Québec science, 1 janvier 2021, Avril-Mai 2021, Vol. 59, No. 7
[" Suaire de Turin : des historiens tranchent le débat + QUEBEC SCIENCE AVRIL-MAI 2021 Plus que des guides, elles racontent des siècles d\u2019histoire.Peut-on apprendre à voler dans nos rêves?Car tes du monde 2 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 CONCORDIA .CA /EFF ICAC ITEENERGETIQUE T 2 1 - 6 9 4 3 9 PLACE À L\u2019INNOVATION NOUVELLE GÉNÉRATION Les émissions mondiales de carbone proviennent en grande partie des villes.la conception d\u2019édi?ces qui génèrent plus d\u2019énergie qu\u2019ils en utilisent.PLACE À\u2026 03_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2021_04.indd 2 21-03-15 16:30 AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 3 SOMMAIRE P H O T O D E L A C O U V E R T U R E : D O N A L D R O B I T A I L L E / O S A \u2022 D I R E C T I O N A R T I S T I Q U E : N A T A C H A V I N C E N T 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Babillard | 9 Carnet de santé Par la Dre Alexandra S.Arbour 11 Technopop Par Chloé Freslon | 12 Polémique Par Jean-François Cliche | 46 Culture Par Émilie Folie-Boivin 49 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 50 Rétroviseur Par Saturnome 18 6 41 10 QUÉBEC SCIENCE AVRIL-MAI 2021 SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS La nature a engendré son lot de laiderons.Et si l\u2019on posait sur ces animaux et végétaux un autre regard ?8 CONTRE LES PIRATES ÉLECTRIQUES Des cybercriminels pourraient perturber les réseaux d\u2019électricité.Des experts tentent de les court-circuiter.10 DES FOSSILES SURPRENANTS À SCHEFFERVILLE Une formation rocheuse ouvre une fenêtre sur un passé qu\u2019on croyait inaccessible au Québec.11 COUCHE D\u2019OZONE : LE RETOUR DES GAZ FLUORÉS La concentration de certains gaz augmente dans l\u2019atmosphère depuis quelques années.14 POURQUOI FAUT-IL CROIRE EN LA SCIENCE ?La science est un processus social et consensuel.C\u2019est de là qu\u2019elle tire son pouvoir et sa légitimité, argumente l\u2019historienne Naomi Oreskes.EN COUVERTURE 28 Les cartes, témoins du monde Les cartes anciennes sont loin d\u2019être banales.Elles racontent l\u2019évolution de la vision du monde.REPORTAGES 18 Vol de nuit Peut-on provoquer des rêves de vol chez des dormeurs ?C\u2019est ce que tentent de faire des spécialistes du sommeil.23 Suaire de Turin : l\u2019histoire fait parler la science Des historiens sont décidés à mettre ?n à la polémique entourant ce drap de lin qui aurait enveloppé le corps de Jésus.36 Casse-tête dentaire De façon préventive, on extrait souvent des dents de sagesse saines.Mais les preuves scienti?ques justi?ant cette pratique sont assez minces.41 Physique des particules : l\u2019épopée continue Les physiciens sont à un tournant.Pour percer les secrets de l\u2019Univers, ils doivent se doter de collisionneurs de plus en plus puissants.Saviez-vous que du 16e au 18e siècle les cartes ont représenté la Californie comme étant une île ?1 La démocratie sous attaque G O U V E R N E M E N T P O L I T I Q U E V O T E D I P L O M A T I E D É S I N F O R M A T I O N É L E C T I O N S D E V O I R É D U C A T I O N A L G O R I T H M E S A U T O C R A T I E C O N S E N S U S D I S C R I M I N A T I O N P O L A R I S A T I O N D I A L O G U E LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC La démocratie sous attaque Le sens du devoir a survécu à la pandémie Le numérique, trouble-fête du vivre-ensemble Le dialogue peut-il venir à bout de la polarisation ?Comment la protéger ?Comment l\u2019améliorer ?Des chercheurs ont des réponses.La démocratie sous attaque Encart produit par le magazine Québec Science, édition avril-mai 2021 et ?nancé par l\u2019Université du Québec À L\u2019INTÉRIEUR LA DÉMOCRATIE SOUS ATTAQUE Un supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l\u2019Université du Québec 03_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2021_04.indd 3 21-03-12 15:27 4 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan Éditorial Attention à la « covidisation » Dans le monde de la recherche, la COVID-19 accapare l\u2019attention et les dépenses depuis plus d\u2019un an.Que deviendra la science après la pandémie ?L es chiffres sont vertigineux.En 2020, plus de 100 000 articles scienti?ques ont été consacrés à la COVID-19 et au SRAS-CoV-2.Plus de 2 700 essais cliniques ont été lancés.Pour ?nancer cet effort de recherche herculéen, les bailleurs de fonds publics et privés à travers le monde ont dépensé plus de neuf milliards de dollars américains, et ce n\u2019est pas ?ni.La communauté scienti- ?que a vécu au diapason de la pandémie, plusieurs chercheurs laissant tomber leurs travaux en cours pour se consacrer au virus et à ses ravages.Certains n\u2019avaient pas la moindre expertise en maladies infectieuses, encore moins dans l\u2019étude des coronavirus, mais ils ont tenté de transposer leurs connaissances a?n de donner un coup de main à leurs collègues.D\u2019autres ont agi par opportunisme ou par dépit, y voyant l\u2019occasion d\u2019obtenir des subventions ou de se tenir occupés pendant le con?nement.Que deviendront ces chercheurs lorsque la crise sanitaire sera derrière nous ?Sau- ront-ils revenir à leurs premières amours ?Parviendront-ils à trouver une raison d\u2019être quand leur mission ne consistera plus à travailler sur des solutions pour remédier à une situation aussi rare que bouleversante ?Le ?nancement sera-t-il au rendez-vous pour assurer la poursuite de la recherche dans toute sa diversité ?En un mot, saurons-nous éviter le piège de la « covidisation » ?On doit ce néologisme au Dr Madhu- kar Pai, chercheur af?lié à l\u2019Université McGill et spécialiste du diagnostic et du traitement de la tuberculose.Dès le printemps 2020, il signait un texte sur les dangers de cette vision en tunnel où tout le système de production des connaissances, de l\u2019idéation à l\u2019investissement en passant par la publication et la médiatisation des résultats, n\u2019a que pour seul intérêt la COVID-19.« L\u2019humanité a connu de nombreuses crises au cours des siècles, écrivait-il.Celle de la COVID-19 passera également.L\u2019attrait d\u2019une solution rapide ou d\u2019un af?ux soudain d\u2019argent peut être irrésistible, mais cela se fait-il au détriment d\u2019autres domaines [\u2026] ?» Il n\u2019est pas le seul à s\u2019inquiéter.L\u2019éditeur savant Frontiers a mené un sondage au printemps passé auprès de plus de 22 000 scientifiques de 152 pays.Près de la moitié d\u2019entre eux craignent qu\u2019on leur retire une partie de leur budget pour rediriger ces sommes ailleurs.Une réalité déjà vécue par le quart des répondants\u2026 Quarante-cinq pour cent des chercheurs s\u2019accordent à dire que, pour parer à la covidisation, les gouvernements devront accroître leur participation en recherche fondamentale ?ces travaux guidés par le pur désir d\u2019explorer l\u2019inconnu.En entrevue, Madhukar Pai formule le même souhait : « Les bailleurs de fonds doivent s\u2019assurer qu\u2019ils soutiennent une science diversi?ée et motivée par la curiosité.» Voilà un cri du cœur répété par la communauté scienti?que depuis longtemps, bien avant la pandémie.Les élus n\u2019y sont guère sensibles.Ils préfèrent ?nancer la recherche appliquée, porteuse de résultats concrets à présenter aux électeurs.Or, faut-il le rappeler, il n\u2019y a pas de recherche appliquée sans recherche fondamentale.Si l\u2019on doit tirer une leçon de la pandémie, c\u2019est bien celle-ci : les fameux vaccins à ARN ne sont pas apparus comme par magie ; ils sont le fruit de travaux fondamentaux amorcés à la ?n des années 1970 par Katalin Karikó, une biochimiste américaine d\u2019origine hongroise, qui croyait dans le potentiel de l\u2019ARN messager pour lutter contre des maladies et qui s\u2019est battue pour faire progresser ses recherches, malgré le mépris de ses collègues et les nombreux refus des agences de ?nancement.Chaque jour, des idées inédites, improbables, voire rocambolesques, germent dans nos universités.Il faut oser parier sur ces savoirs en friche qui pourraient un jour contribuer à améliorer notre sort.Heureusement, la sortie du Dr Pai n\u2019est pas passée inaperçue.En juin dernier, le président du Conseil national de la recherche du Fonds national suisse, Matthias Egger, a pris position : la covidisation de la recherche n\u2019aura pas lieu sous sa gouverne.Au moment d\u2019écrire ces lignes, aucune déclaration de la sorte n\u2019a été faite au Québec et au Canada.Néanmoins, la conseillère scienti?que en chef du Canada, Mona Nemer, a abordé le sujet avec les dirigeants des organismes fédéraux sub- ventionnaires à la Conférence sur les politiques scienti?ques canadiennes, tenue en novembre 2020.C\u2019est un début, mais il faut davantage.Le monde de la recherche ne pourra se redé?nir dans l\u2019après-COVID-19 avec des demi-mots et des demi-mesures.Les chercheurs doivent sentir que les pistes qu\u2019ils creusent sont valides et importantes.Cela doit se manifester autant en espèces sonnantes et trébuchantes qu\u2019en paroles.Le message clair et éloquent de Madhukar Pai doit être repris sur toutes les tribunes : « Si vous aimez la recherche sur les cœlacanthes, les dinosaures, les quasars explosifs, la violence liée aux armes à feu, le réchauffement climatique, la matière noire ou tout ce qui vous tire de votre lit tôt le matin, continuez à vous y intéresser ! Nous en avons besoin ! » 03_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2021_04.indd 4 21-03-12 15:27 AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 5 Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D AVRIL-MAI 2021 VOLUME 59, NUMÉRO 7 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Jocelyn Coulon, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Joël Leblanc, Martine Letarte, Sylvain Lumbroso, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Jean-Patrick Toussaint, Dominique Wolfshagen Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs/graphiste Françoise Abbate, François Berger, Nicole Aline Legault, Pierre-Paul Pariseau, Donald Robitaille/OSA, Vigg Éditeur Jean-François Rheault Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Maryvonne Charpentier Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette SERVICE AUX ABONNÉS : 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 serviceclient@velo.qc.ca PUBLICITÉ : Claudine Mailloux 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution : 1er avril 2021 (569e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 36 $ + taxes États-Unis, 1 an : 84 $ Outre-mer, 1 an : 124 $ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2021 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca Babillard NOTRE COUVERTURE DISTINCTION LE PRIX DU PUBLIC DE LA DÉCOUVERTE DE L\u2019ANNÉE 2020 Depuis maintenant 28 ans, notre magazine réunit chaque automne un jury de chercheurs et de journalistes.Leur mission : sélectionner les 10 découvertes québécoises les plus impressionnantes de la dernière année.Le public est ensuite invité à voter pour celle de son choix.Cette année, c\u2019est la recette novatrice pour fabriquer à moindre coût une batterie aux ions de lithium plus sécuritaire et plus verte qui a obtenu la faveur des lecteurs.Ce prix est remis à Jacopo Pro?li, Mickaël Dollé, Steeve Rousselot, Erica Tomassi, Elsa Bri- queleur et Luc Stafford, de l\u2019Université de Montréal, ainsi qu\u2019à David Aymé-Perrot, de l\u2019entreprise Total.Ils ont uni leurs efforts pour faire cohabiter deux composantes qui à priori n\u2019étaient pas compatibles dans une batterie aux ions de lithium : la carboxyméthylcellulose (CMC), un liant issu des résidus forestiers, et un électrolyte à base d\u2019eau.En effet, la CMC est soluble dans l\u2019eau.L\u2019équipe a créé un revêtement de plasma qui repousse l\u2019eau tout en laissant passer les ions de lithium pour charger et décharger la batterie.Les lecteurs qui participaient au concours couraient la chance de remporter un séjour familial au parc national du Mont-Mégantic.Le gagnant est David Meunier-Vallières, un ?dèle abonné de Québec Science depuis plus de 10 ans.Dans ce numéro, ma collègue Annie Labrecque m\u2019a fait voyager dans le temps avec son reportage sur les cartes du monde.Témoins de notre histoire, elles ont été conçues par les grands explorateurs et les géographes d\u2019autrefois, dont le savoir est toujours bien présent dans nos GPS et nos cartes numériques.Voilà pourquoi il m\u2019est apparu intéressant de proposer en couverture un parallèle entre l\u2019image d\u2019un globe à l\u2019aspect futuriste et la suggestion d\u2019une carte plus ancienne.Pour cela, j\u2019ai mandaté l\u2019exceptionnel Donald Robitaille a?n d\u2019illustrer cette idée.Mais avant toute chose, il nous fallait trouver LE globe qui ornerait la couverture.Rapidement, une dif?culté étonnante a surgi : impossible de mettre la main sur un globe en français, ce qui est pourtant primordial pour un magazine publié au Québec.Après des jours de recherche, nous avons en?n découvert la perle rare.Tel un bijou argenté, il se détache sur un fond turquoise, une teinte qui rappelle le camaïeu de la mer, et repose sur une carte de couleur sable posée à plat.?Natacha Vincent, directrice artistique DES DIAMANTS COURONNÉS Chaque année, les prix Roberval récompensent les meilleures œuvres en français expliquant la technologie.Notre journaliste Marine Corniou est lauréate dans la catégorie Journalisme scienti?que et technique pour son article «Bijoux de laboratoire», qui racontait comment sont fabriqués les diamants de synthèse.Notre journaliste Mé- lissa Guillemette était ?naliste dans cette même catégorie pour son reportage « Recycler les molécules plutôt que les bouteilles ».Félicitations ! Suaire de Turin : des historiens tranchent le déb at + QUEBEC SCIENCE AVRIL-MAI 2021 Plus que des guid es, elles racontent de s siècles d\u2019histoire.Peut-on apprend re à voler dans nos rêves?Car tes du monde 03_E?DITO_MOTS_CROISE?S_2021_04.indd 5 21-03-15 14:14 \u2022 IMAGE : WIKIMEDIA COMMONS des curiosités LE CABINET 6 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 ODE À LA LAIDEUR I ls sont gluants, luisants, brunâtres ; ils ont la peau nue, plissée, des gueules béantes ou des museaux écrasés.En un mot, ils sont laids.Régulièrement, les médias s\u2019en donnent à cœur joie en listant les animaux les plus inesthétiques de la création.Certaines espèces se retrouvent systématiquement dans ces palmarès, comme le rat-taupe nu, un rongeur fripé et quasi aveugle, ou le blob?sh, un poisson des abysses dont le faciès s\u2019affaisse en une moue grotesque lorsqu\u2019on le remonte à la surface.Si quelques mammifères nous font sourire, comme le nasique et son nez immense ou l\u2019aye-aye, un lémurien hirsute aux oreilles géantes, force est de constater que les créatures qui nous rebutent le plus sont des invertébrés, des poissons ou des amphibiens.Certes, le jugement esthétique est subjectif, mais certaines caractéristiques communes aux animaux mal-aimés nous font presque toujours froncer le nez.La faute à l\u2019évolution, sans doute.En 2019, des chercheurs tchèques ont ainsi demandé à des volontaires de classer 101 photos d\u2019amphibiens selon leur degré de « beauté ».Alors que les grenouilles aux couleurs vives remportaient les faveurs des jurés, les céciliens, qui ressemblent à des serpents fouisseurs, étaient les moins bien notés.« Les animaux en forme de vers sont probablement considérés comme laids ou dégoûtants parce qu\u2019ils ressemblent à des parasites.Le cerveau humain a tendance à les catégoriser rapidement pour être plus réactif, quitte à craindre pour rien des animaux inoffensifs », explique l\u2019auteure principale de l\u2019étude, Eva Longova, chercheuse en sciences cognitives à l\u2019Université Charles de Prague.Elle précise que le dégoût est toutefois complexe ; il est suscité par une combinaison de traits morphologiques et chromatiques qui ne sont pas perçus de la même façon dans toutes les branches du vivant.« Un oiseau laid ou rebutant n\u2019aura pas forcément les mêmes attributs qu\u2019un mammifère jugé comme tel », ajoute-t-elle.Reste que les bestioles roses ou grisâtres, aux yeux et à la tête petits par rapport au reste du corps et dotées de verrues ou autres tares cutanées ont peu de chances de remporter les concours de beauté.Le monde végétal n\u2019échappe pas au jugement cruel des humains.En témoignent les commentaires des chercheurs des Jardins botaniques royaux de Kew, un organisme britannique qui dresse chaque année l\u2019inventaire des nouvelles espèces végétales découvertes sur la planète.Le cru 2020 comptait 156 plantes et champignons, dont une jolie broméliacée du Brésil aux pétales orangés.Mais c\u2019est Gastrodia agnicellus qui a reçu le plus d\u2019attention médiatique.Cette petite plante, dont la ?eur brunâtre ressemble à un ori?ce suspect, s\u2019est vu décerner le titre peu enviable d\u2019« orchidée la plus laide du monde » par l\u2019équipe.Méchanceté gratuite ?Pas si vite.En mettant de l\u2019avant leur vilain petit canard, les botanistes ont braqué les projecteurs sur la noble cause de la préservation de la biodiversité.« Puisque deux plantes sur cinq sont menacées d\u2019extinction, c\u2019est une course contre la montre pour trouver, identi?er, nommer et préserver les plantes avant qu\u2019elles disparaissent », rappelle le communiqué sur une note plus sérieuse.Gastrodia agnicellus n\u2019échappe pas à la règle : elle occupe un minuscule habitat à Madagascar, pays qui souffre de l\u2019une des déforestations les plus massives sur terre.« C\u2019est vrai qu\u2019il est plus facile de protéger des espèces charismatiques, comme l\u2019ours polaire ou le panda.Les plantes sont d\u2019ailleurs souvent victimes d\u2019un manque de reconnaissance comparativement aux animaux, certains allant même jusqu\u2019à parler d\u2019un biais cognitif nommé \u201ccécité des plantes\u201d.En ce sens, l\u2019initiative des jardins de Kew est intéressante pour attirer l\u2019attention sur cette plante, mais aussi sur plusieurs autres mentionnées dans l\u2019inventaire, commente Simon Joly, chercheur au Jardin botanique de Montréal.Pour paraphraser l\u2019ingénieur forestier sénégalais Baba Dioum, on conserve ce qu\u2019on aime et l\u2019on aime ce que l\u2019on connaît.» Alors, pourquoi ne pas suivre l\u2019exemple des botanistes de Kew et mettre la laideur sur le devant de la scène ?C\u2019est ce qu\u2019ont suggéré en 2017 des chercheurs de l\u2019Université Johns Hopkins.Selon leur étude, avec quelques efforts de marketing, comme la diffusion de photos et de détails sur le statut de conservation des espèces, les associations de protection de la nature pourraient décupler la récolte des fonds destinés aux animaux au physique ingrat.Et même en faire de nouvelles mascottes.Ne dit-on pas que la beauté se trouve dans l\u2019œil de celui qui regarde ?À LIRE SUR NOTRE SITE : « Quand l\u2019évolution favorise la stupidité, la laideur et la petitesse » www.quebecscience.qc.ca/sciences/ evolution-stupide-laid La nature n\u2019a pas créé que des ?eurs superbes et des animaux ?amboyants.Elle a aussi engendré son lot de laiderons.Et si l\u2019on posait sur eux un autre regard ?par Marine Corniou Cet amphibien cécilien, Microcaecilia dermatophaga, est endémique de Guyane.Comme tout animal vermiforme, il n\u2019a pas la cote. \u2022 IMAGES : BHAKTI PATEL ; SHUTTERSTOCK.COM AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 7 Ce poisson chauve- souris aux lèvres rouges « marche » sur les fonds marins avec ses nageoires.Son « nez » est en fait un rostre qui lui permet d\u2019attirer ses proies.Le rat-taupe nu, Heterocephalus glaber, originaire d\u2019Afrique de l\u2019Est, fascine les chercheurs : résistant au cancer, capable de survivre 18 minutes sans oxygène, il vit 10 fois plus longtemps que les autres mammifères de sa taille.Le blobish (Psychrolutes marcidus) est un poisson des abysses.Il fait une drôle de moue quand on le remonte à la surface, comme ici à bord du navire océanographique Tangaroa.L\u2019orchidée la plus laide du monde, Gastrodia agnicellus, sent étonnamment bon ! SUR LE VIF \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 8 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 Q uiconque a vécu dans le triangle noir de la tempête de verglas de 1998 sait combien l\u2019énergie est précieuse.Les pirates informatiques aussi le savent et c\u2019est pourquoi les infrastructures électriques incarnent des cibles parfaites.Mais attention, in?ltrer et reprogrammer des procédés industriels (ce qu\u2019on appelle la technologie opérationnelle ou TO) est pas mal plus compliqué que de mener une simple attaque pour espionner ou bloquer un système d\u2019information (soit les technologies de l\u2019information ou TI : les sites Web et autres outils informatiques où l\u2019on stocke, traite et échange des données).Ainsi, les cyberattaques confirmées sont rares dans les réseaux électriques.En décembre 2015, des pirates ont plongé 230 000 Ukrainiens dans le noir et le froid pendant quelques heures.Ils sont revenus à la charge un an plus tard pour perturber la capitale, Kiev.Un autre intrus est parvenu jusqu\u2019aux systèmes de contrôle d\u2019un opérateur électrique en mars 2019 aux États-Unis, sans toutefois causer de bris de service.Quant au Canada, une attaque au printemps 2020 a frappé la Northwest Territories Power Corporation.« Les répercussions ont été minimes sur les systèmes de technologie opérationnelle, se faisant principalement sentir sur les systèmes d\u2019intégration entre les TI et les TO », a précisé Doug Prender- gast, porte-parole de la compagnie.Ce sont plutôt le site Web et le portail client qui ont été touchés ; ils ont été paralysés pendant six semaines.Dans un rapport publié à l\u2019automne 2020, le Centre canadien pour la cybersécurité estimait vraisemblable que les infrastructures électriques du pays soient ciblées dans les prochaines années.D\u2019une part, les demandes de rançons commencent à concerner des systèmes de contrôle dans d\u2019autres industries : il y a de l\u2019argent à faire.Puis, il y a les visées politiques.Même si le Canada n\u2019est engagé dans aucun con?it sur la scène internationale, son voisin immédiat le place dans une situation délicate.« Les auteurs de cybermenaces considèrent probablement le Canada comme une cible intermédiaire par laquelle ils peuvent passer pour nuire au secteur américain de l\u2019électricité », lit-on dans le rapport.Il existe 35 connexions de lignes de transport d\u2019électricité entre les deux pays.REPÉRER LES ANOMALIES C\u2019est pour prévenir de tels risques qu\u2019une équipe multidisciplinaire de l\u2019Université de Sherbrooke s\u2019est mise au travail, soutenue par un gouvernement fédéral soucieux.Il y a encore peu de recherche sur la protection des TO, comparativement aux TI.« Traditionnellement, les TO étaient complètement fermées ; il n\u2019y avait pas de communication avec le monde extérieur, explique Marc Frappier, chercheur principal au sein du projet et professeur au Département d\u2019informatique.Pour l\u2019attaquer, il fallait une composante physique, c\u2019est-à-dire être dans l\u2019entreprise ou utiliser un élément matériel.» Les systèmes sont un tantinet plus ouverts de nos jours a?n de faciliter la gestion et la surveillance des opérations, ce qui les rend plus vulnérables.Car même si les opérateurs font tout pour protéger leurs systèmes, des failles existent.« Les logiciels sont extrêmement compliqués : il y a des millions de lignes de code qui viennent de fournisseurs différents, comme Microsoft et des centaines d\u2019autres.Quand on intègre tout ça, c\u2019est normal que des trous de sécurité apparaissent, poursuit le chercheur.On les bouche au fur et à mesure qu\u2019on les découvre.Mais les attaquants ont toujours une longueur d\u2019avance ; c\u2019est leur mission de trouver ces brèches.» Ses collègues et lui s\u2019intéressent aux activités quotidiennes à Hydro-Sherbrooke.La petite taille du réseau municipal et sa proximité en font un laboratoire idéal pour mettre au point des outils qui seront utiles aux plus gros joueurs également.L\u2019équipe de recherche a donc collecté des données Contre les pirates électriques Des cybercriminels pourraient perturber les réseaux d\u2019électricité.Des experts tentent de les court-circuiter.Par Mélissa Guillemette Carnet de santé Dre ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 9 A utomne 2009.La deuxième vague de la pandémie de grippe A (H1N1) fait de nombreuses victimes.Je suis alors jeune journaliste à la Société Radio-Canada dans les Prairies.Je passe l\u2019essentiel de mes journées à interviewer des médecins en santé publique qui orchestrent la lutte contre le virus en sensibilisant la population et en organisant une vaste campagne de vaccination.C\u2019est à ce moment que je réalise que je suis du mauvais côté du micro.Sur un coup de tête, j\u2019envoie ma demande d\u2019admission en médecine.Et par une belle journée de mai, je reçois une réponse positive qui va changer ma vie.J\u2019attends la rentrée avec impatience.Fébrile, j\u2019achète de nouveaux crayons et cahiers de notes, telle une écolière.L\u2019ex-journaliste que je suis entre ?nalement dans un auditorium bondé du pavillon Roger-Gaudry de l\u2019Université de Montréal, en pleine canicule, pour commencer « l\u2019année préparatoire en médecine ».Au programme : cours de biologie, de physiologie, d\u2019anatomie, d\u2019embryologie, mais aussi d\u2019éthique, de sciences sociales et de statistique.Submergée par les études, j\u2019ai de la broue dans le toupet ! Mais je n\u2019avais encore rien vu\u2026 L\u2019année suivante, j\u2019amorce le doctorat en médecine.Je commence par deux ans de cours, où je décortique tous les systèmes du corps humain et leurs troubles.Une fois par semaine, j\u2019ai le privilège d\u2019aller à l\u2019hôpital pour apprendre les rudiments de la profession.Stéthoscope au cou, j\u2019ai l\u2019impression de jouer à Dre Grey, leçons d\u2019anatomie (avec un peu moins de romance tout de même).Je rencontre mes premiers « vrais » patients et formule mes premières hypothèses diagnostiques ?qui ratent souvent la cible ! Le contact avec les malades me con?rme que, même si la route est encore longue, je suis sur le bon chemin.Ensuite, c\u2019est l\u2019externat.Deux ans de stages en continu pour mettre nos connaissances théoriques en pratique.Toutes les spécialités médicales y passent : médecine familiale, psychiatrie, gynécologie-obstétrique, pédiatrie, chirurgie, etc.