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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2020-03, Collections de BAnQ.

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[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C X , n u m é r o 3 \u2013 M a r s 2 0 2 0 volume CX numéro 3 MARS 2020 envoi de publication N° de la convention 0040012293 L\u2019Action Mars 2020 Vol.CX, no 3 L\u2019Action Langue et démographie Avis de tempête Jean Gaudreau Reliquat de cuivre no R-33-7 Cuivre historique recyclé, vernis, huile, encaustique sur contre-plaqué monté sur faux cadre, 36 po X 36 po, 2014 Projet expo \u2013 année 2021 Riopelle vu par Jean Gaudreau Dans cette expo en hommage posthume à Jean-Paul Riopelle je travaillerai sur une peinture intuitive en mettant l\u2018accent sur l\u2018émotion et la gestuelle en grand format adapté à la salle d'exposition de la bibliothèque de Montmagny et en utilisant des techniques mixtes et collages.Sous forme de dialogue avec l\u2018artiste Riopelle, je tenterai d\u2019établir un lien intime entre sa peinture et mon travail actuel.L'exposition se tiendra au pays de Riopelle en face de L\u2019Isle-aux-Grues où il a vécu pendant des années jusqu\u2018à la fin de sa vie.Artiste contemporain, né à de Québec, je suis un peintre expérimental qui revisite les traditions picturales initiées par l\u2019expressionnisme abstrait.J\u2019entreprends mon travail à partir d\u2019un point de départ conceptuel ; puis je procède intuitivement, entrant en dialogue avec l\u2019œuvre.J\u2019utilise ici des objets communs que je peins et insère dans mes œuvres.J\u2019explore alors l\u2019abstraction et son vocabulaire symbolique que je transpose en un vocabulaire visuel, issu des outils et de la quincaillerie industrielles ainsi que des éléments architecturaux de notre patrimoine.Les vestiges des toitures de cuivre du Château Frontenac et de l\u2019Édifice Price sont ainsi réinterprétés en de multiples parcelles pigmentées qui sont incorporées à mes œuvres ou, encore deviennent prétextes à la création nouvelle d\u2019installations et de sculptures organiques dont l\u2019essence même des matières brutes telles le bois vieilli et le cuivre oxydé deviennent le propos.Au-delà de leur caractère esthétique, mes œuvres cherchent à proposer un espace de méditation et la possibilité d\u2019une rencontre.Non seulement une rencontre de la matière et du geste, mais aussi et surtout une rencontre avec le spectateur.Celui-ci, à la fois observateur et acteur, circule, guidé par lui-même, à travers les pistes qui lui sont offertes.Il peut ainsi s\u2019approprier de toutes les possibilités qui se développent en cascade d\u2019une œuvre à l\u2019autre par la gestuelle mouvementée, par les surfaces maculées d\u2019ocre et de brun, couleurs de terre, de bleu, de rouge et de jaune éclatants, couleurs solaires, couleurs célestes qui, mises en mouvement par le geste, viennent s\u2019épanouir sur les toiles afin d\u2019être y transformées en de multiples perceptions du regard.jeangaudreau.com 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Nicolas Bourdon, professeur de français, cégep Bois-de-Boulogne ; Sylvain Deschênes, rédacteur et infographiste ; François-Olivier Dorais, professeur (UQAC) ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Hubert Rioux, Ph.D.ÉNAP-Montréal ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois (sociologie, Université Laval).Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action erratum Lors de notre dernière livraison, Février 2020 (vol.CX, no 2), nous avons attribué l\u2019extrait de l\u2019ouvrage de François Côté et Guillaume Rousseau au juge Jean-Louis Baudoin.Bien que préfacier de ce livre, ce dernier n\u2019était pas l\u2019auteur de l\u2019extrait publié. Fes les plied québécoises À ARTS VISUELS CIEL VARIABLE - ESPACE - ESSE - INTER - -LE SABORD - PLANCHES - IE DES ARTS - ZONE OCEUPÉ( CINÉMA 24 IMAGES - CINÉ-BULLES - CINÉMAS - SÉQUENCES CRÉATION LITTÉRAIRE ENTREVOUS - ESTUAIRE - EXIT LES ÉCRITS - MŒBIUS - XYZ.LA REVUE DE LA NOUVELLE CULTURE ET SOCIÉTÉ À BÉSORD! - L'ACTION NATIONALE N L'INCONVÉNIENT - LIBERTÉ - NOUVEAU PROJET - NOUVEAUX CAHIERS OU SOCIALISME - RECHERCHES SOCIOGRAPHIQUES 3 RELATIONS HISTOIRE ET PATRIMOINE CAP-AUX-DIAMANTS - CONTINUITÉ Ne HISTOIRE QUÉBEC - MAGAZINE GASPÉSIE LITTÉRATURE LES CAHIERS DE LECTURE D 4 = dy + LETTRES QUÉBÉCGISES - LURELU - NUIT BLANGHE - SPIRALE THÉÂTRE Poms 72s) 7 8 ET MUSIQUE CIRCUIT - JEU REVUE DE THÉÂTRE - LES CAHIERS DELASORM | 74 Zw XE THEORIES ET ANALYSES ANNALES D'HISTOIRE DE L'ART CANADIEN : F ry F' ETUDES LITTERAIRES - INTERMÉDIALITÉS - TANGENCE - VOIX ET IMAGES - ¢ < - + 3 \"ds \u2019 ie As Socièlé do 7) 2 *185 périodiques EE Ta à cullurels suebécar Éditorial Les convulsions - Robert Laplante 4 Articles Un registre du lobbyisme pour les juges - Sébastien Bouthillier 9 Fake news \u2013 fake views - Laval Gagnon 19 L\u2019Arménie : l\u2019indépendance sans peur ni regret - Norman Delisle 23 Parti québécois : la demie-mesure n\u2019est plus possible - Orian Dorais 28 L\u2019obsession incongrue de l\u2019agrandissement portuaire à même la baie de Beauport - Jean Lacoursière 32 Dossier LANGUE ET DÉMOGRAPHIE AVIS DE TEMPÊTE Une langue en chantier - Maxime Laporte 60 L\u2019impact de l\u2019immigration de masse sur le poids démographique de l\u2019ethnie canadienne-française au Québec - Charles Gaudreault 68 Avis de tempête contre la nation française du Québec - Jean Chartier 89 Lectures Recensions Frère Marie-Victorin 110 Science, Culture, Nation Harold Bérubé 115 Unité, Autonomie, Démocratie.Une histoire de l\u2019Union des municipalités du Québec Yvon Rivard 119 Le chemin de l\u2019école Éric Montigny et François Cardinal 125 La révolution Z.Comment les jeunes transformeront le Québec Mark Fortier 129 Mélancolies identitaires.Une année à lire Mathieu Bock-Côté Sommaire 4 Éditorial Robert Laplante Les convulsions Le Canada étouffe dans ses contradictions.Cela lui sera-t-il fatal ?Sans doute pas.Il ne faut pas sous-estimer le degré de dysfonction que peuvent endurer les populations.L\u2019habitude de la médiocrité se prend d\u2019autant plus aisément que la colère que soulèvent les blocus ferroviaires et les coups de gueule restent stériles.Au moment d\u2019écrire ces lignes, fin février, il est difficile de prédire quel sera le dénouement de la crise.La violence que tous redoutent est loin d\u2019être écartée.On la comprendrait sans la justifier à constater la condition misérable dans laquelle la population autochtone est tenue.Les explications par le colonialisme ont débordé le cadre des groupuscules radicaux et les séminaires de la gauche universitaire et s\u2019étalent désormais à plein écran et dans les gazettes.Elles parviennent certainement à mettre une étiquette sur la misère mise en spectacle.L\u2019analyse qui sous- tend la popularité de ce concept rate pourtant l\u2019essentiel.La Loi sur les Indiens n\u2019est pas d\u2019abord une loi coloniale, c\u2019est une loi d\u2019apartheid.Le dispositif qu\u2019elle déploie construit un développement séparé qui sert à placer à l\u2019extérieur du cadre national canadian, ces populations que le dominion d\u2019abord et le Canada ont considérées comme une humanité résiduelle.Certes, le pillage des ressources, justifié et encadré par un appareillage juridique et étatique, participe d\u2019une entreprise 5 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 de dépossession de type parfaitement colonial.Mais ce qui constitue l\u2019essentiel de la condition autochtone au Canada, c\u2019est d\u2019abord le rapport d\u2019indifférence à sa misère qui sous- tend toute discussion quant à sa participation à la société canadian.Les scandales à propos des féminicides, des réserves sans eau potable, sur les taux d\u2019emprisonnement, ne servent jamais qu\u2019à enrober de sensationnalisme les évé- nements qui pointent de temps à autre et pour lesquels les commentateurs ont besoin de mots forts pour augmenter le bruit médiatique, le temps que ça dure.Le temps qu\u2019une autre commission d\u2019enquête déverse des millions de dollars pour étaler les bons sentiments.Promesses brisées, mensonges d\u2019État rejoignent la grossièreté des quolibets lancés dans les bouchons provoqués par les blocus ou, plus prosaïquement, depuis les estrades des arénas.Les autochtones luttent farouchement pour changer leur présence spectrale.Mais ils n\u2019y parviennent que bien imparfaitement, englués qu\u2019ils sont dans les structures tentaculaires d\u2019une gestion bureaucratique qui a transformé leurs leaders en fonctionnaires et sous-traitants de la mise à distance, de l\u2019enfermement dans les limbes civiques.Citoyens de deuxième ordre, pupilles de l\u2019État, les peuples autochtones peinent à s\u2019ériger en sujet de leur histoire.Les crises périodiques leur en offrent quelques furtives occasions.Mais jusqu\u2019à ce jour, les poussées de leur colère tellurique n\u2019ont pas suffi.Il est fort probable que la crise actuelle se résolve par une autre entourloupette dont le Canada a le secret, c\u2019est-à-dire par la reconduction de solutions éprouvées : en mettant de l\u2019argent et en faisant des promesses que certains croiront encore pour un temps.Le temps d\u2019user encore un peu plus les populations, le temps de les garder 6 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 encore un peu plus à l\u2019écart, non pas seulement dans des réserves paumées, mais d\u2019abord et surtout dans les perceptions d\u2019une majorité qui ne verra dans leur exaspération que les preuves supplémentaires que « ces gens-là » ne participent pas du monde commun.C\u2019est le problème du Canada et c\u2019est à lui de le régler.La crise a détruit la crédibilité déjà flageolante d\u2019un Trudeau qui aura bien du mal à placer sous un autre costume sa mine d\u2019ahuri, incompétent et dépassé par les événements.Mais il n\u2019est qu\u2019un figurant dans une entreprise multisécu- laire.Le Canada lui trouvera éventuellement un successeur.Et il faudra le laisser à ses contradictions.Les indépendantistes ont le devoir d\u2019affirmer que nous avons mieux à faire que de subir et de mariner dans le marasme auquel nous condamne le carcan fédéral.Plusieurs l\u2019ont remarqué, au moment où le Canada montrait sa vraie méthode et sa manière de traiter avec les peuples autochtones, le gouvernement du Québec signait la Grande Alliance avec la nation crie.C\u2019est l\u2019exemple éloquent de ce que la sortie partielle de l\u2019apartheid peut donner.C\u2019est à l\u2019initiative des Cris que les discussions ont été amorcées et qu\u2019elles ont abouti à une entente forte.La politique québécoise converge ici avec l\u2019auto-institutionnalisation de la nation autochtone comme sujet historique.Cela n\u2019a pratiquement pas d\u2019équivalent dans le monde, sauf peut-être au Groenland et dans le nord de la Scandinavie.Il faut souhaiter pouvoir étendre aux autres nations des conditions et un contexte analogue à celui de la Grande Alliance.Pour y arriver, il y a encore beaucoup d\u2019obstacles 7 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 à surmonter, des obstacles internes, certes.Mais surtout, il faut tout mettre en œuvre pour sortir du cadre canadian qui façonne, instrumentalise et impose une conception des rapports avec les autochtones qui ne peut que nuire aussi bien à l\u2019évolution des mentalités au Québec qu\u2019aux nations amérindiennes que le Canada amalgame dans le terme générique de Premières Nations pour tenter de faire croire qu\u2019il y a dans le regroupement bureaucratique un sujet historique.C\u2019est pour contrer cette manœuvre que les leaders traditionnels finissent par placer en porte-à-faux les conseils de bande.Le Québec traite de nation à nation, le Canada ne négocie qu\u2019avec des instances qu\u2019il a conçues pour les rejeter de l\u2019histoire.La crise doit fournir une occasion aux Québécois et Québécoises de réfléchir aux conséquences politiques que leur impose le Canada dans ses rapports avec les autochtones.Non seulement nous inflige-t-il des dégâts considérables, mais encore et surtout dresse-t-il un écran conceptuel et juridique opaque qui brouille la compréhension des enjeux et pervertit les conceptions des rapports entre nos peuples.Le Québec peut faire mieux, peut faire autrement.Les nations autochtones du Québec pourraient ne pas avoir à subir leur enfermement dans les limbes de l\u2019apartheid.Quand cesseront les convulsions de cette interminable crise, il sera encore temps de constater qu\u2019il y a un gouvernement de trop dans cette histoire.Le Canada est une patente dys- fonctionnelle et mortifère.q w- om Lassurance d\u2019une culture québévaise forte et te et vivante dass S S ae 0 fall ST aid ee Fe, rere de soutenir US re FN 1314 Fh fEng wi EET adel TY I ali | ov \u2014\u2014__\" NTT 13 Atti ' Fry 8 LL ELE L J [Vi LT TTP Sr \u2014\u2014\u2014 Ls TI [YE -SN HE NL ari 1800 943-2519 | www.ssjbcq.quebec eRassemblement pourun PAYS Souverain HA Québec notre seule patrie 4 www.rps.quebec LANGUE PATRIMOINE SOUVERAINETÉ NATIONAL DU QUEBF FRANÇAISE \u2014 \u2014 v «i he) i de io Mauricie SRE n-Baptiste WAN ES Te pren 9 Articles Sébastien Bouthillier* Un registre du lobbyisme pour les juges Un registre répertoriant les engagements extrajudiciaires des juges devient nécessaire après les révélations de Frédéric Bastien, candidat à la direction du Parti québécois, entourant les juges Rosalie Abella, Russel Brown et Nicholas Kasirer de la Cour suprême et sa plainte contre Nicole Duval-Hesler de la Cour d\u2019appel.Dès qu\u2019elle invite un juge, toute organisation inscrirait au registre les lieu, heure, durée et nature de l\u2019activité.La liste des membres du conseil d\u2019administration et des dirigeants s\u2019y ajouterait.Aussi, le juge déclarerait tout engagement hors du tribunal, annexerait une copie du discours qu\u2019il prononce et les noms des personnes qu\u2019il rencontre en aparté à cet événement.Le contenu du registre serait accessible en ligne.La présomption d\u2019impartialité de la magistrature exige que le registre n\u2019admette aucune exception.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une organisation philanthropique, d\u2019une collecte de fonds ou d\u2019une activité gratuite, le public devrait les trouver au registre.« Les juges évitent toute participation à des causes ou à des organisations susceptibles d\u2019être impliquées dans un litige », indiquent les principes de déontologie du Conseil canadien de la magistrature.* Juriste 10 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Alors que la requête en sursis d\u2019application de la Loi sur la laïcité de l\u2019État a été soumise à la Cour suprême du Canada le 17 décembre, ses juges Abella et Brown allaient s\u2019adresser aux membres de Lord Reading Law Society qui conteste la loi comme intervenante dans une autre cause.La rencontre prévue le 6 février a été reportée après la menace de M.Bastien de se plaindre au Conseil.Nicholas Kasirer doit maintenant clarifier sa situation quant à Lord Reading : est-il encore membre ?Le site du Commissariat à la magistrature fédérale diffuse le questionnaire qu\u2019il a rempli durant le processus de nomination au plus haut tribunal du pays1.Celui-ci mentionne qu\u2019il est membre de Lord Reading, y a suivi de la formation et a présenté une conférence.Le questionnaire contient des informations exhaustives sur le candidat comme en inclurait un registre du lobbyisme pour les juges.Pour préserver l\u2019indépendance judiciaire par rapport aux pouvoirs législatif et exécutif, le registre serait administré par la magistrature.Politisation du juge Plusieurs juristes défendent la magistrature en prétextant que les juges sont contemporains de la société et contribuent à sa vie intellectuelle.Tout de même, un juge qui rencontre un groupe qui est partie ou intervenant à une cause devant le tribunal où il siège se compromet.Le public doit savoir qui invite les juges et connaître la teneur de leur contribution sociale hors du tribunal.1 Consulté le 17 février 2020 : https://www.fja.gc.ca/scc-csc/2019/ nominee-candidat-fra.html 11 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Or, lorsqu\u2019un juge rencontre un groupe, il s\u2019extrait du décorum judiciaire pour effleurer la politique.D\u2019ailleurs, les groupes qui invitent les juges sont créés pour défendre un intérêt ou promouvoir une cause.La magistrature n\u2019est plus maître des critères d\u2019après lesquels la société évaluera les engagements des juges hors du tribunal.Désormais acteurs parmi d\u2019autres, ils n\u2019ont plus le dernier mot et risquent leur neutralité par leurs gestes et paroles lors d\u2019apparitions publiques.Si certains s\u2019étonnent que la prestance du juge soit remise en question, le véritable problème est que l\u2019autorité de son jugement pourrait vaciller.En effet, les groupes qui invitent les juges à leurs rencontres sont susceptibles d\u2019être activistes et de s\u2019appuyer sur des motifs de discrimination énoncés à la charte pour faire valoir leur droit à la reconnaissance et à l\u2019égalité devant la loi.Cela est noble, mais laisse à penser qu\u2019un climat clien- téliste s\u2019instaure entre ces représentants de victimes ou de minorités et des juges sensibilisés à leur cause, qui les protégeront éventuellement quand elle aboutira au tribunal.En exerçant une influence extrajudiciaire discrète sur les juges, ces groupes forment des parties prenantes de la magistrature et les juges rencontrent des auditoires acquis à leur vision de la société.Un jeu de reconnaissance sélective entre eux se profile qu\u2019éclairerait un registre du lobbyisme visant les juges.En revanche, les juges Abella et Brown ont été pris sur le coup comme Nicole Duval-Hesler en décembre : le risque de contestation de leur sortie publique augmentait devant l\u2019intérêt médiatique.Tout à coup, la rencontre leur semblait moins appropriée.Les juges ne rencontreraient pas des groupes qu\u2019ils considéreraient comme hostiles à leur discours non plus. 12 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Le tribunal est aussi politisé quand il tranche un litige en matière constitutionnelle, comme celui de la loi 21.Des juges nommés par Ottawa peuvent invalider une loi québécoise en se référant à une charte des droits à laquelle Québec n\u2019a jamais consenti.L\u2019histoire politique révèle comment la constitution du Canada a été rapatriée et les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale ont été diminués par cette charte sans son accord.Un tel litige remet en question sa légitimité, en tension entre la souveraineté parlementaire et la primauté du droit.À la défense de la juge en chef ?La conduite des quatre magistrats soulève un doute sur leur probité.D\u2019une part, plusieurs motifs de reproche pèsent contre la juge en chef du Québec pour sa conduite au tribunal.D\u2019autre part, les quatre suscitent la désapprobation à cause de leur proximité auprès de Lord Reading.Les arguments de certains juristes qui ont pris leur défense dans les journaux convainquent peu.Nicole Duval-Hesler a entendu avec deux collègues l\u2019appel de la demande en sursis d\u2019application de la loi.Le 21 août eut lieu la conférence de gestion de l\u2019instance et l\u2019audition fut tenue le 26 novembre.En séance, la juge s\u2019est déclarée féministe et multiculturaliste avant d\u2019admettre sa difficulté à saisir le raisonnement du procureur du Québec.Ce propos sous-entend que l\u2019argumentaire de Me Éric Cantin a heurté les croyances personnelles de la juge qui, sans renoncer à ses convictions, devait s\u2019abstenir de les étaler.Elle l\u2019a harangué : « Qui souffre davantage, les allergies visuelles de certains, ou les femmes qui portent le voile ?» et « C\u2019est quoi votre signe religieux2 ?» 2 « Examen d\u2019une demande de suspension de la loi 21 : une plainte contre la juge en chef de la Cour d\u2019appel du Québec », Le Journal de Montréal, 1er décembre 2019. 13 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Selon Martine Valois et Guy Pratte, l\u2019audition ne modifie habituellement pas la conclusion du différend et le banc doit « questionner [sic] vigoureusement les prétentions contraires à la preuve ou au droit3 ».À ce propos, Robert Leckey, doyen de la faculté de droit de McGill, ajoute que « les discussions de la retenue judiciaire lors d\u2019une audience ne doivent pas cacher le fait que les demandeurs soulèvent des arguments crédibles contre la loi4 ».Cela laisse croire que la retenue d\u2019un juge devient moins importante quand une partie ancre solidement ses prétentions dans la loi.Il ajoute que « les contestations promettent de formuler des arguments contre la loi qui trouveront leur assise non pas dans les prédilections politiques des juges, mais bien dans la constitution », sans mentionner qu\u2019il en a lui-même formulé publiquement deux fois, dont une en présence de la juge en chef (voir ci-dessous).La Presse a intitulé le texte « L\u2019indépendance de la magistrature », mais son auteur était mal placé pour donner la leçon.Ces juristes se trompent, car les allergies visuelles et la question personnelle au procureur détournent le débat de la rationalité judiciaire.La juge a cessé de discuter la justesse des normes et leur compatibilité avec le droit quand elle a manifesté son irritation à travers la métaphore réduisant la laïcité à une maladie.Aucun argument rationnel ne pouvait plus convaincre.« Bon nombre de Québécois ont, depuis la Révolution tranquille, une allergie galopante à tout ce qui est religieux.3 Martine Valois, « Garder le droit à distance de la politique », La Presse, 7 décembre 2019.4 Robert Leckey, « L\u2019indépendance de la magistrature », La Presse, 6 décembre 2019. 14 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Ce n\u2019est pas une maladie, c\u2019est un fait », enchérit Patrice Garant5.Il se garde d\u2019expliquer que cette période historique correspond à la sécularisation du Québec, que la laïcité confirme juridiquement.En outre, la juge a démontré son ignorance du texte de la Loi sur la laïcité de l\u2019État, qui compte une trentaine d\u2019articles, quand elle a affirmé que l\u2019un d\u2019eux désigne nommément les femmes voilées6.La loi vise plutôt des catégories d\u2019employés de l\u2019État et des signes religieux.Enfin, la juge en chef a profité de l\u2019audition pour mentionner aux avocates du cabinet IMK, engagées par les deman- deresses, qu\u2019elle envisage une nouvelle carrière d\u2019arbitre auprès d\u2019elles puisqu\u2019elle tirera sa révérence de la magistrature en avril7.Déjà, des avocats de ce cabinet avaient été nommés amicus curiæs par la Cour d\u2019appel dans deux affaires, mais sans rapport avec la loi contestée.Cela démontre une recherche de proximité inadmissible qui déséquilibre l\u2019égalité de la juge envers les parties.La professeure Valois objecte que la présomption d\u2019impartialité ne cède que devant une crainte de partialité qu\u2019aurait un « observateur raisonnable et bien renseigné8 », mais que celui-ci ne peut avoir un intérêt dans la décision que rendra le tribunal.Pourtant, qui n\u2019a pas d\u2019intérêt dans cette cause politique plaidée en référence aux chartes et à la constitution ?5 Patrice Garant, « Haro sur la juge en chef », Le Devoir, 7 décembre 2019.6 Lela Savic, « Loi 21 : plainte à la magistrature contre la juge en chef de la Cour d\u2019appel », Journal Métro, 1er décembre 2019.7 « La juge en chef de la Cour du Québec se serait placée en conflits d\u2019intérêts », Radio-Canada, 4 décembre 2019.8 Martine Valois, précitée. 15 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 La conduite des juges hors cour Le principe de l\u2019ouverture des juges sur le monde a été transgressé dans trois conférences organisées par Lord Reading impliquant quatre juges qui statueront sur la laïcité.Comment pouvaient-ils ignorer la déontologie, la prise de position de Lord Reading contre la loi9 et son statut d\u2019intervenant ?Y seraient-ils allés si le public n\u2019avait pas su ?Certes, leur présence à Lord Reading était prévue depuis longtemps, mais ils auraient dû annuler dès l\u2019inscription de la cause au greffe de leur cour.Première conférence, le 24 septembre.\u2013 Nicole Duval-Hesler s\u2019assoit à la table d\u2019honneur pour écouter le doyen Leckey sur la défense des droits malgré la disposition de dérogation.Le 29 octobre, il publie l\u2019article de son allocution dans un périodique10.Le 26 novembre, la juge en chef entend les plaidoiries sur la nouvelle question11 qu\u2019elle avait soulevée le 21 août.C\u2019est la même question que celle avancée par M.Leckey, selon laquelle le droit à l\u2019égalité entre les hommes et les femmes n\u2019est pas soumis à la clause dérogatoire.Or, la cause qu\u2019elle entendait a été déposée au greffe le 21 juillet.C\u2019est peut-être une coïncidence si Leckey et elle ont traité de la même question, mais la présence de la juge à cet événement et au suivant est injustifiable.9 Mémoire de l\u2019Association de droit Lord Reading en ce qui concerne le projet de loi n?21, Assemblée nationale du Québec, 24 avril 2019.10 Robert Leckey, « Advocacy Notwithstanding the Notwithstanding Clause », Constitutional Forum, volume 28 (4) 2019.11 L\u2019appel d\u2019une décision interlocutoire est une procédure exceptionnelle, qui astreint normalement le juge à s\u2019en tenir aux questions invoquées par l\u2019appelant.Encore, le tribunal retient une exception à un principe quand il soulève une question nouvelle parce que le tribunal doit rester neutre ; il ne peut le faire notamment que si l\u2019omission à la soulever risquerait d\u2019entraîner une injustice.En interlocutoire, la preuve manquait à la Cour d\u2019appel pour statuer sur cette question, mentionne le jugement (Hak c.Procureure générale du Québec 2019 QCCA 2145).Pouvons-nous penser que l\u2019article 28 a été soulevé pour affiner les arguments pour l\u2019audition sur le fond ? 16 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Deuxième conférence, le 10 décembre.\u2013 Deux jours avant son jugement, la juge en chef allait s\u2019adresser aux membres de Lord Reading : la rencontre est « reportée ».Yves Boisvert croit qu\u2019elle ne pouvait deviner que l\u2019association interviendrait dans un autre recours contre la loi quand elle a accepté de s\u2019y présenter12.Il l\u2019excuse presque vu le sujet de son discours, qu\u2019il considère comme ennuyeux («Comment éviter les conflits d\u2019intérêts devant la Cour d\u2019appel»).Mais tandis que le chroniqueur critique la juge en chef pour son imprudence à manipuler ainsi de la « nitro-politique », Patrice Garant enfonce le bouchon : « On ne peut présumer qu\u2019elle est en accord avec cette association13 ».Le journal Métro rapporte aussi un communiqué de Lord Reading, pour qui la présentation de la juge n\u2019avait « rien à voir avec la loi 21 ni avec la position juridique que l\u2019Association a adoptée à l\u2019égard de cette mesure législative particulière14 ».Que la juge fût d\u2019accord ou que sa présentation portât sur un autre thème importe peu.Troisième conférence, le 6 février.\u2013 L\u2019association milite parmi les juges de la Cour suprême, où fut portée la décision de la Cour d\u2019appel, le 17 décembre.Le 23 janvier, le public a appris que les juges Brown et Abella parleraient devant les membres de ce groupe, lors d\u2019un événement au bénéfice du cabinet IMK.Des juges de la Cour suprême allaient rencontrer le gotha pour des avocats qui défendent une partie contestant la loi à une soirée organisée par une association intervenant dans le litige qu\u2019ils trancheront ?12 Yves Boisvert, « Le piège de la politisation », La Presse, 5 décembre 2019.13 Patrice Garant, précité.14 Henri Ouellette Vézina, « Au cœur de la controverse, la juge Duval Hesler se retire d\u2019une conférence », Journal Métro, 4 décembre 2019. 