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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Juillet-Août 2021, Vol. 60, No. 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2021, Collections de BAnQ.

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[" QUEBEC SCIENCE Les scienti?ques rivalisent d\u2019ingéniosité pour les comprendre, les suivre, les entendre.Précieux oiseaux \u2018Oumuamua : d\u2019où vient ce visiteur interstellaire ?Voyage numérique dans la Florence d\u2019autrefois JUILLET-AOÛT 2021 2 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 \u203a Aidez la faune en danger ! Faites un don : www.fondationdelafaune.qc.ca EN ACTION POUR LA FAUNE EN DANGER Grâce à la générosité de nos donateurs et aux contributions des chasseurs, des pêcheurs et des piégeurs, la Fondation de la faune soutient des projets de protection et de restauration d\u2019habitats des espèces menacées et vulnérables du Québec.8 Le Québec compte huit espèces d\u2019oiseaux qui sont désignées menacées. JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 3 SOMMAIRE 36 Voyage dans le temps à Florence Des historiens travaillent à une reproduction numérique inédite de la cité de Florence à la Renaissance dans le but de mieux l\u2019étudier.Tout cela du Canada ! 41 Premier contact avec un visiteur intersidéral En provenance d\u2019un autre système solaire, \u2018Oumuamua est un objet énigmatique qui a en?ammé la communauté scienti?que.Que sait-on de lui au juste ?REPORTAGES 11 36 8 6 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Babillard | 9 Carnet de santé Par la Dre Alexandra S.Arbour 11 Technopop Par Chloé Freslon | 12 Polémique Par Jean-François Cliche | 46 Culture Par Émilie Folie-Boivin 49 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 50 Rétroviseur Par Saturnome SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS Mêlant art et science, la reconstitution des visages de personnes mortes il y a des siècles anime de nombreux archéologues.8 BRUYANT SAINT-LAURENT Un atlas interactif en ligne cartographie le bruit qu\u2019engendre le tra?c maritime dans le ?euve.10 UNE MISSION POUR ÉVITER L\u2019ARMAGEDDON Dans quelques mois, la NASA lancera une bombe sur un astéroïde pour le détourner.11 CAMP D\u2019ÉTÉ : UN DÉFI POUR LES ENFANTS AUTISTES Comment leur assurer une meilleure intégration ?Une étude de cas montre la voie.14 LE CERVEAU SCULPTÉ PAR LA VIE Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik explique comment notre environnement nous façonne et il nous incite à ré?échir à notre relation avec la nature.P H O T O D E L A C O U V E R T U R E : É R I C D E S C H A M P S QUÉBEC SCIENCE JUILLET-AOÛT 2021 DOSSIER SPÉCIAL Pleins feux sur les oiseaux ! 20 La vie chante Les oiseaux ?ûtent, gringottent, gazouillent, trompettent, sif?ent, turlutent et bien plus ! Des scienti?ques décortiquent ces mélodies.27 La bague à la patte De précieuses connaissances sur les oiseaux ont été acquises grâce à plus d\u2019un siècle de baguage au Canada.Et ce n\u2019est pas ?ni.30 Le bonheur revient-il dans le pré ?Les populations d\u2019oiseaux champêtres battent dramatiquement de l\u2019aile.Leur protection passe-t-elle par un meilleur aménagement des champs ?34 Maîtres du ciel Capables de prouesses aériennes et athlétiques, les oiseaux fascinent et inspirent les humains ?et les chercheurs en particulier ?depuis toujours. 4 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan Éditorial Larguer les parachutes Il est terminé le temps où des scienti?ques étrangers s\u2019appropriaient de façon égoïste les données des régions à faible revenu.O n dit de ces chercheurs qu\u2019ils sont parachutés ou parasitaires.On les surnomme aussi « moustiques » ou « hélicoptères ».Peu importe l\u2019épithète utilisé, on leur reproche la même chose : de pratiquer une science aux relents colonialistes.Ce sont des scienti?ques originaires de nations riches qui posent leurs valises dans des pays ou des régions à faible revenu, recueillent les données et les savoirs dont ils ont besoin, puis repartent chez eux.Ils ne font pas appel à la communauté ou aux chercheurs locaux, ou s\u2019ils le font, ils ne leur accordent aucun crédit.Et surtout, ils ne leur font pas pro?ter des fruits de leurs travaux.Agissent-ils à dessein ?Pas forcément.Plusieurs ne font que reproduire des méthodes de recherche qui ont cours depuis trop longtemps.Ces accusations ne relèvent pas du domaine des perceptions.Elles sont documentées et quanti?ées dans plusieurs disciplines.Prenons l\u2019étude des récifs coralliens, très abondants sur les côtes des Philippines et de l\u2019Indonésie.De nombreuses recherches y ont été menées au cours des dernières décennies.Cependant, 40 % des articles tirés de ces travaux et publiés entre 1969 et 2020 ne comportaient aucun auteur indonésien ou philippin.En revanche, en Australie, contrée développée bien connue pour sa Grande Barrière de corail, seulement 20 % des études n\u2019incluaient pas de chercheurs locaux.L\u2019iniquité est saisissante.Alors que la perte de biodiversité est un enjeu préoccupant à l\u2019échelle internationale, 75 % des articles parus dans les journaux les plus prestigieux en écologie et en conservation depuis 1945 sont le fait d\u2019auteurs vivant au Nord.Que disent les chercheurs du Sud sur la dégradation de leurs habitats ?Dif?cile de le savoir tant leurs voix sont invisibilisées.Le continent africain a contribué à 2,3 % de la littérature dans le domaine des géo- sciences au cours des 40 dernières années, un taux comparable à celui des tout petits Pays-Bas.Et parmi les articles traitant d\u2019enjeux et de phénomènes propres à l\u2019Afrique, 70 % étaient exclusivement écrits par des chercheurs étrangers.Les scienti?ques africains sont ainsi marginalisés sur leurs propres terres.Au Canada et au Québec, la science « hélicoptère » est dénoncée depuis longtemps par les communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis.Sollicitées à l\u2019excès par les chercheurs, qui réclamaient des visites, des entrevues et parfois des échantillons biologiques, puis ignorées une fois la recherche de terrain terminée, plusieurs en sont venues à ne plus vouloir servir de laboratoire vivant.En plus d\u2019être moralement indéfendable, la science parasitaire s\u2019est révélée\u2026 très peu pratique en situation de pandémie.Loin du terrain, les scienti?ques qui faisaient cavalier seul ont vu leurs travaux stoppés net.Au contraire, leurs collègues qui cultivaient des liens étroits avec les scienti?ques locaux ont pu poursuivre leur collecte de données.Non seulement ces travaux n\u2019en seront que plus solides, mais les chercheurs sur place, et parfois même les communautés engagées dans la recherche, en ressortiront mieux outillés et plus autonomes.Cela étant dit, il est regrettable qu\u2019une crise sanitaire mondiale ait été nécessaire pour provoquer cette prise de conscience\u2026 Des voix s\u2019élèvent pour mettre un terme à ces pratiques.Par exemple, la revue The Lancet Global Health a clairement signalé qu\u2019elle ne tolérera plus les articles signés par des auteurs qui agissent comme des parasites.Dans les dernières années, des universités et des organismes subven- tionnaires, entre autres au Canada, ont revu leurs principes éthiques a?n que la recherche entreprise dans une autre culture que la sienne s\u2019effectue dans un contexte de respect, de con?ance, d\u2019équilibre des pouvoirs et de réciprocité.Dans ce dossier, personne ne navigue à vue.Les solutions sont connues.Il faut entre autres bâtir des ponts avec des scienti?ques du pays hôte avant d\u2019y mettre les pieds et les considérer comme des égaux dans l\u2019élaboration de l\u2019étude ; inclure de jeunes chercheurs pour soutenir la relève locale ; être à l\u2019écoute des besoins de la communauté d\u2019accueil a?n de pleinement l\u2019aider au lieu de s\u2019en servir à des ?ns scienti?ques ; favoriser une plus grande diversité dans toute la chaîne de production scienti?que, que ce soit dans les équipes de recherche, les comités éthiques, les sociétés savantes ou les comités éditoriaux de journaux.Mais encore faut-il mettre ces solutions en place et, surtout, ne pas en faire un exercice de façade, par exemple en af?chant de manière symbolique les noms de quelques chercheurs du pays d\u2019accueil dans l\u2019en-tête d\u2019un article.Il ne faudrait pas non plus que ces derniers prennent en charge la totalité des travaux pendant que leurs collègues étrangers supervisent les opérations de loin.Cela relèverait (encore) de l\u2019exploitation.Voilà un vaste chantier qui exigera des efforts soutenus et une grande sensibilité de la part des chercheurs occidentaux.Au ?l du temps, ils ont beaucoup pris ; c\u2019est le moment de redonner, au centuple.Pour en?n passer d\u2019une science parasitaire à une science nourricière. JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 5 Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Babillard JUILLET-AOÛT 2021 VOLUME 60, NUMÉRO 1 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste et responsable des médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Elias Levy, Charles Prémont, Fanny Rohrbacher, Hugo Ruher, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Jean-Patrick Toussaint Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs/graphiste Françoise Abbate, Éric Deschamps, Jean- François Hamelin, Nicole Aline Legault, Vigg Éditeur Jean-François Rheault Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Maryvonne Charpentier Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette SERVICE AUX ABONNÉS : 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 serviceclient@velo.qc.ca PUBLICITÉ : Claudine Mailloux 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution: 24 juin 2021 (571e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 36 $ + taxes États-Unis, 1 an : 84 $ Outre-mer, 1 an : 124 $ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2021 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca NOTRE COUVERTURE JUILLET-AOÛT 2021 Les scienti?ques rivalisent d\u2019ingéni osité pour les compren dre, les suivre, les ente ndre.Précieux oiseaux \u2018Oumuamua : d\u2019o ù vient ce visiteur inters tellaire ?Voyage numériq ue dans la Florence d\u2019aut refois Pour illustrer notre dossier estival, quoi de mieux qu\u2019un oiseau capté sur le vif dans son habitat naturel ?Éric Deschamps, photographe du monde sauvage, s\u2019en fait une spécialité.En symbiose avec la nature, il nous offre des clichés inédits et d\u2019une belle simplicité où les animaux deviennent pratiquement des œuvres d\u2019art.Nous avons hésité longuement entre un magni?que héron vert sur fond jaune et un macareux moine qui nous regarde dans les yeux.La bouille sympathique de celui qu\u2019on appelle aussi « perroquet de mer » l\u2019a ?nalement emporté.Mais le héron n\u2019est pas en reste : il fait l\u2019ouverture de notre dossier, avec son air ?er et son ?n plumage.Chaque cliché a son histoire.Après avoir photographié trois macareux, Éric Deschamps a reculé son appareil pour examiner les images sur l\u2019écran de son boîtier.Au même moment, à sa droite, il a aperçu du coin de l\u2019œil un macareux qui l\u2019observait de proche.Impossible de ne pas saisir l\u2019occasion ! Tout doucement, il a tourné son objectif pour croquer de face le regard du petit curieux.?Natacha Vincent, directrice artistique CE QUE NOUS AVONS LU OU ENTENDU AU COURS DE CE NUMÉRO Les scienti?ques collectionnent les observations étonnantes à propos des oiseaux.À l\u2019automne 2020, un nouveau record de vol longue distance a été battu par une barge rousse, qui a parcouru plus de 12 000 km en 11 jours entre l\u2019Alaska et la Nouvelle-Zélande sans interruption ! ?Marine Corniou, journaliste Le « chœur de l\u2019aube », cette symphonie matinale des oiseaux décrite en page 21, intrigue les scienti?ques.Une étude ontarienne parue en 2014 dans le Journal of Ornithology a montré que divers éléments in?uencent l\u2019heure du début des vocalisations chez six espèces communes au Canada.Les chercheurs ont constaté que les oiseaux chantent plus tôt quand la lune est pleine ou dans son dernier quartier, ainsi que lorsque les températures montent pendant le crépuscule nautique.À l\u2019inverse, les oiseaux retardent leurs chants quand le temps est nuageux ou pluvieux.Dans tous les cas, ils sont plutôt matinaux ! ?Mélissa Guillemette, journaliste À LIRE SUR NOTRE SITE WEB RECTIFICATIF « Métamorphose » : comment penser l\u2019après-COVID-19 La pandémie a mis en lumière de nombreux enjeux et dé?s dans nos sociétés, allant de notre préparation aux crises sanitaires à la violence conjugale en passant par l\u2019accès aux services de santé mentale, les inégalités raciales et la menace d\u2019une pénurie de médicaments.Pour combattre la morosité ambiante et nous donner un nouvel élan, nous vous proposons la série « Métamorphose », une suite d\u2019articles qui seront publiés tout au long de l\u2019année 2021 et qui présenteront des projets issus des universités québécoises.En effet, des chercheurs d\u2019ici plani?ent et construisent déjà l\u2019après-COVID-19.Et ils ont beaucoup de choses à nous apprendre.Rendez-vous au www.quebecscience.qc.ca/metamorphose Dans le reportage « Les cartes, témoins du monde » (numéro avril-mai 2021), il était indiqué que Gerardus Mercator a créé, en 1395, une carte où l\u2019on découvre le pôle Nord et ses environs.Ce document date plutôt de 1595.Nos excuses. \u2022 IMAGE : ENGLISH HERITAGE/JAMES O.ET DAVIES des curiosités Q u\u2019ont en commun Néfertiti, Robespierre, Copernic, Richard III et Jean-Sébastien Bach ?Outre le fait qu\u2019ils ont marqué l\u2019histoire, ils font partie des personnages célèbres dont le visage a été ?dèlement reconstitué il y a peu.À partir de masques mortuaires, de portraits d\u2019époque, de restes osseux, voire d\u2019ADN, des scienti?ques et des plasticiens ont produit des représentations de leurs faciès, offrant à ces icônes de livres d\u2019histoire une identité en chair et en os.Ou plutôt en cire, en silicone et en images 3D.La reconstitution faciale a la cote chez les archéologues, et pas que pour les célébrités.Récemment, une trentaine d\u2019habitants de la vallée de l\u2019Indus, une femme de l\u2019âge du bronze, un homme du néolithique, une druidesse de l\u2019âge du fer, un adolescent mort de la peste au 17e siècle, pour n\u2019en citer que quelques-uns, ont af?ché leurs bouilles dans les médias.Elysia Greenway, elle, a donné « chair » en mars dernier à un crâne mis au jour dans un cimetière médiéval d\u2019Édimbourg.« À l\u2019aide d\u2019un scanner 3D, j\u2019ai numérisé les morceaux de crâne, puis ajouté par ordinateur les ligaments, les muscles, la peau », explique cette étudiante de l\u2019Université de Dundee, en Écosse, une référence où se former en art médicolégal et imagerie faciale.On y enseigne des méthodes mises au point en médecine légale pour identi?er des restes humains.En effet, la reconstitution numérique s\u2019appuie tout de même sur des indices très « palpables ».Car la forme du crâne et celle du visage sont directement liées et s\u2019in?uencent mutuellement.« Il s\u2019agit en gros de lire le crâne, d\u2019observer les zones où les ligaments s\u2019attachaient, les aspérités de l\u2019os temporal qui soutient les muscles masticateurs, l\u2019inclinaison de l\u2019os du nez, énumère Elysia Greenway en manipulant la copie d\u2019un crâne âgé de deux millénaires.On utilise des équations qui nous disent par exemple à quelle profondeur placer les yeux dans les orbites.» L\u2019âge au décès et le sexe peuvent aussi, en général, être lus dans les os crâniens.L\u2019essor du numérique et de l\u2019imagerie médicale a af?né les modèles.Grâce à des personnes bien vivantes, dont ils obtiennent la forme du crâne par tomodensitométrie, les chercheurs peuvent comparer les reconstitutions avec la réalité ?et corriger le tir.Selon une étude de l\u2019Université de Dundee, la forme peut désormais être recréée avec moins de deux millimètres d\u2019erreur pour plus de 70 % de la surface du visage.C\u2019est suf?samment précis pour qu\u2019un proche puisse reconnaître une victime dans un contexte judiciaire.Évidemment, il y a toujours une part d\u2019inconnu.« La bouche est probablement la partie qui reste la plus ?oue », précise Elysia Greenway.L\u2019épaisseur et la forme des lèvres, notamment, sont impossibles à déduire à partir de l\u2019armature osseuse.Depuis peu, l\u2019ADN récupéré sur certains ossements peut parfois venir en renfort.Un atout pour deviner la couleur des yeux et de la peau, bien que de nombreux gènes entrent en jeu.En 2018, des généticiens du Musée d\u2019histoire naturelle de Londres avaient ainsi conclu que l\u2019homme de Cheddar, un Britannique vieux de 10 000 ans, avait la peau sombre et les yeux clairs \u2013 interprétation qui avait été critiquée par la suite.Concernant la forme du visage, les gènes sont encore plus dif?ciles à faire parler.Au moins 130 régions du génome seraient associées aux traits faciaux, mais elles n\u2019expliqueraient que 10 % des variations anatomiques, selon une étude parue ?n 2020 dans Nature Genetics.Pour les visages du passé, les artistes médico- légaux font donc la part belle à l\u2019interprétation lors des ?nitions.En revanche, pour les corps non identi?és en médecine légale, « on laisse les contours ?ous, sans texture, pour ne pas trop dévier de la réalité », dit Elysia Greenway.Cette relative liberté artistique apporte son lot de controverses.Ainsi, certains historiens ont estimé que la « copie » de Néfertiti avait la peau bien trop pâle.Ou encore que la restauration du visage de Robespierre, acteur majeur de la Révolution française, renvoyait l\u2019image subjective d\u2019un homme froid et cruel.Voilà pourquoi les spécialistes de l\u2019Université de Dundee donnent une expression neutre aux visages, indique Elysia Greenway.Elle ajoute que la pratique soulève aussi des questions éthiques, en particulier dans des pays comme le Canada ?où elle a étudié l\u2019ostéologie.« Peut-on faire renaître le visage d\u2019une personne des Premières Nations sans le consentement [des communautés concernées] ?» illustre-t-elle.Mais donner un visage aux morts est aussi un moyen puissant de faire ressurgir leur humanité.