Être externe, c\u2019est ingrat.Les journées sont bien ?parfois trop ?remplies à l\u2019hôpital et le soir il faut étudier pour avoir l\u2019air intelligent le lendemain et impressionner nos patrons.Pour moi, c\u2019est aussi le premier contact avec la gériatrie.Les gériatres sont les médecins les plus bienveillants que j\u2019ai jamais vus ! Et que dire des patients, avec leurs parcours de vie complexes, leurs problèmes de santé tout aussi complexes et la reconnaissance qu\u2019ils ont envers leurs soignants\u2026 Ces deux ans de labeur s\u2019achèvent par un examen qui me permet en?n d\u2019être reçue médecin et d\u2019entamer la prochaine étape : la résidence.Elle dure cinq ans, car j\u2019ai choisi la gériatrie ; si j\u2019avais opté pour la médecine familiale, il m\u2019en aurait fallu deux.Il y a plus de 3 500 résidents chaque année au Québec.Ils posent des diagnostics, enseignent aux stagiaires, font des gardes, prescrivent des traitements à raison de 72 heures par semaine en moyenne.Ils demeurent toutefois sous la supervision constante d\u2019un médecin en exercice.Je peux témoigner qu\u2019il est parfois dif?cile d\u2019être évalué constamment\u2026 J\u2019imagine que cela nous prépare à affronter le regard parfois très critique que pose la société sur notre profession.Janvier 2021.La pandémie de COVID-19 atteint des sommets.Après un congé de maternité, je retourne à l\u2019hôpital ?nir ma résidence.J\u2019ai vraiment hâte de revenir au front et de terminer ma formation médicale.Au moment où vous lirez ces lignes, je serai of?ciellement interniste gériatre, en plus d\u2019avoir le privilège d\u2019être chroniqueuse à Québec Science.Alors mes études sont-elles en?n ?nies, comme me le demandent mes proches depuis une décennie ?Eh bien non.La formation se poursuit tout au long de la carrière d\u2019un médecin, car il faut accumuler au moins 250 heures de formation continue par cycle de cinq ans pour rester à la ?ne pointe des connaissances.On dit que tant qu\u2019il y a de la vie, il y a de l\u2019espoir.Vous savez maintenant qu\u2019en médecine tant qu\u2019il y a de la maladie, il y a de l\u2019étude.Formation médicale : une histoire sans in relatives aux opérations pendant quelques jours en 2020.Elle veut parvenir à détecter de façon automatique les anomalies, aussi subtiles soient-elles, entre autres grâce à l\u2019intelligence arti?cielle (IA).« Dans le réseau de contrôle, les diverses composantes se parlent entre elles par télécommunication, dit Marc Frappier.[L\u2019IA] peut apprendre le pattern de ces communications et repérer si l\u2019on en dévie, par exemple si les commandes surviennent habituellement à telle fréquence et qu\u2019une commande supplémentaire arrive.» Et que fait Hydro-Québec pour se prémunir contre ces risques ?D\u2019abord, la société d\u2019État embauche : l\u2019équipe de cybersécurité passera de 150 à 215 travailleurs d\u2019ici la ?n de l\u2019année.Ensuite, son institut de recherche commencera bientôt à simuler des attaques sur des équipements en laboratoire pour concevoir, lui aussi, des algorithmes capables de déceler les anomalies.Et dans l\u2019immédiat, des solutions commerciales existent, bien que ces produits ne soient pas parfaitement au point, indique Moshe Toledano.« Pour des raisons de sécurité », ce directeur de la sécurité des TIC (les technologies de l\u2019information et de la communication) d\u2019entreprise à Hydro-Québec ne peut pas nous révéler si des attaques ont déjà été tentées sur les infrastructures électriques.Mais il con?rme que les pirates sont très actifs du côté des TI.« La grande majorité des attaques sont celles de criminels qui ont une motivation ?nancière : les rançongiciels ou les courriels d\u2019hameçonnage.Ils veulent faire un maximum d\u2019argent dans de courts délais ; ils ciblent donc les TI, car viser les TO prend beaucoup plus d\u2019énergie.» Mais quand moins de personnes seront prêtes à payer les rançons parce que des sauvegardes auront été réalisées pour protéger les données, les criminels vont assurément chercher d\u2019autres sources de revenus.« Ils se tourneront peut-être vers les TO.C\u2019est pour cela qu\u2019on se prépare.» SUR LE VIF 10 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 \u2022 IMAGES : MARIO COURNOYER Une vue d\u2019ensemble des piles de sédiments datant d\u2019environ 100 millions d\u2019années qui contiennent des fossiles d\u2019insectes et de plantes.Alexandre Demers-Potvin a publié un article décrivant une espèce de mante religieuse préhistorique.Pour ce faire, il s\u2019est appuyé sur une poignée de fossiles, dont celui-ci mis au jour par Mario Cournoyer en 2013.Une formation rocheuse ouvre une fenêtre sur un passé qu\u2019on croyait inaccessible au Québec.Par Joël Leblanc P our quiconque s\u2019intéresse à la paléontologie, il s\u2019agit presque d\u2019une vérité de La Palice : on ne trouve pas de fossiles de dinosaures au Québec parce que notre sol ne renferme pas de formations rocheuses du mésozoïque, c\u2019est-à-dire la période de 250 à 66 millions d\u2019années avant notre ère pendant laquelle ces reptiles ont vécu.On a surtout des roches plus anciennes, les glaciers ayant pulvérisé les formations « plus jeunes ».Des fossiles découverts dans les débris rocheux d\u2019une mine de fer abandonnée, à 20 km de Schefferville, bousculent toutefois le paradigme.Il ne s\u2019agit pas de dinosaures fossilisés : le dernier élément mis au jour et décrit par Alexandre Demers-Potvin, un étudiant de maîtrise de l\u2019Université McGill, est une espèce de mante religieuse préhistorique.L\u2019âge de la bestiole ?Cent millions d\u2019années, selon l\u2019article qu\u2019il a copublié en janvier dans Systematic Entomology.« La datation [de cette formation rocheuse] est basée sur les très nombreuses feuilles de végétaux fossilisées qu\u2019on y trouve, explique Alexandre Demers- Potvin.En établissant une comparaison avec d\u2019autres sites fossilifères dans le monde dont l\u2019âge est bien connu, on a pu conclure que la formation datait d\u2019une sous-période du crétacé comprise entre 95 et 100 millions d\u2019années.» Il s\u2019en est fallu de peu que l\u2019endroit ne livre jamais ses secrets.Au début des années 1950, à l\u2019aube de l\u2019exploitation minière dans la région, un ingénieur géologue du nom de Roger A.Blais, qui travaille pour l\u2019Iron Ore Company, remarque une mince couche de roche rouge dans un secteur qu\u2019on s\u2019apprête à excaver.Son œil est attiré par de nombreux fossiles de feuilles.Il ramasse quelques spécimens et consigne le tout dans un rapport.Mais l\u2019excavation continue et la formation géologique disparaît sous l\u2019assaut des pelleteuses.Des décennies plus tard, en 2018, Alexandre Demers-Potvin se présente sur les lieux avec quelques collègues, dont Mario Cournoyer, directeur général du Musée de paléontologie et de l\u2019évolution de Montréal.Ils ont eu vent des fossiles observés à l\u2019époque.En arpentant les résidus rocheux, les fouilleurs tombent sur des fragments de la formation.« Ce sont de petits bouts de roche de quelques centimètres à peine », décrit Mario Cour- noyer.Les paléontologues repèrent dans ces cailloux des épines de conifères, des feuilles, des ailes d\u2019insectes\u2026 « Ces éléments se sont déposés à l\u2019époque au fond d\u2019un petit lac.Les conditions étaient parfaites pour leur préservation.Les sédiments se sont compressés et consolidés pendant les millions d\u2019années qui ont suivi », poursuit Mario Cournoyer.À l\u2019origine, le lac était peut-être situé au fond d\u2019un rift, une dépression de la croûte terrestre.Une fois le lac asséché, le rift s\u2019est rempli de sédiments.Enfouie en profondeur, la petite formation a ainsi été épargnée par le passage subséquent des glaciers.Depuis cette expédition mémorable, Alexandre Demers-Potvin publie ses descriptions d\u2019insectes disparus dans des articles scienti?ques.« Des phasmes, des blattes, des nymphes d\u2019éphémères, des coléoptères\u2026 Il y a encore beaucoup de choses à faire connaître », annonce le jeune chercheur.Si des dinosaures ont bu dans l\u2019ancien petit lac, ils n\u2019y ont laissé aucune trace.« Malheureusement, les conditions qui permettent la conservation des cuticules d\u2019insectes et des feuilles d\u2019arbres, notamment l\u2019acidité, ne permettent pas de préserver des os et du bois », conclut Mario Cournoyer.Des fossiles surprenants à Scheferville Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe Couche d\u2019ozone : le retour des gaz ?uorés ?Par Marine Corniou AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 11 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM C\u2019est le genre de site auquel personne ne pense, mais dont nous avons tous besoin à un moment ou à un autre : wikiHow.Le site présente des tutoriels qui vont de « Comment embrasser avec la langue » à « Comment défendre les droits de l\u2019Homme » en passant par « Comment congeler du lait ».Ses contenus variés lui ont d\u2019ailleurs valu de nombreux mèmes et moqueries depuis plusieurs années\u2026 au grand plaisir de son fondateur, Jack Herrick.Les articles de wikiHow suivent tous la même structure : un titre qui annonce un problème concret, des étapes à suivre illustrées et un forum de questions-réponses animé par la communauté.Cette dernière, justement, rend le tout possible.Un article est édité par 23 personnes en moyenne et les textes cochés en vert ont été revus par un professionnel comme un médecin, un avocat ou encore un vétérinaire.La véracité des contenus est un pilier important du site, qui a même établi un partenariat avec l\u2019Organisation des Nations unies pour fournir des informations factuelles et étayées par des experts sur des sujets tels que la COVID-19, l\u2019utilisation responsable d\u2019Internet, etc.Côté design, soyons clairs, wikiHow n\u2019est pas très attrayant : ses pages vert pastel sont ornées d\u2019images tout droit sorties d\u2019un manuel scolaire de la ?n des années 80.Pourquoi ?On ne sait pas.Peut-être parce que le site préfère se consacrer au contenu.Ou parce qu\u2019il aime faire bande à part.En effet, on ne peut pas dire que wikiHow est une entreprise technologique traditionnelle.Le site n\u2019a jamais accepté d\u2019investissement extérieur ni de capital de risque et n\u2019a jamais été vendu.Dans la Silicon Valley, c\u2019est le type d\u2019entreprise qu\u2019on regarde avec dédain.Et pourtant, il s\u2019agit du site de publication le plus consulté du monde ! Le secret se cacherait-il dans ses valeurs et son modèle d\u2019affaires ?Ses revenus sont produits grâce à la publicité, comme Facebook, mais la ressemblance s\u2019arrête là.Toute personne qui crée un compte wikiHow voit toutes les publicités du site désactivées.Le site tire ses béné?ces de lecteurs occasionnels qui ne s\u2019y inscrivent pas et continuent à voir des annonces.C\u2019est peut-être en raison des personnages au sourire niais qui illustrent les pages ou de la simplicité des étapes à suivre, mais wikiHow nous donne de l\u2019espoir.L\u2019espoir qu\u2019apprendre est facile.Comme le ferait un parent, le site nous encourage à réaliser des choses qu\u2019on ne sait pas encore faire et à croire en nos capacités.Il nous aide à être une meilleure version de nous-mêmes.Apprendre de nouvelles choses, n\u2019est-ce pas ce qui nous attire tous sur le Web ?Que celui qui n\u2019a jamais passé un samedi soir complet à naviguer de page en page sur Wikipédia me jette la première souris ! wikiHow, l\u2019éternel négligé L\u2019 interdiction progressive des hydrochloro?uoro- carbones (HCFC), des gaz réfrigérants connus pour leur effet nocif sur la couche d\u2019ozone, a été actée en 1987 par le Protocole de Montréal, que 196 pays ont signé.Mais ces substances n\u2019ont pas disparu pour autant.Au contraire, la concentration de certains HCFC augmente dans l\u2019atmosphère depuis quelques années.Pire, un nouveau gaz de cette famille a fait récemment son apparition ! C\u2019est ce qu\u2019a constaté une équipe suisse grâce à des données collectées dans les Alpes et dans huit autres stations du réseau mondial AGAGE (Advanced Global Atmospheric Gases Experiment), composé de capteurs répartis en altitude ou sur les côtes.Ceux-ci mesurent des gaz à l\u2019état de traces, qui constituent moins de 0,1 % de l\u2019atmosphère.« Nous avons détecté trois HCFC dont les concentrations se sont accrues au cours des dernières années, détaille Martin Vollmer, premier auteur de l\u2019article publié dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.L\u2019un d\u2019eux, nommé HCFC-132b, est nouveau au sens où personne ne savait qu\u2019il était présent dans l\u2019atmosphère.Nous le mesurons depuis plusieurs années maintenant et, en nous appuyant sur des échantillons d\u2019air archivés dans des cuves depuis 1978, nous avons noté qu\u2019il est apparu dans les années 1990.» C\u2019est dans un centre perché à 3 500 m dans les Alpes que ce chercheur du Laboratoire fédéral d\u2019essai des matériaux et de recherche traque les gaz polluants dans l\u2019atmosphère tel un détective.Il doit maintenant résoudre l\u2019énigme des trois gaz décelés : ils n\u2019ont pas d\u2019usage connu.« Ils pourraient être utilisés illégalement, mais il est plus probable qu\u2019il s\u2019agisse de sous-produits ou peut-être de matières premières pour certaines réactions chimiques », explique-t-il.Les usines produisant des ?uides frigorigènes ou des mousses isolantes sont les principales suspectes.Selon ces travaux, les émissions proviennent presque en totalité de l\u2019Asie de l\u2019Est.« Pour le HCFC-132b, c\u2019est ?agrant, précise Martin Vollmer.On a localisé la principale région d\u2019émission dans le nord-est de la Chine ; pour un autre, le HCFC-133a, la source est plutôt vers Shanghai.» Si ces faibles quantités de gaz ne menacent pas la couche d\u2019ozone dans l\u2019immédiat, elles con?rment une tendance inquiétante.« Le trou dans la couche d\u2019ozone au-dessus de l\u2019Antarctique s\u2019est stabilisé et pourrait se refermer dans les décennies à venir.Mais de plus en plus de produits chimiques halogénés ne diminuent pas comme prévu », rappelle le scienti?que.Ses constats font écho au scandale d\u2019un autre gaz ?uoré, le CFC-11, dont la production illégale est repartie à la hausse en Chine depuis 2012.« Ce que montre notre étude, dit-il, c\u2019est qu\u2019on ne peut pas se ?er aux rapports d\u2019inventaire des pays.Il faut compléter les données par des observations et des modélisations pour obtenir des estimations indépendantes des émissions de ces substances.» Il serait en effet dommage de relâcher la vigilance, alors que le Protocole de Montréal commence à porter ses fruits. 12 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf \u2022 ILLUSTRATION : VIGG Une épidémie de chifres À ma connaissance, on ne s\u2019est jamais autant intéressé aux statistiques que pendant la pandémie de COVID-19.Y a-t-il eu plus de cas ici qu\u2019ailleurs ?Plus de morts par million d\u2019habitants ?Si l\u2019on normalise pour annuler l\u2019effet du vieillissement de la population, est-ce que c\u2019est toujours pire chez nous qu\u2019ailleurs ?Et si l\u2019on compte juste les cas et les décès dans les CHSLD ?Cet intérêt se comprend aisément, puisqu\u2019il s\u2019agit de la pire crise sanitaire qu\u2019on a connue depuis longtemps.Mais plus le temps passe, et moins je sais s\u2019il faut en rire ou en pleurer.Car les chiffres donnent une impression (parfois trompeuse) d\u2019objectivité et de rigueur.Si une statistique appuie une idée, alors on se dit intuitivement qu\u2019elle doit être vraie, voire incontestable.Car qui, sinon des esprits réfractaires aux lumières de la science, oserait contredire des faits chiffrés ?Personne de sensé, se dit-on.Et c\u2019est ainsi qu\u2019on a fait dire beaucoup, beaucoup de choses aux statistiques pendant la pandémie.Un des meilleurs exemples qui soient est le nombre de décès dus à la COVID-19.Dans les médias, sur les réseaux sociaux et même parmi certains chercheurs, on y a vu un indicateur permettant de savoir si les décisions du gouvernement de François Legault étaient les bonnes.Les décès ont été plus nombreux au Québec qu\u2019ailleurs ?C\u2019est forcément parce que les mesures n\u2019étaient pas sufisantes, ont conclu les uns.Il y a eu un peu moins de morts en Suède que chez nous ?C\u2019est la preuve que le coninement ne donne rien, ont scandé les autres.Or, ces comparaisons-là sont terriblement moins parlantes qu\u2019il y paraît.On a beau ramener les décès au prorata de la population, faire partir les courbes au même point de la pandémie (le moment où un pays passe le seuil du un décès par million d\u2019habitants par exemple) plutôt qu\u2019à la même date et faire toutes sortes de manipulations pour rendre les données aussi comparables que possible, il reste qu\u2019on se trouve devant des indicateurs qui, malgré leur apparente simplicité, sont in- luencés par des tonnes de variables enchevêtrées au point de nous faire comparer des pommes avec des oranges sans qu\u2019on s\u2019en rende compte.Voici quelques exemples : \u2022 L\u2019âge de la population.En moyenne, la COVID-19 tue davantage dans les pays où la population est plus âgée (comme en Italie).\u2022 La discipline collective.Dans certaines régions du monde, l\u2019individu est habitué à faire passer l\u2019intérêt collectif avant toute chose.C\u2019est le cas de la Suède : les données de mobilité indiquent nettement que les Suédois ont réduit leurs déplacements presque autant que les autres pays scandinaves, même sans coninement obligatoire \u2013 ce qui, en soi, devrait interdire toute conclusion générale sur l\u2019eficacité des coninements à partir du seul cas suédois.\u2022 La culture.Certains traits culturels comme l\u2019habitude de se serrer la main peuvent jouer sur la propagation du virus et au bout du compte sur le nombre de décès.\u2022 La densité.Une étude parue dans Nature a révélé que les habitudes de socialisation combinées avec la répartition d\u2019une population dans l\u2019espace déterminent si l\u2019épidémie sera étendue dans le temps ou foudroyante ?ce qui risque d\u2019engorger les hôpitaux et d\u2019avoir un effet sur la mortalité.Pour avoir une idée du poids de ces facteurs sur le bilan des victimes d\u2019un pays ou d\u2019une région, il suffit de consulter une étude parue en novembre dans Nature Human Behaviour.L\u2019article a montré qu\u2019aux États-Unis, même si dans les comtés républicains les consignes sanitaires ont été moins respectées que dans les comtés démocrates, le nombre de décès y a progressé beaucoup moins vite.Cela ne veut pas dire que ces mesures ne fonctionnent pas : les auteurs indiquaient au contraire que les comtés républicains auraient dénombré encore moins de cas et de morts si leurs habitants s\u2019étaient coninés ou avaient appliqué les mesures de distanciation physique autant que la population des comtés démocrates.Mais cela illustre à quel point les « autres facteurs » (comme le fait que les comtés démocrates sont plus urbains et plus denses en moyenne) peuvent peser lourd sur le bilan de la pandémie d\u2019un pays ou d\u2019une région.Et cela montre aussi combien on erre en réduisant la « performance » d\u2019un gouvernement ou l\u2019eficacité d\u2019une mesure à un seul chiffre.Comme l\u2019écrivait sur le site de L\u2019actualité le toujours éclairant Yves Gingras, sociologue des sciences à l\u2019Université du Québec à Montréal : « Nous vivons dans un monde qui semble régi par une loi sociale stipulant qu\u2019un nombre quelconque vaut mieux que pas de nombre du tout.» Pour le meilleur et (ces temps-ci) pour le pire\u2026 INRS.CA Changer le monde par la recherche \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Pourquoi faut-il croire en la science ?ENTREVUE 14 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 La science est un processus social et consensuel.C\u2019est de là qu\u2019elle tire son pouvoir et sa légitimité, argumente l\u2019historienne Naomi Oreskes.Par Marie Lambert-Chan | Naomi Oreskes \u2022 IMAGE : KAYANA SZYMCZAK AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 15 est mignon, n\u2019est-ce pas ?» À l\u2019écran, l\u2019historienne des sciences Naomi Oreskes agite son masque rose.«Il est fait de trois couches et je peux y glisser un ?ltre en quelques secondes.Je le lave régulièrement avec le reste de mes vêtements.C\u2019est si peu exigeant.Qu\u2019est-ce que je perds à le porter, alors que plusieurs chercheurs s\u2019entendent sur son ef?cacité ?» Que gagne-t-on à croire en la science ?Que perd-on à ne pas le faire ?Et pourquoi devrait-on accorder notre con?ance aux scienti?ques quand on sait que des théories peuvent être renversées à la lumière de nouvelles preuves ?Voilà des questions qui ont guidé la carrière de la professeure de l\u2019Université Harvard qui s\u2019est fait connaître en 2010 par son livre Les marchands de doute, coécrit avec Eric M.Conway, historien au Jet Propulsion Laboratory de la NASA.Ils y décrivaient les campagnes successives de désinformation ?nancées par l\u2019industrie dans le but d\u2019entretenir la confusion sur les effets néfastes du tabagisme, des pluies acides et du trou dans la couche d\u2019ozone, de même que sur l\u2019existence des changements climatiques.Depuis, Naomi Oreskes enchaîne les conférences sur les tactiques « anti- sciences », la communication de la science et, surtout, la fiabilité du consensus scienti?que.Ses ré?exions font l\u2019objet d\u2019un nouvel ouvrage : Why Trust Science ?Bien qu\u2019elle l\u2019ait achevé avant la pandémie, l\u2019historienne y livre des arguments plus pertinents que jamais dans un contexte où les incertitudes abondent.Québec Science : Pour justi?er qu\u2019une réalité est établie, on se réfère souvent au consensus scienti?que.On dira ainsi qu\u2019il y a consensus sur le fait que les activités humaines sont à l\u2019origine du réchauffement climatique.Mais que signi?e ce mot ?Naomi Oreskes : À bien des égards, ce n\u2019est qu\u2019un mot sophistiqué pour désigner un accord.Quand les scienti?ques parviennent à un consensus, cela veut dire qu\u2019ils ont abouti à un accord après un long processus qui consiste à évaluer la qualité et la quantité des preuves.Il est dif?cile d\u2019obtenir une telle entente.Cela peut prendre des années de discussion, un nombre incalculable d\u2019articles scienti?ques, une collecte de données ardue\u2026 Pour documenter les changements climatiques, des chercheurs ont dû forer des carottes de glace au Groenland et en Antarctique.Certains y ont trouvé la mort.Un consensus n\u2019est donc pas un simple vote ; le parcours pour y arriver est incroyablement exigeant.Et selon moi, c\u2019est la raison pour laquelle on peut avoir con?ance en la science.Cela étant dit, il arrive qu\u2019un chercheur refuse d\u2019adhérer au consensus, et ce, même dans le cas de théories prouvées hors de tout doute, comme celle de la relativité générale.Dans l\u2019histoire des sciences, on observe ce phénomène depuis longtemps.Néanmoins, la plupart du temps, la dissidence meurt avec le dissident.Il est raisonnable de garder l\u2019esprit ouvert et de se demander si cette personne possède des preuves que d\u2019autres ont ignorées.Mais si aucune nouvelle donnée convaincante n\u2019est apportée, le consensus demeurera.QS En l\u2019absence d\u2019un tel accord collectif, qui doit-on croire ?NO En effet, il peut être dif?cile de s\u2019y retrouver, surtout lorsqu\u2019on nous présente des faits qui semblent contradictoires et qu\u2019on nous donne l\u2019impression qu\u2019il y a un débat public.Le cas du port du masque est riche d\u2019enseignements.Au départ, il y a eu certains désaccords entre les scienti- ?ques pour des raisons méthodologiques.Certains af?rmaient qu\u2019on n\u2019avait pas la preuve que le port du masque fonctionnait pour le SRAS-CoV-2.Et c\u2019était vrai parce que le virus était nouveau.On ne savait rien à son sujet.D\u2019autres ont dit : « Mais on connaît beaucoup de choses sur les virus respiratoires en général et l\u2019on sait que le port du masque réduit la transmission de ces virus.Il est donc logique que le masque fonctionne ici aussi.» Au sein de la communauté scienti?que, le consensus a émergé rapidement\u2026 mais pas dans l\u2019espace public.La faute revient en partie aux médias, qui ont présenté ces échanges comme un réel con?it.Le degré de désaccord a par ailleurs été déformé, surestimé.Au bout du compte, si l\u2019on a l\u2019impression qu\u2019il n\u2019y a pas de consensus, ce n\u2019est pas du côté de la science qu\u2019il faut chercher, mais du côté politique et social.Aux États-Unis, c\u2019est le Parti républicain qui a nourri le doute et la confusion au sujet du masque.L\u2019Organisation mondiale de la santé est aussi à blâmer.Le langage utilisé par ses dirigeants est inutilement compliqué.Cela m\u2019agace de voir des organismes de cette trempe embaucher les meilleurs experts ENTREVUE | Naomi Oreskes 16 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 pour exécuter de la recherche pointue et ensuite négliger la communication des résultats.QS Devant l\u2019incertitude, vous suggérez de recourir au pari de Pascal.De quoi s\u2019agit-il et comment cela peut-il nous être utile ?NO C\u2019est une façon de soupeser nos choix devant les risques courus.Au 17e siècle, le philosophe et mathématicien Blaise Pascal en a fait la démonstration autour de la question qui lui semblait la plus importante de toutes : Dieu existe-t-il ?Incapable de prouver son existence, il s\u2019est trouvé face à deux choix : il pouvait croire en lui ou non.S\u2019il croyait en lui et que, au ?nal, Dieu n\u2019existe pas, où était le mal ?Il ne perdait pas grand-chose.Mais s\u2019il ne croyait pas en Dieu et que celui-ci existe bel et bien, alors il brûlerait en enfer pour l\u2019éternité.Il s\u2019agissait donc d\u2019évaluer le risque relatif.Le pari de Pascal est utile en tout temps et en toutes choses.Quels sont les risques d\u2019accepter ce nouvel emploi ?D\u2019acheter une maison ?De me marier ?De ne pas lutter contre les changements climatiques ?Dans ce cas précis, la réponse est claire : si la situation est aussi grave que le disent les scienti?ques et que nous continuons à ne rien faire, on subira des pertes immenses et irréparables sur les plans ?nancier, humain, du règne animal, des espèces végétales\u2026 Une fois que le processus est enclenché, on ne peut pas revenir en arrière.C\u2019est comme si Pascal décidait de croire en Dieu une fois rendu en enfer ! Et qu\u2019arrive-t-il si l\u2019on met en place des mesures de lutte et que, ?nalement, le réchauffement n\u2019était pas si grave ?On en tirerait quand même des avantages.Par exemple, le passage aux énergies renouvelables permettrait également d\u2019assainir l\u2019air.Presque toutes les études économiques crédibles sur le sujet montrent que le coût de l\u2019inaction est plus élevé que celui de l\u2019action.Le point de vue pascalin sur le masque est aussi sans équivoque : le risque de porter le masque est minuscule comparativement à celui de ne pas le porter.QS Dans votre livre, vous écrivez que, pour atteindre le consensus, les scienti?ques doivent faire preuve de « ?exibilité méthodologique », c\u2019est-à-dire ne pas écarter des données sous prétexte qu\u2019elles ne correspondent pas aux normes.Vous illustrez votre propos par l\u2019exemple de la pilule contraceptive.Et vous dévoilez un pan de votre vie personnelle.NO En général, les chercheurs en sciences de la santé sont sceptiques à l\u2019égard des questionnaires remplis par les patients ?avec raison.Ceux-ci peuvent être confus, mentir sur leurs habitudes de vie.Mais le cas de la pilule est différent.Dès le début, plusieurs femmes ont déclaré être devenues dépressives après avoir commencé à la prendre.