Québec science, 1 janvier 2021, Mars 2021, Vol. 59, No. 6
[" QUEBEC SCIENCE Le chemin parcouru.et celui qu\u2019il reste à faire LA BEAUTÉ INSOUPÇONNÉE DES ROCHES LES TRÉSORS FUNÉRAIRES DE L\u2019ÉGYPTE + MARS 2021 SPÉCIAL COVID-19 2 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 NOTRE FORCE, AGIR POUR CHANGER LE MONDE ulaval.ca/recherche Nous contribuons à protéger la société Traçage, élaboration de traitements, protection des plus vulnérables, combat contre la désinformation ou encore facilitation de la vaccination : nos experts sont mobilisés pour atteindre un but commun, protéger la société.03_SOMMAIRE_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2021_03.indd 2 21-02-05 13:28 MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 3 SOMMAIRE 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Babillard | 9 Carnet de santé Par Dre Alexandra S.Arbour 11 Technopop Par Chloé Freslon | 12 Polémique Par Jean-François Cliche | 52 Culture Par Émilie Folie-Boivin 57 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 58 Rétroviseur Par Saturnome QUÉBEC SCIENCE MARS 2021 11 10 8 6 I L L U S T R A T I O N D E L A C O U V E R T U R E : S É B A S T I E N T H I B A U L T DOSSIER SPÉCIAL La COVID-19, un an plus tard 20 L\u2019année la plus longue Retour sur les dates et les faits qui ont jalonné la pandémie.22 L\u2019impénitent SRAS-CoV-2 Tricheur, pro?teur, furtif : le virus à l\u2019origine de la crise sanitaire mérite fort bien son titre d\u2019ennemi public numéro un.30 Une semaine de fou Québec Science a passé cinq jours avec cinq équipes scienti?ques qui luttent contre le virus.38 La question à un million de dollars Combien de temps dure l\u2019immunité face au coronavirus ?Trois mois ?Un an ?Dix ans ?La réponse à cette question est d\u2019une incroyable complexité.46 À l\u2019heure de la COVID-19 Ce n\u2019est pas qu\u2019une vague impression : la pandémie a bel et bien transformé notre rapport au temps.SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS Sous le microscope polarisant, les roches prennent des airs de collages ultraléchés.8 LES TRÉSORS FUNÉRAIRES DE L\u2019ÉGYPTE Les découvertes se multiplient en Égypte, révélant l\u2019industrie funéraire complexe de la Basse Époque.10 DES BULLES POUR EXPLIQUER LA MATIÈRE NOIRE Une théorie tournée vers la naissance de l\u2019Univers la relance les paris sur la nature de la matière noire.11 UN BAUME DE CROTTIN Pourquoi des pandas géants aiment-ils se badigeonner de déjections chevalines ?14 CE N\u2019EST PAS LA FIN DU MONDE Les collapsologues sont convaincus que notre monde s\u2019écroulera tôt ou tard.Deux auteurs démontent cet argumentaire catastrophiste.CHERCHEUSE EN VEDETTE 50 POUR UNE MEILLEURE SOLIDARITÉ INTERNATIONALE Critique des relations internationales et du développement, Maïka Sondarjee passe à l\u2019action pour réduire les inégalités.03_SOMMAIRE_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2021_03.indd 3 21-01-29 14:25 4 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan Éditorial Les pollueurs du savoir Même discréditées, certaines études continuent de vivre dans la littérature scienti?que \u2013 et d\u2019y faire des dégâts.L\u2019 affaire a fait grand bruit au printemps dernier : en l\u2019espace de deux semaines, le prestigieux journal The Lancet publiait, puis rétractait un article af?rmant que l\u2019hydroxychloroquine n\u2019était pas un traitement ef?cace contre la COVID-19 et que cet antipaludique pouvait même causer des problèmes cardiaques.Au même moment, le tout aussi réputé New England Journal of Medicine (NEJM) se voyait obligé de désavouer un article sur les effets de médicaments contre l\u2019hypertension sur la COVID-19.Au cœur du scandale, une petite compagnie de l\u2019Illinois, nommée Surgisphere, qui a fourni la matière première de ces deux études, soit les données anonymisées de dizaines de milliers de patients traités dans des centaines d\u2019hôpitaux partout dans le monde.Une mine d\u2019informations aussi astronomique qu\u2019improbable dont la validité a été mise en doute par des chercheurs et des journalistes.Devant l\u2019esclandre, les journaux ont demandé à avoir accès aux données brutes, ce que Surgisphere leur a refusé.Quelques jours plus tard, le site Web de l\u2019entreprise fermait et son fondateur s\u2019évanouissait dans la nature.On aurait pu croire que le dossier était clos.Après tout, les rédacteurs en chef des revues savantes ont fait leur mea-culpa et révisé leurs processus de véri?cation des données.De nombreuses analyses sur les « leçons à tirer » ont été publiées.Temporairement suspendus dans la tourmente, les essais cliniques sur l\u2019hydroxychloroquine ont repris ?et se sont soldés par des échecs retentissants.Pourtant, loin des grands titres, l\u2019histoire se poursuit dans les replis de la littérature scienti?que, où les études discréditées continuent de vivre.En effet, une rétractation ne signe pas l\u2019arrêt de mort d\u2019un article.D\u2019autres chercheurs peuvent le citer dans leurs propres papiers parce que ces travaux s\u2019inscrivent dans leur ré?exion.Parfois, c\u2019est fait correctement : il est écrit noir sur blanc que l\u2019étude a été retirée.Ainsi, on trouvera de nombreux articles portant sur la mé?ance à l\u2019égard des vaccins qui citent les travaux frauduleux d\u2019Andrew Wake?eld publiés en 1998 dans The Lancet (encore !), qui liaient le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole à l\u2019apparition de l\u2019autisme chez les enfants.Cela explique pourquoi cet article honni accumule un nombre impressionnant de citations ?une mesure souvent associée à la crédibilité et à la qualité d\u2019une recherche, mais qui, dans ce cas, re?ète plutôt l\u2019ampleur du scandale et son in?uence persistante sur le mouvement antivaccin.Cependant, il arrive que des études clouées au pilori continuent d\u2019être citées sans que soit signalée la rétractation.Un phénomène que certains dé?nissent comme de « la pollution par citations » : tel un virus, des études discréditées contaminent un champ disciplinaire en étant reprises d\u2019article en article.Et c\u2019est ce qu\u2019on observe présentement avec les études falsi?ées du Lancet et du NEJM, qui comptent pourtant parmi les rétractations les plus médiatisées jusqu\u2019à ce jour.L\u2019équipe éditoriale de la revue Science a découvert que, parmi les 200 articles les plus récents s\u2019y référant, 105 les ont utilisées pour soutenir leurs conclusions sans jamais mentionner la rétractation.Certains ont paru dans les pages de journaux influents.Plusieurs étaient des méta-analyses qui utilisaient l\u2019une ou l\u2019autre de ces études comme source principale.Ce ne sont pas des cas isolés.Comment des chercheurs peuvent-ils sciemment s\u2019appuyer sur de tels travaux, surtout en ce qui concerne l\u2019affaire Sur- gisphere ?Il est dif?cile d\u2019ignorer le tollé suscité.Deux conclusions s\u2019imposent.Soit ces chercheurs estiment que ces études, même rétractées, ont une valeur ?ce qui est absurde considérant le ?ou entourant les données ?, soit ils copient-collent des références qui leur paraissent pertinentes sans prendre le temps de les vérifier.Dans un cas comme dans l\u2019autre, il s\u2019agit d\u2019une grossière négligence qui peut ?nir par coûter très cher si, de ?l en aiguille, on se fonde sur ces études pour traiter des patients.Au-delà des rétractations, on a vu que les citations inconsidérées peuvent avoir des répercussions dramatiques à long terme.La crise des opioïdes, qui a coûté la vie à des milliers de personnes, tire une partie de ses origines d\u2019un petit paragraphe publié en 1980 dans le NEJM.Les auteurs y af?rmaient, sans preuve, que les médecins pouvaient prescrire des opioïdes pour traiter la douleur sans craindre que leurs patients développent une dépendance.Cité plus de 600 fois, le court texte a servi de justi?catif pour la prescription à outrance d\u2019opioïdes.Parmi les auteurs de ces centaines de papiers, combien sont allés relire l\u2019article original pour en véri?er la robustesse ?On connaît la suite.Pourtant, les universitaires ont à leur disposition des outils technologiques de plus en plus performants pour véri?er la légitimité de leurs sources.Alors que la pandémie nous rend tous douloureusement conscients de la nécessité d\u2019une science rigoureuse, les citations insouciantes sont d\u2019autant plus inexcusables.03_SOMMAIRE_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2021_03.indd 4 21-01-29 10:11 MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 5 Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D MARS 2021 VOLUME 59, NUMÉRO 6 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Jocelyn Coulon, Catherine Couturier, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Renaud Manuguerra-Gagné, Charles Prémont, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Jean-Patrick Toussaint, Dominique Wolfshagen Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs Jean-François Hamelin, Nicole Aline Legault, Christinne Muschi, Sébastien Thibault/Anna Goodson Illustration Agency, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Maryvonne Charpentier Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette SERVICE AUX ABONNÉS : 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 serviceclient@velo.qc.ca PUBLICITÉ : Claudine Mailloux 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution: 25 février 2021 (568e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 36 $ + taxes États-Unis, 1 an : 84 $ Outre-mer, 1 an : 124 $ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2021 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca À LIRE SUR NOTRE SITE WEB La plus vieille peinture a 45 500 ans ! En Indonésie, des archéologues ont découvert une œuvre qui serait la plus ancienne peinture rupestre connue.Les vaccins sont-ils risqués pour les personnes très âgées ?Quelle est l\u2019ef?cacité du vaccin contre la COVID-19 chez les aînés de plus de 75 ans ?Ont-ils plus de risques de souffrir d\u2019effets secondaires ?Médecine parallèle et extrême droite, alliés improbables La connivence entre ces mouvements paraît surprenante.Elle a pourtant cours depuis quelques années.Et la COVID-19 a consolidé cette tendance.Rendez-vous au www.quebecscience.qc.ca/babillard Recti?catif \u2022 Une erreur s\u2019est glissée dans l\u2019article « La forêt des mal-aimés », publié dans le numéro de janvier-février 2021.Nous y écrivions que Jean Gagnon, qui travaille à la Direction des parcs nationaux du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec et se passionne pour les lichens, est retraité.En réalité, il est toujours en poste.Toutes nos excuses ; nous lui souhaitons encore beaucoup de belles découvertes ! Babillard Pour notre dossier spécial sur la première année de pandémie, il allait de soi de faire appel au talentueux illustrateur Sébastien Thibault, qui avait créé la couverture du numéro de juin 2020, qui portait lui aussi sur la COVID-19.Mais comment imaginer un concept pour un sujet dont tout le monde parle ?mais dont personne ne veut plus entendre parler non plus ?Et comment illustrer la crise avec lucidité tout en suggérant de l\u2019espoir, alors que nous sommes tous coincés dans ce labyrinthe infernal qu\u2019est la vie en temps de pandémie ?C\u2019était un dé?créatif de taille ! Construit autour d\u2019une ligne ascendante qui traverse la page, le concept évoque l\u2019idée d\u2019un futur, même si l\u2019envers de l\u2019escalier nous ramène dans les douloureux méandres de la pandémie.Le rouge est vibrant, mais pas sanguin.Une couleur vivi?ante et dynamique, à l\u2019image de la chercheuse qui grimpe des gigantesques marches.Cette course insuf?e de l\u2019optimisme.Elle rappelle les progrès scienti?ques accomplis en très peu de temps\u2026 même s\u2019il reste des marches à gravir.?Natacha Vincent, directrice artistique NOTRE COUVERTURE QUEBEC SCIENC E PIMPE R UNE VOITU RE PO UR LA REND RE AU TONO ME LES P ROME SSES DE LA THÉR APIE « ANT ISENS » COVID-19 Une c ourse contr e la mont re JUIN 20 20 Médec ins, vi rologi stes, épidém iologi stes et mathé matic iens lu ttent nuit e t jour contre la pandé mie.Il s nous racon tent le urs hi stoire s.QUEBEC SCIENCE LA BEAUTÉ INSOUPÇONNÉE DES ROCHES LES TRÉSORS FUNÉRAIRES DE L\u2019ÉGYPTE + MARS 2021 SPÉCIAL COVID-19 Le chemin parcouru.et celui qu\u2019il reste à faire CE QUE NOUS AVONS LU OU ENTENDU AU COURS DE CE NUMÉRO La durée de la protection immunitaire qu\u2019on acquiert après une maladie est très variable.Des études ont estimé qu\u2019elle pourrait atteindre des centaines d\u2019années pour la rougeole (si notre espérance de vie le permettait).Et il faut 50 ans pour que le taux d\u2019anticorps produits contre la varicelle baisse de moitié.Malheureusement, pour la COVID-19, la mémoire s\u2019efface plus vite.?Marine Corniou, journaliste Le Cabinet des curiosités vous présente de sublimes images de roches captées par le géologue italien Bernardo Cesare grâce à un microscope optique.Mais sachez qu\u2019il a utilisé la même technique pour photographier d\u2019autres beautés inusitées : un simple bout de plastique, des os de dinosaures, des médicaments dissous, du limoncello et même du sirop d\u2019érable ! ?Mélissa Guillemette, journaliste 03_SOMMAIRE_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2021_03.indd 5 21-01-29 10:12 \u2022 IMAGES : BERNARDO CESARE des curiosités LE CABINET Des bandes de biotite dans du gneiss.6 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 Sous le microscope polarisant, les roches prennent des airs de collages ultraléchés.Un géologue italien s\u2019amuse à les faire découvrir au public.Par Mélissa Guillemette BEAUTÉ MINÉRALE P our regarder une roche dans le blanc des yeux, il faut beaucoup de travail.À l\u2019aide d\u2019une scie circulaire, on commence par la tailler pour obtenir une petite plaque d\u2019environ 3 cm sur 5 cm.On en polit un côté, qu\u2019on colle sur une lamelle de verre.Puis, on ponce longuement l\u2019autre côté pour parvenir à une épaisseur de 0,03 mm, ce qui rend transparents la plupart des minéraux.Il suf?t ensuite de poser cette « lame mince » sous l\u2019oculaire d\u2019un microscope optique et de jouer avec différents ?ltres et accessoires.Le résultat ébahit encore le géologue italien Bernardo Cesare, plus de 30 ans après sa première expérience, réalisée pendant ses études universitaires.Si bien qu\u2019il en fait des photos, que le public peut admirer dans des concours, des expositions et sur ses comptes Twitter et Facebook MicROCKScopica.« L\u2019artiste, c\u2019est la nature ; je ne suis qu\u2019un photographe ! » dit-il, modeste.Au-delà de son intérêt esthétique, l\u2019analyse des lames minces est une technique de base en géologie pour identi?er les différents minéraux présents dans une roche.« Chaque minéral a des propriétés optiques particulières, explique le professeur du Département de géosciences de l\u2019Université de Padoue, en Italie.On regarde donc les couleurs et les textures.On observe aussi comment les différents minéraux sont agencés, ce qui nous donne une idée de celui qui s\u2019est formé en premier.» Bien évidemment, les minéraux n\u2019ont pas véritablement de couleurs aussi vives que celles qui égaient ce reportage.Pourtant, ces images sont parfaitement ?dèles à ce qu\u2019on peut voir au microscope.La clé se trouve entre la source de lumière et l\u2019œil dans l\u2019oculaire : les polariseurs (qui ?ltrent la lumière selon sa direction) et le compensateur (une autre lame mince d\u2019un minéral choisi pour ses propriétés).« Ce ne sont pas des ?ltres colorés », prévient le chercheur.En gros, chacun de ces éléments fait diverger la direction de la lumière, ce que les cristaux de l\u2019échantillon font aussi en raison de leur géométrie, tel un prisme.Les couleurs sont donc la somme de ces in?uences.Ainsi, on peut facilement distinguer des cristaux de biotite dans la roche : un Œil de tigre, une variété de quartz, provenant d\u2019Afrique du Sud. Cette image, l\u2019une des préférées de Bernardo Cesare, met en vedette une roche manitobaine envoyée par une collègue, Martha Growdon.Deux minéraux s\u2019y croisent : en bleu, des cristaux de plagioclase et en doré, de pyroxène.Des fossiles de nummulites, des organismes unicellulaires marins, ?gés dans du calcaire.MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 7 changement de couleur s\u2019opère quand on fait faire une rotation à l\u2019échantillon sous un seul ?ltre polarisant.Puis, quand on croise deux ?ltres, ce minéral devient pratiquement opaque, donc noir, lorsque les ?ssures qui le traversent se trouvent placées à l\u2019horizontale ou à la verticale.Un compensateur n\u2019est pas nécessaire pour reconnaître la biotite, mais dans le cas de l\u2019apatite et du feldspath, il facilite la tâche d\u2019identi?cation.L\u2019IMPORTANCE DU REGARD Ces techniques sont centenaires.D\u2019autres outils de pointe sont également utilisés, comme la microscopie électronique à balayage ou les techniques basées sur le rayonnement synchrotron.À titre d\u2019éditeur adjoint au Journal of Metamorphic Geology, le professeur Cesare est à même de constater que « c\u2019est devenu tentant de sauter l\u2019étape de la microscopie optique, de passer directement aux outils plus sophistiqués.Mais on se trouve alors à bâtir nos ré?exions sur des analyses ?nes sans avoir une bonne idée de la façon dont est faite notre roche.Sans cette vision plus large, on peut manquer des choses importantes.» C\u2019est justement en observant des grenats au microscope polarisant qu\u2019il a découvert que ceux-ci n\u2019ont pas tous une structure cristalline cubique.Pourtant, ils étaient jusqu\u2019alors considérés comme le minéral cubique par excellence ! « Sous Une étudiante de doctorat à l\u2019Université d\u2019Adélaïde en Australie, Renee Tam- blyn, a fourni ce schiste bleu dans lequel on trouve un exemple de grenat dont la structure cristalline est tétragonale plutôt que cubique.Le professeur Cesare a rapporté de la granulite du Kerala, en Inde, pour l\u2019étudier.Il s\u2019intéresse aux mouvements du carbone dans la croûte terrestre profonde.Les bandes noires sont du graphite.l\u2019effet de deux polariseurs, un minéral cubique apparaît toujours noir.Mais j\u2019ai réalisé que certains grenats ne sont pas complètement noirs.On a poursuivi la recherche et réalisé que plusieurs grenats sont tétragonaux », ce qui a fait l\u2019objet d\u2019une publication en 2019 dans la revue savante Scienti?c Reports.Il tente maintenant de comprendre pourquoi la cristallisation de ce minéral peut prendre une forme différente.Ses photographies décorent non seulement son salon, mais aussi des départements de géologie et des maisons privées partout dans le monde : le professeur commercialise ses œuvres\u2026 celles de la nature, devrait-on dire ! SUR LE VIF \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 8 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 P our la première fois en 2 500 ans, la lumière du jour s\u2019in?ltre à l\u2019intérieur d\u2019un sarcophage égyptien autour duquel s\u2019affaire une équipe de chercheurs.À l\u2019aide de rayons X, ces derniers déterminent que la momie qui s\u2019y trouve serait celle d\u2019un homme d\u2019environ 40 ans.Or, ce n\u2019est pas dans l\u2019ambiance austère d\u2019un laboratoire que ces premières analyses sont réalisées, mais plutôt au milieu des caméras de journalistes du monde entier ! Cette momie n\u2019est qu\u2019un spécimen parmi la centaine présentée au cours d\u2019une conférence de presse spectaculaire organisée par le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités en novembre 2020.Les sarcophages en bois en parfaite condition et ornés de hiéroglyphes aux couleurs encore visibles remontent pour la plupart à la Basse Époque, une période de l\u2019histoire d\u2019Égypte s\u2019étendant de 700 à 300 ans avant notre ère.Cette rencontre avec les médias est la troisième en trois mois et elle sera suivie d\u2019une autre qui s\u2019est tenue le 16 janvier dernier.En tout, les archéologues ont exhumé environ 200 sarcophages de puits funéraires, des statues de divinités, des masques, des fragments d\u2019un papyrus du Livre des morts, des poteries, etc.Ils ont aussi entièrement révélé le temple funéraire de la reine Naert, épouse du roi Téti, premier pharaon de la VIe dynastie de l\u2019Ancien Empire.Tous ces artéfacts proviennent de la nécropole de Saqqarah, située à une trentaine de kilomètres au sud du Caire.Ce plateau d\u2019une dizaine de kilomètres carrés a été classé au patrimoine mondial de l\u2019Unesco il y a plus de 50 ans.« Saqqarah était la nécropole de la ville de Memphis, qui a longtemps été la capitale de l\u2019Égypte, indique Jean Revez, égyptologue et professeur d\u2019histoire à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).C\u2019est un des lieux les plus visités du pays.» Et ce site n\u2019a pas ?ni de livrer ses secrets, car on estime que 70 % des artéfacts sont toujours enterrés.Pour l\u2019instant, dif?cile d\u2019en savoir davantage sur la nature des objets et sur leur contribution à l\u2019égyptologie.«On annonce ces découvertes dans de grandes conférences de presse, mais on n\u2019a pas encore accès aux informations scienti?ques, dit Valérie Angenot, égyptologue et historienne de l\u2019art à l\u2019UQAM.La première chose à faire est de s\u2019assurer de la préservation des momies.La recherche viendra après.» Comment expliquer autant de découvertes en quelques mois à peine ?La réponse vient en partie des pratiques funéraires de l\u2019époque à laquelle ces momies ont été enterrées.Quand on pense aux tombeaux égyptiens, on imagine des pyramides ou des salles souterraines dotées de chapelles richement décorées.Or, à la Basse Époque, les Égyptiens avaient presque abandonné ces façons de faire.Ils multipliaient plutôt les puits funéraires, des caveaux peu décorés, creusés à des dizaines de mètres sous terre, dans lesquels on entreposait plusieurs momies.Des sortes de fosses communes améliorées, en somme.« À la Basse Époque, les pharaons ou leurs proches bâtissaient toujours de grandes tombes individuelles ou familiales, mentionne Valérie Angenot, mais pour la noblesse et d\u2019autres particuliers, l\u2019accent est mis sur la protection directe du corps par des sarcophages magni?quement ornés, plutôt que sur le luxe des tombes.Ils avaient déjà le recul historique pour savoir que les grands tombeaux étaient une invitation pour les pilleurs.Les textes essentiels aux rites funéraires sont donc passés des murs des tombes à la surface des sarcophages.» Cette pratique d\u2019embaumement collectif permet aussi à des gens moins aisés d\u2019aspirer à une vie après la mort.«Ce qu\u2019on découvre Les trésors funéraires de l\u2019Égypte antique Ces derniers mois, les découvertes se multiplient en Égypte, révélant la complexité de l\u2019industrie funéraire de la Basse Époque.Par Renaud Manuguerra-Gagné Explorée minutieusement par les archéologues, la nécropole de Saqqarah abrite notam - ment la pyramide à degrés de Djoser, créée par le célèbre architecte Imhotep. Carnet de santé Dre ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 9 dans ces puits nous permet de connaître le sort d\u2019un plus grand nombre d\u2019Égyptiens, mais aussi le statut des personnes inhumées et les privilèges auxquels elles pouvaient accéder », signale Jean Revez.Selon les moyens du défunt, on voit des variations dans la manière d\u2019emmailloter, les huiles d\u2019embaumement employées ou le raf?nement des vases canopes, ces jarres servant à entreposer les viscères des corps momi?