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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Décembre 2021, Vol. 60, No. 4
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Québec science, 2021, Collections de BAnQ.

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[" QUEBEC SCIENCE Oser collectionner les papillons en 2021 La renaissance des psychédéliques Planter des arbres par milliers : une fausse bonne idée ?Tout ce que vous devez savoir sur les NFT DÉCEMBRE 2021 Suit-il d\u2019un trip pour combattre la dépression, l\u2019anxiété, les traumatismes?Les ravages des cochons sauvages 2 QUÉBEC SCIENCE | OCTOBRE-NOVEMBRE 2021 nom ichier : Les sorties laser ne relètent pas idèlement les couleurs telles qu\u2019elles paraîtront sur le produit ini.Cette épreuve est utilisée à des ins de mise en page seulement Même vacciné, faites-vous dépister.Si vous avez été en contact avec un cas de COVID-19 ou si vous avez des symptômes s\u2019apparentant à ceux de la COVID-19, tels que : Fièvre Toux Perte du goût ou de l\u2019odorat Respectez les consignes d\u2019isolement et passez un test de dépistage.Québec.ca/testCOVID19 On continue de se protéger. DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 3 SOMMAIRE nom ichier : Les sorties laser ne relètent pas idèlement les couleurs telles qu\u2019elles paraîtront sur le produit ini.Cette épreuve est utilisée à des ins de mise en page seulement 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Babillard | 9 Carnet de santé Par la Dre Alexandra S.Arbour 11 Technopop Par Chloé Freslon | 12 Polémique Par Jean-François Cliche | 46 Culture Par Émilie Folie-Boivin 49 Anthropocène Par Jean-Patrick Toussaint | 50 Rétroviseur Par Saturnome QUÉBEC SCIENCE DÉCEMBRE 2021 33 28 8 6 I L L U S T R A T I O N D E L A C O U V E R T U R E : S É B A S T I E N T H I B A U L T SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS Des photographes dévoilent la diversité des ?ocons de neige.8 PALUDISME : ENFIN L\u2019ESPOIR D\u2019UN VACCIN Des vaccins expérimentaux auront-ils le dessus sur les parasites ?10 UNE NAINE BRUNE PAS COMME LES AUTRES « L\u2019Accident » est un objet aux propriétés insolites qui fascine les scienti?ques.11GRIMACES ANIMALES Les expressions faciales sont des indices de la douleur vécue par les animaux.14 LE HANDICAP DE LA SOCIÉTÉ Corinne Lajoie étudie les dimensions sociales et politiques du handicap.EN COUVERTURE 18 Planer pour guérir Après des décennies de bannissement, les substances psychédéliques renaissent de leurs cendres.Elles pourraient devenir un outil précieux pour soulager ceux et celles qui souffrent d\u2019anxiété ou de dépression.REPORTAGES 28 L\u2019abc des NFT Les NFT bouleversent le monde de l\u2019art numérique.Au-delà du marché spéculatif absurde qu\u2019ils ont engendré, ont-ils une utilité ?33 Alerte aux cochons sauvages ! Des porcs errants font des ravages aux quatre coins de la planète, mais pas au Québec.Du moins pas encore.39 Les mégadonnées à échelle humaine Le fameux big data est-il en voie de révolutionner les sciences humaines ?CHERCHEUSE EN VEDETTE 44 DEVOIR DE MÉMOIRE María Juliana Angarita s\u2019intéresse à la construction du patrimoine dans la foulée du con?it armé colombien.À L\u2019INTÉRIEUR POUR LA SUITE DU MONDE Un supplément réalisé en collaboration avec le réseau de l\u2019Université du Québec 1 Pour la suite du monde LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC Pour la suite du monde La pandémie, une bougie d\u2019allumage pour les innovations en santé Comment bâtir une vie culturelle résiliente ?Les effets de la crise sur la santé mentale de la communauté étudiante Des chercheurs ré?échissent à des solutions pour transformer nos vies d\u2019après-COVID. 4 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan Éditorial V isionnaire, mythique, avant- gardiste : les superlatifs pour décrire la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) ne manquent pas.Depuis sa fondation en 1958, l\u2019agence de recherche américaine est devenue synonyme de révolution technologique.En effet, elle a joué un rôle dans la création d\u2019inventions qui ont durablement modelé notre monde : Internet, les systèmes de navigation GPS, la souris d\u2019ordinateur, les avions furtifs, les assistants vocaux, les voitures autonomes et même les vaccins à ARN.Personne ne s\u2019étonnera qu\u2019un tel succès fasse rêver des nations en manque d\u2019inspiration pour canaliser leurs efforts en matière d\u2019innovation.L\u2019Europe, le Japon, la Corée du Sud, la Chine, l\u2019Allemagne et la Grande-Bretagne ont tous lancé leur version de la célèbre agence ou sont en voie de le faire.Le Canada nourrit aussi ce fantasme, lui qui est à la traîne dans le dernier bulletin de l\u2019innovation du Conference Board du Canada.Avec une note de C, il se classe au 11e rang parmi 16 pays comparables.En quête d\u2019une solution miracle, tant les libéraux que les conservateurs se sont engagés, au cours de la dernière campagne électorale, à créer un organisme à la DARPA ; les premiers ont promis un ?nancement de deux milliards de dollars, tandis que les seconds y sont allés de cinq milliards.Maintenant qu\u2019il a été réélu, le gouvernement de Justin Trudeau ira-t-il de l\u2019avant ?C\u2019est un pensez-y-bien.Parce qu\u2019entre le rêve et la réalité il y a un immense gouffre.Il faut savoir que le fonctionnement de la DARPA est encore nimbé de mystère.Faut-il rappeler qu\u2019elle est rattachée à l\u2019armée américaine ?« Il n\u2019y a pas et ne devrait pas y avoir de réponse unique à la question de savoir ce qu\u2019est la DARPA ?et si quelqu\u2019un vous dit qu\u2019il y en a une, c\u2019est qu\u2019il ne comprend pas la DARPA », a déjà écrit Richard Van Atta, expert de la sécurité nationale.On sait néanmoins que l\u2019agence s\u2019appuie sur un petit nombre d\u2019employés dont la tâche principale est de soutenir une centaine de chefs de projet qui se partagent une enveloppe annuelle de trois milliards de dollars américains.Ces chargés de projet sont des sommités dans leur domaine.Recrutés dans les universités ou les entreprises privées, ils se voient con?er un mandat de trois à cinq ans.Pendant ce court laps de temps, ils mettent au point une technologie radicalement nouvelle pour régler un problème urgent et complexe (par exemple comment prévenir une cyberguerre).Pour y parvenir, ils se voient offrir la pleine autonomie pour embaucher leur équipe et gérer leur ?nancement.Les entraves bureaucratiques sont réduites au minimum, les pressions politiques et économiques écartées et la révision par les pairs pratiquement inexistante.La liberté est totale\u2026 y compris celle d\u2019échouer.La DARPA a d\u2019ailleurs connu sa part d\u2019échecs, certains spectaculaires.Malgré les millions investis, aucun espion n\u2019a été doté de pouvoirs télépathiques.L\u2019idée d\u2019un vaisseau spatial interplanétaire larguant des bombes nucléaires a été abandonnée, tout comme l\u2019éléphant mécanique qui devait aider l\u2019armée américaine empêtrée dans la guerre du Vietnam.Le bilan de la DARPA est aussi teinté d\u2019innovations qui ont fait plus de tort que de bien.Pensons à l\u2019agent orange, un herbicide déversé par les militaires américains pendant le con?it au Vietnam qui a causé de terribles maux tant chez les civils que parmi les vétérans.Ou encore au programme Total Information Awareness, un système de surveillance conçu à la suite du 11 septembre 2001 qui a été décrié pour ses tendances orwelliennes.Et aucune de ses inventions n\u2019a permis aux Américains de triompher en Irak et en Afghanistan.La légende en a pris un coup\u2026 La DARPA, on l\u2019aura compris, n\u2019accomplit pas de miracles.Il s\u2019agit avant tout d\u2019une organisation qui, depuis plus de 60 ans, peau?ne une recette alliant la rapidité et l\u2019indépendance à des ambitions démesurées et des talents exceptionnels ?sans jamais avoir à s\u2019inquiéter du périlleux passage du laboratoire au marché, puisqu\u2019elle compte sur un client attitré pour acheter ses technologies : l\u2019armée.Peut-on raisonnablement s\u2019attendre à ce que le Canada soit en mesure d\u2019arriver à un tel résultat ?La poignée de chercheurs qui ont étudié la DARPA sont unanimes : le modèle n\u2019est pas impossible à reproduire en dehors d\u2019une organisation militaire, mais tous ceux qui s\u2019y sont essayés se sont cassé les dents ou ont obtenu des résultats mitigés.Les États-Unis eux-mêmes ne brillent pas à ce chapitre.Dans leur volonté de créer des agences similaires aux visées civiles, ils ont lancé en 2009 l\u2019Advanced Research Projects Agency-Energy, qui cherche à accélérer les découvertes dans le domaine des énergies propres.Mais, même après 10 ans d\u2019existence, il est toujours dif?cile de se prononcer sur son succès.Avant toute chose, le Canada devrait s\u2019interroger sur les causes profondes qui paralysent son écosystème d\u2019innovation.En se privant de cet exercice et en fonçant tête baissée dans la création de sa version de la DARPA, il risque de se retrouver coincé avec un éléphant blanc\u2026 ou mécanique.La légende de la DARPA Le Canada souhaite reproduire le modèle de la DARPA, l\u2019agence de recherche américaine réputée pour ses innovations audacieuses.Est-ce réaliste ? Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 5 DÉCEMBRE 2021 VOLUME 60, NUMÉRO 4 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Journalistes Marine Corniou, Mélissa Guillemette Journaliste Web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Maxime Bilodeau, Jean-François Cliche, Émilie Folie-Boivin, Chloé Freslon, Damien Grapton, Charles Prémont, Hugo Ruher, Alexandra S.Arbour, Saturnome, Jean-Patrick Toussaint Correctrice-réviseure Sophie Cazanave Directrice artistique Natacha Vincent Photographes/illustrateurs/graphiste Françoise Abbate, Jean-François Hamelin, Christinne Muschi, Sébastien Thibault, Vigg Éditeur Jean-François Rheault Vice-présidente marketing, communications et partenariats Marie-Hélène Juneau Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Maryvonne Charpentier Conseillère, relations de presse et marketing Stéphanie Couillard SERVICE AUX ABONNÉS : 514 521-8356, poste 504, ou 1 800 567-8356, poste 504 serviceclient@velo.qc.ca PUBLICITÉ : Claudine Mailloux 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Impression Solisco Distribution Messageries Dynamiques Parution : 18 novembre 2021 (574e numéro) Abonnement Canada, 1 an : 36 $ + taxes États-Unis, 1 an : 84 $ Outre-mer, 1 an : 124 $ Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2021 \u2013 Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie et de l\u2019Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Un changement d\u2019adresse : serviceclient@velo.qc.ca Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca Magazine Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (QC) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca Babillard NOTRE COUVERTURE CE QUE NOUS AVONS LU OU ENTENDU AU COURS DE CE NUMÉRO Les communautés universitaires peuvent aussi pro?ter de l\u2019engouement autour des NFT, ces objets numériques de collection (à lire en p.28).Ainsi, l\u2019Université de Californie à Berkeley a décidé d\u2019en créer deux.Ils contiennent des copies numériques de documents internes associés à deux grandes avancées scienti?ques, soit l\u2019immunothérapie et l\u2019édition génétique CRISPR-Cas9.Le premier s\u2019est vendu 54 000 $ US plus tôt cette année, tandis que le second n\u2019était pas encore en vente au moment de mettre sous presse.Plusieurs chercheurs ont fait de même depuis pour obtenir une nouvelle source de ?nancement.Quant au premier article scienti?que à être proposé comme NFT, il a été mis sur le marché en juillet 2021\u2026 et n\u2019a toujours pas trouvé preneur.À qui la chance ?Mélissa Guillemette, journaliste Au milieu du 20e siècle, les psychédéliques (à lire en p.18) étaient testés par les psychiatres eux- mêmes pour mieux comprendre l\u2019état psychotique que ces drogues étaient censées imiter ?ce qu\u2019elles faisaient assez mal, en fait.On les appelait d\u2019ailleurs « psychomimé- tiques ».Le terme hallucinogène a aussi été utilisé, bien que les hallucinations ne soient pas systématiques.Le mot psychédélique pour désigner ces substances a ?nalement été proposé par le psychiatre britannique Humphry Osmond en 1957, au motif que ces drogues permettent à l\u2019esprit de « se manifester ».?Marine Corniou, journaliste Dans ce numéro, nous invitons les lecteurs à pénétrer dans un univers trippant, celui des psychédéliques.Associés à la psychothérapie, ils ouvrent de nouvelles portes pour la guérison de l\u2019esprit, selon plusieurs chercheurs.Étonnant mais vrai ! Un tel sujet exigeait une couverture éclatée, avec des effets d\u2019optique, des symboles oniriques et des couleurs vives ?tranchant avec le fond grège, représentant la grisaille d\u2019un cerveau embrouillé par la dépression ou l\u2019anxiété, des troubles qui peuvent être traités par ces drogues.L\u2019ingénieux et créatif illustrateur Sébastien Thibault s\u2019est prêté au jeu et a imaginé ce concept hors du commun, ainsi que toutes ses déclinaisons qui enrichissent le reportage « planant » de ma collègue Marine Corniou.?Natacha Vincent, directrice artistique QUEBEC SCIENCE Oser collectionner les papillons en 2021 La renaissance des psychédéliques Planter des arbres par milliers : une fausse bonne idée ?Tout ce que vous devez savoir sur les NFT DÉCEMBRE 2021 Sui t-il d\u2019un trip pour combattre la dépression, l\u2019anxiété, les traumatismes?Les ravages des cochons sauvages À LIRE SUR NOTRE SITE WEB Lire l\u2019âge d\u2019un violon dans ses lignes Pour percer les mystères des violons anciens, les experts peuvent analyser les cernes de croissance du bois utilisé.L\u2019IA à l\u2019urgence L\u2019intelligence arti?cielle (IA) pourrait-elle aider des médecins à choisir qui recevra des soins dans des situations où les ressources manquent ?Les océans pleins de microplastiques Il y aurait cinq fois plus de particules de plastique de moins de cinq millimètres dans les océans que ce qu\u2019il a été estimé jusqu\u2019à présent.Rendez-vous au www.quebecscience.qc.ca/babillard des curiosités LE CABINET \u2022 IMAGES : DON KOMARECHKA PHOTOGRAPHY ; SNOWCRYSTALS.COM ; NATHAN MYHRVOLD ©MODERNIST CUISINE GALLERY, LLC 6 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 AU CŒUR DES FLOCONS L e photographe ontarien Don Komarechka a commencé à s\u2019intéresser aux ?ocons de neige dans son ancienne vie d\u2019employé de bureau.À l\u2019occasion d\u2019une pause, il est sorti sous la neige avec un appareil photo numérique et un objectif macro.Il n\u2019avait pas de trépied ni d\u2019équipement sophistiqué, seulement « une paire de mitaines noires, offerte par [sa] grand- mère », dont il s\u2019est servi pour recueillir et photographier les ?ocons.Depuis, il a fait de la photographie sa profession, mais c\u2019est encore ainsi qu\u2019il travaille.« Les ?bres de laine des mitaines isolent le ?ocon et ralentissent sa fonte », explique-t-il.Ce dispositif artisanal lui permet également de photographier les ?ocons en angle, en utilisant la ré?exion de la lumière.La surface irrégulière des mitaines fournit le piédestal parfait.Travailler avec la lumière ré?échie par les cristaux plutôt qu\u2019avec la lumière transmise au travers, « c\u2019est comme capter le re?et d\u2019une vitre, précise Don Komarechka, cela permet de révéler tous les détails à la surface du ?ocon de neige ».C\u2019est cette technique qui lui permet aussi de mettre en couleurs les reliefs internes des ?ocons.Les cavités et les bulles d\u2019air emprisonnées dans la glace ré?échissent différemment la lumière et apparaissent en couleurs sur ses images.Aux États-Unis, Nathan Myhrvold mise au contraire sur une approche très technique pour saisir la complexité des ?ocons.L\u2019ex-directeur de la technologie chez Microsoft et investisseur se passionne également pour la photographie de la nature et il a conçu un système de microscopie portatif à ultra haute résolution pour croquer les ?ocons.Ceux-ci sont recueillis « sur une lame de microscope en saphir arti?ciel qui est placée sur une plateforme en cuivre [.] isolée grâce à un aérogel.La température de la plateforme est maintenue par ordinateur à moins de 3-4 °C au-dessus du point de rosée local », expose-t-il.D\u2019après lui, cette technique permet de capter les ?ocons avec une dé?nition jamais égalée auparavant et une « mise au point impossible à réaliser avec un microscope standard ».Certaines de ces photos révèlent des formes et des reliefs que le physicien Kenneth Libbrecht ne peut pas totalement expliquer.Professeur à l\u2019Institut de technologie de Californie, il est passionné depuis plus de 20 ans par les ?ocons de neige et la cristallisation de la glace.C\u2019est ce qui l\u2019a amené à croiser la route de Don Komarechka.Les deux hommes partagent régulièrement leurs hypothèses sur la formation des cristaux de glace.Les ?ocons en forme d\u2019étoile à six branches sont les plus célèbres, mais ils sont en réalité assez rares dans la nature.Chaque bordée de neige recèle une myriade de ?ocons aux formes moins emblématiques : des aiguilles, des croix, des colonnes creuses, des assiettes et même des colonnes « coiffées » (on peut en voir un exemple sur la page ci-contre : la deuxième image de la première rangée).Chaque forme correspond à différentes combinaisons de températures et de taux d\u2019humidité, mais plusieurs détails de l\u2019assemblage moléculaire qui détermine la forme ?nale des cristaux demeurent encore mystérieux.Pour élucider ces mécanismes, Kenneth Libbrecht utilise, lui aussi, la photographie de ?ocons de neige.Il a réalisé ses meilleurs clichés à Cochrane, dans le nord de l\u2019Ontario, mais il préfère maintenant la chaleur de son laboratoire californien, où il crée ses propres cristaux de glace.En moins d\u2019une heure, dans une chambre froide, il est capable de reproduire les conditions d\u2019humidité et de température nécessaires pour former un cristal de glace.Il commence par façonner des embryons de cristaux sur une lame de verre avant de souf?er de l\u2019air humide et légèrement plus chaud.Au contact de la glace, la vapeur d\u2019eau se condense et produit des ?ocons.« Récemment, j\u2019ai réussi à créer des ?ocons triangulaires », se réjouit-il.Concevoir ces cristaux en laboratoire n\u2019est pas seulement un dé?esthétique.Cela permet de mieux étudier les conditions de cristallisation.Les ?ocons de neige naissent dans les nuages, mais les formes observées au sol sont modulées par le chemin parcouru à travers l\u2019atmosphère.Chaque ?ocon de neige tombe du ciel en suivant une route qui lui est propre.À mesure que les conditions atmosphériques évoluent, le cristal change.Lorsque les températures se réchauffent, l\u2019eau glacée se sublime pour retourner à l\u2019état de vapeur, puis la friction de l\u2019air durant la descente érode les extrémités.Kenneth Libbrecht s\u2019apprête maintenant à publier sa théorie qui explique comment la température, l\u2019humidité et les propriétés de l\u2019eau in?uencent la formation d\u2019un ?ocon.Il prédit déjà que le prochain dé?ne se trouve pas dans les pixels des photographies de ?ocons, mais plutôt dans la modélisation informatique.« Personne n\u2019a jamais réussi à réaliser de bonnes modélisations informatiques de la formation des cristaux de glace.» Les trois premières rangées de locons, capturés sur fond noir, sont l\u2019œuvre de Don Komarechka.Les cristaux sur fond bleu ou blanc sont ceux de Kenneth Libbrecht.Enin, les deux dernières images de la dernière rangée ont été produites par Nathan Myhrvold.Par Damien Grapton Des photographes dévoilent la beauté et la diversité des ?ocons, mais pas tous leurs secrets. Qu sa 47 EF - 1am owt + = Cd Ma TIRE POELE PE Eh x a a MLE we = LJ LJ = + phe ysl ; .Lu - Se : a \u2014_ : ati, Tigh si: wide Ww\u2019 pes ad lv tom 6= cé - put EY 1 % + YW, - \"> wl Id | ALR * nt, FE CPs ¥ Aah i 2 LD =; 1h $V Ny » van .: ie LA ax = wb a os av sl me » \u2014 Wy Ay \u201cThe ot > 37 wri wT * ; aa pi = g -e wd fer phism ; + JE 3 = LE tu VEY a , aan » Fer = La = Je Ol ELLE y en AE Try wg hw x 1e .* a= Gard i awl x ok Rb wd FAY TS * 21\", Fa Le 113 wl [Sy vols | AA Ë Ÿ A LL Pe - wd .54 mu A + Yetmvigr Mt : = 7 5 3 au 4 nm Pana ® delay pui dre 4 \u2019 \u20ac \"a 14e er, +\u201d - * 1} } 74 > Fh Tl = LA JL Td Na we bk whet a Sada = ph \"ht ¥ ow ov} Ch 4 ss va ea ¢ Fad : : 5 fi - 5 sw wy wy \"+ VIP tn Fe + a : Te .d= wl g + * = pL + Fw aa say = FE 4 .: 4 HA rr : * y hr Pre YF it ee ny rats f © a, Thy N | 2 + F.Lai Ao?J ; er x 2e ; pr = , - 3 Sa Al SE g Fo I 72 32 {> > é \\ & CA > hd Tos / on: ef el AA y HA pat L7 CA ok 7 À ) J re ; \\X a {/ GX & 514, G x Fx he 7.\\) +r.a AE hi CFE Lf Te cast Es i Ë A À EI La ss fr à Li y AN = h SUR LE VIF \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 8 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 D ébut octobre, l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé l \u2019uti l isation généralisée d\u2019un vaccin antipaludique chez les enfants vivant en Afrique subsaharienne et dans les zones à risque, un moment quali?é d\u2019historique par le directeur de l\u2019organisme.Peut-on en?n crier victoire ?« Pas complètement.Mais tout ce qui peut éviter des morts d\u2019enfants est bon à prendre », répond Stephanie Yanow, professeure à l\u2019École de santé publique de l\u2019Université de l\u2019Alberta et spécialiste des vaccins antipaludiques.Les différents parasites responsables du paludisme, transmis par des moustiques, tuent 400 000 personnes chaque année, dont les deux tiers sont des enfants de moins de cinq ans résidant en Afrique subsaharienne.Après des décennies de recherche, deux vaccins candidats ont émergé : le Mosquirix, qui vient de recevoir l\u2019aval de l\u2019OMS, et le R21, sorte de copie améliorée du premier.Le Mosquirix (ou RTS,S), conçu en 1987 par GlaxoSmithKline, a déjà été administré à des dizaines de milliers d\u2019enfants dans le cadre d\u2019une étude pilote soutenue par l\u2019OMS au Ghana, au Malawi et au Kenya, « même si son ef?cacité est faible », indique Stephanie Yanow.En effet, dans l\u2019essai de phase III, le vaccin a montré une ef?cacité de 36 % (après quatre doses) sur une période de quatre ans.« Mais pour une maladie dont le nombre de cas annuels atteint 200 millions, une réduction de plus d\u2019un tiers reste très importante.Cela correspond à peu près à 70 millions de cas évités », rappelle Halidou Tinto, directeur de l\u2019Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) du Burkina Faso.En août 2021, un article publié dans le New England Journal of Medicine a rapporté que l\u2019administration de ce vaccin juste avant la saison des pluies ?pendant laquelle les moustiques prolifèrent ?, associée à des médicaments antipaludéens, réduit d\u2019environ 70 % le nombre de cas et de décès.« Le vaccin est un outil de prévention de plus, à côté des médicaments, des tests diagnostiques et des moustiquaires », commente Stephanie Yanow.Le R21 pourrait changer encore plus la donne.Mis au point par l\u2019IRSS, l\u2019Université d\u2019Oxford et le Serum Institute of India, il s\u2019inspire du Mosquirix, mais semble plus performant.Dans un essai de phase II mené au Burkina Faso, le R21 a montré 77 % d\u2019ef?cacité après un an.C\u2019est la première fois qu\u2019un vaccin expérimental atteint le palier de 75 % ?xé par l\u2019OMS.« Nous suivrons les participants pendant quatre ans pour déterminer la protection à long terme.En parallèle, nous conduirons la phase III auprès de 4 800 enfants de 5 à 36 mois qui seront recrutés [\u2026] en Afrique de l\u2019Ouest et de l\u2019Est », explique Halidou Tinto, responsable de l\u2019essai dont les résultats ont été publiés en mai 2021.Le chercheur sait que son ennemi est dur à contrer : les parasites en cause, du genre Plasmodium, sont beaucoup plus complexes que les virus.Avec leurs 5 000 gènes, ils produisent par exemple 300 fois plus de protéines différentes que le SRAS-CoV-2, qui cause la COVID- 19.« Le parasite exprime des protéines différentes selon son stade de développement chez l\u2019hôte.De plus, il existe plusieurs espèces de Plasmodium et, même au sein d\u2019une espèce, les protéines se trouvent en plusieurs versions.Cela revient presque à combattre différents pathogènes », précise Stephanie Yanow.Or, le Mosquirix et le R21 ne contiennent Paludisme : enin l\u2019espoir d\u2019un vaccin Des vaccins expérimentaux offrent des résultats prometteurs.Mais les parasites responsables de la maladie ont plus d\u2019un tour dans leur sac.Par Marine Corniou Carnet de santé Dre ALEXANDRA S.ARBOUR @alexandraarbour DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 9 C ertains le font avec leur conjoint.D\u2019autres avec leurs collègues de travail ou avec des amis.Moi, je l\u2019avoue, c\u2019est avec mon dentiste.Jusqu\u2019à 7 personnes sur 10 le feraient même avec leur médecin.De quoi je parle ?Mentir\u2026 bien sûr.« Tous les patients mentent\u2026 », af?rme sans détour le médecin Martin Winckler, auteur du roman La maladie de Sachs.La déclaration est peut-être choquante, mais elle est loin d\u2019être farfelue.Une étude de 2018 publiée par JAMA Network Open décrit le phénomène : de 60 à 80 % des 4 500 patients qui y sont interrogés rapportaient avoir déjà menti ou omis de communiquer des informations à leur médecin.Le tiers des répondants n\u2019exprimaient pas leur désaccord relatif à une recommandation.Le quart des patients taisaient leur incompréhension quant à la prescription reçue.Finalement, un patient sur cinq passait complètement sous silence ses mauvaises habitudes de vie.Pourquoi les patients mentent-ils ?Toujours selon cette étude, la peur d\u2019être jugé ou embarrassé trône en tête de liste.D\u2019autres manipulent la vérité parce qu\u2019ils n\u2019ont pas envie d\u2019être sermonnés.On peut dif?cilement les blâmer ! Personnellement, c\u2019est ce qui me pousse à opiner de la tête quand le dentiste me demande si je passe la soie dentaire tous les jours.Hum ! Un article intéressant de la revue Psychologies, paru en 2016, recense quant à lui cinq raisons évoquées par ceux qui mentent à leur médecin : par affection pour ce dernier ?ne pas lui révéler qu\u2019on préfère aller chez l\u2019ostéopathe pour notre mal de dos a?n de ne pas le « blesser » ; par honte ?cacher que cela nous démange depuis qu\u2019on a eu une petite aventure extraconjugale ; par peur ?cette petite bosse sur le sein pourrait être un cancer métastatique, mais on préfère se mettre la tête dans le sable ; par intérêt ?