17 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Les attentes du public envers la magistrature sont extrêmement élevées dans une cause constitutionnelle concernant le Québec.Un magistrat ne peut invoquer l\u2019ignorance de l\u2019inscription du recours au greffe de son tribunal.Pas plus qu\u2019il ne devrait se camoufler derrière la forte présomption d\u2019impartialité et le fardeau élevé, au-delà de la simple apparence de partialité, exigé pour la renverser.Un registre du lobbyisme s\u2019impose pour les juges autant que les groupes et organisations qui les sollicitent.La légitimité de la justice l\u2019exige.Chronologie 24 avril 2019 : consultations sur le projet de loi 21, Lord Reading Law Association dépose un mémoire ; 16 juin 2019 : adoption, sanction et entrée en vigueur de la Loi sur la laïcité de l\u2019État ; 17 juin 2019 : demande en Cour supérieure de déclaration d\u2019invalidité de la loi et de suspension durant l\u2019instance ; 18 juillet 2019 : la Cour supérieure rejette la demande de suspension ; 21 juillet 2019 : la demande de suspension est portée en Cour d\u2019appel ; 21 août 2019 : conférence de gestion de l\u2019instance en Cour d\u2019appel ; 24 septembre 2019 : conférence de Robert Leckey à Lord Reading, Nicole Duval-Hesler y assiste ; 26 novembre 2019 : audition de la demande en Cour d\u2019appel ; 1er décembre 2019 : plainte contre Nicole Duval-Hesler par Frédéric Bastien ; 18 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 4 décembre : Nicole Duval-Hesler reporte son allocution prévue le 10 décembre à Lord Reading ; 8 décembre 2019 : Frédéric Bastien révèle que Nicholas Kasirer est peut-être encore membre de Lord Reading ; 12 décembre 2019 : la Cour d\u2019appel rejette la demande de suspension ; 17 décembre 2019 : avis d\u2019appel à la Cour suprême par la partie déboutée en Cour d\u2019appel ; 20 janvier 2020 : La Cour suprême ouvre le dossier de la suspension de la loi ; 23 janvier 2020 : Frédéric Bastien révèle que les juges Brown et Abella prendront la parole à Lord Reading le 6 février, ils reportent.Quatre dossiers Quatre dossiers contestant la Loi sur la laïcité de l\u2019État sont en instance.Le premier est celui d\u2019où ressort l\u2019appel sur la suspension de la loi : \u2022 Ichrak Nourel Hak, le Conseil national des musulmans canadiens et l\u2019Association canadienne des libertés civiles ; \u2022 La Commission scolaire English Montreal ; \u2022 Andréa Lauzon, Hakima Dadouche, Bouchera Chelbi et la Coalition inclusion Québec ; \u2022 La Fédération autonome de l\u2019enseignement. 19 Articles Sans que nous puissions en contrôler l\u2019ampleur et l\u2019impact sur nos vies, un nouveau monde émerge irrésistiblement de l\u2019intelligence artificielle (IA).Lors du Forum économique mondial en janvier à Davos, les puissants de ce monde ont magnifié l\u2019accélération de cette quatrième ère industrielle qu\u2019est la révolution numérique et son application généralisée par les nouvelles technologies à tous les champs de la société humaine.Ce nouvel Eldorado nous annonce une meilleure vie et une vie meilleure, nous affirme-t-on de toutes parts.On en prend note.Mais, reconnaît-on du côté des observateurs avertis, les risques de dérapage sont énormes, notamment l\u2019exploitation occulte et privée des données et l\u2019opacité de la propriété et de la gestion des réseaux.Au-delà de la futurologie virtuelle que les puissants mettent en scène à Davos pour nous séduire, cultivons un sain scepticisme en posant un regard critique sur l\u2019état actuel de la société numérique.On parle beaucoup des fake news, une expression américaine passe-partout que l\u2019actuel président américain a largement contribué à populariser par une utilisation maniaque et machiavélique de twitter.Laval Gagnon* Fake news \u2013 fake views * Journaliste à la retraite 20 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Bien sûr, ni Donald Trump ni même les envahissantes pla- teformes numériques n\u2019ont inventé les fausses nouvelles.Il faut garder à l\u2019esprit que les informations erronées, mensongères, sans fondement, dans l\u2019intention de tromper ont de tout temps existé, depuis la fausse rumeur jusqu\u2019aux opérations de diabolisation, en passant par les promesses illusoires, les campagnes de désinformation et les idéologies totalitaires.Le phénomène reste essentiellement le même par la manipulation de l\u2019opinion, le trafic d\u2019influence et la propagande.Par contre, on constate que tel un tsunami, la technologie numérique avec les puissantes plateformes de diffusion a excessivement amplifié la propagation, l\u2019étendue, la portée, l\u2019efficience et l\u2019impact des fake news.Avec les algorithmes qui sont au cœur du fonctionnement des plateformes largement connectées sur la population, on se demande finalement si l\u2019une ne va pas sans l\u2019autre quand on observe leurs effets combinés et pernicieux dans les débats publics sur la diffusion de l\u2019information et l\u2019exercice de la démocratie elle-même.On parle moins, curieusement, d\u2019un phénomène de même nature que les fake news, tout autant sinon plus puissant et sournois, car désormais bien ancré dans l\u2019imagerie populaire.Celui des fake views.J\u2019entends par là les innombrables et omniprésents produits audiovisuels destinés à l\u2019imaginaire populaire, films, séries, sitcom, musique, shows, débats partisans, en somme le contenu médiatique culturel produit et mis en marché par l\u2019envahissant écosystème de divertissement dominé par des intérêts américains.Étant entendu que selon l\u2019UNESCO la culture est « l\u2019ensemble des traits distinctifs, matériels et spirituels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social.Elle englobe outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l\u2019être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.» 21 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Comment ne pas s\u2019inquiéter ici même de notre modeste et fragile écosystème culturel francophone quand on observe comment, avec quels moyens et quelle efficacité, la puissante industrie américaine de production et de diffusion du contenu modèle l\u2019imaginaire des « consommateurs » dans un Canada anglais déjà perméable avec son multicultura- lisme et un Québec ambivalent et affaibli dans son identité ?L\u2019impérialisme américain, impose ses thèmes et ses mythes dans la programmation du contenu populaire sur les plate- formes, souvent même en récupérant ceux des autres communautés ou nations pour en travestir la valeur, si ce n\u2019est pour en détourner le sens.Avec la mondialisation des marchés et la technologie numérique, de restructurations en fusions, de prises de contrôle en mutation, les richissimes barons de l\u2019industrie du contenu (Netflix, Fox, GAFAM, Disney, etc.) ont étendu leur lucrative domination à toutes les plateformes et tous les marchés, avec des moyens inégalés pour repérer, caractériser et cibler les clientèles au bénéfice du marché publicitaire.Nous sommes à l\u2019ère du Big Brother technologique.Celui du grand réseau des réseaux, le Big Browser, qui impose à l\u2019univers créatif et artistique son point de vue, ses critères esthétiques et ses valeurs essentiellement liés aux mythes américains du pouvoir de l\u2019argent, de la réussite individuelle, sublimés dans l\u2019imaginaire collectif par le spectacle du succès ostentatoire ou de l\u2019échec violent et décadent.En réalité, Big Browser produit des fake views, pour divertir, faire diversion en mettant en scène la controverse, le spectacle.En encaissant les milliards de profits.Ce divertissement est devenu le nouvel opium du peuple.Cette mondialisation, financée et contrôlée par le grand capital et ses alliés opérateurs de la technologie numérique qui la supportent et l\u2019amplifient, remodèle les identités 22 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 nationales et citoyenne dans un melting pot conquérant.Au nom d\u2019un Présent égalitaire et multiforme, la vague obscurantiste dénature l\u2019Histoire, renie la Culture, érode les repères du territoire, n\u2019hésitant pas à mettre en scène un méli-mélo gauche-droite échevelé ou une ferveur spectaculaire jusqu\u2019à l\u2019hystérie\u2026 Nous sommes à l\u2019ère des « corporates nums », qui fonctionnent comme les « corporates bums » qu\u2019avait dénoncés le leader néodémocrate canadien Lewis à l\u2019époque.Il s\u2019agit d\u2019un nouvel impérialisme économique qui transnationalise par l\u2019arme techologique, amplifiant d\u2019autant l\u2019efficacité des stratégies légales, financières et corporatives d\u2019un capitalisme prédateur, au détriment des économies nationales et des intérêts de leurs populations.La lutte (des classes), c\u2019est du fake.Et les dindons de la farce sont dans les gradins ou devant l\u2019écran.q 23 Articles Norman Delisle* L\u2019Arménie : l\u2019indépendance sans peur ni regret L\u2019Arménie, petit pays du Caucase enclavé entre plusieurs voisins turbulents, fêtera en septembre 2021 le 30e anniversaire de son accession à l\u2019indépendance.L\u2019Arménie fait partie de la centaine d\u2019États qui, à travers le monde, ont acquis le statut de pays souverain depuis 1960.On compte 3 millions d\u2019Arméniens qui peuplent ce pays aux dimensions modestes d\u2019environ 300 par 100 km.La moitié de la population habite Yérévan, la capitale, stratégiquement sise au centre du pays.Il y a une grande homogénéité de la population.Les Arméniens partagent la même langue et la même religion, celle de l\u2019Église apostolique arménienne.À l\u2019école, la langue seconde apprise est le russe.La Russie est proche en effet et la proximité de ce géant implique des relations économiques et politiques poussées entre les deux pays.Mais ils partagent surtout un sentiment de fierté nationale, né des luttes acharnées qu\u2019ils ont dû mener pour acquérir leur indépendance en 1991, après des siècles d\u2019occupation tour à tour romaine, perse, ottomane et soviétique.* Journaliste à la retraite 24 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Les voyageurs occidentaux ont une première surprise en posant le pied à l\u2019aéroport de Zvartnots, en banlieue de la capitale.L\u2019affichage commercial et les menus des restaurants sont bilingues : arménien et russe.Ces deux langues possèdent chacune un alphabet propre, différent de celui utilisé dans les pays de l\u2019Ouest.L\u2019usage des langues occidentales, notamment du français ou de l\u2019anglais, est encore peu répandu, ce qui confère au pays un exotisme fascinant.Pas d\u2019inquiétude pour le touriste occidental ; il va manger à sa faim, car on a pensé mettre les photographies des mets sur les menus des restaurants.L\u2019histoire de l\u2019Arménie n\u2019a pas toujours été un long fleuve tranquille.C\u2019est une des plus vieilles régions de l\u2019humanité.La Bible raconte que c\u2019est sur une montagne de la région, le mont Ararat (5200 m de haut), que Noé et son Arche s\u2019arrêtèrent après 40 jours d\u2019errance sur les eaux lors du Déluge.On devine pourquoi le mont Ararat est une montagne sacrée pour les Arméniens.Le pays est couvert de vieux monastères et temples, dont plusieurs datent de l\u2019occupation romaine, il y a près de 2000 ans.La visite de ces lieux de culte constitue d\u2019ailleurs une des attractions touristiques principales.Après des siècles d\u2019occupation ottomane, les Turcs procédèrent en 1915 à une élimination systématique du peuple arménien.Ce fut un des plus atroces génocides de l\u2019histoire.On dénombra quelque 1,5 million de morts.Un monument grandiose et un musée à Yérévan sont consacrés à cet événement.La visite de ce musée est particulièrement troublante, avec des photographies d\u2019époque montrant des dizaines d\u2019Arméniens massacrés ou pendus par les Turcs le long des routes et sur les places publiques, parfois à même les lampadaires. 25 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 L\u2019ère soviétique En 1917, en pleine guerre mondiale, la Révolution secoue la Russie avec Lénine.Dans les années troubles qui suivent, après une brève période d\u2019autonomie pour l\u2019Arménie, plusieurs États du Caucase joignent le clan soviétique.L\u2019Arménie devient en 1922 une des républiques de la Transcaucasie qui à son tour s\u2019intègre dans la fédération soviétique en 1936.Mais quand l\u2019URSS s\u2019effondre en 1991, l\u2019Arménie imite plusieurs autres républiques de l\u2019ex-fédé- ration et proclame son indépendance, laquelle est aussitôt reconnue sur la scène internationale.C\u2019est l\u2019accession à cette indépendance dont les Arméniens célébreront le 30e anniversaire l\u2019an prochain.Le pays demeure entouré de voisins hostiles.D\u2019abord la Turquie, qui refuse toujours de reconnaître le génocide dont elle s\u2019est rendue coupable il y a plus de 100 ans.Puis l\u2019Azerbaïdjan, à la frontière orientale, qui dispute à l\u2019Arménie le territoire du Nagorno-Karabach (appelé Artsakh en arménien).Il s\u2019agit d\u2019une région attribuée à l\u2019Azerbaïdjan sous le régime soviétique, mais peuplé à 90 pour cent d\u2019Arméniens qui réclament leur rattachement à l\u2019Arménie.La guerre a éclaté en 1988 entre l\u2019Azerbaïdjan et l\u2019Arménie.Elle a pris fin en 2016 par la victoire militaire de l\u2019Arménie et la libération de ce territoire désigné comme une « région autonome » avec la petite ville de Stepanakert comme capitale.Le calme est désormais revenu, mais les frontières demeurent sous bonne garde de la part des deux armées, sous l\u2019œil vigilant du voisin russe.Les voisins de l\u2019Arménie sont, au nord, la Géorgie et la Russie, et, au sud, l\u2019Iran.Leurs relations avec l\u2019Arménie sont amicales.On voit des touristes provenant de ces pays qui viennent couler du bon temps à Yérévan. 26 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 J\u2019ai eu le privilège d\u2019assister aux célébrations de la Fête nationale à Yérévan le 21 septembre dernier.Fête nationale qu\u2019on appelle d\u2019ailleurs Fête de l\u2019Indépendance.Défilés festifs, discours patriotiques, spectacles musicaux, participation massive de la population, tout transpire la fierté nationale et la promotion de la culture arménienne.Le drapeau tricolore de l\u2019Arménie (rouge, bleu et orange) est arboré partout et par tous.Les restaurants se font un devoir de servir les mets nationaux à cette occasion.Ces mets sont basés la plupart du temps sur la viande d\u2019agneau dont les Arméniens sont des producteurs reconnus.La diaspora Entretemps, le gouvernement de Yérévan mène une campagne pour convaincre les 9 millions d\u2019Arméniens de la diaspora de revenir au pays de leurs ancêtres.Il s\u2019agit pour la plupart des descendants de ceux qui ont pu fuir le pays lors du génocide du début du XXe siècle ou qui l\u2019ont quitté après avoir refusé l\u2019intégration de l\u2019Arménie dans l\u2019Union soviétique.Cette campagne de retour sur la terre ancestrale connait un résultat mitigé.Il est en effet difficile de convaincre des gens installés ailleurs depuis des générations de revenir dans le pays d\u2019origine.Plusieurs des Arméniens de la diaspora participent quand même au développement du pays en fournissant des fonds pour la construction de routes ou d\u2019infrastructures.Le plus connu des Arméniens de la diaspora est l\u2019artiste-interprète Charles Aznavour, décédé en 2018.Au centre-ville de Yérévan, une place publique a été nommée en son honneur et une statue géante rappelle sa mémoire.Les jeunes Arméniens avec qui nous avons échangé n\u2019ont nullement le réflexe de vouloir quitter leur pays, même si 27 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 le niveau de vie y demeure encore modeste.« Je suis né ici, j\u2019ai grandi ici, ma famille et mes amis sont tous ici.J\u2019ai mon effort à faire pour le développement et la réussite de l\u2019Arménie », nous disait notre guide touristique, sous le regard approbateur de ses collègues.Il y aurait quelque 8 millions de citoyens d\u2019origine arménienne répartis à travers le monde.On en compte 23 000 au Québec, vivant presque en totalité (94 pour cent) dans la région de Montréal.Les données gouvernementales indiquent que 87 pour cent d\u2019entre eux connaissent le français.En 2003, à l\u2019instigation du député Yvan Bordeleau, dont la circonscription regroupe une importante communauté arménienne, l\u2019Assemblée nationale du Québec adopte une loi qui fait du 24 avril la Journée annuelle de commémoration du génocide arménien.q 28 Articles Il est euphémique de dire que la cinquantième année d\u2019existence du PQ n\u2019a pas été très bonne.La formation souverainiste a été refoulée aux extrêmes marges du monde politique québécois, au profit de la CAQ qui l\u2019a totalement éclipsée auprès de ses électeurs traditionnels.Si le parti ne veut pas répéter et même aggraver le désastre de 2018 lors du prochain scrutin provincial, l\u2019audace s\u2019impose alors que s\u2019amorce la course à la chefferie.Depuis 2003, le Parti québécois semble de moins en moins se préoccuper de ses principes fondateurs, telles l\u2019indépendance, l\u2019affirmation nationale, la contestation du régime fédéral et la social-démocratie, pour ne se focaliser que sur une chose : son image.Cette idée fixe provient du fait que la défaite crève-cœur de Bernard Landry a été attribuée à une mauvaise performance médiatique lors de sa campagne contre Charest.Une interprétation à remettre partiellement en question, la défaite de 2003 peut très bien être due à un essoufflement passager, mais massif, de l\u2019entrain nationaliste des Québécois.Lequel s\u2019est vite reformé autour de la question de la laïcité.Ajoutons à cela la malchance temporelle de Landry qui est parti en élection peu avant que le scandale des commandites ne soit dévoilé, en 2004, alors que cet évènement a contribué à une recrudescence Orian Dorais* Parti québécois : la demie- mesure n\u2019est plus possible * Membre jeune du Parti québécois. 29 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 de la volonté d\u2019émancipation nationale.Enfin le début du XXIe siècle a vu une vague néolibérale et néoconservatrice balayer l\u2019Occident (élection de Berlusconi, Blair, Bush, Chirac \u2013 pour son second mandat \u2013, Merkel).Le Québec n\u2019y a pas échappé, ce qui a contribué à porter les libéraux au pouvoir.Ce contexte politico-historique explique beaucoup plus la défaite du PQ que la capacité de son chef à tenir tête aux journalistes.Toujours est-il que les péquistes sont devenus obsédés par l\u2019idée de plaire aux organes de presse.C\u2019est ce qui relie la nomination de personnalités politiques aussi hétéroclites que Boisclair, Péladeau et Lisée à la chefferie.Du jeune politicien cool à l\u2019érudit posé et bohème de Rosemont en passant par le magnat de presse, tous avaient une chose en commun, soit d\u2019offrir une bonne image médiatique au parti.Et tous ont été congédiés dès que cette « image parfaite » a été remise en question.De même, l\u2019implication hyperactive dans le dossier de l\u2019aide médicale à mourir et les multiples tentatives de rapprochements avec Québec solidaire relevaient plus de l\u2019exercice de publicité que du vrai calcul politique.Le PQ voulait jouer à la formation politique réconciliatrice et progressiste, plus vertueuse que QS, sans se soucier des nombreux militants et électeurs qui lui glissaient d\u2019entre les doigts, exaspérés par cette stratégie.D\u2019élection en élection, le PQ est devenu frileux à l\u2019idée d\u2019exprimer une vision identitaire et souverainiste, présentée comme polarisante par la presse.Une défense féroce de la laïcité et un message nationaliste clair, sans concessions, auraient pourtant permis aux péquistes de gagner les élections de 2007 et 2014, où l\u2019identité était au cœur des enjeux.Mais la crainte et l\u2019ambigüité ont triomphé, avec les résultats électoraux que l\u2019on sait.De même, du point de vue économique, le parti a abandonné son discours social-démocrate 30 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 traditionnel et s\u2019est cantonné aux promesses vagues de « bon gouvernement ».Le problème, lorsque la vision d\u2019un parti est aussi confuse, est que les conflits sur sa direction vont se multiplier, faute d\u2019un agenda clair.Si bien que l\u2019enjeu péquiste le plus rassembleur de la campagne de 2018 fut la question des lunchs scolaires.D\u2019aucuns souligneront qu\u2019il est absurde de la part du parti souverainiste de rechercher autant l\u2019approbation de l\u2019élite médiatique.Après tout, René Lévesque ne s\u2019est pas préoccupé des avis journalistiques qui prétendaient impossible l\u2019élection d\u2019un gouvernement indépendantiste dans les années 1970.Jacques Parizeau n\u2019a pas reculé devant le discours officiel qui affirmait, lors de son retour à la fin de la décennie 1980, que l\u2019idée d\u2019un deuxième référendum était saugrenue.Pas plus que Lucien Bouchard n\u2019a hésité avant de se présenter comme premier ministre en 1998 alors que les commentateurs présumaient la fin du PQ.Pourtant, tous ont formé des gouvernements majoritaires.La différence fondamentale entre les chefs péquistes d\u2019aujourd\u2019hui et ceux d\u2019hier est que ces derniers juraient par le peuple, non pas par les plateaux télévisés.Le PQ était alors capable de trouver une résonnance auprès des électeurs en traitant d\u2019enjeux identitaires, mais il a l\u2019air d\u2019avoir perdu cette capacité à force de compromis bienpensants.Le seul moment où le parti a semblé renouer ouvertement avec le projet nationaliste fut en 2008 et en 2012, sous Pauline Marois.Comme par hasard, ces élections furent marquées par une remontée du vote péquiste.Mais la crainte de déplaire aux médias a encore une fois semé le doute dans le camp péquiste qui a choisi la « prudence », aboutissant à une fin de campagne imprécise et dénuée de conviction alors que la simple promesse d\u2019adopter la Charte des valeurs aurait suffi à remporter le scrutin et à 31 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 provoquer une rupture avec le régime fédéral suffisante pour remettre la souveraineté au gout du jour dans l\u2019esprit québécois.La cheffe qui avait la vision la plus conséquente et la plus plébiscitée aux urnes de ce que devait être le Parti québécois a ainsi été stoppée dans son élan par la tentation de médiocrité au cœur de ce dernier.Elle a dû tirer sa révérence peu après.Le PQ, s\u2019il ne souhaite pas finir comme l\u2019Union nationale en 1973, ne peut risquer de présenter à l\u2019élection de 2022 un énième chef lisse et poli, qui mise sur le progressisme bon chic bon genre et le « souverainisme inclusif » exigé par les médias.Si le parti prétend vraiment renaitre, il lui faut un meneur prêt à bousculer le consensus et à défendre le français, la laïcité et à secouer le régime fédéral constitutionnel.Il lui faudra faire compétition à la CAQ en prouvant que ses ambitions autonomistes sont irréconciliables avec le cadre fédéral canadien qu\u2019elle défend.Ainsi, l\u2019intérêt pour la souveraineté reviendra.Le PQ a un seul chemin possible et n\u2019a plus droit à l\u2019erreur.Il en va de sa survie.q 32 Articles L\u2019obsession incongrue de l\u2019agrandissement portuaire à même la baie de Beauport Pour augmenter le transbordement maritime des marchandises, la poignée de non-élus dirigeant le Port de Québec souhaite depuis des décennies créer de nouveaux terrains par remblaiement du fleuve sur les battures de Beauport.Dans la plus récente forme de ce projet hérité des lubies expansionnistes d\u2019antan, un remblaiement de 17,5 hectares (21,5 terrains de football canadien, zones des buts incluses) au sud de la populaire plage de la baie de Beauport servirait au transbordement de conteneurs par une entreprise chinoise.Cet article tente de comprendre pourquoi ce projet d\u2019agrandissement, qui dans les années 1970 couvrait toutes les battures de Beauport jusqu\u2019à chute Montmorency, résiste au temps en dépit de son caractère incongru au centre-ville de Québec.Quatre causes principales émergent : la structure administrative et le caractère affairiste des administrations portuaires canadiennes ; la complaisance et le désintérêt des élus de tous les paliers de gouvernement (surtout Ottawa) envers la cohérence et la gestion intégrée des projets portuaires en général ; un entretien négligent des infrastructures portuaires au fil des décennies ; l\u2019absence de législation permettant d\u2019envisager le littoral comme une zone naturelle distincte, unique et vitale pour tous les citoyens.Jean Lacoursière* * L\u2019auteur est physicien spécialiste en conception de systèmes optiques et citoyen de Québec. 33 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Pour les générations futures, pour la faune aquatique et aviaire dont la baie de Beauport constitue un habitat vital, pour la préservation de la beauté du paysage offert par Québec vue du fleuve ou inversement, le gouvernement fédéral devrait minimalement : décréter l\u2019abandon définitif de tout projet de remblaiement de la baie et en faire une aire protégée ; aider financièrement le Port à réparer ses infrastructures décrépites, ou l\u2019aider de toutes les manières possibles et imaginables à faire émerger un plan d\u2019affaires limité aux infrastructures portuaires actuelles et impliquant des loyers permettant de réparer puis d\u2019entretenir lesdites infrastructures.Sans autorité gouvernementale osant décréter l\u2019arrêt définitif des projets d\u2019expansion du Port de Québec dans la baie de Beauport, il est prévisible, compte tenu de la nature de cette bête fédérale autonome et des aléas électoraux, que ce projet continuera d\u2019être une pénible épée de Damoclès au-dessus de la tête des gens de Québec pour qui les accès publics au fleuve et les possibilités d\u2019usages récréatifs devraient non seulement être protégés, mais maximisés.Pour augmenter le transbordement maritime des marchandises, la poignée de non-élus dirigeant le Port de Québec souhaite depuis des décennies créer de nouveaux terrains par remblaiement du fleuve sur les battures de Beauport1.Dans la plus récente forme de ce projet hérité des lubies expansionnistes d\u2019antan, un remblaiement de 17,5 hectares (21,5 terrains de football canadien, zones des buts incluses) au sud de la populaire plage de la baie de Beauport servirait au transbordement de conteneurs pour le compte d\u2019une entreprise chinoise2.Pourquoi ce projet d\u2019agrandissement, qui dans les 1 Projet de terminal de conteneurs intermodal \u2013 Tourné vers le monde et l\u2019avenir, Port de Québec (2019) 2 F.Bourque, « Des conteneurs qui décontenancent », Le Soleil, 30 mai 2019 34 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 années 1970 couvrait toutes les battures de Beauport3 jusqu\u2019à la chute Montmorency et qui fut systématiquement contesté par la population à chacune de ses moutures, résiste-t-il ainsi au temps en dépit de son caractère anachronique par rapport à ce qui fait de grandes villes comme Québec des endroits agréables et attrayants pour leur qualité de vie ?La nature de la bête\u2026 et de son maître Reconnaitre ce qu\u2019est le Port de Québec est la meilleure façon de comprendre ses agissements.Le Port est un organisme fédéral autonome.Son conseil d\u2019administration (C.A.) est composé de sept personnes devant être reconnues4 comme chefs de file dans le monde des affaires, ou posséder des connaissances pertinentes ainsi qu\u2019une expérience importante liées à la gestion d\u2019entreprises, au fonctionnement d\u2019un port ou au commerce maritime.Sur ces sept personnes, quatre sont recommandées par les utilisateurs (c.