« Au musée, c\u2019est beaucoup plus marquant de voir un visage qu\u2019un squelette.Cela donne l\u2019impression qu\u2019on a rencontré la personne », conclut la jeune femme avec émotion.LE CABINET L\u2019archéologue et sculpteur suédois Oscar Nilsson donne « vie » à un homme enterré près de Stonehenge il y a 5 500 ans.La sculpture est en silicone.6 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 REGARDER NOS ANCÊTRES DANS LES YEUX Mêlant art et science, la reconstitution des visages de personnes mortes il y a des siècles anime de nombreux archéologues.Par Marine Corniou \u2022 IMAGES : WIKIMEDIA COMMONS ; UNIVERSITÉ DE DUNDEE, WWW.KARENFLEMINGFORENSICARTIST.COM ; ELYSIA GREENWAY Ces visages ont été recréés numériquement à partir d\u2019ossements d\u2019individus de la nation shíshálh morts il y a 4 000 ans.Les os, trouvés en Colombie-Britannique, ont été excavés à la demande de la communauté shíshálh, dans le cadre d\u2019un projet avec l\u2019Université de Toronto.Les visages, reconstitués par l\u2019artiste Philippe Froesch, ont été exposés au Musée canadien de l\u2019histoire en 2017.P.FROESCH/VISUALFORENSIC, 2016 SECHELT FAMILY, MCH OTTAWA.©ADAGP PARIS/SOCAN MONTRÉAL, 2021 Myrtis, une ?llette grecque morte à 11 ans, a vécu au 5e siècle avant notre ère.Son crâne a été retrouvé dans une fosse commune d\u2019Athènes.L\u2019artiste Oscar Nilsson a reconstitué son visage en sculptant pas moins de 20 muscles faciaux en argile.Elysia Greenway a procédé à la reconstitution numérique du visage d\u2019un homme dont le crâne, fragmenté, a été retrouvé lors d\u2019excavations à Édimbourg.La forme des tissus mous est intimement liée à la forme du crâne.Cette femme druide, morte en Écosse il y a 1 500 ans à l\u2019âge vénérable de 60 ans, a retrouvé un visage de cire en 2019 grâce à Karen Fleming, étudiante en art médicolégal à l\u2019Université de Dundee.JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 7 SUR LE VIF \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 8 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 S ous sa surface en apparence paisible, le fleuve Saint- Laurent est le théâtre d\u2019un vacarme assourdissant, traversé par une voie maritime sur laquelle peuvent transiter jusqu\u2019à 200 bateaux en même temps.« L\u2019écosystème entier s\u2019en trouve affecté», indique Yvan Simard, professeur et chercheur associé à l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski de l\u2019Université du Québec à Rimouski et chercheur à l\u2019Institut Maurice-Lamontagne.Le bruit sous-marin nuit notamment aux mammifères : il masque leurs communications, interrompt leurs activités vitales et engendre un stress important.Pour mieux cerner le problème, il a créé un atlas interactif en ligne des paysages acoustiques océaniques du Saint-Laurent en collaboration avec l\u2019équipe pancana- dienne Meridian.« Cet outil permet de visualiser le bruit en 3D à différents moments de l\u2019année, selon la profondeur, et à différentes fréquences acoustiques», dit le professeur et chercheur Florian Aulanier, qui a copiloté l\u2019atlas.Grâce à un modèle de simulation sur de puissants ordinateurs de calcul, les scienti?ques ont utilisé les positions géographiques réelles des navires a?n de propager virtuellement le bruit.Ils ont aussi pris en compte les conditions et la structure des masses d\u2019eau, la nature du fond marin et le bruit naturel comme les vagues et le vent.« Tout est réuni pour obtenir une constellation de 200 navires qui émettent du bruit, et c\u2019est accessible en quelques clics sur Internet», explique Yvan Simard.Les internautes peuvent ainsi voir les structures tridimensionnelles complexes des paysages acoustiques sous-marins à diverses fréquences sonores et constater l\u2019empreinte du tra?c maritime sur toute une année.Par exemple, à 100 m de profondeur au nord-est de l\u2019île d\u2019Anticosti, loin des voies de navigation très fréquentées, le calme règne\u2026 ou presque.L\u2019atlas montre que c\u2019est l\u2019unique segment du ?euve Saint-Laurent où il y a peu de risques que les bruits de navigation perturbent les communications des baleines bleues.Actuellement, seule l\u2019année 2013 est disponible.« Elle va nous servir d\u2019année de référence pour les suivantes, qu\u2019on est en train de modéliser.Le but sera de désigner les tendances : est-ce que le bruit augmente?diminue ?Quelles sont les zones qui sont touchées par ces variations?» explique Florian Aulanier.Les chercheurs espèrent sensibiliser différents publics.« L\u2019atlas pourra aider les gens à mieux comprendre quels sont les effets potentiels de leurs activités sur l\u2019environnement.Il répond à des besoins d\u2019éducation du grand public, mais aussi d\u2019adaptation de nos pratiques, notamment pour les industries qui veulent connaître leur empreinte sur les écosystèmes, pour les gestionnaires des océans et pour les scienti?ques», poursuit Florian Aulanier.REPÈRE TRANQUILLE Pour le Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins (GREMM), l\u2019atlas tombe à point nommé.« Il nous permet de visualiser les endroits les plus bruyants et surtout les plus calmes pour établir des refuges acoustiques », signale Robert Michaud, directeur scienti?que du GREMM.L\u2019organisme réclame depuis plusieurs années la protection de telles zones.«Il y a un consensus sur le fait que le bruit est une menace, un facteur altérant la santé des animaux», ajoute-t-il.Crabes, sébastes, crevettes, rorquals bleus\u2026 Sous l\u2019eau, difficile pour ces animaux de détecter des prédateurs, d\u2019attraper des proies ou de suivre leur chemin à la vue.« Le son voyage avec une ef?cacité redoutable dans l\u2019eau.C\u2019est un élément Bruyant Saint-Laurent Des chercheurs québécois ont conçu un atlas interactif en ligne pour cartographier le bruit qu\u2019engendre le tra?c maritime dans le ?euve.Par Fanny Rohrbacher Carnet de santé Dre ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 9 important de l\u2019habitat.Les bélugas, par exemple, communiquent en utilisant tout un répertoire de signaux vocaux dont les fréquences chevauchent celles des sons des activités humaines », fait-il remarquer.Pour le moment, le fjord du Saguenay constitue un refuge acoustique naturel et une zone de tranquillité pour les bélugas du Saint-Laurent, qui viennent y mettre bas chaque été.En attendant des bateaux plus silencieux, il faut collaborer avec l\u2019industrie maritime pour trouver des façons de diminuer les nuisances acoustiques.Robert Michaud ne manque pas d\u2019idées : « Réduire le tra?c et la vitesse des navires, désynchroniser les déplacements et les périodes d\u2019accouplement ou de mise bas des animaux, faire naviguer les navires en convoi pour concentrer les périodes de bruits et avoir des périodes de silence\u2026» Il parle aussi du programme ÉcoAction au port de Vancouver.Des hydrophones enregistrent les sons émis par chacun des navires qui font escale.Les moins bruyants, comme ceux qui se dotent d\u2019hélices réduisant le bruit sous-marin, peuvent obtenir une réduction allant jusqu\u2019à 47 % des droits de port.Une telle initiative serait intéressante à mettre en œuvre ici, selon lui.« On peut toujours montrer du doigt ceux qui font du bruit, mais le doigt peut rapidement se retourner vers nous ! Ces navires-là apportent toutes les bébelles de notre consommation : les autos, les téléphones, les marchandises, etc.Si chacun d\u2019entre nous achetait moins, on diminuerait indirectement le tra?c et le bruit dans le ?euve Saint-Laurent », conclut Robert Michaud.J\u2019ai entendu parler de la chose pour la première fois dans un cours d\u2019embryologie, en première année de médecine : au moins une grossesse sur quatre se termine par une fausse couche.« Ah bon ! Il me semble que c\u2019est beaucoup», me suis-je dit.La deuxième fois, j\u2019étais en stage d\u2019obstétrique et gynécologie.Je me demandais pourquoi les femmes qui avaient un saignement vaginal au premier trimestre de leur grossesse étaient dirigées vers le service des urgences ?et non à notre clinique.« Il y aurait beaucoup trop de patientes ! La plupart perdent leur bébé, on ne peut pas toutes les prendre en charge!» m\u2019a-t-on répondu le plus normalement du monde.Voici donc, mesdames et messieurs, l\u2019essentiel du contenu sur les fausses couches et le deuil périnatal qu\u2019on m\u2019a présenté pendant la totalité de mes études médicales.Pour une situation qui touche plus de 20 000 Québécoises et 23 millions de femmes par année dans le monde, j\u2019estime que c\u2019est nettement insuf?sant.Imaginez : cela représente une fausse couche toutes les 44 secondes! La revue The Lancet fait malheureusement le même constat dans un dossier publié en avril 2021 qui s\u2019intitule « Miscarriage Matters » ?un clin d\u2019œil au mouvement Black Lives Matter.D\u2019entrée de jeu, les auteurs admettent que le phénomène est mal compris par les femmes, les hommes et les professionnels de la santé.D\u2019abord, notons qu\u2019il est dif?cile à cerner.Chez certaines, la fausse couche se manifeste par des saignements et des douleurs qui ressemblent à des crampes menstruelles, alors que, chez d\u2019autres, elle passe complètement inaperçue.Autre problème : la dé?nition même d\u2019une fausse couche, qui ne fait pas consensus.Généralement, on la décrit comme un arrêt spontané de la grossesse avant la viabilité d\u2019un fœtus, c\u2019est-à-dire sa capacité à vivre dans un environnement extra-utérin.Selon l\u2019Organisation mondiale de la santé, la limite de la viabilité varie selon l\u2019âge ou le poids : plus de 22 semaines d\u2019aménorrhée ou plus de 500 g.Dans certains pays, ce seuil est régi par des lois, comme en Grande-Bretagne (24 semaines).Au Québec, il est déterminé par expertise médicale.Les progrès en néonatologie ne cessent toutefois de repousser ces limites, ce qui n\u2019aide pas à dissiper ce ?ou artistique.Les fausses croyances au sujet des fausses couches sont légion et alimentent la culpabilité des femmes depuis trop longtemps.Il est hélas commun de les attribuer à tort à l\u2019activité physique, comme soulever des charges ou laver le plancher avec vigueur, aux relations sexuelles ou encore à la prise de contraceptifs oraux.Elles sont plutôt dues, la plupart du temps, à des anomalies chromosomiques de l\u2019embryon.Elles dépendent aussi de l\u2019âge des femmes ?les plus jeunes et les plus âgées sont davantage à risque ?de même que de l\u2019âge des hommes! En effet, un «futur papa» de plus de 40 ans est un facteur de risque en soi.Devant ce manque cruel de connaissances, la plupart auront tendance à banaliser la fausse couche.«Vous n\u2019aurez pas eu le temps de trop vous attacher » ou encore « Ce n\u2019est que partie remise».Ces réactions n\u2019aident pas les parents endeuillés à traverser la tempête.Pour toutes ces raisons, je dis aux femmes qui se dirigent vers les urgences aux premiers symptômes de la fausse couche de tenir bon.Trop souvent, elles seront laissées à elles- mêmes en attendant de voir un médecin, à faire l\u2019aller-retour entre la salle d\u2019attente et la salle de toilettes pour gérer leurs saignements et leur peine\u2026 Le système de santé peut faire mieux pour elles, par exemple en créant un corridor de service réservé.Force est d\u2019admettre que la peine n\u2019est pas proportionnelle au nombre de semaines de gestation.Faisons en sorte qu\u2019il en soit de même de notre compassion.Toutes les 44 secondes SUR LE WEB Pour consulter l\u2019atlas des paysages acoustiques océaniques, rendez-vous à l\u2019adresse suivante : soundscape-atlas.uqar.ca. SUR LE VIF 10 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 \u2022 IMAGE : NASA/JOHNS HOPKINS APL/STEVE GRIBBEN D\u2019 u n côté, un impacteur d\u2019une demi-tonne qui « attaque » à une vitesse de 6,6 kilomètres par seconde ; de l\u2019autre, un astéroïde innocent.Voilà le duel au cœur de la nouvelle mission DART (Double Asteroid Redirection Test) de la NASA, qui s\u2019amorcera en novembre.Pas de panique, la Terre n\u2019est pas menacée par cet astéroïde appelé Didy- mos et situé à 11 millions de kilomètres.L\u2019idée est simplement\u2026 de voir ce qui se passera! «Il faut connaître notre ennemi, assure Andy Cheng, responsable du projet et chercheur au Johns Hopkins Applied Physics Laboratory.DART va servir à savoir comment la cible réagit et, ainsi, nous aurons cette expérience en cas d\u2019astéroïde plus dangereux.» L\u2019astre est une cible de choix parce qu\u2019on le connaît très bien ; sa taille, sa densité, sa composition et sa trajectoire n\u2019ont plus de secrets pour les scienti?ques.Les nombreuses observations faites depuis sa découverte en 1996 ont permis d\u2019en brosser un portrait très précis, et ce travail continuera jusqu\u2019au jour J, ?n 2022, quand l\u2019impacteur foncera sur lui après un long voyage.Didymos est un astéroïde binaire, composé de deux corps : le principal, massif, de 800 m de diamètre, et un satellite de 160 m surnommé Didymoon (officiellement Dimorphos, mais le surnom plus familier est resté).C\u2019est ce petit objet \u2013 quoique assez gros pour détruire une région métropolitaine \u2013 qui sera touché par l\u2019impacteur de la NASA, une sonde munie d\u2019un moteur ionique.« La première version de cette mission en partenariat avec l\u2019Agence spatiale européenne prévoyait un impacteur et un deuxième vaisseau pour calculer le changement d\u2019orbite, raconte Andy Cheng.Mais c\u2019était trop cher ! » Dans les faits, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un astéroïde binaire, les observations au sol suf?ront.Comme les deux corps sont très proches, le moindre changement de trajectoire de celui qui est frappé sera très facile à mesurer ; il suf?ra d\u2019utiliser l\u2019autre objet comme point de repère.Sans cette binarité, il aurait fallu des mois d\u2019observation continue pour savoir si la trajectoire de l\u2019astéroïde a été modi?ée.La NASA relèvera de nombreux dé?s avec DART.« Ce sera la première fois que nous viserons un objet aussi petit, indique Andy Cheng.DART va se guider seul jusqu\u2019à sa destination.Il doit aussi nous fournir des images de très bonne qualité pour que nous puissions exploiter les données.» « C\u2019est une mission ?nalement assez simple, résume Robert Lamontagne, coordonnateur du Centre de recherche en astrophysique du Québec.Cela fait presque penser à un projet de petit garçon qui veut tout faire exploser ! Pour autant, un impac- teur a l\u2019avantage d\u2019être précis et de petite intensité.Ce n\u2019est pas une bombe nucléaire ; il n\u2019est pas question de faire exploser l\u2019astéroïde ! » Même les héros du ?lm L\u2019impact, sorti en 1998, avaient compris qu\u2019une telle stratégie façon cow-boy allait faire pleuvoir une multitude de petits astéroïdes au lieu d\u2019un seul très gros, ce qui ne serait pas forcément mieux pour la Terre ! Une question se pose : le risque d\u2019impact par un astéroïde étant quasi inexistant, tout cela est-il bien nécessaire ?Pour Robert Lamontagne, oui : « Certes, une catastrophe risque très peu de se produire.Mais le jour où une telle collision surviendra, ce sera un véritable désastre ! Il vaut donc mieux prévoir ce jour, même s\u2019il n\u2019arrive jamais.» Une mission pour éviter l\u2019Armageddon La NASA lance une mission digne d\u2019un ?lm avec Bruce Willis : une bombe s\u2019écrasera sur un astéroïde pour le détourner ! Par Hugo Ruher Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe Camp d\u2019été : un dé?pour les enfants autistes Par Fanny Rohrbacher JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 11 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM P our Bob, neuf ans, comme pour 17000autres jeunes Québécois autistes, interagir avec les enfants dans un camp d\u2019été et s\u2019intégrer au groupe est un dé?de taille.C\u2019est pourquoi une équipe de l\u2019Université de Sherbrooke s\u2019est penchée sur l\u2019expérience vécue par Bob pour déterminer s\u2019il vaut mieux révéler ou taire le diagnostic d\u2019autisme aux moniteurs et aux participants.Les parents hésitent parfois à aborder le sujet de crainte que leur enfant soit exclu ou stigmatisé.« Ils ont peur qu\u2019on leur ferme les portes du camp, qu\u2019on ne veuille pas de leur enfant », indique Mélanie Couture, professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l\u2019Université de Sherbrooke.Il est vrai que les camps sont des endroits très stimulants et par le fait même complexes à apprivoiser pour les enfants autistes, car leurs sensibilités sensorielles sont exacerbées.« Le bruit, certains sons, la lumière et la proximité sont des stimulations qu\u2019ils ont beaucoup de dif?culté à gérer.Cette dif?culté peut souvent dégénérer en crise où l\u2019enfant se désorganise : il pleure, crie, se met en boule, frappe.» Pour y voir plus clair, la scienti?que et des collègues ont analysé les comportements de Bob et de ses camarades pendant deux camps d\u2019été, chacun d\u2019une semaine : un camp de cuisine où les animateurs et les enfants ignoraient le diagnostic d\u2019autisme et un camp de sport où tout le monde était au courant de la situation.Dans ce deuxième camp, les chercheurs ont véritablement outillé les enfants.« Dire \u201cBob est autiste\u201d n\u2019aurait pas été suffisant.On leur a expliqué ce que veut dire être autiste et comment agir avec Bob », raconte Mélanie Couture en ajoutant du même souf?e que les jeunes sont un public de choix pour cette discussion.«C\u2019est le bon moment pour faire de la sensibilisation, les enfants sont des éponges!» Au premier camp, Bob a vécu de l\u2019isolement.Il jouait principalement seul et les autres enfants interagissaient peu avec lui.Le tableau était bien différent au camp suivant.« Chez les enfants, les gestionnaires et les moniteurs, la connaissance du diagnostic a complètement changé les perceptions », af?rme Mme Couture.Ils ont fait plus d\u2019efforts pour intégrer le garçon, ils ont entamé des conversations avec lui et ils ont accueilli ses initiatives plus fréquemment et plus positivement.Cette étude de cas fait partie des premiers résultats d\u2019un plus vaste projet de recherche : une analyse de groupe touchant 16 enfants autistes est en cours au Québec et en Alberta.Les résultats prometteurs pour le cas de Bob ouvrent une nouvelle fenêtre.En plus des parents, «des intervenants et des éducateurs du milieu de la santé pourraient contribuer à cette démarche d\u2019intégration », conclut la chercheuse.Le danger des fausses recettes oici 22 trucs de cuisine qui vont changer votre vie ! » «35 astuces pour faire cuire les œufs.» Omniprésentes sur Facebook et YouTube, des vidéos virales promettent des résultats incroyables à partir d\u2019étapes d\u2019une simplicité suspecte et d\u2019ingrédients faciles à trouver.Très attirantes avec leurs couleurs vives et leur musique rythmée, elles font moins de deux minutes (même sans une grande capacité d\u2019attention, on peut les visionner !).Mais avez-vous déjà essayé une de ces recettes ?Un journaliste de la BBC l\u2019a fait et toutes se sont terminées en catastrophe ! Ces fraudes culinaires sont légion sur le Web.Blossom, So Yummy et 5-Minute Crafts, qui donnent dans le genre, ont ensemble près de 100 millions de personnes qui les suivent sur YouTube.Martha Stewart peut aller se rhabiller avec ses 678 000 abonnés ! Ces vidéos cartonnent en raison de leur contenu sensationnaliste ?ce qu\u2019on appelle des pièges à clics.Elles sont également une source de distraction recherchée par les internautes en manque de contenu positif depuis le début de la pandémie.Pour cela, un ?an à quatre ingrédients cuit au four à micro-ondes dans un carton de lait, c\u2019est gagnant ! Ces recettes posent néanmoins plusieurs problèmes.