La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 septembre 1938, Septembre
[" or T A.\u201c+ - UV\u201d = S mi cand + 5 Pe - \\ «A em - ë 3 2 Ng en Lt f ~ \u2019 3le année 3 2 & N ve?Vv SN { } nN a > % 3 A SN f =F gp ya wr 7 ÿ 2 e pe re, -= : wv ; Vas % 3 LE pr +, MS \u201cby 3 \u20187 aN 2\u20ac # - % f a at 4° 49 » » 4 # ru; ; ; A fe de 7 AE.AP } # ex FE j > pl 5 & WA i, AK \u201ca # some 8 «Ph PER N J j hing + S \\ r + 3 A iso - NF, sé D ee - (9 a BR ).2 py 3 HA acer 6\" y ~ ( aN \u201c ; g.7 4 Fy 5 A i = = eo, Rl ; à , Ab a 2 BP oH ~ oN Hy Ee { & Ww VA 2 3 a = | 3 it, nd Sas Ag BE Se RZ ; Frs à DB Lau pue.4 By (AIR 4 Ge .gy /\u2019 wl by a A WZ ir Bir I ith ogy 0e = fre SEPTEMBRE 1938 La Revue Populaire 31e année, No 9 Montréal, septembre 1938 © SOMMAIRE + Page Littérature canadienne \u2026 \u2026 .\u2026 ou 4 Qui donne le plus dans le mariage ?L'homme ou la femme ?: par Fernand de Verneuil \u2026 \u2026 \u2026 .5 Notre-Dame des Victoires, Place Royale, à Québec, par Aimé Plamondon \u2026 \u2026 \u2026 6 Lilian Farmer, nouvelle canadienne, par Rex Desmarchais \u2026 \u2026 Le 7 Quelques musiciennes, par Thérèse Fournier _ .8 Fernandel chez lui, par Juliette Cabana .=.9 Le Canada a Glasgow, par François Laroche oo.10 La Tchécoslovaquie, par Marcel Daniel \u2026 \u2026 11 NOTRE ROMAN COMPLET : L'Ermite de Rochemaure, par Louis Derthal \u2026 \u2026 ee M Les rousses ont-elles mauvais caractère?.\u2026 29 Quand les enfants sont petits, par Francine \u2026 \u2026 \u2026 ee.30 Têtière de fauteuil .= 4.B1 Au Quartier Latin =~ \u2026 32-33 LA MODE : Jolis ensembles pour dame ou demoiselle .34-35 Beauté, mon beau souci.\u2026 \u2026 \u2026 \u2026 36 Travaux artistiques, por Francine \u2026 _ Lu 0 37 _ Les mots croisés \u2026 \u2026.\u2026 \u2026 \u2026\u2026 38 Mon cours d'art culinaire, par Mme Rose Lacroix .La Nos vieilles familles canadiennes, par Emile Falardeau .=.62 > Les gagnants des mots croisés du mois d'août 62 NOTRE PROCHAIN ROMAN : | La Tendre Aventure, par Marcelle Davet ed LA REVUE POPULAIRE Lo POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE ABONNEMENT EdHeurs-Propriétaires Canada : Un an: $1.50 \u2014 2 ans $2.00 975, rue de Bullion, Moatréal, Canada Etats-Unis : Un an $1.75 \u2014 2 ans $2.50 Tél.: PLATEAU 9438* LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE Membres de l'A.B.C.Entered March, 23 1908, of the Post Office of St Albans, Vi., U.S.A.as second class matter UNE BELLE TOILETTE NEST PAS TOUT! Ne laissez pas l'odeur de transpiration des aisselles ruiner votre popularité \u2014 Mum sauvegardera votre charme ! Ux BELLE ROBE compte pour beaucoup, mais une mise impeccable est souvent ruinée par le manque d'une bonne créme déodori- sante.Les bains fréquents ne sont pas suffisants.Un bain n'enlève que la transpiration passée \u2014 il ne saurait prévenir la transpiration à venir.Pour sauvegarder votre élégance et votre charme, vous devez prendre un soin particulier de vos aisselles.Voilà pourquoi les jeunes femmes avisées emploient Mum \u2014 tous les jours et après chaque bain.Mum est une crème douce et agréable qui prévient l'odeur de transpiration avant même son début.Grâce à Mum vous ne risquez pas d'offenser les amis que vous recherchez.MUM EST RAPIDE! Il demi-minute pour d'une suffit appliquer Mum sous chaque bras.Vous n'avez alors qu'à mettre votre robe et partir.MUM EST SUR! Employez Mum quand vous voulez, même après que vous êtes habillée car il n'endommage pas le tissu.MUM EST FIABLE! Mum n'empêche pas la transpiration naturelle, mais il en prévient toute l\u2019odeur ! Il adoucit votre peau si vous l'employez après vous être rasé les aisselles.MUM DURE TOUTE LA JOURNEE ! Commencez la journée ou la soirée en employant Mum et revenez chez vous le soir vous sentant aussi frai- chement sous les aisselles qu'au départ.Obtenez Mum chez votre pharmacien aujourd'hui.SANS MUM la FRAICHEUR du BAIN DISPARAÎT VITE FABRICATION CANADIENNE Evitez l'inquiétude ! Des milliers de femmes emploient Mum sur les serviettes hygiéniques parce que Mum est doux et SUR.Soyez rassurée en employant toujours Mum.Mas LA Revue POPULAIRE LITTERATURE CANADIENNE Le Type Economique et Social des Canadiens Tome 1 \u2014 Milieux Agricoles de Tradition Francaise Cae { par M.Léon Gérin onsiEur Léon Gérin est de ceux qui fuient volortairement le vacarme de la publicité.Son grand et fécond labeur mérite pourtant à plus d'un titre, l'attention et l'admiration du public.Nous oserons dire que leur auteur mérite en même temps son respect.Cette simplicité, accompagnant tant de science et de culture, ne pouvait toutefois passer inaperçue.Avant d'avoir publié un seul ouvrage, monsieur Léon Gérin s'est vu octroyer le doctorat ès-lettres, par l'Université Laval, le doctorat ès-sciences sociales, par l'Université de Montréal, la présidence de la Société Royale du Canada.Ajoutons que M.Gérin a occupé pendant une trentaine d'années le poste de chef de la traduction aux Débats, à Ottawa.Cette longue expérience des questions de linguistique lui a permis de publier son monumental Vocabulaire Pratique de l'Anglais au Français, qui est paru l'an dernier aux Editions de l'A.C.-F.série d'enquêtes auxquelles il se livre depuis plus de quarante ans, va maintenant lui permettre d'édifier, dans le domaine de la science sociale, un monument non moins remarquable : Le Type Eco- nomique et Social des Canadiens.Le premier volume d'une série de quatre s'intitule : Milieux Agricoles de Tradition Française.Il vient de paraître aux Editions de l'A.C.-F.: Petit-fils d'Etienne Parent, fils d'Antoine Gérin- Lajoie, M.Léon Gérin se préoccupa de bonne heure, lui aussi, de sociologie.Ses études de droit terminées, M.Gérin partit pour Paris, où il s'imprégna, à l'Ecole libre des Sciences politiques, des doctrines de Frédéric Le Play.Lorsqu'il revint au pays, préparé à l'observation méthodique des groupements humans et à la reconstitution de l\u2019histoire des sociétés, ils s'assigna pour tâche d'étudier avec minutie l'organisation sociale du Canada français, Ses premières études tracèrent le tableau de la colonisation en Nouvelle-France, aux 17e et 18e siècles.Puis, ayant retracé l'origine historique des groupements canadiens-français, il examina comment ces institutions avaient pu se perpétuer jusqu'à nos jours.Les enquêtes minutieuses qu'il groupe aujourd'hui sous le titre Le Type Economique et Social des Canadiens peuvent se grouper sous trois chefs: l'habitant, la famille rurale, la paroisse.L'auteur remonte ainsi de l'individu aux différents types de société qui encadrent et expliquent les Cinadiens français.Ces analyses pénétrantes, sans parallèles dans notre littérature, sont fort révélatrices parce que M.Gérin ne se paie pas de mots, mais recherche les causes profondes.Chez M.Gérin, les dons de l'écrivain se joignent à ceux du savant.Sa phrase pleine de sève, débarrassée de tout cliquant et qui n'est sévère que pour les inattentifs, dénotent en outre une connaissance de toutes les nuances de notre langue.Elle est ondoyante et souple ; elle épouse tous les contours d'une pensée attentive au moindre détail.M.Gérin est un écrivan de race, l\u2019un des très rares qu'ait jamais eus le Canada français.Sur ce point, l'unanimité s\u2019est faite depuis longtemps.Il n'est besoin, pour en juger, que de lire ce que pensent de lui MM.Edouard Montpetit, Victor Barbeau, Pierre Daviault, etc.Le Type Economique et Social des Canadiens (Tome 1 \u2014 Milieux agricoles de Tradition Française) est en vente aux Editions de l'A.C.-P., 1735 rue Saint-Denis, au prix de $1.00, et dans toutes les grandes librairies.La Crise des Echanges Internationaux par HENRI Trucuy M°NsIEUR Henri Truchy, le célèbre économiste français, qui fut, le printemps dernier, le conférencier de l'Institut Scientifique Franco-Canadien, a bien voulu autoriser la publication en volume de la série de ses causeries.Les Editions de l'A.C.-F.ont l'avantage insigne de nous donner ainsi, avec La Crise des Echanges Internationaux, un ouvrage qui ne déparerait pas le catalogue d'un éditeur européen, La crise qui a bouleversé le monde et secoué son économie est déjà en partie enrayée.Mais les innombrables désordres qu'elle a provoqués ne sont pas tous, il s'en faut de beaucoup, disparus.Et cependant ce n'est qu'à cette condition que le commerce mondial pourra reprendre définitivement son élan.Le Canada, qui occupe le quatrième rang pour les exportations (après les Etats-Unis, l'Angleterre et l\u2019Allemagne), est intéressé au premier chef par ces questions.Et nos hommes d'affaires, tout autant que nos intellectuels, voudront lire ces pages décisives, où M.Truchy, dans une magnifique synthèse, nous décrit les maladies dont souffre l'économie, et nous indique, en même temps, les remèdes opportuns.La Crise des Echanges Internationaux est écrit dans une langue très claire et très sûre.Le discours prononcé par M.Henry Laureys lors de l'inauguration des cours de M.Truchy constitue une précieuse préface à l'ouvrage.On trouve ce volume en vente aux Editions de l'A.C.-P., 1735, rue Saint-Denis, Montréal, et dans toutes les bonnes libraities, au prix de $1.00 l'unité.La plus belle Chose du Monde par MICHELLE LE NORMAND Quarze adolescentes partent avec enthousiasme à la conquête de la vie; partent pleines d'espoir et d'entrain, et jeunes filles, promènent leur joie, leur amour de l'amour, dans le Montréal de 1918, 1919, 20, 21.L'atmosphère est ressuscitée avec chaleur et vérité; les personnages imaginés, paraissent réels; peu de coups de théâtre ; une trame humaine et vraisemblable, qui touche parfois à la grande émotion ; des sentiments d'abords Jeunes \u2018et légers ; puis de véritables amours, comportant autant de souffrance que de bonheur.L'amitié liée au couvent, au moment de leur intérêt palpitant pour le cours de littérature et pour le professeur, subsiste tout le long du livre, malgré les circonstances adverses, les séparations, les devoirs qu'apportent la vie réelle et les diverses vocations.Mais sera-ce donc l'amitié, la plus belle chose du monde ?Lisez pour le savoir, ce nouveau livre.La plus belle chose du monde est en vente au service de librairie du Devoir, dans toutes les bonnes librairies et si vous désirez le livre autographié, chez l'auteur, 19 Butternut Terrace, Ottawa, $1.00 L'Accalmie Etude historique, par Léo Paur DESROSIERS \\\\PERSONNE, dit Lord Durham, s'il n'était influent ou s'il n'avait le secours de quelque influence, ne pouvait prétendre à la possession d'un pouce de terre dans la province.» Cette citation de monsieur l'abbé Groulx, dans sa conférence sur «Ce qu'il faut penser de 37», vous convaincra de l'opportunité du livre de Léo Paul Desrosiers : L'Accalmie, étude détaillée du gouvernement de Lord Durham, de sa mission, de sa personnalité, etc.Dans ce livre, paru ces jours derniers au Devoir, Léo Paul Desrosiers reconstitue cette époque importante de l'histoire des Canadiens français.Epoque émouvante, dramatique, que cette accalmie entre les deux révolutions.L'auteur campe avec beaucoup de couleur Lord Durham, sa famille, son entourage, le cadre dans lequel il évolue avec son conseil.C\u2019est un livre à la fois fort instructif et d'une lecture facile et agréable.En vente dans toute bonne librairie, au Devoir, et chez l'auteur 19 Butternut Terrace, Ottawa, $1.00 I'exemplaire, franco.Savez-vous Qui.?AVAL un divertissement intellectuel qui établira votre connaissance \u2014 ou votre ignorance ! \u2014 de la bibliographie canadienne.Nous donnons ci- dessous une liste d'œuvres avec, sous chaque titre, le nom de trois écrivains.Il s'agit de trouver, en vous aidant de votre seule mémoire, l'auteur de l'œuvre précitée.Vous verrez que ce questionnaire vous mettra maintes fois dans l'embarras.Tous les titres se trouvent dans les catalogues de libraires canadiens : G.Ducharme, Action Canadienne- Française, Granger Frères, Beauchemin, etc.Pour vous faciliter le travail, ajoutons que, des trois auteurs suivant chaque titre, l'un est le véritable.LES MACHABEES DE LA NOUVELLE-FRANCE H.Larue Joseph Marmette abbé C.H.Laverdière SUR LES PAS DE NOS LITTERATEURS Henri d'Arles Albert Pelletier Séraphin Marion - RECITS LAURENTIENS Fr.Marie-Victorin Edouard Montpetit Aubert de Gaspé LAFONTAINE ET SON TEMPS L.O.David A.D.DeCelles Georges Bouchard LES NORTHMANS EN AMERIQUE Eugéne Achard Emile Vaillancourt Ernest Gagnon DE LA SEIGNEURIE DE LAUZON Pierre-Georges Roy 4 Joseph-Edmond Roy Camille Roy DICTIONNAIRE DE LA LANGUE HURONNE Pére Lejeune Fr.Gabriel Théoret Sagard L.P.Turcotte THE PRECURSORS OF JACQUES CARTIER William H.Moore Henry W.Longfellow H.P.Biggar PAR TERRE ET PAR EAU Claude Melançon J.P.Tardivel Faucher de Saint-Maurice LA MOISSON NOUVELLE Jovette Bernier Blanche Lamontagne-Beauregard Louis Dantin 5 LA TRAGEDIE D'UN PEUPLE Fr.Antoine Bernard N.E.Dionne Emile Lauvriére LES FRANCAIS AU CANADA abbé Lionel Groulx Charles de la Ronciére abbé Casgrain ATHLETES CANADIENS-FRANCAIS Plerre-Georges Roy Pamphile Lemay E.Z.Massicotte ANTHOLOGIE DES POETES CANADIENS-FRANÇAIS Olivar Asselin Jules Fournier Louis Dantin LE CANADA D'HIER ET D'AUJOURD'HUI P.Hugolin-Lemay Gustave Lanctot Hubert Larue QUE DEVONS-NOUS A L'ANGLETERRE 7?Gustave Lamothe Henri Bourassa Armand Lavergne MEDAILLES ANCIENNES Alphonse Desilets Robert Choquette Paul Gouin L'AVENIR DU PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS abbé Lionel Groulx Edmond de Nevers Louis Fréchette LE NATURALISTE CANADIEN Pr.Marie-Victorin abbé Provancher E.Z.Massicotte LES POISSONS D'EAU DOUCE DU CANADA Claude Mélançon A.N.Montpetit Michel Bibaud HISTOIRE Pour rendre le jeu plus agréable, réunissez quelques amis et, pendant que l\u2019un d'eux lit à haute voix les titres des œuvres, les autres inscrivent le nom des auteurs.- SEPTEMBRE 1938 Qui donne le plus dans le mariage ?L'homme ou la femme ?| ET-IL question d'amour, de finance, d'attentions mutuelles ou de l'esprit de sacrifice concernant les menus détails ou les plus grandes choses?Il s'agit de tout cela pris en bloc et, dans le mariage, chacun fournit, en ce sens, une contribution personnelle en l'estimant la plus importante des deux.Qui a raison?qui donne le plus de soi-même ?L'homme ou la femme ?En ce qui concerne l'amour, la question est particulièrement délicate et Charles Autrand a écrit de fort jolis vers, quoique désillusionnés, pessimistes même, qui pourraient être dits par bien des hommes et bien des femmes à notre époque qui fait trop souvent maigre place au sentiment.Les voici : Je suis à toi tout seul, et pour toujours je t'aime, Sont des mots que l\u2019on dit mais qu\u2019on ne pense pas, Ils grisent un instant, délicieux appâts, Mais i:s mentent quand même.L\u2019inflexible jamais, le fastueux toujours, L'éphémère \u2018demain, divins mots de Carême.Et vous mentirez bien si vous mentez d'amour : Je suis à toi tout seul et pour toujours je t'aime René Daumière, lui, nous donne une opinion moins désappointante : «Nous n'aimons réellement, » dit-il, « que les êtres différents de ce que nous sommes.Chérir un être pareil à soi est simplement se chérir soi-même comme en un miroir.Or, en amour, ce n'est pas le reflet qui compte, mais l'échange.» Assurément, mais ceci posé en règle générale ne nous dit tout de même pas qui, de l'homme ou de la femme, donne le plus d'amour.La duchesse d'Orléans, qui fut mère du Régent de France était pour le moins positive : « La meileure condition du bonheur conjugal, » écrivit-elle, « c'est que le mari et la femme soient également bêtes.» Laissons de côté ce jugement un peu leste et rangeons- le avec celui de mademoiselle de Sommery qui prétendait que c'est un phénomène de rencontrer une femme faisant, en amour, le bonheur de son mari.La Pompadour était d'avis qu'une femme bien mariée est une esclave sur un trône et c'est sans doute elle qui nous donne une solution \u2014 pas toujours valable \u2014 mais ayant quelque bon sens; elle permet de discuter plus facilement-la question qui nous occupe.L'homme qui vient de se marier place sa femme sur un trône mais il ne tarde guère à monter lui-même sur un autre.Cela pourrait faire une alliance solide et durable, mais trop souvent il en résulte des rivalités.Parfois la guerre.De bonne et même d'excellente foi, l'homme pourra considérer sa femme comme une reine dans le mariage mais il ne prétend pas jouer personnellement le rôle d'un prince consort.Surtout «qu'on sort» à coups de balai.La chose arrive quelquefois mais ceci est en dehors de notre objet.Par le fait même qu'il est chef de famille, l'homme a des responsabilités qui en font un sujet de premier plan; la femme doit donc éviter de méconnaitre ses droits et surtout de froisser son amour-propre.C'est une diplomatie de tous les instants qui, avec beaucoup d'hommes, devient une véritable obsession et parfois presque un supplice; celui de l'esclavage dont parlait la Pompadour.La femme cédera donc en des circonstances toujours Qui donne le plus dans le mariage ?Peut-être faudrait-il demander qui donne le mieux.La femme vraiment aimante donne tout d'elle- même et, pour établir un juste équilibre, l'homme doit alors lui donner en retour toute sa confiance.Le cœur ne se paye qu'avec sa propre monnaie.par Fernand de Verneuil nouvelles; avec art, bien entendu, et sans même que le mari s\u2019en doute, ce qui sera le fin du superfin diplomatique mais ce sera tout de même la suite ininterrompue des renoncements, des petits chagrins et parfois des grandes déceptions.Si la femme est sage, aimante et fine, elle gardera cependant le sourire et, incontestablement alors, c'est elle qui, dans le mariage, donnera beaucoup plus que son conjoint.Il ne faudrait pas se hâter d'en conclure que l'homme fait pour cela figure d'égoïste ou surtout d'indifférent.S'il a le souci de ses responsabilités, il n'a pas besoin d'en exagérer l'importance pour se façonner à une vie nouvelle qui lui réclamera plus d'un petit sacrifice.Sa situation sociale, son entourage et les événements pourront modifier l'ampleur et la nature de ces sacrifices souvent assez pénibles.Si l'homme les accepte purement et simplement, il fait son devoir sans plus.S'il les consent allègrement, avec une inaltérable bonne humeur, il est le digne compagnon d'une femme dévouée car, alors, il donne autant qu'elle dans le mariage.De cette brève et fort incomplète analyse on voit tout de suite qu'il n'est pas (Lire la suite page 61) Erigée en 1688 sur l'emplacement du vieux magasin du Roy, à Québec, l'église prit le nom de Notre-Dame de la Victoire en 1690 et de Notre-Dame des Victoires en.1711.1 JE faisais partie de la docte corporation des guides officiels du vieux Québec, je prendrais avantage des droits et privilèges à moi conférés par ce beau titre pour guider, au gré de ma fantaisie, les rares touristes qu'il me plairait de dintinguer parmi la foule bruyante et distraite des voyageurs qui viennent chaque année visiter l'ancienne « abitation » du Sieur Samuel de Champlain.C'est ainsi, par exemple, qu'un beau matin de juillet, avant que le soleil ne transforme en plomb fondu ses éclatantes réserves d'or liquide, j'aviserais dans le vestibule du Château Frontenac, un monsieur sans âge qui aurait l'air pensif, un peu triste, ainsi que des lunettes à monture d'or.Mon intuition infaillible m\u2019ayant fait deviner en lui un professeur ou-un étudiant, ce qui, en principe, revient au même, je l'aborderais d'autorité en lui disant aimablement : « Venez, monsieur, j'ai quelque chose d'intéressant à vous faire voir.» \u2018 Bien entendu, le voyageur subjugué me suivrait sans hésitation comme sans surprise.Et savez-vous où je l'emmènerais ?Tout simplement visiter la vénérable chapelle de Notre-Dame des Victoires, en Place Royale.Un trajet silencieux de moins de dix minutes, empruntant la Côte de la Montagne, l'escalier Champlain et la rue Sous-le-Fort, nous conduirait devant la grille de fer ouvragé qui donne accès au minuscule parvis du temple historique.Et, à cet instant précis, un dialogue dans le genre de celui qui va suivre s'engagerait, il me semble, entre le visiteur imprévu et son guide inattendu.L'étranger.