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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Septembre 2021, Vol. 60, No. 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2021, Collections de BAnQ.

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[" QUEBEC SCIENCE Certains réchaufent l\u2019atmosphère, d\u2019autres empoisonnent l\u2019air.Il est temps de renverser la vapeur.SEPTEMBRE 2021 Ces gaz qui nous polluent la vie Chasse aux neutrinos au fond d\u2019un lac russe Peut-on sauver Istanbul d\u2019un mégaséisme? RÉSERVEZ EN LIGNE BIOSPHÈRE JEAN-DRAPEAU espacepourlavie.ca SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 3 SOMMAIRE 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Babillard | 9 Carnet de santé Par la Dre Alexandra S.Arbour 11 Technopop Par Chloé Freslon | 12 Polémique Par Jean-François Cliche | 52 Culture Par Émilie Folie-Boivin 54 Rétroviseur Par Saturnome 41 32 6 8 SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS Un détecteur installé au fond du lac Baïkal tentera d\u2019intercepter des neutrinos cosmiques.8 VERS UN RETOUR SUR LA LUNE Les Américains ont amorcé le programme Artemis.Et ça commence avec le vol d\u2019essai d\u2019Orion.10 DANS LA PEAU D\u2019UNE PERSONNE NOIRE La réalité virtuelle peut-elle réduire les préjugés raciaux ?11 EINSTEIN ET SA BOULE DE CRISTAL Une lettre montre que le savant imaginait déjà les oiseaux comme une clé pour comprendre des phénomènes physiques.14 VIVE LES DONNÉES LIBRES ! Dominique Roche milite pour que tous accèdent aux données brutes des chercheurs pour faire avancer le savoir.CHERCHEUSE EN VEDETTE 50 SUS AUX CONTAMINANTS ! Valérie Langlois étudie les répercussions des contaminants sur les vertébrés et sensibilise le public à cette question.I L L U S T R A T I O N D E L A C O U V E R T U R E : F R A N Ç O I S B E R G E R DOSSIER SPÉCIAL Ces gaz qui nous polluent la vie 20 CO2 : opération enfouissement Capter le dioxyde de carbone dans l\u2019air pour le renvoyer sous terre ?La solution est controversée.26 Le mal de l\u2019air Nous respirons quotidiennement 12 000 litres d\u2019air.Est-il sain ?32 Pergélisol : la lente fuite Le dégel du pergélisol n\u2019est pas aussi brutal qu\u2019on le pensait, mais les communautés locales restent inquiètes.35 Traquer le méthane à partir de l\u2019espace Une entreprise québécoise repère les fuites de méthane grâce à ses satellites.38 Revisiter un air d\u2019autrefois Des archives d\u2019échantillons d\u2019air retracent l\u2019histoire de gaz nocifs pour la couche d\u2019ozone ou le climat.REPORTAGES 41 C\u2019est quoi, être un homme ?L\u2019implantation d\u2019une culture de la masculinité positive en Afrique subsaharienne se heurte à l\u2019histoire, aux religions et à la pauvreté.46 Avant que la terre tremble Un mégaséisme guette Istanbul.La mégapole est-elle prête ?QUÉBEC SCIENCE SEPTEMBRE 2021 4 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan Éditorial T roy Littleton ne croyait pas causer une telle commotion dans la twit- tosphère en publiant une photo de son bureau où l\u2019on voyait, coincé entre sa table de travail et un classeur, un parc portatif décoré de motifs d\u2019animaux.« Mon achat d\u2019équipement préféré pour le laboratoire ! » a écrit ce professeur de biologie du Massachusetts Institute of Technology.Le lit accueille la petite Katie, âgée de neuf mois, a?n que sa mère, Karen Cunningham, puisse poursuivre ses travaux de doctorat en attendant qu\u2019une place en garderie se libère.Plusieurs ont salué la générosité du chercheur ?ce à quoi il a répondu que la véritable héroïne est plutôt son étudiante.D\u2019autres ont souligné que le geste, bien qu\u2019honorable, est symptomatique d\u2019un système qui en a trop peu fait pour les chercheuses qui ont des enfants.On me dira que cette anecdote est typiquement américaine : comment faire autrement dans un pays qui n\u2019offre pas de congés parentaux ni de services de garde abordables ?Cependant, même dans les contrées qui soutiennent les parents, être mère et scienti?que n\u2019a jamais été une sinécure.Les inégalités de genre persistent dans le milieu universitaire qui, pourtant, est souvent perçu comme progressiste.Évidemment, la pandémie a ampli?é tous les obstacles qui se dressaient déjà sur leur route.Et les effets sont palpables et inquiétants.Différents coups de sonde indiquent que les chercheuses sont à bout de souf?e ?à l\u2019image de bien des femmes qui, peu importe leur emploi, ont porté le poids de la conciliation « travail-famille-école-garderie » à la maison.Au printemps, les Académies nationales des sciences, de l\u2019ingénierie et de la médecine des États-Unis dévoilaient un rapport montrant que le con?nement a nui de manière disproportionnée à la carrière et au bien-être des femmes scienti?ques.Un sondage réalisé par le magazine spécialisé The Chronicle of Higher Education révèle que 75 % des chercheuses se sentent stressées (contre 59 % de leurs collègues masculins) alors que cette proportion était de 34 % un an avant la pandémie.Leur contribution à la science s\u2019en trouve affectée, forcément.Des analyses montrent qu\u2019elles ont soumis moins d\u2019articles que leurs confrères depuis le début de la pandémie.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019elles ont moins travaillé, au contraire : elles ont enseigné, soutenu des étudiants et des collègues en détresse, participé à des comités pour réorganiser le travail à distance\u2026 Une charge de travail invisible, rarement reconnue.Plusieurs femmes ont raconté avoir été ainsi réduites à travailler de nuit pour avancer leurs recherches.Personne ne s\u2019étonnera que les mères scienti?ques en aient assez.Selon différentes études, elles sont désormais plus enclines à vouloir quitter le milieu universitaire, diminuer leurs heures de travail et décliner des postes de direction que les hommes et les femmes sans enfants.Que peut-on faire pour freiner ce repli qui creusera davantage la sous-représentation des femmes en science ?De façon générale, il faut injecter de la souplesse et de l\u2019empathie dans le milieu de la recherche ?ce qui est beaucoup moins compliqué qu\u2019on se l\u2019imagine.Les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) en ont fait la démonstration il y a un an, et les résultats ont été publiés par trois chercheuses québécoises dans les Proceedings of the National Academy of Sciences.En février 2020, alors que la panique gagnait la planète, l\u2019organisme lançait un appel de projets pour ?nancer des travaux sur le coronavirus.Les participants n\u2019avaient qu\u2019une semaine pour déposer leur dossier ?ce qui est assez inhabituel, mais l\u2019urgence de la situation semblait l\u2019exiger.Cependant, la proportion de dossiers proposés par des femmes s\u2019est elle aussi révélée inhabituelle : seulement 29 %, soit une baisse de sept points de pourcentage comparativement à des concours similaires.Effarés, les IRSC ont corrigé le tir lors d\u2019un deuxième appel, annoncé au printemps 2020 : le délai est passé à 19 jours, la paperasse a été réduite et le sexe et le genre ont été pris en compte à toutes les étapes de révision des projets.Résultat : les femmes ont participé en plus grand nombre (39 %) et ont obtenu un taux de succès deux fois plus élevé (passant de 22 à 45 %).En somme, ce ne sont pas les chercheuses qui ont eu à s\u2019adapter ; c\u2019est l\u2019organisme qui a pris cette charge sur ses épaules.Et c\u2019est exactement ce que demandait un groupe de scientifiques américaines en avril dernier dans un article provocateur illustrant la profondeur du ras-le-bol.« F*ck la résilience individuelle ! » écrivent-elles.Les auteures rappellent que les femmes, qu\u2019elles soient mères ou proches aidantes (un rôle majoritairement féminin), ne peuvent tout surmonter à la seule force de leur poignet ni compter sur la gentillesse ponctuelle des autres.La communauté scienti?que n\u2019a plus le choix de mettre en place des mesures pour épauler ses membres qui croulent sous le poids des responsabilités\u2026 peu importe leur sexe.Comme le conclut ce collectif de chercheuses : « Nous vivrons tous des crises au cours de notre carrière ; nous avons besoin d\u2019une résilience organisationnelle et communautaire si chacun d\u2019entre nous espère \u201crebondir\u201d.» Chercheuses à boutte La situation des mères scienti?ques s\u2019est aggravée pendant la pandémie.Plus que jamais, il est nécessaire de les soutenir. SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 5 Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D SEPTEMBRE 2021 VOLUME 60, NUMÉRO 2 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Miriane Demers-Lemay, Émilie Folie- Boivin, Chloé Freslon, Martine Letarte, Etienne Plamondon Emond, Charles Prémont, Fanny Rohrbacher, Hugo Ruher, Alexandra S.Arbour, Saturnome Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs/graphiste Françoise Abbate, François Berger, Louise Bilodeau, Nicole Aline Legault, Niti Marcelle Mueth, Christinne Muschi, Donald Robitaille, Vigg Éditeur Jean-François Rheault Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Maryvonne Charpentier Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard SERVICE AUX ABONNÉS : 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 serviceclient@velo.qc.ca PUBLICITÉ : Claudine Mailloux 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution: 26 août 2021 (572e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 36 $ + taxes États-Unis, 1 an : 84 $ Outre-mer, 1 an : 124 $ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2021 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca NOTRE COUVERTURE Encore cette année, nos journalistes sont ?nalistes au prestigieux prix Roberval, un concours qui récompense des œuvres en langue française dont le sujet est l\u2019explication d\u2019une technologie.Mélissa Guillemette est en nomination dans la catégorie Journalisme scienti?que et technique pour son reportage « Les scienti?ques augmentés », qui faisait une incursion dans le monde des laboratoires autonomes dont l\u2019objectif est d\u2019accélérer la découverte de matériaux.Marine Corniou se distingue dans la même catégorie grâce à son texte « Un pas de géant vers l\u2019in?niment petit », qui racontait les exploits et les promesses de la cryomicroscopie électronique.Les lauréats seront connus cet automne.DES HONNEURS POUR NOTRE ÉQUIPE La pollution atmosphérique évoque tout de suite les pétrolières et les panaches de fumée.Si l\u2019image est saisissante et parle d\u2019elle-même, elle a souvent été utilisée dans les magazines, les journaux et les publicités.Comment la réinventer ?Une illustration conceptuelle m\u2019apparaissait la voie à suivre pour aller plus loin tout en captant l\u2019attention.Avec sa touche unique, l\u2019illustrateur François Berger nous propose une couverture très graphique telle une af?che.L\u2019image et la typographie habitent l\u2019espace de façon très simple, mais équilibrée, a?n d\u2019en renforcer l\u2019effet.Ludwig Mies van der Rohe, grand représentant du Bauhaus, ne disait-il pas « Less is more » ?Dans ce ciel jaune ?couleur iconographique des produits nocifs pour la santé ?, une cheminée de pétrolière se dresse au centre.Une fumée s\u2019en échappe qui rappelle une main à l\u2019allure menaçante.Une menace environnementale qui nous guette\u2026 et nous poursuit à l\u2019intérieur du magazine en page 19.En plus de cette suite narrative, François Berger nous offre d\u2019autres illustrations magni?ques qui ponctuent ce dossier aussi important pour notre environnement que pour notre santé.?Natacha Vincent, directrice artistique Babillard CE QUE NOUS AVONS LU OU ENTENDU AU COURS DE CE NUMÉRO Jusqu\u2019au mois de mai 2022, le Musée des sciences de Londres expose des objets fabriqués à partir du carbone extrait directement de l\u2019air : tube de dentifrice, tapis de yoga, lunettes\u2026 Et même de la vodka ! L\u2019exposition Our Future Planet s\u2019interroge aussi sur la pertinence de la capture du carbone.?Marine Corniou, journaliste Les ?atulences et les rots de vaches sont souvent désignés comme des sources importantes de méthane.Qu\u2019en est-il de l\u2019humain ?Il libère lui aussi ce puissant gaz à effet de serre lors de l\u2019expiration et de pets, ainsi que par la peau.Certaines personnes en produisent beaucoup, d\u2019autres presque pas ; tout dépend de l\u2019âge, du sexe, de l\u2019alimentation et de facteurs environnementaux.Des chercheurs allemands ont estimé que, avant l\u2019ère industrielle, l\u2019ensemble des humains émettaient environ 34 gigagrammes de méthane par année, contre 344 aujourd\u2019hui.Cela reste très peu comparativement aux émissions des vaches, que des chercheurs évaluaient à 119 000 gigagrammes en 2011\u2026 ?Mélissa Guillemette, journaliste QUEBEC SCIENCE Ces gaz qui nous polluent la vie Chasse aux neutrinos au fond d\u2019un lac russe Peut-on sauver Istanbul d\u2019un mégaséisme?SEPTEMBRE 2021 Certains réchaufent l\u2019atmosphère, d\u2019autres empoisonnent l\u2019air.Il est temps de renverser la vapeur. des curiosités LE CABINET Le lac Baïkal fait 1 700 m de profondeur et serait le plus ancien sur Terre (25 millions d\u2019années).C haque hiver depuis 2015, le lac Baïkal, situé au sud-est de la Sibérie, en Russie, est le théâtre d\u2019une étrange opération.Une équipe de scienti- ?ques creuse des trous au milieu de l\u2019étendue gelée, à quatre kilomètres des côtes, et plonge une à une, à l\u2019aide de câbles, des dizaines de sphères au fond de l\u2019eau.Si l\u2019opération a des airs de pêche sur glace, il n\u2019en est rien : on construit ici, très patiemment, le plus grand détecteur de neutrinos de l\u2019hémisphère Nord.Appelé Baïkal-GVD (pour Gigaton Volume Detector), ce télescope est constitué de globes optiques accrochés le long de cordes verticales qui s\u2019étirent dans les eaux glaciales entre 600 et 1 300 m de profondeur.Ces lignes de 36 modules sont elles-mêmes regroupées par 8 sous forme de « grappes », qui confèrent à l\u2019ensemble l\u2019allure d\u2019une méduse géante.« L\u2019installation couvre un volume de 0,4 km3.Nous espérons atteindre 1 km3 d\u2019ici 2027 », explique Grigori V.Domogatsky, de l\u2019Institut de recherche nucléaire de Moscou, qui travaille sur le projet depuis 40 ans.À terme, l\u2019ensemble formera un immense ?let en trois dimensions destiné à « attraper » les particules cosmiques les plus insaisissables qui soient : les neutrinos.Ces derniers sont pourtant extrêmement abondants.Des centaines de milliards d\u2019entre eux nous traversent chaque seconde, venus du cœur d\u2019étoiles ou produits par des cataclysmes cosmiques.Mais ils n\u2019interagissent presque pas avec la matière.De fait, en traversant la Terre, seul 1 neutrino sur 10 milliards entre en collision avec un atome.Les détecteurs de neutrinos doivent donc être aussi gigantesques que sensibles, en plus d\u2019être logés à l\u2019abri des rayons cosmiques qui bombardent la surface de la planète.On les construit sous terre, comme celui du SNOLAB au fond d\u2019une mine d\u2019Ontario, ou sous l\u2019eau.Cette deuxième option offre l\u2019avantage d\u2019utiliser l\u2019étendue d\u2019eau elle-même comme matériau de détection.Le lac Baïkal se transforme peu à peu en un détecteur colossal ! Lorsqu\u2019un neutrino frappe un atome d\u2019hydrogène ou d\u2019oxygène dans l\u2019eau, cela entraîne la production de particules chargées.« Ces particules peuvent voyager plus vite qu\u2019à la vitesse de la lumière dans l\u2019eau.Elles émettent un rayonnement, une lumière bleue qui peut être observée par les détecteurs de photons », résume Roxanne Guénette, spécialiste des neutrinos à l\u2019Université Harvard.Le lac Baïkal, par son volume et sa clarté, offre donc un écrin de choix.La mise en fonction progressive du Baïkal-GVD con?rme l\u2019entrée de l\u2019astronomie dans une nouvelle ère : celle de l\u2019utilisation des neutrinos en tant que « messagers » pour sonder le cosmos autrement qu\u2019avec la lumière.En Sibérie, la traque a déjà commencé.« Les analyses préliminaires en 2019 et en 2020 nous ont permis de repérer huit évènements qui peuvent être considérés comme des neutrinos d\u2019origine astrophysique », détaille le professeur Domogatsky, porte-parole de la « collaboration Baïkal », qui rassemble des scienti?ques de Russie, de République tchèque, d\u2019Allemagne, de Pologne et de Slovaquie.« Ce résultat concorde avec le taux d\u2019évènements détectés par l\u2019IceCube », ajoute-t-il.Car le Baïkal-GVD n\u2019est pas le seul observatoire « grandeur nature ».L\u2019IceCube, mis en service ?n 2010, est le modèle du genre.Ses 5 160 modules optiques sont enfouis à plus d\u2019un kilomètre dans la glace, près du pôle Sud.Grâce à son volume de 1 km3 ?la glace servant de cible ?, il a prouvé qu\u2019il était possible de capter des neutrinos de source astrophysique.En 2017, il a même permis de localiser pour la première fois une source de neutrinos très énergétiques : un quasar actif au centre d\u2019une galaxie, con?rmant une théorie qui taraudait les scienti?ques depuis des décennies.Le Baïkal-GVD sera rejoint en Europe en 2026 par les 230 lignes de détection du télescope KM3NeT, ancrées dans les abysses de la mer Méditerranée.En avril dernier, 5 d\u2019entre elles ont été installées au large de la Sicile, pour un total de 6 lignes en service pour l\u2019instant.Et au Canada, l\u2019observatoire P-ONE (Paci?c Ocean Neutrino Explorer), à l\u2019ouest de Victoria, pourrait à terme s\u2019ajouter au réseau.Une ligne expérimentale de 10 modules a été posée en septembre 2020.« L\u2019IceCube, le KM3NeT et le Baïkal-GVD proposent des vues complémentaires du ciel.On ne sait pas où se trouvent les sources astrophysiques de neutrinos et l\u2019on doit ratisser large, dit Roxanne Guénette.Il y a plusieurs objectifs en commun : comprendre l\u2019interaction des neutrinos, chercher les neutrinos stériles [une sorte de neutrino hypothétique] et tenter de trouver des indices d\u2019une nouvelle physique.» On a déjà hâte à l\u2019hiver prochain pour que se mettent au travail ces capteurs porteurs de tant de promesses.6 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 Immergé dans le lac Baïkal, un détecteur tentera d\u2019intercepter des particules « fantômes » : les neutrinos cosmiques.Par Marine Corniou TÉLESCOPE AQUATIQUE POUR NEUTRINOS COSMIQUES \u2022 IMAGES : BAIKAL-GVD COLLABORATION Les détecteurs captent les neutrinos qui ont traversé la Terre.L\u2019IceCube, en Antarctique, permet donc de sonder le ciel côté nord.Les détecteurs de l\u2019hémisphère Nord, eux, sondent le ciel au sud, vers le cœur de la Voie lactée, là où se situent la plupart des sources de neutrinos, comme les étoiles à neutrons et le trou noir supermassif au centre de la galaxie.Avec un peu de chance, c\u2019est peut-être là aussi que surviendra une supernova , une explosion d\u2019étoile en in de vie.Ici un globe optique qui détecte les photons.Chaque grappe constitue un détecteur autonome de 0,05 km3, ce qui permet de commencer les mesures avant la in de l\u2019installation.La glace n\u2019est assez solide que pendant environ six semaines, de février à la mi-avril, ce qui ne laisse le temps d\u2019installer que deux lignes de 36 modules et de disposer deux câbles au fond du lac pour relier les grappes, explique Grigori V.Domogatsky.SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 7 SUR LE VIF \u2022 IMAGE : NASA 8 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 V oilà près d\u2019un demi-siècle que la bannière étoilée est plantée sur le sol de la Lune sans personne pour la contempler.Un délaissement qui sera bientôt corrigé par le lancement du programme Artemis, de la NASA.L\u2019objectif : amener un équipage sur le pôle sud de notre satellite en 2024.Cette date of?cielle paraît optimiste, mais la phase 1 de la mission est bien enclenchée.Le coup d\u2019envoi sera le décollage prévu début 2022 du vaisseau spatial Orion, sans équipage, mais avec un enjeu capital.La mission n\u2019est pas qu\u2019un test grandeur nature.Artemis 1 est une opération à part entière qui va durer pas moins de 25 jours, soit le temps nécessaire au vaisseau pour se rendre jusqu\u2019à la Lune, survoler sa face cachée à 150 km d\u2019altitude environ, puis revenir sur Terre.« Ce type de voyage n\u2019est pas anodin, considère Marie-Michèle Limoges, directrice du contenu scienti?que au Cosmodôme de Laval.Cela fait très longtemps que nous ne sommes pas allés sur la Lune et il nous faut tout réapprendre.» Orion sera accompagné de 13 nanosa- tellites qui se placeront en orbite autour de la Lune pour analyser entre autres la présence d\u2019eau, les gaz volatils, le champ magnétique du Soleil\u2026 L\u2019un d\u2019eux va même se poser sur la surface lunaire pour tester la possibilité de faire atterrir de petits engins.Le dé?est de taille, selon Marie-Michèle Limoges : « Cela peut paraître plus facile qu\u2019avec les ordinateurs si peu puissants des années 1960, mais aujourd\u2019hui la technologie est beaucoup plus complexe et les objectifs plus nombreux.» Durant ce voyage et au retour, tous les équipements d\u2019Orion seront scrutés de près.Il faut dire que c\u2019est la première fois depuis des décennies que les États-Unis construisent un vaisseau qui, à terme, transportera des humains au-delà de la Station spatiale internationale et les ramènera en bonne santé.Il a notamment fallu mettre au point un bouclier thermique capable de résister à une rentrée atmosphérique de 11 km par seconde, d\u2019autant que le vaisseau, conçu pour se poser sur l\u2019eau, est réutilisable.D\u2019ailleurs, pour construire Orion, les ingénieurs de la NASA se sont inspirés du design un peu rétro du vaisseau Apollo 8, le premier avec équipage à avoir atteint l\u2019orbite lunaire ?n 1968.Mais contrairement à son aïeul qui avait fait un voyage d\u2019à peine six jours, Orion pourra accueillir jusqu\u2019à quatre astronautes pendant près d\u2019un mois ! Il a donc fallu ajouter un module de service, fabriqué par Airbus.Placé en dessous de l\u2019habitat des astronautes, il est équipé d\u2019un système de propulsion pour se mettre en orbite autour de la Lune.Il assurera aussi l\u2019alimentation électrique grâce à des panneaux solaires, le maintien de la température, sans oublier l\u2019approvisionnement en eau et en oxygène.LA FUSÉE LA PLUS PUISSANTE DU MONDE Malgré quelques changements au ?l des années, l\u2019élaboration d\u2019Orion est en cours depuis 2006.Il a même fait un test orbital en 2014 ; les équipes de la NASA sont donc bien préparées.