À mon avis, c\u2019est une preuve importante.D\u2019abord, les témoignages étaient nombreux.Ensuite, pourquoi une femme mentirait-elle ainsi ?C\u2019est une situation qu\u2019on préfère cacher.En?n, j\u2019ai décidé d\u2019en parler parce que c\u2019est ce qui m\u2019est arrivé.Ce médicament a changé mon état mental pratiquement du jour au lendemain.Par chance, j\u2019ai consulté un thérapeute qui m\u2019a crue parce qu\u2019il avait lu sur les liens entre la pilule et la dépression.Avec cet exemple, je veux montrer que les données sont de différentes tailles, formes et couleurs.Certaines sont meilleures que d\u2019autres.Mais on ne doit pas les ignorer parce qu\u2019elles ne sont pas parfaites.Les données d\u2019essais cliniques randomisés ne sont pas les seules sources valables.Comprendre un problème complexe signi?e souvent être prêt à l\u2019examiner sous divers angles.QS Vous estimez que les scientifiques devraient s\u2019ouvrir davantage au public, parler de leurs valeurs.Ils gagneraient ainsi en crédibilité.Pourquoi ?NO J\u2019ai découvert que la plupart des scientifiques pensent que parler de leurs valeurs est inapproprié parce que la science est censée être objective.Ils interprètent l\u2019objectivité comme étant la neutralité des valeurs.Or, la neutralité des valeurs n\u2019existe pas.On a beaucoup plus de chances d\u2019être considéré comme un témoin crédible et un messager de confiance si l\u2019on est honnête quant à ses valeurs.Par ailleurs, bien des chercheurs supposent à tort que leurs valeurs sont très différentes de celles de leurs interlocuteurs.De l\u2019extérieur, tout semble opposer un biologiste de l\u2019évolution et un partisan du créationnisme.Mais tous deux se soucient de leurs enfants, de l\u2019avenir de l\u2019humanité, de la beauté du monde naturel.L\u2019un parlera de « biodiversité », l\u2019autre de « création de Dieu ».En fin de compte, ils s\u2019intéressent à la même chose.Il y a donc des moyens de se rapprocher de l\u2019autre.En parlant de soi, on arrive à captiver son public de façon plus intime.J\u2019en fais l\u2019expérience depuis plusieurs années, entre autres par mon récit sur la pilule.Il s\u2019agit de réunir l\u2019intellectuel et l\u2019émotionnel, la tête et le cœur parce que nous sommes des personnes à part entière.Et je pense que nous communiquons mieux lorsque nous embrassons cette globalité.De l\u2019extérieur, tout semble opposer un biologiste de l\u2019évolution et un partisan du créationnisme.Mais tous deux se soucient de leurs enfants, de l\u2019avenir de l\u2019humanité, de la beauté du monde naturel. EN PARTENARIAT Des chercheurs tentent de mettre K.-O.les microcaillots causés par la ?brillation auriculaire, une arythmie cardiaque qui serait responsable de la dégradation prématurée de certaines parties du cerveau.B o-boum, bo-boum, bo-boum\u2026 Tout va bien, le cœur se contracte de façon ordonnée : il resserre d\u2019abord les chambres dans le haut du cœur, les auricules, ce qui envoie le sang vers les chambres du bas, nommées ventricules (on entend le « bo- »).Puis la contraction cardiaque descend à son tour pour écraser les ventricules, ce qui propulse le sang vers tout le corps (on entend le « -boum »).Par contre, chez les personnes souffrant de ?brillation auriculaire ?soit plus de un pour cent de la population ?, la contraction des auricules est désorganisée.Le sang n\u2019est pas totalement pompé, y stagnant parfois longtemps, ce qui peut occasionner la formation de caillots.« Les caillots naissent dans le cœur, mais la conséquence se trouve ailleurs.Ils peuvent migrer dans le reste du corps, mais le plus souvent, ils se logent dans le cerveau, car c\u2019est la première destination des artères après le cœur », explique la Dre Lena Rivard, cardiologue à l\u2019Institut de cardiologie de Montréal.Quand les caillots sont gros, la personne subit un accident vasculaire cérébral (AVC), mais la Dre Rivard et ses collègues de l\u2019Institut soupçonnent que la ?brillation auriculaire occasionnerait en douce la dégradation de certaines parties du cerveau, à cause de microcaillots.« On sait que les personnes atteintes de ?brillation auriculaire font davantage d\u2019AVC, mais, depuis quelques années, il y a de plus en plus de publications rapportant une plus grande proportion de déclins cognitifs chez les gens qui font de l\u2019arythmie.C\u2019est graduel, on ne devient pas dément du jour au lendemain ; ça commence par des troubles de la mémoire ou des troubles liés à l\u2019exécution », poursuit la cardiologue.C\u2019est exactement ce qu\u2019elle a observé dans sa pratique, entre autres chez un directeur d\u2019entreprise quinquagénaire contraint de partir prématurément à la retraite parce que ses facultés cognitives étaient trop touchées.À la suite d\u2019un examen d\u2019imagerie par résonance magnétique, les médecins ont remarqué que son cerveau présentait de multiples microcaillots.On a alors prescrit à l\u2019homme un anticoagulant, un médicament qui ?uidi?e le sang, et son état s\u2019est stabilisé : il n\u2019a pas retrouvé les facultés perdues, mais elles ont cessé de se dégrader.Mais alors, serait-il possible pour les personnes souffrant d\u2019arythmie de prendre des anticoagulants de manière préventive a?n d\u2019éviter ce déclin cognitif ?C\u2019est ce que tentent de démontrer la Dre Rivard et ses collègues, les Drs Denis Roy et Paul Khairy, avec l\u2019étude BRAIN-AF.Ils suivront pendant cinq ans en moyenne les patients de moins de 65 ans atteints de ?brillation auriculaire traités aux anticoagulants en les comparant avec un groupe recevant un placébo.Cette étude serait la première non seulement à prouver le lien entre les microcaillots et le déclin cognitif, mais également à étudier le potentiel d\u2019une telle utilisation des anticoagulants chez de « jeunes » patients.En effet, l\u2019usage de ce type de médicament n\u2019est pas recommandé pour les 65 ans et moins en raison des risques hémorragiques que comporte une exposition à la prise d\u2019anticoagulants.« C\u2019est un équilibre risques-avantages », résume la Dre Rivard.L\u2019étude s\u2019est jusqu\u2019ici révélée si prometteuse que Santé Canada a autorisé son élargissement avec des traitements suivis sur plusieurs années.Plus de 800 Canadiens y participent déjà, mais les chercheurs espèrent en recruter au moins 1 300 de plus maintenant qu\u2019ils ont adapté leur protocole et qu\u2019ils ont reçu un ?nancement des Instituts de recherche en santé du Canada a?n de poursuivre l\u2019étude malgré la pandémie en utilisant les outils à distance.Bref, nous devrions bientôt en avoir le cœur net.PETITS CAILLOTS, GROS DÉGÂTS AU CERVEAU La production de ce texte a été rendue possible grâce au soutien de la Fondation de l\u2019Institut de cardiologie de Montréal.IMAGES : ANTOINE SAITO ; SHUTTERSTOCK.COM PAR DOMINIQUE WOLFSHAGEN La Dre Lena Rivard, cardiologue à l\u2019Institut de cardiologie de Montréal AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 17 DE NUIT J cours sans m\u2019arrêter et de toutes mes forces.Puis, soudain, je ne sens plus le choc de mes pas : ça y est, je vole ! Tel Mario avec sa cape, je suis libre dans le ?rmament.Voilà un rêve que je faisais à l\u2019occasion pendant l\u2019enfance.J\u2019ai eu espoir de revivre ces émotions quand un article scienti?que de chercheurs québécois est paru, en 2020, dans la revue savante Consciousness and Cognition, qui publiait un dossier spécial sur la manipulation des rêves.L\u2019équipe a tenté de susciter des « rêves de vol » chez les 137 participants de son étude, recrutés avant la pandémie.Alors que les déplacements sont pour le moins limités ces temps-ci, je ne dirais pas non à un vol de nuit, que l\u2019article présente comme associé à des émotions telles que la joie, l\u2019euphorie et l\u2019extase ! Malheureusement, pandémie oblige, je ne pourrai pas essayer la technique de ces chercheurs de l\u2019Université de Montréal et de l\u2019Université McGill, car cela implique une visite au laboratoire des rêves et cauchemars de l\u2019Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.C\u2019est là que les participants, qui tenaient un journal de leurs rêves depuis cinq jours, ont en?lé le présumé déclencheur : un casque de réalité virtuelle leur permettant de « survoler » les montagnes et tunnels d\u2019un monde étrange en suivant un parcours de cercles verts tout en évitant des obstacles.Cette aventure de 15 minutes terminée, l\u2019équipe leur faisait faire une sieste (mais on les réveillait une fois entrés dans la phase du sommeil paradoxal, ce stade où l\u2019on parvient à se rappeler ses rêves) ou une séance de lecture dans une chambre aménagée au laboratoire.Ils ont ensuite noté leurs rêves ou leurs pensées, refait le jeu de réalité virtuelle et sont rentrés chez eux.Ils ont repris leur journal de rêves pour les 10 nuits suivantes.Les chercheurs ont visé dans le mille.Les rêves de vol ont été multipliés par Des chercheurs tentent d\u2019in?uencer nos rêves, espérant établir du même coup de nouvelles connaissances sur nos aventures dans les bras de Morphée.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE ILLUSTRATION : PIERRE-PAUL PARISEAU SCIENCES e VOL 18 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM it > $b du at % I NY Ye o SO = \u20ac J ob œ 8 TN Je k< 3 Min 7 AN Nr» 4 1 Pe 3 - 4 ve NN NX i pp =) »Jus mn.\u2019 a D NS S 7\u201d \"| 9e \u201c4 Te, ra | } x\" r= a \u201c) \u2018a a [ 0 : ?Tease TES db.§ te = 8 > « 3 | TE ou a R @ «© ° a, : Wr Lr % Fy 4 9 o he daar 7 4) \u20ac an\u201d va His s oY se, Ÿ Pr o & } Og O ge o od oc Jo, SCIENCES cinq pendant la sieste au laboratoire, par rapport aux rêves des jours précédents, et par huit le soir même.Les songes aériens sont également demeurés plus fréquents dans les jours qui ont suivi.La plupart avaient un lien évident avec le décor de l\u2019expérience de réalité virtuelle.Deux des auteurs expliquent que leur étude, en plus d\u2019être amusante, permet de se pencher sur le mystère du mouvement.« Il est intéressant de savoir comment on peut réussir à faire des rêves de vol, mais cela ouvre une autre porte : comment peut-on recréer n\u2019importe quel mouvement en rêve ?demande le directeur du laboratoire des rêves et cauchemars et professeur à l\u2019Université de Montréal, Tore Nielsen.Car les rêves sont toujours des aventures en mouvement ; c\u2019est rare qu\u2019ils se déroulent sur un seul tableau ?xe.C\u2019est le grand paradoxe du sommeil paradoxal : le cerveau est actif, tous les systèmes de sensation sont en alerte, mais on ne bouge pas du tout, le corps est paralysé.Est-ce que le mouvement dans le rêve est le résultat d\u2019un scénario visuel ou est-ce l\u2019inverse : on se déplace dans le rêve et cela nous permet d\u2019aller explorer nos souvenirs ?On n\u2019a pas la réponse encore ! » Les chercheurs avancent l\u2019idée que la réalité virtuelle et le rêve fonctionnent de la même façon.« Dans les scénarios de réalité virtuelle, on n\u2019est pas complètement immobile, mais on a quand même les deux pieds sur le sol.Pourtant, on arrive à avoir la sensation de voler, souligne Claudia Picard-Deland, doctorante en neurosciences à l\u2019Université de Montréal.Ce sont peut- être les mêmes mécanismes d\u2019illusion de mouvements qui sont en jeu pendant le rêve, mais de manière complètement intrinsèque et spontanée.» Certains chercheurs voient d\u2019ailleurs le sommeil paradoxal ?ou REM, pour rapid eye movement, car nos yeux bougent ?comme un générateur de réalité virtuelle inné.Serait-ce pour suivre ce « ?lm » que des mouvements oculaires rapides se produisent ?Des recherches vont dans ce sens.Tore Nielsen et Claudia Picard-Deland pensent que, à force de travailler à ce reportage, je ?nirai par rêver que je vole.« Quand j\u2019ai commencé à créer l\u2019environnement virtuel pour l\u2019étude, avec une artiste et un programmeur, j\u2019ai fait beaucoup de rêves de vol, raconte l\u2019étudiante.Et quand on a commencé à écrire l\u2019article, à ré?échir sur tous les mécanismes de vol, je rêvais tout le temps que j\u2019étais en train de voler ! » Dans un congrès, « on a rencontré une artiste qui peignait les rêves de vol de ses amis et elle s\u2019est mise à rêver plus souvent de vol elle-même, relate le professeur Nielsen.Il y a un effet d\u2019exposition ».LES LUCIDES Quelques jours (et nuits) après le début de ce reportage, je n\u2019avais toujours pas atteint l\u2019inaccessible étoile, même si j\u2019avais consommé quantité de vidéos ?lmées du haut des airs par des drones.Je ne sais pas si c\u2019était le signe d\u2019un progrès, mais dans un songe, j\u2019ai couru à toute vitesse dans un stationnement étagé louche, avec ma sœur, pour ensuite admirer la vue d\u2019en haut\u2026 sans même penser sauter pour m\u2019envoler.Je m\u2019accroche à l\u2019objectif, car il semble possible d\u2019apprendre à voler sans casque de réalité virtuelle.L\u2019article des chercheurs québécois cite les cas de deux fameuses dormeuses.Dans les années 1920, en Angleterre, Mary Arnold-Forster disait observer les oiseaux dans le ciel pour faciliter ses décollages nocturnes et af?rmait que chaque rêve de vol facilitait la survenue du suivant.Puis, une cinquantaine d\u2019années plus tard, la psychologue américaine Patricia Gar?eld publiait un livre dans lequel elle indiquait être parvenue à doubler la fréquence de ses rêves de vol en un an.Sa technique consistait notamment à plani?er ses rêves et à répéter cette intention en s\u2019endormant.Voilà deux « rêveuses lucides », une expression qui désigne les personnes régulièrement conscientes d\u2019être endormies.Plusieurs études ont montré que le vol est l\u2019activité nocturne favorite des lucides.Plus encore que les plaisirs charnels, c\u2019est pour dire ! Kenneth Leslie, professeur de psychologie à l\u2019Université Acadia, en Nouvelle-Écosse, accepte de m\u2019aider.Un anneau à son petit doigt témoigne qu\u2019il se destinait d\u2019abord à une carrière d\u2019ingénieur.Puis, il a découvert l\u2019existence des rêves lucides dans les années 1990.« Je me suis entraîné », dit-il en me montrant une collection de carnets de toutes les couleurs dans lesquels il a noté ses rêves, ce qui favorise la lucidité.Autre astuce : il s\u2019est mis à véri?er plusieurs fois Les participants de l\u2019étude montréalaise circulaient dans le ciel de cet environnement de réalité virtuelle créé par l\u2019artiste numérique Katerine Dennie-Marcoux.20 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 \u2022 IMAGES : KATERINE DENNIE-MARCOUX / LABORATOIRE DES RÊVES ET CAUCHEMARS par jour son « état d\u2019éveil », par exemple en plaçant ses mains en X.À l\u2019état d\u2019éveil, les mains s\u2019entrechoquent, tandis que, dans les rêves, elles passent l\u2019une à travers l\u2019autre.Répéter ce geste dans la journée crée une habitude qui peut percoler la nuit et permettre de réaliser qu\u2019on rêve.« Je me souviens d\u2019avoir fait mon premier rêve lucide lors d\u2019un voyage familial en Afrique du Sud.Quelque chose de bizarre était survenu et je me suis demandé si je n\u2019étais pas en train de rêver.J\u2019ai fait le test [des mains]\u2026 et j\u2019étais bien en train de dormir ! J\u2019ai fait trois rêves lucides cette nuit-là.Puis, j\u2019ai écrit une lettre à ma blonde de l\u2019époque pour lui raconter l\u2019expérience.Elle l\u2019a lue et, la nuit d\u2019après, elle a fait un rêve lucide ! » Cela montre à quel point nos rêves sont ouverts aux suggestions.J\u2019ai bien cru poursuivre la chaîne et faire mon premier rêve lucide après avoir entendu cette histoire.Mais j\u2019ai seulement réussi à me réveiller toutes les deux heures, après des rêves somme toute peu excitants, pour croiser mes mains et constater qu\u2019elles étaient bien de chair et d\u2019os.Peu reposant ! Un peu comme l\u2019équipe québécoise, Kenneth Leslie a réalisé une étude visant à favoriser des rêves de vol, mais aussi de chute, de balancement ou de ?ottement.Ces rêves sont dits « vestibulaires » parce qu\u2019ils stimulent des régions du cerveau associées au système vestibulaire, un ensemble de structures logé dans l\u2019oreille et qui constitue le siège de l\u2019équilibre.C\u2019était dans les années 1990, au Brock University Sleep Lab, en Ontario, où étudiait l\u2019ingénieur défroqué.Au nom de la science, une poignée de participants avait accepté de passer deux nuits dans un hamac.À partir d\u2019une pièce adjacente, et trois fois par nuit, Kenneth Leslie tirait sur une corde pour balancer doucement le hamac de certains d\u2019entre eux pendant le sommeil paradoxal, activant leur système vestibulaire (les sujets qui dormaient dans un hamac en position stable agissaient comme groupe témoin).Il réveillait les participants à trois reprises pendant la nuit a?n qu\u2019ils notent leurs rêves.« C\u2019est là que j\u2019ai attrapé la piqûre pour la psychologie ! » mentionne celui qui s\u2019est à l\u2019évidence beaucoup amusé.Il explique que l\u2019étude avait été lancée parce que des rêveurs lucides rapportaient « tourner » dans leurs rêves pour réussir à prolonger leur état de lucidité quand il le sentait ?ler entre leurs doigts.L\u2019hypothèse était que cette astuce leur permettait de stimuler des zones du cerveau liées au système vestibulaire.On savait déjà que les individus qui ont une atteinte de ce système (ce qui se caractérise par des étourdissements, vertiges, pertes d\u2019équilibre, nausées, etc.) font plus souvent des rêves lucides.Il avait également été démontré que les lucides ont un système vestibulaire plus aiguisé, selon des recherches au cours desquelles on avait injecté de l\u2019eau chaude ou froide dans le canal auditif externe de participants, ce qui cause une sensation de vertige plus ou moins forte selon la sensibilité de chacun.Bref, en agitant le hamac, les chercheurs espéraient susciter plus de rêves lucides et provoquer chez les dormeurs davantage de songes où ils ?otteraient, tourneraient et voleraient.Cela a fonctionné\u2026, mais le nombre de participants était si petit que Kenneth Leslie voudrait bien reprendre l\u2019expérience pour con?rmer les résultats.« J\u2019aimerais trouver une façon de le faire en dehors du laboratoire.Je mène des recherches présentement avec des gens à la maison grâce aux bracelets connectés Fitbit.Avec cet outil, on pourrait essayer de détecter le sommeil paradoxal.Il me faudrait seulement un moyen de les stimuler ou de les bercer automatiquement\u2026 Ce n\u2019est pas impossible ! » Un autre article paru dans le dossier spécial sur la manipulation des rêves évoque l\u2019idée de recourir à un appareil du Massachusetts Institute of Technology qui active le système vestibulaire à l\u2019aide d\u2019électrodes.Il est employé pour renforcer l\u2019immersion en réalité virtuelle et pourrait aussi offrir un sentiment de « bascule » aux rêveurs.Au-delà du simple plaisir, le vol peut contribuer à passer de meilleures nuits ; on peut l\u2019utiliser pour fuir le cauchemar.Ainsi, un participant de l\u2019étude de Claudia Picard-Deland a décidé, en plein rêve, de se faire pousser des ailes pour échapper à un dinosaure, alors que son parachute ne suf?sait pas.« Il existe plusieurs théories expliquant pourquoi on rêve, souligne Kenneth Leslie.Selon la théorie de la menace [formulée en 2000], l\u2019humain a évolué de sorte que le sommeil lui permette de simuler le monde pour qu\u2019il y mette en pratique les programmes moteurs dont il a besoin pour survivre.En rêvant à une attaque de tigre à dents de sabre, l\u2019humain apprenait donc jadis à jeter la lance et à s\u2019enfuir en courant, ce qui l\u2019a aidé à rester en vie pendant l\u2019éveil.Le problème, c\u2019est qu\u2019on a hérité de ces rêves anxiogènes.Si vous rêvez que vous faites un examen sans être préparé ou que vous vous retrouvez nu devant un groupe, ce n\u2019est pas si grave.Mais si vous êtes un vétéran ou un médecin qui traite la COVID-19, les cauchemars en lien avec vos expériences traumatisantes peuvent être problématiques.Dans ce contexte, pouvoir être lucide permettrait d\u2019évacuer l\u2019anxiété et les menaces qui ne sont plus réelles pour peut-être mieux explorer le côté positif du monde du rêve.» DU VIRTUEL PLUS RÉALISTE Claudia Picard-Deland, Tore Nielsen et leurs collègues pensent que les études sur les rêves de vol pourraient également guider la conception des jeux et expériences de réalité virtuelle qui simulent le vol.« Notre étude montre qu\u2019il y a beaucoup de variabilité Au-delà du simple plaisir, le vol peut contribuer à passer de meilleures nuits ; on peut l\u2019utiliser pour fuir le cauchemar.AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 21 SCIENCES entre les participants : certains tiennent quelque chose dans leurs mains qui les fait voler, d\u2019autres volent à l\u2019envers ou comme Superman, dit Tore Nielsen.Mais dans les jeux de réalité virtuelle, c\u2019est toujours une seule formule pour tous.On ne considère pas le fait que certaines personnes se sentiraient davantage en immersion si le contexte était différent.Étudier cette variabilité peut donner des idées pour concevoir les mondes virtuels.» Pour l\u2019instant, même avec des équipements sophistiqués comme l\u2019unité Birdly (qui comporte une espèce de siège de dentiste mobile sur lequel on se couche à plat ventre, les bras en croix, un casque de réalité virtuelle sur la tête et face à un ventilateur), l\u2019expérience n\u2019est pas aussi chouette que dans nos rêves.Les utilisateurs ont l\u2019impression de glisser au lieu de voler, notaient des chercheurs allemands dans un article de 2020 de la revue IEEE Computer Graphics and Applications.« Les systèmes sur le marché qui sont vendus comme des expériences de vol ne ressemblent aucunement à ce que les gens s\u2019imaginent quand ils parlent de voler ; c\u2019est seulement qu\u2019ils étaient technologiquement \u201cfaciles\u201d à mettre au point », commente l\u2019un des auteurs, Gerold Hoelzl.Ce professeur de la Faculté des sciences informatiques et de mathématiques de l\u2019Université de Passau a eu toute une surprise en sondant les participants de son étude : ils imaginaient en général les ailes sur l\u2019arrière des épaules de leur avatar, mais entendaient les contrôler en battant des bras ! Avec ses collègues, il a créé un prototype léger qui réconcilie ces idées et qui se rapproche davantage d\u2019une sensation de vol ailé que du simple glissement.« Il ne faut pas adapter les gens à la technologie, il faut adapter la technologie à l\u2019imagination, aux rêves et aux attentes des gens.» Le soir même où je pensais avoir mis le point ?nal à ce texte, je me suis couchée en songeant à ma liste d\u2019épicerie, à cette discussion que j\u2019avais eue avec une voisine.Puis, je suis devenue une espèce de bolide ?lant sur un rail.Ce dernier ?nissait abruptement\u2026 pour me permettre de m\u2019envoler ! Cela a duré deux secondes et je me suis réveillée avec un grand sourire ! Une utilisatrice teste le prototype inal de l\u2019équipe de Gerold Hoelzl.Par leur forme et leur poids, les ailes donnent une rétroaction haptique.Leur position est suivie en temps réel pour contrôler l\u2019avatar du jeu de réalité virtuelle.\u2022 IMAGES : GEROLD HOELZL, EISLAB SCIENCES L\u2019HISTOIRE FAIT PARLER LA SCIENCE Le suaire de Turin, qui laisse apparaître l\u2019image d\u2019un homme probablement cruci?é, est un drap de lin dont la provenance est très débattue.A-t-il enveloppé Jésus ?Des historiens sont décidés à mettre ?n à la polémique.PAR SYLVAIN LUMBROSO T ous les soirs, après une journée de travail intense au prestigieux institut de recherche SRI International dans la Silicon Valley, Mario Latendresse rentre chez lui assouvir sa passion : percer le mystère du suaire de Turin.Après avoir passé des heures à programmer des algorithmes de précision dans le laboratoire qui a donné naissance à Siri et au premier robot capable de piloter une moto, il s\u2019empare de son ordinateur pour s\u2019offrir, cette fois, un voyage dans le temps.L\u2019informaticien quitte virtuellement la Californie et ses mirages technologiques pour approfondir ses recherches sur une relique vieille de plusieurs siècles.« Je me souviens encore de ce jour de l\u2019année 1998 où je suis allé à Turin voir ce drap de plus de quatre mètres de long sur un mètre de large dans sa chapelle.J\u2019ai été marqué par les traces du corps dénudé qui se dessine à peine sur cette étoffe de lin et par les marques de blessures qui nous renvoient directement à la description de Jésus cruci?é », relate Mario Latendresse.SUAIRE DE TURIN AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 23 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Au centre, le négatif de l\u2019image du linceul tiré en 1898 par le photographe amateur Secondo Pia. Vue rapprochée du drap.La photo a été prise lors d\u2019une exposition de la relique en 2010.Depuis, cette vision hante l\u2019expert en informatique théorique qui consacre son temps et son intelligence à mettre en question l\u2019authenticité du morceau de tissu, que le Vatican n\u2019expose que très rarement.« C\u2019est un objet très controversé : certains pensent que c\u2019est le linceul qui a enveloppé le Christ dans son tombeau, d\u2019autres que c\u2019est un drap datant du Moyen Âge.Personnellement, je mets à pro?t ma passion pour les mathématiques pour découvrir la vérité », commente Mario Latendresse.Il a par exemple étudié la géométrie du corps représenté sur le suaire pour déterminer la méthode de formation de l\u2019image sur la pièce de tissu.Ses calculs visent notamment à prouver qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une peinture faite à plat.Seulement voilà, pour les historiens spécialistes du sujet, ce genre de recherche n\u2019apporte aucune information décisive, car un artisan aurait pu apposer le drap sur un bas-relief pour réaliser l\u2019image.