La revue franco-américaine, 1 juillet 1908, Cahier 1
[" Tome I\u2014No.4.ler Juillet 1908 La Revue Franco-Amérncaine Publication mensuelle illustrée SOMMAIRE : = WILLIAM CHAPMAN.Aux Canadiens des Etats-Unis.(PoËsIE) J.L.K.-LAFLAMME.La Société neutre au double point de vue national et religieux.Le journalisme Canadien-Frangais.(11) DAMASE POTVIN.Petite France LEON KEMNER Revue des faits et des œuvres.Québec :\u2014 Edifices publics, maison d'éducation, etc.Vieux articles et vieux ouvrages :\u2014 Chronique artistique :\u2014Le concert de Berthe Roy à l\u2019Auditorum, Nouvelles, Roman.POUR LE NUMERO DU MOIS D'AOUT Les fêtes de 1908 à Québec et le sentiment national canadien-français PAR J.L.K.LAFLAMME PRIX DU NUMERO Canada : 15 cents | Etranger : 20 cents DIRECTEUR J.L.K-LAFLAMME QUEBEC SOCIETE DE LA REVUE FRANCO-AMERICAINE MCMVIII Restons chez nous! Région de Ia Matapédia Drhiemont fxde eur 1e valeur de cette région au point de vue de la colonisation.C\u2019est un des plus beaux et des plus riches coins de terre du pays.Le sentiment des explorateurs et des arpenteurs qui ont parcouru cette région est au reste unanime sur ce point.Cette région à laquelle on peut prédire déjà un brillant avenir est formée par l'immense territorie arrosé par la rivière Matapédia et ses affluents,depuis sa source vers le nord jusqu\u2019à la rivière Ristigouche dont elle est tributaire, vers le sud.L'étendue de cette belle région est d'environ 1,300 milles carrés, soit 832,000 acres.Le sol est composé presque partout de sable argileux et est exceptionnellement productif.Les pâturages sont également bons et abondants.De plus, il y a, dans nombre de cantons, absence presque totale de roches et de cailloux.Le terrain est naturellement drainé par une couche de pierres, en sous- sol, à la profondeur de deux pieds et demi à trois pieds.Aussi, est-il rare que l\u2019on soit, obligé de faire des fossés ou autres travaux d\u2019égoûts.Dans certaines parties même, le défrichement est rendu facile à cause de la grande étendue de bois brûlé.VOIES DE COMMUNICATION Tous les cantons de la vallée de la Matapédia ont l'avantage d\u2019être d\u2019un accès facile par suite du passage du chemin de fer.L'Intercolonial suit en effet sur un parcours de près de quarante milles, les bords mêmes de la rivière Matapédia, et met conséquemment les colons en communication directe avec es plus grands centres, tels que Québec, Montréal, Saint-Jean, N.-B, et Halifax, N.-B.Région de l\u2019Outaouais et du Témiscamingue * Cette vallée a pour bornes à l\u2019est, les tributaires de la rive droite du Saint-Maurice, au sud le Saint-Laurent jusqu\u2019à l'embouchure de l\u2019Ottawa, et l'Ottawa même au sud et à l\u2019ouest, jusqu\u2019au haut du lac Témiscamingue vers l'ouest par la ligne frontière entre Québec et Ontario, et vers le nord par la hauteur des terres divisant le bassin du Saint-Laurent de celui de la aie d'Hudson.Cette région comprend plus de 40,000 milles carrés et embrasse dans ses limites les forêts des comtés de Joliette, Montcalm, Terrebonne, Ottawa, l\u2019Assomption, Pontiac, Argenteuil et Berthier.La partie inférieure de la vallée de l\u2019Ottawa est déjà, comme on le sait, défrichée, occupée et cultivée, mais il reste une autre partie importante à coloniser.C\u2019est celle qui comprend le milieu des vallées de la Gatineau, de la Lièvre et de la Rouge, dont les eaux s\u2019écoulent dans l\u2019Ottawa.Il en est de la vallée de l\u2019Outaouais comme de tout pays ; on y trouve des terrains rocheux, sablonneux, marécageux, mais on peut, sans exagération, estimer à un tiers l'étendue du pays offrant à la colonisation d\u2019excellentes ressources.La forêt renferme les arbres de la plus belle venue, d\u2019admirables pinières qui sont depuis de longues années l\u2019objet d\u2019une exploitation commerciale et qui constituent pour ainsi dire la principale richesse de ce territoire, de la pruche, de l\u2019épinette, etc.Le sol de la vallée du Témiscamingue, comme celui de la région de l'Outaouais, est presque partout d\u2019une grande richesse.à No chemins de fer permettent d\u2019atteindre les postes les plus importants u Nord.Les demandes de renseignements doivent étre adressées au Ministère de la Colonisation, à Québec ; à M.L-E.Carufel, agent de colonisation, à Montréal, ou à M.J.-B.Lucier, agent de rapatriement, à Worcester, Mass. MSG ICI ESP TNA TE DEC OC OS TI I PEE Aux Canadiens des Etats-Unis Comme le vent du nord emporte les oiseaux Par de là les grands monts, les forêts et les eaux, Bien souvent, dans le siècle en délire où nous sommes, Un souffle irrésistible emporte au loin les hommes, Jetant sur tous les bords leurs groupes dispersés.Ce souffle impétueux, frères, vous a poussés Hors des champs arrosés par le sang de vos pères ; Et vous avez foulé des plages plus prospères, Vous y gagnez en paix, pour un repas frugal, Le pain qui vous manquait sur le vieux sol natal ; Et tendant à des vents favorables vos voiles, Sous le fier étendard aux plis semés d\u2019étoiles, Qu\u2019il vous faut désormais respecter et servir, Vous entrevoyez tous le port de l\u2019avenir, Vous sentez enivrés du vin des espérances, Vos cœurs, restés français, battre pour les deux Frances, Pour la Gaule chrétienne et pour le Canada.Vous aimez le pays où le ciel vous guida, Mais vous n\u2019oubliez pas les rives du grand fleuve, Où vous avez pourtant subi plus d\u2019une épreuve ; Et, comme les oiseaux\u2014chassés par les frimas Vers des bosquets ombreux qui ne se fanent pas\u2014 Gardent sous d\u2019autres cieux leur suave ramage, Savent se rappeler l\u2019arbre, au mouvant ombrage, Qui berça le doux nid abritant leurs amours, Frères, dans votre exil, vous conservez toujours, En dépit des railleurs, des jaloux et des traîtres, L\u2019idiome si vieux que parlaient vos ancêtres, Et dont ils ont laissé tant d\u2019échos enchanteurs ; Vous conservez toujours sur l\u2019autel de vos cœurs, Qui vibrent pour le grand, pour le pur et le juste, Votre robuste foi, votre croyance auguste. 242 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Oui, vous chérissez tous le rivage lointain D\u2019où voulut vous bannir l\u2019insondable destin, Et, des chers souvenirs d\u2019antan l\u2019âÂme bercée, Souvent vous contemplez des yeux de la pensée, Dans un rayonnement féerique et triomphant, Le vieux foyer témoin de vos ébats d\u2019enfant, Le sentier qu\u2019en courant, pris d\u2019une gaieté folle.Vous suiviez tous les jours, au sortir de l\u2019école, \u2018 Le bosquet verdoyant, plein de confuses voix, Où vous avez aimé pour la première fois, Et la tant vieille église, aux murs voilés de lierre Où vous alliez prier auprès de votre mère, Dont les yeux, 6 douleur! pour toujours se sont clos.Devant vous apparaît parfois le sombre enclos Qui vous vit, l\u2019œil en pleurs, penchés sur une tombe, Et quand vient le printemps, le vent du soir qui tombe Semble vous apporter par moment les parfums Des fleurs dont vous orniez le tertre des défunts Qu\u2019a gardés dans son sein le sol de la patrie.Qui, vous aimez toujours avec idolâtrie Le vieux terroir fécond où dorment vos aieux ; De votre sang français vous êtes orgueilleux, Vous êtes orgueilleux de la tâche héroïque Que vous voit accomplir la grande République, Et vous vous montrez tous les dignes rejetons | | | Des courageux Normands et des hardis Bretons Qui surent, hache au poing et mousquet à l\u2019épaule, Créer au nouveau monde.une nouvelle Gaule.Le front dans les rayons de l\u2019astre du Progrès, 5 Qui fait étinceler cités, hameaux, guérets, Donnant à l\u2019étranger les plus nobles exemples, Partout vous élevez à Jéhovah des temples ; Vous fondez, attentifs à la voix du devoir, a Des foyers où l\u2019enfance à flots boit le savoir, Vous étendez sans fin une chaîne typique, Qui tôt ou tard devra, ceinturant l\u2019Amérique, j Y joindre d\u2019un lien marqué de votre sceau Tous les groupes français en un vaste faisceau. LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Et celle qui laissa sur le monde une trace - Que ne saura jamais effacer nulle race, Celle dont vous gardez toujours le souvenir, Celle que vous avez appris tous à bénir Dans ses féconds travaux de soldat et d\u2019apôtre, La France, dont la langue immortelle est la vôtre, La France, que parfois vous nommez à genoux, Dans le lointain vous dit \u2014Je suis fier de vous ! W.Chapman La Société neutre au double point de vue national et religieux La plupart de nos sociétés de secours mutuel auront cette année leur convention générale.Quelques-unes ont déjà tenu ces assises importantes et modifié leurs règlements, leurs modes d\u2019administration, suivant que l\u2019expérience le leur enseigne ou que des conditions nouvelles les y engagent.Chacune profitera de cette occasion pour engager ses membres à faire une propagande active et à répandre dans leur entourage les principes de l\u2019organisation, à faire connaître ses multiples avantages, à développer l\u2019esprit de solidarité qui a fait de son œuvre un drapeau et de ses moyens d\u2019action une devise à la fois nationale et religieuse.Nos sociétés nationales, puisque c\u2019est d\u2019elles que nous voulons parler, étudieront soigneusement, avec les causes qui leur valurent quelque succès, celles qui, sur certains points, ont paralysé leurs efforts et mis un obstacle souvent infranchissable à leur développement.Parmi ces dernières elles reconnaîtront, au premier rang, la concurrence qui leur est faite, grâce à l\u2019irréflexion de milliers de compatriotes, par les nombreuses sociétés cosmopolites qui ont fait des recrues dans notre propre milieu, qui en font encore, et qui substituent lentement un cosmopolitisme décevant à une saine concentration ,de 1\u2019énergie nationale.L\u2019exemple que, dans ce cosmopolitisme même, l\u2019on trouve de l\u2019esprit pratique anglo-saxon est impuissant à ouvrir les yeux du plus grand nombre, et nous assistons, à certaines époques surtout, à l\u2019émigration de nos énergies\u2014combien précieuses vers des œu- vres ne pouvant les intéresser que de très loin.C\u2019est ainsi que tout près de- 60,000 canadiens-français, sinon davantage, sont enrôlés sous les bannières de sociétés neutres mais anglophones comme les Independent Foresters (I.O.F.) les Wodmen of the World, les \u201c Eagles,\u201d la Union Fraternel League, les Canadian Foresters, l\u2019Ancient Order of United Workmen, ou d\u2019autres également anglophones mais qui font profession de catholic&me comme les Catholic Foresters, 1aYC.M.B.A., LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 245 les Knights of Columbus.Certaines de ces dernières ont même des prétentions telles qu\u2019elles vous feraient douter que vous puissiez un jour avoir une place en paradis sans avoir passé par les trois ou quatre dégrés d'initiation qu\u2019elles imposent à leurs membres.| Au point de vue catholique, les premiéres sont absolument condamnables.Au point de vue national les premières et les dernières ne peuvent qu\u2019avoir des effets désastreux.Et tout ceci semble mal compris parce qu\u2019à la mutualité pure et simple se rattachent une multitude d\u2019intérêts qui lui sont parfaitement étrangers.Cela est dû au fait que son organisation, à peu près parfaite, offre à tous les marchands d'influence, à tous les exploiteurs de la bonne foi des gens, à toutes les petites ambitions étayées sur des appétits, un moyen puissant d\u2019atteindre leur but.La fraternité devient le manteau qui couvre de secrètes intentions et porte dans ses plis des égoïsmes scandaleux si exposés d\u2019une autre manière.Combien de fois, par exemple, n\u2019avons-nous pas entendu des négociants, des politiques donner comme motif de leur entrée dans telle ou telle société, l\u2019excès de clientèle que cela pourrait attirer à leurs comptoirs, ou les chances de succès que cela pourrait leur donner dans une élection.D\u2019autres part, on n\u2019ignore pas qu\u2019un des arguments le plus fréquemment employés par es agents recruteurs, c\u2019est cet esprit de solidarité dont se \u2018vantent plus particulièrement certaines mutualités cosmopolites anglophones.On fait croire aux gens qu\u2019il est impossible de réussir sans porter la livrée d\u2019une organisation ténébreuse quelconque et qui doit surtout ne pas être canadienne-fran- çaise.Pourtant on n\u2019a jamais démontré que les 200,000 membres de telle organisation anglophone fameuse ont tous bénéficié de cette solidarité, qui se résume, en somme, à certains cas bien choisis et exploités avec habileté.La- société neutre nous offre le type le plus complet de cette exploitation des intérêts et des consciences au profit de ne je ne sais quel sentiment, toujours très vague pour le commun des membres, mais paraissant très clairement défini pour ceux qui, étant les chefs, connaissent très bien le but moral, économique ou politique de leur organisation et y tendent par tous les moyens à leur disposition.Et puis, y-a-t-il une société vraiement neutre ?La réponse à cette question nous est donnée par les rituels d\u2019initiation qui, même dans les sociétés les plus neutres, et 246 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE dans celles-là plus que dans toutes les autres, sont tous empreints d\u2019une forte teinte religieuse.Nous y retrouvons des hymnes spéciaux, des prières spéciales, des cérémonies spéciales, des manifestations spéciales qui, pour avoir des apparences assez inoffensives, n\u2019en forment pas moins un culte à part, acceptable pour les protestants, qui ont répudié avec le dogme les invincibles traditions de la foi, mais condamnable par tous les catholiques dont le culte est régi par une organisation à base divine.Ce sentiment religieux lui-même, ou, s l\u2019on préfère, ce sentiment demi-relig eux glissé dans la mutualité saxonisante s\u2019explique assez facilement.Mis en œuvre par des organisations venant surtout des Etats-Unis ou les trois quarts de la population n\u2019observe aucun culte, il répond, chez ceux-à, à ce besoin intense de mysticisme religieux qui, même chez les incroyants, a besoin d\u2019être assouvi.On ne peut pas parler de la charité, de la bienveillance, de la fraternité, de la concorde, sans cotoyer, au moins, la route tracée i y a dix-neuf siècles par celui qui est la vérité, la voie et la vie.Le protestantisme se meurt d\u2019avoir voulu méconnaître cet enseignement.Ses temples se sont vidés au bénéfice des loges jusqu\u2019à ce que ces dernières soient elles- mêmes désertées pour le compte de ce que certains appellent déjà une \u201c religion de l'humanité.\u201d Il est vrai que, dans ce dernier cas, la désertion sera plus lente à venir à cause de la digue formidable qu\u2019on lui a faite des intérêts particuliers.Mais, elle viendra, assurément, le jour où un homme courageux, où une race vaillante exigera de ces organisations, supposées indifférentes à toutes croyances, d\u2019être en réalité ce qu\u2019elles prétendent être, c\u2019est-à-dire des sociétés strictement neutres.C\u2019est par une affirmation énergique de ce genre que les juifs de New-York sont en train de prouver que les écoles libres de la république américaine étaient loin d\u2019être libres et neutres au point de vue de l\u2019enseignement.Nous parlions, il y a un instant, de la sol darité dont se vantent les sociétés neutres.Comme question de fait, cette solidarité, dans une circonstance fameuse, loin de protéger les intérêts religieux, a même été impuissante à protéger la langue maternelle des milliers de Franco-Américains enrôlés dans l\u2019Ordre des Forestiers d\u2019Amérique.Et les nôtres ont dû, après plusieurs années de dévouement, abandonner cette société qui leur avait promis tant d\u2019affection.Dans ce cas, au moins, es événements ont donné raison au proverbe que \u2018\u201c\u201c à quelque chose malheur est bon.\u201d Que feraient ces sociétés LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 247 neutres si leurs membres catholiques tentaient de supprimer, ou seulement de modifier leur rituel protestant ?Nous assis- = terions alors à une scène fort intéressante ! La société neutre nous est hostile au point de vue de la religion, elle nous est hostile au point de vue de la langue.Alors, qu\u2019est-ce que les Canadiens-français vont faire dans pareille galère ?Cherchent-ils des garanties financières ?La plus fameuse, l\u2019I.O.F., vient d\u2019être forcée d\u2019augmenter ses taux pour une partie de ses membres et elle devra les augmenter bientôt pour tous.Cherchent-ils l'influence politique, ou sociale, ou économique ?Quel député canadien-français doit son élection à une société anglaise ?quelle mesure hostile aux Canadiens-français a été combattue par une société anglaise, neutre ou catholique ?Quelle entreprise canadienne a été maintenue ou developpée avec les capitaux des sociétés fraternelles anglaises ?D'ailleurs, la plupart de ces dernières qui recrutent des membres aux Canada, ont leur bureau chef aux Etats-Unis.On invoquera, sans doute, de belles théories contre le principe que nous défendons.\u2018\u201c Mais il est temps que les théories se taisent devant les faits,\u201d suivant le mot de Portalis, et les Canadiens-français ont déjà perdu beaucoup de leut temps et de leur argent à bâtir pour leurs voisins.L\u2019entente cordiale des races a trop souvent consisté pour eux à se laisser tondre sans protester.\u2018\u201c Le monde, dit le président Rosevelt, n\u2019accorde qu\u2019une petite place à la nation qui possède de fortes qualités mais n\u2019ose pas être grande.