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Titre :
La revue franco-américaine
Éditeur :
  • Québec :Société de la Revue franco-américaine,1908-1913
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La revue franco-américaine, 1909-08, Collections de BAnQ.

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[" \u20140 x À + de PP dt dt dt dt de de de de 3 de dt dt dt PP he de de de de de de SSSR S 28 In Memoriam Tu revis toute en moi, Mère qui disparus, - Et tout ce que je pense est encore de toi-même Qui du passé surgit et me conseille et m'aime, Comme un regard de tës chers yeux qui ne sont plus.\u2026.Je murmure ton nom comme on fait sa prière ; Moi qui n\u2019ai pas de ciel, tu m\u2019es le paradis, La règle souveraine et le but que j\u2019élis Dans la nuit de mon cœur où tu fus la lumière.Quand ton souffle cessa, la douleur m\u2019a fait dieu.Chaque matin, dans les rayons, ton âme vole Et m'éblourt avec des clartés d\u2019auréole.\u2026 C\u2019est depuis ton départ que je te vois le mieux ! Ton âme éparse est comme une vive poussière Qui se pose, clarté vibrante, revêtant Les choses que je vois, dans l\u2019espace et le temps, Du soleil de douceur qu\u2019a scellé ta paupière.Le passé, le présent, c\u2019est par toi qu\u2019ils-sont beaux ; ST mon rêve, comme un drapeau vainqueur s\u2019éploie, C\u2019est que tu'désiras, vivante, notre joie : Pour socle à nos bonheurs, tu permis ton tombeau.Quand il s\u2019entr\u2019ouvrira, qu\u2019il me faudra descendre À ton côté dormir l\u2019interminable soir, Je te raconterai ce que tu n\u2019as pu voir, Et tu me permettras de me joindre à ta cendre.de de de de de fe de de de de de de kk ie de af die de de de de de de do db #47 2SS 242 : LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE dde dde dde de ste de de de de de de ee de de de de de de de de de de de de = Tu me diras : \u201c Mon fils, avant que de parler, Laisse-moi regarder ce que t'a fait la vie, Depuis cette heure inique où je te jus ravie.Demeurai-je longtemps, dis-moi, sans m\u2019éveiller ?\u201c Tes cheveux blancs, tes yeux vieillis., toutes ces rides! Comme la nuit est courte à qui ne souffre plus ! Ai-je donc tant dormi ?Combien d\u2019ans révolus.Depuis l'automne froid où j\u2019entrai dans ce vide ?7 \u201c\u201c Mére, ne cherche pas combien d\u2019ans sont passés, Puisque jamais pour moi tu ne jus vraiment morte.Me voici ; garde-moi.Fermons la lourde porte Et reprenons le rêve où nous l\u2019avons lanssé.\u201c Jai fait de ton martyre un fervent évangile, Tu fus le crucifix où s\u2019épancha ma joi, Et j'ai vécu dans le respect de cette lou Qui façonnait mon cœur comme une bonne argnle._.\u201c Qu'est-ce donc que la mort ayant le souvenir, Hôte qui divinise, adore et ressuscite ?Jamais à mon appel, ta voix, des sombres sites, Echo mystérieux w'a failli de venir.SRG ES _\u2018 Tendresse des printemps, majesté des aurores, Hymne des mers, chanson du vent, ailes des mots, Mysticité des soirs tombant sur les hameaux, Orgues des bois clamant leur grande âme sonore.Je ne les ai sentis qu\u2019en les mêlant à to.Ainsi, j'ai répandu, prolongé ta présence.\u201d Alors tu me diras : \u201c Mon fils, dans le silence, Il tombe jusqu\u2019à nous des samglots et des voix.\u201d Et je te répondrai : \u201c C\u2019est notre ultime jête ; Ce sont mes fils vivants qui l\u2019apportent des fleurs, Les miennes ne sont plus, daigne accepter les leurs, Et que la volonté du grand secret soil faite.\u201d Camille Dubois + + % + + + + + + + % + % + + + de + + de # + + #æ + + + + de + + + + i i + + de + + de de de de de de de or de dr de do de 6 de dr de de de de de se de de de de 22222272 282522278%8%% So 0 TE mE mE TE TREE TREE RE RS RE OUTRE CRE ee Es CES hr pe Sep be gS ek te 4 ae \u2014 2m AE À l'assaut des institutions Canadiennes- françaises \u2014 IT La conquête des diocèses.C\u2019est étonnant comme les catholiques de langue anglaise se sont donné peu de mal pour obtenir le choix d\u2019un des leurs au poste de coadjuteur de Mgr Grouard, vicaire-apostolique de l\u2019Athabaska.Même absence de zèle lorsqu\u2019il s\u2019est agi de choisir l\u2019évêque du nouveau diocèse de Témiscamingue.Mgr Blanche, mourrait demain, que le \u2018\u201c Canadian Extension and Register \u201d lui-même ne songerait pas à lui donner un successeur de langue anglaise, et cela en dépit de son ardeur apostolique pour les missions lointaines que l\u2019on peut atteindre en chemin de fer et que l\u2019on peut au besoin doter d\u2019un \u201c chappel-car.\u201d Mais qu'il s'agisse d\u2019un diocèse comme celui d'Ottawa, la situation change.Les rédacteurs\u2014pas tous heureusement \u2014 rivalisent d\u2019empressement pour donner à Rome leurs conseils et pour susciter des candidats.Il ne leur vient même pas à l\u2019esprit que le successeur de l\u2019archevêque canadien-français d\u2019un diocèse aux trois quarts canadien-français, fondé, bâti, développé par les canadiens-français, puisse être un canadien- français.; Que cette attitude ait lieu de surprendre de la part d\u2019un groupe qui ne forme pas le cinquième de la population catholique du pays, cela serait évident si une expérience de plusieurs années ne nous avait appris à attendre à peu près tout de ce côté.Et en fait de sujet d\u2019étonnement il ne nous reste plus guère que l\u2019incommensurable naïveté avec laquelle les nôtres, en pareilles matières, essaient d\u2019accommoder les intérêts de la religion avec une paix menteuse qui les laissera \u2018\u201c frais tondus \u201d pour les avoir empêchés de voir jusqu\u2019à quel point on abuse de leur bonne foi.On nous dit que le choix d\u2019un successeur à Mgr Duhamel ne réserve pas de surprises aux canadiens-français.C\u2019est fort possible, mais ce qui nous inquiète c\u2019est la parfaite tran- 244 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE quillité avec laquelle on envisage une situation attendue depuis des années par nos adversaires naturels, préparée par eux avec des mémoires perfides comme celui qui fut adressé au Cardinal Merry del Val, en 1905, saluée avec une joie mal contenue par tous les tenants du catholicisme saxonisant en ce pays.] On admet bien qu\u2019entre catholiques canadiens-français et catholiques irlandais, chaque fois qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un Poste hiérarchique à remplir, c\u2019est la guerre.Et pourtant personne Ne songe à être prêt en cas de besoin, à préparer les causes avant de se présenter devant le tribunal.À ceux qui manifestent de l\u2019inquiétude on se contente de répondre que ces craintes sont Vaines, que le danger n'existe pas, qu'il serait irrespectueux de discuter les motifs des amis de nos ennemis, ou encore, comme dans le cas qui nous occupe, qu\u2019il ne peut entrer dans l'esprit des gens sérieux que le prochain évêque d'Ottawa ne soit pas un canadien-francais.\u201d Nous avons déjà lu, depuis quelques semaines, plusieurs de ces articles confiants et ultra-pacifistes et nous avouons qu'ils ne nous ont pas rassuré.Les faits leur donneront peut-être raison, mais ils ne nous enleveront pas de l\u2019idée que cette quiétude aveugle, sous prétexte de prudence ou de respect, n\u2019a été que de la témérité.C\u2019est un peu l\u2019histoire du bravache qui allumait sa pipe debout \u2018sur un tas de poudre.Une étincelle aurait pu le faire sauter.Du reste, nous sommes beaucoup de l'avis de l\u2019ancien président Roosevelt qui conseillait de ne marcher dans le monde qu\u2019armé \u201c d\u2019un gros bâton.\u201d Et puis, nous l\u2019avons déjà dit, les journaux ont déjà parlé de cette succession d\u2019Ottawa ; ils en parlent encore et il n\u2019est pas sans intérêt de rapprocher leurs dires de certains faits encore peu connus.C\u2019est le moyen de savoir que si le clergé irlandais d\u2019Ottawa est l\u2019infime minorité, il n\u2019en est que plus actif et qu\u2019il peut compter sur des influences qui s'étendent bien en dehors de la province d\u2019Ontario.Citons d\u2019abord les nôtres.Le 12 juillet, l\u2019Action Sociale disait en parlant des rumeurs soulevées dans le public par le voyage en Europe de Son Excellence le Délégué Apostolique : 4 \u201c Sans doute, il peut encore exister à Ottawa de de ces gens qui, lors des difficultés scolaires, 4 surent envoyer à Rome un mémoire où les Ca- 4 nadiens-francais étaient attaqués avec une rare $838 lr Rr \u2014 FERGIE LELELEIIEIEBELEESEERI3E83348333883 Le CL ery dans un article qui a l\u2019air inspiré, et disait : Hd dE + = + A L'ASSAUT DES INSTITUTIONS CANAD.-FRANÇAISES perfidie, mais nous croyons qu\u2019ils sont maintenant cotés à leur valeur, là-bas.\u201c Il faut songer aussi que Rome ne se prononcera pas en matière aussi grave avant de s\u2019entourer de tous les renseignements voulus.Et le premier de ces renseignements devra être au sujet du mouvement de la population catholique.Or, le dernier recensement paroissial a donné le résultat suivant : \u201c De 1897 à 1907 la population catholique de l\u2019archidiocèse d'Ottawa est passée de 121,435 à 154,671, soit une augmentation de 33,236, répartie dans 5,427 familles, dont 4,699 sont de langue française.\u201c Pour la ville d'Ottawa et sa banlieue la population catholique était, en 1907, de 25,453 âmes réparties dans 3,860 familles françaises et 1,980 familles anglaises.(1) \u201cIl nous paraît done que les alarmistes ont tort d'interpréter comme ils le font le voyage en Europe du délégué apostolique.Il ne peut venir à l\u2019idée de personne, \u2014je parle des gens sérieux \u2014que le prochain évêque d'Ottawa ne soit pas canadien-français.Les chiffres du recensement ci-dessus sont trop éloquents pour qu'il en soit autrement.\u201cIl ne nous appartient pas de supposer au voyage du délégué apostolique des motifs que lui-même n\u2019a pas jugé à propos de faire connaître au public, mais nous tenions à faire remarquer combien c\u2019est manquer de respect au représentant du Saint-Siège \u2014qui connaît la situation mieux que personne \u2014que de lui prêter des intentions aussi étranges.\u201d 245 TRS lendemain, 13 juillet, la Patrie revenait à la charge, 42 \u2018Dans les cercles laïques, comme en comité ecclésiastique, on discute assez vivement sur le choix que les autorités romaines feront pour (1) On verra plus loin que ces chiffres ne sont pas exacts et qu'ils sont bien en deça de la réalité. 246 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE remplacer le regretté Mgr Duhamel à la tête de l\u2019archidiocèse d\u2019Ottawa.La rumeur qui veut que des efforts considérables soient faits pour faire nommer un évêque de langue anglaise provoque des commentaires animés.On ne peut croire que dans un diocèse en grande partie peuplé de catholiques canadiens- francais, il soit question d\u2019un prélat qui ne parle pas la langue de la majorité.\u201c On prétend que le voyage de Mgr Sbaretti à Rome n\u2019est pas étranger à la nomination du successeur de Mgr Duhamel.\u201c Le délégué apostolique, qui est bien au fait de la situation religieuse au Canada, ne saurait être soupçonné d\u2019accorder des sympathies à un candidat de langue différente de la nôtre.\u201cNe manquons pas de respect au représentant du Saint-Siège et ne lui attribuons pas des intentions qu\u2019il ne peut avoir.\u201d 702227022288 88 2822322352 3242828288%8%8 Notons en passant la nuance qui est comprise dans cette seule phrase qu\u2019il ne peut être question pour Ottawa\u2014un diocèse en grande partie canadien-français\u2014d\u2019un \u201c prélat qui ne parle pas la langue de la majorité.\u201d C\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit ! Un évêque qui parle la langue de la minorité, soit.Est-ce qu\u2019on serait satisfait d\u2019un évêque irlandais parlant francais ?Trois ou quatre diocèses au moins nous sont enlevés sous ce prétexte et il suffit de lire leur histoire pour comprendre ce que cela veut dire.Mais le 15 juillet, le Canada que la Patrie citait le même jour, recevait de son correspondant d\u2019Ottawa la dépêche suivante : \u2018 Quelques journaux ont annoncé hier, que Mgr Sbaretti, parti en Europe ces jours derniers, avait une mission particulière en rapport avec la nomination du prochain évêque du diocèse d\u2019Ottawa.« J'ai eu l\u2019occasion de causer avec quelques ecclésiastiques distingués et bien connus de notre diocèse et je puis dire que la plupart d\u2019entre eux sont convaineus que, en effet, notre délégué apostolique se rend à Rome, pour appuyer cer SSSR SS A L'ASSAUT DES INSTITUTIONS CANAD.-FRANÇAISES 247 taine candidature à la succession du regretté Mgr Duhamel.\u201c Les prêtres de langue française sont sous l\u2019impression que le candidat de Mgr Sbaretti, est l\u2019abbé Whelan, un prêtre irlandais très distingué.\u2018\u2018 L\u2019on m\u2019assure que Mgr Bégin a été mis au courant de la situation particulière créée dans les milieux ecclésiastiques de notre diocèse depuis quelques temps, et qu\u2019il fera valoir, à Rome, les intérêts et les aspirations du clergé canadien-français du diocèse d'Ottawa.\u201d 473450472528 2 875704872282 On dirai vraiment que la vérité commence à se faire jour et que les alarmistes d\u2019hier ont fini par tomber sur une piste véritable.Que Mgr Bégin ait décidé de faire valoir à Rome, les intérêts des catholiques français du diocèse d'Ottawa, ce n\u2019est ni trop tôt ni sans besoin ! A ceux qui s\u2019étonnent de l\u2019inaction apparente des catholiques du diocèse d'Ottawa, laïques et clergé, nous ferons part de l'incident suivant qui est authentique de fait.Après les funérailles du regretté Mgr Duhamel, une couple de cents prêtres et religieux du diocèse se réunirent au dîner chez les Sœurs Grises d\u2019Ottawa.Le Délégué Apostolique était présent ainsi que plusieurs évêques dont Nos Seigneurs Bégin, Bruchési, Gauthier, Cloutier, O'Connor (évêque de Peterborough, que certains journaux ont désigné comme futur évêque d'Ottawa) et quelques autres.Vers la fin du repas Mgr Sbaretti prononça quelques paroles élogieuses à l\u2019adresse du défunt puis lut en français une déclaration où, après avoir expliqué la procédure spéciale suivie pour le choix des évêques au Canada, il disait à peu près ceci : \u201c Nous espérons que vous aurez bientôt un évêque.Nous vous demandons avec instance d'attendre avec patience l\u2019élu du Seigneur.Con- fiez-vous dans la Providence et acceptez avec soumission la décision que Rome rendra avec l\u2019aide du Saint-Esprit.Ne faites pas d\u2019agitation, ne faites pas de bouleversement; c\u2019est un cas qui relève des autorités supérieures.Il faut respecter l\u2019autorité.\u201d 388252583888 PEELS STSHE 248 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Cette déclaration que rien ne semblait inviter créa une impression profonde chez ceux qui l\u2019entendirent.Pour les uns elle n\u2019apporta aucune assurance, tandis que pour d\u2019autres, \u2014 le petit nombre\u2014elle semblait garantir l\u2019avenir.La nouvelle, répandue parmi les laïques influents, ne fut pas sans causer quelque émoi et il fut même question de dépêcher auprès de Mgr Sbaretti une délégation que l\u2019on désignait d'avance et qui comprenait les sommités canadiennes-françaises de la capitale.De leur côté les membres du clergé, devenus inquiets, à cause de ce voile de mystère jeté sur une affaire les intéressant au plus haut degré, consultèrent un des membres de l\u2019épiscopat canadien qui leur défendit toute intervention directe en disant : \u2018\u201c Je réponds de tout.\u201d Le départ subit de Mgr Sbaretti pour l'Angleterre et pour Rome en même temps qu\u2019un catholique irlandais fort connu dans la capitale donna lieu à de nouvelles appréhensions qui se manifestèrent dans les dépêches citées plus haut.On se rappelle.que les recommandations du Délégué Apostolique faites exclusivement en français, n'étaient apparemment destinées qu\u2019aux canadiens-français et l\u2019on se mit à douter que Son Excellence eût fait tenir privément les mêmes instructions au clergé irlandais dont la convoitise pour le Siège d\u2019Ottawa est assez connue.D\u2019autre part, certains rappelèrent l\u2019opinion très répandue que si le Délégué Apostolique n\u2019est pas tout-à-fait hostile aux canadiens-français, il ne leur est pas tout particulièrement sympathique, et qu\u2019à tout prendre, il ne serait pas trop loin de favoriser la politique d\u2019assimilation que nous annoncent les propos impérialistes de notre trop zélé gouverneur-général.On nous a même fait part de certaines indiscrétions vice-royales qui prouvées\u2014 et rien ne dit qu\u2019elles ne le sont pas\u2014établiraient hors de tout doute le bien fondé de tous les soupçons dont nous venons de parler.Pour notre part, nous, canadiens-français, nous oublions trop facilement en ce pays notre double rôle de coloniaux et de français.Quand on dit que nous sommes une nation, beaucoup de ceux qui applaudissent sont bien d'avis que cette parole ne sera pas entièrement vraie avant le jour où l\u2019élément français sera tout-à-fait assimilé ou tellement réduit à la province de Québec que toute chance d\u2019expansion lui aura été enlevée.On le sent à l\u2019enthousiasme général avec lequel la presse anglaise du pays salue chacun de ces appels délirants faits par nos hommes d\u2019Etat pour ce qu\u2019ils appellent \u201c l\u2019entente des races au Canada.\u201d rr et a vr er Le ren C3 es rss ss es ms =.1 Es _- A L'ASSAUT DES INSTITUTIONS CANAD.-FRANÇAISES 240 Or, qu\u2019est-ce que nous n\u2019avons pas fait, qu\u2019est-ce que nous n\u2019avons pas sacrifié pour cette entente qui n\u2019est ni plus grande, ni plus sincère aujourd\u2019hui qu\u2019elle ne l\u2019était à l\u2019époque de la Confédération, ou même sous l\u2019Union, quand nous ne craignions pas de dire tout haut notre pensée et que nous savions, au besoin, lutter hardiment pour nos droits sacrés ?Il faudrait refaire ici l\u2019histoire des compromis qui nous ont été arrachés sous les yeux du Délégué Apostolique et c\u2019est un article entier qu\u2019il faudrait pour accomplir dignement cette besogne.Nous revenons à notre sujet.Les dépêches alarmistes provoquées par le départ de Mgr Sbaretti pour Rome avaient leur contrepartie dans les articles très confiants publiées par les journaux de langue anglaise, articles ou l\u2019on traitait d'Ottawa comme s\u2019il n\u2019y avait pas eu un seul canadien-francais dans le pays.Et on le fit avec un tel entrain que les amis mêmes de la cause irlandaise, comme le Catholic Record de London, Ont., consacrait à ces conquérants d\u2019évéchés la note suivante : \u201c La dernière dépêche aux journaux\u2014com- mentant la mort du bien aimé archevêque d\u2019Otta- wa\u2014nous dit que toute la situation (quel que soit ce que cela veut dire) est changée.\u201d \u201c Pendant quelque temps, continue-t-elle, on avait pensé que le Père McCann ou le Père Hand serait nommé à London.\u2019 Mais la vacance d\u2019Ottawa arrive et dérange les plans du rédacteur local.Il dit que \u2018\u201c ceux qua sont supposés savoir déclarent que l\u2019évêque O'Connor, de Peterborough, ira à Ottawa et que le Père McCann sera nommé à Peter- borough.\u201d \u201cSi la situation était réglée de la sorte, dit-il, U est naturel de supposer que le Père Hand serant nommé à London.\u201d (1) Nous croyons vraiment que le jeune homme a passé une grosse journée de travail au Woodbine avant de tracer ce petit programme de ce que Rome doit faire.Il termine sa nouvelle en di- ST SS 844838833722 2222222228 (1) Ce qui nous étonne c\u2019est de ne pas voir le nom du Père Burke du \u2018 Canadian Extension and Register \u201d\u2019 dans cette affaire.On le réserve probablement pour la prochaine vacance qui sera créée à Québec ou à Montréal! Note du Dir. 290 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE sant que l\u2019avis de ces nominations nous viendra de Rome par l\u2019entremise du Délégué Papal.Il aurait pu tout aussi bien dire que le ler janvier prochain sera le Jour de l'an.\u201d HEH 248% Le Casket d\u2019Antigonish avait déjà fait des observations dans ce sens au Canadian Extension and Register.Ces observations reproduites par la Catholic Fortnightly Review de M.Preuss, inspirérent au grand organe de l\u2019emperialisme catholique à Toronto, la note assez vive que voici : \u201c La Fornightly Review, dans son dernier numéro, reproduit la petite attaque du Casket à l\u2019adresse des organes diocésains.L'idée que l\u2019on veut répandre c\u2019est que le rédacteur de cette feuille n\u2019éternue pas avant que son ordinaire ait pris une prise de tabac.C\u2019est une opinion commune mais qui n\u2019en est pas moins généralement erronée.Les évêques et les archevêques prisent l\u2019originalité, la vigueur et l\u2019énergie tenace tout autant que les autres individus.Ils mettent une borne à une chose et c\u2019est à l'ingérence d\u2019un journal dans la politique ecclésiastique.Voici le point ou le rédacteur indépendant tombe généralement dans l\u2019erreur, Il donne des conseils et fait des suggestions qui ne sont pas écoutées pour la simple raison qu\u2019il n\u2019est pas au fait des conditions véritables.Rome ne repousse pas les conseils mais elle persiste d\u2019une manière ou d\u2019une autre à choisir ses conseillers.\u201d Voilà le ton de quelqu\u2019un qui se croit un des conseillers du Pape ou nous n\u2019y connaissons plus rien.Dans tous les cas, c\u2019est le ton de quelqu\u2019un qui ne veut pas être dérangé dans ses calculs, et qui serait bien disposé à conquérir pour les siens le siège d\u2019Ottawa avant de voler à toute vapeur à la conversion des infidèles de l\u2019Ouest ou aussi loin que le Grand Tronc Pacifique voudra le mener.Cela suffit assurément pour démontrer que ces messieurs \u201c n\u2019attendront pas pour éternuer que Rome ait pris une prise.\u201d Nous savions déjà\u2014pour continuer la figure-\u2014que non-seule- ment ils éternuent plus qu\u2019à leur tour mais qu\u2019au besoin ils Tie Te RTA «TET TRE = HERE PET A L'ASSAUT DES INSTITUTIONS CANAD.-FRANGAISES 251 savent attirer l\u2019attention en se mouchant bruyamment ! You're bound to take notice ! Mais est-ce que nous blâmons nos coreligionnaires de langue anglaise de s\u2019agiter, de marcher résolument à la conquête que leur nombre leur refuse ?Tout au contraire, mais nous déplorons profondément l\u2019apathie des nôtres, cette insouciance confiante et passive qui de plus en plus, dans ce pays qu\u2019ils ont ouvert à la civilisation, en fait les éternels tondus de l\u2019histoire.On nous dit au sujet d\u2019Ottawa : \u2018\u201c Rome ne se prononcera pas sans s\u2019être renseignée.\u201d Soit.Mais qui va renseigner Rome ?Si ce sont les mêmes qui l\u2019ont renseignée sur le diocèse du Sault Ste-Marie, qui la renseignent sur celui de Chatam, sur les provinces de l\u2019ouest, sur le mouvement Franco-Américain dans la Nouvelle-Angleterre, vous allez être roulés, pillés comme au coin d\u2019un bois.Si vous croyez qu\u2019une injustice\u2014ou plutôt erreur\u2014 puisse être facilement corrigée, nous vous disons que vous vous payez d\u2019illusions.Sans cela les Acadiens auraient un évêque de leur nationalité, le Sault Ste-Marie, serait restitué aux nôtres, le diocèse de Burlington ne serait pas menacé d\u2019être enlevé aux Franco-Américains, il y aurait un évêque franco-américain à Portland.Vers le mois de février le grand vicaire, Mgr McCann, et deux curés de Toronto sont passés à Rome.Croyez-vous qu\u2019ils y soient allés prêter main-forte aux canadiens-français d\u2019Ontario qui voudraient voir l\u2019évêque du Sault Ste-Marie transféré à London et remplacé par un évêque de leur race ?Dans le même temps on parlait ici du voyage à Rome d\u2019un représentant des évêques des provinces Maritimes.Ce représentant va-t-il dire au Pape que dans le diocèse de Chatam les Acadiens catholiques sont 55,000 sur une population catholique, totale de 70,000 ?