La revue franco-américaine, 1 janvier 1910, Cahier 1
[" os Sede dpsed ddd dedhdededeide ddd ado dfe je fo die dde de afp sfe «fe fo La Légende du Chevrier CONTE DE NOEL Comme ils n\u2019ont pas trouvé place à l'hôtellerie, Marie et saint Joseph s\u2019abritent pour la nuit Dans une pauvre étable où l\u2019hôte les conduit, Et là Jésus est né de la vierge Marie.Il est à peine né qu\u2019aux pâtres d\u2019alentour, Qui gardent leurs troupeaux dans la nuit solitaire, Des anges lumineux annoncent le mystère.Beaucoup sont en chemin avant le point du jour.Ils portent à l\u2019Enfant, couché sur de la paille, Entre l\u2019âne et le bœuf qui soufflent doucement, Du lait pur, des agneaux, du miel et du froment, Tous les humbles trésors du pauvre qui travaille.Le dernier venu dit : \u201c Trop pauvre, je n\u2019ai rien Que la flûte en roseau pendue à ma ceinture, Dont je sonne, la nuit, quand le troupeau pâture : J\u2019en peux offrir un air, si Jésus le veut bien.\u201d Marie a dit que oui, souriant sous son voile.Mais soudain sont entrés les Mages d'Orient ; Ils viennent à Jésus l\u2019adorer en priant, Et ces rois sont venus guidés par une étoile.L'or brode, étincelant, leur manteau rouge et bleu, Bleu, rouge, étincelant comme un ciel à l'aurore.Chacun d\u2019eux, prosterné devant Jésus, l'adore ; .Ils offrent l\u2019or, l\u2019encens, la myrrhe à l\u2019Enfant-Dieu, Ebloui, comme tous, par leur train magnifique, Le pauvre chevrier se tenait dans un coin ; Mais la douce Marie : \u2018\u201c Etes-vous pas trop loin Pour voir l\u2019Enfant, brave homme, en sonnant la musique ?\u201d Il s\u2019avance, troublé, tire son chalumeau, Et, timide d\u2019abord, l\u2019approche de ses lèvres ; Puis, comme s\u2019il était tout seul avec ses chèvres, Il souffle hardiment dans la flâte en roseau.Sans rien voir que l\u2019Enfant de toute l\u2019assemblée, Les yeux brillants de joie, il sonne avec vigueur ; Il y met tout son souffle, il y met tout son cœur, Comme s\u2019il était seul sous la nuit étoilée.Or, tout le monde écoute avec ravissement ; Les rois sont attentifs à la flûte rustique, Et, quand le chevrier a fini la musique, Jésus, qui tend les bras, sourit divinement.FRS SRST ESS SC RSS PSS ST SSRS SET STORES SSSR SRSRSRSS7S757505258 JEAN AICARD, de fee fo ae dde fo fe le 9fo fe odo afp fofo 21\u20ac fe ofe fo fee fo fe fe dfo fo fe fe fo fofo FEL SFERE3SEEETLTERRLTTEEEEEERLEEREEEE3 3338334835343 3388338 88%S #32 : W Les Interprètes de Jacques Cartier Note du Directeur.\u2014M.Ernest Myrand, un ami de LA REVUE, a la gracieuseté de nous donner, dans l\u2019article qui va suivre, la primeur d\u2019un chapitre nouveau d' \u201cUne Fête de Noël sous Jacques Cartier \u2019\u2019, l\u2019un de ses ouvrages les mieux goûtés, et dont il prépare actuellement une troisième édition.Nous le remercions très cordialement.Qu'il nous permette encore de lui offrir nos félicitations pour l\u2019honneur que vient de lui conférer l\u2019Université Laval, en lui décernant le titre de Docteur-ès-lettres.Deux Sauvèges, surgis je ne sais d\u2019où, passèrent entre Laver- dière et moi, silencieusement, comme des fantômes.Ils étaient chaussés de mocassins et vêtus de grosses peaux d\u2019ours noirs.Au sommet de leurs têtes leurs cheveux, hérissés en panache, étaient piqués de plumes d\u2019oiseaux .peintes aux couleurs voyantes du jaune, du vert et du rouge.Leurs bras nus étaient littéralement couverts de tatouages étranges : profils d\u2019idoles, dessins d\u2019animaux, serpents, tortues, feuilles d\u2019arbres, pinces de canots, le tout confondu en un gâchis incroyable.Laverdière répondit à mon geste de surprise par un mot qui la centupla : \u2014 Les interprètes de Jacques Cartier : Taiguragny ! Doma- gaya !! Cette révélation me causa plus de terreur que d\u2019étonnément.Car il me vint tout à coup de penser que des trois hommes marchant devant moi, deux étaient morts depuis plus de trois siècles et que le dernier comptait, dans les caveaux de la chapelle du Séminaire de Québec, douze années de cercueil.C\u2019était véritablement un sinistre et terrifiant spectacle que la vision de ces trois fantômes glissant sur la neige silencieuse.Phénomène bizarre : plus les spectres s\u2019éloignaient et plus je me sentais envahir par le froid irrésistible d\u2019une terreur affolante et l'isolement sépuleral d\u2019une solitude absolue.De mémoire d'homme cela ne s\u2019était jamais vu, ou plutôt jamais lu dans une histoire de revenants.C'était avoir peur à contre sens, si l\u2019on convient qu\u2019il existe un bon sens pour avoir peur.Je poussai même l\u2019extravagance jusqu\u2019à courir après mes trois épouvantails pour me rassurer autant que pour les rattraper.Et j'entendis, en me rapprochant d\u2019eux, la voix harmonieuse de Laverdière causant avec les interprètes.Instantanément le cauchemar disparut, à la façon de ces mauvais rêves qu\u2019un bruit familier dissipe au réveil.Bien que je fusse à leurs côtés, les deux Sauvages ne me jetèrent pas même un coup d\u2019œil.On eût dit qu\u2019ils n\u2019avaient vu personne.Laverdière disait donc : \u2014 Ecoute.Il y a de cela quinze fois cent hivers et trente- LES INTERPRÈTES DE JACQUES CARTIER.171 cinq autres, là-bas, là-bas, au delà du Grand Lac Salé, que tu vois d\u2019Honguedo,(1) il y avait une bourgade de Visages Pâles.(2) Elle était bâtie si loin, si loin dans l\u2019intérieur des terres du Soleil Levant, qu\u2019un coureur iroquois, après avoir nagé toute la largeur de la Mer, eût encore marché pendant sept lunes avant de l\u2019atteindre.Une nuit, à pareille heure de celle-ci, un homme, accompagnant une femme enceinte du Grand Esprit, traversait le village, frappait aux portes des wigwams demandant une natte au fond d\u2019une tente et quelques peaux d'ours pour y réfugier la femme car le temps était arrivé où elle devait enfanter.Tous deux étaient pauvres.Ils n\u2019avaient point de poisson à donner, n\u2019ayant pas même un filet pour le prendre ; point de gibier à offrir, n'ayant pas même de flèches, ni d\u2019arcs, ils n'avaient pas même un collier de porcelaines pour payer la permission de coucher une seule nuit dans une cabane.Ils n\u2019avaient que de bonnes paroles à offrir, et disaient : \u2018\u201c\u201c Votre hospitalité vous donnera la Paix, la Paix inaltérable, plus suave que la fumée de vos calumets, plus précieuse que la porcelaine de vos colliers.\u201d Mais les Visages Pâles de cette bourgade ne connaissaient pas le prix de cette Paix, ayant toujours, eux, préféré l\u2019esclavage à la guerre, car ils n'avaient point de courage.Ils refusèrent l\u2019entrée de leurs vigwams à ce compatriote, à ce frère, à ce fils de la tribu, disant qu\u2019ils ne le connaissaient pas, qu\u2019ils n\u2019avaient point de place dans leur fort palissadé.\u2014 Pourquoi, interrompit Domagaya, pourquoi persistes-tu, Robe Noire, à comparer la maison du Visage Pâle à la cabane du Peau-Rouge ?Son hospitalité n\u2019est-elle pas aussi diff érente que sa demeure ?S1 l\u2019homme et la femme enceinte se fussent présentés à Stadaconé, cette nuit-là, il y aurait eu place pour eux dans le fort palissadé.L'homme se fût assis sur la plus belle natte, et la femme se fût reposée, dans le wigwam de l\u2019agouhanna, sur la plus belle de ses peaux d\u2019ours.On eût placé la chaudière sur le feu, et dans la chaudière ce que les chasseurs avaient tué de meilleur comme gibier.On les eût promenés de cabane en cabane, et de festin en festin.Les plus considérables de la bourgade les eussent visités et les auraient priés de raconter des nouvelles de leur lointain pays.Quand bien même on (1) Honguedo : (le bout de la terre), nom sauvage primitif de Gaspé, (2) Bethléem. 172 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE aurait reconnu qu'ils débitaient, comme toi, des mensonges, personne n\u2019aurait osé les contredire.\u2014 Pourquoi ?La vérité ne souffre pas qu\u2019on l\u2019insulte devant ses témoins.L\u2019interprète répondit simplement : \u2014 C\u2019est l\u2019usage (1) Puis il ajouta, après un intervalle de silence qui me parut bien long : \u2014 Une autre coutume est celle-ci : quand l\u2019étranger qui fut notre hôte témoigne le désir de s\u2019en aller, nous lui donnons, à son choix, un présent de vivres ou de pelleteries.C\u2019est peu offrir, mais que veux-tu, Robe Noire, nous sommes si pauvres ! Le cadeau du Visage Pâle est-il plus riche : que donne-t-il à son compatriote qu\u2019il chasse de la cabane : un coup de pied, un coup de bâton, un coup de couteau ?à son choix, comme nous ?Parlant ainsi, Domagaya fixait sur Laverdière un regard mauvais.Et le sombre visage de l'interprète s\u2019éclairait graduellement d\u2019un hideux sourire, chargé d\u2019une telle expression de mépris que la cruauté même du sarcasme, précis et mordant, m\u2019en parut atténuée.Mais l\u2019Iroquois en fut pour ses frais de persifflage et d\u2019ironie car Laverdière, affectant n\u2019avoir rien entendu, poursuivit gravement le récit évangélique : \u2014 L'homme et la femme enceinte entrèrent donc dans une étable.Et là, au milieu de la nuit, la femme accoucha d\u2019un petit enfant si beau, si beau, que de la splendeur de ses yeux et de la blancheur de sa chair il s\u2019échappait une lumière éclairant toute l\u2019étable, comme en plein jour.L\u2019homme et la femme se mirent à genoux et adorèrent Dieu, Sauveur du Monde, le seul Véritable, qui venait de naître dans le sang et la chair de l'Homme.Près de là, il y avait des bergers gardant des troupeaux dans une plaine, et dans cette plaine une tour, haute comme trois fois les palissades de Stadaconé et d\u2019Hochelaga, d\u2019où l\u2019on (1) L'hospitalité tenait un rang distingué dans l\u2019estime des Sauvages et \u2018îls l\u2019exerçaient à la manière des patriarches.L'\u2019étranger, quelque inconnu qu\u2019il fût, recevait, dans la cabane où il entrait, l\u2019accueil le plus fraternel.Les hommes les plus considérables lui rendaient visite ; on l\u2019invitait à tous les festins, où il faisait les frais de la conversation et était prié de donner des nouvelles de son pays.Quand on aurait reconnu qu'il débitait des mensonges, personne n'aurait osé le contredire, et tous écoutaient ses discours en silence et avec attention.\u201d Cf.Ferland : Cours d'histoire du Canada, tome I, page 131. | | LES INTERPRETES DE JACQUES CARTIER 173 voyait venir les lions et au sommet de laquelle, la nuit, on allumait de grands feux pour les épouvanter.Et les pâtres aperçurent tout à coup dans le ciel une grande lumière, si grande que les étoiles s\u2019éteignirent toutes à la fois, en un clin d\u2019œil, comme les feux d\u2019un camp de guerre en pays ennemi.La nuit était devenue jour, soudainement\u2014sans aube, sans aurore\u2014et ce jour, plus aveuglant que le soleil fixé à midi, ne venait pas du soleil.A ce moment les interprètes iroquois s\u2019arrêtèrent et regardant mon guide, ils levèrent silencieusement la main dans la direction du pôle.Une admirable aurore boréale venait d\u2019ouvrir son éventail magique, frangé, comme d\u2019un duvet soyeux, de lueurs bleuâtres, électriques, palpitantes et frissonnantes comme s\u2019il eût soufflé quelque brise formidable dans les régions supérieures de l\u2019atmosphère.\u2014 Oui, frères, s\u2019écria Laverdière, répondant au geste des Peaux-Rouges, ému par la splendeur de cet incomparable spectacle.Seulement, cette grande lumière inondait les bergers de ses rayons comme la pluie d\u2019un orage et les effrayait de sa beauté, qui leur faisait peur tant elle était parfaite.Et dans cette grande lumière, cuisante, comme les charbons d\u2019un brasier, pour ces yeux encore pleins de sommeil, apparut, encore plus radieux, un ange\u2014un bon oki\u2014qui disait : \u201c\u201c Ne craignez point, je vous apporte une bonne nouvelle qui sera le sujet d\u2019une grande joie.Il vous est né un Sauveur qui est le Christ et le Seigneur.\u201d Et aussitôt une troupe céleste se réunit à l\u2019Ange, louant le Grand Esprit et chantant : \u201c\u201c Gloire à Dieu au-dessus des plus hautes étoiles ! \u201d\u201d \u2014 Tu nous a déjà conté cela, l\u2019an dernier (1) remarqua Domagaya, quand nous étions dans ton pays.Cette observation me stupéfia d\u2019étonnement.Que se pas- gait-il done ?Comment les interprètes de Jacques Cartier pouvaient-ils connaître Laverdière ?J'en demeurais confondu de surprise quand soudain je réfléchis que Taiguragny et Domagaya causant avec \u201c mon fantôme \u201d croyaient parler à Pun des aumoniers de Cartier.De toute évidence Laverdière était alors pour eux le sosie de Dom Antoine ou de Dom (1) Quand les vaisseaux (de Jacques Cartier, voyage de 1535) eurent doublé la pointe occidentale d\u2019Anticosti, les deux Gaspésiens menés en France l\u2019année précédente, Taiguragny et Domagaya, reconnurent les lieux ; ils désignaient les montagnes du pays de Honguedo, d\u2019où ils étaient partis et où ils avaient laissé leurs parents.Ct.Ferland : Cours d'histoire du Canada, vol.1, page 23, 174 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Guillaume Le Breton.Auquel des deux ressemblait-il aussi parfaitement, la suite de cette prodigieuse aventure me l\u2019apprendrait sûrement.* * Entre temps la conversation se poursuivait comme si les trois interlocuteurs eussent été de vieilles connaissances.\u2014 Taiguragny a raison, disait Domagaya.Je me rappelle : les anges étaient des esprits qui n\u2019avaient point de corps, mais une robe blanche, une tête d'enfant et des ailes d\u2019oiseau.Seulement, j'ai oublié quelque chose.Quand il m'arrive de pêcher dans la Rivière du Canada un poisson inconnu, je me demande aussitôt : d\u2019où vient-il ?\u2014A-t-il descendu la Mer Douce ou remonté le Grand Lac Salé jusqu\u2019à Stadaconé ?De même, pour les anges : d\u2019où venaient-ils ?Tombaient-ils du ciel comme la pluie, la neige ou les étoiles, ou bien s\u2019élevaient- ils de la terre comme les allouettes lorsque le firmament devient aurore ?\u2014 Ils venaient du ciel.\u2014 Mais alors, comment pouvaient-ils apparaître dans la ressemblance et avec la figure de l\u2019homme qu\u2019ils n\u2019avaient jamais vu ?* \u2014 Ils n\u2019étaient pas l\u2019image de l\u2019homme\u2014étant créés avant lui\u2014mais la ressemblance de Dieu, du vrai Dieu, du seul Dieu qui a fait le ciel et la terre, et l\u2019homme \u201c à son image et à sa ressemblance.\u201d Tous les deux Lui ressemblent donc comme l\u2019enfant à son père.\u2014 Ce que tu dis, Robe Noire, est peut-être la vérité, remarqua Domagaya, mais comme elle est difficile à comprendre.Pourquoi ne nous as-tu point fait voir des anges dans ton pays, comme tu nous a montré des bergers vêtus, comme nous autres, Sauvages, de peaux de bêtes, des bœufs portant des cornes comme nos jongleurs lorsqu\u2019ils invoquent le Manitou, des ânes ayant des oreilles longues comme la feuille du pétun que nous fumons dans nos calumets.\u2014C\u2019est une belle histoire que la tienne, je l\u2019aime presque autant que celle des Danseuses.T\u2019en souviens-tu, Robe Noire ?Dis-moi que tu l\u2019as oubliée pour que je te la raconte encore une fois.\u2014 C\u2019est bon, grand enfant ; je ne m\u2019en souviens plus pour te faire plaisir.Ma mémoire tombe de sommeil.Parle.\u2014 Ne t\u2019endors pas, mais écoute.3 4 te mem == > as es aia LES INTERPRÈTES DE JACQUES CARTIER 175 \u201c Sept petits Indiens d'autrefois avaient coutume d'apporter, le soir, à la cabane, le mas qu\u2019ils avaient récolté pendant le jour.Ils en \u2018faisaient un monceau, comme les Visages Pâles une gerbe, autour duquel ils dansaient aux chansons d\u2019un des leurs placé au sommet du tas de blé, \u201c Un jour, ils résolurent de préparer une meilleure bouillie que d\u2019ordinaire ; mais leurs parents refusèrent de leur donner tout ce qu'il fallait pour cela.\u2018 Alors ils se mirent à danser sans avoir soupé.\u2018\u201c Un d\u2019eux chantait.\u201c Devenus de plus en plus légers à mesure qu\u2019ils bondissarent, Us commencèrent à s\u2019élever de terre.Les parents s\u2019alarmèrent ; mais il était trop tard.La ronde, tournoyant de plus en plus haut autour du chanteur, on ne vit bientôt plus que six étoiles brillantes, la septième\u2014celle du chanteur\u2014ayant perdu de l\u2019éclat par suite du désir qu\u2019il avait éprouvé de retourner vers la terre.\u201d Domagaya cessa de parler.Tout aussitôt Laverdière répéta après lui avec émotion, je dirais même avec ferveur, comme une phrase de prière : \u201c le septième ayant perdu son éclat à cause du désir qu\u2019il avait éprouvé de retourner vers la terre ! \u201d Délicieux ! délicieux ! quel symbole ! \u2014 N'est-ce pas ?Robe Noire, remarqua le Sauvage avec une naïveté charmante.Laverdière ajouta, s'adressant à moi : \u2014 Comparez à la légende iroquoise la mythologie des Pléiades et l\u2019idéal de la fable grecque en sera tout défloré.Pourquoi, me direz-vous, cette fantaisie de l'imagination indienne produit- elle en moi une pareille intensité d\u2019émotion ?C\u2019est que la théorie des Danseuses renferme un symbolisme moral bien supérieur en beauté à son allégorie littéraire.Cette étoile qui s\u2019éteint en plein firmament parce qu\u2019elle désire retourner sur la terre, n\u2019est-elle point l\u2019image du chrétien qui regretterait d\u2019avoir une âme et préfèrerait les joies de ce monde aux bonheurs du ciel ?4 | Ce fut à mon tour d\u2019être remué par la belle pensée de Laver- dière que je lui proposai de traduire aux interprètes.Mais le prêtre s\u2019y refusa disant : \u2014 Rappelez-vous les paroles du Divin Maître à ses disciples : \u201c À vous il est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu.Pour les autres, cela ne leur est accordé qu\u2019en paraboles, en sorte qu\u2019en voyant ils ne voient pas, et qu\u2019en entendant ils ne comprennent pas.\u201d 176 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Et sans plus s\u2019occuper de moi davantage, Laverdière poursuivit son dialogue avec l\u2019interprète de Cartier.\u2014 Ainsi, tu crois à la migration de l\u2019âÂme dans les étoiles ?\u2014 Tu crois bien, toi, à la venue du Grand Esprit dans le corps d\u2019un petit enfant ! Le Sauvage ajouta : \u2014 Quand je serai parti pour le grand village du Soleil Couchant, quand je chasserai l\u2019orignal, l\u2019ours et le caribou avec mes ancêtres dans les territoires de l\u2019Ouest, mes parents vétiront mon cadavre de robes de castor, lui pendront au cou des colliers de porcelaines, l\u2019enfermeront dans un cercueil d\u2019écorce, avec mon arc, mes flèches, ma hache et mon couteau.\u2014 Et pourquoi ?demanda Laverdière .\u2014 L'âme s\u2019absente mais ne meurt pas, le corps meurt mais renait comme le feuillage des arbres, et après un temps, quand mon esprit, comme l\u2019âme de la petite étoile, regrettera la terre, il reviendra éveiller mon corps qui dormait et qui s\u2019éveillera, dispos et armé, prêt à recommencer, dans les forêts du Canada, les chasses éternelles.\u2014 Mais alors tu crois à l\u2019immortalité de l\u2019âme et à la résurrection de la chair ?\u2014 Egalement.\u2014 Mais alors, pourquoi ne croirais-tu pas au vrai Dieu ?\u2014 Quel est-il ?\u2014 Celui-là même qui est né cette nuit, pour ton salut, le mien, celui de tous les hommes.\u2014 Qui naît aujourd\u2019hui ne vivait pas hier et mourra demain.Or le Manitou est éternel.Ton histoire n\u2019est pas la bonne.\u2014 Tu ne crois pas à la présence du Grand Esprit dans le corps d\u2019un petit enfant, et tu adores Cudragny (1) dans le corps du Grand Lièvre, de l\u2019Ours et du Castor.Tu le vois dans le Soleil, dans la Lune et dans l\u2019Eclair ; il parle pour toi dans le Tonnerre et dans le Vent.Tu rêverais d\u2019une pierre, qu\u2019à ton réveil tu en ferais un dieu.Ici Laverdière fit une pause, et regardant avec une expression de tristesse infinie les deux Sauvages iroquois marchant silencieux à ses côtés, il ajouta : \u2014 Mes frères Peaux-Rouges ressemblent à leurs idoles : ils ont des yeux qui ne voient pas et des oreilles qui ne peuvent entendre.Ou plutôt : vos idoles vous ressemblent, car l\u2019enfant (1) \u201cIls appellent leur dieu Cudragny \u201d\u2014verso \u2018du feuillet 47 de la Relation du Voyage de Jacques Cartier, 1535-36. LES INTERPRÈTES DE JACQUES CARTIER 177 ressemble à son père, et non pas le père à l\u2019enfant.Avant d\u2019être idoles vos dieux n\u2019étaient que troncs d\u2019arbre ou blocs de pierre que vous avez façonnés en manitous.Egalement le Soleil, la Lune, les Etoiles, le Tonnerre et le Feu ne sont dieux que parce que vous le dites.Si l\u2019Ours est dieu, pourquoi lui fais-tu la chasse, Domagaya ?\u2014Et le Castor, et la Tortue, et le Grand Lièvre que tu pries, Taiguragny, ne les as-tu pas tués, maintes fois, à coups de flèche ?\u2014 Tu as bien cloué ton dieu sur une croix ! riposta Taigura- gny.Puis crachant dans la neige, en signe de mépris, le Sauvage ajouta \u2014La bouche et le cœur de mon frère la Robe Noire sentent mauvais ; la vérité s\u2019y gâte.Plût à Cudragny que les oreilles de Domagaya fussent de pierre, et ses yeux de bois comme les images de ses dieux, il n\u2019éprouverait pas de dégoût à regarder le Français ni de colère à l\u2019entendre.Sans transition, l\u2019interprète demanda : \u2014 À qui donc ressemble ton dieu, Robe Noire ?\u2014 Je l\u2019ignore, mon frère, je ne l\u2019ai jamais vu.(1) Je sais seulement que mon âme lui ressemble, car il l\u2019a créée à son image, et qu'après elle, le visage de l\u2019homme et l\u2019harmonie de sa Voix rappellent le mieux le souvenir permanent de son invisible présence.Le vrai Dieu est si beau que si mes frères iroquois le voyaient tout à coup, avec leurs yeux de chair, Domagaya et Taiguragny mourraient.