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Titre :
La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel
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Janvier
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  • Revues
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chaque mois
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La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1937-01, Collections de BAnQ.

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[" A Janvier 1937 Notre Roman : LE MIROIR AUX ALOUETTES, par Gelbé Luca NAT J 3 y \\ a Ie L a re i De ANNEE, No 1 pr ap a ) PER va & - ju me Wan, i: du 70 2 23) por ni + \u201d past i » i à f i Gui aLAL F RÈRESf CON Vin de of if bs ES RATES aus * A Comm LAUi-R-RUYALE As 4 og i TEL.3751 3 wr % Wi ë % Fa rd Hy i { i \\ Hoe i # i ti 3 i { sa La a J gi, ot A 5 if i TH, + 2 À Te 3 i \u2014.ye pe I ii i # pn po LE) iy i a ve i i br de 73 N i 5 6 i Pe i i @ i RR 7 bi x; se Nd red NJ ) PH a M i esl i = i a à hr joe EN hr a Æ, pri tis #3 gs \u2014 a gt (5 # ap À pi + + = dé i 4 x : 5 hel 4, ry ie ow fs Al i & ne 4 ji LE A # wi a T7 + # + i sé yr 7 eu i fi F a, Fo io 3 HY Ï i SE Fa a I Ey #~ of an i { 17 4 or?i \" à ji vy.i ES sr a 7 &, i i 4 # # = var i at i Li > if Ei # * % = ta i + # ; 3 i A vi a Li Se 205 Fr @ Ce nouveau livre\u2014 un livre de cuisine sorti de l\u2019ordinaire\u2014 vous permet de préparer des plats \u201criches\u201d a des prix \u201cpopulaires\u201d.Il vous dit comment rehausser l\u2019attrait des morceaux de viande les moins chers\u2014 comment donner de l\u2019aspect à des restes\u2014 comment éviter MO N5 DE FR A Û la monotonie des salades.LJ Le Livre Heinz avec Recettes de Salades et de Viandes abonde en renseignements modernes sur toutes sortes de plats et de salades.M 0 N5 DE TRAGAS Toutes les recettes ont été essayées.Elles sont imprimées en gros caractères, dans un langage simple.Beaucoup d\u2019entre elles sont superbement illustrées.On a consacré au boeuf, au porc, à l\u2019agneau, au veau, au poisson et à la volaille tout l\u2019espace qui leur était dû.Une partie de ce livre est réservée à des nouveautés en fait de canapés, de hors-d\u2019oeuvres et de sandwiches.Il y a 90 recettes de salades faites avec des fruits, de la verdure, des légumes, de la viande ou du poisson.Trente-et-une sauces à salades y sont entièrement décrites.Vous y trouverez même des conseils sur le découpage.Des milliers de ménagères font déjà usage de ce livre.Tous les jours, il les inspire et les aide à préparer des repas variés, gais, appétissants et nourrissants\u2014 tout en leur épargnant beaucoup de fatigue morale et physique.Pourquoi ne demanderiez-vous pas maintenant un exemplaire de ce joli livre de recettes?C\u2019est vraiment le livre que vous êtes en droit d'attendre des fabricants des fameuses \u201c57\u201d variétés.Il ne coûte que 25 cents (environ la moitié de son prix de revient).Si vous envoyez 3 étiquettes de Soupes Heinz, vous pouvez l\u2019avoir pour 10c seulement.Adressez-vous à: H.J.Heinz Company, Dépt.LR44, Montréal.\\ | VA a TE A LA TOMATE: UNE DES 90 SALADES DU LIVRE SALADE SURET Janvier 1937 3 populaire LaGKIPPE Populaire 30e année No 1 Montréal, Janvier 1937 s'en va plus vite ® en faisant ces 2 choses SOMMAIRE Nos COLLABORATEURS.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026recceeseensssecceccscaue 5 LES LIVRES DU MOIS.\u2026.\u2026.\u2026\u2026.\u2026.\u2026\u2026\u2026crerrrerrencsenssennrs 5 Nos Maux ET LEURS REMÈDES par Henri Bourassa.6 Pourquoi LES ENFANTS DoOIVENT-ILS LIRE ?par Hélène Grenier.7 Propos sur LA LANGUE FRANÇAISE par Paul Morin.8 La Session ProviNciALE A QUEBEC.9 DE LA CAVERNE AU GRATTE-CIEL par Fernand de Verneuil.10-11 L'ÉLEVAGE pu VISON par Armand Tremblay.12 Conte Canadien : LA BOUCHERIE par Clément Marchand.13 Notre Roman Complet : LE MIROIR AUX ALOUETTES par Gelbé.oooooiicivii 14 Poésie : L'HIVER par la comtesse Mathieu de Noailles.18 La Broderie : UN PANNEAU POUR Dossier DE CANAPÉ Au PoINT DE SATIN.arrrasersneunsersersss 27 Pour Vous, MEsDAMEs ROBERT TAYLOR, LE SUCCESSEUR DE RuporprH VALENTINO.\u2026.\u2026\u2026.\u2026\u2026cersresseensenssonsere 29 ENSEMBLES DE MEUBLES.30-31 La Mode : QUELQUES APPLICATIONS DE LA MODE NouvELLE, POUR Dames, JEUNES FILLES ET FILLETTES.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026\u2026\u2026raser Les Mors Croisés Nos SOUHAITS.\u2026.\u2026.\u2026\u2026.\u2026rrrenrenvercessseesranarassranacce 47 La Graphologie : Entered Mareh 23, 1908, at the APPRENEZ A Vous CONNAITRE.\u2026 55 GERARD PERRAULT.\u2026.\u2026.\u2026\u2026.crericcesssnescencessessenreaces 56 Nos VIEILLES FAMILLES CANADIENNES par Emile Falardeau 56 \u201cQUAND LA GRIPPE Vous tient\u201d, vous tez grippé, prenez deux cuillerées à TRICOT ET CROCHET.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026\u2026ceressecsecienvere 57 diront les médecins bien renseignés, thé de Sel Hepatica dans un verre LA CuiIsiNE NORMANDE \u201cvous pouvez souvent vous en débar- d'eau.De plus, reposez-vous bien \u2014 par Hélène Chagnon\u2026.\u2026.\u2026\u2026.\u2026.\u2026.\u2026\u2026eces 58 rarser plus vite par des procédés fort restez au lit et appelez le médecin si NOTRE PROCHAIN ROMAN PLAISIR DES DIEUX par EvELINE LE MAIRE LA REVUE POPULAIRE Editeurs-Propriétaires POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE 975, rue de Bullion, Montréal, Canada Tél.: PLATEAU 9638* ABONNEMENT : Canada : Un an $1.50 \u2014 Six mois .75 Etats-Unis: Un an $1.75 \u2014 Six mois .90 LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE Membres de L\u2019A.B, C.der the Act of March 3rd.1879.Post Office of St.Albans, Vt.,, U.S.A., as second class matter simples.\u201d Voici deux \u201csoins d'urgence\u201d à prendre : 1.\u2014Nettoyer le canal intestinal, 2.\u2014 Aider la nature à combattre l'acidité qui accompagne fréquemment la grippe.Vous pouvez faire ces deux choses à la fois en prenant du Sal Hepatica ! En effet, non seulement ce laxatif à base de sel minéral nettoie les intestins \u2014 vite, doucement et complètement \u2014 mais Sal Hepatica aide la Nature à combattre l'acidité.Consultez votre médecin \u2014 vous verrez que pour soigner une grippe il recommandera de prendre en même temps un laxatif et un antiacide.Soyez moderne\u2014soignez une grippe à la manière moderne Ainsi chaque fois que vous vous sen- Votre cas s'aggrave.Surveillez votre alimentation.Buvez beaucoup de liquide.Il faut combattre la grippe par LE SEL MINÉRAL LAXATIF QUI AIDE LA NATURE A COMBATTRE L'ACIDITÉ la méthode moderne.Procurez-vous aujourd'hui une bouteille de Sal Hepatica. : } ES GENS ont l\u2019habitude de beaucoup espérer de la vedette des voitures.Ainsi, dans notre conception du Chevrolot pour 1937, nous avons cherché la réalisation d\u2019un auto complet \u2014 complètement nouvéau.Nous avons changé le style.Nos nouvelles voitures n\u2019avaient pas encore passé vingt-quatre heures dans la rue, après- leur apparition, qu\u2019elles s\u2019étaient déjà arrogé la popularité d\u2019une vedette par la beauté de ligne de leur nouveau style \u201cdiamond crown\u201d! Nous avons construit une sorte tout à fait nouvelle de carrosserie Fisher monacier à toit- tourelle.Et, telle que vous la voyez aujourd\u2019hui sur le Chevrolet pour 1937, c\u2019est la première carrosserie tout acier, toute silencieuse, jamais offerte sur une voiture au plus bas prix.La glace de sécurité est employée dans toutes les fenêtres .les sièges et les portes sont plus larges .et la ventilation Fisher sans courants d\u2019air est améliorée.Nous avons produit un nouveau moteur à soupapes en tête de haute compression.Nous avons accru sa puissance en vue d\u2019une meilleure performance.La douceur fut aussi portée à un degré supérieur pour le confort; et en dépit de tout cela, nous avons réduit ses frais d\u2019opération au chiffre le plus bas dans toute l\u2019histoire de Chevrolet! Nous avons amélioré chaque caractéristique Chevrolet éprouvée des années passées.De plus gros freins hydrauliques pour la sûreté.Un meilleur roulement flottant pour les genoux mécaniques*.Nous avons incorporé un nouvel essieu arrière hypoïde, plus bas et sûr.Nous n\u2019étions pas forcés de faire toutes ces choses.Mais nous avons trouvé que lorsque vous offrez au public tout ce qu\u2019il veut\u2014et ce qu\u2019il ne peut pas trouver ailleurs aux plus bas prix \u2014le public a l\u2019habitude de se montrer reconnaissant.C\u2019est pour cela que la suprématie de Chevrolet est aussi remarquable dans les ventes que dans le domaine de l'élégance et de la valeur! * Sur les modèles Master de luxe.Paiements mensuels adaptés à votre bourse suivant le mode General Motors de paiements à termes.Prix depuis $732 (Coupé d\u2019affaires à 2 places).Modèles Master de luxe depuis $81 9.Livrés à l\u2019usine, Oshawa, Ont.Taxes du gouvernement, licence et fret à coût additionnel, ROLETRIS 37, Janvier 1937 Nos Collaborateurs M.CLEMENT MARCHAND M.CLÉMENT MARCHAND Clément Marchand est né le 12 septembre 1912 de parents terriens.Son grand-père, \u201cmaternel fut un remarquable chdñfeur populaire dont M.E.Z.Massicëätte a\u2019 recueilli les chansons.Elevé-dans une atmosphère rustique, nourri d'une tradition qui mettait la tetre»aut premier rang des choses valablèg Clément Marchand a conservé Jetgout de son terroir dont il s'est.attaché a peindre les visages dans une prose réaliste et personnelle?Il fit ses étûdes au séminaire des Trois-Rivières\u2019 où il se lia d'amitié avec M: l'abbé Albert Tessier qui exerga*iine grande influence sur son talent.H débuta dans le journalisme comme rédacteur du \u2018\u2019Bien Public\u201d.Il n'avait que vingt ans quand, avec M.Raymond Douville, l'auteur de \u2018 La Vie Aventureuse d'Arthur Buies \u201d, il devint co-propriétaire du \u201cBien Public\" ou il n'a cessé, de concert avec une belle phalange de collaborateur, re mener une vigoureuse campagne pour les valeurs spirituelles.Après avoir publié un poème \u201cLe Geste de la Croix \u201d Marchand a collaboré à la plupart des journaux et revues du Canada français.Il prépare actuellement une série d'ouvrages intitulés \u2018\u201c Courriers des villages \u201d On lira a la page 13 \u2018 La Boucherie \u2019, un morceau inédit de notre collaborateur.La photo de M.Marchand est de Harvey Rivard, Trois-Rivières.MLLE HELENE GRENIER Mille Grenier est née à Québec.Après deux années d'étude en Europe, elle entra à la Bibliothèque municipale de Montréal où elle commença son apprentissage de bibliothécaire.Après avoir fait ses études bibliotech- niques à l'Université McGill, elle donna à cette même université une série de cours, en français, sur les bibliothèques scolaires et enfantines pendant l'été 1933.Depuis octobre 1931, Mlle Grenier est bibliothécaire à la Commission des Ecoles Catholiques de Montréal.MLrE HéLÈNE GRENIER NOS PROCHAINS COLLABORATEURS L'ÉLITE de la société canadienne-française collabore à La Revue Populaire.Nous avons déjà reçu, pour l'année 1937, des articles inédits des écrivains canadiens suivant : MM.Gusrave LANCTÔT, historien, membre de l\u2019Académie Royale, archiviste français du Canada; VALDOMBRE (Claude-Henri Grignon) dont le premier numéro des Pamphlets parut en décembre; JEAN- CHARLES HARVEY, romancier; LEo-PauL DESROSIERS, romancier; le colonel Wirrm Bovey, de l'Université McGill; Pierre DaviauLT, PHILIPPE PANNETON, VICTOR BARBEAU, auteur de \u201c Mesure de notre Taille \u201d; le R.P.CARMEL BROUILLARD, o.f.m; JEAN LALLEMAND; RaymoND DouviLLE, Jacques Rousseau, JuLEs BRUNEL, l'abbé ALBERT TESsIER, MME PIERRE CASGRAIN, MLLE JOVETTE BERNIER, etc.LES LIVRES BU MOIS LE FRONT CONTRE LA VITRE par M.Edouard Montpetit Les auditeurs de M.Montpetit ont souvent regretté de ne pouvoir conserver de ses nombreuses conférences que les compte-rendus de journaux.Ils accueilleront donc avec plaisir la nouvelle publication des Editions Albert Lévesque, Le Front contre la Vitre, qui leur apporte quelques-unes des plus retentissantes causeries de M.Edouard Montpetit, auxquelles s'ajoutent: des récits de voyage et des études du plus vif intérêt.\u201c L'auteur, dans cët ouvrage au titre évocateur, oublié, un instant les préoccupations du sociologue et de l'économiste; il ne veut être ici qu'un \u201chonnête hommè \u2019, un honnête homme qui a conservé intacte une sensibilité d'artiste nuancé.Le don de ranimer les vieux sujets, d'amener les réflexions les mieux senties sur des thèmes qu'on aurait cru usés, M.Montpetit en révèle la maîtrise.Lui qui aurait toute autorité pour employer le fôñ dogmatique, se plait, avec une diéerétion de gentilhomme, à dissimulet\u2018\u201csa.science et à causer, sur le mode- familier, des choses de chez nous;.# propos de l'enseignement raisoûmé yde la géographie humaine, pag exemple, (dans * Climat de culture\u201d), de l'étude d'un livre sur les ¢ Anglais et les Francais\" ou \u2026de l'œuvre, d'Antoine Gérin-Lajoie.\"Il nous livre, avec \u2018une simplicité magnifique, le secret d'une pensée profonde, et trouve, dans un cœur toujours jeune, les motifs d'une espérance que son expérience des hommes et des choses n'autoriserait pas toujours.Enfin, le volume se termine par un \u201c Discours à l'Académie de Belgique \u201d sur la langue française au Canada, discours qui révèle un ambassadeur véritable de la pensée canadienne-française.Le Front gontre la Vitre de M.Edouard Montpetit, est l'ouvrage où l'auteur s'est plu davantage à s'exprimer dans une langue pure et imagée.Le détail pittoresque, l'observation subtile ajoutent au plaisir d'une phrase aéroplane (pour parler langue du jour).Le Front contre la Vitre, volume de 280 pages, d'une édition parfaite, sous couverture immaculée, est en vente au prix de $1.00, aux Editions Albert Lévesque, 1735, rue St-Denis, Montréal, et dans toutes les librairies bien assorties.Prix spécial à la quantité et pour les membres de Société des Mécènes.MERCIER par Robert Rumilly Les éditions du Zodiaque viennent de publier un nouveau livre: Mercier, par Robert Rumilly.Le vie du grand Mercier, son ascension rapide et sa chute brutale, sont réellement pathétiques.Comme avait fait Papineau, Mercier a incarné un moment (au lendemain de la pendaison de Riel) l'âme du peuple canadien-français.Il a connu une période de gloire qui fut plus brève, mais plus intense que celle de Laurier lui-même à son zénith.Et son patriotisme ardent lui vaut des indulgences pour les fautes qu'il a pu commettre ou laisser commettre.Il se trouve que ce sujet est d'une extraordinaire, d'une brûlante actualité; le nom de Mercier, la tradition de Mercier, ayant été invoqués si : de souvent au cours\u2019 des deux dernières campagnes électorales de la province uébec.Mais quelle est au juste cette tradition dont on s'est tant réclamé ?Ce livre en donne l'idée la plus exacte, car c'est un ouvrage complet, de plus de quatre cents pages.M.Robert Rumilly a utilisé toutes les sources à la disposition d'un chercheur.Il a eu la chance d'obtenir de plusieurs anciens lieutenants de Mercier des évocations de souvenirs et des renseignements de première main.[l.s'en est très heureusement servi pour faire revivre, autour de Mercier, toute son époque, qui fut haute en couleur.Le livre est actuellement en librairie ($1.00).L'HOMME BLANC DE GASPE roman historique par Eugène Achard Librairie Générale Canadienne, 5608 avenue Stirling, Montréal.Un volume de 130 pages, illustrations en couleurs sur la couverture et à l'intérieur.Prix 25 cents.On ne se plaindra plus, chez nous, que la jeunesse a été oubliée par rios- écrivains.Ce volume en est la preuve.Sous le voile de la fiction, c'est le premier voyage de Jacques Cartier qui se déroule tout au long de ces pages.Vu à travers l'imagination féconde de l'auteur, ce voyage s'anime, passionne l'esprit, on suit le découvreur pas à pas, charmé de rencontrer toujours une vie aventureuse et fertile en incidents.Tous les personnages sont historiques ou presque, mais le recul et une facilité d'invention les anime de vie réelle.Comme histoire nationale, nos enfants en apprennent plus dans ces pages que dans les meilleurs manuels et, à coup sûr, d'une façon beaucoup plus intéressante.La perfection matérielle du volume qui se présente sous une belle couverture en couleurs, les illustrations en couleurs à l'intérieur, de même que les cartes, en couleurs elles aussi, montrent que le souci des .éditeurs a été d'en faire un livre qui plaise à la jeunesse.Le prix modique du volume ajouté à sa valeur incontestable devrait lui assurer une belle diffusion.CONCOURS LITTERAIRE SUR \u201c L'ECONOMIE \" Chacun aspire à l'aisance et à l'indépendance pour ses vieux jours, mais peu nombreux sont ceux qui prennent les moyens d'atteindre cette in.C'est dans le but d'inculquer dans l'esprit du public cette idée d'épargne et d'économie qu'un Concours Littéraire sur l'\u201d\u2019 Economie \u201d a été organisé, Ce concours se terminera le 15 janvier prochain.Tous peuvent y prendre part.Des prix en argent seront distribués aux concurrents qui se seront classés dans les dix premières positions.| Les candidats qui désirent obtenir des informations au sujet de ce concours littéraire, pourront communiquer en écrivant à 934 Ste.-Catherine est, suite 103, ou en téléphonant à PLateau 1510, avec l'organisateur Monsieur P.FE.Duhamel, qui se fera un plaisir de les renseigner et de leur faire parvenir les conditions du concours. Photo Albert Dumas Montréal Nos Maux et leurs Remeédes L'ancien député de Labelle veut inviter ses auditeurs à réfléchir : hommes, femmes, catholiques, protestants, juifs, incroyants, pour qu'ils fassent l'effort nécessaire à l'amélioration de la situation économique et sociale du Canada.Plus indulgent pour les chefs de partis qu'autrefois, se plaçant à l'écart sinon au-dessus de la mêlée politique, M.Bourassa dit qu'il va semer quelques idées propres à faire réfléchir.Il souligne qu'il a prédit qu'aucun gouvernement ne peut guérir mos maux et mettre fin à la crise, parce que les causes remontent très loin et qu'il faut aller à la racine, et parce qu'un parti ne peut entreprendre de par Henri Bourassa Quelques extraits de la remarquable conférence prononcée par M.Henri Bourassa devant les membres du \u201cYoung Men's Canadian Club\u201d.Nous empruntons ce résumé a notre confrère \u201c Le Devoir \u201d.réforme sérieuse à moins de pouvoir compter sur la coopération des autres partis.Le gouvernement est impuissant parce que d'abord il faut que l'individu, la famille, les organismes sociaux mettent de l'ordre en eux- mêmes et dans leurs affaires.Pour M.Bourassa, les folies et les habitudes de luxe contractées pendant et après la guerre sont les causes de la crise.L'argent arrivait à flots au Canada pour payer la fabrication des munitions pendant la guerre; après la guerre, les pays d'Europe achetaient à prix d\u2019or nos produits, notamment le blé à plus de $2 le minot.Nous avons mal fait de l\u2019argent.Les jeunes ont reçu une éducation faussée.Aujourd'hui trop peu ont le courage de revenir à une vie simple, modeste, laborieuse.Entre-temps, les pays d'Europe se sont remis au travail.Comme ils avaient gardé des habitudes de labeur que nous avons laissé entamer, ils ont bientôt repris le dessus.Italiens et Allemands maudissaient les Américains (Canadiens compris) auxquels LA REVUE POPULAIRE ils devaient payer cher les produits qui leur manquaient encore en 1922.Mais bientôt la France se suffisait à elle-même et produisait plus de blé qu'elle n'en a besoin.Mussolini, avec sa fermeté d'exécution, son génie, son sens de la famille, sa passion de l'agriculture, a relevé son pays.Conséquence, le Canada a perdu des marchés.M.Bourassa remarque qu'il a applaudi dans son cœur les discours prononcés à Montréal et à Québec contre le communisme.Il ne faut pas prendre dans les encycliques, ajoute- t-il, seulement ce qui fait son affaire.Il faut s'arrêter aux paroles dénonçant les abus du capitalisme qui composent le fermier sous lequel germent les ferments de révolte.Attaquons- nous aux causes ! Les paves avaient raison de songer aux classes ouvrié- res.Aujourd\u2019hui, il faut songer a la classe qui constitue la meilleure base de la société.Le petit propriétaire, à force d'économies, a réussi à construire ou à acheter une maison pour sa famille.On lui demande maintenant de saigner pour faire vivre ceux qui ont commis les folies.Est-ce juste ?Nous avons un régime de laisser- aller, d'inconhérence.Les plus violents bolchevistes, les plus enragés révolutionnaires dans les pays d'Europe sont ceux qui ont eu \u201cde quoi\u201d et qu'on a réduits à la besace.Ceux qui souffrent le plus sont peut-être Tes gens qui ont connu une certaine aisance et qui sont ruinés et les intellectuels qui n'ont rien à faire.M.Bourassa rapporte ici une réflexion de Danton sur le déracinement des jeunes par leur instruction et éducation.Nos collèges sont excellents, nos universités fabriquent des médecins, des avocats, des notaires.Nous avons trop de médecins, d'avocats, de notaires.Les corps de ces professions le reconnaissent les premiers.Ils serrent la vis aux examens.Mais les jeunes qui sent ou ratent ont perdu le goût de faire autre chose qu'exercer une profession.Les parents ont voulu en faire des \u201c\u201c meussieurs \u201d.Ils sont des \u201c meus- sieurs \u2019, c'est tout ce qu'ils seront ! Ces jeunes gens cherchent à faire quelque chose.Alors, on voit pousser comme des champignons en temps humide des groupements comme les Jeunesses patriotes, etc.Ils sont habitués a faire des discours de rhétorique.Ils continuent.Ils crient : Séparons-nous de la Confédération ! Fondons une patrie nouvelle ! Rëvons d'un pays à nous seuls, sans Anglais, sans Irlandais, sans Ecossais, sans Juifs, c'est beau.Si cela ne devait entraîner aucun danger social, je dirais, très bien, amu- sez-vous, à ça, ça vaux mieux que faire la noce.Après ce passage saupoudré d'ironie, M.Bourassa lance une boutade au sujet de la monnaie bilingue.Une bande de jeunes et pas de vieux ont réclamé la monnaie bilingue.C'est pas une mauvaise chose, mais la principale, c'est de fournir à tous les gueux de mon pays un peu de monnaie, qu'elle soit en anglais, en allemand, en chinois.On a également embouché la trompette de guerre pour une plaque de bureau de poste unilingue.Je trouve que ça manque de proportion.Mais où la jeune génération manque d'équilibre, c'est quand elle réclame avec une arrogance croissante la séparation du Québec du reste de la Confédération.Du coup, on sacrifierait les minorités françaises du reste du pays.Du coup, on réduirait à néant le dévouement qu'ont déployé pendant des dizaines (Lire la suite page 55) Janvier 1937 Pourquoi les Enfants Doivent-ils Lire ?par Hélene Grenier Bibliothécaire à la Commission des ARMI les éléments qui concourent à la formation des enfants, on accorde généralement au livre une place prépondérante.Demandez à ceux qui ne s'intéressent que de fort loin aux questions d'éducation de dire quels sont les meilleurs instruments de culture pour les enfants : il y a cent chances contre une qu'ils nomment le livre en premier lieu.Posez la même question aux parents ou aux éducateurs de profession, ils feront la même réponse, en distinguant toutefois entre le livre de lecture récréative et le manuel de classe.Les raisons qui confèrent au livre ce rôle important dans la formation de la jeunesse, sont de deux espèces.Le livre satisfait des besoins communs à tous les enfants de la terre; puis, les effets de la lecture intelligemment choisie sont d'une très vaste portée.Tous les enfants sont curieux; tous les enfants ont une faculté de rêve quasi illimitée; tous les enfants ont une tendance à l'imitation.Ce sont là trois caractéristiques fondamentales de leur nature.On a dit qu'un enfant normal est un actif et vibrant point d'interrogation.Qui n'a été harcelé au moins une fois dans sa vie, par ces \u2018 pourquoi?\u201d, ces \u2018comment ?\u201d, ces \u2018est-ce que ?\u201d qui vont jusqu'à la limite, pas toujours très lointaine, de notre savoir et de notre patience ?.Réjouissons- nous de cette avidité de connaitre chez les petits, elle est la plus sûre marque de l'intelligence.Les enfants rêvent.Ils sont remplis de désirs sans bornes qui varient avec leur tempérament.Nous connaissons tous ce petit garçon ambitieux qui veut des \u201ccent milliards de dollars\u201d, des millions de jouets variés; cette petite fille gourmande qui désire des châteaux en nougat, avec des escaliers en crême glacée et des meubles en chocolat; ce petit homme qui rêve d'être Lindbergh, cette fillette qui pense à renouveler Jeanne d'Arc.Dans les histoires qu'ils lisent ou qu'on leur raconte, ces enfants ne cherchent pas une éphémère distraction, ils entrent dans la peau du héros et vivent de sa vie.Les enfants sont des imitateurs.Ils modèlent leur manière d'agir et de penser sur celle des gens avec lesquels ils sont en contact.Nous nous amusons souvent de cette facilité qu'ils possèdent de reproduire nos gestes, nos tics, et nous les traitons volontiers de \u2018chers petits singes.\u201d Puisque le don d'imitation, le goût du rêve et le besoin de savoir existe à des degrés divers chez presque tous les enfants, il importe de cultiver ces dispositions.C'est ce qu'on appelle \u201c élever \u201d, dans toute l'acception du mot.La lecture est la d'un grand secours.Apprenons à l'enfant qui questionne qu'il peut lui-même trouver la réponse à ses problêmes dans les livres appropriés que nous placerons entre ses mains.Enseignons à l'enfant qui rêve, à ne désirer que ce qui est juste et beau en lui faisant lire des choses qui lui inspireront de nobles ambitions.Mettons sous les yeux de l'enfant qui imite des modèles qui l'inciteront à vouloir grandir moralement et intellectuellement.Cependant, cette satisfaction des naturels besoins de l'intelligence ne justifie pas complètement le rôle du livre dans l'éducation.L'influence de la lecture est beaucoup plus étendue, essayons un peu de la définir.Faut-il démontrer l'efficacité du livre comme moyen de culture?On ne prouve pas l'évidence.Tous les maîtres d'écoles ont remarqué, au cours de leur carrière, que l'élève qui a le goût de la lecture est toujours le premier à répondre aux questions posées en classe.Les parents ne peuvent rendre de plus grand service à leurs enfants que de leur inspirer l'amour des livres.Le livre élargit les horizons, découvre des mondes nouveaux, donne Ecoles Catholiques de Montréal accès au cœur de l'humanité.Le bon, le beau livre fournit des renseignements qui aiguillonnent la curiosité de l'enfant si facile à éveiller.Habituer l'enfant à ne vouloir s'instruire que des choses qui ont une réelle valeur, c'est gravir un échelon important dans son éducation.Substituer une saine curiosité intellectuelle à la curiosité morbide, c\u2019est fermer la porte aux mauvais penchants qui peuvent entraîner des catastrophes.Le livre n'est certes pas le seul moyen d'arriver à ces fins, mais il en est un qui a son importance.On ne saurait trop insister sur l'influence considérable qu'exerce le livre sur le goût de l'hiver.On le comprend de plus en plus à notre époque.Les éditeurs travaillent avec succès à publier des livres de contes dont le texte, la typographie, les illustrations et le format sont très soignés.On sait que l'enfant lit indifféremment tout ce qui lui tombe sous la main, à condition qu'il le comprenne et que ce soit \u201ca sa taille\u201d.On se sert de cette fièvre de savoir pour ajouter à son bagage de qualités cette chose précieuse, trait distinctif des esprits vraiment supérieurs : le goût.Pour l'agréable utilisation des loisirs rien ne saurait remplacer la lecture.Cela est vrai pour les grandes personnes, cela est doublement juste pour les enfants.Un jour de pluie, un léger rhume, une convalescence un peu longue, et voilà le petit garçon ou la petite fille privés de leurs jeux en plein air.Comment occuper ce petit cerveau, cette irréductible activité, comment empêcher la vilaine humeur et l'oisiveté inspiratrices de mauvais coups ou tout au moins d'espiègleries ?La maman qui en plus de surveiller ces jeunes personnes tapageuses doit s'occuper des soins du ménage trouve, dans le goût de la lecture qu'elle a sagement cultivé chez ses enfants, un auxiliaire d'une valeur indiscutable.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019on doive faire de la lecture un frein à toutes les extravagances des enfants turbulents, un correctif semblable au coin noir ou à la privation de dessert.Ce serait là une erreur regrettable qui ferait de la lecture un pensum au lieu d'une intelligente distraction.Enfin, l'enfant qui, nous l'avons vu, possède un don d'imagination très développé, ne puise pas seulement dans les livres de bons et salutaires exemples comme \u2018Les petites filles modèles \u201d et \u201c Jean qui rit\u201d.Il peut y trouver aussi, (Lire la suite page 54) LA REVUE POPULAIRE PROPOS SUR LA LANGUE FRANÇAISE CINQUIEME CAUSERIE au moment où nous commencions une petite balade en tram.Je vôus invitais à admirer les réclames multicolores, et d'un goût si délicat, qui ornent la frise de cet intéressant véhicule.Toujours soumis à l'autorité, et dûment impressionné par le courroux du receveur (du conducteur, pour ces déshérités du sort qui ont eu la malchance de n'être pas des nôtres, la semaine dernière) .nous nous sommes fougueusement \u201c envoyés en avant \u201d et nous voici, enfin, telles des carcasses d'agneaux aux crocs d'une boucherie, mélancoliquement suspendus aux accrochoirs.(ne riez pas \u2014 on peut, tous les soirs, entendre ce néologisme qui, ma foi, en vaut bien d'autres, dans un tram du quartier le plus français d'une des villes les plus françaises de notre française province : \u201c Poignez les accrochoirs ! \u201d) Pour nous réconforter, après ces périlleuses acrobaties, toute une littérature s'étale sous nos yeux.Retrouverai-je ici ces questions ou ces conseils pleins de tact et de sagesse, persuasifs et familiers (parfois un peu trop familiers), que me posent ou que m'offrent chaque jour nos subtils annonceurs canadiens (par exemple : \u2018Protégez | HEURE inexorable m'a forcé de vous quitter l'industrie du tabac canadienne \u201d.\u201c Arrêtez de perdre vos loyers \u201d .\u201c Etes-vous mal hypothéqué du côté des dents ?\u2019.\u2018Quand vous avez demandé des céréales, avez-vous reçu des souillures?\u201d \u2014 ho, ho.\u201cLaquelle des 17 jumelles adopteriez-vous 7\".\" Ne vous lavez pas le visage \u201c.\u2026.\u201c Carillonnez pour la mariée au teint sa- Vonné \u2018 \u2014 ces deux derniers décrets, vous le pensez bien, n'émanent pas de la même société commerciale .ou, troublante interrogation : \u2018 Avez-vous les pores bloqués\u201d.ou enfin, et pis encore, cet ordre, cette injonction sanguinaire d'un traducteur altéré de carnage : \u201c Parents, ouvrez l'intestin de vos enfants!\u201d), y trouverai-je, dis-je (et n'oublions pas que nous sommes toujours dans le tram) de ces suggestions discrètes ou de ces ukases draconiens qui, grâce aux bons offices de la publi- \u201ccité, endossent mes responsabilités et suppriment commodément l'ennuyeux fardeau du libre-arbitre?Regardons d'abord celle de ces pancartes qui semble la plus bénigne.J'y vois un gros bébé, dans le costume cher aux bambini raphaélesques.Que me dit ce poupon ?Horreur !.moi, père de famille, faut-il que mes honnêtes regards tombent sur un avis aussi pervers, énoncé par des lèvres si candides ?Hélas ! il n'y a plus d'enfants.Ce marmot sans vergogne s'écrie : \u201cPapa\u201d \u2014 (et ce papa n'est pas peu présomptueux\u2026) \u2014\u201d Papa, n'oublie pas les bonnes .\u2019 Ai-je la berlue ?Quoique inattendu dans un tram, \u201c Papa, n'oublie pas maman.\u201d serait, à mon sens, plus judicieux.Mais, m'étant décroché de mon accrochoir pour me frotter les yeux, je lis, plus bas, en caractères de couleur, de famille, de dimensions tout à fait différentes : \u201cpilules mauves pour maman \".Ce doux enfant me disait, tout simplement : \u2018\u2019 Papa, n'oublie pas les bonnes pilules mauves pour maman ! \u201d Je respire.Mais, quelle alerte ! Et, à ce propos, faisons une de ces petites digressions qui me sont coutumières.La,\u2018symétrie du langage, dont la définition la plus large serait : \u201c harmonie, résultant de certaines dispositions et combinaisons des parties de la phrase \u201d .la symétrie, dis-je, ne consiste pas seulement dans l'heureuse proportion des éléments offerts à l'intelligence.Il en est une autre, essentielle dans les titres, les sous-titres et les manchettes (ces manchettes, chère madame, ne sont pas celles qui s\u2019attachent au poignet d'une chemise, mais les titres, généralement sensationnels, qui s'impriment en gros caractères en tête de la première page d'un journal), essentielle, dis-je, dans les titres, et non moins essentielle à l'agencement, à la disposition graphique des annonces.Dans le premier cas, pécher contre la symétrie rend la phrase boîteuse.Dans le cas qui nous occupe, cette asymétrie, purement visuelle, peut rendre la phrase complètement incompréhensible \u2014 telle celle du bébé de par Paul MORIN M.PAUL MORIN tantôt, qui n'est pas plus bizarre que le monsieur qui nouerait sa cravate autour de sa cheveille.Dans l'annonce, dont la composition, la maquette, est exécutée à la main, et agrémentée d'un dessin, d'une photo, d'un motif décoratif \u2014 la pancarte des véhicules publics, par exemple, ou le grand pan- neau-réclame qui donne tant d'attrait aux routes de nos campagnes \u2014 cette asymétrie est inexcusable.Dans le journal, le reporter chargé de rédiger ses propres titres (et c'est le cas le plus fréquent, car maints journaux n\u2019ont pas d'employés spécialement préposés à cette besogne) circonscrit dans les limites d'une colonne de largeur fixe, où il ne peut aligner qu'un nombre de lettres déterminé, est souvent forcé à d'étranges voltiges verbales, et ne retombe pas toujours sur ses pieds.Exemple, ce titre : 1ère ligne, UNE ARMEE DE 40,000; 2ième ligne, HOMMES EST ANEANTIE; sous-titre, lère ligne, CE QU'IL EN RESTE (ce QU'IL, pour CE QUI, est regrettable \u2014 j'en reparlerai) CE QU'IL EN RESTE, 5000 HOMMES, EST CERNE.Anéanti, cerné, voilà de bien beaux mots, qui tirent l'œil, et dont les lettres, par leur nombre, se prêtaient au cadre qu'elle occupent.Malheureusement, anéantir veut dire \u2018 exterminer, détruire entièrement (néant) \u201d, et, si ces 40,000 hommes ont été anéantis, quels sont ces 5000 qui restent et que l'on a cernés ?On peut être cerné, tout en se portant comme un charme.Ici, le bon sens et le français ont été sacrifiés à la symétrie.Tout autres sont les exemples suivants: titre, UN MARI S'ÉLANCE SUR SA FEMME QU'IL FRAPPE A COUPS DE MARTEAU SUR LE CRANE; sous-titre, COMME EN UN REVE \u2014 extrême asymétrie, ineffable incohérence, tout ce que vous voudrez.mais \u2014 quelle poésie ! Ailleurs.Titre de trois lignes sur deux colonnes : LA DEMEURE DE MADAME VEUVE HERCULE SANS FAÇON INCENDIEE AU PETIT JOUR, CETTE DAME ET SA FILLE SAU- VEES EN ROBE DE NUIT; sous-titre : EXCELLENT SERVICE DE L'AQUEDUC.Le manque de proportion (à tout égard) est, ici, incontestable.Plus déconcertant même est ce divorce du nom et de son article qui, dans tous nos journaux, déroute et l'œil et l'esprit .Ainsi : lère ligne, PARALYSE PAR LE; Zième ligne, RHUMATI- QUE (je dis bien rhumatique, mes chers auditeurs !) Item, 1ère ligne, IL S'ABAT DU; 2ème ligne, CIEL SUR LE; 3ième ligne, CIEL ETHIO- PIEN.Cela veut dire, chères victimes, qu'un aviateur s'est abattu du ciel sur le sol éthiopien (et, entre parenthèses, ce du ciel est un pléonasme aussi plaisant que descendre en bas, car s'abattre veut dire tomber : l'épervier s'abat sur sa proie .\u2026 .dit-on : l'épervier s'abat du ciel sur sa proie ?Ça serait superflu).Troisième exemple : lère ligne, ON TIRE SUR LA.sur la quoi?Sur la sonnette 7 Non.Zième ligne, SUITE DU PRINCE DE; 3ième ligne, GALLES.Solution du problème : On tire sur la suite du prince de Galles.Enfin, je décerne la médaille de peau de lapin, grand module (naturellement), à l'auteur de ce petit bijou : Ière ligne, POLONAISE COUPEE EN; Zième ligne, DEUX PAR UNE; 3ième ligne, (pianiste /.non !) SCIE RONDE.Lisez : Polonaise coupée en deux par une scie ronde.Et, à propos, je crois qu'il faut dire : scie circulaire.Nous voici bien loin, chers auditeurs, de ce tram où nous cherchions tantôt quelque annonce digne d'être citée au cours de cet entretien.Quelle nouvelle huître nous livrera sa perle ?Ça ne sera pas long.Savourons la réclame de ce tailleur qui m'offre un complet, dont le veston me semble ni plus ni moins que séraphique.Cet annonceur, en effet, affirme que la doublure du corps est en ragon pur.Eblouissement! J'ai dit séraphique parce que, humble mortel, je ne puis me représenter (comme, du reste, l'ont fait des peintres les plus illustres) ces créatures purement spirituelles qu'avec un corps \u2014 un corps que verraient mes pauvres yeux humains.Et j'imagine assez bien un séraphin au \u201ccorps doublé de rayon pur \u201d ou de purs rayons.Ne m'écrivez pas, chers auditeurs, que ces commentaires frisent l'irrévérence et sont d'un goût douteux.Je me range à votre avis.Le sont-ils moins que l'annonce voisine, où un monsieur m'enseigne la recette du \u201cgâteau des anges glacé au coco \u2019?Décidément, notre climat ne respecte personne, et ce tram est plein d'embûches.Quittons-le pour une ambiance moins périlleuse \u2014 un exemple d'une faute contre la précision.La précision n'est pas exactement la clarté.C'est un de ses éléments.Mais la clarté dépend particulièrement de la construction de la phrase, tandis que la précision, elle, dépend surtout des mots employés.L'exemple étant toujours plus amusant que la règle, mettons la charrue devant les bœufs, et laissez que je vous parle d'une modeste pancarte que je vois, tous les matins, en me rendant à mon bureau, dans la vitrine d'un photographe, rue S.-Jacques ou S.-Antoine.Le patron, en toute innocence, y a écrit: JE POSE TOUTE LA JOURNEE, ET LE SOIR SUR APPOINTE- MENT.Omettons le commentaire, trop facile, sur le nombre d'établissements où cette déclaration pourrait être placardée à demeure et glissons sur cet appointement, banal anglicisme \u2014 \" avoir un appointement .faire un appointement .\" pour \u201cdonner, prendre, accepter rendez-vous \u2019, et ne songeons qu'à ce pitoyable \u201cje pose \u201d, Voila un\u2019 mot \u2014 poser \u2014 que notre zélé photographe n'est pas seul à employer à faux, et l'obscurité de sa phrase résulte, non d'un défaut de construction, mais de l'obscurité de sa pensée.Avis, donc, aux amateurs du kodak de remplacer leur pittoresque \u201c Grouillez pas, j'vas vous poser ou \u2018grouillez pas, j'vas vous tirer \u201d par \u201c Ne bougez pas, ou, ne bougez plus, ou gardez la pose\u201d.\u201c Pose \u2019, nom féminin, peut signifier \u201c attitude \u201d, comme dans \u201c prendre une pose indolente \u201d, ou encore \u201d la durée d'exposition lumineuse nécessaire à l'impression du sujet sur la plaque photographique .Bt, l'un des sens de poser, ici verbe neutre, est prendre une certaine attitude pour se faire peindre ou photographier \u201d, etc.Ainsi, \u201c poser debout \", \u201c poser de profil\".C'est donc le modèle, le sujet, qui pose et non l'artiste, ou le photographe .Ah, quand re- connaîtrons-nous l'inestimable importance du mot juste / Janvier 1937 MME JEAN-PAaUL SAUVÉ femme du président de l'Assemblée Législative Photo La Rose, Montréal MME LAYTON femme de l'honorable Gilbert ayton, ministre sans portefeuille \"ÉLECTION provinciale qui a eu lieu au mois d'août dernier est la vingtième depuis 1867, c'est-à-dire depuis la formation de la Confédération canadienne.Les premiers ministres qui ont été les prédécesseurs de l'honorable Maurice Duplessis étaient : messieurs Chauveau, Ouimet, de Boucherville, Joly, Chapleau, Mousseau, Ross, Taillon, Mercier, Flynn, Marchand, Parent, Gouin, Taschereau et Godbout.Quelques-uns d'entre eux occupèrent ce poste pendant plusieurs années.Le cabinet actuel du Gouvernement du Québec est composé de la manière suivante : Honorable Maurice Duplessis : premier ministre et procureur général.Les ministères sont partagés comme suit: messieurs William Tremblay : le Travail; H.-L.Auger : la Colonisation; John Bour- que : les Travaux Publics; Onésime Gagnon : les Mines et la Chasse: Oscar Drouin : les Terres et Forêts; François-J.Leduc : la Voirie; B.Dussault : l'Agriculture; Joseph Bilodeau : les Affaires Municipales, l'Industrie et le Commerce: docteur J.-H.- A.Paquette : secrétaire provincial; Martin Fisher trésorier de la province.\u2018 Messieurs Antonio Elie, Gilbert Layton et T.-].Coonan sont ministre sans portefeuille.L'honorable Alphonse Raymond est président du Conseil Législatif et l'honorable Jean-Paul Sauvé, président de l'Assemblée Législative.Sir Thomas Chapais est à la fois ministre sans portefeuille et leader du Conseil Législatif.Il faisait déjà partie du cabinet sous le ministère de l'honorable Flynn, en 1897.MME Joun BourquE femme du ministre des Travaux Publics Photo R.Olivier, Sherbrooke omg LA Porte KENT, A QuiBEC Photo C.N.R.MME TREMBLAY femme de l'honorable William Tremblay.ministre du Travail Photo Geo.H.Thimineur 10 i 18 4 À HHS MATE LE LENE CARER venir Rina naR YANN = SR ATEN SpA, uD.le dn : A AER [3 Ri Quelques exemples typiques de la variété dans la demeure des hommes.La tente des peuples nomades et les primitives constructions de torchis de certaines tribus africai- de maisons plus confortables que de raisons plus confortables que l'on voit dans les trois médaillons de droite (photos C.N.R.) pour en arriver aux énormes édifices comme celui de la \u201cSun Life\u201d à Montréal (en haut et a gauche; Photo C.P.R.) LA REVUE POPULAIRE Janvier 1937 De la Caverne au Gratte - Ciel par Fernand de Verneuil ous les êtres vivants, sauf l'homme, se construisent des abris dont la forme et les matériaux n'ont pas varié au cours des siècles.Les oiseaux font aujourd'hui leurs nids de la même manière qu'au temps d'Abraham et les animaux se creusent des tanières ou bien s'aménagent des refuges exactement comme il y a des milliers d'années.L'homme a passé, lui, par toute la gamme des constructions mais, à bien considérer son œuvre, il n'est pas autre chose qu'un imitateur.Il a vécu, et vit encore dans certains pays, dans des cavernes comme l'ours et les gratte-ciel dont il est si fier ne sont jamais que de grosses termi- titres aux lignes un peu plus rigides que celles bâties par les fourmis blanches des pays chauds.Encore, toutes proportions gardées, les insectes en question font un travail nettement supérieur à celui de l'homme comme dimensions et solidité.Sans aucun doute, la caverne fut le premier domicile de l'être humain; c'était l'abri le plus commode, le plus solide et le plus facile à défendre en cas d'attaque.La hutte, grossièrement faite, date probablement aussi des premiers âges du monde.Elle offrait l'avantage de l'installation rapide et cela dans un endroit choisi par le caprice ou la commodité.La tente, qui suivit bien vite, ne fut pas autre chose qu'une hutte rapidement démontable et facilement transportable.Ce sont là deux grandes avantages qui ont toujours été appréciés et le sont encore de nos jours, en dépit des multiples complications de logement et de mobilier constituant ce qu'on appelle le confort moderne.La tente constitue toujours l'abri de prédilection de nombreux chasseurs, pêcheurs ou touristes, familièrement classés dans la catégorie des campeurs.C'est également la maisonnette mobile des armées en certaines circonstances et de nomades épris d'indépendance et dont le moindre souci est certainement celui de payer des taxes foncières.L'homme présente toutefois, avec tout le reste de ce qui vit dans la nature, deux grandes différences qui ont influé; c'est ce qui lui a fait inventer une infinité de costumes pour se vêtir lui-même et des maisons de toutes apparences pour habiller la société Cela donna la défroque et le manteau de cour, la cabane et le palais puis, pour les deux choses, une touche d'ensemble constituant la marque de fabrique du caprice et du goût passager qui s'est appelée la mode.