Ÿ va-t-il repousser la prétention du fameux \u201c mémoire \u201d adressé au Cardinal Merry del Val et disant entre autres choses que dans la ville d\u2019Ottawa il y avait \u2018 35,124 catholiques autres que les canadiens-français \u201d quand le recensement officiel donnait à cette même ville une population de 30,525 catholiques, dont 19,027 canadiens- français ?Va-t-il réfuter cette autre affirmation trompeuse du \u2018 mémoire \u201d qu\u2019il y a dans Québec autant d'anglais catholiques qu\u2019il y a de canadiens-français dans Ontario, quand on sait que dans Québec, il y a 14 français pour un anglais, (1,322,000 canadiens-français contre 92,000 anglais) et que pans Ontario les catholiques français sont presque aussi nom- 252 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE breux que les anglais (161,000 canadiens-français contre 209,- 000 anglais) sans tenir compte de quelques milliers de sauvages, polonais, italiens, ete ?On a jeté les hauts cris, l\u2019année dernière, lorsque fut rendu public ce mémoire insidieux, calominiateur, mensonger, rédigé quatre ans auparavant ?C\u2019était, certes, un événement malheureux,\u201d mais si Victor Hugo a pu dire que \u201c les petits malheurs sont la vaccine des grands,\u201d nous aurions, tout de même, tort de croire que toutes les choses désagréables dont on nous a abreuvés depuis la conquête nous ont immunisés contre les calamités qu\u2019on nous prépare.Le \u2018\u201c Mémoire,\u201d par exemple, devait nous faire voir les moyens employés par ceux qui ont profité de notre hospitalité pour préparer secrètement notre ruine.Sous le prétexte de demander un évêque anglais (?) pour l\u2019Ouest, c\u2019est le procès de tout notre épiscopat, de toutes nos institutions, de toute notre race que le politicien auteur de cette infamie a fait, un procès er-parte où après quatre années, un heureux accident a permis à un des nôtres de faire une réfutation qui, Dieu merci, est concluante.Si l\u2019on a pu fausser les chiffres au sujet de la population des provinces de l\u2019Ouest pourquoi les mêmes gens ayant les mêmes convoitises ne les fausseraient-ils pas pour le diocèse d\u2019Ottawa ?Et, à ce sujet, qu\u2019on nous permette une courte digression qui nous fera voir le procédé suivi par les champions du droit des catholiques irlandais au Canada Le \u2018\u201c Mémoire \u201d disait : % \u2018\u201c\u201c Votre Eminence sait sans aucun doute qu'au % + dernier recensement la population catholique + du Canada du Nord se distribuait comme il suit % 4 dans les différentes provinces : + Total de la | Total de la Provinces.population population catholique.canadienne- française.Manitoba.35,672 16,021 Colombie-Anglaise.33,639 4,600 Alberta.12,967 4,348 Assiniboine-E.7,521 1,339 Assiniboine-O.3,142 235 Saskatchewan.6,453 1,118 Territoires non organisés .\u2026.9,580 1,918 4, LES A L\u2019ASSAUT DES INSTITUTIONS CANAD.-FRANÇAISES 253 \u201c Par conséquent, au point de vue numérique, les catholiques de langue anglaise, et tous les autres qui se classeront comme tels en adoptant les coutumes et les usages anglais, ont droit à plus de considération que la minorité comparativement faible des Canadiens-français.\u201d Avez-vous remarqué ce passage \u201c et tous les autres qui se classeront comme tels en adoptant les coutumes et les usages anglais \u201d ?Tout est là.Toujours la vieille histoire du brave curé irlandais de Woonsocket, qui disait : \u201c My church is the catholic church, Father Dauray\u2019s is the french church ! \u201d Un ami à qui je montrais ces chiffres me faisait observer qu'ils étaient exacts mais incomplets, l\u2019auteur du Mémoire ne tenant pas compte des Métis français tous catholiques.Et il me passait alors le tableau suivant qui, comme on le verra, modifie sensiblement le premier : Catholiques.Can.fr.Métis fr.Total fr.Manitoba.35,672 16,021 5,335 21,357 Nord-Ouest.30,082 7,040 6,471 13,511 Colombie.32,639 4,600 503 5,103 Territoires .9,580 1,918 2,064 3,982 Les Cloches de Saint-Bonifaces, l\u2019organe reconnu de Mgr Langevin, viennent de publier sur le méme sujet des statistiques non moins intéressantes.(1) Chacun y reçoit son dû, les Canadiens-français comme les autres.Voici done les renseignements que les Cloches nous donnent et qui ont été fournis par les ordinaires des trois diocèse de Saint-Boniface, Saint-Albert et Prince Albert : Saint- Boniface Catholiques francais.33,786 \u201c anglais .11,181 \u201c allemands.10,789 \u201c polonais.13,195 \u201c irlandais.3882 Autres catholiques.Ce 5,240 Ruthénes.45,000 Total.123,073 (4) Le \u201cCanadian Extension and Register\u201d donne ces chiffres as having been furnished by the ordinaries of the three dioceses.\u201d Dente su- perbo ! 254 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Diocèse de Saint-Albert Catholiques français.33,786 \u201c anglais.14,290 \u201c allemands.3,170 Ruthénes, Polonais, Hongrois.12,780 Indiens catholiques.4,490 Total.2220000000 52,100 Diocèse de Prince Albert Catholiques allemands.12,000 \u201c francais.10,000 \u201c anglais.5,000 Ruthènes.020000000 42e e eee 12,000 Indiens.cocoon 5,000 Total.44,000 Nous n\u2019insistons pas.La comparaison des tableaux que nous venons de donner montre suffisamment et les moyens employés contre nous et la franchise de ceux qui nous combattent pour le simple plaisir de nous montrer eux-mêmes le chemin du salut.Nous avons vu que pour la ville d\u2019Ottawa le monsieur du Mémoire réclamait 35,124 catholiques autres que les canadiens- français.Encore une subtilité de language qui ne manque pas de saveur.Nous avons déjà dit que la population catholique d\u2019Ottawa était de 30,525 dont 19,027 canadien- francais.Ajoutons, puisque nous y sommes, que parmi les \u201c autres catholiques que les canadiens-français \u201d il faut compter 1,000 italiens desservis par les Pères Capucins.Et qu'est-ce qu\u2019on oppose, jusqu\u2019aujourd\u2019hui à tous les chiffres des mémoires connus et inconnus ?Une statistique incomplète si on en juge par les chiffres publiés par l\u2019Action Sociale que nous citons plus haut et qui paraissent lui venir de source apparemment renseignée.Pourtant ce ne sont pas les renseignements qui manquent.Le Révérend Père Alexis, Capucin, à publié il y a douze ans sur le diocèse d'Ottawa un ouvrage qui est à la fois un prodige de travail et un monument d\u2019exactitude.Combien l\u2019ont lu ou encore combien songent à s\u2019en servir ?| ! i 0 4 0 A L\u2019ASSAUT DES INSTITUTIONS CANAD.-FRANÇAISES 255 Nous y avons relevé à la hâte des renseignements comme ceux-ci : Population d'Ottawa en 1881 Canad.fr.Ang.cath.Total cath.Protestants.Pop.totale.9,384 6,517 15,901 11,511 27,412 Population d'Ottawa en 1891 Canad.fr.Ang.cath.Total cath.Protestants.Pop.totale.12,790 8,399 21,189 16,080 37,269 La population canadienne-française dans le seul comté d\u2019Ottawa a augmenté de 8,000 en 10 ans.Quelle était la population du diocèse d\u2019Ottawa en 1881 ?Le Père Alexis nous la donne comme suit en s'appuyant toujours sur les recensements officiels.Canad.fr.Ang.cath.Total cath.Protestants.Pop.Totale.82,264 45,669 127 933 101,281 229,714 Ces chiffres puisés à des sources sûres et officielles forment une base admirable et indestructible pour les calculs futurs.Et douze ans après la publication de l\u2019ouvrage du Père Alexis, en suivant les recensements décennaux on arrive infailliblement aux chiffres suivants : POPULATION DU DIOCESE D'OTTAWA D\u2019APRES LE RECENSEMENT OFFICIEL DE 1905 Province d\u2019Ontario Comté de Pop.totale.Catholiques.Français.Carleton .19,377 6,136 2,533 Lannark, N.13,621 2,863 611 Ottawa (ville) .57,640 30,525 19,027 Prescott.27,035 21,201 19,190 Russell.35,166 21,352 17,522 Totaux .152,839 82 077 58,883 256 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Province de Québec Comté de Pop.totale.Catholiques.Français.Argenteuil.10,941 5,591 4,971 Labelle 30,931 27.086 24,653 Montcalm.700 700 700 Terrebonne.5,787 5,731 5,562 Wright.44 800 36,205 29,946 Totaux .93,159 75,313 65,832 Grands totaux.245,998 157,390 124,715 Ce tableau montre la supériorité numérique incontestable des canadiens-français dans le diocèse d'Ottawa.Il montre aussi que cette supériorité numérique ne serait pas détruite même si on voulait faire un diocèse avec la partie qui se trouve comprise dans la province d\u2019Ontario.Ce point mérite d\u2019être noté, surtout aujourd'hui que l\u2019on parle d\u2019une division du diocèse d\u2019Ottawa qui serait faite dans ce sens.Il serait facile de faire croire que cette division n'aurait pas d\u2019autre effet que de laisser les irlandais seuls à Ottawa, tandis que les ca- nadiens-français resteraient groupés dans la partie située dans la province de Québec.Le Mémoire a dit des choses bien pires que celle-là ! (1) L'idée d\u2019une division dans ce sens ne serait même pas nouvelle.Il en est question depuis 1868 et un Réverend M.Lynch eñ sait quelque chose.La lutte qui éclata au sujet de l\u2019Uni- (1) Depuis que cet article est écrit le Witness, de Montréal, (22 juillet,) nous apporte la nouvelle que les irlandais d\u2019Ottawa accepteraient le compromis suivant : diviser le diocèse d\u2019Ottawa en leur laissant la partie située dans Ontario à laquelle on annexerait le petit diocèse d\u2019Alexandria qu'ils comptent pour exclusivement anglais.\u2018 C\u2019est un beau rève, mais c\u2019est un rève ! Les canadiens-français sont en majorité dans la partie d\u2019Ontario ; ils le seraient davantage avec l'annexion d\u2019Alexandria.Et la population du nouveau diocèse serait alors comme suit : Catholiques anglais.Catholiques français.Partie ontarienne d\u2019Ottawa.23,194 58,883 Alexandria.0.0.9,200 14,223 Totaux.32,394 73,106 Achab, la convoitise vous aveugle ! = = ee = Eau eus mE CES A L'ASSAUT DES INSTITUTIONS CANAD.-FRANÇAISES 257 versité d'Ottawa la remit en évidence.Au moment où nous écrivons il n\u2019est pas bien sûr que ce rêve ne se soit pas levé de nouveau dans l\u2019esprit de ceux- qui rédigent des mémoires anti-canadiens-français ou les inspirent.Le coup de filet devrait tenter ceux qui, par exemple, écrivaient à Mgr Sbaretti en 1906.\u201c Les catholiques de langue anglaise ne consentiront jamais à maintenir un collège de médecine sous l\u2019influence et la direction d\u2019un corps de canadiens-français.\u201d Et qu'est-ce à dire que ces \u2018\u201c conditions nouvelles \u201d que ces \u201c conditions véritables \u201d dont parlent les dépêches tendancieuses ou les noter aigres-douces du \u201c Canadian Extension and Register, qu'est-ce à dire, sinon que dans les milieux ir- landophiles on pose lentement ce problème de la domination anglaise dans l\u2019église en dehors de Québec, et que l\u2019on fait lentement, sournoisement, habilement ce que nous appelons dans le titre de cet article \u201c l\u2019assaut des institutions cana- diennes-françaises.\u201d Qu'est-ce autre chose, que cette poussée formidable qui lance à la curée de l\u2019œuvre catholique, à la conquête des diocèses français, tous ses apôtres d\u2019un jour, missionnaires en pullman et évangélisateurs de paroisses seculaires, qui ne semblent avoir retenu des évangiles qu\u2019un passage, le suivant.\u201d (1) Aliv laboraverunt, et vos in labores eorum antroistis \u201d ?Nous avons réuni à la hâte, dans cet article, quelques renseignements essentiels, quelques chiffres indiscutables, avec l\u2019espoir qu\u2019ils jetteront leur part de lumière sur une situation que depuis longtemps on embrouille à dessein.Il faudra, certes, livrer des luttes ardentes pour conserver le patrimoine français que nos missionnaires ont préparé au Maître dans cette partie du Nouveau-Monde.A part le souci des conquêtes nouvelles à préparer dans les régions ou la rigueur du climat nous protège contre tous les concurrents, il faudra aussi garder le terrain acquis, l\u2019influence péniblement amassée, sou par sou, depuis les Récollets jusqu\u2019aux Oblats.Il faudra même nous tenir prêts à venger jusqu\u2019à notre réputation jusqu\u2019au désintéressement dont nous avons imprimé le cachet sur toutes nos œuvres; il faudra nous défendre contre ceux-là mêmes qui, n\u2019ayant rien fait nous disent: \u2018\u201c Vous avez fait trop.\u201d\u2019 et se préparent à un partage des biens tel que pour en trouver un semblable il nous faudrait remonter à Grand- Pré.La tâche n\u2019est pas au-dessus de nos forces.(1) J.IV, 38 258 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u201cLes évêques et les archevêques, dit le Register, prisent l\u2019originalité, la vigueur, l\u2019énergie tenace.\u201d Nous nous en doutions bien un peu, mais.nous n\u2019y avions pas songé assez souvent.Après des années de patience, de compromis, de faiblesses pour l\u2019amour de la paix, nous avons évité le scandale de luttes intestines entre catholiques pour laisser s\u2019épanouir le scandale plus grand des empiètements tolérés et des injustices souffertes en silence.Le jour n\u2019est pas éloigné ou à notre tour nous devrons montrer toute notre taille aux faux frères qui veulent nous apporter l\u2019asservissement après nous avoir apporté le typhus, qui s'élèvent sur nos ruines, et qui n\u2019apprendront pas trop tôt tout ce qu\u2019il y a de détestable dans la convoitise d\u2019Achab pour le champ de Naboth.J.L.K.-Laflamme Chronique Littéraire Notre langue maternelle.Luttes et espérances.Le patriotisme et le courage des parlementaires canadiens- francais de 1792 avaient obtenu de l\u2019Assemblée Législative du Bas-Canada, l\u2019impression dans les deux langues de tous les documents officiels de la Chambre.Le régime néfaste de l\u2019Union \u201c nous fit reculer d\u2019un demi-siècle.\u201d La clause 41ème de la loi impériale qui gratifia nos pères de ce cadeau plus qu\u2019étrange décrétait que la version anglaise, seule, des documents parlementaires serait reconnue comme ayant une valeur officielle et authentique.Les députés canadiens- français ne furent pas lents à protester contre ce parti-pris d\u2019ignorer notre langue maternelle.Tout le monde connaît l\u2019énergique déclaration de Lafontaine, au commencement de la session de 1842 ; \u201cOn me demande de prononcer dans une autre langue que ma langue maternelle le premier discours que j'aie à faire dans cette Chambre.Je me défie de mes forces à parler la langue anglaise.Mais je dois informer les honorables membres, que, quand même la connaissance de la langue anglaise me serait aussi familière que celle de la langue française, je n\u2019en ferais pas moins mon premier dicours dans la langue de mes compatriotes canadiens-français, ne fût- ce que pour protester solennellement contre cette cruelle injustice de l\u2019Acte d\u2019Union qui tend à proscrire la langue maternelle d\u2019une moitié de la population du Canada.Je le dois à mes compatriotes, je le dois à moi-même.\u201d T$64S5S07S27S7782% #484347222222222 C\u2019était un morceau de belle et bonne \u201c\u2018 étoffe du pays ?que Lafontaine offrait à ses collègues de langue anglaise, comme don de joyeux avènement.Il faut vraiment remer- 260 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE cier les membres de l\u2019Association Catholique de la Jeunesse Canadienne-Française de l\u2019inlassable courage qu\u2019ils mettent à sauver la précieuse étoffe, qui a servi à grandir plutôt qu\u2019à diminuer la taille du grand homme d\u2019Etat que fut Louis- Hippolyte Lafontaine.Grâce à cette énergique attitude, nos députés obtiennent de l\u2019Assemblée, dès la première session, que toute motion \u201c soit lue en français et en anglais par l\u2019orateur, s\u2019il possède l\u2019usage des deux langues,\u201d et trois ans plus tard, que \u201c tous les bills et documents soumis à la Chambre soient imprimés dans les deux langues \u201d à nombre égal d\u2019exemplaires.\u201d Après cinq autres années d\u2019une lutte sans trève ni défaillance, les Canadiens-Français eurent la joie de voir l\u2019adresse de Denis- Benjamin Papineau, demandant au parlement impérial la révocation de la clause 41ème de l\u2019Acte d\u2019Union, unanimement adoptée par l\u2019Assemblée Législative.Leur triomphe fut complet lorsque, à l\u2019ouverture de la session de 1849, ils entendirent tomber de la bouche de Lord Elgin ces paroles de justice, prononcées successivement en anglais et en français > \u201c Je suis fort heureux d\u2019avoir à vous apprendre que, conformément aux désirs de la législature locale, exprimé dans une adresse des deux chambres au parlement provincial, le parlement impérial a passé un acte révoquant la clause de l\u2019Union qui imposait des restrictions à l'usage de la langue française.\u201d *38%88%% 223823=# L\u2019Angleterre ne trouve indignes de vivre que les races qui se laissent mourir.\u201c L\u2019Acte de l'Amérique Britannique du Nord \u2019 devait confirmer cette vérité, en 1867.La clause 133ème de la loi impériale qui établit, en cette mémorable année, la Confédération canadienne, se lit comme suit : \u201c Dans les chambres du parlement du Canaca et les chambres de la législature de Québec, l\u2019usage de la langue française, ou de la langue anglaise, dans les débats sera facultatif ; mais dans la rédaction des archives, procès-verbaux et journaux respectifs de ces chambres, l'usage de ces deux langues sera obligatoire ; et dans toute plaidoirie ou pièce de procédure par de- 22288888 FEELERS CHRONIQUE LITTÉRAIRE 261 vant les tribunaux ou émanant des tribunaux faculté, de l\u2019une ou de l\u2019autre de ces langues.Les actes du parlement du Canada et de la législature de Québec devront être imprimés et publiés dans ces deux langues.\u201d (1) SESE Lo Cette formidable lutte de nos hommes d\u2019Etat pour la conservation de la langue française \u2014lutte qui a duré cent ans, à quatre années près, ces discours énergiques, toutes ces courageuses démarches, ce couronnement glorieux, enfin, de leurs suprêmes efforts, tout cela eut été vain, si, dans la paroisse canadienne-française, la négligence ou l\u2019indifférence des pasteurs eût laissé croître l\u2019herbe sur les tombes françaises ; si, confondant la soumission avec la servilité, nos prêtres, \u2014 hypothèse inadmissible |\u2014eussent cherché un peu trop à plaire aux vainqueurs, ne fût-ce qu\u2019en faisant tous les dimanches, leur prône dans les deux langues ou en admettant dans les écoles rurales l\u2019enseignement à dose égale du français et de l'anglais.Ecole bilingue, école neutre : deux utopies également désastreuses, l\u2019une pour la langue, l\u2019autre pour la foi.L\u2019école, voilà la grande force nationale ; la petite école nettement, exclusivement catholique et française, voilà, après Dieu, la cause première et fondamentale de la survivance du peuple canadien-français.Une nuance, un rien de servilisme envers l'autorité anglaise chez un seul des évêques de Québec, par exemple, eut pu réduire à néant les gigantesques efforts de nos hommes d\u2019Etat.Dignité nationale absolue dans l\u2019absolue loyauté, telle fut l\u2019invariable attitude de tous les évêques canadiens-français devant les représentants de la couronne britannique.L\u2019Angleterre aime ceux qu\u2019on appelle des hommes, viri.Elle a trouvé dans chacun de nos évêques un homme et elle à cru, avec raison, s'honorer en les saluant tous respectueusement, les uns après les autres.En un mot, l\u2019Angleterre a toujours su respecter ce concordat, deux fois sacré, qui lie, depuis les temps héroïques de notre histoire, l\u2019Eglise Catholique et le peuple canadien-français.Les constitutions et les lois ne peuvent avoir qu\u2019une influence très limitée sur la conservation d\u2019une langue, si le peuple ne parle pas cette langue à chaque jour et à chaque heure de sa vie nationale.Une langue qui n\u2019existe que dans (1) Voir, pour tous ces détails et documents, le Bulletin des Recherches Historiques d'avril 1904. 262 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE des textes de lois \u2014ces lois fussent-elles inviolables !\u2014est une langue morte.La langue ne s'impose pas à coups de décrets ; elle ne vient pas d\u2019en haut.Le plts modeste de nos laboureurs ou de nos artisans, par la manière si simple, si claire dont il s\u2019exprime souvent, par ces termes pittoresques qu\u2019il crée parfois et qui sont d\u2019autant plus justes que l\u2019homme, chez lui, est plus près de la nature, de la réalité, contribue autant, même plus que l\u2019homme instruit à entretenir la vitalité de la langue.\u201c La langue, a dit M.Edmond Roy, dans une page superbe, (1) sort des couches populaires.Comme un arbre vigoureux, à l\u2019écorce rude mais au bois sain et dur, elle s\u2019élance de la bonne terre nourricière, et alors qu\u2019elle monte jusqu\u2019aux plus hauts sommets, elle s\u2019étend, couvrant, de son ombre bienfaisante, la nation tout entière.Sa sève circule toujours, une branche se casse et meurt, la plaie se cicatrise, et de nouveaux rameaux s\u2019ajoutent aux anciens.Il en est qui poussent tout droits, sans fleurs et sans fruits, d\u2019autres languissent et s\u2019étiolent comme si l\u2019air leur manquait, ou comme si un insecte les rongeait à l\u2019intérieur.Mais combien, aussi, ont des floraisons superbes ?\u201d *4222222222222=2 ST S27S 82 C\u2019est précisément pour cela que la règle suprême qui doit gouverner le développement d\u2019une langue, c\u2019est l'usage.Et quand il s\u2019agit de la langue française parlée au Canada, n\u2019entendons pas seulement l\u2019usage de Paris, mais l\u2019usage de Québec, l\u2019usage de Montréal consacrant définitivement l\u2019emploi de mots venus de la Beauce, de la Côte Beaupré, de Sorel, de Chambly ou d\u2019ailleurs.Il faut voir avec quelle intelligence la Société du Parler Français au Canada a compris la théorie, aujourd\u2019hui incontestée, de Vaugelas.S'\u2019est-elle jamais mêlée de promulguer des décrets ?A-t-elle créé un seul mot, depuis sept ans qu\u2019elle existe ?Elle connaît trop bien les lois qui président à l\u2019évolution d\u2019une langue pour tomber dans cette erreur qui faillit faire du président Roosevelt, ily a deux ans, la risée du peuple américain, lorsque le premier magistrat de la république lança son fameux décret de réforme, (1) C£.Bulletin du Parler Français, mars 1908, p.212.> I \u2014r\u2014 ms = cay gam = M A TA EN ae) - CHRONIQUE LITTERAIRE 263 qui ne touchait, pourtant, qu\u2019à l\u2019orthographe des mots.Au lieu de décréter, la Société a enquêté \u2014sachant bien que c\u2019était là l\u2019unique moyen d'arriver à connaître l\u2019usage canadien- français en matière de langue parlée.Avec un courage et une méthode remarquables, elle poursuit sa formidable enquête à travers le pays, et c\u2019est un plaisir \u2014 surtout pour celui qui n\u2019a qu\u2019à se réjouir du résultat de tant et de si patientes recherches, \u2014de voir les précieuses fiches s\u2019entasser presque jusqu\u2019à faire des monceaux.Ne voyons-nous pas, déjà, les conséquences pratiques de ces importants travaux ?Une fois en possession de la collection, aussi complète que possible, des expressions du terroir canadien-francais, la Société sera en mesure de constater, avec une exactitude presque mathématique, le nombre des mots du pays qui sont universellement employés par nos compatriotes, et la conclusion logique de son enquéte sera que ces expressions sont consacrées par l\u2019usage et qu\u2019elles ont droit de cité dans le parler français du Canada.Prenons, par exemple, le mot poudrerie.Il n\u2019y a pas de doute que l\u2019enquête sur ce mot une fois terminée prouvera clairement qu\u2019il est d\u2019usage universel, chez nous.Il est de bonne facture canadienne-française.Pendant que nos cousins de France ont encore besoin de trois mots : tourbillons de neige pour désigner la chose, un de nos ancêtres, \u2014 qui nous dira jamais son nom ?\u2014 a trouvé, un jour de gros nordet d\u2019hiver, l\u2019expression unique de poudrerie.L'usage veut, aujourd\u2019hui, chez nous, qu\u2019on dise et qu\u2019on écrive, sans hésitation ni prudrerie grammaticale : poudrerie.Voilà comment une langue se développe et s\u2019enrichit.Qui nous donnera la Société littéraire ou l\u2019Académie exclusivement canadienne-française qui fera, \u2014dans un tout autre genre, évidemment \u2014pour notre langue écrite, pour notre littérature nationale, ce que la Société du Parler Français fait avec tant d\u2019intelligence pour notre langue parlée ?Pauvre littérature canadienne-française ! L\u2019a-t-on assez maltraitée, depuis quelques années ! M.Jules Fournier ouvrit le feu contre elle dans la Revue Canadienne du ler août 1906.Avec une verve endiablée, le jeune écrivain expliquait aux lecteurs abasourdis de la Revue, accoutumés à entendre des sons moins éclatants, comment il venait d\u2019écrire un roman de dix sous en huit jours, parceque \u2018la littérature canadienne-française n\u2019existe pas,\u201d parceque \u201cle crime irrémissible \u201d de notre critique, \u201c c\u2019est, avant tout, de boucher le chemin par où la Vraie critique pourrait passer.\u201d Cela ressemblait à une ga- 264 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE geure,\u2014au moins quant à ce qui touchait à l\u2019existence d\u2019une littérature nationale chez nous.Puis, ce fut au tour de M.Jean du Meyn (1) de venir dire aux lecteurs de la Revue et un peu à tous les Canadiens-Français, sur ce ton doucement doctoral qu\u2019on a cru retrouver depuis dans des articles signés d\u2019autres noms ou pseudonymes, qu\u2019il n\u2019est pas \u2018 d\u2019un patriotisme bien sage de répéter sans cesse entre nous que nous sommes un peuple très intellectuel, richement doué du côté des lettres et des arts, et devant qui s\u2019ouvrent d\u2019illimitées perspectives.\u201d On veut bien nous concéder, cependant, dans cette étude, après avoir déclaré que nous sommes absolument en retard, que le \u201c\u201c goût du bien dire \u201c et la \u201c sensibilité attique qualités héritées de nos pères \u201d\u2019 sommeillent chez nous et ne demandent qu\u2019à se développer.On nous y rapporte aussi le mot d\u2019un \u201c personnage \u201d\u2019 qui ne veut reconnaître qu\u2019à deux Canadiens-Français la possession d\u2019un \u201c vocabulaire d\u2019homme de lettres,\u201d Les noms de ces deux privilégiés ?