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Titre :
La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel
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Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
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chaque mois
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La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1940-12, Collections de BAnQ.

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[" x v 9 all CENTS EMBRE MONTRÉAL ET QUÉBEC « Tors\u2019 D\u2019 AMOURY © mn 14e PLUS TAXE \u2014 wf 1x Re ) 4 CON il oF 34 4 MH Yo op ulaitre > #F mA jo) a \\ 4 \u201cox \u201c i 590 pr 5 A Q , 4 Ca LY L TL 2 # a 5) ol x 78 & \\?x ® à Ÿ w x #% ay EE - § 2 9 « E.\u2014_ eee 2 =SAVA XL \u20ac Fe À ok A.92% e 99 \u201cQuel qu'un savait que je venais reté.Il est préparé avec un art acquis par toute une vie d'expérience.Sa saveur déli- cieuse ne perd jamais \u201c\u2018l'at- trait\u201d qui vous aenchanté dès que vous y avez goûté.elle vous apporte toujours un ra- fraichissement complet.La soif n'a besoin de rien d'autre.THE COCA-COLA COMPANY OF CANADA, LIMITE Même le Père Noël, qui a toute l\u2019année pour se reposer, accueille avec plaisir /a pause qui rafraîchit avec un \u201cCoca-Cola\u201d glacé.Et vous TRADE MARK REGISTERED en ferez autant.Le goût du \u201cCoca-Cola\u201d glacé Delicieux èt charme sans jamais rassasier\u2026 laissant ey ¢ \u2018 ; & } N la sensation de s\u2019être bien rafraîchi.a C LA PAUSE QUI RAFRA\\ W ¢ A 796\u20ac 1744 : LIYE s de ser q Il est évident q co 11] tio ce sa À Ea + / SOS vy oid si x.pe), i \u201ccourtier | PES o_o Wo t - a 7 \u20ac SN < Fo Rr - Pme me, i i Pe 19 LA 3 4 A SO Tag EN SOYEZ PREVOYANT.ACHETEZ VOTRE BUI 43) JE IEE.LA Revue PoPuLAIRE .melmmmangy i wo EE [ AT 02occsrevsncenneneen Jean Chauvin Rédacteur en chef.aire de la réda de la Publicité.Directeur artistique.Pages féminines.SOMMAIRE La Nouvelle-France n\u2019a pas capitulé, par Roland Prévost \u2026 \u2026 \u2026 0 00 7 Alfred Laliberté, sculpteur romantique \u2026 \u2026 8-9 Le rôle de l\u2019art dans l'art domestique \u2026 \u2026 \u2026 10 La vie dans un phare, par Damase Potvin \u2026 .\u2026 \u2026 \u2026 11 A l\u2019école des sciences sociales de Québec, par Aimé Plamondon \u2026 \u2026.\u2026 \u2026 12 Le passé vivant \u2026 \u2026 \u2026 13 NOTRE ROMAN COMPLET : Mon frère Jack, R.A.F., par Claude Fleurange \u2026 \u2026 14 Suggestions aux acheteurs de jouets, par Francine .vus Les 22 00 0e 24 Petit examen de conscience mondain \u2026 32 Présentation de nos fourrures \u2026 \u2026 \u2026 35-36-37 Tels qu\u2019ils vous aiment .\u2026.\u2026 38-39 Napperon pour fond de plateau, au point de CFOIX i oii iit ce ee Lars ee ee a Les Ski.oe ee ee ee 41 Jeunes et moins jeunes veulent étre chic .42 L'œuvre des Petites-Sœurs de l'Assomption, par Thérèse Fournier \u2026 \u2026.\u2026.\u2026.\u2026\u2026.44 Le Réveillon de Noël, par Francine \u2026 \u2026.\u2026.pe 49 Les mots croisés de \u201d La Revue Populaire 52 Après la messe de minuit, par Mme Rose Lacroix \u2026 \u2026 \u2026 _ 59 Un, deux, trois ! et votre lit est fait \u2026 \u2026.72 Les Disques.Le 73 Nos vieilles familles canadiennes, par Emile Falardeau \u2026 \u2026 74 NOTRE PROCHAIN ROMAN COMPLET : Les cœurs refleurissent, par Roger Régis LA REVUE POPULAIRE .Fernand de Verneuil f.Roland Prévost .Charles Sauriol .Hector Brault Mme Jules Fournier Membres de I'A.B.C.TARIFS D'ABONNEMENTS Canada : Un an: $1.50 \u2014 2 ans: Etats-Unis : Un an $1.75 \u2014 2 ans : 975, rue de Builion, Montréal, P.Q., Caweda Chroniqueuse culinaire.Mme Rose Lacroix Tél.: PLATEAU- 9638* LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITÉE 32:58 Conseils Médicaux d\u2019Amateurs \u201cMon mari a eu des maux d\u2019estomac du même genre.Pourquoi ne faites-vous pas ce que lui a indiqué son docteur?.\u201d \u201cC\u2019est le même genre de maux de tête qu'a eus Anne.Je vais vous dire ce que Giséle devrait faire.\u201d \u201cCa a guéri Jean de ses maux de gorge en un rien de temps.Je suis sûre que ça ferait du bien à Jacques.\u201d Rien de plus facile que d'obtenir des conseils de ce genre, donnés en toute bonne foi et dans un esprit amical.On vous les prodigue, avec les meilleures intentions du monde, et avec un réel désir de vous être utile, à table, au cours de réunions mondaines, de conversations téléphoniques, à l'occasion de rencontres dans la rue.Ces conseils peuvent présenter de graves dangers ! Les troubles digestifs peuvent, chez une personne, provenir d'excès de table.chez une autre, d'ulcères gastriques.Les maux de tête peuvent être dus à la fatigue des yeux.ou à une infection des sinus .ou même, à une tumeur du cerveau.Chez cet enfant, le mal de gorge peut être dû à une banale inflammation des amygdales .chez cet autre, il peut être le fait d'un abcès profond.ou un commencement de diphtérie.» Et le danger que présentent ces diagnostics de la part de personnes ! an qui n'ont ni les connaissances, ni les qualifications nécessaires, ne se borne pas à cela.Il arrive souvent que deux malades souffrant de la même affection, ont besoin d'un traitement different.On peut dire, littéralement, que ce qui fait du bien à l'un fait du mal à l'autre.Une sommité médicale connue dans le monde entier, a déclaré que chaque malade doit être considéré comme un cas particulier, sans aucun rapport avec les autres.Alors.quelle est la vraie façon de procéder, la façon la plus sûre, quand la maladie fait son apparition ?Consultez votre médecin ! Grâce à des années de pratique et d'expérience, il est, mieux que quiconque, en mesure de déterminer la nature du mal et d'instituer le traitement qui convient à votre cas.Il n'est pas juste d'imposer à votre pharmacien la responsabilité de prendre la place de votre médecin de famille.Consultez le médecin de bonne heure, car la plupart des maladies communes dont souffre notre humanité, répondent plus rapidement et plus complètement au traitement, si elles sont soignées dès le début.Souvenez-vous que les bonnes intentions, réduites à elles-mêmes, ont été, trop souvent, la cause de tragédies.Puisque vous avez à portée, l'avis d'un professionnel, pourquoi courir des risques en prêtant l'oreille aux conseils que vous donnent des \u2018médecins\u2019 amateurs ?Metropolitan Life Insurance Company (COMPAGNIE À FORME MUTUELLE) NEW-YORK FREDERICK H.ECKER Président du Conseil LEROY A.LINCOLN Président DIRECTION GÉNÉRALE AU CANADA\u2014OTTAWA Un Présent YARDLEY Flatte le Goût de Luxe de la Femme et l'Elégance de l'Homme Yardley est la source où vous pouvez puiser FOURNISSEURS | BREVETÉS | i dans un assortiment varié.un présent à offrir » soit en souvenir, soit en tribut du cœur.que ce soit par une charmante dame à un galant gentilhomme ou réciproquement.Un large choix vous attend chez le pharmacien le plus proche ou au magasin à rayons voisin.\u2014 $1 à $20. DÉCEMBRE 1940 Photo C.P.R.LA NOUVELLE-FRANCE N'A PAS CAPITULÉ Le Canada français tiendra jusqu'au bout.\u2014 Fidèle à la France, il contribuera à sa libération.PAR ROLAND PRÉVOST N 1828, fut érigé dans le jardin du Gouverneur, à Québec, un obélisque dédié à deux morts glorieux : Wolfe et Montcalm.On y grava cette inscription : Mortem virtus, communem (amam historia, monumentum posteritas dedit.L'o- élisque est toujours la, solide mais un peu grisa- tre.Après plus de cent ans, on peut se demander si son érection ne fut pas due à un excès d'optimisme .Mais non! Assurément, il y eut de nombreuses frictions entre les deux principaux composants de la nation canadienne.Les Canadiens français \u2014 et beaucoup de gens impartiaux \u2014 affirment que les mésententes provenaient surtout de la francophobie, parfois secrète, de l'élément anglais.C'est possible.c'est même très possible, puisque nous, Canadiens français, avons un esprit paisible, conciliant, logique, et pour tout dire parfaitement canadien.La francophobie, elle, a toujours existé, malgré l'Entente cordiale, malgré notre loyauté à la Couronne britannique.Elle continuera d'exister tant que nous serons catholiques et français, et tant qu'il y aura des protestants et des anglophones (y compris les Irlandais catholiques).De même pour l'anglophobie.Mais ces deux maladies ne mettent plus en danger l'organisme canadien, car elles ont perdu de leur virulence.Nous avons fait assez de concessions et de sacrifices pour qu'on nous tienne à tout jamais pour des Canadiens ayant, dans toute l'étendue du Canada, et non seulement dans la Province de Québec, les mêmes droits, exactement, que les Britishers.Nos concitoyens de langue anglaise devraient bien admettre que la Nouvelle-France n'a pas capitule.Elle a pu, elle aussi, effectuer des « reculs stratégiques », mais sans perdre de vue ses objectifs essentiels qui sont les conditions même de sa survie.J'ignore si cette histoire de « mission providentielle » est le produit de cerveaux mégalomanes ; il est certain, en tout cas, que la Nou- velle-France \u2014 le Canada français \u2014 n'entend pas que l'on profite de la défaite de la France, des préoccupations d'ordre militaire, du secret qui doit entourer certaines activités, de la discipline nêces- saire pour recommencer ce vieux travail de sape contre l'élément français.Que cela plaise ou non, nous sommes ici pour y rester, plus Français que jamais ! Car enfin, demandait M.Edouard Montpetit, sommes-nous en pays britannique ?Et il répondait : «Le Canada est un pays britannique en ce sens qu'il est un pays de diversité.Etre un pays de civilisations différentes, de langues différentes, de cultures et de religions différentes, c'est, comme on dit aujourd'hui, synchroniser l'Empire.» Et ce que nous défendons ce n'est pas la Civilisation, mais des civilisations liées ensemble par une réalité bien matérielle : l'Empire britannique.Depuis les tragiques événements de juin, certains journaux de langue anglaise ont réimprimé leurs vieux clichés contre la France, contre tout ce qui est français.Cette tentative de dénigrement a fait long feu parce qu'il n'y a plus de « marché » pour cette sorte de littérature.Dieu merci, nous avons de puissants amis dans les milieux anglais et nous pouvons compter sur leur appui.Et M.Winston Churchill lui-même, qui sait à quoi s'en tenir, n'a jamais avancé contre la France actuelle la centième partie des jugements ignobles que des flagorneurs et des «slackers» se sont hâtés de prononcer.Il comprend dans quelle situation affreuse se trouve l'ancienne alliée, dont les erreurs ne furent pas plus graves que celles des autres pays européens.De quel droit condamnerions-nous donc une France accablée de malheurs, qui tente de sauver du désastre son existence et son âme ?Les \u2018événements vont vite, de nos jours : les mangeurs de.« maudits Franças » se trouveront bien embarrassés lorsque l'Empire britannique, ayant vaincu l'hitlérisme et morcelé l'Allemagne, aura besoin de la France pour reconstruire l'Europe ! Gare à la francophobie ! Au temps des guerres napoléonniennes, les dirigeants canadiens-français durent se montrer presque serviles pour s'attirer les bonnes grâces des nouveaux maîtres.N'avons- nous pas chanté le Te Deum lorsque Nelson battit la flotte francaise a Aboukir en 1799: et aussi en 1815?Qu'y avons-nous gagné ?Pas grand'chose : la servilité n'attire pas le respect ! Nous ne sommes pas, en 1940, dans la situation de nos ancêtres d'alors : nous avons le nombre, nos états de service, la certitude de durer.On ne nous saura gré de dissimuler nos origines françaises, encore moins de les renier.Restons pratiques, comme nous le fumes en refusant maintes fois l'an nexion aux Etats-Unis, en ne désirant pas notr retour à la France, en faisant notre très large part en 1914 et en 1940.Notre intérêt nous commande de conserver notre héritage français, de réclamer les droits du français, de combattre les francophobes quels qu'ils soient.N'allons pas décourager, par une attitude sans noblesse, des amitiés dont nous aurons besoin au cours des dures années qui viennent.Parce que la France ne lutte plus à nos côtés, ne laissons pas germer au Canada une francophobie qui nous empoisonnerait bien vite. La Revue POPULAIRE Notre photographe-reporter, Henri Paul, poursuit son enquête chez nos artistes.Ce mois-ci, c'est Alfred Laliberté, né au dix-neuvième siècle et inspiré par lui; le mois tprochain viendra le tour d'Alfred Pellan, né au vingtième et dont la peinture, volontairement abstraite, trahit les influences de l'Ecole de Paris qui, de 1910 à 1930, fit la fortune des marchands de tableaux, la joie des profanes et le désespoir des critiques rangés, Le vaste atelier du sculpteur et peintre Alfred Laliberté est au 3531 DÉCEMBRE 1940 SCULPTEUR ROMANTIQUE de la rue Sainte-Famille, à Montréal, dans une maison d'aspect bourgeois qu'occupèrent à la fois ou successivement plusieurs artistes de premier ordre : Maurice Cullen, Suzor-Côté, Edwin Holgate, Robert Pilot.Les œuvres du sculpteur sont partout, sur des tablettes, des consoles, des selles ainsi que sur une galerie sans rampe (voir photo, en bas, à droite) qui occupe le fond de l'atelier.Laliberté a fait de tout: monuments historiques et religieux, bustes, compositions allégoriques, statuettes de personnages du terroir, médaillons et médailles. LE RÔLE DE L'ART DANS L'ART DOMESTIQUE Dans nos commentaires sur le dessin, commentaires que nous avons développés par une série d'articles consacrés aux tapis crochetés, nous avons compris que l'artiste qui existe en chacun de nous doit toujours essayer de traduire la vie qui l'entoure par de la beauté.En s'inspirant de sujets étrangers à son entourage, on risque de créer une impression inexacte.Ce serait comme si l'on se contentait d'appliquer quelque chose sur une surface en négligeant l'individu véritable qui voit et pense par lui-même, et qui s'appuie sur sa propre expérience pour inventer ce qui est authentiquement vrai.C'est dans cet état d'esprit que nous devrions entreprendre n'importe quelle tâche, qu'il s'agisse de sculpture, de peinture, d'art domestique ou, comme c'est ici le cas, de tapis crochetés.Comprendre et utiliser les principes du dessin, tels que l'équilibre, le rythme, l'espace, la variété et s'inspirer des sujets propres à notre terroir, ce sera créer des œuvres qui seront une source d'agrément et de satisfaction véritables.Par sujets du terroir nous entendons tous les aspects familiers et représentatifs du milieu dans lequel nous vivons.Prenons, par exemple, la vie sur une ferme : la grange, la maison du fermier, les meules de foin ; les instruments aratoires; la fourche, la houe, la pelle, la charrette à foin, ou encore le seau à lait et le petit escabeau ; le moulin à vent, la ligne cadencée des clôtures qui sillonnent la campagne, les poteaux reliés par les fils téléphoniques, l'église avec sa flèche aiguë et son long toit en pente, ses fenêtres cintrées et son portique où tous les paroissiens se retrouvent, la rangée des traîneaux et des voitures qui attendent la fin de l'office divin.I y a aussi la route elle-même avec ses ornières et ses tournants.Elle chemine allègrement, bordée d'herbe et de fleurs sauvages, traverse un pont, côtoie des champs de céréales déjà poussées.Ceux d'entre nous qui habitent l'une des rives du fleuve entendent souvent le cri de la sirène à travers le brouillard et connaissent bien la haute silhouette du phare qui se détache sur le ciel argenté ; les barques grises tirées sur la grève, les rochers, les herbes marines, la forme étrange des faques d'eau au creux des rochers, les mouettes blanches et les blanches voiles des bateaux de pêche ; le gréement complet d'une embarcation : les cordages et les rames, le gouvernail et l'ancre, les filets de pêche et les bourriches, enfin les poissons étincelants.Rappelons-nous le mobilier familial, l'antique berceuse, l'armoire, le chaudron de fer, la lampe à pétrole, le poële à bois avec sa pile de bûches, la lessive étendue sur la corde et qui dessine sur le fond du ciel des formes fantaisistes, le berceau, le métier et le rouet.Tous ces objets La Revue POPULAIRE Les dessins ci-contre, œuvre d'un célèbre peintre montréalais, sont très savants malgré leur apparente simplicité.Ils ne doivent que servir d'exemples.Leur but est de stimuler l'inagination de nos lectrices.On ne doit pos les copier ser- vilemenr.et une foule d'autres sont ceux que nous devrions tenter de reproduire par le tissage.Regardons-les avec des eux neufs et faisons-les revivre dans A langue de l'art et de la beauté.C'est ainsi que nous conserverons l'âme de notre époque.Les dessins qui illustrent ces articles sont présentés seulement comme des exemples propres à stimuler l'ima- ination des lecteurs et à accentuer es points que nous voulons surtout mettre en lumière.On ne devrait en aucun cas les copier servilement.Nous tenons à rappeler à nos lectrices et à tous les membres de nos Cercles de Jeunes Fermières que l'initiative de cette série d'articles sur les tapis crochetés que publie depuis près d'un an La Revue Populaire revient au Canadian Handicrafts Guild: Le dernier article passera dans notre numéro de janvier. DÉCEMBRE 1940 LA VIE DANS UN PHARE L'histoire tragique du phare de l\u2019Ile-aux-Oeufs.Les naufrages dont celui de l\u2018amiral sir Howenden Walker.La vie d\u2019un gardien de phare et sa famille.Récits touchants d'une \u201cnée au phare\u201d PAR DAMASE POTVIN une autre dénomination par les cartographes et par les historiens des dix-septième et dix- huitième siècles.Franquelin, en 1678, le Père Laure s.j.en 1731, Charlevoix, en 1744, font une mention spéciale de I'lle-aux-Oeufs.La célébrité néanmoins qu'elle s'est acquise lors de l'historique naufrage d'une partie de l'armada de l'amiral sir Howenden Walker n\u2019a pu la sauver, comme bien d'autres de nos accidents géographiques, de l'angli- cisation.Aussi, n'apparaît-elle sur certaines cartes canadienne, et même dans le Guide Postal fédéral, que sous la fausse appellation de « Egg Island ».Voilà pourtant un nom depuis longtemps et incontestablement consacré par l'histoire et la tradition.Mais d'où vient ce nom ?Cet îlot n\u2019est à bien dire qu'un rocher où il n'y a pas de terre cultivable, à peine peut-être grand comme un mouchoir de poche, pour la provision de patates de la famille du gardien du phare.Avant l'érection de ce phare en 1871, personne n'avait résidé en cet endroit.Aussi, les oiseaux de mer, palmipèdes et échassiers, y venaient en grand nombre et les œufs s'y trouvaient en abondance.Voilà, sans aucun doute, ce qui explique le nom donné à l'île.La longueur exacte de l'Ile-aux-Oeufs est de 7% de mille \u2014 4200 pieds direction nord-est ; sa lar- eur, un quart de mille; sa superficie, 34 âcres.\u2018îlot est en travers du cours du fleuve et il doit à cette direction l'avantage de fournir un excellent abri pour les vaisseaux.Quel que soit le vent qui souffle, les navigateurs y trouvent un havre sûr, soit d'un côté, soit de l'autre.Du côté est, il y a une batture tout le long de l'île.Mais à l'ouest, c'est | \u2018ILe-aux-OEUFs n'a jamais été désignée sous une muraille coupée à pic où les flots viennent avec violence se briser.L'Ile-aux-Oeufs est distante de la terre ferme de près de deux milles.Elle fait face à la Pointe-aux-Anglais ou l'on voit une petite chapelle autour de laquelle vit un groupe d'une quinzaine de familles acadiennes originaires de l'Ile d'Anticosti d'où elles sont venues vers.1887.Les alentours de l'Ile-aux-Oeufs sont de bons endroits de pêche.Les habitants de la Pointe-aux- Anglais y prennent le hareng.Les gens de Cap- Chat, sur la côte sud, viennent aussi y pêcher le hareng et la morue.Le phare de l'Ile-aux-Oeufs date de 1871.Quatre ardiens se sont succédés jusqu'ici au phare de \"He-aux-Oeufs : Paul Côté, du 4 novembre 1871 au 30 juin 1901 ; Tancrède Pelletier, du ler juillet 1901 au 30 juin 1911 ; Elzéar Chouinard, du ler juillet 1911 au 4 mai 1937 ; Emile Chouinard, fils du précédent, gardien actuel, \u2014 1940 \u2014 depuis le 5 mai 1937.L'habitation du gardien du phare est annexée à la tour dont le premier étage est converti en chapelle car l'île qui n'a une population que d'une famille : celle du gardien, fut érigée en mission en 1874 par Mgr.F.X.Bossé, Préfet Apostolique du Golfe.Dans cette humble chapelle du phare furent célébrés, depuis la construction de la maison du gardien, sept mariages, dont ceux de cinq familles du troisième gardien Elzéar Chouinard.On a appelé les parages de l'Ile d'Anticosti le « Cimetière du golfe» et un peu de ce titre macabre pourrait désigner les environs de l'Ile-aux- Oeufs, du moins avant la construction du phare.La longue batture (Lire la suite page 68) Le phare de I'lle-aux-Oeufs sur la Côte Nord du Saint- Laurent juché sur le rocher où la flotte de l'amiral Walker - a fait naufrage en 1711.Un coin de paysage familier de la Côte Nord du Saint-Laurent par temps calme, aux environs de la Pointe-aux- Anglais.M.Elzéar Chouinard, gardien du phare de l'Ile-aux-Oeufs pendant vingt-six ans, et Madame Chouinard dont quatre filles ont été mariées dans la petite chapelle du phare.Carte fragmentaire du Saint-Laurent dressée par Hector Brault.L'Ile-aux-Oeufs, simple rocher où se dresse le phare construit en 1871, a une superficie de 34 acres.Elle est distante de la Côte Nord de deux milles.Les alentours de l'Ie-aux-Oeufs sont de bons endroits de pêche.Les habitants de la Pointe-aux-Anglais y prennent le hareng et les gens de Cap-Chat, sur la Côte Sud, viennent aussi y pêcher le hareng et la morue. 12 Na Le Révérend Père Georges-Hanri Lévesque O.P.fonda'eur et directeur de l'Ecole des Sciences Sociales de Québec.\u2018EST en plein quartier universitaire, dans une antique maison bourgeoise qu'on a su restaurer avec goût et discrétion.Le bureau du directeur est une pièce carrée, meublée d'un vaste secrétaire, d'une bibliothèque et de quelques sièges.À la place d'honneur, sur le mur du fond, au-dessus d'une cheminée de marbre gris joliment conservée pour son âge, un grand Christ doré tend au monde angoissé ses bras miséricordieux.Sur la tablette, deux petits bronzes de conception originale, représentant «l'Industrie» et « l'Agriculture », sous les figures assez inattendues d'un jeune homme et d'une jeune femme de tournure harmonieuse, rayonnants de santé et d'énergie vitale, encadrant une petite horloge toute noire dont les pointes d\u2019aiguilles blanches semblent des gouttes de fluide magnétique accomplissant une mystérieuse révolution à travers les espaces cosmiques.De l\u2019âtre dissimulé derrière une grille en fer forgé, on s'attend instinctivement à voir surgir une flamme claire et joyeuse, hommage propitiatoire au Christ vainqueur dont l'éternelle présence peut seule conjurer la fuite éperdue du temps.Depuis un long moment, je me demande d'où peut bien.venir cette lumière diaphane dont le rayonnement subtil et quasi immatériel sourd de partout et de nulle part.Soudain, je me rends compte que cette clarté semble émaner des plis immaculés de l'ample robe dominicaine du Père directeur, assis en face de moi, derrière son large secrétaire.Peut-être bien aussi qu'elle jaillit de ses yeux dont la douceur chaleureuse communique insensiblement une rare sensation de bien-être physique et de sécurité morale.J'étais venu pour poser au Père Lévesque quelques questions sur lui-même et sur son Ecole, puisque les deux ne font qu'un et que c'est incontestablement la personnalité du premier qui communique à l'autre sa véritable identité.Mais voici qu'après quelques minutes de conversation, je m'aperçois que le Père est en train de répondre admirablement aux interrogations que je ne lui ai pas encore posées mais qu'il a toutes devinées et se complait en outre à préciser et compléter au delà de toutes mes espérances.Voilà une interviou que je marquerai sûrement dans mes souvenirs d\u2019une pierre aussi blanche, s'il se peut, que la robe symbolique du fils de Saint- Dominique.Après avoir conquis le titre de Docteur en théologie, \u2014 on dit « Lecteur », chez les Dominicains, \u2014 le Père Lévesque fut envoyé par ses supérieurs en France et en Belgique pour y étudier les sciences sociales.Pendant qu'il obtenait à l'Université de Lille, son diplôme supérieur ès-sciences sociales, il s'initiait également à la pratique de ces mêmes sciences sous la direction de son illustre confrère en Saint-Dominique, le Père Ceslas Rutten, grand maître de la sociologie catholique de Belgique, celui-là même que le roi a nommé d'office au Sénat de son pays où ses collègues l'appellent avec un affectueux respect «le sénateur blanc».Inutile d'ajouter que depuis longtemps, le maître belge et Chez le Père Lévesque, O.P.La Revue PopuULAIRE L'ÉCOLE DES SCIENCES SOCIALES DE QUÉBEC PAR AIMÉ PLAMONDON son disciple canadien sont devenus des amis qu'une commune passion pour le bien social unit à jamais.Professeur de théologie morale durant deux ans au Scholasticat d'Ottawa où il commentait le traité de la Justice et de la Charité, \u2014 quelle excellente préparation complémentaire à l'enseignement des sciences sociales ! \u2014 le Père Lévesque se vit confier ensuite simultanément la chaire d'Economie Sociale au même Scholasticat et celle de Philosophie Economie à l'Université de Montréal.C'est cette même science qu'il enseignait également à Québec lorsqu'il y fonda, en 1938, grâce au puissant appui et à l'éclatant encouragement du cardinal Villeneuve, l'Ecole des Sciences Sociales dont le succès fut immédiat et dont l'expansion surprenante dépasse déjà les prévisions des plus optimistes.Devançant toujours ma curiosité en la coordonnant, le Directeur m'apprend que l'Ecole a pour double objet la formation de théoriciens sociologues et de praticiens sociaux, deux catégories de citoyens dont notre Société ou plutôt nos sociétés ont le plus pressant besoin.D'abord, notre société familiale qui est en état d'évolution profonde.En- L'UNIVERSITE LAVAL Ci-dessus, le grand salon de l'Université Laval, où se trouvent les portraits des fondateurs of des premiers recteurs.\u2014 Ci-contre, l'annexe de l'Ecole de Médecine, rue Sainte-Famille, du même style que l'annexe contigué du petit Séminaire.C'est au cœur même de la ville de Québec que sont situés les principaux bâtiments de l'Université Laval.Fondée en 1852, elle eut sa charte civile la même année.Par les nouvelles facultées qu'elle a créées, par ses écoles affiliées, l'Université Laval est un centre de vie française qui a formé de nombreuses générations de médecins, d'hommes d'Etat, de juristes et de techniciens.Photos J.E.Livernois, Québec.suite, notre société professionnelle qui cherche laborieusement à se renouveler selon des formules modernes, dont le corporatisme est vraisemblablement la plus connue comme la plus populaire.Puis, notre société économique où s'affrontent, en une mêlée extrêmement violente, l\u2019individualisme capitaliste et le collectivisme socialiste.Enfin, notre société politique où sont posés de façon plus aiguë que jamais les problèmes fondamentaux de la démocratie, du totalitarisme, de l'autorité, de la liberté et quelques autres d'importance primordiale.Il est facile d'imaginer combien pareille situation rend extrêmement nécessaire la présence de ces deux catégories d'hommes, seuls qualifiés pour approfondir les problèmes en jeu et leur trouver des solutions pratiques et praticables.De grâce, n'ayons donc pas peur des théoriciens, des véritables théoriciens qui n'ont rien de commun avec les charlatans et les farceurs mais qui, en dépit de leurs études, en raison même de ces études, gardent un contact solide et compréhensif avec la réalité sociale.Ils nous ont manqué, ils nous manquent encore, ces théoriciens, et pourtant il nous les faut sans retard, nous (Lire la suite page 74) DÉCEMBRE 1940 .13 LE PASSE VIVANT VEC certains coins trop rares de l'île de Montréal, les rives du Richelieu, la Cote-de-Beaupré, la route Montréal-Québec (rive nord) et la route Boucherville- Sorel, l'Ile d'Orléans constitue le plus intéressant ensemble d'architecture ancienne de notre province.Le peintre Clarence Gagnon rêva un jour d'en faire un immense musée folklorique à l'exemple de ceux de la Scandinavie.Par la route de ceinture, l'île d'Orléans a 42 milles de circonférence.Six villages à visiter et dans chacun une admirable petite église : ainte-Pétronille, Saint-Laurent, Saint-Jean, Saint- rançois, Sainte-Famille, Saint-Pierre.Le cimetière et l'église de Saint-Jean.La paroisse remonte à 1679 et l'église actuelle à 1732.Elle a toutefois perdu beaucoup de son caractère primitif.Le manoir Mauvide-Genest, intelligemment restauré par feu le juge Camille Pouliot, est, avec l'église, le plus intéressant rappel de notre passé.L'église de Sainte-Famille construite en 1742.Remarquable par ses sculptures sur bois et ses peintures, signées Noël et François Levasseur, François et Thomas Baillorgé.A droite, la maison Cyrille Drouin, de Sainte-Famille, vieille de plus de deux cents ans.La propriétaire actuelle, Mme Drouin, a bien voulu exposer, sous les yeux de notre photographe, les instruments aratoires de ses ancêtres qu'elle conserve pieusement : fléau, pelle à défourner, fourche à deux dents, tous trois en bois, faucille, gratte, etc.Photos La Revue Populaire 14 NOTRE ROMAN COMPLET MON FRERE JACK, rar.PAR EU DE MONDE, en cette fin de journée, dans la rande salle de la Bibliothèque Sainte- eneviève.Etudiants et étudiantes, chasseurs de documentation, vieux chercheurs chevronnés, beaucoup avaient préféré répondre à l'invite du Luxembourg, tout proche.La, sous les marronniers, circulait une brise fraîche, autrement agréable à respirer que cet air stagnant, au parfum de papier jauni, un peu lourd.si lourd même, que l'employé en uniforme, près de la porte, s'était assoupi sur sa chaise.L'homme fut rappelé à la réalité par une voix fluette, sifflante et volubile, qui réclamait : \u2014 Monsieur, s\u2019il vous plaît, dites-moi : Cilette .où est Cilette ?Je suis un peu myope.Je ne la vois pas, ma petite Cilette .CLAUDE FLEURANGE \u2014 Cilette ?\u2014 Oh! excusez-moi, Monsieur ! je vous parle de Cilette .Je ne sais plus où j'ai la tête.Elle se nomme, en réalité, Cécile.Cécile Fervières, la fille du professeur Fervières, de l'Institut.Je suis, moi, la propre sœur du professeur : mademoiselle Laurence Pervières.Un grand savant, mon frère, n'est-ce pas ?Je vous disais donc que je viens pour voir ma nièce, lui parler.Il le faut absolument.Une chose grave, urgente \u2026.L'employé, avec des yeux ronds, contemplait curieusement cette femme qui, en quête d\u2019une des habituées de la Bibliothèque, éprouvait le besoin de fournir tant d'explications.S'il lui trouvait un visage quelconque \u2014 un bon visage d'honnête personne, marqué au sceau de la \u20ac Ky & 3 La Revue POPULAIRE Kx 50 EX) 4 4 % Ra x cinquantaine bien sonnée \u2014 il pouvait s'étonner de I'accoutrement de la visiteuse.Des prétentions à l'élégance, certes, mais une élégance bien périmée ! De fait, la vieille demoiselle, comme une pièce de musée, était représentative de toute une lointaine époque, qu'on pouvait situer aux environs de 1910.Les yeux, toutefois, très bleus, restaient étonnamment jeunes.La voix aussi.Cette voix qui, d'une seule haleine enfilait les mots comme des perles.\u2014 Vous pensez bien, Monsieur, que sans cette chose grave et urgente, je ne me permettrais pas de venir déranger Cilette, en pleine besogne.En quittant la maison, ma nièce m'a dit qu'après son cours de biologie, elle irait travailler à la Bibliothèque.Alors.\u2014 Tantine ! Qu'est-ce que tu fais ici ? DÉCEMBRE 1940 C'était Cécile Fervières elle-même qui, intervenant, coupait court aux propos de sa tante, sa « tantine », comme elle avait accoutumé de dire depuis l'enfance.Du bout de table où elle était installée, la jeune fille avait surpris un bruit monotone, vers la porte.C'avait été quelque chose d'intermédiaire entre le bourdonnement du frelon et le ronron du chat.Quelque chose de familier, par surcroît.L'étudiante avait levé le nez, pour reconnaître aussitôt la visiteuse.Intriguée, vaguement inquiète, Cilette avait rangé en hâte ses papiers, rendu le livre qu'elle potassait et était accourue.Elle enchaînait : \u2014 Tantine, me diras-tu \u2014 Toute une histoire, ma chérie ! Et tu vas passer par les émotions que j'ai connues moi-même, depuis une heure.\u2014 En ce cas, pas ici.Viens.\u2014 Mais .ton travail ?\u2014 J'avais fini.Rien n'était moins certain.Ce qui, par contre, apparaissait clairement, c'est que Cécile Fervières se souciait peu de prendre à son compte une part de l'originalité qui émanait de toute la personne de Laurence Fervières.Déjà, elle avait surpris, dans la salle, des chuchotements ironiques, des rires étouffés.De là sa précipitation à entraîner la brave femme.Toutes deux descendirent les marches du grand escalier et, la porte franchie, se trouvèrent sur la place, face à l'écrasante masse du Panthéon, qui se détachait sur le fond bleu du ciel de juin.Dès les premiers pas : \u2014 Raconte vite, tantine ! \u2014 Eh bien, voilà : ton père est de retour.Cilette changea de couleur, joignit les mains, s'extasia : \u2014 Papa de retour ! Papa de retour! Oh! que je suis contente ! Mais alors, qu'est-ce que nous faisons ici ?Vite, un taxi! Vite à la maison ! \u2014 Attends, petite ! Je me suis mal exprimée, J'ai résumé l'événement par une formule qui n'est pas tout à fait exacte.J'ai anticipé.Oui, voilà le mot : anticipé.\u2014 Tantine, tu me mets au supplice ! Papa est-il la, oui ou non?\u2014 Non ! Mais il arrive ce soir à Paris.Il débarquera à la gare de Lyon sur le coup de neuf heures.\u2014 Comment sais-tu cela ?\u2014 Par un télégramme.Et comme ce télégramme était adressé à « Mlle Fervières » il pouvait être aussi bien pour moi que pour toi.Je l'ai donc ouvert.\u2014 Tu as bien fait.Je te remercie d'être venue me prévenir.Sans cela, je ne serais guère rentrée avant huit heures, surtout par ce beau temps.Je me serais privée ainsi d'une heure et demie de ma joie.Car je suis heureuse, bien heureuse ! On m'accuse souvent de froideur, d'indifférence, de frivolité.C'est bien possible.Mais dans les grandes circonstances, j'ai tout de même un cœur.Tiens, mets ta main.Hein, si ¢a tape bien, là-dessous ?\u2014 nul n'a jamais douté de ton cœur, ma Cilette ! ~ Si! \u2014 Qui donc?\u2014 Moi! Mais cela, c'est une autre histoire, une histoire qui ne regarde pas les vieilles filles ! Laurence Fervières fit mine d'être très fâchée.\u2014 Quand te décideras-tu à être respectueuse envers moi ?\u2014 Quand je ne t'aimerai plus, tantine.C'est aux gens que nous aimons le plus, que nous manquons volontiers de respect.S'ils se fâchent, on possède, tout prêt, le moyen de les calmer.Un bon sourire, comme ça.\u2014 Assez d'enfantillages, Cilette.Dis-moi plutôt: n'es-tu pas curieuse de jeter un coup d'œil sur la dépêche de ton père ?