Évidemment, elles minent le moral des aspirants cuistots qui peuvent se croire incapables de suivre des étapes simples, alors qu\u2019on parle régulièrement de la nécessité pour tous de maîtriser les bases de la cuisine pour favoriser la santé.Ensuite, ces recettes vouées à l\u2019échec ?niront inévitablement à la poubelle : du vrai gaspillage.En?n, certains contenus sont dangereux, comme l\u2019explique Ann Reardon, une chercheuse spécialisée en alimentation qui déboulonne les fausses recettes sur sa chaîne YouTube.En 2019, une vidéo de 5-Minute Crafts suggérait de tremper des fraises dans de l\u2019eau de Javel dans le but de les blanchir\u2026 La description sous la vidéo dit bien de ne pas manger ces fruits décolorés ; mais qui la lit vraiment ?Des enfants pourraient très bien tomber sur cette vidéo et décider de reproduire cette « recette ».Il est évident que les producteurs de ces contenus misent sur la crédulité de certains internautes, enfants ou adultes.Devant leur manque d\u2019éthique, comment sensibiliser les gens à l\u2019importance d\u2019être sceptiques vis-à-vis de ce qu\u2019ils lisent, voient et entendent?J\u2019aimerais les convaincre que l\u2019esprit critique a bien meilleur goût que toutes les recettes bidon de ce monde ! «V Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf 12 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 \u2022 IMAGE : VIGG É tape no 1 : observer que des gens prennent de grandes libertés vis-à-vis des consignes sanitaires.Étape no 2 : constater que beaucoup d\u2019entre eux s\u2019informent auprès de médias très campés à droite.Étape no 3 : mettre les comportements délinquants sur le dos de ces médias.Une des « activités » les plus populaires en ces temps de pandémie de COVID-19 est sans contredit de blâmer certains médias pour des agissements et opinions avec lesquels on n\u2019est pas d\u2019accord.Ce passe-temps est d\u2019ailleurs tout aussi présent chez les «COVID- sceptiques », qui accusent à répétition les médias traditionnels d\u2019exagérer la gravité de la situation et ridiculisent les « COVID-anxieux » pour s\u2019être laissé manipuler.Mais voilà, il se pourrait bien que tout ce beau monde ait tort : les médias n\u2019ont (probablement) pas ce genre d\u2019in?uence.Il existe bien une association absolument indéniable entre la consommation de médias comme Fox, particulièrement populaire auprès des électeurs à tendance républicaine aux États-Unis, et le non-respect des règles sanitaires.Une étude parue au printemps2020 a comparé plusieurs États américains et mis en lumière que, pour chaque tranche de 10 % du marché télévisuel occupé par Fox, le respect du con?nement baissait de 1,3 %.Est-ce toutefois un lien de causalité ?Les partisans démocrates, eux, ont une forte tendance à voir la COVID-19 beaucoup plus « grosse » qu\u2019elle l\u2019est réellement, d\u2019après un sondage mené en décembre 2020 par la Brookings Institution.Même après des mois de pandémie, 41 % d\u2019entre eux croyaient que le SRAS-CoV-2 envoie plus de la moitié des gens qu\u2019il infecte à l\u2019hôpital ( !), alors que le taux d\u2019hospitalisation se situe plutôt entre 1 et 5 %.Est-ce à dire que tous ces gens ont été manipulés par les méchants grands médias ?Certains chercheurs, disons-le, estiment que les médias peuvent exercer ce genre d\u2019in?uence et qu\u2019il y a un lien de cause à effet dans l\u2019association entre le contenu d\u2019un média et l\u2019opinion de son public.Mais une étude récente (entre autres travaux) est venue jeter un gros pavé dans cette mare.Parue en avril dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, elle se distingue par son cadre solide et « naturel ».Contrairement à beaucoup d\u2019autres études sur cette question, ses auteurs n\u2019ont pas enfermé des participants dans une salle pour leur faire lire un texte à l\u2019idéologie marquée et ensuite mesurer l\u2019effet de cette lecture sur leur opinion ?alors que ce n\u2019est jamais comme ça que l\u2019on s\u2019informe.Ils ont plutôt demandé au tiers de leurs quelque 1 050 participants d\u2019adopter le site de Fox comme page d\u2019accueil de leur fureteur Web, à un autre tiers de prendre celui du HuffPost (considéré comme un média de gauche dans l\u2019étude) et au dernier tiers de ne rien changer (c\u2019était le groupe témoin).Puis, les chercheurs ont effectué plusieurs suivis répartis sur un an.Leur méthodologie a bien fonctionné, dans le sens où la consultation de ces sites a nettement augmenté ?par trois à quatre pages vues de plus par jour chez ceux qui les avaient comme page d\u2019accueil, et cela s\u2019est maintenu pendant des semaines.Mais ce fut pratiquement le seul effet mesuré.Même après des mois à consulter davantage le site de Fox, les participants n\u2019étaient pas devenus plus conservateurs.L\u2019étude a constaté la même absence d\u2019effet relativement au HuffPost, ce qui «est cohérent avec d\u2019autres recherches [concluant à] un effet minime des médias», disent ses auteurs.Le sens de la causalité serait inverse : les médias ne façonnent pas l\u2019opinion de leurs publics, ce sont plutôt ces publics qui choisissent leurs médias en fonction de leurs préférences idéologiques.Remarquez que c\u2019est une bien piètre excuse pour les médias qui ?irtent avec la propagande comme Fox, Rebel News et certaines radios de la région de Québec.Certes, s\u2019ils disent ce que veut entendre une partie de la population, ils ne se trouvent pas à manipuler activement l\u2019opinion publique.Mais si leur stratégie implique de maintenir le public dans l\u2019erreur pour entretenir leurs cotes d\u2019écoute, cela n\u2019est guère plus glorieux.Ces médias ne font pas partie de la solution.C\u2019est juste qu\u2019ils ne font pas partie du problème aussi clairement qu\u2019on le dit.À cet égard d\u2019ailleurs, l\u2019étude de la Brookings Institution a peut-être mis le doigt sur le véritable problème : la numératie.Plus encore que l\u2019appartenance politique, c\u2019était la compréhension des statistiques de base qui déterminait si la perception de la COVID- 19 était juste ?ou du moins pas trop fausse.Ainsi, chez les gens ayant une numératie élevée, seulement 9 % des républicains et 17 % des démocrates croyaient que plus de la moitié des gens qui sont infectés par le SRAS-CoV-2 ?nissent à l\u2019hôpital.Mais chez ceux qui avaient une numératie faible, c\u2019était 36 et 49 %.La vraie bataille contre les fausses nouvelles, c\u2019est peut-être là qu\u2019il faut la mener.Comment blâmer les médias en trois étapes faciles Une équipe de l\u2019Institut des sciences de la mer de Rimouski de l\u2019Université du Québec à Rimouski (ISMER-UQAR) et de Pêches et Océans Canada a développé un atlas des paysages acoustiques océanographiques de l\u2019estuaire et du Golfe du Saint- Laurent.Une innovation qui permet de constater le bruit généré par le trafic maritime tout au long de l\u2019année et son impact sur les différentes espèces marines.L\u2019ISMER-UQAR, au cœur de la formation et de la recherche sur les enjeux maritimes La qualité des travaux du titulaire de la chaire de recherche du ministère des Pêches et des Océans Canada en acoustique marine appliquée à la recherche sur l\u2019écosystème et les mammifères marins et professeur associé à l\u2019ISMER-UQAR Yvan Simard et de son équipe témoigne de l\u2019excellence de la recherche à l\u2019Université du Québec à Rimouski.Université à dimension humaine, l\u2019UQAR est riche de la grande diversité de ses expertises de calibre international et se classe année après année parmi les meilleures universités canadiennes en recherche.Photo : Marie Guilpin \u2022 IMAGE : XXXXXXX ENTREVUE \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 14 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 Le réputé neuropsychiatre Boris Cyrulnik montre comment notre environnement nous façonne et il nous incite à ré?échir à notre relation avec la nature.Par Elias Levy Le cerveau, sculpté par la vie \u2022 IMAGE : DRFP/ÉDITIONS ODILE JACOB JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 15 pandémie de COVID-19 devrait nous faire prendre conscience des grands ravages que l\u2019homme cause lorsqu\u2019il détruit la nature», lance sur un ton grave le célèbre neuropsychiatre et éthologue Boris Cyrulnik.Dans un essai brillant, Des âmes et des saisons : psycho-écologie, le principal théoricien du concept de résilience conjugue avec maestria les différents savoirs ?l\u2019éthologie, les neurosciences, l\u2019histoire, la paléoanthropologie\u2026?qui ont façonné sa démarche scienti?que.Il souligne la manière dont notre environnement tout entier nous modèle, dès la conception, et nous exhorte éloquemment à agir à notre tour sur celui-ci en réinventant notre relation avec la nature.Un vibrant plaidoyer pour la survie de l\u2019espèce humaine.Québec Science : Est-ce la période nébuleuse que l\u2019humanité traverse qui vous a motivé à partager avec vos lecteurs vos connaissances sur la psychoécologie ?Boris Cyrulnik : L\u2019origine des travaux scienti- ?ques est souvent autobiographique.Les scienti?ques ne l\u2019avouent pas toujours, mais le choix de l\u2019objet de science est souvent déterminé par des évènements qui ont profondément marqué leur vie.C\u2019est pour cela que j\u2019évoque parfois dans mes livres mon enfance durant la Seconde Guerre mondiale.Celle-ci m\u2019a rendu sensible à un problème, celui du langage totalitaire, en l\u2019occurrence la rhétorique du nazisme.Ma famille a péri dans les camps d\u2019extermination nazis.J\u2019ai été arrêté à six ans et demi par des sbires d\u2019Hitler.Dans les années d\u2019après-guerre, j\u2019entendais dire que si Hitler avait agi aussi cruellement, c\u2019est parce qu\u2019il avait la syphilis, la maladie de Parkinson\u2026 Pour le gamin que j\u2019étais, cette af?rmation paraissait déjà stupide.Je me disais alors qu\u2019on ne pouvait pas expliquer la folie nazie par une seule cause.Nous sommes constamment pénétrés par le milieu qui nous entoure.Biologiquement, notre corps est pénétré par l\u2019altitude, le froid, la chaleur, la famine ou une pléthore d\u2019aliments\u2026 Notre esprit est imbibé des récits relatés par notre famille, notre culture\u2026 Ma formation épistémologique a commencé dès l\u2019âge de 10 ans ! J\u2019ai gardé cet esprit en moi, notamment pendant mes études de médecine et de psychologie.Cela fait à peu près 40 ans que je travaille sur le concept de psychoécologie.QS Qu\u2019est-ce que la psychoécologie ?BC C\u2019est un façonnement lent, constant, qui débute avant la naissance, dans l\u2019utérus, et qui s\u2019achève à notre mort.Nous, Occidentaux, sommes la seule civilisation à faire naître un bébé le jour de sa venue au monde.Les Asiatiques fêtent le premier anniversaire d\u2019un bébé le jour de sa naissance parce qu\u2019il a déjà eu 9 ou 10 mois d\u2019interactions dans sa niche sensorielle, le ventre de sa mère.Il y a trois « niches écologiques ».La première, qui forme notre cerveau, c\u2019est l\u2019utérus et les émotions maternelles.La deuxième, qui forme notre affectivité, ce sont les bras de la mère, mais aussi ceux du père ou du deuxième parent qui interviennent bien plus tôt que ce qu\u2019on croyait.La troisième, ce sont les êtres humains de notre entourage, l\u2019arti?ce du verbe avec les émotions et les récits qu\u2019on nous raconte dès notre plus jeune âge.QS Vous comparez le cerveau humain à une sculpture.Pourquoi ?BC Je propose la métaphore d\u2019un cerveau sculpté par ses milieux : l\u2019utérus, les bras de la mère et la parole.Le milieu marque son empreinte sur une terre glaise, un socle qui est différent si l\u2019on est dans l\u2019utérus, si l\u2019on est un enfant préverbal ou si l\u2019on est un enfant qui a déjà accès à la parole.C\u2019est une transaction entre ce qu\u2019on est au cours de son développement et ce qui se meut autour de soi quand on vieillit. ENTREVUE 16 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 QS Vous démontrez à quel point les mots, le langage et les récits in?uencent les fonctions cérébrales.BC Durant mes études de médecine, on nous expliquait que le cerveau était dans sa boîte crânienne coupé du milieu alentour.Mon œil ! De manière anticipatoire, le cerveau décèle dans son milieu des éléments sensoriels avec lesquels il compose une représentation qu\u2019on appelle la « réalité ».Celle-ci est une construction constante de notre cerveau.Ensuite, les mots organisent le monde à travers des récits qui façonnent nos représentations de la réalité depuis l\u2019enfance.Quand les récits créent un monde de représentations non contextuelles, impossibles à percevoir, ils déclenchent d\u2019intenses émotions.La neuro-imagerie l\u2019a bien con?rmé.Un mot chargé d\u2019intensité, par exemple une insulte, peut modi?er la structure cérébrale.On perçoit ce phénomène chez les enfants maltraités, qui ?nissent par avoir des dysfonctions cérébrales.QS Vu l\u2019in?uence considérable de l\u2019environnement sur notre cerveau, quel regard portez-vous sur la pandémie contre laquelle l\u2019humanité lutte depuis plus d\u2019un an ?BC La pandémie que nous traversons nous a fait prendre conscience que l\u2019être humain n\u2019est pas au-dessus de la nature et n\u2019est pas supérieur aux animaux.La COVID-19 a révélé notre comportement hideux vis-à-vis de la biodiversité.Détruire celle-ci, comme l\u2019humain le fait impunément, accroît les risques d\u2019épidémie.Les épidémies sont récurrentes depuis le néolithique et elles ont toujours les mêmes causes : l\u2019hyperconsommation, l\u2019hypercirculation.Autrefois, les virus étaient transportés par des chameaux ou des bateaux.Aujourd\u2019hui, ils circulent par les avions.L\u2019humanité n\u2019a tiré aucune leçon des hécatombes du passé.QS Ainsi, la domination écrasante de l\u2019humain sur la nature n\u2019est plus un gage de survie pour lui, mais au contraire la voie de sa perdition.BC Pendant des siècles, la domination a été une adaptation pour survivre, mais à présent elle ne produit que du malheur et de grandes catastrophes écologiques.Chaque fois que l\u2019espèce humaine a failli disparaître, elle a survécu grâce à la violence des hommes.La domination virile a été une valeur adaptative qui nous a permis de survivre, mais au prix d\u2019un malheur constant : les femmes ont été écrasées, les enfants ont été battus, les plus faibles ont été exterminés\u2026 Cette violence a engendré la société, les États, les frontières, l\u2019imposition de la religion et de ses croyances, l\u2019annihilation de ceux qui refusaient de se soumettre à l\u2019ordre établi\u2026 De nos jours, paradoxalement, alors que l\u2019Occident baigne dans un contexte social de paix, d\u2019avancées technologiques et de droits de la personne, la violence n\u2019est que destruction.QS Comment sortir de ce rapport de domination et mieux préparer l\u2019avenir ?BC Le mot le plus approprié pour dé?nir ce qui nous arrive est certainement catastrophe.Étymologiquement, il puise sa signification dans le grec ancien : bouleversement et tournant.Donc, tout n\u2019est peut-être pas perdu ! Après une catastrophe, le traumatisme subi nous pousse à explorer de nouvelles voies.C\u2019est ça, la résilience : construire quelque chose de nouveau tout en gardant une blessure.La destinée de l\u2019humanité est entre nos mains.Dans le monde post-COVID-19, trois avenues se dessinent devant nous.Si nous renouons avec l\u2019hyperconsom- mation et les hyperdéplacements, nous retournerons à la case départ.Si l\u2019on recommence à partir en voyage à l\u2019autre bout du monde, à multiplier les élevages d\u2019animaux aux ?ns de consommation et à accentuer la déforestation en Amazonie brésilienne, dans deux ou trois ans nous serons confrontés à un nouveau virus.La deuxième possibilité m\u2019inquiète aussi beaucoup.Dans une période de chaos écologique, par exemple un tremblement de terre ou un autre désastre naturel, ou de chaos social, comme une guerre ou une révolution, on voit souvent apparaître un «sauveur» qui fera croire à un peuple aigri et dépité qu\u2019il a la solution pour mettre ?n aux graves problèmes économiques et sociaux qui l\u2019af?igent.Cet escroc parviendra à se faire élire démocratiquement.On assiste impavide, aux quatre coins du monde, au déferlement d\u2019une vague populiste.Un nouvel ordre politique émerge, il pourrait favoriser l\u2019instauration de nouvelles dictatures.La troisième voie, celle qui, je l\u2019espère, se concrétisera, est la renaissance, c\u2019est- à-dire le fait de repenser notre monde et notre mode de vie.QS Repenser notre monde, c\u2019est aussi se préparer à affronter les catastrophes futures?BC Absolument.Il faut préparer les facteurs de protection pour mieux affronter le prochain fléau.En 1755, après le tremblement de terre dévastateur qui a ravagé Lisbonne, les gouvernants de cette cité portugaise ont tablé sur un nouvel urbanisme ?la construction de rues droites et larges ?a?n de mieux résister au séisme ou à la catastrophe naturelle à venir.En 2013, la Fondation Rockefeller a lancé l\u2019ambitieux programme Les 100 cités de la résilience.Paris et Montréal sont partenaires de ce projet.Son objectif : que les grandes villes se préparent pour être en mesure de mieux encaisser les effets délétères du dérèglement climatique, des pollutions de l\u2019air et de l\u2019eau, de la raréfaction des ressources, du terrorisme\u2026 Ces facteurs de protection, de plus en plus nécessaires, sont une autre preuve manifeste que l\u2019humain ne pourra jamais dominer la nature, mais devra redoubler d\u2019ingéniosité pour contrer les dérives de cette dernière qu\u2019il a souvent provoquée par ses actes irresponsables. L\u2019histoire de l\u2019Univers, c\u2019est l\u2019histoire de la matière qui s\u2019organise astrolab.qc.ca FILM À L\u2019AFFICHE À L\u2019ASTROLAB ÉMERGENCE L\u2019ÉVOLUTION COSMIQUE DOSSIER SPÉCIAL LEURS GAZOUILLIS NOUS RAVISSENT.LEUR INTELLIGENCE NOUS ENCHANTE.LEURS MIGRATIONS NOUS INTRIGUENT.PLEINS FEUX SUR LES OISEAUX ! LA VIE CHANTE 20 BAGUE À LA PATTE 27 LE BONHEUR REVIENT-IL DANS LE PRÉS ?30 MAÎTRES DU CIEL 34 18 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 19 \u2022 PHOTO : ÉRIC DESCHAMPS DOSSIER SPÉCIAL Le « chœur de l\u2019aube » enregistré au cimetière Mont-Royal en mai peut être entendu sur notre site Web : www.quebecscience.qc.ca/sciences/chant-oiseaux À ÉCOUTER 20 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 IMAGE L a v i e c h a n t e Un merle d'Amérique en pleine vocalisation U n silence de mort règne avant l\u2019aube au cimetière Mont-Royal.Outre la rumeur de Montréal qui entoure l\u2019oasis urbaine en ce matin de mai, on n\u2019entend pratiquement que le vent qui agite les branches des arbres parfois centenaires.Vers 4 h 20, un bruant à gorge blanche lance deux ou trois notes, sans terminer sa chanson : il semble réaliser qu\u2019il est trop tôt.Puis, lorsqu\u2019un trait bleu clair se dessine sur la montagne, un merle d\u2019Amérique, une espèce capable d\u2019émettre une vingtaine de sons, pousse la note.Les bruants à gorge blanche se joignent aussitôt à la partie, avec la vigueur d\u2019un candidat de Star Académie soumis au ballottage.D\u2019autres chants et cris s\u2019ajoutent ensuite, peu à peu, comme si chaque espèce se réveillait à son tour pour former une chorale.Le cimetière grouille de vie ! C\u2019est ce qu\u2019on appelle le « chœur de l\u2019aube ».Personne ne connaît vraiment la raison d\u2019être de cette symphonie dissonante qui vous tire peut-être du sommeil de mauvais poil.Il semble à tout le moins que les oiseaux aux grands yeux ou aux capacités visuelles accrues s\u2019y mettent plus tôt, tout comme les oiseaux qui cherchent la nourriture dans les arbres plutôt qu\u2019au Les oiseaux ?