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Titre :
La revue franco-américaine
Éditeur :
  • Québec :Société de la Revue franco-américaine,1908-1913
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La revue franco-américaine, 1910-10, Collections de BAnQ.

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[" Tome V\u2014No.6.ler Octobre 1910 la Revue F ranco-Amércamne Publication mensuelle illustrée SOMMAIRE : Les Sociétés Nationales.Conventions de Montréal et Manchester Par J.L, K.-LAFLAMME PAGES EE ie iterates La Question des langues au Congrès Eucharis- QUE.sa sa aa aa 000000000000 n0 0 aa 0a 000 432 MICHEL RENOUF.Mgr Fallon et les écoles bilingues dans le diocèse de London, Ontario.ooeeve ee veinenes 449 D0, CE Mémoire Acadien (?).200040 4e secs eee 456 HENRI DARTEVEL.Le Catholicisme en Allemagne.464 LEON KEMNER.Revue des faits et des ceuvres.473 JEAN pes TOURELLESUn Frère 200.0 s eee en ee ea ne era nes een 00 490 Roman,\u2014 PRIX DU NUMERO Canada : 15 cents | Etranger : 20 cents J.Lo K-LAFLAMME QUEBEC SOCIETE DE LA REVUE FRANCO-AMERICAINE MCMX La Revue Franco-Americaine Par un traité spécial avec un grand établissement de reliure de Québec, se trouve en état de faire bénéficier ceux de ses abonnés qui désireraient faire relier leurs volumes de la REVUE, ou encore les brochures qu\u2019ils auraient en mains.Prix par volume pour la REVUE : Pleine toile .+.+ .40 cents Quart de reliure, dos en cuir, plat en papier.45\u201c Demi-reliure, dos et coins en cuir, plat en papier .60 \u201c Demi-reliure, dos et coins en cuir, plat en toile, rouge sur tranche .60 \u201c Reliure de luxe, plein cuir, rouge sur tranche.710 La REVUE FRANCO-AMÉRICAINE, 4, Casier Postal, 425, rue St-Jean, Québec.La Banque Nationale FONDEE EN 1860 Capital.\u2026.\u2026.\u2026\u2026.0ccsesseess $2,000,000.00 Réserve, .eevee 1,200,000.00 G Notre service de billets circulaires pour les voyageurs \u201cTravellers Cheques\u201d\u2019 est en opération depuis un an et à donné satisfaction à tous nos clients; nous invitons le public à se prévaloir des avantages que nous offrons.@ Notre bureau de Paris (rue Boudreau, 7, Square de l\u2019Opéra) est très propice aux voyageurs canadiens qui visitent l\u2019Europe.\u2014 \u2014 \u2014 \u2014 \u2014 \u2014 \u2014 G Nous effectuons les virements de fonds, les collections, les paiements, les crédits commerciaux en Europe, aux Etats-Unis et au Canada, aux plus bas taux.\u2014 117 Les sociétés nationales.-Conventions de Montréal et Manchester Les patriotes franco-américains ont attendu pendant de longues années le jour où leurs organisations formeraient un tout compact, concentreraient sous une même direction les efforts de tous les groupes.Ils en ont exprimé le vœu dans la plupart de leurs congrès depuis 1865 et plus particulièrement dans ceux qui précédèrent immédiatement celui de Springfield (1901).Leur vœu a été réalisé, et depuis un peu plus de dix ans deux associations, grâce aux proportions considérables qu\u2019elles ont prises\u2014l\u2019une a 16,000 membres et l\u2019autre 25,000\u2014ont accompli ce travail bienfaisant de la concentration des forces.Je veux parler de l\u2019Association Canado-Américaine, de Manchester, N.H., et de l\u2019Union Saint-Jean-Baptiste d\u2019Amérique, de Wonsocket, R.I, Cette dernière surtout, qui est la plus nombreuse, a déjà à son actif de magnifiques initiatives ; elle: a même donné, par les efforts des dernières années, à la cause: l\u2019élan définitif qui doit mener au règlement victorieux de toutes nos questions vitales.Toutes deux, parfaitement unies dans l\u2019action comme par la solide amitié et les dévouements qui réunissent leurs chefs, ont jeté à pleines mains dans la terre soigneusement préparée par trois ou quatre générations de patriotes la bonne semence des 1dées saines et du culte à conserver pour les idéaux et les traditions de la race.Elles ont même accompli ce prodige de dégager entièrement des considérations presque toujours démoralisantes de la politique la notion clairement comprise des intérêts essentiels de la race.On admettra que, ce danger évité, le problème national se rapprochait, pour les Franco-Américains de la solution attendue, désirée.Cependant, pour avoir travaillé au groupement de 50,000 Franco-Américains, unis et disciplinés, nos organisateurs n\u2019ont pas réglé toutes les questions.Il n\u2019est pas même certain que les motifs de griefs partagés sur tous les points de la Nouvelle-Angleterre par un million des nôtres, aient diminué considérablement.Mais elles ont créé une situation telle que ces griefs apparaissent dans une lumière 424 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE plus éclatante ; elle a fait de la question franco-américaine une question permanente qu\u2019on ne pourra plus espérer trancher par des demi-mesures ou quelques concessions imposées par les besoins plus pressants du moment.Elles ont montré, chez le groupe franco-américain, non-seulement le désir de vivre, mais encore la volonté de maintenir son intégrité en même temps qu\u2019il prenait loyalement toute sa place dans la république américaine.Nous avons déjà plus d\u2019une fois raconté aux lecteurs de la REVUE cette épopée discrète, mais comme l\u2019autre glorieuse et inspiratrice, vécue loin du foyer natal et des institutions qui depuis trois cents ans renouvellent et purifient le sang de la race, par le groupe franco-américain.Nous y reviendrions volontiers si nous ne craignions pas de tomber dans d\u2019inutiles redites.Du reste, le sujet qui nous occupe se prêterait mal à pareille tâche.Ce qu\u2019il importe de signaler c\u2019est la force nouvelle donnée aux idées nationales par le lent travail de fraternité poursuivi depuis plus de dix ans par nos associations de secours mutuel ; c\u2019est la façon heureuse dont elles ont su marier dans leur action sociale les questions d\u2019intérêt et les questions de patriotisme ; c\u2019est l\u2019éloquente preuve qu\u2019elles ont donnée de la sagesse de leurs fondateurs quand elles ont été créées de telle sorte que chaque sou contribué pour la protection des familles était un bien nouveau de solidarité réunissant les groupes dans l\u2019œuvre commune des progrès de la race.Aussi bien est-ce à cause de cette unité d\u2019action sur le double terrain économique et patriotique que le souci des intérêts nationaux à pris dans l\u2019œuvre de nos sociétés une importance qui pour plusieurs\u2014pour les politiciens en dehors, surtout\u2014est devenue un sujet d\u2019appréhension.Et, il fallait bien s\u2019attendre, un jour ou l\u2019autre, au conflit inévitable qui se préparait entre les tenants des idées nationales et les protagonistes des idées de compromissions et d\u2019opportunisme si facilement assimilables à une fausse conception des vertus civiques et de la loyauté à professer envers le reste de la nation.Qu\u2019il en ait été ainsi pour les Franco- Américains, ce n\u2019est pas un fait dont on puisse s\u2019étonner outre mesure.C\u2019est un fait que l\u2019on retrouve dans la vie des peuples les plus homogènes et bénéficiant de progrès accomplis par plusieurs siècles de civilisation.La politique, à cause des intérêts et des ambitions innombrables qu\u2019elle met en jeu, traîne invariablement avec elle, comme un boulet, cet éternel LES SOCIÉTÉS NATIONALES 425 conflit des conceptions contradictoires de ce qui constitue la vie des peuples et garantit la survivance des races.Qu\u2019aux Etats-Unis, dans une agglomération qui a réuni toutes les nations de la terre, dans l\u2019élan de chauvinisme inspiré par un succès matériel sans égal, certains hommes aient pu croire à la nécessité de plier leur race à une politique de fusion, cela se conçoit assez facilement.Il suffit de rechercher les motifs qui les ont inspirés pour découvrir l\u2019erreur de leurs calculs ou l\u2019égoïsme de leur ambition.Après tout, il ne faut pas réfléchir bien longtemps pour retrouver au fond de tous les honneurs promenés avec une ostentation vaniteuse par les politiques à succès de notre époque, l'hommage rendu par la masse des citoyens au mérite collectif des éléments que l\u2019on honore, sans doute, mais dont on cherche par dessus tout à s\u2019attirer les faveurs.Les premiers à constater ce fait devraient bien être ceux qui en retirent tout le profit.C\u2019est le contraire qui arrive la plupart du temps, tant est forte, chez les arrivés, la tentation d\u2019attribuer à leur mérite personnel des triomphes que des milliers de travailleurs et de patriotes obscurs ont mis des années à préparer.Nous n\u2019aurions après tout, pour mettre ce fait en\u201cévidence, qu\u2019à citer des discours récents et des événements déroulés sous nos yeux ; par exemple, cet énorme pavé d\u2019ours lancé à la tête du gouverneur du Rhode Island par le président de la chambre de commerce de Montréal, M.Perreault, quand il affirmait que M.Pothier avait pu être élu sans le concours des Franco-Américains de son Etat (1).Avec un point d\u2019appui Archimède se faisait fort de lever le monde.Dans la politiqne américaine le succès des nôtres a eu pour point d\u2019appui, les organisations nationales, l\u2019esprit de solidarité qui en garantissant la survivance des idéaux ont étendu à tous les domaines de la vie publique l'influence acquise dans le développement de la vie sociale et religieuse.Prétendre le contraire serait faire montre d\u2019une singulière prétention.Et, pour parler du Rhode Island que nous avons déjà cité, les choses se passeraient tout autrement si, au lieu du dixième des voteurs les Franco-Américains n\u2019en possédaient que le centième, même tout mérite personnel étant pris en considération.Notre thèse, a été soutenue victorieusément, à Manchester, N.H.par M.l\u2019abbé Deslauriers, curé de la paroisse St-Antoine de New-Bedford, Mass., dans le superbe sermon qu\u2019il pronon- (1) Voir.\u2018\u201c Canada \u201d, Montréal, 12 sept, 1910. 426 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE cait pour l\u2019ouverture du congrès biennal de l\u2019Union Saint- Jean-Baptiste d\u2019Amérique.Il disait, parlant des deux grandes sources de force franco-américaines, les écoles paroissiales et les sociétés nationales, il disait ; \u201c Ce ne sont pas les races étrangères qui nous ont groupés.Non! Dans la même foi catholique, leur mentalité n\u2019est pas la nôtre et elles ont vu d\u2019un œil de défiance une union cimentée par nous pour la gloire de l\u2019Eglise.Certes ! loin de notre pensée de toucher à leurs convictions ! Nous les respectons.Est-ce trop demander, qu\u2019au nom de notre Mère commune, on respecte les nôtres ?et qu\u2019on ne sème pas dans nos rangs des divisions qui seraient des déchéances ?\u2018\u2018 Ce n\u2019est pas la politique qui nous a groupés.\u2018 La politique, hélas ! nous avons trop appris qu\u2019elle divise.Les intérêts que, souvent, elle promet de servir et les ambitions qu\u2019elle chauffe ont abaissé trop de fronts faits pour regarder en haut, souillé trop d\u2019âmes devenues politiciennes avant d\u2019être chrétiennes\u2014comme si avant d\u2019être électeur et partisan, on n\u2019était pas baptisé et confirmé |\u2014Nous savons trop la puissance des honneurs et la gloriole des titres, pour fonder sur cette poussière nos espoirs de catholiques.Nous savons trop ce qu\u2019en certain pays, pourtant bien-aimé, on a sacrifié de principes sacrés au fétichisme d\u2019un nom, pour devenir de vulgaires imitateurs ! Périssent les honneurs : pourvu que l'honneur reste ! Soumission respectueuse à l\u2019autorité : guerre au mensonge des hommes! Au citoyen, grand ou petit, qui me dit: Je n\u2019aime pas ce que tu aimes, tes sociétés, tes écoles, les moyens de conservation de ta nationalité et de ta foi, je réponds.\u2014fut-il un ami personnel ou un frère, et dussé-je contraindre mon cœur pour ne pas éclater en larmes \u2014je réponds : Tu es un ennemi et-un faux frère ! \u201c C\u2019est que la question n\u2019en est plus une de sentimentalité.Elle domine tous les intérêts temporels et la vie même.C\u2019est une question de vérité équitable pour tous, au dessus des parts et des places ; une question de salut, d\u2019âme, de ciel ! \u201c J\u2019ai ajouté, en second lieu, que l\u2019Eglise nous a sauvés par le moyen de l\u2019école.\u2018\u201c A ce seul mot, je revois passer, comme dans une série d\u2019admirables tableaux, les œuvres d\u2019éducation que vous et tous nos compatriotes, avez accomplies à force de sacrifices, sur cette terre d\u2019Amérique.Je revois les longues théories d\u2019humbles Frères, de Sœurs et d\u2019instituteurs laïques, sacrifiant dans la pureté et l\u2019obéissance leur vie entière, pour que la génération qui grandit soit à son Dieu, serviable à la Patrie, croyante comme ses pères et, s\u2019il se peut, mieux armée pour les luttes de l\u2019existence et plus instruite qu\u2019eux.Ce mot remet de plus devant les yeux les enseignements de l\u2019Eglise et ses défenses de participer à l\u2019instruction neutre.Il rappelle la doctrine de Léon XIII qui nous répète qu\u2019à l\u2019enfant catholique, il faut l\u2019école catholique,\u2014la doctrine du cardinal Newman, affirmant, sous diverses formes, \u2014 comme d\u2019ailleurs le cardinal Gibbons,\u2014que d\u2019envoyer son enfant, quand on peut faire autrement, à toute autre école qu\u2019à celle de sa foi, est une apostasie commencée.\u2018\u201c Je sais bien que parfois, contre cette loi de l\u2019Eglire, la tentation est violente en dépit du dévouement et des succès catholiques.Nous fermons les yeux sur ces succès ; nous semblons bien aises de ne pas les voir, afin de pouvoir dire qu\u2019ils n\u2019existent pas.Nous sommes souvent durs pour les nôtres ; et de tous les préjugés, nos préjugés contre les nôtres sont pires.\u2018\u201c\u2018 Aussi bien, quand on rougit,\u2014et il y a de quoi rougir,\u2014de dire ouvertement que l\u2019école paroissiale est une institution rétrograde, qu\u2019elle est inférieure à l\u2019autre et qu\u2019on enveloppe ce dédain de compliments vagues, à droite et à gauche, pour ne pas se compromettre, nous sommes obligés LES SOCIÉTÉS NATIONALES 427 de proclamer, devant Dieu et devant les hommes, que ce n\u2019est pas là dela soumission à l\u2019Eglise, ni du catholicisme franc.C\u2019est, sous le voile transparent de l\u2019opportunisme, ce que Newman appelle l\u2019apostasie commencée.\u201c Dire qu\u2019à l\u2019enfance américaine, il faut l\u2019école publique\u2014américaine, c\u2019est là un prétexte engendré, non par la malice,\u2014je n\u2019aime pas à croire à la malice\u2014mais tout au moins par l'ignorance.Quoi ! l\u2019enfant catholique de nos écoles paroissiales sera-t-il moins patriote parce que, en apprenant à servir Dieu, il apprend à aimer et à servir sa patrie ?Quoi ! cet enfant sera-t-il plus ignorant et aura-t-il moins d\u2019endurance dans la vie, parce qu\u2019on lui a appris, avec le catholicisme, la beauté du travail, de la justice, de l\u2019ordre appuyé sur l\u2019autorité de Dieu et sanctionné par lui ?Quoi ! pour être bon citoyen, faudra-t-il en apprendre les vertus dans un milieu condamné par l\u2019Eglise et les Conciles ?Est-ce qu\u2019un petit Canadien catholique serait mal à l\u2019aise, par hasard, dans la concurrence des affaires, parce qu\u2019on a mis à la base de son éducation les vérités éternelles sur lesquelles s\u2019appuient toute vie humaine et toute société bien ordonnée ?Veut-on nous faire entendre que \u2018\u201c citoyen américain \u201d est l\u2019antithèse de \u201c citoyen catholique ?\u201d que l\u2019un exclut l\u2019autre ?qu\u2019on ne saurait être les deux à la fois et qu\u2019il faut choisir ?Eh bien, s\u2019il faut choisir, notre choix est fait ! Tant pis pour les autres ! Mais il ne le faut pas, car nous accordons au mot \u201c\u2018 américain \u201d\u2019, une signification plus noble, et nous ne l\u2019abaissons pas au sens diffamatoire que lui prêtent les assimilateurs dans leur gauche flagornerie et leur engouement maladroit.\u201d Un autre moyen de salut et de survivance donné aux Franco- Américains, c\u2019est la Société nationale, source ou appui de toutes les autres.L\u2019orateur fait ressortir ce fait avec force : \u201c L\u2019Eglise enfin nous a sauvés par un troisième moyen ; nos sociétés nationales et catholiques.\u201c Et quand je dis qu\u2019une société est catholique, je donne à cette expression tout le sens qu\u2019elle comporte dans la langue, la grammaire et la théologie.Ce n\u2019est pas seulement une société composée de catholiques.Ce n\u2019est pas une mise en commun de volontés et d\u2019efforts, liés par une charte et des règlements convenus : il se peut qu\u2019un tel groupement d\u2019individus, quelle que soit leur religion, n\u2019ait d\u2019autre but que l\u2019exploitation du coton, dun tramway, d\u2019une salle de danse ou d\u2019un patriotisme de pacotille et, de plaisir.; \u201cCe qui fait qu\u2019une société est catholique, \u2014ce qui la spécifie et lui donne sa vie propre, \u2014c\u2019est sa fin et l\u2019autorité qui la gouverne.\u201c Or, l\u2019autorité catholique gouverne une société et fait qu\u2019elle est catholique, quand c\u2019est elle qui, en dernier ressort, en matière de doctrine et de morale, décide, condamne ou approuve - quand c\u2019est à elle qu\u2019on s\u2019en rapporte, dans les questions religieuses, ou dans toute autre question qui, directement ou indirectement, en soi dans ses applications, tient à son domaine.\u201cVoila ce qui constitue \"Ame de cette société.Et de même qu\u2019il ne suffit pas de rattacher en forme humaine des membres de chair et d\u2019os pour former un homme,\u2014puisqu\u2019ils peuvent n\u2019être qu\u2019un cadavre, \u2014à moins qu\u2019ils ne soient animés par l\u2019âme, de même les membres d\u2019une association ne constituent une société catholique que quand ils sont animés de la vie catholique, informés par une âme catholique, qui est l\u2019autorité de l\u2019Eglise.; \u201c\u201c Et c\u2019est par le moyen des sociétés ainsi définies que l\u2019Eglise a travaillé à notre conservation aux Etats-Unis.Ce qu\u2019elle leur a demandé ce n\u2019est pas seulement d\u2019aider à notre prospérité matérielle, quoiqu\u2019elle l\u2019ait voulue, parallèlement à notre prospérité nationale et religieuse.Ce qu\u2019elle leur a demandé surtout, c\u2019est qu\u2019elles 428 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE aidassent au maintien des traditions et de la foi, par le groupement de nos forces.Dans ce but, elle désire qu\u2019à son exemple, nos sociétés soient combatives sous sa direction contre les passions humaines et sur tous les champs d\u2019action.\u201cLe temps n\u2019est plus, mes chers amis, où le citoyen catholique pouvait se désintéresser de la chose publique des luttes de l\u2019Eglise et de la morale et croire qu\u2019il avait rempli tout son rôle quand il avait gagné son salaire, amassé un petit avoir, marié ses filles et digéré ses rentes.En face du mal qui s\u2019organise, en secret ou au grand jour, des lâchetés du respect humain, de l\u2019esprit de parti et de l\u2019égoïsme politique et vénal qui a inventé, pour la commodité de ses partisans, deux âmes dans le même homme ; une âme pour la vie publique et une âme pour la vie privée ; une pour trahir et l\u2019autre pour flatter ; une pour satisfaire les prétentions de l\u2019orgueil et l\u2019autre pour sauvegarder la popularité, \u2014en face de toutes ces défaillances modernes, l\u2019Eglise convoque ses enfants, même les plus humbles, à l\u2019apostolat social.\u2018\u201c Et ce qu\u2019elle demande des individus, elle l\u2019exige, à plus forte raison, des sociétés.Elle le demande à des titres particuliers, de la vôtre, camarades de l\u2019Union Saint-Jean-Baptiste, en vous convoquant à lutter avec elle contre les passions humaines.\u201c\u2018 C\u2019est pour cela qu\u2019elle a béni vos constitutions et les a faites catholiques dans la lettre et l\u2019esprit.Elle attend, et a droit d\u2019attendre, que par tous les moyens à votre disposition, vous lui serez, \u2014vous continuerez de lui être\u2014un auxiliaire fidèle.Vous lutterez par l\u2019arme de la presse, puisque le pape lui-même nous indique ce moyen puissant d'atteindre les classes populaires et de détruire l\u2019influence ruineuse du journalisme jaune et corrupteur ; par la presse patriotique et religieuse, la presse à idées et non pas à sensations, afin de diffuser dans nos populations un peu de lumière \u2014j\u2019allais dire un peu de théologie, me souvenant que la science première d\u2019un journaliste est le catéchisme, et que le catéchisme bien compris, \u2014n\u2019en déplaise aux sourires de l\u2019ignorance,\u2014c\u2019est la bonne théologie du peuple.