« C\u2019est juste une manière détournée de contester les preuves qui montrent que le linceul a été fabriqué au Moyen Âge », analyse Andrea Nicolotti, professeur d\u2019histoire du christianisme à l\u2019Université de Turin.Pour lui et sa communauté, la question de l\u2019authenticité est déjà tranchée et le seul enjeu est d\u2019arrêter la campagne de désinformation voulant que le tissu ait réellement recouvert la dépouille de Jésus.Pour mieux comprendre, il faut retourner aux origines de la polémique.En 1978, un collectif baptisé STURP (pour Shroud of Turin Research Projet), regroupant des experts venus de l\u2019US Air Force Academy et du laboratoire nucléaire de Los Alamos, a pu étudier le linceul pendant cinq jours et cinq nuits.Les scienti?ques se sont relayés en dormant sur place pour passer le tissu au crible.Pro?tant de cette occasion unique, ils n\u2019ont rien négligé : des radiographies du drap ont été réalisées, des échantillons de particules minutieusement prélevés.L\u2019engouement de l\u2019équipe consacre une discipline dont le sujet unique est l\u2019étude du suaire de Turin : la sindonologie (du latin sindon, qui signi?e « linceul »).Après ces multiples analyses, les expertises n\u2019ont pas apporté de réponse dé?nitive à la question de l\u2019authenticité de la pièce de lin et l\u2019attention s\u2019est alors tournée vers la datation au carbone 14.Cette technique éprouvée à l\u2019époque permet d\u2019établir la date d\u2019un objet en mesurant la radioactivité de cet élément précis.Dix ans après le marathon des cinq jours d\u2019observation, des scienti?ques obtiennent du Vatican l\u2019autorisation de dater le drap grâce à cette méthode.Un protocole contraignant est mis au point pour éviter les potentielles contestations.Trois laboratoires (à Tucson, Oxford et Zurich) sont choisis et reçoivent des échantillons prélevés par un expert devant caméra et témoins.Le résultat ?nit par tomber dans la revue Nature en février 1989 : les trois relevés ramènent l\u2019origine du suaire aux environs du 14e siècle ! La question de l\u2019authenticité semble tranchée dé?nitivement : l\u2019image est l\u2019œuvre d\u2019un artiste médiéval.Pourtant, dans les mois suivants, la section du courrier des lecteurs de la revue savante voit ?eurir des articles qui contestent le verdict.Ainsi, le professeur de médecine Olivier Pourrat, sindonologue français reconnu, remet en cause en 1991 le protocole dans son ensemble.C\u2019est que la date établie compromet fortement le 24 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM SCIENCES Le suaire est conservé depuis 1578 dans la cathédrale Saint- Jean-Baptiste de Turin.Il est rarement présenté au public. « L\u2019objectif ultime des sindonologues est de montrer que le suaire est le produit d\u2019un miracle.C\u2019est grave, car ils légitiment les raisonnements irrationnels.» \u2013 Andrea Nicolotti, professeur d\u2019histoire du christianisme à l\u2019Université de Turin statut de la relique et de la sindonologie.Encore aujourd\u2019hui, le phénomène suscite l\u2019intérêt.Il a même trouvé un nouveau porte-drapeau en la personne de Tristan Casabianca.Ce catholique français, fraîchement baptisé, qui a étudié le droit et l\u2019histoire, a expédié une requête légale aux trois laboratoires chargés de la datation et au British Museum, qui encadrait l\u2019opération.La demande est claire : il veut accéder aux données directement sorties des ordinateurs en 1988 pour reprendre les calculs et véri?er le diagnostic médiéval.Seul le musée anglais a répondu favorablement à cette initiative en juillet 2017.« Je me suis aussitôt rendu à Londres pour consulter les 700 pages du dossier.Rien n\u2019était classé, mais j\u2019ai pu retrouver les résultats bruts du laboratoire américain.J\u2019ai ensuite réuni une équipe de statisticiens italiens pour véri?er la cohérence des données », détaille Tristan Casabianca.Son équipe publie un article dans la revue spécialisée Archaeometry en 2019 où elle avance que les données sont trop hétérogènes pour ancrer avec certitude la datation au 14e siècle.À BAS LA PSEUDOSCIENCE « Pour moi, ce travail ne vaut pas grand- chose.Au mieux, il arrive à élargir de quelques dizaines d\u2019années la période de datation, mais il n\u2019atteindra pas les 1 400 ans nécessaires pour ramener le suaire à l\u2019époque de Jésus ! » objecte le sémillant historien italien Andrea Nico- lotti.Il connaît très bien le sujet : cela fait 12 ans qu\u2019il travaille sans relâche sur le suaire.Son livre Sindone, paru en italien en 2015, puis traduit en anglais en 2019, est devenu la référence mondiale en la matière.Derrière sa webcaméra, l\u2019homme s\u2019anime : « Les experts en carbone 14 des laboratoires n\u2019ont plus le courage de répondre aux attaques incessantes parce que les arguments des sindonologues ne reposent sur aucune science sérieuse.Alors, c\u2019est moi qui accomplis ce travail de vigie, car pour mon domaine, c\u2019est intéressant d\u2019écrire l\u2019histoire de la controverse qui entoure cet objet.» Andrea Nicolotti en est persuadé : les spécialistes qui continuent à formuler des hypothèses sur le suaire ont basculé Le suaire est un drap de lin de quatre mètres de long sur un mètre de large.AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 25 SCIENCES À LIRE SUR LE WEB Le suaire.et les extraterrestres Le sociologue Pierre Lagrange dévoile d\u2019étranges parallèles entre ces deux univers.www.quebecscience.qc.ca/sciences/suaire- extraterrestres dans la pseudoscience.À coups de laser ou de neutrons, ils tentent de trouver une façon de reproduire l\u2019image d\u2019un homme sur un drap de lin.Sur le Web et dans des revues scienti?ques, souvent de moyenne importance, les articles avancent des thèses jamais véri?ables, car aucune expérience n\u2019a été réalisée directement sur le linceul depuis 1988.« L\u2019objectif ultime des sindonologues est de montrer que le suaire est le produit d\u2019un miracle.C\u2019est grave, car ils légitiment les raisonnements irrationnels.Quand on écoute les débats sur la pandémie, on réalise les ravages que cela peut causer dans le public ! » tempête Andrea Nicolotti.Défenseur de la rigueur scienti?que, l\u2019historien ne refuse jamais le débat dans les médias italiens en prenant un malin plaisir à réfuter un à un les arguments avancés par les partisans de l\u2019authenticité.C\u2019est le travail qu\u2019avait déjà entrepris le chanoine Ulysse Chevalier à l\u2019aube du 20e siècle.Agacé par les divagations des scienti?ques catholiques de son époque, cet érudit français a fouillé les archives pour mieux comprendre la véritable origine du suaire.Ses recherches se sont avérées payantes, puisqu\u2019elles ont permis d\u2019apprendre que le drap et son image ont été fabriqués pour être l\u2019objet d\u2019un culte dans un village français au Moyen Âge, où les chanoines le présentaient comme le linceul du Christ.Dans une missive adressée au pape en 1389, l\u2019évêque du diocèse local dénonce cette pratique et explique que l\u2019objet a été façonné pour tromper les pèlerins a?n de leur soutirer de l\u2019argent.À l\u2019époque, les révélations d\u2019Ulysse Chevalier sont censurées par le Saint-Siège lui-même pour des raisons de convenance politicoreligieuse et ?nissent par tomber dans l\u2019oubli.« On m\u2019a dit une fois que j\u2019étais la réincarnation d\u2019Ulysse Chevalier, plaisante Andrea Nicolotti, qui a remis en valeur le travail du chanoine.Je poursuis son œuvre pour espérer mettre un terme à cette polémique encombrante.» « Hélas, je ne suis pas certain qu\u2019on puisse raisonner cette communauté, regrette le sociologue des sciences de l\u2019Université du Québec à Montréal Yves Gingras.Ce genre de polémique met énormément de temps à s\u2019éteindre, car elle se nourrit d\u2019arguments très techniques dont la réfutation demande du temps.Il y a des comparables célèbres comme la fusion froide, cette source d\u2019énergie propre et facile qu\u2019aucune expérience n\u2019a réussi à démontrer alors que plusieurs scienti?ques y ont cru jusqu\u2019à leur mort.» Dans ses cours, le professeur québécois se sert justement du suaire comme un cas d\u2019étude.L\u2019histoire de cette controverse éclaire de nombreux phénomènes pour mieux cerner la pseudoscience.« Que des scienti?ques versent dans la fantaisie ne m\u2019étonne pas.On a tort de penser que la rationalité est horizontale : on peut être rationnel dans un domaine et avoir des lubies ou des croyances religieuses dans un autre.» Certains lauréats de prix Nobel ont ainsi soutenu des thèses improbables après avoir remporté la plus prestigieuse des récompenses.C\u2019est le cas du chimiste Linus Pauling, qui prétendait qu\u2019on pouvait soigner le cancer avec de la vitamine C.LES HISTORIENS ONT LA RÉPONSE « Croire que la science seule peut interroger un objet culturel est certainement l\u2019erreur la plus évidente dans cette affaire », souligne Pierre-Olivier Dittmar, historien spécialiste de l\u2019image à l\u2019époque médiévale.De son laboratoire parisien, il observe régulièrement le dérapage de scienti?ques qui analysent le linceul sans recourir à des études historiques.« Travailler sur le suaire sans connaître le latin, le vieux français ou sans faire de la paléographie me paraît insensé.Pour comprendre un objet et son parcours, il est pourtant indispensable d\u2019accéder aux documents d\u2019époque tout en connaissant l\u2019histoire de la société qui l\u2019a produit », assène l\u2019historien.À ses yeux, il existe parfois chez ces scienti?ques piqués de sindonologie une forme de mépris pour les sciences sociales, qu\u2019ils pensent accessibles à tous.Il oppose à ce mouvement la méthodologie des historiens professionnels.« La plupart de ces physiciens ne soumettraient pas un article dans leur propre champ d\u2019expertise à une revue spécialisée sans avoir étudié la bibliographie de leur sujet ! » soulève-t-il.Pour contrer cette vague, Pierre-Olivier Dittmar a choisi de lancer un de ses étudiants dans un vaste projet de thèse dont l\u2019ambition est de démontrer, entre autres, que le suaire de Turin n\u2019est pas un objet unique.Nicolas Sarzeaud apporte la dernière main à ce travail de titan qui a consisté à recenser et analyser les quelques dizaines d\u2019acheiro- poïètes, ces images représentant Jésus dont l\u2019origine serait miraculeuse.Selon lui, un engouement apparaît quand le roi de France Louis IX (1214-1270) construit une chapelle dans Paris pour accueillir des reliques.« À partir du 14e siècle, cette initiative a inspiré beaucoup d\u2019autres souverains ou nobles, qui ont voulu avoir leurs propres reliques.On a donc assisté à une démultiplication de ces objets », relate l\u2019étudiant.Sa thèse de doctorat permet d\u2019interpréter plus facilement la datation au carbone 14 en replaçant la relique dans son contexte médiéval.Le professeur Dittmar n\u2019a d\u2019ailleurs pas perdu espoir de réconcilier science et histoire : « Nous pourrions analyser ce suaire en le comparant avec d\u2019autres objets de la même époque grâce à toutes sortes d\u2019outils.Ce serait l\u2019occasion de travailler avec des scienti?ques et des restaurateurs.Une véritable mission interdisciplinaire en somme ! » En Californie, la nuit s\u2019est installée.L\u2019informaticien Mario Latendresse a poursuivi son travail sur le suaire pendant toute la soirée.Aucune de ces initiatives d\u2019historiens ne lui échappe.Avant d\u2019éteindre son ordinateur, il lance, con?ant : « Une formation en recherche nous aide à séparer ce que nos désirs nous portent à croire.Je suis prêt à continuer le travail, quel que soit le verdict ! » 26 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 À écouter Le suaire de Turin, un objet complexe à étudier www.quebecscience.qc.ca/ balados/suaire /carrefour 1 La démocratie sous attaque G O U V E R N E M E N T P O L I T I Q U E V O T E D I P L O M A T I E D É S I N F O R M A T I O N É L E C T I O N S D E V O I R É D U C A T I O N A L G O R I T H M E S A U T O C R A T I E C O N S E N S U S D I S C R I M I N A T I O N P O L A R I S A T I O N D I A L O G U E LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC La démocratie sous attaque Le sens du devoir a survécu à la pandémie Le numérique, trouble-fête du vivre-ensemble Le dialogue peut-il venir à bout de la polarisation ?Comment la protéger ?Comment l\u2019améliorer ?Des chercheurs ont des réponses. C O U V E R T U R E E T I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M FRAGILE DÉMOCRATIE Partout dans le monde, la démocratie semble s\u2019affaiblir, sous les effets combinés de la désinformation, de l\u2019hyperpartisanerie, de la polarisation, des inégalités grandissantes et de la fragilisation des institutions.Des dirigeants pro?tent de ce terreau fertile pour cultiver les divisions et imposer des visions autocratiques, un phénomène accentué par la pandémie.De leur côté, des chercheurs suivent de près l\u2019état de nos démocraties, étudiant et analysant toutes leurs composantes, mais aussi toutes leurs dérives.Que montrent ces travaux et ré?exions ?À leur lecture, peut-on espérer que la démocratie \u2014 « le moins mauvais de tous les systèmes », pour reprendre les mots de Churchill \u2014 survive à cette période trouble ?Si les drapeaux rouges sont nombreux, les lueurs d\u2019espoir le sont également.Comité consultatif : Pietro-Luciano Buono, UQAR Yves Chiricota, UQAC Nathalie Cossette, UQAT Chantal Desjardins, ÉTS Josée Gauthier, ENAP Nathalie Gendron, INRS Louis Lafortune, UQO Éric Lamiot, Université TÉLUQ Jean-Pierre Richer, UQAM Martine Tremblay, UQTR Josée Charest, UQ Valérie Reuillard, UQ Marie Lambert-Chan, QS Les 10 établissements du réseau de l\u2019Université du Québec ont pour mission de faciliter l\u2019accessibilité à l\u2019enseignement universitaire, en plus de contribuer au développement scienti?que du Québec et au développement de ses régions.Coordination : Marie Lambert-Chan et Valérie Reuillard Rédaction : Maxime Bilodeau Jocelyn Coulon Annie Labrecque Martine Letarte Dominique Wolfshagen Direction artistique : Natacha Vincent Révision-correction : Pierre Duchesneau Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 3 LE SENS DU DEVOIR A SURVÉCU 5 L\u2019INFORMATION LOCALE EN PÉRIL 6 NUMÉRIQUE ET DÉMOCRATIE : MARIAGE HEUREUX ?10 LA SOCIAL-DÉMOCRATIE RESTE TRÈS RÉSILIENTE 11 LA MISSION IMPOSSIBLE DE JOE BIDEN 12 RECONNAÎTRE LE RACISME SYSTÉMIQUE\u2026 POUR MIEUX LE CHANGER 13 LE VOTE POUR TOUS ! 14 LES ÉLECTIONS MUNICIPALES SOUS LA LOUPE 15 LE DIALOGUE COMME PLANCHE DE SALUT SOMMAIRE LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC Ce dossier est inséré dans le numéro d\u2019avril-mai 2021 du magazine Québec Science (QS).Il a été ?nancé par l\u2019Université du Québec (UQ) et produit par le magazine Québec Science. LE SENS DU DEVOIR A SURVÉCU Même en temps de pandémie, les gens soucieux du civisme sont plus portés à faire leur part pour autrui, montrent de récents travaux.Une bonne nouvelle pour la démocratie ! Par Jocelyn Coulon n l\u2019a répété souvent au cours des derniers mois : il n\u2019y a pas que le virus SRAS-CoV-2 qui a contaminé le monde ; ceux de la colère et de la méfiance se sont également propagés.Les institutions démocratiques sortiront-elles amochées de cette crise ?Les citoyens conserveront-ils le même respect pour nos normes sociales ?Contre toute attente, Allison Harell, professeure de science politique à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) et spécialiste de l\u2019opinion publique et des comportements électoraux, pose un diagnostic plutôt optimiste : la démocratie canadienne résiste assez bien à la pandémie.Vous êtes une spécialiste des comportements électoraux.En temps normal, vous étudiez les attitudes et les préférences des électeurs ainsi que le vote des femmes.En quoi cela vous aide-t-il à comprendre le comportement des gens en période de crise ?Les gouvernements, les partis et les institutions politiques sont au cœur de la gestion d\u2019une crise, qu\u2019elle soit sanitaire, militaire ou naturelle.L\u2019étude des comportements électoraux nous éclaire beaucoup sur la formation de l\u2019opinion publique quant à ces acteurs, mais aussi à l\u2019égard des politiques et des décisions qu\u2019ils prennent.Ainsi, notre attitude envers un politicien en particulier va in?uencer notre comportement face à la crise.Dans le contexte de la pandémie, on a observé, du moins au Canada, une phase initiale de ralliement des citoyens autour de l\u2019État et des partis au pouvoir.Pourquoi ?Au début de la crise, les évaluations du leadership des dirigeants politiques et de leur gestion des événements ont af?ché des taux très élevés de satisfaction, en partie en raison du discours rassembleur autour du thème : « Nous sommes tous ensemble face à la COVID-19 ».Or les études électorales nous rappellent que la partisanerie politique n\u2019est jamais très loin.Ainsi, les partis et leurs discours, de même que l\u2019identi?cation des citoyens à l\u2019un ou l\u2019autre de ces partis jouent un rôle dans l\u2019évolution des débats sur la gestion d\u2019une crise.Nous avons vu ce phénomène émerger rapidement aux États-Unis, où il y avait dès le départ une remise en cause partisane de la réalité de la pandémie.La pandémie risque-t-elle d\u2019accroître la volonté de certains de contester les règles établies dans nos sociétés depuis longtemps, comme on a pu le constater aux États-Unis ?Je n\u2019en suis pas certaine.Cela dit, on vit dans une période marquée par une radicalisation.D\u2019un côté, on observe une négation de l\u2019expertise et de la science chez une frange de la population.De l\u2019autre, on voit des groupes qui se battent pour l\u2019inclusion et l\u2019égalité [comme Black Lives Matter].Je crois que la contestation aux États-Unis est basée sur une réaction à ces deux pôles, soutenus par les mouvements et les médias sociaux qui alimentent le sentiment de colère.Dans votre dernier article, publié dans la Revue canadienne de science O S E N S D U D E V O I R Allison Harell, professeure à l\u2019UQAM La démocratie sous attaque I M A G E : U Q A M 3 LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 4 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M politique, vous écrivez que, devant les consignes sanitaires, les gens se retrouvent dans deux catégories : ceux qui estiment que c\u2019est un devoir de les suivre et ceux qui pensent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un choix.Pourquoi cette dichotomie ?Nous tirons ce constat de nos travaux en science politique sur les normes en lien avec le vote.Nous savons que la différence entre un devoir et un choix est très importante pour prédire la participation aux élections.La recherche a montré que les personnes qui ont un fort sens du civisme vont généralement voter parce qu\u2019elles estiment qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une obligation morale.Pour les autres, il s\u2019agit d\u2019un choix.Nous avons appliqué la même logique aux comportements dans le contexte de la crise actuelle.Les gens qui se sentent un devoir envers autrui sont plus portés à faire leur part, même quand ils en retirent eux-mêmes peu de béné?ces.Cela ne signi?e pas que ceux qui ne partagent pas cette vision refuseront d\u2019adhérer aux consignes.Lorsqu\u2019ils constatent que tout le monde respecte les règles, ils sont plus enclins à faire de même.Le devoir civique peut-il s\u2019éroder face aux gens qui ne respectent pas les normes sanitaires ?C\u2019est possible.Les normes tendent à être assez stables, mais elles ne sont pas immuables ; d\u2019où l\u2019importance de respecter et de faire respecter les consignes, parce que cela a un effet même sur ceux et celles qui ne partagent pas la norme.Prenez l\u2019exemple du couvre-feu imposé au Québec en janvier : dans l\u2019ensemble, les gens ont respecté la directive gouvernementale.Seulement quelques centaines d\u2019entre eux ont dérogé à la règle.C\u2019est impressionnant.Une crise est un choc pour les citoyens.Cela les rend-il plus disciplinés et plus enclins à respecter les règles ?Ce n\u2019est pas la crise qui rend les gens plus ou moins disciplinés ; c\u2019est la façon dont la société réagit.Si on veut que les gens suivent les directives, il faut les convaincre qu\u2019elles sont nécessaires et qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un devoir envers les autres.En régime démocratique, la pédagogie est importante : il faut constamment expliquer les choix, en s\u2019assurant que ceux-ci sont clairs \u2014 et pas aléatoires \u2014 et que les élites ne contesteront pas l\u2019existence d\u2019une crise, même s\u2019il y aura certainement des débats sur les meilleures mesures pour lutter contre cette menace collective.Quelles leçons les gouvernements devraient-ils tirer de la crise pour mieux af?rmer la démocratie ?Nos travaux témoignent de l\u2019importance \u2014 pour les gouvernements, les partis et les médias \u2014 de promouvoir un message unique, tout en se montrant ?exibles envers certaines personnes qui vivent la crise de façon différente.De plus, il faut donner aux citoyens les moyens de respecter les consignes.Je ne pense pas qu\u2019une punition trop lourde soit ef?cace ; cela offre de la publicité aux contestataires.En?n, il faut mettre en place des politiques publiques claires et faciles à suivre.Au lendemain de la prise du Capitole, à Washington, le 6 janvier dernier, plusieurs insurgés ont justi?é leur geste en invoquant le résultat des élections et l\u2019imposition des mesures sanitaires.N\u2019est-on pas en présence d\u2019un cocktail explosif pour un État démocratique ?Le cas américain est particulier.L\u2019hyper- partisanerie aux États-Unis est un danger pour la démocratie américaine, et la pandémie a accentué le problème.Quand les gens ne reconnaissent aucune autorité à l\u2019État, si ses décisions s\u2019avèrent contraires à leurs souhaits, et si les élites ne sont pas contraintes par leurs partis ou par les institutions à se comporter raisonnablement, on ne peut pas espérer le respect des consignes sanitaires ou du processus électoral.On peut être en désaccord avec les choix du gouvernement, et il est nécessaire dans les démocraties de débattre de la bonne voie à suivre pour la société.Mais il faut que les gens respectent le processus qui permet à la société d\u2019arriver à des décisions légitimes.? 5 La démocratie sous attaque Depuis des décennies, les médias locaux s\u2019étiolent alors qu\u2019ils voient leurs revenus publicitaires fondre.Bien sûr, ils travaillent à réinventer leur modèle d\u2019affaires.Mais d\u2019après Aimé-Jules Bizimana, professeur à l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO), cela ne suf?ra pas, et le gouvernement devra mettre en place des mesures pour les aider durablement.Il en va de la santé de la démocratie, rappelle-t-il.« L\u2019information d\u2019intérêt public est très importante puisqu\u2019elle devient le moteur de décisions politiques, et ces décisions peuvent in?uencer le vote des citoyens », explique M.Bizimana, un ancien journaliste, qui a publié un article sur les enjeux de la presse régionale québécoise dans la revue de ré?exion Organisations & Territoires en 2020.Ainsi, si le conseil municipal d\u2019une petite ville de région autorise des dépenses publiques insensées, il revient aux journalistes locaux de poser des questions et d\u2019attirer l\u2019attention de la population sur cette affaire.C\u2019est la même chose si une grande entreprise installée dans la localité ne respecte pas la réglementation municipale ou environnementale.Toutefois, la chute dramatique des revenus publicitaires empêche la presse régionale de jouer pleinement son rôle de chien de garde, ce qui la force à réduire ses budgets et ses effectifs.Si cette situation affecte tous les médias, y compris nationaux et internationaux, les journaux locaux demeurent de loin les plus grands perdants.D\u2019abord parce que les médias qui appartiennent à de grands groupes sont en meilleure position pour créer des forfaits publicitaires intéressants pour les annonceurs.Par exemple, Le Journal de Montréal peut offrir de diffuser une publicité dans ses pages, mais aussi dans Le Journal de Québec, dans le magazine La Semaine et sur le réseau TVA, qui sont tous la propriété de Québecor.De plus, les grands groupes ont les reins suf?samment solides pour investir dans la transformation numérique de leurs médias.« Si La Presse a pu lancer son application, c\u2019est parce que son propriétaire de l\u2019époque, Power Corporation, a investi 40 millions de dollars en recherche et développement, explique Aimé-Jules Bizimana.Les médias locaux n\u2019ont pas ces moyens.» SOUTIEN PHILANTHROPIQUE Le Québec est passé près de la catastrophe lorsque le Groupe Capitales Médias, qui possédait six quotidiens régionaux, a annoncé en août 2019 qu\u2019il entamait les procédures pour déclarer faillite.Le gouvernement de François Legault s\u2019était alors empressé d\u2019annoncer qu\u2019Investissement Québec octroierait un prêt maximal de 5 millions de dollars à l\u2019entreprise pour qu\u2019elle poursuive ses activités jusqu\u2019en décembre 2019.Les employés de ces quotidiens ont ensuite formé la Coopérative nationale de l\u2019information indépendante.« Heureusement, le gouvernement a compris que c\u2019était très sérieux et a rapidement promis d\u2019intervenir, observe Aimé-Jules Bizimana.Il n\u2019aurait pas pu ignorer le problème sous prétexte que c\u2019est le jeu de l\u2019offre et de la demande.Les démocraties doivent s\u2019assurer de soutenir l\u2019information locale.» Or, au Québec, cette approche est nouvelle.« Petit à petit, les gens comprennent que si on ne met pas en place un grand soutien philanthropique comme aux États-Unis et ailleurs, il faudra favoriser l\u2019aide aux médias par des politiques publiques, tout en s\u2019assurant qu\u2019on préserve leur indépendance comme on le fait dans d\u2019autres domaines », af?rme le chercheur.Par exemple, Le Devoir multiplie les pressions auprès du gouvernement pour que Les amis du Devoir, un organisme sans but lucratif qui sollicite des dons pour ?nancer les activités du quotidien, puissent remettre des reçus pour crédit d\u2019impôt.« Ce serait une façon pour les gouvernements d\u2019aider les médias de façon pérenne, af?rme M.Bizimana.C\u2019est important de le faire, parce que si on a évité le pire, la situation reste extrêmement fragile.Et la population a compris que produire de l\u2019information de qualité est dispendieux.» ?D L\u2019INFORMATION LOCALE EN PÉRIL En 2019, les régions du Québec sont passées à un cheveu de perdre leurs quotidiens.Le gouvernement est-il prêt à aider de façon pérenne la production d\u2019information ?Par Martine Letarte Aimé-Jules Bizimana , professeur à l\u2019UQO L \u2019 I N F O R M A T I O N LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 6 I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M ; L É Ï C G O D B O U T L Les citoyens n\u2019ont jamais autant disséminé de données individuelles aux quatre vents que maintenant.Les chiffres parlent d\u2019eux-mêmes : plus de 8 Québécois sur 10 ont utilisé un ou des réseaux sociaux en 2018, selon des données du défunt Centre facilitant la recherche et l\u2019innovation dans les organisations (CEFRIO).Près de 7 Canadiens sur 10 les fréquentent d\u2019ailleurs sur une base régulière, ce qui fait de ces plateformes numériques une extension à part entière de l\u2019espace public.Dans les 15 dernières années, on constate sans surprise que les débats qui déchirent la société y rebondissent, redé?nissant au passage les notions mêmes d\u2019action et d\u2019engagement politiques.Cela a par exemple été le cas au moment de modi?er la loi canadienne sur l\u2019aide médicale à mourir, en 2016.