« Mon chien a mangé ma prescription » et autres prétextes connexes pour obtenir plus de médicaments ; ou encore pour attirer l\u2019attention.Ce dernier cas est très rare, mais certains patients en pleine santé peuvent en effet simuler des symptômes physiques ou psychologiques très graves a?n de recevoir des soins, une maladie psychiatrique appelée « syndrome de Munchhausen ».Si rien ne force un patient à dire la vérité, on ne peut en dire autant du médecin, qui en a l\u2019obligation déontologique et légale.Il n\u2019existe que deux exceptions.La première se produit quand le patient exprime clairement son refus d\u2019être informé.Ainsi, un patient soumis à des tests de dépistage génétique dans le contexte d\u2019un traitement contre l\u2019infertilité pourrait demander de n\u2019être avisé que des mutations qui posent un réel risque pour la santé de son descendant et non de n\u2019importe quelle anomalie détectée par les tests.La seconde exception est aussi connue sous le nom de « privilège thérapeutique », quand le médecin juge que le risque d\u2019informer est plus grand que les avantages escomptés, par exemple s\u2019il craint que l\u2019annonce d\u2019un diagnostic de cancer pousse son patient à commettre une tentative de suicide.En outre, le médecin est tenu au secret professionnel ; vos vices et autres maladies embarrassantes resteront entre vous et lui.J\u2019ajouterais qu\u2019il est du ressort du médecin de mettre son patient en con?ance, d\u2019avoir avec lui une attitude accueillante, exempte de jugements.Mentir à son médecin n\u2019a rien de bénin, que ce soit au sujet du temps d\u2019écran de votre petit dernier ou du fait que vous avez remarqué du sang dans votre urine.Si votre médecin pense que vous n\u2019êtes pas soulagé par les médicaments déjà prescrits, il pourrait en ajouter d\u2019autres, ce qui risquerait d\u2019entraîner des effets secondaires graves.S\u2019il ne sait pas que vous fumez, buvez de l\u2019alcool ou consommez des produits naturels en vente libre, il pourrait vous prescrire des traitements qui sont incompatibles avec ces habitudes, vous mettant à risque d\u2019interactions médicamenteuses sérieuses.Que ce soit par omission, gêne ou lâcheté, pensez-y à deux fois : s\u2019il y a un endroit où toute vérité est bonne à dire, c\u2019est bien le cabinet du médecin ! Toute vérité est bonne à dire qu\u2019une seule protéine du parasite pour apprendre au système immunitaire à repérer l\u2019intrus.C\u2019est peu.Il faudra donc peut-être davantage pour déjouer ces parasites transformistes, qui ont un cycle d\u2019invasion complexe.Une fois transmis par le moustique, ils passent dans le sang de la personne piquée, puis s\u2019installent dans son foie.Ils s\u2019y multiplient, puis infectent les globules rouges, qu\u2019ils font éclater pour libérer d\u2019autres parasites, ce qui cause les symptômes (forte ?èvre, maux de tête).« Le but des vaccins actuels est d\u2019empêcher le pathogène d\u2019atteindre le foie.Mais si un seul parasite échappe au système immunitaire, cela suf?t pour qu\u2019il y ait une infection, souligne Stephanie Yanow.Une des pistes pourrait être de combiner un vaccin qui bloque l\u2019accès au foie avec un autre qui cible le stade des globules rouges.» Une combinaison qui pourrait être facilitée par l\u2019essor des vaccins à ARN, très polyvalents.« La ?rme BioNTech entreprend des travaux dans ce sens, mentionne Halidou Tinto.Néanmoins, le dé?est de trouver la ou les protéines à même de convenir à cette technologie et de susciter une forte immunité protectrice.» Stephanie Yanow a justement mis le doigt sur une protéine prometteuse qui pourrait permettre de cibler plusieurs espèces de Plasmodium d\u2019un coup.« Elle semble bien conservée entre deux espèces de Plasmodium, donc elle est probablement importante.Pour l\u2019instant, on la teste chez des animaux.Ce qui est sûr, c\u2019est que la malaria nous force à être très créatifs.» Une créativité plus nécessaire que jamais alors que l\u2019accès aux tests diagnostiques a été freiné par la pandémie et que les fameux parasites résistent de plus en plus aux traitements à base d\u2019artémisinine. SUR LE VIF 10 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 \u2022 IMAGE : NASA/JPL-CALTECH P armi les objets les plus communs du grand bestiaire de l\u2019Univers, il y a les étoiles et les planètes.Mais quelque part entre les deux se cache une catégorie d\u2019astres encore mal dé?nie : les naines brunes.Trop grosses pour être des planètes, mais pas assez pour devenir vraiment des étoiles, les naines brunes sont de curieux objets.Avec une masse comprise entre 13 et 75 fois celle de Jupiter, elles fascinent les astronomes.En particulier l\u2019une d\u2019entre elles, surnommée « l\u2019Accident », car découverte complètement par hasard en 2018.Dan Caselden, un scienti?que amateur, menait alors des recherches pour aider à trouver l\u2019hypothétique Planète 9 au-delà de Pluton.En scrutant les images du télescope WISE à l\u2019aide d\u2019un programme informatique, il a repéré un objet qui bougeait.Après véri- ?cation, il s\u2019est avéré que c\u2019était une naine brune située à 50 années-lumière de la Terre.L\u2019astronome J.Davy Kirkpatrick s\u2019intéresse à l\u2019objet et le ramène sur le devant de la scène dans une étude parue en août dernier dans l\u2019Astrophysical Journal Letters.Il décrit un astre paradoxal qui envoie des signaux contradictoires.« Certaines mesures indiquent qu\u2019il est froid.D\u2019autres [à des longueurs d\u2019onde différentes] montrent qu\u2019il est pauvre en méthane.Or, la théorie veut que les objets les plus froids soient gorgés de méthane.Nous ne savons pas ce que ces indices signi?ent ! » Le chercheur émet plusieurs hypothèses, mais une en particulier se dégage : l\u2019Accident serait la naine brune la plus vieille jamais mise au jour.Elle se serait formée au début de l\u2019Univers, il y a environ 13 milliards d\u2019années, à une époque où le méthane et les autres éléments lourds étaient rares, car les étoiles ne les avaient pas encore expulsés ?ce qu\u2019elles font lorsqu\u2019elles explosent en ?n de vie et deviennent des supernovas.Cela expliquerait la composition insolite de cette naine brune, mais aussi sa très faible luminosité.En effet, ses semblables ont tendance à se faire moins brillantes avec l\u2019âge.« L\u2019Accident est un témoin des débuts de l\u2019Univers, avance J.Davy Kirkpatrick.Il nous montre à quoi ressemblaient les étoiles produites dans un environnement bien plus pur en hydrogène qu\u2019aujourd\u2019hui.» Autre indice soutenant cette hypothèse : l\u2019objet ?le à une vitesse impressionnante de 800 000 km/h, ce qui laisse penser que sa course a été accélérée par des interactions gravitationnelles avec d\u2019autres astres qui passaient à proximité pendant une très longue période.Dans tous les cas, les propriétés étranges de cette étoile font travailler les méninges des chercheurs.« De par sa faible luminosité, c\u2019est une naine brune appartenant au type Y, une famille beaucoup moins brillante et donc plus dif?cile à trouver.Sur les milliers d\u2019astres similaires connus, nous n\u2019en recensons que quelques dizaines de ce type.C\u2019est une chance énorme d\u2019y avoir accès », mentionne Frédérique Baron, spécialiste du sujet à l\u2019Institut de recherche sur les exoplanètes de l\u2019Université de Montréal.L\u2019Accident semble donc être un cas d\u2019espèce : les quelques naines brunes découvertes de type Y ont rarement plus de cinq milliards d\u2019années.Mais il est encore trop tôt pour dire s\u2019il s\u2019agit ou non d\u2019un cas exceptionnel dans l\u2019Univers.« Nous sommes à la limite de nos moyens de détection, af?rme J.Davy Kirkpatrick.Il pourrait y avoir des milliers d\u2019astres semblables, mais nous n\u2019en savons rien ! » Et rien ne dit non plus qu\u2019on en détectera d\u2019autres ! Le télescope spatial Spitzer, qui a aidé à en savoir plus sur l\u2019Accident, est aujourd\u2019hui hors service et n\u2019a pas de successeur.L\u2019espoir d\u2019obtenir de nouvelles informations repose donc sur le télescope James-Webb, dont le lancement est prévu à la ?n de l\u2019année.« Il pourra déterminer la composition de l\u2019atmosphère de cet astre, assure Frédérique Baron, ce qui nous en apprendra beaucoup sur sa véritable nature.» Et qui sait, on n\u2019est jamais à l\u2019abri d\u2019un autre accident.Une naine brune pas comme les autres « L\u2019Accident » est une naine brune découverte par hasard et ses propriétés insolites en font un objet fascinant pour les scienti?ques.Par Hugo Ruher Cette illustration montre une naine brune de type Y.Il s\u2019agit de la classe la plus froide de naines brunes.Les teintes violacées sont un choix artistique : les astronomes ne sont pas certains de la couleur de ces objets, car ceux-ci n\u2019ont pas été détectés dans les longueurs d\u2019onde visibles. Technopop CHLOÉ FRESLON @f_chloe Grimaces animales Par Annie Labrecque DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 11 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM S i les animaux ne peuvent pas raconter leurs bobos, ils présentent à tout le moins diverses expressions faciales lorsqu\u2019ils souffrent.L\u2019interprétation de ces « grimaces » est utile aux scienti?ques qui étudient la douleur et les médicaments pour la combattre, ainsi qu\u2019aux vétérinaires ou propriétaires d\u2019un animal domestique malade ou blessé.Dans une revue systématique publiée dans le journal Pain, des chercheurs vétérinaires de l\u2019Université de Montréal (UdeM) ont examiné 52 études détaillant différentes « échelles de grimaces » de douleur chez neuf espèces de mammifères (souris, rat, lapin, cheval, porcelet, mouton et agneau, furet, chat et âne).Ces outils fournissent des repères visuels qui donnent une idée de l\u2019intensité de la douleur selon l\u2019expression de l\u2019animal.La position des moustaches, de la tête et du museau, ainsi que la dilatation des pupilles et le plissement des yeux, etc., sont autant d\u2019indices que la bête souffre.Ces changements sont parfois très subtils.« L\u2019expression des chevaux et des chats, par exemple, peut être dif?cile à interpréter, car ces animaux sont passés maîtres dans l\u2019art de cacher leur douleur, explique Paulo Steagall, professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l\u2019UdeM et l\u2019un des trois auteurs de la revue systématique.Il est donc très important d\u2019avoir un outil valide comme l\u2019échelle de grimaces pour mieux reconnaître et traiter la douleur.» D\u2019après les chercheurs, si les échelles de grimaces sont ?ables pour évaluer la souffrance chez le chat, la souris, le rat et le cheval, elles sont moins précises chez les autres espèces en raison d\u2019un manque de données.En 2019, l\u2019équipe de Paulo Steagall avait mis au point une échelle de grimaces de chats (Feline Grimace Scale) grâce à plusieurs images et vidéos.Pour faciliter l\u2019accès à cet outil, une application mobile sera bientôt offerte.Pour les amoureux des chiens, il n\u2019existe malheureusement pas encore de telles mesures.« Même s\u2019il y a différentes races de chats, ceux-ci possèdent tout de même des expressions faciales similaires.Mais si l\u2019on compare un pitbull avec un dogue allemand ou un chihuahua, ils ont tous des physionomies distinctes, ce qui rend ardue l\u2019interprétation faciale pour détecter la douleur.Nous sommes donc encore loin de pouvoir concevoir cette échelle pour les chiens », souligne le chercheur.« C ouvrez ce sein que je ne saurais voir.» Tel un Tartuffe des Temps modernes, la plateforme OnlyFans a annoncé à la fin août que le contenu sexuellement explicite serait désormais banni de ses pages.Pourtant, pendant plus d\u2019un an, son fondateur, Timothy Stokely, n\u2019a pas vraiment haussé les sourcils devant l\u2019af?uence des travailleuses et travailleurs du sexe sur son site, pour lesquels il s\u2019agissait de la seule avenue possible en temps de pandémie : les utilisateurs acceptent de les rémunérer en échange d\u2019images et de vidéos exclusives.La plateforme a ainsi connu une popularité sans précédent : 150 millions d\u2019utilisateurs, plus d\u2019un million de créateurs de contenu et, surtout, des revenus nets qui sont passés de 375 millions de dollars américains à 1,2 milliard entre 2020 et 2021.Le sexe vendait bien\u2026 jusqu\u2019à ce que des investisseurs s\u2019inquiètent de la « réputation » d\u2019OnlyFans.Ils n\u2019ont toutefois pas fait le poids devant la colère des créateurs de contenu X : une semaine plus tard, la plateforme revenait sur sa décision.Mais le mal était fait.Ces personnes ont bien reçu le message : elles ne sont plus les bienvenues.OnlyFans n\u2019est pas la première entreprise à pro?ter des travailleuses et travailleurs du sexe pour ensuite les chasser.Bien avant, la plateforme de microblogage Tumblr a interdit le contenu pornographique dans ses pages ; Patreon, un service d\u2019abonnement analogue à OnlyFans, a sévi contre les créateurs de contenu pour adultes ; Craigslist a fermé la section des annonces personnelles où des services sexuels étaient offerts ; et la plateforme de blogues LiveJournal a suscité l\u2019ire des utilisateurs par sa tentative de purger les groupes de discussion liés au sexe.C\u2019est quasiment comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un modèle d\u2019affaires : on construit une plateforme virtuelle, on accepte du contenu à caractère sexuel pour attirer des utilisateurs, puis, une fois le succès au rendez-vous, on revoit les règles et l\u2019on vire capot.Sur le plan commercial, la stratégie de départ tombe sous le sens : le sexe est intimement lié au Web (et à sa prospérité).Le site sex.com a été lancé en 1994, à une époque où l\u2019on commençait à peine à avoir un accès Internet à la maison.Et bien avant, en 1991, l\u2019Oxford English Dictionary enregistrait la première utilisation du terme cybersexe.Mais ce qui est déplorable, c\u2019est l\u2019incapacité de ces plateformes d\u2019assumer leur plan jusqu\u2019au bout et leur trahison à l\u2019égard de celles et ceux qui les font vivre.Encore une fois, OnlyFans a montré que les travailleuses et travailleurs du sexe sont exploités et marginalisés aussi bien en ligne que dans la vraie vie.La véritable indécence Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf 12 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 \u2022 ILLUSTRATION : VIGG I diot.» « Stupide.» « T\u2019as de la guimauve à la place du cerveau.» « Ce politicien ment à la population au sujet de la COVID-19.» En général, ces commentaires sont associés aux antimasques, aux antivaccins ou aux « dénialistes », pour qui la COVID-19 est une petite grippe, voire une invention.Et il est indéniable que bien des gens appartenant à cette mouvance se sont comportés comme de vulgaires intimidateurs au cours de la pandémie ?ma boîte de courriels en est d\u2019ailleurs l\u2019une des nombreuses preuves.Mais il y a une autre catégorie de commentateurs dont les médias parlent beaucoup moins et qui manquent tout autant de savoir-vivre : les ultra-alarmistes.Pour eux, les autorités n\u2019en font jamais assez.Aucune mesure sanitaire n\u2019est assez restrictive ou sécuritaire.Et quiconque décrit le SRAS-CoV-2 comme autre chose que le cinquième cavalier de l\u2019Apocalypse est un dangereux jovialiste qui devrait se taire ?ou qu\u2019on doit faire taire par tous les moyens possibles, y compris les insultes présentées ci-dessus\u2026 proférées toutes sur des comptes Twitter ultra-alarmistes.Pourquoi ces gens sont-ils passés sous le radar des médias ?Avant tout, leur nombre n\u2019est pas aussi grand que celui des conspiration- nistes ; le phénomène est donc moins important.Mais je crois qu\u2019on aurait dû en parler davantage et les dénoncer au même titre que les autres, car il y a des parallèles troublants à tracer entre les deux extrêmes.Tous semblent motivés par la peur ?que ce soit d\u2019un virus ou de l\u2019arrivée imminente d\u2019une dictature ?et cette menace justi?e à leurs yeux toutes les impolitesses.Les deux franges emploient les mêmes tactiques : injures, intimidation, harcèlement à plusieurs, etc.Elles s\u2019en prennent aux modérés comme aux extrémistes du camp opposé.Et elles partagent le même objectif : forcer leurs contradicteurs au silence.C\u2019est à ce dernier égard qu\u2019il faut s\u2019inquiéter parce que\u2026 eh bien parce que ça marche, malheureusement ! « Est-ce que j\u2019ai manqué le mémo qui dit qu\u2019on ne peut pas rapporter des données rassurantes et/ou encourageantes (sans déni ou délire) à propos de la COVID-19 sur Twitter ?[Ceux qui osent le faire] se font toujours \u201cramasser\u201d par ceux qui semblent apprécier vivre sans bonne nouvelle », se désolait le Dr Sébastien Poulin, spécialiste des maladies infectieuses, dans un gazouillis.« Les ultra-alarmistes sont peu nombreux, mais très bruyants\u2026 Personnellement, j\u2019ai rapidement appris à ne pas me laisser déranger par les dénialistes et leurs insultes.Les alarmistes sont par contre encore plus insistants », m\u2019a con?é le Dr Alex Carignan, clinicien-chercheur en infectiologie à l\u2019Université de Sherbrooke.Notons que tous les gens qui tentent de tempérer l\u2019alarmisme ambiant n\u2019ont pas été pris à partie ainsi ?signe, possiblement, que l\u2019agressivité n\u2019est pas égale dans les deux camps.Le physicien de l\u2019Université de Montréal Normand Mousseau, qui a maintes fois critiqué les mesures sanitaires et les modélisations sur lesquelles elles se basaient, m\u2019a dit ne pas avoir été l\u2019objet d\u2019attaques déplacées.(En cherchant un peu sur les réseaux sociaux, cependant, j\u2019en ai trouvé plusieurs.Tant mieux si elles lui ont échappé ; il ne manque pas grand-chose.) Quoi qu\u2019il en soit, on pourrait multiplier les exemples comme ceux des Drs Poulin et Carignan.Pour tout dire, il y a même une médecin en santé publique qui a refusé de m\u2019accorder une entrevue pour cette chronique parce qu\u2019elle avait été plusieurs fois la cible des ultra-alarmistes.Manifestement, l\u2019intimidation en ligne fonctionne, peu importe qui la commet\u2026 Au- delà des voix expertes et modérées qui se taisent, l\u2019agressivité des ultra-alarmistes a un autre effet en commun avec les insultes des antimasques : elle contribue à la polarisation du débat public, ce qui ?nit par avoir des conséquences bien concrètes dans la société.On l\u2019a vu aux États-Unis, où des millions d\u2019élèves n\u2019ont pu retourner à l\u2019école en personne que cet automne.Comme l\u2019indiquait le New York Times, si certains États démocrates ont péché par excès de prudence à cet égard, c\u2019est en partie parce qu\u2019ils se sont braqués quand l\u2019ancien président Donald Trump a encouragé la réouverture des écoles dès août 2020.Pourtant, bien des pays ont emprunté cette voie pour prioriser la scolarisation des enfants (tout en imposant des mesures sanitaires comme le port du masque).Mais dans l\u2019extrême polarisation qui règne aux États-Unis, le simple fait que M.Trump a émis cette opinion a incité certains électeurs et décideurs démocrates à penser le contraire.Certes, la situation au Québec n\u2019est pas aussi tendue.Mais l\u2019exemple américain montre que l\u2019agressivité de nos échanges publics sur la COVID-19 n\u2019est pas que virtuelle ; elle peut avoir des répercussions bien tangibles.Il faut la dénoncer, peu importe de quel camp elle provient.Les efets des ultra-alarmistes La recherche sur le (lie TUE passionn LS oy ee.\u201c \u2014 -_.- 4 WK = J \\ ~~ Fu.ou fy v = ; ~~ Nh = 5 fr 4 3 rent Concours de recrutement le 17 et le 18 février 2022 Une bourse d'admission sera offerte aux candidats sélectionnés, Date limite pour l'inscription: le 9 janvier 2022 www.megill.ca/gci/fr/evenements/concours su alind & Morris Goodman \u2022 IMAGE : XXXXXXX ENTREVUE 14 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 L e h a n d i c a p d e l a s o c i é t é Est-ce le fait d\u2019être en fauteuil roulant ou plutôt le manque de rampes d\u2019accès qui limite certains individus ?Des chercheurs s\u2019intéressent aux dimensions sociales et politiques du handicap.Par Mélissa Guillemette \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM ; CORINNE LAJOIE DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 15 Québec, environ 16 % de la population déclare avoir un handicap, selon l\u2019Of?ce des personnes handicapées du Québec.Même si les incapacités sont communes dans la société, les personnes handicapées demeurent souvent marginalisées malgré l\u2019existence de lois et de politiques pour assurer et faciliter leur inclusion.Elles sont ainsi plus souvent sans emploi que les personnes sans handicap, ont un salaire moindre, paient plus cher leur logement et sont plus à risque de vivre dans la pauvreté.Ces situations seraient causées par le « capacitisme », une forme de discrimination basée sur les capacités des individus et que plusieurs dénoncent.Voilà matière à ré?exion pour les chercheurs et théoriciens des « études du handicap ».La Québécoise Corinne Lajoie, doctorante en philosophie à Université d\u2019État de Pennsylvanie, nous fait découvrir ce champ de recherche.Québec Science : En quoi consistent les études du handicap ?Corinne Lajoie : Ce champ s\u2019est développé pour rejeter ce qu\u2019on appelle le « modèle médical » du handicap.Selon cette conception, le handicap est quelque chose de pathologique, c\u2019est un problème médical qui requiert une solution médicale.Le handicap est donc une réalité individuelle nécessairement négative, selon ce modèle qui a été ?et est encore aujourd\u2019hui ?assez répandu.Les théoriciennes et théoriciens remettent cela en cause et étudient différents facteurs économiques, sociaux, politiques, culturels, technologiques qui créent cette catégorie nommée « handicap ».Et à l\u2019inverse, que veut dire être non handicapé ?Comment l\u2019oppression capacitiste structure-t-elle le monde qu\u2019on partage avec autrui ?Si les premiers travaux ont commencé il y a 50 ans, les études du handicap ont véritablement pris leur envol au tournant des années 1990.QS Pourquoi à ce moment précis ?CL C\u2019est le militantisme des personnes handicapées qui a donné une visibilité au handicap.De plus en plus de gens se découvraient une communauté et développaient une conscience plus politisée de leur handicap.Plusieurs pamphlets avaient été publiés.Différents textes de loi étaient adoptés dans le monde pour offrir des protections légales aux personnes handicapées.Cette convergence d\u2019éléments a donné naissance petit à petit à ce champ d\u2019études qui, depuis, gagne en popularité.QS Le rapport des sociétés au handicap a-t-il toujours été trouble ?CL Les ugly laws, nommées ainsi rétrospectivement par des critiques, ont été marquantes.Il s\u2019agit d\u2019un ensemble de lois appliquées par des villes américaines jusqu\u2019en 1974.L\u2019objectif principal était de décourager la présence des personnes en situation d\u2019itinérance et des personnes handicapées dans l\u2019espace public.C\u2019était presque vu comme des mesures sanitaires.Évidemment, la notion de handicap qui est au cœur de ces lois est très différente de celle que l\u2019on connaît aujourd\u2019hui ; les individus pauvres ou racisés étaient présentés comme ayant des capacités réduites.Au Canada, dans les mêmes années, un discours eugéniste sur la nécessité d\u2019éliminer les personnes handicapées s\u2019est également implanté.La société eugéniste du Canada est fondée en Ontario en 1930.Certaines provinces, comme l\u2019Alberta [1928] et la Colombie-Britannique [1933] par exemple, ont adopté des lois qui permettaient la stérilisation non volontaire des personnes avec un handicap mental.Même si elles étaient tenues à l\u2019écart de l\u2019espace public, les personnes handicapées pouvaient être exhibées dans des fêtes foraines aux États-Unis.On les y présentait comme des animaux de foire en raison de leur handicap, mais aussi ENTREVUE 16 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 de leur poids, de leur pilosité, de leur ethnicité ou de leur genre ambigu.Bien que ces activités aient été dégradantes, elles permettaient à plusieurs personnes handicapées de travailler.Elles gagnaient un maigre salaire, mais en gagnaient un, au moins.À partir d\u2019un certain moment, il est devenu inacceptable de présenter des personnes handicapées de la sorte.On s\u2019est plutôt mis à les voir comme des objets à prendre en pitié ; c\u2019est le passage au modèle médical.QS Que permet la remise en question du modèle médical ?CL Cela permet de réimaginer ce que veut dire être handicapé.Un modèle conçu dès les années 1980 en réponse au modèle médical est le British Social Model of Disability.Selon cette conception, le handicap est entièrement construit socialement : la société handicape une personne en ne lui offrant pas les structures nécessaires pour s\u2019accomplir.Ce modèle a été très critiqué pour plusieurs raisons.D\u2019une part, il priorise les handicaps visibles.D\u2019autre part, il rejette complètement l\u2019association entre le handicap et l\u2019expérience de la souffrance, une réalité que plusieurs vivent.La douleur ne disparaîtrait pas complètement même si la société n\u2019était plus capacitiste.J\u2019utilise souvent le British Social Model of Disability comme un épouvantail, pour montrer ce que signi?erait de rejeter radicalement le modèle médical.Je peux ensuite adapter, nuancer cette vision pour re?éter l\u2019expérience vécue par les personnes handicapées.QS Est-ce que les chercheurs du champ d\u2019études sont eux-mêmes en situation de handicap ?CL Un certain nombre s\u2019identi?ent ouvertement comme handicapés, d\u2019autres pas.Le handicap n\u2019étant pas toujours visible, plusieurs peuvent choisir de rester dans l\u2019anonymat.Personnellement, avant de découvrir le domaine des études du handicap, je ne savais pas que je pouvais réclamer cette identité politique.Mon premier article, que j\u2019ai publié dans le journal de philosophie féministe Hypatia, portait sur mon expérience d\u2019être psychiatrisée, puis d\u2019avoir reçu divers diagnostics en santé mentale [quand elle avait 16 ans, on lui a diagnostiqué un trouble de la personnalité limite, un trouble alimentaire, une dépression majeure et un trouble obsessionnel-compulsif].Je ne m\u2019y désignais pas comme handicapée.Mais maintenant, c\u2019est un terme que j\u2019emploie.QS Comment en êtes-vous venue aux études du handicap ?CL À partir de la maîtrise, je me suis spécialisée en phénoménologie.C\u2019est une branche de la philosophie qui s\u2019intéresse au thème de la corporéité : qu\u2019est-ce que cela veut dire avoir un corps ?Comment s\u2019oriente-t-on dans le monde ?Selon la vision traditionnelle en phénoménologie, le déplacement se fait toujours d\u2019une manière très con?ante, comme si le monde était un tapis qui se déroulait devant soi.Parfois, c\u2019est le cas, mais parfois non ! Je me suis intéressée à l\u2019expérience de la maladie, qui vient contrecarrer cette impression de savoir toujours où l\u2019on va, d\u2019être en pleine possession de ses moyens.Je me rendais compte qu\u2019il y avait des limites à ce que mes outils conceptuels pouvaient faire.Je me suis tournée vers les études du handicap pour leur orientation plus sociale et politique.QS Vous af?rmez que les personnes en situation de handicap vivent continuellement une « désorientation ».Qu\u2019est-ce que cela signi?e ?CL La désorientation, c\u2019est n\u2019importe quelle expérience où l\u2019on a l\u2019impression de perdre ses repères, de ne pas être à sa place.Par exemple, on part en vacances dans une nouvelle ville, on est perdu et l\u2019on est rapidement fatigué.Une personne peut également être désorientée par la perte d\u2019un emploi ou parce que son enfant lui apprend qu\u2019il est gai et que cela remet en cause la façon dont elle concevait leur relation.On ne peut pas éviter toutes les désorientations.Mais certaines sont causées par des structures sociales injustes.Le fait d\u2019être handicapé dans un monde qui est déterminé par des normes capacitistes a ainsi un effet désorientant, selon moi.On se sent souvent de trop.C\u2019est dif?cile sur les plans physique, émotionnel, affectif, social et relationnel.QS Pouvez-vous donner des exemples qui touchent les personnes handicapées ?CL Évidemment, une personne en fauteuil roulant qui tente d\u2019accéder à un lieu qui n\u2019est pas physiquement accessible vit une désorientation.Mais c\u2019est bien plus large que cela.On peut imaginer une professeure dont le handicap n\u2019est pas visible et qui serait en réunion avec des collègues.Elle se sent à l\u2019aise, écoutée.Puis, les collègues commencent à parler de tel étudiant handicapé qui demande un accommodement et déclarent que les handicapés sont trop exigeants.Cette professeure peut vivre un moment de désorientation ; cet espace qu\u2019elle habitait confortablement quelques secondes plus tôt est tout à coup devenu un milieu hostile.QS Quel est l\u2019effet de l\u2019accumulation des désorientations ?CL Une fatigue existentielle, un épuisement à la fois physique et affectif qui peut donner envie de se retirer de certaines situations sociales.Elle peut fragiliser ce sentiment d\u2019appartenir au monde et de pouvoir s\u2019y accomplir.QS Que faire ?CL On peut changer nos comportements individuels.Parmi les attitudes qui peuvent heurter, la chercheuse Mia Mingus propose la notion d\u2019intimité forcée, avec laquelle plusieurs personnes handicapées doivent vivre au quotidien.Un inconnu interrompt leur journée pour leur dire qu\u2019elles sont inspirantes ou qu\u2019il est désolé, il les touche même.