\u201cVotre Union doit étre une société combative, parce qu\u2019elle veut vivre et faire vivre, et que pour vivre, il faut lutter.Une société combative et forte aussi, parce que ne cherchant pas ses alliances chez les courtisans du pouvoir qui passe, elle s\u2019attache aux immortels principes de la foi, de l\u2019apostolat laïque, du nationalisme bien entendu, de l\u2019Église combative et infaillible.\u201d?La même doctrine étant prêchée quelques jours auparavant au congrès de l\u2019Association Canado-Américaine tenu à Montréal.Et jamais peut-être doctrine n\u2019a été acceptée avec plus d\u2019enthousiasme et plus vigoureusement défendue.C\u2019est que prêcher en faveur de nos organisations nationales propres, c\u2019est toucher à tout ce qui constitue les forces vives de la nationalité, en fait une source d\u2019inspiration et de reconfort.On a trouvé dans les associations nationales, par les liens d\u2019une fraternité qui s\u2019étend à d\u2019autres souffrances ou d\u2019autres joies que celle du foyer, le secret de mener à bonne fin les grandes entreprises politiques et la force de repousser les courants assimilateurs.Cela ne veut pas dire que tout se passe dans la plus parfaite harmonie et que le travail d\u2019anglicisation entrepris par nos hiérarchies politico religieuses soit sans résultat.Nous prenons part à une bataille acharnée où même LES SOCIÉTÉS NATIONALES 429 la victoire la plus éclatante ne va pas sans coûter parfois de lourdes pertes pour le vainqueur.Pour les Franco-Améri- cains, la grande consolation vient encore de ce que l\u2019ennemi a réussi moins que pour tous les autres à entourer leurs rangs.Ils doivent cet avantage au soin jaloux qu\u2019ils ont mis à soigner l\u2019éducation de leurs enfants.En sauvant pour la race les premières générations d\u2019américains de langue française, ils se sont donnés de solides garanties de pérennité.Grâce à eux, on peut voir qu\u2019un américain peut sans déroger parler deux langues et ne pas manquer de loyauté.Mais tous ne pensent pas de la sorte, ou plutot ne mettent pas autant de franchise dans l\u2019énoncé de leurs convictions.S\u2019ils se flattent encore, dans les grandes occasions d\u2019arborer nos couleurs et de chanter nos refrains patriotiques on sent que de secrétes convictions, quand des motifs moins nobles ne les poussent pas, mettent une sourdine à leur enthousiasme.Et il n\u2019y à pas jusqu\u2019à leurs plus éloquents discours qui ne prennent sur leurs lèvres le ton d\u2019un morceau de maître habillement déclamé.Le cœur n\u2019y est pas tout entier et pour ce qu\u2019il a de meilleur.Après soixante ans de vie sociale il fallait s\u2019attendre à rencontrer cette disposition d\u2019esprit chez un nombre assez considérable de Franco-Américains et parmi les plus haut cotés.Il n\u2019est pas même nécessaire de donner des noms ni de citer des faits.Après tout, il est aisé de comprendre que l\u2019évolution des idées chez les groupes franco-américains n\u2019a pas divisé les esprits en catégories nettement tranchées.Entre les patriotes ardents et ceux que nous pourrions appeler les \u2018\u201c assimilés \u201d\u201d il y a le groupe des arrivistes de toutes nuances à qui revient carrément l\u2019idéal des premierset cherchent par toutes sortes de compromissions et de détours à accommoder leur conscience aux besoins de leur ambition ou de leurs intérêts, Or, nous le répétons, entre toutes ces mentalités il devait nécessairement se produire un conflit.C\u2019est bien ce qui est arrivé.Et l\u2019on a vu pendant des semaines et des mois des citoyens, certes, fort distingués, mais qui devaient tout à l\u2019élément franco-américain livrer un assaut brutal à nos meilleures organisations nationales.Sans doute, que cette tentative a été vaine et qu\u2019à Manchester et Montréal les délégués réunis de l\u2019association Canado-Amé- ricaine ou de l\u2019Union Saint-Jean-Baptiste d\u2019Amérique ont donné avec unanimité une éclatante victoire aux principes 430 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE nationaux.(1) Et cette victoire a été d\u2019autant plus significative qu\u2019elle a associé dans la même déroute les assimilateurs, qui, chez nos concitoyens de langue anglaise sont toujours prêts à profiter de nos divisions ou même à les entretenir.La façon très maladroite dont la presse anglaise à mêlé le nom du gouverneur Pothier dans une lutte de société dont il n\u2019est pas membre ne demande pas plus d\u2019explication.Mais on voit bien, dans tout cela, quel rôle important nos sociétés nationales sont appelées à jouer, et jouent, de fait, pour la conservation de la race.: Combien de fois n\u2019avons nous pas entendus les patriotes franco-américains, prêtres et laïques, soupirer après la société nationale qui réunirait au moins 100,000 membres ! Le jour n\u2019est pas loin où ce rêve sera accompli.Deux organisations nationales, après dix ans d\u2019existence, comptent tout près de 50,000 membres.Bien plus elles ont associé à leur œuvre d\u2019autres organisations qui en dépendent et en sont comme les antichambres.L'association Catholique de la Jeunesse Franco- Américaine, les Gardes Indépendantes viennent ajouter aux phalanges de nos sociétés fraternelles et patriotiques l'effort enthousiate des jeunes et préparer à la cause nationale de glorieux lendemains.C\u2019est une promesse de force et de vie que donnent à tous leurs compatriotes les jeunes Franco- Américains défilant par milliers dans les rues de Manchester et tenant à coté de leurs aînés un congrès applaudi par tous les chefs religieux et civils de l\u2019élément.Et quand nous voyons une œuvre comme celle-là brutalement assaillie par les écumeurs d\u2019influence qui s\u2019abattent sur elle comme les corbeaux sur un champ de bataille, alors vous sentez bouillonner en votre cœur les vieux enthousiasmes des premières luttes et vous volez à la défense de l\u2019arche Sainte.Il n\u2019est pas 100 membres sur les 50,000 enrôlés dans nos sociétés nationales qui voient la situation sous un autre angle que celui-là.Pour tous ceux qui veulent voir les sociétés nationales sont une source de force d\u2019où sont venus tous les succès.Les politiciens eux-mêmes le reconnaissent.On le voit bien à l\u2019acharnement qu\u2019ils mettent à s\u2019en assurer le contrôle.Il y a là un danger contre lequel les nôtres devront se prémunir s\u2019ils ne veulent pas que cette source d'influence ne F(1) Les officiers généraux de ces deux sociétés étaient combattus avec fureur à cause de l\u2019attitude franchement nationale et catholique de leurs organes respectifs l\u201d\u201c\u201c Union \u201d et le \u2018\u2018 Franco-Américain \u201d. LES SOCIÉTÉS NATIONALES 431 soit appliquée à la destruction de ce qu'ils ont mis tant d\u2019années à bâtir.Et le jour n\u2019est peut-être pas très loin où la première qualification à exiger des candidats franco-américains sera qu\u2019ils mettent leur ambition en parfait accord avec les idées et le programme qui forment l\u2019essence de la vie franco-amé- ricaine.J.L.K.-Laflamme CHOSES PRATIQUES Examinez la date inserite sur la bande de la REVUE, Sielle n\u2019est pas le 30 AVRIL 1911, c\u2019est que votre abonnement n\u2019est pas payé.Vous nous rendrez service en nous envoyant sans délai tout montant du.\u2014L\u2019ADMINISTRATION. La question des langues au Congrès Fucharistique Nous nous rendons volontiers à la demande d\u2019un grand nombre des lecteurs de la REvUE en reproduisant ici deux discours prononcés au Congrès Eucharistique de Montréal qui, plus que tous les autres, à cause des hautes personnalités mises en causes, à cause aussi de l'importance des sujets traités, ont provoqué de vives discussions et posé plus carrément que jamais devant le monde catholique un des problèmes les plus épineux de notre vie nationale.Nous voulons parler des discours prononcés à l\u2019église Notre-Dame par l\u2019archevêque de Westminster (Angleterre) Mgr Bourne et le député de St-Hyacinthe au parlement de Québec, M.Henri Bourassa.Rarement la question du français et de l\u2019anglais dans l\u2019église d\u2019Amérique a été traité avec plus de maîtrise et de vigueur.La franchise avec laquelle Mgr Bourne a parlé du rôle futur de la langue anglaise dans notre vie catholique d\u2019Amérique méritait la réplique non moins franche de M.Bourassa qui, dans une occasion unique, s\u2019est montré le champion courageux et acclamé de tout ce qui fait le fond même de notre vie nationale et religieuse.Ce sont là vraiment deux discours historiques qu\u2019il importe de conserver.Et quand on nous a fait observer que la REvux devait les inclure dans le série déjà considérable de documents de première importance qu\u2019elle a groupés, on a répondu à notre secret désir de les consigner dans nos modestes archives.Pour être partagé par nos lecteurs et les amis de la cause que nous défendons, le plaisir que nous éprouvons à perpétuer le souvenir de cette victoire morale remportée par notre race ne peut être que grandi.Nous donnons les versions des deux discours telles que publiées par le \u201c Devoir\u201d de Montréal : Discours de Mgr Bourne \u201c C\u2019est à peine une exagération de dire que, à l\u2019heure qu\u2019il est, les regards du monde entier sont tournés vers le Canada.Il est au moins, absolument vrai que chez nous, en Angleterre, LA QUESTION DES LANGUES, ETC., 433 il y a des hommes de toute condition qui pensent au Canada comme ils n\u2019y ont jamais pensé encore.Pour quelques-uns, c\u2019est le pays où ils espèrent voir se réaliser les espérances d\u2019une prospérité, que leur propre patrie est incapable de leur donner.D\u2019autres se préoccupent des questions touchant à la Fédération Impériale ou aux relations commerciales.Les plus sérieux ne peuvent perdre de vue la possibilité qu\u2019il y a à ce qu\u2019un jour ou l\u2019autre, la longue étendue des côtes du Pacifique, qui terminent les fertiles régions de la Colombie Britannique, demande à être protégée contre une invasion venue de l\u2019Ex- trême-Orient.C\u2019est vraiment une disposition spéciale de la Divine Providence que Sa Grâce Mgr l\u2019Archevêque de Montréal ait invité le Congrès Eucharistique à s\u2019assembler dans cette ville, concentrant ainsi sur le Canada l\u2019attention du monde catholique tout entier, à \u2019heure méme ou le Dominion commence à jouer, dans l\u2019histoire du monde, un rôle si grand qu\u2019il est impossible de prédire son étendue ou d\u2019exagérer la grandeur de son avenir.En notre qualité de membres de Congrès, désirant de tout notre cœur l\u2019établissement sur la terre du royaume de Dieu qui est sa Sainte-Fglise Catholique, nous pouvons nous demander quel rôle l\u2019Eglise aura à jouer dans la croissance rapide d\u2019un grand peuple comme celui-ci.Il y a, dans la réponse à cette question, un problème et un rôle à jouer si considérables que l'Eglise, dans sa longue histoire, a eu rarement, sinon jamais, une \u2018semblable question à envisager.La solution de ce problème, en même temps que la manière dont on comprendra cette occasion d\u2019agir, influera non seulement sur les destinées du peuple du Canada, mais sur celles de l\u2019Eglise dans le monde entier.L'histoire primitive du Canada fait partie de l\u2019histoire de l\u2019Eglise Catholique.Les premiers colons qui vinrent ici ne parlaient qu\u2019une langue et n\u2019avaient qu\u2019une voix pour exprimer leur croyance religieuse, et le développement du pays a marché parallèlement au progrès de la Foi Chrétienne, dont l\u2019Eglise Catholique est la dépositaire.Le Canada a contracté envers l\u2019Eglise Catholique une dette si considérable, que même ceux qui sont opposés à ses enseignements peuvent à peine discuter l\u2019existence de cette dette.Et, d\u2019un autre côté, la puissance et l\u2019influence de l\u2019Eglise Catholique, pendant toute l\u2019histoire primitive de la colonie, sont dues, en grande partie, à ce fait que la langue et la littérature du pays étaient tout entières du côté de l\u2019Eglise Catholique, 434 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE La langue francaise, avec laquelle s\u2019identifiait le progrès de toute la vie de la nation, ne rendait qu\u2019un seul et même son, lorsqu\u2019elle exposait au peuple les mystères de la religion, soit que cette prédication fût faite à ceux qui étaient venus de France, patrie de leurs ancêtres, soit qu\u2019elle dût être ensuite traduite aux différentes races qui furent, autrefois, les maîtres du pays.skefok Aujourd\u2019hui les circonstances sont considérablement changées.Très lentement d\u2019abord, et maintenant avec une rapidité incalculable, une autre langue est en train de prendre une importance supérieure dans les choses ordinaires de la vie.Il serait, en vérité, extrêmement regrettable que la langue française, qui fut si longtemps l\u2019expression unique de la religion, de la civilisation et du progrès de ce pays, perdit jamais une partie de la considération et de la culture dont elle jouit au Canada.Mais personne ne peut fermer les yeux sur ce fait que, dans les nombreuses villes dont l'importance augmente constamment dans toutes les provinces de l'Ouest du Dominion, la majorité des habitants emploient l'anglais comme leur langue maternelle, et que les enfants des colons, qui viennent de pays où l\u2019anglais n\u2019est pas parlé, parleront aussi la langue anglaise, à leur tour.Et cette réflexion nous amène à la racine même du problême et montre bien toute la complexité.Car, hélas ! pendant que la langue française était autrefois synonyme d'unité dans la croyance religieuse, la langue anglaise a été, pendant plus de trois cents ans, l\u2019organe de la contention, de la désunion, et de la dissension, chaque fois qu\u2019il s'agissait des vérités chrétiennes.Et, maintenant si la puissante nation que le Canada est destiné à devenir doit être gagnée à l\u2019Eglise Catholique et gardée sous la juridiction, cela ne pourra s\u2019accomplir qu\u2019en faisant connaître à une grande partie du peuple canadien, dans les générations qui vont suivre, les mystères de notre foi par l\u2019intermédiaire de notre langue anglaise.Autrement dit, l\u2019avenir de l\u2019Eglise en ce pays, et la réaction qui suivra et qui devra se faire sentir sur les vieux pays de l\u2019Europe, dépendront, à un dégré considérable, de l\u2019étendue qu\u2019auront définitivement la puissance, l\u2019influence et le prestige de la langue et de la littérature anglaise en faveur de l'Eglise Catholique.tk Les différentes organisations religieuses non-catholiques LA QUESTION DES LANGUES, ETC., 435 connaissent parfaitement ces nouvelles conditions.Il ne vient pas un seul colon d\u2019Angleterre en ce pays qu\u2019on n\u2019aille le rencontrer là même où il débarque, et tout est mis en œuvre pour le tenir en relation avec les influences religieuses qu\u2019il à connues dans son pays.Dans tous les villages qui sont des centres de progrès, on établit immédiatement, comme je l\u2019ai vu récemment de mes propres yeux, des temples, afin de perpétuer cet enseignement de division qui est donné dans le monde, partout où la langue anglaise est parlée.Des sommes d\u2019argent considérables sont amassées et de grands efforts personnels sont faits, tout cela dans le même but.L'avenir nous montrera si, une fois encore, pour notre honte et notre douleur, notre langue anglaise doit être l\u2019organe des divisions religieuses ; ou si, par l\u2019effet d\u2019une grande miséricorde de Dieu envers cette nation du Canada, avec ses anciennes et glorieuses traditions catholiques, l\u2019Eglise est capable de donner au peuple Canadien, exprimée dans la langue anglaise, cette unité de croyance religieuse, que seule elle a le pouvoir d\u2019accorder.Mes vénérés frères, les Archevêques et Evêques du Canada, me pardonneront de traiter un sujet qu\u2019ils connaissent beaucoup mieux que moi, et de faire allusion à des problèmes dont ils connaissent parfaitement l\u2019existence.Je ne parle ainsi que pour que ceux qui, comme moi, ont le privilège d\u2019être les hôtes de ce grand Dominion puissent réaliser un peu l\u2019importance de ces questions qui, je le crois fermement, auront une influence, en bien ou en mal, non seulement sur les habitants catholiques de l'Amérique Britannique du Nord, mais sur l\u2019Eglise de Dieu tout entière, dans toutes les parties du monde ; et afin que ces problèmes à résoudre soient l\u2019objet de notre sympathie, de nos pensées, et de nos prières.Et, s\u2019il m\u2019est permis, j\u2019aimerais à faire cette suggestion : que tous s\u2019unissent dans la prière pour que l\u2019influence de la langue anglaise puisse enfin, malgré tout le mal qu\u2019elle a fait dans le passé touchant les questions religieuses, être amenée par Dieu à devenir une force puissante pour le soutien et l\u2019extension de l\u2019unité et de la vérité religieuses.En 1897, le Saint-Père Léon XIII, d\u2019heureuse mémoire, instituait l\u2019Archiconfrérie de Notre-Dame-de-Com- passion pour susciter des prières dans le but d\u2019obtenir le retour de l\u2019Angleterre et des Galles au bercail de la seule véritable Eglise de Jésus-Christ.Il a confié la direction de cette Archiconfrérie à la Compagnie de St-Sulpice, et je suis heureux, aujourd\u2019hui, de pouvoir donner un témoignage public de ma reconnaissance aux Pères de cette Vénérable Compagnie, 436 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE pour le zèle généreux et l\u2019esprit de sacrifice avec lesquels ils ont accompli leur tâche.Plus tard, le domaine de cette Archiconfrérie fut agrandi, de manière à englober aussi l\u2019Ecosse.Mais le Royaume-Uni, tout important qu\u2019il soit, n\u2019est qu\u2019une partie du monde qui parle l\u2019anglais, et j'aimerais à profiter de l\u2019occasion que m\u2019offre ce Congrès Catholique International, le second de ce genre tenu à l\u2019ombre du drapeau Britannique, pour proposer qu\u2019on demande au Saint-Siège de rendre le but de l\u2019Archiconfrérie de Notre-Dame-de-Compassion plus universel encore, de telle sorte que, de toutes les parties du monde, la prière monte vers le Trône de Dieu pour obtenir que toutes les nations de langue anglaise, sans \u2018exception, puissent être amenées à l\u2019unité de la Foi Catholique et l\u2019allégeance au Siège Apostolique.Ce n\u2019est qu\u2019en faisant servir la langue anglaise à la cause de la vérité que le Canada peut devenir, dans le plein sens du mot, une nation catholique, et le spectacle du Canada uni, exprimant également en français et en anglais les mêmes vérités religieuses, serait pour l\u2019Eglise de Dieu tout entière une puissance d\u2019une force irrésistible.J'ai confiance que ma proposition ne vous paraîtra pas trop hardie, et qu\u2019elle trouvera, chez vous, une généreuse et sincère approbation.Je fais cette suggestion en plein accord avec Leurs Eminences les Cardinaux de Baltimore et d\u2019Armagh et le Supé- rieur-Général de St-Sulpice.kkk Permettez-moi de résumer ce que je veux dire.Dieu a permis que la langue anglaise se répandit dans tout le monde civilisé, et elle a acquis une influence qui grandit toujours.Tant que la langue anglaise, les façons de penser anglaises, la littérature anglaise \u2014 en un mot la mentalité anglaise tout entière n\u2019aura pas été amenée à servir l\u2019Eglise Catholique, l\u2019œuvre rédemptrice de l\u2019Eglise sera empêchée et retardée.Toutes les nations de langue anglaise peuvent aider à cette grande tâche : L\u2019Angleterre, l\u2019Irlande, l\u2019Ecosse, les puissants Etats- Unis d\u2019Amérique, l\u2019Australie, la Nouvelle-Zélande, l\u2019Afrique du Sud et les Indes Britanniques.Mais le Dominion du Canada, à cause de ses traditions catholiques si anciennes et si profondément enracinées, à cause des prespectives magnifiques de progrès qui s\u2019ouvrent devant lui, peut aujourd\u2019hui, plus que tous les autres, rendre un grand service en ce sens.Et, en accomplissant sa part de travail, l\u2019Eglise Catholique du Canada non-seulement contribuera à faire avancer sa cause sacrée, = le LA QUESTION DES LANGUES, ETC., 437 mais, en même temps, elle donnera un courage plus grand aux Catholiques de langue anglaise dans le monde entier, et deviendra une source de force toujours croissante et plus durable pour l\u2019Eglise Universelle.Il y à là une occasion, qui ne lui sera peut-être plus jamais offerte.Humainement parlant, si elle la perd, cette perte sera incommensurable et irréparable.sk J'ai pu paraître m\u2019écarter du but d\u2019un Congrès Eucharistique, qui est de glorifier et de promouvoir la dévotion à la Très Sainte Eucharistie.Permettez-moi de vous rappeler que, à l\u2019ouverture du Congrès Eucharistique, Son Eminence le Cardinal-Légat nous a fait nous ressouvenir que le Saint- Sacrement a pris possession du Canada, dès les commencements du pays.Cet empire de notre Divin Maître s\u2019est étendu graduellement, à mesure qu\u2019il daignait prendre possession des humbles tabernacles établis dans chaque village fondé sur le sol canadien.Mais cet empire ne sera pas complet, tant qu\u2019un tabernacle n\u2019aura pas été établi dans chaque groupe de ces colonies du Grand Ouest et tant que, près de ce tabernacle, des fidèles fervents ne seront pas réunis pour adorer, dans la parfaite unité de leur foi, leur seigneur et leur Roi.Et ce Jour, que nous espérons tous avec tant d\u2019ardeur, ne peut pas se lever tant que les doctrines de l\u2019Eglise Catholique n\u2019auront pas été portées à la connaissance de chaque enfants de la nation canadienne dans sa langue maternelle, et n\u2019auront pas été acceptées et exprimées par lui dans la langue qu\u2019il a appris des lèvres de sa mère.Discours de M.Henri Bourassa Eminences, Messeigneurs, Mesdames, Messieurs, Depuis deux jours, dans.ces séances mémorables, des apôtres de I'Eglise universelle vous ont énoncé les vérités de la foi et préché le culte de l\u2019Eucharistie ; les enfants de l\u2019Eglise canadienne ont rendu témoignage à la religion vivante de leur peuple (Applaudissements) ; des prélats étrangers ont glorifié les magnificenses du congrès de Montréal ; les hommes d\u2019Etat canadiens ont assuré au représentant du chef de l'Eglise catholique qu\u2019ici l\u2019Etat s\u2019incline devant le magistère suprême de l'Eglise.