\u2014 Tu dis que chacun de nous lui ressemble ?(1) Samuel de Champlain raconte, dans ses Voyages, qu'ayant rencontré (le 9 juin 1603) à Tadoussac le grand sagamo des Algonquins, Anadabijou, il lui demanda s\u2019il n\u2019avait point vu ou entendu dire par ses ancêtres que Dieu ft venu en ce monde.; yids dca sgdSsds tists 2-3 oF 34 BE \u201cIlme ditfqu\u2019ilfnefl\u2019avait point vu ; mais qu\u2019anciennement il y eut cinq ommes qui s\u2019en allérent vers le soleil couchant, qui rencontrérent Dieu qui leur demanda : \u201c Où allez-vous ?\u201d Ils dirent : \u201c Nous allons chercher notre vie.\u201d Dieu leur répondit : \u2018\u201c Vous la trouverez ici.\u2019 Ils passèrent sans faire état de ce que Dieu leur avait dit ; lequel prit une pierre et en toucha deux qui furent transformés en pierres, et dit derechef aux trois autres : \u2018\u201c Où allez-vous ?\u201d Et ils répondirent comme à la première fois ; et Dieu leur dit derechef : \u201c\u201c Ne passez plus outre, vous la trouverez ici.\u201d Et voyant qu\u2019il ne leur venait rien, ils passèrent outre.Et Dieu prit deux bâtons, et il en toucha les deux premiers, qui furent transformés en bâtons.Et le cinquième s\u2019arrêta, ne voulant plus passer outre.Et Dieu lui demanda derechef : \u2018\u201c Où vas-tu ?\u201d\u2014\u201c\u2018 Je viens chercher ma vie.\u201d\u2014\u201c Demeure, et tula trouveras.\u201d Il demeura, et Dieu lui donna de la viande, et il en mangea.Après avoir fait bonne chère, il retourna avec les autres Sauvages et leur raconta tout ce que dessus.\u201d Cf.Les Voyages de Samuel de Champlain : 1603, ch, III, pages 14 et 15, tome II, deuxième édition, Québec 1870.: 178 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2014 Oui, par son âme, qui se reconnaît en Lui, quand elle est baptisée.\u2014 Pourquoi baptisée ?\u2014 Quand tu te regardes dans l\u2019eau d\u2019une rivière, il faut, n\u2019est-ce pas, que cette eau soit non seulement claire, mais éclairée, pour y voir ton visage.Or, le péché du premier Visage Pâle, que Dieu créa, d\u2019un souffle, du limon de la terre, ce péché est le nuage qui obscurecit les eaux de la rivière.La grâce du baptême, c\u2019est la lumière qui dissipe les ténèbres de la nuit, éclaire ton âme, lui permet de voir et de comprendre le bon Dieu, et Lui de te regarder en même temps et de t\u2019écouter avec complaisance.Et de même que ta figure regardée dans une eau courante, demeure immobile et toujours ressemblante, ainsi passera le temps durant l\u2019éternité ; mais ton bonheur ne passera pas, il restera permanent, immuable comme la vision du ciel que tu auras méritée en croyant au vrai Dieu.Tout d\u2019abord, Domagaya ne répondit rien.Il continua de marcher en silence, regardant, sans les voir, et la neige du sentier et les arbres de la forêt rangés en bataille ; il ralentissait même le pas comme pour donner à quelque tardive réflexion le temps de rejoindre son intelligence angoissée d\u2019incertitude.Comme si le corps chez lui, partageant d\u2019instinet l\u2019anxiété de l\u2019âme, eût cherché, en s\u2019attardant, à reculer l\u2019heure d\u2019une catastrophe inconnue, pressentie fatalement, et, fatalement aussi, inévitable.Or, moi seul étais en mal d'imagination ; l\u2019interprète marchait fort tranquillement, pour le plaisir de prolonger la conversation en même temps que la promenade.\u2014 Continue donc, Robe Noire, dit-il enfin, continue donc à parler.Je crois m\u2019entendre maintenant quand je t\u2019écoute, car tu penses comme moi.Notre agouhanna Donnacona, mon frère Taiguragny, le sagamo paralytique d\u2019Hochelaga, et quelques autres du royaume de Saguenay avec moi croient que le Grand Esprit ne s\u2019incarne pas dans les ours, les tortues, les lièvres ou les castors.Comme toi nous pensons que le Grand Esprit, s\u2019il descendait sur la terre\u2014s\u2019il y est descendu, pour te faire plaisir\u2014se ferait homme tout d\u2019un coup, comme il se fait Eclair, Tonnerre ou Vent quand il nous apparaît l\u2019été, dans les colères d\u2019un orage.Nous croyons qu\u2019il se créerait un corps adulte, développé dans toute la force de ses membres et la hauteur de sa stature, comme ceux des premiers hommes qu'il fit aux commencements de la Terre.Mais que le Grand Esprit, qui est éternel, vint à naître, comme nous, d\u2019une femme ; qu\u2019il £ût d\u2019abord un petit enfant, qu\u2019il eût froid, qu\u2019il eût faim, qu\u2019il k LES INTERPRÈTES DE JACQUES CARTIER 179 souffrit enfin comme le plus pauvre né dans la plus misérable de nos bourgades, qu\u2019on le vit grandir lentement comme un arbre, Lui qui peut, en un clin d\u2019œil, apparaître géant, cela je ne le crois pas, cela, je ne le croirai jamais! \u2014 Non plus qu\u2019il soit mort pour toi, pour moi, pour tous ?demanda Laverdière, d\u2019une voix implorante.\u2014 Non plus ! Celui qui est éternel ne meurt pas.\u2014 Mort cloué sur une croix, en pardonnant aux bourreaux qui raillaient son agonie ?\u2014 Il pardonnait à ses bourreaux ?Et tu persistes à dire que cet homme était Dieu ?\u2014 En vérité ! en vérité ! je vous le jure sur ma part d\u2019héritage au Paradis et sur le péril de mon salut éternel ! \u2014 Tu mens ! s\u2019écrièrent les deux interprètes dans un éclat de voix simultané : celui qui pardonne une injure n\u2019est pas digne d\u2019être dieu ! Prêcher à des Sauvages non baptisés le pardon des injures ! quelle maladresse irréparable ! J'en demeurais consterné, étonné jusqu\u2019à la stupéfaction quand, presque aussitôt, je me rappelai que celui qui l\u2019avait commise n\u2019était pas Laverdière, mais Dom Antoine ou Guillaume Le Breton.Ce qui expliquait et excusait du même coup cette erreur de tactique fatale à l'issue de la discussion.En effet, les aumôniers de Jacques Cartier prenant contact, pour la première fois, avec le Peau-Rouge de l\u2019Amérique du Nord, ignoraient absolument sa mentalité propre, la nature de son paganisme, très différent de celui de la Race Cuivrée du Mexique.Chez l\u2019Iroquois, l\u2019Algonquin, le Huron, la \u2018\u201c vengeance de l\u2019outrage \u201d constituait le dogme unique, comme le précepte formel de la religion, essentiellement haineuse, de ces farouches aborigènes.(1) (1) Tout autre était le procédé d\u2019évangélisation de Jean de Brébœuf, le Martyr Aux Iroquois de son temps (1634-1649) il prouvait l'existence de Dieu par l'existence de l\u2019enfer.Un Dieu qui se souvient des outrages reçus et qui les venge, un Dieu qui hait les pécheurs et qui les brûle éternellement dans une fournaise ardente; ce Dieu-là allait bien au tempérament comme au caractère de ces féroces catéchumènes Le difficile, pour le missionnaire, c'était de leur faire admettre, plus tard, que ce même Dieu, commandait le pardon des injures, l\u2019amour du prochain, de son ennemi, qu'il fallait regarder comme un autre soi-même.La pensée de rendre le bien pour le mal, leur était particulièrement insupportable.Bref, les roquois croyaient, mais au Dieu de l\u2019Enfer seulement : un autre avait dû créer le Paradis.Ils se convertissaient par crainte, nullement par amour.Telle était la mentalité religieuse de ces barbares : elle n'allait pas plus loin.Aussi Brébœuf, très averti, préchait-il incessamment sur l\u2019enfer.C\u2019était le thème unique de ses sermons.Si bien que les idolâtres obstinés et les Apostats l\u2019appelaient, par dérision, Echon : l'Enfer |£ pa 180 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE De toute évidence, la bataille évangélique me semblait perdue pour le missionnaire.Le terrain de la discussion lui échappait, avec la confiance de ses auditeurs.Comment chercherait-il maintenant à rétablir le combat ?Mais Laverdiére n\u2019était pas homme à lâcher pied devant l\u2019ennemi et ce fut sur le ton agressif | d\u2019une feinte indignation qu\u2019il riposta avec une extrême vivacité d\u2019accent et de geste : \u2014 Je mens, dites-vous ?Eh ! qui de nous trois a menti le premier ?Qui se déguisait en démons pour tromper les Français ?Qui disait que la Rivière du Canada ne valait rien au delà de Stadaconé ?Qui disait que Cudragny avait parlé à Hochelaga?Qui disait que le fleuve, l\u2019an dernier, à la saison des raisins mûrs, était encombré de neige et de glaces ?Qui: prophétisait la mort aux Visages Pâles ?Et qui venait aux caravelles, les yeux au ciel et les mains jointes dire à l\u2019agouhanna des Français : Jésus ! Maria ! Jacques Cartier ! nous apportons piteuses nouvelles ?\u2014Qui donc de nous trois a menti le premier ?Ainsi parlant, Laverdière mimait avec une exagération comique, toute de sarcasme, les gestes mêmes de ces beaux parleurs, qui n\u2019étaient autres que Taiguragny et Domagaya en - personne.(1) Laverdière attendait une réplique.Mais les deux Sauvages gardèrent un silence obstiné.Ils demeuraient impassibles.Ils exagéraient même jusqu\u2019au sourire l\u2019expression de leur flegme habituel : comme s\u2019ils n\u2019eussent rien compris à ce discours outrageant, ni remarqué la provocation des attitudes.Poussant à la querelle, Laverdière ajouta : \u2014 Les Visages Pâles ont-ils dit : \u2018\u201c Tu mens ! \u201d à Donnacona.- lorsqu\u2019il racontait à leur capitaine avoir vu, au royaume du Saguenay, des hommes qui n\u2019avaient qu\u2019une jambe, et d\u2019autres qui vivaient sans manger ?Et cependant, les histoires merveilleuses de l\u2019agouhanna n\u2019étaient-elles pas, et de beaucoup, plus incroyables et plus étonnantes que le miracle des anges aperçus dans le ciel la nuit de la naissance temporelle du Christ ?Laverdière, parlant ainsi, se grisait à sa propre éloquence, déclamait avec violence, et sa voix, s\u2019élevant à la chaleur de la discussion, avait atteint un diapason très élevé.Ce fut Domagaya qui répondit, lentement, avec une paresse de voix calculée, trop calme pour n\u2019être point dédaigneuse : \u2014 Les Visages Pâles reprochent aux Peaux-Rouges d\u2019être trop lents à réfléchir ; ne crois-tu pas, au contraire, que le (1).Cf.Relation du Voyage de Jacques Cartier, 1535\u2014 Verso du feuillet 18.\u2014\u2014 A re a hr CS ss = =e CFs LES INTERPRETES DE JACQUES CARTIER 181 Visage Pile est trop prompt à parler ?Tu me trouves taciturne, pourquoi ne dirais-je pas que tu es bavard, que tu parles trop haut et que tu lèves trop souvent le bras en l\u2019air ?Quel- qu\u2019un qui te verrait de loin croirait que tu me frappes avec un couteau.Cela pourrait te nuire, si ce témoin-là était un Sauvage.Et si maintenant un espion écoutait derrière les arbres du voisinage, aurait-il grand mérite à comprendre ?Crois-moi, Robe Noire, les gestes empêchent l\u2019intelligence de voir comme le bruit des paroles empêchent la saine raison d\u2019écouter.La réflexion, vois-tu, ressemble à un oiseau captif.Quand elle chante en nous-mêmes sa voix appelle les idées heureuses qui ressemblent, celles-là, aux oiseaux libres du ciel.Elles accourent à tire d\u2019ailes, tourbillonnent et finissent par s\u2019abattre sur l'intelligence comme les tourtes affamées sur nos champs de maïs, à la chute des feuilles.Mais, comme les oiseaux libres du ciel, les pensées heureuses sont aussi très farouches.Au bruit d\u2019un rire, d\u2019un mot inutile, ou d\u2019un eri de colère, elles se lèvent et s\u2019envolent avant que la Mémoire ait eu temps de fermer son filet.Tu sais maintenant pourquoi on éloigne non seulement les femmes et les enfants du feu des grands conseils, mais encore les jeunes gens irascibles et impétueux, pourquoi les sagamos de la tribu fument en silence leurs calumets et comment il leur vient d\u2019étonnantes pensées de sagesse ou de ruse.\u2014 Tu as raison, Taiguragny, répondit modestement Laver- dière, je vais parler plus bas et mes deux bras seront de pierre.Et maintenant, écoute : \u2014 Avant que d\u2019avoir traversé le Grand Lac Salé, quand Jacques Cartier les amena, l\u2019an dernier, d\u2019Honguedo en France, mes frères Taiguragny et Domagaya savaient-ils ce que c\u2019était qu\u2019une maison, une église, un château, une ville?Connais- saient-ils des animaux comme le cheval, le bœuf, l\u2019âne ou le mouton ?Auraient-ils jamais compris, sans les avoir vus, ce qu'éte.ent un miroir, une roue, une serrure, une vitre, une cloche, une arquebuse ?Mes frères savent ce qu\u2019il en a coûté de paroles, de comparaisons et d\u2019images dessinées sur le papier pour faire voir à leur intelligence toutes ces choses que leurs yeux n'avaient pas encore regardées.Quand l\u2019arouhanna des Français disait à mes frères Peaux- Rouges : avec de la chaux, du sable et'de l\u2019eau, je cimente des pierres plus solidement que le froid ne colle ensemble les glaçons flottants de vos rivières ; Quand l\u2019agouhanna des Français disait : je mesure le temps 182 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE de la vie avec une poignée de sable, il me suffit d\u2019en avoir plein la main pour compter toutes les heures des jours et tous les jours de l\u2019année ; Quand l\u2019agouhanna des Français disait : les clochers de nos maisons de prière sont plus hauts que les plus grands sapins du Canada, et le sommet de nos tours regarde plus loin que le rocher de Stadaconé ; | Quand l\u2019agouhanna des Français disait : il y a dans mor pays une boisson rouge comme du sang, qui fait rire, et une autre, claire comme l\u2019eau, qui donne le délire sans fièvre ; Quand l\u2019agouhanna des Français disait encore : les armes de mes guerriers parlent, leur voix est plus forte que le tonnerre, elles font un écho si terrible que les larmes tombent d\u2019elles- mêmes des yeux des femmes et des petits enfants comme la pluie d\u2019un nuage crevé par l\u2019éclair.Alors, mes frères Peaux-Rouges riaient, disant : \u201c l\u2019agou- hanna se vante,\u201d ou bien encore : \u2018\u201c\u2018 l\u2019agouhanna s\u2019amuse et se moque de nous,\u201d ou bien encore : \u2018 l\u2019esprit du Visage Pâle est malade, retournons à Honguedo chercher un jongleur pour lui administrer une suerie.\u201d Telles étaient les paroles de mes frères Peaux-Rouges au temps de la traversée.Mais lorsque le vent eut soufflé jusqu\u2019en France dans les ailes de nos grands canots, la vérité devint lumière.Alors, Domagaya et Taiguragny comprirent, car ils burent le vin des Français et goûtèrent à leur eau de feu.Puis ils regardèrent à loisir fabriquer le mortier, bâtir des murs, tourner et retourner les sabliers, tirer le canon aux ramparts des citadelles.Ils virent à quelles hauteurs planaient dans le ciel les croix de nos clochers ou flottaient au vent les drapeaux sur les tours.Alors, Domagaya et Taiguragny son frère, rendaient témoignage à la franchise des Visages Pâles et à la vérité de leurs discours.\u2014 Jamais ! s\u2019écrièrent les deux interprètes dans un nouvel éclat de voix simultané qui rappelait bien celui de tout à l\u2019heure, où ils avaient crié : Tu mens ! \u2014 Parce que tu nous as dit la vérité sur les merveilles d\u2019un pays inconnu, riposta sèchement Domagaya, faut-il croire à ce que tu nous racontes du monde invisible ?Qu\u2019en sais-tu plus que nous, Robe Noire ?Quand nous étions en France, l\u2019hiver dernier, aurions-nous eu grand mérite à te dire : Mes frères Peaux-Rouges mettent tant d\u2019art à peindre la | | j -\u2014 Ae B= pa. len LES INTERPRETES DE JACQUES CARTIER 183 nudité de leurs corps que les Visages Pâles, à première vue, les croiraient vêtus d\u2019habillements véritables (1) ; Ou bien encore : Mes frères Peaux-Rouges hérissent leurs cheveux comme la hure des sangliers que les Visages Pâles chassent dans leurs forêts de France ; Ou bien encore : Les femmes Peaux-Rouges suspendent, comme des nids d\u2019oiseaux, aux branches des arbres, les berceaux de leurs petits enfants ; Ou bien encore : Mes frères Peaux-Rouges courent sur la neige fraîchement tombée avec la vitesse et la légèreté du lièvre, sans y enfoncer, comme la patte des allouettes marque la vase ou le sable des grèves ; Ou bien encore : les Peaux-Rouges s\u2019emplissent le corps de fumée, il leur en sort à volonté par la bouche, le nez et les oreilles, tant et tant que l\u2019on croirait à la présence d\u2019un feu véritable brûlant au dedans d\u2019eux-mêmes ?Aurions-nous eu grand esprit de rire des Visages Pâles parce qu\u2019ilsignoraient, avant de remonter la grande Rivière du Canada, ce qu\u2019étaient un tatouage, une raquette, un totem ou un calumet ?Et nous doivent-ils de la reconnaissance pour leur avoir expliqué l\u2019usage d\u2019une chose qui se comprend rien qu\u2019à la regarder ?Taiguragny ajouta \u2014 Il n\u2019y à pas de mensonges pour les yeux à moins qu\u2019ils ne soient aveugles, et les nôtres voient très loin.Tu parles trop, Robe Noire, pour être sincère.Toutes tes belles phrases ne disent rien ; elles ne sont que le bruit d\u2019une eau souterraine.Est-elle limpide ou vaseuse, superficielle ou profonde ?Je ignore.Ton cœur et ton esprit ressemblent à cette eau cachée.Ton langage, c\u2019est encore le murmure d\u2019une rivière que l\u2019on entend couler la nuit; quel est le sens de son courant ?Ainsi de tes paroles : j'en écoute le bruit, mais j'ignore le sens de ta pensée.; La Vérité ressemble au Vent : comme lui elle souffle en tous sens, et comme lui on ne sait pas d\u2019où elle vient quand elle se lève.Qu'est-ce que le Vent ?\u2014Un bruit de feuilles.Qu'\u2019est-ce (1) La manière dont les Sauvages se peignent les changent tellement qu\u2019un missionnaire qui faisait un présent à chaque père de famille, le fit cinq fois au même individu avant de pouvoir le reconnaître, parce.que chaque fois il avait changé sa toilette si habilement qu\u2019il paraissait un tout autre homme.Comme quelqu\u2019un l\u2019accusait et que le missionnaire n\u2019y pouvait croire, celui-ci lui dit : \u2014 Avoue-moi franchement si ce que l\u2019on dit de toi est vrai, et je te don- neral une part de plus.Le Sauvage avoua sa ruse, et reçut la part promise, Cf.Ferland : Cours d'histoire du Canada, Vol.1, page 121. 184 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE que laŸVérité?Un bruit de paroles.Et le Mensonge?Un autre | t: bruit seulement.Ces deux bruits se confondent souvent quand st tu parles, mais je les distingue toujours aussi facilement qu\u2019un © ç! chasseur écoute en même temps un caribou casser les branches } 4 - avec son panache et fouler la neige sous ses sabots.Ainsi | ;- quand tu me dis : \u2018\u201c Cudragny n\u2019est qu\u2019un démon malfaisant ; n le seul dieu véritable est l'Homme Cloué.Et nous autres, | Robes Noires, avons traversé la Mer uniquement pour vous \" j annoncer cette grande et bonne nouvelle ! \u201d 1 Tu cherches toi-méme \u201cla grande et bonne nouvelle \u201d que b «1 tu prétends nous annoncer ! Ton secret est celui d\u2019une route p aux pays de l\u2019or que les Visages Pâles, tes frères, imaginent ! \u2018u être là-bas, là-bas aux terres inaccessibles du Soleil Couchant.= Tel est le but de ton voyage ici ; ton évangile n\u2019est qu\u2019un pré- : 7 texte, qu'un subterfuge, tu mens au profit des marchands et # H | des traiteurs ! Voilà pourquoi Domagaya et moi, et avec nous tous les autres Peaux-Rouges ne croyons pas à la naissance r humaine de ton Christ.\u201cil L\u2019interprète poursuivit encore, sarcastiquement : mn \u2014 Que m\u2019offres-tu en retour si je t\u2019apprends le chemin de * la Chine ?Celui du Ciel ?Mais il n\u2019y a qu\u2019un seul ciel pour # | toute la terre.Sur quelques points que tu marches ou dans \u2018 quelques directions que tu t\u2019éloignes, les étoiles demeurent les mêmes au-dessus de ta tête.J'ai revu en France les Danseurs et les Danseuses, l\u2019Immobile, l\u2019Ours et les Trois Chasseurs.(1) Rien, comme le spectacle du firmament et celui de la neige tombant silencieuse sur la plaine ne m\u2019ont plus consolé du regret de ma forêt absente; ils nous rappelaient la terre et le ciel de notre pays.T\u2019en souviens-tu, Domagaya ?\u2014 Canisa ! Canisa ! (2) répondit l\u2019Iroquois d\u2019une voix har- x monieuse comme le mot qu\u2019il prononçait.OU Te GARE w iu (1) Chez les Iroquois les Pléiades étaient les Danseurs et les Danseuses ; i la Vote lactée portait le nom de Chemin des âmes.La Grande Ourse portait le même nom, | \u201c\u201c Ils nous raillent, écrivait le Père Lafitau dans ses Mœurs des Sauvages, x de ce que nous donnons une grande queue à la figure d\u2019un animal qui n\u2019en a presque point, et ils disent que les trois étoiles qui composent la queue de la Grande Ourse sont trois chasseurs qui la poursuivent.La seconde de ces étoiles en a une fort petite, laquelle est près d\u2019elle : celle-là est la chaudière - du second de ces chasseurs, qui porte le bagage et les provisions des autres.\u201d L'Etoile Polaire était désignée comme l\u2019étoile qui ne marche point : elle * servait à diriger les Sauvages dans leurs longues marches à travers les forêts et au milieu des grandes prairies de l\u2019Ouest.Cf.Ferland : Cours d'histoire du Canada, Vol.I, page 140.(2) \u201c Ils (les Sauvages) appellent la neige, canisa.\u201d Cf.Voyage de Jacques Cartier, 1535-36, Verso du feuillet 48. fp que i ent ut, (a 6 018 10 LES INTERPRÈTES DE JACQUES CARTIER 185 Canisa ! Tous deux le répétèrent d\u2019une voix émue, comme se parlant à eux-mêmes.Et ils regardaient loin devant eux, et haut dans le ciel, comme si la neige de leurs visions d\u2019exil se fut reprise à tomber des étoiles.\u2014 Les Français, dit Laverdiére, rompant le silence.\u2014 Pardon, Robe Noire, je n\u2019ai pas fini de parler.Ecoute encore : \u2018\u201c Les Francais, dis-tu, veulent nous apprendre la route du ciel.