\u2014 Pourquoi ?Ne m'as-tu pas tout dit ?Papa débarque ce soir, à neuf heures, à la gare de Lyon.Qu'est-ce que tu veux que je demande de plus ?\u2014 C'est moi, ma chérie, qui te demande de prendre connaissance de ce télégramme, parce qu'il ya un mot.\u2014 Quel mot ?\u2014 .un mot que je ne comprends pas.\u2014 Explique-toi, tantine ! \u2014 Ton père est bien parti seul ?\u2014 Sans aucun doute.\u2014 C'est donc seul qu'il doit revenir ?\u2014 Evidemment .\u2014 Eh bien, regarde, lis.Pour ce qui est de la date, aucune erreur : 24-6-39.Nous sommes bien le 24 juin 1939.Mais il y a autre chose.Laurence Fervières avait tiré de son sac \u2014 un « réticule » à l'ancienne mode, lui aussi \u2014 le mes- sage du professeur.Elle l'ouvrait et le plaçait sous les yeux de Cilette, qui pouvait déchiffrer à mi- voix : « Nous serons à Paris ce soir, par rapide arrivant gare de Lyon environ 21 heures.» \u2014 Nous serons ., souligna la vieille demoiselle, sur un ton interrogatif, car c'était ce pluriel qui la frappait d'incompréhension.\u2014 Nous?.Nous?.répéta par deux fois la fille du professeur, tout interdite, elle aussi.Il avait un an, presque jour pour jour, que M.Fortuné Fervières \u2014 grand-officier dans l'ordre de la Légion d'honneur, membre de l'Institut, professeur au Collège de France et correspondant en France de nombreuses sociétés et académies étrangères, \u2014 était parti pour les Indes.Chargé d'une mission à caractère semi-officiel, le savant avait annoncé que ce serait là, également, un voyage d'études.Aux journalistes qui l'avaient interviewé au moment de son départ, il avait déclaré qu\u2019il comptait revenir riche des plus précieux enseignements, afin de pouvoir compléter, par quelque nouveau volume, son ouvrage déjà fameux sur le Mécanisme de l'Hérédité.L'hérédité, ses lois, ses exceptions, ses sources, ses effets, ses données et ses inconnues .voilà à quoi Fortuné Fervières avait consacré sa vie et son LE DERNIER SOUPIR DE L'ANNÉE L'aiguille au cadran d\u2019albâtre Va bientôt marquer minuit.Décembre s'évanouit, L'année expire; dans l\u2019âtre Danse une flamme bleuâtre, Et je rêve à l'an qui fuit.L'espoir riait sur ta mine; Quel fut ton œuvre, an qui meurs ?Hélas ! tes rayons charmeurs N\u2019ont pas chassé la bruine, Et toujours gît la ruine Dans le vide de nos cœurs.Minuit sonne, voici l'heure : J'entends, près de m'\u2019assoupir, S'élever, hurler, glapir, La bise sur ma demeure \u2026 Pauvre année, au vent qui pleure Jette ton dernier soupir ! ACHILLE MILLIEN labeur.Ses écrits, en la matière, faisaient autorité.Travailleur infatigable, le frère de Laurence jouissait de la complète estime du monde savant, où il était rarement discuté, tant on était certain qu'il n'avançait jamais rien dont il n'eût, auparavant, acquis l'irréfutable preuve.Ét tant de qualités réunies faisaient dire à Cilette, quand on lui reprochait le peu d'ardeur qu'elle apportait à préparer ses certificats de licence : « Pas ma faute ! Papa a monopolisé tout le courage et toute la science de la famille ! » Par un phénomène de réaction bien connu, la fille, en effet, était la vivante contradiction du père.Leur entente, néanmoins, demeurait parfaite.Ét si, d'aventure, il leur arrivait d'avoir quelque controverse, il suffisait que la tante Laurence s'en mêlät pour qu'ils se missent d'accord.à ses dépens.Elle le savait bien et, par abnégation, elle s'offrait souvent et volontairement en holocauste à la paix du foyer.Ce foyer, ne lui avait-elle pas tout sacrifié, quand la mort ayant frappé l'épouse du professeur, \u2014 il aurait bientôt dix-sept ans de cela, \u2014 Mlle Fervié- res était venu s'installer auprès du veuf et de l'orpheline ?Elle avait tenu la maison, élevé l'enfant, assuré au père la sécurité d'esprit indispensable à 15 ses travaux.Et Cilette n'avait pas trop souffert d'être privée de la maman dont, trop jeune pour se la rappeler, elle ne conservait le souvenir qu'au travers d'un saisissant portrait qui trônait dans le grand salon, au-dessus du piano.La jeune fille avait donc grandi, sans heurt, entre ces deux êtres dont l'affection ne lui avait jamais été marchandée.Et le premier vrai chagrin que lui eût causé son père, avait été précisément ce voyage aux Indes.Mais le voyage était terminé.Fortuné Fervières, débarqué à Marseille deux jours auparavant \u2014 il s'y était attardé pour voir un vieil ami qui habitait Aix-en-Provence \u2014 serait de retour à Paris ce soir.Et Cilette, comme elle l'avait dit, était heureuse, heureuse.Cependant, il y avait ce nous.ce nous sur lequel Laurence avait attiré son attention.ce nous qui les intriguait si fort, toutes les deux.Elles venaient de s'engager dans le Luxembourg.C'était le plus court chemin \u2014 le plus agréable aussi \u2014 pour gagner la rue Guynemer, où s'élevait l\u2019hôtel particulier que le savant avait acquis au lendemain de la mort de sa femme.\u2014 Tantine, demandait Cilette, qu'est-ce que mon père veut dire ?As-tu une idée ?\u2014 Tu penses bien que j'y ai réfléchi.J'ai fait toutes sortes de suppositions.Il en est deux que j'ai cru pouvoir retenir.\u2014 J'écoute.\u2014 Tout d'abord, ce nous peut être tout bonnement d'une erreur de transcription.Ton père a très bien pu mettre je et l'employé des postes a lu nous.2 Non ! L'accord du verbe suffisait à renseigner cet employé.On ne peut confondre arrive et arrivons.\u2014 Ma seconde hypothèse est que mon frère a décidé son vieil ami d'Aix à l'accompagner à Paris et à venir passer quelques jours à la maison.\u2014 M.Valeroy ?Tu parles de M.Valeroy ?Tu ne te souviens donc pas que papa nous l\u2019a toujours dépeint comme un ours, un ermite irrémédiablement attaché à sa petite maison provençale, détestant le monde, l'agitation, les voyages.Non ! tu n'y es pas, tantine.Et moi, pour expliquer ce nous, je crois plutôt à une surprise que mon grand savant de père veut nous faire.Comme il est parfois un peu distrait, il s'est trahi en nous télégraphiant.\u2014 Quelle surprise, Cilette ?La jeune fille, souriante et rose de la joie promise, partit aussitôt dans une longue énumération, passant en revue toutes les possibilités.Elle alla d'un jeune serviteur hindou \u2014 qui ouvrirait la porte et répondrait au téléphone \u2014 à un petit tigre \u2014 qu'il faudrait élever au biberon, en attendant le jour où griffes et crocs lui poussant, on en ferait don au Zoo de Vincennes.Il y eut encore, dans les suppositions de Cécile Fervières, le rajah magnifique, avec qui le professeur s'était peut-être lié d'amitié, et qui venait mener la grande vie à Paris., et la « fille des parias » \u2014 comme on chante dans Lakmé \u2014 arrachée a son triste sort, laissant émerger, de ses voiles blancs, un visage ocre et des mains jointes en un geste de gratitude à l'égard de son bienfaiteur.\u2014 Quelle imagination ! complimenta Laurence, égayée.i \u2014 J'arrête les frais! décida Cilette.Je ne vais tout de même pas attraper une migraine à déchiffrer une énigme dont j'aurai la clef dans deux heures d'ici.D'un geste machinal, elle venait de porter la main à son front, bousculant des mèches blondes.Elle marquait soudain sa surprise: \u2014 Mon chapeau ! J'ai oublié mon chapeau à la Bibliothèque.Mais oui .je me souviens : je l'avais posé sur la table, près de moi\u2026 \u2014 Il faut aller vite le rechercher ! \u2014 Bah! Je le retrouverai demain.Quelqu'un le ramassera et le mettra de côté.Et si je ne le retrouve pas, tant pis ! \u2014 Tu en parles à l'aise.Un chapeau de chez « Léone et Léone ».C'est bien ton petit bleu, avec un nœud plat?Tu as l'air de t'en moquer, ma parole ! La jeune fille eut toutes les peines du monde à persuader sa tante que cet incident, auprès du grand événement qui se préparait \u2014 le retour de M.Fer- vières \u2014 était de peu d'importance.\u2014 Peu d'importance .peu d'importance ! grommela encore Laurence.D'abord, tout a de l'importance dans la vie.Un petit fait, que nous jugeons négligeable, a parfois des conséquences considéra- es ! La vieille demoiselle \u2014 nous le verrons \u2014 ne croyait pas si bien dire \u2026.Elle poursuivait : \u2014 Et puis, il s'agit d'un chapeau tout neuf, que tu avais bien payé cinquante ou soixante francs. 16 Cécile se détourna pour pouffer.Elle savait, par expérience personnelle, que le plus modeste « bibi » sorti des ateliers de « Léone et Léone », les célèbres modestes de la rue Royale, était facturé au quintuple de la somme énoncée par Laurence.Mais cette façon de tout chiffrer aux prix d'il y a vingt-cinq ans, était aussi dans Îles habitudes \\de l'excellente créature.Elle n'arrivent pas à s'adapter.Elle s'indignait souvent, à la lecture des catalogues ou lorsqu'elle épluchait les notes des fournisseurs.t que de fois elle soupirait : « De mon temps.» sans se rendre compte que cette formule, plus que les rides ou les cheveux blancs, vieillit terriblement quiconque l'emploie.Le Luxembourg traversé, la tante et la nièce n'eurent qu'à obliquer sur leur gauche, dans la rue Guynemer, pour ateindre leur hôtel.C'était une charmante demeure, édifiée à la fin du siècle dernier et où, dès le seuil franchi, on pouvait rendre hommage aux qualités de maîtresse de maison de Laurence Fer- vières.Tout y apparaissait confortable, ordonné, luisant.Sous la douce, mais vigilante autorité de la sœur du professeur, trois domestiques assuraient le service.Ils étaient, pour l'instant, fort affairés, car leur « patronne », avant de se rendre à la Bibliothèque Sainte- Geneviève, avait annoncé la proche arrivée du professeur et avait donné des ordres pour qu\u2019on aérât bien la chambre de « Monsieur », pour qu'il y eût des fleurs dans les vases \u2014 il les aimait beaucoup \u2014 et pour qu'un souper l'attendît, car on pou- Vait croire qu'il aurait négligé de diner dans le train.Cette dernière précauton fut hautement appréciée par Cécile.\u2014 C'est cela.Nous souperons ensemble, tous les trois.Tous les quatre, veux-je dire, puisque papa ramène « quelqu'un » avec lui.Qui ?Décidément, plus je me pose cette question, moins je trouve la réponse.« De toute façon, elle sera charmante, cette dinette.Et pour l'ns- tant, je sens que je serais incapable d'avaler une seule bouchée.La joie, sans doute.C'est comme quand j'étais petite et que l'on m'emmenait au cirque.Je ne pouvais jamais manger avant le spectacle.« Puis-je t'aider à quelque chose, tantine ?\u2014 Oui, ma chérie.Fais le tour de la maison.Vois sirien ne cloche.La jeune fille obéit.Elle traversa la salle à manger, le fumoir, puis pénétra dans le grand salon, qui n'avait guère servi depuis que Fortuné Fervières était parti.Un an durant, les meubles avaient reposé dans la pénombre, sous leurs housses.Et pourtant, pas un seul jour sans que Cilette ne se glissât dans cette vaste pièce.À chacune de ses visites, elle avait longuement contemplé le grand tableau, dressé au-dessus du piano.Là, dans son cadre d'or, une jeune femme souriait : Mme Fortuné Fer- vières, dont les traits avaient été fixés sur la toile, l'année même de sa mort.Cécile aimait ce portrait, dû au pinceau d'un peintre célèbre, aujour- d'hui disparu, Devant lui, elle se recueillait, devenait songeuse et grave.Elle ne se retirait jamais sans avoir adressé un long sourire à la chère image, Sa visite terminée, elle se sentait meilleure et comme protégée contre des adversaires qu'elle ne définissait pas bien.Aujourd'hui, Cilette venait à peine de s'immobiliser près du piano, quand elle fut rejointe par le valet de chambre.\u2014 Qu'est-ce que c'est, Félix ?\u2014 Que Mademoiselle m'excuse.Il y a là un monsieur qui demande à voir Mademoiselle.Voici sa carte.\u2014 Jean Delisle ?Connais pas.\u2014 Cela m'étonne, Mademoiselle.Monsieur, lui, a l'air de très bien connaître Mademoiselle.Comme je croyais utile de l'interroger sur l'objet de sa visite \u2014 sait-on jamais à qui on a affaire?\u2019 \u2014 il m'a dit : « Nous travaillons régulièrement ensemble à la Bibliothèque Sainte-Ge- neviève, Mlle Fervières et moi.Nous nous sommes encore vus cet après- midi.» \u2014 Ah! Il a dit cela?Eh bien.faites entrer.\u2014 Ici, Mademoiselle ?\u2014 Non ; dans le jardin d'hiver.Le jardin d'hiver était une galerie vitrée, qui occupait, au rez-de-chaussée, la façade de la maison.On y trouvait des plantes vertes, des corbeilles de fleurs, toute une végétation encadrant des sièges confortables et formant autant de coins et de recoins propices aux conversations, aux parties de bridge, à la lecture.Ce fut là que Cécile, sans avoir pu deviner qui était au juste le visiteur, ne tarda pas à faire son apparition.Dès le premier regard, elle fut fixée.Elle aussi connaissait \u2014 de vue seulement \u2014 cet étudiant qui, comme elle, venait presque quotidiennement à la Bibliothèque.Il arrivait toujours à la même heure : un peu après six heures.Il s'nstallait rapidement, en garçon qui n'a pas de temps a gaspiller.Choisissait-il sa place ou bien le hasard, on faisant de lui le vis-a-vis de Cécile Fervières, était-il le seul responsable ?On ne savait.Mais la jeune fille convenait que ce camarade.qu'elle voyait depuis le mois d'octobre, avait toujours fait montre de la plus grande discrétion.À deux ou trois reprises, pourtant, il lui avait souri.Mais cela avait été très furtif, comme empreint d'une intolérable gêne et sans jamais laisser à Cécile la possibilité de se montrer indulgente ou réprobatrice.Qui était-il au juste ?Quelles études poursuivait-il ?Et que venait-il faire ici ?Chaque jour, il avait toute facilité pour lier conversation avec Mille Fervières.Il ne l'avait jamais fait.Un motif impérieux avait donc guidé ses pas jusqu'à la rue Guynemer.Lequel ?Cilette, qui venait de se poser toutes ces questions, pensa qu'elle n'allait pas tarder à être fixée.Le visiteur, en effet, après s'être correctement incliné, s'avançait d'un pas et triomphant visiblement d\u2019un grand embarras, débutait : \u2014 Je m'excuse, Mademoiselle.Je suis peut-être importun ., Mais j'ai cru bien faire en vous rapportant.ceci ! Il avait dégagé de derrière son dos sa main gauche, jusqu'ici invisible.Et cette main tendait à la jeune fille un petit chapeau de feutre bleu, très souple et simplement orné d'un nœud plat.\u2014 Mon chapeau! Eh bien, c'est ma tante qui va être contente.Elle en aurait fait une maladie, s\u2019il avait été à jamais perdu.Je vous remercie, Monsieur, et.Elle s'interrompit brusquement.Deux impressions, d'un même coup, s'abattaient sur elle.En premier lieu, Cécile Fervières « découvrait » le jeune homme.Sans doute était-il bien celui qu\u2019elle voyait journellement ; mais jamais elle n'avait eu l'occasion, comme en ce moment, de détailler sa silhouette et ses traits.N Il était un peu plus grand qu'elle ne l'avait imaginé.Il avait un visage pâle, avec des yeux profonds et sombres, aux reflets mordorés.Ses cheveux, d'un beau brun, étaient abondants, très indisciplinés.Quant à la mise, elle apparaissait celle d'un garçon qui dédaigne toute coquetterie.Mais il est des gens a qui un certain négligé convient.Tel était le cas de Jean Delille.Du moins était-ce là l'opinion de Mlle Ferviè- res.Son opinion du moment.Quant à la seconde impression enregistrée par la fille du professeur, elle était faite de curiosité.Celle-ci l'emporta bientôt : \u2014Comment avez-vous su que ce chapeau m'appartenait ?\u2014 Vous l'aviez abandonné à votre place.Il y avait d'ailleurs très péu de monde à la Bibliothèque, aujourd'hui.Le doute n'était pas permis.\u2014 C'est juste.Mais vous ne me connaissiez pas.Vous ignoriez mon nom, mon adresse.Et vous êtes parvenu à me rejoindre chez moi.\u2014En moins d'une heure ! précisa Jean Delille, non sans quelque fierté.\u2014 Expliquez-moi.\u2014 C'est bien simple.Déjà ils avaient abandonné les formules du début de leur entretien.Ils renonçaient à se dire « monsieur » et « mademoiselle».Un invisible lien \u2014 leur études \u2014 les rapprochait et supprimait les barrières sociales, qui certainement, devaient exister entre eux.Cecile, toute souriante, s'empressait : \u2014 Auparavant, permettez que je vous débarrasse.\u2014 Cela, je ne demande pas mieux ! Déjà, en traversant le Luxembourg avec ce chapeau à la main, je me suis taillé un joli petit succès.Comme j'avais peur de l'abîmer, je l'avais posé sur mon poing, que je brandissais bien droit, un peu éloigné de moi.11 fit le geste.Cécile éclata de rire.Il rit aussi, accepta le siège qui lui était désigné, puis raconta l'histoire.Elle tenait en peu de mots : il y avait, à l'intérieur du chapeau, cousue sur la coiffe, une « griffe», c'est- à-dire le nom et l'adresse de la modiste.Un coup de téléphone chez « Léone et Léone » .et le tour avait été joué.\u2014 J'ai déclaré que j'avais trouvé un chapeau.J'ai dépeint ce chapeau.\u2014 Et l'on vous a dit à qui il appartenait ?\u2014 Pas tout de suite.Il a fallu que je dépeigne aussi la cliente, c'est-à- dire la propriétaire de ce ravissant couvre-chef.\u2014 Tiens! tiens ! tiens! Je serais curieuse de le connaître, ce portrait que vous avez fait de moi.\u2014 1 n'a eu qu\u2019un mérite : celui d'être ressemblant, puisqu'on a su tout de suite de qui il s'agissait.\u2014 Dites, pour voir.Cilette, en conviant ainsi le jeune homme à se répéter, ne se jugeait pas coupable de icoquetterie.Elle dédaignait de pareilles ruses.Elle se fut méprisée elle-même, si elle avait cherché, en cette occasion comme en toute autre, à provoquer des hommages.Les compliments la laissaient indifférente.Si elle se montrait souvent élégante et si, hiver comme été, rien ne manquait à sa garde-robe, le mérite en revenait, non pas à elle, mais a !'argent paternel dont elle disposait largement.Celui-ci se décidait.Sans trop oser regarder son auditrice, il débitait : \u2014 J'ai dit qu'elle était.blonde.Non pas de ce blond bébête qu'on voit aux personnages des chromos, mais d'un blond chaud, avec des reflets de métal.c\u2019est cela : du métal.Et j'insiste : un blond intelligent, bien personnel, pas le blond de tout LA Revue POPULAIRE le monde, quoi! Les prunelles ne sont pas aussi bleues que ce blond l'exi- \u2018gerait.Non! Elles sont.Imaginez e vert transparent des glaciers, sous le soleil.Voilà ce qu'eles sont.En mieux, bien entendu.En plus chaud, surtout ! Quant aux lèvres.Cécile ne pouvait en écouter, en tolérer davantage Elle se leva et, à demi-courroucée : \u2014 Vous avez dit tout cela, dans le téléphone ?\u2014 Non ! Rassurez-vous.J'ai résumé.Mais j'aurais pu tout bien le dire, puisque je le pensais.Le ton de Cilette se fit acerbe : \u2014 Mes compliments ! Vous avez un joli talent descriptif et un réel don des couleurs.Vous auriez dû vous consacrer aux Beaux-Arts, a la peinture.\u2014 Peut-être.Mais j'ai choisi une toute autre voie.Je sors de l'Institut de Chimie.Je suis employé dans un laboratoire, rue d'Ulm.Ce qui ne m'empêche pas de poursuivre mes études et de m'intéresser à d'autres branches de la culture humaine.C'est pourquoi vous me voyez tous les soirs \u2014 ou presque \u2014 a la Biblio- théque.~ Ah?\u2014 J'y suis même votre voisin, bien souvent.\u2014 Première nouvelle.Excusez- moi.Je ne vous avais jamais remar- ué.a La, Mlle Ferviéres s'abaissait à un mensonge.Mais elle le jugeait nécessaire.Elle voulait faire comprendre à ce garçon combien ses manières, à l'instant, lui avaient déplu, Elle coupait court, ainsi, au banal marivaudage qu'il avait amorcé, quand il lui avait parlé de ses cheveux «d'un blond intelligent » et de ses yeux « couleur de glacier ».Elle l'avait reçu gentiment, en bonne camarade, lui sachant un gré sincère d'avoir pris la peine de lui rapporter son chapeau.L'entretien aurait pu se prolonger.Le jeune homme ne devait donc s'en prendre qu'à lui- même et à son incorrection, si, à présent, Cécile se levait, lui indiquant ainsi ce qu'il lui restait à faire.Jean Délille comprit et s\u2019achemina vers la porte.Läà, reprenant le ton du début, il demanda : \u2014 Avant de me retirer, mademoiselle, je voudrais savoir si mes suppositions sont justes et si vous êtes bien la fille de M.Fortuné Ferviè- res, l'éminent professeur au Collège de France, le célèbre biologiste, l'auteur du Mécanisme de l'Hérédité ?Cecile répondit d\u2019un simple signe de tête.Elle entendit le jeune homme qui s'extasiait : \u2014 Oh! que je suis heureux et fier d'avoir pu pénétrer dans cette maison, la maison de Fortuné Fervières! «Il faut vous dire, Mademoiselle, que je cultive la plus grande admiration pour Monsieur votre père.Je connais son œuvre.Je l'ai étudiée à fond.C'est une chose remarquable ! Il y a là une véritable mine de science.Je dois vous confier aussi que ces questions, sur l'hérédité, me passionnent parce que.parce que.\u2014 Parce que ?encouragea Cilette, saisie d'une involontaire curiosité.\u2014 Non ! pas aujourd'hui, mademoiselle.Je vous raconterai cela une autre fois, si l'occasion se présente.Au revoir, au revoir.La minute suivante, la jeune fille \u2014 Qui avait sonné Félix, afin qu'il reconduisit le visiteur \u2014 se retrouvait seule.Elle n'était plus courroucée.Elle se reprochait même de s'être montrée trop distante pour l'admirateur de Fortuné Fervières.Il est vrai qu\u2019au moment où elle avait rabroué Jean Delille, celui-ci ne lui avait pas encore confié les sentiments qu'il \u2014 0 J \u2014\u2014\u2014 DÉCEMBRE 1940 éprouvait à l'égard du savant et de son œuvre.Cilette en était là de ses pensées \u2014 des pensées qui n'étaient pas nouvelles pour elle \u2014 quand sa tante surgit, dans le jardin d'hiver.\u2014 On m'a dit que tu avais une visite ?\u2014 Oui.Un camarade de la Bibliothèque, qui est venu me rapporter mon chapeau.\u2014 Quel bonheur ! Tu le disais bien qu'il n'était pas perdu! Au moins, as-tu remercié cet aimable jeune homme ?\u2014 Mais oui, tantine, mais oui.\u2014 J'aurais bien voulu le voir.Comment est-il ?\u2014 En quoi cela peut-il t'intéresser?Laurence ne répondit pas tout de suite.Ce fut après une longue hésitation et comme si ce qu'elle allait dire avait une importance démesurée, qu'elle se décida : \u2014 Vois-tu, ma Cilette, il y a une chose qui m'étonne.Tu as vingt ans.Tu n\u2019es pas plus laide qu'une autre ; je dirai même que tu es plus jolie que beaucoup d'autres.Tu as oublié d'être sotte.Tu es gaie, enjouée, spirituelle .\u2014 N'en jette plus, tantine ! Je vois très bien où tu veux en venir, avec ce tombereau de compliments que tu déverses sur ma tête, sans égard pour ma modestie.L'entretien, entre la tante et la nièce, ne se fut peut-être pas terminé là si, à ce moment, un nouveau personnage \u2014 un jeune homme d'environ vingt-cinq ans \u2014 n'avait fait son apparition.Sa façon d'entrer, son sourire, ses poignées de mains désinvoltes, tout le désignait pour être un des familiers de la maison.Il s'agissait, en effet, d'un vague petit-cousin de Cécile : Bob de Rouvres, qu'on voyait très souvent rue Guynemer, où il avait toujours son couvert mis.Ce garçon aux cheveux fadasses, aux yeux globuleux plantés dans un visage blafard, grand et maigre, si grand et si maigre qu'il en était comme efflanqué, offrait l'image même de l'insignifiance.Sa voix, haut perchée, et qu'affligeait un léger zézaiement, s'exclamait : \u2014 Qu'est-ce que Félix m'apprend?II paraît que l'oncle Fortuné rapplique ce soir ! Chouette ! J'irai le cueillir à la gare, avec toi, ma petite Ci- lette, avec tante Laurence aussi.si toutefois vous n'y voyez pas d'inconvénient, l'une ou l'autre \u2014 Précisément, dit Cécile, j'y vois un inconvénent.\u2014 Ah ! Lequel ?.\u2014 Tu devrais comprendre de toi- même : il y a un an que mon père est parti, un an que nous ne l'avons pas vu.La minute de son retour doit conserver un caractère d'intimité.Il est tout naturel que sa sœur et sa fille aillent l'attendre sur le quai de la gare; mais.\u2014 Bon! Vu! coupa Bob.Je me contenterai donc de dîner avec vous.Ensuite je m'éclipserai.Les amateurs de livres peuvent se diviser en trois catégories : les dilettantes qui aiment les belles reliures et les éditions rares; les esprits curieux et gourmands aux- Quels le contenu seul importe : enfin, il y a les véritables amis des livres qui ont des auteurs de prédilection et qui aiment à les fréquenter lorsqu'ils sont revêtus de leurs plus somptueux atours.Les personnes qui appartiennent à l'une ou l'autre de ces trois catégories sont parfaitement d'accord sur quelques points essentiels : ne jamais prêter un volume à quiconque vous en à déjà égaré ou abimé un, ranger soigneusement sa bibliothèque et ne permettre à personne d'y fouiller en votre absence.\u2014 Je regrette, mais nous ne dinons pas, aujourd'hui.Nous souperons seulement, avec papa.\u2014 Décidément, je n'ai pas de chance ! Laurence Fervières venait de disparaître en riant ; le cousin se rapprocha davantage de Cécile, Il soupira, puis : \u2014 Avant que je m'en aille, dis-moi au moins quelque chose de gentil.quelque chose qui me tiendra compagnie, au restaurant où je vais aller m'asseoir, mélancolique et solitaire .La jeune fille ne se hâtait pas d'accéder à ce désir.Bob de Rouvres reprit, un peu tremblant : \u2014 Tu sais que je t'aime toujours, Cilette ?\u2014 Comment ne le saurais-je pas ?Nous étions des enfants que j'entendais déjà ce refrain.\u2014 Alors, toi ?\u2014 Moi aussi, je t'aime bien, mon petit Bob.Je te l'ai dit mille fois.Et je t'ai même promis, en gage de mon affection, que tu serais garçon d'honneur à mon mariage.\u2014 Ton mariage.\u2014 Bien sûr ! avec un autre ?\u2014 Ce que tu peux être rosse, tout de même ! \u2014 Mais non, je ne suis pas rosse.Je suis juste et même charitable.Je ne veux pas que mon cousin Bob aille se faire des illusions, pour être malheureux après.Grâce à ma méthode, il est fixé sur mes sentiments.\u2014 Dieu que je souffre ! \u2014 Dieu que tu es drôle ! \u2014 Tu me crois pas, Cilette ?\u2014 Non ! car tu ne te crois pas toi- même.Je te connais, vieux Bob.Ton amour pour moi fait partie du personnage que tu t'es composé et qui se complait dans ce rôle de soupirant rabroué.Ft avoue que tu ferais une singulière grimace si, subitement, je te sautais au cou en te déclarant que je consens à devenir madame Bob de Rouvres ! \u2014 Dire qu'il y a du vrai, dans ce que tu racontes là ! \u2014 Et puis?.\u2014 C'est tout pour aujourd'hui.Ce n'est déja pas si mal.CHAPITRE 11 A VEC quelques minutes de retard sur l'horaire, le rapide de Mar- 17 seille, pénétrait lentement sous le hall de la gare.La locomotive, monstre haletant, stoppa au butoir.Le train tout entier commença de décharger sa vivante cargaison.Et maintenant que le train était là, la double méditation des deux femmes sombrait sous l'assaut des réalités.Elles étaient restées près du portillon.C'était à qui, la première, découvrirait la silhouette du professeur.Une sorte de compétition était ouverte.Cilette gagna.\u2014 Papa ! Et elle prit son élan, remontant le courant des gens qui se dirigeaient vers la sortie, évitant les chariots zigzaguant, pour arriver enfin devant le voyageur qu'elle avait découvert, deviné plutôt, parmi tant d'autres.\u2014 Papa ! répétait-elle, littéralement suspendue au cou de l'arrivant.Fortuné Fervières n'était pas de ces savants qu'on se plaît à représenter usés par leurs travaux, jaunis et desséchés par les interminables heu- 18 res passées dans le laboratoire ou le bureau.Tout au contraire, au delà du cap de la cinquantaine, le père de Cilette donnait une impression de robustesse et de santé, qui étonnait généralement quiconque l'approchait pour la première fois.Son entourage savait aussi que ce n'était pas là simple apparence et qu'à un bel équilibre moral, le professeur joignait un parfait équilibre physique.Laurence Fervières s'était approchée.De bonne grâce, elle laissait la première place à Cécile.Elle savait que son tour viendrait.Mais sans doute fut-elle un peu déçue, quand le professeur, sans remarquer sa présence, se dégagea de l'étreinte de son enfant et dit : \u2014 Il serait peut-être temps que je fasse les présentations.La jeune fille émergea de l'ivresse où elle avait glissé.Son intérêt s'éveilla.Celui de la tante Laurence aussi, bien sûr.Toutes deux allaient enfin connaître ce personnage qui avait permis au professeur de télégraphier : « Nous serons à Paris ce soir.» Fortuné Fervières, en effet, pivotait légèrement sur lui-même, cherchant quelqu'un du regard, quelqu'un qui, jusqu'ici, s'était tenu discrètement à l'écart.On le vit sourire au visage que ses yeux découvrirent, puis faire quelques pas et rejoindre une femme qui était visiblement attentive à tout ce qui se passait.ne femme.De cette voyageuse \u2014 car.de toute évdence, elle descendait aussi du train, \u2014 Cécile ne remarqua tout d'abord que la silhouette assez dégagée, et le costume: un tailleur en tweed de teinte neutre, au revers orné d'œillets naturels, le tout complété d'un renard argenté.\u2014 Chère amie.voici Cécile, ma fille, dont je vous ai tant parlé.Puis ces autres mots, marqués d'un peu d'émotion : \u2014 Ma petite Cilette, je te présente lady Walker Leigthon, ta future maman.Il est des syllabes lourdes comme le plomb, briilantes comme le feu.des syllabes qui brisent, pénètrent, anéantissent.Celles qui venaient de frapper l'oreille de Cécile Fervières avaient de ces cruautés-là.Elles bruissaient, bourdonnaient, multipliaient leurs échos : «ta future maman».«ta future maman » \u2026 Mais non ! Ce n'était pas possible ! Elle ne pouvait pas croire que son Pêre eût pris, comme cela, sans l'en avertir, la décision de se remarier .\u2026.La pauvre petite, alors, ne sut plus ce qu'elle devait croire.Et son joli visage refléta tant de douloureuse incompréhension, que Fortuné Fer- vières, commençant à soupçonner la vérité, demanda : \u2014 Ah! ça .Est-ce que tu n'aurais pas reçu ma lettre, ma petite Cilette ?La jeune fille balança négativement la tête.Eût-elle voulu répondre, qu'elle n'eût pas trouvé le souf- fe nécessaire.Son père enchaînait : \u2014 Je m'explique ta surprise, à présent.Maudite administration des postes ! Voila bien de tes coups ! M.Fervières affectait de plaisanter ; mais on le sentait profondément contrarié.Il connaissait trop bien sa fille, pour ne pas la deviner sévèrement atteinte dans une sensibilité qu'elle manifestait rarement, mais qui pourtant était très developpée.Quelqu'un sur qui le malaise rejaillissait, c'était la bonne Laurence Fervières.Elle aussi, avait entehdu > les mots de présentation et n'en avait pas cru ses oreilles.Quant à lady Walker Leigthon, elle demeurait très à son aise, comme si le petit drame qui venait de se dérouler, sous ses yeux et à cause d'elle, lui demeurait parfaitement étranger.Ayant attendu vainement que Cilet- te parlât la première, elle s'adressait\u2019 à elle : \u2014 Bonjour, petit.Je suis très.très heureuse de vous connaître.Avant même de vous voir, je me doutais bien que je vous aimerais beaucoup.Mais maintenant, j'en suis tout à fait sûre.La voix était un peu brève et saccadée.Elle dénotait une femme de décision.Mais l'accent britannique, très marqué, dotait les intonations d'une saveur pittoresque, propre à en atténuer la rudesse.Peut-être la phrase avait-elle été préparée par avance.En tous cas, Cécile Fervières ne méritait guère qu'on lui parlat ainsi.Elle n'avait pas desserré les le- vres.T'out sourire s'était éteint sur sa face.Elle n'avait même pas honoré d'un nouveau regard cette femme, qui surgissait dans sa vie à la façon d'un personnage que son imagination n'eût jamais osé concevoir.Sans s'offenser de l'accueil qui lui était réservé, lady Walker Leigthon poursuivait : \u2014 Je l'ai dit bien souvent à votre père : il faudra que nous devenions de grandes amies, cette petite et moi.Pour la seconde fois, en l'espace d'une minute, Cilette était ainsi traitée de « petite », par l'étrangère.Elle ne voulait pas voir là un terme d'affection, mais l'intention de la rabaisser au niveau des enfants.Cette pensée lui fut intolérable.Un secret ressort joua en elle, qui lui fit tourner la tête et regarder l'Anglaise bien en face, pour la première fois.Elle lui trouva un visage aux traits, sinon anguleux, du moins passablement accusés.Les muscles de la mâchoire saillaient un peu.Signe de vo- lont*, dit-on Les yeux étaient clairs, très lumineux.Une autre que Cilette v eût découvert bonté et intelligence.La jeune fille n'y vit encore qu'un besoin de domination.Et elle crut être tout à fait sûre de son jugement, quand lady Walker Leigthon tanca vertement les deux porteurs qui s\u2019étaient emparés des nombreux bagages et qui, à son gré, devançaient les voyaqeurs d'un pas trop rapide : \u2014 Hé ! garçons .Vous allez vite, beaucoup trop vite.Vous ne savez donc pas que nous sommes en train de faire connaissance, ma fille et moi! Cécile crut qu'elle allait défaillir.Cette bonhomie, qu'affectait lady Walker Leigthon, achevait de la meurtrir.Elle chercha un secours auprès de Laurence Fervières qui, pendant tout ce qui précède, n'avait obéi qu'à des réflexes machinaux, lorsqu'elle avait embrassé son frère et serré la main de l'étrangère, car la vieille demoiselle n'était pas moins atterrée que sa nièce.Toutes deux se donnèrent le bras, chacune communiquant à l'autre le tremblement de son corps.La voiture démarra.Tout le long du trajet, lady Walker Leigthon, s'intéressant à tout ce qu'elle découvrait, ne cessa guère de poser des questions.Elle était déjà venue à Paris, expliquait-elle ; mais il y avait de cela fort longtemps.Elle ne croyait pas avoir jamais visité les quartiers qu'on traversait en ce moment.Le professeur fournissait des explications.Laurence et Cécile n'avaient aucun rôle à jouer.Elles pouvaient s'abandonner, l'une et l'autre, aux pensées que l'événement précipitait en elles.Ce fut enfin l'arrivée rue Guyne- mer.À peine la voiture venait-elle de stopper, que la jeune fille et sa tante échangèrent un regard.Elles n'eurent pas besoin de parler pour se comprendre.Elles se demandaient s'il était dans les intentions de M.Fer- vières d'installer tout de suite chez lui, sous le même toit que son enfant, celle qu'il comptait épouser.Mais le savant s'empressait d'annoncer : \u2014 Lady Leigthon possède à Paris de bons amis, qui habitent le quartier des Invalides et chez qui elle compte vivre momentanément.Mais j'ai tenu à ce que sa première visite fût pour le foyer qui sera heureux et fier de l'accueillir bientôt.Après un temps, Fortuné Fervières ajouta gravement : \u2014 De l'accueilir.