Ça peut aussi être quand une personne est obligée de dévoiler un diagnostic a?n d\u2019avoir accès à différentes accommodations.Mais je pense qu\u2019il y a surtout à faire du côté des structures oppressives qui semblent inévitables alors qu\u2019elles ne le sont pas.Près du quart des Canadiennes et Canadiens handicapés vivent en situation de pauvreté, comparativement à moins de 10 % de la population non handicapée.Pourquoi leur état de pauvreté et d\u2019isolement social est-il perçu comme inéluctable ?QS Avec le vieillissement de la population, la proportion de personnes en situation de handicap risque d\u2019augmenter.CL Il y a beaucoup de liens entre l\u2019âgisme et le capacitisme.On crée constamment des hiérarchies sociales où des corps et des esprits sont valorisés au détriment d\u2019autres.On l\u2019a vu avec la pandémie de COVID-19 : les personnes dans les centres de soins mouraient à des rythmes absolument terri?ants.Il y a eu de l\u2019indignation sociale, mais ça n\u2019a pas radicalement transformé les priorités.On est arrivé à se convaincre que la mort de certaines populations était normale, naturelle, alors qu\u2019elle aurait pu être évitée. T 2 2 - 7 5 1 2 1 \u2022 i S t o c k CONCORDIA.CA / CYBERSECURITE PLACE À L\u2019INNOVATION NOUVELLE GÉNÉRATION la création de systèmes plus intelligents pour protéger les infrastructures.Les cyberattaques constituent une menace grandissante pour les services publics.PLACE À\u2026 PLANER POUR GUÉRIR Après des décennies de bannissement, les substances psychédéliques renaissent de leurs cendres.Elles pourraient devenir un outil précieux pour soulager ceux et celles qui soufrent d\u2019anxiété ou de dépression.PAR MARINE CORNIOU ès les premières minutes, l\u2019anxiété de Thomas Hartle s\u2019est envolée.Elle a laissé place à un sentiment de sérénité, à des paysages mentaux et des motifs apaisants, ondulant au gré de la musique diffusée par ses écouteurs.« Ma conscience est devenue ces paysages ; à ce moment-là, ils représentaient toute mon existence.Il n\u2019y avait plus de place pour la tristesse ni pour la douleur », se souvient-il.Ce jour d\u2019août 2020, l\u2019homme s\u2019est laissé porter par son voyage psychédélique, déclenché par la prise de champignons hallucinogènes.Et pendant les mois qui ont suivi, Thomas Hartle s\u2019est senti revivre.« Après le trip, j\u2019ai en?n pu ressentir de la joie, apprécier le moment présent, sans que les pensées négatives m\u2019envahissent.» Des pensées négatives, ce cinquantenaire de Saskatoon a des raisons d\u2019en avoir.Atteint d\u2019un cancer du côlon depuis 2016, il s\u2019apprêtait, au moment où il nous a parlé, à subir sa 59e séquence de chimiothérapie.« Comme mon cancer est très dif?cile à détecter par imagerie, les médecins ne peuvent pas me dire où j\u2019en suis.C\u2019est cette incertitude qui est terrible.» Pour atténuer son stress, Thomas Hartle s\u2019est d\u2019abord tourné vers les antidépresseurs.« Je n\u2019avais plus de pics d\u2019anxiété, mais je n\u2019avais plus de joie non plus.Tout était plat, beige.Ce n\u2019était pas comme ça que je voulais vivre.» L\u2019informaticien a alors cherché de l\u2019aide à la source : il a lu nombre d\u2019études et décortiqué des essais cliniques, dont l\u2019un de l\u2019Université Johns Hopkins montrant l\u2019ef?cacité de la psilocybine ?la substance active des champignons « magiques » ?, sur l\u2019anxiété et la dépression des patients atteints de cancer.L\u2019essai était de petite taille, mais concluait à 80 % d\u2019ef?cacité à l\u2019issue d\u2019une seule prise.Convaincu, Thomas Hartle s\u2019est tourné vers Therapsil, un organisme qui milite pour l\u2019accès à la psilocybine à titre com- passionnel au Canada.Il a demandé à Santé Canada une exemption relativement à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, la même qui avait permis les premiers accès au cannabis à usage médical avant sa légalisation.Après 100 jours d\u2019attente, elle lui a été accordée.Rapidement, tout s\u2019est organisé : l\u2019homme s\u2019est procuré des champignons sur Internet et a trouvé un psychologue pour l\u2019accompagner dans son étrange voyage salutaire, répété deux mois plus tard pour consolider l\u2019effet apaisant.« Avant le traitement, l\u2019anxiété prenait toute la place.C\u2019est un peu comme si je roulais sur l\u2019autoroute, fenêtres ouvertes, en essayant d\u2019écouter ma chanson préférée à la radio, étouffée par le bruit de la circulation.Depuis, le bruit de l\u2019autoroute s\u2019est presque tu.» ILLUSTRATIONS : SÉBASTIEN THIBAULT DIRECTION ARTISTIQUE : NATACHA VINCENT SANTÉ 18 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 19 \u2022 ILLUSTRATION : SÉBASTIEN THIBAULT Son histoire peut sembler marginale, mais elle re?ète un mouvement de plus en plus in?uent qui prône le recours aux psychédéliques en association avec la psychothérapie classique pour soulager certains troubles mentaux.« Le fait qu\u2019un gouvernement autorise ainsi l\u2019utilisation de la psilocybine en dehors d\u2019essais cliniques est un tournant », se réjouit Kyle Greenway, chercheur et résident en psychiatrie à l\u2019Université McGill, qui précise que le Canada est en avance sur la plupart des pays.Si Thomas Hartle a été le premier « exempté » à tenter l\u2019expérience au pays, Santé Canada a par la suite accordé 47 autorisations à des personnes en ?n de vie, nous indiquait le ministère à la ?n août 2021.La psilocybine, mais aussi la MDMA (le principe actif de l\u2019ecstasy), le LSD ou encore la kétamine font ainsi leur apparition dans quelques services avant-gardistes de psychiatrie, gagnant du terrain dans un milieu conservateur où ces drogues illégales n\u2019ont pas bonne presse.Il faut dire que l\u2019approche sort des sentiers battus.Le but est déroutant : altérer la conscience du patient, lui faire vivre un chamboulement psychique, une expérience puissante, voire mystique, qui change son rapport à lui- même et au monde.L\u2019étymologie grecque du terme psychédélique ne signi?e-t-elle pas « qui rend visible » (deloun) « l\u2019esprit » (psukhê) ?« C\u2019est une révolution, il n\u2019y a pas de doute là-dessus.En psychiatrie, cela fait des années que les innovations thérapeutiques sont très peu nombreuses.Or, les psychédéliques sont radicalement différents des autres médicaments », plaide David Nutt, directeur du Centre de recherche sur les psychédéliques de l\u2019Imperial College London, l\u2019un des seuls instituts consacrés au sujet, qui a vu le jour en 2019.Alors que la dépression est la première cause de morbidité et d\u2019incapacité dans le monde, selon l\u2019Organisation mondiale de la santé, et qu\u2019un milliard de personnes souffrent de troubles de santé mentale, la médecine psychédélique apparaît, pour certains thérapeutes en mal d\u2019options, comme une vraie bouffée d\u2019oxygène.Une inclusion dans la pharmacopée serait une sacrée revanche pour ces dro- Étude après étude, la tendance se con?rme.Les psychédéliques sont prometteurs, voire supérieurs aux traitements classiques dans certains contextes.20 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 \u2022 IMAGES : PEG PETERS/FALLING FROGS MEDIA Thomas Hartle (à droite) et son thérapeute, Bruce Tobin, fondateur de l\u2019organisme Therapsil, tiennent des champignons hallucinogènes que le patient a lui-même cultivés.En bas, M.Hartle pendant une séance. gues associées depuis des décennies aux dérives du mouvement hippie, aux fêtes débridées et aux festivals de musique électronique\u2026 RETOUR EN FORCE Les recherches fusent : dans le monde, une centaine d\u2019essais cliniques sont en cours pour évaluer l\u2019efficacité de ces substances contre la dépression, l\u2019anxiété, la dépendance à l\u2019alcool ou au tabac, les troubles obsessionnels-compulsifs ou encore les troubles alimentaires.« Dans toutes ces maladies, le cerveau est bloqué sur une rumination permanente, où les pensées dépressives ou addictives tournent en boucle.Les psychédéliques brisent ces schémas et rendent le cerveau plus flexible, plus apte à résoudre les problèmes », résume David Nutt, qui vient de lancer des études sur la psilocybine contre l\u2019anorexie et la douleur chronique.Étude après étude, la tendance se con?rme.Les psychédéliques sont prometteurs, voire supérieurs aux traitements classiques dans certains contextes.L\u2019équipe de l\u2019Imperial College London a montré dès 2016 que la psychothérapie combinée avec une ou deux prises de psilocybine pouvait aider les personnes atteintes de dépression grave, chez qui divers antidépresseurs avaient échoué.Depuis, plusieurs essais cliniques ont con?rmé ce constat, au point que la Food and Drug Administration a accordé ?n 2019 le statut de « traitement novateur » à la psilocybine a?n d\u2019accélérer les recherches, voire l\u2019approbation de la substance contre la dépression majeure.Un signe fort.De son côté, en mai 2021, la Multidisciplinary Association for Psychedelic Studies (MAPS), un organisme californien à but non lucratif qui a remis la MDMA sur le devant de la scène, a publié des résultats d\u2019essais de phase III prometteurs pour vaincre le syndrome de stress post- traumatique.Sur les 91 personnes de l\u2019essai, 67 % de celles qui avaient reçu de la MDMA en plus de suivre des séances de psychothérapie étaient rétablies, contre 32 % de celles qui avaient uniquement béné?cié de la psychothérapie.Et près de 90 % des participants rapportaient une atténuation de leurs symptômes, selon QUE SONT LES PSYCHÉDÉLIQUES ?Les substances psychédéliques ont été utilisées par plusieurs cultures au ?l des âges, souvent dans le cadre de transes et de rituels divers, même si peu d\u2019études documentent l\u2019ampleur de cet usage.Outre les quelque 200 espèces de champignons hallucinogènes, les plus connues sont l\u2019ayahuasca, préparé à partir d\u2019une liane, en Amazonie, et la mescaline (extraite du peyotl, un cactus) au Mexique.On appelle psychédéliques « classiques » : \u2022 la psilocybine, \u2022 le LSD ou acide lysergique diéthylamide, \u2022 la DMT ou diméthyltryptamine (ayahuasca), \u2022 la mescaline.Ils agissent tous sur les récepteurs 5HT2A dans le cerveau.Par extension, malgré leur mode d\u2019action différent, on inclut dans les recherches sur le sujet la kétamine et la MDMA (ou 3,4-méthylènedioxyméthamphétamine), qui ont des effets comparables.Toutes ces substances peuvent causer des changements de perceptions sensorielles et spatiotemporelles (hallucinations, état onirique, etc.), une modi?cation de la conscience de soi, de la conscience de son corps (dépersonnalisation) ainsi qu\u2019une altération du mode de pensée (pensées magiques, spirituelles, intuitions, délires).DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 21 \u2022 ILLUSTRATION : SÉBASTIEN THIBAULT SANTÉ l\u2019étude parue dans Nature Medicine.Ce qui fait espérer à l\u2019équipe de la MAPS une approbation de la MDMA aux États-Unis d\u2019ici 2023.Certes, les essais cliniques sont pour l\u2019instant de petite taille ?moins de 200 patients si l\u2019on combine toutes les études menées récemment sur la psilocybine et la dépression par exemple.« Mais l\u2019effet est suf?samment fort pour être signi?catif dans de petites cohortes, nuance David Nutt.De plus, on ne part pas de rien : on a un héritage scienti?que sur le sujet.On redécouvre de fait ce que les recherches avaient révélé dans les années 1950-1960.On sait déjà que ces substances fonctionnent et qu\u2019elles sont assez sécuritaires.Mais cette fois, on conduit les essais de façon contrôlée, avec les diagnostics modernes et des données d\u2019imagerie.» Avant 1971, année de la rati?cation de la convention des Nations unies sur le contrôle des psychotropes, qui stipule que les psychédéliques présentent un risque grave pour la santé publique et n\u2019ont pas d\u2019utilité médicale, les National Institutes of Health des États-Unis ont ?nancé plus de 130 études sur l\u2019ef?cacité du LSD.« Des milliers de patients en ont alors pro?té », indique le chercheur, mais souvent sans protocole rigoureux ni suivi à long terme.Cette drogue puissante, synthétisée en 1938 par le chimiste suisse Albert Hoffman, est toutefois devenue dans les années 1960 le symbole de la désobéissance civile et des protestations contre la guerre du Vietnam.Cet usage récréatif et la « propagande antidrogue des gouvernements », pour citer David Nutt, ont signé l\u2019arrêt de mort de la recherche médicale sur toutes ces substances.Sans surprise, leur renaissance ne se fait pas sans heurts.Dans les milieux universitaires, les préjugés sont profondément ancrés, observe Kyle Greenway.« Mon but, c\u2019est d\u2019avoir des données scienti?ques solides pour que les mentalités changent et que l\u2019utilisation des psychédéliques devienne courante », lance le jeune médecin.Il a longtemps hésité à parler publiquement de son thème de recherche, qui est pourtant son « sujet de discussion préféré » : la kétamine.À l\u2019Institut universitaire en santé mentale Douglas, à Montréal, il évalue actuellement son effet chez des patients souffrant de dépression résistante, en association avec des séances de psychothérapie.Si la kétamine n\u2019est pas un psychédélique au sens classique du terme, mais plutôt un anesthésique (déjà utilisé en médecine et donc légal, contrairement aux autres), son effet sur la conscience est proche de celui de la psilocybine.À haute dose, elle provoque aussi des effets dissociatifs, comme l\u2019impression de ?otter au-dessus de son corps ?ce qui en fait une drogue prisée dans les milieux festifs.Mais surtout, elle a un effet antidépresseur extrêmement rapide, parfois immédiat.Kyle Greenway a vu des patients déprimés depuis des années, incapables de se lever de leur lit, ayant essayé en vain quatre ou cinq antidépresseurs retrouver goût à la vie en quelques séances.« Quand ça fonctionne, c\u2019est un peu comme si l\u2019on condensait les bienfaits de plusieurs années de psychothérapie en quatre semaines », résume-t-il.Alors que la séance de Thomas Hartle avec la psilocybine a duré environ huit heures, la kétamine agit pendant une à deux heures, ce qui est « plus pratique » en contexte hospitalier.« Concrètement, on rencontre le patient deux ou trois fois avant les séances pour le connaître, le préparer à avoir des attentes réalistes.Le jour venu, on l\u2019installe avec un bandeau sur les yeux, de la musique et l\u2019on procède à l\u2019injection intraveineuse.On le laisse vivre son expérience, sans lui parler, mais en restant à côté de lui.On peut administrer jusqu\u2019à six doses en un mois.Et c\u2019est tout », dit le médecin avec enthousiasme.Joe Flanders s\u2019anime lui aussi quand il décrit les séances de psychothérapie assistées par kétamine, qu\u2019il a commencé 22 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 \u2022 ILLUSTRATION : SÉBASTIEN THIBAULT Sous l\u2019effet de la psilocybine (b), on observe par imagerie fonctionnelle une plus grande connectivité entre les régions corticales, représentées par les points, par rapport au placébo (a).Cela pourrait causer le phénomène de synesthésie parfois observé (correspondance entre des couleurs et des sons par exemple).à offrir l\u2019été dernier dans ses cliniques privées de Montréal aux personnes souffrant de dépression résistante.Le psychologue, spécialiste de la méditation de pleine conscience, n\u2019en revient pas de la rapidité avec laquelle certains patients répondent au traitement.Son réseau de cliniques, Mindspace, a été racheté début 2021 par la compagnie Numinus, de Vancouver, qui se spécialise dans la thérapie associée par psychédéliques.Les séances se déroulent en présence d\u2019un psychologue formé au traitement et d\u2019une in?rmière qui vérifie le rythme cardiaque et la pression artérielle du patient (les substances psychédéliques les augmentent transitoirement).« Pour environ 5 000 $, on offre deux séances de préparation et trois séances avec prise de kétamine [par comprimé et dose intranasale].Le lendemain de chacun de ces trips, on fait une séance d\u2019intégration pour discuter, consolider ce qu\u2019on a appris, faire le pont entre cette expérience très intense et la vie quotidienne », explique celui qui est aussi professeur au Département de psychologie de l\u2019Université McGill.RÉINITIALISATION Mais comment expliquer qu\u2019un seul trip suf?se parfois à sortir quelqu\u2019un d\u2019une dépression dans laquelle il est embourbé depuis des années ?Que se passe-t-il dans le cerveau pour que, en quelques heures, l\u2019anxiété se dissipe, les troubles existentiels se résolvent, la peur de la mort se mue en une con?ance en la vie ?À première vue, il y a un semblant de miracle qui effarouche un peu les esprits cartésiens.« C\u2019est vrai que c\u2019est puissant.Mais il y a d\u2019autres choses qui ont ce genre d\u2019effet : vous savez, quand vous tombez amoureux, c\u2019est encore plus puissant qu\u2019un psychédélique.Certaines personnes changent toute leur vie en une milliseconde au nom de l\u2019amour », illustre David Nutt.De la même manière, il suf?t parfois d\u2019un drame, d\u2019une agression pour entraver pour de bon les rouages de nos méninges.Dans le cerveau, les psychédéliques classiques (LSD, psilocybine, ayahuasca.) imitent la sérotonine, un neurotransmetteur lié à la régulation des émotions.Plus précisément, ils se ?xent sur des récepteurs bien précis, appelés 5HT2A, à la surface de certains neurones, à la manière de clés s\u2019insérant dans des serrures.« En stimulant les récepteurs 5HT2A, les psychédéliques changent la façon dont nos neurones s\u2019activent et dont l\u2019information est transmise d\u2019une région du cerveau à l\u2019autre », résume la neuropsychologue Katrin Peller.Dans son laboratoire de l\u2019Université de Zurich, elle étudie l\u2019effet du LSD et de la psilocybine au moyen de l\u2019imagerie cérébrale chez des volontaires en pleine santé.Elle a présenté ses résultats en septembre dernier à Berlin, au congrès INSIGHT de la fondation européenne MIND, qui milite pour la recherche sur ces substances.Elle a découvert qu\u2019elles affectent le fonctionnement du thalamus, qui a pour rôle de ?ltrer les informations qui nous parviennent.« Sous l\u2019action des psychédéliques, le thalamus est davantage connecté à nos régions cérébrales sensorielles ; il y a plus d\u2019informations qui sont transmises au cortex.Cela peut aider à trouver de nouvelles façons de penser au monde, à soi-même », estime la chercheuse.a) b) DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 23 \u2022 IMAGE : PETRI ET COLL., 2014, ROYAL SOCIETY PUBLISHING SANTÉ Autrement dit, les filtres sont plus permissifs, les neurones communiquent autrement et davantage, et des zones qui ne se « parlaient » pas se parlent en?n, révèlent les études sur des humains et des animaux.Le cortex visuel est submergé, ce qui peut causer des hallucinations et une distorsion spatiotemporelle.Quant à l\u2019amygdale, associée à la peur, elle semble moins réactive.« La psilocybine, notamment, augmente l\u2019empathie émotionnelle.Ça ouvre une fenêtre pour reprendre contact avec l\u2019environnement social », explique la chercheuse.De son côté, la kétamine agit plutôt sur un autre neurotransmetteur, le glutamate, mais elle entraîne elle aussi une sorte de « recâblage » neuronal.La MDMA, elle, inonde le cerveau de sérotonine.« Tous les récepteurs en reçoivent ! Cela ressemble chimiquement à un état postor- gasmique : les gens sont emplis d\u2019amour, d\u2019autocompassion et ils peuvent revisiter l\u2019évènement traumatique et s\u2019y exposer avec moins de douleur », remarque Kyle Greenway.Dans tous les cas, les chercheurs observent une dissolution de l\u2019égo : pendant le trip, le patient a l\u2019impression de ne faire qu\u2019un avec le reste du monde, voit d\u2019un œil nouveau ses traumatismes ou les causes de son mal-être.« Ce qu\u2019on ne sait pas, c\u2019est si les effets à long terme du traitement sont dus au changement de perspective au moment de l\u2019expérience, à une connectivité différente ou aux deux, reprend Katrin Peller.C\u2019est ce qu\u2019on cherche à découvrir.» Tous les experts consultés sont néanmoins formels : c\u2019est la psychothérapie qui est au cœur du traitement, la drogue venant plutôt jouer un rôle de catalyseur.« Il n\u2019y a qu\u2019un seul traitement en psychiatrie qui continue à être béné?que même lorsqu\u2019on l\u2019a arrêté : c\u2019est la psychothérapie », dit Kyle Greenway.En ce sens, la psychothérapie assistée par psychédéliques est un véritable changement de paradigme.Oui, on chamboule chimiquement le cerveau, on le secoue, avec une expérience transcendantale puissante.Mais on ne guide pas la personne pendant cette expérience ; son esprit vagabonde librement.Néanmoins, pour que la prise de conscience ait lieu et s\u2019inscrive dans le temps, il faut « débreffer » ce voyage en faisant un profond travail sur l\u2019égo, les émotions, les relations.« Plutôt que de prescrire des pilules en 15 minutes, ces séances demandent un dialogue, du temps et un thérapeute bien formé », insiste le médecin résident.Nul doute que cet encadrement, coûteux en ressources, est complexe à mettre en œuvre dans des services hospitaliers en manque de personnel et d\u2019argent.Les réticences de certains psychiatres s\u2019expliquent en partie par cette lourdeur.« Mais au-delà de ça, c\u2019est aussi une autre façon de voir les troubles mentaux, en rupture totale avec la vision des dernières décennies », argue Kyle Greenway.Il dénonce le discours du « tout biologique » qui prévaut en psychiatrie ?ou a longtemps prévalu, du moins ?, selon lequel toutes les maladies mentales résulteraient d\u2019un déséquilibre chimique dans le cerveau.La plupart des antidépresseurs 24 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 \u2022 ILLUSTRATION : SÉBASTIEN THIBAULT ont ainsi été mis au point pour combler un dé?cit supposé de sérotonine.« Cette hypothèse n\u2019était pas mauvaise, mais on ne l\u2019a jamais prouvée.Il est temps qu\u2019on adopte des perspectives plus nuancées », s\u2019insurge Kyle Greenway.Et qu\u2019on se dote d\u2019un arsenal thérapeutique plus vaste et plus ef?cace.« Les essais cliniques montrent que les antidépresseurs classiques ne fonctionnent que dans 30 % des cas ; et encore, il s\u2019agit de patients \u201cidéaux\u201d sans complications.Quand une personne souffre de dépression résistante, les chances qu\u2019un énième antidépresseur fasse effet sont plutôt de 5 %\u2026 Avec des thérapies très courtes de kétamine, on obtient réellement près de 30 % de succès chez ces personnes en échec thérapeutique», avance Kyle Greenway en se fondant sur ses résultats préliminaires et sur d\u2019autres essais.De son côté, David Nutt a montré dans un essai de phase II publié cette année que deux prises de psilocybine pouvaient remplacer un antidépresseur, avec des améliorations plus rapides et une meilleure tolérance.L\u2019approche donne donc un bon coup de pied dans la fourmilière de la pharmacopée traditionnelle.Elle permet d\u2019envisager le passage d\u2019une prise quotidienne d\u2019un médicament à des interventions ponctuelles, l\u2019instauration de périodes durables de rémission, voire la guérison de certaines maladies devenues chroniques.« Avec les psychédéliques, on a beau agir sur des systèmes liés à la sérotonine, la différence avec les antidépresseurs est majeure », constate David Nutt, qui utilise lui aussi des techniques de neuro- imagerie pour comprendre le trip.Il existe une quinzaine de « clés » sur lesquelles la sérotonine peut se ?xer et dont on ignore encore les subtilités fonctionnelles.Mais on sait que la clé 5HT2A est associée à la neuroplasticité, soit la réorganisation des réseaux de neurones.De leur côté, les antidépresseurs ont plutôt tendance à augmenter le niveau global de sérotonine dans le cerveau en 8 à 12 semaines.« Cela a pour effet de protéger de façon passive le système limbique [lié aux réponses émotionnelles] en lui permettant de tolérer le stress.Les psychédéliques sont plus actifs.Ils réinitialisent le cerveau en quelque sorte », af?rme David Nutt.« Sous antidépresseurs, on ressent moins la souffrance.Avec les psychédéliques, on s\u2019y confronte pour pouvoir passer par-dessus », ajoute Michael Ljuslin, chef de clinique aux soins palliatifs des Hôpitaux universitaires de Genève.Il utilise la psilocybine à titre compassionnel chez des patients en ?n de vie depuis une quinzaine d\u2019années ?la Suisse ayant toujours toléré ce type d\u2019usage.JOUER AVEC LE FEU ?Mais l\u2019intensité de l\u2019expérience psychédélique, qui con?ne parfois au spirituel ?une rencontre avec Dieu, une communion avec l\u2019univers ?, est aussi un terrain miné.On le sait par l\u2019usage festif, ces drogues peuvent déclencher des épisodes psychotiques, voire une schizophrénie chez des individus qui y seraient prédisposés.C\u2019est d\u2019ailleurs la plus grande crainte des partisans des psychédéliques, qui prennent soin d\u2019exclure des essais cliniques toutes les personnes ayant des antécédents de psychose.La condition cardiovasculaire doit aussi être prise en compte.Autre écueil évident : le risque de dépendance.Sur ce point, rien à voir avec les opiacés.Les psychédéliques classiques sont sûrs, car ils n\u2019entraînent pas de dépendance physique.En bref, les patients règlent leur problème et passent à autre chose.La question est plus délicate pour la MDMA et la kétamine, dont on sait qu\u2019elles créent une dépendance chez certains usagers récréatifs.