Para-Boni ?Mais ne s\u2019expliquant pas comment celle qu\u2019il aimait et le jeune directeur des magasins «La Gascogne» se trouvaient réunis à la même table, dans une salle du « Dupont », le frère d\u2019Any, debout devant eux, demeurait sans parole.Eve, la première, se ressaisit : ¦\u2014Mon cher Jean, je voulais vous présenter M.Para-Boni, qui est un de mes bons amis.Mais je vois que la présentation est inutile.Vous vous êtes déjà rencontrés ?\u2014 Au bal de « La Gascogne », en effet, répondit Jean.Mais peut-être ce souvenir s\u2019est-il effacé de votre esprit, Monsieur ?\u2014 Nullement.Et René ajouta, marquant sous la banalité de ses paroles l\u2019émoi qui l\u2019envahissait.\u2014 Mlle de Montgesty va bien ?Je n\u2019ai pas eu le plaisir de la revoir depuis le bal.Jean la regarda avec des yeux effarés.\u2014 Mlle de Montgesty?Je ne sais à qui vous faites allusion, Monsieur.\u2014 Mais à votre soeur, Mlle Any ?\u2014\tA ma soeur?.à Any.Un fou rire secoua Jean, qui ne parvenait pas à retrouver son calme.\u2014\tAny ! parvint-il à dire.Pardonnez-moi, Monsieur, mais ce nom que vous venez de lui donner, je l\u2019avais totalement oublié.\u2014\tCe n\u2019est donc pas le sien et le vôtre ?\u2014\tOh, pas du tout ! \u2014\tEh bien, je m\u2019en doutais ! s\u2019écria René, visiblement soulagé.\u2014\tPourquoi ?\u2014\tOh ! pour des tas de raisons qu\u2019il serait trop long de vous expliquer.du moins ici, mais que je compte bien vous donner un jour.Alors, puisque vous n\u2019êtes pas M.de Montgesty, je serais tout de même bien aise de connaître votre véritable identité, car Eve, qui m\u2019a beaucoup parlé de vous, et a bien voulu me confier le charmant projet vous concernant tous deux, n\u2019a oublié qu\u2019une chose : de me dire votre nom.\u2014\tJean Raven.\u2014\tEh bien, Monsieur Raven, avant d\u2019entrer dans le coeur même du sujet pour lequel nous sommes réunis tous les trois, je voudrais vous poser une question.Oh ! une question tout à fait personnelle.Vous permettez, Eve ?\u2014 Je vous en prie, mon cher René.Je comprends très bien ce que vous allez dire.Elle souriait, heureuse de ce qu\u2019elle entrevoyait, prévoyant que les choses allaient s\u2019arranger miraculeusement pour elle, pour René et qu\u2019il y aurait du bonheur à cueillir pour chacun d\u2019eux.¦\u2014Voulez-vous m\u2019expliquer pourquoi, au bal de « La Gascogne », votre charmante soeur s\u2019est fabriqué cet état civil inattendu ?\u2014 Oh ! fit Jean avec vivacité, elle a cédé à un enfantillage, à une gaminerie de petite fille un peu grisée par toutes les joies nouvelles que cette soirée lui apportait.Ne lui en veuillez pas, je vous en prie.\u2014 Je ne lui en veux que d\u2019une chose, c\u2019est d\u2019avoir failli ne pas la retrouver.\u2014 Pourquoi?osa demander Jean.René le regarda avec des yeux dans lesquels passait toute l\u2019ivresse du monde, et au risque d\u2019être entendu de tout le café, il s\u2019écria : \u2014 Mais parce que je l\u2019aime, Monsieur, parce que je l\u2019aime ! « MA TANTE, ma bonne Tante, faites brûler un cierge à Saint Antoine de Padoue ! J\u2019ai retrouvé Mlle de Montgesty.c\u2019est-à-dire Mlle Raven ! Et René, qui venait d\u2019entrer comme un fou dans le petit salon de Mme Para-Boni, la prit délibérément par la taille et l\u2019entraîna dans un tour de valse échevelée.Vous pouvez avoir confiance quand vous donnez ASPIRIN aromatisé, format pour enfants \u2014 Perds-tu la tête ! s\u2019écria la vieille dame.Ou as-tu juré ma perte ?Danser, à mon âge ! Tu veux donc me tuer, petit misérable ! Et elle retomba essoufflée sur son fauteuil.D\u2019un bond souple il fut à ses pieds et l\u2019embrassa.