és.« En étudiant ce savoir-faire, les chercheurs pourront voir une gradation dans l\u2019industrie de la momi?cation, des offres les plus luxueuses jusqu\u2019aux plus banales », poursuit Jean Revez.Le chercheur ne sait pas à quoi s\u2019attendre par rapport au caractère original des découvertes.«Par leur nombre important, c\u2019est certain que ces artéfacts vont nous apporter des informations, mais il est probable qu\u2019elles ne servent qu\u2019à con?rmer des connaissances qu\u2019on a acquises à l\u2019occasion de fouilles précédentes.» Ces découvertes surviennent aussi à une période dif?cile pour l\u2019Égypte, qui a vu le tourisme diminuer après le printemps arabe, puis avec la pandémie de COVID-19.«Pour le moment, les Égyptiens ont besoin de multiplier ces découvertes pour montrer la richesse de leur patrimoine, ajoute Valérie Angenot.Mais les Égyptiens ont aussi un réel intérêt pour leur passé, non pas comme source de revenus, mais pour l\u2019importance de la science.Les plus belles momies iront rejoindre les collections de musées, comme celle du futur Grand Musée égyptien, dont l\u2019ouverture a été reportée à 2021.Mais on ne sait jamais à quoi va mener une découverte archéologique.Le moindre objet peut servir de point de départ à de nouvelles théories.» Qu\u2019elles soient destinées aux musées ou aux laboratoires, il y a fort à parier qu\u2019une telle attention scienti?que et médiatique n\u2019était pas incluse dans les arrangements funéraires des momies concernées.Une vraie grippe d\u2019homme I l y a maintenant un an que le SRAS-CoV-2 fait la pluie ?surtout ?et le beau temps dans nos vies.Même si nous n\u2019avons pas totalement pris le dessus sur le virus, nous avons beaucoup appris ! Nous anticipons les complications de la maladie, traitons mieux ses formes critiques, sans parler des nombreux vaccins.Nous avons aussi mis le doigt sur ce qui prédispose à une infection grave comme l\u2019âge, le diabète ou l\u2019obésité.Mais un autre facteur de risque important présent chez la moitié de la population a aussi été désigné : le fait d\u2019être un homme.Il y aurait donc un « sexe faible » face à la COVID-19.En effet, les hommes ont deux fois plus de risques de souffrir d\u2019une forme grave de la maladie ou d\u2019en mourir que les femmes, peu importe leur tranche d\u2019âge ou leurs problèmes de santé.On avait remarqué la même tendance avec le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS).On est loin de la fameuse « grippe d\u2019homme ».Relativement à la COVID-19 ?ou à toute forme d\u2019infection en fait ?, la différence entre les sexes est bien réelle.Nous savons depuis plusieurs années que les hommes atteints d\u2019in?uenza sont malades plus longtemps et répondent en général moins bien à la vaccination.Plus récemment, la revue Nature s\u2019est penchée sur ce phénomène a?n de comprendre pourquoi les hommes sont plus vulnérables dans le contexte particulier de la pandémie actuelle.Initialement, des chercheurs ont avancé que cette disparité était liée au fait que les hommes sont en général plus enclins à prendre des risques que les femmes.Ils auraient donc été davantage tentés de participer à des activités de groupe ou encore à faire ?des recommandations de la santé publique quant au port du masque ou au lavage des mains.Or, comme le taux d\u2019infection est similaire entre les sexes ?ce sont seulement les taux de cas graves et de décès qui diffèrent ?, les chercheurs ont dû regarder ailleurs.La réponse se situerait plutôt sur le plan biologique, plus précisément du côté de l\u2019in- ?ammation.Les hommes fabriquent davantage de cytokines, de petites protéines qui alertent les cellules du système immunitaire lorsque vient le temps de se défendre contre un intrus.Le problème survient quand les cytokines sont en trop grand nombre ?ce qu\u2019on appelle une « tempête in?ammatoire » ?et entraînent une violente attaque du système immunitaire au détriment de son hôte.Autre fait à noter, certains sujets masculins auraient moins de lymphocytes T que leurs consœurs.Or, ce type de globule blanc est crucial pour la lutte contre les pathogènes.J\u2019ajouterais qu\u2019il n\u2019y a pas qu\u2019à l\u2019échelon biologique que les hommes sont défavorisés au regard de la COVID-19.Un reportage fascinant du Washington Post publié en novembre dernier explique que le con?nement a causé une « crise de l\u2019amitié » masculine : les hommes ont, en général, des interactions avec leurs amis centrées sur une activité, comme un sport ou un jeu vidéo, où la discussion et le partage des émotions peuvent être relégués au second plan.Ils ont également en moyenne moins d\u2019amis à l\u2019âge adulte que les femmes.Pourquoi ?Nous vivons dans une culture où l\u2019intimité entre hommes est dévalorisée, voire découragée.Ainsi, pour plusieurs d\u2019entre eux, c\u2019était au « bureau » qu\u2019ils faisaient le plein de contacts sociaux, stratégie qui a volé en éclats avec l\u2019explosion du télétravail.Pour compléter ce triste tableau, les hommes sont probablement moins disposés que les femmes à admettre qu\u2019ils se sentent seuls et à aller chercher de l\u2019aide, encore un résultat des construits sociaux bien ancrés.Un homme, un vrai, c\u2019est fort et ça s\u2019arrange tout seul.Comme quoi certaines idées ?parfois bien plus que les cytokines ?contribuent malheureusement à cette « tempête parfaite »\u2026 SUR LE VIF 10 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Une théorie tournée vers la naissance de l\u2019Univers relance les paris sur la nature de la matière noire.Par Marine Corniou L e constat est sans appel : la matière noire, qui constitue 85 % de la matière de l\u2019Univers, échappe toujours aux physiciens.Une équipe de jeunes cosmologistes propose un nouveau scénario pour percer ce mystère.Le rôle central y est tenu par des trous noirs hypothétiques dits « primordiaux », car ils seraient apparus durant la première seconde de l\u2019Univers.« Ce sont de très bons candidats au titre de matière noire», soutient Edoardo Vitagliano, physicien à l\u2019Université de Californie à Los Angeles, l\u2019un des auteurs de l\u2019article paru ?n 2020 dans la revue Physical Review Letters.Ne vous y trompez pas : on a beau les quali?er de « noirs », les trous noirs classiques, comme ceux qui résultent de l\u2019effondrement d\u2019une étoile, n\u2019ont à priori pas de rapport avec la matière manquante.Ils sont trop peu nombreux pour « peser » assez lourd.À moins qu\u2019une myriade de trous noirs primordiaux inconnus constellent l\u2019Univers ?L\u2019idée que ces astres, dont l\u2019existence reste à prouver, pourraient être la source de la matière noire date des années 1990.Mais elle se butait à certaines contraintes théoriques sur l\u2019abondance et la taille possible de ces trous noirs.Les calculs montraient qu\u2019ils ne pouvaient constituer qu\u2019une in?me fraction de la masse manquante.En revisitant l\u2019histoire de leur formation, l\u2019équipe internationale, sous la houlette de l\u2019Institut Kavli pour la physique et les mathématiques de l\u2019Univers, situé au Japon, s\u2019est débarrassée de ces contraintes.La clé tient à leur concept de « bulles de faux vide ».« Pendant la période d\u2019expansion très rapide de l\u2019Univers, appelée in?ation, certaines régions de l\u2019espace s\u2019apparentant à des \u201cbulles\u201d se seraient effondrées sur elles-mêmes ?un peu comme des étoiles très denses ?pour créer des trous noirs », explique Edoardo Vitagliano.L\u2019Univers primordial, une soupe chaude et informe, était alors si compact qu\u2019une ?uctuation de densité de 50 % aurait suf?à former un trou noir, selon les auteurs.Ils en concluent que ces astres pourraient même représenter l\u2019intégralité de la matière noire dans l\u2019Univers actuel.Tout dépend de leur masse, un « détail » qui reste à élucider.« Celle-ci pourrait varier de 1011 kg jusqu\u2019à des dizaines de milliers de masses solaires ?cela dépend des modèles », commente Marie-Lou Gendron-Marsolais, une Québécoise spécialiste des trous noirs en poste au télescope ALMA, au Chili, et qui n\u2019a pas participé à ces travaux.Pour régler une fois pour toutes le mystère de la matière noire, il faudrait que la masse de ces objets originels soit proche de celle d\u2019un astéroïde, avance l\u2019équipe de l\u2019Institut Kavli.« C\u2019est très excitant et la communauté scienti?que travaille dur pour explorer cette possibilité », s\u2019enthousiasme un autre auteur de l\u2019article, Volodymyr Takhistov.L\u2019équipe est fébrile : elle collabore avec des collègues japonais qui ont détecté grâce au télescope Subaru d\u2019Hawaii, en 2019, un « candidat » compatible avec leurs prédictions.« Ils ont observé l\u2019augmentation de la luminosité des étoiles due à la courbure de la lumière passant proche de trous noirs primordiaux, poursuit le chercheur.Nous attendons avec impatience les nouvelles données, qui seront un bon test pour notre proposition.» Leur scénario est d\u2019autant plus séduisant qu\u2019il ouvre la porte à l\u2019existence d\u2019univers multiples.« Les trous noirs primordiaux formés par les bulles peuvent avoir différentes tailles.Les plus massifs sont spéciaux : selon les principes de la relativité générale, un observateur imaginaire à l\u2019intérieur de ces trous noirs verrait un univers en expansion, séparé du nôtre ?un bébé univers.Alors que nous, en tant qu\u2019observateurs externes, ne verrions qu\u2019un trou noir », signale Edoardo Vitagliano.Vertigineux.Des bulles pour expliquer la matière noire Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe Un baume de crottin Par Charles Prémont MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 11 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM E n 2007, des scienti?ques chinois font une observation étonnante.Un panda géant s\u2019approche d\u2019un tas de crottin de cheval frais et l\u2019inspecte à l\u2019odorat.Visiblement satisfait, il s\u2019y roule et applique méticuleusement la déjection chevaline sur toutes les parties de son corps.Cet étrange comportement a ensuite été observé une quarantaine de fois chez plusieurs de ces animaux vivant en liberté.Douze ans plus tard, l\u2019équipe croit avoir trouvé la raison de ce bain odorant et a récemment publié ses résultats dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.Ce comportement protégerait les pandas géants de la sensation de froid.Les chercheurs ont d\u2019abord remarqué la préférence des pandas pour le crottin frais.Celui-ci possède alors des molécules nommées bêtacaryophyllène (BCP) et oxyde de bêtacaryophyllène (BCPO) qui disparaissent lorsque le crottin vieillit.Pour savoir si c\u2019était bien ces composés qui les attiraient, les scienti?ques en ont répandu sur du foin déposé dans les habitats de pandas dans un zoo.Ces derniers ont préféré ce foin à celui qui n\u2019avait pas été traité.De plus, l\u2019enrobage survenait habituellement lorsque la température baissait sous les 15 °C.Les scienti?ques ont alors testé l\u2019effet du BCP et du BCPO sur des souris.Résultat : les rongeurs dont les pattes avaient été frottées avec ces substances étaient moins sensibles au froid que ceux qui avaient reçu un placébo.Des études subséquentes ont montré que ces composés chimiques inhibent une protéine nommée TRPM8, un récepteur activé par le froid qui se trouve sur les cellules de mammifères, dont celles des souris et du panda géant.Cette hypothèse est intéressante, selon le Dr Don Reid, zoologiste de la conservation de la Wildlife Conservation Society Canada, mais il estime que les données présentées dans l\u2019article ne permettent pas de la confirmer.« Le maillon qui m\u2019apparaît le plus faible, c\u2019est qu\u2019on ne spéci?e pas comment ces particules chimiques entrent dans le corps des pandas pour entraîner cet effet.Est-ce que se rouler dedans est suf?sant ?C\u2019est possible, mais cela n\u2019a pas été démontré.» N\u2019empêche, l\u2019approche est fascinante.Selon Marion Desmarchelier, professeure au Département de sciences cliniques de la Faculté de médecine vétérinaire de l\u2019Université de Montréal, ce « travail moléculaire » pour expliquer des comportements animaliers est un domaine d\u2019avenir.« On oublie facilement que les animaux vivent dans un monde olfactif, dit-elle.Lorsqu\u2019ils sentent, ils reçoivent des informations aussi pertinentes pour eux que ce que nous percevons avec nos yeux.» Les nouvelles techniques mises au point pour détecter ces composés chimiques ouvrent ainsi un tout nouveau monde aux biologistes.D epuis le début de la pandémie, mes dépenses liées au travail ont diminué : ?nis les lunchs avec les collègues, le renouvellement mensuel de ma carte de transport et les jolis vêtements pour lesquels personne ne me complimentera.Mais je ne suis pas si frugale.J\u2019ai acheté un support d\u2019ordinateur, un casque d\u2019écoute de qualité supérieure, un trépied et une lumière très ?atteuse.Je suis loin d\u2019être la seule à avoir eu cette idée! Un sondage réalisé par la compagnie Signs.com auprès de 1507personnes a révélé que 71% d\u2019entre elles ajustent l\u2019éclairage avant un appel de vidéoconférence et que plus de la moitié mettent de l\u2019ordre dans leur arrière-plan.La pandémie nous a forcés à partager notre intimité et celle-ci n\u2019est évidemment ni lisse ni parfaite.Mais le désir de bien paraître est plus fort que tout.Ainsi sont apparus trépieds et supports d\u2019ordinateurs pour avoir une caméra à la hauteur des yeux (a?n de ne pas mettre l\u2019accent sur notre double menton) et à haute dé?nition (mais pas trop performante pour conserver un ?ou artistique) et surtout un halo lumineux pour uniformiser le teint et faire briller nos yeux ! Dans les premiers mois de la pandémie, certains de ces appareils sont devenus aussi dif?ciles à trouver que du papier de toilette et du gel antiseptique ! Mais regarder son propre visage, dans une miniature de vidéo, plusieurs heures par jour peut devenir malsain, surtout pour les personnes atteintes de dysmorphopho- bie, un trouble qui touche environ deux pour cent de la population et qui est caractérisé par une préoccupation excessive de l\u2019apparence au point de provoquer une détresse psychologique.Katharine Phillips, professeure de psychiatrie au Weill Cornell Medical College de l\u2019Université Cornell, à New York, a vu les symptômes chez ses patients atteints de ce trouble s\u2019accentuer au cours des derniers mois.En Australie, des chercheurs ont aussi observé davantage de détresse chez des individus présentant des troubles dysmorphiques, durement touchés par la fermeture des salons de beauté pendant les épisodes de con?nement.Katharine Phillips estime que le stress de la crise sanitaire pourrait déclencher l\u2019apparition du trouble chez des gens ayant des prédispositions (comme le fait d\u2019avoir subi de l\u2019intimidation à l\u2019école).En montrant à nos interlocuteurs une image parfaite, à quel jeu jouons-nous ?À quelles attentes voulons-nous correspondre?Celles de la société\u2026 ou celles dans notre tête ?Alors que nous nous retrouvons, pour la première fois peut-être, dans une situation où nous sommes littéralement tous dans le même bateau, n\u2019est-ce pas une occasion d\u2019arrêter de faire semblant et de s\u2019offrir un peu de vulnérabilité ?Pourquoi sauver les apparences ? Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf 12 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 \u2022 ILLUSTRATION : VIGG L es populations de vertébrés ont chuté de 68 % en moins de cinquante ans », titrait Le Monde en septembre dernier.« Soixante pour cent de la faune mondiale a été anéantie depuis 1970 », annonçait la CBC deux ans plus tôt.Il n\u2019y a pas à dire, les catastrophes font des manchettes extraordinaires! Les deux médias avaient une source commune : le rapport bisannuel Planète vivante du Fonds mondial pour la nature (WWF), un organisme environnemental.Ce rapport est toujours centré sur une statistique particulière, l\u2019«indice planète vivante», qui résume en un seul chiffre les tendances de 14 700 populations de vertébrés réparties partout dans le monde et pour lesquelles on dispose d\u2019un minimum de données.Le portrait dépeint par cet indice est toujours accablant : dans l\u2019ensemble, les populations de mammifères, d\u2019oiseaux, de poissons, de reptiles et d\u2019amphibiens de la planète sont littéralement en train de s\u2019écrouler.L\u2019idée de calculer un tel indicateur est, disons-le, tout à fait bonne.Rassembler toutes les données disponibles pour en faire la synthèse est un exercice nécessaire si l\u2019on veut obtenir une vue d\u2019ensemble de la situation et dégager de grandes tendances.Mais voilà, la manière dont le WWF s\u2019y prend pour obtenir cet indice tant cité dans les médias est fortement biaisée, écrivait récemment dans Nature une équipe de biologistes menée par Brian Leung, de l\u2019Université McGill.L\u2019indice consiste essentiellement à établir la « moyenne géométrique » du déclin des différentes populations animales, un calcul un peu différent de la moyenne classique (voir l\u2019encadré).Avec cette moyenne géométrique, le résultat devient très sensible aux extrêmes.«Pour l\u2019illustrer, expliquent les auteurs dans leur texte, imaginons un écosystème dans lequel une population aurait décliné de 99 %.Dans un tel cas, même si une autre population était multipliée par 50 ou que 393 autres populations croissaient de 1 %, la moyenne géométrique montrerait un déclin global catastrophique de 50 %.» En regardant de près les rapports du WWF, on découvre en effet que ce n\u2019est qu\u2019une petite partie des populations suivies qui se sont véritablement effondrées depuis les années 1970, ce qui a pour effet de noircir arti?ciellement le portrait d\u2019ensemble.Le professeur Leung et ses collègues ont fait l\u2019exercice de recalculer l\u2019indice, mais en en retirant les quelque 350 populations, ou 2,4 % de l\u2019ensemble, dont le déclin a été le plus prononcé.Résultat : pour les autres, soit 97,6% des populations suivies, il n\u2019existe aucune tendance à la baisse, elles sont tout à fait stables.En outre, il semble que les données sont en général plus parcellaires parmi les 2,4 % qui sont en forte régression.Rien de tout cela ne signi?e que la perte de biodiversité n\u2019est pas un problème réel.C\u2019en est bien un ; plusieurs espèces sont déjà disparues et d\u2019autres, comme la baleine franche de l\u2019Atlantique, sont sur le point d\u2019être rayées de la carte.Par ailleurs, en regroupant les populations de l\u2019indice planète vivante selon leur parenté et leur habitat, l\u2019équipe de Brian Leung a pu désigner des groupes et des régions plus menacés que les autres.Par exemple, pas moins de 7,6% des populations de mammifères marins de l\u2019Arctique sont en déclin extrême et la zone indo-paci?que, qui part de l\u2019océan Indien et inclut les archipels au nord de l\u2019Australie, semble particulièrement vulnérable elle aussi.Ce sont là des problèmes de conservation dont il faut s\u2019occuper avant qu\u2019il soit trop tard.Mais l\u2019article de Nature rappelle une chose essentielle : toutes les moyennes sont des simplifications.À trop vouloir réunir toutes les tendances en un seul chiffre, l\u2019indice planète vivante gomme des variations fondamentales et tord la réalité.On aurait intérêt à garder cela en tête dans les médias (et même chez les scien- ti?ques, disent Brian Leung et ses collègues) si l\u2019on veut discuter de conservation de manière utile et constructive, sans verser dans le sensationnalisme.Catastrophe généralisée, vous dites ?Supposons qu\u2019on veuille calculer la taille moyenne de deux personnes mesurant 1,60 m et 1,80 m.La manière classique de s\u2019y prendre est bien sûr d\u2019additionner les chiffres, puis de les diviser par 2.Mais la moyenne géométrique utilisée par le WWF s\u2019établit un peu différemment.Il faut d\u2019abord multiplier (et non additionner) les valeurs les unes par les autres : 1,60 m × 1,80 m = 2,88 m².Ensuite, au lieu de diviser par 2 comme on est habitué à le faire, on extrait la racine carrée : ?2,88 m² = 1,697 m.Notons que pour la moyenne géométrique d\u2019un groupe de plus de deux personnes, ce ne serait plus la racine carrée qu\u2019il faudrait extraire.Cela dépendrait du nombre de personnes dans le groupe ?par exemple, pour 15 personnes, ce serait la racine quinzième.On se sert généralement de la moyenne géométrique pour des quantités qui sont exponentielles par nature, comme la croissance des populations, qu\u2019elles soient animales ou humaines.des vaccins et des produits thérapeutiques pour lutter contre les déis de santé publique.Nous sommes pleinement engagés dans les eforts Pour que les masques soient choses du passé.Depuis plus de 20 ans, nous repoussons les limites de ce qui est possible dans le domaine des maladies infectieuses.Grâce à notre technologie novatrice de production sur plantes, nous développons des vaccins et des produits thérapeutiques pour lutter contre les déis de santé publique.Nous sommes pleinement engagés dans les eforts mondiaux de lutte contre la COVID-19.Pour en savoir plus, visitez medicago.com des vaccins et es produits thérapeutiques pour lutter contre les déis de anté publique.Nous sommes pleinement engagés dans les eforts des vaccins et des produits thérapeutiques pour lutter contre les déis de santé publique.Nous sommes pleinement engagés dans les eforts d e s v a c c i n s e t d e s p r o d u i t s t h é r a p e u t i q u e s p o u r l u t t e r c o n t r e l e s d é i s d e s a n t é p u b l i q u e .N o u s s o m m e s p l e i n e m e n t e n g a g é s d a n s l e s e f o r t s des vaccins et des produits thérapeutiques pour lutter contre les déis de santé publique.Nous sommes pleinement engagés dans les eforts des vaccins et des produits thérapeutiques pour lutter contre les déis de santé publique.Nous sommes pleinement engagés dans les eforts \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Les collapsologues sont convaincus que notre monde s\u2019écroulera tôt ou tard.Deux auteurs démontent cet argumentaire catastrophiste.Par Jocelyn Coulon ENTREVUE | Catherine et Raphaël Larrère 14 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 Ce n\u2019est pas la ?n du monde \u2022 IMAGE : JAMES STARTT MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 15 y a une vingtaine d\u2019années, l\u2019émission humoristique La fin du monde est à sept heures parodiait la propension des médias à toujours annoncer de mauvaises nouvelles.Aujourd\u2019hui, la collapsologie joue le même rôle en ce qui a trait à l\u2019état de notre planète, mais c\u2019est drôlement plus sérieux.Selon cette « science », qui regroupe entre autres des ingénieurs, des astrophysiciens et des économistes, l\u2019effondrement global, uniforme et synchrone de notre civilisation industrielle