(Applaudissements.) 438 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Qu\u2019on me permette de prendre ce soir une tâche plus humble mais non moins nécessaire, \u2014à moi qui ne suis rien, à moi qui sors de cette foule, à moi qui n\u2019ai qu\u2019une parcelle du cœur des miens à présenter au Pape (Longues acclamations)\u2014et d\u2019accomplir au nom de tous ce que chacun d\u2019entre nous fait lorsque, après être venu à la table sainte chercher un regain de grâce et de vitalité, il formule dans son âme les résolutions qu\u2019il a prises pour devenir meilleur et plus fort.Qu\u2019on me pardonne donc d\u2019énoncer quelques-unes des résolutions que nous devons prendre aujourd\u2019hui comme peuple, après avoir communié tous ensemble à la face de Dieu et des hommes dans le culte eucharistique.Tout d\u2019abord faisons vœu de confesser notre foi dans nos actes publics.Que cette foi, qui éclaire nos consciences et fait battre nos cœurs, ne soit pas seulement la base de notre religion individuelle, mais l\u2019inspiratrice de notre vie publique.(Acclamations.) Combattons le danger qui nous menace peut-être plus ici que dans la vieille Europe, attaquée par ailleurs dans sa foi ; je veux dire le danger de la double conscience, qui fait que souvent des hommes qui adorent Dieu avec sincérité au foyer et à l\u2019église, oublient qu\u2019ils sont les fils de Dieu lorsqu'il faut proclamer leur foi dans la vie publique, dans les lois et dans le gouvernement de la nation.(Longues acclamathions, applaudissements prolongés.) Au culte de l\u2019argent, au culte du confort, au culte des honneurs, opposons le culte du devoir, le culte du sacrifice, le culte du dévouement.(Acclamations.) L\u2019illustre archevêque de Saint-Paul nous disait hier que l\u2019Amérique est appelée à résoudre plusieurs des problèmes des sociétés futures.C\u2019est vrai ; mais je crois également que l\u2019Amérique peut encore apprendre quelques leçons des vieilles sociétés chrétiennes de l\u2019Europe (Applaudissements) et qu\u2019il me soit permis, comme Canadien, dans les veines de qui coule le sang de six générations de Canadiens, de demander à l\u2019Europe de nous donner encore un souffle de son apostolat et de son intellectualité.Je crois que, dans la recherche de ce culte de I\u2019honneur, du dévouement et du sacrifice, même nous, les Français de la Nouvelle-France, pouvons encore apprendre quelque chose à l\u2019autel de la vieille patrie, dont l\u2019évêque d'Orléans et l\u2019évêque d\u2019Angers nous ont parlé hier et ce soir en des termes qui n\u2019in- LA QUESTION DES LANGUES, ETC., 439 diquent pas qu\u2019ils soient les chefs spirituels d\u2019une nation morte.(Longs applaudissements.) Au culte de l\u2019égoïsme, au culte du riche qui s\u2019engraisse et qui dort (Mouvement dans l\u2019auditoire), au culte du pauvre qui gronde et qui frémit, opposons le culte des œuvres sociales ; car la foi sans les œuvres est morte, et Pie X, le pape de l\u2019Eucharistie, a été précédé dans les voies de la Providence divine par Léon XIII, le pape des ouvriers.(Longues acclamations.) Eminence, vous avez admiré le spectacle de quinze mille ouvriers canadiens adorant Dieu dans cette église et attendant de vos lèvres la parole des commandements suprêmes qui vous a été déléguée par le père que nous vénérons tous.(Applaudissements).Nos ouvriers sont encore catholiques individuellement, mais nos unions ouvrières ne le sont pas ; et je croirais faillir à mon devoir et au rôle que j'ai assumé ce soir, si je ne disais pas à mes compatriotes qu\u2019il est urgent de veiller au salut des ouvriers, non seulement dans cette grande ville de Montréal mais dans toutes les villes de la province de Québec.(Acclamations.) Il ne suffit pas de dire à l\u2019ouvrier : \u201c Sois chrétien, sobre et laborieux, bon père de famille et fidèle à ton patron ; redoute les sociétés sans religion.\u201d Nous devons encore obéir à la parole du Pape des ouvriers, lui donner des œuvres pratiques et lui prouver que la foi catholique n\u2019est pas arriérée ni stérile ; que la foi catholique peut non seulement sanvegarder les droits de la conscience, mais encore s\u2019allier fructueusement à toutes les organisations modernes qui permettent au travail de se protéger contre la tyrannie du capital.Il faut prouver à l\u2019ouvrier que la foi, greffée sur les organisations ouvrières, ne les affaiblit pas, mais leur donne une âme qui les fera vivre, vivre plus longtemps et produire des fruits plus nombreux et plus substantiels que les groupements qui n\u2019ont d\u2019autre but qne d\u2019unir les ouvriers dans la revendication de leurs appétits et la recherche d\u2019un salaire plus élevé.(Acclamations).Ici encore, l\u2019Amérique\u2014l\u2019Amérique de l\u2019illustre archevêque de Saint-Paul (Mouvement) comme l\u2019Amérique de l\u2019éminent archevêque de Montréal\u2014peut aller demander des leçons à l\u2019Europe et en particulier à ce pays où la mentalité chrétienne, même dans le domaine politique, n\u2019est pas morte, à ce vaillant.petit pays de Belgique (A pplaudissements) qui, comprimé pendant cinq siècles par les nations étrangères, a su conserver le double trésor de sa foi et de sa pensée nationale.(Applau- 440 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE dissements).La Belgique prouve aujourd\u2019hui au monde entier que la profession des principes catholiques dans le gouvernement, dans les lois, dans l\u2019administration n\u2019empêche pas un peuple d\u2019être à la tête de la civilisation et d\u2019offrir au monde la solution la plus pratique et la plus efficace des problèmes ouvriers et des questions sociales.(Longues acclamations.) Mais s\u2019il est un point sur lequel notre pensée doive s\u2019arrêter particulèrement, s\u2019il est un principe sur lequel, catholiques de toute origine, nous devons nous unir dans une commune résolution pratique, c\u2019est celui de l\u2019éducation chrétienne de nos enfants.(Acclamations).Ne laissons pas pénétrer chez nous\u2014la brèche est déjà faite\u2014 cette notion fausse que la religion est bonne à l\u2019école primaire, nécessaire au collège classique qui forme les prêtres, mais qu\u2019elle n\u2019a rien à faire dans l\u2019école scientifique ou dans l\u2019école de métiers (Acclamations prolongées).La religion fondée par le Fils du charpentier est peut-être plus nécessaire encore à l\u2019ouvrier qui peine et qui sue, qu\u2019à l\u2019aristocrate de la pensée.(Longues acclamations.) Oui, conservons intact, dans cette vieille province de Québec,\u2014le seul état de l\u2019Amérique du Nord qui possède ce trésor, comme l\u2019a si bien dit l\u2019éloquent juge O\u2019Sullivan, (A pplaudis- sements)\u2014conservons intact ce trésor de l\u2019éducation chrétienne, qui ne consiste pas seulement dans l\u2019enseignement concret et restreint des dogmes théoriques de la religion\u2014si me permettent de m\u2019exprimer ainsi les éminents théologiens qui m\u2019écoutent\u2014-mais qui consiste surtout, au point de vue de la foi pratique et vécue, dans la pénétration de toutes les sciences et de toutes les notions humaines par l\u2019idée religieuse, par la foi au Christ,} ses enseignements, à sa morale (Longues acclamations).Oui, nous nous glorifions & bon droit d\u2019avoir conservé ce trésor dans la province de Québec ; mais de même qu\u2019il y a un instant, je vous prêchais l\u2019évangile de la charité sociale contre le dur égoïsme de l\u2019individu, je vous adjure maintenant de pratiquer la charité nationale et de vaincre votre égoïsme provincial.La province de Québec ne mériterait pas son titre de fille ainée de l\u2019Fglise au Canada et en Amérique si elle se désintéressait des causes catholiques des autres provinces de la confédération.Nous avons\u2014et permettez, Eminence, qu\u2019au nom de mes compatriotes je revendique pour eux cet honneur\u2014nous avons LA QUESTION DES LANGUES, ETC., 441 les premiers accordé à ceux qui ne partagent pas nos croyances religieuses la plénitude de leur liberté dans l\u2019éducation de leurs enfants.(Applaudissements).Nous avons bien fait; mais nous avons acquis par là le droit et le devoir de réclamer la plénitude des droits des minorités catholiques dans toutes les provinces protestantes de la Confédération.(Acclamahons prolongées.L\u2019auditoire fait à l\u2019orateur une longue ovation.) Et à ceux qui vous diront que là où l\u2019on est faible, là où l\u2019on est peu nombreux, là où l\u2019on n\u2019est pas riche, on ne doit pas réclamer son dû, mais le mendier à genoux, je réponds : Catholiques du Canada, traversez les mers, abordez le sol de la protestante Angleterre, faites revivre l\u2019ombre majestueuse d\u2019un Wiseman, d\u2019un Manning et d\u2019un Vaughan, si dignement représentés par un Bourne, (Applaudissements) et allez voir si là les minorités quémandent la charité du riche et du fort (Acclamations.) Les catholiques anglais, fiers de leur titre de catholiques et non moins fiers de leurs droits de citoyens britanniques, réclament, au nom du droit, de la justice et de la constitution, la liberté d\u2019enseigner à leur enfants ce qu\u2019ils ont appris eux- mêmes.(Applaudissements).Et l\u2019Angleterre a commencé à se convertir au catholicisme le jour où la minorité catholique anglaise, réveillée par le mouvement d\u2019Oxford, a cessée d\u2019être une minorité timide et cachée pour devenir une minorité combative.(Applaudissements.) Nous aussi nous sommes citoyens britanniques, (Mouvement) nous aussi, nous avons versé notre sang pour conserver à l\u2019empire son unité et sa puissance, et nous avons acquis par les traités, que dis-je ?nous avons acquis par l\u2019éternel traité de la justice, scellé sur la montagne du calvaire dans le sang du Christ, (Acclamations), le droit d\u2019élever des enfants catholiques sur cette terre qui n\u2019est anglaise aujourd\u2019hui que parce que les catholiques l\u2019ont défendue contre les armes en révolte des anglo-protestants des colonies américaines.(Longues acclamations.) Ayant formulé quelques-unes des déterminations que, j'espère, nous avons déjà prises comme nation et que nous fortifierons demain en faisant cortège au Christ Jésus, je vous demande maintenant d\u2019adopter avec moi une résolution d\u2019un autre ordre.Celle-ci n\u2019a plus pour objet la revendication de nos droits et nos relations avec ceux qui ne partagent pas nos croyances, mais l\u2019union véritable de tous les catholiques dans la pensée 442 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE d\u2019une commune dévotion à l\u2019Eucharistie, à la Vierge Marie et au Pape, que l\u2019on a si bien définis ce soir comme les trois principaux chaînons de la foi catholique.(Applaudissements.) Je remercie du fond du cœur l\u2019éminent archevêque de Westminster d\u2019avoir bien voulu toucher du doigt le principal obstacle à cette union (Mouvement) et d\u2019avoir abordé le plus inquiétant peut-être des problèmes internes de l\u2019Eglise catholique au Canada.(Mouvement.) Sa Grandeur a parlé de la question de langue.Elle nous à peint l\u2019Amérique toute entière comme vouée dans l\u2019avenir à l\u2019usage de la langue anglaise ; et au nom des intérêts catholiques elle nous a demandé de faire de cette langue l\u2019idiome habituel dans lequel l\u2019Evangile serait annoncé et prêché au peuple.Ce problème épineux rend quelque peu difficiles, sur certains points du territoire canadien, les relations entre catholiques de langue anglaise et catholiques de langue française.(Mouvement.) Pourquoi ne pas l\u2019aborder franchement, ce soir, au pied du Christ et en chercher la solution dans les hauteurs sublimes de la foi, de l\u2019espérance et de la charité.(Longues acclamations.) À ceux d\u2019entre vous, mes frères par la langue, qui parlez parfois durement de vos compatriotes irlandais, permettez- moi de dire que, quels que puissent être les conflits locaux, l\u2019Eglise catholique tout entière doit à l\u2019Irlande et à la race irlandaise une dette que tout catholique a le devoir d\u2019acquitter.(Applaudissements.) L\u2019Irlande a donné pendant trois siècles, sous la persécution violente et devant les tentatives plus insidieuses des époques de paix, un exemple de persévérance dans la foi et d\u2019esprit de corps dans la revandication de ses droits que tout peuple catholique doit lui envier, au lieu de lui en faire reproche.(Applaudissements.) À ceux d\u2019entre vous qui disent : \u2018\u201c\u2018 L\u2019Irlandais a abandonné sa langue, c\u2019est un renégat national ; et il veut s\u2019en venger en nous enlevant la nôtre, \u201d je réponds : Non.Si nous avions passé par les épreuves que l\u2019Irlandais a subies, il y a longtemps peut-être que nous aurions perdu notre langue.(Mouvement.) Quoi qu\u2019il en soit, la langue anglaise est devenue l\u2019idiome de l\u2019Irlandais comme celui de l\u2019Ecossais.Laissons a l\u2019un et à l\u2019autre, comme à l\u2019Allemand et au Ruthène, comme aux catholiques de toutes les nations qui abordent sur cette terre hospitalière du Canada, le droit de prier Dieu dans la langue LA QUESTION DES LANGUES, ETC., 443 qui est en méme temps celle de leur race, de leur pays, la langue bénie du pére et de la mére.(Longs applaudissements.) N\u2019arrachez à personne, Ô prêtres du Christ ! ce qui est le plus cher à l\u2019homme après le Dieu qu'il adore.(Applaudissements frénétiques.Longues acclamations).Soyez sans crainte, vénérable archevêque de Westminster : sur cette terre canadienne, et particulièrement sur cette terre française de Québec, nos pasteurs, comme ils l\u2019ont toujours fait, prodigueront aux fils exilés de votre noble patrie comme à ceux de l\u2019héroïque Irlande tous les secours de la religion dans la langue de leurs pères, soyez-en certain.(Applaudissements.) Mais en même temps, permettez-moi\u2014permettez-moi, Emi- nence\u2014de revendiquer le méme droit pour mes compatriotes, pour ceux qui parlent ma langue, non-seulement dans cette province, mais partout où il y a des groupes français qui vivent à l\u2019ombre du drapeau britannique, du glorieux étendard étoilé, et surtout sous l\u2019aile maternelle de l\u2019Eglise catholique (Longues acclamations) ; de l\u2019église du Christ, qui est mort pour tous les hommes et qui n\u2019a imposé à personne l\u2019obligation de renier sa race pour Lui rester fidèle.(L\u2019auditorre debout fait à l\u2019orateur une longue ovation.) Je ne veux pas, par un nationalisme étroit, dire ce qui serait le contraire de ma pensée\u2014et ne dites pas, mes com- patriotes\u2014que l\u2019Eglise catholique doit être française au Canada.Non ; mais dites avec moi que, chez trois millions de catholiques, descendants des premiers apôtres de la chrétienté en Amérique, la meilleure sauvegarde de la foi, c\u2019est la conservation de l\u2019idiome dans lequel, pendant trois cents ans, ils ont adoré le Christ.(Acclamations.) Oui, quand le Christ était attaqué par les Iroquois, quand le Christ était renié par les Anglais, quand le Christ était combattu par tout le monde, nous avons confessé et nous l\u2019avons confessé dans notre langue.(Longues acclamations.) Le sort de trois millions de catholiques, j'en suis certain, ne peut être indifférent au cœur de Pie X pas plus qu\u2019à celui de l'éminent cardinal qui le représente ici.Mais il y a plus encore.La Providence a voulu que le grope principale de cette colonisation francaise et catholique constituât en Amérique un coin de terre à part où l\u2019état social, religieux et politique se rapproche le plus de ce que l\u2019Eglise catholique, apostolique et romaine nous apprend être l\u2019état le plus désirable des sociétés.(Applaudissements.) Nous 444 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE n\u2019avons pas au Canada\u2014qu\u2019on me pardonne de rompre avec les formules de la diplomatie usitées même en des lieux comme celui-ci (Mouvement) \u2014nous n\u2019avons pas au Canada l\u2019union de l'Eglise et de l'Etat : ne nous payons pas de mots.Nous avons, dans la \u2018province de Québee,\u2014je pourrais dire presque exclusivement dans la province de Québec\u2014la concorde, la bonne entente entre les autorités civiles et religieuses.Il est résulté de cette concorde des lois qui nous permettent de donner à l\u2019Eglise catholique un organisme social et civil qu\u2019elle ne trouve dans aucune autre province du Canada ni dans aucune autre portion de l\u2019Empire britannique.(Applaudissements.) Grâce à ces lois, nos diocèses s'organisent, nos paroisses se fondent.Oh! la petite paroisse de Québec, échelonnée depuis le golfe de Gaspé jusqu\u2019au lac Témiscamingue, cette petite paroisse dont l\u2019église au clocher joyeux est le centre, et qui faisait dire à l\u2019éloquent évêque de Nancy, Mgr de Forbin- Janson : \u201c O Canadiens-français ! peuple au cœur d\u2019or et aux cloches d\u2019argent !\u201d (Applaudissements.) ; cette petite paroisse canadienne, où se concentre l\u2019effort du plus humble comme du plus riche des citoyens catholiques, dont l\u2019organisation, le mode d\u2019impôts et le fonctionnement sont garantis par les lois de notre province, c\u2019est l\u2019assise sociale la plus forte de l\u2019Eglise catholique en Amérique.(Longues acclamations.) Nos lois reconnaissent encore, dans la province de Québec seulement, autant que l\u2019Eglise peut le désirer, la constitution et le libre fonctionnement des communautés religieuses.Quel a été le résultat de cet état social ?C\u2019est que, débarrassée des soucis matériels, n'étant pas obligée, comme dans le reste du Canada, aux Etats-Unis et dans la plupart des autres pays, de rechercher toutes sortes de moyens artificiels et incertains pour se constituer civilement et socialement, l\u2019Eglise de Québec, en repos du côté légal et matériel, a pu donner la plénitude de son effort d\u2019apostolat, (Applaudissements), et cet effort a dépassé bien loin le diocèse de l\u2019archevêque de Saint-Paul.(Applaudissements.) De cette petite province de Québec, de cette minuscule colonie française, dont la langue, dit-on, est appelée à disparaître (Mouvement), sont sortis les trois-quarts du clergé de l\u2019Amérique du Nord, qui est venu puiser au séminaire de Québec ou à Saint-Sulpice la science et la vertu qui ornent au- jourd\u2019hui le clergé de la grande république américaine, et le LA QUESTION DES LANGUES, ETC., 445 clergé de langue anglaise aussi bien que le clergé de langue française du Canada.(Longs applaudissements.) | Eminence, vous avez visité nos communautés religieuses, vous êtes allé chercher dans les couvents, dans les hôpitaux et dans les collèges de Montréal la preuve de la foi et des œu- vres du peuple canadien-français.Il vous faudrait rester deux ans en Amérique, franchir cinq mille kilomètres de pays, depuis le Cap Breton jusqu\u2019à la Colombie Anglaise, et visiter la moitié de la glorieuse république américaine\u2014partout où la foi doit s\u2019annoncer, partout où la charité catholique peut s\u2019exercer\u2014pour retracer les fondations de toutes sortes\u2014 collèges, couvents, hôpitaux, asiles\u2014filles de ces institutions mères que vous avez visitées ici (Longs applaudissements).Faut-il en conclure que les Canadiens-français ont été plus zélés, plus apostoliques que les autres ?Non, mais la Providence a voulu qu\u2019ils soient les apôtres de l\u2019Amérique du Nord.