\u2018\u201c M, Ch*##*# et M.Ro***\u201d\u201d M.Chapman et M.Roy, peut-être ?Un Roy seulement ?Nous en avons trois qui écrivent beaucoup et très bien.Enfin, on nous assure que \u2018\u201c nous pouvons compter sur eux un bel avenir, mais à condition de travailler.\u201d D\u2019autres y ont mis moins de formes et de détours.Ce sont les quelques grincheux de la \u201c tribune libre \u201d du Canada, qui s\u2019en donnent à cœur joie sur le dos de notre littérature nationale, s\u2019il est permis de s\u2019exprimer ainsi, depuis que M.le Dr.Choquette a eu l\u2019idée de lancer dans la presse le projet de la fondation d\u2019une Académie canadienne-française.La proposition du Dr.Choquette est \u2018 trés acceptable\u2019 écrit Jean-Baptiste, (2) \u201c mais je me demande où il prendrait les académiciens.j'en compte cinq ou six que je ne nommerai pas, est-ce suffisant ?\u201d Un autre : \u201c Pourquoi parler d\u2019académie quand le nombre de nos écrivains, de nos journalistes, de nos publicistes, de nos orateurs possédant le mens divinior et ayant la culture littéraire, est si petit.\u201d (3) Enfin, un troisième \u2014de Sainte-Scholastique, celui-là \u2014a l\u2019aplomb de déclarer qu\u2019il nous faudrait, plutôt que ce \u2018\u2018 cénacle \u201d littéraire dont on parle de nous gratifier, \u201c une académie organisée et reconnue pour fixer chez nous ce qu\u2019on est convenu (1) Revue Canadienne, ler février 1906.(2) Le Canada, 2 février 1909.(3) Le Canada, 17 février 1909. CHRONIQUE LITTÉRAIRE 265 d'appeler la langue du terroir,\u201d parceque, dit-il, \u201c nous manquons énormément d\u2019un lexique canadien-français.\u201d (1) Pauvre Société du Parler Français ! Les journaux qui ont annoncé sa fondation (18 février 1902) ne seraient-ils pas encore arrivés à Sainte-Scholastique ?La fondation de l\u2019Académie canadienne-française serait assurée, si l\u2019on n\u2019avait pas d\u2019autres raisons à apporter contre la mise à exécution de ce projet.Combien plus intéressantes et plus vraies sont ces paroles réconfortantes d\u2019un membre de la Société Royale qui signe : Un adhérent : (2) \u201c \u201c Je suis moi-même membre de la Société Royale et je ne cacherai point que pour l\u2019avantage des lettres françaises, il vaudrait infiniment mieux qu'elle fût subdivisée en section anglaise, avec foyer à Ottawa ou à Toronto, et en section française à Québec, de manière à former deux académies absolument étrangères et par la langue et par le fonctionnement et par la cons- + titution.Bref, j'approuve l\u2019idée de la création + d\u2019une Académie littéraire, à Québec, et les hom- + mes politiques qui se soucient le moindrement % de l\u2019avancement intellectuel de notre race, % devraient donner l\u2019élan.C\u2019est le moyen de for- + mer une âme nationale et de développer les am- & bitions littéraires et artistiques des Jeunes\u2014 % nos remplaçants de demain.\u201d SSSR S Pour notre consolation littéraire et nationale, il faut dire que c\u2019est là l\u2019opinion de la grande majorité de ceux qui ont pris part à cette intéressante discussion.La Patrie, après deux ou trois jolies chroniques de Madeleine, s\u2019est emparée de l\u2019idée, qui était en train de faire heureusement boule de neige, lorsqu\u2019une lettre de M.L.O.David, parue dans le Canada, est venue soudainement en faire un bloc de glace.Académie ou non, il faut, pour faire avancer d\u2019un pas plus rapide la littérature canadienne-française dans la voie du progrès, que nous écartions de cette voie certains obstacles qui paralysent encore l\u2019essor littéraire d\u2019un bon nombre d\u2019entre nous.C\u2019est, avant tout, l\u2019absurde manie que nous avons de (1) Le Canada, 22 février 1909.(2) Le Canada, 29 janvier 1909.\u201ca 266 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE nous comparer toujours aux Français : \u2018\u201c Albert Lozeau éerit bien, mais ce n\u2019est pas Sully-Prudhomme ni Coppée ; l\u2019abbé Camille Roy est un excellent critique, mais voyez Lemaître et Faguet ; les travaux historiques de M.Thomas Chapais sont très sérieux, mais D\u2019Haussonville, mais Ségur ; les études phi- lologiqués de M.Rivard sont bien intéressantes, mais rappelez- vous l\u2019œuvre de Gaston Paris.\u201d C\u2019est énervant.Il y a, chez nous, tout ce qu\u2019il faut pour faire des écrivains de premier ordre, et, \u2014soit dit contre tous les grincheux du pays, \u2014nous en avons.Cessons d\u2019avoir les yeux rivés sur Paris.Parlons de la littérature française : c\u2019est nécessaire ; nécessaire pour notre formation ; nécessaire pour notre direction.Il nous faut absolument connaître ce qu\u2019est la bonne lecture française et savoir aussi ce qui doit être carrément rejeté.Il s\u2019agit d\u2019une sélection à faire, et elle ne se fera pas toute seule comme dans l\u2019insipide hypothèse darwinienne.Le partage du bon et du mauvais, de l\u2019utile et du niais\u2014il y a du niais en France comme partout ailleurs, \u2014devra se faire par l\u2019effort, par l'étude.Parlons donc de la littérature française, et beaucoup,\u2014en Canadiens-Français.Toute imitation ne pourra être qu\u2019une vulgaire copie.Nous n\u2019avons rien à perdre en restant ce que nous sommes.Un écrivain de chez nous veut-il faire une étude sérieuse des œuvres d\u2019un auteur français ?Qu\u2019il lise ces œuvres ; qu\u2019il les approfondisse de son mieux ; puis, qu'il nous dise simplement ce qu\u2019il en pense.Et ce sera encore là de la belle et bonne critique canadienne-française.Gardons-nous du chauvinisme et n\u2019allons pas entretenir parmi nous la fâcheuse équivoque qui se trouve renfermée dans cette idée chère à plusieurs de nos compatriotes : seule, la littérature qui parle de chez nous a droit de s'appeler la littérature canadienne-française.Ne soyons pas si étroits.Bossuet n\u2019a parlé, en somme, que très peu de la France, et il a laissé le plus beau monument littéraire dont la France puisse s\u2019énor- gueillir.Pascal, dans ses Pensées, a parlé de l'homme et pas du tout du Français ; ce qui ne l\u2019a pas empêché de donner à la littérature française un chef-d\u2019œuvre immortel.Le plus grand écrivain d\u2019Angleterre a écrit des tragédies humaines, et non anglaises.Et pour parler de chez nous, doit-on dire que l\u2019incomparable lettre du Cardinal Taschereau sur l\u2019établissement des Quarante-Heures dans le diocèse de Québec ne mérite pas de compter parmi les plus belles pages de la littérature canadienne-française, parce qu\u2019elle ne parle pas de nos gens et qu\u2019elle peut tout aussi bien s'adresser à n\u2019importe quelle âme i 02 i he CHRONIQUE LITTERAIRE 267 chrétienne de n\u2019importe quel pays ?Est-ce que les brillantes conférences scientifiques de Mgr Laflamme n\u2019ajouteraient aucun lustre nouveau à nos annales littéraires, si elles étaient, un jour, réunies en volume ?Mgr Pâquet a-t-il écrit ces pages superbes sur le Droit Public de l\u2019Eglise et sur l\u2019 Education pour qu\u2019on entende dire, un jour ou l\u2019autre, qu\u2019il n\u2019a rien fait pour la littérature canadienne-française parce qu\u2019il nous a parlé de l\u2019Eglise et de l\u2019éducation ?Toute bonne page écrite par un Canadien-Français dans sa langue maternelle appartient à la littérature canadienne-française.Sans doute, fouillons nos archives, pénétrons-nous l\u2019âme jusqu\u2019au tréfonds de l\u2019esprit des ancêtres, chantons les Laurentides et le Saint-Laurent tant que nous pouvons, traitons, chaque fois que l\u2019occasion s\u2019en présente, des sujets de chez nous ; mais si, un jour, l\u2019un d\u2019entre nous, s\u2019élevant jusqu\u2019aux plus hauts sommets de la spéculation philosophique ou approfondissant avec autorité les questions sociales les plus ardues, ajoute au trésor des lettres humaines un ouvrage qui remplit le monde de son nom et de celui du Canada français, ayons le bon sens, alors, de reconnaître que celui-là, aussi, aura bien travaillé pour la littérature canadienne- française Soyons un peu plus tolérants pour ceux qui se donnent la peine d\u2019écrire ; ne jalousons pas ceux qui réussissent ; n\u2019assommons pas trop vite ceux qui se trompent ni ceux qui ont encore bien des choses à apprendre.Que celui d\u2019entre nous qui, après cinq, dix ou quinze ans d\u2019un pénible labeur, vient à bout.d\u2019écrire quelques ouvrages sérieux ou quelques bonnes études, n\u2019entende pas tomber de la bouche de ses compatriotes, en guise d\u2019encouragement unique, cette parole devenue stupide à force de banalité : \u201c 11 se pousse \u201d Ne nous attardons plus aux disputes des clans et des partis.Laissons là, une bonne fois pour toutes, cette idée ridicule d\u2019une rivalité nécessaire entre Québec et Montréal, dont on retrouve, hélas ! des traces jusqu\u2019au fond de la Louisiane.Rien, en vérité, ne paraît plus mesquin que ces mesquineries, quand on est à l\u2019étranger.Habituons-nous à l\u2019analyse des auteurs, qui est, s\u2019il faut en croire les maîtres, la meilleure méthode de formation littéraire.Nous lisons beaucoup, quoiqu\u2019on dise.Pourquoi ne pas nous astreindre à faire un résumé de l\u2019ouvrage instructif que nous venons de lire avec profit ?Jetez un coup d'œil sur la salle de lecture de l\u2019Institut Canadien de Québec, à certaines heures de la journée.Les lecteurs y sont nombreux.Combien en voyez-vous la plume à la main ?On lit, on lit, puis.on 268 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE oublie.Au contraire, en s'imposant une rédaction, \u2014fût-elle celle d\u2019un simple résumé !|\u2014on se forme nécessairement à la composition ; on apprend à mettre de l\u2019ordre dans ses pensées en découvrant, par l\u2019analyse, la charpente d\u2019un livre bien fait.Ce que nous disons là n\u2019est, après tout, que l\u2019écho fidèle des remarques que nous ont faites tant de fois nos excellents professeurs du Séminaire.Un trop grand nombre d\u2019anciens élèves, malheureusement, ne les écoutent pas plus aujourd\u2019hui qu\u2019ils ne les écoutaient alors.Plusieurs des membres de notre classe instruite, s\u2019il y avait encore pour eux le bulletin semestriel révélateur de leur degré d\u2019application intellectuelle, risqueraient d\u2019y trouver inscrite un peu trop régulièrement la formule connue : mémoire heureuse ; pas assez cultivée.Il faut avouer, aussi \u2014pour être juste \u2014qu\u2019une de nos grandes faiblesses \u2014et ceci pour les jeunes, surtout, \u2014c\u2019est de manquer à peu près complètement de direction littéraire.Tel qui commence à tenir une plume et qui se sent un goût très prononcé pour les études littéraires s\u2019essoufflera longtemps à l\u2019exploitation stérile et décourageante d\u2019un champ qui n\u2019est pas du tout le sien, faute d\u2019avoir été bien dirigé, dès ses premiers pas dans la carrière, par une charitable et saine critique.Ne serait-ce pas là le grand rôle que devra jouer l\u2019Académie cana- dienne-française, dont on nous laisse espérer la fondation prochaine à Québec.Donner l\u2019immortalité, surtout aux approches de la mort, est une tâche énorme ; donner du goût aux jeunes qui ont l\u2019amour des lettres, c\u2019est beaucoup plus modeste, et combien plus utile! Des prix de philosophie, d'histoire religieuse et politique, de critique, etc, devront mettre nettement en relief aux yeux des Patres Concripti de notre littérature nationale, les aptitudes spéciales de chaque concurrent.Celui qui, par exemple, aura décroché le prix d\u2019histoire sera très fortement poussé à approfondir cette matière, pour laquelle les juges auront bien voulu lui reconnaître, par leur verdict, de très heureuses aptitudes.De même, les rapports des concours littéraires auraient \u2014toujours au point de vue du champ d\u2019études à choisir et des défauts à corriger \u2014une très grande influence sur le choix définitif d\u2019une carrière littéraire.Voyons donc dans l\u2019établissement à Québec de la section française, par exemple, de la Société Royale, le gage assuré du développement plus facile des vocations littéraires chez nous plutôt que la garantie d\u2019une immortalité toujours précaire pour les écrivains Nous nous convaincrions facilement nous-mêmes, en nous a + 4 +4 45 eu Es 9.3 oR CHRONIQUE LITTERAIRE 269 soumettant courageusement a un entrainement efficace dans un champ d\u2019études bien délimité, que, de même que nous apprenons très bien à penser sans sortir de chez nous, nous pourrions tout aussi bien apprendre à écrire sans traverser la mer.Les compagnies transatlantiques y perdraient quelques profits.La littérature canadienne-française y gagnerait une plus forte saveur de terroir et, partant, une originalité plus grande.Est-il téméraire de croire que l\u2019expérience vaut la peine d\u2019être tentée ?Antonio Huot, Ptre. dé id * \u2019 \u2019 4 57 Acadiens déportés à Boston, en 1755.tl p ° » 5 (Un épisode du Grand Dérangement) : in } PREMIERE PARTIE K i Déportation ; exil.Nr Many a weary year had passed since the burning of Grand-Pré, ie When on the falling tide the freighted vessels departed, fin Bearing a nation, with all its household goods, into exile, i Exile without an end, and without example in story.| Far asunder, on separate coasts, the Acadians landed.tn Friendless, homeless, hopeless, they wandered from city to city.: de Asked of the earth but a grave, and no longer a friend nor a fireside.de LoncFrELLOW.\u2014 Evangeline.| Bien des années de douleurs s'étaient succédé, depuis qu\u2019à la lueur de | | M Grand-Pré incendié, des vaisseaux, bondés d\u2019étres humains, étaient partis A avec la marée, emportant tout entières en exil, la nation et la patrie aca- a) diennes.Exil sans fin et d\u2019une pitié sans égale dans l\u2019histoire.Jetés sur | des rives lointaines, et séparés les uns des autres, on les vit errer de ville en ville, sans amis, sans demeures, sans espérance humaine, résignés, et ne ( demandant rien à la terre qu\u2019un tombeau.fy LoNGrELLOW.\u2014 Evangeline, | a ly Le drame douloureux du Grand Dérangement s\u2019était terminé i dans les pleurs des Acadiens et le ricanement des soldats anglais.De son poste de Pigiguit, aujourd\u2019hui Windsor, où il gardait \" plus de mille prisonniers attendant d\u2019être expédiés, le capitaine | Murray écrivait au colonel Winslow, stationné à Grand-Pré : k \u201c Vous savez que nos soldats les haïssent, et que s'ils peuvent i trouver un prétexte pour les tuer, ils le feront.\u201d.* Pour moi, j'ai hâte de voir ces pauvres diables embarqués, et, alors je me paierai le plaisir d\u2019aller vous voir et de boire avec vous à leur bon voyage.\u201d Et comme l\u2019embarquement trainait en longueur, il ne trouvait dans les scènes de désolation qu\u2019il avait sous les yeux qu\u2019un motif à se divertir.\u201c Aussitôt que j'aurai expédié ces rascals, écrivait-il de nouveau à son ami, j'irai me reposer avec vous et nous amuser.\u201d Ra Te ACADIENS DÉPORTÉS A BOSTON, EN 1755 271 Tout ce qu\u2019on a dit des misères et des souffrances des Acadiens, au jour du Grand Dérangement ; tout ce que la tradition en a rapporté ; tout ce que Longfellow, poète divin, en a tiré de notes plaintives et désespérées sur son luth immortel, n\u2019en égale pas la lamentable réalité.Ce drame ne peut s\u2019écrire qu\u2019avec des larmes.Cependant, si cruel que fut l'embarquement, la suite, l\u2019exil, fut plus douloureux encore.Pour les déportés du Massachusetts, ce fut une agonie de plus de dix ans, sans trève ni répit ; agonie des hommes réduits à la mendicité et obligés de subir, sans ouvrir la bouche, pour eux et leur famille, les affronts, le mépris, les enlèvements, les rapts, tous les outrages, toutes les injustices, toutes les infamies ; agonie des femmes à la merci de maîtres prévenus, jusqu\u2019au fanatisme religieux, contre tout ce qui portait le nom de catholique et de français ; agonie des enfants qu\u2019on arrachait aux bras de leurs parents pour se les distribuer ; agonie de l\u2019Âme des pères et des mères, en voyant ces mêmes enfants devenir des Anglais, des protestants.Tout les avait abandonnés ; le roi de France les laissait persécuter, en dépit de la protection que leur garantissait le traité d\u2019Utrecht ; la terre les maudissait, et le ciel restait sourd à leurs gémissements.C\u2019était un peuple de douleur.C\u2019est un vendredi, 5 de septembre 1755, à trois heures de l\u2019après-midi, que les Acadiens du Bassin-des-Mines et de Pigi- guit furent convoqués dans leurs églises, pour entendre la lecture d\u2019un prétendu message du roi d\u2019Angleterre et de l\u2019Aca- die, Georges II.Ce message, auquel le roi et ses ministres étaient tout à fait étrangers, n\u2019était qu\u2019un guet-apens du gouverneur Lawrence.Quoique la paix existât alors entre l\u2019Angleterre et la France, les Acadiens furent cernés et enveloppés par les soldats anglais dans les murs de leurs églises, et là, désarmés et impuissants, ils s\u2019entendirent déclarer prisonniers de guerre ; et Winslow et Murray, au nom de Sa Majesté britannique, leur annoncèrent que leurs biens étaient confisqués et qu\u2019ils allaient être dispersés dans les colonies anglaises.Le 10 septembre commença l\u2019embarquement, celui des adultes, les pères de familles et les jeunes gens, à bord de cinq transports ancrés en face du village de Grand-Pré ; et, le 8 d\u2019octobre suivant, il se termina par celui des vieillards, des malades, des femmes et des enfants.Jours à jamais lamentables ! 272 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Ce n\u2019est que le 27 octobre que le convoi, quatorze vaisseaux chargés au Bassin-des-Mines et dix à Beaubassin, partit, avec ses cargaisons humaines, pour l\u2019éternel exil.Le nombre des Acadiens qui furent dispersés, depuis Boston jusqu\u2019à la Caroline du Sud, dans les plantations anglaises, nullement préparées et mal disposées à les recevoir, et, par les autorités régionales, distribués, ensuite, dans les villes et les villages, s\u2019éleva à six mille environ.Il y en eut quinze cents autres, au moins, à qui il ne fut pas permis de débarquer.Les premiers qui arrivèrent à Boston appartenaient au convoi destiné aux \u201c plantations \u201d du Sud, la Virginie et les deux Carolines.Une tempête formidable s\u2019était abattue sur eux, à leur sortie de la baie d\u2019Annapolis, et six vaisseaux parmi les plus malmenés avaient dû faire relâche, à Boston, pour se mettre à l\u2019abri et réparer leurs avaries, pendant que les autres poursuivaient leur route.La chambre des Représentants du Massachusetts, qui était en session, à Boston, chargea, le 5 novembre, une commission spéciale d\u2019aller examiner cette cargaison de papistes exécrés.Les six transports, de simples goélettes, jaugaient en tout 485 tonneaux, et portaient 1,077 personnes.Le rapport de la commission, lu devant la Chambre, disait entre autres choses : \u2018 les vaisseaux ont en général trop de monde ; les provisions ne sont pas suffisantes pour le voyage qu\u2019ils ont à faire, surtout à cette saison de l\u2019année ; l\u2019eau est très mauvaise.\u201d Sur le Dolphin, transport de quatre-vingt-dix tonneaux, où il y avait 227 personnes entassées, quarante étaient couchées sur le pont, malades ; ils en avaient compté autant sur le pont du Davis, Vaisseau de même tonnage.La Commission ne recommenda pas qu\u2019il leur fut porté secours, et la Chambre des Représentants ne leur en procura aucun.Il se trouvait, à ce moment-là, à Boston, un membre du Conseil du gouverneur de Halifax, nommé Benjamin Green.Il eut la curiosité d\u2019aller voir cet étrange chargement qui arrivait de son pays.Le spectacle de tant de malheureux, de femmes pour la plupart, mourant sur le pont des vaisseaux, le toucha.Il eut pitié, et, allant trouver les membres de la Législature, il offrit de dédommager les armateurs de ce qu'ils pourraient perdre sur le prix du passage jusqu\u2019à destination, s\u2019ils voulaient alléger les vaisseaux du surplus de leur fret ACADIENS DÉPORTÉS A BOSTON, EN 1755 273 humain, lequel était fixé réglementairement à deux passagers par tonneau, et si la ville ou la province consentait à en prendre soin.Le bon Samaritain n\u2019eut pas agi d\u2019autre façon.L\u2019offre de Green fut acceptée, et une cinquantaine de ces moribonds furent mis à terre, pendant que les transports, la tempête calmée et les avaries réparées, reprenaient la mer.Ainsi le premier acte officiel de la Législature du Massachusetts, se rapportant aux exilés de 1775, fut un acte d'humanité.Prenons-en note.De semblables procédés se feront rares dans la suite.Dans la répartition qui fut faite des exilés entre les diff érentes provinces anglaises d\u2019Amérique, le Massachusetts eut sa large part.Les cargaisons qui lui étaient destinées arrivèrent à Boston les unes après les autres.La première à décharger fut, croyons- nous, le Seaflower, goélette de quatre-vingt-un tonneaux, appartenant & un caboteur du Maine, le colonel Nathaniel Downell, laquelle s\u2019était rendue, durant le mois de septembre, à Grand- Pré, pour affaires de commerce, fut réquisitionnée par Lawrence pour le transport des Acadiens.Ce vaisseau, comme la plupart des autres, d\u2019ailleurs, n\u2019était nullement propre au service des passagers.Murray, qui avait hâte de quitter Pigiguit, comme nous l\u2019avons vu, pour aller s'amuser avec Winslow, y avait entassé, pêle-mêle, deux cent six personnes, malgré l\u2019ordre de ne charger les transports que dans la proportion de deux personnes par tonneau, ce qui était déjà trop.Les autorités de Boston hésitèrent longtemps à laisser débarquer sur le sol puritain des catholiques romains qui leur étaient odieux, et qui leur arrivaient dénués de tout.Pendant ce temps-là, les Acadiens mouraient de faim dans la cale et sur le pont du Seaflower ; et il était défendu au capitaine d\u2019en laisser descendre un seul à terre, et à tous de leur porter secours.Un certain Thomas Hutchinson, qui les visita, a laissé de leurs souffrances un récit navrant.Malgré la consigne sévère, il résolut d\u2019en sauver quelques-uns.A ses risques et périls, il fit descendre et loger chez lui une veuve du nom de Benoit, avec ses quatre fils et un petit-fils, qu\u2019il avait trouvée mourant de misère (hardships), après quinze jours de maladie, sans personne pour lui donner aucun soin.Afin d\u2019empêcher que tous ces malheureux ne périssent de privations et de froid, les chambres nommèrent, à la fin, un 274 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE comité chargé de/s\u2019enquérir des faits et de trouver quelque moyen de leur venir immédiatement en aide.La recommendation du comité fut de les placer temporairement à Boston et dans les villes environnantes ; de les nourrir et de les loger, sauf à se faire rembourser, plus tard, par le gouvernement de la Nouvelle-Ecosse, ce qu\u2019ils auraient coûté à la province.En conséquence, le gouverneur fut requis par les deux Chambres de notifier Lawrence que la province du Massachusetts prenait à sa charge les Francais de la Nouvelle-Ecosse qu\u2019il lui avait envoyés, mais à condition qu\u2019elle serait par lui remboursée de tous les frais encourus et à encourir.Le message ajoutait : \u201c Nous vous donnons avis que si Vous nous envoyez d\u2019autres déportés de même provenance, ils n'auront pas la permission de débarquer, à moins que le gouvernement de la Nouvelle-Ecosse ne s\u2019engage expressément à rembourser à cette province les dépenses qu\u2019ils pourront occasionner.\u201d Au Seaflower à peine déchargé vint s'ajouter le Swallow, capitaine William Hayes, parti, le 13 décembre, du Bassin-des- Mines, avec un chargement de deux cent trente-six âmes.Rassuré du côté des frais par le message qu\u2019il venait d\u2019envoyer à Lawrence, le gouvernement n\u2019hésita pas à laisser le nouveau contingent joindre à terre les premiers arrivés, et, le 23 décembre, il autorisa par un Acte spécial, \u201c les Cours des Sessions Générales de la paix et les juges de paix des différents comtés et les commissaires des pauvres et les selectmen des différentes villes où ils avaient été répartis, de les employer, de les mettre en service (to bind them out) ou de leur prêter assistance de la même manière que la loi leur eut donné autorité de le faire, s\u2019ils avaient été des habitants du Massachusetts.\u201d Les frais à encourir, jusqu\u2019au 1N du mois d'avril suivant, seraient remboursés par la province.Ces dispositions, sur le papier, paraissent assez humaines.En vérité, c\u2019était, comme nous l\u2019allons voir, livrer ces pauvres .gens à la cupidité et aux sévices des maîtres, le plus souvent des bourreaux, qui leur étaient donnés.Ce bind them out était une mise en servage, faisant d\u2019eux des ilotes.A quelques jours de là, le 26, un troisième bâtiment de transport jetait l\u2019ancre dans la rade de Boston.Avant de laisser les nouveaux arrivés descendre à terre, les Chambres voulurent connaître les intentions de Lawrence à leur égard et quelles dispositions il avait prises touchant les frais de leur entretien.