\u2014 Je veux que vous viviez le plus longtemps possible, pour qu\u2019il vous soit donné de faire sauter sur vos genoux vos petits-neveux, et même vos arrières-petits-neveux, car, ma bonne tante, la fin de l\u2019année ne s\u2019écoulera pas sans que vous ayez réalisé votre rêve : marier votre René.\u2014\u2022 J\u2019en suis fort aise, répondit Mme Para-Boni, mais je dois te dire que je ne comprends rien à ta joie, à ta demoiselle de Montgesty, et encore moins à ta demoiselle Raven.\u2014 Mais, c\u2019est la même.Elles ne font qu\u2019une seule et même personne ! \u2014 Une personne qui a deux noms ?Quel est ce phénomène ?\u2014 Ce phénomène est une exquise créature.Celle que vous nommiez « la jeune fille d\u2019un soir ».Cette jeune fille d\u2019un soir sera la femme de toute ma vie.\u2014 J\u2019entends bien.Ainsi, tu es parvenu à la retrouver ! Mme Para-Boni enleva ses lunettes qui cachaient ses yeux, se frotta les paupières d\u2019un mouvement énergique, et dit, drôlement : \u2014 Pince-moi, René, pince-moi fort ! car certainement je dois dormir.je rêve.Tout ce que tu me dis est absurde.Any, le frère d\u2019Any .tout cela tient du conte de fées ! \u2014 Et croyez-vous qu\u2019il n\u2019y ait que M.Perrault pour en inventer de merveilleux, d\u2019éblouissants, d\u2019enchanteurs ?La vie a une imagination autrement féconde que celle des hommes \u2014 fussent-ils les mieux doués \u2014 et les histoires qu\u2019elle se donne la peine de former sont les plus belles.\u2014 Alors, René, sois gentil.Aide-moi à mettre un peu d\u2019ordre dans tout cet imbroglio.Reprends les faits à, leur début.Je suis tout oreille pour écouter ce moderne conte de fées.Elle s\u2019installa commodément dans sa bergère, et le jeune homme se mit en devoir de lui expliquer la conversation qu\u2019il avait eue avec Eve, la confidence que celle-ci lui avait faite de son amour et de l\u2019orgueil entêté de Jean.Puis il dit comment à l\u2019entrée de ce dernier, au « Dupont », il avait eu la surprise de reconnaître en lui le frère d\u2019Any.Enfin, il en arriva au puéril mensonge de la jeune fille, à ce nom d\u2019emprunt dont elle s\u2019était parée par une inconcevable vanité enfantine.\u2014 Il ne faut pas lui en vouloir, ma tante, pria-t-il.Cette petite Cendrillon moderne s\u2019est crue transportée dans le vieux conte de Perrault, et, voyant en moi le Prince Charmant de ses rêves, elle a joué une innocente comédie.Quand elle a lu l\u2019annonce que j\u2019ai fait insérer dans les journaux, elle a préféré renoncer à son bracelet plutôt que d\u2019avoir à donner son vrai nom et à dévoiler ainsi son innocent mensonge.\u2014 Tout ceci n\u2019est pas bien grave, dit la bonne dame.Veux-tu maintenant me parler un peu de son frère, et me dire où et comment Eve et lui se sont connus ?Complaisamment, René vanta les qualités, les mérites et le parfait désintéressement de Jean Raven.\u2014 Alors que tant d\u2019autres eussent traité de « bonne affaire » un mariage avec la fille unique du banquier Dor-mont d\u2019Ornoy, lui, au contraire, refusait cette fortune qui s\u2019offrait.Il ne voulait pas d\u2019une femme plus riche que lui.Il préférait renoncer au bonheur.Immoler son jeune amour plutôt que de passer aux yeux du monde pour un profiteur et un coureur de dot.