\u2019 Il y a, en effet, une mode pour les maisons comme pour les habits, mais avec des saisons qui durent des années, des siècles et parfois des millénaires: des modes qui s'inspirent du genre de vie, de l'ambition, de la crainte et du climat.La hutte de glace de l'esquimau est une conséquence géographique, comme la demeure de torchis et de paille de l'indigène des tropiques; la ferme du cultivateur répond à un besoin comme la forteresse du pays soucieux de sa sécurité.En marge de tout cela, c'est l'infinie variété des constructions de tous genres, depuis le baroque jusqu\u2019à l\u2019imposant et surtout l'imposé et, ce qui prouve nettement l'énorme différence qui existe entre un simple animal et l'homme, c'est que celui-ci a, de tous temps, éprouvé la nécessité de se construire des prisons.S'il y a des édifices et des maisons d'un goût douteux, on peut, d'autre part, constater que l'homme a fait de grandes et belles choses dans l'art de la construction et cela dans tous les temps.L'histoire de la demeure des hommes serait celle de l'humanité tout entière, (Lire la suite page 54) L'homme de la préhistoire, qui vivait comme les fauves dans les cavernes, ne se croirait jamais sur la même planète s\u2019il pouvait voir la cité fature telle que l'imagine un savant architecte; ce seraient des sortes de tours d'une soixantaine d'étages et d'un alignement parfait au milieu de terrains disposés de façon décorative et coupés de très larges voies de communication.remy.3 11 12 LA REVUE POPULAIRE Photo C.N.R.L'Elevage du Vison E VISON est de la famille de la martre et de l'hermine; comme ces derniers son corps est fin et allongé, ses oreilles sont courtes et son nez est pointu.Ses mouvements sont gracieux, il est vif et d'une agilité extraordinaire.Sa grosseur varie suivant le pays et le climat, car le vison habite presque tous les pays du monde.Au Canada, dans les provinces de l'Ouest et les Provinces Maritimes, il atteint jusqu'à 25 pouces de longueur, sans la queue qui mesure entre 5 et 8 pouces.Dans la province de Québec, qui est reconnue pour fournir un animal d'une catégorie tout à fait spéciale, sa longueur ne dépasse guère 18 pouces; mais s'il n'atteint pas, dans notre province, les proportions des visons des autres provinces voisines, il leur est de beaucoup supérieur par la richesse de sa fourrure, qui est la plus renommée.Sa couleur varie suivant les climats et les localités, et ce qui est des plus curieux chez le vison, ce ne sont pas toujours les régions les plus froides qui fournissent les plus belles fourrures, mais plutôt les catégories de famille et le climat.Là où il est le plus gros, il est généralement brun et brun pâle.Sa fourrure est en parties égales divisée entre le duvet et un poil long et rude.Mais, dans la province de Québec qui est reconnue pour fournir le plus riche et le plus beau vison au monde, c'est son duvet qui prédomine, lequel est velouté, épais et très soyeux.Il est de couleur bleu foncé et devient bleu noir en certaines régions.Ses courtes pattes sont couvertes de poil jusqu'à ses griffes, qui sont très pointues.Le vison habite de préférence les endroits montagneux et bien boisés.Il fait son habitation dans un frou, de préférence le long des rivières et des lacs poissonneux qui lui fournissent en grande partie sa nourriture.Il raffole de truites pivelées qui constituent son mets favori et il se tient aux alentours des frayères (endroit où les poissons déposent leurs œufs) où il peut attraper la truite et manger ses œufs.Il se nourrit aussi de grenouilles, mollusques d'eau douce, souris, rats, rats musqués, lièvres, oiseaux et œufs d'oiseaux.La femelle est beaucoup plus petite que le mâle.Elle a ses jeunes une fois par année, du commencement d'avril.Ses portées sont de cinq à six peits, quelquefois de sept et même huit.Ce qui distingue le vison, c'est sa vie amphibie.Quoiqu'il vive sur terre, il préfère l'eau, où il passe une grande partie de son temps.Il nage avec facilité, laissant son corps immergé et ne sortant que sa tête; il plonge aussi avec aisance mais son plongeon ne dépasse guère une centaine de pieds, car il lui faut venir sur l'eau pour respirer.S'il est poursuivi, il plonge pour fuir, mais il se fatigue vite par Armand Tremblay Pourquoi ne pas faire l'élevage du vison, dans la province de Québec, comme on fait pour le renard ?Notre vison est le plus beau du monde.\u2014 Les mœurs de cet animal précieux.et ses sauts ne sont que de quelques pieds.Dans l'eau, il laisse échapper continuellement des globules d'air, qui sont faciles à suivre, et sa capture à l'eau devient aussi très facile.Si on lui tend un aviron ou tout autre objet, lorsqu'il est fatigué, il s'en sert sans hésitation comme appui; il montera même dans une embarcation pour prendre un repos.Mais il faut être bien ganté pour le prendre, car sa mâchoire est très puissante, et avec ses dents qui sont longues et pointues commes des aiguilles, il peut causer des blessures assez graves.Quand il mord il ne lâche pas.Il est d'une telle agilité et si vif que l'on peut difficilement éviter ses coups.Sur terre, on le prend facilement au piège ou encore avec l'aide des cages en fil de fer.Le vison dégage une odeur très forte, pénétrante et désagréable, qui est sa protection et la cause que les autre animaux n'aiment pas son entourage.De tous les animaux à fourrure, la senteur du vison ne le cède qu'à celle de la bête puante.Comme cette dernière et l'hermine, s'il peut s'introduire dans une basse-cour, il y fait les pires dégâts.C'est aux mois de novembre et décembre que la peau du vison a sa plus belle couleur, que son poil a le plus de vie.En janvier et février, le vison ne pouvant aller aussi facilement à l'eau, est plus exposé au soleil; sa peau devient comme vitrée; son poil raide, brillant, sèche et devient comme mort : il est communément appelé frisé.En quelques semaines, ce changement dans sa fourrure lui fait perdre plus de la moitié de sa valeur marchande.En pleine saison, le vison de la province de Québec est de toute beauté; il est comparable à un bijou des plus précieux et des plus délicats.Dans le monde entier sa valeur est reconnue inestimable.C'est la fourrure la plus difiicile à appareiller; la confection d'un manteau de vison à l'état naturel demande des études et plusieurs années d'expérience.Souvent il est nécessaire de choisir sur des milliers de peau pour obtenir exactement la même teinte.Et c'est avec raison que l'on dit que dans l'étude de la fourrure du vison il n'y a pas de limites.Au point de vue élevage, de tous les animaux à fourrure du Canada, le vison de la province de Québec est aujourd'hui le plus rémunérateur.Son élevage en captivité est très facile; dans les endroits les plus favorables, l'entretien d'un couple de vison ne coûte guère que $2 (deux dollars) par année.Sa subsistance ne compte presque pas; il n'y a qu'à le tenir propre, à lui donner à manger et à boire; il n'est pas douillet comme le renard, et ses portées sont beaucoup plus régulières.Le cultivateur se trouve tout particulièrement bien placé pour en faire l'élevage et il peut en retirer un revenu dans la saison où il en a le plus besoin.Le vison est une spécialité de la province de Québec qui ne peut pas être copiée exactement ailleurs, pour lequel il n'y a aucune concurrence.Un marché mondial pourrait absorber tout ce que la province serait capable de produire, quand bien même on multiplierait les fermes d'élevage par plusieurs centaines.Il y a à peine deux ans, les peaux de vison de ferme n'étaient pas regardées avec faveur par les manufacturiers de fourrure.Il fallait auparavant en faire l'expérimentation; mais il suffit de dire que, sur le marché de Montréal l'an dernier, sur 100,000 peaux de vison, 40%, étaient fournies par l'élevage domestique.Dans très peu d'années, on peut affirmer sans aucun doute que le vison de ferme dépassera en quantité et en valeur le vison sauvage.Cela s'explique facilement.Les animaux à fourrure à l'état sauvage -dimi- nuent de plus en plus, d'année en année.Le chasseur, qui anciennement sortait avec le produit de sa chasse, avait 100, 200 peaux de vison et même plus (à part ses autres fourrures,) qu'il avait prises dans la même région et de la même teinte.Aujourd'hui ce même chasseur est des plus heureux, s'il peut en récolter une vingtaine.Comme chaque région fournit une teinte différente, le collectionneur qui parcourt la province et qui peut obtenir un millier de peaux, bien souvent n'en a pas assez de la même couleur (en moyenne 80 peaux), pour faire un manteau de vison à l'état naturel.C\u2019est ici que l'élevage du vison prend sa valeur.Si l'éleveur commence avec de bons sujets, d'une bonne région, s'il a la précaution de ne pas les mélanger avec d'autres sujets inférieurs, il est certain que tous les animaux qu'il tue dans le même temps, qui sont de la même famille, auront la même teinte.Îl n\u2019a pas de difficulté à vendre ses peaux, car il y a plusieurs preneurs; on va les, chercher chez lui, et il peut établir lui-même ses prix.Malheureusement, on vient acheter notre vison dans notre province, puis on l'élève ailleurs bien souvent mélangé à d'autres de qualité inférieure pour ensuite nous le vendre sous le nom de vison de Québec; alors que les peaux sont fausses ou de mauvaise qualité.Dans ces conditions, l'élevage du vison est voué à peu de succès.Il ne faut pas oublier, je le répète, que le vison est une spécialité de la province de Québec dont le climat lui est propice, ce qui ne peut se (Lire la suite page 54) Janvier 1937 CONTE CANADIEN 13 LA BOUCHERIE E SOIR, on égorge le verrat.Toute la ferme, moins calme qu'à l'ordinaire, attend le moment.Les gens s'affairent.Dans l'étable, Fonse le fermier, Marie-Anne sa femme, et la fille Victoire achèvent la traite.Assis à même le perron du fournil, Nestor, l'air chafouin sous la capsule de drap huileux, affûte de grands coutelas et moi, au beau milieu de la cour, j'attise le feu au-dessus duquel l'eau commence à bouillir dans l'énorme chaudron de fer.Ah, que je me dis, ses minutes sont comptées a celui-là ?Pauvre verrat.Pendant une seconde je m'attendris sur son sort et puis je vais le voir Îl est affalé dans la mare de purin.Seule la tête est au sec.Le purin est devenu son habitude depuis une quinzaine.Fonse qui a bien remarqué ce signe me disait hier : \u2014 À ce que je vois le verrat est à point.Pour Fonse, cette remarque se confond avec le déclic mental qui décide l'exécution d'un porc.H n'a pas besoin d'autres indices.Fonse prétend que le lard n'a vraiment ce goût recherché de I'amande que lorsque le sujet a été abattu en plein bonheur.\u2014 Hé oui, que je pense, c'est bien mérité.Il a passé tout l'été à consommer le farniente le plus complet.Il s'en est fourré continuellement dans les tripes et voila-t-il pas que depuis une quinzaine, gras et dur, le souffle court, l'œil cynique, il n'a plus le goût de se vautrer dans son purin ! Peut-être va-t-il un peu fort ?Plus direct dans la béatitude qui l'atteint, il eut facilement décliné l'attention du maître.Mais là, il se croit autorisé à prendre des allures de viveur parmi ceux qui peinent, à étaler devant les autres animaux les performances d'un bien-être insulteur.Dès qu'un cochon a fait un jaloux sur la ferme, c'en est fait de lui.Les cochons devraient savoir ça.On ne les verrait pas, sitôt engraissés, imiter l'aimable rondeur des rentiers à l'aise.Humblement effacés dans les recoins d'ombre de la porcherie, ils pourraient prolonger leur vie de quelques mois, tout en déjouant la comptabilité du fermier.Tout irait ainsi dans un monde idéal.Mais ainsi que bien des humains, les cochons sont bêtes, se croyant malin.Ils ne savent pas dissimuler un état euphorique que nous ne pouvons guère tolérer chez eux par jalousie instinctive.Etendu dans sa crasse, je lui trouve l'air arrogant de certains affreux bourgeois qui vous donnent toujours l'irrésistible envie de vous livrer sur eux, sans motif, à des voies de fait.\u2014 Méchant verrat, me dis-je, tu m'as fait assez courir quand tu allais fouillonner le carré des choux ! Avec tes allées et venues déconcertantes, plus moyen de te pousser dans la \u201c saoul \u201d.Ala fin, il fallait alerter tout le monde pour déjouer tes tours de finaud.Mais je veux oublier toutes ses mauvaises farces qui, après tout, étaient l'indice d'un bon naturel, pour ne considérer en lui que le condamné à mort.Il est la le dos rose et la panse maculée.Ses jarrets sont détendus dans une pose bienheureuse.De la nappe verte émerge sa courte et vivace queue tirebouchonnée.La frange des cils de soie tamise les reflets de l'œil entr'ouvert.Evidemment il ne se doute de rien.Dans quelques minutes il va se lever sur ses pattes.s'étirer et s'avancer d'un pas pesant vers l'auge.\u2014 Après tout, que je pense encore, c'est une honnête gueule de cochon.Bien dommage que nous ne soyons pas tous végétariens ! Je fixe sa gorge inerte.J'entends les crissements de la lime sur les couteaux.Je pense à Nestor qui met un soin diabolique à sa tâche, à Fonse qui évalue les profits de la vente, à l'échaudoir que j'ai calfeutré cette après-midi, à Magloire et à Alphée qui vont venir prêter main forte.Je songe à cette affreuse rigolade quand le verrat sera terrassé et que le fer lui pénêtrera jusqu'à la carotide.Et je sens que ça me fait mal dans le cou.C'est comme si une lame mince s'enfonçait.Tiens, si je pouvais l'avertit du danger.l'aider à fuir dans l'abatis.par Clément Marchand Je m'approche de ces trois cents livres de viande et je me mets à flatter ce dos gras hérissé d'un poil rude et poussiérieux.La paupière s'ouvre, laissant voir un petit œil humain plein de contentement et de jouissance.\u2014 Il n'a plus rien à attendre de la vie, si je le grattais.11 adore se faire gratter, surtout aux endroits difficiles qu'il ne soulage à peu près jamais.Et je me mets à lui passer les ongles derrière les oreilles, sur l'échinée, sous les aisselles.Oh, qu'il se sent bien ! Il ouvre des yeux bien ronds pour contempler ce riche crépuscule de septembre qui sombre derrière les crètes de l'abatis.l'out ce ciel fleuri de nuages carmins se mire dans la rétine de son œil.À mesure que je le soulage, un délicieux engourdissement le gagne, les paupières frangées de soie s'abaissent sur l'œil chaviré.Seul surnage au-dessus du groin immobile un grognement chaud et satisfait qui fait fumer le crottin poussiéreux.e Fonse sort de l'étable d'un pas méditatif, et se grattant le cuir chevelu.Depuis que la boucherie est décidée, il a pris l'aspect surnaturel d'un sacrificateur.Il marche automatiquement vers le dénouement sanglant de cette journée qui fut belle et tranquille.Au coin de la maison, dans un enveloppement de voix sourdes, la face moricaudz sous le chapeau de paille, les bras ballants, s'amènent Magloire et Alphée, un peu couleur des choses familières que l\u2019on voit.Nous voici tous autour du verrat.Comme si son groin avait pressenti quelque mauvaise saumure, il se rétracte au sec et nous examine d'un œil surpris sous les vastes oreilles dressées.L'expression de son regard est nettement celle d'un être qui s'apprête à vivre des minutes tragiques.Il commence à avoir des doutes sur sa sécurité.Sans doute se souvient-il du petit conciliabule tenu par les mêmes hommes, certain soir de novembre dernier ?Cela s'était terminé par l'égorgement d'une longue truie rouge.Il se remémore les cris lugubres dans la campagne et ce long corps, pantelant sur l'échelle.Sa mémoire de porc juxtapose ces souvenirs et peu à peu, c'est comme si la (Lire la suite page 54) Photo The Sketch 14 ONNE-MAMAN, Nous causons, nous causons, et les heures passent, dit soudain Renée Lanespède.Il faut nous apprêter à rentrer à la maison.\u2014 Oh! nous avons encore le temps, protesta Mme Davezac.Tu viens si rarement me voir! Tu es bien pressée.\u2014 Mais puisque je t'enlève au- jourd'hui, voyons!.Pose là ton éternel tricot.Le tout est de ne pas nous mettre en retard.\u2014 Bon, bon.Laisse-moi seulement finir de relever ces mailles.\u2014 C'est que, insista la jeune fille, père n'aime guère attendre, au mo- ment des repas.Il faut que tout ie monde soit exact.Tu sais bien.C'est l'heure militaire, pour lui, le plus civil des ingénieurs, acheva-t- elle en riant.\u2014 Et le plus bougon et le meilleur des maris et des pères.et aussi des gendres, ajouta avec conviction la vieille dame.Ah ! je voudrais bien, un jour, vous voir, toi et ta sœur, aussi bien mariées que votre mère.\u2014 Oui, opina Renée d'un ton légèrement dubitatif.À cela près que je préférerais un mari plus souple.\u2014 Mais tous les hommes le sont.avant le mariage, déclara, non sans i Seulement, la grand'mère.bien peu le restent, après.\u2014 Précisément.C'est un de ceux- là que je désire épouser.Sans cela, rien de fait! Il me faut un mari disposé à faire mes quatre volontés, empressé à me complaire, à me choyer es malice, totalement et inlassablement.deux adverbes ne sont ni trop longs ni trop imposants pour exprimer à quel point j'ai besoin d'être aimée et gatée, gatée.\u2014 Hum! fit la grand'mère, mi- grave, mi-rieuse, c'est le merle blanc que tu demandes 1a.\u2014 Oh! rétorqua Renée, sur le même ton, je ne tiens pas du tout LA REVUE POPULAIRE Notre Roman Complet aUX Alouettes par GELBÉ +.Illustrations de Paul L.RABUT | YA Oo \u2014 AH ! EXHALA-T-IL, DANS UN ARDENT SOUPIR, SI JE POUVAIS ESPÉRER RÉALISER VOTRE IDÉAL! S'IL M'ÉTAIT PERMIS DE CROIRE QUE VOUS NE ME REPOUSSERIEZ PAS ! à ce qu'il soit blanc .Tout au con-, traire : très noir de cheveux, brun de eau, le visage mâle, mais affiné.uisque les contrastes s'attirent, cela vaut mieux pour moi qui suis blonde et rose, comme les petites Normandes des Cloches de Corneville.Et de sa voix claire de soprano, elle se mit à fredonner : Nous sommes blondes et roses, Nous savons beaucoup de choses, Que nous.\u2014 J'imagine, coupa vivement Mme Davezac, qui savait la suite, j'imagine que la comparaison s'arrête là. Janvier 1937 Et lançant à sa petite-fille un regard malicieux, elle ajouta : \u2014 Si j'en crois la profession de foi que tu viens de me faire, tu t'accommoderais mal d\u2019un maître, puisque tu prétends, même mariée, faire toujours tes quatre volontés.\u2014 Bien mieux, gouailla Renée, les faire faire à mon mari ?\u2014 Eh bien ! si tu veux en trouver un, je te conseille de ne pas crier cela sur les toits.Tu risquerais fort de rester vieille fille.N'oublie pas que vous n'avez, toi et ta sœur, pour ainsi dire pas de fortune.\u2014 Bah! déclara, avec optimisme, Renée, péremptoire, j'ai idée que l'année ne finira pas sans que j'aie déniché et apprivoisé le merle, plutôt noir, de mes rêves.\u2014 Ainsi soit-il! fit comiquement Mme Davezac.\u2014 Oh! s'écria tout à coup Mille Lanespède, cette fois nous allons sûrement être en retard.Puisque cette pendule est arrêtée, je vais en consulter une autre.Légère, elle bondit impétueusement hors de la chambre, en laissant la porte ouverte, mais sans entendre sa grand'mère qui, se dressant vivement, tout agitée, lâchait son tricot, en s'écriant : \u2014 Va voir au salon! Et la vieille dame, l'air inquiet, prêtait l'oreille, et murmurait : \u2014 Pourvu qu'elle n'aille pas dans l'autre chambre.Et je ne puis la rattraper ! Bonne Vierge ! S'il était al Penchée en avant, elle entendit, dans le couloir, le pas de Renée s'arrêter, précisément, devant la porte de la chambre, avant d'arriver à celle du salon.Et, soudain, un cri retentit : \u201cOh!\u201d \u2014 Patatras ?Il y était ! gémit Mme Davezac, en joignant les mains, la mine consternée.Mais quelle tête ils doivent faire l'un et l'autre ! Il faut que j'y aille.Au même instant, un éclat de rire fusait, cristallin, irrésistible, si communicatif que, malgré sa contrariété secrète, Mme Davezac ne put s'empêcher de sourire.\u2014Ah! bien, pensa-t-elle, elle ne s\u2019en fait pas, comme elle dit souvent.Bonne Vierge ! Une jeune fille de mon temps, après avoir crié de surprise, d'effroi, eût pris la fuite, ou bien serait restée clouée sur place, tout intimidée.Elle, elle rit .Quelle amazone ! Mais.mais que peu- vent-ils bien se dire, maintenant ?Ah! mon pauvre secret, à la merci de cette tête de linotte ! Enfin j'y vais, ne serait-ce que pour l'excuser.sere Jacques Issargarry, professeur de chimie, à Nice.Tels étaient le nom et la profession du jeune homme que Mme Ibolgarray, Oloronnaise, comme M.Lanespède et Mme Davezac, avait adressé, à cette dernière, en le lui recommandant chaudement.Jacques Issargarry devait, cette année-là, passer ses deux mois de vacances à Paris, et Mme Davezac ayant confié à son amie qu'elle désirait louer une de ses chambres, Mme Ibolgarray s'était empressée de lui envoyer leur jeune compatriote, qui l'avait poussée à louer une partie de son appartement.Elle savait que, quoique n'ayant à peu près que son traitement, son gendre se füt plutôt gêné que de la savoir en peine.Et, par délicatesse, elle dissimulait ses embarras pécuniaires.Mme Davezac n'avait d'autres ressources que sa pension de veuve de 15 fonctionnaire et quelques petites rentes qui s'étaient trouvées bien diminuées à la suite de pertes causées par un notaire infidèle.Et la pauvre femme vivotait difficilement sans vouloir l'avouer à sa famille.Maintenant, il lui faudrait recommander à sa petite-fille de ne point parler à ses parents de la découverte qu'elle venait de faire en pénétrant inopinément dans la chambre occupée par Jacques Issargarry.Celui-ci, quoique habitué aux brûlants étés du Midi, soit en Béarn, soit en Provence, s'était, ce jour-là, senti particulièrement déprimé par la chaleur humide et lourde de Paris, le manque d'air, la pression atmosphérique.Renonçant à sortir cet après- midi, il s'était installé dans un fauteuil placé devant la cheminée, et, prenant un journal, avait essayé de ire.Toutes persiennes fermées, éclairé par un seul rai de soleil se jouant sur le tapis, Jacques, laissant glisser son journal, avait fini par s'endormir, les mains abandonnées sur les bras du fauteuil.Du plus pur type Béarnais, aux traits fins, quoique accentués, sa belle \u2014 NE CHERCHEZ PAS À M'ENLEVER LE COURAGE DE TENIR LOYALEMENT LA PAROLE DONNÉE, ACHEVA-T-ELLE DANS UN SANGLOT QU'ELLE NE PUT RETENIR. 16 tête s'était renversée sur le dossier.Le teint mat, bronzé, les cheveux abondants, d'un noir bleu, il réalisait parfaitement le portrait du merle hypothétique esquissé, quelques minutes avant, par Renée à sa grand'mère.Il dormait, mais pas assez profondément pour ne pas sentir délicieusement cette détente de tout son être.Comme les enfants, il semblait rêver aux anges et, les bras ouverts, le front levé, attendre leur apparition.Et ce fut Renée qui, d'un bond de jeune faon, s'élança vers la cheminée, et vint, les mains en avant, tomber en arrêt devant le fauteuil, en poussant un strident cri de surprise : \u2014 Oh! Le beau dormeur se réveilla en sursaut, comme la jeune fille, ébaubie, laissait, involontairement, échapper : \u2014 Oh! le merle noir! \u2014 Ange, fée ou péri, je ne suis pas un merle; professeur de chimie, seulement, balbutia Jacques, en enveloppant cette radieuse apparition d'un regard ravi et si éberlué que Renée partit du franc éclat de rire perçu par Mme Davezac.Et, toute à son idée, confondant, dans sa pensée en déroute, mais non effrayée, l'homme et le merle tant souhaité, attendu, elle questionna, naïvement, en jetant un coup d'œil sur la fenêtre fermée : \u2014 Mais, par où êtes-vous entré ?\u2014 Par la porte, naturellement, répondit le jeune homme, de plus en plus ahuri et admiratif.Je révais, pre- cisément, aux anges, et vous m'êtes, tout à coup, apparue, dans ce rayon de soleil, qui semble pénétrer ici par votre seule présence.D'où descendez- vous donc, bel ange blond ?\u2014 Oh?pas par la cheminée, déclara Mlle Lanespède, riant de plus belle.Je voulais seulement m'en approcher pour voir l'heure.Mais comment êtes-vous ici ?Et, si elle avait osé, elle eût ajouté : \u2014 Et comment ressemblez-vous tellement à certain portrait que je viens de faire ?Mais Jacques reprenait ses esprits.Ce fut avec un éclair de malice dans les yeux qu'il répondit : \u2018 \u2014 Comment je suis ici ?Je vous le dirai quand vous m'aurez dit pourquoi vous m'aviez pris pour un merle.\u2014 Ca, c'est mon secret, sussura Renée, en rosissant davantage, tout en souriant d'un air coquet et sibyl- in.\u2014 Eh bien! s'écria, Jacques, excité et enhardi quelque peu aussi par le regard, un tantinet sournois et combien malicieux, de la jeune fille, eh bien ! je n'aurai de cesse que je n'aie déchiffré cette énigme.Et j'y arriverai, Diou biban ! \u2014 Oh! et un Béarnais, encore ! C'est complet ! s'exclama involontairement Mlle Lanespède.\u2014 Oui, Mademoiselle, Béarnais, né à Oloron-Ste-Marie.Mais pourquoi encore ?Et qu'est-ce qui est complet?A quel ordre d'idées cela se rappor- te-t-il ?Et Renée de répondre, sur le ton d'un enfant passant un examen, et pas très sûr de son fait.\u2014 Heu .À l'ornithologie, je crois bien .\u2014 Ah! bon! Encore le merle?dit Jacques en scrutant d'un air perplexe le visage rieur et embarrassé de Renée.Il faut que je trouve le mot de cette énigme ?\u2014 Quelle énigme ?fit, dans l'encadrement de la porte ouverte, Mme Davezac, qui arrivait, curieuse et Publié en vertu d'un traité avec La Société des Gens de Lettres.amusée, et n'avait entendu que les derniers mots.\u2014 Ah! Madame, pria le jeune homme, veuillez me présenter à Mademoiselle, et me dire à qui je dois d'avoir été si heureusement réveillé de mon sommeil par une aussi gracieuse apparition.\u2014 C'est ma petite-fille, Monsieur, déclara, avec une orgue'lleuse simplicité, Mme Davezac, fattée et confuse à la fois.Et je viens vous prier d'excuser cette étourdie qui, au lieu d'aller au salon comme je le lui disais, s'est introduite si brusquement chez vous.Elle ignorait encore que j'avais un locataire.Un locataire! Renée ouvrait de grands yeux interrogateurs sur sa grand mere.\u2014 Des excuses! Jacques Issargar- ry.Mais c'est moi qui dois des remerciements.Je n'avais jamais eu un si charmant réveil! \u2014 Et moi une aussi grande curiosité, avoua la vieille dame.Je voudrais bien savoir de quelle énigme il était question.Et comme le jeune homme allait répondre et demander pourquoi il avait été pris pour un merle noir (passe encore pour un blanc!) Renée, rougissant pour de bon, cette fois, se recula un peu, en arrière de sa grand'mère et fixa sur lui un regard impérieux et implorant tout ensemble, en mettant un de ses doigts effilés sur ses lèvres roses.Et Jacques Issargarry, déjà sous le charme, répondit : \u2014 Je demandais à ma gracieuse apparition si elle était une fée ou un ange.\u2014 C'est simplement Renée Lanes- pède, un vrai démon, notifia Mme Davezac.Puis se tournant vers sa petite- fille, elle ajouta : \u2014 Je te présente M.Jacques Issar- garry, un de mes compatriotes, professeur de chimie à Nice.Resté seul, Jacques murmura, avec une joie intense : \u2014 Quelle est jolie! Je la reverrai.Et il y a déjà un secret entre nous deux ! CHAPITRE II Mme Davezac habitait, rue La Fontaine, un petit pavillon, entre deux jardins, dont le plus grand n'était séparé de la rue que par une grille percée au milieu d'un portail à deux battants.Ce jardin, tout en longueur, était commun à tous les locataires, qui devaient y passer pour entrer chez eux, dans l'immeuble s'étendant sur le côté gauche.Au fond se trouvait le pavillon de Mme Davezac, donnant, par derrière, sur un jardinet où la dame avait seule accès.Il était assez exigu pour que le magnolia, planté au milieu, en couvrit presque toute la superficie de son feuillage luxuriant.Une corbeille de glaïeuls, uniformément rouges, entourait le pied de cet arbre, unique et majestueux, dont les somptueuses fleurs, d'une chair épaisse et d'un blanc crémeux, tendaient vers les fenêtres du premier étage leurs cassolettes au parfum suave et pénétrant.L'ombre fraîche du magnolia régnait dans ce jardinet et en faisait le lieu de prédilection de Mme Da- vezac, et aussi de son locataire, invité à en jouir autant et aussi souvent que cela lui ferait plaisir.Il y avait encore à cette époque, à Paris, des jardins dans quelques maisons de certains quartiers privilégiés, qui avaient conservé un calme et un aspect quasi provincial.Pour agréable que fût la demeure de sa grand'mère, Renée Lanespède n'y venait que rarement d'habitude.Dès sa sortie du couvent des Dame de Sion, où elle et sa sœur Christiane avaient été élevées, elle s'était lancée, comme un poulain échappé, dans le tourbillon des plaisirs mondains.Les visites, la toilette l'intéressaient un peu plus que de raison pour une jeune fille sans fortune.Caractère léger, esprit frivole, à facettes brillantes, ayant la répartie vive, le ton de conversation facile, enjoué et charmant, elle trouvait son élément dans une soirée, un bal, où se donnaient libre cours sa tendance à la coquetterie, son goût pour le flirt, innocent, certes, mais parfois imprudent.\u2014 Tu ne prends pas la vie assez au sérieux, lui disait souvent sa sœur, son aînée de trois ans à peine, mais aussi grave et pondérée que sa cadette était rieuse et primesautière.\u2014 Bah! à dix-huit ans, on ne peut avoir l'allure compassée d'un notaire, il faut bien être gaie pour ne pas faire fuir les épouseurs, répondait Renée.\u2014 Crois bien, insistait Christiane, que, quand une jeune fille plaît, au premier abord, à un jeune homme capable et désireux de faire un bon mari, il recherche, ensuite, en elle, les qualités solides, et non le goût trop prononcé du monde et de l'élégance.\u2014 Par exemple ! se récriait Renée, quand le coup de foudre se produit, celle qui l'a provoqué a toujours raison pour celui qui l'aime.\u2014 Jusqu'au jour où, revenu de son erreur, il se détache de celle qui est trop frivole.Ceux qui ont assez de valeur morale pour rendre une femme heureuse ne considèrent pas la vie comme une longue fête.Le mariage comporte, pour l'un, et surtout pour l'autre, plus de devoirs que de plaisirs.Ce n'est pas au plaisir qu'il faut tendre, c'est au bonheur profond et durable.Du reste, les joies mondaines sont si creuses.\u2014 Tiens ?s'exclamait la jeune sœur, tu aurais mieux fait de rester au couvent ! Nos bonnes et chères Sœurs t'auraient chargée du cours de morale ! Et tu aurais souvent endormi toute la classe .Tu es aussi gaie qu'une porte de prison! Ou qu'un bonnet de nuit.Au choix! Christiane ne pouvait s'empêcher de rire.\u2014 Mais, protestait-elle, ces dames étaient gaies, toutes, sans exception.Et moi aussi, tu le sais bien.Mais tu confonds la gaieté et la.légèreté.\u2014 Légèreté ! s'insurgeait la cadette.Alors, je suis légère, moi, parce que je tiens à plaire à tous, pour trouver, parmi eux, un mari à mon goût ! \u2014 Tu vois bien .je t'y prends ! En attirer le plus possible, pour choisir, ensuite, celui qui te plaira le mieux.Oh ! Renée ! Tu ne vois donc pas qu'à ce jeu-là, à part ceux qui flirtent comme toi, et ne sont pas sincères, tu peux briser plus d'un cœur ! \u2014 Oh! là! là! quel romantisme, ma grande ! Et puis, s'il fallait penser à cela, on n'arriverait jamais à rien.Le tout est de parvenir au but qu'on se propose.En attendant, tout en y visant, je m'amuse.\u2014 Et moi je pense à ton avenir et au mien.Nous ne sommes pas faites pour mener la vie luxueuse et frivole que tu aimes.Nous ne pouvons espérer nous marier que dans notre monde, avec un homme utile à la société, gagnant sa vie et celle de sa famille, comme notre père.Un fonctionnaire, par exemple.et.LA REVUE POPULAIRE \u2014 Ah oui, parlons-en.Il y a fonctionnaire et fonctionnaire ! .le dernier des villageois se dit, aujourd\u2019hui, fonctionnaire.J'entends encore Elo- die, notre bonne, quand nous étions petites, dire d'un ton supérieur : \u2018 Avant d'être veuve, j'étais portée en jalouseté par toute la parenté, parce que mon mari était le grand homme de la famille, et.~\u2014 Tais-toi, moqueuse.\u2014 Ah! mais non! Tu avaleras, authentique.Et je lui disais d'un air candide .\u2014 Que tu sais si bien prendre à l'occasion.\u2014 À mon tour de te dire : tais-toi, rabat-joie.Donc, je lui disais sans rire : ' Qu'était-il donc votre mari, Elodie ?\u201d \u201cIl était fonctionnaire \".\u201cAh! Ah!\u201d Et il fallait voir l'attitude pleine de dignité qu'elle prenait pour achever : \u2018\u2019 Mademoiselle, il était facteur rural\u2019.Tu vois ça d'ici ?Fonctionnaire .Fonctionnaire.Cela ne me tente guère.À moins que ce ne soit un haut fonctionnaire.J'aimerais mieux un orateur faisant courir tout Paris.et.même, un mari plus brillant, portant l'uniforme de l'armée, et chamarré de décorations.Un peu de panache fait toujours très bien.\u2014 Dans tous les cas, reprenait Christiane, il n'est pas sage de trop frequenter celles de nos compagnes qui portent un grand nom et jouissent d'une grosse fortune et du luxe qu'elle comporte.Rappelle-toi que nous n'avons, nous, qu'une bien minime dot.\u2014 Raison de plus pour y suppléer par notre élégance et notre charme personnel, s'écriait Renée.C'est le seul moyen de faire un mariage brillant et avantageux.Chacune restait sur ses positions, et Renée continuait à fréquenter assidûment les salons de celles de ses amies du convent les mieux apparentées et les plus riches, et ne songeait que bien rarement à aller voir sa grand'mère dans ce que la jeune fille appelait \u2018sa Thébaïde \u201d Cependant, depuis le jour où elle y avait découvert le jeune professeur Béarnais, tous les prétextes lui étaient bons pour reprendre le chemin d'Au- teuil, tout en gardant, soigneusement, vis-à-vis de ses parents, et même de sa sœur, le secret de sa grand'mère.Un peu pour Mme Davezac, et, aussi, il faut bien le dire, dans son propre intérêt.Réalisant le type de son idéal physique, Jacques Issargarry lui plaisait, tant par sa réelle beauté qu'à cause de sa visible admiration pour elle.Mais en petite personne plus pratique qu'on ne l'eut cru, elle voulait, avant que M.et Mme Lanespède ne connussent même l'existence du jeune professeur, se rendre compte si, après avoir apprivoisé \u2018le merle \u201d, il conviendrait de le mettre en cage.ou de lui rendre sa liberté.Quant à lui, après avoir terminé, disait-il, les recherches qu'il était venu faire à la Bibliothèque Nationale, il restait le plus possible chez lui, tenant, sous le magnolia, compagnie à Mme Davezac, en espérant toujours voir arriver Renée chez sa grand'- mere.Et elle y venait si fréquemment, maintenant, que la vieille dame commençait à s'inquiéter de l'intimité qui grandissait entre les jeunes gens.L'air radieux de Jacques, chaque fois qu'arrivait la jeune fille, n'avait pas échappé à la grand'mère, et les visites réitérées de Renée, qui venait si rarement avant, lui donnaient fort à pen- (Lire la suite page 18) Janvier 1937 yr \\ AU SERVICE DU PUBLIC \u2014 PREMIER ARTICLE N AU SERVICE DU PUBLIC! Tout en travaillant à l'accroissement de ses propres affaires, The National Breweries Limited a pu, en divers domaines importants, servir efficacement l'intérêt public dans plusieurs parties du Canada.@ En encourageant la culture du houblon dans l\u2019Ouest et l'Est du Canada, les quantités récoltées ont été augmentées de façon substantielle et des prix raisonnables ont été assurés aux producteurs.The National Breweries Limited achète la moitié de la récolte totale du Canada.@ En encourageant la culture d'une orge supérieure dans l'Est du Canada, cette partie du pays, aussi bien que l'Ouest, bénéficie maintenant des achats considérables d'orge de maltage que fait annuellement la Compagnie.Dans l'espace de six ans, la Compagnie a accru de 1000 ses achats d'orge dans la province de Québec, et maintenant, elle aide à défrayer, au Collège Macdonald.des recherches qui ont pour but de produire dans cette province une espèce supérieure d'orge de maltage.@ En mettant à la disposition des cultivateurs un service de chevaux de trait reproducteurs sans égal, les \u201cBlack Horses\u201d de la Brasserie Dawes, 35 étalons de réputation nationale et internationale.spécimens superbes de la race percheronne, ont déjà engendré 5,700 poulains pour les cultivateurs canadiens, contribué à améliorer la qualité des chevaux élevés sur les fermes.et ont créé un meilleur marché pour les chevaux de Québec.@ On a servi les intérêts de la jeunesse en contribuant à l'expansion du sport organisé dans cette province, et cela dans le but de favoriser le développement de l'esprit sportif et de coopération chez les jeunes, aussi bien que pour procurer de saines distractions aux participants comme aux spectateurs.Continuant à s'intéresser activement au baseball amateur dans la province de Québec, la Brasserie Dow, en 1936, a fourni des uniformes, des filets d'arrêt et des tableaux indicateurs à un grand nombre de clubs de baseball, membres de ligues organisées, afin de leur permettre de jouer dans des conditions plus satisfaisantes.THE NATIONAL BREWERIES LIMITED MONTREAL qui exploite la BRASSERIE DAWES la BRASSERIE DOW la BRASSERIE BOSWELL MONTREAL MONTREAL QUEBEC 4 17 (Suite de la page 16) ser.Au point que, craignant toujours qu'elle ne vint un jour en son absence, la pauvre bonne-maman, respectueuse des convenances, n'osait plus sortir de chez elle.Une autre appréhension commençait à poindre dans son esprit: elle redoutait vaguement que le jeune Béarnais ne s'éprit sérieusement de sa petite-fille et ne demandât à être présenté à M.Lanespède.\u201c S'il plaît à la petite, pensait-elle, et il lui plaît, je ne le vois que trop, ses fréquentes visites en font foi, si elle l'aime, je serai heureuse de la voir mariée à ce gentil et loyal garçon.Mais.Mais.\u201d Et comme une enfant prise en faute, elle s'effarait à l'idée que son gendre et sa fille ne lui fissent le reproche de sa petite cachotterie quand il faudrait leur avouer qu'elle avait été obligée de louer une chambre.\u2014 Îls peuvent, se disait-elle, prendre cela comme un manque de confiance dans leur dévouement filial, alors que je ne le connais que trop et que je n'ai pas voulu en abuser.Et puis.et puis, ce qui serait le comble, si M.Issargarry allait ne pas leur plaire.S'ils avaient d'autres visées pour Renée, et qu'ils me reprochent d'avoir laissé aller les choses aussi loin.Ah ! je crains bien que ce jeune homme ne me mette, un jour, au pied du mur.Quel souci ! Moi qui étais si tranquille dans mon petit coin.Comment vais-je m'en tirer si jamais il demande à voir mon gendre ?Et cela arriva plus vite encore qu'elle ne s'y attendait.CHAPITRE III Deux jours après, Renée annonça à sa grand'mère, devant Jacques, et avec une certaine ostentation, qu'elle était invitée pour le surlendemain à assister, chez le comte de Boyères, à une soirée au cours de laquelle serait signé le contrat de mariage du vicomte Gilbert, son fils.\u2014 Le fiancé, expliqua-t-elle, est le frère de ma plus intime amie, Marthe de Boyères.Il épouse une de nos anciennes compagnes du couvent de Sion, Lucie de Nervieux.Deux beaux noms et deux grandes fortunes qui s'unissent .sinon deux cceurs, acheva la jeune fille d'un ton quelque peu railleur.\u2014 Eh bien! dit Jacques, il vaut mieux n'avoir ni grande fortune ni nom retentissant, afin d'être sûr d'être aimé pour soi-même .\u2014 Certes! acquiesça Renée, en lui décochant le plus candide des regards et le plus gracieux des sourires.\u2014 Mais, prononça d'un ton dubitatif Mme Davezac, tu viendras quand même après-demain, car une soirée .c'est toujours le soir.\u2014 Ah! mais non! se récria sa petite-fille.Le contrat sera signé dans un château que possède le comte de Boyères dans les environs de Fontainebleau.Les intimes de Gilbert de Boyères, de sa sœur Marthe et de Lucie de Nervieux y passeront la journée entière.Il y aura, dans l'après-midi, un rallye-paper.C'est très amusant.Les autres invités ne viendront que pour la soirée.Dès neuf heures, Marthe m'enverra prendre par son auto qui me conduira au château des Trois Fontaines.Ses yeux brillaient d'une intense joie vaniteuse, pendant qu'elle donnait ces détails, qui produisirent, sur Jacques Issargarry et sur Mme Dave- zac, un effet bien différent.Le regard ardent du jeune professeur se voilà, son vaste front s'assombrit, tandis que la vieille dame exhalait un involontaire soupir de soulagement.L'un pensait : \u2018Elle rencontrera, là, d'élégants, de fringants cavaliers.et elle est si jolie, si charmante et si candide .Et puis, tout un jour sans la voir.\u201d Et la grand'mère se disait, in pet- to: \u201cTout un jour de libre, avec la certitude que je puis, sans inconvénient, sortir et aller m'occuper, enfin, de mes petites affaires en retard.\u201d Le lendemain, toute à ses apprêts, Renée ne parut pas rue La Fontaine, .et Jacques Issargarry se morfondit, en vain, sous le magnolia.pu Al -me== \u2014 Neuf heures ! Et 'auto n'est pas encore arrivée ! Bah ! quelques minutes de plus ou de moins.Et elle reprit le cours de ses pensées : \u2018Enfin j'aurai devant moi toute une journée.Gilbert n'est plus qu'un papier brûlé .Jacques ?Il est charmant .et si j'étais riche, ce serait lui .Pourtant il ne peut être qu'un pis aller .Mais il y aura, aux Trois Fontaine, le lieutenant Gontran de Pressy et le petit \u201c macaroni \u201d, richissime fils à papa, des pâtes alimentaires Soudier et Campuis, Il faut que, dans ces vingt-quatre heures, je les mette au pied du mur tous les deux.C'est l'hiver sans parfum ni chants .Dans le pré, des brins de verdure Percent de leurs jets fléchissants La neige étincelante et dure .Quelques buissons gardent encor .Des feuilles jaunes et cassantes Que le vent âpre et rude mord Comme font les chèvres grimpantes.Et les arbres silencieux Que toute cette neige isole Ont cessé de se faire entre eux Leurs confidences bénévoles .\u2014 Bois feuillus qui, pendant l'été, Au chaud des feuilles cotonneuses Avez connu les voluptés Et les cris des huppes chanteuses.Vous qui dans la douce saison Respirez la senteur des gommes, Vous frissonnez à l'horizon Avec des gestes qu'ont les hommes.Vous êtes las, vous êtes nus, Plus rien dans l'air ne vous protège, Et vos cœurs tendres ou chenus Se désespèrent sous la neige.\u2014 Et près de vous, frère orgueilleux, Le sapin où le soleil brille Balance les fruits écailleux Qui luisent entre ses aiguilles .Le surlendemain, déjà sous les armes dès huit heures du matin et sa malle bouclée, Renée attendait l'auto de Mlle de Boyères.Tout en attendant, son pied impatient battant le tapis, elle réfléchissait : \u201cCe Gilbert ! Christiane rirait joliment, si elle savait ! Ah ! c'est bien un de ceux dont elle parlait.sachant flirter avec les plus jolies.et si peu sincère, tellement pratique, qu'il épouse la moins séduisante.Elle est même laide, cette pauvre Lucie .\u2026 Pauvre ?Mais non ! La plus riche.\" Neuf heures sonnèrent.La jeune fille tressaillit.COMTESSE MATHIEU DE NOAILLES Je veux en avoir le cœur net.Le cœur ?Enfin, ce sera l'un ou l'autre.C'est Christiane qui sera quinaude quand elle me verra épouser Gontran de Pressy ou Raymond Soudier ! Elle, elle est tout à sa poésie et à ses œuvres de bienfaisance.Moi, je veux réussir.et je réussirai!.L'occasion est bonne et immédiate.\u201d Au méme instant, Nadaline, la bonne béarnaise, a tout faire, remplaçante d'Elodie, qui depuis cinq ans était allée rejoindre son grand homme de mari dans le petit cimetière villageois, entra et présenta à la jeune fille une dépêche.LA REVUE POPULAIRE Renée s'en saisit vivement et, pétrifiée, lut : \u2018\u201cL'auto de M le comte de Boyères a capoté.M.le comte tué sur le coup.Signature du contrat de M.le vicomte, remise.\u201cLe secrétaire désolé de M.le comte de Boyères : \u201cM.Risaup \u201d.Patatras ! Le pot au lait de Perret- te était renversé ! T'ous ses projets.ses espoirs renvoyés aux calendes grecques ! \u2014 Attendre d'autres réunions mondaines, d'autres occasions ?se dit la jeune ambitieuse.Moi qui comptais être demoiselle d'honneur.pour la dernière fois! Attendre encore.attendre jusqu'à quand?Et sans rien de certain au bout.Eh bien! non ! Après tout, ce beau Jacques les vaut tous ensemble ! Le même jour, à deux heures, après dîner, Renée, venant de la station du métro Passy, où elle était descendue, sortait de la rue Raynouard, qu'elle avait suivie en se promenant, traversait la rue de Boulainvillers et entrait dans la rue La Fontaine, quand elle aperçut Mme Davezac qui, de son pas vif et menu, se dirigeait dans le sens opposé.