\u201d Quand la montagne est visible, est-il besoin d\u2019un guide pour la gravir ?Et quand le rivage apparaît, faut-il un ancien de la bourgade à l\u2019arrière du canot ?Les Visages Pâles se Vantent ; nous connaissons avant eux le Chemin des âmes, et pour le suivre, nous n\u2019avons pas besoin d\u2019une Robe Noire qui marche en avant.Depuis un nombre incalculable de lunes, Cudragny a étoilé jusqu\u2019aux régions du Soleil Couchant le sentier solitaire et lumineux des morts.Disant cela, Taiguragny montrait du geste cette colossale nébuleuse de notre ciel astronomique, les huit millions de soleils de la Voie Lactée, mondes si prodigieusement éloignés que leurs rayonnements intenses n'arrivent plus à nous qu\u2019en lueurs tremblottantes et blafardes, éteintes à demi par d\u2019incommensurables espaces.Le Chemin des âmes, pour la Voie Lactée! avouons que l'idolâtrie des aborigènes du Canada avait encore mieux trouvé que la mythologie du paganisme grec ! * * * \u2014 Mon frère, qui explique tout, demanda Laverdière, me dira-t-il pourquoi les Français, à l\u2019avant dernière chute des feuilles, érigèrent une croix de bois à Honguedo (1) ; pourquoi, remontant la Grande Rivière du Canada (2) ils en plantèrent une autre à Fouez (3) et pourquoi, à la prochaine feuillée des arbres, ils en dresseront une troisième sur le rivage même de Cabir-Coubat (4) en face de votre bourgade ?\u2014 Quand nous allons l\u2019hiver dans la forêt, répondit Doma- gaya, et qu'il nous faut revenir à Stadaconé par la même route, nous observons de casser, de distances en distances, les petites branches des arbres ou d\u2019entailler l\u2019écorce de leurs troncs avec 153% Honguedo : Gaspé ; la croix élevée dans la baie de Gaspé, en juillet (2) Premier nom du fleuve Saint-Laurent.(3) Fouez : la rivière de Fouez, aujourd\u2019hui le Saint-Maurice., (#) Cabir-Coubat, c\u2019est-à-dire la rivière Sainte-Croix, aujourd\u2019hui la rivière Saint-Charles, Jacques Cartier y éleva une croix le 6 mai 1536. 186 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE nos hachots.Car la neige soulevée par le vent couvrirait l\u2019empreinte des raquettes comme elle referme la piste du gibier.\u2014 Et cela veut dire ?demanda Laverdière.\u2014 Que les croix marqueront encore mieux la route aux Visages Pâles qui veulent revenir chez nous (1) car chacune d\u2019elles porte le totem de l\u2019agouhanna des Français.\u2014 Eh ! crois-tu franchement qu\u2019il faille aux Visages Pâles planter des croix sur ses rivages pour retrouver demain la Rivière du Canada ?Ces croix de bois, tu peux les jeter au feu ou a la mer! Que leur importe maintenant ! Les chemins de ton royaume, de ta bourgade, de ta cabane, ils les savent mieux que toi-même aujourd\u2019hui ; ils sont ouverts à tous venants.\u2014 Comment cela ?bégaya Taiguragny, tressaillant de colère.L\u2019impassible Domagaya remarqua négligemment : \u2014 Le froid mord cette nuit ; la voix de mon frère Taiguragny frissonne comme sa chair.Un rire silencieux crispa le sinistre visage de l\u2019irascible interprète, l\u2019illumina brusquement, à la façon de ces éclairs muets zébrant à l\u2019horizon de lointains nuages.Quant à Laverdière, il s\u2019était, brusquement aussi, arrêté de marcher.Son regard interrogeait le ciel poudré d\u2019étoiles, cherchant à y reconnaître une constellation.Et tout à coup, levant la main droite avec lenteur, il pointa du doigt la Polaire : \u2014 Voyez-vous l\u2019Immobile, demanda-t-il ?\u2014 Oui, répondirent ensemble les deux Sauvages.\u2014 Eh bien ! dites à Cudragny, votre dieu, d\u2019éteindre au plus tôt cette étoile.\u2014 Pourquoi ?\u2014 Il y va de la ruine ou du salut de votre pays.\u2014 Et comment ?\u2014 De même que l\u2019étoile qui ne marche point dirige vos partis de chasse dans les prairies interminables de l\u2019Ouest et du Sud, (1) Cette réponse de Domagaya est celle même que Jacques Cartier fit au chef de la bourgade cabanée au Bassin de Gaspé : \u201cEn après leur donna-on à entendre par signes que ceste croix estoit là plantée pour donner quelque marque et cognoissance pour pouvoir entrer en ce port, et que nous y voulions retourner en bref, etc, etc.Cf.Voyage de Cartier 1534, par M.H.Michelant, page 58, édition 1865.Le texte de cette phrase diffère quelque peu dans l'édition de 1867, (Paris, Librairie Tross) publiée par H.Michelant et A.Ramé : \u201c Et puis leur montrasmes par signe que la dite croix avoit été plantée pour faire merche et ballise pour entrer dedans le hable et que nous y retour- neryons bien tost, etc, etc.?Cf.Voyage de Cartier, 1534, page 42. LES INTERPRÈTES DE JACQUES CARTIER 187 de même, dans l\u2019Est, elle oriente les navires des Visages Pâles sur le Grand Lac Salé.Infailliblement ils retrouveront, par elle, la route du Canada (1).Ils en tiennent le secret comme vous, avec Vous ou contre Vous, peu importe ! Il vous est maintenant aussi impossible de le reprendre qu\u2019à nous de retrouver sur la mer le sillage des trois navires qui nous ont amenés jusqu'ici.Laverdière ajouta \u2014Oroyez-moi, mes amis, vous feriez mieux de laisser nos croix debout.Les traiteurs blancs, basques ou français, remonteront bientôt jusqu\u2019à Stadaconé.Ils se rappelleront peut-être, en les apercevant, l\u2019histoire de l'Homme Cloué, mort sur elle pour expier les meurtres, les vols, les ivrogneries, les rapines, les parjures et les fraudes provoqués et commis par l\u2019exécrable amour de l\u2019or et la soif inextinguible de l\u2019argent.Ils s\u2019empêcheront à cette pensée de crever vos canots, de piller vos fourrures, d\u2019assassiner vos gens et de tuer leurs âmes en leur brûlant l\u2019intelligence avec l\u2019eau de feu.Parlant de la sorte, la voix de Laverdière s\u2019était voilée d\u2019une tristesse pénétrante comme le silence de la forêt et la mélancolie de son paysage.Mais cet affaissement ne fut que temporaire et presque aussitôt il dit, d\u2019un accent de vibrante et ferme autorité \u2014 Laissez la croix de l'Homme Cloué debout sur vos rivages ; ses bras étendus protégeront encore mieux votre pays que nos arquebuses ou vos idoles.\u2014 Tu oses commander, s\u2019écria l\u2019impétueux Taiguragny, tu oses commander et nous parler en maître, toi, notre prisonnier ?Prends garde ! \u2014 Moi, ton prisonnier ?Je ne te comprends pas, interprète.Domagaya répartit:\u2014As-tu rêvé ou pensé seulement ce que tu viens de dire ?\u2014 Quelle en serait la différence ?\u2014 Si tu l\u2019as rêvé, l\u2019esprit de Cudragny t\u2019a visité sûrement pendant le sommeil, car tu prophétises comme lui.\u2014 Qu'est-ce à dire ?\u2014 Ecoute.Il y a douze lunes, Cudragny, notre dieu, parlant # (1) \u201c Ce domaine de Limoilou situé sur la limite des paroisses de Paramé et de Saint Coulomb, à mille mètres environ de la côte, est une vraie station de navigateur, établie comme un observatoire au point culminant d\u2019un mamelon qui s\u2019abaisse d\u2019un côté jusqu\u2019à Saint Ideuc, de l\u2019autre jusqu\u2019à l'Océan.De là, dans la direction de l\u2019étoile polaire qui l'avait guidé aux plages inconnues du Canada, Cartier voyait la Pointe de la Varde,\u201d etc.Cf.Alfred Ramé : Note sur le manoir de Jacques Cartier, page 70.Librairie Tross, Paris, 1867. 188 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE à Hochelaga par la bouche de nos jongleurs, a prédit que le jour où nous verrions des Visages Pâles vêtus de robes noires remonter la grande rivière du Canada, le pays serait perdu, et avec lui, tous les Peaux-Rouges des trois royaumes (1) T\u2019ex- pliques-tu maintenant pourquoi nous t\u2019avons empêché, toi et _ ton compagnon, de remonter la rivière au-dessus de Stadaconé ?Pourquoi nous t'avons retenu avec lui auprès de Donnacona, notre chef, sous prétexte de l\u2019amuser en lui racontant l\u2019histoire de l'Homme Cloué ?Ce qui doit arriver arrive et Cudragny ne ment jamais.Il voit l\u2019avenir de plus loin que le soleil ne regarde la terre.Seulement, nous voulons retarder, le plus qu\u2019il nous sera humainement possible, l\u2019accomplissement de l\u2019oracle.Aussi longtemps que des Visages Pâles vêtus de robes noires ne remonteront pas la rivière jusqu\u2019à Hochelaga, aussi longtemps la catastrophe sera conjurée.Ne cherche done pas à t\u2019échapper, toi ou ton compagnon, encore moins à remonter la rivière : vous seriez morts tous deux avant d\u2019arriver même à Achelaï (2).\u2014 À quoi bon m\u2019assassiner maintenant, répondit tranquillement Laverdière, tu commettrais un meurtre inutile.Vous n\u2019avez pas retardé d\u2019une heure l\u2019accomplissement du présage.Cette année même, à la chute des feuilles, le capitaine Cartier, revétant notre sacerdoce, a lu la Passion du Christ \u2014l\u2019histoire de l'Homme Cloué\u2014et proclamé l\u2019Evangile à Hochelaga ! Seulement les jongleurs ont mal interprété les mots de la prophétie.Elle ne disait pas que le pays serait perdu pour les Peaux-Rouges.Le pays est perdu, cela est vrai, mais pour Cudragny seulement, c\u2019est-à-dire pour le Démon que tu adorais dans les astres, les éléments, les animaux et les idoles.Le Paganisme est vaincu, son règne terminé, son empire anéanti ; celui de la Vérité Eternelle commence, il n\u2019aura pas de fin.N'aie crainte pour ton pays, Domagaya, l\u2019Homme-Cloué n\u2019est pas un conquérant, il est le Rédempteur, le Sauveur des hommes, le Prince de la Paix qui ne te demande que ton cœur, ta bonne volonté, ton âme.Que ferait-il de ton pays ?Son royaume n\u2019est pas de ce monde, et son Paradis t\u2019appartiendra, si tu reçois le baptême.Et Laverdière, pris soudain d\u2019un accès d\u2019attendrissement inexplicable, s\u2019écria d\u2019une voix chevrotante d\u2019émotion : Apparuit, hodie, benignitas et humanitas Salvatoris ! (1) Saguenay, Canada, Hochelaga.(2) Achelai, Ochelay ou Achelacy (feuillet 20 de la Relation), aujourd\u2019hui la Pointe du Platon, paroisse Sainte-Croix, comté de Lotbinière.\u2014.\u2026.=\u2014._ me 89 ss» es.\u2014\u2014 re | mag LES INTERPRÈTES DE JACQUES CARTIER 189 Ici Taiguragny marcha sur le pied de Domagaya.Les deux Iroquois échangèrent un regard rapide.Et tout aussitôt Domagaya s\u2019écria avec un accent très naturel de feinte surprise : \u2014 As-tu entendu, frère ?\u2014 Entendu quoi ?demanda Taiguragny.\u2014 Ecoute, commanda impérieusement Domagaya : l\u2019envolée des oiseaux ! les voix des petits enfants, la grêle de pierres qui tombe ! les flèches qui sifflent ! Et, précipitamment, laissant à nos conjectures le soin de deviner la raison de cet étrange dialogue et de ce brusque départ, les interprètes de Jacques Cartier coupèrent à anele droit le sentier suivi jusqu'alors, et s\u2019enfoncèrent dans la forêt, sans nous dire adieu, ni même détourner la tête, marchant toujours sur les bruits imaginaires qu\u2019eux seuls semblaient entendre.Laverdière voulant les rappeler, les héla de sa voix la plus vibrante, une voix dont l\u2019écho intelligent semblait grandir en se prolongeant comme s\u2019il eût voulu les poursuivre encore davantage.Un instant nous erûmes qu\u2019ils allaient revenir ; leurs grandes silhouettes s\u2019étaient arrêtées.Mais notre fausse joie fut courte.Presque aussitôt le crissement de la tobagane glissant sur la neige recommença, tantôt régulier, tantôt saccadé par autant de chocs que de troncs d\u2019arbres heurtés au passage.Puis nous n\u2019entendimes plus rien, rien que le silence de cette immense forêt solitaire se rendormant de terreur et reprenant une fois de plus dans son sommeil léthargique son éternel rêve.* * * Alors Laverdière étendit la main dans la direction où Tai- guragny et Domagaya avaient disparu : \u2014 L'Iniquité, dit-il, qui se ment à elle-même.Je lui demandai s\u2019il avait compris les Sauvages lorsqu\u2019ils avaient parlé tout à l'heure d\u2019oiseaux envolés, d\u2019une grêle de pierres et de petits enfants entendus rire.\u2014 Oui, dit-il, et vous les auriez compris vous-mêmes si vous vous étiez rappelé à temps la théorie des Sauvages sur les états de l\u2019Âme humaine après la mort.Ainsi les Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord croyaient que les Ames demeuraient quelque temps près des cadavres qu\u2019elles avaient vivifiés et les suivaient au tombeau dont elles hantaient les alentours.Pendant la nuit elles revenaient se promener dans les bour- 190 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE gades, entraient dans les cabanes et s\u2019y nourrissaient des vivres oubliés au fond des chaudières.A la Fête des Tré- passés\u2014qui avait lieu tous les dix ans\u2014les âmes quittaient les cimetières parées des robes neuves et des colliers de porcelaines déposés dans les fosses par la piété des vivants.Alors les plus viriles de ces âmes, âmes de jeunes gens ou de guerriers robustes morts dans toute la force et la vigueur de l\u2019âge, partaient de compagnie pour un grand village situé vers le Soleil Couchant.Quant aux âmes des vieillards et des petits enfants elles n\u2019osaient entreprendre un si long yoyage, mais demeuraient dans le pays où elles habitaient des villages particuliers ; aussi entendait-on souvent le bruit des portes de leurs cabanes et les voix des enfants chassant les oiseaux.Elles semaient les champs abandonnés et, si quelques bourgades devenaient la proie des flammes elles allaient recueillir dans ses cendres leurs provisions de maïs rôti.Je vous récite là une des plus jolies pages de l\u2019historien Ferland, mon frère d\u2019études et de sacerdoce ; elle mérite d\u2019être retenue.(1) Taiguragny et Domagaya, en compères madrés et retors, ont imaginé entendre la voix des petits enfants chassant des oiseaux à coups de pierres et de flèches et feignent de les suivre à l'écho.Ils cherchaient un prétexte de s\u2019en aller ; ils ont trouvé celui-là, et l\u2019escomptent avec adresse.Ils ne voulaient plus m\u2019entendre parler du vrai Dieu, encore moins le reconnaître Mon sermon les ennuyait.Avez-vous jamais lu quelque part que Taiguragny et Domagaya aient été baptisés ?Laverdière ajouta, avec un sursaut de colère : \u2014 Les misérables ! oh ! les misérables ! ! Je crus, tout d\u2019abord, qu\u2019il songeait aux deux interprètes iroquois.Mais un mot subséquent m\u2019avertit de mon erreur en me dévoilant toute la pensée de mon interlocuteur.\u2014 Pourquoi sont-ils venus avec les missionnaires ?dites- moi, le savez-vous ?Evidemment c\u2019était les trafiquants européens que Lavar- dière anathématisait ainsi.Et avec quelle véhémence ! \u2014 O commerce ! commerce !! amour maudit du gain, de quelles épouvantables responsabilités tu charges tes vaisseaux ! Is sont encore plus lourds de malédictions que d\u2019or! Et l\u2019on s\u2019étonne qu\u2019ils sombrent en mer ! Ambitions sacrées de l\u2019Evangile, convoitises inavouables du Lucre, abnégations enthousiastes des Missionnaires, appé- (1) Cf, Ferland : Cours d'histoire du Canada, Vol.I, pages 100 et 101. PR \u2014 = IN a a HS 5 EE ; == = = co ce = JE \u2014 = À l\u2019assaut des institutions Canadiennes- françaises VI Un incident acadien.Tout le monde sait, à Québec, que vers la fin du Concile, Mgr Skaretti a fait distribuer aux journaux catholiques \u2014 la REVUE et aussi, paraît-il, l\u2019Action Sociale, exceptées\u2014une note recommandant et \u2018\u201c au besoin ordonnant \u201d de ne pas traiter de la question ruthéne.Son Excellence le Délégué craignait que cette question, discutée dans les journaux n\u2019amenât parmi les catholiques une division (?) capable d\u2019entraver l\u2019apostolat parmi les ruthènes.Le premier résultat fut d\u2019abord de faire taire les journaux et ensuite de ramener un peu de sérénité dans la vie d\u2019un certain Dr Burke, attaché à l\u2019organisation de la Canadian Church Extension qu\u2019il était venu rejoindre à Toronto, après avoir évangélisé le diocèse de Charlottetown.L\u2019incident fit jaser, mais il fut bientôt relégué avec les quelques faits extra-conciliaires qui défrayèrent pendant plusieurs semaines les conversations des québecois, puis tout rentra dans le silence et l\u2019oubli.Le concile terminé, les choses reprirent leur cours, à commencer par un dernier article de Raphaël Gervais qui vint terminer dans la Nouvelle-France une série d\u2019études du plus grand intérêt sur nos questions nationales.C\u2019est à peine si l\u2019on s\u2019attardait, dans quelques cercles, à exprimer les craintes ou les espérances inspirées par le choix très problématique du futur archevêque d\u2019Ottawa (1).Mais voici que le 25 novembre dernier, le Moniteur, de Shédiac, après nous avoir averti qu\u2019il en avait été prié, publiait l\u2019extraordinaire lettre suivante adressée le 30 août précédent à M.V.A.Landry, directeur de l\u2019Fvangéline, de Moncton, N.B.: (1) La nomination du Père Fallon au siège de London vient de donner une plus troublante actualité à cette question.Voir \u201c Revue des faits et des œuvres. 196 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Orrawa, le 30 août 1909, M.V.-A.LANDRY, Directeur de I Evangéline, Moncton, N.-B.Monsieur, On m\u2019a adressé plusieurs numéros du journal que vous dirigez, et j'ai vu avec regret que certains articles contiennent des insinuations regrettables contre l'autorité religieuse, que tous les fidèles ont le rigoureux devoir de respecter et de faire respecter dans la mesure de leurs forces.Le journaliste catholique ne peut s\u2019écarter des règles données à maintes reprises par les Souverains Pontifes aux écrivains publics.Dans l\u2019Encyclique Longinqua Oceani du 6 janvier 1896, Léon XIII déclarait que \u2018\u201c\u2018 les écrivains font, au lieu d\u2019une œuvre utile et fructueuse, œuvre défectueuse et nuisible, chaque fois qu'ils osent déférer à leur propre jugement les résolutions ou les actes des Evêques ; et dépouillant le respect qu'ils leur doivent, les critiquer, les censurer ne voyant pas quelle perturbation de l\u2019ordre et quels maux engendre leur conduite.Qu'ils se souviennent donc de leur devoir, et qu\u2019ils ne franchissent pas les justes bornes de la modestie.Il faut obéir aux évêques qui sont à un très haut degré de l\u2019autorité, et leur rendre l\u2019honneur qui convient à la grandeur et à la sainteté de leurs fonctions ; ce respect, auquel personne n\u2019a le droit de manquer, et qui principalement chez les journalistes catholiques doit briller, et pour ainsi dire, être affiché pour servir d\u2019exemple.Je regrette encore que votre journal ait condamné en termes violents des associations catholiques, et qu\u2019il déclare qu\u2019elles doivent ¢ être fuies comme une peste.\u201d Tous les fils de l\u2019Eglise ont reçu un esprit de grâce et de liberté, qui ne peut être entravé, aussi longtemps qu\u2019ils agissent selon la loi de Dieu.Les catholiques de quelque origine ou de quelque langue qu\u2019ils sovwent ont le droit d\u2019entrer dans toutes les sociétés approuvées par l\u2019 Eglise.(1) - En juillet 1908, j'ai déjà écrit au Rédacteur de l\u2019Evangéline pour lui demander de cesser ses attaques contre les groupes catholiques de nationalités différentes.Ces attaques sont funestes et mettent la division dans nos rangs, alors que toutes les forces des catholiques devraient être concentrées pour la défense de leur Mère commune la Sainte Eglise.C\u2019est encore la ligne de conduite tracée par Léon XITI : \u201c Que les journalistes considèrent que l\u2019œuvre de la presse sera sinon nuisible, du moins fort peu utile à la religion, si l'accord ne règne pas entre ceux qui tendent au même but.Ceux qui veulent servir l\u2019Eglise utilement, ceux qui désirent sincèrement défendre par leurs écrits la religion catholique doivent combattre avec un parfait accord, et pour ainsi dire, en rangs serrés, Ainsi, ceux-là paraîtraient plutôt déclarer la guerre que la repousser, qui dissiperaient leurs forces par la discorde.\u201d J'espère que vous suivrez fidèlement cette direction qui vous est donnée aujourd'hui.Dans le cas d\u2019une désobéissance, je me verrai contraint de prendre, bien qu'avec peine, des mesures plus rigoureuses.Vous savez que le Saint Siège est disposé à faire tout ce qui sera possible pour satisjaire les légitimes aspirations du peuple acadien.Ces écrits ne peuvent que nuire à la cause que vous voulez défendre.De tout cœur je vous bénis.Votre dévoué en J.-C, T Donatus, Délégué Ap.(x) Note du Directeur \u2014Nous soulignous nous-même certains passages essentiels. | A L\u2019ASSAUT DES INSTITUTIONS CAN.-FRANÇAISES 197 + OÙ Jin | table vor 4 | t ne Tr th Hele 3 Ti ive, de el le leu Tid rende fons; amet yeh cles fils ce el sen qh 2) a nalts rng, pour me & ( te on, 5 qu re par or, i y b née si de ale Bi \u201cLe directeur de l\u2019Evangéline publia à son tour la lettre, mais H en faisant observer qu'elle lui était venue recommandée, ce qui, à son avis, le dispensait d\u2019un accusé de réception, et que s\u2019il ne % l'avait pas publiée plus tôt c\u2019est que personne ne l'en avait prié.Il publiait en même temps un article de soumission dont voici le principal paragraphe : \u201c Nous répudions tout ce que nous pourrions avoir écrit et qui pût être considéré comme une attaque contre l'autorité religieuse et nous acceptons et croyons, comme nous avons toujours cru et accepté, tout enseignement des Pontifes Suprêmes dans leurs Encycliques, ou dans tout document émanant de Leurs mains vénérées, et voulons être fidèle à Tous leurs enseignements comme à tout autre de notre Mère la Sainte Eglise, particulièrement en ce qui concerne les Sociétés, nous conformant avec la plus absolue obéissance aux règles tracées par S.S.Léon XIII a ce sujet dans I'Encyclique Humanum genus, de 1884, et aux instructions de Mgr Sbarretti ; et, quant aux droits des langues, à toutes les Encycliques aux Orientaux, notamment celles de l\u2019immortel Pie IX et de 8.S.Léon XIII.