-à-d.les clients) du port.Le C.A.et le Comité de direction du Port sont fiduciaires des terrains portuaires qui sont des terres publiques fédérales.Le Comité de direction est présidé depuis 2011 par Mario Girard, successeur de Ross Gaudreault qui fut le PDG du Port durant 23 ans5.L\u2019autonomie de cet organisme fédéral est constatable, entre autres, par la réponse tautologique offerte à quiconque écrit au ministre des Transports du Canada pour l\u2019alerter de comportements discutables de la part du Port : on lui répond généralement d\u2019aller s\u2019adresser au Port parce que ce dernier est\u2026 autonome.Si le ministère fédéral offre une réponse, il 3 http://www.accessaintlaurentbeauport.org/lubies-expansionnistes-dantan/ 4 Lettres patentes de l\u2019Administration portuaire de Québec 5 J.-F.Néron, « Ross Gaudreault lutte contre le cancer », Le Soleil, 14 février 2012 35 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 peut même arriver qu\u2019elle soit rédigée par le Port lui-même.Quand vient le temps de brasser des affaires, le côté autonome de son visage est systématiquement celui qu\u2019aime montrer le Port de Québec dans ses communications (surtout à l\u2019oral), au détriment de son côté fédéral.Or, le statut fédéral du Port est concret et incontournable.Selon le ministère de la Justice du Canada, le Port de Québec fait partie des institutions fédérales6.D\u2019ailleurs, dans son rapport de novembre 20047, la Vérificatrice générale du Canada Sheila Fraser écrivait8 : À notre avis, compte tenu de la loi habilitante et du fait que le gouvernement lui-même considère ces sociétés comme faisant partie du gouvernement dans les Comptes publics du Canada et dans d\u2019autres documents pertinents, les administrations portuaires sont des organismes du gouvernement [\u2026].Les administrations portuaires canadiennes font donc partie du périmètre administratif du gouvernement du Canada.Aucun ministre des Transports fédéral ne peut plaider l\u2019irresponsabilité ou l\u2019ignorance quant au comportement du Port de Québec.Le gouvernement du Québec considère aussi le Port de Québec comme un « organisme public fédéral9 ».6 Décret sur la désignation des responsables d\u2019institutions fédérales (Loi sur l\u2019accès à l\u2019information) SI/83-113, Ministère de la Justice, Canada, 12 février 2018 7 http://www.oag-bvg.gc.ca/internet/Francais/parl_oag_200411_f_1124.html 8 http://www.oag-bvg.gc.ca/internet/Francais/parl_oag_200411_07_f_14911.html 9 Concernant une autorisation à la Ville de Québec de conclure une entente avec l\u2019Administration portuaire de Québec relativement au versement d\u2019une aide financière pour la gestion de la baie de Beauport à des fins récréotouristiques, Décret 604-2009 (27 mai 2009), Gazette officielle du Québec, no 24 2709, 17 juin 2009. 36 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Ce qui meut la bête Majoritairement composé d\u2019intérêts maritimes affairistes, il n\u2019est pas étonnant que le C.A.promeuve et approuve la création de nouveaux terrains pour que les entreprises maritimes y augmentent leur volume d\u2019affaires.Une partie de la mission du Port10 consiste d\u2019ailleurs à « favoriser et à développer le commerce maritime et à servir les intérêts économiques de la région de Québec et du Canada ».Que cette mission engendre un projet comme Laurentia, consistant à créer de nouveaux terrains au bout de la péninsule de Beauport en remblayant le fleuve sur l\u2019équivalent de 21,5 terrains de football canadien, en plein centre-ville de Québec, cela ne suscite pas de malaise chez les dirigeants portuaires et c\u2019est normal.Pour eux, étant donné que l\u2019actuelle péninsule de Beauport fut créée de toutes pièces par remblaiement, son extension s\u2019inscrit logiquement « dans la continuité du lieu11 ».Sans contre-pouvoir, des intérêts industriels armés de ce type de raisonnement se rendraient sans remords jusqu\u2019à l\u2019île d\u2019Orléans.Dans une entrevue de 199912 accordée au magazine Commerce Monde Québec Capitale, le PDG du Port Ross Gaudreault avait d\u2019ailleurs affirmé : « On a de nouveaux projets, de nouvelles technologies.Si on signe nos nouveaux projets, et on va les signer, on va remplir les battures de Beauport.» On l\u2019a visiblement échappé belle.10 https://www.portquebec.ca/a-propos-du-port/administration- portuaire/mission 11 M.Labrecque, « L\u2019agrandissement du port de Québec, un projet porteur » (Lettre à Jean Lacoursière), Le Soleil, 22 janvier 2008 12 http://www.accessaintlaurentbeauport.org/wp-content/uploads/2019/11/ Entrevue-avec-Ross-Gaudreault-CMQC-1999.pdf 37 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Un projet protéiforme Dans sa version actuelle, le projet d\u2019agrandissement Laurentia vise à offrir des terrains à une compagnie chinoise (Hutchison Ports Holdings) qui y transborderait des conteneurs.L\u2019idée que le gouvernement canadien pourrait autoriser le projet d\u2019une poignée de non-élus consistant à remblayer 17,5 hectares du fleuve pour permettre à une entreprise venant d\u2019un pays totalitaire d\u2019y faire des affaires est certainement troublante.Nous ne nous y arrêtons pas davantage ici, car ce serait un trop long détour.Souhaitons que cette perspective obtienne toute l\u2019attention qu\u2019elle mérite à Ottawa.Dans une version antérieure (2015) du projet, l\u2019agrandissement visait à accueillir des pétroliers13 qui auraient exporté du pétrole venu de l\u2019Ouest canadien.Plus tard, le projet est devenu de manière hypothétique une combinaison14 à parts égales (1/3 \u2013 1/3 \u2013 1/3) d\u2019espaces pour entreposer des matières solides et liquides en vrac et des marchandises générales conteneurisées (ou non).Après des décennies à imaginer toutes sortes d\u2019activités industrialo-portuaires sur cet agrandissement rêvé, force est de constater que la chose essentiellement visée est la création coûte que coûte de ces terrains, l\u2019activité s\u2019y déroulant étant comme Protée, cette divinité de la mer qui avait reçu de son père, Poséidon, le don de changer de forme à volonté.Si le transbordement de conteneurs s\u2019avérait être une activité qui ne lève pas, ce seront d\u2019autres formes de marchan- 13 A.Shields, « Vers un port pétrolier à Beauport \u2013 Le Port de Québec mène seul l\u2019évaluation environnementale de son projet », Le Devoir, 18 avril 2015 14 Aménagement d\u2019un quai multifonctionnel en eau profonde \u2013 Beauport 2020, Résumé de l\u2019étude d\u2019impact environnemental (version amendée), Englobe pour le Port de Québec, septembre 2016 38 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 dises qui y seront ultimement transbordées ; qu\u2019ils soient l\u2019œuvre de mère Nature ou pas, les terrains portuaires ont horreur du vide.Il est ainsi honnête de qualifier Laurentia pour ce qu\u2019il est, soit un projet de création de nouveaux terrains portuaires à même le fleuve et rien d\u2019autre.Le projet de la bête en concurrence avec ceux\u2026 des autres bêtes Si réalisé, la probabilité existe que le projet de terminal à conteneurs Laurentia n\u2019ait pas le succès escompté, entre autres parce que le gouvernement fédéral place les ports canadiens en concurrence, même quand il s\u2019agit de ses propres administrations portuaires comme Montréal, Québec, Halifax ou Saint-Jean (NB).Un article dans The Journal of Commerce15, écrit par deux experts en logistique du transport maritime et paru en mai 2018, explique que les projets de terminaux à conteneurs au Québec et en Nouvelle- Écosse feraient passer la capacité annuelle des ports de la côte Est de 2,2 millions de conteneurs EVP (équivalent vingt pieds) à 4,3 millions d\u2019EVP, un état de surcapacité.Les auteurs parlent même d\u2019un jeu à somme nulle entre l\u2019expansion du port de Montréal à Contrecœur (1,15 million d\u2019EVP) et Laurentia au port de Québec (700 000 EVP).Divers scénarios sont présentés en expliquant dans chaque cas quels ports seraient gagnants ou perdants.Signe que la concurrence est vive, l\u2019Association des employeurs maritimes s\u2019oppose à la construction d\u2019un terminal de conteneurs à Beauport16.Ses membres, qui sont des entreprises spécialisées dans le transport et la 15 P.Ford and J.-P.Rodrigue, « Analysis: Eastern Canada ports battle for mega-ship calls », The Journal of Commerce (www.joc.com), 23 mai 2018 16 A.Morin, « Les employeurs maritimes contre le projet de terminal de conteneurs », Le Soleil, 14 février 2018 39 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 manutention de conteneurs (entre autres : MCS, Hapag- Lloyd, Société Terminaux Montréal Gateway et Logistec), affichent leur préférence pour les installations du port de Montréal.Dans une lettre de 2018 au premier ministre du Québec, Philippe Couillard, et au ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, l\u2019Association représentant 80 % du marché du transport des marchandises conteneurisées sur le fleuve Saint-Laurent argue que « la profondeur d\u2019eau n\u2019est qu\u2019une des multiples composantes constituant les avantages concurrentiels d\u2019un port, et c\u2019est ce que le Port de Québec n\u2019a malheureusement pas saisi ».Ce constat est partagé par Brian Slack17, professeur retraité de l\u2019Université Concordia et spécialiste de l\u2019industrie maritime, pour qui Laurentia est un projet « fantaisiste ».Selon lui, les liaisons ferroviaires à Québec sont mauvaises et le Saint-Laurent est un marché de niche qui n\u2019attirera jamais les nouveaux géants des mers.Le chantage par les emplois De tout temps, le Port a évoqué la création d\u2019emplois pour justifier ses projets d\u2019agrandissement, la plupart du temps avec des chiffres exagérés18.Dans le cas de Laurentia, le Port affirme19 que ce terminal à conteneurs serait « majoritairement automatisé et l\u2019un des terminaux de conteneurs intermodaux les plus modernes et innovateurs en Amérique du Nord ».En entrevue à Radio-Canada en mai 2019, le PDG 17 A.Morin, « Terminal de conteneurs du Port de Québec : \u201cfantaisiste\u201d, dit un expert », Le Soleil, 13 mai 2018 18 J.Lacoursière, « Critique de l\u2019estimation faite par le Port de Québec des retombées économiques que générerait l\u2019exploitation de l\u2019agrandissement Beauport 2020 », www.AccesAuFleuve.org, (2017) 19 Projet de terminal de conteneurs intermodal \u2013 Tourné vers le monde et l\u2019avenir, Port de Québec (2019) 40 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 du Port Mario Girard parlait20 d\u2019un terminal « très, très automatisé » et d\u2019emplois « de grande qualité, des emplois très bien payés [\u2026], la manutention des conteneurs se faisant en partie dans des bureaux, très confortables, avec ce qu\u2019on appelle en bon québécois des joysticks ».Le Port soutient que 500 emplois directs (équivalents temps plein) seraient créés par l\u2019opération de ce terminal visant à transborder 700 000 conteneurs par année.En comparaison, le très moderne Victoria International Container Terminal (VICT) en Australie arrive à transborder plus d\u2019un million21 de conteneurs avec 150 employés22.(La page LinkedIn du VICT indique seulement 53 employés.) Il est également facile de visionner des reportages dans Internet vantant l\u2019automatisation des ports à conteneurs.Par exemple, une vidéo de New China TV23 diffusée en décembre 2017 montre à quoi ressemble un port à conteneurs très automatisé.Intitulée « World\u2019s largest automated container terminal opens in Shanghai », la vidéo vante l\u2019absence de main-d\u2019œuvre sur le terrain : « No man is involved; no labor is involved, in the whole procedure.» Par ailleurs, qu\u2019est-ce qui empêcherait les dirigeants chinois de Hutchison Ports Holdings, grâce à la vitesse croissante d\u2019Internet, de sous-traiter outre-mer et à moindre coût ces tâches consistant à actionner des manettes dans des bureaux chauffés ?20 J.Lacoursière, « Critique de l\u2019estimation faite par le Port de Québec des emplois directs que générerait l\u2019exploitation de l\u2019agrandissement Beauport 2020 en terminal à conteneurs », www.AccesAuFleuve.org, (2019) 21 https://www.vict.com.au/ 22 Economic Impact Study of Digitization and Automation of Marine Port Terminal Operations in British Columbia, Prism Economics and Analysis pour International Longshore & Warehouse Union (Canada), juillet 2019 23 https://www.youtube.com/watch?v=N_Ag-0IqDAg 41 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 La misère (chantage affectif ) Si l\u2019évocation de retombées économiques bénéfiques est un mantra ayant dominé le discours promotionnel pour Laurentia, cette stratégie fut momentanément reléguée au second plan à l\u2019arrivée en 2011 du nouveau PDG du Port Mario Girard.Pour la première fois après le règne de Ross Gaudreault, dont les interventions publiques soulignaient immanquablement combien les affaires étaient prospères et l\u2019avenir radieux pour le Port de Québec, le PDG racontait que ça allait mal : les infrastructures du port étaient vieillissantes et décrépites, elles avaient grandement besoin d\u2019entretien, cela à hauteur de 310 millions $24.Au comité plénier de la Ville de Québec sur Beauport 202025 (l\u2019ancien nom de Laurentia) tenu en 2015, Mario Girard déclara que le revenu généré par l\u2019augmentation d\u2019activités reliées à l\u2019agrandissement Beauport 2020 était la seule source possible de financement : « S\u2019il n\u2019y a pas de Beauport 2020, on peut questionner la pérennité du port.» Voilà qui est ironique de la part de l\u2019Administration portuaire : après avoir faussement accusé ses critiques, pendant des décennies, de vouloir faire disparaitre un port soi-disant prospère, son PDG dressait un sombre portrait des lieux et exigeait que les élus municipaux appuient un agrandissement peu populaire sous peine de voir le port\u2026 disparaitre.La question qui surgit alors dans la tête de bien des gens fut celle-ci : comment le port avait-il pu être aussi mal entretenu durant ces décennies bonheur ?24 S.Martin, « Le Port plaide pour sa survie et reste muet sur ses clients futurs », Journal de Québec, 17 novembre 2015 25 https://www.youtube.com/watch?v=Sk9ogNlox7A&feature=youtu.be 42 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Un port concurrentiel, mais à quel prix ?Dans l\u2019entrevue de 1999 accordée au magazine Commerce Monde Québec Capitale citée précédemment, le journaliste demande au PDG Ross Gaudreault quels sont les outils pour augmenter la compétitivité du port.Il répond : C\u2019est d\u2019être capable d\u2019opérer le port au plus bas coût possible.[\u2026] Cela fait cinq ans que l\u2019on gèle nos tarifs.Mais nous, selon la marchandise, on représente entre 5 et 20 % du coût de passage.Le gros des coûts, c\u2019est l\u2019arrimage, le pilotage, le déglaçage, etc., ce n\u2019est pas nous.L\u2019administration portuaire, on est une petite PME de 15 M$ de revenus.[\u2026] Nous, en gelant nos tarifs, on aide les autres à performer.Dans cette même entrevue, le journaliste demande au PDG si l\u2019avenir du port réside surtout dans les croisières.Sa réponse est négative : « Non, pas du tout, au niveau des revenus, ce n\u2019est pas nous autres qui faisons beaucoup d\u2019argent avec ça.» Cela me rappelle une présentation faite par Bill Sharp, vice-président chez Holland America Line (USA), lors de la Rencontre internationale villes et ports de Québec tenue en 2011.Sa présentation s\u2019intitulait « Le choix d\u2019une ville comme destination de croisière ».J\u2019étais assis à la même table que monsieur Sharp ce midi-là.Avant sa présentation, je lui avais demandé quel était le facteur le plus déterminant dans le choix d\u2019une destination par sa compagnie de croisière.Il me répondit que c\u2019était les frais exigés par le Port.Quand je lui demandai quels étaient approximativement ces frais pour ses navires en escale à Québec, il me répondit avec un sourire satisfait : « They are very, very competitive.» Le but n\u2019est pas ici de blâmer un PDG en particulier pour la décrépitude des infrastructures portuaires, car il s\u2019agit probablement d\u2019une négligence et d\u2019un manque de prévoyance échelonnés sur des décennies. 43 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Il y a cependant lieu de remettre en question les avantages compétitifs du port de Québec par rapport aux autres ports de la côte Est, avantages systématiquement rappelés par le Port, surtout que son PDG Mario Girard les a déjà indirectement remis en question dans un éclair de candeur.Lors du comité plénier cité plus haut, le PDG avait devancé une question des élus au sujet des poussières de matières solides en vrac entreposées à ciel ouvert dans le port et diffusées par le vent vers les quartiers voisins : Pourquoi on ne couvre pas le vrac solide entreposé à Beauport ?On ne peut pas couvrir du vrac de minerai de fer ou du charbon en vrac.La compétitivité du port, qui est déjà un petit peu fragile, il n\u2019existe plus de business case.Ça ne se fait pas.[Le gras est ajouté.] Or, couvrir du charbon ou du minerai de fer en vrac, ça se fait26, quoi qu\u2019en dise le PDG du Port.Se pourrait-il que la compétitivité du port de Québec, toujours vanté comme incomparablement attrayant pour sa profondeur de 16 mètres à marée basse et parce qu\u2019il offre le plus court chemin entre l\u2019Europe et les Grands Lacs, résulte plutôt de loyers inférieurs à ce qu\u2019il en coûte pour l\u2019entretenir, ou de locataires offrant des tarifs très bas grâce à des opérations de transbordement et de l\u2019entreposage faits d\u2019une manière incompatible avec la présence de milliers de citoyens habitant à un jet de pierre ?L\u2019idée que cette compétitivité s\u2019appuierait entre autres sur une qualité de l\u2019air nuisible pour la santé et sur un milieu de vie empoussiéré laisse songeur.Cela signifierait que le coût pour faire de l\u2019entreposage des matières solides en vrac dans des silos ou des dômes est estimé supérieur, par le Port et ses locataires, aux coûts sociaux engendrés actuellement par le stockage à ciel ouvert.26 https://www.greenport.com/news101/Projects-and-Initiatives/dry- bulk-covered-storage-options 44 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Le péché originel : le plan d\u2019utilisation des sols Selon l\u2019article 48 de la Loi maritime du Canada27, le Port de Québec, comme toutes les administrations portuaires canadiennes, est tenu d\u2019avoir un plan détaillé d\u2019utilisation des sols faisant état des politiques et objectifs établis pour l\u2019aménagement physique des immeubles qu\u2019il gère, occupe ou détient.Le plan doit tenir compte des facteurs d\u2019ordre social, économique et environnemental et des règlements de zonage qui s\u2019appliquent aux sols avoisinants.Or, ce plan toujours valide fut adopté en 2001 en bafouant la Loi maritime du Canada.En effet, il contient un projet d\u2019agrandissement au bout de la péninsule de Beauport malgré le fait que cette idée ait subit une féroce opposition de la part de la population28 et des élus locaux lors des consultations publiques obligatoires tenues par le Port à l\u2019automne 2000.Eussions-nous étés à l\u2019époque du Far West, les dirigeants portuaires auraient été éjectés de la séance de consultation de Beauport enduits de goudron et de plumes tellement la colère était immense dans une salle pleine à craquer, une soirée pendant laquelle on entendit le maire de Beauport Jacques Langlois s\u2019opposer à l\u2019agrandissement en disant au micro : « Vous allez nous trouver sur votre chemin29\u2026 » Les fusions municipales de 2002 firent par la suite taire cette opposition beauportoise dorénavant noyée dans des partis pan-municipaux.27 https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/C-6.7/ 28 http://www.accessaintlaurentbeauport.org/plan-dutilisation-des-sols/ 29 M.Garneau, « Projet d\u2019expansion du Port \u2013 Les Beauportois en furie », Journal de Québec, 2 novembre 2000 45 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Ce plan d\u2019utilisation des sols bafoue aussi la seconde partie de la mission du Port de Québec, qui est d\u2019agir « dans le respect de la communauté et de l\u2019environnement ».Il n\u2019existe aucune acceptabilité sociale pour un tel projet de remblaiement du fleuve au centre-ville de Québec, quelle que soit l\u2019activité industrialo-portuaire qu\u2019on prétend vouloir y faire.Dompter la bête Quand il le veut bien, l\u2019État fédéral est capable de dompter la bête, ou du moins de se mêler de ses affaires.Par exemple30, en 2006, la Ville de Toronto a demandé au ministre fédéral des Transports d\u2019examiner « the port authority\u2019s legitimacy and find ways it could be made more accountable to the public.» Le ministre Lawrence Cannon avait obtempéré et informé le Parlement : « J\u2019ai donc retenu les services d\u2019un conseiller indépendant pour qu\u2019il fasse la lumière sur ces décisions.Je suis heureux d\u2019annoncer aujourd\u2019hui à la Chambre que j\u2019ai chargé M.Roger Tassé de réaliser un examen des décisions, mesures et transactions de l\u2019Administration portuaire de Toronto.Il doit déposer son rapport final au plus tard le 1er septembre.» Le mandat de ce conseiller était large et n\u2019excluait pas l\u2019abolition de l\u2019Administration portuaire de Toronto.Autres exemples : le Port de Québec n\u2019a jamais voulu conserver l\u2019Agora du Vieux-Port ni voulu léguer une partie de la péninsule de Beauport en guise de « cadeau » pour le 400e anniversaire de Québec.Ce sont des ministres fédéraux qui ont fait pression et forcé la main du Port en s\u2019appuyant sur la volonté populaire.30 L.Naud, lettre à Jean-Carol Pelletier, directeur des affaires régionales (Québec), cabinet du ministre des Transports du Canada 46 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 L\u2019État fédéral est donc bel et bien le patron de la poignée de non-élus régnant sur le littoral de Québec.Un problème apparait toutefois quand l\u2019État, pour toutes sortes de raisons allant de l\u2019indifférence aux accointances, fait fi de l\u2019intérêt général d\u2019une population alors laissée à elle- même face à rien de moins qu\u2019une entité gérant des terres publiques, mais se comportant comme si elle était entièrement privée.Un Port soumis non pas au fédéral, mais aux paliers provincial ou municipal de gouvernement, ne mettrait pas nécessairement une population à l\u2019abri de dérives illégitimes ou autocratiques de la part de ses dirigeants.Si la proximité de l\u2019autorité gouvernementale responsable semble à priori bénéfique, c\u2019est surtout la loi encadrant la gestion d\u2019un port et le niveau de démocratie qui déterminent la grosseur de la poignée à laquelle les citoyens peuvent s\u2019agripper pour faire valoir leurs droits ou la protection de leur environnement.Le cas de l\u2019aéroport de San Francisco (SFO) en offre un exemple.En 1998, l\u2019aéroport SFO a fait planer une menace de remblaiement31 de la baie pour créer de nouvelles pistes.Cette menace a duré non pas 40 ans comme à Québec, mais une dizaine d\u2019années.Si l\u2019opposition des citoyens et la vitalité démocratique (un référendum) jouèrent un rôle crucial dans l\u2019abandon définitif de ce projet, l\u2019autorité responsable qu\u2019est la Ville de San Francisco alla fourrer son nez (audit) à l\u2019aéroport et découvrit que ses dirigeants faisaient la promotion de l\u2019agrandissement sans étudier d\u2019autres options, négligeaient les préoccupations et les suggestions de la population, contournaient les règles d\u2019attribution des contrats et dépen- 31 https://savesfbay.org/impact/prevented-bay-fill#stopped_sfo_filling_ the_bay 47 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 saient des sommes immenses en relations publiques.Au bout du compte, en 2008, la Ville vota une résolution interdisant définitivement tout remblaiement de la baie pour créer de nouvelles pistes ou pour les modifier.Pourquoi tant d\u2019improvisation sur notre littoral ?L\u2019aménagement des berges de Québec et de Lévis ressemble trop souvent à de l\u2019improvisation.Par exemple, tous se rappellent le défunt projet Rabaska32 visant la construction à Lévis d\u2019un terminal méthanier.Ce projet avait été fortement contesté par plusieurs groupes et beaucoup de citoyens, mais il avait reçu l\u2019appui de la Ville de Lévis et de divers groupes politiques et gens d\u2019affaires.C\u2019est l\u2019approvisionnement en gaz de schiste provenant des États-Unis qui avait fait perdre au projet de sa vigueur, et non les enjeux que sont les besoins énergétiques du Québec (a-t-on besoin de terminaux méthaniers ?), le respect du protocole de Kyoto (pourrait- on obtenir l\u2019énergie autrement ?) et la gestion intégrée des berges du fleuve (si c\u2019est vraiment nécessaire, on le met où ?).Presque systématiquement, les raisons d\u2019affaires l\u2019emportent sans même que ces questions ne surgissent dans la tête de nos élus, ni qu\u2019elles soient sur le radar du Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE).La cause de ces batailles littorales est l\u2019absence d\u2019un cadre législatif qui nous obligerait, en tant que nation, à nous doter d\u2019un plan d\u2019aménagement de ces zones particulièrement précieuses que sont les berges des lacs, cours d\u2019eau et océans.Beaucoup de gens favorables à Rabaska évoquaient la nécessité du progrès.Or, le progrès réside 32 https://fr.wikipedia.org/wiki/Rabaska_(projet_industriel) 48 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 plutôt dans une gestion intégrée des berges du fleuve.Le Canada accuse en ce domaine 50 ans de retard par rapport aux États-Unis33.Il n\u2019existe ici aucune loi fédérale ou provinciale qui force nos gouvernements à se doter de programmes afin que les valeurs écologiques, patrimoniales, esthétiques, récréatives, économiques et stratégiques des berges soient protégées pour le bien de tous les citoyens sans exception.Les Étatsuniens ont depuis longtemps reconnu la grande valeur écologique des territoires côtiers (océans et Grands Lacs), au point de les protéger du développement chaotique à l\u2019aide de législations.Par exemple, grâce au McAteer- Petris Act34 de 1965, seule l\u2019extrême nécessité autorise un remblaiement dans la baie de San Francisco, cette perte devant être compensée par une restauration d\u2019habitats ailleurs dans la baie.Sans cette loi, ce magnifique plan d\u2019eau de la superficie du lac Saint-Jean serait peut-être devenu un chenal, car on le remplissait alors au rythme de neuf kilomètres carrés par année.En 1972, le Congrès étatsunien vota le Coastal Zone Management Act35, qui déclare l\u2019importance des zones côtières pour la prospérité de la nation et incite les États côtiers à se doter d\u2019un plan de gestion intégrée des berges.Ce plan doit entre autres garantir des accès publics pour usages récréatifs.Aujourd\u2019hui, tous les États côtiers pos- 33 N.G.Navarro, Public waterfront access: a comparison of integrated coastal management in Canada and the United States, School of resource and environmental management, Report no.264, Simon Fraser University, juin 2000 (http://www.accessaintlaurentbeauport.org/wp-content/ uploads/2014/03/Navarro-Public-waterfront-access-Comparison-of- ICM-in-Canada-and-US.pdf) 34 https://bcdc.ca.gov/plans/mcateer_petris.html 35 https://en.wikipedia.org/wiki/Coastal_Zone_Management_Act 49 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 sèdent un plan de gestion intégrée de leurs littoraux.