« Toutes les missions comportent des risques, précise Nico Dettmann, responsable de l\u2019exploration lunaire à l\u2019Agence spatiale européenne.Mais ici, c\u2019est en vue de vols habités, donc le développement est très différent.Sur papier, le lancement d\u2019Orion est le plus sûr jamais réalisé depuis des décennies.» Si les ingénieurs semblent être en terrain connu avec Orion, l\u2019autre élément clé de la mission, l\u2019immense fusée Space Launch System (SLS), constitue un dé?technique colossal.Haut de 111 m, lourd de plus de 4 000 t, c\u2019est le plus grand lanceur jamais assemblé.L\u2019opération dure plusieurs mois, puisqu\u2019il faut, à chaque étape, soulever les divers composants à l\u2019aide d\u2019une grue et les emboîter avec précaution.Première étape du retour sur la Lune Les Américains ont amorcé le programme Artemis a?n de remarcher sur la Lune.Et ça commence avec le vol d\u2019essai d\u2019Orion.Par Hugo Ruher Des techniciens du Centre spatial Kennedy de la NASA installent un adaptateur qui reliera le vaisseau spatial Orion à la fusée Space Launch System pour la mission Artemis 1. Carnet de santé Dre ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 9 À ce stade, l\u2019édi?ce fait déjà plus de 60 m de haut, ce qui est plus grand qu\u2019une fusée Falcon 9, mais il faut encore ajouter un étage dit de propulsion cryogénique sur lequel sera placée la charge utile, c\u2019est-à-dire Orion ! Et c\u2019est seulement à ce moment-là que les derniers tests seront menés pour s\u2019assurer que tous ces morceaux communiquent bien avant le lancement.On mise gros sur le SLS, et pour cause : ses objectifs ne se limitent pas à la Lune.C\u2019est l\u2019engin qui devrait, si tout se passe comme prévu, envoyer des humains sur Mars dans quelques années.UNE COURSE AVEC LA CHINE S\u2019ils souhaitent prendre toutes les précautions nécessaires, les Américains ne veulent pas non plus perdre trop de temps.De son côté, la Chine prépare aussi une mission habitée sur le sol lunaire.Et les derniers succès de Chang\u2019e 5 sur la Lune et de Tianwen-1 sur Mars démontrent le savoir-faire et la rapidité de l\u2019adversaire.Une situation qui rappelle la course à la Lune des missions Apollo.« À l\u2019époque, il s\u2019agissait de montrer sa supériorité idéologique et sociale sur l\u2019URSS.Ici, c\u2019est davantage une course pour prouver sa force économique », analyse Chris Gainor, historien spécialisé dans l\u2019exploration spatiale.Une course dans laquelle la Chine a beaucoup plus à jouer, ajoute-t-il : « Si les États-Unis alunissent en premier, ce ne sera pas la même victoire totale qu\u2019en 1969, car ce n\u2019est plus une première.En revanche, quand les Chinois se poseront, cela confortera leur statut de superpuissance mondiale.» Artemis 1 reste néanmoins une étape cruciale pour les États-Unis parce que, en cas d\u2019échec, tout le programme sera, au pire, remis en cause et, au mieux, largement repoussé.Et la phase 2, qui doit amener un équipage avec Orion en orbite autour de la Lune, est plani?ée pour l\u2019été 2023.« Nous voulons tous à nouveau voir des gens sur la Lune, d\u2019autant plus si l\u2019équipage est diversi?é [le groupe d\u2019astronautes d\u2019Artemis comprend des femmes et des membres des minorités visibles], dit Marie-Michèle Limoges.Alors nous n\u2019espérons qu\u2019une chose, c\u2019est que ce programme réussisse ! » Une afaire de statistiques L aissez-moi vous raconter une petite fable médicale.Imaginons deux hommes de 75 ans, non fumeurs, souffrant d\u2019hypertension traitée.Les deux prennent de l\u2019aspirine à raison de 80 mg par jour : le premier le fait de son propre chef, à titre préventif ; le second, sur recommandation de son médecin parce qu\u2019il a fait un infarctus il y a 10 ans.Mais ils ont lu sur le Web que ce médicament est associé à des saignements gastro-intestinaux et cérébraux.Ils me posent donc cette même question : « Docteure, j\u2019aimerais arrêter l\u2019aspirine.Qu\u2019en pensez-vous ?» Au premier, je réponds, avec un grand sourire : « C\u2019est super que vous vous souciiez ainsi de votre santé ! J\u2019allais vous proposer la même chose ! » Au second, je dis plutôt en fronçant les sourcils : « Ça demeure votre décision, mais je pense que vous devriez continuer à la prendre ! » Ne vous méprenez pas, comme gériatre, je suis en croisade perpétuelle contre la poly- pharmacie ?le fait de prendre plus de cinq médicaments.J\u2019essaie toujours de réduire la pharmacopée de mes patients pour diminuer ses effets indésirables et améliorer leur qualité de vie.Alors pourquoi deux poids, deux mesures pour mes deux patients ?Pour répondre à cette question, il faut d\u2019abord comprendre que la médecine, qui n\u2019est pas une science fondamentale à l\u2019instar de la chimie ou de la physique, se fonde sur les statistiques et le calcul de probabilités.L\u2019épidémiologie ?qui se définit comme « l\u2019étude de la fréquence et de la répartition d\u2019états ou d\u2019évènements relatifs à la santé de populations [\u2026] et l\u2019application de ce savoir pour contrôler les problèmes de santé » ?sous- tend la majorité, sinon la totalité des décisions prises par les médecins au quotidien.Pour recommander un traitement ou même un vaccin, il faut se baser sur des études épi- démiologiques qui démontrent son ef?cacité et sa sécurité.Le clinicien chevronné cherchera des preuves provenant d\u2019essais randomisés contrôlés, des études expérimentales dans lesquelles on administre ledit médicament à un groupe de patients et un placébo à un autre groupe similaire.La différence d\u2019évènements positifs et négatifs entre les deux groupes permet de juger du bien-fondé du traitement.Outre la qualité d\u2019une étude, déterminée entre autres par le nombre de participants et la rigueur de son protocole, le concept de « nombre de sujets à traiter » (ou NNT pour number needed to treat) est fondamental.Il s\u2019agit du nombre de patients qui doivent être traités par ce médicament pour une durée donnée a?n de prévenir chez un seul d\u2019entre eux une issue indésirable, par exemple un nouveau cas de maladie, un infarctus ou même le décès.En contrepartie, le « nombre nécessaire pour nuire » (ou NNH pour number needed to harm) existe aussi : c\u2019est la quantité de patients qui doivent être traités par un médicament pour que se manifeste un effet néfaste.Ainsi, plus le NNT est bas, plus un médicament est « ef?cace » ; plus le NNH est élevé, plus il est « sécuritaire ».Reprenons l\u2019exemple de l\u2019aspirine.Cet antiplaquettaire est utilisé dans le traitement de l\u2019infarctus.Il plaît donc à l\u2019esprit qu\u2019il soit ef?cace pour le prévenir ! Or, les études ont montré qu\u2019il fallait que 1 667 patients en pleine santé prennent un cachet d\u2019aspirine tous les jours pendant un an pour prévenir un seul infarctus dans cette population ! Avoir un antécédent d\u2019infarctus change la donne complètement : ce sont plutôt 77 individus qu\u2019il faut traiter pour prévenir une récidive.Et la molécule n\u2019est pas inoffensive non plus : ses complications gastro-intestinales et hémorragiques sont bien documentées, comme l\u2019ont souligné mes patients.Voilà pourquoi j\u2019ai demandé au premier patient de cesser l\u2019aspirine ?il n\u2019est d\u2019ailleurs pas indiqué de prendre de l\u2019aspirine à titre préventif ?et suggéré au second d\u2019en poursuivre la prise.Dans les faits, ce n\u2019est pas si simple.Plusieurs autres facteurs entrent en ligne de compte : âge, habitudes de vie, facteurs de risque, autres comorbidités, etc.Sans compter que l\u2019essor de la génétique et de la médecine personnalisée risque de complexi?er encore plus le processus de décision à l\u2019avenir, mettant dé?nitivement un terme aux solutions toutes faites.La morale de cette fable médicale : parlez-en toujours à votre médecin ou à votre pharmacien avant de cesser une médication.Et ce qui est bon pour Pierre ne l\u2019est pas nécessairement pour Jean ! SUR LE VIF 10 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 \u2022 IMAGES : RAZ LAB Une équipe mon- tréalaise véri?e si « changer de corps », grâce à la réalité virtuelle, ne réduirait pas les préjugés raciaux.Par Mélissa Guillemette L\u2019adage dit que nous ne devrions pas juger de la vie de quelqu\u2019un sans avoir marché un mille dans ses souliers.Pour tenter de court-circuiter les préjugés envers les personnes noires, l\u2019étudiant Rémi Thériault, sous la supervision du professeur de l\u2019Université McGill Amir Raz, a forcé l\u2019application de cet adage.Il a utilisé le logiciel The Machine to Be Another, inventé par un collectif artistique et scienti?que international, qui donne l\u2019impression d\u2019habiter le corps d\u2019un autre.Les premiers résultats de l\u2019équipe ont été publiés en mai dans le Quaterly Journal of Experimental Psychology.Des participants ont dé?lé tour à tour dans un laboratoire où ils ont été jumelés à une personne noire du même sexe qu\u2019eux (et complice des scienti?ques).Chaque membre du duo était ensuite isolé dans un lieu identique où il mettait un casque de réalité virtuelle muni d\u2019une caméra.Ce qui était capté par la caméra de l\u2019un était envoyé vers le casque de l\u2019autre.Un scienti?que indiquait alors les mouvements à réaliser en simultané.Par exemple, si le participant touchait ses jambes, il voyait les jambes et les bras de la personne noire qui bougeait comme lui.À la ?n, les participants remplissaient une série de questionnaires mesurant leurs biais et leur niveau d\u2019empathie.En?n, un groupe témoin, c\u2019est-à-dire des sujets qui ne changeaient pas de corps, mais passaient par le même processus (casque, mouvements et questionnaires), servait à mesurer l\u2019ef?cacité de l\u2019exercice.Cependant, une surprise attendait les chercheurs : les résultats ont montré que l\u2019ensemble des participants n\u2019avaient pratiquement pas de préjugés inconscients envers les personnes noires ! Dif?cile, alors, de véri?er si la stratégie fonctionne\u2026 Elle a néanmoins stimulé l\u2019empathie des sujets.L\u2019étude est actuellement reprise par la même équipe en Californie.Cette expérience est allée un pas plus loin que deux autres études menées en 2013 grâce à la réalité virtuelle : dans la première, des femmes blanches se trouvaient dans la peau d\u2019un avatar noir ; dans la seconde, des chercheurs donnaient l\u2019impression à des participants blancs d\u2019avoir une main foncée.Chaque exercice a diminué les préjugés raciaux.Le chercheur de l\u2019Université de Barcelone Mel Slater, qui a conduit les travaux en 2013 avec l\u2019avatar, a été étonné que l\u2019expérience de l\u2019Université McGill n\u2019ait pas entraîné une baisse des préjugés.Il pense que le pro?l diversi?é des participants ?ils n\u2019étaient pas tous blancs ?a pu avoir une in?uence.« Une autre différence majeure par rapport aux travaux précédents est que, avec The Machine to Be Another, vous changez de corps avec une véritable personne.Il vous faut donc suivre ses mouvements.Quant à l\u2019avatar, il suit automatiquement vos gestes grâce à la captation en temps réel de vos mouvements.» Peut-être que l\u2019illusion est meilleure et donc plus ef?cace.Rémi Thériault explique que, si l\u2019intervention testée se révèle positive en Californie et dans des études subséquentes, elle pourrait être utilisée dans des écoles.« Cela étant dit, je pense que l\u2019illusion de l\u2019échange de corps ne peut pas facilement être appliquée à grande échelle, car elle demande beaucoup de logistique et, pour l\u2019instant, l\u2019équipement est toujours relativement dispendieux », dit celui qui a été ?naliste en 2019 du concours J\u2019ai une histoire à raconter, du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, où il devait résumer son projet en trois minutes.Dans le cadre de son doctorat à l\u2019Université du Québec à Montréal, il s\u2019intéresse à des approches plus simples, comme la méditation, qui permet de cultiver la bienveillance.« C\u2019est sûr que la méditation peut sembler moins cool que la réalité virtuelle.Mais elle a plus de potentiel pour un effet maximal, je crois.» Dans la peau d\u2019une personne noire Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe Einstein et sa boule de cristal Par Charles Prémont SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 11 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM U ne lettre écrite par Albert Einstein en 1949 montre que le célèbre physicien imaginait déjà les oiseaux comme une clé pour comprendre des phénomènes physiques.C\u2019est en regardant un reportage de la BBC sur les abeilles en 2019 qu\u2019une certaine Judith Davys s\u2019est rappelé l\u2019existence d\u2019une lettre qu\u2019Einstein avait adressée à son défunt mari, Glyn.Dans les années 1940, ce dernier s\u2019était intéressé aux recherches de l\u2019éthologue Karl von Frisch portant sur la capacité d\u2019orientation des abeilles grâce à la polarisation de la lumière du ciel.Dans ce court message, Einstein raconte être au fait des travaux de Karl von Frisch.Surtout, il dit croire que l\u2019analyse des perceptions animales pourrait permettre la compréhension de processus physiques encore inconnus.Il cite l\u2019examen du comportement des oiseaux migrateurs comme un exemple prometteur.Une intuition qui a été démontrée 70 ans plus tard ! C\u2019est en 2004 qu\u2019une étude a prouvé pour la première fois que des grives se dirigent grâce à une forme de boussole magnétique.Une des théories pour expliquer ce phénomène provient de la biologie quantique qui, comme son nom l\u2019indique, s\u2019intéresse aux liens entre la mécanique quantique et la biologie.«Cela nous montre à quel point Einstein était un chercheur exceptionnel, mentionne Adrian Dyer, le scienti?que que Judith Davys a pu voir dans le reportage de la BBC.Il devait avoir ré?échi à ce problème, à ces oiseaux qui s\u2019orientent précisément sur d\u2019incroyables distances.Il entrevoyait le degré de dif?culté de cet exploit et pressentait que l\u2019étude de celui-ci pourrait pousser les limites de notre compréhension de la physique.» Le professeur Dyer et ses collègues ont relaté toute l\u2019affaire dans un article du Journal of Comparative Physiology A publié en mai dernier.Une anticipation qui n\u2019a rien de surnaturel pour Annie Angers, professeure au Département de sciences biologiques de l\u2019Université de Montréal.« Tous les scienti?ques sont conscients que la nature a beaucoup à nous apprendre, cela ne me surprend donc pas qu\u2019Einstein ait pu penser à cela.» C\u2019est plutôt le travail d\u2019enquête du professeur Dyer qui l\u2019a impressionnée.En effet, Adrian Dyer et son équipe ont dû fouiller les mémoires de la famille Davys et les archives de l\u2019époque pour préciser l\u2019objet de la lettre initiale de Glyn Davys (aujourd\u2019hui introuvable) et comprendre pourquoi il avait communiqué avec Einstein en premier lieu.« J\u2019ai trouvé le propos de M.Dyer très convaincant, déclare Annie Angers.Mais lorsqu\u2019on lit en?n cette fameuse lettre d\u2019Einstein, on se rend compte qu\u2019elle ne fait que 10 lignes.Ça tombe un peu à plat ! » De quoi renforcer la réputation qu\u2019avait ce grand esprit d\u2019être un homme de peu de mots.C oncevoir une application Web complexe sans avoir recours à un développeur, est-ce vraiment possible ?Absolument : il suf?t de coder sans code ! Des outils existent déjà pour le faire et la tendance va croissant.La ?rme de recherche et de conseils en technologie Gartner a prédit cette année que 80 % des tâches technologiques seront ainsi réalisées par des personnes non spécialisées dès 2024 ! Ironiquement, le sans-code fonctionne avec du code\u2026 mais sans avoir besoin de programmer.On mise plutôt sur des éléments de type « glisser- déposer » conçus pour être réutilisés et mis à l\u2019échelle.On voit alors instantanément comment se présentera l\u2019application sur un appareil mobile, une tablette ou un ordinateur de bureau.Les avantages de la technologie sans code sont nombreux.C\u2019est ?exible : en utilisant le glisser-déposer visuel, on peut créer et tester une application rapidement.C\u2019est bon marché : embaucher des développeurs coûte cher et les meilleurs sont déjà très courtisés.Les jeunes entreprises peuvent ainsi rivaliser avec de grandes sociétés même si leur main-d\u2019œuvre est 10 fois plus petite.En revanche, il y a des inconvénients.Tout d\u2019abord, les utilisateurs doivent avoir une idée claire de leurs besoins a?n de bien choisir leur plateforme.Les Airtable, Bubble, Thunkable de ce monde fournissent divers modèles et composants qui peuvent être con?gurés de différentes façons, mais leur palette reste limitée.Et en?n, la sécurité informatique pose problème.Ne pas connaître son application de fond en comble peut comporter un certain nombre de risques.Et si un jour on souhaite migrer ailleurs et qu\u2019on obtient son code source, il se peut qu\u2019il vienne sans documentation claire et donc qu\u2019il soit impossible à réemployer ! L\u2019avènement de la technologie sans code signi?e-t-il la ?n de l\u2019ère des développeurs ?Pas vraiment.Dans un monde virtuel qui ne cesse de se complexi?er, nous aurons toujours besoin d\u2019eux.Le mouvement du sans- code pourrait même les aider en permettant l\u2019exécution de tâches faciles a?n qu\u2019ils puissent se concentrer sur des opérations plus délicates.L\u2019idée du sans-code est de donner aux personnes qui n\u2019ont pas l\u2019expertise la possibilité de mettre au point des applications et de résoudre des enjeux sans être tributaires d\u2019un tiers.Il y a donc un côté très démocratique et « ouvert » à cette démarche qui nous ramène aux bases de la technologie : outiller les humains.Est-ce la ?n de l\u2019ère des développeurs ? Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf 12 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 \u2022 ILLUSTRATION : VIGG J\u2019 ai toujours tiqué sur l\u2019idée, très répandue, que les gens de droite seraient plus vulnérables aux fausses nouvelles que les centristes et les gauchistes.D\u2019abord parce que je me suis toujours mé?é des commentaires qui lient les penchants politiques à des traits psychologiques.Ces liens-là peuvent exister, je ne le nie pas.Mais trop souvent, on s\u2019en sert pour décrire comme des « maladies » des idées avec lesquelles on est en désaccord.Ensuite parce que, comme journaliste scienti?que, j\u2019ai vu bien des faussetés persister tant à droite qu\u2019à gauche au ?l des années.Le mythe de la toxicité des OGM, par exemple, n\u2019a rien de particulièrement conservateur.En 2015, un sondage mené pour le Pew Research Center, aux États-Unis, a révélé que 56 % des électeurs démocrates pensaient que les OGM sont mauvais pour la santé ?ce qui est complètement faux ?contre 51 % des républicains.D\u2019autres travaux ont montré que le fait d\u2019être conservateur ou progressiste ne change rien au sentiment antivaccin : c\u2019est le fait d\u2019être extrémiste qui compte.Or, je vais peut-être devoir changer (un peu) d\u2019idée.Une étude ?possiblement la meilleure que j\u2019ai vue sur le sujet ?est parue en juin dernier dans Science Advances.Pendant six mois, en 2019, ses auteurs ont scruté les réseaux sociaux a?n d\u2019en tirer les 20 « nouvelles » politiques les plus virales toutes les deux semaines ?10 vraies et 10 fausses chaque fois.Puis, ils les ont soumises à un échantillon de 1 200 Américains qui devaient se prononcer sur la véracité de chacune.En moyenne, les plus conservateurs croyaient à plus de faussetés (5 ou 6 sur 10) que les plus progressistes (2 ou 3 sur 10) et adhéraient à moins de vérités, soit environ 7 sur 10, contre 8 pour les gens les plus à gauche.Cependant, et c\u2019est ici que cette étude devient vraiment éclairante, ses auteurs ?R.Kelly Garrett et Robert Bond, de l\u2019Université d\u2019État de l\u2019Ohio ?ont également relevé un énorme biais de l\u2019« écosystème médiatique » américain : parmi les af?rmations vraies véhiculées sur les réseaux sociaux, pas moins de 65 % favorisaient le Parti démocrate, contre seulement 10 % de vérités qui faisaient l\u2019affaire des républicains.Les 25 % restants étaient considérés comme « neutres ».À l\u2019inverse, près de la moitié (46 %) des faussetés rapportées par l\u2019étude étaient favorables à la droite, soit deux fois plus que la proportion des fausses nouvelles qui faisaient bien paraître la gauche (23 %).« Les résultats constamment mauvais des conservateurs lorsque vient le temps de distinguer le vrai du faux semblent s\u2019expliquer en grande partie par [\u2026] le ?ot de désinformation favorable à la droite », concluent les auteurs.En d\u2019autres termes, les conservateurs ne seraient pas tellement plus naïfs que les autres, ils seraient surtout plus souvent exposés à des faussetés (et moins souvent à des vérités) qui confortent leur vision.L\u2019étude a également mis en lumière que la réaction des uns et des autres aux nouvelles défavorables « n\u2019est pas aussi simple que les théories passées pourraient le laisser entendre ».Ainsi, on pensait que les gens de droite avaient une forte tendance à percevoir comme des menaces les nouvelles négatives pour eux, alors que les données indiquent que ce ré?exe n\u2019est ?nalement pas si répandu chez eux.Autre point majeur : l\u2019étude a montré que, même en limitant l\u2019effet de l\u2019environnement médiatique et d\u2019autres variables, les républicains étaient plus susceptibles de croire en la désinformation.« Il semble de plus en plus probable que cela provient, du moins en partie, de différences psychologiques individuelles associées au conservatisme », écrivent les auteurs.Si, par exemple, les gens plus à droite sont en moyenne ?j\u2019insiste : en moyenne parce qu\u2019il y a toutes sortes d\u2019individus qui sont conservateurs ?moins ouverts d\u2019esprit et ont plus de dif?culté à se laisser convaincre par de nouveaux faits, cela implique qu\u2019ils se corrigent moins que la moyenne et qu\u2019ils pourraient, au ?l de temps, accumuler plus de fausses croyances.Il semble donc que je vais devoir changer d\u2019idée : il y aurait bel et bien un fond de vérité à ces histoires de vulnérabilité plus grande des conservateurs aux fausses nouvelles.Ce n\u2019est pas la caricature de la droite crédule qui circule fréquemment dans les médias, mais je ne pourrai plus dire que c\u2019est un biais méthodologique.La droite est-elle si crédule ? au Canada 1er en intensité de recherche INRS.CA CHANGER LE MONDE PAR LA RECHERCHE \u2022 IMAGE : XXXXXXX ENTREVUE 14 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 Vive les données libres ! Permettre à tous d\u2019accéder aux données brutes des chercheurs pour faire avancer le savoir : c\u2019est l\u2019idée défendue par Dominique Roche, qui milite pour une « science ouverte ».Par Marine Corniou \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM ; SANDRA BINNING SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 15 est pendant son doctorat en écologie, en 2013, que Dominique Roche a commencé à ré?