Reflet de société /, 1 janvier 2019, Printemps 2019, Vol. 27, No 2
[" Relet de Société Un regard diférent sur notre société Vol.27 no 2 printemps 2019 Femmes 2 3 Éditorial jean-marcbeausoleil Est-ce que vous avez eu peur?« Je n\u2019ai jamais eu le temps de me poser la question.» Danielle Simard est la conjointe de Raymond Viger.Depuis plus de 25 ans, ce power couple anime, soutient, réinvente, ressuscite le Café Graf?ti, au cœur d\u2019Hochelaga.Leur contribution à la qualité du tissu social est majeure et leur quotidien, en ce dernier quart de siècle, assez mouvementé.Au cœur de l\u2019action « Il y avait quand même une grande tension », se souvient Danielle.« Ça jouait dur.Il y avait une chicane entre des jeunes.Quand je suis entrée dans le local, j\u2019ai dit à Raymond, « il se prépare quelque chose.» Moi, j\u2019ai senti ça.On s\u2019est aperçu qu\u2019il y avait des jeunes qui voulaient aller battre d\u2019autres jeunes.Ce qui est arrivé, c\u2019est qu\u2019il y en a un qui s\u2019était fait battre à coups de bâton.Les autres voulaient le venger.Là, on a désamorcé ça.» Dans le brouhaha de l\u2019affaire, la dame de cœur s\u2019est retrouvée isolée avec un jeune qui brandissait un poignard.« Je lui ai demandé qu\u2019il me le donne.» Et, le plus sérieusement du monde, cette femme mûre un peu ronde aux beaux yeux gris- bleu hoche la tête : « Je suis bonne quand il y a des situations dif?- ciles.» Ouf! Une grande famille Originaire de Jonquière, Danielle est la septième de huit enfants.Sa mère souffrant de problèmes de santé, elle a rapidement appris à se dévouer pour la communauté de ses frères et sœurs, entre autres en s\u2019affairant à la cuisine : « On a pris des responsabilités de bonne heure.» Cette enfance l\u2019a prédisposée à une vocation pastorale : « Je participais au comité de la communion et de la petite communion.» Abordant l\u2019âge adulte, elle s\u2019est spécialisée en comptabilité, travaillant pour des médecins et pour sa paroisse.Elle a fait du bénévolat avec des jeunes en dif?culté dans son patelin et a aussi participé aux réunions de l\u2019Association des femmes chrétiennes.« Les femmes chrétiennes, ça a été quelque chose qui a été pour moi salutaire, qui m\u2019a permis de commencer à pouvoir m\u2019aimer et de sortir de mes bibittes.» Montréal Une amie commune lui a présenté Raymond : « On a été deux ans à se fréquenter à distance.Lui, il habitait à Montréal.Moi, au Saguenay.« À un moment donné, on a pensé que lui pouvait déménager au Saguenay, mais le timing n\u2019était pas bon.En ?n de compte, c\u2019est moi qui ai déménagé à Montréal.» À l\u2019époque, elle avait environ 35 ans.« Un gardien de prison s\u2019est fait tirer sur le coin de la rue où j\u2019habitais, pas longtemps après que je sois arrivée.Bienvenue à Montréal.» La sanglante guerre des motards, qui opposait les Hell\u2019s au Rock Machine, devait bientôt emporter Daniel Desrochers, 11 ans.Dans un tel contexte, notre Danielle à nous a témérairement entrepris de suivre Raymond dans ses tournées de soirée, alors qu\u2019il s\u2019improvisait intervenant et tentait de venir en aide aux âmes perdues qui erraient sur le bitume : « Au départ, quand on a commencé, on se promenait dans les rues ensemble.Ses interventions et tout ça.Je l\u2019ai suivi là-dedans.» Elle se souvient de sa première intervention, une junkie : « Elle était toute seule au monde.Elle avait des problèmes.Elle était en manque.On est allés au CLSC pour lui trouver de l\u2019aide.On est allés la rencontrer en prison aussi.Après ça, on l\u2019a perdue de vue et elle est décédée.Elle était maganée pas mal de la vie.» Les besoins des jeunes Pourquoi le Café Graf?ti?« Les jeunes m\u2019ont demandé d\u2019avoir un local.» Les débuts ont été dif?ciles : « On avait une quinzaine de jeunes qui faisaient du graf?ti.On leur proposait de le faire sur toile.Le local qu\u2019on avait, on n\u2019avait pas de chauffage.Tranquillement, les jeunes l\u2019ont habité, s\u2019en sont occupés.Il y a un jeune qui a reçu une décharge électrique en donnant un bec à sa blonde.Le bracelet lui en a fondu.Dans les toilettes.Le courant était encore tout dans les murs qui avaient été dénudés.» Danielle dans la fosse aux lions 5 « Ce qu\u2019on a essayé de créer Raymond et moi , dans le fond, c\u2019est une famille sociale.On était le père et la mère.Pour eux autres, on était comme une vraie famille, parce qu\u2019ils nous testaient.Ils me disaient « ah, je suis allé voir Raymond et il m\u2019a dit oui, que je pouvais faire ça ».On se l\u2019est fait passer une fois.On avait beaucoup d\u2019enfants.» L\u2019enseignement Violence, homophobie, sexisme, pauvreté, abus, toxicomanie, Danielle a été confrontée à tout ce qu\u2019un jargon bien pensant et aseptisé nomme des problématiques.Au début, les jeunes durs de 17 ou 18 ans n\u2019acceptaient même pas qu\u2019elle assiste à ce qu\u2019ils nommaient leurs réunions dans un local qu\u2019elle avait pourtant trouvé et mis à leur service.Petit à petit, elle a réussi à gagner leur con?ance.« On avait quand même beaucoup de jeunes.On avait des groupes Jeunesse Canada et on avait parfois quatre groupes de dix jeunes chacun en même temps.Ça faisait quarante jeunes dans le local.» Avec tout ça, on le devinera, elle n\u2019a pas eu le temps d\u2019avoir des enfants bien à elle, mais ces mêmes jeunes avaient la clé du local et son numéro de téléphone.Elle et Raymond se trouvaient sur appel vingt-quatre heures sur vingt-quatre, comme une vraie maman et un vrai papa.Au cours des années, elle a multiplié les interventions qui prenaient la forme d\u2019enseignement, expliquant entre autres aux jeunes comment utiliser des logiciels dont elle apprenait le fonctionnement par elle-même.Elle s\u2019est même mise à l\u2019infographie, pour monter Re?et de Société, et a maîtrisé l\u2019art de mettre en ligne et d\u2019entretenir des pages internet : « J\u2019ai une bonne capacité d\u2019apprendre.» Négocier avec les Hell\u2019s Le Café Graf?ti a été victime de vandalisme.Des malfrats ont voulu l\u2019incendier à au moins deux reprises.À certaines occasions, la tension entre les jeunes, dont certains étaient associés à des groupes de motards organisés, atteignait un tel niveau que le Café devait fermer ses portes pour un temps de décompression.Un jour, tout le matériel informatique, qui permet entre autres de produire la revue Re?et de Société, a été volé.Le lendemain, un enfant jouait avec des chandelles : un sinistre a rasé l\u2019appartement de Raymond et de Danielle.En vingt- quatre heures, ils ont tout perdu.« Des fois, tu te décourages.Mais il y a toujours eu quelque chose qui a fait qu\u2019à un moment donné je me suis dit ok, je reste.Je ne suis pas encore prête à partir.Des fois, l\u2019adversité, ça use.Mais il y a toujours quelque chose.On se dit \u2018\u2018il y a telle chose qui vient d\u2019arriver, c\u2019est bon pour les jeunes\u2019\u2019.» Sagement assise au Café Graf- ?ti, entourée de toiles aux mille couleurs, Danielle se remémore les nombreuses épreuves et les grandes victoires qu\u2019elle et son homme ont engrangées à travers les années.Par exemple, cette fois où ils ont réussi à mettre la main sur des milliers d\u2019épis de blé d\u2019Inde qu\u2019ils ont distribués gratuitement à des familles dans le parc.Lui vient alors, sans même qu\u2019elle ne sourcille, cette phrase incroyable : « Cette fois-là, Raymond a négocié avec les Hell\u2019s pour qu\u2019ils ne vendent pas de drogue pendant notre activité.» Toujours au boulot Bref, une vie entièrement et complètement dévouée au service d\u2019autrui.C\u2019est quand même rare qu\u2019on croise ce genre d\u2019incongruité en 2019.Ce n\u2019est pas sans faire impression.Aujourd\u2019hui, le Café accueille beaucoup de jeunes qui ont été condamnés à des peines de travaux communautaires : « On s\u2019assoit avec eux.On leur parle.On les écoute.» Ainsi, les jeunes, attelés à des tâches qui s\u2019arriment avec leurs intérêts, réussissent à remplir leurs engagements.Évidemment, Danielle a joué son rôle dans la mise sur pied du Bistro Ste-Cath et participe à son bon roulement.Tout comme Raymond, elle rêve de fonder des succursales en région, permettant ainsi aux artistes de toute la province de pro- ?ter d\u2019un circuit de salles de spectacle ?nancées selon le modèle de l\u2019économie sociale.Ils pourraient alors aller à la rencontre d\u2019un tout nouveau public.Elle admet avoir un brin de nostalgie pour l\u2019époque des femmes chrétiennes : « On a besoin de croire en quelque chose, peu importe c\u2019est quoi.Il y a ces valeurs que l\u2019Église a essayé de transmettre, pas toujours de la bonne manière.En abandonnant la religion et la foi, il y a des valeurs qui ne se sont pas transmises.» Et puis, comme le journaliste n\u2019a plus de questions, elle se dépêche de retourner travailler.Danielle s\u2019est retrouvée isolée avec un jeune qui brandissait un poignard. 