\u201cElle va vers Auteuil, prendre un tram pour \u201caller a Paris\u201d, comme elle dit, pensa la jeune fille \".Rattraper sa grand'mère n'était pas possible; elle était déjà trop loin.Il eut fallu courir, se signaler à l'attention des passants.Renée hésita un moment, puis se résigna à ne pas rejoindre Mme Da- vezac.Mais alors, il lui fallait renoncer à passer son après-midi à la \u201d Thébaïde\u201d, près de Jacques Issargarry.\u2014 Je joue de malheur aujourd'hui.se dit-elle.Elle réfléchit un instant, et un sourire vint effleurer ses lèvres roses.\u2014 Après tout, murmura-t-elle, cette absence me sert plutôt.Qui veut la fin veut les moyens.Maintenant que je suis décidée, tant vaut battre le fer tant qu'il est chaud.Et, d'un pas résolu, elle se dirigea vers la maison de Mme Davezac traversa le grand jardin, et, après une dernières hésitation, sonna à la porte du pavillon.\u2014 S'il n'y était pas! se dit-elle.toute rose de son coup d'audace.Mais Jacques ouvrit aussitôt.I parut aussi ravi que surpris.Son veston d'intérieur gris bleu était remplacé par une tenue de ville.Le jeune homme semblait prêt à sortir.\u2014 Vous partiez, dit Renée, un peu désappointée.Eh bien ! bonne promenade.Et, pour dissimuler qu'elle savait sa grand'mère absente, elle questionna : \u2014 Bonne-maman est-elle dans le jardinet ou dans la salle à manger \u2019 \u2014 Mme Davezac est sortie, rê- pondit Jacques, tout en s'effaçant.comme pour laisser entrer la jeune fille.\u2014 Alors je m'en vais, fit vivement Renée, avec un léger mouvement de\u2019 recul.\u2014 Oh pas si vite ! s'écria le jeune professeur, dont le regard implorait.Îl fait si chaud, Mile Renée.Venez, au moins, vous reposer un peu sous notre arbre .\u2014 C'est que, minauda-t-elle, semblant partagée entre le désir de rester et celui de partir, je ne sais si c'est bien convenable.Grand'mère est très stricte.Pensez donc, elle est d'une époque où les jeunes filles de la bourgeoisie ne sortaient pas seules.Je crains de la mécontenter . \u201cwe Janvier 1937 Jacques redressa sa haute taille, réprima un mouvement de fierté, et riposta vivement, mais d'un ton grave : : \u2014 Dans ce cas, Mademoiselle, c'est à moi à m'en aller.Mme Dave- zac va, sans doute, bientôt rentrer.Vous pourrrez ainsi l'attendre en toute tranquillité.La jeune fille rougit, s'écriant d'un ton enjoué : \u2014 Oh! vous ! Il ferait beau voir que je vous chasse de vos pénates ! Allons, je vais me reposer un instant dans la fraîcheur du jardinet, et, si vous n'êtes pas trop pressé de sortir, vous me tiendrez compagnie.Elle disait ces mots avec un sourire si ingénu, si confiant, que le visage du jeune homme se détendit.Dès qu'ils furent installés sous le magnolia, Renée reprit, d'un ton enfantin : \u2014 Si bonne-maman ne revient pas avant que je parte, nous n'aurons qu'à ne pas lui dire que je suis venue, pour qu'elle ne me gronde pas.Ce sera un secret entre nous deux.Il eut un rire charmé.\u2014 Ce ne sera pas le premier, fit-il gaiement.Car je cherche toujours le mot de l'énigme du jour où nous nous sommes rencontrés.Puisque c'était un secret, je n'ai jamais pu vous en demander l'explication devant Mme Davezac, toujours entre nous.Saurai-je pourquoi vous m'avez, d'emblée, ce jour-là, assimilé à un merle ?Et noir encore ! Renée éclata d'un rire cristallin, ses joues rosirent, et elle déclara : \u2014 Ça, c'est un secret, un Vrai.Si je vous le disais, ça n'en serait plus tout en un.\u2018\u201c Demandez-moi plutôt pourquoi je suis là aujourd'hui au lieu d'être à Fontainebleau, sur une blanche haquenée, à courir les bouts de papier.\u2014 En effet, vous deviez y passer la journée et la soirée .je n'y pensais plus, acheva Jacques, d'un ton dont la sincérité laissait à désirer.\u2014 Vous l'aviez vraiment tellement oublié 7 questionna la jeune fille, d'un air coquet et peu convaincu.Eh bien! je ne vous dirai jamais le mot de l'énigme du merle ! \u2014 Si?si! s'écria Jacques, non! \u2014 Si, si, non, non.En voila un Normand d'Oloron-Sainte-Marie.Il est vrai que les Béarnais sont aussi subtils et prudents que les plus fieffés Normands.\u2014 Eh! et vous en êtes aussi de cette race du Béarn, que j'estime plus franche que bien d'autres.\u2014 Alors que signifient vos si et vos non.\u2014 Ceci : non, je n'avais pas oublié que vous ne viendriez pas.Et la preuve c'est que m'étant morfondu, hier, de ne pas vous voir venir alors que je l'espérais, j'allais sortir, cet après- midi, pour tâcher de dissiper le spleen qui pesait sur moi, en Vous croyant à Fontainebleau.\u2014 Hélas ! il y a eu maldonne, expliqua la jeune fille.Tout est remis Dieu sait a quand.Et elle apprit a Jacques Issargarry, qui sincérement la déplora, la catastrophe qui endeuillait la famille de Boyères.ais, après avoir pris une part convenable au malheur qui atteignait ceux qui n'étaient pour lui que des inconnus, le jeune professeur revint vite à ses moutons, qui, en l'espèce, étaient un merle.\u2014 Et maintenant, fit-il, je vais vous dire ce que signifiaient mes si.\u2014 Est-ce bien utile ?persifla Re- non ! née, avec un sourire et un coup d'œil - un tantinet railleurs.\u2014 Ah ! mais oui ! Vous n'allez pas vous dérober et me priver du bénéfice de ma franchise ?Puisque par un bienheureux hasard nous le pouvons, expliquons-nous ! Renée, muette et attentive, considérait cette belle tête expressive, au regard franc, et attendait, en se disant : \u2014 Cela me change des fils à papa, qui avancent d'un pas et reculent de deux.Issargarry reprit, d'un accent dont la douceur n'excluait pas la force: \u2014 Non, je n'avais pas oublié que vous seriez, tout un jour, corps et esprit, si loin de moi.plus encore moralement que physiquement.Cette désagréable perspective me hantait .car je ne puis plus être heureux ou malheureux que par vous, Renée.\u2014 À ce point ?prononça la jeune fille, mutine et émue aussi peut-être.\u2014 Vous le savez très bien .Vous ne seriez pas femme! Et, quoique presque enfant encore, vous êtes femme à un tel degré !! Vous l'êtes à damner un chrétien, ou à convertir, à sanctifier un réprouvé, à votre gré.\u2014 Dans quelle catégorie faut-il vous placer, Jacques ?railla Renée, qui jouisssait intimement de son triomphe.Mais lui, d'une voix grave : \u2014 Je ne suis ni l'un ni l'autre.Ni si haut, ni si bas.Je ne suis qu'un homme, faillible et sincère.un pauvre garçon, au caractère emballé et absolu, et.\u2014 Oh ! coupa Renée, je m'en doute.et m'en effraye un peu.Les grands yeux noirs de Jacques Issargarry flambèrent.C'était presque un aveu que, d'un air tout simple, elle faisait là.S'il eût été indifférent, se fût-elle inquiétée de son caractère et de ce dont elle pourrait en être heureuse, ou en souffrir ?Le jeune homme ne releva pas pourtant ces mots, qui le remplissaient d'une joie sourde; mais il puisa, dans la pensée inexprimée qu'ils impliquaient, le courage de continuer: \u2014 Renée, mes parents sont morts.Je ne suis qu'un simple professeur, n'ayant qu'un mince capital et mon traitement.J'ai il est vrai, de vastes espérances de fortune.Je cherche et je crois avoir trouvé dans la chimie appliquée aux parfums le moyen d'y atteindre.\u2014 Mais comment ?questionna la jeune fille, très intéressée par cet exposé.\u2014 Par une découverte que je crois avoir faite, et pour la mise au point de laquelle je suis venu faire, à la Bibliothèque Nationale, des recherches qui puissent confirmer mes prévisions, Mais les expériences seront longues et minutieuses.Je ne veux donc pas faire état de cet espoir.\u2014 Prudent comme un Béarnais.\u2014 Oui.Et timide comme ceux qui aiment vraiment.C'est pourquoi je n'ai encore osé m'ouvrir à Mme Da- vezac de mon rêve le plus cher.Je crains que vos parents \u2018n'aient pour vous de plus hautes visées, et.- vous-même .Vous êtes mondaine.Vous ne vous en cachez pas, habituée peut-être à un luxe que je ne pourrais donner à celle qui accepterait mon nom.Et.et je suis très malheureux.\u2014 Mondaine ?fit rêveusement Renée Lanespède en froissant dans ses doigts une fleur de glaïeul.Cela dépend.Il y a du pour et du contre.Evidemment j'accueillerais avec plaisir la fortune me permettant de jouir d'un luxe auquel toute femme, tant soit peu jolie, aspire et se croit des droits.Mais il y a loin de là à sacrifier à ce désir si naturel l'idéal que toute jeune fille se fait au sujet de celui qu'elle aimera.et que, parfois, elle rencontre, au moment ou JE PLEURAI PRESQUE quand Paul se plaignit de mes mains.Moi-même les détestais \u2014 parce que rudes et rouges.Elles restaient rugueuses tout l'hiver, en dépit de tous les soins.ALORS\u2014UN AMI M\u2019APPRIT que la Lotion Jergens adoucit instantanément les mains.J'essayai Jergens \u2014 régulièrement \u2014 et quelques jours après Paul me disait.\u2018\u2018J\u2019aime tes mains.Elles sont si douces.\u201d mais Jergens eut vite fait de le dégeler! ES MAINS peuvent être émouvantes quand elles sont douces et lisses.Mais le froid, le vent et l\u2019eau enlèvent l'humidité naturelle de la peau des mains \u2014 les font gercer et rougir.Et la plupart des femmes se lavent les mains huit fois par jour, disent-elles, et les mettent à l\u2019eau huit autres fois.Mais la Lotion Jergens cicatrise et adoucit étonnamment vite les mains sèches et rudes.Pourquoi ?.Parce que la Jergens pénètre ratis ! conserve de vos The Andre¥ Nom ~~ ns.Jerge dans les cellules cutanées mieux que d\u2019autres lotions mises à l'épreuve.et restitue rapidement l'humidité perdue.De plus, Jergens contient deux ingrédients spéciaux employés en médecine.Après quelques applications seulement, la peau rougie.rude et gercée devient douce, blanche et délicate.La Jergens n\u2019est jamais collante.À tous les comptoirs d\u2019 articles de toilette, 10¢, 25¢, 50¢ et la bouteille économique à $1.ar V Constatez PPrénètr ns P erbrooke st.Pe ns CO.1938 SH Adresse Lee FABRIQUEE AU CANADA TT 20 elle s'y attend le moins.Une femme, digne de ce nom, ne subordonne pas ses sentiments à 'appat du luxe et de la fortune.Qui pourrait dire si à ce moment- là elle n'était pas sincère ?En voyant son sourire angélique, son expression de gravité, son regard bleu, si doux, si tendre, Jacques la crut sans peine.Il la contemplait, tellement fine et souple, assise dans le fauteuil de sa grand'mère, ses cheveux mousseux nimbés d'or par les flèches de soleil qui, de ci, de là, arrivaient à percer l'épais feuillage du magnolia, son visage séraphique tourné vers lui.ransporté de bonheur, sans se permettre de quitter son siège, Jacques se pencha, tendant vers elle ses mains frémissantes.\u2014 Ah ?exhala-t-il, dans un ardent soupir, si je pouvais espérer réaliser votre idéal.S'il m'était permis de croire que vous ne me repousseriez pas ! J'oserais demander à Mme Da- vezac de me présenter à M.Lanespè- de.Elle faillit répondre : \u201cQui ne tente rien n'a rien\".Mais au méme instant, une voix aigrelette, semblant tomber du haut de l'arbre, psalmodia, en une sorte de mélopée, plusieurs fois répétée : Pétiteto de Diou, Couro tournara l'estiou ?Ce qui, en patois béarnais, ou même languedocien, signifie : Petitette de Dieu, Quand donc reviendra l'été ?Et, comme le jeune homme achevait, simplement : \u2014 Pour que je sache si je puis m'en rapprocher.Renée, je vous en prie, dites-moi quel est votre idéal ?La jeune fille, levant sa jolie main, et tendant son index rose vers les feuilles lustrées, et les corolles blanches, qui les baignaient d'ombre et de parfum, répondit, les yeux soudain pétillants de malice : \u2014 Le merle!.Décontenancé, il la regarda, pressentant pourtant, obscurément, un sens caché dans cette réponse imprévue.Mais elle ajouta, rieuse : \u2014 Entendez-vous ?C'est le merle de Mme Durel, qui, du haut du cinquième de la maison voisine, réclame l'été ! Il se croit sans doute en hiver! Déçu, Jacques la fixa d'un air de reproche, et prononça d'une voix altérée : \u2014 Vous ne m'avez pas répondu, Renée.\u2014 Mais si, fit-elle, gravement cette fois.Et changeant de ton : \u2014 Mettons que, pour le moment, c'est moi la grand'maman, et vous le petit garçon.Je vais vous narrer un conte de fée.Se calant dans le fauteuil, Renée Lanespède commença : \u2014 11 était une fois, une grand'mère et une petite-fille.C'est naturel, n'est- ce pas?car sil n'y avait pas de petite-fille, il n'y aurait pas de grand\u2019 mère .Et la grand'mère disait : ** \u2014 Je voudrais bien vous voir un jour, toi et ta sœur, aussi bien mariées que ma fille, votre mère.\u201cLa petite-fille, faisant la moue, répondit : \u2018\u201c \u2014 Heu .je rêve d'un mari plus souple que mon père.Je voudrais qu'il soit toujours de mon avis .\u201cJai tant besoin d'être aimée, choyée, gâtée, même.Jacques ne la quittait pas des yeux, attentif comme un enfant émerveillé.Mais c'était un cœur d'homme qui palpitait dans sa poitrine de grand enfant.\u2014 Or, reprit la conteuse, la mère- grand déclara : * \u2014 Ma petite, c'est le merle blanc que tu demandes là.\u2018Mais la petite-fille n'en demandait pas tant et répliqua : \u201c \u2014 Je ne tiens pas du tout à ce qu'il soit blanc.A ces mots, le visage tendu du jeune professeur s'irradia d'une telle flambée d'espérance que Renée en devint plus rose que jamais et acheva : \u2014 Je préfère qu'il ait les cheveux noirs, le teint mat, les yeux sombres; un merle noir, enfin.En disant ces derniers mots, elle plongea dans ses mains son visage confus.Mais Jacques, d'un bond, était déjà devant elle, un genou en terre.Sans oser même effleurer les petites mains qui lui cachaient le cher visage : \u2014 Oh! cria-t-il, le mot de 1'énigme ! Renée, merci! Je suis comblé.+ \u2014 Bah ! fit Renée, désinvolte, s'ils osaient gronder leur maman, j'aurais bien le droit, moi, de les gronder aussi.Ne crains rien.Et s'ils te mettent au pain sec, ajouta-t-elle, dans un éclat de rire, en citant un vers de Victor Hugo : Eh bien! moi, je tirai porter des confitures ! CHAPITRE IV Dès le lendemain, fidèle à son principe de \u2018\u2019 battre le fer tant qu'il est chaud \u201d, Renée attendit, avec impatience, l'heure du déjeuner familial.Aussitôt que le dessert eût paru sur la table, et que Nadaline fat sortie de la salle à manger, elle lança : \u2014 À propos .il faut que je vous dise.Mme Ibolgarray avait demandé a bonne-maman de vouloir bien recevoir chez elle, pour quelques jours, un jeune Oloronais de grand mérite et de grand avenir, quelle a connu tout enfant.\u2014 Ah! fit M.Lanespède, très intéressé du premier coup dès qu'on lui parlait d'un compatriote.\u2014 SI VOUS LE VOULEZ BIEN, REPRIT-IL, NOUS PASSERONS PAR CE SENTIER QU' COURT DANS LES FOURRÉS.C'EST BIEN GENTIL PAR LA.Soudain, un \u201c oh!\u201d scandalisé retentit derrière eux.Mme Davezac, entrée dans le jardinet, debout à deux pas des tourteraux, suffoquée, les contemplait d'un air effaré.Ils tressaillirent, doublement surpris.Jacques n'eut pas le temps de se relever.Mais Renée, se ressaisissant aussitôt, bondit vers Mme Davezac, l'enlaça, en l'embrassant, et déclara : \u2014 Grand'mére, le merle noir qui demande à être mis en cage.Et Jacques, toujours à genoux, tourna vers la vieille dame son regard resplendissant de bonheur et de supplication.\u2014 Grand'mère, haleta-t-il, donnez- la moi! Présentez-moi à M.Lanes- pède ?.La pauvre vieille grand'mère, portant à sa tête bouleversée ses mains tremblantes d'émoi, s'écria : \u2014 Oh! mes pauvres petits, dans quel pétrin vous me mettez ! Que va dire mon gendre, quand il saura que j'ai pris un locataire et que je le lui ai caché ?Mme Lanespède fixait, sur sa plus jeune fille, un regard curieux et un peu surpris.Sans se démonter, nua : \u2014 C'est un jeune professeur de chimie au lycée de Nice.Grand'mère n'a pas cru pouvoir refuser.Il est chez elle depuis quelque temps.\u2014 Et alors ?questionna Mme La- nespède, dont le regard se fit plus scrutateur.\u2014 Alors, il a terminé, je crois bien, les recherches qu'il était venu faire à la Bibliothèque Nationale, au sujet d'une découverte qui doit, paraît-il, le mener à la grande fortune.Et maintenant, son travail terminé, il se trouve un peu isolé à Paris, pour y finir le temps de ses vacances.\u2014 Ce qui veut dire ?demanda M.Lanespède, pressentant peut-être la suite, et désireux, au fond, de connaître ce jeune compatriote.\u2014 Oh! c'est bien simple, déclara la jeune fille d\u2019un air détaché, M.Jacques Issargarry a fait si bonne impression sur bonne-maman, et sur Renée conti- LA REVUE POPULAIRE moi aussi, du reste, que nous avons pensé qu'il lui serait agréable d'être reçu ici, chez des \u2018\u2019 pays \u2019, aux matinées que donne maman chaque semaine .et que, si vous n'y voyiez nul inconvénient, bonne-maman pourrait vous le présenter.\u2014 Mais comment donc ! s'écria M.Lanespède.Elle n'avait pas pour cela besoin d'une ambassadrice ?\u2014 Ambassadrice ?fit Renée d'un ton rêveur.Je voudrais bien! Mais je ne risque pas d'épouser jamais un ambassadeur.\u2014 Va, on peut être heureuse à moins, déclara Christiane.: \u2014 Certainement, acquiesça sa cadette.Et, quoi qu'on en pense, je me contenterais d'une position plus modeste .pourvu que celui que je devrai épouser me plaise et vous plaise, papa et maman chéris.Du coup, tous les regards se fixèrent sur elle, plus attentifs.Et dans celui de Christiane passa une lueur de joie étonnée.\u2014 Ah ! bah! éclata l'ingénieur, on nous a changé notre Benjamine ! Quel ton affectueux ! Quelle soumission respectueuse ! \u2014 Et quelle profession de foi imprévue ! remarqua la douce mère.\u2014 Ne la taquinez pas, pour une fois qu'elle parle raisonnablement, protesta Christiane.Je savais bien qu'un jour ou l'autre, son caractère pratique, et, peut-être, son cœur, l'emporteraient sur la folie des grandeurs! Renée la regarda d'un œil malicieux, et sans répondre, ce qui était contraire à toutes ses habitudes.Toutefois, Christiane, qui la connaissait bien, comprenait, au sourire malin entrouvrant les lèvres roses de sa sœur, que celle-ci, comme une enfant qui veut être sage et se concilier ia majorité, retenait une de ces vives ripostes dont elle avait le secret.\u2014 Mais je ne cherche pas à la taquiner, se défendit M.Lanespède.Je cherche simplement la cause d\u2019un revirement aussi franc que complet.Renée, toujours sans répondre, du moins directement, se contenta de fredonner, les yeux rêveusement levés au plafond : Quand on n'a pas ce que l'on aime.Il faut aimer ce que l\u2019on a.\u2014 Hein ! qu'est-ce à dire, petite peste ?gronda l'ingénieur, mi-sérieux, mi-rieur, Mais la jeune fille, bondissant soudain de son siège, s'élança vers son père, se blottit sur ses genoux, comme quand elle était petite et voulait obtenir quelque chose, et déclara d'une voix un tantinet gouailleuse et à la fois attendrie : \u2014 Sachant qu'un père, pour son enfant, représente Dieu sur la terre, et préférant m'adresser à Dieu qu'à sa sainte.Ici une pause.\u201c Petite mère dira toujours oui à sa Renée, ajouta-t-elle en parenthèse, en jetant un coup d'œil câlin à Mme Lanespède.Puis elle reprit : _\u2014 Je déclare donc à mon vénéré père que M.Jacques Issargarry a des idées de derrière la tête, autrement dit des visées matrimoniales, en dé-* sirant être présenté à M.l'ingénieur civil Lanespéde .Et que Mlle La- nespéde junior serait heureuse que ce jeuñe prétendant béarnais soit bien accueilli par ses parents.Ce disant, elle cachait sa tête blonde sur la poitrine de son père, après l'avoir embrassé.Le front de M.Lanespède s'était rembruni.Il prit un air soucieux en regardant sa femme, qui, croisant ses mains pâles, murmurait : Janvier 1937 \u2014 Dès les premiers mots, j'avais pressenti.Si jeune, la voir partir si loin de nous .\u2014 Et puis, prononça le père, il n'est pas d'usage de marier la cadette avant l'ainée.Tu es trop pressée, mon enfant.| \u2014 Mais, s'écria Christiane d'une voix vibrante, ne vous inquiétez pas de moi?Il ne serait pas juste que la destinée de l'une influât sur celle de l'autre.\u201cLaissez-nous libres de choisir chacune notre voie, au moment où notre sort se décidera.Renée, aux paroles de son père, avait relevé la tête.Ses yeux bleus lançaient des éclairs d'acier.\u2014 D'autant plus, éclata-t-elle, que Christiane, si elle voulait, serait déjà mariée.Elle n'aurait qu'à dire \u201coui.\u2014 Doucement, doucement .fit posément le père.Je ne veux ni pousser l'une, ni laisser l'autre s'engager, se marier trop précipitamment, peut-être par dépit.\u2014 Oh ! papa, protesta Renée.Si tu savais combien il me plaît ! Je t'assure que.\u2014 Que, ccupa son père, tu préférerais être ambassadrice .Tu nous l'as dit, et aussi que \u201c quand on n'a pas ce que l'on aime, etc, etc.\" \u2014 Mais c'était pour plaisanter .pour faire passer ma requête ! C'est lui, et lui seul, que je désire épouser.Devant l'apparence d'un obstacle, Jacques lui devenait plus cher.\u2014 Eh bien! je ne repousse pas, à priori, ce que tu désires, Renée.ais c'est à voir .c'est à Voir .\u201cJe tiens à décider en toute connaissance de cause, avec le calme et l'impartialité qui conviennent à une chose aussi importante.\u2014 J'aurais beaucoup de peine à la voir \u2018partir loin de nous, dit de sa voix douce Mme Lanespède.Mais les parents doivent se sacrifier à l'avenir et au bonheur de leurs enfants .Et si la petite aime ce jeune homme.\u2014 Je veux bien le croire, répliqua gravement son mari.Aussi recevrons- nous.M.Issargarry aussi bien que possible.Et s'adressant à Renée : \u2014 Dis à ta grand'mère de venir déjeuner ici dimanche, et d'amener ce jeune homme.Nous causerons tous les deux.Après cela, je déciderai ce que je jugerai être le plus prudent et le meilleur.Et j'entends que chacun s'incline devant ma décision .Je prétends que les miens me doivent cette preuve de respect et surtout de confiance.\u2014 Père chéri, acquiesça Renée, ce que tu-décideras sera bien fait.Et dans son for intérieur elle pensait : \u201c Quand il aura vu Jacques, quand il le connaîtra, j'aurai gain de cause! \u201d CHAPITRE V Après avoir écrit, succinctement, à sa grand'mère, ce qu'elle avait dit à ses parents et le résultat de sa diplomatie, Renée attendait avec impatience le dimanche suivant où e Lanespède recevait, dans l'a rès-midi, les amis et amies de ses filles.La jeune fille comptait bien que jacques saurait mettre à profit le temps entre le déjeuner et l'arrivée des habitués, en causant avec M.La- nespède, et le conquérir.u jour fixé, elle n'eut pas longtemps à attendre.ers onze heures Mme Davezac arriva avec Jacques.Lui, bien pris dans un complet de bonne coupe, plein d'aisance apparente, mais un peu pâle, sous son teint bronzé; elle, la timide grand'mère, un peu embarrassée, suffoquant dans sa toilette a la mode d'avant-veille, quoique d'une distinction impeccable.\u2014 Pierre, dit-elle, je vous présente M.Jacques Issargarry, qui m'a été adressé par Mme Ibolgarray.Elle ne voulait mentir qu'à demi, seulement par omission d'une partie de la vérité, la pauvre vieille maman.Les présentations faites, les deux hommes sympathisant aussitôt, Mme Lanespède, pendant qu'ils causaient, ne put se tenir, en embrassant sa mère, de lui dire tout bas : \u2014 Cachottière ! Pourquoi ne pas m'avoir prévenue plus tôt ?\u2014 Que veux-tu ?lui répondit la vieille dame, cela s'est fait si drôlement et les événements ont été si vite qu'ils ont dépassé toutes mes prévisions.Je te conterai cela en tête-à- tête.Il ne faut pas m'en vouloir.\u2014 Mais je ne t'en veux pas.Il est charmant et a l'air d'un brave garçon.\u2014 Et sérieux ! Un cœur d'or pur.Tout franc.Et si cultivé, si laborieux ! Il est sur le chemin de la fortune, tu sais.Dans l'autre coin du salon, la glace était déjà rompue.Renée, ravissante dans une robe rose pâle, caquetait, riait, et finissait par amener le sourire sur les lèvres de son père.Christiane, en robe crème toute simple, ses cheveux noirs, tordus bas sur la nuque, à la grecque, écoutait, avec un sourire heureux et admiratif, sa sœur taquiner Jacques qui, lui, était aux anges et avait à peine remarqué cette jeune fille si grave et sereine.Ce n'était pas la rose éclatante offrant aux regards sa beauté, accompagnée le plus souvent d'épines, mais plutôt la fleur blanche du magnolia, cachée par le feuillage aux yeux de la plupart des passants et planant trop haut pour le plus grand nombre d'entre eux.Un peu avant midi, M.Lanespède regarda la pendule et déclara, à l'étonnement général : \u2014 M.de Kermogal est des nôtres.Il va bientôt arriver.Avec lui, c'est l'heure militaire.A ce nom, jeté comme négligemment, le teint mat de Christiane rougit de façon imperceptible.Elle ignorait, en effet, que son père eût invité pour ce jour-là cet ami de toujours de la famille.\u2014 Vlan ?lui lança sa sœur, à voix basse, voilà un coup à la papa! Tu n'as qu'à te bien tenir.\u2014 Comme toujours, sur la réserve, répondit paisiblement l'aînée.Au même instant, la bonne, Nada- line, toute pimpante dans ses plus beaux atours, introduisait un jeune homme, ou plutôt un homme jeune encore, l'air grave et timide.Près de quarante ans, blond, de haute taille, les épaules larges, un peu voûté, un grand front, et des yeux bleus rêveurs, tel était Hervé de Kermogal, chartiste et chevalier servant de Christiane depuis l'époque où elle était encore enfant.Nul, dans la famille Lanespède, ne doutait que depuis qu'elle était devenue une grande jeune fille sérieuse et un peu distante même, il n'eût pas demandé mieux que d'en faire sa femme.Mais à cause de la \u2018différence d'âge \u2014 de dix-huit à dix-neuf ans, il n'avait jamais osé s'ouvrir franchement à ses parents, et encore moins à elle, qui, du reste, ne l'encourageait en rien.Elle pensait : \u2014 Je ne l'ai jamais connu tout à fait jeune.Il me ferait l'effet d'un papa.Or, si je me marie, je veux pouvoir aimer comme un mati celui que j'épouserai.\u2014 Ah ! romantique ! lui eût dit sa sœur, si Christiane lui avait confié ses intimes pensées, ce qui n'était pas son caractère, car elle savait bien, du reste, qu'elle ne serait pas comprise.Après avoir présenté l'un à l'autre Jacques Issargarry et Hervé de Ker- mogal, l'on passa dans la salle à manger.La première gêne dissipée, le repas fut très gai, animé par les saillies de Renée et la joie sincère de Christiane, malgré l'appréhension que lui causait l'invitation imprévue de M.de Kermogal.Ce dernier, lui-même, devant le nouveau venu qui semblait boire Renée des yeux, sentait confusément dans l'air quelque chose d'inaccoutu- \u201c mé.Il entrevoyait des fiançailles probables, et, connaissant les idées de M.Lanespède, sachant qu'il ne voulait pas marier la cadette avant l'ai- née, il s'effarait un peu.\u2014 Il ne m'a pas invité spécialement et inopinément aujourd'hui, se disait-il, pour voir caqueter ces deux tourtereaux.Alors, dans quel but ?si ce n'est qu'au moment de marier la plus jeune il désire plus vivement fixer le sort de l'aînée ?Est-ce pour me donner le courage de la lui demander ?Et son cœur de bon géant timide, son cœur de Breton sentimental battait d'espoir et aussi un peu d'effroi.Car, même encouragé, il se demandait s\u2019il oserait jamais se déclarer.Sous son calme apparent, Christiane pressentait aussi tout cela.Elle redoutait une attaque brusquée, qu'elle eût voulu éviter pour ne point être obligée de décevoir son adorateur, platonique jusque-là.Elle eut été désolée de froisser ce cœur délicat et si dévoué.On prit le café et les liqueurs au salon.Jacques ne tenait plus en place.Il voyait approcher le moment où les habitués du dimanche arriveraient.\u2014 Plus qu'une heure devant moi ! se disait-il.Il se disposait enfin à demander à M.Lanespède un entretien particulier, lorsque celui-ci prit les devants.À cette époque-là, les jeunes femmes, et bien moins encore les jeunes filles ne fumaient.Ce fut un bon prétexte à l'ingénuer.\u2014 Kermogal ne fume pas, dit-il; Il tiendra compagnie aux dames.SI M.Issargarry est fumeur, je l'invite à passer avec moi dans mon cabinet.\u2014 Mais oui, mais oui, stécria Jacques, enchanté, tout en pâlissant un peu.N'était-ce pas, il le croyait du moins, le bonheur de toute sa vie qui allait se décider ?Quand les deux hommes revinrent au salon, Renée aux aguets, scruta d'abord le visage si expressif de Jacques.Elle en eut pour ses frais d'investigation.\u2014 11 n'a pas la mine trop chagrine, pensa-t-elle, mais il n'a pas non plus l'air entièrement satisfait.\u201cS'il était complètement heureux, il y aurait une expression plus triomphante sur ses beaux traits et dans ses Jeux.Quant a papa.autant vaudrait demander son secret au sphinx de Giseh!.Enfin, nous verrons bien ! Christiane aussi, sans y paraître, observait l'attitude de son père et de Jacques.Mais ce fut en pure perte.\u2014 Je saurai toujours assez tôt, se dit-elle.Rien de bon ne peut, pour moi, sortir de tout cela.Attendons ?Elles ne tardèrent pas à être fixées.\u2014 J'ai une communication à faire à ma famille, commença M.Lanespè- 21 Un ETOURNEAU peut-il être BLANG ?(Envoyez le coupon ci-dessous) UI, ON a parfois constaté de pareils cas d'albinisme.Ft la peau d'une femme peut aussi être blanche et exempte de gerçures durant tout l'hiver, grâce à l'usage quotidien du Baume Îtalien.Celui-ci s'étend aisément, dure longtemps et vous épargne de l'argent.Essayez-le aux frais de Campana \u2014 puis jugez par vous-même ! Postez le coupon ci- dessous aujourd\u2019hui même ! (Source de renseignement : \u201cNuggets of Knowledge\u201d \u2014 Geo.Stimpson, Editeurs, À.L.Burt Co.) Baume Italien Campana L'ÉMOLLIENT ORIGINAL DE LA PEAU Campana Corporation Ltd 7 Caledonia Rd.Dépt E., Toronto, Ont.Messieurs : Je n'ai jamais essayé le Baume Italien Campana.Veuillez m'envoyer la boutei:le Vanity Gratuite.Nom Adresse 22 de, le ton et les traits accusait une volonté bien arrêtée.Chacun se tut et écouta.Hérvé de Kermogal ne fut pas le moins attentif, tout en faisant mine de se lever pour se retirer.\u2014 Mais non! mais non! s'exclama l'ingénieur.Vous n'êtes pas de trop.Hervé.vous êtes le meilleur et lè plus ancien ami de la famille.presqu'un parent .je vais donc parler librement devant vous.Il prit un temps et poursuivit : \u2014 M.Jacques Issargarry vient de me demander la main de Renée.\"ai, d'autre part, reçu hier de Mme Ibol- garray une lettre tout à l'honneur de notre compatriote.La caution morale de notre vieille amie est, pour moi, primordiale et décisive.Je suis donc décidé à accueillir favorablement la demande de M.Issargarry.Renée eut un soupir de soulage- mént.Christiane et Hervé, anxieux pour des causes bien différentes, attendaient la suite de ce préambule un peu solennel.\u2014 Mais, continua M.Lanespède, je mets à mon consentement deux conditions, que M.Issargarry accepte.Primo : le mariage de Renée n'aura lieu que dans deux ans.Je ne veux la\u201cmarier que quand elle aura atteint sa vingtième année: Présentement, elle est trop jeune.C'est dit, n'est-ce pas, Renée ?: Celle-ci, désappointée, mais faisant bon\u2018 cœur contre mauvaise fortune, s'inclina et répondit d'un air mi-figue, mi-raisin : 200.01 \u2014 Puisque M.Issargarry accepte, j'aurais mauvaise grâce à me montrer plus royaliste que le roi.\u2014 Bien! fit sèchement son père, choqué du ton de cette réponse.Vous pouvez donc, tous les deux, vous considérer dès à présent comme fiancés, même avant la fête de vos fiançailles, qui auront lieu sous peu, et à laquelle ne seront invités que nos intimes.* Par la suite, quand M.Issargar- ry aura rejoint son poste, Vous pourrez vous écrire librement, d'ici à votre mariage.Vous aurez ainsi le temps de mieux vous connaître et d'éprouver la solidité de \u2018votre mu- \u2018tuelle affection .\u2014 Et la seconde condition ?\u2026 \u2014 Et la seconde condition ?.demanda timidement Mme Lanespède.\u2014 J'y viens, répliqua son mari.Et il ponctua : \u2014 Secondo : Christiane se mariara la première, ou tout au moins, le même jour que sa sœur.Il s'arrêta net, semblant considérer comme un fait acquis et ne souffrant aucune discussion ce qu'il venait de décider.Pourtant, Christiane se leva, un peu pâle, mais résolue.\u2014 Je ne puis, déclara-t-elle avec fermeté, accepter d'être un empêchement au mariage, de ma sceur, qui me parait avoir bien choisi le compagnon de sa vie.2 © \u201c D'autre part, je ne veux pas être obligée de me marier avant d'avoir longuement pesé le pour et le contre d'un acte aussi important.et tant que mon cœur n\u2019y sera pas entrai- né.J'ai vingt-et-un ans.J'ai l'âge de raison.Laissez-moi libre de choisir mon heure.Père, je vous supplie respectueusement de ne point faire dépendre de l'un le sort et le bonheur de l'autre.| Jacques, touché, émerveillé, considérait cette jeune file, si ardente et si pondérée tout ensemble, et s'apercevait pour la première fois de sa réelle beauté, celle qui venant de l'âme, jointe à celle du visage, va plus profondément au cœur, \u2014 Elle doit être aussi bonne que belle, songeait le jeune professeur.Quelle sœur elle sera pour moi, qui n'en ai pas eu.M.Lanespède, lui, fixa un instant sa fille aînée d'un regard ou l'admiration et la tendresse le disputaient à l'autorité.H se disposait à répondre, mais, avant qu'il eùt dit un mot, Renée lança d'une voix claire : \u2014 Après tout, elle a raison! On n\u2019a pas à accepter ou à refuser un fauteuil qui ne vous est pas offert ! Pourquoi vouloir l\u2019obliger à décider de se marier.tant qu'on ne vous la demande pas ! Et elle pensait : \u201c Vlan | un galet dans le jardin de Kermogal ?\u201d \u2014 Oh! Renée! laissa échapper Christiane avec reproche.; \u2014 Renée, prononça M.Lanespè- de d'un ton qui voulait paraître sévère, je déplore que tu te sois permis une pareille boutade.Tu n'as pas à intervenir quand je ne te demande pas ton avis.Lt jeune fille prit un air confus, mais son regard malicieux rejoignait, en dessous, celui de son père.plutôt satisfait, tandis qu'il continuait : \u2014 D'autant plus que ton avis me paraît différer, du tout au tout, de time de ce dernier, Edmond Darolles, journaliste de talent, reçu aussi chez les Lanespède.Peu après son coup d'audace, lors de la demande en mariage de Jacques, M.de Kermogal, s'armant de tout son courage, avait, un jour où il se trouvait seul avec Christiane, dans le jardin contigu au bois, tenté une déclaration en règle.La jeune fille qui, depuis cette date mémorable, s'était tenue plus que jamais sur ses gardes, et dérobée jusque là à un aparté avec le doux et savant Breton, ne put, cette fois, l'éviter.Force lui fut de répondre franchement : \u2014 Je sais, lui dit-il, que j'ai dépassé l'âge que les jeunes filles exigent du prince charmant de leur rêve.Mais vous n'êtes pas, Vous, comme les autres, et.\u2014 Précisément, coupa Christiane, je ne suis pas tout à fait comme tant d'autres.je ne chercherai, dans le mariage, ni l'intérêt, ni la vanité d'un nom aristocratique ou célèbre.Mais, avant de m'engager, je veux, et je l'ai dit devant vous, être bien sûre d'aimer, comme on doit aimer son mari, celui que j'épouserai.\u2014 Et vous ne m'aimez pas ainsi, je le sais, du reste, fit Kermogal avec mélancolie.NOTRE PROCHAIN ROMAN Plaisir des Dieux par Eveline Le Maire GRACE A LA PERMISSION SPECIALE DE L'AUTEUR, NOUS POUVONS OFFRIR A NOS LECTEURS ET LECTRICES, DANS LA REVUE POPULAIRE DE FEVRIER, CE MAGNIFIQUE ROMAN celui que tu exprimais il y a quatre jours.Et il acheva avec force : \u2014 Je maintiens, moi, que Christiane doit se marier avant toi, ou en même temps.\u201cEt que, si elle l'eût voulu, elle le serait déjà .Je suis certain que tout le monde, ici, est de mon avis.Et comme il n'y a rien de tel qu'un timide pour se montrer, à l'occasion, audacieux, on vit se dresser Hervé de Kermogal, le visage empourpré, les .yeux flamboyants, et déclarer sans ambages : \u2014 Cher grand ami, je serai le dernier à vous contredire ! CHAPITRE VI La famille Lanespède était allée, comme chaque année, s'installer dans la ville du Chaville pour la durée des vacances de l'ingénieur.Jacques était autorisé à y aller tous les jours, ce dont il ne se privait pas.Dès deux heures de l'après-midi, il y arrivait, s'étant fait précéder, le matin, du bouquet traditionnel, le plus souvent de tubéreuses.Mme Davezac l\u2019accompagnait le dimanche pour passer à Chaville la journée entière.Le jeune professeur s'était lié d'amitié avec Kermogal et avec un in- \u2018* Cependant, laissez-moi vous dire qu'on ne rencontre pas toujours celui qui pourrait inspirer et justifier un amour exalté.Parfois même, on ne le rencontre que trop tard, acheva Hervé, en sondant, de ses yeux bleus, les yeux sombres de Christiane.Elle parut une seconde se troubler sous ce regard si franc.Pourtant : \u2014 Mais c'est pourquoi, afin de ne pas risquer cela, je préfère attendre de l'avoir trouvé, répliqua-t-elle résolument.Un moment, Hervé la considéra, pensif.Il sembla prêt à répondre directement à ces derniers mots.Puis, secouant la tête, comme le jugeant inutile, il dit : \u2014 Passons.Et il reprit gravement : \u2014 Je voulais aussi vous faire observer qu'il est nécessaire à une jeune fille, pour remplir sa mission en ce monde, de se créer un foyer, de fonder une famille.Il est, du reste, pénible et dangereux, pour une femme, de rester seule.Les parents, selon l'ordre de la nature, sont destinés à disparaître avant les enfants.\u2014 Oui, mais il faut bien que l'un d'eux reste, pour les consoler du départ des autres, et veiller sur leur vieillesse.LA REVUE POPULAIRE \u2014 Qu'\u2019à cela ne tienne, fit Hervé de Kermogal avec'simplicité.Si vous consentiez à devenir ma femmie, nous ne les quitterions jamais.Emue, elle contempla un moment ce visage si noble, où transparaissaient la beauté et la bonté de cette âme chevaleresque.: Un combat se livrait en elle.Mais elle avait vingt ans, et, sous son apparente froideur, un cœur ardent palpitait dans son sein virginal.\u2014 Hervé, dit-elle enfin, dominant son émotion, je souffre de vous décevoir.Mais, tant que mon cœur n'aura pas battu, je ne me déciderai pas à me marier.* D'ailleurs, d'ici deux ans, j'ai le temps ! acheva-t-elle en essayant de plaisanter.\u2014 Oui, convint-il d'un ton résigné.Aussi, ne vous pressé-je pas de consentir, tout de suite, à m'épouser.Je ne vous demande pas de m'aimer\u2026 d'amour.mais de vous laisser aimer.Je vous supplie seulement, si d'ici deux ans votre cœur n'a pas parlé, si vous n'avez pas rencontré votre idéal, ou que \u2014 ici sa voix s'assourdit \u2014 l'ayant trouvé, il ne soit plus libre.A ces mots, Christiane devint pourpre, et, sans pouvoir prononcer une parole, eut un geste de protestation, que Kermogal parut ne pas voir.en continuant : \u201cd'accepter, à ce moment-là, mon nom et mon amour indéfectible.\u201cJe vous aime depuis toujours et à jamais, Christiane, avec ferveur, mais humblement, comme il convient à mon âge.\u201cEst-ce promis, ma petite enfant?Même dans l'hypothèse où elle aurait regretté de ne pouvoir en épouser un autre, il était prêt à lui donner son nom, à la protéger dans la vie ! Christiane se sentit submergée, écrasée par cette grandeur d'âme, par la générosité d'un tel amour.Ét ce fut des larmes plein les yeux qu'elle répondit gravement, la voix oppressée : \u2014 Oui, Hervé, c'est promis.Si la vie ne répond pas à mes espoirs de jeune fille, et si, ajouta-t-elle avec un triste sourire, désabusée déjà, je dois renoncer au grand amour dont nous révons toutes, je me réfugierai dans votre affection si noble, si généreuse.Et vous pourrez alors être certain d'avoir en moi une compagne sûre, affectionnée et dévouée.\u2018Mais je n'irai à vous que lorsque je pourrai vous consacrer un Cœur apaisé et digne de vous.Hervé de Kermogal courba vers elle sa haute taille, prit les deux mains qu'elle lui tendait et les baisa dévotieusement, en murmurant : \u2014 Merci, ma petite sainte.Nous voilà fixés tous les deux, l'un sur l'autre.Je suis maintenant plus tranquille.Advienne que pourra! Pour moi, votre bonheur avant tout.Non loin de la, dans le bois, une scène bien différente se passait.Jacques et Renée, qui venait de le rejoindre, suivaient un sentier broussailleux, se perdant sous les futaies.Et Jacques questionnait : \u2014 Quel est donc ce grand jéune homme brun, que j'ai aperçu, de loin, vous enlevant à bout de bras pour vous faire sauter le perron, et vous embrassant.Dieu me pardonne ! tandis que vous riiez aux éclats, en vous laissant faire avec complaisance ?Et elle, coquette, re répondre : \u2014 Comment ! Jaloux déjà ?Quel Othello ! \u2014 On le serait à moins ! Je me demande comment il a osé. nb As\" Janvier 1937 \u2014 Mais c'est Philippe ! s'exclama- t-elle.Philippe Lanespède, mon cousin germain, attaché d'ambassade.\u201cÎl vient de nous arriver.Vous n'aller pas vous offusquer de le voir m'embrasser, après une longue absence, je suppose ?C'est tout naturel.Un cousin, c'est comme un frère.\u2014 Pas tout à fait.Mais enfin.Autant qu'il m'a paru, de si loin, il est jeune et \u2018porte beau\u2019, comme on dit.\u2014 Oui.de ceux qui n'ont que ce qu'on nomme de la prestance, sans avoir la réelle beauté des traits.Mais Philippe l'a aussi cette beauté-là.Et souriant avec coquetterie : \u2014 Il tient de famille, n'est-ce pas ?\u2014 A qui le dites-vous?soupira Jacques, avec mélancolie, et sans répondre à son sourire.\u2014 Oh! plaisanta la jeune fille, le auvre martyr! Il est au supplice ! a mariée serait-elle trop belle, par hasard ?\u2014 Non.Elle l'est au suprême degré.Toutefois, on l'est jamais trop.eulement .Il s'arrêta, hésitant.\u2014 Seulement ?répéta Renée.\u2014 Seulement, elle en use, et même, en abuse un peu, parfois \u2014 je l'ai eu vite remarqué \u2014 pour tourner la tête aux malheureux \u201c pékins \u2019 qui gravitent dans son orbe.\u2014Oh?si on peut dire! protesta Renée, sans paraître fâchée.Non, vilain merle! Elle désire plaire à tous, pour être aimée davantage par celui qu\u2019elle a choisi entre tous, préféré à tous.Mais, elle ne vise qu'à cela.Jacques parut touché.Prenant la main fluette de Renée, il y mit un baiser fervent, en disant : \u2014 Merci, ma Renée.Vous me torturez souvent, et, je le comprends, sans même vous en douter.Mais, dès que vous voyez votre pauvre merle inquiet, vous ne demandez qu'à le rassurer.Et vous n'y avez pas de peine .Pourtant, en dépit de l'apaisement qu'exprimaient ces derniers mots, il questionna : \u2014 Et.il est ici pour longtemps, votre cousin ?\u2014 Mais, il est reparti aussitôt ! C'est pourquoi, comme vous n'étiez Pas là, on ne vous l'a pas présenté.4 \u2014A h! bon, fit le jeune homme, avec un soupir ailégé.\u2014Mais, continua Renée, il va revenir demain, pour nous amener son neveu, le petit Roger 'Arfons, orphelin de ma cousine, sœur de Philippe, mort avec son mari, au cours d'une promenade de canoë, en Méditerranée.\u2014 Ah! fit encore Jacques, sur un ton déçu, cette fois.Et.il restera longtemps?\u2014 Cette année, un mois à peu près.En principe, il a toujours sa chambre chez nous pendant ses séjours en France.Mais, d'habitude, il n\u2019en use guère.L'an prochain, il résidera à Paris, une année de moins.Et, pour dissiper le nuage qui assombrissait de nouveau le visage de son fiancé, elle expliqua : \u2014 Mon oncle, Jean, son père, est résident à Madagascar.Veuf, il a emmené, là-bas, son personnel domestique.N'ayant plus de foyer ici, Philippe, pendant ses séjours en France, a sa chambre chez nous, à Paris comme ici.\u2018\u201c Mais, je vous l'ai dit, il n'en profite guère.Encore ici, l'été, pour \u2018se mettre au vert \u201d, dit-il.* Mais, l'hiver, à Paris, avec la vie mondaine qu'il mène, on ne le voit pas souvent.\u2014 Autrement dit, il mène la vie à grandes guides ?\u2014 Oui, dans le monde, et même dans le demi-monde, fit Renée, avec un sourire entendu.* Mais, tout au moins pour ce dernier, cela n'aura qu'un temps.Très coté dans la \u201c carrière \u2019, Philippe sera, quelque jour, ambassadeur.Vous le voyez, vous serez bien apparenté.\u2014 Oh! moi, répondit, un peu choqué, Jacques Issargarry, en redessant sa taille svelte, je ne suis que le fils d'un simple instituteur.Je suis, et prétends n'être que le fils de mes œuvres.\u2014 En dépit de la feinte humilité de vos premiers mots, il me semble qu'il y a beaucoup d'orgueil dans les derniers.\u2014 Je dédaigne les vanités mondaines.À tout prende, je préfère encore l'orgueil, lorsque, comme dans mon cas, il se mue en dignité.\u201cJe n'ai pas, Renée, d'ambition pour moi-même, Je ne vise à mieux que pour rendre plus heureuse et plus fière celle que j'aime.\u2014 Pardon, Jacques, murmura Renée, touchée par cet hommage et par l'espoir ambitieux qu'il éveillait en elle, pardon, vous valez mieux que moi.