est imminent, peut-être même surviendrait-il dans 10ans.Les sociétés ne seront alors plus en mesure de fournir les services de base comme l\u2019eau potable, la nourriture, les soins.Les populations devront donc se tourner vers de petites unités autonomes pour survivre.Dans Le pire n\u2019est pas certain, les Français Catherine et Raphaël Larrère, respectivement philosophe et ingénieur agronome, rejettent cette vision catastrophiste et rappellent que notre avenir n\u2019est pas écrit d\u2019avance.Québec Science : Pourquoi les collapsologues imaginent-ils le pire ?Catherine et Raphaël Larrère : Ils s\u2019appuient sur trois diagnostics pour prédire le caractère inévitable de l\u2019effondrement : d\u2019abord, un constat d\u2019impuissance des États à prendre des mesures ef?caces contre les dégradations écologiques ; ensuite, un faisceau de preuves qui montre qu\u2019un système qui suppose une croissance illimitée des activités économiques et de la consommation ne peut durer indé?niment sur une Terre aux ressources et aux capacités d\u2019absorption limitées ; en?n, l\u2019idée que le système mondialisé est devenu si complexe et si étroitement connecté qu\u2019il est particulièrement vulnérable et qu\u2019on doit s\u2019attendre à ce qu\u2019il s\u2019effondre en raison soit de la défaillance d\u2019un de ses sous-systèmes, soit de ses conséquences sur l\u2019environnement planétaire.QS Ces diagnostics font-ils de la collapsologie une science ?CRL Elle en a l\u2019ambition.Elle puise ses arguments dans la théorie des systèmes complexes [qui a émergé au 20e siècle et qui décrit différents objets ou milieux comme un réseau d\u2019unités en interaction] et s\u2019appuie sur la masse de données scienti?ques réunies depuis des dizaines d\u2019années pour évaluer la situation environnementale.Ces prétentions scienti?ques ne tiennent guère.Prévoir avec certitude l\u2019effondrement est absurde quand c\u2019est précisément leur imprévisibilité qui caractérise les systèmes complexes.QS Et c\u2019est pour quand, l\u2019effondrement ?CRL Cela dépend du collapsologue que vous consultez.Yves Cochet, ancien ministre français de l\u2019Environnement, est le plus catégorique.Il y a quelques années, il af?rmait : «L\u2019effondrement de la société mondialisée est possible dès 2020, probable en 2025, certain en 2030, à quelques années près.» Pour 2020, c\u2019est raté.D\u2019autres estiment plutôt que l\u2019effondrement se produira lentement, petit à petit.QS Que proposent les collapsologues pour survivre à l\u2019effondrement ?CRL L\u2019effondrement se caractérisant par la cessation des services de base, les col- lapsologues en appellent à la formation de petites unités autosuf?santes et sobres.Comme ils ne savent pas très bien quand se mettront en place ces communautés qui remplaceront le système global détruit, ils peuvent juste évoquer les principes qui les guideront a?n que l\u2019effondrement soit un happy collapse.Ce peut être une forme de survivalisme.QS Certains scienti?ques décrivent aussi l\u2019effondrement, mais plutôt dans l\u2019espoir que nous agissions pour l\u2019éviter.Quelle est la différence?CRL Pour Jean-Pierre Dupuy, polytechnicien et philosophe, théoricien du « catastro- phisme éclairé », la catastrophe est une possibilité, pas une fatalité.Il ne désespère pas que les États parviennent à dévier de leur trajectoire mortifère, pour peu qu\u2019on les y oblige.Ainsi, pour le catastrophisme éclairé, privilégier le scénario du pire est une injonction morale, pas une certitude de l\u2019avenir qui nous attend. ENTREVUE | Catherine et Raphaël Larrère 16 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 QS Les collapsologues sont alarmistes, certes, mais ne réussissent-ils pas à marquer davantage les esprits que les écologistes ?CRL En effet, ils ont attiré l\u2019attention sur les effets des changements climatiques, l\u2019érosion de la biodiversité, la multiplication des pollutions de toutes sortes, les problèmes de sècheresse et d\u2019accès à l\u2019eau, les phénomènes météorologiques extrêmes et leurs conséquences.Non seulement les enjeux climatiques et écologiques ont gagné en visibilité, mais cela s\u2019est fait d\u2019une façon telle que chacun s\u2019y est trouvé impliqué.La situation écologique n\u2019est plus uniquement affaire d\u2019experts et de politiques ; elle ne concerne pas que les générations futures, elle appelle tout un chacun à changer sa vie, ici et maintenant.QS Alors, qu\u2019est-ce qui ne va pas avec la collap- sologie ?CRL Il importe de tenir compte des catastrophes.Il y en a eu, il y en a, il y en aura.Il faut les éviter.Or, cela, la collapsologie ne le permet pas.Car elle ne parle pas des catastrophes, mais de la catastrophe, au singulier.C\u2019est là son échec.QS Pourquoi ?CRL Elle n\u2019envisage d\u2019effondrement qu\u2019à l\u2019échelle planétaire.S\u2019alignant sur des études écologiques qui ont fait date, les collapsologues considèrent la Terre dans sa globalité, comme un système composé de ces ensembles en interaction que sont la géosphère ?la Terre en tant que planète avec sa dérive des continents, ses séismes et ses volcans?, l\u2019atmosphère, la biosphère, l\u2019humanité et la technosphère dont elle s\u2019est entourée.QS Quel problème pose cette vision globale ?CRL À l\u2019échelle planétaire, le climat et la biodiversité sont ingouvernables.L\u2019impuissance à agir, qui renforce leur certitude de l\u2019effondrement, tient en partie à l\u2019impossibilité d\u2019appréhender à cette échelle les problèmes environnementaux dans toute leur ampleur et dans toute leur complexité.Elle tient aussi au fait qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019instance planétaire apte à prendre des décisions de façon démocratique et à les imposer à tous les États.On est contraint de s\u2019en remettre à la sphère internationale, échelon où les gouvernements des différents pays peuvent prendre de bonnes résolutions qu\u2019ils vont s\u2019empresser d\u2019oublier.QS Il faut donc redescendre à l\u2019échelle locale ?CRL Oui.Prenons le cas de la biodiversité.À l\u2019image des travaux de la Plateforme intergouvernementale scienti?que et politique sur la biodiversité et les services écosysté- miques [un groupe international d\u2019experts sur la biodiversité], tous ceux qui privilégient l\u2019approche globale de la biodiversité sont conduits à envisager une extinction massive et à la comparer aux grandes phases d\u2019extinction des temps géologiques.Pourtant, si l\u2019on adopte un point de vue local, on se rend compte qu\u2019on dispose des moyens techniques et scienti?ques pour contrecarrer l\u2019érosion de la biodiversité.De même dispose-t-on des moyens pour limiter les sources de pollution industrielles et agricoles, pour se dispenser d\u2019employer massivement des énergies fossiles ou pour faire en sorte que les déchets d\u2019une activité servent de ressources à d\u2019autres.Localement, on a les moyens d\u2019agir et, si cette action se heurte à tous ceux qui entendent préserver le statu quo, il est possible de se mobiliser et de s\u2019engager dans des con?its [comme des grèves ou des manifestations] qui se résoudront, peut-on l\u2019espérer, par le débat démocratique.QS La pandémie de COVID-19 a bouleversé notre monde, mais ce dernier ne s\u2019est pas écroulé.Quelle leçon peut-on en tirer ?CRL Un collapsologue avait af?rmé [avant l\u2019arrivée du SRAS-CoV-2] qu\u2019une pandémie pourrait être la cause d\u2019un effondrement majeur.Il avait oublié le rôle de l\u2019État.Sans État, pas d\u2019hôpitaux, pas de chômage partiel, pas de maintien des services essentiels.S\u2019il n\u2019y a pas eu d\u2019effondrement, c\u2019est que l\u2019État a tenu.Mais s\u2019il a tenu, ce n\u2019est pas tant grâce à la gestion avisée des gouvernements, qui ont plutôt accumulé les retards, les imprévoyances, les négligences et les bévues, qu\u2019aux très nombreux travailleurs qui ont continué à assurer les services vitaux.C\u2019est cette base sociale de travaux sous-payés, ignorés, tardivement reconnus pendant la crise qui a évité la catastrophe annoncée par les collapsologues.QS En quoi les thèses des collapsologues décou- ragent-elles de trouver des solutions, comme vous l\u2019écrivez ?CRL Si l\u2019effondrement est considéré comme inévitable, on ne peut que s\u2019adapter à la situation, ce qui détourne de toute action politique.« Si l\u2019on adopte un point de vue local, on se rend compte qu\u2019on dispose des moyens techniques et scienti?ques pour contrecarrer l\u2019érosion de la biodiversité.» MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 17 Ne sont possibles que des conduites individuelles d\u2019adaptation à la situation.Il s\u2019agit essentiellement d\u2019un travail psychologique sur soi-même, mené par de petits groupes qui se confortent mutuellement.QS Existe-t-il des solutions autres que le statu quo et l\u2019effondrement complet ?CRL Le récit collapsologique semble ne tenir aucunement compte des solutions parallèles et militantes déjà pensées et mises en pratique par des mouvements politiques et des luttes sociales depuis de nombreuses années.Il y a de multiples initiatives autonomes qui, en de nombreux endroits du globe, permettent à des gens de se réapproprier leur milieu de vie et d\u2019adopter de nouvelles façons d\u2019habiter la Terre non pas en la dominant, mais en la partageant avec les non-humains, animaux ou végétaux.Pour échapper à la peur que peut provoquer la hantise de l\u2019effondrement, il nous faut retrouver con?ance dans notre capacité d\u2019agir.UN PAN MÉCONNU DE L\u2019HISTOIRE MONTRÉALAISE.LE RÉCIT D\u2019UN SCIENTIFIQUE HORS NORME.editionsmultimondes.com Également offert en version numérique DOSSIER SPÉCIAL Con?nement, décon?nement, couvre-feu, première vague, deuxième vague : cette année de pandémie (p.20 ) a été un éternel recommencement.Un labyrinthe où les obstacles et les dé?s émergeaient au fur et à mesure que le virus révélait ses ruses (p.22 ).Notre perception du temps (p.46 ) s\u2019en est trouvée chamboulée.Si certains ont souffert d\u2019un sentiment d\u2019inertie, d\u2019autres ont vu leurs journées s\u2019accélérer, notamment les scienti?ques (p.30 ).Bien qu\u2019il reste des questions à élucider, notamment celle très complexe de l\u2019immunité (p.38 ), rappelons-nous que des vaccins ont été produits en un temps record et que la recherche a permis des avancées phénoménales.Un exploit qui, aussi mémorable soit-il, n\u2019éclipsera jamais les drames humains causés par la pandémie.MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 19 ILLUSTRATION : SÉBASTIEN THIBAULT \u2022 DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT DOSSIER SPÉCIAL 20 JANVIER On con?rme que le virus se transmet de personne à personne.5 JANVIER 2020 L\u2019OMS annonce qu\u2019il y a une épidémie d\u2019un nouveau virus.17 NOVEMBRE 2019 Date présumée du premier cas de COVID-19 dans le monde, en Chine.13 MARS L\u2019Europe devient l\u2019épicentre de la pandémie.Les États-Unis et le Québec déclarent l\u2019état d\u2019urgence sanitaire.Le Parlement canadien suspend ses activités.31 MARS Le Québec annonce n\u2019avoir que pour de « trois à sept jours » d\u2019équipement de protection individuelle.23 JANVIER La ville de Wuhan, où le virus est apparu, et certaines localités voisines sont mises en quarantaine.11 JANVIER Premier décès lié au virus en Chine.31 DÉCEMBRE 2019 L\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) apprend que plusieurs cas d\u2019une pneumonie de cause inconnue sont rapportés à Wuhan, en Chine.14-16 MARS Québec interdit les visites non essentielles dans les CHSLD, les hôpitaux et les résidences pour personnes âgées.Puis, il impose la distanciation physique d\u2019un mètre, ferme plusieurs lieux publics ainsi que les écoles.2 AVRIL L\u2019OMS rapporte qu\u2019il y aurait des preuves de transmission du corona- virus par des personnes asymptomatiques ou présymptomatiques.25 JANVIER Un patient atteint du virus est hospitalisé à Ottawa.C\u2019est le premier cas con?rmé de la maladie au Canada.12 JANVIER La Chine partage publiquement la séquence génétique du nouveau virus.18 MARS Fermeture de la frontière canado-américaine aux déplacements non essentiels.Un premier décès est rapporté au Québec.7 AVRIL 10 000 CAS AU QUÉBEC 4 FÉVRIER Mise en quarantaine très médiatisée du bateau de croisière Diamond Princess au Japon.21 MARS Le gouvernement de François Legault interdit tous les rassemblements intérieurs et extérieurs.Quelques jours plus tard, le 27 mars, la consigne de distanciation passe de un à deux mètres.10 AVRIL 100 000 DÉCÈS DANS LE MONDE 11 FÉVRIER La maladie est of?ciellement baptisée COVID-19.Quant au virus, il est désormais désigné sous le nom de SRAS-CoV-2.29 MARS Mise sous tutelle du CHSLD Herron, dont les conditions d\u2019hygiène scandalisent le Québec.La crise des CHSLD éclate dans les jours qui suivent.18 AVRIL Les États-Unis sont désormais le pays avec le plus de morts (plus de 36 000).24 FÉVRIER L\u2019Italie devient le principal foyer de la maladie en Europe.27 FÉVRIER « LE VIRUS VA DISPARAÎTRE.UN JOUR, COMME PAR MIRACLE, IL VA DISPARAÎTRE.» ?Donald Trump, président des États-Unis 28 FÉVRIER Con?rmation du premier cas québécois de COVID-19.5 MARS « CECI N\u2019EST PAS UN EXERCICE.CE N\u2019EST PAS LE TEMPS DE JETER L\u2019ÉPONGE.» ?Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l\u2019OMS 7 MARS 100 000 CAS DANS LE MONDE 11 MARS L\u2019OMS déclare of?cielle- ment l\u2019état de pandémie.12 MARS « IL FAUT APLATIR LA COURBE ! » ?Pusieurs experts, dont le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique du Québec 30 MARS La Food and Drug Administration (FDA) autorise l\u2019utilisation de l\u2019hydroxychloroquine, un antipaludique, pour traiter la COVID-19.21 AVRIL 1 000 DÉCÈS AU QUÉBEC L\u2019ANNÉE LA PLUS LONGUE RECHERCHE : DOMINIQUE WOLFSHAGEN 20 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM 22 AVRIL Arrivée des militaires pour aider le personnel des CHSLD du Québec et de l\u2019Ontario.29 AVRIL Des résultats préliminaires des National Institutes of Health (NIH), aux États-Unis, laissent croire que l\u2019antiviral remdésivir est prometteur pour traiter la COVID-19.L\u2019OMS publiera un avis contraire en novembre 2020.3 MAI « LES GENS NE SE RAPPELLERONT PAS TOUT CE QU\u2019ON A FAIT PAR RAPPORT AU LAVAGE DES MAINS, PUIS AUX MASQUES.ILS VONT SE RAPPELER QU\u2019ILS N\u2019ÉTAIENT PAS LÀ QUAND LEUR MÈRE EST DÉCÉDÉE ET QU\u2019ILS N\u2019ONT PAS PU FAIRE DE FUNÉRAILLES.» ?Dre Joanne Liu, ancienne présidente de Médecins sans frontières 10 MAI 4 MILLIONS DE CAS DANS LE MONDE 11 MAI Au Québec, réouverture des établissements préscolaires et primaires, sauf dans la région métropolitaine.13 MAI Le gouvernement canadien recommande le port du masque quand la distance de deux mètres ne peut être respectée.13 DÉCEMBRE Un nouveau variant du virus est identi?é en Grande-Bretagne.Sa transmissibilité serait jusqu\u2019à 70 % supérieure à celle des autres souches en circulation.14 DÉCEMBRE Gisèle Lévesque, 89 ans, est la première personne vaccinée au Québec.21 MAI L\u2019OMS lance une initiative contre la désinformation.Au Québec, les rassemblements extérieurs d\u2019un maximum de 10 personnes sont à la veille d\u2019être autorisés.5 JUIN L\u2019OMS élargit la recommandation du port du masque, notamment là où il y a de la transmission communautaire.9 JUIN 5 000 DÉCÈS AU QUÉBEC 16 JUIN Une étude britannique révèle l\u2019ef?cacité de la dexaméthasone dans les cas graves de COVID-19.17 JUIN L\u2019OMS arrête l\u2019étude sur l\u2019hydroxychloroquine ; les NIH feront de même le 20 juin.La FDA révoque son autorisation.22 JUIN L\u2019OMS signale l\u2019existence d\u2019un syndrome post-COVID-19.3 JUILLET Au Québec, reprise de tous les secteurs d\u2019activité économique, à quelques exceptions près.7-10 JUILLET Des scienti?ques demandent à l\u2019OMS de réévaluer la transmission du virus par aérosols, et l\u2019OMS admet que ceux-ci pourraient jouer un plus grand rôle qu\u2019elle le croyait.18 JUILLET Le port du masque est exigé dans tous les endroits publics fermés au Québec.Une semaine plus tard, plus de 1 000 personnes participent à une manifestation antimasque.28 AOÛT Premier cas rapporté de réinfection aux États-Unis.7 DÉCEMBRE La hausse des hospitalisations au Québec force le délestage d\u2019activités.8 DÉCEMBRE En Grande-Bretagne, Margaret Keenan, 90 ans, est la première personne dans le monde à recevoir le vaccin de P?zer-BioNTech (en dehors des essais cliniques).8 SEPTEMBRE Instauration du système d\u2019alerte régionale à quatre couleurs au Québec.28 SEPTEMBRE 1 MILLION DE DÉCÈS DANS LE MONDE 24 OCTOBRE 100 000 CAS AU QUÉBEC 8 NOVEMBRE 50 MILLIONS DE CAS DANS LE MONDE 9 NOVEMBRE L\u2019alliance américano- allemande P?zer-BioNTech annonce que son vaccin est ef?cace à 90 %.16 NOVEMBRE Moderna annonce que son vaccin est ef?cace à 94,5 %.3 DÉCEMBRE Le premier ministre du Québec, François Legault, interdit les rassemblements pour le temps des fêtes.25 DÉCEMBRE Un second con?nement obligatoire entre en vigueur au Québec.26 DÉCEMBRE 80 MILLIONS DE CAS DANS LE MONDE 28 DÉCEMBRE 8 000 DÉCÈS AU QUÉBEC 31 DÉCEMBRE Québec modi?e sa stratégie de vaccination.Toutes les doses de vaccins seront utilisées, sans en mettre de côté en prévision des injections de rappel.31 DÉCEMBRE 200 000 CAS AU QUÉBEC 6 JANVIER 2021 Le gouvernement de François Legault annonce la poursuite du con?nement.Presque tous les secteurs ferment, à quelques exceptions près.Un couvre-feu est imposé.Les autorités sanitaires japonaises déclare avoir détecté un nouveau variant chez des voyageurs en provenance du Brésil.15 JANVIER 2 MILLIONS DE DÉCÈS DANS LE MONDE 7 F É V R I E R 1 0 0 0 0 D É C È S A U Q U É B E C MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 21 \u2022 SOURCES : BBC, CNN, INSTITUT NATIONAL DE SANTÉ PUBLIQUE DU QUÉBEC, LA PRESSE, LE DEVOIR, LE MONDE, NBC, OMS, RADIO-CANADA, THE AMERICAN JOURNAL OF MANAGED CARE, THE GUARDIAN, TOUT LE MONDE EN PARLE 8 OCTOBRE Un nouveau variant émerge en Afrique du Sud. L\u2019IMPÉNITENT SRAS-COV-2 DOSSIER SPÉCIAL E st-ce que ça va me coûter cher ?» Quelques heures après son arrivée au prestigieux hôtel Le Concorde, Pauline Verret avait une seule préoccupation, émouvante de candeur : la facture qu\u2019elle craignait à tort qu\u2019on lui envoie.Elle avait beau avoir reçu la veille un résultat positif au test de dépistage de la COVID-19, la nonagénaire au tempérament enjoué ne comprenait pas encore tout à fait pourquoi elle avait déménagé à cet étage de l\u2019établissement du centre-ville de Québec transformé en centre de convalescence.Du 15e étage, elle pro?tait d\u2019une vue imprenable sur « l\u2019accent d\u2019Amérique ».Un décor absurde pour mener une rude bataille contre le SRAS-CoV-2, qui, à ce moment-là, à la ?n de novembre 2020, avait déjà fauché la vie de près de 1,5 million de personnes dans le monde.Aidée d\u2019une armée de combattants en scaphandre, Mme Verret allait devoir ici faire mentir les statistiques et renverser un pronostic qui lui était défavorable; près des trois quarts des décès causés par la COVID-19 surviennent chez des patients de plus de 80 ans, selon des données de l\u2019Institut national de santé publique du Québec.« Elle est sereine pour l\u2019instant », con?ait l\u2019une de ses deux ?lles, plus consciente que jamais que les prochains jours seraient décisifs.Il y a un an à peine, rien ne laissait pourtant présager qu\u2019un agent pathogène microscopique, d\u2019un diamètre d\u2019à peine 120 nanomètres, causerait de telles affres.Il a d\u2019abord fait parler de lui à la ?n 2019, le 31 décembre.Le bureau de l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) en Chine était alors informé de 41 cas de pneumonie de cause inconnue détectés dans la ville de Wuhan, dans la province de Hubei.Ce n\u2019est qu\u2019un mois et demi plus tard, en février, qu\u2019il Tricheur, pro?teur, furtif : le virus à l\u2019origine de la pandémie de COVID-19 mérite fort bien son titre d\u2019ennemi public numéro un.PAR MAXIME BILODEAU ILLUSTRATION : SÉBASTIEN THIBAULT DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT 22 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 serait baptisé SRAS-CoV-2, en référence au coronavirus ayant causé l\u2019épidémie mondiale de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2003.C\u2019est également en février 2020 que le professeur Sai Li a pu jauger notre ennemi collectif.Ce spécialiste en biologie structurelle de l\u2019Université Tsinghua de Pékin est la première personne à avoir vu le virus en très haute résolution ?de l\u2019ordre d\u2019environ 1,3 nanomètre.« On dit qu\u2019il faut le voir pour le croire.À tous ces gens qui doutent toujours de l\u2019existence du virus, je réponds qu\u2019il est bien réel et d\u2019apparence effrayante », écrit-il par courriel à Québec Science.À l\u2019intérieur de la membrane du SRAS- CoV-2 est empaqueté l\u2019un des plus grands génomes parmi les virus à acide ribonucléique (ARN).Déroulé, il serait environ 100 fois plus long que le diamètre du virus, estime Sai Li.« Parvenir à voir le virus intact était tout un dé?.Ses protéines S [les spicules à la surface du virion qui forment sa « couronne »] sont tout particulièrement altérables ; les manipulations chimiques pour rendre le virus inoffensif, son refroidissement instantané à l\u2019azote liquide et sa conservation, peuvent les endommager sans problème.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui rend les vaccins contre la COVID-19, mis au point pour agir par l\u2019entremise de ces pics de protéine, si fragiles.» C\u2019est grâce à cette protéine S que le SRAS-CoV-2 prend possession d\u2019une cellule hôte pour ensuite en faire l\u2019instrument de ses sombres desseins.Elle constitue en quelque sorte une clé moléculaire pour ouvrir une serrure présente dans la membrane de l\u2019ensemble des cellules de notre corps, du foie jusqu\u2019au cerveau en passant par le cœur, mais surtout dans le nez et la gorge : le récep- teurACE2, pour «enzyme de conversion de l\u2019angiotensine II ».C\u2019est assurément cette voie métabolique importante ?ACE2 est MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 23 60 % des maladies infectieuses touchant l\u2019humanité sont des zoonoses, c\u2019est-à-dire des infections transmises par des animaux.au centre de la régulation de la pression artérielle dans l\u2019organisme, entre autres fonctions ?qu\u2019il a empruntée pour infecter l\u2019organisme de Pauline Verret.Une fois amarré, le virus peut pénétrer dans la cellule et commencer à s\u2019y répliquer.S\u2019il en a l\u2019occasion, il infecte les poumons et le reste de l\u2019organisme, ouvrant la voie à une maladie systémique plus que pulmonaire.Si ce mécanisme est sensiblement le même pour tous les coronavirus, le SRAS-CoV-2 le maîtrise à la perfection.