À cette fin, ils mandèrent à la barre \u2014 + + \u2014, ACADIENS DÉPORTÉS A BOSTON, EN 1755 275 de la Législature le capitaine Livingstone et les armateurs Apthorp et Hancock.Ceux-ci déclarèrent qu\u2019ils ne portaient aucun message du gouverneur Lawrence, ni de son Conseil ; que leurs seules instructions étaient de délivrer les prisonniers, \u201c qui étaient devenus un danger pour la Nouvelle-Fcosse,\u201d entre les mains des autorités de Boston.Les Acadiens étaient dirigés sur Boston pour y être déchargés, comme on jette au large un lest encombrant dont il faut se débarrasser.Non seulement Lawrence n\u2019avait pas pourvu à leurs frais d\u2019entretien, à Boston, mais ne leur avait donné de vivres que juste ce qu\u2019il leur fallait pour se rendre à destination.En effet, entassés dans le navire, les nouveaux arrivés, en attendant qu\u2019on décidât de leur sort, périssaient de faim et de froid.Ce que voyant, les Chambres nommèrent d\u2019urgence un comité pour en prendre soin, temporairement, en attendant une réponse de Lawrence et des instructions du général Shirley, auquel elles avaient fait également écrire.Ce comité avait le pouvoir de les distribuer, comme l\u2019avaient été les deux cargaisons précédentes, dans les différentes villes de la province ; mais, disait l\u2019Acte de la Législature, \u201c cette distribution ne doit pas être entendue comme leur conférant droit de citoyen dans les villes où ils seront envoyés,\u201d Entre le 26 décembre et le 16 février, deux autres navires chargés de déportés vinrent mouiller dans la rade de Boston et demander à débarquer leur cargaison humaine, le Race Horse, capitaine Banks, venant de Grand-Pré, avec cent vingt, et le Helenu, d\u2019Annapolis-Royal, avec trois cent vingt-trois, prisonniers.Personne, ni Lawrence ni Shirley, ne garantissait à la province le remboursement de ce qu\u2019ils allaient coûter.Les Chambres, néanmoins, se décidèrent à ne pas les laisser périr, quoiqu\u2019il leur répugnit souverainement, comme elles l\u2019écrivaient au gouverneur Shirley, d\u2019admettre dans leurs villes, au contact de leurs enfants, ces papistes, \u201c dont la grossière bigoterie catholique était notoire, et dont la loyauté à Sa Majesté britannique leur était suspecte.\u201d En conséquence, et dans la certitude d\u2019être, quoique tardivement, peut-être, remboursés des avances qu\u2019ils pourraient faire, les autorités de Boston ordonnèrent que les derniers arrivés seraient reçus et traités de la même manière que leurs devanciers, c\u2019est-à-dire, distribués dans les diverses municipalités de la province.À la date du 16 février 1756, le nombre des Acadiens internés 276 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE dans la province du Massachusetts s\u2019élevait à plus d\u2019un millier d\u2019âmes.Mais la mer n\u2019était pas seule à jeter ses épaves humaines sur les falaises du Massachusetts.Il en sortait aussi des bois ; il en surgissait de partout, pauvres malheureux partis à la recherche, qui d\u2019un père, qui d\u2019une mère, qui d\u2019un enfant, qui d\u2019une épouse, qui d\u2019une fiancée.C\u2019étaient des spectres en haillons et affamés errant, lamentables, dans la nuit.Quand ils étaient à bout de forces et de courage ; quand leurs pieds meurtris ne pouvaient plus les porter ; que le froid de l\u2019hiver avait glacé leurs membres amaigris, et le désespoir brisé les ressorts de leur âme, ces mères désespérées, ces orphelins, ces malades, ces vieillards, ces hommes forts vaincus par la faim et la douleur, tombaient d\u2019inanition dans les granges et les hangars qu\u2019on leur avait donnés pour refuges, quelquefois sur le sol gelé, ou dans la neige, et mouraient en invoquant la Mère des Douleurs, leur Patronne, et en bénissant Dieu crucifié.Aucune parole de malédiction ne sortit jamais de leur bouche.Dans les commencements, la prévention des Bostonnais contre les \u2018\u201c French Neutrals \u201d fut poussée au point qu\u2019on leur attribua tous les crimes et méfaits dont les auteurs restaient inconnus, ou que l\u2019on voulait soustraire à la justice.Comme on les croyait capables de tout, ils étaient, sans preuve aucune, accusés de tout, et punis selon toutes les rigueurs de la loi.A Charlestown, où il y avait une poudrière, les autorités municipales adressèrent une pétition au gouverneur pour en éloigner les trente et un Acadiens qui y avaient été remisés, de crainte, disaient-ils, qu\u2019ils ne fissent sauter la ville.Pris de peur, la chambre des Représentants, le Conseil et le gouverneur se concertèrent pour les faire transférer, une partie à Leicester et les autres à Spencer, attendu que, disait l\u2019ordre de la Cour, \u201c leur séjour à Charlestown met en danger la sûreté de toute la province.\u201d A partir de ce moment, les Acadiens furent constamment tenus éloignés de Boston pour des raisons de transes et de paniques de même nature.Ceux qui avaient été, à leur débarquement, envoyés dans les villes maritimes furent, pour la plupart, relégués, ptu de temps après, à l\u2019intérieur de la province : il y allait, alléguait-on, de la sûreté de la flotte marchande de la Nouvelle-Angleterre ! Tout ceci autorisait les mesures d\u2019extrême rigueur et les pires traitements. F ACADIENS DÉPORTÉS A BOSTON, EN 1755 277 Cependant il devint bientôt impossible de fermer plus longtemps les yeux à l'évidence des faits.Ces papistes acadiens qu\u2019on s\u2019était figurés mauvais et dangereux, étaient, à n\u2019en pas douter, des hommes pacifiques ; ces idolatres paraissaient vivre dans la crainte et selon les commandements du Seigneur ; ceux qu\u2019on avait crus des assassins n'étaient jamais pris commettant aucun acte de violence ; on les avait représentés comme des débauchés, et ils vivaient chastement ; comme des voleurs, et ils se laissaient mourir de faim plutôt que de rien dérober.Il est à remarquer que les Romains se trompèrent de la même façon à l\u2019endroit des premiers chrétiens.Tant d\u2019infortune imméritée, joint à tant de courage et à une si grande paix de l\u2019âme, finit par frapper les Puritains de la Nouvelle-Angleterre.Une réaction lente et presque honteuse se fit, pendant un certain temps, en faveur des Acadiens.On leur offrit de les sauver, s\u2019ils convenaient qu\u2019ils étaient sujets du roi d\u2019Angleterre.Les anciens virent un piège là- dessous, et prirent peur.Ils craignirent qu\u2019après leur nationalité on leur demandât d\u2019abandonner leur foi.Se déclarer anglais, dans la province du Massachusetts, c\u2019était presque, à leurs yeux, se déclarer protestants.Et la foi catholique, l\u2019espérance finale du ciel, était tout ce qui leur restait au monde.Tout perdre, mais non pas la Foi.Ils refusèrent en termes reconnaissants ; donnant pour raison que le roi de France ne consentirait jamais à signer un traité de paix avec le roi d\u2019Angleterre, sans stipuler qu\u2019ils fussent réintégrés dans leur patrie et que leurs biens leur fussent rendus.La chambre des Représentants, réunie en session, le 18 mars (1756), et ayant à décider du sort d\u2019un certain nombre de nouveaux arrivés, autorisa les commissaires des pauvres à fournir des instruments aratoires et des outils aux hommes, des rouets et des métiers à tisser aux femmes, le tout n\u2019excédant pas le prix de quarante schellings pour chaque personne ; et aussi à trouver des maisons pour tous ceux qui, maintenant qu'on leur en fournissait le moyen, entreprendraient de subvenir aux besoins de leurs familles.Des maisons pour se retirer, avec des lits, plus tard, pour se coucher, au lieu de baraquements, de hangars et de granges qu\u2019ils avaient eus pour passer l\u2019hiver! Et la liberté d'exercer des métiers humains pour gagner leur vie et subvenir aux besoins de leurs familles, au lieu d\u2019être à la charité et de mourir 278 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE de faim ! Le ciel venait donc enfin à leur secours ; le bon Dieu avait donc enfin entendu leurs gémissements ! Un autre arrêté, pris le même jour, autorisait les municipalités à nourrir convenablement les pauvres et les malades aux frais de la province, ce qui, apparemment, n'avait guère été fait jusque là.C\u2019était un pan du ciel qui s\u2019ouvrait devant eux.Tant de libéralités octroy ées à des Français, à des catholiques, donnèrent aux princes des clergymen, aux scribes et aux pharisiens de Boston, c\u2019est-à-dire à la classe bien pensante et aux honnêtes gens de la ville puritaine, de sérieuses appréhensions Leurs représentants versaient décidément dans un libéralisme dangereux.Il y avait parmi eux de la libre pensée irréligieuse.L'Eglise et l\u2019Etat allaient se trouver dans un danger imminent, à cause des mesures d\u2019humanité prises vis-à-Vis de chrétiens qui ne priaient pas dans leurs temples réformés.Sans compter que ces papistes pouvaient faire concurreñce à leurs ouvriers, et un tort énorme à leurs pêcheurs de Gloucester, étant meilleurs marins qu\u2019eux.Cela ne se pouvait pas tolérer.Sous la pression exercée sur eux par la cupidité et la religion, les membres de la Chambre des Représentants et du Conseil capitulèrent devant l\u2019opinion, et, au commencement du mois d\u2019avril, remirent en vigueur, en la remaniant de façon à la rendre plus sévère, une loi passée sous le règne de Marie et de Guillaume d\u2019Orange dite \u201c à l\u2019effet de prévenir tout danger de la part des Français résidant dans la province,\u201d et qu'ils intitulèrent : \u201c Acte pour empêcher les ci-devant habitants de la Nouvelle-Ecosse et autres Français, sujets du roi de France, de circuler dans la province, sans être munis d\u2019un passe-port, et pour les empêcher aussi d\u2019être employés aux pécheries et sur les vaisseaux faisant le cabotage.\u201d C\u2019était le commencement de la persécution.Sans provocation aucune, sans aucun manquement de leur part, les Acadiens allaient être traités semblablement aux 2,500 nègres qui étaient, cette année-là, retenus en esclavage dans la province du Massachusetts ; plus inhumainement encore, comme des bêtes de somme trouvées au large, que la police, à coups de fouet, met en fourrière et laisse, au besoin, périr de faim.Et, cependant, l\u2019article 91 du code des lois du Massachusetts statuait \u201cqu\u2019il n\u2019y aurait jamais aucun servage, esclavage, vilainage, ou captivité (bond, slaverie, villanage or captivitie) dans la Plantation, excepté pour ceux qui seraient faits loyale- ss = = = er.Es ESC ee = vot wae \u2014 L mas = « > ACADIENS DÉPORTÉS A BOSTON, EN 1755 279 ment prisonniers dans une guerre légitime, ou qui volontairement se seraient, ou légalement auraient été, vendus ; tout esclave devant jouir des libertés et des immunités chrétiennes essentielles aux bonnes mœurs, selon la loi de Dieu établie en Israël.\u201d Pourquoi ces rigueurs inhumaines envers des captifs coupables d\u2019aucuns méfaits, auxquels aucun acte d\u2019insubordination ou de violence n\u2019était imputé ; contre lesquels aucune aceusa- tion spécifique n\u2019était portée ?Personne, ici-bas, ne fait le mal pour l\u2019amour du mal.I y à toujours au fond des actions humaines les plus sauvages, pour les justifier ou pour les expliquer, des raisons, ou tout au moins des prétextes.La raison du réveil du fanatisme religieux, dans les plantations anglaises, au printemps de 1776, en même temps que le prétexte invoqué pour le passage de nouvelles lois contre les Acadiens, fut l\u2019imminence de la guerre entre l\u2019Angleterre et la France.A ces causes s\u2019ajoutait le spectacle des.sanguinaires incursions que faisaient, depuis longtemps, jusqu\u2019aux portes mêmes de Boston, des détachements de miliciens canadiens et de sauvages.Chaque chevelure anglaise enlevée servait de justification aux actes d\u2019inhumanité que les Bostonais allaient commettre envers leurs prisonniers acadiens.La première loi de persécution passée contre eux par la Législature était conçue en ces termes : \u2018\u201c\u201c Attendu que de grands inconvénients et des méfaits peuvent surgir de la liberté qui a été accordée aux habitants de la Nou- velle-Ecosse.il est statué qu\u2019à partir du ler mai 1757, tous les dits habitants seront confinés en dedans des limites des villes où le gouvernement les a répartis.S\u2019ils sont pris en dehors des limites à eux assignées, ils seront, pour une première offense, passibles d\u2019emprisonnement ; s\u2019ils sont pris en faute une seconde fois, ils paieront une amende n\u2019excédant pas dix schellings, ou - seront, hommes et femmes, fouettés publiquement jusqu\u2019à dix coups de fouet chacun.\u201d Ces bons Puritains, grands observateurs du saint jour du dimanche, n\u2019avaient pas attendu la passation de cette loi inhumaine qui leur abandonnait tout un peuple sans défense, pour se livrer sur eux aux attentats les plus odieux.La pétition suivante, datée antérieurement à l\u2019acte que nous venons de lire, et que nous reproduisons dans toute sa simplicité, sans en changer une lettre, ne le montre que trop clairement.\u201c A Son Excellence, le Gouverneur-Général de la province du 280 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Massachusetts, Nouvelle-Angleterre, et aux honorables messieurs membres du Conseil.\u2018\u201c Nous avons pris la liberté de vous présenté cette requete, comme nous somme en chagrin par raport à nos enfans.La perte que nous avons souffers de nos habitation et même icy et nos séparations les zun des autres est rien à compareé à cell que nous trouvons à présent, que de prendre nos enfants par force devant nos yeaux.La nature mesme ne peut souffrir cela.Si il estait en notre pouvoir davoir notre chois, nous choisirerions de rendre nos corps et nos âmes que d\u2019être separré d\u2019eux.Cest pour quoy nous vous prions en grâce et à vos honeurs que vous ayié la bonté d\u2019apaiser cette cruaultez.\u201c Nous ne refusons aucunement de travailler pour entre- tiendre nos enfants.\u201cVous priants en grâce que d\u2019avoir la bonté d\u2019avoir egart a notre requeste, ainsy faisent vous obligeré votre humble et très obéissant serviteurs : JEAN LANDRY, de Chelmsford.CLAUDE BENNOIS, d\u2019Oxford.CLAUDE LEBLANC, CHARLES DAIGLE, Pierre LEBLANC, de Concord.AvcusTE LEBLANC, de Worcester.JACQUES HEBERT, JOSEPH VINCENT, d\u2019Andover.ANTOINE HEBERT, de Waltham.\u201d Ces chrétiens, ces martyrs, offraient leur vie, offraient leurs âmes et leurs corps, pour sauver leurs enfants.A quel désespoir en étaient-ils réduits ! Il ne s\u2019est pas vu, depuis le temps de Notre Seigneur, une aussi grande désolation que la nôtre, disait un de ces Acadiens au gouverneur.Ces actes inhumains n\u2019étaient pas isolés, mais se pratiquaient déjà, comme le montre cette pétition, dans presque toutes les localités où se trouvait un groupe d\u2019Acadiens.ce, \u2014 -~ TY hl 4 CTE \u2014_\u2014t mrt re mh ee \u20187 =.rT ACADIENS DÉPORTÉS A BOSTON, EN 1755 281 Cependant l\u2019œuvre de la déportation se poursuivait à la Nouvelle-Eicosse, au Nouveau-Brunswick, au Cap-Breton et l\u2019Île Saint-Jean (aujourd\u2019hui du Prince-Edouard) avec une recrudescence qui ressemblait à de la \u2018frénésie.Le vol\u2014dis- tribuer aux colons anglais les fermes des Acadiens avec leurs riches prairies, et se partager entre soi leur bétail et leurs chevaux\u2014avait été l\u2019un des mobiles de Lawrence et de ses conseillers intimes.Maintenant, la peur d\u2019être désavoué en Angleterre et de se voir appelé à rendre compte, avait saisi le gouverneur, et son âme en était devenue plus cruelle encore.Au lieu de jeter les trente deniers, prix du sang et du désespoir de tout un peuple, dans les ruines encore fumantes des églises qu\u2019il avait brûlées et d\u2019en finir avec une existence qui, désormais, ne pouvait être pour lui que celle de Hérode après le massacre des enfants de Juda, il s\u2019appliquait avec un acharnement redoublé à pourchasser sur mer et à traquer dans les bois ceux des Acadiens qui lui avaient échappé, donnant au Board of Trade et aux gouverneurs des colonies, pour justification de son zèle, qu\u2019il y allait de la sûreté de la Nouvelle-Ecosse et des autres possessions anglaises d\u2019Amérique, maintenant surtout que la guerre était déclarée entre la France et l\u2019Angleterre, qu\u2019ils fussent jusqu\u2019au dernier dispersés bien loin de leur traitreuse patrie.Et ceci lui donnait, en même temps, raison, le justifiait d\u2019avoir détruit cette race dangereuse, d\u2019avoir fait ce qu\u2019il avait fait, et le rangeait parmi les hommes d\u2019Etat les plus clairvoyants de la Grande-Bretagne.Si les débris de ce peuple étaient encore tant à redouter, que serait-ce s\u2019il était encore en possession de tous ses moyens de nuire ?Il avait donc agi dans les intérêts du royaume en donnant, comme il l\u2019avait fait, d\u2019urgence et sans attendre l\u2019autorisation de la Cour, l\u2019ordre de les déporter en bloc et de confisquer leurs biens.Poursuivre à outrance l\u2019œuvre de leur anéantissement complet était désormais la pensée unique de sa politique.En fouillant tous les coins et recoins de la Nouvelle-Ecosse, il découvrit un petit groupe qui avait été passé inaperçu dans la battue générale, l\u2019établissement de Pobomcoup, aujourd'hui Pubnico, à l\u2019extrémité sud de la péninsule.: Pascal Poirier (A suivre) En Espagne LES ELECTIONS MUNICIPALES Ces élections ont revêtu une grande importance, à cause de la nouvelle loi électorale dont on faisait l\u2019essai.Cette loi comportait le vote obligatoire, et l\u2019on était anxieux de savoir dans quelle proportion un texte de loi pourrait grossir le nombre toujours extrêmement restreint des voteurs.La presse et le public se montraient sceptiques.La plupart des journaux prétendirent que les votes enregistrés seraient moins nombreux que jamais, que le pays n\u2019était pas mûr pour cette réforme, et enfin, que l\u2019augmentation d\u2019impôts et les autres punitions qui constituaient la sanction pénale, atteindraient un si grand nombre de personnes que le mécontentement en deviendrait général.Rien de tel n\u2019arriva.Les élections eurent lieu et.80 pour cent des électeurs allèrent voter, tandis qu\u2019aux élections précédentes, cette proportion n'avait été que de 3M pour cent.Toute la journée, dans les villes, les bureaux de votation furent assiégés par une foule composée des éléments les plus divers : hommes d\u2019affaires, employés de commerce, ouvriers, etc.Cette masse de peuple qui jusque là, avait refusé de prendre part à la vie publique, et dont l\u2019inertie avait fait du système représentatif une véritable force, la \u2018\u201c masse neutre,\u201d comme l\u2019appelle M.Maura, s\u2019était enfin mise en mouvement.De quel côté fit-elle pencher la balance ?On a beaucoup discuté là- dessus, et cette discussion est une preuve que la situation des partis n\u2019a pas dû changer beaucoup.Il semble toujours que les éléments conservateurs soient revenus en plus grand nombre qu\u2019aux élections précédentes.A Madrid, une association catholique connue sous le nom de \u2018\u201c Défense Sociale \u2019 à fait élire trois candidats, sur les quatre qu\u2019elle présentait.Par contre à Barcelone, les Républicains, soutenus par les libéraux, ont remporté un succès complet.Obtenir que le peuple se rende aux urnes, c\u2019est un premier = résultat ; mais il est bien plus important de l\u2019 \u201c intéresser \u201d à \u2014=\u2014 += Cree EN ESPAGNE 283 la chose publique, de l\u2019amener à regarder comme sien l'intérêt collectif.La classe dirigeante, dont l\u2019opinion indépendante pourrait corriger la partisannerie outrée du peuple, se tient à l\u2019écart, il faut lui rendre la conscience de son devoir.Mais pour soutenir cette masse inerte, il faut un levier.Maura croit l\u2019avoir trouvé dans la décentralisation.Au lieu de placer l\u2019individu isolé en face de l\u2019État, abstraction froide et sans vie, il le placera d\u2019abord en face de sa ville, puis de sa province.Des travaux publics\u2014canalisation de rivières, canaux d\u2019irrigation, reboisement\u2014intéressent-ils toute une région, l\u2019Andalousie, par exemple ?Que les provinces anda- Jouses puissent se donner la main et effectuer ces travaux en commun ! L'initiative locale se réveillant d\u2019un bout à l\u2019autre du pays, l\u2019attention du peuple détournée enfin de la critique stérile où la maintiennent les journaux sectaires pour s'occuper des problèmes économiques dont la solution pourrait changer la face du pays, voilà le rêve d\u2019Antonio Maura.C\u2019est un rêve grandiose, et à l\u2019heure qu\u2019il est, nul ne saurait dire dans quelle mesure on en verra la réalisation.Au Sénat, ses projets de décentralisation se heurtent à une obstruction désespérée.Mais, l\u2019homme est énergique et plein de confiance.Il s\u2019écriait un jour, dans une occasion solennelle : \u201c Je crois au relèvement de la patrie, comme je crois que le soleil se 1èvera demain.\u201d S\u2019il peut mener à bonne fin la révolution pacifique qu\u2019il médite, la révolution de haut en bas, comme il l\u2019appelle, Antonio Maura aura certainement été le maître artisan de ce grand œuvre, et sa mémoire occupera une grande place dans l\u2019histoire.Donat Fortin. Revue des faits et des œuvres L\u2018\u2018Acadie\u201d\u2014Une voix de France.Le Soleil, de Paris, sous le titre \u201c L\u2019Acadie \u201d, vient de publier un article (19 juin 1909) que nous voudrions voir reproduit dans tous les journaux français du continent.Le voici : Au commencement du XVIIe siècle, des paysans bretons et des laboureurs normands, \u2014devan- çant de seize ans les premiers puritains anglais que la Fleur de Mai débarqua sur les rivages du Massachusetts \u2014s\u2019établirent dans cette presqu\u2019île de la Nouvelle-Fcosse qui portait alors le nom d\u2019A- cadie.Agriculteurs et pêcheurs, les Acadiens vivaient au nombre de seize à dix-sept mille dans cette province soumise à l'autorité britannique.L\u2019Américain Longfellow, dans son poème d\u2019Fvan- géline, n\u2019a fait que traduire en vers le tableau idyllique tracé de la colonie par le célèbre historien Bancroft.Le traité d\u2019Utrecht fut le point de départ des malheurs qui fondirent sur les Acadiens.Catholiques et Français, ils ne pouvaient se résoudre à combattre contre leurs frères dans les rangs britanniques ; aussi réclamaient-ils le bénéfice d\u2019une neutralité que l\u2019humanité faisait à leurs maîtres un devoir de respecter.Mais le fanatisme protestant ne permettait pas de respecter de misérables \u2018 papistes \u2019.Pour les punir de leur fidélité au Credo ancestral, nulle vexation ne leur fut épargnéé.Pendant un demi-siècle, toute l\u2019Amérique protestante s\u2019acharna contre ces pauvres paysans.Enfin, ne pouvant parvenir à les exterminer, on résolut de se délivrer d\u2019eux par un de ces moyens atroces que le genre humain ne connaissait plus depuis l\u2019époque des conquérants assyriens, \u2014et que le protestantisme anglais et, quelques années plus tard, la Révolution française devaient remettre en honneur : la transpor- SSSR SS RS *464667070475727222202222828222%28 UE CE BF NE SRE EE SE AF A SE RE RE SE SP EP CE A RP EP Sed de 4 222220299022 SSSRSSSSSSSSS REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES tation en masse ! Cette mesure infâme, réclamée par ce philanthrope qui, sous le nom de Benjamin Franklin, hypnotisa tant de Français stupides et arrachée à la faiblesse ou à l'ignorance de lord Chatam, fut exécutée avec une cruauté qui en doubla l\u2019horreur.Les bourreaux s\u2019appelaient Lawrence, Winslow, Murray, Saul, etc.Le vendredi 5 septembre, tous les habitants mâles du village de la Grand\u2019Prée reçurent l\u2019ordre de se rassembler dans l\u2019église.418 Acadiens obéirent à cet appel.Aussitôt, Winslow déclare à nos compatriotes qu\u2019ils sont prisonniers du roi et qu\u2019on va les jeter sur des plages inconnues.Les prisonniers sont amenés devant la garnison et mis en ligne, six hommes de front.Jusqu\u2019à ce moment, ces malheureux s'étaient soumis sans résistance.Mais à peine leur or- donne-t-on de marcher vers le rivage, que la résistance commence.Avait-on le droit de séparer le fils du père et le frère du frère ?Cette dislocation des familles révolte les victimes.Insensible aux protestations des Acadiens, Winslow enjoint aux troupes de croiser la baïonnette contre les Fran- cais rebelles.Au moment où le sang va couler, les jeunes gens se résignent à marcher.De l\u2019église au lieu de l\u2019embarquement, la distance n\u2019est pas moindre d\u2019un mille et demi.Pendant tout ce trajet, les mères, les filles, les aieules, les fiancées, les femmes s\u2019attachent aux pas de leurs maris, de leurs frères, de leurs fils, de leurs petits-fils, prient, pleurent, s\u2019agenouillent, essaient de les saisir par leurs vêtements pour les embrasser une dernière fois.Les mêmes scènes se reproduisirent dans tous les villages.Sept à huit mille Acadiens furent de la sorte déportés sans jugement par un gouvernement spoliateur qui confisqua leurs biens et les frustra de toutes leurs ressources.Un écrivain éminent, Rameau de Saint-Père, dans un livre intitulé Une colonie jéodale en Amérique, a écrit l\u2019histoire de l\u2019Acadie et de ses épreuves.Mais ce n\u2019est pas la faute de Rameau s\u2019il n\u2019a pu nous faire 285 22222727222222222222SSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSS 28 en *SSSSS272020202009SSSSSSSSS22222222222RSS LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE connaître toutes les péripéties de la proscription.Les Anglais ont systématiquement détruit les documents, les piéces, les archives qui révélaient leur infamie.C\u2019est seulement vers le milieu du siècle dernier qu\u2019on a connu quelques détails de la douloureuse histoire.Quand les Anglais font un mauvais coup, leur premier soin est de le cacher.Ainsi en est-il des confiscations et des spoliations en masse accomplies en Irlande ; ainsi en est-il des cruautés exercées contre les catholiques anglais, sous la vertueuse reine Elisabeth, et des supplices néroniens appliqués dans l\u2019Inde par le gouverneur Warren Hastings.Au mois de septembre 1872, Fustel de Coulanges, dans un article de la Revue des Deux Mondes, faisait remarquer que les Anglais qui veulent flétrir le fanatisme invoquent toujours la Saint-Barthélemy, les Dra- - gonnades et l\u2019Edit de Nantes, et se taisent sur leurs propres crimes.Or, l\u2019histoire de la race saxonne\u2014il faut le dire bien haut\u2014est souillée de sang et de boue, à presque toutes ses pages.Nulle nation n\u2019a commis plus de forfaits et n\u2019a moins respecté la vie et la liberté humaines.Mais il en est de l\u2019Angleterre comme de la femme Bancal, du procès Fualdès.Pendant que les assassins égorgeaient Fualdès, un Auvergnat, payé par la Bancal, jouait de l\u2019orgue dans la rue des Hebdomadiers, pour étouffer les cris des victimes.De même, aujourd\u2019hui, encore, les Anglais vocifèrent, déclament, tantôt contre Louis XIV, tantôt contre Charles IX, pendant que leurs princes fusillent, égorgent, déportent nos compatriotes de l\u2019Acadie ou versent du plomb fondu dans la bouche des Hindous.Trente ans après la proscription, les Acadiens qui lui survéeurent reprirent le chemin de la terre que Lawrence et Winslow s\u2019étaient flattés de leur avoir ravie et pour toujours ils rentrèrent dans la patrie dont rien n\u2019avait pu détacher leurs atfec- tions et leurs espérances.