6 ReletdeSociété Service aux abonnés Changement d\u2019adresse 514-256-9000 info@re?etdesociete.com goo.gl/dE51DH 625 av De La Salle, Montréal, Qc H1V 2J3 Tél: 514-256-9000 \u2022 Fax: 514-256-9444 \u2022 Sans frais: 1-877-256-9009 info@reletdesociete.com \u2022 refletdesociete.com ISSN : 1711-7860 Directrice administrative Danielle Simard 514-256-9000 journal@journaldelarue.ca PUBLICITÉ ET COMMANDITE Éditeur / Rédacteur en chef Raymond Viger 514-256-9000 raymondviger@hotmail.com Collaborateurs Louise Gagné, Jean-Claude Leclerc, Nicole Viau, Geneviève Doray, Aude Charrin, Florence V.Savoie, Estelle Cazelais Pupitre Simon-Claude Gingras Raymond Viger Correction Simon-Claude Gingras.Journalistes Jean-Marc Beausoleil, Delphine Caubet, Mélina Soucy, Éléonore Genohac.Anne Reitzer, Colin McGregor Infographie et conception graphique Danielle Simard Notre mission: Le Journal de la Rue est un organisme à but non-lucratif qui a comme principale mission d\u2019aider les jeunes marginalisés à se réinsérer dans la vie socioéconomique en favorisant leur autonomie.Membre: \u2022 Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) \u2022 Association québécoise des éditeurs de magazines (AQEM) \u2022 Magazine Canada (CMPA) \u2022 Association des médias écrits communautaires du Québec (AMECQ) \u2022 Regroupement des organismes communautaires jeunesse du Québec La reproduction totale ou partielle des articles pour un usage non pécuniaire est autorisée à condition d\u2019en mentionner la source.Les textes et les dessins qui apparaissent dans Relet de Société sont publiés sous la responsabilité exclusive de leurs auteurs.Relet de Société est un magazine édité par le Journal de la Rue qui traite de multiples thématiques socioculturelles (violence, santé, environnement, prostitution.).Nous proposons des solutions et des ressources.Le Journal de la Rue offre maintenant des obligations communautaires.Disponibles en multiples de 1 000$, elles peuvent vous faire obtenir des rendements de 1% à 6,5% d\u2019intérêts selon leur montant et leur durée.Façon concrète d\u2019aider une noble cause : l\u2019intervention auprès des jeunes marginalisés.Ne me jette pas, passe-moi à un ami 8,95$ l\u2019unité.Santé Gonorrhée tenace La gonorrhée, maladie transmissible sexuellement, devient de plus en plus dif?cile à traiter à cause de la résistance aux antibiotiques, a révélé au début de juillet 2017 l\u2019Organisation mondiale de la Santé (OMS).Cette instance de l\u2019Organisation des Nations unies croit qu\u2019il faut développer de nouveaux médicaments.Selon l\u2019OMS, les antibiotiques deviennent trop rapidement désuets, car la bactérie évolue et ?nit par leur résister.78 millions d\u2019individus sont infectés par cette maladie chaque année.La baisse de l\u2019utilisation des préservatifs, l\u2019accroissement des voyages, les faibles taux de dépistage de l\u2019infection ainsi que le traitement inadapté de cette dernière seraient responsables de l\u2019augmentation des cas de gonorrhée.En ce moment, les laboratoires pharmaceutiques n\u2019envisagent pas d\u2019un très bon œil la conception de nouveaux médicaments, car les traitements pour soigner cette maladie sont de courte durée, donc peu rentables.Source : Science Avenir Technologie Robots et autisme Investir dans l\u2019achat de robots dans les écoles québécoises augmenterait la performance scolaire des jeunes, selon Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l\u2019information et de la communication. 7 Pour tester cette hypothèse, le chercheur a fait quelques expérimentations dans des milieux défavorisés avec Nao, un robot humanoïde de 58 cm.54 élèves en adaptation scolaire de l\u2019école secondaire Saint-Germain de la municipalité de Bellechasse ont donc pu s\u2019initier à la programmation pendant 10 semaines a?n de faire chanter et danser le petit robot.Des enfants atteints d\u2019un trouble du spectre de l\u2019autisme de l\u2019école Saint-Raphaël, qui suivaient le robot des yeux, se sont mis à apprendre des histoires qu\u2019ils pouvaient ensuite raconter au robot.Nao a ainsi réussi à stimuler leur attention et à développer leurs compétences en français, en mathématiques et même en socialisation.Source : Agence Science Presse Adieu, batterie! Des chercheurs de l\u2019Université de Washington ont inventé un téléphone cellulaire qui n\u2019a pas besoin de batterie pour fonctionner.Cela représente un grand pas écologique pour se débarrasser de déchets technologiques comme les chargeurs et les carcasses de téléphones décédés.Les quelques microwatts dont a besoin ce téléphone pour fonctionner proviennent des signaux radio ambiants et de la lumière.En utilisant la puissance récoltée à partir de la lumière ambiante avec une minuscule puce solaire \u2013 à peu près de la taille d\u2019un grain de riz \u2013, l\u2019appareil a pu communiquer avec une station de base située à 15.24 mètres.Bien que le prototype reste encore à être amélioré en ce qui concerne ses performances, les chercheurs sont optimistes quant aux résultats futurs de leur nouvelle invention.Source : Science Daily Astronomie Mars, inhabitable ?Alors que les scienti?ques rêvent d\u2019envoyer des humains sur Mars, la découverte d\u2019un sel, le perchlorate, pourrait compliquer les missions futures sur la planète rouge.Exposé aux rayons ultra-violets (UV), ce sel devient un tueur de bactéries, révèle une étude publiée le 6 juillet 2017 par l\u2019École de physique et d\u2019astronomie de l\u2019Université d\u2019Édimbourg, en Écosse.L\u2019équipe de recherche a fait cette découverte en exposant à des rayons UV une bactérie dans un environnement contenant une quantité de perchlorate similaire à la surface martienne.Ce sel n\u2019est cependant pas le seul ennemi des bactéries sur cette planète.Le peroxyde d\u2019hydrogène et l\u2019oxyde de fer augmentent également de façon signi?cative la mortalité des bactéries.Bien que la plus grande partie de la surface martienne soit létale pour les cellules, l\u2019espoir de découvrir de la vie en dessous de celle-ci demeure.Source : Science Avenir S\u2019il le faut Il fait sombre, tu vois Il fait tellement froid Ma douleur bloque le soleil La lumière n\u2019arrive plus à moi Maudite parmi les hommes Morte parmi les vivants Je lève la tête au ciel Et je ne te vois pas\u2026 Il n\u2019y a plus rien à faire Il n\u2019y a plus rien à dire Et je serre les poings devant Ce qui reste de toi!!! S\u2019il le faut, j\u2019insulterai Dieu, S\u2019il le faut, je vendrai mon âme Mais reviens-moi Mon enfant, mon amour Je suis amputée de toi Mon enfant, mon amour J\u2019espérais partir avant toi, Mon enfant, je voudrais tellement rêver de toi.Amina Khettam 8 Mon idée de départ était d\u2019écrire sur la violence conjugale.Je voulais comprendre ce qu\u2019il se passait dans la tête de ces hommes qui maltraitent leur femme.Après plusieurs entrevues et beaucoup d\u2019information colligée, je dois me rendre à deux évidences.Premièrement, la violence conjugale ne ressemble pas au cliché de l\u2019homme misogyne qui bat sa femme entre le plat et le dessert.Deuxièmement, la réalité a changé.Il existe désormais une nouvelle sorte de violence: la violence mutuelle.« La clientèle a changé, en 2015 il y a moins de violence physique », explique Yves Nantel, coordonnateur au Service d\u2019aide aux conjoints (organisme qui aide les hommes violents).La violence conjugale telle qu\u2019on l\u2019imagine est teintée de la réalité des années 80, où l\u2019homme devait être \u2018\u2018un vrai gars\u2019\u2019.» En 2015, l\u2019intervenant voit surtout des « ruptures bizarres dont on ne sait pas quoi faire »; parmi celles-ci, l\u2019émergence d\u2019une nouvelle forme de violence: la violence mutuelle.Faut se parler Ces couples dont la relation est empreinte de violence ont généralement des problèmes de communication combinés à d\u2019autres facteurs qui peuvent les in?uencer.Notamment la culture, un historique de violence domestique dans leur enfance ou même des sources de stress extérieures (budget, perte d\u2019emploi.).Josée Desjardins, de Donne-toi une chance, un service d\u2019aide aux hommes en dif?culté aux prises avec des problèmes de violence ou de détresse psychologique, a suivi un couple dysfonctionnel.La jalousie de l\u2019homme le rendait anxieux, ce qui amenait des épisodes de violence.Une situation qui outrait sa conjointe.Les épisodes de violences étaient cycliques, avec une intensité qui diminuait par moment.Sa femme voulait com- Le nouveau visage de la violence conjugale La violence mutuelle Par Delphine Caubet 9 muniquer, le ton montait en même temps qu\u2019augmentait la violence verbale et psychologique.À noter que dans ce type de circonstances, si le couple en vient à faire une plainte croisée, l\u2019homme ira automatiquement en détention pour la nuit.Ces épisodes de violence mutuelle sont dramatiques, mais un point est « rassurant » : la femme n\u2019a plus peur de s\u2019exprimer.Clément Guèvremont, directeur d\u2019Option, organisme qui aide les personnes violentes et leur conjoint, con?rme que le système judiciaire est fait pour les cas extrêmes.Pour les récidivistes, il note qu\u2019une perte (liberté, enfants\u2026) peut les amener à vouloir changer.Pour les non-récidivistes, le système ne serait pas adapté et pourrait même conduire l\u2019homme au suicide.Lors d\u2019un signalement, les policiers font sortir automatiquement l\u2019homme du domicile.Certains peuvent ressortir traumatisés d\u2019un passage en cellule.Certains, quoique ces événements ne soient pas répandus, peuvent être agressés sexuellement pendant la détention.Judiciarisation Les affaires sont aussi de plus en plus judiciarisées.« Mais le système n\u2019est plus adapté à notre époque, explique le coordonnateur.C\u2019est comme envoyer une bombe sur un village.Le système est devenu très lourd.Et il peut y avoir d\u2019autres facteurs qui contribuent à la violence comme la drogue, l\u2019emploi\u2026 et c\u2019est long avant de passer devant le juge, jusqu\u2019à 14 mois! Oui, il faut sortir du cercle de la violence, mais la violence est beaucoup plus compliquée aujourd\u2019hui.Il y a les coups, le harcèlement et l\u2019intention qui sont pris en compte\u2026 » Après véri?cation, d\u2019après Sécurité publique Québec, environ 55% des cas d\u2019infractions commises en contexte de violence conjugale en 2012 étaient catalogués en voie de fait de niveau 1.Il s\u2019agit d\u2019une agression qui emploie la force sans le consentement de l\u2019autre personne.La loi ne précise aucun degré particulier quant à la force en cause.Les menaces et le harcèlement représentent 26% des infractions commises.Pouvoir et contrôle Si cet article cherche à comprendre la violence conjugale, les premières personnes affectées ne doivent pas être ignorées pour autant.D\u2019après Sylvie Langlais, directrice du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, il s\u2019agit principalement d\u2019une question de pouvoir et de contrôle.L\u2019homme exige que la femme fasse ce qu\u2019il veut, sans négociation.La violence conjugale équivaut à un régime de terreur.Lorsque l\u2019on interroge Mme Lan- glais sur la progression de la violence mutuelle dans les couples, elle reconnaît qu\u2019il y a moins de violence physique de nos jours, Il n\u2019existe pas de portrait type de la violence conjugale.Ce phénomène touche toutes les classes sociales et les groupes sociaux, autant en ce qui a trait aux victimes qu\u2019aux agresseurs.La violence conjugale comprend plusieurs formes, telles que la violence physique, psychologique et sexuelle.Il s\u2019agit d\u2019un phénomène extrêmement complexe dont les facteurs sociaux tels que les inégalités entre les sexes et les rapports de domination sont insuf?sants pour en comprendre l\u2019ampleur.Certaines caractéristiques se retrouvent chez des hommes violents, telles que la détresse psychologique, des problèmes de gestion de la colère, des troubles de la personnalité, l\u2019abus de drogues ou d\u2019alcool ou encore des problèmes de communication.Bien que la complexité de ce problème soit reconnue, il doit néanmoins être traité de manière collective.L\u2019un des mythes à dé- construire est qu\u2019il s\u2019agit de « chicanes » de couple privées.Entre 2004 et 2009, 5,3% des Québécoises et des Québécois déclaraient avoir été agressés par un partenaire actuel ou ancien.Un taux inférieur à la moyenne nationale de 6,2% au Canada. 