\u201d Est-ce que ce principe ne s\u2019applique pas également aux groupes nationaux qui composent un pays comme le nôtre ?Nous le croyons.L'organisation mutualiste est un levier trop puissant pour que les canadiens-français, qu\u2019i's soient dans la province de Québec, dans l\u2019Ouest, ou aux Etats-Unis, puissent le cèder de gaieté de cœur à ceux qui n\u2019ont aucun intérêt à les voir grandir ou à les aimer aussi ardemment qu\u2019ils l\u2019affirment quelque-fois.Pour ce qui est des sociétés neutres le plus sage est de s\u2019en tenir aux conseils suivants qu\u2019un saint religieux donnait, il y à quelques années, aux Franco-Américains de la Nouvelle Angleterre : \u2018\u201c Ces sociétés, dira-t-on, ne s\u2019occupent pas de la question religieuse.Mais, par cela même qu\u2019elles sont neutres et indépendantes, elles sont à craindre.Du reste, souvent elles ne 248 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE sont pas aussi indépendantes qu\u2019elles veulent bien le dire, elles sont imbues de préjugés protestants et franc-maçons qui exercent peu à peu une influence pernicieuse sur leurs membres.Sous certaines apparences de bienfaisance, elles cachent un esprit sectaire ennemi du catholicisme.Les meilleurs eux- mêmes s\u2019y laissent prendre.Prenez-y garde.On lit dans la vie du Général de Sonis, qui fut aussi fervent chrétien que vaillant soldat, qu\u2019au début de sa carrière militaire, trompé par les apparences de la franc-maçonnerie, il s\u2019y enrôla ; mais il ne tarda pas à reconnaître son erreur et il s\u2019échappa du piège qui lui avait été tendu.\u2018\u2018 Ces sociétés vous offrent peut-être quelques avantages matériels.Mais ne trouvez-vous pas ces mêmes avantages dans vos sociétés catholiques canadiennes ?\u2018\u2018 Groupez-vous, souvenez-vous que vous êtes catholiques et Canadiens, et donnez de préférence votre nom aux sociétés catholiques et canadiennes.\u201cCherchez dans votre union la force dont vous avez besoin pour rester fidèles aux traditions religieuses de votre race.Vous diviser, ce serait vous exposer à perdre votre foi, vous diviser, ce serait vous amoindrir et courir le danger de périr.\u201d Le Rév.Père aurait pu ajouter qu\u2019en s\u2019enrôlant dans ces sociétés on favorise la propagande protestante et on soutient ses œuvres.Nous en avons eu une preuve dans cet orphelinat que le feu Oronhyatekha tenta de fonder pour le compte de I'L.O.F.L'\u2019entreprise n\u2019a pas réussi et l\u2019orphelinat a été fermé il y a une couple de mois ; mais cela n\u2019enlève rien à l\u2019idée qui lui donna naissance.Il faudrait aussi mentionner le zèle que les membres, une fois admis, se croient tenus de déploye en faveur de leur société.On commence par faire ressortir les avantages maté- rie s de l\u2019association.Plus tard, on s\u2019appuie sur certains faits isolés pour y trouver un esprit philantrophique qu\u2019on ne veut plus voir ailleurs.Et, d\u2019écart en écart, on en vient à attaquer jusqu\u2019à nos propres institutions nationales.Or, la société de langue anglaise ne développerait que cet esprit antipatrioque chez les nôtres que cela serait une raison suffisante pour la combattre.Nous démontrerons dans un prochain numéro que le système d\u2019assurance de ces associations cosmopolites est loin d\u2019être aussi solide qu\u2019on le prétend.Nous aurons alors démontré notre thèse d\u2019une façon très complète.Qu\u2019il nous suffise, pou.le moment, de signaler tout ce qu\u2019il y a de mensonger dans cette prétendue neutralité dont se A \u2014 .LA REVUE FRANCO-AMERICAINE .249 parent certaines organisations.Nous venons de voir ce que vaut cette neutralité au point de vue religieux.Le même Taisonnement,en groupant d\u2019autres idéaux, d\u2019autres aspirations \u2018autour des mêmes intérêts, prouve qu\u2019elle ne vaut pas davantage au point de vue national.Et ceci nous permet d\u2019inclure dans la démonstration certaines associations catholiques à tendances ultra-saxonnes.Il est inutile de les nommer.On les reconnaît à leurs prétentions plutôt qu\u2019à leurs œuvres.Là encore nous sommes prêts à commettre tous les excès tant nous avons l\u2019admiration facile.Pour notre part, nous n\u2019oublierons jamais la surpiise que nous causa un jour le champion d\u2019une de ces associations en nous disant qu\u2019il fallait appaitenir à sa société pour avoir une idée exacte de ce qu'est la religion catholique.Je me contentai de faire observer à cet enthousiaste que le monde catholique serait fort embêté le jour où il découvrirait qu\u2019on s\u2019était trompé -en fondant l\u2019Eglise, au lieu de fonder les Chevaliers de Colomb, par exemple ; que, d\u2019autre part, les canadiens-français de la province de Québec avaient du être bien malheureux tant qu\u2019une société irlando-amé:icaine ne fût pas venue leur enseigner à être de vrais catholiques \u201c d\u2019élite.\u201d L\u2019engouement qui permet de tels excès d\u2019enthousiasme ne peut pas durer, mais tant qu\u2019il dure il peut causer des toits à peu près irréparables à ceux qui s\u2019y laissent pendre.Les faits, sur ce point comme sur tous les autres, finiront bien par nous désiller les yeux, surtout si nous nous donnons la peine de regarder ce que font pour nous et surtout contre nous, ces associations incomparables.Une petite excursion dans l\u2019Ouest, dans certains diocèses d\u2019Ontario, dans les centres de la Nouvelle- Angleterre, nous apprendraient des choses fort surprenantes.En résumé, affirmons que ni nos intérêts religieux, ni nos intérêts nationaux ne peuvent être mieux sauvegardés et défendus par ces amis nouveaux, qui nous viennent de Chicago ou de New Haven, que par les chefs de nos institutions cana- diennes-françaises de Montréal, de Québec ou d\u2019Ottawa.Après tout, qui Verra à nos propres intérêts si nous n\u2019y voyons nous- même ?Quant aux o:ganisations qui veulent nous sauver en mous poussant à l\u2019abandon de ce qui a fait jusqu\u2019ici la force de notre race, qui prétendent régénérer notre catholicisme en l\u2019affublant d\u2019oripaux qui le déparent, nous ne pouvons qu\u2019opposer la simplicité de nos coutumes, la franchise de notre foi, en nous demandant devant l\u2019ardeur de ces nouveaux prosélytes: \u201c\u20ac Quis custodiat ipsos custodes ?\u201d 250 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Ce langage sera peut-être nouveau pour nos compatriotes: de la Province de Québec.Il est, certes, important qu\u2019ils l\u2019entendent, parce que ce sont eux qui ont la garde du patrimoine national et que toute faiblesse de leur part fournira des armes contre leurs frères disséminés sur tous les points du continent.Ces armes, on en a déjà été blessé dans les centres de la Nouvelle-Angleterre et dans les groupes français de l\u2019Ontario.Nous le répétons, la société mutuelle est un levier trop puissant pour que nous ne songions pas à le nationaliser pour notre propre défense.Un orateur, disait il y a quatre ans, au cours d\u2019une pompeuse réception faite au chef d\u2019une société neutre : \u2018\u201c Le mutualiste n\u2019est-il pas le propagateur de l\u2019idée chrétienne : \u2018\u2018 Aimez-vous les uns les autres \u201d ?\u201d Pour les canadiens-français qui donnent leur énergie, leur dévouement, leur argent, à des sociétés autres que leurs sociétés nationales, cette idée chrétienne se résume à aimer les autres.Enseigner cela, c\u2019est mal comprendre les devoirs du mutualiste ou ne pas les comprendre du tout.Le mutualiste a pour mission d\u2019étendre le cercle bienfaisant de la famille ; mais il ne doit pas pour cela, saper à sa base ou abandonner l\u2019 organisation nationale qui est déjà une extension de l\u2019influence familiale.S'il sort de ce milieu, il fait exactement ce que font les Canadiens recrutés par l\u2019I.O.F.et les autres sociétés anglophones, neutres ou catholiques : il tire les marrons du feu pour quelque bertrand audacieux.Et s\u2019il fut un temps où notre race doit redoubler de prudence dans la concentration de ses efforts c\u2019est bien celui-ci où: l'immigration que nos gouvernants attirent à prix d\u2019argent sur nos bords, nous enfonce tous les | jours plus profondément dans notre role de minorité.M.Jules Claret'e a prononcé une paroe qui s\u2019applique fort bien à notre situation.\u201c\u201c\u2018 Notre siècle, dit-il, n\u2019est pas celui des affaiblis, des anémiés ; c\u2019est le siècle des \u2018\u201c émiettés.\u201d Toute notre histoire est résumée dans cette courte pensée.Nous sommes \u2018\u201c émiettés \u201d sur toute la surface du continent américain.A ceux qui forment les groupes principaux de la race de conserver intact l\u2019idéal que les autres maintiennent et maintiendront sous tous les cieux.La mutualité neutre et anglo-saxonne a été jusqu\u2019aujourd\u2019hui le mal dont nous avons le plus souffeit.Une mutualité canadienne-française et catholique tournera à notre avantage un moyen d\u2019 action que depuis eC LA REVUE FRANCO-AMERICAINE 251 trop longtemps nous avons tourné contre nous-mémes.Cette mutualité, nous la possédons déjà dans d\u2019admirables sociétés nationales.Groupons-nous davantage autour d\u2019elle.Et le jour où elle ne suffirait plus à tous nos besoins, qui nous empêche d\u2019aller demander à nos frères des Etats-Unis le concours des organisations splendides qu\u2019ils ont fondées et placées du même coup à la tête de la mutualité américaine ?Là encore, nous aurons des mutualités catholiques et françaises qu', en protégeant nos familles, relieront plus étroitement nos groupes vivant sous les deux plus puissants drapeaux du monde.En étant plus unis par cette fraternité nationale, qui n\u2019exclue pas les autres, nous serons plus forts.C\u2019est le seul moyen d'obtenir toute notre influence, à l\u2019Ouest, à l\u2019Est, au Nord, au Sud, partout.C\u2019est à ce prix, et À ce prix seul, que nous pourrons accomplir tout notre devoir comme peuple et marcher avec confiance vers les destinées glorieuses qui attendent les races fortes.J.L.K.-Laflamme. Le Journalisme Canadien=Français \u2014 II L'article que j'ai écrit sur ce sujet, dans la livraison de mai, n\u2019était pas encore imprimé, que les journalistes de Québec s\u2019étaient déjà formés en association, C\u2019est donc la preuve qu\u2019il était temps de parler haut.J\u2019ai pu dire de dures vérités Cependant, j'ai cru qu\u2019il valait autant être franc, une bonne fois, et dire publiquement, ce que tout le monde pense tout bas.Quelques-uns pourront croire, peut-être, que j'ai exagéré la situation.Quand il faut sonder une plaie, le mieux est encore d\u2019aller au fond.On est sûr de son affaire, et Ie remède, ensuite, est plus salutaire.L'initiative prise par les journalistes Québecquois est fort louable.Mais je me permettrai de dire que ce n\u2019est qu\u2019un commencement.L\u2019ancienen association de la presse, fondée il y a déjà plusieurs années, était tombée dans une inertie voisin de la mort.Ceux qui la composaient n\u2019étaient plus des journalistes actifs ; c\u2019étaient des journalistes amateurs, pour la plupart, qui collaboraient, par ci par là, aux journaux, et qui, réellement, ne considéraient leur association que comme un titre aux billets de faveur, sur les chemins de fer.N\u2019ayant plus d\u2019intérêt dans la carrière active, ils se souciaient du bien-être et du perfectionnement de la profession comme de leurs premières culottes.Les véritables journalistes de la nouvelle génération, et même ceux de l\u2019ancienne, qui sont restés professionnels, ont senti le besoin de remettre l\u2019association sur un pied plus moderne et plus pratique.Ils se sont donc réunis, ont nommé des officiers nouveaux, pris dans les rangs militants ; c\u2019est tout ce qu\u2019il y a de mieux.Il fallait commencer par 1a, \u2018et toute nouveauté, prise au bon point de vue, est sûre de l\u2019avenir.Cependant, à tout mouvement, il faut un but.C\u2019est le but qui fait l\u2019action.Un but général fait l\u2019action générale ; un but particulier, la fait particulière.4 - * - \u2014P\u2014e7 Ma PR yok LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 253 La nouvelle association de la presse, à Québec, s\u2019est-elle proposée un but général ou particulier ?Le but général serait l\u2019amélioration de la situation des journalistes et l\u2019avancement de la profession.Est-ce bien là le but que se sont proposés les journalistes, en se réunissant ?Il a été question d\u2019un comité de réception des journalistes étrangers, lors de la célébration du tricentenaire.L\u2019idée est excellente.Mais il paraîtra étrange qu\u2019on ait songé aux autres, avant de-songer à soi.Je ne veux pas du tout m\u2019opposer, en tant que journaliste, & ce que nous accordions I\u2019hospitalité la plus large, à nos confrères étrangers, qui visiteront notre ville, dans les mois de juin et de juillet.Nous ferons, à la fois, œuvre de camarades et de citoyens, et nous aiderons à faire admirer et célébrer notre ville et notre pays, par ceux qui sont, véritalbement, la renommée.Notre ville bénéficiera énormément de la bonne impression qu\u2019elle ferd sur les représentants de journaux étrangers.Je ne dis pas que les journalistes emipètent, ainsi, sur l\u2019agréable devoir d\u2019un comité, qui aurait dû, tout au moins, prendre l\u2019initiative et la direction de la réception à faire aux journalistes étrangers : le \u201c\u201c sous-comité de publicité\u201d du comité exécutif du tricentenaire.Je surprendrai peut-être mes lecteurs, en disant qu\u2019il existe un \u201c\u201c sous-comité de publicité \u201d, composé, si je ne me trompes, des rédacteurs des journaux de Québec et de Lévis, et de quelques hommes d\u2019affaires de la ville.Que fait ce sous-comité ?Se réunit-il quelquefois ?Fait-il rapport au comité exécutif ?Personne n\u2019en entend parler.Les journalistes qui le composent ne comprennent-ils pas que la meilleure réclame, la melileure publicité qu\u2019ils peuvent donner à Québec et à la célébration, c'est de voir à - ce que les journalistes étrangers soient bien reçus, bien informés et bien guidés dans la ville ; que tout ce qu\u2019ilr apprennent, \u20ac qu\u2019ils entendent et ce qu\u2019ils voient les impressionnent favora- \u2018 blement, sur notre histoire, nos mœurs, nos habitudes, notre Vie sociale et nationale, notre tolérance, notre largeur d\u2019esprit, notre désir de vivre en harmonie avec tous les éléments du Canada.Puisque le comité exécutif a la charge d\u2019organiser les fêtes et d\u2019en faire un succès, non seulement financier, mais aussi social et national, il semble étrange qu\u2019un sous-comité aussi 254 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE important ne donne aucun signe de vie, et qu\u2019il faille que les journalistes, dont le travail sera quadruplé, durant les fêtes \u2014car ils devront enrégistrer tous les détails de la célébration et être sans cesse sur les dents pour renseigner leurs journaux\u2014 doivent prendre l\u2019initiative de recevoir, informer et guider les journalistes étrangers.Enfin, cela est?Et nous ne pouvons trouver plus bel exemple de désintéressement et de patriotisme Ces pauvres journalistes, dont la situation est si précaire, dont le travail est si exténuant, dont les services sont si mal payés, dès le premier jour qu\u2019ils se réunissent, pour jeter les bases d\u2019une association destinée à les protéger, ne songent pas un instant à leur propre sort, pour ne s\u2019occuper \u2018que de celui de leurs confrères étrangers, qui viendront à Québec, et de la bonne réputation d\u2019hospitalité de cette ville, ainsi que du soin de sa renommée historique et sociale.Quel bel exemple, et qui prouve jusqu\u2019où ces hommes, ces jeunes gens généreux, qu\u2019on exploite, savent pousser l\u2019oubli d\u2019eux-mêmes ! Quel autre but s\u2019est-on proposé, en réunissant les journalistes, et en faisant revivre l\u2019Association de la Presse, à Québec ?Je chercke vainement la résolution qui déclare que les journalistes, dans leurs polémiques, doivent se respecter, et se traiter en gentilshommes ; celle qui établit un certain degré de connaissances, pour être admis dans la profession ; celle qui déclare qu\u2019un journaliste, digne de ce nom, mérite un salaire convenable ; celle qui affirme qu\u2019il faut s\u2019entre-aider mutuellement ; celle qui établit le principe de solidarité ; celle qui proteste contre l\u2019exploitation dont nous sommes l\u2019objet ; celle, enfin, qui contient l\u2019affirmation calejorique et précise, que le journalisme est la profession la plus noble et la plus digne, et qu\u2019elle n\u2019existe pas pour l\u2019unique service des politiciens, mais qu\u2019elle a pour but de renseigner impartialement le peuple sur les événements publics, de piopager les saines doctrines, de combattre les mauvaises et de faire l\u2019éducation intellectuelle et morale de la nation.Il semble donc qu\u2019il faut tout refaire, pour faire plus complètement. LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 255 Un dernier mot : Ce qu\u2019il faut aux journalistes canadiens-français, ce n\u2019est pas une organisation locale, dans un but temporaire et particulier, mais une organisation qui couvre tout le pays, et qui embrasse toutes ses aspirations et tous ses besoins.On a commencé une petite organisation, avec un but particulier.Ce commencement, comme je l\u2019ai dit, est excellent, en ce sens qu\u2019il démontre de façon absolue, la nécessité de l\u2019organisation.C\u2019est un pas en avant.Mais ne nous arrêtons pas là.Le journalisme canadien-français a absolument besoin d\u2019une rénovation, Les vieux disnet, et ils ont peut-être raison, qu\u2019il est inférieur, en qualité, à ce qu\u2019il était, il y a trente ans.La génération actuelle devrait faire mieux que rétrograder.Max.Max. Petite France Un Drame : C\u2019est entre les lueurs des éclairs jaillis de deux épées françaises, presqu\u2019aux mêmes lieux, bien qu\u2019à deux siècles d\u2019intervalle, que se déroule cette épopée qui a nom l\u2019histoire du Canada.Sur la première page, héroïque prologue, datée de 1535, Jacques Cartier, l\u2019épée haute, étincelant au soleil de juillet, ouvre ces annales.Entouré de son équipage agenouillé, il prend possession de ces terres au nom de son souverain Puis, s\u2019ouvre cet \u2018\u201c\u2018 