ûtent, gringottent, gazouillent, trompettent, sifflent, turlutent et bien plus ! Des scienti?ques décortiquent ces mélodies.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 21 sol.Le spectacle est à son plus fort au printemps, quand les espèces migratrices arrivent au cimetière.Ce terrain accueille jusqu\u2019à 145 espèces au total ?soit le tiers des 462 espèces présentes au Québec ! ?, ce qui en fait un lieu d\u2019intérêt pour les ornithologues amateurs.La base de données eBird est constamment abreuvée d\u2019observations effectuées à cet endroit.Il suf?t de porter une réelle attention au chant des oiseaux pour être émerveillé, à 5 h du matin comme à 17 h.Voilà déjà des siècles que des naturalistes et des scienti?ques s\u2019y intéressent.Qu\u2019ont-ils appris et que cherchent-ils encore ?Pour nous répondre, qui de mieux qu\u2019un « drôle d\u2019oiseau » ?C\u2019est ainsi que se décrit Antoine Ouellette, biologiste, musicologue et compositeur de musique classique.Il a notamment créé la pièce Joie des grives, une œuvre pour orchestre symphonique inspirée des vocalisations de 11 espèces du Québec.Il est aussi l\u2019auteur de l\u2019essai Le chant des oyseaulx : comment la musique des oiseaux devient musique humaine, paru en 2008 et réédité en 2020.L\u2019essence de son message : cessons de présumer que la musique des oiseaux vaut moins que la nôtre ! Car les animaux à plumes ne chantent pas que pour défendre leur territoire et pour courtiser les femelles.Ils jasent aussi en vol, en cherchant de la nourriture (sif?er en travaillant ?) et pour af?rmer leur identité.Cela ne ressemble-t-il pas aux fonctions de la musique humaine ?Antoine Ouellette avance même l\u2019idée que le chant de l\u2019aurore puisse être un acte de pur plaisir.«Certains ornithologues disent que les oiseaux y dépensent un trop-plein d\u2019énergie.Je ne suis pas certain\u2026 J\u2019imagine que le fait d\u2019être doté d\u2019une syrinx, qui peut produire des sons de toutes sortes, doit donner le goût de s\u2019amuser un peu ! » La syrinx est l\u2019organe qui permet aux oiseaux de chanter.Elle se situe à la jonction de la trachée et des bronches.«C\u2019est une sorte de petite boîte en cartilage avec des membranes élastiques qui vibrent au passage de l\u2019air.La syrinx est contrôlée par des paires de muscles : selon les espèces, il y aura plus ou moins de paires.Les bons chanteurs en ont sept, huit ou neuf », explique-t-il.Autre mythe que le musicologue brise au passage : celui qui veut que seuls les passériformes (qu\u2019on appelle communément passereaux) chantent, un ordre qui regroupe la moitié des espèces d\u2019oiseaux de la planète.« Le guêpier d\u2019Europe [ordre des Coraciiformes], un cousin du martin-pêcheur, est magni?que à entendre.Et depuis quelques années, il y a des recherches sur les colibris [ordre des Apodiformes] ; on avait jusqu\u2019alors l\u2019impression qu\u2019ils chantaient peu ou pas.À l\u2019inverse, les vocalisations de certains passereaux sont moins élaborées.D\u2019ailleurs, le critère pour déterminer ce qui est un chant et ce qui est un cri est la beauté et la musicalité du premier.Mais l\u2019oiseau a d\u2019autres préoccupations que de plaire à nos oreilles! Je trouve ça réducteur.» Tous les oiseaux ont une signature vocale qui mérite d\u2019être entendue, juge-t-il.APPRENDRE D\u2019UN MENTOR Quatre cabanes à oiseaux décoratives, dont une en forme de jolie roulotte, sont disposées sur une étagère de la pièce de télétravail du professeur de biologie Jon Sakata.Les logis véritablement habités se trouvent plutôt dans son laboratoire de l\u2019Université McGill, qui héberge une colonie de diamants mandarins, originaires 22 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 \u2022 IMAGES : RAINA FAN Un duo d\u2019inséparables dans la vie comme au travail : Sarah Woolley et Jon Sakata, professeurs à l\u2019Université McGill.À droite : des diamants mandarins mâles qui participent à leurs expériences. ALORS ON DANSE ?Certaines espèces d\u2019oiseaux font des danses nuptiales complexes.Mais les scienti?ques ne les croyaient pas capables de bouger sur le rythme de la musique humaine, jusqu\u2019à ce qu\u2019un cacatoès domestique nommé Snowball prouve le contraire.La vidéo de l\u2019exploit, réalisée en 2007 sur un air des Backstreet Boys, est devenue virale.Il faut savoir que le rythme du chant des oiseaux ne repose pas sur le temps mathématique utilisé dans nos partitions.Il est plutôt « fractal », fait de répétitions et de rami?cations souples, explique Antoine Ouellette dans Le chant des oyseaulx.C\u2019est donc après avoir découvert les talents du cacatoès sur YouTube qu\u2019une équipe a mené une expérience avec Snowball en manipulant le tempo de la mélodie, ce qui a permis de con?rmer, en 2009, qu\u2019il a bien le rythme dans le sang.L\u2019hypothèse veut que seules les espèces capables d\u2019apprendre un langage (comme les perroquets) seraient aptes à danser en suivant le rythme humain.Ce serait grâce aux fortes connexions entre les systèmes auditif et moteur qui permettent de reproduire un son entendu en utilisant des muscles de la syrinx.Dans ce cas-ci, ces connexions permettraient d\u2019ajuster les mouvements du corps à un son en continu.La dernière étude consacrée à Snowball a été publiée en 2019 dans Current Biology.Le fait est qu\u2019après ses premiers exploits Snowball a connu une période d\u2019exploration : il semblait inventer de nouveaux mouvements, ratant le tempo au départ puis le retrouvant.Les chercheurs ont donc ?lmé l\u2019oiseau alors qu\u2019il écoutait Another One Bites the Dust et Girls Just Want to Have Fun.Une neuroscienti?que qui avait un bagage en danse a ensuite décortiqué ses chorégraphies pour dénombrer 14 mouvements distincts.Snowball n\u2019est pas le seul à avoir du groove : on peut désormais trouver sur Internet des vidéos de danse de neuf espèces de perroquets ! NOTES DE TERRAIN La recherche scienti?que sur le chant des oiseaux a véritablement pris son envol dans les années 1950 grâce au magnétophone et au spectrographe acoustique, un appareil qui permet de transformer les ondes sonores en un spectre sonore.Avant cela, plusieurs ont tenté de décrire les sons au moyen de la notation musicale ou encore à l\u2019aide de mots tels que tic-tic-tic-tic-a-tee\u2019ze (bruant proyer) et drink your tea (tohi à ?ancs roux).d\u2019Australie.« Ce sont les oiseaux chanteurs les plus étudiés parce qu\u2019ils vivent bien en laboratoire, parce qu\u2019ils chantent beaucoup ?environ 500 fois par jour ! ?et parce que leurs airs sont simples.Si l\u2019on remplace chaque son par une lettre, le diamant mandarin chante toujours ABCDE, ABCDE, ABCDE », dit-il.On y trouve également des pinsons société, une variété domestiquée du capucin domino qui n\u2019existe pas dans la nature.Leurs mélodies plus compliquées en font un modèle complémentaire.«Ces oiseaux chantent de multiples syllabes, dont l\u2019ordre varie de chanson en chanson.Ils peuvent commencer par ABC, puis continuer avec ADE et ABF», indique le chercheur, qui s\u2019intéresse à la neurobiologie derrière cette différence entre les deux types d\u2019oiseaux.Mais surtout, Jon Sakata fait avec eux toutes sortes d\u2019expériences sur la transmission des chansons d\u2019une génération à l\u2019autre.Ce ne sont pas tous les oiseaux qui apprennent leurs vocalisations ; le roucoulement du pigeon, par exemple, est inné.« Mais pour les oiseaux chanteurs étudiés jusqu\u2019à présent, il y a presque toujours une composante sociale.Cela rend la nature encore plus intéressante, selon moi.Les chants d\u2019oiseaux ne sont pas que de beaux sons, ce sont de beaux sons qu\u2019ils ont appris à produire ! » Les oisillons commencent par écouter : leur système auditif est à l\u2019œuvre.Si cette écoute passive suf?t à certaines espèces pour acquérir les chansons, dont des moineaux, plusieurs autres doivent voir leur tuteur en prestation pour bien apprendre.Dans ce cas, «si l\u2019on place un tuteur et un jeune côte à côte, mais séparés par un petit mur, le jeune ne pourra apprendre la chanson même s\u2019il interagit vocalement avec l\u2019adulte», assure le chercheur.Après cette phase d\u2019apprentissage sensoriel vient la production.Les petits essaient de reproduire les sons grâce aux muscles de leur syrinx.En s\u2019écoutant, ils réalisent leurs erreurs, corrigent le tir et ?nissent par s\u2019améliorer ?c\u2019est une vraie boucle de rétroaction ?, tout comme les enfants qui font des bbbbvvvvv, des mmmmmmmm et des bababa pour ?nalement dire « papa » ou «maman» ou «ballon».Les parallèles avec notre espèce sont tels qu\u2019il est possible de croiser le professeur Sakata dans une conférence portant sur le langage humain.Son équipe a même montré que les diamants mandarins adultes modi?ent la structure de leurs vocalisations quand ils interagissent avec les apprenants, ce que les humains font aussi en répétant les mots ou en ralentissant leur débit quand ils s\u2019adressent à un bambin.Cet apprentissage par interaction est très ef?cace : une seule journée de tutorat entraîne une amélioration considérable, d\u2019après les expériences menées à l\u2019Université McGill.Les chants se cristallisent une fois les oiseaux arrivés à la maturité sexuelle.LES DIALECTES Tout comme le francophone aura un accent différent à Dakar, à Paris et à Québec, le chant des oiseaux d\u2019une même espèce diffère d\u2019un territoire à l\u2019autre.Si les dialectes peuvent évoluer au sein d\u2019une population, les oiseaux demeurent généralement ?dèles aux normes de leur région.« Personne ne s\u2019attendrait à ce qu\u2019un Québécois revienne de voyage avec l\u2019accent parisien ! » illustre Ken Otter, professeur à l\u2019Université du nord de la Colombie-Britannique.C\u2019est pourtant ce qui s\u2019est passé au Canada avec le bruant à gorge blanche, dont le chant était inchangé depuis au moins les années 1960.Vous le connaissez peut-être : il semble demander «Où es-tu Frédéric, Frédéric, Frédéric ?» JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 23 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM DOSSIER SPÉCIAL Cela fait 20 ans que le professeur Otter a remarqué que, dans le nord de la Colombie- Britannique, ces oiseaux ont coupé une syllabe dans chaque répétition de trois notes ; ils cherchent désormais un « Frédé » ! Son équipe a analysé 1 785 enregistrements de cette espèce à travers l\u2019Amérique du Nord entre 2000 et 2019 pour réaliser que la mode a graduellement gagné l\u2019Alberta, les Prairies, l\u2019Ontario, puis, tout récemment, l\u2019ouest du Québec.En munissant quelques individus de géolocalisateurs, l\u2019équipe a découvert que les aires d\u2019hivernage de différentes populations se superposaient.C\u2019est ainsi que la finale en « Frédé » a pu se transmettre, des résultats décrits dans Current Biology l\u2019été dernier.Une hypothèse veut qu\u2019un chant innovateur séduise peut-être davantage les dames, d\u2019où l\u2019adoption rapide par les mâles de la ?nale étonnante.D\u2019ailleurs, l\u2019histoire n\u2019est pas ?nie ! Une nouvelle version se propage depuis deux ans.La première syllabe de chaque « Frédé » contient une pulsation supplémentaire qu\u2019on pourrait tenter de résumer en « Fréédé ».« Cette version se répand si vite qu\u2019elle risque bien de remplacer la précédente ! Je pense que c\u2019est probablement parce qu\u2019elle ramène les bruants à gorge blanche plus proches de la ?nale originale à trois notes», avance Ken Otter.Car les oiseaux ne s\u2019éloignent jamais complètement d\u2019un «modèle» enraciné en eux, sorte de thème principal.« C\u2019est ce qui fait que, même si un petit entend toutes sortes de chants de différentes espèces, il va préférer mémoriser les chansons associées à son espèce », mentionne le chercheur.Sauf peut-être l\u2019oiseau-lyre et d\u2019autres imitateurs, qui se plaisent à reproduire tous les bruits de la forêt, s\u2019appropriant, entre autres, la signature d\u2019autres oiseaux, voire des bruits mécaniques.Là encore, c\u2019est parfois pour conquérir une femelle : l\u2019oiseau-lyre mâle imite ainsi un ensemble d\u2019oiseaux affolés par un prédateur pour garder une femelle «captive» pendant l\u2019accouplement ou l\u2019empêcher de fuir avant l\u2019acte, selon une hypothèse au cœur de travaux diffusés dans Current Biology en février 2021.Sarah Woolley, professeure de biologie à l\u2019Université McGill, se penche justement sur les préférences des femelles ; après tout, la reproduction dépend beaucoup de leur jugement des chants des prétendants.Car outre les ajustements en fonction du bruit ambiant, les mâles peuvent gazouiller différemment selon leur auditoire.Chez les diamants mandarins et les pinsons société, «quand les chansons sont destinées aux femelles, elles sont plus nettes, plus rapides et plus stéréotypées.Ce sont les mêmes syllabes, les mêmes séquences ; c\u2019est simplement la meilleure version de ce que les mâles savent produire, dit-elle.Quand ils chantent seuls, il y a plus de variabilité, c\u2019est un peu plus brouillon.On s\u2019est demandé si les femelles percevaient cette différence ».Eh bien oui ! Même si on leur présente des extraits d\u2019une demi-seconde seulement, les diamants mandarins femelles arrivent à déterminer avec justesse si un mâle chante la pomme ou pas, a montré la chercheuse dans un article paru récemment dans PLOS Computational Biology.Pour essayer de comprendre ce que perçoivent les femelles, son équipe a d\u2019ailleurs bâti En ville, le bruit ambiant fait compétition aux oiseaux.Ces derniers ont adopté toutes sortes de tactiques pour mener leur vie malgré tout.Par exemple, « les oiseaux urbains apprennent à choisir les chansons de leur répertoire les plus aigües pour qu\u2019elles s\u2019élèvent au-dessus du bruit de fond et qu\u2019ainsi ils transmettent mieux leurs signaux », explique le professeur Ken Otter, de l\u2019Université du nord de la Colombie-Britannique.Certaines espèces vont même changer les notes de leurs vocalisations pour leur faire atteindre de plus hautes fréquences.Cela peut avoir des conséquences sur leur succès à se reproduire.Son équipe s\u2019intéresse aux mésanges de Gambel, dont les mâles ont l\u2019habitude de répondre aux chants des autres mâles pour défendre leur territoire.Dans les habitats en pleine nature mais très bruyants (comme une forêt traversée par une autoroute), le mâle peine à se faire entendre ; il perd un temps fou à se déplacer pour percevoir les autres mâles et leur répondre, tandis que sa dulcinée restée au nid perd le contact auditif.« Elle risque de croire qu\u2019il est paresseux et ne fait pas bien les choses », poursuit Ken Otter.Quant aux individus qui demeurent au cœur de la ville, ils semblent avoir trouvé la solution : ignorer le voisinage.Ils demeurent près du nid pour pousser la chansonnette ! C\u2019est une autre histoire quand survient un grand con?nement.Avec la baisse du bruit environnant, les comportements des mésanges de Gambel urbaines semblent être revenus à la normale, indique M.Otter.Ces travaux sont encore en cours, mais rappellent ceux d\u2019une équipe américaine qui a comparé les chants du bruant à couronne blanche à San Francisco pendant les mois d\u2019avril et mai 2020 avec les chants de 2015 et 2016.Dans le silence pandémique, les oiseaux osaient revenir à des fréquences plus basses.Ils ont aussi grandement réduit l\u2019amplitude de leur voix et, malgré tout, leurs vocalisations portaient deux fois plus loin.Oiseau-lyre Deux espèces du genre Menura sont connues pour leur capacité à imiter les autres oiseaux.Bruant à gorge blanche « Où es-tu Frédéric?» semble-t-il demander en chantant.CHANTER DANS LE TRAFIC LE SENTIER HEUREUX Le chant des oiseaux fait du bien aux humains : deux études récentes le montrent.Pour la première, publiée dans les Proceedings of the Royal Society B, des chercheurs ont caché des haut-parleurs le long des 500 derniers mètres de deux sentiers de randonnée du Colorado pour ajouter plus de gazouillis.L\u2019expérience a duré tout l\u2019été : pendant une semaine, les haut-parleurs étaient en fonction ; la suivante, ils ne l\u2019étaient pas et ainsi de suite.Les chercheurs ont alors évalué l\u2019état de bien-être des randonneurs à la sortie des parcours.Les marcheurs qui avaient entendu plus d\u2019oiseaux décrivaient un état de contentement supérieur aux autres.Une équipe s\u2019est quant à elle penchée sur le degré de satisfaction que tiraient 26 000 Européens de leur vie.Elle a couplé ces informations à d\u2019autres portant sur la diversité des espèces d\u2019oiseaux, de mammifères et d\u2019arbres répertoriés dans la région de chaque participant.L\u2019équipe a découvert une association particulière entre la pluralité des oiseaux et le sentiment que la vie est agréable.Une hausse de 10 % de la diversité aviaire aurait même plus d\u2019effet sur cette satisfaction qu\u2019une augmentation de salaire de 10 %, selon les résultats parus dans Ecological Economics en mars 2021.Merci les cocos ! Cardinal rouge Chez cette espèce, le mâle et la femelle chantent.Paruline ?amboyante Cette espèce produit des notes très aigües.un algorithme qui cherche à distinguer les chants de cour des autres.Ce talent des femelles pour reconnaître la voix de l\u2019amour n\u2019est pas inné.L\u2019équipe de Sarah Woolley a privé des oisillons femelles du chant des mâles pendant leur développement.