échir à la notion de science ouverte.Il est tombé sur le sujet un peu par hasard, à la faveur d\u2019une discussion organisée par le club de lecture du Département de biologie de l\u2019Université nationale australienne, où il étudiait les poissons des récifs coralliens.Immédiatement, il s\u2019est passionné pour la question : et si, au lieu de garder jalousement leurs données, les chercheurs les partageaient pour permettre à d\u2019autres équipes de tirer parti de leur travail ?Le thème est délicat dans un milieu hautement compétitif.Puis, en 2020, le biologiste obtient une bourse Marie-Sk?odowska-Curie de la Commission européenne pour se consacrer à cette ré?exion pendant trois ans, dans le cadre d\u2019un postdoctorat réalisé conjointement à l\u2019Université Carleton, à Ottawa, et à l\u2019Université de Neuchâtel, en Suisse.Le moment ne pouvait être meilleur : la pandémie a montré que la science ne va jamais aussi vite que lorsque ses artisans travaillent main dans la main.Même le G7, en juin dernier, a reconnu publiquement l\u2019importance de renforcer la collaboration en matière de recherche et de promouvoir la science ouverte.Un signe que le vent tourne.Québec Science : Qu\u2019est-ce que la « science ouverte » ?Dominique Roche : L\u2019idée est simple : il s\u2019agit de rendre plus accessibles le processus et les résultats de recherche.Cela peut être fait de plusieurs façons.D\u2019abord, en autorisant l\u2019accès libre aux articles scienti?ques.La recherche est ?nancée par l\u2019argent des contribuables, c\u2019est donc illogique qu\u2019elle soit ensuite publiée par des éditeurs privés derrière un mur payant ! Quand les gens réalisent cela, ils n\u2019en reviennent pas.La science ouverte encourage aussi le partage des jeux de données qui ont servi à la publication et celui du code utilisé par exemple pour les analyses statistiques.QS Pourquoi est-ce important, selon vous ?DR L\u2019objectif est de favoriser l\u2019avancement du savoir, plutôt que la compétition et la progression de carrière des individus.C\u2019est d\u2019autant plus important lorsqu\u2019on fait face à des problèmes urgents et planétaires, comme les changements climatiques, la perte de biodiversité ou une pandémie.C\u2019est d\u2019ailleurs pendant la crise de la COVID-19 qu\u2019on a commencé à parler davantage du partage des données.Les génomes viraux ont ainsi été rendus publics et il y a eu plus de collaboration dans un domaine habituellement régi par la course au brevet.Cela étant, c\u2019était loin d\u2019être parfait : une étude a montré que seulement 13 % des articles publiés sur la COVID-19 [entre décembre 2019 et avril 2020] incluaient des données de recherche.Cela m\u2019a beaucoup surpris ; ce n\u2019est pas encore une pratique acceptée de tous.QS Quelle est la différence entre l\u2019accès aux articles scienti?ques et l\u2019accès aux données ?DR L\u2019article scienti?que, c\u2019est une interprétation des données, qui repose en général sur des analyses statistiques spéci?ques.C\u2019est très super?ciel.Il y a plein d\u2019étapes entre la collecte des données et la publication, avec des possibilités d\u2019erreurs ou encore des divergences d\u2019opinions sur la façon dont on devrait analyser et interpréter les données.Quand on a accès à l\u2019article de recherche, on a des tableaux, des ?gures, mais c\u2019est souvent incomplet et mal expliqué.Ce que les chercheurs veulent maintenant, c\u2019est pouvoir évaluer le processus entre la collecte des données et l\u2019interprétation, en ayant accès aux données primaires recueillies.QS Le processus de révision par les pairs, qui consiste à faire revoir un article avant sa publication par plusieurs spécialistes du ENTREVUE 16 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 domaine, ne permet-il pas de s\u2019assurer que l\u2019article est solide ?DR La révision par les pairs est une étape importante de la recherche et un sujet qui suscite beaucoup de discussions en ce moment.Elle contribue à empêcher la publication d\u2019études erronées, mais ce n\u2019est pas parfait.On le voit d\u2019ailleurs au nombre grandissant d\u2019articles qui sont rétractés.Un des problèmes est que les éditeurs et les réviseurs sont eux aussi des chercheurs avec des horaires surchargés.Ils n\u2019ont souvent pas le temps de revoir en profondeur les analyses présentées dans une étude et encore moins les données, quand elles sont disponibles.Certains journaux, comme Science ou Nature, exigent depuis quelques années que les données nécessaires pour reproduire les analyses statistiques, ?gures et tableaux dans un article soient disponibles au moment de la publication.D\u2019autres journaux se limitent à le recommander ?sans obligation ?alors que d\u2019autres encore n\u2019ont pas de politique à cet effet.Dans tous les cas, la qualité des données partagées est très variable, donc il y a encore place à l\u2019amélioration.Avec des collègues, nous avons établi un barème pour évaluer cet aspect ?plus précisément la complétude et la réutilisabilité des données.Une bonne pratique est de partager les données brutes dans un format qui facilite leur réutilisation, comme un ?chier texte ou CSV.Pour l\u2019instant, c\u2019est rarement le cas.Ce n\u2019est parfois qu\u2019un PDF ou la photo d\u2019un tableau Excel.C\u2019est inexploitable ! Le but de la science ouverte, c\u2019est aussi d\u2019améliorer ce processus de révision.Cela permet à plus de gens, dotés de compétences diverses, d\u2019estimer la qualité des données, la pertinence des analyses, leur interprétation et donc la validité des conclusions de l\u2019article.Avec plus de transparence, on augmente la con?ance.QS N\u2019y a-t-il pas de limites éthiques à rendre publiques des données sensibles ou con?- dentielles ?DR Ce sont des aspects importants, mais il est possible de prendre des précautions.C\u2019est ce que fait le Neuro [Institut-hôpital neurologique de Montréal], qui fait partie des établissements avant-gardistes.Avec d\u2019autres instituts de neurosciences, il a travaillé pour s\u2019assurer de rendre les données publiques sans porter atteinte à la con?dentialité des dossiers des patients.On peut ainsi anonymiser les résultats ou partager les métadonnées en disant qu\u2019une étude a été menée auprès de 2 000 patients sur telle maladie.Les personnes ou organismes qui veulent avoir accès aux détails doivent présenter leur demande à un comité qui veille à l\u2019utilisation appropriée des données.QS Dans certains domaines, comme l\u2019astronomie ou la physique, les données sont publiques.Pourquoi est-ce différent en biologie ?DR Dans certains secteurs où les expériences et les outils coûtent extrêmement cher, comme l\u2019accélérateur du CERN [Organisation européenne pour la recherche nucléaire] ou les grands télescopes, il y a tellement de données que ce serait impossible pour une seule équipe de les analyser.On les rend accessibles pour en tirer un maximum d\u2019informations.En génomique aussi, la culture du partage est plus ancienne.En revanche, dans les domaines où les expériences sont plus petites, comme en écologie et en biologie de l\u2019évolution, ce n\u2019est pas répandu.Pour les gens qui effectuent des études de terrain, qui travaillent d\u2019arrache-pied pour obtenir du ?nancement et qui suivent leurs populations d\u2019oiseaux pendant des décennies par exemple, le partage des données est moins attirant.Ils ont peur que d\u2019autres scientifiques publient des articles avec leurs données qu\u2019ils auraient pu publier eux-mêmes.QS Quand on sait qu\u2019il y a une véritable course à la publication, on comprend ces réticences ! DR En effet, c\u2019est un tiraillement pour les chercheurs : d\u2019un côté, ils peuvent faire avancer la science en partageant leur travail ; de l\u2019autre, ils craignent de favoriser leurs compétiteurs et de nuire à leur carrière.Et l\u2019on sait qu\u2019en ce moment, c\u2019est dur de faire carrière en recherche, la compétition est féroce.Mais les avantages sont indéniables : d\u2019abord, cela oblige les scienti?ques à mieux gérer et organiser leurs données, pour que d\u2019autres puissent les comprendre.Eux-mêmes y gagnent : ils peuvent également mieux les exploiter, même quelques années plus tard.Les chercheurs ne sont pas très doués sur ce plan : Le but de la science ouverte, c\u2019est aussi d\u2019améliorer ce processus de révision par les pairs.Cela permet à plus de gens, dotés de compétences diverses, d\u2019estimer la qualité des données, la pertinence des analyses, leur interprétation et donc la validité des conclusions de l\u2019article. leurs données sont souvent consignées dans une multitude de ?chiers Excel avec des codes de couleurs mal dé?nis ! Au bout du compte, c\u2019est donc un gain de productivité.Et souvent, le partage peut mener à des collaborations lorsque le jeu de données intéresse une autre équipe.Mais il faut que les chercheurs soient récompensés pour cette contribution scienti?que.Une étudiante et moi avons interrogé 140 chercheurs de 20 universités canadiennes, et l\u2019on a constaté que la majorité d\u2019entre eux estiment que les avantages du partage sont plus importants que les coûts.Seulement 20 % des chercheurs rapportent un aspect négatif, déplorant le plus souvent le temps que cela leur prend.Certains af?rment que leurs données ont été mal interprétées par d\u2019autres ou qu\u2019ils se sont fait couper l\u2019herbe sous le pied pour un article, mais c\u2019est très rare.QS Quelle forme pourraient prendre les récompenses aux chercheurs qui donnent dans la science ouverte ?DR Il faut que les organismes de ?nance- ment et les universités encouragent les chercheurs à travailler de façon collective et accordent de l\u2019importance au fait de partager des données de qualité, qui sont réutilisées par d\u2019autres.Le nombre de publications ne doit pas être le seul critère pour une embauche ou l\u2019obtention d\u2019un ?nancement.Il y a un mouvement dans cette direction.Je pense entre autres à la Déclaration de San Francisco sur l\u2019évaluation de la recherche, signée par plusieurs universités, qui permet d\u2019évaluer les chercheurs non seulement sur la publication d\u2019articles, mais aussi sur tous les autres produits de la recherche [prépublication d\u2019articles, jeux de données, logiciels ouverts, retombées sociales, etc.].On veut favoriser un équilibre entre les chercheurs qui recueillent des données et ceux qui les analysent, car il ne faut pas non plus dévaloriser la collecte de données, qui est fastidieuse et qui ne se traduit pas toujours par un grand nombre de publications.QS Vous proposez un vrai changement de paradigme alors ! DR Oui, c\u2019est une révolution.Il y a un appétit de la part des jeunes chercheurs pour changer le système.C\u2019est possible et cela a déjà commencé.Selon moi, le partage des données pourra démocratiser la recherche.Les pays plus riches peuvent se payer de gros laboratoires, des équipements, des voyages\u2026 Si les données sont ouvertes, des chercheurs avec moins de moyens y auront accès aussi.Cela ouvre la voie à un rééquilibre des ressources, y compris au sein d\u2019un même pays.editionsmultimondes.com Également offert en version numérique Comment Sapiens a-t-il cessé d\u2019être une bête comme les autres ?Une formidable synthèse des plus récentes découvertes sur l\u2019évolution. L\u2019équipe scie ti?ue en agriculture de l\u2019UQAT s\u2019i vestit jou ap ès jou à bo i?e les co aissa ces visa t à a élio e les co ditio s e vi o e e tales et à p o ouvoi des p ati ues ag icoles du ables pou l\u2019ave i des gé é atio s p ése tes et futu es! L\u2019UQAT, ?è e de pa ticipe au développement de odèles ag icoles i ova ts capables d\u2019accroître la séquestration du carbone et de s\u2019adapter aux changements climatiques! Les activités e lie avec l\u2019ag icultu e émettent 9,5 % des gaz à effet de serre G(S au Québec.Cepe da t, l\u2019ag icultu e a le pote tiel d\u2019êt e u acteu clé da s la lutte à la éductio des G(S.L\u2019expe tise de l\u2019UQAT e ag icultu e, c\u2019est : ?U e é uipe scie ti?ue eco ue au Québec, au Ca ada et ailleu s da s le o de ; ?U e statio de eche che é uipée à la ?e poi te de la tech ologie ; ?Des co aissa ces de haut iveau su les fou ages, les sols et les aci es des pla tes ;  ?U labo atoi e d\u2019a alyse ag icole ouve t au public.Comment?Pa la gestio des sols, des cultu es, des e g ais et des élevages.Vincent Poirier, p ofesseu e scie ces du sol uqat.ca/recherche/agriculture Statio de eche che ag oali e tai e de l\u2019Abitibi-Té isca i gue de l\u2019UQAT particules ines : scie ti?ue s\u2019i vestit jou ap ès jou à bo i?e les co aissa ces visa t à a élio e les co ditio s e vi o e e tales et à p o ouvoi des p ati ues ag icoles du ables pou l\u2019ave i des gé é atio s p ése tes et futu es! L\u2019UQAT, ?è e de pa ticipe odèles ag icoles i ova ts Les activités e lie avec l\u2019ag icultu e G(S au Québec.Cepe da t, l\u2019ag icultu e a le pote tiel d\u2019êt e u acteu clé da s la lutte à la éductio des G(S.L\u2019expe tise de l\u2019UQAT e ag icultu e, c\u2019est : U e é uipe scie ti?ue eco ue au Québec, au Ca ada et ailleu s da s le o de ; U e statio de eche che é uipée à la ?e poi te de la tech ologie ; Des co aissa ces de haut iveau su les fou ages, les sols et les aci es des pla tes ;  U labo atoi e d\u2019a alyse ag icole ouve t au public.Pa la gestio des sols, des cultu es, des e g ais et des élevages., p ofesseu e scie ces du sol Statio de eche che ag oali e tai e de l\u2019Abitibi-Té isca i gue de l\u2019UQAT SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 19 DOSSIER SPÉCIAL Dioxyde de carbone, méthane, oxyde de soufre, particules ines : certains réchauffent l\u2019atmosphère, d\u2019autres empoisonnent l\u2019air.Comment renverser la vapeur ?CO 2 : OPÉRATION ENFOUISSEMENT p.20 LE MAL DE L\u2019AIR p.26 PERGÉLISOL : LA LENTE FUITE p.32 TRAQUER LE MÉTHANE À PARTIR DE L\u2019ESPACE p.35 REVISITER UN AIR D\u2019AUTREFOIS p.38 ILLUSTRATION : FRANÇOIS BERGER \u2022 DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT CO 2 OPÉRATION ENFOUISSEMENT a ville d\u2019Estevan est la plus ensoleillée du Canada, mais ce n\u2019est pas pour cette raison qu\u2019elle brille à l\u2019étranger.Située dans les plaines poussiéreuses de la Saskatchewan, à 15 km de la frontière américaine, elle est célèbre auprès de ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019énergie propre.Pas pour sa ?lière solaire, non : ironiquement, c\u2019est à sa centrale au charbon que la municipalité doit sa notoriété.En 2014, la centrale de Boundary Dam est devenue la première de la planète à intercepter ?du moins en partie ?le dioxyde de carbone (CO2) qu\u2019elle produit avant qu\u2019il soit craché par ses cheminées.Puri?é et concentré à l\u2019aide de solvants, le CO2 capté est ensuite séquestré sous terre, où il ne peut contribuer à l\u2019effet de serre.Ni vu ni connu, en somme.En sept ans, l\u2019installation a ainsi empêché le relâchement de quatre millions de tonnes de CO2 dans l\u2019atmosphère ?ce qui équivaut aux émissions d\u2019un million de voitures pendant un an.La technologie est encore en rodage, mais Boundary Dam est le ?er chef de ?le d\u2019un domaine en plein essor : celui de la capture et du stockage du carbone (CSC).Une vingtaine d\u2019installations de CSC fonctionnent déjà dans le monde, dont 13 en Amérique du Nord, et des dizaines de projets sont à l\u2019étude, en particulier aux États-Unis, en Chine et en Europe, pour réduire les émissions de centrales à combustibles fossiles, à biomasse ou celles d\u2019industries polluantes (cimenteries, aciéries, raf?neries, usines d\u2019engrais).Pour plusieurs experts, cette stratégie est un passage obligé si l\u2019on veut respecter l\u2019Accord de Paris, qui vise à contenir la hausse de la température moyenne de la planète bien en dessous de deux degrés Celsius par rapport aux niveaux préin- LPour sortir de la crise climatique, ou plutôt éviter le pire, l\u2019une des voies envisagées consiste à capter le dioxyde de carbone dans l\u2019air et à le renvoyer\u2026 sous terre.Une solution controversée.PAR MARINE CORNIOU DOSSIER SPÉCIAL 20 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 dustriels.« Il y a urgence, c\u2019est pourquoi les projets se multiplient », résume Isabelle Czernichowski-Lauriol, géologue au Bureau de recherches géologiques et minières en France et spécialiste internationale du stockage géologique du CO2.Le concept est le même partout : on intercepte le CO2, on le comprime sous forme quasi liquide, on l\u2019achemine par pipeline si nécessaire et on l\u2019injecte quelque part en profondeur dans le sous-sol.En bref, on le renvoie d\u2019où il vient ! Car à force d\u2019extraire charbon, pétrole et gaz naturel des entrailles de la Terre et de tout brûler, les humains ont libéré des milliards de tonnes de gaz carbonique.La teneur en CO2 dans l\u2019atmosphère, associée à un effet de serre, est ainsi passée de 280 ppm (parties par million, soit 0,028 %) à près de 420 ppm en 200 ans.Or, on connaît la chanson : si le taux de CO2 continue à croître, l\u2019humanité va droit dans le mur.C\u2019est pour cette raison que de nombreux États, dont le Canada, visent la carboneu- tralité (soit un bilan d\u2019émissions nul) pour 2050.« C\u2019est un énorme dé?et il y aura toujours des émissions incompressibles, qu\u2019on ne pourra pas annuler malgré les efforts pour changer les procédés ou améliorer l\u2019ef?cacité énergétique.Il va falloir les compenser par des puits de carbone, qu\u2019ils soient naturels, comme les forêts et les sols, ou géologiques, poursuit Isabelle Czernichowski-Lauriol.Ce n\u2019est pas une solution miracle, mais c\u2019est indispensable.» Le rapport d\u2019évaluation du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) publié en 2018 lui donne raison.Il stipule qu\u2019il faut non seulement diminuer de 45 % les émissions de CO2 d\u2019ici 2030 et les ramener à zéro avant 2050 (la fameuse carboneutralité), mais qu\u2019il faudra aussi éliminer « de 100 à 1 000 gigatonnes [milliards de tonnes] de CO2 de l\u2019atmosphère au cours du 21e siècle » pour limiter la casse.Cette évacuation du trop-plein, en quelque sorte, est désignée par l\u2019expression « émissions négatives ».Et c\u2019est principalement sur la CSC qu\u2019on mise pour y parvenir.UNE HISTOIRE DE PÉTROLE Si Boundary Dam fait ?gure de pionnière, les techniques de capture du CO2 sont en fait maîtrisées depuis longtemps, rappelle Louis-César Pasquier, professeur à l\u2019Institut national de la recherche scienti?que (INRS) et spécialiste de la récupération et de l\u2019utilisation du CO2.« La captation du CO2 par une solution d\u2019amine [un solvant] est brevetée depuis les années 1950 parce que c\u2019est ce qu\u2019on utilise pour puri?er le gaz naturel avant ILLUSTRATION : FRANÇOIS BERGER SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 21 « Dans l\u2019avenir, nous aurons besoin de ces technologies d\u2019émissions négatives.C\u2019est pourquoi il faut les développer.» \u2013 Dale Beugin, spécialiste en politique environnementale et en économie à l\u2019Institut canadien pour des choix climatiques Centrale au charbon Cavité saline Pipelines de CO2 Récupération assistée de pétrole Aquifère salin Veines de charbon non exploitables Photo aérienne de la centrale de Boundary Dam.L\u2019installation de capture du CO2 est à droite.Dans un premier temps, un solvant retire le dioxyde de soufre des fumées, qui passent ensuite dans un second solvant qui retient le CO2.Celui-ci est puriié, puis comprimé pour voyager par pipeline.22 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 \u2022 PHOTO : SASKPOWER \u2022 SCHÉMA ADAPTÉ DE 2015 PEARSON EDUCATION, INC. sa commercialisation », précise-t-il.Les premiers projets à visée « climatique », eux, ont vu le jour dans les années 1990, sans grand enthousiasme en raison des coûts énergétiques et ?nanciers élevés.« Malheureusement, l\u2019environnement est quelque chose qui ne paie pas », dit laconiquement le chercheur.Il y a toutefois un domaine où le CO2 possède une valeur économique : les industries gazière et pétrolière.Si bien qu\u2019en matière de CSC, ce sont pour l\u2019instant les Total, Shell et autres BP qui mènent la danse.Selon l\u2019Agence internationale de l\u2019énergie (AIE), sur les quelque 40 millions de tonnes de CO2 de source industrielle captées et stockées chaque année, environ 70 % concernent des opérations gazières et pétrolières.C\u2019est que le gaz carbonique peut être utilisé à la place de l\u2019eau comme piston pour « purger » le pétrole qui stagne au fond des puits.Une pratique courante depuis les années 1970, appelée récupération assistée de pétrole.« On va ainsi chercher les 30 % de pétrole résiduel », explique la géologue Susan Hovorka, de l\u2019Université du Texas à Austin.Ce faisant, la quasi-totalité du CO2 reste piégée pour de bon au fond du puits.« Le CO2 s\u2019in?ltre par capillarité dans les pores entre les grains de sable, à la place du pétrole.Un peu à la manière d\u2019une tache de gras qui imprègne les ?bres d\u2019un vêtement, une fois sur place il ne peut pas être délogé facilement », souligne-t-elle.De manière générale, les gisements matures, partiellement vidés, de pétrole ou de gaz se prêtent donc bien au stockage du carbone.Quelque 500 000 barils de pétrole sont produits quotidiennement dans le monde à l\u2019aide de cette technique, d\u2019après l\u2019AIE.