écrin de perles ignorées \u201d qui embrasse entière la période coloniale française ; tissu d\u2019évènements merveilleux, où les prouesses, les combats, les découvertes et les aventures de tout genre, se détachent, comme des têtes de saints d\u2019une fresque du moyen-âge sur le fond d\u2019or d\u2019un portique \u2014 À l\u2019épilogue, en l\u2019année 1759, sous un ciel gris d\u2019automne, l\u2019on aperçoit, au milieu des plaines d\u2019Abraham, le marquis qui, l\u2019épée à la main, conduit ses troupes sur les batteries anglaises, puis tombe mortellement frappé, signant de son sang le dernier feuillet de ce drame national.Et, le traité de Paris, enrégistrant, quatre ans plus tard, la cession du Canada à l\u2019Angleterre.Le rideau tombe sur cette scène où s\u2019amoncellent les ruines d\u2019un empire colonial.a Quels souvenirs ! Trois siécles durant, au milieu des alternatives de sa fortune, la France monarchique se prit de tendre affection pour cette ainée de ses colonies qui s\u2019appelait le Canada.C\u2019était une rude époque pour la fondation d\u2019un établissement lointain.L\u2019Europe, à peine remise des troubles dont l\u2019avaient agitée les prétendants à l\u2019empire, toute frémissante de discordes religieuses, enfiévrée d\u2019expéditions militaires, et cependant artistique et savante, revenait, après un long détour, LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 257 aux sources du beau, ressuscitant l\u2019antiquité et ses chefs- d\u2019œuvres.Sur les frontières françaises, les Etats, s\u2019efforçant de constituer leur unité nationale, s\u2019affirmaient comme des rivaux féroces de la France, et se disposaient à lui disputer la prépondérance.Aussi, ce premier essai de colonisation, si loin, en Amérique, tenté entre le déclin du régime féodal et l\u2019aube de l\u2019âge moderne, témoigna non seulement de la puissance du royaume de France, mais encore de la vitalité de la race qui l\u2019hab'tait, de l\u2019expansion et de l\u2019influence de son génie.Oeuvre à la fois de spontanéité et de prévoyance, tous considérèrent cette tentative comme la prise de possession d\u2019un monde et le germe d\u2019un empire futur.Pendant les intervalles de répit que lui laissèrent les succès et les revers de ses campagnes d\u2019Italie ; au travers de ses guerres de religion ; au plus fort des troubles de la Ligue et de la Fronde, en dépit des embarras créés par ses discordes, ainsi qu\u2019au milieu des fêtes organisées à Versailles en l'honneur de ses nombreuses victoires, la France se préoccupe constamment de cette fille établie en Amérique.Depuis François Ier jusqu\u2019à Louis XV, souverains et ministres s\u2019intéressèrent aux progrès et à l\u2019avenir de la nouvelle colonie.Et si François Ier et ses successeurs parurent se rappeler * que le nom de Nouvelle-France, donné à ces terres par V érazzani, dans l'hommage qu\u2019il en fit à son royal armateur, avait une portée plus haute qu\u2019une flatterie dè courtisan, le peuple, de son côté, et particulièrement les populations de la Bretagne, de la Normandie et de la Saintonge, se souvinrent toujours que ces compatriotes d\u2019outre-mer, la plupart leurs parents ou leurs amis, avaient, dans un jour d\u2019enthousiasme, en souvenir du vieux pays, baptisé cette terre du nom familier et si touchant de Petite France.: La Nouvelle-France, celle des traités, a disparu ; mais la Petite France, celle du peuple, survit.Et tant qu'un cœur canadien battra sur les bords du Saint-Laurent, la Petite France comptera un autel et un fidèle.Ce fut au commencement de la tâche laborieuse qu\u2019elle avait entreprise que la France, la grande, employa la valeur de ses capitaines et les talents de ses administrateurs.Maintes fois, elle s\u2019'émut aux récits des aventures et des périls de cette poignée d\u2019enfants que l\u2019audace d\u2019un de ses marins et la sagesse d\u2019un ministre avaient jeté de l\u2019autre côté de l'eau La France qui confia à cette petite troupe son drapeau fleurdelisé 258 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE n\u2019eût point lieu, certes, de s\u2019en repentir ; jamais mains plus loyales ne le défendirent jusqu\u2019au dernier jour avec plus de constance et de courage.Elles le défendirent avec éclat, ce drapeau, contre l\u2019hostilité des tribus indiennes, d\u2019abord, puis, plus tard, en face de l\u2019ennemi séculaire, l\u2019Anglais.Et pourtant, pour défendre tant d\u2019honneur et d\u2019intérêts, il n\u2019y avait que cette troupe, composée de matelots et de soldats, de quelques artisans et laboureurs, qui ne disposèrent jamais des forces qu\u2019exigeait leur œuvre.Il ne tint pas qu\u2019à eux de conquérir cette partie de l\u2019Amérique du Nord; ce qui leur fit défaut, ce furent les services de la métropole et, aux moments critiques, décisifs, l\u2019appui, la voix de cette patrie alors muette, et, qu\u2019en dépit de son indifférence et de son abandon, ils saluaient, expirants, d\u2019un dernier cri de fidélité et d'amour.Les échos des Plaines d\u2019Abraham, interrogés, rediraient encore ce suprême appel de nos phalanges.Page écourtée de nos annales, l\u2019établissement de la France au Canada restera une des pages émouvantes et la plus glorieuse de l\u2019histoire coloniale de ce pays.Là, en effet, sur ce vaste théâtre, du nord de l\u2019Amérique, au milieu des solitudes d\u2019un continent inexploré, couvert de forêts, sillonné de fleuves, constellé de lacs, peuplé de tribus guerrières, un noyau de Français accomplit pendant deux siècles des prodiges d\u2019héroïsme.Sur cette scène d\u2019un genre nouveau pour l\u2019époque, et dans tous les rangs, apparurent de vrais héros et d\u2019admirables talents : chefs militaires; administrateurs, prélats, missionnaires, découvreurs ; des plus haut placés aux*plus humbles, à tous les degrés de la hiérarchie, éclatent un même élan et une même ardeur.C\u2019est comme une sève généreuse qui circule dans les veines de ce petit peuple, et rend l\u2019esprit de sacrifice chose si simple que nul n\u2019en\u201dest surpris, ne s\u2019en prévaut et ne s\u2019en flatte.- Aussi, quelle histoire ! Cinq années sont à peine écoulées depuis que Christophe Colomb a doublé la terre ; le pape vient de faire deux parts égales des mondes nouveaux, donnant l\u2019une à l\u2019Espagne et l\u2019autre au Portugal ; les souverains, mis en éveil, lancent aussitôt vers cet hémisphère convoité, à travers toutes les mers, des découvreurs à leur solde ; il s\u2019agit d\u2019arriver premier ; LE = LA REVUE FRANCO-AMERICAINE 259 Ferdinand le Catholique, en Espagne ; Henri II, de Portugal ; Henri VIII, de la Grande Bretagne ; Francois Ier, de France, en envoient, chacun, trois ou quatre.Arrive ce jour où la France, obéissant à l'inspiration du meilleur de ses rois, et cherchant un remède aux discussions .religieuses qui l\u2019agitent, veut fonder, en Amérique, une colonie ouverte aux reformés.Ce sera pour ceux-ci un asile sûr où ils seront à \u2019abri des persécutions ; pour le royaume, c\u2019est la suppression de sanglants conflits ; dans l\u2019avenir, ce sera un débouché pour les produits de l\u2019industrie française, un comptoir pour le commerce du pays.De cette pensée datent les premiers établissements de l\u2019Acadie et les désastreuses tentatives des Huguenots, Desmonts et Pontraincourt, dont les flotilles disparurent dans deux effroyables sinistres.Deux tempêtes de moins et le sort du nouveau continent devenait tout autre ; au lieu de la race anglo-saxonne, la race française dominerait aujourd\u2019hui dans l\u2019Amérique du Nord_\u2026 À quoi tient cependant la destinée d\u2019un monde ! \u201c Au même moment, Jacques Cartier remontait le Saint- Laurent et reconnaissait les sites où, plus tard, Champlain devait fonder Québec, et Maisonneuve Montréal.Alors les guerres indiennes commencent et se continuent sans trève ni merci.Au milieu de ces luttes où chaque colon, sous peine de mort, doit cultiver, la pioche d\u2019une main, et le mousquet de l\u2019autre, s\u2019élèvent les premiers établissements hospitaliers : monastères, hôpitaux, maisons d\u2019éducation.Les terres sont défrichées et les champs se couvrent de moissons.Autour d\u2019une église, d\u2019un manoir seigneurial, se groupent les maisons des censitaires ; le village naît.Les forts, jetés de ci de là, étendent au loin, leur cordon protecteur ; l\u2019administration s\u2019organise, fonctionne ; l\u2019impulsion est donnée ; la colonie a une tête, des membres, elle prend corps enfin : le Canada est fondé.Arrivent les expéditions, les découvertes, qui ouvrent le pays et reculent de tous côtés les limites de la colonie.Les premiers explorateurs nous font connaître la 1égion des lacs ; les coureurs de bois s\u2019enfoncent plus avant, pénètrent dans l\u2019Ouest, si loin, si loin, et portent nos frontières, là-bas, jusqu\u2019aux pieds des Montagnes Rocheuses.Grâce à eux maintenant le Canada s\u2019étend de l\u2019embouchure du Saint-Laurent à celle du Mississipi, et des rivages de l\u2019Atlantique au centre des Illinois.La Petite France dépasse la grande en étendue.Mais le drame se complique. 260 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Etablis en Amérique plus d\u2019un demi-siècle après les Français, les Anglais, que fortifie, de jour en jour, un courant continue d'immigration, jalousent les succès de leurs séculaires ennemis ; envieux de leurs possessions, les voilà qui rallument sur ce sol les vieilles haines nationales ; et les préjugés, les rancunes, l\u2019opposition des intérêts, envenimant les rapports de voisinage, la guerre éclate ; l\u2019Amérique, elle aussi, aura sa guerre de Cent Ans.Elle dura même un siècle et demi.C\u2019est alors que se déroule ce tissu d\u2019évènements merveilleux, qui forme le nœud du drame.Rien ne manque à l\u2019épopée.Il y a des découvreurs ; il y a des militaires de génie dont les exploits rappellent ceux des anciens ; comme dans la grande France, on y voit une héroïne.Faut-il citer un grand administrateur ?Talon Il y a un prélat illustre qui devient la tige des archevêques de Québec.Cherchez-vous des martyrs ?Ilyena.Des victoires, des siéges ?Rappelons-nous chaque engagement, chaque assaut.Oui : \u201c O notre histoire, écrin defperles'ignoréesf! \u201d\u2019 Nous le répétons, rien ne manque.Mon Dieu ! il fallait un chapitre de douloureux exode, un acte barbare qui ferait couler des larmes et du sang à flots, quelque chose, enfin, qui fût sans analogie dans l\u2019histoire de ce temps-là et qui surpassât en cruauté ces enlèvements de peuples que, autrefois, des despotes de l\u2019Asie traînaient à la suite de leurs hordes ; nous avons cette odieuse transportation en masse de nos frères d\u2019Acadie, au mépris de la foi jurée \u2014L\u2019histoire et la poésie, vengeant la justice et le droit outragés, se sont chargées de flétrir les coupables.Su: l\u2019emplacement des ruines embrasées de leurs foyers, de leurs champs dévastés et de leurs troupeaux détruits ; aux lieux mêmes, où cette population jetée par groupes sur cent rivages, vivait paisiblement, plane, comme un éternel remords, le fantôme de ce peuple agricole et pasteur, la poétique figure d\u2019Evangéline, cette flancée qui mourut vierge et dont la destinée et les malheurs ont assuré l\u2019immortalité à celui qui les a chantés dans un impérissable poème_\u2014 Deux grandes figures, deux caractères, résument cette iade coloniale.L\u2019un, modeste pilote de Saint-Malo, représente la hardiesse d\u2019esprit unie à la foi, la patience doublée de décision et d\u2019audace ; vertus qui semblent s\u2019exclure, mais qu\u2019on trouve à un haut degré dans cette bourgeoisie virile de marins LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 261 et de marchands du seizième siècle.\u2014L\u2019autre, âme généreuse, cœur intrépide, porte sur les champs de bataille du Nouveau- Monde, le courage chevaleresque des soldats de Fontenoy.Chargé de livrer le dernier combat et voyant la victoire infidèle, Montcalm sût ravir encore, par l\u2019héroïsme de sa mort, une part de la gloire de son vainqueur.L\u2019un ouvre le drame ; l\u2019autre en marque l\u2019épilogue.La perte de cette province extérieure fut pour la France une diminution de force et de prestige ; comme le serait pour une famille la mort d\u2019un de ses fils dévoués en qui les parents ont placé, avec leurs affections les plus chères, les espérances de leur vieillesse.Cette mutilation fut comme un ambeau de chair violemment arraché des flancs de la mère-patrie.La plaie, \u2018maintenant cicatrisée, s\u2019ouvre à certains jours ; elle saigne même, parfois et pas une âme française, en visitant nos villes et en parcourant nos campagnes, ne verra sans émotion revivre les mœurs, les coutumes de ses aieux, n\u2019entendra, sans tressaillir, résonner à son oreille cette langue française, qu\u2019on dirait avoir été expressément formée pour faciliter, parmi les hommes, l\u2019échange des sentiments et des idées ; car nulle, en sa précision et sa clarté, n\u2019exprime mieux qu'elle, et sans équivoque, tout ce que l\u2019esprit conçoit d\u2019honnête et de beau, tout ce que le cœur ressent de bon et de généreux.«x La puissance francaise vient de disparaitre pour toujours de \"Amérique du Nord.Une superbe incurie vient de faire perdre à la France l\u2019occasion la plus favorable d\u2019agrandissement et de puissance.Le beau rêve de Richelieu, de Colbert et de Vauban, de faire de ce côté-ci de l\u2019océan une nouvelle France forte et heureuse n\u2019a pas été réalisé.\u201c\u2018 Lorsque l\u2019on réfléchit \u201c à toute cette puissance perdue, dit M.E.Rameau, lorsque \u201c l\u2019on étudie dans notre histoire les visées creuses, les ambitions \u201c\u201c irrationnelles, les passions misérables auxquelles on a sacrifié \u201c à grands frais ce magnifique avenir, le cœur se soulève de \u201c egrets et d\u2019indignation contre la politique et le système qui \u2018\u2018 ruinèrent les forces de la France et la contraignirent aux \u201c\u2018 tristes nécessités de la révolution.\u201d Quant à nous, ne portons pas de jugement.Un orateur a dit : \u201c Que la France est difficile à juger!\u201d L\u2019on dirait que cette parole est à notre adresse.\u2018\u201c Il nous est plus difficile 262 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2018\u20ac qu\u2019à toute autre nation, a dit, en effet, un de nos orateurs, \u2018 M.Thos Chapais, de juger la France avec cette impaitialité \u2018* froide qui est un des attributs de la justice.Son sang bouil- \u2018 lonne dans nos veines.Elle a été la mère de notre natio- \u201c nalité, elle est restée la mère de nos intelligences.Ses \u2018 vieilles chansons ont bei cé nos premiers sommeils et, en appre- \u201c\u2018 nant notre histoire, nous y avons trouvé, pendant un siècle \u201c\u2018 et demi, le prolongement de la sienne.\u201d Les Anglais sont donc nos maîtres.Notre résistance a été héroïque.De suprêmes efforts ont épuisé le dernier homme et le dernier écu.Que vont devenir, à présent, les pauvres colons canadiens-français, séparés de la mère-patrie ?La Providence veille sur eux C\u2019est à ce moment qu\u2019entre en lice le clergé canadien qui commence son œuvre de paix et de régénération.Les colons français, abandonnés par leur mère, maltraités par leurs nouveaux maîtres, se tournent Ve.s l\u2019Fglise et identifient, pour ainsi dire, leur vie nationale avec leur vie religieuse.De cette identification sortira cette belle institution de la paroisse canadienne-francaise qui sera la raison de notre survivance et de notre multiplication sous la domination anglaise ; la condition de notre grandeur future.Toutefois, pour le moment, le pays, calme à la surface, est encore t.ès agité au fond.Chaque jour, les nouveaux occupants outrageaient nos populations au sujet de leurs croyances, ou les lésaient dans leurs droits.La lutte se continuait latente, mais opiniâtre.De militaire elle était devenue politique.Les délibérations secrètes des Conseils, les lentes procédures des Assemblées, remplacèrent l\u2019agitation des camps et les coups de mains.A vrai dire, cette tactique nouvelle, sournoise, embarrassa un peu les vaincus dans les commencements ; mais dans leur bouche, muette au début, la parole devint bientôt aussi dangereuse que l\u2019épée l\u2019avait été dans les mains de leurs pères.Ils se servirent de la nouvelle arme légale avec autant de prudence que d\u2019habileté.La batailie recommençait donc, acharnée.Pour ce peuple, demeuré fidèle à son origine et à sa foi, l\u2019enjeu du combat en valait la peine ; il n\u2019y allait rien moins que de son existence même.Pour lui, il s\u2019agissait de ne point se laisser enlever les deux biens qui, pour l\u2019homme, représentent tout ici-bas, cœur et esprit, sentiment et raison : c\u2019est-à-dire, sa langue et sa religion.