à jamais ! Il fut récompensé de ces mots par le geste que fit l'Anglaise, en lui tendant une main qu'il saisit et porta à ses lèvres.I appartenait à la jeune fille de la maison de piloter l'étrangère.Mais Cécile ayant feint de ne pas comprendre, Laurence Fervières se chargea de ce soin.Le père et la fille furent donc seuls.Ce n'était pas pour bien longtemps.Ne devaient-ils pas utiliser ces pauvres minutes à échanger quelques graves paroles et, surtout, à se donner mutuellement la garantie que rien n'était changé entre eux ?Mais peut-être parce qu'ils avaient trop de choses à se dire, peut-être encore parce qu'une indicible gêne dressait comme une muraille, ils ne parlèrent pas tout de suite.Puis, quand Fortuné Fervières desserra les lèvres, ce fut pour une banalité : \u2014 Tu feras mettre un couvert de plus, Cilette.Comme elle ne répondait rien, le savant reprit : \u2014 Evidemment, tu ne pouvais pas prévoir.Ah! je ne saurais te dire combien je regrette que cette lettre ne te soit pas parvenue en temps utile.T'u l'auras demain matin, sans doute, au premier courrier.Elle ne servira plus à grand'chose, car d'ici là, tu auras eu le temps de connaître et d'apprécier l'excellente femme quest lady Leigthon.~ Te ne crois pas, papa ! interrompit Cilette, sous le coup d'une de ces impulsions qui ne nous laissent pas le loisir de la réflexion.\u2014 Pourquoi dis-tu cela ?\u2014 Parce que je vais te demander la permission de ne pas assister à ce souper et de me retirer tout de suite dans ma chambre.L'air un peu soupçonneux.M.Fer- vières interrogea : \u2014 La migraine, peut-être ?\u2014 Oui, c'est cela, papa.\u2014 Je devrai donc t'excuser auprès de notre invitée ?\u2014 Je te le demande .La jeune fille, qui subissait l'ardent besoin de se retrouver seule afin de pouvoir mettre un peu d'ordre dans ses pensées, voulut prendre rapidement congé de son père.Mais comme elle se rapprochait de lui et offrait son front, il la saisit aux épaules, différa le moment de l'embrasser et, d'une voix un peu assourdie, demanda, en plongeant son regard dans le sien : \u2014 Tu as de la peine, Cilette ?\u2014 Beaucoup, oui! ne put-elle retenir.\u2014 Et.tu m'en veux?Malgré sa douleur et sa déception, elle eut un élan.\u2014 Cela.jamais! fit-elle, en se jetant au cou du savant.La Revue POPULAIRE Îls restèrent ainsi réunis, communiant dans la même certitude de ne pas s'aimer moins qu'avant.Et cela jusqu'au moment où un bruit de voix annonça la proche réapparition de lady Walker Leigthon.\u2014 Je me sauve vite! Cécile, presque mutine.Un dernier baiser.Et le couloir voisin, puis l'escalier, retentirent du bruit des pas précipités de celle ui, en ces instants, avait un peu l'air d\u2019une gamine qui vient de jouer un bon tour.Au premier étage, Cilette réintégra sa chambre et vint s'écrouler dans un petit fauteuil « crapaud », tendu de satin crème, qu\u2019elle affectionnait particulièrement.\u2014 Qu'est cela ?Cécile, arrachée à sa méditation, venait de prononcer ces mots en découvrant, non sans surprise, une gerbe de magnifiques roses blanches, des roses inconnues qu'une main avait déposées dans sa chambre, pendant son absence.Une femme de chambre se présenta.\u2014 Blanche, Heurs ?\u2014 C'est un livreur qui les a apportées, il y a une heure environ.J'aurais peut-être dû les mettre dans l'eau.Mais je n'ai pas osé toucher à l'enveloppe qui est épinglée.\u2026.\u2014 C'est bien, Blanche.Je vous remercie.Ah! Encore un mot.on est à table ?\u2014 Pas encore, Mademoiselle.Mais cela ne saurait tarder.Quand Mademoiselle a sonné, Mlle Laurence venait de dire de servir.La femme de chambre ayant disparu, Cécile Fervières se décida enfin à transformer en certitude la supposition qu'elle avait faite.De l'enveloppe, qui se cachait un peu parmi les tiges vertes, elle tira une carte de visite.Elle eut un léger mouvement de surprise, tandis qu'elle déchiffrait, à mi-voix : s'exclama d'où viennent ces JEAN DELILLE ne doute pas d'avoir déplu à sa camarade Mlle Ferviéres.Il charge ces quelques pétales d'être les messagers de son sincère repentir.La carte glissa des doigts de Cécile, qui demeura un long moment immobile, les yeux mi-clos, mais le regard abaissé, en réalité, sur ces mes- Sagers dont parlait Jean Delille.Elle méditait encore, lorsqu'elle cessa d'être seule.Laurence Ferviè- res entrait en coup de vent.Et, tout de suite : \u2014 Ma petite Cilette, je viens te chercher.\u2014 Quoi ?\u2014 Je viens te chercher pour passer à table avec nous.Oui.je sais.tu as prétexté une migraine.Mais ton père ne l'a pas cru un seul instant.Il a été persuadé que tu ne mettrais pas longtemps à te raviser.Songe donc, ma chérie : ne pas diner avec nous, le soir où Fortuné revient avec.avec.\u2014 Tantine, c'est précisément parce qu'il revient avec.\u2014 Mais c'est elle qui m'envoie te chercher ! Lorsqu'on lui a parlé de ton mal de tête, elle n'a rien voulu entendre.Elle a dit qu'elle avait sur elle, dans son sac, des cachets qui font merveille et auxquels aucune migraine ne résiste.Elle a ajouté que Si tu ne venais pas, elle irait jusque dans ta chambre et te ramènerait de force.\u2014 Elle a dit cela ?\u2014 Fn riant, bien sûr.Mais elle est femme à le faire.L'essentiel, n'est-ce (Lire la suite page 22) - Bonnes Nouvelles mma UNE FAIM INSATIABLE Pendant leurs vacances de Noël et du Jour de l'An, les enfants n\u2019ont que deux idées en tête: s'amuser en plein air et manger comme des loups, dès qu\u2019ils rentrent à la maison, quelque chose de bon et de chaud .Servez-leur alors la soupe aux quinze légumes et au riche bouillon de bœuf que les mamans considèrent presque comme \u2018\u2018un repas complet\u201d.La Soupe aux Légumes Campbell.L'ARRIVÉE DES PARENTS Elle est saluée par des cris de joie.Comment les garder tous à dîner?Rien de plus simple quand on a en réserve chez sot une bonne soupe.La Créme de Champignons est partout la préférée dans un repas impromptu.Douce au palais, elle contient de savoureuses tranches de champignons, et chaque goutte a la saveur délicieuse du champignon.ET COMME CLOU DU DINER DE NOEL Mères de familles, le dîner de Noël ou du Jour de l\u2019An n\u2019est-il pas le dîner le plus important de l\u2019année, celui où foutes vous montrez votre science culinaire.Chaque plat doit être une joie pour les yeux et pour le palais.En tête de votre menu, ayez donc la plus populaire des soupes, la Soupe aux Tomates Campbell.Gaie comme un arbre de Noël, légère et appétissante, elle prépare agréablement pour les autres bonnes choses qui suivent.We VÉRIFIEZ L'ÉTIQUETTE ROUGE-E » POUR FACILITER LES EMPLETTES Soupes ET PASSER DE JOYEUSES FETES PREPAREES DANS LES CUISINES MODERNES CAMPBELL A NEW TORONTO, ONTARIO 20 Photos La Revue Populaire LA Nous I'avons trouvée dans un grand magasin montréalais, résumée en quelques images de notre photographe.1.Mlle Amédine Forgues, commentatrice du salon; 2 et 3.Robes d'après-midi et du soir; 4 et 6.Robes juvéniles; 5.Tenue de ski; 7.Le cortège de la mariée.La RevuE POPULAIRE MODE D'HIVER DÉCEMBRE 1940 C'est à l'Exposition des Modes d'automne et d'hiver 1940-41, tenue aux grands magasins Dupuis Frères de Montréal, que LA REVUE POPULAIRE a photographié ce défilé d'élégants mannequins.Les créations ainsi lancées portaient sur l'ensemble de la garde-robe de la femme, de la jeune fille et des enfants bien mis: Toilettes pour le matin et le voyage ; manteaux de fourrure pratiques : modes juvéniles ; diverses tenues de ski; chapeaux : robes du soir ; le cortège de la mariée, etc.Les commentaires étaient de Mlle Amédine Forgues, rédactrice de la mode.Photos La Revue Populaire Vos petites sont comme du satin \u2014 Vos MAINS peuvent être 21 2 ravissantes .Evitez par ce simple moyen l\u2019affreuse sécheresse, les gerçures I VOS MAINS SONT DEVENUES RÊCHES\u2014 quel chagrin! Mais ce n'est pas nécessaire.Pas si vous employez régulièrement la Lotion Jergens.L'eau, le vent, le froid absorbent l'humidité naturelle qui rend la peau douce.Mais Jergens vous redonne cette moiteur adoucissante.Même une seule application fait merveille pour les mains usées de travail.Car Jergens contient deux ingrédients importants dont se servent bien des médecins pour rendre à la peau son exquise douceur.Rien de collant ! Facile, rapide ! Ayez de douces mains adorables comme en ont des milliers de jolies femmes \u2014 grâce à la célèbre Lotion Jergens.50¢, 25¢, 10¢, $1.00.Achetez la Lotion Jergens aujourd'hui.Ju ERGENS LoTION | POUR LES MAINS ! DOUCES, ADORABLES JO LETION \\ MO! AUSSI JE FAIS MON MENAGE.MAIS LA LOTION JERGENS ME REND LES MAINS LISSES.MES MAINS SONT SI RÊCHES ET VILAINES A FORCE DE RESTER TROP DANS L'EAU ! 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Cécile s'était quelque peu exaltée, en parlant de la sorte.Laurence Fer- vières vint à elle, lui saisit les mains, cherchant à la calmer.\u2014 Tout cela, ma pauvre chérie, je l'ai éprouvé et je me le suis dit aussi.Puis, à la réflexion, j'ai fait confiance à mon frère.C\u2019est l'homme le plus sensé que je connaisse.Il est impossible qu'il se soit montré aveugle ou seulement imprudent.Je ne peux pas croire non plus qu'il ait négligé de penser à toi, à ta sécurité, à ton bonheur.Et puis, je vais t'avouer une chose.Lanrence baissa la voix, comme pour un grave secret, puis compléta : \u2014 Sais-tu qu'elle est terriblement sympathique, cette lady ! Cécile n'avait guère envie de se réjouir.Pourtant, l'intonation de sa tante amena un sourire sur ses lèvres.Le sourire s'éteignit vite.\u2014 Si elle a déjà fait ta conquête, tant mieux ! Mais n'attends pas que je me laisse séduire aussi promptement.Le souper toucha à sa fin.Lady Walker Leigthon manifesta le désir de se retirer.M.Fervières lui offrit de l'accompagner.Elle refusa avec véhémence.\u2014 Ce soir, dit-elle, vous appartenez tout entier aux chers vôtres.Ils ne me pardonneraient pas de vous arracher à eux.Ils auraient bien raison ! Pour la première fois, l'occasion était offerte à Cilette de faire preuve d'un peu de cran.Elle s'avança et dit, tout en atténuant ce que son ton aurait pu avoir d\u2019agressif : \u2014 C'est ce qui vous trompe, madame.Et nous insistons, ma tante et moi, pour que mon père vous conduise jusque chez vos amis.Il manquerait à tous ses devoirs, s'il agissait autrement.D'ailleurs.La jeune fille avait préparé mentalement ces premières phrases.Elle venait de les débiter sans difficulté.Mais maintenant qu'il lui fallait improviser, les mots lui manquaient.Lady Walker Leigthon, la lèvre un peu plissée en un sourire railleur, vint à son secours et termina d'elle- même : \u2014 D'ailleurs .votre fâcheuse migraine vous reprend et vous avez âte d'aller vous coucher, n'est-ce pas ?Dans ces conditionss, la présence de votre père, en effet, n'est pas indispensable.Cécile suffoquait.Elle sentait trop bien l'ironie de ces propos.Elle comprenait surtout qu'elle n'avait pas su dissimuler ses sentiments et que la perspicace femme les avaient mis à jour.Comme pour se faire pardonner sa malice d'un instant, l'Anglaise reprenait bien vite, avec un léger trouble cette fois : \u2014 Je sens que nous sommes appelées à nous aimer beaucoup, ma chère petite.Nous prendrons notre temps, Un des derniers modèles Viyella, une robe de flanelle (Macbeth Tartan), lavable, relevée de plis et d'un certain nombre de boutons.Une des créations de Mme Schia Es La) A Wh A NO ON, OB NO Ne re MAY 40090 dé déha aan Hos légére et arelli lancées à la maison Henry Morgan lors de la visite à Montréal de cette célébrité de la haute couture.Toilette de dîner en crêpe noir ensées.Bonnet de renard noir, gants de suède et manches avec pochettes bordées de e renard noir formant manchon.LA REvuE POPULAIRE bien sûr! N'a-t-on pas dit que le temps ne respectait pas ce qui était fait sans lui ?Pour ce soir, je veux simplement réparer un petit oubli.Sur le quai de la gare, devant tous ces gens, c'eût été incorrect, presque shocking.Mais ici, chez vous, chez nous.\u2014 Voulez-vous me permettre de vous embrasser, Cécile ?Il fallut bien que la jeune fille acceptât ce baiser.Elle en fut remerciée par tout ce qu'elle déchiffra dans le regard de son père.CHAPITRE III LE LENDEMAIN matin, la lettre qui aurait dû précéder l'arrivée du professeur et de lady Walker Leig- thon, fut remise à Cécile.Il y avait là huit grandes pages, couvertes de la belle écriture du professeur, cette écriture d'homme bien équilibré, constamment à l'abri des défaillances de l'esprit comme des excès des nerfs.C'était bien au cours de son voyage aux Indes, que Fortuné Fervières avait connu lady Walker Leigthon.Il l'avait même rencontrée sur le bateau, à l'aller.Mais à peine avait-il eu l'occasion d'échanger avec elle d'insignifiants propos.Quelques semaines plus tard, à Pondichéry, au cours d'une réception donnée en son honneur, le célèbre savant français avait revu l'Anglaise.Il avait appris qu'elle n'était que de passage dans cette ville.Si elle était venue aux Indes, c'était pour y rejoindre son fils.\u2014 Son fils ?s\u2019étonna Cécile, en in- forrompant un instant sa lecture.Elle avait lieu de manifester quelque surprise.À aucun moment, hier soir, l'Anglaise n'avait fait allusion à ce fils.if devait lui être très cher, pourtant ; comment expliquer autrement que, pour se rendre auprès de lui, elle eût fait la moitié du tour du monde ?Un mauvais sujet peut-être, dont elle avait à rougir tout en l'aimant beaucoup ?Cécile pensa qu'elle allait être renseignée par les lignes qui suivaient.Mais elle se rendit compte que le professeur, dans cette sorte de confession écrite, avait eu pour principal souci de lui présenter seulement lady Walker Leigthon.Il faisait d'elle le plus flatteur des portraits.Il avouait toutefois que le courant de sympathie qui les avait rapprochés, ne s'était pas manifesté tout de suite.«.Loin de là! écrit Fortuné Fervières.Les premiers temps, lady Walker Leigthon me semblait autoritaire, soucieuse de gourmander tout le monde et d'avoir toujours raison.Mais je n\u2019ai pas tardé à m'apercevoir que, sous cette écorce un peu rude, elle cachait des trésors de délicatesse et le meilleur cœur qui soit.» Cécile apprenait maintenant que si les circonstances avaient réuni souvent les deux voyageurs, ceux-ci avaient quelque peu facilité la besogne du hasard.Hs avaient multiplié les occasions de se rencontrer.Ensemble, ils avaient pris part à des excursions, à des fêtes, à des chasses.Leur amitié s'était consolidée.Elle était devenue, pour l'un comme pour l'autre, une source de joies et un réel besoin.Si bien qu'un jour, évoquant son départ prochain, le professeur n'avait pas caché à l'Anglaise, qu'il lui serait pénible de renoncer à des habitudes déjà chères.Pour le bonheur de son père, pour la paix du foyer, il lui fallait apprendre à aimer cette nouvelle maman.Tous ses efforts devaient tendre à ce but.Ce devait être là son unique préoccupation. DÉCEMBRE 1940 Et Cécile cessa de regarder les roses de Jean Delille .Elle n'eût d'ailleurs pas le loisir de méditer plus longtemps.Peu après, à sa grande surprise, Laurence Ferviè- res vint lui annoncer que la lady \u2014 comme elle disait \u2014 était déjà là, bien en avance sur l'heure fixée.Fidèle à la promesse qu'elle venait de se faire à elle-même, Cilette déclara : \u2014 Dis à notre chère visiteuse que je la rejoins tout de suite.\u2014 Inutile ; me voici! fit à ce moment une voix à l'accent significatif.Précédée d'un bel éclat de rire, la future épouse du professeur apparut dans la chambre.Elle embrassa la jeune fille.Elle expliqua avec volubilité qu'après avoir déjeuné avec Fortuné Ferviè- res, elle lui avait permis de se rendre à une réunion de savants.\u2014 Je suis venue vous chercher pour vous emmener promener, ma chère petite.Nous avons du temps devant nous ; nous retrouverons votre père ce soir, dans un café de l'avenue des Champs-Elysées.Il faut bien que je visite un peu Paris.Ce programme vous plait-il ?\u2014 Certainement, Madame ! Lady Leigthon soupira : \u2014 Ah ! Vienne vite le jour où vous pourrez me donner un autre nom que ce cérémonieux « madame » ! Remarquez bien, chère enfant, que je n'exige pas du tout que vous m'appeliez maman, puisque ce nom a appartenu à une autre, à une autre que vous ne devez pas oublier.Mais vous trouverez bien, de vous-même, quelque petit mot gentil, familier, que vous n'aurez jamais donné à personne, avant moi.Tout en parlant ainsi, lady Leig- thon avait contraint Cécile à s'asseoir et venait de prendre place auprès d'elle.Elle manifestait ainsi son désir de prolonger le premier tête-à- tête, car, depuis quelques instants déjà, la tante Laurence s'était éclipsée.\u2014 Figurez-vous, reprenait l'étran- ère, que j'étais très émue, hier, à \u2018idée de vous connaître.J'étais très émue, beaucoup, avant.Puis, dès que je vous ai vue, pftt.plus rien ! Un peu plus tard, à l'heure du dîner, quand vous ne vouliez pas vous mettre à table avec nous, j'ai eu encore très peur.Mais cela n'a pas duré.Il en faut beaucoup pour me faire peur, à moi.Ah! ce n'est pas comme ce pauvre lord Walker! Je vous parle de mon mari, l'autre, le premier.« Apprenez que le cher homme, qui avait pourtant de grandes et réelles qualités, était très craintif.Il grimpait sur une table à la vue d'une souris.Il ne se couchait jamais sans avoir regardé sous le lit.Et en voyage, dans les hôtels, il barricadait la porte a l'aide d'un échafaudage de tables et de chaises.Cécile, bien qu'un peu surprise, s'égayait des façons vraiment plaisantes de l'Anglaise.Celle-ci avait une virtuosité particulière pour passer d'un sujet à un autre.Elle disposait d'un esprit alerte et devait être experte dans le maniement de l'incomparable humour britannique.Elle poursuivait : \u2014 Et le plus fort, c'est que mon cher époux, comme je le lui disais bien souvent, était un aimant à catastrophes.Il les attirait, les provoquait.Sachez qu'il était dans la diplomatie.Il changeait de poste très souvent.Et bien, il suffisait qu'il arrive dans un pays, pour qu'aussitôt se produise un tremblement de terre, éclate une révolution, surgisse une épidémie .que sais-je encore ! « Sans toutes ces émotions, il vivrait encore, le cher Matthew.Oui, ils s'appelait Matthew.Il avait hor- heur qu'on l'appelât ainsi.Les serviteurs, par dérision, l'avaient surnommé Toupee, ce qui veut dire «toupet», à cause de la petite touffe de cheveux qu'il portait en haut du front et qui était vraiment cocasse.«Je vous fais rire Cilette.Et cela vous étonne peut-être un peu de m\u2019entendre parler librement de mon premier mari, dans cette maison, devant vous.Mais nous avons convenu.une fois pour toutes, votre père et moi, de laisser vivre les morts.Vous me comprenez, n'est-ce pas ?\u2014 Très bien, madame ! dit Cécile qui, sans qu'elle sût trop comment, eut à cet instant ses mains jointes à celles de lady Leigthon.Celle-ci, qu'on sentait intarissable, fournissait de nouvelles précisions.Elle était veuve depui une quinzaine d'années.Elle avait eu un immense chagrin.Par bonheur, elle n'était pas restée seule .\u2014 Je sais.Papa m'a dit que vous aviez un fils, un grand fils.\u2014 Grand ?Immense, pouvez-vous dire.Deux têtes de plus que moi.et large comme ça ! Je lui dois beaucoup.\u2014 Il vous a consolée, réconfortée, aidée à vivre, après votre veuvage ?\u2014 Oui; il a donné un but à mon existence.Mais il a fait mieux encore, puisque c'est grâce à lui, en somme, que j'ai rencontré votre père.Ce voyage.je ne l'avais entrepris que pour revoir mon fils, dont j'étais séparée depuis deux ans déjà.Et à cette occasion, nous avons fait une découverte, lui et moi.«Je vous dirai cela un peu plus tard, chère Cilette.Pour l'instant, n'êtes-vous pas curieuse d'être un peu mieux renseignée sur mon grand garçon ?\u2014 Oui, sans doute.\u2014 Son père, pour se venger de porter lui-même un nom ridicule, avait voulu que nous l'appelions John.C'est affreux ! Heureusement, en anglais, John devient aisément Jack.C'est donc de Jack que je vais vous parler.votre frère Jack! Cécile accueillit ces mots avec un sourire.Elle avait toujours déploré d'être fille unique.Elle eût souhaité d'avoir un frère, un peu plus âgé qu'elle, qui eût été son ami, son confident, le compagnon de ses sorties comme celui de ses aspirations.Elle devint donc plus attentive, tandis que lady Walker Leigthon brossait le portrait de ce Jack, dont elle semblait être très fière.\u2014 N'allez pas croire, surtout, qu'il ressemble à son père.Non ; il tiendra tiendrait plutôt de moi.Mon mari avait toujours peur.Mon fils, c'est tout le contraire.Cela vient peut-être d'un phénomène de.de.\u2014 De réaction, souffla Cécile.\u2014 C'est cela.Merci.Et la preuve, c'est que Jack a choisi un métier qui exige le mépris absolu du danger.Il est aviateur, dans l'armée anglaise.Comme il adore les voyages, les horizons nouveaux, les aventures, il a remué ciel et terre pour être envoyé aux Indes.Il a réussi, le petit monstre.Peut-être a-t-il bien fait, car il en a du succès, là-bas ! Ses chefs, ses camarades, ne tarissent pas d'éloges sur lui.Il est reçu dans la meilleure société.C'est à qui l'invitera.On se l'arrache littéralement.Et savez-vous comment on l'appelle ?Je ne sais pas si je dois vous le dire .Après tout, oui.Je me suis juré d'être très franche et de ne rien vous cacher, Jamais.Remarquez d'ailleurs que le sobriquet qui s'attache au nom de mon fils n'a rien de déshonorant.Ce sont ses amis amis qui l'ont baptisé ainsi, par jalousie peut-être.Bref, comme Jack est très aimable, très galant et que, ma foi, beaucoup de femmes JOAN BENNETT prend un raccourci vers la beaute séductive du teint.le masque Prec Fm tl pow la nuit \"em, Lovella Parsons nocturne Woodbury Dernièrement, celui qui coiffe Joan l\u2019a grondée : \u2018Au bord des cheveux vous avez la peau sèche comme du papier\u201d Mais Joan refuse d'abandonner les sports même s\u2019ils dessèchent la peau exposée aux intempéries.\u201cVous n'avez qu'à mettre cette fameuse crème qui corrige tout cela en quelques minutes\u2019\u2019, lui a-t-il expliqué.Maintenant à l\u2019heure du coucher Joan se nettoie les pores avec la Crème Woodbury dont elle applique une couche légère pour la nuit.A un \"bal d'enfants\" quelques semaines après, Joan a été fétée comme \u2018Celle qui semble aussi jeune que son déguisement.\u201d Le Masque Nocturne Woodbury conserve à Joan sa peau de velours.\u201c> OO NAS DRE 7.CREME DE BEAUTE 3-WAY La nuit restaure la beauté Votre teint se rafraîchit surtout pendant le sommeil.Donc à l'heure du coucher n'oubliez pas 3-Way Woodbury Cold Cream.1.Elle nettoie avec hygiène, sans danger.2.Elle lénifie par de riches émollients qui assouplissent la peau.3.Elle vivifie le teint qu\u2019elle nettoie et rafraîchit en même temps.Achetez un pot de cette Crème Woodbury à triple magie \u2014 au- jourd\u2019hui ! 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pour ceux qui aiment les recherches et les expériences, on trouvent des boîtes contenant des produits chimiques assortis et des vases pour les manipuler ; à ceux qui ont le goût de la musique, aucun cadeau ne plaira autant qu'un gramophone et des disques ; pour Yes futurs artistes, il y a des boîtes de couleurs et des cahiers de dessin gradué de toutes dimensions, tandis que l'enfant privilégié qui goûte la lecture et sait vivre par l'imagination verra s'ouvrir devant lui le cercle magique des livres, magique parce qu'il ne se referme jamais, si bien qu'il pourra devenir un vieillard aux cheveux blancs, sans avoir épuisé tous les bonheurs que lui réserve ce monde enchanté.L'ENTRETIEN DES COUTEAUX A DEPECER LA DINDE DE NOEL.Pour conserver les couteaux en bon état, il faut les laver à l'eau chaude savonneuse, sans jamais les laisser tremper ; il ne faut pas les passer dans une flamme, ni les laisser séjourner sur un fourneau, si on ne veut pas que la lame perde sa dureté et son élasticité ; les couteaux doivent être frottés avec de la poudre à couteaux, chaque fois qu'ils ont servi; frotter toujours dans le.sens du fil, comme si l'on aiguisait le couteau, car le tranchant s'abîme dans un mouvement de va-et-vient.Lorsqu'un couteau a été taché, il lui faut un nettoyage spécial, en rapport avec la qualité de sa lame et la nature de la tache en question : Une lame d'argent se nettoie comme n'importe quelle argenterie.Si elle est tachée d'œuf, la plonger dans une solution chaude de borax, ou frotter avec du sel fin sec.Les taches d'humidité et de rouille disparaissent si on les frotte avec un chiffon imbibé de vinaigre de vin chaud.Rincer à l'eau claire et sécher à la sciure de bois.Les taches ordinaires sur une lame de vermeil s'enlèvent avec un tampon d'ouate imbibé d'alcool tiédi au bain- marie.Une lame inoxydable se lave simplement a l'eau tiède savonneuse.Pour faire disparaitre des taches de vert-de-gris sur une lame d'acier, la frotter avec une solution faible d'ammoniaque.Pour les taches de fruits, frotter à la cendre de bois.Les taches de rouille s'enlèvent quand on les frotte avec un oignon cru coupé en deux.Terminer à la poudre a couteaux.LA Revue POPULAIRE prennent plaisir à ses propos, on l'a surnommé le « roi du flirt ».! Cécile, à cette révélation imprévue, se mit à rire.\u2014 Moi aussi j'ai ri, quand j'ai appris la chose ! reconnut lady Walker Leigthon.Puis, à la réflexion, cela ne m'a pas fait plaisir.J'ai adressé des remontrances à ce petit misérable.Il m'a dit qu'il n'était pour rien dans la renommée qui l'escortait et qu'au contraire, il comptait devenir sérieux, très sérieux.« C'est bien l'impression que j'ai eue, d'ailleurs, par la suite.Et quel merveilleux pilote il fait, mon Jack ! Il est aussi courageux qu'il est bon.Je l'ai vu voler.Tout en suivant les évolutions de l'avion, je ne pouvais m'empêcher de penser, avec orgueil, que c'était un grand cœur qui battait dans cette carlingue.« Et voila mon fils.Vous le connaissez a présent.\u2014 Mais vous disiez tout à l'heure que vous aviez fait une découverte, vous et lui ?\u2014 Cette découverte, révéla l'Anglaise, nous l'avons faite environ huit .jours avant mon départ, alors que déjà la prochaine séparation faisait peser sur nous comme une ombre noire.« Nous avons reconnu, Jack et moi, qu'il était stupide de vivre ainsi séparés l'un de l'autre, à des milliers et des milliers de milles de distance.Mon fils aurait voulu que je m'\u2019installe aux Indes.C'était devenu impossible, à cause de votre père.La loi française exige que la femme suive son mari partout.Bt même s'il n'y avait pas la loi.« Alors j'ai dit à Jack : « Arrange- toi pour revenir en Europe ».Et il m'a répondu : « C'est fait, maman ! Ma demande est partie et a été agréée.Je ne puis te fixer une date précise, mais je compte bien te faire la surprise de débarquer un beau jour, sans crier gare.» \u2014 Ce qui revient à dire, compléta Cécile Fervières, que je ne tarderai pas à avoir le plaisir de faire la connaissance de.mon frère Jack ! \u2014 Comme elle a bien dit cela! s'extasia la mère qui, dans sa joie, saisit à nouveau les mains de la jeune fille et les garda pressées entre les siennes.Son regard aussi se noua à celui de Cilette, la remerciant des mots qu'elle venait de prononcer.En ce moment, lady Walker Leig- thon offrait aux yeux de son interlocutrice un visage que celle-ci ne lui avait pas encore vu.Une grande douceur était répandue sur ses traits.Il émanait d'elle un charme indéniable, qu\u2019elle avait toujours dû posséder, mais qu'elle cachait souvent sous la brusquerie cavalière, presque masculine, de ses façons.Comme si elle eût suivi le cours des pensées de Cécile, l'étrangère rompit le silence: \u2014 I paraît qu'il me ressemble beaucoup, mon Jack.Ses cheveux sont du même blond que les miens, lorsque j'avais vingt ans.Parce que, aujourd'hui, ne vous y trompez pas, Cilette : si je n'ai pas de cheveux blancs, c'est que le coiffeur y met bon ordre.« Mais que disions-nous?Ah! oui.je vous parlais encore de Jack, de sa ressemblance avec moi.Je vous fais juge.Cécile reçut des mains de la mère, une sorte de petit album aux multiples pages, protégées par une matière transparente.Il était uniquement consacré aux photographies de Jack Leigthon.Le jeune homme était représenté à toutes les heures de la journée, dans toutes ses occupations, dans tous les costumes.Il répondait DÉCEMBRE 1940 bien, par sa structure, à la description que sa mère avait faite.\u2014 C'est vrai, qu'il vous ressemble! dit Cilette, plus pour faire plaisir à lady Walker Leigthon que par conviction, tant elle savait combien les photographies, parfois, sont trompeuses.L'album n'ayant plus aucun secret à livrer, I'Anglaise le reprit et, sur le ton de quelqu'un qui s'accuse d'une coupable négligence : \u2014 Et quand je pense, s'exclama-t- elle, que j'étais venue vous chercher pour une promenade.Je suis là, qui bavarde .Vite, préparez-vous ! \u2014 J'en ai pour un instant.Cette promenade, dans le Paris estival, devait être pour Cécile Fer- vières une source d'étonnements.Plus elle découvrait lady Walkers Leigthon, plus elle était obligée de reconnaître que cette femme totalisait un nombre impressionnant de qualités.Elle était spontanée, franche, spirituelle, et par-dessus tout cela, très bonne.La jeune fille en arrivait à oublier ce que lui avait dit son père, lorsqu'il avait fait allusion à la nécessité de plier sous une volonté qu'il avait lui- même expérimentée.En cette journée, Cilette n'eut pas une seule fois l'occasion d'éprouver l'humeur tyrannique de sa future belle-mère.Tout se passa le mieux du monde.Et quand toutes deux rejoignirent le professeur, celui-ci put se réjouir du chemin parcouru depuis la veille, depuis cette soirée où son enfant s'était montrée tour à tour rebelle et douloureuse.En rentrant, elle se retira dans une pièce attenant à sa chambre et qui était aménagée en studio.Elle aimait ce coin intime et familier, où les cloisons disparaissaient sous des rayons chargés de livres.Mais à peine venait-elle de s'installer, qu'elle était rejointe par Laurence qui, tout de suite, lui fit cette déclaration pleine d'imprévu : \u2014 Je suis la plus heureuse des femmes ! \u2014 Pourquoi, tantine ?\u2014 À cause de toi ! Cilette sourit, en ébauchant un signe d'incompréhension.Elle amorça : \u2014 Je ne vois pas bien.\u2014 Non.non.ne m'interroge pas.Je n'ai pas le droit de t'en dire davantage .\u2014 Tu n'a pas le droit, mais tu en meurs d'envie.Depuis que je suis rentrée je l'ai lu dans tes yeux et - sur le bout de ton nez, que tu avais quelque chose à me raconter.Vas-y, ma petite tante.Entonne ton chant d'allégresse.Mais si c'est pour me dire encore que lady Leigthon est terriblement sympathique, ménage ton souffle.Je suis peut-être un être dénaturé, mais je pense exactement comme toi: terriblement sympathique! \u2014 Alors, je n'hésite plus! proclama la sœur du professeur, en attirant un fauteuil et en s'installant tout près de Cécile.Flle respira profondément, prit son air le plus épanoui et débita : \u2014 Ma petite Cilette, ton bonheur est assuré ! J'en ai eu l'impression, la certitude même, pas plus tard que ce soir, lorsque ton père m'a mis au courant d'un autre grand projet, qui est né aux Indes, lui aussi, qui s'est fortifié pendant la traversée et qui est maintenant tout à fait au point.«Bien entendu, je n'ai pas été chargée de te le révéler, ce projet.On m'a même priée d'observer la plus grande discrétion.Mais je suis un peu ta maman et, à ce titre, j'ai bien le droit d'être la première à me réjouir avec toi.\u2014 Te réjouir de quoi, tantine ?Les petits yeux clairs de Laurence Fervières, ses yeux de myope qui ne lui permettaient pas d'observer le nuage d'inquiétude qui venait d'assombrir le front de Cécile, se mirent à briller, à pétiller.Et ce fut l'aveu : \u2014 Tu sais que cette lady, que ton père va épouser, possède un fils?Eh bien, ce fils et toi.toi et ce fils.ils ont décidé de vous marier ensemble.Voilà ! CHAPITRE IV Gr LAURENCE FERVIÈRES avait été douée d'une vue normale ou si, tout simplement, elle eût placé sur son nez les lunettes qu'elle mettait pour travailler, l'entretien se füt arrêté là.La bonne créature eût tout de suite compris, rien qu'à la contraction des traits de Cécile, que celle-ci réserverait le plus mauvais accueil à tout ce qui pourrait compléter une aussi stupéfiante annonce.Mais la myope était lancée.C'était très sincèrement, aussi, qu'elle s'imaginait remplir un devoir.Et les arguments ne lui manquaient pas, pour se prouver à elle-même que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.\u2014 Ton père et lady Leigthon vont associer leurs existences.C'est très bien.Mais ce sera encore mieux si, aux liens qu'ils s'apprêtent a créer, s'ajoutent d'autres liens.Fortuné l'a dit lui-même : « Ce sera la cristallisation définitive de notre cellule familiale ».Et il paraît qu'il est charmant, ce garçon.Sa mère affirme qu'il te plaira fatalement, lorsque tu le connaîtras.Je dois te dire que c'est elle, surtout, qui tient à ce mariage.Le jeune homme, lui, ne sait encore rien.Mais il va venir en France.Et c'est alors que les événements se précipiteront.Tu penses bien que dès qu'il te verra, il s'éprendra de toi.Il est impossible qu'il en soit autrement.Vous ferez un couple magnifique.Et ce sera le bonheur ! « Bien entendu, si tu avais eu la moindre attache au cœur, rien de tout cela n'aurait existé.Nul ne t'aurait soufflé mot de ce projet.On m'a demandé mon témoignage.J'ai pu me montrer formelle.Je crois aussi que ton père t'a interrogée.Tu lui as répondu.Il paraît que, faisant allusion à ton cher cœur, tu en as parlé comme d'un désert.Lorsqu'il a rapporté ta réponse à lady Leigthon, celle-ci a bien ri.Et elle a été enchantée.Laurence Fervières s'interrompit encore.Elle commençait à trouver étrange que sa nièce, placée devant une pareille révélation, ne manifestât rien.Comme pour établir une soudure.entre ses propres paroles et la réponse qu'elle espérait, la vieille demoiselle répéta, presque mécaniquement : \u2014 Elle a bien ri et elle a été enchantée.Le procédé fut couronné de succès, la réplique immédiate : \u2014 Moi, tantine, je ne ris pas! Mais je suis enchantée .oui, enchantée d'être restée ici ce soir et d'avoir eu ainsi l'occasion de connaître le sort qui m'est promis.Tu as déjà fait beaucoup pour moi.ma petite tante.Je croyais que la dette de reconnaissance que j'avais contractée envers toi était au complet.Je me trompais.Tu viens, en cing minutes, d'ajouter un bienfait à tous ceux que tu m'as déjà prodigués.Tu vas comprendre.« Sur les routes, il y a des écriteaux, qui signalent les virages hasardeux ; en mer et sur les côtes, des phares situent les écueils ; sur les médicaments dangereux, les poisons, on PROMESSE!.votre tent embeli par _ une des 8 nuances de poudre Woodbury x TE Re Re a ESSAYEZ-LES 2 LOIRE LT VOTRE VISAGE Doris Bridges, belle étudiante du sud, lauréate en '39 de Howard College, Birmingham, Alabama, Présidente de Chapitre à Phi Mu Sorority, élue la Faites venir les 8 teintes Woodbury \u2014 gratis.Essayez-les sous diverses lumières.L\u2019une des ces exquises nuances avivera l'attrait de votre teint.\"La prochaine fois que nous sommes allés à cheval, Lee McBride White Jr, et moi, j'ai mis ma Poudre Woodbury.Après quatre heures de cheval ma peau, au lieu de briller comme un ver luisant, était fraîche et douce.