À Boundary Dam, une partie du CO2 (la quantité est con?dentielle) est ainsi utilisée pour exploiter les gisements de pétrole avoisinants ?l\u2019autre étant plutôt enfouie dans le sous-sol sans servir à l\u2019extraction.Autre exemple d\u2019installation en fonctionnement depuis l\u2019été 2020 : l\u2019Alberta Carbon Trunk Line, qui collecte le CO2 d\u2019une raf?nerie et d\u2019une usine d\u2019engrais du nord-est d\u2019Edmonton et le transporte par pipeline à 240 km de là, dans des champs pétroliers matures.Un million de tonnes de gaz carbonique ont ainsi été enfouies en huit mois d\u2019activité tout en permettant la récupération de pétrole.Cette pratique est particulièrement prisée aux États-Unis depuis les années 2010, où elle est soutenue par des crédits d\u2019impôts fédéraux (jusqu\u2019à 50 $ par tonne de carbone séquestrée).Certaines études menées au Texas concluent même que le stockage du CO2 dans le réservoir de pétrole compense les émissions de gaz à effet de serre engendrées par la combustion du produit ?nal (le carburant par exemple).Cette notion contre-intuitive d\u2019« hydrocarbures carboneutres » est fortement mise à mal par le fait que, pour l\u2019instant, la majorité du gaz injecté dans les puits de pétrole est lui-même extrait de réservoirs souterrains naturels de CO2.Rien à voir, donc, avec un quelconque « recyclage ».Ainsi, aux États-Unis, seuls de 15 à 30 % du CO2 injecté proviendraient d\u2019activités industrielles, comme des usines d\u2019engrais, comptabilise l\u2019AIE.Mais surtout, les experts du climat sont unanimes : pour limiter le réchauffement, il faut se libérer des combustibles fossiles au plus vite.L\u2019AIE a rendu en mai 2021 un rapport sans équivoque sur les mesures à prendre pour atteindre les objectifs de « zéro émission nette » en 2050.Selon l\u2019organisation, il faut cesser dès aujourd\u2019hui tout investissement dans les nouveaux gisements d\u2019énergies fossiles et favoriser massivement les énergies renouvelables comme l\u2019éolien et le solaire tout en élec- tri?ant les transports.Dale Beugin, spécialiste en politique environnementale et en économie à l\u2019Institut canadien pour des choix climatiques, reconnaît que le paradoxe de la récupération assistée de pétrole avec du CO2 ternit la réputation de la CSC.« Mais dans l\u2019avenir, nous aurons besoin de ces technologies d\u2019émissions négatives.C\u2019est pourquoi il faut les développer », estime-t-il.Qu\u2019on l\u2019approuve ou non, l\u2019industrie pétrolière a donc une longueur d\u2019avance pour innover : elle possède les installations d\u2019injection et de transport, le savoir-faire et les connaissances géologiques.Ce poids lourd du réchauffement climatique, responsable de plus de 40 % des émissions globales de gaz à effet de serre, subit aussi de plus en plus de pression pour verdir ses activités.Et voit dans l\u2019enfouissement du CO2 rejeté par d\u2019autres pollueurs une nouvelle occasion d\u2019affaires.LE COUVERCLE SUR LA MARMITE Depuis peu, les pétrolières investissent donc dans des projets de CSC d\u2019envergure avec l\u2019appui des gouvernements, notamment en Europe.Plutôt que des puits en ?n de vie, qui peuvent poser des problèmes d\u2019étanchéité et sont souvent éloignés des zones industrielles, ce sont surtout des formations rocheuses profondes, les aquifères salins, qui sont ciblées pour du stockage géologique à grande échelle.Il s\u2019agit de roches sédimentaires poreuses, de type grès ou calcaire, imbibées d\u2019eau très salée et donc impropre à la consommation.Au-dessus de ces aquifères se superposent plusieurs couches géologiques imperméables telles que des argiles, qui font of?ce de couvercles.« Au-delà de 800 m de profondeur, la pression et la température sont telles que le CO2 se trouve dans un état dense dit supercritique, aux propriétés intermédiaires entre un gaz et un liquide, explique la géologue Isabelle Czernichowski-Lauriol.Il remplit l\u2019espace poral des roches comme un liquide dans une éponge.» Les estimations quant à la capacité de stockage totale varient ; mais les aquifères salins de la planète seraient suffisamment abondants pour absorber de 1 000 à 20 000 milliards de tonnes de CO2.En clair, on ne manque pas d\u2019espace ! Histoire de maximiser l\u2019ef?cacité du procédé, des chaînes de captage, de transport et de stockage se mettent en place.En décembre 2020, le Parlement norvégien a ainsi voté le ?nancement d\u2019un projet de séquestration du CO2, nommé Langskip, le plus avancé en Europe.L\u2019un de ses volets, baptisé Northern Lights, est porté par Shell, Total et Equinor (mais ?nancé à 80 % par le gouvernement).Le but : mettre sur pied un service de collecte et de stockage du carbone par injection dans un aquifère salin à 2 600 m sous la mer du Nord.Au début, le projet permettra de récupérer le CO2 d\u2019une cimenterie et d\u2019un incinérateur de déchets en Norvège, mais il pourrait à terme être étendu aux industries des pays voisins.« Dès 2024, on injectera sous terre 1,5 million de tonnes par an, puis 5 millions dans une deuxième SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 23 QUELQUES CHIFFRES DOSSIER SPÉCIAL phase.Nous serons la première chaîne commerciale à proposer le transport du CO2 par bateau, puis par pipeline pour un stockage géologique permanent », indique Jean-Philippe Hiegel, directeur de la stratégie et du marché pour Northern Lights.De leur côté, les Pays-Bas ont annoncé en mai qu\u2019ils investiraient deux milliards d\u2019euros pour enfouir du gaz carbonique produit par les industries de Rotterdam dans d\u2019anciens gisements gaziers au large des côtes.Un partenariat entre BP, Royal Dutch Shell, Total et le gouvernement britannique devrait également aboutir à un réseau de transport et de stockage en mer du Nord en 2026.Avec l\u2019ambition d\u2019avoir la première zone industrielle carboneutre au monde d\u2019ici 2040.En Amérique du Nord aussi, on mutua- lise les efforts.L\u2019entreprise américaine Summit Carbon Solutions a annoncé cette année un projet de deux milliards de dollars destiné à recueillir le CO2 de 17 usines de biocarburant en Iowa.Un réseau de pipelines permettra ensuite d\u2019aller enterrer la récolte dans les aquifères salins du Dakota du Nord.Si tout se passe bien, en 2024, 10 millions de tonnes de CO2 pourraient être ainsi injectées en profondeur ?ce qui équivaudrait à retirer deux millions de véhicules de la circulation.À ce chapitre, le Canada possède un des sous-sols les plus avantageux du monde.« On peut imaginer que le modèle d\u2019affaires de l\u2019Alberta devienne un jour le stockage du CO2 », illustre Dale Beugin.La Saskatchewan est bien équipée aussi : le projet pilote Aquistore accueille une partie du CO2 de Boundary Dam, à trois kilomètres de profondeur.La zone est bardée de capteurs et d\u2019outils de surveillance permettant notamment de s\u2019assurer de l\u2019étanchéité du réservoir.Au Québec, le gouvernement avait ?nancé une chaire de recherche à l\u2019INRS de 2008 à 2013 pour étudier le stockage géologique dans les aquifères de la région de Bécancour.La deuxième phase du projet, consistant en des tests d\u2019injection, n\u2019a ?nalement jamais eu lieu.« Il y a eu un désintérêt vers 2014 ; la recherche a cessé d\u2019être subventionnée.Mais je ne serais pas surpris que les choses reprennent », avance Louis-César Pasquier.Il précise toutefois qu\u2019autour de Bécancour « l\u2019acceptabilité sociale est un enjeu ».Le fait d\u2019enterrer un « polluant » à proximité de zones peuplées enthousiasme rarement les résidants.Ces derniers craignent principalement des fuites de CO2 au travers des puits de forage ou des failles rocheuses, soit vers l\u2019atmosphère, soit dans les nappes phréatiques, et des microséismes lors de l\u2019injection.« Plusieurs expériences de relâchement contrôlé de CO2 ont montré que d\u2019éventuelles fuites ne causeraient pas de dommages majeurs.De plus, nous avons un recul de 50 ans quant à certains lieux d\u2019enfouissement qui sont très stables », assure Susan Hovorka, signalant que le CO2 n\u2019est pas toxique en soi.De son côté, Isabelle Czernichowski-Lauriol est elle aussi très con?ante.« L\u2019inquiétude des populations est tout à fait compréhensible, mais sur le plan scienti?que, on sait que le stockage peut être sûr pendant de très longues périodes [des milliers d\u2019années].Les gisements naturels de CO2, ça existe ! On ne fait qu\u2019imiter la nature.» Quant au déclenchement de secousses sismiques, la probabilité semble plutôt minime à en juger par les projets de surveillance, dont celui qui a débuté en 2000 dans les champs pétroliers de Weyburn-Midale, en Saskatchewan.D\u2019UNE PIERRE DEUX COUPS Mais pour plusieurs chercheurs, la voie la plus sûre demeure le stockage du carbone sous forme rocheuse.En présence de calcium ou de magnésium, contenus dans certaines roches, le CO2 gazeux se transforme en minéraux carbonatés ?en pierre, autrement dit.« La carbonatation minérale garde le CO2 sous une forme stable, inerte, et ce, indé?niment », mentionne Louis-César Pasquier.L\u2019autre avantage, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas besoin d\u2019enfouir le CO2 pour le carbonater : il suf?t de le mettre en contact avec de l\u2019eau et des roches de surface, par exemple des déchets miniers.Mais la magie opère aussi avec des résidus de béton ou des scories d\u2019aciérie.On fait ainsi d\u2019une « pierre » deux coups : on séquestre le gaz carbonique et l\u2019on valorise des déchets.« C\u2019est de l\u2019économie circulaire ! On crée des matériaux qui peuvent être valorisés dans le génie civil, en remplacement du ciment dans la construction, fait observer le chercheur, qui s\u2019est associé à l\u2019entreprise Les rejets de CO 2 cumulatifs dus à des activités humaines ont été estimés à environ 2 000 GIGATONNES entre 1870 et 2015.Aujourd\u2019hui, les émissions anthropiques annuelles atteignent 40 GIGATONNES.Environ la moitié de ces émissions sont absorbées naturellement par les océans et la biosphère, le reste s\u2019accumule dans l\u2019atmosphère et contribue au réchauffement planétaire.Au total, à peine 260 MILLIONS DE TONNES DE CO 2 ont été stockées dans des puits géologiques à ce jour.24 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM Pour vivre 3 jours d\u2019évasion\u2026 CANTONS-DE-L\u2019EST MAURICIE ET LANAUDIÈRE OUTAOUAIS Grâce au programme Explore Québec, proitez de 25 % de rabais sur les escapades de 3 jours en formule En liberté.Belles occasions de découvrir le Québec! veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 P h o t o : D i d i e r B e r t r a n d RÉSERVEZ VOTRE ESCAPADE ECO2 Magnésia pour produire de l\u2019oxyde de magnésium à partir de résidus de mines d\u2019amiante.À terme, on pourra aussi utiliser le CO2 pour fabriquer des plastiques et des carburants.Cela demande encore trop d\u2019énergie, mais dans des endroits comme le Québec, avec l\u2019hydroélectricité, ça pourrait devenir intéressant.» Faire du CO2 une richesse plutôt qu\u2019un rebut est assurément une voie d\u2019avenir.Elle séduit ceux qui estiment que le stockage géologique revient à « cacher les miettes sous le tapis » en permettant aux compagnies pétrolières et autres industries polluantes de prolonger leurs activités et de retarder la transition énergétique.À cela, les chercheurs répondent tous la même chose : aucune de ces solutions ne suf?ra à elle seule ; tous les moyens possibles doivent être mis en œuvre, au premier rang desquels la réduction des émissions.« Ce n\u2019est pas avec une seule méthode qu\u2019on va régler le problème.Il faut trouver des solutions à l\u2019échelle du dé?», résume Louis-César Pasquier.UNE GOUTTE DANS L\u2019OCÉAN Et justement, c\u2019est en parlant d\u2019échelle que le bât blesse.La plupart des installations actuelles de CSC ou de carbonatation sont de taille modeste ou ne sont que des projets pilotes.Pour que la CSC ait un effet sur le climat, il faudrait un immense saut d\u2019échelle : selon l\u2019AIE, pour suivre les recommandations du GIEC, de 30 à 60 lieux de stockage devraient être mis en service chaque année jusqu\u2019en 2050.Et pour passer au volet des émissions négatives, ce nombre devrait être doublé à partir de 2050.Les efforts actuellement déployés reviennent à vider la mer à la petite cuillère : on capture 40 millions de tonnes de CO2 annuellement, mais on en relâche 1 000 fois plus.Pour les détracteurs de la CSC, le danger est grand de compter sur des technologies aussi incertaines pour nous sortir de la crise climatique.Dans leurs scénarios de transition, le GIEC et l\u2019AIE proposent des options dans lesquelles la CSC joue un rôle plus ou moins important, mais jamais nul.Idem pour l\u2019Institut canadien pour des choix climatiques, qui a envisagé 60 trajectoires (faisant en partie appel à la CSC) vers la carboneutralité du Canada dans un rapport paru début 2021.Dans un article publié en mai dernier dans Nature Communications, deux chercheurs en développement durable, Lorenz Keyßer (École polytechnique de Zurich) et Manfred Lenzen (Université de Sydney), dénoncent ce pari hasardeux et « spéculatif ».Plutôt que de se reposer sur des technologies non éprouvées à grande échelle, ils proposent un modèle prônant la décroissance, c\u2019est- à-dire la ?n de la croissance économique in?nie, insoutenable avec des ressources ?nies, pour atteindre les objectifs du GIEC avec plus de probabilité.« La décroissance devrait être considérée, et débattue, au moins aussi sérieusement que les voies technologiques risquées sur lesquelles les politiques climatiques traditionnelles se sont appuyées », notent-ils.Pour Dale Beugin, l\u2019avenir de la CSC dépend surtout de sa rentabilité.« Dans nos 60 scénarios, on a joué avec différentes hypothèses concernant la baisse des prix de la CSC.Avec des politiques audacieuses, les coûts pourraient diminuer », dit-il.L\u2019élément clé : le prix du carbone, c\u2019est-à-dire la tari?cation des émissions (par exemple faire payer les pollueurs pour chaque tonne de CO2 rejetée).Pour l\u2019instant, la capture d\u2019une tonne de CO2 (l\u2019étape qui représente 80 % des coûts de la CSC) coûte de 15 à 120 $ US selon le taux de dilution du CO2 dans les ?ux de gaz récupérés.Trop cher au regard d\u2019une taxe sur le carbone timide sur tous les marchés.« Il faut mettre en œuvre des mécanismes financiers permettant aux industriels d\u2019investir dans les technologies innovantes pour le climat, déclare Isabelle Czernichowski-Lauriol.Mais je pense que la principale limite est le manque de reconnaissance de ce type de puits de carbone et le manque de volonté pour passer à l\u2019action.» Là-dessus, tout le monde s\u2019entend.À LIRE SUR LE WEB : Capter le CO 2 dans l\u2019air et l\u2019océan www.quebecscience.qc.ca/environnement/ capter-co2-air-ocean Emprisonner le CO 2 dans les résidus miniers www.quebecscience.qc.ca/environnement/ co2-mines-vertes L E M A L D E L \u2019 A I R NOUS RESPIRONS QUOTIDIENNEMENT ENVIRON 12 000 LITRES D\u2019AIR.EST-IL SAIN ?PAR MÉLISSA GUILLEMETTE E ntre le parterre ?euri d\u2019un jumelé et l\u2019allée asphaltée d\u2019une résidence unifami- liale de Rivière-des- Prairies, dans l\u2019est de Montréal, un bout de terrain accueille une étrange cabane.Comme une minimai- son sans fenêtres.Il s\u2019agit en fait de l\u2019une des 257 stations du Réseau national de surveillance de la pollution atmosphérique du Canada, un programme fédéral qui existe depuis 1969.Le responsable des 11 stations de l\u2019agglomération montréalaise, Fabrice Godefroy, nous fait faire le tour du propriétaire.Du trottoir, il attire notre attention sur la coiffe de la cabane, une structure métallique où sont installés des préleveurs.« Une fois tous les trois jours, pendant 24 heures, on pompe l\u2019air qui passe à travers des ?ltres qui sont envoyés ensuite au laboratoire pour analyse.» À l\u2019intérieur de la cabane, des analyseurs gros comme des tourne-disques fonctionnent quant à eux en continu.M.Godefroy pointe des conduits au mur.« L\u2019air extérieur arrive dans ces petits tubes et chaque analyseur aspire ce dont il a besoin.» Chaque appareil se spécialise dans la détection d\u2019un polluant en particulier : l\u2019ozone, le monoxyde de carbone, le dioxyde d\u2019azote, le dioxyde de soufre et les particules respirables d\u2019un diamètre de moins de 2,5 microns (désignées par le terme PM2,5 ).Ces instruments permettent de dé?nir en temps réel l\u2019indice de la qualité de l\u2019air autour de la station.Son équipe a publié un rapport sur l\u2019effet du con?nement sur les résultats des analyses réalisées par les stations mon- tréalaises de la mi-mars à la mi-avril 2020, alors que la ville tournait au ralenti.En moyenne, l\u2019indice de la qualité de l\u2019air a été 10 % meilleur que celui des semaines correspondantes des années 2017 à 2019.De plus, il n\u2019y a eu aucun jour de mauvaise qualité de l\u2019air, comparativement à un à huit pour les années précédentes.Si l\u2019in?uence exacte du con?nement sur ces ILLUSTRATION : FRANÇOIS BERGER DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT DOSSIER SPÉCIAL 26 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 L E M A L D E L \u2019 A I R SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 27 DOSSIER SPÉCIAL observations reste à préciser (voir l\u2019encadré à la page suivante), le retrait temporaire d\u2019une partie des émissions « permet de se rendre compte de ce qui peut être fait », souligne Fabrice Godefroy.Bien que la qualité de l\u2019air s\u2019améliore continuellement depuis 50 ans à Montréal comme ailleurs au pays, des enjeux demeurent.Chaque année, 15 300 Canadiens (dont 4 000 Québécois) meurent de façon prématurée à cause de la pollution atmosphérique, selon un rapport récent de Santé Canada.Plusieurs autres en souffrent de façon chronique : par exemple, les Canadiens ont collectivement accumulé 35 millions de jours avec symptômes respiratoires sévères causés par la pollution en 2016.Et tout cela coûte cher ! La même année, le fardeau économique des répercussions sanitaires de cette pollution s\u2019élevait à 120 milliards de dollars.De toute évidence, le combat pour une meilleure qualité de l\u2019air n\u2019est pas terminé.Pourtant, ce n\u2019est plus un sujet « à la mode », remarque André Bélisle.Ce militant environnementaliste a cofondé l\u2019Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) en 1982 (pour la petite histoire, un article de Québec Science sur les pluies acides a grandement contribué à sa ré?exion).Cet organisme fait partie de ceux qui ont mis de la pression pour obtenir l\u2019accord Canada?États-Unis sur la qualité de l\u2019air, en 1991.Trente ans plus tard, « on parle uniquement de gaz à effet de serre et de réchauffement de l\u2019atmosphère, et je trouve qu\u2019on fait une grave erreur ».André Bélisle juge qu\u2019il y a eu trop peu d\u2019actions politiques pour réduire les PM2,5 et les oxydes d\u2019azote.Ces derniers sont aussi connus sous le nom de NOx et ils sont produits surtout par le secteur des transports.À cet effet, M.Bélisle déplore particulièrement l\u2019abandon du programme d\u2019inspection environnementale des véhicules automobiles à la suite des élections provinciales de 2012.Le chauffage au bois est aussi dans sa mire.« Ça fait 10-15 ans que l\u2019AQLPA dit que les particules relâchées par les poêles peuvent être nocives pour la santé, et tout le monde le reconnaît au- jourd\u2019hui.Mais les autorités n\u2019ont toujours pas mis en place les mesures nécessaires pour les limiter.» Seules Montréal et quelques municipalités de la région ont adopté des règlements à ce chapitre ces dernières années, et la Ville de Québec commence à soutenir ?nancièrement le retrait et le remplacement des poêles qui n\u2019ont pas de certi?cation environnementale ; ces appareils y seront carrément interdits à partir de septembre 2026.Il faut savoir qu\u2019au Québec 44 % des PM2,5 proviennent du chauffage au bois et que ces particules ?nes sont considérées comme le polluant atmosphérique le plus mortel.DES POUMONS AU PLACENTA À chaque inspiration, les polluants pénètrent dans nos précieux et fragiles poumons, d\u2019où les problèmes respiratoires.« Mais malheureusement, cela ne s\u2019arrête pas là, car certains des gaz et les particules les plus ?nes vont au-delà, dans la circu- La station 55 du Réseau de surveillance de la qualité de l\u2019air de Montréal est entre autres équipée d\u2019un analyseur qui suit les concentrations de carbone noir, ces particules ines issues du chauffage au bois et des transports.En 2019, 6 500 tonnes de carbone noir ont été émises au Québec, d\u2019après un rapport fédéral récent.28 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 \u2022 PHOTO : DONALD ROBITAILLE lation sanguine, et peuvent affecter tous les organes, du cœur au placenta chez la femme enceinte ?c\u2019est l\u2019un des organes les plus irrigués », explique Rémy Slama, épi- démiologiste environnemental et directeur de recherche à l\u2019Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), en France.Pour l\u2019instant, on estime que de 60 à 80 % des décès attribuables à la pollution sont liés à des maladies cardiaques ou circulatoires.Mais on ne cesse d\u2019élargir le spectre des effets négatifs de la pollution atmosphérique : on évoque maintenant le diabète, les rétinopathies, l\u2019autisme, les maladies de Parkinson et d\u2019Alzheimer, entre autres.Des travaux publiés dans le British Medical Journal en 2019 et basés sur les données médicales de millions d\u2019hospitalisations aux États-Unis ont trouvé des associations méconnues entre une exposition à court terme (la veille et le jour même) aux PM2,5 et des problèmes aussi variés que la septicémie, l\u2019insuf?sance rénale et l\u2019infection urinaire.Si les maladies sont diverses, c\u2019est peut-être que les mécanismes sont nombreux ; on sait que les polluants peuvent notamment causer de l\u2019in?ammation, entraîner une augmentation du stress oxydatif \u2013 qui perturbe le fonctionnement des cellules \u2013 et altérer l\u2019expression de certains gènes.En mai dernier, Rémy Slama et des collègues faisaient paraître une méta-analyse qui laisse entendre que les polluants atmosphériques in?uencent le développement de cancers du sein, particulièrement le dioxyde d\u2019azote (NO2).Les travaux sur cette association sont encore émergents, mais l\u2019équipe évalue que ce polluant pourrait être lié à trois pour cent des cancers du sein diagnostiqués en France.« L\u2019effet est plausible, car l\u2019air pollué contient de nombreuses substances cancérigènes ainsi que des substances perturbant l\u2019axe œstro- génique, qui joue un rôle dans la survenue de certains cancers du sein, précise Rémy Slama.Mais davantage de travaux mériteraient d\u2019être conduits [sur les mécanismes et en toxicologie expérimentale] pour renforcer encore la preuve.» CERNER L\u2019EFFET DU CONFINEMENT Ces derniers mois, de nombreuses études ont montré que les polluants sont à la baisse dans de nombreuses villes du monde lors de con?nements stricts.Mais dans quelle proportion cette diminution est-elle réellement due au confinement et pas aux conditions météorologiques, à la saisonnalité ou à l\u2019évolution attendue d\u2019une année par rapport à l\u2019autre, sachant que la plupart des polluants diminuent de façon continue depuis plusieurs décennies ?Une équipe de chercheurs du gouvernement fédéral a exploré cette question dans des travaux qui ont été publiés au printemps dans la revue savante Air Quality, Atmosphere & Health.