* Christiane avait raison en disant que j'avais bien choisi ! Puis, sans laisser à son fiancé le temps de savourer la douce joie que lui versaient ces paroles, passant à un autre sujet, avec la vivacité de ison esprit primesautier, elle s'écria : \u2014 Ah! je voudrais être à demain ! Il me tarde de vous faire connaître notre petit Roger.Il vit aussi souvent chez nous que chez votre grand\u2019 mère paternelle, Mme d'Arfons.C'est un amour ?Vous verrez, vous allez l'aimer tout plein.\u2014 J'en suis certain, assura Jacques.Tout ce que vous aimez m'est cher.\u2014 Excepté les cousins, quand ils ne sont ni bancals, ni bossus ! lança- t-elle, en un rire cristallin, si communicatif que le jeune professeur lui répondit en riant aussi : \u2014 Taquine ! Nous parlions donc du petit Roger .\u2014 Et celui-là n\u2019est pas encore dangereux, n'est-ce pas! Ils ne se doutaient, ni l'un ni l'autre, de l'influence que ce délicieux enfant aurait, un jour, sur leur destinée.CHAPITRE VII Les fiançailles de Renée et de Jacques avaient été célébrées.Seuls y furent conviés les parents présents à Paris, dont Philippe, les intimes, anciens, de la famille et les amis et amies de Christiane et, surtout, de Renée.C'en était assez pour que ces fiançailles fussent officielles et, par ricochet, connues dans le cercle le plus élargi des simples relations des La- nespède.Tout avait été à la joie, ce jour- là; Renée, resplendissante de beauté, s'était montrée étourdissante d'esprit et d'entrain, pleine de gentillesse pour chacun.Et Jacques rayonnait de bonheur.Mais depuis?: Chaque dimanche apportait son afflux de jeunes gens et de jeune filles, tous plus gais les uns que les autres, aimant la danse et le flirt, et ne s\u2019en privant pas ! Seule, Christiane restait dans sa tour d'ivoire, aimable avec tous, amicale pour quelques-uns, mais toujours grave et résevée, selon sa coutume.Cette ambiance de jeunesse frivole.où Renée évoluait, comme le poisson dans l\u2019eau, ne plaisait qu'à demi au sérieux professeur, jeune et gai, pourtant, lui aussi.Mais tant d'exu- 23 Méthode Ultra-Rapide pour Soulager les Douleurs et le Mal de Gorge Causés par le Rhume 2 Gargarisez-vous bien \u2014 rejetez la tête de en Arrière pour qu\u2019un peu de la solution baigne intégralement la gorge.1 Ecrasez et faites fondre 3 comprimés e d\u2019Aspirine dans le !4 d'un verre d\u2019eau.Gargarisez-vous de nouveau, sans vous rincer la bouche.Le contact prolongé de la solution et des membranes de la gorge est indiqué.Voici comment on se gargarise avec de l'ASPIRINE Tout probablement, vous n'avez jamais essayé de méthode plus remarquable pour soulager la douloureuse irritation d'un mal de gorge causé par un rhume.Ecrasez et faites fondre trois comprimés d'ASFIRINE dans le tiers d'un verre d'eau.Puis, gargarisez- vous deux fois avec cette solution, la tête bien rejetée en arrière.Ce gargarisme médicamenteux agira presque comme un anesthésique local sur la muqueuse irritée et douloureuse de la gorge.La douleur cesse presque immédiatement \u2014 l'irritation est calmée.Exigez l\u2019 \u201cASPIRIN\u201d Innombrables sont les personnes qui ont soulagé un mal de gorge de cette façon-là.Nous sommes certains que votre médecin est de notre avis.Et vous constaterez que c'est tout bonnement merveilleux.Les comprimés d'Aspirine sont préparés au Canada.Le mot \u2018\u2019Aspirin\u2019 est la marque déposée de la Bayer Company, Limited, de Windsor, Ontario.Exigez, en forme de croix sur chaque comprimé, les lettres du nom \u201cBayer\u201d.MARQUE DÉPOSÉE Offre Spéciale d'Abonnement $2.00 au lieu de $3.00 pour permettre à tout le monde de lire La Revue Populaire.Ci-joint $2.00 pour un abonnement de deux ans à LA REVUE POPULAIRE.(Conditions spéciales: $2.00 au lieu de $3.00, pour le Canada seulement.) 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L'une toute en surface.l'autre en profondeur.Quand vint son tour, de sa belle voix de baryton, il chanta la sérénade du Passant.Philippe, baryton aussi, accompagnée par une invitée, choisit la romance d'un opéra comique bien connu : Etre ému jusqu'au fond de l\u2019âme, etc, etc.Sous le regard de deux grands yeux, Il chanta avec expression, un peu trop, même, en finissant et regardant ostensiblement Renée.Si c\u2019est là ce qu\u2019on appelle aimer, Eh bien ! oui, j'aime, j'aime, et suis heureux [d'aimer .Et la folle et ambiteuse enfant se demandait : \u2014 Est-ce que, vraiment, cela s'adresse bien à moi ?Est-ce que, si je ne m'étais pas tant pressée, je n'aurais pu être, quelque jour, ambassadrice ?Jacques écoutait, observait tout, le visage sombre, un peu crispé.Un pli soucieux barrait le front de M.Lanespède.Quant à Christiane, elle fixait tantôt Jacques, tantôt Renée, tantôt Philippe, de ses yeux de velours noir, et semblait mal à l'aise.Comme n'y tenant plus, quand son cousin eut fini, et pour tout compliment, elle lui dit, avec un sourire sensiblement railleur.\u2014 À combien as-tu chanté cela, avec tant d'âme, don Juan ?Et lui, vexé : \u2014 Ah! toi, l'inaccessible, tu ne peux pas comprendre .riposta-t-il, en prenant un air penché bien peu dans ses habitudes.Elle eut un léger haussement d'épaules, et, sur son visage de madone, passa une fugitive expression de dédain.Puis, pour faire diversion : \u2014 C'est au tour de Roger, maintenant, dit-elle.Et un bel enfant, blond, qui, assis sur un pouf, se tenait bien sage, dans son coin, se dressa, comme mi par un ressort.S'avançant, sans timidité ni effronterie, jusqu'au milieu du salon, il étendit ses petits bras, ouvrit ses mains mignonnes, dans un geste d'impuissance, et déclara : \u2014 Oh! moi, je ne sais pas encore chanter .Mais je puis vous réciter un vers.De tous les côtés, fusèrent : \u2014 Ah! ah! \u2014 Il est délicieux ?\u2014 Oui! oui! Roger, une fable de La Fontaine.\u2014 Ce n'est pas une fable du monsieur qui a fait la rue de bonne- maman Davezac, expliqua le garçonnet.C'est un vers que je m'ai appris, tout seul, cette semaine pour vous le réciter auojurd'hui.\u2014 Mais c'est très bien d'avoir étudié pour nous faire plaisir ! \u2014 Vas-y de ton vers, petit homme! Jacques, selon les prévisions de Renée, raffolait de ce bambin.Il le prit, le dressa sur !e tabouret du piano, et lui disant : \u2014 Allons ! commence, mon vieux ! Et l'enfant, sans se faire prier, claironna de sa voix argentine : \u2014 La mort des arbres.Christiane, qui cherchait, dans le casier, une partition, tressaillit aux premiers mots, se tourna et fixa sur Roger des yeux effarés.\u2014 Roger ! s'exclama-t-eile.Mais déjà, comme sans l'entendre, il récriait :Is sont tous morts, les chênes fiers, tous arrachés, \u2014 Roger ?répéta Christiane, d'un ton indigné.Le petit bonhomme la regarda en dessous, d'un air têtu, et, ma foi, un peu goguenard, et continua : On n'entend plus de gazouillis dans.Cette fois, Chistiane éclata : \u2014 Roger ! tais-toi ! C'est très mal ce que tu as fait là.\u2014 Mais non! Mais non! l\u2019un.\u2014 C'est très bien ce qu'il récite ! clama un autre.\u2014 Continue, mon petit ! \u2014 Non ! Tais-toi ! intima Christiane.\u2014 Si, si, continue ! insistèrent tous les invités.s'écria LA REVUE POPULAIRE \u2014 Îl n'y a qu'un \u201cnon\u201d.Tous les autres disent : \u2018 si\u201d.On a voté pour \u201cJe continue, décréta Roger, imperturbable sur son piédestal.\u2014 Recommence, intervint M.La- nespède.Et que personne ne l'interrompe.Et, s'adressant à son petit-neveu : \u2014 À la fin, tu diras le nom de l'auteur.si tu le sais.\u2014 Oh ?oui, je le sais, mon oncle.À preuve : ce n'est pas un auteur, c\u2019est une auteuse.M.Lanespède, qui s'en doutait un peu, dit, avec bonne humeur, au milieu des rires : \u2014 Eh bien! va pour une auteuse.Mais à la fin seulement.Christiane s'était laissé tomber sur un siège, comme résignée, mais l'air quelque peu contrarié.Et Roger recommença, en prenant vraiment le ton, avec les gestes qu'il fallait : LA MORT DES ARBRES Ils sont tous morts, les chênes fiers tous [arrachés; On n'entend plus de gazouillis dans leur ; [ramure.Les oiselets n\u2019ont plus leurs nids, là-haut ; Iperchés: Ce disant, il levait le bras vers le plafond, et rabaissait ensuite sa petite mains vers le tapis, pour finir : La brise seule, au ras des blés, tout bas [murmure Une pause : Ils gisent, abattus, et leurs faites penchés Ne se mireront plus, source, dans ton eau pure.Mais leurs troncs [desséchés Feront, pour leur bourreau, la dernière vêture.Pour eux, tout est fini.L'homme les a frappés, dans sa folle étrange.Or, de son fils ingrat, la Nature se venge.Et vous serez vengés, 6 grands arbres si beaux.Les flots dévasteront les foyers et les granges: Ils emporteront tout, les vieillards et les anges, Et poursuivront les morts jusque dans leurs [tombeaux * Des applaudissements crépitèrent de toutes parts.\u2014 L'auteur! On demande le nom de l'auteur ! \u2014 Ce petit sera un Talma! un Mounet-Sully ! \u2014 Mais ils sont superbes ces vers | De qui donc ?L'auteur ! Ke nom de l'auteur ! .Roger, coulant un regard craintiY et pourtant triomphant vers Christiane, annonça cependant résolument : \u2014 Auteuse : tata Christiane.\u2014 Bravo ! pour Christiane ?\u2014 Hourra ! pour Roger ! Philippe, ébaudi, ne disait rien, mais considérait sa cousine, presque effondrée dans son fauteuil, de l'air intrigué d'une poule trouvant, sur l'aire, une perle en place d'un grain de mil.Jacques, bouleversé par cette révélation d'un talent réel et insoupçonné, et d'une âme aussi tendre que forte, admirait, de loin, cette jeune fille au caractère si fier et en même temps si modeste qu'elle paraissait au supplice de l'attention générale fixée sur elle.Et si belle aussi, et si peu vaine de sa beauté qu'elle semblait l'ignorer.( \u2014 Mais c'est un être d'élite ! pen- sait-il, la compagne sûre que tout homme cherche.et qu'il trouve si rarément ! \u2018Et je ne l'ai pas remarquée, comprise du premier coup! Aveugle que j'étais ! Mais c'eiit été déja trop tard ! * Ah! il faut, au moins, que je lui dise combien je l'admire ?Lentement, il se rapprocha du fauteuil de Christiane, au moment où, après avoir embrassé sa fille, M.La- nespède lui disait : \u2014 Îl est bien, très bien, ce sonnet, mon enfant.À part que, pour être janvier 1937 régulier, taut à fait classique, il pèche par un détail : ton premier tiercet devrait commencer par une rime masculine, puisque ton second quatrain finit sur une rime méminine .\u2014 Eh! père, je le sais bien ! Mais je ne me résigne pas à sacrifier la pensée à la forme.Et pour que ma pensée pût se dégager librement, nettement, il me fallait, cette fois, pour mot de la fin, le tranchant du mot masculin.le plus définitif, celui-là.\u2018En outre, je n'avais pas écrit ce sonnet pour qu'il soit publié.Ce disant, Christiane jetait un regard réprobateur du côté de Roger qui, paraissant très affairé ailleurs, l'observait, pourtant, sans oser s'approcher d'elle.M.Lanespède, suivant le regard de sa fille, se mit à rire.\u2014 Oui, oui, je vois bien .le gaillard ne perd rien pour attendre! Et pourtant, aprés tout, il a bien fait! Pourquoi vouloir te cacher de cela comme d'une tare?\u2018Je suis très fier de ton talent, moi.Et il y a de quoi ! Ce n'est pas, non plus, aujourd'hui, que Kermogal me contredira, acheva-t-il, avec malice, en désignant, d'un geste discret, Hervé qui, de loin, contemplait avec ferveur sa chère Christiane.La jeune fille rougit à ce rappel du coup d'audace imprévu de Kermo- gal, lors de la demande en mariage de Renée par Jacques.Que répondre, puisqu'elle voulait tenir caché, jusquau bout, son accord.sous condition, avec Hervé?Heureusement que Jacques s'écriait, au même instant, répondant à M.Lanespède : \u2014 Ni moi non plus ! Puis, s'adressant à Christiane : \u2014 Mademoiselle, prononça-t-il avec émotion, laissez-moi vous dire toute mon admiration.Vous êtes vraiment poète.Il est certain qu'il faut aimer la nature et les arbres pour en écrire ainsi.\u2018Or, j'adore la nature, moi, Pyrénéen; je vénère ,oui, je vénère les arbres, ces amis de mon enfance.Je sens, de plus en plus, que nous nous entendrons très bien et que vous serez pour moi la.sœur idéale que j'ai tant regretté de ne pas avoir.\u2014 Bien pensé et bien dit ! mon ami.fit M.Lanespède, en s'éloignant, satisfait de cet hommage qu'il jugeait mérité.Fait étrange, Christiane ne rougit pas.elle si modeste, sous ces éloges, mais devint plus pâle que jamais, en répondant : \u2014 Je suis confuse de la trop bonne opinion que vous avez de moi.Je suis, pourtant, aussi, très heureuse, car votre goût de la poésie et votre compréhension de la nature me prouvent, de mieux en mieux, que ma sœur a bien choisi.Hélas ! à ce moment-là, Renée ca- - quetait encore avec Philippe ! Jacques jeta un coup d'œil de leur côté, puis plongea un regard désenchanté dans les yeux de Christiane qui, cette fois, rougit en voyant le sourire amer crispant les lèvres de Jacques Isargarry.\u2014 Oh?la folle! la folle! pensa Christiane.Elle finira par détacher d'elle cet être d'élite ! Elle ne l'aime donc pas ! Et pourtant, il est, moralement, à cent coudées au-dessus de Philippe, et mille fois plus beau que lui ! CHAPITRE VIII Oui, il s'en détachait, peu à peu, sans s'en douter.Ce n'était pas un jaloux de nature, que ce loyal garçon qui ne pouvait concevoir la trahison dont il n'eût pas été capable, ni l'étalage de sentiments qu'il n'eût pas éprouvés.Il fallait que de petits faits, trop souvent répétés, des piqûres acérées, presque intraduisibles, le harcelassent, comme les banderilles excitent le taureau, pour que cet être, sincère et confiant, en vint à douter sérieusement de l'affection qu'on lui avait, après tout, déclarée, alors qu'en la souhaitant il n'osait l'espérer.Et ce qui confirmait ses alarmes et ses rancœurs, et lui rendait plus tangible la légèreté de Renée, c'était l'opposition de sa nature, vaine, avec celle de Christiane.C'était la compréhension de l'âme filiale de cette sœur, si parfaite, de la folle enfant qu'il s'était pris à aimer, sur les simples apparences d'une beauté physique ne correspondant pas à la beauté morale qu'il recherchait, et qu'il avait cru trouver en elle, qui lui rendait plus sensible encore sa désillusion.Oui, cette Christiane, dont le plus grand désir était le bonheur de sa sœur et de celui qu'elle jugeait, entre tous, digne d'être aimé et heureux, cette belle et discrète Christiane faisait, sans le vouloir, et par ses seuls mérites, mieux ressortir la vanité et l'égoïsme de Renée, le peu de fond qu'on devait faire sur ses sentiments.Et pourtant que n'eût pas donné, sacrifié Christiane, même son cœur, pour assurer le bonheur des deux fiancés ! Cependant, parfois, révoltée par ce que, avec la divination de son cœur aimant, elle comprenait que souffrait Jacques, elle se disait, en pensant à la première rencontre des deux jeunes gens : \u2014 Pourquoi n'est-ce pas moi qui sois allée chez grand'mère ce jour- là ! Il m'eût peut-être aimée .et je ne l'aurais pas déçu, moi ! Mais elle repoussait cette pensée qu'elle jugeait coupable, indigne d'elle, et se la reprochait comme un crime contre l'amour fraternel.Elle se jugeait de tout faire pour ramener sa sœur à une plus juste appréciation de la valeur de son fiancé, et à la fidélité qu\u2019elle devait a cet amour accepté par elle, recherché même, et proclamé avec tant de vivacité dès qu'on avait paru y mettre le plus léger obstacle.Jacques ne demandait, d'ailleurs, qu'à croire encore que, seules, des habitudes invétérées d'innocente coquetterie, dont ne pouvait, d'un seul coup, se défaire Renée, la poussaient à accueillir, et même à rechercher les hommages, les flatteries des uns et des autres.S'ils eussent été plusieurs a parai- tre occuper également cette cervelle d'oiseau, il en eût pris plus aisément son parti, en se disant : \u2014 Quand elle sera à moi.tout à fait, lorsqu'elle se sentira liée par les serments solennels jurés devant l'autel, elle deviendra plus sérieuse, plus réservée, vivant dans un milieu que je choisirai avec soin.Mais il y avait Philippe ! Celui-ci agissant, chez son oncle, comme chez lui, était là à demeure, tranchant de tout, paradant et flirtant presque ouvertement avec Renée sous couleur de cousinage.\u2014 Durant deux ans, loin d'elle, et le sachant là, que ne vais-je pas souffrir, songeait Jacques, puisque je suis encore assez fou pour souffrir par elle ?\u2018Je me suis engagé trop à la légère, sans l'avoir assez étudiée.Mais je dois agir correctement, accepter le fait accompli, tant qu'elle ne m'ayra pas donné de raisons sérieuses pour me dégager, et faire, a cette folle enfant, un tel affront.25 d' ° Hivoment-ib à amaiqQue?ANTILLES © Parce qu'ils croient que la Jamaïque possède toutes les qualités pour un séjour agréable et reposant, ce que viennent de confirmer cinquante-deux médecins célèbres : \u2018Réunis à Kingston, Jamaïque.à l'occasion de la Conférence internationale d'hygiène, nous désirons exprimer notre grande satisfaction pour la salubrité de cette ile.Avec une température moyenne de 80 degrés Fahrenheit (au niveau de la mer), une brise fraîche qui tout le jour souffle du large, la grande variété de ses fleurs et de ses fruits tropicaux, l\u2019Île de la Jamaïque nous a paru des plus hygiéniques et des plus reposantes, \u201d Pour brochurettes et renseigrements, consultez votre agent de voyages ou écrivez à : Dépt R /P.CANADIAN WEST INDIAN LEAGUE Immeuble Sun Life, Montréal Dépt R /P, TOURIST TRADE DEVELOPMENT BOARD Kingston, Jamaique MARQUE DE FABRIQUE DEPOSEE LES GENERAT 26 Et puis, elle était si jolie et si amicale avec lui, après chaque petite incartade, quand elle comprenait qu'elle était peut-être allée trop loin, qu'un de ses sourires un peu repentant effaçait tout et que le jeune homme se reprenait encore à croire à son amour.Les choses en étaient là, lorsque, un après-midi, en arrivant à la villa, à deux heures, avec Mme Davezac, qui avait l'intention de passer quelques jours chez sa fille, Jacques ne trouva point Renée à Chaville.Elle était, lui dit-on, partie aussitôt après le déjeuner de midi, auquel n'assistait pas Philippe.Il n'était pas rentré, depuis la veille au soir, où il avait pris le train à six heures, et ayant, avait-il dit, affaire à Paris.Mme Lanespède parut étonnée de ne point voir arriver sa fille avec Mme Davezac, car Renée avait annoncé qu'elle avait à faire des emplettes au \u2018\u2019 Bon Marché \", et qu'elle passerait d'abord chez sa grand'mère pour lui demander de l'accompagner.Jacques fut d'autant plus surpris, et, il va sans dire, choqué de cette subite nécessité d'aller faire des achats à Paris, qu'il avait été entendu, la veille, entre lui et Renée, qu'ils iraient, tous les deux, en plein bois, jusqu'à l'Etoile du Pavé de Meudon, non loin d'un point de vue qu'elle voulait lui faire admirer.Ils devaient, pour rejoindre le Pavé du Roi, où passaient autrefois les carrosses de Louis XIV pour aller à Versailles, prendre un chemin ombragé que Jacques affectionnait tout particulièrement, et qu'ils suivaient.de préférencé, quand ils se promenaient tous les deux seuls.Ce chemin passe devant un petit cimetière, blotti sous les grands arbres, et où il semble que ceux qui y dorment doivent reposer dans une paix plus profonde, loin des bruits de ce monde et, surtout, de ceux de Paris.\u2014 Les braves et simples gens qui sommeillent là, pour l'éternité, pensait Jacques, en poète qu'il était, n'entendent que la rumeur du vent dans les futaies et le chant des oiseaux qui s'égosillent alentour.Et l'ombre, qui n'existe plus pour eux, leur apporte la douceur de la voix des rossignols énamourés, jetant, par les nuits claires baignées de lune, leurs émouvants trilles en l'honneur de leurs compagnes qui se taisent.\u2014 Ah! avait-il, une fois.laissé échapper devant Renée, en passant parce lieu sauvage et délicieux.Ah ! que je voudrais, un jour, pouvoir reposer là ! Et Renée, peu sensible à ce qui n'était pas la vie, les jouissances matérielles, le mouvement, s'était récriée, en riant : \u2014 Pardon! pardon! Vivre d\u2019abord! On a toujours le temps d'en arriver là Et même d'y penser Et, sans se douter qu'elle disait si vrai : \u2014 Quel romantique ! Vous iriez bien avec Christiane! On peut vous mettre dans le même panier ?\u201cEt voilà un autre rabat-joie ! avait-elle ajouté.Que voulez-vous ?Je suis jeune, je suis gaie, moi.Et j'aime mieux me sentir .bien vivante, en passant devant ce lugubre enclos.uis, souriant de toutes ses dents, mignonnes et si blanches, elle avait achevé : \u2019 \u2014 Faudrait-il être morte, pour mieux vous plaire ?\u2014 Oh! voyons, Renée ! s'était-il écrié.\u201cMais il n'a rien de lugubre cet enclos \u201d, et vous en convenez vous- même, en le nommant ainsi, parce qu'il ne suggère pas l'idée d'un cimetière.\u201cC\u2019est parce qu'il s'en dégage une impression de paix infinie qu'il donne envie de le choisir pour le moment inéluctable où chacun de nous - pourra enfin déposer le fardeau des fatigues et des peines de la vie.\u2014 Taratata! \u2018ma guenille m'est chère \u2019! Et je tiers à la conserver, même en portant plusieurs kilos de peines, le plus longtemps possible ! \u2014 Ce n'est pas moi qui dirai le contraire, surtout à votre sujet ! J'espère bien que nous pourrons célébrer nos noces d'or, voire de diamant.\u201c N'empéche que, loin du tourbillon de Paris, il est charmant, ce coin de terre où viennent aboutir toutes les passions, toutes les joies et toutes les douleurs.\u201c Pardonnez-moi, non de l'avoir ressenti, mais de l'avoir pensé tout haut devant vous.\u2014 Charmant ?.Charmant! \u2018Très peu pour moi! Je préfère la somptueuse entrée du Père-Lachaise; c'est plus confortable.Ce disant, elle s'était ébrouée, secouant ses épaulés.où passait un frisson, et avait haté le pas, tandis que Jacques, la suivant, fixait sur elle un regard désabusé.- \u2014 Décidément, elle n'a aucune compréhension de la Nature ni des choses, s'était-il dit.Mais il avait suffi d'un doux regard, d'un sourire, d'un mot câlin, pour lui faire encoré oublier cette désillusion.Pourtant, ce jour-là, en ne la trouvant pas à Chaville, et en voyant avec quel sans-gêne elle l'avait laissé tomber, il fut profondément froissé et chagrin.Il errait comme une âme en peine et résolut, en attendant, d'aller prendre un livre à la bibliothèque.Il y trouva Christiane, donnant une leçon à Roger.\u2014 Ainsi, expliquait-elle, quand on dit : \u201c Etes-vous le père de cet enfant 7\u201d il faut répondre : \u201cJe le suis \u2019.Et quand on vous demande : \u201cEtes-vous la mère de cet enfant ?\", il faut répondre : \u2018Je la suis \".\u2014 Tiens, c'est étonnant ?fit Roger, pensif.C'est bien ça qu'il y a dans le livre ?Bien sûr ?\u2014 Mais oui.\u2014 Eh bien, moi je n'aurais \u2018pas répondu comme ça.\u2014 Par exemple ! Voyez-vous ça! Monsieur veut réformer la grammaire! \u2014 Et comment aurais-tu répondu ?intervint Jacques, qui en oubliait, un instant, sa rancœur.\u2014 Oh! c'est simple.J'aurais dit : Oui, Monsieur ! si j'avais été la maman du petit garçon; et : Non, Monsieur ! si je ne l'avais pas été.Jacques et Christiane partirent d'un éclat de rire, ce que voyant, le petit bonhomme en profita pour demander : \u2014 Je puis aller m'amuser dans le jardin, maintenant ?\u2014 Oui, oui, va, mon petit, répondit la jeune fille, qui pensait : \u2014 ll l'a bien mérité ! .C'est trop joli! HI a réussi à faire rire Jacques qui n'en avait guère envie.L'enfant parti, Jacques, assis dans un fauteuil, avait posé son front sur sa main.Il semblait méditer, d'un air soucieux, sans jeter un coup d'œil sur le livre ouvert devant lui.Puis, soudain, s'adressant à Christiane, qui l'observait, un peu tristement : \u2014 Renée vous a-t-elle dit quand elle rentrerait ?\u2014 Non.Je n'ai su qu'elle allait à Paris que lorsqu'elle était déjà partie.\u2014 Avouez, dit Jacques, d'un ton mécontent, que cette subite idée, ce pressant besoin d'achats à faire, c'est assez étrange !.Surtout après avoir convenu, avec moi, que nous irons faire, aujourd'hui, tous les deux} une longue promenade dans le bois.\u201cIl n'est pas trop visible que je compte bien peu pour elle, puisqu'elle me traite avec tant de désinvolture ?Pendant qu'il exhalait ainsi sa ran- cœur, Christiane était devenue pourpre, puis toute pâle.\u2014 Ne lui en veuillez pas, dit-elle, enfin.Elle est primesautière, capricieuse, même; j'en conviens.Mais, au fond de ses caprices se trouve, presque toujours, un bon sentiment.C'est peut-être en pensant à vous qu'elle a, soudain, décidé d'aller à Paris.: \u2014 Si elle avait, le moins du monde, pensé à moi, elle n'aurait pas oublié ce qui était entendu, dont je me faisais une fête, et que je me morfondrais à l'attendre .Non, il y a du Philippe là-dessous ! \u2014 Philippe ! s'exclama, peut-être pas tout à fait sincèrement, Christiane.Mais il est allé, hier soir, à Paris, dès votre départ.Il a dû passer son temps en bonne .ou mauvaise compagnie, et n'est méme pas rentré pour le repas de midi \u2014 Raison de plus ! éclata Jacques.Rien ne me dit qu'il ne l'attendait pas, puisqu'elle n'est pas venue rue La Fontaine, où elle avait dit, à Mme La- nespède, vouloir venir chercher Mme Davezac, pour faire ses courses avec elle.Christiane baissait la tête, sous ce raisonnement auquel elle ne savait qu'objecter.Et il reprit : \u2014 Mon amie, \u2014 permettez que je vous nomme ainsi, car, je le sens, vous êtes une amie pour moi \u2014 je ne puis me retenir de vous dire combien la façon d'agir de votre cousin me paraît de plus en plus incorrecte.Sous prétexte de cousinage, il prend, vis-à-vis de Renée, des attitudes que.le moins pointilleux des fiancés jugerait déplacées.\u2014 Mais.mais, protesta Christiane, un cousin germain, c'est comme un frère.Il est, depuis toujours, libre avec nous.et ne se doute seulement pas que cela vous offusque .au sujet de Renée.\u2014 Oui, elle m'a déjà servi cela, répliqua Jacques, qui se montait, sourdement, de plus en plus.Cependant, il n'est pas le même avec vous qu'avec Renée .Un exemple: Il ne se donne pas la peine de vous tourner les pages, quand vous êtes au piano, comme il le fait pour Renée.Christiane, à ces mots, eut un sourire indéfinissable.Puis, après un silence, et comme prenant, avec courage, un parti : \u2014 Dites plutôt qu'il ne me les tourne plus, scanda-t-elle, en appuyant sur le dernier mott, sur un sursaut de Jacques : \u2014 Vous me parlez comme à une sœur .et je vous réponds comme à un frère.\u201cTant que Philippe a pu me croire engagée envers M.de Kermogal, il m'a courtisée, comme il courtise toutes celles qui.ne sont pas libres.Quand il a compris que je tenais à garder, encore, ma liberté, il ne s'est plus occupé de moi, qui n'avais pas l'air de remarquer ses assiduités, pas même de m'en douter.\u201cTant que Renée n'a pas été fiancée, ses manières envers elle n'ont pas dépassé les bornes d'une cama- LA REVUE POPULAIRE raderie fraternelle.À présent qu'il la sait engagée, il change de façon d'être .Ce qui n\u2019a pas plus d'importance pour Renée que cela n'en avait pour moi.Car elle n'est pas sotte, notre Renée.\u2014 Certes! Mais elle semble se complaire un peu trop à ses marivaudages .\u2014 Peut-être, car ça l'amuse.Mais, si vous l'aviez, comme moi, entendu déclarer, à nos parents, qu'elle n'en épouserait jamais un autre que vous, vous ne vous tourmenteriez pas autant, Jacques.\u2014 Tout ce que je sais, Christiane, ce dont je suis certain, c'est que vous êtes la meilleure des sœurs pour.Renée, la plus sûre amie pour moi.!l suffit de vous approcher, un moment.pour que l'esprit le plus tourmenté, le cœur le plus rugeux se sente apaisé.Jacques disait cela d'une voix attendrie.Son beau visage contracté s'était détendu dans un sourire rasséréné.Mais, soudain, ses traits se crispèrent de nouveau, ses yeux noirs étincelèrent, et, montrant du doigt le jardin, il s'exclama : .\u2014 Oh! voyez! mais voyez donc ! Ils s'étaient bien donné rendez-vous, puisqu'ils reviennent ensemble ! Et, pour comble, ils ont osé cela, me le faire comprendre ! ; En effet, Philippe et Renée, alertes, souriants, traversaient la pelouse et entraient dans la villa.Et Christiane, désolée de cette inconséquence de sa sœur, courbait le front, comme si elle eût été coupable, ele-même, de la nouvelle avanie infligée au fiancée de Renée.CHAPITRE IX Tout émue à la pensée de ce qui allait se passer, Christiane suivit Jacques, qui, tout bouillant d'indignation, se précipitait vers le salon.Au moment d'y entrer avec lui, elle le retint par le bras.\u2014 Jacques, pria-t-elle, soyez calme.Contenez votre colère, que vous regretteriez ensuite, quand vous saurez mieux à quoi vous en tenir.\u2014 Oh?c'est clair ! Ils se sont moqués de moi, ensemble, en pensant à la tête que je faisais en attendant \u2018Renée sous l'orme ! \u2014 Non! ne vous imaginez pas cela! Si vous croyez à ma bonne amitié et si vous en avez un peu pour moi, écoutez les explications avant de dire un mot.Il fit un effort pour se dominer et dit : \u2014 Vous serez obéie.Ils entrèrent au moment où Renée disait gaiement, en montrant Philippe : \u2014 Voilà un mauvais sujet que je vous ramène.Nous ne risquions pas de le voir arriver pour déjeuner.Savez-vous où je l'ai trouvé ?\u2014 Quand tu nous l'auras dit, fit M.Lanespède, d'un ton rien moins que satisfait.Sans paraître s'en émouvoir, Renée continua : \u2014 Comme je sortais de chez Ra- quin, le couturier de la rue Royale, où j'étais allée avant de me rendre rue La Fontaine, ne voulant pas entraîner bonne-maman dans ce quartier, qu'elle n'aime guère, je m'entends appeler : \u201c Renée ! Renée !\u201d Eton- née, je me retourne et j'aperçois notre ambassadeur en herbe, attablé devant un grand restaurant ou il avait déjeuné, en compagnie de Madeleine Rippert, de son frére Jean, et, je vous le donne en mille, du grave M, Edmond Darolles, ami intime du non moins grave.chartiste Hervé de Ker- (Lire la suite page 35) Janvier 1937 LA BRODERIE Un panneau pour dossier , \u2014 exécuté-au - f'Esr-CE das une idée excellente qu un an sans originalité en u jolifllessin de cette garnitur térêt et de couleur \u2014 \u2018acajou clair et une ch l'originale combinaiso u Coton en Brins \u2019 Evidemment, vous pouve de Rouleurs pour les dégr du bel effet d difficile; l'épaisse unelfpetite quanti ure lorsque terminée mesure 25\" x 45\u201d ndes de broderie mesurent 21\u201d x 534\" : La figure 1 montre comment s'y prendre anevas en panneaux.De cette façon, la anneaux de côté, est travaillée comme I, ce qui permet de faire les points d'égale grandeur.a broderie est exécut dessus 4, 8, 12 et 16 brins broderie au bout du pan Continuer à broder c lon | s plan).Emp 27 iller au point de satin par- rins.Travailler la ntre à 234\" du bas et ar des côtés.de côté à 234\" des bords.La monture est composée d'un bâton de cuivre ou de bois reposant sur des consoles en bois ou sur des \u201c fourreaux \u201d de métal.Avec les deux pommes vissées qui le terminent le plus souvent, il doit mesurer environ dix pouces de plus que l'embrasure de la fenêtre.Aux deux extrémités et généralement POUR FINIR LES ler le tissu à l'envers sur de pouce dans l'épaisseur du bois, sont disposées, d'un côté, deux poulies verticales; et finir le bord Crochet avec du brun (voir figure 3).de l'autre, une poulie horizontale, destinées toutes trois au jeu du cordon de CROCHET : Féffre * 1 d.b.par-dessW le bord roulé (à peu près largeur tirage.On mettra les deux poulies du côté où l'on voudra tirer le cordon.de 6 fils du tisflis) sauter 3 fils, 1 d.h\\par-dessus 9 fils du tissu, Rd.b.par- Le cordon de tirage doit avoir en longueur deux fois la hauteur du rideau, dessus le bordfroulé, 2 p.de ch., saut&N6 fils, répéter depuis * t le tour.plus deux fois la longueur du bâteau, plus 20 pouces environ pour faire le Faire 3 d.b.@n mordant chaque fois aÿmême endroit, par-dessffs le bord nœud d'attache des deux bouts du cordon.roulé, pour fffrmer les coins.Enfiler les anneaux des rideaux sur le bâton, en disposant les rideaux POUR FINI LE DOSSIER DU CANAPÉ : Réunirage panneaux dag®té à celui du comme s'ils étaient fermés, et faire cheminer le cordon comme suit : centre en sugletant ensemble le bord des dente a Passer le cordon dans la poulie verticale arrière, le passer ensuite dans les ABRÉVIATIENS : p.de ch.point de chainette; d.b.double bride.anneaux du rideau de droite; faire un nœud avec le cordon de l'anneau de tête : du rideau de gauche.Continuer en passant le TÉRIEL REqQuis : _ cordon dans les anneaux du rideau de gauche; Cotorgen Brins \u201c Anchor\u201d (295cm) (205cm) entourer la poulie horizontale; revenir en tra- 1500119 D7\"(69c w) versant les anneaux du rideau de gauche.36 écheveaux 8 Acajou; 15 écheveaux 7 Faire un nœud avec le cordon à l'anneau de F.430 Terra-Cotta ium; 34 de verge de < téte du rideau de droite; traverser les anneaux canevas écru (24 fils ouce.) Un crochet N NN | du rideau de droite à enfiler la poulie verticale d'acier à tricoter, Super No 214 anglais ou No 5 a er de Milward, COMMENT POSER LE RIDEAUX AUX FEN La pose des doubles rideaux aux G4 AE est une double opération relativemen pas A -\u2014 em = mm mm a =~ J] avant.Si vos mesures sont bien prises, les deux extrémités du cordon doivent pendre hors des poulies A et B sur deux longueurs sensiblement égales.Faire alors passer une extrémité du cordon autour d\u2019une petite poulie verticale posée sur la plinthe et l'attacher à l'autre extré mité.27' (6905) \u2014\u2014 ENTR N DES PARAPLUIES que tous peuvent faire, en suivant les prescriptions suivantes : D'abord, la monture.L 0 .50° (128 cm) \u2014\u2014 Lorsqu'on arriv mouillé, il vaut mieu au contraire, si la chose est possible, l'ouv le cabinet de toilette ou la salle de bains, ou à dallage quelconque Qi laasmqui en découlera s éponger.Lorsqu\u2019 complétememM™ag fle du parapluie parait Ya eux côtés avec une petite % de thé très folt &t bien sucré; laissez sécher, le che la soie de\\se\\riper, et le tim De même, si vdys soi avec un parapluie le fermer, mais, 1 votre parapluf r sécher la boue avant de 12 très forte toujours asse tiqué su ei yur leur cons CS ne servent \u2014 es ge - ON 28 mm = orn és ea ve .Pe me p> = A A i LE # és & Ly = : ® WE eis i $ ai 1 RES ., Pr: we He pe GE Ts Lr os = 5 \u20ac 5 Ee x i ad x = A 78 # ee Te oi Cy #, asus - y PA 2 4 A 5 Le > x pr = 5e , 3 x %, # oi #2 i 2 Af É 5 8 = £ 2 «7 Ph La $ 5 es x Fo 2e 4 A 2045 st ES de % | = an i 7 a ! La ns, £2 se Es 4; 4 i a Foie Ya, | | LA 3 oe on, ms see i 7 A = 5, wl a, 5 so æ A Gt # pa i LE i TE es i 8 > À i % a £0 5 in \u201c5 Sa 6 2 \u201c = EY 2 2 > 7 * x a Te 2 À 1 No A A D A A4 7 % ® = > 7 a Wi, i VE Ly < x Ss or = i % 3 .À 2 = 5 i ; i 5 \u201ca RÉ iy + 3 2, 2 2 i 4 i 2 ya 2 k k co Cg se N° * cL to, % +A En it he 2 i Zs 7 ii i pe 5 a a A 4 a 74 il i Zz 2 na 2 ed à À du wh \u20ac i we re a 2 5 ih 5 ie i 5 ;; # PE 5 es a 5 5.e 5 2 .75 4 SE se es cas ce i a \u201c 3 .i 4, 2 - x Van 2 ran By = Ly EN 5 2 Ze a 7 der 5 tavoris i meric pe i \u201c pi 11 u de 76 ak SE i N : 5 5 pe \\ Mesdamcs OLr vu, | te of | 7, wb yg y, x 2 \u201d 3 or \u20ac À A; Le = x.# e LA REVUE POPULAIRE LE Janvier 1937 le sucgesseur de & ~ Rudolph I\u201d Valentine ia A ve >, i \u2018 \u2018a 4 .Pl EEN J À .y « f ve } : YL Co SOS N A.ann mE.Loretta Young et Robert Taylor forment le plus beau couple du cinéma américain : c'est l'avis unanime de tous les critiques.Il y a un an, Robert Taylor n'était connu que de quelques personnes qui toutes lui prédisaient un brillant avenir.La gloire est venue plus vite qu'on ne le prévoyait ! Spangler Arlington Brugh \u2014 c'est le nom véritable de Bob Taylor \u2014 est né dans un village du Nebraska, fils d'un modeste médecin.Jusqu'à l'âge de trente ans, son père s'occupait de la vente des céréales.À cause de la santé précaire de sa femme, il décida d'étudier la médecine; la jeune femme suivit avec lui pendant un an les cours de l'école de médecine mais la naissance d'un fils vint interrompre ses études.Avec son diplôme de médecin, Brugh alla s'installer à Frémont, dans le Nebraska, où il se fit rapidement une bonne clientèle.Le futur Robert Taylor avait environ six ans quand toute la famille émigra à Béatrice, une petite ville de 12,000 habitants.C'est là qu'il fit ses premières classes.À la maison, il vivait dans une atmosphère de quiétude et d'harmonie; il y développa ses qualités naturelles de gentilhomme et de travailleur.A l'âge de dix ans, il eut çomme professeur de piano un vieux musicien qui avait parcouru le monde; celui-ci lui conseilla d'apprendre le saxophone.Mais comme les parents n'aimaient pas beaucoup cet instrument bruyant, Arlington fut mis à l'étude du violoncelle; au high school, il remporta un premier prix en jouant Le Cygne, de Saint-Saens.Il venait d'être élu président de sa classe quand il tomba amoureux, pour la première fois; la rupture de cette idylle lui causa beaucoup de chagrin mais son père le consola en le faisant travailler.I voulait que son fils apprit à se suffire à lui-même.Pendant les vacances, il lui trouva un emploi d'assistant comptable dans une banque pour le mettre en contact avec les réalités de la vie.Comme récompense de ses succès au high school, le jeune Brugh reçut de son père une auto, mais avec l'engagement de ne pas dépasser les trente- cinq milles à l'heure; il tint patole.L'année suivante, il entrait au Collège Doane, à quarante milles de Béatrice, où il remporta bientôt tous les honneurs sur la scène, comme acteur et comme chanteur; il ne délaissait pas non plus son cher violoncelle.Ce fut une période critique dans sa vie : excellent orateur, on lui conseillait d'étudier le droit; bon violoncelliste, on voulait le pousser dans la carrière musicale.Il opta pour la médecine.Quand le professeur Gray, son maître de musique, fut envoyé au Pomona College, en Californie, le Dr Brugh offrit à son fils de l'y suivre.Ses compagnons le surnommèrent le \u201c sheik \u201d à cause de sa distinction et de son élégance.C'est au Pomona College qu'il fut remarqué par Oliver Hinsdell, professeur d'art dramatique dans un studio d'Hollywood.L'année scolaire terminée, en juin 1933, il entra à l'école de préparation des artistes de cinéma.Les mois passèrent puis on lui confia un rôle dans Handy Andy, avec Will Rogers.Deux années après, il obtenait un rôle important dans Society Doctor, aux côtés de Chester Morris et de Virginia Bruce.Il entrait dans la Gloire.Depuis un an, Spangler Arlington Brugh, devenu Robert Taylor, a tourné avec les plus grandes vedettes; il est lui-même une grande vedette ! C'est l'ascension incroyablement rapide d'un Américain sérieux, intelligent, fait pour séduire les cœurs romantiques | 29 ROBERT TAYLOR er LORETTA YOUNG Photos M.G.M. LA REVUE POPULAIRE Tous les ensembles reproduit élèves dans les ateliers de l'E4 d'après des créations exclusivai MARIE GAUVREAU, directeuf l'Ecole Technique de Montré Les collaborateurs de M.Gau MM.Jean-Paul Lemieux, con Jacques, pour la création et la pour l'exécution manuelle; De gauche a droite : PETIT B( la province de Québec aved Cuir rouge.Tentures \u2018\u2018 toile de Bianchini-Férier.CABINET DE TRAVAIL MINIE tomne et en \u2018\u2018birnut\u2019\u201d de Garniture de cuir rouge.Scu Smet.CABINET DE TRAVAIL DIRE( tomne et en \u201c birnut \u2019 de la gd vert.patiné.Quincailleries dé CABINET DE TRAVAIL.Bil (merisier teint de la proving queterie est entièrement exéd l'Ecole du Meuble, en merisi Eclairage indirect par des des projecteurs.Garniture de CHAMBRE À COUCHER en moucheté et en plaine ond Québec.La quincaillerie chromé.SALLE À MANGER en érabl de la province de Québec.D Tenture de \u201c satin fluide \" de Bianchini-Férier.Quincail rouge. ici ont été exécutés par les le du Meuble de Montréal, @& sous la direction de JEAN- de cette école, diplômé de Net de l\u2019Ecole Boulle de Paris.au à l\u2019école de Meuble sont : fui artistique; Alphonse Saint- ise au plan; Albéric Gagnon, puis Saint-Jacques, pour la § la sculpture sur bois.! j Mpoir en érable blanc de ppliqués de \u2018 birnut \u201d.die Tournon imprimée pu JRIEL.en cerisier d'au- Mprovince de Québec.{lures sur bois, de Paul RIAL en cerisier d'au- vince de Québec.Cuir dlatives en cuivre rouge.te m pthèque en \u2018 birnut \u201d milide Québec).La mar- lle dans les ateliers de sf cerisier et noyer noires tournés renfermant d@euteuils en cuir crème.ve efable blanc, en érable ne de la province de Mrative est en métal isé et en érable blanc Miles de glaces argentées.\"M\" satin ameublement \" aille décorative en cuivre Photos Studio V.Garcia \u2014 31 2210 \u2014 Robe pour jeune fille, gr.12 à 20.Pour un 14 : 414 v.de 35\u201d, 334 v.de 39\u201d ou 2% v.de 54\u201d.Ceinture de votre choix.20 cents.2167 \u2014 Robe-tunique pour gr.34 à 46.Pour un 38 : 434 v.de 35\u201d, 415 v.de 39\u201d ou 274 v.de 54\u201d.Le haut de la jupe est un tissu à doublure : 134 v.de 35\"-39\", Contrastant : 34 v.de 35\u201d, 34 v.de 39\u201d ou 14 v.de 44\u201d.Dans la même enveloppe, un autre joli patron, mais sans tunique.15c.2208 \u2014 Pour dame ou jeune fille, gr.32 à 42.Pour 38 : 474 v.de 35\u201d, 415 v.de 39\u201d ou 31% v.de 54\u201d.Pour le collet : 14 v.de 35\u201d-39\", L@ v.de 44\u201d ou 114 v.de ruban de 114\".Matériel pour soutenir les manches : L4 v.de crinoline de 27\u201d ou d'organdi de 44\".25 cents.2227 \u2014 Robe d'une belle simplicité, gr.34 à 50.Pour un 40 : 544 v.de 35\", 334 v.de 39\" ou 34 v.de 54\u201d.20 cents.2230 \u2014 Robe amincissante, gr 32 a 42.Pour un 36 : 414 v.de 35\u201d, 324 v.de 39\" ou 23% v.de 54\".20 cents.LA REVUE POPULAIRE Quelques Applications de la Mode Nouvelle PATRONS SIMPLICITY ~ Si votre marchand ne peut vous les fournir, commandez-les, avec votre remise, à l'adresse suivante : PATRONS SIMPLICITY.Département \u201c P\u201d, 8368, rue St-Denis, Montréal, P.Q. Janvier 1937 - Les Cols Fermés sont bien à la Mode 2209 \u2014 Charmante robe pour gr.12 à 40.Pour un 16 : 354 v.de 39\u201d ou 254 v.de 54\".7 v.de ruban de 12\u201d pour la boucle.25 cents.2228 \u2014 Robe élégante, gr.12 à 40.Pour un 16 : 37% v.de 35\u201d, 354 v.de 39\u201d ou 245 v.de 54\u201d.Collet et bordures : % v.de 35\u201d ou 14 v.de 39\" Collet et ornements de fourrure.Ceinture de votre choix.20 cents.2211 \u2014 Pour dame ou jeune fille, robe de gr.32 à 42.Pour un 36 : 444 v.de 35\u201d, 3% v.de 39\" ou 254 v.de 54\u201d.25 cents.2212 \u2014 Robe avec manches à gigot; gr.32 à 42.Pour un 36 : 414 v.de 35\", 334 v.de 39\" ou 254 v.de 54\".20 cents.2221 \u2014 Jolie robe pour gr.18 : 314 v.de 35\u201d, 344 v.de 39\" ou 214 v.de 54\", Contrastant : 34 v.de Ï 35\u201d, 39\u201d ou 44\u201d.Si désiré, 114 v.de ruban de 34\".25 cents.PATRONS SIMPLICITY \u2014 Si votre marchand ne peut vous les fournir, commandez-les, avec votre remise, à l'adresse suivante : PATRONS SIMPLICITY.Département \u2018 P\u201d, 8368, rue St-Denis, Montréal, P.Q. ! 34 LA REVUE POPULAIRE 2201 \u2014 Belle robe pour jeune demoiselle, gr.12, 14, 15, 16, 17, 18 et 20.Pour un 16 : 354 v.de 35\u201d, 314 v.de 39\" ou 234 v.de 54\".Achetez un foulard ascot de votre goût.20 cents.2224 \u2014 Robe et bouffants pour fillette, gr.2 à 10 ans.Pour un 4 : 244 v.de 27\u201d, 134 v.de 35\u201d ou 154 v.de 39\u201d.Contrastant : L4 v.de 35\u201d à 39\u201d.Bouffants : 34 v.de 35\u201d ou 34 v.de 39\u201d, 15 cents.2223 \u2014 Robe et bouffants pour fillette de 2 à 10 ans.Pour un 6 : 3% v.de 27\", 24 v.de 35\u201d ou 214 v.de 39\".Contrastant : L4 v.35\u201d-39\".Bouffants : 34 v.de 35\u201d-39\".15 cents.2218 \u2014 Robe facile à tailler, pour gr.8 à 16 ans.Pour um 12 : 2% v.de 35\u201d, 214 v.de 39\u201d ou 174 v.de 54\u201d.Contrastant : 3 v.de 35-39\u201d.Doublure : L4 v.de 35\u201d-39\".Ceinture de votre choix.20 cents.2172 \u2014 Robe princesse facile à tailler, gr.12 à 20.Pour un 14: 414 v.de 35\u201d, 37% v.de 39\" ou 23; v.de 54\".Contrastant : % v.de 357-39\".14 v.de ruban de 15! pour la boucle.Ceinture de votre choix.15c.5) 1 La Jeune Demoiselle Aime le Chic \u2014\u20142\u2014remm * PATRONS SIMPLICITY \u2014 Si votre marchand ne peut vous les fournir, commandez-les, avec votre remise, à l'adresse suivante : PATRONS SIMPLICITY.Département \u2018 P\", 8368, rue St-Denis, Montréal, P.Q. bo | Janvier 1957 Le Miroir aux Alouettes (Lire la suite page 26) mogal, qui, lui, ne se fourvoie pas en si folle société.