(Acclamations.) Que l\u2019on se garde, oui, que l\u2019on se garde avec soin d\u2019éteindre ce foyer intense de lumière qui éclaire tout un continent depuis trois siècles ; que l\u2019on se garde de tarir cette source de charité qui va partout consoler les pauvres, soigner les malades, soulager les infirmes, recueillir ler malheureux et faire aimer l\u2019Eglise de Dieu, le pape et les évêques de toutes langues et de toutes races.(Acclamations prolongées.) \u201c Mais, dira-t-on, vous n\u2019étes qu\u2019une poignée ; vous êtes fatalement destinés à disparaître ; pourquoi vous obstiner dans la lutte ?\u201d (Mouvement.) Nous ne sommes qu\u2019une poignée, c\u2019est vrai ; mais ce n\u2019est pas à l\u2019école du Christ que j'ai appris à compter le droit et les forces morales d\u2019après le nombre et par les richesses.(Longues acclamations.) Nous ne sommes qu\u2019une poignée, c\u2019est vrai ; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre.(Ovation).Douze apôtres, méprisés en leur temps par tout ce qu\u2019il y avait de riche, d\u2019influent et d\u2019instruit, ont conquis le monde.(Applaudissements.) Je ne dis pas : Laissez les Canadiens- français conquérir l\u2019Amérique.Il ne le demandent pas.Nous vous disons simplement : Laissez-nous notre place au foyer de l\u2019Eglise et faire notre part de travail pour assurer son triomphe.(Acclamations.) Après la mort du Christ, Saint-Pierre voulut un jour marquer la supériorité des hébreux sur les gentils.Saint-Paul, l\u2019apôtre des nations, lui rappela qu\u2019il devait être le père de 446 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE toutes les races, de toutes les langues.Le pape le comprit ; et depuis dix-neuf cents ans il n\u2019y à pas eu de pape hébreux, de pape romain, de pape italien, de pape français, mais le Pape, père de toute la grande famille catholique.(Longues acclamations.) Montons plus haut, montons jusqu\u2019au Calvaire, et là sur cette petite montagne de Judée, qui n\u2019était pas bien haute dans le monde, apprenons la leçon de la tolérance et de la vraie charité chrétienne.(Applaudissements.) Les peuples de l\u2019antiquité, dans l\u2019attente du salut, montèrent jusqu\u2019au Christ pour en recevoir le mot de la rédemption éternelle.Depuis le Christ, toutes les races et toutes les nations, lavant dans son sang leurs préjugés, doivent s\u2019unir pour constituer son église.Que dans le Christ et dans l\u2019amour commun de l\u2019Eucharistie, toutes les races du Canada, ayant appris à respecter le domaine particulier de chacune, à conserver à chacune les forces d\u2019expansion nationales qui lui sont propres, sachent enfin s\u2019unir étroitement pour la gloire de l\u2019Eglise universelle, pour le triompde du Christ et de la papauté (Applaudissements.) ; et, ajouterai-je en terminant, pour la sécurité de l\u2019Empire britannique, car c\u2019est dans l\u2019unité de foi des catholiques canadiens, des Canadiens-français surtout, que l\u2019Empire britannique trouvera, dans l\u2019avenir comme dans le passé, la garantie la plus certaine de sa puissance au Canada.\u201d (Longue ovation.) Ce discours on le conçoit facilement a crée sur les milliers de personnes qui l\u2019ont entendu une impression profonde, L\u2019orateur fut acclamé pendant plusieurs minutes pendant que sur l\u2019estrade il recevait publiquement les félicitations du cardinal- légat.Des prêtres, des laïques, en me racontant cette scène versaient des larmes abondantes.Le lendemain, Mgr Bourne, dont les paroles avaient probablement dépassé la pensée donnait à un des rédacteurs du \u2018\u2018 Devoir \u201d, de Montréal, les explications suivantes : \u2018\u2018 C\u2019est sans doute à cause de la forme condensée en laquelle j\u2018ai traité mon sujet, qu\u2019il s\u2019est élevé quelque malentendu dans l\u2019interprétation de ma pensée.Cependant, si on veut bien lire avec attention ce que j\u2019ai dit, on y verra que chaque mot est choisi et pesé de manière à n\u2019offenser personne.Et quelles que soient les associations d\u2019idées qui ont pu se faire dans l\u2019esprit de mes auditeurs, mes paroles ne comportaient en elles-mêmes qu\u2019un sens acceptable à tous les catholiques.\u2018\u2018Brièvement ma thèse était celle-ci : un problème se pose LA QUESTION DES LANGUES, ETC., 447 devant l\u2019Eglise du Canada en même temps que se présente une occasion précieuse, tous deux surgissant du développement rapide de l\u2019Ouest.Jusqu'ici, la langue du pays a été surtout française et tout entière au service de l\u2019Eglise.Il en est encore ainsi dans l\u2019Est, mais, dans l\u2019Ouest, l\u2019énorme poussée des immigrants constitue une vaste population de lan-, gue anglaise.Et cette langue n\u2019est pas au service de l\u2019Eglise mais au contraire, elle a été, depuis trois cents ans une source de désunion en matières religieuses.\u2018\u201c\u201c Laissant les questions locales et politiques à ceux qui ont le droit et les connaisssances voulues pour les traiter, et me plaçant au point de vue plus élevé des intérêts de la religion et de l\u2019Eglise en général, ainsi que du bien spirituel du Dominion tout entier j'ai recommandé à la sympathie d\u2019une grande réunion internationale un projet d\u2019union de prières auxquelles prendrait part tout le monde catholique, afin que tous les peuples de langue anglaise puissent bientôt rentrer dans le sein de l\u2019Eglise.\u201c11 me semble que nul catholique ne peut trouver à redire au but désiré ou manquer de reconnaître son immense importance.J'ai saisi l\u2019occasion de faire mon appel à Montréal : d\u2019abord parce que le Canada français, à raison de sa foi magnifique et de la situation que la religion y occupe, est plus à même que tout autre pays de promouvoir les intérêts de l\u2019Eglise à cet égard ; et ensuite parce que je savais que le zèle apostolique, légué aux Canadiens-français par leurs ancêtres, est encore vivace dans leur âme.\u2018Quant à la langue française, ajoute l\u2019archevêque, je crois que ce serait une calamité si elle devait perdre la moindre parcelle du terrain qu\u2019elle occupe.Mais peut-être serait-ce encore un plus grand malheur qu\u2019il se developpât dans le Dominion un peuple immense de langue anglaise, si ce peuple devait être entièrement non-catholique.Un tel peuple se développe à l\u2019heure qu\u2019il est et, d\u2019une manière ou d\u2019un autre, il faut que la foi lui soit prêchée et qu\u2019elle soit maintenue chez lui dans sa propre langue, comme elle est prêchée et devra continuer de l\u2019être parmi vous dans votre propre langue.Les moyens d'arriver à ce but ne me regardent pas, mais sont du ressort de vos autorités ecclésiastiques.Toutefois, à cause de la position que j\u2019occupe, j'ai cru que nul mieux que moi ne pouvait suggérer cette union de prières, étant convaineu d\u2019ailleurs que je ne pouvais mieux m'adresser qu\u2019aux Canadiens- Français pour être d\u2019avance assuré du succès. 448 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2018\u201c Voici le problème et l\u2019occasion dont j'ai parlé.Ils sont à vous, non pas à moi, et j'espère avoir fait clairement entendre que j'ai offert ce que je pouvais offrir de mieux pour vous aider à résoudre ce problème et à profiter de cette occasion, en suggérant que l\u2019Archiconfrérie de Notre-Dame de la Compassion étendit ses avantages, jusqu'ici réservés à l\u2019Angleterre, au monde entier.Il me semble que ceci est un acte plutôt généreux que blessant.(1) (1)\u2014TEXTE ANGLAIS.It is doubtless owing to the condensed form in which I presented my subject, that some misunderstanding has arisen as to my meaning.But if it be carefully read, it will be seen that every word was weighed and chosen so that offence might be given to no one.And my expressions, whatever associaiton of ideas they may have aroused in some of my hearers, do not in themselves convey any other meaning than one to which no catholic could take exception.Briely my thesis was this : there is a problem before the Church in Canada.and at the same time a great opportunity, both arising out of the rapid development of the West.Heretofore the language of the country has been mainly French, and entirely on the side of the Church.While this remains the case in the East, the immense influx of immigrants is forming a great English speaking people in the West.And their language is not on the side of the Church, but for 300 years has made for discord in religious matters.Leaving local and political questions to those who have the right and the knowledge to deal with them, and looking at the matter from the higher ground of the interests of religion and the Church at large, as well as of the spiritual welfare of the Dominion as a whole, I invited the sym pathy of a great international gathering for a scheme of uniting the whole catholic world in prayer that the English speaking peoples may speedily return to the bosom of the Church.I think no Catholic can quarrel with the end desired, or fail to realize its great importance.I seized the occasion of making my appeal in Montreal, first because French Canada with its splendid faith and the position that faith holds, has a greater opportunity than exists elsewhere of furthering the cause of the Church in this respect ; and secondly because 1 knew that the missionary zeal bequeathed to them by their ancestors still lived in the heart of French Canadians.As to the French language, added the Archbishop, I think it would be a calamity if it should lose any portion of the position it holds.But it might prove a greater calamity that an immense English speaking people should grow up in the Dominion, if that people should be wholly non-Catholic.Such a people is growing up and the Catholic faith has somehow to be presented to them and maintained among them in their own tongue, as it is and must continue to be presented and maintained among yourselves in your tongue.The details of how that is to be done are in no way my business, but that of your own ecelsiastical authorities.But holding the position I do I thought that from no one could the suggestion of united prayer come with better grace; and I felt and still feel that to no one could such a suggestion be made with greater assurance of success than to French Canadians.Here you have the problem and the opportunity of which I have spoken.Both are yours not mine, and I hope I have made it clear that I have offered the best help that lay within my power to aid you in dealing with both by my suggestion that the Archconfraternity of Our Lady of Compassion should extend its benefits, hitherto reserved to England, to the whole world.I think I may claim that this is an act of generosity rather than of offence. Mgr Fallon et les écoles bilingues dans le diocèse de London, Ontario Mon cher Directeur, Comme votre REVUE s'est donné la mission de faire connaître les agissements de nos amis les assimilateurs j'ai songé à vous adresser quelques documents qui devront aider à faire sortir Madame Vérité de son puits où certain personnage s\u2019évertue à l\u2019y renfermer à demeure et qui feront ressortir, sans nul doute, les protestations d\u2019amitié et de dévouement aux intérêts des Canadiens-Français faites par Mgr Fallon.Je commencerai par reproduire le texte même de la déclaration de Mgr Fallon, (Traduction de \u2018\u2018 La Patrie \u201d\u2019, de Montréal, 23 septembre 1910.) London, Ont., 23.\u2014Au sujet de la nouvelle publiée par la presse canadienne et des déclarations de certains hommes publics relativement à son attitude en rapport avec la langue française et les intérêts de la nationalité canadienne-française, Sa Grandeur Monseigneur Fallon a fait la déclaration ci-dessous, pour publication : \u201cToute cette agitation, en autant que mon nom s\u2019y trouve mêlé, a commencé par la publication d\u2019une dépêche dans le \u2018 Free Press,\u2019 de Détroit, le 5 juin dernier, alors qu\u2019il y avait à peine cinq semaines écoulées depuis mon élévation au siège épiscopal de London.A sa face même, cet article est une fausseté ; pour des raisons évidentes, on le datait d\u2019Ottawa.In réalité, il a été élaboré à Toronto, par deux messieurs, dont l\u2019un occupe une position dans le service civil d\u2019Ontario ; l\u2019autre fait partie de la rédaction d\u2019un journal du matin, de Toronto.\u201c Les déclarations de cet article ne sont pas seulement fausses, mais malicieuses, et la fourberie de ceux qui en étaient les auteurs a été mise à jour d\u2019une façon privée, dans le temps.\u201c Un article également faux et libelleux à paru dans un journal de Toronto, dimanche dernier au matin, et, par une curieuse coïncidence d\u2019idées et de rédaction, on est porté à conclure qu\u2019il provient de la même source que le premier.\u201c Je n\u2019ai jamais été, dans mes paroles, mes actions, mes intentions ou mes désirs, l\u2019adversaire des intérêts de la nationalité canadienne-fran- çaise, et je ne serai jamais leur ennemi, quelle que soit l\u2019époque ou le lieu, même si l\u2019on me provoquait.Un certain nombre de canadiens-français vivent dans les limites de mon propre diocèse, et je suis aussi soucieux de leur bien-être, tant spirituel que temporel, que je le suis de tout autre groupement du troupeau confié à mes soins.\u201cJe n\u2019ai publié ni fait publier, directement ou indirectement verbalement, par écrit ou de toute autre façon, aucun ordre ou mandement ou toute autre expression d\u2019opinion concernant l\u2019enseignement de la langue française 450 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ou de toute autre langue, dans les écoles séparées ou autres du diocèse de London ou de tout autre endroit, Je n\u2019ai pas et je n\u2019ai jamais eu la moindre opposition à l\u2019enseignement du français ou de tout autre language, conformément aux lois de la province d\u2019Ontario et aux règlements du département provincial de l\u2019éducation.\u2018\u2018\u2019Toute cette agitation est donc, en autant que je me trouve concerné, non seulement sans fondement, mais par dessus tout suprêmement injuste.\u201d (Signé) M.-F.FALLON, Evêque de London, Ont.J\u2019avouerai qu\u2019en face d\u2018une telle déclaration les documents qui suivent vont paraître bien hardis.C\u2019est à se demander s\u2019ils sont faux, forgés ou l\u2019œuvre de fourbes, comme nous le dit Mgr Fallon, mais non, je les tiens de personnes absolument honnêtes .Vous verrez par l\u2019entrevue que relate l\u2019'hon.W.J.Hanna quelles sont les idées de Mgr Fallon.N\u2019est-ce pas qu\u2019il est triste pour un évêque de perdre de vue les avantages incalculables que la langue francaise procure aux Canadiens- Francais sous le rapport de la foi, des traditions chrétiennes et des aspirations nationales, afin de n\u2019envisager que les avantages bien inférieures, pour les enfants, des intéréts purement temporels\u2014et existent-ils ces intérêts temporels\u2014que peut leur procurer la langue anglaise.D'ailleurs la langue est une question de droit naturel qu\u2019il n\u2019est permis à personne de toucher et que nous ne devons pas laisser profaner par qui que se soi.De quel droit Mgr Fallon ose-t-il parler d\u2019écoles bilingues ?Est-ce que ça le regarde ?Voyons, secouons notre torpeur et mettons les choses au point! Et quel a été l\u2019usage constant de l\u2019Eglise depuis les temps apostoliques ?les apôtres eux-mêmes et tous les missionnaires ont-ils jamais songé à faire changer les langues des peuples qu\u2019ils avaient à évangeliser ?(Traduction) Sarnia, 23 mai, 1910.HON.Dr R.-A.PYNE, Ministre de l\u2019Education, Bâtisse de l\u2019Ecole Normale, Toronto, Cher DR PYNE, Hier après-midi le Père Kennedy (curé de Sarnia) m\u2019a téléphoné pour nous inviter, Madame Hanna et moi, à aller rencontrer Mgr Fallon, évêque de London, qui devait officier ici à l\u2019occasion de sa première visite dans cette partie de son diocèse.Après quelques moments de conversation, l\u2019évêque Fallon exprima le désir de me voir en particulier au sujet d\u2019une affaire d\u2019un grand intérêt pour cette partie de la Province.Ceci convenu, il se mit aussitôt à exposer toute la question de l\u2019enseignement bilingue dans les écoles.Il est difficile de le citer littéralement ; mais je vous donne en substance ses propres paroles. BP MGR FALLON ET LES ÉCOLES BILINGUES, ETC., 451 Il a passé, dit-il, la plus grande partie de sa vie en cette Province, étant né à Kingston, ayant plus tard longtemps séjourné à Ottawa, et, à l\u2019exception de son ministère à Buffalo, demeurant toujours dans la Province et s\u2019intéressant aux affaires ecclésiastiques.Il sent qu\u2019il est en mesure de savoir ce dont il parle ; qu\u2018étant chargé du diocèse de London, où il y a un si grand nombre de Canadiens-Français dans le comté d\u2019Essex, il com- , prend que la question est d\u2019une grande importance pratique, De fait, quant à lui, il regarde cette question comme supérieure à toutes les autres pour ce qui concerne le bien-être de ses diocésains.Il n\u2019en est pas venu à ces conclusions tout d\u2019un coup ; mais il a résolu, autant que la chose est en son pouvoir, de faire disparaître jusqu\u2019aux traces de l\u2019enseignement bilingue dans les écoles publiques de ce diocèse.L\u2019intérêt des enfants, garçons et filles, demande que l\u2019enseignement bilingue soit désapprouvé et prohibé ; il dit qu\u2019on l\u2019a assuré que, dans certaines parties du comté d\u2019Essex, il y a des enfants allant aujourd\u2019hui aux écoles publiques, incapables de parler anglais, et cela trois générations après que leurs ancêtres sont arrivés dans le comté.Assurément, on ne saurait rien dire de plus pour prouver jusqu\u2019à l\u2019évidence que l\u2019enseignement de l\u2019anglais a été complètement négligé chez les Canadiens-Français de cette région.Nous appartenons à une Province de langue anglaise, habitant un continent parlant l\u2019anglais, où tous les enfants, garçons et filles, en sortant des écoles pour affronter les combats de la vie, doivent être armés d\u2019abord de la langue anglaise, coûte que coûte ; si, de plus, ils sont capables d\u2019ajouter le français ou l'italien ou le polonais ou tout autre langue, fort bien ; mais il est absolument nécessaire que la base de l\u2019éducation soit anglaise.J\u2019ai fait observer à Sa Grandeur que, selon moi, dans les localités où les Canadiens-Français sont nombreux et parlent le français, on a cru que le maître d\u2019une telle école réussirait davantage, vu qu\u2019il pourrait mieux conduire les enfants de la langue française à la langue anglaise.A cela il réplique que c\u2019est une erreur; que, s\u2019il en était ainsi en théorie, cela n\u2019était jamais mis en pratique honnêtement ; que l\u2019argument en faveur de la nécessité du maître français dans les localités françaises était l\u2019argument de l\u2019agitateur clérical ou de l\u2019agitateur politique ; et, secouant son gros bras (1) et son poing vers moi, il dit : \u201c Je m\u2018engage à prendre soin de l\u2019agitateur clérical; mais pour l\u2019agitateur politique, je ne puis le contrôler, si ce n\u2019est dans la sphère politique avec l\u2019aide des autres.\u201d Il ajouta que le maître français a été imposé à ces parties du pays contrairement aux désirs des parents et aux intérêts des élèves ; que, dans le comté d\u2019Essex, il déclara à ceux qui cherchaient à lui imposer le maître français dans les localités françaises, qu\u2019il serait prêt à prendre le vote des parents canadiens-français eux-mêmes et à les laisser libres d\u2019enrégis- trer honnêtement leurs propres convictions ; et qu\u2019il serait heureux de s\u2019en tenir au résultat, mais que son offre n\u2019a pas été acceptée.Il dit encore que le politique et l\u2019agitateur canadien-français ne manquent pas de dire que les Canadiens-français contrôlent 15 ou 17 comtés dans la Province (d\u2019Ontario).Il réplique que les Canadiens-français n\u2019en contrôlent aucun ; qu\u2019ils ont travaillé depuis dix ans sur des listes falsifiées du recensement ici, comme dans la Province de Québec, et tou- Jours dans un même but ; et que leur unique but est de contrôler et l\u2019Eglise et l\u2019Etat ; et que, à moins d\u2019être étouffés, ils domineraient dans les deux ; qu\u2019afin de faire prendre au Gouvernement l\u2019attitude qu\u2019il croyait être celle de la grande majorité de l\u2019Eglise catholique dans la Province, les évêques s\u2019étaient réunis récemment et avaient formulé des résolutions et que bientôt une députation représentant cette réunion épiscopale se rendrait auprès du Gouvernement et lui soumettrait leurs vues ; qu\u2019ils avaient résolu de mettre cette affaire au rang d\u2019une question qui prime toutes les antres, en autant qu'elle les concerne eux et leurs subordonnés; que jusqu\u2019à présent (1) C\u2019est ça, Erin Go Bragh! 