\u2018\u2019 Oui ! 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Grâce à toi, je sais où est le péril.\u2014 Qu'est-ce que tu me racontes là, a Cilette! s'effara Laurence Fer- Vières.Cécile poursuivait, en s'animant : \u2014 C'est inouï comme une année d'absence peut vous faire oublier ceux qu'on a quittés! Papa me connaît donc si mal, à présent, qu'il ait pu concevoir un seul instant la possibilité de laisser à d'autres qu'à moi- même le soin de choisir mon mari?« Ah! je commence à saisir bien des choses.Pas mal imaginé, leur petit complot, encore que leur malice ait été cousue d'un nombre incalculable de verges de fil blanc! Un projet était né, déja tenace et bien charpenté.L'exécution allait suivre.Quelques minutes plus tard, dans la maison si silencieuse qu'on l\u2019eût crue inhabitée.Cilette était installée devant son petit bureau, là où elle avait accoutumé de faire sa correspondance.Ce n'était pas la table de travail, surchargée de livres et de paperasses.C'était quelque chose de beaucoup plus personnel: le coin où sentiments et pensées semblent tomber directement sur la page blanche.La plume d'or du stylo traçait : « Mon bon petit Bob, «Tu n'es pas encore venu voir papa.Je n'ai à m'en prendre qu'à moi-même.L'autre soir, je t'ai donné bien méchamment une leçon de discrétion, en t'interdisant de nous accompagner à la gare, ma tante et moi.Mais je t'en supplie, viens, viens vite.Accours dès que tu recevras ce mot.Si tu avais eu le téléphone, c'est un coup de fil que je t'aurais donné, tant j'ai hâte de te voir.« Ce qui importe aussi, c'est que tu viennes me trouver, moi la première.Evite de voir qui que ce soit, avant de t'être rencontré avec ta pauvre cousine, qui est bien malheureuse et qui a besoin de toi, Bob ! « Excuse le décousu de cette lettre, à laquelle tu ne comprendras certainement rien.Sache seulement, pour I'nstant, que je vais faire appel à toi, à ton amitié, à ton affection.« Il faut me sauver d'un grave dan- er.Tu le peux.Au secours, Bob ! ui, c'est bien là le cri que je fais monter vers toi.« Ah! j'allais oublier : apporte- moi des fleurs.Je te dirai pourquoi.Cécile Fervières signa son étrange missive.Elle ne la relut pas.On eût dit qu'elle redoutait d'avoir à y apporter un changement.Elle ne libella pas tout de suite l'enveloppe.Il y eut, chez elle, une association d'idées.Son esprit passa des fleurs qu'elle réclamait de Bob de Rouvre, à d'autres fleurs qui commençaient à se flétrir dans leur vase Elle murmura : \u2014 Il faudra au moins que je me montre polie.Et puisque je suis en train d'écrire File prit une nouvelle feuille de papier.Elle n'y jeta que quelques brèves lignes.Elle remerciait Jean Delille, pour ses belles roses.Elle lui pardonnait ce geste, à condition qu'il ne recommençât jamais.Cette courte lettre fut apparemment de celles qu'on a envie de détruire ou de recommencer, sitôt écrites, car Cilette tint longuement son regard rivé sur les quelques mots qu'elle venait de tracer.Puis elle dut convenir que tout était bien ainsi.Elle acheva sa tâche en préparant les deux enveloppes, l'une à l'adresse de celui qui était chargé d'apporter des fleurs, l'autre destinée à celui qui, de lui-même, avait fait cette offrande.La carte de visite de Jean Delille, précieusement conservée, renseigna Cécile.Le jeune homme habitait, sur la Montagne Sainte-Geneviève, une vieille petite rue, où l'étudiante était passée parfois et qui lui avait semblé triste, avec ses pauvres maisons pressées les unes contre les autres.Il ne devait pas être bien riche, ce Jean De- lille ! N'avait-il pas dit, au fait, qu'il travaillait dans un laboratoire, tout en continuant ses études ! Le type de l'étudiant pauvre, sans doute, dont les parents se sont saignés aux quatre veines pour tenter de faire quelqu'un de leur fils.Sur cette supposition, qui l'apitoya d'une façon qu'elle jugea démesurée, Cilette plia les lettes, les glissa dans les enveloppes et sonna.Ce fut Félix qui se présenta.Il attendait le retour de son maître.Il parut un peu surpris d'être appelé à pareille heure.\u2014 Mademoiselle n'est pas souffrante, au moins ?\u2014 Non .\u2014 J'aurais pu le croire.Mademoiselle n'a pas très bonne mine, ce soir.C'est peut-être pour cela que Mademoiselle n'a pas accompagné Monsieur.et Madame.Félix poursuivait, heureux de l'occasion qui s'offrait à lui de pouvoir bavarder un peu avec sa jeune patronne.\u2014 Je n'ai pas encore eu l'occasion de dire à Mademoiselle que cette dame, cette lady, m'a fait une très bonne impression.Oh! Je sais bien que je n'ai pas voix au chapitre ; mais quand même, j'aime mieux être commandé par quelqu'un de sympathique.n'est-ce pas, Mademoiselle, que la future de Monsieur est sympathique ?\u2014 Terriblement ! approuva Cilette, avec un peu d'irritation et en reprenant à son compte l'expression de Laurence.Le serviteur eût volontiers poursuivi l'entretien.Bien des points étaient encore obscurs pour lui, dans cet événement sensationnel dont on avait beaucoup parlé à l'office.Mais il fut tout de suite interrompu.\u2014 Renseignez-moi, Félix.Pen- sez-vous que des lettres, mises à la boîte ce soir, aient quelque chance d'être distribuées demain matin, au premier courrier.\u2014 Sans aucun doute, Mademoiselle.À condition d'aller les porter à un bureau de poste.\u2014 Pouvez-vous me rendre ce service ?~ Avec plaisir, Mademoiselle.Que ne ferait-on pas pour Mademoiselle! Surtout en ce moment.\u2014 Pourquoi dites-vous cela ?\u2014 Que Mademoiselle m'excuse.Mais il m'a semblé que Mademoiselle était toute chose, comme on dit.J'avais même peur que ce fût à cause de cette Anglaise.Mais puisqu'elle plaît aussi à Mademoiselle.\u2014 Allez, Félix ! Cécile n'avait pas répondu à l'attente du brave garçon.Ce n'était pas à lui qu'elle entendait se confier, mais seulement à son cousin Bob, qui allait avoir un grand role a jouer.Elle ne pouvait douter qu'il répondit à son appel.Quant au concours qu'elle attendait de lui, il lui était également assuré.Un rêveur, un doux hurluberlu, ce petit cousin.Il promenait dans la vie une silhouette un peu falote.Il avait des naïvetés plaisantes.Il devenait vite une tête de turc partout où il fréquentait.Mais son dévouement ne faisait pas question.Enfin, puisqu'il avait toujours déclaré à Cilette qu'il l'aimait, qu\u2019il n'aimerait jamais qu'elle, c'était bien le moment de mettre cet amour à l'épreuve.Il y avait tout de même quelque chose de risible, dans toute cette aventure.Bob de Rouvre, cet insi- La Revue POPULAIRE gnifiant garçon, ni beau ni très intelligent, devenant le rival \u2014 et apparemment l'heureux rival, par surcroît \u2014 de ce prestigieux aviateur, de cette sorte de héros qui avait mérité le surnom de «roi du flirt».Oui, c'était à pouffer de rire! Mais la jeune fille répugnait à se réjouir d'une pareille ruse.L'enjeu de la partie était sérieux.Elle voulait gagner.Elle gagnerait.Cécile Fervières ne dormait pas encore, bien qu'elle eût regagné sa couche depuis une bonne heure, lorsqu'elle entendit rentrer son père.Bien vite, elle éteignit la lampe.Elle redoutait que le savant, apercevant de la lumière chez elle, ne fût tenté de venir lui dire bonsoir, ainsi qu'il le faisait bien souvent.Il était même arrivé à Cilette, plus d'une fois, de lutter contre le sommeil, afin de se réserver la joie de ce bonsoir nocturne, qu'accompagnait toujours un petit bavardage.En ces minutes, M.Fervières était à la fois un père et un grand ami.Ils avaient accoutumé de ne rien se dissimuler, ° tous les deux.Il n'en allait plus de même, à présent.Dans l'inconscience de la demi- torpeur qui précède le sommeil, Ci- lette, le cœur bien gros, récapitula tous les dommages qu'elle subissait, dans la débâcle qui coïncidait avec l'arrivée de lady Leigthon.Une mère tendrement chérie était détrônée ; un peu du cœur et des pensées d'un père s'évadait ; jusqu'à Bob de Rouvre, si amusant, qui allait changer de caractère et de visage.Elle n'oserait plus rire de lui, lorsqu'il serait devenu.ce qu'elle voulait qu\u2019il devint : son fiancé, l'homme qu'elle dresserait comme une vivante barrière, devant le projet insensé de l'intruse.Cécile Fervières était toujours très matinale.Le lendemain, elle fut prête encore plus tôt que d'habitude.Bien entendu, elle « sécherait » ses cours.Si M.Fervières l'interrogeait Les jeux d'intérieur sont plus que jamais à la mode.On sortira moins cet hiver e+ il faudra bien trouver, en plus de la lecture, de quoi occuper ses soirées.Revenons donc, tout simplement aux petits jeux inventés par les Chinois : mah-jong, casse-tête chinois, jeu de dames chinois, etc.Photo La Revue Populaire DÉCEMBRE 1940 à ce sujet, elle trouverait une explication.D'ailleurs, elle se gardait bien de se rencontrer avec lui, avant d'avoir reçu la visite prévue.Car elle y comptait bien, sur cette visite.Pour tromper la longueur de l'attente, elle laissait vagabonder son esprit.Elle se représentait son cousin déjà réveillé, lui aussi, recevant son courrier et découvrant une lettre d'elle.Il était au comble de la stupeur, le brave Bob! A partir de cette minute, il précipitait ses gestes, achevait rapidement de se préparer, nouait sa cravate de travers, oubliait de déjeuner, sortait et se jetait dans un taxi.Ses parents habitaient la province\u2014 son père était notaire dans le Péri- ord, \u2014 il vivait seul à Paris, de l'existence d'un bohème doublé d'un snob, lesté d'une pension mensuelle et recherchant une situation qu'il ne trouvait jamais.Un inutile.Il en convenait lui-même.\u2014 Encore une chose qui va changer ! murmura Cilette.Elle continuait de suivre son cousin, par la pensée.À cette heure matinale, la voiture ne mettrait guère plus d'un quart d'heure pour atteindre la rue Guynemer.Quand il s'agit de décider de toute une vie, on peut bien patienter un quart d'heure.La pendule grignota les minutes.Le délai accordé à Bob de Rouvre fut révolu.Le cousn de Cilette n'apparut pas.L'attente, de ce moment, devint plus pénible.La jeune fille, pour y remédier, se morigénait elle-même.Jusqu'à l'heure du déjeuner \u2014 un déjeuner que lady Leigthon viendrait peut-être prendre ici \u2014 rien n'était à craindre.On pouvait même admettre que !'Anglaise ne choisirait pas le moment du repas, troublé par les allées et venues des serviteurs, pour passer à l'attaque.Si excentrique fût- elle, si grand fût son désir d'aller vite en besogne, cette femme saisirait une occasion plus propice, pour faire à nouveau l'apologie de son Jack et pour révéler peut-être son projet à celle qu'il intéressait tout particulièrement.Cécile alla souvent regarder à la fenêtre.Dès qu'elle entendait le grincement des freins d'une voiture, elle courait à nouveau.Il y eut aussi des coups de sonnette, qui la firent tressaillir.Autant de fausses alertes.Ses seuls instants de calme, où elle vint à bout de sa fébrile impatience, furent ceux qu'elle utilisa à préparer les mots qu'elle dirait à son.cousin.Elle était résolue à aller droit au but.« Mon petit Bob, déclarerait-elle, tu m'as toujours juré que tu m'aimais, que j'étais et que je resterais le grand amour de ta vie.Cela, je veux le croire enfin.Et c'est pourquoi je t'ai prié d'accourir.Quand on aime quel- qu'un, n'est-ce pas, on est disposé à lui rendre n'importe quel service?Voici donc ce que j'attends de toi.À partir de cette minute, nous nous aimons, tous les deux.Ne me regarde pas de cet œil effaré.Je te répète que nous nous aimons et que ce titre de fiancé, si longtemps ambitionné par toi, je te l'accorde.Pour l'instant, ne m'en demande pas davanta- Il va suffire, à mon bonheur et à ma sécurité, que je puisse dire à mon père que tout cela s'est passé pendant son voyage.Et s\u2019il a le moindre doute, j'en appellerai au témoignage de ta visite matinale et de ces fleurs, que tu as bien voulu m'apporter.» Dans un secret langage, qu'elle était seule à entendre, Cécile Ferviè- res pérorait ainsi, répétant son rôle, quand on frappa à sa porte.Elle courut ouvrir.Bob peut-être.Elle se trouva face à Félix, qui annonça : \u2014 C'est un visiteur pour Mademoiselle .Elle ne lui permit pas d'achever.\u2014 Je sais.Où l'avez-vous fait entrer ?\u2014 Dans le petit salon, Mademoiselle.\u2014 Dites que je descends tout de suite ! Le valet de chambre s'étant retiré, Cécile faillit s'élancer sur ses traces.Mais elle se ravisa et prit le temps de se saisir d'un chapeau et d'un manteau.Toute réfexion faite, ce n\u2019est pas ici qu'elle aurait, avec Bob de Rouvre, cet entretien qui ferait de lui son auxiliaire le plus précieux.Quelqu'un pouvait intervenir et les déranger, avant qu'ils se fussent mis d'accord, tous les deux.Elle lui proposerait une promenade.Elle l'entraînerait au Luxembourg.Il accepterait avec enchantement, lui qui, si souvent, voyait toutes ses offres repoussées.Ce fut donc avec son manteau posé sur le bras et son chapeau à la main, que Cilette dévala l'escalier, arriva au rez-de-chaussée, pénétra dans le petit salon.E R Elle fut stoppée dès le seuil.Son manteau, abandonné, glissa à terre.Ses doigts s'entr'ouvrirent et laissèrent échapper également le chapeau.AB | Elle ne pouvait douter de ses yeux, ni même de sa raison.M Il y avait bien là un visiteur.Mais ° » ce n'était pas Bob de Rouvre \u2026 est essentielle pour votre famille Les lèvres de la jeune fille s'agitèrent imperceptiblement sans qu'au- ° cun son en sortit.Si les syllabes moe surtout par le temps qui court s'était extériorisées, elles eussent formé le nom de Jean Delille Cécile, dans ce grand jeune hom- Quel soulagement de savoir que, quoi qu'il arrive, l\u2019avenir de votre femme me brun, au visage pâle et aux che- et de vos enfants est assuré! veux en désordre, reconnaissait par- ., a in tem ; ; faitement son camarade de la Biblio- En temps de guerre comme en temps de paix, The Mutual Life of Canada thèque, celui qui, l'autre jour, lui signifie maintenant comme par le passé, protection absolue.avait rapporté son chapear, Il se te- Depuis 71 ans, malgré les conflits, les vagues de prospérité et les crises, nat i ile, In ront légérement Ss 2 , .t immobile, le t legereme cette compagnie n\u2019a pas cessé de se développer .Elle a mérité la confiance baissé, un peu gêné, semblait-il.a ; Que venait-il faire ici, à cette heu- de trois générations de Canadiens\u2014hommes et femmes.re matinale, surtout sans y avoir été Aujourd\u2019hui, plus de 165,000 assurés sont les propriétaires de la Mutual convié ?Life of Canada .partagent fous ses bénéfices! Preuve suffisante que Sa première visite avait eu une rai- Mutual veut dire \u201cmutuel!\u201d son d'être.Elle avait créé, chez Cécile, un curieux mélange de satisfaction, , .d'irritation et de trouble.Mais au- Préparez cette protection MAINTENANT! jourd'hui, Jean Delille ne disposait ; .; vraiment d'aucun prétexte, pour s'au- Qu'importe ce dont vous avez besoin, The Mutual Life of Canada a un toriser à franchir ce seuil.Pas le plan pour vous.Vous préférez peut-être les avantages d\u2019une Assurance-Vie moindre objet à restituer.Alors ?(\u2018vie entière\u201d ou à primes temporaires).Ou vous voulez peut-être une Elle le regarda bien en face, atten- ga en \u20ac Police Dotation ou une Police Pension po dant et sollicitant l'indispensable ex- pour vous assurer Un revenu plication.régulier quand vous vous retirerez.Ou vous avez peut- Il s'anima légèrement, déplaçant être aussi d\u2019autres besoins spéciaux.son bras droit, supposant sans doute Voyez le représentant de la Mutual Life of que Mile Servières allait lui tendre Canada le plus proche.Il se fera un plaisir de Comme elle n'en faisait rien, il re- vous montrer toutes sortes de plans d'épargne prit son immobilité ; mais il ne put et de protection pour tous les besoins des empêcher son visage, ses yeux sur- familles et des commerces.Ou bien écrivez tout, de vivre intensément, tandis directement au Siège Social, à Waterloo, qu'il débutait : Ontari - : \u2014 Je vous prie de bien vouloir ntario, pour avoir tous les renseigne- m'excuser.J'ai hésité avant de venir.ments.Mais, qu'importe ce que vous Puis il m'a semblé que j'avais le de- déciderez de faire, n\u2019attendez pas! voir de vous informer de l'erreur que Faites-l de suite! vous avez commise .Il s'agit cer- aites-le tout de suite: tainement d'une erreur.Vous aviez sans doute plusieurs lettres à .écrire.Permettez-moi de vous rendre .celle-ci, qui ne m'était pas destinée.Jean Delille s'avançait, une enve- | \u2026.loppe aux doigts, une enveloppe dé- : .es chiquetée et d'où émergeait un pa- | pier.Ce qu'il ajouta, Cécile ne l'enten- ; dit que dans un bourdonnement con- W fus.Ft qu'avait-elle besoin d'autres OF CANADA éclaircissements | n lui suffisait de Fondée en 1869 tirer le papier de l'enveloppe, pour ; être précipitée dans un monde d'at- SIÈGE SOCIAL WATERLOO, terrement, en comprenant ce qui \u201cLa Propri té des À s'était passé.SEE SEE CANADA 24 28 Hier soir, lorsqu'elle avait écrit à Bob, puis à Jean Delille, elle n'avait plus les idées bien nettes.Elle avait préparé, d'un même coup, les deux enveloppes.C\u2019est alors qu\u2019elle s'était trompée.Dans l'une de ces enveloppes, celle qui était libellée au nom de son cousin, elle avait glissé les remerciements destinés à Jean Delille.Et inversement.C'était une méprise banale, maintes fois citée, aux conséquences souvent drôlatiques.Il n'en allait pas de même aujourd'hui.Bob de Rouvre ne devait rien comprendre à la lettre reçue, tandis que cet étranger avait certainement ju l'appel éploré qui ne le concernait nullement.Cilette, confuse au point d'en être comme anéantie, voyait danser devant ses yeux les phrases qu'elle avait crues assez éloquentes pour faire accourir Bob de Rouvre.Elle ne trouvait rien à dire.Elle avait le sentiment qu'un affreux ridicule s'abattait sur elle.Une voix douce la rappela à la réalité.\u2014 J'espère que vous ne m'en voulez pas trop ?J'ai bien songé à vous téléphoner ; mais j'ai pensé que vous n'étiez sans doute pas chez vous.ou que quelqu'un d'autre me répondrait, à qui je ne saurais trop quoi dire.Je vous ai donc cherchée à la Sorbonne.On m'a dit qu'on ne vous avait pas vue ce matin.Alors j'ai pris mon courage à deux mains et.et voilà.Cécile gardant encore un complet mutisme, Jean Delille insista : \u2014 Dites-moi que j'ai bien fait ?\u2014 Evidemment .\".Elle se reprocha aussitôt cette froide réponse.Le geste de ce jeune homme, après tout, n'avait rien de blämable.I! méritait même l'expression de quelque gratitude.\u2014 Je vous remercie! fit-elle.Echappant à son trouble, elle voulut lui tendre la main.Elle le vit près de la porte, se disposant déjà à se retirer.Elle n'avait plus qu'à le lais- Ser partir et à garder, pour elle seule, la honte de sa bévue.Plus tard, elle le reverrait, à la faveur de quelque rencontre fortuite.Ils riraient ensemble de cet impair, Mais lui, la main sur la poignée de la porte, prononçait encore quelques mots.\u2014 Vous allez peut-être me gronder.J'ai cru bien faire aussi en vous apportant.ce que vous attendiez de M.Bob.Cilette suivit du regard le geste du jeune homme.Et ce fut seulement à cet instant qu'elle aperçut, discrètement posées sur une console, voilées de leur papier transparent, de nouvelles fleurs plus abondantes et fout aussi liliales que les premières.\u2014 Vous êtes un bon camarade ! dit-elle, L'effet fut instantané.\u2014 Oh! C'est chic, c'est gentil ce que vous avez dit là.Ouf ! je respire mieux.Moi qui m'imaginais que vous alliez avoir de moi une opinion détestable.Et tout cela, à cause de mes façons de l'autre jour.,, Tout ce qu'elle pouvait faire, pour l'instant, c'était de sourire au sympathique garçon et de lui tendre les deux mains, avec élan.\u2014 Copain, alors ?interrogea-t-il.\u2014 Pourquoi pas ?Il redevint un peu grave.Il avoua, avec dans l'accent quelque chose qui ressemblait à une émotion mal dissimulée : \u2014 Vous n'avez pas idée à quel point je suis content ! Ces mots moururent dans le silence.Une bizarre gêne s'abattait a la fois sur les deux interlocuteurs.Jean Delille, comme s'il eût épuisé tous les sujets, s'achemina à nouveau vers la porte.Mais il ne la franchit pas encore et, désignant le manteau et le chapeau qui avaient glissé des mains de Cécile, tout à l'heure : \u2014 Vous vous disposiez à sortir, sans doute ?\u2014 Non.oui.c'est-à-dire.\u2014 Je ne veux pas être indiscret.Je ne vous ai fait perdre que trop de temps.Mais .I! hésita.Il semblait, avant de poursuivre sa phrase, rassembler toutes ses forces, tout son courage.Il donnait l'impression d'être sur le point de déployer une audace incommensurée, devant laquelle il reculait un peu.Enfin : \u2014 Mais.peut-être allons-nous du même côté ?Il arrivait souvent, presque tous les jours, que Cécile Fervières se promenât seule avec des camarades d'études.Elle n'avait jamais vu la rien de choquant, ni de répréhensible Elle goiitait même cette camaraderie.qui la liajt avec les jeunes gens dont elle partageait les travaux, les efforts, les espoirs aussi.Aussi ne comprenait-elle pas bien pourquoi la demande de Jean Delille l'impressionnait si fortement.Elle cherchait une réponse dans sa raison.Mais cette raison, qu'elle se flattait de posséder froide et lucide, l'abandonna soudain, sous l'effet d\u2019un vertigineux trouble.La réponse vint à ses lèvres, spontanée: \u2014 Je m'apprêtais à aller respirer un peu au Luxembourg.\u2014 C'est justement mon chemin .CHAPITRE V Al RETOUR de sa courte promenade au Luxembourg.aux côtés de Jean Delille, elle fut accueillie, dès le vestibule, par Félix.\u2014 M.de Rouvre est là, depuis un bon moment.Le cousin de Mademoiselle a l'air de bien mauvaise humeur, aujourd'hui.Comme je lui annonçais que Mademoiselle était absente, il a dit qu'il n\u2019y comprenait rien et qu'il attendrait le temps qu'il faudrait.Je l'avais fait entrer au salon ; mais je l'ai vu se promener de pièce en pièce, comme s'il doutait de l'absence de Mademoiselle .Cécile se mit à la recherche de Bob.Elle finit par le dénicher au premier étage, dans la petite pièce contiguë à sa chambre et qui lui servait de studio.\u2014 Eh bien, ne te gêne pas, Bob! Tu pénètres chez moi comme dans un moulin, pendant que je n'y suis pas.Le grand garçon blond trancha, avec aigreur : \u2014 Je t'en prie, Cilette: ce n'est pas le moment de me mettre encore en boîte.Tiens, les voilà tes fleurs ! Il présentait à Cécile une touffe d'œillets multicolores, qui semblaient avoir été quelque peu malmenés, car plusieurs baissaient la tête, brisés sur leur tige.Il poursuivait, sur le ton d'un enfant bondeur : \u2014 Si tu crois que je n'ai pas pigé à quoi rimait le mot que j'ai reçu ce matin ! Tu sais manier l'ironie, toi ! Tu me remercies des prétendues roses que je t'ai offertes.Pour me vexer davantage, tu évites de me tutoyer, tu signes Cécile au lieu de Cilette et tu ajoutes : «Je vous pardonne, à condition que vous ne recommenciez jamais ! » «Et tout cela, je le devine sans peine, pour me faire remarquer que voilà plusieurs fois que je viens te voir les mains vides.Ce n'est pas trés chic d'agir ainsi avec moi.Devant cette avalanche de reproches, Cécile était partagée entre I'envie de rire et une sincère compassion.Mais quelle explication donner?Si elle pouvait avouer à son cousin qu'elle avait écrit deux lettres, puis s'était trompée d'enveloppe, il lui était beaucoup plus diffcile de lui parler de Jean Delille, à qui avait êté destiné primitivement le mot qui venait de faire accourir Bob.Elle le connaissait, ce Bob.Il était méfiant, curieux en diable.Il réclamerait des éclaircissements.Il irait s'imaginant des choses, des choses.\u2014 Mon pauvre Bob! s'exclama Cilette.Je te fais toutes mes excuses ! I! faut me pardonner ma sotte plaisanterie.\u2014 Tu as des façons de plaisanter, toi!.Si j'avais été cardiaque, je serais tombé du haut-mal.\u2014 Bob, tu sais que je t'aime bien.\u2014 Mais moi aussi.C'est justement pour cela que tu dois me ménager.\u2014 Sache aussi qu'une seule phrase était vraie, dans ma méchante lettre.\u2014 Laquelle ?\u2014 Ne recommencez plus jamais, Monsieur ! dit la jeune fille, aimablement grondeuse, tout en débarrassant son cousin des œillets qui avaient encore beaucoup souffert, depuis quelques instants.Cécile, qui s'adressait de sérieux reproches, exigea que Bob restât à déjeuner.Il verrait Fortuné Ferviè- res.Il ferait aussi la connaissance de lady Walker Leigthon.\u2014 Ma future belle-mère ! ajouta-t- elle, d'un ton détaché.\u2014 Quoi ! \u2014 C'est comme je te le dis, mon petit Bob.Papa va se remarier, avec cette Anglaise qu'il a ramenée des Indes.\u2014 Alors, toi?\u2014 Moi ?Enchantée .je suis enchantée ! Je me tue à le proclamer \u2026 À ce déjeuner, Bob de Rouvre eut son utilité.Il parla beaucoup et retint assez l'attention de lady Leigthon, qu'il amusait par ses naïvetés, pour que celle-ci se dispensât de faire trop souvent allusion à son fils.Tout se passa le mieux du monde.Mais ce ne devait être là qu'une courte trêve.Souvent, par la suite, Cécile Fervières allait avoir à entendre vanter encore les mérites de Jack Leigthon.Durant cette période, où Fortuné Fervières négligea quelque peu ses travaux pour sortir beaucoup en compagnie de lady Leigthon, Cécile revit plusieurs fois Jean Delile.Bien que les études, à cette époque de l'année, fussent de moins en moins sérieuses, c'était toujours à la Bibliothèque Ste- Geneviève qu\u2019elle retrouvait le jeune chimiste.Il y travaillait consciencieusement ; ses connaissances étaient étendues.Mais où Jean Delile montrait peut- être le plus de science, c'est quand, obtenant de Cécile la permission de la reconduire jusqu'à sa porte, il s'employait à faire prospérer l'amitié qui était née entre eux.La jeune fille avait eu beaucoup de camarades.Aucun d'eux ne lui avait jamais parlé comme savait le faire Jean Delille.Elle se sentait en parfaite confiance, auprès de lui.Il y avait réciprocité.Les joies et les peines du jeune homme, ses aspirations aussi, n'étaient plus un secret pour elle.C'est ainsi qu'environ trois semaines après le retour de Fortuné Fer- vières, Cécile apprit que Jean, qu'elle avait trouvé assez préoccupé ce jour- là, allait être dans l'obligation de chercher un nouvel emploi.Elle l'interrogea et sut bientôt que le poste qu'occupait son camarade, dans le laboratoire de la rue d'Ulm, n'avait été qu\u2019un remplacement.Le titulaire allait revenir.I était juste qu'on lui rendit son gagne-pain.Cécile comprit aussi à quel délicat sentiment Jean Delille obéissait, quand il se récria : La REvuE POPULAIRE \u2014 Mais je suis sans inquiétude ; je trouverai facilement autre chose.Oubliez ce que je vous ai dit.La jeune fille n\u2019eût peut-être rien fait de ce conseil, si un grand événement n'avait surgi, le lendemain, submergeant le souvenir de ce dernier entretien avec Jean Delille.Cela se passa le matin, alors que Cilette avait décidé d'occuper ses loisirs à mettre de l\u2019ordre dans la bibliothèque paternelle.C'était toujours elle qui se chargeait de ce soin.De nombreux livres étaient arrivés, pendant l'absence de Fortuné Fer- vières, des livres qui n'avaient pas encore été catalogués.Il fallait aussi choisir ceux qui méritaient d\u2019être envoyés au relieur.Sur les rayons, également, quelques volumes réclamaient une réfection.Pour cette tâche, qui ne manquerait pas de faire voltiger de la poussière, la fille du professeur s'était enveloppée d'une blouse blanche.Elle avait protégé ses cheveux avec une écharpe et passé de vieux gants.Il y avait deux bonnes heures qu'elle se tenait dans la bibliothèque, accroupie sur le tapis, entre des paquets éventrés et des piles de livres, un plumeau et des chiffons à ses côtés, quand il y eut un coup de sonnette auquel elle ne prit pas garde.Ce qui attira son attention, par contre, fut une sorte de vive altercation, dont les échos parvinrent à son oreille.Puis Félix accourut.\u2014 Mademoiselle, il y a là un commissaire, avec une malle sur l'épaule, qui baragouine je ne sais quel langage et prétend à toute force entrer.Le valet de chambre n'eut pas le loisir de fournir d'autres explications.Le commissionnire lui avait délibérément emboîté le pas et pénétrait dans la bibliothèque, où il laissait choir de son épaule, avec un < ouf » de soulagement, une caissette qui, en tombant, répandit un bruit métallique.Cécile regardait, avec quelque effarement, ce bizarre personnage, dont la mise était plutôt négligée, sans être toutefois celle d'un commissionnaire de profession.Il portait un imperméable de teinte mastic, fort usagé.Une casquette, qui semblait avoir de nombreux états de service, elle aussi, était profondément enfoncée sur sa tête.Le frottement de la malle avait dû la déplacer, car la visière apparaissait exagérément rabattue sur le front et les yeux.Mais cette casquette, soudain, tomba à terre, jetée d'un geste désinvolte.En même temps, après un bref regard circulaire, l'intrus lançait une approbation, dédiée au luxe de la bibliothèque : \u2014 Nice Home.really ! Ce fut comme un trait le lumière, pour Cécile.Et puis, il lui était donné de voir enfin le visage de ce grand garçon, bâti en athlète, aux cheveux de chanvre doré, au visage clair, au sourire bon enfant.Elle se mit debout, non sans un peu de difficulté, car ses jambes tremblaient.Sa voix aussi, quand elle pria : \u2014 Laissez-nous, Félix \u2026.Le domestique eut une hésitation, puis se retira.Il fut accompagné, jusqu'à la porte, par le regard railleur du fameux commissionnaire.Puis celui-ci, se tournant vers Cécile, encore tout interdite : \u2014 Vous n'êtes pas comme votre collègue, vous.Vous ne me réclamez pas toutes sortes d'explications.J'ai vu le moment où il allait me prier de repartir, parce que je refusais de lui dire qui je voulais voir.Une surprise ! C'est une surprise que j'entends faire.Songez qu'on ne m'attendait pas si tôt.Et j'arrive au bon moment, puis- Lire la suite page 31) LE \u201d SKYPET \" PEGGY SAGE Pu cadeaux en un seul! \u2018écrin est renfermé dans un véritable sac à main en riche capitonnage de soie \u2014 gris Ou rouge très gai! $6.50 LE \u201c SKYFARER\u201d PEGGY SAGE Se transporte comme une plume.x Cuir véritable, maroquin bleu pâle ou requin couleur tan.$3.50 LE \u201c SKYNOTE\u201d PEGGY SAGE * Une surprise ! Une boîte à musique comme autrefois.qui joue quand vous l'ou- ; vrez ! Plus tout ce qu'il faut pour le .manucure, y compris 2 paires de ciseaux.\\ 3 Couverture en cuir beige.$17.50 x * AUTRES CADEAUX \u201cSKYLINE\u201d PEGGY SAGE.\u201cSkykit\u201d \u2014 $1.75.\u201cSkymaid\u201d \u2014 $2.50.\u201cSkyscout\u201d \u2014 $6.00.\u201cSkytop\u201d \u2014 $9.00.\u201cSkyliner\u201d $12.00.Chacun est une création artistique Peggy ho\u2019 Sage .chacun renferme les luxueuses préparations Peggy Sage et les instruments qu'une jeune fille aime posséder.Peggy Sage Salon, 50 East 57 Street, New-York et dans les magasins chic du Canada. (LA FLOTTE \u20185 NOUVELLES SÉRIES ayant A à t ète la parr N Une Pontiac à la portée de tout acheteur d\u2019auto neuve EN TÊTE de la flotte torpédo 1941 de Pontiac vient la nouvelle Fleetleader sensationnelle dont les prix se comparent aux plus bas .et la puissance aux meilleures.Les cinq séries Pontiac ont des moteurs à tête en L.dont la réputation de silence, de puissance, de sûreté et d\u2019économie n\u2019est plus à faire.Et toutes les séries ont des genoux mécaniques du type le plus avancé .une caractéristique indispensable au summum de confort de roulement et de conduite.Ces voitures sont les meilleures qui aient encore porté le S SIX ET DES HUIT EN UNE GRANDE VARIÉTÉ DE STYL nom de Pontiac .elles sont plus grosses, plus élégantes et donnent une meilleure performance .il y a un grand choix de six et de huit depuis les plus bas prix! 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Continuez votre ménage, ma petite.Ça ne va pas nous empêcher de bavarder En l'espace de quelques minutes, et malgré un trouble qu'elle n'arrivait pas à vaincre, Cécile Fervières venait d'acquérir plusieurs certitudes.Que cet homme fût Jack Leigthon, elle n'en doutait pas.Il était bien a l'image des photographies qu'on lui avait montrées, pareil aussi à d'autres signalements qui le représentaient gai, hardi, facétieux, avec des spontanéités du jeune âge.Il surgissait à l'improviste.Il s'était fait un jeu de porter lui-même son bagage, un jeu aussi de mystifier la première personne rencontrée, c'est- à-dire le pauvre Félix.Enfin, en apercevant Cécile avec sa blouse, son voile et ses vieux gants, des ustensiles de ménage auprès d'elle, il ne supposait pas un seul instant qu'elle pût être la fille du professeur.Il la prenait pour quelque femme de chambre.L'erreur était amusante.Elle pouvait être dissipée d'un mot.Si la jeune fille s'en garda, ce ne fut pas pour se jouer de Jack Leigthon, mais seulement parce que l'impression qu'elle éprouvait la laissait sans force et sans voix.Ainsi, il était là, devant elle, son frère Jack ! Il s'exprimait en un français fort correct, bien que son accent fût un peu plus marqué que celui de sa mère.Lorsque le mot exact lui manquait, pour développer sa pensée, il en trouvait aisément un autre.Au besoin, il employait le terme anglais; mais il le faisait suivre ausitôt, de sa traduction.I disait: \u2014 N'est-ce pas qu'ils vont être stunned .épatés ?Je ne devais pas débarquer avant quinze jours d'ici.J'avais demandé à être versé dans une unité métropolitaine.Ma demande a marché plus vite que je ne le supposais Alors, let's go! En route! Il se débarrassait de son imperméable.Il le désignait et, riant : \u2014 Je descendais d'avion, quand on est venu me prévenir.Je n'ai pas eu le temps de faire beaucoup de toilette.Heureusement, mes bagages étaient déjà prêts.H apparaissait maintenant sanglé dans un costume de sport qui n'était pas tout neuf, lui non plus, et dont la boutonnière portait un insigne, fait de deux petite ailes.\u2014 Mais je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout cela.C'est sans intérêt pour vous.Profitons plutôt de ce que nous sommes seuls, pour faire une reconnaissance.Je suppose ue tout le monde va bien ici ?Well! oi aussi.Merci.« Renseignez-moi.Les domestiques, ça sait beaucoup de choses.« Votre patron ?Pas trop rigide, pas trop « bout-de-bois » ?Je l\u2019ai vu là-bas.Mais vous comprenez, avec moi, il a été tout miel, comme vous dites.Il y a des gens qui ont deux visages, parfois.Comme nous avons généralement deux morales, une pour autrui, une pour notre propre usage.Un philosophe français, doublé d'un humoriste, a dit que s'il fallait pardonner aux autres ce qu'on se tolère à soi-même, la vie ne serait plus possible ! Il s'empoigna une touffe de cheveux, tira dessus et, s'emportant : \u2014 Encore une fois, je me demande pourquoi je vous raconte ces histoires, au lieu de penser aux choses sérieuses.Quel incorrigible bavard je fais! C'est que je suis content, très content.Seulement, avant de me montrer, je voudrais être renseigné sur les choses, sur les gens.