- Ravir à la fois le Dieu et le Verbe d\u2019un peuple, c\u2019est plus que le détruire, c\u2019est l\u2019avilir ; LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 263 ar, dans la vie mécannique où il s\u2019agitera désormais, il ne conse.ve que juste le degré de sensibilité nécessaire pour ressentir l\u2019insulte et la honte.Le premier succès qu\u2019obtinrent les Canadiens date de 1791.Ce fut l\u2019octroi d\u2019une constitution, grâce à une proposition faite par le célèbie Pitt ; une sorte de régime parlementaire remplacerait l\u2019autorité absolue des gouverneurs.Ce n\u2019était pas la liberté, ni l\u2019égalité des droits et des fonctions réclamées ; mais les moyens de les acquérir.Dès ce moment, les deux partis, excités par des provocations mutuelles, luttèrent à visage découvert, aux applaudissements d\u2019un public attentif.Si les guerres de 1 époque précédente avaient eu leurs illustrations, les luttes parlementaires eurent aussi les leurs.Grâce al éloquence et à l\u2019énergie de valeureux tribuns, grâce aussi aux efforts constants et éclairés d\u2019un clergé patriote, nous conservâmes notre langue, nos lois et nos droits religieux.Quelques années auparavant, la guerre de l\u2019indépendance des Etats-Unis avait servi es intérêts de nos compatriotes ; car l\u2019Angleterre, redoutant la contagion de la révolte de ses colonies, effrayée de la propagande des agents des Etats rebelles, devint tout-à-coup conciliante, et céda sur maints points disputés jusqu\u2019alors avec acharnement.La révolution de 1837, dernière explosion d\u2019un patriotism® réduit au désespoir par un arbitraire renouvelé des plus maur Vais jours, assura, une fois pour toutes, au peuple vaincu mais non asservi, cette liberté politique sans laquelle toutes les autres sont précaires.Douze canadiens, esprits d\u2019élite, payèrent de leur tête ce triomphe d\u2019une juste cause.Alors, le pays entier commença à se développer pour de bon.De nouvelles colonies naquirent à la vie politique.Les provinces, aujourd\u2019hui confédérées, se développèrent, grâce à l'immigration et aux progrès de la natalité.Enfin, en 1866, les délégués de toutes les provinces de l\u2019Amérique Britannique du Nord, assemblés à Québec, adoptaient, sous le nom, de The Dominion oj Canada, les bases d\u2019un système fédératif que le parlement de la Grande Bretagne déclara loi du royaume, le ler juillet de la même année.Puis, successivement, qui, grâce au rachat par l\u2019Angleterre des territoires octroyés autrefois à la compagnie de la Baie d\u2019Hudson ; qui, volontairement, de nouvelles provinces entrèrent dans l\u2019association.Aujour- d\u2019hui, grâce à ces acquisitions successives, le Canada, qui dépasse en étendue la superficie des Etats-Unis, voit trois 264 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE océans : l\u2019Atlantique, le Pacifique et la.mer Glaciale, former la mobile ceinture de ses 3,500 lieues de rivages.Ag Et, malgré le drapeau d\u2019Albion qui flotte sur tous les points de cette immense étendue de terre ; au centre, il y a un endroit qui reste toujours la Petite France, où la langue de la Grande, ses mœurs et-jusqu\u2019à ses légendes, se sont conservées plus vivantes encore que chez elle.Quand un Français raconte ce pays lointain, décrit les scènes de cette nature sauvage ou cultivée, mais partout pittoresque, il doit lui sembler qu\u2019il découvre à nouveau une province du vieux pays.En effet, quelque part où il ira : à travers nos bois, nos fleuves, nos lacs et notre golfe ; aux sommets de nos montagnes comme au fond de nos vallées ; sur les rivages du Saint-Laurent ou du Mississipi, aux bords de l\u2019Atlantique et jusque sur les banquises de la mer polaire, il retrouvera les traces des explorateurs de son pays, les ruinas des forts qui lui ont appartenu, les vestiges de ses expéditions militaires et ceux de cette légion d\u2019aventuriers : voyageurs, corsaires ou trappeurs, qui, un siècle avant les Américains, pénétrèrent dans le Far West, marquant de leur hutte de pionnier ou de leur poste de trappeur, avec une étonnante sagacité, les endroits où s\u2019élèvent aujourd\u2019hui des- villes populeuses ; frayant, au milieu des solitudes, les sentiers sur lesquels l\u2019industrie n\u2019a plus eu qu\u2019à poser ses rails.Ce Français pourra dire, avec un légitime orgueil, malgré tout, et en dépit des millions d\u2019Anglo-Américains qui couvriront bientôt ce continent, que l\u2019occupation de ses ancêtres ne s\u2019y effacera jamais Toujours, il rencontrera quelqu\u2019épave du naufrage ! Et, de ce mot Canada, resté quand même en dépit de la dénomination Dominion, comme protestation des sentiments et des souvenirs, surgit-il un reproche à la mère-patrie ; ou demeure-t-il ainsi que la compensation des sacrifices accomplis jadis ?Qu\u2019importe ! réparation de l\u2019histoire ou dédommagement de la postérité, le Canada, celui de Jacques-Cartier, fut, sera et reste toujours la Petite France |.Damase Potvin. Revue des Faits et des Oeuvres Les derniers événements.Au moment où le quatrième numéro de la Revue va sous presse, de grands événements viennent d\u2019avoir lieu à Québec qui demandent plus qu\u2019une mention ordinaire.Le dévoilement du Monument Laval, le Congrès des Jeunes, la célébration de la fête nationale des Canadiens-Français, ont fait de la vieille cité de Champlain le théâtre de réjouissances patriotiques exceptionnellement éclatantes.Aussi avons-nous cru bon de renvoyer à un prochain numéro le plaisir d\u2019en parler au long, à cause de la distance qui nous en séparera déjà, pour en tirer les enseignements que nous y avons puisés.D\u2019autre part, la fête nationale ne passe pas inaperçue chez nos compatriotes des Etats-Unis.Et, pendant que des milliers des leurs étaient à nos côtés pour glorifier Laval, les Franco-Américains célébraient sur des centaines de points de la Nouvelle-Angleterre, dans les Etats de l\u2019Ouest ou du centre, les gloires nationales, les hauts faits des ancêtres, et formulaient dans des accents d\u2019une touchante confiance leurs espoirs en de glorieux lendemains.Pour eux aussi, il faudra les avoir vus à l\u2019œuvre, il faudra avoir entendu leurs chants, écouté leurs discours, avant de mettre sous les yeux de nos lecteurs le sens exact des manifestations qui, chez eux, allient si bien le culte des vieux souvenirs patriotiques et la fidélité aux traditions saintes de la race, à la loyauté généreuse et fière qu\u2019ils accordent sans réserve à leur nouveau drapeau.Au mois prochain le plaisir de cueillir ensemble et de former en bouquet les fleurs précieuses qui se sont épanouies, il n\u2019y à pas encore une semaine, et des deux côtés de la frontière, sous la chaude influence des souvenirs et des espoirs patriotiques ! 266 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Francois Coppée.Nous empruntons à l\u2019Univers de Paris ces notes biographiques consacrées à l\u2019un des grands poètes français de notre époque, François Coppée, décédé il y a quelques semaines.C\u2019est en 1886, écrit l\u2019Univers, que François Coppée\u2014 parisien de Paris, fils d\u2019un employé au ministère de la guerre \u2014débuta dans la carrière littéraire en publiant son premier recueil de vers, intitulé le Reliquaire.Il avait vingt-quatre ans et travaillait comme commis chez uh architecte, après avoir fait ses études, jusqu\u2019à la troisième, au lycée Saint-Louis.Et quoique l\u2019époque parût peu propice à l\u2019éclosion d\u2019une gloire poétique,\u2014alors qu\u2019on ne lisait et ne voulait lire, parmi le grand public d\u2019autres vers que ceux de Hugo\u2014le jeune poète obtint bientôt une notoriété qu\u2019il n\u2019avait pas dû espérer.Cette notoriété, il la dut tout d\u2019abord au genre qu\u2019il avait adopté, et au \u2018\u201c\u2018 métier \u201d dont, dès ses premiers essais, il fit preuve.Il eut, d\u2019ailleurs, la bonne fortune d\u2019être, au théâtre, interprété, dès le début, par des artistes peu banales : car ce furent Mme Agar et Mme Sarah Bernhardt qui, le 14 janvier 1869, créèrent, à l\u2019Odéon, cette exquise petite comédie qu\u2019est le Passant.Entre-temps, il avait publié, en 1868, un deuxième volume de vers, intitulé Intimités, après lequel vinrent, coup sur coup, les Humbles (1872), le Cahier rouge (1874), Promenades et intérieurs (1875) et Récits et Elégies (1878) ; cependant qu\u2019au théâtre, il donnait en collaboration avec Verlaine, la revue Tout-Paris à Bobino, puis Deux douleurs, Fais ce que dois, l\u2019Abandonnée, les Bijoux de la délivrance et enfin le Luthier de Crémone, qui fut son principal succès.En 1884, l\u2019Académie française l\u2019élut, et il continua son œuvre.On eut encore de lui, au théâtre, la Guerre de cent ans, le Trésor, la Bataille d\u2019Hernami, la Maison de Molière, Madame de Maintenon, Severo T'oselli, les Jacobites et Pour la Couronne.Il publia, dans cette période, plusieurs séries de contes en prose, que couronna son grand roman, le Coupable.Pendant toute cette partie de sa vie, François Coppée s\u2019était tenu éloigné de toute pratique religieuse.Mais, loin de se montrer hostile à l\u2019Eglise, il exprimait, dans la plupart de ses ouvrages, des sentiments qui révélaient un catholicisme instinetif.En 1896, il fit une grave maladie qui rendit nécessaire.une opération dangereuse.Il demanda un confesseur.Ce LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 267 fut M.l\u2019abbé Bouquet, alors aumonier du lycée Saint-Louis, sacré depuis évêque de Chartres, qui le cathéchisa, le prépara- le confessa et lui donna les sacrements.Rendu à la santé, il eut à cœur de publier dans une série d\u2019articles réunis ensuite en volume sous le ittre : La Bonne souffrance, le récit de cette maladie qui lui avait guéri l\u2019esprit.\u201c Si j'avais fait un peu de bien au cours de ma vie, écrivait- il, car, en somme, je ne suis pas méchant, Dieu m\u2019en a récompensé avec une générosité magnifique en épargnant en mol ps % si a fa Ta g\u2014 a r\u2014s # ge.E- a 3 Le \u2014 7 \u2014_\u2014 E = Lai.= rg ft Lr AES a RS ERI 1 Fl pei 2 À 7 bi a es ee ES ESS x % CE Fs = & Ter > bad a ji = eS tre, 2 > pes \u20ac = TE Za A pi aI oy _- eb ng % yal re dew, nés be mA iv # à # ae Æ 7 a rs oe 5 eo oar rs 2 EK RAG Th, 2%.À Ÿ Ex i = % ; a pa.By î Be.7 Zora F2 Es * 5 = i SrA ie a : \\ bo BF.= 7 Se % La Chapelle Intérieure du Sé oi DS 3 =] i LS Pay # \\ $5 \u2014 2 .# 5 2 = = se = pus Lo Sa.ry = x ss, À .+ è i XC) Ay a 7 #4 = KS MN minaire > | ne ape de, à Gps 2 tn a » + AT : + pl Pa S= 2 _ eme FE ss er a pme PAGANS : SRE Br A 5 i A : & # | RC v2 jo i | ian ABE svat = pm fol ps A Ry - pm : 7 \\ En 5 Bl ; ; +7 E i me 47 = * , : oA wo 2 dés z > a + # ; x ih 9 A ~ Fi gna Pe Ea Te fi ÿ Se ge Cp x » 2 5 2 fs oF 1s Se EEE I vr carter 2 NV HOAHE VI UNIVOINHNV- 066 «alas FleArrrinn LA REVUE FRANCO-AMERICAINE - 293 de ne garder que 12 élèves sur 54 parce qu\u2019il était impossible d\u2019en garder davantage.Le séminaire était reconstruit à; la mort de Mgr de Laval, le 9 mai, 1708.À la picote et aux incendies succéda la rougeole qui enlèva trois écoliers, l\u2019un en 1711, l\u2019autre en 1714 et le dernier, Jacques Barron, de Montréal, le 10 février, 1715.En 1757, après les vacances, on est obligé de renvoyer tous les élèves faute de pouvoir les nourrir à cause de la famine causée par la guerre.Le Séminaire ferme ses portes pendant six ans à partir du siège de Québec.Il recommence à prendre des élèves au commencement d\u2019octobre, 1765.En 1775, les élèves s\u2019enrôlent pour repousser l\u2019invasion américaine commandée par Montgomery.En 1812, nouvelle invasion américaine ; les écoliers forment une compagnie qui n\u2019a pas vu le feu.En 1822, le séminaire est agrandi.En 1832, épidemie de choléra.Les élèves restent dans leurs foyers du 12 juin au 29 septembre.L\u2019écrivain rappelle en terminant son article que depuis la fondation du Séminaire près de 900 élèves y ont terminé un cours complet dont près de la moitié se sont voués à l\u2019état ecclésiastique ; parmi ces derniers se trouvent les noms de 11 évêques.Et si l\u2019on se rappelle que cet artile était écrit en 1850, il suffit de suivre, pendant le dernier demi siècle les annales de cette maison d\u2019éducation pour y trouver les noms des personnages les plus fameux de notre histoire nationale, politique et religieuse.Un endroit intéressant à visiter dans le Petit-Séminaire, c\u2019est une petite chapelle située dans la partie la plus ancienne de la maison.En voici une description que nous devons à l\u2019amabilité de M.l\u2019abbé Adolphe Garneau, professeur de dessin au Séminaire : CHAPELLE INTERIEURE Cette chapelle existe dans la partie la plus ancienne du Séminaire ; elle est située au premier étage et donne sur le corridor vouté au centre du corps de logis vis-à-vis le perron de pierre de la cour de récréation.D\u2019après la tradition les appartements de Monseigneur de Laval se trouvaient au rez-de- 294 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE chaussée, (1) au-dessous précisement de cette chambre.Le local lui-même très exigu, puisqu\u2019il n\u2019a qu\u2019une superficie d\u2019environ 280 pieds = soit 18 pieds de profondeur sur 16 de largeur, \u2014ne contient que deux fenêtres.Cet éclairage uniquement latéral (à droite) fait perdre à la chapelle beaucoup de son apparence, et tout en exagérant le relief laisse dans l\u2019ombre certaine parties p acées en retraite.Tout le fond de l\u2019appartement est occupé par le rétable.En se rapportant aux gravures, on peut voir que le tombeau de l\u2019autel est en ma:bre noir et blanc.Cette pièce, absolument insignifiante au point de vue architectural a été installée il y a bientôt 40 ans, et même les vandales qui l\u2019ont placée n\u2019ont pas craint d\u2019entailler les bases des colonnes pour y enclaver les parements latéraux de la table de l\u2019autel ; ils ont même biisé les sculptures du panneau central.L\u2019autel original (en bois) existait encore et il a été enfin remis en place cet hiver 1908.La restauration est maintenant presque complète.Le rétable se divise en trois pa:ties ou panneaux sensiblement égaux.La partie centrale porte encadrée une ancienne gravure toute passée représentent les épousailles de la Sainte Vierge.Le cadre partie intégrante du panneau a été finement seu pté ; le travai.comme partout ailleurs dans ce rétable est superbe.Détail original, la vitre recouvrant la gravure est en trois morceaux ; il semble qu\u2019il aurait été impossible de se procurer une pleine grandeur, et cela explique un peu pourquoi la gravure ainsi partiellement exposée à la poussière pénétrant par les fissures a bruni et est maintenant si fatiguée.(2) Depuis que ceci a été écrit la vitre a été remplacée et la gravure a subi un nettoyage qui permet de distinguer les personnages.Au-dessous du cadre prennent naissance deux guirlandes d\u2019olivier (feuilles en fleurs) \u2014Souvenir de Monseigneur Olivier (1) Le cintrage des voûtes du rez-de-chaussée est très irrégulier ; même en certaines parties la courbe est plus accentuée d\u2019un côté que de l\u2019autre.L'on est porté à croire que les maçons ne bâtissaient pas sur cintres mobiles, mais bien sur un amas en terre battue : la voûte terminée, on enlevait la terre.Ces murs ont quatre à cinq pieds d\u2019épaisseur et sont faits en caillouttis ; le mortier est tellement homogene et adhère si bien aux moëllons que ceux-ci se brisent plutôt que de se disjoindre.(2) Gravure en cuivre du tableau de Rubens, P.P.(1577-1640).Cette gravure remarquable, probablement du XVIIIème siécle est-elle contemporaine du rétable ?A-t-elle été placée dans ce cadre plus tard ?Cela est possible, car les marges sont en parties coupées.On ne peut faire toutefois que des conjectures.En bas de la gravure, au centre on lit : \u201c F, Ragot, sc.et se vend à Paris, chez Basset, rue S, Jacques, à Ste-Geneviève.\u201d LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 295 Briand, bienfaiteur du Séminaire et donateur de cette chapelle.Ce travail fait en applique est très curieux; on peut voir par la figure a quel point le bois est fouillé.(1) A mi-hauteur, au milieu de chaque guirlande se trouve une petite bote rectangulaire en bois contenant, celle de droite : \u2018\u2018 Morceau du cercueil de Sainte-Françoise de Chan- tal,\u201d celle de gauche : \u201c\u201c Relique de Saint-François de Sales\u201d; ce dernier reliquaire a été descellé.Ces deux cadres sont contemporains du rétable, car les branches s\u2019écartent de chaque côté, sur le panneau ménageant ainsi une alvéole pour ces boîtes.Les côtés du panneau sont flanqués de deux pilastres corinthiens précédés de deux colonnes du même ordre placées sur leur piédestal et supportant un entablement.Cet entablement couronne aussi les deux autres panneaux et va s\u2019appuyer sur les antes placées aux encoignures.Les panneaux de droite et de gauche sont ornés de ravissantes petites niches contenant l\u2019une la statue de Saint- Joseph, l\u2019autre celle de la Sainte-Vierge.Les consoles soutenant ces personnages sont d\u2019un dessin très élaboré ; un goût et un travail vraiment artistiques règnent ici et se font remarquer surtout dans les proportions harmonieuses des petits panneaux.Les bases des pilastres et des colonnes reposent sur une table faisant saillie et donnent à l\u2019ensemble une solide assiette.Cette table domine de chaque côté trois armoires ; celle du centre, dont le ressaut terminé en quart de rond, est à deux battants.Les moulures des portes sont poussées à plein bois, et les charnières, dont quelques unes ma heureusement sont dépareillées, sont très anciennes.Admirons maintenant les deux sveltes colonnes de la partie centrale.Les proport ons sont rigoureusement exactes : c\u2019est du Vignole tout pur (2) ; rien n\u2019y manque : (1) Remarquez l\u2019apparence primitive de ces statues toutes en bois, Les proportions ne sont pas exactes suivant le canon du corps humain: au lieu des huit têtes réglementaires, on n\u2019en trouve que sir.On serait assez porté à croire qu\u2019autrefois ces statues étaient à nu bois, sans peinture ni dorure : les lys qui parsèment la tunique de S.Joseph accusent un léger relief, malgré l\u2019empâtement de la couleur.(2) Giacomo Barocchio surnommé VIGNOLA (1507-1573), a écrit un traité didactique sur les cinq ordres d'architecture.A la mort de Michel-Ange, devint l'architecte de Saint-Pierre de Rome.Il a aussi tracé le plan de l\u2019Escurial en Espagne.Vécut plusieurs années en France où il laissa un grand nombre de bronzes. 