À la maturité sexuelle, « elles avaient des préférences, mais pas les mêmes qu\u2019un individu élevé de façon ordinaire.Il semble donc qu\u2019entendre les chansons quand elles sont jeunes prépare leur système auditif à répondre \u201cnormalement\u201d quand elles sont adultes ».Sarah Woolley et Jon Sakata étudient deux espèces dont les femelles ne chantent pas.Il n\u2019y a pas si longtemps, la communauté scientifique croyait qu\u2019il en était de même pour la plupart des oiseaux.Rien n\u2019est plus faux, a démontré une étude publiée en 2014 et menée par une équipe internationale.De fait, 64 % des femelles sont de grandes interprètes, ont confirmé des travaux basés sur 1 023 espèces en 2019.On estime même que les ancêtres des oiseaux modernes devaient tous donner dans la chanson.Cependant, les banques de données contiennent presque exclusivement des extraits de vocalisations produites par des mâles (moins de 0,03 % de chants de femelles) ; c\u2019est pour cela que des chercheurs du Cornell Lab of Ornithology et de l\u2019Université de Leyde ont mis en place le Female Bird Song Project, où tout un chacun peut inscrire ses observations.Pour le moment, il y en a très peu du Canada, outre un cardinal rouge femelle à Ottawa et une paruline flamboyante à Toronto.À quand la parité ?Dans tous les cas, chez certaines espèces, l\u2019égalité est établie : tels des Marie-Ève Janvier et Jean-François Breau de la canopée, des mâles et des femelles performent en duo, surtout dans les régions tropicales.Tous ces chants sont précieux.Ils font d\u2019ailleurs du bien à l\u2019humain (voir l\u2019encadré ci-contre).Voilà qui devrait nous motiver à protéger la nature et les oiseaux.Déjà, les vocalisations du méliphage régent, une espèce endémique de l\u2019Australie, sont menacées.Il reste si peu d\u2019individus que leurs airs se perdent ; plusieurs oiseaux font entendre des versions étranges et 12 % chantent littéralement n\u2019importe quoi, ce qui nuit à leur reproduction, apprenait-on dans un article paru début 2021 dans les Proceedings of the Royal Society B.« Dans l\u2019édition de 2008 de mon livre, je donnais déjà des statistiques par rapport au déclin des populations, raconte Antoine Ouellette.Quand j\u2019ai fait mes recherches pour la deuxième édition, ce qui m\u2019a frappé, c\u2019est que la situation s\u2019est nettement détériorée en 12 ans.Ça m\u2019a bouleversé.» Son ouvrage cite des données de l\u2019Union internationale pour la conservation de la nature qui affirment que 14 % des espèces d\u2019oiseaux sont en danger à l\u2019échelle de la planète.Pour ce qui est de l\u2019Amérique du Nord, un article publié dans Science par une équipe canado-américaine a révélé que la région a perdu trois milliards d\u2019oiseaux entre 1970 et 2017 ou 29 % de l\u2019abondance initiale.Le refrain de l\u2019aube n\u2019est pas que joli ; il est aussi une sirène d\u2019alerte.JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 25 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM ; WIKIMEDIA COMMONS quebecscience.qc.ca/abonnement 514 521-8356 | 1 800 567-8356, poste 504 L\u2019heure est à la science Augmentez votre réalité Abonnez-vous! LA BAGUE À LA PATTE L e baguage des oiseaux est à l\u2019ornithologue ce qu\u2019est le télescope à l\u2019astronome, le code source au programmeur et le guide alimentaire à la nutritionniste : un outil de base pour effectuer son travail.«C\u2019est ce qui nous permet de con?r- mer que tel goéland à bec cerclé visite le même McDonald\u2019s depuis des lustres ou qu\u2019une bernache du Canada, appelons-la H2R3, s\u2019arrête chaque année dans les environs de Repentigny lors de sa migration printanière.Sans ça, il serait impossible de reconnaître des individus et ainsi de les suivre à la trace », indique Jean-François Giroux, professeur au Département des sciences biologiques de l\u2019Université du Québec à Montréal.Le chercheur sait de quoi il parle, lui qui a consacré sa carrière à l\u2019étude de plusieurs espèces migratrices de l\u2019est du Canada.La proverbiale vie secrète des oiseaux, il la connaît ! Apposer une bague en aluminium, parfois en acier inoxydable, dotée d\u2019un numéro unique à la patte d\u2019un oiseau est une technique simple, mais pas banale.C\u2019est le naturaliste James Henry Fleming qui, au Canada, a bagué pour la première fois un merle d\u2019Amérique dans l\u2019espoir de découvrir ses quartiers d\u2019hivernage.Depuis ce 24 septembre 1905, le geste a été répété des dizaines de millions de fois au Canada et aux États-Unis dans le cadre du Programme nord-américain de baguage des oiseaux, administré par les deux pays.Le Québec compte plusieurs stations de baguage disséminées sur son territoire, surtout le long du ?euve Saint-Laurent, dont le littoral est un important corridor migratoire.Elles sont gérées par les trois observatoires d\u2019oiseaux de la province, ceux de Tadoussac, de McGill et de Ri- mouski.L\u2019automne et le printemps sont les saisons les plus animées ; on pro?te des mouvements migratoires pour attraper les oiseaux et leur passer la bague à la patte.Un travail qui n\u2019est pas de tout repos.Parlez-en à Pascal Côté, directeur de l\u2019Observatoire d\u2019oiseaux de Tadoussac (OOT), dont les ?lets japonais ont été pris d\u2019assaut un peu plus tôt qu\u2019à l\u2019habitude cette année, printemps hâtif oblige.« C\u2019est au mois de mai que l\u2019achalandage et la diversité sont à leur comble, précise-t-il.À la Réserve nationale de faune du Cap-Tourmente, il est possible d\u2019observer plus de 100 espèces d\u2019oiseaux en une seule journée.» La petite équipe de la station de baguage, située tout près du centre d\u2019interprétation, est alors fort occupée.Ses membres, aussi bien des biologistes et techniciens de la faune employés de l\u2019OOT que des bénévoles passionnés, sont sur le pied de guerre dès trois heures du matin de manière à ouvrir les ?lets une demi-heure avant le lever du soleil.Chaque oiseau qui vient s\u2019y empêtrer est recueilli par les chercheurs, qui lui glissent une bague métallique, à moins bien sûr qu\u2019il n\u2019en possède déjà une.Le cas échéant, la série de chiffres unique est prise en note, ce qui est en soi un signalement permettant de reconstituer les déplacements.Parfois, d\u2019autres types de marqueurs sont ajoutés, comme des colliers pour les oies et les cygnes, des marqueurs alaires (des étiquettes ?xées aux ailes des vautours, des aigles et des hérons), voire des transmetteurs GPS dans le cadre de projets scienti?ques précis.Ne s\u2019improvise pas bagueur qui veut.Au Canada, il faut posséder un permis scienti?que pour la capture et le baguage des oiseaux.Les candidats débutent comme assistants de bagueurs certi?és, qui s\u2019assurent de les former adéquatement.Gestion de données, identi?cation des oiseaux, détermination de leur âge et de leur sexe : les compétences à acquérir sont nombreuses avant de pouvoir présenter une demande en bonne et due forme auprès du Bureau canadien de baguage des oiseaux.De fait, cela prend souvent des années d\u2019expérience sur De précieuses connaissances scienti?ques sur les oiseaux, leurs déplacements et leurs habitats ont été acquises grâce à plus d\u2019un siècle de baguage au Canada.Et ce n\u2019est pas ?ni.PAR MAXIME BILODEAU DOSSIER SPÉCIAL JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 27 \u2022 IMAGES : FRANCIS ST-PIERRE/DÉPARTEMENT DES SCIENCES BIOLOGIQUES DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL À l\u2019été 2020, dans la réserve du parc national de l\u2019Archipel-de-Mingan, des bagueurs ont posé des GPS sur les pattes de macareux moines pour mieux comprendre comment ils se nourrissent.À la page précédente, sur l\u2019île d\u2019Ellesmere, en 2007, des bagueurs relâchent un groupe de grandes oies des neiges après les avoir baguées.Certaines d\u2019entres elles ont été aussi munies de colliers alphanumériques permettant leur repérage à distance.le terrain.« Il faut une délicatesse d\u2019orfèvre pour ne pas blesser les oiseaux.Certaines espèces, comme la mésange à tête noire, sont tout particulièrement fragiles ; c\u2019est véritablement le diable des ?lets », illustre Pascal Côté, qui fait partie des quelque 1 000 bagueurs certi?és au pays.L\u2019opération est d\u2019autant plus délicate qu\u2019elle se doit d\u2019être rapide.Et pour cause : pendant qu\u2019il se débat, l\u2019oiseau est une proie facile pour les prédateurs qui rôdent dans le coin\u2026 «Personnellement, je ne connais aucun ornithologue qui se plaît à voir périr des oiseaux.Cela irait à l\u2019encontre de sa mission de conservation et d\u2019avancement de la science, relativise Mikaël Jaffré, directeur de l\u2019Observatoire d\u2019oiseaux de Rimouski (OOR).Oui, le baguage peut causer du stress, provoquer des blessures et entraîner de la mortalité chez les oiseaux.Mais ce n\u2019est rien en comparaison des baies vitrées et des chats, qui en tuent jusqu\u2019à trois à quatre fois plus sur une base annuelle.» Le taux de mortalité moyen dans les ?lets est de l\u2019ordre de 0,0011 %, rapportait en 2018 une étude du British Trust for Ornithology, une organisation britannique consacrée à l\u2019étude des oiseaux.SCIENCE PARTICIPATIVE Tous les intervenants consultés par Québec Science pour ce reportage insistent sur l\u2019importance de la collaboration du grand public pour suivre la trace des oiseaux grâce aux bagues.Si 1,2 million d\u2019oiseaux sont bagués chaque année en Amérique du Nord, seules 10 % des bagues des oiseaux considérés comme du gibier sont récupérées par des chasseurs.Dans le cas des passereaux, ce taux est inférieur à 10 %, selon le Bureau canadien de baguage des oiseaux, qui invite d\u2019ailleurs le public à signaler la présence d\u2019un oiseau bagué ou la découverte d\u2019une bague sur une carcasse.« L\u2019avènement d\u2019Internet nous a aidés à faire connaître ces initiatives.Il n\u2019a jamais été aussi facile de signaler la présence d\u2019un oiseau bagué; c\u2019est vraiment un bel exemple de science participative », se réjouit Jean-François Giroux.Ce petit geste permet ensuite de reconstituer les déplacements.C\u2019est par le baguage qu\u2019on sait qu\u2019une tourterelle triste peut vivre plus de 30 ans, soit de 5 à 10 ans de plus qu\u2019un goéland à bec cerclé.C\u2019est aussi cet outil de recherche qui permet d\u2019af?rmer que les changements climatiques bouleversent les comportements migratoires de nombreuses espèces.«Chez les migrateurs de courte distance, on assiste carrément à une forme de sédentarisation.Chez les migrateurs de longue distance, c\u2019est le contraire : ils sont réglés comme des horloges, ce qui joue paradoxalement contre eux », explique Mikaël Jaffré.Incapables de tirer parti des variations soudaines dans leurs environnements changeants, ils paient le prix fort.C\u2019est le cas des hirondelles, dont les six espèces présentes au Québec sont en déclin depuis cinq décennies.La fondation récente de l\u2019OOR, en 2016, promet de nombreuses observations et découvertes aussi.Avant cela, « le Québec n\u2019avait pas de réseau de surveillance d\u2019oiseaux marins et de proie.En 2016, à la suite de discussions avec d\u2019autres ornithologues, j\u2019ai donc décidé de mettre sur pied ce qui était alors un projet de recherche de l\u2019Université du Québec à Rimouski pour combler ce manque », raconte Mikaël Jaffré.Désormais autonome, l \u2019organisme opère trois stations de baguage : dans le secteur rimouskois du Rocher-Blanc, à Coin-du-Banc, en Gaspésie, et plus récemment au parc national de Forillon.« Cette dernière nous a permis de faire de belles découvertes.Nous avons par exemple assisté à une migration massive de passereaux l\u2019automne dernier ; plusieurs espèces semblent traverser le Saint- Laurent en provenance de l\u2019île d\u2019An- ticosti ou de Terre-Neuve, une voie migratoire dont on ignorait pour ainsi dire l\u2019existence », expose Mikaël Jaffré.Une hypothèse qui sera confirmée grâce aux oiseaux alors bagués par l\u2019OOR, bien sûr.DOSSIER SPÉCIAL 28 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 L\u2019UQAR, au cœur de la formation et de la recherche sur la biodiversité D\u2019abord un projet de recherche à l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR), l'Observatoire d'Oiseaux de Rimouski est un organisme d\u2019étude des oiseaux qui favorise la formation et la sensibilisation en ornithologie.Depuis sa création en 2016, il est devenu une référence sur le suivi des migrations d'oiseaux dans l\u2019Est-du-Québec, témoignant de l\u2019excellence de la recherche de terrain sur la biodiversité à l\u2019UQAR.Université à dimension humaine, l\u2019UQAR est riche de la grande diversité de ses expertises de calibre international et se classe année après année parmi les meilleures universités canadiennes en recherche.Durant son baccalauréat en biologie à l\u2019UQAR, Thomas Beyer a suivi plusieurs cours d\u2019initiation à la recherche en collaboration avec l\u2019Observatoire d\u2019oiseaux de Rimouski.Crédit photo : Mikaël Jaffré. Les populations d\u2019oiseaux champêtres battent dramatiquement de l\u2019aile.Leur protection passe-t-elle par un meilleur aménagement des champs ?PAR ANNIE LABRECQUE PHOTOS : JEAN-FRANÇOIS HAMELIN « Paul Caplette, producteur de céréales à Saint-Robert DOSSIER SPÉCIAL 30 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 LE BONHEUR REVIENT-IL DANS LE PRÉ ? Paul Caplette, producteur de céréales à Saint-Robert, en Montérégie, n\u2019oubliera jamais ces mots que ses enfants lui ont adressés à la suite de discussions qu\u2019ils avaient eues à l\u2019école au début des années 2000.Cette critique l\u2019a profondément atteint, d\u2019autant plus qu\u2019il tentait d\u2019adopter de bonnes pratiques agroenvironnemen- tales.« Les agriculteurs sont vus comme des méchants : on pollue l\u2019eau et on tue les oiseaux », déplore-t-il.Depuis la déclaration sans équivoque de ses enfants, Paul Caplette redouble d\u2019ardeur pour faire partie de la solution, en particulier pour ce qui est des oiseaux.Car c\u2019est chez les espèces champêtres qu\u2019on note la plus forte décroissance des populations ces 20 dernières années, selon les données recueillies par le Deuxième atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional.«Elles sont en déclin majeur parce que les pratiques agricoles ont changé depuis 40 ans, autant au Québec qu\u2019ailleurs en Amérique du Nord », résume Benoît Jobin, spécialiste de la conservation des habitats à Environnement et Changement climatique Canada et collaborateur de l\u2019atlas.Au banc des accusés : l\u2019intensi?cation des monocultures, qui nuit à la biodiver- sité ; moins de variété de plantes signi?e moins d\u2019insectes et moins de nourriture pour les oiseaux.Également, la transformation des cultures pérennes en cultures annuelles, comme le maïs et le soya, a contribué au déclin.Plusieurs espèces d\u2019oiseaux champêtres nichent sur le sol des pâturages et des champs de foin, qui sont devenus beaucoup moins nombreux.Comble de malheur : le nombre de coupes de foin a augmenté, ce qui détruit les nids au sol.«Au lieu de une ou deux coupes de foin par année, il peut maintenant y en avoir jusqu\u2019à quatre », indique Benoît Jobin.Malgré tout, il reste optimiste.« On voit aujourd\u2019hui qu\u2019on peut concilier l\u2019agriculture et la conservation des milieux naturels.» Comment ?Eh bien, on peut d\u2019abord observer de près les zones agricoles où les oiseaux sont à leur aise.C\u2019est ce qu\u2019a fait la chercheuse Barbara Frei ces dernières années dans le cadre de recherches postdoctorales à l\u2019Université McGill.Elle s\u2019est penchée sur les bright spots agricoles de la Montérégie, région d\u2019où elle est native.Il s\u2019agit de milieux qui performent au-delà des attentes en matière de biodiversité, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils abritent plus d\u2019espèces et d\u2019individus que la moyenne des alentours.« Je m\u2019intéresse avant tout aux solutions qui existent déjà dans le paysage et aux leçons à en tirer », dit celle qui est biologiste en conservation à L\u2019agriculteur installe sur sa terre des nichoirs qu\u2019il construit lui-même avec l\u2019aide de son frère pendant l\u2019hiver.« JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 31 T u es un pollueur.» DOSSIER SPÉCIAL Environnement et Changement climatique Canada et directrice de l\u2019Observatoire d\u2019oiseaux de McGill.En comparant des données collectées entre la ?n des années 1980 et le début des années 2000, la chercheuse a remarqué que le tableau semble plus sombre pour les grandes étendues agricoles sur lesquelles on emploie des pesticides et de la machinerie lourde.Les zones les plus « habitées » par les oiseaux et les plus diversi?ées en termes d\u2019espèces sont quant à elles généralement multifonctionnelles : elles comprennent à la fois des forêts et des champs agricoles par exemple.Ses travaux montrent que les paysages agricoles, par l\u2019étendue de leur super?cie, possèdent un énorme potentiel pour abriter la biodiversité, encore plus que tous les parcs nationaux et les espaces verts que nous aménageons.« Si nous pratiquions l\u2019agriculture de manière intelligente et ré- ?