Ça m'aiderait à savoir quelle contenance tenir.«Tenez.parlez-moi de votre petite patronne.C'est Cécile, qu'on l'appelle, je crois ?Les jeunes filles, voyez-vous, ça m'effraie toujours un peu, surtout celles dont on m'a dit beaucoup de bien.Quand on prête tant de qualités aux gens, c'est souvent pour cacher leurs défauts.J'imagine que Mille Fervières, fière de la renommée de son père, doit être un peu.comment dit-on ?.un peu priggish .pimbêche.C'est cela: pimbêche ! Cécile ne pouvait plus y tenir.Elle allait parler, se révéler .quand Jack Leigthon, qui venait d'allumer une cigarette, réclama : \u2014 Un bain! Est-ce que je peux prendre un bain?Cilette fit « oui », de la tête.Elle alla pour sonner.Mais elle s'interrompit.Auparavant, elle jugeait digne d'elle, digne de Jack Leigthon aussi, de dissiper enfin un malentendu qui menaçait de tourner à la grossière farce.Mais la voix du jeune Anglais, à nouveau résonnait, agressive : \u2014 Parce que vous savez, ma petite, si c'est une pimbêche .je la dresserai, moi! Elle le regarda bien en face.Elle lui sourit.Il put croire qu'il allait obtenir le renseignement demandé.Il surprit ces mots, nettement prononcés, \u2014 Je suis Cécile Fervières ! Jack laissa tomber ses bras, comme désarticulés, au long de son corps.La cigarette chut aussi de ses lèvres.Il ouvrit une bouche ronde.Ancun son n\u2019en sortit.\u2014 Excusez-moi, reprenait la jeune fille.Vous avez été trompé par mon accoutrement.Je rangeais, j'époussetais les livres.C'est pourquoi.« Je suis heureuse, très heureuse de vous (connaître, Jack! Ft j'espère vous faire revenir bien vite sur votre opinion, en vous prouvant que je ne suis pas trop.priggish! Elle s'était dépouillée de son voile, Otait sa blouse, se dégantait, dénudant .des mains fines et soignées, qu'elle tendait au jeune aviateur, Il ne répondait pas immédiatement à son geste.Un de ses camarades de France eût dit : « Je suis sonné ! » Il l'était, le pauvre Jack, tant et si bien que Cilette, le prenant en pitié, alla au- devant de ce qu'il aurait pu dire : \u2014 Ne vous excusez pas.C'est ma faute.J'aurais dû vous apprendre tout de suite qui j'étais.Vous verrez : nous en reparlerons souvent et nous nous en amuserons ensemble, de cette arrivée.Jack Leigthon ne s'amusait pas encore.Mais les mots qu'il prononça, rendus plus savoureux par son accent, firent la joie de son interlocutrice.\u2014 Je voulais un bain .et j'ai requ une douche ! Cécile manifesta une telle hilarité que, cette fois, Jack se laissa gagner par la contagion.Il rit, lui aussi, de tout l'éclat de ses dents de jeune loup, très blanches et bien plantées.Puis, avec une joie désordonné, il saisit enfin les mains de la jeune fille, les étreignit, les secoua et, d'un geste brusque auquel elle ne s'attendait pas, il I'attira a lui et l'embrassa sur les deux joues.Cilette se rejeta en arrière, un peu tard.Il est vrai qu\u2019elle ne songeait (Lire la suite page 33) 31 \u201cTu montes mon propre fils // contre moi! Un papa vieux genre apprend des choses modernes sur la façon d\u2019élever un enfant 1.A mon avis, le fiston méritait la fessée, mais Marie s\u2019y opposa carrément.Flle prit même l\u2019enfant dans ses bras afin de le protéger contre moi.Petit Jean me regardait avec des yeux haineux en me criant: \u201cJe te hais! Je te hais!\u201d 3.\u201cN\u2019oublie pas enfant!\u2019 me dit Marie.\u201cD\u2019ailleurs ce remède a si mauvais goût.Pen ai parlé au docteur et il m\u2019a dit qu\u2019il ne faut pas forcer un enfant à prendre un remède qui répugne.Cela peut lui détraquer le système nerveux.\u201d pr > er A a 2.Ces mots me firent bondir, car j'adore mon Jean ct je voudrais bien qu\u2019il entretienne des sentiments analogues à mon endroit.\u201cTu montes mon propre fils contre moi!\u201d criai-je à ma femme.\u201c\u2018Crois- tu que ça me fait plaisir de lui donner la fessée ?Mais il faut lui montrer à prendre son laxatif sans se rebiffer.\u201d 4.\u201cA en croire le docteu À un enfant un laxatif qui a bon goût et qu\u2019il prend sans se faire prier! Muis PAS un laxatif pour adultes, par exemple, car le système d\u2019un enfant est trop délicat pour cela.Le docteur me conseille le.5.\u201cTI prétend qu\u2019il a un goût agréable et qu\u2019il est préparé tout spécialement et uniquement pour les enfants.Produisant surtout son effet dans l'intestin inférieur, il est moins sujet à déranger la digestion.Il est bénin, mais efficace et ne contient pas de drogues violentes.Mais ce qui importe surtout, le Castoria est sûr!\u201d Castoria.\u201d A [27] IR Nd } A : 77 4 6.Je partis immédiatement chercher une bouteille de ce fameux Castoria .et je vous assure que le docteur n\u2019avait rien exagéré.Inutile d\u2019ajouter que Petit Jean et moi sommes redevenus bons amis.Maintenant, c\u2019est en courant qu\u2019il vient À nous quand on lui parle de laxatif! CASTORIA Le laxatif moderne \u2014 SÛR \u2014 préparé spécialement pour les enfants 32 TEs-vous encore célibataire?Nous vous offrons gratuitement le moyen de savoir presque à coup sûr si vous le resterez toute votre vie : vous n'avez qu\u2019à répondre affirmativement aux questions que nous vous posons ci- dessous .Et si vous êtes mariée, fasse le ciel que vous n'ayez à vous reprocher aucun de ces manquements à l'étiquette ou à la plus élémentaire politesse ! VOTRE VISAGE Cachez-vous votre visage mal lavé sous une épaisse couche de fard ou de poudre ?Votre nez est-il si luisant qu'il ressemble à une grosse mouche à feu ?Votre nez est-il si blanc de poudre qu'il fait penser au nez enfariné d'un Pierrot ?Avez-vous, faute de maquillage, un visage glabre et sans couleur comme si vous n'aviez pas dormi depuis six mois ?Au lieu de garder vos sourcils naturels, tracez- vous simplement une mince ligne noire, comme les artistes de cinéma du temps de Clara Bow ?Affichez-vous toujours un visage tourmenté comme si vous portiez un cilice ?Votre fard est-il mis en plaques bien rouges, ce qui fait croire que vous avez la fièvre ?Vos JAMBES ET vos PIEDs La couture de vos bas fait-elle des ondulations disgracieuses ?En public, relevez-vous vos bas à tout moment ?Lorsque vous marchez, voit-on des trous au talon de vos bas ?Roulez-vous le haut de vos bas, ce qui fait un bourrelet qui paraît sous votre robe ?! Portez-vous des souliers à bouts ouverts avec des bas qui eux aussi ont des bouts ouverts ?Vos souliers sont-ils si malpropres qu'on pourrait croire que vous venez de les acheter dans un magasin de bric-à-brac ?Vous traînez-vous les pieds en marchant, comme si vous veniez de participer à un marathon de danse ?Vos CHEVEUX Vos cheveux sont-ils si longs qu'ils vous font ressembler à une Madeleine ?Vos cheveux sont-ils tellement en désordre qu'on vous prendrait pour une Gorgone ?(Voir le dictionnaire ! .) Lorsque vous sortez de chez la coiffeuse, avez- vous l'air de porter une perruque neuve ou d'avoir volé celle d'un mannequin de vitrine ?Portez-vous sur le front une « accroche-cœur » à la mode des gitanes ou des vamps de 1920 ?Vos cheveux sont-ils hérissés d'épingles qui tombent si souvent qu'il vous faudrait traîner après vous un aimant pour les ramasser ?Avez-vous adopté un type de coiffure en venant au monde sans jamais vouloir en changer ?LA REvuE POPULAIRE PETIT EXAMEN DE CONSCIENCE MONDAIN Vos CHAPEAUX Pour faire « original », portez-vous un chapeau si excentrique qu'il ait l'air d'une devinette ?Portez-vous un voile si encombrant que vous avez l'air de sortir d'une tente chaque fois que vous l'enlever, ou que vous avez l'air de redouter les moustiques même en hiver ?Votre chapeau est-il tellement fleuri qu'il ressemble à un jardin botanique miniature ?LORSQUE Vous SORTEZ Lorsque vous allez en voyage, apportez-vous une foule de choses encombrantes qui vous donnent l'air d'un voyageur de commerce ?Lorsque vous allez au cinéma, portez-vous un chapeau si élevé qu'il empêche une dizaine de - personnes de voir l'écran ?Lorsque vous allez à une danse, portez-vous au corsage une fleur énorme qui encombre votre partenaire ?Empruntez-vous le mouchoir de votre cavalier pour enlever le surplus de votre rouge à lèvres ?Vos Mains Portez-vous des ongles aussi longs que ceux d'un Fu-Manchu ?Vos doigts sont-ils tachés de nicotine comme si vous ignoriez l'existence du savon ?Portez-vous tellement de bagues et de bracelets que vous ressemblez à une gipsy de cirque ou à une rivale de Mata-Hari ?Lorsque vous parlez, pianotez-vous constamment avec vos doigts ?Votre poignée de main est-elle gélatineuse, flasque et totalement dénuée de vie ?Gesticulez-vous tellement en parlant que vous avez l'air de chasser les mouches ?VOTRE FAÇON DE vous VETIR Portez-vous des robes de vingt ans trop jeunes pour vous ?La ligne et la couleur de vos robes sont-elles si compliquées que vous ressemblez à un vaisseau camouflé ?Votre corset est-il si serré qu'il vous donne l'apparence d'un « marshmallow » étranglé par une ficelle 7 Si vous étes grande et mince, portez-vous des chapeaux très élevés et des robes à rayures verticales ?Si vous êtes grasse et courte, portez-vous un chapeau minuscule ?et une ceinture bien visible qui ressemble à la ligne de l'équateur sur le globe terrestre ?Vos Mains Agitez-vous toujours un objet en parlant, a la façon d'un prestidigitateur ?Ne pouvez-vous rester debout sans vous appuyer sur un meuble ou même sur votre voisin ?A tout moment êtes-vous à la poursuite des bretelles de votre dessous ? ye DÉCEMBRE 1940 MON FRERE JACK RAF.(Suite de la page 31) guère à s'offusquer des façons de ce grand gosse qu'elle avait un peu mystifié, tout à l'heure, sans l'avoir voulu.Elle pensait que lady Leigthon avait raison : son fils était charmant.Il émanait de lui une joie de vivre, qui était comme une lumière se répandant sur tout ce qu'il approchait.\u2014 J'aime mieux cela ! disait-il.J'aime mieux, indeed, que vous ne soyez pas la femme de chambre.Cécile.Cécile .je suis content! \u2014 Moi aussi, Jack.Elle vit qu'il changeait tout à coup d attitude.Elle ne comprit pas pourquoi, tout d'abord.Il reculait d'un pas, faisait de ses doigts écartés un peigne qu'il passait dans sa chevelure, rectifait l'ordre de sa cravate, puis se figeait dans une sorte de garde-a-vous.Elle l'entendit qui, presque cérémonieux, déclinait : \u2014 Jack Leigthon, lieutenant pilo- te-aviateur, du troisième groupe de chasse de l'aviation du Lahore R.À.F.Et il salua, la main au front, très digne.Cilette se souvint, alors, qu'un vrai gentleman s'interdit de lier conversation avec une personne à qui il n'a pas été présenté.Nul n\u2019était là pour faire les présentations, le jeune officier s'acquittait lui-même de ce soin.Mais quelles étaient les trois lettres qu'il avait épelées en dernier lieu?La fille du professeur, mal initiée, ne savait pas bien les interpréter.\u2014 R.À.F.?répéta-t-elle, interrogativement.\u2014 Royal Air Force ! indiqua-t-il, avec un nouveau salut, encore plus raide que le précédent.Cette raideur, il 'abandonna tout aussitôt, pour redevenir désinvolte, enjoué, rayonnant d'une joie qui n'avait rien de factice.Et c'était un déluge de questions.\u2014 Comment va le papa\u201d.Et la maman ?.\u2026.Bientôt mariés ?Quand?J'ai apporté un bel uniforme, pour la noce.Cilette répondait de son mieux, en phrases brèves.Elle était encore sous le coup de la stupeur ; mais, d'instant en instant, ce sentiment faisait place à une sorte d'émerveillement.Cette arrivée, qu'elle avait tant redoutée, ne l'épouvantait plus, maintenant que c'était un fait acquis.Jack, son frère Jack, était bien tel qu'elle avait désiré qu'il fût.11 apportait avec lui, dans cette maison, ce qui lui avait toujours manqué.C'était comme si du soleil et du printemps, subitement, eussent inondé la bibliothèque, un peu austère.Précisément, en ce moment, Jack Leighton faisait allusion à ce décor où sa mère, bientôt, viendrait vivre.Il manifestait un désir.\u2014 Pendant que nous sommes seuls \u2014 car nous sommes bien seuls, n'est- ce pas ?\u2014 je voudrais visiter .\u2014 Et votre bain ?\u2014 Plus tard.Je ne suis pas aussi sale \u2018que j'en ai l'air.Cette visite allait confirmer, chez Cécile, l'impression qu'elle éprouvait déjà.Pour un peu, elle eût pu croire que c'était Jack qui lui faisait les honneurs de la maison.Il allait le premier, l'attirant par la main.Il gravissait, trois par trois, les marches de l'escalier.Il poussait des portes, pénétrait délibérément dans les pièces, donnait de la voix, s'extasiait ou plaisantait à tout propos.Certains objets d'art, certains tableaux lui semblaient-ils affreux ?H le disait tout net.Il proclamait : « Maman changera tout cela ! » La disposition des lieux était telle que la visite se termina par le grand salon.Là, le jeune Britannique tomba en arrêt devant le portrait qui était à la place d'honneur, au-dessus du piano.\u2014 Qui ?demanda-t-il.\u2014 Ma maman .à moi.L'accent que Cilette mit dans ces syllabes, apprit à Jack qu'il devait cesser de rire.H posa sa robuste main sur l'épaule de la jeune fille et dit, un peu grave : \u2014 Voilà une chose que ma mère ne changera pas.\u2014 Je le sais.Et j'en suis bien reconnaissante à lady Leigthon.Ils firent le tour du salon, sans plus parler.Un même recueillement était en eux, qui leur inspirait cette réserve.Hors de la pièce, Jack retrouva sa verve et fournit quelques explications.Il disposait d'un congé de trois mois, qu\u2019il comptait passer en France.Ensuite, il rejoindrait quelque poste, en Grande-Bretagne, Il ne savait pas encore où il habiterait, jusque-là.Il avait fait voyager le gros de ses bagages par le chemin de fer, car il avait pris l'avion, de Marseille au Bourget.Mais il n'avait pas voulu se séparer de la petite malle qui renfermait son linge, et aussi des fétiches.\u2014 Des fétiches ?s'étonna Cécile.Jack raconta qu'il possédait une imposante collection de morceaux d'hélices, débris de pare-brise ou de carlingue, bouts de caoutchouc, de bois, de duralumin, autant de trophées qui lui rappelaient les appareils qu'il avait eu l'accasion de briser, surtout au cours de son apprentissage.Il les considérait comme des porte- bonheur.For luck! disait-il.Cilette identifiait maintenant la nature du bruit qui avait accompagné la chute de la mallette, lorsque le pseu- do-commissionnaire s\u2019en était déchargé.Quelque plaisir qu'elle éprouvât à recueillir ainsi les premières confidences de l'aviateur, elle ne pouvait oublier ses devoirs de maîtresse de maison.Elle appela Blanche et la pria de se mettre à la disposition de Jack Leigthon.elui-ci, au moment d'escorter la soubrette, glissa confidentiellement à l'oreille de Cécile : \u2014 Pretty this maid ! Mais j'aimais beaucoup mieux la première petite femme de chambre \u2026.Il rougit jusqu'à la racine des cheveux, comme s'il eût dit une énormité, et s'éclipsa.La jeune fille resta seule, songeuse.Elle assimilait lentement l'événement, comme on fait d'une révélation qui déjoue toutes les hypothèses.Décidément, elle s'entendrait très bien avec son frère Jack.Et, rétrospectivement, elle se reprochait d'avoir tant dramatisé son apparition.L'heure du déjeuner approchait.Cécile se souvint que, ce jour-là, elle devait déjeuner seule avec M.Fer- vières et la tante Laurence, laquelle ignorait encore tout, confinée qu'elle était dans ses besognes domestiques.Ce n'était donc point le moment de demeurer inactive.En l'espace de quelques minutes, Cilette donna des ordres pour qu\u2019on ajoutât des couverts, téléphona chez les amis de lady Leigthon, en les priant d'informer celle-ci qu'il était indispensable qu'elle vint déjeuner rue Guynemer.Puis 33 Pour avoir des dents eclatantes et un sourire vainqueur, entretenez aussi vos gencives Contre le saignement des gencives, pour raffermir les gencives et les dents, adoptez IPANA ET LE MASSAGE OUR avoir des dents éclatantes et un sourire vainqueur, il faut entretenir ses gencives autant que ses dents.Il est rare que l\u2019on ait des dents bien blanches si les gencives sont sensibles et tendres.Les aliments peu solides que l'on mange aujour- d'hui obligent à donner soi-même aux gencives l'exercice qui leur fait défaut.C'est pourquoi les dentistes modernes recommandent si souvent la méthode saine de la Pâte Dentifrice Ipana et du massage.Ipana est destinée non seulement à nettoyer parfaitement les dents mais aussi, avec le massage, à conserver la fermeté et la santé des gencives.Pratiquez chaque jour l'hygiène dentaire d'Ipana et du massage.Postez le coupon DENTIFRICE qui vous vaudra un tube échantillon gratuit; ou mieux encore, achetez-en un gros tube économique chez le pharmacien.Vous verrez qu\u2019en vous servant régulièrement d'Ipana et de massages, vos gencives deviennent plus solides, vos dents plus blanches et votre charme plus certain.Les dentistes emploient presque deux fois plus d'lpana que de tout autre dentifrice Une enquête récente parmi les dentistes canadiens, conduite par une grande publication dentaire, démontre que presque deux fois plus de dentistes emploient personnellement et recommandent l'Ipana avant tout autre dentrifrice\u2014pâte, poudre ou liquide ! FABRICATION CANADIENNE PÂTE 34 VALEURS- TRA SENSATIONNELLES TES NVAJO WESTFIELD ! Une montre précise, simple et élégante! Vedette d'élégance des montres pour dames.Petite, en forme de coussin.Nouveauté frappante! Gravure superbe! Une valeur étonnantel \u201cMONTRES: LEN WESTFIELD WATCH COMPANY TORONTO CANADA elle se mit a la recherche de Laurence.Elle la découvrit dans une piéce voisine de l'office, occupée à couvrir des pots de confiture.La vieille demoiselle affectionnait particulièrement ces tâches, dont elle ne laissait le soin à personne.Cécile voulut jouir de sa stupéfaction.\u2014 Réussies, tes groseilles framboisées, tantine ?\u2014 Tu m'en diras des nouvelles ! \u2014 Parfait.Nous les goûterons au déjeuner Nous avons deux invités.\u2014 Lady Leigthon.\u2014 Et puis ?\u2014 Et puis quelqu'un qui est en train de prendre un bain ! \u2014 Ne te moque pas de moi ! \u2014 Si tu ne me crois pas, va voir.Non! tantine, n'y va pas.S'il est aussi distrait qu'il est amusant, il doit avoir oublié de fermer la porte.\u2014 Mais qui cela, «il»?Cécile se livra à une imitation, lorsqu'elle se raidit, salua militairement et annonça, importante : \u2014 Jack Leigthon, lieutenant pilote- aviateur, du troisième groupe de chasse de l'aviation du Lahore, R.A.F,! Echappé aux mains de la bonne Laurence, un pot de confitures tomba lourdement sur la table.CHAPITRE VI LE MARIAGE de Fortuné Fervières et de lady Walker Leigthon eut lieu vers les derniers jours de juillet.La cérémonie eut le caractère d'intimité qui convenait.Une note, dans les journaux, la révéla aux amis plus ou moins lointains du savant, à ses élèves et à ses nombreux admirateurs.À cette occasion, un monceau de cartes et de lettres de félicitations arriva rue Guynemer, où Dorothy \u2014 on se souvient que c'était le prénom de la nouvelle Mme Fervères \u2014 avait définitivement élu domicile.Il fallut répondre.Cécile se vit confier la mission de préparer les enveloppes.Elle dut prendre connaissance, ainsi, de ce volumineux courrier.Elle eut la surprise d'y découvrir une lettre qui lui avait été personnellement adressée.Une lettre de Jean Delille .La jeune fille avait quelque peu négligé ce dernier, depuis l'arrivée de Jack.Ce n'était point qu'elle l'eût oublié.Elle avait même bien souvent pensé -à lui, trop peut-être ces minutes-là, elle s'accusait de dédaigner une amitié qu'elle avait pu juger infiniment précieuse, au temps où elle s'épouvantait des projets que Laurence prêtait à celle qui s'appelait encore lady Walker Leig- ton.Le besoin de posséder un ami sûr, était alors en Cécile, impérieux.Jean, sans qu'il le sût, lui avait apporté du réconfort et donné le sentiment d'une grande sécurité.Elle se taxait donc d'ingratitude.Mais c'est qu'aussi les préparatifs du mariage l'avaient accaparée, de même qu'elle avait dû sortir souvent en compagnie de Jack Leigthon, qui avait exigé qu'elle lui fit visiter la capitale.Ne l'avait-elle pas découvert, elle aussi, ce grand Paris, à la faveur des longues promenades, des visites aux musées, des soirées passées au spectacle, toutes choses dont son compagnon s'émerveillait et ne se montrait jamais las ?Cécile déchiffra bien vite la lettre de Jean Delille.Celui-ci n'avait pas osé féliciter directement Fortuné Fervières, qu'il ne connaissait qu\u2019au travers de son œuvre.Mais il chargeait sa plus belle œuvre, sa fille \u2014 il usait de cette comparaison \u2014 d'être son interprète auprès du savant.Il souhaitait qu'elle trouvât, aux côtés de sa nouvelle mère, toutes les joies dont la vie.sa vie d'orpheline, l'avait privée.Je sais ce que c'est ! ajoutait Jean, d'une plume mélancolique.Il terminait en disant : Rien de nouveau en ce qui concerne ma situation.\u2014 Pauvre garçon ! murmura Cécile, sa lecture achevée.Elle regretta ces mots de compassion.Face a Jean Delille, elle n'eiit pas osé les prononcer.Elle l'avait deviné fier, ne réclamant pas qu'on s'apitoyât sur lui, rebelle à tout ce qui pouvait avoir un caractère d'aumône ou de condescendance.Mais pourquoi cette lettre avait- elle fait une si forte impression sur Cilette ?Elle ne chercha pas à le savoir.Trop d'événements la troublaient, depuis quelque temps.Elle ne voulait pas y ajouter une complication qui fût son fait.De nouveaux personnages gravitaient autour d'elle, qui sollicitaient toute son attention.Sa propre personnalité devait passer au second plan.La jeune fille se remit au travail, noircissant des enveloppes.Mais elle se surprit, à plusieurs reprises, en flagrant délit de distraction, comme si un indéfinissable voile se fût tendu entre sa tâche et elle.Elle s'y appliquait encore, néanmoins, quand elle fut rejointe par son père.Il la félicita, la remercia.\u2014 Tu es un parfait petit secrétaire amateur ! J'aurais pu infliger cette corvée à Laurent, mon secrétaire en titre : mais il est occupé à corriger les épreuves de mon prochain bouquin.Il est littéralement sur les dents, le pauvre Laurent ! Et il n'a pas fini d'en voir, car je prépare de grandes choses.Cécile, qui savait que ce Laurent était un des plus humbles collaborateurs de son père, dévoué jusqu'à l'abnégation, répondit : \u2014 Il faut avoir pitié de ce brave garçon.en effet.Et si je puis t'aider, pendant les vacances.\u2014 Je te remercie, Cilette.Mais pour toi, les vacances doivent mériter leur nom.Je compte plutôt demander a Laurent s'il veut venir a La Baule avec nous.Il me serait d'un précieux secours, là-bas.\u2014 Je t'assure, papa, que j'aurai bien le temps de travailler pour toi.Fervières abjecta vivement : \u2014 Et Jack ?Crois-tu que Jack te laissera des loisirs ?Il exigera, comme il le fait ici, que tu sois constamment avec lui.N'oublie pas qu'il sera notre Hôte, là-bas.La villa est grande; ce ne sont pas les chambres d'amis qui manquent .Détournant un peu son regard de celui de sa fille, le savant ajouta, comme pour lui-même, mais de façon à être entendu : \u2014 Jack est encore en France pour deux grands mois.Bien des choses peuvent se passer, en deux mois ! Cécile avait tressailli Que signifiait cette insinuation ?Devait-elle voir en ces mots l'amorce d'un grave entretien, qui lui prouverait \u2018que son père reprenait à son compte le projet que tante Laurence avait pré- té à lady Leigthon ?Celle-ci, précisément.faisait son apparition.La jeune fille, qui n'avait pas encore vu sa belle-mère ce matin- là, alla vers elle et l'embrassa.7 Vous avez bien dormi, Mami- ta / Cette appellation avait été adoptée par Cilette, au lendemain du mariage.Elle avait essayé de dire « maman ».Elle y fût certainement parvenue ; mais l'Anglaise, avec une délicatesse extrême, avait encore exigé qu'elle ne frustât pas de ce nom la vraie mère, dont le souvenir ne devait subir aucune atteinte.C'était elle aussi qui avait suggéré « Mami- ta».C\u2019est ainsi que Jack l'appelait bien souvent, quand il voulait se La Revue POPULAIRE faire tendre ou qu'il avait quelque pardon à obtenir.Dorothy, après avoir rendu son baiser à Cécile et avoir pris également de ses nouvelles, s'avisait de remarquer les lettres et les envolop- pes, sur la table.Elle grondait comiquement le professeur : \u2014 Vous n'avez pas honte de faire travailler ainsi cette pauvre enfant ! Est-ce pour la contraindre à d'aussi vulgaires écritures, que vous lui avez fait faire ses études?Cilette, je vous en prie, laissez tomber .comme on dit en bon français.Ces réponses ne sont nullement pressées.Tous ces gens.qui nous ont félicités, ont bien e temps d'être remerciés.Il n'y en a pas un sur cent, à qui cela ait fait un plaisir réel de me voir devenir Mme Fortuné Fervières.« Allez vous préparer, Cilette.Puisque, aujourd'hui, votre père nous abandonne, nous allons nous venger en ne demeurant pas ici.Mais oui ; c'est comme je vous le dis.Mon mari va à je ne sais quel congrès de savants, précédé d'un déjeuner, Il nous | préfère tous ces vieux crocodiles ! Heureusement qu'il ne leur ressemble pas! Il est encore très bien, votre père.\u2014 Dorothy, intervint M.Fervières, vous mettez ma modestie à une rude épreuve.\u2014 Laissez de côté votre modestie, cher.Et allez rejoindre vos fossiles.Moi, j'emmène Cécile déjeuner à la campagne.Avec Jack, bien entendu.Nous nous servirons de la voiture.Vous, Fortuné, vous prendrez le métro.I! n'y avait rien de bien méchant dans les façons de l'Anglaise.Mais elle s'était fait une règle de se liguer avec sa belle-fille, contre Fortuné Fervières, chaque fois que l'occasion se présentait.Cécile n'avait aucune raison de refuser cette aimable invitation.Et c'est ainsi qu'un peu plus tard, Jack \u2014 qui habitait un hôtel du quartier \u2014 étant venu rejoindre les deux femmes, la voiture prenait la direction de la proche banlieue, pour atteindre une riante « hostellerie », dans les bois.Dès qu'on fut installé autour de la table, sous les feuillages, Dorothy Fervières vanta une fois de plus les mérites de son fils.\u2014 Notez, Cilette, que mon Jack doit être loué de se trouver ici avec nous.Il était invité par deux de ses camarades, de passage à Paris.En notre faveur, il leur a fait faux-bond.\u2014 Merci, Jack ! dit gentiment Cécile.qui était bien obligée de reconnaître qu'elle goûtait beaucoup la compagnie du jeune homme.Mais lui, balançant ses larges épaules et jonglant avec sa fourchette, protestait : \u2014 Je n'ai pas à être remercié, Ci- lette.Si j'avais déjeuné avec mes amis, je serais revenu sick \u2026.\u2014 Malade ?\u2014 Oui.Ils boivent beaucoup.Moi, je ne sais pas.Tout de suite, ça tourne, ça chavire.\u2014 J'aime mieux cela! convint la jeune fille, en riant.Et j'approuve le Créateur qui, chez vous, a placé le châtiment si près de la faute.Vous avez donc pris une garantie contre ce châtiment, en venant déjeuner avec votre mère et moi.\u2014 J'ose croire que mon fils, dit Dorothy, préfère aussi de beaucoup votre société à celle de ses amis.N'est-ce pas, Jack ?La fourchette monta plus haut, dans les tourbillons que lui faisait exécuter le lieutenant Leigthon.\u2014 Réponds, Mamita ! dit vivement Cécile.Vous voyez bien que Jack prépare un numéro de jongleur, pour \u201c(Lire la suite page 43) DÉCEMBRE 1940 FAY WRAY, vedette RKO, dans un manteau trois-quarts de renard blanc teinté platine.\u2014 Aux deux pages suivantes on trouvera, pour illustrer cet article de Francine sur les fourrures de cette année, quatre photos qui représentent, dans l'ordre : une jaquette de renard platine (Olivia de Havilland) ; un court manteau de léopard (Ann Miller) ; un manteau de vison pour le soir (Maureen O'Hara), enfin une autre variété de renard platine.35 36 La REvuE POPULAIRE LE MANTEAU DE FOURRURE DE CET HIVER J est taille avec ampleur de maniére a glisser facilement.Les emmanchures sont assez larges pour permettre de l'endosser par-dessus un tailleur sans aucune difficulté.La mode de jeter simplement un manteau sur les épaules, mode qu'on ne peut évoquer sans frissonner, est heureusement en train de disparaître.MANTEAU DE VOYAGE S! votre ambition est d'avoir un manteau solide qui servira pour le voyage, nous vous conseillons le castor rasé, le nutria, le seal d'Alaska brun safari.Choisissez un modèle ample et qui croise en avant.Une cape de léopard ou d'ocelot, doublée de flanelle rouge, fera beaucoup d'effet, Si vous craignez d'avoir froid aux oreilles, que votre cape ait un capuchon que vous relèverez à volonté.Y A-T-IL DE NOUVELLES FOURRURES ?LES zoologistes ne signalent aucune nouvelle espèce d'animaux a fourrure, mais d'anciennes connaissances que nous avions un peu négligées se présentent à nous cette année : l'hermine d'été, la martre de roche, le seal d'Alaska brun safari, pour ne rien dire du seal d'Hudson ou rat musqué teint qui connaît actuellement une nouvelle vogue.L'INFLUENCE DE LA JUPE [+ est évident que les jupes amples de l'an passé réclamaient une jaquette courte tandis que le manteau long convient mieux aux jupes ajustées de cette année.La longueur moyenne de ce manteau est de 32 pouces.Ample ou ajusté, il doit être souple.La fourrure est à longs poils ou à poils ras, mais elle aura été travaillée de manière à ce que son volume en soit diminué.Pour être élégante, il faut avant tout paraître svelte et non pas corpulente. DÉCEMBRE 1940 .37 MANTEAU DE VILLE | peut étre en fourrure plus fragile que le manteau de voyage : caracul, mouton de Perse, galiak ou mouton rasé.L'an passé déjà, ces fourrures plates étaient travaillées comme des tissus de laine.Cette ) année, on les ajuste et les drape comme des robes ; Ce, on leur fait des plis, des plissés, des remplis, des fronces, des pinces, des empiècements et des ceinturons.CHOIX DE COULEURS LE beige, le brun et le noir sont également portés.Le succès de l'année est aux fourrures dans les tons de beige, tandis que les brunes plaisent davantage à l'imagination et que les noires sont les favorites de la jeunesse.IMPORTANCE DES DETAILS \\/EILLEZ à ce que les épaules soient unies et bien rembourrées, le col plutôt petit et de lignes sobres.Les poches sont nombreuses et profondes, appliquées à l'extérieur ou cousues à l'intérieur.Les manches glissent facilement grâce à leur ampleur.Elles se terminent par une bande resserrée ou une manchette retournée.On trouve partout des plis, des fronces et des blousés.LE PRIX DEMANDE CONSIDERATION (CERTAINES fourrures sont confortables et durables sans être trop coûteuses.De ce nombre sont : l'opossum, le chevreau, le mouffette, le rat musqué et le chat sauvage.Ce dernier se traite comme le vison, de sorte qu'il n'est plus encombrant comme autrefois.FRANCINE 38 C'est là le grand souci : être aimé, plaire à l'homme ! Même celles qui n'ont plus aucun espoir, même celles qui affectent la plus complète indifférence ont une arrière-pensée de conquête \"' au cas où ça viendrait \".Et c'est pourquoi toute femme qui a quelque souci de sa dignité se dit toujours à elle-même : \" Je voudrais être habillée telle qu\u2019il m'aime, telle qu'il serait heureux de me voir!\" A ce sentiment d'affection ou d'amour se mêle naturellement un sens de l'équilibre qui empêche de recourir à des extravagances inutiles.La femme qui recherche les toilettes excentriques est une âme sèche dont l'unique préoccupation se formule alnsi : attirer l'attention des inconnus, jeter de la poudre aux yeux.S'habiller \"telles qu'ils nous aiment \", voilà ce qui doit nous guider dans le choix de nos toilettes ! La Revue POPULAIRE 9 © DÉCEMBRE 1940 Lorsque la jeune fille est vraiment intelligente et qu'elle aime vraiment, on peut reconnaître le caractère de son amoureux rien qu'aux toilettes qu'elle porte ! Cette vérité est à peine exagérée, comme vous pourrez vous en rendre compte si vous avez un peu l'esprit d'observation.Sur la page en regard, Maureen O'Hara porte une robe de diner d'inspiration normande : lignes sobres, couleurs un peu sévères, mais qui font ressortir la finesse du visage.Virgina Grey présente un costume deux-pièces de tweed rose et gris : ensemble qui convient à une jeune fille sportive.\u2014 Sur cette page-ci: une toilette préférée de Myrna Loy.Elle consiste en une robe du soir noire; très ajustée, elle affine la taille.Pour en faire une robe de dîner, il suffit d'y ajouter cette charmante jaquette de laine noire avec ornements contrastants.Photos M.-G.-M.et RKO 40 SR IANONRER EU MECRE LEE 00 2 écheveaux de coton en brins \u201d Anchor \u201c de Clark, F787 (Vert limon) 1 écheveau de coton en brins \u201d Anchor \u201c de Clark, F733 (Or) 1 écheveau de coton en brins \u201c Anchor \u201c de Clark, F569 (Jaune ocre) 1 écheveau de coton en brins \u201d Anchor \u201c de Clark, F458 (Bleu ciel) 1 morceau de gaze de toile, 16 pouces x 23 pouces 1 aiguille à tapisserie, No 24 La broderie est exécutée avec 2 brins de coton.A 2 pouces du bord, faire 2 rangs de points de croix, le long des 4 côtés, avec du fil vert limon; chaque point de croix doit être travaillé par-dessus 3 fils du tissu, dans les deux sens.Faire les rangs de points de croix indiqués sur le diagramme pour les coins, en diagonale, et les 3 premiers rangs dans les deux coins opposés.Retourner un ourlet à l\u2018envers et faire un point coulé tout le long de la bordure.La Revue PopuLAIRE Jlapperon pou\u201d fond de plateau, au point de croix 45g 733 757 569 X N [© 0[0j0O|0]|0 O|o - id Sob vb 0 ae 41 DÉCEMBRE 1940 1.Dans une atmosphère canadienne, les skieurs trouvent dans ces maisonnettes du mont Tremblant le repos, la tranquillité et le confort.2.C'est sur cette colline que la grande piste de la Feuille d'Erable traverse le domaine \" Sun Valley \".Photos C.P.R.3.Sur la vérandah d'un hétel des Lauren- tides, les skieurs se reposent avant l'appel du lunch.4.La grande descente du mont Tremblant.La vue s'étend au loin sur une mer de montagnes blanches tachetées de vert.Sur la pente blanche Le skieur dévale sur ses planches, Avec le sauvage bonheur D'être son propre moteur.Le ski lui donne des ailes, Et ses traces parallèles Font un double sillon Que la culbute change en tourbillon ! 