À l\u2019heure actuelle, ils forment des groupes pleins de vie, fidèles aux vieilles mœurs et à l\u2019antique foi.Mais si nos compatriotes n\u2019ont plus à #72 SS A SR ES 477227727278 S REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES craindre maintenant les abominables sévices des Lawrence et Winslow, leurs épreuves ne sont pas terminées.| Quels sont aujourd\u2019hui les adversaires de l\u2019Aca- -die ?J'ai le regret de le dire, ces adversaires sont les catholiques irlandais d\u2019Amérique.Enten- dons-nous bien, les vexations auxquelles nous voulons faire allusion n\u2019offrent aucune ressemblance avec les violences dont les Anglais du XVIIIe siècle se rendirent coupables.Il n\u2019en est pas moins certain que le haut clergé irlandais manifeste contre nos compatriotes une hostilité que nous avons le devoir de dénoncer et de flétrir.Est-il juste, en effet, que les Irlandais déclarent la guerre à notre langue ?Si nous réprouvons la conduite de l\u2019Allemagne protestante quand elle exclut des écoles polonaises l\u2019usage de la langue nationale et lorsqu\u2019elle exige que les leçons du - catéchisme soient données aux jeunes Slaves dans l\u2019idiome germanique, \u2014comment pourrions-nous accorder au clergé irlandais le droit d\u2019obliger les jeunes Acadiens à n\u2019user que de la langue anglaise à l\u2019église et en classe ?De telles mesures sont non moins odieuses en Amérique qu\u2019en Prusse.Que cette assimilation serve les vues du gouvernement fédéral et motive l\u2019entente de Mgr Ireland, archevêque de Saint-Paul, et de l\u2019ex-président Roosevelt, on le comprend.Mais la cause de la religion catholique elle-même ne saurait gagner à de telles contraintes.Une expérience séculaire prouve que les Français qui répudient leur langue trahissent également leur foi ! Des réunions Nationales, \u2014des \u201c\u201c Conventions \u201d pour employer un mot acadien, \u2014rassemblent à des intervalles réguliers les délégués de l\u2019Acadie.Ce peuple de cent cinquante mille âmes, affirme, dans chacun de ses \u201c Champs de Mai \u201d l\u2019énergique volonté de maintenir son indépendance, sa langue et sa foi.Le 15 août, la solennité de l\u2019Assomption est le jour de leur fête Nationale ; le drapeau acadien porte l\u2019image de la vierge de Lourdes.A la dernière ¢ Convention \u201d\u2019 de 1908, les délégués supplièrent Pie X de créer à Moncton 287 288 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE un siège épiscopal et d\u2019y faire asseoir un évêque acadien.Si,\u2014comme tout le fait espérer \u2014nos chers compatriotes obtiennent gain de cause, l\u2019avenir de la Nation sera, du coup, assuré par la formation sacerdotale d\u2019une élite de jeunes Acadiens, comme par l\u2019établissement de plusieurs col- léges d\u2019où sortiront des hommes qui prendront en main le mouvement de rénovation française en Amérique.Catholiques de France, nous ne saurions rester indifférents à une aussi noble cause! Un jour viendra \u2014et ce jour w'est pas lom\u2014où, sur les rives du Saint-Laurent, Canadiens et Acadiens formeront un groupe de quinze millions d'hommes parlant notre langue.Eh bien ! n\u2019est-il pas nécessaire que, des maintenant, nous favorisions non seulement de nos vœux, mais de toute notre influence, l\u2019héroîque colonie qui veut, non sans raison, garder antacte sa langue\u2014notre langue !\u2014et résister aux manèges plus politiques que religieux d\u2019un parti singulièrement oublieux de son histoire et de nos services ?OSCAR HAVAR SCT ERERSESELSESTEES 0 440707 SS La découverte du Lac Champlain.Le troisième centenaire de la découverte du lac Champlain par le fondateur de Québec a été célébré avec beaucoup d\u2019éclat aux Etats-Unis.Le président de la république, M.Taft, les ambassadeurs de France et d\u2019Angleterre, MM.Jusserand et Bryce, les représentants du Canada, l\u2019hon.M.Lemieux, et le lieutenant-gouverneur de la province de Québec, l\u2019hon.M.Pelletier, les gouverneurs des Etats de New-York et du Vermont, MM.Hughes et Prouty, l\u2019hon.M.Gouin, premier ministre de la province de Québec, les délégués des associations patriotiques américaines, ceux des principales sociétés franco-américaines, ont donné à ces fêtes un cadre splendide, ont fait de cette manifestation un événement où chacun a pu puiser avec de précieuses leçons d\u2019histoire, des enseignements de grandeur et de tolérance qui devront ouvrir certaines oreilles et faire tomber certaines illusions.Nos compatriotes des Etats-Unis n\u2019étaient peut-être pas à cette fête en aussi grand nombre qu\u2019ils auraient dû l\u2019être.Il suffit qu\u2019ils y aient été représentés par leurs chefs et nous ne eta EEE ET REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 289 pouvons exprimer tout le plaisir que nous avons éprouvé à lire sur les programmes les noms de patriotes éprouvés comme l\u2019abbé Chagnon, Hugo A.Dubuque, le Dr Larocque, M.l\u2019avocat Hogue, MM.Caron, Boucher, de Woonsocket, et tant d\u2019autres dont la liste serait trop longue.C\u2019est qu\u2019à cette manifestation se rattachent pour les Franco- Américains tant de souvenirs, tant d\u2019événements, tant de luttes bien plus jeunes, mais qui viennent de recevoir leur explication dans l'esprit même qui a dominé toutes les fêtes.À Burlington, berceau de la paroisse et de l\u2019école franco- américaines, ce n\u2019était pas trop de la grande mémoire de Champlain, venue exprès sur son \u201c\u201c Don de Dieu\u201d consacrer après trois cents ans, dans une apothéose, l\u2019œuvre de civilisation poursuivie par les hommes de notre temps.Et nous comprenons l\u2019émotion avec laquelle le commandant D\u2019Orsay qui s\u2019inquiétait des tombes françaises laissées à l\u2019Isle Lamothe, a entendu cette apostrophe du Père Prevel : \u201c Les Canadiens-français auront soin des tombes françaises !\u201d On a dû comprendre, en ce moment, qu\u2019au milieu de tout ce passé séculaire autour duquel on chantait des hymnes, régnait encore un présent plein de la pensée des grands gestes d'autrefois, bien plus, tout animé par ceux qui, en Amérique, ont perpétué les œuvres, les traditions et la race de Champlain.Nous tâcherons, dans un prochain numéro, de réunir en une gerbe les discours qui ont été prononcés pendant cette Grande Semaine française de la vie américaine.Nous nous contentons aujourd\u2019hui de signaler à nos lecteurs ce nouveau triomphe de Champlain quitte à signaler plus tard les enseignements qui en découlent.Aux Etats-Unis ce travail est déjà commencé et nous ne pouvons mieux terminer cette note qu\u2019en citant les réflexions suivantes, encore chaudes d\u2019émotion, rapportées de Plattsburg et de Burlington par notre ami de Worcester, Mass., M.Alexandre Belisle : (1) Si tous nos compatriotes, tant des Etats-Unis que du Canada pouvaient comprendre toute I'importance de cette série de démonstrations et saisir l\u2019occasion de s\u2019instruire sur notre histoire, en lisant et relisant les discours prononcés et les articles historiques publiés un peu partout, il se ferait un tel réveil de sentiments et d\u2019amour pour 488 RBRE 888488 (1) L\u2019\u2018\u2018Opinion Publique \u201d, Worcester Mass \u20149 juillet 1909. 290 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE tout ce qui nous reste de souvenirs de l\u2019ancienne France qu\u2019il renaîtrait chez nous un ardent désir de se proclamer les fiers descendants de la France de Henri IV et de Louis XIV.Ah ! quel bien ça fait au cœur d\u2019entendre des hommes comme Seth Low, Hamilton Wright Mabie, Elihu Root, le président Taft et les gouverneurs rendre hommage aux vertus de nos ancêtres, leur ardente foi, leur persévérance à étendre la civilisation par l\u2019évangile, leur conduite héroïque dans les dangers comme dans les combats ! Quelles inspirations nous trouverions dans tout ceci ; que de conversions à la mentalité française, que de Canadiens-français qui, à Montréal et même dans la ville de Québec, ce boulevard de la race française en Amérique, parlent de préférence l\u2019anglais au foyer, comprendraient la position humiliante que leur font l\u2019oubli, la négligence ou l\u2019ignorance de leur histoire.Cette révélation des beautés de notre histoire, venant des descendants des Anglo-Saxons, nos anciens adversaires, n\u2019est-elle pas de nature à nous faire rentrer en nous-même et à faire monter la honte à nos fronts ?Le travail qui résulterait de cette espèce de résurrection nationale française tournerait tout à notre avantage ; il serait fécond en produisant une génération de travailleurs intelligents, conscients de leurs forces, fiers de leur passé et marchant le front haut vers un avenir plus brillant, plus large et plus sûr.222222402020 SR$ 222782292532 S2S 087078988068 $ Un député irlandais ramené au point.M.T.P.O'Connor, député au parlement anglais, a prononcé à Manchester, devant la \u201c United Irish League \u201d\u2019 d'Angleterre, un discours où il réclame pour le seul parti irlandais catholique tout le mérite de la lutte qui a été soutenue avec succès en faveur des écoles catholiques.Ce discours a été publié depuis avec joie par la plupart de nos journaux catholiques de langue anglaise, en particulier par le Canadian Church Extension and Register, de Toronto, qui, on le sait, ne pêche pas par excès POESIE ONE RE Sel AE SR CES ded FF oF ded ded ted do) ed REVUE DES FAITS ET DES (EUVRES 291 d\u2019humilité lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019apprécier le rôle des catholiques irlandais en ce pays.Pourtant, nous n\u2019avons encore eu qu\u2019une partie de cette histoire.M.O\u2019Connor, auquel, du reste, on ne nie pas le mérite d\u2019avoir fait son devoir comme catholique au parlement anglais, a été rappelé au sens des proportions par le Tablet, dans l\u2019entrefilet suivant : Le groupe entier des catholiques du Royaume- Uni a combattu avec tant de fermeté, épaule contre épaule, et sans la moindre pensée de par- tisannerie politique, dans la bataille livrée pour les écoles, qu\u2019il est vraiment regrettable d\u2019entendre M.T.P.O'Connor réclamer, comme il- semble le faire dans les discours que nous rapportons ailleurs, le mérite exclusif de toute l\u2019entreprise pour l\u2019organisation particulière qu'il représente.Le \u2018\u201c\u2018 parti parlementaire irlandais a fait courageusement son devoir et dans des circonstances particulièrement difficiles, mais M.O'Connor s\u2019égare au point de s\u2019exposer à être contredit lorsqu'il affirme que son parti seul a remporté la victoire.Les députés irlandais ont combattu le bill de M.Birrell, mais leur opposition n\u2019en a pas moins été balayée.Le gouvernement avait remporté la deuxième et la troisième lecture du bill qui serait infailliblement devenu loi s\u2019il n\u2019eut été rejeté par les Paires Unionistes.Sans distinction de parti ou de nationalité, les catholiques de tout le Royaume ont combattu le bill, et assurément c\u2019est assez de sentir que, soldats d\u2019une même cause, nous avons vaincu, et que les mérites de la victoire appartiennent à tous.\u201d SSSR SS Les messieurs du type O'Connor, des messieurs qui prennent beaucoup de galon et de place, ne sont pas inconnus en Amérique où l\u2019Eglise a quelquefois à se flatter mais aussi à se défendre de leur zèle.On les reconnaît à leurs journaux et aux noms pompeux des institutions qu\u2019ils fondent avec l\u2019argent des autres ou tout au moins avec l\u2019argent de tout le monde.Tel l\u2019Université Catholique d\u2019Amérique \u201d qui n\u2019est encore, au dire de plusieurs, qu\u2019un \u2018 high school \u201d ordinaire.Tel aussi le zèle 292 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE nouveau qui a fait découvrir, à Toronto, aux messieurs du \u201c Canadian Church Extension \u201d une vocation subite pour les missions de l\u2019ouest et pour la grande œuvre de la \u201c construction d\u2019une nation Canadienne.\u201d C\u2019est ainsi qu\u2019à un congrès catholique récent, un de ces messieurs déclarait que les catholiques au Canada se composaient en grande partie de canadiens-français et de catholiques.Il n\u2019a pas dit dans quelles proportions, cela l\u2019eut gêné.Aux Etats-Unis, à entendre le bruit qu\u2019ils font, on dirait qu'il y a au moins 25 ou 30 millions d\u2019irlandais catholiques, ; il y en a environ 5 millions sur une population totale de 15 millions de catholiques.Dans le diocèse d'Ottawa, on les a entendus réclamer l\u2019université d'Ottawa pour leur propre compte.Ils sont 25,000 sur une population de 160,000.Dans le diocèse du Sault Ste-Marie, ils ont réussi à obtenir un évêque de leur race là où ils n\u2019étaient que la plus infime des infimes minorités.Sans doute, ils sont moins à blâmer qut ceux qui se laissent ainsi tondre dans la peau, sans rien dire, sans rien faire, se reposant entièrement sur une providence qui \u2018 à brebis tondue mesure le vent \u201d mais qui veut surtout qu\u2019on s\u2019aide.Le \u2018\u2018 Tablet \u201d et Sir Wilfrid Laurier.Le Tablet, de Londres, le grand organe des catholiques anglais, a publié la note que voici : Le Canada envoie à Londres, pour le représenter à la conférence de la défense Impériale, M.Brodeur, ministre de la marine dans le gouvernement canadien.A propos, nous remarquons que des rumeurs sont de nouveau mises en circulation au sujet de la retraite prochaine de Sir Wilfrid Laurier\u2014rumeurs que la presse de l\u2019opposition a répandues périodiquement depuis quatre ou cinq ans et qui commencent à fatiguer.Sir Wilfrid, il est Vrai, pendant sa dernière campagne, a fait entendre qu\u2019il se retirerait avant une autre élection.Mais le Parlement actuel a encore trois ansà vivre,et les augures dans le ciel politique sont tous favorables.Le Premier Ministre aura soixante-douze ans lorsque les prochaines élections auront lieu et il aura été au pouvoir depuis 927532747872 28848 055875670786 %8 REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 293 dix-sept ans.Et alors, lorsqu'il se rappellera sa vieille résolution et se proposera de s\u2019y conformer, le temps de la persuasion sera arrivé et pourra encore l'emporter.Combien de fois notre Grand Old Man fit demi tour pour s\u2019en aller, mais se retourna pour rester ?Nousen avons tous oublié le nombre.*88%88%#% Le Centenaire de Darwin.\u2014\u2018\u2018 L\u2019origine des espèces \u201d.L'Université de Cambridge (Angleterre) a célébré, dans la dernière semaine de juin, le centenaire de la naissance de Darwin et le cinquantenaire de son grand ouvrage sur l\u2019\u2018\u2018 origine des espèces.\u201d À cette occasion le fils du savant anglais, Francis Darwin, a réuni en un volume intitulé \u201cLes fondations de l\u2019origine des espèces \u2019\u2019 les premiers essais qui l\u2019amenèrent à lancer sa théorie de l\u2019évolution.Cela remonte à 1837.L\u2019Université de Cambridge, à part les essais qu\u2019elle a distribués aux savants qui ont pris part à la célébration, a publié un \u201c programme de la célébration Darwin \u201d contenant une biographie du savant et de fort intéressantes gravures.L\u2019Université Catholique de Louvain s\u2019est fait représenter à la fête par un délegué, M.l\u2019abbé H.de Dordelot, qui a lu au Chancelier de l\u2019Université de Cambridge l\u2019adresse suivante : L\u2019Université catholique de Louvain est heureuse de se joindre aux autres corps savants du monde entier, qui viennent témoigner aujourd\u2019hui leur admiration pour l\u2019illustre naturaliste que l\u2019Université de Cambridge a eu le grand honneur de compter au nombre de ses élèves.L'importance du rôle de Charles Darwin pour le triomphe des doctrines évolutionnistes est si évident, qu\u2019il serait oiseux de s'arrêter à le faire ressortir.Il suffit de se souvenir de l\u2019état des idées il y a cinquante ans et de l\u2019accueil qui fut fait d\u2019abord à \u201cThe Origin of Species\u2019 par la plupart des naturalistes et des penseurs.Sous l\u2019influence de Georges Cuvier, la doctrine de la fixité des espèces était considérée par la plupart comme une vérité si fortement établie, que la théorie des destructions et créations successives 2293227323 RILLELTEEEE 228955297739 827077$% 294 $C SS LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE d\u2019Aleide d\u2019Orbigny avait été admise presque sans opposition.Bien rares étaient ceux qui, comme notre d\u2019Omalius d\u2019Halloy, comprenaient combien cette théorie est indigne du Créateur.D\u2019autre part, la doctrine de Charles Lyell était loin d\u2019avoir conquis l\u2019adhésion unanime des géologues.Je tiens des contemporains qu\u2019à l\u2019apparition de l\u2019ouvrage de Darwin, d\u2019Omalius lui-même, tout évolutionniste qu\u2019il fut, considéra cet ouvrage comme péchant par excès d\u2019 \u201c actualisme.\u201d Cinquante ans sont révolus depuis lors, et, s\u2019il y a encore bien des divergences de vues sur I'importance relative des trois modes de variabilité, qui, d\u2019après Ch.Darwin, servent de point de départ et pour ainsi dire d\u2019instrument à la sélection naturelle, je ne pense pas qu\u2019il existe encore aujour- d\u2019hui des naturalistes qui ne soient convaincus à la fois du fait de l\u2019évolution et de la nécessité de l\u2019expliquer par les lois qui, à l\u2019époque actuelle, régissent le monde organique.Pour réaliser cette transformation dans les idées de ses contemporains, il fallait cette puissance d\u2019analyse recueillant patiemment des faits innombrables pour les réunir ensuite dans une large synthèse ; il fallait cette dialectique serrée qui caractérise le génie anglais ; il fallait aussi cette loyauté scrupuleuse,\u2014qualité essentiellement britannique que Darwin a su réaliser à un si haut degré, \u2014 qui loin de voiler les difficultés ou d\u2019exagérer la force des arguments, tient au contraire à exposer les objections avec autant de sincérité, que si des adversaires passionnés ne pouvaient en faire état.Avoir su conserver cette mesure, malgré les attaques injustifiées dont la théorie de l\u2019évolution fut longtemps l\u2019objet de la part de naturalistes et aussi de théologiens insuffisamment éclairés, montre que la valeur morale de Darwin était à la hauteur de sa puissante intelligence.Aussi était-il digne, sous tous les rapports, d\u2019être choisi pour établir cette vérité, prévue déjà par le génie d\u2019Augustin, que Dieu, en faisant le monde, a mis en lui toutes les forces nécessaires à son épanouissement.Et il ne paraît pas exagéré SSSR SSSSSSSSSSS7S2S 288888 A eye EEE \u2014- REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES - 295 de dire, qu\u2019en nous montrant la création plus grandiose encore qu\u2019on ne l'avait soupçonné, Charles Darwin a complèté l\u2019œuvre d\u2019Isaac Newton ; car, pour tous ceux qui n\u2019ont pas des oreilles pour ne point entendre, Darwin fut l'interprète du monde organique, comme Newton fut la voix pour proclamer que l\u2019univers est une œuvre vraiment digne de ses mains.Et, de ces deux illustres interprètes de la nature qu\u2019a formés votre glorieuse Université, il est permis de redire aussi avec le psalmiste : Ce n\u2019est pas un langage, ce ne sont pas des paroles, Dont la voix ne soit point entendue ; Leur son parcourt toute la terre, Leurs accents vont jusqu\u2019aux extrémités du monde.222385453275 77%8888% 723232227222 228328%88% Un diner littéraire à Paris.La Revue hebdomadaire réunissait, le 7 juin, à l\u2019Elysée-Palace, un grand nombre de ses collaborateurs, en un dîner où s\u2019est rencontrée l\u2019élite du monde littéraire.Dans les grands salons de l\u2019Elysée-Palace, M.Fernand Laudet, directeur de la Revue, et M.Georges Gavoty, président du conseil d\u2019administration entourés de tous les membres du conseil, recevaient les invités.Remarqué parmi les convives : MM.René Bazin, Maurice Barrès, Paul Bourget, Gabriel Hanotaux, Jules Lemaitre, Raymond Poincaré, Henry Hous- saye, Albert Vandal, somte de Mun, Emile Faguet, de l\u2019Académie française ; MM.Bertin, Bonnier, Perrier, de l\u2019Académie des sciences ; MM.Georges Picot, A.Leroy-Beaulieu, Lyon-Caen, Joly, Weaschinger, de l\u2019Académie des sciences morales et politiques ; MM.Baudin, sénateur, Paul Doumer, Delafosse, Engerand, Lucien Hubtrt, Xavier Reille, députés ; MM.les généraux Bonnal, Rebillot, Bourelly.Cent cinquante convives avaient répondu à l\u2019invitation de la Revue.Au dessert, M.Gavoty a ouvert la série des discours en remerciant les invités en termes très heureux : M.Fernand Laudet a ensuite, dans un discours très applaudi, remercié ses collaborateurs, et fait revivre devant eux l\u2019œuvre littéraire de la Revue, pendant l\u2019année qui vient de s\u2019écouler : 296 7322572 88%# M.Maurice Barrès, de l\u2019Académie française, a répondu à M.Fernand Laudet, au nom des collaborateurs de la Revue LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Merci de m'aider à suivre un programme, à la réalisation duquel tendent nos persistants efforts.Nous voulons, vous le savez,marcher sur une route large, très large, afin qu\u2019y cheminant à l\u2019aise les auteurs et les lecteurs, venus de tant de régions diverses, Vraie route nationale, et non chemin d\u2019intérêt privé, route agréable aux promeneurs qui continuera de l\u2019être, chers collaborateurs, tant que vous lui permettrez de passer par vos jardins.Donnez-nous toujours de l\u2019ombre et des fleurs, et des fleurs choisies.hebdomadaire, par le discours suivant : #67 2SS Mon cher directeur, \u2014Je suis touché de la sympathie qu\u2019une fois de plus vous témoignez à la jeune Colette Baudoche, et je prie les hommes d'élite que vous groupez ce soir à votre table, comme vous faites chaque semaine dans vos sommaires, qu\u2019ils m\u2019accordent l\u2019honneur d\u2019être leur interprète et de boire à votre santé aussi bien qu\u2019au succès de la Revue Hebdomadaire.En un rien de temps, vous venez de faire accepter par le grand public cette petite Revue, ce livret alerte que l\u2019on trouve partout, et que l\u2019on glisse aisément dans sa poche.Il fait fureur.Ne serait-ce pas que nous y retrouvons un genre disparu et qui jadis avait fait la fortune de nos grands journaux littéraires.La vie d\u2019aujourd\u2019hui est telle que les quotidiens sont obligés à réduire de plus en plus la taille et le nombre des articles.L'information a tout envahi.D\u2019autre part, les Revues plus solennelles tendent à rechercher de grandes études qu\u2019elles demandent à des spécialistes.Prise entre ces deux ennemis, l\u2019ancienne variété, ce genre qu\u2019ont illustré les Taine et les Renan, avait été en somme, étouffée.Vous avez revivifié cette morte, vous nous avez ramené cette exilée.Et tout le monde s\u2019en félicite.On est heureux de trouver chez vous du sérieux sans pédantisme et de la légèreté sans niaise frivolité.SS6S470882S8 M A AE EUR REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 297 Ainsi vous rendez un vrai service aux lettres françaises.Ca n\u2019est pas la première fois que les revues ont joué un rôle efficace dans l\u2019histoire de notre littérature.Tenez, mon cher Laudet, je vous propose un sujet d\u2019article.Ne croyez-vous pas qu\u2019il y aurait un curieux chapitre d\u2019histoire littéraire à écrire sur le rôle des périodiques dans notre littérature depuis un siècle Ÿ Vous me faites signe que vous acceptez ma copie ?Vous ne la laisseriez pas passer : il y serait trop question de vous.Mais pourquoi ne parler que de littérature ?Vous avez des titres plus excellents à nos félicitations.En effet, ce qui est très intéressant chez vous, s\u2019est qu\u2019étant si moderne, si nouveau, toujours à l'affût des indications, vous êtes en même temps traditionnel.Vous vous souvenez d\u2019avoir servi la diplomatie française, et dans ce poste que Chateaubriand avait occupé, vous avez gardé de ce passage le sens profond des nécessités nationales.Le caractère et l\u2019esprit de votre direction, votre fidélité française, votre patriotisme nous rendent chère la Revue.Nul de vos collaborateurs ne vous demande qu\u2019elle soit d\u2019aucun parti, mais si nous l\u2019aimons, si nous nous réjouissons de sa prodigieuse réussite, si nous buvons à sa prospérité et à votre santé, mon cher directeur, c\u2019est que vous demandez à tous vos collaborateurs de songer aux intérêts spirituels de la France.SSSR SSSR S SR Les Conciles provinciaux.