10 Ressources S.O.S violence conjugale est une ligne d\u2019écoute destinée autant aux victimes de violence conjugale qu\u2019aux agresseurs, en relation hétérosexuelle ou homosexuelle.Leurs intervenants vous guideront vers des ressources près de chez vous pour obtenir davantage de soutien.514 873-9010 1 800 363-9010 sosviolenceconjugale.ca mais davantage de violence psychologique.Selon elle, il faut faire attention lorsque l\u2019on parle de « violence » mutuelle.« Le terme est mal dé?ni.» Pour l\u2019homme, il s\u2019agirait de contrôle et pour la femme, de défense.« Beaucoup de femmes que l\u2019on voit disent qu\u2019elles n\u2019avaient pas le choix, explique la directrice du Regroupement.« Le conjoint ne voulait pas entendre raison, il fallait que cela s\u2019arrête.» Quant à la question de la judiciari- sation, Mme Langlais reproche au système judiciaire de ne pas tenir compte de la violence psychologique, « avec la justice, c\u2019est juste ce qui se voit », conclut-elle.Qui dit vrai ?« Pour certains, la violence est un choix, mais ce n\u2019est pas vrai à 100% », ponctue Clément Guèvre- mont, d\u2019Option.Cette question, au cœur du débat, est celle qui anime le plus les passions.Pour Yves Nan- tel, du Service d\u2019aide aux conjoints, le problème de la cause de la violence relève bien souvent de l\u2019idéologie.Certains parlent de patriarcat, d\u2019autres de facteurs indirects, sociaux\u2026 tous détenant une partie de la vérité.Lui, sur le terrain, observe toutefois des éléments de dépression.Josée Desjardins, de Donne-toi une chance, a vu toutes sortes de cas de ?gure.Certains ont une vision patriarcale du couple, d\u2019autres ont des problèmes de santé mentale.Mais la priorité reste la sécurité de la femme.Pour les non-récidivistes, le système ne serait pas adapté et pourrait même conduire l\u2019homme au suicide. 11 « Aujourd\u2019hui, j\u2019ai 19 ans.Mon agression est survenue quand j\u2019avais 16 ans.Il en avait 23.C\u2019était mon ami.« À l\u2019époque, je n\u2019employais pas le mot \u201cagression\u201d.Ce qui était arrivé était de ma faute.C\u2019est du moins ce que je croyais », m\u2019a raconté une victime d\u2019agression sexuelle dont je tairai le nom.Je l\u2019ai rencontrée, car je réalisais un reportage sur la disponibilité des ressources pour les victimes d\u2019agressions sexuelles.Son témoignage a cependant ouvert d\u2019autres pistes de ré?exion, notamment sur le consentement.« Est-ce qu\u2019on apprend vraiment aux enfants à dire non?», m\u2019a lancé Rachel Gagnon, directrice de l\u2019Institut de recherche en études féministes (IREF).Pour cette experte, le consentement n\u2019est pas une notion que l\u2019on apprend bien aux enfants.Certes, je me rappelle qu\u2019à l\u2019école primaire nous chantions « mon corps, c\u2019est mon corps, ce n\u2019est pas le tien ».Cette chanson expliquait certainement aux enfants qu\u2019ils étaient les seuls à pouvoir prendre des décisions concernant qui avait le droit de toucher à leur corps.Elle ne donnait cependant aucun sens au mot « consentement ».Héritage culturel « Lui et moi avions bu.Son amie est partie au milieu de la soirée.On était seuls.Il m\u2019a fait des avances.Je lui ai dit non.Il a insisté.On s\u2019est embrassés.J\u2019ai refusé d\u2019aller plus loin.Il a insisté.Il a continué.Je me suis laissé faire.Je me disais que c\u2019était de ma faute, que j\u2019avais dû lui faire de faux espoirs, que je n\u2019aurais pas dû boire, que j\u2019aurais dû refuser son invitation qui semblait amicale, que mon langage corporel l\u2019avait incité à ne pas entendre mon refus », raconte la victime.Cette situation ne devrait pas être ambigüe.La jeune ?lle ne devrait pas non plus se sentir coupable.« Les gens ne comprennent pas que le consentement, ça peut être retiré à tout moment », déplore la victime, qui réalise aujourd\u2019hui qu\u2019elle n\u2019y était pour rien.Et si nous apprenions aux enfants à dire non, ?nalement?Et si le vrai problème résidait dans la non- compréhension du mot « non ».Au ?nal, on enseigne aux enfants à exprimer leur opinion, mais le sens des mots et leur portée demeurent souvent abstraits pour eux.L\u2019homme qui a insisté, l\u2019homme qui a continué, n\u2019est-il pas cet enfant à qui on n\u2019a pas appris le sens du mot « non »?N\u2019est-il pas le résultat de l\u2019enseignement patriarcal de la société?« On a enseigné aux hommes que le corps d\u2019une femme est un droit acquis, qu\u2019ils n\u2019ont pas à le gagner », s\u2019insurge Rachel Gagnon.Cette façon de penser vient d\u2019un héritage culturel lourd qui place les hommes au centre du système.Si la question du consentement est complexe, tout ce qui s\u2019y rattache, comme le viol, par exemple, l\u2019est aussi.Avant 1984 encore, le viol n\u2019était pas un crime contre la personne, mais bien contre les mœurs.Un agresseur violait la société et non pas la victime.Ce n\u2019est qu\u2019à partir de cette an- née-là que la victime fut prise en compte dans l\u2019équation.Par Mélina Soucy Apprendre à dire non Les enfants font généralement con?ance à leur entourage immédiat, à leurs proches et à leurs amis.On les élève ainsi.On leur apprend à dire oui.J\u2019ai été élevée ainsi.Et elle aussi. 12 Le Régime québécois d\u2019assurance parentale du Québec est un programme extraordinaire qui permet aux parents de passer environ un an avec leur bébé avant de retourner travailler.Chaque année, près de 130 000 parents s\u2019absentent ainsi du travail pendant quelques semaines ou plusieurs mois pour l\u2019arrivée d\u2019un enfant.Le cas d\u2019Élodie, une jeune femme dont le poste a été aboli pendant qu\u2019elle était en congé parental, est éloquent.Au début, elle a cru qu'elle aurait au moins droit à l'as- surance-emploi, mais elle a réalisé à son grand dam que non.En effet, les prestations d'assurance-emploi sont basées sur les 52 dernières semaines travaillées.Or, comme elle était à la maison pour s\u2019occuper de son nourrisson, la nouvelle maman n\u2019a pas suf?samment d\u2019heures accumulées pour avoir droit au chômage.Une façon de faire tout aussi absurde qu'injuste pour les nouveaux parents, mais qui n\u2019a toujours pas été révisée.Cette situation est vécue autant par les parents du Québec recevant des prestations du Régime québécois d\u2019assurance parentale (RQAP) que par ceux des autres provinces recevant du « chômage » pour un congé de maternité ou un congé parental.Plaintes à la hausse Le cas de cette maman est loin d'être isolé, malheureusement.« Abolition de poste », « restructuration », « nouvelles tâches », etc., il n\u2019est pas si rare que des femmes se retrouvent sans emploi pendant Maman n\u2019a plus de travail Geneviève Doray, Naître et grandir 13 leur grossesse ou après la naissance de bébé, et ce, même si la loi québécoise est claire.En 2016, la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail a ainsi reçu 833 plaintes déposées à la suite d\u2019une grossesse, d\u2019un congé de maternité ou d\u2019un congé parental.Le nombre de plaintes a même bondi de 41% en 10 ans, a constaté Radio-Canada.Et les chiffres sont sans doute bien en dessous de la réalité, car beaucoup de personnes, dont Élodie, ne portent pas plainte.Perdre son emploi n\u2019est jamais facile, mais quand ça arrive lorsqu\u2019on vient de devenir père ou mère, ça se transforme en vrai cauchemar! À la suite d\u2019un autre texte que j\u2019avais écrit sur le sujet, plusieurs femmes m\u2019avaient d\u2019ailleurs contactée pour me raconter, souvent avec beaucoup d\u2019émotion, la façon dont elles ou leur conjoint s\u2019étaient retrouvés sans emploi pendant, juste avant, ou quelques semaines après leur congé parental.« J'anticipe la même chose à mon travail.Ce ne serait pas la première fois que l'entreprise où je travaille fait le coup à une maman de retour de congé de maternité.» Mélissa Imaginez le stress, pour une famille, de se retrouver sans revenu avec un jeune bébé sur les bras\u2026 « Monoparentale avec deux enfants.Huit mois sans revenu.Aucune aide.J\u2019ai même écrit au bureau du premier ministre.Niet! Tu as juste le droit de crever à petit feu.Ça va me prendre 3-4 ans, facile, pour m\u2019en relever\u2026 » Sophie Pénaliser celles qui perdent leur emploi, ça crée des situations dramatiques qui peuvent plonger les parents dans une précarité ?nan- cière injuste.« Ça m'est arrivé aussi quand j'ai eu ma ?lle.Deux semaines avant de revenir travailler, j'ai su que j'étais mise à la porte parce que mon poste avait été aboli.Je n'ai pas eu droit au chômage et ça m'a pris trois mois avant de me trouver un emploi.J'ai fait faillite et perdu ma maison.» Sonia Il serait pourtant si simple pour le gouvernement fédéral de réviser la loi a?n de permettre aux nouveaux parents de remonter deux ans en arrière pour calculer le nombre d'heures travaillées (c\u2019est du reste permis pour les personnes qui reçoivent des prestations de la CNESST et pour les personnes fraîchement sorties de prison).Un recours juridique a d\u2019ailleurs été entrepris par le Mouvement Action-Chômage de Montréal concernant l'inaccessibilité aux prestations de chômage à la suite d\u2019une perte d'emploi durant le congé parental.