\u2014 Vous le voyez, dit Philippe, je ne le lui fais pas dire! J'avais été happé, au passage, par nos amis, comme j'allais sagement prendre le train pour rentrer ici.Et je me suis laissé entraîner à rester déjeuner avec eux, ce dont je vous fais mes excuses, ma tante.Mme Lanespède fit un geste qui signifiait : \u2014 Tu es tout excusé.Mais Mme Davezac, d'un ton moins indulgent que d'habitude, s'adressant à Renée : \u2014 Cela ne nous dit pas pourquoi tu n'es pas venue me chercher.\u2014 Te chercher ! se récria la jeune fille.Vous chercher tous les deux.car je comptais bien que Jacques serait assez gentil pour venir avec nous au \u201c Bon Marché.Ce disant, elle adressait à son fiancé le plus délicieux sourire, qui glissa, sur le visage durci du jeune hom- meme, comme une goutte d'huile sur une statue de marbre.Silencieux, comme il l'avait promis, il la fixait intensément.\u2014 Alors, pourquoi n'es-tu pas venue ?.réitéra la grand'mère.Sans se démonter, Renée déclara : \u2014 Ça, c'est une autre affaire! Happée par Philippe, comme il l'avait été par les autres, je n'ai pu faire moins que de m'arrêter et accepter de prendre un café avec eux, car ils avaient fini de déjeuner.Ft lorsque j'ai voulu aller rue La Fontaine, il était trop tard pour que vous n'en fussiez pas déjà partis.\u2014 Et alors, acheva Philippe.ayant moi-même des achats à faire avant mon prochain départ.j'ai prié Renée, puisqu'elle allait au \u201c Bon Marché d'accepter ma compagnie et celle de Mille Rippert, et, toutes les deux, de me guider dans le choix délicat de mes cravates, destinées à-représenter, à l'étranger, le bon goût parisien, doublement français.Et si vous voyiez ce qu'elles ont choisi ! C'est tout un poème que cette gamme de couleurs nuancées et si finement dégradées.\u2014 C'était bien le moins?dit Renée, notre amour-propre national étant en jeu! Cependant, je n'ai pas oublié de faire aussi mes emplettes, qu'on livrera demain.\u201cEt encore moins.ajouta-t-elle, celle que j'avais projeté de faire pour Jacques et que j'ai précieusement apportée moi-même.Quand il sera loin.à Nice, en arborant cette pochette, il pensera à sa petite fiancée de Paris.En disant cela, elle défaisait un petit paquet, ouvrait un carton plat, et, sans l'en sortir, en présentait le contenu à Jacques Issargarry.C'était bien une pochette de fin linon neigeux, délicatement brodée tout autour, avec de délicieux écussons aux angles.\u2014 Cela, dit gentiment la jeune fille.n'a aucune valeur intrinsèque.Cette babiole ne vaut que par le travail de fée de l'ouvrière et l'attention affectueuse de votre Renée.Que répondre ?Remercier ou faire \u201c des reproches ?Des reproches! Allons donc! Toute la colère de Jacques était tombée, s'était fondue comme neige au soleil ! S'il lui restait quelque sourde irritation, en observant une sorte de sourire ironique se jouant sur les lèvres de Philippe, le doux regard de Renée, fixé sur lui, et implorant le pardon d'une faute involontaire, suffisait à le rasséréner.Ce ne fut que le soir, dans sa chambre, rue La Fontaine, dans le silence du pavillon, où il se trouvait seul, Mme Davezac devant rester deux ou trois jours à Chaville, que, réfléchissant aux incidents de la journée, le jeune professeur se demanda : \u2014 C'est égal ! Puisqu'elle voulait faire des achats, pourquoi ne pas me le dire hier et prier sa grand'mère de l'attendre ici, plutôt que de me proposer une promenade là-bas, et m'y laisser faire le pied de grue ?\u2018\u201c\u201c \u2018Vraiment, elle est bien légère et trop changeante.Ce n'est pas Christiane qui m'aurait fait ça.si elle était ma fiancée.Puis, cherchant sa pochette : \u2014 Diou biban ! Je l'ai oubliée sur le piano ! \u2019 CHAPITRE X Le lendemain, les deux fiancés firent la promenade concertée l'avant- veille.Et Jacques oublia encore sa pochette, le soir, en repartant tout seul pour la rue La Fontaine.Îl avait été entendu que Renée irait le lendemain à Paris après le déjeuner, que Jacques l'attendrait à la gare Montparnasse pour aller avec elle à un concert et qu'il la ramènerait ensuite à Chaville à la fin de l'après- midi.Christiane était, la plupart du temps, très occupée dans sa chambre.La veille du concert, au cours de la promenade dans le bois, Jacques proposa : \u2014 Si nous priions votre sœur de venir demain à la Salle Pleyel avec nous ?\u2014 Pas ! pas la peine, répondit Renée.Elle refuserait.Elle doit étre en train de confectionner des tricots pour les pauvres, ou de perpétrer quelque poéme.Je penche méme pour cette dernière hypothèse.Je devine cela à son air plus absorbé encore depuis quelque temps.\u2018\u201c Ah! mon pauve ami, ajouta-t-elle en riant, si jamais Christiane disparaissait, il nous faudrait l'aller chercher dans la lune! Et puis, après tout, nous en chargerions Kermogal ! Les deux font la paire ! Jacques ne répondit rien à cette plaisanterie, pris d'une sorte de malaise à entendre la jeune fille parler ainsi de sa sœur, qu'il jugeait, lui.tellement supérieure ! Avant l'heure où les deux jeunes gens devaient rentrer du concert, Christiane entre-bâilla la porte du salon, s'assura qu'il était désert, et.prestement, vint mettre, à sa place, sur le piano, le carton contenant la pochette qu'elle avait, la veille, emportée dans sa chambre, après le départ de Jacques.\u2014 Voilà! c'est fait! murmura-t- elle d'un ton satisfait.I] faut maintenant que je prévienne Renée, pour qu\u2019elle lui laisse croire que c'est elle qui a brodé ses initiales et il en sera tout heureux.Pour être sûre de pouvoir prévenir sa sœur, elle chargea Roger de guetter son arrivée et de la lui amener dans sa chambre.Mais le garçonnet, courant dans les allées après les papillons, manqua le moment du retour des fiancés.Dans l'intervalle, Mme Davezac s'était, avec son éternel tricot, installée au salon, près d'une fenêtre.Voyant l'heure s'avancer, étonnée ct inquiète de n'avoir pas encore vu sa sœur, Christiane se décida à aller s'informer.Quand elle arriva au salon, Jacques et Renée y étaient déjà entrés, et Roger y pénétrait d'un autre côté.Be, soudain, comme la jeune fille paraissait dans l'encadrement de la porte, Jacques, en apercevant sur le piano le carton de la pochette, s'écria : \u2014 Cette fois, pour ne pas l'oublier, je vais la mettre tout de suite dans ma poche .Mais, avant, il faut que je l'admire encore.En entendant ces mots, Christiane se sentit pâlir et dut s'appuyer au chambranle.Et ce qu'elle redoutait se produisit ! Jacques, pour mieux voir, s'était rapproché de la fenêtre.\u2014 Oh! s'exclama-t-il, Renée, que c'est gentil à vous d'avoir pris la peine de broder mes initiales sur cette pochette ! \u2014 Moi ! se récria spontanément la jeune fille, mais je n'ai rien brodé du tout ! \u2014 Allons ! alllons ! ne me taquinez pas ! Je sais bien, moi, qu'hier il n'y avait pas d'initiales ! \u2014 Certainement qu'il n'y en avait pas ! C'est vous qui voulez me taquiner en me faisant remarquer qu'il y manque vos initiales.Et, pourtant, j'ai bien cherché, mais n'ai pu trouver de pochettes à initiales.\u2014 Mais non ! Elles ne manquent pas ! Merci, ma jolie Renée, d'avoir pensé à faire ce travail, qui est presque mieux exécuté que le reste.\u2014 Mais quand je vous dis que je n'y suis pour rien ! s'impatienta Renée, en s'emparant de la pochette.\u2014 Mais c'est que c'est bien vrai !.s'écria-t-elle ébahie, J.1 ! Je préfère- rais pouvoir vous dire que j'ai pensé à broder cela; mais je ne puis que vous affirmer que ce n'est pas moi.\u2014 Mais alors?.prononça Jacques, aussi surpris qu'elle.Pendant ce colloque, Chritiane était restée figée, comme pétrifiée, contre le montant de la porte, le visage d'une pâleur de cire, les yeux angoissés.ès les premiers mots de Renée, niant farouchement, Mme Davezac avait levé la tête et observé, tour à tour les trois jeunes gens.Frappée par l'anxiété visible de Christiane, elle tressaillit, en lui jetant un regard compatissant.Et comme le jeune homme répétait: \u2014 Mais alors qui est-ce qui a brodé ça?\u2014 C'est moi, mon ami, fit paisiblement la vieille dame.Les jeunes filles, ça court tout le temps.Mais les pauvres grand'mères s'occupent comme elles peuvent .en travaillant pour ceux qu'elles aiment bien.\u2014 Oh! merci, Madame ! s'écria Jacques, tout ému.Merci, grand'mère, rectifia-t-il, en se penchant vers Mme Davezac et posant sur ses bandeaux blancs un filial baiser.Lorsque Mme Davezac avait dit : \u201cC'est moi \u2019, un léger \u201c Oh! \u201d scandalisé était parti du coin où Roger se tenait tapi, en se faisant tout petit.honteux qu'il était d'avoir manqué à la mission qui lui était confiée.Quant à Christiane, elle avait eu un soupir allégé, en se laissant tomber, les jambes brisées, sur un siège, près de sa grand'mère.Craignant les reproches que la jeune fille se fût bien gardée de lui faire en ce moment et ayant hâte de s'éloigner, le petit garçon s'écria : \u2014 Tata Renée, tonton Jacques, venez voir le beau papillon que j'ai attrapé tout à l'heure.Pour lui complaire, les deux fiancés sortirent avec lui, Une tasse avant le coucher LE délicieux cacao de Fry assouvit l\u2019appétit et ce digère facilement \u2014et, en même temps, favorise le sommeil.Frycomportecette qualité nutritive nécessaire au corps et au cerveau.Si vous désirez être en forme demain, buvez une tasse de cacao Fry ce soir.Servez-vous du chocolat Fry non sucré, vendu en cubes séparés d\u2019une once, pour la pâte.emandes notre livre de recettes.Fry-Cadbury Ltd, Montréal, P.Q.PURE BREAKFAST Cocos me JAY.CApBURY LT Né MONTREAL Se ere ESS Ive h du DR.CHASE } GAGNEZ DE L'ARGENT DANS VOS JOUEZ LA GUITARE HAWAIENNE APPRENEZ A JOUER Is Sultare bawaleane, par cor- ce.ou Méthode facile, Frame al pldme, eto.Superbe guitare hawaienne fournie GRATIS avec ls première leçon.Termes de paiements faciles.Des milliers de jeunes gens et jeunes âlles, diplômés recommandent no- we ours.Informes-vous, Ecri- détails, HUL pour plus de LE CONSERVATOIRE DE MUSIQUE HAWAIENNE 251-1 RUE ST-JOSEPH QUEBEC, P.Q.Laienm AVEC LA POE MERE | ECOW \u2018Dès qu'ils furent hors du salon.Roger se pendit au cou de Renée et implora : \u2014 Dis, tata, tu diras à tata Christiane de ne pas me gronder, pace que je ne t'ai pas vu arriver .\u2014 Tu ne pouvais pas me voir.Tu étais au fond du jardin, brandissant ton filet.Mais pourquoi te gronderait-elle ?acheva la jeune fille.surprise.\u2014 Elle m'avait dit de te guetter.Elle voulait te dire quelque chose, un secret, tout de suite, dans sa cham- re.Renée rassura l'enfant; mais, intriguée, elle décida d'aller questionner sa sœur aussitôt.\u2014 Un instant .je reviens .dit- elle à Jacques, qu'elle laissa avec Roger.Lorsqu'elles furent seules au salon, Mme Davezac regarda Christiane.Sous ce regard compréhensif et si tendre, la jeune fille, de pâle comme \u2018un lis, devint pourpre, et d'une voix sourde et altérée, prononça : \u2014 Grand'mère, je te le jure, c'était dans une bonne intention ! Je voulais prévenir Renée pour qu'elle laissât croire à Jacques que c'était elle qui avait brodé ses initiales et qu'il en soit heureux.Crois bien que j'aurais préféré mourir plutôt que de lui laisser comprendre que c'était moi.\u2014 Eh ! je le sais bien ! assura l'excellente femme, et.Elle fut interrompue par Renée entrant en tourbillon.\u2014 Que voulais-tu donc me dire de si pressé dès mon retour ?demanda- t-elle à sa sœur, troublée, prise au dépourvu.Mais Mme Davezac lui vint en aide en répondant : oo avels brodé cet après-midi les initiales de ton fiancé sur sa pochette, et j'avais chargé Christiane de t'en prévenir, afin que tu laisses croire à Jacques que c'était toi qui avais à faire ce plaisir.\u2014 Ee ce démon de Roger a manqué la consigne de Christiane ! Quel dommage, s'écria Renée.ne ! Elle parut réfléchir un instant, hésiter quelque peu, puis, prenant son parti : \u2014 Puisque tu es si gentille, il faut ue je te dise quelque chose.\u2018autre jour, j'avais acheté deux pochettes, l'une pour Jacques, l'autre .pour Philippe.A ce nom, Mme Davezac et Christiane eurent un sursaut.Sans paraître s'en apercevoir, la jeune inconsciente poursuivit, d'un air contrit : \u2014 Et je n'ai pas osé, à ce moment.l'offrir à mon cousin, en voyant la tête que faisait Jacques ce jour-là.\u2014 Î! n'aurait plus manqué que ça ! fit sévèrement la vieille dame.Et alors\u201d.car il y a un \u201calors\u201d?\u2014 Mais oui! Alors.alors.puisque tu brodes si bien, ce dont j'ai horreur pour ma part, tu serais tout plein mignonne de broder aussi les initiales de Philippe sur la pochette que je lui destine .\u2014 compte pas ! dit sèchement Mme Davezac.Je ne sais comment tu oses me demander cela ?Pour t'en excuser, il faut penser que tu n'as pas tout ton bon sens.\u2014 Par exemple! On peut bien offrir, en souvenir, un bout de linon à un cousin qui part pour l'étranger pour près d'un an ! \u2014 C'est déjà un peu risqué de la part d'une jeune fille libre .à moins qu'on ne le lui demande.Mais il est de la dernière inconvenance de mettre à égalité, par le même présent, un fiancé et qui que ce soit.Oh! grand'mère, que tu es bon- , \u2014 Alors, parce que je suis fiancée, je ne puis plus respirer ?\u2014 Mais, folle que tu es ! s'indigna Christiane.Tu ne comprends donc pas que tu finiras, à force d'inconséquences, par détacher de toi ton fiancé ! \u2014 Oh! pas de danger! laissa échapper Renée, d'un ton suffisant.Et, d'abord, Jacques ne saura pas que j'ai offert une pochette à Philippe, puisque je ne la donnerai que quand il nous quittera, et Jacques sera déjà parti.\u2014 Renée, tu n'offriras rien du tout à Philippe, intima, d'un ton net, Mme Davezac.\u2014 Mais si! mais si! s\u2019entêta sa petite-fille.Alors, vrai, tu ne veux pas me la broder ?acheva-t-elle d'une voix câline.\u2014 Assez là-dessus ?coupa d'un air irrité sa grand'mère.Libre à toi de courir deux lièvres à la fois.Mais je te préviens que tu pourrais bien lâcher la proie pour l'ombre.\u2014 Bon ! bon ! trancha Renée d'un ton sarcastique.Qui vivra verra! Et elle s'envola dans un éclat de rire qui sonnait faux.Alors, la vieille dame se pencha vers Christiane toute triste et affaissée, prit sa belle tête pensive, l'appuya sur sa poitrine, et lui mit un baiser au front, en murmurant tout bas, d'un ton désolé : \u2014 Ma pauvre petite! Pourquoi n'est-ce pas toi qu'il ait, pour son bonheur, rencontré la première ! CHAPITRE XI Dans la partie du jardin précédant la villa, ombragée de grands arbres, se trouvait, au milieu de la pelouse, un vaste bassin, où Roger lançait ses bateaux.Ce jour-là, le garçonnet, assis sur le rebord de pierre, ne paraissait guère songer à surveiller son escadrille, qui s'en allait, c'est le cas de le dire, à vau-l'eau.D'un air pensif, tournant le dos à \u201cla petite mer\", ainsi qu'il nommait le bassin, les yeux au sol, il faisait, machinalement, avec un bâton, des arabesques dans le sable.Dans la maison, rien ne bougeait.Deux heures.marquait le cadran solaire.A cette heure-la, Jacques Issar- garry, aussi ponctuel que l'horloge, ne manquait pas d'arriver.La grille tourna sur ses gonds, et le jeune professeur s'engagea dans l'une des allées contournant, d'un côté et de l'autre, là pelouse.Et Roger était si préoccupé qu'il n'entendit pas le bruit du portail se refermant, ni même le pas de Jacques, crissant sur le gravier.Le jeune homme, étonné de ne le point voir accourir, et se jeter dans ses bras, comme de coutume, s'arrêta net, et observa cette attitude insolite du petit garçon, si pétulant, d'ordinaire.Le bambin ne bougeait pas.Toujours les yeux à terre, il avait même cessé de faire ses dessins incohérents.Ses fins sourcils blonds, froncés, il semblait fixer un point vague, et suivre une pensée laborieuse.\u2014 Roger! l'interpella Jacques, en souriant, chercherais-tu, par hasard, la solution d'un problème de géométrie ?Le petit bonhomme tressaillit, comme réveillé en sursaut, et dit, ouvrant de grands yeux : \u2014 Je ne sais pas \u2018ce que c'est, la géométrie.Je n'en suis pas encore arrivé là.Mais, pour sûr, ce que je cherche .c'est plus difficile pour comprendre.\u2014 Ah! quoi donc ?fit Jacques, intrigué.Mais d'abord, viens m'embrasser.Roger s'exécuta gentiment, puis reprit son air perplexe, Le jeune homme s'en aperçut : \u2014 Et maintenant, dis-moi à quoi tu pensais, quand je suis arrivé.\u2014 Oui, à toi, pace que tu es mon grand ami, je veux tout t'avouerais c'est pas commode à expliquer, tu sais.Il nous faut être rien que nous deux, et avoir le temps.Et, avec ce subtil instinct, cette divination des enfants, qu'on ne remarque pas assez, il ajouta, avec un sourire aiguisé : \u2014 Et puis, tu as tout le temps, va; tata Renée est allée à Chaville, faire une commande, pour la cuisinière; elle ne reviendra qu'à trois heures, et même plus tard, peut-être.\u2014 Alors, mon vieux, décida le jeune professeur, frappée de la subtilité du bambin, allons nous asseoir à l'ombre, au fond du jardin, près du bois, pour ne pas être dérangés.Et dès qu'ils furent installés : \u2014 Donc, tu pensais à quoi ?questionna Jacques, de plus en plus intéressé.\u2014 Voilà, fit l'enfant.Mais d'abord, tu vas me donner ta parole que tu ne dénonceras à personne ce que je vais t'avouer.Il avait pris, pour dire cela, un air sérieux et important de petit homme.\u2014 C'est juré! assura, du ton le plus grave, le jeune homme, amusé.Roger réfléchit un instant, puis, se décidant : \u2014 Dis, tonton Jacques, est-ce que c'est permis de mentir ?\u2014 Mais non! C'est très laid ?Et même, tellement honteux que, quand on dit à quelqu'un : \u2018\u201c Vous en avez menti \u2019, \u2019on l'offense mortellement.Est-ce que tu aurais menti, par hasard ?\u2014 Oh! non ! je ne mens jamais ! protesta Roger, en se dressant comme un petit coq.Je sais bien qu'on le défend aux petits.Mais c'est permis aux grandes personnes, dis ?\u2014 Jamais de la vie ! Encore moins qu'aux enfants.\u2014 Ah! Eh bien! il y en a, des grandes, qui mentent.Et a toi, encore! .\u2014 A moi! fit Jacques, éberlué.Et qui donc?Il avait eu un pincement au cœur, s'attendant à entendre le nom de Renée.Mais, à sa grande surprise, l'enfant répondit, tout bas, d'un ton de confidence, et d'un air scandalisé : \u2014 Bonne-maman Davezac.\u2014 Pas possible! laissa échapper le jeune homme, abasourdi et incrédule.Tu t'es trompé ! Mais Roger, indigné : \u2014 Que non ! Je suis sûr ! A preuve que j'en ai crié : ho! tout bas, l'autre jour, au salon.Oui, oui, oui! elle t'a menti, pour la pochette, là ! \u2014 Que diantre ! vient faire ma pochette, en cette affaire ! pensa Issar- garry, qui répéta, étonné :.\u2014 Pour ma pochette ?\u2014 Oui, pour ta pochette.Elle, bonne-maman, qui me dit toujours, quand j'ai fait une bêtise : \u2018\u201c Sois raisonnable .ne mens pas.avoue, et on ne te grondera pas \u201d, oui! elle, si raisonnable, que je crois toujours ce qu'elle dit, eh bien! elle t'a menti .et sans devenir rouge, quand elle t'a dit : \u201c C\u2019est moi \u201d Et c'était pas elle qui avait mis tes lettres sur ta pochette.Cette fois, Jacques n'en revenait pas.\u2014 Comment! s'écria-t-il.Ce n'était pas elle ! Et qui donc ?\u2014 C'est tata Christiane.LA REVUE POPULAIRE Le jeune professeur sursauta et pâlit.\u2014 Christiane ! fit-il, sourdement.\u2014 Oui, elle.Elle voulait dire, à tata Renée, de te faire croire que c'était elle, pour que tu sois plus content.Mais tu as pris trop vite ta pochette.En achevant ces mots, le garçonnet regardait avec attention son \u201cgrand ami\", et, le voyant tellement ému, le crut mal convaincu et ajouta : \u2014 Et j'ai bien vu que tata Christiane voulait pas que tu saches que c'était elle, pace qu'elle était devenue toute blanche et pouvait plus se tenir debout contre la porte, qu'elle se soutenait.Alors, bonne-maman a menti, et tata a laissé mentir bonne- maman ! i \u2014 Voyons.voyons .raisonna Jacques, essayant de se ressaisir Tu t'es peut-être imaginé tout cela.Puisque grand'mère a dit que c'était elle qui avait brodé mes initiales, et que ta tante n'a rien dit, tu ne peux pas savoir que ce n'est pas vrai.\u2014 Oh! mais si, que je le sais! Pisque j'ai vu tata Christiane qui écrivait tes lettres sur ta pochette qu'elle avait \u201c chipée \u2019 au salon, et puis qu'elle les \u2018\u2019cousait\u2019\u201d dans sa chambre.Même qu'elle pleurait, en même temps, tout doucement, de grosses larmes, que j'ai fait semblant de dormir sur le sofa, pour pas qu'elle ait honte, pace que les grands veulent pas pleurer devant les petits.Le jeune homme écoutait, maintenant, submergé par une intense émotion.\u2014 Et puis ?fit-il, inconsciemment.\u2014 Et puis, quand elle a eu fini.elle a dit tout bas : * \u2014 La, il sera content qu'elle ait pensé à faire ça.Ça le consolera.\u201cTu avais donc du chagrin, dis.tonton ?; Jacques, bouleversé jusqu'aux larmes qu'il sentait monter de son cœur à ses yeux et contenait de tout son pouvoir, prit l'enfant dans ses bras.cet innocent messager d'amour, l'embrassa et éclata : \u2014 Oui, à ce moment-là j'avais du chagrin.Mais maintenant je n'en ai plus, mon chérubin ! Je suis heureux ! \u2014 Ah! fit Roger, plongeant ses eux bleus, si purs, dans ceux de Jacques, brillants de larmes de bonheur, contenues à grand'peine, alors tu es plus content que ce soit tata Christiane que tata Renée ?\u2014 Eh! non ! dit-il enfin, non sans rougir malgré lui, je suis heureux tout court parce que je n'ai plus le chagrin de l'autre jour.~ Ah?tant mieux.Mais moi, je sais toujours pas si c'est permis de mentir quand on est grand.- \u2014 Mon Dieu, répliqua le jeunc homme, composant avec ce redoutable logicien en herbe, quand cela ne fait de tort a personne, pour faire plaisir à quelqu'un.\u2014 Eh bien ! rétorqua le petit, tata Christiane a encore menti, avant- hier .Oh ?sans mentir tout à fait ! Mais c'était pas pour faire plaisir à tata Renée, pisqu'elle voulait pas faire ce qu'elle lui demandait.\u2014 Tu m'étonnes, déclara.Issargar- + ry, pour dire quelque chose.\u2014 Oui, c'est étonant, acquiesça le.petit garçon.Pourquoi, dis, elle a pas voulu broder (on dit : broder ?) les lettres de tonton Philippe sur la pochette que tata Renée lui a achetée, le même jour que la tienne ?Cette fois, le bouillant Béarnais eut un sursaut indigné : \u2014 Qu'est-ce que tu racontes la\u2019 \u2014 Le vrai du vrai, tiens ! puisqu'il faut toujours, quand on est petit.dire la vérité.Tata Renée est venue.trouver tata Christiane\u2019 dans sa cham- Janvier 1937 bre, où elle me faisait apprendre mes leçons de vacances.Et elle lui a dit : \u2018\u2019Tu pourrais pas me broder la pochette de Philippe, puisque bonne- maman veut pas ?\" \u2014 Oh! s'exclama Jacques.\u2014 Et tata Christiane a dit comme ça : \u2018\u2019 Si tu me l'avais demandé pour Jacques, oui, je l'aurais fait.Mais pas pour que tu en donnes une à Philippe.\u201cTu vois, elle mentait, elle aussi, sans mentir, en pas disant qu'elle avait fait la tienne.\u2018\u201c Tu es fiancée, t'as pas à t'occuper des autres \u2019, a encore dit tata Christiane.\u2014 Et qu'a répondu Renée ?questionna Jacques, suffoqué par ce qu'il apprenait.\u2014 \u201c Tiens ! Tiens ! qu'elle a dit, tu serais pas jalouse de Philippe, toi ! \u2014 Oh?gronda le jeune professeur, en serrant les poings.\u2014 Tata Christiane s'est levée, en colère.Seulement, elle a rien dit, tout de suite.Puis, elle a fait, avec les lèvres, comme quand on prend un mauvais remède, la lippe, quoi, et elle a dit: \u201c Sois tranquille, je ne disputerai jamais Philippe avec personne .Ét toi tu feras bien de ne pas tant fleureter avec lui.\u2014 Je savais bien ! pensa Jacques, tout haut.Reste à savoir comment elle a pris ça! \u2014 Elle a rien pris que sa pochette, en riant, mais d'un air fâché, et elle a dit : \u201c Avec un cousin, c'est permis.C'est pas important.Et je lui broderai quand méme sa pochette, moi, et je la lui donnerai quand il partira.Issargarry était bléme de colère contenue.\u2014 Après tout, marmonna-t-elle enfin, cela vaut mieux ! Survenant à la recherche de Roger.qu'elle ne savait pas avec Jacques, Christiane mit fin à ce colloque, qui venait, peut-être, de décider de plusieurs destinées.CHAPITRE XII On retint Jacques à diner, comme chaque fois que Mme Davezac couchait à la villa.Le premier moment d'indignation passé, après les révélations du petit Roger, le jeune Béarnais, tout bien réfléchi, avait décidé de ne rien laisser encore paraître de son état d'esprit.Mais il avait pris une détermination, quant à l'avenir.\u2014 Je veux bien être patient, être correct jusqu'au bout, mais non dupe d'une poupée, s'était-il dit.Le soir, après le repas, dans l'intimité familiale, et Philippe, absent, Mme Davezac et Christiane s'installèrent, côté à côté.dans un coin du salon, avec leur corbeille à ouvrage, l'une tricotant, l'autre brodant pour le trousseau de Renée.Dans un autre coin, Mme Lanes- pède, en bonne ménagère bourgeoise, raccommodait du linge.M.Lanespède fumait sa pipe, sur la terrasse.Les fiancés décidèrent de faire un peu de musique.Renée, comme toujours, choisit des refrains d'opérettes à la mode.Après avoir, ensuite, exécuté quelques autres morceaux à effet, faisant ressortir sa virtuosité de pianiste, elle dit à Issargarry : \u2014 À votre tour, Jacques, chantez- nous quelque chose.\u2014 Mais quoi ?\u2014 Une romance un peu plus sentimentale que ces flons-flons modernes, dit Mme Davezac.\u2014 Renée, connaissez-vous : Si tu m'aimais ?demanda le jeune homme.\u2014 Ma foi, non.Cela doit être ancien.\u2014 Oui, sans doute; ma mère le chantait, et fort bien, quand j'étais enfant.\u2014 Alors, chantez-la nous, Mme Lanespède.\u2014 Bien.Puisque Renée ne la sait pas, et n'a pas la musique, je m'accompagnerai moi-même, au petit bonheur.Et il commença : pria Si tu m\u2019almais, si 'ombre de ma vie, D'un chaud rayon s'éclairait un beau jour.~ Dès les premiers accords frappés, aux premières notes de cette voix ardente, vibrante, moelleuse et pénétrante, Christiane avait laissé glisser sa broderie sur ses genoux, appuyé sa tête sur le dossier de son fauteuil, et ramené sur son visage un pan d'une écharpe de crêpe de Chine, qu'elle avait autour des épaules.Elle resta ainsi, inerte, les deux mains abandonnées sur son ouvrage, pendant que Jacques continuait, arrivant à la fin du deuxième couplet : J'effeuillerais des roses sous tes pas, J'arracherais les ronces de ta vie, Et je mourrais, si c\u2019était ton envie, Si tu m'aimais ! si tu m\u2019aimais ! Mais vous ne m\u2019aimez pas.Non, vous ne m\u2019aimez [pas.La voix du chanteur sombra dans les dernières paroles, ainsi qu'en un sanglot, sur une note basse, profonde, comme désespérée.Chacun des auditeurs, selon sa nature propre, fut impressionné à un degré différent.\u2014 Mais si.mais si.dit, en souriant, Renée, répondant à la dernière phrase, et du ton dont on rassure un enfant qui craint qu'il n'y ait plus pour lui assez de confiture.\u2014 Quel baryton ! s'exclama M.La- nespède, en passant la tête par la porte-fenêtre ouverte.Si vous n'aviez mieux, vous trouveriez facilement un engagement à l'Opéra ! \u2014 J'ai chanté cela, autrefois, Pierre, t'en souviens-tu ?fit rêveusement Mme Lanespède.\u2014 Votre voix, Jacques, est aussi émouvante que les paroles, soupira Mme Davezac, les yeux humides.Christiane, elle, n'avait pas bougé.Son sein se soulevait, régulièrement, comme dans le sommeil.Renée, restée près du piano, eut un éclat de rire contenu.\u2014 Voyez donc, dit-elle à son fiancé, l'effet que vous avez produit sur ma sœur; vous l'avez endormie ! Sans rancune, parce que sans prétention, le jeune homme sourit, se rapprocha doucement de la dormeuse, et, d'un geste gamin, tira, vivement, le pan de crêpe de Chine qui voilait la belle face de la jeune fille.\u2014 Oh! fit-il, sourdement, Christiane ! Pardon ! Il restait tout pantois, bouleversé, jusqu'au tréfonds de l'âme, par ce qu'il venait de voir.Ce qu'il venait de voir ?C'était un.noble visage, pâle comme un pétale de fleur de magnolia, un Visage torturé de martyre crucifiée, mais résignée, sur lequel, de ses yeux sombres, grands ouverts sur un infini de douleur, de grosses larmes coulaient lentement, sans heurt, sans effort, comme d'une source intarissable.Et ces yeux, ces grands yeux, noyés et brilants, se fixérent sur lui, avec l'expression angoissée de ceux d'une biche aux abois.\u2014 Vilain garçon qui l'avez réveillée ?s'écria Mme Davezac, en se levant plus prestement qu'on ne l'eût attendu de son âge, pour cacher, sous prétexte de l'embrasser, la figure tourmentée et couverte de pleurs de sa petite-fille.D'un geste prompt, elle essuyait, avec le pan de crêpe la trace des lar- Aideà ARRETERun RHUME plus vite Le Massage de 3 INlimides au VapoRue Massez énergiquement avec du VapoRub, la gorge, la poitrine et le dos (entre les épaules et au-dessous).Puis, appliquez-en une couche épaisse sur la poitrine et recouvrez d\u2019un linge chaud.Il prend si peu de temps\u2014et il produit tant d'effet\u2014ce massage de 3 minutes au VapoRub! 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Il t'a réveillée en sursaut, ce monstre ! Mais tu as, manqué un vrai régal.Ce diable de Béarnais a chanté, en perfection, une romance qui m'a profondément émue.Personne autre que Mme Dave- zac et Jacques n'avait vu l'émoi de Christiane.Renée s'était remise, en riant, au piano, et' jouait, avec brio Au clair de la lune, avec les variations que l'on sait.\u2014 Merci, bonne-maman, dit, tout bas, Christiane.Grâce à toi, personne n'a compris que je pleurais.Mais lui, mais lui ! T1 l'a vu! \u2014 Et après ?fit, sur le même ton, la tendre grand'mére.J'y suis bien allée de ma larme, moi aussi.Eh oui ! Le jeune homme avait vu et compris.La vérité, à laquelle il n'osait encore croire tout à fait, même après sa conversation de l'après-midi avec le petit Roger, cette vérité venait de lui apparaître, indéniable.Et, alors que, honteux d'avoir, involontairement froissé cette âme vir- giniale, il eût voulu s'agenouiller, se jeter, repentant, et, aussi, triomphant, aux pieds de celle que, depuis longtemps, et maintenant plus que jamais, il mettait au-dessus de tout en ce monde, il ne put que s'effondrer sur un divan, loin d'elle.Et, tout en paraissant écouter la brillante exécution de la pianiste, il restait là, accablé de confusion, écrasé, aussi, d'un intense bonheur, et frémissant d\u2019une folle espérance.Il se disait : \u2014 Elle m'aime ! Elle m'aime ! Et elle ne sait pas que je l'adore ! \u201c Elle pense : fe l'aime, et il aime Renée, qui ne l'aime pas \u201d.S'appliquant les paroles de cette romance, elle me les applique aussi, et souffre de ce qu'elle croit que je souffre, et ajoute ma souffrance à la sienne ! \u201c Ah?je lis à livre ouvert dans cette âme de sensitive, si secrète pour tous ! C'est donc que c'est bien elle, la mienne, et non cette poupée en quête du plus brillant, du plus offrant ! J'ai vu clair dans son jeu, à celle-là.Je ne pèserais pas lourd sur Ja balance, en face d'un embassadeur ou d'une couronne comtale.\u2018Chère Christiane, c\u2019est elle que je cherchais! Que ne l'ai-je rencontrée la première ! Mais qu'importe ! Après tout, je ne puis laisser gâcher sa vie ni la mienne ! Dès demain, je lui parlerai ! CHAPITRE XIII Chaque jeundi matin, Philippe emmenait son neveu Roger passer la journée à Paris et le ramenait le soir à Chaville.Christiane avait coutume, en l'absence de l'enfant, d'aller au petit cimetière du bois de Chaville, pour entretenir la tombe d'une tante de M.Lanespède, dont il avait hérité la villa et cette concession à perpétuité.Bien entendu, Renée n'avait garde d'accompagner sa sœur jusque-là.Jacques était au courant de ces habitudes familiales, et se promit d'en profiter dès le lendemain qui était précisément un jeudi.Assuré de trouver ce jour-là la jeune fille dans les parages et de pouvoir lui parler à l'insu de tous, le jeune professeur s'y rendit de bonne heure.Il s'était posté assez loin, mais ne perdait pas de vue.la porte du cimetière par où il espérait voir sortir Christiane.Il était près de dix heures.Le soleil, déjà haut, projetait ses flèches d'or à travers les épaisses frondaisons et mettait, de ci; de là, des taches lumineuses sur les herbes et les mousses.Un merle sifflait éperdument dans les branches et rappela à Jacques celui qui, le jour néfaste où il s'était follement engagé à Renée, jetait sa mélopée sur le jardinet au magnolia.Que de chemin son cœur avait parcouru depuis ce moment.Et maintenant, après avoir vivement souffert de cette déception sentimentale, plus encore \u2014 il s'en rendait compte \u2014 dans son amour- propre que dans son cœur, il se reprenait à espérer dans l'avenir et en Christiane qu'il avait étudiée, de plus en plus admirée, et s'était pris à aimer d'une affection raisonnée, d'un amour profond, absolu, et sans espoir jusque-là.Mais, à présent qu'il se croyait, et savait aimé, il était prêt à reprendre adroitement sa liberté, à la première incartade trop flagrante de Renée, et à tout faire pour conquérir Christiane.Enfin elle apparut sous le porche et s'avança précisément dans l'allée où Jacques, qui l'avait aperçu s'avança de l'air d'un promeneur in- différent à tout ce qui n'était pas le charme de ce coin feuillu et le concert donné par les nombreux oiselets pépiant ,gazouillant ou jetant à plein gosier leur hymne à ce matin ensoleillé.Sans y paraître, il observait la jeune fille.Les yeux baissés, elle marchait d'un pas las, comme accablée par des pensées plutôt mélancoliques.Par un phénomène bien connu, sentant un regard fixé sur elle \u2014 et quel regard ! \u2014 elle leva les yeux, vit Jacques, et s'arrêta, sidérée.Lui s'avançait, semblant chercher dans les branches les oisillons qui ne cessaient pas leur ramage.Et, soudain, le jeune homme s\u2019arrêta à un pas de celle qu'il attendait, et feignit d'être aussi surpris qu'elle de cette rencontre.\u2014 Oh! vous ! s'écria-t-il.\u2014 Comment êtes-vous ici, à cette heure ?fit-elle, étonnée.\u2014 Bien simple, expliqua-t-il, d\u2019un ton le plus naturel.J'aimais beaucoup ces bois.J'y viens, parfois, le matin.Ces jours-là, je déjeune au restaurant de l'étang des Ursines, et j'arrive, à deux heures tapant, à la villa.Tel que vous me voyez, je viens de la station de.Meudon, à travers bois et ravins.\u2014 Mais ce n'est pas, en partant de là, le chemin pour aller aux Ursi- nes ! \u2014 Je le sais bien.J'ai la carte en mains.N'empêche ! Venant du carrefour du Pavé de Meudon, je fais souvent un crochet pour revoir ce coin si calme, ce petit cimetière perdu sous bois et que j'aime tant.Car il faut que j'y vienne seul, Renée n'en goûtant pas le charme et ne songeant qu'à presser le pas quand nous passons par ici.Ce n'est pas comme vous, paraît-il ?\u2014 Oh! moi, j'y viens par devoir et même par goût, je l'avoue, répondit la jeune fille en toute simplicité.J'y viens de temps en temps et je m'attarde un peu à écouter la brise dans les feuilles et quelquefois le rossignol, qui, quoi qu'on dise, chante aussi bien le matin que la nuit.\u201c Ah! nous avons bien les mêmes goûts !\u201d, pensa Jacques.Mais il se garda bien de le dire.\u2014 Eh bien! proposa-t-il d'un air dégagé, voulez-vous, si vous n'êtes pas trop fatiguée, m'accompagner«un bout de chemin ?Je vais aux Ursines.Vous me laisserez quand vous le jugerez bon.Christiane hésita une seconde.Toutefois, il avait dit cela si simplement, d'un ton de camaraderie si fraternelle, qu'elle ne crut pas devoir refuser.\u2014 Allons ! dit-elle en souriant.\u2014 Si vous le voulez-bien, reprit- il, nous passerons par ce sentier qui court dans les fourrés.C'est tout plein gentil par là.\u2014 Comme il vous plaira.\u2014 ll faudra monter un peu.\u2014 Montons ! acquiesça-t-elle gaîment.Ce sentier serpentait à l'ombre de grands arbres et au milieu d'arbustes qui cachaient à tous les yeux les promeneurs qui s'y engageaient.C'était ce qu'avait voulu Issargar- ry.Ils marchaient à pas feutrés, par les herbes et les mousses formant un épais tapis.Soudain, Jacques s'arrêta net, au pied d'un grand arbre.Surprise, elle s'arrêta aussi et le regarda.Il jeta son chapeau sur l'herbe et prit son mouchoir.Elle crut qu'ayant trop chaud il allait éponger son front.ais lui, portant le fin linon à ses lèvres, appuya un long baiser sur les initiales, en fixant sur la jeune fille un regard dominateur et implorant à la fois.Sous ce regard ardent, sur l'expression duquel elle ne pouvait se méprendre, elle devint pourpre, et, dans son trouble, recula d'un pas pour s'appuyer au tronc de l'arbre, se sentant défaillir.Qu'est-ce que cela voulait dire ?Que savait-il donc ?H ne la laissa pas longtemps dans l'incertitude.\u2014 Cela vous étonne, n'est-ce pas, de me voir embrasser, avec une telle ferveur, mes propres initiales ?dit-il, sans cesser de la fixer.Mais elle s'était quelque peu ressaisie.\u2014 En effet, répondit-elle.Si seulement c'était Renée qui les eût brodées ! Mais puisque vous savez que ce n'est pas elle.Je ne comprends pas.\u2014 Certes, oui, je sais que ce n'est pas elle.Mais je sais aussi que ce n'est pas non plus Mme Davezac.Comprenez-vous maintenant, Christiane ?A ces mots, elle se sentit pâlir.Mais, voulant à tout prix éviter les paroles qu'elle pressentait et ne devait ni ne voulait entendre, elle déclara fermement : \u2014 Moins que jamais ! \u2014 Oh s'écria-t-il d'une voix exaltée, Christiane, ne jouez pas ce jeu cruel ! Cela ne vous ressemble pas à vous, la loyauté même! Vous le savez très bien : ce n'est que parce c'est vous qui avez brodé ces initiales, et que je le sais, que mon mouchoir m'est si précieux.Mais elle, faisant appel à toute son énergie et à sa droiture native : \u2014 Brisons là, Jacques.Vous êtes fiancé à ma sœur et vous semblez l'oublier.\u2014 Je n'oublie rien.Oui, malheureusement, je me suis pris à ses airs ingénus et à ses premières protestations.J'ai cru, un moment, l'aimer.Mais elle m'a profondément déçu par sa nature changeante et ses sentiments interchangeables.\u201cEt je ne vous en ai que plus appréciée, plus admirée et aimée, car je vous aime, Christiane, pour le bonheur ou le malheur de ma vie, à votre gré.Emue au .plus profond du cœur, elle fit un effort surhumain pour paraître sceptique, railleuse même.LA REVUE POPULAIRE \u2014 Vous qui accusez les autres d'être versatile, vous J'êtes, vous- même, au suprême degré.Hier, vous aimiez Renée; aujourd'hui, vous jurez vos grands dieux que c'est moi.et demain ce sera le tour d'une autre.Mais je ne puis en entendre davantage.Et je regrette cette rencontre .fortuite.\u2014 Eh bien! oui! cette rencontre n'était pas fortuite! s'écria-t-il.Et vous vous en doutez assez pour vouloir me le faire comprendre.Oui, je vous attendais, je vous guettais, car depuis hier j'avais décidé de vous parler seul à seule.\u2014 Je ne veux pas en entendre davantage, je vous l'ai dit, déclara-t-elle avec une certaine violence qui n'était pas dans son caractère.Et elle fit un pas pour s'éloigner.Mais il se jeta en avant, barrant le chemin, et s'agenouilla devant elle en suppliant : \u2014 Christiane, écoutez-moi, je vous en conjure, fit-il d'une voix sourde, avec un accent déchirant.Je vous aime.et vous m'aimez ! Je lis en votre âme aussi clair que dans.la mienne.\u2014 Alors, fit-elle, se raidissant, il suffit qu'une sœur, pour faire plaisir à sa sœur, ait eu l'idée de broder un bout de linon, pour que vous en infériez que cette bonne âme vous aime .Ah?vraiment, c'est trop de fatuité ! \u2014 Non ! il n'y a pas que cela.J'ai d'autres points de repère.Votre émoi, en entendant cette romance, hier soir.Christiane, ne niez pas.On n'a ce visage-là, inoubliable, que lorsqu'on aime.On n\u2019a cette face martyrisée que quand l'on est suppliciée par un amour qu'on ne croit pas partagé.Vous aimez! vous aimez! Christiane, moi .ou un autre.Mais vous aimez! Sous la cruelle impression des derniers mots de la jeune fille, il venait de penser à la supposition que Renée avait faite : \u201c Ne serais-tu pas jalouse de Philippe, toi?\" Il n'avait pas osé le nommer.Mais, à ce soupçon subit, il tordit les mains qu'il levait vers elle et éclata en sanglots.De saisissement, elle s'était laissé tomber assise sur la mousse, bouleversée par ces larmes d'homme, si pénibles à voir couler, même quand celui qui pleure est un indifférent.Bien plus profond était son émoi de voir Jacques ainsi désespéré.Et pourtant, elle voulait résister jusqu'au bout.\u2014 Jacques, cria-t-elle avec douceur, taisez-vous.Vous n'avez pas le droit de me parler ainsi.Vous n'êtes pas libre.Et c'est à ma sœur, à ma sœur, entendez-vous, que vous êtes engagé.\u2014 Mais je puis me libérer ! cria-t- il, exaspéré, lui rendre sa parole, dire franchement que c'est vous que je demande en grâce qu'on m'accorde ! Il était là, tantôt implorant, tantôt violent, dans toute l'exaltation de son amour, absolu, exclusif, définitif.Il était à ses genoux, pitoyable et superbe.Et elle eût voulu attirer à elle cette tête admirable, la bercer, essuyer ses larmes, calmer sa folie.Elle arriva pourtant à se contenir; et prenant les mains jointes tendues vers elle prononça posément : \u2014 Jacques, ce que vous dites est insensé.Vous êtes le dernier auquel ma famille consentirait à me marier, après un affront pareil infligé à ma sœur.Et comme il faisait un mouvement et allait répliquer : \u2014 Non, écoutez-moi jusqu'au bout.Ma sœur a le genre des jeunes filles d'aujourd'hui, traitant librement, en camarades, les jeunes gens de nos connaissances; mais elle n'a rien à se | Janvier 1937 reprocher envers vous, je vous l'assure.\u201cD'autre part, vos fiançailles sont officielles, publiques.Lui rendre sa parole serait porter atteinte à sa réputation; ce serait agir en malhonné- te homme.Et vous êtes un honnête homme, Jacques.Si vous ne voulez pas déchoir dans mon estime, vous ne pouvez vous dégager envers elle.Sous le regard loyal de ces grands yeux si compatissants, ses mains fiévreuses prises entre ces petites mains au fluide apaisant, le jeune homme paraissait se calmer.\u2014 À votre tour, Christiane, écou- tez-moi.Je n'ai pas l'intention de rompre brutalement, sans raison sérieuse.Mais je pensais laisser aller les choggs jusqu'au jour où Renée, s'enferrtgi@elle-méme, me fournirait le motif \u2018de me retirer.* Vous savez bien qu'elle m'a assez bafoué, parfois, me traitant en pis- aller.Et encore, ces jours-ci, quand elle a acheté pour Philippe une pochette qu'elle va broder elle-méme, celle-là, pour la lui offrir à son départ, quand je serai parti.\u2014 Oh! c'est Roger qui a parlé ! fit Christiane, toute honteuse pour -sa sœur et voilant son visage dévenu pourpre.- \u2014 Qu'importe ?dit Jacques.Heureusement pour moi, je ne puis plus souffrir par elle.Mais je ne veux pas gâcher ma vie pour quelqu'un qui ne m'aime pas et que je n'aime plus.\u2018Je veux.aimer celle que j épouserai.Ce n'est pas vous, que jai entendu faire la méme profession de foi, qui me blâmerez.Je n'ai donc qu'à laisser à Renée le temps de s'engager à un autre plus brillant ou plus riche .Moi parti, elle aura le champ libre et ne manquera pas d'en profiter.Et alors, alors.Christiane, rien ne s\u2019opposéra plus à notre union.~ Jamais mes parents ne consentiraient à cela, fit-elle d'un ton calme, qui dissimulait les battements tumultueux de son cœur.\u2014 Alors ,nous passerions outre, puisque la réputation de Renée, mariée à Philippe, serait sauvegardée.Mais elle savait bien, elle, que jamais Philippe ne songerait à épouser Renée et qu'il ne s'amusait, en dilettante pervers, qu'à la compromettre aux yeux de Jacques et à froissser celui-ci.Il fallait, à tout prix, éviter à sa sœur, sa petite sœur qu'elle aimait, malgré ses défauts, la rupture de ce mariage, dont tout le monde jaserait, IÏ lui fallait se sacrifier au point d'honneur de sa famille, et, chose plus cruelle, sacrifier celui qu'elle aimait.Et lorsque Jacques, pressant, répétait : \u2014 Si on s'opposait à ce mariage, nous passerions outre.Le bonheur d'être pour toujours l'un à l'autre vaut bien cela ! Elle répondit : : \u2014 Oui, Jacques, si je'vous aimais.Mais je ne vous aime pas ! Seulement, en disant cela, elle avait détourné son visage.Jacques eut un \u201cOh!