échie, pas seulement pour fournir le plus de nourriture possible, mais pour produire de façon résiliente, nous découvririons que les terres agricoles présentent aussi un fort potentiel pour servir la biodiversité », juge Barbara Frei.Les agriculteurs ne doivent donc pas être vus comme des ennemis, selon elle.FLEURS ET NICHOIRS Une bouffée d\u2019air souf?e sur certaines terres agricoles.Afin d\u2019encourager les aménagements multifonctionnels, le projet ALUS Montérégie ?nance depuis cinq ans les producteurs qui délaissent volontairement une partie de leurs terres au pro?t de la biodiversité.Ils reçoivent alors de 300 à 750 $ l\u2019hectare par année, une somme qui varie selon les efforts réalisés en matière de pratiques agricoles durables.Cela va de l\u2019ajout de nichoirs à l\u2019implantation de haies brise-vents et d\u2019arbres en passant par la création d\u2019étangs et la mise en place de prés ?euris ou de bandes riveraines.Ces petits îlots de biodiversité deviennent avantageux à la fois pour les oiseaux et pour toutes les espèces animales et végétales qui s\u2019y établissent.Le tarif offert aux propriétaires des terres est toutefois dérisoire si on le compare à la valeur réelle de leur terrain.Les terres montérégiennes se négocient à un prix oscillant autour de 40 000 $ l\u2019hectare, selon les données de 2019 de La Financière agricole du Québec.« Quand un producteur décide de participer au projet et de concéder de un à quatre hectares de sa terre, c\u2019est vraiment parce qu\u2019il est motivé », souligne Yasmina Larbi-Youcef, agronome à l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA) responsable du programme.Paul Caplette fait partie de ces « motivés » du projet ALUS Montérégie.Il a construit une quarantaine de nichoirs pour les hirondelles rustiques et bicolores et les canards branchus, en plus d\u2019aménager cette année un étang et un pré d\u2019une surface équivalente à un terrain de football où l\u2019on trouvera un bassin de sédimentation, des arbustes fruitiers et des ?eurs.L\u2019ajout de nichoirs remporte d\u2019ailleurs un vif succès auprès des agriculteurs, qui échangent photos et vidéos dès l\u2019arrivée des oiseaux champêtres au printemps.Ils observent avec ravissement le retour du merle bleu et de l\u2019hirondelle bicolore\u2026 et la diminution du nombre d\u2019insectes.« J\u2019appelle ça des insecticides vivants à deux ailes ! » s\u2019exclame M.Caplette.Il se promet d\u2019aller jusqu\u2019à une centaine de cabanes au moins.À 11 km de là, à Saint-Aimé, le propriétaire d\u2019une ferme ovine et laitière Martin Berger a aussi remarqué que la gestion des insectes nuisibles est plus facile depuis qu\u2019il prend part au projet.« C\u2019est le fun d\u2019attirer des oiseaux, mais le but dans tout ça est aussi de réduire notre dépendance à la biotechnologie », explique l\u2019agriculteur qui a planté pommiers, poiriers, pruniers, mûriers et camérisiers sur ses bandes riveraines a?n de rendre la ferme attrayante pour les insectes pollinisateurs et les oiseaux.« En 1980, le maïs Bt [résistant aux insectes nuisibles] n\u2019existait pas parce que les oiseaux faisaient la job.À cette époque, on a agrandi nos terres en enlevant des arbres.Mais moins d\u2019arbres veut dire moins d\u2019oiseaux.La pyrale du maïs est alors apparue », analyse-t-il.Le retour à une agriculture plus proche de la nature est synonyme d\u2019économies substantielles à certains égards, selon lui.Il indique qu\u2019une poche de semences de maïs « normales » coûte 150 $ tandis qu\u2019une poche de Bt se détaille 400 $.« Si l\u2019on avait tous les oiseaux nécessaires, on pourrait économiser beaucoup en semences », estime-t-il.LE GRAND PÉRIL DE LA FAUCHEUSE Les nichoirs et les belles haies ne préviennent pas tous les maux, notamment ceux liés aux espèces qui nichent seulement au sol, comme le goglu des prés, la sturnelle des prés et le bruant des champs.Elles font face à la dangereuse faucheuse, qui risque de détruire leur nid pendant la coupe du foin.Cette première coupe fourragère survient tôt dans la saison, dès le mois de juin.Si les oisillons survivent au passage des appareils, ils sont ensuite exposés aux prédateurs tels que les corneilles, renards ou mouffettes.La vie dans les champs est donc extrêmement dif?cile pour les petites bêtes à plumes.Martin Berger raconte que le goglu, dont le cri lui fait penser à la voix du robot R2-D2 de La guerre des étoiles, est réapparu dans ses champs ces dernières années et qu\u2019il a donc décidé de laisser des bandes de foin intactes au printemps.« Je me suis aperçu l\u2019an passé, en fauchant le foin, que les jeunes goglus sortaient du champ et que les mouettes les attrapaient.J\u2019assistais à un génocide en direct et je n\u2019étais pas ?er», se rappelle-t-il.D\u2019autres agriculteurs, comme Paul Caplette, tentent de déterminer, avec l\u2019aide d\u2019un biologiste, la localisation des nids sur leurs terres pour éviter de faucher le périmètre.Le spécialiste Benoît Jobin recommande de repousser la coupe du foin en juillet.« Cela laisse le temps aux oiseaux de se reproduire et d\u2019élever leurs jeunes avant que la machinerie leur roule sur la tête, in- dique-t-il.Mais quand le foin est coupé plus tard en saison, il est de moins bonne qualité et moins rentable pour les producteurs.» Une aide ?nancière est toutefois offerte aux agriculteurs qui désirent faucher plus tard dans le cadre d\u2019un projet pilote lancé par ALUS Montérégie et Environnement et Changement climatique Canada.Paul Caplette tente l\u2019expérience cet été sur une surface d\u2019un hectare.D\u2019après des observations de chercheurs en France, le fauchage repoussé est effectivement gagnant.Leur étude, publiée en 2020 dans la revue Faune sauvage, s\u2019est penchée sur la distribution de trois espèces d\u2019oiseaux des champs sur une période de 11 ans.Ils ont ainsi noté que les «prairies avec fauche retardée sont de plus en plus attractives au ?l du temps».Il serait également possible d\u2019envisager de faucher le champ du centre vers l\u2019extérieur, permettant ainsi aux oisillons de s\u2019abriter ailleurs, selon Normand Fleury, président du Club d\u2019observateurs d\u2019oiseaux de la Haute-Yamaska.«On peut aussi placer une barre d\u2019effarouchement à l\u2019avant de la faucheuse pour leur laisser le temps de 32 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 « Si l\u2019on avait tous les oiseaux nécessaires, on pourrait économiser beaucoup en semences.» \u2013 Martin Berger, agriculteur s\u2019enfuir.» De son côté, le regroupement QuébecOi- seaux préconise d\u2019«augmenter la hauteur de fauche à 120 mm particulièrement lors des deux premières coupes de foin [de la saison] a?n d\u2019accroître le taux de survie » des oiseaux.Jusqu\u2019à présent, 83 fermes de la Montérégie participent aux initiatives de biodiversité de l\u2019UPA.Cela semble très peu : on recense pas moins de 6 000 fermes dans la région qui pourraient rejoindre leurs rangs.«C\u2019est un bon début, mais on pourrait doubler ou tripler ce nombre si l\u2019on avait l\u2019aide du gouvernement pour la rétribution.C\u2019est le nerf de la guerre », soutient Yasmina Larbi-Youcef, de l\u2019UPA Montérégie.Les agriculteurs eux-mêmes ont beaucoup à gagner à adopter des pratiques favorables aux oiseaux, croit la biologiste Barbara Frei.« Ils peuvent récolter une meilleure nourriture et améliorer leur qualité de vie s\u2019ils sont dans un environnement sain.» De son côté, lorsque l\u2019agriculteur Paul Caplette se promène dans ses champs, armé de sa longue-vue, il a maintenant l\u2019occasion d\u2019admirer et d\u2019entendre de nombreux oiseaux dans ses nichoirs ou dans les arbres situés sur sa bande riveraine.Il a créé un petit monde de biodiversité et s\u2019éloigne toujours plus de l\u2019image d\u2019un pollueur.Paul Caplette récolte des céréales comme le blé, le pois fourrager, le soya, le maïs et le lin.« Il y a des oiseaux là où il y a des arbres, reconnaît Paul Caplette.On a donc commencé à en planter sur nos bandes riveraines.Ce sont des arbres qui vont me survivre.» Sur cette photo, un noisetier hybride se dresse.JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 33 \u2022 PHOTOS : JEAN-FRANÇOIS HAMELIN DOSSIER SPÉCIAL MAÎTRES DU CIEL 170 km Ce sont 363 espèces d\u2019oiseaux qui ont désormais livré leur génome à la science, dont 267 pour la première fois dans le cadre du projet international B10K (Bird 10 000 Genomes Project).Selon l\u2019étude publiée dans Nature ?n 2020, 92 % des familles aviaires sont ainsi représentées.De quoi mieux comprendre l\u2019évolution des oiseaux, dont les ancêtres ont émergé il y a 150 millions d\u2019années.C\u2019est la distance que peut parcourir le condor des Andes en planant pendant cinq heures environ.Cet énorme vautour ?de 8 à 15 kg pour trois mètres d\u2019envergure ?ne bat en fait des ailes que durant un pour cent de son temps dans les airs.C\u2019est ce qu\u2019ont estimé en 2020 des chercheurs argentins grâce à des appareils « faits maison » qui ont enregistré leurs mouvements en vol.Pour les gros oiseaux, le coût énergétique du battement d\u2019ailes est considérable, « 30 fois plus élevé que le métabolisme au repos », selon les auteurs.Dès leur plus jeune âge, les lourds condors se laissent donc porter par les courants d\u2019air chaud pour économiser leurs forces.Capables de prouesses aériennes et athlétiques, les oiseaux fascinent et inspirent les humains ?et les scienti?ques en particulier ?depuis toujours.Et l\u2019on rivalise d\u2019ingéniosité pour les étudier ! ATLAS GÉNÉTIQUE Essayez de rester en équilibre sur un pied et vous ressentirez rapidement une fatigue dans la jambe active.Les ?amants roses n\u2019ont pas ce problème : ils peuvent dormir dans cette position pendant plusieurs heures.Ils peuvent même rester debout quand ils sont\u2026 morts.C\u2019est ce qu\u2019ont découvert en 2017 des chercheurs en biomécanique du Georgia Institute of Technology, qui voulaient savoir si cette position improbable requérait ou non un effort musculaire.Deux cadavres de ?amants récupérés au zoo d\u2019Atlanta ont suf?à démontrer la chose : ils tenaient debout ! La stabilité de l\u2019oiseau est due à l\u2019alignement de ses articulations et aux os de sa patte, qui dessinent un solide T maintenant l\u2019ensemble en équilibre.Ce qui permet de conclure, indirectement, que l\u2019animal n\u2019alterne pas entre pied gauche et pied droit pour se reposer, mais plutôt qu\u2019il garde une patte hors de l\u2019eau pour éviter de perdre trop de chaleur.34 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 Infatigables lamants roses ? LE CIEL VU DE L\u2019ESPACE Les oiseaux sont des sources d\u2019inspiration sans ?n pour les physiciens et mathématiciens.Que ce soit pour modéliser le mouvement de leurs ailes, pour décoder les comportements de milliers d\u2019individus volant en groupe ou pour comprendre l\u2019aérodynamique des vols en V, les volatiles se prêtent bien au jeu des équations.Dernière modélisation en date, au printemps dernier : le ?ux d\u2019air dans leurs poumons.La respiration des oiseaux est beaucoup plus ef?cace que la nôtre, car l\u2019air inspiré ne croise pas l\u2019air expiré dans les bronches, mais circule plutôt de façon unidirectionnelle.C\u2019est grâce à cet apport constant d\u2019oxygène qu\u2019ils peuvent voler, activité hautement coûteuse sur le plan énergétique.Des chercheurs américains ont donc conçu des systèmes macro?uidiques inspirés des poumons aviaires, reproduisant les « boucles » qui permettent d\u2019éviter le va-et-vient d\u2019air.Ils ont ensuite modélisé le tout pour mieux comprendre la dynamique et concevoir, à terme, des pompes à ?uides ou des ventilateurs pour les soins hospitaliers plus ef?caces.Téléréalité Il aura fallu 2 176 micros, 12 caméras haute vitesse et des capteurs de pression braqués sur six colibris en captivité pour saisir d\u2019où vient le bourdonnement si caractéristique de ces petits oiseaux.Dans une étude publiée en mars 2021, une équipe d\u2019ingénieurs a ainsi dressé une carte acoustique en 3D permettant de décortiquer les changements de pression d\u2019air causés par le battement des ailes, 40 fois par seconde, à l\u2019origine du « hum ».C\u2019est une question qui a longtemps taraudé les biologistes : comment les oiseaux font-ils pour dormir ?En particulier ceux qui, comme la sterne arctique ou la frégate, parcourent des milliers de kilomètres au-dessus des océans sans se poser pendant plusieurs semaines ?La réponse est évidente : ils dorment en vol.Mais encore fallait-il le prouver ! Des chercheurs de l\u2019Institut Max-Planck d\u2019ornithologie ont donc muni une vingtaine de frégates du Paci?que de mini- électroencéphalographes qui allaient détecter les changements d\u2019activité cérébrale au cours des vols pouvant durer jusqu\u2019à 10 jours.Leurs résultats, publiés dans Nature en 2016, sont étonnants : les oiseaux ne dormaient en moyenne que 42 minutes par jour, à coups de microsiestes effectuées en planant, contre 12 heures lorsqu\u2019ils sont sur la terre ferme.Et ils ont la capacité de dormir en se passant de la moitié de leur cerveau, l\u2019autre hémisphère restant éveillé (et l\u2019autre œil ouvert), un phénomène connu sous le terme de « sommeil unihémisphérique », répandu chez les mammifères marins.Mais à la surprise des chercheurs, les frégates peuvent aussi planer avec les deux hémisphères au repos.En mode pilote automatique, quoi ! Poumons de compétition DORMIR D\u2019UN ŒIL Mettre les astronautes à contribution pour photographier les voies empruntées par les oiseaux migrateurs : voilà l\u2019idée derrière le projet Space for Birds, de son nom of?ciel AMASS (pour Avian Migration Aerial Surface Space), lancé en 2016 par la Fondation Roberta Bondar ?la première astronaute canadienne ?et soutenu par la NASA et l\u2019Agence spatiale canadienne.Le but : documenter les voies migratoires de sept espèces menacées.« Les images prises de la Station spatiale internationale [SSI] et par satellite sont utilisées aux ?ns d\u2019éducation du public pour illustrer l\u2019ampleur des aires de migration aviaire, plutôt que pour des analyses quantitatives », détaille Shajini Jeganmohan, coordonnatrice de ce programme « scienti?que et artistique » à la Fondation.David Saint-Jacques a grandement contribué à enrichir la collection en 2019, de la SSI.« Voir l\u2019ampleur des migrations de l\u2019espace, imaginer les oiseaux voler sur ces distances incroyables, c\u2019est très inspirant », a-t-il témoigné.JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 35 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM \u2022 PHOTO : AGENCE SPATIALE CANADIENNE/NASA SOCIÉTÉ VOYAGE DANS LE TEMPS À Des historiens travaillent à une reproduction numérique inédite de la cité de Florence à la Renaissance dans le but de mieux l\u2019étudier.Tout cela du Canada ! PAR MAXIME BILODEAU FLORENCE A vant d\u2019être l\u2019auteur du Prince, traité de philosophie politique analysé et loué par des générations de penseurs, Nicolas Machiavel a été\u2026 un père.Au cours de sa vie mouvementée, entre 1469 et 1527, l\u2019illustre Florentin a eu sept enfants portant tous son nom.Leurs traces, malheureusement, se sont perdues dans les dédales de l\u2019histoire.En?n, pas tout à fait.En 1561, sur la via del Campaccio, aujourd\u2019hui située à l\u2019angle des rues Santa Reparata et Ventisette Aprile, un petit immeuble appartenait à un certain Bernardo Machiavelli.Ce dernier n\u2019habitait pas sur place, au cœur du quartier San Lorenzo.Il louait plutôt l\u2019endroit à deux ménages composés de deux personnes chacun, dont un dénommé Francesco di Baccio d\u2019Agnolo, charpentier de son métier.Prix de ce loyer : six scudi d\u2019or, la monnaie qui avait cours alors.Bien que la ?liation de ce Bernardo avec Nicolas soit sujette à discussion, une chose est certaine : il y avait encore trace des Machiavel à Florence au milieu du 16e siècle.Comment sait-on tout cela ?Grâce à DECIMA, acronyme de digitally encoded census information & mapping archive.Ce projet de sciences humaines numériques consiste en un plan remarquablement détaillé de la cité des arts sur lequel sont superposées, puis géolocalisées de multiples couches de données de toutes sortes.Celles-ci sont issues des archives fastueuses de la ville, JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 37 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM SOCIÉTÉ connues et reconnues par les chercheurs qui s\u2019intéressent à la Renaissance italienne.L\u2019équipe canadienne derrière l\u2019outil en question y travaille depuis plus de 10 ans.« Nous en sommes à notre quatrième subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.Je travaille sur DECIMA depuis le début de mon doctorat, au début des années 2010 ; ce projet est au centre de ma carrière de chercheur», raconte Colin Rose, professeur au Département d\u2019histoire de l\u2019Université Brock, en Ontario.Avec son directeur de thèse et désormais collègue Nicholas Terpstra, de l\u2019Université de Toronto, ce spécialiste de l\u2019histoire sociale contribue ainsi à faire revivre le berceau de la Renaissance, là où la modernité à l\u2019occidentale est née en l\u2019espace de trois siècles éblouissants.Surtout, leurs travaux permettent d\u2019en apprendre davantage sur le quotidien de ses habitants, exceptionnels ou non.«Florence a beau avoir été beaucoup étudiée par le passé, on continue d\u2019en apprendre à son sujet», dit-il.UN TRAVAIL DE MOINE Le point de départ de DECIMA est une carte de la capitale de la Toscane : celle fameuse de Stefano Buonsignori, dessinée à la main en 1584.Ce moine bénédictin et cartographe a représenté la ville à partir d\u2019un promontoire.L\u2019œuvre offre une vue aérienne très réaliste de la cité-État, comme si l\u2019artiste avait eu accès à Google Maps plus de 500ans avant son invention.On y reconnaît la forme carrée caractéristique (du latin castrum) des cités romaines au centre de la ville, les bastions aménagés au 16e siècle, symboles de l\u2019absolutisme de l\u2019État, de même que l\u2019Arno, le ?euve d\u2019argent enjambé par le célèbre Ponte Vecchio.Les pôles administratif du Palazzo Vecchio, culturel de San Lorenzo et religieux du Duomo sont bien visibles.« Cette carte est l\u2019une des premières représentations réalistes d\u2019une ville à vol d\u2019oiseau depuis l\u2019Antiquité.C\u2019est le canevas sur lequel nous avons transposé les données récoltées dans le cadre de trois recensements réalisés à Florence en 1551, 1561 et 1632», explique Colin Rose.Ces inventaires, conservés aux Archives d\u2019État de Florence ainsi qu\u2019à la Bibliothèque nationale centrale de Florence, étaient rarissimes à l\u2019époque.On les doit aux gouvernements ?orentins des 16e et 17e siècles, qui ont été parmi les premiers à croire en la nécessité d\u2019amasser des informations diverses et nombreuses sur la population pour mieux l\u2019administrer.