\u2014 Ce jeune homme me plaît, déclara sans amabages Mme Para-Boni.Ne peut-on faire quelque chose pour lui, mon enfant ?René répondit avec vivacité : \u2014 J\u2019y ai déjà pensé, ma tante, cai j\u2019étais certain de votre approbation C'est pourquoi j\u2019avais demandé à Eve de me mettre en relations avec M.Raven.Je voulais lui proposer la direction d\u2019une de nos succursales en province.Ayez confiance qu\u2019AspiRiN Aromatisé, Format pour Enfants, correspond à la dose recommandée pour les enfants\u20141V4 grain d\u2019AspiRiN\u2014pour un soulagement rapide et doux des douleurs et de la fièvre résultant d\u2019un rhume.Ayez confiance que sa qualité est contrôlée.Aspirin Aromatisé, Format pour Enfants, est soumis à de nombreux essais afin d\u2019assurer son degré d\u2019excellence uniforme.Ayez confiance que l'action de floconne-ment instantané, comme l\u2019ont vu des médecins, permet à Aspirin, Format pour Enfants, d\u2019entrer dans l\u2019estomac sous forme de petits flocons mous, prêts à agir en deux secondes seulement! 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L\u2019avoir tant cherchée, s\u2019être débattu pendant des mois entre des alternatives d\u2019espoir et de désespoir, avoir presque renoncé à cette joie merveilleuse de la revoir, et puis là, tout à coup, sentir que le bonheur s\u2019approche, qu\u2019il^ n\u2019est plus qu\u2019à un pas de moi.J\u2019étais comme fou.comme ivre.\u2014 Allons, fit Mme Para-Boni en hochant la tête, tout cela c\u2019est très joli, mais vous n\u2019allez pas, Eve et toi, vous jeter tête baissée dans ces mariages sans avoir pris quelques renseignements ?\u2014 Des renseignements?.Sur qui?sur quoi ?\u2014 Mais sur ces deux jeunes gens?Je veux bien croire qu\u2019ils sont pétris de qualités et d\u2019une moralité parfaite.Cependant, je juge bon de m\u2019en assurer.\u2014 Comment vous y prendrez-vous, ma tante ?\u2014 Compte sur moi, mon petit, je trouverai bien un moyen ?Oh ! discret, sois sans crainte.Je te prierai seulement de répondre à quelques questions que je vais te poser.D\u2019abord, as-tu revue cette jeune fille ?\u2014 Pas encore.Songez que ce n\u2019est qu\u2019hier au soir que j\u2019ai retrouvé ses traces.\u2014 Fort bien.As-tu son adresse ?\u2014 Rue Bonaparte, numéro 20.\u2014 Parfait, maintenant, je sais ce qui me reste à faire.Et souriante, elle ajouta : \u2014 Mon petit René, je suis convaincue que cette jeune fille est en tout point parfaite, que j\u2019aurais en elle la nièce rêvée, mais je ne serai complètement rassurée que lorsque la démarche que je me propose de faire sera terminée.Demain soir, à cette heure, tu viendras m\u2019en demander le résultat.Et maintenant, je ne te retiens plus.Va, mon enfant, va à tes occupations.IL N\u2019ETAIT PAS encore sept heures lorsque Any entendit dans l\u2019escalier le pas bien connu de son frère.Il montait en hâte, et fredonnait un refrain en vogue.\u2014\tComme tu es gai ! fit-elle en 1 embrassant.Et elle fut heureuse, car elle l\u2019avait vu partir soucieux et s\u2019en était inquiétée toute la journée.Il lui rendit son baiser, et répondit bien vite : \u2014 C\u2019est qu\u2019un bonheur, un très grand bonheur vient de m\u2019arriver, Any.je devrais même dire deux bonheurs ! Elle s\u2019activait à mettre le couvert, et frottait minutieusement une assiette.Sans cesser son travail de bonne ménagère, elle interrogea : \u2014 Puis-je te demander, sans indiscrétion, le nom de ces deux bonheurs-ià?D\u2019un ton qu\u2019il s\u2019efforçait de rendre détaché, il répondit : \u2014 L\u2019un s\u2019appelle Eve Dormont d\u2019Or-noy.\u2014 Ah ! ah ! fit-elle en riant, une femme ! \u2014 Non, une jeune fille ; la jeune fille que j\u2019aime, Any ! Elle reposa l\u2019assiette sur la table, et interrompit une minute la tâche coutumière pour reprocher gentiment : \u2014 Cachotier ! tu aimes une jeune fille et tu ne m\u2019en avais rien dit ?\u2014 A quoi bon! j\u2019avais fait un rêve que je croyais impossible.\u2014\til est donc devenu une réalité ?