« Les gens peuvent aimer les sensations, le fait que cela les éloigne de leurs problèmes.D\u2019où l\u2019importance d\u2019un encadrement serré », estime Kyle Greenway.Il démonte du même coup un mythe tenace : non, le trip n\u2019est pas forcément une partie de plaisir.« Sur les 300 traitements qu\u2019on a faits avec la kétamine, seuls de 5 à 10 % étaient purement agréables.Pour les personnes en souffrance, ce peut être un processus en partie douloureux, tout comme peut l\u2019être la psychothérapie.Cela ampli?e les perceptions, mais aussi les démons.» L\u2019expérience relaxante de Thomas Hartle avec la psilocybine n\u2019est donc pas forcé- DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 25 SANTÉ ment la norme ; mais même ceux qui font un voyage déplaisant se disent en général satisfaits du chemin parcouru, notent les thérapeutes.En?n, chez certains patients, les psychédéliques ne fonctionnent tout simplement pas.Le risque de déception, voire de désespoir, est grand, avertissent les psychiatres.Henrik Jungaberle, chercheur et directeur de la fondation MIND, remettait les pendules à l\u2019heure en ouverture du congrès INSIGHT.« Certains ont le fantasme que les psychédéliques vont résoudre la crise de santé mentale.La souffrance humaine est si complexe, a tellement de racines qu\u2019il n\u2019y a aucun espoir qu\u2019un médicament puisse en venir à bout.Et il y a beaucoup de chemin à faire avant que ces drogues fassent partie du paysage des soins psychiatriques.» Une approbation précipitée, une mise en place chaotique sans toutes les précautions requises pourrait avoir des effets désastreux, craint-il.Les modalités d\u2019administration de ces drogues et le remboursement des séances de psychothérapie doivent aussi être discutés.Or, les gouvernements et l\u2019industrie pharmaceutique sont frileux, ce qui explique l\u2019absence de ?nancement d\u2019essais cliniques à grande échelle.« Je suis certain que les psychédéliques vont devenir des médicaments.Mais je me demande si ceux qui investissent dans le domaine vont un jour revoir leur argent ! » admet David Nutt, dont les études sont ?nancées par des dons privés.Car les traitements ponctuels sont bien moins lucratifs que les pilules journalières, et ces vieilles drogues ne sont pas brevetables.L\u2019entreprise pharmaceutique Janssen commercialise toutefois au Canada, depuis l\u2019été 2020, une forme dérivée de la kétamine (300 fois plus chère que la forme générique) à administrer sous forme de vaporisateur nasal, en cas d\u2019idées suicidaires, en combinaison avec un antidépresseur.« Les sociétés pharmaceutiques cherchent à raccourcir l\u2019action des psychédéliques pour les rendre plus compatibles avec un traitement ambulatoire.Mais je pense que les bienfaits sont vraiment liés à la durée et à l\u2019intensité de l\u2019expérience », soutient Michael Ljuslin, qui étudie le potentiel du LSD, dont les effets puissants durent une douzaine d\u2019heures.Notons que l\u2019ef?cacité sur le bien-être des microdoses à prendre régulièrement (qui ne provoquent pas de trip), prônée par certains groupes militants, n\u2019a pas encore été établie par les études.À Saskatoon, Thomas Hartle sent que son anxiété revient.Mais la psilocybine lui a permis de pro?ter des siens pendant des mois, en retrouvant la joie de vivre qui le caractérise.Son émotion est palpable.« Il y a des gens en ?n de vie comme moi [une cinquantaine, selon Santé Canada] qui attendent leur exemption depuis parfois plus de 170 jours.C\u2019est absurde : ils n\u2019ont pas le droit d\u2019essayer la psilocybine, mais ils pourraient obtenir l\u2019aide à mourir en peu de temps.Je me fais un devoir de raconter mon expérience aux médias, aux médecins pour que cela change.» Et pour que d\u2019autres que lui puissent retrouver leur place dans le monde, renouer avec eux-mêmes et le moment présent.DES DOSES DIFFICILES À TROUVER Quand on veut faire de la recherche sur des drogues illégales, il faut s\u2019armer de patience.Gabriella Gobbi, professeure à l\u2019Université McGill, peut en témoigner.Dans son laboratoire, elle donne de petites doses quotidiennes de LSD à des souris pour voir comment cela in?ue sur leur comportement.Pour l\u2019obtenir, elle a dû patienter deux ans, après moult demandes à l\u2019Université, à Santé Canada, puis une commande en Europe.La substance est conservée dans des frigos verrouillés, dans une salle elle-même fermée à clé.La professeure a constaté qu\u2019au bout de sept jours les souris ayant reçu le LSD devenaient plus sociables et moins craintives.Elle entamera prochainement une étude sur le comportement humain avec des volontaires sains, mais elle déplore le fait que la recherche sur ces substances soit si compliquée.David Nutt, au Royaume-Uni, se heurte aux mêmes dif?cultés.Il a commencé à utiliser la psilocybine et le LSD pour comprendre les mécanismes des hallucinations en 2005, avant de percevoir leur potentiel thérapeutique.« Trouver un fournisseur de LSD ou de MDMA est très dif?cile, car il n\u2019y a pas d\u2019industrie pharmaceutique qui en produit, dit-il.Pour la psilocybine, c\u2019est un peu plus facile depuis que deux compagnies américaines proposent des doses standardisées.» Dans tous les cas, rien n\u2019est inaccessible à un internaute un peu débrouillard.Au Canada, l\u2019entreprise New Leaf, qui commercialise du cannabis, se prépare elle aussi, avec sa branche Psirenity, à produire de la psilocybine issue de champignons pour être prête si le produit est approuvé ou dépénalisé (l\u2019Oregon, par exemple, l\u2019a légalisé en 2020).L\u2019usine de production de Psirenity est située en Jamaïque, où la psilocybine est légale.L\u2019entreprise attend une autorisation de Santé Canada pour bâtir un centre de production et de recherche dans le sud de l\u2019Ontario.26 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 \u2022 ILLUSTRATION : SÉBASTIEN THIBAULT 1 Pour la suite du monde LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC Pour la suite du monde La pandémie, une bougie d\u2019allumage pour les innovations en santé Comment bâtir une vie culturelle résiliente ?Les effets de la crise sur la santé mentale de la communauté étudiante Des chercheurs ré?échissent à des solutions pour transformer nos vies d\u2019après-COVID. C O U V E R T U R E E T M O N T A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M , N A T A C H A V I N C E N T L\u2019APRÈS-COVID : LA SCIENCE AU FRONT oilà deux ans, un virus inconnu nous faisait basculer dans une nouvelle réalité.Dans ce monde gouverné par les mesures sanitaires, nous avons perdu nos repères et nos garde-fous.Mais les gens les plus fragilisés par la pandémie ont été sans contredit ceux qui se trouvent malgré eux dans les angles morts de la société : les aînés, les malades, les jeunes vulnérables, les familles à faible revenu, les communautés éloignées, les travailleurs au statut précaire (comme les artistes)\u2026 Peu de temps après l\u2019annonce du premier coninement, des chercheurs étaient déjà à l\u2019œuvre pour mesurer les effets de la crise sur ces populations.D\u2019autres tentaient de mettre au point toutes sortes de solutions : des outils pour mieux traquer le virus et s\u2019en protéger ; des technologies pour assurer la sécurité alimentaire ; des formations pour soutenir les enseignants dans leurs classes virtuelles ; etc.Si ces idées sont nées dans l\u2019urgence, leurs fruits seront récoltés pendant encore longtemps, car la recherche sera aux premières loges de la reconstruction du monde de l\u2019après-pandémie.Dans ces pages, découvrez des études et des initiatives inspirantes de chercheurs qui ont les yeux rivés sur le futur.3 LE VIRUS DE L\u2019INNOVATION 6 COMMENT BÂTIR UNE VIE CULTURELLE RÉSILIENTE ?8 DANS LA TÊTE DES ÉTUDIANTS 11 À L\u2019ASSAUT DE L\u2019INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE 12 POUR NE PLUS LAISSER PERSONNE DERRIÈRE 14 LES AÎNÉS D\u2019ABORD SOMMAIRE LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC Comité consultatif : Pietro-Luciano Buono, UQAR Yves Chiricota, UQAC Ghyslain Gagnon, ÉTS Josée Gauthier, ENAP Nathalie Gendron, INRS Sylvie de Grosbois, UQO Louis Imbeau, UQAT Éric Lamiot, Université TÉLUQ Jean-François Millaire, UQTR Jean-Pierre Richer, UQAM Josée Charest, UQ Valérie Reuillard, UQ Marie Lambert-Chan, QS Les 10 établissements du réseau de l\u2019Université du Québec ont pour mission de faciliter l\u2019accessibilité à l\u2019enseignement universitaire, en plus de contribuer au développement scientiique du Québec et au développement de ses régions.Coordination : \u2022 Marie Lambert-Chan \u2022 Valérie Reuillard Rédaction : \u2022 Maxime Bilodeau \u2022 Annie Labrecque \u2022 Martine Letarte \u2022 Charles Prémont \u2022 Fanny Rohrbacher Direction artistique : Natacha Vincent Révision-correction : Pierre Duchesneau Bibliothèque nationale du Canada : ISSN-0021-6127 Ce dossier est inséré dans le numéro de décembre 2021 du magazine Québec Science (QS).Il a été inancé par l\u2019Université du Québec (UQ) et produit par le magazine Québec Science.V 3 Réjean Tremlay - UQAR Roberto Morandotti et Tiago Falk - INRS Gelareh Momen - UQAC xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx Les sciences de la mer, c\u2019est plus que l\u2019étude des courants marins ou des organismes vivants qui peuplent le fond des océans.Réjean Tremblay en sait quelque chose, lui qui se consacre à la mise au point de biotechnologies marines à titre de professeur en écophysiologie et aquaculture à l\u2019Institut des sciences de la mer de l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR).« On connaît à peine de 20 à 30 % des espèces de microalgues existantes sur terre.Chacune est en soi une petite usine à biomolécules ; chacune a un potentiel pour un large éventail de secteurs, dont celui de la santé », explique-t-il.La pandémie de COVID-19 fournit à ce chercheur une occasion en or de faire valoir son point.Depuis le printemps 2021, il recourt à des molécules produites avec des microalgues enrichies à 99 % de carbone 13, un isotope stable, a?n de mieux étudier les processus in?ammatoires liés au coronavirus.« On travaillait déjà sur l\u2019usage de microalgues marines enrichies dans plusieurs applications.Les tester sur des cellules humaines in vitro est néanmoins un tout nouveau champ de recherche », con?rme Réjean Tremblay.Les cellules en question sont situées dans les poumons.Lorsque la COVID-19 les infecte, une réaction in?ammatoire intense se met en branle, pouvant aller jusqu\u2019à un emballement anormal du système immunitaire.Bien qu\u2019ils soient mieux compris, les mécanismes biochimiques en jeu dans cette réponse immunitaire complexe sont encore aujourd\u2019hui à l\u2019étude.C\u2019est là tout l\u2019intérêt des microalgues marines enrichies : elles permettent de percer le mystère de ce qui se passe à l\u2019intérieur de cultures cellulaires avec l\u2019aide de la résonance magnétique nucléaire (RMN) et de la spectroscopie de masse.Ces algues produisent beaucoup d\u2019acides gras, qui alimentent en quelque sorte la cascade in?ammatoire ; de quoi nourrir le « ?lm » de l\u2019in?ammation et le voir se dérouler in vitro.« En couplant la RMN et la spectroscopie de masse, on voit en haute dé?nition la mobilisation des composés actifs lors des processus in?amma- toires caractéristiques de la COVID-19 », précise le scienti?que.L\u2019enrichissement de microalgues en isotopes, qui servent en quelque sorte de traceurs, est assuré par l\u2019entreprise rimouskoise Iso-BioKem.À terme, ces travaux faciliteront l\u2019étude et la mise au point de nouveaux médicaments anti-in?ammatoires contre la COVID-19.« La version ?nale de notre plateforme sera prête d\u2019ici l\u2019été prochain, si tout va bien.Dès lors, on mettra au point des solutions plus appliquées », prévoit Réjean Tremblay.Néanmoins, tout cela ne risque-t-il pas d\u2019arriver trop tard ?« Le virus est là pour de bon ; on devra apprendre à vivre avec.Diminuer les poussées in?ammatoires qui lui sont attribuables sera encore pertinent dans plusieurs années », avance-t-il.L : Pour la suite du monde Microalgues, intelligence arti?cielle, biomimétisme : pour lutter contre la COVID-19, des chercheurs ont mis au point des solutions inédites qui pourront servir au-delà de la crise.Par Maxime Bilodeau LE VIRUS DE L\u2019INNOVATION 4 I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M , C H R I S T I A N F L E U R Y ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T TOUSSEZ ! De la même manière, il faudra continuer à traquer le SRAS-CoV-2, le virus à l\u2019origine de cette pandémie dont on se souviendra longtemps.À l\u2019heure actuelle, le dépistage de la COVID-19 se fait principalement par prélèvement d\u2019un échantillon au fond de la gorge et du nez qui est ensuite analysé en laboratoire.Or, s\u2019il n\u2019en tenait qu\u2019à Roberto Morandotti, professeur et chercheur au Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l\u2019Institut national de la recherche scientifique (INRS), une simple analyse du son de la toux d\u2019une personne potentiellement infectée pourrait bientôt suffire.En soi, la reconnaissance vocale n\u2019est pas révolutionnaire ; après tout, plusieurs assistants personnels intelligents, notamment Alexa, Siri et Cortana, sont capables de reconnaître la voix humaine depuis plusieurs années déjà.Pareil exploit peut cependant profiter au milieu de la santé.« L\u2019intelligence artificielle (IA) permet de traiter toutes sortes de choses, y compris les biomar- queurs vocaux et les modifications des sons respiratoires.On pense qu\u2019elle est capable de capter des patrons qui échappent à notre oreille », affirme Roberto Morandotti, qui mène ce projet en collaboration avec son collègue Tiago Falk.Afin de valider cette hypothèse, les chercheurs développent une plateforme d\u2019IA pour l\u2019analyse automatisée de la voix qui s\u2019inspire des réseaux neuronaux qu\u2019on trouve dans le cerveau.Sa particularité : elle utilise des composants photoniques intégrés.« La microélec- tronique se heurte de plus en plus aux limitations du signal électrique.C\u2019est ce qui explique que les performances des ordinateurs modernes tendent à plafonner : on ne peut plus optimiser le signal électrique », fait valoir le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en photonique intelligente.Il enchaîne : « Le signal optique à base de photons \u2014 les particules élémentaires de la lumière \u2014 est, pour sa part, doté d\u2019une vitesse de transmission de données inégalée.En l\u2019intégrant à de l\u2019électronique, on améliore grandement la capacité de traitement de masses considérables d\u2019informations, comme des voix humaines.» Ce tour de passe- passe permet au tandem d\u2019« entraîner » leur plateforme d\u2019IA à grand renfort de centaines d\u2019échantillons de voix de gens atteints ou non de la COVID-19 sans qu\u2019elle soit submergée par la tâche.Au moment d\u2019écrire ces lignes, à la mi-octobre, les chercheurs en étaient à étalonner adéquatement leur base de données, une étape cruciale pour le bon fonctionnement des techniques d\u2019IA.Dans leur esprit, le succès futur de leur plateforme d\u2019analyse ne fait toutefois aucun doute, COVID-19 ou non.« Notre appareil vocal vibre différemment si on est atteint d\u2019un cancer du poumon plutôt que d\u2019un simple rhume.Chaque maladie respiratoire est dotée de sa signature propre ; un peu comme une guitare, en somme », illustre Roberto Morandotti.LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 5 Roberto Morandotti, professeur et chercheur au Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l\u2019INRS L\u2019EFFET LOTUS Penser au-delà de la COVID-19 : c\u2019est ce que font aussi Gelareh Momen et son collègue Reza Jafari, tous deux professeurs et chercheurs à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).Elle et lui ont mis au point un revêtement antiseptique ef?cace pour repousser le HCoV-OC43, un coro- navirus qui s\u2019apparente au SRAS-CoV-2.Le duo a entrepris ces travaux dans les premiers mois de la pandémie, au moment où l\u2019on pensait encore que le virus de la COVID-19 se propageait par les surfaces contaminées, aussi appelées fomites.Depuis, plusieurs études ont démontré que le SRAS-CoV-2 se transmettait principalement par des gouttelettes respiratoires émises par les personnes infectées.N\u2019empêche, les fomites font la vie dure aux humains : d\u2019autres virus, comme la grippe et la gastroentérite, circulent en partie par leur intermédiaire.À titre de responsable du Laboratoire sur les revêtements glaciophobes et l\u2019ingénierie des surfaces de l\u2019UQAC, Gelareh Momen étudie depuis plusieurs années comment modi?er les propriétés de matériaux pour leur permettre d\u2019accomplir des tâches précises, par exemple se réparer, résister au gel ou se nettoyer.Son approche s\u2019ancre dans le biomimétisme, c\u2019est-à-dire le fait d\u2019imiter le vivant pour trouver des solutions applicables aux humains.« Dans ce cas-ci, nous nous sommes inspirés de la feuille de lotus, qui est extrêmement dif?cile à mouiller : quand l\u2019eau tombe dessus, elle balaie les saletés, et la surface demeure sèche.Il se passe exactement la même chose avec notre revêtement », dit la scienti?que avec enthousiasme.Concrètement, l\u2019équipe de chercheurs a mis au point un revêtement à pulvériser constitué d\u2019un mince film de biopolymère qui a subi diverses transformations chimiques pour devenir antiviral.Et de quel ordre sont ces modifications ?Impossible de le savoir : la technologie est en cours de brevetage.Cela étant dit, les résultats sont au rendez-vous.Une fois vaporisée sur une surface contaminée et séchée (un processus qui prend de 5 à 10 minutes), la solution tue 99,9 % des virus qui s\u2019y trouvent.Mieux encore : l\u2019efficacité s\u2019étend sur « plusieurs mois », aux dires de Gelareh Momen.En théorie, cet extraordinaire « pouche-pouche » \u2014 qui peut aussi être appliqué au pinceau \u2014 serait à même de signer l\u2019arrêt de mort des fo- mites.« Nous pensons que les milieux hospitaliers seront intéressés par nos résultats.Notre revêtement a en plus comme avantage d\u2019être transparent et d\u2019adhérer à diverses surfaces, du bois au métal en passant par le plastique et même les textiles », énumère la professeure-chercheuse.Imaginez : pénétrer dans une salle d\u2019attente sans avoir à craindre d\u2019en ressortir avec une vilaine infection chopée sur une surface quelconque.et, surtout, sans avoir à se badigeonner de gel hydroalcoolique avant et après.Le rêve, quoi ! ?Pour la suite du monde 6 LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC S Salles fermées, représentations annulées, billets à rembourser, prestations déplacées en ligne (et organisées parfois avec les moyens du bord) : la pandémie a frappé le secteur culturel de plein fouet.Selon les données de Statistique Canada, au premier trimestre de 2021, le produit intérieur brut (PIB) des arts de la scène était de 62,9 % sous la barre de ce qu\u2019il était avant l\u2019arrivée de la COVID-19.D\u2019aucuns prédisent que les répercussions des confinements sur cette industrie se feront sentir de longues années.Ironiquement, la pandémie a aussi souligné à quel point les arts sont importants dans notre société.Quelles leçons peut-on tirer de cette crise ?Des universitaires ont multiplié les études pour trouver des réponses\u2026 et rassurer les artistes.Les arts sont parfois perçus comme un luxe super?u.Aussi, une inquiétude des professionnels des industries culturelles était de savoir si les gens reviendraient en salle lorsqu\u2019ils y seraient autorisés.Or cette préoccupation s\u2019est avérée infondée : dès la réouverture de ces établissements, en juin 2020, les amateurs se sont empressés d\u2019acheter des billets \u2014 et ce, malgré les restrictions sanitaires.Une hypothèse pour expliquer ce phénomène : la vie culturelle est liée à l\u2019intimité des gens qui y participent.Hervé Guay, professeur au Département de lettres et communication sociale de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), a supervisé une enquête intitulée Publics québécois des arts de la scène : portrait de groupe pendant et après l\u2019épidémie de COVID-19 à Montréal et en région.Grâce à un sondage mené auprès de 2 000 spectateurs et à des groupes de discussion, les chercheurs ont conclu que ces personnes sont très attachées aux rituels qu\u2019elles se construisent grâce aux événements culturels.« Ces pratiques sont ancrées dans des habitudes, explique Hervé Guay.Ce sont des choses que les gens aiment faire, qu\u2019ils aiment répéter.» Il poursuit : « [Les événements culturels] sont des moments exceptionnels qui rythment la vie et lui donnent un sens.Quand on soustrait ces activités, comme ce fut le cas pendant les con?nements, on peut penser que les gens en souffrent d\u2019une certaine manière.» Cet attachement à la culture fait en sorte que les amateurs ont été enclins à soutenir leurs organismes culturels pendant la crise.« La pandémie a mis en lumière cette idée de communauté de proximité.Ces gens tiennent à ce que la vie culturelle continue ; c\u2019est sur ces personnes qu\u2019il faut compter dans les moments dif?ciles », indique Hervé Guay.Il cite en exemple les théâtres qui ont demandé à leurs détenteurs de billets de ne pas exiger de remboursement.La campagne, nommée #billetsolidaire, a connu un grand succès, selon lui.La robustesse des organismes culturels semble bel et bien passer par la connivence que ceux-ci développent avec leur public, con?rme l\u2019étude Les effets de la pandémie [de] COVID-19 sur la vitalité culturelle du Quartier des COMMENT BÂTIR UNE VIE CULTURELLE RÉSILIENTE ?Les industries culturelles sortent meurtries des longs mois de con?nement.Certaines études montrent toutefois qu\u2019il existe des pistes de solution pour mieux soutenir nos artistes en temps de crise.Par Charles Prémont I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T 7 Pour la suite du monde spectacles à Montréal.Cette recherche, menée conjointement par l\u2019organisme à but non lucratif Synapse C et l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), a montré que le sentiment d\u2019appartenance à la vie culturelle d\u2019un secteur peut favoriser la résilience des organismes qui s\u2019y trouvent.Les données recueillies révèlent que, paradoxalement, les gens qui vivent autour du Quartier des spectacles voient ce lieu d\u2019un œil très positif, tandis que ceux qui y résident, un peu moins.« Si ce sentiment d\u2019appartenance est faible, les possibilités pour les organismes de survivre à la pandémie s\u2019éloignent un peu », explique Wilfredo Angulo Baudin, stagiaire postdoctoral et responsable de l\u2019étude.« [Lors d\u2019une crise sanitaire,] les acteurs culturels se retrouvent seuls, comme dans un désert, compare-t-il.Il faut construire un sentiment d\u2019appartenance plus ?uide entre ce qui se fait sur le plan culturel dans le quartier et ses résidents, parce que ce sont eux qui vont défendre leurs organismes.Ailleurs à Montréal, on a observé un certain dynamisme culturel, et cela est attribuable aux habitants qui se sont impliqués ; c\u2019est quelque chose à bâtir a?n que la culture soit plus durable.» L\u2019ACCESSIBILITÉ, LA GRANDE OUBLIÉE Avec le concours de l\u2019organisme Culture Outaouais, Julie Bérubé, pro- fesseure au Département des sciences administratives de l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO), a étudié les effets de la pandémie sur les modèles et les pratiques artistiques dans cette région.Surprise : malgré les répercussions dévastatrices de la COVID-19 sur le secteur, certaines retombées positives seraient déjà identi?ables.La crise aurait favorisé l\u2019émergence d\u2019un nouveau public grâce à une meilleure accessibilité.Les arts ont dû sortir de leurs murs et trouver d\u2019autres façons d\u2019être vus et entendus, ce qui aurait contribué à la découverte des artistes.En s\u2019extirpant de leurs réseaux traditionnels, ces derniers ont établi un premier contact avec de nouveaux spectateurs.« La diffusion de l\u2019art a été beaucoup plus large qu\u2019à l\u2019habitude, indique Julie Bérubé.Il y a eu, bien sûr, des prestations grâce aux technologies numériques, mais aussi des expositions à l\u2019extérieur ou en vitrine.Cela a permis à des gens intimidés à l\u2019idée d\u2019entrer dans une galerie ou une salle de concert de développer leur curiosité par rapport à l\u2019art.» Des retombées positives qu\u2019a également identi?ées Wilfredo Angulo Baudin au cours de ses recherches : « Il y a eu une plus grande diffusion culturelle auprès des citoyens, con?rme-t-il.Alléger la charge de la pandémie grâce à la culture, ç\u2019a été un peu comme un remède.Il y a eu une augmentation de l\u2019intérêt pour les produits culturels locaux.» Néanmoins, même lorsque la pandémie sera chose du passé, il faudra poursuivre les efforts pour rendre la culture plus accessible, selon Mme Bérubé.« Par exemple, le Conservatoire [de musique de Gatineau] s\u2019est aperçu que certains spectateurs ne venaient pas en salle, mais qu\u2019ils affectionnaient les performances en ligne.Aujourd\u2019hui, il considère offrir des concerts hybrides, à la fois en présentiel et en ligne, pour permettre à ces gens de pro?ter de la musique même s\u2019ils ne se déplacent pas.» Grâce à l\u2019expérience acquise, il y a fort à parier que le secteur saurait réagir plus rapidement si un événement de force majeure obligeait les salles à fermer.Toutefois, il ne faut pas se leurrer : « Pour le spectacle vivant, les crises sanitaires seront toujours dif?ciles, puisque ce sont des arts qui sont basés sur la rencontre », rappelle Hervé Guay.? 8 C Con?nés devant leur écran, privés qu\u2019ils étaient de l\u2019énergie du campus, des contacts avec leurs camarades de classe et des soirées festives avec les amis, les étudiants universitaires ont trouvé la dernière année scolaire longue, très longue.Et leur santé mentale n\u2019en est pas sortie indemne : en avril dernier, près de 70 % d\u2019entre eux rapportaient qu\u2019ils vivaient de la détresse psychologique.Cette donnée est tirée d\u2019une étude longitudinale menée par l\u2019équipe de Christiane Bergeron-Leclerc, pro- fesseure au Département des sciences humaines et sociales de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).Celle qui est aussi travailleuse sociale a sondé en moyenne plus de 1 200 étudiants dans le réseau de l\u2019Université du Québec et à Polytechnique Montréal à trois reprises depuis le début de la pandémie.Les résultats sont sans équivoque et illustrent l\u2019aggravation de l\u2019état de ces personnes au ?l des vagues de la pandémie.En avril 2020, près de 51 % des étudiants éprouvaient d\u2019importantes manifestations d\u2019anxiété ; cette proportion a augmenté à 67 % un an plus tard.Au cours de la même période, ceux qui rapportaient des symptômes de dépression se sont aussi faits plus nombreux, passant de près de 55 % à plus de 69 %.Cela étant dit, la situation n\u2019était pas rose avant la pandémie : 58 % des 24 000 étudiants universitaires québécois sondés dans 14 établissements présentaient un niveau de détresse psychologique élevé, d\u2019après l\u2019enquête Sous ta façade, réalisée à l\u2019automne 2018 par l\u2019Union étudiante du Québec.