296 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ni les cannelures, ni les rudentures, ni même la fine fleur centrale du chapiteau corinthien.Et tous les membres de la base : le tore supérieur, les deux.scoties, le filet, le tore inférieur et la plinthe.Au piédestal remarquons le filet, le talon, la gouttiére, la gorge, les deux astragales, le filet, les deux frises, tandisqu\u2019au bas nous retrouvons l\u2019astragle inférieur, la gueule renversée, le réglet, tore et plinthe.L\u2019entablement, très riche, a demandé un travail énorme.Voyez l\u2019architrave dont le listel est tout fouillé au ciseau, la frise avec ses gracieux rinceaux, le filet du larmier finement ciselé, les denticules délicats et les gracieux modillons suivant rigoureusement la règle de la proportion, qui veut qu\u2019à l\u2019entablement corinthien, l\u2019un deux vienne toujours tomber sur le milieu de la colonne.Ne quittons pas l\u2019oratoire sans remarquer le placard à gauche et le buffet, dont une partie seule est visible sur la gravure.Les battants inférieurs du buffet ont deux panneaux d\u2019une seule planche large environ 22 pouces.Les panneaux du placard sont du vieux style : ici comme dans le rétable et le buffet, les moulures ne sont pas ajoutées, mais font partie intégrante des montants et croisillons.Tous les assemblages sont faits à la cheville.Les charnières qui maintiennent les vanteaux du placard sont remarquables : elles sont formées de deux platines en cuivre maintenues par des griffes intérieures et couvrant les vis qui fixent les côtés des charnières au bois.Quoique le buffet ait été recouvert d\u2019une épaisse couche de peinture blanche, cependant à l\u2019examen, il ne semble pas de beaucoup postérieur au placard.\u201c Tout le rétable est sculpté en cèdre ou du moins en thuya, sauf les armoires en noyer tendre, ainsi que le placard à gauche.Ci-joint copie des inscriptions placées sous les consoles soutenant les statues des deux panneaux symétriques : O MATER MARIA SALVETO VIR JUSTE AB ORIGINALI Davipic1 THRONI LABE PRESERVATA HAERES, PATER JESU, CorpA TERGE NOSTRA.ET MARIAE SPONSE. LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 297 Hopital Général.Fondé en 1693 par Mgr de Saint Valier et confié aux Sœurs Hospitalières qui formèrent en 1702 un corps séparé de celui de l\u2019Hôtel-Dieu.Cet établissement est situé sur les bords de la rivière Saint-Charles et fut concédé, terrain et bâtiments, par les Récollets, le 13 septembre 1692.D\u2019après les termes de leur contrat les Récollets cédaient à Mgr de Saint Valier une vaste étendue de terrain, leur chapelle et leur couvent de Notre-Dame des Anges.Les religieuses hospitalières en prirent possession le ler avril 1693 et eurent dès les commencements près de quarante personnes sous leurs charges.C\u2019est un hospice des incurables.Deux ailes considérables furent ajoutées à l\u2019établissement en 1710-1711.En 1736, les religieuses décident de recevoir les soldats retirés du service et invalides et de construire une aile qui leur serait spécialement affectée.En 1743, nouvelle construction de 150 pieds à l\u2019ouest de celle commencée en 1736, puis les besoins de l\u2019institution devenant pressants, on fait subir des altérations au couvent, lui enlevant son caractère d\u2019antiquité qui en faisait la plus vieille institution religieuse de la Nouvelle-France.En 1850, embellissement des bâtiments de l\u2019institution et neuf ans plus tard on l\u2019augmente d\u2019une maison de santé.Jusqu'à l\u2019ouverture de l\u2019asile de Beauport en 1845, l\u2019'Hôpital-Général avait recueilli les aliénés.L\u2019Hôpital-Général est une des institutions historiques les plus intéressantes de la ville et du pays.Après le siège de Québec, en 1759, les blessés anglais y furent reçus avec le même empressement que les blessés français.Les soldats de Arnold et Montgomery y reçurent les mêmes soins que s\u2019ils avaient été dans un hôpital de Boston, en 1775.Arnold lui- même, blessé pendant l\u2019attaque contre Québec y fut reçu et traité avec le plus grand soin.Cette institution possède une toile, un \u201c Ecce Homo \u201d, que les connaisseurs attribuent à un maître, mais dont l\u2019auteur n\u2019est pas connu.La maison possède en outre une foule de reliques historiques de la plus grande valeur, dont plusieurs lui ont été données par Mme de Maintenon, épouse de Louis X1V et par Mgr de Saint Valier.L\u2019Hotel-Dieu du Précieux Sang C\u2019est, avec le couvent des Ursulines, le plus vieux monastère du Canada.Situé dans la rue du Palais, près de la rue St-Jean, et à l\u2019angle de la rue Charlevoix.Fondé en 1637 et RER 298 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE confié aux Hospitalières arrivées à Québec le ler août 1639, la même année que les Ursulines.Construit en 1654 et bénit en 1658 par M.de Queylus.Cette institution est affectée au soin des malades de toutes les classes.Pauvres comme riches y sont admis.Le service médical y est irréprochable et est confié à un certain nombre de professeurs de l\u2019Université Laval.La chapelle du couvent qui a son entrée sur la rue Charle- Voix, est très ancienne et contient plusieurs tablettes commémoratives très intéressantes et de nombreuses toiles d\u2019une grande valeur.Citons les principales : La Nativité, Stella.La Vierge et l\u2019Enfant, Noël Coypol.Vision de Ste-Thérèse, Geul Monaght.Saint-Bruno en méditation, Eustache LeSueur.La descente de la Croix, copie par Plamondon.Les Douze Apôtres, copie par Baillargée, le vieux.Le moine en prière, De Zurbaran.La Crucifixion, Van Dyke.Nuit de Noël, Stella (don de Mgr Dosquet.) Mais les reliques les plus intéressantes conservées à l\u2019Hôtel- Dieu sont peut-être le crâne du Père de Brebœuf et les ossements du Père Lallemant, les deux martyrs jésuites.Les archives de l\u2019Hôtel-Dieu sont aussi très intéressantes.Elles contiennent nombre de vieilles cartes et de vieux manuscrits portant les signatures des gouverneurs et des intendants français du Canada.Il serait trop long d\u2019en faire ici une énumération complète.Hotel-Dieu du Sacré-Cœur Fondé en 1873, grâce aux effoits de l\u2019archevêque de Québec généreusement secondé par le Chevalier Falardeau qui est reconnu comme son fondateur temporel.Le but de cette institution est entièrement charitable.L\u2019Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur est préposé au soin des enfants trouvés et des vieillards infirmes.De fondation relativement récente elle ne possède pas autant de reliques histo:iques que d\u2019autres institutions dont nous avons déjà pailé.On y trouve cependant des statues ayant appartenu à l\u2019ancienne église des Jésuites sous le régime français et plusieurs autres articles d\u2019un intérêt historique considérable, entre autres une toile ayant appartenu à la galerie de Lord Metcalf, ancien gouverneur du Canada. LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Hopital Jeffrey Hale Institution protestante fondée en 1865 par M.Jeffrey Hale et destiné aux malades protestants.Il fut d\u2019abord construit sur la falaise qui domine la banlieue de St-Roch, à l\u2019angle des rues Richelieu et Des Glacis.Il resta ouvert à cet endroit jusqu\u2019en 1901 alors qu\u2019il fut remplacé par un établissement plus considérable sur la rue St-Cyrille, entre les rues Claire Fontaine et de Salaberry.Asile du Bon Pasteur.Fondé, le 11 janvier 1850, par Mme Roy et installé temporairement sur la rue Richelieu.Dans le mois d\u2019octobre de la même année, la société de Saint Vincent de Paul, avec l\u2019assistance du Chevalier Muit et de M.Cazeau achetè:ent sur la rue Lacheviotière, une maison qui répondait mieux aux intentions de la fondatrice.Cette institution a pris des développements considé.ables.En 1854, l\u2019Asile du Bon Pasteur fut reconstz:uit sur la même 1ue, puis on lui ajouta des annexes dans l\u2019o:d'e et aux adresses suivants : La Sainte Famille, rue Saint Amable (1860) ; Ste-Madeleine, rue Lachevrotière, (1876) ; Notre-Dame de Toutes G:âces, angle des 1ues Be:thelot et St-Amable, puis St-Joseph, 1ue Berthelot (1876) ; Académie St-Louis (1892) ; école St-Jean Berchmans, ouverte aux filles en 1890 et aux garçons en 1900.L\u2019Académie St-Louis fut établie dans le but de ciéer des 1essources à l\u2019asile du Bon Pasteur.Cette école est fr équentée actuellement par environ 150 élèves.L\u2019école du Bon Pasteur date de 1851 et le Conseil de l\u2019Instruction Publique lui donna en 1880 le titre d\u2019Académie.La communauté du Bon Pasteur a encore charge de l\u2019Asile St-Charles et de la Maternité ; le premier est une école de réforme pour filles et est établi dans l\u2019ancien Hôpital de Marine, près de la rivière St-Charles, que les sœurs achetèrent du gouvernement fédéral en 1891.La Maternité est située sur la rue Couillard.Sur la rive opposée de la rivière St- Charles, en face de l\u2019Asile St-Charles, se trouve l\u2019endroit exact où Jacques-Cartier rencontra Donacona en 1535.L\u2019Asile des des Saints Anges, rue Couillard, est une annexe de la Maternité.L\u2019Asile des Sœurs de la Charité Fondé en 1848, par Mgr Turgeon, archevêque de Québec, au moyen de collectes et de souscriptions dans tout son diocèse.Sous la direction des Sœurs de la Charité.Ces dernièzes 300 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE- dirigent aussi l\u2019Asile de St-Michel \u2018Archange, à la Canardière, sur la route de Beauport.De plus, les Sœurs de la Charité ont encore charge de l\u2019Asile St-Antoine à St-Roch, et de l\u2019Asile Ste-Brigite, sur la Grande Allée.Asile St-Antoine - Fondé le 28 octobre 1897 et établi dans le superbe bâtiment donné dans un but de chazité par le Cercle Catholique de Québec.11 est situé sur la rue St-François à St-Roch et est destiné aux vieilla: ds de la paroisse de St-Roch.Il fut augmenté d\u2019une aile en 1901.Asile Ste-Brigite Institution destinée aux catholiques irlandais et s'occupe des orphelins et des vieillards.On peut faire remonter sa fondation à 1856.\u2018C\u2019est cette année-là qu\u2019une première collecte faite parmi les officiers de la garnison (17 livres) fut remise au Rév.Père Nelligan pour le secours des pauvres.La propriété sur laquelle se trouve la bâtisse actuelle, sur la Grande Allée date de 1858.L'institution est sous la surveillance de cinq syndies dont quatre laïques et un chapelain.Le Palais Episcopal Situé au sommet de la Côte de la Montagne là où la iue s\u2019étend en éventail ent'e la 1ue Dd Fout, la rue conduisant au vieux fo:t de Champlain et celle qui conduit au vieux Chateau St-Louis.On en posa la pierre angulaire le 25 août 1844.C\u2019est une imposante construction en pierre de taille qui a coûté $65,800, et qui fut en grande partie é igée par Mg Tu geon.Comme son nom l\u2019indique, c\u2019est la résidence de l\u2019archevêque, Sa G andeur Mgr Bégin, de Sa Grandeur Mgr Roy, évêque auxiliaire, de Mg- Ma ois, G and Vicaire, et des messieurs p.êt:es attachés à l\u2019administ; ation du diocèse.Le palais épiscopal contient une chapelle, une sac:istie, et une salle du trône, a part les appa tements particulie s de ceux qui y habitent.On y trouve plusieurs toiles rema-quables, dont les port aits des évêques de Québec, des Papes Pie VI, Giégoi e XVI, Léon XIII et Pie X, de feu Son Eminence le Ca dinal Tasche eau, etc, ainsi que de très précieuses archives.Paimi les souvenirs ayant appartenu à des pe:sonnages éminents, on y conse: ve 1x \u2014 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 301 4 deux croix pectorales ayant appartenu à Mgr de Laval, une montre en or de Mgr Plessis, une autre de Mgr Signay, une croix pectorale en or, souvenir de Son Eminence le cardinal Franchi.LE PALAIS EPISCOPAL.L\u2019Ecole Normale Laval L\u2019Ecole Normale Laval fut inaugurée le 12 mai 1857, dans le Vieux Chateau ou ¢ Chateau Haldimand \u201d\u2019.Le siège du gouvernement à cette époque n\u2019était pas stable.Le parlement siégeait à certaines époques à Kingston ou à Toronto et à d\u2019autres à Montréal ou à Québec.De 1860 à 1865 on se servit de l\u2019Ecole Normale pour les Départements Publics de l\u2019administration.Les classes se tenaient alors dans la maison aujour- d\u2019hui occupée par les Jésuites sur la rue Dauphine.L\u2019Ecole Normale retourna dans le Vieux Chateau en 1866 et y resta jusqu\u2019en 1892, alors que la vieille bâtisse fut achetée par la Compagnie du Chemin de fer Canadien du Pacifique et démolie pour faire place au Chateau Frontenac.L'Ecole Normale fut alors transportée au pensionnat de l\u2019Université Laval où elle resta jusqu\u2019en 1900.Elle occupe maintenant la propriété achetée de M.J.Théodore Ross, sur le chemin de Ste-Foye, tout près et en dehors des limites de la ville.Le gouvernement a payé $9,000 pour cette propriété et y a ajouté depuis une aile où se trouve une chapelle et un corps de logis à l\u2019usage des élèves.jai Homie pdt rb AI RR nb I AA exe De re 302 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Lo Club de la Garnison Situé sur la rue St-Louis, tout près des murs et en face de l\u2019Esplanade.Il occupa d\u2019abord le vieil \u201c Office du Génie \u201d dont on peut voir encore une gravure datée de 1820.Il fut fondé en 1879 et eut pour premier président le Lieutenant Colonel Duchesnay, D.A.G.Il fut à son origine destiné aux- officiers seulement, mais on a fini par y admettre les civils.Il possède des archives très intéressantes concernant surtout les premiers jours de la domination anglaise au Canada.L\u2019Hotel de Ville L'hôtel de ville actuel se trouve en face de la Cathédrale, \u201c sur le terrain occupé autrefois par le vieux collège des Jésuites.Ce collège servit de casernes pendant longtemps et on l\u2019appelait alors les \u2018\u201c casernes des Jésuites.\u201d Dans le mois de novembre 1889, une partie du terrain sur lequel il se trouvait fut acheté pour y ériger des édifices publics, le vieil hôtel de ville se trouvant alors sur la rue St-Louis.La pierre angulaire.du nouvel édifice fut posée le 13 août 1895 et l'inauguration eut lieu le 19 septembre de l\u2019année suivante sous la présidence du maire Parent.Cet édifice a coûté $150,000.La Prison La plus vieille prison de Québec s\u2019élevait sur le terrain appartenant à la famille de Bécancour, près du Fort St-Louis, à l\u2019angle des rues St-Louis et des Carrières, à peu près en face de l\u2019entrée principale de la cour du Chateau Frontenac.Pendant les dernières années de la domination française la prison était située en arrière du Palais de l\u2019intendant, près de la rivière St-Chailes, à un endroit appelé communément \u201cla cour à charbon \u201d.En 1784 ce furent les chambres inoccupées du couvent des Récollets qui servirent de prison.Lorsque le couvent eut été détruit par le feu, les prisonniers furent gardés dans les bâtisses voisines des casernes militaires près de la Côte du Palais.En 1810, on commença la construction d\u2019une prison sur le teriain situé entre les rues St-Stanislas, Dauphine et Ste-Angèle ; cette prison fut inaugurée en 1814 et employée jusqu\u2019en 1867.C\u2019est la bâtisse actuelle du Collège Morrin.On n\u2019a remplacé que la porte principale qui se trouve sur la LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 303 rue St-Stanislas.Au-dessus de la porte de cette prison se trouvait l\u2019inscription assez originale que voici : À.D.MDCCCX L.A.Rec.Georgio III Prov.Gus.D.D.J.H.CRarc, Br.Eqr.CARCER ISTE BONOS A PRAVIS VINDICANRT POSSIT.La pose de la pierre angulaire de la prison actuelle sur la Grande Allée eut lieu le 4 septembre 1861, mais la prison ne fut prête à recevoir les prisonniers que dans l\u2019année 1867.Le shérif en prit possession le ler juin 1867.C\u2019est tout près de cette prison que se trouve le monument de Wolfe érigé à l\u2019endroit où est mort ce général anglais pendant la bataille des Plaines d\u2019Abraham.Tout près de là se trouve aussi l\u2019Observatoire.Le Palais de l\u2019intendant C\u2019est l\u2019ancienne résidence de l\u2019intendant Talon.Ce dernier avait fait construire une brasserie, au pied de la Côte du Palais, édifice qui ne fut terminé qu\u2019en 1671.Mais cette entreprise n'ayant pas réussi, l\u2019intendant convertit ce bâtiment en une résidence qu\u2019il habita lui-même et où se réunit dans la suite le Conseil Souverain.La brasserie de Talon fut détruite par le feu en 1713, dans la nuit du 5 au 6 janvier.Sur ses ruines fut construit le \u2018\u201c Palais de l\u2019intendant.\u201d C\u2019est dans ce palais que la Justice fut administrée à Québec pendant les dernières années du régime français.Il fut presque entièrement démoli pendant le siége de Québec en 1759.Il est aujourd\u2019hui occupé par une grande brasserie (l\u2019établissement Boswell), de sorte que ce bâtiment est finalement retourné au but pour lequel on l\u2019avait d\u2019abord construit.Sénéchaussée Le premier édifice dans lequel siégea la Cour du Sénéchal s\u2019élevait au pied de la rue Mont Carmel, près de l\u2019extrémité -nord-est du jardin du Gouverneur.La cour fut ensuite transférée dans un bâtiment situé à l\u2019endroit où se trouve actuellement le palais de justice.Le terrain actuellement occupé par 304 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE le palais de justice et la cathédrale Anglicane avait été donné par Louis XIV aux Récollets en 1681, pour qu\u2019ils y construisissent un hospice.Les missionnaires y établirent une branche de leur monastère de Notre-Dame des Anges.Ce couvent se trouvait sur la partie nord-est du terrain actuellement occupé par l\u2019église anglicane.Le Palais de Justice Situé à l\u2019angle de la rue St-Louis et de la Place d\u2019Armes.Fut inauguré le 21 décembre 1887.Le terrain sur lequel il est élevé couvre une superficie de 46,777 pieds.Le vieux palais de justice, situé sur la rue St-Louis fut détruit par le feu le 1er février 1873.Dans l'intervalle les cours siégèrent dans le vieil hôpital militaire, en arrière de la rue St-Louis et cela pendant 14 ans.Le palais de justice actuel, de style renaissance et rappelant les vieux châteaux de l\u2019époque de François Ier, a coûté $940,759.C\u2019est sans contredit un des plus beaux édifices de Québec.Le Couvent des Recollets La place de la Sénéchaussée, où s'élèvent maintenant le Palais de Justice et l\u2019église anglicane, fut donnée par le roi Louis XIV aux RR.PP.Récollets, en 1681.Les Récollets de Notre- Dame-des-Anges, qui avaient ainsi reçu de Louis XIV, en 1681, le don de l\u2019emplacement occupé antérieurement par la Sénéchaussée, en face du fort Saint- Louis, y établirent une succursale de leur monastère que l\u2019on appela : \u201cLe Couvent du Château.