« Aussi bien ceux qui étaient pour que ceux [qui étaient] contre ont recouru aux médias sociaux pour faire valoir leur point de vue, notamment lors de l\u2019étude du projet de loi au Sénat, indique Mireille Lalancette, professeure en communication sociale à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).Même certains acteurs plutôt insoupçonnés, tels que des évêques catholiques, étaient actifs sur des plateformes comme Twitter.» Avec sa collègue Stéphanie Yates, de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), la chercheuse réalise actuellement une série de sept études comparatives sur les usages de ces espaces lors de controverses soulevant des questions d\u2019acceptabilité sociale.Outre l\u2019aide médicale à mourir, elle se penche sur les cas de l\u2019exploitation pétrolière sur l\u2019île d\u2019Anticosti, du développement de la ?lière du gaz de schiste au Québec et de la vaccination, entre autres sujets.Les objectifs sont multiples et vont de l\u2019examen des stratégies communicationnelles mises de l\u2019avant à l\u2019analyse de la rhétorique des différents acteurs, en passant par l\u2019étude des diverses formes de dialogue rendues possibles sur les réseaux sociaux.« Dans le débat sur l\u2019aide médicale à mourir, nous avons par exemple observé une métapho- risation du discours.Des internautes qui défendent ces dispositions légales sont traités de meurtriers et de suppôts de Satan par le camp adverse », illustre-t-elle.S\u2019il est vrai que les réseaux sociaux, de par leurs mécanismes intrinsèques, carburent aux émotions vives, il serait réducteur de les limiter à cette seule dimension.Ainsi, les politiques, entreprises, groupes d\u2019intérêt et autres mouvances citoyennes n\u2019hésitent pas y diffuser de l\u2019information riche \u2014 parfois même boudée par les médias traditionnels \u2014 lors de dates clés dans l\u2019évolution du dossier.Les groupes qui sont invités à produire un mémoire dans le cadre d\u2019une consultation en commission parlementaire diffuseront par exemple le document par l\u2019entremise de ces circuits, augmentant ainsi sa portée.« On peut ainsi voir le débat se cristalliser à travers l\u2019évolution de l\u2019actualité.En ce sens, les médias sociaux sont aussi bien à la remorque des événements qu\u2019au-devant, ce qui contribue à part entière à faire dérailler des projets », observe Mireille Lalancette.NUMÉRIQUE ET DÉMOCRATIE : MARIAGE HEUREUX ?Le numérique brouille les cartes du vivre-ensemble et de la culture démocratique.Par Maxime Bilodeau 7 La démocratie sous attaque Attention, toutefois, de ne pas verser dans un cyberoptimisme naïf.Les réseaux sociaux demeurent après tout des plate- formes créées pour générer des pro?ts, pas pour favoriser des débats démocratiques.Les utilisateurs, engagés ou non, y sont captifs d\u2019une logique algorithmique à peu près impossible à contourner.« C\u2019est un dé?constant pour les différents acteurs, qui doivent sans cesse composer avec ces réalités, au risque de ne pas voir leurs messages circuler, déplore la chercheuse.Le phénomène des chambres d\u2019écho est encore plus préoccupant : les réseaux sociaux proposent des contenus qui confortent notre vision du monde, pas le contraire.» DIRIGER PAR ALGORITHMES Cette logique algorithmique est aussi en voie de transformer les formes d\u2019exercice du pouvoir au pro?t d\u2019une gouvernance nouveau genre.L\u2019exemple récent des applications de traçage déployées dans le cadre de la pandémie de COVID-19 est éloquent.Elles supposent une administration des affaires de l\u2019État fondée non plus sur des décisions politiques, sanitaires et/ou rationnelles, mais bien sur des résultats de calculs d\u2019algorithmes « autoapprenants » qui empruntent au modèle du microciblage publicitaire faisant la fortune des GAFAM (l\u2019acronyme des géants du web que sont Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).En ?n de compte, seuls six millions de Canadiens ont téléchargé Alerte COVID, un taux d\u2019utilisation bien en deçà de celui qui est requis pour qu\u2019elle soit ef?cace, soit environ 26 millions de Canadiens (ou 70 % de la population).Par ailleurs, à peine 2,4 % des Québécois déclarés positifs à la COVID-19 ont utilisé l\u2019application depuis son déploiement dans la province.« ll y a bien eu un débat public à propos des applications de traçage.Mais, sans qu\u2019on ne sache trop pourquoi, et en dépit du rapport défavorable d\u2019une commission parlementaire chargée d\u2019étudier la question, le gouvernement Legault a décidé d\u2019ouvrir la porte à Alerte COVID », rappelle Romuald Jamet, professeur au Département des sciences humaines et sociales de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).Le feuilleton des applications de traçage n\u2019était pourtant qu\u2019une bataille dans la guerre que mènent les promoteurs de l\u2019intelligence artificielle (IA) pour voir leurs solutions technologiques être adoptées à plus vaste échelle, met en garde le sociologue dans un texte sur la question qu\u2019il cosigne dans l\u2019ouvrage collectif La COVID-19 : un fait social total, publié en novembre dernier.« Ce ?asco [.] n\u2019est que l\u2019arbre qui cache la forêt des milliers d\u2019autres applications consacrées à divers problèmes sociopolitiques, une forme de gouvernementalité instrumentale, ef?cace et dif?cilement contestable qui transformera très certainement et profondément la nature des États et de la politique ainsi que les notions mêmes de démocratie et de citoyenneté », écrit-il.De fait, l\u2019ef?cacité des technologies de l\u2019IA dans le contrôle des populations fait peu de doute, du moins dans les régimes autoritaires.Celui de Chine y recourt depuis plusieurs années déjà pour construire une cote de crédit social à partir des données individuelles de toute nature et ainsi orienter le comportement de ses citoyens.Comme le démontre le débat sur les applications de traçage de la COVID-19, ces technologies suscitent plusieurs interrogations dans les démocraties libérales, entre autres en matière d\u2019imputabilité.« C\u2019est le principe de la black box : les données à l\u2019entrée et les décisions à la sortie sont connues, mais tous ignorent la nature des calculs entre les deux », analyse Romuald Jamet.Qui possède les lignes de code des algorithmes ?Telle est la question à un million de dollars.N U M É R I Q U E 8 I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M ÉDUCATION CITOYENNE Mensonge et vérité qui se confondent, algorithmes qui font la loi, règles du débat public édictées par des oligopoles du web : les citoyens de demain devront faire montre de compétences pointues s\u2019ils espèrent sauvegarder leurs droits et libertés dans notre monde de plus en plus numérique.Nos écoles leur transmettent-elles ce bagage ?« Elles ont le potentiel de les outiller, mais pas les capacités de le faire à l\u2019heure actuelle, répond Normand Landry, professeur à la Télé-université (Université TÉLUQ) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éducation aux médias et droits humains.On trouve depuis deux décennies des contenus en éducation aux médias dans l\u2019ensemble du programme, du préscolaire à la ?n du secondaire, mais ils ne sont pas bien arrimés à la formation des enseignants ni à leurs conditions de pratique de plus en plus dif?ciles.» Le Plan d\u2019action numérique en éducation et en enseignement supérieur du gouvernement du Québec prend acte de cette situation, sans toutefois la corriger entièrement.Lancé en 2018, cet engagement « permettra au Québec de s\u2019adapter à la révolution numérique », soutient le ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur.L\u2019année suivante, des experts mandatés par le ministère ont contribué, par leurs travaux, à la publication d\u2019outils destinés à développer la compétence numérique des Québécois tout au long de leur scolarité, de manière à aider l\u2019ensemble des acteurs du milieu à s\u2019attaquer à ce vaste chantier.En parallèle, Normand Landry a signé Un livre blanc sur l\u2019éducation aux médias au Québec.Le document contient des propositions qui sont le fruit d\u2019un consensus ayant émergé lors d\u2019un colloque tenu à Montréal en 2018.« Concrètement, tout cela signi?e que nous bougeons dans la bonne direction, qu\u2019il y a une réelle volonté politique de travailler avec le milieu scolaire pour aller de l\u2019avant.C\u2019est d\u2019ailleurs quelque chose qu\u2019on voit partout en Occident : il y a une irrésistible vague de fond en faveur du développement de la littératie numérique », se réjouit Normand Landry.Un danger guette cependant : celui de façonner à la chaîne de bons travailleurs de la société du savoir plutôt que de former des citoyens éthiques, responsables et capables d\u2019esprit critique.« La nuance est fondamentale ! Il y a pourtant lieu de s\u2019inquiéter lorsqu\u2019on voit les géants du numérique s\u2019insérer dans ce débat avec les moyens qui sont les leurs », af?rme le chercheur.En effet : que penser d\u2019une campagne qui enseigne les algorithmes aux jeunes, mais qui est ?nancée en partie par Microsoft ?LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 9 xxxxxxxxxx, xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx L\u2019HYPERTRUCAGE, POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE « Bonsoir, Mesdames, Messieurs ; ici Bernard Derome de 1970.Eh oui.» Complet-cravate brun, coupe de cheveux vaguement Beatles, longs favoris : à l\u2019écran, le célèbre présentateur de nouvelles apparaît comme il était jadis, lorsqu\u2019il a commencé à animer le Téléjournal de Radio-Canada.Les images, on le comprend assez vite, sont tra?quées ; Loto-Québec, qui les a dévoilées à l\u2019occasion de son 50e anniversaire en février 2020, ne s\u2019en est jamais cachée.Ce coup de pub a été rendu possible par l\u2019hypertrucage (ou deepfake en anglais), une technique de synthèse d\u2019images basée sur l\u2019intelligence arti?cielle qui vise à superposer des ?chiers audio et vidéo existants sur d\u2019autres vidéos.« Reconnaître un hypertrucage bien fait est dif?cile, même pour quelqu\u2019un comme moi dont c\u2019est le sujet de recherche, avoue Éric Paquette, professeur au Département de génie logiciel et des technologies de l\u2019information de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS).Les enjeux éthiques sont pourtant criants : on peut créer de toutes pièces des contenus pour diffuser des discours de haine ou propager de fausses nouvelles.» Les travaux de ce spécialiste en développement d\u2019applications graphiques et interactives n\u2019ont pourtant rien à voir avec la désinformation.Bien au contraire : ils visent à faciliter la vie d\u2019entreprises spécialisées en postproduction audio offrant par exemple des services de doublage.« Nous souhaitons littéralement faire bouger les lèvres des acteurs de manière conforme à la langue parlée.Traditionnellement, on emprunte plutôt le chemin inverse : on compose un texte dans la langue de doublage souhaitée qui correspond le plus possible au mouvement des lèvres à l\u2019écran, dans la langue originale », explique-t-il.Pour réaliser ce tour de force, Éric Paquette et ses collaborateurs font appel à des algorithmes d\u2019apprentissage automatique, qu\u2019ils alimentent d\u2019images ?lmées dans différentes langues.Grâce à cette approche basée sur l\u2019intelligence arti?cielle, ils espèrent être en mesure de générer des vidéos dans lesquelles les bottines suivent les babines, et vice-versa, d\u2019ici un à deux ans.« Nous nous sommes donné comme contrainte de ne pas numériser les acteurs en 3D.Ce ne serait pas très réaliste dans le contexte de la production cinématographique internationale, où les comédiens ne sont pas facilement accessibles », souligne le scienti?que.À l\u2019heure actuelle, un certain niveau de compétence est nécessaire pour réaliser un hypertru- cage digne de ce nom.Les quelques applications qui prétendent y parvenir, notamment Reface et FaceApp, remplacent tout simplement un visage par un autre dans une vidéo, sans plus.L\u2019hypertrucage s\u2019est d\u2019ailleurs fait connaître ainsi, lorsque les minois de personnalités célèbres comme Emma Watson ont été vulgairement posés sur des corps d\u2019actrices nues.Ce n\u2019est cependant qu\u2019une question de quelques années avant que la technologie se raf?ne et soit plus accessible.« Ne nous leurrons pas : l\u2019hypertrucage est déjà à la portée d\u2019organisations malveillantes et des gouvernements », prévient Éric Paquette.N U M É R I Q U E La démocratie sous attaque LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; E N A P 10 Il n\u2019est jamais conseillé de se laisser dominer par ses sentiments ou ses perceptions.Ainsi, certaines personnes, de plus en plus nombreuses, accréditent l\u2019idée que la social-démocratie est en déclin depuis une vingtaine d\u2019années, et que ce recul est le résultat d\u2019une combinaison de facteurs mortifères : la mondialisation, les délocalisations, les développements technologiques, le libre-échange, la montée du populisme.Qu\u2019en est-il réellement ?« J\u2019ai une bonne nouvelle à vous annoncer, dit Stéphane Paquin au téléphone.La social-démocratie est bien plus résiliente et en santé qu\u2019on le pense.» Professeur à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP), il publie ce printemps La mondialisation, une maladie imaginaire, que nous avons pu lire en exclusivité.Un essai coup de poing dans lequel, chiffres à l\u2019appui, il minimise les effets de la mondialisation sur l\u2019État-providence et documente l\u2019extraordinaire vigueur de la social- démocratie, qui, même aujourd\u2019hui, colore les actions de gouvernements considérés comme libéraux ou conservateurs.Avant d\u2019écrire son livre, Stéphane Paquin était frappé par le pessimisme à l\u2019égard de l\u2019État-providence, que plusieurs estiment « en recul ».Pourtant, les statistiques qu\u2019il compilait sur les dépenses publiques en santé, en éducation ou en aides diverses aux plus démunis contredisaient le discours ambiant.« Je faisais face à un paradoxe, dit-il.Les dépenses qui financent l\u2019État-providence sont à un sommet historique.Avant la crise de la COVID-19, l\u2019emploi était à un niveau inédit pour les deux tiers des pays de l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), malgré le libre-échange et l\u2019automatisation.Et les pays sociaux-démocrates (Suède, Finlande, Danemark) surperforment par rapport aux pays libéraux (Canada, Royaume-Uni, États-Unis).Malgré tout, les doutes subsistent quant à la capacité de l\u2019État à maintenir un niveau élevé de politiques sociales.» Le chercheur s\u2019est alors demandé : pourquoi croit-on que la social-démocratie est en déclin ?Il a trouvé plusieurs explications.Il y a d\u2019abord la désaffection des électeurs envers les partis sociaux-démocrates.Pendant des années, ces derniers ont perdu des voix au pro?t de partis libéraux ou centristes.Au Québec par exemple, le Parti québécois, porte-étendard de la social-démocratie, a quasiment disparu.Ensuite, la perception d\u2019un recul est alimentée par les effets de la mondialisation sur certaines catégories de gens qui ont perdu leur emploi ou vu leurs revenus stagner.En?n, notre imaginaire collectif nous joue des tours.« Les mauvaises nouvelles restent plus longtemps gravées dans notre mémoire que les bonnes, dit Stéphane Paquin.Ce biais conduit à un autre : celui de la perception du déclin, qui consiste à penser que le monde allait bien mieux avant et à juger le présent à l\u2019aune d\u2019un passé idéalisé.» Or, presque tous les indicateurs sociaux, même aux États-Unis, indiquent un renforcement des ?lets de protection.« Il y a parfois des resserrements, mais la tendance est à une augmentation de la protection », dit-il.« Au Québec, les programmes sociaux sont rarement contestés par les élites, même par les caquistes.En fait, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a boni?é les garderies publiques, les congés parentaux, l\u2019égalité salariale, l\u2019accès aux lunettes gratuites.» Pourquoi ?Stéphane Paquin risque une explication.« Les dirigeants \u201cconservateurs\u201d sont des enfants de la social-démocratie.Ils tiennent à cet État-providence qui est devenu \u201cnormal\u201d.Ils l\u2019ajustent, mais ils ne le remettent pas en cause.Dès lors, les partis sociaux-démocrates n\u2019ont plus le monopole de la social-démocratie.» Et la pandémie de COVID-19 ne va pas changer cette orientation.?Stéphane Paquin, professeur à l\u2019ENAP Contrairement aux perceptions, l\u2019État-providence se porte très bien, et les ?lets de protection se renforcent.Par Jocelyn Coulon LA SOCIAL-DÉMOCRATIE RESTE TRÈS RÉSILIENTE 11 La démocratie sous attaque J Joe Biden ne s\u2019est pas fait prier pour déconstruire plusieurs pans de l\u2019héritage de Donald Trump.Dès son entrée en fonction, le 46e président des États-Unis a posé une série de gestes concrets visant à renverser certaines mesures phares de son prédécesseur, comme réengager son pays dans l\u2019Accord de Paris sur le climat et annuler le moratoire imposé aux ressortissants venant de certains pays à majorité musulmane.Le nouveau locataire de la Maison-Blanche aura cependant fort à faire pour réparer les pots cassés durant les quatre années de l\u2019ère Trump.« Nous ne sommes plus en 2016, fait valoir Élisabeth Vallet, chercheuse à l\u2019Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) et professeure en études internationales au Collège militaire royal de Saint-Jean.Beaucoup de choses ont changé pour de bon lors du règne de Donald Trump, dont les pleines conséquences se feront ressentir pendant des années, voire des décennies.» Le droit américain pourrait bien être l\u2019une des principales victimes collatérales de cette présidence.Au cours de son mandat, Donald Trump a procédé à plusieurs nominations de juges ultraconservateurs dans les différentes cours fédérales.« Ces candidats, jeunes pour la plupart, feront carrière et progresseront dans l\u2019appareil judiciaire.Ce faisant, ils redé?niront la nature du droit américain en fonction de leurs orientations idéologiques », prévoit la politologue.Déjà, trois magistrats nommés par Trump siègent à la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire du pays.Qui plus est, certaines décisions controversées ne pourront être in?rmées simplement.Ainsi, il faudra déclencher une procédure longue et fastidieuse devant le Congrès pour retirer Cuba de la liste des États soutenant le terrorisme.Y placer cet État insulaire n\u2019a pourtant demandé qu\u2019un simple décret présidentiel, promulgué en toute ?n de mandat de surcroît.Un autre exemple : la fonction publique américaine est désormais peuplée de nombreux fonctionnaires considérés comme de loyaux trumpistes qui, selon Élisabeth Vallet, n\u2019hésiteront pas à nuire à la bonne administration des affaires de l\u2019État.LES ÉTATS DÉSUNIS La cerise sur le gâteau : Joe Biden devra composer avec une société hautement polarisée, au sein de laquelle les divisions (démocrates contre républicains; villes contre régions; etc.) sont plus grandes et plus profondes que jamais.De l\u2019inédit depuis Abraham Lincoln, qui était arrivé lui aussi à la tête d\u2019une nation divisée en 1861.La guerre de Sécession avait d\u2019ailleurs éclaté peu après sa prise de fonction.« Biden a annoncé son intention de gouverner au centre.Le problème, c\u2019est que des républicains qui étaient jadis considérés comme des \u201cdémocrates de droite\u201d se sont radicalisés à un point tel qu\u2019il n\u2019est plus possible de discuter de politique avec eux », indique Élisabeth Vallet.De fait, le plus grand dé?du nouveau président sera certainement de réuni?er les Américains autour de projets, d\u2019objectifs et de rêves communs.Comment y parvenir ?« À vrai dire, je l\u2019ignore, répond la chercheuse.Les États-Unis sont confrontés à un improbable scénario de restauration onusienne de la démocratie d\u2019un État de droit.C\u2019est une situation qu\u2019on voit généralement dans des sociétés post- autocratiques.» Pas dans la prétendue plus grande démocratie du monde.?LA MISSION IMPOSSIBLE DE JOE BIDEN Le trumpisme in?uencera-t-il de façon durable la manière de faire de la politique chez nos voisins du Sud ?Poser la question, c\u2019est y répondre.Par Maxime Bilodeau P O L I T I Q U E LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M 12 L L\u2019automne dernier, le drame de Joyce Echaquan a bouleversé le Québec.Tout juste avant de mourir, cette femme atikamekw de 37 ans s\u2019est ?lmée en direct sur Facebook pour montrer comment elle était mal traitée et insultée par le personnel soignant de l\u2019hôpital de Joliette.Une illustration-choc des inégalités raciales dans le système de santé ; un problème décrit par plusieurs études et rapports depuis des années.« Le public réalise que les personnes qui se disent victimes de discrimination racontent la vérité, qu\u2019elles n\u2019exagèrent pas.Et c\u2019est beaucoup grâce aux médias sociaux, qui permettent aux gens de le voir de leurs propres yeux », explique Sébastien Brodeur-Girard, professeur à l\u2019École d\u2019études autochtones de l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).Il croit que cette nouvelle prise de conscience sociale pourrait attirer davantage l\u2019attention sur les analyses qui continuent de sortir sur le sujet.Or cela ne garantit pas un réel changement sur le terrain, d\u2019autant plus que le gouvernement du Québec refuse de reconnaître l\u2019aspect systémique de ce racisme.« [Le problème] n\u2019est pas tant le racisme manifesté par certaines personnes, même s\u2019il y en a, mais les conséquences de politiques publiques sur des populations vulnérables.Souvent, ces politiques n\u2019ont pas été implantées en vue de nuire, mais pour toutes sortes de raisons historiques et culturelles, elles heurtent tout de même des groupes », explique celui qui est aussi avocat.Prenons l\u2019exemple de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).Un jeune placé en famille d\u2019accueil doit avoir à sa disposition une chambre à coucher, de préférence privée.« Cela permet de donner de l\u2019intimité à l\u2019enfant, mais il y a un manque critique de logements dans les communautés autochtones, et pratiquement personne n\u2019y a sa propre chambre », explique Sébastien Brodeur-Girard.Par défaut, cette politique exclut d\u2019emblée presque toutes les familles autochtones en communauté.« Elle ?nit donc par encourager le placement des enfants autochtones dans des familles non autochtones et par les couper de leur culture », soutient-il.Pour arriver à des changements, il faudra modifier ces politiques.« Mais en refusant de reconnaître la dimension systémique du problème, le gouvernement est très mal placé pour agir », af?rme Sébastien Brodeur-Girard, qui a participé à la Commission d\u2019enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics, dont le rapport \u2014 déposé en septembre 2019 \u2014 comprend 142 appels à l\u2019action.LE DEVOIR DE DOCUMENTER D\u2019aucuns s\u2019entendent pour dire que l\u2019affaire Joyce Echaquan n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg.« Par exemple, on commence à parler des stérilisations forcées de femmes autochtones qui se sont passées il n\u2019y a pas si longtemps et des enfants enlevés de leur famille dans les années 1950, 1960 et 1970 », indique Me Brodeur-Girard.Documenter ces pans de l\u2019histoire aidera à mieux comprendre pourquoi les Autochtones ont peu con?ance envers le système de santé.« En plus, à l\u2019hôpital, on ne s\u2019adresse pas à eux dans leur langue, alors ils ne comprennent pas bien, et cela alimente leur mé?ance », ajoute-t-il.« Ils peuvent ainsi percevoir les milieux de soins comme dangereux et refuser de s\u2019y rendre.Des gens sont morts pour cette raison.» Bien sûr, toute société préférerait que ces histoires d\u2019horreur n\u2019aient jamais eu lieu, et aucune n\u2019aime se faire accuser de racisme systémique.« C\u2019est encore plus vrai pour les autorités, af?rme Sébastien Brodeur-Girard.Il y a des intérêts politiques en jeu, et la question de l\u2019image est très importante.Documenter le caractère systémique du racisme est donc crucial pour que, un jour, on ?nisse par le reconnaître, et qu\u2019on puisse changer les choses.» ?Le racisme vécu par les Autochtones est documenté depuis longtemps.Néanmoins, il a fallu la vidéo virale de Joyce Echaquan pour provoquer une prise de conscience collective.Peut-on maintenant espérer un réel changement ?Par Martine Letarte RECONNAÎTRE LE RACISME SYSTÉMIQUE\u2026 POUR MIEUX LE CHANGER 13 La démocratie sous attaque ela peut sembler incongru : en 1993, les citoyens canadiens aux prises avec une déficience intellectuelle ont en?n pu accéder au droit de vote.« L\u2019ancienne loi électorale considérait ces personnes comme inaptes à voter.Cela a été contesté, car c\u2019est une mesure trop arbitraire et discriminatoire », relate Bernard Gagnon, professeur en éthique à l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR).« Il fallait y mettre un terme, et c\u2019est ainsi que l\u2019accès au vote est devenu universel pour tous les citoyens canadiens, qu\u2019ils aient une dé?cience intellectuelle ou non.» Bernard Gagnon a fouillé la question dans un article publié en 2019 dans l\u2019European Journal of Disability Research.Il y souligne que l\u2019adoption de la Convention relative aux droits des personnes handicapées des Nations unies, établie en 2008, a poussé des États à modi?er leur système électoral pour donner une voix pleine et entière aux personnes qui présentent une dé?cience intellectuelle.C\u2019est le cas de la France, du Royaume-Uni et de l\u2019Australie, qui ont abrogé cette pratique discriminatoire.Chez nos voisins du Sud, cependant, le contexte est différent.Certains États, comme la Floride et la Californie, peuvent soumettre des personnes placées sous tutelle à des tests a?n de déterminer si elles sont aptes à voter.« Ces évaluations sont très contestées, car on ne les fait pas passer à tous les citoyens américains.Elles sont jugées discriminatoires parce qu\u2019il faut décider à qui cela s\u2019applique en préjugeant qu\u2019une telle personne devrait passer le test avant d\u2019aller voter », souligne Bernard Gagnon.UN DROIT DE VOTE PLUS INCLUSIF Si le Canada est exemplaire en ce qui a trait à l\u2019accès au vote, déposer son bulletin dans l\u2019urne demeure dif?cile pour une personne aux prises avec un handicap cognitif.Pourtant, des mesures ont été mises en place pour aider les gens avec un handicap physique, visuel ou auditif à participer à l\u2019élection, par exemple l\u2019implantation de bureaux de scrutin itinérants, des bulletins de vote adaptés aux électeurs aveugles ou le vote par la poste.