« Tout de même, la détresse psychologique \u2014 c\u2019est-à-dire les gens qui vivent des symptômes apparentés à la dépression majeure et au trouble d\u2019anxiété généralisée \u2014 a augmenté de façon signi?cative au cours de la crise, d\u2019un temps de mesure à l\u2019autre », observe Christiane Bergeron-Leclerc, qui poursuivra son étude au moins jusqu\u2019en 2022.En revanche, ses recherches montrent une diminution notable des manifestations associées au trouble de stress post- traumatique, qui, elles, ont passé de 34 % en avril 2020 à 24 % cette année.« Ces données con?rment que la pandémie et le con?ne- ment sont des événements potentiellement traumatiques, indique la chercheuse.Néanmoins, on a observé une diminution de ces manifestations dans le temps, ce qui montre qu\u2019il y a eu une forme d\u2019adaptation.» Son équipe amorce maintenant une collecte de données auprès des étudiants pour savoir ce dont ils aimeraient bénéficier comme mesures d\u2019accompagnement.« Mais déjà, on sait que des stratégies de promotion et de prévention en santé mentale sont importantes, dit Mme Bergeron-Leclerc.Les pratiques de soutien par les pairs me paraissent aussi une avenue pertinente.Et, dans une perspective systémique, si l\u2019on veut soutenir les étudiants, il faut aussi ré?é- chir à la manière de soutenir les employés de l\u2019université » (voyez l\u2019encadré à la page suivante).DANS LA TÊTE DES ÉTUDIANTS La santé mentale des étudiants universitaires s\u2019est détériorée depuis le début de la pandémie.De quelle façon peut-on garder ces apprenants motivés ?Par Martine Letarte I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M , U N I V E R S I T É T É L U Q ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 9 Pour la suite du monde MAÎTRISER L\u2019ÉCOLE VIRTUELLE Il est vrai que si les étudiants ont pu s\u2019adapter, ce n\u2019est pas étranger à la façon dont le personnel de l\u2019éducation s\u2019est ajusté rapidement à l\u2019enseignement à distance.Le ministère de l\u2019Éducation et de l\u2019Enseignement supérieur a d\u2019ailleurs voulu le soutenir dans ce virage majeur.Cathia Papi, professeure spécialisée en enseignement à distance au Département Éducation de l\u2019Université TÉLUQ, a été chargée de créer une formation pour les enseignants du préscolaire, du primaire, du secondaire et du collégial, ainsi que pour les professeurs et chargés de cours à l\u2019université.C\u2019est ainsi qu\u2019est née J\u2019enseigne à distance, une formation offerte gratuitement qui a été regardée par plus de 221 500 utilisateurs dans 178 pays, dont 86 % sont des Canadiens.« On est très contents d\u2019avoir pu aider des enseignants à l\u2019extérieur de la province ; on est tous dans le même bateau », souligne Mme Papi.En effet, si certains ont adopté l\u2019enseignement virtuel, d\u2019autres ont eu du mal à se familiariser avec ce nouvel environnement, et ce, même si les outils technologiques n\u2019avaient pas de secret pour eux.« Maîtriser une plateforme ne fait pas nécessairement de vous un bon QU\u2019EN EST-IL DES PROFS ?Si les étudiants universitaires vont plutôt mal, comment se portent leurs professeurs et les chargés de cours ?« Nous nous sommes intéressés à ce sujet puisqu\u2019il va de pair avec celui de la santé mentale des étudiants : les enseignants qui se portent bien peuvent contaminer positivement le bien-être des étudiants et vice-versa », af?rme Christiane Bergeron-Leclerc, de l\u2019UQAC.Les résultats de son étude montrent que ces professionnels s\u2019en sortent mieux que les étudiants.Environ 40 % des enseignants ont atteint les seuils cliniques pour le trouble d\u2019anxiété généralisée et le trouble dépressif majeur depuis le début de la pandémie.« Il ne faut toutefois pas minimiser la détresse qu\u2019ils ont vécue, prévient la chercheuse.La surcharge de travail a été réelle.Il y a eu beaucoup de départs anticipés à la retraite et de congés de maladie.Et plusieurs couples ont éclaté.» Néanmoins, Christiane Bergeron-Leclerc est convaincue que si les professeurs et les chargés de cours s\u2019en tirent mieux, c\u2019est parce qu\u2019ils n\u2019en sont pas à la même étape dans leur vie que les étudiants.Ces derniers sont en transition vers la vie adulte.« C\u2019est une période reconnue pour créer des vulnérabilités », fait valoir la professeure.« Les enseignants ont atteint un moment de leur vie où ils jouissent d\u2019un certain confort matériel et, dans bien des cas, d\u2019une sécurité d\u2019emploi.Avant la pandémie, plusieurs étaient déjà habitués à faire du télétravail.Même si la situation est dif?cile, ils sont motivés pour faire de leur mieux a?n que leurs étudiants ne soient pas pénalisés par la crise », conclut-elle.Cathia Papi, professeure spécialisée en enseignement à distance au Département Éducation de l\u2019Université TÉLUQ LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 10 pédagogue à distance », fait remarquer la spécialiste.Pour y arriver, l\u2019enseignant doit prendre en considération plusieurs paramètres.Par exemple, dans le monde réel, les étudiants ont le temps de faire connaissance avant que la classe commence.Sur Zoom, tous sont catapultés ensemble en un clic et se voient ainsi pour la première fois.Bonjour l\u2019ambiance ! « L\u2019enseignant doit d\u2019abord créer des activités \u201cbrise-glace\u201d, suggère Cathia Papi.Puis, s\u2019il demande aux étudiants de travailler en groupe, il doit être là pour les guider.Il doit aussi alterner le travail de groupe et individuel.» Il faut aussi se questionner sur l\u2019utilisation à bon escient du temps de cours.« On ne peut pas donner son cours de trois heures sur Zoom comme on le ferait en présentiel, af?rme Mme Papi.Ce serait trop horrible pour les pauvres étudiants, qui devraient regarder quelqu\u2019un parler à l\u2019écran pendant six heures dans leur journée s\u2019ils enlignent deux cours de suite ! La fatigue visuelle est à prendre en considération.» Elle conseille plutôt de concevoir l\u2019enseignement en variant les activités, comme la lecture d\u2019un texte, une discussion de groupe ou un travail d\u2019équipe avec l\u2019appui ponctuel de l\u2019enseignant.L\u2019accompagnement des étudiants est d\u2019ailleurs capital lorsque tout se fait à distance.« L\u2019enseignant doit être proactif pour garder ses étudiants motivés, ajoute la professeure.Il est essentiel qu\u2019il fasse beaucoup de rétroaction, la plus positive que possible.Il ne doit pas laisser passer 10 jours sans avoir de nouvelles de ses étudiants.» Elle poursuit : « À distance, c\u2019est très facile de les perdre.En les contactant fréquemment, il est possible d\u2019arriver à les raccrocher avant qu\u2019ils n\u2019abandonnent complètement.» En ?n de compte, si l\u2019école virtuelle n\u2019est pas au goût de tout le monde, elle fonctionne bien pour plusieurs.« En formation à distance, le taux d\u2019abandon était supérieur à celui du présentiel bien avant la pandémie, mais ceux qu\u2019on réussit à accrocher à distance réussissent aussi bien que les autres, précise Cathia Papi.L\u2019autonomie que procure l\u2019enseignement à distance est avantageuse pour plusieurs.» LES INSCRIPTIONS EN HAUSSE D\u2019ailleurs, les inscriptions de citoyens canadiens ont augmenté de 4 % dans les universités québécoises entre la rentrée automnale de 2019 et celle de 2020.C\u2019est le cas surtout chez les 25 ans et plus, qui semblent avoir pro?té de la crise sanitaire pour retourner aux études.Entre septembre 2019 et septembre 2020 \u2014 au moment où l\u2019on parlait du spectre de la deuxième vague \u2014, les inscriptions dans ce groupe d\u2019âge ont augmenté de 6,6 %.Chez les 24 ans et moins, l\u2019augmentation est de 1,7 %.Cependant, la situation est bien différente du côté des étudiants étrangers : plusieurs d\u2019entre eux n\u2019ont pu venir ou rester au Canada en raison des déplacements internationaux limités, et parfois même interdits.« On parle d\u2019une baisse de près de 20 % entre 2019 et 2020, alors qu\u2019on sait que ces étudiants sont vitaux sur le plan ?nancier pour les universités québécoises », explique Pierre Doray, professeur au Département de sociologie de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Au cours des prochains mois, le chercheur s\u2019intéressera à l\u2019expérience vécue par les étudiants pendant la pandémie : « On réalisera des entretiens avec des étudiants de différents programmes et on fera des enquêtes auprès des établissements pour examiner de plus près les mesures mises en place pour s\u2019ajuster et aider les étudiants.Ainsi, on pourra évaluer leurs effets sur le parcours des étudiants.» Enfin, le chercheur continuera de surveiller les données liées aux inscriptions pour voir si elles se maintiendront.« Lorsque les effets de la pandémie et des restrictions sanitaires s\u2019allégeront, est-ce que les universités auront acquis une forme de souplesse pour permettre aux gens qui sont retournés au bureau de continuer d\u2019étudier a?n d\u2019aller chercher leur diplôme ?Ce sera à voir.» ?« À distance, c\u2019est très facile de perdre [des étudiants].En les contactant fréquemment, il est possible d\u2019arriver à les raccrocher avant qu\u2019ils n\u2019abandonnent complètement.» \u2013 Cathia Papi, professeure à l\u2019Université TÉLUQ I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T 11 A u tout début de la pandémie, plusieurs ont redouté qu\u2019une faille survienne dans l\u2019approvisionnement en nourriture.Pendant cette période incertaine, Nathan McClintock, professeur et chercheur en géographie au Centre Urbanisation Culture Société de l\u2019Institut national de la recherche scienti?que (INRS), cherchait une façon d\u2019aider les résidents des quartiers défavorisés de Montréal à obtenir des fruits et légumes frais.« Les quartiers à faible revenu, où vivent souvent les communautés multiethniques, ont été touchés plus durement par la COVID-19 et par l\u2019insécurité alimentaire », observe-t-il.Selon une enquête réalisée par l\u2019Institut universitaire SHERPA du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Ouest-de-l\u2019Île-de- Montréal, les intervenants sur le terrain ont constaté qu\u2019au cours du printemps 2020, « le nombre de personnes ayant recours aux banques alimentaires aurait triplé » dans ces quartiers défavorisés et que ces organismes peinaient à combler les besoins de la population locale.Nathan McClintock a uni son expertise à celle du professeur à l\u2019INRS Jasmin Raymond, spécialisé en énergie géothermique, pour mettre sur pied CommunoSerre, un projet de serres urbaines.Le premier étudie les dé?s sociaux soulevés par l\u2019intégration de serres en milieu urbain, tandis que le second s\u2019occupe plutôt de l\u2019aspect technologique de la chose, comme l\u2019efficacité énergétique des futures serres.LE COUP DE POUCE VERT Les chercheurs le soulignent d\u2019emblée : l\u2019idée n\u2019est pas de construire une serre de A à Z, mais bien de proposer aux communautés une sorte de boîte à outils qui aidera à implanter l\u2019agriculture de proximité dans un paysage urbain où l\u2019espace est souvent limité.« On veut stimuler l\u2019agriculture urbaine, tout en facilitant l\u2019accès à la technologie aux groupes de citoyens.Pour ce faire, on souhaite leur offrir des solutions de rechange économiques et accessibles sur le plan technique pour leur permettre, par exemple, de prolonger la saison de culture ou de diminuer la consommation énergétique des serres », explique Jasmin Raymond.L\u2019équipe peut ainsi conseiller d\u2019isoler le mur nord de la serre pour réduire la dépense énergétique, ou encore de transformer un abri d\u2019auto temporaire de type Tempo\u2026 en serre géothermique ! Ce n\u2019est pas une solution « sexy », comme le fait remarquer Nathan McClintock, mais plusieurs organismes communautaires n\u2019ont pas le luxe de construire une serre qui coûte des millions de dollars.« Cela dit, peut-être que la serre \u201cTempo\u201d offrira des avantages semblables à ceux d\u2019une serre plus coûteuse et permettra de produire des fruits et des légumes toute l\u2019année ! » avance-t-il, enthousiaste.Avant tout, les chercheurs souhaitent que les citoyens s\u2019approprient la serre de leur quartier.« On doit vraiment penser aux aspirations des habitants des quartiers touchés et comprendre comment ils participeront au projet », insiste Nathan McClintock.Si une serre urbaine peut devenir un moteur de changement dans un quartier, encore faut-il qu\u2019elle soit placée au bon endroit.« Il faut faire attention pour éviter l\u2019\u201cembourgeoisement vert\u201d, avertit le professeur.C\u2019est un phénomène qui survient lorsque les aménagements écologiques sont rassemblés dans les quartiers en transition et attirent des classes de personnes plus aisées à la recherche de ces commodités.» Pour le moment, le projet en est encore à ses débuts, mais il arrive à point nommé.« On sent un vent d\u2019enthousiasme envers l\u2019agriculture urbaine », remarque M.McClintock, qui ajoute : « Il y a eu de nouveaux fonds créés par le gouvernement québécois pour soutenir la production en serre.» De son côté, la Ville de Montréal a l\u2019objectif ambitieux d\u2019augmenter de 33 % la superficie consacrée à l\u2019agriculture urbaine.Son plan inclut entre autres des espaces pour des serres ainsi que d\u2019autres types d\u2019aménagements (arbres fruitiers, jardins collectifs, petits élevages, etc.).L\u2019équipe de l\u2019INRS s\u2019affaire à dresser l\u2019inventaire des serres existantes et des quartiers de Montréal qui pourraient en accueillir d\u2019autres à venir.Les chercheurs recueilleront ensuite les opinions des citoyens, qui, espèrent-ils, seront inspirés par CommunoSerre.?Un projet de serres communautaires pourrait aider les résidents des quartiers défavorisés à se nourrir.Par Annie Labrecque À L\u2019ASSAUT DE L\u2019INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE Pour la suite du monde 12 1 2 TENDRE LA MAIN À LA JEUNESSE VULNÉRABLE Certains sont placés sous la protection de la jeunesse.D\u2019autres vivent dans la rue.D\u2019autres encore ont des problèmes de consommation de drogue ou sont sous- scolarisés.Dans tous les cas, ces adolescents sont vulnérables.Et au cours des derniers mois, nombre d\u2019entre eux ont demandé de l\u2019aide.mais peu ont reçu le coup de main attendu.Qui plus est, près de la moitié de ceux qui se sont retrouvés dans cette situation étaient déjà dans un état fragile : ils avaient connu un problème de santé mentale l\u2019année précédente.Voilà l\u2019un des tristes constats tirés des travaux de Martin Goyette, professeur à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP), qui préside un groupe d\u2019experts mandaté par le gouvernement du Québec pour étudier comment ces jeunes ont été soutenus durant la crise sanitaire.Au plus creux de cette dernière, plusieurs ados vulnérables ont ainsi fait face à un immense vide.« Les services sociaux institutionnels et de la jeunesse ont été délestés pour envoyer des intervenants sur la ligne de front [dans les hôpitaux] », regrette le chercheur, qui dirige aussi la Chaire de recherche sur l\u2019évaluation des actions publiques à l\u2019égard des jeunes et des populations vulnérables (CREVAJ) et le volet Santé et Bien-être de la Chaire-réseau de recherche sur la jeunesse du Québec (CRJ).Les con?nements à répétition ont isolé davantage ces adolescents \u2014 « même s\u2019ils nous disent être isolés tout le temps », expose-t-il \u2014 et compliqué leurs conditions de vie.Par exemple, il leur était impossible d\u2019accéder aux restaurants et aux boutiques, où plusieurs occupent de petits boulots.Selon Martin Goyette, il y a du chemin à faire pour aider cette population.Bien sûr, il importe de revoir l\u2019accessibilité aux services, tout comme les pratiques d\u2019intervention, et d\u2019assurer un lien au moment du passage à l\u2019âge adulte.« Il faut faire en sorte qu\u2019il n\u2019y ait pas de bris de service à l\u2019âge de 18 ans.Souvent, les jeunes Autochtones, ceux issus de communautés culturelles et ceux qui quittent les centres jeunesse ont déjà vécu un cumul de ruptures.Ils ont des besoins particuliers », observe-t-il.Or, comment mieux les protéger lorsque l\u2019ensemble du système sociosanitaire et de l\u2019éducation est hyper saturé ?Le chercheur mise sur l\u2019aide offerte par d\u2019autres jeunes ayant eu un parcours similaire.« Lorsqu\u2019une personne a connu des dif?cultés et qu\u2019elle s\u2019en est sortie, elle a du recul et est en mesure d\u2019offrir du soutien à ceux qui sont dans la même situation.Il faut que les jeunes deviennent des acteurs de l\u2019intervention sociale », estime-t-il.RÉSEAU VOLANT : DU NUMÉRIQUE POUR TOUS Depuis près de deux ans, nos vies se déroulent largement en ligne : télétravail, télémédecine, congrès virtuels, apéros Zoom\u2026 Pour beaucoup de gens, il suf?t de quelques clics pour accéder à Internet.Cependant, pour les communautés isolées, on parle d\u2019un parcours du combattant.Georges Kaddoum, professeur-chercheur au Département de génie électrique de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS), souhaite connecter ces déserts numériques en s\u2019appuyant sur des drones-antennes équipés de technologies avancées de télécommunications appelés Flying Ad-Hoc Networks (FANET).Ces engins à hélices, qui ont la taille d\u2019une table de salle à manger et pèsent quelques dizaines de kilogrammes, se déploieraient dans le ciel a?n de relayer l\u2019information numérique jusqu\u2019à des endroits dif?cilement accessibles.« L\u2019idée, c\u2019est de créer une troisième dimension : une station volante où l\u2019utilisateur pourra se connecter », illustre Georges Kaddoum.Les connexions seraient plus rapides puisque le drone volerait seulement à quelques milliers de kilomètres au-dessus de la Terre ; le message parcourrait donc une distance moindre que vers un satellite.Combien de drones seraient-ils nécessaires pour un village éloigné ?POUR NE PLUS LAISSER PERSONNE DERRIÈRE I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M , É T S ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T La crise sanitaire a exacerbé les inégalités sociales.Aujourd\u2019hui, les chercheurs retroussent leurs manches pour que certains groupes ne demeurent plus dans les angles morts de la société.Par Fanny Rohrbacher LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 13 Pour la suite du monde 3 « Globalement, on pourrait en connecter quelques dizaines à une centaine de personnes, en fonction de leurs besoins, de la technologie et des fréquences utilisées », envisage le chercheur.Chose certaine, il y a des leçons à tirer de la pandémie, de l\u2019avis de Georges Kaddoum : « C\u2019est grâce aux réseaux de télécommunications si notre économie a continué de fonctionner.C\u2019est le temps d\u2019investir et d\u2019être proactif, car on ne sait pas quand la prochaine crise frappera.Ces technologies vont retailler notre futur ; les pays qui auront les meilleures télécommunications gagneront la bataille économique de demain.» PAS DE PAUSE POUR LA DOULEUR CHRONIQUE La crise sanitaire a exacerbé les tourments des personnes qui sont aux prises avec la douleur chronique, dont souffre un Québécois sur cinq.C\u2019est ce qu\u2019a mis en relief une étude publiée dans PAIN Reports et menée par Anaïs Lacasse, professeure en sciences de la santé à l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).Presque 40 % des malades médicamentés ont rapporté des changements dans leurs traitements, puisque les perturbations des soins et des services de santé ont réduit l\u2019accès au soutien et aux thérapies, essentiels pour maintenir leur qualité de vie.Considérée à tort comme un symptôme, la douleur chronique est une maladie réelle qui dure plus de trois mois.« Elle est basée sur la durée, mais elle englobe plein de maux, explique Mme Lacasse.Les plus communs sont la lombalgie, l\u2019arthrite, la ?bromyalgie et les douleurs abdominales chroniques.» Ses travaux montrent que plusieurs patients ont augmenté leur consommation d\u2019opioïdes, de cannabis et d\u2019alcool depuis le début de la pandémie.« Ces malades ont pris les moyens du bord pour soulager leurs douleurs, analyse la professeure.Il faut que les professionnels de la santé soient à l\u2019affût des conséquences.» Or, comment faire lorsque les ressources sont dif?cilement accessibles, comme ce fut le cas pendant les con?nements \u2014 et même encore aujourd\u2019hui, alors que les listes d\u2019attente ne cessent de s\u2019allonger ?Anaïs Lacasse fonde des espoirs sur l\u2019autogestion en ligne, c\u2019est-à-dire des programmes virtuels interactifs qui permettent aux patients de se ?xer des objectifs et de participer à des ateliers, selon leurs besoins et leurs moyens.« C\u2019est important de combiner les approches physiques et psychologiques, mais cela nécessite pour chaque patient de s\u2019impliquer activement dans la gestion de sa maladie », Georges Kaddoum, professeur-chercheur au Département de génie électrique de l\u2019ÉTS « La pandémie a offert des solutions inattendues.Elles devraient rester.» \u2013 Anaïs Lacasse, professeure à l\u2019UQAT nuance-t-elle.Les groupes d\u2019entraide en ligne mis en place pendant la crise ont, quant à eux, déjà brisé les barrières en offrant aux patients des régions éloignées ou à ceux qui sont trop souffrants un meilleur accès à des rencontres en personne.« La pandémie a offert des solutions inattendues.Elles devraient rester », espère Anaïs Lacasse.Plusieurs personnes risquent d\u2019en avoir besoin : d\u2019un côté, les patients dont les conditions dépérissent alors que la pandémie s\u2019éternise ; de l\u2019autre, tous les rescapés de la COVID-19 qui doivent composer\u2026 avec la douleur chronique.D\u2019où l\u2019urgence de mieux soutenir ces malades en allégeant leur fardeau pour lequel, malheureusement, il n\u2019existe pas de pilule miracle.? 14 M « « Mieux vaut prévenir que guérir » est un adage qui ne transparaît pas dans les budgets en santé au Québec.La prévention accapare bon an mal an un in?me pourcentage des dépenses totales du réseau de la santé et des services sociaux.En avril 2021, un rapport du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) con?rmait d\u2019ailleurs que la santé publique souffre de sous-?nancement chronique depuis plusieurs années.Et lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé, ce qui devait arriver arriva : ces lacunes ont plombé le bilan du Québec, surtout dans les centres d\u2019hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), dans les résidences privées pour aînés (RPA) et dans les ressources intermédiaires.Au total, plus de 5 000 personnes aînées y sont décédées lors de la première vague.« La prévention est le parent pauvre de la santé ; on le sait et on le répète depuis la parution du rapport Aucoin [sur la prévention et le contrôle des infections nosocomiales], en 2005.Le problème, c\u2019est qu\u2019on ne dispose pas de données pour con?rmer l\u2019ef?cacité à court, moyen et long terme de programmes de santé publique », se désole Éric Tchouaket, professeur au Département des sciences infirmières de l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO).Maintes études montrent pourtant que le rendement de l\u2019investissement se chiffre en dizaines, voire en centaines de dollars pour chaque dollar investi dans ce poste.« Le coût humain, matériel et technologique de la prévention est assez peu élevé.Moins, en tout cas, que de réparer les pots cassés », estime le chercheur.Pour le prouver, cet économiste de la santé calcule les rapports coûts-béné?ces de diverses initiatives de santé publique mises en place dans les centres hospitaliers et les CHSLD depuis le début de la pandémie.Les questions qu\u2019il se pose sont pour le moins pointues : combien coûte chaque hospitalisation évitée ?Un résident en perte d\u2019autonomie qui maintient sa qualité de vie, qu\u2019est-ce que ça vaut ?Le temps requis pour en?ler masque, blouse et visière ainsi que pour se laver les mains est-il bien investi ?Il s\u2019intéresse en outre aux facteurs qui expliquent les variations de performance entre les CHSLD.Pour rappel : certains établissements \u2014 comme celui de Herron, à Dorval \u2014 ont été frappés de plein fouet par le virus, alors que d\u2019autres ont été quasiment épargnés.Bien qu\u2019il soit toujours en cours, ce vaste chantier révèle déjà ses premiers résultats.Par exemple, Éric Tchouaket a calculé qu\u2019investir en prévention et en contrôle des infections dans des unités de soins d\u2019un établissement de santé standard s\u2019avère très rentable.« On parle d\u2019économies de l\u2019ordre de plusieurs millions de dollars par rapport au statu quo », révèle-t-il.Autre constat : les CHSLD qui ont le mieux tiré leur épingle du jeu lors de la pandémie sont ceux où l\u2019accès aux ressources (matérielles, humaines, etc.) ne constituait pas un problème.« C\u2019est ce qui explique pourquoi la première vague a été aussi meurtrière dans les CHSLD par rapport aux vagues subséquentes.Le gouvernement a investi entre-temps dans ces établissements », souligne le professeur.UN QUOTIDIEN BOUSCULÉ Il importe néanmoins de porter son regard au-delà de ce « mastodonte » qu\u2019est le système de santé pour constater à quel point la pandémie a affecté le bien-être des LES AÎNÉS D\u2019ABORD De toutes les tranches de la population, ce sont peut-être les personnes aînées qui ont le plus soufert lors de la pandémie de COVID-19.« Plus jamais ! » se sont écriés des chercheurs de diférents horizons.Par Maxime Bilodeau I M A G E S : S H U T T E R S T O C K .C O M , U Q T R ; I L L U S T R A T I O N : N A T A C H A V I N C E N T LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC 15 Pour la suite du monde personnes âgées.Cela est particulièrement évident chez les aînés demeurant dans des habitations à loyer modique (HLM), qui se sont retrouvés con?nés chez eux.Faisant face à la nécessité de réinventer leur quotidien bouleversé, plusieurs se sont, sans surprise, mis à broyer du noir.« Ce qu\u2019on fait dans la journée a une in- ?uence certaine sur notre santé physique et mentale.Ainsi, arrêter le bénévolat du jour au lendemain mine les sentiments d\u2019appartenance et d\u2019accomplissement », illustre Ginette Aubin, professeure au Département d\u2019ergothérapie de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).Bien au fait de cette réalité \u2014 elle a à son actif trois décennies d\u2019expérience à titre d\u2019ergothérapeute clinicienne \u2014, la chercheuse a voulu venir en aide aux résidents âgés de HLM de la région de Trois-Rivières dès les premiers mois de la pandémie.