452 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ils avaient laissé faire, mais qu\u2019ils avaient perdu beaucoup de terrain par leur silence.(1) J\u2019ai suggéré encore que je ne pensais pas que le Gouvernement fût disposé à agir d\u2019après les réclamations du congrès en faveur de l\u2019enseignement bilingue.Il me fit observer tout de suite qu\u2019il craignait que mes informations fussent incomplètes.Il dit qu\u2019un inspecteur anglais des écoles du nom de Sullivan, à Windsor, avait été.averti, il y a quelque temps, de discontinuer l\u2019inspection de certaines écoles dans le comté d\u2019Essex ; et que, quoiqu\u2019il ne slit pas que son successeur était de fait nommé, on lui a dit qu\u2019un certain Chaney serait probablement nommé à sa place.Je ne suis pas sûr que Chaney est le nom, mais c\u2019est quelque nom terminé en \u201c haney \u201d ou qui se prononce comme terminé en \u2018\u201c\u201c haney \u2018\u201d.Il dit que Chainey, bien qu\u2019un citoyen infiniment respectable, un homme qu\u2019il a rencontré et qu\u2019il connaît et qu\u2019il était heureux de rencontrer, serait simplement une farce comme inspecteur de ces écoles ; que, dans une visite au comté d\u2019Essex, la semaine dernière, quelques-uns des maîtres de ces écoles que Sullivan avait inspectées et où l\u2019inspecteur bilingue doit succéder à Sullivan, se présentèrent à lui ; ils étaient grandement affligés à la pensée d\u2019un inspecteur français imposant, comme il le ferait certainement, l\u2019enseignement du français, s\u2019il était nommé pour inspecter ces écoles.Alors il ajouta de plus que, bien qu\u2019il ne pût y croire, la rumeur maintenait qu\u2019à Ottawa et dans les environs certains certificats accordés à des instituteurs par la Province de Québec seraient vraisemblablement acceptés comme valides par le Département d\u2019Education à Ottawa.De cela, je l\u2019avoue, je ne savais rien.Toute son attitude n\u2019était pas du tout celle d\u2019un ennemi ; mais il ne faut pas s\u2019y tromper c\u2019est un homme d\u2019un caractère extrêmement énergique, et il a cette question très à cœur, et je ne puis croire qu\u2019une chose, c\u2019est que, quoiqu\u2019il arrive sous ce rapport, il y mettra tout son appui ou s\u2019y opposera dans tout son diocèse.(2) Il rejette avec mépris l\u2019idée que l\u2019on doive enseigner aux enfants leur langue maternelle en même temps que la langue de l\u2019école.Il paraît convaincu que les enfants qui sont obligés d\u2019apprendre l\u2019anglais et de parler anglais dans leurs cours et leurs jeux, qui n\u2019entendent rien que l'anglais dans les écoles, apprendront la langue en deux ou trois mois ; et que toute autre méthode est contraire à l\u2019intérêt des enfants.Toute son attitude me laisse libre d\u2019écrire ce mémoire sans manquer au secret, vu qu\u2019il n\u2019y avait rien de personnel ou de confidentiel dans cette discussion ; et il ajouta que, bien qu\u2019il veuille faire tous ses efforts pour atteindre sa fin sans rien brusquer, il était cependant prêt à faire connaître ses vues publiquement dans tout le diocèse, si l\u2019occasion le rendait nécessaire.Je suppose que vous et Sir James (Whitney, premier ministre d\u2019Ontario), vous serez heureux d\u2019apprendre combien toute cette question lui tient au cœur, et voilà pourquoi j\u2019expédie une copie de cette lettre à Sir James.Bien à vous.(Signé) W.J.HANNA.(1) Sont-ils maltraités et dépouillés, les pôdôvres ! La population catholique du Canada est de 2,230,000.Là dessus il n\u2019y a pas 400,000 catholiques de langue anglaise et sur les 30 diocèses canadiens ils en ont 16.De plus, chaque fois qu\u2019il meure un évêque cana- dien-français, c\u2019est un des leurs qui le remplace.Ils ont des influences à Rome et les canadiens-français sont endormis.\u2014N.R.(2) Tout le monde croyait qu\u2019un Délégué Papal avait été nommé pour empêcher les évêques de s\u2019occuper de politique.Etait-ce seulement contre les évêques canadiens-français ?\u2014N.R. MGR FALLON ET LES ÉCOLES BILINGUES, ETC., 453 Enfin, je produis le dernier document qui est plutôt dégoutant qu\u2019autre chose.Juste ciel jusqu\u2019où le fanatisme stupide peut-il mener! Je trouve Mgr Fallon, avec un mentalité pareille, plutôt à plaindre qu\u2019à blâmer et je me demande pourquoi on ne l\u2019a pas laissé dans la paisible retraite, à Buffalo, que lui avait choisie feu Mgr Duhamel.Traduction fidèle du discours de Mgr Fallon à la retraite ecclésiastique, 14 juillet 1910, à Sandwich, Essex.Je vais continuer cette conférence en finissant ce que j\u2019ai à dire au sujet de l\u2019éducation ; et pour le faire avec plus de force, je vais me servir des Bulles de Pie X me nommant \u201c ad dirigendum in rebus spiritualibus et temporalibus diocesis Londonensis.\u201d\u201d D\u2019abord je vous avertis de n\u2019avoir rien à faire avec les journaux.Mon cœur a trop saigné récemment par suite des articles publiés dans les journaux de Détroit et de Windsor.C\u2019est moi qui donnerai le ton dans le diocèse et non les reporters ni les laïques, ni les prêtres ni même les évêques.Je conduirai seul le diocèse.: Je suis opposé aux écoles bilingues parce qu\u2019elles ne peuvent donner une éducation appropriée à nos besoins.L\u2019école bilingue ne réussit pas dans la province de Québec et ne réussira pas non plus dans cette province.Il y a conspiration contre les écoles séparées, et cette conspiration vient d\u2019une source que j'étais loin de soupçonner ; de plus cette conspiration nous conduira à la perte de nos écoles séparées, parce que nos ennemis voyant la division qui existe parmi les catholiques à propos des écoles bilingues, s\u2019en serviront pour nous affaiblir et partant nous enlever nos écoles.Je n\u2019admets pas en principe que perdre sa langue c\u2019est perdre sa foi.Voyez les Allemands : ils ont conservé leur langue et ont perdu la foi.Il en est de même des Prussiens et des Anglais.Les Irlandais ont perdu leur langue, mais, Dieu merci, ont conservé leur foi.(1) Personne ne peut contester que les Français qui ont conservé leur langue sont sur le bord de l\u2019abime et sur le point de perdre la foi.N\u2019'enseignez à vos enfants qu\u2019une seule langue, peu importe laquelle, que ce soit le français ou l\u2019anglais.Le Collège de Sandwich est mon collège diocésain, et comme tel mérite tous mes encouragements.Je vous demande d\u2019encourager ce collège en y envoyant vos enfants ; quant à moi, je choisirai de préférence pour la prêtrise des sujets qui sortiront de cette institution.S\u2019il y a des réformes à faire dans l\u2019enseignement, je serai le premier à y voir.(Cependant Monseigneur ajoute qu\u2019il exigera des sujets pour la prêtrise la connaissance parfaite des deux langues française et anglaise, bien que ces sujets ne puissent apprendre le français au collège de Sandwich.) Les Italiens perdent la foi aux Etats-Unis, parce qu\u2019ils sont trop attachés à leur langue ; s\u2019ils abandonnaient l\u2019italien pour l\u2019anglais, ils pourraient être desservis immédiatement.(2) Quelle bêtise on vient de faire dans ma propre patrie.Pour répondre au bienfait du gouvernement anglais, qui gratifiait les Irlandais d\u2019une université à Dublin, on a crée immédiatement une chaire d'enseignement gaelique.à Si nous voulons conserver la foi, gardons-nous des intrigues des poli- iciens.(1) Et les 15,000,000 d\u2019Irlandais qui ont apostasié aux Etats-Unis, \u2014N.R.(1) Que pensent Son Eminence le Cardinal Merry del Val et Mgr Sba- retti de cette idée d\u2019assimiler les Italiens.\u2014N.R. 454 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ll faut être lâche pour attaquer les gens dans un lieu ou ils ne peuvent répondre ; si on m\u2019attaquait de cette manière, je sortirais de l\u2019église.(?) Voilà, dit Monseigneur, mes principes tout à la fois philosophiques, théologiques et rationels ; vous êtes libres de les accepter en théorie, mais vous devez les faire observer en pratique, qu\u2019ils vous plaisent ou non.Ma devise est \u2018\u2018 Justitia et pax \u201d.Il n\u2019y a pas un homme sur terre qui désire la paix plus que moi, et pour l'avoir il faut s\u2019armer pour la guerre, et s\u2019il y a guerre, c\u2019est moi qui serai le vainqueur.Paroles prononcées dans la même allocution, mais au commencement : \u2018\u201c Je coucherai sur le champ de bataille les agitateurs cléricaux et politiques \u2019\u2019.Le lendemain du Congrès Eucharistique j'accompagnais les dignitaires de l\u2019Eglise dans un voyage, sur le bateau \u2018\u201c Empress \u201d à Oka.Au cours du voyage M.l\u2019abbé Aylward, curé de la cathédrale de London, a déclaré que les Canadiens- Français d\u2019Ontario en avaient assez d\u2019apprendre les éléments du français ; que l\u2019anglais seul était nécessaire.Peu de temps après, son évêque, Mgr Fallon, prononça ces paroles remarquables : \u201cJe ne me laisserai pas conduire par les mauvais \u201c journaux de la Province de Québec, lesquels depuis longtemps \u201c\u2018 font la leçon aux évêques \u201d.Un de ces messieurs lui demanda \u201calors: Quels sont donc ces mauvais journaux ?\u201d Mgr Fallon répondit : Ce sont des journaux bien connus, \u201c L\u2019Action Sociale, La Vérité, La Revue Franco-Américanne, \u201c La Nouvelle-France, Le Devoir, Le Nationaliste, La Croix.« ) 7 - .3, .\u201c Je le répète, ce sont des mauvais journaux, et si J'étais évê- ?.2 .J .\u201c que dans la province de Québec, j\u2018en anterdirais la lecture \u201c sous peine d\u2019excomunication.(1) Plusieurs évêques et bon nombre de prêtres ont entendu ces déclarations.Décidément la lutte est engagée, et va-t-on réussir à abolir la langue française dans Ontario ?Sont-ce les descendants des Irlandais qui nous sont arrivés avec le typhus qui seront nos plus ardents ennemis ?Voyons, Canadiens-Français d\u2019Ontario, ne vous en laissez\u2018 pas imposer par ces faux frères! N\u2019écoutez pas leurs conseils pervers ! À les entendre, on croirait qu\u2019ils n\u2019ont que votre intérêt en vue.On veut vous convaincre qu\u2019il faut mettre les éléments du français de coté, et ainsi vous faire renoncer à vos droits aux écoles bilingues.Vous (1) Après la belle levée de boucliers contre Mgr Fallon, toute la presse canadienne-française y passerait, sans doute.Mais, ce qui surprend, c\u2019est de nous voir sur le même pied que l\u2019Action Sociale fondée et dirigée par un évêque, Mgr Roy.Où allons-nous grands dieux ! Et nous avons vu ces deux évêques, lors de la convention des chevaliers de Colomb, à Québec, en août dernier, se féliciter d\u2019appartenir à la même chevalerie, pendant que l\u2019un d\u2019eux avait dans l\u2019âme des idées d\u2019excommunication contre l\u2019autre ! ŸY aurait-il des chevaliers félons dans la \u2018\u201c Colombusterie \u201d\u2019 ?\u2014N.R. MGR FALLON ET LES ÉCOLES BILINGUES, ETC., 455 êtes au delà de 250,000 dans Ontario, et vos écoles bilingues vous viennent du gouvernement provincial, et non pas des évêques de London, du Sault-Ste-Marie ou d'ailleurs.N\u2019allez pas, comme on vous le conseille en certains lieux, mettre des gants blancs et présenter des suppliques à Messieurs les Assimilateurs pour avoir justice ; je vais plus loin : n\u2019allez pas à Rome, n\u2019y allez pas du tout.Car cette question ne regarde pas Rome, et même là vous ne seriez pas compris.Toutes les bonnes raisons que vous pourriez fournir auraient à passer par la filière du délégué du Canada, et du Secrétaire d\u2019Etat, avant d\u2019atteindre le St.Père.On leur a inoculé une dose tellement forte du virus irlando- américain, lors de leur passage au Canada, qu\u2019ils commettent et font commettre au nom du St.Père, et cela au détriment de l\u2019élément canadien-français, injustice sur injustice, témoins les nominations des évêques du Sault Sainte-Marie, d\u2019Alexandria, de London, dans la province d\u2019Ontario, de Burlington, Vt., de Portland, Me., de Hartford, Conn., ete., et tout récemment la nomination de I\u2019Archevéque d\u2019Ottawa.Suivre cette marche serait recammencer tout simplement la sinistre comédie des Ecoles de l\u2019Ouest, avec Fitzpatrick, Mgr Sbaretti et le Cardinal Merry del Val, comme premiers rôles.C\u2019est la vieille histoire que l\u2019on veut faire revivre: Isaac, de son mariage avec Rébecca, eut deux enfants, Esai et Jacob.Devenu vieux et aveugle il s\u2019attacha particulièrement à son fils Esaü, homme fort velu, habile chasseur, qui lui apportait souvent de la venaison.On sait comment ce fils aîné vendit à Jacob son droit d\u2019aînesse et comment Rébocca, qui oublia qu\u2019elle était sa mère, favorisa, par un artifice indigne\u2014elle couvrit de poil les mains de Jacob\u2014la substitution du second au premier qui reçut avec les bénédictions paternelles, tous les droits de la primogéniture.Et, Esaü se vit condamné à servir Jacob.Cette histoire n\u2019est pas dans l\u2019Ancien Testament pour rien.Dans votre situation, Canadiens-Français d\u2019Ontario, vous pouvez y voir l\u2019Autorité, la Puissance qui ne sait pas parce qu\u2019elle est renseignée par des fourbes, des envieux et des ambitieux.Mais vous avez l\u2019avantage pour vous.N\u2019allez pas vendre votre droit d\u2019aînesse, et, surtout méfiez-vous des fausses pattes de poil.Michel Renouf. La Question Acadienne UN MEMOIRE (Suite) \u2018\u201cAttendu que ces insinuations sont de nature & ralentir la foi des ouailles en détruisant le respect qu\u2019on doit légiteme- ment à l\u2019autorité ecclésiastique, et qu\u2019elles tendent à briser l\u2019harmonie qui doit exister parmi les catholiques : \u2018En conséquence, cette société a résolu de protester de toutes ses forces contre ces moyens de séduire et tromper les fidéles et les détourner de leur soumission à l\u2019Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ, représenté par notre Pasteur légitime, l\u2019Evêque du diocèse.\u201c\u201cNous protestons donc énergiquement contre tout effort à jeter la semence des dissensions parmi les catholiques de cette province, et nous avons rien moins qu\u2019en horreur les semeurs de discorde.\u2018\u2018Nous ajoutons que tout en demeurant fidèles à notre langue et à nos traditions, tout en continuant à lutter courageusement pour garder intact ce précieux dépôt, nous professons généreusement à l\u2019égard de nos frères d\u2019 autres nationalités un amour sincèrement catholique.\u2018\u2018Et nous croyons que rien n\u2019est plus opposé aux traditions et aux sentiments Acadiens que cet esprit de rebellion contre l\u2019autorité de ! Eglise ausst bien que cette intolérance des droits d\u2019autrui.\u201d L\u2019axe de la question, comme on peut voir, est déplacé : c\u2019est maintenant Sa Grandeur Mgr l\u2019Evêque de Saint-Jean, concernant qui \u2018\u2018certains rapports ou insinuations ont été publiés dans un journal réputé catholique et se portant comme représentant du peuple Acadien.\u201d Quels sont ces certains rapports ou insinuations?On nele dit pas.Il eut pourtant été facile de les citer, en les copiant du journal.Quel est ce journal réputé catholique et se portant comme représentant du peuple acadien?Nous avons LA QUESTION ACADIENNE 457 l\u2019Evangéline, le Moniteur Acadien et l\u2019Impartial, à chacun de qui la définition convient?Lequel est-ce?Pourquoi ne le dit-on pas?Vous êtes bien gêné, M.le curé.Comme journal réputé catholique, on pourrait inclure dans la liste le New Freeman de Saint-Jean.Tout ceci était évidemment trop vague, trop imprécis, pour que l\u2019Assomption s\u2019engageât dans une voie qui ne commence nulle part et conduit nul ne sait où.Le R .P.Savage ne formule pas d'acte précis d'accusation : donc il n\u2019en a pas.Tie second grief allégué, et à cause duquel on nous ordonne de condamner un journal quelconque, disons l\u2019Evangéline, est que ces articles \u2018\u2018sont de nature à ralentir la foi des ouailles,\u201d\u2019 etc.Quelle autorité a la succursale Latour de Moncton pour se prononcer sur les questions de théologie pure et de discipline, se substituant à la Rote et la Congrégation de l\u2019Index de Rome?Depuis quand lui a-t-on remis le gouvernement du troupeau et les clefs?N\u2019y a-t-il pas à Saint-Jean un évêque de qui ces questions ressortisent?N\u2019y a-t-il pas, au surplus, deux censeurs diocésains nommés expressément par Mgr Casey, M.le Grand Vicaire Hébert et M.le curé de Shédiac, pour s'occuper de ces questions ?Quant au reste de la résolution, à savoir : la condamnation des \u2018\u2018semeurs de dissensions parmi les catholiques de cette province\u201d\u2019, et de ceux qui vivent de \u2018\u2018l\u2019intolérance des droits d'autrui\u2019, nous étions prêts à y souscrire, mais, pour être conforme à la vérité, en désignant comme tels, non pas l\u2019Evangéline et nos autres journaux acadiens qui défendent nos droits, mais le clergé irlandais qui veut nous en priver éternellement.Donc, le 14 avril de l\u2019année dernière, le Révérend M.Savage se rendit lui-même à la séance de la sucursale Latour, après avoir pris soin qu\u2019il y eut des chaises\u2014celles qui appartiennent à la salle\u2014et non pas des planches mouillées pour s'asseoir.Il apportait la résolution que nous venons de lire et la passa au président.Lecture en fut faite par le secrétaire.après quoi le Révérend M.Savage fit son discours.(Nous avions deux sténographes pour le prendre.) Nous ne le reproduirons pas entier : cela serait peu divertissant et long, avec les nombreuses répétitions qui l\u2019émail- 458 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE lent.Nous en donnerons plutôt quelques extraits fidèles, en accord avec le contexte.D'ailleurs, le nom de la deuxième personne de la Très Sainte Trinté y revient trop souvent ; et ce nom infiniment adorable, l\u2019entendre, en dehors de la prière et de la chaire, familièrement, hardiment prononcé, serre toujours péniblement le cœur des Acadiens, nous fait frémir.De même que la résolution, le discours tätonne.Personne n\u2019est nommé, pas même l\u2019Evangéline ; pas un seul extrait du journal qu\u2019on veut incriminer n\u2019est cité; aucune accusation formelle n\u2019est portée ; l\u2019acte ou l\u2019article digne de condamnation n\u2019est pas spécifié ; il n\u2019y est pas même fait allusion.C\u2019est à croire qu\u2019on n\u2019en a relevé aucun.Ce sont, dit-il, des coups d\u2019épingles ici et là, little pin pricks here and there, des \u2018\u2018insinuations,\u201d\u2019 et c\u2019est cela qui détruit l'Eglise.L\u2019orateur a des soubresauts : \u2018if you dont want me, s\u2019écrie-t-il subitement à propos de rien, in the name of God I do not want you.Puis, s\u2019apaisant, il console doucement ses ouailles, en leur assurant qu\u2019on en entend encore de bien pires en dehors de Moncton.Il affirme que l\u2019Assomption connait le nom des deux ou trois auteurs des articles qui ont paru dans \u2018\u2018certains journaux,\u201d (au pluriel, ce qui montre que l\u2019Evangéline n\u2019est pas seule en cause), et qu\u2019elle en porte, par le fait même, la responsabilité, et qu\u2019elle a le devoir, comme société catholique, de s\u2019en laver\u2014cleaning your skirts\u2014en adoptant sa résolution.Ceci, il le répète à plusieurs reprises.\u2014\u2018\u2018\u2019Je ne dis jamais de mal en arrière des gens\u2019\u2019, s\u2019écrie-t-il, et, surexcité, il se tourne du côté où se trouve M.Henri P.LeBlanc et le désignant \u2014\u2018\u2018Vous connaissez tous un certain monsieur venu ici, il y a quelques années.M.Henri P.LeBlanc se'levant\u2014*\u2018\u2018Ces insinuations sont- elles à mon adresse, Père Savage?Le Père Savage\u2014\u2018\u2018Oh! je vois que la chaussure va & son pied.Eh bien ! voici un monsieur qui est venu à Moncton, il y a environ trois ans.Inutile que je vous dise comment 1l y est venu, pourquoi il y est venu, ce qui l\u2019a emmené ici ; mais tout le monde sait que depuis qu\u2019il a mis le pied dans cette paroisse, les bons rapports amicaux d\u2019autrefois ont cessé d\u2019exister.Il s\u2019évertue à détruire l\u2019harmonie, au moyen de ses dons d\u2019éloquence, qu\u2019il dévide à la brasse, du vent chaud.Certains de ceux-ci ne sont que des traîtres, etc., etc.