\u201cDéjà notre vieille ville de Québec a eu le spectacle édifiant et le bienfait très apprécié de sept Conciles provinciaux.Tous ont produit les plus consolants résultats.\u201c\u201c Le premier de ces Conciles fut tenu en 1851.À cette époque, il n\u2019y avait qu\u2019une province ecclésiastique, comprenant les diocèses de Québec, de Montréal, de Kingston, d'Ottawa et du Nord-Ouest, et ayant pour métropole l\u2019Eglise de Québec.Bien que les diocèses de Charlottetown, de Halifax, du Nouveau- Brunswick et d\u2019Arichat ne fissent pas partie de notre Province, ils y avaient cependant été annexés, pour les fins eonciliaires, en vertu d\u2019une bulle pontificale de 1844, et les Ordinaires de 4 * 298 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ces diocèses furent convoqués au Concile.(1) On peut done dire que notre premier Concile provincial groupa autour du Métropolitain de Québec tout l\u2019épiscopat canadien.\u201c La province ecclésiastique de Halifax fut créée peu de temps après, et les trois Conciles suivants, tenus en 1854, 1865 et 1869, réunirent tous les évêques du Canada, moins ceux des provinces maritimes.Les trois derniers Conciles provinciaux eurent lieu en 1873, 1878 et 1886.Les seuls évêques de la province civile de Québec y prirent part, les Eglises de l\u2019Ontario et du Nord- Ouest ayant été constituées en provinces indépendantes.\u201cL\u2019Eglise canadienne jouit maintenant d\u2019une organisation à peu près complète.L\u2019autorité religieuse y est répartie entre 34 archevêques, évêques, vicaires et préfets apostoliques.On y compte 8 provinces ecclésiastiques, 29 diocèses régulièrement constitués, 3 vicariats et 2 préfectures apostoliques.Cette Eglise couvre un territoire immense qui s\u2019étend d\u2019un océan à l\u2019autre et où vivent près de trois millions de catholiques de races et de langues différentes.Chaque année, l'immigration nous apporte de nouveaux éléments, auxquels il faut procurer les bienfaits de la foi en les faisant entrer dans les cadres réguliers de l\u2019administration ecclésiastique.\u201cDes développements aussi rapides et une aussi Vaste organisation causent aux pasteurs des âmes une sollicitude toute particulière.Il importe que, en s\u2019organisant et en se dilatant, l\u2019Eglise garde intactes l\u2019unité de la foi et l\u2019intégrité des mœurs.Il faut aussi que sa discipline trouve dans des applications uniformes la vigueur dont elle a besoin pour s'imposer et se maintenir.Voila pourquoi, N.T.C.F., on a pensé que l'heure était venue de tenir un premier Concile plénier, qui grouperait tous les chefs de l\u2019Eglise canadienne, et leur fournirait l\u2019occasion de délibérer, sous la conduite de l\u2019Esprit-Saint, sur les meilleures mesures à prendre pour assurer à notre pays une vie religieuse intense et féconde.\u201d (Mandement de Sa Grandeur Mgr Bégin, à l\u2019occasion du Premier Concile Plénier du Canada.) Mgr O\u2019Connell jugé par lui même.S\u2019il faut pardonner beaucoup au jingoisme américain à cause des qualités précieuses qu\u2019il cache sous des dehors un peu bruyants, il faut bien davantage se montrer indulgent pour cet autre esprit qui en est découlé et qui est devenu le trait carac- (1) Le diocèse de Terre-Neuve n\u2019avait été détaché de la province de Québec que le 8 octobre 1850.» , REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 299 téristique d\u2019un élément que l\u2019on désigne déjà aux Etats-Unis sous le nom d\u2019ultra-américain.Cet élément se paye surtout de mots, mais il le fait avec un tel aplomb qu\u2019à entendre certains discours, qu\u2019à approfondir certaines théories, les soldats de Washington eux-mêmes se demanderaient s\u2019ils ne sont pas \u2018les étrangers \u201d dans cette république qu\u2019ils ont fondée.C\u2019est la pensée qui m\u2019est venue, un soir, non pas \u2018\u201c en entendant chanter le rossignou \u201d, mais en lisant le compte rendu de la manifestation dont l\u2019archevêque de Boston a été l\u2019objet à son retour de Rome et qui coincidait avec le vingt-cinquième anniversaire de son ordination sacerdotale.Il se rencontre de ces coincidences heureuses dans la vie des grands hommes ! Nous avons retrouvé dans les cinq ou six colonnes de petit texte consacrées à cet événement par le Boston Herald, une foule de vieilles connaissances que nous pourrions appeler aujourd\u2019hui la \u201c Légion Laudatrice \u201d du métropolitain de Boston.Un certain Pio de Luca lui-même, dont nous avons entendu parler dans l\u2019Etat du Maine, y est allé pour sa part.Nous avons recueilli, en passant, le témoignage splendide rendu aux catholiques du diocèse par la présence des autorités civiles de l\u2019Etat et de la ville.Mais nous avons été tout particulièrement frappés par certains passages du discours prononcé par Mgr O\u2019Connell lui- même en réponse à l\u2019adresse que lui a lue son nouvel auxiliaire au nom du clergé.L\u2019archevêque de Boston a refait lui-même son panégyrique et d\u2019une façon qui a dû jeter quelque froid dans l\u2019âme de ses auditeurs.Par exemple, écoutons ceci : J\u2019ai été ordonné dans la cathédrale de Rome par le vicaire du Pontife Suprême, Léon XIII ; par la même autorité j'ai été appelé dans la Ville Eternelle pour y diriger notre collège national ; c\u2019est encore elle qui m\u2019envoya gouverner le siège de Portland.Par Pie X, glorieusement régnant, j'ai été envoyé à la Cour du Mikado comme son envoyé personnel et de ses propres lèvres j'ai appris mon élévation à mon poste actuel ; et ici, sur mon cœur, je porte la croix qu\u2019il m\u2019a donnée de ses propres mains à l\u2019anniversaire de mon ordination, comme gage\u2014je cite ses propres paroles\u2014 de sa très particulière affection.844222757332 %%28 SSSR S22SS2 Le distingué prélat voit dans cette longue suite de succès et 300 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE de faveurs le signe des desseins de Dieu et la marque d\u2019une mission providentielle, puis il ajoute : À Dieu et au Saint Siège je dois tout ce qui m'est arrivé comme prêtre et comme évêque.Ma dette est assurément grande, mais je me réjouis aujourd\u2019hui que cette dette je ne la doive qu\u2019à eux seuls.Une autre pensée m\u2019apporte force et consolation.Je puis dire ici aujourd\u2019hui, et je puis le dire à la face de l\u2019univers dans le sens le plus large du mot, que pendant ces 25 années, quelles que fussent mes faiblesses, je n\u2019ai jamais encore reçu le plus petit ou le moindre signe de désapprobation, de réprimande ou de désaveu de la part de ceux auxquels seuls j'étais responsable après Dieu ; non seulement cela, mais bien plus, chaque promotion, chaque avancement m'est arrivé de mes supérieurs ecclésiastiques comme une preuve que mon travail recueillait une joyeuse approbation partagée par le chef suprême de l\u2019Eglise.Comme on le voit, les positions étaient nettement tranchées.Ceux qui en doutaient ont pu s\u2019en convaincre quand les quelques centaines de prêtres réunis à Boston pour la fête, se sont vu refuser la paternelle hospitalité que leur faisait si large le regretté Mgr Williams.Mais ce n\u2019est là qu\u2019un incident peu intéressant.Bien autre est ce besoin auquel a cédé le distingué prélat de dire \u201c à l\u2019univers \u201d, mais surtout à sa province, que, ne devant rien à personne, il ne relevait que du Pape et de Dieu.Beaucoup Verront dans cette déclaration un avertissement et un cri de triomphe à l\u2019adresse de ceux qui voyaient dans son arrivée à Boston \u2018 un malheur pour le catholicisme dans la Nouvelle- Angleterre \u201d et qui l\u2019ont dit ouvertement.Également significative, mais pour d\u2019autres, est cette affirmation de l\u2019évêque que pas une fois depuis 25 ans il n\u2019a encouru le blâme des autorités romaines mais que de plus, sa politique avait reçu l\u2019entière adhésion du chef de l'Eglise, et qu\u2019il fallait voir la main divine dans les succés nombreux qui ont marque sa carriére ecclésiastique.Nous le croyons volontiers, tout en notant que ses paroles dépassent sans doute sa pensée et qu\u2019en exaltant ainsi son œuvre apostolique il nous a tout l\u2019air de forcer la main du Saint-Esprit.Et les 95,000 catholiques franco-américains du 2222272525 2428888$ a TE REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 301 Maine seront de notre avis.Ce n\u2019est pas à ces gens-là qu\u2019on fera croire qu \u2018en lui donnant une croix pectorable comme souvenir d'anniversaire, ou même comme marque d'affection, le Saint-Pére a sanctionné toutes les misères, approuvé toutes les ruines que l\u2019archevêque de Boston a accumulé dans le diocèse de Portland, et la tradition d\u2019injustice et d\u2019arbitraire que son successeur y maintient après lui, avec la même rigueur sinon avec le même talent.Qui le croira même dans ce diocèse de Boston qu\u2019il fait déjà gémir sous sa botte et où il fait oublier cette humilité sainte et paternelle avec laquelle les grands de l\u2019Eglise aiment encore à s'appeler les \u201c serviteurs des serviteurs de Dieu \u201d ?Le droit survit aux fortunes les plus étranges et ce ne peut pas être une gloire complète que celle qui est impuissante à faire oublier les larmes que l\u2019on a fait verser, à étouffer la voix de ceux que l\u2019on a fait souffrir injustement.Et c\u2019est déjà un commencement de rétribution que cette pensée de provocation ou d\u2019excuse qui se mêle à chaque triomphe et fait dire aux uns : \u2018\u201c\u201c Je ne vous dois rien \u201d, et aux autres : \u2018\u201c Je vous écrase \u201d Que ce soit dans le ton de notre siècle, passe, mais les rois de notre temps comme ceux d\u2019autrefois, trouvent encore des gens pour leur dire : \u201c\u201c Sire, vous parlez trop!\u201d Il n\u2019y a que l\u2019Eglise, en somme, qui n\u2019ait pas cessé de porter dans le monde avec ses dogmes, son enseignement, sa discipline, sa morale, le cachet divin d\u2019une éternelle jeunesse.Bien trompés seront ceux qui songent à la rajeunir ou à l\u2019éblouir par la hardiesse d\u2019entreprises ou de méthodes nouvelles.Sa vieille tendresse maternelle ne cessera pas, quoi qu\u2019on en dise, d\u2019envelopper dans une même affection pasteurs et fidèles afin de rendre plus étroits les liens qui réunissent les membres de sa grande famille.Lancée, sur la parole du Maître, à la conquête des âmes, ce sont les âmes qu\u2019elle demande, ce sont leg âmes qu\u2019elle recherche.Et parmi les ouvriers qu\u2019elle affectionne \u201c plus particulièrement \u201d il faut aussi compter ceux qui lui arrivent les pieds poudreux mais les bras chargés d\u2019œuvres, Et nous nous demandons si la création de 50 paroisses franco-américaines dans le diocèse de Boston\u2014et cela est possible\u2014n\u2019eut pas impressionné Rome tout autant que de voir un évêque irlando- américain entouré de la fastueuse et ridicule mise en scène d\u2019un prince oriental.La Fédération des société nationales.À l\u2019occasion du 75ème anniversaire de l\u2019association Saint- Jean-Baptiste de Montréal, on a mis à exécution un nouveau 302 projet de fédération des sociétés canadiennes-françaises du Canada et des Etats-Unis.Et voici ce qu\u2019en dit un des pro- LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE moteurs du projet dans le Collier\u2019s du 10 juillet : 6849 SSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSE Le temps seul dira quel succès attend ce réveil de l\u2019 nationale.Nous faisons, pour notre part, des vœux pour que ce succès soit complet.Mais il reste bien encore à savoir si Le Canadien-Français a quelque peu l'habitude de la fédération.Il l\u2019a votée une première fois en 1874.Il la vota une deuxième fois en 1884.Il la vota encore une fois à Chicago en 1892.En cherchant bien dans son histoire, on trouverait probablement trois ou quatre autres occasions où il proclama, avec force considérants, que l\u2019union des forces était la seule condition du salut.Mais pour s\u2019unir il faut d\u2019abord une raison de s'unir, et il faut ensuite la ferme volonté de s\u2019unir ; et les hommes de 1874, de 1884 et de 1892 n\u2019étaient pas assez convaincus de la nécessité de l\u2019union pour la vouloir sincèrement.Ils tenaient trop aux partis politiques pour créer sur un autre terrain un organisme capable de penser et d'agir pour la race.La génération actuelle a des ambitions plus précises, dont il sera intéressant d\u2019observer le développement.En tant que le Canada est concerné si la future confédération comprend bien ses intérêts, elle ne s\u2019attardera pas à de stériles récriminations contre les défaites fatales comme l\u2019éboulement d\u2019une terre mangée par les eaux ; elle emploiera ses forces à des œuvres positives, pour faire du Canada français un foyer de vie intellectuelle, économique et sociale digne de l\u2019admiration et de l\u2019envie du reste du pays.Un droit constitutionnel ne vaut que par la force ou l\u2019influence qui le fait respecter ; la seule manière, pour le Canadien-Français d'assurer le respect de ses droits constitutionnels, c\u2019est de prouver à ses concitoyens anglais, par des œuvres éclatantes, ce que tout Canadien éclairé sait déjà, savoir, que sa langue et sa religion ne sont pas un obstacle au progrès général, mais qu\u2019il sait en faire des sources de grandeur intellectuelle et morale pour la patrie commune.énergie | % % i % B a le de fy de Ë de fs de I de b od 0: ode B % i + II + di % dé % % 8 % : I de + | Le % de Re % A % 0 % if de LV + in % ï de | % aR % i de te % fe de Ti + § , J REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 303 dans la fédération nouvelle il n\u2019est pas déjà entré trop d\u2019organisations dont l'influence jusqu'ici s\u2019est bornée à donner un ton particulier à nos manifestations nationales mais qui, en dehors de ce champ d\u2019action pourtant très limité, ont toujours fait preuve d\u2019une inaction proverbiale.Il a fallu cinquante ans à nos compatriotes des Etats-Unis pour former une fédération durable et encore n\u2019a-t-on pu la former qu\u2019en groupant les intérêts nationaux avec les intérêts plus intimes de la famille si bien représentés par l\u2019association de secours mutuels.Ces intérêts se retrouvent fort heureusement dans la fédération canadienne et nous comptons bien qu\u2019ils vont entraîner tous les autres.On ne démontre plus la nécessité de l\u2019union pour le grand œuvre de l\u2019expansion nationale.Ou plutôt on la démontre toujours depuis tant d\u2019années que la Saint-Jean- Baptiste nous ramène programmes et discours qui, d\u2019après le mot de Drumont \u201c éveillent surtout dans la foule les impressions de harangues éloquentes et vaines déjà entendues, d'efforts déjà faits, de tentatives déjà essayées, d\u2019une heure déjà passée.\u201d Mais puisque tout cela va changer et que l\u2019on est résolument entré dans une ère d'action plus pratique et plus vivante, nous n\u2019insistons plus.Les jeunes franco-américains.Le deuxième congrès annuel de l\u2019Association catholique de la jeunesse franco-américaine a eu lieu les 11 et 12 juillet, à Woonsocket, R.I.Et les journaux nous apprennent que ce congrès a remporté un succès complet.Nous en félicitons très cordialement nos jeunes amis tout en leur faisant part des vœux très sincères que nous formons pour le succès de leur association.Sous la direction sage et patriotique de leur vaillant aumonier, M.l\u2019abbé Graton de Pawtucket, grâce au zèle ardent de ses officiers et de ses membres, cette jeune association est assurément appelé à jouer un rôle brillant parmi nos compatriotes de la Nouvelle-Angleterre.C\u2019est un rempart de plus élevé contre les tendances assimilatrices et devant cette jeunesse, devant cet avenir qui se lève bien des espoirs de fusion devront tomber.Les jeunes franco-américains viennent de reculer singulièrement les horizons que certains esprits novateurs cherchaient à resserrer sur l\u2019avenir de leur race.Voilà, certes, de la bonne besogne, et de la besogne qui arrive à son heure.{ Adolescens, surge.Léon Kemner. [aa veille du Bonheur CONTE Ah ! pensa Jacques Vital, une lettre d\u2019elle ! Parmi l\u2019amas d\u2019enveloppes que le garçon du journal lui tendait, il reconnaissait du premier coup d\u2019ceil l\u2019écriture haute, fière, les caractères d\u2019imprévu et de chimère, les lignes d\u2019Elle.Quand, il y avait trois ans déjà, on lui avait remis la première \u2014comme cette fois-ci, parmi d\u2019autres \u2014son regard avait été frappé, guidé vers le mystère de ces signes légers, de cette âme des lettres qui montait vers lui dans la brume violette de l\u2019encre.Et, après cette enquête rapide, cette pesée, cette flairée parti- culiére à l\u2019homme devant l\u2019inconnu de l\u2019enveloppe\u2014les femmes la déchirent, elles, brusquement, plus curieuses, moins défiantes \u2014il avait été conquis du coup par la simplicité, la naïveté digne et franche du sentiment qui venait à lui.On le lisait, on le suivait depuis longtemps ; ses articles et ses livres étaient attendus, désirés parce qu\u2019ils révélaient toujours une qualité d'âme, signifiaient des idées sinon pareilles, du moins correspondantes.\u201cCertains écrivains, disait-on, pouvaient, devaient remplacer dans certaines circonstances ces admirables directeurs de conscience qui, au XVIIe siècle, manièrent et régirent si heureusement l\u2019esprit du temps, l'esprit des femmes.Leur subtilité même en faisait d\u2019heureux casuistes, d\u2019habiles connaisseurs en caractères, les disposait à comprendre les variations infinies et délicates d\u2019une mentalité féminine.\u201d Vital avait tourné la page, le mot de mentalité le choquant par sa pédanterie ; mais la fin de la lettre était d\u2019une grâce si fraiche qu'il avait souri, désarmé.Et, à son grand étonnement à lui-même, quelques jours plus tard, il avait répondu aux initiales données, L.F.L'inconnue, discrètement, après s\u2019être fait attendre un peu, remerciait, touchée, heureuse.Il v avait trois ans que cette correspondance se poursuivait.Peut-être, au début, y avait-il un peu de \u201c littérature \u201d en tout cela ; il n\u2019est pas bien sûr que Jacques n\u2019ait pas fait recopier, avant de les expédier, quelques-unes de ses lettres {0 tl LA VEILLE DU BONHEUR 305 avec l\u2019économique et pratique pensée d\u2019un roman en train de s\u2019écrire tout seul ; mais bientôt il cédait au charme impersonnel, désincarné de L.F., et cette \u2018\u201c copie \u201d désintéressée devenait pour lui la plus précieuse vacance au milieu de l\u2019énorme labeur.Tantôt elle lui commentait ses contes ou ses livres, indiquant d\u2019une plume légère ce qu\u2019elle aimait mieux, ce qu\u2019elle aimait moins, disant les pourquoi, avec une justesse inouïe ; elle devenait ainsi la voix du public, une voix sans visage et sans nom, elle personnifiait le vague murmure, l\u2019infinitésimale sensation par quoi l\u2019écrivain est averti d\u2019avoir plu ou déplu.D\u2019autres fois elle parlait d'elle, sollicitait un conseil, souhaitait une opinion.Dans ces cas-là elle mettait son âme à nu, une petite âme très compliquée et très simple, faite de sensations plutôt que de pensées, curieuse et distraite, pratique et sentimentale, volontiers attachée d\u2019ailleurs à s\u2019analyser et à s'expliquer par une sorte de fatuité intellectuelle qui est assez commune chez les femmes.\u2014C\u2019est une brave petite bourgeoise inoccupée, à qui manque un confesseur, disait le psychologue à ses heures moroses.Car il ne savait rien d\u2019elle, pas même de sa personne physique; seulement cette phrase hypocrite un jour glissée : \u201c Moi qui ne suis pas trop laide, dit-on.\u201d Jacques savait aussi qu\u2019elle était veuve : il l\u2019imaginait vivant une existence chaste, nette, réglée, dans une maison proprette et bien cirée ; il aimait à la créer dans ses rêves.Jacques Vital éparpilla du pouce le paquet de lettres sur les coussins du fiacre qui l\u2019emportait : des enveloppes jaunes à entêtes, des bleues aux adresses élégantes, des enveloppes fanées aux souscriptions maladroites et grossières ; sans ouvrir il reconnaissait : offres de fournisseurs, tentatives d\u2019aventurières, injures d\u2019 anonymes.pourtant, par acquit, il rompit les angles, parcourut les missives.Une seule l'intéressait, il la regardait plus souvent à mesure que le tas décroissait, goûtant un plaisir dans son impatience matée de la lire.La voiture passait sous les arbres de l\u2019avenue Gabriel, une fraîcheur verte faisait place à la sécheresse brûlante des rues et des places ; il respira, regarda le ciel voilé d'arbres, les arbres éclairés de ciel, huma une gorgée heureuse.Il lisait : \u201c\u201c Oui, j'ai compris votre dernier livre et son titre si triste, la Veille du Bonheur ; ; je sais que tous ou presque tous nous croyons toujours être à cette veille-là et que nous n\u2019en attei- 306 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE gnons jamais le lendemain.peut-être bien heureux encore d\u2019avoir au moins gardé l\u2019illusion ?Il me semble, et surtout depuis vos dernières lettres, que ce roman a été un peu écrit pour nous, d\u2019après nous, et cela me rend si fière et me met si haut à mes yeux d\u2019être pour si peu que ce soit quelque chose dans votre\u2018œuvre ! \u201c Je voudrais vous poser une question : si Rodolphe de Mon- tal avait rencontré Madeleine avant son mariage au lieu de ne la connaitre que deux ans aprés, croyez-vous que leur vie n\u2019aurait pu être changée ?croyez-vous qu\u2019ils n\u2019auralent pu conquérir ce lendemain du bonheur, insaisissable suivant vous ?Il y a, beaucoup plus que vous ne le pensez, une parité de situation entre ces personnages de votre roman et nous, personnages de la vie.Au moment de prendre une décision grave et irrévocable, je voudrais faire enfin tomber ce voile à travers lequel nous nous parlons depuis trois ans.Le voulez-vous aussi ?Il m\u2019a semblé lire ce désir à travers les lignes de vos dernières lettres.\u201c Mon Dieu ! comment régler les formes de cette rencontre ?Il faut bien que ce soit terriblement banal, puisque vous ne me connaissez pas de vue.Enfin !.Voulez-vous vous trouver demain, à neuf heures du soir, au pied du cheval de Marly de droite, dans l\u2019avenue des Champs-Flysées ?Je tiendrai à la main une petite botte de roses et j'aurai une robe bleue.Vous, vous n\u2019aurez pas besoin de signe, puisque je Vous connais par vos photographies : pourtant piquez votre boutonnière d\u2019une fleur pareille, afin que nos bouquets du moins se saluent.\u201c Voulez-vous, ami ?\u201d He 7 * Jacques Vital s\u2019habillait avec lenteur ; en brossant ses cheveux devant sa glace, il considérait son visage vieilli, fatigué de travail et de pensée, ses traits détendus par les découragements, tirés par les luttes, notait le pli amer et désenchanté de sa lèvre.Et derrière lui, comme un fantôme, passait et disparaissait sa figure de souvenir, sa face éclairée et ardente d'autrefois.Il songeait que, par coquetterie ou par insouciance, il ne s\u2019était pas fait photographier depuis longtemps : les portraits de lui qu\u2019on donnait retardaient au moins de dix ans.