« Les règles encadrant le chômage sont mûres pour une révision! N'est-il pas incroyable qu\u2019au- jourd\u2019hui, en 2019, il faille encore se battre pour un droit aussi élémentaire que celui d'avoir un emploi et une famille?» Il y a là matière à ré?exion pour ceux qui croient que, dans une société aussi progressiste que la nôtre, tout est acquis. 14 Myriam (nom ?ctif ) est arrivée au Québec il y a environ quatre ans.Elle quitte la Côte d\u2019Ivoire, son pays d\u2019origine, pour fuir le régime autoritaire instauré depuis des décennies.Myriam rêvait d\u2019un endroit où elle pourrait s\u2019épanouir et travailler dans son domaine en sécurité, un endroit comme le Canada.Deux ans après son arrivée, le rêve de Myriam commence à s\u2019effriter lorsque sa demande d\u2019asile est refusée.« Ce jour-là, je suis devenue une femme sans statut, se rappelle My- riam.À partir de ce moment, j\u2019ai mis mes rêves en attente.» L\u2019absence de statut limite les possibilités d\u2019avenir pour l\u2019Ivoirienne.Elle ne peut pas être propriétaire, n\u2019a pas accès à un permis de travail, ni aux soins de santé, ni à l\u2019éducation.« En ce moment, je vis en colocation à Montréal et je travaille illégalement deux jours par semaine en entretien ménager, en dessous du salaire minimum, se désole la jeune femme qui a effectué des études en communication.J\u2019ai à peine de quoi payer mon loyer et me nourrir.» Se cacher pour vivre En février 2017, le maire Denis Co- derre avait annoncé que Montréal était une ville sanctuaire.Ce statut devait « assurer la protection et l'accessibilité aux services municipaux aux personnes sans statut légal vivant sur son territoire ».La mairesse actuelle Valérie Plante, bien qu\u2019elle souhaite maintenir pour ces personnes un accès aux services municipaux, parle plutôt maintenant de « ville responsable et engagée », puisqu\u2019elle dit ne pas être en mesure de demander aux policiers d\u2019ignorer une demande de renvoi qu\u2019effectuerait Ottawa.Les villes au Canada n\u2019ont pas le pouvoir de dé?er l\u2019autorité fédérale, contrairement aux prérogatives dont elles jouissent aux É.U., par exemple.Femme sans statut : une vie dans l\u2019ombre Par Mélina Soucy 15 Pendant les premiers temps où elle commençait of?ciellement sa vie d\u2019immigrante illégale, Myriam ne voulait pas s\u2019associer au Collectif des femmes sans statut.« Je croyais que ça augmenterait le risque de me faire renvoyer dans mon pays, explique-t-elle.« Et c\u2019est vrai qu\u2019il y a de quoi se cacher.Je vis beaucoup d\u2019anxiété.« Une simple infraction comme traverser la rue sur une lumière rouge peut entraîner ma déportation puisque l\u2019ASFC (Agence des services frontaliers du Canada, NDLR) et la police travaillent main dans la main.» Lorsque sa demande d\u2019asile n\u2019a pas abouti, Myriam a décidé de rejoindre le Collectif des femmes sans statut.« Ça m\u2019a ?nalement plu comme groupe, car on se soutient entre nous, ajoute-t-elle.En réunion, on discute et on rit.Quand on sort, c\u2019est souvent pour poser des actions politiques, comme le rassemblement d\u2019octobre 2017 où nous avions dénoncé l\u2019inaction du maire de l\u2019époque, Denis Coderre.» La tribune des femmes sans statut demeure modeste, même si le message qu\u2019elles ont à passer est urgent.« À toutes les femmes dans ma situation je veux dire que ça ne sert à rien de rester seules à la maison, que c\u2019est ensemble qu\u2019on fait bouger les choses, soutient l\u2019Ivoirienne.Et à Sophie Grégoire, représentante de toutes les Canadiennes, je dis : impliquez-vous mieux dans la cause des femmes sans statut; nous vous avons envoyé une lettre ouverte en 2015 à laquelle nous n\u2019avons jamais eu de réponse.» L\u2019Arabie Saoudite a donné le 25 octobre 2017 à So?a, une intelligence arti?cielle humanoïde, un droit de citoyenneté, devenant ainsi le premier pays à accorder un tel statut à une machine.À qui reconnaît-on la plus grande humanité dans cette situation?Condition des Ivoiriennes Ce pays de l\u2019Ouest africain a rati?é en 1995 la Convention sur 1\u2019é1imi- nation de toutes les formes de discrimination à 1\u2019égard des femmes.Pourtant, un rapport de la Banque mondiale de 2013 démontre que 75% des femmes vivent sous le seuil de la pauvreté en Côte d\u2019Ivoire, surtout en milieu rural.Le peu d\u2019in?uence de la gent féminine se manifeste également par le faible taux de femmes dans le cabinet ministériel du pays.En 2017, il n\u2019y avait que 6 femmes ministres sur 29 au sein de cette instance politique.Comment faire entendre la voix des Ivoiriennes si elles ne représentent que 20% du cabinet?La Côte d\u2019Ivoire était en guerre civile entre 2002 et 2007.Cette guerre a eu plusieurs impacts négatifs sur les droits de la personne.Les femmes et les enfants ont été particulièrement touchés, car ils composaient la majeure partie des réfugiés et des déplacés.Les répercussions se font encore sentir aujourd\u2019hui, car les femmes ont été mises de côté pour les négociations de paix et ont toujours un faible poids dans l\u2019appareil politique.« À toutes les femmes dans ma situation je veux dire que ça ne sert à rien de rester seules à la maison, que c\u2019est ensemble qu\u2019on fait bouger les choses. 16 Le politicien neutre est un leurre.Idéal républicain maintes fois rabâché, ce concept pourtant séduisant sur papier se montre inopérant dans les faits.Parce qu\u2019une femme qui fait de la politique reste avant tout une femme, avec l\u2019expérience de vie qui lui est propre et les valeurs spéci?ques à son genre.Parce qu\u2019aussi, si le moule politique a été bâti au masculin - les femmes en étant exclues pendant des siècles -, les temps changent.Et c\u2019est timidement que l\u2019on voit aujourd\u2019hui le féminin s\u2019af?rmer en politique.Pendant longtemps, les femmes ont dû acquérir les attributs masculins, le fameux « instinct du tueur » évoqué par Françoise Giroud, journaliste et femme politique française, dans son livre La comédie du pouvoir, pour acquérir leur place en politique.Faire de la politique en tant que femmes, mais comme des hommes.Oublier la spéci?cité due à leur genre, se plier au moule et s\u2019y fondre.Il est vrai que bien souvent, c\u2019est ainsi qu\u2019elles ont réussi à se faire accepter.En attestent les réponses à un vox pop réalisé en juin 2014 dans les rues de Montréal.À la question « pouvez-vous me citer trois grandes femmes en politique ?», la majorité des personnes interrogées ont immanquablement répondu Margaret Thatcher, et l\u2019une d\u2019elles, Catherine (55 ans), d\u2019ajouter : « la politique, c\u2019est un système, les femmes qui montent acquièrent des traits de caractère dits masculins; regarde Thatcher ».Reconnaître le féminin Heureusement, l\u2019exercice du pouvoir par les femmes, les différentes images qu\u2019elles en offrent contribuent à modi?er la culture politique traditionnelle.« Ce n\u2019est pas parce que tu es une citoyenne que tu en es moins un citoyen », déclare Pascale Navarro, journaliste et au- teure du livre Les femmes en politiques changent-elles le monde?.Il est grand temps de comprendre qu\u2019hommes et femmes ne partagent pas la même vision ni la même façon de faire de la politique et que l\u2019apport des femmes \u2013 en tant que femmes \u2013 est essentiel.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019af?rmait déjà l\u2019Union interparlementaire internationale, en juillet 2008, lorsqu\u2019elle écrivait, dans son rapport Égalité en politique.Enquête auprès de femmes et d\u2019hommes dans les Parlements, « qu\u2019en raison de leur expérience de femmes, de mères, d\u2019épouses et de ?lles, les femmes parlementaires apportent une contribution très particulière à la vie politique (\u2026) ».Faire autrement Si les hommes valorisent le pouvoir, les femmes, quant à elles, n\u2019y voient qu\u2019un moyen de gouvernance, et non une ?n en soi.« Les femmes n\u2019ont pas la même façon que les hommes de prendre des décisions, d\u2019analyser une situation, de mettre en pratique.Comme, en général, elles n\u2019ont pas une soif La femme, un homme politique comme les autres ?Par eléonore Genolhac Les femmes n\u2019ont pas la même façon que les hommes de prendre des décisions, d\u2019analyser une situation, de mettre en pratique. 17 de pouvoir à assouvir \u2013 à moins d\u2019être devenues des bêtes de partis politiques \u2013, elles restent très concrètes, très pratiques, avec un grand sens des réalités.Elles savent gérer, ramener à la raison.Elles sont plus à l\u2019écoute des besoins et des demandes que les hommes », con?e Catherine de Falguerolles, élue municipale depuis plus de 25 ans à Lempaut (village français).Ainsi donc, les femmes exerceraient un leadership distinct de celui des hommes, plus interactif, davantage basé sur le dialogue et la recherche de consensus.Louise Mainville, conseillère de ville de l\u2019arrondissement Plateau-Mont- Royal va dans ce sens en déclarant: « Les hommes aiment la chicane, ils pensent que c\u2019est en bataillant qu\u2019ils imposeront leur point de vue.Les femmes sont différentes, elles sont davantage portées sur la conciliation, sur le consensus qui va leur permettre de faire passer et accepter leur projet.» Multiplier les images L\u2019entrée des femmes en politique est encore très récente d\u2019un point de vue historique.Les Québécoises peuvent voter depuis 1940 seulement.La première femme députée au Québec, Marie-Claire Kirkland- Casgrain, a été élue en 1962.Il y a à peine plus de 50 ans.C\u2019est pourquoi il faut « multiplier les images, les représentations des femmes au pouvoir pour imposer une vision différente du monde traditionnel qu\u2019est la politique », comme l\u2019af?rme Pascale Navarro.