À cette fin, la Californie vota en 1976 le California Coastal Act36, qui déclare entre autres que la côte est une zone naturelle distincte, unique et vitale pour tous les citoyens, qu\u2019elle constitue un écosystème fragile et que la protection permanente de ses ressources naturelles et paysagères est d\u2019une importance capitale pour les résidents actuels et futurs de l\u2019État et du pays.Le Québécois sursaute en y lisant que les accès publics aux berges et les possibilités d\u2019usages récréatifs doivent non seulement être protégés, mais maximisés ! Toutes ces lois déclarent également que la participation du public à l\u2019élaboration des politiques de gestion du littoral est absolument essentielle.Quiconque y jette un œil s\u2019aperçoit que le territoire côtier y est géré avec une cohérence à la mesure de son importance pour la nation entière.Le même constat pourrait être fait pour la France.Il faut protéger le lac de Québec Le lac de villégiature et les plaisirs qu\u2019il procure à longueur d\u2019année occupent une place très importante dans l\u2019imaginaire québécois.Or, la baie de Beauport constitue un plan d\u2019eau ayant une superficie d\u2019approximativement 5 km2 à l\u2019abri des forts courants et de la voie maritime (chenal).C\u2019est l\u2019endroit privilégié à Québec pour pratiquer les sports nautiques, peu importe les conditions de vent ou de marée, et pour apprécier, les pieds dans le sable, le panorama exceptionnel offert par la rive sud, l\u2019île d\u2019Orléans et la côte de Beaupré.La baie de Beauport est le lac de la population de Québec et de Lévis ; ce lac est menacé par le projet de remblaiement portuaire Laurentia.36 https://www.coastal.ca.gov/coastact.pdf 50 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 En 1978, à la toute première commission d\u2019enquête du BAPE qui portait sur le projet autoroutier Dufferin-Montmorency et les battures de Beauport, Environnement Canada recommandait la production d\u2019un plan de développement et de protection du littoral du fleuve et la protection la plus intégrale possible des battures de Beauport.Les recommandations de l\u2019Association des biologistes du Québec et de plusieurs citoyens allaient dans ce sens, indique le rapport du BAPE37.Le promoteur du projet était le ministère des Transports du Québec et la construction de cette autoroute, débutée avant les audiences du BAPE, était motivée par le développement\u2026 du port sur les battures.Ainsi, même sans se réaliser, les projets portuaires peuvent nuire à l\u2019aménagement urbain de Québec38 ! En effet, cette autoroute surdi- mensionnée comptant parfois six voies forme aujourd\u2019hui une barrière physique et visuelle entre les gens de l\u2019est de la ville et le fleuve, la piste cyclable du Corridor du littoral étant même située en contrebas de l\u2019autoroute, qui se trouve ainsi à bloquer le paysage fluvial.Dans une étude commandée par Québec, l\u2019agrandissement portuaire sur les battures de Beauport39 avait été remis en question par la firme Dessau Environnement en mentionnant que les battures devraient être considérées comme intouchables du point de vue de l\u2019avifaune aquatique.Le BAPE rappelait que : 37 M.P.Lamontagne, Y.Descôteaux, L.Desrosiers, J.-P.Lamoureux, Audience publique sur le projet autoroutier Dufferin Montmorency (battures de Beauport), tome I \u2013 Rapport, préparé pour le ministre délégué à l\u2019environnement, novembre 1978 (https://www.bape.gouv.qc.ca/fr/ dossiers/autoroutier-dufferin-montmorency-battures-beauport/) 38 J.Lacoursière, « Autoroute, piste cyclable, et fientes de canards », Le Soleil, 18 juillet 2017 39 http://www.accessaintlaurentbeauport.org/lubies-expansionnistes- dantan/ 51 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 [\u2026] l\u2019homme est aussi un utilisateur des battures : chasse, observation d\u2019oiseaux, tourisme.L\u2019intérêt grandissant que porte la population à un milieu naturel [\u2026] rend plausible une utilisation accrue des battures de Beauport si ces dernières étaient mises en valeur dans cette optique.Dans cet ordre d\u2019idées, le BAPE recommandait de « donner aux battures de Beauport le statut de parc ».Pour les générations futures et la qualité de vie à Québec, pour la faune aquatique et aviaire dont la baie de Beauport constitue un habitat vital, pour la préservation de la beauté du paysage offert par Québec vue du fleuve ou inversement, le gouvernement fédéral devrait décréter l\u2019abandon définitif de tout projet de remblaiement de la baie et en faire une aire protégée.Les gouvernements du Canada et du Québec se sont d\u2019ailleurs engagés40 à protéger 10 % des zones marines et côtières du Canada et du Québec, respectivement, d\u2019ici 2020, afin d\u2019atteindre les objectifs internationaux de la Convention sur la diversité biologique.Que le patron assume ses responsabilités Après s\u2019être diligemment mis le nez dans les livres du Port et pas seulement dans les livres comptables, cela afin d\u2019examiner les décisions, les mesures et les transactions de l\u2019Administration portuaire de Québec, le gouvernement fédéral devrait aider financièrement le Port à réparer ses infrastructures décrépites, ou l\u2019aider de toutes les manières possibles et imaginables à faire émerger un plan d\u2019affaires limité aux infrastructures portuaires actuelles et impliquant des loyers permettant de réparer puis d\u2019entretenir lesdites infrastructures.40 Projets à l\u2019étude pour l\u2019estuaire et le nord du golfe du Saint-Laurent d\u2019ici 2020, Planification Canada-Québec pour l\u2019établissement d\u2019aires marines protégées, Stratégies Saint-Laurent, 4 novembre 2019 52 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Les divers agrandissements portuaires dans la baie de Beauport ne se sont jamais concrétisés, malgré le chantage des 40 dernières années du Port et de ses locataires selon lesquels sans terrains additionnels, la disparition les guettait.La divinité de la mer Protée avait un autre don, celui de prédire l\u2019avenir à ceux qui pouvaient l\u2019y contraindre.À défaut de lois littorales comme celles de nos voisins du sud, et sans une autorité gouvernementale osant décréter l\u2019arrêt définitif des projets d\u2019expansion du Port de Québec dans la baie de Beauport, il est prévisible, compte tenu de la nature de cette bête fédérale autonome et des aléas électoraux, que ce projet continuera d\u2019être une pénible épée de Damoclès au-dessus de la tête des gens de l\u2019est de Québec pour qui les accès publics au fleuve et les possibilités d\u2019usages récréatifs devraient non seulement être protégés, mais maximisés.q 53 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Post-scriptum L\u2019autonomie de cet organisme fédéral, le Port de Québec, est constatable, entre autres, par la réponse tautologique offerte à quiconque écrit au ministre des Transports du Canada pour l\u2019alerter de comportements questionnables de la part du Port : on lui répond généralement d\u2019aller s\u2019adresser au Port parce que ce dernier est.autonome.Si le ministère fédéral offre une réponse, il peut même arriver qu\u2019elle soit rédigée par le Port lui-même.Or, le statut fédéral du Port est concret et incontournable.Selon le ministère de la Justice du Canada, le Port de Québec fait partie des institutions fédérales41.D\u2019ailleurs, dans son rapport de novembre 200442, la Vérificatrice générale du Canada Sheila Fraser écrivait43 : À notre avis, compte tenu de la loi habilitante et du fait que le gouvernement lui-même considère ces sociétés comme faisant partie du gouvernement dans les Comptes publics du Canada et dans d\u2019autres documents pertinents, les administrations portuaires sont des organismes du gouvernement [.] Les administrations portuaires canadiennes font donc partie du périmètre administratif du gouvernement du Canada.Aucun ministre des Transports fédéral ne peut plaider l\u2019irresponsabilité ou l\u2019ignorance quant au comportement du Port de Québec.41 Décret sur la désignation des responsables d\u2019institutions fédérales (Loi sur l\u2019accès à l\u2019information) SI/83-113, Ministère de la Justice, Canada, 12 février 2018 42 http://www.oag-bvg.gc.ca/internet/Francais/parl_oag_200411_f_1124.html 43 h t t p : / / w w w.o a g - b v g .g c .c a / i n t e r n e t / F r a n c a i s / p a r l _ oag_200411_07_f_14911.html 54 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Le gouvernement du Québec considère aussi le Port de Québec comme un « organisme public fédéral »44.Vous trouverez certainement divertissante la réponse du ministre Garneau (ci-contre) que j\u2019ai reçue suite à l\u2019envoi de ma lettre intitulée : « Agrandissement portuaire à même la baie de Beauport.L\u2019obsession incongrue d\u2019une poignée de non-élus » : 44 Concernant une autorisation à la Ville de Québec de conclure une entente avec l\u2019Administration portuaire de Québec relativement au versement d\u2019une aide financière pour la gestion de la Baie de Beauport à des fins récréotouristiques, Décret 604-2009 (27 mai 2009), Gazette officielle du Québec, no.24 2709, 17 juin 2009. 55 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 De : Minister of Transport / Ministre des Transports (TC) Envoyé : 21 février 2020 14:17 À : jean.lacoursiere2@videotron.ca Cc : Jean-Yves.Duclos@parl.gc.ca; Joel.Lightbound@parl.gc.ca Objet : Concernant l\u2019éventuel développement du terminal de conteneurs Laurentia Monsieur, Je donne suite à votre courriel du 2 janvier dernier concernant l\u2019éventuel développement du terminal de conteneurs Laurentia sur les terrains de l\u2019Administration portuaire de Québec et ses répercussions sur la faune aquatique et aviaire du littoral.J\u2019ai pris bonne note du contenu de votre correspondance et je vous remercie de l\u2019avoir fait parvenir.Bien que je comprenne vos préoccupations, je dois souligner que les administrations portuaires canadiennes sont des entités autonomes qui exercent leurs activités commerciales sans lien de dépendance avec le gouvernement fédéral.Ainsi, je vous invite à communiquer directement avec l\u2019Administration portuaire de Québec en ce qui concerne le projet Laurentia et l\u2019avenir des battures de Beauport, aux coordonnées ci-dessous : Administration portuaire de Québec 150, rue Dalhousie Case postale 80, succursale Haute-Ville Québec (Québec) G1R 4M8 marketing@portquebec.ca Veuillez agréer, Monsieur, l\u2019expression de mes sentiments les meilleurs.L\u2019honorable Marc Garneau, C.P., député Ministre des Transports c.c.L\u2019honorable Jean-Yves Duclos, C.P., député Président du Conseil du Trésor Monsieur Joël Lightbound Député de Louis-Hébert Offre spéciale de L\u2019Action nationale Un exemplaire gratuit de l\u2019ouvrage de Lucia Ferretti sur les cinquante dernières années de la revue sera expédié aux abonnés souscrivant à un abonnement de deux ans. Fon dée en 1917, L\u2019Action natio nale est la plus ancienne revue d\u2019idées qué bé coise et l\u2019une des plus anciennes du monde fran co phone.Du catho- li cisme social et du natio na lisme tra di tio na liste qui l\u2019ont long temps ins pi rée, elle évo lue assez natu rel le ment à par tir de la fin des années 1960 vers la pro mo tion de la soli da rité éco no mique et de la jus tice sociale, la défense de l\u2019État qué bé cois, l\u2019articulation d\u2019une vision inté grée du ter ri toire et l\u2019élaboration d\u2019un nou veau pro jet natio nal, indépendantiste.Entre 1967 et 2017, L\u2019Action natio nale pré sente des cen taines d\u2019analyses, des chro niques d\u2019actualité, des extraits d\u2019œuvres lit té raires, des recen sions d\u2019essais et une foule de pro po si tions concrètes pour tra cer les voies de l\u2019émancipation.Il s\u2019agit d\u2019une contri bu tion en prise directe sur la vie intel- lec tuelle et poli tique québécoise.Dans ce livre, à tra vers l\u2019histoire de la revue, c\u2019est donc aussi une bonne par tie de l\u2019histoire du Québec du der nier demi-siècle que fait revivre Lucia Ferretti.L\u2019Action nationale.Le long combat pour le Québec Lucia Ferretti 320 pages \u2014 29,95 $ \u2014 ISBN 978-2-924719-78-7 Chez tout bon libraire indépendant ! Vs BLOC asian Adin Québétois LOLITA] , \u2018à la Chambre \u2018dés communes XY Nv i ; Fo hb : : à se - ; 100, rue Richelieu, bureau 210 450 357-9100 Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec J3B 6X3 christine.normandin@parl.gc.ta Xavier Barsalou-Duval Député de Pierre-Bouchar \u2014 Les Patrictes\u2014Verchéres 14625, boulevard Lionel-Boulet, bureau 202 Varennes (Québec) J3X 1P7 Téléphone : 450 652-4442 Courriel : xavier barsalou-duval@parl.gcca GABRIEL STE-MARIE Député fédéral de Joliette Vs BLOC Québécois 450 752-1940 gabriel ste-marie@parl.gc.ca Dossier LANGUE ET DÉMOGRAPHIE AVIS DE TEMPÊTE Une langue en chantier - Maxime Laporte 60 L\u2019impact de l\u2019immigration de masse sur le poids démographique de l\u2019ethnie canadienne-française au Québec - Charles Gaudreault 68 Avis de tempête contre la nation française du Québec - Jean Chartier 89 Le recensement et les statistiques sur les citoyens de langue française au Canada 105 Dossier Langue et démographie : AVIS DE TEMPÊTE 60 Langue et démographie : AVIS DE TEMPÊTE Maxime Laporte* Une langue en chantier Faire d\u2019un chantier de démolition, un chantier de reconstruction.C\u2019est là, en résumé, le sens du combat sisyphéen auquel l\u2019histoire, dans un nouveau grand hoquet, semble vouloir nous engager, près de 43 ans depuis l\u2019avènement de notre Charte de la langue française.Mais après des décennies de pilonnage en règle par l\u2019État canadien, comment entrevoir la rénovation de nos échafaudages meurtris ?Signe inquiétant, les architectes de la réforme espérée, déjà, laissent entendre qu\u2019il vaudrait mieux revoir nos attentes à la baisse\u2026 Or, vu la gravité des plus récents diagnostics quant à l\u2019avenir du Québec français, et considérant les sombres projections démographiques qui nous sont données, il serait non seulement irresponsable, mais désormais immoral que l\u2019on se contente de quelque réformette.Restera donc à prendre la vraie mesure du niveau d\u2019engagement du gouvernement Legault en cette matière.Car, oui, le nécessaire renforcement \u2013 si ce n\u2019est le sauvetage \u2013 du statut du français comme langue commune et officielle exige une dose significative de sérieux.Plus fondamentalement, il faudra du courage.Beaucoup de courage.Énormément de courage, devant tous ces agents voués à * Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 61 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e notre domestication qui déjà se frottent les mains à l\u2019idée de tester leur nouvel arsenal.Plus sophistiqué que jamais, le dispositif rhétorique, juridique et médiatique des anglomanes et autres fossoyeurs du Québec français n\u2019en porte pas moins la puanteur des vieilles casernes de l\u2019empire.« Speak White ».Au bilan des obstacles qui se dresseront sur le chemin, on ne saurait trop négliger que dans l\u2019esprit de tant de nos compatriotes en quête d\u2019ascension sociale, l\u2019aliénation à l\u2019anglais, \u2013 diglossie oblige \u2013, semble aujourd\u2019hui redevenue synonyme de salut, voire de vertu.À cela s\u2019ajoute le gavage monstrueux de culture anglophone en conserve, qui assaille en continu les masses déjà endormies au son des berceuses du consumérisme morbide à l\u2019américaine\u2026 Enfin, c\u2019est sans compter l\u2019illusion de sécurité linguistique induite par nos quelques demi-victoires du passé, dont certains croient qu\u2019elles les dispensent d\u2019avoir à se tenir debout.Autant dire que la réédification du français, notre plus précieux dénominateur commun, ne s\u2019annonce pas de tout repos.Au-delà des mesures précises (et techniques) à instaurer pour assurer l\u2019avenir du français, le succès de l\u2019exercice auquel nous convie le gouvernement Legault, reposera d\u2019abord et avant tout sur notre capacité à (re)mobiliser l\u2019opinion publique, de telle sorte que nos dirigeants n\u2019aient plus qu\u2019un seul choix : avancer.C\u2019est pourquoi j\u2019encourage le lecteur à s\u2019engager dès maintenant dans le combat qui se prépare, en adhérant fièrement à nos différentes organisations.Re-conjuguer langue et indépendance Je ne saurais trop insister sur le fait que sans l\u2019indépendance nationale, la langue française ne peut tout simplement pas L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 62 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e aspirer à un avenir digne de ce nom en ce pays.En clair, et au risque de prêcher à des convertis, si nous échouons à nous libérer du Canada, quoi qu\u2019on dise et quoi qu\u2019on fasse, nous continuerons inexorablement sur la voie de la régression, puis de l\u2019insignifiance.Notre provincialisation, notre canadianisation, qui s\u2019accélère à vue d\u2019œil, anéantit tragiquement notre capacité à honorer l\u2019obligation de garantie dont nous sommes débiteurs à l\u2019égard des générations qui nous succéderont.Ainsi, plus que jamais, nul ne peut sérieusement poser la question linguistique, sans poser en même temps la question nationale.Bientôt, si nous ne déguédinons pas, « la liberté ou la mort » ne sera plus seulement un slogan, mais l\u2019expression d\u2019une réalité concrète et ressentie, dont souffrira la paix sociale.Entretemps, si l\u2019on veut « sauver les meubles » \u2013 tout en mettant toutes les chances de notre côté pour préserver la possibilité de l\u2019indépendance du point de vue de notre sociologie politique \u2013, il n\u2019y a plus une seule minute à perdre.Plantons les jalons qui, peut-être, nous permettront d\u2019entrevoir un aboutissement à cette grande thérapie nationale amorcée jadis sous la bienveillance du docteur Camille Laurin.Des fondations à refaire : survol des principales mesures de redressement Pour y arriver, il incombe au gouvernement du Québec ainsi qu\u2019à l\u2019ensemble de nos élu.e.s de prendre tous les moyens législatifs et réglementaires qui s\u2019imposent.À commencer par nos institutions étatiques.À ce titre, puissions-nous relever le défi (re)lancé par les juristes Côté et Rousseau qui, dans un livre préfacé par l\u2019éminent juge L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 63 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Baudouin, pressent l\u2019Assemblée nationale à renverser les effets délétères des arrêts Blaikie de la Cour suprême, pour restaurer le français comme langue de nos lois et de nos tribunaux.Eu égard à l\u2019administration publique, aux organismes gouvernementaux et aux sociétés d\u2019État, il est impératif que nos vœux (pieux) en matière linguistique se traduisent enfin dans la réalité et, par-dessus tout, que la notion d\u2019« exemplarité » ait un sens.Ce pour quoi il faut mettre fin à cette dissonance cognitive qui, pétrie à même le bilinguisme institutionnel à la canadian, nous voit qualifier d\u2019« officielle » une langue actuellement inapte, par notre faute, à s\u2019ériger comme telle.Il s\u2019agit donc, une fois pour toutes, de rendre effectif le statut officiel du français dans la pratique administrative, là où concrètement, il ne l\u2019est qu\u2019à moitié et, de ce fait, passe pour facultatif ; impuissant.En l\u2019occurrence, il est plus que temps de mettre en vigueur l\u2019article premier de la loi 104, adoptée unanimement par nos élu.e.s en 2002, mais laissé lettre morte depuis, pour forcer légalement les ministères et organismes à n\u2019utiliser que le français dans leurs communications écrites avec les personnes morales établies au Québec.Dans la même veine, il y a lieu de modifier la loi 101 afin que nos services publics et parapublics soient offerts en français seulement.À ce titre, les exceptions devront cesser de constituer la règle, quitte à multiplier les mesures d\u2019accompagnement ou encore à faciliter l\u2019accès à des interprètes.En toute cohérence, la Politique linguistique gouvernementale relative à l\u2019emploi et à la qualité de la langue devrait s\u2019étendre à l\u2019ensemble de l\u2019appareil québécois, y compris les sociétés d\u2019État. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 64 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Également, il faut se doter des outils législatifs nécessaires à la révision d\u2019office du statut de certains « organismes reconnus » en vertu de l\u2019article 29.1, c\u2019est-à-dire de ces villes ou établissements dits « bilingues », mais dont la population ou la clientèle présente une composition linguistique ne justifiant pas ou plus tel régime particulier.Par ailleurs, le Québec devrait mettre tout son poids politique dans la balance afin qu\u2019Ottawa, dans le cadre de la révision de sa Loi sur les langues officielles, en exempte l\u2019administration publique fédérale au Québec, de sorte que ce soient plutôt les dispositions pertinentes de la Charte de la langue française, ou leur équivalent, qui y trouvent application.Ces dernières années, des chiffres ahurissants ont montré l\u2019anglicisation fulgurante du monde du travail, cela jusque dans le secteur public.Ainsi, il est essentiel d\u2019agir afin que la Charte de la langue française (C.l.f.) garantisse véritablement l\u2019exercice par tous les Québécois.es de leur droit linguistique fondamental à gagner leur vie en français.Or, le principe interdisant à tout employeur d\u2019exiger la connaissance de l\u2019anglais à l\u2019embauche, tel qu\u2019énoncé à l\u2019article 46 C.l.f., se trouve actuellement neutralisé par sa propre exception, à savoir le prétexte de la soi-disant « nécessité » de cette connaissance dans l\u2019accomplissement des tâches d\u2019un employé\u2026 Interprétée en des termes excessivement larges par la Cour d\u2019appel en 2016, cette notion de « nécessité », devenue synonyme de simple utilité, constitue désormais un fourre-tout permettant à tout boss de réclamer systématiquement la maîtrise de l\u2019anglais pour n\u2019importe quel type de job\u2026 \u2013 Un véritable fléau notamment pour les immigrants francophones ou francotropes, dont plusieurs possèdent déjà deux voire trois langues, mais pas nécessairement l\u2019anglais.Le législateur a donc le devoir d\u2019intervenir afin de restreindre le sens du mot « nécessité » comme critère d\u2019exception. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 65 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Pour des raisons similaires, et sans entrer dans les détails, il devient urgent d\u2019étendre le champ d\u2019application de la Charte de la langue française aux entreprises de moins de 50 employé e.s.À cet égard, une résolution adoptée le 19 février dernier par l\u2019Assemblée nationale s\u2019avère de bon augure.Aussi, la loi 101 devrait couvrir les centaines de milliers de personnes qui, au Québec, œuvrent chaque jour au bénéfice d\u2019entreprises de compétence fédérale, comme les banques, mais sans bénéficier de ces protections.Plus globalement, l\u2019ensemble des mesures relatives à la francisation des milieux de travail, en particulier en ce qui a trait aux obligations incombant aux employeurs, devront être revues et améliorées.Par rapport à la langue du commerce et de l\u2019affichage, la meilleure proposition, martelée depuis des lunes, mais rejetée par le précédent gouvernement libéral, consiste à obliger toute entreprise possédant une marque de commerce uniquement en anglais, à l\u2019assortir en tout lieu d\u2019un générique français décrivant bien la nature des produits et services qu\u2019elle met en marché.Quant à l\u2019affichage général dans les établissements muséaux, botaniques ou zoologiques, la règle de la nette prédominance du français \u2013 au minimum \u2013 devrait être de mise, au lieu du bilinguisme pur et simple.Pour ce qui est du français, langue de l\u2019éducation, il est plus que temps que la loi 101 s\u2019applique au cégep.En tout état de cause, la moindre des choses serait d\u2019endiguer sans attendre la progression inquiétante de l\u2019anglais dans les programmes des établissements postsecondaires francophones.C\u2019est sans compter le genre d\u2019aberrations dont le Cégep de la Gaspésie nous a offert un aperçu avec son campus privé anglophone en plein cœur de la métropole\u2026 Assurément, marchandisation et anglicisation de l\u2019éducation vont de pair ! L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 66 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e En outre, l\u2019injustice inhérente au sous-financement chronique des universités francophones \u2013 et au surfinancement corrélatif des universités anglophones \u2013 constitue une question d\u2019intérêt dont on ne saurait faire l\u2019économie.Ajoutons que la présence plus qu\u2019hégémonique de l\u2019anglais dans la recherche supérieure constitue en elle-même un défi de taille, auquel il s\u2019agit de s\u2019attaquer plus efficacement, en collaboration avec les autres États de la Francophonie.Aux niveaux primaire et secondaire, colmatons la brèche qui ouvre toutes grandes les portes des écoles anglophones à l\u2019immigration temporaire, en totale contradiction avec les buts de la loi 101.Sur l\u2019enjeu des écoles-passerelles, bien que l\u2019hémorragie se soit relativement atténuée depuis 2010, on ne saurait tenir pour acquis que la digue tiendra indéfiniment.Ainsi, l\u2019article 72 C.l.f.qui fait généralement du français la langue de l\u2019enseignement au Québec devrait être modifié afin d\u2019inclure les écoles privées non subventionnées.Complétons ce survol en abordant cette fois la question des organismes de la Charte, au premier chef l\u2019Office québécois de la langue française (OQLF), lequel mériterait qu\u2019on lui confère toute la marge de manœuvre nécessaire, tant du point de vue de ses pouvoirs que de son financement, pour mener à bien sa mission.Autrement dit, redonnons-lui des dents ! Surtout, éloignons l\u2019OQLF, mais aussi le Conseil supérieur, des intérêts partisans, en attribuant à l\u2019Assemblée nationale la charge de désigner leur présidence aux deux tiers des voix exprimées.Enfin, créons un poste de commissaire à la langue française, lui aussi nommé par nos élu.e.s, qui rendra compte en toute indépendance de l\u2019évolution de la situation linguistique et formulera des recommandations quant à l\u2019exemplarité de l\u2019État et aux moyens à saisir pour assurer le progrès du statut du français. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 67 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Loin d\u2019être exhaustif, ce menu de départ devrait inspirer nos dirigeants à prendre le dossier de la langue à bras-le- corps.Après 15 longues années de chouannerie libérale, il n\u2019est plus question de laisser s\u2019écrouler davantage le Québec français.Ainsi, tout en demeurant bien conscients des limites délétères propres au carcan constitutionnel qui nous enserre, puissions-nous user de tous les matériaux disponibles pour refaire les fondations de notre édifice linguistique.Au travail ! q 68 Langue et démographie : AVIS DE TEMPÊTE Charles Gaudreault* L\u2019impact de l\u2019immigration de masse sur le poids démographique de l\u2019ethnie canadienne-française au Québec** Dernièrement, paraissait dans la revue internationale Nations and Nationalism l\u2019article « The impact of immigration on local ethnic groups demographic representativeness: The case study of ethnic French Canadians in Quebec ».Dans cette publication, j\u2019annonce que l\u2019ethnie canadienne-française, qui formait 79 % de la population québécoise en 1971, glissera sous la barre de 50 % en 2042 sous la pression de l\u2019immigration de masse.Les faits saillants de cette étude sont les suivants : \u2022 Le poids démographique des Canadiens français était de : \u2022 79 % en 19711 \u2022 64,5 % en 2014 \u2022 50 % en 2042 \u2022 45 % en 2050 1 Statistique Canada (1974a).Recensement du Canada de 1971, Groupes ethniques de population par groupes d\u2019âge * Ing.M.Sc.A.