\u201d LA QUESTION ACADIENNE 459 Il leur répéta encore une fois que le seul moyen de laver leur responsabilité \u2018\u2018des insinuations qui ont été faites\u2019\u2019, c\u2019est d\u2019adopter sa résolution.Il avait affirmé précédemment que l\u2019évêque avait été, en même temps que la réligion, percé de \u2018\u2018coups d\u2019épingles\u2019\u201d\u2019, et abreuvé \u2018\u2018d\u2019insinuations \u2019 L\u2019Evéque n\u2019en sera jamais atteint, dit-il avec véhémence, non, dans mille ans; mais poursuivit-il, vaticineur: \u2018\u2018vous, vos enfants, et vos enfants à naître.\u201d Puis il termine par ces paroles : \u2018Toute main qui se lèvera contre l\u2019Eglise de J.-C., ou ses évêques, ou ses prêtres, cette main tombera desséchée,\u2019\u2019 et il file à l\u2019anglaise, sans vouloir entendre aucune explication.M.le curé parti, les Assomptionnistes, en personnes bien élevées qu\u2019ils sont tous, s\u2019abstiennent de tout commentaire irrespectueux, reprennent leur séance et, après quelques discours absolument modérés, nomment un comité chargé d\u2019al ler lui faire rapport que la Société, pour les raisons déjà alléguées, ne pouvait pas adopter sa résolution.Ils lui réitèrent en même temps, la prière qu\u2019il leur soit permis d\u2019aller communier en corps.Pour la deuxième fois, il la leur refuse.À la séance suivante, l\u2019Assomption, au lieu et place de la résolution du Révérend Père Savage, adopta celle qui suit :\u2014 \u2018\u201cAttendu que la Succursale Latour No.14 de la Société l\u2019Assomption n\u2019a pas de journal officiel ; \u2018\u201cAtendu que notre curé nous a refusé, comme membres de la Société l\u2019Assomption, de recevoir, en corps, la sainte communion, ce qui nous prive des privilèges dont jouissent toutes les autres associations catholiques de cette paroisse ; \u2018Attendu que cette manière d\u2019agir semble être motivée par certains souptons exprimés par notre curé dans un discours prononcé devant les membres de notre société, au cours duquel discours notre curé a porté certaines accusations contre la Société ; \u201cIl est résolu que la succursale Latour No.14 le la Société l\u2019Assomption nie catégoriquement chacune des accusations portées contre elle par notre curé :\u2014à savoir \u2014 \u201cQue nous nous efforçons de détruire cette harmonie qui doit régner entre tous les vrais Catholiques ; Que nous ne montrons pas le respect dû à notre évêque ; Qu'il ne faut pas dire que les écrits en question ne sont pas de notre affaire ; Que ces écrits ont pris origine dans notre succursale ; 460 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Que nous savons qui ont écrit ces articles ; Que ces écrits sont de notre faute ;\u201d \u2018Il est de plus résolu que nous demandions à notre curé de nous accorder, comme membres de la Succursale Latour No.14 de la Société l\u2019Assomption, tous les privilèges et avantages dont jouissent les membres des autres sociétés catholiques de la paroisse Saint-Bernard.\u201d Quand une délégation se présenta, respectueusement, pour lui remettre cette résolution, il la reçut avec grossièreté.Voici ce que l\u2019Fvangéline, journal publié à Moncton, disait de ce regrettable incident : CHARITE OUTRAGEE \u201cM.le curé de la paroisse vient de donner réponse aux respectueuses demandes qui lui avaient été faites et qui se résument ainsi : 1.\u2014La Société mutuelle de 1\u2019Assomption, succursale de notre ville, pourra-t-elle faire la Communion en corps le jour de la fête de l\u2019Assomption de la Très Sainte-Vierge ?2.\u2014Le jour de l\u2019Assomption de Marie étant la fête nationale de l\u2019Acadie, la succursale de la mutuelle l\u2019Assomption pourra-t-elle se rendre en corps, bannière en tête et les membres portant les insignes de la Sainte-Vierge, aux offices religieux et y occuper une place spéciale, comme cela se fait habituellement?La délégation, chargée de demander, avec humilité et très poliment, ces choses qui se sont faites à Moncton et se font dans une grande partie de l\u2019Acadie, fut reçue avec brutalité\u2014ce n\u2019est pas la première fois que ce fait se produit à l\u2019égard des Français.Elle essuya un refus catégorique si la succursale voulait persister à ne point signer certaine Résolution connue en Acadie, en France et ailleurs.La succursale n\u2019a ni le droit ni le pouvoir de signer une telle pièce.A Moncton, où nous faisons presque tout le peuple catholique, les fêtes françaises, que disons-nous?les fêtes même de la Ste-Eglise en dehors des dimanches, sont négligées, tandis que celles d\u2019autres langues, profanes ou non, sont religieusement observées.Nous ne savons pas les jours où la messe est d\u2019obligation si la fête est remise.Quoi qu\u2019il nous en coûte, nous devons faire observer qu\u2019il y a assez d\u2019humiliations subies jusqu\u2019aujourd\u2019hui.Une action énergique, alors que le temps en était opportun, eût épargné ce nouvel outrage à la divine Charité.Il n\u2019est pas trop tard, peut-être.Peut-être veut-on pousser à la révolte notre peuple si patient ?\u2014 Le caleul semble naturel à quiconque connaît les efforts désespérés de l\u2019assimilateur contre les Acadiens.: Nous ne nous révolterons pas.\u201d Le lecteur se rappelle que M.Henri P.LeBlanc fut apostrophé personnellement par le Révérend P.Savage, dans son discours à la succursale Latour, que des paroles chargées d\u2019insinuations malveillantes lui furent adressées en pleine assem- LA QUESTION ACADIENNE 461 blée, et que le mot traître tomba de la bouche du Pasteur.Rien, là encore, ne fut par lui spécifié, mais M.LeBlanc avait raison de croire que son curé le soupçonait d\u2019être l\u2019auteur de ces \u2018\u2019pin prickings\u2019\u201d\u2019 qui détruisent l\u2019Eglise catholique.Il fit la déclaration suivante sous serment et la lui porta : Province oF NEw BRUNSWICK, County ot Westmorland.I, Henri P.LeBlanc, of the City of Moncton, in the County of Westmorland, clerk, do solemnly declare as follows: That since the month of May, A.D.1907, I have not written in the L\u2019Evangeline nor in any other newspaper or newspapers, any aiticles commenting more or less His Lordship\u2019s character and his conduct, and seeking to represent him as an enemy of all that is acadian.- That as far as careful search will serve me, I have written since May, 1907, only six articles, as follows: two articles on journalism, two in defense of the Sisters of Charity, Saint Bernard school, and two on historical questions, and none of the above articles containing nor being meant to contain anything reflecting directly or indirectly on the Bishop nor the priests of Saint Bernard\u2019s Church.And TI make this solemn declaration conscientiously, believing it to be true and knowing it to be of the same force and effect as if made under oath and by virtue of The Canada Evidence Act, 1893.Declared before me at the City HENRI P.LEBLANC.of Moncton, this twenty-fourth day of April, A.D.1909.ANTOINE J.LEGER.A commissioner for taking affidavits to be read in the Supreme Court and a Notary Public in and for the Province of New Brunswick.[L.S.] Lie lecteur croira peut-étre que le Révérend Pére Savage fit ce que tout chrétien est tenu de faire, quand il a calomnié son prochain?Il n\u2019en fit absolument rien.Aucune réparation quelconque, ni privée, ni publique ne fut faite ; 11 y eut même de sa part recrudescence d\u2019insinuations et de paroles mauvaises à l\u2019adresse du calomnié.' Quand, ensuite, longtemps apres, il toucha de nouveau a la question, du haut de la chaire, il déclara que la gang, la clique, (French Acadian explique qu\u2019il s\u2019agisait de ceux de Moncton) est composée de Black Hand : voleurs et assassins.Voila des paroissiens nantis d\u2019un joli certificat ! Nous nous bornerons, pour cette fois-ci, aux seules questions touchées par French Acadian, et ne les reléverons méme pas toutes : la question épiscopale, par exemple, et la rengaine 462 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE du prêtre irlandais qui n\u2019établit aucune différence entre les Acadiens et les fils de la Verte-Erin, seront remises à une autre occasion, si l\u2019on nous oblige d\u2019y revenir.Dans cette petite narration, nous nous sommes efforcés, et croyons y avoir réussi, à nous en tenir à la stricte vérité, et à ne soulever, du voile qui recouvre les nudités de Noé, que juste ce qu\u2019il faut pour avertir qui de droit qu\u2019ils ont tout intérêt à ne pas nous forcer, en défense de nos droits, de le faire tomber tout à fait, aux yeux scandalisés des catholiques et des protestants.Ceci ne s\u2019adrese pas, qu\u2019on nous comprenne bien, au Révérend Père Savage, que nous tenons sincèrement en haute estime personnelle.Il vaut mieux que la besogne qu\u2019on lui fait faire.Si nous avons rapporté des faits qui ne lui font pas précisé - ment honneur, c\u2019est que ces faits sont publics, et qu\u2019à la guerre, dans la mêlée, il est impossible de mesurer tous ses coups.Pour ne pas être tué soi-même, on tue quelquefois les autres un peu plus qu\u2019on ne voudrait.In re, nous avons été sévère, il le fallait ; in modo, nous croyons avoir été convenable.En tous cas, nous nous sommes efforcés de l'être, malgré toutes les provocations que nous recevons depuis bien trop longtemps.C\u2019est une guerre véritable que nous fait le clergé irlandais.(Nous ne proférons ici aucune plainte contre les citoyens laïques de cette brave nation, avec lesquels nous nous entendrions très bien, n\u2019était l\u2019exemple de francophobie morbide donné par son clergé.) Nous défendons contre lui notre langue, notre nationalité, et, puisque la perte de la langue et de la nationalité n\u2019enrtaîne que trop souvent, chez nous, celle de la Foi, notre religion elle-même.Dans une guerre sainte, il n\u2019est pas permis, il est lâche, 1l est criminel, de se laisser terrasser sans combattre ; et combattre c\u2019est blesser son ennemi, voire, le terrasser lui-même.Le blesser, le terrasser, lorsque l\u2019on préférait mille fois s\u2019asseoir fraternellement à son côté, ou marcher de l\u2019avant avec lui, la main dans la main ! | Ce n\u2019est pas notre faute si nous sommes aujourd'hui plongés dans une guerre contre nature,\u2014nous disons contre nature, étant donnée la relation du père spirituel avec ses enfants.Cette guerre, on nous y a forcés, comme le voyageur que l\u2019on attaque en traversant un bois est forcé de se battre LA QUESTION ACADIENNE 463 pour défendre son bien, et, si on le lui a pris, et que ce soit un bien inaliénable, pour le recouvrer.Nous avons fait tout ce que des hommes bien nés, tout ce que des chrétiens peuvent faire, auprès de nos évêques, pour obtenir la reconnaissance de nos droits essentiels dans I\u2019Eglise.On nous a bernés et l\u2019on s\u2019est moqué de nous, croyant que nous courberions éternellement le dos et les laisserions éternellement faire.Ils ont agi de la même façon Vis-à-vis de nos prêtres acadiens, pis encore.Maintenant que la mesure des injustices et des outrages est pleine, et que nous, les laïques, qui en avons assez, commençons à lâcher nos limiers, on dit pour se justifier que nous sommes des démolisseurs de la religion (à coups d\u2019épingles !) des anarchistes et des Black Hand.Nous manquons au respect ! Il est beau leur respect à eux! Après avoir lutté désespérement et perdu la première manche, à Rome, voyez-les disputant aujourd\u2019hui pied à pied, pouce à pouce, avec un acharnement scandaleux, le terrain, non plus pour empêcher la reconnaissance de nos droits à l\u2019épiscopat, puisque ces droits ont été, malgré eux, reconnus ; mais pour que le pape n\u2019érige pas, là où il le voudrait, au Nouveau-Brunswick, le diocèse qu\u2019il destine à un évêque acadien.L'Eglise catholique, bien plus que le Temple de Hérode, est une maison de prière, et voyez à quels usages ils la font servir! C\u2019est plus grave encore, mille fois, que chez leurs protagonistes juifs, ce qu\u2019ils font.Ceux-là trafiquaient de chairs d\u2019animaux, eux de droits sacrés.Les animaux que vendait le clergé d\u2019Israël lui appartenait ; les droits que nos Irlandais détiennent ne leur appartiennent pas.Nous n\u2019avons fait qu\u2019effleurer le dessus de la corbeille, dans ce petit mémoire.Au revoir, messieurs, si le cœur vous en dit. Le Catholicisme en Allemagne Cet article est spécialement reproduit pour servir à l\u2019instruction de Mgr Fallon qui a fait l\u2019audacieuse déclaration, dans son sermon, à la basilique de Québec, en août 1910, à l\u2019occasion de la Convention de ses chers \u2018\u2018 Croisés du XXe siècle \u201d\u2019 les Chevaliers de Colomb, QUE DANS LES PAYS SAXONS COMME L\u2019ALLEMAGNE ET L' ANGLETERRE, LES ENFANTS DE NOS JOURS NE VIVRAIENT PAS ASSEZ VIEUX POUR Y CQNSTATER UN PROGRÈS CATHOLIQUE APPRÉCIABLE, Nous savons tous que l\u2019Eglise catholique est morte Il ne s\u2019agit plus que de l\u2019enterrer.La fosse est prête depuis des siècles, depuis le terips où Dioclétien faisait frapper une médaille avec cette inscription \u2018\u201cLe nom chrétien détruit\u2019, et depuis le temps où Julien l\u2019Apostat \u2018préparait le cercueil du Galiléen\u2019\u2019.L'Eglise est morte, cela est clair Apres les Dioclétien et les Julien, les francs-maçons de tous pays l\u2019affirment et l\u2019impriment une tois au moirs chaque semaine.Seulement, il y a là un mystère, un prodige.Ce cadavre, impossible de s\u2019en défaire.Depuis deux mille ans, l\u2019enterrement est toujours renvoyé à demain.Jamais on n\u2019a tant parlé des choses de foi et tout le monde est aujourd\u2019hui un peu théologien.Théâtre, romans, journaux, réunions publi ques, salons et salle à manger, où donc n\u2019est-il pas question des évêques, du Saint-Père, du catéchisme, de la Trinité ou des Encycliques?Est-ce qu\u2019on parle tant des morts?Il y a d\u2019ailleurs un bon moyen de s\u2019assurer que l\u2019Eglise est vivante, c\u2019est de la regarder à l\u2019œuvre, dans les efforts qu\u2019elle fait partout pour vaincre l\u2019erreur ct le mal.Pour cela nous allons courir le monde, et nous verrons peut-être de beaux spectacles.Lorsqu\u2019en 1798, pour couronner les innombrables sacrilèges de la Révolution, on proclama la République romaine, on vit se dresser une statue à la liberté qui foulait la tiare à ses pieds.On pouvait croire tout fini.cette fois, et pour tout de bon les fossoyeurs prenaient leur pelle.Voilà cent dix ans de passés et la tiare est toujours sur la tête des pontifes romains.Qu\u2019est-ce que l\u2019Eglise a fait pendant ces cent dix ans? LE CATHOLICISME EN ALLEMAGNE 465 Nous allons interroger les pays ou elle a travaillé le plus rudement, en commençant par notre plus proche voisine.l\u2019Allemagne.Ce qui s\u2019y est passé a pour nous un intérêt exceptionnel.Songeons bien que nous sommes là en pleine terre protestante, dans la patrie de Luther.Là, depuis la Réforme, d\u2019innombrables docteurs avaient tâté le pouls de l\u2019Eglise, hoché la tête, et annoncé qu\u2019elle passerait avant l\u2019hiver.Au moment de la Révolution et après trois siècles de diagnostics malchanceux, les docteurs étaient plus sûrs que jamais.Un fameux auteur protestant, Herder, écrivait: \u2018\u201cl\u2019Eglise de Rome ne ressemble plus qu\u2019à une vieille ruine, où ne peut entrer désormais aucune vie nouvelle.\u201d Un autre, Nova- lis, disait la même chose en 1799 : \u2018La forme contingente du catholicisme est à peu près anéantie.L\u2019antique papauté git dans la tombe, et Rome est, pour la seconde fois, devenue une ruine\u2019.Un historien de l\u2019époque, Spittler, faisait d\u2019autres prophéties.A la fin d\u2019une série de leçons sur l\u2019histoire des papes, 1l affirmait que, bientôt, l\u2019Eglise ne serait plus romaine, et que le latin et le célibat des prêtres dis- paraitraient.C\u2019est toujours très amusant de lire les prophéties manquées, mais celles-là surtout ; inspirées de la haine, on en savoure bien, cent ans après, la ridicule sottise.Les prophéties de la Lanterne auront le même genre de saveur, dans cent ans, pour nos petits-neveux.Le plus curieux, c\u2019est que des gens comme Novalis et Spittler pouvaient sembler avoir raison.Le catholicisme allemand était atteint d\u2019une maladie qui ressemble à l\u2019appendicite, c\u2019est-à-dire très vieille avec un nom jeune, le moder- msme.Et puis, en 1808, il se produisit un événement terrible, connu sous le nom de Recés, et qui fut un peu pour l\u2019Eglise d\u2019Allemagne ce que la séparation vient d\u2019être pour celle de France.Par cet acte, le clergé perdait la souveraineté d\u2019un territoire peuplé d\u2019au moins trois millions d\u2019hommes, et un revenu qui dépassait 21 millions de florins.En cette terre luthérienne où la puissance temporelle était, pour les catholiques, la principale garantie d\u2019indépendance, la ruine de cette puissance paraissait devoir entraîner bientôt l\u2019écroulement de toute autorité spirituelle.Les ennemis, libre-penseurs et protestants, y comptaient bien, et battirent des mains.Seulement, comme aujourd\u2019hui, ces pauvres 466 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE gens voyaient de près, mais pas de loin.Il se passa bien des choses qu\u2019on avait prévues, mais il en devait venir d\u2019autres qu'on n\u2019attendait pas.Comme toujours, la persécution fut le levain de la foi.Pendant vingt ans, trente ans et plus, ce fut entre l\u2018Eglise et les différents états une guerre qui rappelle par mille détails les infamies de notre République maçonne : couvents fermés, biens confisqués, et jusqu\u2019à cette suprême vilenie, que nous connaissons bien : la mainmise de l\u2019Etat sur les fondations pieuses.Briand n\u2019est pas un inventeur.Je ne compte pas les tracasseries sans nombre On vit l\u2019Etat intervenir pour diminuer la pompe des cérémonies, et prétendre même réformer la liturgie.On le vit restreindre à coups de décrets, le nombre des jours de fêtes, et interdire les processions.Inutile de faire le tableau.Relisez vos journaux francais depuis 1900, et vous saurez tout ce que l\u2019Eglise d\u2019Allemagne, dépouillée en 1803, eut à supporter d\u2019avanies et de violences de la part des Etats, jusqu\u2019au milieu du XIXe siècle.Eh bien ! disons-le très haut, parce qu\u2019il y a là pour nous, à l'heure présente, un enseignement précieux, c\u2019est de ces cinquante années d\u2019oppression qu\u2019est sortie la grandeur de l\u2019Eglise allemande contemporaine De ce tronc que l\u2019on croyait pourri, on vit jaillir des branches qui couvrent maintenant toute l\u2019Allemagne.Des personnages éminent., des artistes comme Overbeck, des philosophes comme Moller, des hommes d\u2019Etat comme Platner, des princes comme Frédéric de Hesse-Darmstadt ou Adolphe de Mecklembourg-Sckwerin, séduits par la beauté du catholicisme, se mirent à abjurer, en grand nombre, leur religion protestante.Et en même temps les foules révélaient leur foi par des manifestations comme on n\u2019en avait pas vu depuis des siècles Qui aurait osé dire que l\u2019Eglise était une ruine, lorsqu\u2019en 1844.onze cent mille pé- lerins catholiques vinrent de tous les points de l'Allemagne en pëlerinage à la Sainte Tunique de Trèves?Les esprits forts n\u2019avaient plus qu\u2019une ressource, se moquer.Et on les aurait bien étonnés si on leur avait dit que ce n\u2019était là qu\u2019un commencement.Après quarante-cinq ans de persécutions, fortifiés, aguerris, sûrs de leurs troupes, les évêques allemands eurent le courage, en 1848, de se réunir à Wurtzbourg et d\u2019y proclamer solennellement les revendications de leurs droits.Ils pro- | LE CATHOLICISME EN ALLEMAGNE 467 testèrent contre les empiètements du pouvoir civil et réclamèrent la liberté de communiquer avec le pape.Cette fois, il fallut bien les écouter.Deux ans après, la Prusse acceptait la plupart de ces revendications, et, en 1855, l\u2019Autriche signait un Concordat ou tous les droits essentiels de l\u2019Eglise étaient solennellement garantis.Tout semblait fini là, et l\u2019Eglise allemande pouvait se croire arrivée au terme de ses épreuves.Pourtant les plus graves allaient venir, et celles-là bien inattendues Au bout j'une vingtaine d\u2019années de paix, la guerre de 1870 remettait tout en question La victoire était une victoire protestante, et en 1871, c\u2019était un empire protestant qui se fondait Dès le lendemain du traité de Francfort, Bismarck préparait la latte contre l\u2019Eglise, et dès les élections de mars 1871 un grand parti, le Centre, se constituait pour la défense des intérêts catholiques menacés.Lee duel promettait d\u2019être formidable.Le résultat n\u2019en était-il pas certain?Toute l\u2019Allemagne protestante jetée par le chancelier de fer sur | Eglise à peine remise d\u2019un demi-siècle du persécution, n\u2019était-ce pas l\u2019écrasement fatal, la mort, cette fois ?