\u2014 (au moment de franchir la grille) Comme cette petite église est calme et impressionnante, malgré ses dimensions modestes et son aspect un peu.Le guide.\u2014 Un peu sévère et mélancolique, n'hésitez pas à le dire.Mais songez en même temps qu\u2019elle date d'une époque où la religion gardait encore un certain cachet d'austérité par lequel elle s'imposait aux hommes d'autrefois, moins raffinés, sans doute, mais plus sensibles et plus méditatifs que ceux d'aujourd'hui.L'étranger.\u2014 C'est vrai.On n'était pas encore bien loin du temps où la foi transportait les montagnes.Le marbre, l'onyx et l'or sont absents, mais I! règne en cette chapelle une atmosphère de piété Incomparable.Elle contient toutefois des trésors artistiques extrêmement précieux : un Vanico, un Rubens et de très intéressantes sculptures sur bois.Photos J.E.Livernols, ltée., Québec.LA Revue POPULAIRE | Notre-Dame des Victoires Place Royale, a Québec par Aimé Plamondon Le guide.\u2014 Avant d'entrer, lisez, je vous prie, cette plaque sur la façade.L'étranger.\u2014 (lisant) « Cette église, érigée sous le vocable de l'Enfant-Jésus, en 1688, sur l'emplacement du vieux magasin du Roy, prit le nom de Notre-Dame de la Victoire en 1690 et de Notre- Dame des Victoires en 1711.» Le guide.\u2014 Vous avez là, en raccourci, toute l'histoire du sanctuaire qui commémore à la fois la défaite de, l'amiral Phipps, devant Québec, et le désastre de la puissante flotte de l'amiral Walker, sur l'île aux Oeufs.Deux victoires qui contribuèrent à enraciner profondément dans le cœur de nos ancêtres la dévotion à la Vierge triomphante.Maintenant, voyons l'intérieur.L'étranger.\u2014 Tiens, mais l'impression n'est plus la même ! L'autérité du dehors fait maintenant place à une sensation délicieuse de recueillement intime et de paix réconfortante.Le guide.\u2014 Vous avez saisi tout de suite la principale caractéristique de ce modeste temple.L'étranger \u2014 Tout y plaît à l'œil et tout y parle au cœur.Le guide.\u2014 Comme vous avez raison ! L'architecture n'a rien de remarquable.Le marbre, l'onyx et l'or sont absents, mais il règne ici une atmosphère de piété incomparable.Toutefois, je vais vous montrer dans un instant des trésors artistiques qui vont probablement vous surprendre et sûrement vous émerveiller.L'étranger.\u2014 Faites-moi voir cela bien vite.Je suis impatient d'admirer.Le guide.\u2014 Alors, pour commencer, voyez à droite ce grand tableau intitulé : « Jésus rencontre Sainte Véronique».C'est une œuvre de Boyer- mans, un contemporain de Rubens.L'étranger.\u2014 Oh! Oh! Cela commence bien ! Le guide.\u2014 Vous parlez juste, ce n'est que le début.Maintenant, jetez un coup d'œil sur les sculptures de la corniche.L'étranger.\u2014 C'est du joli travail.Le guidé.\u2014 Du travail au couteau, comme les ornements de la frise.Sur les murs, de chaque côté, vous pouvez voir les armes de Cartier, le découvreur; de Champlain, le fondateur; de monseigneur de Laval, le premier évêque de Québec; enfin, du cardinal Taschereau, le premier prince de l'église canadienne.L'étranger.\u2014 Autrement dit, c'est une sorte de synthèse de l'histoire ancienne, moderne et contemporaine du Canada français.Le guide.\u2014 Fort bien observé!.À présent, voici l'autel dédié à Sainte Geneviève, la patronne de Paris.Par un touchant rapprochement, on a voulu honorer cette grande sainte, à qui l'ancienne Lutèce dut un jour son salut, tout à côté de la très puissante libératrice de Québec.L'étranger.\u2014 L'idée est des plus heureuses et ce tableau représentant la sainte est remarquable.Le guide.\u2014 Savez-vous de qui il est ?L'étranger.\u2014 D'un vieux peintre, en tout cas, et qui connaissait joliment son métier.Le guide.\u2014 C'était en effet un assez bon apprenti puisqu'il s'appelait Vanloo.L'étranger.\u2014 Comment | un Vanloo, ici?Vous êtes sûr de cela?Le guide.\u2014 Son authenticité a été officiellement reconnue, il y a près de trente ans, par un expert en ces matières, M.Carter.Mais j'ai encore mieux que cela à offrir à votre admiration.Avancez ici et regardez attentivement cette toile.L'étranger.\u2014 Tiens ! « L'Elévation en Croix ! » Mais ce tableau est prodigieux, extraordinaire ! Voyons ! vous n\u2019allez tout de même pas me dire que j'ai devant moi un original de.(Lire la suite page 60) LILIAN FARMER par REX DESMARCHAIS L'action de cette intéressante nouvelle de Rex Desmarchais, écrivain canadien bien connu, se déroule dans la région de Montréal, en 1838, ou plus fort de la rébellion.Dessin de HECTOR BRAULT ILIAN FARMER entra dans le bureau de son père, le colonel Archibald Farmer.Celui-ci leva les yeux sur sa fille un moment puis les reporta sur une longue liste, posée sur sa table de travail, et qu'il examinait le crayon rouge à la main.« Assieds-toi, là, près de ma table», dit-il.La jeune fille obéit.Le colonel poursuivit l'examen de sa liste.Un profond silence régnait dans la pièce.À la dérobée, sous la broussaille de ses sourcils, Archibald Farmer observait sa fille.Il savait bien que l'inquiétude la torturait, il savait que Lilian avait peur de lui.À bout de nervosité, il espérait qu'elle romprait la première le silence.Alors, il l'écouterait sans souffler mot, il la verrait venir, puis par une série d'insidieuses questions, il la ferait s'embrouiller, la forcerait à l'aveu.Le colonel fut déçu.Lilian se taisait et elle paraissait décidée à se taire toute la nuit si on ne lui adressait pas la parole.\u2014 Th as quelque chose à me demander ?\u2014 Moi, père ?Je crois que c'est vous qui m'avez appelée.Désirez-vous que je vous aide dans votre travail ?\u2014 Non, merci.H la regarda attentivement et il ne put se défendre d'admirer la maîtrise de cette enfant de vingt-deux ans, Qu'elle était belle dans le halo de la lampe ! Les cheveux blonds-châtains avaient des reflets de cuivre; lissés par bandeaux, ils découvraient le front pur, d'une éclatante blancheur.Dans l'ovale délicat, un peu allongé, du visage, aucun trait ne bougeait, pas le plus léger tic révélateur des tourments de l'âme : les ailes du nez légèrement aquilin ne frémissaient pas; au-dessus du menton d'une admirable courbe, les lèvres minces ne se serraient point; les grands yeux bleus étaient à demi-voilés par les paupières et, parfois, à travers la haie d'or des cils, filtrait un rayon d'étoile.Seuls la saillie des pommettes et l'amaigrissement des joues auraient pu révéler dans cette physionomie dominée par une volonté de fer le travail secret de l'inquiétude et de la souffrance.Le père connaissait sa fille.Il ne s'y trompait pas : elle avait hérité de toute la fierté ombrageuse, du fol orgueil des Montgommery.En avait-il assez souffert, lui, Archibald Farmer, durant quinze années de ménage, de la hauteur dédaigneuse, du silence méprisant de sa femme, Julian Montgommery! Depuis dix ans elle était morte et le souvenir des humiliations qu'il avait subies gétait encore sa vie! Et il avait retrouvé le caractère, l'âme de sa femme dans sa fille! Ah! lui, colonel Farmer.ami intime de John Colborne, il n'était pas bâti comme ça! Il aimait la vie, les femmes, le bon whisky, les grosses plaisanteries, les ripailles de mess où l'on chante, où l\u2019on rit sans retenue, où l'on mange et l'on boit sans se contraindre.Certes ! il était officier de Sa Majesté et lorsque le devoir, les circonstances l'exigeaient, il avait de la tenue, il savait garder du décorum ! Comme tous les Anglais, tous plus ou moins puritains, il n\u2019était pas le même homme dans la vie publique et dans la vie privée.En fonction, il ne badinait pas.À ses volumineux favoris grisonnants et à ses épais sourcils, il accrochait un masque d'austérité intégrale.Cet homme devenait une conscience, rien qu'une con- science implacable.Pourtant, à travers le teint brique et violacé du viveur, l'hypocrisie suintait.M.le colonel Archibald Farmer aimait à punir dans les autres sa conduite à lui.\u2014 Viens près de moi, dit-il à sa fille.Lilian se leva, contourna la vaste table, se tint debout, impassible, à deux pas de son père.Il la fixa et, du bout du crayon, lui désigna la liste.\u2014 Il y a vingt-cinq noms sur cette liste.Entre autres, celui-ci : tiens, lis-le.Toute son attention tendue, il l'observait.Elle lut : Olivier Grandbois.Son cœur cessa de battre.elle crut qu'elle allait défaillir.Le coup de poignard avait porté juste à la source de sa vie.Cependant, elle eut le courage de ne pas chanceler, de ne pas crisper les mains.Le colonel comprit qu'il n'aurait pas la petite Montgommery.\u2014 Ecoute, ma petite Lilian, tous les rebelles qui figurent sur cette liste sont condamnés à l'exil aux terres australes.Il dépend de toi de sauver Olivier Grandbois; il dépend aussi de toi de le perdre.Je ls se tinrent debout, elle pressée contre lui.II ne la sentait ni trembler, ni frémir.Une faible lanterne éclairait à peine le pièce où l'Amour attendait de se fixer et de se parfaire dons lo mort.sais que tu l'aimes depuis deux ans.Je t'ai toujours défendu de le voir.Tu l'as vu quand même.Eh! bien, à l'avenir, je ne contrarierai plus ton amour .à une condition, une simple petite condition.Réfléchis, pense bien à ta décision : il y va de ton amour.Tu connais l'association secrète des « Feuilles d'érable », n'est-ce pas ?\u2014 J'ai entendu parler comme tout le monde de cette association mystérieuse.\u2014 Comme tout le monde ! Ne plaisante pas avec moi, je te prie ! Ce sont les membres de cette association maudite qui ont été les agitateurs les plus actifs avant et durant les troubles de Saint-Eustache et de Saint-Benoît.Olivier Grandbois est un des chefs de cette bande.La liste que voici comporte les noms d'un certain nombre de « Feuilles d'éra- bie ».Tu peux me les désigner.Comme prix de ce service je t'accorde la liberté d'Olivier Grandbois et la permission de le recevoir.Liliant gardait le silence.(Lire la suite page 58) ELQUES MUSIC Mlle GERMAINE MALEPART (La Photographie La Rose, Montréal) ÉE à Saint-Vincent-de-Paul, comté de Laval, Mille Germaine Malépart a commencé très tôt ses études musicales avec M.Arthur Letondal et les a poursuivies sous la direction de ce maître jusqu'à la date de son départ pour Paris.Toute jeune encore, elle a été choisie par le Ladies Morning Musical Club pour jouer devant divers Gouverneurs du Canada aux concerts spéciaux donnés en l'honneur de leur arrivée au pays, ainsi qu'à la soirée musicale par laquelle cette association artistique célébra le vingt-cinquième anniversaire de sa fondation.Mille Malépart a été la plus jeune boursière de l'Académie de Musique de Québec pour le Prix d'Europe.À fait un séjour de cinq ans à Paris où elle a été successivement l'élève des pianistes Isidore Philipp et Maurice Amour.À étudié l'harmonie avec M.Robert Broche.À donné plusieurs con- Mme HORTENSE LORD par Thérèse Fournier certs à Paris dont un à la salle Gaveau dont le Courrier Musical de cette ville a parlé en termes fort élogieux.Depuis son retour, elle s'est fait entendre,-à plusieurs reprises, dans des récitals à Montréal: Elle a donné des concerts dans tout le Canada et aussi aux Etats-Unis, notamment à la salle Steinway de New-York.À pris part aux Concerts Symphoniques dès l'année de leur fondation.Les radiophiles ont eu l'avantage d'entendre Mlle Malépart à l'Heure Provinciale et aux concerts trans-canadiens de Radio-Canada.A la mort du pianiste Emiliano Renaud, elle a préparé un programme de préludes de Chopin, irradié par CKAC cn mémoire du musicien disparu.C'est une inter- préte compréhensive et enthousiaste de Schumann, de Chopin et de Debussy.Depuis quelque temps, Mlle Malépart a formé une classe d'élèves à Montréal.Mille Violette de Lisle est Québecquoise.Elle a fait de brillantes études chez les Religieuses du Bon- Pasteur ainsi qu'à l\u2019Université Laval où elle remporta une médaille d'or.Jusqu'à l'âge de douze ans, sa mère fut son professeur de piano.Elle étudia alors le violon sous la direction de M.J.-A.Gilbert et obtint le diplôme supérieur de violon avec grande distinction à l'Académie de Musique de Québec.Elle prenait à la même époque des leçons de théorie et d'harmonie de M.Robert Talbot.Comme on devait s\u2019y attendre ses progrès devinrent plus rapides encore quand elle aborda l'étude du chant, Lauréate de l'Académie de Musique, Mlle de Lisle donna plusieurs récitals avant de partir pour Paris où elle demeura trois ans.Elle prit des leçons de chant de Mme d'Estain- ville-Rousset, de langues avec la Comtesse de Bene- vella, de diction avec Mme Legoff.Mlle de Lisle fait actuellement un troisième séjour en France où elle remporte de brillants succès dont la presse française ne se fait pas faute de nous transmettre les échos, comme le prouvent les deux extraits suivants, choisis parmi beaucoup d'autres.Ajoutons, pour éviter toute confusion, que notre compatriote est connue là-bas sous le nom de Violette Siméoni.Nous lisons à propos d'une représentation du Barbier de Séville au Théâtre de Bayonne : « Mlle Siméoni fut une Rosine de tout premier ordre.Non loin de moi, un amateur éclairé se réjouissait d'entendre enfin une Rosine digne de ce nom et de ce rôle exquis.Il avait bien raison.Il y a de nombreuses années que l'on n'a pas entendu une Rosine aussi complète.La voix est d'un timbre riche.La diction La Revue POPULAIRE IENNES Mile VIOLETTE DE LISLE, de Québec connue à Paris sous le nom de Violette Siméoni.est soignée.Le public manifesta grandement son admiration.Et ce, à tous les instants, à toutes les pages d'une partition qui est aussi brillante qu'elle comporte de difficultés.» Le critique musical d'un journal de Reims n'est pas moins enthousiaste : « Mlle Siméoni, que nous applaudissons pour la première fois, tenait le rôle de Rosine qu'elle imprégnait de toute sa grâce, de tout son charme et dans lequel sa voix limpide, souple, expressive, se jouait des vocalises avec une étonnante virtuosité.» Ajoutons en terminant que cette interprétation du Barbier de Séville était donnée par M.André Baugé et sa troupe.(Lire la suite page 60) * Cf.La Revue Populaire, livraison d'août, où nos amateurs de musique trouveront les biographies de cing autres musiciennes canadiennes-françaises : Mme Annette La Saile-Leduc et MLes fGrrmaine Lebel, Marthe Lapointe, Gilberte Martin et Juliette Drouin.Mile ANNA MALENFANT (Photo Zarov, Montréal) Heya RNANDEL chez lui par Juliette Cabana CORRESPONDANTE DE \"' LA REVUE POPULAIRE ** A PARIS Ww RUDAINE 10-54 ?» \u2014 Trudaine 10-54 ne répond pas, madame.Allons, le sort en est jeté, ce n'est pas encore aujourd'hui que je trouverai Fer- nandel chez lui.Fernandel habite, rue Trudaine, un appartement fort simple.Lorsqu'après de durs débuts le comique connut la grande notoriété, il ne changea absolument rien à son genre de vie.Il conserva le même logement et, ce qui est plus rare, la même femme.C'est donc à Billancourt où Fernandel tourne que j'irai l'interviewer.Un décor de rêve m'accueille.,Le jardin sous la lumière des sunlinghts se nimbe d'une clarté lunaire et les pommiers en fleurs pâlissent sous les rayons.Je trouve Fernandel et le metteur en scène Alexandre Esway qui mettent au point un « plan » subtil du nouveau film Barnabé.Fernandel est vêtu d'un costume rembourré car dans quelques minutes il tournera la scène mi- tragique mi-burlesque, où le fameux comique se voit happé par les mâchoires puissantes du chien- loup Rin-tin-tin.Fernandel que n'effraie pas cette perspective raconte les dernières nouvelles en lisant un journal viennois qui le baptise \u2014 tout simplement \u2014 le « chéri de Paris ».En attendant le fatidique « on tourne » je demande à Fernandel de bien vouloir me raconter ses débuts.