«Son af?nité avec le récepteur ACE2 serait de 10 à 20 fois plus élevée que dans le cas du SRAS [en 2003].Autrement dit, nous avons affaire à un virus qui est vraiment futé », dit Benoît Barbeau, virologiste et professeur de sciences biologiques à l\u2019Université du Québec à Montréal.ORIGINES INCERTAINES Le microbandit circulait depuis plusieurs semaines avant d\u2019être signalé ?et avant qu\u2019on lui tire le portrait.Une étude parue dans la revue scienti?que The Lancet en janvier 2020 rapporte que le tout premier patient de la cohorte des 41 cas déclarés positifs montrait des symptômes de la maladie dès le début décembre.Des données (non publiées) du gouvernement chinois font même état d\u2019une première personne infectée à la mi-novembre.Pour ajouter à la confusion, des tests sérologiques réalisés en Italie en période prépandémique indiquent que certaines personnes étaient porteuses d\u2019anticorps spéci?ques du nouveau coronavirus dès octobre 2019.Cela laisse supposer sa circulation silencieuse en dehors de la Chine bien plus tôt que ce qui a été relaté.Une séquence des évènements peu vraisemblable, croit cependant Gary Kobinger, microbiologiste et directeur du Centre de recherche en infectiologie de l\u2019Université Laval.«Ce ne sont pas des données que je quali?erais de convaincantes.Lors d\u2019analyses de tests sérologiques, il peut y avoir des réactions croisées qui faussent les résultats, avec des coronavirus saisonniers responsables du rhume par exemple.» Chose certaine, remonter à la source du virus ne sera pas facile.Au moment d\u2019écrire ces lignes, une équipe d\u2019experts indépendants dépêchée par l\u2019OMS venait d\u2019arriver en Chine a?n de mener son enquête.Ces détectives auront de cinq à six semaines pour tenter de comprendre l\u2019origine du virus, si bien sûr ils ne se font pas mettre des bâtons dans les roues par Pékin, soucieuse de sauver la face sur la scène internationale.De plus, les évènements ayant mené aux premières contaminations commencent à dater.À moins de disposer d\u2019une machine à voyager dans le temps, retrouver la première personne atteinte de la COVID-19 semble donc de plus en plus illusoire.En 2009, lors de la pandémie de grippe A (H1N1), les autorités avaient pourtant réussi à repérer ce mythique patient zéro.Edgar Hernandez, un jeune Mexicain alors âgé de cinq ans (et qui a guéri), a depuis une statue à son ef?gie dans la région de Veracruz\u2026 Pour l\u2019instant, l\u2019hypothèse la plus probable veut que le SRAS-CoV-2 provienne de chauves-souris de la région de Wuhan, ce qui en ferait une zoonose, c\u2019est-à-dire une infection d\u2019origine animale.Ces petits mammifères sont réputés pour être d\u2019importants réservoirs d\u2019agents infectieux dévastateurs pour les humains, dont ceux causant l\u2019encéphalite de Nipah, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient et possiblement la ?èvre d\u2019Ebola.Mais plusieurs virus ont besoin d\u2019une tierce partie pour infecter les cellules humaines; d\u2019une espèce animale à l\u2019autre, des différences en ce qui a trait aux récepteurs et aux protéines en cause dans le cycle d\u2019infection expliquent la spéci?cité d\u2019hôte qui sera plus ou moins étroite.Dans le cas du SRAS, celui de l\u2019épidémie de 2003, des civettes palmées et des chiens viverrins d\u2019un marché d\u2019animaux vivants de la province chinoise du Guangdong avaient été désignés comme hôtes intermédiaires.À l\u2019échelle de la planète, plus de 8 000 personnes ont été infectées par l\u2019ancêtre de notre ennemi actuel, et près de 800 sont mortes, dont des Canadiens.Cette fois-ci, on suspecte le pangolin, encore une fois dans un marché d\u2019animaux vivants, d\u2019avoir fait of?ce de tremplin pour le nouveau coronavirus.C\u2019est du moins ce qu\u2019a laissé entendre une étude publiée dans Nature en mai dernier, n\u2019ayant pu le prouver hors de tout doute.« Pour les coronavirus, la présence d\u2019une espèce animale intermédiaire est un scénario assez commun, mais pas obligatoire, DOSSIER SPÉCIAL 24 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 « Le problème de fond, c\u2019est la pression humaine sur les habitats sauvages.Tant qu\u2019on ne s\u2019y attaquera pas, on se contentera toujours de réparer les pots cassés.» \u2013 Gary Kobinger, microbiologiste Allumez l\u2019étincelle de l\u2019innovation à l\u2019école RENDU POSSIBLE GRÂCE AU SOUTIEN FINANCIER DE C\u2019est dans le laboratoire de votre école que la prochaine génération d\u2019innovateurs et d\u2019innovatrices trouvera son inspiration.et Sano?Biogenius Canada veut vous aider! Si votre école secondaire cherche à revitaliser ses laboratoires et à acheter du nouvel équipement scienti?que, nous pourrions lui en donner les moyens a?n que chaque élève soit davantage en mesure d\u2019accéder à l\u2019apprentissage et à l\u2019enseignement pratiques des STIM.Vous pensez que le labo de votre école a besoin d\u2019être modernisé?ENVOYEZ VOTRE DEMANDE DÈS AUJOURD\u2019HUI! subvention.biogenius.ca SUBVENTION con?rme le Dr Raymond Tellier, médecin et microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill.Le SRAS-CoV-2 pourrait très bien avoir fait directement le saut de la chauve-souris à l\u2019humain.» Après tout, les virus sont des tricheurs et ne respectent pas nécessairement les soi-disant lois de la virologie.«De plus en plus de données portent à croire, par exemple, que le virus responsable de la grippe espagnole de 1918 s\u2019est transmis directement d\u2019un animal qu\u2019on n\u2019a pas encore identi?é à l\u2019humain », souligne l\u2019expert.Dans tous les cas, la situation est préoccupante : environ 60 % des maladies infectieuses touchant l\u2019humanité sont des zoonoses, lit-on dans un rapport du Programme des Nations unies pour l\u2019environnement paru en juillet 2020.L\u2019étude cible la consommation croissante de protéines animales et les changements climatiques parmi les principales causes du phénomène.« Le problème de fond, c\u2019est la pression humaine sur les habitats sauvages.Tant qu\u2019on ne s\u2019y attaquera pas, on se contentera toujours de réparer les pots cassés », tranche Gary Kobinger.COURSE FOLLE Si la vitesse à laquelle notre vagabond s\u2019est disséminé aux quatre coins du globe paraît surprenante, c\u2019est qu\u2019elle l\u2019est.Dès le début de sa course folle, le coronavirus a su pro?ter de nos sociétés mondialisées, où le transport aérien favorise les déplacements humains entre les continents, pour s\u2019in?ltrer jusque dans les endroits les plus improbables \u2013 comme l\u2019Antarctique ?et prendre en otage des cellules humaines à son avantage.Parmi ceux-ci : des foyers pour personnes âgées tel celui où il a rencontré Pauline Verret.Pas mal pour un agent infectieux qui n\u2019est pas, au sens strict du terme, vivant (voir l\u2019encadré p.26).Mme Verret, elle, est encore bien vivante quelques jours après son arrivée dans la chambre 1503 de l\u2019hôtel Le Concorde.Elle a une légère ?èvre, se sent fatiguée, a perdu le goût, mais reste somme toute peu affectée.Ses ?lles lui tiennent compagnie par téléphone et espèrent que leur mère est bien en train de mettre le virus K.-O.Au début de la pandémie, ce dernier a vraisemblablement subi des mutations qui l\u2019ont rendu plus transmissible que sa forme initiale.« Les virus ont comme seul but d\u2019infecter des organismes hôtes pour s\u2019y multiplier en réalisant des copies d\u2019eux-mêmes, vulgarise Benoît Barbeau.Ce processus n\u2019est toutefois pas sans faille et peut occasionner des erreurs sous forme de mutations génétiques.» C\u2019est ainsi, au gré du hasard de sa circulation chez ses hôtes, qu\u2019un pathogène ?nit par devenir plus virulent, mais rarement plus mortel.«Un virus trop létal ?nit par se saboter et MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 25 DOSSIER SPÉCIAL VIVANT ?PAS VRAIMENT Les virus, peu importe leur type de génome et leur mode de réplication, ne sont pas à proprement parler des organismes vivants.Du moins pas au sens où on l\u2019entend couramment ?la communauté scienti?que, chez qui il y a absence de consensus sur la classi?cation des virus, débat encore et toujours de la question.Contrairement par exemple aux bactéries, qui peuvent exister de manière autonome, les virus dépendent entièrement de cellules hôtes à infecter.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui leur vaut leur mauvaise réputation, celle de parasite.disparaître, un peu comme cela a été le cas avec le SRAS en 2003 », illustre-t-il.La bonne nouvelle, c\u2019est que le SRAS- CoV-2 mute moins fréquemment que les autres virus à ARN.Son rythme de mutation serait environ deux fois moindre que celui des virus grippaux, selon certaines approximations faites à partir de GISAID, une plateforme de collecte et d\u2019analyse des données de séquences du SRAS-CoV-2.La mauvaise, c\u2019est qu\u2019une simple modi?cation de l\u2019un de ses quelque 30 000 nucléotides, des séries de ces fameuses briques élémentaires A, U, C et G qui forment le génome du virus, peut parfois avoir des implications cliniques dramatiques.Ce serait le cas de la mutation D614G au sein de la protéine S, apparue en Europe en février 2020, donc au début de la crise.Elle allait devenir rapidement dominante parmi tous les variants du SRAS-CoV-2 alors en circulation, mentionne une étude parue l\u2019été dernier dans Cell.« On sait désormais qu\u2019elle améliore la pénétration du virus dans les cellules», con?rme Pierre Talbot, expert en coro- navirus humains et professeur à l\u2019Institut national de la recherche scienti?que.« Or, il est encore trop tôt pour juger de son importance relative dans la gravité de la pandémie.À ce stade-ci, ce n\u2019est que pure spéculation », admet-il.L\u2019histoire s\u2019est répétée ces derniers mois, alors que trois variants émer- gents, B.1.1.7, B.1.351 et B.1.1.28.1, ont défrayé la manchette.Ces derniers ont respectivement surgi au Royaume- Uni, en Afrique du Sud et au Brésil et arborent aussi des modifications sur la protéine S du coronavirus.Ils favoriseraient la transmission du virus ?de 50 à 70 % dans le cas du premier, selon les observations préliminaires d\u2019un groupe de chercheurs britanniques.D\u2019autres variants apparaîtront ; notre ennemi nous réserve probablement encore bien des surprises.Une autre caractéristique du détestable microbe est sa capacité à demeurer sous le radar tout en se propageant, chose que son aïeul de 2003 était incapable de faire.Un individu infecté par le SRAS commençait à être contagieux dès l\u2019apparition des premiers symptômes, après une période d\u2019environ 2 à 10 jours.Le SRAS-CoV-2 ne s\u2019embarrasse pas de telles nuances ; très tôt, on a découvert que les gens contaminés par le virus contribuent à sa propagation bien avant de présenter des symptômes, après 5,7 jours d\u2019incubation en moyenne.Pire encore : certains individus ne manifestent aucun symptôme bien qu\u2019ils soient infectés.Pour sa part, Pauline Verret a vu ses premiers symptômes bénins s\u2019aggraver.Le 7 décembre dernier, sans crier gare, son état se détériorait soudainement.Mises au fait, ses ?lles pénétraient en zone chaude dans les heures suivantes pour la retrouver.Pas question de laisser leur mère rencontrer seule son destin.Le lendemain, en ?n de journée, elle était au plus mal ; elle souffrait beaucoup.Conformément à ses souhaits, des soins de ?n de vie lui furent dès lors administrés.Le 9 décembre en après-midi, veillée par ses enfants, Pauline Verret partait en paix.Elle avait 92 ans.Ce jour-là, le virus réclamait la vie de 7 autres personnes au Québec, portant un bilan des morts sans cesse croissant à 7 382 depuis le début de la crise.Pour moi, la pandémie a désormais un visage familier.Le SRAS-CoV-2 a emporté la personne la plus souriante du monde.Une personne qui, comme tant d\u2019autres, est passée à un cheveu de mourir seule, victime aussi bien d\u2019un virus insidieux que d\u2019un système l\u2019ayant amenée à vivre les derniers mois de sa vie coupée de ses proches qui l\u2019aimaient tendrement.Le SRAS-CoV-2 m\u2019a pris ma grand-mère.26 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 EN PARTENARIAT Dans quelle mesure le stress vécu par les futures mamans affectera-t-il leur progéniture ?C omment la pandémie de COVID-19 affecte-t-elle les femmes enceintes et leur bébé?La réponse se trouverait en partie\u2026 dans le placenta ! Depuis quelques années, la recherche montre que cet organe est un bon indicateur de l\u2019état de santé à la fois de la mère et de l\u2019enfant.«On dit souvent que, derrière chaque bébé en santé, il y a un placenta en santé», dit Cathy Vaillancourt, professeure au Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que (INRS).Elle s\u2019intéresse au placenta depuis longtemps.Après la crise du verglas survenue au Québec en 1998, elle collabore à des études sur le stress périnatal avec Suzanne King, une pionnière dans ce domaine.Tout comme cette catastrophe naturelle, la pandémie pourrait provoquer du stress chez les femmes enceintes et, par ricochet, perturber le développement du fœtus.«Le placenta perçoit les besoins de la mère et du bébé et réagit pour que le fœtus se développe correctement.Tout ce à quoi la mère est exposée sera à un moment ou un autre en contact avec le placenta», souligne la chercheuse.Par exemple, face à une situation stressante, le corps sécrète du cortisol.Cette hormone de stress, qui peut traverser la barrière placentaire, n\u2019a pas que des effets négatifs.Elle est essentielle au développement cérébral du fœtus, entre autres.Le placenta, comme un gardien de sécurité, ne laisse passer que la quantité nécessaire de cortisol et dégrade le reste à l\u2019aide d\u2019une enzyme.« Cependant, lorsqu\u2019il y a un excès de cortisol, l\u2019enzyme ne parvient plus à faire son travail.Cet excès peut dérégler le fonctionnement du placenta et devenir un problème pour le développement du fœtus», mentionne Cathy Vaillancourt, qui ajoute que cette situation, bien que loin d\u2019être idéale, n\u2019est pas nécessairement dangereuse.La durée de l\u2019exposition au stress ou des prédispositions génétiques peuvent moduler les effets.La chercheuse aimerait comprendre si ces altérations à l\u2019échelle placentaire constituent un risque pour les enfants nés pendant la pandémie de souffrir de certaines maladies à court ou moyen terme.« Parfois, le placenta s\u2019adapte pour protéger soit la mère, soit le fœtus ou les deux.Cela dépend du dérèglement », précise-t-elle.L\u2019étude du placenta est une composante du projet de recherche longitudinal baptisé RESPPA.Lancé en décembre 2020, il a pour but d\u2019examiner la résilience et le stress périnatal.Cathy Vaillancourt y participe avec d\u2019autres chercheuses de l\u2019Université du Québec à Montréal, de l\u2019Université de Montréal et de l\u2019Université Concordia, ainsi que des collègues de l\u2019INRS.Ensemble, ils espèrent recruter 2000femmes enceintes et leurs partenaires dans le grand Montréal et quatre autres régions du Québec.Ils devront répondre à des questionnaires qui évalueront leur stress et leurs facteurs de résilience.Chaque personne réagit différemment face à l\u2019incertitude, rappelle Cathy Vaillancourt.« Plusieurs situations stressantes associées à la pandémie peuvent se présenter : perte d\u2019emploi, con?nement, problème de violence conjugale, peur de contracter la COVID-19, etc.Quels moyens ces femmes utiliseront-elles pour passer au travers?» L\u2019équipe pro?tera de cette occasion inédite pour comparer les placentas de mères symptomatiques de la COVID-19 avec celles qui sont asymptomatiques ainsi que non infectées.« Nous voulons savoir si le virus affecte ou non le placenta», se questionne la chercheuse de l\u2019INRS.Les résultats de l\u2019étude devraient être connus en 2022.PAR ANNIE LABRECQUE APRÈS LES BÉBÉS DU VERGLAS, LES BÉBÉS DE LA PANDÉMIE La production de cet article a été rendue possible grâce au soutien de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que.La professeure Cathy Vaillancourt, à droite, et les membres de l\u2019équipe de son laboratoire tenant dans leurs mains un placenta en peluche.MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 27 \u2022 IMAGE : INRS Depuis le début de la pandémie de COVID-19, les chercheurs de McGill répondent à l\u2019appel d\u2019un monde avide de solutions.Déterminés, ils s\u2019associent à des experts de partout pour aider le Québec à traverser la crise et déploient tout leur savoir-faire pour combatt re le virus, sauver des vies et apporter des réponses à nos questions.À nos chercheurs dévoués, nous disons merci./ Le traitement optimal Sous la direction de MATTHEW CHENG (Immunologie et microbiologie), des équipes évaluent des médicaments existants potentiellement utiles contre la COVID-19 et se fi ent à des biomarqueurs pour prédire l\u2019évolution de la maladie et la réponse à divers traitements.[01] / Traitement à la maison L\u2019équipe de NICOLE EZER (Pneumologie et épidémiologie) teste l\u2019effi cacité du ciclésonide contre la COVID-19.Ce stéroïde pourrait être administré à domicile, ce qui aiderait à désengorger les hôpitaux et à alléger la tâche des travailleurs de la santé.[02] Voici quelques-uns des chercheurs mcgillois engagés dans la lutt e contre la COVID-19 Guidés par l\u2019urgence d\u2019agir Propulsés par le savoir Forgé par McGill / Sur les traces du virus En mesurant la présence du virus de la COVID-19 dans les eaux usées, l\u2019équipe de DOMINIC FRIGON (Génie civil) arrive à brosser un tableau plus précis des niveaux d\u2019infection dans l\u2019île de Montréal.[03] / Modélisations et projections À l\u2019aide de modèles de transmission de la maladie, l\u2019équipe de MATHIEU MAHEU- GIROUX (Épidémiologie et biostatistique) fait un suivi quotidien de la situation épidémiologique au Québec.Son travail oriente les mesures de santé publique et aide les autorités à évaluer leur effi cacité.[04] / Suivi de la mise au point des vaccins L\u2019équipe de NICOLE BASTA (Épidémiologie) a créé l\u2019outil COVID-19 Vaccine Tracker; ce site Web fait état des progrès dans la mise au point des diff érents vaccins et dans les essais en cours dans le monde entier.[05] / Financement de recherches essentielles Sous la direction de DONALD SHEPPARD (Microbiologie et immunologie), l\u2019Initiative interdisciplinaire en infection et immunité de McGill (MI4) a rapidement fi nancé des études cruciales sur la COVID-19 en sciences et en sciences humaines.[06] / Évaluation de l\u2019immunité Dirigé par TIM EVANS (Santé des populations et santé mondiale) et fi nancé par le gouvernement fédéral, le Groupe de travail sur l\u2019immunité face à la COVID-19 étudie la réponse immunitaire à la COVID-19 et évalue la prévalence des anticorps dans la population canadienne au moyen du dépistage sérologique.[07] 06 07 02 03 05 01 04 JOUR 1 DES ŒUFS DANS DIFFÉRENTS PANIERS Dans les laboratoires de l\u2019entreprise Immune Biosolutions, qui a pour voisin l\u2019hôpital Fleurimont de Sherbrooke, où un plan de délestage est sur le point d\u2019être annoncé, la musique de Ben l\u2019Oncle Soul donne le ton : « Je n\u2019suis qu\u2019un soul man, écoute ça baby.J\u2019suis pas un superman, loin de là.» Le refrain fait écho à ce qu\u2019Alexandre Fugère et Annie Leroux, respectivement chargé de projet et chef superviseuse des laboratoires, racontent.En janvier 2020, alors que le virus faisait des siennes en Chine, ils se sont demandé s\u2019ils devaient prendre part à l\u2019effort de recherche, relate la microbiologiste.Après tout, l\u2019entreprise se spécialise dans la mise au point d\u2019anticorps permettant de lutter contre différentes maladies, des cancers aux infections.Il y a eu tergiversations.Puis, « la situation a dégénéré rapidement et la question ne se posait plus », poursuit son collègue.Sans être des superhéros, on peut dire qu\u2019ils ont accepté leur mission ! Ce matin, une bonne partie de l\u2019équipe est partie dans d\u2019autres installations «vacciner» des poulets dans le cadre d\u2019un projet non lié à la COVID-19 ?le reste du travail doit se poursuivre.Cela consiste à injecter l\u2019élément contre lequel on veut lutter pour déclencher chez les animaux une réaction immunitaire et récupérer ?nalement leurs lymphocytes B, ces globules blancs qui produisent les anticorps.C\u2019est le modus operandi de l\u2019entreprise.« Les anticorps qu\u2019on peut trouver chez les oiseaux sont parfois très ef?caces », assure Alexandre Fugère.Il faut quand même les «humaniser» pour espérer qu\u2019ils aident à guérir des patients.Dans l\u2019espoir de trouver la perle rare, le groupe a ainsi injecté aux poulets différents morceaux de la protéine S (pour « spicule ») du SRAS-CoV-2, l\u2019élément qui lui permet d\u2019infecter les cellules.De plus, l\u2019équipe a criblé le plasma de patients atteints de la COVID-19 pour découvrir d\u2019autres anticorps.Elle teste des candidats issus des deux approches.«On ne met pas tous nos œufs dans le même panier ! » sourit M.Fugère.Grâce à une technologie de micro?ui- dique couplée à la microscopie, l\u2019équipe a décelé les anticorps capables de repérer une partie de la protéine S.Ces jours-ci, elle s\u2019attelle à valider d\u2019autres éléments, comme la capacité à produire les anticorps, la tendance de ces derniers à s\u2019agréger entre eux (ce qui n\u2019est pas souhaitable) et, bien sûr, leur ef?cacité.Ils ont beau s\u2019agripper à la cible, ils doivent ensuite parvenir à la neutraliser.Des validations indépendantes sont aussi en cours, et les résultats sont encourageants.Tout cela a l\u2019air simple, mais le contexte pandémique complique chaque étape, selon Frédéric Leduc, l\u2019un des cofon- dateurs de l\u2019entreprise.L\u2019équipe doit surmonter « tout un tas de dé?s en accéléré », dit-il, citant entre autres les tests d\u2019innocuité des médicaments.« Idéale- DOSSIER SPÉCIAL Depuis mars 2020, Québec Science est un témoin privilégié de l\u2019effort des scienti?ques qui luttent contre la COVID-19.Combien d\u2019entre eux ont accepté de nous parler même s\u2019ils n\u2019avaient que quelques heures de sommeil dans le corps ?Combien ont opté pour un message automatique du genre « Je reçois énormément de courriels en ce moment et ne pourrai peut-être pas vous répondre » ?Combien ne se souviennent pas de leur dernier véritable congé ?Pour documenter leur travail quotidien, cet ultramarathon qui mènera ?ou pas ?à des annonces glorieuses, nous avons passé cinq jours avec cinq équipes.Nous vous racontons cette semaine de fou, tels cinq instantanés pris au cours de la semaine du 7 décembre.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE Une semaine de fou 30 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 Annie Leroux et Alexandre Fugère, en réunion d\u2019analyse de résultats Bureau d\u2019Immune Biosolutions L\u2019employée Camille Desautels utilise la méthode ELISA pour véri?er s\u2019il y a eu une réaction entre l\u2019anticorps et la cible visée.La spécialiste des cultures cellulaires Geneviève Giroux surveille les productions d\u2019anticorps.« Des indivi dus vont demeurer vu lnérables.Les personn es greffées ou atteintes du VIH par exem ple ne peuvent pas recevoir de vaccins.» \u2013 Frédéric L educ, cofon dateur d\u2019Immune Biosolution s ment, on testerait leur toxicité sur des singes, mais à cause de la pandémie, on en manque, car un des pays qui en fournit, la Chine, a fermé ses frontières.» Il nous révèle l\u2019approche originale d\u2019Immune Biosolutions contre le SRAS- CoV-2 : administrer les anticorps directement dans les poumons plutôt que dans le sang comme le font les deux traitements du genre les plus connus, ceux de Regeneron et d\u2019Eli Lilly.