\u201d Plus tard, en 1693, Monseigneur de Saint-Vallier ayant obtenu de l\u2019 Hôtel-Dieu du Précieux-Sang un essaim de religieuses pour fonder un \u201c hôpital général \u201d à Notre-Dame-des-Anges, les Récollets cédèrent leur établissement des bords de la rivière Saint-Charles,.et le \u2018 Couvent du Château \u201d, quoique insuffisant, devint leur unique établissement à Québec.C\u2019est à cette époque que fut construite la belle église des Récollets (1) que Charlevoix disait être : \u2018\u201c digne de Versailles \u201d, et qui couvrait un espace dont les bornes est et ouest seraient aujourd\u2019hui le centre du haut de la Place d\u2019Armes et l\u2019extrémité sud-est du terrain occupé par le Palais de Justice.Elle était ornée de vitraux coloriés (1) La construction en fut commencée le 14 juillet 1693. - LA REVUE FRANCO-AMERICAINE 305 et ide beaux tableaux dus au pinceau du célèbre Frère Luc.La flèche de son clocher, que respectèrent les obus en 1759, était d\u2019une pureté de lignes admirable.Le premier couvent ou \u2018\u2018 Couvent du Château \u201d, s\u2019élevait à peu de distance, sur la partie nord-est du terrain occupé aujourd\u2019hui par l\u2019église anglicane.Le deuxième couvent, construit après l\u2019année 1700, était contigu à l\u2019église, et'formait avee celle-ci un carré parfait.Au centre se trouvait la cour, qui était spacieuse et de forme régulière.| Le clocher de 1\u2019église des Récollets s\u2019ékevait au point précis où se trouve aujourd\u2019hui l\u2019entrée principale du Palais de Justice.Tout le corps de l\u2019édifice (l\u2019église) était sur la Place d\u2019Armes.Le couvent, qui lui était contigu, (le deuxième couvent), était construit en grande partie sur la Place d\u2019Armes, en moindre partie sur le terrain du Palais de Justice, et en moindre partie encore sur le terrain de l\u2019église anglicane.L\u2019église et le couvent des Récollets furent détruits par un incendie le 6 septembre 1796.Le gouvernement anglais s\u2019était déjà emparé d\u2019une partie du couvent des Récollets, et l\u2019on s\u2019était même servi de l\u2019église de ces religieux pour le culte anglican, à certains jours déterminés.D\u2019autre part, le gouvernement avait pris presque complètement possession du \u201c\u2018 collège de Québec \u201d\u2019, ou collège des Jésuites, et l\u2019on y administrait la jurtice depuis 1763.Le dernier Commissaire de l\u2019Ordre des Franciscains Récollets reconnu par le gouvernement anglais, (le R.P.Félix de Berey) étant décédé à Québec, le 18 mai 1800, les biens de l\u2019Ordre tombèrent pratiquement en déshérence, et le gouvernement s\u2019empara d\u2019une partie du terrain du couvent incendié le 6 septembre 1796 pour y ériger les \u201c Salles d\u2019Audience et Offices \u201d du district de Québec conformément à la législation ci-dessus indiquée.Cette construction, à laquelle on donna plus tard le nom de Palais de Justice, fut terminée en 1804.Des additions suecessives furent faites au Ipan primitif, et l\u2019édifice finit par coûter $120,000.00.Il était en parfait ordre lorsqu\u2019il fut détruit par un incendie, le ler février 1873.L\u2019Ecole des Arts et Métiers à Québec L\u2019école des arts et métiers, à Québec, a été construite sur un terrain donné au conseil des arts et manufactures par l\u2019honorable James-Gibb Ross, sénateur, par contrat passé devant Mtre J.-A.Charlebois, notaire, le 25 août 1884. 306 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Le ministre des Travaux Publics, \u2018\u2018 agissant comme fidéi commissaire pour le conseil des arts et manufactures\u2019, recut cette donation et confia l\u2019érection de l\u2019école à M.Ferdinand de Varennes, constructeur, par contrat portant la date du 25 septembre 1884.(Charlebois, notaire).Les plans et devis de l\u2019édifice avaient été préparés par M.J.-F.Peachy, architecte.L\u2019Hotel du Gouvernement (1) Le terrain sur lequel a été construit l\u2019Hôtel du Gouvernement, à Québec, faisait autrefois paitie du fief Saint-François, dont la création en terre noble et la première concession, par la Compagnie de la Nouvelle-France au sieur Jean Bourdon, remonte au 10 mars de l\u2019année 1646, sous le gouvernement de M.de Montmagny.Ce terrain est situé immédiatement au nord-ouest de la Grande-Allée, à proximité de la porte Saint-Louis, dans la partie de la ville appelée Quartier Montcalm (extra muros), et porte le numéro 4436 du cadastre officiel de ce quartier.Sa superficie est de 251,763 pieds, mesure anglaise.Il fut acheté du gouvernement du Canada, par la province de Québec, le 14 août 1876, sous le gouvernement de Boucherville, au prix de $15,000, spécialement pour y ériger l\u2019édifice de la Législature et des Départements publics.On l\u2019appelait alors Cricket Field.Ce terrain était autrefois borné au nord-est par la rue Saint-Eustache.La portion de cette rue qui touchait ainsi au terrain de l\u2019Hôtel du Gouvernement a été cédée, il y a quelques années, par la corporation de la cité de Québec, au gouvernement de la Province, à certaines conditions.Elle forme aujourd\u2019hui l\u2019allée dite de la Fontaine, et court parallèlement à la façade du Palais Législatif, entre la Grande Allée et la rue Saitnte-Julie.Elle touche à la base même de la fontaine dédiée aux races aborigènes de l\u2019Amérique du Nord, qui fait face à l\u2019entrée d'honneur du Palais.La par tie de l\u2019édifice qui donne sur l\u2019avenue Dufferin (corps principal) est occupé par le Conseil Législatif et l\u2019Assembléee Législative ; on la désigne sous le nom spécial de \u2018\u2018 Palais Législatif.\u201d Les trois autres côtés de l\u2019édifice sont appelés \u2018\u201c\u201c Départements Publics 7\u2019 ; ils font face, respectivement, à la Grande Allée, à la rue Saint-Augustin, et à la rue Sainte-Julie.On y a installé les bureaux du Lieutenant-Gouverneur, du Conseil Notes de M.Ernest Gagnon, Exe Pro gi Tn ue \u2018, LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 307 Exécutif, du Procureur-Général, du Trésor, du Secrétariat Provincial ; les dépa:tements de l\u2019Agriculture et de la Colonisation, des Travaux Publics, des Terres de la Couronne, de l\u2019Instruction Publique ; la bibliothèque de la Législature, le ; bureau de !\u2019Imprimeur de la Reine, etc.| L\u2019'HoTeEL pu GOUVERNEMENT Chacune des façades du bâtiment 300 pieds de longueur; mais, en tenant compte des saillies des angles, des avant-corps et du campanile, la ligne du contour exté ieur atteint un développement de 1,405 pieds.La ligne du contour intérieur (donnant sur la cour) est de 857 pieds.: LE TO UMeraunaitL EG 1 NERREE 1 CERN ed rn iG RTE rl br 308 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Le coût total de l'Hôtel du Gouvernement, c\u2019est-à-dire de l\u2019édifice du Palais Législatif et des Départements publics, y compris les sommes payées pour la construction de la fontaine et de la clôture en granit, pour l\u2019acquisition des terrains de l\u2019ancien Cricket-Field, de l\u2019ancien patinoir et de partie de la rue Saint-Eustache pour le nivellement et l\u2019embellissement de ces terrains, ainsi que le prix des statues de la façade principale et de la fontaine, etc, etc.\u2014est de $1,669,249.16, (un million six cent soixante et neuf mille deux cent quarante-neuf piastres et seize centins).Deux accidents ont un peu augmenté le coût de l\u2019édifice : lo, l'incendie de l\u2019ancien Parlement, voisin de l\u2019archevêché, arrivé le 19 avril 1883, qui occasionna les frais d\u2019une installation temporaire dens l\u2019édifice en voie de construction pour la session suivante de la Législature ; 20, la double explosion de dynamite \u2018causée par des mains criminelles, le 11 octobre 1884, et qui nécessita certains travaux de reconstruction.Les travaux de construction du Palais Législatif exécutés en vertu du contrat du 9 février 1883, furent terminés dans l\u2019automne de 1886, sous le ministère Ross.Les travaux de maçonnerie des trois côtés de l\u2019édifice donnant sur les rues Grande Allée, Saint-Augustin et Sainte- Julie, furent commencés dès l\u2019année 1877 par les entrepreneurs Piton et Cimon.Ils furent interrompus à l\u2019automne, puis repris au printemps de 1878.Le millésime \u2018\u2018 1878 \u201d, que l\u2019on voit sur l\u2019avant-corps central de la façade de la Grande Allée, indique l\u2019année même où l\u2019on a placé la pierre portant ce chiffre, et non l\u2019année du commencement des travaux.Le style de l\u2019Hôtel du Gouvernement peut être appelé style renaissance française du XVII siècle.Car la renaissance des formes classiques s\u2019est manifestée de diverses manières, en France, en Allemagne, en Italie, ete.; puis, ces manifestations se sont successivement modifiées et ont formé en quelque sorte des époques secondaires dans l\u2019époque générale.La façade principale du vaste carré de l\u2019Hôtel du Gouvernement est remarquable par les belles proportions de sa tour centrale, dédiée à Jacques Cartier, par la pureté de lignes des avant-corps accolés à cette tour, dédiés \u2014l\u2019un à Champlain, l\u2019autre à Maisonneuve, \u2014par l\u2019élégance des pavillons des angles et par tout l\u2019ensemble de l\u2019ornementation.Au rez-de-chaussée du campanile, ou tour centrale, se trouve l'entrée d\u2019honneur par laquelle le Lieutenant-Gouver- a \u2014_\u2014 ss Ty tH TD rT ei.vert: mY rt 4 \u2014\u2014\u2014 eo \u2014 = 5 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE 309 neur se rend au Conseil Législatif pour y rencontrer les membres des deux Chambres de la Législature, dans les grandes cérémonies officielles du commencement et de la fin de chaque session.Les niches pratiquées dans a maçonnerie de la façade du campanile et des avant-corps de centre, devront contenir les statues de Jacques Cartier, le découvreur du Canada ; de Champlain, le fondateur de Québec ; de Maisonneuve, le fondateur de Montréal ; de Laviolette, e fondateur des Trois- Rivières ; de Pie:1e Boucher, gouverneur des Trois-Rivières, type accompl de l\u2019ancien seigneur canadien ; puis celles du père de Brébœuf, le grand jésuite martyr, du père récollet Nicolas Viel, noyé par les Sauvages dans les rapides appelés depuis Sault-au-Récollet ; de Mgr de Montmorency-Laval, le premier évêque de Québec ; de M.Olier, le fondateur de la Compagnie de Saint-Sulpice et de la Compagnie de Notre-Dame de Mont éa ; enfin celles de F.ontenac, de Lévis, de Wolfe, de Montcalm, et de deux célébrités du dix-neuvième siècle : Lord Elgin et le colonel Charles-Michel de Salabe vy.Les armes de chacun des personnages dont on vient de lire les noms,\u2014celles de leur famille ou celle de leur ville ou de leur institut\u2014sont sculptées dens la pierre au-dessus de chaque niche.La disposition de ces niches et de ces statues indique une perception t.ès nette des grandes lignes de l\u2019histoire du Canada : Le fronton de l\u2019avant-corps dédié à Champlain est surmonté d\u2019un beau groupe en bronze de M.Philippe Hébert : La Poésie et l\u2019Histoire .un autre groupe en bronze du même auteur : La Religion et la Patrie, couronne le fronton de l\u2019avant- corps dédié à Maisonneuve.En face de l\u2019entrée d'honneur, au pied du campanile, et établie dans la déclivité du terrain, se trouve la fontaine monumentale dédiée aux races aborigènes du Canada dont il a été pa lé plus haut.Son portique, qui est d\u2019ordre toscan, est orné, au sommet, d\u2019un groupe en bronze représentant une famille indienne.Tout au bas, au fond de la pièce d\u2019eau formée par une vasque quasi elliptique de quarante-cinq pieds de longueur, sur vingt-huit de largeur, un autre bronze, un \u2018\u201c pêcheur à la nigogue \u201d ou harponneur indien, dardant un poisson au milieu d\u2019une cascade, complète l\u2019ornementation de ce gracieux hors- d\u2019œuvre.> Voici la liste des statues exécutées par M.Philippe Hébert qui sont déjà placées au Palais Législatif : 310 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Campanile \u2014Wolfe, Montcalm.Avant-corps Champlain \u2014Frontenac, Elgin, La Poésie et l\u2019Hrstoire.Avant-corps Maisonneuve :\u2014Lévis, Salaberry, La Religion et la Patrie.Fontaine \u2014Une famille indienne.\u2014Un harponneur indien.Les décorations de l\u2019intérieur sont très élaborées et du meilleur goût.Il se ait inutile de vouloir en donner ici une description détaillée.Nous n\u2019en citons que quelques-unes : En pénétiant dans le premier vestibule de l\u2019entrée d\u2019honneur du Palais Législatif, on aperçoit, à droite, sculpté dans le parement en gi ès de l\u2019Ohio dont les murs de ce vestibule sont revêtus, l\u2019écusson du marquis de Lorne, avec la barque normande de la maison d\u2019Argyle et la devise : Ne obliviscaris.Au-dessous, les dates 1878-1883 indiquent la durée du terme d\u2019office du marquis de Lorne comme gouverneur-général du Canada.A gauche sont sculptées les armes du marquis de Lans- downe, ex-gouverneur-général, avec la devise : Virtute non verbis et les dates 1883-1888.Les lambris d\u2019appui en noyer noir des vestibules du rez- de-chaussée, du premier et du deuxiéme étage du Palais Législatif, sont ornés d\u2019arabesques, d\u2019armoiries et d\u2019inscriptions, ciselées et dorées, d\u2019un goût et d\u2019une science extrêmement remarquables.C\u2019est l\u2019histoire écrite en langue héraldique.On y lit, au rez-de-chaussée, les armes et les noms de personnages appartenant à la première période des annales historiques de l'Amérique du Nord et du Canada : Vérazzani, Sébastien Cabot, De la Roche, De Caen, Roberval, Pontgravé, Poutrincourt, De Monts, Léry, De Chaste, Pontchartrain, Châteaufort, Guer- cheville, Lauzon, Courcelles, Hocquart, Denonville, Bégon, Duquesne, la duchesse d\u2019Aiguillon, Madame de la Peltrie, Marie Guyart de l\u2019Incarnation.Dans un cartouche, au pied du grand escalier du vestibule, on voit, tracés en or, un soleil éclairant le monde, avec la devise: Nec pluribus ampar et inscription \u201c\u201c Louis XIV.\u201d En face, sur un autre cartouche, sont gravés les armes et le nom de Colbe: t.À l'étage supérieur, et dans les situations identiques, sont les armoiries de George III d\u2019Angleterre et de son ministre William Pitt.\u2019 Le visiteur a gravi un escalier et l\u2019histoire a marché d\u2019un siècle. LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 311 D\u2019autres noms, d\u2019autres devises frappent son regard.Les sculptures et les incrustations en or sur noyer noir des portes monumentales des salles de délibérations du Conseil Législatif et de l\u2019Assemblée Législative, de même que celles des trônes occupés par les présidents des deux Chambres, font l\u2019admiration de tous les étrangers.Le millésime \u2018\u2018 1792 \u201d\u2019, date de la mise en force de la constitution inaugurant le régime parlementaire en Canada, et le millésime \u2018\u201c 1867 \u201d\u2019, date de l\u2019établissement de la Confédération, sont incrustés sur les battants des grandes portes des deux Chambres, au milieu de palmes d\u2019une suprême élégance.Les salles de délibérations du Conseil Législatif et de l\u2019Assemblée Législative sont de dimensions identiques ; soixante- sept pieds de longueur, cinquante pieds de largeur, trente-trois pieds de hauteur.Deux cents lampes électriques, fixées au plafond, éclairent la salle des délibérations de l\u2019Assemblée Législative.Cà et là, dans plusieurs autres parties de l\u2019édifice, sont disposées : Les armes d\u2019Angleterre : \u201c Ecartelées au premier et au quatrième de gueules à trois léopards d\u2019or, l\u2019un sur l\u2019autre,\u201d avec la devise : Dieu et mon Droit .Les armes de l\u2019Ecosse : \u2018\u201c D\u2019or, chargé d\u2019un lion de gueules entouré d\u2019un double trescheur fleuronné et contre-fleuronné du même,\u201d avec la devise : Nemo me impune lascessit ; Les armes de l\u2019Irlande : \u201c D\u2019azur à la harpe d\u2019or \u201d, avec la devise : Erin go Bragh ; Et les armes de l\u2019ancien royaume de France, le pays d\u2019origine de la plupart des habitants de la province de Québec : \u201c D\u2019azur & trois fleurs de lis d\u2019or,\u201d avec le cri de guerre : Montjoye Saint-Denis.Puis, s\u2019il en a le temps et le courage, le touriste devra faire l\u2019ascension du campanile, haut d\u2019une couple de cents pieds et d\u2019où l\u2019on a une vue d\u2019ensemble de Québec et du port dans un panorama sans égal.Spencer Wood Le domaine de Spencer-Wood, sur le chemin St-Louis, portait, il y a un siècle, le nom de Powell-Place, d\u2019après le nom de son propriétaire, le général Henry-Watson Powell.Vers le commencement du dix-neuvième siècle, le domaine passa aux mains de M.LeHouillier, qui le vendit à l\u2019honorable Michael- 312 LA REVUB FRANCO-AMERICAINE Henry Perceval, percepteur des douanes à Québec, membre du Conseil Législatif et du Conseil Exécutif.Celui-ci avait pour parent et protecteur l\u2019honorable Spencer Perceval, chancelier de l\u2019Echiquier de la Grande-Bretagne, et c\u2019est en l\u2019honneur de ce dernier personnage, qui ne vint probablement jamais en ce pays, que le nom de Spencer-Wood fut substitué à celui de Powell-Place.De 1808 à 1811, pendant la restauration du château Saint- Louis, le gouverneur sir James-Henry Craig, habita le château de Powell-Place qui devait devenir plus tard la résidence officielle de lord Elgin et de sir Edmund Head.M.Henry Atkinson acheta Spencer-Wood en 1833, et il en vendit la plus grande partie au gouvernement en 1852 et en 1854, au prix de $41,600.00.Le nom de Spencer-Wood resta attaché à la portion est de la propriété (celle qu\u2019avait achetée le gouvernement et où se trouvait le château) ; la portion ouest se nomme aujourd\u2019hui Spencer-Grange : Monsieur J.