\u2014 Mes débuts ?Il y a si longtemps de cela.Et ce n'est quère intéressant.J'ai mangé de la vache enragée plus souvent qu'à mon tour mais n'empêche que c'était le bon temps.Il me regarde et ajoute vivement : \u2014 Surtout n'allez pas me croire.C'est une manie que nous avons de toujours dire que le passé valait mieux que le présent.Des blagues ! Pas un de nous ne voudrait recommencer.Avec le recul nous magnifions nos souvenirs.Certains jours il me semble que jamais je ne fus aussi heureux que lorsque je chantais à « La Fauvette », un petit bastringue du Boulevard Barbés.\u2014 Quels sont vos projets ?\u2014 Lorsque j'aurai terminé ce film, je prends le premier train pour Marseille où je vais retrouver ma femme et mes trois enfants.Car vous savez que j'ai trois enfants, deux filles et un garçon et pas un qui ressemble à son père \u2014 ils sont moins beaux \u2014 si ce n'est pas un malheur, té ?** J'ai trois enfants, * dit Fernandel à notre correspondante, '° deux filles et un garçon et pas un qui ressemble à son père \u2014 ils sont moins beaux que lui.\u2014 Si ce n'est pas un malheur ! \"* \u2014 J'ai entendu dire que vous aviez une bien belle villa à Marseille.\u2014 Elle n'est pas mal.Je l'ai fait construire à mon goût.Certains me traitent d'avare parce que je ne suis pas dépensier.Parbleu, je sais le mal qu'on a à gagner de l'argent.En tout cas je nai pas lésiné pour ma villa.Elle s'appelle « Aux mille roses ».Elle est construite sur le bord de la mer et j'adore y vivre.\u2014 Je parie que vous passez vos journées à la pêche ?\u2014 Pas tout à fait.Mais j'y vais tous les jours.Pour la bouillabaisse, vous comprenez.Le reste du temps je me promène sur la Cannebière et je joue aux boules.Le jeu de boules, c'est très intéressant car ça donne des idées \u2014 pas à moi, par exemple.Un jour nous faisons une partie de boules, Manse, Dumas et moi quand Manse me dit: «Jai une idée d'opérette pour toi.» \u2014 « Raconte ».Et voila mon beau-frère (Vous ne savez peut-être pas que Jean Manse est mon beau-frère ?) qui nous dit le sujet de son opérette.Roger Dumas s'écrie : « Je me charge de la musique ! » Et le quatrième partenaire d'ajouter : « Je l'éditerai ! » Que vouliez-vous que je fisse?Je m'exécutai et déclarai: «Je la jouerai! » Et voila comment naquit Ignace.\u2014 C'est vraiment un jeu inspirateur ! \u2014 Plus que vous le pensez car c'est aussi à une partie de boules que Pagnol réalisa le scénario de Irénée alias le Schpountz et que je décidai d'interpréter ce rôle.\u2014 Les boules sont-elles aussi responsables de Barnabé ?\u2014 Vous vous moquez de moi, ce n'est pas gentil.\u2014 Quel sera votre prochain film ?| \u2014 Après avoir passé quelques jours à Marseille pour me reposer, je partirai pour Rome interpréter Ernest le Rebelle avec Christian Jaque.Les extérieurs sont tournés en Sicile, le seul endroit en Europe pouvant rappeler les paysages de la Havane où l'action est censée se dérouler.\u2014 Quel personnage incarnez-vous dans ce film ?\u2014 J'incarne un petit musicien ambulant ballotté par les hasards de l'existence.Plus tard il devient chef des rebelles.J'ai un faible pour ce genre de situation.Mais je suis très ému par ce départ en Italie, mon second voyage à l'étranger, le premier étant un séjour à Berlin pendant une épidémie de dythtérie .\u2014 Craignez-vous une autre épidémie ?\u2014 Non.Mais c\u2019est la langue qui me gêne.Evi- demment je « potasse » chaque- jour le « manuel du parfait italien ».Aussi suis-je capable de réclamer sans hésitation de l'essence ou un gîte.La route de Marseille à Rome étant toute droite, \u2018je n'ai pas peur de m'égarer.\u2014 Donc rien à craindre \u2026.\u2014 Mes craintes viennent de ce qu'en Îtalie le code automobile oblige à tenir sa gauche.J'ai peur de ne pas m'y habituer.Et je n'ai pas osé demander au Duce de faire exception en ma faveur | À quoi sert la popularité ? 10 e Canada te à Glasgow par François Laroche N A DIT trop de mal et pas assez de bien du pavillon canadien érigé à Glasgow par le gouvernement fédéral.Les plus sévères à son endroit furent les journaux et magazines de l'Ontario.Autant la presse canadienne se montra tendre pour le pavillon canadien de l'Exposition Internationale de Paris (1937), autant elle fut injuste pour celui de Glasgow.(Exposition de l'Empire, mai-octobre 1938).Ayant vu les deux (car j'ai l'innocente et coûteuse manie des expositions), mon opinion sur ce sujet est tout autre.Au pavillon de Paris je préfère franchement celui de Glasgow.La raison en est simple.Destiné à une exposition d'arts et métiers modernes, notre pavillon de Paris eût pu aussi bien rire Bl, convenir à l'Exposition de Toronto, si mesquine y était la place réservée à nos arts et métiers modernes.De plus, l'exécution du programme d'architecture n'y fut pas des plus heureuses.Construit sur le modèle d'un silo à grains, \u2014 mais à une échelle trop réduite, \u2014 ce pavillon avait l'air d'une grosse bobine.Des bas-reliefs avaient été déposés à ses pieds, un peu à la diable, comme on range d'encombrants portraits de famille dans un débarras.L'Exposition de Glasgow est ce qu'on appelle une foire industrielle et commerciale.Pas autre chose.Pour une exposition de ce genre, on a construit un très beau pavillon du meilleur style d'au- jourd'hui, sobre, élégant aussi, et remplissant parfaitement son but.À l'intérieur, nos produits *.Wig be 3 é ¥ La Revue POPULARE (agricoles, industriels, miniers, etc.), en un mot tout ce que notre pays offre en vente au Commonwealth britannique.Toutefois, les deux statues dorées (œuvre de Frank Dobson) qui flanquent l'entrée du pavillon nous ont vaguement inquiété.Symbole de la « vigoureuse » jeunesse canadienne (en proie aux: affres du chômage et de la crise), elles rappellent a la fois Maillol, dans ce qu'il a de moins intéressant, et les prouesses tapageuses des sculpteurs soviétiques.La sculpture canadienne, comme nous la connaissons, celle de l'Ouest, de l'Ontario et du Québec, n'en est pas encore là ! L'affluence à notre pavillon, gardé par des gendarmes de la police montée en tunique rouge qui font l'admiration des petits Ecossais \u2018en kilts et des petites filles aux blonds cheveux nattés, est considérable.On y vend chaque jour au public plus de deux mille échantillons de nos produits\u2019: fromage, pommes, conserves de fruits, légumes et potages, bacon, miel, sirop, sucre et beurre d'érable, sauce aux tomates, marinades, saumon et homard.Grâce à cette exposition encore, on a aussi vendu à divers pays du Commonwealth (Angleterre, Ecosse, Indes, Afrique du Sud), par l'intermédiaire de notre ministère du commerce et de notre agent commercial à Glasgow, une énorme quantité de bois canadiens.Le pavillon due Canada à l'Exposition de Glasgow (mai-fin octobre 1938).Flanqué de deux statues dorées du sculpteur Frank Dobson, symboles de la jeunesse canadienne, notre pavillon est un des plus intéressants de l'Exposition qui en compte soixante-dix.Le mur de fond du pavillon canadien est revête d'une carte en cuivre du Canada, de mille pleds carrés.En pressant les divers boutons d'un tableau de distribution, les visiteurs éclairent de petites ampoules rouges qui leur indiquent l'emplacement des villes.universités.régions minières, aérodre- mes, ports importants, hydro-électriques.etc., du Canada.Photos du Ministère du Commerce, Ottawa. OURNAUX et revues, tant européens qu'américains et canadiens, parlent beaucoup de la Tchécoslovaquie.Cela, depuis quelque temps déjà, surtout depuis la réalisation de l'Anschluss.Qu'est-ce que la Tchécoslovaquie ?C'est, d'après l'hebdomadaire Gringoire, « un Etat créé de toutes pièces par le traité de Versailles.Long - de 558 milles, il est large de 60 à 150.Ses frontières s'étendent sur 1800 milles.» La Tchécoslovaquie est bordée au nord et à l'ouest par l'Allemagne et la Pologne, au sud par l'ancienne Autriche, et par la Hongrie, à l'est par la Roumanie.Ethniquement, ce pays constitue un véritable musée de races où ne figurent pas moins de six nationalités différentes : 6 millions L4 de Tchèques, 3 millions 14 d'Allemands, 2 millions de Slovaques, 1 million de Hongrois, 500,000 Ruthènes, 250,000 Polonais et une nombreuse population juive éparse sur tout le territoire.Hs ne s'agit pas ici d'étudier la question sudète, ni de se demander si la France se \\ porterait ou non, en cas de guerre, au secours de la Tchécoslovaquie.Qu'il nous suffise de jeter quelques regards sur la Tchécoslovaquie, appelée le Parc de l'Europe, et pays particulièrement agréable et où la vie culturelle est aussi riche que pittoresque.Ce dernier aspect surtout vous intéressera.On trouve, en \u2018Tchécoslovaquie, une quantité de monuments marquants d'architecture : depuis les temps préhistoriques une vie culturelle ardente régna sur le territoire de la République tchécoslovaque actuelle, d'innombrables monuments ar- rhéologiques et historiques en sont le témoignage, particulièrement les bâtiments.En tête dans ce domaine figure Prague, la capitale et le cœur de l'Etat, qui provoque une profonde admiration; on dit avec Ci-haut \u2014 L'image la plus connue de Prague, capitale de la Tchécoslovaquie.Le pont Charles IV, sur la Moldau et, à l'arrière- plan, le palais du gouvernement et la cathé- drole de Saint-Vit.Une vue de la Mails Strana, le vieux quartier de Prague riche en églises et palais.La population de la ville, l'une des plus belles du monde, est d'environ 800,000.habitants.UN PAYS DONT ON PARLE La Tchécoslovaquie par Marcel Daniel quelque raison que Prague est un conte en pierre \u2014 Prague aux cent tours et selon Humboldt la quatrième ville du monde en ce qui concerne la beauté.En dehors du vieux château royal, il y a surtout les palais de la noblesse de Bohème, le pont Charles et une quantité d'églises majestueuses \u2014 (dans l'une d'elles on conserve la célèbre statuette du « Petit Jésus de Prague ») \u2014 D'autres villes de la République peuvent s'enorgueillir également de monuments importants et historiques.La vieille noblesse de Bohême construisit dans des endroits importants, dans des vallées et sur des hauts rochers des châ- teaux-forts et manoirs, dont les restes émerveillent encore aujourd'hui les visiteurs.Les temps modernes ont apporté un nouvel élan à l'architecture, qui a produit dans la République tchécoslovaque, spécialement, des bâtiments caractéristiques de l'art de la construction moderne : on trouve à Prague et aussi en province de nombreuses constructions publique et privées.On a fait des découvertes très intéressantes au point de vue de la culture préhistorique.Le peuple tchécoslovaque a créé, malgré sa dépendance politique, et ne comptant que sur lui-même, plusieurs produits remarquables de l'art populaire.Des chanteurs et poètes populaires ont surgi et composèrent des chansons et mélodies émouvantes, le peuple créa des costumes nationaux artistiques, riches en couleur, des fêtes et des jeux populaires dignes d'admiration, marqua de son empreinte des broderies, des produits de terre cuite richement parés, des constructions, des sculptures de bois etc.Le peuple tchécoslovaque est de ceux qui ont conservé leurs costumes, nationaux, constructions nationales et coutumes les plus anciens.Le peuple tchécoslovaque, droit, simple, sincère et accueillant, aime les hôtes, gardant le souvenir du proverbe des vieux Slaves : « Hôte à la maison, Dieu à la maison ».\u2018 On trouverait difficilement un autre\u2019 peuple aussi profondément épris de culture physique que les Tchécoslovaques, et cet amour constitue déjà selon le père tchécoslovaque de la culture physique, Tyrs, une obligation fondamentale du citoyen.Les fêtes tchécoslovaques des Sokols, avec des dizaines des milliers de participants et des centaines de milliers de spectateurs, sont organisées à la manière des Olympiades des vieux Grecs tous les six ans. 12 NOTRE ROMAN COMPLET AR un pluvieuse après-midi de novembre, trois jeunes filles s'entretiennent nerveusement dans le grand salon de l'hôtel Hérard dont les fenêtres donnent sur le boulevard Mac-Mahon à Autun.Grande, forte, la chair rebondissante dans un fourreau de satin vert, Gilberte, âgée de vingt-six ans, essaie un pas de fox-trott sur le parquet minutieusement ciré et débarrassé de ses tapis.Avec des rares cheveux plaqués autour d'un visage épais au teint brouillé, des yeux bruns petits et ronds, au regard revêche, non seulement Mlle Labassette n'a men de séduisant, mais elle offre plutôt un ensemble antipathique.Sa sœur, de deux ans plus jeune, possède un corps de Diane chasseresse.De grandeur moyenne, élancée et souple, Simone, par une savante étude des gestes, trouve le moyen d'être gracieuse en tout.Vêtue d'une robe de crêpe roupe, sans manches et exagérément courte, la jeune fille, à demi étendue sur un vaste coussin, semble réfléchir devant des corbeilles de fleurs apportées en prévision d'un bal organisé pour le soir même.Cette pose nonchalante met en valeur sa taille svelte et le délicat modelé de sa tête fine aux cheveux châtains artistement ondulés.Ses yeux de couleur noisette, largement fendus, au regard à la fois provocant et langoureux, rayonnent dans un visage au teint mat et ses lèvres légèrement méprisantes ébauchent un sourire capiteux qui ne manque point de charme.La plus jeune et la plus petite des trois n'offre rien de commun avec ses deux compagnes et c'est, au demeurant, fort naturel, puisque née d'un premier mariage de M.Hérard, elle n'est même pas leur demi-sœur.Jeannine possède un corps menu aux lignes harmonieuses et souples, de beaux cheveux blonds qui frisottent autour d'un visage délicat à l\u2019ovale grassouillet et de grands yeux gris intelligents dont l'éclat humide reflète l'expression d'une nature ardente et sensible.Le nez droit aux ailes mobiles, la bouche mignonnement modelée, rouge et fraîche comme une fleur, le teint clair et la peau fine achèvent de former un ensemble infiniment séduisant.Debout devant une fenêtre, elle semble porter toute son attention aux coups de vent qui secouent les branches des arbres et dispersent dans l'avenue les dernières feuilles de l'automne.Son regard mélancolique monte des flaques d'eau de la chaussée au ciel uniformément gris qui semble emmurer toute imagination.Une voix aigre qui l'interpelle depuis un instant, l'oblige à quitter sa rêverie.\u2014 Ma chère, je te saurais gré de ne pas être coquette avec M.de Chazeuil, ce soir, et de ne point l'accaparer comme tu l'as fait à la dernière réception de maman.\u2014 Qu'est-ce qui te prend.Gilberte ! Crois-tu donc qu'il m'intéresse ton M.de Chazeuil ! : \u2014 Alors, s'il ne t'intéresse pas, pourquoi le re- tiens-tu près de toi ?Tu n'es pas sans ignorer qu'il m'a suffisamment fait la cour cet été, pour se promener l'hiver prochain.Si tu crois que les maris abondent |.En tout cas, moi, je ne tiens nullement à lâcher celui-ci et si tu continues avec lui tes mines coquettes, eh bien ! tu auras affaire à moi ! \u2014 Tu m'ennuies à la fin avec tes prétendants, s'écrie Jeannine son tour.M.de Chazeuil est bien libre d'agir sa guise, je suppose ! Mais rassure-toi, je ne te le prendrai pas, il est bien trop laid.\u2014 Dites donc, lance Simone d'une voix autoritaire, au lieu de vous disputer, vous deux, vous feriez mieux de m'aider à disposer toutes ces fleurs dans les angles du salon.\u2014 En voilà une idée ! n'est-ce point l'affaire des domestiques, cette besogne ! réplique Gilberte de cette voix hargneuse qu'elle prenait toujours en fa- e.\u2014 Les pauvres diables! dit Jeannine compatissante, ils ont pourtant assez de travail avec l'organisation du buffet et l'ornementation du jardin d\u2019hiver ! \u2014 Toi.personne ne demande ton avis, reprend sèchement Gilberte, alors que Simone riposte d'un ton posé : \u2014 Oh! moi, je ne fais pas I'hypocrite, ce n'est point par bonté d'âme que je distribue ces fleurs, mais par goût et surtout avec l'idée d'orner artistement notre salle de danse, car je sais que cet LERMITE DE par LOUIS ROCHEMAURE DERTHAL 13 Dessin de F.L.NICOLET arrangement ne passera pas inaperçu aux yeux de certains invités .Et comme je ne me pique point de modestie, je serai fort aise des félicitations qu'on ne manquera pas de me décerner.\u2014 Par exemple, ton admirateur, M.Lucien Che- vannes, reprend la voix aigre de Gilberte, qui glisse en même temps un mauvais sourire dans la direction de Jeannine.\u2014 Mon Dieu, oui, mon admirateur, réplique la Jeune Diane avec ostentation, et ma foi, j'avoue que cela n'est point pour me déplaire.M.Chevan- nes ne saurait être confondu avec aucun autre; c\u2019est un personnage marquant à Autun : jeune, riche, avocat d'avenir, que puis-je rêver de mieux ?\u2014 Prends garde, murmure Gilberte à l'oreille de sa sœur, tu possèdes une rivale en Jeannine.Simone esquisse un mouvement d'épaules plein de mépris, et, d'une voix moqueuse : \u2014 Cette gamine, ce petite bout de femme.allons donc ! \u2014 C'est son amie d'enfance, ma chère, reprend Gilberte agacée par l'attitude prétentieuse de sa sœur.On chuchote même ajouta-t-elle, qu'une tendre idylle s'est ébauchée entre eux.\u2014 Promesses de gamines!.Cela ne compte pas dans la vie, riposte Simone avec toute son arrogance de jolie femme.\u2014 Peut-être, mais Mme Chevannes, la tante de Lucien et la cousine de Jeannine, désire ce mariage; enfin, la fille de notre beau-père possède une dot fort convenable et ce n'est point notre cas, hélas ! \u2014 Ma chère, j'en sais plus long que toi sur ce sujet.M.Hérard qui nourrit à vrai dire des ambitions pour la petite Jeannine, ne s'est livré jusqu'à présent qu'à des spéculations malheureuses et, ma foi, la dot de sa fille s'en trouve plutôt mal.