« Les structures de nos sociétés ont été ébranlées depuis que les femmes ont intégré l\u2019espace public.Par les valeurs qu\u2019elles portent, elles vont à l\u2019encontre de notre façon de voir le monde, comme système fortement hiérarchisé.Mais on voit bien que ce système est devenu dans le même temps obsolète, que ce soit avec la crise économique et ?nancière, ou les différents scandales qui sont venus entacher le monde politique.Les femmes proposent d\u2019autres façons de fonctionner qui sont en train de se généraliser », avance Madame Navarro.Le monde est à l\u2019aube d\u2019un changement majeur dont nous vivons actuellement les balbutiements.Et si ce changement ne provient pas que de l\u2019initiative des femmes, gageons qu\u2019il ne se fera pas sans elles et qu\u2019elles sauront y occuper toute la place qui leur est due.Les structures de nos sociétés ont été ébranlées depuis que les femmes ont intégré l\u2019espace public.Par les valeurs qu\u2019elles portent, elles vont à l\u2019encontre de notre façon de voir le monde, comme système fortement hiérarchisé. 18 C\u2019est lorsque j\u2019ai commencé à faire du bénévolat dans des associations qui viennent en aide aux personnes vulnérables (dans la rue notamment) que j\u2019ai découvert le Depo-Provera.Je posais la question aux jeunes femmes sur leurs moyens de contraception\u2026 Certaines d\u2019entre elles m\u2019avaient alors parlé du Depo-Provera.Ne connaissant pas l\u2019injection contraceptive, je me suis intéressée au produit et me suis rendu compte qu\u2019il était controversé chez les médecins et les gynécologues.Le Depo-Provera est un contraceptif donné en injection tous les trois mois.Si son utilisation n\u2019est pas répandue chez la majorité des femmes, elle toucherait les femmes vulnérables, comme l\u2019explique l\u2019anthropologue Patricia Kaufert: « Les femmes à risque sont celles qui vivent au tiers-monde, les Canadiennes pauvres, autochtones, immigrantes ou handicapées mentalement, physiquement ou moralement aux yeux de leur collectivité.» Le Depo-Provera est une hormone de synthèse, c\u2019est-à-dire une progestérone qui est, en premier lieu, utilisée pour le traitement de certains cancers ainsi que pour l\u2019endo- métriose, une maladie gynécologique et chronique qui fait que le tissu utérin colonise d\u2019autres organes et qui se caractérise notamment par des règles extrêmement douloureuses.S\u2019il peut être un bon moyen pour soigner ce type de maladie, le De- po-Provera est aussi utilisé à des ?ns contraceptives.Lorsqu\u2019il est injecté de manière conforme aux indications, son taux de prévention des grossesses est même supérieur à 99%.Cependant, il est important de connaître les risques liés à ce type d\u2019injection.Selon le rapport paru en 2007 Ré?exions sur le Depo-Provera : contributions à l\u2019amélioration de la réglementation des médicaments au Canada, de Laura Shea, pour le compte d\u2019Action pour la protection de la santé des femmes (coalition qui suit et analyse les changements aux lois fédérales sur la protection de la santé), les effets le plus souvent signalés comprennent des règles irrégulières, des douleurs ou des malaises à l\u2019abdomen, une prise de poids ou encore de la nervosité.Une étude de Santé Canada, quant à elle, a révélé que l\u2019utilisation du Depo-Provera peut entraîner une perte importante de la densité minérale osseuse (DMO) qui augmente avec la durée d\u2019utilisation des injections et qui peut être irréversible.Ce problème peut donc entraîner des risques d\u2019ostéoporose et de fractures.C\u2019est pourquoi il est notamment important que les adolescentes, encore en pleine croissance, soient mises au courant des effets possibles.Contraception Depo-Provera Une injection controversée Par anne reitzer 19 Des effets indésirables La raison qui pousse les femmes à arrêter le Depo-Provera est généralement reliée aux effets indésirables.Le problème de ces injections, comme l\u2019explique la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), réside dans le fait que si l\u2019utilisatrice ne supporte pas le produit, elle ne peut arrêter immédiatement l\u2019action ou les effets du Depo-Provera, qui peuvent persister pendant trois mois, une durée relativement longue lorsque l\u2019on souffre.C\u2019est pourquoi des groupes de soutien comme Depo-Provera Side Effects Support, sur Facebook, qui réunit plus de 2 800 personnes, permettent à toutes ces femmes de pouvoir s\u2019exprimer, de se comprendre et de trouver du réconfort auprès de femmes qui vivent la même situation.Comme tous les autres contraceptifs, le Depo-Provera a donc des effets indésirables, plus ou moins supportables.Il est donc indispensable de savoir si cette méthode contraceptive est appropriée et acceptable pour l\u2019utilisatrice.Pour cela, il est important que les femmes soient suivies régulièrement par un médecins et surtout, qu\u2019elles soient mises au courant, avant l\u2019injection, des effets négatifs potentiels! Mieux vaut prévenir que guérir, dit-on.Pour plus d\u2019information sur les moyens de contraception, rendez-vous sur le site internet de la Fédération du Québec pour le planning des naissances : http://www.fqpn.qc.ca 20 Quand une maladie vous empêche de pratiquer votre profession, c\u2019est tout votre monde qui change, de votre quotidien jusqu\u2019à votre gagne-pain.Mais, malgré la dif?culté de cette situation, il est possible de s\u2019en sortir et de reconstruire sa vie.Paul en apporte la preuve.Paul est un missionnaire de la musique.Pendant 30 ans, il a été violoniste et a vécu pour et par son art.Évoluant dans le domaine de la musique irlandaise, l\u2019homme s\u2019y était fait un nom et une renommée.Mais le destin en a décidé autrement\u2026 Paul souffre de la « crampe du musicien », une maladie qui entraine l\u2019incapacité à jouer.Mais il n\u2019a pas baissé les bras, au contraire.A?n de s\u2019éviter des heures sombres, il a pris les choses en main pour faire un pied de nez à la vie et continuer à œuvrer dans ce qu\u2019il chérit tant: la musique irlandaise.Artiste de rue Ce Français d\u2019origine est arrivé il y a plus de 30 ans sur le Nouveau Continent.Il passe quelques années de bohème à voyager entre le Canada et les États-Unis, à vivre de son violon en jouant dans la rue.Durant les années 1990, à Montréal, la musique et la danse traditionnelles irlandaises (la gigue) sont en pleine expansion.Les parents font suivre des cours à leurs enfants tandis que des concours s\u2019organisent.Et qui dit musique irlandaise, dit violon.C\u2019est l\u2019entrée de Paul dans le milieu.Paul commence à se passionner pour ces concours, pour cette musique et pour l\u2019interaction qui ne manque pas de se développer entre musiciens et danseurs.Petit à petit, son nom et son visage deviennent connus.Pendant ses meilleures années, Paul est demandé dans toute l\u2019Amérique du Nord pour jouer dans ce genre de compétitions.L\u2019accompagnement musical s\u2019y révèle une activité exigeante, mais des compensations comme le logis rendent les contrats attrayants.Symptômes Il y a environ 10 ans, Paul commence à percevoir un léger changement dans sa maîtrise du violon.Quelque chose de différent se produit avec ses doigts.Pendant plusieurs années, il en imputera la faute à un mauvais échauffement.Il faut dire que ses symptômes ne sont pas persistants.Avec le temps, les choses s\u2019aggravent; ses doigts se crispent; il rencontre de plus en plus de dif?- culté à jouer.Le moment est venu pour lui de consulter un médecin, mais de longues années passeront avant de parvenir à identi?er l\u2019origine de son mal.Avoir un système de santé publique au Québec a ses avantages, certes.Vous, moi, Paul, avons accès à un médecin sans trop de frais en général.Mais le bémol majeur de ce système est bien connu, c\u2019est le temps d\u2019attente.À titre d\u2019exemple, Paul mettra 1 an et 3 mois avant de pouvoir consulter un neurologue.Si le terme « crampe du musicien » peut paraître inoffensif, la dystonie (son nom scienti?que) est au contraire une maladie incurable.Mal particulièrement présent chez les musiciens de haut niveau, il engendre un repli, une contraction des doigts, qui les empêche de jouer.Pendant toutes ces années, Paul passe de médecin en médecin, tentant de comprendre son état.« Pour arriver à poser un diagnostic atypique tel que celui de la dystonie, il faut procéder par élimination des autres maux possibles », explique- t-il.Puis un jour, arrive le point de rupture; ça en est trop pour le musicien: « Si je ne peux plus jouer au niveau où je souhaite le faire, je préfère arrêter », conclut-il.Remonter la pente Après cette décision, Paul connaît un court creux dans sa vie.Pour ne pas s\u2019enliser dans la détresse, il décide d\u2019agir et pour remonter la pente, il commence à rédiger un ouvrage.Quelques années plus tard, il continue de parachever son œuvre.Non seulement a-t-il trouvé un moyen de s\u2019épanouir malgré les dif?cultés, mais sa nouvelle occupation est devenue une passion et un objectif de vie.Loin de procéder rapidement, Paul, son violon et son avenir Par DelPhine caubet Se relever à travers la maladie 21 Paul a décidé de prendre le temps de vulgariser ses connaissances pour que ce livre soit accessible au plus novice des musiciens.Depuis peu, Paul commence à voir la lumière au bout du tunnel.Si la dystonie est incurable, un certain traitement l\u2019aide à avoir des mois meilleurs que d\u2019autres.« Et juin de l\u2019an passé a été magni?que, dit-il le sourire aux lèvres.J\u2019ai pu rejouer avec con?ance et plaisir.» Le Botox est connu pour son usage en chirurgie esthétique, car la toxine « gèle » les rides temporairement.Dans le cas de Paul, cette substance lui est injectée dans le bras pour « geler » les nerfs responsables des muscles ?échisseurs qui lui posent tant de problèmes.Mais le Botox reste une toxine, et il ne peut recevoir qu\u2019un nombre limité d\u2019injections durant l\u2019année, à cause du risque de développer une immunité au traitement\u2026 Aujourd\u2019hui, Paul recommence doucement à jouer du violon.La grande mode de la danse et de la musique irlandaises s\u2019est bien sûr atténuée.