** Résumé de l\u2019article \u201cThe impact of immigration on local ethnic groups\u2019 demographic representativeness: The case study of ethnic French Canadians in Quebec\u201d parue dans la revue savante Nations and Nationalism le 22 octobre 2019 (article sous presse).https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/nana.12568 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 69 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e \u2022 De 1971 à 2014, les immigrants et leurs descendants sont responsables de 74 % de la croissance démographique québécoise.\u2022 Les taux d\u2019immigration actuels sont à un niveau tel que même si le taux de fécondité des femmes canadiennes- françaises augmentait à 2,6 enfants par femme, le poids démographique des Canadiens français continuerait de descendre au même rythme.\u2022 Une baisse des seuils d\u2019immigration a un effet substantiel sur l\u2019année de mise en minorité des Canadiens français ; un seuil de 30 000 immigrants par année, par exemple, repousse l\u2019échéance de 2042 à 2056.\u2022 Des seuils migratoires de 5 000, 10 000, 20 000 et 40 000 immigrants par an prendront au maximum2 24, 13, 7 et 3 ans respectivement pour faire chuter le poids démographique des Canadiens français de 1 %.Le contexte de mes travaux est le suivant : j\u2019étais, au départ, intrigué par le rapport existant entre nos seuils d\u2019immigration et le nombre de naissances au Québec.Pour l\u2019année 2016, on compte 52 000 immigrants pour 85 000 naissances.Il m\u2019apparaissait évident que le groupe cana- dien-français se dirigerait vers une éventuelle marginalisation.J\u2019ai voulu valider cette intuition, puis explorer l\u2019évolution de ce phénomène démographique.J\u2019ai trouvé mes résultats suffisamment intéressants pour qu\u2019ils vaillent la peine d\u2019être publiés.2 Entre 2014 et 2050, le déclin démographique sera plus abrupt à cause de la disparition de la cohorte des baby-boomers, dont le poids démographique est plus élevé que les générations suivantes.Le déclin est donc non-linéaire. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 70 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Étant donné que ma publication revêt un caractère assez technique et académique, en plus d\u2019être rédigée en anglais, je crois nécessaire d\u2019en résumer l\u2019essentiel en français dans le présent un texte de vulgarisation.Méthode Cette section étant de nature assez technique, les plus pressés pourront passer directement à la section « résultats » pour entrer dans le vif du sujet ! Pour réaliser cette étude, j\u2019ai utilisé principalement les données démographiques de Statistique Canada.Le point de départ de mon étude est l\u2019année 1971, basé sur le recensement de cette même année.Le recensement de 1971 est particulier.En effet, la quantité et la qualité des données recueillies dépassent largement les recensements antérieurs et, du point de vue ethnique, c\u2019est sans doute le dernier recensement dont la définition est suffisamment rigoureuse pour élaborer des calculs précis.Lors des recensements subséquents, les répondants sont libres de s\u2019identifier à plusieurs groupes ethniques différents en même temps, ce qui empêche l\u2019élaboration d\u2019une méthodologie rigoureuse.Avant d\u2019aller plus loin, il m\u2019importe de préciser l\u2019ascendance de cette population canadienne-française qui composait 79 % de la population québécoise en 1971, selon le recensement.On entend régulièrement des affirmations douteuses par rapport à ce groupe ethnique, visant à conforter les dogmes idéologiques de droite comme de gauche.Parfois, on entend dire que le Québécois de souche n\u2019existerait plus, que le sang français aurait été fortement dilué sous les vagues successives d\u2019immigrants ou encore par métissage avec les Amérindiens.À l\u2019autre extrême, certains croiraient en une certaine « pureté de la race ».La réalité objective se L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 71 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e fout bien des idéologies ! Selon les excellents travaux publiés en 2005 par la chercheuse Hélène Vézina3, les Canadiens français nés entre 1945 et 1965 ont un bagage héréditaire qui provient à 95 % de la France et le reste de la Grande- Bretagne (1,5 %), des Amérindiens (1,4 %), des autres pays européens (2 %).Les 0,6 % restants sont inconnus.J\u2019ai reproduit les principaux résultats des travaux de la chercheuse dans le tableau 1 de mon article présenté ci-dessous.Tableau 1.Origine génétique des individus nés entre 1945 et 1965 Contribution génétique des ancêtres (%) Hommes Femmes France 90.8 88.7 Grande-Bretagne 1.9 1 Allemagne 0.5 0.2 Irlande 0.6 0.5 Autre pays européen 1.4 0.6 Acadie 3.6 6.4 Premières Nations 0.8 1.9 Inconnue 0.5 0.8 Pour calculer l\u2019évolution de la population canadienne-fran- çaise ainsi que son poids démographique pour la province de Québec, j\u2019ai séparé la population québécoise en trois sous-populations.En premier, le groupe EFC (pour ethnic French-Canadian ou ethnie canadienne-française), dont le poids était de 79 % en 1971.En second, le groupe NFC pour non-French Canadian ou groupe non canadien-français qui regroupe les descendants des îles britanniques, les autoch- 3 Vézina, H., Tremblay, M., Desjardins, B., & Houde, L.(2005).« Origines et contribution génétiques des fondatrices et fondateurs de la population québécoise ».Cahier québécois de démographie, 34(2), 235\u2013258.https://doi.org/10.7202/014011ar L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 72 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e tones et les immigrants arrivés avant 1971 ; le poids de ce groupe est de 21 % en 1971.Enfin, j\u2019ai établi un troisième groupe, appelé IAD (pour immigrants arrived after 1971 and their descendants, soit les immigrants arrivés après 1971) et leurs descendants.Naturellement, ce groupe est à 0 % pour l\u2019an 1971.Les groupes étant maintenant séparés, le reste des calculs s\u2019effectue individuellement sur chacun des groupes, selon les règles de l\u2019art de la démographie, en se basant sur un modèle de cohortes et composantes.Ainsi, on subdivise chacun des trois grands groupes de population en cohorte d\u2019un an d\u2019âge que l\u2019on fait évoluer année après année, de manière itérative, en calculant les naissances, les décès, l\u2019émigration et l\u2019immigration.Évidemment, chacun des groupes comporte des facteurs lui étant propres : mortalité, fécondité, taux de rétention dans la province, etc.Pour les années 1971 à 2014, la mortalité, la fécondité, l\u2019immigration dans la province, l\u2019émigration et la rétention provinciale sont accessibles par cohorte d\u2019âges.Pour les années 1971 à 2050, ces facteurs ont été établis selon des hypothèses réalistes (vous en trouverez le détail dans mon étude).La principale embûche de la méthodologie concernait initialement le métissage et les mariages (ou unions mixtes) entre Canadiens français et immigrants.En effet, même si l\u2019on connait, avec une relative précision, le pourcentage d\u2019immigrants qui sont en union mixte pour les années passées, il est difficile d\u2019évaluer comment ce taux évoluera.De plus, il peut être ardu de statuer dans quel groupe classer les enfants en provenance des unions mixtes.Pour contourner cette difficulté, à la fois méthodologique et identitaire, j\u2019ai choisi de coller ma définition de l\u2019ethnicité à la définition du recensement de 1971 : « À quel groupe ethnique ou culturel est-ce que votre ancêtre, du côté paternel, appartenait-il avant d\u2019arriver sur ce L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 73 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e continent ?» Ainsi, les enfants nés d\u2019une mère immigrante et d\u2019un père canadien-français sont placés dans la catégorie des Canadiens français et les enfants nés d\u2019un père immigrant et d\u2019une mère canadienne-française sont placés dans le groupe des immigrants.Il va de soi que cette définition n\u2019a aucun sens d\u2019un point de vue individuel, alors que pour la population québécoise, elle permet de quantifier précisément le poids démographique des individus d\u2019ascendance canadienne-française.Évidemment, cette simplification n\u2019est valide que selon deux conditions : premièrement, que les immigrants arrivent dans un rapport homme/femme équilibré et deuxièmement, que les immigrantes en couple avec des hommes canadiens-fran- çais aient à peu près la même fécondité que les Canadiennes françaises en couple avec des hommes immigrants.Ces deux conditions sont respectées en ce qui concerne le Québec.L\u2019élégance de la méthode est également due au fait qu\u2019elle évite de tracer la ligne entre qui est un Canadien français et qui ne l\u2019est pas puisque la définition n\u2019a pas de sens pour l\u2019individu.Ceci permet donc d\u2019éviter le risque de dérapage vers un débat sur les sensibilités raciales.Résultats Entrons dans le vif du sujet ! Évolution des populations En termes de population absolue, on observe que la population canadienne-française augmente lentement jusqu\u2019en 1990 où elle devient relativement stationnaire jusqu\u2019en 2020 (4 760 000 en 1971, 5 200 000 en 1990 et 5 240 000 en 2020).Pendant ce temps, la population québécoise augmente de façon continue (6 030 000 en 1971, 6 900 000 en 1990, 8 465 000 en 2020).Ensuite, l\u2019ethnie cana- dienne-française amorce un déclin prononcé, si bien qu\u2019en L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 74 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e 2039, cette population reviendra au nombre de 1971, soit 4 760 000 habitants lorsque la population québécoise atteindra 9 126 000 habitants.Le contingent des immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants augmente de façon soutenue, passant de 460 000 en 1990 à 1 980 000 en 2020 et à 3 210 000 en 2039.Ainsi, pour l\u2019an 2050, on trouve une population québécoise de 9 500 000 individus, dont 4 310 000 Canadiens français, 4 140 000 immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants et 1 000 000 individus descendants du groupe « non-Canadiens français », en accord avec la méthodologie citée précédemment4.Également, dans l\u2019histoire récente, les courbes de population nous apprennent que l\u2019immigration est responsable de 74 % de l\u2019accroissement démographique de la province pour la période allant de 1971 à 2014.En effet, la population québécoise passe de 6 030 000 à 8 210 000 citoyens, un gain de 2 180 000, dont 1 620 000 sont des immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants.La figure 4, tirée de mon étude et présentée ci-contre, montre ces phénomènes.4 En cohérence avec la méthodologie décrite plus haut, si l\u2019ethnie canadienne-française (EFC, de l\u2019anglais ethnic French-Canadian) composait 79 % de la population québécoise en 1971, le reste de la population, soit 21 %, est issue du groupe des non-canadiens français (NFC, de l\u2019anglais non-French Canadian). L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 75 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Figure 4 \u2013 Population pour l\u2019ethnie canadienne-française (EFC), pour les non-canadiens français (NFC) et pour les immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants (IAD).Évolution du poids démographique des Canadiens français Si l\u2019ethnie canadienne-française était largement majoritaire en 1971 (79 % de la population québécoise selon le recensement de 1986), elle décline à 64,5 % en 2014 (recul de 14,5 % en 43 ans, 0,3 % par an pour la période).La disparition des baby-boomers, une cohorte d\u2019âge très nombreuse dans la pyramide des populations accélère ce déclin, si bien qu\u2019en 2042, le poids démographique de l\u2019ethnie canadienne- française se situe à 50 % (un recul de 14,5 % en 28 ans, 0,5 % par an pour cette période).En 2050, ce poids démographique est maintenant de 45 % (recule de 5 % en 8 ans, 0,6 % par an pour cette période). L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 76 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e En parallèle, les immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants forment 20 % de la population en 2014, 38 % en 2042 et 44 % en 2050.Le reste du poids démographique est occupé par les « non-Canadiens français » de 1971 et leurs descendants, en accord avec la méthodologie citée précédemment5.La figure 3, tirée de mon étude et reproduite ci-dessous, présente cette évolution.Figure 3 \u2013 Poids démographique de l\u2019ethnie canadienne- française (EFC), des non-canadiens français (NFC6) et des immigrants arrivés après 1971 et leurs descendants (IAD).Sous la pression d\u2019une immigration massive et continue, comme présentée dans la section précédente, l\u2019ethnie cana- dienne-française, qui formait 79 % de la population québécoise en 1971, chute à 64,5 % en 2014, glissera sous la barre de 50 % en 2042 et atteindra les 45 % en 2050.5 En cohérence avec la méthodologie décrite plus haut, si l\u2019ethnie canadienne-française (EFC, de l\u2019anglais ethnic French-Canadian) composait 79 % de la population québécoise en 1971, le reste de la population, soit 21 %, appartient au groupe des non-canadiens français (NFC, de l\u2019anglais non-French Canadian).6 Idem L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 77 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Démographie de l\u2019an 2042 Pour illustrer ce à quoi ressemblerait démographi- quement l\u2019an 2042, année où les Canadiens français perdent le statut de majorité ethnique, je présente la figure 6.Je montre en juxtaposition, pour de grandes cohortes d\u2019âges, les cohortes de population de l\u2019ethnie canadienne-française et celles des immigrants et de leurs descendants.On constate rapidement que les immigrants et leurs descendants (en gris) sont légèrement plus nombreux que les Canadiens français (en noir) chez les jeunes de 0 à 18 ans et pratiquement à égalité chez les 19-36 ans.Le premier groupe compte 820 000 jeunes de 0 à 18 ans, alors que le second en compte 725 000.Dans le cas des 19-36 ans, le premier en dénombre 880 000, alors que le second en compte 850 000.Le rapport s\u2019inverse pour les cohortes des 37 à 54, des 55-72 et des 72 ans et plus où les Canadiens français sont plus nombreux.Ceux-ci présentent des cohortes de 980 000, 985 000 et 1 105 000 respectivement, alors que les immigrants arrivés après 1971 présentent des cohortes de 855 000, 655 000 et 300 000 pour les tranches d\u2019âge respectives mentionnés plus haut.Ainsi, les Québécois âgés (72 ans et plus) sont en écrasante majorité représentés par le groupe Canadien- français, alors que les immigrants et leurs descendants sont très minoritaires .Cette figure présente une fracture ethnogénérationnelle : le portrait type des ainés pour 2042 risque d\u2019être un vieux Canadien français, alors que celui de la jeunesse sera un jeune descendant d\u2019immigrants. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 78 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Notez bien que le groupe « non canadien-français7 » n\u2019est pas représenté sur le graphique.Ainsi, même si les Canadiens français glissent sous les 50 %, ils sont plus nombreux que les immigrants et leurs descendants.Figure 6 \u2013 Nombre de Canadiens français (en noir), nombre d\u2019immigrants et leurs descendants (en gris) \u2013 pour différentes cohortes d\u2019âges pour l\u2019an 2042 Analyse de sensibilité Une analyse de sensibilité a été effectuée pour évaluer quels facteurs avaient le plus d\u2019impact sur le déclin de l\u2019ethnie canadienne-française.À partir de 2014, j\u2019ai fait varier les facteurs suivant pour évaluer en quelle année l\u2019ethnie cana- dienne-française glisserait sous la barre des 50 % : l\u2019indice synthétique de fécondité (TFR pour total fertility rate) des individus nés au Canada et de ceux nés à l\u2019étranger, le taux d\u2019immigration et le taux de rétention des immigrants.7 En cohérence avec la méthodologie décrite plus haut, si l\u2019ethnie canadienne-française (EFC, de l\u2019anglais ethnic French-Canadian) composait 79 % de la population québécoise en 1971, le reste de la population, soit 21 %, fait partie du groupe des non-canadiens français (NFC, de l\u2019anglais non-French Canadian). L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 79 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e L\u2019analyse montre qu\u2019en augmentant la fécondité des Québécois de 1,6 enfant par femme à 2,1 enfants par femme, on ne fait que repousser l\u2019échéance d\u2019un an (2043).De l\u2019autre côté, si la fécondité des immigrants baisse de 2,0 à 1,5 enfant par femme, l\u2019échéance est reportée de 3 ans (2045).Quant au taux de rétention des immigrants, si celui- ci baisse de 87 % à 77 %, l\u2019échéance est repoussée de 3 ans (2045).Par contre, si les taux d\u2019immigration étaient réduits à 30 000 immigrants par an au lieu des seuils projetés, les Canadiens français glisseraient sous les 50 % en l\u2019an 2056 au lieu de 2042 (report de 14 ans) ! À l\u2019inverse, augmenter ce taux à 70 000 par an \u2013 ce qui n\u2019est pas très loin des 60 000 immigrants annuels qui avait été proposés dans les dernières années du régime libéral de Philippe Couillard \u2013 devance l\u2019échéance de 2 ans (2040).Cette analyse permet de comprendre que le recul du poids démographique des Canadiens français est principalement expliqué par nos taux d\u2019immigration élevés ; éviter la question des seuils d\u2019immigration et miser sur le rehaussement des taux de fécondité pour maintenir notre poids démographique serait inutile .L\u2019analyse est présentée dans le tableau 2, tiré de mon article. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 80 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Tableau 2 \u2013 Analyse de sensibilité sur l\u2019indice synthétique de fécondité (TFR, total fertility rate), le taux d\u2019immigration et le taux de rétention des immigrants \u2013 analyse sur la plage 2014-2060 pour déterminer en quelle année l\u2019ethnie canadienne-française glissera sous la barre des 50 %.Facteurs étudiés et valeurs expérimentés L\u2019ethnie canadienne-française glisse sous les 50% à l\u2019année : A \u2013 L\u2019indice synthétique de fécondité des femmes nées au Québec 1.1 2042 1.6* 2042 2.1 2043 B \u2013 L\u2019indice synthétique de fécondité des femmes nées hors Québec 1.5 2045 2.0* 2042 2.5 2041 C \u2013 Le taux d\u2019immigration Taux proportionnel à la population québécoise* 2042 30 000 immigrants par an 2056 50 000 immigrants par an 2046 70 000 immigrants par an 2040 D \u2013 Le taux de rétention des immigrants 77% 2045 87%* 2042 97% 2040 * Scénario de base de mon étude Analyse détaillée de l\u2019impact des seuils migratoire sur le déclin des Canadiens français Afin de mesurer l\u2019impact du taux d\u2019immigration sur le déclin de l\u2019ethnie canadienne-française, le nombre d\u2019années nécessaire pour que le poids démographique des Canadiens L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 81 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e français baisse de 1 % a été compté pour neuf taux d\u2019immigration différents.Chacun des seuils migratoires a été évalué pour cinq taux de fécondité différents.Ainsi, l\u2019analyse comporte quarante-cinq scénarios.Si l\u2019on regarde les seuils migratoires pour un indice de fécondité constant, on constate directement l\u2019effet des seuils sur le déclin des Canadiens français.Prenons, par exemple, les résultats pour un indice de fécondité de 1,6 enfant par femme.On observe que pour 1 250 immigrants par an, il faudra 58 ans pour obtenir un déclin de 1 % ; avec 5 000 immigrants par an ce même déclin de 1 % se produit en 24 ans ; à 10 000 par an, il faudra attendre 13 ans.Puis, pour les seuils de 20 000, 40 000 et 80 000, on attendra, au maximum8, 7, 3 et 2 ans respectivement.Maintenant, observons l\u2019effet simultané des seuils migratoires et de l\u2019indice de fécondité des Québécoises.Prenons par exemple 1 250 immigrants par an.On constate que pour un faible seuil migratoire, lorsque l\u2019indice de fécondité des Québécoises est de 1,6, il faut 58 ans pour que le poids démographique des canadiens-français chute de 1 %.Lorsque l\u2019indice de fécondité est de 2,6 enfants par femme, il faut attendre 95 ans pour obtenir un déclin équivalent.Lorsque les seuils deviennent modérés, on constate curieusement que l\u2019indice de fécondité n\u2019a presque plus d\u2019effet dans l\u2019intervalle étudié.Pour 5 000 immigrants par an, un déclin de 1 % du poids démographique des Canadiens français est obtenu en 24 ans lorsque l\u2019indice de fécondité est de 1,6, alors qu\u2019il est obtenu en 26 ans pour un indice de 2,6 enfants par femme.Lorsque les seuils migra- 8 Entre 2014 et 2050, le déclin démographique sera plus abrupt à cause de la disparition de la cohorte des baby-boomers dont le poids démographique est plus élevé que les générations suivantes.Le déclin est donc non-linéaire. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 82 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e toires deviennent importants, l\u2019effet de l\u2019indice de fécondité sur le déclin du groupe d\u2019intérêt est imperceptible : pour 20 000 immigrants par année, le poids démographique des Canadiens français diminue aux sept ans, indépendamment du fait que la fécondité soit de 1,6 ou 2,6 enfants par femme.Ce constat recoupe les conclusions de l\u2019analyse de sensibilité réalisée préalablement, soit que le recul du poids démographique des Canadiens français est exclusivement expliqué par nos taux d\u2019immigration élevés.Éviter la question des seuils d\u2019immigration et miser sur le rehaussement des taux de fécondités pour maintenir notre poids démographique est inutile.L\u2019analyse est présentée dans le tableau 3 de mon article, reproduit ci-dessous.Tableau 3.Nombre d\u2019années requises pour réduire le poids démographique de l\u2019ethnie canadienne-française de 1 % selon différents niveaux d\u2019immigration et de fécondité \u2013 analyse à partir de l\u2019an 2014 Nombre d\u2019années requises pour faire baisser le poids des Canadiens-français de 1% Immigrants/an IDF = 1.6 IDF = 1.85 IDF = 2.1 IDF = 2.35 IDF = 2.6 312 124 154 210 365 #N/A 625 86 99 121 162 283 1 250 58 62 68 78 95 2 500 38 39 41 43 46 5 000 24 24 25 26 26 10 000 13 13 13 14 14 20 000 7 7 7 7 7 40 000 3 3 3 3 3 80 000 2 2 2 2 2 Abréviation : IDF, Indice de fécondité synthétique L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 83 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Synthèse Le but de cette recherche est d\u2019investiguer l\u2019impact de l\u2019immigration sur le poids démographique des groupes ethniques locaux en présentant une étude de cas.Dans cette étude, l\u2019ethnie canadienne-française, un groupe formant la majorité dans la province de Québec, a été étudiée pour évaluer l\u2019impact de l\u2019immigration sur son poids démographique.Il a été découvert que l\u2019ethnie canadienne-française est passée de 79 % en 1971 à 64,5 % en 2014.Les projections indiquent que ce groupe glissera sous la barre des 50 % en 2042, puis à 45 % en 2050.De plus, il a été démontré que, passé un certain seuil d\u2019immigration, le taux de fécondité des Québécoises n\u2019a plus d\u2019impact sur le déclin de l\u2019ethnie canadienne-française.Une fois atteint le cap des 20 000 immigrants par année, l\u2019augmentation de la fécondité de 1,6 à 2,6 enfants par femme ne parvient pas à ralentir le déclin du poids démographique des Canadiens français.Au-delà d\u2019un certain seuil migratoire, le déclin démographique des Canadiens français est strictement dicté par l\u2019immigration.Ainsi, s\u2019il est projeté que les Canadiens français glisseront sous les 50 % en 2042, selon les tendances actuelles réduire l\u2019immigration à 30 000 immigrants par an permet de repousser cette échéance à 2056.Ces résultats sont sans surprise puisqu\u2019ils s\u2019expliquent principalement par le rapport existant entre les seuils d\u2019immigration actuelle et le nombre de naissance au Québec.Par exemple, en 2016, le Québec comptait 52 000 nouveaux arrivants pour 85 000 naissances. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 84 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Référence Charles Gaudreault (2019), The impact of immigration on local ethnic groups\u2019 demographic representativeness: The case study of ethnic French Canadians in Quebec, Nations and Nationalism (article sous presse, disponible en ligne) L\u2019article en HTML : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/nana.12568 L\u2019article en version PDF : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.1111/nana.12568 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 85 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 86 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 87 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 88 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Note 1 - Statistique Canada (Tableau 17-10-0040-01 Estimations des composantes de la migration internationale, trimestrielles) Note 2 -Immigrants économiques, immigrants parrainés par la famille et réfugiés, selon les proportions du recencement de 2016 pour les quatre décennies étudiées 89 Langue et démographie : AVIS DE TEMPÊTE Jean Chartier* Analyse de l\u2019immigration de 1946 à 2019 Avis de tempête contre la nation française du Québec C\u2019est pire que ce qu\u2019on croyait.La situation a dépassé le stade critique, on va vers la mise à mort de la nation française du Québec.Voilà ce qu\u2019on découvre quand on examine les chiffres de l\u2019immigration depuis la Deuxième Guerre.La minorisation de notre nation française surviendra même dès 2042, avec le niveau actuel de 50 000 immigrants par an, selon l\u2019étude du chercheur Charles Gaudreault.Dans vingt ans, notre nation d\u2019origine française ne sera plus majoritaire au Québec.À quand une répartition équilibrée des réfugiés dans les provinces maritimes et les Prairies plutôt que cette très forte concentration de réfugiés à Montréal, en continu depuis 50 ans, dans une métropole qui n\u2019avait pas vocation à être une ville de langue anglaise ?Il n\u2019atterrit presque pas de réfugiés ni d\u2019autres catégories d\u2019immigrants à Halifax, à Fredericton, à Winnipeg.Cette répartition d\u2019Ottawa à la défaveur de notre métropole n\u2019est pas défendable.Justin Trudeau laisse venir les illégaux et les réfugiés sur Montréal, il ne combat pas les réseaux de passeurs qui les amènent.Il ferme les yeux sur la destruction du Montréal français.Le sujet, au lieu d\u2019être tabou, doit être posé.Voici pourquoi.* L\u2019auteur a été journaliste pendant 35 ans à la radio et dans deux quotidiens, dont Le Devoir, et a aussi assumé des fonctions de conseiller en communication au sein du gouvernement du Québec, au moment du référendum de 1995, puis à la Délégation générale du Québec à Paris. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 90 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Il est arrivé une masse de 2 500 000 immigrants au Québec depuis la Deuxième Guerre.On n\u2019entend pas parler de ces chiffres, les bonnes âmes se contentant d\u2019évoquer une année à la fois, pour ne faire peur à personne, pour pouvoir dire qu\u2019on peut toujours en recevoir davantage.Ce fut le discours de Jean Charest, ce fut le discours de Philippe Couillard qui ont tous deux mis notre nation à terre.Si on ajoute aux immigrants, les 600 000 Anglais, on compte plus de 3 millions de citoyens qui ne sont pas d\u2019origine française au Québec.Le chercheur Charles Gaudreault estime que la population française constitue 62 % des citoyens du Québec en 2020, contre 79 % en 1971.L\u2019île de Montréal n\u2019est plus française déjà et cela s\u2019étend à la région, où vivent 4 millions de personnes, la moitié du Québec.Seulement 4,5 millions de Québécois seront d\u2019origine française en 2042 sur 9 millions d\u2019habitants, selon les projections de Charles Gaudreault.La moitié de la population ne sera plus d\u2019origine française, si l\u2019on en juge par les taux d\u2019assimilation à la langue française, un taux faible pour les nouveaux venus.Montréal n\u2019est plus une ville française dans Parc- Extension, dans Côte-des-Neiges, dans le Mile-End, dans la petite Italie, à Montréal-Nord, dans Rivière- des-Prairies, à Saint-Léonard, dans Saint-Henri, dans Verdun, dans Ville-Émard, dans Saint-Michel, sur le Plateau Mont-Royal.Ce sont des enclaves bilingues, en transition vers la langue du continent.Les citoyens de la majorité française ne sont qu\u2019un groupe parmi d\u2019autres sur l\u2019île de Montréal, majoritaires parfois, à Tétreaultville, à Pointe-aux-Trembles.C\u2019est Ottawa qui est à l\u2019initiative.L\u2019île de Montréal est devenue le refuge d\u2019enclaves multiculturelles, c\u2019est-à- L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 91 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e dire communautaristes et anglaises.Les No Border y ont pris le contrôle.On voit des immigrants de 190 pays qui ne peuvent pas s\u2019assimiler à la nation française, trop éloignés de cette culture.Ils viennent de l\u2019autre bout du monde, de l\u2019Inde, du Pakistan, du Bangladesh, de l\u2019Iran, de la Chine.À Montréal, dans les écoles on enseigne un français rudimentaire pour tenir compte de cette présence massive d\u2019étrangers.On ne lit plus de littérature française, c\u2019est trop difficile, cela ne fait plus partie de notre patrimoine.On donne des cours d\u2019histoire qui n\u2019ont rien à voir avec notre passé et nos luttes.On préfère évoquer un paradis terrestre idéalisé des Amérindiens et donner des cours de morale pour préparer les enfants à recevoir les étrangers venus de 197 pays, une mosaïque de peuples qui ont fort peu de propension au français et ne savent rien de notre histoire.Le multiculturalisme a contaminé tout le domaine de l\u2019éducation.Statistique Canada a relevé 419 407 nouveaux immigrants au Québec de 2000 à 2010 ; ce niveau a encore monté d\u2019un cran, à 562 864, de 2010 à 2019.On a reçu quasi trois fois plus d\u2019immigrants dans la dernière décennie que pendant les années de gouvernement de René Lévesque.Dans les années 1980, il n\u2019était encore arrivé que 217 046 immigrants.Robert Bourassa a respecté ce niveau dans les années 1980.René Lévesque et Robert Bourassa ne voulaient pas anéantir la nation française.Mais l\u2019inverse s\u2019est produit depuis 2003, avec Jean Charest.Et la vague des dernières années a été énorme, hawaïenne. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 92 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Une vague hawaïenne d\u2019un million d\u2019immigrants au Québec de 2000 à 2020 Il est arrivé au Québec, cela paraît incroyable après coup, un million d\u2019immigrants sur vingt ans.Cela représente la moitié de la population de toute l\u2019île de Montréal.En provenance d\u2019Asie, d\u2019Afrique, du Proche-Orient, des Antilles.Le Québec a reçu plus d\u2019immigrants que n\u2019importe quel pays au pro rata de sa population.C\u2019est effarant pour un peuple de six millions d\u2019habitants en 1971.Merci Pierre Elliott Trudeau, Jean Chrétien et Steven Harper, merci Justin Sinclair Trudeau, merci Daniel Johnson jr, Jean Charest et Philippe Couillard.Les règnes de Jean Charest et Philippe Couillard ont mis à genou notre peuple avec des portes ouvertes à tous venants.Ce n\u2019est plus le Québec qui choisit ses immigrants.On vit plutôt un laisser-faire imposé par Ottawa avec la complicité du Parti libéral du Québec, devenu plus que jamais un parti hostile à la majorité française.Bien sûr, nous, Français d\u2019Amérique, n\u2019étions plus majoritaires au Canada depuis 1840, après une forte vague d\u2019immigration de l\u2019Irlande, au moment de la famine.En 1867, nous n\u2019étions déjà que le tiers de la population du Canada, au moment de la Confédération.Aujourd\u2019hui, il n\u2019y a que 16 % de la population du Canada d\u2019origine française, Québec inclus.Et maintenant c\u2019est le socle du Québec qui est en grand danger.L\u2019immigration de la deuxième partie du XXe siècle a commencé avec le plan Marshall dans les pays européens, ce qui a suscité l\u2019arrivée de 8300 immigrants en 1947, de l\u2019Italie, de la Grèce, de la Pologne, de l\u2019Allemagne.Puis, il y a eu quelques poussées dans les années cinquante, l\u2019exception. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 93 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Au moment de la Révolution tranquille, Jean Lesage a affirmé haut et fort que le temps était venu d\u2019être « Maîtres chez nous ».Ce fut la doctrine du Parti libéral pendant la Révolution tranquille.Jean Lesage contint l\u2019immigration de 15 000 à 30 000 immigrants par an.Il ne dirigeait pas le même parti politique que Jean Charest.Cela allait être différent pour Jean Charest, qui a voulu faire plaisir au West Island, en y reconstituant vite les villes anglaises, fusionnées à Montréal auparavant par Lucien Bouchard, pour qu\u2019elles paient justement leur dû sur l\u2019immigration.Dans les années 1960, Jean Lesage avait reçu 28 000 immigrants par an, ce qui incluait de très nombreux Français qui venaient s\u2019établir chez nous ; on a parlé de l\u2019arrivée de 100 000 Français pendant la Révolution tranquille, un chiffre jamais égalé depuis.Vous allez être étonnés, mais l\u2019immigration s\u2019est affaiblie dans les années 1970 : Statistique Canada a relevé 232 000 immigrants pour cette décennie ; il y en a eu davantage sous Jean Lesage et Daniel Johnson père, mais à cause de l\u2019Expo 67.Ceux-ci avaient déroulé le tapis rouge aux Français, à l\u2019époque de De Gaulle, pour qu\u2019ils s\u2019établissent chez nous.Et les Français sont venus.C\u2019est la seule période de notre histoire où cela est arrivé.L\u2019immigration selon René Lévesque : 14 290 immigrants en 1978 Dans les années 1970, le Québec a contenu son immigration.Pourquoi ?Le gouvernement de René Lévesque s\u2019efforçait de ramener l\u2019immigration en accord avec la doctrine de Jean Lesage, tenant compte de notre capacité d\u2019intégration.René Lévesque accepta 19 248 immigrants en 1977, puis L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 94 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e 14 290 en 1978 ; il y eut quelques regains avec la venue de Français.Mais ce n\u2019était pas une politique de portes ouvertes tous azimuts avec René Lévesque.Contrairement aux phantasmes multiculturels de certains.Les chiffres sont restés à ces niveaux jusqu\u2019à la fin du règne du Parti québécois : 16 146 immigrants en 1983, puis 14 698 en 1984 et la même chose en 1985.Cela devrait être le niveau actuel.Un niveau comparable à la plupart des pays, en dehors du Canada.Cela suffit, vu la population d\u2019origine française au Québec et sa capacité d\u2019intégration.C\u2019est trois fois moins d\u2019ailleurs que ce que propose le premier ministre Legault.Cinq fois moins que les chiffres d\u2019immigration en 2017, 2018 et 2019 avec les illégaux du chemin Roxham.Justin Trudeau a fait venir en effet plus de 200 000 immigrants au Québec en trois ans.Cela équivaut à dix ans d\u2019immigration du gouvernement Lévesque.Dans les années régulées par le gouvernement de René Lévesque, il n\u2019y a eu que 183 738 immigrants de 1977 à 1986, soit 18 000 par an.L\u2019exemple à suivre ! On a vécu un reflux de l\u2019immigration avec René Lévesque, un effort de consolider notre nation autour des Québécois d\u2019origine française, c\u2019est-à- dire autour de la majorité légitime.Alors, la force du Québec français s\u2019est maintenue tout au long des années 1980.L\u2019immigration selon Jean Charest : 55 029 immigrants en 2012 Par contre, le début des années 1990 a représenté une première attaque frontale contre notre nation française.Elle a été secouée, notre nation, affaiblie.M.Bourassa sur la fin, malade, a laissé ouvertes les vannes des réfugiés et Brian Mulroney a cédé aux sirènes du multiculturalisme à son tour, préparant le terrain à Jean Chrétien. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 95 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Selon Statistique Canada, il est arrivé 41 043 immigrants en 1990, puis 51 947 en 1991.C\u2019était déjà hors de la capacité d\u2019intégration de notre nation française, voire de sociétés beaucoup plus populeuses.Les chiffres baissent avec l\u2019arrivée au pouvoir de Jacques Parizeau.Le nombre d\u2019immigrants recule à 27 228 en 1995.Il se maintient à ce niveau jusqu\u2019en 1999.Statistique Canada n\u2019a pas intégré pour l\u2019année du référendum, 1995, les chiffres des fortes délivrances de certificats de citoyenneté.Il est vrai que ce statut est délivré ultérieurement à celui de nouvel immigrant.On peut donc penser que Statistique Canada a reporté à une période antérieure les demandes d\u2019immigrants, peut-être même à partir de 1990 et 1991.Il est aussi venu à Montréal en 1995 plusieurs juges de l\u2019immigration extraordinaires, d\u2019Ottawa, d\u2019Halifax et de Toronto, qui ont pu attribuer les demandes des immigrants du référendum à d\u2019autres provinces.A posteriori, Statistique Canada présente récemment 1995 comme une année de retenue quant au nombre d\u2019immigrants arrivés au Québec.Il est curieux que les chiffres y paraissent moins importants qu\u2019en 1990 et 1991.Il est vrai que Statistique Canada révise le nombre de réfugiés à la baisse, après coup, en regard du nombre de demandeurs d\u2019asile plus importants considérés au départ.Stats Can change aussi les demandeurs d\u2019asile de catégorie parfois.Ceux qui ne sont pas acceptés comme réfugiés ne repartent pas nécessairement hors du territoire, mais ils sont requalifiés autrement.Pour cette décennie 1990 à 1999, Statistique Canada évoque 355 572 immigrants au Québec. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 96 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Un nouveau choc se préparait avec l\u2019arrivée au pouvoir de Jean Charest.Avec lui, on passe à 40 000 immigrants dès 2003 et on saute à 44 245 en 2004.Jean Charest, l\u2019exécuteur du plan B d\u2019Ottawa, n\u2019a pas d\u2019état d\u2019âme.Son objectif affiché est de mâter les indépendantistes.Il reçoit 45 213 immigrants en 2007 et porte ce niveau à 49 489 en 2009.Bref, Jean Charest a fait bondir l\u2019immigration de 32 000 en 2000 à 50 000 en 2009.Il cultive une clientèle qui lui donnera des résultats électoraux soviétiques dans les circonscriptions où les immigrants s\u2019installent.Il lui fallait couper l\u2019herbe sous le pied de ceux qui voulaient un nouveau référendum.Même si cela voulait dire la destruction de la nation française.Il n\u2019a eu aucune volonté de contenir l\u2019immigration.Jean Charest était un tory, partageant l\u2019idéologie de John A.Macdonald.C\u2019est lui qui a rendu opérationnelle la doctrine d\u2019Ottawa.Qui a transformé Montréal en un territoire No Border.Jean Charest a franchi les seuils de 40 000, 45 000 et 50 000 immigrants à grande vitesse.Il a mis en vigueur la doctrine de Pierre Elliott Trudeau à Québec ; Jean Charest a mis à mort le « Maîtres chez nous » de Jean Lesage.Il a procédé à la fin de la Révolution tranquille.Dans les années 2010, il n\u2019y a aucune limite à l\u2019immigration.Elle provient du Commonwealth, de l\u2019Inde, du Pakistan, de la Chine, de l\u2019Égypte, de l\u2019Irak.Le Québec reçoit les immigrants du Commonwealth à la place de l\u2019Angleterre, qui se restreignait dans le même temps ! Jean Charest a alors remis les clés de nos frontières aux immigrants.Avec lui, Montréal s\u2019est transformé en territoire d\u2019immigration du Tiers Monde.À Ottawa, on laisse les passeurs opérer vers Montréal, on ferme les yeux, on subventionne même des ONG complaisantes, on appuie les No Border.Ottawa a transformé l\u2019aéroport Trudeau en aéroport par excellence du Tiers Monde en Amérique. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 97 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Jean Charest a reçu 55 029 immigrants en 2012 tandis que Québec Solidaire ne cessait pas de réclamer toute la misère d\u2019Afrique et du Proche-Orient.À la fin, Québec solidaire a demandé à Justin Trudeau de contrer la volonté du nouveau premier ministre Legault qui cherchait à contrôler l\u2019immigration.Ce fut le combat de Gabriel Nadeau-Dubois et cela le reste.Ainsi les libéraux ont-ils créé 100 nouveaux ghettos sur l\u2019île de Montréal, des Parc-Extension, des Côte-des-Neiges, des Mile- End, des Montréal-Nord.Jean Charest et Québec solidaire ont pris la place de Cité libre en tant que messagers idéologiques du combat contre l\u2019intégrité du territoire et de la nation française.Au nom du fédéralisme pour Jean Charest, au nom du communisme pour Québec solidaire.C\u2019est sur l\u2019immigration, ses taux, sa répartition qu\u2019il y a lieu de tenir un référendum.Pas sur la proportionnelle qui assurera des sièges aux libéraux et à Québec solidaire.Depuis 1971, les hommes d\u2019Ottawa ont changé les paradigmes au Québec.Nous vivons une accélération de l\u2019histoire ! Alors, notre combat doit être de sauver notre nation d\u2019origine française ! L\u2019immigration selon Philippe Couillard et Justin Trudeau : 71 243 immigrants en 2017 Philippe Couillard a porté à son paroxysme l\u2019œuvre de déconstruction de Jean Charest.Il l\u2019a fait d\u2019autant plus volontiers qu\u2019il avait siégé, pendant sa période de formation, au Comité de surveillance des activités de renseignement du Canada, nommé à cet avant-poste de l\u2019espionnage des indépendantistes par les libéraux d\u2019Ottawa.Il y a obtenu des informations privilégiées sur les moyens d\u2019infiltrer et de contrôler les « séparatistes », de saboter le mouvement souverainiste dont il va devenir un combattant acharné, comme tous les membres du SCRS, tout aussi motivé que Pierre Elliott Trudeau. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 98 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Et Justin Trudeau va finir le boulot.Selon Statistique Canada, les chiffres de l\u2019immigration atteignent 53 257 en 2016, puis 52 407 en 2017 et 51 125 en 2018.Le ministre québécois de l\u2019Immigration, Simon Jolin-Barrette, vient d\u2019annoncer pour sa part 40 546 immigrants pour 2019.Il faut y ajouter les illégaux qui arrivent à pied des États- Unis, par le chemin Roxham.Ces illégaux font monter les chiffres à 71 243 en 2017, à 69 643 en 2018 et à 56 682 pour 2019.Ce dernier chiffre s\u2019applique à la première année du gouvernement Legault.: Et il faudrait croire qu\u2019il n\u2019y a pas de liens entre ces chiffres et la crise du logement ?Qu\u2019ils n\u2019ont rien à voir avec la situation des écoles montréalaises, surpeuplées, indigentes et au bord du chaos ?Justin Trudeau n\u2019a supprimé la frontière avec les États unis qu\u2019à un endroit, Hemmingford, à nulle part ailleurs ; et il a invité les réfugiés aux États-Unis à venir en taxi de Plattsburgh et à y passer sans problème.Il leur a garanti ce passage en toute illégalité, avec ses hommes de la GRC.Les réfugiés des États-Unis ont accouru pour 53 490 d\u2019entre eux, vers cette trouée dans la frontière, près de Montréal, pas en Ontario, ni en Colombie-Britannique.Un tel niveau au Québec équivaudrait à 710 000 immigrants au Royaume-Uni.Or, Londres ne reçoit pas 250 000 immigrants et les Anglais veulent réduire ce niveau à 60 000, ce fut l\u2019objet du Brexit ; c\u2019est moins qu\u2019au Québec, pour un pays 10 fois plus populeux.Mais, « The Sky is the Limit » pour Justin Trudeau.Le contraire serait considéré comme une position « raciste » des Québécois, une image offensante désormais bien installée qui fige la population dans le silence, qui empêche tout débat. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 99 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e L\u2019immigration pendant la première année du régime Legault : 56 682 immigrants Justin Trudeau a réussi l\u2019exploit de faire du Québec un champion de l\u2019immigration per capita.Et il a réussi à positionner de nouveaux groupes ethniques au Canada dépassant le nombre de Canadiens d\u2019origine française, en dehors du Québec.Par exemple, il y a une poussée extraordinaire des Sikhs et des immigrants de l\u2019Inde.Il y a autant d\u2019immigrants de l\u2019Inde au Canada qu\u2019au Royaume-Uni.Pourquoi ?Mystère.Ils approchent le million et demi.Et il y a une arrivée massive de Chinois qui passent déjà la barre des deux millions.Quant aux immigrants du Proche-Orient, ils ont dépassé le million.Dans ces trois cas, c\u2019est plus que le nombre de Canadiens d\u2019origine française, hors Québec.De leur côté, Jean Charest et Philippe Couillard avaient choisi comme ministre de l\u2019Immigration, Kathleen Weil, l\u2019ex- secrétaire juridique d\u2019Alliance Québec, un organisme qui a été créé par Keith Henderson et Thomas Mulcair, pour combattre la loi 101, de Camille Laurin, sur la langue française, depuis 1977, avec The Gazette, le journal de combat.Ceux-là ont jugé raciste que les immigrants soient forcés d\u2019aller à l\u2019école française.Alors, ils ont contesté la loi jusqu\u2019en Cour suprême et ils ont fait en sorte que les hôpitaux anglais et les universités anglaises de Montréal reçoivent plus d\u2019argent que les universités et les hôpitaux français de Montréal.Ce fut l\u2019œuvre de la dernière décennie.Apparemment, Justin Trudeau a plus d\u2019affinités avec les immigrants d\u2019Asie et du Proche-Orient qu\u2019avec les citoyens d\u2019origine française qu\u2019il travaille à minoriser.Quand on arrive à l\u2019aéroport Trudeau de Dorval, on a l\u2019impression d\u2019atterrir à Winnipeg.Pendant ce temps, Halifax reçoit peu de réfugiés et d\u2019immigrants.Pareil à Saint John\u2019s et à L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 100 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Winnipeg ! Pourquoi une telle disparité ?Pourtant dans ces provinces, les populations sont de langue anglaise et leur intégration serait beaucoup plus facile ! 500 000 réfugiés à Montréal, nouveaux venus d\u2019Asie, d\u2019Afrique et du Proche-Orient Regardons de plus près les chiffres des réfugiés à Montréal, où ils arrivent plus qu\u2019ailleurs.Pourquoi ?Depuis 1980, Statistique Canada a comptabilisé 388 944 réfugiés au Québec.Là-dessus, vous pouvez être certains que plus des trois quarts ne savaient pas un mot de français au vu de leur origine géographique.À Halifax, il y a eu 10 000 réfugiés.Pareil à Fredericton.Pareil à Saint John\u2019s de Terre-Neuve.Au Québec, ce n\u2019est jamais assez.Et on doit y ajouter les 18 836 illégaux qui ont traversé à pied avec leur valise, en 2017, au chemin Roxham ; les 18 518 de 2018, et à nouveau 16 136 en 2019.Les bonnes âmes veulent rassurer les Québécois en disant que les chiffres sont en diminution.Wow ! Cela fait 445 222 réfugiés et réfugiés illégaux sur 40 ans.Si on ajoute la période 1960 à 1980, le Québec a donc reçu 500 000 demandeurs du statut de réfugié.En Colombie-Britannique, il est arrivé 225 illégaux en 2019.À l\u2019autre extrémité du Canada, au Nouveau-Brunswick, 0.Où est la logique d\u2019Ottawa ?Mais ce sont les Québécois qu\u2019on accuse de ne pas faire suffisamment d\u2019efforts.Le droit d\u2019asile a été créé en 1950 par les Nations unies pour venir en aide aux Européens déplacés de la Deuxième Guerre mondiale.Sa vocation a été complètement dévoyée ces quarante dernières années.Le Haut Commissariat aux réfugiés mène un combat militant dans les pays européens à cet effet et les Nations unies viennent d\u2019établir une antenne L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 101 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e à Montréal pour les réfugiés.On peut se demander pourquoi à Montréal précisément.Si on regarde les demandes d\u2019asile au Canada, il y en a eu 63 830 au total en 2019, pratiquement le même chiffre qu\u2019aux États-Unis.De ce total, 30 410 sont arrivés au Québec, près de la moitié, plus qu\u2019en Ontario, une province deux fois plus populeuse, qui n\u2019a reçu que 26 885 réfugiés, bien plus que la Colombie-Britannique avec ses 3725 réfugiés.Pourtant, ils viennent d\u2019Asie et du Proche-Orient principalement.Mais l\u2019Asie est apparemment plus près de Montréal que du Pacifique ! Les passeurs préfèrent Montréal.Même de l\u2019Inde, du Pakistan et du Bangladesh ! La Nouvelle-Écosse a reçu 100 demandeurs d\u2019asile.Le Nouveau-Brunswick 40.Comment expliquer ces disproportions ?Justin Trudeau refuse que le Québec choisisse ses immigrants, ses réfugiés et ses regroupements familiaux.Il impose sa sélection à Québec, à savoir une entrée libre.La position d\u2019Ottawa affaiblit la cohérence comme nation des citoyens d\u2019origine française ! Car les réfugiés ne savent pas parler français quand ils arrivent au Québec en avion ou en taxi.Et l\u2019on sait que la majorité ne l\u2019apprendra pas.C\u2019est le monde à l\u2019envers qu\u2019un petit pays comme le Québec soit acculé à recevoir les réfugiés des États-Unis.Justin Trudeau refuse que le Québec français gère son immigration, il ne fait pas confiance au Québec français.Il en arrive du Mexique, d\u2019Haïti et d\u2019Inde, par les États-Unis.Ils traversent à pied sa clôture tailladée avec leurs valises et sont reçus par la police fédérale ! C\u2019est le boulot de la GRC de dire aux Jamaïcains qu\u2019ils sont contents de les voir entrer illégalement, ainsi qu\u2019à ceux qui L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 102 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e n\u2019ont pas du tout l\u2019intention d\u2019apprendre le français.J\u2019en entendais dans la Petite Italie affirmer entre eux : « I don\u2019t want to be a second-class citizen here », autrement dit, je ne veux pas qu\u2019on m\u2019oblige à apprendre le français.Ottawa a sélectionné 40 453 des 69 643 immigrants arrivés au Québec en 2018.Sans compter le Programme des travailleurs étrangers temporaires qui est géré par Ottawa même s\u2019il concerne les migrants économiques.Justin Trudeau trouve cela formidable sa gestion de l\u2019immigration, il est même allé embrasser des immigrants à l\u2019aéroport.Décidément, le Québec français est au bord du précipice avec cet homme.Curieusement, des Montréalais se réjouissent de cet accueil massif, qui correspond à un suicide collectif des Québécois de langue française.M.Legault, réparez la clôture Roxham brisée par l\u2019enfant Justin voilà trois ans ! M.le Premier Ministre Legault, puisque nous avons à faire face à un enfant irresponsable au pouvoir à Ottawa, de grâce, réparez sa clôture Frost du chemin Roxham, une clôture qu\u2019il a déchirée et qu\u2019il ne veut pas réparer par caprice.Comme un enfant, il crie des noms à la place de faire son travail de garde-frontière.M.Legault, que cela cesse d\u2019être une fable que le Québec contrôle son immigration ! Que l\u2019immigration soit française enfin pour opérer un rééquilibrage linguistique ! Comme disent les Québécois : « Mettez vos culottes, M.Legault ! » C\u2019est notre seule chance de survie comme nation française.Demandez que les nouveaux arrivants du Commonwealth et d\u2019Asie soient plutôt envoyés vers des provinces de langue anglaise ! En Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, à L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 103 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Terre-Neuve, au Manitoba, en Saskatchewan, des provinces qui n\u2019ont pas fait leur part pour recevoir les immigrants depuis 50 ans ! On connaît le sort des 737 360 Franco-Ontariens du recensement de 1971, qui déclaraient ne plus parler français à la maison pour 50 % d\u2019entre eux.Aussitôt, on a seulement changé la définition du francophone à Statistique Canada.Le petit cinéma récent des Libéraux et des Québec solidaires au sujet des étudiants français prétendument refusés au Québec, c\u2019est de la foutaise.La plupart des étudiants universitaires à Montréal ne viennent pas de France, mais plutôt d\u2019Asie, du Proche-Orient, d\u2019Afrique et du Canada anglais, pour 60 000.C\u2019est la majorité française qui finance les universités pour le Tiers Monde qui étudie à Montréal de préférence en anglais.On nous a fait un cinéma comme si c\u2019étaient les étudiants français qui étaient visés par un contrôle de l\u2019immigration à Québec.Il faut stopper l\u2019entrée des immigrants et des étudiants qui ne parlent pas français, leur retirer la priorité d\u2019embauche au Québec.Il y a lieu d\u2019imposer un visa de connaissance du français à tous les immigrants, de toutes catégories.Il faut faire comme l\u2019Angleterre qui vient de présenter un livre blanc dont l\u2019objet est de réclamer la connaissance de l\u2019anglais à tous les immigrants économiques, avant leur entrée au Royaume-Uni, et de solliciter un contrat d\u2019embauche de 25 000 pounds, minimum, auprès d\u2019un employeur britannique, avant l\u2019acceptation de ces immigrants économiques.Ainsi, Londres souhaite bloquer l\u2019arrivée d\u2019ouvriers peu qualifiés, notamment d\u2019Europe de l\u2019Est.Le mieux serait d\u2019envisager un référendum sur l\u2019anglicisa- tion de Montréal. L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 104 L a n g u e e t d é m o g r a p h i e : a v i s d e t e m p ê t e Un référendum qui aborde la question d\u2019une frontière au Québec pour contrôler nous-mêmes notre immigration, puisqu\u2019Ottawa ne veut pas protéger le Québec et tenir compte de la volonté des Québécois de langue française.Avant la Confédération, l\u2019immigration était de la responsabilité du Canada Est et du Canada Ouest.Pourquoi ne rétablirait-on pas cela ?L\u2019immigration au Québec a été contenue à 8 272 immigrants en 1947, pendant la Révolution tranquille, elle a été limitée à 16 920 immigrants, en 1961, par Jean Lesage.Puis, René Lévesque l\u2019a contenu sévèrement à 14 298 nouveaux venus en 1978.Ce n\u2019est qu\u2019avec Jean Charest que l\u2019immigration a bondi en des sphères incontrôlables et ensuite avec son ersatz Philippe Couillard.Cette immigration de masse est insoutenable pour une petite nation comme la nôtre.Lequel de ces modèles choisirez-vous, M.Legault ?Vous inspirerez-vous de la Révolution tranquille de Jean Lesage et de la doctrine d\u2019affirmation de René Lévesque ?Ou préférerez-vous la doctrine de Philippe Couillard, avec un niveau d\u2019immigrants qui ne permet pas l\u2019assimilation et la participation à la construction de la nation française d\u2019Amérique, une nation dont le poids est 60 fois moindre que le poids anglo-saxon sur le continent ?q 105 L\u2019Action nationale - Mars 2020 Le recensement et les statistiques sur les citoyens de langue française au Canada Le recensement de Statistique Canada avait pour vocation de nous informer sur la situation des citoyens de langue française au Québec et au Canada jusqu\u2019en 1971.