\u2014 De qui tiens-tu cela ?chuchote Gilberte, franchement intéressée.\u2014 Du fondé de pouvoir de M.Hérard.\u2014 Je l'oubliais, en effet, tu as été au mieux avec lui, parait-il.\u2014 Oh! un flirt sans importance, corrige Simone avec dédain.Pendant cette conversation à voix basse et qu\u2019elle devine peu charitable, Jeannine a disparu pour aller se réfugier dans le petit salon réservé aux bridgeurs.Quatre tables y sont déjà installées avec leurs jeux de cartes, des cigares et des cendriers de grès flammé.La jeune fille jette un coup d'œil distrait sur ces préparatifs, puis, debout devant la fenêtre, elle pose un front soucieux sur la vitre ruisselante de pluie et se prend à songer; mais à peine est-elle installée que sa belle-mère pénètre à son tour dans la pièce.Mme Hérard est une belle et grande personne a l'œil d\u2019un bleu métallique et dont le regard perçant vous donne comme un choc : Est ego quae divum incedo regina! \u2014 «C'est moi la reine des dieux qui m'avance.» (Virgile).\u2014 Quelques années plus tôt, sa beauté était fort admirée.Maintenant, un teint encore très blanc, une gorge ferme, une bouche petite restée jeune et une abondante chevelure, mais d'un blond oxygéné, rivalisent de zèle pour entretenir cette réputation de beauté déclinante.Aussi, les jolis cheveux de Jeannine, de ce blond de miel si rare qui, à lui seul, est une parure, ont-ils le don d'irriter l'ancienne Mme Labassette et de lui faire prendre en grippe la fille de son mari.\u2014 Allons ! lance Mme Mérard sur un ton ironique, voilà Mademoiselle de nouveau plongée dans sec rêveries.dans ses bouderies plutôt.Il me semble que pour une fois mieux vaudrait te rendre utile.\u2014 Et c'est bien, Madame, mon plus ardent désir, mais je m'aperçois que tout est déjà prêt pour votre soirée.Jeannine n'avait jamais pu s'habituer à appeler « maman » cette belle-mère pour laquelle elle ne ressentait qu'une vive et profonde antipathie.\u2014 Tout est prêt, c'est un peu s'avancer, jette Mme Hérard d'une voix agressive; si par exemple tu -passais au fumoir, tu pourrais constater que journaux et revues y brillent par leur absence.\u2014 Et quoi d'étonnant, petite mère, s'écrie Simone moqueuse; ignores-tu que Jeannine collectionne toutes les brochures où se trouve seulement inserit le nom de Norbert Destrée. 14 \u2014 Il n'y a vraiment pas de quoi, riposte d'un ton sarcastique Gilberte qui ne peut pardonner au jeune homme en question d'avoir dédaigné ses avances.\u2014 Tu as reçu des nouvelles de ton parrain ces jours-ci?demande Mme Hérard à sa belle-fille.Jeannine éprouve un moment d'hésitation; ses fins sourcils se rapprochent dans une attitude rebelle, mais bientôt elle se décide à répondre très brièvement.\u2014 Oui, hier.\u2014 11 ne te parle pas de son retour ?\u2014 Non.\u2014 C'est dommage, répond Mme Hérard pensive, sa présence à notre soirée eût été on ne peut plus flatteuse pour nous.On parle beaucoup de lui en ce moment; sans conteste, Destrée est un artiste consommé et un très grand peintre.\u2014 Ma pauvre maman, réplique Simone comiquement apitoyée, tu en nourris des illusions ! Si tu crois que Destrée va venir se poser chez nous en vedette ! \u2014 Et pourquoi non?Après tout, que fait-il donc à Paris ?\u2014 Oh! ceci ne prouve pas qu'il soit mondain.Tu sais bien, maman, que cet homme est un ours, jette aigrement Gilberte.\u2014 Ma foi, j'avoue que le chroniqueur de la Revue des Arts l'a bien surnommé en l'appelant «l'Ermite de Rochemaure», ajoute Simone railleuse.\u2014 Ce nom est encore un euphémisme, déclare_méchamment Gilberte : « Ours de Rochemaure » lui conviendrait mieux.Dernièrement, les Maucroix de la rue des Bancs sont passés chez lui.Eh bien! il n'a méme pas daigné les recevoir, ne fat- ce qu'un instant.C'est aimable, n\u2019est- ce pas ?\u2014 Dame ! mon parrain n'est pas un hypocrite, lui! lance Jeannine avec énergie.\u2014 Ah! c'est un beau sauvage, ton patrain ! s\u2019écrie violemment ber- te, que cette réponse vient d'exaspérer.\u2018 \u2014 Allons, Jeannine, en voilà assez, dit à son tour Mme Hérard d'un ton sec.Va me chercher les revues et ne réplique pas.A-t-on jamais vu une jeune fille aussi mal élevée! Chapitre II Trois heures du soir en novembre, au Chatelet, en Morvan.Un vent glacé achève d'effeuiller les frondaisons dorées des collines.Il bruine, le ciel est bas et, sous son aspect couvert et morne, l'étang prend des teintes grises.L'Yonne et le ruisseau de Préperny grondent plus fort et bondissent avec fracas sur les roches brunes de leur lit tourmenté.Ces premières tempêtes hivernales n'effrayent ourtant pas l'humeur vagabonde de orbert Destrée, qui éprouve même une âpre satisfaction à errer sous la caresse du vent.C'est que, depuis son dernier séjour à Paris, le peintre ne décolère pas.Il en veut à toute la société du mauvais goût de notre époque, de la décadence des esprits et du mercantilisme qui se faufile jusque dans les arts.Aussi trouve-til la continuelle agitation des branches battues par la rafale et la grande clameur de la forêt déchainée en pleine harmonie avec l'état de son âme.Le soir tombe; derrière le rideau de bruine, le paysage s'est brusquement évanoui.D'un pas lent et mesuré, Norbert monte la route des joies pour atteindre Rochemaure.Il est là, sur la droite, son manoir Louis XIII, à mi-côté d'une colline couronnée par la forêt de Devilly.Un taillis de chêne et de châtaigniers précède le mur bas et roulant des jardins de Rochemaure; puis c'est un imposant massif de vieux hêtres, hauts et touffus, qui s'entr'ouvre sur la demeure grise et trapue dont la haute toiture d'ardoises mauves s'agrémente d'une galerie à balustres de pierre.Cette vue, chère à Destrée, remet soudain en la mémoire de l'artiste la jolie romance de Fidelio et lorsqu'il pousse la grille de fer pour pénétrer dans une allée bordée de houx, de mahonias et de fougères, Norbert se surprend à fredonner : j'aimais la vieille maison grise Où j'ai grandi près du foyer.Les jours y coulaient sans surprise, Sous les branches du vieux noyer : Les choses m'accueillent doucement Et dans leurs réseaux, les lierres Enlaçaient mon âme d'enfant.Hélas ! mon âme s'est reprise, D'autres pensers m'ont envahi! Déjà s'efface dans l'oubli Ma pauvre vieille maison grise ! Eh bien ! non, il ne l'a jamais oubliée, lui, sa petite maison grise, âme de son terroir qui l'a suivi partout pour le protéger et le consoler.Que de fois, au début de sa carrière artistique, le souvenir de son antique demeure l'a gardé de s'enorgueillir au chant des hosannas qui ont accompagné sa glorieuse ascension! Et n'est-ce pas cette même vision qui l\u2019a soutenu pendant la guerre, aux jours sombres de découragement ?Ce fut encore cette douce image qui, détournant son esprit des vaines adulations du monde, finit par lui dicter cette vie toute de recueillement et de solitude, seule condition, chez un homme de talent, pour créer des œu- vres fortes, réfléchies et sincères.Depuis longtemps orphelin et libre de sa destinée, Norbert aurait pu se griser de ses succès et se lancer dans cette vie parisienne plus ou moins frelatée.Artiste incomparable, jeune, beau, distingué, il vit toutes les portes s'ouvrir devant lui et, faut-il l'avouer, pendant un certain temps, comme beaucoup d'autres, il se laissa emporter par le courant des flatteries mondaines.Mais une première déception sentimentale suivie de quatre années de guerre changea complètement sa manière de voir.D'un esprit contemplatif et original, Destrée comprit très vite qu'il devait fuir l'esclavage des salons et la jalousie des clans, s'il voulait sauvegarder sa personnalité et défendre sa liberté menacée.Même au moral, le peintre entendait conserver son indépendance, rester maître de ses facultés et ne subir aucune mfluence étrangère.C'est alors qu'il délaissa le portrait pour le paysage et vint s'isoler à Rochemaure.Dans cette retraite où il se complaisait, les incidents de la vie mondaine n'eurent pour lui que de lointains échos.Chaque automne il se rendait à Paris pour y exposer ses peintures, une fois de retour en son Morvan, redevenu le spectateur fidèle de beautés sans cesse renaissantes, il prêtait une oreille attentive aux moindres frémissements de la Nature et peu à peu ce fut le divin Architecte qu'il aperçut, et qu'il comprit jusque dans ses plus humbles manifestations.Au seuil du vestibule, Norbert secoua ses pieds pour en détacher la terre des chemins, et Fanchette, la vieille domestique qui l'avait vu tout enfant, accourut de sa cuisine.Mince, alerte et proprette, Fanchette, ou plus familièrement Fanchon, conservait malgré ses soixante ans une physionomie jeune et éveillée.Ses pe- tillantes prunelles brunes possédaient la vivacité des yeux d'écureuil, son nez se retroussait d'un air provocant et, au reste, tout son visage effilé, sous sa coiffe de dentelle noire, présentait une expression franche et toujours prête à la riposte.\u2014 Hé ! Monsieur Norbert, s'écria- t-elle sur un ton d'affectueuse bonhomie, vous voilà trempé comme une soupe et heureux comme un roi! Drôle de goût tout de même de sortir toute une soirée par un temps pareil.Destrée souriait et ce sourire qui découvrait une double rangée de petites dents de loup très blanches, transformait soudain le visage plutôt sévère du jeune homme; alors ses yeux couleur café s'adoucissaient à l'infini et devenaient même ensorcelants.La nature, d'ailleurs, l'avait visiblement gâté : de taille moyenne, à la fois mince, robuste et nerveux, avec son teint basané, son nez droit, ses lèvres fines et spirituelles surmontées d'une moustache brune coupée très court, ses cheveux noirs tassés négligemment autour du front haut, le peintre offrait un type original et charmant qu'il n'était pas facile d'oublier.Après avoir enlevé ses bottes et accroché un manteau de pluie dans le vestibule où ronflait un poêle à bois, l'artiste pénétra dans une vaste pièce qui lui servait à la fois d'atelier, de bureau, voire même de salle à manger.Les sièges en étaient de chêne sculpté, recouvert de coussins en velours bleu de Prusse fileté d'or.Sur une longue table massive s'étalaient les objets les plus hétéroclites : de gros volumes aux reliures anciennes, des crayons de couleur, des croquis, des projets, des dessins assemblés pêle-mêle, un cendrier en porcelaine japonaise, un grand plat persan minutieusement ciselé, le tout rehaussé d'un énorme vase égyptien trapu et bleuâtre où s'alanguissaient de jaunes chrysanthèmes.Au-dessus d\u2019une basse mais longue bibliothèque de chêne trônait un grand christ en argent ciselé, d'un très beau travail italien et dans un angle de la pièce un chevalet supportait une peinture inachevée.Un feu de bouleau flambait joyeusement dans une large cheminée écussonnée et ornée de deux grands vases rouges en porcelaine de Chine; la clarté de l'âtre luttait avec celle du jour tombant qui pénétrait encore par les grandes baies vitrées de pettis carreaux.Un instant, Destrée regarda le ciel qui se glaçait de gris, puis, ayant tiré de sa poche une courte pipe en racine de bruyère, l'artiste la bourra consciencieusement, et finit par l'allumer avec une lenteur tout épicurienne.Alors, en chevauchant sur une chaise, il s'installa béatement devant la cheminée, et d'un œil rêveur il se mit à contempler pour la millième fois cette grande salle dont les murs disparaissaient presque entièrement sous ia multitude des tableaux les plus divers que sa fantaisie y avait accumulés, Le peintre n'avait que trente-cinq ans, mais déjà il prétendait avoir acquis cette certitude que dans la vie tout est vanité, excepté cependant les satisfactions esthétiques.Là, dans le calme profond de sa vieille maison grise alors que le vent mugissait au dehors et que la pluie continuait à tomber, Norbert éprouvait un bien-être inexprimable.Cette complète solitude apaisait presque toujours ses valléités de révolte contre la société, et les longues soirées au coin du feu, en compagnie de sa LA Revue POPULAIRE pipe et de son chien, contribuaient toujours à exalter sa pensée et à développer son dilettantisme invétéré.L'arrivée de Fanchette, une grosse lampe à la main, suspendit un instant sa réverie.Tout en tirant les rideaux avec précaution : \u2014 Avez-vous seulement remarqué votre courrier sur la table, Monsieur Norbert ?interrogea la brave femme d'une voix chantante.Parmi toutes les paperasses que m'a remis le facteur, vous trouverez une lettre qui doit être de la petite Jeannine; ça m'a l'air du moins de son écriture.Destrée tendit la main pour se saisir de la lettre, mais au même instant son chien, un vulgaire berger au long poil noir frisé, poussa la porte restée entr'ouverte et bondit vers son maître.Sans se soucier que ses grosses pattes étaient pleines de boue, l'animal avait sauté sur le divan et s\u2018y était installé impudent et tranquille.Au cris d'orfraie jetés par Fran- chette, Norbert insouciant se mit à rire.Mais le berger, qui se sentait soutenu par son maître, répondit par un jappement moqueur, et tandis qu'il se couchait en rond, affirmant ainsi sa résolution de dormir sur ce siège moelleux, il tourna vers la gouvernante en furie des yeux brillants et narquois.\u2014 Sale bête ! tu vas me faire un joli divan, ne put s'empêcher de crier Fanchette.Tout de même, Monsieur Norbert, vous n'êtes point raisonnable avec votre chien; ce n'est pourtant pas les qualités qui l'étouffent : il est voleur comme une pie, paresseux comme un loir, gourmand comme une chatte et avec cela d'une insolence et d'un hypocrisie sans pareilles.\u2014 Assez, assez, Fanchon ! objecta vivement Norbert amusé.C'est entendu, nous savons que Black possède tous les défauts d'un homme, mais qu'il présente également toutes les qualités d'un chien.Il est fidèle et reconnaissant et, ma foi, c'est tout ce que je lui demande.\u2014 Oh! reconnaissant.riposta Fanchette avec une grimace comique.\u2014 Oui, 'ma bonne, ne t'en déplaise! Il m'a toujours su un gré infini de l'avoir tiré de misère, alors que tout jeunet, des gosses de la Promenade des Marbres s'évertuaient a vouloir le lapider.Fais simplement mine de m'attaquer, tu verras un peu ses crocs.Lorsqu'il m'accompagne en mes randonnées, il ne faut même pas qu\u2019un quidam me regarde de travers.\u2014 Est-ce vrai cela, mon vieux Black ?termina le peintre; et ce disant, il tirait amicalement les oreilles du berger qui, frétillant de la queue, poussait de petits glapissements de bien-être._ Alors, avec un haussement d'épaules irrévérencieux, Fanchette s'esquiva sans hâte pendant que Norbert ouvrait la lettre de sa filleule.Mais, avant de commencer sa lecture, le peintre secoua sa pipe sur les chenêts pour en faire tomber la cendre, puis l'ayant bourrée de nouveau, il la ralluma et se mit à la fumer lentement à petits coups, les yeux mi-clos, goûtant alors béatement le silence de sa maison, conscient du bonheur agreste et tranquille de sa vie de célibataire.« Cher parrain, mon seul grand ami.« Depuis quelques jours, j'essaie de vous imaginer dans votre retraite de Rochemaure et, ma foi, je n'y parviens guère; il ne me reste en effet (Lire la suite page 16) \u201c2 \u2018AVEZ-VOUS APPRIS:LA NOUVELLE: LE NOUVEAU PALMOLIVE AMÉLIORÉ EsT PLUS DOUX POUR MA PEAU! ET PUIS LE NOUVEAU PALMOLIVE EST PLUS DUR.IL EST PLUS DURABLE J'AIME LE NOUVEAU PARFUM DU PALMOLIVE! ® Dans tout le Canada, les femmes sont enchantées du nouveau Palmolive amélioré.L'avez-vous essayé ?Sinon, procurez-vous-en 3 morceaux aujour- d'hui.Vous trouverez son nouveau parfum exquis et rafraîchissant.Vous aimerez sa nouvelle dureté, car c'est cela qui rend le nouveau Palmolive amélioré plus durable, plus économique.Mais c'est surtout sa nouvelle douceur soulageante que vous aimerez.Un léger changement dans le mélange des fameuses huiles de palme et d'olive rend la mousse du Palmolive plus efficace que jamais.garde la peau la plus sensible douce, souple et belle.sans la moindre irritation.Votre peau a besoin du nouveau soin de beauté plus doux du Palmolive.Commencez dès demain à conserver votre teint de jeunesse.Il y a un charme durable dans ce simple traitement de beauté Palmolive YVONNE Pour le visage, le cou et les épaules, et EMILIE , \u201c PALMOLIVE EST LE SEUL SA coment avec une mousse chaude et abon.VON EMPLOYE DANS LE BAIN QUOTIDIEN DES dante de Palmolive.Nettoyez les pores JUMELLES DIONNE.LEUR PEAU EST CLAIRE à fond.Rincez à l\u2019eau, chaude puis froi- | de.Ce traitement de beauté n\u2019est pas À mr NORMALE ET plus compliqué que cela.Et cependant, \u2018 + SAINE \u201c.Mas il n\u2019y a pas de plus sûr moyen d'assurer \u201c1 py fe la réelle beauté de toute la peau.Etsayez le LE NOUVEAU PALMOLIVE AMÉLIORÉ NOUVEAU AMÉLIORÉ 16 (Suite de la page 14) qu'un très vague souvenir de votre castel morvandeau.C\u2019est à peine si, fermant les yeux, je retrouve le magnifique panorama qui, voilà dix ans, soulevait mon juvénile enthousiasme.Déjà dix ans! Ah! c'était alors la joie, le bonheur pour votre petite Jeannine.Vous souvenez-vous, parrain, du jour que je viens d'invoquer ?«Vous étiez en convalescence d'une grave blessure contractée à la guerre et nous étions allés vous voir, papa, maman et moi, comme ce jour- là, ma petite maman était jeune et jolie! Vous rappelez-vous ?D'autant plus jolie que le bonheur d'avoir enfin son mari près d'elle, l\u2019embellissait encore.C'est elle surtout que je revois, c'est a elle que vont davantage mes pensées.Quant a mon père.il s\u2019est montré si distant, si peu affectueux dans la suite!.