« Nous avons alors demandé à des stagiaires en ergothérapie de faire des appels téléphoniques et d\u2019offrir du soutien à distance.Devant l\u2019ampleur des besoins, nous avons démarré un projet de recherche-action pour documenter cette réalité et des pistes de solution », raconte- t-elle.En tout, 21 personnes retraitées de 58 à 84 ans vivant en HLM ont été recrutées pour cette étude.La plupart d\u2019entre elles étaient des femmes vivant seules.Ginette Aubin et son équipe ont d\u2019abord brossé divers pro?ls à partir de cet échantillon qui se veut statistiquement représentatif.« Pour le tiers de nos participants, la pandémie a changé bien peu de choses à leur quotidien ; ces solitaires se sont assez bien adaptés.Un autre tiers, plus actif, a été contraint de faire une croix sur plusieurs activités, mais s\u2019en tire somme toute assez bien », analyse-t-elle.Et qu\u2019en est-il du dernier tiers ?« Ces individus ont très mal vécu les con?nements, en partie à cause de la pauvreté de leur réseau social.» Selon la professeure, pareilles données témoignent surtout de la résilience dont ont fait preuve les citoyens parmi les plus vulnérables de la société lors de la crise sanitaire.Les chercheurs ont par la suite « co- construit » des initiatives, en collaboration avec ces mêmes aînés, parmi lesquelles des cafés-rencontres.Ces activités ont par la suite été offertes à des groupes de trois à huit personnes âgées (dont certaines toujours en emploi dans ce cas-ci) dans différents HLM.Leur grand succès \u2014 le taux de participation était, de l\u2019avis des intervenants sur place, excellent \u2014 prouve à quel point de telles idées gagneraient à être maintenues en place dans l\u2019après- crise et au-delà.« Il ne faut pas attendre une pandémie pour amorcer ce genre de projet.Les résidents âgés, les intervenants et les gestionnaires de HLM sont capables de se mobiliser et de trouver des solutions à leurs problèmes si on leur en laisse la chance », af?rme Ginette Aubin, qui, bien entendu, souhaite voir ce projet se pérenniser dans les années à venir.SOLITUDE ET EXCLUSION EN RÉGION Si la solitude a touché toutes les personnes aînées, elle s\u2019est fait ressentir à une tout autre échelle chez celles qui vivent en milieu rural.C\u2019est du moins ce qu\u2019a constaté Marco Alberio, professeur au Département sociétés, territoires et développement de l\u2019Université du Québec à Rimouski (UQAR), qui s\u2019est intéressé aux cas précis des municipalités régionales de comté (MRC) des Basques, de Kamouraska, de La Haute-Gaspésie, de Bonaventure, de Bellechasse et des Etchemins, dans l\u2019Est-du-Québec.Leur point en commun : toutes présentent un état relativement avancé de dévitalisation et ont des indices de vieillissement de la population parmi les plus élevés au Québec.« Au fond, ce sont des régions con?nées à une certaine marginalité.Les aînés de ces territoires y sont plus à risque d\u2019être exclus socialement, et la COVID-19 n\u2019a rien fait pour aider », observe le chercheur.S\u2019il est dif?cile de généraliser les réalités diverses vécues par ces groupes en région éloignée, un fait demeure : les personnes qui sont âgées de 70 ans et plus se sont senties tout particulièrement discriminées.« La santé publique leur demandait expressément de restreindre leurs déplacements à cause Ginette Aubin, professeure au Département d\u2019ergothérapie de l\u2019UQTR 16 I M A G E : S H U T T E R S T O C K .C O M de leur plus grande vulnérabilité face au virus », rappelle Marco Alberio, qui s\u2019est par conséquent intéressé à cette tranche d\u2019âge en particulier.Ses collaborateurs et lui ont rencontré une vingtaine d\u2019aînés de 70 à 85 ans et leurs proches dans chaque MRC, de même que des décideurs politiques, des intervenants communautaires et des représentants du milieu de la santé et des services sociaux.Le but de cette concertation élargie : brosser le portrait le plus détaillé possible des dynamiques de marginalisation.« La crise de la COVID-19 n\u2019est pas que sanitaire ; elle est aussi sociale.Collecter de telles données permettra de mieux réagir à l\u2019avenir, en cas d\u2019événements météo extrêmes ou d\u2019autres pandémies, par exemple », fait-il valoir.Parmi les conclusions préliminaires, il semble que les différents acteurs gravitant autour des personnes aînées ont été forcés de remettre en question leurs pratiques, mais pour le mieux.Marco Alberio parle carrément d\u2019« innovation sociale ».« Il ne s\u2019agit pas juste de laisser une commande d\u2019épicerie sur le pas de la porte.Des services essentiels ont dû être repensés et réorganisés en fonction du contexte sanitaire changeant ; on n\u2019a qu\u2019à penser à certains soins qui ont été prodigués par l\u2019entremise d\u2019appels téléphoniques ou à des visites à domicile respectueuses de la distanciation physique », donne-t-il en exemples.Des aspects moins glorieux ressortent cependant.« Nombreux sont les aînés qui nous ont parlé de stigmatisation dans les lieux publics, comme au supermarché.Lors de crises futures, il serait judicieux de ne pas cibler des catégories d\u2019âge ; cela ne fait que renforcer les dynamiques de marginalisation », conclut-il.?« La crise de la COVID-19 n\u2019est pas que sanitaire; elle est aussi sociale.Collecter de telles données permettra de mieux réagir à l\u2019avenir, en cas d\u2019événements météo extrêmes ou d\u2019autres pandémies, par exemple.» \u2013 Marco Alberio, professeur à l\u2019UQAR LA RECHERCHE DANS LE RÉSEAU DE L\u2019UNIVERSITÉ DU QUÉBEC Planiiez vos vacances ! veloquebecvoyages.com 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 P h o t o s : D e s t i n a t i o n B C / H u b e r t K a n g , G i l l e s M o r n e a u Imaginez traverser une grande partie du Canada à vélo.tout l\u2019escarpé des Rocheuses, le plat majestueux des Prairies, les innombrables cours d\u2019eau de l\u2019Ontario.Une aventure unique à vivre sur deux roues ! Blottie entre deux chaînes de montagnes, la vallée de l\u2019Okanagan jouit d\u2019un climat chaud et ensoleillé.De Princeton à Kamloops, pédalez parmi vignobles et fermes, et proitez de soirées gourmandes! VALLÉE DE L\u2019OKANAGAN 13 jours 5 3 0 0 km \u2022 52 j o u r s TRAVERSÉE DU CANADA Vancouver\u2014Montréal 3 juillet au 23 août 2022 TECHNOLOGIE L\u2019ABC DES NFT Vendus à prix d\u2019or, les NFT sont en passe de révolutionner le monde de l\u2019art numérique.Au-delà du marché spéculatif absurde qu\u2019ils ont engendré, ont-ils une utilité ?PAR MÉLISSA GUILLEMETTE Y an Crev ier se souvient de la première fois qu\u2019il a entendu parler du « courrier électronique », c\u2019était à l\u2019émission Salut, Bonjour ! « Un expert expliquait comment on pouvait communiquer par le biais d\u2019un réseau nommé \u201cInternet\u201d grâce à ce \u201ccourrier électronique\u201d.On disait que, pour envoyer ou recevoir un message avec ce fameux courrier électronique, il fallait se procurer un ordinateur à 1 500 $ ainsi qu\u2019un accès Internet à 30 $ par mois.Je me disais : pourquoi ne pas simplement appeler ?Ou bien si ce n\u2019est pas urgent, pourquoi pas une enveloppe et un timbre ?» raconte ce cofondateur de l\u2019organisme Québec Blockchain, lancé des années plus tard, en 2017.Aujourd\u2019hui, on peut facilement ressentir la même incrédulité quand il est question des NFT, ces objets de collection virtuels prisés des plus geeks qui souhaitent épater la galerie et des investisseurs qui n\u2019ont pas froid aux yeux.Ces non-fungible tokens, ou jetons non fongibles, se vendent à des prix de fou.Pourtant, ce ne sont que de simples certi?cats de propriété d\u2019une copie authenti?ée d\u2019un ?chier numérique : un vieux gazouillis ; un album qu\u2019on peut tout aussi bien écouter sur Spotify ; une vidéo de chérubins fesses nues ; une chronique du New York Times sur les NFT (méta !) et déjà accessible en ligne ; un avatar produit par un algorithme ; une bouteille de vin virtuelle dont on vous précise les tanins ; une liste de noms d\u2019objets fantastiques sur fond noir ; un mème archipopulaire depuis 2013\u2026 Le record va à Beeple, un artiste américain qui a vendu un collage numérique 69 millions de dollars américains dans des enchères chez Christie\u2019s.Il n\u2019avait jamais vendu une œuvre plus de 100 $ auparavant ! Comment ne pas être sceptique ?Ne sous-estimons pas le NFT, objecte Yan Crevier, qui reprend son analogie du courriel.« Aujourd\u2019hui, le courriel est partie intégrante de toutes les organisations et entreprises parce que pas mal de personnes brillantes ont retroussé leurs manches il y a quelques années et ont conçu des installations et applications désormais utilisées quotidiennement.Il se passe la même chose présentement, alors que l\u2019écosystème entourant les NFT attire les meilleurs développeurs, entrepreneurs, créateurs.Chaque semaine, voire chaque jour, on annonce un nouvel outil, une solution plus rapide, un nouveau concept.» La technologie est d\u2019ailleurs suf?samment simple pour que n\u2019importe quel regroupement s\u2019en empare.M.Crevier cite le cas du Canadien de Montréal, qui a mis en vente des lots de rondelles numériques, de photos et de billets de matchs commémoratifs en septembre dernier.Il travaille quant à lui à un projet de NFT avec un artiste bien connu, mais il faudra attendre pour en savoir plus.Puisqu\u2019ils feront peut-être un jour partie de notre quotidien au même titre que les courriels ?ils sont assez ?exibles pour jouer d\u2019autres rôles que celui qu\u2019on leur connaît dans le monde des collections ?, aussi bien tenter de les comprendre dès maintenant ! Ce sont les petits frères des cryptomonnaies, dont les plus populaires sont le Bitcoin et l\u2019Ether.L\u2019émission et les transferts de NFT et de cryptomonnaies se passent toujours sur une chaîne de blocs, ces registres numériques décentralisés et ultrasécurisés.28 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 \u2022 IMAGES : CLUB DE HOCKEY CANADIEN ; BEEPLE.GUMROAD.COM ; WIKIMEDIA COMMONS QU\u2019EST-CE QU\u2019UN ZOO OU UN AQUARIUM ACCRÉDITÉ?Assez méconnue du public, l\u2019accréditation est une reconnaissance qu\u2019un zoo ou un aquarium s\u2019engage à répondre à des standards et des normes de qualité quant aux soins et au bien-être des animaux, à participer à conservation ainsi qu\u2019à la recherche scienti?que.L\u2019Association of Zoos and Aquariums (AZA) est nord-américaine alors que l\u2019Association européenne des zoos et des aquariums (EAZA) fait un travail similaire en Europe.Chez nous, l\u2019Aquarium et Zoos Accrédités du Canada (AZAC) regroupe 30 installations au pays, et sept établissements québécois en sont membres (dont le Biodôme de Montréal et le zoo de Granby).Cette accréditation est accordée à une institution au terme d\u2019une inspection rigoureuse des installations par un groupe d\u2019experts du milieu zoologique (des vétérinaires, des responsables des acquisitions, etc), qui a lieu chaque cinq ans.\u2022 IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 29 Ces petits personnages, au nombre de 10 000, sont des CryptoPunks.Ils comptent parmi les premiers NFT: ils ont été lancés en 2017, avant même qu\u2019une norme pour les jetons non fongibles existe.Le moins cher du lot vaut environ 500 000 $.L\u2019œuvre de Beeple qui s\u2019est vendue 69 millions de dollars est composée de 5 000 images (dont celle-ci) réalisées en autant de jours par l\u2019artiste.Ces derniers mois, le Canadien de Montréal a mis en vente des objets de collection numériques, dont cette rondelle.LA CHAÎNE DE BLOCS EXPLIQUÉE PAR LA DÉVELOPPEUSE DE LOGICIELS VARTHINI BHASKARAN « La chaîne de blocs, ce n\u2019est rien de plus qu\u2019un groupe d\u2019ordinateurs qui travaillent ensemble ! C\u2019est une grande banque de données dont le cerveau est décentralisé.Habituellement, pour n\u2019importe quelle application qu\u2019on utilise, un fureteur par exemple, le cerveau repose sur un seul système.Avec la chaîne de blocs, tous les ordinateurs, qui appartiennent à une variété de propriétaires [qu\u2019on appelle « mineurs »], ont une copie de toutes les données.Si je fais un changement, comme une transaction, tout le monde le véri?e.Il faut que 50 % des acteurs l\u2019approuvent pour qu\u2019il prenne effet.Cela assure la sécurité du système.Et les données elles-mêmes sont plus en sécurité également.Si les serveurs d\u2019Amazon plantaient, toutes leurs données seraient perdues.Avec la chaîne de blocs, même si deux ou trois éléments du système tombent en panne, les données sont en sécurité.» TECHNOLOGIE La grande différence est que les crypto- monnaies sont des jetons dits « fongibles » parce qu\u2019ils ont tous la même valeur et sont interchangeables : un Bitcoin vaut n\u2019importe quel autre Bitcoin.À l\u2019inverse, le NFT est un jeton unique dont la valeur varie : un taco numérique produit par une chaîne de restauration rapide en quête d\u2019attention ne vaut pas le fameux NFT de Beeple.C\u2019est ni plus ni moins qu\u2019une révolution qui a été déclenchée en janvier 2018, quand une première norme pour représenter des actifs numériques non fongibles a été introduite sur la chaîne de blocs Ethereum (qui fonctionne avec la cryptomonnaie Ether).« Les NFT ont ouvert la voie à une nouvelle forme d\u2019économie », assure Victoria Lemieux, professeure à l\u2019Université de la Colombie-Britannique et fondatrice du groupe de recherche Blockchain@UBC.Ils permettent de transformer en jetons un univers diversi?é d\u2019actifs, « y compris des biens physiques, des objets de collection virtuels et des actifs à valeur négative » tels que des prêts.Bref, ils ont été créés pour un horizon bien plus grand que celui auquel on est habitué, soit le monde de l\u2019intangible.DES OLIVES AUX MAISONS Dans les faits, les NFT nous attendent déjà dans un commerce du coin.Le professeur de l\u2019École de technologie supérieure Kaiwen Zhang a récemment acheté une bouteille d\u2019huile d\u2019olive accompagnée d\u2019un tel jeton.« Un code QR sur le produit mène au site Web pour accéder à la chaîne de blocs.Le NFT indique que les olives ont été cultivées à tel moment, que l\u2019huile a été produite à telle date, à tel endroit et que le producteur a fait tant de tests de qualité.La valeur de ce NFT n\u2019est pas marchande ; elle réside dans l\u2019information transmise quant à la traçabilité.Pour moi, c\u2019est ça, le futur.» Pas question donc de le revendre, il deviendra caduc dès que la bouteille sera déposée dans le bac de recyclage.En plus du secteur de l\u2019alimentation, une foule d\u2019industries pourraient utiliser ce type d\u2019outil éphémère (mais inscrit dans la chaîne de blocs pour l\u2019éternité) a?n d\u2019offrir plus de transparence et contrer la fraude.Pour ce faire, elles devront mettre au point des techniques qui certi?ent le maintien du lien entre le produit et le NFT dans toutes les mailles de la chaîne de production, ajoute Victoria Lemieux.Dans le cas de l\u2019huile d\u2019olive, il pourrait s\u2019agir d\u2019analyses génétiques du produit.Kaiwen Zhang travaille actuellement avec Hydro-Québec ; ils réfléchissent sur les quartiers du futur.Imaginons que chaque maison d\u2019un quartier produit de l\u2019électricité grâce à des panneaux solaires.Les résidants qui ont des surplus peuvent alors les vendre aux voisins.Comment suivre le ?ot des transactions pour s\u2019assurer de l\u2019équité entre les résidants à la ?n du mois ?« Une façon de représenter les transferts d\u2019énergie serait sous forme de NFT parce que chacun est unique.On peut y inscrire la source, la puissance, etc.Ce serait une façon transparente et ?able de comptabiliser des transactions », signale le professeur.Le monde du jeu vidéo est dans la mire d\u2019Auxiun, une jeune pousse basée à Montréal.Son but est de créer un magasin numérique pour y vendre les biens virtuels des joueurs sous forme de NFT.Il faut savoir que de nombreux joueurs et développeurs passent des heures à améliorer les jeux en proposant des vêtements plus originaux, des armes plus réalistes, un éclairage féérique.Les possibilités sont in?nies : une personne pourrait même y vendre de l\u2019espace publicitaire.« Si je conçois un lieu chouette dans le jeu FarmVille et que beaucoup de gens le fréquentent, ça devient un actif, explique la directrice de la technologie de l\u2019entreprise, Varthini Bhaskaran.Je pourrais l\u2019offrir comme emplacement pour le marketing.» Tous ces éléments peuvent être mis sur la chaîne de blocs a?n que les joueurs puissent commercer de façon sécuritaire.« Pour l\u2019instant, les gens le font sur le marché noir.Plus de trois milliards de personnes jouent à des jeux vidéos dans ET L\u2019ÉNERGIE GASPILLÉE ?Contrairement au New York Times, Québec Science préfère attendre que la consommation d\u2019énergie associée aux NFT soit moindre avant de ré?échir à la possibilité de créer un jeton avec cet article\u2026 Car c\u2019est la première critique qui surgit dès qu\u2019on parle de ce sujet.L\u2019achat d\u2019un NFT sur la chaîne de blocs d\u2019Ethe- reum requiert 170 kilowattheures (kWh), selon les estimations du site Digiconomist, alors qu\u2019une petite maison au Québec consomme environ 50 kWh par jour.Les jetons non fongibles fonctionnent selon le principe de la « preuve de travail », apparu avec le Bitcoin en 2008.En gros, cela signi?e qu\u2019une foule de mineurs doivent s\u2019adonner à un casse-tête mathématique, qui leur prend beaucoup de temps et d\u2019énergie, a?n de valider une transaction sur la chaîne de blocs.Celui qui résout l\u2019énigme valide le nouveau bloc et est rémunéré pour cela.Le but est carrément de décourager les individus qui voudraient compromettre la chaîne de blocs : cela leur coûterait trop cher en énergie.Résultat : certaines galeries d\u2019art et artistes refusent de vendre des NFT et certains consommateurs d\u2019en acheter.« Mais de ma perspective de chercheur, c\u2019est aussi un problème de performance, dit le professeur de l\u2019École de technologie supérieure Kaiwen Zhang.Normalement, plus on met de ressources dans un système, plus on s\u2019attend à ce que la performance augmente.Mais ce n\u2019est pas le cas de la preuve de travail ; la performance est toujours constante, avec sept transactions par seconde à l\u2019échelle mondiale pour le Bitcoin, peu importe la quantité d\u2019électricité consommée.» D\u2019autres méthodes existent.Par exemple, Ethereum prévoit passer à la « preuve d\u2019enjeux » dans un futur rapproché, une façon de faire que de petits joueurs ont déjà adoptée.Elle élimine les calculs énergivores en parallèle.Les mineurs sont remplacés par des véri?ca- teurs choisis aléatoirement dont on présume la bonne foi à travers leur investissement ?nancier dans le système.30 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 \u2022 IMAGES : WIKIMEDIA COMMONS ; CREATIVE COMMONS/ID-IOM Cette œuvre appelée Near Future Technology, créée par Id-iom, est offerte à la fois sur une banque d\u2019images gratuites et comme NFT.Erreur 404 Puisque les objets numériques vendus par l\u2019entremise d\u2019un NFT sont souvent des ?chiers lourds, ils ne se trouvent pas, en général, directement dans le jeton ; cela coûterait trop cher.Un hyperlien dans le contrat renvoie plutôt à une plateforme de stockage en dehors de la chaîne de blocs.Un risque émerge alors : celui de se retrouver un jour devant un lien brisé, une URL qui ne mène nulle part parce que des serveurs sont en panne, parce que le site a fermé ou parce que les frais de stockage ont cessé d\u2019être payés.« Certaines plateformes de NFT tentent de résoudre ce problème en hébergeant leurs jetons non fongibles à l\u2019aide d\u2019un InterPlanetary File System, un système de ?chiers Web de type pair à pair qui permet de garantir la distribution des ?chiers à de nombreux hôtes, mais cette pratique n\u2019est pas universelle », explique Victoria Lemieux, professeure à l\u2019Université de la Colombie-Britannique.La rumeur veut même que certains investisseurs aient acheté des participations importantes dans les plateformes hébergeant leurs NFT a?n d\u2019en assurer l\u2019accessibilité à long terme ! DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 31 \u2022 IMAGES OU PHOTOS : XXXXXXXXXXXXX Ce robot, nommé Flux, fait partie de la collection Hashmasks, conçue par 70 artistes à travers le monde.Quatre des 1 000 bouteilles de la collection BitWine, créée par la sommelière canadienne Lauren Vaile et l\u2019artiste Stephen Osborne TECHNOLOGIE « La chaîne de blocs est un secteur en émergence; tout est à peu près possible et tout est à faire.» \u2013 Charlaine Bouchard, professeure à l\u2019Université Laval le monde.Le temps, l\u2019énergie et l\u2019argent qu\u2019elles y investissent créent de la valeur qui devrait être régulée de façon appropriée », poursuit-elle.Sur son site, Ethereum avance que le titre de propriété des voitures sera un jour consacré par un NFT ; justement, Nissan Canada a combiné une œuvre d\u2019art numérique et les clés d\u2019une véritable voiture dans un jeton cet automne.D\u2019autres pensent que les jetons non fongibles pourraient également devenir un outil de prédilection pour la vente et l\u2019achat de biens immobiliers.La professeure de l\u2019Université Laval Charlaine Bouchard estime cependant qu\u2019il est « trop tôt » pour af?rmer cela.Cette titulaire de la Chaire de recherche sur les contrats intelligents et la chaîne de blocs ?Chambre des notaires du Québec achève la rédaction d\u2019un rapport sur l\u2019usage de la chaîne de blocs dans le monde par les notariats et le NFT n\u2019y est pas utilisé pour le moment.En même temps, « la chaîne de blocs est un secteur en émergence ; tout est à peu près possible et tout est à faire ».Elle suit néanmoins le dossier, car le NFT est une forme de contrat intelligent et ce type de contrat est son dada.« Le contrat intelligent permet à M.et Mme Tout-le-monde de garantir l\u2019exécution de certains droits ?comme des paiements ?qui autrement peuvent traîner ad vitam æternam ou encore ne jamais être honorés.Par exemple, il existe l\u2019assurance récolte : s\u2019il traverse tant de jours sans pluie, l\u2019agriculteur est indemnisé.Avec un contrat intelligent, à partir du moment où des capteurs enregistrent 30 jours de sécheresse, l\u2019agriculteur pourrait recevoir l\u2019indemnité sans avoir à faire une demande à l\u2019assureur ou à le mettre en demeure\u2026 » Des artistes incluent d\u2019ailleurs déjà de telles clauses automatiques dans les contrats de leurs NFT pour recevoir des droits d\u2019auteur chaque fois que leurs œuvres sont revendues, un gain majeur.« L\u2019avènement du commerce électronique, depuis 20-25 ans, a été dur pour le marché de l\u2019art ; l\u2019internaute a accès à pas mal tout sans payer.Et si la crise de la COVID-19 a été dif?cile pour beaucoup d\u2019industries, le marché de la culture a été particulièrement touché.Les NFT, c\u2019est comme une petite bouffée de fraîcheur », dit Charlaine Bouchard.Le dé?pour les objets physiques, comme une maison ou une voiture, est de s\u2019assurer de l\u2019exactitude des données entrées dans la chaîne de blocs.« C\u2019est peut-être pour ça qu\u2019il y a encore beaucoup de barrières à l\u2019adoption des NFT pour tout ce qui concerne le domaine matériel, mentionne le professeur Kaiwen Zhang.On veut éviter de se retrouver avec une information erronée qui persisterait dans la chaîne.Si un titre de propriété numérisé est abîmé, non lisible, le NFT ne contiendra que des données partielles ou faussées.Toutes sortes de processus de validation devront ainsi être mis en place hors de la chaîne de blocs, un travail qui sera manuel.» Puisque la chaîne de blocs est un lieu hautement sécurisé, elle peut aussi servir de coffre-fort pour nos données médicales individuelles ; le NFT agirait alors comme la clé permettant de l\u2019ouvrir ?sans but commercial.« Les NFT sont conçus tels des actifs négociables, permettant de transférer des droits, comme de garde ou d\u2019accès, d\u2019une personne à une autre, rappelle Victoria Lemieux.Ainsi, dans le contexte de la santé, les NFT pourraient être utilisés pour représenter des droits sur des données.» Les gens pourraient gérer eux- mêmes leur dossier médical et choisir de rendre accessibles leurs résultats de tests médicaux ou leur historique de consultation à un professionnel de la santé ou à des chercheurs.Pour l\u2019instant, les ?ns demeurent résolument commerciales : pendant la première moitié de 2021, il s\u2019est vendu pour 2,5 milliards de dollars américains de NFT, contre 13,7 millions au cours de la même période de 2020.Est-ce une bulle qui pourrait éclater ?« Ce qui est nouveau fait souvent sensation et, avec le temps, ça se stabilise, commente Varthini Bhaskaran, d\u2019Auxiun.Nous sommes dans un pic ; c\u2019est bien, ça fait connaître le NFT.» Comme le courriel à une autre époque\u2026 32 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 ENVIRONNEMENT À la ferme Sanglier des bois, on ne badine pas avec la sécurité.Même Obélix, qui raffolerait de la savoureuse chair rouge des 200 à 300 locataires de l\u2019endroit, aurait du mal à y pénétrer.« Je possède des sangliers depuis plus de 20 ans et jamais une bête ne s\u2019est évadée.Ce n\u2019est pas dans mon intérêt comme éleveur », raconte Charles Fortier, copropriétaire de cette ferme d\u2019élevage située à Saint-Augustin-de-Desmaures, en banlieue de Québec, en nous faisant faire le tour du propriétaire en septembre dernier.Sur place, Québec Science a constaté le bien-fondé de ses dires.Une haute clôture Frost ceinture les différents enclos où les sangliers se vautrent dans la boue, insouciants.Mieux encore : la barrière en mailles de chaîne d\u2019acier est enfouie à environ 30 cm dans le sol de manière à les empêcher de creuser un tunnel vers la liberté.De toute façon, ils ne peuvent même pas s\u2019en approcher ; un ?l électrique court à la base de l\u2019enceinte.De quoi décourager les cochons les plus enhardis de prendre la poudre d\u2019escampette.Ces installations sont conformes à la nouvelle règlementation québécoise encadrant la garde en captivité des sangliers.Mais ce n\u2019était pas forcément le cas de celles de la dizaine de fermes d\u2019élevage commercial membres de l\u2019Association des producteurs de sangliers du Québec (APSQ).Ainsi, plusieurs producteurs ont été contraints d\u2019investir des milliers de dollars pour se conformer aux règles et normes de détention plus strictes entrées en vigueur en 2018.Un resserrement qui, sans surprise, a suscité la grogne.Des porcs errants font des ravages aux quatre coins de la planète, mais pas au Québec.Du moins pas encore.AUX COCHONS SAUVAGES ! ALERTE PAR MAXIME BILODEAU DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 33 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM ENVIRONNEMENT Il y a pourtant péril en la demeure : ce mammifère originaire d\u2019Europe et d\u2019Asie est l\u2019une des espèces exotiques envahissantes les plus néfastes au monde, selon le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), qui est à l\u2019origine de cette surveillance accrue.Un argument qui ne convainc guère Charles Fortier, lui-même membre de l\u2019APSQ.