« Le but ultime de cet article était d\u2019essayer de relever tous les facteurs confondants, de souligner la complexité du phénomène », indique une auteure de l\u2019étude, Rabab Mashayekhi, du Centre météorologique canadien, basé à Dorval.Le groupe s\u2019est penché sur les cas de Vancouver, Calgary, Toronto et Montréal.En fouillant les données du Réseau national de surveillance de la pollution atmosphérique du Canada, les chercheurs ont d\u2019abord remarqué que le déclin était déjà plus prononcé au début de l\u2019année que ce qui était attendu, ce qui laisse croire que 2020 était une année spéciale avant même le début de la crise.L\u2019équipe a ensuite simulé le printemps 2020 et ses conditions météorologiques selon deux modèles : l\u2019un avec des sources d\u2019émissions « normales » et l\u2019autre avec les sources révisées à la baisse d\u2019après les meilleures informations disponibles (par exemple les données enregistrées par Apple et Google quant aux déplacements des habitants des quatre villes).La comparaison donne une idée de l\u2019effet des mesures sanitaires.« Nous avons noté une amélioration [attribuable au con?nement] du côté du dioxyde d\u2019azote [NO2] et des particules ?nes [PM2,5] dans les quatre villes, mais le niveau d\u2019amélioration varie entre les villes et au sein d\u2019une même ville », expose Rabab Mashayekhi.Pour le NO2, la réduction était de 31 à 34 % plus forte d\u2019après le modèle avec con?nement par rapport au modèle « normal », selon les scénarios du groupe.L\u2019effet était plus modeste pour les PM2,5 : on parle d\u2019une réduction supplémentaire de 6 à 17 %.Assurément, « le con?nement est un évène- ment extrême qui peut aider les spécialistes de la qualité de l\u2019air et les équipes qui plani- ?ent le futur », dit la scienti?que.AU COURS DE 2019 AU QUÉBEC, L\u2019INDICE DE LA QUALITÉ DE L\u2019AIR A ÉTÉ Bon 62 % Acceptable 37 % Mauvais 2 % EN CHIFFRES Les taux ont été arrondis par le ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, d'où le total de 101%.SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 29 DOSSIER SPÉCIAL Mais qui donc décède en raison de la pollution ?Personne ne le sait vraiment.Santé Canada établit ses estimations à partir des risques décrits par des études épidémiologiques.Au Royaume-Uni, toutefois, le phénomène porte désormais un nom : celui d\u2019Ella Adoo-Kissi-Debrah.Cette ?llette qui habitait Londres est morte à l\u2019âge de sept ans, en 2013, d\u2019une insuf?sance respiratoire aigüe causée par une grave crise d\u2019asthme.Avant ce jour terrible, ses problèmes respiratoires l\u2019avaient déjà conduite plusieurs fois à l\u2019hôpital.Il aura fallu huit ans, et beaucoup de détermination de la part de sa mère, pour qu\u2019un coroner reconnaisse que la pollution de l\u2019air excessive autour de sa résidence a contribué à son triste sort.« Pendant la durée de sa maladie, entre 2010 et 2013, elle a été exposée à des niveaux de dioxyde d\u2019azote et de particules ?nes au-delà des recommandations de l\u2019Organisation mondiale de la santé, peut-on lire dans le rapport daté d\u2019avril 2021.La principale source de son exposition était les émissions dues à la circulation routière.» Sa famille vivait à 25 m de la South Circular Road, une route fortement achalandée de la capitale, et ignorait tout du dépassement des normes.Cette mention de la pollution atmosphérique dans un rapport de coroner est possiblement une première dans le monde, avance la BBC.Au Québec, le Bureau du coroner con?rme n\u2019avoir « aucun cas » de décès lié à cette cause.Le cardiologue et professeur de médecine de l\u2019Université de Montréal François Reeves résume le dé?: « Quand on parle de causalité directe, c\u2019est plus dif?cile à déterminer.On n\u2019a pas de marqueur défini de la pollution pour l\u2019athérosclérose par exemple.Et si on prend un morceau de cancer du poumon, on ne peut pas en trouver la cause ! » Dans les faits, la plupart des maladies sont multifactorielles : les facteurs de risque s\u2019additionnent (pollution, génétique, habitudes de vie)\u2026 Le Dr Reeves, auteur de Planète Cœur : santé cardiaque et environnement, ré?échit.« C\u2019est drôle que le cas de la ?llette se soit passé à Londres, car tout a commencé dans cette ville.» En 1952, Londres a vécu un épisode historique de smog.Pendant cinq jours, un brouillard dense a enveloppé la ville.Les coupables : des conditions météorologiques particulières combinées avec l\u2019air lourdement pollué par la combustion au charbon et les nouveaux bus au diésel.Plus de 12 000 personnes sont mortes et des dizaines de milliers d\u2019autres sont tombées malades.« Les gens se demandaient si c\u2019était une épidémie.Mais quand le smog est parti, la mortalité est redevenue normale.L\u2019épisode a été le signal d\u2019alarme sur le lien entre la pollution et la santé : il a mené à la première loi du monde sur la qualité de l\u2019air », rappelle le Dr Reeves.Depuis, les pays les plus riches, comme le Royaume-Uni, ont vu leurs niveaux de pollution atmosphérique diminuer.Il semble d\u2019ailleurs y avoir une sorte de courbe en U inversé : en général, les pays pauvres comptent peu de décès liés à la pollution extérieure (Éthiopie, Nicaragua) ; les économies émergentes en ont beaucoup (Inde, Égypte) ; et les États riches reviennent à des niveaux plus bas (Israël, Nouvelle-Zélande), interprète le site Our World in Data.Faut-il pour autant accepter les niveaux actuels chez nous ?« Si l\u2019on veut continuer à mettre 120 milliards de dollars par année sur un problème arti?ciel ?parce que oui, on l\u2019a créé ?, c\u2019est une question de jugement, lance le Dr Reeves.Y a-t-il autre chose de mieux à faire avec ces 120 milliards ?» DIOXYDE DE SOUFRE (SO 2 ) Ce gaz est connu pour participer au phénomène des pluies acides.Il est également associé à de multiples maladies.Au Québec, de 1990 à 2008, l\u2019industrie a été responsable de 85 % des émissions de dioxyde de soufre.D\u2019ailleurs, « les localités situées à proximité des plus gros complexes industriels mesurent des concentrations de dioxyde de soufre moyennes jusqu\u2019à 27 fois plus élevées que ce qui est mesuré dans les milieux urbains », indique le dernier bilan annuel du Québec, publié en 2019.Entre 2000 et 2019, les concentrations moyennes de SO2 ont diminué de 80 % dans la province, toujours selon le ministère.OZONE (O 3 ) Dans la stratosphère, ce gaz nous protège des rayons du soleil : c\u2019est la fameuse couche d\u2019ozone.Mais au niveau du sol, l\u2019ozone contribue à déclencher l\u2019asthme ou à augmenter la fréquence des crises, en plus d\u2019aggraver les coronaropathies et d\u2019accroître le risque de complications de grossesse.Il se forme à partir de l\u2019interaction entre les rayons du soleil et d\u2019autres polluants dits « précurseurs » qui résultent de l\u2019utilisation de combustibles fossiles.L\u2019ozone voyage dans l\u2019atmosphère et peut donc se trouver à des lieues de la source d\u2019émission de ses précurseurs.En?n, ce gaz contribue fortement au smog.Entre 2000 et 2019, les concentrations d\u2019O3 dans l\u2019air extérieur ont augmenté de 18 % au Québec, selon les données transmises par le ministère de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC).Puisque la production d\u2019ozone s\u2019accélère quand les températures s\u2019élèvent, un rapport récent de l\u2019Institut canadien pour des choix climatiques évalue que, d\u2019ici la ?n du siècle, les concentrations se seront accrues de 22 à 47 % en ville, durant la saison estivale, au Canada.TENDANCES POUR LES PRINCIPAUX POLLUANTS AU QUÉBEC 30 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM L\u2019ANGLE MORT À la Clinique de médecine du travail et de l\u2019environnement du Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal, le Dr Stéphane Perron prend la pleine mesure du problème.C\u2019est là que sont dirigés les patients qui ont des problèmes de santé pour lesquels on soupçonne une origine environnementale.« J\u2019ai vu plusieurs cas où la seule cause d\u2019exacerbation de l\u2019asthme est la proximité avec des sources importantes de pollution de l\u2019air extérieur.Une fois que ces personnes sortent de ce milieu, l\u2019asthme s\u2019en va.Même plus besoin de pompes\u2026 Personnellement, je trouve ça fâcheux que des gens décèdent de causes sur lesquelles ils n\u2019ont aucun contrôle.J\u2019entends parfois \u201cIls ont juste à déménager\u201d.Mais ce n\u2019est pas si simple ; ils n\u2019ont pas toujours le choix », raconte celui qui est aussi rattaché à l\u2019Institut national de santé publique du Québec.D\u2019ailleurs, il ne s\u2019explique pas comment il est possible que de nouvelles constructions soient autorisées près des autoroutes en 2021.Dans ce dossier, « l\u2019angle mort, c\u2019est l\u2019urbanisme ».La pollution liée à la circulation routière est par ailleurs de plus en plus suivie au pays.Depuis peu, de nouvelles stations du Réseau national de surveillance de la pollution atmosphérique sont placées à quelques mètres de grands axes et dotées d\u2019équipements spécialisés dans le but d\u2019offrir un meilleur tableau.Pour l\u2019instant, il y en a une à Vancouver, deux à Toronto et une à Québec.Montréal devrait bientôt déplacer et transformer sa station de l\u2019échangeur Décarie en ce sens, indique Fabrice Godefroy, le responsable du réseau montréalais.« On va ajouter des instruments de mesure supplémentaires, un analyseur de particules ultra?nes [c\u2019est-à-dire de taille nanométrique] ainsi qu\u2019une caméra de circulation pour compter le nombre de véhicules et leur type ?légers, lourds, camions à deux essieux, à quatre essieux ?pour que la surveillance évolue.» En juin dernier, son équipe a publié le bilan de la qualité de l\u2019air pour toute l\u2019année 2020, marquée par la pandémie.Le ralentissement de certaines activités économiques et le télétravail ont-ils eu une incidence ?« Il n\u2019y a pas eu de grosse différence ?nalement.Mais on n\u2019est pas revenu à la normalité non plus », dit M.Godefroy.Veut-on vraiment y retourner ?PARTICULES FINES (PM 2,5 ) Une grande variété de particules solides ou liquides sont si petites (d\u2019une taille inférieure à 2,5 microns) qu\u2019elles peuvent pénétrer dans le corps humain lors de la respiration, affectant principalement les systèmes respiratoire et cardiovasculaire.Au Québec, les activités humaines responsables de l\u2019émission de ces poussières et gouttelettes étaient le chauffage au bois (44 %), l\u2019industrie (39 %) et le parc automobile (16 %), selon un rapport de 2008 du MELCC.Les PM2,5 peuvent également se former à partir d\u2019autres polluants, comme le SO2 et les NOx (oxydes d\u2019azote).Des sources naturelles, tels les incendies de forêt, complètent le tableau.Les PM2,5 représentent le principal composant du smog.Dans la province, les concentrations moyennes de particules ?nes ont baissé de 17 % entre 2000 et 2019.DIOXYDE D\u2019AZOTE (NO 2 ) Le terme NOx regroupe le mo- noxyde d\u2019azote (NO) et le dioxyde d\u2019azote (NO2).Le premier découle de la combustion et le second se forme à partir du NO, qui s\u2019oxyde dans l\u2019air.Le secteur des transports et l\u2019industrie en sont les principaux émetteurs.Le NO2 peut nuire à la santé respiratoire et est l\u2019un des principaux précurseurs de l\u2019ozone.Entre 2000 et 2019, les concentrations de NO2 ont baissé de 50 % au Québec.MONOXYDE DE CARBONE (CO) Ce gaz est principalement produit par le secteur du transport (71 %), l\u2019industrie (19 %) et le chauffage au bois (9,7 %), suivant les données de 2008.Aux concentrations actuelles dans l\u2019air, il n\u2019est généralement pas dommageable pour la santé humaine.Il se transforme toutefois en dioxyde de carbone, ce fameux gaz à effet de serre dont les États cherchent à réduire les émissions pour limiter les changements climatiques.Grâce aux systèmes antipollutions des véhicules et à leur plus faible consommation d\u2019essence, le CO est en baisse depuis 40 ans.Ses concentrations ont diminué de 46 % entre 2000 et 2019.Le Dr Stéphane Perron, médecin à la Clinique de médecine du travail et de l\u2019environnement du Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal et rattaché à l\u2019Institut national de santé publique du Québec SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 31 \u2022 PHOTO : DONALD ROBITAILLE LA LENTE FUITE PERGÉLISOL : llen Gordon a commencé à voir des changements s\u2019opérer dans le paysage du Nunavik dès le début des années 1990.Ce conseiller municipal du village nordique de Kuujjuaq et fellow de la Société géographique royale du Canada ne les compte plus.« Le pergélisol ne retient plus le sol : les pans de collines s\u2019effondrent, les bords des rivières aussi, les routes sont accidentées, les maisons sont moins stables », liste l\u2019Inuit reconnu pour son engagement à l\u2019égard du territoire.Sans compter les tassements de terrain, la fragilisation des infrastructures, le brunissement des eaux ainsi que les territoires de chasse et de pêche devenus inaccessibles.Comme si ce n\u2019était pas assez, sans sol gelé, les arbustes poussent plus rapidement.« Cela empêche le caribou d\u2019accéder aux lichens et assèche les rivières où les poissons se trouvent, explique-t-il.Nous sommes très inquiets, car c\u2019est dramatique.Nous voulons que ça s\u2019arrête.» Le dégel accru du pergélisol, ce sol dont la température reste au-dessous de zéro en permanence et qui s\u2019étend sur plus de la moitié des terres canadiennes, a des effets bien concrets sur les communautés du Nord.Même si un réchauffement saisonnier en surface est normal, depuis quelques décennies, le pergélisol dégèle de plus en plus profondément.À l\u2019échelle mondiale, le problème prend une autre dimension : le pergélisol nordique contient environ deux fois plus de carbone qu\u2019il y en a déjà dans l\u2019atmosphère.Il a donc le potentiel de relâcher beaucoup de gaz à effet de serre, ce qui pourrait stimuler son dégel, engendrer plus d\u2019émissions de ces gaz et ainsi de suite\u2026 Qu\u2019en dit la recherche ?Le dégel du pergélisol est-il une bombe climatique à retardement ?Sur le terrain, un scénario en demi-teintes se dessine, ce qui n\u2019inquiète pas moins les communautés locales.Avant toute chose, il faut comprendre comment ces gaz se forment et s\u2019échappent.Lorsqu\u2019un sol gelé depuis des milliers d\u2019années dégèle, la matière organique qu\u2019il emprisonne subit le même sort.Il y aurait ainsi de 1 460 à 1 600 milliards de tonnes de carbone organique dans le pergélisol nordique, selon des estimations parues dans Nature en 2015.« Le pergélisol, c\u2019est comme un immense congélateur rempli de nourriture : quand on le débranche, son contenu pourrit.C\u2019est de la matière vivante composée de carbone, des plantes qui se sont retrouvées piégées avant d\u2019avoir eu la chance de se décomposer », indique Pascale Roy-Léveillée, géomorphologue et professeure à l\u2019Université Laval, qui a beaucoup travaillé au Yukon ces dernières années.Ce carbone devient alors accessible aux microorganismes.« Les microbes consomment la matière organique et en font mille et une choses.Ils produisent du CO2, du méthane et du protoxyde d\u2019azote, tous des gaz à effet de serre », dit Isabelle Laurion, chercheuse en biogéochimie à l\u2019Institut national de la recherche scienti?que, qui fait ses collectes de données près du village de Kuujjuarapik, à l\u2019embouchure de la Grande rivière de la Baleine, au sud-est de la baie d\u2019Hudson.En présence d\u2019oxygène, les micro- organismes produisent du CO2 ; en son absence, ce seront plutôt du méthane et du protoxyde d\u2019azote.« Même si ces derniers sont émis en moins grande quantité que le CO2, ils ont de graves répercussions sur le climat : le méthane est un gaz à effet de serre 30 fois plus puissant que le CO2 [sur 100 ans].Le protoxyde d\u2019azote, lui\u2026, 300 fois ! » s\u2019exclame Isabelle Laurion.PAR FANNY ROHRBACHER DOSSIER SPÉCIAL 32 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 \u2022 IMAGES : ISABELLE LAURION 32_34_PERGE?LISOL 2021_09.indd 32 21-07-13 12:31 La chercheuse s\u2019intéresse plus particulièrement aux gaz que le pergélisol relâche dans les mares et les lacs et qui ?nissent par se retrouver dans l\u2019atmosphère.« Pendant l\u2019hiver, le méthane se transforme en de grosses bulles qui s\u2019accumulent sous et dans la glace.C\u2019est un gaz peu soluble dans l\u2019eau », décrit-elle.La chercheuse et son équipe prélèvent des carottes pour analyser ces gaz piégés dans la glace.Au printemps, alors que la glace fond, de grosses bulles de gaz qui s\u2019échappent font « bouillonner » l\u2019eau, comme dans une baignoire à remous.Pour recueillir ces gaz, bien souvent dominés par le méthane, la chercheuse dépose un entonnoir inversé coiffé d\u2019une seringue sur la surface du lac.« L\u2019émission de méthane est un phénomène très variable dans le temps et l\u2019espace.On sait qu\u2019il y a des hotspots, des zones et des moments dans l\u2019année où il y a plus d\u2019émissions », fait observer Isabelle Lau- rion.L\u2019été, la colonne d\u2019eau de nombreux lacs et de mares se strati?e, c\u2019est-à-dire que la concentration en gaz varie en fonction de la profondeur.« L\u2019eau froide du fond est alors isolée de l\u2019atmosphère.Cette colonne d\u2019eau stable est dif?cile à défaire par le vent : les eaux se mélangent peu, sont moins bien oxygénées », poursuit la chercheuse.Et en l\u2019absence d\u2019oxygène, les microorganismes qui s\u2019y trouvent produisent du méthane.C\u2019est seulement à l\u2019automne, lorsque les eaux se mélangent, que les gaz accumulés au fond pendant l\u2019été sont émis dans l\u2019atmosphère.UN PETIT PET À quel point le dégel du pergélisol ampli?e-t-il le réchauffement climatique ?Pour Daniel Fortier, géomorphologue à l\u2019Université de Montréal, c\u2019est la grande question.Ce chercheur étudie le pergélisol autour de Kangirsuk, un petit village situé au 60e parallèle, tout au nord du Québec, qui vit au rythme des éléments.La lente disparition du pergélisol laisse derrière elle des dizaines, voire des centaines de lacs, ainsi que des polygones de toundra, ces reliefs périglaciaires aux bords de mousse et aux creux parfois remplis d\u2019eau qui dessinent un réseau de motifs géométriques bien ordonnés sur la terre nordique.Ici aussi le tableau est sombre, mais Daniel Fortier signale que les chercheurs sont de plus en plus prudents quant au scénario catastrophe.« Il y a une dizaine d\u2019années, on parlait d\u2019une bombe climatique à retardement.Maintenant, on parle d\u2019une fuite lente.On passe d\u2019une grosse bombe\u2026 à un petit pet ! » blague-t-il.Bien sûr que le dégel du pergélisol entraîne l\u2019émission de gaz à effet de serre.Mais il faut aussi prendre en compte les nouveaux puits qui se créent.En effet, certains lacs grandissent tellement qu\u2019ils rejoignent une rivière, s\u2019y vident, puis le pergélisol et la végétation envahissent cet espace.Les tourbières, qui peuvent naître lorsqu\u2019un lac se déverse ainsi ou émerger quand le pergélisol disparaît, sont d\u2019importants puits de carbone.En se réchauffant, le climat devient aussi plus favorable aux arbustes, aux plantes ainsi qu\u2019au phytoplancton, qui prolifère.Sous l\u2019effet du dégel du pergélisol, la terre se gorge d\u2019eau, laissant se creuser des trous béants qui se remplissent souvent d\u2019eau.Ce sont les fameux lacs thermokarstiques.Près du village d\u2019Umiujaq, au nord de Kuujjuarapik, un scienti?que prélève des échantillons d\u2019eau dans une mare thermokarstique.Cette étendue d\u2019eau s\u2019est creusée au-dessus d\u2019une butte soulevée lors de la formation du pergélisol.Lorsque la butte a dégelé et s\u2019est érodée, les sédiments très ?ns de limon et d\u2019argile ont donné cette couleur brune et laiteuse à l\u2019eau.32_34_PERGE?LISOL 2021_09.indd 33 21-07-13 12:08 « Comme ces organismes photosynthétiques se nourrissent du CO2, ils séquestrent le carbone.À ce moment-là, le milieu devient un puits », explique le professeur Fortier.Pour tenter de mieux comprendre les conséquences du dégel du pergélisol sur le réchauffement climatique et obtenir une réponse plus claire, les chercheurs modélisent ses effets sur ordinateur pour ouvrir une fenêtre sur le futur.Mais le procédé demande du raffinement, car « une multitude de processus physiques et biogéochimiques qui s\u2019in?uencent les uns les autres ne sont pas actuellement pris en compte », regrette Daniel Fortier.La technologie actuelle ne permet tout simplement pas encore d\u2019intégrer toutes les relations entre la surface du sol et l\u2019atmosphère.« L\u2019émission des gaz est extrêmement variable dans le temps et dans l\u2019espace, souligne Isabelle Laurion.Si l\u2019on prend juste quelques mesures à gauche et à droite à quelques endroits dans l\u2019Arctique et qu\u2019on essaie d\u2019extrapoler, on peut se tromper.Il faut aussi que l\u2019on comprenne pourquoi le phénomène varie spatialement et comment ça répond aux modi?cations des conditions environnementales.» Pour les chercheurs interviewés par Québec Science, il n\u2019y a donc pas assez de données pour statuer clairement.« Dans la littérature scienti?que, il y a vraiment une dichotomie : certains pensent que c\u2019est déprimant, d\u2019autres pas », précise Isabelle Laurion.URGENCE D\u2019AGIR Partout dans le monde, des chercheurs et des entrepreneurs se pressent de trouver des solutions a?n de ralentir le réchauffement climatique, qui altère tant le pergélisol.Capturer le CO2 dans l\u2019air, envoyer des miroirs dans l\u2019atmosphère pour ré?échir les rayons du soleil, poser des bombes dans les volcans pour répartir les cendres dans l\u2019atmosphère et ainsi réduire l\u2019incidence des rayonnements solaires, étendre de grandes bâches sur les glaciers pour empêcher leur fonte\u2026 « Ce sont des vendeurs d\u2019autos, la technologie n\u2019existe pas encore ! » s\u2019exaspère Daniel Fortier.Selon lui, la solution la plus simple est de réduire à la source nos émissions de gaz à effet de serre et, pour ce faire, tout le monde doit mettre la main à la pâte.Pascale Roy-Léveillée et lui font partie d\u2019ailleurs de PermafrostNet, un réseau stratégique canadien qui veille à mieux préparer le Canada au dégel du pergélisol.Les idées ne manquent pas.