«Lorsque, une année après la mort de cette chère maman, il convola en justes noces avec la belle Mme Labassette, je n'avais pas treize ans, mais immédiatement je sentis que mon bonheur s'écroulait, et que jamais, je ne serais heureuse.Hélas ! mon pressentiment ne m'a guère trompée.Quel changement dans l'hôtel Hérard dès que cette femme en eut pris possession ! Que de fêtes vaines et de frivoles réceptions ! Encore au- jourd\u2019hui, ces sortes de plaisirs m'attristent profondément par l'hypocrisie qui s\u2019y déploie.Et ne craignez pas, cher parrain, que je prenne tout ce vacarme au sérieux.Je sens déjà le peu de prix qu'il faut attacher aux prévenances dont on vous accable et la valeur réelle des compliments qu'on vous octroie sans compter.« Plus j'avance en âge et mieux je constate fa laideur de la sotte et vile humanité; l'existence au sein d'une société hypocrite et corrompue, je m'en apercois maintenant, n'est qu'une longue suite de misères et il faudrait s'enfermer dans une tour d'ivoire ou se réfugier au fond d'un cloître pour fuir l'horrible spectacle qu'offre un monde sans pudeur à vos regards stupéfaits.« Oh! certes, la vie n'est pas également meurtrière pour tous et lorsque la belle et majestueuse dame La- bassette, à demi-ruinée, rencontre quelque jour sur son chemin le bon et simple M.Hérard, convenons que ce ne fut point pour elle une mauvaise affaire.Comme la guerre venait de finir et que tous nous aspirons à une vie normale, ma coquette et frivole belle-mère se sentit au mieux dans le vaste hôte! Hérard, pour mener la douce existence de ses rêves.La situation brillante de mon père, descendant d'une aristocratique famille de magistrats, avocat lui-même, banquier fort réputé à Autun, paraissait bien en effet de nature à satisfaire pleinement les goûts compliqués de Mme Labassette.Et les événe- ments n'ont point démenti ses espoirs.« Son premier bal de la saison, qui date de trois jours, a été, ma foi, fort réussi, mais imaginez-vous que depuis, l'on m'accuse de soutirer le prétendant de Gilberte, M.de Chazeuil.Tout l'été, ce jeune homme lui a fait une cour en règle et la grosse demoiselle Labassette en avait déduit que des fiançailles s'imposaient au moins pour cet hiver.Mais ne voilà-t-il pas que ce prétendant se met soudain à prodiguer toutes ses attentions et ses amabilités à la petite Hérard, cette mauviette sans importance, qui ne devrait pourtant point compter.Dieu sait, cependant, si je me soucie de ce M.de Chazeuil ! « L'avez-vous rencontré depuis peu?Il est chauve, petit, laid, et il court au moins sur ses trente-cing ans.Au reste, cher parrain, vous avez dû jadis connaître ce «jeune homme» qui se dit votre condisciple.C'est d'ailleurs lui-mme qui me l'a confié et, vous l'avouerai-je, il ne m'a inspiré quelque intérêt qu'à partir du moment où il eut l'heureuse inspiration de me parler de vous.Nul doute que cette attention intéressée ne m'ait attiré les foudres de Mille Gilberte, voire même de toute la maisonnée.En bien, tant pis! Sans m'en réjouir, je ne m'en repens point.Au dire de ma belle-mère, n'ai-je pas un caractère d'enfant gâtée, autoritaire, querelleur et sournois, ce qui me vaut, bien entendu, les incessantes disputes de ses chères filles.Et le plus terrible de l'histoire, c'est que mon père, gagné à leur cause, se croit à chaque instant, le devoir de me morigéner.« Tout ceci, avouez-le, n'est guère de nature à me mettre la joie au cœur et, de guerre lasse, je me sens peu a peu glisser vers la misanthropie.Ah ! ne plus aimer personne !.Avec le temps, je compte bien parvenir, car ne pensez-vous pas, cher parrain, que c'est une erreur commune à beaucoup d'entre nous de placer l'amour à la base même de notre vie ?Ne de- vrions-nous pas, dès notre adolescence, nous contraindre à lutter contre ce désir d'aimer coûte que coûte, sentiment qui tôt ou tard précipitera aux plus irréparables sottises.Mais passons.Qu'il ne soit plus question de moi, mais seulement de vous.« D'abord, laissez-moi vous félici- de vos succès artistiques.Imaginez- vous que j'ai collectionné toutes les revues où l'on parle du célèbre Des- trée, ce qui, entre parenthèses, m'a valu un belle semonce de l'ex-Mme Labassette.N'empêche qu'au cours de la grande réception dont je vous ai parlé, cette même personne n'a pas manqué d'étaler toutes ces brochures avec ostentation et que la moindre réflexion de ses invités fut prétexte à vous couvrir de gloire.Ah ! croyez- m'en, si vous possédiez le talent, sans le succès, vous lui seriez bien indif- férent.Mais voilà, vous êtes le peintre dont on parle, le peintre qui vend très cher, aussi tient-elle absolument que votre savant pinceau fixe ses traits sur la toile avant que « des ans, l'irréparable outrage» les ait défigurés.Mais, j'espère bien que vous vous récuserez ! « Elle déploire votre sauvagerie et ne peut comprendre qu'on habite Ro- chemaure lorsqu'on possède un chalet sur la Promenade des Marbres.A Autun.Et le pire, c'est que pour une fois, je suis de son avis : je pré- fèrerais, moi aussi, que vous fussiez un Autunois ass\u2019du, mais point pour les mêmes raisons que ma chère belle- mère.Ainsi, serais-je à même de vous fréquenter plus souvent et plus longuement.Vous rendez-vous compte, cher parrain, de la rareté de vos apparitions et comme ces moments-là sont courts ?Je n'ai plus que vous, mon grand ami, et presque toujours maintenant je suis seule; mais aussi pénible que soit pour moi cette solitude, je la préfère encore à la société des demoiselles Labassette.Vous allez objecter que j'ai toujours la ressource de fréquenter Mme Che- vannes, cette chère vieille cousine de ma pauvre maman et votre voisine de la Promenade des Marbres.« Sans doute, mais je ne suis plus une pensionnaire qu'on tient éloignée de la maison paternelle.J'ai vingt- deux ans et il est bon qu'on me voie souvent à l'hôtel en compagnie des dames Labassette.Ma belle-mère est bien trop fine mouche pour laisser Une élégante tenue de voyage, trois pièces, en fissu Viyella.LA Revue POPULAIRE soupçonner ses sentiments à mon égard.Et puis, si je me rendais trop fréquemment chez cette bonne Mme Chevannes, le monde toujours mé- chant, ne manquerait point cette occasion de jaser et pour cause : maintenant, son neveu est installé définitivement près d'elle.Et le monde aurait complètement tort, car Lucien passe plus de temps à l'hôtel Hérard que chez sa tante.Vous pourriez penser peut-être que son assiduité est provoquée par la présence ici de votre Jeannine, sa petite amie d'enfance, mais en cela vous seriez dans l'erreur; Lucien se soucie de moi comme de sa première chemise.Simone la complètement ensorcelé.vous dire que cela m\u2019indiffère serait mentir.mais une fois de plus, je m'aperçois de la fragilité des affections humaines.\u2014 Oh! mon grand ami, vous devriez bien trouver un moment pour venir consoler Votre petite JEANNINE! .» Chapitre III Quatre jours s'étaient à peine écoulés depuis l'envoi de la lettre à son parrain que déjà Jeannine se demandait avec anxiété pourquoi la réponse se faisait attendre.L'après- midi était douce et l'atmosphère un tantinet brumeuse, mais, cependant.tout là-haut dans le ciel, on distinguait çà et là des transparences bleues.Pour chasser la mélancolie qui l'envahissait, la jeune fille sortit, traversa le jardin de l'hôtel Hérard et de là gagna la longue terrasse plantée de tilleuls qui offre une vue splendide sur le Morvan.Lorsque Jeannine en eut atteint le parapet, elle s'accouda et promena son regard pensif de la vallée encore embrumée aux molles découpures des collines qui s'enlevaient en grisaille sur le fond du ciel.À peine était-elle plongée dans ses tristes pensées qu\u2019un bruit de pas sur le sable la fit se retourner, puis jeter un cri de joie.: \u2014 Oh! parrain, quelle bonne surprise, s'écria la jeune fille en s'élançant vers le visiteur inespéré.Puis, sans façon, très simple, elle posa ses deux mains sur les épaules de Destrée et dressa vers lui son visage devenu soudainement rose de plaisir.Après avoir délicatement saisi entre ses doigts le petit menton de Jeannine, se penchant un peu, le jeune homme effleura d'un baiser le front de sa chère filleule.\u2014 Alors, la vie ne change toujours pas pour toi, ici?demanda-t-il gravement.Tu restes à la maison pendant que toute la famille se promène.C'est charmant, ma parole ! \u2014 Oh! la promenade en compagnie des dames Labassette ne me tente guère.À tout prendre, je préfère de beaucoup ma solitude.S'il n'y avait que cela! \u2014 Quoi encore ?Te ferait-on souffrir ?interrogea le peintre avec bonté \u2014 Hélas ! c'est toujours la vie à coups d'épingles et cela finit par me lasser les nerfs.Mais.cher parrain, si nous rentrions à la maison, nous serions beaucoup mieux pour causer.Parvenue dans le petit salon, Jeannine fit asseoir son parrain sur un large divan et comme elle-même s'était installée aux pieds du peintre, sur un gros pouff de soie écarlate brodé de fourrure, Destrée demanda : \u2014 Pourquoi es-tu seule à la maison ?\u2014 Pourquoi.Mais parce qu'on m'y a laissée, tout simplement.Depuis hier soir, père est parti avec des SEPTEMBRE 1938 amis chasser dans les bois de Varennes et ces dames sont allées les retrouver ce matin sans même avoir daigné m'offrir de les accompagner.C'est Lucie, la femme de chambre, - qui vient de me mettre au courant.Admirable, n'est-ce pas ?\u2014 Mais, c'est tout simplement odieux ! s'écria Norbert outré.Et que dit ton père de cette désinvolte façon de te tenir ainsi à l'écart ?\u2014 Eh ! que voulez-vous qu'il dise! répondit Jeannine avec un sourire plein d'amertume.En arrivant au pavillon de chasse, ma belle-mère lui confiera que je n'ai point daigné les accompagmer et le tour sera joué.\u2014 Mais enfin, ma petite, tu peux lui apprendre la vérité, toi: tu peux te plaindre.\u2014 Et il ne me croira pas! Ah! non, j'en ai assez de me révolter sans aucun résultat.C\u2019est un homme envoûté par la belle Mme Labassette et maintenant la pauvre petite Jeannine compte bien peu dans sa vie, allez ! Le peintre ne releva pas cette réplique, et un long moment il resta sans mot dire, le sourcil froncé, un pli amer au coin des lèvres.Il contemplait sa filleulle et soudain, il découvrait que la chère enfant s'était amincie, que son visage avait pâli et qu'une ombre de tristesse voilait ses yeux gris ordinairement si lumineux.Alors, prenant dans les siennes les deux mains de la jeune fille : \u2014 Ma mignonne, interrogea-t-il doucement, tu souffres de cette existence, n'est-ce pas ?Je le vois, il faut que je parle à ton père, moi; au lieu de retourner ce soir à Rochemaure, je resterai ici jusqu'à demain.\u2014 Parlez à père si vous le voulez, cher grand ami, mais je suis presque assurée que cela ne changera rien à la situation.Je suis une pauvre orpheline que tout le monde délaisse et que plus personne n'aime, voila tout .acheva-t-elle presque bas tant les larmes accumulées au fond d'elle- même faisaient trembler sa voix.Alors sourdement ému, Norbert se pencha sur sa filleule et la soulevant de terre, il s'assit tout contre lui, sur le divan.\u2014 Mon enfant, tu as le cœur gros et c'est bien naturel.Ne me cache rien, raconte-moi toute ta peine et j'essaierai d'améliorer ton sort.\u2014 Oh! cher parrain, s'écria Jeannine d'un accent mouillé de larmes, il n\u2019y aurait qu'une façon pour moi de reprendre goût à la vie, ce serait de quitter cette demeure, mais comment ?Où me réfugier ?\u2014 Tu te marieras un jour, petite Jeannine, et pour toi ce sera la délivrance.N'y aurais-tu jamais son- é?s Rougissante, la jeune fille baissa la tête sans mot dire.\u2014 Allons, ouvre-moi ton cœur, reprit Norbert.Là, vraiment, réponds- moi en toute franchise.\u2014 Oui, j'y ai songé autrefois, mais maintenant, c'est bien fini, je ne me marierai jamais.\u2014 Et la raison, s'il te plaît ?\u2014 Parce que l'expérience m'a enseigné à mépriser les hommes.\u2014 Oh! sapristi! Tu y vas fort, toi, s'écria Destrée qui ne put s'empêcher de sourire.\u2014 Je vous en prie, parrain, ne vous moquez pas de moi.Je suis on ne peut plus sincère en vous affirmant que je méprise les hommes.Par exemple, voyez mon père, et.~Et.?\u2014 Oh! rien.Ne m'interrogez -plus, grand ami, je n'en dirai pas davantage.Destrée n'insista pas; un long instant il resta silencieux, puis, finalement, comme si une pensée subite eût traversé son esprit : \u2014 Jeannine, demanda-t-il, ne viens- tu pas d'affirmer que tu es une pauvre orpheline que plus personne n'aime.?Seräit-ce vraiment là une conviction bien arrêtée ?\u2014 Oh! cher Parrain, pardonnez- moi, s'écria-t-elle en levant son joli visage vers le peintre.J'avoue qu'en prononçant ces paroles, j'étais bien loin de vous viser.Vous, ce n'est plus la même chose; je n'ai jamais douté de votre afection bien qu'on vous traite d'égoïste.\u2014 Qu'aux yeux du monde je passe pour un égoïste, cela m'importe peu, mais que ma filleule le croie, c'est une autre affaire ! Voyons Jeannine, tu ne penses tout de même pas que je vais t'abandonner ?Comment oublierais- je ta jolie maman qui fut ma grande amie d'enfance et à qui j'ai voué le plus affectueux souvenir.\u2014 Vous êtes un fidèle, vous, parrain et plût au ciel que tous les amis d'enfance fussent comme vous ! mais hélas!.\u2014 Tu déplaces la question, mon petit, \u2014 comme toutes les femmes d'ailleurs \u2014 mais passons.Tu veux parler de Lucien, n'est-ce pas ?La jeune fille acquiesça d'un signe de tête sans lever les yeux vers son parrain et celui-ci de reprendre : \u2014 Oui, tu m'as parlé de lui dans ta lettre et tu n'en avais pas l'air très satisfait.Aurais-tu quelque grave reproche à formuler contre lui ?\u2014 Pas.précisément, mais je suis peinée tout de même, répondit-elle encore plus bas et d'une voix qui tremblait.En reportant toutes ses attentions sur Simone, il semble faire Chorus avec les dames Labassette.Et cela blesse mon amour-propre, comme mes sentiments les plus intimes.Voilà quelques années, cependant, il m'avait promis une fidélité moins précaire et une plus affectueuse protection.Comment voulez-vous que j'aie confiance ?acheva-t-elle dans un sanglot.\u2014 Mon Dieu, c'est donc sérieux, ma mignonne, s'exclama sourdement Norbert troublé à la vue des larmes de Jeannine.Au lieu de répondre, la jeune fille continuait de sangloter et, fort embarrassé, le peintre dans son émotion, ne savait que presser dans les siennes les petites mains de sa filleule.\u2014 Calme-toi, Nanine, calme-toi, je t'en prie, murmurait-il.En entendant ce nom de «Nanine» que sa mère lui donnait toujours, la jeune fille s'était blottie contre l'épaule de Norbert et entre ses pleurs, ne cessait de répéter : \u2014 Parrain, je vous en supplie, sau- vez-moi, je n'ai plus que vous au monde; délivrez-moi de cette galère, emmenez-moi avec vous, vite, partons.Destrée qui, d'un geste protecteur, avec entouré de son bras les épaules de la jeune fille, essuyait maintenant tout doucement le visage mouillé de larmes de sa filleule : \u2014 Allons, ma petite Nanine, cal- me-toi, je t'en prie, sois raisonnable, murmurait-il tendrement.Ta surexcitation nerveuse met devant tes yeux d'irréelles chimères.La tendresse de Lucien pour toi n'aurait su s'altérer si rapidement.Ses attentions pour Simone ne sont probablement que passagères; peu à peu il saura lire dans son propre cœur et bientôt il te reviendra; crois en mon expérience.\u2014 Non, non, répliqua d'un ton ferme Jeannine qui ne pleurait plus.C'est Mme Chevannes elle-même qui m'en a parlé ces jours-ci.Lucien lui a confié qu'il aimait follement Simo- rn L2H, 8 \u201d- OH! SUZON\u2014 UNE ~~ ECHELLE À SIA UN MOMENT, 5» PAREIL! \u201cQuelle déveine! Notre premiére soirée chez les Dupuis\u2014et il me fallait avoir une échelle!\u201d \u201cPourquoi ne pas éviter les humiliantes échelles\u2014grace au Lux?PROTEGE L\u2019ELASTICITE.Le Lux protège l\u2019élasticité et permet aux bas de s\u2019étirer \u2014 puis de regagner leur forme \u2014 \u2018sans avoir si facilement des échelles.Ne frottez pas aux savons en pain, évitez ceux aux alcalis nuisibles, car vous pourriez affaiblir l\u2019élasticité.Achetez la grosse boîte économique de Lux.protège l\u2019élasticité\u2026 UN PRODUIT LEVER 17 18 ne et que son plus ardent désir était de l'épouser.Un long moment, Destrée resta rêveur.Il songeait que cette Simone, en effet, était bien fille à enjôler plus malin que Lucien Chevannes.Jolie, gracieuse et coquette, la fine mouche était de taille à lutter contre Jeannine, plus charmante peut-être que Mille Labassette, mais combien moins perverse.Alors, répondant à ses pensées intimes : \u2014 Tu as probablement raison, mon enfant, déclara Norbert; puisqu'il en est ainsi, je ne vois qu'un moyen : prendre ton courage à deux mains et tendre de tous tes efforts à oublier l'infidèle.\u2014 Oh! parrain, ce que vous me conseillez est au-dessus de mes forces, objecta Jeannine suppliante.J'ai trop aimé Lucien pour chasser de mon cœur sa chère image; et puis, songez qu'il vient presque chaque jour chez mon père.Alors, comment oublier ?