« Les personnes avec une dé?cience intellectuelle peuvent avoir de la dif?culté à comprendre les processus électoraux et le droit de vote », rappelle Bernard Gagnon.Il faudrait améliorer la façon de communiquer les enjeux électoraux en ayant recours à des tuteurs politiques, une avenue mise de l\u2019avant par la philosophe américaine Martha Nussbaum.« Ce tuteur exprimerait le droit de vote au nom de la personne, et non pas à sa place », explique le chercheur.Par contre, cette mesure est critiquée, ajoute-t-il, parce qu\u2019elle remet en question plusieurs principes du système électoral ; la con?dentialité du vote, entre autres.D\u2019autres idées émergent néanmoins, comme l\u2019intervention d\u2019un comité faisant of?ce de « protecteur du citoyen ».Ses membres exprimeraient le choix électoral de certains groupes de la population.En pratique, cette avenue est toutefois loin d\u2019être satisfaisante du point de vue éthique, puisqu\u2019elle contrevient à l\u2019individualité du vote.Cela dit, on peut déjà se réjouir que les personnes vivant avec un ou des handicaps soient davantage consultées pour rendre le vote plus inclusif.Par exemple, elles forment un comité consultatif qui, depuis 2014, aide Élections Canada à améliorer l\u2019accès au scrutin.Dans tous les cas, la ré?exion se poursuit, car il y aurait moyen de changer les structures politiques pour que chaque citoyen, peu importe ses différences, ait sa propre voix dans la société.?C Ce n\u2019est qu\u2019à partir de 1993 que les Canadiens avec une dé?cience intellectuelle ont pu exercer leur droit de vote.Quel chemin a-t-on parcouru depuis ?Par Annie Labrecque LE VOTE POUR TOUS ! D R O I T D E V O T E LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; C H R I S T I A N F L E U R Y 14 ?S\u2019 i l e s t b i e n c o n n u q u e les élections municipales n\u2019attirent pas autant d\u2019électeurs aux urnes que les autres exercices politiques, elles susciteraient toutefois de plus en plus l\u2019intérêt de chercheurs canadiens, selon Sandra Breux, professeure au Centre Urbanisation Culture Société de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que (INRS) et responsable du Laboratoire sur les élections locales (LABEL).« Je n\u2019aurais pas dit ça il y a 10 ans, mais maintenant, ça bouge beaucoup ! » lance-t-elle.Au cœur de ce gain de popularité : la multiplication des collaborations entre des chercheurs de partout au pays.Sandra Breux s\u2019est d\u2019abord alliée à Laurence Bherer, de l\u2019Université de Montréal, a?n de scruter les élections municipales québécoises.Elle a ensuite élargi le réseau à l\u2019échelle canadienne en créant le LABEL en 2014, en plus de travailler avec Jérôme Couture, de l\u2019Université Laval, avec qui elle a publié en 2018 l\u2019ouvrage Accountability and Responsiveness at the Municipal Level: Views from Canada.Cette mise en commun des connaissances et des efforts a mené à une compréhension plus ?ne des facteurs régissant la participation aux élections municipales.« La taille de la municipalité joue un grand rôle : plus la municipalité est petite, plus la participation est grande.Cette tendance s\u2019expliquerait notamment par la théorie voulant que plus un électeur a l\u2019impression que son vote a des chances d\u2019in?uencer le résultat, plus il est probable qu\u2019il se déplace aux urnes », rapporte la chercheuse.Les taux de participation augmenteraient également lors d\u2019élections plus serrées ou compétitives, notamment en présence d\u2019un grand nombre de candidats ou de questions précises (des propositions de projets mobilisateurs, ou encore des scandales ou soupçons de corruption, notamment).Autrement dit, le contexte particulier de chaque municipalité est ce qui a le plus de poids.Maintenant que les chercheurs comprennent mieux les paramètres prédisant le taux de participation, leur attention se tourne davantage vers les éléments plus dif?ciles à chiffrer.Par exemple, comment l\u2019intérêt de l\u2019électeur est-il modulé par l\u2019information locale, ou alors par la présence et le rôle des femmes en politique municipale ?Ou encore, comment solliciter l\u2019électorat plus jeune, qui a tendance à moins voter de manière générale ?« Il nous manque encore beaucoup d\u2019informations sur le pro?l de l\u2019électeur », concède Sandra Breux.Certaines pistes sont déjà explorées, comme l\u2019hypothèse qu\u2019un citoyen est plus susceptible de s\u2019intéresser aux élections municipales s\u2019il est propriétaire.Cependant, pour le moment, les études sur le sujet n\u2019arrivent pas à un consensus.En fin de compte, les chercheurs planchent encore sur la façon d\u2019intéresser l\u2019électeur à ces mal-aimées des exercices politiques que sont les élections municipales.Il s\u2019agit pourtant du type de pouvoir que les citoyens peuvent in?uencer le plus directement, sans compter qu\u2019il touche leur portefeuille ainsi que plusieurs services du quotidien.En éclairant les nombreuses zones d\u2019ombre restantes, le LABEL espère ainsi contribuer à l\u2019augmentation de la participation électorale municipale.?Sandra Breux, professeure à l\u2019INRS et responsable du Laboratoire sur les élections locales Des chercheurs s\u2019attaquent à la méconnaissance de la scène municipale dans l\u2019espoir de lui faire perdre sa réputation de parent pauvre de la démocratie.Par Dominique Wolfshagen LES ÉLECTIONS MUNICIPALES SOUS LA LOUPE 15 La démocratie sous attaque P Protéger la démocratie n\u2019est pas chose aisée quand on considère qu\u2019elle ne fonctionne pas comme un interrupteur, mais plutôt comme un gradateur\u2026 réglé par des personnes qui ne voient pas toujours les choses du même œil que le sien, parfois au point de tomber dans les extrêmes.Geneviève Nootens, professeure en science politique à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), rappelle que les régimes politiques bougent sur le « continuum démocratisation/ dé-démocratisation ».D\u2019après les travaux du sociologue américain Charles Tilly, ce « gradateur » s\u2019ajusterait continuellement en fonction de trois champs de bataille.Le premier consiste à se demander quels aspects importants de son existence la population accepte de con?er à l\u2019État : l\u2019éducation, les pensions de vieillesse, la santé, les routes\u2026 ?Chaque élément délégué requiert bien entendu une bonne dose de con?ance envers les institutions, relève la professeure.« Dans les sociétés complexes, on ne peut généralement pas se reposer sur la con?ance de type interpersonnel, parce que les gens ne se connaissent pas tous.La con?ance passe donc par des mécanismes plus laborieux, notamment les institutions, a?n d\u2019assurer un traitement équitable pour toute la population.» Ensuite : y a-t-il présence de milices privées ou paramilitaires qui agissent au nom d\u2019individus ou de groupes, et qui tentent de s\u2019imposer ou de préserver le pouvoir entre leurs mains ?« La démocratie est le nom qu\u2019on donne aux régimes dans lesquels la consultation des citoyens est la plus étendue, égale et protégée possible ; où les citoyens ne risquent pas la mort ou de graves conséquences lorsqu\u2019ils font valoir leur point de vue.Il faut également que les institutions publiques soient contraintes de suivre la volonté de la population, contrairement à certains régimes autoritaires qui n\u2019utilisent le vote qu\u2019à titre indicatif, par exemple », illustre Geneviève Nootens.En?n, à quel point les inégalités sociales se ressentent-elles sur le plan politique ?Par dé?nition, en démocratie, la souveraineté appartient au peuple.Cela implique par conséquent de favoriser l\u2019égalité des droits et l\u2019égalité de participation de tous ses membres, incluant ceux à plus faible revenu ou appartenant à différents groupes minoritaires.« Tout cela étant dit, la démocratie repose sur un équilibre très fragile, historiquement ; la dé-démocratisation survient beaucoup plus rapidement que la démocratisation, alors il faut être attentif à tout signe de dégradation », soutient la chercheuse.Celle-ci prend la peine de rappeler que même si les régimes démocratiques ne sont pas parfaits, ils ont permis d\u2019améliorer considérablement l\u2019existence des gens « ordinaires ».Selon elle, la polarisation est certainement problématique : « Lorsque le centre de l\u2019échiquier politique se vide vers les extrêmes, le dialogue est alors beaucoup moins facile.Or la démocratie requiert sinon de réaliser des consensus, au moins d\u2019accepter qu\u2019on ne soit pas toujours d\u2019accord ; d\u2019accepter que parfois, on gagne, et parfois, on perd.La démocratie repose sur une délibération publique saine et posée, où chacun est respecté.» Par contre, la polarisation serait loin d\u2019être la seule responsable de la dégradation des démocraties.À titre d\u2019exemple, l\u2019effondrement des démocraties dans l\u2019Europe de l\u2019entre-deux-guerres montre que la polarisation des citoyens n\u2019était pas très importante ; c\u2019est plutôt l\u2019in?uence d\u2019élites politiques et économiques qui aurait mené à l\u2019avènement des régimes fascistes.« C\u2019est très intéressant, surtout en regard de l\u2019attitude des républicains face à Trump : leur tolérance a conduit à des actes qui ont culminé avec les événements du Capitole, et ils sont donc, de mon point de vue, en bonne partie responsables de ce qui est arrivé en janvier dernier », avance Mme Nootens.Elle met cependant en garde de ne pas traiter toute dissension comme un problème \u2014 au contraire, car une importante partie de l\u2019activité démocratique requiert la contestation a?n de corriger ou de parfaire ses institutions.Tendre des perches : voilà comment contrer la fragilisation de la démocratie dans un monde occidental de plus en plus divisé.Par Dominique Wolfshagen LE DIALOGUE COMME PLANCHE DE SALUT D É M O C R A T I S A T I O N I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 16 « L\u2019objectif est de donner des points d\u2019ancrage à ceux qui sont attirés par la radicalisation violente.Quand on est attaché au monde qui nous entoure, on est moins porté à le détruire.» \u2013 Élise Bourgeois-Guérin, professeure à l\u2019Université TÉLUQ RÉTABLIR DES PONTS Élise Bourgeois-Guérin, professeure à la Télé-université (Université TÉLUQ) spécialisée en psychologie ainsi qu\u2019en radicalisation et extrémisme violents, pousse la remarque plus loin : même la radicalisation n\u2019est pas toujours à condamner.« C\u2019est que la façon de la dé?nir est très liée au contexte, mais certains mouvements qu\u2019on a pu quali?er de radicaux à une autre époque nous ont permis d\u2019évoluer et d\u2019apporter des progrès qu\u2019on tient au- jourd\u2019hui pour acquis, comme le droit de vote des femmes », rappelle-t-elle.La menace envers la démocratie survient plutôt lorsque la radicalisation verse dans la violence.Or, bien que la recherche ait identi?é des facteurs de risque ainsi que des facteurs de protection face à l\u2019extrémisme, il n\u2019existe pas de manière ?able de prédire qui basculera dans la violence, selon la chercheuse.Pire : l\u2019implantation de mesures ciblant les communautés plus à risque de se radicaliser envenime davantage la situation.« Ça fait que les communautés se sentent profilées \u2014 avec raison \u2014, alors ça augmente le ressentiment et brise la con?ance, fait-elle valoir.C\u2019est exactement le contraire de ce qu\u2019on cherche à faire pour résoudre le problème, parce que pour certaines personnes, la radicalisation violente se présente justement comme la solution pour redresser des torts ! » Que faire, donc, pour reprendre contact avec ceux qui ont franchi le Rubicon ?Réponse : recourir au même outil que pour préserver les démocraties, soit l\u2019ouverture à ceux qui ne pensent pas comme nous.« Ça ne sert à rien d\u2019attaquer directement leurs croyances, car ils ont des raisons qui les poussent à y adhérer, et ils vont se braquer.Il faut plutôt se concentrer sur le désengagement des comportements problématiques », indique Élise Bourgeois-Guérin.« L\u2019idée n\u2019est pas tellement de freiner leur élan, mais plutôt de leur offrir une solution de rechange qui n\u2019est pas destructrice, comme l\u2019art, le sport ou l\u2019accompagnement spirituel.» D\u2019ailleurs, depuis octobre 2020, la professeure participe à l\u2019évaluation d\u2019un programme québécois de mentorat mis sur pied par l\u2019équipe de Recherche et action sur les polarisations sociales (RAPS), en collaboration avec le Réseau des praticiens canadiens pour la prévention de la radicalisation et de l\u2019extrémisme violent (RPC-PREV), qui mise sur la réhabilitation sociale des jeunes engagés dans la radicalisation violente ou à risque d\u2019y basculer.Des professeurs des universités McGill et Concordia ainsi que de l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) prêtent également main-forte aux chercheurs, tout comme l\u2019Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel et le Musée des beaux-arts de Montréal.« L\u2019objectif est de donner des points d\u2019ancrage à ceux qui sont attirés par la radicalisation violente, indique la chercheuse.Quand on est attaché au monde qui nous entoure, on est moins porté à le détruire.» ? ON DIT QUE ATTIRENT LES MEILLEURS LES MEILLEURS L\u2019an dernier, 50 scienti?ques de Polytechnique Montréal ont été parmi les 2 % les plus cités dans le monde, selon une étude de l\u2019université Stanford.Depuis le début des subventions de recherche Alliance du CRSNG, Polytechnique arrive au premier rang des universités québécoises en termes de inancement.Ses projets ont obtenu 24,4 % du montant total des subventions octroyées au Québec et 8,3 % au Canada.Depuis le 1er juin 2018, Polytechnique Montréal a embauché 57 nouveaux professeurs, parmi les meilleurs au monde, dont près de 40 % de femmes.LES FAITS LE CONFIRMENT POUR POLYTECHNIQUE MONTRÉAL polymtl.ca/carrefour SCIENCES PAR ANNIE LABRECQUE Un message atterrit sur la page Facebook de Québec Science un jour de juin 2020.« Bonjour, simplement vous informer que la carte que vous montrez n\u2019est pas correcte.Le Groenland est plus petit que l\u2019Amérique latine.Votre carte présente une version tordue de la réalité.C\u2019est peu scienti?que de votre part ! » Le jeune homme à l\u2019œil de lynx fait référence à une carte de l\u2019Organisation mondiale de la santé accompagnant un article sur la COVID-19 où le Groenland paraît plus grand que l\u2019Amérique du Sud.En réalité, il est sept fois plus petit que ce continent ! L\u2019anecdote illustre bien le défi que plusieurs cartographes ont eu à relever au ?l des siècles : comment reproduit-on la planète toute ronde sur une surface plane ?La science cartographique a pris son envol au 1er siècle.L\u2019astronome grec Claude Ptolémée inscrit dans un volume appelé Geographia les noms et coordonnées d\u2019au moins 8 000 lieux, qui serviront de connaissances de base aux cartographes.« Il a été le premier à utiliser des coordonnées géographiques, la longitude et la latitude, pour localiser un point dans le monde », souligne Lauren Williams, bibliothécaire aux livres rares et collections spécialisées de l\u2019Université McGill.Le savoir de Ptolémée atteint l\u2019Afrique et l\u2019Asie, mais semble être tombé dans l\u2019oubli pendant des siècles en Europe.Les connaissances du géographe refont surface en 1493 dans l\u2019encyclopédie illustrée Chronique de Nuremberg.Celle-ci contient une carte inspirée de son travail qui montre une vision intéressante de la Terre à cette époque où le Nouveau Monde n\u2019a pas été encore découvert.« On voit des inexactitudes telle la représentation de l\u2019océan Indien comme une étendue d\u2019eau fermée.Les gens pensaient qu\u2019il était impossible de faire le tour du continent africain », indique Lauren Williams.Au Moyen Âge, les Européens croient que le monde a été formé par les trois ?ls de Noé après le déluge.Ceux-ci ?gurent d\u2019ailleurs dans trois coins de la carte tenant la Terre dans leurs mains.Quelques décennies plus tard, la projection de Mercator bouleverse le monde de LES CARTES, TÉMOINS DU MONDE DING ! 28 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Les cartes anciennes sont loin d\u2019être banales, elles racontent l\u2019évolution de la vision du monde. LES CARTES, La carte inspirée de Ptolémée avec les trois ils de Noé Les 8 000 localisations de Ptolémée placées dans l\u2019encyclopédie illustrée Chronique de Nuremberg AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 29 \u2022 IMAGES : LIVRES RARES ET COLLECTIONS SPÉCIALISÉES, BIBLIOTHÈQUE DE L\u2019UNIVERSITÉ MCGILL SCIENCE « Le kayak était inconnu des Européens.Jodocus Hondius l\u2019a représenté ici, en haut à droite, pour indiquer que les habitants utilisent cette embarcation.L\u2019image fait comprendre qu\u2019on peut ramer d\u2019une main et de l\u2019autre chasser les oiseaux avec un harpon », explique Alban Berson, de BAnQ.En bas à gauche, on dirait une sorte de bande dessinée.Le cartothécaire mentionne qu\u2019il faut la lire de la droite vers la gauche.« Ce sont des Amérindiens Tupinam- bas du Brésil.Hondius était fasciné par la façon dont ils fabriquaient leur boisson rituelle.Les femmes, décrites comme de jeunes vierges, sont représentées en train de mâcher des céréales pour les broyer et les cracher ensuite dans un bol.Le tout était bouilli et macéré pendant trois semaines.Ensuite, les hommes s\u2019en enivraient lors de célébrations religieuses », décrit Alban Berson.Carte datant de 1613 créée par Samuel de Champlain et le graveur David Pelletier.S 30 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 \u2022 IMAGES : LIVRES RARES ET COLLECTIONS SPÉCIALISÉES, BIBLIOTHÈQUE DE L\u2019UNIVERSITÉ MCGILL ; BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC la cartographie : c\u2019est comme si l\u2019on avait inséré la Terre dans un cylindre pour la compresser et la dérouler ensuite.Elle a été imaginée par Gerardus Mercator, un cartographe et géographe ?amand qui a conçu ses premières cartes en 1569.Sa force est de conserver les distances nautiques entre deux points, ce qui était crucial pour les grands explorateurs de l\u2019époque.« Le but de Mercator était d\u2019inventer une projection utile à la navigation.Il n\u2019essayait pas de représenter objectivement le monde tel qu\u2019il était et ne se souciait pas des étendues terrestres, explique Lauren Williams.Les cartes dessinées selon la projection de Mercator ont permis aux marins de naviguer très loin sans avoir à changer le réglage de leur boussole.Tant qu\u2019ils maintenaient le cap, ils arrivaient exactement là où ils pensaient aller.Il s\u2019agissait d\u2019un développement majeur en navigation et en cartographie.» La projection de Mercator est encore la technique la plus utilisée de nos jours en cartographie.En contrepartie, comme le soulignait notre internaute sur Facebook, elle déforme certains points de la planète au fur et à mesure qu\u2019on s\u2019éloigne de l\u2019équateur, ce qui explique la taille gênante du Groenland.« Mercator lui-même a reconnu que la façon dont le monde était dessiné sur sa carte était inexacte.Mais pourquoi sa représentation est-elle toujours populaire ?» se demande Lauren Williams.La question est d\u2019autant plus pertinente que pas moins d\u2019une soixantaine de projections ont été créées depuis Mercator \u2013 sans qu\u2019aucune soit parfaite.SIRÈNES ET CASTORS Les cartes se sont raf?nées au fur et à mesure des nombreuses expéditions maritimes.Il n\u2019était pas rare d\u2019y voir, en plus des étendues de terres, des ornements : armoiries, anges, sirènes, monstres marins, bateaux, cannibales, baleines, histoire illustrée\u2026 Certains de ces ornements possédaient une si- gni?cation particulière ; par exemple, la baleine symbolise la résurrection et les obstacles que les navigateurs ont dû affronter.D\u2019autres dessins servaient à remplir le vide d\u2019une carte ou à raconter une histoire ; c\u2019était l\u2019usage qu\u2019en faisait le Flamand Jodocus Hondius, graveur et cartographe.Il fut l\u2019un des premiers à réaliser des cartes du Nouveau Monde.Alban Berson, cartothécaire à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), pointe un bateau au large de la Virginie sur une carte de Hondius datant du début du 17e siècle.« Les Amérindiens avaient une technique inusitée pour construire leur embarcation dans un tronc d\u2019arbre au moyen d\u2019un feu contrôlé qui brûlait l\u2019intérieur.Cette technique de fabrication, inconnue des Européens, a tellement impressionné Hondius qu\u2019il l\u2019a illustrée sur sa carte », relate le cartothécaire.Cette pratique se voulait aussi informative qu\u2019esthétique, selon Alban Berson.« Pour le propriétaire d\u2019une carte, la ?abilité des données géographiques et topographiques est importante, mais si elle est enjolivée, c\u2019est aussi un atout », dit-il.Les cartes destinées aux rois et à leurs conseillers sont particulièrement spectaculaires.Allier la minutie au style était la spécialité du grand navigateur français Samuel de Champlain, fondateur de la ville de Québec en 1608.Encore aujourd\u2019hui, il est reconnu pour ses cartes très précises.Elles ont permis aux historiens de recréer ses voyages.« Champlain était un promoteur du Nouveau Monde.Il voulait absolument le coloniser, s\u2019y installer et le déclarer territoire français.Il a toujours fait la promotion de cet endroit, qu\u2019il trouvait riche en ressources naturelles », expose Ann Marie Holland, bibliothécaire aux livres rares et collections spécialisées de l\u2019Université McGill et spécialiste des cartes du célèbre explorateur.Ainsi, des plantes et des animaux (castor, rat musqué, renard) ornent l\u2019une de ses cartes, datée de 1613.En montrant les richesses de cette nouvelle contrée, Champlain cherchait à y attirer ses compatriotes et à séduire des investisseurs pour ses traversées.Sur cette même carte, on peut voir quatre Amérindiens vaquant à différentes occupations.« Les peuples autochtones étaient considérés comme des guerriers, mais aussi comme des agriculteurs.Champlain essayait donc de dépeindre ces deux côtés », détaille Ann Marie Holland.« Mercator lui-même a reconnu que la façon dont le monde était dessiné sur sa carte était inexacte.Mais pourquoi sa représentation est-elle toujours populaire ?» \u2013 Lauren Williams, bibliothécaire aux livres rares et collections spécialisées de l\u2019Université McGill AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 31 SCIENCES Dans les années 1760, le général James Murray met sur pied un immense projet de carto graphie de la vallée du Saint-Laurent.Une équipe d\u2019ingénieurs militaires qualiiés accompagnent le capitaine Samuel Holland pour effectuer cette tâche, qui les mènera dans tous les villages.SOMBRES DESSEINS CARTOGRAPHIÉS Les cartes dévoilent parfois le côté obscur de l\u2019humanité, comme celles très troublantes créées par le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.« Les Allemands dessinaient des cercles noirs pour localiser et estimer la taille des différents groupes ethniques, plus particulièrement des Juifs, dans l\u2019Europe centrale et l\u2019Europe de l\u2019Est, dans le dessein avoué de les faire disparaître, raconte Christopher Lyons, bibliothécaire en chef aux livres rares et collections spécialisées de l\u2019Université McGill, encore ébranlé par le souvenir de ces cartes.Je n\u2019ai jamais regardé le mal d\u2019aussi près.» De son côté, Tristan Landry, de l\u2019Université de Sherbrooke, a réussi à mettre la main sur une carte du renseignement militaire soviétique imprimée en 1981 à Moscou, pendant la guerre froide.Elle montre les alentours de Montréal et aurait été réalisée par des agents soviétiques qui devaient habiter la ville, puisqu\u2019ils semblaient en connaître les moindres détails.« On y décrit la hauteur des ponts, une information utile pour savoir si les bateaux peuvent passer en dessous, ainsi que le poids supporté par ces structures.On indique aussi les lieux où se trouvent les antennes radio, les réserves de pétrole militaire et civil, les bâtiments appartenant à l\u2019armée canadienne\u2026 » Quel était l\u2019objectif de cette carte ?Tristan Landry l\u2019ignore, mais elle n\u2019était assurément pas destinée à guider le public dans les rues de la métropole.UNE ARME POLITIQUE Peu importe la perspective choisie, les cartographes ne sont pas impartiaux.« Les gens pensent que les cartes, anciennes ou récentes, sont des documents neutres, fait observer Isabelle Charron, archiviste des cartes anciennes à Bibliothèque et Archives Canada.La carte est fiable, mais il y a toujours une intention ou une façon de représenter la réalité qui en occulte d\u2019autres.Il faut donc la lire avec cela en tête.» Le professeur d\u2019histoire de l\u2019Université de Sherbrooke Tristan Landry analyse notamment la part de vérité dans les cartes anciennes.Il donne l\u2019exemple de Londres au 17e siècle : les quartiers pauvres n\u2019étaient pas signalés ! « L\u2019idée était de montrer une image parfaite de la ville », remarque-t-il.À notre époque, certaines villes utilisent ce subterfuge.Ainsi, à l\u2019occasion des Jeux olympiques de Rio de Janeiro, en 2016, une carte touristique produite par les autorités municipales ignorait les favélas adjacentes aux lieux de compétition.Objet de mensonges, les cartes peuvent aussi devenir des armes politiques et faire couler le sang.Pendant la guerre de Sept Ans, qui s\u2019est déroulée de 1756 à 1763, l\u2019armée britannique voulait conquérir la vallée du Saint-Laurent.Cependant, elle connaissait mal le ?euve, un cours d\u2019eau dif?cilement navigable.Ce sont les Français qui possédaient les cartes les plus ?ables.« Les Britanniques essayaient de voler ces cartes, raconte Isabelle Charron.Ils étaient prêts à tout pour obtenir des informations géographiques et sont même allés jusqu\u2019à enlever des pilotes français du Saint-Laurent.» Du même souf?e, l\u2019archiviste rappelle la grande valeur des cartes anciennes.« Il faut s\u2019imaginer tous les efforts humains et ?nanciers nécessaires pour recueillir des renseignements géographiques alors que les satellites n\u2019existaient pas.» Après le siège de Québec, le général James Murray met sur pied un immense projet de cartographie de la vallée du Saint-Laurent.« Murray devait se dire que plus jamais il ne se retrouverait dans cette fâcheuse position de ne pas connaître assez bien un territoire », estime Isabelle Charron.Cette très grande carte, produite en sept exemplaires, mesure 15 m de long sur 1 m de large.Bibliothèque et Archives Canada possède d\u2019ailleurs deux copies de ce document en couleurs, dont celle qui appartenait à Murray.On y trouve des routes et des villages des années 1760 ainsi que leur nombre d\u2019habitants, les hommes en âge de prendre les armes, la localisation des moulins, etc.32 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 \u2022 IMAGES : BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA ; LIVRES RARES ET COLLECTIONS SPÉCIALISÉES, BIBLIOTHÈQUE DE L\u2019UNIVERSITÉ MCGILL Le planisphère de Waldseemüller de 1507 Cette carte murale est la toute première à mentionner le nom America, donné au continent en l\u2019honneur de l\u2019explorateur italien Amerigo Vespucci.