-M.LeMoine, allié de la famille de M.Atkinson, en est le propriétaire.Après l'incendie du Parlement, à Montréal, en 1849, le gouvernement du Canada songea à faire construire un édifice sur le terrain du Jardin du Fort, à Québec, pour y installer les ministères publics, et à faire ériger une résidence pour le gou- verneur-général sur la terrasse Durham, un peu au nord-est du château Frontenac actuel ; mais ce projet fut abandonné, et lorsque la capitale du Canada fut transférée à Québec, en 1852, le gouvernement fit du château de Spencer-Wood la résidence officielle du gouverneur-général du Canada, qui était alors lord Flgin.Le successeur de lord Elgin, sir Edmund Head, habita aussi l\u2019ancien château de Spencer-Wood.Ce vaste édifice fut détruit par un incendie le 28 février 1860, jour de l\u2019ouverture du Parlement.C\u2019était un bâtiment d\u2019une très belle apparence, mais qui était devenu passablement délabré.Le château actuel a été construit au cours des années 1862 et 1863, et il fut inauguré par lord Monck, gouverneur-général du Canada.Sous le régime de la Confédération, c\u2019est-à-dire depuis 1867, le château a été la résidence officielle de tous nos lieutenants-gouverneur.\\ LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 313 La Citadelle et les Fortifications Québec a été appelé le \u201c Gibialtar de l\u2019Amésiique \u201d à cause de son site et des fortifications qu\u2019il possède.Aussi le touriste tient-il toujours à visiter sa citadelle et ses principales fortifications.| C\u2019est de la Terrasse Fi ontenac que l\u2019on a la meilleure vue de\u201dla\"citadelle et des fortifications imposantes qui l\u2019entou:ent PORTE DE LA CITADELLE avec ses 40 acres de champ de parade, ses bastions, ses fossés, le tout situé sur le point le plus élevé du Cap Diamant et dominant la rade.On entre dans la forteresse par ce qu\u2019on appelle la Côte de la Citadelle à l\u2019est de la porte St.Louis.sur la rue 314 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE St-Louis, et par la Porte de Chaînes qui donne accès dans les fossés, puis par la Porte Dalhousie qui introduit les touristes au cœur même de la citadelle.\u2018La, un des soldats du corps de garde se met obligeamment à la disposition des visiteurs.Un pourboire n\u2019est pas rigueur, mais il est de très bon ton.Après avoir traversé le champ de parade et passé devant le quartier des officiers puis celui des soldats, on arrive sur le Bastion du Roi d\u2019où l\u2019on a un point de vue qui est cité comme l\u2019un des plus beaux du monde sans excepter Naples.La résidence du Gouverneur Géné al, le quartier des officiers, l\u2019arsenal, les écu ies, les bâtiments, le Musée militaire, sont autant de sujets d\u2019att action qu\u2019il importe de ne pas ignorer.Le Bastion du Roi est à plusde 300 pieds au-dessus du niveau du St-Lament.Les fo tifications du Cap Diamant furent teconst uites en 1823 pa les Anglais et coûtè ent environ $25,000,000.Au milieu du champ de parade est conser vé un petit canon en cuivre qui fut pris aux américains à la bataille de Bunker Hill.Et on raconte de nombreuses anecdotes sur les réflexions échangées entre soldats de la garnison et touristes américains au sujet de ce souvenir historique intéressant de diverses manières les citoyens des deux pays.On dit même que de jeunes américains tentèrent un jour d\u2019enlever cette relique et furent si près de réussir que depuis on la surveille avec plus d'attention que jama s.Glorieux Souvenirs de France Québec possède deux fameuses reliques qui sont à peine remarquées de la majorité des touristes ; ce sont deux canons russes exposés sur la Terrasse Frontenac et placés un de chaque côté de l\u2019estrade des musiciens.Ces deux canons furent pris à la tour de Malakof, que les Français emportèrent d\u2019assaut le 8 septembre 1855, pendant la guerre de Crimée, au siége de Sébastopol.Français et Anglais étaient alliés dans cette guerre et les premiers donnèrent à leurs amis d\u2019alors ces deux magnifiques pièces d\u2019artillerie qui furent envoyées au Canada comme marque de l\u2019entente cordiale qui existait entre les deux nat ons.Cette entente vient d\u2019être ressuscitée après quelques années d\u2019une froideur dont les Français eurent à souffrir surtout en 1870.On reconnaît l\u2019origine des canons dont nous venons de parler à l\u2019aigle impérial russe qui orne le dessus de la pièce. Vieux articles et vieux ouvrages Un article de \u201c l\u2019Abeille \u201d, publié en (849 sur l'immigration des Canadiens-Français aux Etats-Unis, ses causes et les moyens de l\u2019enrayer.À quoi doit-on attribuer l\u2019émigration des Canadiens vers les Etats-Unis ?Qu\u2019est le chiffre de cette émigration ?Quels seraient les moyens propres à arrêter ou à la diminuer ?Telles étaient lesquestions qui avaient été proposées, pendant la dernière session du parlement, à un comité spécial dont les travaux ont été inter ompus et les documents détruits, en grande partie, lors de l\u2019incendie du parlement.On a publié, il n\u2019y a pas longtemps, le rapport de ce comité.Nous en donnons ici une analvse très succinte.Le comité a cru devoir borner ses recherches et sas calculs aux cinq dernières années.L\u2019émigration a commencé à la suite des troubles de 1837 et 1838.Elle était encouragée par les efforts qu\u2019on faisait alors aux Etats-Unis pour favoriser la colonisation et par les travaux de chemin de fer.Elle se bornait au diocèse de Montréal.En 1844 l\u2019émigration fut plus considérable qu\u2019elle n\u2019avait encore été.Ie mal gagna bientôt Québec, et, à la suite des incendies de 1845, nombre de familles furent forcées de s\u2019expatrier.Dans les districts des Tiois-Rivières et de Saint François, les cultivateurs gagnaient ordinairement les townships, puis passaient les lignes au bout de quelques années.Ce n\u2019est que depuis deux ans que les cultivateurs des comtés au-dessous de Québec vendent leurs terres pour aller s\u2019ètablir aux Tlinois.L\u2019année dernièe un très grand nombre de journaliers de Montréal et des comtés de l\u2019Ottawa sont passés à l\u2019étranger.On estime par les 1enseignements, que 10,000 émigiants ont quitté depuis cinq ans le diocèse (1) L\u2019Abeille était un petit journal publié au Séminaire de Québec par les élèves sous la direction de leurs professeurs.L'article que nous reproduisons aujourd\u2019hui intéressera, nous n\u2019en doutons pas, nos compatriotes des Etats-Unis, en leur faisant connaître la façon dont on appréciait leur départ dès les premières années de leur exode vers la république américaine.Ceux qui s\u2019intéressent à la colonisation, il doit y en avoir encore, y trouveront des suggestions qui paraissent encore fraîches à 60 ans de distance, 316 \u2018 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE de Montréal et 4,000 celui de Québec ; toutefois le comité croit encore rester au-dessous- de la vérité en portant à 20,000 le nombre total des personnes qui ont quitté le Canada pendant les cinq dernières années.On peut distinguer huit classes d\u2019émigrans.Première classe \u2014Ouvriers de Québec et de Montréal formant les deux tiers de l\u2019émigration.Cause d\u2019émigrathon.Etat précaire du commerce et de l\u2019industrie en Canada.Manque de manufactures et de travaux publics.Haut prix des gages aux Etats Unis.Sort à l\u2019étranger.Ils travaillent aux canaux et chemins de fer, dans les manufactures ou dans les chantiers.Leurs salaires sont élevés, mais les dépenses sont fortes.Quelques-uns parviennent à s\u2019établir confortablement.Deuxième classe.\u2014 Ouvriers de nos campagnes.Cause d\u2019émigration.Manque d\u2019ouvrage.Les cultivateurs étant ordinairement adroits exécutent' eux-mêmes ce qu\u2019ils demanderaient à l\u2019ouvrier manque de manufactures et de travaux publics.Sort à l\u2019étranger.Le même que la précédedte : ils ont pourtant moins de chances de succès.Troisième classe.\u2014 Rajtsmen.Qui ne trouvent plus d\u2019emploi dans les chantiers de l\u2019Ottawa.Sort à l\u2019étranger.Le plus déplorable : ils y sont employés aux ouvrages les plus vils ; on les y considèrent par leur mauvaise conduite comme le rébut de la société.Quatrième classe.\u2014Fils de bonne famille de cultivateurs.Cause d\u2019émigration.Difficulté de se p:ocurer des terres à cause dec leur haut prix.Refus des seigneurs de concéder.Exigence des grands propriétaires.Manque de voies et de communications faciles.Défaut d\u2019inst:uction et c:édulité chez les jeunes gens.Contagion de 'exemple.Imprévoyance des parents qui ne songent pas à acheter des terres pour leurs enfants, mais mo: cellent ent:e eux la ferme qu\u2019ils leur laissent.Cinquiéme classe.\u2014Familles de pauvies cultivateurs des seigneuries.Cause d\u2019émigration.Dettes causées souvent par le luxe.Mauvaises récoltes.Distance du ma:ché et manque de chemin et de navigation par la vapeur.Taux élevés des rentes dans les nouvelles concessions.Sort à l'étranger.Ils travaillent chez les cultivateurs américains ou dans les manufactures.Quand ils ont vendu leurs terres à un prix assez élevé ils gagnent les Etats de l\u2019Ouest et y prospèrent assez souvent. LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 317 Sixième classe \u2014Défricheurs des Townships.Cause d\u2019émigration.Difficultés insurmontables résultants du manque de voies de communication, ou de leur mauvais état.Sort à l\u2019étranger.Le même que la précédente.Septième classe.Habitants à leur aise qui vendent leurs terres et partent pour l\u2019Ouest.Cause d\u2019émigration.Mauvaises récoltes.Défaut d\u2019instruction qui s\u2019oppose à l\u2019amélioration de l\u2019agriculture.Manque de voies de communication, de centres qui serviraient de marché.Propagande des émigrés vers l\u2019Ouest.Inquiétude.causée par l\u2019instabilité des institutions municipales.Déclamations des demi-savants et éteignoirs, fondées sur l\u2019horreur des taxes.Sort à l'étranger.Ils prospè:ent généralement.Ils succombent souvent aux maladies endémiques ou contractent avant de s\u2019acclimater des infirmités pour la vie.L\u2019émigiation de cette classe, \u201cle nerf et la richesse d\u2019un pays,\u201d n\u2019a pris de l\u2019extension que depuis deux ou trois ans.Huitième classe \u2014Jeunes gens instruits appartenant à des familles pauvres.Cause d\u2019émigration.Petit nombre de carrières ouverte à la jeunesse instruite ; ni armée, ni marine.Encombrement des professions libérales.Injuste préférence accordée aux jeunes gens d\u2019une origine sur ceux de l\u2019aut:e.Etat précaire du commerce et de l\u2019industrie qui empêchent les jeunes gens de s\u2019y livrer.Préjugés sociaux qui rabaissent ces deux carrières.Instruction impropre ou insuffisante.Sort à l\u2019étranger.Bon nombre de jeunes canadiens ont réussi aux Etats-Unis dans le commerce ou les professions libérales, quelques-uns se sont distingués dans l\u2019armée américaine.Beaucoup se livrent à des excès déshonorants.Cette classe d\u2019émigrants se dirige ordinairement vers New York et la Houvelle Orléans où plusieurs périssent par suite du climat et de fièvre.Pour arrêter cette émigration devenue une vraie calamité pour le pays, le comité propose divers moyens.Le gouvernement a mis en œuvre une des mesures les plus efficaces en encourageant la colonisation par la réduction du prix des terres à des termes faciles ; et Rimouski, les Townships de l\u2019est, le Saguenay et l\u2019Outaouais s\u2019offrent au défricheur, le gouvernement s\u2019occupe d\u2019y établir des centres judiciaires et l\u2019a déjà fait au Saguenay.Mais c\u2019est en vain qu\u2019on procurera à la population qui s\u2019y porte tous ces avantages, si on ne la met pas, par des voies et des communications en rapport avec le reste de la province.Il serait urgent de terminer celles 318 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE qui sont commencées et d\u2019améliorer celles qui existent.On sent tous les jours les avantages d\u2019un chemin de Métis à Matane et des Trois Pistoles au Témiscouata.Dans les comtés de Dorchester et de l\u2019Islet, à Kamouraska, à Rimouski et dans d\u2019autres endroits de la province, de superbes et fertiles territoires seraient ouverts à l\u2019agriculture par de nouveaux chemins dont les frais seraient compensés par la vente des terres.D'ailleurs les déboursements forts légers seraient nécessaires, les colons travailleraient eux-mêmes pour payer leurs terres en tout ou en partie.Les belles terres du Saguenay ont attiré un nombre considérable de défricheurs.Il serait à désirer que le gouvernement étendit à deux ans encore le privilège, accordé à ceux qui s\u2019y établiraient jusqu\u2019au ler mai 1850, de ne payer que 1 sheling de l\u2019acre.Il serait nécessaire de rallier le Saguenay et les paroisse des comtés en bas de Québec à cette ville par la navigation à la vapeur.L\u2019Outaouais offre également une grande étendue de terrains excellents, et les colons qui s\u2019y établissent ont l\u2019avantage de trouver dans les chantiers un débit avantageux de leurs produits.On ne peut trop louer le zèle des Père Oblats qui ont engagé beaucoup de gens des chantiers à se fixer sur des terres dans les comtés de l\u2019Ottawa.Ici, comme ailleurs, le besoin de voies de communication se fait sentir.On avait commencé un chemin dans la direction du Grand Calumet en le poussant au-delà, jusqu\u2019aux Iles des Allumettes, on ouvrirait aux défricheurs 200 milles du sol le plusriche du pays.Les townships de l\u2019est ont occupé l'attention du gouvernement pendant les dernières vacances.Plusieurs nouveaux établissements y ont été faits.Ici encore on demande des chemins.Il serait très important d\u2019en ouvrir un de Gentilly au township de Blandford, et un autre qui unirait les riviéres St-François et Yamaska.Telles sont les mesures les plus urgentes pour encourager la colomsation et arrêter l\u2019émigration à l\u2019étranger.Parmi les moyens moins directs, on pourrait citer l\u2019ouverture d\u2019un chemin de Québec à un point quelconque des nouveaux établissements du Saguenay et l\u2019exécution du chemin de fer de Québec à Halifax, un obstacle au progrès des établissements récents, est le mauvais état des chemins qui ont coûté si cher au gouvernement et qui vont encore exiger de nouvelles dépenses.Il serait de l\u2019avantage LA REVUE FRANCU-AMÉRICAINE 319 des cultivateurs que le gouvernement se chargeât seul de l\u2019entretien de ces chemins, et qu\u2019il perçut un péage pour couvrir les frais exigés par les réparations.Un autre obstacle est le refus des grands propriétaires de vendre ou concéder leurs terrains ; ils se refusent ordinairement à contribuer à l\u2019ouverture des chemins et profitent ensuite des avantages qui en résultent.On doit signaler aussi les abus commis par certains seigneurs : \u201c Si la propriété a ses droits elle doit avoir aussi ses obligations et ses charges.\u201d On peut indiquer parmi les moyens de troisième classe l\u2019instruction publique et l\u2019amélioration de l\u2019agriculture.On doit déplorer les entraves qu\u2019on s\u2019attache à mettre de tous côtés au fonctionnement de la loi d\u2019éducation.\u201c L\u2019ignorance est la taxe la plus lourde et actuellement la seule cause possible.\u201d On fait des efforts louables pour organiser des sociétés et fonder un journal d'agriculture ; on n\u2019en a pas retiré tout le bien qu\u2019on en pouvait attendre.La démonstration pratique, l\u2019établissement de ferme modèle pourraient seuls faire faire des progrès rapides à l\u2019agriculture.: L'établissement de manufactures aux produits desquelle on accorderait protection, et la réalisation de certains travaux publics donneraient de l\u2019ouvrage à la population surabondante.La construction de docks et bassins dans la rivière St-Charles, l\u2019amélioration du port de Québec et du fleuve au-dessous de cette ville, outre qu\u2019elles occuperaient bien des bras inactifs, nous mettraient à même de tirer tout l\u2019avantage possible de nos immenses travaux de colonisation et des libertés commerciales qui nous ont été accordées.Le comité exprime en finissant l\u2019assurance que l\u2019exécution de plusieurs des mesures qu\u2019il vient d\u2019indiquer aurait un effet prompt et décisif.A ce rapport sont dnnexés des détails intéressants et des renseignements précieux qui sont fournis en partie par les membres du clergé. Chronique artistique Le concert de Berthe Roy à Québec.C\u2019est avec des bravos enthousiastes, des applaudissements et des gerbes de fleurs que Québec a accueilli Berthe Roy l\u2019autre soir, dans la jolie salle de l\u2019Auditorium qui, durant tout l\u2019hiver, n\u2019avait vu que les danses grotesques des clowns, les pantomimes et les grimaces de chanteuses du Bowery et les farces démesurément niaises d\u2019amuseuis de bas étages.La condition où se t ouve le théâtre, en cette vieille ville française qui s\u2019est toujours laissée appeler l\u2019Athènes du Canada, n\u2019a pourtant pas détruit tout à fait le sens du bon et du beau, si on en juge par l\u2019auditoire nombreux qui emplissait l\u2019Auditorium le 4 juin.La petite fille-prodige qu\u2019était Berthe Roy, il y a huit ou dix ans, est devenue une gracieuse jeune fille et une artiste.Des traits harmonieux, de beaux yeux et de beaux cheveux noirs dont la masse, serrée par un cioissant, dessinait admirablement le front ; une taille souple, une démarche aisée, puis, par dessus tout, un air de vraie modestie et un sourire enchanteur, voilà pour le physique.L'artiste est remarquable par une technique très sûre, une bonne qualité de son, une force contenue considérable,\u2014je dirai plus\u2014admirable à cet âge, et une grande netteté d\u2019articulation.Mademoiselle Roy a joué sur un mauvais piano ; il n\u2019y avait rien à en tirer.Et cependant elle a tiré de beaux effets.Ce contretemps a sans doute nui parfois à l\u2019interprétation que l\u2019artiste aurait voulu réaliser.D\u2019autre part, peut-être, la vie, effleurée à peine, ne lui a-t-elle pas encore révélé le sens profond et souvent profondément douloureux des choses que pensent les maîtres.Nous ne voudrions pourtant pas qu\u2019elle vieillit : pour ce qui est de la vie, nous lui souhaiterions de rester toujours la fraîche jeune fille qui porte les robes à la cheville, mais, pour ce qui est de l\u2019art, elle peut aller plus loin, et ce n\u2019est pas lui faire injure que d\u2019espé er qu\u2019elle nous revienne bientôt vêtue de la longue robe à traîne et auréolée du complet épanouissement de son merveilleux talent.