« Favoriser la végétation dans les zones de pergélisol et protéger les milieux humides qui séquestrent du carbone comme les tourbières et les marais côtiers, ce serait notre effort pour aider à la captation du carbone de façon naturelle », énumère Daniel Fortier.Tout cela ne peut s\u2019effectuer sans la collaboration des communautés.« Je n\u2019ai pas de problèmes avec les études scienti?ques, dit Allen Gordon.Mais il faut que les chercheurs travaillent avec les communautés locales.Ils ne doivent pas venir ici sans nous informer de leurs objets d\u2019étude et de leurs rapports.Nous voulons être consultés et impliqués parce que, parfois, des personnes sont de soi-disant spécialistes dans leur domaine, mais n\u2019ont aucune expertise en matière de paysages nordiques et de savoir-faire », regrette le conseiller municipal.Natan Obed, président de l\u2019Inuit Tapiriit Kanatami, une organisation qui représente les 65 000 Inuits du Canada, approuve : « La collaboration entre les chercheurs du Sud et les communautés inuites du Nunangat [la patrie des Inuits du Canada] devrait partir d\u2019un lieu d\u2019autodétermination, de partenariat, de respect et de transparence pour les Inuits.La recherche dans le Nunangat devrait donner le pouvoir aux Inuits de répondre aux besoins et aux priorités de leurs familles et communautés.» L\u2019organisme a d\u2019ailleurs élaboré une stratégie nationale inuite sur la recherche qui détaille cette vision.L\u2019importance mondiale des rejets de gaz par le pergélisol ne peut justi?er l\u2019empressement ou le détachement.« Parfois, des chercheurs mènent leurs travaux et, quand ils ont ?ni, ils disent simplement qu\u2019il y a beaucoup de carbone dans la cour.Mais pendant ce temps-là, la route à côté est en train de s\u2019effondrer et la maison va tomber dans un trou.Et personne ne peut rien faire », avoue Pascale Roy-Léveillée, qui se fait un devoir de tisser des liens durables avec ces communautés, « qui ont beaucoup à nous apprendre ».C\u2019est ainsi que le Canada pourra s\u2019en sortir : chercheurs et communautés inuites main dans la main.BILAN DE SANTÉ DU PERGÉLISOL QUÉBÉCOIS Jusqu\u2019à présent, le pergélisol du Québec a été moins touché qu\u2019en d\u2019autres endroits.Grâce à la circulation atmosphérique, l\u2019est de l\u2019Amérique du Nord est plus froid.« Jusque dans le milieu des années 1990, le pergélisol était stable au Québec, alors qu\u2019il se réchauffait à l\u2019ouest du Canada, en Russie, en Sibérie et sur le plateau tibétain », rappelle Daniel Fortier.Même si le chercheur note une augmentation des températures, la tendance ne semble pas linéaire.Deux années froides peuvent effacer facilement les effets d\u2019un été très chaud.« On retourne en arrière et c\u2019est très encourageant.» Néanmoins, si les données apparaissent optimistes par moments, la réalité est tout autre.« Un seul été extrêmement chaud a des conséquences immédiates sur le paysage, comme des éboulements et des glissements de terrain », dit-il.Selon la latitude, les répercussions sont tout aussi différentes.Plus on monte vers le nord, plus il fait froid et moins le réchauffement est signi?catif à court terme pour l\u2019environnement.« C\u2019est comme le congélateur : qu\u2019il soit à -10 °C ou à -8 °C, cela ne change pas grand-chose à l\u2019intérieur », compare le scienti?que.34 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 DOSSIER SPÉCIAL \u2022 IMAGE : ISABELLE LAURION 32_34_PERGE?LISOL 2021_09.indd 34 21-07-13 12:08 L\u2019entreprise québécoise GHGSat repère les fuites de méthane industrielles partout sur la planète grâce à sa constellation de satellites.Visite guidée.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE S téphane Germain connaît maintenant la planète comme le fond de sa poche.Ou du moins, c\u2019est l\u2019impression qu\u2019il donne alors que son curseur vogue d\u2019un continent à l\u2019autre, attirant notre attention sur les coins mêmes les plus reculés.« Je n\u2019aurais jamais pensé connaître la géographie du Turkménistan ! » C\u2019est dans ce pays que son entreprise, GHGSat, a repéré la plus grosse fuite industrielle de méthane, s\u2019échappant d\u2019une station de compression de gaz naturel, en 2019.Le méthane, incolore et inodore, contribue fortement à l\u2019effet de serre ; il emprisonne 84 fois plus de chaleur sur une période de 20 ans qu\u2019une quantité équivalente de gaz carbonique (CO2).En plus des industries pétrolière et gazière, l\u2019élevage, les dépotoirs, les mines de charbon, la gestion des eaux usées et la culture du riz en sont les principaux émetteurs.Comme il est très dif?cile de détecter ces panaches de méthane au sol, GHGSat les traque plutôt grâce à trois petits satellites lancés ces dernières années et équipés de spectromètres ultraspécialisés conçus par l\u2019équipe (huit autres suivront d\u2019ici la ?n de 2023).Ils permettent de déceler des fuites aussi « petites » que 100 kg par heure.Au Turkménistan, la fuite inquiétante libérait de 10 000 à 43 000 kg de méthane par heure, une quantité qui variait d\u2019un jour à l\u2019autre.Une seule heure d\u2019écoulement avait les mêmes répercussions sur le climat que les émissions annuelles de 54 à 234 voitures ! L\u2019équipe a rapidement avisé la compagnie responsable\u2026 qui n\u2019a pas agi.« On avait du mal à communiquer avec elle, raconte Stéphane Germain, ingénieur en aérospatiale de formation.On a donc essayé d\u2019autres voies : d\u2019abord les services de délégués commerciaux du Canada, qui nous ont présentés à l\u2019ambassadeur canadien qui, lui, est allé parler à l\u2019ambassadeur américain\u2026 » Un représentant européen s\u2019est ensuite joint au groupe qui LE MÉTHANE À PARTIR DE L\u2019ESPACE TRAQUER DOSSIER SPÉCIAL SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 35 \u2022 IMAGE : PULSE.GHGSAT.COM La carte Pulse de GHGSat combine les données de l\u2019entreprise et celles d\u2019autres organisations.Elle donne une idée des zones chaudes en matière de méthane ; pour plus de précision, il faut payer les services de la irme.Plus de 56 % des émissions fugitives détectées par les satellites de GHGSat pendant le premier semestre de 2021 provenaient d\u2019installations gazières et pétrolières. DOSSIER SPÉCIAL Estimation des principales sources anthropiques d\u2019émissions de méthane en 2020 Culture du riz 7 % Sources diverses 4 % Combustion de biomasse 3 % Autres sources agricoles 5 % Gestion des eaux usées 7 % Industries gazière et pétrolière 24 % 11 % Gestion des déchets ménagers 9 % Extraction du charbon 3 % Gestion du fumier agricole 27 % Digestion des animaux d'élevage a convaincu le gouvernement d\u2019intervenir auprès de l\u2019entreprise en cause.La fuite a ?nalement été colmatée.Hourra ! La PME québécoise est une précur- seure dans une industrie prometteuse : celle qui vise à détecter les émissions de méthane de l\u2019espace.Pour les entreprises et les gouvernements, réparer ces fuites représente l\u2019une des façons les plus ef?caces de réduire les émissions de gaz à effet de serre, selon un rapport récent de la Coalition pour le climat et la qualité de l\u2019air et du Programme des Nations unies pour l\u2019environnement.Ils peuvent recourir aux services payants de GHGSat pour obtenir un diagnostic précis.L\u2019entreprise a déjà des clients partout dans le monde, dont la multinationale Shell.« Nos clients veulent être au courant des fuites et les arrêter parce que leur réputation en dépend.» Aucune compagnie ne veut apprendre par le journal qu\u2019elle a des problèmes, comme lors d\u2019une enquête mémorable du New York Times réalisée au Texas avec des caméras infrarouges en 2019.D\u2019immenses panaches émergeant de complexes gaziers et pétroliers avaient été mis au jour.DE LA CALIFORNIE À DHAKA Pour se faire connaître, GHGSat a créé la carte du monde Pulse, qui permet d\u2019avoir une idée des régions où les concentrations de méthane dans l\u2019atmosphère sont anormales.À l\u2019écran, Stéphane Germain « ?le » vers les États- Unis.« Ici, en Californie, il y a une vallée du nom de San Joaquin, bien connue pour sa production agricole.La digestion des animaux entraîne de fortes émissions de méthane.Il y a aussi quelques sites d\u2019enfouissement de déchets dans le coin, en plus de la production pétrolière.Il y a donc presque toujours des concentrations élevées.» Autre zone inquiétante : le centre de la Chine, où de nombreuses mines de charbon sont en activité.« Ce sont les émissions de mines de charbon les plus importantes du monde, c\u2019est impressionnant.On espère percer le marché chinois, mais on a du chemin à faire ; malheureusement, les relations Canada-Chine ne sont pas faciles en ce moment.» Il y a ensuite un gros panache (4 000 kg par heure) à Dhaka, capitale du Bangladesh.Une partie serait attribuable à un site d\u2019enfouissement, mais pour le reste le mystère plane.Le ministère de l\u2019Environnement du pays enquête après avoir été avisé de la situation par GHGSat.Et qu\u2019en est-il chez nous ?On se doute que les installations gazières et pétrolières en émettent des quantités notables : le Canada s\u2019est engagé à diminuer de 40 à 45 % les fuites de méthane issues de ces industries d\u2019ici 2025 (par rapport au niveau de 2012).« Dans le coin de Sarnia [en Ontario], on peut voir des concentrations plus élevées autour des raf?neries, mentionne Stéphane Germain.En Alberta, on en trouve dans le sud-est de la province, dans deux zones de gaz de schiste.Il devrait aussi y en avoir dans les mines de charbon à proximité de Calgary, mais les systèmes satellites n\u2019arrivent pas à détecter les sources en montagne.Sinon, au pays, on voit du 36 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 \u2022 GRAPHIQUE ADAPTÉ DE « ENRICHMENT EXPERIMENT OF VENTILATION AIR METHANE (0.5%) BY THE MECHANICAL TOWER », SCIENTIFIC REPORTS, 2020 USherbrooke.ca/environnement MAÎTRISE EN ENVIRONNEMENT Pour ceux qui étudient, notamment en chimie, écologie, géomatique, politique, administration, génie, biologie, géographie, droit, éducation, communication.SÉANCE D\u2019INFORMATION À DISTANCE Mardi 26 octobre ?18 h méthane surtout autour des grandes villes à cause d\u2019activités humaines de toutes sortes.Au Québec, à part Montréal, il n\u2019y a pas beaucoup de lieux à concentration élevée.» Hydro-Québec est d\u2019ailleurs un client de la première heure, et ses réservoirs et barrages ne semblent pas poser problème.MESURES INTERNATIONALES GHGSat participera à un nouvel effort mondial pour mieux quanti?er le problème : l\u2019Observatoire international des émissions de méthane, annoncé par le Programme des Nations unies pour l\u2019environnement et la Commission européenne en mars dernier.« L\u2019idée est de rattacher toutes les sources de données sur les émissions de méthane, dont les nôtres, à un modèle global a?n que les gouvernements et les négociateurs pour le climat puissent comprendre quelles sont les émissions réelles des différents pays et industries.» Car les scientifiques réalisent au- jourd\u2019hui que les émissions fugitives de méthane sont largement sous-estimées.Un exemple local ?Une étude publiée au tournant de 2021 par la professeure Mary Kang, du Département de génie civil de l\u2019Université McGill, montre que les émissions de méthane issues des quelque 370 000 puits de pétrole et de gaz abandonnés au Canada seraient sous-évaluées de 150 %.C\u2019est qu\u2019il est beaucoup plus dif?cile d\u2019estimer les quantités de méthane qui s\u2019échappent que celles de CO2, qui résultent d\u2019un processus de combustion, une réaction chimique facile à décortiquer.D\u2019où l\u2019intérêt nouveau pour les techniques de mesure par satellite et même par avion, explique Annie Levasseur, professeure à l\u2019École de technologie supérieure de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la mesure de l\u2019impact des activités humaines sur les changements climatiques.« On les appelle méthodes top-down : on part de mesures de concentrations atmosphériques pour trouver l\u2019élément au sol qui cause ces variations.Traditionnellement, on fait plutôt du bottom-up : on part de données d\u2019activités sur le terrain pour calculer les émissions.Par exemple, [les compagnies gazières et pétrolières] font des campagnes de mesures autour de certains puits et extrapolent ces données à tout leur réseau.» Elle ajoute que des chercheurs tentent de combiner les deux types d\u2019approches pour encore plus de précision.Annie Levasseur travaille pour sa part sur une carte des émissions des différents gaz à effet de serre dans l\u2019arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal.En collaboration avec Mary Kang, elle compte aussi brosser le tableau des émissions de méthane de la métropole.« Pour l\u2019instant, dans les inventaires, les estimations sont très grossières.» Partout sur la planète, les gouvernements se ?xent des objectifs ambitieux ; plusieurs veulent atteindre la carboneu- tralité en 2050.Mais pour y arriver, « il va falloir de meilleurs outils pour mieux comprendre le lien entre chacune des activités et des émissions, ce qui permettra de prioriser nos actions, dit la chercheuse.Si l\u2019on se ?e à des intuitions pour lutter contre les changements climatiques, on peut mettre nos efforts aux mauvais endroits ». DOSSIER SPÉCIAL Q u a n d l e v e n t d\u2019ouest se lève à Cape Grim, au nord de la Tasmanie, des scienti?ques australiens mettent cet air en bou- tei l les .Car i l est dif?cile d\u2019en trouver du plus pur sur Terre : celui-ci vient de survoler l\u2019océan Austral et n\u2019a croisé aucune vil le ou usine sur des milliers de kilomètres.« S\u2019il y a un changement dans cet air, cela veut dire qu\u2019il y a quelque chose qui se passe à l\u2019échelle de la planète », explique Élise-Andrée Guérette.Cette Québécoise travaille au Global Atmospheric Sampling Laboratory pour le CSIRO, l\u2019agence gouvernementale de recherche scienti?que australienne.Les échantillons prélevés à Cape Grim sont examinés dans son laboratoire d\u2019Aspen- dale, en banlieue de Melbourne.La plupart sont analysés sur-le-champ ou envoyés par la poste à des centres de recherche à travers le monde.Mais de quatre à six fois par année, une bonbonne en acier inoxydable se voit réserver un autre destin : rester sur une tablette ! Cette mise à l\u2019écart, répétée depuis 1978, a permis de constituer une banque de 170 échantillons d\u2019air ambiant entreposés à Aspendale.Chacun d\u2019eux contient l\u2019équivalent de 2 000 à 4 000 l d\u2019air comprimé dans une bouteille d\u2019une grosseur analogue à celle qu\u2019on trouve sur un barbecue au gaz.Pour connaître quelle était la concentration de certains gaz dans le passé, les scienti?ques se tournent souvent vers l\u2019air emprisonné dans des couches de neige en Antarctique ou au Groenland.Mais pour avoir une image précise des dernières décennies, la banque d\u2019air de Cape Grim n\u2019a pas son pareil.Surtout quand vient le temps de dater l\u2019apparition, l\u2019augmentation ou le déclin d\u2019halocarbures, des gaz produits par les activités industrielles et nocifs pour la couche d\u2019ozone ou le climat.Ainsi, la collection a permis de situer dans la deuxième moitié des années 1990 l\u2019apparition de trois hydrochloro?uoro- REVISITER UN AIR D\u2019AUTREFOIS ILLUSTRATION : FRANÇOIS BERGER 38 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 carbones (HCFC), des gaz industriels contenant du ?uor et du chlore.Les résultats ont été publiés cette année dans les Proceedings of the National Academy of Sciences.BÂTIR UNE COLLECTION SUR DU VENT La première mise en bouteilles « est arrivée un peu par accident », reconnaît Paul Fraser.Au milieu des années 1970, ce chimiste du CSIRO remplit d\u2019air d\u2019anciennes bonbonnes à oxygène ayant servi dans les avions durant la Seconde Guerre mondiale.Il se dote ainsi d\u2019une référence a?n d\u2019étalonner ses instruments de mesure pour étudier l\u2019atmosphère.La plupart des polluants se désintègrent vite dans ses cylindres.En revanche, il remarque que des gaz y demeurent stables, et pas les moindres : les chloro?uoro- carbures (CFC).À la même époque, il devient évident que les propriétés de ces gaz inertes leur permettent d\u2019atteindre la stratosphère, où ils se décomposent sous l\u2019effet des rayons ultraviolets et libèrent du chlore, dévastateur pour la couche d\u2019ozone.L\u2019ennui, c\u2019est qu\u2019ils sont alors largement utilisés dans la réfrigération et la climatisation, et dans la fabrication de mousses isolantes et de solvants.Leur concentration augmente à une vitesse vertigineuse dans l\u2019atmosphère ! Documenter la croissance des CFC avec les fonds de bouteille inutilisés paraît dès lors pertinent.« On s\u2019est aussi dit qu\u2019il y avait probablement à l\u2019intérieur de ces bonbonnes des gaz qu\u2019on ne mesurait pas et qui se comportaient de la même manière », raconte le chercheur aujourd\u2019hui à la retraite.Il commence alors à recueillir des échantillons et à les entreposer de façon systématique.Son espoir ?Que des technologies du futur permettent d\u2019analyser leur contenu sous un nouveau jour.« C\u2019est exactement ce qui s\u2019est passé.» Dans les années 1990, il retire de l\u2019air de chacune des 65 bonbonnes amassées jusque-là et le met dans de plus petites bouteilles.Il les transporte au Royaume- Uni, à l\u2019Université d\u2019East Anglia.Là-bas, en compagnie du doctorant David Oram, il passe le contenu de ses archives dans un chromatographe en phase gazeuse couplé à un spectromètre de masse dernier cri.« Jusqu\u2019à ce moment-là, on n\u2019avait mesuré que six ou sept composés dans les archives et, soudainement, on en voyait une quarantaine.Et chacun d\u2019eux avait une histoire unique que personne ne connaissait », se remémore Paul Fraser.Les chercheurs découvrent ainsi la présence de plusieurs halons, des halocarbures contenant du brome nocif pour la couche d\u2019ozone.De plus, le duo rapporte pour la première fois en 1998 des traces de tri?uo- rométhane (aussi appelé HFC-23).Moins dommageable pour la couche d\u2019ozone, cet hydro?uorocarbure (HFC) n\u2019en demeure pas moins un gaz à effet de serre environ 12 000 fois plus puissant que le dioxyde de carbone à volume équivalent.« Grâce à la bibliothèque d\u2019air, on était en mesure de revenir en arrière et de comprendre son évolution dans l\u2019atmosphère », souligne David Oram.La tendance inquiète : à la ?n du millénaire, la concentration de HFC- 23 augmente de cinq pour cent par année.Il s\u2019agit d\u2019un sous-produit de la fabrication de chlorodi?uorométhane (HCFC-22).Or, l\u2019industrie du refroidissement s\u2019est rabattue sur ce dernier gaz pour remplacer les CFC, dont elle doit se départir, tel que l\u2019exige le protocole de Montréal, signé en 1987.L\u2019amendement de Kigali au protocole de Montréal, adopté en 2016, encadre désormais la réduction progressive des HFC.En vigueur depuis 2019 dans les pays développés, il s\u2019appliquera aux pays en développement, dont la Chine, à partir de 2024.Les émissions de HFC-23 auraient dû baisser de manière draconienne à partir de 2015, si l\u2019on en croit les diminutions déclarées par les États.Néanmoins, un article cosigné par Paul Fraser dans Nature Communications en 2020 montre qu\u2019elles ont plutôt atteint un sommet historique en 2018.Du même coup, la collection australienne a permis de détecter un déclin temporaire de ces émissions entre 2006 et 2009, malgré une hausse de la production de HCFC-22 dans les pays en développement au même moment.Cette baisse correspond à une période pendant laquelle l\u2019Organisation des Nations unies encourageait l\u2019incinération du HFC-23 à l\u2019aide de crédits carbone.Les émissions ont augmenté à nouveau lorsque l\u2019incitation a disparu, puis ont monté en ?èche à partir de 2015, principalement en Inde et en Chine.La banque d\u2019air s\u2019avère donc un outil précieux pour surveiller l\u2019ef?cacité ou le respect des mesures prises pour atteindre les objectifs des ententes internationales.PAREIL, PAS PAREIL David Oram a gardé tous les échantillons que lui avait apportés Paul Fraser ainsi que tous les autres que le CSIRO lui a envoyés par la suite.Il a ainsi constitué à l\u2019Université d\u2019East Anglia une version miniature de la collection australienne.Et il ne se lasse pas de l\u2019explorer.En 2016, il a revisité ces bouteilles a?n de comparer l\u2019évolution de deux gaz toujours considérés comme un seul dans tous les rapports : le CFC-114 et le CFC-114a.Leurs molécules possèdent les mêmes éléments dans les mêmes proportions, mais agencés de manière différente.En distinguant leurs concentrations respectives dans la banque, il a découvert que les deux gaz ont des sources indépendantes.Une information importante qui aidera à remonter la piste du CFC-114a toujours détecté dans l\u2019atmosphère par une station de Taïwan.Quant à la plus récente bonbonne remisée sur une étagère à Aspendale, peut-être révélera-t-elle qu\u2019un autre gaz polluant inconnu plane déjà au-dessus de notre tête.Des archives d\u2019échantillons d\u2019air permettent de retracer l\u2019histoire de gaz nocifs pour la couche d\u2019ozone ou le climat.PAR ETIENNE PLAMONDON EMOND SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 39 QUÉBEC MET EN LUMIÈRE CELLES ET CEUX QUI VOIENT GRAND EN ENVIRONNEMENT Prix du Québec Créés en 1977, les Prix du Québec représentent la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec dans les domaines de la culture et de la science.