\u201d indigné, reprit les mains de Christiane et pro- féera d'une voix rauque : \u2014 Regardez-moi en face et osez répéter ce blasphème ! Elle leva sur lui ses yeux angoissés, et tandis que le jeune homme plongeait son regard brûlant dans ses prunelles sombres et lumineuses comme une belle nuit, elle répéta : \u2014 Non, Jacques, je ne vous aime pas.D'un bond, il fut debout et clama d'une voix déchirante : \u2014 Alors, c'est Philippe que vous aimez ! Et vous voulez, pour cette raison, que j'épouse Renée.Vous aurez fait le malheur de votre sœur et le mien ! Et, sans voir le geste de protestation indignée de la jeune fille, il se sauva comme s'il eût été poursuivi, sur le versant opposé.Et Christiane, qui s'était dressée aussi, tendit ses bras vers celui qui fuyait comme une bête blessée à mort, et jeta un cri : \u2014 Jacques ! Pardon ! \u201c Ah! je lui ai brisé le cœur ! Il le fallait!.Et elle s'abattit, sanglotante, sur la mousse.mon Jacques ! CHAPITRE XIV Sur la route, au bas de l'éminence où avait eu lieu la pénible scène entre Jacques et Christiane, et où cette dernière s'attardait pour pleurer à son aise et calmer ses sanglots, un jeune homme passait au bord du ravin opposé à celui où était tombée la pochette.De ses yeux de lynx, il fouillait les arbustes et les broussailles tapissant la pente raide.Soudain, il eut une exclamation satisfaite.Accroché à une branche épineuse, balancé par la brise, le petit carré de linon, tel un papillon blanc, semblait voltiger, mais ne s'envolait pas.: \u2014.Il me le faut et je l'aurai ! mar- monna-t-il.Déposant sur l'herbe son chapeau et son veston, il se mit en devoir de descendre au fond de la ravine et ensuite d'escalader le versant contraire pour atteindre la pochette.Il lui fallait pour cela s'acccrocher à toutes les aspérités du terrain, aux branches qui risquaient de casser sous son poids et d'écorcher ses mains fines et nerveuses.Ce fut un jeu, pour ce Pyrénéen, rompu aux courses en montagne, comme aussi de grimper à l'arbre du haut duquel la précieuse pochette convoitée semblait lui faire signe.Un quart d'heure après, se reposant sur un talus, il la contemplait, la couvrait de baisers, la pliait ensuite signeusement et l'enfouissait comme un trésor sur sa poitrine, dans une poche intérieure.\u2014 Fou que j'ai été! soupira Jacques.Il semblait rasséréné.Avait-il vaguement entendu le cri angoissé de sa bien-aimée, ou entrevu de loin ses bras tendus vers lui ?A deux heures, aussi ponctuel que d'habitude, il arriva à la villa.Plus rien ne paraissait sur son visage de ses émotions de la matinée.Il sembla même plus gai qu'à l'ordinaire, et en .le voyant rire avec Roger, plaisanter avec Renée, Christiane eût pu croire avoir rêvé.Elle eut pourtant un moment d\u2019émoi quand Renée, s'apercevant qu'il n'avait pas ce jour-là son mouchoir, lui dit tout à coup : \u2014 Tiens ! vous n'avez pas mis votre mouchoir de fantaisie aujour- dhui.\u2014 Hélas ! répondit le jeune homme, à ma grande confusion, je dois vous l'avouer : je ne sais plus ce que j'en ai fait.Je crains fort de l'avoir perdu.\u2014 Oh! s'écria la jeune fille, quel dommage ! Je suis désolée.Moi qui tenais tant à ce que vous ayez ce souvenir, quand vous serez loin de moi.\u2014Croyez que je regrette plus que vous cette perte.Mais, au fond, rien ne remplace la présence réelle, fit gravement Jacques.Au surplus, ceux qui aiment vraiment n'ont besoin de rien pour se souvenir de ceux qui leur sont chers.\u2014 C'est égal, j'aurais tenu à ce que vous eussiez là-bas quelque chose de moi qui ne vous quittât pas.\u2014 Ne me faites pas regretter davantage mon étourderie.La chose est irréparable, acheva Jacques avec un singulier sourire.à moins.\u2014 À moins ?.questionna Renée.\u2014 À moins que vous n'en ayez un double et.que vous vouliez bien me l'offrir.À ces mots, Renée rougit et Christiane devint toute pâle, craignant le pire.Mais Renée n'était pas facile à démonter.Elle prit un air contrit : \u2014 Hélas ! fit-elle, si j'avais pu prévoir, j'en aurais acheté deux pareils.Ce fut au tour de Christiane de rougir du mensonge de sa sœur.Elle n'osait plus lever les yeux sur Jacques.Qu'allait-il dire, grands dieux! Mais lui, avec une ironie à peine voilée, que Renée ne perçut pas, mais que Christiane ressentit vivement : \u2014 Bah ?ne vous désolez pas, vous n'auriez quand même pas le temps de le broder .car mon départ est imminent.\u2014 Ah! fit Renée, si tôt que ça! \u2014 Oui.J'avais demandé une prolongation de congé, elle m'a été refusée.Je dois partir dès demain.CHAPITRE XV Jacques Issargarry parti le premier, et Philippe ensuite, Kermogal étant de retour de Bretagne ou il avait passé prés d'un mois, la famille Lanespède était rentrée à Paris, où Renée avait repris ses habitudes mondaines, sa vie agitée, pleine d'espoirs fallacieux et de déceptions accumulées; Christiane son existence solitaire et laborieuse, égayée pourtant par la présence de son petit élève Roger.Celui-ci devait passer l'hiver et le rintemps près de son grand-oncle anespède.e Les mois d'hiver et de printemps avaient passé.Les deux fiancés s'écrivaient ré- ulièrement une fois par semaine des ettres pleines d'esprit et de futilités de la part de Renée, et sans enthousiasme, mais correctes du côté de Jacques.Chez lui, le feu était éteint; et pour Renée il n'y en avait jamais eu.L'été battait son plein.On attendait le jeune Béarnais pour les premiers jours d'août.\u2014 Dès qu'il sera arrivé, nous partirons pour Chaville, avait décrété M.Lanespède.Mais Roger, qui devait aller retrouver sa grand'mère d\u2019Arfons à Castres-sur-l\u2019Agout, ne l\u2019entendait pas ainsi.Et fier de savoir tout seul écrire une lettre, il envoya à la bonne dame l'épître suivante : Chère granmaire, Il me tarde beaucoup: de te revoir.Mé¢ jà du chagrin de quitter tata Yane et de ne pas voir mon grand ami Jacque quan il va venir et aussi M.de Kermogal.Tu pouré pas nous dire a tous d'aller mamené au Burlas, où je seré si bien avé tout le monde que j'aime.Ça cé entre nou.Jé pa di que je t'écri ça.Ton petit Roger qui t'envoi de bons \u2018\u2019 poutous \u201d comme on dit à Castre.ROGER D'ARFONS Par retour du courrier arriva de Castres une invitation en règle pour (Lire la suite page 41) 39 Un mal de tête qui l\u2019aveuglait presque FORCEE DE SE COUCHER PENDANT DES HEURES \u2014 = Tous ceux qui souffrent de maux de tête voudront lire cette lettre : \u201cJusqu'à l'été dernier, je souffrais souvent de violents maux de tête, Il me semblait alors que ma vue faiblissait et que je n'avais plus de forces; je devais rester couchée pendant des heures.Ma tante (qui a pris des Sels Kruschen pendant 12 années et s'en est bien trouvée) me suggéra de les essayer.Je suivis son conseil et depuis des mois ces maux de tête ne sont p'us revenus; en réalité, je me sens beaucoup mieux.À l'avenir, je prendrai toujours régulièrement du Kruschen.\u201d \u2014 (Mme) M.W.Les maux de tête sont souvent dus au dérangement d'estomac et à l'inactivité intestinale : les matières en stagnation empoisonnent alors le sang.Les nombreux sels contenus dans le Kruschen aident à éliminer complètement ; le sang se purifie et les maux de tête disparaissent.- A ceux qui souffrent de maux de tête Les maux de tête se font sentir dans les rôgions de la tête À, B, C, D,E,F.Pourconnaître leurs causes lisezattentivementlacir- culaire incluse dans chaque boîte.Pour soulager les douleurs périodiques, migraine, mal de dos, rhumes, grippe, etc, prenez les Capsules Antalgine.ANTALGINE l EN VENTE PARTOUT 25% J Agents demandés pour vendre des cravates pour hommes.Avec nos prix vous pouvez faire une commission de 100%.Demandez aujourd'hui des échantillons gratuits et un territoire exclusif.Ontario Neckwear Company, Dept.561.Toronto.: Le médecin dit: Prenez la prescription REINOL Pour nettoyer votre rein et soulager le mal de dos.En vente partout - 504 Ja boîte ee.po Py Coupon d'abonnement LA REVUE POPULAIRE Ci-inclus $1.50 pour 1 an ou 75¢ pour 6 mois (Etats-Unis: $1.75 pour 1 an ou 80c pour 6 mois) d\u2019abonnement à LA REVUE POPULAIRE.POIRIER, BESSETTE & CIE, Limitée 975, rue de Bullion, Montréal, Canads POO ) fi 40 Les Mots Croisés de la Revue Populaire \u201cGrande Série No 3 SOLUTION DU PROBLEME DES MOTS CROISES PARU DANS LA REVUE POPULAIRE DE DECEMBRE HORIZONTALEMENT 1\u2014Petits filets de pêche.\u2014 Plante dont l'involucre ne change pas avec le temps.2\u2014Enfant nouveau-né.\u2014 Rivière de France qui prend sa source dans le Perche.3\u2014Manche d'un pinceau.\u2014 Ile hollandaise de la Sonde.\u2014 Sorte de jeu de cartes.\u2014 Maladie virulente.\u2014 Résine du pin et du sapin.4\u2014 Chemin pratiqué dans un marais salant.\u2014 Equerre.\u2014 Nom de plusieurs villes de l'ancienne Grèce.\u2014 Adj.pos.\u2014 Lettres de encre.5\u2014 Action d'enlever la croûte.\u2014 Ancienne mesure contenant deux intes.\u2014 Coiffe de femme du EVIIIe siècle.\u201c 6\u2014Qui existe.\u2014 Cultiver des arbres.\u2014 Petite moulure.7\u2014~Argile.\u2014 Titre légal de l'or et de l'argent.\u2014 Nom de neuf rois du Danemark.\u2014 Participe pris prépositivement.8\u2014Conjonction.\u2014 Poils des paupières.\u2014 Point cardinal.\u2014 Ouvrage de maçonnerie rond et voûté.\u2014 Petit cube.9\u2014Roue à gorge.\u2014 Dont les poils sont tombés.\u2014 Cuits sur le gril.\u2014 Royaume de l'Indochine.\u2014 Instrument à vent.10\u2014 Article espagnol.\u2014 Qui annonce de la force (fig).\u2014 Partie creuse d'une saliere.\u2014 Ville d'Italie.\u2014 Conj.11\u2014Foliole du calice d'une fleur.\u2014 Vêtement blanc des prêtres.\u2014 Troublée.\u2014 Appareil imaginé par le physicien Cagniard- tour.12\u2014Fils de Jacob.\u2014 Rassembla.\u2014 Ténor italien né à Cagliari.\u2014 Audacieux.13\u2014 Ancien navire de guerre.\u2014 Anciennement Castrogiovanni.\u2014 Ce qui donne .naissance à des objets semblables (fig).\u2014 Qui est ni acide ni alcalin (chim.) 14\u2014Dont on a ôté la rate.\u2014 Petitesse (fig).\u2014 Temps que met la terre à faire sa révolution autour du soleil.15\u2014Largeur d'une étoffe.\u2014 Passa du dehors en dedans.\u2014 Corps gras qui a contracté une odeur orte.\u2014 Celui qui fait les affaires d'autrui.\u2014 Pron.pers.3 4 5 6 7 8 9.10, 1.12, 13, 4, 15 16, 17, 8, LA REVUE POPULAIRE 19.20, 21, 22 23 nan = u N 2x 16\u2014 Petite pomme ferme et sucrée.\u2014 Légumineuse cultivée comme fourrage.\u2014 Exempt de charge.\u2014 Fondateur de l'Empire perse.\u2014 Nom vulgaire des labrax.17\u2014Anc.prov.du royaume de Sardaigne.\u2014 Sorte de patin en bois.\u2014 Qui appartient au nez.\u2014 Lettres de roman.\u2014 Ecri- vain américain (1815-1882).18\u2014Colère.\u2014 Ancienne race de l'Amérique du Sud.\u2014 Petite embarcation.\u2014 Qui est fait sans esprit.19\u2014En les.\u2014 Groupe de petites poires rangées autour d'une branche.\u2014 Diplomate français; il importa le tabac en France.\u2014 Idem (abr.) 20\u2014 Masse de pierre très dure.\u2014 Principe de la vie.\u2014 De la nature de la craie.\u2014 Péricarpe des fruits des céréales.\u2014 Lettre de l'alphabet grec ancien.21\u2014Pron.pers.\u2014 Anagramme de toi \u2014 Chose égarée dont on ignore le propriétaire.\u2014 Adj.numéral.\u2014 Pron.indéfini.22\u2014Mür avant la saison.\u2014 Roi d'Israël.\u2014 Homme éloquent.23\u2014Espèce de char à bancs à quatre roues.\u2014 Qui delivre un peuple de la servitude.VERTICALEMENT 1\u2014Miroirs réflecteurs adaptés aux lampes.\u2014 Empressement auprès des dames.2\u2014Simple, niais, vieux.\u2014 Voiture à quatre roues, employée en Russie.\u2014 Dispositions de che- veux en sens contraire de ceux des autres.\u2014 Terrain sur lequel on bâtit.3\u2014Ustensiles qui servent à soutenir des rideaux.\u2014 Partie plate d'un aviron (mar.) \u2014 Adv.de lieu.\u2014 Partie du jour (abr.) 4\u2014 Mot latin qui signifie autrefois.\u2014 Île portugaise de l'Atlantique.Unité de travail mécanique.La moitié de Orégon.5\u2014Pron.pers.\u2014 Mot anglais signifiant Jean Taureau.\u2014 Pieu aiguisé par un bout.\u2014 Place qui convient à chaque personne.\u2014 Genre d'insectes coléoptères.6\u2014Pron pers.\u2014 Petites draisiennes pour enfants.\u2014 Astronome et opticien.italien né à Modène (1786-1864).7\u2014Cassa le pied.\u2014 Membre des oiseaux.\u2014 Homme d'État anglais (1750-1823).\u2014 Particule provençale.8\u2014Genre d'oiseaux gallinacés d'Océanie.\u2014 Bière anglaise.\u2014 Qui a rapport à l'âne.\u2014 Ville du Pérou.9\u2014Triage.\u2014 Nom grec du dieu de l'amour.\u2014 Humeur onctueuse.\u2014 Deux voyelles.10\u2014Conj.copulative.\u2014 Préfixe indiquant répétition.\u2014 Ferler une voile sur sa vergue.\u2014 Substance dure employée en tabletterie.11 \u2014Forme francisée de la prép.grecque hupo.\u2014 Dieu des vents.\u2014 Broméliacée qui fournit un fruit délicieux.\u2014 Arme.: 12 \u2014Peintre.\u2014 Adj.indéfini.\u2014 Boutique de boucher.13\u2014Meurtri en parlant des fruits.\u2014 Fatigué et amaigri.\u2014 Bruit oc- J H L casionné par un mouvement ré- gle.\u2014 Le côté vers lequel descend la rivière.14\u2014Préfixe privatif.\u2014 Pron.pets.\u2014 Personnage distingué par ses talents \u2014 Long bâton garni d'un tampon.: 15\u2014Se dit des fruits en état d'être récoltés.\u2014 Mammifère ruminant.\u2014 Amas de brouillard.\u2014 Fleuve de Russie.16\u2014Drames lyriques sur un sujet religieux.\u2014 Point de départ de chaque chronologie.\u2014 Roman de chevalier du XIIe siècle.\u2014 Unité de mesure.17\u2014Mets qui plaît beaucoup.\u2014 Peau épaisse de certains animaux.\u2014 enre de noctuelles.\u2014 Coups de baguettes (inv).18\u2014Pron.pers.\u2014 Personne qui discute les ordres \u2014 Fut acheté au prix de.19\u2014En les.\u2014 Rivière de l'Italie ancienne.\u2014 Mois de l'année.\u2014 Ville d'Autriche.\u2014 Pièce de poésie.20\u2014Illustre famille princière d'Italie.\u2014 Homme politique français (1763-1824.\u2014 Bien qu'une femme apporte en mariage.\u2014 Du verbe avoir.21\u2014Il y a bien longtemps (fam.) \u2014 Intenté.\u2014 Raquette de cricket.Ruisselet.22\u2014Manche adapté au pinceau à laver.\u2014 Faire don.\u2014 Nom vulgaire de la larve du hanneton.\u2014 Préfixe signifiant égalité.23\u2014 Magasin de dépôt pour la ficelle.\u2014 Couleur bleue de teinte pâle. Janvier 1937 (Suite de la page 39 la famille Lanespède, Mme Davezac, Jacques Issargarry et Hervé de Ker- moga .t le 10 aout suivant, fout le monde qu'aimait Roger se trouvait réuni au chateau de Roquetaillade, chez Mme d'Arfons.Ce château était situé sur la gauche de l'Agout, bordée par les premiers contreforts de la Montagne Noire, et presque en face du village des Burlats, dans un charmant vallon sis sur la rive droite, déclivant vers les champs de fraisiers, à perte de vue.Perché à mi-hauteur, au milieu de jardins descendant, par terrasses superposées, jusqu'à la route côtoyant la rivière, et adossé aux frondaisons de son parc et des bois qui, le continuant, escaladaient la montagne, Ro- quetaillade dominait un admirable payasage d'arbres, d'eaux et de roches se dressant, de-ci, de là, dans le lit même de l'Agout, semblables à des monuments druidiques.Et ces champs de fraisiers s'étendant sur l'autre rive ! Tout un poème de verdure et de parfums.Car la grande culture des Burlats, ce sont des fraises des quatre saisons, ces mignonnes fraises rouges et parfumées, dont les effluves se répandent dans tout le pays environnant et montent jusqu'au château, Accoudée à la balustrade de la terrasse supérieure, jeunes gens et jeunes filles admiraient cette splendeur et savouraient cet arome.F \u2014 Ah! c'est vraiment un bon et M beau pays que le Tarn ! s\u2019écria Her- \u201cve.\u2014 \u2014 Chaque province, en France, a ÊÜ_sa beauté, répondit le jeune Béarnais; _y mais les pays de montagne sont les |-plus beaux.= \u2014 Et la mer, alors, protesta le Breton, la mer, et, surtout, celle de Bretagne ! \u2014 Je vais vous mettre d'accord, fit Renée, dans un éclat de rire cristallin.Comme Mme de Staël, j'aime T mieux la rue du Bac.+\u2014 \u2014 Quel blasphème ! s'écria Christiane, pendant que les autres riaient de cette boutade.\u2014 Oh ! toi, rabat-joie, je suis sûre I que tu préfères le coin du petit cimetière de Chaville ?' \u2014 Moi, dit Christiane, avec sim- (_ plicite, jaime tout ce qui est beau, partout où je le trouve .Je ne pré- M fere rien.jusqu'au jour ou., Elle s'arrêta net, et rosissant légè- l\\rement, comme confuse de ce qu'elle avait failli révéler.: O Jusqu'au jour ou?.répéta Ker- mogal, en posant sur elle son regard si bleu et si fervent.Q \u2014 Mon Dieu.ce n'est pas la » peine, murmura la jeune fille.! \u2014 Mais si! insista Jacques.\u20ac Voyons, allez donc jusqu'au bout de ~ votre pensée, qui ne peut qu'être belle, car elle semble impliquer un Z espoir.\\ 4, / \u2014 Non, ce n'est ce, pas même un désir, à peine un qui, comme la plupart des rêve, rêves, n'est guère réalisable.\u2014 Mais encore, dis-le-nous, ce é as une espéran- réve, persista Renée, en lutinant sa sœur.Tu vas le dire, hein ! \u201c Jusqu'au jour où.\u201d \u2014 Où j'aurai mon nid dans la * mousse, ou ailleurs, et qu'alors je pré- fèrerai à tout, si modeste soit-il, même à un cinquième de la rue Quin- campoix, puisque j'y aurai ce que j'aimerai le plus.\u201cVous le voyez, un rêve, rien qu'un rêve ! acheva Christiane, avec un sourire, où un regard, exercé ou aimant, eût pu discerner plus de mélancolie que d'espoir.Et Jacques et Hervé le perçurent très bien, tous les deux.\u2014 Peuh! cela ne m'enchanterait guère, un cinquème rue Quincampoix, serait-il habité par Eros en personne ! s'écria Renée.Tu en as de bonnes, toi ?Et, s'adressant à son fiancé : \u2014 Cela vous tenterait-il, Jacques ?\u2014 Ça dépendrait de celle avec qui j'y habiterais, répondit-il placidement.CHAPITRE XVI Deux jours après, Kermogal partit avec M.Lanespède, qu'intéressait, aussi, ce pays T'arnais, si plein de souvenirs historiques et de monuments des siècles passés.Ils allaient visiter les vestiges romains, celtiques, et du Moyen-Age : le camp de César, près des Castres.Lou toumbel des Trés Reysés \u201d (Le tombeau des Trois rois) à Andou- que, dans l'Albigeois, et tant d'autres.Ils ne devaient être de retour que le surlendemain au soir.: Jacques et les deux jeunes filles décidèrent d'aller faire, à pied, aux alentours, une promenade assez lointaine, et, pour cette cause, de ne point emmener Roger, qui, d'ailleurs, préférait rester à jouer avec les enfants du régisseur.Les trois jeunes gens, après avoir couru, tout l'après-midi, à travers bois et vallons, se trouvaient non loin de Roquecourbe, dans un chemin creux, qu'ils avaient pris pour rejoindre la route côtoyant la rivière, et qui les ramènerait à Roquetaillade.Ce chemin, assez étroit pour que trois personnes n'y pussent passer de front, était encaissé entre deux hauts talus, coupés à pic, tapissés d'herbe courte, et ombragé par de grands arbres, dont les branches se rejoignaient, formant voûte.: Christiane, Renée et Jacques allaient allègrement, devisant à bâtons rompus, savourant le calme de cette heure exquise du soleil couchant.Un grand silence s'étendait sur la campagne, au point que le seul bruit qu'on entendit était le clapotis de l'eau contre les rochers parsemant l'Agout encore assez éloigné.t, soudain, ils virent s'élever, au bout du sentier, un nuage de poussière.\u2014 Oh ! s'écria Renée, avec effroi, un taureau échappé ! Il vient sur nous ! En effet, un animal furieux fonçait, à fond de train, tête baissée, à leur rencontre.Pas de moyen de salut ! D'un bond, Christiane se jeta en avant, pour se placer devant Jacques.Mais celui-ci la saisit, et, sans effort apparent, la souleva et la projeta au haut du talus, pendant que Renée, livide, criait en trépignant : \u2014 Jacques ! moi d'abord ! \u2014 Tous les trois ou aucun ! riposta rudement le jeune homme.Puis, Christiane en sûreté, il enleva Renée dans ses bras robustes et la lança près de sa sœur.Le taureau n'était plus qu'à une vingtaine de mètres, et Issargarry, avec calme, au milieu du chemin, levait la tête vers le ciel.Christiane, hors d'elle-même, crut qu'il acceptait de mourir.\u2014 Jacques ! clama-t-elle, donc ! \u2014 Impossible ?Pas la place de l'élan.; \u2014 Alors, je saute ! cria-t-elle, affolée.\u2014 Je vous le défends ! gronda-t-il, en l'enveloppant d'un chaud regard impérieux et adorant.Ne craignez rien, je veux vivre ! Et comme, au même instant, le taureau fonçait sur lui, il posa avec sautez une précision impeccable son pied entre les deux cornes, sur le front baissé de l'animal.Celui-ci, d\u2019un mouvement violet, se redressa et lança le jeune Béarnais dans l'espace, d'où il ne retomba pas.Sous l'impulsion de ce tremplin improvisé, projeté à la hauteur que, d'un coup d'œil, il avait déjà mesuré, Jacques s'était accroché, comme à un trapèze, à une grosse branche tendue en travers du chemin, tandis que le taureau reprenait sa course effrénée.Avec l'élégante souplesse et l'agilité d'un gymnaste accompli, Jacques, à grandes brassées, de branche en branche, rejoignit le tronc de l'arbre, et, sans se donner la peine d'en descendre, se laissa légèrement tomber sur le sol, entre les deux sœurs, en riant comme un enfant qui vient de jouer un bon tour de sa façon.Mais il vit, à sa droite, Renée gisant, évanouie, et, à sa gauche, Christiane affaissée, le visage dans ses mains et sanglotant éperdument.C'était la réaction de l'indicible bonheur de le voir sain et sauf, après l'épouvante de l'avoir cru perdu.Alors, il se sentit fort de la certitude, désormais acquise, de l'amour que, dans son affolement, Christiane n'avait pu dissimuler plus longtemps, risquant sa vie, et, ensuite, voulant mourir avec lui.Dans l'exaltation de son triomphe, il prit les mains encore tremblantes qui voilaient cette face adorée, et, regardant ce visage bouleversé, prononça sourdement : \u2014 Et maintenant, osez encore me dire que vous ne m'aimez pas ! Et elle, à bout de courage, baissant comme une coupable son front pur, murmura : \u2014 Oui, Jacques, je vous aime.Submergé de joie, le jeune homme couvrit de baisers les mains qu'il tenait entre les siennes.Mais Christiane poursuivit : \u2014 Nous n'avons pas le droit de nous aimer, Jacques.Et nous sommes bien malheureux .et le serons plus encore .\u2014 Mais non ! Philippe arrive demain.Tout s'arrangera, pour elle comme pour nous.\u2014 Pour elle ! répéta douloureusement Christiane en prenant sa sœur dans ses bras.Mais voyez donc ! Pauvre chérie! Mais comprenez-le donc qu'elle vous aime réellement ! Elle s'est évanouie de vous voir en danger.\u2014 Heu.cela peut aussi bien être de frayeur.bien naturelle.Enfin, essayons d'abord de la ranimer.Puis rééditant, sans le savoir, le mot de Renée à sa grand'mère l'année précédente, il conclut avec un singulier sourire : \u2014 Qui vivra verra ! CHAPITRE XVII Le soir de ce même jour, M.Lanes- pède et M.de Kermogal revinrent de leurs excursions.Ils trouvèrent Mmes d'Arfons, Da- vezac et Lanespède toutes bouleversées du péril qu'avaient couru les trois jeunes gens et enthousiasmées du sauvetage opéré par Jacques et de la façon dont il s'était tiré lui-même de ce mauvais pas.Mme d'Arfons s'était prise d'affection pour le charmant Béarnais.Depuis la mort tragique de son fils et de sa bru, elle vivait dans la crainte continuelle des accidents, pour elle ou son entourage.Elle n'en avait été que plus vivement impressionnée par ce qui venait d'arriver à ses hôtes et ne tarissait pas d'éloges'sur Issargarry.\u2014 Ah ! ma mignonne, disait-elle à Renée, tu as gagné à la loterie du 41 QuErLE BeauTÉ CONFÈRE Haubelti AUX YEUX | Des yeux frangés de longs cils, brillants et bien fournis! 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TT 42 mariage.Tu auras un mari peu ordinaire.Car Renée, toute excitée par la.prouesse de son fiancé, prouesse dont elle n'avait vu que le début, s'était fait raconter par Christiane comment il avait pu sortir indemne de cette dangereuse aventure.Et elle la racontait, avec exaltation, à qui voulait l'entendre.\u2014 Et dire, s'écriait-elle, que je n'ai pas vu ce tour de force! Ga devait être épatant ! \u2014 Voyons.voyons.n'exagérons rien ! protestait Jacques.Ce taureau furieux et sanguinaire n'était peut-être qu'une vache folle de peur .\u2014 Ah! par exemple ! s'exclamait la jeune fille.En tout cas, si c'en était une, c'était une vache enragée ! J'aime autant ne pas boire de son lait, ni manger d'entrecôte de cette furie.\u2014 | elle n'y tient pas non plus! plaisantait Jacques.Et les trois dames de rire, ayant encore dans les yeux des larmes d'effroi et d'attendrissement.Ce fut bien autre chose lorsque M.Lanespède et Hervé de Kermogal arrivèrent.À l'exception de Christiane et de Jacques, silencieux, les quatre autres parlaient toutes à la fois, pour leur apprendre l'événement de la journée.Dès qu\u2019il eut compris le danger qu'avaient couru ses filles, M.Lanes- pède pâlit d'abord, devint pourpre ensuite, suffoquant, et, d'un geste instinctif, défit son faux-col.Puis, ayant repris une respiration normale, il s'avança vers Jacques tout confus, l'étreignit, et lui dit d'une voix altérée par l'émotion : \u2014 Mon cher garçon, je ne sais comment je pourrai jamais m'acquitter envers vous.Mais je suis prêt à faire l'impossible pour vous prouver ma gratitude.Mais comment 7.comment ?.i Alors, Jacques Issargarry, d'une voix grave : \u2014 Monsieur Lanespède, qui sait si, quelque jour, je n'aurai pas à vous rappeler cette promesse .- A pant a Kermogal, qui, tout pâle, était jusque là resté silencieux, il alla vers Jacques, prit ses mains, les serra à les broyer, et, tout bas, murmura : \u2014 Quoi qu'il arrive, ma vie entière vous appartient désormais.Ce fut au tour de Jacques de palir, tout en répondant : \u2014 N'importe qui en eût fait autant.Puis, il baissa le front, accablé par la pensée que le bonheur des uns fait, le plus souvent, le malheur des autres, et, selon la parole du poète : .Que la création est une immense roue Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu\u2019un.Philippe arriva le lendemain et il dut entendre plusieurs fois le récit de l'accident et les louanges que chacun faisait d'Issargarry, sans compter Renée, brochant sur le tout.Par courtoisie, il dut joindre ses félicitations à celles des autres.À vrai dire, il était inconsciemment vexé du relief que cet événement donnait au jeune chimiste, et, partant, excédé de l'enthousiasme général.Il recommença d'ailleurs à accaparer Renée et à se poser, plus que jamais, en chevalier servant de sa cousine.Ce fut, même, tellement affecté, que Mme d'Arfons, qui, les autres années, ne l'avait jamais vu, si assidu auprès de la jeune fille, jeta parfois à Philippe un regard surpris et choqué.\u2014 Ou veut-il en venir ?se deman- dait-elle avec une certaine inquiétude.Toutefois, n'ayant aucune autorité \u2018 sur le frère de sa bru défunte, elle n'aurait eu garde d'intervenir.D'autant plus qu'elle était obligée de se tenir en bons termes avec le beau diplomate, car il était le subrogé- tuteur du petit Roger, dont elle- même était la tutrice.Elle ne put pourtant taire à Mme Davezac ce qui la préoccupait.Les deux grand'mères, d'égale valeur morale, s'entendaient on ne peut mieux.\u2014 Ne trouvez-vous pas, dit un jour Mme d'Arfons à sa vieille amie, que Philippe va un peu fort dans sa manie de flirter avec toutes les jeunes filles qui lui tombent sous la main ?\u2014 Heu 1.il a toujours fait ainsi.Le nombre de ses flirts en diminue l'importance et même la neutralise complètement, répondit avec un fin sourire Mme Davezac.\u2014 Eh ! eh ! je crains que Renée ne s'y prête un peu trop, fit d'un ton soucieux Mme d'Arfons.\u2014 Ce pourrait être dangereux avec une nature plus profonde et plus naïve que celle de la \u201c petite \u201d.Mais Philippe a affaire à plus forte que lui.Si elle est, en ce moment, en proie à la galanterie outrée de son cousin, elle y répond du tac au tac.Elle est aussi flirteuse qu'il est flirteur, et si les contraires s'attirent, les semblables se repoussent.Il n'y a aucun risque .- .\u2014 Qui, mais elle est fiancée.ll y a Jacques! Et celui-ci me semble d'humeur un peu sombre depuis l'arrivée de Philippe.Il se tait, mais observe.Il patiente.mais si jamais il éclate!.Vous le savez mieux que moi, les Béarnais sont fins, prudents, et cependant de caractère passionné, absolu.Je crains que cela n'arrive à faire du vilain, et, en tout cas, que cette enfant détache d'elle M.Issargarry et ne gâte son avenir.Elle ne retrouverait pas, Philippe compris, un mari de cette valeur.\u2014 À qui le dites-vous ! Eh bien ! oui, je le crains aussi, avoua Mme Davezac.Je me demande avec anxiété où nous allons.Mais, ce qu'elle n'avouait pas, c'était son profond étonnement, non de la longanimité de Jacques, mais de la vague de jalousie dont il semblait être repris.Et Christiane en était plus surprise encore.Comment ! Il disait ne plus pouvoir souffrir par Renée, et, depuis le retour de Philippe, il avait une mine absorbée et boudeuse d'Othello au petit pied! Que signifiait cette attitude ?Jacques, au fond, se désintéressait des marivaudages de Philippe et de Renée.Bien mieux, il s'en félicitait.Il avait cependant, tel un beau ténébreux, pris un air sombre.Il affecta de se retirer sous sa tente, en l'espèce une tonnelle sise à l'angle d'une terrasse dominant l'Agout.Il y écrivait, lisait ou fumait.Or, un jour, vers la fin des vacances, où il se trouvait, seul, dans cette \u201c gloriette \u201d, comme on dit dans le Midi, il entendit deux voix toutes proches.C'étaient celles de Renée et de Philippe.Ils venaient de s'asseoir, côte à côte, sur un banc, et, ne sachant pas Jacques si près, devisaient librement.\u2014 Non.disait le jeune homme, je ne comprends pas ton engouement pour ce mariage, ta hâte de t'engager ainsi.\u2014 Mais Jacques est très bien physiquement, se défendait la jeune fille.Et, avec cela, intelligent, cultivé et loyal \u2026.\u2014 Je ne dis pas .Si l'on veut.Mais, ma pauvre petite, avec tes goûts mondains, ta soif de luxe, que deviendras-tu dans la modeste vie d'un homme de profession sans fortune ?Tu n'es pas faite pour cela, ma jolie Renée.\u2014 Que veux-tu, on ne peut tout avoir.\u2014 Allons donc ?Te vois-tu, mais te vois-tu donc, là-bas, loin de ta famille, de toutes tes relations, dans un petit appartement, avec une femme de ménage à l'heure pour tout personnel domestique, et, qui sait, réduite à faire toi-même tes robes | Et cela au milieu du luxe ambiant ! À Nice ! La médiocrité à Nice ! Et pour toi! Mais tu y périrais d'ennui et peut-être de rage! As-tu pensé à tout cela ?\u2014 Hélas ! répondit Renée avec un gros soupir, c'est là le point noir.Je tavoue que jai l'appréhension d'une telle vie.Mais Jacques m'aime.Je me suis engagée à lui.Je dois tenir ma parole.D'autant plus, ajou- ta-t-elle avec un regard en coin, que beaucoup de ceux qui vous courtisent ne parlent jamais de mariage.Jacques attendait curieusement la réponse de Philippe.Mais Christiane et Roger arrivant, mirent fin à cette conversation.\u2014 Quatre heures! criait l'enfant en accourant à eux.On goûte tout le monde ! Octave a fait des babas ?Ils seront bons.J'ai surveillé pendant qu'elle les faisait cuire et j'ai fait passer le rhum pour les arroser.Bonne-maman d'\u2019Arfons vous appelle.Comme Philippe et Renée se levaient, Jacques, impassible, sortit de la tonnelle.À sa vue, Philippe rougit violemment et Renée devint toute pâle.Christiane, qui ne pouvait se douter de la gravité de la situation, dit avec tranquillité : \u2014 Madame' d'Arfons vous attend pour le thé.Roger s'empara d'une main de Jacques et l'entraîna vers la salle à manger.Philippe et les deux jeunes filles suivirent.Dès qu'ils furent dans la salle à manger, où toute la famille était réunie, Jacques, soudain, s'approcha de Philippe, et, tout haut, pour être entendu, dit en touchant du doigt le mouchoir arboré le matin même par l'attaché d\u2019ambassade : \u2014 Vous avez là un mouchoir qui ressemble, comme une goutte d'eau à celui que Renée avait bien voulu m'offrir et que j'avais perdu .CHAPITRE XVII Tous les regards, les uns surpris, les autres effarés convergèrent sur les deux jeunes hommes.Depuis qu'il savait que sa conversation avec Renée avait été surprise, Philippe s'attendait à un choc plus ou moins prochain avec Jacques.Cependant, la brusquerie de l'attaque l'avait quelque peu désarçonné.Mais il se ressaisit aussitôt, et ce fut avec un regard de défi, bravant le regard noir et railleur que Issargarry braquait sur lui, qu\u2019il répondit : \u2014 Rien d'étonnant .Ma cousine en avait acheté deux \u2018pareils le même jour, et à mon départ, l'an dernier, m'en a offert un dont elle avait elle- même brodé les initiales.Renée ne put s'empêcher de rougir de cette divulgation de son mensonge, tandis que Christiane pâlissait de honte pour sa sœur, et d'angoisse de ce qui allait se passer.\u2014 Parfait ! lança Jacques, avec ironie.C\u2019est ce qu'il fallait démontrer ! \u2014 Mais moi je n'ai perdu pas le mien, ajouta Philippe.narquois.\u2014 Je vous en félicite, riposta le jeune chimiste.Mais là n'est pas la LA REVUE POPULAIRE question .Je voulais seulement faire remarquer à tous ici, qui sont vos parents et mes amis, que Renée nous ayant mis sur un pied dégalité, la situation exige d'être éclaircie.\u201cJe vous prie donc, Monsieur La- nespède, de sortir un moment avec moi, et de m'accorder un entretien particulier.\u2014 À vos ordres, acquiesça Philippe d'un ton sec.\u2014 Monsieur Issargarry ! Jacques ! Mon cher garçon ! s'écria Mme d'Ar- fons, qui s'était dressée d'un air anxieux mais sans pouvoir articuler un mot de plus.M.Lanespède s'était levé, lui aussi, le front soucieux.Toutefois, il fit à l'adresse de Mme d'Arfons un geste qui signifiait : \u201c Laissez aller les choses\u2019, pendant que Jacques, trés mai- tre de lui, avec calme et d'un ton déférent : \u2014 Rassurez-vous, Madame.Je n'oublie pas que M.Philippe Lanes- pède vous est apparenté et que je ne suis ici qu'un étranger.mais votre hôte.\u201c J'ai bien malgré moi, entendu tout à l'heure une conversation entre Renée et son cousin.Et cela nécessite une explication .une simple explication.entre M.Philippe et moi.\u201c Après cela, nous vous reviendrons probablement les meilleurs amis du monde.Les deux jeunes gens sortirent et s'arrêtèrent sur la terrasse où s'ouvraient les salons et la salle à manger.Philippe s'assit dans un fauteuil, en désigna un à Jacques, et interrogea, d'un air nonchalant : ; \u2014 Alors ?.vous aviez à me dire 7.Et l'autre, sans périphrases : \u2014 Que vous avez trop souvent paru oublier que Renée est ma fiancée, en prenant vis-à-vis d'elle des allures de prétendant.\u2014 Je pourrais, laissa tomber de haut le jeune attaché d'ambassade, répondre que cela ne regarde que moi.Il attendait un sursaut du bouillant Béarnais; mais celui-ci restait impavide, Philippe poursuivit : \u2014 Cependant, à un fiancé officiel, je crois devoir quelques égards, et.\u2014 Vous ne m'y avez guère habitué, coupa Jacques avec amertume.\u2014 Il faut un commencement à tout.persifla Philippe, mais avec une certaine bonhomie.Je vous dirai donc que je ne crois pas avoir dépassé la mesure permise à un cousin germain, et que Renée me semble en juger de même, puisqu'elle n'a jamais été choquée de mon attitude.\u2014 C'est précisément là que je veux en venir, exposa Jacques paisiblement.Renée nous traite un peu trop sur le même pied; c'est inacceptable pour chacun de nous.D'autre part, j'ai entendu les commentaires, assez pertinents, j'en conviens, que vous lui faisiez sur les desavantages pour elle d'un mariage avec moi.\u2014 Croyez bien, assura le diplomate, que c'était sans animosité personnelle contre vous.Mais je la connais si bien ! Il lui faut la vie large, luxueuse, mondaine.que.Il s'arrêta, un peu confus de ce qu'il avait failli dire.Mais Jacques acheva : \u2014 Que jé ne puis lui donner.Très juste, cela.Aussi, comme tout honnête homme le ferait à ma place, j'en conclus que pour vouloir la détourner de ce modeste mariage, il faut que vous l'aimiez et désiriez lui donner, en l'épousant, la vie brillante pour laquelle vous la jugez faite.J'agis donc loyalement et sans rancune en vous disant : mettez-vous car- Janvier 1937 rément en ligne, et demandons à Renée de choisir entre nous.Philippe Lanespède sursauta dans son fauteuil.\u2014 Ah! Dieu non ! s'exclama-t-il.Vous n'y pensez pas ?Quel romantique vous faites, mon cher ! Puis s'apaisant, il expliqua : \u2014 Comprenez donc que dans la situation qui sera la mienne et dont je gravis les premiers échelons, une solide fortune est indispensable afin de pouvoir tenir son rang et représenter dignement son pays.Or, ma fortune, suffisante pour un simple pékin, n'est rien pour un ambassadeur.Il me faut donc épouser une jeune fille riche, très riche.Et Renée n\u2019a qu'une dot infinitésimale.Pour rien au monde je ne commettrai la folie de l'épouser.Jacques était bléeme de rage contenue et de désespoir.I avait, le malheureux, cru que Philippe aimait Renée et espéré que le jeune homme serait ravi de la solution qu'il lui proposait, comptant lui-même que la folle ambitieuse n'hésiterait pas à choisir son brillant cousin.Le refus de Philippe renversait tous ses plans, et cette déception le désemparait.\u2014 Alors, gronda-t-il, puisque vous n\u2019aviez rien de mieux à lui offrir, pourquoi cherchiez-vous à la détourner de moi ?\u2014 Parce que je l'aime bien, comme une petite sœur à qui l'on crie : \u201c Casse-cou ! \u201d quand on la voit prête à commettre une sottise.Avec vos mentalités diamétralement opposées, vous ne pourrez que souffrir l'un pour l'autre.\u2014 Je le sais déjà .Et cela à cause de vous.Si vous ne l'aimiez pas et ne vouliez l'épouser, dans quel but alors, ces assiduités pour le moins exagérées ?\u2014 Si je vous disais que c'était pour vous rendre service, vous ne le croiriez pas.Et pourtant c'est vrai.Je ne suis pas si mauvais que vous le pourriez supposer.\u201cJe ne dis pas que je ne vous aie pas un peu jalousé de vouloir nous enlever, si tôt, et emmener trop loin cette folle gamine, que nous aimions tous, malgré ses défauts.\u201c Mais, depuis, j'ai compris autre chose .Vous m'intéressez énormément.Alors, en bon prince, que je suis, j'ai tâché de vous tendre la perche, de vous donner un motif de retraite.Et, comme Jacques rougissait et pâlissait tour à tour : \u2014 Eh ! oui, mon bon ! Tout subtil Béarnais que vous êtes, je vous ai percé à jour .Pour le coup du mouchoir, tout à l'heure, j'attendais l'éclat.Mais baste ! j'avais compté sans votre prudence de race d'accord avec votre loyauté native.Non, je ne m'attendais pas à ce coup-là ! Vouloir me faire mettre sur les rangs \u2026.en espérant que ce serait moi qui épouserais ! Peste ! non, mon dévouement pour vous.frois ne va pas jusqu'à risquer ce jeu-là ! Jacques restait anéanti, assommé.Ses préventions contre Philippe s'étaient évanouies.Mais il était bouleversé de voir deviné son amour pour Christiane, et au désespoir de ne plus pouvoir se dégager envers Renée.Constatant sa paleur, son regard désolé, l'autre reprit : \u2014 Allons, allons, du cran, que diantre ?Vous n'en manquez pas à l'occasion, sacré Béarnais ! Je suis encore bleu du coup que vous m'avez asséné.Savez-vous que vous m'avez mis dans une fichue position : m'obliger à refuser Renée, qui, tout en vous préférant personnellement, ne me le pardonnera pas ?Puis, réfléchissant : \u2014 Après tout, la situation sera plus nette.\u2014 Pour vous ,murmura sourdement Jacques.Mais je reste lié à ma parole.Et, d'ailleurs, elle m'en voudra autant qu'à vous.\u2014 Et! bigre! félicitez-vous-en, puisque vous n'êtes pas faits l'un pour l'autre ! \u2014 Je ne le sais que trop, avoua Jacques.Mais je ne puis lui faire l'affront de me dégager le premier.\u2014 Certes ! Là est le point névralgique.Pour le moment, tout ce que je puis faire, c'est d'encourir son ressentiment, en vous laissant divulguer l'objet de notre conversation, qui, au fond, aura, tout de même, eu ça de bon de nous amener à nous entendre un peu mieux, tous les deux, acheva Philippe, en tendant la main à Jacques qui la serra, en souriant tristement.\u2014 Voyons, ne faites pas cette tête, lui dit Philippe .Vous pouvez être certain qu'on nous observe, du salon ou de la salle à manger.Du reste, rien n'est perdu, croyez-moi.Avec le caractère que je connais à ma jeune cousine, l'avenir peut nous réserver quelque surprise.plutôt agréable.C'est un vrai miroir aux alouettes, cette petite ! Ce fut sur ces mots sibyllins que l'entretien des deux jeunes gens se termina.\u2014 À propos, fit soudain Philippe, au moment d'entrer dans la salle à manger, pour mélanger la susceptibilité de Renée, et me garer un peu de ses foudres, je crois devoir avancer l'annonce à ma famille de mon mariage avec Mlle Madeleine Rip- pert.CHAPITRE XIX A peine Philippe et Jacques étaient- lis sortis de la salle à manger que M.Lanespède fonçait sur Renée.\u2014 Que signifie tout cela ?s'était-il écrié, d'une voix irritée.Encore quel- qu'une de tes frasques ! Ta sacrée coquetterie, qui met aux prises, au- jourd'hui, les deux garçons que j'estime et que j'aime le plus.Sais-tu bien que tu finiras par lasser ma patience ! \u2014 Mais, père.voulut-elle dire.\u2014 1! n'y a pas de mais! Nous t'avons, tous, trop gâtée.Tu te crois tout permis.Qu'est-ce que cette conversation surprise par ton fiancé?\u201cCar Jacques est ton fiancé, ce que tu sembles trop souvent oublier.Et, cela, après t'être entétée a me faire consentir à ce mariage, alors que je te trouvais trop jeune encore.\u2014 Qu'ai-je donc fait?s\u2019exclama Renée.\u2014 Qu'as-tu donc fait?Maintenant que ce loyal et charmant garçon se considère et est considéré par nous tous, comme étant de la famille, tu trouves moyen de le froisser, lui qui t'a sauvé la vie.\u2014 Mais enfin, s'écria la jeune fille, éclatant en sanglots, je ne sais pas ce qu'on me reproche ! Ce n'est pas ma faute s'il est jaloux comme un tigre.\u2014 Et elle veut avoir raison encore ! s'indigna son père, alors que son fiancé et son cousin vont peut-être en découdre, à cause d'elle ! \u2014 Mais non .Mais non .Ras- surez-vous, intervint Kermogal.Jacques est plus pondéré que vous ne le croyez, mon cher ami, \u2014 Îl a, même, été très patient, jusqu'ici, opina Mme d'Arfons, en jetant à Renée un regard désapprobateur.\u2014 Certes ! surenchérit M.Lanes- pède.Et il a fallu que la conversa- 43 L'AGENT DE CHANGE \u201cMagnifique! Magnifique! Ça vaut une bonne Sweet Caporal.\u201d CIGARETTES SWEET CAPORAL \u201cLa forme la plus pure sous laquelle le tabac peut être fumé.\u201d\u201d\u2014 Lancet So BULLETIN D\u2019ABONNEMENT LES TROIS MAGAZINES POUR TOUS POUR CINQ DOLLARS © Sur réception de ce prix d'aubaine vous recevrez pendant un an : Le Samedi, La Revue Populaire et Le Film (Cette offre est pour le Canada seulement) Le Samedi, La Revue Populaire et Le Film sont édités par une des maisons les plus solides de tout le Canada.POIRIER, BESSETTE # CIE, limitée 975, rue de Bullion, Montréal, P.Q.Ci-inclus veuillez trouver la somme de $5.00 (Canada seulement) pour un an d'abonnement aux TROIS magazines : Le Samedi, La Revue Nom ee ne _ Adresse eee À | CE Province ________________.| I | | 1 J | Populaire et Le Film.I | | | 1 | | } 44 tion qu'il a surprise l'ait mis hors des gonds.\u2014 Et pourtant, rien dans ce qui a été dit ne pouvait l'offenser, déclara Renée, au milieu de ses larmes.\u2014 Tu vas nous dire, tout de suite, de quoi il était question.\u2014 Philippe me disait .que j'avais eu tort de m'engager a un simple professeur.sans fortune.-car je serais obligée de vivre, loin de vous, dans la médiocrité.\u2014 Oh! firent ensemble les deux grand'mères.\u2014 Et tu trouves qu'il n'y avait pas là de quoi le blesser! Qu'as-tu répondu ?\u2014 Que Jacques était très bien et qu'il me plaisait .\u2014 Et puis 7 Allons, la vérité, n'est- ce pas?\u2014 Et j'ai avoué, aussi, que j'appréhendais un peu cet avenir.Mais que Jacques avait ma parole, et que je ne pouvais songer à m'en dégager.\u2014 De mieux en mieux ! Tu avais l'air d'accepter la carte forcée!.\u2014 Mon Dieu ! Que va-t-il résulter de cette explication entre eux?se lamenta Mme d'Arfons.\u2014 Rien de grave, Madame, je m'en porte garant, assura Kermogal.\u2014 Et cette histoire de pochette .Avais-tu besoin d'en donner une à Philippe, satanée coquette ?\u2014 D'autant plus que je l'avais avertie de ce qui pourrait en résulter, et que je lui avais défendu, déclara, d'un ton mécontent, Mme Davezac.Et comme la jeune fille recommençait à sangloter.