\u2014 Voyons, mon petit, réfléchis un instant.lu ne veux pourtant point étaler au regard de tous, les blessures de ton âme; il faut braver, sauver les apparences.Songe à la joie bruyante des dames Labassette si ces mégères en arrivaient à deviner, ne fût-ce que le quart de ton silencieux martyre.A ces paroles lancées avec énergie, Jeannine se redressa puis se dégageant des bras de Norbert, l'œil rillant, la voix ferme : \u2014 Ah! comme vous avez raison ! répliqua-t-elle.C'est bien ainsi que je désire agir, mais en aurais-je toujours la force si je reste en cette demeure exécrée.tandis qu'au loin, mes regrets finiraient peut-être par s'atténuer d'eux-mêmes.Certes, je sens intensément que jamais je ne parviendrai à oublier; je sais aussi que je n'aimerai jamais plus, mais quelle paix loin de ma belle-mère et de ses filles qui, tous les jours m'énervent et m'agacent lorsqu'elles ne me torturent point.Non, non, continua-t-elle très vite, prévenant une riposte du jeune homme, ne répondez rien avant que j'aie tout dit.Grand ami, avouez que vous avez toutes les qualités requises pour me servir de tuteur.Convenez également que mon père ne se soucie pas tellement de moi qu'il ne m'empêche de partir chez vous.Dans votre retraite de Rochemaure, loin de ce monde vil et méchant, près de Fanchette, avec vous comme protecteur, je serai si parfaitement heureuse ! Oh! dites oui bien vite, mon bon parrain.Sous ce flot de paroles exprimées avec une innocente conviction, Des- trés restait ahuri, sans réplique.Pourtant, au bout d'un instant, sortant de sa stupeur, il répondit précipitamment, non sans un sourire amusé : \u2014 Les jeunes filles sont vraiment étonnantes ! Sans se donner la moindre peine pour réfléchir, elles sautent à pieds-joints les plus difficiles obstacles.Ton désir immédiat, me dis- tu, serait d'habiter Rochemaure avec moi et tu trouves cette idée fort naturelle.Dfieu sait pourtant qu'elle ne l'est guère ! \u2014 Oh! parrain, supplia Jeannine, je me ferai si petite, si petite que je ne vous gênerai pas, je vous le promets.\u2014 Mais sapristi! il s'agit bien de cela ! Tu n'as donc pas songé un seul instant au monde ! Quels cris, si l'on apprenait soudain que tu habites chez moi.Je t'en prie, mon petit, donne-toi la peine de réfléchir.La jeune fille resta pensive une minute, puis elle reprit timidement : \u2014 Eh bien, j'ai beau réfléchir, je ne vois pas du tout où est le mal.N'êtes-vous pas mon parrain, après tout ?\u2014 Et puis .! répondit le peintre devenu subitement nerveux.Un parrain n'est pas un père, j'imagine, pas même un tuteur.\u2014 Qu'à cela ne tienne, s'il faut absolument un tuteur, devenez-le, riposta Jeannine avec une petite moue significative.Mais, j'y songe, vous avez encore la ressource de m'adopter!.\u2014 Voyons, tu es foile ! interrom- - pit Destrée rageur.À mon âge, on n'adopte pas une fille de vingt-deux ans! Tu me prends donc pour un bien vieux barbon, ajouta-t-il non sans une pointe d'amertume.Surprise de cette fureur qui perçait dans les paroles du peintre malgré tous les efforts que celui-ci déployait pour la dissimuler, Jeannine resta un moment interdite.Mais après un long silence et comme elle voyait son parrain arpenter nerveusement le salon, elle pensa qu'elle avait dit une sottise et voulut s'excuser : S'approchant de Norbert : \u2014 Pardonnez-moi, grand ami, lui dit-elle d\u2019une voix douce et craintive, Je ne croyais pas vous choquer en vous soumettant des projets probablement saugrenus.Maintenant, c'est bien fini, je ne vous en parlerai plus jamais, acheva-t-elle presque bas et en se laissant choir sur un siège.Elle était fort pâle, un léger tremblement agitait ses lèvres et elle sentait qu'il s'en fallait de peu qu'elle se remit à pleurer.Destrée, dont le cœur était particulièrement sensible aux douleurs des humbles et des faibles, se sentit aussitôt apitoyé : \u2014 Mon petit, s'écria-t-il en l'attirant vers lui, je suis un manant.C'est à moi de -m'excuser de ma rudesse.Evidemment, nous n'envisageons pas la vie sous le même angle et au demeurant cela me semble fort naturel.Te comprends à merveille combien tu seras heureuse de mettre ta faiblesse à l'abri d'une solide affection et, avant tout, je dois te remercier d'avoir pensé à ton parrain.Mais, ma mignonne, en admettant même que LA REVUE POPULAIRE ce louable désir soit partagé, la chose me paraît pratiquement irréalisable.Pense tout d'abord que ton père est encore de ce monde; tu ne saurais donc avoir besoin d'un tuteur, et puis, surtout, il y a l'opinion dont il faut tenir compte.Tu es en âge de comprendre, ma petite Jeannine, que l'humanité si vile et si stupide ne saurait admettre l'intimité de deux personnages de sexe différent sans leur supposer les pires desseins.Malgré toute la loyauté et la pureté de nos intentions, notre conduite prêterait à l'équivoque et nous serions irrémédiablement jugés.Pour moi, passe encore, il J a beau temps que je me moque du «qu'en dira-t-on », mais pour toi, mon petit, qui débuta dans la vie, c\u2019est une autre affaire; ta réputation perdue sera le commencement de tous les désastres.Laisse-moi plutôt parler à ton père et fais confiance à ton vieux parrain.Un soupir s\u2019échappa des lèvres de la jeune fille dont le visage parut néanmoins se rasséréner.Et après un long silence : \u2014 Grand ami, dit Jeannine d'une voix qu\u2019on sentait plus calme, chan- eons de conversation, voulez-vous ?i nous parlions un peu de votre dernier séjour à Paris, ce serait plus intéressant.; \u2014 Encore une belle illusion, mon pauvre petit! Comme d'habitude, j'arrive de Paris écœuré ! La haute société y est de moins en moins intéressante.Ton entourage quoique restreint, peut te donner une petite idée de ce que l'on voit là bas; alors, tu juges, hein ?\u2014 Seriez-vous en butte, vous aussi, à de sottes tracasseries ?\u2014 Pas précisément et tu peux te rassurer sur ce point, répliqua l'artiste avec un ironique sourire.Moi, vois-tu, ce n'est pas la même chose, je suis le Monsieur « arrivé ».A tous ces snobs qui m'encensent ma personne apparaît comme nimbée d'une sorte d'auréole.Et pourtant, Dieu sait si je leur mâche les vérités à tous ces croquants-là ! Mais pour le moment, Destrée possède le droit de tout dire, ajouta-t-il d'un air narquois.\u2014 Vous vous calomniez, s'écria jeannine.Votre talent est réel et ils ne font que vous rendre justice lorsqu'ils vous encensent.\u2014 Gamine, va ! Si tu crois que c'est mon talent qu\u2019on admire ! Ces gens- là font du chahut autour de mon nom, parce qu'il est de bon ton d'en parler, tout simplement.Si l'on s'extasie devant mes toiles, c'est par pur snobisme, crois-le bien, mais le diable si on les comprend ! \u2014 Oh! parrain, dans la masse de vos admirateurs, il s\u2019en trouve bien tout de même qui vous admirent tout en vous comprenant.\u2014 Sans doute, sans doute, mais ceux-là sont discrets, ils sont le petit nombre et, généralement, ils ne se mêlent pas à la foule qui fréquente les expositions pour faire du «chichi».\u2014 N'empêche qu'on a beaucoup parlé de vous cet automne et moi, j'étais fière d'être votre filleule.\u2014 Serais-tu snob, toi aussi, petite Jeannine ?\u2014 Oh! s'écria-t-elle d'un air fa- ché, il ne s'agit pas de snobisme vis- à-vis de vous.Je suis votre plus sin- (Lire la suite page 21) Les extrêmes se touchent.Le plus petit chien du monde donne la patte au plus gros, un superbe Saint-Bernard.Ils appartiennent tous deux à un riche éleveur de Londres.Photo British International, exclusivité La Revue Populaire 1938 SEPTEMBRE La Charcuterie Swift est quelque chose que vous devriez essayer pour les soupers d'été\u2014 de façon à pouvoir sortir d\u2019une cuisine chaude.Ces soupers ont un succès fou, car ils comprennent des viandes de charcuterie Premium Swift au goût exquis.Renseignez-vous auprès de votre fournisseur sur la Charcuterie Swift.Le plat ci-dessus est composé de Pâté de Viande, de Cervelas et de Saucisson de Foie Brunswick.Avec ces viandes, vous pouvez servir une salade de pommes de terre et des moitiés d'abricots remplies de bluets.- © Comment décririez-vous la saveur unique du Bacon Premium Swift?Nous I'appelons \u201cun petit goût de fumée\u201d.De toute façon, c\u2019est la meilleure saveur de bacon qui soit.Beaucoup plus de gens préfèrent la marque Premium Swift À toute autre.A vec un lunch composé de tomates grillées et de bacon Premium Swift sur des toasts, essayez des pommes paille sur lesquelles vous étalez du fromage crème amolli et mélangé avec de la ciboulette et des oignons hachés.¥ SN - A a./' NOUS AVONS CONSERVE SA SAVEUR RENOMMEE pe.ET IL EST AUSSI TENDRE QU\u2019UN JEUNE POULET! »™ - Chair blanche plus abondante et meilleure.Le contrôle spécial de la nourriture qu\u2019emploie Swift donne des résultats merveilleux pour les poulets.Non seulement leur poitrine est plus dodue, mais la chair est plus blanche, plus délicate, plus tendre et plus savoureuse.C\u2019est pourquoi vous avez tout avantage à acheter des poulets qui portent l\u2019étiquette Premium Swift.Des écorces d'orange remplies de sauce aux atacas sont une garniture excellente pour un poulet rôti.19 mer Et un nouvel emballage! Recherchez ce nouveau pupier à quadrillé bleu.I] vous guidera vers ce qu'il y a de meilleur à manger \u2014 vers la merveilleuse saveur Premium Swift et la texture ferme du jambon qui est aussi tendre qu'un jeune poulet.Même une seule tranche de ce jambon s\u2019identifie facilement \u2014car le nom Swift doit s\u2019y trouver sur le côté, en petits pointillés bruns.Recettes par Martha Logan Experte en Economie Ménagère pour SWIFT CANADIAN CoO., LIMITED Produits Alimentaires de Qualité PREMIUM SWIFT: lo margue des meilleures viandes Des épidermes aussi frais que les pétales des fleurs dont ils défient la perfection.des personnalités environnées d\u2018un arome aussi chargé d'attrait subtil qu'un souffle errant venu d'un jardin ! 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Il faut avouer cependant que certains tableaux pouvaient retenir l'atention; on y observait du dessin, de la patte, de l'âme également, mais noyés dans la masse, leur petit nombre les a fait dédaigner et aucun d'eux n'a été primé.Ah! on ne m'y reprendra plus à faire partie d'un jury ! Ensuite, j'ai dû emboîter le pas à une foule de raseurs qui m'ont posé en vedette et des jours entiers, il m'a fallu entendre des insanités à faire pleurer.C'est alors qu'écœuré et fourbu, je me suis empressé de reprendre le train pour Autun, avec l\u2019image de Rochemaure dans mon cœur.\u2014 Quel sauvage vous faites, riposta gaiement Jeannine.\u2014 Et je m'en glorifie! A toutes ces têtes de snobs, je préfère les rudes figures de mes Morvandiaux ! \u2014 Mais, cher parrain, autant qu'il me semble, vous n'avez pas toujours été misanthrope.\u2014 Oh! misanthrope!.Est-ce précisément le nom qui vous convient ?Vous n'êtes pas encore le sujet dont parle Tom Jones, cet étrange personnage qui, vêtu d'une peau d'âne, passait ses longues journées au fond d'un bois à contempler sa longue barbe blanche et professait que tout est beau dans l'univers excepté l'homme.Je voulais dire simplement qu'avant de fuir et de détester le monde, vous l'avez sans doute assidûment fréquenté et peut-être adoré.Norbert qui souriait de la tirade de sa filleule, redevint soudainement pensif et finit par expliquer d'une voix comme lointaine : \u2014 Il est, en effet, particulièrement difficile à un artiste de résister au courant des flatteries mondaines et tous les jeunes se laissent plus ou moins entraîner.Pour se dégager de cette funeste ambiance, il faut trouver l'occasion de juger combien le charme en est décevant et c'est seulement aux premières difficultés rencontrées sur son chemin qu'on s'aperçoit du vide de toutes ces relations .\u2026 Moi aussi, j'ai dû comme tant d'autres parcourir ces rudes étapes, mais un beau jour j'ai vu clair et j'ai compris que le seul moyen de reprendre possession de moi-même et de rompre l'esclavage de toutes ces conventions mondaines était de quitter Paris pour vivre à la campagne.Ah ! mon petit, si tu savais combien la solitude est féconde ! Elle seule permet la méditation et la méditation prépare le travail.Ainsi, peu à peu, grâce à ma retraite de Roche- maure, je me suis affranchi et maintenant je ne fais plus que ce qui me plaît.Je sors quand cela me chante, je reste chez moi si tel est mon bon plaisir, je ne violente jamais mes goûts pour obéir à des goûts étrangers et c'est là, je crois bien, la plus profonde peut-être de toutes les satisfactions.\u2014 En vous écoutant, dit Jeannine lentement et d'un air rêveur, je comprends mieux pourquoi vous ne vous êtes point marié.Avouez qu'au fond, vous êtes un parfait égoïste.\u2014 Tiens, tiens, mais tu n'es pas si petite fille que je le pensais, répliqua Destrée d'une voix gouailleuse; cependant, tu te trompes étrangement au sujet de mes idées matrimoniales.Tu ignores peut-étre, Jeannine, que pour un artiste, jeune, ardent, sincère, épris de son art et qui a besoin de déployer toute la force de son talent et toute la richesse de son imagination, le mariage constitue la plus rande des sottises.Un ménage, une femme, des enfants.Le souci de l'argent à gagner pour faire vivre sa famille, allons donc! mais c\u2019est la mort de l'inspiration.L'artiste, vois- tu, a besoin de toute facultés et de toute sa présence d'esprit pour accomplir son œuvre et tendre tous ses efforts à réaliser son idéal.Très jeune d'intuition, j'ai compris cette loi; plus tard j'ai été, moi aussi, bien déçu dans mes affections et, tout comme ma filleule, ajouta-t-il finement, j'ai senti que l'amour est un leurre, que, du reste, tout est vanité et que pour rattacher à l'existence la pauvre créature humaine, le faible «roseau pensant » de Pascal, il n'y avait réellement que le culte de la nature, celui du vrai et du beau.~ Oh! parrain, comme vous avez la chance d'être un homme, vous! s'écria Jeannine dont les yeux gris brillèrent alors comme des lucioles.\u2014 Pourquoi donc, mon petit ?demanda affectueusement le peintre en se rasseyant près de la jeune fille.\u2014 Oh! parce que je pense comme vous ! Moi aussi, j'aimerais vivre indépendante, au milieu de la nature.Mais hélas! n'étant qu'une femme, je ne saurais y prétendre ! Il me faut rester enfermée dans cette demeure qui n'est plus mienne, aux prises à toutes sortes d'embûches et attendre que des cheveux blancs encadrent mon visage pour aspirer enfin à la liberté.Mais d'ici là, grand ami, que de tristesses et d'ennuis à subir ! \u2014 Mon pauvre petit.Sois certaine que je suis réellement peiné de te voir aussi chagrinée, mais je t'en prie, reprends courage, songe que tu n'as que vingt-deux ans, patiente sagement.Pour une femme, vois-tu, il n'existe qu'une seule façon de conquérir sa liberté.Et cet unique moyen, c'est l'amour.\u2014 Hélas |.\u2014 Ne désespère pas, petit Jeannine, on n'aime jamais bien la première fois, crois-en ma propre expérience.Chapitre IV D'ESTRÉE revient de l'auberge où il était descendu renouveler sa provision de cigarettes et, tout en remontant vers Rochemaure, le peintre goûte en dillettante cette fraîche soirée d'avril.Son regard rêveur parcourt avec plaisir le mol enchaînement des massifs forestiers où les bourgeons à demi développés des hêtres jettent comme un poudroiement vert sur la brune profondeur des jeunes futaies.Mademoiselle Suzanne, l'institutrice du Châtelet, jeune, pimpante, fine d'allure, à l'œil vif et intelligent passe tout près de lui.Avec un spirituel sourire et une œillade engageante, elle répond à son salut cérémonieux et cette fraîche vision, alliée aux senteurs printanières, émousse quelque peu l'âpre désir d'austère solitude chez l'Ermite de Rochemaure.Après tout, il n'a que trente-cing ans, et pourquoi, lui, Norbert Destrée, fort, alerte et vigoureux, ne se déci- derait-il pas enfin a placer une femme en sa demeure quasi monastique?Oui, mais quelle femme?Il n\u2019en aimait aucune.Depuis l'époque déjà lointaine où il avait éprouvé ses premières désillusions dans l'ordre sentimental, alors que naïf, il avait cru à la fidélité de l'amour, il n'avait plus aimé.Depuis dix ans, il n'envisageait plus la possibilité d'un mariage; aucune liaison - sérieuse n'était venue entraver sa vie solitaire, toute de travail et de recueillement, et, ma foi, il se trouvait fort bien de ce régime.Pourquoi en changer, grand Dieu! et compliquer son existence avec des soucis de famille ?Quel accès de folie le prenait- il donc subitement ?\u2014 Allons, pensa-t-il, c'est ce diable de printemps qui fait parler la nature plus fort que la raison.Une petite promenade à Autun et je n'y penserai plus, conclut philosophiquement le jeune homme qui s'était ar- Têté pour allumer une cigarette.Debout et pensif sur la route, Norbert suit maintenant du regard un gracieux vol de ramiers qui traversent le vallon pour aller se nicher dans les arbres de la forêt du Saut.L'approche du soir répand déjà sur les pentes boisées une ombre de mystère, alors que la décroissante réverbération du couchant teinte encore de rose la crête des bois de Volizy.Un chariot conduit lentement par deux bœufs blanchâtres, descend vers le chantier de la gare pour y déposer sa charge de bois.Dans le calme du soir on n'entend que le bruit des roues sur le sol granitique et la voix grave du conducteur qui dirige l'attelage.Arrivé à la hauteur de Norbert le paysan fait ranger ses bœufs contre la rampe du ravin et soulevant son feutre décoloré : \u2014 Hèë ! bonsoir, Monsieur Destrée, lance-t-il d'une voix dolente.\u2014 Bonsoir, père Chauvel, journée n'est-ce pas ?Et admiratif, le peintre contemple au moins pour la centième fois, le vieux paysan svelte et beau d'allure, dans ses vêtements usés.Son visage pâle, dans l'encadrement de la bar rousse et frisée, avec les clairs yeux bleus et les trois rides profondes du front creusées au burin, possède toute la noblesse des vieilles races.Heureux de découvrir dans ce Morvan- dau la pure physionomie gauloise, Norbert sourit d'aise et se sent soudain l'âme rafraîchie; la flamme de tout à l'heure fait place à l'ardeur intellectuelle et, maintenant, c'est d'une joie tout esthétique que vibre l'âme du peintre.Le jeune homme passe du tabac au bonhomme qui lentement sort une pipe de sa poche, tandis que lui- même, accoudé à la corne grise de Déluré, rêve les yeux mi-clos.belle 21 Le jour tombe et la lune commence à surgir au-dessus du Petit Mon- tarnu.Cette aurore lunaire, qui frange d'opale les crêtes boisées, fait paraître plus noire l'étroite vallée où gémit le torrent.Du taillis en bordure, des senteurs de violettes et d'as- pérules s'échappent par bouffées, mais le peintre ne sent rien, ne voit rien, sinon la fière silhouette du père Chauvel qui se détache sur le fond vert de la colline, grandie et embellie par son rêve d'artiste.Une demi-heure plus tard, dans le vaste atelier-bureau, Destrée s'assied devant le potage que Fanchette a déposé sur une petite table.Il vient de tracer en quelques coups de crayon l'esquisse d'un tableau symbolique où le père Chauvel tiendra la première place.Norbert contemple son dessin et resté méditatif devant son assiette vide, sans même songer à se servir.Franchette qui revient portant un plat où fume une odorante omelette au lard, commence à s'impatienter.