« Les anticorps dans la circulation sanguine ne se rendent pas nécessairement aux poumons, qui représentent pourtant le foyer primaire d\u2019infection.Ces entreprises ont compensé en donnant des doses incroyables d\u2019anticorps.Malgré tout, l\u2019effet ne semble pas extraordinaire.Notre idée est d\u2019administrer les anticorps par nébulisation, à l\u2019aide de ce qui ressemble à une pompe pour asthmatique : on respire dans l\u2019appareil et des gouttelettes qui contiennent les anticorps entrent dans les voies respiratoires.» En espérant que ce soit un succès, car il reste encore plusieurs étapes à franchir.Mais pourquoi ce groupe travaille-t-il avec autant d\u2019enthousiasme alors que la vaccination doit commencer dans quelques jours au Canada et aux États- Unis ?« Des individus vont demeurer vulnérables, souligne M.Leduc.Les personnes greffées ou atteintes du VIH par exemple ne peuvent pas recevoir de vaccins.» L\u2019équipe s\u2019attachait déjà depuis quelques années à automatiser certains procédés pour accélérer les découvertes.La pandémie a en quelque sorte accéléré cette accélération ! « Pour tous nos projets, on va maintenant répondre à une vitesse pandémique.On a beaucoup appris.Par contre, on est fatigués », lâche Frédéric Leduc.La chanson était claire à ce propos : ce ne sont pas des supermans.ou MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 31 \u2022 IMAGES : DARIO CORSILLO ; ALEXANDRE FUGÈRE ; SHUTTERSTOCK.COM DOSSIER SPÉCIAL « Il n\u2019est plus nécessaire de vivre à moins de 30 minutes du CUSM pour [prendre part à une étude clinique].» \u2013 Le D r Todd Lee JOUR 2 LE MIEUX EST L\u2019ENNEMI DU BIEN Chacun dans son salon ou dans un bureau du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), sept des neuf membres de l\u2019équipe de l\u2019essai clinique CONTAIN COVID-19 se retrouvent en vidéoconfé- rence.«Allô, Loulou!» «Bonjour, Sarah!» Cette équipe presque totalement féminine s\u2019est formée au début de la crise sanitaire pour lancer différentes études cliniques sur l\u2019hydroxychloroquine, une molécule qui n\u2019a ?nalement pas fait ses preuves.«Ces premières études nous ont permis d\u2019acquérir une expérience auprès des patients ambulatoires [à la maison, non hospitalisés], se remémore la Dre Emily McDonald, l\u2019une des chercheuses du projet.Quand un autre médicament nous a semblé intéressant, nous avons pu commencer à le tester de la même manière.» Cet autre médicament, c\u2019est le ciclé- sonide inhalé et nasal, un corticostéroïde habituellement utilisé pour traiter l\u2019asthme et la rhinite et testé contre la COVID-19 depuis septembre 2020.Comme pour l\u2019hydroxychloroquine, le déroulement de l\u2019essai n\u2019a rien de classique en raison des contraintes pandémiques.« Tout est fait à distance et sans contact, indique la Dre McDonald.Les patients nous découvrent grâce à des annonces sur les réseaux sociaux et sur Internet.Le formulaire de consentement, la preuve d\u2019identité, les sondages de suivi : tout est électronique.» Une révolution! Le Dr Todd Lee, qui se présente comme « le chromosome Y » du groupe, ajoute que cela permet de démocratiser la participation aux études cliniques.« Il n\u2019est plus nécessaire de vivre à moins de 30 minutes du CUSM pour y prendre part.» Dans le cas de CONTAIN COVID-19, l\u2019équipe véri?e si la prise de ciclésonide pendant 14 jours aide à réduire les symptômes chez les personnes qui viennent de recevoir un diagnostic de COVID-19 et qui ont de la ?èvre, qui toussent ou qui sont essouf?ées.Des études in vitro et sur des animaux ont montré un effet antiviral du médicament déjà connu comme un anti-inflammatoire.Le traitement, qui s\u2019administre au moyen d\u2019un inhalateur et d\u2019un vaporisateur, pourrait donc freiner la réplication du virus dans le reste du système respiratoire, en plus de prévenir une éventuelle cascade in?ammatoire.Pour le véri?er, l\u2019équipe doit convaincre 315 personnes de participer à l\u2019essai : la moitié recevra le médicament, l\u2019autre un placébo qui ressemble en tout point au traitement.La chercheuse principale, la Dre Nicole Ezer, commence la réunion par des nouvelles au sujet du déploiement de l\u2019essai en dehors du Québec.« L\u2019Université de la Colombie-Britannique est presque prête à lancer l\u2019essai clinique.On envoie le médicament aujourd\u2019hui ou demain.Je ne sais pas à quelle vitesse l\u2019équipe pourra recruter des patients, mais elle travaille avec la Santé publique pour aviser automatiquement les personnes déclarées positives de la tenue de l\u2019essai.Leur recrutement sera probablement plus grand qu\u2019au Québec.» Car ici, il n\u2019y a pas eu de publicité particulière de la part du gouvernement et, de plus, des essais auprès de patients ambulatoires se font concurrence.Leurs conditions d\u2019admissibilité varient, mais certains visent à peu près les mêmes malades.Après une discussion sur les derniers ?ls à attacher pour l\u2019inclusion de l\u2019Ontario à l\u2019essai, la Dre Ezer demande à Kristen Moran comment vont les appels.«Ça va, mais beaucoup de gens ne se sentent pas assez malades pour prendre un médicament», explique l\u2019assistante de recherche.Seules deux personnes se sont ajoutées à l\u2019essai la semaine dernière, malgré les dizaines d\u2019appels passés chaque jour à des gens qui ont reçu un diagnostic positif au CUSM ou qui ont montré un intérêt pour l\u2019essai clinique à travers son site Web.Cela porte le bilan à 36 participants.La tâche de Kristen Moran suit les vagues épidémiques.«L\u2019été dernier, je téléphonais peut-être à 8 personnes par jour et là, c\u2019est jusqu\u2019à 40 », nous dit la diplômée en pharmacologie après la réunion.Elle travaille au cinquième étage du site Glen, dans des bureaux vides.« Je suis la seule de l\u2019équipe à venir ici tous les jours.» Elle n\u2019a pas le choix : c\u2019est elle qui envoie les médicaments aux participants, en témoigne sa réserve d\u2019enveloppes jaunes.Quand une personne est admissible, Mme Moran procède d\u2019abord à la randomisation pour déterminer si elle doit acheminer le médicament ou le placébo.« Je suis une séquence déjà établie, faite de blocs.Par exemple, les trois premiers participants vont avoir le médicament, les deux suivants le placébo\u2026 Je suis la seule à avoir accès à cette information, avec la pharmacie », quelques étages plus bas, où elle fait préparer le tout.C\u2019est 32 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Kristen Moran prépare les envois à ce poste de travail du CUSM.La pneumologue Nicole Ezer dirige l\u2019équipe de l\u2019essai clinique CONTAIN COVID-19.parfois une course contre la montre.« C\u2019est toujours le vendredi, vers 14 h, qu\u2019une personne s\u2019inscrit alors qu\u2019elle en est à sa dernière journée d\u2019admissibilité [la limite est de cinq jours après le diagnostic ou les premiers symptômes] ! » Cet après-midi, la Dre McDonald doit répondre aux questions du comité d\u2019éthique de l\u2019Institut de recherche du CUSM relatives à un autre essai qu\u2019elle veut lancer pour tester l\u2019ef?cacité de la ?uvoxamine, un antidépresseur, contre la COVID-19.Des chercheurs américains ont publié en novembre 2020 les résultats d\u2019un essai de phase II laissant croire que la molécule serait ef?cace pour prévenir la détérioration de l\u2019état de santé des malades.« On veut entreprendre la phase III», dit la professeure de médecine.(La réponse du comité d\u2019éthique semble avoir été favorable, car l\u2019essai débutera quelques semaines plus tard.) L\u2019équipe poursuit donc sur sa lancée.« Nous sommes devenus très à l\u2019aise avec ce proverbe qui dit que le mieux est l\u2019ennemi du bien, con?e le Dr Lee.D\u2019habitude, on a beaucoup de temps pour préparer nos études.Mais en ce moment, si l\u2019on prend trois mois pour mettre une étude sur pied, ce sont trois précieux mois de perdus.» JOUR 3 LES NUITS TROUBLÉES Par un mercredi après-midi de mars 2020, le virologiste Louis Flamand a croisé un voisin à la quincaillerie.« Il m\u2019a dit : \u201cQu\u2019est-ce que tu fais là?T\u2019es pas en train d\u2019essayer de nous sauver ?\u201d » Le directeur du Département de micro- biologie-infectiologie et d\u2019immunologie de l\u2019Université Laval venait de recevoir des subventions pour des projets liés à la COVID-19 avec deux collègues, Nicolas Un aperçu de la réunion à laquelle Québec Science s\u2019est greffé.En haut, on voit la Dre Ezer et la Dre McDonald, tandis que le Dr Lee et Kristen Moran sont au bas de l\u2019écran.MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 33 \u2022 IMAGES : CUSM DOSSIER SPÉCIAL « Si l\u2019on comprend qui sont les responsables de la maladie, on peut mieux intervenir.» \u2013 Louis Flamand Louis Flamand Éric Boilard Nicolas Flamand Flamand (aucun lien de parenté) et Éric Boilard.La nouvelle avait paru dans les journaux, d\u2019où l\u2019indiscrétion du voisin.Neuf mois plus tard, ses membres réunis (à plus de deux mètres) dans une salle de conférences du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval (CHUL), le trio nous explique pourquoi il étudie la pathogenèse de la COVID-19.«Si l\u2019on comprend qui sont les responsables de la maladie, on peut mieux intervenir », évalue Louis Flamand.Car le virus n\u2019est pas le seul acteur de ce drame qui se joue depuis un an.Il y a aussi les plaquettes, ces fragments de cellules en circulation dans le sang.Quand un vaisseau est endommagé, elles arrivent à la rescousse et s\u2019agglutinent pour boucher le trou.Les plaquettes pourraient-elles entrer en scène même lorsqu\u2019il n\u2019y a pas de trou à réparer, au contact du SRAS-CoV-2 ?Dès le début de la crise, «des rapports d\u2019autopsie ont montré que des vaisseaux sanguins [de patients atteints de la COVID-19] étaient bouchés », raconte Éric Boilard.Le gros de l\u2019expérimentation pour ce projet a été réalisé par Florian Puhm, un postdoctorant arrivé d\u2019Autriche en février 2020 (il pensait travailler sur la septicémie!).Le groupe a publié un premier article en septembre dernier révélant que les plaquettes sont hyperactivées chez les malades de la COVID-19.« Le virus stresse peut-être les plaquettes, ce qui les prédispose à être plus sensibles, mentionne le jeune chercheur.Il agit peut-être aussi sur le plasma et tout cela contribue aux thromboses.» L\u2019équipe a travaillé sur ce projet avec celle d\u2019un autre passionné des plaquettes, Younes Zaid, au Maroc, et mené ses premières expériences grâce à des échantillons de sang de ce pays.Ils ont été livrés en avril, mais les obtenir a été toute une aventure.Les avions ne volaient à peu près plus.En outre, comme le Maroc interdit la glace sèche dans les avions, il a fallu l\u2019ajouter au colis au cours d\u2019une escale en Europe.Le paquet est arrivé un vendredi à Québec, chez UPS, qui disait prévoir la livraison pour le soir ou le lendemain.Impossible d\u2019attendre ! « Je me suis rendu chez UPS, où tout était fermé au public, relate M.Boilard.Quand une porte s\u2019est ouverte, j\u2019ai trouvé quelqu\u2019un, lui ai expliqué que j\u2019avais un envoi important à récupérer.Il m\u2019a demandé si c\u2019était pour de la recherche sur la COVID-19.Puis, il m\u2019a remis le colis en disant : \u201cLâchez pas votre travail.\u201d» Autre diva dans l\u2019opéra covidien : les cytokines.À cet instant, les professeurs nous montrent un tomodensitogramme (CT scan) de poumons infectés par la COVID-19.Il y a beaucoup de congestion : les signaux de détresse que représentent les cytokines ont rameuté un paquet de cellules.«Ça devient une grosse soupe», souligne Louis Flamand.Pour comprendre ce qui se passe dans les poumons des patients atteints de la COVID-19, les études se tournent généralement vers les analyses sanguines.Grave erreur, rétorque Nicolas Flamand.«Je ne connais pas d\u2019analyse de sang qui puisse dire que vous faites de l\u2019asthme ! » Ces chercheurs ont plutôt eu recours à des échantillons de lavages bronchoalvéolaires réalisés, encore une fois, au Maroc, chez 45 patients branchés à un respirateur.Ils avaient aussi des échantillons de sang de chacun aux ?ns de comparaison.Ils ont confirmé que les molécules pro-in?ammatoires du sang ne sont effectivement pas corrélées avec celles des poumons.De plus, «deux cytokines sont vraiment dans le tapis dans les poumons : IL-8 et GRO-alpha, expose Louis Flamand.Elles comptent parmi les molécules les plus puissantes pour attirer les neutrophiles », ces cellules qui viennent défendre les poumons parfois en trop grand nombre.L\u2019équipe a également mis au jour l\u2019existence d\u2019une « tempête de lipides » dans les poumons des plus malades.«Les lipides jouent des rôles fondamentaux [dans l\u2019in?ammation].Mais pour beaucoup de virologistes et d\u2019immunologistes, c\u2019est un peu du chinois parce qu\u2019il y en a une grande variété et que ce sont des molécules instables.» Le trio peut compter sur l\u2019expertise d\u2019Isabelle Dubuc, qui a les mains dans le virus depuis juillet.Ce matin, elle nous fait visiter les laboratoires vêtue d\u2019un simple sarrau et d\u2019un masque chirurgical.Les autres jours, elle ressemble plutôt à une astronaute.Elle nous montre, à travers une porte vitrée, le laboratoire de niveau de con?nement 3, où elle manipule le SRAS-CoV-2.« C\u2019est l\u2019endroit au monde où je me sens le plus en sécurité vis-à-vis du virus ! » assure-t-elle.Elle en rêve quand même la nuit.«J\u2019ai tellement peur d\u2019oublier quelque chose\u2026 » À quelque pas de là, dans la serre du centre de recherche du CHUL, Denis Leclerc bichonne ses papayers.En voilà un autre qui ne rêve que de son travail.Il dirige une équipe qui met au point un vaccin contre la COVID-19.Le professeur sait depuis le début qu\u2019il ne gagnera pas la course avec ses moyens d\u2019universitaire.Mais il garde le cap sur son objectif ultime : mettre sur pied une plateforme pour produire de grandes quantités de vaccins.Des collègues et lui viennent justement de recevoir cinq millions de dollars de la Fondation canadienne pour l\u2019innovation a?n d\u2019acquérir des équipements.Et les papayers feront partie de l\u2019aventure.34 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 \u2022 IMAGES : CHU DE QUÉBEC-UNIVERSITÉ LAVAL ; SHUTTERSTOCK.COM Les feuilles d\u2019un papayer infecté par le virus de la mosaïque de la papaye.Denis Leclerc et ses papayers dans la serre du CHUL.À gauche, des poumons normaux, à droite, les poumons d\u2019un patient gravement atteint par la COVID-19.Les chercheurs nous ont montré cette image tirée de recherches menées au Vancouver Coastal Health pour illustrer leurs propos.La professionnelle de recherche Isabelle Dubuc dans le laboratoire où elle peut manipuler le virus.« Regardez l\u2019infection », dit-il en pointant une feuille mal en point.C\u2019est l\u2019œuvre d\u2019un virus que le chercheur utilise dans ses vaccins.Bien qu\u2019inoffensif pour l\u2019humain, il suscite une réponse immunitaire, surtout que le professeur lui attache un « morceau » du véritable pathogène à combattre, tel un leurre.Mais pas n\u2019importe quel morceau, car Denis Leclerc souhaite recourir à la nouvelle plateforme pour fabriquer des vaccins à large spectre, c\u2019est-à-dire ef?caces contre différentes souches d\u2019un microbe.Il faut alors que le « morceau » soit un composant bien conservé d\u2019une souche à l\u2019autre ; dans le cas du SRAS-CoV-2, ce ne sera donc pas un bout de la protéine S, que ciblent les autres vaccins.« Je cherche le talon d\u2019Achille du virus.» D\u2019autres types de vaccins pourront être conçus dans les installations sur lesquelles il planche.Il n\u2019est pas exclu que les nouveaux favoris, les vaccins à ARN, puissent eux aussi combattre diverses souches.Chose certaine, des vaccins à protection élargie représenteraient « la police d\u2019assurance des Québécois », alors que nous connaissons aujourd\u2019hui les conséquences désastreuses d\u2019une pandémie.« La prochaine sera probablement causée par un autre coronavirus ou par un virus d\u2019influenza.On produirait par conséquent un vaccin pour chacun et on les stockerait en grande quantité.Quand la prochaine pandémie se présentera, on n\u2019aura qu\u2019à sortir les millions de doses du frigidaire.» Voilà qui fait effectivement rêver.JOUR 4 COMBIEN DE CAS ?À la mi-mars 2020, l\u2019Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ne détenait aucune donnée sur la COVID- 19.Zéro.Quelques semaines plus tard, elle en déversait un ?ot quotidiennement, utilisé par les décideurs, les médias et les chercheurs et suivi de près par les curieux.«Notre site Web a explosé!» résume Éric Pelletier, chef de secteur de la surveillance des troubles mentaux et des maladies neurologiques à l\u2019INSPQ.Son équipe d\u2019épidémiologistes et lui se sont joints aux troupes des maladies infectieuses ainsi qu\u2019aux statisticiens pour affronter la COVID-19.Pour eux, la journée commence toujours la veille.Par exemple, si le gouvernement du Québec a annoncé en cette journée de décembre au-delà de 1 500 nouveaux cas, c\u2019est grâce au travail accompli hier soir.«Au début de la pandémie, c\u2019était un simple cour- riel adressé à Horacio Arruda [le directeur national de santé publique du Québec] avec quelques données, poursuit Éric Pelletier en vidéoconférence de son salon décoré pour Noël.Tranquillement, on a augmenté le nombre d\u2019analyses et le nombre d\u2019envois : on en est à un PDF qui fait presque 60 pages, envoyé à 250 personnes dans le réseau de la santé» en soirée.\u2022 IMAGES : CHU DE QUÉBEC-UNIVERSITÉ LAVAL ; Dr WILLIAM PARKER, VANCOUVER COSTAL HEALTH MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 35 \u2022 Sonia Jean Isabelle Rouleau Éric Pelletier DOSSIER SPÉCIAL Sa production commence à 16 h.Les données en provenance de toutes les régions du Québec sont d\u2019abord nettoyées, standardisées.À 18 h, les spécialistes commencent à monter le rapport, terminé deux ou trois heures plus tard.« Mais il n\u2019est pas rare de rencontrer des dif?cultés.Ça peut être un enjeu informatique ou un problème de données.Ainsi, on se rend compte qu\u2019il n\u2019y a que 18 nouveaux cas à Montréal ce jour-là, alors qu\u2019on en compte environ 250 normalement.On véri?e s\u2019il y a un bogue, on téléphone aux responsables de la région\u2026 La semaine passée, on s\u2019est couchés passé minuit trois soirs en ligne\u2026» Le système d\u2019information était très lent ; la banque de données a pris de l\u2019ampleur et les serveurs ne fournissaient plus.Passons au prochain appel : c\u2019est Isabelle Rouleau qui nous reçoit chez elle, virtuellement.Cette conseillère scienti?que explique que l\u2019équipe tente aussi de répondre à différentes questions qui émergent a?n d\u2019orienter les décisions.Ces temps-ci : peut-on estimer le nombre de Québécois qui attendent un résultat de test ?Peut-on réduire la durée de l\u2019isolement?Chaque fois, «on véri?e si des données nous permettent d\u2019apporter des réponses ou si l\u2019on peut commencer à les recueillir.Il existe parfois des données dans d\u2019autres pays.Mais on ne peut pas toujours les utiliser : est-ce que le nombre de contacts des individus est le même au Pérou, en Chine et au Québec ?Non », répond celle qui se réjouit de voir sa profession d\u2019épidémiologiste gagner en visibilité.Les demandes arrivent de partout.«Le dé?, c\u2019est d\u2019équilibrer la qualité et la quantité d\u2019informations à collecter, af?rme Isabelle Rouleau.Car plus on en demande, plus c\u2019est lourd pour les régions [les directions de santé publique qui font les enquêtes].Elles sont déjà débordées.Et recueillir des données dont on ne se sert pas ensuite, c\u2019est contestable.» Dernière vidéoconférence de la journée, à l\u2019approche du moment critique de 16 h : voici Sonia Jean, qui travaille en surveillance des maladies chroniques en temps normal.«Quand il est question d\u2019ostéoporose ou d\u2019autres maladies chroniques, je regarde les tendances sur des années, mentionne Sonia Jean.La COVID-19 m\u2019a beaucoup appris.C\u2019est de l\u2019épidémiologie de terrain.» La surveillance des autres maladies, au cœur de la mission de l\u2019INSPQ, se poursuit en parallèle, quoiqu\u2019au ralenti.Elle pense déjà à l\u2019après.« Quels seront les effets de la pandémie sur les maladies chroniques ?Est-ce que l\u2019obésité va augmenter?Et les dépressions?» Sonia Jean termine en nous racontant avoir fait récemment sa première nuit blanche en carrière.« Un vendredi à 16 h, on nous a demandé de détailler les cas par réseau local de service [sous-région].J\u2019ai ?ni à 5 h du matin ! Mais je suis contente : c\u2019est une information qu\u2019on diffuse encore aujourd\u2019hui ! » JOUR 5 UN ESSAI PLANÉTAIRE Depuis le 23 mars, Sarah Samson est en quelque sorte plongée dans une nouvelle version du ?lm Le jour de la marmotte.Mais son quotidien est pas mal plus motivant que celui du personnage principal du ?lm culte : cette in?rmière clinicienne travaille au recrutement de pas moins de 6 000 patients pour une vaste étude clinique qui vise à prévenir les hospitalisations chez les personnes nouvellement infectées par la COVID-19.Il s\u2019agit de l\u2019étude ColCorona, de l\u2019Institut de cardiologie de Montréal (ICM), qui tire son nom du médicament testé : la colchicine.À titre de cochef clinique, Sarah Samson commence ses journées par le tri et le partage des nouveaux cas positifs de la liste fournie par la Santé publique du Québec : des coordonnatrices de recherche proposeront aux sujets de prendre le véritable médicament ou un placébo (dans les deux cas, ils ne le sauront pas) pendant 30 jours.Elle répond ensuite aux questions d\u2019admissibilité qui se présentent et recti?e les doses au besoin : « Un des problèmes, c\u2019est que la COVID-19 peut causer de la diarrhée, tout comme la colchicine.On doit parfois essayer de déterminer si la diarrhée est liée à la maladie ou au médicament.» Et elle s\u2019assure que les dossiers des participants sont complets.Un travail qu\u2019elle effectue six jours par semaine, de 8 h à 20 h.Au minimum! «Ça vaut le coût.La COVID-19 va encore être là dans un an; il faut réussir à prévenir les complications et soulager le personnel soignant, qui est débordé», rappelle Sarah Samson, qui pense constamment à ses collègues dans le feu de l\u2019action.À lire ces lignes, vous avez peut-être une sensation de déjà-vu, car cette étude clinique se déroule à distance, auprès de malades con?nés à la maison, comme l\u2019essai 36 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 \u2022 IMAGES : INSPQ Le Dr Jean-Claude Tardif Une employée s\u2019affaire au Centre de recherche de l\u2019Institut de cardiologie de Montréal.Des comprimés de colchicine La cochef clinique de l\u2019étude ColCorona Sarah Samson du CUSM.De plus, il s\u2019agit encore une fois de « repositionnement », c\u2019est-à-dire qu\u2019on réutilise un médicament approuvé pour une autre maladie dans le but de gagner du temps.