« Depuis la crise économique, les parents coupent dans ce genre d\u2019activités, dit-il.Et même si ce n\u2019était pas le cas, les journées sont longues dans cet univers, et ça reste un dé?pour un musicien\u2026 » En attendant de se relancer dans le métier, qui sait, Paul rejoue à l\u2019occasion dans la rue et le métro.De quoi lui rappeler ses jeunes années.Avant que les musiciens ne puissent béné?cier de son expérience, Paul nous offre un bel exemple de détermination et de réorientation.Même si le violon n\u2019est pas totalement exclu à l\u2019avenir, il est prêt à se battre pour trouver un autre sens à sa vie. 22 Le mouvement des carrés jaunes est né d'une dénonciation des codes vestimentaires, souvent perçus comme sexistes et plus restrictifs envers les ?lles.Il a été initié par des étudiantes dans des écoles secondaires du Québec, d'abord dans la région de Québec, puis a gagné les autres régions de la province.Un élément déclencheur : plusieurs adolescentes sont renvoyées chez elles parce qu'elles sont habillées de manière jugée indécente : refus de porter un soutien-gorge, épaules non couvertes, shorts ou jupes trop courtes.Or, ce type de sanctions renforce les stéréotypes sexuels qui nous envahissent déjà trop.\u2022 L'éducation des illes est moins importante que celle des garçons.\u2022 Une femme se déinit par sa manière de se vêtir.\u2022 Certaines parties du corps féminin sont taboues alors qu'elles ne le sont pas chez les hommes.\u2022 Les garçons sont moins bons à l'école que les illes.Ils ont besoin de plus d'encadrement pour se concentrer.C'est pour cette raison que les illes doivent être décentes ! \u2022 Les garçons sexualisent les illes, ils sont des agresseurs de nature.\u2026Des messages tous plus stéréotypés les uns que les autres qui mettent en boîte les comportements attendus des femmes et des hommes dans notre société, excluant du même coup les personnes trans, les personnes au genre non conforme et les personnes non binaires.Il faut faire appel à notre gros bon sens et rappeler que deviner la poitrine d'une adolescente en dessous de son chandail, mesdames et messieurs, c'est normal ! Oui, parce qu'à l'adolescence, il se produit un phénomène fort intéressant qui se nomme la puberté.Et avec la puberté vient la poussée des seins chez les jeunes femmes (et même chez certains jeunes hommes !).Vient aussi la poussée de la barbe, de la pomme d'Adam et même des muscles - particulièrement l'élargissement des épaules - chez les jeunes hommes.Mais ça, on ne s'en formalise pas.Eh non ! Ça, ce n'est pas indécent, voyons, ce ne sont que les caractéristiques normales d'un adolescent qui grandit.Comprenez bien notre Des professeurs avaient exprimé leur malaise de pouvoir deviner la poitrine des jeunes ?lles sous leur chandail .Une chronique de Florence V.Savoie et Estelle Cazelais, sexologues La sexualisation est dans l'œil de celui ou de celle qui regarde.Cacher ce sein que je ne saurais voir ! 23 sarcasme, ici ! Un corps de femme qui grandit devrait être perçu aussi positivement que le corps d'un homme qui grandit.Tu deviens un homme, qu'on dira à notre ado de 14 ans aux bras trop grands.Couvre tes épaules et ta poitrine, qu'on dira à notre cocotte qui s\u2019habitue alors à ne pas aimer son corps qui change, parce que tous les jours on lui rappelle qu'elle doit le cacher, que ce soit à l'école, au travail ou dans la rue.Se choque-t-on de pouvoir deviner la poitrine d'une dame de 75 ans sous son chandail ?La réponse est évidente.Non ! À moins que toutes les femmes ne se mettent à porter continuellement des chandails amples, nous continuerons à pouvoir deviner les poitrines sous les chandails des femmes, qu'elles aient 17, 42 ou 86 ans, comme il est possible de deviner le pénis et les testicules d'un homme dans ses bermudas ou ses jeans.La question qu'il faut se poser est la suivante : pourquoi est-ce que cela dérange chez une adolescente, mais pas chez une femme plus âgée ?Nous répondrons simplement que la sexualisation est dans l'œil de celui ou de celle qui regarde.On souhaite voir grandir des femmes qui s'aiment et s'estiment, des femmes qui ont con?ance en elles.Laissons-leur alors la chance de choisir pour elles-mêmes la manière dont elles souhaitent se présenter - avec ou sans soutien-gorge, avec ou sans jupe à la mi-cuisse, avec ou sans poils.Et apprenons aux adolescent-e-s à se respecter les un-e-s les autres, à ne pas prendre pour acquises les intentions et les volontés d'une autre personne à partir de son style vestimentaire, à accorder plus d'importance à son parcours scolaire qu'à l'épaule de la ?lle d'à côté.Deviner la poitrine d\u2019une adolescente en dessous de son chandail, c\u2019est normal ! Parce qu\u2019à l\u2019adolescence, il se produit un phénomène qui se nomme la puberté. 24 Le port du voile n\u2019est plus obligatoire à l\u2019École des Apprenants.Dix ans ont passé depuis l\u2019article de Lisa Melia, mais l\u2019école Dar Al Iman se trouve toujours au cœur des préoccupations des Québécois, alors que le gouvernement de François Legault vient de faire adopter une loi qui, entre autres, interdira aux enseignants et aux enseignantes de porter des signes religieux ostentatoires dans le cadre de l\u2019exercice de leurs fonctions.Une décennie après sa première entrevue, le directeur de l\u2019école, Lazhar Aissaoui, a de nouveau accepté d\u2019ouvrir les portes de son établissement à un représentant de Re?et de Société.L\u2019école Dar Al Iman a évolué pour le mieux depuis 2009, annonce ?ère- ment M.Aissaoui.Elle est membre de la Fédération des établissements d\u2019enseignement privés, un large regroupement d\u2019établissements d\u2019éducation préscolaire, primaire et secondaire privés.Cette adhésion lui permet de se comparer avec d\u2019autres écoles, d\u2019établir des liens enrichissants et de s\u2019inspirer des meilleures pratiques du réseau scolaire québécois.En mai 2014, l\u2019école a été acceptée par l\u2019Organisation du baccalauréat international comme école candidate à une reconnaissance of?cielle et a donc été autorisée à implanter le programme primaire de cette organisation en juin 2017.Dès cette acceptation, l\u2019école a adhéré à la SÉBIQ (Société des Écoles du monde du Bac international du Québec et de la francophonie).« Cette adhésion témoigne de notre engagement envers une éducation internationale stimulante et de qualité qui développe une ouverture d\u2019esprit que nous considérons comme importante pour nos élèves », déclare M.Aissaoui.Le vent dans les voiles Autre changement important, le port du voile n\u2019est plus obligatoire pour les élèves ou pour le personnel.D\u2019abord présenté comme élément de l\u2019uniforme, ce qui lui aurait enlevé toute connotation religieuse, le foulard n\u2019est plus obligatoire depuis 2010.« Il y avait confusion entre l\u2019uniforme et l\u2019allégeance religieuse.Ce qui a ?ni par être jugé comme un problème éthique », admet le directeur.En effet, lors de sa visite, Re?et de Société a pu constater qu\u2019au moins la moitié des petites ?lles ne portaient pas le voile, et pas plus de deux des enseignantes à qui nous avons parlé le faisaient.Lui-même père de deux ?lles, M.Aissaoui avoue candidement que l\u2019une porte le voile et l\u2019autre non.Comme quoi ce symbole religieux semble faire l\u2019objet d\u2019un débat au sein même de la communauté musulmane.Toujours dans cette optique d\u2019ouverture au monde, l\u2019école accepte maintenant des élèves et des employés, enseignants ou non, qui ne sont pas musulmans.Si les élèves non-musulmans n\u2019ont pas encore répondu à cette invitation, certains des employés ne pratiquent pas l\u2019islam.C\u2019est quoi ton nom?Mais ce qui a causé le plus de débats au sein de la communauté a été le changement de nom.Lors de sa fondation en 2000, l\u2019école a adopté un nom arabe : Dar Al Iman.Après de longues discussions, plus animées que celles qui ont entouré l\u2019abandon du voile comme élément de l\u2019uniforme, l\u2019école a décidé de franciser son nom et de devenir l\u2019École internationale des Apprenants, comme on peut clairement le voir sur sa devanture.Selon M.Aissaoui, ce changement est un symbole de l\u2019ouverture à la fois de l\u2019école et de la communauté Une école ouverte sur le monde Par Jean-Marc beauSoleil En 2009, Re?et de Société (Vol.18 no 1) publiait une entrevue avec le directeur d\u2019une école musulmane de Montréal.Il y était question d\u2019orientation pédagogique, de valeurs sociales, religieuses, d\u2019adaptation à la société d\u2019accueil et de transmission de culture.Et, bien sûr, la journaliste Lisa Melia abordait la question de la laïcité\u2026 Jean-Marc Beausoleil revient maintenant sur les lieux de cette première rencontre et offre le compte-rendu d\u2019un nouvel entretien avec Lazhar Aissaoui, directeur de l\u2019École des Apprenants. 25 à sa société d\u2019accueil : « Je crois que les transformations de l\u2019école sont représentatives de l\u2019ouverture et de l\u2019af?rmation de la communauté musulmane au Québec.Nous vivons dans un pays, nous sommes une composante positive de ce pays.» Toujours selon M.Aissaoui, il existe neuf écoles primaires et secondaires musulmanes au Québec, presque toutes basées dans la région montréalaise, sauf une dans la capitale.La demande pour ce genre d\u2019institution n\u2019est pas négligeable.Celle que nous avons visitée reçoit cent cinquante demandes d\u2019admission par année, alors qu\u2019il n\u2019y a que soixante places.Un test de classement permet d\u2019effectuer la sélection.En tout, l\u2019école accueille trois cent cinquante-six élèves.Musulman et Québécois La communauté musulmane étant souvent au cœur de l\u2019actualité médiatique ou politique, il est rassurant de savoir qu\u2019à titre de musulman pratiquant, Lazhar Aissaoui ne se sent pas ostracisé.La tragédie de la mosquée de Québec a, bien évidemment, été un coup dur pour lui et son école, d\u2019autant plus qu\u2019il connaissait certaines des victimes.Il compare cet événement à celui qui a eu lieu au cégep Dawson, il y a quelques années : « Ce n\u2019est pas la société au complet qui vise la communauté musulmane parce que cet individu a visé la communauté musulmane.» Son visage devient soucieux : « Ce sont des petits, ici, à l\u2019école.