\u2014 C'est-y vos cartons qui vont vous nourrir, Monsieur Norbert, ou bien votre dîner | Décidément, quand on vous voit comme ça, on a envie de donner sa démission | Tenez, voilà que la soupe est refroidie et, en vous attendant, 'omelette va bientôt l'imiter.Cristi! vous me faites-t-y faire du mauvais sang! ~ Tu as bien tort, ma bonne, je t'assure.Mais ne crie pas si fort, je t'en prie; allons, pour que tu me laisses en paix, je vais commencer par l'omelette; au moins tu ne diras pas que je la mange froide.\u2014 Eh bien, et la soupe! pour quand ça sera alors ?clame Fanchet- te palpitante.Mais un violent coup de sonnette à la porte du vestibule tranche toute discussion.\u2014 Qui peut bien s'amuser à cette heure ?bougonne la gouvernante, tandis que Norbert recommande très vite : \u2014 Tu sais, Fanchon, à moins d'un indigène, je te prie de ne recevoir personne ! La vieille femme hoche la tête d'un air entendu et sort aussitôt.Mais une minute plus tard, le peintre entend les exclamations de sa bonne, puis le timbre musical d'une voix jeune.Un long frémissement lui court à fleur de peau et doublement rageur à l'idée d'être dérangé d'abord, puis de se sentir aussi impressionnable, Norbert se lève.À peine ce geste est- il ésquissé que Jeannine Hérard se montre sur le seuil de la pièce.\u2014 Hé! Monsieur Norbert, s'écrie Fanchette d'un air narquois, vous ne vous attendiez pas à pareille visite | C'est pas un indigène, mais je l'ai fait rentrer tout de même.Ahuri, 'Destrée ne sait que balbutier : \u2014 Mon Dieu! Jeannine ?\u2014 Rien de très grave, répond doucement la jeune fille.Mais, cher parrain, je vous dérange peut-être, ajou- te-t-elle aussitôt d'un air craintif.Norbert, mal revenu de sa surprise, s'avance néanmoins empressé vers sa filleule.Vivement, il la débarrasse de son sac à main, de son vêtement, alors qu'elle-même retire son chapeau.D'un geste familier, Jeannine, devant une glace, secoue du bout des doigts les boucles souples de ses cheveux, déchiffonne un pli du corsage, redonne de la grâce aux godets de sa robe de crêpe mauve.Elle fait tout cela très coquettement, quoique très naturellement, mais surtout sans avoir l'air d'y toucher, avec des gestes gra- qu'est-il arrivé, 22 cieux de jeune chat qui joue avec une souris.D'un regard attentif et comme s\u2019il ne l'avait jamais vue, le peintre se plaît à la contempler.Il ne peut s'empêcher d'admirer la grâce de ses mouvements.Ses yeux gris, un peu renfoncés sous les longs cils châtains, jettent un éclat que Destrée ne leur connaissait pas.Jamais encore le jeune homme n'a lu sur le visage de sa filleule une si profonde et si charmante expression, Il y a en elle, pour ainsi dire, un mélange exquis de jeune candeur, de gravité rêveuse et de tendre espièglerie qui la rend tout à la fois gracieuse comme une enfant et ensorcelante comme une femme.Mais voici Fanchette avec un second couvert et un potage plus chaud; c'est elle qui fait asseoir la jeune file et l'oblige à manger.Nor- Bert, lui, semble subjugué par la vue de sa filleule installée à Rochemaure; alors que Jeannine expose longuement les motifs de son escapade, l'artiste s'attarde à contempler l'or blond si doux de ses cheveux et les jolies boucles soyeuses toutes ramenées sur la nuque pour s'enrouler autour d'un peigne d'écaille.Depuis trois jours, à l'hôtel du Boulevard Mac-Mahon, on lui livrait une guerre acharnée et, depuis trois jours, on l'empêchait même de sortir.t tout cela parce que, un soir, à la fin du salut, sous le porche de la cathédrale.M.de Chazeuil l'avait arrêtée pour la supplier de l'écouter quelques minutes.Une amie de Mme La- bassette l'ayant surprise en plein con- .ciliabule, s'était empressée de raconter l'entrevue à sa belle-mère.Furieuse à son tour de constater que les assiduités de M.de Chazeuil auprès de Jeannine continuaient.Gilberte ne sut plus dès lors quelle méchanceté inventer.La situation était donc déjà fort tendue lorsque ce matin même l'ex- prétendant de Mile Labassette ne s'avisa-t-il point de demander à M.Hérard la main de sa fille.Pour Gilberte, la mesure était comble : pâle de colère, celle-ci invectiva la pauvre Jeannine, soutint que c'était elle qui s'était jetée dans les bras de M.de Chazeuil et que le rendez-vous sous le porche de la cathédrale n'était certes pas le premier.Outrée, Jeannine avait riposté vertement et dans son juste courroux avait lancé à la face de son ennemie tout ce qu'elle pensait d'elle.Alors, ne se maîtris- sant plus, blême de rage, Gilberte avait souffleté la petite Hérard qui, blessée au vif, était allée précipitamment conter toute la scène à son père.Mais hélas ! le banquier, depuis longtemps cuisiné par sa femme, non content d'accueillir avec un sourire narquois les plaintes motivées de sa fille, avait bel et bien pris le parti de ces dames et terminé la discussion par un sermon en règle.\u2014 Après cette sortie, ajouta la jeune fille, je ne me sentis plus ni force, ni courage.Mon esprit même cessa de penser : alors, tel un automate, ayant fait plusieurs fois le tour de la place du Champ-de-Mars, je pris machinalement l'Avenue de la gare et c'est là que soudain j'ai songé à vous.Le train pour Château- Chinon allait partir; je sautai lestement sur le marchepied du dernier wagon; une fois en route, il me vint à l'idée que je venais de commettre une folie, mais comment revenir en arrière ?Et puis, l'aurais-je pu, qu'à vrai dire, je ne m'en serais point senti le courage.Maintenant, mon cher parrain, grondez-moi si vous en avez la force et si vous le jugez à propos, mais auparavant, essayez de comprendre à quel point, dans mon désarroi, seul, le souvenir de votre affectueuse bonté m'a ranimée, acheva Jeannine plus bas et en levant vers Destrée un regard tout empreint de candide tendresse.\u2014 Ma pauvre petite, s\u2019exclama celui-ci dans un élan spontané vers la jeune fille, tu sens bien que je ne saurais te gronder sérieusement.Ton escapade\u2019 n'est point toutefois sans me causer quelque inquiétude.Il y a déjà longtemps que tu as quitté Autun; que pense-t-on à cette heure chez ton père ?Je gage que toute la maisonnée est maintenant sur les dents.7 \u2014 Le croyez-vous, grand ami, riposta la jeune fille, avec une délicieuse petite moue; si vous saviez comme on se soucie peu de moi, là- bas ! \u2014 Dans des conditions normales, possible; mais, cette fois, on ne peut faire autrement que se tourmenter.Il est déjà près de huit heures.Crois- moi, ton père va penser immédiatement à un malheur, à un crime peut- être.Avec la nuit, son inquiétude augmentera et la police avisée commencera des recherches.Juge un peu du bruit que tout cela va produire; et lorsqu'on apprendra demain que tu étais tout bonnement chez moi, ce sera le comble ! Contrite et pensive, Jeannine baissait la tête, cherchant une réponse, mais tout à coup se ravisant : \u2014 Eh bien, parrain, c'est fort simple, vous allez prévenir que je suis ici.\u2014 II est trop tard maintenant, ma pauvre petite, Je n'ai pas le téléphone, Dieu m'en garde, et la cabine du Châtelet ferme à sept heures.\u2014 Alors.?interrogea Jeannine d'une voix qui tremblait et avec des larmes dans les yeux.\u2014 Alors.hésite à répondre le jeune homme ébranlé par le ragard mouillé de sa filleule; alors, il ne reste plus qu'un moyen : je vais prendre l'auto et te reconduire chez ton père.\u2014 Oh! parrain, s'écria Jeannine en se jetant au cou du peintre, vous ne ferez pas cela ! Je suis venue vous demander aide et protection et voilà que vous voulez me renvoyer à mes ennemies.Mon grand ami, mon cher grand ami, soyez bon, gardez-moi, acheva la jeune fille en se serrant nerveusement contre la poitrine de Destrée.LA RevuE POPULAIRE Celui-ci, sourdement troublé au contact de cette jolie Jeannine qui se confiait à lui avec tant de candeur, ne savait que presser sa filleule contre lui et murmurer : \u2014 Mon pauvre petit, calme-toi; il faut pourtant trouver une solution.\u2014 Oui, oui, mais celle-là, supplie la jeune fille au milieu des larmes.Le peintre conduit avec douceur sa filleule sur un divan, puis, après , quelques minutes de réflexion.\u2014 Ma chère enfant, dit-il sur un ton sentencieux, il faut pourtant sortir de cette impasse.Tu n'as pas envisagé un seul instant toutes les conséquences de ta fugue, mais moi je réfléchis pour toi.if faut absolument que ton père soit averti dès ce soir, sous peine de nous attirer les pires ennuis.\u2014 Grand ami, riposte Jeannine en essuyant ses larmes, il est impossible que je retourne immédiatement à l'hôtel Hérard.La vie pour moi y serait intenable.Le moins qu'on puisse m'imposer serait de présenter des excuses à Gilberte; jamais je n'y consentirai, vous vous en doutez bien.Dans ces conditions, il n'y a que vous qui puissiez arranger les choses.Commençons par leur faire entendre raison, nous verrons ensuite.Ft, comme d'autre part, mon existence auprès des dames Labassette est devenue impossible, peut-être de guerre lasse, finirai-je par consentir à épouser M.de Chazeuil.\u2014 Tu ne feras tout de même cette sottise, mon enfant, s'écrie Norbert.Enchaîner toute ta vie pour un moment de dépit, mais c'est une absurdité ! \u2014 Ah ! vous en parlez à votre aise, vous, qui possédez la liberté sans les chaînes, s'écrie-t-elle nerveuse.\u2014 Heureusement ! réplique aussitôt le peintre avec énergie.Mais la question n\u2019est pas là; puisque tu ne consens pas à retourner ce soir à Autun, il faut que Fanchette te prépare une chambre.Quant à moi, je vais courir au bureau des Carrières d'où je compte pouvoir téléphoner boulevard Mac-Mahon.\u2014 Oh! grand ami, que vous êtes bon, dit spontanément Jeannine en sautant au cou de son parrain.\u2014 Mon pauvre petit, il le faut bien, répond franchement celui-ci, puisque ni pour prix, ni pour somme, tu ne veux retourner là-bas.Mais sois sans crainte, le couple Hérard ne perdra rien pour attendre, ajoute-t-il rageur.Lorsqu'à son retour des Carrières, Norbert pénétra dans son atelier, sa filleule était assise sur le divan et paraissait perdue dans un abîme de réflexions.A l'entrée du peintre, Jeannine, le regard vague, ne fit même pas un mouvement, mais toute sa physionomie paraissait exprimer une résolution bien arrêtée et lorsqu\u2019enfin elle s'aperçut de la présence de Des- trée : \u2014 Vous avez pu téléphoner ?inter- rogea-t-elle, d'une voix émue.\u2014 Oui et c\u2019est ton père lui-même qui m'a répondu.J'avais bien raison, le pauvre homme commençait a s'in- Comment utiliser ses allumettes Combien de milliers d'allumettes jetons-nous par année oprés les avoir utilisées ?Un jeune homme de Londres, Bert Gibbs, ramasse - les siennes depuis plusieurs années pour se construire de petits navires de guerre.Il en a ainsi employé 37,500.Pour faire un des croiseurs que vous voyez ici, Il a dû se servir de 1,816 allumettes.Photo T.B., exclusivité La Revue Populaire SEPTEMrRE 1938 quiéter fort et il a été désagréablement surpris de ta fugue précipitée.Mais, passons, demain nous verrons a nous expliquer.Un silence.Jeannine, les yeux rivés aux braises du foyer, semblait inquiète et rêveuse.De ses doigts nerveux, elle tourmentait les glands d'un coussin et inconsciemment elle en arrachait un a un les fils d'or.Pas davantage que sa filleule, Norbert ne semblait disposé à rompre le silence.Enfin, au bout d'un instant, la jeune fille commença d'une voix timide : \u2014 Parrain, je désirerais vous soumettre une idée qui vient d'effleurer mon esprit.À vrai dire, elle n'est point si neuve que je l'aie déjà caressée de longue date.Brusquement, le peintre s'était retourné vers Jeannine qu'il interrogea des yeux.Alors, celle-ci tout à l'heure hésitante, devint sous le regard un peu froid de l'artiste, soudainement résolue et très vite, elle murmura d'une voix à la fois suppliante et câline : \u2014 Parrain.épousez-moi ! D'un bond Destrée s'était levé : ahuri, il ne pouvait que contempler sa filleule sans mot dire.La surprise avait été si violente, la réflexion si inattendue qu'il ne songeait même pas à répondre.Cette minute de silence parut à Jeannine plus longue qu'une heure d'angoisse.Mais bientôt s'étant levée à son tour et s\u2019approchant du jeune homme : mie vous en prie, grand ami, lui dit-elle d'une voix qu'elle fit plus douce et presque implorante, ne me se- gardez pas ainsi, mais répondez à ma demande et dites oui tout de suite.Croyez-moi, c'est encore la meilleure solution que nous puissions trouver.Norbert qui n'était point revenu de sa stupeur, finit cependant par balbutier : \u2014 Mais.Jeannine .tu ne parles pas sérieusement ?\u2014 Si, si, parrain.très sérieusement.Cette idée m'est revenue à l'esprit pendant votre obsence et j'ai pu à loisir en supputer tous les risques et tous les avantages.Ceux-ci, évidemment, sont tous en ma faveur et les risques seuls sont de votre côté, mais je vous sais si bon, cher grand ami, que pas un instant, j'ai envisagé un refus de votre part.Au reste, je mettrai tout en ceuvre pour que les ennuis vous soient épargnés et je m'arrangerai pour que ma présence vous soit si légère que vous ne vous en apercevrez même pas.Et dans l'enthousiasme de sa plaidoirie, elle ajouta en nouant ses bras autour du cou de Norbert : \u2014 Parrain, mon cher parrain,\" dites oui, c'est à ce prix seulement que je recouvrerai ma liberté.Et comme le jeune homme sentait les deux bras tièdes de Jeannine effleurer ses joues, il ne vit bientôt plus que les grands yeux gris si doux, si caressants de sa filleule qui l'implorait.Alors un trouble violent I'envahit soudain : Dire oui, c'était se réserver cette enfant jeune, jolie et gracieuse.Puis Jeannine reprit plus timide : \u2014 Parrain, je serai votre petite sœur, je me tiendrai bien sagement à l'écart avec Fanchette, rien ne sera changé à votre vie.Soyez-en assuré; j'ai pensé à tout.Une douche glacée fut tombée soudainement sur ses épaules, que Norbert n'eût point été plus violemment rappelé à la réalité.Alors, d'un geste brusque, il se dégagea des bras de Jeannine et après avoir passé une main tremblante sur son front moite de sueur, il déclara d\u2019un accent calme et froid \u2014 Ma pauvre petite, tu es vraiment ahurissante.Dernièrement tu voulais que je devinsse ton tuteur et voilà que maintenant tu souhaites faire de moi ton mari! Vrai, tu n'as pas les trouvailles heureuses, depuis quelque temps.À cette réponse aussi évasive que sarcastique, Jeannine se sentit prête à pleurer, mais refoulant aussitôt ses larmes : \u2014 Si je n'étais point accumulée au dernières extrémités, riposta-t-elle vivement, croyez-bien que je n'eusse jamais imaginé semblable stratagème; mais comme vous êtes le seul être qui puisse encore me protéger, j'ai cru qu'il vous serait agréable de vous prêter en ma faveur à cette simple combinaison.Je me suis trompée, eh bien ! n'en parlons plus, ajouta-t- elle d'un accent infiniment triste.Mais subitement calmé par l\u2019attitude navrée de sa filleule, Destrée s'était emparé des mains de Jeannine et l'ayant invitée à s'asseoir près de lui, il reprit plus doux : \u2014 Mon pauvre petit, si comme tu le souhaiterais, je n\u2019acquiesce pas à ton désir, ce n'est qu'en vue de ton bonheur futur, sache-le bien.Ce que je te disais tout à l'heure, à propos de M.de Chazeuil, est aussi exact pour moi.Tu n'as pas le droit d'aliéner par un mariage quelconque ce que tu as de plus cher : ta liberté, ta jeunesse et ton avenir.Tu n'as que vingt-deux ans, ma pauvre Jeannine, et ton cœur n'a pas encore suffisamment parlé.Alors songe un peu aux années qu'il te faudrait vivre dans la solitude de Rochemaure, dans l'isolement de ton cœur, côte-à-côte avec un vieux barbon qui, par la suite, ne manquera sans doute pas de devenir maussade et fort égoïste.Et moi qui te parle, si je ne suis point marié, n'est-ce point pour une raison analogue : j'ai toujours visé à conserver mon indépendance absolue et à répudier toute tyrannie, si douce se fût-elle présentée.\u2014 Pardonnez-moi, parrain, si j'ose encore vous soumettre une objection, insista doucement Jeannine, mais c'est précisément parce que je vous sais indépendant et fort ennemi du mariage, que j'ai pensé à vous en proposer le simulacre.Avec moi, voyez-vous, cela ne saurait tirer à conséquence, ce serait une pure étiquette vis-à-vis du monde, mais nous resterions libres l'un et l'autre, entièrement libres.\u2014 Oui, j'ai fort bien compris, mais ton rêve est irréalisable : dans mon travail, tu le devines, je ne puis supporter aucune présence étrangère, répliqua Destrée, nerveux.\u2014 Alors, parrain, reprit la jeune fille, douce et insinuante, si vous aviez une petite sœur orpheline, hési- teriez-vous donc ainsi à la prendre avec vous dans votre retraite de Ro- chemaure ?\u2014 La question ne saurait se poser; je n'ai pas de sœur, Jeannine.