\u2014 Presque.Du moins, je possède aujourd\u2019hui le moyen de combler le fossé qui me séparait d\u2019elle.\u2014 Et d\u2019âbord, qui est-elle ?Parisienne ?\u2014'Bien entendu.C\u2019est la fille d\u2019un gros banquier de l\u2019Avenue Haussmann.\u2014 Une jeune fille du monde, alors?Et riche ?\u2014\tTrès riche ! C\u2019était même son seul défaut à mes yeux.\u2014\tOù l\u2019as-tu connue ?\u2014\tA la Faculté.C\u2019est une camarade de cours.Elle faisait les Lettres en amateur, pour le plaisir de s\u2019instruire, car tu penses bien qu\u2019elle n\u2019a pas besoin de travailler.Nous nous_ sommes aimés tout de suite, mais je m\u2019étais juré de ne la demander en mariage que muni d\u2019une situation qui me permettrait de gagner, dans l\u2019avenir, autant d\u2019argent qu\u2019elle peut en avoir actuellement.\u2014 Hélas ! ce n\u2019est pas en donnant des leçons de français que tu deviendras millionnaire.\u2014 C\u2019est ce que je pensais.Aussi n\u2019avais-je aucun espoir que cette petite Eve que j\u2019adore, puisse un jour être ma femme.Et c\u2019est ici qu\u2019intervient le miracle.\u2014 Quel miracle ?\u2014 Le miracle qui vient de se produire au « Dupont ».Any regarda Jean avec un peu d\u2019inquiétude.\u2014 Mon petit frère, te moques-tu de moi, ou perds-tu un peu la tête ?\u2014 Ni l\u2019un ni l\u2019autre, et tu le comprendras tout à l\u2019heure.Mais avant de te donner d\u2019autres détails sur ce qui m\u2019intéresse personnellement, je préfère te dire le nom de mon second bonheur.Il s\u2019arrêta quelques secondes, comme pour mieux préparer son petit effet, et enfin, il laissa tomber triomphalement : \u2014 Il s\u2019appelle René Para-Boni.De saisissement Any laissa tomber le verre qu\u2019elle tenait en main.\u2014¦ C\u2019est un présage de chance, déclara le jeune homme en ramassant en hâte les morceaux brisés.\u2014 Tu as revu M.Para-Boni ?interrogea Any, haletante.Où donc ?\u2014 Au « Dupont ».\u2014 Ah ! mon Dieu ! Tu lui as parlé ?\u2014 Evidemment, il m\u2019a demandé, avec beaucoup de courtoisie, si Mlle de Montgesty allait bien.\u2014 Ah! et tu as répondu?.\u2014 Que Mlle Any Raven se portait le mieux du monde.Il la vit pâlir, et ses beaux yeux furent pleins de larmes.Alors, cessant de la taquiner, il l\u2019attira tendrement près de lui.\u2014 Viens ici, petite soeur, dit-il, en la faisant asseoir à ses côtés.Viens, je vais te raconter tout cela par le menu.Il parla longtemps, et elle l\u2019écoutait attentive, émue, ravie, autant pour son frère que pour elle-même, car après le départ de René, Eve avait confié a Jean les projets d\u2019avenir les concernant.Quand il eut achevé son récit, il dit : \u2014 Et maintenant, tu en sais autant que moi-même.Tu sais que les magasins « La Gascogne » vont me confier des appointements de ministre.Eve va parler de notre amour à ses parents, et j\u2019espère que plus rien ne nous séparera.Nous nous marierons en fin d\u2019année.\u2014 Je suis heureuse pour toi, Jean, et j\u2019ai hâte de connaître ta fiancée.Et Any ajouta, après quelques secondes d\u2019hésitations : \u2014 René ne t\u2019a pas dit autre chose.Il ne t\u2019a pas chargé de rien de particulier pour moi ?\u2014 Et que voudrais-tu qu\u2019il m\u2019ait dit ?De te présenter ses hommages à Mlle de Montgesty, peut-être ?\u2014 Que tu es moqueur ! J\u2019espère qu\u2019il ne m\u2019en veut pas de ce ridiciule mensonge ?Il se pencha vers elle, la prit aux épaules, chercha les yeux inquiets, et enfin, il laissa tomber ces mots qu\u2019Any espérait, qu\u2019elle attendait passionnément du fond de son coeur.