\u2014 Bi elle ne m\u2019a jamais vu autrement, je ferai bien de mettre - J y J la rose.Il sépara une fleur de la petite botte apportée par son domes- \u2014.-\u2014 - LA VEILLE DU BONHEUR 307 tique, l\u2019éleva en l\u2019air.C\u2019était une rose-thé d\u2019une langueur fragile : quelques pétales tombèrent.Jacques reposa la fleur avec un sourire.\u2014La vulgaire prudence, murmura-t-il ; restons anonyme.Il sortit ; l\u2019air était doucement lumineux, comme si des élans mourants de soleil palpitaient encore dans l'étendue ; malgré le bruit criard des cafés-chantants sous les arbres et le grondement des autos sur la chaussée, le silence suprême de la nuit dominait dans les sombres allées ; les branches étaient lourdes du sommeil des oiseaux.Pourtant l\u2019ombre s\u2019ouvrait, poussant devant lui des couples, des toilettes claires de femmes, des silhouettes d'hommes plus sombres.Tout à l\u2019heure peut-être ils seraient un de ces couples, le bras de l\u2019amie inconnue frémirait sur sa manche.Pourquoi, comme dans les romans, cela ne se ter- minerait-il pas plus tard par un mariage ?N\u2019était-il pas libre, presque riche ?Il s\u2019approchait du piédestal, et sa démarche se fit plus courte et plus ramassée ; Jacques distinguait sur la blancheur de la pierre une longue et fine attitude penchée, la souple et naïve attente d\u2019une femme aux traits vibrants.À la lueur des élec- trophores, une nuance dorée de cheveux vint à lui, et des yeux de délices brillèrent.\u2014Mon Dieu ! qu\u2019elle est jolie ! Il était dans l\u2019ombre et elle ne pouvait pas le distinguer ; immobile, il s\u2019enivra de cette image.Mais quelqu\u2019un dépassait l\u2019angle obscur, s\u2019avançait dans la clarté.Jacques Vital vit l\u2019inconnue tressaillir et se lancer.il y eut une rencontre brusque, presque un heurt, un moment d\u2019hésitation, elle murmura : \u2014Pardon, Monsieur, je me trompais.| Le passant, après un salut, s\u2019éloignait*; l\u2019écrivain, d\u2019un coup d\u2019œil, vit un jeune homme aux traits heureux, à la boutonnière fleurie d\u2019une rose.\u2014Flle l\u2019a pris pour moi.Un moment il séjourna dans l\u2019ombre, sentant le bonheur à toucher, toute une nouveauté de joie et d\u2019amour offerte, la possibilité des recommencements.du bout des doigts sournois il jeta un baiser à l\u2019inconnue : \u2014Il vaut mieux faire souffrir une illusion que de la faire déchoir.Jacques s\u2019effaça, s\u2019absorba dans l\u2019ombre.\u2026 François de Nion. Vieux articles et vieux ouvrages La question des nationalités et des langues aux Etats- Unis de l\u2019Amérique du Nord considéré dans ses rapports avec le choix des curés et des évêques.\u2014 Mémoire adressé à Sa Sainteté Pie IX, aux Eminentissimes Cardinaux et à leurs Conseillers.(1906.) XVII SOMMAIRE.\u2014 Objection : Ne vaut-il pas mieux aider à l\u2019accompussement d\u2019une chose désirable et inévitable ?Réponse : Même en admettant ce suppositum, on ne peut admettre la déduction pratique des adversaires, vu qu\u2019elle produit les mauvais effets décrits.Mgr Racine dit : Ne heurtez pas les sentiments de la génération présente ; conservez sa foi, afin que les générations qui suivront, bien que parlant l\u2019anglais, professent encore le catholicisme.\u2014 Tant que l\u2019émigration sera aussi considérable qu'aujourd'hui, il y aura toujours une masse de nouveaux arrivés qui ne sauront pas l'anglais.Mais on peut nier que l\u2019américanisation complète soit chose inévitable et désirable.\u2014 Les faits narrés à la fin de l\u2019adresse de Cahensly, montrent qu\u2019elle n\u2019est pas inévitable.\u2014 Diverses considérations pédagogiques prouvent qu\u2019elle n\u2019est pas désirable.À cause de relations mystérieuses entre la langue d\u2019un peuple et son esprit, l'enfant et l'adulte se développent mieux par son Moyen.Certains usages sont comme une partie des races et aident à leur vigueur intellectuelle et morale.L'étude de la langue maternelle produit dans le cas les effets de l'étude du latin et du grec de nos collèges ; c\u2019est une gymnastique intellectuelle et un moyen de communication avec de grands écrivains.Mgr Montgomery dit : La question des langues s\u2019arrangera d\u2019elle-même, elle suivra son cours naturel.\u2014 Enseignez l'allemand à vos enfants, mais aussi l'anglais.Les Irlandais ont commencé à rétablir la langue gaélique ; en Irlande, beaucoup d'efforts sont faits à cet effet et avec très grand succès ; l\u2019établissement d\u2019une chaire de gaélique à l\u2019Université catholique de Washington et d'autres faits montrent qu\u2019aussi là on a commencé.\u2014 Les raisons qui inspirent ce mouvement sont celles des Allemands, des Canadiens-Français, ete, qui veulent conserver leur langue.Les adversaires diront, peut-être : Mais de ce qui doit se faire par la force des choses, de ce qui, de votre propre aveu, rendrait la desserte des paroisses plus facile, ne vaut-il pas mieux aider l\u2019accomplissement ?La réponse à cette objection n\u2019offre pas grande difficulté.Même en admettant que l\u2019américanisation complète soit chose désirable et inévitable, on ne peut admettre la déduction des adversaires.En effet, cette déduction appliquée à la pratique 5 VIEUX ARTICLES ET VIEUX OUVRAGES 309 produit les mauvais effets qui ont été décrits.Et c\u2019est surtout dans les commencements que les dangers sont plus grands.Entendons comment Mgr Racine (op.cit, p.11), répond à cette objection : \u201c N\u2019allez pas plus vite que l\u2019évolution naturelle des idées.D'ici là, en ne heurtant pas imprudemment les sentiments de la génération présente, en se pliant à ses goûts, conservez sa foi, afin que cette seconde ou cette troisième génération qui, d\u2019après quelques-uns, doit nécessairement parler l\u2019anglais, professe encore le catholicisme.Dans tous les cas, tant que l\u2019émigration du Canada aux Etats-Unis durera sur une échelle aussi considérable qu'aujourd'hui, il est impossible d\u2019amener la masse de la population canadienne à parler l\u2019anglais.Réus- siriez-vous à angliciser la jeune génération, vous resteriez toujours en face des personnes âgées et des nouveaux arrivants ; et le problème à résoudre serait toujours à recommencer, avec les mêmes difficultés, avec les mêmes dangers pour la foi.Allons, sachons prendre les choses comme elles sont, laissons à l\u2019avenir ses énigmes, et pour le moment employons les moyens les plus efficaces pour sauver les âmes.\u201d J'ai dit même en admettant que l\u2019américanisation complète soit chose désirable et inévitable, car on peut nier l\u2019un et l\u2019autre.Qu'elle n\u2019est pas inévitable, le prouvent les faits narrés vers la fin de l\u2019adresse de Cahensly (p.45).Voyons si elle est désirable.Il est bien entendu que nous parlons de l\u2019américanisation complète : n\u2019employant que l\u2019anglais pour tout, supprimant dans les écoles l\u2019enseignement de l\u2019allemand, du français, ete., et leur usage à l\u2019église et au foyer paternel ; quant aux mœurs, fondant si bien plus de dix races diverses dans le moule améri- cain-irlandais, qu\u2019on ne pourra plus voir de différence.Telle chose, outre qu\u2019elle est impossible, n\u2019est nullement désirable, car elle est opposée au bien-être intellectuel et moral des membres de la grande République.Il existe des relations très profondes entre la langue d\u2019un peuple et son caractère, sa manière de concevoir les choses, etc.; l\u2019enfant qui, d\u2019après les lois de l\u2019hérédité, est semblable à ses ascendants, se développe mieux, plus complètement et plus normalement, avec la langue maternelle.Pour l\u2019adulte, la langue maternelle est le grand moyen qui le met en communication avec les autres hommes ; si vous lui ôtez ce moyen pour le remplacer par un autre moins adapté.vous comprenez ce qui doit s\u2019ensuivre.Et certains usages sont comme une partie de certaines races ; ils aident à leur 310 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE vigueur intellectuelle et morale ; enlevez ces usages et rem- placez-les par d\u2019autres qui ne pourront immédiatement devenir habitudes, qui ne sont pas d\u2019accord avec le caractère de cette race, et vous aurez nui énormément à ces gens.grrr Fe Nous faisons apprendre le latin et le grec dans nos écoles à ceux qui veulent embrasser une carrière libérale ou simplement développer normalement leurs facultés.Pourquoi ?D\u2019abord comme gymnastique intellectuelle, ensuite pour les rendre capables de se mettre en communication avec les auteurs qui ont écrit dans ces langues.Ces mêmes raisons valent pour l\u2019étude de l\u2019allemand, du français, etc.Sur les aspects pédagogiques et sociaux de la question, voyez, entre autres, dans The Review de St-Louis (19 mai 1904), un article écrit par le Prof.H.M.Ferren et reproduit là ; il est intitulé The bane of monolingualism (Les détriments du monolinguisme).Voyez aussi l\u2019article dans The Fortnighily Review (1 nov.1905), intitulé : The gaelic movement and the language question (Le mouvement gaélique et la question des langues) ; également celui qui a le même titre dans la même revue (1 février 1906), pris du Republic de Boston (1).Concluons par les paroles de Mgr Montgomery, archevêque- coadjuteur de San Francisco, rapportées dans The Review (24 septembre, 1903, p.575) : be + (1) Il faut dire ici quelque chose de ce mouvement gaélique, qui montre combien le système que nous défendons est d'accord avec la vérité et que les Irlandais, qui ne sont pas ultra-Américains, commencent à dire tout à fait la même chose que les Allemands, les Canadiens-Français, les Polonais, etc.Les Irlandais durent abandonner leur langue propre, nommée langue gaélique, et adoptèrent celle de leurs vainqueurs et persécuteurs.Ils commencent à comprendre que ce fut un grand mal, et il y a, depuis quelques années, un grand mouvement pour le rétablissement de cette langue aux Etats-Unis et surtout en Irlande.Le Western Catholic de Chicago du 16 janvier 1904 (article de l\u2019Irlandais Patrick J.Haltigan), rapporte que \u201cla langue gaélique en Irlande est maintenant enseignée dans toutes les écoles, que son étude est encouragée par 1'épiscopat et le clergé, aidée par la Ligue gaélique et d\u2019autres institutions patriotiques, poussée en avant par l\u2019ordre enseignant des Frères irlandais des écoles chrétiennes, qu\u2019elle est parlée par presque tout le monde et même récemment reconnue officiellement par le Gouvernement anglais \u201d\u2019.Une chaire de langue gaélique a été établie à l\u2019Université catholique de Washington, et divers autres faits montrent que le mouvement a commencé également aux Etats-Unis.Les raisons apportées pour ce mouvement sont à peu près les mêmes que celles qu'apportaient ou apportent les Allemands, les Polonais, les Canadiens-Français, ete.Ce mouvement, produira certes plus que tous les articles écrits et tous les mémoires présentés au St-Siége sur la question, par les Allemands, les Polonais, ete.; mais, en attendant, plusieurs évêques irlandais-américains suivent le système qui a été décrit et rejeté. 6 te Se ELV OB WY wo Fa Row VIEUX ARTICLES ET VIEUX OUVRAGES 311 \u2018\u201c Dans certaines parties des Etats-Unis, on a fait beaucoup de bruit à propos des Allemands qui veulent que leurs enfants apprennent l\u2019allemand.Nous pouvons dire brièvement que la question des langues dans ce pays s'arrangera d\u2019elle-même, pourvu qu\u2019on la laisse tranquille.Dans certaines choses plus on se hâte, plus le tout va mal : la question des langues est de ce nombre.Elle est soumise aux lois de la nature et elle suivra son cours, si les gens la laissent en paix.Je vous assure, mes chers frères, que je ne puis comprendre un père ou une mère qui ne désireraient pas voir leur enfant apprendre leur propre langue.Nous vivons dans un pays qui doit nécessairement devenir un pays de langue anglaise, c\u2019est un fait.L\u2019anglais deviendra la langue de ce pays et aucune puissance humaine ne peut empêcher cela.C\u2019est pourquoi il est avantageux pour vos enfants d\u2019apprendre l\u2019anglais.Ils ne doivent être inférieurs à personne, par suite de leur incapacité à parler l\u2019anglais, qu\u2019ils devraient apprendre parfaitement.Donc, je dis qu\u2019on ne devrait pas agiter la question des langues, qu\u2019on laisse les choses suivre leur cours naturel : elles ne doivent pas être forcées, mais avoir leur croissance spontanée.Il est tout naturel que vous vouliez que vos enfants parlent allemand en famille, et je ne trouve rien de répréhensible en cela.\u201d XVIII SOMMAIRE.\u2014 Objection :\u2014 Vous vous contredisez.Malgré les grands dangers provenant, d\u2019après vous, de la connaissance de la langue anglaise, vous la faites apprendre aux enfants et même aux adultes.Réponse :\u2014Il y a dans la vie des nécessités impérieuses dont il faut tenir compte ; et ce n\u2019est pas la connaissance de la langue anglaise en soi qui est dangereuse, mais cette connaissance dans des circonstances spéciales de milieu : absence de prêtres connationaux, lecture des productions délétères, etc.\u2014 Or ces circonstances sont beaucoup modifiées dans le système que tâchent de suivre les Allemands, les Canadiens-Français, etc.Il est possible qu\u2019on fasse l\u2019objection suivante : Vous vous contredisez en affirmant, d\u2019un côté, que la connaissance de la langue anglaise est chose dangereuse pour la foi, conduisant aux mariages mixtes, à la lecture des productions délétères, ete., et, d\u2019un autre côté, la faisant apprendre aux enfants et même aux adultes.Nous répondons que cette contradiction n\u2019est qu'apparente.Il vaudrait mieux, sans doute, pour la foi, ne pas apprendre 312 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE l\u2019anglais du tout, vu que la connaissance de cette langue, dans le cas dont il s\u2019agit, a été la cause partielle de la ruine de millions d\u2019âmes ; mais c\u2019est chose impraticable : il y a dans la vie, outre les exigences spirituelles, d\u2019autres besoins impérieux dont il faut tenir compte.Et qu\u2019on observe que ce n\u2019est pas la connaissance de la langue en soi qui a produit de mauvais effets, c\u2019est cette connaissance dans les circonstances spéciales où se trouvaient et où se trouvent les Allemands, les Canadiens- Français, etc.: avec absence de prêtres parlant leur langue, en contact avec les protestants et les indifférents, ete.Or, ces dangers provenant de la connaissance de la langue anglaise, sont notablement diminués dans le système que suivent (quand ils n\u2019en sont pas empêchés par leurs supérieurs ecclésiastiques) les races non-irlandaises.Le contact avec les protestants est beaucoup moindre, le milieu exerce une influence moins forte, les mariages mixtes sont évités plus facilement, on lit moins les journaux indifférents, matérialistes, etc, et on lit plus les journaux catholiques, allemands, canadiens-français, polonais, ete.XIX SOMMAIRE.\u2014 Objection :\u2014Les Irlandais, quoique parlant l\u2019anglais, n'ont pas perdu la foi.\u2014 Réponse :\u2014Les Irlandais, qui sont actuellement environ 5,500,000, devraient être environ 26,000,000 ; des millions done ont perdu la foi et ont été cause que leurs enfants ne l'ont jamais eue.\u2014 Les Irlandais ont si bien compris le danger que des gens sérieux parmi eux voulaient le maintien du brogue et que maintenant ils rétablissent l'usage du gaélique.Il est une autre objection que fera peut-être quelque lecteur mal renseigné, trompé par certains écrivains qui, dans leur court voyage aux Etats-Unis, n\u2019ont vu que quelques hommes du parti irlandais-ultra-américain et n'ont pas examiné les questions à fond ; la voici : Les Irlandais, en si grand nombre, aux Etats-Unis, n\u2019y ont pas perdu leur foi et pourtant ils parlent l\u2019anglais.Nous répondons que cela est absolument faux : diverses statistiques que j'ai sous les yeux montrent que les Irlandais catholiques aux Etats-Unis sont actuellement environ 5,500,000 sur les 13,000,000 environ de catholiques, et d\u2019après les calculs d\u2019hommes sérieux, ils devraient être 26,000,000.Tous les statisticiens ne vont pas jusqu\u2019a 26,000,000, mais ils s'élèvent pourtant assez haut pour donner la certitude que des millions p {al el if Es Jone VIEUX ARTICLES ET VIEUX OUVRAGES 313 ont perdu la foi et ont été ainsi la cause que leurs descendants ne l\u2019ont jamais eue.Les Irlandais ont si bien compris les dangers qui ont été décrits, que des gens sérieux parmi eux voulaient conserver le brogue (V.plus haut pp.11-13) et que maintenant ils voudraient rétablir l\u2019usage de la langue gaélique (V.plus haut pp.53-54).XX Omnia que sequuntur omnino legenda ConcLusioNs.\u2014Les raisons qui militent en faveur du systéme que suivent les Allemands, les Canadiens-Français, les Polonais, les Italiens, ete.(lesquels constituent la grande majorité du catholicisme aux Etats-Unis), sont tellement fortes ; et les raisons qu\u2019invoquent contre ce système certains hommes, sont tellement faibles, que tout esprit indépendant, libre de toute influence d\u2019amitié, d\u2019intérêt, de race, etc, doit se dire : Les Allemands, les Canadiens-Français, ete, ont la vérité pour eux et les autres sont aveuglés par divers sentiments, diverses craintes, diverses influences.La gloire de Dieu et le bien des Ames exigent que chacun fasse ce qu\u2019il peut pour empêcher la continuation du système de certains Irlandais, évêques, vicaires- généraux, consulteurs diocésains, etc.Il faut, donc, entre autres choses, que ceux à qui la Provihence a confié le soin du choix des évêques, d\u2019abord connaissent bien l\u2019état de choses aux Etats-Unis, comprennent que les âmes se perdent par suite des agissements de certains évêques et autres.Ayant cette connaissance fondamentale, ils verront qu'il faut, autant que possible, donner aux Allemands des évêques allemands, aux Canadiens-Français des évêques canadiens-français (1), etc.ils verront qu\u2019il faut que les diverses nationalités aient leurs représentants dans l\u2019épiscopat : cela étant nécessaire pour les raisons générales qui valent dans tous les temps et tous les pays, et pour la raison spéciale qu\u2019aux Etats-Unis il importe de contrebalancer ou mieux d\u2019anéantir l\u2019action nuisible des assimilateurs à outrance.(1) Les Canadiens-Français demandent qu\u2019on les traite comme on a commencé à traiter les Allemands, qui déjà comptent plusieurs représentants dans l\u2019épiscopat 314 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE XXI Il y a, certes, des difficultés pratiques dans cette affaire : examinons les principales.En général, les races sont mélangées ; prenons comme exemple le diocèse de Portland, où il y a environ 85,000 Canadiens et 35,000 Irlandais (1).Comment faire pour contenter les deux nationalités et ne mécontenter personne ?Nous répondons.Jusqu\u2019ici on a contenté les Irlandais, il est juste de contenter cette fois les Canadiens, d'autant plus juste qu\u2019ils sont plus des deux tiers de la population catholique de ce diocèse.Leur dernier évêque était Irlandais, lui et son prédécesseur (moitié Irlandais, moitié nègre à ce qu\u2019on dit) étaient trop entourés d\u2019Irlandais comme consulteurs, vicaires- généraux, etc.Le mécontentement des Irlandais serait déraisonnable et injuste ; celui des Canadiens tout à fait raisonnable et juste, ceux-ci ayant pour eux le nombre et l\u2019absence de Canadiens dans les trois évêques prédécesseurs.XXII A ces raisons ajoutez les suivantes : Les prêtres canadiens-français, en général, savent assez parfaitement le français et l\u2019anglais, et, ayant l\u2019esprit missionnaire, ils s\u2019adaptent facilement au caractère des autres races et s\u2019en occupent avec beaucoup de zèle ; tandis que les prêtres irlandais ordinairement n\u2019apprennent pas le français (l'allemand, etc.), et, bien que prêtres excellents, n\u2019ont pas l'esprit missionnaire et ne s\u2019adaptent pas facilement au caractère des autres races (2).Pour cette raison aussi, il faudrait dans le cas qui nous occupe, coeteris paribus, choisir un Canadien.On pourrait, certes, réclamer plus et dire que, même coeterts non omnino paribus, un Canadien convient mieux.(1) Dans 10 ans et moins, les Canadiens seront 100,000 et les Irlandais peut-être 30,000 : les mariages des Canadiens-Français sont très féconds et ceux des Irlandais, quand ils se marient, le sont peu, comme les statistiques le montrent ; en outre, l'immigration apporte chaque jour de nouveaux Canadiens-Français dans le diocèse de Portland et, d\u2019un autre côté, les Irlandais émigrent ailleurs.(2) Ces choses sont connues de tous ceux qui ont étudié ces questions.L'histoire, depuis des siècles, nous montre les missionnaires français partout, elle ne nous montre que peu ou point d\u2019Irlandais.i ps LU CS VIEUX ARTICLES ET VIEUX OUVRAGES 315 Un principe assez admis, quand il s\u2019agit de choisir un dignitaire, soit ecclésiastique soit civil, est celui de ne pas toujours prendre des hommes qui ont les mêmes vues, le même système d'administration, ete.Ce principe est tout à fait sage.Chacun en effet, a telles et telles inclinations, connait mieux telles et telles choses et en ignore d\u2019autres, est plus apte à faire telles et telles réformes, à établir telles et telles œuvres, ete.Si l'on prend toujours des hommes semblables, certaines réformes ne se feront jamais, certains abus s\u2019enracineront de plus en plus, ete.Appliquons tout cela au cas de l'élection de l\u2019évêque de Portland.XXIII Une autre objection que quelques-uns, peut-étre, feront, c\u2019est que, d\u2019après eux, les Canadiens-Français n\u2019ont pas de candidats aptes.Je le nie absolument : les Canadiens-Français ont des sujets aussi aptes, pour ne pas dire plus, que les Irlandais, et je parle tant du diocèse de Portland que des Etats-Unis en général et du Canada ; depuis plusieurs années j'ai des relations avec les prêtres canadiens et j'ai trouvé parmi eux des hommes intelligents, zélés, pieux, etc, avec lesquels on ferait d\u2019excellents évêques.Je vais plus loin, et je dis que, même si les candidats canadiens- français étaient inférieurs aux candidats irlandais, il faudrait encore les prendre pour les raisons générales indiquées jusqu\u2019ict : les Irlandais qu\u2019on choisirait seraient certainement, ou au moins probablement, des ultra-Américains, et de là causeraient les maux décrits ; les Canadiens ne causeraient pas ces maux et, grâce à leur esprit missionnaire, ne négligeraient nullement les I rlandans, moins nombreux ; et ainsi un Canadien-Français moins capable ferait plus de bien et empêcherait plus de mal qu\u2019un Irlandars plus capable.XXIV Si aucun Canadien n\u2019est sur la terna des évêques, on objectera probablement que la chose est impossible.A cela je réponds 316 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE que l'élection n\u2019est pas faite par les évêques de la province ; que leur terna, pas plus que celle des prêtres, ne doit être considérée comme electio, postulatio ou nominatio, mais comme une simple commendatio, qui n\u2019impose aucune obligation au St- Siége (V.Cone.Pl.Balt.II, n.103 ; Coll.Lac., v.III, p.48).Ni les cardinaux, ni le Pape surtout, chef suprême, supérieur aux prêtres, aux évêques et aux cardinaux, ne sont aucunement liés par la terna, et ils l\u2019ont montré plusieurs fois dans ces dernières années.Personne ne peut les critiquer en cela, car, ils usent de leur droit, ils peuvent connaître bien des choses ignorées de leurs inférieurs, et avoir des raisons d\u2019un ordre supérieur que ne pouvaient avoir les prêtres et les évêques auteurs de la terna.Ils sont plus impartiaux qu\u2019eux, ont des vues plus étendues et ne sont guère en danger de se tromper que parce qu\u2019on aurait eu l\u2019habileté extraordinaire de les tromper.XXV Quelqu\u2019un m\u2019a objecté que des prêtres et-des laïques du diocèse de Portland veulent s'imposer à la Propagande.Je réponds : Moi qui ai reçu d\u2019eux tant de documents, tant de lettres, tant de numéros de journaux, je ne vois rien de cela, : je vois des gens qui cherchent ardemment le bien des âmes, qui recourent aux cardinaux et au Pape comme des fils très obérssants et très soumis à des pères à qui l\u2019on peut se confier et parler à cœur ouvert.Quelques laïques dans les journaux en parlant contre le parti irlandais ultra-américain, ont parfois employé des expressions indiquant qu\u2019ils ne voulaient plus se laisser dominer, qu\u2019ils voulaient faire valoir leurs droits, etc.Ils veulent dire qu\u2019ils ne veulent plus se laisser dominer par certains Irlandais et qu\u2019ils vont présenter leur cause au St- Siége.Il n\u2019y a, certes, rien d\u2019irrévérencieux envers la Propagande, les cardinaux et le St-Père dans ces expressions ; rien qui montre le moins du monde qu\u2019ils veulent s'imposer.Les Canadiens-Français, comme je les connais, ont une confiance limatée dans le Souverain-Pontife, CHEF DE L'EGLISE et PÈRE DE TOUS.On dira, peut-être, que les prêtres et les laïques ne sont pas les électeurs des évêques, qu\u2019ils ne devraient donc pas s\u2019occuper de ces choses.A cela je réponds qu\u2019ils n\u2019ont nullement la prétention d\u2019être électeurs des évêques, mais qu\u2019ils usent d\u2019un Ten an VIEUX ARTICLES ET VIEUX OUVRAGES 317 droit que I'Eglise leur accorde, & savoir, celui de présenter humblement au St-Siége l\u2019exposé de leurs besoins, de leurs craintes, de leurs désirs.Qu\u2019on se rappelle la grande partie qu\u2019eurent les fidèles dans l\u2019élection des évêques jusqu\u2019au XIIe siècle.bat.