#PrixduQuébec prixduquebec.gouv.qc.ca Valérie Langlois traque les contaminants qui s\u2019in?ltrent dans les lacs et les rivières.Grâce à ses travaux, les autorités élaborent de meilleures normes pour protéger la nature et la santé publique.Anne de Vernal Prix Marie-Victorin 2020 Anne de Vernal étudie les sédiments marins pour reconstituer des épisodes du climat passé.En observant les microorganismes qui y sont préservés, elle retrace les paramètres du climat, comme la température de l\u2019eau et le couvert de glace de mer.Valérie Langlois Prix Relève scienti?que 2020 ?Des chercheurs et des organismes souhaitent implanter une culture de la masculinité positive en Afrique subsaharienne.Pour cela, il faut lutter contre le poids de l\u2019histoire, des religions et de la pauvreté.ILLUSTRATIONS : NITI MARCELLE MUETH \u2022 DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT SOCIÉTÉ C\u2019EST QUOI, ÊTRE UN HOMME ?SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 41 PAR MARTINE LETARTE SOCIÉTÉ E lles sont blanches, rouges, jaunes, panachées : les roses constituent le pain et le beurre de la ville de Naivasha, au Kenya.Dans les fermes où sont cultivées les fleurs qui seront coupées puis exportées en Europe, des ouvrières travaillent d\u2019arrache-pied.Les conditions sont mauvaises et les salaires faibles.Et la route qui les y mène n\u2019est pas pavée de roses.Naivasha et ses environs sont tristement célèbres pour leur haut taux de viols commis sur les femmes et les enfants.L\u2019organisation non gouvernementale African Woman and Child Feature Service précise que les viols sont fréquents sur la route, où les femmes se font souvent donner de l\u2019argent en échange de leur silence, mais aussi au travail, où elles évitent de dénoncer leur agresseur de peur de perdre leur emploi.Les choses pourraient changer progressivement, car de nombreux acteurs cherchent des leviers d\u2019intervention.Leur cible principale ne sont pas les femmes, mais bien les hommes.Par exemple, l\u2019Africa Alliance of YMCAs a créé un power space, un lieu où les jeunes hommes peuvent s\u2019exprimer et acquérir des connaissances sur toutes sortes de sujets dif?ciles : la violence faite aux femmes, la contraception et les mutilations génitales féminines.« Nous invitons les jeunes à venir jouer une partie de basketball ou de soccer, puis nous servons des rafraîchissements et nous les amenons à parler librement de différentes questions entre pairs ou encore nous convions un mentor à se joindre à eux pour la discussion », explique Lloyd Muriuki Wamai, gestionnaire de projet à l\u2019Africa Alliance of YMCAs.Cette initiative fait partie d\u2019un projet plus vaste, appelé #SexManenoz, qui vise à cultiver une masculinité positive au Kenya et en Zambie.Le Canada soutient d\u2019ailleurs ?nancièrement ce projet par l\u2019entremise du Centre de recherches pour le développement international (CRDI).L\u2019objectif : que les jeunes hommes adoptent des comportements qui favorisent l\u2019égalité des sexes et la protection des droits des femmes et leur bien-être, y compris sur les plans sexuel et reproductif.Ces différentes interventions s\u2019inscrivent dans un mouvement plus large qui lutte contre l\u2019envers de la masculinité positive : la masculinité toxique.Employé depuis une trentaine d\u2019années en Occident, ce terme fait référence aux stéréotypes de virilité qui poussent les hommes à agir comme des durs à cuire.Les clichés se perpétuent dans l\u2019éducation des garçons : on leur apprend à se montrer forts, à ne pas pleurer, à ne pas exprimer leurs émotions, à ne pas avoir peur, à se battre s\u2019il le faut, etc.Cela entraîne des comportements sexistes, voire misogynes, et homophobes qui ont des conséquences négatives sur l\u2019ensemble de la société, de la violence conjugale au harcèlement sexuel en passant par la maternité précoce, le suicide et les infections transmissibles sexuellement.Dans la foulée, plusieurs programmes sont nés, aux États-Unis et en Australie notamment, pour favoriser l\u2019émergence d\u2019une masculinité positive.Certains de ces programmes ont été implantés ces dernières années en Afrique, entre autres au Nigeria, au Rwanda et en République démocratique du Congo (RDC).Mais fonctionnent-ils ?« Leurs résultats n\u2019ont jamais vraiment été mesurés sur le 42 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 terrain », constate Chimaraoke Izugbara, directeur de la santé globale, de la jeunesse et du développement à l\u2019International Center for Research on Women, basé à Washington.Les équipes présentes dans ces trois pays recueillent en ce moment des données pour évaluer les effets des programmes, un autre projet soutenu par le CRDI.LE FOND DE L\u2019HISTOIRE Pour intervenir ef?cacement, il faut d\u2019abord comprendre comment ces dynamiques hommes-femmes se sont installées au fil de l\u2019histoire, estime Marie Fall, professeure à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi et responsable du Laboratoire d\u2019études et de recherches appliquées sur l\u2019Afrique.Le continent « a vécu la traite arabe, qui a apporté l\u2019islam sur le territoire, puis il y a eu la traite occidentale avec le christianisme dans son sillon, rappelle-t-elle.La plupart des sociétés africaines étaient matriarcales avant l\u2019arrivée de ces religions qui ont beaucoup déstabilisé le continent en instaurant le patriarcat ».Les enjeux économiques et politiques font aussi partie du problème.« Dans un contexte où il y a beaucoup de con?its et où les hommes se trouvent souvent sans emploi, et donc incapables d\u2019agir comme pourvoyeurs, ils peuvent devenir très agressifs parce qu\u2019ils sentent qu\u2019ils n\u2019arrivent pas à jouer le rôle qu\u2019on attend d\u2019eux », indique la professeure Fall.Chimaraoke Izugbara abonde dans ce sens.« C\u2019est important de montrer aux hommes des façons plus positives d\u2019exprimer leur masculinité, mais pour avoir un réel effet, il faut en même temps leur offrir un milieu de vie paci?que et s\u2019attaquer à leur situation économique pour qu\u2019ils puissent travailler et, ainsi, répondre aux besoins de leur famille », dit celui qui est aussi professeur adjoint aux écoles de santé publique de l\u2019Université du Witwatersrand en Afrique du Sud et de l\u2019Université de Göteborg en Suède.Il prend en exemple la RDC, un pays qui a une histoire marquée par les atrocités de l\u2019esclavage, de la dictature et d\u2019une succession de guerres et de con?its sanglants.Le tout avec une constante : une population qui vit dans la misère.Pour bien des hommes, se battre fait partie du quotidien et le viol est une arme de guerre.Les emplois intéressants y sont rares et les hommes sont en compétition pour les obtenir.Alors que le modèle de l\u2019homme pourvoyeur est omniprésent, bien des pères ne parviennent tout simplement pas à nourrir leur famille.Très frustrés, ils ont souvent recours à la violence, le seul moyen pour montrer qu\u2019ils sont des hommes.« Ils vivent tellement de choses dif?ciles qu\u2019on ne peut pas commencer par leur parler seulement de violence », insiste Chimaraoke Izugbara.Qu\u2019il s\u2019agisse de la RDC, du Nigeria, du Rwanda, du Kenya ou de la Zambie, la situation se répète inlassablement.Tous ces pays ?gurent au bas de l\u2019indice de développement humain (IDH).En RDC, les habitants passent en moyenne à peine plus de six années sur les bancs d\u2019école et le revenu national brut par habitant est de 1 063 DI (ou dollars internationaux, une monnaie ?ctive qui possède le même pouvoir d\u2019achat dans un pays donné que le dollar américain aux États-Unis à un SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 43 \u2022 ILLUSTRATION : NITI MARCELLE MUETH SOCIÉTÉ moment précis).En guise de comparaison, le Canada est au 16e rang de l\u2019IDH, avec plus de 13 années de scolarité en moyenne et un revenu national brut par habitant de près de 48 527 DI.Toujours au Canada, 2 % des femmes qui ont déjà été en couple ont mentionné avoir été victimes de violence physique ou sexuelle de la part de leur partenaire, d\u2019après la base de données Gender, Institutions and Development 2019 de l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques.Au Rwanda, cette proportion est de 16 %, au Kenya de 39 %, en Zambie de 43 % et en RDC de plus de 50 %.Ces statistiques sont le re?et d\u2019un cocktail explosif où se mélangent la pauvreté galopante, l\u2019alcoolisme, la criminalité et le manque de modèles masculins positifs.Voilà pourquoi il est nécessaire de concevoir sur mesure les programmes de masculinité positive a?n de prendre en compte les conditions de vie brutales, mais aussi les normes culturelles et les valeurs.Par exemple, en RDC et au Rwanda, l\u2019homosexualité est stigmatisée ; elle est même interdite au Nigeria.« Dans ces contrées, la masculinité ne peut pas aller de pair avec l\u2019homosexualité, observe Chimaraoke Izugbara.On veut bien sûr leur parler de discrimination et de santé sexuelle, mais il faut faire attention et y aller stratégiquement.Parce que si l\u2019on y va de façon frontale, les hommes se braquent : ils vont dire qu\u2019on veut leur imposer les valeurs des Blancs et ils ne seront plus ouverts à entendre quoi que ce soit.» D\u2019autres questions doivent aussi être abordées avec précaution, comme les mariages forcés des jeunes ?lles et l\u2019avortement ?permis seulement dans des cas particuliers, comme lorsque la vie de la femme est en danger.« Toutes des questions pour lesquelles les hommes imposent souvent leurs décisions et qui sont liées directement aux droits des femmes », illustre Marie-Gloriose Ingabire, agente au CRDI, qui travaille étroitement avec Chimaraoke Izugbara.LE TEMPS DES BILANS Les équipes qui mesurent les retombées des différents ateliers de masculinité positive sont à l\u2019œuvre depuis 2019, principalement dans des bidonvilles, où les problèmes associés à la masculinité toxique sont exacerbés.Elles recommu- niquent avec les hommes qui ont participé à ces programmes.La collecte de données a dû s\u2019arrêter à un certain moment en raison de la COVID-19, mais pendant ce temps, les chercheurs ont pu amorcer leur analyse et produire des résultats préliminaires.Ces derniers sont porteurs d\u2019espoir.Après avoir été sensibilisés, des hommes « trouvent par exemple qu\u2019il est important d\u2019avoir une bonne attitude et qu\u2019il est possible que le rôle de pourvoyeur de la famille ne revienne pas uniquement à l\u2019homme, signale Marie-Gloriose Ingabire.Mais il nous reste à évaluer les changements concrets dans les comportements ».Pour y arriver, les chercheurs s\u2019entretiennent aussi avec les femmes, question de voir si elles en ressentent les effets dans leur quotidien.Au ?nal, ils espèrent en tirer des leçons pour bâtir de nouveaux programmes de masculinité positive, plus adaptés aux réalités de chaque pays.Lloyd Muriuki Wamai, de l\u2019Africa Alliance of YMCAs, recueille également des données sur les power spaces, entre autres celui de Kitwe, en Zambie.Rapidement, il est apparu que les hommes avaient très peu de notions en matière de plani?cation familiale.C\u2019est qu\u2019un certain cercle vicieux s\u2019est installé.Plusieurs femmes tombent enceintes et sont abandonnées par leur partenaire.Ces mères célibataires refusent que leurs ?lles subissent le même sort et se font un devoir de les accompagner à la clinique pour qu\u2019elles aient accès à une méthode contraceptive.La plani?cation familiale est ainsi devenue une « affaire de femmes ».« Les hommes pensent que tout est décidé d\u2019avance et ils n\u2019ont pas l\u2019habitude d\u2019en discuter, précise-t-il.De plus, la religion, très présente au Rwanda et en Zambie, ne les encourage pas à se renseigner sur ces questions.» « Nous avons donc eu l\u2019idée de créer un petit jeu vidéo éducatif où les jeunes adultes pourront apprendre des notions de base sur le sujet, poursuit Lloyd Muriuki Wamai.Nous pensons que cette stratégie pourrait être particulièrement efficace pour les amener à prendre leurs responsabilités ?et nous comptons en mesurer les retombées.» « En ce moment, les religions prescrivent la légitimité ?à un degré variable selon la confession, l\u2019ethnie, la culture, l\u2019âge, la classe sociale ?de la violence envers les femmes.» \u2014 Marie Fall, professeure à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi et responsable du Laboratoire d\u2019études et de recherches appliquées sur l\u2019Afrique 44 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 \u2022 IMAGE : DENIS BLACKBURN / UQAC Car la masculinité toxique ne sert pas les hommes non plus.« Dans le patriarcat, on attribue uniquement aux hommes des rôles et des qualités qui sont valorisés et estimés dans la société.Même s\u2019ils représentent apparemment une position avantagée pour les hommes, ces privilèges ont privé les hommes de mieux connaître ce que les femmes autour d\u2019eux pensent et proposent ; ils ont été obligés à ne pas manifester leurs sentiments et compétences ; à nier les possibilités de chercher de l\u2019aide et à se montrer toujours forts et capables même s\u2019ils ne se sentent pas ainsi à l\u2019intérieur », peut-on lire dans un livre de formation créé pour le Mali par le Centre d\u2019étude et de coopération internationale, une organisation basée à Montréal.Créée en 2018, cette formation prône d\u2019ailleurs une approche d\u2019égalité, gagnante pour toutes et tous, où les hommes peuvent prendre soin de leur famille, exprimer leurs sentiments, demander de l\u2019aide et reconnaître leurs faiblesses tout en étant des hommes, mais des hommes meilleurs.Pour le mieux-être de chacun et chacune, l\u2019homme doit trouver une nouvelle place dans la société et, pour y arriver, il faudra nécessairement agir sur la religion, d\u2019après Marie Fall.« L\u2019Afrique a vécu énormément de drames et la religion, vue comme un refuge, prend davantage de place lorsque les sociétés sont en crise, explique-t-elle.Il y a une très grande ferveur religieuse en Afrique et elle in?uence énormément les comportements des gens.» Chimaraoke Izugbara fait le même constat : « Les institutions religieuses jouent un grand rôle dans la société et elles renforcent le rôle traditionnel de l\u2019homme comme chef de famille et pourvoyeur, alors que la femme est perçue comme une subordonnée.Lorsqu\u2019on ajoute ce facteur à la pauvreté et au chômage, on réalise que les possibilités de changer les comportements des hommes sont limitées si l\u2019on n\u2019agit pas ailleurs aussi.» Marie Fall est d\u2019avis qu\u2019il faut proposer une interprétation des textes religieux moins violente et plus constructive pour revoir les normes sociales.« En ce moment, les religions prescrivent la légitimité ?à un degré variable selon la confession, l\u2019ethnie, la culture, l\u2019âge, la classe sociale ?de la violence envers les femmes », déplore-t-elle.La chercheuse souligne aussi l\u2019importance de ne pas tomber dans l\u2019autre extrême : donner tous les pouvoirs aux femmes.« C\u2019est vraiment dans l\u2019égalité entre les hommes et les femmes qu\u2019une société est réellement gagnante.Et bien sûr, pour pouvoir s\u2019y atteler, il faut résoudre les grands con?its qui minent les sociétés africaines, ce qui permettra en?n aux gens de vivre en paix et de gagner leur vie a?n d\u2019être en mesure de satisfaire leurs besoins de base et ceux de leur famille.On ne peut pas accomplir de réels progrès si les gens sont toujours en situation de survie.» Les projets de recherche décrits dans cet article et la production de ce reportage ont été rendus possibles grâce au soutien du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada.SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 45 \u2022 ILLUSTRATION : NITI MARCELLE MUETH SCIENCES S ous les secousses, l\u2019appartement a tangué comme un paquebot dans la tempête.« J\u2019avais sept ans et j\u2019étais dans la chambre avec mon père et ma mère, au troisième étage de notre immeuble, raconte Esra Moran Ünlü.Notre logement ballottait tellement que la porte du balcon s\u2019ouvrait et se refermait sans cesse.» La jeune femme se souvient de tous ces débris d\u2019édi?ces écroulés sur la route, des nuits passées dans la voiture et des conteneurs transformés en écoles de fortune.Son immeuble ne s\u2019est pas affaissé, mais d\u2019autres n\u2019ont pas eu cette chance.Le séisme de magnitude 7,4 qui a frappé la ville d\u2019Izmit en 1999 a fait plus de 17 000 morts dans la région.« J\u2019ai encore très peur des tremblements de terre », con?e Esra Moran Ünlü, qui vit maintenant à Istanbul, à une centaine de kilomètres de sa ville natale.Elle a eu l\u2019impression de revivre ce cauchemar lorsqu\u2019un séisme a secoué la mégapole en septembre 2019.Elle s\u2019est ruée à l\u2019extérieur de son bureau en panique, restant loin du bâtiment pendant des heures par crainte de répliques sismiques.Ce jour-là, Istanbul a subi peu de dommages.Mais susceptible de se produire à n\u2019importe quel moment, un mégaséisme ?un « Big One » ?menace sa population de plus de 15 millions d\u2019habitants.Une catastrophe appréhendée qui pourrait se révéler bien pire que le tremblement de terre d\u2019Izmit.Car la ville est mal située, et surtout mal préparée, malgré le choc de 1999.SUR LA CORDE RAIDE La Turquie est située au carrefour de plusieurs plaques tectoniques, qui « frottent » les unes contre les autres ?un coulissement qui donne lieu à des à-coups parfois violents.Sur plus de 1 000 km, la faille nord-anatolienne longe le nord du pays ?elle est analogue, en longueur, à la faille de San Andreas, en Californie.Cette zone de contact accumule de la tension sous le déplacement de la plaque anatolienne, principalement poussée vers l\u2019ouest par la plaque arabique, mais coincée dans son mouvement par la massive plaque eurasienne.Ce jeu de compressions fait de la Turquie l\u2019une des régions sismiques les plus actives du globe.Au cours du dernier siècle, le pays a subi 29 séismes d\u2019une magnitude de plus de 6 sur l\u2019échelle de Richter.Selon les prévisions des sismologues, le prochain tremblement de terre devrait se produire dans la mer de Marmara, à 20 km au sud d\u2019Istanbul.Un immense séisme a été documenté à cet endroit en 1766.Depuis, la plaque anatolienne, qui se déplace de quelques centimètres par année, aurait dû glisser sur plus de quatre mètres.Or, elle semble être arrêtée dans son déplacement.Après avoir établi la déformation de la plaque à l\u2019aide de mesures acoustiques du fond marin et constaté la relative immobilité AVANT QUE LA TERRE TREMBLE AVANT QUE LA TERRE TREMBLE Des immeubles de la ville de Yalova se sont effondrés en 1999, lors d\u2019un séisme de magnitude 7,4, dont l\u2019épicentre se trouvait à Izmit, à 65 km de là.Il n\u2019a duré que 37 secondes, mais a tué 17 000 personnes.46 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM de la zone, des chercheurs avancent que la faille est « bloquée », ce qui signi?e que les roches environnantes accumulent une grande tension pouvant être libérée à tout moment.De quoi affecter potentiellement des millions de personnes et paralyser l\u2019économie du pays, concentrée autour de la mer de Marmara.« Cette région est bien connue d\u2019un point de vue scienti?que.Tous les 200 ou 250 ans, elle est touchée par un tremblement de terre de magnitude supérieure à 7, indique la sismologue Eser Çakt?, à la tête du Département de génie sismique de l\u2019Université du Bosphore.La probabilité que survienne un mégaséisme est très forte, mais quand aura-t-il lieu : demain ?dans cinq ans ?On l\u2019ignore.» DES SQUELETTES FRAGILES Entre les arbres, des Stambouliotes font leur jogging matinal ou boivent du café assis sur les bancs.Le parc Maçka est l\u2019un des derniers espaces verts du centre-ville.Si l\u2019Organisation mondiale de la santé recommande plus de 10 m2 d\u2019espace vert par habitant, la ville d\u2019Istanbul n\u2019en offre que 6,4.Le parc Maçka est ainsi l\u2019un des rares endroits où les gens peuvent se réfugier en cas de tremblement de terre.En effet, le principal danger des séismes ne vient pas des secousses, mais de l\u2019écroulement des immeubles fragiles, explique l\u2019architecte Asl?Sener tout en balayant le parc du regard.À Istanbul, la plupart de ces derniers ont été érigés lors d\u2019une vague de construction dans les années 1980.« Les édi?ces conçus il y a 100 ans sont souvent plus solides que ceux construits il y a 50 ans », dit-elle en critiquant le manque de règlementation pendant cette période.Selon un rapport publié par la municipalité d\u2019Istanbul en 2020, plus de 48 000 bâtiments pourraient s\u2019effondrer ou être gravement endommagés en cas de tremblement de terre majeur, tandis que 200 000 autres pourraient subir des dommages considérables.Dans des quartiers vulnérables comme Avc?lar, plus de 60 % des immeubles pourraient écoper si rien n\u2019est fait pour renverser la situation.Asl?Sener a déjà participé à un projet de rénovation de l\u2019un de ces bâtiments.« On a extrait des carottes de ciment qu\u2019on a analysées en laboratoire pour évaluer l\u2019état de la structure », explique-t-elle.Son équipe a constaté que le ciment était composé de sable provenant de la mer, un matériau économique, mais vulnérable à la corrosion en raison de sa teneur en sel.Des barres d\u2019acier lisses avaient été utilisées pour renforcer la structure.Or, de la même façon qu\u2019une vis est plus solidement ?xée qu\u2019un clou dans un mur, ces barres auraient dû être nervurées pour rester liées au ciment en cas de stress.« On a ensuite placé les éléments de la structure dans un logiciel de modélisation pour désigner les points faibles du bâtiment », détaille-t-elle.Puis, l\u2019équipe a renforcé le tout.« Il y a une méthode qui consiste à envelopper les colonnes avec des corsets métalliques, mais dans notre cas, on a employé de la ?bre de carbone », précise Asl?Sener.Aux jonctions Des milliers de morts et de blessés, une économie à l\u2019arrêt, une ville en ruine : c\u2019est un scénario auquel doivent se préparer des mégapoles vulnérables aux séismes, comme Los Angeles et Tokyo.À Istanbul aussi, une course contre la montre est entamée.Mais s\u2019y prend-on de la bonne façon ?PAR MIRIANE DEMERS-LEMAY TERRE TREMBLE TERRE TREMBLE Cette carte des plaques tectoniques montre que la Turquie se trouve au carrefour de plusieurs d\u2019entre elles.Turquie Des hommes fouillent les décombres du tremble ment de terre de 1999.SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 47 SCIENCES des poutres et des colonnes, l\u2019équipe a posé des « prothèses » fabriquées avec un polymère très résistant constitué de résine époxy et de ?bre de carbone.Ces prothèses sont formées d\u2019une enveloppe externe renforcée par des tiges de polymère dans les colonnes.Cet immeuble a été rénové avec succès.Cependant, il faudrait procéder pareillement avec près de 250 000 bâtiments, et ce, de façon urgente, selon le rapport de la municipalité d\u2019Istanbul.Un dé?inimaginable pour les propriétaires, qui auraient besoin de ?nancement public pour y parvenir.Or, cet argent est plutôt investi dans la construction de l\u2019ambitieux et controversé canal Istanbul, qui divisera la ville en deux.Au coût estimé de 15 milliards de dollars américains, cette nouvelle route de 45 km sera creusée parallèlement au détroit du Bosphore a?n de faciliter le transport maritime entre la mer Noire et la mer de Marmara.Alors que le président turc, Recep Tayyip Erdo?an, y voit une juteuse occasion d\u2019affaires, plusieurs experts estiment que cette stratégie néoli- bérale d\u2019urbanisation de la ville est au cœur de la fragilité sismique d\u2019Istanbul.URBANISATION GALOPANTE Dans la foulée du séisme de 1999, on a tenté de préparer Istanbul au « Big One ».Des centaines d\u2019écoles et d\u2019établissements de santé ont été reconstruits selon les normes antisismiques.Les fragiles bidonvilles de plusieurs quartiers ont été détruits.Mais ces efforts ne se sont révélés ni suf?sants ni même adéquats pour compenser l\u2019urbanisation galopante de la ville.Ainsi, sa vulnérabilité sismique n\u2019a pas diminué en 20 ans, constate Tayfun Kahraman, directeur du service de la gestion des risques sismiques d\u2019Istanbul.