\u2014 Il m\u2019a dit, en parlant de toi: «Je l\u2019aime ; je l\u2019aime comme un fou.» \u2014 Ah ! fit-elle en tombant dans les bras de Jean.C\u2019est trop beau.c\u2019est trop beau.Une chose pareille, ce n\u2019est pas possible.\u2014 Mais si, petite Cendrillon, c\u2019est le conte de fée qui s\u2019achève.Quand Mme Para-Boni sortit de l\u2019église Saint-Sulpice, son visage rayonnait.Elle venait de voir le digne curé de la paroisse qui lui avait donné sur Jean et Any Raven des renseignements absolument parfaits et précis.Après une courte prière dans le sanctuaire, pour remercier Dieu de ce qu\u2019elle venait d\u2019apprendre et mettre les futurs époux sous la protection du Seigneur, la tante de René remonta dans sa voiture et se fit conduire chez elle.Une surprise l\u2019y attendait : Mme Dormont d\u2019Ornoy était installée dans son petit salon et paraissait en proie à une vive surexcitation.\u2014 Ma chère amie, expliqua-t-elle, votre femme de chambre m\u2019a bien dit que vous étiez absente, mais je me suis permise de m\u2019installer chez vous jusqu\u2019à votre retour.J\u2019ai une nouvelle tellement effarante à vous apprendre ! \u2014 Parions que je la connais déjà ! répondit Mme Para-Boni en souriant.\u2014 C\u2019est bien possible, jeta la mèie d\u2019Eve, décidée à ne plus s\u2019étonner de rien.\u2014 Dites-la tout de même \u2014 Eh bien, voilà : ma fille m\u2019a confié hier qu\u2019elle n\u2019aimait pas du tout votre neveu.Du moins, pas de ce sentiment particulier que l\u2019on doit éprouver pour un fiancé éventuel.\u2014 Comme ça tombe bien ! Rene, lui non plus, n\u2019aime pas votre charmante petite Eve.\u2014 Et ma fille en aime un autre ! \u2014 René aussi.\u2014 Un certain Jean Raven qu\u2019elle a connu à la Faculté de Lettres.\u2014 Une certaine Any Raven qu\u2019il a rencontrée dans un bal.\u2014 Allons, je vois que vous savez tout, dit Mme Dormont d\u2019Ornoy en se laissant tomber dans un fauteuil \u2014 Mais oui, ma bonne amie, je sais tout ce que vous savez vous-même, et probablement un peu plus.Car vous pensez bien que je ne me suis pas laissée convaincre par des exaltations d\u2019amoureux.J\u2019ai procédé à une petite enquête personnelle au sujet de ces deux jeunes gens.Elle a été des plus concluante et tout à fait à leur honneur.Ils sont sans fortune, mais travailleurs et courageux, et le curé do Saint-Sulpice, que je viens de voir, m\u2019a vanté leurs mérites.Je ne vois donc, pour ma part, aucune raison d\u2019empêcher René d\u2019épouser la jeune fille qu\u2019il aime.Cette franche déclaration laissa Mme Dormont d\u2019Ornoy quelque peu décontenancée.\u2014 Ce n\u2019est pas un mariage comme celui-là que j\u2019avais rêvé pour ma fille ! ne put-elle s\u2019empêcher de dire avec ur.peu d\u2019amertume.\u2014 Réalise-t-on jamais ses rêves?.répondit philosophiquement la tante de René.Dans la vie, la sagesse consiste à se contenter d\u2019un à peu près.Eve sera heureuse avec l\u2019homme qu\u2019elle aime ; que pourriez-vous demander davantage ?\u2014 Evidemment.\u2014-D\u2019autant plus que mon neveu a décidé de prendre son futur beau-frère comme associé.Une association dans une entreprise comme celle des magasins «La Gascogne» je n\u2019ai pas besoin de vous dire ce que ça représente.Ainsi, je pense que vous avez tout lieu de vous féliciter du choix de votre fille, et que vous pouvez le ratifier sans hésiter.Cette argumentation péremptoire eut le don de décider tout à fait Mme Dor-mont d\u2019Ornoy.Au fond, cette excellente personne ne demandait pas autre chose que céder au désir de sa fille qu\u2019elle avait toujours outrageusement gâtée.\u2014 Mon Dieu, fit-elle, devenue tout à fait souriante, je ne nie pas que ce M.Jean Raven soit un brillant parti.et puis du moment qu\u2019Eve l\u2019aime.