© Pour la gloire de Dieu, le bien des âmes, le triomphe de, la vérité et de la justice, je soumets très humblementile présent mémotre à Sa Sainteté Pie X, aux Eminentissimes, Cardinaux et à leurs Conseillers.Rome, le 1er juin 1906.Ce mémoire ne porte pas d\u2019imprimatur : vu sa nature, au jugement de personnes compétentes, il n\u2019en a aucunement besoin. La Force Cachée PAR JEAN THIERY \u2018\u201c\u2018Piqué au jeu par ses démarches, voulant me préserver des reculades et savoir sûrement à quoi m\u2019en tenir, je me décidai à questionner aussi Mme Monti-Ville.\u201c__Fh bien ! chère Madame, lui ai-je dit Jo épouse Suzanne de Mertens?On m\u2019a dit cela.\u201cElle a eu un geste de désespoir et ce cri: \u201c__T] me faudra la certitude que ce mariage est la fin des transes et des tourments que je vois autour de moi pour que j'y consente ! \u201ceu ! heu! cela n\u2019était pas très chaud, mais n\u2019avait rien pourtant d\u2019un refus définitif.\u2018Alors, poussant plus loin mes interviews, j'ai couru à Prax chez les Battant, afin de connaître sur ce sujet les opinions de la petite institutrice.\u2018Le rêve est bien beau!.Je pensais voir la mignonne dans la joie : pas du tout!.\u201c_Non, non, je ne veux pas.n\u2019en parlons jamais !.jamais.jamais! Maman n\u2019y elit jamais consenti.\u201d \u201cEt moi de riposter, fâché : \u201c_ Votre mère n\u2019était point sûre de ce qu\u2019elle ne voulait pas.voyons! Je l\u2019ai assez connue pour en témoigner.C\u2019était une de mes vieilles amies.souvenez-vous ! \u201c\u2014 Oh ! pauvre maman.Oh! mon pauvre Jo!.\u201cEt des larmes.des larmes!.C\u2019est tout ce que j'ai pu en tirer.| \u201cEnfin, cela non plus n\u2019avait rien de définitif.\u2014Je ne désespère donc pas: d\u2019arriver à mes fins.\u201cL'union de Suzanne avec celui que sa mère a combattu toute sa vie prouvera le retour à l\u2019âge d\u2019or, à la paix, prouvera mieux encore l\u2019inanité des dires de la baronne, la folie de ses propos, l\u2019état de son esprit, de sa mentalité.\u201cCe projet est génial, triomphant.une trouvaille ! \u2018Seulement, il va falloir nous hâter vers l\u2019accord final, car le temps presse !.Mais d\u2019ici là, chère Madame Malmenet, 9, ta eT Tt { \u2014\u2014 \u2014 \u2014\u2014 Te. ma a.atl re LA FORCE CACHÉE 319 convertissez votre amie, faites-lui faire de bonnes lectures ; qu\u2019elle n\u2019ait plus de ces mots malheureux comme l\u2019autre jour!.\u201d Redevenue sereine, Mme Malmenet me rapporta cette conversation.Mais nous faillimes nous brouiller, parce que comme conclusion je répondis : \u2014Ce mariage ne doit pas être.Et je l\u2019empêcherai ! \u2014Pourquoi?.Comment?.\u2014Je l\u2019empêcherai ! \u2014Très chère, ne vous mêlez donc pas de ces choses ! \u2014Je l\u2019empêcherai ! XI Je trouvai à quelque jours de là, déposée chez moi, la carte de M.Monti-Ville, et il me fut dit : \u2018\u201cCe Monsieur a paru bien contrarié de ne pas voir Madame.\u201d Le lendemain M.Monti-Ville revint et, comme j\u2019étais de nouveau sortie, on me rapporta qu\u2019il s\u2019était écrié avec impatience : \u2018\u201cJe n\u2019arriverai donc jamais à la rencontrer !\u201d Je crus devoir ne le point laisser revenir une troisième fois, et me rendis chez lui.Le concierge commença par me toiser et me dire, du ton que prennent ces gardiens de la porte lorsqu\u2019ils croient avoir affaire à des importuns, que \u2018\u2018Monsieur\u2019\u2019 était sorti.Je tendis ma carte et, sans paraître comprendre le ton et l\u2019intention, lui intimai l\u2019ordre de la porter aussitôt et je laissai entendre que j'étais attendue et qu\u2019il y avait urgence.L'homme disparut.Il revint après un temps assez long, maugréant sur l\u2019obscurité des ordres donnés, sur les gens qui tournent comme des girouettes, sur ceux qui insistent pour être reçus, au lieu de s\u2019en rapporter à ce qu\u2019on leur dit à la porte, etc., etc.Puis, se ressouvenant de la correction dont un concierge de grande maison ne doit jamais perdre le souci, solennel et furieux, il m\u2019annonça que je pouvais monter et, d\u2019un geste irrité et surtout irritant, il m\u2019indiqua le chemin.Au premier étage d\u2019un escalier feutré d\u2019une moquette où s\u2019enfonçaient, brillantes et polies, des baguettes de cuivre, un valet de pied attendait. 320 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Ti me fit entrer dans un boudoir Louis XVI meublé avec une richesse inouïe et un grand respect de l'époque.Il y avait là-dedans des merveilles que j\u2019eusse aimé détailler.Mais quelqu\u2019un entra.C\u2019était Mme Monti-Ville.Je retrouvai aussitôt le parfum.délicat laissé de son passage là-bas, dans la petite maison blanche, et dont elle se faisait comme une atmosphère spéciale ; ce toujours pareil bruit de breloques s\u2019entrechoquant au moindre geste, et surtout sa voix traînante, lassée, semblant toujours chargée d\u2019ennui, d\u2019une immense fatigue et peut-être aujourd\u2019hui d'un peu d\u2019humeur.Dès la porte, elle me dit sans autre préambule : Sans doute, Madame, vous venez encore pour cette jeune fille ?__M.Monti-Ville s\u2019est rendu chez moi deux jours de suite.J\u2019ai pensé qu\u2019il désirait me voir et n\u2019ai pas voulu qu\u2019il se dé- rangeat encore.\u2014 Bien aimable 3 vous : il est si occupe.\u2014M.Monti-Ville n\u2019est pas chez lui, Madame?__J] est sorti.Peut-étre rentrera-t-il.on ne sait jamais avec lui.Vous n\u2019avez pas idée de la communication qu\u2019il avait à vous faire ?\u2014 Aucune.__Exeusez-moi de m\u2019en montrer inquiète, fit-elle avec agitation ; je redoute tellement des aggravations, des catastrophes.Que peut-il vouloir?.Il vous à vue là-bas, il vous y a rencontrée, cela suffit, C'est affreux l\u2019importance que prennent ces choses avec lui.Que se passe-t-il donc?.Y a-t-il du nouveau ?\u2014 Mais.pas que je sache ! ;\u2018 \u2014Je ne veux pas de cette élection.Je n'en veux à aucun prix !.poursuivit-elle, comme si elle perdait peu à peu toute maîtrise sur elle même.Le pauvre Collier avait bien besoin d\u2019apparaître ces jour-ci, avec ses propositions.il a tout remis en question.il y a des gens maladroits ! J\u2019espérais du mieux de ce séjour en Allemagne cette trève n\u2019a pas eu de durée.voilà le bien détruit.Nos inquiétudes reviennent.Mon pauvre Georges est de plus en plus agité : si vous saviez ce qu\u2019est sa vie avec ces tourments.- ce que sont ses nuits.Ah! surtout ses nuits I.Il parle, il marche, il discute. LA FORCE CACHÉE 321 \u2014Que dit-il?.\u2014C\u2019est inintelligible.Il pleure, sanglote, tremble.Il a été jusqu\u2019à crier : \u2018\u2014Je suis damné.damné!.\u201d C\u2019est horrible ! Plusieurs fois je suis entrée dans sa chambre et l\u2019ai trouvé baigné de sueur, ne me reconnaissant pas, me repoussant comme il repoussait son fils.\u201c\u2014Va-t\u2019en, va-t\u2019en!.Partez!.Eloignez-vous!.Vous êtes mon malheur.c\u2019est pour vous que j'ai tout fait !\u201d Qu\u2019a-t-il fait pour nous?Il n\u2019y a pas d\u2019existence -plus droite, de nature plus heureuse, plus loyale que la sienne.Parfois, je l\u2019ai vu entrer dans des colères telles, en m\u2019apercevant ou en voyant son fils, que le médecin a ordonné : \u2018\u2014Quoi qu\u2019il arrive, laissez-le.\u201d Il a placé près de lui un interne qui le veille et, quand l\u2019agitation est extrême, lui fait une piqûre.La voix de Mme Monti-Ville avait changé, ses gestes aussi ; rien d\u2019étudié, de conventionnel, ne demeuraït dans son attitude.Je n\u2019avais plus devant moi qu\u2019une femme qui souffrait, qui souffrait énormément.| Suppliante, désolée, tendant vers moi ses mains, elle poursuivit : \u2014Et si je vous dis ces choses, c\u2019est que j'ai peur de vous comme de tous, et du mal que d\u2019un mot on peut lui faire.Par pitié ! par pitié ! traitez-le en malade, épargnez-le!.Il est dans un état dont ce que je viens de vous dire peut vous donner à peine une idée, épargnez-le!.Qui, on s\u2019y trompe quand il consent encore, comme l\u2019autre soir, à sortir avec moi, à voir du monde, à se montrer, ou bien quand il est à ses affaires, et s\u2019intéresse aux mille questions dont il a la charge, et cela fait illusion ; mais moi, je sals ce qu\u2019il endure ; je sais combien il est atteint!.\u2014Je n\u2019ai aucune raison de faire du mal à M.Monti-Ville ! assurai-je.\u2014Alors pourquoi vous a-t-il nommée, ce matin.pourquoi occupez-vous sa pensée ?\u2014Je l\u2019ignore, Madame.\u2014Ah! nous sommes bien malheureux ! Il y eut un silence.\u2014Y a-t-il longtemps que M.Monti-Ville est ainsi ? 322 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Cette femme désespérée me causait une immense pitié ; je la devinais victime aussi de quelque terrible fatalité.Qu\u2019y eut-il dans ma voix qui pénétra jusqu\u2019à son cœur?.Elle fondit en larmes et dit : \u2014 Mais c\u2019est l\u2019histoire de ma vie que vous me demandez là, de ma vie toute entière.Car elle n\u2019a commencé que du jour où j'ai épousé Georges, parce que je l\u2019adorais ! \u2018\u2019Oh ! ces premiers temps de notre mariage où il était tout amour pour moi!.\u201cNotre union était parfaite, nous étions riches, heureux.Jo était né.| \u2018Mon beau-père est mort et depuis, je puis dire que jour par jour, tout a été fini.Mon mari a eu de cette mort un désespoir affreux, inoui.\u2018D'abord, j'ai partagé, puis respecté son chagrin, espérant sur le temps qui passait pour l\u2019adoucir.\u201cCet adoucissement n\u2019est point venu, au contraire.Chaque jour a paru aggraver la douleur de mon malheureux Georges.Même encore il parle confusément des torts qu\u2019il a eus vis-à- vis de son père et, comme nous le savons tous avoir été respectueux et soumis envers celui qui n\u2019est plus, nous avons toujours traité cela d\u2019exagération.\u2018Enfin, pour en revenir aux tristes débuts de ces temps d\u2019épreuves, comme le deuil où nous nous enfermions avait de beaucoup dépassé la période ordinaire et que la tristesse persistante de mon mari menacait de tourner à la maladie noire, notre médecin lui-même dit : \u2018\u2018\u2014 T1 faut secouer cela!\u201d \u201cHt, si je vous répète l\u2019expression triviale dont il se servit, c\u2019est qu\u2019elle a formé avec ce à quoi elle s\u2019appliquait un contraste tel qu\u2019elle m\u2019a toujours été un souvenir douloureux ! \u201cDès lors, entre moi qui m\u2019appliquais à vivre comme tout le monde et lui qui voulait s\u2019enfermer dans la retraite, il y a eu une lutte.\u201cJe l\u2019adorais toujours.Lui ne paraissait plus m'aimer, et peu à peu, il s\u2019est éloigné de moi.\u201c\u201c__Distrayez-le ! me dit le médecin.\u201cEh! je ne sais pas le distraire! \u2018\u201c\u2014Questionnez-le, tâchez de savoir pourquoi il souffre.\u2018Georges se refuse à me répondre.\u201c\u201c\u2014Voyagez ! \u201c\u201cT] regarde le paysage sans le voir, et quand je lui parle il ne m\u2019entend pas.\u201d | ts Fg + .LA FORCE CACHÉE 323 \u2018\u201c\u201c\u2018Pourtant, & de courts et bien rares intervalles, je l'ai retrouvé comme autrefois.mais aujourd\u2019hui c\u2019est fini! \u2018Il à pour moi, à certains moments, comme de la rancune, et en d\u2019autres, soit mon fils, soit moi, nous lui demeurons étrangers.\u2018Alors il s\u2019en va seul, poursuivant je ne sais quelle idée fixe.Il vit en lui-même, sans parler, sans rien voir de ce qui l'entoure.\u201cBt que rumine-t-il durant ces heures de mortel silence, tandis que sa pauvre figure est tiraillée, changée par d\u2019affreux mouvement nerveux ?\u2018Pourquoi notre vie est-elle devenue un long martyre?je l\u2019ignore et, sans doute, ne le saurai jamais !.\u2018\u2018Quand, parfois, ivre de douleur, je m'écrie avec un retour d\u2019espérance : \u2018Georges, par pitié ! par pitié ! aie confiance.Tu souffres, je t\u2019aime, laisse-moi te guérir.\u201d\u2019 \u2018\u2018Il me regarde, hoche la tête comme si ce que je demandais était impossible, et s\u2019en va.\u2014Ma pauvre Madame!.\u2014Si vous venez pour cette enfant, cette Suzanne, dites- moi ce qu\u2019il faut ! Tout.tout, elle l\u2019aura.De l\u2019argent?ma bourse est ouverte, puisez.mais ne lui parlez pas d\u2019elle.\u2014Je n\u2019ai rien à demander.\u2014Car j\u2019en suis jalouse de cette petite, m\u2019entendez-vous : jalouse !.Mon mari l\u2019aime plus que moi, plus que son fils ! fit-elle avec révolte.Nous ne sommes rien auprès d'elle ! Il nous sacrifierait tous les deux, si ce sacrifice devait lui être nécessaire.\u2018Il veut son bonheur et le cherche même au prix du nôtre ! Il veut lui donner Jo, mon Jo, mon fils, pour époux! \u201cEst-ce qu'un tel mariage est possible?Mais la baronne sortirait de sa tombe pour empécher que cela soit! Et lorsque je le dis, je le crie, craignant le passé, la colére de la morte, que sais-je?lui répond : \u2018\u2018\u2014Ce mariage se fera, il le faut et ce sera la fin!.\u2014Ce mariage ne peut pas être ! fis-je.\u2014Ah ! vous aussi, pensez comme moi.Vous les avez entendues, les malédictions de cette femme.oui, vous avez entendu comme elle nous maudissait.N\u2019est-ce pas qu\u2019on ne peut braver de telles violences ?\u201cHt il le veut, cependant, et, pour mieux y arriver en 1) 324 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE dehors de moi, usant de la crédulité de cette malheureuse Mme Chatel, de la confiance qu\u2019elle avait en lui, il a fait s\u2019aimer ces enfants.ces enfants s'aiment.ils s\u2019aiment ! \u201c\u201cQu\u2019espérait-il en agissant avec cette folle imprudence ! Que l\u2019amour serait le plus fort et l\u2019aiderait à triompher de tous les obstacles; que Suzanne, qui refuse aujourd\u2019hui par respect d\u2019un passé qu\u2019elle ignore, dira \u2018\u2018oui\u201d\u2019 demain?\u201cEt après.Me faudra-t-il voir le malheur de mon fils ?et d\u2019ailleurs ce malheur, j'ai peur qu\u2019il soit, quoi qu\u2019il arrive.Car cet amour dont on vit et dont on meurt.\u201d Elle poursuivit, de plus en plus violente : \u2014Et je vous disais le mal de mon infortuné Georges sans remède.j'oubliais ! \u2018Il est une chose qui le guérirait, ou, sans le guérir, l\u2019apaiserait et serait une joie pour lui : c\u2019est d\u2019avoir Suzanne sous notre toit.\u2018Et j'y ai consenti lâchement: quand on aime, on est lâche, lâche ! J\u2019y ai consenti à la mort de Mme Chatel.Il le voulait, je l\u2019ai voulu.Ai-je eu jamais le courage de lui rien refuser!.\u201cMais I\u2019enfant a dit non.comme elle dit non aussi quand Jo lui parle de mariage!.C\u2019est nous qui l'avons placée chez Mme Battant.Et pourtant cette idée qu'elle est chez les autres, dans une position presque subalterne, livrée à tous les dangers, seule.ronge mon pauvre mari d\u2019une anxiété constante, lui est une torture.\u2018\u201cPresque chaque jour il s\u2019inquiète de savoir si j'ai des nouvelles de Prax, si l\u2019on me parle de Suzanne.\u2018Je n\u2019en ai pas?.il téléphone sous le prétexte de transmettre les mouvements de la bourse, et c\u2019est ainsi qu\u2019il glisse la phrase qui l\u2019intéresse.: \u201cCes jours-ci, il se tourmente parce que la réponse est pleine de réticences.\u201cQue se passe-t-il?.Je le sais, moi, mais ne veux pas le dire.Suzanne est victime de racontars, de commérages.Mme Battant est dominée par ses enfants, ses domestiques ; les premiers sont dressés à mentir, les seconds sont jaloux, venimeux, méchants.Anita, la femme de chambre, surtout, est à craindre.Mais je n\u2019en révèle rien : à quoi bon, puisque les choses sont telles !.Me désapprouvez-vous?\u201d \u2014Madame, excusez-moi, c\u2019est délicat à dire.\u2014Qu'\u2019auriez-vous fait à ma place?\u2014Le sais-je ! Co oy | ft à nt à Ne! di Dar js 0 Je 7, a LA FORCE CACHEE 325 \u2014C\u2019est pourquoi je craignais que vous ne vinssiez pour elle, pour cette petite.c\u2019est pourquoi je vous conjurais de ne pas la nommer, pourquoi je vous disais, en vous ouvrant ma bourse : Puisez.et vous le dis encore.\u2014 Merci, Madame.si Suzanne quitte Mme Battant, elle se suffira._ \u2014 Et ce fils qui est mort, ce Max.Ah! je crois qu\u2019il eût mieux aimé perdre Jo ! jeta-t-elle avec égarement.\u2014Madame ! \u2014 Vous ne pouvez savoir, vous ne pouvez soupçonner les plaies que cache notre richesse.et si J'en savais le pourquoi !.mais, depuis si longtemps que je le cherche, je n\u2019ai pu m\u2019arréter à rien, tant j'ai supposé des choses.Elle marchait, le visage en feu, avec des gestes si désordonnés que je croyais, à chaque minute, qu\u2019allaient être brisées toutes les merveilles du petit salon.Soudain, elle écouta.Je n\u2019avais rien entendu.\u2014C\u2019est lui ! fit-elle.Et, sans un mot, elle sortit en courant.Peu après, M.Monti-Ville entrait.M\u2019apercevant, il s\u2019avança vivement, marmottant avec une agitation que rien ne semblait justifier : \u2014Qu'\u2019y a-t-11?.qu\u2019y a-t-il?J\u2019 expliquai que j \u2018étais venue simplement pour lui éviter la peine de passer une troisième fois chez moi.\u2014 Est-ce qu\u2019on vous a vue?demanda-t-il avec contrariété.\u2014J\u2019ai eu oy plaisir d\u2019être reçue par Mme Monti-Ville.\u2014Et.était-elle raisonnable?fit-il inquiet.\u2014Mme Monti Ville est une femme délicieuse ! marmottai- Je, ne sachant trop que dire.\u2014Et.où est-elle?\u2014Je ne sais.\u2014A-t-elle dit qu\u2019elle sortait ?\u2014Oui.c\u2019est possible.\u2014 Sortir.les visites.sa toilette.ma femme ne pense qu'à cela!.fit-il méprisant.Et aussitôt, penché vers moi, m\u2019ayant pris les mains, très vite, comme dans la peur d\u2019être interrompu : \u2014Y a-t-il longtemps que vous n\u2019êtes allée.là-bas?Il ne disait pas où.Je supposai que c\u2019était en Béarn, et répondis : \u2014Longtemps, oui, depuis la mort de la baronne.Il ne s\u2019étonna point que je l\u2019eusse deviné. 326 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2014Vous la connaissiez beaucoup?\u2014Je ne l\u2019ai vue qu\u2019une fois.| \u2014 Pourtant, c\u2019est à vous qu\u2019elle a fait remettre ses dernières volontés ?La figure désagréable de la femme de l\u2019aubergiste-forgeron me passa devant les yeux et, oubliant les recommandations de Mme Monti-Ville, je lançai impatiente : \u2014Votre police est bien faite, cela est! \u2014 Ah ! fit-il les sourcils noués, les yeux flambants, et ce malheureux tic lui faisant un masque horrible, que comptez- vous faire de ce dépôt?\u2014TLie remettre à qui de droit.\u2014 Pourquoi ne l\u2019avez-vous pas fait plus tôt ?\u2014L\u2019heure n\u2019en était pas venue.\u2014Et cette heure, quand sonnera-t-elle?.Ces questions s\u2019échappaient de sa gorge avec un sifflement.\u2014 Lorsque je considérerai qu\u2019un danger est à craindre !.\u2014 Que considérez-vous comme un danger?\u2014 Pour Suzanne, d\u2019être entraînée à faire ce que les siens n\u2019auraient jamais voulu.: \u2014Vous parlez de son mariage avec mon fils?\u2014Oui.\u2014 Vous en jugez ainsi sans rien savoir, sans rien comprendre, et l\u2019empêcheriez peut-être, ce mariage ?\u2014J\u2019agirai comme je crois le devoir, pour ne pas trahir la confiance qu\u2019une mourante a mise en moi.\u2014Rien ne pourrait vous faire changer d\u2019avis?\u2014Rien, eussiez-vous le triste courage de m\u2019offrir de l\u2019or\u2026 comme à Marianne ! raillai-je.\u2014 Marianne m\u2019a trahi ! \u2014Vous trouvez qu\u2019elle a mal fait?\u2014Elle m\u2019a menti ! \u2014En vous disant qu\u2019elle n\u2019était pas à vendre ?\u2014 Alors, vous et moi sommes ennemis?gronda-t-il.\u2014Je n\u2019ai aucune raison de vous en vouloir.Un dépôt m'a été confié.j'en userai comme je le dois, simplement.\u2014 Même si, en agissant ainsi, vous brisez des cœurs ?\u2014Je n\u2019ai pas à voir si loin.\u2014Même si vous brisez des vies! Je n\u2019eus qu\u2019un geste vague.\u2014Je veux ce mariage pour mon fils, vous entendez?.Il y à des années que je l\u2019attends, que je le prépare ! me souffla- t-il au visage.=a as To \u2014 \u2014_\u2014 rey dar.0 ng A Lez nt, ain 14 LA FORCE CACHÉE 327 Je ne répondis pas.Alors s\u2019approchant plus près de moi, grinçant des dents, l\u2019horrible tic le défigurant complètement, il me prit le poignet comme dans une étreinte de fer et me dit, semblant ivre de fureur : \u2014 Vous entendez !.vous entendez!.Je le regardai sans frayeur et, très calme : \u2014Je crois que vous vous oubliez ! fis-je.Il recula jusqu\u2019à une chaise où, lourdement, il tomba.\u2014Lze voilà, l\u2019homme des tourments de ma vie.marmot-.ta-t-il éperdu, celui que je dérobe à tous, celui qui est cause de mon malheur, du malheur des miens, des vivants et des morts ! \u201c\u201cLie voilà, celui qui a fait tant de mal et en fera encore.La lutte n\u2019est pas fine.Oh! pardon, Madame.Je quittai l\u2019hôtel épouvantée.Vers le soir, prise d\u2019inquiétude, j\u2019allai aux nouvelles.Il me fut répondu que \u2018\u2018Monsieur\u2019\u2019 était comme toujours.pourtant que, ce jour-la, ayant eu une crise plus violente, on lui avait fait deux piqûres.X11 Et puis, un soir d\u2019automne, je reçus la réponse a ce petit mot tracé au crayon et envoyé par moi à Suzanne de Mer- tens, après mon départ d\u2019Arcachon : \u201cMadame, \u201cVous avez eu la bonté de m\u2019écrire que si jamais j'avais besoin d\u2019aide, de soutien, de consolation, je pouvais venir à vous.Vous me disiez avoir promis & ma mere de ne point m\u2019abandonner.Une premiére fois déjà, en des heures de deuil et de larmes, ces choses, vous me les aviez exprimées en y mettant tout votre cœur.et jamais je n'ai paru vous entendre.: \u2018Et cependant aujourd\u2019hui, étant sans appui, sans soutien, seule au monde, ayant besoin de protection, de pitié, c\u2019est vers vous que je viens, c\u2019est à vous que je demande : Pouvez- vous me recevoir, m'\u2019acceuillir quelque temps, quelques jours?.\u201d Je courus à la poste sans autre réflexion et envoyai ce télégramme : \u2018De tout mon cœur je vous attends.Venez.\u201d 328 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Puis en hâte je rentrai préparer mon petit logis à bien accueillir celle qui venait, à lui faire fête.Je trouvai Mme Malmenet sonnant à ma porte.\u2014Très chère, me dit-elle, pour un peu je vous manquais.Cependant je tiens à vous prévenir de ce qui se passe : Blanche Battant est odieuse, odieuse !.Elle jette la pauvre Suzanne de Mertens à la rue.je dis bien : la jette à la rue ! Elle a le superbe aplomb de m'écrire pour se glorifier du procédé comme d\u2019une action d\u2019éclat! Pense-t-elle que je vais l\u2019approuver ?Mécontente de son institutrice, qu\u2019elle ait rompu avec elle dans les formes d\u2019usage.\u2014Ah! Mon Dieu, tout se rompt, de nos jours, même les serments échangés au pied des autels ! \u2014 Mais qu\u2019elle la chasse comme une intrigante, c'est mal ! Voici, du reste, quelques passages de sa lettre que je vous al apportée : \u201c\u201cJ\u2019en veux 4 mon mari de m\u2019avoir empéchée de garder la jeune parisienne que vous avez vue chez moi, lors de cette absence de Mertens.Etait-elle délicieuse!.\u201d Mme Malmenet leva les yeux au ciel en rectifiant : \u2014Ma très chère, figurez-vous bien, c\u2019était une ces farceuses ! \u2018Et cela, continua-t-elle reprenant sa lecture, parce qu\u2019il prétendait, je vous le demande! qu\u2019elle avait un type à épouser le fils de la maison.Il est bien tombé, c\u2019est plutôt Mertens qui l\u2019a, ce type.Comprenez-vous ce mariage avec Jo Monti-Ville?.Voilà le vieux Monti-Ville payé des bontés inouïes qu\u2019il a eues pour cette fille ; c\u2019est un joli serpent qu\u2019il a réchauffé dans son sein! Le baron Collier m'a mise au courant de l\u2019histoire.Ce sont des choses qui jettent en exaspération et donnent l\u2019impression que tout va à la dérive, que le monde se renverse !.Car il est passé, le temps où les bergères épousaient des rois, et quand je pense avec qu\u2019elle anxiété, dans notre monde, on attendait que Jo Monti-Ville soit mariable et fasse son choix, je suis furieuse à la pensée que ce parti hors ligne, sur lequel toutes les héritières avaient les yeux, est détourné par l\u2019institutrice de mes enfants.une personne dont je ne fais aucun cas, d'une insignifiance !.(A suivre) LA SOCIETE DE LA REVUE FRANCO-AMERICAINE 27 RUE BUADE, QUEBEC.VX 1 Tv "]
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