« Ça me paraît un peu exagéré.Je ne vois pas comment cette espèce pourrait survivre à l\u2019état sauvage au Québec, avec nos hivers longs et rigoureux », con?e-t-il.UNE GUERRE PERDUE En Saskatchewan, où la température moyenne de janvier dans la capitale, Regina, est de -15 °C, soit l\u2019équivalent de celle du Lac-Saint-Jean, les sangliers errants n\u2019ont pourtant aucune dif?culté à prospérer.Même chose dans les provinces voisines du Manitoba et de l\u2019Alberta, où la croissance du cochon sauvage ?une catégorie qui comprend le sanglier d\u2019Eu- rasie, mais aussi les cochons domestiques, vietnamiens et issus de croisements (voir l\u2019encadré ci-dessus) ?est exponentielle depuis trois décennies.Les Prairies revendiquent à elles seules 90 % des signalements de l\u2019espèce, qui se comptent par dizaines de milliers depuis 10 ans.Cela est d\u2019autant plus surprenant que le cochon sauvage était à peu près absent de l\u2019ouest du Canada au tournant du millénaire.À l\u2019époque, on trouvait quelques individus isolés, disséminés ici et là, probablement des animaux importés d\u2019Europe et d\u2019Asie qui ont été relâchés ou se sont échappés dans la foulée de leur introduction dans les années 1980 et 1990 pour diversi?er la production agricole.Aujourd\u2019hui, la situation échappe à tout contrôle dans ces provinces.À un point tel qu\u2019il n\u2019est plus question de limiter ou d\u2019éradiquer l\u2019espèce, mais bien de contenir son inexorable avancée dans une guerre perdue d\u2019avance.« On ne peut plus revenir en arrière.On doit apprendre à composer avec le cochon sauvage, dont la présence est désormais endémique », af?rme Ruth Aschim, doctorante en sciences des animaux à l\u2019Université de la Saskatchewan.Avec son directeur de mémoire, puis de thèse Ryan Brook, l\u2019un des rares experts du sujet au Canada, elle étudie cette espèce depuis près de 10 ans.Comme la quasi-totalité de la population, elle ignorait auparavant que des sanglichons ?mot-valise désignant un hybride entre un sanglier et un cochon domestique ?vagabondaient dans la nature.Plus maintenant.Grâce à ses travaux, on connaît mieux l\u2019ennemi.On sait que le cochon sauvage est présent sur environ 800 000 km2, soit 10 % du territoire terrestre canadien.Il se Quelques-uns des 200 à 300 locataires de la ferme Sanglier des bois, située à Saint-Augustin-de-Desmaures CV DU PORC ENSAUVAGÉ Un cochon sauvage est un cochon qui n\u2019est pas dans un milieu fermé ni sous la maîtrise physique de quiconque.Tous les Sus scrofa, l\u2019espèce qui regroupe aussi bien les sangliers d\u2019Eurasie que les porcs domestiques, peuvent théoriquement s\u2019ensauvager.On constate cependant que les cochons sauvages proviennent pour la plupart d\u2019un croisement de sous-espèces.C\u2019est du moins ce que conclut une étude parue en 2020 dans la revue scienti- ?que Molecular Ecology à partir des données génétiques de 6 500 animaux sauvages aux États-Unis.Ces cochons hybrides peuvent avoir 36, 37 ou 38 chromosomes ?le cochon domestique en possède 38, tandis que le sanglier en a 36.34 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 \u2022 IMAGES : MAXIME BILODEAU Les cochons sauvages du monde entier sont responsables de 4,9 millions de tonnes de CO 2 libérés dans l\u2019atmosphère, selon une étude de chercheurs australiens et néo-zélandais parue l\u2019été dernier dans la revue scienti?que Global Change Biology.Ils ont modélisé la quantité de dioxyde de carbone relâchée lorsque la bête retourne et mélange le sol, ce puits de carbone.Cela équivaut environ aux émissions annuelles d\u2019un million d\u2019automobiles.Ces estimations doivent toutefois être con?rmées par d\u2019autres études, car des incertitudes demeurent quant au nombre d\u2019animaux et à la dynamique des sols.déplace par petits groupes sociaux d\u2019une dizaine d\u2019individus, fréquente les milieux humides, les terres cultivées ainsi que les plaines et a une peur bleue de l\u2019humain, ce qui l\u2019amène à vivre la nuit.Les truies en gestation donnent naissance à quatre à sept porcelets en moyenne environ deux fois par année.Ces derniers peuvent se reproduire dès l\u2019âge de six mois.Ainsi, en deux ans, une seule femelle peut être à l\u2019origine d\u2019une centaine de descendants.Pour l\u2019instant, les cochons sauvages se distribuent surtout dans le sud des Prairies.Leur aire de répartition tend cependant à s\u2019étendre vers le nord de ces provinces, a constaté Ruth Aschim.« Les changements climatiques ne sont pas étrangers à ce phénomène.Des conditions hivernales plus clémentes, moins neigeuses améliorent leur taux de survie », explique-t-elle.De fait, ils sont présents dans près de 40 États américains, dont le New Hampshire, avec qui le Québec partage une frontière.Dire que l\u2019envahisseur est à nos portes est donc tout sauf exagéré.CATASTROPHE AMBULANTE Ne vous laissez pas berner par l\u2019allure sympathique du cochon sauvage ; nous avons bel et bien affaire à un saccageur.Partout où il vermille, il laisse dans son sillage destruction, factures salées et émissions disproportionnées de gaz à effet de serre (voir l\u2019encadré ci-contre).Aux États-Unis, on estime qu\u2019il entraîne à lui seul des coûts annuels de l\u2019ordre de 1,5 milliard de dollars en dommages de grandes surfaces cultivées et en mesures de contrôle.Cette donnée du département américain de l\u2019Agriculture, établie en 2007, est probablement encore plus élevée aujourd\u2019hui.Le cochon sauvage ressemble à bien des égards à un rotoculteur ambulant.Dans Depuis 2018, les producteurs québécois de sangliers doivent respecter des normes de captivité plus strictes a?n qu\u2019aucun animal ne puisse s\u2019échapper.DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 35 POLLUEUR-FOUISSEUR ENVIRONNEMENT les champs, il retourne et mélange la terre à la recherche de racines, de semences et de semis, dont il raffole.Omnivore, il se nourrit aussi de petits reptiles, d\u2019oiseaux nichant au sol, d\u2019œufs et de carcasses laissées à l\u2019abandon.Comme tous les porcs, il aime se rouler dans la boue.Ce faisant, il participe à l\u2019érosion des berges des plans d\u2019eau qu\u2019il fréquente.Chaque cochon sauvage détruirait ainsi jusqu\u2019à l\u2019équivalent de huit terrains de football de terres humides au cours de son existence, selon le MFFP.Comme si ce n\u2019était pas assez, le cochon sauvage est porteur de plus de 80 maladies, comme la peste porcine, la brucellose, la tuberculose, la pseudorage et la trichinel- lose.Cela est d\u2019autant plus préoccupant que plusieurs des virus, bactéries et parasites responsables de ces affections sont transmissibles aux humains, aux animaux domestiques ou au bétail, ce qui constitue une épée de Damoclès pour l\u2019industrie du porc.Face à cette menace porcine, les autorités ne restent pas les bras croisés.Au Texas, où l\u2019espèce est particulièrement bien implantée, le commissaire à l\u2019agriculture de l\u2019État a autorisé l\u2019épandage de poisons chimiques a?n de combattre l\u2019« apocalypse des cochons sauvages ».Dans cet État où le port d\u2019arme en public est permis, il est possible de chasser le monstre en hélicoptère et, depuis 2017, en montgol?ère avec des armes d\u2019assaut.La compagnie HeliBacon offre même des forfaits de chasse clés en main.Le M16 est fourni, tout comme les munitions.En Australie, l\u2019approche pour venir à bout des 3 millions de cochons sauvages qui déambulent sur l\u2019île, surtout dans l\u2019est, est un brin plus subtile.Le pays s\u2019est récemment doté d\u2019un plan d\u2019action national a?n d\u2019endiguer ce ?éau, qui coûte chaque année plus de 100 millions de dollars à son secteur agricole.L\u2019abattage par des professionnels, l\u2019appâtage, le piégeage et le clôturage sont au centre de cette stratégie, qui comprend en outre une forte composante d\u2019éducation populaire sur les ravages causés par cette espèce.Aucune initiative intégrée du genre n\u2019est mise de l\u2019avant pour l\u2019instant au Canada.PAS TROP TARD Ici, la gestion du cochon sauvage incombe plutôt aux provinces.Plusieurs d\u2019entre elles ont heureusement pris note de la déroute des Prairies face à l\u2019indésirable espèce.L\u2019Ontario a par exemple adopté une stratégie de lutte contre les cochons sauvages chapeautée par le ministère du Développement du Nord, des Mines, des Richesses naturelles et des Forêts (DNMRNF).Depuis janvier 2020, on y mène une étude pilote a?n de surveiller la situation et de prévenir l\u2019établissement du cochon sauvage dans la province.« À l\u2019heure actuelle, aucune donnée n\u2019indique la présence de cochons sauvages qui se reproduisent ou qui sont autosuf?sants dans la partie continentale de l\u2019Ontario », se réjouit Erin Koen, chercheuse au sein de la section de recherche-surveillance en matière de faune du DNMRNF.Depuis le début de l\u2019étude, son équipe et elle ont enquêté sur 55 signalements de cochons sauvages dans le sud et l\u2019est de la province, dont environ le tiers a été résolu.Dans tous les cas, les bêtes s\u2019étaient soustraites à leur captivité.La situation est sensiblement la même au Québec.Entre les mois de janvier et septembre 2021, le MFFP avait reçu 18 signalements possiblement liés à des cochons échappés d\u2019élevages ou en liberté dans la nature, nous indique une porte-parole du ministère par courriel.Une poignée de ces signalements ont permis la capture de 19 sangliers en fugue.Fait intéressant : ces animaux se baladaient tous sur le territoire de municipalités situées dans le sud de la province, dont Rigaud, Maricourt et Lac-Cayamant.Les premiers porcs en Amérique 80 kg Le porc est une espèce qui n\u2019est pas originaire d\u2019Amérique du Nord.Il a d\u2019abord été introduit par Christophe Colomb lors de son second voyage en 1493.Les cochons domestiques alors débarqués dans les Antilles se sont, semble-t-il, reproduits à une vitesse vertigineuse\u2026 Dans les décennies suivantes, au gré des incartades européennes sur le continent, d\u2019autres bêtes sont arrivées et plusieurs ont ?ni par se retrouver dans la nature, où elles se sont multipliées rapidement.C\u2019est le poids moyen du cochon sauvage ?les mâles sont un peu plus gros que les femelles.Certaines bêtes peuvent parfois dépasser la barre des 200 kg ! Cela ne les empêche pas de pouvoir couvrir une distance de plus de 20 km par jour.\u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 36 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 editionsmultimondes.com Également offert en version numérique EN LIBRAIRIE Si l\u2019occupant ?nit par se frayer un chemin jusqu\u2019au Québec, c\u2019est vraisemblablement par là qu\u2019il arrivera.En 2016, le MFFP avait d\u2019ailleurs entrepris des opérations d\u2019éradication de sangliers se reproduisant depuis peu en milieu naturel dans la région du Centre-du-Québec.La campagne a été un succès ; les agents de la faune ont eu recours à des techniques spécialisées de capture qui avaient auparavant fait leurs preuves dans l\u2019État de New York, qui était lui aussi aux prises avec l\u2019envahisseur sur son territoire.Gagner une bataille ne signi?e pas pour autant que la guerre est ?nie.Au contraire : la menace du cochon sauvage continuera de planer sur le Québec dans les prochaines années.Ce n\u2019est peut-être même qu\u2019une question de temps avant que l\u2019espèce crie victoire.D\u2019ici là, le grand public a un rôle décisif à jouer en signalant sa présence aux autorités.Prenez garde toutefois au biais d\u2019attention.« Nous avons remarqué que le nombre de signalements de cochons sauvages était plus élevé lorsqu\u2019un plus grand nombre d\u2019histoires à leur sujet étaient rapportées par les médias, révèle Erin Koen, du DNMRNF.L\u2019effet était maximal peu après leur diffusion.» Le message est clair : faites attention aux hallucinations de cochons sauvages.Surtout si vous vous appelez Obélix. la science accessible ! magazinesdescience.com La science se lit aussi ici : sciencepresse.qc.ca .acfas.ca/publications/magazine aestq.org/spectre .multim.com Cuba, Matane et le nord de Mont-Laurier Les Grands Prix de la photo Le Roselin pourpré CONCOURS PORTRAIT Escapades hivernales VOLUME 32 \u2014 NUMÉRO 2 HIVER 2021 La méthode scientifique Métier pompier forestier Les animaux bosseurs Le moustique Vol.23 n°1 PRINTEMPS 2020 La revue des Cercles des Jeunes Naturalistes 6,50 $ L E S M É G A D O N N É E S À É C H E L L E H U M A I N E humain est une petite bête particulièrement compliquée à étudier.Les chercheurs en sciences humaines et sociales en savent quelque chose.Préparer un questionnaire, l\u2019envoyer à des centaines de participants et recevoir\u2026 40 réponses.Solliciter des rencontres, les organiser, se déplacer, interviewer, enregistrer, dépouiller, classer, hiérarchiser\u2026 Le temps et les efforts requis pour la collecte de ces données ont longtemps été un facteur limitant pour ceux qui tentent de mieux comprendre l\u2019être humain.Ce n\u2019est plus le cas aujourd\u2019hui.L\u2019utilisation massive des téléphones intelligents, des moteurs de recherche et des réseaux sociaux a complètement changé la donne.Des sociétés stockent des milliers de pétaoctets d\u2019informations sur nos comportements et certaines ont commencé à donner accès à leurs données aux chercheurs.Twitter a conçu, en janvier 2021, L\u2019 Les mégadonnées ?le fameux big data ?sont-elles en voie de révolutionner les sciences humaines ?PAR CHARLES PRÉMONT \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 39 SOCIÉTÉ « Avec les données massives, il faut vraiment être prudent pour ne pas arriver à de fausses conclusions.» \u2013 Maude Bonenfant, professeure au Département de communication sociale et publique de l\u2019Université du Québec à Montréal SOCIÉTÉ une interface pour faciliter la vie aux scienti?ques qui souhaitent avoir recours aux données qu\u2019elle recueille.Facebook lui a emboîté le pas peu après.La tendance à l\u2019informatisation des sciences humaines est si forte que la revue Nature y a consacré tout un dossier l\u2019été dernier, soulignant que ce nouveau champ était rempli de promesses.« Ce qui a changé depuis les cinq dernières années, c\u2019est le genre de données qui sont disponibles, mais surtout leur échelle », explique Lydia Vermeyden, chef d\u2019équipe pour les sciences humaines et les humanités à Calcul Canada et consultante pour l\u2019Atlantic Computational Excellence Network (ACENET), une fédération d\u2019organismes offrant aux chercheurs de tous horizons un accès à de puissantes capacités de calcul.Ainsi, les chercheurs peuvent suivre et examiner les activités en ligne de différentes communautés, fouiller d\u2019immenses corpus de textes et de documents, interpréter des données émanant d\u2019applications cellulaires, de montres et de vêtements connectés.Ils ont la capacité de plonger dans des bases de données si grandes que seules des analyses informatiques sophistiquées peuvent en extraire des notions signi?antes.Si, au départ, l\u2019utilisation des méga- données en sciences humaines relevait souvent du gadget, plusieurs percées dans le domaine ont, depuis, marqué l\u2019imaginaire scienti?que.Au Rwanda, l\u2019étude de la consommation de données mobiles a permis, dès 2015, de cartographier les disparités entre les régions riches et pauvres du pays.Une recherche publiée en 2019 s\u2019est quant à elle penchée sur les dossiers de 50 000 patients aux États-Unis pour montrer qu\u2019un algorithme communément utilisé dans la gestion des soins de santé comportait un biais raciste, défavorisant les patients noirs par une offre moindre de traitements\u2026 Sans oublier que l\u2019analyse des déplacements de citadins aide déjà à plani?er l\u2019aménagement du territoire et les services d\u2019urgence.La facilité de croiser ces données entre les domaines ouvre aussi des possibilités extraordinaires.Grâce à la vitesse de traitement de l\u2019information que permet l\u2019informatique, les scienti?ques peuvent explorer les renseignements issus de sources moins usuelles pour leur disci- 40 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 \u2022 IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM pline.Par exemple, un historien pourrait ausculter des milliers d\u2019écrits littéraires de différentes époques pour en sortir toutes les descriptions d\u2019un même lieu.Cela pourrait lui permettre de mieux comprendre son évolution, physique et vocationnelle.Ces nouvelles méthodes ont donc le potentiel d\u2019accélérer la recherche, mais aussi d\u2019élargir l\u2019éventail des questions auxquelles on peut aspirer à trouver une réponse.Comme plusieurs de ces données sont mises à jour en temps réel, un des grands espoirs est que ces études soient en mesure d\u2019offrir rapidement des informations pertinentes aux élus pour les éclairer dans leurs prises de décisions.Mais Lydia Vermeyden ne s\u2019en cache pas : les outils mis à la disposition des chercheurs par des organismes comme Calcul Canada, Calcul Québec ou l\u2019ACENET ont été conçus pour les sciences dites « pures ».Il y a donc un effort à faire pour les adapter ?ainsi que les subventions qui permettent de les utiliser ?a?n qu\u2019ils soient plus appropriés à la pensée des sciences humaines.Les chercheurs doivent se former pour tirer le maximum de ces outils.Il faut maîtriser le logiciel système Shell Unix ou le système d\u2019exploitation Linux, peut-être savoir programmer en Python ou pro?ter du potentiel du logiciel de gestion Git.« C\u2019est un dé?de taille, souligne Joshua MacFadyen, professeur en communication appliquée, leadership et culture à l\u2019Université de l\u2019Île-du-Prince-Édouard.Les programmes universitaires [en sciences sociales et en humanités] doivent encore développer ce cursus.La bonne nouvelle, c\u2019est que l\u2019ACENET déploie de grands efforts pour créer des formations modelées sur nos besoins et nous encourage beaucoup à employer ses services.» DE NOMBREUX ÉCUEILS Alors, concrètement, les mégadonnées permettent-elles d\u2019effectuer de meilleures recherches, plus objectives ?Si les spécialistes interrogés par Québec Science ne remettent pas en doute le potentiel qu\u2019elles offrent, tous signalent que les écueils méthodologiques pour l\u2019exploiter sont majeurs.La protection de la vie privée a rapidement tenu le haut du pavé comme l\u2019un des principaux enjeux de ces nouvelles méthodes de recherche.Le consentement éclairé des participants est également une question centrale.« Souvent, le dé?est que les informations transmises individuellement ne permettent pas d\u2019établir l\u2019identité d\u2019une personne, mais lorsqu\u2019on les croise, ça devient possible », dit Lydia Vermeyden.Prenons un endroit fréquenté par des hommes et des femmes dont l\u2019identité a été anonymisée ; ils sont représentés par des numéros.Si l\u2019on connaît aussi le revenu moyen de ces numéros, la distance qu\u2019ils parcourent pour se rendre au lieu et les heures auxquelles ils le fréquentent, il devient possible de deviner de qui il s\u2019agit et pourquoi ils y sont.Cependant, Lydia Vermeyden assure que les cadres éthiques canadiens entourant ce type d\u2019étude sont aujourd\u2019hui adaptés à cette réalité.L\u2019accès à des renseignements pertinents est aussi problématique.Puisque ce sont surtout des sociétés privées, comme Facebook, qui traquent nos faits et gestes en ligne, les chercheurs doivent les convaincre de leur ouvrir leurs bases de données.Il n\u2019est pas nécessairement simple d\u2019y arriver.Et même lorsqu\u2019elles se prêtent au jeu, la nature des données collectées n\u2019est pas toujours celle qui sert le mieux les intérêts des scienti?ques.Après tout, ces compagnies ont pour objectif de multiplier leurs pro?ts : les informations recueillies sont donc orientées en ce sens.Par ailleurs, les renseignements et les pro?ls d\u2019utilisateurs trouvés sur différents sites Web ou réseaux sociaux ne sont pas systématiquement mis à jour par leurs propriétaires, ce qui peut occasionner des carences dans les bases de données.Même la collecte par les chercheurs n\u2019est pas toujours aisée.Les livres en sont un bon exemple.Si aujourd\u2019hui on tient pour acquis que les nouveaux écrits ont de facto une version électronique, ce n\u2019est pas le cas des publications plus anciennes.Et si ces dernières ont été numérisées, leur copie virtuelle n\u2019est pas forcément sans fautes\u2026 Les logiciels de numérisation confondent certaines lettres, surtout celles imprimées avec des techniques passées ou simplement manuscrites.En?n, l\u2019intelligence arti?cielle n\u2019est pas toujours si brillante.Les algorithmes qui décodent le langage naturel ne comprennent pas nécessairement le contexte de certains mots (mener quelqu\u2019un en bateau ne veut pas dire lui offrir une croisière), mélangent des individus portant le même nom ou, au contraire, croient que le personnage de Florence, dans un roman, est différent lorsque l\u2019auteur emploie le surnom « Flo ».Il faut donc que les chercheurs s\u2019affairent à nettoyer les données et à entraîner les logiciels pour s\u2019assurer de ne pas obtenir des résultats partiels ou carrément mauvais.Un travail minutieux et chronophage.« Avec les données massives, il faut vraiment être prudent pour ne pas arriver à de fausses conclusions, explique Maude Bonenfant, professeure au Département de communication sociale et publique de l\u2019Université du Québec à Montréal.La plupart du temps, ces données ne sont pas recueillies par des chercheurs, on les traite avec des outils qu\u2019on ne maîtrise pas complètement et la visualisation des résultats qui en découle peut mener à des impressions trompeuses.» Elle renchérit : il y a un risque de biais chaque fois qu\u2019une décision humaine est prise dans la collecte par les entreprises ou dans la sélection des données par les scienti?ques eux-mêmes.C\u2019est entre autres pour cela que la collaboration entre les informaticiens, qui comprennent les logiciels, et les scien- ti?ques, qui connaissent les théories et peuvent valider la qualité des données et la méthodologie, est essentielle.Lydia Vermeyden, qui a étudié la physique quantique avant de se joindre à l\u2019équipe de l\u2019ACENET, croit que nous sommes à l\u2019aube de quelque chose d\u2019important.« Lorsque j\u2019étais aux études, personne ne savait à quoi la physique quantique allait être utile, mais on voyait que cela avait du potentiel.Aujourd\u2019hui, il y a constamment de nouvelles entreprises qui se lancent dans ce domaine.De la même façon, il est dif?cile de mettre le doigt sur le changement que les mégadonnées vont apporter, mais il est certain que ce sont des outils puissants.J\u2019ai vraiment espoir qu\u2019ils nous aident à concevoir de meilleures politiques publiques et à mieux gérer les problèmes sociaux.» DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 41 SOCIÉTÉ L E S M É G A D O N N É E S E N A C T I O N LES FERMES À TRAVERS LE TEMPS Grâce aux données des recensements canadiens (depuis 1871), d\u2019extraits de journaux et d\u2019autres sources, Joshua MacFadyen, professeur à l\u2019Université de l\u2019Île-du-Prince-Édouard, et son équipe du laboratoire GeoREACH ont élaboré 2 500 pro?ls de fermes en Ontario, au Québec et dans les provinces maritimes.En les rassemblant sur une carte géographique, le projet permet d\u2019avoir une vue d\u2019ensemble de l\u2019évolution de ces fermes et de mieux comprendre les différents enjeux agricoles à travers les époques.Quelques pro?ls de fermes ont déjà été publiés.Pour les créer, le professeur et ses collègues ont réuni les données relatives à la production de chaque établissement en matière d\u2019animaux, de pâturages, de récolte de céréales ou de légumes au ?l des décennies pour ensuite brosser des tableaux de la production de chaque ferme.Un travail fastidieux et exigeant qui aurait été impossible à accomplir au moyen de méthodes classiques.Aujourd\u2019hui, le projet permet de saisir la transformation des exploitations agricoles dans ces provinces.« Nous avons analysé ces mégadon- nées pour leur donner un visage humain », mentionne Joshua MacFadyen.Ainsi, il sera possible de savoir ce que c\u2019était de vivre dans une ferme cultivant des pommes au Québec dans les années 1970 ou dans une exploitation fournissant du bois pour les bateaux à vapeur près du lac Ontario.INNOVATION : DES SITES WEB BAVARDS Même si nous tentons de mesurer l\u2019innovation des entreprises depuis des décennies, l\u2019exercice s\u2019est toujours avéré périlleux.La collecte d\u2019informations est dif?cile et les données gouvernementales datent souvent de quelques années.Il y a cependant un endroit où les renseignements sur les compagnies sont accessibles et constamment mis à jour : leurs sites Web.Catherine Beaudry, professeure au Département de mathématiques et de génie industriel de Polytechnique Montréal, a parié que ces sites pouvaient nous aider à mieux comprendre la forme que prend l\u2019innovation dans les entreprises.En comparant les informations obtenues grâce à l\u2019analyse des données massives avec celles provenant de méthodes plus classiques, la chercheuse s\u2019est aperçue que les nouveaux outils sont prometteurs.Ce que l\u2019équipe tentait de valider, c\u2019était de savoir s\u2019il y avait une différence notable entre l\u2019information obtenue au moyen des sites Web et celle recueillie par les méthodes de collecte traditionnelles.« Et ce qu\u2019on démontre, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y en a pas, indique Catherine Beaudry.À la limite, [ce qu\u2019on tire des sites] pourrait être substitué aux questionnaires qu\u2019on utilise normalement.» Une technique qui, proprement appliquée, pourrait permettre aux chercheurs de gagner énormément de temps.L\u2019étude pilote montre que le recours aux sites Web pourrait améliorer la gestion des mesures pro-innovation.« Si l\u2019on a des données en temps réel qui sont correctement validées par les séries temporelles [une suite de valeurs numériques, utilisées en statistique, pour étudier des variables à travers le temps] que l\u2019on connaît, on sera capable d\u2019offrir des indicateurs aux décideurs et aux gouvernements pour leur dire si un programme ne semble pas avoir l\u2019effet désiré ou, au contraire, s\u2019il faut investir davantage dans un autre qui fonctionne rondement », illustre-t-elle.42 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM COMPRENDRE LES SOUS-CULTURES DU JEU VIDÉO Les joueurs de jeux vidéos en ligne n\u2019achètent pas qu\u2019un divertissement.Bien souvent, ils cherchent également une communauté.Ces cultures ont des normes, des valeurs et des manières de les communiquer.Avec son équipe, Maude Bonenfant, professeure à l\u2019Université du Québec à Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les communautés de joueurs et les données massives, s\u2019intéresse à ces groupes a?n de mieux comprendre leur naissance, leur évolution et leur déclin.Grâce à un croisement de méthodes traditionnelles et d\u2019analyses de mégadonnées, il lui est possible de comprendre comment ces collectivités se bâtissent dans le jeu, mais aussi en dehors de celui-ci sur différents réseaux sociaux.La chercheuse s\u2019intéresse notamment aux conduites toxiques adoptées parfois dans ces communautés.Celles-ci sont dé?nies comme des actes dans le jeu qui ont pour but de nuire au plaisir des autres joueurs.Souvent, la personne qui agit ainsi y trouve le sien.En utilisant un logiciel d\u2019analyse textuelle pour catégoriser les commentaires, Maude Bonenfant et ses collaborateurs ont pu observer de quoi parlent les joueurs et ce qu\u2019ils considèrent comme toxique.Grâce à différents traqueurs mis en place par les studios de jeu vidéo, l\u2019équipe a ensuite voulu voir si ces échos s\u2019actualisaient dans les comportements pendant le jeu (les cas où ces agissements ont été relevés, dans quel genre de partie, avec quel type de joueurs, etc.).Cela a permis aux chercheurs de nuancer la réalité entre ce qui se dit sur les réseaux sociaux et ce qui se fait en jouant.Ils ont aussi évalué si certaines mécaniques de jeu favorisent cette toxicité et comment leur modi?cation pourrait amener une diminution de ces agissements.Si cette recherche porte sur les jeux vidéos, Maude Bonenfant, elle, a un intérêt pour toutes les plateformes de communication en ligne.Elle croit que ses travaux pourraient s\u2019appliquer ailleurs.