\u2014 N\u2019est-ce pas ?c\u2019est l\u2019essentiel.Et Mme Para-Boni ajouta, avec sa bonhomie coutumière : \u2014 Nous marierons ces enfants le même jour.à Saint-Sulpice.Ce sera une cérémonie magnifique et dont tout Paris parlera.smiaBBii»** COMME PAR MIRACLE tout se transformait, tout se métamorphosait dans l\u2019existence de Jean et d\u2019Any, et leur 50 La Revue Populaire, avril 1962 Style 205/15 Chandail de fillettes Ages 8-14 Style 655/I0B Chandail Coton/Nylon Ages I- 3 Habit 1 629/26 Polojam fillettes Coton/Nylo y Style 106/200 Costume de Bain pour garçons Ages 2-4, 4-6, > a s 8-10, 12-14 5tyle 57/15 Chandail Ages 4 - 6x Style 458/10 Chandail en Coton Interlock Ages 2 - 6 ™¥f Style 652/30B s // pyjama d'enfants Coton/Nylon Ages I- 3 e 459/10 Chandail Ages 2-6, 8-16 Style 801/38 Chandail Fleecy avec Capuchon Ages 2-6, 8-14, et pour dames Style 210/15 Chandail pour fillettes Coton/Nylon Ages 8-14 Style 207/22 Chandail pour garçons Ages 8-14 LE PRINCE CHARMANT petit appartement de la rue Bonaparte devenait trop étroit pour contenir leu double bonheur.Les parents d\u2019Eve Dormont d\u2019Ornoj avaient fort bien accueilli leur futur gendre, que René s\u2019était fait un devoir et un plaisir d\u2019accompagner chez eux à leur première entrevue.« Le frère de ma fiancée, avait-il dit, mon associé dans l\u2019Administration des magasins « La Gascogne ».Et ces mots seuls, avec tout ce qu\u2019ils représentaient de matérielles et splendides réalités, auraient suffi pour entretenir l\u2019adhésion du banquier et de sa femme, si la bonne grâce de Jean et sa loyale physionomie ne les avaient tout de suite conquis.Quant à Mme Para-Boni, le jour où René, triomphant, lui avait amenée Any, son bon visage s\u2019était épanoui, ses bras s\u2019étaient ouverts pour serrer sur son coeur vraiment maternel la future héritière des grands magasins.\u2014 Je comprends ton «emballement», avait-elle dit le soir, à son neveu Cette jeune fille est une petite merveille.Vos enfants seront beaux comme des dieux ! A partir de ce moment-là, les deux mariages étant en principe décidés, elle se donna comme tâche d\u2019être la grande organisatrice de la doufcle cérémonie.Les Dormont d\u2019Ornoy se reposaient sur elle, certains que tout serait parfait.Quant aux jeunes fiancés, ils approuvaient tout, ratifiaient n\u2019importe quel projet, incapables d\u2019ailleurs de s\u2019attacher à des choses étrangères à eux-mêmes.Chaque après-midi les réunissait pour des promenades à travers Paris, ou dans la banlieue ensoleillée.A grand-peine, les jeunes filles s\u2019arrachaient à ces charmants plaisirs pour d\u2019inévitables stations chez les couturiers, les modistes ou les bijoutiers.Mais sur cette question Mme Para-Boni était inflexible, elle voulait que le jour de son mariage, Any eût vraimnet l\u2019air, dans son éblouissante et féerique toilette, de sortir vivante d\u2019un merveilleux conte de fées.Cependant dans l\u2019appartement de la rue Bonaparte, celle qui n\u2019était encore qu\u2019une simple petite fille, continuait sa vie quotidienne, faite de menues besognes et de travaux ménagers.Et de même Jean corrigeait plus consciencieusement que jamais les devoirs de ses élèves, et s\u2019astreignait à d\u2019arides leçons.Ainsi, voulaient-ils tous deux faire leur humble tâche jusqu\u2019au jour où, sous la baguette magique d\u2019une invisible main, leurs jeunes vies s\u2019orienteraient vers un nouveau et plus large destin.Et ce soir-là, qui était pareil à celui où, quelques mois plus tôt, Any rêvait à sa fenêtre, toute mélancolique et désenchantée, elle était