À partir du recensement de 1981, la situation s\u2019est dégradée.Si la définition de 1971 permettait de connaître avec précision le nombre de Canadiens d\u2019origine française, par la suite, les recensements ont empêché l\u2019analyse rigoureuse à cet égard.Steven Harper a vu que les chiffres devenaient accablants pour le Canada.Il a changé une deuxième fois le questionnaire et la définition du francophone.Avec lui, un francophone n\u2019était plus celui qui a le français pour langue première.Au recensement de 2006, les individus se sont identifiés comme bon leur semblait, Québécois, Canadiens, Français, Canadiens français ; d\u2019autres groupes ethniques pouvaient s\u2019identifier ainsi et dans d\u2019autres catégories en même temps.On joue sur les mots.Il n\u2019y a plus d\u2019origine précise pour un Québécois d\u2019origine française.Dans un premier temps, on n\u2019avait plus de données sur les groupes ethniques, dans un deuxième temps on n\u2019a plus de données précises pour la langue.Statistique Canada ne sollicite plus que des auto-évaluations.Quand Justin Trudeau arrive au pouvoir, il n\u2019a rétabli le questionnaire originel qu\u2019en partie pour le recensement de 2016, sans donner justice aux citoyens de langue française.Un citoyen grec qui ne sait pas 100 mots de français, mais parle un peu français, une fois l\u2019an à la maison, devient un francophone pour Justin Trudeau.Pour le recensement de 2021, la justice voudrait qu\u2019on rétablisse le questionnaire de 1971, celui du Dominion Bureau of Statistics. 106 L\u2019Action nationale - Mars 2020 C\u2019est indispensable ce questionnaire précis pour savoir où en sont ceux qu\u2019on appelait les Canadiens français.Ce serait abandonner l\u2019hypocrisie d\u2019y revenir.Justin Trudeau a confié la question à Navdeep Bains, un sikh qui a bien d\u2019autres préoccupations.Mais cela relève du ministre des Sciences le recensement.Il y a peu de chance qu\u2019on sache, en 2021, le nombre exact de ceux qui parlent français au Canada, ceux dont c\u2019est la langue première, le français, pas ceux qui en baragouinent quelques mots, mais se prétendent francophones.Anil Arora, un bachelier de l\u2019Université d\u2019Alberta, d\u2019une autre famille provenant de l\u2019Inde, est président de Statistique Canada.Ce directeur de l\u2019agence de statistiques doit décider s\u2019il y a lieu de rétablir le questionnaire de 1971 pour à nouveau comptabiliser ceux qui ont le français comme langue première.Car on ne sait plus combien il y a de citoyens d\u2019origine française au Canada ; on ne sait même plus combien de citoyens parlent français ! On a perdu ces deux mesures rigoureuses dans le recensement, l\u2019ethnie et la langue.C\u2019est comme le bilinguisme.Tous ceux qui ont fréquenté Ottawa savent que le bilinguisme se pratique à Ottawa seulement au Parlement.Nulle part ailleurs.Ottawa, ce n\u2019est pas Montréal ! Il n\u2019y a nulle obligation de parler français à Ottawa.De même l\u2019agence de statistique s\u2019égare et ne répertorie plus ni les citoyens d\u2019origine française, ni depuis 15 ans les Canadiens qui parlent français à la maison et comme langue première ! Jean Chartier et Charles Gaudreault www.fondaction.com DONNER DU SENS À L\u2019ARGENT Fondaction est une institution ?nancière québécoise innovante.Par la collecte d\u2019épargne-retraite et l\u2019investissement dans les entreprises d\u2019ici, Fondaction participe à la création d\u2019une économie plus performante, plus équitable et plus verte.PubFondaction-ActionNationale2015_PubFondaction-ActionNationale2012 2015-03-20 13:24 Page1 Abonnez-vous maintenant et obtenez le numéro Automne 2019 gratuitement en attendant celui du printemps ! Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, 40 pages grand format couleur qui vous permettent de partager le point de vue de collaborateurs aguerris sur les essais publiés au Québec durant l\u2019année.3 parutions par année 30 $ par an \u2013 75 $ pour trois ans taxes et expédition comprises Lectures Recensions Frère Marie-Victorin 110 Science, Culture, Nation Harold Bérubé 115 Unité, Autonomie, Démocratie.Une histoire de l\u2019Union des municipalités du Québec Yvon Rivard 119 Le chemin de l\u2019école Éric Montigny et François Cardinal 125 La révolution Z.Comment les jeunes transformeront le Québec Mark Fortier 129 Mélancolies identitaires.Une année à lire Mathieu Bock-Côté Livres reçus 105 Lectures 110 Recensions FRÈRE MARIE-VICTORIN Science, Culture, Nation Montréal, Boréal compact, 2019, 182 pages Les Québécois et les Montréalais en particulier reconnaissent le nom Marie-Victorin.C\u2019est un pavillon à l\u2019Université de Montréal, un cégep, une commission scolaire, une rue et depuis quelque temps, le nom du frère est associé à un gin québécois.Pourtant, le fondateur du Jardin botanique de Montréal est finalement bien peu connu, plusieurs pensent même que c\u2019est une femme.Dans la collection Boréal compact, Yves Gingras nous présente une réédition de textes écrits par Marie-Victorin entre 1915 et 1943.Le titre du recueil, Science, culture et nation, représente bien l\u2019œuvre qui aborde généralement ces trois sujets d\u2019un même coup de plume.Rassurons tout de suite le lecteur néophyte en sciences, il ne s\u2019ennuiera pas du tout à la lecture de ces textes, car bien que cette discipline y occupe une place prépondérante, on n\u2019entre seulement qu\u2019à de rares occasions dans les théories et observations scientifiques.Ces textes, qui proviennent en majorité des pages du Devoir, mais aussi de L\u2019Action nationale, portent sur l\u2019importance de l\u2019essor de la recherche en sciences de la nature ainsi que sur la création d\u2019institutions pour soutenir cette recherche. 111 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Manifestement, Marie-Victorin est conscient que, d\u2019un point de vue institutionnel, un Québec est à construire.Cela étant dit, on se tromperait en croyant que l\u2019ancien professeur de l\u2019Université de Montréal est un tenant de la table rase.Il est à la fois reconnaissant de la protection que le clergé a su donner aux Canadiens français pour favoriser la survivance de ces derniers, mais aussi critique de cette même attitude qui ne nous permettrait pas, selon lui, de progresser en tant que nation au XXe siècle.Université et sciences On l\u2019entrevoit déjà, le nationalisme de Marie-Victorin commence par une critique du comportement des Canadiens français et ce n\u2019est qu\u2019une fois que nous aurons créé nos institutions pour former des scientifiques ainsi que des artistes dignes de ce nom que nous pourrons demander notre dû aux Anglais.Marie-Victorin est limpide, c\u2019est par nos élites que nous pourrons accéder au statut de nation : Nous ne serons une véritable nation que lorsque nous cesserons d\u2019être à la merci des capitaux étrangers, des experts étrangers, des intellectuels étrangers : qu\u2019à l\u2019heure où nous serons maîtres par la connaissance d\u2019abord, par la possession physique ensuite des ressources de notre sol, de sa faune et de sa flore (p.67-68).Ce n\u2019est pas tout que de former une élite, elle doit aussi s\u2019intéresser au Québec.Il est à la fois intéressant et désolant d\u2019apprendre que les seuls à faire des recherches scientifiques sur le territoire québécois, à l\u2019époque, sont des universitaires américains provenant des états du Nord-Est.Le fait que ceux qu\u2019on n\u2019appelle pas encore du nom de Québécois ne connaissent pas leur sous-sol a des conséquences à la fois sur le plan scientifique et économique, mais c\u2019est aussi sur le plan symbolique que se trouve ce problème : des experts étrangers nous connaissent mieux que nous-mêmes. 112 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 L\u2019institution tout indiquée pour devenir « une véritable nation » est sans surprise l\u2019université.Cette dernière à l\u2019époque ne priorisait pas la recherche en sciences de la nature, elle préférait former des médecins et des avocats.Marie-Victorin est très critique de la courte vue des Canadiens français qui ne voient pas l\u2019intérêt du développement d\u2019une culture scientifique.Il fait d\u2019ailleurs remarquer que notre culture sur ce plan est si pauvre que même si un de nos compatriotes se démarquait en sciences, personne ou à peu près ne pourrait comprendre la grandeur de la découverte.En institutionnalisant la recherche à l\u2019université, à moyen terme, les enseignants au primaire et au secondaire pourront faire fleurir une culture scientifique chez les jeunes Canadiens français.Marie-Victorin explique aussi que ces recherches en sciences rapporteront à long terme sur le plan économique même si nous peinons aujourd\u2019hui à entrevoir ces bénéfices.Il évoque même en faisant de la démographie fiction que si nous avions mieux connu notre géologie, nous aurions vu les trésors de notre sous-sol, nous les aurions exploités et il n\u2019y aurait pas eu l\u2019émigration au XIXe siècle des Canadiens français pour se trouver un emploi aux États-Unis.Appropriation du territoire et américanité Le Québec, ce territoire à découvrir et à conquérir pour reprendre les mots de Marie-Victorin, est inconnu de la culture, autant scientifique comme nous venons de le voir, que littéraire.Il nous informe, citations à l\u2019appui, que bien des poètes de l\u2019époque, Louis-Honoré Fréchette, William Chapman, Octave Crémazie, utilisaient dans leurs vers des plantes inexistantes au Québec.Il était donc paradoxal que ces poètes, nos poètes, pour marquer leur enracinement, rimaient notre réalité avec les plantes d\u2019une autre terre.Le botaniste, qui voyait les Canadiens français comme un 113 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 peuple d\u2019envergure, trouvait cette situation absurde et il expliquait durant plusieurs pages l\u2019importance de connaître sa propre terre.On dit souvent dans la culture populaire que la lecture permet de voyager ; aux yeux de Marie-Victorin, il était impossible de présenter adéquatement le Québec aux voyageurs en en disant des faussetés.Là où la pensée de Marie-Victorin est susceptible de faire le plus réagir les milieux nationalistes est lorsqu\u2019il évoque l\u2019américanité du Québec.Lui qui donne une si grande importance à la géologie fait remarquer que, de ce point de vue, les frontières québécoises n\u2019existent pas.Ces dernières débordent en fait surtout aux États-Unis et dans l\u2019Ouest canadien.Pour Marie-Victorin, force est de constater que nos recherches ne peuvent échapper à l\u2019anglais, car la bibliographie propre aux sciences de la nature se lit dans cette langue.Bref, pour que nos étudiants aspirent à travailler avec les plus grands chercheurs, nous devons leur faire le cadeau du bilinguisme.Ne pensons pas que Marie-Victorin délaisse l\u2019identité québécoise pour autant, car c\u2019est lui qui critiquait le fait que ce soit des Américains qui faisaient des recherches sur le sol québécois et qui donnaient ainsi des noms anglais à nos réalités.L\u2019appropriation symbolique du sol québécois est aussi importante que son appropriation matérielle.Marie-Victorin n\u2019est pas explicite dans ses textes, mais on comprend que, si l\u2019identité québécoise ne doit pas être bilingue, nos experts doivent avoir une connaissance de l\u2019anglais pour pouvoir contribuer aux recherches de l\u2019élite mondiale.Ici, la pensée de Marie-Victorin s\u2019accorde avec une certaine valorisation du bilinguisme individuel sans parler d\u2019un bilinguisme institutionnel.Malgré cette vision moderne du Québec, Marie- Victorin passe sous silence le paradoxe suivant : le Québec ne peut prétendre à l\u2019universel qu\u2019en se présentant en anglais. 114 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Que retenir de la pensée de Marie-Victorin en 2020 ?Le frère botaniste était intellectuellement actif il y a un siècle, mais plusieurs de ses idées méritent d\u2019être méditées aujourd\u2019hui.Premièrement, la mission de l\u2019université comme « culte de la vérité, culte de la beauté, du service désintéressé » (p.102) est et restera digne d\u2019être répétée.Ce plaidoyer devrait parler aux générations actuelles alors que plusieurs départements universitaires tendent l\u2019oreille soit aux entreprises privées soit aux luttes militantes.Deuxièmement, à notre époque mondialisée où plusieurs experts, en bons citoyens du monde, se désintéressent du Québec, Marie-Victorin les exhorte à revenir à leur terre et à ses habitants.Actuellement, notre élite intellectuelle importe bien souvent un langage et des concepts provenant des universités américaines pour les plaquer sur notre réalité.Ironiquement, cette situation est peut-être un héritage des idées de Marie-Victorin et de d\u2019autres qui voulaient que notre bibliographie s\u2019américanise pour pouvoir participer au progrès scientifique mondial.Finalement, à l\u2019époque du cyberespace où le lieu n\u2019existe plus, où nous restons de plus en plus encabanés pour écouter la dernière série américaine sur une plateforme mondia- lisée, Marie-Victorin encourage le quidam québécois à se réapproprier son territoire, à le découvrir, à apprendre à le connaître et à créer à partir de celui-ci.C\u2019est peut-être là que réside le plus grand enseignement du frère Marie-Victorin.David Santarossa Enseignant au secondaire 115 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 HAROLD BÉRUBÉ Unité, Autonomie, Démocratie.Une histoire de l\u2019Union des municipalités du Québec Montréal, Boréal, 2019, 390 pages En cette année du 100e anniversaire de l\u2019Union des municipalités du Québec (UMQ), Harold Bérubé, qui est professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Sherbrooke, publie une histoire de cette organisation.À partir des archives de celle-ci, d\u2019articles de journaux de l\u2019époque et de travaux publiés par d\u2019autres historiens, il replace les événements ayant marqué l\u2019histoire de l\u2019UMQ et plus largement du monde municipal dans leur contexte historique.Le chapitre I porte sur les années qui vont de la première grande loi municipale, celle de 1855, à la Première Guerre mondiale.Il s\u2019agit essentiellement de rappeler que l\u2019industrialisation et l\u2019urbanisation sont les trames de fond qui rendront pertinente la création de l\u2019UMQ.La synthèse est réussie, mais ceux qui connaissent bien cette période et son historiographie en apprendront peu.L\u2019auteur fait tout de même ressortir certains éléments à la fois intéressants et trop peu connus, comme le fait que certains seigneurs sont devenus maires à la suite de l\u2019abolition du régime seigneurial et de la création des municipalités ou encore l\u2019existence d\u2019un mouvement dit de populisme civique qui se bat contre les monopoles privés qui exploitent les municipalités.Le chapitre II portant sur la création de l\u2019UMQ en 1919 est tout aussi réussi, notamment en insistant sur le fait que dès le départ cette organisation est laïque, ce qui est plutôt rare à l\u2019époque.De ce fait, elle se retrouve quelque peu dépendante non pas de l\u2019Église, mais de l\u2019État, comme le révèle le chapitre III couvrant la période de 1919 à 1931.Cette dépendance découle des multiples liens unissant 116 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 l\u2019UMQ et le gouvernement libéral, entre autres en raison du rôle joué par T.-D.Bouchard, influent dans l\u2019union et dans le gouvernement, et à celui joué par le haut fonctionnaire Oscar Morin.Le chapitre IV va de 1932 à 1947, ce qui constitue un drôle de découpage assez peu justifié par l\u2019auteur.Il y est question de la dépression, de la Deuxième Guerre mondiale et du gouvernement Duplessis.Y est bien décrit comment l\u2019UMQ perd de son influence après avoir trop misé sur ses relations privilégiées avec le Parti libéral aux dépens de celles qu\u2019elle aurait dû mieux entretenir avec l\u2019Union nationale.Le gouvernement unioniste sera d\u2019ailleurs à l\u2019origine de la création d\u2019une organisation concurrente de l\u2019UMQ, soit l\u2019Union des conseils de comté du Québec qui représentera les municipalités rurales.Ce chapitre compte quelques éléments contestables, par exemple lorsque Bérubé affirme que le premier gouvernement Duplessis « n\u2019entreprend pratiquement aucune des réformes préconisées par l\u2019ALN ».Quand on sait que la création d\u2019allocations pour les mères nécessiteuses, l\u2019électrification rurale et le crédit agricole viennent directement du programme de l\u2019Action libérale nationale, on est tentés de nuancer cette affirmation.Plus important encore, l\u2019emprisonnement de Camilien Houde, maire de Montréal opposé à la conscription, n\u2019est pas abordé.On imagine facilement qu\u2019il peut ne pas en avoir été question dans les archives de l\u2019UMQ, mais cela n\u2019aurait pas dû empêcher l\u2019auteur d\u2019en parler.Le chapitre V sur la période 1948-1965 aborde l\u2019UMQ face à la construction de l\u2019État providence.Un des faits marquants de cette période est la tenue de la commission Tremblay portant notamment sur la fiscalité et les trois paliers de gouvernement.Cette commission est l\u2019occasion pour l\u2019UMQ d\u2019engager d\u2019éminents chercheurs pour produire un 117 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 mémoire de plus de 1000 pages prônant une « construction de l\u2019État providence provinciale par le bas ».Cet élément rappelle à quel point cette commission, pratiquement unique à cet égard dans l\u2019histoire du Québec, fut marquée par de vastes réflexions provenant de l\u2019ensemble de la société civile.Le mémoire de l\u2019UMQ eut toutefois peu d\u2019influence puisqu\u2019avec la Révolution tranquille l\u2019État providence québécois se construit par le haut et donc en centralisant.Logiquement, le chapitre suivant qui s\u2019étend de 1966 à 1986 porte sur le combat politique de l\u2019UMQ pour l\u2019autonomie et, dans une moindre mesure, la démocratie municipales.Quoique, et Bérubé le démontre avec raison, l\u2019UMQ sera davantage en réaction qu\u2019à l\u2019avant-garde des grandes réformes de cette époque en ces matières (droit de vote aux locataires, création des MRC, réforme fiscale, etc.).L\u2019auteur va toutefois un peu loin lorsqu\u2019il affirme que « la décentralisation demeurera un vœu pieux ».Il faut dire qu\u2019il omet d\u2019aborder certaines réformes décentralisatrices, comme celle de la Loi sur les biens culturels qui confère aux municipalités des compétences en matière de protection du patrimoine.En revanche, Bérubé fait bien ressortir les positions ambiguës de l\u2019UMQ eu égard aux relations Québec-Canada ; l\u2019union cherchant souvent à obtenir des sous d\u2019Ottawa sans froisser Québec.Enfin, cette période se termine par la publication du rapport de la commission Parizeau qui prône une décentralisation à la carte et qui, par le choix de son président, symbolise une volonté de l\u2019UMQ d\u2019être moins associée exclusivement au Parti libéral.Le chapitre VII qui va de 1987 à 2001 raconte d\u2019ailleurs que les relations entre l\u2019union et le parti rouge se détériorent, entre autres lors de la fameuse réforme Ryan qui confère des responsabilités aux municipalités, par exemple en voirie, sans toutefois faire suivre les ressources nécessaires.Si les 118 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 relations avec les gouvernements du PQ de l\u2019époque ne sont pas bien meilleures, elles sont en revanche plus complexes, car les fusions du début des années 2000 divisent le monde municipal entre les villes centres et les villes périphériques.En guise de conclusion, un dernier chapitre aborde la période allant de 2001 à 2019, qui est marquée notamment par des scandales dans le monde municipal.Étrangement, Bérubé omet de mentionner que l\u2019UMQ fut touchée en plein cœur par certains de ces scandales, au point où son président, en poste en 2010, dut se retirer en cours de mandat.Néanmoins, l\u2019historien de Sherbrooke fait un travail généralement très rigoureux, honnête et dépourvu de complaisance envers son objet d\u2019étude.Bien que l\u2019ajout d\u2019une préface eut été pertinent, cela suffit amplement à rendre son livre non seulement intéressant, mais très utile à la compréhension d\u2019un aspect de l\u2019histoire du Québec relativement peu étudié, soit le rôle politique de ses villes et de leur union.Guillaume Rousseau Professeur de droit public, Université de Sherbrooke 119 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 YVON RIVARD Le chemin de l\u2019école Leméac, 2019, 122 pages Beaucoup d\u2019écrivains en viennent un jour ou l\u2019autre à méditer sur l\u2019éducation.Leurs propos bien souvent pertinents donnent une compréhension beaucoup plus profonde de la profession enseignante.Pourtant, ces écrivains ne sont à peu près jamais lus dans les départements d\u2019éducation dans les universités du Québec.Bref, Yvon Rivard, auteur de plus d\u2019une douzaine de romans et d\u2019essais, est rendu à ce passage obligé.Après avoir entamé ses réflexions sur l\u2019éducation dans Aimer, enseigner chez Boréal, il les poursuit sept ans plus tard dans Le chemin de l\u2019école, publié chez Leméac.Conception de l\u2019école Pour bien comprendre la conception de l\u2019école chez Rivard, mieux vaut commencer par sa critique.L\u2019école québécoise, et ce à tous les niveaux scolaires, tend de plus à se diriger vers l\u2019utilitarisme : on veut que les programmes et les cours se soumettent au marché du travail.Contre cette génuflexion à la main invisible du marché, Rivard propose un retour à une formation générale où la connaissance serait maître.Le romancier ne souhaite pas pour autant que notre école forme des êtres qui se réduisent à leurs connaissances encyclopédiques.L\u2019enseignant doit transmettre aux élèves un désir de comprendre, ce désir qui se rapprocherait, selon l\u2019auteur, d\u2019un sentiment religieux, car il reconnaitrait quelque chose qui nous dépasse.Rivard cite à de maintes reprises Einstein pour étayer son propos.Ici, le célèbre scientifique explique les fins de l\u2019éducation : « Il importe qu\u2019il [l\u2019élève] acquière un sentiment, un sens pratique de ce qui vaut la peine d\u2019être entrepris, de ce qui est beau, de 120 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 ce qui est moralement droit.Sinon, il ressemble davantage, avec ses connaissances professionnelles, à un chien savant qu\u2019à une créature harmonieusement développée.» (p.21) Ce projet est certes intéressant et très séduisant, mais dans notre société libérale, on peut se demander si une école serait capable de tenir toutes ces responsabilités.La référence à Einstein sert Rivard pour sa mission de l\u2019école, mais aussi pour l\u2019importance de la formation générale qui inclus à la fois les sciences et les lettres.En fait, pour Rivard, « la connaissance est générale ou elle n\u2019est pas » (p.23).Cela signifie qu\u2019une véritable recherche de la vérité ne peut se réduire à une spécialisation qui devient aujourd\u2019hui une surspécialisation.Faire germer la soif de connaissance chez les enfants devrait naturellement les pousser à embrasser toutes les disciplines.L\u2019ancien professeur de littérature à McGill qui a vécu les collèges classiques du Québec en retient un très bon souvenir, on comprend qu\u2019il s\u2019en inspire un peu pour imaginer ce que devrait être l\u2019école du Québec d\u2019aujourd\u2019hui et de l\u2019avenir.Depuis plusieurs décennies, on a dit beaucoup de mal des collèges classiques au Québec.Dans les départements d\u2019éducation à l\u2019université, on en a dit qu\u2019elles formaient des têtes bien pleines, mais pas bien faites, qu\u2019elles homogénéisaient les enfants, qu\u2019elles étaient étouffantes et déconnectées de la vie réelle.Pourtant, lorsqu\u2019on compare ces stéréotypes aux biographies et témoignages de ceux l\u2019ayant vécu, force est de constater que l\u2019image que nous avons de cette école n\u2019est pas en accord avec ce qu\u2019elle était.Revenons à la pensée de Rivard.Pour former une école de la recherche de la connaissance, un rôle immense est attribué aux enseignants.Ces derniers doivent ouvrir l\u2019esprit des élèves à ce qui les dépasse, mais aussi transmettre 121 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 une passion pour leur matière.Avec la pénurie actuelle, un « enseignant » en poste peut avoir un baccalauréat en marketing et enseigner le français au secondaire.Devant cet état de fait, on peut comprendre pourquoi cette passion n\u2019est pas nécessairement transmise.On pourrait croire qu\u2019un enseignant formé en pédagogie saurait transmettre sa passion.Au contraire observe avec raison Rivard, cette formation enseigne plutôt à devenir un pédagogue, c\u2019est- à-dire une forme de technicien de l\u2019éducation, alors que l\u2019enseignement est davantage un art qu\u2019une science.Rivard est très dur à l\u2019endroit de ce pédagogisme, il écrit même qu\u2019il a « eu la chance de ne pas être formé par des pédagogues » (p.14).Une critique légitime contre Rivard serait de soulever que les élèves d\u2019aujourd\u2019hui ne veulent pas de cette école où les connaissances générales sont maîtresses ; ils désirent plutôt une école technologique, une école-gadget.Rivard répondrait à cette objection que ces enfants ne savent pas encore ce qu\u2019il manque et c\u2019est pourquoi il faut malgré tout leur transmettre une culture générale.Ici, Rivard défend une conception normative de la culture et de l\u2019école ; une telle idée est la bienvenue à l\u2019ère du relativisme.Éloge de la correction Beaucoup d\u2019enseignants qui liront l\u2019essai de Rivard seront surpris de lire plusieurs pages faisant l\u2019éloge de la correction.Cette partie de la tâche d\u2019enseignement est généralement la moins aimée pour ne pas dire la plus détestée par les enseignants.Or, pour Rivard, corriger c\u2019est « travailler à cerner cette expérience qui sera le centre intellectuel et émotif de l\u2019élève, un centre qu\u2019il ignorait, un moi, une petite maison dont il pourra désormais s\u2019éloigner sans craindre de se perdre, car ce moi va désormais s\u2019élargir et contenir 122 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 tout ce qui est en dehors de lui » (p.45).On reconnait bien là une envolée lyrique digne d\u2019un littéraire.En revanche, l\u2019enseignant en français de deuxième secondaire qui corrige un contrôle sur l\u2019accord des participes passés ne ressent fort probablement pas la même responsabilité que celle décrite par Rivard.Rappelons que l\u2019auteur a donné beaucoup de cours de création littéraire et on peut comprendre que dans de tels cours, la correction est particulière et que le professeur a ainsi un rôle qui le distingue par rapport aux enseignants plus traditionnels.Curieusement, Rivard ne semble jamais évoquer cette différence, il semble plutôt généraliser son expérience à celles des autres enseignants.Cours de littérature Là où Rivard est peut-être le plus pertinent est lorsqu\u2019il propose ce que devraient être les cours de littérature au secondaire et au collégial.En citant les plans-cadres indigestes de ces cours, il explique que ces derniers cherchent à enseigner des techniques d\u2019analyse qui seraient propres aux études littéraires, mais que là ne serait pas l\u2019objectif de la formation générale.L\u2019étude littéraire n\u2019est pas destinée à tous et faire comme si c\u2019était le cas pourrait décourager les élèves avec un préjugé favorable envers la littérature.Pour comprendre une œuvre, nul besoin de toute cette théorie, il suffit de se poser des questions assez simples (qui, quoi, comment, pourquoi, etc.).Rivard explique même que toute œuvre se résume à une « histoire de quelqu\u2019un qui croyait que\u2026 et qui découvre que\u2026 » (p.64).Rivard garde toujours en tête que le but premier de l\u2019enseignant de littérature ou de français est d\u2019ouvrir l\u2019enfant à ce qui le dépasse et de lui donner le goût d\u2019apprendre.En utilisant ces méthodes très simples et en proposant des expériences de littérature et de philosophie plutôt que des analyses froides, les enseignants devraient augmenter leurs chances de réussite. 