\u2014 Si, si, moi, s'écria la jeune fille avec un regard suppliant et en joignant les mains.Si vous saviez combien j'ai souffert depuis la mort de ma chère maman et quels tourments j'endure maintenant chez mon père, vous auriez pitié.Ajoutez à cela tout ce que je souffre depuis que Lucien me délaisse et tout ce que je souffrirai encore si je reste près de Simone lorsqu'elle sera fiancée.Je n'ai même aucune maison amie où me réfugier, pas davantage de parente pour me recueillir, termina Jeannine dans une crise de larmes.Alors, cette fois, ce fut un véritable sentiment d'affectueuse pitié qui fit pencher Norbert sur sa filleule et 23 Vous ne pouvez être #zzzz, avec la SFBORRHÉE\u201d * Cause courante des nez luisants Le nez reluit quand les microbes provoquent un excès d'huile L'huile fait reluire le nez disgra- cieusement.C\u2019est ce que les dermatologistes appellent la Séborrhée.Les microbes aggravent cet état.La Poudre Woodbury ralentit la propagation des microbes et empêche le nez de reluire.Comment la Nouvelle Poudre Faciale Woodbury a - I'abri - des - microbes empéche le nez de reluire et embellit EUX qui écrivent sur les soins de beauté ont beaucoup parlé des nez luisants.Devant son miroir, toute jeune fille désire une poudre faciale bien adhérente.Qu\u2019a-t-on fait pour empêcher le nez de reluire ?Une merveille ! La Poudre Faciale Woodbury est désormais à-l\u2019abri-des-microbes ! Les microbes de l'épiderme peuvent rendre le nez plus luisant Les dermatologistes sont d'avis que l'excès d'huile, qui rend le nez luisant, est souvent dû à la Séborrhée.Votre houppette, bien inoffensive en apparence, peut infecter votre peau.\u2019 Vous comprenez alors comme il importe d\u2019avoir une poudre à-l'abri-des-mi- crobes qui ne tolérera pas de microbes sur la houppette ou sur votre peau.De 19 poudres bien connues, seule la Woodbury fut reconnue à-l'abri-des-microbes avant comme aprés avoir touché une houppette infectée.Avec la Poudre Woodbury, donnez à votre teint une fraîcheur séduisante, ayez un épiderme qui ne reluira pas.Ses sept nuances, si jolies, sont d\u2019un naturel parfait, d\u2019une jeunesse idéale ! 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et ces brumes, qui se fondaient peu à peu, laissaient entrevoir des échancrures de pâtis très verts qui tranchaient sur la couleur sépia des bois et des labours.Suivi de son chien, le peintre Destrée sortit de son atelier pour se diriger vers la lande où les genêts et les ajoncs se revêtaient d'or.L'air vif piquait la peau : les deux mains enfoncées dans les poches d'un confortable costume de drap gris, les jambes serrées dans des molletières, le nez et les cheveux au vent, il cheminait lentement à travers les jardins où la mousse envahissait les allées.Des fleurs de mahonias achevaient d'égrener sur le sol leurs minuscules corolles d\u2019or pâle, alors qu'au-dessus d'eux les aubépines roses commençaient à s'épanouir.De temps à autre le peintre s'arrêtait pour mieux admirer l'immense panorama qui se déroulait alentour.Les lointains d'ailleurs étaient d'une luminosité incomparable; Château- Chinon semblait à portée de la main et l'on distinguait nettement à la crête du Gros Mont et du Toureau des Grands bois, la chevelure sombre des sapinières, Plus près, derrière Roche- maure, aux confins de la lande, les fines ramures retombantes des bouleaux, encore toutes chargées de leurs chatons jaunâtres, ondulaient sous le vent comme des tuniques de perles, tandis que leurs délicats feuillages déjà développés s'élevaient comme des fumées vertes sur le rideau encore brun de la forêt.Des triolets de pinsons et le susurrement d'un ruisselet tout proche rompaient seuls le grand silence de ce coteau sauvage et Norbert, à la fois troublé et ravi, sentait comme une vague ivresse l'envahir Cependant, tout en suivant les jardins familiers, il songeait rêveusement à sa filleule qu'il avait reconduite huit jours plus tôt à Autun, et il se demandait non sans quelque inquiétude quels incidents avaient bien pu survenir depuis entre les habitants de l'hôtel Hérard.« Pauvre petite Jeannine, pensait- il, alors que ses lèvres ébauchaient une légère grimace, que je la plains d'être tenue à vivre en un lieu aussi hostile.» Tout en monologuant ainsi intérieurement, il était parvenu à la dernière balustrade de pierre grise.De cet endroit, on pouvait admirer un merveilleux panorama et le peintre s'arrêta pour contempler les courbes harmonieuses des collines oû, à chaque instant, la magie de la lumière modelait un relief nouveau.Destrée souriait à ce beau paysage qui avait ravi ses yeux et son âme d'enfant, mais un peu d'oppression se mêlait à son ivresse, car il sentait son cœur trop étroit pour contenir toute la beauté de cette fresque grandiose.Soudain les appels réitérés de sa gouvernante vinrent l'enlever à ses méditations.Contrarié et pris d'une folle envie de fuir, l'artiste allait continuer son chemin lorsqu'il entendit Fanchette qui se rapprochait, s'écrier : \u2014 Hé, Monsieur Destrée ! .C'est M.Hérard qui vous demande.Destrée tressaillit tandis qu'il murmurait entre ses dents : \u2014 Hérard!.Que diable vient- il faire ici ?Et comme s'il eût pressenti les évé- nements qui allaient posséder le pouvoir de transformer sa vie, l'artiste, subitement inquiet et nerveux, se hâta de descendre vers Rochemaure.\u2014 Sacrebleu, s'exclama-t-il, dès qu'il aperçut le banquier attendant sur le seuil du vestibule, qu'est-ce qui peut bien vous amener à cette heure matinale ?\u2014 Ma visite n'a pas l'air de te convenir, mon petit Norbert, dit doucement M.Hérard.\u2014 Mon pauvre ami, répondit le peintre qui ne pouvait s'empêcher de sourire, il faut excuser ma mauvaise humeur.Vous n'ignorez pourtant pas combien je suis féroce dans ma retraite de Rochemaure.\u2014 Je n'ignore rien, aussi ne suis- je ici ni par caprice, ni même pour le plaisir de te voir.J'avais simplement un impérieux besoin de te consulter.\u2014 Auriez-vous de graves ennuis ?\u2014 Oui, et je compte un peu sur toi pour les aplanir.\u2014 Mais c'est donc sérieux, s'écria Destrée non sans un léger étonnement.Puis, sous le choc d'une pensée subite, il ajouta : \u2014 Serait-il encore question de Jeannine, par hasard ?Et après que le banquier eut acquiescé d'un mouvement de tête, Norbert de reprendre : \u2014 Mais que lui veut-on encore à cette pauvre petite! Vos satanées femmes n'en auront-elles donc jamais fini ! \u2014 Norbert ! lança Hérard d'un ton de reproche.Puis il ajouta plus calme, mais infiniment triste : \u2014 Mon petit Destrée, montre plus de prudence en tes jugements, je t'en prie.Pourtant, ton blâme m'affecte plus que tu ne saurais l'imaginer; au fait, je viens de m\u2019apercevoir qu'on ne joue pas franc jeu avec ma fille.Tout en l'écoutant parler, Norbert examinait son ami et il était fort surpris de le retrouver aussi déprimé.Dans cet être prématurément vieilli et qui, aujourd'hui, paraisait le père du peintre, il eût cherché en vain le brillant jeune homme qu'avait été autrefois Jacques Hérard.En secouant sa tête soucieuse et déjà grisonnante, le banquier continua d'un ton blasé : \u2014 Je ne me faisais aucune idée, jusqu'à présent, de la méchanceté d\u2019une fille envieuse et jalouse.Il est vrai que le caractère indépendant, autoritaire et nerveux de Jeannine excite mieux que tout autre le naturel hargneux de Gilberte; toutefois, en la circonstance, je ne puis que constater les mauvais procédés des demoiselles Labassette qui sont allées Jus u'a répandre parmi leurs amis, le dernier coup de tête de Jeannine.Nous seuls, connaissions son équipée à Ro- chemaure et maintenant tout Autun en fait des gorges chaudes.\u2014 Sapristi ! clama Norbert furieux, il faut que ces péronnelles aient conté l'histoire d\u2019une façon bien singulière pour que toute la ville en glose! \u2018est-ce point assez naturel, après tout, que guidée par un sentiment d'affectueuse confiance, Jeannine soit accourue vers son vieux parrain.LA Revue PoPuULAIRE \u2014 Son vieux parrain .murmura M.Hérard légèrement ironique; il faut croire que le monde ne te trouve pas si vieillot ! \u2014 Suffit | suffit ! je sais que I'humanité est gangrenée jusqu'aux moelles, mais si vous aviez interrogé votre fille sur ses sentiments à mon égard, vous auriez appris qu'elle ne fait aucune différence entre vous et moi.Alors, que signifient toutes ces chinoiseries ?,\u2014 Tu as raison, Destrée, trêve d'ergotage, je vais aller droit au fait.Ayant alors plongé son front soucieux dans ses mains, après s'être accoudé à la table, M.Hérard se mit en devoir de raconter au peintre les circonstances qui l'avaient amené à découvrir les calomnies des demoiselles Labassette.Quelques jours après son retour au boulevard Mac-Mahon, Jeannine était venue demander à son père s\u2019il avait répondu à la demande en mariage de M.de Chazeuil.Sur la réponse négative du banquier, la jeune fille lui avait confié qu'elle avait changé d'avis et qu\u2019elle était prête à épouser ce jeune homme.Immédiatement, n'ayant aucun motif pour s\u2019opposer au choix de sa fille, M.Hé- rard avait téléphoné au bienheureux prétendant qui ne s'était point fait attendre.Mais, aux premiers mots du banquier, M.de Chazeuil l'avait arrêté pour lui avouer que maintenant, il n'était plus dans ses intentions de se marier, Tout à fait surpris et choqué d'une aussi inqualifiable désinvolture, M.Hérard avait insisté pour connaître les véritables motifs qui avaient pu amener un changement aussi prompt qu'imprévu.Acculé par les insistances du banquier, M.de Chazeuil, avec beaucoup de circonspection néanmoins, lui avait confié qu'il était décidé à n'épouser qu\u2019une jeune Fille dont la réputation fat iréprochable, qualité à laquelle, avait-il ajouté, Mlle Jeannine était fort loin de pouvoir prétendre.Ahurissement et colére de M.He- rard qui avait admonesté l'impertinent.Mais, avec une belle assurance, M.de Chazeuil avait expliqué au banquier ce que tout le monde savait : sa fille ne se gênait guère pour quitter la maison paternelle, dans le seul but de rejoindre son amoureux à trente milles de là.Lorsque M.de Chazeuil avait montré le désir d'épouser Mile Hérard, il ignorait certes, un si vilain détail, sans quoi il eût refréné ses ardeurs.Heureusement, il avait été prévenu à temps et il s'était bien promis de fuir désormais la compagnie de jeunes filles aussi émancipées.\u2014 Alors, ajouta M.Hérard, avec un geste qui empêcha le peintre de se récrier, lorsque je fus revenu de ma stupeur, je lui expliquai en toute loyauté, sans omettre les moindres circonstances, les raisons qui avaient poussé Jeannine à se réfugier chez toi.Je lui fis comprendre que ce qui aurait pu paraître fort inconvenant avec un homme quelconque devenait tout naturel avec son parrain.Je lui expliquai aussi, non sans ironie, qu'il me paraissait bien en retard sur le siècle actuel et qu'à notre époque les jeunes flles ne sauraient être tenues en laisse comme autrefois; je lui fis même un cours\u2019 complet sur l'indépendance de la femme.Mais ce fut en vain que je déployai mon éloquence.M.de Chazeuil n'entend pas revenir sur sa décision : Une femme comme Jeannine l'effraie trop, avoue- t-il, pour qu'il se résigne à l'épouser.\u2014 Le sot ! s'exclama le peintre rageur, Dieu ! quel imbécile ! Puis, plus calme : SEPTEMBRE 1938 \u2014 Après tout, il est heureux que .votre fille n'épouse point ce noble seigneur médiéval, digne descendant des croisés.Mais revenons à tous ces ineptes racontars Croyez-vous que cet idiot de Chazeuil n'a pas un peu exagéré ?Et quand bien même le monde aurait su que Jeannine est restée deux jours à Rochemaure, n'\u2019ai-je pas ici avec moi la vieille Fanchette, une brave et digne femme dont l'honnêteté ne peut être suspectée.\u2014 La belle affaire ! s'écria amèrement M.Hérard; qui s'arrêta à ses considérations ?En attendant il n\u2019en est pas moins vrai que le bruit a fait son chemin, que la réputation de Jeannine est en quelque sorte fort compromise et que la pauvre enfant n'a plus de mari en perspective.Attéré par cette réflexion dont il sentait toute l'exactitude, le banquier baissa la tête d'un air à la fois honteux et découragé.\u2014 À moi aussi, murmura-t-il, cette pensée m'est venue et depuis hier soir je me tourmente pour l'avenir de cette vilaine, mais chère entêtée.Elle n'a jamais voulu reconnaître les qualités de Mme Labassette, encore moins la tolérer, pas plus que ses filles, d'ailleurs.Tout le mal vient de là.Mais en attendant, je ne cesse d'être inquiet sur le sort de Jeannine.Ce qui ne s'est point produit avec M.de Chazeuil ne manquera pas de se réaliser avec le premier venu.J'entrevois donc, hélas ! toute sa vie gâchée pour un ressentiment.À un moment j'avais pensé la marier à Lucien, mais tout espoir m'a abandonné depuis que Mme Hérard m'a affirmé que ce prétendant a de sérieuses intentions sur sa fille Simone et qu'il ne peut tarder à se déclarer.Mainte- tenant, je n'ignore pas que Darmont, le neveu de mon fondé de pouvoir, éprouve des sentiments très vifs pour Jeannine, qu'il n'attend qu\u2019un signe de moi pour faire officiellement sa demande; mais, à mon sens, ce jeune homme n'est pas sérieux et tu comprendras sans peine que j'hésite à lui confier le bonheur de mon unique enfant, termina le banquier dans un soupir plein de tristesse.Il y eut alors un long silence pendant lequel nos deux amis se laissé- rent aller à leurs pénibles réflexions.Norbert, lui, qui connaissait l'amour de sa filleule pour le jeune Chevan- nes, comprenait inieux cette hâte qu'avait apportée Jeannine à accepter M.de Chazeuil, ou plus justement à épouser n'importe qui.Ainsi, elle se lançait dans le mariage comme on se jette à l'eau, et à cette pensée le peintre éprouva un grand frisson.\u2018était-il pas involontairement la cause de cette déplorable fin ?Si, huit jours plus tôt, alors qu'elle lui proposait une union à l'amiable, il avait eu le courage de condescendre à sa demande, la jeune fille n'eût point été réduite à ces extrémités.Certes, il était libre de la sauver du marasme où elle se débattait, de l'enlever à sa misère morale, à l'âpre désir des épouseurs en quête d'une dot, libre de la mettre définitivement à l'abri de sa virile protection; s\u2019il ne se décidait pas, tôt ou tard un autre viendrait la ravir.Alors, à cette pensée, Des- trée ressentit comme un choc et il revit nettement les grands yeux pleins de rêve de sa filleule, ses lèvres rieuses, l'ovale si pur de sa tête blon- e.Pensivement, il se mit a arpenter le vaste atelier et il fut surpris de l'impression désagréable qui lui donnait la certitude du mariage de Jeannine.Il en concevait comme une sorte de jalousie mais, par un illogisme assez commun, dans le même temps qu'il redoutait le mariage de la jeune fille, il souhaitait garder entière son indépendance et ne point devenir son libérateur au prix de sa liberté enchaînée.Alors, fatigué d'agiter ces pensées qui tournoyaient dans son esprit comme des chauves-souris dans les ténèbres, Norbert vint se planter devant M.Hérard et demande à brûle-pourpoint : \u2014 Mais, mon cher, tout cela ne me dit pas ce que vous attendez de moi.Vous n'êtes point venu seulement pour me conter cette histoire, vous devez avoir quelque autre chose à me demander.A cette brusque interrogation, le banquier rougit, resta encore silencieux quelques instants, puis il finit par balbutier : \u2014 Mon petit Norbert.je n'ose plus, maintenant que je te vois là, chez toi.Ici, je saisis mieux pourquoi tu tiens à garder ton indépendance.alors, la proposition que je voulais te faire serait probablement déplacée.\u2014 Que voulez-vous dire ?interro- geo Norbert, inquiet.\u2014 Cette nuit, vois-tu, il m'était venu une idée folle.je te voyais le mari de Jeannine et .j'en étais très, très heureux.\u2014 Mais ceci est impossible, s'écria Destrée d'une voix sourde; d'abord Jeannine ne m'aime pas.et puis enfin, je ne saurais abdiquer ainsi ma liberté.vous comprenez, Hérard ?\u2014 Oui, oui, je comprends que c'est un rêve fou .je ne puis exiger cela de toi.Mais, au moins, je compte sur ton affection pour apprendre à ma fille le refus de M.de Chazeuil\u2026 Comment le lui faire connaître sans lui expliquer l'odieuse calomnie dont elle est l'objet ?.Chère petite Jeannine.tu ne peux imaginer l'immensité de ma peine lorsque je songe à sa pauvre mère qui, sur son lit de mort, m'a tont recommandé de veiller au bonheur de son enfant, de notre enfant.A toi aussi, Norbert, elle a recommandé avec instance sa petite Nani- ne, rappelle-toi.Ah! tu ne vois donc rien, rien pour nous secourir tous les deux.dis?réponds.acheva M.Hérard d'une voix navrée et en saisissant les deux mains du peintre.Celui-ci, ému jusqu'à l'angoisse et remué par une profonde pitié, s'écria spontanément : \u2014 Allons, mon pauvre vieux, ne vous tourmentez pas ainsi, je crois, en effet, que le meilleur moyen pour moi, de protéger Jeannine, est encore de l'épouser ! \u2014 Ah! tu veux donc bien, s'écria M.Hérard qui, maintenant, serrait le peintre dans ses bras.Après cette accolade, il reprit plus calme : \u2014 Que tu me rends donc heureux, mon cher Norbert ! Vois-tu, te donner ma fille me rassure entièrement, Cette décision va enfin clore toutes les médisances; et puis, la chère petite sera assurément moins malheureuse avec toi qu'avec un autre.L'artiste baissa la tête d'un air songeur.Comme son exaltation s\u2019atténuait, il comprenait mieux maintenant toute la portée de sa décision, et une bizarre tristesse l'envahissait.C'était un sentiment étrange où se glissait l'ennui de perdre sa chère solitude, beaucoup de sa liberté, et aussi l'amer regret de se marier sans amour.Pourtant, il eut la force de secouer cette énervante impression, pour dire d'une voix qu'il s'efforait de rendre sereine : \u2014 Pourtant, emmenez-moi vite à Autun pour que nous consultions Est-ce que la vitre reluit quand vous avez fini ? 26 Maintes Utilisations Culinaires
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