3600\u2014TJolie robe de fillette, gr.6 à 14 ans.Pour un 6 ans : 154 v.de 35\u201d ou 1% v.de 39\u201d.Col et poignets : 3% v.de 357-397-44\u201d ou 14 v.de dentelle de 35\u201d.1% v.de ruché de 1\u201d.! v.de ruban de 2%\u201d.Y% v.de taffetas de 39\u201d ou d'organdi de 44\u201d pour les manches.Fermeture-éclair de 6\u201d.15 cents.3603 \u2014 Robe jeune, gr.12 à 20.Pour un 12 : 37% v.de 39\u201d ou 2% v.de 54\u201d.Ceinture de votre choix.Permetu- re-éclair de 9\u201d.25¢ 3599 \u2014 Blouse, jupe avec bretelles, et jaquette, gr.6 à 14 ans.Pour un 8 ans : blouse avec manches courtes, 1 v.de 357-39\u201d.Per- meture-éclair de 5\u201d.Jupe et bretelles : 2 v.de 35\u201d, 17% v.de 39\u201d ou 1% v.de 54\u201d.Ceinture de 1\u201d de largeur.Fermeture-éclair de 6\u201d pour la jupe.La ja- 15 3601 Simphioity quette : v.de 35\u201d, 3591 \u2014 Robe, tablier et bouffants, gr.2 à 8 ans.115 v.de 39\u201d ou 144 Pour un 2 ans : la robe, 13% v.de 357-39\u201d ou 114 v.de 54\u201d, 15 cents.de 44\u201d.Les boucles : 34 v.de ruban de 74\u201d.Le tablier : 34 v.de 35\u201d-44\u201d, Ruché pour la robe et le 3601 \u2014 Robe de fillet- tablier : 134 v.de 34\u201d.Fermeture-éclair de 5\u201d.Les te, gr.2 à 8 ans.Pour bouffants : 34 v.de 35\u201d ou 5 v.de 39\u201d.15 cents.un 4 ans : 24 v.de 35\u201d, 17% v.de 39\u201d ou 3602 3602 \u2014 Robe amincissante, gr.12 à 20.Pour un 134 v.de 44\u201d.Pour 16 : 415 v.de 35\u201d, 315 v.de 39\u201d ou 254 v.de 54\u201d.les boucles : 14 v.de Une fermeture-éclair de 6\u201d pour le dos ; une autre ruban de 74\u201d.Ferme- de 9\u201d pour le côté.25 cents.ture-éclair de 6\u201d.15g Si vous ne pouvez trouver ces PATRONS SIMPLICITY chez le marchand de votre localité, commandez-les, avec le montant requis, à l'adresse suivante : Patrons de \u201cLa Revue Populaire\u201d, Dominion Patterns, Lid., 489 College St., Toronto, Ont. 0 dem an a a oe eve DÉCEMBRE 1940 MON FRERE JACK R.A.F.(Suite de la page 34) amuser ses camarades d'escadrille, quand il les rejoindra.Si la jeune fille était intervenue, c'est parce qu'une secrète intuition l'avait mise en état d'alerte.Il lui avait semblé que Dorothy encourageait son fils a quelque confidence.Elle raccordait cette impression a celle qu'elle avait ressentie ce matin, quand son père avait souligné que « bien des choses pouvaient se passer, en deux mois ».Et ce qui renforçait sa crainte, c'est qu'elle pouvait remarquer que Mme Fervières semblait vraiment furieuse du mutisme de Jack.Le déjeuner commença.L'Anglaise parlait beaucoup.Elle disait sa satisfaction de se trouver ici, entre son grand fils et celle qu'elle aimait déjà à l'égale d'une fille.\u2014 Qui m'eût jamais dit que je posséderais un jour un second enfant ?J'avais bien en perspective une bru, une bru inconnue, car Jack n'est pas de ces hommes qui sont destinés à demeurer éternellement célibataires.Mais cette bru, je ne l'imaginais pas bien.À présent que je vous connais, Cilette, je la vois mieux.Et vous allez rire.je la vois, avec vos yeux, vos cheveux, l'ovale de votre vsage.Je ne la conçois même pas autrement.- \u2014 Dommage que je n'aie pas une sœur jumelle ! coupa Cécile, qui était trop fine et trop sensible pour n'avoir pas discerné l'allusion.Dorothy ne se montra pas belle joueuse.À nouveau, elle laissa percer son dépit.\u2014 Vous non plus, ma petite, vous n'êtes pas faite pour le célibat.Il faut abandoner cela aux laiderons dotés d'une caractère acariâtre.\u2014 Mais j'ai très mauvais caractère, parfois ! \u2014 Nous n'en croyons pas un mot.N'est-ce pas, Jack ?\u2014 Not a word! consentit à répéter le jeune homme.La mère poursuivait, oubliant de manger : \u2014 D'abord, je vous ai donné le bon exemple.Quand une femme comme moi trouve le moyen de refaire sa vie et d'être heureuse, très heureuse, elle offre un vivant encoura- gment à celles qui, jeunes et jolies, ont le devoir de construire leur bonheur.\u2014 Je suis très heureuse, Mamita ! \u2014 Pour l'instant, peut-être.Mais la marche dans un désert est bien monotone, à la longue ! Le mot « désert », frappa la jeune fille.C'est ce même mot qui avait été employé, au retour de son père, lorsque celui-ci avait cherché à savoir si son cœur était toujours libre.Les deux syllabes, après un circuit qu'elle devinait trop bien, lui étaient restituées.La voix de Dorothy résbnnait toujours, sarcastique : \u2014 Combien de jeunes filles n'ambitionnent rien d'autre que la vie qu'elles connaissent auprès de leurs parents.Mais que surgisse le Prince Charmant.\u2014 .Et la Belle au Bois Dormant s'éveille ! termina Cilette, décidée à répondre du tac au tac.Je vois, Ma- mita, que vous connaissez nos vieilles légendes.Perrault nous a conté cela.Mais il ne nous a jamais dit si, une fois mariée avec son prince, la princesse avait été heureuse.Et l'aurait-il dit, nous ne serions pas obligés de la croire.\u2014 Tout de même, Cilette, si ce prince surgissait .\u2014 Je crois que j'aurais le sommeil très dur ! Tout en bataillant ainsi, la jeune fille avait observé Jack, à la dérobée.Il semblait affreusement gêné.Elle lui fut reconnaissante de cette attitude.Elle put croire, en effet, qu'il n'approuvait nullement le jeu que menait sa mère.Celle-ci éprouva peut-être du découragement, à se sentir aussi peu soutenue.Elle cessa d'importuner Cécile et aborda toutes sortes d'autres sujets.Le repas s'acheva sans nouvel incident.Mais une fois le café servi, Dorothy se cala dans son fauteuil et, un peu languissante : \u2014 J'ai horreur de bouger aussitôt après le déjeuner.Mais que je ne vous empêche pas d'aller faire un tour, mes enfants.Il doit y avoir des fleurs, dans les bois, à cette époque.Vous m'en rapporterez.Jack faisait une boule de sa serviette et se soulevait de sa chaise.Soit qu\u2019elle voulât donner une preuve du mauvais caractère dont elle avait parlé, soit pour toute autre raison, Cécile dit, le ton sec : \u2014 Je me trouve très bien ici.À la vérité, elle voulait faire comprendre qu'elle n'était pas dupe de cette nouvelle ruse.Il fallait que Mme Fervières, une fois pour toutes, se mit bien dans la tête qu\u2019elle n'était pas de ces petites filles dont on peut disposer à son gré et que son cœur, comme son âme, se refusait à se laisser modeler à la façon d'une cire molle.Ayant dit, Cilette chercha une approbation du côté de Jack.Elle ne doutait pas qu'il consentit à passer dans son camp.Mais lui, achevant son geste, repoussait la chaise qu'il venait de quitter et disait, rouge comme un coquelicot : \u2014 Excuse me.J'avais promis à mes camarades de faire tout mon possible pour aller prendre le café avec eux.Je file.Je vous renverrai la voiture .\u2014 Quelle incorrection, Jack! morigéna Dorothy.Mais c'était Cécile qui, subitement, devenait l\u2019alliée du jeune homme.\u2014 Laissez, Mamita.Jack se partage entre ses amis et nous.C'est tout naturel.L'Anglaise ne semblait pas avoir encore digéré ce qu'elle considérait comme un affront personnel, que son fils était déjà loin.Un bruit de moteur annonça son départ.\u2014 Vous étes fachée, Mamita 7 demanda la jeune fille, qui se sentait plus forte, maintenant qu'elle était seule avec sa belle-mère.\u2014 Moi?Non.Mais Jack, sûrement.\u2014 Parce que je n'ai pas voulu aller me promener avec lui?\u2014Oui.Il m'avait confié \u2014 Quoi ?\u2014 Qu'il avait un secret à vous dire.Cette fois, c'était clair.Il eût fallu que Cécile Fervières fut la dernière des sottes, pour s'illusionner plus longtemps.Mais n'était-ce pas sa faute, après tout ?Pourquoi avait-elle demandé à Mme Fervières si elle était fâchée?Elle avait provoqué cette réponse, par trop éloquente.Elle devait s\u2019en prendre encore à elle-même si, en cet instant, Dorothy glissait à son oreil- e \u2014Ce secret, vous n'êtes donc pas curieuse de le connaître ?Elle eut un « non » bref, définitif, si dur même, qu'elle le regretta aussitôt.(Lire la suite page 45) 43 La debutante dit - \u201cNON?\u201d \u201c Pas aujourd'hui, Margot!\u201d me dit-elle sur un ton ennuyé.\u201cJe me sens si mal à l\u2019aise, si irritée, que je pourrais crier!\u201d Mais je voulais cette photo et je répondis: \u201cPourtant, Lucie, tu devrais savoir que Modess Miracle apporte maintenant le \u2018zonage de l\u2019humidité\u2018! Je vais en faire venir par téléphone et te montrer quelque chose d'important au point de vue du confort!\u201d J'avais de la veine! Trouver Lucie Delarue seule dans un petit salon, loin de la foule! Elle photographie à merveille et un portrait d'elle m\u2019ouvrirait sûrement les colonnes des plus grandes 2 revues de modes.J'étais certaine d\u2019être bien accueillie, car nous avions été au couvent ensemble.Mais lorsque je lui demandai de poser, elle me refusa carrément! bit Je fus bien récompensée! Cinq superbes photos de Lucie et une gentille petite lettre.\u2018Tu pourras venir me photographier de nouveau quand cela te plaira\u201d, m\u2019écrivit-elle.\u201cJe te suis si reconnaissante du confort que tu m'as procuré en me révélant les qualités de Modess.Son nom de \u201cMiracle\u201d est bien trouvé, car c\u2019est un vrai miracle de douceur et de confort\u201d SOYEZ CURIEUSE! RECHERCHEZ LE CONFORT! Pressez cette matière duveteuse et voyez comme C elle est souple.C\u2019est pour cela que la serviette épouse si confortablement la forme du corps, sans se tasser ni gêner\u2014 qu\u2019elle repose bien à plat là où elle doit le faire.Et grâce au \u2018zonage de l\u2019humidité\u201d, Modess reste aussi plus douce plus longtemps, tandis que son dos imperméable vous procure une précieuse sensation de sécurité.Plus douce «Modes renferme une Coupez une serviette dont la bourrure est crêpelée comme du papier, puis coupez une Modess et constatez la différence! Modess est remplie d\u2019une matière douce, duveteuse et absorbante.C\u2019est un vrai miracle de protection, en même temps qu\u2019un miracle de confort.Mais ce n\u2019est pæs tout .Modess Miracle -Plus douce-Plus sûre! 44 Quel cadeau assez digne ?Sous les armes, dans les manufactures, et sur la terre, les canadiens servent et combattent partout pour ces idéals si vivaces à l\u2019époque de Noël.Et cette année, les canadiens veulent faire foi de leur estime et leur affection envers les êtres chéris, d\u2019une façon proéminente\u2014ils cherchent un cadeau à la fois pratique et personnel\u2014qui durcra pendant des années et qui porte un nom d\u2019une telle renommée qu\u2019il fera honneur à la fois à celui qui donne et à celui qui reçoit.Pour maintes personnes l\u2019heureuse réponse se trouve dans le choix d\u2019une montre Sov ; LA MONTRE LA PLUS HONOREE DU MONDE Exactitude étonnante, longue vie, facilité de service par tout le monde, parties interchangeables, un grand choix de modèles exquis tous ces attraits contribuent à ce que les mains les plus honorées rtent la Longines, la montre la plus honorée du monde.[illustration des montres Longines ci- dessous, ne peut vous donner qu\u2019une faible idée de leur beauté: afin de les voir convenablement il faut visiter votre bijoutier Longines, et c\u2019est avec plaisir qu\u2019il vous montrera les derniers modèles Longines.LONGINES-WITTNAUER CO.OF CAN.LTD.240 OUEST, RUE ST-JACQUES, MONTREAL L'OEUVRE DES PETITES-SOEURS DE L'ASSOMPTION PAR THERESE FOURNIER A Congrégation des Petites-Sœurs de l'Assomption ne compte pas encore un siècle d'existence.Elle a été fondée à Paris, en 1864, par le Père Etienne Pernet, religieux des Augustins de l'Assomption.C'est lui qui suggéra à Marie Maire, une infirmière, de soigner les malades pauvres à domicile, sans jamais accepter de paiement.Elle accepta cette tâche sans hésitation et ne tarda pas à trouver trois jeunes filles désireuses de la partager avec elle.Toutes quatre s'installèrent dans un modeste logis de la rue Vaneau.«Les malades payants étaient rares, mais les pauvres affluaient, » nous dit Mlle Genevieve Duhamelet, historiographe de la communauté, « et ce fut dès ce moment-là une règle absolue, la première règle des futures Constitutions, de n'accepter jamais que les pauvres et de les soigner pour rien.» Dirigées par le Père Pernet, ces pieuses filles suivaient un petit règlement et menaient une vie de dévouement au service des malades, cependant aucune ne montrait les aptitudes de fondatrice de communauté.Ce rôle devait revenir à Antoinette Fage, personne d'une chétive santé mais d'une indomptable énergie, qui avait été pendant plusieurs années la directrice d'un orphelinat.Elle s'installa avec six autres religieuses dans un petit appartement de la rue Saint- Dominique et prit en religion le nom de Mère Marie de Jésus.Ils serait intéressant de suivre pas à pas le récit de Mlle Duhamelet, de constater avec elle les progrès de la communauté naissante et de connaître l'œuvre immense accomplie en si peu de temps.Comme l'espace nous manque pour le faire, nous croyons plus pratique de nous transporter avec elle au Canada.Depuis sept ans, en effet, les Petites-Sœurs de l'Assomption sont installées chez nous.Elles sont venues à Montréal à la demande de Mgr Georges Gauthier.Après un court séjour dans la paroisse de la Nativité, angle des rues Joliette et Ontario, elles ont acheté une très modeste maison située rue Champlain, dans la paroisse Sainte-Brigide.C'est de là qu'elles partent chaque matin pour aller soigner des malades pauvres à domicile, Elles quittent le couvent un peu après huit heures, y reviennent pour dîner et repartent bientôt pour ne rentrer qu'à six heures.Elles ne se limitent pas au quartier qu'elles habitent et s'efforcent de satisfaire le plus de demandes possible.Inutile d'ajouter qu'étant seulement neufs elles n'y parviennent pas.Cependant, comme elles ont depuis deux ans ouvert un noviciat à Ville- La Salle, noviciat qui abrite actuellement sept postulantes et trois novices, elles ont bon espoir de recruter chez nous des vocations.Toutes ces religieuses font des études médicales, quelques-unes sont des infirmières diplômées.Peu de journées sont aussi bien remplies que les leurs.Elles prennent soin des malades en suivant à la lettre les prescriptions du médecin.C'est là l'essentiel de leur œuvre.Mais leur activité ne se borne pas là : elles font par surcroît le ménage, la cuisine, la toilette des enfants.Comme bien on pense, ces religieuses ne vivent pas ainsi en contact quotidien avec la classe ouvrière sans deviner les misères morales qui s'y cachent, ni sans tenter d'y remédier par un bon conseil ou une parole d'encouragement.C'est dans le but de pouvoir exercer plus fructueusement leur apostolat bienfaisant que les Petites-Sœurs de l'Assomption rêvent d'organiser ici, comme elles l'ont fait depuis longtemps en France, des réunions mensuelles pour les pères et les mères de familles.Bien entendu, les enfants n'en sont pas exclus, puisque pendant que leurs parents assistent à une causerie faite sur un sujet pratique, ils jouent sous la surveillance et avec le concours d'une bonne Sœur.Jusqu'à présent.le couvent de Montréal n'a pu réunir ces groupes familiaux, le local étant beaucoup trop exigu.En effet, le parloir est tout juste assez grand pour loger une table et quelques chaises et la chapelle a les dimensions d'un minuscule oratoire.Soigner gratuitement les malades n'est pas un métier très lucratif ; voilà pourquoi les Petites-Sœurs de l'Assomption doivent compter sur la charité publique et parfois la solliciter.Dès leur arrivée en notre pays elles ont rencontré des amies dévouées qui se sont intéressées à leur œuvre.C'est ainsi qu'elles ont retrouvées à Montréal un groupe de jeunes Noëllistes organisées de la même manière que leurs sœurs de France et dont la présidente est actuellement Mlle Mireille Ethier.Parmi les nombreuses dames charitables qui sont venues spontanément offrir leur aide aux religieuses, il convient de mentionner Mme L.-R.de Lori- mier, la zélée organisatrice de deux partie de cartes.Lundi, le 9 décembre prochain, de 2 heures à 11 heures, aura lieu à l'Hôtel Windsor, une grande Vente de Charité organisée \u2018dans le but d'assister les Petites-Sœurs de l'Assomption dans l'accomplissement de leurs bonnes œuvres.Plusieurs comptoirs bien garnis offriront aux acheteurs un choix de poupées et autres jouets, toiles, lainages, papeterie et cartes de souhaits, conserves, gâteaux et bonbons confectionnés par les vendeuses, ainsi qu'une foule de jolis objets appropriés comme cadeaux de Noël et du Jour de l'An.On servira aussi le thé.Madame Noah Timmins est la présidente d'honneur de cette fête de charité et madame Alfred Thibau- deau en est la présidente active.Elle sera secondée par mesdames Albert Dupuis, Maxime Raymond, Joseph Hurtubise, L-R.de Lorimier ainsi que par mesdemoiselles Laurenda Raymond, Bela Karch, Marguerite Brunelle, Mireille Ethier et plusieurs autres.Quelques-unes des organisatrices de la vente de charité au bénéfice des Petites-Sœurs de l'Assomption, de haut en bas: Mme Alfred Thi- baudeau, Mme Maxime Raymond, Mme Albert Dupuis et Mille Bella Karch.(Ces trois dernières photos, de la Photographie La Rose, Montréal), LA RevuE POPULAIRE eer = rr mmr EE DÉCEMBRE 1940 MON FRERE JACK RAF (Suite de la page 43) Elle passa brusquement de la sévérité à l'enjouement.\u2014 Non, je ne suis pas curieuse, Mamita ! Et faites-moi un grand plaisir : ne cherchons plus à savoir si Jack est parti mécontent.Supposons, au contraire, qu'il a été très heureux de pouvoir rejoindre ses camarades.Et puisque vous désirez ramener des fleurs des bois, allons les cueillir ensemble.\u2014 Soit ! Par la suite, Cilette dut rendre à sa belle-mère cette justice qu'elle lui épargna toute nouvelle alerte, toute occasion aussi de se tenir sur la défensive.Il y eut pourtant, pendant le trajet de retour, sinon une nouvelle attaque, du moins une déclaration qui donna à réfléchir à Cécile.Dorothy Fervières lui apprit qu'elle avait hâte de connaître la villa de La Baule.et qu'elle était résolue à avancer le départ.\u2014 Nous quitterons Paris dans deux ou trois jours ! dit-elle péremptoirement.\u2014 Je doute que papa puisse partir si tot.Ses travaux.\u2014 11 travaillera tout aussi bien la- bas.Et vous ne voudriez tout de même pas, ma chère petite, qu'il se dérobe devant le premier désir que j'exprime.Si nos maris ne nous obéissaient pas après quelques jours d'union, ce serait à désespérer de l'avenir.Et quand j'ai quelque chose dans la tête, vous savez.Ces mots encore, remettaient dans la mémoire de Cécile un souvenir du temps où elle avait été meurtrie, à la pensée qu'une étrangère allait s'arroger des droits sur elle.Pareil jugement avait été porté par la brave Laurence.Il s'avérait exact.Tout ce que Mme Fervières put ajouter, la jeune fille l'entendit à peine.Ce départ précipité, pour La Baule, était un fait nouveau.Loin de lui donner une impression d'évasion, il lui semblait un moyen ingénieux de l'emprisonner davantage dans le complot qu'on tramait autour d'elle.Lä- bas, au bord de l'océan, Jack vivrait sous le même toit qu'elle, partagerait sa vie, contrôlerait toutes ses actions.Deux autres personnages, Fortuné Fervières et son épouse, fermeraient le cercle qui irait se resserrant chaque jour davantage.Peu à peu, Cécile étoufferait dans cette étreinte.Saurait-elle la briser ?Qui la verrait tendre des mains implorantes ?Qui répondrait à son appel, cet appel qu'elle avait déjà voulu lancer le jour où elle avait écrit a son cousin Bob une lettre.une lettre qui était parvenue a Jean Delille.Bob était toujours à sa disposition, sans aucun doute.Elle pouvait user de lui, tout remettre en œuvre, obtenir que le dévoué cousin jouât son rôle, laisser croire que c'était lui l'élu de ce cœur qu'on assiégeait.Oui, le moyen de battre en brèche les projets de Dorothy était là.Cécile y réfléchit longuement.Plus tard, seule dans sa chambre, elle alla même jusqu'à prendre une feuille de papier à lettre, pour écrire.Mais elle laissa retomber sa plume et murmura : \u2014 Pas bien joli, tout cela! \u2014 Sa fierté se cabrait à l'idée de cette comédie, à laquelle collaborerait l'innocent Bob.Feindre l'amour?N'était-ce pas une sorte de sacrilège, dont l'amour, un jour, se vengerait 7 Il y a des sentiments avec lesquels on ne joue pas.Si Cécile renonçait à recourir aux bons offices de son cousin de Rouvre, elle n'en retrouvait pas moins les alarmes qu'elle avait connues et, au-dessus de tout, d'une manière instinctive, cet ardent besoin de se sentir protégée.Par qui?\u2014 Cet après-midi-là, la jeune fille eût souhaité de n'avoir pas à quitter sa chambre, afin de pouvoir rester face à face avec elle-même.Mais, vers six heures, Blanche vint l'avertir que Mme Fervières la réclamait.Elle dut se rendre à cette invite.Elle trouva Dorothy gantée, en chapeau, prête à sortir.Elle la decou- vrit dans un état d'exaltation anormale.\u2014 Je cours chez Jack! Un de ses camarades \u2014 vous savez, ses fameux camarades ?\u2014 m'a téléphoné pour me prévenir.Ah! je ne l'ai pas félicité, celui-là.Mon pauvre Jack ! \u2014 Mais qu'est-il arrivé, Mamita?s'enquit Cilette, sincèrement inquiète.\u2014 Îl est arrivé que ces garnements ont fait boire mon pauvre petit plus qu'il n'est de raison.Ils ont dû le reconduire à son hôtel.Il ne va pas bien, pas bien du tout.Oh! rien de grave.N'empêche que Jack, le fils de lord Leighton, se mettre dans des états pareils.«Il l'avait bien dit qu'il n'avait pas l'habitude et que cela le rendait malade.Pourquoi a-t-il fait cela ?Je vous le demande à vous, Cilette, pourquoi ?\u2014 Mais, Mamita, je ne sais pas.\u2014 Elle ne sait pas! Elle ne sait pas ! s'emporta l'Anglaise, en faisant chavirer son chapeau sur ses cheveux.« Alors, vous n'avez jamais entendu parler de ces gens qui, sachant très bien que l'alcool les indispose, boivent pour s'étourdir, pour oublier ?Et s'il y a un coupable, dans tout cela, je vous laisse le soin de le deviner, Si vous ne le devinez pas, c'est que vous avez une biiche a la place du cœur ! C'était la première fois que Cécile s'entendait apostropher ainsi par sa belle-mère.Elle ne songea pas à lui en tenir rigueur.Ce qu'elle découvrait seulement, dans les propos irrités de Dorothy, c'était une accusation dont le sens réel était par trop apparent.Si Jack, peu entraîné à ce genre de sport, avait fait de copieuses libations, c'était pour noyer dans les fumées de l'ivresse le dépit qu'il avait ressenti, quand Cécile n'avait pas voulu aller se promener avec lui.Voilà ce qu'avait voulu dire l'ex-lady Leighton.L'histoire était presque comique ; mais Cécile ne songeait pas à en rire.Elle ne trouvait pas d'autre explication, elle non plus, à cet écart de tempérance qui lui faisait prendre en pitié Jack, son frère Jack.Elle était encore tout acquise à cette impression, quand elle se retrouva seule, Dorothy n'ayant rien voulu ajouter aux mots vengeurs qu'elle avait prononcés.Mais la dynamique Anglaise, sans s\u2019en douter, venait de jeter le poids de son mécontentement dans l'un des plateaux de la balance où Cécile pesait ses décisions.Quelqu'un d'autre allait se charger, par surcroît, de l'alourdir encore.Cilette n'était pas remise de son émoi, qu'elle était rejointe par Fortuné Fervières.Il sortait, lui aussi.\u2014 Je te cherchais, dit-il.Je voulais t'informer de la décision que nous venons de prendre, Dorothy et moi.Tu peux préparer tes malles, petite.45- POUR LA RECEPTION .RITZ rend les mets delicieux encore plus exquis ! Servez Ritz avec du café, du jus de tomates, du ginger ale, ou toute autre boisson.Servez-le avec la soupe, la salade, le fromage ou autres garnitures.Ces biscuits Christie alléchants sont bons avec tout\u2014et pour tout le monde! Ritz a une saveur exquise, comme un goût de noisette\u2014il faut y goûter pour l'apprécier.Commandez-en deux ou trois cartons aujourd\u2019hui, chez votre épicier.Ne se vend pas en vrac.Biscuits Christie's \u201cII y a un Biscuit Christie's pour tous les goûts\u201d 7 7 Meilleure CUISSON @ La pure et appétissante saveur de la mélasse de table BEMA Extra Fine la rend indispensable à toute cuisson.Employez-la dans la préparation des muffins, gâteaux, pain au gingembre, \u201ccookies\u201d, etc.WA MN A Tous les membres de votre famille raffoleront de la délicieuse saveur que donne À toute cuisson la mélasse de table BEMA Extra Fine.Elle est si bonne pour tous! 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CHAPITRE VII | © Y AVAIT cing jours que le savant et les siens étaient installés à la Pinsonnière.C'était là le nom de la villa où Cécile, depuis bien des années, passait toutes ses vacances.D'ordinaire, Fortuné Fervières y travaillait peu.Il ne s'isolait que quelques heures, chaque jour, dans la pièce qui lui servait de bureau.Mais cette année, il avait résolu de se contraindre à un sérieux labeur et de ne pas attendre plus longtemps pour classer et revoir les innombrables notes qu'il avait rapportées de son voyage aux Indes.Il comptait aussi parfaire quelques pages du prochain volume de son remarquable Mécanisme de I'Hérédité.Cette tâche exigeait qu'il eût à sa disposition beaucoup de documents.Tout cela tenait de la place.Le père de Cilette avait donc jugé nécessaire de s'assurer la disposition d'une petite maison voisine de la Pinsonnière \u2014 quatre pièces, composant un rez-de- chaussée, genre bungalow \u2014 que le propriétaire louait à la saison.Cette maison permettrait à Fortuné Fervières de s'absorber dans son travail.Elle aurait un autre avantage : elle serait l'habitation personnelle de Jean Delille .de Jean Delille, dont l'arrivée était annoncée pour aujour- d'hui même.C'était le jeune homme, en effet, que Cécile et sa tante étaient venues attendre à la gare.À Paris, tout s'était passé suivant le programme arrêté par la jeune fille.Jean avait produit une excellente impression sur Fortuné Fervières et tous deux étaient vite tombés d'accord.Durant ces premières jours passés à La Baule, Cilette avait eu encore, en Jack Leigthon, le compagnon le plus assidu.Il avait exigé qu'elle lui montrât le pays et les environs, l\u2019accompagnât dans ses promenades et ses excursions en mer, partageât toutes les distractions dont il se montrait friand : tennis, golf, baignade.II avait même voulu l'initier aux joies du ski nautique, où il excellait.Mais les débuts de la jeune fille avaient été si malheureux, que Jack n\u2019avait pas renouvelé l'expérience.Le train entrait en gare.Comme on était aux approches des fêtes du quinze août, il y avait beaucoup de voyageurs.Haussée sur la pointe de ses petits souliers de toile, qui complé taient un ravissant ensemble de piqué blanc, le tout couronné d\u2019un immense chapeau de soleil, Cécile s'efforçait de découvrir l'arrivant, parmi le moutonnement des têtes.Son propre nom résonna soudain, tout près d'elle.Quelqu'un, qu'elle n'avait pas remarqué, tant elle était obsédée par la recherche d'un autre visage, surgissait, une valise à la main, un étui à raquettes passé sous le bras.\u2014 Bob! reconnut-elle, peur, Si je m'attendais.\u2014 Bonjour, cousinette.Mes hommages, tante Laurence ! C'est moi ! Je me faisais vieux, à Paris, où il n'y a plus un chat.Alors, comme je sais que j'ai ma chambre toujours réservée, à la Pinsonnière, j'ai pensé vous faire une bonne surprise.Je viens passer quarante-huit heures avec vous.\u2014 Et tu resteras un mois ! persifla Cécile, un peu remise de son étonnement et qui savait que les choses, chaque année, se passaient de la même façon.Bob de Rouvre se reprenait à parler.Sa cousine ne l'écoutait plus.Pour elle, l'incident était déjà oublié.Elle n\u2019était encore préoccupée que d'un autre voyageur.\u2014 Bon voyage, Jean ?\u2014 Excellent \u2014 Figurez-vous que, sans vous en douter, vous avez voyagé dans le même train que mon cousin.Il vient de nous tomber dessus sans crier gare.Venez que je vous présente à Bob.Elle entrainait le jeune homme.Elle remarqua, sur ses traits, une bizarre crispation.Elle crut comprendre et expliqua : \u2014 Oui, il s'agit bien de mon cou- son Bob, à qui j'avais écrit.Vous vous rappelez ?\u2014 Je me rappelle! fit-il, d'une voix sans inflexion et tandis que ses traits restaient étrangement contractés.L'instant d'après, c'étaient les présentations.\u2014 Tante Laurence, tu connais déjà monsieur Jean Delille, puisque tu l'as vu chez nous, à Paris.Mon cousin Bob de Rouvre.\u2014 Enchanté, monsieur.\u2014 C'est moi.c'est moi qui suis très heureux de vous connaître.Pendant que les deux jeunes gens échangeaient une poignée de mains, Cécile observa que Jean se détendait, comme si une inquiétude se dissipait en lui.Il avait même un pli ironique au coin de la lèvre en contemplant la silhouette dégingandée de ce garçon insignifiant, voire un peu ridicule, qu'était Bob de Rouvre.Maintenant, le petit groupe sortait de la gare.La voiture du professeur Fervières attendait sur la place.On s'y installa, après qu'on eut casé les bagages sur le siège, à côté du chauffeur.Jean Delile reviendrait plus tard, pour prendre les caisses qui avaient voyagé avec lui et qui renfermaient les documents qu'il apportait.Durant le trajet, on bavarda.Désignant l'animation qui régnait dans les rues, Cécile dit : avec stu- La RevuE POPULAIRE \u2014 Vous voyez que La Baule.est toujours La Baule.Sa vogue va sans cesse croissante.Dans un salon, on n'oserait pas avouer qu'on n'est jamais venu ici.\u2014 J'y viens pour la première fois ! dit Jean Delille, Cilette comprit qu'elle avait parlé étourdiment.Un instant, elle avait oublié les origines de son camarade, sa jeunesse sevrée de joie, sa modeste condition.Seule avec lui, elle eût peut-être dit : « Je vous demande pardon».Et voilà que ce gaffeur.de Bob de Rouvre renchérissait : \u2014 Comment ! Vous ne :connaissez pas La Baule ?Inouï! Vous êtes un phénomène, dans votre genre.Remarquez que je n'en raffole pas, moi, de ce patelin-là ! On y dépense trop d'argent.Mais j'ai la maison de l'oncle Fortuné à ma disposition.Et puis, il y a ma cousine Cilette, dont je ne saurais me passer.Vous a-t-elle dit que j'étais son plus ancien flirt ?Cécile semblait au supplice, tandis que la tante Laurence, qui savait à quoi tenir sur les prétentions de Bob, riait aux éclats.Mais la jeune fille retrouva toute son assurance, lorsqu'elle vit que Jean lui souriait, comme pour lui affirmer qu'il ramenait à leur juste valeur les propos du cousin.La voiture tournait à l'angle d'une magnifique et pittoresque allée, où, parmi une abondante végétation, s\u2019essaimaient de luxueuses propriétés.Cécile Fervières désigna la voie où l'on s'engageait : \u2014 L'avenu du Bois-d'Amour.C'est là que nous habitons .\u2014 Un joli nom ! observa Jean De- lille.\u2014 Je comprends ! exulta Bob.Le Bois-d'Amour ! C'est tout un programme, ça, ma Cilette ! Elle frappa du pied avec énervement.Elle déplorait, décidément, que l'arrivée de Bob eût coïncidé avec celle de Jean.S'adressant à ce dernier, elle ne put retenir : \u2014 Quand je vous ai présenté mon cousin, j'ai oublié de vous dire qu\u2019il était complètement idiot.Mais vous Vous en apercevrez vite.\u2014 Merci, toujours ! fit Bob.On arrivait.La voiture franchit la grille grande ouverte et vint stopper au pied du perron.La villa, avec ses trois étages, son toit à clochetons, sa four et ses murs couverts de feuillage.se présenta aux yeux de Jean elille.II dit, comme pour opérer tout de suite une mise au point : \u2014 M.Fervières m'avait laissé entendre que j'habiterais une maison voisine.\u2014 Nous vous y conduirons tout à l'heure, annonça Cécile.Vous devez avoir besoin de prendre quelque chose, après ce long voyage.Les quatre personnages étaient descendus de voiture quand, en haut des marches du perron, surgit un grand diable blond, au buste en li- erté dans une chemise largement échancrée, sous un sweater blanc.On l'entendit protester : \u2014 Eh bien, je vous retiens, Cilette! Vous auriez bien pu me le dire, que vous alliez à la gare.Je ne savais pas ce que vous étiez devenue.On ne fait pas ces blagues-là ! Jack Leigthon \u2014 c'était lui \u2014 se précipitait au-devant des arrivants.De nouvelles présentations furent né- cessanres, car, à Paris, Jean Delille n'avait pas eu l'occasion de rencontrer le fils de Dorothy.Cécile, par ailleurs, lui avait très peu parlé de Jack.Il pouvait même ignorer qu'il fiat au nombre des habitants de la Pinsonnière.(Lire la suite page 50) (A droite) CHIC EY EFFICACE Modèle exceptionnel parmi les appareils rigides, simples et peu coûteux.Corps moulé noir, compact .viseur genre \u2018\u201clongue-vue' .pour instantanés et demi-poses.Objectif ménisque, mise au point fixe.Poignée tressée.Photos 244\"x314\".BULL'S EYE SIX-20 FAIT AUSSI DE LA COULEUR Le Kodak Bantam (f/4.5) assure la rapidité et la précision de l\u2019objectif Anastigmat Kodak Spécial, obturateur à 1/200e de seconde.Grâce à des méthodes modernes de finition, on obtient des photos en noir et blanc ae 23x4 pouces.Prend aussi le Film Kodachrome.KODAK BANTAM (f/4.5) Vous offrez davantage quand vous ES KODAKS POUR NOEL Commencez vos achats de Noël et du Jour de l\u2019An sur cette page\u2014continuez-les chez votre marchand de Kodaks .Peu de cadeaux sont aussi appréciés qu\u2019un appareil photographique.Et, pour obtenir une valeur inégalée en tous points\u2014choisissez un Kodak ou un Brownie qui sont appuyés par 50 ans d'expérience dans la fabrication d'appareils photographiques .par un placement de plusieurs millions de dollars dans un vous offrez un appareil photographique.Et vous offrez davantage quand c\u2019est un Kodak.Votre marchand de Kodaks a des Brownies à partir de $1.25\u2014des Kodaks, a partir de $5.Voyez-les aujourd\u2019hui.Au Canada, KODAK est la marque de cominerce déposée outillage de précision .l\u2019habileté du plus grand groupe d experts en appareils photographiques qui aient jamais été réunis.Cd Vous donnez quelque chose de vraiment beau quand JA gauche UN NOUVEAU FAVORI La plus nouvelle vedette parmi les appareils pliants peu coûteux.Deux viseurs.Support 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NOËL\u2014envoyez deux (A gauche) FAVORI INSTANTANÉ Riche en nouvelles caractéristiques.Abattant précis se relevant de lui- même.Déclencheur d\u2019obturateur à même, modèle rentrant.Viseurs, direct et réflecteur.Objectif Anastigmat Kodak f/6.3.Obturateur Diomatic à 1/100e de seconde.Photos, 24x 444 pouces.KODAK VIGILANT SIX-16 (f/6.3) (A droite) NOUVEAU MODELE, MINIATURE À BAS PRIX Grâce au tube spécial en spirale de l\u2019objectif, ce nouveau Kodak Duex est aussi compact qu\u2019un appareil pliant.Prend 16 photos format album (1% x244 po.).Objectif précis Doublet.Nouvel obturateur perfectionné.KODAK DUEX ÉCONOMIQUE POUR VUES Met les vues animées chez soi à la portée de presque tous.Donne de 20 à 30 scènes en noir et blanc-= chacune aussi longue que la moyenne des vues d\u2019ac- tualités\u2014sur un film coûtant $2.50 fini, prêt à être projeté.Fait des vues animées en couleurs, avec le Film Kodachrome.CINÉ-KODAK HUIT Modèle 20 72 ou trois Films Kodak avec l'appareil, pour prendre des photos de ce Grand Jour.gauche BEAU KODAK PLIANT L'un des meilleurs appareils pour photos format album (2x3, po.).Objectif Anastigmat Kodak f/4.5, obturateur Koda- matic a 1/200e de seconde.Deux viseurs.Dispositif prévenant la double-pose.Posométre.Deciencheur d\u2019obturateur a méme, modèle rentrant.KODAK MONITOR SIX-20 (f/4.5) Esz an Kodak Très grand choix chez votre marchand 48 0) Es ee Fe Fosse Ssosoh se C\u2019est l\u2019année des cadeaux PRATIQUES \u201cDonnez et vous donnerez des années sommeil réparateur Imaginez la joie que vous pourriez apporter à Noël ou au Jour de l'An en donnant des Draps ou Taies d'Oreiller Colonial dans leur empaquetage des Fétes.C'est un cadeau utile qu'on peut inscrire sur toute liste.Une grande variété de nuances au choix : bordures bleues, mauves, or, roses et vertes pour les draps comme les taies et aussi le blanc bien entendu.Tous ces articles constituent un cadeau idéal.Fabriqués au Canada par DOMINION TEXTILE COMPANY LIMITED LA Revus PoruLams MADAME LACROIX EST DÉCORÉE On se rappelle peut-être que j'ai eu jadis le plaisir de présenter aux lectrices de fa Revue Populaire et du Samedi celle qui depuis est devenue leur plus sûr guide en matière d'art culinaire : Mme Rose Lacroix.Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si en apprenant qu'elle venait d'être décorée par le gouvernement de notre province, je me suis rendue sans tarder à l'Ecole Ménagère pour lui offrir mes félicitations.J'y arrive à un moment où la ruche est plus que jamais bourdonnante d'activité, aussi je m'empresse de questionner à ce sujet la dévouée directrice : \u2014 Il me semble que vos élèves sont plus nombreuses que l'an passé ?\u2014 En effet, me répond Mme La- croix, jamais l'Ecole n'a été aussi remplie qu'elle l'est actuellement.L'assistance au cours de cuisine est doublée, sans doute parce que les jeunes filles, vu la difficulté des temps, ont mieux compris l'importance du côté pratique de la vie.Nos pensionnaires aussi sont nombreuses.\u2014 Laissons vos élèves et parlons plutôt de vous, de votre décoration.\u2014 Je ne sais au juste à quoi attribuer cet honneur \u2026.\u2014 Je parie qu'il y a pour cela une bonne raison, et même plusieurs.\u2014 Cela n'en a pas moins été une surprise pour moi.\u2014 Comment avez-vous appris la grande nouvelle ?\u2014 Par une lettre du ministère de l'Agriculture qui m'invitait en même temps à me rendre à Québec, le 4 septembre, pour y être décorée au banquet donné par le gouvernement sur le terrain de l'exposition.\u2014 ŸY avait-il d'autres femmes qui devaient recevoir le même honneur ?\u2014 Oui.Mlle Vaillancourt, secrétaire des cercles de fermiéres et deux ou trois religieuses qui s'occupent d'enseignement ménager.J'ai beaucoup regretté de ne pouvoir me rendre à cette aimable invitation.\u2014 C'est dommage, en effet.\u2014 Quelques jours plus tard, je recevais une deuxième lettre qui accompagnait cette fois la Médaille d'or de l'Ordre du Mérite agricole.On m'annonçait que le premier ministre qui est aussi, comme vous savez, le ministre de l'Agriculture avait eu la bonté de faire mon éloge dans son allocution et de regretter mon absence.\u2014 Vous connaissez personnellement l'honorable Adélard Godbout ?\u2014 Oui, je l'ai connu il y a longtemps déjà.Il était député de l'Islet, professeur à l'institut agricole de Sainte-Anne-de-la-Pocatière et agronome.\u2014 Et vous ?\u2014 Moi, j'étais à Québec, au service de l'économie domestique où je suis restée pendant huit ans.Mon travail consistait à parcourir la campagne pour y donner des démonstrations d'arts ménagers.C'est au cours de ces tournées que je me suis souvent rencontrée avec celui qui est aujourd'hui le chef de notre province.\u2014 Avant de vous quitter, Madame, permettez-moi de vous présenter au nom du personnel de La Revue Populaire et de ses lecteurs de chaleureuses félicitations.FRANCINE CONSEILS PRATIQUES DE FRANCINE Les objets en bronze se nettoient à l\u2019aide d'une flanelle imbibée d'alcool dénaturé.Ayez aussi une vieille brosse à dents pour pénétrer dans les replis et les fioritures qu'un chiffon ne peut atteindre.Pour nettoyer le chrome sali ou rouillé, le frotter avec du papier d'étain légèrement humide.Vous pouvez fort bien vous servir de celui qui enveloppe les cigarettes ou le chocolat Le son d'un disque de gramophone sera doux si vous essuyez délicatement ce disque avec un chiffon de soie ou de velours humecté d'huile d'olives.Si le disque est égratigné, versez dessus un peu de cire de bougie et laissez l'aiguille du gramophone y pénétrer quand l'instrument est en mouvement.L'eau tiède et quelques gouttes d'ammoniaque est sans contredit ce qui nettoie le mieux les brosses et les peignes.Le peigne peut rester à tremper quelques instants pendant que l\u2019on frotte la brosse.Attention au dos de celle-ci : ne le plongez pas dans cette solution.Après un bon savonnage, rincez à l'eau tiède.Mettre sécher le peigne sur une serviette, Secouer la brosse afin qu'elle sèche plus vite.Ne pas la déposer sur le plat du dos: Le mieux est de la suspendre par une ficelle.On doit laver peigne et brosse après chaque shampooing si l'on ne veut pas qu'ils déposent de la poussière ou des pellicules sur la chevelure toute propre.Quand vous lavez des gants de chamois, ne manquez pas d'ajouter à votre eau une cuillerée à dessert de glycérine ou d'huile d'olives.Vous constaterez que vos gants seront souples après avoir été lavés de cette manière.Enveloppez toujours les tissus blancs : flanelle, soie, et le reste, dans du papier de soie bleu, si vous les serrez pour longtemps.C'est la meilleure maniére de les empécher de jaunir.Les bourses en métal, les souliers d'argent ou de velours doivent être enveloppés avec du papier noir.Quand deux verres ont collé ensemble, on peut facilement les séparer en les déposant dans un bol qui contient de l'eau chaude et en versant de l'eau froide dessus.Si vous avez à cœur de protéger vos livres contre la poussière, pourquoi ne pas les revêtir de couvertures en cellophane ?Elles garderont vos livres en bon état tout en vous permettant d'en distinguer les titres. DÉCEMBRE 1940 Whig, We, ain 1 \\ ÿ At, Ion bye re MES IE ww, I We WY, WHS TTT x \u2018 LE REVEILLON DE NOËL PAR FRANCINE gr TOUT le monde est d'opinion que Noël est la plus grande fête ré- ligieuse de l'année et la fête par excellence des enfants, les manières de la célébrer varient selon l'époque et le pays.Pour étre pratique, con- tentons-nous pour cette fois de considérer ce qui se fait chez nous et de nous demander comment nous pouvons célèbrer gaiement Noël, tout en lui conservant son caractère essentiellement religieux.La meilleure manière est, sans contredit, d'assister à la messe de \u2018minuit et même, autant que possible, aux messes qui suivent.À la sortie de l'église, on se rend en bande chez des amis pour réveillonner.Il y a diverses sortes de réveillons de Noël: celui qui se passe en famille, celui auquel on invite un grand nombre de personnes, et celui qui réunit un petit roupe de jenes gens, et de jeunes illes.Je crois que ce dernier est de beaucoup le plus agréable parce qu'il offre l'avantage de réunir des personnes du même âge et qui se connaissent assez intimement.Cette seconde condition est très importante.C\u2019est une bonne idée que d'assister à la messe de minuit dans une même église où l'on retient des places à l'avance.De cette faon, on sera sûr de ne pas faire seul le trajet entre l'église et la maison et d'arriver à la même heure chez les amis qui nous attendent.Presque toujours, d'ailleurs, la jeune fille qui reçoit s'arrange pour faire ses préparatifs à l'avance et pour se rendre à l'église en -compagnie de ses invités.Les DÉCORATIONS Les décorations de Noël ont beaucoup varié en ces dernières années.Il n'y a pas si longtemps, on les faisait rouges et vertes, puis elles sont devenues dorées, enfin l'or a cédé, depuis une couple d'années, la place au bleu et à l'argent.Seule, la symbolique couronne de houx a Le Menu On ne peut pas dire qu'il existe un menu traditionnel pour le réveillon de Noël bien que l'habitude en ait consacré plusieurs.Si on le désire, on servira des canapés et du vin au salon, mais cela n'est pas indispensable.Quand tout le monde sera assis autour de la table de la salle à manger, on fera circuler les hors-d\u2019ceuvre pendant qu'on apportera des tasses de bouillon bien chaud.On aura placé à l'avance sur la table une dinde froide, un moule de gelée de canneberges, une salade de légumes et de pommes de terre.On peut remplacer la dinde par une galantine de volaille à la gelée ou des aspics, mais les aspics sont moins décoratifs.Comme desserts : une glace, un gâteau aux fruits ou gâteau de Noël, ou encore un gâteau en forme de biiche, au moka ou au chocolat.On sert des petits pains plutôt que du pain tranché et on dispose le beurre de façon décorative.Comme boissons : du vin rouge et du café.De jeunes ménages pas trop fortunés, mais ingénieux et hospitaliers ont remis à la mode les réveillons canadiens en honneur dans nos campagnes et servi à leurs invités le menu suivant : soupe aux pois, tête en fromage, tourtières, salade de pommes de terre, compote ou confiture, cro- quignoles et fromage d'Okja.Evi- demment, à deux heures du matin, ce menu excellent et substantiel n'est peut-être pas très recommandable Mais si l\u2019on est jeune et qu'on a soin de danser ou de faire une longue marche avant de se mettre au lit.Il me semble que l'expérience vaut la peine d'être tentée.Les PETITS CADEAUX Un dernier conseil en terminant.Il arrive que parmi les invités il y en a qui désirent faire un cadeau de Noël ou du Jour de l'An à leur hôtesse.Le réveillon de Noël leur fournit une très bonne occasion de lui en- le 1at-casscro © tn, petits e tasse 0 sa cossetarde- \u2018 boîte pouf cadeau.\" cad Superbe 3 8 gerne! Toki ternira \u20ac n! ir pour DrESVErT 4 triomphé des caprices de la mode et EN froids ; ; ; { 1 ETOT e?t occupe toujours une place d'honneur embellira tr lante qu ! gmbaumera et Fa pe à gâteaux Pres dans toutes les décorations de Noël.\u2018 à ur ou: 1e ; Pa Ce superbe 0 x Eta pour Il évid , Le délicate attention que de la lui faire A aire des EBLE Idéal a ¢ tes.4 cet .Il est évident que l'on doit préparer ete 52 2e \u201cextraord à l'avance presque tous les mets qui x ies porter la veille afin de lui éviter la RO Lee dépense d'en acheter une elle-même.oo que 111 composeront le menu du réveillon et ; que la table doit être mise quand Les plantes les plus appréciées au I \u20ac temps de Noël sont les azalées, mais es convives feront leur entrée.Si vous avez un feu de cheminée, tant on peut également offrir un cycla- mieux : rien ne saurait donner à la men ou une de ces grandes fleurs rou- fois une empression plus complète de ges dont le nom m'échappe et qui gaieté, de confort et d'intimité.En rappellent l'édelwiess, la fleur suisse 1 par excellence.Bien entendu, la jeu- attendant que tout soit définitivement prêt, vos invités s'y chaufferont, ou ne fille qui aura reçu ce cadeau bien il s'abstiendra de remercier le donateur en ils auront recours, pour passer en public afin de ne pas gêner ses e temps, au gramophone ou à la autres invités qui n'avaient peut-être radio qui a toujours des programmes pas les mêmes raisons pour se mon- spéciaux pour la nuit de Noël.trer aussi généreux.Concessionnaires Exclusifs au Canada\u2014John A.Huston Co., Limited, Toronto OVENWARE-FLAMEWARE 50 MUM PROTEGE VOTRE CHARME, Plus que tout autre désodorisant des aisselles, Mum est employé par les vedettes de cinéma.ménagères, gardes-malades, employées de bureau, écolières ÊME une jeune fille très propre M peut incommoder si elle se fie au bain seul pour faire disparai- tre l\u2019odeur.Le bain n'enléve que la transpiration passée, mais il n\u2019empêche pas les odeurs à venir.Mum le peut ! 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ELIMINEL\u2019ODEURDE LA TRANSPIRATION FABRICATION CANADIENNE MON FRERE JACK R.A.F.(Suite de la page 46) \u2014Lieutenant Jack Leigthon, de la Royal Air Force.M.Jean Delille, le nouveau collaborateur de papa.- Jack broya dans sa main les doigts que lui tendait le jeune chimiste.Puis il en usa de même à l'égard de Bob de Rouvre, qu'il connaissait déjà et qui se prit à gémir : \u2014 Quelle poigne ! Jack et Bob, à présent, sur les pas de Laurence Fervières, pénétraient dans la villa.Jean Delille, demeuré un peu en arrière aux côtés de Cécile, désigna les deux jeunes gens.Il demanda : \u2014 Vous en avez beaucoup comme cela, à me présenter ?\u2014 Rassurez-vous.C'est tout.Mais n'allez pas confondre Bob avec Jack.C'est le jour et la nuit.Vous verrez.\u2014 J'ai vu ! dit laconiquement Jean, dont les traits reprirent un instant l'étrange expression d'inquiétude, de tristesse aussi, dont Cécile avait pu s'étonner, à la gare, quand elle l'avait mis en présence de Bob de Rouvre.Un peu plus tard, dans la cadre confortable et pimpant de la Pinson- nière, Jean Delille était accueilli par Dorothy Fervières, puis par le savant lui-même.Le thé fut servi.Le camarade de Cécile parut éprouver une constante gêne.On eût dit qu'il avait le grand souci de garder ses distances.Mais peut-être aussi se complaisait-il à observer ces êtres, parmi lesquels ils allait vivre désormais.De tous, celui qui semblait l'intéresser le plus était Jack Leigthon.Jean échappa à cette sorte de malaise, quand Fortuné Fervières l'emmena vers la maison voisine, que le savant désigna de ce nom : « Notre domaine ».Les deux hommes s\u2019y attardèrent.Entre eux, déjà, s'était établi un courant de sympathie, fait de bienveillance chez le maître, plein de déférence chez le disciple.Jean se montra confus lorsqu'il apprit qu'il prendrait ses repas à la table familiale.Fortuné Éervières, qui avait parfois des manières un peu brusques, lui mit la main sur l'épaule, le regarda dans les yeux et interrogea : \u2014 Vous n'auriez tout de même pas voulu que mon collaborateur fût mis à l'écart et mangeât à l'office ?\u2014 Non, maître, je ne l'aurais pas voulu ! répondit nettement le jeune homme qui, avec un personnage de la valeur du savant, estimait que l'aveu de sa fierté serait compris.La fin de l'après-midi permit à Jean Delille de s'installer.Il ramena aussi de la gare les bagages dont il s'était fait accompagner.Il n'avait pris aucun repos, lorsque l'appela la cloche de la Pinsonnière, pour le dîner.Il fit un brin de toilette et s\u2019em- presda d'accourir, redoutant d'être en retard.À la villa, il ne trouva que Dorothy, qui maugréait : \u2014 Ces jeunes gens ne peuvent pas se mettre dans la tête que rien n\u2019est plus mauvais, pour la santé, que l'irrégularité dans les repas ! Quand ils s'amusent, ils laissent volontiers passer l'heure.Vous, au moins, vous êtes un homme exact.Il est vrai que vous n'êtes pas venu ici pour vous amuser.Jean Delille mordilla sa lèvre.L'ancienne lady Leigthon poursuivait : \u2014 C'est mon grand fou de Jack, qui est responsable.Tout petit, déjà, il ne savait pas mettre un frein à ses jeux.En toute chose, il se passionne ainsi.Comment le trouvez-vous, mon Jack ?\u2014 Mais.très bien, Madame.\u2014 II est mieux que bien! C'est un garçon épatant.Je me fatigue à répéter que la femme qui l'épousera ne sera pas à plaindre.Pour l'instant, il fait de l'aviation.Mais il n'en sera pas toujours.Il faudra même que la femme qu'il aimera le détourne de ce dangereux métier.Elle n'y aura aucune peine.Le jour où mon fils sera amoureux, il ne le sera pas à moitié.Je vous dis qu'il ne sait rien faire à moitié.Et, entre nous, je crois que ce jour n'est pas loin.Je ne peux vous expliquer .Mais puisque vous êtes appelé à partager notre vie, vous ne tarderez pas à comprendre.Un peu de porto ?\u2014 Non, merci, Madame.\u2014 Vous êtes sobre?Vous avez raison.Jack aussi.Mais il n'y a aucun mérite.Cela lui fait du mal.Pigurez-vous même que l'autre jour.Mme Fervières n'eut pas le loisir de poursuivre.Des rires et une galopade annonçaient le retour de & cile, flanquée de Jack et de Bob.Ils avaint couru, pour rattraper leur retard.Ils arrivaient essouflés, joyeux, vêtus de clair.Avec eux, une bouffée de jeunesse et de gaîté pénétrait dans la pièce.L'anglaise les tança, sans trop de sévérité, et leur donna cinq minutes pour aller se préparer.Bob, qu'effrayaient un peu les façons de Dorothy, fila le premier.Comme Cécile et Jean franchissaient la porte à leur tour, la maîtresse de maison les désigna a Jean et it: \u2014 Sont-ils assez gentils, tous les deux ?La soirée tint les promesses du jour.Elle fut tiède, magnifiquement étoilée.Dans cette avenue du Bois- d'Amour, on échappait à l'animation, aux bruits.Les hôtes de la Pinson- nière, installés dans le jardin, s\u2019apprêtèrent à savourer longuement cette paix et cette douceur.Au milieu d'un silence, Fortuné Fervières, renversé \u2018sur son fauteuil, les yeux au ciel, fit observer : \u2014 On a du mal à imaginer que nous vivons sur un volcan ! Il s'expliqua.Il rappela que la situation générale, en Europe, avait été rarement aussi tendre.À l'en croire, cette tension ne pouvait que s'aggraver encore.Le Reich, qui depuis pres d'un an ne cessait de piétiner les accords de Munich, ne renoncerait pas à ses prétendus droits sur Dantzig.On signalait que des Allemands, camouflés en touristes, arrivaient chaque jour plus nombreux dans la Ville Libre.Les concentrations de troupes devenaient massives, aux frontières de la Pologne.A Berlin, c'est en vain que notre ambassadeur, en toutes occasions, informait la Wilhelm- strasse de la détermination bien arrêtée des Britanniques et des Francais de tenir leurs engagement a l'égard de Varsovie, en cas d'agression \u2026.\u2014 Papa ! intervint Cécile.Ce n'est pas le moment de nous mettre la mort dans l'âme ! \u2014 Il faut voir les choses comme elles sont ! insista le savant.La politique de l'autruche serait une faute qui pourrait nous réserver de graves réveils.L'année 1939 peut être une année crucifiale .\u2014 C'est cela! Achève de jouer au mauvais prophète.Dis-nous tout de suite que le jour n'est pas loin, où nous allons entendre la grosse voix des canons.\u2014 Boum!.Boum!.fit allé- grement Jack Leigthon, en frappant La Revue POPULAIRE du poing sur la table, où s'entrechoquèrent les verres remplis de boissons glacées.Par une curieuse coïncidence, au même instant, trois fortes détonations, assez proches, ébranlèrent l'atmosphère.Il y eut un moment de surprise et de malaise, le tout vite dissipé lorsque Cilette rappela : \u2014 C'est le feu d'artifice qui annonce le commencement des fêtes du 15 août.Nous l'avions oublié.Plusieurs voix s'entrecroisèrent.\u2014On tire devant le Casino \u2026.\u2014 II faut y aller! \u2014 Inutile ! De la tourelle, on verra très bien.\u2014 Moi, j'adore les feux d'artifice ! Ces derniers mots avaient été prononcés par Dorothy Fervières, qui, donnant l'exemple, s'élançait vers la maison.Presque de force, elle entrai- nait son mari avec elle.Jack et Bob suivirent.\u2014 Pour ma part, je vais me coucher ! annonça Laurence, en étouffant un baillement.Pendant les jours qui suivirent, le nouveau secrétaire du professeur Fervières put avoir l'illusion d'un complet changement de destinée et croire qu'il était venu, tout simplement, passer des vacances à La Baule.Le savant, en effet, avait décidé que Jean et lui ne se mettraient sérieusement au travail qu'après les fêtes, En réalité, cette décision était l'œu- vre de Dorothy qui, autant qu'elle appelait, non sans humour : « Ma rivale, la Science ».Au cours de cette période, Jean vécut non seulement dans la compagnie de Cécile, mais encore dans celle de Jack et de Bob.Il les suivit dans un sillage de plaisirs jusqu'ici ignorés de lui.I les étudia aussi.Il put reconnaître que son premier jugement avait été le bon : si Bob s'avérait parfaitement insignifiant, Jack apparaissait digne de l'enthousiasme dont témoignait sa mère, chaque fois qu'elle parlait de lui.Les façons du premier, à l'égard de Cilette, n'avaient pas varié.IÏ jouait avec complaisance et cocasserie son rôle d'amoureux transi.La façon dont soupirait ou roulait des yeux blancs, lorsqu'il faisait allusion au dédain de sa cousine, était irrésisti- le.Une petite scène, assez significative, devait donner à Jean Delille l'occasion de se faire le défenseur de Bob de Rouvre.C'était après le bain, sur la plage.Jack et Cécile, excellents nageurs, s'étaient aventurés très loin, alors que Bob avait dû se contenter de barboter, de l'eau jusqu'aux hanches.Au retour de la jeune fille, il se montra très mécontent : \u2014 Par moment, je ne te voyais plus, Cilette.On n\u2019a pas idée d\u2019une telle imprudence ! Quand nous serons mariés, nous irons psaser toutes nos vacances à la montagne.Autrement, je mourrai d'effroi.La réponse porta au paroxysme le courroux du pauvre garçon.\u2014 Si tu meurs d\u2019effroi, on en profitera pour t'enterrer.Je ferai une très jolie veuve.Le noir va bien aux blondes.\u2014 Je te dresserai ! La femme doit obéissance à son mari.C'était, en somme, toujours le même refrain.Bob de Rouvre s'attachait à une perspective qu'il ne concevait pas lui-même.Mais l'incident avait déplu à Jack.Et comme les jeunes gens reprenaient le chemin de la villa, l'Anglais profita de ce que Cé- italien ol.déni per +ilipge he Me = A \u201cre DÉCEMBRE 1940 cile les avait distancés, pour appesantir lourdement sa main sur l'épaule osseuse du cousin, qui faillit crouler.Jean Delille, qui suivait, entendit l\u2019aviateur grondeur : \u2014 Mon petit ami, vous commencez à me taper sur les nerfs.\u2014 Moi?s'étonna Bob.\u2014 Oui, vous.avec vos façons de courtiser Cécile et de toujours faire allusion à un mariage qui n aura jamais lieu.Tenez-vous le pour dit ! Jack Leigthon, d'ordinaire si juvé- nilement joyeux, était méconnaissable.Bob ne savait plus qu'elle contenance tenir.Jean intervint.Il se glissa entre les deux hommes, permit au cousin de Cécile, tout éberlué, de prendre les devants ; puis, s'efforçant à calmer l'irritation de Jack : \u2014 Vous savez bien qu'il ne faut pas prendre au sérieux les manières de ce phénomène.Mille Fervières est la première à rire, quand son cousin l\u2019assaille de ses déclarations.\u2014 Moi, je ne ris pas ! riposta Jack.Il y a des sujets avec lesquels on ne saurait plaisanter.L'amour est un de ces sujets.Vous comprenez ?Ce n'était plus Bob qui recevait le choc du regard flamboyant de Jack.C'était Jean.H lisait, dans les yeux de son interlocuteur, une indicible suspicion.Il fut incapable de ne pas relever le défi.\u2014 C'est pour moi que vous dites cela, monsieur Leigthon ?\u2014 C'est pour qui veut l'entendre ! trancha le lieutenant qui, aussitôt, s'éloigna à grands pas.Le lendemain, Jean Delille faisait ses débuts dans l'emploi qui lui était confié.Et c'était avec ardeur qu'il se mettait au travail, prêt à y consacrer toutes ses forces, toutes les ressources de son cerveau.ChapITRE VIII E N CETTE deuxième quinzaine d'août 1939, les jours \u2014 par ailleurs chargés d'électricité \u2014 succédèrent aux jours, sans heurt apparent pour le professeur Fervières et pour son entourage.Jack et Bob avaient fait la paix.Ils étaient toujours aussi empressés, l'un et l'autre, auprès de Cécile, qu'ils entraînaient dans leurs plaisirs, leurs jeux et leurs promenades.Jean De- lille, quand il en avait le loisir, se mélait à leur société.En dehors de ces heures de délassement, il s'employait, avec un zèle grandissant, à confirmer le jugement que son « patron» avait porté sur lui, dès le premier jour où il l'avait connu.Le célèbre biologiste ne tarissait pas d'éloges à l'adresse de son aide.Entre eux, c'était une confiance réciproque et absolue.Il arrivait souvent que Cilette, sous un prétexte quelconque, s'évadät de la Pinsonnière, pour se glisser jusqu'à la maison voisine.Elle aimait à s'installer auprès de Jean et à le regarder travailler.À plusieurs reprises, il consentit même à ce qu'elle l'aidât, Elle ne semblait jamais aussi heureuse que lorsqu'elle pouvait apporter ainsi sa part à l'œuvre commune.On approcha des derniers jours du mois, qui allaient être marqués par des mesures de mobilisation partielle.Bob parlait sans cesse de rentrer à Paris ; mais il n'en faisait rien.Jack Leigthon voyait s'approcher la date à laquelle Ré devrait rejoindre l'Angleterre, où l'attendait une nouvelle affectation, dans une unité métropolitaine de la Royal Air Force.Un assez visible changement s'était opéré chez ce grand garçon.Il oubliait d'être rieur.Il avait parfois des moment d'absence ; on lui parlait, il n'écoutait pas.A l'occasion d'un rallye automobile, organisé par le Comité des Fé- tes, Jack retrouva sa gaîté.I] était un virtuose du volant.Il espérait bien, disait-il, décrocher l'un des premiers prix.Afin de ne pas alourdir la voiture \u2014 telle fut du moins la raison donnée \u2014 il avait été décidé que le jeune aviateur n'emmènerait avec lui qu'une seule personne : Ci- lette.Le départ eut lieu.Cécile Ferviè- res était assez sportive.Néanmoins, il lui arriva plusieurs fois de crier d'effroi et de se cramponner au bras de son compagnon, quand celui-ci, littéralement déchaîné, n'hésitait pas à lancer la voiture à travers champs, à lui faire escalader des talus ou à l'aventurer dans des chemins de terre, semés d'ornières profondes.\u2014 Quand je vous donnerai le baptême de l'air, Cécile, vous en verrez bien d'autres ! De cela, la jeune fille ne doutait pas.Au hasard des conversations, elle avait pu apprendre que son frère Jack s'était acquis la réputation d'un véritable acrobate aérien.Ses amis racontaient de lui qu'il avait fait s'évanouir de terreur de belles admiratrices, venues à l'aérodrome pour le voir voler, tant ses prouesses déconcertaient l'imagination.(Lire la suite page 53) Que vous le croyiez ou non, ceci n'est pas une simple villa mais la bibliothèque municipale de North Hatley, dans les Cantons de l'Est.On y trouve plus de livres, proportionnellement à la population, qu'à la bibliothèque municipale de Montréal.A citer en exemple, au besoin.Disons-nous bien que nous ne lirons jamais trop ! 51 FLEURS.Le parfum même des fleurs, tel que recueilli par Lucien Lelong.Une promenade dans un jardin qui embaume.IMPROMPTU.Un merveilleux parfum nouveau de Lucien Lelong,\u2014royal, irrésistible.\u2018* CAREFREE *\u2019.Parfum nouveau de Lucien Lelong, frais et insidieux \u2014 très agréable sur fourrures.INDISCRET.L'un des parfums du monde les plus aimés.Dans un flacon de draperies cristallines.\u2018* PENTHOUSE \"\".Quatre délicieux et subtils parfums de Lucien Lelong dans un charmant ensemble.MON IMAGE \"Un parfum, reflet de vous- méme.\u2019* Un flacon de miroirs miroltants.Achetez vos Parfums et Cologne Lucien Lelong chez votre marchand de parfums habituel. 52 Les Mots Croisés de \u201cLa Revue Populaire\u201d GRANDE SERIE \u2014 No 50 Solution du probiéme du mois 3.10.11.12.13.14.15.dernier.£ N T w F T \u2018 E N 66 Ces jours, dont parlait le professeur, furent marqués par l'arrivée de plusieurs lettres, où les détails abondaient.La balle avait pu être extraite.Les brûlures évoluaient favorablement.Le moral du blessé était parfait, étourdissant.C'était ce mot qu'employait Fortuné Fervières.Mais disait-il bien la vérité ?Cécile, à l'esprit de qui ce doute se présentait sans cesse, n'osa vraiment se réjouir que lorsque son père fut de.retour.Elle 'accabla de questions.Elle comprit qu'il ne lui mentait pas car, tout en l'assurant d'une guérison qui n'était plus qu'une question de temps, il ne lui dissimula pas que Jack demeurerait physiquement diminué et qu'il ne pourrait plus servir dans l'aviation.\u2014 J'étais auprès de lui, hier, quand le chirurgien lui a annoncé cela.Le pauvre garçon m'a fait de la peine.Il avait les mâchoire serrées.J'ai cru qu'il allait pleurer.S'il a retenu ses larmes, c'est parce que sa mère était là qui, elle, souriait.\u2014 Pourrai-je aller le voir bientôt?\u2014 On te fera signe, quand le moment sera venu ! C'est promis ! Par la suite, tout devait confirmer l'heureux pronostic.Les lettres de Dorothy Fervières relataient les différentes étapes de l'acheminement vers la convalescence.Au courrier, un matin, arriva aussi la lettre par laquelle Jean Delille répondait à Cécile.Celle-ci eût pu se dispenser de la lire.Elle était telle qu'elle l'avait prévue et souhaitée.Jean, de tout son cœur, formait les vœux les plus ardents pour l'entière guérison de Jack Leigthon.Il prodiguait aussi à Cécile les encouragements qu'elle n'avait pas voulu solliciter.Mais, dans cette missive comme dans toutes les autres, il y avait des mots à lire entre les lignes.C'était quand Jean écrivait : .Le talisman que ce pauvre Jack avait emporté ne l'a pas complètement protégé.En serait-il des talismans comme de ces purs joyaux, qui n'ont pas toujours besoin de briller au soleil pour être vraiment précieux?Cilette comprenait.Le talisman, c'était son amour, l'amour unique et caché qu'elle avait donné à Jean.Un pur joyau, oui.Jean en était le seul détenteur.Jack n'en possédait que la pâle imitation \u2026.La jeune fille s'abandonna souvent à ces pensées qui, tour à tour, I'enchantaient et la torturaient.Et cela dura jusqu'au jour où Mme Fer- vières glissa, dans une nouvelle lettre, une assurance et un appel.L'assurance tenait en quelques lignes, qui firent sourire Cécile.Pour dire que l'état du blessé était des plus satisfaisants, Dorothy employait une expression que lui avait enseignée son fils : Le pointu fume! écrivait- elle.L'appel était résumé par ces mots : Jack réclame Cilette.À cette éventualité, la « fiancée » était préparée.Elle l'accueillit pourtant avec un effarement de tout son être et, pour la première fois, elle ne dit pas toute la vérité à Jean Delille, lorsqu'elle lui écrivit, ce jour-là.À quoi bon le faire souffrir ?Car, malgré toute sa noblesse d'âme, il souffrirait, là-bas, s'il venait à ima- iner la scène qui, bientôt, rassem- lerait Cécile et Jack.Le départ fut décidé pour le lendemain.M.Fervières accompagnerait sa fille.Elle lui fut reconnaissante de cette détermination, car elle aurait sans doute besoin, plus que jamais, d'avoir à ses côtés un confident, un protecteur.Ces vingt-quatres heures parurent brèves à Cécile, qui eut des préparatifs à faire ét qui, par surcroît, s'efforça de ne penser encore qu'à cette guérison qu'elle avait souhaitée de toutes ses forces.Autrement long lui sembla le voyage, qui eut lieu par la route.L'interminable randonnée prit fin.Cécile, au moment où son père lui annonça qu'ils étaient arrivés, parut s'arracher à un rêve et regarda autour d'elle.Le décor de ce jardin et de ces bâtiments, à proximité desquels la voiture venait de stopper, lui était inconnu.Que n'en était-il pas de même des minutes qui allaient suivre ! Elle se les représentait, ces minutes où elle reverrait Jack, assisterait à sa joie, l'entendrait lui parler et le verrait raccorder le passé au présent.Elle n'avait rien oublié ; lui non plus.La jeune fille était descendue machinalement de voiture.Une voix familière lui parvint.C'était Dorothy Fervières qui, ayant guetté les voyageurs, se portait à leur rencontre.Il y eut quelques effusions, des mots que Cécile écouta à peine, puis cette annonce : \u2014 Jack vous attend, Cilette.Déjà il vous voit, car il a exigé, pour ne pas manquer votre apparition, qu'on l\u2019installât de ce côté.L'Anglaise avait désigné, dans le bâtiment le plus proche, une verrière qui semblait abriter un spacieux vestibule.Cécile Fervières s'achemina vers le perron.Elle ne s'étonnait pas de constater que cet asile était riant, voir joli.Elle savait que l'hôpital, où était soigné le lieutenant Leigthon, avait été installé dans un hôtel, réquisitionné à cet effet par le service de Santé britannique.Elle pénétra bientôt dans la vaste pièce, sans se rendre compte que Met Mme Fervières s'attardaient au dehors.Déjà ses prévisions étaient dé- voir luxueux.Élle savait que l'hôpital, Jack dans quelque chambre aux murs blancs.Mais il avait voulu l'attendre ici, gagnant ainsi une minute sur le temps qui le séparait d'elle.\u2014 Hello ! Hello, Cilette ! Elle le découvrit.Il était là, à dix pas, étendu sur une chaise-longue de rotin, la tête calée dans un cousin, une couverture jetée sur les jambes.Il avait revêtu son uniforme.H apparaissait pimpant, très soigné, rasé de frais, comme pour faire honneur à la visiteuse.Celle-ci, qui entendait les coups de son cœur résonner jusqu'à ses tempes, courut au convalescent.\u2014 Jack ! Son élan et son cri, elle les avait puisés encore dans cette fraternelle affection, que l'évocation des souffrances endurées par le jeune pilote n'avait fait qu'accroître.Quelle ivresse, si elle avait pu s'abandonner tout entière à ce seul sentiment ! Cette minute eût alors compté parmi les plus belles qu'on puisse souhaiter, en une pareille époque.Cécile était maintenant tout près de Jack.Ele lui abandonnait ses mains, qu'il étreignait.Puis elle sentait qu'il l'attirait davantage vers lui.\u2014 On ne s'embrasse pas, Cilette ?Un pâle rayon de soleil d'hiver se glissait jusque-là, entre les plantes vertes qui ornaient la pièce.Il vint faire briller le petit insigne, épinglé à la vareuse bleu-gris du lieutenant.Le regard de Cécile s\u2019attacha à ce point lumineux, où trois lettres scintillaient : R.À.F.Elle n'en détacha plus ses yeux, tandis que Jack, un peu brusque \u2014 son épaule, certes, était tout à fait guérie \u2014 l'embrassait à pleines joues.Elle avait peur, si elle fixait le jeune homme bien en face, qu'il lat dans ses prunelles .pas y lire.Mais lui, trop heureux sans doute pour pouvoir rien remarquer, s'exclamait avec volubilité : \u2014 Vous en avez mis un temps, pour arriver ! C'est une diligence, la ce qu'il ne devait - voiture du papa Fervières ! Il y a ns- plus d'une heure que je guette.tallez-vous là, ma petite Cilette, que je vous regarde.Un peu pâlote.Emue ?Moi aussi.Mais ça se passe en dedans.Et je suis content, si content ! Cécile obéissait.Jack s'étant légèrement déplacé, pour qu'elle pit occuper le bout de la chaise-longue, elle s'assit un peu lourdement.Elle le vit esquisser une grimace de douleur, car, sans le vouloir, elle avait heurté les jambes dissimulées sous la couverture.\u2014 Je vous ai fait mal ?s'inquiéta- t-elle.\u2014 Nothing at all! Ce n'est rien.Cela passe déjà.Seulement, voyez- vous, mes guiboles.comme vous dites en français, mes guiboles ne sont pas encore tout à fait rafistolées.Elles ne le seront même jamais.\u2014 Mais si, Jack, mais si.Il secoua la tête, d'un air résigné.Puis il sourit à Cécile, pour la rassurer.Mais elle, toujours confuse : \u2014 Je vous demande pardon.Je ne me rendais pas compte.J'ai dû vous faire trés mal, en m'appuyant la.\u2014 Cela arrive, Cécile, que les petites filles fassent du mal aux grands garçons.\u2014 Pourquoi dites-vous cela, mon bon Jack ?\u2014 Pour rien.Elle n'osait insister.Elle cherchait d'autres mots, pour répondre à cette joie qu'elle avait lue tout à l'heure.Elle n'eut pas le temps de trouver.Jack s'exclamait : \u2014 Eh bien oui, là, vous m'avez fait beaucoup de mal.autrefois, quand je vous aimais et que vous ne vouliez pas m'aimer.Cécile pâlit davantage.L'épreuve était là, toute proche.Le convalescent poursuivait : \u2014 Ai-je été assez malheureux ! Et moi, je ne sais pas être malheureux, Je n'ai aucune aptitude.Je ne m'habituerai jamais.Maintenant encore, s'il me fallait endurer à nouveau ce que j'ai souffert.\u2014Jack, vous savez bien.