«Mettre au point un médicament par les voies standards ?c\u2019est-à-dire trouver une molécule et l\u2019amener jusqu\u2019aux essais de phases I, II et III ?, techniquement, ça prend de 7 à 10 ans », précise le Dr Jean-Claude Tardif, chercheur principal de l\u2019étude et directeur du Centre de recherche de l\u2019ICM.Mais les similarités s\u2019arrêtent là, car il s\u2019agit de médicaments bien différents.La colchicine est utilisée pour soigner la goutte et la péricardite virale.«Elle a une seule cible connue : une protéine appelée tubuline.La colchicine interfère donc avec l\u2019assemblage des microtubules [sortes de structures de soutien] des cellules in?ammatoires.» Ce faisant, elle empêche indirectement la production de substances in?ammatoires, qui peuvent nuire aux malades.Des travaux que l\u2019équipe a réalisés sur des rats chez qui on avait provoqué un syndrome respiratoire aigu sévère ont donné de bons résultats : les chercheurs ont noté une réduction importante des dommages pulmonaires avec la colchicine.Il n\u2019est pas 9 h 30 et le Dr Tardif a déjà une demi-journée d\u2019accomplie ! Depuis que l\u2019étude ColCorona a commencé, il se met au travail dès 5 h 30.Car ses tâches d\u2019administrateur, de professeur et de cardiologue ne se sont pas envolées.Aujourd\u2019hui, il doit organiser le travail de son équipe pendant le temps des fêtes en tenant compte des vacances bien méritées de Sarah Samson.La ?n approche, après des péripéties de toutes sortes.« Honnêtement, je pense qu\u2019on pourrait écrire un livre », lance le Dr Tardif, qui estime ?nir le recrutement de patients au tournant de 2021 et annoncer les résultats quelques semaines plus tard.Ces derniers seront effectivement présentés à la ?n de janvier 2021.L\u2019étude aura ?nalement été stoppée à 75 % du recrutement (4 500 participants) en bonne partie parce que l\u2019équipe était au bout du rouleau ; on apprendra plus tard que des in?rmières ont vécu un épuisement professionnel, tandis qu\u2019une autre s\u2019est endormie au volant après une longue journée de travail.Au terme de leurs premières analyses, les chercheurs de l\u2019étude ColCorona évalueront que la colchicine devrait faire partie du coffre à outils dans cette pandémie.Les communautés médicale et scienti?que ne seront pas convaincues de la clarté des résultats.La science est assurément éprouvante en temps de pandémie.\u2022 IMAGES : JIMMY HAMELIN ; ICM DOSSIER SPÉCIAL LA QUESTION À UN MILLION DE DOLLARS Notre système immunitaire est une machine formidable, imprévisible et profondément mystérieuse.C\u2019est sur lui que repose l\u2019avenir de la COVID-19 et le succès des campagnes de vaccination.PAR MARINE CORNIOU ILLUSTRATION : SÉBASTIEN THIBAULT DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT C ombien de temps dure l\u2019immunité face au corona- virus ?Trois mois ?Un an ?Dix ans ?C\u2019est LA question qui est sur toutes les lèvres depuis un an et elle devient encore plus pressante avec la vaccination en cours et l\u2019émergence de variants inquiétants.Puisqu\u2019une légion de chercheurs planchent sur ce sujet, scrutant le sang des convalescents, comptant les anticorps, débusquant à l\u2019autopsie les cellules immunitaires dans les poumons des victimes, je me suis dit qu\u2019on devait avoir accumulé suf?samment d\u2019indices pour avoir une idée précise de la durée de cette immunité.C\u2019était naïf.Pire, c\u2019était «manquer de respect envers le système immunitaire », m\u2019a répondu un des chercheurs interviewés, comme si j\u2019avais sous-estimé le degré de sophistication de la machine.«C\u2019est la question à un million de dollars et j\u2019aimerais bien avoir la réponse ! » a rétorqué une autre interlocutrice.Car pour essayer d\u2019y voir clair, j\u2019ai parlé à une quinzaine de spécialistes \u2013 dont je souligne au passage la patience ?et lu des dizaines de publications, passant par plusieurs phases de découragement.Autant être transparente : si je redoutais, dans ma vie pré-COVID-19, d\u2019avoir à vulgariser des notions de physique quantique, je sais maintenant que presque rien, en science, n\u2019est plus complexe que le système immunitaire, cette formidable armée qui se met en branle dès qu\u2019un virus ou une bactérie pénètre dans l\u2019organisme.La preuve en bref?D\u2019abord, il n\u2019existe pour l\u2019instant aucun moyen de savoir si une personne guérie de la COVID-19 ou vaccinée contre la maladie est protégée.Car il n\u2019y a pas de « preuve absolue de protection » qu\u2019on pourrait détecter dans le sang.Comparer le SRAS-CoV-2 à d\u2019autres 38 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 38-45_IMMUNITE?_REPORTAGE_PUBLI UQO 2021_03.indd 38 21-01-29 13:33 coronavirus n\u2019aide pas beaucoup non plus : alors que l\u2019immunité contre les quatre co- ronavirus communs du rhume s\u2019estompe vite (au bout de 80 jours à 2 ans), il semble que les virus du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et du syndrome respiratoire du Moyen-Orient confèrent une protection bien plus durable.Vers quel camp penche le nouveau coronavirus?Seul l\u2019avenir le dira, même si les quelques cas de réinfec- tion rapportés jusqu\u2019ici (quelques dizaines avérés sur plus de 90 millions) ont laissé planer le doute.Cette incertitude menace-t-elle la réussite de la vaccination?Là encore, aucune loi ne s\u2019applique.Certains vaccins offrent une meilleure protection que celle assurée par l\u2019infection naturelle (par exemple le vaccin contre le tétanos ou le virus du papillome humain), d\u2019autres sont moins performants (celui contre les oreillons notamment).Pour ce qui est des vaccins contre la COVID-19, « c\u2019est une question ouverte, déclare l\u2019immunologiste Deborah Dunn-Walters, de l\u2019Université de Surrey, au Royaume-Uni.Mais en quelques mois, nous avons tellement appris ».Cette pandémie aura eu au moins un mérite : donner un coup d\u2019accélérateur historique à la recherche en immunologie en unissant la communauté mondiale autour des mêmes questions.UNE HÉTÉROGÉNÉITÉ DÉROUTANTE Premier constat : le SRAS-CoV-2 est une bestiole inéquitable.Il peut terrasser des individus en très bonne santé en moins d\u2019un mois, causant détresse respiratoire et défaillances d\u2019organes, tandis qu\u2019il ne causera aucun symptôme chez une proportion de personnes dif?cile à estimer (allant de 8 à 75 % selon les études).Évidemment, l\u2019âge, le sexe, les maladies préexistantes, la quantité de virus absorbée sont des facteurs jouant sur la gravité de l\u2019infection.Mais la variable qui change tout, c\u2019est surtout le système immunitaire.« Dans la majorité des cas, ça se passe bien, mais si un \u201cbras\u201d de ce système fonctionne mal, il y a un emballement, l\u2019in?ammation devient incontrôlable et c\u2019est ce qui tue les patients », explique Béhazine Combadière, chercheuse au Centre d\u2019immunologie et des maladies infectieuses à Paris.Son équipe a justement mené à l\u2019automne un projet, nommé i-COVID, destiné à brosser le portrait le plus complet possible de la réponse immunitaire chez des patients hospitalisés atteints de la COVID-19.Résultat ?« Le tableau d\u2019ensemble est dif?cile à saisir tant il y a de paramètres», soupire la chercheuse.Et comme ce tableau d\u2019ensemble est changeant d\u2019une personne à l\u2019autre, le degré et la durée de la protection pourraient aussi grandement varier.« L\u2019intensité de départ détermine la phase mémoire », résume Béhazine Combadière.Ainsi, ceux qui ont eu plus de symptômes ont en moyenne des MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 39 38-45_IMMUNITE?_REPORTAGE_PUBLI UQO 2021_03.indd 39 21-01-29 13:33 DOSSIER SPÉCIAL QUE SE PASSE-T-IL LORS DE L\u2019INFECTION ?En heures En jours Pour arriver à une protection, il faut passer par plusieurs étapes : le déclenchement de l\u2019alerte générale, l\u2019élimination de l\u2019ennemi et l\u2019entraînement des troupes pour faire face à un éventuel retour de l\u2019agresseur.Cet entraînement détermine le degré et la durée de la protection, que ce soit dans le cas d\u2019une infection naturelle ou dans celui d\u2019un vaccin.Barrières épithéliales (peau, muqueuses\u2026) Virus Macrophages Cytokines in?ammatoires Cellules dendritiques Interférons Lymphocytes cytotoxiques et cellules lymphoïdes innées Immunité innée 0 6 12 1 3 5 Lymphocytes B Plasmocytes Anticorps Lymphocytes T MULTIPLICATION Temps après l\u2019infection Lymphocytes T activés Immunité adaptative Immunité innée Quand le virus entre dans le nez ou la gorge et pénètre dans les cellules de la muqueuse, il se fait rapidement repérer par l\u2019immunité innée ?en moins de quelques heures.Cette première ligne de défense s\u2019appuie sur des cellules capables de détruire les agents infectieux en les avalant tout rond, notamment les macrophages et les cellules dendritiques.Ces cellules gavées de virus sécrètent alors des signaux, les cytokines, pour appeler les renforts.Non sans dommages collatéraux : « C\u2019est à ce stade qu\u2019on fait de la ?èvre, qu\u2019on a des douleurs, de l\u2019in?ammation », note Béhazine Combadière, chercheuse au Centre d\u2019immunologie et des maladies infectieuses à Paris.Certains de ces signaux, les interférons, inhibent directement la réplication des virus.Parfois, cela suf?t à mater l\u2019infection, même si le SRAS-CoV-2 parvient à retarder leur production.« Dans certains cas graves, toutefois, l\u2019immunité innée est défectueuse.Des mutations génétiques empêchent la production d\u2019interférons ou des anticorps anormaux les détruisent », souligne la chercheuse.D\u2019après deux études parues en septembre dans Science, ces dysfonctionnements pourraient expliquer 14 % des cas graves.Un constat qui a permis de lancer plusieurs essais cliniques visant à administrer rapidement un supplément d\u2019interférons aux malades.Parallèlement à cette défaillance, des cytokines in?ammatoires sont parfois produites en excès et le fameux « orage cytokinique », potentiellement fatal, se déclenche.Immunité adaptative Mais revenons à la réponse normale.Alertée par les signaux chimiques, la cavalerie repère ses meilleurs soldats pour anéantir l\u2019ennemi : le ou les rares lymphocytes T et B qui savent reconnaître des morceaux du corps étranger.Ces morceaux sont exposés, tels des trophées de chasse, à la surface des cellules den- dritiques et des macrophages, qui migrent jusqu\u2019aux ganglions lymphatiques pour présenter leur prise.Les élus se multiplient en millions d\u2019exemplaires en quelques jours.Ces clones produisent des anticorps (B) ou se ruent sur les cellules infectées (T), réglant son compte à l\u2019envahisseur.En réalité, il existe plusieurs types de lymphocytes T.« Les CD8 vont tuer les cellules infectées, alors que les CD4 vont aider les lymphocytes B à fabriquer des anticorps », poursuit Béhazine Combadière.Certaines de ces cellules immunitaires vont perdurer après l\u2019infection, gardant la mémoire de ce premier combat.40 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM 38-45_IMMUNITE?_REPORTAGE_PUBLI UQO 2021_03.indd 40 21-01-29 13:33 Presque tout le monde développe des anticorps contre le SRAS-CoV-2 dans les jours qui suivent l\u2019infection.Après deux ou trois semaines, leur quantité commence à baisser.taux plus élevés d\u2019anticorps, la quantité pouvant varier d\u2019un facteur 100 d\u2019un malade à l\u2019autre ! Cela dit, ces taux baissent d\u2019autant plus abruptement qu\u2019ils étaient élevés au départ.Et si l\u2019in?ammation est trop intense, le processus permettant d\u2019af?ner la réponse immunitaire à long terme s\u2019effectue moins ef?cacement.Vous êtes déjà perdu?C\u2019est normal.Vous ne pourrez pas échapper au cours d\u2019immunologie 101, si vous avez du respect pour votre système immunitaire.Mais, promis, je vais vous épargner les détails ! GARDER LA MÉMOIRE Dans le branle-bas de combat qui est déclenché en présence du virus (voir l\u2019infographie ci-contre), les lymphocytes T ?des globules blancs tueurs ?se chargent de faire disparaître les cellules infectées.D\u2019autres lymphocytes, les B, agissent plus subtilement.Ils fabriquent et libèrent dans le sang les petites protéines-vedettes de l\u2019immunité : les anticorps.Ces derniers interceptent les virions qui sortent des cellules infectées pour ralentir l\u2019invasion.Les anticorps sont, comme les lymphocytes T, très spéci?ques : leur extrémité est un peu comme une pièce de casse-tête, qui ne s\u2019accroche qu\u2019à un seul type de pathogène (et même, plus précisément, à un petit bout de ce pathogène : la pointe de la protéine S du SRAS-CoV-2 par exemple).Parmi les millions qui existent, seuls les lymphocytes B produisant les bons types d\u2019anticorps, capables de se ?xer à l\u2019envahisseur du moment, vont être activés et ampli?és.On sait aujourd\u2019hui que presque tout le monde (plus de 90 % des gens) développe des anticorps contre le SRAS-CoV-2 dans les jours qui suivent l\u2019infection.Après deux ou trois semaines, leur quantité commence à baisser.« C\u2019est absolument normal.Si l\u2019on maintenait un taux élevé d\u2019anticorps contre chaque pathogène rencontré, notre sang serait épais comme de la mélasse », illustre Marc-André Langlois, professeur à l\u2019Université d\u2019Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la virologie moléculaire et l\u2019immunité intrinsèque.Lorsque l\u2019armée de lymphocytes T et B a ?ni sa mission, elle meurt peu à peu de sa belle mort.Sans usines pour les fabriquer, les anticorps déclinent.Mais quelques lymphocytes T et B survivent : tels des vétérans qui n\u2019ont pas tourné la page, ils restent tapis dans le sang, la moelle osseuse et les organes pour relancer l\u2019assaut rapidement ?et plus ef?cacement ?si jamais l\u2019ennemi réapparaît.Ce sont eux qui constituent la « réponse mémoire », celle qui va nous empêcher de retomber trop malades, voire nous protéger complètement, en cas de réinfection.Combien de temps ces commandants nostalgiques restent-ils en faction?D\u2019une maladie à l\u2019autre, et d\u2019un vaccin à l\u2019autre, ça change du tout au tout.La protection qu\u2019ils assurent dure toute la vie pour la rougeole et quelques mois seulement pour la grippe ou la bonne vieille gastroentérite.« Le test idéal pour savoir si une personne est protégée, c\u2019est de l\u2019exposer une deuxième fois au virus pour voir si elle tombe malade », indique Menno van Zelm, de l\u2019Université Monash, en Austra- MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 41 38-45_IMMUNITE?_REPORTAGE_PUBLI UQO 2021_03.indd 41 21-01-29 13:33 DOSSIER SPÉCIAL « Ce qu\u2019on veut, avec la vaccination, ce n\u2019est pas freiner le virus, mais carrément l\u2019empêcher d\u2019entrer dans les cellules.» \u2013 Béhazine Combadière, du Centre d\u2019immunologie et des maladies infectieuses à Paris lie.Éthiquement, c\u2019est un peu délicat à défendre, même si on l\u2019a fait par le passé avec des coronavirus causant des rhumes communs.« On essaie plutôt de trouver des marqueurs prédictifs dans le sang, car c\u2019est plus accessible », dont bien sûr les anticorps, qui subsistent quelque temps dans le sang des convalescents.L\u2019ESSOR ET LA CHUTE DES ANTICORPS C\u2019est justement en raison de cette persistance que le regard des scienti?ques s\u2019est tourné vers les anticorps dès le début de la pandémie.Faciles à mesurer dans le sang, ils sont la preuve même qu\u2019une personne a été infectée par le SRAS-CoV-2 et l\u2019a combattu.Leur persistance permet, en théorie, de protéger contre les réinfections.Le hic, c\u2019est que les travaux sur le sujet ont donné des résultats en apparence contradictoires.Une grande étude de l\u2019Imperial College London menée sur 365 000 Britanniques a ainsi montré que le nombre de personnes qui ont toujours des anticorps issus de leur infection à la COVID-19 a baissé de 26 % entre juin et septembre.Or, le test utilisé n\u2019avait pas une grande sensibilité.Une autre étude, conduite à New York sur 30 000 individus guéris, a plutôt révélé que les taux d\u2019anticorps étaient restés hauts après cinq mois.« Ce qui a créé la confusion, c\u2019est que les méthodologies diffèrent d\u2019une étude à l\u2019autre.Cela rend les comparaisons dif?ciles.Il y a en fait plusieurs types d\u2019anticorps : les IgG, les IgA, les IgM, qui ne diminuent pas tous de la même façon », explique Jennifer Gommerman, professeure d\u2019immunologie à l\u2019Université de Toronto.Et dans chaque catégorie, il existe plusieurs sous-types, qui ont tous leurs spéci?cités : mesurer le taux global ou le taux de chaque sous-type ne donne pas les mêmes résultats.Mais j\u2019ai promis de vous épargner les détails.De toute façon, interpréter le taux d\u2019anticorps est une tâche délicate.«Après une maladie, la quantité d\u2019anticorps qui persiste ne re?ète pas forcément le degré de protection », précise Deborah Dunn-Walters.Il n\u2019y a pas que la quantité qui compte, il y a aussi la qualité.Et c\u2019est sur quoi se penche Marc- André Langlois, à l\u2019Université d\u2019Ottawa, entre autres subtilités immunitaires.Son équipe a recruté environ 1 000 personnes, la moitié ayant eu la COVID-19 et l\u2019autre étant à haut risque de la contracter (chauffeurs d\u2019autobus, commis d\u2019épicerie, enseignants, etc.).Il compte suivre cette cohorte pendant 10 mois en faisant des prélèvements mensuels de sang et de salive pour caractériser la réponse immunitaire des anciens et nouveaux cas symptomatiques et asymptomatiques.« On regarde le niveau d\u2019anticorps et leur potentiel neutralisant, c\u2019est-à-dire leur capacité à empêcher le virus de se lier aux cellules cibles », dit-il.Les anticorps neutralisants sont scrutés d\u2019encore plus près par les fabricants de vaccins pendant les essais cliniques.C\u2019est sur eux que repose la protection à court terme, car ils interceptent l\u2019ennemi sans aucun délai \u2013 alors qu\u2019il faut plusieurs jours pour que les « vétérans » se réactivent.« Ce qu\u2019on veut, avec la vaccination, ce n\u2019est pas freiner le virus, mais carrément l\u2019empêcher d\u2019entrer dans les cellules », souligne Béhazine Combadière.Si les anticorps s\u2019accrochent au bon endroit sur le virus, ils peuvent stopper net l\u2019invasion et conférer une immunité dite stérilisante ?on ne sait pas pour l\u2019instant si les vaccins de P?zer-BioNTech et de Moderna sont «stérilisants» ou s\u2019ils préviennent juste les cas graves, en limitant les dégâts sans pour autant contrecarrer l\u2019infection.Mais comme rien n\u2019est simple en immunologie, il ne faudrait pas tout mettre sur les épaules des anticorps, qui ne sont que la partie émergée de l\u2019iceberg.«Ne faites pas l\u2019erreur de penser que immunité = anticorps», m\u2019a d\u2019ailleurs prévenue Andrés Finzi, infectiologue à l\u2019Université de Montréal.Surtout pour l\u2019immunité à long terme ! COMPRENDRE QUELS SONT LES JOUEURS LES PLUS IMPORTANTS Caroline Quach-Thanh guette la survenue de réinfections dans le cadre de l\u2019étude RECOVER parmi 735 travailleurs de la santé ayant été infectés par la COVID-19 en 2020.L\u2019infectiologue du CHU Sainte-Justine surveille sa cohorte de près, testée toutes les deux semaines, pour voir si certaines personnes contractent de nouveau le virus.Pour l\u2019instant, c\u2019est calme.« On a retrouvé le virus une seconde fois chez 42 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 38-45_IMMUNITE?_REPORTAGE_PUBLI UQO 2021_03.indd 42 21-01-29 13:33 une personne, par dépistage aléatoire, mais elle n\u2019avait pas de symptômes.Elle s\u2019en est débarrassée très vite », précise-t-elle.Une étude similaire menée au Royaume- Uni sur 6600 professionnels de la santé a indiqué en janvier que les réinfections touchaient moins de un pour cent des participants.Voilà un signe que la mémoire immunitaire fonctionne plutôt bien.Ce que redoutent les chercheurs, ce sont des réinfections se traduisant par des symptômes aussi intenses, voire pires qu\u2019au premier épisode, signes d\u2019une perte de protection.Pour l\u2019instant, un seul cas de ce type a été documenté.Il s\u2019agit d\u2019un homme de 25 ans, dans le Nevada, qui a dû être hospitalisé pour détresse respiratoire l\u2019été dernier, seulement 48 jours après avoir eu la COVID-19 une première fois.L\u2019étude RECOVER vise à obtenir le portrait immunitaire des personnes protégées en mesurant plusieurs indicateurs, dont les anticorps mais aussi les lymphocytes, un an après la maladie.« Idéalement, on aimerait que les vaccins contre la COVID-19 produisent la même signature immunitaire que celle qui protège après l\u2019infection naturelle, même s\u2019il est probable que les gens réagissent différemment selon le type de vaccin », avertit Caroline Quach-Thanh.Cette signature de protection, qu\u2019on appelle «corrélat de protection», n\u2019est pas universelle.Il s\u2019agit d\u2019une sorte de seuil immunitaire à partir duquel on est certain que la protection est effective.C\u2019est une donnée clé pour analyser la protection vaccinale.Cela aiderait grandement, notamment, à savoir si une personne est correctement protégée après avoir reçu une seule dose de vaccin au lieu des deux règlementaires, alors que plusieurs pays font le pari d\u2019espacer l\u2019administration des doses.Les vaccins contre la grippe saisonnière sont testés de cette façon : si le corrélat de protection est atteint, bingo ! « Pour la plupart des maladies, reprend la chercheuse, les corrélats de protection ne sont basés que sur les anticorps.Pour les vaccins contre l\u2019hépatite B et la rougeole [ainsi que la grippe] par exemple, les niveaux d\u2019anticorps semblent être prédictifs.Mais pour le vaccin contre la varicelle, c\u2019est plus complexe : la quantité d\u2019anticorps est beaucoup plus basse qu\u2019après l\u2019infection naturelle et pourtant on facebook Suivez-nous sur CENTRE NATIONAL DE FORMATION EN TRAITEMENT DE L\u2019EAU DEP : Conduite de procédés de traitement de l\u2019eau Début : 7 décembre 2020 CFP PAUL-GÉRIN-LAJOIE Soirée d\u2019information: 18 novembre 2020 à 18h30 INSCRIPTION EN LIGNE : WWW.SRAFP.COM J M 0 1 2 3 0 5 0 3 0 Centre Paul-Gérin-Lajoie 400, avenue Saint-Charles, Vaudreuil-Dorion INSCRIPTION OBLIGATOIRE VEUILLEZ RÉSERVER VOTRE PLACE AU 514 477-7020 POSTE 5325 est protégé plusieurs années, probablement par les cellules immunitaires.» Pour la COVID-19, ce corrélat est encore inconnu, ce qui donne lieu à bien des spéculations.Un article paru dans Nature en décembre dernier fournit une partie de la réponse\u2026 du moins pour les macaques à qui les chercheurs ont injecté différents types et doses d\u2019anticorps.«Les anticorps seuls peuvent protéger, même à des niveaux assez bas, mais nous avons montré que les lymphocytes T sont aussi importants si la quantité d\u2019anticorps est insuf?sante», a expliqué l\u2019auteur de l\u2019étude Dan Barouch, du Beth Israel Deaconess Medical Center, dans un communiqué.Autrement dit, il pourrait y avoir plusieurs «combinaisons» immunitaires ef?caces.De quoi brouiller les cartes.(Suite à la page suivante.) QUID DES VARIANTS ?Les variants du SRAS-CoV-2 surgissent de partout et ils inquiètent les immunologistes.Certains de ces mutants, notamment celui qui a émergé en Afrique du Sud, seraient capables d\u2019échapper aux anticorps ef?caces contre les versions antérieures du virus, comme le laissent penser plusieurs réinfections observées dans ce pays.En cause, des modi?cations importantes dans leur protéine S, la cible principale du système immunitaire et des vaccins.Un espoir, toutefois : les vaccins à ARN peuvent être rapidement modi?