\u201d Mais un fait intéressant, c\u2019est que le 26 novembre, le lendemain de sa publication dans le Moniteur, la lettre de Mgr Skarretti paraissait, traduite en anglais, dans le Globe de Saint- Jean, sous les titres \u201c Sévère reprimande à un journal de Moncton,\u201d \u201cles vues de Son Excellence le Délégué Papal.\u201d Même le journal de St-Jean, qui était évidemment inspiré, faisait précéder la lettre des commentaires suivants : \u201c Depuis plusieurs années L\u2019Evangéline, un journal hebdomadaire publié à Moncton, critique les autorités de l\u2019Eglise catholique, attaque la race irlandaise et dénonce les Knights of Columbus.Pourquoi cette organisation est plus particulièrement prise à parti, c\u2019est ce qui n\u2019est pas clair.Ce n'est pas une société irlandaise.Elle comprend des descendants d\u2019Anglais, d\u2019Ecossais, de Français, d\u2019Allemands et d\u2019autres races aussi bien que des Irlandais.Un de ses principaux officiers nationaux, M.J.C.Pelletier de Boston, élu récemment procureur du district de Suffolk, Mass., est le fils d\u2019un Canadien-Français.L\u2019ordre a des centaines sinon des milliers de membres dans la province de Québec.Il compte quelques Acadiens dans le Nouveau-Brunswick.C\u2019est une société fraternelle d\u2019où la politique est absolument bannie.L'intérêt qu\u2019elle porte aux choses religieuses est prouvé par le fait qu\u2019elle travaille en ce moment à prélever une somme d'un demi- million de dollars pour venir en aide à l\u2019Université Catholique de Washington.En Canada, récemment, de ses membres ont souscrit quelques milliers de dollars pour décorer la résidence du Délégué Papal, ce qui a fait dire à L'Evangéline, et à un ou deux autres journaux, que leur but était de s'assurer le concours de Son Excellence pour faire nommer un Irlandais archevêque d'Ottawa ! Bien que cette sorte de choses fût assez agaçante, personne ne prêta attention, dans le Nouveau-Brunswick, à la tactique du journal de Moncton.Il semble, cependant, que la conduite de l'Evangéline a été observée par le Délégué Papal, parce que nous trouvons l\u2019article suivant dans le Moniteur Acadien de Shédiac : \u201c Le directeur de I\u2019 Evangéline n\u2019ayant ni publié ni même fait au Représentant du Souverain Pontife un accusé réception de la lettre que lui adressait il y a quelques mois Son Excellence Mgr Sbarretti, Délégué Apostolique au Canada, le Moniteur a été prié de publier, pour l\u2019information des fidèles, le document qui suit :\u201d (Swit la lettre du Délégué.) 198 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Pressé de dire qui lui avait demandé de publier la lettre du Délégué, le directeur du Moniteur, M.Robidoux\u2014est-ce bien là le brave et distingué compatriote que nous avons rencontré à la convention de St-Basile %s\u2019est contenté de répondre : \u201c M.Landry doit savoir que s'il ne nous a pas communiqué lui-même la lettre de Mgr Sbaretti, elle ne pouvait venir que d\u2019une autre source.\u201d C\u2019est se tirer habilement d\u2019une situation difficile.Il eut été plus loyal de rendre publie tout simple- | ment le communiqué demandant de publier la lettre du Délégué.Il est des circonstances où il ne faut pas craindre de donner des noms, et c\u2019en était une excellente.D'autre part, il eut épargné au public qui sympathise avec le petit peuple héroïque qu\u2019est le sien, l\u2019attristant spectacle de voir leurs divisions exploitées contre leur cause, de voir leurs ennemis trouver contre eux des armes jusque dans leur propre maison.Pour notre part, nous refusons de croire que cette demande ait été faite au Moniteur par le Délégué lui-même, pas plus qu\u2019il n\u2019eut voulu faire pareille demande au Globe de Saint-Jean.Et de tous ceux qui ont observé l\u2019incident, il ne sera peut-être pas le moins étonné de voir combien on s\u2019est empressé de travestir la lettre qu\u2019il adressait à M.Landry en une réclame habile pour la société des Knights of Columbus.C\u2019est comme si le mouchard qui a renseigné les ennemis des Acadiens avaient craint qu\u2019on ne saisit point dans le public toute la portée de la lettre de Mgr Sbaretti.Les Knights of Columbus en cette affaire ! Nous ne pouvions guère l\u2019espérer ; mais, puisqu\u2019ils y sont, prenons-les tels qu\u2019ils sont.Ce qui nous étonne le plus, c\u2019est qu\u2019au nom de M.Pelletier de Boston, ils n\u2019aient pas accolés ceux de Mgr Roy, de Québec, de Mgr Faguy ou d\u2019autres membres distingués du clergé de la province de Québec.C\u2019est une réclame qu\u2019ils ont promenée \u2014sans succès, heureusement !\u2014dans tous les centres de la Nouvelle-Angleterre.Pour le moment, ils se contentent de \u2018 citer M.Pelletier, un canadien de Boston qui ne parle pas le = français et dont toute la carrière patriotique consiste, depuis quelques années, à servir d\u2019enseigne à une société qui est peut- ; être approuvée par l\u2019Eglise\u2014ce qui n\u2019est pas très sûr\u2014et qui se proclame non pas une société catholique, mais une société de catholiques.Et les Kmights ont leurs raisons pour maintenir cette nuance entre les deux termes.C\u2019est leur affaire, et quand nous nous plaignons du recrutement qu\u2019ils font parmi les nôtres, | c\u2019est moins pour les blâmer de cette initiative que pour signaler à nos gens combien ils sont imprudents de prêter ainsi leur | de A L\u2019ASSAUT DES INSTITUTIONS CAN.-FRANGAISES 199 influence à une œuvre qui tournera contre eux ici au pays et qui est déjà tournée contre un million de nos compatriotes franco-américains.J'ai entendu, plus d\u2019une fois, des Knights Canadiens de Québec dire que ceci n\u2019était pas encore prouvé.Si Dieu nous prête vie, cette preuve sera faite et très prochainement.Du reste, il importe peu aux Acadiens qu\u2019il y ait un Canadien- français de plus ou de moins dans une association de langue anglaise dont ils ont à se plaindre.Il ne leur importerait pas davantage de connaître tout le bruit que fit il y à quatre ou cinq ans la découverte, à la mort d\u2019un de ces catholiques d'élite, qu\u2019il était un franc-maçon haut gradé.Autant de faits qui nous entraîneraient trop loin de la question que nous voulons traiter plus spécialement, savoir que beaucoup de nos réclamations, même vigoureuses, sont prises pour des attaques quand elles sont tout simplement la défense que nous opposons, en plein jour, aux attaques sournoises et fourbes que l\u2019on nous a portées dans l\u2019ombre.Que cela gêne les assimilateurs, c\u2019est assez facile à comprendre, mais ils ne referont pas notre nature ou notre goût dans le choix des procédés.D'\u2019ailleurs, nous serions mal venus de prétendre confier nos réponses à des Searchlights, ou & des mémoires comme celui de 1905, aux mains qui ont réussi à les garder une couple d\u2019années sous le manteau.C\u2019est ce que notre vaillant confrère de l\u2019Evangéline a très bien compris et c\u2019est bien pour cela que dans la situation honorable, si elle est délicate, où les événements viennent de le placer, nous nous empressons de leur apporter le témoignage de notre très cordiale et fraternelle sympathie.Nous ne savons pas jusqu\u2019à quel point il a pu mériter le reproche de s\u2019être attaqué aux autorités ecclésiastiques.Le silence gardé sur son compte par ses supérieurs immédiats était pourtant de nature à nous rassurer ; et nous ne cachons pas que l\u2019intervention subite dont il a été l\u2019objet de la part d\u2019une autorité supérieure nous a jeté dans un émoi profond.Son acte de soumission, qu\u2019il a su faire avec autant de dignité que de franchise, a proprement remis les choses au point.C\u2019est un acte qui l\u2019honore et nous l\u2019en félicitons.Nous comprenons tous les dangers auxquels s\u2019expose le journaliste qui entreprend de traiter nos questions nationales et religieuses.La situation qui nous est faite, dans Ontario, dans l\u2019Ouest, dans les provinces maritimes, rapprochent tellement les sujets de conflit, elle prête si souvent aux abus de critique comme aux abus de pouvoir, que les juges eux-mêmes, entraînés 200 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE par les préjugés ou une conception fausse des droits et devoirs de chacun, courent grand risque de faire pencher la balance du mauvais côté.Est-ce à dire, pour cela, qu\u2019il faille s\u2019abstenir de travailler au triomphe de la vérité et de la justice ?Tout au contraire.Il ne faut pas oublier qu\u2019une situation n\u2019est jamais si près d\u2019une solution définitive que lorsqu'elle est le plus tendue.C\u2019est le temps où se mesurent la sincérité et la force de caractère de ceux qui luttent.On cite à M.Landry les encycliques de Léon XIII sur les devoirs des journalistes pour l\u2019engager à cesser toute discussion au sujet des sociétés catholiques, et dans l\u2019espèce il s\u2019agit des sociétés de langue anglaise manifestement hostiles ou au moins nuisibles à tout mouvement français.À ce compte-là nous n\u2019en finirions plus si nous voulions citer les encycliques du même Pape sur le respect que les religieux doivent aux évêques, sur les droits des nationalités, et ce ne serait guère amusant pour les auteurs du Searchlight ou encore du Mémoire de 1905.Et qu\u2019on ne vienne pas invoquer le respect dû à l\u2019autorité pour nous forcer au silence sur des questions où nous trouvons l\u2019autorité aussi oublieuse de ses devoirs que jalouse de ses droits.Ce ne sont pas ceux qui souffrent toutes les vexations, tous les empiètements, tous les assauts, depuis un demi siècle, qui songent à manquer de respect pour l\u2019autorité, même si cette autorité les regarde froidement se débattre contre les mille dangers dont on les entoure ou qu\u2019on leur suscite, pendant : qu\u2019elle les pousse lentement à l\u2019abime et souvent hélas ! escompte les profits à retirer de leur mort nationale.La lutte même qu\u2019ils soutiennent pour la langue et les traditions de leurs ancêtres, montre l\u2019attachement qu\u2019ils ont toujours pour la vieille foi héroïque en la bonté de Dieu qu\u2019ils ont emportée dans leur exil et dont ils illuminent leurs foyers depuis des générations.Ils mourraient avec joie pour venger le caractère sacré de leurs prêtres ; et jusque dans l\u2019évêque persécuteur qui passe dans leurs rangs, aux jours des grandes solennités paroissiales, ils voient encore le Maître dont l\u2019amour console leur affliction et les fait espérer en des jours meilleurs.Les nationalités sont de droit divin.(1) A la plupart on ne l\u2019a jamais dit, mais il le sentent de toute la force de ce sentiment, dont parle De Bonald, (2) et qui rend les races invincibles jusque dans la mort.(1) Deloche, p.31.(2) \u201c Ce sentiment profond (le caractère national) endormi dans la jouissance uniforme et tranquille d\u2019une longue prospérité, se réveille aux jours Ë 4 i ll Ir = = & & _\u2014 = E> cow ramen LE 00e Teo red \u2014 Tm Ch To a aT a ~2 \u2014_ == tsa A L\u2019ASSAUT DES INSTITUTIONS CAN.-FRANÇAISES 203 cette croix sublime qui pèse si lourdement sur ses épaules et dont le Cyrénéen se montre bien lent à venir le soulager.Abandonnés de tous, voués à l\u2019extinction nationale, repoussés de ceux-là mêmes dont ils justifient l\u2019élévation, après des années de prières ardentes pour le triomphe de leur droit, les Acadiens\u201d ont espéré dans leurs mains.\u201d (1) Qui les blâmera ?Jusque dans le succès qu\u2019on leur fait entrevoir se mêle encore, par je ne sais plus quelle force de l\u2019implacable destin qui les poursuit, l\u2019amère pensée que l\u2019on va leur trafiquer, contre le reniement de leur propre organisation nationale, les décrets libérateurs que Rome leur prépare.On leur dit : \u201c Vous savez que le Saint-Siége est disposé à faire tout ce qui sera possible pour satisfaire les légitimes aspirations du peuple acadien.Ces écrits ne peuvent que nuvre à la cause que vous voulez défendre.\u201d Et cela, après leur avoir demandé, à eux qui se défendent, de cesser leurs attaques contre les groupes catholiques de nationalités différentes.Ce pluriel est de trop, car la seule nationalité dont il peut être question, ce sont les irlandais.Certes, ce ne sont pas les Polonais, ni les Galiciens qui ont rédigé le Searchlhght ou le mémoire de 1905, qui ont combattu la création d'un évêché acadien à Moncton, qui veulent un évêque irlandais à Ottawa, qui en veulent un autre à Regina, qui en voudraient.un à Québec, à Montréal.(2) Et si l\u2019on veut parler des sociétés dans lesquelles les catholiques ont le droit d'entrer, de quelque langue ou de quelque origine qu\u2019ils soient, il est facile d\u2019observer qu\u2019il ne s\u2019agit point du Central Verein allemand.Du reste, le Globe de St-Jean nous l\u2019eut dit tout aussi bien qu'il s\u2019est empressé de nous frotter la lettre du Délégué sous le nez en nous expliquant qu\u2019elle arrivait fort à point pour les Knights of Columbus.Nous nous arrétons.Les faits que nous venons de grouper nous entraîneraient trop loin, et l\u2019espace nous fait défaut.Il est évident que les événements se précipitent, dans notre vie canadienne avec une rapidité prodigieuse.Et pour celui (1) Omnes in manibus suis speraverunt.(2) \u201c Hélas! ceux qui devraient être le modèle de la perfection chrétienne, poursuivent les richesses, les honneurs, la puissance temporelle ; et sont plus attentifs à leur bien-être qu\u2019au soin des âmes pour lesquelles j'ai versé tant de sang.Lorsqu\u2019un évêché est vacant, la terre et le ciel savent, par combien d\u2019injustices et d\u2019injures, on cherche à l\u2019obtenir, et, comme cet abus est devenu un usage, Dieu permet que les choses arrivent selon leur der\u201d Œuvre du B.Henri Suzo.Colloque spirituel des neuf rochers, p. 204 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE qui observe avec soin la marche très sure\u2014plus sûre que jamais à cause du secret patronage dont elle semble profiter\u2014des tendances assimilatrices, il n\u2019est plus guère douteux que le cercle destiné à limiter à la seule Province de Québec tout nouveau développement de l'influence française en Amérique se resserre de plus en plus et que, si le jour était venu de donner le dernier tour de vis au plan que nous avons commencé de dévoiler et qui est destiné à nous perdre, il se trouverait une main, il s\u2019en trouverait plusieurs, prêtes à accomplir gaiement cette besogne.J.L.K.-Laflamme =.pm 2e #55 pe Re ES Le Rêveil de Québec (Fantaiste.) Louis Veuillot écrivait, Un jour, à sa sœur : \u2018 En ce temps-là, je n\u2019avais point de châteaux sur la terre ; mais quels châteaux seront jamais tels que j'en avais dans les nuages.Je peux bien me dire pauvre quand je songe aux richesses de ce temps-là.Donnez-moi en toute propriété tous mes châteaux dans les / nuages et mettez dedans chacun le coffre-fort du juif ; ce ne sera que pauvreté, surcharge dans la pauvreté.J'ai été ruiné à plat le jour où j'ai perdu les nuages.\u201d Québec aussi sera ruiné à plat le jour où il perdra les nuages avec tous les châteaux qu\u2019il y possède.Le nombre de ces châteaux est vraiment prodigieux.Songez que, chaque année, trois ou quatre constructions gige ntesques s\u2019y édifient au crédit de Québec.Et Québec existe depuis trois cents ans! Ah! quelles richesses égaleront jamais sur la terre celles que la vieille cité possède dans les nuages !.A vrai dire, Québec ne possède, sur la terre qu\u2019un château ; c\u2019est quelque chose, mais c\u2019est peu quand on songe à tous ceux qui s\u2019élèvent là-haut, dans ton enceinte vaporeuse, Ô Québec des nuages !:.Et pourtant, chaque printemps, dans la fortunée capitale que Champlain a fondée sur la terre d\u2019\u2018\u2018immenses travaux, pouvant donner de l\u2019ouvrage à des milliers d\u2019hommes \u201d doivent commencer.Le chantier de ces travaux n\u2019existe toujours qu\u2019au royaume de la Lune.Aujour- d\u2019hui, c\u2019est une rue nouvelle ou un long boulevard bordé d\u2019arbres qui doit s\u2019ouvrir ; demain, c\u2019est un hôtel monstre près duquel le Château Frontenac ne sera plus qu\u2019un kiosque qui, en un endroit déjà désigné, s\u2019offrira aux regards des Québecois tout fiers et des touristes médusés ; ou bien c\u2019est une gare cyclopéenne, un théâtre monumental ; ou bien enfin, c\u2019est.c\u2019est.quoi encore ?L\u2019année dernière, à l\u2019occasion des inoubliables fêtes du Tricentenaire, c\u2019était toute une cité nouvelle, dans la vieille, qui allait s\u2019élever sur le vieux et rude promontoire.Québec se décidait enfin à secouer ses langes et à sortir de ses ruines avec des monuments, des palais, des 206 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE musées, des châteaux, \u2014réels\u2014des jardins et des parcs, dont un, celui des Batailles devait faire verdir de dépit le Garden Park des Anglais et le Bois de Boulogne des Français.Tout cela est allé se loger dans les nuages.Cette année, comptons bien sur nos doigts, les architectes américains.de Québec vont nous exhiber les plans d\u2019une gare centrale, d\u2019un grand hôtel, d\u2019un marché, d\u2019un théâtre, d\u2019un pare, du prolongement de la Terrasse dont on parle depuis quarante ans, du fameux Pont qui, lui, ne s\u2019obstine pas à monter dans les nuages, mais aime mieux faire le plongeon dans le fleuve, et, si le ciel favorise, enfin, les vœux d\u2019une partie de la population, du parachèvement du bureau de poste de Saint Roch dont le projet est sur le tapis depuis au moins cent quatre-vingt lunes.Il est fort à parier que toutes ces constructions, à part le pont, aillent, elles aussi, s\u2019édifier là-haut.Québec, celle de la terre, est une pauvre vieille dame qui se rengorge dès qu\u2019on lui parle de son prestige passé ; elle affecte des airs athéniens et aime beaucoup les études classiques.Aussi bien, parmi beaucoup d\u2019heureuses et de brillantes qualités qui ont été son lot, jusqu'ici, en ce monde, il n\u2019est point resté de place pour la modestie ; et l\u2019on ne se cache pas pour la dire orgueilleuse.à sa façon.Mais on voudra bien ne voir là que propos de détracteurs jaloux.Pour dire vrai, elle est le conservatoire des vieilles traditions de la vieille France, et elle n\u2019est fière seulement que du nimbe de poésie et de légende qui l\u2019enveloppe et la transfigure.Ah! elle est contente aussi de ce que l\u2019épopée de son histoire se raconte tout entière et nous parle par toutes les pierres de ses bâtisses, par toutes les figures de ses monuments : vieilles choses brûlées de soleil, vibrantes dans le poudroiement des midis d\u2019été ou émergeant tristement des neiges de nos rudes hivers.Et elle doit, à la vérité, fièrement enveloppée dans ce manteau de gloire ancestrale.C\u2019est, de nouveau, la Belle au Bois dormant.Mais il viendra, \u2018\u201c un jour qui n\u2019est pas venu,\u201d un Prince Charmant qui la réveillera de son sommeil trois fois séculaire.Cette réalité choquera sans doute ses romantiques admirateurs, ceux qui chérissent dans le monde de Québec une illusion de dilettante située dans un passé trop légendaire et partant un peu chimérique ; mais, vraiment, le réveil sera fort heureux et venu à point.Un peu plus tard et les arbres recommençaient à pousser dans les rues de la vieille ville, et les touristes émer- ss ve, => Co Ee = = æ xD ess ee BB = = co == 0 À out is Ye Wi 1 | La a 12 27 CD EDS 2000 bas basa rade s LE REVEIL DE QUEBEC 207 veillés auraient pu surgir des carrefours d\u2019authentiques indiens.Vive done le Prince Charmant ! Or, ce Prince Charmant se trouvera être le genre humain lui-même, et son arrivée s\u2019effectuera de façon très naturelle.Voici comment.Les principaux centres d\u2019activité humaine sont situés dans l\u2019hémisphère boréal : Chicago, Montréal, New-York, Paris, Londres, Vienne, Moscou, Constantinople, Berlin, Saint-Peters- bourg, ete.Et la raison de ce fait est facile à comprendre.C\u2019est que la plus grande partie de la terre habitable est au nord de l\u2019Equateur.Des esprits sérieux ont rêvé que le Nord exercerait bientôt encore une attraction nouvelle et, si ces rêves se réalisent, comme il est très probable, plusieurs des centres actuels pourraient bien s\u2019en sentir, notamment Québec relativement assez voisin du Pôle Nord.Voici : Dans quelques années, le genre humain prenant plus complètement possession-de son domaine, et se mettant, pour ainsi dire, en communication avec lui-même, se sera fait tout autour de notre boule un chemin commode sur lequel l'électricité, le gaz et la vapeur se disputeront l\u2019honneur de l\u2019entraîner à des vitesses toujours plus vertigineuses.Ce chemin gigantesque, auquel des peuples travaillent depuis des siècles, traversera les continents dans leur plus grande largeur\u2014 Naturellement, les aéroplans et les ballons dirigeables s\u2019en moqueront bien et lui \u2018feront des pieds-de-nez par-dessus les montagnes \u2014Ainsi, partant de la côte occidentale de l\u2019Irlande et passant par Londres, Paris et Saint-Petersbourg, il traversera les steppes glacés de la Sibérie et gagnera la pointe la plus avancée de cette presqu\u2019ile très allongée \u2018\u201c qui est comme une main que l\u2019Asie viendrait tendre à l\u2019Amérique par-dessus le détroit de Behring.