« Environ 1 000 cartes de Martin Waldseemüller ont été produites et imprimées, mais il n\u2019en reste qu\u2019une seule copie, qui est conservée à la Bibliothèque du Congrès, aux États-Unis », indique Alban Berson, de BAnQ.La carte a été acquise en 2003 pour 10 millions de dollars américains.Les indiquent l\u2019emplacement de deux détails en mortaise au-dessus de la carte.La carte babylonienne du monde La plus vieille carte recensée a plus de 2 600 ans et représente la ville de Babylone, qui est placée au centre, ainsi que les localités voisines.Le Nord captive depuis très longtemps.Gerardus Mercator a créé, en 1395, une carte où l\u2019on découvre le pôle Nord et ses environs.« Elle est fascinante, car elle est un objet à la fois de science et d\u2019art, s\u2019enthousiasme Stefano Biondo, cartothécaire à l\u2019Université Laval.Les connaissances de l\u2019époque ne permettaient pas de savoir ce qu\u2019il y avait exactement au pôle Nord.» Mercator l\u2019a donc dessiné en se basant sur des ouvrages anciens et en ajoutant quelques éléments fantaisistes, comme ce rocher tout au milieu ainsi que l\u2019île fantôme de Frisland.AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 33 \u2022 IMAGES: BABYLONIAN MAP OF THE WORLD, 700-500 BC MESOPOTAMIA 1500-539 BC GALLERY, BRITISH MUSEUM ; BIBLIOTHÈQUE DU CONGRÈS ; BAnQ SCIENCES LES ERREURS EN SÉRIE Au cours de l\u2019histoire, les cartes se sont perfectionnées au ?l des périples des explorateurs.Cependant, quand une erreur était commise, elle pouvait se répéter pendant des siècles ! Alban Berson, de BAnQ, prépare d\u2019ailleurs un livre complet sur ce sujet.« L\u2019exemple le plus connu est celui de la Californie qui, pendant deux siècles [du 16e au 18e], a été représentée comme une île », relate-t-il.Ces cartes imparfaites font le bonheur des collectionneurs.Il existe d\u2019ailleurs une collection consacrée à « l\u2019île » californienne qui réunit 750 de ces cartes loufoques à l\u2019Université Stanford, en Californie.La technologie moderne ne protège pas toujours contre ces erreurs.La preuve : l\u2019île de Sable, près de la Nouvelle- Calédonie, ?gure pour la première fois sur une carte en 1774.Elle sera longtemps répertoriée sur certains atlas et mappemondes \u2013 y compris dans Google Maps.Mais il a fallu attendre le voyage d\u2019un navire de recherche scienti?que en 2012 pour constater que cette île n\u2019a jamais existé ! Une carte des Amériques où la Californie est présentée comme une île.\u2022 IMAGE : GLEN MCLAUGHLIN COLLECTION OF CALIFORNIA Carte moderne avec la projection de Mercator où l\u2019on peut constater la taille surdimensionnée du Groenland.34 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 \u2022 IMAGE : DANIEL R.STREBE, WIKIMEDIA COMMONS / NASA Encore aujourd\u2019hui, malgré la précision des données satellitaires, des cartes dessinées autrefois se révèlent fort précieuses.Lors de l\u2019invasion de l\u2019Afghanistan par les États-Unis en 2001, les Américains se sont servis des cartes soviétiques parce qu\u2019elles « indiquaient les meilleurs emplacements pour les points d\u2019eau.L\u2019armée pouvait donc arriver avec des repas déshydratés sans avoir à transporter d\u2019eau », rapporte le professeur Tristan Landry.Désormais, les cartes modernes sont accessibles en quelques clics sur nos appareils numériques.Mais le savoir séculaire est inscrit dans leur ADN : Google Maps utilise encore la projection de Mercator, car elle s\u2019avère la plus appropriée à petite échelle en préservant les angles droits.Personne ne voudrait d\u2019une carte où les rues, pourtant en ligne droite, sont déformées.C\u2019est là l\u2019avantage indéniable de cette projection et ce qui explique son incroyable longévité.Et pour en revenir à notre inter- naute avisé et au Groenland : sachez que, pour résoudre les enjeux de proportion de la projection de Mercator, une nouvelle représentation a été proposée dans les années 1970.Appelée Gall-Peters, du nom des deux cartographes qui ont contribué à son émergence (séparément, à des siècles différents !), elle respecte la proportion réelle des continents\u2026, mais déforme aussi certains endroits de la planète : elle donne l\u2019impression que la Terre est en train de fondre ! La projection de Gall-Peters a l\u2019avantage de montrer la taille des pays selon des dimensions plus près de la réalité que la projection de Mercator, mais comme on le voit, elle déforme les continents.AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 35 \u2022 IMAGE : DANIEL R.STREBE, WIKIMEDIA COMMONS CASSE-TÊTE DENTAIRE SANTÉ Les dents de sagesse problématiques doivent être enlevées.Mais on extrait souvent des dents qui ne causent pas de problème sur la base de preuves scienti?ques assez minces.PAR JOËL LEBLANC ILLUSTRATION : FRANÇOIS BERGER C rac ! On se rappelle toute sa vie l\u2019extraction de ses dents de sagesse.Les bruits suspects.L\u2019odeur de brûlé.Les forces appliquées.Le goût ferreux du sang.La dent qui ?nit par sortir ?en morceaux\u2026 Et le dentiste qui assure que tout va bien malgré ces sensations qui font croire le contraire.Pour les chirurgiens-dentistes qui la pratiquent, l\u2019extraction des troisièmes molaires, comme on les appelle en clinique, est presque une opération de routine et il s\u2019en enlève des millions dans le monde annuellement.Ni au Québec ni dans le reste du Canada on ne tient de statistiques of?cielles à ce sujet, mais un article publié en 2013 dans le Journal of the Canadian Dental Association lançait l\u2019estimation grossière que, à ce moment-là, jusqu\u2019à 7 millions de Canadiens pourraient avoir des dents de sagesse « de travers », pour autant de chirurgies potentielles.Aux États-Unis, une étude de 2007 mentionnait qu\u2019il s\u2019arrachait alors environ 10 millions de dents de sagesse par an de la bouche de 5 millions de personnes.On enlève ces troisièmes molaires parce qu\u2019elles causent des problèmes, bien sûr.Mais pas toujours.Qu\u2019il s\u2019agisse de dents incluses, c\u2019est-à-dire restées enfouies dans l\u2019os, ou sorties de façon « excentrique », on les retire souvent, même lorsqu\u2019elles ne sont pas problématiques, même lorsqu\u2019elles sont saines, par précaution.Dans le jargon des dentistes, on parle d\u2019extraction prophylactique ?prévenir maintenant plutôt que guérir plus tard.Nos dentistes sont donc prévenants, tant mieux.Si cette pratique est aussi généralisée, les patients ?et clients ?que nous sommes se disent qu\u2019elle doit être basée sur des données scienti?ques solides, que les risques de laisser ces dents en place dépassent largement ceux que peuvent entraîner leur extraction\u2026 Véri?cation faite, non.Ces preuves scienti?ques sont des plus rares.L\u2019organisation britannique à but non lucratif Cochrane, indépendante et respectée, qui scrute à la loupe la recherche médicale, l\u2019a froidement rappelé en mai 2020.La revue systématique qu\u2019elle a publiée n\u2019a pu faire 36 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 37 SANTÉ état que de deux petites études ?ables qui ont porté sur la question au cours des 75 dernières années.Sa conclusion est abrasive : les données disponibles sont insuf?santes pour dire si oui ou non les dents de sagesse asymptomatiques et saines devraient être retirées.Depuis des années, le sujet est donc au cœur d\u2019un débat scienti?que et éthique qui agite les sociétés de dentisterie de ce monde.« Primum non nocere, d\u2019abord ne pas nuire.C\u2019est l\u2019engagement qu\u2019on doit prendre en médecine.Pourquoi opérer s\u2019il n\u2019y a pas de problème ?» questionne Cyril Vidal, chirurgien-dentiste à Paris et président du collectif FakeMed, qui fait la promotion des soins de santé basés sur les preuves scienti?ques.On le devine, il est critique de sa profession.« Sans dire que tous les dentistes le font, plusieurs extractions prophylactiques de dents de sagesse sont effectuées pour rien et plusieurs victimes d\u2019effets collatéraux auraient très bien pu garder leurs dents et éviter ces ennuis.» Geneviève Chiasson, directrice du programme de chirurgie buccale et maxil- lofaciale à l\u2019Université McGill, est plus nuancée.« Si je pouvais voir le futur, ma vie de dentiste serait tellement plus facile, souligne-t-elle.C\u2019est ce que je dis toujours à mes patients quand il est question de dents de sagesse.On n\u2019a aucune façon de savoir comment une dent saine sur le moment se comportera dans quelques années.Bien souvent, la décision repose sur le \u201cniveau de confort\u201d du dentiste face au dilemme : laisser les dents saines en place, sachant qu\u2019elles pourront devenir problématiques, ou les enlever par chirurgie malgré les complications possibles ensuite.» DENTS CABOTINES C\u2019est que les troisièmes molaires sont précédées par leur réputation de trouble- fêtes.Censées sortir autour de la vingtaine, elles émergent parfois au mauvais endroit, parfois dans des axes fantaisistes ou ne font tout simplement pas éruption, quand ce n\u2019est pas juste à moitié, bien souvent à cause d\u2019un manque d\u2019espace sur la mâchoire.On parle de dent incluse, semi- incluse ou sous-muqueuse lorsqu\u2019elle sort de l\u2019os sans parvenir à percer la gencive.Des situations qui peuvent engendrer différents problèmes : du simple inconfort à l\u2019infection systémique qui entraîne des problèmes cardiaques en passant par les kystes, les abcès, la perte osseuse ou une infection appelée péricoronarite, qui survient quand une dent qui ne sort qu\u2019à moitié est encore surmontée d\u2019un peu de gencive sur laquelle les bactéries s\u2019installent et provoquent une douloureuse in?ammation.Que se passe-t-il lorsqu\u2019on laisse une dent incluse vivre sa vie ?C\u2019est bien là- dessus qu\u2019on manque de statistiques.Et les extractions à tout va n\u2019ont pas leur raison d\u2019être, selon Jay Friedman, dentiste américain maintenant retraité et auteur d\u2019un livre incendiaire à ce propos et d\u2019articles dans des revues savantes.Il entretient une relation quasi haineuse avec les dentistes de son pays, les critiquant vertement, osant avancer que plusieurs actes sont réalisés surtout par intérêt ?nancier.Aux États-Unis, pour 10 millions d\u2019extractions annuelles de dents de sagesse, des dizaines de milliers de patients resteraient avec des séquelles permanentes, écrivait-il en 2007 dans l\u2019in?uent American Journal of Public Health.À ses yeux, cela ne constitue rien de moins qu\u2019une épidémie silencieuse, un problème de santé publique.Il combat notamment le « mythe » selon lequel les dents de sagesse présenteraient un haut taux de pathologie en évoquant une étude de 1988 qui a montré que, lorsque des troisièmes molaires « potentiellement problématiques » sont laissées en place, elles causent des problèmes (kyste, perte de tissu osseux, endommagement de la molaire voisine) dans seulement 12 % des cas.Un taux comparable aux appendicites (10 %) ou à l\u2019in?ammation de la vésicule biliaire (12 %).Pourtant, argumente-t-il, on ne retire pas systématiquement l\u2019appendice et la vésicule biliaire de tout le monde\u2026 Si l\u2019on ajoute les taux de périco- ronarite (affection typique des dents semi-incluses), la proportion de cas problèmes monte à 20 %.Toutefois, un épisode unique de péricoronarite n\u2019est pas, toujours selon Jay Friedman, une raison pour extraire une troisième molaire et cela ne devrait être envisagé que lorsque des traitements plus traditionnels échouent, comme les antibiotiques ou le retrait de tissu excédentaire autour de la dent.Bien sûr, ce dentiste a ses détracteurs, chez lui comme ici.Mais il a raison sur un point : la décision de recourir à l\u2019arsenal chirurgical et d\u2019aller chercher les dents incluses dans l\u2019os comporte aussi sa part de risques.Parmi les « effets secondaires » possibles : fracture de la mâchoire, détérioration d\u2019une dent saine voisine, blessure à l\u2019articulation de la mâchoire, atteinte du nerf mandibulaire\u2026 Ce nerf, exclusivement sensitif, se fau?le dans la mâchoire inférieure, entre les racines des molaires, et une intervention chirurgicale peut l\u2019endommager, entraînant une perte des sensations (paresthésie) au menton, à la lèvre inférieure et à la moitié de la langue parfois temporaire, parfois permanente.Ici aussi, les statistiques sur les taux de ces dommages collatéraux sont assez rares.Pour les blessures à l\u2019articulation de la mâchoire, la seule étude disponible, menée en 2006 sur des patients américains de 15 à 20 ans, parle d\u2019un taux de 1,6 %.Et pour les paresthésies, d\u2019après des études indépendantes, elles surviennent de façon temporaire dans 1,3 à 4,4 % des cas et de façon permanente chez 0,33 à 1 % des patients.38 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 Mais comment ces risques se com- parent-ils à ceux de l\u2019inaction ?Impossible à dire, car la proportion des dents de sagesse saines qui deviennent problématiques est inconnue.Le proverbe Dans le doute abstiens-toi pourrait-il être le crédo des dentistes ?Ne pourrait-on pas simplement surveiller les dents suspectes à l\u2019aide de radiographies régulières et n\u2019intervenir qu\u2019en cas de besoin ?Pourquoi les retire-t-on presque d\u2019emblée à l\u2019adolescence ?« Parce qu\u2019il est plus facile d\u2019enlever les dents de sagesse tôt que tard, répond Geneviève Chiasson.Les dents développent d\u2019abord leur couronne, elles ont peu ou pas de racines au début de leur formation, ce qui facilite l\u2019extraction.Et l\u2019os alvéolaire dans lequel se trouvent les dents est plus facilement opérable à l\u2019adolescence.La rémission à la suite de la chirurgie est aussi plus facile quand on est jeune.» Au contraire, une étude de 1985 portant sur les complications après l\u2019extraction d\u2019une troisième molaire incluse a démontré que les patients âgés de 35 à 83 ans sont moins susceptibles de souffrir d\u2019une infection secondaire et de blessures du nerf mandibulaire que la tranche des 12-24 ans, qui subissent pourtant plus d\u2019extractions.Mais les plus hauts risques de complications surviennent chez les 25 à 34 ans.À l\u2019inverse, une étude de 2007 concluait que les gens plus âgés avaient plus de complications postopératoires et prenaient plus de temps à se rétablir.Les études donc, lorsqu\u2019elles existent, se contredisent\u2026 Un bel exemple de science en marche, où l\u2019on ne semble pas avoir trouvé de consensus.Malgré l\u2019absence de données solides, le Royaume-Uni a opté en 2000 pour des recommandations prudentes à ses dentistes : si les dents sont saines et non problématiques, on ne les extrait pas.Ainsi, sept fois moins de dents de sagesse y sont retirées que dans d\u2019autres pays, notamment l\u2019Australie.Vingt ans après, le bilan de ce relatif « laisser-vivre » n\u2019est pas si clair.« Le taux d\u2019extraction a bien diminué, écrivait le dentiste britannique Naeem Adam en 2018.Mais il est remonté quelques années après parce qu\u2019il a fallu les enlever plus tard, lorsque les problèmes ont surgi.L\u2019âge de l\u2019extraction a simplement été repoussé.» « L\u2019un des problèmes les plus fréquents, détaille-t-il en entrevue, est la carie qui se développe sur la face arrière des deuxièmes molaires.Lorsque la troisième pousse horizontalement vers l\u2019avant et que sa surface masticatrice s\u2019appuie sur la deuxième, il se crée dans 42 % des cas un piège à nourriture impossible à bien nettoyer et la carie s\u2019installe.Ces caries se forment très lentement et on les détecte lorsqu\u2019elles sont devenues trop importantes.Il faut bien souvent retirer les deux molaires et faire de l\u2019orthodontie ! » UTOPIE SCIENTIFIQUE Pourrait-on combler le manque de connaissances par de bonnes expériences scienti?ques ?Geneviève Chiasson accepte de jouer le jeu et d\u2019imaginer le protocole de recherche idéal.« Il faudrait des volontaires dans la jeune vingtaine dont les dents de sagesse ont poussé incorrectement mais sans présenter de problème.Pour que l\u2019étude ait une valeur statistique, le nombre de sujets serait à préciser.Des centaines ?Des milliers ?À voir\u2026 Parmi eux, certains se feraient extraire ces dents, d\u2019autres pas.Bonjour les enjeux éthiques ! » Et pour uniformiser les conditions, les chirurgies devraient être réalisées par la même personne ou un petit nombre de personnes.Une fois tout cela accompli, on suivrait les patients sur au moins 50 ans en leur faisant passer un examen tous les deux ans, incluant des radiographies.Au ?nal, on verrait laquelle des deux cohortes a le plus de problèmes dentaires sur le long terme.« Vous imaginez ?lance la clinicienne.C\u2019est à proprement parler infaisable.Une « Primum non nocere, d\u2019abord ne pas nuire.C\u2019est l\u2019engagement qu\u2019on doit prendre en médecine.Pourquoi opérer s\u2019il n\u2019y a pas de problème ?» \u2013 Cyril Vidal, chirurgien-dentiste et président du collectif FakeMed AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 39 SANTÉ 1/2 24 H CHRONO variante pourrait être d\u2019enlever les dents de sagesse à tous les volontaires, mais seulement d\u2019un côté, en s\u2019assurant d\u2019abord que leur situation dentaire est identique à gauche et à droite.Cela permettrait de comparer les deux situations chez une même personne tout en contrôlant la variable des pathogènes buccaux, qui sont uniques à chacun.Mais qui accepterait de participer à une telle étude ?» À l\u2019Ordre des dentistes du Québec, même discours.« Il faudrait recruter des sujets adolescents et effectuer un suivi sur plusieurs décennies, con?rment par courriel Jacques Goulet et René Caissie, spécialistes en chirurgie buccale et maxil- lofaciale recommandés par l\u2019Ordre pour cet article.Or, dans la plupart des études, sinon toutes, le suivi est limité dans le temps et le taux d\u2019abandon est élevé en partie à cause du passage des adolescents à l\u2019âge adulte, période durant laquelle les déménagements pour les études ou le travail sont fréquents.Un suivi de seulement cinq ans ne permettrait malheureusement pas de con?rmer ou d\u2019in?rmer quelque hypothèse scienti?que que ce soit sur la question.» Devant ce ?ou, nombreux sont les pays occidentaux dont les agences gouvernementales ont produit des rapports mettant en relief l\u2019absence de données probantes dans le dossier des dents de sagesse.La France, la Grande-Bretagne, l\u2019Allemagne, la Finlande, les États-Unis, la Belgique et la Suède ont senti le besoin de le rappeler à leurs dentistes dans des documents of?ciels.Le Canada aussi, où l\u2019Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé a publié son rapport en 2010.Ici comme ailleurs, le message est le même : il n\u2019y a pas de preuves scienti?ques que l\u2019extraction des troisièmes molaires saines et asymptoma- tiques est nécessaire.Mais dans tous les cas, à l\u2019exception de la Grande-Bretagne et de sa politique du laisser-aller, on s\u2019en remet aux dentistes pour faire le « bon choix » en leur demandant de faire preuve de prudence.QUE FAIRE ?« À défaut de preuves expérimentales, il nous reste les preuves cliniques, avance Geneviève Chiasson.En tant que dentiste, j\u2019ai une expertise, acquise par les années de pratique.Même si je ne suis pas de près des centaines de patients sur des décennies, je suis aux premières loges pour voir les pépins qui surviennent avec le temps.Et surtout, j\u2019hérite de la sagesse des dentistes qui m\u2019ont précédée et qui m\u2019ont formée.Et je fais de même à l\u2019Université avec la prochaine génération\u2026 » Pour Jay Friedman, il s\u2019agit là d\u2019un biais typique chez les dentistes : ils confondent l\u2019incidence des pathologies dont ils sont témoins dans leur cabinet avec leur réelle survenue dans la population.Selon lui, les gens, nombreux, qui ont des dents de sagesse non conformes mais non problématiques ne consultent pas de dentiste à ce sujet.En tant que patient, il y a de quoi être perplexe.Que faire des dents incluses saines et sans complications ?Peut-on choisir de refuser l\u2019extraction et demander à son dentiste de simplement surveiller la suspecte au ?l des ans pour agir seulement en cas de problème ?« Évidemment, répond Geneviève Chiasson, aucun traitement ne peut être imposé.La décision dépend de votre tolérance au risque et ce risque est inconnu.» Entamez la discussion avec votre dentiste, demandez-lui comment il prend ses décisions en l\u2019absence de données solides.Et n\u2019hésitez pas à aller chercher un deuxième avis : les dentistes n\u2019ont pas tous la même promptitude à intervenir. SCIENCES PHYSIQUE DES PARTICULES : A utant le dire franchement : la physique des particules est dans une impasse.Ou plutôt à la croisée des chemins, corrige Brigitte Vachon, physicienne à l\u2019Université McGill.« Il y a une multitude de pistes à explorer, ce qui est très stimulant ! Mais c\u2019est vrai qu\u2019il y a urgence à aller voir au-delà de ce qu\u2019on a regardé jusqu\u2019à maintenant », convient-elle.Si la discipline doit explorer de nouveaux horizons, c\u2019est qu\u2019elle se heurte depuis quelques années, voire des décennies, à plusieurs problèmes de taille.Entre autres hics ?L\u2019incapacité à cerner le côté « sombre » de l\u2019Univers, soit 95 % de ses constituants (la matière noire et l\u2019énergie noire) ; à inclure la gravitation dans les équations de l\u2019in?niment petit ; à élucider la disparition de l\u2019antimatière, qui a été créée à l\u2019origine dans les mêmes proportions que la matière normale ; à saisir la nature des neutrinos, ces particules élusives.Sur toutes ces questions fondamentales, la seule théorie valide pour décrire l\u2019in?ni- ment petit, nommée « modèle standard », est complètement muette (voir p.39).Ce n\u2019est pas faute d\u2019essayer de la faire parler : depuis une trentaine d\u2019années, grâce aux accélérateurs de particules, les scienti- ?ques tentent de lui trouver des failles, d\u2019y repérer des détails cachés.En vain ! Tout ce qu\u2019ils observent expérimentalement colle parfaitement à la théorie.Pourtant, il y a forcément autre chose à découvrir, une physique « au-delà du modèle standard » qui expliquerait l\u2019inexplicable.Les cerveaux sont en ébullition : d\u2019intenses discussions ont débuté entre les L\u2019ÉPOPÉE CONTINUE Près de 10 ans après la découverte du boson de Higgs, les physiciens sont arrivés à un tournant : ils doivent se doter de collisionneurs de plus en plus puissants pour percer les secrets de l\u2019Univers.PAR MARINE CORNIOU AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 41 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM SCIENCES physiciens de tous les continents pour dresser la feuille de route des prochaines décennies.Quelles sont les questions prioritaires ?Comment pourra-t-on y répondre ?En juin 2020, après deux ans de ré?exion, le conseil du CERN (l\u2019Organisation européenne pour la recherche nucléaire) a dévoilé la Stratégie européenne pour la physique des particules, qui propose un plan d\u2019exploration de la physique « à la frontière des hautes énergies ».Aux États- Unis, un remue-méninges du même type est en cours et devrait aboutir à un rapport en 2022.« Le Canada aussi a entamé sa plani?cation », précise Brigitte Vachon, qui codirige le comité chargé de l\u2019exercice et qui a aussi représenté le pays lors de la ré?exion européenne.« Chaque fois, des membres de la communauté internationale sont invités, car les projets ont une portée mondiale », dit-elle.Pour débusquer de nouvelles particules et pousser ces équations trop sages dans leurs derniers retranchements, la communauté voit grand.Elle nourrit l\u2019espoir de bâtir au moins un accélérateur de particules capable d\u2019atteindre des énergies inimaginables.Aux alentours de 2040 ou 2050, cette machine prendrait le relais du Grand collisionneur de hadrons (LHC) du CERN, l\u2019accélérateur de particules le plus puissant actuellement.L\u2019énergie que les particules peuvent atteindre dans cet anneau enfoui à 100 m sous la frontière franco-suisse est limitée par la taille de l\u2019installation (27 km de circonférence tout de même).Quatre projets d\u2019envergure supérieure sont à l\u2019étude : deux accélérateurs circulaires et deux linéaires.Tous ne verront pas le jour.« Compte tenu du coût de ces machines, la communauté internationale doit se mettre d\u2019accord », indique Nathalie Besson, physicienne à l\u2019Institut de recherche sur les lois fondamentales de l\u2019Univers à Saclay, en France.Le projet le plus avancé est l\u2019International Linear Collider (ILC), proposé par un consortium international en 2012.Ce tunnel linéaire de 20 km de long doit être construit au Japon (au coût de sept milliards de dollars américains), mais le pays ne cesse de repousser la décision, laissant la communauté scienti?que dans le ?ou.L\u2019équipe du CERN, qui réunit plus de 12 000 collaborateurs de 70 pays, planche de son côté sur le Future Circular Collider (FCC), un anneau de 80 à 100 km de circonférence qui permettrait d\u2019étudier des collisions d\u2019abord d\u2019électrons-positons, puis de protons quand la technologie le permettra (voir l\u2019encadré p.38).Une autre proposition, le Compact Linear Collider, fonctionnant sur le même principe que l\u2019ILC, est aussi dans les tuyaux au CERN, alors que la Chine envisage la construction d\u2019un concurrent au FCC.La conception puis la réalisation d\u2019un ou de plusieurs de ces projets occuperont sans peine toute une génération de physiciens, à l\u2019instar du LHC, dont la construction a pris 30 ans.Mais leur faisabilité, en termes d\u2019ingénierie et de coûts, est encore loin d\u2019être établie.NIVEAU SUPÉRIEUR En attendant le ou les collisionneurs géants, le LHC sera poussé aux limites de ses capacités.Il n\u2019a cessé de monter en grade depuis ses débuts, en 2009, et il n\u2019a pas encore montré tout ce qu\u2019il a dans le ventre.Pour comprendre, il faut savoir comment fonctionne la bête.Selon le modèle standard, la matière est constituée d\u2019un jeu de 12 particules élémentaires qui interagissent par l\u2019entremise de forces.Mais très peu d\u2019entre elles sont stables.« Hormis l\u2019électron et le photon, toutes se désintègrent aussitôt qu\u2019elles sont créées.Donc, pour les observer, on n\u2019a d\u2019autre choix que d\u2019en créer de nouvelles en chauffant le vide de façon très locale et en produisant une densité d\u2019énergie énorme.Et pour y parvenir, on fait entrer des particules en collision », résume Nathalie Besson, qui a travaillé sur le projet ATLAS du LHC.Dans ce collisionneur, on lance ainsi l\u2019un contre l\u2019autre des faisceaux de protons plus ?ns qu\u2019un cheveu à une vitesse proche de celle de la lumière.En se percutant, ceux-ci libèrent une énergie phénoménale.Rappelez-vous la fameuse formule d\u2019Albert Einstein E=mc2.Elle signi?e, en gros, que l\u2019énergie peut se transformer en masse et inversement.