123 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Critiques L\u2019ouvrage de Rivard est très éclairant, mais il n\u2019est pas imperméable à la critique.Tout l\u2019essai reproche vertement la tendance à l\u2019utilitarisme de l\u2019école québécoise et cette critique manque deux cibles qui sont quasi absentes du livre.Premièrement, nous évoquions plus haut le rôle de l\u2019enseignant qui est essentiellement celui d\u2019un passeur de culture et d\u2019un transmetteur de passion, mais il ne semble jamais traverser l\u2019esprit de Rivard que bien des enseignants aujourd\u2019hui refusent ce rôle.Ils sont bien souvent très excités à l\u2019idée de rendre les cours « utiles » pour la vie de tous les jours, ils s\u2019enchantent de la dernière innovation technologique et ils s\u2019empressent de l\u2019essayer en classe.Deuxièmement, Rivard oublie que ce n\u2019est pas que l\u2019utilitarisme qui empêche son école idéale de se développer, c\u2019est aussi toute une philosophie postmoderniste qui ne reconnait aucune grande œuvre, qui est suspicieuse face à la culture et qui veut supprimer toute verticalité entre l\u2019enseignant et l\u2019élève.Autrement dit, puisque cette philosophie voit dans la culture \u2013 surtout celle occidentale \u2013 toutes les « phobies » possibles, l\u2019école n\u2019a d\u2019autre choix que de se tourner vers le pragmatisme.Il y a aujourd\u2019hui une alliance au ministère de l\u2019Éducation et dans les départements du même nom entre l\u2019utilitarisme et le postmodernisme.Bien entendu, cette alliance est involontaire, car elles s\u2019opposent sur mille et une idées, mais il n\u2019en demeure pas moins que dans les faits, elles ont des solutions similaires au système d\u2019éducation québécois.Notons par ailleurs que l\u2019argument de l\u2019utilitarisme de l\u2019école peut facilement se retourner contre lui.En effet, plusieurs ont défendu avec justesse que ce détour par les connaissances générales est en réalité bénéfique pour le 124 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 marché du travail et que l\u2019enseignement des compétences du XXIe siècle \u2013 comme si une telle chose existait \u2013 sera désuet dans quelques années à peine1.Bref, il semblerait que la vision de Rivard, bien que ce n\u2019en soit pas l\u2019objectif, est probablement plus profitable au marché du travail que la pédagogie actuelle.L\u2019autre défaut de l\u2019ouvrage est que plusieurs des chapitres le constituant ont été préalablement publiés ailleurs et le tout ne forme pas un livre homogène.On a parfois de la difficulté à comprendre l\u2019unité du livre.Par exemple, le dernier chapitre, « Apprendre à compter autrement », écrit sous la forme d\u2019un pamphlet publié dans le Devoir, jure avec le reste de l\u2019ouvrage.C\u2019est un texte sur des sujets divers : éducation, environnement, autochtones, etc.On se demande ce qu\u2019il fait en conclusion autrement que pour faire une dernière preuve que la connaissance est toujours générale.Malgré ces quelques défauts, le livre de Rivard est très pertinent, particulièrement pour l\u2019enseignant qui veut comprendre ce que devrait être sa profession.On souhaite qu\u2019il trouve son public.David Santarossa Enseignant au secondaire 1 Steve Bissonnette et Normand Baillargeon sont deux figures québécoises qui défendent ces idées depuis des années. 125 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 ÉRIC MONTIGNY ET FRANÇOIS CARDINAL La révolution Z.Comment les jeunes transformeront le Québec Montréal, Les Éditions La Presse, 2019, 235 pages Dans leur dernier essai en date, le politologue Éric Montigny et l\u2019éditorialiste de La Presse François Cardinal ont entrepris la rédaction d\u2019un ouvrage collectif sur les répercussions qu\u2019aura la génération Z sur le Québec.Par Z, les auteurs entendent par là une personne née entre 1995 et 2010, semblable à ce que d\u2019autres nomment la iGen.Afin de mieux comprendre cette cohorte de nouveaux citoyens, le livre est divisé en quatre sections, toutes plus ou moins reliées à la scène politique.La première section pose la question de la place de cette génération dans la société québécoise.L\u2019analyste politique Marie Grégoire aborde le sens que donnent les Z au travail.Étrangement, son texte se base sur une enquête faite auprès de 60 Québécois, ce qu\u2019elle avoue d\u2019emblée ne pas être représentatif.Néanmoins, elle décèle des caractéristiques intéressantes des jeunes sur le marché du travail.De son côté, François Cardinal observe la virtualisation du mode de vie des jeunes et a le mérite de dénoncer des phénomènes comme les chambres d\u2019échos, les safe spaces et la censure des conférenciers dans les écoles.Il note enfin la montée d\u2019un militantisme de plus en plus paresseux.L\u2019ineffable Fabrice Vil, collaborateur dans de nombreux médias, nous laisse quelques pages d\u2019insignifiance antiraciste, affirmant par exemple que l\u2019identité québécoise est une question futile (p.56) et dénonçant la soi- disant exclusion des anglophones du Québec\u2026 (p.64).Le tout est ponctué de témoignages sur le ressenti de jeunes immigrants percevant de la discrimination, et l\u2019auteur conclue, dans un festivisme assumé, que « le Québec fier ressemble plutôt à un DJ de festival.» (p.65).On est loin du foyer lumineux de l\u2019Amérique française.Pour conclure la section, le politologue Bernard Fournier offre quelques statistiques éclairantes sur l\u2019évolution de la vie civique et de la chute du Parti québécois. 126 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 La deuxième section introduit le thème de la démocratie et de sa remise en question.Un jeune étudiant en science politique, du nom de Fred-William Mireault, sert une litanie progressiste pour nous dire que les jeunes s\u2019intéressent à l\u2019environnement et non à l\u2019immigration ou encore à la rémunération des médecins (qui, rappelons-le, grugeait tout de même plus de 7 % du budget de l\u2019État du Québec en 2018-2019\u20262).Éric Montigny et Katryne Villeneuve- Siconnelly, doctorante en science politique, réussissent à montrer les subtilités des nouvelles formes d\u2019engagement civique des Z, déjà plus participatifs que les Y.Enfin, le politologue François Gélineau montre que la démocratie est bien vue par les jeunes, sans autre information pertinente.La troisième section tente de comprendre le rôle de la transformation des médias pour la génération Z.Les deux premières interventions sont plutôt inintéressantes et encouragent le nivellement par le bas pour mieux rejoindre les jeunes.Le dernier auteur nous rappellera banalement l\u2019importance des réseaux sociaux et des fausses nouvelles.En bref, c\u2019est la partie la moins réussie de l\u2019ouvrage.La dernière section, composée de quatre chapitres, porte sur le comportement électoral de la génération à l\u2019étude.Le spécialiste de l\u2019opinion publique Youri Rivest constate que, lors de l\u2019élection de 2018, les jeunes ont eu tendance à préférer des partis comme Québec solidaire et la Coalition avenir Québec, qui sortent du traditionnel clivage entre libéraux et péquistes.Il dégage quatre éléments des choix politiques des Z que sont le manque d\u2019attrait de la question nationale, le rejet des identités « dichotomiques » (les jeunes aimant supposément la fluidité des identités), la personnalisation 2 Bernatchez, Jean-Claude.2019.« L\u2019intrigante rémunération des médecins du Québec ».La Presse.11 novembre.Pour les dépenses totales du budget 2018-2019, qui s\u2019élevaient à 108 milliards : http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/quebec-en-chiffres/index201811.html#/ 127 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 du choix électoral et la propension au pluralisme politique.Ce chapitre a le mérite de bien démontrer, sans le nommer, tout le travail de sape de la dénationalisation tranquille.Le chapitre suivant, signé Sébastien Dallaire, directeur pour le Québec de la firme de recherche Ipsos, poursuit cette lancée sur le rapport des Z à la nation québécoise.Dallaire montre bien que les jeunes sont attachés au Québec et que le citoyen-du-mondisme n\u2019a pas autant la cote qu\u2019on ne peut le laisser croire.L\u2019inquiétude pour l\u2019avenir de la langue est tout de même partagée par presque la moitié de cette génération, mais la souveraineté rejoint peu d\u2019entre eux (19 %).On décèle de ce chapitre quelque chose comme une ambivalence apathique chez la nouvelle génération, une sorte de promesse dormante qui possède le potentiel de se réveiller.Après ces deux textes, sujets à des réflexions intéressantes pour l\u2019avenir national, la sociologue Claire Durand parle des sondages que les Z regardent moins que les plus vieux.Par une série de tableaux, la chercheuse montre que les jeunes ont tendance à s\u2019abstenir de voter lorsqu\u2019ils sont dans le doute, et que, contrairement à ce qui est souvent dit, Québec solidaire grugerait non pas tant les appuis du PQ que du PLQ.Les deux faisant preuve d\u2019antinationalisme virulent, faut-il vraiment s\u2019en surprendre ?D\u2019autant plus que de nombreux sondages ont montré que la majorité des électeurs de la formation de Manon Massé n\u2019appuyaient pas la souveraineté3, le lien commence tout à coup à avoir 3 « Chez les électeurs de QS, seulement 41 % voteraient en faveur, alors que 42 % s\u2019y opposeraient et que 17 % demeurent indécis.» dans Dallaire, Sébastien.2018.« Sondage Ipsos \u2013 La Presse.La politique au Québec ».Ipsos.3 mai.Voir aussi les résultats de la boussole électorale de 2018, où les avis sur la souveraineté chez les électeurs QS sont très partagés : Shiab, Naël.2018.« Qui sont les souverainistes ?Analyse de 137 000 réponses à la boussole électorale ».Radio-Canada.19 septembre.En ligne.https://ici.radio-canada.ca/ special/2018/boussole-electorale/langue-francais-souverainete-quebec- independance-pays-etat/index.html (consulté le 5 février 2020). 128 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 du sens.Enfin, cette section se termine par un chapitre signé par trois auteurs sur le thème de la fameuse boussole électorale de Radio-Canada.Ayant compilé les données de la boussole de 2018, Yannick Dufresne, Nadjim Fréchet et Justin Savoie constatent que les positions idéologiques ne changent pas vraiment d\u2019une génération à l\u2019autre.Les Z, selon ces auteurs, se distingueraient par leur faible intérêt pour la souveraineté et leur amour pour l\u2019environnement et à leur ouverture à l\u2019immigration.Enfin, l\u2019épilogue, signé Jacques Godbout, qui se passe de présentation, dresse un petit condensé de l\u2019histoire du Québec depuis les cent dernières années.Godbout constate un déclassement symbolique fort, à savoir que ses petits-enfants n\u2019ont « plus la France comme [\u2026] référence culturelle principale.» (p.223).Il observe aussi l\u2019amnésie collective, l\u2019américanisation croissante et la méfiance pour la laïcité.Il conclut en avouant ne pas trop savoir quoi s\u2019attendre de l\u2019avenir.En somme, l\u2019ouvrage dirigé par Montigny et Cardinal est loin d\u2019être indispensable et ne contient que quelques chapitres utiles à la réflexion, qu\u2019on oublie rapidement par manque de profondeur du propos.Aucun mot ne sera dit sur le dépérissement de la langue française, l\u2019anglicisation des jeunes, la force attractive des cégeps anglophones, le nivellement par le bas en éducation, les ravages du cours ECR, le déclin de la culture générale, l\u2019atomisation, les conséquences de l\u2019omniprésence des écrans, etc.On peut partiellement les comprendre en notant qu\u2019ils n\u2019ont pas eu comme intention d\u2019écrire une brique.Il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019ils réussissent fabuleusement à escamoter des enjeux essentiels pour l\u2019avenir de la société québécoise, ce qui réduit cet essai à un somnifère des consciences parmi d\u2019autres.Philippe Lorange Étudiant en science politique et philosophie, UdeM 129 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 MARK FORTIER Mélancolies identitaires.Une année à lire Mathieu Bock-Côté Montréal, Lux Éditeur, Collection Lettres libres, 2019, 168 pages Faut-il prêter la moindre attention à Mark Fortier ?Assurément non.Mais L\u2019Action nationale a ceci de particulier d\u2019être une institution très généreuse.C\u2019est que le petit essai de cet homme qui se définit comme sociologue et éditeur chez Lux n\u2019a non seulement rien de bien convaincant à opposer à ce qu\u2019il nomme le « bock-côtisme », mais il n\u2019est qu\u2019un foutoir incohérent et truffé d\u2019inepties.Par ailleurs, l\u2019auteur s\u2019en donnait à cœur joie, lors de son lancement, pour faire rire son auditoire en traitant Alain Finkielkraut d\u2019homme qui oublie de prendre ses médicaments et Éric Zemmour comme un malade qui a raté sa psychanalyse.Pourtant, il révèle peut-être ironiquement par sa fixation quelque chose ressemblant à un TOC.Mais soyons indulgents et voyons ce qu\u2019il en est de ce réquisitoire.L\u2019auteur commence donc par nous dire qu\u2019il s\u2019est lancé dans un marathon de lectures quotidiennes des chroniques et des livres du sociologue Mathieu Bock-Côté, à tout lire ce que produit ce dernier, et ce, pendant un an.La « corvée » (p.14) résulte en ce qu\u2019il définit comme un « carnet assez libre dans sa forme » (p.13) (entendre : un ouvrage sans ambition).Le livre opère un rappel biographique de ladite cible, passant vite aux étiquettes d\u2019une mauvaise foi absolue, traitant d\u2019abord Bock-Côté d\u2019indifférent à l\u2019écologie (p.19, 33 et 164), ainsi qu\u2019à l\u2019économie (p.22 et 163), de semeur de panique (p.126), de faux sociologue (p.25), de serviteur des riches (p.30 et 160), de Schtroumpf à lunettes (p.32), de bourdon rhéteur d\u2019Amérique (p.111), du hibou de Lorraine (p.150), de partisan exulté des Donald Trump et Bolsonaro de ce monde (p.27), et même, pourquoi pas, de Doug Ford ! On dit que le ridicule ne tue pas : chez Fortier, il fait écrire. 130 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Il dénonce la « fixation politique » sur l\u2019immigration que le chroniqueur aurait à y voir une menace à notre identité.Quant à lui, l\u2019auteur, du haut de sa vraie sociologie, prône plutôt un « accueil sans réserve » (p.41), qui serait une condition inaliénable pour que « la relation d\u2019amitié l\u2019emporte sur celle de l\u2019inimitié, qu\u2019on échappe au domaine de la violence pour entrer dans celui des choses de l\u2019esprit.» (p.41-42).Car Mark Fortier est un grand esprit, oh ça oui : d\u2019où son aptitude à se transformer en psychanalyste d\u2019un jour, évoquant Sigmund Freud (attention les grands noms !) pour diagnostiquer en son adversaire un homme névrosé reclus dans un passé chéri et imaginé (p.44-45).L\u2019esprit de ce sociologue se veut par ailleurs assez humble pour alléguer qu\u2019il aurait lu et écouté Bock-Côté « sans doute mieux que lui-même s\u2019est lu et écouté » (p.165).Excusez du peu ! Outre ses attaques pitoyables, l\u2019essayiste passe du coq à l\u2019âne, en parlant de sa rencontre avec le philosophe Slavoj Zizek, du sociologue allemand Lars Clausen, de son oncle Henri, du Père Noël et de Pierre Vallières et toujours en y voyant Mathieu Bock-Côté dans sa soupe.C\u2019est à se demander si son essai n\u2019est pas, finalement, une sorte de carnets du sous- sol d\u2019un homme terrassé par celui qu\u2019il nomme après tout un « être surnaturel [\u2026] un spectre venu de l\u2019au-delà afin de mettre en garde la conscience occidentale contre la tentation multiculturelle » (p.25).Pour couronner le tout, dans la fidèle tradition luxienne, Fortier a cru bon d\u2019ajouter un pamphlet sans originalité contre les centres commerciaux, pensant peut-être nous révéler là une pensée capable de sortir de son anti-bock-côtisme primaire.Or, il n\u2019aura réussi qu\u2019à convaincre son lecteur du mauvais achat qu\u2019il a fait.Cette drôle de parenthèse s\u2019ensuit d\u2019un chapitre resplendissant d\u2019invectives contre « les termes angoissés du nationalisme conservateur » (p.124) face à l\u2019immigration, qui 131 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 serait incapable de penser cet enjeu calmement, seulement de manière hargneuse et « hystérique » (p.124) faisant fi de toute la placidité dont fait preuve sa proie face à ses détracteurs.Il va même jusqu\u2019à dire que le sociologue nationaliste aurait vu en un enfant arabe une menace à notre identité collective, ce qui revient à nous demander sérieusement si l\u2019auteur a véritablement respecté son marathon, à moins qu\u2019il n\u2019ait fait preuve, une fois de plus, de suprême perfidie.La diatribe ne s\u2019arrête pas là : son avant-dernier chapitre, intitulé « Le chef », se veut le paroxysme de malhonnêteté intellectuelle de l\u2019ouvrage, comme si ce texte avait été conçu dans une logique de progression dans la niaiserie.Dans cette partie de l\u2019essai, l\u2019éditeur nous dit que Mathieu Bock- Côté verrait le conservatisme comme une « polémique » (p.147), terme que ce dernier récuse pourtant sur toutes les tribunes.L\u2019auteur renchérit en affirmant que, pour lui, le conservatisme serait élitiste, s\u2019étant « toujours méfié de l\u2019idéal démocratique d\u2019une représentation du peuple par et pour lui-même » (p.148).Pourtant, quelques lignes plus haut, il s\u2019interrogeait à savoir si son adversaire appuyait les mouvances populistes\u2026 qui en appellent à une meilleure démocratie.Ajoutons que Bock-Côté a répété à de multiples reprises être en faveur de la démocratie libérale, ce qui n\u2019a pu échapper à l\u2019artisan des Mélancolies.Mais ce dernier aurait réussi à gratter la surface et à déceler chez son nationaliste favori une tentation autoritaire, prouvé par son attachement à Lionel Groulx, un historien « d\u2019extrême droite », à la pensée « obscurantiste » et « saugrenue » pour l\u2019auteur (p.154), ce qui vient ajouter l\u2019ignorance aux vertus de cet ouvrage.Continuant sur sa lancée anti- groulxienne, l\u2019essayiste terminera ce chapitre en arguant que Mathieu Bock-Côté ne serait attaché à l\u2019héritage catho- 132 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 lique que pour la présence d\u2019un clergé qu\u2019il regrette.Propos amusant sachant que son brûlot fut acclamé par le gratin de la gauche régressive montréalaise, première page du Devoir en prime.En conclusion, le marathon de Fortier passera-t-il à la postérité ?Transcendera-t-il les époques ?Poser la question, c\u2019est y répondre.Que retenir de l\u2019éditeur de Lux ?Qu\u2019il n\u2019est qu\u2019un chien qui jappe, à l\u2019instar du logo de sa maison d\u2019édition.Pendant ce temps, la caravane passe, et Mathieu Bock-Côté continue son travail.Philippe Lorange Étudiant en science politique et philosophie à l\u2019Université de Montréal 133 Livres reçus JEAN-MARTIN FORTIER ET MARIE-CLAUDE LORTIE L\u2019avenir est dans le champ Montréal, Éditions La Presse, 2019, 264 pages HERVÉ GUAY ET SARA THIBAULT (DIR.) L\u2019interprétation du réel: théâtre documentaires au Québec Montréal, Éditions Nota Bene, Collection Etudes culturelles, 2019, 319 pages ÉCOLE D\u2019INNOVATION SOCIALE ÉLISABETH-BRUYÈRE Manuel pour changer le monde Montréal, Lux Éditeur, 2020, 168 pages OSIRE GLACIER Féminin et masculin.Photos d\u2019affiches publicitaires Saint-Joseph-du-Lac, M éditeur, 2019, 112 pages JACQUES BEAUCHEMIN Une démission tranquille.La dépolitisation de l\u2019identité québécoise Montréal, Les éditions du Boréal, 2020, 216 pages FRANCIS LEVASSEUR L\u2019espace de la relation.Essai sur les bureaux de psychologues Montréal, Éditions Nota Bene, 2020, 192 pages ELLEN MEIKSINS WOOD L\u2019origine du capitalisme Montréal, Lux Éditeur, 2020, 256 pages MARTINE OUELLET ET NATHALY DUFOUR Oser déranger Montréal, Éditions Québec Amérique, 2020, 248 pages 134 L\u2019Action nationale \u2013 Mars 2020 Genevieve ZubrZyCki Jean-Baptiste décapité.Nationalisme, religion et sécularisme au Québec Montréal, Les éditions du Boréal, 2020, 306 pages SerGe duPuiS Deux poids deux langues.Brève histoire de la dualité linguistique au Canada Québec, Éditions du Septentrion, 2019, 234 pages Connexion abonnés ?Le site internet de L\u2019Action nationale met systématiquement en ligne les articles qui paraissent dans la version papier de la revue.Les articles parus dans l\u2019année ne sont cependant pleinement accessibles qu\u2019aux abonnés de la version papier.En activant la « connexion abonnés », nos abonnés ont accès à tous les articles du site.Pour vous inscrire à cette option gratuite de l\u2019abonnement papier, il vous suffit de communiquer avec nous par courriel ou par téléphone.revue@action-nationale.qc.ca 514 845-8533 ou 866 845-8533 L\u2019Action Tous nos numéros sont en vente à la boutique internet de L\u2019Action nationale : action-nationale.qc.ca Maurice Séguin Le sens de l\u2019héritage Les actes du colloque Maurice-Séguin dans L\u2019Action nationale (Mars-Avril 2019) 15 $ Infonuagique publique La tête dans les nuages Le dossier exceptionnel de L\u2019Action nationale sur l\u2019usage des données massives (Mai 2019) 12 $ Gazoduq Saguenay, le gaz et le non-sens La référence dans ce dossier capital pour la défense de nos intérêts et de notre territoire (Juin 2019) 12 $ Immigration Qui contrôle quoi ?Démêler les termes d\u2019un enjeu crucial (Septembre 2019) 12 $ expédition et taxes comprises Tous nos numéros sont en vente à la boutique internet de L\u2019Action nationale : action-nationale.qc.ca L\u2019identité constitutionnelle autochtone Une synthèse claire et étoffée sur l\u2019évolution du droit des Premières Nations (Octobre 2019) 12 $ Brexit et Catalogne Les voies inconnues Une analyse fouillée et des entrevues inspirantes (Novembre-Décembre 2019) 15 $ Français : reprendre l\u2019initiative Un dossier accablant sur la situation du français (Février 2020) 12 $ Les régions du Québec ont un rendez-vous avec elles-mêmes Une réflexion appronfondie s ur le développement régional (Janvier 2020) 12 $ expédition et taxes comprises en héritage Legs et dons planifiés Les dons planifiés constituent un apport essentiel pour un organisme comme la Ligue d\u2019action nationale ; tous les dons qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité, et ce, sans s\u2019éloigner, même avec plus d\u2019un siècle d\u2019existence, de sa mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars à laquelle vous avez souscrit il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le-nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous remettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés a/s de Jacques Martin 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 L\u2019Action 819 397-4920 gfb@tlb.sympatico.ca MEMBRES BÂTISSEURS de 5000 $ à 24 999 $ Dominique Bédard \u2020 Bernard Lamarre \u2020 Bernard Landry \u2020 Isabelle Laporte Bryan L\u2019Archevêque Jacques C.Martin Paul Mainville \u2020 Pierre Karl Péladeau Cécile Vanier \u2020 MEMBRES GRANDS BÂTISSEURS de 25 000 $ à 49 999 $ Hector Roy \u2020 TABLEAU D\u2019HONNEUR DES DONATEURS ET LÉGATAIRES DE LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Plusieurs personnes nous ont laissé des legs ou des dons qui permettent d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant 100 ans.C\u2019est la Fondation Esdras-Minville qui gère le patrimoine dédié à la revue, mais pour l\u2019obtention d\u2019un reçu pour fins fiscales, il faut libeller les dons et les legs à la Ligue d\u2019action nationale.Nous exprimons notre gratitude à nos généreux mécènes par une mention à perpétuité à ce tableau d\u2019honneur qui fait état du cumul des dons et des legs.MEMBRES BÂTISSEURS ÉMÉRITES plus de 50 000 $ François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 André Véronneau Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc René Blanchard Réjane Blary Charles Eugène Blier Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Yvon Boudreau Gaétan Breault Marcelle Brisson Henri Brun Édouard Cadotte Jean-Paul Champagne Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Comeau George Coulombe Louis-J.Coulombe Fernand Couturier Gérard Deguire André Dubuc Richard Dufresne Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Jean-Claude Gagnier Raymond Gagnier Jean-Pierre Gagnon Léopold Gagnon Marcel Gaudreault Romain Gaudreault André Gaulin Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Yves Gilbert Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Yvan Hardy Germain Jutras Raymond Laflamme Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Gisèle Lapointe Roger Lapointe Gérald Larose Alain Lavallée Denis Lazure \u2020 André Leduc Maurice Leduc Émile Lemaire Jacques Libersan Pierre Lincourt Clément Martel Yvon Martineau \u2020 Roger Masson Monique Michaud Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilles Ouimet Gilbert Paquette Jacques Parizeau \u2020 Hubert Payne Hélène Pelletier-Baillargeon Claude Pilote Fernand Potvin Arthur Prévost \u2020 Ghislaine Raymond-Roy René Ricard René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Louis Roquet Pierre-Paul Sénéchal Denise Simoneau Réjean Talbot Michel Taillefer Claudette Thériault Frédéric Thériault Serge Therrien Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Florent Villeneuve Madeleine Voora Club deS 100 aSSoCiéS 1000 $ à 1499 $ MeMbreS bienFaiteurS 1500 $ à 4999 $ Gabriel Arsenault Robert Ascah André Baillargeon Jacques Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Jacques Cardinal Paul Carrier Charles Castonguay Normand Cossette Bernard Courteau Guy Cormier Richard Côté Benoit Dubreuil Harold Dumoulin Lucia Ferretti Leopold Gagnon Yvon Groulx \u2020 Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Henri Joli-Cœur Marc Labelle Georges Lacroix Isabelle Lamarche Isabelle Le Breton Maurice Leboeuf Richard Leclerc Laurent Mailhot Pauline Marois Cécile Martin Marcel Masse \u2020 Michel Moisan Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Denis Monière Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell Gilles Pelletier \u2020 Réal Pilon Alain Prévost Richard Rainville Antoine Raspa Ivan Roy Paul-Émile Roy \u2020 Hélène Savard-Jacob Ginette Simard Rita Tardif Robert G.Tessier \u2020 Marcelle Viger André Watier Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le 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André Binette Mathieu Bock-Côté Nicolas Bourdon Robert Comeau Myriam D\u2019Arcy Catherine Fournier Jacques C.Martin Martine Ouellet Gilbert Paquette Danic Parenteau Guillaume Rousseau Patrick Sabourin Simon-Pierre Savard-Tremblay Pierre Serré Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Henri Laberge, Jacques-Yvan Morin Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. Tarifs 2020 (taxes et expédition comprises) L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@action-nationale.qc.ca www.actionnationale.quebec ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement de votre compte bancaire (renouvellement d\u2019abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes Version numérique 1 an 2 ans 10 numéros 20 numéros Abonnement 90 $ 150 $ (78,28 $ + taxes) (130,46 $ + taxes) Abonnement de soutien 190 $ 300 $ Étudiant 55 $ 90 $ (47,84 $ + taxes) (78,28 $ + taxes) Institution 150 $ 250 $ (130,46 $ + taxes) (208,74 $ + taxes) Autres pays 150 $ 275 $ Abonnement PDF 60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes) (86,97 $ + taxes) TVQ 1012563392 TQ0002 TPS 11901 9545 "]
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