« Le processus pour gérer les catastrophes nécessite une interaction interdisciplinaire et la coopération des parties prenantes des secteurs public et privé, des universités et des organisations non gouvernementales », déclare ce dernier.Or, le pouvoir de décision de l\u2019urbanisation de la ville a plutôt été concentré entre les mains du gouvernement de Recep Tayyip Erdo?an, en poste depuis 2002, qui a favorisé la privatisation des terres et la spéculation immobilière au détriment de la sécurité civile.« Le gouvernement et le secteur immobilier utilisent \u201cle discours du risque de catastrophe\u201d comme un outil idéologique pour légitimer la ruée vers le développement urbain en Turquie », ont critiqué l\u2019urbaniste Miray Özkan Eren et l\u2019architecte Özlem Özçevik dans la revue A|Z ITU de la Faculté d\u2019architecture de l\u2019Université technique d\u2019Istanbul en 2015.« Cette approche a pour effet d\u2019accroître les inégalités sociales, de causer des dommages écologiques irréparables et de négliger les droits démocratiques.» À titre d\u2019exemple, le gouvernement turc a obtenu des sommes d\u2019argent substantielles d\u2019organismes comme la Banque mondiale pour mener des projets de construction présentés dans le cadre de sa stratégie de résilience sismique, mise en place en 2012.Ces projets, qui comprennent un troisième aéroport, un troisième pont au-dessus du Bosphore et le canal Istanbul, contribuent au contraire à l\u2019étalement urbain, s\u2019alarment plusieurs experts comme l\u2019urbaniste Pelin P?nar Giritlio?lu.« Istanbul est une ville sous la pression de projets qui consomment ses derniers lieux ouverts tout en menaçant les aires rurales en périphérie qui, pourtant, sont importantes pour fournir la nourriture et l\u2019eau aux habitants en cas d\u2019urgence », observe-t-elle en notant que le projet du canal Istanbul vise à attirer au moins deux millions de personnes supplémentaires dans la mégapole.En octobre 2020, un tremblement de terre à Izmir, en bordure de la mer Égée, a de nouveau fait prendre conscience de la menace.Le maire d\u2019Istanbul, Ekrem mamo?lu, a rappelé que la résilience sismique faisait partie de ses priorités.Une équipe multidisciplinaire a récemment été mise sur pied pour mettre à jour avec plus de précision les risques associés à l\u2019important secteur industriel situé autour de la mer de Marmara.Le groupe a aussi pour mandat de concevoir des outils destinés à limiter les risques et à améliorer la collaboration entre différents acteurs.Deux centres pour sensibiliser la population aux catastrophes seront créés au cours des prochaines années et des systèmes d\u2019alerte des tsunamis seront mis en place.Mais est-ce trop peu, trop tard ?Est-il encore temps de freiner l\u2019urbanisation pour sauver Istanbul quand la terre tremblera ?Un ballet de grues mécaniques s\u2019activent sur les chantiers des nouveaux quartiers.À toute vitesse, la mégapole continue de grandir au-dessus d\u2019une catastrophe annoncée.Un monument érigé à Gölcük après le séisme de 1999.On peut y lire l\u2019inscription « Nous n\u2019oublierons jamais ».48 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM L\u2019événement majeur sur la transformation numérique Du 12 au 17 octobre 2021 La Semaine numérique de Montréal \u2014 Édition hybride 12 000 500 300 80 6 PARTICIPANTS EXPOSANTS CONFÉRENCIERS PAYS JOURS MTLCONNECTE.CA RÉSERVEZ VOTRE PLACE Un événement L e Disperse Yellow 7 (DY7) et le dinonylnaphthalène sulfonate de calcium (CaDNS) ne sont pas les contaminants les plus connus.Ils n\u2019avaient d\u2019ailleurs jamais été vraiment étudiés.Ces substances chimiques, qui entrent dans la fabrication des vêtements et de lubri?ants sous la forme de colorants, sont pourtant nuisibles à la santé de certains vertébrés, comme les amphibiens.C\u2019est ce qu\u2019ont révélé deux études cosignées par Valérie Langlois, chercheuse et professeure à l\u2019Institut national de la recherche scienti?que (INRS).Lorsqu\u2019ils aboutissent dans les cellules des grenouilles qui peuplent nos lacs et rivières, ces polluants modi- ?ent le fonctionnement normal de leur organisme, causent des malformations et augmentent la mortalité.Depuis la publication des articles scienti?ques sur le DY7 et le CaDNS, le gouvernement du Canada a pris acte des résultats et revu ses modèles de réduction du risque.L\u2019équivalent d\u2019un coup de circuit pour la lauréate du Prix du Québec ?Relève scienti?que 2020, attribué par le gouvernement du Québec à une personne de 40 ans ou moins se distinguant par l\u2019excellence de ses travaux de recherche et son leadership.« En écotoxicologie, toutes les preuves disponibles et pertinentes sont prises en compte pour bien dé?nir le risque.Dans les cas du DY7 et du CaDNS, nous étions les premiers à les étudier, de là l\u2019importance relative de ces travaux », explique celle qui a publié quelque 60 articles dans des revues de premier plan au cours de la dernière décennie.FRANC-PARLER Même si elles n\u2019ont pas toujours une telle portée réglementaire, les recherches de Valérie Langlois sur les nombreux autres contaminants engendrés par les activités humaines n\u2019en sont pas moins d\u2019intérêt.Son approche, qui allie biologie moléculaire, biochimie, chimie et toxicologie environnementale, a permis entre autres de renforcer l\u2019édi?ce des connaissances sur la toxicité du bitume dilué issu des sables bitumineux albertains, qui transite par oléoducs.La chercheuse a démontré que le produit peut causer des difformités chez les larves de certains poissons et chez les embryons de grenouille, ce qui pourrait survenir dans le cas d\u2019un déversement par exemple.« J\u2019ai beaucoup contribué à remplir la bible des autorités réglementaires à ce sujet », commente-t-elle.L\u2019atrazine et le Bti, deux pesticides utilisés massivement au pays, et les molécules employées en chimiothérapie font aussi partie des substances qui retiennent l\u2019attention de la titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écotoxicogénomique et perturbations endocriniennes.Leur point commun : toutes se fraient un chemin jusque dans l\u2019environnement, altérant au passage la production d\u2019hormones essentielles au bon développement des SUS AUX CONTAMINANTS ! VALÉRIE LANGLOIS ÉTUDIE LES RÉPERCUSSIONS DES CONTAMINANTS SUR LES VERTÉBRÉS ET SOUHAITE SENSIBILISER LE PUBLIC À L\u2019IMPORTANCE DE MIEUX RÉGLEMENTER CES SUBSTANCES.CHERCHEUSE EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC 50 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 PHOTO : LOUISE BILODEAU SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 51 espèces animales qui y vivent.« La question n\u2019est pas de savoir si une substance chimique aura un effet, mais bien comment en limiter les répercussions potentiellement néfastes, af?rme Valérie Langlois.Ne pourrait-on pas la transformer a?n qu\u2019elle se dégrade rapidement ?Ou qu\u2019elle puisse faire of?ce de nutriment ?» Manifestement, la scienti?que a le franc-parler de ceux et celles qui souhaitent provoquer des changements.Ses efforts en ce sens l\u2019ont notamment menée à mettre sur pied le Centre intersectoriel d\u2019analyse des perturbateurs endocriniens (CIAPE) en 2020.Financée par l\u2019INRS, cette unité regroupe plus d\u2019une centaine d\u2019experts de tous les horizons autour de la thématique des perturbateurs endocriniens, qu\u2019on trouve entre autres dans les produits pharmaceutiques et domestiques.« Une de nos missions est d\u2019informer la population sur ces substances nocives pour la santé.Il faut que ce sujet soit davantage sur la place publique », déclare cette leader naturelle.Chose notable : son équipe compte 70 % de femmes, ce qui en fait l\u2019un des rares laboratoires à compter une majorité de chercheuses au Québec, au Canada et dans le monde.ÇA JOUE DUR Dans sa croisade contre les contaminants qui polluent les écosystèmes, Valérie Langlois ne se fait pas que des amis.Très tôt dans sa carrière, la chercheuse a été victime d\u2019intimidation de la part de représentants de compagnies dont elle égratignait les produits.Elle se souvient d\u2019un épisode houleux à un congrès où elle présentait des résultats.« Un participant m\u2019a prise à partie et a menacé de salir ma réputation », se souvient-elle.L\u2019incident, qu\u2019elle quali?e de « traumatisant », l\u2019a découragée pendant un temps de poursuivre ses travaux sur le contaminant en question, un biopesticide ?ce n\u2019est que tout récemment qu\u2019elle a repris le ?lon.« Si je ne travaille pas là-dessus, qui le fera ?Je ne pouvais pas laisser gagner mon intimidateur », dit-elle.La chercheuse n\u2019est malheureusement pas la seule à recevoir une volée de bois vert pour ses travaux.« La pratique est répandue ; j\u2019en ai moi-même fait les frais, raconte Vance Trudeau, professeur au Département de biologie de l\u2019Université d\u2019Ottawa et directeur de thèse de Valérie Langlois.Insultes, mises en garde et tentatives de sabotage sont les tactiques de lobbyistes embauchés précisément à cette ?n par un petit nombre de compagnies très agressives.» Paradoxalement, ajoute-t-il, l\u2019excellente capacité de communiquer de sa désormais proche collaboratrice a pour effet de la protéger de ces in?uences indues.« Elle est une as de la communication du risque sur les contaminants.Le CIAPE est en ce sens une idée géniale, puisqu\u2019il attire l\u2019attention sur un sujet qu\u2019on ne peut plus ignorer collectivement.» Dif?cile en effet de museler une communauté de chercheurs tricotée serrée.Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC* P H O T O : C H R I S T I N N E M U S C H I RQ : Que représente pour vous le Prix du Québec ?Relève scienti?que que vous avez gagné en 2020 ?VL : Il vient reconnaître la portée de mes recherches sur les conséquences des contaminants sur notre faune et nos écosystèmes, qui sont extrêmement importantes dans la société québécoise.Également, ce prix fait rayonner les efforts de tous les membres de mon groupe de recherche, anciens et futurs, puisqu\u2019il con?rme la qualité de la formation que je donne.Finalement, il me permet de poursuivre mes travaux pour un environnement sain pour tous les habitants de la planète.RQ : Voyez-vous d\u2019un bon œil la participation citoyenne en recherche ?VL : Absolument ! Par contre, il est essentiel qu\u2019elle soit sollicitée ou supervisée par des scienti?ques.On s\u2019assure ainsi de la qualité des observations ou des échantillons ainsi que de la validité des résultats.La science participative permet à la population d\u2019en savoir davantage sur divers sujets scienti?ques d\u2019intérêt, mais aussi de s\u2019y immerger.On apprend mieux lorsqu\u2019on est directement concerné, et non spectatrice ou spectateur.En guise d\u2019exemple, je valide l\u2019ef?cacité d\u2019un ?let conçu par un organisme à but non lucratif québécois pour retirer les microplastiques des rivières et des lacs.Dans une phase ultérieure, des participants seront invités à en faire l\u2019essai.Une fois validé, ce ?let pourra aider à « laver l\u2019eau » du Québec, comme le dirait si bien Robert Charlebois.RQ : Intimidation, tentatives de sabotage, désinformation : comment mieux soutenir les chercheurs et les chercheuses qui, tout comme vous, sautent dans l\u2019arène publique pour partager leurs travaux ?VL : Il faut savoir garder la tête haute et s\u2019entourer de personnes bienveillantes a?n de préserver son intégrité et sa con?ance en soi.L\u2019intimidation par les industries, qui fabriquent les différents produits chimiques et biologiques contaminant nos écosystèmes et notre corps, est réelle et parfois intense.Les établissements de recherche doivent servir de bouclier pour protéger leurs chercheuses et chercheurs et leur offrir toute l\u2019aide juridique et psychologique nécessaire en cas de litige.Je connais malheureusement plusieurs scienti?ques qui ont cessé d\u2019étudier les conséquences des pesticides pour cause d\u2019intimidation.En outre, il faut guider le public vers une information de qualité.Les scienti?ques n\u2019étant pas formés en vulgarisation, les organisations doivent leur proposer des services de communication personnalisés pour les soutenir.Des plateformes permettent également aux femmes et aux hommes de science de développer leurs habiletés en vulgarisation et d\u2019alimenter directement la scène médiatique.scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/SciChefQC @scichefqc 52 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 CuL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb VOIR La fête à l\u2019hosto Des percées technologiques et scienti?ques, deux pandémies (grippe espagnole et COVID-19), deux guerres : l\u2019Hôpital général de Montréal en a vu de toutes les couleurs au cours de ses 200 années d\u2019existence.Dire qu\u2019à ses modestes débuts il ne comptait que\u2026 quatre lits ! À l\u2019occasion de cette année anniversaire, l\u2019établissement hospitalier ?qui a établi la première faculté de médecine au Canada, celle de l\u2019Université McGill ?offre au public une généreuse exposition virtuelle revenant sur ses moments et innovations charnières.Appuyée par de captivants documents d\u2019archives, l\u2019exposition en quatre chapitres ne lésine pas sur les détails.Elle explore autant la médecine de guerre et les limites des traitements médicaux pré- Louis Pasteur que ses liens avec le Canadien de Montréal ou le combat des femmes pour faire reconnaître la profession d\u2019in?rmière.Le tout en ef?eurant une parcelle de l\u2019histoire de la métropole, puisque pendant ce temps l\u2019hôpital a été au chevet d\u2019une ville en pleine urbanisation.Exposition du 200e anniversaire de l\u2019Hôpital général de Montréal, hgm200.com L I R E \u2022 IMAGE : HGM200.COM La vie en boîte Omniprésents en ce 21e siècle, les bio-objets ont la cote : cellules souches, embryons congelés, tissus cellulaires fabriqués en laboratoire.Il ne semble pas y avoir de limites à ce qu\u2019on peut créer dans une boîte de Pétri.N\u2019a-t-on pas lu ou entendu qu\u2019il est aujourd\u2019hui possible de concevoir un humain à partir de trois génomes ?La sociologue Céline Lafontaine est fascinée par cette vie qui prolifère in vitro.Dans Bio-objets : les nouvelles frontières du vivant, elle braque les projecteurs sur l\u2019usage, la complexité et l\u2019existence même des produits biologiques.Ils demeurent méconnus bien qu\u2019ils fassent les manchettes.Son livre soulève plusieurs questions éthiques, par exemple celles liées aux embryons et ovules inutilisés qui dorment dans les banques des cliniques de fertilité.Ils pourraient servir à la recherche scienti?que ou à d\u2019autres familles.Mais « ils ne sont jamais présentés dans leur dimension matérielle économique ni en tant que ressource biomédicale », mentionne la chercheuse.N\u2019oublions pas qu\u2019il y a « toute une dimension affective » dans le fait de donner des embryons.« Les gens ne veulent pas les détruire », explique en entrevue la professeure de sociologie de l\u2019Université de Montréal.Céline Lafontaine constate ainsi que le public entretient « l\u2019illusion d\u2019une maîtrise du vivant plus grande qu\u2019en réalité ».« Avec [la COVID-19] on devrait avoir compris ça.On a affaire à un virus dont on n\u2019arrive pas à trouver l\u2019origine ni à freiner la propagation.Ça devrait nous donner une idée de la complexité de la maîtrise du vivant, expose la sociologue.Quand on est incapable de comprendre les limites du vivant de l\u2019humain, c\u2019est dif?cile de penser les limites de la planète.» L\u2019universitaire souligne d\u2019ailleurs une grande contradiction : d\u2019un côté, la biodiversité s\u2019éteint à petit feu et, de l\u2019autre, le « vivant » de laboratoire connaît une croissance fulgurante.Nous méditerons encore longtemps sur ce qu\u2019elle nomme la « face cachée de l\u2019Anthropocène ».Bio-objets : les nouvelles frontières du vivant, par Céline Lafontaine, Éditions du Seuil, 337 p. SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 53 Bouillon de culture James Cameron est bien connu pour son amour des profondeurs et des projets colossaux (Titanic, Avatar).Il n\u2019est donc pas étonnant de le retrouver à la réalisation du documentaire Le secret des baleines.Chacun des quatre épisodes de cette minisérie de National Geographic s\u2019orchestre autour de géants des mers ?l\u2019épaulard, la baleine à bosse, le béluga et le cachalot ?et lève le voile sur leur culture, chose qu\u2019on croyait jusqu\u2019alors réservée aux humains.C\u2019est exactement là que la série se distingue, dans sa capture de moments forts de transmission intergénérationnelle.On découvre ainsi des traditions de chasse, des dialectes et des routines migratoires.Un spectacle grandiose.Le secret des baleines, sur Disney+, quatre épisodes de 45 minutes.Territoire fantastique Les promenades en ville et les escapades en voiture prennent une tout autre dimension pour les enfants avec La préhistoire du Québec en main.Au ?l d\u2019explications truculentes, le vulgarisateur et passionné des temps préhistoriques Patrick Couture initie les jeunes aux premières lueurs de vie sur notre vaste territoire.Chacun des trois premiers tomes (Dinosaures et animaux disparus ; Météorites, roches et fossiles ; Cataclysmes et changements climatiques) révèle à quel point l\u2019endroit où l\u2019on habite s\u2019est métamorphosé au ?l des âges.On y apprend une foule de choses : des pieuvres de la taille d\u2019un autobus scolaire ont vécu dans le sud du Québec ( !) ; les Laurentides auraient déjà été plus hautes que l\u2019Himalaya ( ! !) ; et l\u2019absence de fossiles de dinosaures dans notre sous-sol ne veut pas dire qu\u2019ils n\u2019ont pas un jour vagabondé dans les parages.Des faits à décrocher la mâchoire que Martin PM illustre avec punch.Les trois tomes suivants de cette délicieuse collection paraîtront au cours de 2022.La préhistoire du Québec, 3 tomes, par Patrick Couture et Martin PM, Éditions Fides, 48 p.R E G A R D E R L I R E La vraie nature Véritable mine d\u2019or d\u2019informations et de conseils, Le jardin vivrier : autosuf?sance et non- travail du sol documente le potager nordique de Marie-Thérèse Thévard avec une telle générosité que cela en fait un incontournable pour les maraîchers.Sa ?lle Marie révèle aux apprentis comme aux initiés les secrets maternels pour cultiver fruits, légumes et légumineuses selon les principes de la permaculture et en faisant con?ance au « génie du sol ».Dans ce guide pratique rythmé par les mois de l\u2019année, le lecteur apprend autant à commencer un jardin que le b.a.-ba des semis, la lutte contre les ravageurs et la préservation des récoltes.En plus d\u2019être abondamment illustré, il lègue recettes et calendriers et glisse même quelques trucs sur l\u2019installation d\u2019un poulailler.Le tout transpire tellement l\u2019amour de la terre et de la nature qu\u2019il réussira assurément à faire germer bien des projets.Le jardin vivrier : autosuf?sance et non-travail du sol, par Marie Thévard, Écosociété, 384 p.\u2022 IMAGE : FIDES/MARTIN PM Le chœur de l\u2019océan Il n\u2019y avait pas de meilleur moment pour plonger les microphones sous l\u2019eau et écouter la vie dans l\u2019océan que pendant la première moitié de 2020, alors que la COVID-19 clouait le tra?c maritime au port, réduisant la pollution acoustique sous-marine.Cette période, que des chercheurs ont baptisée « Anthropause », était une occasion unique dont a pro?té l\u2019équipe derrière The Sound Aquatic.Dans ce balado, des scienti?ques partagent leurs enregistrements et s\u2019en servent pour alimenter les discussions sur la façon dont les animaux marins s\u2019orientent et se séduisent.Une plongée sonore instructive, agrémentée du doux cliquetis des crevettes, du chant des rorquals et du babil des larves.The Sound Aquatic : The Ocean and the Anthropause, cinq épisodes d\u2019une vingtaine de minutes chacun, à télécharger sur votre plateforme de balados préférée.Libérez le trésor Pendant des milliers d\u2019années, cette puissance érotique qu\u2019est l\u2019éjaculation féminine a été célébrée et auréolée dans les textes anciens.Mais au cours des années 1930, elle a disparu de la littérature médicale.Ce « ?ux de joie » est soudainement devenu tabou, embarrassant, honteux.Dans son passionnant essai Fontaines : histoire de l\u2019éjaculation féminine de la Chine ancienne à nos jours, l\u2019Allemande Stephanie Haerdle propose aux femmes (et aux hommes) de le redécouvrir en remontant le ?l de son histoire en montagnes russes.Ce nectar a été à la fois source de ?erté au Rwanda, ignoré par les féministes occidentales (sous prétexte qu\u2019il est un « fantasme misogyne déguisé »), embrassé par les militantes de la pornographie des années 2000, puis censuré en Grande-Bretagne (car les autorités y voyaient une forme d\u2019urolagnie).Si de nombreux chercheurs et spécialistes s\u2019interrogent sur la composition du ?uide en vedette, l\u2019ouvrage se fait surtout un devoir de l\u2019honorer et se veut une vibrante invitation à la réappropriation du corps féminin et de sa sexualité.Fontaines : histoire de l\u2019éjaculation féminine de la Chine ancienne à nos jours, par Stephanie Haerdle, Lux éditeur, 311 p.É C O U T E R LIRE 54 QUÉBEC SCIENCE | SEPTEMBRE 2021 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME SEPTEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 55 nom ichier : Les sorties laser ne relètent pas idèlement les couleurs telles qu\u2019elles paraîtront sur le produit ini.Cette épreuve est utilisée à des ins de mise en page seulement Mais surtout, une 2e dose de vaccin.Pour traverser une pandémie, ça prend une bonne dose de patience.Québec.ca/vaccinCOVID À la recherche de nouveaux balados instructifs ?Découvrez les émissions créées par la communauté uqamienne sur une multitude de sujets.balados.uqam.ca "]
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