\u201d Sautant ce détroit, il suivra le Yukon et passera à travers le Klondyke.Rendu là, il faudra bien s\u2019occuper un peu du Pôle Nord qui a enfin poussé la complaisance envers ses découvreurs jusqu\u2019aux extrêmes limites du possible.C\u2019est vraisemblablement en cet endroit, par un chemin de ceinture que Peary ou Cook voudront bien lui tracer, que le genre humain prendra sa provision de glace.Du Yukon, il descendra à Winnipeg.Puis, de Winin- peg, le genre humain prendra son élan pour l\u2019Atlantique, et, touchant au nord du Lac Supérieur, au lac Abbittibi et au Lac Saint Jean, où il s\u2019approvisionnera de bluets, il descendra le Saguenay où, de là, il ne fera qu\u2019un saut, s\u2019il le veut, jusqu\u2019à l\u2019extrémité la plus orientale du Labrador pour y prendre sa 208 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE provision de morues et de harengs.Il retournera ensuite le fleuve et s\u2019arrêtera finalement à Québec fort essoufflé, eomme on peut se l\u2019imaginer, après une pareille course.Voilà ce rêve grandiose.Supposons maintenant qu\u2019il se réalise, on voit les conséquences qui en résulteront sur la distribution du commerce et de la population, ici, en Amérique.En effet, que ce rêve se réalise et Winnipeg devient la plus grande ville de l\u2019Ouest parce que c\u2019est là que l\u2019immense trafic que centralise aujourd\u2019hui Chicago, ira rencontrer le genre humain arrivant d\u2019Asie avec, dans les mains, toutes sortes de produits, y compris l\u2019or du Klondyke.Ainsi, le centre commercial de l\u2019Ouest se déplacera de beaucoup vers le Nord et montera de Chicago à Winnipeg.Au nord du Lac Supérieur, il se formera une ville considérable attirant à elle le commerce des lacs et achevant de détrôner Chicago.On y transportera le commerce des cochons et des conserves.Montréal, New- York et Boston, naturellement, seront bien obligés de s\u2019occuper du genre humain qui descend, là-bas, du Labrador.Et, comme ces villes ne sont pas sans savoir que le genre humain est beaucoup trop considérable pour aller chez elles, par voie d\u2019eau, à cause du peu de profondeur du fleuve, en été, et, en hiver, à cause de la Clef du Cap Rouge , et par terre, eu égard aux trop longs retards du Pacifique et de l\u2019Intercolonial, elles viendront elles-mêmes l\u2019attendre à Québec et faire des affaires avec lui.A Québec aboutira, en outre, un autre chemin de fer arrivant directement de la Baie James, après avoir traversé des plaines fertiles qui se changeront vite en champs de blé, comme au Manitoba.Comme on le voit, Québec deviendrait, ni plus ni moins, le rendez-vous du genre humain.Il serait le centre commercial du monde entier.Il attirerait à lui tout l\u2019or du Klondyke, tout le blé du Manitoba, tout le beurre et le fromage de Montréal, tout le coton des Etats-Unis, toutes les fourrures de Nijni-Worgorod.Il deviendrait une ville énorme, monstre ; et pensez s\u2019il serait fier.Lévis, Sillery, Limoilou, Beauport, Charlesbourg, Montmorency s\u2019annexeraient à la nouvelle ville et deviendraient de populeux quartiers.Les routes de ces différents villages seraient transformées en somptueux boulevards.On finirait le Parc des Batailles de Lord Grey, où, à côté de la statue de l\u2019Ange de la Paix que l\u2019on construirait trois cents pieds plus haut, on élèverait des monuments à Laurier, à Gouin, à Bourassa, à tous les ministres et à tous les députés te k {0g U ie, Jl nie sen & de com- de Eu ere tn Der LE REVEIL DE QUEBEC 209 depuis la Constitution.La Terrasse s\u2019étendrait jusqu\u2019au Cap Rouge et une gare centrale couvrirait toute la Basse-Ville d\u2019aujourd\u2019hui.Bref ! on aurait tellement agrandi la ville que la chute Montmorency deviendrait un jet d\u2019eau qui cascaderait en face d\u2019un monumental édifice qui serait le bureau de poste de Saint-Roch, et où le genre humain, de passage à Québec, viendrait chercher son courrier et écrire des cartes postales à ses amis d\u2019Europe, d\u2019Afrique et d\u2019Asie.Voilà ce que sans penser on pense de Québec si, un jour, le Prince Charmant venait réveiller la petite ville de province d\u2019aujourd\u2019hui qui dort si profondément sur la terre.Au reste, on voudra bien faire aux esprits sérieux qui ont fait ce rêve le sensible plaisir de trouver vraisemblables les conséquences que pourraient avoir ce rêve, s\u2019il se réalisait.Jean Yves.i ff: Acadiens déportés à Boston, en 1755.-~ |e (Un épisode du Grand Dérangement) | (Suite) (| 905 Un comité fut, encore une fois, institué pour s\u2019enquérir des ] faits.Dans son rapport nous le voyons se prononcer contre l\u2019idée À d'offrir aux Acadiens des terres pour s\u2019y établir, quoiqu'il y en #4 eut en abondance, n\u2019attendant que des colons.Cependant il i reconnait que \u2018\u201c dans l\u2019état où se trouvent les détenus, ils sont dans un danger immédiat de périr, s\u2019ils ne sont pas secourus,\u201d et termine en recommandant qu\u2019on leur alloue des vivres pour deux mois, jusqu\u2019au printemps.; La Chambre des Représentants, à qui ce rapport fut soumis, | y souscrivit en partie.Comme les Acadiens mouraient litté- | 4 ralement de faim et qu\u2019ils étaient dans l\u2019impossibilité absolue | de se procurer des vivres, ne possédant plus ni outils ni rien, | elle eut la largesse de leur voter des rations pour quatre jours ! Sa générosité ne s\u2019arrêta pas là.Ayant décrété qu\u2019ils seraient encore une fois séquestrés dans leurs anciennes limites, elle fit, aux frais de la province, enterrer les morts et transporter en voiture, jusqu\u2019à la porte de leur prison, ceux et celles qui ne pouvaient plus marcher! Quoiqu\u2019ils fussent sortis de leurs geôles sans le passeport exigé par la loi, étant en veine de magnanimité, elle ne les fit pas mettre au bloc, et ne les condamna pas, comme ils en étaient passibles, à être fouettés publiquement, hommes et femmes, garçons et filles, le buste nu jusqu\u2019à la ceinture.Ils furent purement et simplement reconstitués prisonniers.Et c\u2019est ainsi qu\u2019en l\u2019an de grâce 1765, on traitait, à Boston, en pleine paix, des sujets anglais.ou francais, quand c\u2019était J des Acadiens.A partir de ce jour la situation de ces malheureux fut plus | lamentable encore qu\u2019auparavant.Jusque là, c\u2019était le pur- |! gatoire avec l\u2019espérance finale du ciel ; désormais ce fut l\u2019enfer, l\u2019enfer du Dante, refermé sur eux, et scellé.Allaient-ils donc tous périr, de plus de douze cents qu\u2019ils avaient été dans le Massachusetts ?Mourir de faim, de froid, dir in Loe > M \u2014 = = or = BE va om if ACADIENS DEPORTES A BOSTON, EN 1755 211 sous les coups, ces pères.et ces mères profondément chrétiens s\u2019en seraient consolés ; car, après tout, ce n\u2019était qu\u2019abandonner une vie mortelle et misérable.Mais vivre et mourir sans le secours des sacrements consolateurs de l\u2019Eglise ; mais voir leurs enfants, ceux qu\u2019on leur ravissait, élevés dans une religion dont les membres étaient aussi inhumains, pour devenir à leur tour des Puritains, cette pensée leur était intolérable.Cependant, le gouverneur Fra Bernard cherchait toujours le moyen de les sauver, et il ne s\u2019en présentait aucun.Douze mois s\u2019écoulent, durant lesquels on n\u2019entend plus parler des prisonniers du Massachusetts, désormais oubliés de l\u2019univers entier.Même Thomas Hutchinson, l\u2019homme charitable et juste, leur ami, que nous connaissons, ne peut rien faire pour eux dans le court espace de temps où il remplit les fonctions de lieutenant-gouverneur.De son côté, la Législature ne prend plus même la peine de répondre, quand ils s\u2019adressent à elle pour quelque nécessité urgente.Il leur arrivait, toutefois, des nouvelles du dehors, de temps en temps ; et ils trouvaient moyen de communiquer entre eux et de se concerter.C\u2019est ainsi qu\u2019ils apprirent, au commencement de 1766, que le gouverneur Murray avait, l\u2019année précédente, par proclamation royale, ouvert le Canada aux immigrants d\u2019Angleterre et à tous ceux des colonies anglaises qui désiraient s\u2019y établir.Cent arpents de terre seraient accordés aux chefs, et cinquante à chaque enfant, de toute famille, qui en ferait la demande, gratuitement, les deux premières années, et, ensuite, moyennant une redevance annuelle de deux schellings.Disait la proclamation : \u201c Ceux qui voudront s\u2019établir dans le bas de la province, comme sur la baye de Gaspé, la baye des Chaleurs et places adjointes, auront (en outre) l\u2019avantage de la pêche.\u201d Les prisonniers décidèrent de tenter un suprême effort de ce côté-là.En conséquence, huit d\u2019entre eux, Jean Trahan, Alexandre Breau, René Landry, Isaac Gourdeaux, Augustin Leblanc, Isidore Gourdeaux, Jean Hébert et Joseph Manzerol, remirent, le 8 février 1766, une pétition au gouverneur, le priant, au nom des Acadiens de Boston, de les faire transporter par mer, eux et leurs familles, au Canada, avec des provisions pour un an, vu qu'ils étaient sans ressources.Ils le priaient en même temps, d'écrire au gouverneur Murray pour lui demander de les recevoir et de leur donner des terres, Pi va pcs ar tee ES var DIR EC ea 212 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Le gouverneur Bernard communiqua cette pétition aux Chambres, l\u2019accompagnant d\u2019un message au cours duquel il disait : \u2018\u201c J'ai toujours eu, depuis que je suis gouverneur de cette province, beaucoup de compassion pour ce peuple.Comme vous le savez tous ce sont les dures nécessités de la guerre plutôt qu'aucune faute imputable à eux qui les ont arrachés à une situation où ils vivaient dans l\u2019aisance, dans l'abondance même, pour les plonger dans la pauvreté et le servage, d\u2019où ils n\u2019ont aucun moyen de sortir.A plusieurs reprises j'ai cherché à améliorer leur sort et à faire d\u2019eux d\u2019utiles sujets de la Grande-Bretagne ; mais j'ai chaque fois failli à la tâche.\u201c Voici que vous avez l'occasion de faire, sans qu\u2019il vous en coûte beaucoup, qu\u2019ils ne soient plus à charge à la province ni à eux-mêmes, et deviennent, au contraire, une source de richesse et de force pour l\u2019Empire, en Amérique.Il est bien certain que s\u2019ils avaient des terres, sans lesquelles aucun cultivateur ne peut vivre, ils se tireraient d\u2019affaire.J\u2019espère donc qu\u2019ils pourront profiter de l\u2019offre du gouverneur Murray ; donnez-leur en le moyen, et vous ferez un acte d\u2019utilité publique en même temps que de charité.\u201d Pour réponse, la Chambre des Représentants, sur la recom- Ÿ mandation de toute la cour, ordonna que ceux des Acadiens fq qui étaient venus à Boston présenter la pétition, s\u2019en retour- | E: nassent immédiatement dans les villes et villages qui leur avait été assignés, et, s\u2019ils refusaient, que les vivres leur fussent RE coupés.| Ils avaient le choix : retourner prendre leurs chaînes, ou |.mourir, à Boston, de faim.C\u2019en était trop.Le gouverneur et le conseil refusèrent de ratifier cette dernière infamie.Ils étaient écœurés.| Il s\u2019en suivit un dead-lock entre la Chambre des Représentants | | : et le Conseil.A la fin, ce fut la Chambre qui céda, et, le 20 { février 1766, elle autorisa le lieutenant-gouverneur \u2018 à écrire à Murray pour l\u2019informer que les Acadiens étaient prêts à passer au Canada, s\u2019il consentait à les recevoir.\u201d Vingt louis sterling furent votés pour envoyer porter le message par deux Acadiens, le lieutenant-gouverneur ne se souciant apparemment pas de confier à des Bostonais cette délicate mission.Voici la réponse du gouverneur Murray, telle que rapportée par l\u2019un des deux envoyés : in lg ley Pugh Se} ls gy 4 dy gt} send ths ii) Be ie] Ig Ta jeu uk le | ald tes | J F ACADIENS DÉPORTÉS A BOSTON, EN 1755 213 | « Monsieur, j'ai reçu, il y a déjà quelque temps, votre lettre | du 25 février à propos des Acadiens de votre province.Je suis d'avis qu\u2019il est de l'intérêt de l\u2019empire britannique en général et du Canada en particulier, que ce peuple s\u2019établisse ici sur le même pied que les nouveaux sujets Canadiens de Sa Majesté ; par conséquent, je n'hésite pas à les recevoir.Mais comme ils ont autrefois refusé de prendre le serment d\u2019allégeance et d\u2019apostasie (abjuration) et comme par leur requête à moi adressée ils semblent s\u2019attendre à être maintenus aux frais du gouvernement, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils puissent se suffire à eux-mêmes, Je crois nécessaire de vous communiquer ma réponse à leur pétition, vous priant de la leur passer, afin que personne ne puisse plaider ignorance.Ceci pour prévenir toute rancœur et tout reproche de côté et d\u2019autre.\u201d Cette réponse montre combien il s\u2019en fallut de peu que Murray ne leur refusât l\u2019entrée du Canada.Quelqu\u2019un les avait évidemment desservis auprès de lui.Ce quelqu\u2019un-là, disons-le sans hésiter, c\u2019était Wilmot, digne successeur de Lawrence et de Belcher.Ce trio de gouverneurs avait passé par des transes mortelles en apprenant, quelques années auparavant, que Murray était disposé à laisser les déportés de la Nouvelle-Ecosse s\u2019établir sur les côtes de la Gaspésie.Pour l'en détourner, ils lui avaient écrit, les uns après les autres, pis que pendre des Acadiens.Les établir dans le fond du Haut- Canada, passe encore ; mais dans le golfe, à portée de leurs anciens établissements, jamais ! Leurs cris avaient retenti jusqu\u2019en Angleterre.\u201c Je suis d\u2019avis, écrivait Wilmot au Lord de Halifax, que l\u2019établissement d\u2019une colonie d\u2019Acadiens, soit dans les provinces maritimes, soit sur le long du fleuve Saint- Laurent, exposerait le pays aux plus fâcheuses conséquences.Ce sont des français fanatiques, des papistes irréductibles.\u2026.Qu\u2019on les disperse plutôt, par petits groupes, et préférablement à tout autre endroit, aux Antilles françaises.\u201d Murray, et c\u2019était là l\u2019essentiel, leur ouvrait les portes du Canada ; il y avait sous le soleil un coin de terre où il leur serait permis de vivre et de mourir en hommes libres.Mais on les prévenait qu\u2019aucune assistance ne leur serait donnée.Comment, avec cette perspective, entreprendre le long voyage, sans ressources, dénués de tout et exténués par des années de privations et de souffrances ?Ils se jettent aux pieds du gouverneur et des membres du Conseil, et les conjürent d\u2019avoir compassion au moins des veuves 214 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE chargées d\u2019enfants, des vieillards, des malades ; de leur pro- | curer à tous le moyen de passer au Canada, et, rendus là, de leur donner de quoi subsister quelque temps, sans quoi ils ne partiraient que pour mourir de faim.Poussés par le désespoir : ©\u201c Vous avez toujours été prêts, ajoutent-ils, à nous venir en aide, et nous n'avons que vous, messieurs, à qui nous adresser pour nous tirer de l\u2019abîme de misère où nous avons été jetés.\u201d Quant au serment d\u2019allégeance, celui qui leur avait été maintes fois proposé en Acadie, attendu qu\u2019il n\u2019y avait pas là, comme autrefois à Port-Royal, aux Mines, à Beaubassin et à Pigiguit, de casuiste pour leur faire entendre qu\u2019il y allait du salut de leur âme, s\u2019ils consentaient volontairement à devenir les sujets d\u2019un prince hérétique et les menacer d\u2019excommunication, ils se déclarent d\u2019avance tous prêts à le prendre.Ceci se passait à Boston, le 2 juin 1766, onze ans après leur déportation de l\u2019Acadie.Aucune aide quelconque ne leur fût accordée ; tout au contraire, la Chambre passa une résolution spéciale interdisant qu\u2019il leur fût fait aucune avance : to prevent the Neutrals being supplied any further.C\u2019était une autre manière de les empêcher de partir.C\u2019était se montrer plus inhumain que les Egyptiens ne l\u2019avaient été pour les Hébreux ; car, lorsque ceux-ci sortirent de la captivité d\u2019Egypte, ils purent emprunter des païens des vêtements et autres objets nécessaires à la vie.Que faire dans ces conditions ?Des messages furent envoyés dans toutes les localités où il se trouvait des prisonniers, afin de prendre l\u2019avis de chacun et d\u2019agir de concert.Le sentiment fut unanime de passer au Canada, de s\u2019en aller à tout prix, de sortir de l\u2019enfer.Mais les vieillards, les infirmes, les malades, ne pouvaient pas entreprendre le trajet.Allait-on les laisser en arrière ?Il y avait dans le port de Boston des vaisseaux en partance pour Halifax et Québec, qui pouvaient très bien les prendre à leur bord.Il y avait aussi des goëlettes et des barges de pêcheurs inoceupées, que les Acadiens s\u2019offrirent de manœuvrer eux- mêmes et de ramener, si on voulait leur en prêter quelques-unes.Ils n\u2019essuyèrent partout que des refus.Jean Labordore, que nous connaissons pour l\u2019avoir vu, au sacrifice de ses biens et au péril de sa vie, sauver un navire et un équipage anglais à Mirliguêche (Lunemburg), avant le L'on, Ug, ng Prêts Fou, It le L té là leur 0: i ig Is Ie er = gE ACADIENS DÉPORTÉS A BOSTON, EN 1755 215 Grand Dérangement, rappelle une seconde fois ce service et supplie le gouverneur de lui fournir le moyen de prendre passage, lui et ses huit enfants, sur un Vaisseau qui doit partir, le samedi suivant, 20 juillet, pour Québec.Da prière est rejetée.Quelques-uns vont à pied, au travers des bois, jusqu\u2019à Québec, solliciter quelque secours de leurs frères canadiens, Edouard Benoit, entre autres, dont la femme est malade, et l\u2019un de ses deux enfants aveugle.Ils s\u2019en reviennent désespérés.| Tout ce qu\u2019il est humainement possible de faire, ces malheureux le tentent pour se procurer un passage au Canada.Un petit nombre seulement y parviennent.Il ne restait aux autres que l'alternative, ou d\u2019attendre tous ensemble, en captivité, la mort trop lente à venir ; ou, pour ceux qui étaient forts et bien portants, de s\u2019en aller, à pied, sans ressources, sans armes, sans tentes, sans vivres, à travers quatre cents milles de forêt, avec la perspective de mourir de faim, soit en route, soit rendus à destination.Les plus misérables poussaient à partir ceux qui pouvaient entreprendre le voyage.Ils mourraient libres, au moins, ceux-là : cela valait mieux, disaient-ils, que de vivre et mourir esclaves tous ensemble.Le tableau des scènes qui se passèrent alors dans les cent vingt-cinq villes et municipalités où les prisonniers avaient été jusque-là retenus, scènes d\u2019héroïsme, de générosité, de pleurs, de résignation chrétienne, de désespoir, peut à peine se concevoir, encore moins se décrire.B Il s\u2019en trouva un peu plus de huit cents en état de partir.Ils laissèrent dans chaque localité des hommes valides, et surtout des femmes, pour prendre soin des infirmes et leur fermer pieusement les yeux ; et les autres, la mort dans l\u2019âme, rentrèrent, morne procession, dans la sombre forêt.k La caravane prit, pour se rendre à Montréal, où ils avaient résolu d\u2019aller, la route du lac Champlain.On eut pu suivre leurs traces aux croix de bois qu\u2019ils laissaient derrière eux sur des fosses péniblement creusées ; ce qui a fait dire à Longfellow : Aux pierres des tombeaux leur histoire est écrite.F Ceux qui parvinrent au Canada s\u2019établirent au sud de Montréal, dans les comtés de Saint-Jean et de Laprairie, le plus grand nombre dans un endroit qu\u2019ils nommèrent pieusement l\u2019Acadie : 216 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE .Et dulcis moriens reminiscitur Argos.Ils ne se dirigèrent pas tous du côté du Canada.Un groupe d\u2019environ deux cents, hantés par la nostalgie de leur chère Acadie, poussés par la folie du retour, prirent, à tout hasard, le chemin de la Nouvelle-Ecosse, sans savoir comment ils seraient reçus à leur arrivée et sans s\u2019arréter à cette pensée.Quoique les autorités d\u2019Angleterre eussent, deux ans auparavant, notifié le gouverneur Wilmot qu\u2019il eut à permettre aux Acadiens de s'établir à la Nouvelle-Ecosse au même titre que les autres colons, c\u2019est-à-dire en prêtant au roi le serment d\u2019allégeance ordinaire, la loi passée durant l\u2019été de 1759, par Lawrence, son Conseil et la Chambre d\u2019Assemblée, déclarant nulle toute action prise devant les tribunaux pour le recouvrement des biens immobiliers autrefois possédés par les Français, n\u2019en demeurait pas moins en vigueur, en 1766 ; et également une autre, du printemps de la même année, qui décrétait d\u2019emprisonnement et de bannissement les prêtres catholiques (papist priests) appréhendés dans la province de la Nouvelle- Ecosse, et condamnait à une amende de cinquante louis sterling ou au pilori, toute personne qui leur donnerait asile.Qu'ils fussent ou non au courant de ces lois passées en contravention du traité d\u2019Utrecht, rien n\u2019ébranla leur inébranlable résolution.L\u2019Acadie était plus éloignée de Boston que le Canada ; pour y arriver c\u2019était la même forêt à franchir, mais plus inextricable encore ; les mêmes difficultés à surmonter, mais plus grandes, à cause des rivières à traverser ; les mêmes dangers à affronter, mais accrus par le voisinage des hommes.Ils partirent quand même.Les péripéties de leur odyssée ne sont pas consignées aux archives de Halifax, ni dans les procès-verbaux de la Législature de Boston.Afin de ne donner que des faits strictement historiques et documentés, je laisse la parole à Rameau de Saint-Père, l\u2019un des auteurs les plus consciencieux qui aient écrit sur l\u2019Acadie.Il tient les faits suivants de la bouche même \u201c des fils de ces enfants de la douleur,\u201d comme il les appelle.