« La collision de protons ne fait pas de débris de protons, elle donne naissance à de nouvelles particules comme un boson de Higgs.Ces particules instables vont se désintégrer en particules plus stables qu\u2019on va repérer dans les détecteurs.Ensuite, on entreprend un travail d\u2019enquête », poursuit la physicienne.L\u2019analyse de données consiste à remonter le ?l des évènements pour déduire quel type de particule mère a bien pu se désintégrer en tel ou tel « cocktail » de particules ?lles.C\u2019est avec cette méthode que les scien- ti?ques ont con?rmé, l\u2019une après l\u2019autre, toutes les prédictions du modèle standard.L\u2019existence des bosons W et Z a été attestée dans les années 1980 ; celle du quark top en 1995 ; celle du boson de Higgs en 2012 au LHC.Chaque fois, les particules se comportent exactement comme ce que les équations attendent d\u2019elles.« Le modèle standard, pour moi, c\u2019est la plus belle construction humaine.Ce sont juste des mathématiques qui expliquent extraordinairement bien ce qu\u2019on voit, avec une précision incroyable, souligne Nathalie Besson.Mais comme il n\u2019explique pas tout, c\u2019est enquiquinant ! » D\u2019où l\u2019acharnement des physiciens à essayer de prendre leur modèle chéri en défaut en exploitant leurs instruments à fond.D\u2019ici la ?n de son règne, en 2038, le LHC sera le théâtre de toujours plus de collisions avec toujours plus d\u2019énergie.Entre chaque prise de données, cet accélérateur subit une cure de jouvence : certains de ses 9 500 aimants sont améliorés ; les détecteurs sont ?gnolés ; la cavité accélératrice est rénovée.Le deuxième grand arrêt technique est en cours et la troisième période d\u2019exploitation devrait démarrer en mars 2022 pour atteindre l\u2019énergie maximale permise, soit 14 téra- électronvolts (TeV).Le gain par rapport à la phase précédente, qui « tournait » à 13 TeV, ne sera toutefois pas énorme.C\u2019est en 2027 que les chercheurs atteindront vraiment un niveau supérieur, en multipliant par 5 à 10 le nombre de collisions dans l\u2019accélérateur, pour la phase dite « LHC à haute luminosité ».« Au LHC, on ne propulse pas un faisceau de protons continu, mais plutôt des paquets de protons.Il y a 150 milliards de protons par paquet et 2 800 paquets par faisceau qui se suivent à la queue leu leu.Cela a beau être dense, les protons sont tellement petits qu\u2019il n\u2019y a que de 40 à 60 collisions par croisement de paquets », mentionne 42 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 Le LHC est l\u2019accélérateur de particules le plus grand et le plus puissant du monde à ce jour.C\u2019est un anneau de 27 km de circonférence formé d\u2019aimants supraconduc- teurs et de structures accélératrices.Le LHC subit en ce moment une cure de jouvence.Ici, certaines pièces du détecteur géant CMS, qui a permis avec son homologue ATLAS de découvrir le boson de Higgs, sont remplacées en vue de la reprise des activités en 2022.2 800 paquets de protons circulent dans chaque sens du LHC.Chaque paquet contient plus de 100 milliards de protons.AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 43 \u2022 IMAGES : CERN / BRICE MAXIMILIEN ; SHUTTERSTOCK.COM Nathalie Besson.Il se produit tout de même quelque 600 millions de collisions par seconde.Mais augmenter ainsi le nombre de chocs, ce qu\u2019on appelle la « luminosité », permettra de multiplier la quantité d\u2019évènements observés.Or, les réponses aux grandes questions actuelles pourraient se tapir dans les particules plus marginales, créées à de très rares occasions lors des collisions.« Il est possible qu\u2019on soit passés à côté d\u2019un phénomène rare.En accroissant la luminosité, on aura plus de données et on pourra aussi faire des mesures beaucoup plus précises pour caractériser par exemple les interactions entre le boson de Higgs et l\u2019électron », détaille Brigitte Vachon, qui travaille en vue de cette phase à l\u2019amélioration du détecteur ATLAS, l\u2019un des quatre détecteurs du LHC.En cherchant ainsi la petite bête, les physiciens gardent espoir de trouver une petite déviation par rapport aux prévisions théoriques.« Il y a encore des chances que le LHC parvienne à découvrir une \u201cnouvelle physique\u201d.Mais quand bien même, il y aura toujours des questions non résolues », juge Harry Cliff, physicien à l\u2019Université de Cambridge, au Royaume-Uni, et membre de l\u2019expérience du LHC qui s\u2019intéresse à l\u2019antimatière.Comme la plupart de ses collègues, il parie sur le fait que le vernis du modèle standard ne « craquera » vraiment que si on le teste à des énergies bien plus élevées que celles permises par le LHC.Car plus on tape fort, plus on a de chances de voir des détails intéressants.Le candidat du futur devra offrir des énergies dépassant les 100 TeV ?10 fois plus hautes qu\u2019au LHC.De quoi mettre la main sur des particules très massives, comme des particules de matière noire peut-être ?LE MYSTÉRIEUX BOSON DE HIGGS En attendant leur nouveau « joujou », les physiciens ont tout de même quelques pistes à explorer, la principale étant celle du fameux boson de Higgs.Il occupe une place à part dans le modèle standard pour une multitude de raisons et la Stratégie européenne pour la physique des particules l\u2019a désigné comme une priorité de recherche absolue.« Avec les neutrinos, c\u2019est la particule la plus mystérieuse que l\u2019on connaisse.Quand on regarde le modèle standard, on s\u2019aperçoit que tous les problèmes surgissent à cause de ce boson », résumait Fabiola Gianotti, directrice générale du CERN, à un congrès réunissant des journalistes scienti?ques en 2019.Les bosons de Higgs forment un « champ » qui baigne tout l\u2019Univers et qui donne leur masse aux autres particules.Pour le décrire, on utilise souvent l\u2019analogie d\u2019une étendue de mélasse qui « freine » davantage les grosses particules comme les bosons W et Z, leur conférant une masse élevée, et qui interagit peu avec celles qui ont une masse faible.« Le boson de Higgs pourrait être une passerelle vers le secteur sombre de l\u2019Univers ; il pourrait interagir avec les particules de matière noire », postule Harry Cliff.Autant dire que les physiciens le scrutent de près.« On doit maintenant comprendre, par exemple, l\u2019origine de la masse du boson de Higgs et caractériser les interactions entre lui et toute la matière normale », signale Brigitte Vachon.Or, dans le LHC actuel, on ne crée qu\u2019un seul boson de Higgs par milliard de collisions.Ce qui est peu\u2026 Cette rareté justi?e en soi la construction des futures machines, quali?ées par le CERN d\u2019« usines à Higgs ».Mais les collision- neurs ne sont pas le seul sésame vers la nouvelle physique.D\u2019autres projets excitants sont porteurs d\u2019espoir, comme les détecteurs directs de matière noire ou ceux voués aux neutrinos.« La cosmologie est aussi une piste intéressante pour faire des découvertes en physique des particules, avance Nathalie Besson, qui s\u2019est détournée il y a peu du domaine subatomique pour travailler sur les ondes gravitationnelles.C\u2019est en unissant toutes ces disciplines qu\u2019on va ?nir par trouver le futur.» Plusieurs chemins mènent assurément à « l\u2019au-delà ».LE CHOIX DU MODÈLE Les accélérateurs fonctionnent tous sur le même principe : reproduire, de façon très brève et localisée, les conditions extrêmes de l\u2019Univers primordial, nécessaires à la création de particules.D\u2019un modèle à l\u2019autre, la forme de l\u2019accélérateur (circulaire ou linéaire) ou la nature des particules à percuter (proton-proton ou électron-positon) peut toutefois varier.Les protons, auxquels on recourt en ce moment dans le LHC, sont des amas de plusieurs particules élémentaires (des quarks).Quand deux protons se heurtent, c\u2019est un peu le fouillis : on ne sait pas exactement quel « bout » a frappé quoi ni combien d\u2019énergie chaque morceau emmagasinait.De quoi compliquer les analyses.« Un électron, en revanche, c\u2019est ponctuel.On sait exactement combien d\u2019énergie il embarque et, quand il percute un positon, son antiparticule, c\u2019est très net », précise Nathalie Besson, de l\u2019Institut de recherche sur les lois fondamentales de l\u2019Univers.Le choc est moins dif?cile à interpréter : idéal pour les analyses ?nes.« Dans un collisionneur linéaire, il est plus facile d\u2019accélérer des électrons- positons à très haute énergie que dans un collisionneur circulaire.Mais l\u2019énergie maximale dépend de la longueur de l\u2019accélérateur.Un accélérateur circulaire, comme le FCC, aurait l\u2019avantage de pouvoir être utilisé à la fois pour des électrons-positons puis pour des protons [2 000 fois plus lourds qu\u2019un électron], ce qui permettrait d\u2019atteindre des énergies bien plus grandes qu\u2019avec une machine électrons-positons », détaille Harry Cliff, de l\u2019Université de Cambridge.SCIENCES 44 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 Lorsque les protons entrent en collision, de nouvelles particules se créent et se désintègrent aussitôt.Les chercheurs reconstruisent le scénario des désintégrations pour savoir ce qui a été créé.BOSON DE HIGGS Il occupe une place à part, il « confère » leur masse aux autres particules.BOSONS Ces bosons vecteurs de forces véhiculent les interactions fondamentales.En plus des bosons W et Z, on trouve les gluons (g) et les photons (?).QUARKS Il existe six quarks : le quark up (u), le quark charm (c), le quark top (t), le quark down (d), le quark strange (s) et le quark bottom (b).Les quarks up et down s\u2019associent pour former des protons et des neutrons.LEPTONS Dans la famille des leptons, on trouve l'électron (e), le muon (?) et le tau (?), ainsi que les neutrinos qui leur correspondent.u d c s t b e ?e ?MODÈLE STANDARD Le principe du modèle standard est simple : toute la matière est faite de particules fondamentales (les quarks et les leptons), qui interagissent entre elles en s\u2019échangeant d\u2019autres particules appelées bosons.Les particules sont gouvernées par quatre forces fondamentales : la force forte (véhiculée par les gluons, qui maintiennent les quarks ensemble), la force faible (responsable des désintégrations de particules et de la radioactivité, véhiculée par les bosons W et Z), la force électromagnétique (portée par les photons) et la force gravitationnelle (dont les effets sont négligeables à l\u2019échelle des particules).W + W - Z 0 ?AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 45 \u2022 IMAGES : ADAPTÉ DU CERN , 2012 CERN ATLAS COLLABORATION ; SHUTTERSTOCK.COM 46 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 CuL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb S \u2019 É V A D E R VISITER Bien au chaud, 115 pieds sous terre La grotte de Saint-Elzéar est toujours grande ouverte aux visiteurs\u2026 virtuels ! Un joyeux pis-aller dont les claustrophobes pourront pro?ter, le cœur léger.La plus ancienne grotte connue du Québec dévoile quelques- uns de ses mystères dans une exploration à la manière de Google Maps : on s\u2019enfonce 35 m (115 pi) sous les terres gaspésiennes en « marchant » point par point sur la passerelle métallique.De brèves fiches explicatives indiquent quelques éléments d\u2019intérêt de cette station spéléologique âgée de plus de 230 000 ans.On peut ainsi prendre tout son temps pour examiner les détails de la voûte de ce trésor géologique, campé dans la Réserve de la biodiversité du Karst-de-Saint-Elzéar, en se croisant les doigts pour que soient permises les visites en chair et en os cet été ! La grotte de Saint-Elzéar, lagrotte.ca/ Alors que notre existence est dépouillée des petits plaisirs qui font son essence, pourquoi ne pas pro?ter de cette occasion pour s\u2019initier aux joies de la réalité virtuelle ?Bien que j\u2019aie vécu un premier contact avec cette technologie dans les salles du Centre Phi il y a plusieurs années, sa proposition PHI VR TO GO ?où le casque nous est livré à la maison ?m\u2019a beaucoup charmée.Elle donne une tout autre dimension aux voyages immersifs.« L\u2019idée derrière PHI VR TO GO est de pouvoir partager des expériences et, en quelque sorte, de changer le mal de place », explique la directrice des relations publiques et des communications du Centre Phi, Myriam Achard.Le concept est né dès la première vague de la pandémie, alors que les employés du Centre se demandaient comment garder le lien avec le public.Le pôle culturel spécialisé en arts numériques s\u2019est doté de 75 casques Oculus Go prêts à être livrés dans les domiciles de l\u2019île de Montréal.« Après, le premier mois, nous avons vécu une rupture de stock d\u2019un coup ! » La population de la ville de Québec n\u2019est pas en reste ; elle peut aussi réserver des casques qui lui seront envoyés.Le public montréalais a accès à deux programmations.« Découvrir le monde », que j\u2019ai testée, offre des documentaires dépaysants (dont l\u2019étonnant The Real Thing, sur une vraie « fausse » ville chinoise qui se donne des airs de Paris, Venise et Londres).La seconde, « Récits imaginaires », est davantage axée sur des ?ctions oniriques.Pour Québec, le Centre Phi a concocté une fusion du meilleur des deux propositions.Je ne vous cacherai pas qu\u2019assister à la propulsion d\u2019une fusée de SpaceX du sommet du vaisseau (grâce à Space Explorers: Taking Flight) et gravir la plus haute montagne de l\u2019Himalaya (le souf?ant Everest) comptent parmi les sensations les plus grisantes que j\u2019ai vécues au cours des 12 derniers mois ! Mais l\u2019expérience qui m\u2019a le plus marquée est celle où l\u2019on est simplement assis dans un grouillant restaurant de Washington D.C.à écouter les conversations d\u2019Afro-Américains (Traveling While Black).Ils racontent les enjeux raciaux liés à leurs déplacements en ville et à travers le pays, d\u2019hier à aujourd\u2019hui.Ce bref retour dans la réalité prépandémique, combiné avec la portée de ces durs témoignages, était aussi bouleversant que les escapades riches en adrénaline.Dans le contexte actuel, la réalité virtuelle est un véritable baume.Qu\u2019on applique généreusement et à volonté pendant les 48 heures que dure la location ! PHI VR TO GO, 45 $ par appareil et 22 $ de frais de livraison.Information : vr-to-go.phi.ca \u2022 IMAGE : AVEC L\u2019AUTORISATION DE LA PRODUCTION ÉCOUTER Haut potentiel Le balado Différente ou douée ?ouvre une porte sur le monde méconnu de la douance.L\u2019auditeur accompagne Hélène Laurin, conceptrice-rédactrice à Savoir média, dans une quête pour comprendre si ses dé?s personnels et sa singularité pouvaient révéler un état de haut potentiel.Elle s\u2019engage ainsi dans un processus de diagnostic et en profite pour démythi?er cette condition au ?l d\u2019entrevues, notamment avec la neuropsychologue Marianne Bélanger.Cette riche série de huit épisodes aborde la douance autant chez l\u2019enfant que chez les femmes et les minorités visibles, et l\u2019intelligence, qui, contrairement à ce qu\u2019on pourrait penser, n\u2019est pas synonyme de douance ! Différente ou douée ?sur savoir.media/series/differente- ou-douee ou sur votre plateforme de balados préférée.La réalité virtuelle chez soi AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 47 LIRE Ce que la Terre a dans le ventre Nous savons bien peu de choses du monde sous nos pieds, mais grâce à Underland : voyage au centre de la Terre (traduit de l\u2019anglais par Patrick Hersant), cet énigmatique univers révèle sa beauté au ?l du récit scienti?que et littéraire de Robert Macfarlane.L\u2019auteur britannique a le chic pour nous amener dans ses excursions : on s\u2019enfonce dans des mines de sel, dans l\u2019écosystème complexe du sous- bois, dans les chambres les plus mystérieuses des catacombes de Paris.À mille lieues de l\u2019exposé universitaire, le spéléologue illumine les ténèbres de sa prose scénique.Le lien étroit que l\u2019humain entretient avec le sol et ses trésors ensevelis alimente les ré?exions philosophiques, scienti?ques et spirituelles qu\u2019y partage un observateur somme toute inquiet du legs géologique que l\u2019anthropocène réserve aux prochaines générations.Underland : voyage au centre de la Terre, par Robert Macfarlane, Les Arènes, 514 p.Un sujet explosif Dans les années 1940, l\u2019Université de Montréal abritait un laboratoire de physique secret où les travaux menés visaient à découvrir une nouvelle source d\u2019énergie et à mettre au point une bombe superpuissante.Palpitant, n\u2019est-ce pas ?Gilles Sabourin a passé plus de 15 ans à fouiller cet obscur pan de l\u2019histoire, qu\u2019il raconte dans un essai scienti?que à l\u2019intrigue du ressort de la ?ction.Ingénieur dans le domaine nucléaire, il a réussi à retrouver de rares survivants ayant travaillé dans ce laboratoire\u2026 que la majorité des employés ne soupçonnait pas être lié à l\u2019arme atomique ! Il remonte le cours de cette saga au ?l d\u2019interviews exclusives, où se côtoient espions et scienti?ques de la physique moderne.À souligner en particulier : l\u2019auteur a pris soin de mettre en lumière la grande contribution des mathématiciennes, chimistes et physiciennes du laboratoire ?et de signaler leur absence des photos d\u2019archives, alors qu\u2019elles constituaient le quart de l\u2019équipe.Montréal et la bombe, par Gilles Sabourin, Éditions du Septentrion, 204 p.J E U N E S S E L\u2019ABC des virus Digne enfant de cette ère spéciale, ma petite éponge de cinq ans a mille et une questions sur les microbes et les vaccins ?un sujet très léger avant l\u2019heure du dodo.Depuis que l\u2019album jeunesse La vie secrète des virus a croisé notre route, je suis bien épaulée pour satisfaire sa curiosité.Illustré par Mariona Tolosa Sisteré, ce livre catalogue les virus exotiques et familiers dans un mignon répertoire.Il vulgarise par exemple leur mode de reproduction et injecte aux apprentis épidémiologistes des pistes de solution pour protéger notre santé et nos écosystèmes.Chaque fois que ma ?lle éternue, elle soupçonne désormais un « rhinovirus ».L\u2019utilisation d\u2019un vocabulaire plus soutenu est le plus désirable des effets secondaires ! La vie secrète des virus, collectif illustré par Mariona Tolosa Sisteré, Éditions Rue du monde, 24 p.\u2022 IMAGE : RADIO-CANADA Drôles de survivalistes Si le nouveau balado humoristique de nos collègues Les Débrouillards n\u2019enseigne pas (pour l\u2019instant !) à faire du feu en plein déluge, Le guide de survie des Débrouillards permet de traverser les petits périls du quotidien avec le sourire.Chaque épisode (comment survivre à sa fratrie, aux tempêtes, au yogourt périmé) outille les jeunes oreilles grâce aux faits les plus impressionnants de la science.Les deux animateurs, la journaliste Raphaëlle Derome et l\u2019attachant Massi Mahiou, ont de ?chues bonnes idées pour aborder chacun des thèmes et partagent leurs trouvailles avec un plaisir contagieux dans des saynètes rigolotes.De la discussion émouvante avec l\u2019astronaute David Saint-Jacques sur la notion du temps au face-à-face mordant à la Survivor avec une tornade et un ouragan, on est certainement bien équipé pour survivre à l\u2019ennui ! Le guide de survie des Débrouillards, réalisé par Philippe Marois, à écouter sur la plateforme Radio-Canada OHdio.COLLECTIF ELLAS EDUCAN, © RUE DU MONDE, 2020 Envie d\u2019en savoir plus ?Québec Science a rencontré Gilles Sabourin.À écouter dans notre balado.www.quebecscience.qc.ca/balados/un-duo-en-ission Mille-Îles 18 au 24 juillet | 15 au 21 août Baie Georgienne 8 au 15 août | 29 août au 5 septembre Niagara 1er au 7 août | 22 au 28 août ONTARIO veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 Vallée de l\u2019Okanagan 19 juin au 1er juillet | 3 au 15 juillet Vancouver\u2013Banf 2 au 15 juillet | 20 juillet au 2 août OUEST CANADIEN NOUVEAU NOUVEAU Tour des Cantons 26 juin au 3 juillet | 4 au 11 juillet Bas-Saint-Laurent 3 au 9 juillet | 10 au 16 juillet 17 au 23 juillet | 31 juillet au 6 août Lac-Saint-Jean 12 au 17 juillet | 19 au 24 juillet Gaspésie 31 juillet au 9 août | 21 au 30 août Charlevoix et Saguenay 15 au 20 août Baie-des-Chaleurs\u2013Percé 15 au 21 août QUÉBEC NOUVEAU NOUVEAU NOUVEAU NOUVEAU NOUVEAU Vivre de vélo et d\u2019air pur\u2026 FORMULE EN LIBERTÉ Destinée aux cyclistes autonomes sur la route.Plusieurs itinéraires de 3 à 8 jours vous sont oferts aux dates de votre choix.Explorez toute la collection voyages 2021 P h o t o : D i d i e r B e r t r a n d AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 49 e grand Jacques-Yves Cousteau disait « On protège ce qu\u2019on aime ».Que ce soit les océans et ses mille et une créatures marines, la forêt boréale pour ses mammifères terrestres ou encore la toundra pour ses vastes étendues et sa ?ore éphémère, la biodiversité qu\u2019on s\u2019évertue à préserver est souvent celle qui nous saute aux yeux et nous émerveille.Si cette conception de la diversité biologique accapare le paysage médiatique, la biodiversité des sols est invisible, à quelques exceptions près.Microbes, champignons, invertébrés, mammifères : les sols sont pourtant le réservoir d\u2019une diversité souterraine des plus riches ; près du quart de la biodiversité terrestre s\u2019y trouve ! Toutefois, plus de 30 % des sols de notre planète sont en mauvais ou en très mauvais état.Les coupables : la déforestation, l\u2019urbanisation et l\u2019agriculture intensive, qui contribuent à l\u2019érosion des sols, à leur compactage ou encore à leur acidi?cation.La biodiversité des sols demeure loin des yeux et donc loin du cœur\u2026 et des efforts de conservation adéquats.Dans le premier (et imposant) rapport sur l\u2019état des lieux de la biodiversité des sols publié l\u2019an dernier, la FAO, l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture, rappelait que, si la biodiver- sité des écosystèmes terrestres nous est plus familière et que sa protection est relativement bien gérée par des lois nationales et internationales, il n\u2019existe pratiquement pas d\u2019équivalent en ce qui concerne la biodiversité des sols.Or, les services écologiques rendus par cette biodiversité dissimulée sont cruciaux.Pensons à ces champignons dits « mycorhiziens » qui assimilent et transfèrent des nutriments essentiels aux plantes, qui séquestrent le carbone ou qui jouent aux ingénieurs en façonnant la composition physique des sols, telle leur porosité.Voilà pourquoi un groupe international de chercheurs mené par Carlos Guerra, du German Centre for Integrative Biodiversity Research, a publié en janvier dernier un article dans la revue Science dans lequel il propose un cadre mondial de surveillance de la biodiversité des sols et des fonctions des écosystèmes.Ce serait en quelque sorte un tableau de bord qui réunirait des variables sur l\u2019état des sols.À sa lecture, les décideurs seraient mieux outillés pour créer des politiques en?n adaptées à la préservation de cette biodiversité souterraine.Mieux encore, ces mesures de surveillance répondraient directement aux objectifs établis par plusieurs ententes mondiales : la Convention sur la diversité biologique, les 17 objectifs de développement durable de l\u2019Agenda 2030 de l\u2019Organisation des Nations unies (ONU) et l\u2019Accord de Paris sur le climat.A?n d\u2019assurer un suivi adéquat de ce « tableau de bord », un tout nouveau réseau, le SoilBON (Soil Biodiversity Observation Network), dirigé par Carlos Guerra et la chercheuse en écologie Diana Wall, de l\u2019Université d\u2019État du Colorado, permettra de collecter et d\u2019analyser systématiquement les données sur la richesse de nos sols à l\u2019échelle mondiale, et ce, en temps réel.Bien que de récents et volumineux rapports internationaux aient pu contribuer à rehausser les politiques de conservation de la diversité des sols, ils n\u2019offraient qu\u2019une vision statique et fragmentée, ce à quoi le SoilBON pourra remédier.Vous dire à quel point une telle initiative me réjouit serait un euphémisme ! Moi qui me suis penché sur les relations entre les microorganismes du sol et les plantes pendant plusieurs années, j\u2019ai longtemps souhaité que ce sujet occupe sa juste place dans la pyramide de nos sujets d\u2019intérêt et de nos priorités.C\u2019est pourquoi j\u2019ai été ravi du dossier spécial « La santé par les racines », paru dans ces pages en décembre dernier.On y mettait en valeur la recherche québécoise sur les plantes, les sols et leurs microor- ganismes, notamment les travaux de mon ancien collègue de laboratoire Étienne Yergeau, professeur à l\u2019Institut national de la recherche scienti?que.Alors que s\u2019amorce la décennie de la restauration des écosystèmes, proclamée par l\u2019ONU, voilà des démarches qui redonnent leurs lettres de noblesse aux sols et au monde grouillant qu\u2019ils abritent.C\u2019est d\u2019autant plus important qu\u2019ils constituent la pierre angulaire de nos écosystèmes et des systèmes de production dont nous dépendons tous et toutes.Pour preuve, plus de la moitié des objectifs de développement durable de l\u2019ONU sont tributaires de la santé de nos sols.Il en va par exemple de l\u2019éradication de la famine et du renforcement de la sécurité alimentaire ou encore de l\u2019atteinte de l\u2019égalité des genres (les femmes sont au cœur des efforts agricoles à bien des endroits dans le monde).Nos sols ont sans doute presque autant de secrets à livrer que les océans de Jacques-Yves Cousteau.Avec l\u2019initiative lancée par Carlos Guerra et ses collègues, j\u2019ai bon espoir que nous en viendrons à mieux apprécier la richesse des sols que nous foulons.Peut-être parviendrons-nous même à l\u2019aimer un peu plus et, une fois plus près de nos cœurs, à mieux la protéger.Vingt mille lieues\u2026 sous terre L Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Anthropocène IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 50 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME AVRIL-MAI 2021 | QUÉBEC SCIENCE 51 Plus que jamais, les gestes simples sont notre meilleure protection pour lutter contre le virus.Maintenons la distanciation physique Portons le masque Lavons-nous les mains régulièrement Évitons les déplacements et les voyages non essentiels En cas de symptômes, passons le test rapidement Respectons les consignes d\u2019isolement Québec.ca/coronavirus 1 877 644-4545 On continue de bien se protéger. 52 QUÉBEC SCIENCE | AVRIL-MAI 2021 L\u2019Université de Montréal et du monde en changement L\u2019Université de Montréal est un formidable terreau de découvertes scienti?ques.Nos chercheurs et chercheuses repoussent encore et toujours les frontières de la connaissance pour bâtir un monde meilleur.umontreal.ca "]
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