\u2014\u2014 + rs = LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 321 M.Chamberland, violoniste, a du tempérament, beaucoup de tempérament et de l\u2019habileté.Il sait où il va, il sait ce qu\u2019il veut dire et il le dit comme il l\u2019entend.Il ne fait pas non plus trop de concessions au goût \u2018populaire, ce qui est un mérite.M.Gagné a une vraie voix de ténor.Il a partagé avec Mlle Godbout les honneurs du rappel dans le duo de \u2018\u201c Roméo et Juliette.\u201d { Nous aimerions entendre Mme Montreuil dans un autre rôle que celui d\u2019accompagnatrice, dont, du reste, elle s\u2019est acquittée en perfection.Monsieur du Balcon L'idée de Mlle Jeanne Par S.BOUCHERIT (Suite) L'annonce de cette décision causa à Jeanne l\u2019émotion la Flus profonde.C'était le couronnement de son œuvre, c\u2019était le but secret de ses plus ardents désirs.Ce devint l\u2019unique -objet de ses entretiens avec Mlle Marois.La jeune fille, avec la juvénile exaltation de son esprit, l\u2019institutrice, avec ce goût de la mise en scène inné chez toute femme tombèrent d\u2019accord sur l\u2019utilité de donner à cette cérémonie le plus de splendeur possible.Elles rêvaient d\u2019une église ornée de fleurs du haut en bas, d\u2019autel décoré de lumières resplendissantes, du catéchumène conduit vers le saint lieu en procession solennelle.Rien ne leur paraissait assez beau n assez pompeux.M.Viviers et le Curé coupèrent court à ces enthousiasmes.\u2018Très sagement, ils firent remarquer aux deux femmes que la véritables grandeur d\u2019un acte, comme celui qui allait s\u2019accomplir, ne dépendait pas d\u2019un apparat extérieur, et que la simplicité ne ferait qu\u2019en rehausser l'éclat.Une cérémonie collective comme celle de la pre- r'ière communion de tous les enfants d'une commune =e prête à une manifestation où toutes les familles directement intéressées apporten leur conotingent d'émotion et de d-cora- tions.Mais dans le cas actuel, où Pierre serait l\u2019unique cbjet de la fête, trop de pompe ne pourrait que troubler son csprit, qui avait encore besoin de ménagements, et effaroucher sa timidité non encore complètement éteinte.M.Viviers ajouta que ce serait, de leur part même, faire acte d'ostentation orgueilleuse, ce qui était contraire à ses goûts et à ses habitudes.Jeanne dut se ranger, non sans quelque regret, à ces raisonnements pleins de bon sens et il fut décidé que Pierre ferait sa première communion un dimanche ordinaire, à la messe du matin, tout simplement, sans que personne fut prévenu, autre que les deux familles. LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 323 Mais Montbuel est une fort petite ville, pour ne pas dire une bourgade ; le personnel de la fabrique constitue la plus grosse partie de la population, et une nouvelle circule dans les ateliers avec la rapidité de la navette qui s\u2019y meut précip1- tamment pour tisser l\u2019étoffe.le secret, que M.Viviers croyait bien gardé, était connu de tout le monde et une manifestation spontanée, bien autrement touchante que si elle avait été préparée, allait se produire, qui serait pour le père et pour la fille la moins cherchée et la plus précieuse des récompenses.Lorsqu'ils arrivèrent à l\u2019église, ils furent frappés de la foule inusitée qui l\u2019encombrait.'Tous les ouvriers de la febrique, hommes et femmes, étaient là en rangs pressés, qui s\u2019ouvrirent respectueusement devant M.Viviers suivi de Jeanne, de Henry, de Mlle Marois, Casimir Lombre s\u2019était excusé, pris d\u2019une migraine subite, fruit de ses veilles studieuses.Ensuite arrriva la famille Dubreuil au grand complet, même le bon joufflu qui ouvrait de grands yeux, ue comprenait pas beaucoup ce que tout cela signifiait.Le Curé dit la messe, fit un petit sermon très court, très touchant, où, tout en paraissant s\u2019adresser à tous, il parlait surtout à Pierre.Puis celui-ci se leva et, d\u2019un pas ferme, recueilli mais radieux, s\u2019avancça vers la table sainte.Jeanne marchait à sa droite lui servant en quelque sorte de marraine et Henry, son parrain, l\u2019accompagnait à sa gauche.Derrière, venaient M.Viviers entre Dubreuil qui avait orné ex veste d\u2019ouvrier de sa médaille de soldat, plus pôle qu'il n\u2019avait été sur aucun champ de bataille, ea Mme Dubreuil, dont un ruisseau de douces larmes inondait le visage.On les laissa seuls aller à l\u2019autel et en revenir.Mais quand ils eurent rejoint leurs places, communes une longue procession qui prit le chemin suivi par eux.Presque toutes les ouvrières de la fabrique, un très grand nombre d\u2019ouvriers tête haute, sans respect humain, jeune ou vieux, défilérent, allant tour à tour s\u2019asseoir au banquet sacré.Rien n\u2019était imposant comme cette démonstration muette et pieuse.Ces braves gens avaient compris que c\u2019était là la meilleure ma- rière de \u2018remercier Dieu, l\u2019auteur de ce que, dans leur simplicité, ils appelaient un miracle, et Jeanne qui avait été son agent.Une autre surprise attendait M.Viviers et sa fille.Plongés dans leur émotion, ils ne s'étaient pas aperçus que 321 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE l\u2019église se vidait silencieusement.Quand ils se levèrent pour partir, ils etaient seuls.Mais devant la grille du château et la maison du surveillant, ils trouvèrent tous les ouvriers rangés en haie.Lorsqu\u2019ils furent près d'eux, un vieillard à la barbe blanche, dont le dos voûté sur le métier disait les longs services, s\u2019avança et, sans mot dire, tendit à M.Viviers un superbe bouquet dont la banderole portait : \u2018\u201c Au père de ses ouvriers!\u2019\u2019\u201d Puis il prit des mains d\u2019une femme un autre bouquet, celui-là tout blanc, fait de roses et d\u2019œillets, du milieu desquels s\u2019élevait un lis éclatant.Sur le ruban, blanc aussi, était écrit: \u2018\u201c A l\u2019ange sauveur, les camarades de Pierre.\u201d Malgré son énergie, M.Viviers tremblait d\u2019émotion et, sans pouvoir trouver une parole, serrait nerveusement les mains tendues vers lui.Quant & Jeanne, éperdue, elle sauta au cou du vieil ouvrier, de Dubreuil, de Mme Dubreuil, des fillettes, de Pierre, sans oublier le joufflu son ami.Puis son expansion n\u2019étant pas satisfaite, elle se jeta dans les rangs et se mit à embrasser à tort et à travers, dans le tas, les femmes, les hommes, les enfants, tout le monde.Mlle Marois eut son tour.En vérité, si Casimir avait été là, elle l\u2019aurait embrassé ! Un repas de famille termina cette douce journée.M.Viviers avait exigé que toute la famille Dubreuil s\u2019assit à sa table.M.le Curé assistait à la réunion ainsi que le doyen des ouvriers et la doyenne des ouvrières.Ce fut une fête intime, simple comme tous les cœurs qui s\u2019y trouvaient rassemblés, et qui, au milieu de la joie, gardait l\u2019empreinte des saintes émotions du matin.Aucun incident ne la troubla, si ce n\u2019est qu\u2019on fut obligé d\u2019arrêter le gros joufflu qui se livrait à des débauches exagérées de crème à la vanille.VII Les vacances, cette année-là, se terminèrent par un incident fort inattendu.M.Viviers avait un ami très intime qui, parti comme lui-même du bas de l\u2019échelle, était, par le travail, arrivé au sommet.M.Constant Saint-Yves, né dans les rangs les plus humbles, élevé comme M.Viviers dans la modeste école communale d\u2019un petit village des bords de la Saône, est au- jourd\u2019hui menbre de l\u2019Institut, officier de la Légion d\u2019hon- LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 325 neur et l\u2019une des gloires de la peinture française.Tout le monde connaît ses paysages qui rivilisent avec ceux de Daubigny et d\u2019Harpignies, et qui se distinguent par un exquis sentiment de poésie et une expression de lumineuse clarté dont il semble avoir appris le secret de son maître, le grand Corot.Les relations de M.Saint-Yves et de M.Viviers sont toujours restées fraternellement intimes.Leur conformité d\u2019origine, leurs communs souvenirs d\u2019enfance, leur égale élévation d\u2019âme, le développement simultané de leurs carrières plus éloignés en apparence qu\u2019en réalité\u2014la grande industrie pratiquée comme le faisait M.Viviers, ne confine- t-elle pas au grand art?\u2014tout avait créé entre ces deux hommes de ces liens qui ne se rompent jamais.La distance et le temps passent, sans les atteindre, sur de telles affections.Ah! on ne se voyait pas souvent, l\u2019un vivant, à Lyon, l\u2019autre à Paris.On ne s\u2019écrivait pas non plus bien fréquemment, chacun étant fort absorbé par ses occupations.Mais quand on se retrouvait de loin en loin, on en était juste au point où l\u2019on s\u2019était quitté dans une amitié inébranlable.M.Viviers recut un matin le billet suivant : \u2018\u201c Mon cher ami, j\u2019ai besoin d\u2019air pur pour moi.J'ai besoin d\u2019arbres et d\u2019eaux pour un tableau que je rêve.Tu as tout cela à Montbuel.J\u2019arriverai après-demain pour y passer deux ou trois mois.F'ais-moi préparer la chambre bleue, que j'ai occupée dans la petite visite que je t'ai faite il y a cing ans.Elle m\u2019avait beaucoup plu.\u2018\u201cTendresses à toi et à Jeannette qui doit être une grande demoiselle.C.SAINT-YVES.P.S.\u2014A propos, fais-moi aussi arranger un atelier quelque part, à la fabrique par exemple, pourvu qu\u2019il y ait beaucoup de lumière.\u2019 Le télégraphe porta une réponse enthousiaste, et tout fut en mouvement à Montbuel pour l\u2019arrivée du nouveau venu.Jeanne ne perdit pas une pareille occasion de remplir ses devoirs de maîtresse de maison, et surtout de se démener comme l\u2019exigeait sa nature pétulante.Elle était enchantée de la venue de M.Saint-YŸves.D\u2019abord, toute nouveauté est une joie dans la vie forcément un peu uniforme de la campagne.Puis elle avait gardé du précédent séjour du peintre un souvenir où se mêélaient agréablement son caractère exceptionnellement gai, et l'image ractdisieithhidie) Sp SE IE SES ES IE EP - \u2018 CORTE \u2014 TEE MR = = 326 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE des poupées magiques qu\u2019il avait apportées.Il n\u2019apporterait sans doute plus de poupées, mais assurément il n\u2019arriverait pas les mains vides, et Jeannette voyait déjà des perspectives pleines de séduction.des fanfreluches, des coffrets, des bijoux peut-être.Oh! si c\u2019étaient des bijoux !.Enfin, quoi qu\u2019il y eût, M.Saint-Yves serait le bienvenu et Jeanne avait comme un pressentiment joyeux que ce voyage serait marqué par un bonheur plus grand même que celui des bijoux.M.Saint-Yves arriva et apporta\u2014premier cadeau\u2014sa gaîté aussi vive que de bon aloi, qui faisait à certains moments du grand artiste un véritable camarade de jeux pour Jeanne et pour Henry.On ne savait, dans certains cas, à voir leurs folles parties, quel était le plus enfant des trois.L\u2019entrain juvénile, surprenant chez cet homme aux cheveux gris et au nom célèbre, s\u2019alliait, chez lui, d\u2019une manière étrange et charmante, à l\u2019élévation de son esprit plein de poésie et à une rare finesse d\u2019observation, qu\u2019il n\u2019appliquait pas seulement aux choses de la nature pour les reproduire dans ses tableaux, mais au caractère des gens qu\u2019il pénétrait en un clin d\u2019œil.C\u2019est ainsi qu\u2019il eut vite fait de deviner Casimir, sans que Jeanne eût besoin de s\u2019en mêler, et qu\u2019il le prit comme plastron de plaisanteries, toujours si délicates qu\u2019il était impossible de s\u2019en fâcher et si spirituelles que le destinataire ne les comprenait pas toujours.Mais Mlle Viviers, plus maligne, les saisissait toutes et en savait presque autant de gré à l\u2019auteur que du superbe collier sorti des malles du peintre et qui avait dépassé ses plus ambitieuses espérances.Naturellement, M.Saint-Yves fut vite au courant de l\u2019histoire de Pierre.Jeanne, Mlle Marois, M.Viviers, le curé lui-même la lui contèrent, chacun à son point de vue, et personne ne la lui aurait contée qu\u2019il aurait eu vite fait de la pénétrer à lui tout seul.Peut-être même fit-il, à cet égard, certaines remarques que personne n\u2019avait faites, mais qu\u2019il garda pour lui.Il goûta personnellement beaucoup Pierre, quand celui-ci fut présenté.Son aventure presque miraculeuse, cette éclosion subite d\u2019un esprit qui semblait à jamais éteint, et que la volonté d\u2019une gracieuse fillette avait rappelé à la vie, étaient faites pour intéresser un artiste toujours un peu ami du romanesque.Puis le jeune Dubreuil était vraiment plai- - A } LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 327 + sant par lui-même.Son corps s\u2019était développé en même temps que son intelligence.Son visage, dont les traits s\u2019étaient régularisés et que commençait à ponctuer un ombre de moustache naissante, gardait, dans sa virilité qui s\u2019affimait, une douceur et une pureté enfantines qui lui prêtaient un caractère singulier et gracieux.Ce qui frappa surtout le peintre observateur ce furent ses yeux dont le regard, encore un peu fixe, semblait s\u2019appuyer sur les choses vues comme pour s\u2019en mieux pénétrer, regard limpide et droit derrière lequel on sentait que n\u2019avait jamais pu naître une pensée mauvaise.Le grand artiste, qui, sous sa jovialité, était aussi un grand penseur, prit en affection l\u2019innocent d\u2019hier et eut comme une prescience qu\u2019il pouvait avoir aussi une œuvre à faire près de lui pour compléter celle de Jeanne.]l demanda à M.Viviers\u2014ce qui lui fut immédiatement accordé\u2014d\u2019emmener Pierre avec lui, soi-disant pour porter ses instruments de travail dans les longues stations qu\u2019il faisait au milieu des bois.Pierre, à cette proposition, fut partagé entre deux désirs contradictoires.Aller passer des journées entières dans les bois, qu\u2019il aimait tant, le remplissait de joie, mais il fallait pour cela interrompre ses cours, c\u2019est-à-dire quitter Jeanne.Celle-ci, comme si elle avait deviné cette hésitation, y mit fin d\u2019un seul mot: \u2014Alez avec M.Saint-Yves, Pierre.Cela me fera plaisir.Sir.Cela suffit.Pierre partit.Chaque jour, désormais, M.Saint-Yves s\u2019en allait en compagnie de son \u2018\u2018rapin \u2019\u2019, ainsi qu'il le nommait, qui lui portait sa boîte de couleurs et son chevalet.Ils marchaient à l\u2019aventure jusqu\u2019à ce que le peintre, soudain saisi par la disposition pittoresque d\u2019un groupe d'arbres, une perspective heureuse ou un effet de lumière attrayant, s\u2019arrêtât.Il s\u2019installait alors, se mettait au travail et, en quelques coups de son pinceau expérimenté, il jetait une esquisse qui devait plus tard trouver place dans quelque grand tableau et qui, par elle-même, constituait une un œuvre exquise où toujours on retrouvait cette qualité maîtresse du grand artiste: l\u2019air.C\u2019était par là surtout qu\u2019il se rapprochait de son illustre professeur.On sentait dans ses toiles la fluidité de l\u2019atmosphère enveloppant les objets.On y respirait, si l\u2019on peut ainsi parler.Il semblait que les branches de ses arbres étaient agitées par la brise et l\u2019on comprenait que l\u2019oiseau, qu\u2019un caprice lui fai- 328 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE sait indiquer dans un coin du ciel, pût se soulever de ses ailes légères dans l\u2019éther ambiant.M.Saint-Yves, d\u2019ordinaire si gai, même un peu loquace; se transformait, quand il avait la palette à la main.Pas un mot ne sortait de ses lèvres entr\u2019ouvertes.Pas un de ses regards ne s'égarait loin de ses modèles.Il était tout à son sujet et à l\u2019inspiration qui le lui faisait reproduire, avec une minutieuse exactitude dans le détail et en lui donnant l\u2019empreinte de cette poésie dont le feu sacré vivait en lui.Mais tout à coup il s\u2019arrêtait, poussait un soupir de soulagement satisfait, donnait un dernier coup d\u2019œil à son ébauche déjà vivante et parfaite, et, l'artiste enthousiaste se changeant en homme qui avait faim, il s\u2019écriait avec sa bonne humeur revenue : \u2014 Maintenant, Monsieur Pierrot, à table ! Alors Pierre sortait d\u2019un panier des vivandes froides,- des fruits, un flacon de vieux vin, et les deux compagnons déjeu- nalent gaiment, assis sur l\u2019herbe, devenus camarades malgré la différence des rangs.Pendant le repas et le récréation qui suivait, M.Saint- Yves n\u2019arrêtait pas son étude mais c\u2019était Pierre alors qu\u2019il étudiait.Celui-ci se livrait chaque jour davantage, retenu au début par un reste de timidité, mais, depuis, mis en confiance par la rondeur simple de l\u2019artiste.Même, avec lui, il se sentait plus libre, plus expansif qu\u2019avec Jeanne.Il n\u2019était plus arrêté par cette sorte de vénération respectueuse, quasi religeuse, qu\u2019il avait pour la jeunne fille, et dans cette âme toute neuve, si récemment éveillée et qui s\u2019ouvrait candidement devant lui, M.Sant-Yves apercevait des perspectives encore bien autrement belles que celles que reproduisait son pinceau.Son intérêt ne tarda pas à se changer en une affection véritable, profonde, paternelle.(A suirre.) LA SOCIETE DE LA REVUE FRANCO-AMERICAINE 27 RUE BUADE, QUEBEC, 8 "]
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