« Dans l\u2019histoire de Florence, ces 81 années correspondent au moment de transition entre la ?n de la période républicaine et la reprise de la dynastie des Médicis », précise l\u2019historien.Si la richesse de ces trois jeux de données est incommensurable, celui de 1561 retient tout particulièrement l\u2019attention.Commandé par Cosme Ier de Médicis, futur grand-duc de Toscane, recensement doit permettre de dresser la liste des biens et avoirs des habitants de la ville.Le but : mieux percevoir une taxe d\u2019une valeur de 10 % de la propriété, la decima.Outre la situation géographique de chaque ménage de la cité, il est entre autres question du sexe des occupants, de leur métier et du nombre d\u2019enfants par famille.Par comparaison, le recensement de 1551 s\u2019apparente à un simple décompte de la population.Celui de 1632 a pour sa part comme objectif d\u2019évaluer l\u2019ampleur des ravages causés par l\u2019épidémie de peste bubonique qui venait de frapper l\u2019Italie, fauchant environ le quart de la population.N\u2019allez toutefois pas croire que numériser ces données s\u2019est fait en un claquement de doigts.« L\u2019équipe derrière ce projet a dépouillé des kilomètres d\u2019archives pour les traduire en langage moderne», af?rme Denis Ribouillault, professeur au Département d\u2019histoire de l\u2019art et d\u2019études cinématographiques de l\u2019Université de Montréal, qui n\u2019a pas pris part à ces travaux.Un vrai casse-tête : les maisonnées du recensement de 1561 sont par exemple localisées par rapport à des points arbitraires, à l\u2019aide de termes comme « à proximité de » et « contigües à ».« C\u2019est un travail colossal qui nécessite une armée d\u2019étudiants diplômés », commente M.Ribouillault.Pour relever ce dé?, les chercheurs derrière DECIMA ont fait un léger compromis, sacri?ant un peu de précision au passage.« Nous avons commencé par situer les coins de rue d\u2019antan avant de positionner les ménages par rapport à ces importants points de repère.Cela signi?e donc que certains logements sont grossièrement localisés sur la carte de Buonsignori», admet Colin Rose.À cette étape, il ne restait plus qu\u2019à intégrer les données à une plateforme virtuelle grâce à ArcGIS, une suite de logiciels d\u2019information géographique qui ne requiert pas de compétences particulières en programmation, « même si posséder quelques notions de Python ne nuit pas », glisse au passage M.Rose.38 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 \u2022 IMAGES : WIKIMEDIA COMMONS ; SHUTTERSTOCK.COM ; DECIMA La carte de Buonsignori présente un souci du détail surprenant.On reconnaît sans peine le célèbre Ponte Vecchio qui enjambe l\u2019Arno, qu\u2019on peut admirer ci-dessus.Les précieux recensements utilisés par les chercheurs sont conservés aux Archives d\u2019État de Florence ainsi qu\u2019à la Bibliothèque nationale centrale de Florence , qu\u2019on voit ici.Le point de départ de DECIMA est la fameuse carte de Stefano Buon- signori, qui a représenté Florence à partir d\u2019un promontoire.Les points rouges correspondent à la position des ménages tels qu\u2019ils ont été recensés en 1561. THÈME DECIMA se base entre autres sur les données du recensement de 1561 commandé par Cosme Ier de Médicis, ici peint par l\u2019artiste ?orentin Agnolo di Cosimo Tori, dit Bronzino.SOCIÉTÉ TRÉSORS CACHÉS De telles recherches au croisement de l\u2019informatique et des sciences humaines et sociales ne sont pas complètement nouvelles.Dès les années 1960, des chercheurs américains ont entrepris de numériser le premier catasto ?orentin, un registre foncier établi entre 1427 et 1430 ?une équipe de l\u2019Université de Chicago est d\u2019ailleurs en train de géolocaliser cet ensemble documentaire exceptionnel dans le cadre d\u2019un projet intitulé Florentia Illustrata.Plus près de nous, à l\u2019Université d\u2019Ottawa, un groupe épluche les registres paroissiaux de Rome a?n de retracer les parcours migratoires d\u2019Espagnols et de Portugais venus s\u2019installer dans la Ville éternelle au début du 17e siècle.Mais DECIMA a une ampleur inégalée.«Ça fait partie des plus grosses initiatives du genre en histoire de la Renaissance à l\u2019échelle internationale », con?rme Denis Ribouillault.Son succès se mesure à la quantité d\u2019hypothèses de recherche formulées au ?l des années autant par les chercheurs directement concernés que par de lointains collaborateurs.Le «simple» fait d\u2019organiser spatialement des données permet d\u2019aborder l\u2019histoire sous un angle nouveau.«On voit des phénomènes historiques qui passaient auparavant sous le radar, faute de vision globale.Cela permet de développer des questions inédites sur la mobilité, la densité et l\u2019espace social », fait valoir cet expert de l\u2019histoire de l\u2019art de la Renaissance et du baroque en Europe.Sans parler bien sûr de l\u2019économie en temps et en énergie.Plus besoin de passer au peigne ?n des documents poussiéreux ; ils sont désormais accessibles en quelques clics.Un bon exemple des retombées de DECIMA est Hidden Florence, une application qui emprunte aux ressorts de la réalité virtuelle pour guider ses utilisateurs au travers de cinq visites historiques de la cité du Lys.Chaque circuit s\u2019articule autour d\u2019un personnage différent qui incarne une trajectoire de vie de l\u2019époque.On y suit aussi bien Cosme l\u2019Ancien, banquier, homme d\u2019État et fondateur de la dynastie des Médicis, que Marietta, une orpheline devenue tisserande de soie et dont le récit, ?ctif, permet de mieux comprendre la place des femmes dans la société italienne d\u2019alors.Lancée en 2014, l\u2019application utilisait déjà la carte de Buonsignori.C\u2019est d\u2019ailleurs à la faveur de ce document historique que le créateur de Hidden Florence, Fabrizio Nevola, professeur au Département d\u2019histoire de l\u2019art et de culture visuelle de l\u2019Université d\u2019Exeter, au Royaume-Uni, a fait la connaissance de l\u2019équipe de Colin Rose en 2018.Depuis, les lieux visités par Hidden Florence sont basés sur des données issues de DECIMA.« Grâce à ce projet, on sait que certains quartiers de Florence étaient essentiellement habités par des gens de telle classe sociale occupant tel métier », illustre le professeur Nevola.Ainsi, l\u2019un des circuits suit la trace d\u2019Ercole, un birro (policier) du 16e siècle, pour explorer les coins sombres de la ville, là où les criminels étaient emprisonnés, interrogés et exécutés, souvent à l\u2019abri des regards.De quoi s\u2019inspirer en vue d\u2019une visite à Florence, s\u2019y remémorer un passage\u2026 ou encore voyager virtuellement en temps de pandémie.«L\u2019application est d\u2019abord conçue pour être utilisée sur place.Il est néanmoins possible d\u2019y recourir dans le confort de son salon, comme le font d\u2019ailleurs plus de la moitié de nos utilisateurs», mentionne-t-il.Si vous avez un jour la chance d\u2019utiliser l\u2019application à Florence même, vous vous rendrez compte que plusieurs de ses arrêts sont situés à des coins de rue.Mine de rien, ce détail a été matière à ré?exion pour Fabrizio Nevola.« Ils en disent long sur une ville et sur ceux qui l\u2019habitent.Ce sont les lieux où l\u2019on trouve des panneaux d\u2019indication, des commerces propices aux rencontres comme des tavernes ou des bâtiments et signes religieux, comme les croix de chemin», énumère-t-il.De fait, le chercheur a consacré un chapitre entier à cette seule question dans son plus récent ouvrage, Street Life in Renaissance Italy, paru en 2020.Grâce à DECIMA, Florence n\u2019a pas ?ni de livrer ses secrets.Dans les années à venir, on pourrait ainsi en apprendre davantage sur le paysage du crime de la ville à l\u2019époque de la Renaissance.« Nous allons plonger dans trois années d\u2019archives judiciaires du 16e siècle, puis les intégrer à DECIMA dans l\u2019espoir de faire ressortir des tendances, informe Colin Rose.Les crimes à caractère sexuel pourraient par exemple se concentrer dans certains quartiers, alors que ceux de nature violente ou contre la propriété pourraient être plus fréquents dans tel autre.» On parle tout de même de 2 000 à 3 000 crimes perpétrés durant cette courte période.Autant de pans occultés de l\u2019histoire appelés à revivre sous une nouvelle forme.40 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 \u2022 IMAGE : WIKIMEDIA COMMONS ESPACE PREMIER CONTACT AVEC UN VISITEUR INTERSIDÉRAL C\u2019est le premier objet en provenance d\u2019un autre système solaire à être détecté.\u2018Oumuamua, de son petit nom, est une énigme qui a en?ammé la communauté scienti?que.Que sait-on de lui au juste ?PAR CHARLES PRÉMONT JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 41 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Vue d\u2019artiste de \u2018Oumuamua ESPACE L oin, très loin du système solaire, une petite planète aux allures de Pluton entre en collision avec un astéroïde.L\u2019impact, violent, éjecte dans l\u2019espace des milliers de débris.Certains ont tout juste ce qu\u2019il faut de force pour échapper à l\u2019attraction de leur étoile.Des millions d\u2019années plus tard, dans le vide intersidéral, un de ces fragments, un iceberg d\u2019azote à la forme aplatie, tourne toujours sur lui-même.Ce faisant, il s\u2019est rapproché du Soleil et est inexorablement attiré vers lui.Le bloc de glace accélère, il fond de plus en plus rapidement, exhalant de grandes quantités de gaz.Il franchit maintenant les distances à toute vitesse, perd des dizaines de kilogrammes de matière alors qu\u2019il fonce vers notre étoile.Il la frôle dangereusement avant d\u2019être de nouveau catapulté vers l\u2019in?ni du cosmos.Ce récit est au cœur d\u2019une récente théorie sur un objet d\u2019un autre monde observé dans notre système solaire en 2017 : 1I/2017 U1 \u2018Oumuamua.Ce premier visiteur interstellaire détecté a laissé les scienti?ques perplexes, en plus d\u2019en?am- mer les esprits imaginatifs\u2026 et les médias ! L\u2019objet s\u2019éloignait déjà de la Terre et du Soleil quand l\u2019astronome canadien Robert Weryk l\u2019a repéré grâce au télescope Pan-STARRS1 à Hawaii.Le calcul de sa trajectoire a révélé qu\u2019il est issu de l\u2019environnement d\u2019une autre étoile.D\u2019où son nom, \u2018Oumuamua, un terme hawaiien qu\u2019on peut traduire par « éclaireur » ou «messager».UN MYSTÈRE TENACE Compte tenu de sa toute petite taille ?400 m de long ?, même les télescopes les plus puissants ont rapidement perdu sa trace.« C\u2019est la tragédie de cet objet, dit Nathalie Ouellette, astrophysicienne et coordonnatrice de l\u2019Institut de recherche sur les exoplanètes de l\u2019Université de Montréal.On ne peut plus l\u2019observer et je pense que c\u2019est entre autres pour cette raison que certains avancent des théories un peu farfelues à son sujet.» Dès le départ, \u2018Oumuamua apparaît comme inclassable.Les télescopes ne distinguent qu\u2019un petit point lumineux, dont la brillance diminue d\u2019un facteur de 10 toutes les 7,3 heures.Cela permet aux astrophysiciens de deviner que l\u2019objet tourne sur lui-même et possède une forme étrange et allongée, comme un cigare ou, plus probablement, un disque.Sa trajectoire laisse supposer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une comète, mais les scienti?ques ne décèlent pas de queue, cette traînée de poussières et de gaz caractéristique.On penche alors du côté d\u2019un astéroïde, mais son aspect ne correspond en rien à ce que l\u2019on connaît.Une première théorie est avancée : un objet aurait pu être disloqué par le puissant champ gravitationnel d\u2019une étoile massive inconnue, ce qui aurait créé des fragments semblables à \u2018Oumuamua.« Sauf qu\u2019on s\u2019attendrait à ce qu\u2019ils tombent ensuite vers l\u2019étoile, souligne Nathalie Ouellette.Et il y a aussi le problème de l\u2019accélération\u2026 » Car \u2019Oumuamua présente plusieurs anomalies.En effet, après son passage près du Soleil, il a accéléré bien plus que ce que l\u2019effet catapulte de la gravité de l\u2019astre permet d\u2019expliquer.Contrairement à une comète, qui béné?cie d\u2019une poussée liée à la volatilisation de sa queue, rappelons que \u2019Oumuamua n\u2019af?chait aucune traînée pouvant justi?er une telle accélération.L\u2019énigme a poussé un éminent scien- ti?que de l\u2019Université Harvard, Abraham « Avi » Loeb, à dire que \u2019Oumuamua ne devait pas avoir une origine naturelle, mais qu\u2019il aurait plutôt été construit par une civilisation extraterrestre.Pour M.Loeb, seule une voile solaire, alimentée par la radiation de notre étoile, pouvait expliquer cette propulsion.Il n\u2019en fallait pas plus pour que la nouvelle fasse le tour du monde.Au grand dam de plusieurs membres de la communauté scienti?que.« [Avi Loeb] dit que l\u2019objet doit être quelque chose d\u2019extraterrestre parce qu\u2019aucune explication plausible ne marche, a af?rmé l\u2019astrophysicien Sean Raymond, chercheur au Laboratoire d\u2019astrophysique de Bordeaux, sur les ondes de France Culture.C\u2019est là où je ne suis pas d\u2019accord.» Un point de vue partagé par Nathalie Ouellette.«C\u2019est vrai que parfois, en science, la théorie la plus improbable s\u2019avère la bonne, mais il faut le démontrer, cela demande beaucoup de travail avant d\u2019arriver à cette conclusion.En général, il faut suivre le principe du rasoir d\u2019Ockham : si vous entendez des galops, ce sont vraisemblablement des chevaux, pas des zèbres.» Bref, la façon la plus simple d\u2019expliquer un phénomène est souvent la bonne.Pour les tenants de la thèse selon laquelle des forces gravitationnelles auraient façonné \u2018Oumuamua, c\u2019est la gazéi?cation de traces de glace encore présentes sous sa surface, bien qu\u2019indétectables, qui pourrait être responsable de l\u2019accélération.Deux scienti?ques, Darryl Seligman, de l\u2019Université de Chicago, et Gregory Laughlin, de l\u2019Université Yale, ont formulé une autre hypothèse en mars 2020 sur les étranges propriétés de \u2019Oumuamua.Il s\u2019agirait d\u2019un iceberg d\u2019hydrogène, l\u2019élément le plus abondant de l\u2019Univers, né dans un immense nuage de molécules.Ce type de nuage peut s\u2019étirer sur des années-lumière de distance et contient assez de matière pour créer des dizaines de milliers d\u2019étoiles.La sublimation de la glace d\u2019hydrogène, indécelable par les moyens d\u2019observation actuels, pourrait être à l\u2019origine de l\u2019étonnante accélération.Avi Loeb et Thiem Hoang, chercheur à l\u2019Institut coréen de science astronomique et spatiale, ont rapidement répliqué par une publication dans la revue Astrophysical Journal Letters.Le principal problème de cette hypothèse, selon eux, c\u2019est que l\u2019hydrogène ne se solidi?e qu\u2019à des températures très basses : sa vaporisation commence à -267 degrés Celsius, à peine 6 kelvins.Même la lumière d\u2019étoiles distantes peut être suf?sante pour faire fondre ce genre de glaçon.Ce qui rend improbable sa survie à un voyage intersidéral.UNE THÉORIE DÉFINITIVE ?Ce débat a inspiré deux astrophysi- ciens de l\u2019Université de l\u2019Arizona, Steven Desch et Alan Jackson.Aimant l\u2019idée d\u2019un iceberg se sublimant sans laisser de trace, mais plutôt en accord avec la critique d\u2019Avi Loeb, les deux scienti?ques ont testé l\u2019hypothèse de Darryl Seligman et Gregory Laughlin avec neuf différents types de glace.Et l\u2019une d\u2019elles est sortie du lot : l\u2019azote.En réunissant leurs chiffres, Steven Desch et Alan Jackson se sont aperçus que l\u2019azote pouvait presque parfaite- 42 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 \u2022 ment expliquer les caractéristiques de \u2019Oumuamua.Sa sublimation autorisait l\u2019accélération sans empreinte visible.La perte de masse nécessairement subie au long de son voyage et lors de son passage près du Soleil pouvait avoir sculpté sa forme particulière.Mieux encore, l\u2019albédo de la glace d\u2019azote, son « pouvoir ré?échissant », correspond à celui de \u2019Oumuamua\u2026 et aussi à celui de Pluton ! Ce qui nous ramène à notre récit initial : \u2018Oumuamua pourrait bien être le fragment d\u2019une « exo-Pluton » ayant subi une collision cosmique assez violente pour qu\u2019un de ses morceaux ait été projeté dans l\u2019espace intersidéral.En effet, la surface de cette planète naine est composée en grande partie de glace d\u2019azote.Même chose pour Triton, une lune de Neptune.Autrement dit, « \u2018Ou- muamua nous donne des indices qu\u2019il y a des exo-Pluton dans d\u2019autres systèmes planétaires », indique Alan Jackson.Les astrophysiciens ne sont pas encore en mesure de détecter les toutes petites exoplanètes, mais si un tel iceberg est venu jusqu\u2019à nous, c\u2019est probablement le signe qu\u2019elles sont assez nombreuses.Évidemment, cette théorie a été critiquée à son tour.Pour Avi Loeb, comme l\u2019azote se forme à partir de quantités suf?santes de carbone dans les étoiles, on aurait dû aussi percevoir cet élément au passage de \u2019Oumuamua.Steven Desch a riposté dans un article du New York Times, mentionnant que les glaces d\u2019azote sur Pluton ne contiennent que 0,1 % de carbone et que la couleur de \u2018Oumuamua correspond exactement à celle des glaces plutoniennes.Darryl Seligman, le partisan de la glace d\u2019hydrogène, est plutôt sceptique quant au grand nombre d\u2019exo-Pluton devant se trouver dans l\u2019espace pour justi?er la présence de \u2018Oumuamua.Alan Jackson le reconnaît : « Pour que notre chiffre ait du sens, il faut en effet supposer que la plupart des systèmes solaires naissent en suivant, grosso modo, les mêmes étapes.Si l\u2019on se trompe là-dessus, on devra retourner à nos calculs.Mais personnellement, ce nombre ne m\u2019apparaît pas si élevé.» Un point qui ne dérange pas Timothy Hallat, un étudiant de maîtrise en astrophysique de l\u2019Université McGill.