és pour s\u2019adapter aux mutations problématiques.MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 43 38-45_IMMUNITE?_REPORTAGE_PUBLI UQO 2021_03.indd 43 21-01-29 13:33 DOSSIER SPÉCIAL D\u2019ailleurs, les fabricants de vaccins savent bien qu\u2019il ne faut pas négliger les lymphocytes, ces acteurs cruciaux plus difficiles à quantifier que les anticorps (principalement parce que cela demande plusieurs manipulations en laboratoire).À Montréal, l\u2019entreprise Caprion- HistoGeneX traque les lymphocytes B et T pour des dizaines de compagnies pharmaceutiques engagées dans la course au vaccin.«On analyse le sang des volontaires avant et après le vaccin pour voir si la réponse cellulaire a augmenté », mentionne Laïla-Aïcha Hana?, directrice associée de l\u2019équipe scienti?que de Caprion.Mais aucune compagnie n\u2019a encore livré de données sur les lymphocytes mémoires (nos vétérans), même si des données de Moderna ayant circulé en décembre indiquent que la protection persiste chez les premières personnes vaccinées au printemps dernier.Sur le front des infections naturelles, les nouvelles récentes sont elles aussi plutôt encourageantes.Plusieurs études ont révélé que des lymphocytes B étaient présents huit mois après l\u2019infection ?et probablement plus.« On sait que ce type de cellules peut vivre des années, voire des décennies.Elles peuvent se réactiver et proliférer [pour produire à nouveau des anticorps] si le virus se représente », note l\u2019immunologiste Menno van Zelm, de l\u2019Université Monash, qui a conduit l\u2019une de ces études.Mieux encore, ces lymphocytes font des séjours dans les ganglions lymphatiques, qui leur permettent de peau?ner leur stratégie à coups de mutations génétiques accélérées.Ils en sortent plus « matures », capables de produire des anticorps encore plus aptes à s\u2019attacher au SRAS-CoV-2.Des pièces de casse-tête mieux taillées, en quelque sorte.Du côté des lymphocytes T, une étude non encore revue par les pairs a montré que les premiers patients de Wuhan, en Chine, avaient des niveaux hétérogènes de lymphocytes T mémoires (cela ne surprendra personne), mais que ces cellules étaient toujours présentes neuf mois après l\u2019infection.Surveillés et traqués par des centaines de laboratoires, les acteurs de l\u2019immunité se dévoilent un peu, mais leur incroyable complexité est plus saisissante que jamais.Si bien que la durée de la protection restera assurément « la question à un million de dollars » pour quelques mois encore, si ce n\u2019est quelques années, puisque le temps reste l\u2019indicateur le plus ?able.Le SRAS-CoV-2 nous aura décidément forcés à être patients et appris à faire preuve d\u2019humilité à l\u2019égard de notre système immunitaire.L\u2019IMMUNITÉ PRÉEXISTANTE ?Histoire de rendre les choses plus complexes qu\u2019elles sont, il existe un certain degré d\u2019immunité croisée avec les coronavirus saisonniers du rhume.Autrement dit, comme ces coronavirus ressemblent un peu au SRAS-CoV-2, certains des moyens de défense qu\u2019on a bâtis à force d\u2019avoir des rhumes montent au front contre le nouveau coronavirus.« Ça pourrait par exemple expliquer pourquoi les enfants, qui sont exposés à pas mal de coronavirus, sont moins malades », souligne la pédiatre Caroline Quach-Thanh.Mais cette proximité des coronavirus entre eux est une arme à double tranchant.« Au lieu de mettre en place une nouvelle réponse, le système immunitaire peut recruter les lymphocytes B mémoires déjà présents contre les coronavirus saisonniers.Ils produisent toutefois des anticorps peu adaptés, qui ne neutralisent pas ef?cacement le SRAS-CoV-2.Cela pourrait diminuer l\u2019ef?cacité des vaccins chez certaines personnes », redoute Marc-André Langlois, de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Et pour ajouter au mystère, « environ 10 % des personnes n\u2019ayant jamais été exposées au SRAS-CoV-2 ont des anticorps qui reconnaissent un morceau très spéci?que de la protéine S de ce virus, qui n\u2019existe pas chez les coronavirus saisonniers », indique Jennifer Gommer- man à l\u2019Université de Toronto.Comme si ces personnes avaient souvenir d\u2019un virus jamais rencontré.Plusieurs études, dans plusieurs pays, ont mené à cet étrange constat.« Il y a peut-être des croisements avec des microorganismes du microbiote », suggère la chercheuse, qui souhaite véri?er si ces personnes présentent des formes plus bénignes de la COVID-19.44 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 38-45_IMMUNITE?_REPORTAGE_PUBLI UQO 2021_03.indd 44 21-01-29 13:33 EN PARTENARIAT Les jeunes ont beaucoup à dire sur leur expérience de la pandémie.Deux chercheuses leur prêtent l\u2019oreille.A lors que des adolescents ont aimé se rapprocher de leurs parents au cours du con?nement printanier, d\u2019autres ont vu leur moral s\u2019étioler au même rythme que leur vie sociale.Pendant ce temps, certains jeunes enfants ont si bien intégré les nouvelles normes sociales, comme la distanciation physique et le port du masque, qu\u2019ils ont presque oublié la « vie d\u2019avant ».Depuis plusieurs mois, on s\u2019interroge sur le bien-être des jeunes et sur les traces que laissera la pandémie dans leur développement.Deux chercheuses de l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO) se sont attelées à documenter leur perception de la crise sanitaire.«Dès le printemps, il nous est rapidement apparu pertinent d\u2019étudier la compréhension et les réactions des enfants et des adolescents devant ce bouleversement de leur quotidien», raconte Isabel Côté, professeure en travail social.Avec Christine Gervais, professeure au Département des sciences in?rmières, elle a mis sur pied l\u2019étude Réactions, qui vise à recueillir non seulement les récits des jeunes, mais aussi ceux de leurs parents, qui composent avec les dif?cultés de la conciliation télétravail-famille, sans compter l\u2019école à la maison.«Les enfants sont vraiment contents qu\u2019on s\u2019intéresse à leur expérience.Ils veulent contribuer au discours », af?rme Christine Gervais.Les chercheuses ont interrogé en trois temps près de 200 parents et un peu plus de 150 enfants de 6 à 17 ans : à la ?n du premier con?nement, durant l\u2019été et après la rentrée scolaire.Elles ont mené des entrevues avec les jeunes et demandé aux adultes de remplir un questionnaire en ligne pour mesurer leur stress, leur anxiété ainsi que leur fonctionnement familial et social, etc.« Pendant le premier con?nement, les enfants étaient exclusivement en contact avec leurs parents ; d\u2019où l\u2019importance de s\u2019intéresser au bien-être des parents pour comprendre l\u2019expérience des jeunes de cette période», ajoute Christine Gervais.Que disent leurs données préliminaires ?« Au printemps, les parents ont mobilisé beaucoup d\u2019énergie pour offrir un milieu sécuritaire à leurs enfants, au détriment de leur propre santé mentale », souligne Isabel Côté.Si les parents ont alors déployé beaucoup d\u2019efforts pour organiser des soirées thématiques, des jeux de société ou des activités, la donne semble avoir changé depuis la rentrée.Désormais, certains enfants disent craindre de déranger leurs parents qui télétravaillent.Les chercheuses s\u2019inquiètent-elles pour les enfants et les adolescents?«J\u2019aurais tendance à dire non », avance prudemment Isabel Côté.Jusqu\u2019à maintenant, ils ont fait preuve d\u2019une remarquable adaptabilité, même si ceux qui vivaient une importante transition (comme le passage au secondaire) ont trouvé ce moment plus dif?cile.« Les tout-petits rapportent beaucoup d\u2019évènements positifs vécus pendant la pandémie, qui prennent souvent plus de place dans leur discours que les difficultés liées aux mesures sociosanitaires », remarque Christine Ger- vais.Autre constante dans les données?L\u2019importance du lien avec les grands- parents.«Nous ne les questionnions pas spéci?quement sur ce sujet, mais malgré cela, c\u2019est venu spontanément.Même les adolescents s\u2019ennuient de serrer leurs grands-parents dans leurs bras», conclut Isabel Côté.Les chercheuses espèrent revoir cette cohorte dans trois ou quatre ans a?n de mesurer les répercussions de la pandémie à long terme.Leurs travaux ont attiré l\u2019attention du ministère de la Famille, qui a apporté son soutien ?nancier au projet.Dans l\u2019immédiat, les données récoltées permettront de fournir des outils pour mieux soutenir les familles et contribueront à assurer un meilleur ?let de sécurité pour l\u2019avenir.PAR CATHERINE COUTURIER ET LES ENFANTS, ÇA VA ?La production de cet article a été rendue possible grâce au soutien de l\u2019Université du Québec en Outaouais.Les professeures Christine Gervais et Isabel Côté MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 45 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM ; UQO 38-45_IMMUNITE?_REPORTAGE_PUBLI UQO 2021_03.indd 45 21-01-29 13:33 DOSSIER SPÉCIAL À L\u2019HEURE DE LA COVID-19 46 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 L es journées sont longues, mais les années passent vite, dit l\u2019adage.Surtout en temps de pandémie, ajoute l\u2019auteur de ces lignes.À la mi-mars 2020, des centaines de millions de personnes se sont retrouvées claquemurées afin de freiner la propagation de la COVID-19.Tout à coup, l\u2019humanité a été propulsée contre son gré dans un mode de vie auquel rien ne la préparait : celui du con?nement.Aujourd\u2019hui, une année plus tard (déjà), elle se trouve encore isolée chez elle à enchaîner les « dimandredis », ces jours qui ?nissent tous par se chevaucher et s\u2019entremêler jusqu\u2019à se confondre.Dans ce nouveau paradoxe, le temps est lisse, uniforme; seul le décompte des cas con?rmés, des morts et des personnes vaccinées rythme les jours.Pourtant, Cronos continue bel et bien sa course inexorable.Le virus, aussi pernicieux soit-il, n\u2019a pas ralenti ou accéléré le passage du temps, con?rme le physicien français Étienne Klein, directeur du Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière, de l\u2019Université Paris-Saclay.« Je vous rassure : la crise sanitaire n\u2019a rien changé aux équations de la physique! Une seconde dure toujours une seconde sur Terre, comme c\u2019est le cas depuis le big bang », indique-t-il en entrevue à Québec Science.Pour s\u2019en convaincre, il suf?t d\u2019écouter l\u2019un de ces concerts gratuits offerts ?en ligne, il va sans dire ?par les orchestres symphoniques comme celui de Montréal.Les musiciens jouent tous de leur instrument sur le même tempo, en harmonie.Ce n\u2019est pas qu\u2019une vague impression : la pandémie a bel et bien transformé notre rapport au temps.PAR MAXIME BILODEAU ILLUSTRATION : SÉBASTIEN THIBAULT DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT EXPÉRIENCE DE PENSÉE Connaître le temps comme pas un ne protège pas contre les embarras du con?nement.Parlez-en à Étienne Klein ; le physicien a beau avoir consacré plusieurs essais à la question du temps, il n\u2019en est pas moins touché par la situation actuelle.Il a malgré tout quelques trucs dans son sac pour mieux faire passer la pilule.Par exemple, il rappelle que vous êtes plus actif que vous le pensez lorsque vous poireautez dans une interminable ?le d\u2019attente.« La théorie d\u2019Einstein dit que, lorsque nous sommes immobiles dans l\u2019espace, nous continuons dans les faits à voyager à la vitesse de la lumière dans l\u2019espace-temps.Imaginez : parcourir 300 000 km par seconde ! N\u2019est-ce pas grisant ?» MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 47 DOSSIER SPÉCIAL UNE QUESTION DE PERCEPTION Ce qui a changé est donc moins le temps objectif que le rapport subjectif que tout un chacun entretient avec lui.En ce sens, la pandémie rappelle que la manière d\u2019aborder le quotidien est éminemment temporelle, que la perception du temps qui passe varie considérablement selon l\u2019emploi qu\u2019on en fait.Les heures ne s\u2019égrènent plus de la même façon depuis que nous passons le plus clair de notre temps à la maison à «covider» devant l\u2019écran.«Le télétravail a permis à de nombreuses personnes de s\u2019affranchir de l\u2019heure de pointe et de gagner du temps, parfois plusieurs heures.Pourtant, tous ne vivent pas la même expérience », constate Simon Grondin, professeur à l\u2019École de psychologie de l\u2019Université Laval et auteur du livre Le temps psychologique en questions.Plusieurs phénomènes peuvent expliquer cette variabilité interindividuelle.Ainsi, nous n\u2019estimons pas le temps qui est en train de passer (présent) de la même manière que celui qui est révolu (passé).Autrement dit, le jugement varie grandement selon qu\u2019il est prospectif ou rétrospectif.«C\u2019est la raison pour laquelle une bonne série sur Net?ix fait perdre la notion du temps ; elle nous distrait momentanément, ce qui le fait paraître plus court.En revanche, un intervalle donné, jugé à postériori, paraît plus long s\u2019il était bien rempli», mentionne le chercheur.Cela est tout particulièrement vrai d\u2019activités peu routinières, comme des voyages, des fêtes ou des sorties entre amis.Bref, toutes des denrées rares en temps de pandémie.Autre variable qui entre en ligne de compte : le niveau d\u2019anxiété auquel on est exposé.Plus ce dernier est élevé, plus le temps semble interminable et vice versa.Parlez-en aux mères de famille ; plus susceptibles que les hommes d\u2019occuper un emploi pouvant être exercé en télétravail, les femmes consacrent en outre plus de temps que ces derniers aux tâches domestiques et aux soins, selon Statistique Canada.Bonjour la charge mentale ! Ajoutez à l\u2019équation une bonne dose d\u2019incertitude quant à la durée de la pandémie \u2013 3 semaines?12 mois?2 ans?et vous obtenez une tempête parfaite.« L\u2019être humain fonctionne avec des échéances, sous la forme de dates butoirs, et table sur ses connaissances pour estimer le temps qui passe.Dans la situation actuelle, il est privé de l\u2019ensemble de ces repères temporels », souligne Simon Grondin.UNE AUTRE TEMPORALITÉ Si le temps est psychologique, il est aussi spatial et peut-être surtout social.Devenus immobiles, puisque con?nés à notre seul espace domestique, nous ne fréquentons plus les endroits consacrés à nos activités de naguère ?le bureau, la salle de sport, le café du coin, même le bus bondé.Ce faisant, nous ne béné?cions plus de la temporalité commune à ces lieux, celle de la vie sociale.Du moins pour la plupart d\u2019entre nous.« Le temps passe très différemment selon qu\u2019on est restaurateur, artiste ou entraîneur personnel, qui sont des professionnels du lien social privés de leur raison d\u2019être, ou bien travailleur de la santé, qui est au centre de la crise sanitaire.Entre les deux, il y a la majorité qui travaille de la maison, sans coupures ni horaires imposés », expose Hélène L\u2019Heuillet, psychanalyste et maître de conférences en philosophie politique et éthique à l\u2019Université Paris-Sorbonne.Pour plusieurs, les premières semaines de la crise sanitaire ont été l\u2019occasion de renouer avec un temps plus subjectif.Coïncidence : Hélène L\u2019Heuillet venait de faire paraître Éloge du retard : où le temps est-il passé ?, un essai sur la pression constante de l\u2019urgence d\u2019alors, dans le monde antédiluvien d\u2019avant la pandémie.« Nous avions l\u2019impression d\u2019être en décalage constant par rapport au rythme dicté par la société.Le confinement a donné le sentiment qu\u2019en?n nous pourrions rattraper notre retard, cesser notre course folle et nous mettre au diapason de nous-mêmes », se souvient-elle.Pour ceux et (surtout) celles qui n\u2019ont pas eu à télétravailler tout en faisant le ménage, la classe et les repas, c\u2019était l\u2019époque des webinaires et des tartelettes portugaises du Dr Horacio Arruda, celle du skholè (temps libre) et du kairos (temps opportun) au détriment du kronos (temps de travail).Puis, l\u2019ennui a ?ni par se pointer le bout du nez à la faveur de cette temporalité indifférenciée dans laquelle tous les jours se ressemblent.Dès lors, il n\u2019y UN CHANTIER COLOSSAL Le con?nement change-t-il notre rapport au temps ?C\u2019est la question à laquelle des scienti?ques des quatre coins du globe tentent actuellement de répondre.À l\u2019aide d\u2019une série de questionnaires et de tâches de psychologie expérimentale effectuées en ligne, ces chercheurs issus de divers domaines (chronobiologie, neurosciences, psychologie\u2026) dé?nissent les effets de l\u2019isolement prolongé sur les perspectives temporelles et sur la perception des temporalités.Les volontaires, des centaines d\u2019adultes issus d\u2019une dizaine de cultures, ont été recrutés à divers stades de la crise sanitaire depuis le printemps dernier.« Nous en sommes à l\u2019étape de l\u2019analyse des résultats, qui s\u2019annonce un peu complexe, mais prometteuse », commente Simon Grondin, professeur à l\u2019École de psychologie de l\u2019Université Laval, qui coordonne le volet canadien de l\u2019étude.48 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 PUB 1/2 F.S.PRÉSENTÉE PAR 10 000 $ en argent et en stage Tente ta chance toi aussi, ça peut changer ta vie ! Date limite : 14 mars 2021 Critères et règlements : acs.qc.ca 1er prix d\u2019une valeur de plus de avait plus de marche arrière possible.« L\u2019ennui est une forme de haine du temps qu\u2019aucun livre ou radiothéâtre ne sait combler.Il a bien fallu se résoudre à comprendre qu\u2019on ne pourrait pas remplir ce temps comme on le faisait auparavant, ce qui a occasionné de la souffrance chez plusieurs, notamment chez les plus jeunes générations, qui n\u2019ont pas appris à s\u2019ennuyer », analyse Hélène L\u2019Heuillet.Cela indique que, malgré ses injonctions qui con?nent parfois à l\u2019aliénation, la vie sociale va de pair avec un écoulement « normal » du temps.« Il faut savoir que [les temps d\u2019épidémie] sont des temps durs pour l\u2019humanité, où la survie l\u2019emporte sur la vie », écrit d\u2019ailleurs la philosophe dans l\u2019ouvrage collectif Pandémie 2020, paru récemment.Sans surprise, ces épisodes sont souvent suivis par une période d\u2019amnésie collective, comme cela a été le cas lors de la grippe espagnole, prélude aux Années folles de la décennie 1920.Chose certaine, notre nouveau rapport au temps à l\u2019ère de la COVID-19 aura sa place dans l\u2019histoire grâce aux travaux que mène une équipe internationale de chercheurs.Étienne Klein, qui ne participe pas au projet de recherche, est impatient d\u2019en voir les conclusions.« Est-ce que ceux qui ont mieux supporté le con?nement vivaient les existences les plus trépidantes auparavant ?Ou est-ce plutôt le contraire ?se demande-t-il.À terme, cela pourrait permettre de comprendre si la vie active relève du trait de personnalité spontané ou de l\u2019obligation de se plier à un rythme qui n\u2019est pas le nôtre.» La réponse\u2026 bientôt.MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 49 50 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 PHOTO : JEAN-FRANÇOIS HAMELIN À la loterie de la vie, Maïka Sondarjee a pigé le bon numéro.Pourtant, il aurait pu en être autrement pour la professeure adjointe de l\u2019École de développement international et mondialisation de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Dès les premières pages de son essai Perdre le Sud : décoloniser la solidarité internationale, paru en août dernier, elle rend hommage à sa grand-mère originaire de Madagascar.Mariée à 14 ans, celle-ci a travaillé dur pour élever ses 13 enfants, dont plusieurs ont immigré au Canada.«Mon père est arrivé au Québec à 17 ans.Si je compare ma situation avec la sienne, j\u2019ai eu une vie plus facile, n\u2019ayant jamais subi de racisme ou de préjudices raciaux contrairement à lui », raconte-t-elle.Cette prise de conscience, survenue assez tôt dans son parcours, lui a ouvert les yeux sur les inégalités extrêmes entre habitants du Nord et ceux du Sud.Surtout, elle a pavé la voie à ses recherches qui portent notamment sur les pratiques d\u2019autonomisation des femmes en Inde, le complexe du sauveur blanc en développement international et les politiques étrangères féministes.« Je ne comprends pas pourquoi notre solidarité devrait s\u2019arrêter à nos semblables, à nos compatriotes.À titre de citoyens du monde, nous sommes tous plus interreliés que jamais ; la pandémie nous l\u2019a d\u2019ailleurs rappelé», af?rme la lauréate de la bourse Alice-Wilson de la Société royale du Canada.Cette distinction est attribuée chaque année à trois femmes d\u2019une compétence exceptionnelle qui entreprennent une carrière de professeure ou de chercheuse au postdoctorat.Dans ses travaux, Maïka Sondarjee déconstruit les relations internationales et le développement, y révélant les liens entre capitalisme, colonialisme, patriarcat et POUR UNE MEILLEURE SOLIDARITÉ INTERNATIONALE MAÏKA SONDARJEE CRITIQUE SÉVÈREMENT LES RELATIONS INTERNATIONALES ET LE DÉVELOPPEMENT.MAIS ELLE PASSE AUSSI À L\u2019ACTION POUR RÉDUIRE LES INÉGALITÉS.CHERCHEUSE EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 51 PHOTO : CHRISTINNE MUSCHI racisme.Dans sa thèse de doctorat, elle expose ainsi les ressorts de ce qu\u2019elle a nommé la « néolibéralisation des pratiques d\u2019inclusion » dans l\u2019élaboration de politiques à la Banque mondiale entre 1980 et 2014.« La Banque mondiale inclut les populations locales dans ses projets a?n d\u2019accroître leurs retombées.Malgré sa bonne foi, elle perpétue ainsi un système d\u2019exploitation fondé sur des pratiques technocratiques néolibérales qui sont d\u2019autant plus pernicieuses que les populations du Sud ont en quelque sorte intégré cette manière de faire au ?l des années », résume celle qui a obtenu son doctorat en science politique à l\u2019Université de Toronto en 2020.La jeune chercheuse ne se contente toutefois pas de mettre le doigt sur ce qui cloche dans les rapports Nord-Sud.Elle propose aussi des pistes de solution concrètes qui visent le bien commun et l\u2019émancipation.« On m\u2019a embauchée pour cette raison.Le fait de s\u2019intéresser à des théories féministes des marges, c\u2019est-à-dire non occidentales et non blanches, comme des féminismes indiens, africains, antiracistes, postcoloniaux, autochtones, n\u2019est plus mal vu dans les cercles universitaires », souligne Maïka Sondarjee.N\u2019empêche, sa position résolument engagée ?certains diraient militante ?peut parfois écorcher ces mêmes institutions, qu\u2019elle descend en ?ammes, y compris le monde universitaire.« Faire de la recherche critique ne signi?e pas que l\u2019objectivité est absente, nuance celle qui invoque une subjectivité honnête.Quand je parle des mécanismes d\u2019oppression et de déshumanisation, ce n\u2019est pas une invention ; je les observe, les analyse, les décortique.» SOUCI DE COHÉRENCE C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi la boursière Banting au Centre d\u2019études et de recherches internationales de l\u2019Université de Montréal (CÉRIUM) multiplie les engagements extra-universitaires.En 2018, elle a par exemple cofondé Femmes expertes, qui propose un répertoire de plus de 750 intervenantes destiné à valoriser la voix féminine.Une façon de favoriser la parité des genres dans les médias canadiens où, encore de nos jours, plus d\u2019hommes que de femmes sont interviewés.