\u201cCe fut, dit-il, dans le printemps de 1766 que se forma Phéroique caravane dont nous suivrons les pas.A pied et presque sans approvisionnements, les pélerins acadiens affrontèrent les périls et la fatigue d\u2019un retour par terre, en remontant les côtes de la baie de Fundy jusqu\u2019à l\u2019isthme de Shediac, à travers cent quatre-vingts lieues de forêts et de montagnes inhabitées : des femmes enceintes faisaient partie de ce misé- ACADIENS DÉPORTÉS A BOSTON, EN 1755 217 rable convoi, qui accouchèrent en route.Nous avons connu quelques-uns de ces fils de la douleur, et c\u2019est de leur bouche que nous tenons le récit que leur avaient transmis leurs pères, nés pendant cette douloureuse traversée.\u2018 Jamais on ne saura tout ce que souffrirent ces malheureux, abandonnés et oubliés de tous, en se frayant une route dans le désert.\u2018\u201c Dans les sentiers sauvages qui serpentaient parmi les interminables forêts, cette longue file d\u2019émigrants cheminaient péniblement ; c\u2019étaient de petites troupes de femmes et d\u2019enfants traînant le mince bagage de leur misère, tandis que les hommes, dispersés çà et là, cherchaient dans la chasse, dans la pêche et même parmi les racines sauvages, quelques ressources pour les alimenter.Il y avait des petits enfants tout petits, marchant à peine, que l\u2019on menait par la main ; les plus grands.les portaient de temps en temps ; plusieurs de ces malheureuses mères tenaient un nourrisson dans leurs bras ; les cris de ces.pauvres enfants rompaient seuls, par leurs échos plaintifs, le silence sombre et lugubre des bois.Combien sont morts en route : d\u2019enfants, de femmes et même d'hommes ?Combien ont expiré, accablés par la lassitude, souffrant la faim ou la soif, assis et oubliés pour toujours dans un sertier perdu, sans prêtre, sans consolations, sans amis ?\u201c A mesure que la triste caravane s\u2019avançait, il s\u2019en trouvait, en effet, dont les forces défaillantes se refusaient à les porter plus loin ; tous ne succombaient point cependant, et il s\u2019échelonna ainsi le long de la route quelques groupes, qui demeurèrent comme des noyaux de colonies à venir.C\u2019est ainsi que, sur les bords du fleuve Saint-Jean, plusieurs familles se fixèrent sur les ruines des établissements qu\u2019avaient occupés les Français dans ce district, à Jemsek et à Ecoupag, dans les environs de Fredericton.\u201c Lorsque la colonie des proscrits, éclaircie par les fatigues du voyage, atteignit les bords du Pecoudiak, il y avait quatre mois qu\u2019ils étaient en route.\u2018\u201c Après le premier mouvement de joie ressenti en retrouvant des parents et des amis, ils eurent à éprouver un grand serrement de cœur.On leur apprit que dans le pays des Mines et de Port-Royal, toutes les habitations avaient été brûlées, les terres confisquées et distribuées à leurs persécuteurs.Ce grand et pénible voyage qu\u2019ils venaient de faire se trouvait inutile : il n\u2019y avait plus pour eux ni patrimoine, ni patrie. 218 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2018\u2018 Cent vingt d\u2019entre eux s\u2019installèrent au milieu des Acadiens qu'ils venaient de retrouver et les autres, soixante environ, reprirent de nouveau leur route, hommes, femmes et enfants.Ils tournèrent le fond de l\u2019ancienne baie française, devenue Fundy Bay ; ils visitèrent successivement Beaubassin, Pigi- guid, les Mines ; mais Beaubassin s\u2019appelait Amherst, Cobeguit avait pris le nom de Truro ; Pigiguid celui de Windsor, et les Mines avec Grand-Pré se nommaient Horton.\u201cIls effrayaient les enfants qui regardaient passer la lamentable caravane ; ils inquiétaient les femmes et les hommes, comme une menace sortie du tombeau ; on s\u2019irritait contre eux, et les malheureux se trainaient de village en village, harassés par la fatigue et par un désespoir qui s\u2019accroissait à chaque étape.La dernière fut à Port-Royal, désormais Annapolis- Royal, où ils furent encore plus mal reçus qu'ailleurs.\u201d Pour se débarrasser de ces spectres, les autorités anglaises d\u2019Annapolis les dirigèrent sur les bords inoccupés de la baie Sainte-Marie, où vivent aujourd\u2019hui et prospèrent leurs fiers descendants.Ne vont-ils pas enfin trouver le repos, ces malheureux fugitifs de Boston, ces pâles pèlerins de la mort ?Reste-t-il au fond de la coupe quelque amertume qu\u2019ils n\u2019ont pas encore bue ?Ne sont-ils pas parvenus à la dernière station de la voie douloureuse, d\u2019où l\u2019on aperçoit les lointains du ciel ?Non, pas encore.Les infirmes et les malades qui avaient été abandonnés à Boston, parce qu\u2019ils ne pouvaient pas suivre la caravane dans son exode, n\u2019avaient pas encore tous rendu le dernier soupir que la guerre de l\u2019Indépendance des colonies anglaises d\u2019Amérique contre la mère-patrie éclata.Un certain nombre d\u2019Anglo-Américains, plutôt que de s\u2019engager dans une guerre fratricide, abandonnèrent leur pays et leurs biens pour se retirer au Canada et dans les provinces maritimes, restés fidèles à l\u2019Angleterre.Il fallait reconnaître un si beau geste patriotique\u2014le geste même des Acadiens Vis-à-Vis de la France\u2014et établir convenablement les nouveaux arrivés.Mais où ?On s\u2019était distribué entre soi et les amis toutes les terres des Acadiens déportés et leurs si riches prairies.Des terres en bois debout, ce n\u2019était pas une récompense digne d\u2019être offerte aux Loyalistes, comme s\u2019intitulaient ces partisans de l'Angleterre fuyant les colonies en révolte contre la métropole.ff = ees ers = => æ on -\u2014 re Ws - ra ACADIENS DEPORTES A BOSTON, EN 1755 219 Le gouvernement de la Nouvelle-Ecosse leur donna, entre autres morceaux princiers, les établissements fondés à Jemsek et à Ecoupag, sur la rivière Saint-Jean, en 1766, par le détachement d\u2019Acadiens que nous avons vu s\u2019acheminant si péniblement à travers les interminables forêts du Massachusetts, du Maine et du Nouveau-Brunswick.Le nouvel établissement commençait à prospérer.Ses habitants en furent dépossédés et chassés, tout comme autrefois de Grand-Pré et de Port-Royal.Tout ceci ressemble à de la fiction ; à un lointain mirage ; à une vision de larmes et de sang, apparue en songe dans la nuit, plutôt qu\u2019à un récit sévèrement historique.Un enchaînement si inconcevable de maux ne saurait être l\u2019effet du seul hasard, ni non plus de la seule méchanceté de quelques hommes.La volonté de Dieu, mystérieuse et adorable, est là, manifeste.Dieu s\u2019est visiblement détourné de nos pères, Etait-ce châtiment ?Etait-ce expiation ?Nous, les héritiers de leur ruine, croyons qu\u2019ils étaient des hommes remplis de foi religieuse et de crainte de Dieu, pacifiques, sobres, chastes, charitables, justes ; il nous semble même que, par la simplicité et la pureté de leur Vie, ils se rapprochent des premiers chrétiens ; à nos yeux leurs souffrances égalent en durée, et souvent en intensité, celles des martyrs.Leur courage nous paraît aussi grand et leur foi lu même.Mais nous sommes leurs descendants, et notre jugement peut n\u2019être pas impartial.On les avait, sans mauvaise intention sans doute, mais enfin on les avait mal éclairés et mal dirigés, dans leurs démêlés avec les gouverneurs de la Nouvelle-Ecosse.Ils avaient été induits en erreur sur la doctrine touchant les choses qu\u2019il faut rendre à Dieu et celles que le citoyen a le droit inaliénable, le devoir même, en certains cas, de rendre à César.Ils avaient été trompés, d\u2019abord, sur leurs droits ; ils s'étaient, ensuite, trompés eux-mêmes sur leur devoir de ] heure présente, en ne s\u2019armant pas d\u2019 indépendance, et en ne prenant pas sur eux de prêter quand même, au roi d'Angleterre, hérétique ou non, à qui le roi de France, très chrétien et très dissolu, les avait livrés corps et biens, le serment d\u2019allégeance que tout prince, que tout gouverneur régulier, a le droit incontestable d\u2019exiger de ses sujets.Si les Acadiens de 1755 avaient suivi leurs propres conseils politiques, leurs descendants, français et catholiques jusqu\u2019au dernier, formeraient aujourd\u2019 hui l\u2019immense 220 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE majorité de la population des provinces maritimes, comme les Canadiens le sont dans la province de Québec.Ils reposent tous, depuis longtemps, dans les bois, au fond de la mer, dans les cimetières protestants de l\u2019Angleterre et des Etats-Unis, au Canada, et quelques-uns en la terre bénie de l\u2019Acadie.Lawrence, aussi, est mort, et Belcher, et Wilmot, et Bos- cowan.Il reste aux uns et aux autres l\u2019éternité, plus longue à franchir.que de Boston à Port-Royal et à Laprairie, à travers les bois.Pascal Poirier.FIN =.et \u2014\u2014 pa =\u2014- =. Ji ong of Tt Revue des faits et des œuvres Un jury d'honneur C\u2019est la grave proposition que fait en ce moment M.le Chanoine LePailleur, de Montréal, aux journaux qui l\u2019ont mêlé à l\u2019affaire du diocèse de Burlington.Pour faire suite à la lettre qu\u2019il nous adressait, il y a quelques semaines, ainsi qu\u2019à la Vérité, de Québec, et l\u2019Union de Woonsocket, il propose à ceux qui auraient mal interprété les explications qu\u2019il a déjà données sur ce sujet, un arrangement auquel nous lui devons, en toute justice, de donner toute la publicité possible.Voici donc le communiqué qu\u2019il nous adresse et qui a déjà fait, d\u2019ailleurs, son tour de presse dans la Nouvelle-Angleterre et en Acadie : \u2018\u2018 Les sentiments ne se discutent pas, ils ne discutent même pas.Et quand ces sentiments touchent aux fibres si délicates de la famille ou du patriotisme, ils peuvent dans l\u2019amour ou la haine créer des héros ou faire des victimes.\u2018\u2018 Je ne m\u2019explique pas autrement les injures dont on accable en ce moment un homme, qui a conscience de n'avoir pas forfait à l'honneur, un Prêtre qui a voulu n'avoir au cœur que de l\u2019amour et du dévouement, un Canadien- Français qui n\u2019a voulu que du bien aux siens tout en respectant les droits des autres.\u2018\u2018 Je demande à mon caractère sacerdotal de m\u2019empêcher de répondre par la colère à des attaques cruelles, injustes et fausses.\u2018\u201c La réponse que j'ai voulu faire calme et modérée autant que loyale et sincère, n\u2019a pas eu lè don d\u2019apaiser ceux que trompent des informations incorrectes.Par ailleurs, je sais qu'\u2019esprit préjugé ou prévenu tout aussi bien que cœur aigri ou irrité ne peut donner qu\u2019une interprétation hostile aux affirmations les plus honnêtes, aux paroles les plus loyales, aux faits les plus simples, \u2018\u2018 En ces conditions, moi qui ai voulu la fédération des Sociétés Canadiennes et Acadiennes, je ne descendrai pas dans l'arène si vite passionnée et si facilement fratricide de la discussion dans les journaux.Comme toutefois il importe que mon silence qui voudrait être pacifique ne soit pas pris pour un aveu et une lâcheté, je veux soumettre toute la cause à un \u2018\u201c Jury D'HONNEUR \u201d.\u201c Et pour qu\u2019on ne m\u2019accuse pas de chercher partialité aucune, je prie de faire partie de ce \u201c JURY D'HONNEUR \u201d des hommès dont les noms seront agréables à mes adversaires.Je veux parler des Présidents généraux et des Aviseurs Spirituels de l\u2019Union St-Jean-Baptiste d'Amérique, de l'Association Canado-Américaine et de la Société de l\u2019Assomption.Bien plus, si ces Messieurs veulent appuyer leur décision sur un autre nom, j\u2019oserai solliciter de Son Excellence le Gouverneur Pothier qui ne me refusera pas cette insigne faveur. 222 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u201c\u201c Par ce choix même, on verra bien que je ne redoute pas les accusations.Quant aux accusateurs, il y a plus de vingt ans que J'ai appris la sagesse pratique de cette maxime : \u201c Les amis d\u2019hier peuvent être les ennemis d'aujourd'hui et les ennemis d\u2019aujourd\u2019hui peuvent être les amis de demain.\u201d G.M.Le PAILLEUR, Chan, Curé, Montréal, 1 décembre 1909.\u201d On admettra que cette affaire prend une singuliére tournure en tenant tout le monde à peu près aussi éloigné de la vérité que dans ses commencements, si tant il est possible que M.le Chanoine LePailleur ait été calomnié.La REVUE a publié dans son dernier numéro la réponse de M.le Chanoine et elle a dit très franchement ce qu\u2019elle en pensait.Maintenant, M.le Chanoine LePailleur demande un jury d'honneur sans trop bien définir la question à juger.Ses bonnes intentions ?Nous admettons qu\u2019il a pu être sincère tout en se trompant.Le conseil qu\u2019il a donné aux prêtres franco-américains du Vermont ?L\u2019opportunité de nommer un évêque franco-américain à Burlington ?Il ne doit pas en douter lui-même.L\u2019Union de Woonsocket explique très bien dans un article cité plus loin que cette proposition de jury est peut-être \u201c un joli coup de scène \u201d, mais n\u2019offre guère de côtés pratiques.Et c\u2019est surtout le cas pour le jury tel que M.LePailleur s\u2019est empressé de le constituer lui-même.Ce n\u2019est pas, certes, que nous doutions de l\u2019impartialité des juges qu\u2019il propose ; ils ont un passé qui les met au-dessus de tout soupçon, mais nous croyons qu'il est peu sage, pour ne pas dire peu généreux, d'entraîner, par exemple, les chapelains des sociétés franco- américaines et acadiennes, dans un débat qui peut leur attirer les plus grands désagréments.Si M.le Chanoine LePailleur connait bien la situation franco-américaine, s\u2019il connaît également la situation acadienne, il sera le premier à admettre que sa proposition pèche au moins de ce côté.Et que s\u2019il a mis beaucoup d\u2019empressement à choisir nos juges, il n\u2019a pas manqué assurément de les choisir de manière à prendre très peu de risques.Quel que soit le résultat de ce procès\u2014car, c\u2019en serait un-\u2014personne n\u2019ira le déranger à Montréal.Dans la Nouvelle-Angleterre, des conditions différentes de vie et d\u2019organisation ne laissent pas la même sécurité aux amis de la cause franco-américaine.Et nous aurions tort vraiment de les exposer à des tracas inutiles pour le simple lin, Resse ay an i ( tré ; ess Tr SS REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 223 plaisir de procurer la satisfaction d\u2019un jury à un monsieur qui se défend d\u2019avoir rédigé des mémoires en faveur d\u2019un candidat irlandais au siège de Burlington, mais approuve ceux qui font cette besogne, même s\u2019il appelle cela \u2018 vouloir du bien aux siens tout en respectant les droits des autres.\u2019 Du reste, tout ceci est encore le plus long chemin pour trancher une difficulté que M.le Chanione LePailleur peut résoudre lui-même, sans phrase et sans jury.Qu'\u2019il nous dise tout simplement si, oui ou non, à la place des prêtres franco-américains qui ont demandé son avis, il eut, lui, voulu un évêque franco-américain pour Burlington.Et pourquoi ?Qu'il nous dise cela en dix lignes.Nous le croirons, et le débat sera vidé.L\u2019évêque de London, Ont.Les journaux ont annoncé, le 16 décembre, l\u2019élévation du Très R.Pére Fallon au siège épiscopal de London, Ont, vacant depuis plusieurs mois.En même temps que la dépêche annonçant cette nomination, le Star, de M ontréal (16 déc.1909), en publiait une autre datée de London, Ont., et se lisant comme suit : \u2018\u2018 La nouvelle de l\u2019élévation du Père Fallon au siége épiscopal de London plaît aux catholiques de cette ville.En certains quartiers on croyait que le choix d\u2019un prêtre des Etats-Unis ne serait pas vu d\u2019un bon œil, mais bien qu\u2019il soit à peu près inconnu du clergé et des laïques du diocèse, le Père Fallon sera bien accueilli.On croit généralement ici que la publicité donnée au choix proposé du Père Hand ou du chanoine Mahoney, est la raison qui les a emrêchés d\u2019être élevés à l\u2019épiscopat.Le Père Fallon était autrefois curé de la paroisse St-Joseph d'Ottawa et vice-recteur de l\u2019Université.C\u2019est une autorité en fait de football.\u201d (1) Il est fort heureux que le Père Fallon soit un expert en autres choses, sans quoi l\u2019observation du Star serait d\u2019une ironie singulièrement piquante.Mais passons.Des faits autrement graves méritent en ce moment de fixer l\u2019attention.Dans le diocèse de London, il y avait en 1901, 30,701 catholiques anclais, écossais, irlandais, italiens, ete, et 28,249 Cana- diens-Français, ceci basé sur les recensements faits de 1881 à 1901.Ces mêmes statistiques démontrent que dans les derniers vingt ans les catholiques de langue anglaise ont diminué de (1) He is a Rugby football authority. 224 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 5,801 tandis que les Canadiens-français ont augmenté de 3,993.On trouvera que, dans les circonstances, ces chiffres ne manquent pas d\u2019à-propos.Ils feront comprendre aussi que dans le diocèse de London\u2014 surtout si le mouvement de la population catholique n\u2019a pas changé de cours\u2014la nomination du Père Fallon pourrait bien être interprétée de diverses manières.Elle le sera assurément dans la province d\u2019Ottawa où le nouvel évêque est plus connu et où il trouvera, en rentrant au pays, des souvenirs encore très vivaces de son passage à l\u2019Université et de son départ pour Buffalo.Chez plusieurs sa nomination fera espérer le triomphe d\u2019une politique de mémoires secrets et d\u2019ambitions habilement défendues tandis que pour d'autres elle sera le présage de jours sombres pour l\u2019Eglise canadienne et de tracasseries nouvelles pour les fidèles cana- diens-français que la bonne foi et de multiples préoceupations apostoliques ont empêché de surveiller d\u2019aussi près qu\u2019ils auraient dû les menées hostiles dont ils ont déjà commencé de souffrir.Il suffit de se rappeler la façon dont Mgr Falconio reçut une délégation d\u2019irlandais d'Ottawa qui l\u2019était venu relancer à Québec afin de maintenir le Père Fallon à l\u2019Université d'Ottawa malgré la volonté de ses supérieurs, pour comprendre qu\u2019il y a quelque chose de changé dans la direction de nos affaires religieuses.OU cela nous mènera-t-il ?Il est assez difficile de le dire avant que le prochain évêque d\u2019Ottawa ait été choisi.Pour le moment, nous ne voulons retenir que l\u2019avertissement discret donné par le correspondant du Star lorsqu\u2019il nous prévient que le Père Fallon est \u201cune autorité en matière de football.\u201d Il est heureux, en somme, que pour les nôtres aussi ce jeu ne soit pas tout à fait inconnu.\u201c Enfin \u201d C\u2019est le titre que donne la Vérité, de Québec, à l\u2019appréciation qu\u2019elle fait des récents articles, mémoires, publiés par la REvUE FRANCO-AMÉRICAINE.C\u2019est un précieux hommage rendu à notre œuvre et nous ne résistons pas au désir de le citer en entier.Voici : Le numéro de décembre de la REVUE FRANCO-AMERICAINE nous arrive plein de commentaires concis et appuyés de chiffres d\u2019une éloquence, il faudrait dire brutale, touchant le célèbre mémoire irlandais adressé en 1905 à Son Eminence le cardinal Merry del Val, la succession de Burlington, et le fameux Searchlight.\u201c Ceux qui connaissaient déjà ces questions, mais qui, pour une raison y REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 225 ou pour une autre, devaient garder le silence, éprouvent une joie intense à la pensée que la vérité est enfin vengée.Ceux qui les ignoraient ont ouvert de grands yeux.Parmi ceux-là il en est qui s\u2019effraient : ceux qui s'étaient imaginés que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, que la vie des catholiques de la Puissance devait s\u2019écouler dans la quiétude, cette quiétude qui repose sur la justice immanente des choses et des événements, et qui découvrent maintenant que le repos n\u2019est pas la vertu toute spéciale qu\u2019il leur importe souverainement de pratiquer à l\u2019heure actuelle de notre histoire.Les autres remercient cordialement la rédaction de la vaillante REvuE de leur avoir révélé des trames jusque-là insoupçonnées, \u2018\u201c\u201c Puissent ces quelques articles réveiller les énergies assoupies, raviver au cœur national les ardeurs attiédies! Formuler ces désirs, ce n\u2019est pas provoquer à la guerre, c\u2019est travailler pour la paix, cette paix qui n\u2019est autre chose que \u2018\u2018 la tranquillité de l\u2019ordre \u201d, la quiétude dans la justice, dans la vérité, ou, comme qui dirait, l\u2019effet de la mise de chaque chose en son lieu et place.\u201d Circulaire au Clergé S.G.Mgr l\u2019Archevêque de Québec est parti lundi pour un voyage de quelques mois en Europe.: Avant son départ, Mgr Bégin a adressé à son clergé une circulaire dont nous tirons les extraits suivants : \u2018\u201c Les grandes démonstrations religieuses auxquelles notre premier Concile Plénier a donné lieu à Québec resteront gravées dans la mémoire de tous ceux qui en ont été les heureux témoins.La foi de notre peuple s'est manifestée plus vive que jamais ; j'en ai éprouvé de la joie et j'en ai rendu grâces au bon Dieu.Nos Seigneurs les Evêques ont bien voulu me redire combien souvent ce spectacle de religion profonde les avait émus et édifiés ; ils se sentaient en pays vraiment catholique.Puissions-nous conserver toujours au cœur de notre population les sentiments chrétiens, la fidélité au devoir, l\u2019attachement et la docilité à l\u2019autorité religieuse qui ont acquis à la ville de Québec le beau renom dont nous sommes tous fiers et que nous croyons mériter ! Je vous envoie avec la présente eirculaire, non pas les décrets du Concile qui devront recevoir auparavant la sanction du Saint-Siège, mais la Lettre collective de l\u2019épiscopat canadien aux catholiques de tout notre pays.Après un labeur assidu de plus de six semaines, sous les regards de Dieu et dans l\u2019union parfaite des esprits et des cœurs, les évêques ont résolu de leur adresser cette Lettre remplie d\u2019une affection toute paternelle et dans laquelle leur sont tracés les devoirs que leur impose la vie chrétienne dans la famille et la société.Vous la lirez par parties à vos fidèles ; vous la leur expliquerez et la commenterez de manière que les enseignements qu\u2019elle renferme soient bien compris de tous et puissent être mis en pratique.Ce grave et solennel document de tous les chefs de notre Eglise canadienne ne peut manquer de produire une profonde et excellente impression sur nos chers ouailles.