\u2014 Je sais! fit-il rêveusement.Je n'ai rien oublié de ce que vous m'avez dit, le jour de mon départ.Mais alors, j'étais solide.Il n'en est plus de même à présent.Dans quelques jours, quand je ferai mes premiers pas, comme un baby qui apprend à marcher, fl faudra que je me soutienne sur deux cannes.\u2014 Je serai la, Jack.C'est à mon bras que vous vous appuierez.\u2014 Gentil, ça.Mais, dites-moi, Ci- lette.Elle ne vous effraie pas, cette idée d'avoir un pareil mari?Vous ne le regretterez pas, le temps où je pouvais courir, sauter, monter à cheval, nager.Nager! voilà qui me rappelle le jour où Bob était si fort en colère, parce que nous étions allés loin, très loin en mer ?Nous n'irons plus jamais loin, Cécile! Alors, dites.Vous ne regretterez rien ?\u2014 Rien ! fit-elle, en balançant la tête et en fermant les paupières, pour y retenir des larmes naissantes.Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle vit, dardé sur elle, le plus joyeux regard qu'elle eût jamais découvert.le entendit Jack qui disait : \u2014 Je suis heureux de vous avoir entendu parler ainsi.N'ajoutez rien.A mon tour.« Cilette .ma chère petite Cilet- te, savez-vous que lorsqu'on souffre dans sa chair, on réfléchit beaucoup, au cours des longues nuits où l'on ne La Revue PopuLAIRE dort pas, alors qu'on se tourne et se retourne dans la fièvre.Ma mère aussi, m'a aidé à beaucoup réfléchir.Et j'ai compris bien des choses.J'ai compris surtout que la charité exigeait un certain apprentissage.Cela ne s'acquiert pas du jour au lendemain.Vous n'êtes pas préparée, Cilette, pour soutenir les pas d'un pauvre Jack un peu démoli.\u2014 Je vous défends de dire cela, Jack ! Et pour cette méchante parole, vous allez me demander pardon, tout de suite ! Elle cherchait à être enjouée.Elle le menaçait gentiment du doigt.Elle avait l'héroïsme de sourire.Lui, au contraire, semblait rempli de confusion.À son tour, il n'osait plus la regarder.Il murmura : \u2014 Oui, je vais vous demander pardon .Mais pas pardon pour ce que vous croyez.Si jai besoin de votre indulgence, Cilette, c'est parce que, à force de réfléchir, comme je vous de disais tout à l'heure, j'ai acquis la preuve .la preuve que je m'étais trompé.\u2014 Vous vous étiez trompé ?\u2014 Oui.oui.balbutia-t-il.Et je vais tout vous dire, bien vite.Après cela, on n'en parlera plus.« Cilette.j'ai cru vous aimer.Je l'ai cru sincèrement.Et c'est ici que je me suis aperçu que l'amour, c'était tout autre chose.On m'a aidé à y voir clair.Maman, d'abord.Elle est très chic, maman, vous savez ?Et puis une autre personne.Une personne que j'avais connue à Londres, autrefois, et que j'ai retrouvée ici.Une personne qui, elle, a fait cet apprentissage de la charité, dont je viens de vous parler.Son bras s'y prendre beaucoup mieux que le vôtre, pour diriger mes pas.« Elle m'aime.Et je crois bien que, moi aussi.Si je n'avais pas peur de vous faire de la peine, je dirais même que j'en suis sûr ! « Mais.qu'est-ce que je vois ?Cilette, pourquoi pleurez-vous ?Maman m'aurait-elle trompé, lorsqu'elle m'affirmait que je pouvais tout vous avouer ?Flle disait même que vous n'auriez pas trop de chagrin, parce que tout ce qui s'était passé entre nous n'avait pas été bien sérieux.Dites.elle m'a trompé ?Cécile eut tout juste la force d'exhaler un « non », faible par le souffle qui le portait, puissant par la sincérité qu'il exprimait.Puis elle fléchit, abattit son visage dans ses mains, demeura ainsi courbée, sanglotante.Jack la contemplait avec émoi.Le regard fixe, il enchaînait encore quelques mots les uns aux autres : \u2014Maman m'a juré ausi que Jean Delille vous aimait toujours et qu'en vous y efforçant bien, vous arriveriez peut-être à l'accepter.pour.pour mari.Croyez-vous que vous puissiez y parvenir ?Cécile se redressa, montra son visage, où une ineffable joie se mélait aux pleurs.Elle dit : \u2014 Je crois que j'y arriverai, oui .Jack eut un grand geste d'allégresse, qu'il ponctua du claquement de son pouce contre son index.Puis, frénétique, secouant la jeune fille de ses deux mains, il exulta : \u2014 Cilette, ma petite sœur chérie.Le pointu fume ! \u2014 Jack, mon frère Jack! Ils furent aux bras l'un de l'autre, s'étreignant, respirant dans le même sentiment de délivrance.Le soleil, qui s'était déplacé, les enveloppait, joignant son illumination à celle qui éclairait leurs âmes libérées.Ils ne virent pas tout de suite que, depuis un instant, ils n'étaient plus seuls.Une infirmière, blouse blanche et serre-tête immaculé, venait d'entrer.- DÉCEMBRE 1940 Elle contemplait curieusement la scène.Une expression sereine, expression de bonheur aussi, paraît sur son joli visage.Elle voulut se retirer.Mais le bruit de ses pas, si léger füût-il, la trahit.\u2014 Mary ! répéta Jack.L'infirmière eut une hésitation.Puis elle se rapprocha, en un lent déplacement de blancheurs.Cécile, qui s'était levée, échangea un sourire avec elle.Toutes deux se comprenaient .Cependant, la voix de Jack Leig- thon faisait les présentations : \u2014 Mile Cécile Fervières, ma sceur .Miss Mary Wayram, ma.my fiancée.À l'oreille de Cécile, il souffla : \u2014 Cela veut dire fiancée, en anglais.C'est le même mot qu'en français.\u2014 Je m'en doutais bien un peu, Jack, fit gaîment Cécile, en allant unir ses mains à celles de l'infirmière.Toutes deux demeurèrent ainsi un long moment.Leurs émotions étaient de qualités différentes.Mary, dans la paix d\u2019une âme qu'on sentait très pure, semblait n'avoir jamais douté d'atteindre à l'heure qui sonnait.Cécile, éperdue, éblouie par le coup de théâtre comme devant une lumière trop vive, bénissait cette heure inespérée.Et si elle continuait de contempler le visage de l'infirmière, c'était parce qu'elle n'eût peut-être jamais imaginé que la Providence pût prendre de pareils traits.M.et Mme Fervières, à leur tour, entraient.Ils furent tout de suite fixés.Eussent-ils cultivé le moindre doute, que le prodige leur eût été révélé lorsque Cécile, encore chancelante, s'élança dans les bras de Dorothy, murmurant : \u2014 Jack m'a tout dit! Merci, Ma- mita.Elle se reprit et rectifia : \u2014 Merci.ma maman ! Ce titre, qu'elle recevait pour la première fois, bouleversa l'Anglaise.Mais elle n'en voulut rien laisser paraître.La journée lui semblait déjà assez fertile en émotions.Elle se contenta de riposter, tout bas, sur un ton acerbe : \u2014 Je n'ai pas à être remerciée.Je vous avais dit qu'un grand cœur battait dans la carlingue de Jack.S'il a brisé sa carlingue, Jack a ramené son cœur.Je n'y suis vraiment pour rien ! Comme \u2018elle entendait sonner une horloge voisine, Dorothy ajouta, aussi irritée qu\u2019elle avait su l'être chaque fois qu'elle s'était chamaillée avec la tante Laurence : \u2014 Midi quarante-cinq! A quelle heure allons-nous encore déjeuner ! Cécile n'écoutait plus.Sur l'écran de ses paupières baissées, elle laissait des visages danser la ronde.Et c'était Bob, son flirt, si amusant, dont la guerre avait fait un héros, en le révélant a lui-méme.Et c'était Jack, son frère Jack, aujourd'hui blessé, brisé.mais qu'elles seraient deux à aimer, pour qu'il redevienne tout à fait heureux.Et c'était Jean.Mais celui-là .\u2026 .celui-là .L'âme de la jeune fille fondait délicieusement, dans l'abandon de toute volonté, dans la sécurité d\u2019un cœur dont l'offrande n'était plus vaine.Trois jours après, là-bas, « quelque part en France », en pleines ténèbres, le commandant d'un bataillon de chasseur faisait sa ronde.Il vint soulever la toile qui pendait à l'entrée d'un gourbi, masquant le parcimonieux luminaire d'une bougie fichée dans un goulot de bouteille.\u2014 Eh bien, lieutenant Delille, on ne dort donc pas ?Vous n'êtes pourtant pas de quart, cette nuit.J'entends que mes officiers se reposent, quand ils le peuvent.Ah! je vois ce que c'est.On relit une lettre! Alors, les nouvelles sont bonnes ?\u2014 Excellentes, mon commandant ! Et même, à ce sujet, je pense que je demanderai bientôt une permission.\u2014 Vous, mon petit, votre œil brille trop.Je parie.je parie que vous allez vous marier ?\u2014 Vous avez gagné, mon commandant ! FIN APRES LA MESSE DE MINUIT (Suite de la page 59) l\u2019aide d'un couteau le dessus et faire cuire sur tôle mouillée et recouverte de papier dans un four de 450° F.Quand la pâte est bien dorée, retirer du four, laisser refroidir un peu, enlever la partie marquée et garnir de la préparation suivante : Hacher finement 1 petite échalote et faire revenir dans 1 cuillerée à table de beurre, ajouter L4 de livre de champignons frais hachés.Laisser cuire 10 minutes, mouiller avec 1 tasse de crème et laisser mijoter 14 d'heure environ.Lier avec 2 jaunes d'œufs.Les œufs devront être légèrement battus et ajoutés à la crème peu à peu en agitant continuellement pour être sûr que la crème ne bouillira pas.Joindre à la crème bien as- saisonñée 2 tasses de poulet coupé en dés.CriME Moka AU CHOCOLAT 1 tasse de sucre V2 tasse de café fort Faire un sirop avec le sucre et le café et le cuire a 240° F.Laisser refroidir et verser peu a peu sur une tasse de beurre doux défait en crème.Battre avec un moussoir pour que la crème soit bien légère.Ajouter 2 carrés de chocolat fondu à la vapeur et battre encore.En garnir le gâteau et avec une fourchette imiter l'écorce du bois.GLACE JAPONAISE Ya de tasse de beurre Va tasse de sucre à glacer 1 blanc d'œuf Défaire le beurre en crème et ajouter le sucre à glacer bien tamisé.Battre le blanc d'œuf jusqu'à ce que ferme et y ajouter également 1 autre tasse de sucre à glacer.Mêler les 2 crèmes et ajouter encore du sucre à glacer si nécessaire pour que la glace garde sa forme.Colorer en vert pour décorer.1 blanc d'œuf Vs de tasse de sucre Battre le blanc bien ferme.Ajouter le sucre graduellement.Mettre la meringue dans un cornet et façonner des petits champignons.Saupoudrer de cacao et cuire à four très doux 250° F.le l'aimers, pou Comme of ur d'affriolan ii f uvelles qu'elle @'oserate © mo tre sûre d'une x HOR 2 ME, Seer chaque jour, 1a préparation de los, a ménageant le temps ne ménagère pour ji m anse Pas de ong simpleme indicatiof ment.gcienti [ Ti AT Arr et ee 4 entres vitesses à hors-d'oeuvfé en; Brillant plateau chromé avec Pete hors oh are £0 i vê à pire Let\u201d aise imaginé.Sl pais- [ ; Pour lui es Rasoir SHAVEMASTER FLEXIBLE SHAFT COMPANY LIMITED, Bureaux ot fabriquet Toronto, Canada 68 Y C'est avec plaisir et une juste fierté qu'Elizabeth Arden présente sa magnifique collection de cadeaux des Fêtes.une coi- lection plus gaie, plus attrayante et plus variée que jamais ! .BLUE GRASS FLOWER MIST $1.35 : Emboilage des Fêtes $1.60 ; avec vaporisateur $2.00 ; Emballage des Fêtes $2.25 : Formats plus grands $2.50, $4.00, $8.75.2.POUDRE DUSTING et SAVON JUNE GERANIUM \u2014 En boites des Fétes enrubannées $1.90, 3.NECESSAIRE de MAQUILLAGE (Quick Make-up Kit) \u2014 en alligator noir ou brun \u2014 contenant dix articles Elizabeth Arden essentiels pour un rapide maquillage $6.85.4.ENSEMBLE BLUE GRASS \u2014 Flower Mist et Poudre Dusting dans une jolie boîte de fantaisie $3.25.Gas Rs Aion, DANS TOUS LES CHICS MAGASINS ALIMENTATION RATIONNELLE par MICHELLE S.GOSSELIN | AUTEUR de ce volume est technicienne en alimentation rationnelle, c'est dire qu'elle possède à fond le sujet dont elle entretient ses lecteurs.Sujet qui a été, semble-t-il, rarement abordé au Canada français où pourtant l'alimentation a toujours occupé une place de choix.En effet, on s'est très peu préoccupé, avant ces dernières années, de savoir si les menus étaient sagement équilibrés au point de vue nutritif, digestible et économique.C'est ce dernier qui, sans doute, intéresse actuellement le plus grand nombre de gens, aussi liront-ils avec une attention toute particulière le chapitre qui lui est consacré.Espérons qu'après l'avoir lu, il se consommera chez nous moins de viande et plus de poisson, de légumes, de fruits et surtout de fromage.Comme le remarque avec justesse \u2018auteur, le fromage figure trop rarement sur les tables canadiennes.Mais la question du coût plus ou moins élevé qu'il faut payer pour certaines denrées n'est pas la seule qui doive retenir notre attention ; loin de là.Il faut aussi tenir compte de leurs propriétés nutritives.Aucun aliment n'en possède au même degré que le lait qui devrait tenir une place prépondérante, non seulement dans l'alimentation des nourrissons, mais dans celui de tous les enfants.On peut dire autant de ses dérivés : crème, beurre, fromage, yogourt, lait caillé, etc.Viennent ensuite les œufs, les céréales, le pain, les pâtisseries, si redoutées des jeunes filles modernes qui craignent beaucoup plus l'embonpoint que la maladie, les pâtes alimentaires, les noix, le chocolat, les fruits et les légumes frais.Mais nous ne saurions résumer ici un ouvrage qui a nécessité des années d'études attentives et de patientes recherches.Nous ne pouvons mieux faire que de conseiller à nos lecteurs de se le procurer et de le consulter souvent : c'est un excellent livre de références.LA VIE DANS UN PHARE (Suite de la page 11) qui s'avance dans la mer, vis-à- vis l'Ile-aux-Oeufs et qui porte le nom de Pointe-aux-Anglais, est totalement recouverte d'énormes roches.On ne peut s'empêcher de frémir à la pensée de tous les navires, petits et gros, qui vinrent se jeter sur ces périlleux rivages.La liste noire des naufrages de l'Ile- aux-Oeufs, historiquement s'ouvre en 1711, par le désastre de la flotte de l'Amiral sir Howenden Walker.On sait que la nouvelle du désastre parvint à Québec le 19 octobre.Ce fut M.de La Valtrie qui, de retour du Labrador, l'annonça le premier, et nos pères, apprenant que la colonie venait d'être sauvée d'une perte certaine, ne purent contenir leur joie.« On ne parlait plus que de la merveille opérée en notre faveur », dit une chronique du temps.Les poètes épuisèrent leur verve pour rimer de toutes les façons sur ce naufrage.Les uns étaient historiques et faisaient agréablement le détail de la campagne des Anglais; les autres, satiriques, raillaient sur la manière dont ils s'étaient perdus.Le Parnasse devint accessible à tout le monde.Les dames même prirent la liberté d'y monter; quelques-unes d'entre elles commencèrent et mirent les messieurs en train, et non seulement les séculiers, mais les prêtres et les religieux faisaient tous les jours des pièces nouvelles.Il y eut dans la suite d'autres naufrages à l'Ile-aux-Oeufs mais qui n'eurent assurément pas l'envergure de celui de 1711.Au reste, la chronique de l'île est plutôt maigre.Il nous a été donné toutefois de recueillir sur la vie de l'Ile-aux-Oeufs quelques notes intéressantes grâce à une «née du phare de l'Île-aux- Oeufs » dont nous eümes le plaisir de faire la connaissance en une assez mémorable circonstance.La côte nord du Saint-Laurent a été, maintes fois dans son histoire, le théâtre de fort impressionnantes scènes religieuses, à partir de l'humble et toujours rare visite de 1'obscur missionnaire de la côte dans une misérable maisonnette de pêcheurs perdue dans les infractuosités des rivages rocailleux, jusqu'aux brillantes manifestations auxquelles donnèrent lieu les quelques visites pastorales que firent en certains postes les évêques de Québec avant l'érection de la Côte Nord et du Golfe en Préfecture Apostolique.Mais entre toutes ces manifestations religieuses en ce pays lointain, nulle n'aurait été plus impressionnante ni plus touchante et d'un caractère plus unique que celle qui se déroulait le dimanche 13 août 1933 dans l'humble petit hameau des Ilets-Cari- bou à tout au plus deux milles de l'Ile-aux-Oeufs.Tout au bord de la mer, il y a là une petite chapelle en bois où vient, une fois par mois, faire la mission le curé de Rivière Pentecôte située à trente milles de là.Ce matin-là, le missionnaire régulier n'est pas venu, mais la Providence en a envoyé, la veille, six dont l'un est le plus haut représentant au Canada du chef suprême du monde catholique, Mgr Cassulo, alors délégué papal au Canada.C'est lui qui, ce dimanche matin, célèbre dans la petite chapelle des Ilets-Caribou, la messe de la mission.Un peu plus loin, dans une maison de pêcheurs, sur un autel improvisé, d'autres messes sont dites auxquelles assistent, recueillis, des hommes, des femmes et des enfants.Toutes les familles du hameau sont dans une joie profonde.Mais un sentiment d'inquiétude se devine sur la figure de quelques étrangers qui assistent aussi à cette cérémonie religieuse si inattendue pour les habitants de l'endroit Des regards anxieux se tournent sur la mer et on cherche a distinguer, parmi les sombres rochers qui bordent le rivage, a demie effacée dans la brume du matin, la silhouette d'un navire qui, la veille au soir, est venu piquer du nez sur la pointe d\u2019un rocher qui menace maintenant de le briser comme un jouet.La nuit a été mauvaise au rocher, la vague d'heure en heure grossissait et le vent d'est, le plus dangereux dans cette partie de la côte, était menaçant.Pourvu qu'il s'élève davantage, les vagues deviendront comme des montagnes qui LA RevuE POPULAIRE YW Le godt instinctif d'Elizabeth Arden pour la beauté et l'originalité se manifeste de façon éclatante dans ce groupe de cadeaux distingués et charmants.FLOWER MIST et POUDRE DUSTING FLOWER MIST \u2014 Fleurs d'oranger ou Carnation \u2014 en boîte des Fêtes $2.15 ; 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Ils attendirent sur l'île un autre navire qui put les ramener à l'Ile Verte.En 1901, au mois de septembre, eut lieu le naufrage que les gens de la côte, à cet endroit, appellent le « naufrage des Bernier ».Cette an- née-là, la pêche était bonne : les vaisseaux étaient nombreux autour de l'île.Parmi les pêcheurs, plusieurs étaient parents de Paul Côté, gardien du phare.Le soir, ils s\u2019en allaient au phare jouer aux cartes.Un soir s'éleva soudain une tempête si violente que les veilleux disaient entre eux : «Quand même nos barques partiraient, nous ne risquerions rien pour aller les chercher par un temps pareil ».À l'instant même, on s'aperçut que deux des barques s'en allaient à la dérive.Voyant leur gagne-pain en péril, les Côté et les Bernier, oubliant leurs craintes de tout à l'heure, sautèrent dans un canot et regagnèrent leurs embarcations qui, à l'abri de l'île, étaient encore assez bien protégées contre la tempête.Joseph Côté et ses fils purent gagner la traverse tout droit, du côté de terre, et atterrir, sans toucher au rocher, sur un haut-fond de batture.Ils étaient sauvés.Il n'en fut pas ainsi des Ber- nier, le père et les deux fils, propriétaires de l'autre barque.Enervés, ils manœuvraient mal et ils prirent le vent arrière.Des vagues énormes rejetèrent la barque sur la côte où elle chavira sur un rocher qu'on appelait « Calumet ».Ce ne fut que le lendemain matin que des gens venus de la Côte Sud pour cueillir des bleuets et qui avaient, pendant la tempête, trouvé refuge dans une vieille cabane de pêche, virent à travers les vagues l'épave d'un bateau et un homme attaché par un poignet à un banc de l'embarcation.L'homme était mort.C'était un des fils Bernier.Au fond de la barque gisait son frère, encore vivant.On eut toutes les peines du monde à lui faire lâcher le banc où il s'était, lui aussi, attaché avec des lignes de pêche déroulées.Il fut longtemps malade et pendant un an demeura dans un état d'hébétude qui fit douter de sa raison.Il est devenu le capitaine Bernier de la goélette « Speedy » qui navigua pendant nombre d'années et qui en 1938 faisait encore le service entre Québec et Gaspé.Quant au malheureux père, il fut emporté par la mer.On ne trouva son cadavre que trois semaines plus tard.Il repose dans le petit cimetière des Ilets-Caribou.En 1904, le 7 octobre, sur la Poin- te-aux-Anglais, tout près de l'île, alla s'échouer le « Douro» qui fut renfloué et reçu le nom de « Saint- Laurent » que commanda le capitaine O.Bernier de Lévis.Il était la propriété de Holiday & Frères, marchands de poisson de Québec.Le 7 septembre, 1912, naufrage de la goélette « Marie-Ange », capitaine, Charles Gagné, de Métis.Outre son équipage, la « Marie- Ange » portait une famille de passagers, le père, la mère et trois enfants.La goélette par une violente tempête vint s\u2019échouer sur les battures.Les membres de l'équipage et les passagers furent sauvés et hospitalisés au phare où tous demeurèrent jusqu'à ce que vint les chercher la goélette d'Honoré Chouinard.La « Marie- Ange » ne put être renflouée.Le 15 avril 1930, un petit bateau du Cap Breton, revenant d'un voyage à Betsiamites, s'arrêta à l'est de \u2014 mais pourquoi vous gm résigner aux os DOULEURS PÉRIODIQUES ?Ne vous a-t-on pas parlé du MIDOL ?Cesser tout travail et renoncer à tout plaisir à cause des douleurs périodiques \u2014 voilà qui est certes vieux jeu ! 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» Il gagnait les habitations.Une première âtisse, une grange, prit feu, et, en un instant, fut réduite en cendres.Alors, aux Ilets-Caribou et à la Pointe-aux-Anglais on se prépara à quitter les maisons.Une folie de panique s'empara de tous.La tempête de vent d'ouest qui soufflait, la chaleur suffocante, la fumée âcre qui aveuglait, les mille bruits de l'incendie qui grondait ainsi que le tonnerre, tout répandait l\u2019affolement.Alors il fut décidé de gagner l'île- aux-Oeufs où l'on serait à l'abri du fléau.En hâte pendant la nuit, on s'entassa dans la géolette du capitaine Robert Jourdain qui faisait le service de Baie Trinité.On n'emportait que juste ce qui était nécessaire en nourriture et en vêtements.On arriva à l'île où le gardien du phare, Elzéar Chouinard, mon père, offrit l'hospitalité à quatre-vingt-dix personnes, femmes, enfants et un vieillard de 82 ans.On a chanté à l'envi et sur tous les tons, le dévouement, l'héroïsme et l'abnégation des gardiens de nos phares laurentiens.À la liste de ces héros, il est juste d'ajouter celui de M.Elzéar Chouinard, le père de LA REvuE POPULAIRE notre aimable collaboratrice dans cette histoire de l'Ile-aux-Oeufs qui, d'ailleurs, n\u2019a pas eu à torturer son imagination pour rendre hommage au dévouement, au courage et, souvent, à l'héroïsme de son père.« Je ne pourrais trop dire et faire », nous dit Madame Jourdain, « pour témoigner de l'admiration que j'ai pour mon père quand je sais tout le bien qu'il a accompli silencieusement et les services qu'il a rendu.» Et elle raconte : En 1917, voici que la glace s'amoncelle autour de l'île y emprisonnant la goélette du capitaine Verrault qui transportait des ouvriers italiens à Clark City.Les provisions sont rares sur la goélette et aussi sur l'île.On ne peut communiquer avec personne\u2019 à terre.On est à la fin d'avril et l'approvisionnement des phares n'est pas encore fait.Et pourtant, pendant seize jours exactement, mon père trouva les moyens de faire manger à leur faim tous ces hommes au nombre d'une quinzaine.Ces Italiens ont, on le sait, la tête près du bonnet ; l'inaction leur pesait et des querelles éclataient souvent entre eux.Mais, grâce à la bonne humeur de mon père, à sa gaîté, rien de désagréable ne se produisit.La goélette enfin dégagée, les prisonniers quittèrent l'île dans un concert d\u2019acclamations et de bruyants remerciements à l'adresse de mes parents, au fond, peu fâchés d'être débarrassés de ces étrangers.» Madame Jourdain nous raconte encore : « En 1918, éclate, hélas ! la grippe espagnole.Mon père demande un médecin au Département de la Marine.Ce sont encore des médicaments qu'on lui envoie.À la Pentecôte, on ne finissait plus de mourir.Le télégraphiste de l'endroit nous avisait de chaque décès.Là, on manquait de remèdes.Mon père offrit alors aux autorités de l'endroit de partager les médicaments dont nous disposions ; et ce fut fait.Grâce à sa prévenance mon père sauva ainsi plusieurs vies humaines.» «Ah!» s'écre Mme Jourdain, « ces automnes sur l'île! .Pas tous, il est vrai, aussi tristes que celui de 1918; mais pas plus réjouissants ! L'été, tout allait bien ; tout était beau sur l'île et aux alentours.Mais quand se terminait la navigation, c'était la grande, la déprimante solitude : les jours sombres, la mer qui nous jetait par paquets son écume jusque dans les grandes vitres des lanternes du phare : le vent qui hurlait dans les fils téléphoniques, le froid qui glaçait, les soirées et les nuits qui ne finissaient plus.Il faut avoir veillé, « faire le quart», comme nous disions, pour savoir ce que renfermaient de tristesse et de morne ennui ces sombres veillées.Pas de radio alors ! Mais nous avions la lecture ; la lecture seule qui souvent doublait notre ennui de la mélancolie.Je me souviens qu'en 1917, en décembre, nous étions inquiets de mon frère qui naviguait quelque part en Europe sur un navire anglais à travers les mers minées par les Allemands et sillonnées par les sous-marins.Et cet automne-là, nous ne lisions que du Pierre Loti.littérature charmeuse, c'est vrai, mais dans notre solitude, combien déprimante ! C'était ma mère qui d'habitude faisait la lecture à haute voix à cause de l'assistant- gardien, un vieil homme de Gaspé, intelligent et renseigné mais qui ne savait pas beaucoup lire.Un soir, je remplaçais ma mère, je lisais « Matelot », et ce matelot nous avions fini par penser qu'il ressemblait tellement à mon frère que dans notre esprit nous n'établissions pas de différence entre les deux.Au chapitre de la mort du Matelot de Loti que je ter- DÉCEMBRE 1940 minai avec peine, une telle détresse m'envahit que tombant le front sur la table, j'éclatai en sanglots ; et les autres firent de même.Nous ne pensions qu'à mon frère qui n'eut heureusement pas le sort du héros de Loti.Mon frère conquit tous ses grades sur les navires de Sa Majesté et devint capitaine a 24 ans.Oui, lire à cœur de soir et de nuit et, le matin, après I « éteignage » sombrer dans un sommeil peuplé de cauchemars, telle était notre vie.Oui, vrai, les livres que nous lisions n'étaient pas un remède à notre isolement.» Et puis, les petits événements, oh ! si minimes mais si gros d'importance de la vie du phare, Madame Jourdain nous en raconte quelques-uns.«En novembre, vers la fin du mois ; une diversion.Mon père qui avait un cochon à tuer et qui ne se résignait pas à se faire boucher, fit venir un homme de la terre ferme.Nous aurions de la visite! Un homme allait venir ! Réjouissance dans la maison.Quant à moi, je tremblais en pensant à la boucherie ; j'avais peur que l'homme fit inutilement souffrir notre pauvre cochon.Aussi, comme Madame dans Malborough, je montai dans la tour, si haut que je pus monter, pour ne pas entendre les cris de l'animal.«L'hiver, nous tendions des collets aux lièvres ; et nous allions les lever au clair de lune.Ou bien, nous chassions le hibou blanc qui se prend à un piège qu'on tend au sommet d'un poteau.Bref, les moindres petites choses, dans cette vie d'isolement, prenaient de l'importance.Un hiver, il y eut des loups marins au large de l'île.Un jour, mon père en tua plusieurs et nous, les petites filles, nous étions allées lui aider à monter ses captures sur le rocher de l'île.Celui que Germaine traînait et qu'elle croyait mort, se dressa soudain et tenta de la mordre.Mon père accourut à son secours, mais Germaine qui n'avait pas froid aux yeux, tranquili- sa la bête sous force coups de pieds.Et les déménagements quand il était décidé que nous hivernerions à terre!.Quand, à l'automne, la glace n'était pas encore prise et au printemps, quand elle n'était pas encore partie, nous traversions en cometi- que, un canot sur le traîneau, et nous assises dans le canot.Quand la glace menaçait de se briser, on mettait le canot à l'eau et nous avec le chien dans le canot.Quant à notre vache, nous la traversions en chaloupe.Notre laitière était accoutumée à ce mode de transport et se couchait comme un chien dans le bateau.Mais il faut croire que notre vache aimait la variété dans le voyage.Un automne, je ne sais quel désir subit d'évasion lui passa par sa grosse tête cornue.Deux ou trois fois mon père l'avait vue tout au bord de l'eau, la tête tournée vers la terre ferme et meuglant plaintivement.Elle avait évidemment la nostalgie de la terre et ne voulait pas attendre le départ de la chaloupe.Un soir, on la chercha en vain dans toute l'île.Nulle trace.Voilà que le lendemain matin, de la terre ferme, on nous annonce par téléphone que notre vache est à la porte de son étable coutumière.Elle avait traversé à la nage ; trois milles dans l'eau glacée de fin d'octobre ! On a parlé longtemps de l'exploit de cette émule de Gertrude Ederlé.» Et que d'autres souvenirs évoque Madame Jourdain de la vie de sa famille sur l'Ile-aux-Oeufs ! les visites, les départs ; départs de toute nature : pour le pensionnat, pour les hôpitaux, pour les voyages de noces; départs, disait encore Madame Jour- dain, « brisant le doux cercle de la famille, et nous mettant, quels qu'ils fussent, les larmes aux yeux ».Et les décès, hélas ! Ils surviennent partout.«Quoi qu'il en soit», ajoutait Mme Jourdain «l'île d'aujourd'hui ne ressemble pas à l'île d'autrefois.Le progrès l\u2019a atteint, elle aussi.Le mécanique de l'outillage du phare a été modernisé.On ne regarde plus le «mai» pour savoir si la lumière fonctionne bien par les reflets qu'elle projette.À la moindre défectuosité maintenant une sonnette d'alarme retentit dans la chambre où veille le gardien.Et aujourd'hui, dans cette salle, les membres de la famille du gardien peuvent danser sur un air de jazz joué à la radio.Et on ne lit plus « Matelot », de Pierre Loti.» VOTRE VOITURE, MESDAMES C'est la femme qui, le plus souvent, décide du choix de l'auto pour la famille.Les fabricants le reconnaissent si bien que c'est, en pensant à elle et non à l'homme, qu'ils lui ont donné cette élégance, ces harmonies de couleurs, ces lignes gracieuses et une foule d'accessoires pratiques qui font aujourd'hui de chaque voiture automobile un véritable chef-d'œu- vre, un véritable objet d'art.Le plus étonnant, n'est-ce pas, malgré tous ces avantages, la modicité du prix des plus puissantes et des plus chics autos ?Avant d'arrêter votre choix, faites une étude désintéressée des annonces d'autos qui paraissent, en couleurs ou en noir, dans les grands magazines indépendants comme le nôtre ; rendez-vous ensuite chez un dépositaire, discutez-en avec la famille, achetez-la et filez! 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Heaven, tiré de l\u2019oratorio Théodora.Lawr.Tibbett, baryton.17441[CONCERTO en Ré Majeur pour violon et orchestre (Beethoven, Op.61) à Jascha Heifetz, violoniste et l\u2019orchestre Symphonique NBC, dirigé par 17445 |Arturo Toscanini.(4, grands disques et 1 petit réunis dans l\u2019album M-705) 13482 [MA MERE L'OYE (Ravel) Pavane de la Belle au Bois dormant ; Le jardin et féerique ; Le petit Poucet : Laideronnette, Impératrice des Pagodes ; Les 13483 |Entretiens de-la Belle et de la Bête.17257 (SE FLORINDO E FEDELE (en italien), par Maria Anderson, contralto WHEN I AM LAID IN EARTH (en anglais), par Maria Anderson, contralto Orchestre du Conservatoire de Paris 4524 (A HOUSE LOVE MADE FOR YOU AND ME, Margaret Speaks, soprano SERENADE (Nordoff) et SOUNDS (Klemm).Margaret Speaks, contralto 17302 [SYMPHONIE No 2, en Ré Majeur (Brahms, Op.73) à Enregistrée par l'Orchestre de Philadelphie, sous la direction d\u2019Eugène Ormandy 17307 (Six grands disques réunis dans l\u2019Album M-694) 17231 (Pretty Mocking Bird (Bishop), chanté en anglais par Lily Pons, soprano The Last Rose of Summer (T.Moore), chanté en anglais par Lily Pons 17332 (MIGNON (Thomas) Je suis Titania, chanté en francais par Lily Pons LE COQ D'OR (Rismsky-Korsakow), chanté en français par Lily Pons 17233 (RIGOLETTO ( Verdi) Dites-moi votre nom, chanté en italien par Lily Pons BARBIER DE SEVILLE (Rossini) Dunque io (en italien).Lily Pons 17268 (DIVINITES DU STYX (Gluck), chanté en français par Helen Traubel TANNHAUSER (Wagner) Teure Halle, (en allemand) par Helen Traubel 17220 (RONDO, Sérénade en Ré Majeur de Mozart, arrangement de Fritz Kreisler Première et Deuxième parties, jouées par Fritz Kreisler, violoniste.17229 {SAN JUAN CAPISTRANO (Harl McDonald) Deux chansons du soir : Mission et Fête.Orchestre Symphonique de Boston, cond.par Koussevitzky 150170 fBONNE CHANCE (Mazel Tov), chanté en français par Léo Marjane DEUX VOIX DANS L'OMBRE, par Léo Marjane (enregistré à Paris) 150171 (ARTHUR, un Fox-Trot chanté par Maurice Chevalier.PARIS SERA TOUJOURS PARIS autre enregistrement de M.Chevalier IL PLEURAIT (du film \u2018Piéges\u2019\u2019), le grand succès de Maurice Chevalier MON AMOUR (du film \u2018\u2018Pièges\u2019), chanté par Maurice Chevalier 150168 150169 fLES DEUX MOITIES DU MONDE, chanté par Maurice Chevalier PRENEZ LE TEMPS D'AIMER, un autre succès de Maurice Chevalier ETRENNES POUR TOUTES Le parfum est un présent de Noël avec le sourire ! Le parfum est de ces ou du Jour de l'An qu'on accepte choses que toutes les femmes désirent sans exception, et dont toutes se servent.Il a de plus l'avantage de simplifier considérablement vos emplettes des Fêtes.Au lieu de vous creuser la tête à chercher quoi offrir à celle-ci et à celle-là, à votre mère, à votre épouse, à votre sœur, à votre fiancée ou votre amie, réglez la question en lui achetant du parfum.Les parfums sont de plusieurs sortes et de plusieurs marques.Nous nous contenterons cette fois de signaler les parfums Lucien Lelong, fabriqués par l\u2019un des maîtres de la haute couture de Paris.En voici quelques- uns aux essences merveilleuses, aux noms évocateurs : «Opening Night», « Mon Image », « Whisper », « Carefree », « Impromptu » et « Floral ».De plus, ces parfums français, célèbres dans le monde entier, pouvant maintenant s'acheter en petits flacons pour le sac, vous pouvez, même sl vos moyens sont très limités, en faire cadeau aux Fêtes à celles qui vous sont chères.Ces chaussures \"\u2019 Gaytees \u2018\u2019 de suède sont si légères qu'on les porte sons s\u2019en apercevoir et si seyantes qu'elles collent aux chevilles, protègent ves bas et vous permettent d'affronter, sans vous mouiller, la neige, la pluie et les Giboulées.Fermeture Hi-kwik.QUEL EST CE BREUVAGE QUI EST À LA FOIS SEC ET LEGER ?UN EXCELLENT APÉRITIF PARCE QU'IL EST SEC UN MERVEILLEUX RAFRAÎCHISSEMENT PARCE QU'IL EST / ÉGER 73 CONDITIONS A PARTIR DE 10G.PAR JOUR NOUVEAU MODELE PORTATIF REMINGTON 1941 Toutes les caractéristiques essentielles des machines à écrire utilisées dans les bureaux, plus la compacité et ls commodité d'une machine portative.Un modèle pour toutes les bourses et pour les usages les plus variés, ESSAI GRATUIT d'une MACHINE Pour obtenir notre catalogue illustré et de plus ASECRIRE PORTATIVE REMING.i , to e amples renseignements sur notre mode de paiemen TON, fous ses genreignements i que votre catalogue.Nom Adresse Demandez le catalogue et tous _\u2014 détails sur nos Payements Differés.
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