À ce moment, tous les maux s-mblèrent fondre ensemble sur l'Eglise d\u2019Allemagne.Profitant des circonstances, comme toujours, un certain nombre de catholiques suspects tentèrent une sorte de schisme, et en 1873 ils allèrent même jusqu\u2019à nommer un évêque spécial.Mais surtout le grand danger, ce fut cette guerre acharnée entre l\u2019Etat et l\u2019Eglise, restée fameuse sous le nom de Kulturkampf.Lie chancelier Bismarck pensa mener les consciences comme les soldats, à coups de botte.Armé du prestige immense de sa gloire et de toutes les forces d\u2019un empire neuf il se lança gaillardement dans les grandes mesures, sûr de vaincre, avec une brutalité inouïe.D'abord on supprima la direction catholique au ministère des cultes ; puis l'Etat s\u2019empara de toutes les écoles catholiques.En 1872, les Jésuites furent chassés de l\u2019Empire, puis les Lazaristes, les Rédemptoristes, les prêtres du Saint-Esprit, les dames du Sacré-Cœur, tous comme affiliés aux Jésuites.L'année 1873 peut être appelée l\u2019année terrible du catholicisme allemand.Au moment même où les faux catholiques trahissaient sur le champ de bataille, comme des Saxons, en nommant un évêque schismatique, le chancelier, enhard:, ivre de haine, lançait les célèbres Lois de Mai, qui mettaient 468 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE aux mains de l\u2019Etat toute l\u2019administration ecclésiastique.C\u2019était le coup de grâce.Tout était perdu.Non, voilà le miracle, tout fut sauvé.Et comment?Il y eut là, après ces Lois de mai, quatre où cinq années d\u2019une lutte héroïque, qui semblait folle, et d\u2019où sortis le salut.Tout le clergé allemand, appuyé par la masse compacte des fidèles, n\u2019hésita pas et ioua les chances suprêmes en refusant d\u2019accepter les lois scélérates.Amendes, destitutions, rien n\u2019y fit.Les évêques allaient en prison, et les prêtres les y suivaient.Devant ces résistances, le chancelier crut que la police suffisait; c\u2019est l\u2019illusion de tous les gouvernements.Il en vint, en 1875, à supprimer en bloc tous les traitements ecclésiastiques.Mais la foi meurt-elle de faim?Il en vint à condamrer les réfractaires à l\u2019exil et à mettre en interdit religieux les catholiques de l\u2019empire.Rien n'y fit encore.Et le chancelier, qui était de fer, se brisa.Il se brisa contre l\u2019incomparable ténacité des victimes, sous la conduite d'un Windthorst, et contre l\u2019habile sagesse du pape Léon XIII.Et après l\u2019effroyable et insolent assaut, ce fut la débâcle.Au bout de six ans de cruauté impuissante, le ministre Falk, l\u2019irrésistible Falk, auteur des lois de mai, qui avait dirigé le combat contre l\u2019Eglise, était obligé, en 1879, de quitter le ministère en s\u2019avouant vaincu.Depuis ce temps, ce fut pour le catholicisme, après les jours d\u2019épreuve, toute une suite de triomphes qui se continuent sous nos yeux.Ce grand parti de l\u2019Eglise, honni et réduit à rien, Bismark dut s\u2019abaisser à en mendier l\u2019alliance, et, à force de concessions, il acheta le concours du Centre qui devint ainsi l\u2019arbitre politique de l\u2019empire.De 1881 à 1887, la plupart des dispositions des Lois de mai disparurent les unes après les autres.Les diocèses furent réorganisés, les ordres religieux rentrèrent.En 1892, les traitements supprimés ont été restitués.Il n\u2019y a pas plus de six ans, en 1904, que disparaissait un des derniers débris du Kulturkampf, de cette machine de guerre qui devait tout fracasser : le gouvernement faisait abroger l\u2019article qui fermait aux Jésuites le territoire de l\u2019Allemagne.il y a là-bas un dicton que l\u2019on entend tous les jours: Katholisch ist Trumpf, ce qui veut dire : le catholique, c'est l\u2019atout.Cette union des catholiques, que rêvent et qu\u2019appellent les honnêtes gens de chez nous, elle est une réalité LE CATHOLICISME EN ALLEMAGNE 469 bien vivante dans ce parti du Centre ou se coudoient des hommes de toutes les conditions et de toutes les classes, depuis le grand propriétaire de Silésie jusqu\u2019au petit industriel de la vallée du Rhin.Après avoir été, jusqu'en 1881, un parti de défensive et d\u2019opposition irréductible, il s\u2019est mis peu à peu, une fois vainqueur, à coopérer aux affaires publiques et son rôle est devenu très actif à partir de 1890.Depuis 1898 jusqu\u2019aux dernières élections, le président du Reich - stag a été un membre du Centre.Et voilà donc le plus haut personnage de la Chambre des députés choisi, dans un pays en majorité protestant, parmi ces catholiques qui ne semblaient bons, hier, qu\u2019à l\u2019exil et à la prison.Ce seul fait en dit assez long.Personne ne songe à nier que le Centre ait joué un rôle de premier ordre dans l\u2019activité iégislative de l\u2019Allemagne depuis vingt-cinq ans, code civil, traités de commerce, mais surtout ces lois sociales dont l\u2019empire est fier avec raison, et qui ont servi de modèle aux autres nations, telles que la retraite aux vieillards et invalides, ou encore les assurances ouvrières en cas de maladie et d\u2019accident.Car c\u2019est peut-être la chose la plus remarquable à noter en tout ceci : nulle part l\u2019Eglise n\u2019a montré mieux qu\u2019en Allemagne sa.sollicitude naturellg pour le peuple.Tous les his: toriens sont d\u2019accord là-dessus.Ainsi, un écrivain catholique de chez nous, très au courant de ces questions, M.Govau, affirme et démontre qu\u2019une des grandes causes du triomphe final de l\u2019Eglise allemande, ce fut l\u2019action sociale des évêques, qui n\u2019ont pas cessé, au cours du siècle et dans leurs pires détresses, de protéger les intérêts materiels du peuple : \u2018\u2019L\u2019homme du petit métier, dit-il, le petit paysan, tels furent les vrais auxiliaires de cette Eglise qui ressuscitait.\u201d Et de son côté, un écrivain protestant était obligé de le reconnaître : \u2018\u201cLe catholicisme allemand est aujourd\u2019hui essentiellement un parti populaire admirablement organisé.encadré et discipliné.\u201d\u201d Organisé, certes il l\u2019est.Confréries.corporations se sont multipliées depuis cinquante ans, et sont innombrables.En 1906, on estimait que les Associations ouvrières évangéliques comptaient 80,000 membres, et que les Associations catholiques en comptaient davantage, près de 81,000! Je ne parle pas de 'a formidable ligue Volksverein, qui groupe plus de 610,000 hommes.Pour ce faire une idée de cette merveilleuse organisation des 470 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE catholiques allemands, il faudrait assister à un de ces congrès périodiques qui sont comme leurs Etats généraux et où ils fortifient encore davantage leur puissante union.Au congrès qui s\u2019ouvrit à Dusseldorf, le 16 août 1908, 60,000 délégués officiels étaient présents.Et dans l'après-midi, devant le cardinal Fischer, archevêque de Cologne, entouré de cinq évêques, vingt prélais et trente députés, on vit défiler les délégués des associations et fédérations ouvrières : ils étaient entraînés par 200 musiques, sur 12 hommes de front, et le défilé dura deux heures! Dans le nombre, on remarquaït 3,000 mineurs des bassins du Rhin, et 2.000 ouvriers des usines d\u2019Essen.Un voyageur, M.J.Huret, très tiède en religion, assistait.il y a deux ou trois ans, en passant à Cologne, à la fête des Rameaux, et voici ce qu'il en disait : \u2018\u2018Apres l'office, au son des cloches, toute la population amassée dans l\u2019église sortit en rang, accompagnée du clergé avec bannières et insignes.Les hommes et les femmes chantaient, puis à haute voix récitaient des prières.Des inilliers de processionnistes défilèrent ainsi, et cela dura longtemps, et toujours les prières récitées tout haut, en chœur, et toujours les chants religieux.Aucune différence avec la Bretagne pour la discipline et la ferveur.On comprend maintenant qu\u2019un peuple animé d\u2019une foi pareille ait été capable des choses héroïques que nous avons vues.Le chancelier Bismarck n\u2019avait pas pressenti cela, Il savait bien ce que c\u2019était qu\u2019un canon, un policier ou une dépêche truquée, il ne savait pas ce que c\u2019était que l\u2019âme catholique.Et toutes ses folies ont fait qu\u2019il y a aujourd'hui vingt-deux millions de catholiques allemands, trempés, in domptables, et qui ne craignent plus la force brutale.Et l'on comprend aussi une autre chose, c\u2019est que cette foi intense, après avoir vaincu la tyrannie au dedans, aspire aujourd\u2019hui à triompher au dehors.Les missionnaires allemands multiplient leurs efforts dans toutes les parties du monde : et eux, leur gouvernement les soutient.Au Congrès de Dusseldorf, en 1908, M.Ernstberger prononçait ces tristes paroles : \u2018\u201cCréons des écoles catholiques dans tous les pays de l\u2019univers.C\u2019est nous qui recueillerons l'héritage des missions françaises abandonnées par leur gouvernement.\u201d Guillaume II est allé trois fois à Rome.Le chancelier, il y a deux mois, faisait une visite respectueuse au Saint-Père. LE CATHOLICISME EN ALLEMAGNE 471 L'Empereur élève à Jérusalem des églises catholiques.Nous savons ce que cela veut dire.Le gouvernement d\u2019Allemagne, dans les tentatives qu\u2019il a faites pour écraser le catholicisme, s\u2019est aperçu à ses dépens qu\u2019il avait en face de lui une force.Et cette force, ne l'ayant pas brisée, 1l veut l\u2019employer a la grandeur de l\u2019Empire.Après les brutales 1nso- lerices, la coquetterie et les gentillesses : voila le changement inoui, commie Dieu seui en fait.L'Allemagne protestante qui naguère, dans l\u2019orgueil de ses victoires, voulait écraser l\u2019Eglise, est en train de devenir l\u2019instrument de sa grandeur ! 11 faut ajouter d\u2019ailleurs que l\u2019F-glise allemande ue jouit pas encore d\u2019une liberté complète, et qu\u2019il lui reste à faire quelque chose sur ce point.Il subsiste toujours de vieux décrets intolérants que le luthéranisme cherche à conserver.Ainsi, en Brunswick, on n\u2019a pas abrogé une loi barbare qui ne permet aux prêtres catholiques d\u2019administrer les sacrements qu\u2019avec l'autorisation du gouvernement.Il se produit encore des faits d\u2019un autre âge tel que celui dont on pouvait lire le récit il y a quelques semaines : le 29 janvier dernier, le curé de Heiningen, en Prusse, demanda l\u2019autorisation d\u2019administrer les sacrements à un de ses paroissiens, âgé de quatre-vingt-sept ans, qui était allé résider dans le district voisin de Seinstedt, en Brunswick.L'autorisation fut refusée.Le Centre lutte avec raison pour l'abolition de tels abus, et depuis plusieurs mois il a déposé une proposition de loi dans ce sens.Nul doute qu\u2019il triomphe.Il se prépare, pour le mois d'août, un Katholikentag un de ces grands congrès dont je parlais plus haut.Il aura lieu à Augsbourg.Lies autorités aménagent en ce moment un immense hall dans le pare municipal, et elles ont voté un crédit de 20,000 marcks pour contribuer à la construction d\u2019une annexe qui coûtera 48,000 marcks.Augsbourg?Où sommes-nous?Là, il y a pres de 400 ans, les premiers luthériens rédigeaient les articles de leur credo hérétique.Et après 400 ans de protestantisme, après Voltaire, après la Révolution, après Bismarck, les fanfares catholiques vont claironner demain dans les rues de la vieille ville luthérienne, au milieu des interminables défilés des ouvriers et des bourgeois allemands.| Que diraient nos prophètes d\u2019il y a cent ans, nos Herder et nos _Novalis, s\u2019ils se trouvaient par hasard, en août, sur les trottoirs d\u2019Augsbourg?et que penseraient-ils en regardant 472 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE passer la forêt des bannières balancées dans le vent des cantiques, eux qui avaient affirmé que l\u2019Eglise de Rome n\u2019était qu\u2019une \u2018\u2018ruine\u2019\u2019?Henri Dartevel.Jurisprudence des tribunaux canadiens EN MATIÈRE D\u2019ABONNEMENT AUX JOURNAUX 1.\u2014Toute personne qui retire régulièrement un journal du bureau de poste, qu\u2019elle ait souscrit ou non, que ce journal soit adressé à son nom ou à celui d\u2019un autre, est responsable du paiement.2.\u2014 Toute personne qui renvoie un journal est tenue de payer tous les arrérages qu\u2019elle doit sur son abonnement; autrement, l\u2019éditeur peut continuer à le lui envoyer jusqu\u2019à ce qu\u2019elle ait payé.Dans ce cas, l\u2019abonné est tenu de donner, en outre, le prix de l\u2019abonnement jusqu\u2019au moment du paiement, qu\u2019il ait retiré ou non le jeurnal du bureau de poste.3.\u2014Tout abonné peut être poursuivi pour abonnement dans le district où le journal se publie, lors même qu\u2019il demeurerait à des centaines de lieues de cet endroit.4.\u2014 Tes tribunaux ont décidé que le fait de retirer un journal du bureau de poste, ou de changer de résidence et de laisser s\u2019accumuler les numéros à l\u2019ancienne adresse constitue une présomption et une preuve prima facie d\u2019intention de fraude. Revue des faits et des œuvres L\u2019hon.M.Gouin au Congrès Eucharistique Nous nous faisons un devoir de reproduire le discours prononcé par M.Gouin au banquet offert au représentant du Pape par le gouvernement de la province de Québec.L\u2019hommage officiel du Canada français au Pape ne pouvait trouver une expression plus digne et mieux sentie que ce discours du Premier Ministre de notre province.Eminences, Excellences, Messeigneurs, Messieurs, Avant de nous séparer, j'ai un devoir bien doux à remplir : celui de dire à Son Eminence le Cardinal Vannutelli, au nom de mes concitoyens catholiques de la province de Québec, la vénéraiton que nous avons tous pour le chef de la plus grande communauté de chrétiens qui existe sur terre, pour ce pontife qui possède dans les respects du monde une royauté inviolable qu\u2019aucune puissance ne pourra jamais lui ravir, pour ce pilote que Jésus-Christ lui-même a mis sur une barque qui a connu toutes les tempêtes, mais jamais le naufrage, pour cet auguste vieillard qui porte le poids de son noble travail avec la vigueur et toute la vaillance de la jeunesse.Pour nous prouver sa paternelle affection, Sa Sainteté Pie X a voulu se faire représenter par un des princes les plus distingués de la cour pontificale à cette fête qui fera le sujet d\u2019une des plus belles pages de l\u2019histoire religieuse non-seule- ment du Canada, mais de toute l\u2019Amérique.Eminence, nous vous prions, à Votre retour dans la ville éternelle, d\u2019exprimer à Sa Sainteté toute notre sincère et filiale reconnaissance.Vous lui direz que vous avez trouvé dans cette province de Québec des milliers et des milliers de croyants dociles à son en- 474 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE seignement, respectueux pour son ministère, dévots à son autorité.Ces croyants\u2014et j'en suis\u2014savent qu\u2019il est sur cette terre une colline auguste qui, comme le Sinaï, lance des éclairs et que ces éclairs illuminent la marche de la civilisation depuis dix-neuf cents ans.Ils savent que sur cette colline, qu\u2019on appelle le Vatican, règne un roi qu\u2019on a pu dépouiller de ses Etats, mais non de ses vertus et de sa majesté, que tous les chemins qui mènent à la demenre de ce souverain ne désemplissent jamais et que les peuples accourent de tous les pays pour lui apporter leurs présents avec leur respect.Ils savent que ce roi est le représentant de Jésus-Christ sur la terre qu\u2019il est de la grande dynastie des papes ; de cette dynastie chez qui semble se réaliser cette merveille dont parle quelque part le poète latin : quand il en tombe un rameau d\u2019or, il en fleurit toujours un autre et qui est d\u2019or aussi ; de cette dynastie que l\u2019on pourrait comparer aux phares qui éclairent notre grand fleuve, lesquels résistent à toutes les tempêtes et dont la lumière ne s\u2019éteint pas ; de cette dynastie qui, depuis dix-neuf siècles, force tout homme sincère à l\u2019admirer, parce qu\u2019elle n\u2019a qu\u2019un objectif : les Âmes, qu\u2019un but : l\u2019enseignement, la purification, l\u2019ennoblissement et la transfiguration de la race humaine.Ils savent, avec l\u2019historien protestant Macaulay, que la papauté est pleine de vie et de jeunesse vigoureuse ; qu\u2019elle a vu le commencement de tous les gouvernements et de tous les établissements qui existent aujourd\u2019hui ; qu\u2019elle était grande et respectée avant que les Saxons eussent mis le pied sur le sol de la Grande-Bretagne, avant que les Francs eussent passé le Rhin, quand l\u2019éloquence grecque était florissante encore à Antioche, quand les idoles étaient adorées dans le temple de la Mecque ; et qu\u2019elle pourra être grande encore et respectée alors que quelque voyageur de la Nouvelle-Zélande s\u2019arrêtera, au milieu d\u2019une vaste solitude, contre une arche du pont de Londres, pour dessiner les ruines de Saint-Paul.Ces vérités, nous les croyons avec les docteurs et les conciles, avec l\u2019histoire et la tradition, avec la science et la vertu, avec les martyrs et les saints, avec les Sully, les Pitt, les Guizot, les trois hommes d\u2019Etat les plus remarquables peut-être que le protestantisme ait produits ; ces vérités, nous les croyons avec la foule des pauvres, des simples, des humbles femmes, des pieux pèlerins qui, depuis plus de dix-neuf cents ans, REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 475 vont baiser la sandale du divin Pêcheur et qui se relèvent en disant : Très Saint-Père.Ce titre de Père, nous aimons à le donner au chef de la catholicité ; en le prononcant, nous sentons ce que l\u2019affection a de plus tendre, s\u2019unir en nous à ce que le respect a de plus profond.On nons accuse parfois d\u2019obéir, en la personne du Pape, à un chef étranger.Etranger ! peut-il l\u2019ètre pour quelqu\u2019un celui qui est bienfaiteur universel, celui qui a relevé la dignité humaine, celui qui a donné au monde, après les avoir recueillies au Calvaire, la vraie liberté, la vraie égalité et la vraie fraternité ?Nous reconnaissons l\u2019état libre et indépendant dans les choses temporelles ; mais dans les choses spirituelles nous admettons que le Pape a le monde pour royaume, qu\u2019il est le père de la catholicité toute entière ; et comme nous sommes ses enfants, c\u2019est notre droit autant que notre devoir de dresser autour de sa tête une couronne faite de confiance, d\u2019amour et de prière.Eminence, voila nos croyances et elles sont vives, voilà nos sentiments et ils sont profonds.Vous voudrez bien les exprimer au Saint-Père, et vous lui ajouterez que ses enfants de la province de Québec demandent à Dieu tous les jours de le conserver longtemps encore à leur affection, à leur respect, à leur vénération.Que la vieillesse soit pour lui l\u2019épanouissement suprême de ses nobles facultés ; que les ressources de sa belle -Âme grandissent et se déploient à mesure qu\u2019il se rapprochera du ciel qur attend.Tels sont les vœux qui sortent de nos cœurs ; et s\u2019il suffit à des vœux d\u2019être sincères pour être exaucés, Pie X vivra longtemps, il sera heureux ce grand Pape qui dans l\u2019histoire portera le nom de Pape de l\u2019Eucharistie.Eminences, Excellences, Messeigneurs, Messieurs, je vous demande de lever vos verres à Sa Sainteté Pie X.Un bref du Pape la \u201c Church Extension Society \u201d Le dernier numéro d\u2019* Extension \u201d, organe de la \u201c Catholic Church Extension \u201d\u2019 de Chicago nous apporte un document de premiere importance.C\u2019est un bref de Sa Sainteté Pie X à l\u2019archevêque de Chicago louant d\u2019une façon spéciale et recommandant à la bonne volonté des catholiques américains l\u2019œu- vre de la \u201c\u201c Catholic Church Extension Society \u201d de Chicago.\u201c Nous nous rappelons avec plaisir, dit le Saint-Père, que 476 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE dès les commencements nous avons été le patron de cette Société que nous avons appuyée de faveurs spirituelles.Les bénédictions du Très Haut invoqué pour elle ont été la source fertile de fruits abondants.Ceci est prouvé par les nombreux travaux accomplis par la Société, savoir : la construction de plus de cent églises et chapelles dans les districts les plus déserts ; l\u2019établissement d\u2019écoles catholiques à Porto Rico et dans les Iles Philippines ; la distribution d'innombrables brochures sur des sujets de foi et de morale parmi les fidèles des Etats-Unis ; la création de fonds pour l\u2019éducation des jeunes prêtres pour les missions ; la distribution gratuite d\u2019une grande quantité de fourniture d\u2019église et d\u2019articles nécessaires au culte divin ; l\u2019assistance financière donnée par divers moyens aux prêtres des missions, et, dernièrement, la construction d\u2019un char-chapelle qui a été d\u2019une très grande utilité pour porter les consolations de la religion aux fidèles perdus dans les régions les plus reculées de votre vaste pays.