\u2014 Ne la faites pas pleurer, tous, éclata Roger, pleurant aussi.Et, prenant dans ses petits bras la tête de Renée : \u2014 Tata Renée, n'est-ce pas que, quand tonton Jacques, qu'il avait perdu sa pochette, t'a demandé si tu en avais pas une autre de pareille, tu la lui aurais bien donnée, au lieu de mentir que tu n'en avais pas, pour la garder pour tonton Philippe, si tu avais su que tu ferais mettre tout le monde fâché contre toi ?Et essuyant.avec son petit mouchoir.les larmes de la jeune fille : \u2014 Avoue, va, on ne te grondera plus.\u2014 Ça, c'est complet ?clama M.La- nespède, hors de lui.Donc, tout à l'heure, par ce qu'a dit, franchement Philippe.ton fiancé a eu la preuve de ton mensonge ! \u201cApres cela.s'il ne te rend pas ta parole, il faudra qu'il soit aveuglé par l'amour, ou trop loyal et correct pour vouloir te faire, ou plutôt nous faire, à tous, cet affront.\u201cAh! je n'aurais jamais cru qu'une de mes filles m'exposerait à subir une pareille humiliation.\u2014 Rien ne dit, se révolta Renée, que, pour de telles vétilles, il reprenne sa parole.Et puis, après tout, s'il le faisait, eh bien! il y en a d'autres ! \u2014 Comment ! tonna le père, tu oses parler ainsi, après qu'il t'a sauvé la vie ! Rien ne me tient de te faire enfermer dans une maison de santé, jusqu'à ce que tu aies recouvré la raison ! Il avait pris sa fille aux épaules et dardait sur elle des yeux furibonds.Kermogal s'interposa encore : \u2014 Mon ami, ne vous mettez pas dans cet état.Attendons le résultat de cette explication.\u2014 Pierre, ce qui est fait est fait.Ne la tourmente pas, dit Mme La- nespède, implorante .Et puis, si elle ne l'aime plus.La pauvre mère redoutait de voir partir, en se mariant, sa fille loin de Paris, loin d'elle.\u2014 Mais si, je l'aime ! sanglota Renée.C'est le meilleur et le plus loyal garçon .Et je n'ai rien à me reprocher envers lui.\u201cEt puis, fit-elle en jetant un regard de reproche à son père, pourquoi avoir voulu nous faire attendre deux ans ?Et c'est aussi la faute de Christiane de ne pas se décider à se marier.: A ces mots, Christiane eut un sursaut d'indignation.Pourtant, elle se maîtrisa et dit posément, mais d'une voix altérée : \u2014 Je ne pouvais cependant pas, pour permettre à ma sœur de se marier, me marier moi-même avant d'aimer.Aimer .Aimer '.Aimer, verbe- fleur, dont le parfum, à travers les siècles révolus, embauma et enchanta tous les âges; et enivre, ennoblit et console encore l'humanité.quand il ne la désole pas.\u2014 Aimer ?répéta Renée rêveusement.Ah ?l'essentiel est d'être aimée de qui l\u2019on aime ! Et tous la regardèrent, étonnés d'un tel mot dans la bouche de cette frivole enfant.CHAPITRE XX \u2014 Eh bien ?s'enquit, en entrant, Philippe d'un ton de bonne humeur, nous a-t-on au moins gardé quelques babas ?Renée, les yeux encore rougis, de larmes.affecta de regarder dehors.Mme d'Arfons, rassurée et enchantée, s'empressa de répondre : \u2014 Mais, mes enfants, on vous a attendus.\u2014 Comment ! Personne n'y a goûté!.Pas même Roger ?\u2014 Oh! moi, je les ai surveillés, pour pas que le rhum s'en aille comme de la fumée dans l'air.Je leur ai mis une cloche.Et c'était vrai! \u2014 Hein ! Jacques, s'écria Philippe, nommant, pour la première fois, Issargarry par son prénom.Avons- nous de la chance d'avoir un neveu si prévoyant et si peu gourmand ! \u2014 Heu.Je le suis bien un peu, gourmand, avoua l'enfant.Mais j'y pensais plus que je l'étais .J'avais trop de chagrin.\u2014 Roger ! voulut dire sa grand'- mère.Mais Philippe, avec le geste de la main qui rassure ou apaise, à l'adresse de Mme d'Arfons : \u2014 Laissez-le parler.Puis au garçonnet : \u2014 Et pourquoi, petit homme ?\u2014 Parce que j'avais peur que tonton Jacques et toi vous alliez être fâchés.\u2014 En voilà une idée ! Nous n'avons jamais été plus amis\u201d.Mais ne laissons pas évaporer le rhum des babas.Le petit en serait au désespoir.Goûtons, puis nous causerons.Tous, rassurés, firent honneur au goûter; mais chacun grillait de savoir ce qui s'était passé entre les jeunes gens.\u2014 À vous, Jacques, dit enfin Philippe, de communiquer l'objet de notre entretien.\u2014 Voici, commença Issargarry.Un peu froissé de ce que j'avais entendu de la conversation de Philippe avec Renée, j'en avais inféré qu'il aimait sa cousine, sans pouvoir, elle étant fiancée, se déclarer ouvertement.Et, n'étant pas très sûr que Renée ne fit pas sensible à cet amour, j'ai invité Philippe à se poser franchement en prétendant et à demander à Renée de choisir entre nous deux.Renée sursauta.Etait-ce d'indignation .ou d'espoir ?\u2014 Ça, par exemple, c'est d'un homme ! admira M.Lanespède.\u2014 Alors, expliqua Philippe, prenant à son tour la parole, j'ai répondu à Jacques que je n'avais jamais eu la pensée d'aller sur ses brisées, et que je ne pouvais me mettre en ligne, parce que je suis déjà fiancé, bien que ce ne soit pas encore officiel.Chacun reçut cette nouvelle de façon différente sinon chez tous apparente.Renée avait eu peine à retenir un cri de colère; mais ses yeux de saphir pales qu'elle braquait sur Philippe étaient devenus presque noirs.\u2014 Ah! tant mieux! s'écria M.La- nespède.Enfin, te voilà fixé, mauvais sujet.\u2014 Et quelle est celle qui a assez de courage pour consentir à courir cette aventure ?plaisanta amicalement Mme d'Arfons.\u2014 Elle ne doit toujours pas manquer de millions, fit amèrement Renée.\u2014 Tu penses ! s'écria Philippe sans paraître froissé.Un futur ambassadeur, sans grande fortune, n'est pas libre de céder aux impulsions de son cœur.Il a la charge de représenter dignement son pays et doit sacrifier beaucoup à cet objectif.\u2014 Espérons tout de même qu'elle n'est ni bossue ni boiteuse, railla Renée, et que ton sacrifice ne va pas jusque-là.\u2014 Tais-toi, ou il va croire que tu enrages, lui dit tout bas Christiane.\u2014 Il pourrait y en avoir d'autres, et pour d'autres raisons, lui jeta sa sœur avec un regard incisif.\u2014 Non, pas tout à fait: c'est Mile Madeleine Rippert, répondait au même instant Philippe, agacé.\u2014 Hé! qu'est-ce que je disais s'écria Renée, feignant de rire.Quel sacrifice ! Riche à millions, orpheline et jolie.\u2014 Il est heureux que tu en conviennes.Mais, pour ne pas perdre ma réputation de galanterie, j'ajoute qu'elle ne l'est pas autant que toi.Là, tu es contente que j'épouse une de tes meilleures amies ?\u2014 Certes, tu ne pouvais mieux choisir.\u2014 Alors, embrasse-moi, Renée \u2026.et parlons d'autre chose.D'autant plus que la date de mon mariage est assez éloignée.Puis, se tournant vers Jacques, et lui tapant sur l'épaule : \u2014 Ce n'est pas comme le vôtre, heureux mortel.Jacques eut un pâle sourire et ne répondit rien.Le soleil couchant incendiait l'horizon, quand tout le monde sortit sur la terrasse.Les oiseaux, regagnant leurs nids, pépiaient dans le parc.Les fleurs abattues par la chaleur du jour se redressaient dans les parterres et dans le calme ambiant, le bruissement de l'Agout montait jusqu'à la terrasse supérieure.Chacun semblait rasséréné.Kermo- gal, se promenant de long en large, causait avec M.Lanespède.Les trois dames devisaient, assises dans des fauteuils rustiques.Philippe jouait avec Roger, et Christiane, pensive, accoudée à la balustrade, laissait vaguer au loin son regard mélancolique.\u2014 Venez, j'ai à vous parler, dit à mi-voix Renée à Jacques.Et ils se perdirent dans le parc.Ils marchaient en silence, depuis un moment, lorsque Renée commença : \u2014 Jacques, vous avez dû être froissé quand Philippe vous a répondu au sujet du mouchoir.Et vous avez pensé : \u201cElle m'avait menti.\u201d LA REVUE POPULAIRE \u2014 N'attendez pas que je vous contredise, répliqua Jacques fironique- ment.\u2014 Eh! oui, je vous ai menti, ce jour-là.Et je ne pouvais faire autrement.Avant de savoir que vous aviez perdu votre mouchoir, j'avais déjà dessiné et commencé, presque fini, celui que je destinais à mon cousin.Sans cela je vous aurais offert le second en place de celui que vous aviez perdu.\u201c D'autre part, je craignais de vous froisser en vous disant que j'avais eu l'idée d'en faire un pour Philippe.Et cependant, pour un cousin cela n'a pas d'importance.\u2014 Oui, si vous n'aviez pas été fiancé à un autre.\u2014 Je ne voyais pas la chose comme cela.Bref, c'est bien tout ce que vous aviez à me reprocher ?Pourquoi.alors, m'exposer à un affront comme celui qui m'a valu votre proposition saugrenue à Philippe ?\u2014 J'en ai donné les raisons devant vos parents tout à l'heure.Elles suffisent amplement sans que j'aie besoin d'y appuyer .J'en aurais trop à dire, Renée.\u2014 Dites ! Mais dites donc ! \u2014 Inutile.Je tiens compte de votre nature imprévoyante et primesautière, et je passe condamnation.\u2014 Je vous rends grâce, persifla la jeune fille.On ne saurait être plus magnanime.Il est vrai qu'il me faut beaucoup d'indulgence, à moi aussi, pour vous pardonner l'humiliation que je viens de subir et bien autre chose.\u2014 Quoi donc ?questionna Jacques, un peu inquiet.\u2014 Tout d'abord, votre jalousie sans raison, et .et aussi ce qui s'est passé l'autre jour dans le chemin creux de Roguecourbe.Cette fois, le jeune homme se sentit rougir, puis pâlir.Vraiment, la journée était aux émotions.\u2014 Je ne comprends pas, put-il enfin articuler.\u2014 Je crois que si, prononça Renée d'un ton plus triste que railleur.\u2014 Mais enfin, expliquez-vous.\u2014 Qu'auriez-vous pensé si vous et.Philippe, par exemple, aviez été en danger et que, pouvant vous sauver, j'aie commencé par lui, plutôt que par vous ?\u2014 C'est une hypothèse qui ne tient pas debout, s'écria, avec un rire un peu forcé, le jeune Béarnais.Vous en auriez été tout à fait incapable ?Mais pour parler sérieusement, je vous rappellerai que Chistiane se trouvant devant moi et la plus exposée, c'est par elle que je devais commencer, et que je vous ai répondu : \u201c T'ous les trois ou aucun \u2019.Comment aurais-je jamais osé revoir votre père si je ne lui avais pas ramené ses deux filles ?\u2014 Enfin, vous avez toujours raison.Dans tous les cas, je voulais vous dire : si vous croyez avoir à me reprocher quelques vétilles, j'ai, moi aussi, à vous pardonner deux choses plus sérieuses.Donc, amis ou fâchés, nous sommes quittes.\u2014 Amis ou fâchés ?répéta Jacques.Ce dernier mot est de trop, car je reste votre ami.Ce n'est pas moi qui me dédirai.Elle leva vers lui sa téte blonde, qui semblait accrocher toute la lumière flamboyante du couchant, plongea son regard bleu, aigu cette fois, dans les yeux sombres et graves de son fiancé, et, avec un sourire indéfinissable, prononça d'un ton net : \u2014 Alors, moi non plus; vous pouvez y compter.CHAPITRE XXI Après l'explication fournie par les deux jeunes gens, sur leur entretien, a Janvier 1937 Christiane avait enfin compris, et l\u2019illusion de Jacques sur l'amour de Philippe pour Renée, et l'espoir qu'il avait fondé sur l'issue de sa tentative: recouvrer sa liberté en laissant l'initiative de se dégager envers lui à sa fiancée dont il escomptait l'ambitieuse vanité.Et maintenant que le spécieux calcul d'Issargarry était déjoué, Christiane devinait le secret désarroi du jeune homme, sa désespérance, et les ressentait au plus profond de son cœur, alors quelle n'eût pas partagé l'espoir qui avait poussé le jeune Béarnais à cette démarche auprès de Philippe.Elle connaissait trop bien, pour cela, l'esprit positif sinon intéressé de son cousin.\u2014 C'est fini, se disait-elle, navrée.Notre triste amour est condamné.Et puis, elle aime Jacques, elle l'a dit.Donc, de toute façon, je dois renoncer à ce rêve, accepter le sacrifice absolu de mes aspirations vers le seul qui réalisait mon idéal, le seul que je pouvais aimer.En considérant à la dérobée le beau visage aimé.Jacques, plus mat, plus pâle qu'à l'ordinaire, son air grave, concentré, quoi qu'il fit pour paraître serein, presque gai, elle sentait son cœur se serrer & angoisse, et si elle eut été seule, elle eut pleuré, elle pourtant si maîtresse d'elle-même d'habitude.\u201c Pauvre cher, pensait-elle, il est encore plus malheureux que moi, lui, obligé \u2018de se marier non seulement sans amour mais encore et surtout sans confiance dans celle à qui il donnera son nom.Ah! oui, pourquoi n'est-ce pas moi qu'il a rencontrée la première !\" Elle passa toute une nuit d'insomnie à ressasser ses tristes pensées.\u2014 Mon Dieu ! pria-t-elle au matin, donnez-moi la force de résister à l'assaut que je pressens, et d'aller sans faiblir jusqu'au bout de mon sacrifice.Que de nous trois, ma petite sœur au moins soit heureuse, puis- qu'elle l'aime ! Au début de l'après-midi, Roger voulut aller faire voir, à ceux des hôtes de Mme d'Arfons qui ne le connaissaient pas, le Rocher tremblant, d'ailleurs peu éloigné de Roquetail- lade.Les jeunes gens, les deux .jeunes filles et l'enfant partirent donc et suivirent le bord agreste de la rivière, jusqu'au célèbre rocher dressé, comme un menhir, dans le lit même de l'Agout.Il fallait, pour l'approcher, sauter de roche en roche, à fleur d'eau.Roger et Philippe, qui lui aidait, y parvinrent les premiers, suivis de Renée et de Kermogal.Christiane resta sur le bord, en spectatrice attentive, mais, en réalité, l'esprit ailleurs.Jacques profita de l'occasion pour demeurer auprès d'elle et lui parler en aparté.Roger, ému et tout fier, poussa légèrement le rocher qui oscilla aussitôt sur sa base.On eût dit qu'il allait s'effondrer et, de sa masse énorme, écraser l'imprudent et ceux qui l'entouraient.Mais l'imposante roche, après avoir cédé à la faible impulsion de cette maiñ d'enfant, se pencha d'un côté, de l'autre, puis reprit l'équilibre qu'elle conserve depuis des siècles malgré les tempêtes, les ouragans qui sont passés sur elle sans pouvoir le lui faire perdre.Le garçonnet poussait des cris de joie et recommençait son jeu, se jetant de toutes ses forces contre la gigantesque roche, tel un pygmée luttant contre un titan.Debout, sur la rive, Jacques et Christiane causaient à voix assourdie et à mots hachés.\u2014 Jai à vous parler, murmurait Jacques, feignant de regarder avec curiosité le Rocher tremblant.\u2014 Ce n\u2019est pas possible.\u2014 Je vous en conjure .ce soir.non au fond du parc.mais dans le bois.\u2014 Inutile, mon pauvre ami.\u2014 Christiane ! Pourquoi inutile ?\u2014 Parce que je sais d'avance tout ce que vous pourriez me dire.\u2014 Non, vous ne pouvez pas savoir.Je suis trop malheureux.\u2014 Je le sais, Jacques.J'ai tout compris.\u2014 Christiane, mon départ approche.Je ne veux pas partir sans vous avoir parlé, seul à seule.Ses yeux, ses sombres yeux, imploraient et commandaient à la fois, et elle, bouleversée, détournait la tête pour ne pas les voir.\u2014 Jacques, supplia-t-elle, épargnez- moi.C'est impossible ! Nous n'avons pas le droit.Elle vous aime.acheva-t-elle d'une voix oppressée et sans le regarder.Il eut un rire sourd et amer qui faisait mal à entendre.\u2014 Elle!.M'aimer!.Ah! je suis bien tranquille là-dessus.Mais les voilà qui reviennent.Un mot.un seul.dites \u201coui\u201d.Ce soir, à onze heures, dans le bois, sous l\u2019alisier.\u2014 Non, Jacques, il faut renoncer à notre rêve.CHAPITRE XXII Toute la journée qui suivit, Christiane, à bout de courage, prétexta une Migraine pour ne point sortir de sa chambre.Jacques devait partir le lendemain.Plus qu'un jour à le voir, à le sentir près d'elle, respirant le même air, salubre et embaumé, de cet agreste pays, dont elle n'oublierait jamais le charme.Plus qu'un jour à le voir?Mais aussi plus qu'un jour à résister à la prière muette de ses yeux qu'elle adorait.Après cela, ce serait la nuit pour cette âme ardente, passionnée, mais loyale jusqu'à l\u2019'abdication de tous ses rêves, de toutes ses aspirations vers un bonheur qu'elle voyait enfin à la portée de sa main et qu'elle devait repousser ! Désormais, plus d'azur pour elle sous les ciels les plus purs; plus de soleil sur sa vie; I'ombre, l'ombre toujours, par les midis les plus lumineux.Jacques, son Jacques, ne reviendrait que pour se marier avec une autre.Et celle-là, c'était sa sœur! C'était à elle qu'elle se sacrifiait, pour le bonheur à venir de cette sœur, et afin de sauvegarder sa réputation, qu'elle renonçait à être heureuse elle-même, et, chose plus cruelle, qu'elle immolait, désespérait son bien-aimé, Une voiture, louée dans le voisinage par le jeune professeur, devait le transporter à Casters, où il prendrait un train à minuit quinze.Le matin du jour du départ, après une nuit de larmes étouffées et de fiévreuse insomnie, Christiane décida: \u2014 Afin qu'il ne tente pas de se dérober, pour qu'il ne rende pas sa parole à Renée, il faut qu'il ne puisse conserver aucun espoir.Je dois mettre l'irrréparable entre nous.Et sans plus vouloir réfléchir, elle envoya, par une femme de chambre, un mot à Kermogal : \u201cJ'ai à vous parler.Je serai dans le parc, ce matin, à dix heures, près de l'étang aux Macres.\u201d CHRISTIANE.45 Essayer Le Samedi c\u2019est l\u2019adopter Pour mettre le SAMEDI à la portée de toutes les bourses, si modestes soient-elles, et donner à tout le monde la chance de s'abonner au plus grand magazine canadien-français, nous avons décidé d'offrir à tous le tarif d'abonnement suivant : \u2014 TROIS MOIS : $1.00 (13 numéros) SIX MOIS : .$2.00 (26 numéros) UN AN : .$3.50 (52 numéros) Dans chaque numéro du SAMEDI: Un grand feuilleton \u2014 Un roman d'amour complet \u2014 Trois nouvelles illustrés \u2014 L'article documentaire et le carnet éditorial de Fernand de Verneuil \u2014 Divers articles d'actualité richement illustrés \u2014 Trois contes d\u2019enfants \u2014 Un problème de mots croisées \u2014 Notes encyclopédiques \u2014 La mode du jour, etc., etc.ED WD EE WED SEY EE ES SE SE \u2014 CW WE TS SE GE WE ND VW WW WC ER WE Wa COUPON D'ABONNEMENT Le Samedi 975, rue de Bullion, Montréal.Veuillez trouver ci-joint $1.00 pour 3 mois d'abonnement au SAMEDI OU $2.00 pour 6 mois d'abonnement au SAMEDI OU $3.50 pour 12 mois d'abonnement au SAMEDI 46 ENSEIGNEMENT PHA\u2019 CORRESPONDANCE ECOLE DEDESSIN POUR TOUS 59-6 rue St.Joseph, Quebec 20 vgs d\u2019Étoffes à Robe: $2.98 Crêpe de soie, imprimé, broadcloth.Ecou- lement de manufacturiers.Longueur : 4 verges: nouveaux modèles et nuances d\u2019automne et d'hiver; valeur jusqu\u2019à $1 Ia verge; 20 verges pour $2.98.Envoyé payable sur livraison plus quelques cents pour frais de poste.Garantie de remboursement.TEXTILE MILLS, Dépt.54, Montréal, P.Q.Une heure après, quand elle y arriva, Kermogal l'attendait.\u2014 Hervé, dit-elle, simplement, le moment est venu de tenir ma promesse.si vous êtes toujours dans les mêmes intentions.Il vacilla sous le coup de cette émotion trop forte et trop subite, puis la regarda avec une telle ferveur, une telle adoration, qu'elle en fut bouleversée.\u2014 Vous savez très bien, fit-il enfin, que je vous attendrai toujours.tant que vous serez libre.\u2014 Je.je le suis.et je viens à vous.Il la vit si pâle, les yeux creusés par l'insomnie et les larmes secrètes, que son noble cœur se serra.Il dut faire un effort pour ne point laisser paraître l'immense compassion qui l'étreignait, ni non plus, hélas ! tout son amour.\u2014 Christiane, déclara-t-il gravement, je vous appartiens corps et âme.Vous aurez en moi l'ami le plus sûr.Et, qui sait ?l'amour étant contagieux, peut-être pourrez-vous m'aimer un jour.Mais je saurai attendre que votre don soit complet.Trop heureux que vous vouliez bien accepter mon nom, me donner le droit de vous protéger dans la vie, et me confier le soin de vous rendre heureuse.Sans un mot, elle lui tendit ses deux mains, en levant sur lui ses eux noirs, tout brillants de l'éclat humide qui précède les pleurs.Dans un geste de protection, il l'attira sur sa vaste poitrine.Et elle, y cachant sa belle tête de madone, murmura, en laissant enfin couler ses larmes : \u2014 Hervé, vous méritiez mieux.Je m'efforcerai de me montrer digne d'un tel amour.\u2014 Mieux ?fit-il, énivré.Il n'y a pour moi, sur terre, rien de mieux que nous, ma petite enfant.Et, au- dessus, il n'y a que Dieu.Et c'est en Lui, en Lui seul que je me serais réfugié si j'avais dû renoncer à vous.Tout l'après-midi de ce même jour, M.Lanespède parut rayonnant d'une joie intérieure.Le soir, après dîner, toute la famille étant réunie au salon, l'ingénieur prit un air plus solennel encore que d'habitude.\u2014 Mes enfants, prononça-t-il avec gravité, mais les yeux éclatant d'une satisfaction évidente, Jacques partant ce soir, il est temps de fixer la date de votre mariage.Jacques devint tout pâle et attendit, sans mot dire, comme le condamné attend son arrêt de mort.\u2014 D'autre part, reprit M.Lanes- pède, j'ai reçu, aujourd'hui, une demande en mariage de M.de Kermo- gal pour notre Christiane.A ces mots, Issargarry tressailiit, mais fit un effort surhumain pour conserver une attitude impassible.\u2014 Je tiens, poursuivit l'ingénieur, à rappeler à tous, et à Christiane en particulier, les conditions que j'ai mises au mariage de Renée.Et s'adressant à son aînée : \u2014 Tu n'es pas obligée de te marier malgré toi.Mais autant de temps tu mettras à décider de ton avenir, autant tu reculeras le mariage de ta sœur.\u201cIl faut que tu nous dises si tu agrées la demande de Kermogal.\u2014 Certainement, père.Eh Hervé n'a fait cette demande que parce qu'il savait qu\u2019elle serait la bienvenue, déclara posément Christiane, blanche comme un lis.Cette fois, Jacques, qui debout, raidi, ressemblait à un soldat au garde- à-vous, s'effondra plutôt qu'il ne s'assit sur le divan placé derrière lui.\u2014 Vraiment ! s'exclama Renée d'un ton joyeux où l'on eut pu dicerner de la surprise.Enfin, la statue s'est animée ! \u2014 Renée ! gronda le père, on te fait grâce de tes réflexions.Mêle-toi de tes affaires.Hervé de Kermogal jeta à Renée un regard désapprobateur et s'approcha, grave et les yeux irradiés, de Christiane, tandis que M.Lanespède, s'adressant à cette dernière, déclarait d'un air enchanté : \u2014 Tu ne pouvais me causer une plus grande joie, mon enfant.Donc il ne nous reste qu'à fixer le jour de vos doubles noces.Au printemps prochain, dans la semaine de Pâques, cela vous conviendrait-il ?\u2014 Père, répondit Renée, je m'en remets à votre volonté.\u2014 Moi de même, déclara Christiane.\u2014 Et vous, mes amis ?Les deux fiancés ne purent qu'acquiescer, l\u2019un tout le ciel dans le cœur, l\u2019autre la mort dans l'âme.\u2014 Alors, va pour le mercredi après Pâques, décida joyeusement M.La- nespède.Pourrez-vous vous faire libre à cette époque-là, Jacques ?\u2014 Certainement.Outre qu'il y a des vacances à Pâques, on ne pourrait me refuser un congé pour une telle occasion, répondit Jacques d'une voix blanche.Pourtant, se surmontant, il affecta tout le reste de la soirée une gaîté factice qui pouvait tromper tout le monde, sauf Christiane, Philippe et peut-être un autre.Philippe, lui, au moment de l'acquiescement de Christiane, avait jeté sur elle un regard étonné, puis apitoyé.\u2014 Elle se suicide moralement, et pour cette poupée ! s'était-il dit.Pauvre petite .Ét elle a encore le courage de sourire.Quelle riche nature ! \u201cO femme que j'aurais aimée !\u201d comme dit Michelet.Mais .mais.Et puis, elle m'aurait repoussé .C'est égal ! oui, pauvre petite ! Passant près de Christiane, il murmura, de façon à n'être entendu que par elle : \u2014 Ft ta lèvre sourit lorsque ton âme pleure.Je te plains.Elle le regarda, un peu effarée tout d'abord.Mais pourtant elle répliqua sur le même ton : \u2014 Je ne suis pas à plaindre.J'ai mieux que je ne mérite.\u2014 Poire! fit-il, sans méchanceté et sur un ton d'admiration.Puis, allant s'asseoir près de Jacques, qui entre deux dires retombait à plat dans son désespoir : \u2014 Du cran ! Tout n'est pas encore perdu, lui souffla-t-il.\u2014 Si, tout est dit.Elle est engagée .Ma vie sentimentale est terminée.\u2014 Voire .D'ici six mois, il coulera pas mal d'eau sous les ponts.Le miroir aux alouettes n'a pas fini de miroiter.Courage, Jacques ! Au même instant, Renée passait derrière eux.Avait-elle entendu ?Et si oui, avait-elle compris ?Elle les enveloppa d'un regard indéfinissable, avec aux lèvres un sourire de sphinx, dédaigneux et railleur.CHAPITRE XXII L'heure du départ de Jacques était arrivée.Le jeune professeur avait, le matin, fait porter ses bagages chez le voiturier tout proche, et il n'avait qu'à sy rendre pour monter en voiture.LA REVUE POPULAIRE Tous les hôtes de Roquetaillade accompagnèrent Issargarry jusqu'au bas des jardins, à la grille qui s'ouvrait sur le chemin bordant l'Agout.Chacun lui fit ses adieux : Philippe et Hervé lui donnèrent une chaleureuse poignée de main, où ils mirent toute l'amitié qu'avait su inspirer, à ces deux natures si différentes, le charmant Béarnais.M.Lanespède, lui, l'étreignit vigoureusement, en murmurant d'une voix qui ne voulait pas trembler : \u201c Au revoir, mon fils \u201d, et les vieilles dames l'embrassèrent, avec émotion, comme un fils d'élection, qu'elles aimaient et comptaient.bientôt, revoir à Paris.Christiane, toute blanche sous la lune en son plein, lui tendit, silencieusement, la main, qu'il serra, avec fièvre, sans regarder la jeune fille.Puis, tous remontèrent, le laissant seul avec sa fiancée, non sans que le jeune homme suivit des yeux la forme claire et souple de Christiane, un peu penchée vers le sol, et qu'il vit bifurquer à droite, dès la deuxième terrasse, et, à son extrême limite, s'affaler sur un banc.\u2014 Alors, dit Renée, au revoir, Jacques, dans six mois.Ne vous faites pas trop de chagrin.Je vous écrirai, toutes les semaines.\u2014 Je vous répondrai, régulièrement, répondit Jacques.Vous me donnerez des nouvelles de tout le monde, n'est-ce pas ?\u2014 Naturellement.puisque tout le monde vous aime, ici.Un observateur moins préoccupé que Jacques eût pu discerner, dans le ton de la jeune fille, une légère nuance d'amère ironie.Mais lui, désespéré, n'y prit garde.\u2014 Disons-nous adieu, reprit Renée.L'heure avance, et je ne voudrais pas vous faire manquer le train.Elle tendit son front au jeune homme, qui y mit un baiser distrait, en levant inconsciemment les yeux vers l'angle de la terrasse où il avait vu s'affaisser celle qu'il aimait et n'avait pu joindre seule, un instant, depuis la promenade au Rocher tremblant.Renée s'envola, remontant, en courant, vers le château.Jacques, au moment de franchir la grille, s'arrêta, s'appuyant à l'un des piliers, le cœur battant, les yeux toujours levés vers la seconde terrasse.Il resta là, un moment, le temps d'être sûr que Renée était rentrée: puis, après une dernière hésitation, s'élança, avec la légèreté d'un chamois de son pays, vers l'endroit où il pensait devoir trouver Christiane, abandonnée sur le dossier du banc renversé, où elle s'était refugiée pour cacher son désespoir.Comme le jour où Issargarry avait, à Chaville, chanté \u201c Si tu m'aimais \u201d, elle avait voilé son visage de son écharpe de crêpe.Elle ne l'avait ni vu venir ni entendu s'approcher.Il s'était agenouillé devant elle, sans effleurer même sa robe.Et, se croyant seule, elle eut un sanglot déchirant, et murmura : \u2014 Il est parti, désespéré par moi.Jacques, pardon ! Il le fallait.\u2014 Non, Christiane, il ne le fallait pas, fit Issargarry de sa voix mâle qu'enrouait l'émotion et qu'il s'efforçait d'assourdir.Elle étouffa un cri, où une joie inconsciente le disputait au saisissement.Et, sous la clarté lunaire, son beau visage apparut, baigné de larmes et blanc comme un pétale de magnolia.\u2014Vous! vous! De grâce, partez.Epargnez-moi?Ne sommes- nous pas assez malheureux?.(Lire la suite page 48) Janvier 1937 L'année 1937 débute sous les plus heureux auspices.Grâce à l'augmentation du tirage et de la publicité de LA REVUE POPULAIRE, grâce à l\u2019encouragement moral et pécuniaire de notre nombreuse et sympathique clientèle, nous serons en mesure de rendre votre revue plus intéressante encore, plus attrayante et plus luxueuse s'il se peut.Les romans choisis pour 1937 sont de Dremier ordre et les plus célèbres écrivains canadiens français nous ont soumis des textes qui passeront au cours de 1937.Encouragez nos dépositaires en prenant votre numéro chez eux ou abonnez-vous, à des conditions plus avantageuses que jamais, en utilisant nos divers coupons d'abonnement.47 Bonne et Heureuse Année à tous nos lecteurs et lectrices, dépositaires et annonceurs 48 (Suite de la page 46) \u2014 C'est pour ne plus l'être que je vous supplie de m'écouter.Je ne pouvais partir sans vous avoir conjurée, une dernière fois, de ne pas briser votre vie et la mienne.\u2014 Je vous ai déjà dit les raisons qui rendent notre union impossible.D'autre part, elle vous aime, Jacques.Elle l'a déclaré, en pleurant, pendant votre explication avec Philippe.Toute autre considération a part, je ne pourrais construire mon bonheur sur le désespoir de ma sœur.\u2014 Vraiment ! Elle m'aime tant que ça! Mais écoutez donc!.En effet, de la terrasse supérieure s'envoléit jusqu'à eux les échos d'une opérette jouée avec une rare virtuosité.\u2014 Ici, un ange pleure, fit Jacques, tout bas.La-haut, pour un peu, elle chanterait ! \u2014 Elle s'étourdit, voilà tout \u2014 Elle n'en a guère besoin pour être étourdie, riposta Jacques, sarcastique.\u201cFt c'est à cela que vous nous immoleriez ! Je ne veux pas lier ma vie à une femme aussi vaine qu'égoïste.\u2026.De là-bas, j'écrirai à votre père les raisons qui justifient ma décision, dont la première est que sa fille ne pourrait être heureuse dans la vie modeste que je puis seulement lui offrir et qu\u2019elle appréhende déjà.Elle l'a dit et je l'ai entendu.\u2014 Jacques, vous ne pouvez faire cela ! supplia Christiane.Pensez à l'affront que vous lui infligeriez au scandale dont elle serait seule victime.\u2014 Et nous, ne le sommes-nous pas?Vous ne pouvez exiger que je l'épouse, alors que je vous aime ! Même sans cela, ce serait vouloir lier un vivant à une morte.Ne me laissez pas partir désespéré ! Il se trainait à ses pieds, pleurant comme un enfant.\u2014 Promettez-moi, hoqueta-t-il, que vous accepterez mon nom dès qu'elle sera mariée .Car, dégagée de moi, avant six mois elle sera mariée à un autre.Un combat terrible se livrait dans l\u2019âme de la jeune fille.Un mot d'elle, et ces yeux, ces yeux baignés de pleurs, s'illumineraient de l'ivresse suprême de l'âmour partagé.Cette poitrine, soulevée de sanglots, sur laquelle elle eût voulu s'abattre et rester pour toujours, se dilaterait de bonheur.Ce mot, elle faillit le dire.Mais deux visages s'interposérent: celui, si mutin d'ordinaire, de Renée en larmes disant : \u201cJe l'aime \u201d et celui d'Hervé, si noble dans son dévouement et rayonnant de joie contenue, près de l'étang aux Macres.Oui, elle en était sûre, Renée aimait Jacques.Qui donc ne l'eût pas aimée, puisqu'elle l'aimait, elle.Pouvait-on faire autrement que de l'aimer ?Et elle causerait, pour être heureuse, le malheur de sa sœur ! Elle lui prendrait son fiancée, alors qu'elle était fiancée elle-même ! Elle ferait à son père, tendrement aimé, cette peine, et encourait sa réprobation ! Non, son amour pour Jacques était condamné.Îls devaient subir, elle comme lui, les conséquences de l'emballement irréfléchi du jeune homme pour Renée.Et, rassemblant tout son courage, elle laissa tomber, d'une voix basse, lente, mais d'un ton sans réplique : \u2014 Vous oubliez que je suis fiancée.Tout nous sépare.Si vous voulez conserver mon estime, vous ne manquerez pas à votre parole.Partez, Jacques, et oubliez, comme je tâcherai de le faire moi-même, que nous nous sommes aimés, alors que nous n\u2019en avions pas le droit.Dès les premiers mots, ils avaient poussé une plainte sourde comme celle d'une bête égorgée.Aux derniers, il se dressa de toute la hauteur de sa taille svelte, prit sous son vêtement la précieuse pochette pieusement conservée, en essuya ses larmes et répondit sombrement : \u2014 Allons, vous non plus vous ne m'aimiez pas, puisque vous consentez à en épouser un autre.Que maudit soit le jour où Mme Ibolgarray m'a envoyé chez votre grand'mère ! Mais puisque vous le voulez, j'épouserai Renée.Soyez heureuse, vous qui aurez fait mon malheur.Ce disant, il posa la pochette sur les genoux de Christiane et s'éloigna dans la nuit, pesamment, comme un homme vieilli de dix ans.Christiane, sans un geste, sans un mot, se renversa sur le dossier du banc.Elle était évanouie.CHAPITRE XXIV Tous les hôtes de Mme d'Arfons avaient quitté Roquetaillade, et la châtelaine elle-même était partie avec Roger passer l'hiver à la Cote d'Azur.A Paris, la famille Lanespéde avait réintégré son confortable appartement de l'Avenue de Messine, où Philippe avait son port d'attache, quand il ne voyageait pas ou qu'il était en congé.Mme Davezac était rentrée rue La Fontaine, et elle y ressentait plus vivement sa solitude, maintenant qu'elle n'y avait plus la compagnie de son locataire qui lui était devenu si cher.Le malaise qu'elle éprouva les premiers jours, se doublait d'une préoccupation qu\u2019elle n'eût voulu confier à quiconque.Pendant son séjour à Chaville, l'année précédente, et au cours de sa villégiature à Roquetail- lade, elle avait observé et compris bien des choses.Elle se désolait en pensant que Jacques, pour qui elle avait une affection quasi maternelle, n'épousait qu'à contre-cœur sa petite- file Renée.Elle était convaincue qu'il eût préféré Christiane, et avait deviné le manège du jeune homme pour se libérer élégamment d'un engagement qui lui pesait, à présent.Ét, navrée du sacrifice que faisait Christiane en épousant Kermogal, elle se disait qu'il faisait deux malheureux et même trois.Car Renée non plus, avec son caractère ambitieux, ses goûts mondains, ne pourrait être heureuse dans une position modeste qu'elle avait appréhendée.L'héroïque abnégation des deux pauvres amoureux ne ferait donc le bonheur de personne.: Et la vieille dame se tourmentait en songeant à tout cela, et se créait des remords.Qu'eût-ce été si elle avait entendu le mot désespéré d'Is- sargarry repoussé par Christiane, la nuit de son départ, et maudissant le jour où il était entré rue La Fontaine.\u2014 Comment tout cela finira-t-il ?se lamentait-elle.Ft si ces deux mariages se font, quelle situation délicate sera la leur! Avenue de Messine, M.Lanespède vivait tranquille, sans se douter de rien, tout heureux d'avoir pour futurs gendres, Jacques, qu'il aimait déjà comme un fils, et Kermogal, toujours considéré par lui comme un jeune frère, et depuis longtemps souhaité pour mari à sa Christiane.Celle-ci, toujours silencieuse, calme, repliée sur elle-même, ne laissait deviner à personne son poignant et secret chagrin; mais elle pleurait toutes ses nuits, non sur elle-même, mais sur la douleur qu'elle avait dû infliger à Jacques.Et elle était d'autant plus inquiète que la vieille bonne du jeune professeur avait écrit, de la part de son maître, et sans plus de détails, que M.Issargarry, victime d'un accident, était alité et ne pourrait écrire que lorsqu'il serait rétabli.Il y avait quelque temps que Jacques n'écrivait plus, ce dont s'était étonnée Renée.Cet accident justifiait son silence.Mais Christiane se demandait : \u2014 Ne veut-il plus écrire a Renée?Cherche-t-il a se dérober 7?Ou bien.ou bien est-il plus malade que ne le dit cette bonne?Est-ce, alors, de chagrin qu'il est malade?Oh! ne rien savoir de lui! Me dire que je suis peut-être responsable de son état ! Qu'il n\u2019est soigné que par des mains mercenaires, et qu'il peut mourir, loin de moi, seul et désespéré ?Et elle pleurait et priait pour lui, dans le silence de sa chambre que ne venait plus égayer la présence du petit Roger.Elle dépérissait lentement; mais nul ne s'en apercevait, sinon Mme Dave- zac et Hervé de Kermogal, qui parfois, à la dérobée, l'observait tout anxieux.Elle avait toujours, pour tous et pour chacun, son doux et bon sourire; mais ce sourire était voilé comme un rayon de soleil d'automne par les brumes.Et pas plus Hervé que Mme Da- vezac ne pouvaient confier leur inquiétude à personne.Et Renée ?Un jour, au début de décembre, elle arriva rayonnante.\u2014 Grande nouvelle, dit-elle : le mariage de Lucie de Nervieux avec Gilbert de Boyères, mariage retardé par la mort accidentelle, il y a un an passé, du père de son fiancé, est fixé au 10 janvier.Et je suis, avec Marthe de Boyères, sa demoiselle d'honneur.Ses yeux bleus étincelaient de vanité satisfaite.Philippe était présent et la considérait avec un sourire un peu narquois.\u2014 Ah! ah! fit-il, tu vas, je pense bien, mettre à cette occasion toutes voiles dehors! \u2014 Tu ne voudrais pas, je suppose, que j'aille avec un peignoir de pilou a ce mariage \u201cbien parisien\"?Car c'est ainsi qu'il est annoncé dans les journaux .\u2014 Certes non ! Tu le sais bien, je suis somptueux par nécessité, et aussi par nature.Et quel est l'heureux mortel qui sera ton partenaire ?\u2014 On dit : \u201c Garçon d'honneur \u201d, rétorqua la jeune fille.\u2014 Bien.Mais encore, qui?~ M.Bernard de Valdériès, capitaine de dragons, aide de camp de son oncle, le général du même nom.\u2014 Peste ! Eh bien ! tout capitaine qu'il est, il n\u2019a qu'à bien se tenir, déclara Philippe.Renée, qui lui en voulait depuis qu'il avait décliné la proposition de Jacques, ce qu'elle considérait comme un affront pour elle, jeta à son cousin un regard dénué de bienveillance.\u2014 Que veux-tu dire par là ?ques- tionna-t-elle d'un ton agressif.\u2014 Mais.que le pauvre capitaine.À propos, quel âge a-t-il ?\u2014 Trente-quatre ans.Après?\u2014 Eh bien ! que le pauvre capitaine risque fort d'être ébloui, empaumé \u2014 passe-moi le mot \u2014 par ton sourire, ta grâce, ta beauté.Chauffé à blanc, quoi.ou alors, il faudrait qu'il soit ferré à glace.\u2014 Je te dispense de tes compliments à double tranchant, riposta Renée d'une voix sèche.Tu es le dernier à avoir le droit de m'en faire.LA REVUE POPULAIRE \u2014 Allons, ne vous disputez pas, dit Mme Lanespède, toujours conciliante.Depuis un moment, son mari semblait .soucieux.\u2014 Mais, dit-il, est-il bien correct que tu sois demoiselle d'honneur, alors que ton fiancé est loin et ne pourra donc être ton cavalier ?\u2014 Par exemple ! se récria la jeune fille.Ce n'est pas parce que je suis fiancée que je dois renoncer à vivre en attendant d'être mariée ! \u2014 Bah ?on peut vivre sans être de noce.Et puis, et surtout, n'oublie pas que Jacques est malade en ce moment.\u2014 La bonne m'a écrit, hier, que son bras droit, non encore guéri, l'empêchait seul d'écrire maintenant.\u2014 C'est égal.vraiment, il serait plus convenable que tu t'abstiennes e.\u2014 Oh! papa ! Tu ne voudrais pas ! Ce n'est pas possible! Je ne puis refuser ! Il a toujours été entendu entre Marthe, Lucie et moi, que la première qui se marierait aurait les deux autres pour demoiselles d'honneur.\u2014 Et puis, c'est la dernière fois qu'elle en aura l'occasion, observa Philippe, d'un air mi-figue, mi-raisin.Mon oncle, vous ne pouvez vculoir la priver de ce plaisir.\u2014 Tu crois que cela ne déplaira pas à Jacques ?\u2014 Ah! Dieu non! s'exclama le jeune homme, un peu trop vivement peut-être.\u2014 N'est-ce pas ?dit Renée, d'un ton dont Philippe seul perçut l'ironie, à peine voilée pourtant.Aurait-elle entendu son dernier collogue avec Jacques, a Roquetail- lade ?se dit le diplomate.Tenons- nous bien ! \u2014 Mais oui.répondit-il avec bonhomie.Issargarry est assez intelligent pour trouver tout naturel que sa fiancée ne rompre pas, pour lui, avec ses plus anciennes amies \u2014 Allons ! lança Renée, avec un coup d'œil et un sourire sarcastiques, je vois que Jacques a maintenant, en toi, un ami dévoué.Et Philippe, sur le même ton : \u2014 Et tu ne peux que m'en savoir gré, puisque je plaide, en même temps, en ta faveur.Leurs regards pleins de sous-entendus se croisèrent, aigus et fulgurants comme deux épées.\u2014 Bref, reprit M.Lanespède, tu tiens à aller à ce mariage ?\u2014 Absolument, père.Je t'assure que je ne puis faire autrement.\u2014 Eh bien ! c'est dit ! Pendant les jours qui précédèrent ce mariage \u2018\u2018 bien parisien \u2019, Renée, trépidante, ne s'occupa plus que de la toilette qu'elle y arborerait.Et Christiane, qui avait décliné l'invitation de Mlle de Nervieux, continuait à se demander avec anxiété : \u2014 Est-il malade, ou essaye-t-il, peu à peu, de se dérober ?CHAPITRE XXV Dans une petite maison de la ban- | lieue de Nice, Jacques Issargarry avait, depuis cinq ans, installé ses pénates et son laboratoire.Il y continuait ses essais, pour la mise au point de la découverte à laquelle il vouait tout le temps que lui laissait le cours de chimie dont il était chargé.Assez simple, mais vaste et meublée avec goût, entourée d'une végétation luxuriante, jouissant d'une vue splendide sur la mer, cette habitation, loin du bruit et du luxe de la ville, était bien celle qui convenait au laborieux qu'était Jacques.Il y avait vécu, paisible, tout à ses expériences, dont la solution devait, | Janvier 1937 pensait-il, bouleverser la parfumerie, et le mener, par surcroît, à la fortune.\u2014 Quand j'aurai réussi, se disait-il, alors, mais alors seulement, je choisirai la compagne de ma vie, celle pour qui je travaille, qui se garde pour moi, quelque part, en attendant que j'aie bâti notre nid.Mais, depuis un an et demi, si sa foi dans la réussite de sa découverte se confirmait de plus en plus, son espoir de bonheur dans un amour absolu s'était évanoui ! Il était rongé par la pensée qu'il lui faudrait tenir ses engagements, lier son existence entière à celle de cette enfant au caractère fantasque, égoïste, s'enchaîner sans amour, alors qu'il aimait comme il n'eût jamais cru qu'on pût aimer, la seule que, même en se dégageant envers Renée, il n'eût pu épouser ! Alors à quoi bon essayer de se libérer de Renée ?Autant valait le suicide moral complet, la vie sentimentale éteinte à jamais.En attendant que s'accomplit son destin, il vivait, désolé, dans cet adorable coin de la côte d'Azur, et, dans son home blotti sous les citronniers, les mimosas, les orangers en fleurs, dans cet air chargé de parfums suaves, tonifié par la brise maritime, sous ce ciel d'azur, lamé de pourpre et d'or, au milieu de ce grand silence, rythmé par la vague amoureuse et le bruissement des frondaisons, il se trouvait le plus malheureux des hommes.Après les premières lettres, adressées, dès son arrivée à Nice, à M.et Mme Lanespède, à Mme Davezac et à Mme d'Arfons, lettres amicales et de remerciements, après, surtout, une première lettre, écrite à Renée, relatant les menus incidents de son voyage et quelques détails sur la reprise de ses occupations, il s'était trouvé incapable d'aller plus loin dans ce commerce épistolaire, si vide et tout de convention.Aussi, avait-il imaginé un accident, pour expliquer son silence, vis-à-vis de Renée.Il était, toutefois, resté en correspondance suivie avec Philippe, en qui il avait, maintenant, un ami aussi sûr qu'il l'était lui-même pour le jeune diplomate.Et, ce jour-là.sous l'éblouissante limpidité du ciel de Nice, protégé par l'ombrage léger du feuillage des mimosas, pareil à des plumes, comme les houppettes de leurs fleurs ressemblent au duvet des jeunes oiseaux, installé sous sa véranda, il écrivait : \u201c Mon cher Philippe, \u201cComme je vous le disais, il m'eût \u2018 été impossible d'écrire à Renée, contre ma pensée, en feignant un amour que je n'éprouvais plus.J'ai donc prétexté cet accident, pour me tirer d'affaire.et gagner du temps, en attendant l'exécution.\u201c Cependant, après ce que vous m'avez écrit de l'inquiétude que vous lisiez dans certains grands yeux noirs, pailletés d'or comme nos belles nuits méridionales, j'ai fait spécifier, par ma gouvernante, que, maintenant, mon bras droit seul restait mal en point.\u201cJe ne sais ce que l'avenir me réserve; mais je suis aussi malheureux qu'on peut l'être, en pensant qu'il me faudra, malgré les protestations de mon cœur, tenir ma parole envers celle qui m'a si bien détaché d'elle.\u201c Ne me laissez pas sans nouvelles de tous ceux que j'aime, à commencer par vous, à qui je serre affectueusement la main.\u201cJacques.Philippe Lanespéde lisait cette lettre, un fin sourire errant sous sa moustache noire.\u2014 Pauvre merle pris au piége charmant ou il se croit à jamais empêtré.Comme si, avec un caractére aussi versatile que celui de Renée, on pouvait compter sur quelque chose de bon ou de mauvais.\u201cIl faut que je répondre tout de suite à ce cher garçon.Et, de sa bonne plume de futur ambassadeur, déjà rompu à toutes les nuances, il écrivit : \u201c Mon cher Jacques, \u201cJe comprends votre répugnance à dédier, pendant six mois, des missives enflammées à un bloc de neige, aussi frigide que joli à voir.de loin.