encore à la même place, et suivait d\u2019un oeil distrait les mouvements de la rue.Le spectacle ne l\u2019intéressait pas.Le flux et le reflux de ses pensées était bien plus attrayant.Parfois, elle disait, parlant tout haut, comme si elle se fût adressée à une autre personne vraiment présente dans la salle : « Ce n\u2019est pas possible.Ce n\u2019est pas pour moi ce grand, ce magnifique rêve.Ce n\u2019est pas pour toi, pauvre petite Cendrillon.» Mais alors, elle regardait à son doigt le scintillement de la pierre précieuse, premier anneau de la douce chaîne d\u2019amour, qui allait la lier pour jamais à René, et elle se mettait à rire, d\u2019un jeune rire triomphant, comme si toutes les victoires du monde étaient réunies dans ses bras.Un coup de sonnette l\u2019arracha à sa rêverie.Elle se leva avec vivacité, sûre que c\u2019était « lui », et ouvrit largement la porte.C\u2019était bien « lui » ; il la salua avec malice d\u2019un : \u2014 Bonjour, Mademoiselle de Mont-gesty, qui fit monter une rougeur subite sur le clair visage - d\u2019Any.\u2014 Taquin ! Quand donc oublierez-vous cette vilaine histoire ?\u2014 Mais je ne veux pas l\u2019oublier.Elle est au début de mon bonheur.Eï même, savez-vous ce que j\u2019ai pensé ?\u2014\tQuoi donc, René ?\u2014\tPuisqu\u2019il y a de par le monde un modeste village qui répond à ce nom de Montgesty, nous y ferons notre voyage de noces.Ce sera peut-être moins élégant que d\u2019aller visiter l\u2019Egypte ou les lacs italiens, mais nous y trouverons certainement le charme d\u2019une solitude à deux que j\u2019ai hâte de connaître avec vous.N\u2019est-ce pas que mon idée est excellente et que vous voudrez bien la réaliser, Any ?Elle répondit avec simplicité : \u2014 Je veux tout ce que vous voudrez, René ! \u2014 Et plus tard, continua-t-il, nous ferons construire dans cet humble village un amour de petit château.Il y aura un joli parc à la française, un ruisseau tout au fond.\u2014\tMais il n\u2019y a pas de ruisseau, à I/Iontgesty ! interrompit-elle en riant.\u2014\tEh bien, tant pis ! nous en amènerons un.Pourquoi pas ?Est-ce que dans les contes de fées il y a des choses impossibles ?\u2014\tGrand fou 1 murmura-t-elle en posant contre l\u2019épaule de René sa jolie tête aux cheveux dorés.Alors, il prit entre ses mains le fin poignet de la jeune fille et dit : \u2014\tJe vous ai rapporté le bijou que vous avez perdu le soir du bal ; le voici.Et Any sentit glisser sur sa peau fraîche le cercle étroit d\u2019un bracelet.Ses yeux se posèrent sur lui, et elle eut un éblouissement, car la modeste guirlande de myosotis achetée dans un bazar vulgaire, avait fait place à une véritable guirlande de saphirs.\u2014 Oh ! fit-elle, extasiée, que c\u2019est beau ! \u2014 Moins beau que vos yeux, chérie.Et serrant contre lui l\u2019enfant précieuse, si passionnément cherchée, et qui allait être sienne pour tout l\u2019humaine destinée, il murmura : \u2014 Petite Cendrillon.petite fille d\u2019un soir.Et sur les douces paupières, lentement, chastement, ses lèvres se posèrent pour un premier baiser.Marcei.le Davet La Revue Populaire, avril 1962 51 Faudra-t-il courir au téléphone?.Non, il y en a un dans la cuisine! SggSlg smm », Wmêi ¦'&' »¦ \u2022-\u2018.'.VV\"' * ¦ 2r:%£a .« ¦ ».\u2019 * PSPSS! ?Ü 4//V TÉLÉPHONE SUPPLÉMENTAIRE PEUT VOUS ÉVITER DES PAS ET DES ENNUIS! POUR COMMANDER LE VÔTRE, APPELEZ '%TAHtS|V CARILLON BELL\u2014 nouvelle sonnerie téléphonique à trois ~ réglages (normal, carillon ou cloche) qui vous avertit de tous vos appels.Renseigne ~ sur le carillon Bell! ' 66 ST iApR4/, / u t I F JUE ° \u2019 ?ü I 3 "]
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