Ça parlait beaucoup.Il fallait les calmer, leur dire qu\u2019un gars ne les attend pas au bout de la rue pour leur tirer dessus.Il ne fallait surtout pas être alarmiste.Ce n\u2019est pas le rôle d\u2019une personne responsable et d\u2019un éducateur.» On peut s\u2019imaginer que les jours et les semaines qui ont suivi ont été très dif?ciles pour eux.Respect.Lever le voile Malgré tout, benoît, le directeur d\u2019école sourit lorsqu\u2019on lui parle de la loi de la CAQ (Coalition Avenir Québec) qui interdira aux enseignantes de porter le voile au travail.« La réponse très facile dit que les écoles privées ne sont pas touchées par le projet de loi.» Il développe son point de vue : « Lorsqu\u2019on est un gouvernement, tous nos citoyens deviennent notre responsabilité.Et l\u2019harmonie sociale devient aussi notre responsabilité.« En tant qu\u2019intellectuel, je ne crois pas que ce projet de loi réponde à un problème réel.» Il insiste : « C\u2019est une solution à un problème qui n\u2019existe pas.De plus, je ne partage pas l\u2019idée que les enseignants sont en position d\u2019autorité.« Je ne vois pas comment un symbole religieux in?uence la décision d\u2019un fonctionnaire quand il sert un citoyen ou qu\u2019il répond aux obligations de son travail.» Et il conclut : « Restreindre ou abimer une liberté de base des citoyens n\u2019est pas une bonne idée.» Un débat respectueux Évidemment, le point de vue du directeur de l\u2019École internationale des Apprenants n\u2019est pas partagé par tous.Présidente du Mouvement laïque québécois (MLQ), Lucie Jobin appuie cette loi qui interdit le port de signe religieux par les professeurs et les éducatrices.« Ça marque les enfants, surtout ceux qui ont moins de cinq ans », explique-t-elle, insistant sur l\u2019importance de la liberté de conscience des enfants.Ainsi, le voile, même porté par une femme neurochirurgienne qui af?rmerait le faire de sa propre volonté, serait un symbole du fait que la femme doit se cacher devant l\u2019homme, ce qui s\u2019oppose aux valeurs \u2013 égalité des sexes \u2013 adoptées par une majorité de Québécois et de Québécoises.« Je partage l\u2019opinion de la ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, comme quoi le voile symbolise l\u2019oppression des femmes », a dit Mme Jobin.En?n, le MLQ s\u2019oppose au ?nance- ment public des écoles privées, surtout des écoles confessionnelles. 26 « Tu veux devenir journaliste, mon gars ?», m\u2019a demandé feu mon père, ancien chroniqueur juridique du regretté Montréal Star, quand je lui ai annoncé, à un très jeune âge, mon intention de suivre son chemin.« Pour écrire, m\u2019a-t- il conseillé, il faut tout d\u2019abord souffrir.» J\u2019ai souffert; je suis issu d\u2019une famille monoparentale qui a lutté contre la dépression et le manque d\u2019estime de soi armée du pire médicament qu\u2019il y ait sur Terre, l\u2019alcool.Pour couronner le tout, j\u2019ai été reconnu coupable du plus grave des crimes du Code criminel, crime pour lequel il n\u2019y a aucune réparation possible.Avant de réamorcer mon parcours professionnel de journaliste, il a fallu que j\u2019apprenne, entre autres, à m\u2019aimer à nouveau.Après quelques années d\u2019arrêt parsemées d\u2019angoisses et de résistances psychologiques de toutes sortes, j\u2019 y ai repris goût.La passion de l\u2019écriture est dans mon sang, c\u2019est d\u2019ailleurs un métier familial que plusieurs McGregor pratiquent toujours.Reprendre le chemin de mon ancienne vie comme si rien ne s\u2019était passé s\u2019avérerait impossible.Dévoiler des scandales, des escroqueries, pénétrer les coulisses de la corruption avaient été auparavant mes sujets de prédilection.J\u2019allais devoir faire une croix là-dessus.Tous les crimes proviennent d\u2019un état d\u2019égoïsme profond.On se croit plus important que les autres.Nos intérêts, notre succès, notre état d\u2019esprit, notre bonheur, nos plaisirs, on les place au-dessus de tout.On vole, on viole, on agresse, on tue sans se mettre dans la peau des victimes.Pour guérir, il faut tout d\u2019abord connaître sa maladie.Donc pour se réhabiliter, il faut « guérir » de l\u2019égoïsme.Le journalisme redonne à autrui son importance.Il incite à voir le monde avec les yeux des autres, et à tourner son regard dans la même direction qu\u2019une personne, une famille, une collectivité, un monde.Ça a recommencé doucement \u2014 le Montreal Anglican, mensuel du diocèse anglican de Montréal, m\u2019a demandé de brefs textes critiques de 700 mots sur des livres traitant de sujets lourds et compliqués comme la foi et le génome humain, ou la marginalisation des femmes au sein de la sainte Église catholique.J\u2019ai ainsi rédigé plus de 35 articles.J\u2019ai participé à des concours littéraires ( j\u2019ai décroché le titre de dramaturge de l\u2019année à la radio, dans les Cantons-de-l\u2019Est, en 2012).Puis, j\u2019ai écrit pour plusieurs publications et surtout, pour l\u2019organisme Journal de la Rue, qui chapeaute les magazines Re?et de Société et The Social Eyes, des publications engagées et ouvertes pour lesquelles un autre détenu, J.-P.Bellemare, écrivait déjà.C\u2019est lui qui me recommande.Devant mon hésitation, il me suggère : « essaie quelque chose, tout le monde sait ce que t\u2019as fait dans la vie et tu n\u2019as rien perdu de ta vivacité d\u2019esprit ».Malgré mes réticences, je soumets un écrit sur l\u2019isolement en milieu de détention.L\u2019article est accepté et apprécié.Ensuite, j\u2019ai obtenu le soutien de Raymond Viger, vétéran éditeur et activiste, et de ses journalistes, hommes et femmes créatifs formés aux grandes écoles de journalisme, chacun et chacune pourvus d\u2019une tête dure située au-dessus d\u2019un cœur plein de sensibilité.Un texte suit, puis un autre.S\u2019ajoute la reconnaissance des lecteurs.Des lettres écrites par des ados et surtout, d\u2019anciens patients psychiatrisés qui m\u2019apprécient, un sentiment que je n\u2019aurais jamais cru ressentir à nouveau dans ma vie.Grâce à leurs encouragements et à leurs dessins af?chés sur le mur de l\u2019atelier de rembourrage où je travaillais le jour, j\u2019ai persévéré.Par-dessus tout, je gardais à cœur la mission de notre organisme : placer le citoyen au cœur de notre mission; jeter un regard différent, critique et empreint de compassion sur les grands enjeux de société.pour aider des marginalisés à se réinsérer dans la vie en favorisant leur autonomie, ce qui était aussi mon but.Traduire des textes, révi- Comment écrire en milieu carcéral?Par colin McGreGor 27 ser des articles, des poèmes et des livres entiers, ça se pouvait.Mais comment générer de l\u2019intérieur des murs du matériel qui s\u2019intéresserait aux jeunes lecteurs, aux activistes et au grand public?Les années 80, ma vie antérieure : en déambulant dans le centre-ville montréalais, armé d\u2019une caméra zoom, d\u2019un carnet de journaliste, d\u2019un stylo bic et d\u2019un petit magnétophone, je pouvais , en une seule journée, combler les pages vierges de maints employeurs.Le quartier bordé par l\u2019avenue Atwater et la rue St-Denis me fournissait tout ce qu\u2019il fallait.Je discutais avec des commerçants, des policiers, des amis de McGill, des travailleurs sociaux, n\u2019importe qui, jusqu\u2019à ce que mon carnet soit plein et la pellicule de ma caméra remplie d\u2019images.J\u2019avais assez d\u2019informations pour pourvoir à une semaine de production journalistique.Et il y avait le téléphone qui, chaque fois qu\u2019il sonnait, apportait son lot d\u2019idées : des gens insatisfaits de leurs conditions de travail qui voulaient dévoiler quelque chose de « juteux » pour se venger de leur patron; des citoyens outrés par telle ou telle politique ; la condition des femmes, des enfants, des itinérants; l\u2019amour au temps du choléra moderne, le SIDA, nouveau ?éau méconnu et craint.Entre les murs d\u2019une prison, c\u2019est différent.Dans les pénitenciers de niveau sécuritaire moyen, il y a peu ou pas de façons de se nourrir d\u2019une quelconque matière pour la transformer en texte.Il y a les visiteurs et les bénévoles, les abonnements à des magazines et l\u2019accès à la radio et à la télé.C\u2019est restreint et ça demeure du prémâché.Rien d\u2019original.Isolé du monde, on focalise sur son grand soi-même, car il n\u2019y a que le miroir collé sur le mur de sa cellule pour se consoler et se rappeler qu\u2019on existe.Rien pour guérir l\u2019égoïsme, ennemi du bon journaliste, car il s\u2019ingère dans le sujet dont on traite et s\u2019interpose entre le lecteur et le champ de vision dont on dispose.Comment générer de la lumière au fond des ténèbres?La mission première de Re?et de Société, c\u2019est la guérison sociétale.C\u2019est aussi la mienne.Il faut rester positif.Par ailleurs, une prison est un rassemblement d\u2019êtres humains qui se mesurent à de grands dé?s intérieurs et extérieurs.Des autochtones, des transgenres, des suicidaires; des histoires de drogue, la prostitution, la violence, la santé.plusieurs chemins mènent aux ténèbres.Sans blesser quiconque, sans briser la con?dentialité, on trouve des moyens de raconter des histoires touchantes, sans rationaliser.En?n, je m\u2019abreuve de médias - la National Public Radio et ICI Radio- Canada et quelques magazines- et puise dans mes expériences en tant que tuteur et enseignant à l\u2019école carcérale et au sein de programmes d\u2019alphabétisation.Beaucoup d\u2019histoires inspirantes de succès, contre toute attente.Et il y a mes études en administration et en philo dont j\u2019applique les enseignements tous les jours de ma vie en suspens.Tout cela avec la ferme volonté de ne plus causer de peine à qui que ce soit, d\u2019encourager les gens à éviter de commettre les erreurs que j\u2019ai commises et de servir la communauté.Envoyés par la poste, mes textes sont révisés par le comité de rédaction du Café Graf?ti, situé au cœur de Hochelaga-Maisonneuve, où se retrouve l\u2019équipe du tonnerre qui dirige nos publications.Je continue ma thérapie par la plume.Du journalisme qui donne une direction à mes publications.Du journalisme fait autrement, surtout avec le soutien de plusieurs femmes puissantes, intelligentes et dignes, prêtes à prendre leur place dans le marché des bonnes idées issues des ténèbres, mon port d\u2019attache. Fred Dubé présente: Les Capsules pédagogiques de grammaire présentent certaines particularités de la langue française.Elles nous apprennent l\u2019origine d\u2019une expression, d\u2019une façon de dire, ou nous éclairent sur le sens d\u2019une ?