« Ces derniers répondent souvent plus favorablement à une demande d\u2019entrevue même s\u2019ils ne possèdent pas nécessairement l\u2019expertise pour se prononcer », constate-t-elle.Maïka Sondarjee participe en outre au collectif postcapitaliste La Grande Transition, qui a coordonné l\u2019organisation de deux colloques internationaux majeurs en 2018 et 2019 ?celui de 2020 a été annulé en raison de la pandémie.Depuis l\u2019automne dernier, on peut lire régulièrement les thèses de la chercheuse dans la section Idées du quotidien Le Devoir.Ce désir de tenir le rôle d\u2019« intellectuelle publique » ?selon ses propres mots ?ne surprend guère Marie-Joëlle Zahar, chercheuse au CÉRIUM et professeure au Département de science politique de l\u2019Université de Montréal.Ensemble, elles ont récemment collaboré à un projet de formation de femmes activistes au Burkina Faso.« Maïka Sondarjee est passionnée par ses sujets d\u2019étude, en plus d\u2019être une excellente communicatrice, indique-t-elle.Ce genre d\u2019engagement participe d\u2019une logique de cohérence ; elle a un réel souci de traduire ses actions en changements dans la société.» Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/SciChefQC SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC* RQ : Selon vous, quelle place devrait prendre l\u2019engagement social dans les activités de recherche ?MS : L\u2019engagement social devrait être au cœur de la recherche, que ce soit par la création d\u2019une recherche transformatrice, la transmission de connaissances en dehors du monde universitaire ou encore la participation des chercheuses et des chercheurs à des initiatives sociales au sein ou à l\u2019extérieur des établissements de recherche.Ce type d\u2019engagement devrait être davantage valorisé par le milieu comme une manière valable de « faire de la recherche ».RQ : Comment vos travaux ou votre engagement pourraient- ils inspirer ceux et celles qui effectuent de la recherche en collaboration avec les Autochtones ?MS : La recherche avec les Autochtones, comme celle que j\u2019aspire à réaliser avec des personnes en Afrique et en Asie du Sud, doit se dérouler en réelle collaboration, plutôt que dans l\u2019objectif d\u2019extraire des données pour la publication d\u2019articles ou de livres.Pour ce faire, nous devons cesser de dévaloriser certains savoirs et certains imaginaires au pro?t de concepts scienti?ques occidentaux.Quand on travaille avec des communautés marginalisées, la décolonisation de la pensée est un processus continuel et toujours en construction.RQ : Que pensez-vous des avancées des milieux de la recherche sur les questions d\u2019équité, de diversité et d\u2019inclusion ?MS : Le combat contre le racisme systémique et le sexisme dans les universités est loin d\u2019être terminé, mais il y a tout de même des évolutions palpables depuis les dernières années en ce qui a trait aux inégalités dans le monde de la recherche.Pour continuer dans cette voie, les chercheurs et les chercheuses doivent prendre conscience de leurs propres biais dans l\u2019embauche, l\u2019enseignement et l\u2019attribution de tâches administratives, ainsi que dans le ?nancement et la réalisation de la recherche. 52 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 CuL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb REGARDER L\u2019accessible étoile Qui aurait pensé que tirer le portrait de ciels étoilés pouvait être aussi palpitant que la chasse au gros gibier ?C\u2019est du moins l\u2019impression que donne Chasseurs d\u2019étoiles, une nouvelle série dans laquelle l\u2019astrophotographe Stéphane Simard et le réalisateur Jimmy Larouche partent en quête des nuits les plus magni?ques.Ils captent leurs proies scintillantes dans les cadres les plus enchanteurs de la province, des dunes de Tadoussac à Venise- en-Québec, en distillant quelques notions d\u2019astronomie dans une demi-heure bien rythmée.Ce passe-temps d\u2019apparence contemplatif recèle bien des dé?s ; un ciel couvert peut vous gâcher une sortie ! L\u2019initiation artistique et scienti?que que propose le duo est également propice aux belles rencontres, étoilées autant qu\u2019humaines, comme en témoigne leur soirée d\u2019observation avec un chasseur innu à Mashteuiatsh.Chasseurs d\u2019étoiles, les mercredis à 21 h à ICI Explora, dès le 3 mars.Elle a prêté son assistance au plus fort de la crise d\u2019Ebola.Elle est allée prendre soin des blessés à l\u2019autre bout du monde lors des plus grandes catastrophes naturelles sans jamais rien attraper (autre que des parasites et une hépatite à 19 ans au Togo).Mais bien sûr, il fallait que la Dre Danielle Perreault soit en « mission » dans un CHSLD en décembre dernier pour que la COVID-19 la frappe.« Comme disait ma mère ?qui a survécu à deux cancers ?, je vais la prendre par la rirothérapie ! » lance au téléphone la médecin de 67 ans entre deux quintes de toux.Positive (dans tous les sens du terme !), elle voit le beau et le bon côté des choses.Cette humanité transpire également dans chaque page de Soigner du nord au sud, autobiographie où elle raconte sa vie de docteure globetrotteuse.Celle qui se décrit comme une « exploratrice de l\u2019humain » a d\u2019abord étudié l\u2019anthropologie avant de se tourner vers la médecine, science toute désignée pour voir le monde de façon intime.Cette formation atypique lui aura permis d\u2019aborder certaines situations avec une grande ouverture d\u2019esprit et une immense empathie.Au Bénin, par exemple, où des parents préfèrent parfois con?er leur enfant malade à un guérisseur vaudou plutôt qu\u2019à un médecin.Truffé de souvenirs de ses périples médicaux du fond de l\u2019Afrique jusqu\u2019aux territoires des peuples autochtones du Québec, ce livre est surtout un vibrant hommage aux rencontres ayant marqué ses séjours.« J\u2019aurais pu écrire un récit pédant rempli d\u2019histoires de docteurs, mais je voulais mettre un nom et des personnages derrière la réalité de grande ou de petite indigence, explique-t-elle.Oui, souvent il n\u2019y avait pas d\u2019électricité, mais on rigolait beaucoup.L\u2019humour est là, partout.» Et l\u2019espoir aussi.Les épreuves les plus déchirantes côtoient de puissants moments de lumière, et c\u2019est dans la simplicité que Danielle Perreault souhaitait les partager.Quand on lui demande de quoi sera fait le prochain chapitre de sa vie, une fois qu\u2019elle sera remise du coronavirus, les mots fusent.Mais la retraite est loin de faire partie de son vocabulaire.« Avec la COVID-19, je vais continuer d\u2019apporter mon aide ici, car les besoins sont énormes.Mais maintenant que je suis immunisée, je pourrais peut-être aussi repartir avec la Croix-Rouge.» Chose certaine, elle s\u2019envolera pour le Bénin à l\u2019automne 2021 avec un groupe de résidents en médecine de famille, toujours déterminée à donner au suivant et à former la relève.« Ça ne veut pas dire qu\u2019ils feront la même chose que moi.Mais cette expérience leur offrira une autre perspective.S\u2019ils travaillent dans un milieu comme le quartier Parc-Extension, à Montréal, un séjour à l\u2019étranger leur ouvrira les horizons big time ! » Soigner du nord au sud, par la Dre Danielle Perreault, Les Éditions Québec Amérique, 368 p.\u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Une femme de grande envergure L I R E MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 53 LIRE Quand ça fait boum ! Lorsque la chair de leur chair arrive à l\u2019âge des questions complexes, les parents sont profondément reconnaissants aux vulgarisateurs de venir à leur rescousse.Ici, ils remercieront l\u2019auteure Catarina Sobral de s\u2019attaquer à rien de moins que la création de l\u2019Univers et le big bang pour nos curieux adorés.Son documentaire jeunesse Impossible explique (et illustre) en douceur l\u2019origine du monde.« Tout a commencé quand les grandes choses étaient petites », écrit-elle.Cela donne un album pétaradant de couleurs, où la matière devient pas mal plus grosse que des crocodiles et où les crayons de plomb servent à glisser subtilement quelques notions de chimie générale.Sérieusement amusant, avec des interlignes assez grands pour laisser l\u2019imagination s\u2019emballer.Impossible, par Catarina Sobral, Les 400 coups, 36 p.L I R E ÉCOUTER Loin d\u2019être bad Prenez un ?lm, rassemblez autour un chercheur et un comédien, ajoutez un soupçon d\u2019humour et beaucoup de curiosité et vous obtenez Bad Science.Le balado étudie un bijou du cinéma et laisse discuter les invités de la véracité des représentations scienti?ques abordées.Ceux-ci se prêtent au jeu et commentent (sans jugement !) les énormités, mais aussi les bons coups des classiques du cinéma.Que les ?lms soient basés sur la réalité ou relèvent de la science-?ction, les titres sont toujours populaires.Harry Potter, FernGully, The Day After Tomorrow et Patch Adams ne sont que quelques-uns des succès passés au microscope.Dans l\u2019épisode sur Twister, les amateurs se délecteront des coulisses du tournage, puisque, surprise, l\u2019un des chercheurs invités a été consultant lors du tournage.Du maïs souf?é pour les oreilles ! Bad Science, à télécharger sur votre plateforme de balados préférée.Le corps dans tous ses replis On peut dire sans se tromper que la bibliographie entière de Bill Bryson, véritable boute-en-train de la vulgarisation scienti?que, est un pur bouillon de poulet pour l\u2019âme en con?nement.Son œuvre compte une série de récits de voyage aussi dépaysants que désopilants.Son dernier livre, Une histoire du corps humain à l\u2019usage de ses occupants, est tout désigné pour survivre à ces temps particuliers ; il complète une trilogie amorcée par deux autres publications, l\u2019une consacrée à la création de l\u2019Univers et l\u2019autre à l\u2019histoire du monde racontée à partir des pièces de la maison.Guidé par un conteur chevronné, on se regarde le nombril ?des mitochondries au squelette en passant par le cocktail de maladies et de dysfonctionnements qui menacent le fragile équilibre de notre existence.Toujours rigoureux et limpide, Bill Bryson est cependant plus sobre qu\u2019à ses débuts, mais il n\u2019a rien perdu de sa verve (« Quelle est la dé?nition d\u2019une personne en santé ?Quelqu\u2019un qui n\u2019a pas encore consulté.») et émaille son récit d\u2019inopinées anecdotes scienti?ques qui font sa signature.Un incontournable pour un con?nement érudit.Une histoire du corps humain à l\u2019usage de ses occupants, par Bill Bryson, Payot, 451 p.\u2022 IMAGES : BIOSPHÈRE ; SHUTTERSTOCK.COM Surfer sur la vague hivernale En?lez vos bottes chaudes et votre doudoune et régalez-vous d\u2019une sortie hivernale au parc Jean-Drapeau pour faire le plein de culture scienti?que, gracieuseté de la Biosphère.L\u2019exposition Océans, présentée sur des panneaux extérieurs, propose une plongée photographique à travers des thèmes touchant la fragilité des milieux marins.Dévorez les textes expliquant le puissant lien qui unit la mer aux Canadiens de part et d\u2019autre du pays pendant que le froid vous mord gentiment les joues.Tant qu\u2019à être sur place, pro?tez du parcours en raquettes à saveur historique signé par le musée Stewart ! Exposition Océans de la Biosphère et activités hivernales gratuites au parc Jean-Drapeau, parcjeandrapeau.com V I S I T E R Décodez votre quotidien quebecscience.qc.ca/abonnement 514 521-8356 | 1 800 567-8356, poste 504 L\u2019heure est à la science *Jusqu\u2019à 51 % de rabais sur le prix en kiosque. MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 55 S uivre les antécédents familiaux à la manière d\u2019un enquêteur qui traque les indices laissés par un malfaiteur : voilà le quotidien de William Foulkes, médecin à l\u2019Hôpital général juif et directeur du programme de génétique du cancer à l\u2019Université McGill.« J\u2019avais une patiente qui souffrait d\u2019un cancer du sein, comme sa mère et sa grand-mère avant elle\u2026 Il semblait y avoir un lien très fort, mais quand on regardait les gènes habituellement en cause connus à ce moment-là [un peu avant 2007], on ne trouvait rien d\u2019anormal », se souvient-il.À partir d\u2019échantillons de sang de cette patiente et d\u2019autres personnes, le médecin chercheur et son équipe ont découvert une nouvelle mutation responsable de certains cancers du sein, cachée dans le gène PALB2.Cette histoire est loin d\u2019être unique dans la feuille de route du Dr Foulkes, lauréat du Prix du Québec \u2013 Wilder-Pen?eld 2020, une récompense décernée à une personne qui a mené une carrière remarquable en recherche dans le domaine biomédical.Ses travaux ont permis de mettre au jour les anomalies derrière différents types de cancers héréditaires, notamment du sein et de l\u2019ovaire.Au gré du vent L\u2019arrivée au Canada du chercheur d\u2019origine britannique est à l\u2019image de son approche en recherche : une « chance dirigée ».Il s\u2019est installé à Montréal en 1994 avec ses deux enfants et sa femme alors enceinte.Son intention était de rester seulement quelques années, le temps d\u2019une collaboration avec le médecin spécialiste Steven Narod, à l\u2019Université McGill, mais il n\u2019est jamais reparti, tombant toujours sur de nouvelles énigmes à élucider ici.Car c\u2019est bien de cette façon que le Dr Foulkes perçoit les maladies héréditaires : comme des affaires qui attendent d\u2019être résolues.« Je travaille de façon rapprochée avec les scientifiques des laboratoires, mais comme je n\u2019ai pas les compétences d\u2019un chimiste pour étudier les mécanismes des maladies héréditaires, je dois aborder le problème autrement : en suivant le patient là où il me mène.Qu\u2019il se présente avec un goitre ou avec un cancer du foie, on va partir de son cas pour chercher le gène incriminant.» Par exemple, au début des années 2000, le chercheur a analysé une série de cas atypiques du cancer du sein et remarqué que la plupart des tumeurs liées à la mutation du gène BRCA1 évoluent d\u2019une façon particulière.La communauté scienti?que avait déjà à l\u2019œil les personnes porteuses de cette mutation, une prédisposition qui augmente le risque de cancer.Le Dr Foulkes et son équipe ont cependant mis le doigt sur certaines caractéristiques cliniques et pathologiques des cancers du sein associées à cette mutation, résultats qu\u2019ils ont rapportés dans des articles cités abondamment par la suite dans la littérature scienti?que.Grâce à ces avancées, plusieurs patientes ont pu être traitées de façon plus ciblée.Le Dr Foulkes rêve d\u2019un avenir où ses travaux seraient davantage mis à pro?t : « En ce moment, les personnes chez qui on diagnostique un cancer ne sont pas nécessairement testées pour en déterminer les causes génétiques, alors que cela peut in?uencer le traitement.Selon moi, pour chaque nouveau diagnostic de cancer du sein, de l\u2019ovaire, du pancréas ou colorectal, on devrait offrir au patient et à sa famille de véri?er s\u2019ils sont porteurs de l\u2019une des principales mutations connues.» Le médecin espère ainsi qu\u2019une approche préventive soit éventuellement mise en place.Par Dominique Wolfshagen La production de ce portrait a été rendue possible grâce au soutien du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Un détective pas comme les autres \u2022 IMAGE : MEDPHOTOHGJ Prix du Québec 2021 Québec met en lumière ses plus grands scienti?ques.Soumettez la candidature d\u2019une personne au parcours exceptionnel d\u2019ici le 16 mars 2021! prixduquebec.gouv.qc.ca Le Dr William Foulkes cherche à résoudre les nombreuses énigmes posées par les cancers héréditaires. Plani?ez vos vacances ! veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 Photo : Diane Dufresne et Yvan Monette ESCAPADES D\u2019HIVER Nouveau Envie de briser la routine et de recharger vos batteries en mars?Initiez-vous au fatbike et roulez avec un guide quali?é.Départs dans 5 régions Cantons-de-l\u2019Est | Laurentides | Mauricie | Outaouais | Québec Tout pour vous faire rêver en 2021 CAP SUR L\u2019ÉTÉ Des vacances, du vélo, décrocher, découvrir.pour quelques jours ou quelques semaines.Explorez notre nouvelle collection voyages au Québec et ailleurs au Canada.Nouveau Vallée de l\u2019Okanagan, Vancouver\u2014Banff, Gaspésie, Baie-des-Chaleurs\u2014Percé, Tour des Cantons\u2026 et bien plus. MARS 2021 | QUÉBEC SCIENCE 57 année 2020 a été celle de la pandémie, mais aussi celle des questions relatives aux inégalités raciales.Étant né au Québec d\u2019un père haïtien et d\u2019une mère québécoise, je ne suis pas resté indifférent à ces débats, qui m\u2019ont fait ré?échir à mes parcours universitaire et professionnel dans le milieu environnemental à titre de membre d\u2019une minorité visible.J\u2019ai souvent eu le sentiment d\u2019être le «mouton noir» du groupe.En effet, à quelques exceptions près, la diversité n\u2019était pas la force des équipes dont j\u2019ai fait partie.En ai-je souffert ?Ai-je vécu de la discrimination ?Pour être franc, je ne crois pas\u2026 même s\u2019il m\u2019est arrivé de me demander si je n\u2019avais pas acquis, voire intégré au ?l des ans, des ré?exes protecteurs me prémunissant contre une telle réalité.Mais au-delà de mon expérience personnelle, que nous dit la littérature scienti?que quant à la représentation des groupes minoritaires au sein du milieu environnemental?Dans un commentaire paru en 2014 dans la revue Nature, des chercheurs ont rappelé que seulement 11 % de la communauté scienti?que climatique et environnementale sont composés de gens des minorités ethniques.Or, cette critique survenait peu après la publication d\u2019un volumineux rapport rédigé par la sociologue environnementale afro-américaine Dorceta Taylor, de l\u2019Université Yale.Elle a évalué la composition des conseils d\u2019administration et du personnel de plus de 200 organisations environnementales aux États-Unis (agences gouvernementales, fondations et ONG) a?n de brosser un tableau de la diversité culturelle, des genres et des classes sociales.Elle y note que la proportion de femmes à des positions de leadership a augmenté au ?l des ans.Bien qu\u2019étant plus nombreuses qu\u2019autrefois, les personnes issues des minorités visibles ne représentaient pas plus de 16 % des employés dans les établissements étudiés, malgré leur poids démographique de 38 % au sein de la population américaine.Qui plus est, elles occupaient moins de 12 % des postes de direction.Pourtant, ces écarts statistiques ne sont pas le résultat d\u2019un manque d\u2019intérêt de la part des minorités visibles, bien au contraire.D\u2019après un rapport rédigé en 2010 par des professeurs des universités Yale et George Mason, elles sont souvent les plus favorables aux politiques environnementales et climatiques ?enjeux qui les touchent d\u2019ailleurs disproportionnellement, un phénomène aussi signalé par les auteurs de l\u2019article de Nature.La conclusion de tous ces chercheurs est sans appel : il est impératif d\u2019inclure davantage cette diversité dans les efforts climatiques et environnementaux.Ce n\u2019est pas qu\u2019une question d\u2019inclusion.Il s\u2019agit aussi de justice sociale, d\u2019équité et de conservation de la nature, comme l\u2019a signalé une importante revue de la littérature parue à l\u2019été 2020 dans Science.L\u2019écologiste urbain Christopher Schell et ses collègues y postulent que l\u2019aménagement inéquitable du territoire des villes aux États-Unis ?historiquement agencé sur des bases d\u2019iniquité sociale et de ségrégation raciale ?a eu des conséquences écologiques et évolutives considérables sur la distribution des espèces animales et végétales.La nature urbaine a ainsi régressé de façon hétérogène, tout comme l\u2019accès aux services écologiques (par exemple une canopée suf?sante pour lutter contre les îlots de chaleur).Au ?nal, les risques d\u2019être exposé aux aléas environnementaux dans les villes seraient fortement dictés par les pratiques discriminatoires envers les populations racisées.Maintenant, la question à 1 000 $ : ces constats trouvent-ils un écho au Canada ?Il semble qu\u2019il y ait des similarités.D\u2019une part, Christopher Schell et ses collaborateurs suggèrent que leur postulat ne se limiterait pas aux États-Unis.D\u2019autre part, un rapport publié en 2009 par le Jour de la Terre Canada indiquait que les minorités visibles s\u2019intéressent bel et bien aux questions environnementales et climatiques ici aussi! Tout comme bon nombre de membres des Premières Nations et d\u2019Inuits, dont les communautés sont frappées de plein fouet par les dé?s climatiques.Toutefois, le manque de ressources, d\u2019information et de ?nancement est un frein majeur à leur engagement.Un constat corroboré par le rapport Taylor, qui soulignait l\u2019importance d\u2019adopter de meilleures pratiques d\u2019embauche, en plus d\u2019établir une surveillance of?cielle des efforts et des objectifs de diversité au sein des organisations, dont une collecte de données plus étoffées sur la diversité dans le milieu environnemental.Je terminerai par une anecdote : il y a 10 ans, j\u2019ai été engagé par une ONG environnementale.Notre petite équipe était diversi?ée et pratiquement paritaire à tous les égards, ce qui me semblait à la fois fantastique\u2026 et hors norme.Ce qui n\u2019était qu\u2019une perception semble être aujourd\u2019hui un constat de mieux en mieux étayé.Certes, de plus en plus de femmes se trouvent à la tête des grandes organisations environnementales québécoises et canadiennes.Mais ces responsabilités échappent encore aux minorités visibles, aux Premières Nations et aux Inuits, pourtant présents dans le milieu environnemental.Alors que celui-ci met de plus en plus l\u2019accent sur les enjeux de justice sociale et d\u2019équité, le temps ne serait-il pas venu, en toute cohérence, de dévoiler au grand jour cette face cachée du mouvement ?La face cachée du mouvement environnemental L\u2019 Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Anthropocène IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 58 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME Soyez là pour vous comme vous l\u2019êtes pour vos proches C\u2019est possible que la situation actuelle suscite des émotions difficiles ou de la détresse.Vous êtes là quand les gens que vous aimez vivent un mauvais moment.Ne vous oubliez pas.Des solutions existent pour aller mieux.Québec.ca/allermieux Info-Social 811 60 QUÉBEC SCIENCE | MARS 2021 Au front contre le coronavirus Une communauté étudiante qui monte en première ligne, des équipes de recherche au cœur de découvertes majeures, des enseignantes et des enseignants mobilisés, des spécialistes qui éclairent le public : la pandémie de COVID-19 a provoqué un formidable élan de solidarité à l\u2019UdeM.Découvrez les histoires de ces femmes et de ces hommes courageux qui se sont dressés devant le coronavirus.umontreal.ca/coronavirus "]
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