\u201d\u2019 Mgr l\u2019Archevêque annonce que le règlement du prochain carême sera le même que celui de l\u2019année dernière.À noter aussi le passage suivant qui a trait aux sociétés secrètes : \u2018\u2018 Dans un bon nombre de paroisses, les pasteurs profitent de la circons- 226 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE tance solennelle de la première communion ou de la confirmation pour enrôler tous les enfants dans la société de tempérance et leur faire promettre de ne jamais, pour quelque motif que ce soit, devenir membre de la franc- maçonnerie ou d\u2019une société secrète quelconque.Je désire que cette excellente pratique devienne tout à fait générale.\u201d Mgr Bégin termine en donnant les raisons de son voyage et en se recommandant aux prières des fidèles : \u2018 Ma pauvre santé est encore chancelante et exige un repos complet avec traitement spécial.Je partirai pour l\u2019Europe lundi, le 13 décembre, et m\u2019embarquerai à New-York le 16.Mon retour s\u2019effectuera le plus tôt possible.Durant mon absence, Mgr Roy, mon digne auxiliaire, administrera le diocèse.Je me recommande à vos bonnes prières et à celles de tous mes bien-aimés diocésains.\u201d Les catholiques allemands aux Etats-Unis La Catholic Fortrighily Review (Vol.XVI, No.23) rapporte qu'un religieux de la province du Rhin, a déclaré récemment, dans une réunion tenue à Erfurt, qu\u2019il y avait aux Etats-Unis entre quatre et sept millions-d\u2019allemands catholiques.Après avoir fait observer que ces chiffres dépassent les plus élevés dont elle ait jamais entendu parler, et qu\u2019ils ne sont tout au plus qu\u2019une simple supposition, la Review ajoute : \u2018\u201c Personne ne sait combien il y a d\u2019allemands catholiques'en ce pays, parce qu'il n\u2019y a pas de statistiques précises sur ce sujet et les suppositions que l\u2019on a pu faire, à cause des conditions particulières à presque toutes les parties du pays, sont fort vagues et méritent à peine qu\u2019on leur donne le nom d'estimation.Lorsque la Review, en 1895, voulut renseigner M.l\u2019abbé F.X.Chagnon sur le nombre probable des catholiques allemands aux Etats- Unis dans le temps, nous nous adressimes au Rév.J.N.Enzlberger, décédé depuis, qui, à son titre de rédacteur du Deutschamericanischer Schematismus (un almanach des prêtres de langue allemande) était exceptionnellement qualifié pour se former une opinion sur ce sujet.Il porta le nombre probable des Allemands catholiques à un chiffre variant de 1,500,000 à 1,800,000.(Voir The Review, vol.ii, No.26, p.6).Ce chiffre fut trouvé trop bas par quelques-uns, mais parmi ces derniers, si nous avons bonne mémoire, pas un ne voulut dépasser le chiffre de 2,000,000.\u201d M.Preuss espérait que l\u2019article consacré par M.Schirp aux catholiques allemands dans la Catholic Encyclopedia (Vol.VI, p.481) contiendrait des données précises sur ce point.M.Schirp s\u2019est contenté de dire qu\u2019en l\u2019absence de statistiques précises on pouvait se former une idée générale de la population catholique allemande par le fait que \u201c sur les 15,655 prêtres inscrits dans l\u2019Almanach Ecclésiastique des Etats-Unis, environ un tiers portaient des noms allemands.\u201d Et la Review ajoutait que pour éviter les malentendus, l\u2019auteur aurait dû noter que nombre de prêtres portant des noms > \u2014 bou tie | Te | ue | te ive DOg- Tera ETE = 5 OR CP t7a Bass Le REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 227 distinctement allemands ne parlent point la langue allemande et ne peuvent étre classifiés comme allemands que pour ce qui est de leur parenté ou de leur origine.La même observation peut encore s\u2019appliquer à beaucoup de catholiques portant des noms allemands : ils sont allemands de nom et d\u2019origine.C\u2019est ce qui porte M.Preuss à exprimer le vœu que le Central Verein catholique entreprenne un jour la tâche de déterminer le nombre des catholiques allemands aux Etats-Unis.Et pour cela, il faudrait résoudre certaines questions que le rédacteur de la Review résume ainsi : : \u2018\u201c Qu\u2019est-ce que l\u2019on entend par catholiques allemands ?Des catholiques nés dans les limites actuelles de l\u2019Empire Allemand ?Ceci excluerait tous les catholiques de langue allemande venus des parties allemandes du royaume Austro-Hongrois et de la Suisse, et les américains nés de parents immigrés d\u2019Allemagne.Ou cela veut-il dire les catholiques, peu importe le lieu de leur naissance, qui professent leur religion dans la langue allemande ?Beaucoup de jeunes américains de parenté allemande appartiennent encore à la paroisse de langue allemande de leurs parents bien qu\u2019ils n\u2019en possèdent pas parfaitement la langue.(Dans un grand nombre de nos églises allemandes, des sermons en anglais sont prêchés régulièrement pour les jeunes gens.) Ces derniers ne peuvent pas être classifiés comme catholiques de langue allemande bien qu\u2019ils soient descendants d\u2019allemands et membres de paroisses dénommées allemandes.Et puis il y a beaucoup de catholiques d\u2019origine allemande, qui parlent l\u2019allemand et restent sincèrement attachés aux traditions de race et autres de leurs ancêtres teutons et qui, pour une raison ou pour une autre, appartiennent à des paroisses de langue anglaise.Ainsi, le rédacteur de la Catholic Fortnightly Review, bien que fils d\u2019une mère née aux Etats-Unis, parle l\u2019allemand à ses enfants et cherche à leur inspirer l\u2019amour de l\u2019idiome exquis et de la merveilleuse littérature de la puissante race d\u2019où ils tirent leur origine.Cependant il n\u2019est pas membre d\u2019une paroisse allemande, parce qu\u2019il ne s\u2019en trouve pas dans le district qu\u2019il abite.\u201d Le directeur de la Review pose assurément des questions sur lesquelles il faudra d\u2019abord s\u2019entendre avant de jeter les bases du recensement de ses compatriotes.Pourtant, si nous avons bonne mémoire, une règle de travail est déjà fournie par les explications données au sujet du dénombrement des races par le directeur du recensement américain de 1900.Les chiffres que cette règle permet d\u2019établir avec le recensement (officiel) peuvent ensuite assez facilement être complétés avec les recensements paroissiaux.Dans tous les cas, il ne fait pas de doute que les catholiques américains apprendraient avec intérêt le chiffre à peu près exact de leurs coréligionnaires de langue allemande.Il en est de même pour les autres et il est bien sûr qu\u2019en définissant bien les groupes qui composent l\u2019Eglise américaine, on mettra fin à une foule de malaises profonds et déjà vieux. 228 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ton.Est-il sorti quelque chose de ce projet ?A propos de jury Voici comment M.J.A.Caron, rédacteur de l\u2019Union, de Woonsocket, R.I, et secrétaire-général de l\u2019Union St-Jean- Baptiste d\u2019Amérique accueille la proposition de M.le Chanoine LePailleur mentionnée plus haut : Ce jury d\u2019honneur est un splendide coup de scène, mais d\u2019une réalisation fort peu possible, surtout quand la question en litige est du domaine public.\u201c H y a quelques années un vieux missionnaire franco-américain, M.le curé J.B.Parent, de Lynn, Mass,, ecrut bon de critiquer la décision prise par les Artisans-Canadiens-Français, à l\u2019effet d'organiser des conseils de femmes, comme il l'avait fait d\u2019ailleurs pour l\u2019Union St-Jean-Baptiste d'Amérique ; le secrétaire et un des directeurs des Artisans publièrent à son adresse des lettres moins que polies et M.l\u2019aumônier des Artisans crut sage de ne pas intervenir.\u2018 Pourquoi nos prêtres franco-américains iraient-ils aujourd\u2019hui s\u2019exposer à des tracas de toutes sortes pour rectifier nos malentendus avec M.le chanoine LePailleur ?\u2018\u201c Depuis la publication de la seconde lettre ouverte de M.le chanoine LePailleur, il s\u2019est produit un incident qui modifie considérablement la situation.M.le chanoine a eu la condescendance de venir rencontrer à Manchester les directeurs du Canado-Américain et de l\u2019Union.On a pu s'expliquer longuement sur les divergences d\u2019opinion qui existent actuellement.La haute personnalité de M, le chanoine LePailleur, la démarche qu'il a bien voulu faire pour donner des explications en cette affaire ne nous permettent pas de douter de sa bonne foi.Nous voulons croire, comme nous l'avons admis d\u2019ailleurs dans notre article \u2018\u201c Des Aveux \u201d, que M, le chanoine LePailleur a toujours été animé des meilleures intentions à notre égard.Mais à travers les difficultés sans nombre et toujours renaissantes que nous avons à surmonter, en face des luttes si pénibles que nous avons à soutenir, les bonnes intentions, sans la connaissance parfaite de nos besoins et des circonstances si difficiles où nous vivons, peuvent compromettre irrémédiablement notre cause et ruiner à jamais les efforts combinés de notre élément.\u201c Ce qui est souverainement regrettable, c\u2019est que trop de nos compatriotes du Canada nous regardent du haut de leur grandeur et semblent convaineus que nous sommes incapables d\u2019efforts sérieux.Ils s\u2019'imaginent connaitre notre situation quand ils en ont fait une étude plus ou moins superficielle et n\u2019admettent qu\u2019avec beaucoup de réticences que nous ayons des griefs à faire redresser.\u201c Ils nous traitent un peu comme ils ont traité les malheureux Acadiens.Si nous exposons la situation qui nous est faite, ils disent que nous sommes des insubordonnés ; quand nous signalons des dangers, ils nous montrent comme des fanatiques, des gens à vue étroite.Et si, écrasés sous le fardeau, NOUS Osons appeler au secours, ils prennent nos cris de détresse pour des cris de révolte et nos sanglots pour des injures.\u2018\u201c Oui, si l\u2019on nous connaissait mieux dans la Province de Québec ; si l\u2019on voulait bien nous reconnaître un peu de sincérité et étudier avec nous la Mais à peu près dans le temps que nous sommes venus demeurer en Canada, on parlait aux Etats-Unis d\u2019un nouveau recensement catholique qui devait être fait sous la surveillance d\u2019un évêque pour le compte de l\u2019autorité fédérale à Washing- | lig de REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 229 situation qui nous est faite, on pourrait nous rendre des services inappréciables qui mériteraient notre reconnaissance éternelle et nous attacheraient davantage à nos traditions ancestrales.\u201c Comme on n\u2019a pas, dans la Province de Québec, à faire redresser les griefs que nous avons ici, on ne veut pas croire à la lutte et ce qui est encore plus regrettable, on ne se demande pas si telle ou telle démarche sera préjudiciable aux Franco-Américains ou aux Acadiens.\u201c Quand on nous affirme sérieusement que là-bas, dans la Province de Québec, on croit que les Knights of Columbus et les Catholic Foresters vont régénérer la religion catholique, ou que nos gens s\u2019enrôlent dans ces sociétés pour les canadianiser, nous avons lieu de désespérer de notre élément en Amérique.Comme cette mentalité explique bien les agissements suspects de certaines gens et le fait que des amis bien intentionnés peuvent nous causer des torts irréparables.\u2018\u201c D\u2019après nous, le journaliste n\u2019est pas une simple machine dont le rôle consiste à enregistrer au fur et à mesure les événements de chaque jour ; il doit être comme la sentinelle avancée qui veille scrupuleusement à la sûreté de l\u2019armée, S'il aperçoit un danger, c\u2019est son devoir de donner l\u2019alarme, sans même aller demander aux chefs et surtout avant que l'ennemi aît pénétré dans le camp.\u2018Les journaux en cause, conscients de leurs devoirs, ont jeté le cri d\u2019alarme ; il appert maintenant que ceux qu\u2019ils avaient pris pour des ennemis ou des traîtres protestent de leur amitié à notre égard ; nous en sommes heureux et nous saluons avec respect ceux qui veulent nous aider dans notre cause, mais dans les circonstances nous n\u2019avons pas à regretter la poudre que nous avons brûlée.\u2018\u2018 Cet incident, tout regrettable soit-il à certains points de vue, aura cependant beaucoup de bon.Il fera comprendre que nous avons des sentinelles vigilantes à nos avant-postes et que nous ne craignons pas de marcher au feu pour la défense de nos droits, quelque pénible que doive être la lutte.\u2018\u2018 Dans la Province de Québec, on laisse entrer dans le camp les premiers venus sans leur demander le mot de passe, sans même sonder les intentions, Puisse le réveil n\u2019être pas trop terrible ! \u2018\u2018 Les intrigues qui se jouent actuellement autour des sièges épiscopaux d'Ottawa et de l\u2019Ouest, pourront-elles dessiller les yeux de quelqu\u2019un ?Feront-elles comprendre que non seulement il nous est permis, mais que c\u2019est pour nous un devoir sacré d\u2019être sur nos gardes, d\u2019être susceptibles même, quand il s\u2019agit de nos plus chers intérêts.\u201d Langage d\u2019apotres ! Les journaux ont parlé d\u2019un article paru dans l\u2019Extension, de Chicago, organe de la société dite Church Extension des Etats-Unis, article dans lequel le directeur de la Nouvelle- France était vulgairement insulté.Nous avons eu la curiosité de lire cette pièce qui était intitulée \u2018\u201c Mauvais goût et plus mauvaise religion.\u201d C\u2019est à faire sécher de dépit les auteurs du Searchlight! Nos lecteurs nous en voudraient de ne pas les édifier en leur traduisant le plus fi dèlement possible ce langage vraiment exquis de nos apôtres modernes.Voici : \u201c Il y a quelques semaines nous avons reçu de Québec un magazine et un journal.L'un s\u2019appelle la Nouvelle-France et l\u2019autre La Croix.Le premier est publié à Québec et l\u2019autre à Montréal.Tous les deux contenaient 230 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE une attaque virulente de Canadiens-Français contre leurs concitoyens catholiques de langue anglaise, et ces deux attaques étaient remplies de telles insultes que seule la grâce de Dieu pouvait empêcher de les payer par des coups (1); à une époque moins pacifique elles auraient pu causer l\u2019effusion du sang.Nous n\u2019avions pas l'intention de parler de ce qui n\u2019était pas tout particulièrement de\u2018nos affaires, mais, en face de la situation Ruthène, nous croyons devoir attirer l\u2019attention des deux rédacteurs sur le fait qu\u2019ils ont à accomplir une tâche beaucoup plus importante que d\u2019insulter leurs coréligionnaires qui travaillent d\u2019arrache-pied à aider les évêques français du Nord-Ouest à sauver la foi des milliers d\u2019immigrants qui leur arrivent.C'est absolument la limite du mauvais goût qui vient d\u2019être montrée par ces deux journaux, \u2018\u2018 Pour l\u2019un des deux\u2014la feuille de Montréal\u2014nous expliquons son attitude par le fait qu'il n'est pas un organe catholique approuvé et qu\u2019il est rédigé par un indépendant responsable à personne autre qu\u2019à lui-même de ses écrits, Quant au magazine, la façon dont il s\u2019est départi de cette courtoisie qui a toujours distingué les Français peut s\u2019expliquer par le fait que son rédacteur lui-même n\u2019a, ni par le sang ni par le nom, le droit de pratiquer la politesse française, qualité proverbiale de la race à laquelle il a imposé sa personne et ses talents aventureux.Messieurs, vous feriez mieux de vous occuper du soin d\u2019âmes précieuses, et laisser Dieu régler la question du gouvernement de son Eglise à sa bonne manière et quand il voudra.\u201d Ce poulet vient de Chicago\u2014une ville d\u2019où il sort beaucoup d\u2019autres choses\u2014et nous avons tenu à le montrer à nos lecteurs, avec toutes ses plumes.L'article faisait suite à une longue tirade du même journal, et protablement du même auteur, sur la question ruthéne dans l\u2019Ouest Canadien.Et il est intéressant de constater que si les journalistes canadiens reçoivent de leur Délégué Apostolique des instructions très précises à ce sujet, les opinions qu\u2019ils combattaient n\u2019ont qu\u2019à traverser la frontière pour retrouver leur arrogance.Si le rédacteur de 1\u2019 Extension a voulu par ce qui précéde répondre aux articles de Raphaél Gervais, il a oublié une chose essentielle, c\u2019est de citer les articles.C\u2019est bien ce que nous le défions de faire tout aussi bien que d\u2019y répondre.Rien n\u2019est prouvé par cette riposte de pugiliste qui se sent à 900 milles de ses adversaires et dont le langage serait répudié par le premier serre-freins venu de l\u2019un des chapel-cars de la pétulante société américaine.Il ne faut pas trop en vouloir à ces messieurs d\u2019être à côté du chemin dans cette question ruthène, lorsque nous songeons qu'ils n\u2019ont peut-être encore pour se renseigner que les discours de notre abbé Burke ou de M.Charles Fitzpatrick.Ce n\u2019est pas, sans doute, une excuse pour parler comme ils viennent de le faire.C\u2019en est une assurément pour ceux qui connaissent (1) Ah! go along, what are talking about ! = += == cD En EL Ce a ES REVUE DES FAITS ET DES (EUVRES 231 la question de leur dire sur le ton même qu\u2019ils prennent : Prove your case or shut up! Un \u201cvceu national \u201d qu\u2019on a craint de formuler Le Pionnier, de Nominingue, publie le texte d\u2019une résolution qui devait être présentée au congrès annuel de la Fédération des Sociétés Nationales tenu à Montréal il y a quelques mois, mais qui a été retirée à la dernière minute \u2018\u2018 sur représentation, de la part de l\u2019un des personnages dirigeants du Congrès, qu\u2019une telle démarche pourrait, en l\u2019occurrence, manquer d\u2019opportunité.\u201d\u201d Voici la résolution, et on verra, en la lisant, que la prudence qui l\u2019a empêchée d\u2019être soumise au Congrès est exactement de celles qui permettront à ses auteurs de traverser la vie sans se trop compromettre : \u2018\u2018 Que ce premier Congrès annuel de F.C.S.C.et À.F.Can.et E.U.formule et transmettre à N.T.S.P.le Pape X l'expression de sa filiale reconnaissance pour les marques de paternelle sollicitude dont Sa Sainteté a daigné honorer nos tout premiers efforts : que ce premier Congrès proteste, avec une énergique sincérité, de son profond attachement à la personne auguste du successeur de Pierre, non moins que de son entière et constante déférence à tous les enseignements et directions de l'Eglise.Que ce Congrès, enfin, profitant de l\u2019occasion favorable, dans un esprit de parfaite soumission aux décisions souveraines du Père et Docteur de la catholicité, exprime le vœu que le Saint Père ait pour agréable de conserver à cette section de la famille catholique américaine que représente notre Congrès les soins et les attentions de sa paternelle vigilance, en dotant les églises particulières, diocèses, du Canada et des Etats-Unis, où notre élément compte pour une notable majorité des fidèles, diocèses qui sont présentement à pourvoir, ou pourront le devenir, de chefs qui soient en sympathie, ou par leur origine commune avec la nôtre, autant que possible, ou, du moins, par leur mentalité, leurs tendances et leurs aptitudes bien éprouvées, avec les aspirations nationales qui nous sont chères et nous tiennent si intimement au cœur, ratifiant ainsi l\u2019ardent souci qui nous anime de notre préservation nationale et religieuse, Et veuille le Saint Père approuver là un sentiment dont il a plu à Sa Sainteté reconnaître déjà la légitimité, dans le cas, notamment, des catholiques franco-américains de Manchester, E.U., des catholiques allemands, des catholiques polonais et des catholiques ruthènes de l\u2019Amérique septentrionale.Le tout soumis à la discrétion vénérée de Notre Très Saint Père,\u201d Le Pionnier assure que cette résolution, si elle eût été présentée, n\u2019eût pas manqué d\u2019être adoptée avec enthousiasme.Elle est peut-être la seule qui donnait un sens véritable aux délibérations des congressistes.Elle n\u2019a pas été adoptée.mais elle aurait pu l\u2019être.Coup de feu après la bataille ! Et pourtant il est facile de comprendre qu\u2019on juge moins les congrès 232 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE .par ce qu\u2019ils ont voulu faire, ou ce qu\u2019ils auraient pu faire, que par ce qu\u2019ils ont fait.x Fx Les Canadiens-Français d\u2019Ontario Des préoccupations nouvelles autant que nombreuses nous ont empêché de donner jusqu\u2019aujourd\u2019hui toute l\u2019attention que nous aurions voulu au Congrès des Canadiens-Français d\u2019Ontario.Ce Congrès se réunira à Ottawa le 18 janvier prochain, et à la seule lecture des noms de ceux qui constituent son comité d\u2019organisation, on peut prévoir qu\u2019il va marquer une étape importante dans l\u2019histoire de nos compatriotes de la province voisine.Il sera vraiment un congrès national et si on lui a donné un autre nom, c\u2019est qu\u2019on a voulu insister sur une des questions vitales qui feront la base de ses délibérations ; c\u2019est qu\u2019on a voulu mettre de l\u2019avant cette question de l\u2019école qui, pour nous autres Canadiens-Français, et surtout pour nos groupes établis en dehors de la Province de Québec, contient toutes les autres.Nous avons lu et relu avec émotion son manifeste de convocation et rien ne peut égaler le plaisir que nous avons éprouvé en y retrouvant cette ardeur patriotique qui est à la fois un signe de vie nationale et la promesse d\u2019un avenir fécond en revendications et en victoires.Nous en citons les principaux passages : \u2018\u2018 Or, l\u2019éducation est la grande force des nations civilisées.Elle appelle à elle, aujourd\u2019hui, toutes les convoitises et toutes les énergiques aspirations des gouvernements, quand elle ne provoque point sur sa tête innocente les plus odieuses tyrannies.De cette force nous ne voulons nullement que l\u2019on vienne nous dépouiller ; c\u2019est bien l'éducation de nos pères qui nous a faits ce que nous sommes, c\u2019est par l\u2019éducation que nous entendons rester dignes de notre belle mission, dignes des traditions que nous ont léguées nos ancêtres.Depuis 150 années, notre gloire nationale, s\u2019identifie avec l\u2019éducation domestique, scolaire, classique ; pas un fleuron ne doit être détaché de cette couronne, tressée au prix de tant de zèle obscur, de sacrifices innombrables, d\u2019inexprimables immolations.Si nous voulons être un peuple, nous le serons par notre éducation et par notre enseignement ; sans l\u2019une et l\u2019autre, nous irions à la ruine et à la mort.Qui de nous voudrait voir périr sa nation ?