« On peut se poser la question à savoir si, dans Twitter ou dans Facebook, il y a des éléments qu\u2019on pourrait enlever ou ajouter qui viendraient réduire la toxicité des échanges qui s\u2019y déroulent », indique-t-elle.RÉACTUALISER UN AUTEUR DU 19e SIÈCLE Leigh Hunt est une ?gure importante de la littérature britannique, aujourd\u2019hui tombée dans un relatif oubli.In?uent à son époque, il a fréquenté et publié de nombreux intellectuels marquants du 19e siècle.C\u2019est aussi quelqu\u2019un qui a beaucoup, beaucoup écrit.Des poèmes et des nouvelles, mais surtout des critiques littéraires, des essais et des articles de journaux.Cette impressionnante bibliographie impose des limites aux chercheurs qui s\u2019y intéressent, ne serait-ce que par leur incapacité, bien humaine, de tout lire et de tout retenir.Le professeur d\u2019anglais de l\u2019Université de Montréal Michael Eberle Sinatra et ses étudiants ont donc entrepris de créer le corpus de Leigh Hunt en ligne a?n de pouvoir, avec des chercheurs d\u2019ailleurs dans le monde, utiliser la puissance des algorithmes pour fouiller ses textes.Le projet s\u2019appelle Digital Leigh Hunt.Leur travail consiste principalement à s\u2019assurer que le corpus est « propre », c\u2019est-à-dire qu\u2019il ne contient pas d\u2019erreurs de numérisation, et à entraîner l\u2019intelligence arti?cielle a?n qu\u2019elle comprenne certaines subtilités du texte.L\u2019informatisation de l\u2019œuvre ouvre l\u2019exploration d\u2019une manière inédite.Comme l\u2019analyse traverse une immense quantité d\u2019écrits, il devient possible de véri?er l\u2019importance d\u2019un thème pour l\u2019écrivain, même s\u2019il n\u2019est central dans aucune de ses œuvres.« Cela nous donne l\u2019occasion de poser des questions contemporaines à des auteurs anciens, comme savoir s\u2019ils s\u2019intéressaient à l\u2019esclavage ou s\u2019ils étaient féministes », dit Michael Eberle Sinatra.Le groupe noue des partenariats avec des chercheurs de partout qui fabriquent, eux aussi, des corpus semblables.Avec le temps, la diffusion de ceux-ci permettra de croiser les œuvres des auteurs à travers les époques, les disciplines et les langues pour approfondir notre compréhension de leurs in?uences d\u2019hier à aujourd\u2019hui.Plusieurs des chercheurs cités dans ce texte sont ?nancés par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 43 \u2022 IMAGES : SHUTTERSTOCK.COM PHOTO : JEAN-FRANÇOIS HAMELIN 44 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 Une guérilla meurtrière de plus d\u2019un demi-siècle laisse forcément des traces dans la mémoire de ceux et celles qui y ont survécu.En Colombie, cet enjeu se fait plus que jamais sentir depuis la signature en 2016 d\u2019un accord de paix entre le gouvernement et les forces armées révolutionnaires du pays.Cette nation sud-américaine de 50 millions d\u2019habitants panse désormais ses blessures et tente de tourner la page sur cette période trouble de son histoire.Hélas, les récits et les pratiques commémoratives aussi bien citoyennes qu\u2019of?cielles sont paradoxalement la source de nouvelles frictions, quoique bien plus subtiles.« La construction de la paix donne lieu à des luttes pour la mémoire.C\u2019est vrai en Colombie comme ailleurs : la pa- trimonialisation de la violence [processus par lequel celle-ci se transforme en objet du patrimoine] cristallise la manière dont une nation raconte son histoire, ce qui est, en ?n de compte, assez politique », explique María Juliana Angarita, doctorante en muséologie, médiation et patrimoine à l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Cette Colombienne d\u2019origine est touchée de près par cette situation, elle qui est arrivée au Canada il y a quelques années pour fuir la guerre et poursuivre ses études ?elle est titulaire d\u2019un baccalauréat en relations internationales de l\u2019Universidad del Rosario, située dans la capitale, Bogotá.« J\u2019aurais voulu être diplomate, mais le destin m\u2019a ?nalement amenée à m\u2019intéresser à la transformation culturelle dans une perspective de citoyenneté critique.Le processus de prise de parole par les victimes d\u2019un épisode aussi traumatisant m\u2019inspire profondément et me rend ?ère de mes racines », af?rme cette spécialiste de la muséologie mémorielle qui fait partie des 15 boursiers de la Fondation Pierre Elliott Trudeau pour l\u2019année 2021.Celle-ci décerne une bourse d\u2019études doctorales à des étudiants canadiens ou étrangers qui se distinguent par l\u2019excellence de leur dossier universitaire et par leur engagement dans la communauté.María Juliana Angarita est également lauréate d\u2019une bourse doctorale du Fonds de recherche du Québec ?Société et culture.PATRIMOINE « D\u2019EN BAS » Dans sa maîtrise en muséologie, aussi réalisée à l\u2019UQAM, María Juliana Angarita a étudié le cas particulier du Musée colombien de la mémoire historique.Cet établissement étatique a le mandat, sanctionné par une loi promulguée en 2011, de souligner la mémoire des victimes du con?it armé.Plus précisément, la chercheuse s\u2019est concentrée sur les dé?s auxquels DEVOIR DE MÉMOIRE MARÍA JULIANA ANGARITA S\u2019INTÉRESSE À LA CONSTRUCTION DU PATRIMOINE DANS LA FOULÉE DU CONFLIT ARMÉ COLOMBIEN, QUI A LAISSÉ DE DOULOUREUSES CICATRICES DANS SON PAYS NATAL.CHERCHEUSE EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC MARS 2020 | QUÉBEC SCIENCE 45 ont été confrontés les conservateurs, muséographes et autres professionnels du Musée lors de la conception de sa première exposition of?cielle en 2018 : Des voix pour la transformation de la Colombie (traduction de Voces para transformar a Colombia).Chose peu commune, cette exposition inaugurale n\u2019a pas eu lieu au sein même du Musée, qui n\u2019avait de toute façon pas encore ouvert ses portes ?son inauguration tarde toujours.Elle s\u2019est plutôt promenée dans le pays, à Medellín, Cali et Villavicencio notamment.« Le personnel du Musée a multiplié les choix audacieux avec cette proposition itinérante.La narration n\u2019était pas chronologique.La terre, l\u2019eau et le corps étaient utilisés comme des métaphores pour illustrer le con?it armé », analyse María Juliana Angarita.Ses travaux publiés en 2019 dans la revue savante Museum Management and Curatorship lui ont surtout permis de penser au con?it armé colombien avec un regard différent.« Le territoire est le véritable objet de dispute du con?it, celui-là même qui est habité par des communautés marginalisées que l\u2019on connaît somme toute assez peu.Pour elles, le con?it a été l\u2019occasion d\u2019af?rmer leur culture et leur identité, ce qui constitue en soi une nouvelle forme de patrimoine en rupture avec celui de la violence », fait valoir María Juliana Angarita.Ce patrimoine « d\u2019en bas », qui contraste avec celui des organismes of?ciels, est au cœur de ses études doctorales.Si le contexte sanitaire le permet, elle se rendra en Colombie dans les prochains mois a?n de visiter des collectivités rurales, autochtones et urbaines.UNE AUTRE MUSÉOLOGIE Ce projet s\u2019inscrit dans l\u2019avènement d\u2019une muséologie plus critique, ré?exive et humble.Au diable les établissements et organisations qui prétendent détenir la vérité ; la tendance est plutôt aux musées qui jouent la carte de la transparence et de la mise au jour de nos angles morts.« Des projets comme les miens sont encore très rares.Ma position a beau être non orthodoxe, elle contribue à oxygéner le milieu de la recherche muséale nord-américaine», pense María Juliana Angarita, qui a été cocommissaire de deux expositions présentées au CapsLab de l\u2019Université Concordia et qui fait partie du groupe de recherche interuniversitaire Beyond Museum Walls.Si cette vision politique et engagée de la muséologie peut déplaire à certains, elle n\u2019en demeure pas moins synonyme de réelles innovations.C\u2019est du moins l\u2019avis de Jennifer Carter, professeure au Département d\u2019histoire de l\u2019art de l\u2019UQAM et directrice de thèse de la doctorante.« María Juliana travaille au béné?ce de sa société natale, pas juste pour le sien.Elle met les outils de la muséologie au service des questions de mémoire, de justice et d\u2019équité, dit-elle.J\u2019ai rarement vu une étudiante aussi motivée qu\u2019elle.» Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/SciChefQC @scichefqc SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC* P H O T O : C H R I S T I N N E M U S C H I RQ : D\u2019où vient votre intérêt pour la construction du patrimoine ?MJA : Je m\u2019intéresse au patrimoine en tant que processus et pratique culturelle.Ce que nous appelons « patrimoine » est en fait une construction sociale à partir de laquelle nous con?gurons les récits collectifs portant sur notre passé et sur ce que nous voulons être dans le futur.Le patrimoine ?et la valeur que nous lui accordons ?possède un très grand pouvoir sur l\u2019émotion et l\u2019engagement des individus.J\u2019explore la construction des patrimoines issus des atrocités parce qu\u2019elle permet de mieux comprendre plusieurs dé?s auxquels nos sociétés multiculturelles sont confrontées, entre autres la justice historique et les mémoires de groupes opprimés.RQ : Comment se dé?nit le patrimoine « d\u2019en bas », qui est au cœur de vos travaux ?MJA : La perspective du patrimoine d\u2019en bas propose des explications que les discours traditionnels sur le patrimoine ?communément associés à l\u2019idée de la gloire, à la nation, à la valeur du matériel et à l\u2019idée de possession ?ne sont pas capables d\u2019apporter.Ce concept reconnaît la valeur des patrimoines non of?ciels.À cet égard, il permet aux chercheurs d\u2019étudier les pratiques de patrimoine subalternes qui se veulent contre- hégémoniques.Mes recherches couvrent tous ces domaines, mais surtout le dernier, puisque je travaille à comprendre comment des groupes de victimes, marginalisés dans le contexte du con?it armé interne colombien, élaborent des initiatives patrimoniales ?musées communautaires, maisons de mémoire, jardins commémoratifs ?et comment ces projets font partie d\u2019un processus plus large de transformation sociale aux échelles locale et nationale.RQ : En quoi votre démarche contribue-t-elle à la recherche muséale nord-américaine ?MJA : Le monde muséal dans le Nord traverse une crise existentielle et de légitimité.Mes travaux font partie d\u2019un effort collectif dans le milieu universitaire pour étudier les fonctions sociale et politique du musée.Mes collègues et moi nous intéressons surtout aux pratiques de muséologie communautaire en Amérique latine, car elles nous montrent que, pour demeurer pertinents, le musée et le patrimoine doivent être mis au service de la défense de la vie et de la dignité ?une vision rafraîchissante pour nos champs d\u2019études.Mes recherches sont aussi importantes sur les plans symbolique et politique.Elles visent à donner une notoriété aux efforts des communautés créatives et résilientes du Sud.Je veux faire connaître des façons de vivre et de se réconcilier avec les passés douloureux qui ne défèrent pas à la logique eurocentrique du patrimoine traditionnel. 46 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 CuL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb V I S I T E R Après un long hiatus d\u2019un an et demi, la Biosphère est de retour.Toujours en tant que musée de l\u2019environnement, mais plus désireuse que jamais d\u2019incarner un lieu de ré?exion sur les enjeux actuels.« Nous voulons créer un dialogue avec les gens et la communauté.Nous voulons contribuer à augmenter la vitesse de croisière vers la transition écologique à la Ville de Montréal », explique en entrevue Isabelle Saint-Germain, nouvelle directrice de la Biosphère.Cette mission est d\u2019ailleurs favorisée par le riche bassin de chercheurs auquel le musée a accès en devenant le cinquième établissement d\u2019Espace pour la vie ?qui regroupe le Biodôme, le Jardin botanique de Montréal, l\u2019Insectarium et le Planétarium Rio Tinto Alcan.La Biosphère relevait auparavant du gouvernement fédéral.Au total, 10 expositions sont présentées, dont 3 nouveautés.D\u2019abord, il y a le parcours Écolab, un laboratoire interactif que les amateurs de science vont adorer et qui propose une incursion dans la méthode scientifique sur le thème des polluants dans l\u2019air et dans l\u2019eau.Ensuite, à travers des photos de la faune sauvage, Espaces sans frontières illustre la collaboration entre les États-Unis et le Canada pour protéger les espèces résidant sur la ligne qui sépare les deux pays.En?n, à l\u2019extérieur, les visiteurs peuvent contempler gratuitement Couleurs du monde, qui présente 50 photos ?amboyantes en grand format de National Geographic des êtres vivants peuplant notre planète.Les expositions qui datent de la première vie du musée ne sont pas moins intéressantes.Celle qui porte sur la météo et les phénomènes climatiques est fascinante, tout comme celle qui fait découvrir les innovations architecturales de Montréal.Le discours actuel sur l\u2019urgence climatique et les enjeux de la biodiversité peut susciter le pessimisme, aussi la Biosphère tient-elle à émerger des ré?exions tournées vers la lumière.« Un musée reste un lieu de diffusion des connaissances axé sur les idées et les actions positives, alors notre rôle est de montrer le contexte.Il y a des crises, mais il y a aussi de belles choses qui se font », indique Isabelle Saint-Germain, biologiste de formation, qui a passé 17 années chez Équiterre.Les prochaines expositions mettront donc de l\u2019avant des pistes de solution de communautés d\u2019ici et d\u2019ailleurs, le tout abordé de façon dynamique à travers l\u2019art et la culture.Biosphère de Montréal, espacepourlavie.ca \u2022 IMAGE : MÉLANIE DUSSEAULT Un habitat à redécouvrir DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 47 VISITER Et la lumière fut C\u2019est à une enivrante plongée dans les abysses que nous convie Edith Widder dans son essai Below the Edge of Darkness.Dans sa jeunesse, cette biologiste américaine de la vie aquatique a subi une opération qui l\u2019a pratiquement laissée aveugle, et ce n\u2019est qu\u2019au terme d\u2019une longue convalescence qu\u2019elle a retrouvé la vue.Qu\u2019à cela ne tienne, ce séjour dans la pénombre n\u2019a fait qu\u2019ampli?er ce désir de comprendre l\u2019origine de la lumière dans les profondeurs de l\u2019océan.Riche de ses 40 années à étudier la bioluminescence, l\u2019exploratrice vulgarise ce mode de communication scintillant en braquant les projecteurs sur les organismes les plus mystérieux, comme la pieuvre géante, qu\u2019elle a été la première à immortaliser sur vidéo.Elle nous fait vivre les plaisirs ?et les périls ! ?qui accompagnent ses aventures au fond des mers.Below the Edge of Darkness: A Memoir Exploring Light and Life in the Deep Sea, par Edith Widder, Penguin Random House, 323 p.Une main tendue dans la tempête Pour certains, la conception d\u2019un enfant est un véritable parcours du combattant.Et c\u2019est celui qu\u2019a connu la journaliste Véronique Leduc.Dans son touchant livre Infertilité, elle brise le tabou sur le sujet et s\u2019ouvre sur ses cinq années de hauts et de bas, marquées par l\u2019épuisement, l\u2019attente, les injections et tout un cocktail de pilules destiné à la rapprocher de son rêve de devenir maman.Plus qu\u2019un témoignage personnel, son récit laisse également la parole à des spécialistes (un médecin en fertilité, une psychologue et une sociologue) qui lèvent le voile sur une batterie de thèmes tels que les traitements in vitro, les causes de l\u2019infertilité, l\u2019effet de la procréation assistée sur les couples.Ceux et celles qui livrent bataille pour donner la vie trouveront dans cet ouvrage poignant de sincérité un réconfort et une main tendue, tandis que leurs proches y puiseront des outils pour les accompagner avec bienveillance.Infertilité : traverser la tempête, par Véronique Leduc, Parfum d\u2019encre, 280 p.Une biographie rugissante Après une longue attente, les férus de dinosaures peuvent en?n plonger dans Le triomphe et la chute des dinosaures, la traduction française de l\u2019acclamé The Rise and Fall of Dinosaurs (2016) de Steve Brusatte.Dans cette biographie, le scienti?que et paléontologue de l\u2019Université d\u2019Édimbourg relate les quelque 200 millions d\u2019années durant lesquelles les reptiles ont régné sur Terre.Il déterre les histoires passionnantes des fouilles de ses collègues pour expliquer les temps préhistoriques, des premiers spécimens jusqu\u2019aux titanesques vertébrés que ces derniers sont devenus.L\u2019enthousiaste professeur laisse son empreinte dans nos mémoires grâce à sa narration romanesque, illustrant le permien, le jurassique, la dérive des continents et l\u2019astéroïde fatal à l\u2019aide de descriptions grandioses.La ?nale (que vous connaissez déjà, mais qu\u2019on vous a rarement racontée de la sorte) est si percutante qu\u2019on en émerge avec le souf?e court et des palpitations ! Le triomphe et la chute des dinosaures, par Steve Brusatte, Les Éditions Québec Amérique, 400 p.\u2022 IMAGES : ÉRIC CARRIÈRE ; SHUTTERSTOCK.COM L I R E Pour qui souhaite commencer sa journée par une savante rasade d\u2019informations pertinentes entremêlées de faits cocasses, les capsules de vulgarisation En 5 minutes sont un chouette balado à microdoser.De manière très décontractée, on y aborde de petits et grands sujets aussi éclatés ?et aux antipodes ! ?que la mousse de nombril, les fractales et l\u2019extraction du lithium.Ce petit bonbon audio quotidien de QUB existe depuis 2018 ; il y a donc plusieurs centaines d\u2019épisodes à rattraper en rafale ! En 5 minutes, qub.radio/balado/en-5-minutes, à écouter et à télécharger sur votre plateforme audio préférée Nager avec les ours Après avoir séjourné dans le Vieux- Montréal, l\u2019exposition immersive Sous les glaces de Mario Cyr passera les premiers mois d\u2019hiver au Centre des congrès de Québec.Pendant 45 minutes, on suit l\u2019explorateur de fonds marins et ses coéquipiers inuits dans l\u2019Arctique canadien.Le photographe madelinot nous emmène nager avec les ours polaires, observer les morses, les bélugas et les narvals, puis nous raconte ses anecdotes d\u2019expéditions.Les deux stations où le public se retrouve entouré d\u2019écrans géants demeurent le moment le plus spectaculaire : c\u2019est là que le spectateur est subjugué par la majesté de l\u2019ours blanc sur sa banquise et médusé par le ballet des mollusques bioluminescents grouillants de vie dans les abysses.Sous les glaces avec Mario Cyr, du 18 décembre 2021 au 13 février 2022 au Centre des congrès de Québec É C O U T E R Microdoses de science Plani?ez vos cadeaux! quebecscience.qc.ca/abonnement 514 521-8356 | 1 800 567-8356, poste 504 *Cette offre d\u2019abonnement se termine en ligne le 31 décembre 2021 à 23 h 59 et par téléphone le 23 décembre 2021 à 17 h.Taxes en sus.Offre valide au Canada seulement, applicable sur les abonnements d\u2019un an.Offrez Québec Science en cadeau! ABONNEMENT / AN + taxes 25 PROMO DES FÊTES $ DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 49 omme l\u2019année tire à sa fin, permets-moi d\u2019y aller d\u2019un bilan et de partager quelques ré?exions avec toi, ?ston, sur le thème des promesses.L\u2019année 2021 s\u2019était justement amorcée sous la forme d\u2019une promesse : celle de jours meilleurs avec l\u2019arrivée de vaccins contre le SRAS-CoV-2.Or, elle s\u2019achève par une quatrième vague de pandémie et des cris d\u2019alarme de plus en plus assourdissants quant à l\u2019intégrité de notre biosphère.Pendant ce temps, nos politiciens ont aligné des engagements plutôt insuf?sants au cours de la dernière campagne électorale\u2026 Bien que je ne fasse pas partie de l\u2019école des collapsologues, je dois admettre qu\u2019il m\u2019arrive parfois de ressentir un sentiment de défaitisme face à ces promesses environnementales qu\u2019on échoue à tenir.Je ne te dis pas ça par désespoir, mais plutôt parce que je considère qu\u2019il s\u2019agit de mon devoir de parent de te donner l\u2019heure la plus juste qui soit et d\u2019éviter les serments irréalistes.Tu m\u2019entends régulièrement parler d\u2019environnement à la maison, même si, à ton grand dam, mes propos prennent souvent l\u2019allure de « sermons ».Tu m\u2019entends répéter que la communauté scienti?que nous avertit depuis des lustres que nous altérons le climat de la planète et qu\u2019il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES) de manière soutenue.Mais dis-toi qu\u2019à ma naissance on comptait 56 jours où la température maximale diurne dépassait 25 °C à Montréal.Lorsque tu es né, en 2011, nous en étions à 70.Et quand tu auras mon âge, en 2055, ce nombre se situera entre 90 et 100 jours, selon les différents scénarios climatiques.A?n d\u2019éviter d\u2019hypothéquer ton avenir, il nous faudrait laisser 84 % des réserves de pétrole canadien dans le sol, soutient une étude (une autre !) publiée en septembre dans la revue Nature.Je sais, je t\u2019assomme avec mes chiffres\u2026 Ne m\u2019en veux pas trop, c\u2019est plus fort que moi.D\u2019ailleurs, j\u2019en ai un dernier pour toi (ne lève pas les yeux au ciel !).Un sondage réalisé récemment pour l\u2019Université d\u2019Ottawa révèle que près de 64 % des Canadiens croient qu\u2019il n\u2019y a pas meilleur moment que maintenant pour être ambitieux dans nos efforts climatiques.En revanche, la con?ance des répondants en la capacité de notre pays à réduire les émissions de GES est minée par les intérêts et le lobbying des grandes entreprises, comme l\u2019industrie pétrolière.Ils sont aussi désenchantés devant l\u2019inaction et les « promesses vides » du gouvernement ! Cela me rappelle un éditorial qu\u2019ont fait paraître en commun il y a quelques mois les éditeurs des plus grandes revues médicales : malgré certaines actions climatiques, les beaux discours de nos dirigeants ne suf?sent plus, y af?rmaient-ils.Tu vois, c\u2019est malheureusement le propre d\u2019une partie de ma génération et de celle qui nous a précédés : nous nous sommes empêtrés dans un bourbier énergétique dont il est extrêmement dif?cile de sortir.C\u2019est un peu l\u2019équivalent de te demander d\u2019arrêter subitement de jouer à un jeu vidéo dont tu es friand et dans lequel tu es immergé : c\u2019est une transition dif?cile qui cause bien des émois.Il en va de même pour notre dépendance aux énergies fossiles.Malgré nos efforts et notre bonne volonté pour effectuer la transition énergétique et écologique nécessaire, nous sommes accros à ces combustibles dont dépend notre train de vie.Si bien que nous préférons nous en tenir à des engagements super?ciels a?n de jouer à ce jeu dangereux un peu plus longtemps.Pourrons-nous nous sevrer de cette mauvaise habitude ?J\u2019ose encore espérer que oui, même si je demeure incertain quant à notre capacité à le faire assez rapidement.Cependant, il est encourageant de voir que le discours appelant au changement est désormais porté par des organisations traditionnellement conservatrices, telles que l\u2019Agence internationale de l\u2019énergie.N\u2019oublie pas non plus qu\u2019avant la pandémie nous étions soulevés par une vague de fond pour l\u2019action climatique, un mouvement insuf?é par ta génération qui, depuis, ne s\u2019est pas complètement estompé.Au débat des chefs du 8 septembre dernier, Charles Leduc, 11 ans, a eu le courage de demander à nos leaders politiques comment ils comptaient mettre ?n à notre dépendance pétrolière.Malheureusement, les réponses fournies étaient plutôt technocratiques, accompagnées de promesses à géométrie variable.Pourtant, Charles méritait une réponse venant du cœur et sans détour, car agir de manière décisive en matière climatique est un véritable geste d\u2019amour, pour reprendre les mots de Catherine Abreu, directrice du Réseau Action Climat.Je dirais même que c\u2019est l\u2019un des gestes les plus altruistes qui soient, puisqu\u2019il est fondé sur l\u2019obligation morale de penser aux générations futures a?n qu\u2019elles puissent s\u2019épanouir un tant soit peu.Voilà donc la promesse qui m\u2019anime, ?ston : celle de toujours poursuivre mes efforts a?n de faire œuvre utile quant aux enjeux environnementaux et climatiques.Et si je suis si con?ant en ma capacité à l\u2019honorer, c\u2019est que cette promesse repose sur l\u2019amour inconditionnel que je te porte.Lettre à mon ?ls C Les opinions exprimées dans cette chronique n\u2019engagent que leur auteur.JEAN-PATRICK TOUSSAINT @JeanPatrickT Anthropocène IMAGE : SHUTTERSTOCK.COM 50 QUÉBEC SCIENCE | DÉCEMBRE 2021 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME DÉCEMBRE 2021 | QUÉBEC SCIENCE 51 DÉJÀ PARUS 27 EXPRESSIONS DE LA LANGUE FRANÇAISE REVISITÉES 27 CHANSONS QUI ONT MARQUÉ LE QUÉBEC 27 LIEUX HISTORIQUES À DÉCOUVRIR NOS COMPORTEMENTS EN SOCIÉTÉ \u2013 27 EXPLICATIONS 27 RÉALITÉS DE NOTRE QUOTIDIEN \u2013 LEURS ORIGINES C O L L E C T I O N 27 LES heuresbleues.ca PREMIÈRE COLLECTION DE SCIENCE ET DE SAVOIR entièrement conçue au Québec par des spécialistes et des scientiiques d\u2019ici?! À PARAÎTRE LES 27 CHANSONS NO.1 DES BEATLES Novembre 2021 Michelle Drapeau, Ph.?D.Paléoanthropologue au Dépar­ tement d\u2019anthropologie de l\u2019Université de Montréal, elle s\u2019intéresse particulièrement à la transformation morpho­ logique des plus anciens hominines.Jean Bouchard, Ph.?D.Il consacre ses recherches à la dégradation de la cellulose ainsi qu\u2019au développement d\u2019un nanomatériau, la nanocellulose cristalline, qui fut primée, en 2013, par le CNRSGC.27 CARACTÉRISTIQUES HUMAINES FAÇONNÉES PAR L\u2019ÉVOLUTION Une aventure au cœur de l\u2019évolution de l\u2019espèce humaine : vous ne vous verrez plus jamais de la même façon.27 CONDITIONS ESSENTIELLES À LA VIE HUMAINE Notre existence repose sur chacune de ces 27 conditions.Une seule manque et nous disparaissons.Une exploration de la chimie du vivant.NOUVEAUTÉS 21?$ espacepourlavie.ca VIAU PLANÉTARIUM RIO TINTO ALCAN RÉSERVEZ EN LIGNE "]
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