« Je ne crois pas que la quantité avancée par Alan « On ne peut plus l\u2019observer [\u2018Oumuamua] et je pense que c\u2019est entre autres pour cette raison que certains avancent des théories un peu farfelues à son sujet.» \u2013 Nathalie Ouellette, astrophysicienne et coordonnatrice de l\u2019Institut de recherche sur les exoplanètes de l\u2019Université de Montréal JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 43 \u2022 IMAGES : AMÉLIE PHILIBERT/UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL ; SHUTTERSTOCK.COM ESPACE Jackson et Steven Desch soit un problème, dit-il.Dans les faits, ils n\u2019ont pas besoin qu\u2019il y ait tant d\u2019exo-Pluton pour que leur calcul fonctionne.» À défaut de connaître sa composition, peut-on au moins savoir d\u2019où vient \u2018Oumuamua ?Malheureusement, cette question ne sera probablement jamais élucidée.La galaxie est trop complexe, trop encombrée de débris cosmiques pour qu\u2019on puisse af?rmer avec certitude d\u2019où nous arrive exactement ce messager.Toutefois, la vélocité de \u2019Oumuamua lors de son entrée dans le système solaire fournit quelques indices.Elle est perçue comme faible par les astrophysiciens, ce qui laisse croire que l\u2019objet provient d\u2019un système relativement jeune.On pense que, généralement, les objets éjectés d\u2019un système solaire auront une vitesse proche de ce dernier et l\u2019on sait aujourd\u2019hui que les étoiles jeunes sont plus lentes que les vieilles.Cette observation se greffe particulièrement bien au fait que \u2019Oumuamua pourrait être un iceberg : cette juvénilité augmente les chances qu\u2019il ait pu survivre dans l\u2019espace assez longtemps pour se rendre jusqu\u2019à nous.À condition que son système d\u2019origine soit assez proche du nôtre.Partant de cela, Timothy Hallat et le professeur de l\u2019Université Western Ontario Paul Wiegert ont remonté le temps.Leur idée était de simuler à rebours la trajectoire de \u2019Oumuamua et celles des étoiles de notre galaxie.Le tout a été publié dans The Astronomical Journal au printemps 2020.Leur simulation les a amenés à s\u2019intéresser aux trajectoires des groupes mouvants Carina et Columba.Un groupe mouvant, c\u2019est un ensemble d\u2019étoiles ayant un mouvement spatial et un âge similaires qui laissent croire à une origine commune.Il y a environ 35 millions d\u2019années, les groupes Carina et Columba possédaient plusieurs caractéristiques permettant de croire qu\u2019un ou l\u2019autre pourrait être à l\u2019origine du visiteur.« Ces étoiles sont nées au bon moment, elles ont la bonne vitesse et \u2018Oumuamua était dans ces environs à ce moment-là, fait remarquer Timothy Hallat.C\u2019est la meilleure piste que nous ayons.» D\u2019AUTRES OBJETS VENUS D\u2019AILLEURS Il est probable que le mystère de \u2018Oumuamua ne sera jamais résolu.Mais consolons-nous : s\u2019il est le premier objet intersidéral que nous ayons détecté, il n\u2019est certainement pas le dernier.En 2019, un astronome amateur russe, Gen- nadiy Borisov, a repéré 2I/Borisov, une comète provenant aussi de l\u2019extérieur de notre système solaire.De telles observations ouvrent un immense champ de possibilités pour les chercheurs.En effet, elles permettent de récolter des indices sur d\u2019autres systèmes planétaires sans avoir à aller les visiter, ce qui, avec les technologies actuelles, frôle l\u2019impossible.« Les gens ont du mal à comprendre à quel point les autres étoiles sont éloignées, souligne Nathalie Ouellette.Le fait que \u2019Oumuamua ait voyagé pendant des trillions de kilomètres pour entrer dans notre \u201cbulle\u201d, c\u2019est fascinant.J\u2019espère qu\u2019on en trouvera de plus en plus.» La mise en service prochaine, à la ?n de 2022, de l\u2019observatoire Vera C.Rubin, un télescope de haute technologie en construction au Chili, pourrait permettre aux chercheurs de repérer au moins un objet intersidéral par an, voire plus.Cela devrait accélérer notre compréhension de leur constitution et de celle des systèmes planétaires d\u2019où ils proviennent.Et augmenter nos chances de déceler les vaisseaux spatiaux de civilisations extraterrestres si elles décident de nous rendre visite ! L\u2019observatoire Vera C.Rubin, au Chili 44 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 IMAGE Prêts pour la plus belle fête en mouvement?GO! INSCRIVEZ-VOUS VELO.QC.CA DÉFI MÉTROPOLITAIN sam.31 juillet TOUR LA NUIT ven.27 août TOUR DE L\u2019ÎLE DE MONTRÉAL dim.29 août 46 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 CuL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb V I S I T E R La crise écologique, source d\u2019inspiration Le Musée des beaux-arts de Montréal propose Écologies : ode à notre planète, une exposition collective réunissant près de 90 œuvres d\u2019artistes soucieux de l\u2019environnement (Adam Stimson, Jessica Houston, Olafur Eliasson, Edward Burtynsky, Lawrence Paul Yuxweluptun).L\u2019art sert ici à attiser la réflexion sur la crise écologique au ?l de créations sur la force destructrice des humains.L\u2019exposition n\u2019oublie surtout pas de susciter l\u2019émerveillement à travers des œuvres célébrant la beauté et la résilience de la nature.La visite culmine avec Le requiem pour un glacier, de Paul Walde (2013), une performance musicale regroupant 50 musiciens sur un glacier de Colombie-Britannique menacé par un projet de villégiature.Cette œuvre révèle le pouvoir que nous avons, ensemble, de renverser la vapeur : la construction controversée a été annulée et un accord pour créer une aire protégée a été signé.Écologies : ode à notre planète, jusqu\u2019au 27 février 2022, au Musée des beaux-arts de Montréal, mbam.qc.ca Le Centre d\u2019interprétation des mammifères marins (CIMM), à Tadoussac, a ce don pour créer des moments magiques.L\u2019été dernier, l\u2019attente pour voir l\u2019exposition rafraîchie du musée a valu le coup.Il faut bien sûr admettre que c\u2019est un net avantage d\u2019être sis au pied du fjord du Saguenay.Il n\u2019y a qu\u2019à lever les yeux pour espérer voir passer un béluga ! Avant même de débourser le prix du billet, nous en avions déjà pour notre argent.À l\u2019entrée, il nous a suf?d\u2019une simple remarque sur les coquettes maisons jouxtant le CIMM pour obtenir moult détails sur ces chalets ancestraux ayant appartenu aux Anglais et qui sont toujours propriété de la communauté anglophone, ainsi que sur la traite des fourrures qui a eu cours dans la ville, comme en témoigne le poste de traite Chauvin, à quelques mètres de là.Les curieux ont tout intérêt à poser leurs questions aux naturalistes sur place.Généreux, ils se font toujours un plaisir de boni?er les écriteaux d\u2019éclairantes réponses qui nourriront le séjour dans la région.Une fois à l\u2019intérieur, les habitués retrouveront rapidement leurs repères ; si l\u2019exposition interactive demeure essentiellement la même, trois squelettes sont venus enrichir la collection en 2020.En plus des ossements d\u2019un rorqual commun et d\u2019une baleine à bosse, ceux d\u2019une baleine noire de l\u2019Atlantique, nommée Piper et connue des chercheurs, se déploient dans toute leur immensité.Félix, un subfossile de béluga âgé de 10 700 ans trouvé à Saint-Félix-de-Valois, est quant à lui le « nouveau venu » de 2021.« Ce beau squelette nous rappelle que la majorité du Québec a déjà été sous l\u2019eau et que les baleines nageaient au- dessus de Montréal », mentionne Marie-Ève Mueller, responsable des communications du Groupe de recherche et d\u2019éducation sur les mammifères marins (GREMM), qui a fondé le CIMM.Le clou de la visite est sûrement le ballet des baleines.Dans la salle plongée dans la pénombre, les vacanciers ont droit à un moment privilégié, celui de se laisser bercer par la puissance et la douceur du chant des espèces de cétacés pendant que les squelettes sont tour à tour illuminés.Plusieurs activités et surprises sont également au menu estival.De retour du large, les chercheurs du GREMM font tous les jours un tour dans la salle d\u2019exposition pour partager leurs trouvailles.Et selon les conditions météorologiques, le musée propose un petit cours gratuit de chants de baleine dans le jardin de la Grève.Voilà d\u2019autres pépites qui donnent envie de graviter près de la pointe ! Centre d\u2019interprétation des mammifères marins, gremm.org/cimm-horaire-et-tari?cation \u2022 IMAGE : CIMM_EXPO2020, LISE GAGNON Kim Dorland (né en 1974), Nature Painting II, 2008, huile et acrylique sur contreplaqué, 182,2 × 243 × 4,8 cm.MBAM, don de Pierre et Anne Marie Trahan, collection Majudia VISITER Escapade au pays des baleines JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 47 Suivez les guides ! 1.La vie souterraine vous intéresse ?Il vous faut mettre la main sur Cavernes du Québec, un guide de spéléologie étoffé où abondent photos et illustrations, qui braque sa frontale sur les grottes, les cavernes et autres tréfonds d\u2019intérêt de la province.Sa première partie prodigue de judicieux conseils pour ceux qui souhaitent voir de leurs propres yeux ces beautés cachées.De précieuses informations sur la géologie, la formation de ces milieux remplis de mystères ainsi que la faune y habitant complètent ce guide rempli de surprises.Cavernes du Québec : guide de spéléologie, par Michel Beaupré et Daniel Caron, Éditions Michel Quintin, 368 p.2.Avec ses photos et illustrations détaillées des oiseaux en plein vol et ses informations riches et concises pour faciliter leur identification, le nouveau Guide de poche : oiseaux du Québec et du Canada est un incontournable pour tout ornithologue amateur.Il réussit à répertorier 435 espèces dans un format compact très pratique et son utilisation instinctive le rend accessible à tous.Guide de poche : oiseaux du Québec et du Canada, par David M.Bird et Samuel Denault, Modus Vivendi, 296 p.L I R E Des pionnières qui ouvrent la voie Véritable source d\u2019inspiration, Têtes chercheuses offre de riches rencontres avec une vingtaine de scienti?ques québécoises de renom, telles que l\u2019astrophysicienne Victoria Kaspi, la spécialiste de la neuropsychologie de l\u2019enfant Maryse Lassonde et la très multitâche microbiologiste- infectiologue Caroline Quach-Thanh.Ces courts portraits illustrent la voie qu\u2019ont ouverte ces pionnières et ces femmes d\u2019in?uence issues de milieux très variés.Elles se livrent généreusement sur leur éveil à la science, les dé?s de leurs parcours (parfois assez atypiques !) et leurs idées novatrices avec une passion résolument contagieuse.Têtes chercheuses : la science québécoise au féminin, par Florence Meney, Éditions de l\u2019Homme, 216 p.Porter ièrement le rouge N\u2019est-ce pas une fabuleuse époque pour vivre ses premières menstruations ?Non seulement les publicités de serviettes hygiéniques utilisent en?n un liquide rouge plutôt que l\u2019infâme jus bleu pour vanter l\u2019absorptivité de leur produit, mais par-dessus tout, les adolescentes ont en?n un livre qui les invite à être ?ères de ce phénomène naturel.C\u2019est beau, le rouge déboulonne les mythes et brise les tabous, répond aux questions des jeunes ?lles avec franchise, sans prendre de gants blancs.On a là un documentaire illustré unique : découlant du projet de thèse de l\u2019auteure, il donne l\u2019impression de lire le journal intime d\u2019une grande sœur bienveillante qui partage son expérience et ses conseils avec ouverture d\u2019esprit et philosophie.C\u2019est beau, le rouge, par Lucia Zamolo, La courte échelle, 96 p.\u2022 IMAGES : MBAM.QC.CA/SALLE DE PRESSE ; MODUS VIVENDI (GROUPEMODUS.COM) Shuvinai Ashoona (née en 1961), Composition (Monstre mangeant le Monde), 2018, crayon de couleur, crayon feutre, 38,3 × 58,8 cm.MBAM, achat, legs Mary Eccles Robert Longo (né en 1953), Joe Test/ Russian, 2004, fusain, 100,4 × 125,4 cm.MBAM, achat, fonds de la Campagne du Musée 1988-1993.© Robert Longo/ SOCAN (2021) 48 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 La meilleure vue sur l\u2019eau\u2026 CHARLEVOIX ET SAGUENAY\u2013 LAC-SAINT-JEAN BAS-SAINT-LAURENT ET GASPÉSIE ISLE-AUX-COUDRES Cet été, découvrez nos plus beaux itinéraires au ?l de l\u2019eau.Pro?tez également d\u2019un rabais de 25 % grâce au programme Explore Québec.Forfaits offerts en formule avec guide ou En liberté.Plani?ez vos vacances à vélo! veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 Photo : François Poirier NOUVEAU JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 49 avez-vous les mains ! Voilà plus d\u2019un an qu\u2019on nous répète la consigne ad nauseam : mais cette mesure d\u2019hygiène est un bien faible prix à payer pour éloigner le virus, si bien que je n\u2019ai jamais porté une grande attention à l\u2019eau consommée pour me prévaloir de ce privilège.Privilège dont trois milliards de personnes dans le monde ne peuvent jouir, puisqu\u2019elles ne disposent d\u2019aucune installation sanitaire.Pourtant, l\u2019accès à une source d\u2019eau potable a été reconnu comme un droit fondamental en 2010 par l\u2019Organisation des Nations unies (ONU).Voilà matière à ré?exion quant à l\u2019importance de l\u2019eau, cette ressource vitale trop souvent banalisée dans les pays riches.Les décisions politiques et les investissements économiques en tiennent rarement compte.Or, l\u2019économie entière en dépend.Trois emplois sur quatre sur la planète sont liés d\u2019une façon ou d\u2019une autre à l\u2019eau.D\u2019où cette question récurrente : peut-on attribuer une valeur à l\u2019eau ?Je vous le donne en mille : «Contrairement à la plupart des autres ressources naturelles, il est extrêmement dif?cile de déterminer la véritable valeur de l\u2019eau.» C\u2019est du moins ce qu\u2019a conclu le rapport mondial de l\u2019ONU sur la mise en valeur des ressources en eau, rédigé sous la direction du Québécois Richard Connor et publié en mars 2021.Ce ?ou n\u2019est pas une surprise.Déjà en 2017, un groupe de chercheurs publiait un article dans la revue Science soulignant la dif?culté de mesurer la valeur de l\u2019eau compte tenu de ses attributs physiques, politiques et économiques.D\u2019abord, comment bien en estimer les volumes, le ?ux et la qualité?Comment évaluer les avantages socioculturels, environnementaux et économiques qui y sont associés ?Comment gérer correctement la ressource en l\u2019intégrant aux processus décisionnels grâce à des structures de gouvernance transparentes ?Personne ne s\u2019étonnera qu\u2019il y ait autant de réponses que de méthodes pour établir la valeur de l\u2019eau.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui rend ce dossier si complexe, m\u2019expliquait Richard Connor, signalant au passage qu\u2019il n\u2019existe aucune relation claire entre le prix de l\u2019eau, son coût et sa valeur.Dans son rapport, il a donc tâché de faire un survol des approches de valorisation de l\u2019eau, qui varient selon les usages, les coutumes, les idéologies, les politiques, etc.L\u2019agriculteur qui a besoin d\u2019irriguer ses champs, le consommateur qui éclaire et chauffe sa maison grâce à l\u2019hydroélectricité, les régions qui vivent de la pêche, le croyant qui doit faire ses ablutions : voilà seulement quelques exemples du rôle de l\u2019eau dans nos vies.À l\u2019échelle des pays, les enjeux se complexi?ent.En Afrique subsaharienne, la valeur de l\u2019eau est basée sur le consentement à payer pour cette ressource.En Europe, malgré une grande coopération transfrontalière, il demeure dif?cile de s\u2019entendre sur l\u2019importance de l\u2019eau, puisqu\u2019elle est liée à des besoins et à des réalités économiques qui diffèrent selon les pays.Le rapport montre donc que tout exercice de valorisation de l\u2019eau doit répondre à la question suivante : ?xer la valeur de l\u2019eau, certes, mais pour qui ?La question est d\u2019autant plus pertinente pour le Canada, qui possède environ 20 % des réserves mondiales d\u2019eau douce.Pourtant, le pays est loin de baigner dans des ressources inépuisables et sûres, af?rme Christina Cook, experte en gouvernance des ressources en eau et chercheuse à Innovation, Sciences et Développement économique Canada.Plusieurs régions sont semi-arides et aux prises avec des dé?s récurrents de pénurie ou de piètre qualité de l\u2019eau (fait criant pour plusieurs communautés des Premières Nations).Au Québec, le rapport quinquennal 2020 sur l\u2019état des ressources en eau et des écosystèmes aquatiques dévoile un tableau en demi- teintes de la qualité de l\u2019eau du ?euve Saint-Laurent.Le milieu agricole est particulièrement montré du doigt.Ainsi, certains cours d\u2019eau à proximité des champs présentent des concentrations de pesticides qui excèdent les seuils de protection pour la vie aquatique.Voilà qui me ramène à la question de la gouvernance de l\u2019eau, pierre d\u2019assise de sa saine gestion et de sa valorisation.À l\u2019échelle canadienne, il s\u2019agit d\u2019un dé?de taille, puisque les ressources hydriques sont transfrontalières.Cela exige forcément une bonne coordination entre les différents acteurs et les paliers gouvernementaux\u2026 ce qui n\u2019est pas tout à fait le cas en ce moment.C\u2019est notamment pour remédier à cette situation qu\u2019a été proposée la création d\u2019une agence canadienne de l\u2019eau.Au cours des consultations menées au printemps dernier, plusieurs questions ont été soulevées.Bien entendu, on se demande quelle approche de gouvernance devrait être favorisée, mais aussi comment soutenir une collaboration ef?cace entre provinces, municipalités, communautés autochtones, scienti?ques et autres parties prenantes.Les réponses sont attendues avec impatience.En effet, le temps presse : face aux dé?s grandissants que représentent les changements climatiques ou les crises mondiales ?telle une pandémie ?, il est certain qu\u2019on ne peut plus se permettre de tenir l\u2019eau pour acquise\u2026 même pour un simple lavage de mains ! La valeur de l\u2019or bleu L Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Anthropocène IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 50 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 nom ichier : Les sorties laser ne relètent pas idèlement les couleurs telles qu\u2019elles paraîtront sur le produit ini.Cette épreuve est utilisée à des ins de mise en page seulement RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME JUILLET-AOÛT 2021 | QUÉBEC SCIENCE 51 nom ichier : Les sorties laser ne relètent pas idèlement les couleurs telles qu\u2019elles paraîtront sur le produit ini.Cette épreuve est utilisée à des ins de mise en page seulement Même vacciné, on doit se protéger.Continuons d\u2019appliquer les mesures sanitaires pour nous protéger et protéger les autres.Respectons les règles, tout le temps, sans exception. 52 QUÉBEC SCIENCE | JUILLET-AOÛT 2021 RÉSERVEZ EN LIGNE PLANÉTARIUM RIO TINTO ALCAN VIAU espacepourlavie.ca "]
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