- gure de style.Elles jettent en somme un regard amusant sur la mécanique de cette langue et nous révèlent du même souf?e ses vastes possibilités\u2026 ainsi que ses apparentes dif?cultés! L\u2019humoriste Fred Dubé les présente dans de courtes vidéos disponibles sur le site de Re?et de Société.www.re?etdesociete.com/francais 29 Un même mot peut alors désigner une chose et son contraire! Ça paraît un peu mêlant quand on y pense, mais cette particularité n\u2019est pas propre au français, elle existe dans la plupart des langues.Pourtant, le fait de désigner deux choses contraires par le même mot a longtemps été associé à une aberration, une construction imparfaite de la langue, qui générerait de l'incompréhension entre les locuteurs.Ces notions contraires forment malgré tout des idées inséparables l'une de l'autre : le noir fait penser au blanc; la paix à la guerre; la vie à la mort.La relation d\u2019opposition entre ces idées crée un lien entre elles.Il n\u2019est alors pas très étonnant qu\u2019elles puissent avoir été réunies dans le langage et fusionnées en un seul mot.C\u2019est ce qu\u2019on appelle un énantiosème et je peux vous garantir que vous en utilisez tous les jours sans même vous en rendre compte! L\u2019un des énantiosèmes les plus connus est probablement le verbe louer.Si je vous dis que je loue mon appartement, rien ne vous indique si j\u2019en suis la propriétaire ou la locataire.Louer fait référence à une action dont le destinataire peut se confondre avec la personne qui entreprend cette action.Ces interprétations contraires sont le principe de l\u2019énantiosémie et c\u2019est pourquoi on la retrouve dans plusieurs verbes où l\u2019action est souvent réversible entre celui qui fait l\u2019action et celui qui la reçoit.Le verbe apprendre, par exemple, désigne aussi bien le fait d\u2019acquérir des connaissances que de les transmettre à quelqu\u2019un, faisant de celui qui apprend soit un enseignant, soit un élève! Les noms aussi peuvent être des énantiosèmes, c\u2019est le cas de hôte, un classique du genre.Un hôte est à la fois la personne qui reçoit et celle qui est reçue.Au Moyen Âge, le nom désignait uniquement la personne qui donnait l\u2019hospitalité à quelqu\u2019un, un aubergiste qui accueille un voyageur, par exemple.Par la suite, le nom hôte a été donné à la personne qui reçoit l\u2019hospitalité de quelqu\u2019un d\u2019autre.Cette ambiguïté est d\u2019ailleurs toujours présente dans la langue : la locution « table d\u2019hôte » est-elle formulée à l\u2019intention du client ou pour dire que le restaurateur met les petits plats dans les grands?Le nom écran est aussi un cas intéressant.Les expressions faire écran ou écran de fumée contiennent l\u2019idée de dissimuler quelque chose aux yeux de quelqu\u2019un, alors qu\u2019au- jourd\u2019hui, l\u2019écran de nos ordinateurs ou de nos téléphones est principalement utilisé pour montrer quelque chose, le rendre visible, une action complètement contraire au sens d\u2019origine.L\u2019énantiosémie est également présente à l\u2019oral.La phrase il est sans doute fatigué signi?e qu\u2019il est très probablement fatigué.Mais sans doute en réponse à une question peut également exprimer un degré de certitude beaucoup plus faible, un genre de peut-être.Ne penses-tu pas qu\u2019il est fatigué?Sans doute.Cette réponse prononcée avec un haussement d\u2019épaules et de sourcils évoque davantage le scepticisme et le doute de l\u2019interlocuteur qu\u2019une certitude.À l\u2019oral, c\u2019est surtout l\u2019intonation, donc la façon dont les phrases sont prononcées, qui lève le doute, justement! Même si les énantiosèmes peuvent sembler ambigus, le contexte permet très souvent de comprendre son interlocuteur.Un même mot pour deux sens contraires n\u2019est donc pas un signe de dé?cience de la langue puisqu\u2019il n\u2019est que rarement exprimé hors de tout contexte.D\u2019ailleurs, si l\u2019on jugeait la dé?cience d\u2019une langue à ses ambiguïtés, le français serait très mal en point! Les énantiosèmes L\u2019art de signiier une chose et son contraire! Par auDe charrin Pourtant,le fait de désigner deux choses contraires par le même mot a longtemps été associé à une aberration Dans la langue française, il est tout à fait courant qu\u2019un mot possède plusieurs sens.Ce qui est nettement plus rare par contre, c\u2019est que ces sens s\u2019opposent! ?Je m\u2019abonne à Reflet de Société ?1 an - 6 numéros 49,95$ ?2 ans - 12 numéros 89,95$ ?3 ans - 18 numéros 119,95$ ?4 ans - 24 numéros 149,95$ Taxes incluses.?Je fais un don : Chèque ou mandat à l\u2019ordre de : Re?et de Société 625 av de La Salle Montréal, H1V 2J3 (514)256-9000 ou 1-877-256-9009 S\u2019abonner à Re?et de Société est une manière originale de soutenir notre action auprès des jeunes.Prénom : Nom : Adresse : Ville : Code postal : Courriel : Nº carte : |_||_||_||_| |_||_||_||_| |_||_||_||_| |_||_||_||_| ?Visa ?Mastercard ?Amex Date expiration : |_||_||_||_| Signature : Général Aide juridique 1-800-842-2213 Protection de la jeunesse 1-800-665-1414 Info-santé 811 Centre antipoison 1-800-463-5060 Centre de référence Montréal (514) 527-1375 Clinique Droit Devant (514) 603-0265 Centres de crise de Montréal Tracom (centre-ouest) (514) 483-3033 Iris (nord) (514) 388-9233 L\u2019Entremise (est-centre-est) (514) 351-9592 L\u2019Autre-maison (sud-ouest) (514) 768-7225 Centre de crise Québec (418) 688-4240 L\u2019ouest de l\u2019île (514) 684-6160 L\u2019Accès (450) 679-8689 Archipel d\u2019Entraide (418) 649-9145 Prévention du suicide (418) 683-4588 Émile Nelligan (514) 351-6661 Violence CAVAC 1-866-532-2822 Groupe d\u2019aide et d\u2019info sur le harcèlement sexuel au travail (514) 526-0789 SOS violence conjugale (514) 728-0023 Trève pour elles (514) 251-0323 Centre pour les victimes d\u2019agression sexuelle (24h) (514) 934-4504 Armée du salut (514) 934-5615 Stella (travailleuses du sexe) (514)285-8889 Décrochage Éducation coup de ?l (514)525-2573 Revdec (514)259-0634 ou 1-866-329-4223 Carrefour Jeunesse (514)253-3828 VIH-SIDA C.O.C.Q.Sida (514) 844-2477 La Maison du Parc (514) 523-6467 NoPa MTS-VIH (514) 528-2464 Drogue et désintoxication Toxic-Action(Dolbeau-Mistassini) (418) 276-2090 Centre Jean-Lapointe MTL adulte (514) 288-2611 Le grand chemin Québec Jeunesse (418) 523-1218 Pavillon du Nouveau point de vue (450) 887-2392 Urgence 24h (514) 288-1515 Portage (450) 224-2944 Centre Dollard-Cormier Adulte (514) 385-0046 Centre Dollard-Cormier Jeunesse (414) 982-4531 Le Pharillon (514) 254-8560 Drogue aide et référence 1-800-265-2626 Un foyer pour toi (450) 663-0111 L\u2019Anonyme (514) 236-6700 Cactus (514) 847-0067 Dopamine ( jour et soir) (514) 251-8872 Intervenants en toxicomanie (450) 646-3271 Escale Notre-Dame (514) 251-0805 FOBAST (418) 682-5515 Dianova (514) 875-7013 Centre Casa (418) 871-8380 Centre UBALD Villeneuve (418) 663-5008 Au seuil de L\u2019Harmonie (418) 660-7900 Cran (514) 284-3426 Relais Méthadone (514) 874-9300 Alimentation Le Chic Resto-Pop (514) 521-4089 Jeunesse au Soleil (514) 842-6822 Café Rencontre (418) 640-0915 Ligne d\u2019aide et d\u2019écoute CALACS 1-888-933-9007 Gai Écoute 1-888-505-1010 Tel-Jeunes (514) 288-2266 / 1-800-263-2266 Tel-aide et ami à l\u2019écoute (514) 935-1101 Jeunesse-j\u2019écoute 1-800-668-6868 Suicide action Montréal (514) 723-4000 Prévention suicide Accueil-Amitié (418) 228-0001 Partout au Québec 1-866-appelle Secours-Amitié Estrie 1-800-667-3841 Cocaïnomanes anonymes (514) 527-9999 Déprimés anonymes (514) 278-2130 Gamblers anonymes (514)484-6666 Gam-anon (proches du joueur) 1-800-484-6664 Narcotiques anonymes 1-800-879-0333 Outremangeurs anonymes (514) 490-1939 Parents anonymes 1-800-361-5085 Jeu: aide et référence 1-800-461-0140 Ligne Océan (santé mentale) (418) 522-3283 Sexoliques anonymes (514) 254-8181 Primes-Québec(soutien masculin) (418) 649-1232 Émotifs anonymes (514) 990-5886 Alanon & Alateen (418) 990-2666 Alcooliques Anonymes Québec (418) 529-0015 Montréal (514) 376-9230 Laval (450) 629-6635 Rive-sud (450) 670-9480 Mauricie-Saguenay-Lac-St-Jean (866) 376-6279 NAR-ANON Montréal (514) 725-9284 Saguenay (514) 542-1758 Abus aux aînés (514) 489-2287 Famille Grands frères/Grandes soeurs (418) 275-0483 Familles monoparentales (514) 729-6666 Regroupement maison de Jeunes (514) 725-2686 Grossesse Secours (514) 271-0554 Chantiers Jeunesses (514) 252-3015 Réseau Homme Québec (514) 276-4545 Patro Roc-Amadour (418) 529-4996 Pignon Bleu (418) 648-0598 YMCA MTL centre-ville (514) 849-8393 YMCA Hochelaga-Maisonneuve (514) 255-4651 Armée du Salut (514) 932-2214 La Marie Debout (femmes) (514) 597-2311 Parents Secours 1-800-588-8173 Hébergement de dépannage /urgence Auberge de l\u2019amitié pour femmes (418) 275-4574 Bunker (514) 524-0029 Le refuge des jeunes (514) 849-4221 Chaînon (514) 845-0151 En Marge (514) 849-7117 Passages (514) 875-8119 Regroupement maisons d\u2019hébergement jeunesse du Québec (514) 523-8559 Foyer des jeunes travailleurs (514) 522-3198 Auberge communautaire du sud-ouest (514) 768-4774 Maison le Parcours (514) 276-6299 Oxygène (514) 523-9283 L\u2019Avenue (514) 254-2244 L\u2019Escalier (514) 252-9886 Maison St-Dominique (514) 270-7793 Auberge de Montréal (514) 843-3317 Le Tournant (514) 523-2157 La Casa (Longueuil) (450) 442-4777 Armée du Salut pour hommes (418) 692-3956 Mission Old Brewery (514) 866-6591 Mission Bon Accueil (514) 523-5288 La Maison du Père (514) 845-0168 Auberge du Coeur (Estrie) (819) 563-1387 La maison Tangente (514) 252-8771 Hébergement St-Denis (514) 374-6673 L\u2019Abris de la Rive-Sud (homme) (450) 646-7809 Maison Élisabeth Bergeron (femme) (450) 651-3591 31 se Héros\u2019 \u201c nurse o£ rave 64 Fe if, we 1] < RA * J 0 5 di > Spidercondom s upercondom 20$ a, Eg +6,39$ taxes et transport Disponible en blanc { Tailles: petite, moyenne, grande et trés grande.625 Av dia Salle, Montréal > 111111 51 42 56-9000 ou 1-B77- 256-9009 (sans frais) - www.editionstnt.com aR OE "]
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