\u2018\u2018 Et c\u2019est par la langue de nos pères que nous prétendons vivre, nous instruire, nous développer, progresser, à côté de nos compatriotes de langue anglaise ou autres, Pour elle, donc, nous aurons à nous dévouer, à lutter peut-être, en vue de lui obtenir au grand soleil de Dieu une place d'honneur qu\u2019elle a conquise et qu\u2019elle mérite de conserver.Ici, dans notre pays, tous les droits sont égaux, comme le sont tous les devoirs.Et nos droits, us Pe a = Les es sas TTX Sh mm ss ES ss rss er em FE pe ee REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 233 après tout, sont insérés et gravés dans l\u2019airain de nos Constitutions.Quels blâmes et quels reproches peut encourir quiconque exige et maintient son droit ?A qui fait-on injure ?Est-ce que le droit n\u2019est pas imprescriptible partout ?\u201c\u201c Tl nous est donc facile de conclure que l\u2019enseignement du français mérite et exige qu\u2019on le reconnaisse et qu\u2019on le recommande dans nos écoles, \u201c I] nous faut, én raison de la population canadienne-française de la province, requérir la plénitude de nos droits, le légitime usage de notre langue, dans tous les degrés de l\u2019enseignement et de la formation intellectuelle de la jeunesse.| \u2018\u201c I] nous faut, en vertu de nos principes et de nos traditions religieuses, compter sur le zèle et la sympathie du clergé de langue française, sur son concours actif, bienveillant, pratique, sans aucune exception.\u2018\u2018 Il nous faut en vue des grands résultats à obtenir, pouvoir nous compter, serrer nos rangs, collaborer à la plus unanime cohésion, depuis les hommes éminents de la magistrature et des carrières libérales jusqu'au plus humble instituteur ou au citoyen de la classe laborieuse et intelligente, tous soucieux de coopérer à l\u2019œuvre, dans la concorde et l\u2019harmonie.\u201c11 nous faut, enfin, assurer par le Congrès, la solidité d\u2019une entreprise morale, religieuse, patriotique, de la plus indéniable importance pour le présent et l\u2019avenir de notre nationalité si vigoureuse et si admirable.\u201d Pour quelqu\u2019un qui a suivi de près le mouvement national en dehors de la Province de Québec\u2014où les manifestations patriotiques du dehors provoquent à peine l'intérêt d\u2019un fait divers publié dans les journaux\u2014ce langage n\u2019est pas inconnu.Nous l\u2019avons entendu à plus d\u2019une reprise dans la Nouvelle- Angleterre où il n\u2019était encore pour les hommes de notre génération que l\u2019écho grossi de revendications déjà vieilles d\u2019un demi siècle, qu\u2019une manifestation nouvelle de la fécondité conquérante de notre race pour les œuvres civilisatrices.Et pas un des nôtres, à chacune de ces manifestations d\u2019énergie vivante de la part de l\u2019un ou l\u2019autre de nos groupes, ne peut refouler au fond de sa conscience, même si d\u2019autres intérêts ont déjà pris le meilleur de son affection, l\u2019invincible sentiment de fierté qui arrachait à M.Maurice Barrès ce cri d\u2019admiration amoureuse pour sa race : \u201cC\u2019est une graine emportée par le vent et qui peut fleurir sur le meilleur ou le pire terrain, mais elle y portera nos qualités héréditaires et montrera aux étrangers ce que vaut la plante lorraine.\u201d Toute l\u2019histoire de nos groupes est contenue dans cette phrase d\u2019un patriote de génie.Et c\u2019est peut-être ce que nous ne comprenons pas assez.Dans tous les cas, le congrès de nos compatriotes d\u2019Ontario, en nous rappelant toutes ces choses, nous donnera en même temps l\u2019exemple utile et touchant d\u2019une volonté ferme et d\u2019un indestructible attachement aux traditions qui ont fait notre salut depuis la conquête.Il ne ferait pas autre chose qu\u2019il faudrait bénir l\u2019idée qu\u2019on a eue de le convoquer. 234 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Mais il fera \u2018plus, et c\u2019est bien ce qui nous porte à offrir à ses organisateurs tous nos vœux de succès avec l\u2019assurance de notre entier dévouement.Les écoles américaines Les journaux de la Nouvelle-Angleterre ont mis en vedette dans le cours du mois dernier une opinion du président Taft sur la question scolaire américaine\u2014citée en 1902 par le Rév, P, Hayes, jésuite de Chicago.M.Taft, pendant qu\u2019il était juge dans l\u2019Etat de l\u2019Ohio, avait condamné ouvertement la loi américaine qui force les catholiques à payer pour des écoles que leurs enfants ne peuvent fréquenter.Et il disait : \u2018\u2018 C\u2019est une condition trop grave pour qu\u2019on s\u2019excuse d\u2019y remedier en invoquant la phrase latine : \u201c\u201c De minimis non curat lex\u2014la loi ne s'occupe pas des choses minimes.\u2014Oes catholiques, qui payent leur proportion des taxes, sont contraints, chaque année, pour des motifs de conscience, de céder à d\u2019autres leur droit à un tiers de l\u2019argent des écoles, environ $200,000 par année, C'est-à-dire que ces gens SONT PUNIS CHAQUE ANNEE POUR CROIRE COMME ILS LE FONT, jusqu\u2019au montant de $200,000 ; et jusqu\u2019à concurrence de cette somme ceux d\u2019entre nous qui envoient leurs enfants à ces écoles communes deviennent bénéficiaires de l\u2019argent catholique.Quelle honte pour les non-catholiques de faire instruire leurs enfants avec de l'argent volé aux catholiques ! \u201d\u201d Voilà une injustice criante que M.Taft condamnerait aujour- d\u2019hui qu\u2019il est président des Etats-Unis tout aussi bien que lorsqu\u2019il était juge.Les catholiques ont raison de se plaindre de la loi qui les place dans un pareil état d\u2019infériorité vis-à-vis de leurs concitoyens.Mais au moins on invoque contre eux le prétexte d\u2019une loi.Nous connaissons le cas d\u2019écoles catholiques franco-américaines où on fait servir l\u2019argent des nôtres à angliciser leurs enfants.Voilà un point qui devra être réglé avant l\u2019autre.Autour d\u2019une constitution Nous lisons dans la Justice, journal hebdomadaire publié à Holyoke, Mass., (18 nov.1909) : \u2018 Dimanche soir, il y avait dans notre ville, deux soirées canadiennes organisées, l\u2019une par le Crédit Foncier Canadien, de Providence, au théâtre Empire et la seconde, par la compagnie de patente de la serrure sans clef, de Nashua, à la salle du Monument National.\u201c À l'Empire, M.Laberge, vice-président et l\u2019hon.M.Brochu, président du Crédit-Foncier ont été les orateurs de la circonstance.Tous deux parlent bien et l\u2019auditoire leur a été tout à fait sympathique.Le thème de sé iff : M 8 e I à il ps ii] d, ot de REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 235 leur discours n\u2019a pas du tout porté sur l\u2019organisation intime de leur corporation ; ils se sont appliqués à développer la thèse que les Canadiens, qui se sont jusqu\u2019ici montrés supérieurs dans les organisations religieuses, politiques et de mutualité, devraient désormais s'entendre pour former de puissantes organisations financières.\u2018 \u201cIl est un passage du discours de M.Brochu qui mérite plus qu'une légère mention : c\u2019est l\u2019endroit où il fit allusion au fait que nos compatriotes du Rhode-Island venaient de perdre en vingt-quatre heures par la veulerie ou la traîtrise de quelques-uns, l\u2019ascendant acquis par trente années d\u2019un effort constant et bien dirigé.L\u2019orateur n\u2019ayant étayé son avancé d\u2019aucuns détails, une forte partie de l\u2019auditoire nous demande de leur expliquer la situation.Voici : les députés du Rhode-Island, au nombre de 72 jusqu\u2019à présent, étaient élus d\u2019après le scrutin de listes dans les villes ; c\u2019est-à-dire que, dans une ville comme Woonsocket, qui comptait cinq députés, les cinq étaient élus par toute la ville.\u2018\u2018 at large,\u201d et de même a Central Falls, Pawtucket, Providence, etc.Or nos ompatriotes étaient devenus si nombreux que, entre les deux partis républicain et démocrate, ils tenaient la balance.C'est ce qui les rendait si formidables et leur donnait leur puissance.Mais voici qu\u2019un amendement à la constitution, voté deux fois par la législature, suivant la loi, a été soumis en plébiscite au peuple lors de la dernière élection et gagné à l\u2019instigation du parti républicain.Par cet amendement, le scrutin de liste est aboli, les députés sont augmentés à 100 et les divisions électorales vont être réparties de façon à noyer complètement le parti démocrate.C\u2019est alors qu'on croit que l'influence canadienne aura disparu, ne pouvant plus servir de contrepoids entre les partis devenus, l\u2019un trop fort et l\u2019autre trop faible.: + % \u2018\u201c\u2018 D\u2019aucuns prétendent que le véritable effet de cet amendement n\u2019a pas été représenté correctement aux électeurs canadiens et que ses conséquences néfastes ont été cachées par certains qui voulaient garder leur position.\u2018\u2018 L\u2019avenir, en faisant la part des responsabilités, dira jusqu\u2019à quel point M.Brochu a droit de s\u2019alarmer.\u201d L\u2019 \u201cUnion\u201d de Woonsocket Voici une petite revue de huit pages, à quatre colonnes, qui occupe une place exceptionnelle dans la presse franco-améri- caine.Organe d\u2019une société nationale comptant dans les 20,000 membres, dirigée par des journalistes avertis et courageux, parlant chaque semaine à un public que peu de journaux quotidiens peuvent se vanter de posséder, elle poursuit son œuvre sans relâche et souvent, malgré des difficultés très sérieuses.Certains de ses articles, reproduits à l\u2019étrancer par des journaux comme l\u2019Univers de Paris ou la Civilta-Catolica de Rome, ont eu un retentissement qui est bien à lui seul le plus beau des éloges.L\u2019Union s\u2019est surtout donné pour mission de propager parmi les nôtres la saine doctrine en fait de mutualité et d\u2019organisation nationale, et nous lui savons gré de n\u2019avoir pas célé devant une prétendue étiquette qui, pour quelques-uns, ne trouve rien à dire devant le travail de destruction accompli parmi notre peuple par une foule d\u2019organisations anglophones 236 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE catholiques et neutres.C\u2019est bien comprendre son devoir que de pratiquer ce que l\u2019on prêche et sous ce rapport l\u2019Union de Woonsocket n\u2019à rien à se reprocher.Du reste, elle doit bien s\u2019apercevoir, aux Marques d\u2019estime qui lui arrivent par centaines de tous côtés, que son enseignement est celui qui pénètre le plus profondément dans le cœur des siens ; elle doit voir aussi dans les progrès de l'œuvre qu\u2019elle défend, et jusque dans la qualité même de ses adversaires, qu\u2019elle accomplit une tâche nécessaire et qu\u2019elle a porté la lutte sur le vrai terrain.L\u2019Union vient d'entrer dans sa huitième année.Elle nous permettra bien, à cette occasion, de lui renouveler, ainsi qu\u2019à ses rédacteurs, de vieux compagnons de lutte, l'expression de notre sympathie très vive et l'hommage des vœux que nous ne cessons pas de former pour son succès.Léon Kemner.ERRATUM Page 199, 26ème ligne, lire luà apporter, etc., au lieu de leur apporter.= TE rT se IR = So 18 Révoltée PAR GASPARD DE WEEDE Enervé du tumulte oiseux de ces marionnettes et de ces pantins, il allait lever la séance, quand son beau-frère entra.Le duc de Miramar était un trop haut et puissant seigneur pour qu\u2019on ne fit pas un peu silence devant lui.Et, avec son intelligence naturelle et l\u2019assurance que lui donnait sa situation, il eut vite fait de relever le ton de la conversation générale, en la tournant sur l\u2019art.Frécourt resta donc encore, et se leva seulement pour partir en même temps que son beau-frère.\u2014 Quels imbéciles que tous ces gens-là ! ne put-il s'empêcher de lui dire, aussitôt qu\u2019ils se trouvèrent seuls sur le trottoir.\u2014 Les Inutiles, mon cher, la plaie vive de la France actuelle ! Et, passant son bras sous celui de Frécourt : \u2014 Voyez-vous, René, lui dit-il, les vieux philosophes comme moi sont mieux placés que les jeunes guerriers comme vous, pour juger de la situation de notre malheureux pays.La France contient actuellement une multitude infinie de criminels, qui font le mal, francs-magons, libres penseurs, arrivistes de toutes catégories.On leur crie : haro ! et on a raison.Mais ceux qui laissent faire, croyez-vous qu\u2019ils soient moins coupables que les autres ?Témoins indifférents des crimes, ils détournent la tête, quand on assassine devant eux.Que leur importe ! Pourvu qu\u2019ils continuent d\u2019avoir leurs petites aises et leurs petits plaisirs à leur taille ! Les grèves, les émeutes, ça leur est bien égal.L\u2019apparition d\u2019une nouvelle étoile sur les planches d\u2019un café concert les intéresse beaucoup plus que le dernier discours du leader des gauches.Dans les journaux, ils ne lisent jamais les nouvelles politiques mondiales, seulement le récit des scandales quotidiens, et ces contes ignobles dont certaines feuilles ont la spécialité honteuse.Ils n\u2019ont plus de cœur, à peine de cervelle.Et l\u2019on se demande avec épouvante, en les contemplant, si les théories sacrilèges de Darwin n'auront pas un jour pour eux leur application au rebours, si ces êtres humains ne deviendront pas des singes ! 238 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Frécourt dit seulement, l\u2019air désolé : \u2014 Et c\u2019est ça la société de Madeleine ! Le duc s'arrêta au coin de la place Saint-Philippe-du-Roule.\u2014 Oui, répondit-il tristement, c\u2019est une Josette de Béna- mont qu\u2019elle préfère à sa propre sœur.ou à la mienne ! René dinaît le soir avec son vieux camarade Blainville, son ancien de Saint-Cyr, actuellement capitaine des cuirassiers à Rambouillet.En entrant chez lui, à une heure du matin, il trouva un mot de Madeleine sur son bureau.Mon cher frère, ta visite ne compte pas.Pourquoi es-tu venu au jour des importuns ?Si cela ne t\u2019ennuie pas trop, viens done tout bonnement me demander à déjeuner, le premier jour venu de cette semaine.Nous pourrions causer tranquillement.Bien à toi.\u2018 \u201c\u201c MADELEINE.Il n\u2019attendit pas un jour pour se rendre à cette invitation de sa sceur.Le déjeuner fut gai, Guy était là, naturellement, et l\u2019abbé, comme de coutume.Mais, quand le frère et la sœur se retrouvèrent seuls dans le fumoir encombré de livres et de revues, quand Madeleine se fut jetée sur sa chaise longue, les yeux mi-clos, les bras noués derrière la nuque, René s\u2019étonna de la trouver si différente de l\u2019autre jour.On eût dit qu\u2019elle regrettait ses confidences et la mauvaise impression qu\u2019avait dû en emporter son frère.Visiblement, elle cherchait à lui donner le change.Avec un naturel parfait elle revint à l\u2019art, dont le duc de Miramar, la veille, leur avait si délicatement fait valoir les beautés.Elle ne manquait pas d'instruction.Elle avait suivi jadis les cours d\u2019un atelier fameux.René avait l\u2019instinet du beau.Le frère et la sœur conversèrent si agréablement, qu\u2019ils tressaillirent tous deux quand un domestique vint annoncer que \u2018 l\u2019auto de Mme la comtesse était avancée sous la porte.\u201d René se leva aussitôt, s\u2019excusant, s\u2019apprétant à sortir.\u2014 Non, non, ne t\u2019en va pas, lui dit sa sœur, attends-moi, au contraire, je te conduirai où tu voudras.Elle sortit en coup de vent, laissant René regardant autour de lui les meubles déjà familiers, les photographies éparses, ces mille riens qui témoignent de la présence d\u2019une femme élégante. lk 0 { h I RÉVOLTÉE 239 \u201c Quel gredin que ce La Saulaye, tout de même, songeait Frécourt, il aurait pu étre si heureux avec Madeleine !\u201d\u2019 Elle revint presque aussitôt, achevant de boutonner sa jaquette.\u2014 Tiens, René, porte-moi mon manchon, mon en-cas, mon carnet de visites ! Il la suivit dans l\u2019escalier.Arrivée à la dernière marche, elle se retourna brusquement.\u2014 Sais-tu ce qui serait gentil, mon frère ?Ce serait de m'accompagner dans toutes mes courses.Je supprimerais les visites.Nous n\u2019irions que chez Anne à la fin de la journée.Ça te con- vient-il ?\u2014 Très bien.Mais tu me conduiras aussi à mes affaires.Il faut que je m\u2019achète des cravates et des gants.\u2014 Commençons par tes affaires ! L\u2019auto fila, les emportant tous les deux, blottis au fond de la bonne voiture qu\u2019emkaumait une gerbe d\u2019œillets roses.Madeleine était ravie, René songeait : \u201c Va-t-elle m\u2019enjôler à la fin, au lieu de se laisser convertir ?Va-t-elle me rendre mondain à mon Âge, moi qui ne l'ai jamais été ?Ce serait un peu fort!\u201d Il n\u2019était pas très content de lui.Chez Anne, il n\u2019y avait que des hommes, en petit nombre, artistes pour la plupart, Ia duchesse rebutait vite toutes les méuiocrités.On n\u2019en rencontrait pas souvent dans ses salons.Madeleine expliqua gentiment : \u2014 René est venu déjeuner avec moi, ce matin ; nous avons battu tout Paris ensemble, et j'ai pensé que nous ne pouvions pas finir une si bonne journée ailleurs que chez toi, Ma chère Anne, Arsaut, le fameux peintre ce genre, se fit présenter au spahi.Longin, le sculpteur, qui le connaissait, lui secoua les deux mains à les kriser, car c\u2019était une sorte d\u2019hercule bon eniant, comme il s\u2019en rencontre tant dans son pays, la Flandre.\u2014 Mâtin, dit-il, mon cher Frécourt, le climat d\u2019Afrique ne paraît pas vous avoir éprouvé.Quelle mine surerke ! \u2014 Le désert de sakle, fit Arsaut, c\u2019est comme le désert de neice.Ie ter et l\u2019acier y fondent, le bronze seul s\u2019y trempe et en ressort meilleur ! \u2014 À votre service, Messieurs, dit Frécourt en riant, quand vous voudrez boxer avec moi ! 240 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Les deux sœurs causaient avec le menu fretin du salon.Mlles de Miramar, très graves, circulaient lentement, avec les tasses à thé et les minuscules assiettes de gâteaux.On venait d\u2019allumer les lampes et les bougies et, par les carreaux des fenêtres à l\u2019antique, on voyait passer et repasser, comme des étoiles filantes, sur le large boulevard embrumé, les lanternes blanches, vertes et rouges, dans l\u2019incessant bourdonnement des machines et le tintement menu du grelot des chevaux.René, ce soir-là, dinait chez les Bénamont.Ils occupaient au boulevard Malesherbes, un très bel appartement au premier étage, un de ces appartements \u2018\u201c\u2018 confortables \u201d qui présentent une splendide salle à manger et deux salons somptueux, mais des chambres point, ou si peu que rien ! À vrai dire, ces chambres ne sont que des cabinets, où le lit et la commode, ou l\u2019armoire ont bien de la peine à se caser ensemble.Qu'importe ! Les invités ne voient pas les chambres.Et les Bénamont possédaient encore une belle et bonne terre à 50 lieues de Paris ; mais Josette s\u2019y ennuyait à périr et n\u2019y mettait jamais les pieds.René retrouva là, naturellement le public insipide jugé déjà chez sa sœur cadette.Mais, sous peine de ne jamais sortir de chez sa sœur aînée, il lui fallait bien s\u2019accoutumer à ces poupées ridicules qui composent aujourd\u2019hui le monde où l\u2019on s'amuse.Les diners des Bénamont, d\u2019ailleurs, jouissent d\u2019une réputation parisienne.Douze ou quatorze couverts choisis et assortis avec art, des mets inédits, exquis, un service élégant, le raffinement du luxe le plus cherché, tout cela constituait la gloire et la vogue de Josette.Elle avait coutume de dire, au sein de son intimité féminine: \u2014 Ma chère, c\u2019est par la gourmandise aujourd\u2019hui qu\u2019on prend les gens, et qu\u2019on les retient ! Nos ancêtres causaient, paraît-il, nos contemporains mangent.Si la fameuse marquise de Rambouillet revenait sur terre, elle serait bien obligée de donner à dîner aux habitués de son hôtel.René de Frécourt se trouva placé à table auprès de Mme de Pervenchères.Entre le relevé et les entrées, elle lui dit à mi- voix : \u2014 Votre beau-frère La Saulaye en fait de jolies ! m\u2019a-t-on écrit.\u2014 Encore ! gémit Frécourt.Son interlocutrice baissa la voix davantage, évidemment ravie de l'information sensationnelle qu\u2019elle allait donner : he D «cas
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