\u201cJ'ai applaudi des deux mains à votre petit subterfuge.Après s'être étonnée de votre silence, on a été vite rassurée.Le miroir aux alouettes se prépare à miroiter dans un grand mariage .et attend, avec philosophie, la guérison complète de votre bras et la reprise de la correspondance.\u201c Espérez, cher ami, espérez, tout au moins, recouvrer votre liberté, sans être vous-même en faute.Je vais m'arranger pour tranquilliser un peu, à tous les points de vue, qui vous savez.\u201cNe vous tourmentez pas.Les choses iront peut-être plus vite et mieux que vous ne croyez.Ayant un pied dans tous les camps, je suis assez bien renseigné pour pouvoir vous dire : tout n'est pas perdu.\u2018Quoi qu'il advienne, je vous aiderai, indirectement, autant que je le pourrai.Et, ce faisant, je suis sûr de travailler autant dans l'intérêt de ma jeune cousine que dans la vôtre.\u201c Et pourtant, entre nous, elle m'en veut, et me fusille, tous les jours, à la moindre aoccasion, de tout l'azur de ses yeux, si doux parfois, mais si acérés pour celui qu'elle croit son ennemi.\u201cJe suis la plus grande victime du siècle ! \u201cToutefois, la victime se porte assez bien, sous le ciel gris et brumeux de Paris, et vous souhaite et vous conseille d'être aussi serein que le ciel de Nice, dont vous jouissez.\u201c Cordialement, votre dévoué \u2019 PHILIPPE.CHAPITRE XXVI Le mariage de Mlle de Nervieux avec Gilbert de Boyère avait eu lieu en grande pompe.Le T'out-Paris aristocratique et mondain n'avait eu garde de manquer à cette cérémonie.Pas même les midinettes du quartier de la Madeleine, qui, à la sortie des ateliers, s'étaient ruées en trombe, afin d'être les premières, formant la haie et se bousculant pour mieux voir la mariée et les toilettes de ses demoiselles d'honneur et du cortège qui suivait.Renée était là dans son élément, passant, gracieuse et parée, au bras d'un élégant officier, devant cette foule admirative.Et, aussi bien, se complut-elle toute la journée dans cette atmosphère de fête et de luxe, où elle brillait autant et plus que la plus noble héritière du faubourg St- Germain.Son élégance, sa beauté blonde, son entrain, ses traits d'esprit lui valurent bien des hommages et des adulations.Le capitaine de Valdériès n'eut d'yeux que pour elle.On eût pu croire que, le lendemain, descendue des splendeurs de la veille, elle aurait été quelque peu languissante et mélancolique.Loin de là.Elle semblait encore plus gaie, plus trépidante que pendant les jours qui avaient précédé le mariage.ne quinzaine passa durant laquelle elle sortit tous les jours, pour aller, disait-elle, tenir compagnie à Marthe de Boyères, seule en son hôtel, pour le temps du traditionnel voyage de noce de son frère et de Lucie de Nervieux.Or, un beau jour, ou plutôt un beau matin, Renée dans le vestibule, guetta la sortie de Philippe, qu'elle aborda ainsi : } \u2014 Seras-tu là pour le déjeuner ?\u2014 Mais oui.\u2014 Et pourras-tu après-midi ?\u2014 Pourquoi donc?s'étonna son cousin.\u2014 Parce que j'aurais besoin de ta présence.\u2014 Tu ne vas donc pas, aujourd'hui, chez ton amie Marthe ?\u2014 Non.Je sais qu'il est rare que tu passes tes soirées avec nous.Et je resterai dans l'après-midi si tu dois être là.Je te l'ai dit, j'ai besoin de toi.\u2014 Tiens ! tiens ! Tu as besoin de ton vieux Philippe, fit-il narquois.Mais à quoi donc puis-je t'être bon ?\u2014 Trêve de taquineries ! coupa la jeune fille avec impatience.Seras-tu là, oui ou non ?\u2014 Mais.cela dépend.Si tu veux me dire pourquoi.Il la regardait, les yeux rieurs, un tantinet moqueurs même, et acheva : \u2014 Je te préviens que si c'est pour me mettre face à face avec quelque riche héritière, tu perdrais ton temps.Madeleine Rippert me suffit.Renée haussa les épaules, et ses yeux étincelèrent.Mais, se conte- rester ici cet nant.à peu près : \u2014 Il s'agit bien de cela ! C'est entendu, tu es pourvu.des millions qui te sont indispensables.Et Marthe n'attends pas après toi.Dans quelques mois, elle épousera le petit \u201c macaroni \u201d.\u2014 Raymond Soudier .Je l'ai su avant toi.\u2014 C'est possible ! Et même, peut- être, avant Marthe, n'est-ce pas ?\u2014 Presque.C'était prévu.Ces deux-là, le frère et la sœur, avaient besoin d'un riche mariage pour redorer leur blason.\u2014 Comme d'autres, même sans blason.Philippe, à la chute de cette pierre dans son jardin, rit franchement, en ripostant : \u2014 Je te préviens aussi que l'on ne prend pas les mouches avec du vinaigre, et que si tu fais la méchante, je te plaque cet après-midi.\u2014 Et moi, je t'avertis que si tu ne veux pas que je te haïsse à tout jamais, il faut que tu restes là après déjeuner.\u2014 Pour ?.\u2014 Que tu es curieux ! \u2014 Comme tout bon diplomate.Pour?.\u2014 Et agaçant ?\u2014 C'est entendu.C\u2019est ce qui fait mon charme.Pour ?.Et Renée, rendant enfin les armes: \u2014 Pour assister à la conversation que je vais avoir avec papa .\u2014 Ah! bon, compris ! \u2014 Comment \u2018compris \" ?\u2014 Certainement ! Et que je te soutienne dans l'assaut que tu vas donne.Renée, réellement démontée, ouvrit, sur son cousin, de grands yeux surpris, presque effarés.\u2014 Mais oui, ma petite, il a compris! Eh bien! compte sur moi.J'en suis toujours pour ce que je te disais 49 Quand vous commandez un COCKTAIL AU JUS DE TOMATES le garçon vous apporte foujours aussi de la SAUCE LE CONDIMENT QUI RELÈVE TOUS LES METS VOUS QUI TRAVAILLEZ N'oubliez pas qu'une santé robuste est indispensable pous bien remplir votre position et la conserver.81 vous éprouvez des douleurs périodiques, si vous êtes faible et nerveuse, employez sans tarder les =~ PILULES FEMOL elles vaincront votre mal et vous assureront force et santé LES PILULES FEMOL sont vendues partout.Demandez- les et exi- Notre brochure médicale vous sera expédiée gratuitement sur demande.INSTITUT CAZO \u2014 Dépt.R.Place Royale, Montréal.Le docteur dit: Prenez la prescription (= BILOCOLATE aux sels biliaires Pour soulager douleur au foie.1 En vente partout - 50¢ la boite \u2018 LE FILM UN MAGAZINE UNIQUE EN SON GENRE EN AMERIQUE EN JANVIER DEUX AMOURS LEO DARTEY Coupon d'abonnement LE FILM POIRIER, BESSETTE & CIE, Limitée 975, rue de Bullion, Montréal, Canada.Cl-ihclus le montant d'un abonnement an magazine de vues animées LE FILM.50c pour 6 mois ou $1.00 pour 1 an.Nom Adresse Ville Prov. 50 sur la terrasse de Roquetaillade, près de la tonnelle où Jacques nous écoutait.Renée rougit un peu.puis éclata de rire.\u2014 Décidément, on ne peut rien te cacher.Donc, tu ne peux que me préter ton aide, puisque je suis décidée a mettre tes conseils en pratique.\u2014 Bien entendu, future vicomtesse de Valdériès.\u2014 Oh ! s'écria-t-elle, ses doigts roses pointés vers lui, si je n'avais pas besoin de toi, je t'arracherais les yeux | Ce que voyant en entendant, Philippe prit la fuite, en riant aux larmes.Mme Davezac déjeuna, ce jour-là, avenue de Messine, et devait, peut- être en connaissance de cause, y passer le reste de la journée.\u2014 Père, commença Renée, dès la fin du repas, j'ai quelque chose à te dire : le général, comte de Valdériès, viendra te voir un de ces prochains jours.Elle était un peu pâle, mais très maîtresse d'elle-même.\u2014 Le général.comte de Valdé- riès.répéta l'ingénieur ébaubi.Il désire me voir ?Pourquoi donc ?Je n'ai pas l'honneur de le connaître.Qu'a-t-il donc à me dire ?Renée se redressa et répondit, en tremblant un peu, mais avec un éclair de triomphe dans les yeux : \u2014 Il viendra te demander ma main pour son neveu, le vicomte Bernard de Valdériès, capitaine de dragons.\u2014 Me demander ta main ! s'écria M.Lanespède, tombant des nues.Mais tu es déjà fiancée ?Je ne pourrai donc que la lui refuser ! \u2014 Non, père, car j'ai autorisé le vicomte Bernard à faire faire cette démarche par son oncles \u2014 Tu l'as autorisé ?Toi ?Toi qui, ici même, il y a près de deux ans, m'as supplié de te laisser épouser Jacques Issargarry, jurant que tu n'en accepterais jamais un autre ?\u2014 Précisément; c'est parce que j'ai eu le temps de me rendre compte, - pendant ces deux ans, que j'ai compris que je n'étais pas faite pour la vie besogneuse d\u2019une femme de simple professeur sans fortune.et, acheva-t-elle en appuyant sur ces derniers mots, que vous aviez eu bien raison de m'imposer le temps de la réflexion.M.Lanespède était cloué par l'argumentation serrée de sa benjamine.Îl n'en fut pas moins, et peut-être un peu pour cette cause, pris d'une colère folle.\u2014 Alors, tonna-t-il, tu prétends manquer de parole à Jacques ! À Jacques qui t'a sauvé la vie ! \u2014 ll l'a bien sauvée aussi à ma sœur .et elle n'est pas, pour cela, obligée de l'épouser, elle.si le cœur ne lui en dit pas.Christiane se dressa, ses yeux noirs embrasés d'une flamme sombre.Etait-ce de colère ou d'espoir ?\u2014 Je te prie de me laisser en dehors de ce débat, fit-elle, d'un ton hautain.\u2014 Îl ne t'intéresse donc pas ?J'aurais cru le contraire, et que tu seras plutôt pour que contre moi.\u2014 Je n'ai pas à intervenir.C'est à notre père de décider.\u2014 Et, clama M.Lanespède, je refuse de permettre à cette folle de faire un affront pareil à celui à qui je dois la vie de mes enfants ! Elle l\u2019a bien assez souvent offensé, sans cela ! \u2014 Parce que je m'étais trompée .que j'avais cru l'aimer.et que je ne l'aimais pas assez pour accepter la perspective de végéter toute ma vie ! déclara sourdement Renée, toute pâle et la tête basse.Ces mots tombèrent dans un grand silence, nul ne pouvant exprimer sa vraie pensée; les uns ne voulant pas achever de l'accabler, et les autres jugeant qu'elle avait raison.La jeune fille puisa, dans ce silence même, l'énergie nécessaire pour plaider sa cause.\u2014 Père, supplia-t-elle, je te conjure de me laisser épouser M.de Val- dériès.Tu ne peux mettre en balance le bonheur de ta fille et celui d'un étranger.Si tant est que j'eusse pu faire son bonheur, ce dont je doute.Et.\u2014 Et pourquoi, s'il te plait ?coupa son père, la voix encore grondante.\u2014 Parce que Jacques et moi ne comprenons pas la vie de la même manière.Il ne pense qu'à ses recherches.Il me faudrait vivre loin de vous et de toutes mes relations, isolée dans la médiocrité, peut-être la gêne.\u201cEt cela dans une ville de luxe et de fêtes perpétuelles, où je n'oserais montrer ma simplicité, de peur de rencontrer quelqu'une de mes amies plus heureuses qui vont à Nice passer l'hiver.\u2014 Tu n'es qu'une ambitieuse, une vaniteuse.\u2014 Mettons ! Quoi qu'il en soit, je ne suis pas faite pour cette vie d'effacement, d'ennui et d'humiliation continue.Etant malheureuse, je n'aurais pu rendre Jacques heureux.\u2014 C'est ce que je lui disais, appuya Philippe, le jour où Issargarry nous a entendus.Élle avait déjà, m'avoua- t-elle, l'effroi de cet avenir, mais n'osait se dégager.Elle a enfin fini par comprendre que j'avais raison.\u201cJ'ajoute qu'ils ne sont pas faits l\u2019un pour l'autre, et que Jacques, en épousant Renée, serait par la suite aussi malheureux qu'elle.\u2014 C'est ton avis.mais non, peut-être, celui de l'intéressé, protesta l'ingénieur.\u2014 Eh bien ! mon oncle, je crois devoir tout vous dire : les arguments que je faisais valoir à ma cousine, ce jour-là, avaient si bien convaincu Issargarry, lui-même, qu'en me proposant de me mettre en ligne, il espérait que Renée me choisirait et pourrait ainsi, avoir la vie plus large qu'il ne pouvait lui-même lui offrir.\u2014 Voyons ?Voyons ! Je rêve ! Si je te comprends bien, Jacques ne serait pas si désespéré que cela de voir Renée en épouser un autre ?\u2014 Je le crois sincèrement, mon oncle.De nos jours, voyez-vous, on ne meurt plus d'un amour contrarié.\u2014 C'est inimaginable! murmura M.Lanespède.Pauvre cher garçon! Il avait compris qu'il n'était pas assez riche pour être aimé ! Moi qui étais si heureux de l'avoir pour gendre ! Ah! la jeunesse d'aujourd'hui.Un sac d'écus à la place du cœur, c'est tout ce qu'il lui faut! Plus d'amour sincère.plus rien | En écoutant ces paroles désabusées tomber des lèvres de son père vénéré, Christiane, avec un sourire triste, penchait son front lourd, et se disait : \u201cSi, il y en a encore des cœurs faits pour aimer et ne vivant que pour un seul amour, absolu, exclusif, définitif.Et ceux-là sont aussi les dévoués qui savent se sacrifier quand il le faut.Heureux encore quand leur immolation ne devient pas inutile à ceux pour lesquels ils ont brisé leur bonheur.\u2014 Non, reprenait M.Lanespède, je ne pourrai jamais faire à ce loyal garçon l'offense de lui dire, sans rien avoir à lui reprocher et envers qui, tout au contraire, j'ai une dette de reconnaissance : \u201c On ne veut plus de vous \u2018.Les Béarnais n'ont qu'une parole.Il le prouve comme moi, lui.Non, Renée, il faut renoncer à ce brillant mariage et tenir ton engagement envers Jacques.La jeune fille, à bout de nerfs, eut un sursaut de révolte.\u2014 Même, lança-t-elle, si nous en sommes si malheureux tous les deux qu'il nous faille, plus tard, recourir au divorce ?Le père bondit d'indignation.\u2014 Qu'est-ce à dire\u201d éclata-t-il.Une Lanespède ose parler ainsi! Nous n'avons ni blason ni particule, mais dans notre famille on tient jusqu'au bout un serment fait devant Dieu.\u2014 Pierre, intervint Mme Davezac, excusez-la.Elle a beaucoup de chagrin.Philippe a raison.N'obligez pas votre fille à un mariage qui ne lui convient pas, à un genre de vie qu'elle redoute d'avance .Vous feriez deux malheureux ?\u2014 Vous | Vous aussi! s'écria M.Lanespède.Eh bien ! qu'elle épouse qui elle voudra.Mais qu'elle se charge de rendre, elle-même, sa parole à Jacques! Moi, je ne m'abaisserai jamais à une telle forfaiture ! \u2014 Père, dit Renée, je voulais précisément te demander de me laisser agir seule en cette circonstance.Et tu verras que tout s'arrangera au mieux, acheva-t-elle, avec un sourire plus mélancolique que triomphant.CHAPITRE XXVII Jacques était dans son laboratoire, travaillant avec acharnement.Il semblait moins nerveux, moins tourmenté, quoique tout aussi triste.Il descendit dans la salle à manger à midi, heure habituelle de son déjeuner.Sa gouvernante entra et posa sur un guéridon déjà surchargé un plateau où se trouvait les lettres nouvellement arrivées.Le jeune homme jeta un coup d'œil sur les suscriptions, et soudain tomba en arrêt.\u2014 Enfin ! Ce n'est pas trop tôt | marmonna-t-il en saisissant une enveloppe qu'il décacheta pourtant sans hâte, comme s'il en connaissait d'avance le contenu.Et il lut, avec un sourire un peu ironique : \u201cMon cher Jacques, \u201c Quand vous lirez ces lignes, je serai déjà mariée.Cela peut vous étonner, mais non vous peiner, je le sais.Lorsqu'on aime une femme, on ne l'offre pas à un autre.On ne cède pas son bonheur.On lutte plutôt pour le conserver.Mais vous ne m'aimez pas.Vous ne m\u2019aimez plus.Et moi.Mais a quoi bon.\u201cQuoi qu'il en soit, tout le monde est d'accord, et vous-même, que nous n'étions pas faits l\u2019un pour l'autre, et n'aurions pu être heureux.\u201cMoi, je l'avoue.Convenez-en de même.vous qui êtes, en somme, le bénéficiaire de l'aventure.\u2018\u2019 Mon père, qui tenait à vous avoir pour genire, n'a pas voulu accepter de vous rendre votre parole.\u201cJe m'en suis chargée, sachant bien que je vous rends, en même temps, mieux que cela; la liberté.et la possibilité de l'aliéner de nouveau, et cette fois avec joie.\u201c Ayant beaucoup à vous pardonner, j'espère que vous me pardonnerez aussi cette petite piqûre d'amour- propre, qui ne va pas jusqu'au cœur.\u2018Adieu donc, et quoi qu'il arrive, ne nous revoyons jamais.\u2018 RÉNÉE DE VALDÉRIÈS.\u201d \u2014 Allons, toujours la même : audacieuse et sibylline, murmura Jac- LA REVUE POPULAIRE | ques, rêveur.Enfin, tout est pour le mieux.Me voilà du moins libre d'être malheureux tout seul! [1 s\u2019approcha du guéridon, y chercha un journal mondain que Philippe lui avait envoyé, une quinzaine avant.On y voyait Renée en robe de mariée, ravissante sous son voile, et descendant les degrés de la Madeleine au bras d'un brillant officier de dragons.Suivait l'article dithyrambique de rigueur.\u2014 Un joli couple, murmura paisiblement Jacques Issargarry.Et la regardant sans \u201chostilité, il pensa : \u201c La voilà dans son élément.Puis- se-t-elle avoir tout le bonheur qu'elle comprend à sa manière ! Et même, qu'elle soit heureuse tout à fait, si elle le peut, comme sa sœur ni moi ne le serons jamais, puisque ma Christiane est fiancée à un autre.Les rôles sont renversés, mais la situation identique.Le même abîme nous sépare.O Christiane, pourquoi vous être tant pressée de nous sacrifier?Enfin, nous n'étions pas nés pour le bonheur.Ils ne me reverront jamais.Ils n'entendront plus parler de moi.\u201d Des larmes montaient à ses yeux de braise.Il les refoula et dit : \u2014 Au travail ! : Comme il allait remonter dans son laboratoire, la gouvernante entra : \u2014 I! y a là, dit-elle, un Monsieur qui demande à voir Monsieur.\u2014 Son nom ?\u2014 M.Philippe Lanespède.CHAPITRE XXVIII Depuis le mariage de Renée, Christiane avait senti redoubler son chagrin., Elle se disait que son sacrifice s'était avéré inutile, que Jacques, d'autre part, blessé, tout au moins: dans sa dignité, se détournerait des Lanespède; qu'elle ne le reverrait jamais; et que, même s'il revenait et la demandait en mariage, ni elle ni son père n'auraient le courage de manquer à l'engagement pris envers Ker- mogal lle se désolait et dépérissait de jour en jour davantage.Mme Davezac, qui venait plus souvent chez son gendre et sa fille, dit un jour à Christiane : \u2014 Tu m'obligerais en venant chez moi demain.J'aurais besoin de toi pour certains rangements.\u2014 Mais, grand mère, avec plaisir.répondit la jeune fille.Et le lendemain, vers deux heures.elle se rendit rue La Fontaine.Après avoir, pendant un quart d'heure, occupé sa petite-fille, Mme Davezac déclara : \u2014 Je me sens un peu fatiguée; tu serais bien gentille d'aller au salon chercher mon tricot.Il est, je crois.sur la table à ouvrage, près de la croisée.Christiane s'empressa de courir au salon.La pièce était dans l'obscurité la plus complète, les volets donnant sur le jardinet fermés, les grands rideaux baissés.: Connaissant les aitres, elle se dirigea, sans tatonner, vers la fenétre, tira les rideaux, ouvrit les volets, et et retourna pour chercher le tricot.Et soudain elle poussa une exclamation étouffée.Il y avait quelqu'un dans le salon ! \u2014 Vous.vous ici! parvint-elle enfin à articuler, les yeux effarés et extasiés à la fois.\u2014 Je suis arrivé de Nice, hier soir, avec Philippe.N'est-ce pas bientôt la date fixée pour mon mariage ?prononça Jacques en se levant du fauteuil où il était assis. Janvier 1937 Il l'enveloppait d'un regard ardent, enivré et suppliant.\u2014 Mais .mais .elle est mariée! s'écria-t-elle.Ne le saviez-vous donc pas ?\u2014 Si, même avant qu'elle me l'eût écrit.C'est pourquoi une réparation m'est due.Ht c'est à vous que je la demande, Christiane.Je ne suis venu que pour cela.\u2014 Vous savez bien que je ne suis plus libre, gémit-elle.Je ne puis agir envers Hervé comme Renée envers vous.\u2014 Je ne sais qu'une chose, répondit gravement Issargarry.Je suis vôtre, je vis que pour vous et par vous.Et vous êtes mienne, puisque vous m'aimez.C'est vous que je cherchais, comme vous m'attendiez.Vous n'avez pas le droit de vous dérober.Il fit un mouvement pour s'approcher d'elle, l'attirer à lui, l'étreindre contre son cœur tumultueux.Mais la jeune fille se recula, les mains en avant pour le repousser.\u2014 Ni mon père ni moi n'aurons jamais le courage de rendre sa parole à Hervé, bégaya-t-elle, se raidissant.Je me suis engagée à lui librement.\u2014 Librement ?protesta Jacques.Non.Contrainte et forcée par ce que vous croyiez être votre devoir, en vous imaginant que votre sœur m'aimait et que c'était la trahir que d'agir autrement.Elle vous a prouvé que votre sacrifice était sans objet.\u201c Christiane, ne me désespérez pas une troisième fois, si vous ne voulez pas faire de moi le plus malheureux des hommes.En entendant cette voix aimée qui résonnait au plus profond d'\u2019elle- même, elle se sentait faiblir.Mais son honnêteté native reprit le dessus.\u2014 Jacques, supplia-t-elle, n'\u2019insistez pas.Si j'avais cru vous trouver ici, je n'y serais pas venue.Ah! je suis trop malheureuse ! Ne cherchez pas à m'enlever le courage de tenir loyalement la parole donnée, ache- va-t-elle dans un sanglot qu'elle ne put réprimer.Et elle bondit hors du salon.Jacques, bouleversé, resta seul un moment, comme pétrifié sur place.Quand il s'élança pour la suivre, Christiane était déjà repartie, sans passer par la salle à manger où Mme Davezac attendait, avec un sourire malin et confiant, le résultat de cette entrevue.- \u2014 Elle est partie! s'écria, en rentrant, Jacques au désespoir.Elle ne veut rien entendre ! Elle se croit obligée d'épouser Kermogal.J'en mourrai.et elle aussi?Elle n'est plus que l'ombre d'elle-même.Et il se laissa tomber sur un divan, le visage entre les mains.\u2014 Allons, du calme ! dit Mme Da- vezac en venant s'asseoir près de lui.Et attirant sur son épaule la tête du jeune homme qu'elle se mit à bercer maternellement comme un enfant: \u2014 Tout n\u2019est pas fini.Reprenez courage, Jacques, et comptez sur moi.ur ce, mettant ce qu'on appelait alors sa \u201c capote \u2019 et son \u2018 mantelet \u201d, elle sortit en disant : \u2014 Je vous défends de pleurer jusqu'à mon retour, vilain merle ! CHAPITRE XXIX Rentrée au plus vite avenue de Messine, Christiane s'était réfugiée dans sa chambre pour cacher son trouble à ses parents et se ressaisir quelque peu dans la solitude.Ell y était à peine depuis une heure, quand Nadine vint la prévenir que M.de Kermogal l'attendait au salon.La jeune fille ne remarqua pas l'air mystérieux et ébaudi de la bonne, et répondit simplement : \u2014 J'y vais.Une fois seule, elle se regarda attentivement dans une glace, en murmurant : \u2014 Il ne faut pas qu'il lise sur son visage ce que j'endure.Et elle, si peu coquette, se poudra et remit en ordre sa coiffure, se composant un masque serein avant de se rendre au salon.Mais, dès son entrée, cette façade céda tout à coup.Elle eut peine à retenir un cri de stupéfaction.Hervé n'était pas seul; M.et Mme Lanespède et Mme Davezac étaient assis.Et, près de M.de Kermogal, debout, un peu pâle, lui dont le teint rosé avait résisté au hâle de l'air marin, près de son fiancé, se tenait Jacques.La jeune fille crut rêver en voyant Hervé entourer d'un bras les épaules d'Issargarry, et tous deux s'avancer vers elle.\u2014 Christiane, prononça Kermogal.avec le sublime sourire des premiers martyrs dans l'arène, voici un jeune homme à qui est due une réparation, et vous seule pouvez la lui donner.Ce faisant, vous acquitterez la dette de reconnaissance de votre père envers lui.\u2014 Voyons, voyons, balbutia la jeune fille.Je ne comprends pas.ou je rêve | C\u2019est vous, vous, Hervé, qui.\u2014 Oui, c'est moi, Hervé de Ker- mogal, né au Canada, venu en France pour racheter la maison et le domaine de ses pères, moi, Hervé de Ker- mogal, repris par la passion des voya- es, et entré, depuis huit jours, aux Missions étrangères, pour partir incessamment soigner les lépreux avec le Père de Foucaud, moi, qui vous dis : épousez, avec l'assentiment de votre père, Jacques Issargarry.Vous êtes né l'un pour l'autre.Je partirai tranquille, vous sachant en bonnes mains.Vous ne pouviez pas ne pas vous aimer.\u2014 Hervé! oh! Hervé, pardon ! s'écria Christiane, écrasée par cette grandeur d'âme.Un jour, je vous avais dit que je n'irais à vous que ie cœur apaisé.Et j'ai, depuis, commis une mauvaise action en m'engageant à vous, l'âme pleine de la pensée d'un autre ! Elle voilait, de ses mains diaphanes, son visage amaigri.\u2014 Je le savais, ma petite enfant.Tout ce qui se passait en vous avait une répercussion en moi.Ne vous ai- je pas vu grandir, n'êtes-vous pas un peu la fille de mon âme ?Cet amour, je l'avais découvert en vous, avant que vous ne vous l'avouiez à vous- même.\u201c .+ , Mais je ne suis qu'un homme.Après la lueur d'espoir que vous m'aviez donnée, j'ai eu un moment de faiblesse en acceptant de profiter du sacrifice que vous faisiez à votre sœur.C'est à moi à vous demander pardon de ne vous avoir pas rendu votre parole dès que Renée a été fiancée à M.de Valdériès.\u201c Pour que je puisse m'absoudre et partir rasséréné, mettez tout de suite votre main dans celle de Jacques.Sans un mot, Issargarry, rayonnant mais contenant sa joie, tendait à sa bien-aimée ses mains frémissantes.En silence aussi, elle y mit les siennes.Mais leurs regards confondus, enivrés, plus éloquents, parlaient pour eux.M.Lanespède, secouant son émotion, s'écria d'une voix enrouée : \u2014 Enfin le voilà mon gendre, ce sacré Béarnais ! Et cette fois, c'est pour tout le bon ! La douce mère, toujours effacée et silencieuse, cette fois, épanouie, con- 51 Un tour de magie qui PROLONGE la durée du linge Photo authentique des 33 verges de ruban qui servirent à l\u2019expérience te GRACE AU Coussin liquide Das LA BUANDERIE expérimentale Westinghouse, 30 piéces de ruban, de 40 pouces chacune, soit un total de 33 verges, furent déposées dans une laveuse a \u201ccoussin liquide\u201d \u2014 lavées a fond pendant douze minutes.puis retirées sans le moindre nœud ou entortillement.Ce n'est pas pour l'épate qu'on a fait cette expérience.mais bien pour prouver que la Westinghouse protège le linge contre l'emméêlement et l'usure, communs aux laveuses ordinaires.Le lavage Westinghouse sur \u2018\u2019 coussin liquide \u2019 ne fait pas que protéger votre linge.Il lave plus vite et plus net.De plus, les laveuses Westinghouse sont si bien construites qu'elles peuvent vous durer toute une vie.Six modèles au choix, Essoreuse Lovell à pression réglable, aucun huilage, cuve émaillée porcelaine, bâti fini Dulux.Pompe de vidage (facultative).Commutateur de sûreté Sentinel.Modèles à compter de $74.50 seulement (légèrement plus cher dans l'Ouest et les Provinces Maritimes).Demandez .une démonstration par votre vendeur.CANADIAN WESTINGHOUSE CO., LIMITED Hamilton \u2014 Montréal \u2014 Canada LAVEUSE à coussin liquide\u201d Westinghouse 52 templait le jeune couple et déclara sans vergogne : \u2014 C'est comme nous, autrefois.Pierre, te souviens-tu ?Et, tu sais, Christiane, Jacques a promis que nous ne nous quitterions jamais.Quant à Mme Davezac, penchée sur son tricot, elle l'inondait, sans y prendre garde, des larmes d'attendrissement qui montaient de son vieux cœur romantique et toujours jeune à ses doux yeux de pervenche.\u2014 Mes amis, je suis obligé de vous quitter, dit Kermogal.Je reviendrai vous dire adieu avant de partir.Et comme il s'inclinait devant Mme Davezac, la vieille grand'mère se haussa vers lui, entoura le cou du bon géant de ses bras minces, et l'embrassa en lui disant tout bas : \u2014 Hervé, vous êtes un saint.Priez pour que l'autre aussi soit heureuse.\u2014 Et vous aussi, priez pour que Dieu me donne l'oubli complet, répondit sur le même ton le dernier des Kermogal.\u2014 Ma petite enfant, dit-il en assurant sa voix, orphelin dès ma naissance, je n'ai jamais eu un baiser de mère ni un baiser de sœur.Je viens de recevoir le premier.Puis-je mettre, avec la permission de Jacques, un - baiser sur votre front.Elle leva sur lui son regard plein de gratitude et d\u2019admiration, et murmura, en lui rendant son baiser : \u2014 Hervé, mon grand frère, vous resterez toujours le confident de mes joies, et, si j'en ai, de mes peines .comme quand j'étais enfant.Jacques, enfin, vint à lui, prit ses mains, les serra à les broyer, et sans un mot, ces deux hommes, si bien faits pour se comprendre, se séparèrent.peut-être pour toujours.Philippe entrait en trombe.\u2014 J'arrive, c\u2019est le cas de le dire, \u2018aux écuelles lavées \u201d, s'écria-t-il.* Mais, Hervé, je vais vous accompagner un bout de chemin.Bes qu'ils furent sortis : \u2014 Quel bon garçon que Philippe ?dit Mme Davezac.\u2014 Oui ! oui, grand'mère, répondit Jacques, c'est lui qui me consolait dans mon exil.et qui est venu m'y chercher \u2026.: \u2014 Et maintenant, c'est l'autre qu'il console en ce moment.M.Lanespède s'était retiré dans son bureau.Mme Lanespède et Mme Davezac s'affairant dans la salle à manger.Les fiancés étaient restés seuls.Sans rien dire, Jacques regarda Christiane.D'un bond, elle fut à lui, entoura de ses bras l'admirable tête de son fiancé, plongea dans ses yeux irradiés ses splendides et pauvres yeux, si souvent rougis par les larmes secrètes, et maintenant étincelants d'un bonheur d'autant plus intense qu'il avait été plus attendu.\u2014 Jacques ! mon Jacques ! murmu- ra-t-elle, dans un souffle, il nous est donc enfin permis de nous aimer ! \u2014 Ma bien chérie, soupira Jacques, je suis au comble du bonheur .et je souffre en songeant à Hervé.Pourquoi faut-il que le bonheur des unes fasse le malheur des autres ! Jusqu'ici, je n'ai, moi qui vous adore, apporté dans votre vie que de la douleur.* Mais, je vous le jure par le sacrifice même de ce noble cœur qu'est Hervé, ma vie entière, si longue qu'elle puisse être, ne le sera jamais assez pour m'efforcer de vous faire oublier les épreuves passées.\u2018 Dans un mois, je vous emporterai dans mon nid, bien humble, bien modeste, mais sous le ciel d'azur et les orangers en fleurs.Puis.Je bâtirai la maison digne de vous, où pourront venir habiter vos parents.\u2014 Jacques, partout où vous serez, je serai heureuse, fût-ce, comme je le disais un jour, à un cinquième de la rue Quincampoix.Le plus beau nid est celui où l'on aime et où l'on est aimé.CHAPITRE XXX Depuis son mariage, Renée habitait, avenue Marceau, dans l'hôtel du général comte de Valdériès, son mari étant l'aide de camp de son oncle, et vivant, depuis longtemps, avec lui.Elle avait apporté, dans ce foyer sans femme \u2014 le général étant veuf \u2014 sa grâce, sa gaîté, son entrain endiablé, et sa soif de toutes les élégances.L'oncle et le neveu l'idolâtraient, chacun à sa façon, et la gâtaient à qui mieux mieux.Ce matin-là, vers dix heures, enveloppée d'un élégant kimono en crêpe de Chine saumon, froufroutant de dentelles, la jeune femme prenait son petit déjeuner, au saut du lit, dans sa chambre, son mari étant en déplacement depuis deux jours et ne devant rentrer qu\u2019à midi.Une femme de chambre vint la prévenir que Mlle Christiane Lanespède désirait la voir : \u2014 Amenez-la ici, décida Renée, rosissant sous la poussée des pensées contradictoires, mal définies, que suscitait en elle cette visite matinale de sa sœur aînée.Le mariage de Renée Lanespède avait eu lieu fin février.\u2014 Près de deux mois de fiançailles, c'est bien assez, avait-elle dit.\u201cJe sors d\u2019en prendre\u201d, avait-elle pensé.Mars finissait.Pâques, qui tombait assez tard cette année-là, était maintenant très prochaine, le 20 avril.Et la visite de sa sœur rappelait à la jeune femme le chemin parcouru depuis le 10 janvier, et aussi la date fatidique où elle eût dû lier sa vie à celui qui n'aurait pu lui donner le luxe dont elle était entourée.\u2014 Que va-t-elle me dire ?pensa-t- elle.Est-ce pour m'annoncer la date de son mariage ?.J'irai ou je n'irai pas.Si c'est l'un, bien ! Si c'est l'autre, je serai malade.Simplement vêtue d\u2019un tailleur de couleur tabac d'une coupe impeccable, Christiane entrait, l'air un peu contraint et en même temps le visage rayonnant d'une joie intérieure, qui mettait sa flamme dans ses immenses yeux, sombres et lumineux comme une nuit d'été.\u2014 Quoi de neuf ?questionna Renée, après avoir embrassé sa sœur.\u2014 Bien des choses, depuis quinze jours que tu n'es venue à la maison, répondit Christiane, son teint mat se colorant légèrement de rose.Et j'ai à te dire quelque chose d'assez difficile.\u2018 Bien, se dit Mme de Valdériès, je suis fixée.\u201d Toutefois, non par méchanceté pure, mais par une taquinerie naturelle, elle ne fit rien pour aider sa sœur.\u2014 Bah! dit-elle d'un ton surpris.Difficile, de toi à moi?Tu m'as pourtant assez dit mes \u2018 quatre vérités \u201d souvent injustes, comme tes pronostics se sont avérés faux.\u2014 J'aime autant ne pas discuter là- dessus, déclara Christiane.\u2014 Alors, cette chose difficile ?N'est-ce pas que père serait momentanément géné pour faire face aux fetes de ton mariage?Cette fois, un flot de sang envahit le visage de Christiane.\u2014 Crois bien que si père en était la, ce n'est pas a ses filles qu'il s'adresserait.* D'autre part, si peu fortuné soit- il, celui que j'épouse pourrait faire les frais d'un mariage sans faste, tel que nous voulons qu'il soit.\u2014 Peu fortuné, celui que tu épouses ! fit Renée, jouant l'étonnement.Mais Kermogal est riche, noble, posé, presque célèbre comme paléographe.Il sera un jour de l'Institut.Tu fais, en somme, un beau mariage.\u2014 À cette chose près que je n'épouse pas Hervé ! répliqua Christiane, pour en finir comme on se jette a l'eau.\u2014 Comment! Pas Kermogal ! Qui donc ?\u2014 Ecoute, Renée, commença Christiane, à présent un peu pâle, en prenant les mains de sa sœur.Je n'ai pas voulu que tu l'apprennes par d'autres que par moi.J'épouse Jacques Issar- garry, le 29 avril.\u2014 Oh ! s'exclama la jeune femme, jouant la stupéfaction.Je m'étais bien, parfois, douté de quelque chose.Mais je n'aurais jamais cru que vous oseriez braver ainsi l'opinion publique.\u2014 As-tu hésité, toi, à la braver, en en épousant un autre que ton fiancé officiel depuis près de deux ans?Et sans même, je l'ai su depuis, l'en avertir, comme tu l'avais assuré à père ?\u2014 Moi, j'avais mes raisons, riposta Renée.J'avais compris que j'étais bernée, que Jacques ne tenait sa parole qu'à contre-cœur, qu'il ne m'aimait plus .s\u2019il m'a jamais aimée .\u2026.JACQUES ÉTAIT DANS SON LABORATOIRE, TRAVAILLANT AVEC ACHARNEMENT.LA REVUE POPULAIRE \u2014 Si, il t'a aimée .Mais tu l'as détaché de toi, par ta coquetterie incorrigible, tes flirts interchangeables, ce que tu jugeais n'être que des inconséquences, et qui étaient, pour lui, des avanies insupportables.Tu l'en as abreuvé.\u201cEt pourtant, acheva Christiane, tu l\u2019aimais, puisque tu l'as dit, en pleurant, pendant qu'il s'expliquait avec Philippe.\u2014 Oui?Mais quand j'ai su ce qu'il venait de lui proposer, et que Philippe avait refusé, j'ai tout compris.Et mon amour, mon premier amour, n'a pas résisté à cette double offense.\u201c Sais-tu comment ils me nommaient entre eux, ce même soir ?\u201cLe miroir aux alouettes ! \u201d \u2014 Le \u2018piège aux merles \u201d eût été mieux appliqué ! ne put s'empêcher de répondre Christiane, en souriant, et posant une main caressante sur la tête blonde de sa sœur.Allons, oublie cette plaisanterie.Ne fais pas la méchante.Dans tous les cas, tu ne peux m'en vouloir d'accepter celui dont tu n'as pas voulu.\u2014 Et à qui j'ai donné la volée ! \u2014 Précisément .Moi l'épousant, c'est presque, et même certainement, une réparation.dont notre père est heureux.\u2014 Une réparation! Vraiment! Ah! non, ne te pose pas en consolatrice des affligés .qui ne le sont guère .Si je ne m'abuse, la pénitence t'est assez douce ! riposta la jeune vicomtesse, d'un ton sarcastique.\u2014 Tu as raison, admit franchement Christiane.Oui, jaime Jacques.Je l'ai aimé dès la premiere minute.Mais, sachant que tu l'aimais, même quand il ne le croyait plus, je serais morte plutôt que de ne rien faire pour l'attirer à moi.\u201c\u2014N'\u2019empêche que, dès qu'il t'a connue, il n'a plus été le même envers moi.\u2014 Parce que, en même temps, il a connu Philippe.Ce n'est pas moi qui, au début, était entre vous.C'était notre cousin.\u2014 Oh! celui-là, je ne lui en veux plus.Il m'a rendu un fier service ! Et à toi, aussi, par ricochet.\u2014 C'est possible.11 n'en reste pas moins que tu as, peu à peu, à cause de Philippe, froissé, découragé, détaché Jacques de toi.Je ny suis pour rien, et j'ai même tout fait pour te retenir dans cette voie.\u2014 Aussi, n'est-ce pas à toi que j'en veux, mais à Jacques.Il ma cruellement offensée, le jour où il m'a, pour ainsi dire, offerte à Philippe.Si je l'aimais encore, le matin de ce jour-là, le soir je me jurai d'être mariée avant Pâques, et pas avec lui?Vous vous êtes tous moqués de moi.Mais je me suis moquée de vous tous.\u2014 Non.protesta la sœur aînée, je ne me suis pas moquée de toi.Jusqu'au moment où tu as déclaré vouloir épouser Bernard de Valdériès, j'ai cru que tu aimais toujours ton fiancé.C'est pourquoi, sachant qu'il m'aimait, à la fin, je me suis engagée à Hervé, pour mettre l'irréparable entre Jacques et moi.J'ai préféré l'immoler avec moi que de te trahir \u2014 Je l'ai compris.Mais qu'on ne me reproche pas ma défection, mon mariage, qui vous sert si bien tous les deux ?.J'ai pardonné à Jacques, nous sammes quittes ! Et je ne veux jamais le revoir.Epouse-le, si cela te plaît.Mais je n'irai pas à ton mariage.\u2014 Oh! s'écria Christiane, indignée.Tu as donc bien peur de te trouver en face de celui que tu as attiré, puis repoussé, quand tu n'en as plus voulu! \u2014 Et toi?n'agis-tu pas de méme avec Kermogal ? Janvier 1937 \u2014 C'est tout différent.Je n'ai rien fait pour I'attirer, et ne l'avais accepté que par dévouement pour toi, tu le sais bien! Et c'est lui qui m'a rendu ma parole.\u2014 C'est donc qu'il ne t'aimait plus?\u2014 Tout au contraire ! Il s'efface pour que je sois heurèuse.\u2014 C'est une belle âme ! Mais, enfin, il sait que tu le sais.Ce n'est pas si méritoire que le sacrifice ignoré de tous.\u2014 Renée, prononça Christiane gravement, si tu avais épousé Jacques, tu n'aurais jamais su que je me sacrifiais pour toi.\u2014 Enfin, il est heureux que tu n'aies pas eu à t'immoler jusqu'au bout, railla Mme de Valdériès.Christiane la fixa de ses yeux pleins de tristesse, maintenant.\u2014 Renée, prononga-t-elle, avec douceur, mon bonheur, dont tu n'as pas voulu, n'enlève rien au tien.Au lieu de nous blesser mutuellement, dans le feu d'une discussion inutile, ne vaut-il pas mieux que nous soyons amies comme deux sœurs doivent l'être ?\u201cTu ne peux refuser de venir à mon mariage.\u2014 Jamais ! s'écria la jeune femme.Et même, veux-tu toute ma pensée ?\u201cToi mariée à Jacques, il vaut mieux que nous cessions toutes relations, \u2014 Oh! fit, douloureuse, sa sœur.\u2014 Mais oui! Vois-tu la tête que nous ferions, Jacques moi, par la suite, en nous revoyant, si peu que ce soit.Et je ne puis voir la femme sans me retrouver, parfois, en face du mari.Non, séparons-nous pour toujours.Christiane s'était dressée, blanche.\u2014 C'est ton dernier mot ?fit-elle, d'une voix altérée.\u2014 Absolument.Suis ta voie.Je suivrai la mienne.Et j'espère qu'elles ne se rencontreront jamais.\u2014 Bien ! laissa tomber Christiane, le visage tout pâle, et d'un ton glacé.Les plaisirs mondains, si creux, te suffisent.Moi, j'ai choisi le bonheur simple, mais sûr.Nos routes ne risquent pas de se croiser.Je souhaite que tu sois heureuse, à ta raison, jusqu'au bout.\u201c Souviens-toi, seulement, que si je n'ai plus de sœur, il t'en reste une, si tu as jamais besoin d'aide ou de consolation.Puisque tu le veux.adieu donc ! \u2014 Adieu, répéta Renée.Christiane Lanespède se dirigea vers la porte, l'ouvrit, se retourna, attendit un moment, fixant sur sa sœur \u201c ses yeux embués de larmes.Mais la vicomtesse de Valdériès détourna la tête.Et Christiane sortit lentement.Renée écouta le pas, comme appesanti, de sa sœur, décroître dans le couloir.Puis, quand elle n'entendit plus rien, elle s'abattit, soudain, sur sa bergère, le visage enfoui dans ses mains, et éclata en sanglots.\u2014Et pourtant, hoqueta-t-elle, c'était lui que j'aimais ! Lui, mon premier amour ! Je me suis sacrifiée pour toute LÉ] 9 FT (ON ( eux .mais ils ne le sauront jamais! Une demie sonna.\u2014Oh ! s'écria la jeune femme, onze heures et demie.Et mon mari arrive a midi! D'un bond, elle fut à sa psyché.\u2014 Je suis à faire pitié ! constata-t- elle.Assez pleuré ! D'un geste vif, elle essuya ses larmes, tamponna ses yeux rougis, passa une houppette sur son visage, s'examina, puis, se souriant dans la glace, murmura : \u2014 Il faut que je sois belle pour mon cher et beau capitaine .Après tout, la pénitence est douce pour moi aussi ! Devant l'hôtel de Valdériès, un fiacre \u2014 il y en avait encore \u2014 stationnait.Christiane s'y engouffra et se laissa tomber, avec des sanglots étouffés, contenus jusque-là, près de Jacques et d'Hervé, qui l'attendaient.Dès que la voiture se fut ébranlée, la jeune fille expliqua, d'une voix entrecoupée : \u2014 Elle a été intraitable .Elle ne veut plus me revoir.Je n'ai plus de sœur ! \u2014 Hervé et moi nous en doutions un peu, dit Jacques, en prenant entre les siennes les mains de sa fiancée.C'est pourquoi nous n'avons pas voulu que vous vinssiez seule.Nous avions le pressentiment que vous sortiriez désolée de cette entrevue.\u2014 Mais, enfin, notre mariage ne peut lui porter ombrage.puisque.Elle n'a donc pas de cœur ?\u2014 Ne la condamnez pas, prononça gravement Hervé.Il faut lui pardonner.et, plutôt, la plaindre.\u2014 La plaindre ?répéta Christiane en levant un regard anxieux sur celui qu'elle savait si perspicace.\u2014 Moi, déclara Jacques, les yeux flambants, je lui pardonne aisément tout ce que j'ai à lui reprocher mais non les nouvelles larmes qu'elle fait verser à sa sœur.Je n'oublierai.pas cela.Comprenant l'inquiétude subite de Christiane, Kermogal répéta : \u2014 Si, il faut lui pardonner et la plaindre.Et il expliqua, les yeux réveurs : \u2014 Elle n'a que les apparences du bonheur.Vous, mes chers, vous étes parmi les élus de la vie.\u201c Pourtant, avant de vous quitter, je voulais vous dire : la vie étant une route semée de plus de ronces que de fleurs, tant que vous serez heureux, inutile de m'écrire.Mais si jamais le malheur vous effleurait, pensez à votre grand frère, et dites-lui simplement : \u201c Venez .j'ai besoin d'être consolé .\u201c Seulement, je suis presque certain que vous n'aurez pas à m'appeler, car vous avez le vrai bonheur : l'amour sincère et réciproque.Vous avez choisi la meilleure part.FIN {OTE | for» 2 TE es Un plat économique et appétissan Coins Il n\u2019y a pas de plat qui se prépare plus vite, plus économiquement et qui soit plus délicieux que ce Pâté au Bœuf Renversé.Un assaisonnement bien proportionné donne à la croûte un goût exquis, dif- férent .et la saveur délicieuse du bœuf, des tomates ct des oginons complète le régal.Essayez-le! Pâté de Boeuf Renversé 1 !9 tasse farine 5 c.à soupe shortening 3 c.à thé Poudre à 34 tasse lait, ou moitié lait Vous manquerez un vrai régal si vous n\u2019essayez pas aujourd\u2019hui cette recette de Pâté au Boeuf Renversé.Mais pour être certaine de le réussir, ne manquez pas d\u2019employer la Poudre à Pâte \u201cMagic\u201d, celle que recommandent les meilleures cuisinières du Canada.Elle as- Pâte \u2018\u201cMagic\u201d\u2019 moitié eau sure une levée parfaite, une 1 \u20ac.à thé sel JA tasse oignons hachés > 1 c.à thé paprika 1 boîte soupe aux tomates fine texture et une saveur 1 c.à thé sel de céleri condensée délicieuse à tout ce que vous J4 c.à thé poivre blanc 1; liv.bœuf cru haché Tamisez ensemble farine, poudre à pâte, !; c.à thé de sel, paprika, sel de céleri et poivre.Ajoutez 3 c.à soupe shortening et mélangez bien avec une fourchette.Ajoutez lait et brassez jusqu\u2019à mélange parfait.Faites fondre les 2 autres c.à soupe shortening dans une poêle à frire de 9 pouces diamètre et cuisez les oignons jusqu\u2019à attendrissement.Ajoutez la soupe aux tomates, l\u2019autre c.à thé de sel et le bœuf haché.Amenez au point d\u2019ébullition.Eten- dez le premier mélange sur celui de la viande et cuisez à four chaud (475° F.) durant 20 minutes environ.Renversez ensuite dans un grand plat.Suffisant pour 8 convives.cuisez.NE CONTIENT PAS D\u2019'ALUN\u2014 Cette déclaration sur chaque boîte est votre garantie que la Poudre à Pâte \u201cMagic\u201d ne GRATIS! LE LIVRE DE CUISINE \u201c\u201c MAGIC\u201d\u2014 Ecrivez à Gillette Products, Fraser Ave, Toronto 2, Ont, Dépt.LP-1 ; contient ni alun ni rod 4 ingrédientnuisible. = 5, Eg ah \u201c4, 3 or Y A = a ar\" i, # \u201ca LS a rh a 0 pr + AS = W Be dag tt 5 - 2 - na = css td Fr se in \u2014 \u2014 "]
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