\u201d Après cette énumération des œuvres de la Société le bref rappelle les nombreux espoirs de progrès et de développement exposés par les directeurs et ajoute : \u201cCe développement sera d\u2019autant plus rapide et salutaire que vous vous attacherez plus étroitement au but de votre Société, c\u2019est-à-dire, que vous appliquerez votre zèle simplement et exclusivement au bien de vos concitoyens qui vivent dans les limites de votre nation.L\u2019observation religieuse de cette règle, votre but, voilà ce que Nous vous recommandons expressément et ce que Nous vous commandons pour les raisons suivantes.que de la sorte non-seulement Nous puissions assurer le bien de vos citoyens, mais aussi afin que votre zèle actif ne puisse jamais créer de difficulté ni commettre d\u2019offense, mais, au contraire, qu\u2019elle progresse et se développe sans interruptions en parfaite harmonie avec deux entrepises universelles\u2014 celles de la \u201c Propagation de la Foi \u201d et de \u201c La Sainte Enfance\u201d \u2014qui ont fourni à l\u2019Eglise dans l\u2019accomplissement de sa mission divine les secours les plus précieux \u201d\u2019 (1).Ce dernier passage est surtout important à retenir.Il n\u2019y a pas très longtemps qu\u2019une incursion des chefs de l\u2019Extension de Chicago dans un diocèse canadien inspira des craintes sérieuses à nombres de catholiques soucieux des (1) Est-ce bien obéïr aux ordres de Sa Sainteté que cette exposition que l\u2019on fait du char-chapelle dans les villes du Canada, là où il n\u2019est d\u2019aucune utilité et où il n\u2019a pas le droit d\u2019être ?Et le tam-tam sur la grosse caisse avec quoi voulez-vous qu\u2019on le fasse ?\u2014N.R. REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 477 intérêts de l\u2019Eglise au Canada.Il en fut même question parmi les Pères du Concile Plénier de Québec.On se faisait difficilement à l\u2019idée de l'intervention d\u2019une institution américaine dans nos affaire Canadiennes.Bien plus, un moment l\u2019hospitalité très large donnée par l\u2019organe de la Société de Chicago aux écrivains extensionnistes de Toronto ramenés dans le ton par Mgr McEvay semblait annoncer un état de choses gros des plus graves inconvénients.Le bref du Pape, en louant ce qu\u2019il fallait louer, a proprement remis les choses au point.Nous sommes les premiers à vous en féliciter.Les Irlandais au Congrès Eucharistique L\u2019\u201c Indépendant (Fall River, Mass.,) signale avec humeur ce qu\u2019il appelle \u201cun incident incroyable\u2019, l\u2019ovation qui aurait été faite pendant dix minutes à Mgr Ireland par 20,000 Canadiens-Français dans l\u2019église Notre-Dame de Montréal.Les journaux avaient déjà rapporté qu\u2019une ovation du même, genre avait été faite ; à peu près au même endroit, et pendant les mêmes fêtes à l\u2019archevêque de Boston, Mgr O\u2019Connell.Mais peu importe.Lisons l\u2019\u201cIndépendant \u201d.\u2018\u2018\u2019Une dépêche de Montréal dit qu\u2019hier soir, en l\u2019église française de Notre- Dame, Mgr John Ireland, archevêque de St- Paul (Minnesota), fut acclamé par les vingt mille personnes présentes, que le cardinal Vannutelli se montra très impressionné de la popularité du distingué prélat, et qu\u2019il en manifesta sa grande satisfaction aux personnages qui | l\u2019entouraient.\u201c Et la dépêche ajoute : \u201c Cela fait bien augurer pour l\u2019avenir.\u2018\u201c Elle ne dit pas si ces paroles furent prononcés par le cardinal Vannuetlli, ou si elles sont simplement l\u2019opinion du correspondant de la Presse-Asso- ciée.\u2018\u201c Elles sont tout de même significatives.\u2018* Ce qui nous y frappe particulièrement, c\u2019est l\u2019ovation de dix minutes faite par des Canadiens-Français (?) à Mgr Ireland, qui passe pourtant pour l\u2019un des plus redoutables assimilateurs à outrance qu\u2019il y ait aux Etats- Unis.\u2018\u2018 Vingt-mille Canadiens-Français auraient salué par de vigoureux applaudissements, et pendant dix minntes, l\u2019entrée de Mgr Ireland dans l\u2019église Notre- Dame, ?\u2018\u2018 Nous n\u2019en croyons rien.\u201c Ces prétendus.20,000 Canadiens-Français devaient avoir le \u201c\u201c brogue \u201d plus ou moins prononcé des enfants de la Verte Erin.\u2018\u201c Après avoir élu le Dr Guerin maire de Montréal, les Canadiens-Français auraient fait pour un archevêque irlandais assimilateur ce qu\u2019ils n\u2019ont jamais osé faire pour un prélat de leur propre race ?\u2018\u201c Allons donc ! \u201c Et pourtant, c\u2019est bien l\u2019honorable Charles Murphy, un autre fils de la verte Erin, qui a souhaité la bienvenue au cardinal Vannutelli dans le Dominion ! 478 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE \u201c\u201c Et c\u2019est \u2018\u201c Son Honneur \u201d le maire Guerin (prononcez \u2018\u201cGerrin \u201d\u2019) qui fait au représentant du Pape et aux personnages de sa suite les honneurs de la métropole du Canada ! \u201c Comme tout a été bien calculé par ces messieurs \u201d pour frapper un grand coup pendant le Congrés Eucharistique ! \u2018\u2018 Après ce qui s\u2019est passé sous ses yeux à Québec et à Montréal, le légat du Pape doit être pénétré de la très grande importance de l\u2019élément hibernien au Canada, et la nomination d\u2019un Irlandais au siège archiépiscopal d\u2019Ottawa n\u2019aurait plus rien d\u2019étonnant.\u201c O \u201c mouton national \u201d, jusques à quand te laisseras-tu tondre bénévolement ?\u201d ce Tout ceci est d\u2019une belle indignation ! Mais, vraiment, l\u2019incident valait-il la peine qu\u2019on le souligne avec tant de soin quand les plus prompts à s\u2019en scandaliser sont exactement ceux qui, dans nos luttes nationales, prennent avec acharnement les attitudes les plus étranges et prêchent à tout propos le fétichisme politique ou une prétendue tolérance qui nous vaudrait des défaites bien autrement cruelles que les applaudissements donnés à un assimilateur en plaine ville de Montréal ?.Il s\u2019agit bien, en effet, de protester contre certains incidents isolés d\u2019une fête qui, par la force même des circonstances et le groupement des influences, devait démontrer la petite place tenue par les Canadiens-Français dans l\u2019Empire Britannique, quand on n\u2019a ni la force ni le courage de défendre en temps utile les principes et les institutions seules capables de garantir que cette place ne nous sera pas enlevée ! Nous protesterons en vain contre les applaudissements donnés aux assimilateurs tant que nous ne nous appliquerons pas à réformer le sentiment qui rend ces applaudissements possibles.Et, pour cela, c\u2019est tout le domaine de notre action sociale et religieuse qu\u2019il faut explorer.Paroisses, écoles, sociétés, voilà les points à défendre, voilà les institutions qu\u2019il faut garder de tout alliage et de toute défaillance.Et, pour condamner aussi vivement une manifestation fort explicable dans une fête ou l\u2019enthousiasme est à son comble et qui à réuni l\u2019élite des catholiques du monde, il faut être bien sûr de soi et s\u2019appuyer sur des principes aussi fermes que constamment défendus.Pour notre part, nous nous expliquons mal la colère sondaine de notre confrère de Fall River quand nous nous rappelons l\u2019empressement qu\u2019il mettait, il y a quelques années, à excuser l\u2019intrusion consentie et voulue de l\u2019anglais dans un fête purement franco-américaine.Bien plus, la façon dont il accueillait, tout dernièrement encore, les articles de la presse franco-américaine sur les sociétés de langue JA EE FE REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 479 anglaise, nous aurait plutôt porté à croire que tout ce qui s\u2019est passé à Montréal recevrait de sa part une parole plus sympathique, une appréciation plus conforme à l\u2019enseignement que, par opportunisme ou parti pris, il donne dans son propre milieu.Et, si j'ai bonne mémoire, le directeur de la REVUE lui-même, pour avoir écrit deux ou trois articles sur les Chevaliers de Colomb, n\u2019a pas trouvé grâce à ses yeux.Au reste, il n\u2019est pas encore très sûr que les Canadiens- Français n\u2019aient pas obtenu au Congrès Eucharistique leur petite part de succès.Et si un archevêque américain, très soucieux de sa renommée et prompt à soigner ses intérêts, a pu recueillir certaines faveurs populaires, il est bien certain que cela ne dépasse en rien les succès obtenu pendant les fêtes par l\u2019archevêque de Montréal et l\u2019épiscopat Canadien- Français.Tout ceci, sans parler du rôle joué par les chefs de la nation, par des hommes comme Sir Wilfrid Laurier, Sir Lomer Gouin, M.Henri Bourassa et tant d\u2019autres que les séances d\u2019étude ont réunis dans la commune défense des idées nationales et religieuses.Il n\u2019est pas douteux que le Congrès Eucharistique aura x servi, pour plusieurs, de prétexte à mousser une foule d\u2019intérêts.Mais tout ne finit pas avec lui.La victoire garde encore de belles promesses pour ceux qui, dans le défilé triomphale des croyants à la suite du Dieu-Hostie, auront trouvé non- seulement les consolations qui font oublier les épreuves mais encore, mais surtout la force de poursuivre avec plus d\u2019ardeur et de dévouement les luttes qui assureront l\u2019avenir, la vie même de la race.Le Canada et la Colonisation Sous ce titre, un collaborateur de l\u2019\u201c Univers \u201d (Paris), M.David, publie le fort intéressant article que voici : La question canadienne est\u2014qu\u2019on le veuille ou non\u2014À l\u2019ordre du jour.Le tricentenaire de Québec, les fêtes du Lac Champlain, le Concile national, le Congrès eucharistique de Montréal, sont des événements qui frappent l'opinion.Aujourd\u2019hui, chacun parle du Canada, soit en bien.soit en mal ! Les ouvrages si documentés de Salone et de Buron, ceux de Siegfried et de Lionnet, du Dr Loir et de Maurice Dewavrin nous ont révélé la vitalité de cette \u201c Nouvelle-France \u201d d\u2019outre-mer, dont les Français du XXe siècle avaient tout juste conservé le souvenir.La Revue La Canadienne, fondée par le Comité Dupleix, a rétabli des communications trop longtemps interrompues, et les deux France se parlent maintenant par-dessus l\u2019Océan, qui les unit au lieu de les séparer. 480 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Après deux siècles d\u2019oubli, le publie français s\u2019aperçoit,\u2014un peu tard sans doute,-que les arpents de neige ont enfanté un peuple vaillant, une nation qui s\u2019affirme chaque jour, se développe et grandit.En effet, au point de vue économique, agricole, industriel et commercial aussi bien que sur le terrain \u201cpolitique\u2014le Dominion prétend (et non sans.raison) jouer un rôle de tout premier ordre parmi les nation modernes.Les progrès aussi constants que rapides, lui permettent d\u2019envisager, sans trop de prétention, un avenir brillant.D\u2019un jour à l\u2019autre, le pays se transforme.Les forêts disparaissent, la terre vierge se pare de moissons, les solitudes se peuplent et les grandes villes surgissent comme par enchantement.Les voies ferrées se multiplient sur toute l\u2019étendue du territoire, tandis que les steamers remontent les fleuves et sillonnent les grands lacs.Les chutes gigantesques se transforment en force motrice; l\u2019énergie et la lumière jaillissent de la houille blanche ; télégraphes et téléphones établissent des communications instantanées jusqu\u2019au fond des campagnes.On entend retentir partout le bruit des machines.Le sol livre ses trésors cachés\u2014or, argent, charbon, fer, amiante, etc.,.\u2014à tous ceux qui veulent bien se donner la peine de les recueillir.Aussi, voyons-nous, depuis nombre d\u2019années, une foule de colons quitter les vieux pays pour courir à la recherche de la fortune et se tailler un domaine dans ce vaste territoire, aussi grand à lui seul que l\u2019Europe tout entière.Mais si le Canada a ses pratisans, il compte fatalement des détracteurs.Plusieurs, après être allés là-bas, sont revenus désillusionnés, et certains \u2014on se demande vraiment pour quel motif \u2014prétendent que les Français.n\u2019ont rien à faire au Canada.L\u2019affirmation\u2014pour le moins\u2014paraît étrange.Nous serions donc les seuls, nous Français, à nous exclure délibérément de ce sol, dont nous avons.ouvert les premiers sillons ! Et nous laisserions tous les autres peuples envahir ces immenses régions, qui demain, seront un empire, oubliant que là-bas plus de trois millions d'hommes parlent notre langue et se font gloire de leur origine française ! Qui done pourrait empêcher les colons français de trouver là-bas ce que viennent y chercher annuellement 250,000 émigrants: du terrain et du travail avec la liberté ?Il est indubitable que la France d\u2019aujourd\u2019hui a tout intérêt à maintenir son influence, sa langue, et son commerce à travers ces espaces infinie du Dominion, qu\u2019elle a autrefois si légèrement dédaignés et qui formeront demain une des premières nations du globe.Or, ce sont nos nationaux qui ouvrent la voie à notre commerce ; et ce n\u2019est pas l\u2019heure, j'imagine, de se croiser les bras, au moment où nos voisins profitent de toutes nos négligences\u2014plus ou moins volontaires\u2014pour prendre notre place.Si l\u2019Angleterre est aujourd\u2019hui reine incontestée du commerce sur terre et sur mer, elle le doit bien un peu à notre incurie.Et, si l\u2019Allemagne est devenue subitement, en quelques années, une nation maritime et commerciale de premier ordre, n\u2019est-ce pas parce qu\u2019elle a su essaimer habilement ses nationaux, à l\u2019exemple de la Grande Bretagne, qui, depuis deux siècles, a mis des Anglais partout ! Une chose manquait, depuis longtemps, aux Frangais qui arrivaient au Canada ; c\u2019était un point d\u2019appui.Ce qui leur nuisait par dessus tout et souvent paralysait leurs efforts, c\u2019était le manque d\u2019adaptation à leurs nouveau milieu.Ne connaissant ni le pays, ni les méthodes de travail, ni les exigences du climat, ils étainet exposés à se décourager et à décourager les autres.C\u2019est pour parer à ce grave inconvénient que l\u2019Institut Colonial Franco-Canadien vient d\u2019être fondé au centre même du Dominion, tout près de la ville d\u2019Ottawa.L'Institut colonial, qu\u2019il ne faut pas confondre avec une agence de colonisation, est avant tout une œuvre patriotique.C\u2019est une maison de famille, REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 481 largement ouverte, où nos compatriotes trouveront toujours un cordial accueil, des renseignements utiles, du travail.Faciliter le voyage aux jeunes colons, aplanir les premières difficultés, initier, aider, encourager et au besoin rapatrier : voilà le but que se propose l\u2019Institut colonial, la tâche qu\u2019il poursuit avec le plus entier désintéressement.En le créant, ses fondateurs ont voulu faire œuvre de bons Français et travailler à la prospérité de notre race, sur l\u2019une et l\u2019autre rive de l\u2019Océan ils ont voulu rapprocher et unir des mains qui se tendaient ! Le péril jaune et la \u2018\u201c Revue des Deux Mondes \u201d La Revue des Deux Mondes publie un très intéressant article écrit à Pékin par le général de Négrier sur le péril jaune.On sait que le général a fait une grande partie de sa carrière en Extrême-Orient et qu\u2019il est ainsi plus qualifié que quiconque pour rechercher dans quelles limites l\u2019état actuel de la Chine permet de justifier l\u2019existence d\u2019un \u201c Péril jaune \u201d\u2019.Le général se montre sceptique à cet égard ; après avoir examiné l\u2019esprit de la nation chinoise, son moral, son patriotisme, l\u2019accroissement qu\u2019elle essaie de donner à son état militaire, il aboutit à des conclusions dont voici quelques extraits significatifs : Le Chinois qui revient de l\u2019étranger ne supporte plus ni avis, ni contrôle, ni intervention.La discipline de la philosophie confucienne a disparu pour faire place à des idées anarchiques.Dans les provinces, les étudiants deviennent turbulents et dangereux.Ils parlent maintenant de leurs droits et de leurs privilèges.Les mandarins affichent vis-à-vis d\u2019eux une bienveillance douteuse, cause partielle de leur provocante attitude et de leurs désordres.Le soldat, quoique dressé à l\u2019allemande, est médiocrement discipliné ; il raisonne et discute.Les sociétés secrètes exercent sur lui une action qui échappe aux chefs à moins qu\u2019eux-mêmes n\u2019en fassent partie.On en voit le danger.Les sous-officiers se recrutent dans les corps de troupes ; soldats choisis, envoyés dans des écoles provinciales où ils passent un an.Ils sont nommés sous-officiers après examen et retournent à leur corps.Ces écoles seront supprimées quand les cadres seront constitués.Les unités devront alors pourvoir elles-mêmes aux besoins.La valeur militaire des sous-officiers est faible.Ils n\u2019ont aucune initiative et ne peuvent servir qu\u2019à des exercices à rangs serrés.Toute l'instruction des officiers comme conducteurs d\u2019hommes est à faire.La passivité du caractère de la race domine.Leur loyalisme n\u2019est pas slr.\u2014 10100010 00000 0 1 4 = 6 5 4 4 00 0 5 0 8 3 0 6 0 0 5 0 4 4 0 5 1 0 0 0 2 0 1 0 8 0 2 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 000 0 0 00 0 Avant la guerre avec le Japon, la Chine avait une marine importante.Les Japonais ont détruit ou pris ses vaisseaux et elle n\u2019a pas encore pu reconstituer une escadre digne de ce nom.STP EPs Laat esa es ss ee rvs hoa ssw ss ss soa as ne ss as sos ess ss sae ae sat eres esses so Les efforts du gouvernement sont vains.La Chine est et restera anti- militaire.La matiére première manque : le soldat est mauvais et le combat moderne ne permet plus de forcer les gens à se battre quand ils ne le veulent pas.Une troupe chinoise, hors du champ de manœuvre, donne l\u2019impression de gens ennuyés qui trouvent odieux et inutile ce qu\u2019on leur demande. 482 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Les désertions sont nombreuses, cependant la faute est sévèrement punie.L\u2019oreille droite est coupée.Mais le coupable se retrouvent rarement.En résumé, plus l\u2019armée se développe, moins elle est solide.La famille impériale ne peut guère compter sur elle.Les enfants de Mandchoux, attachés à sa fortune, forment bien sa garde, mais à côté sont des divisions chinoises ! L'Homme malade n\u2019est plus à Constantinople, il est à Pékin.Les emprunts que les sociétés financières s\u2019obstinent à lui offrir serviront peut-être à payer les frais de son enterrement.Le cerveau de la Chine se forme aujourd\u2019hui dans les Universités américaines.Le Céleste-Empire apprend l\u2019anglais.Quand il le saura, toutes ses aspirations, toutes ses facultés seront dirigées vers le négoce.Ses tendances seront encore moins belliqueuses qu\u2019aujourd\u2019hui.L\u2019Anglo-Saxon répugne au service obligatoire, sans lequel il n\u2019y a pas d\u2019armée solide, et le Chinois des classes dirigeantes va se pénétrer de l\u2019esprit anglo-saxon.Quant à la marche des Chinois vers l\u2019Europe comme cultivateurs ou artisans, nous avons vu que, grâce au peuplement de la Sibérie, elle n\u2019est pas à redouter.Le douceur et l\u2019habileté du gouvernement du tsar rendent la vie facile aux nations qu\u2019ils a rangées sous son drapeau.Les populations chinoises verront leur bien-être s\u2019accroître.Elles sont naturellement soumises, obéissantes, et ne s\u2019insurgent qui si l\u2019existence leur est rendue insupportable.Elles seront fidèles à l\u2019Empereur.En approchant de Khabarovsk, le voyageur qui descend l\u2019Oussouri voit, sur le sommet d\u2019une falaise dominant la région, une croix de bois garnis de fer, de dimensions colossales.Sur cette croix sont gravées les paroles que prononça le baron Korff, le premier gouverneur général de l\u2019Amour, lorsque, au milieu du siècle dernier, Khabarovk remplaça Irkoutsk, comme centre administratif : \u2018 Le pouvoir réside dans l\u2019amour et non dans la force \u201d.Ces nobles paroles résument l\u2019action de la Russie en Extrême-Orient.Entre le monde asiatique et l\u2019Europe s\u2019élève en ce moment une barrière faite de millions d\u2019hommes de race blanche attachés au sol par la propriété.Ils savent vivre au contact des Asiatiques et s\u2019en faire aimer.La persévérance et la ténacité sont des vertus essentiellement russes.L\u2019ceuvre entreprise sera poursuivie.Elle est digne du passé de la Russie et du noble caractère de son Empereur.L'Empire chinois n\u2019est pas le géant qui s\u2019éveille.C\u2019est le fumeur d\u2019opium secouant sa torpeur.Des convulsions l\u2019attendent.Les intellectuels ont empoisonné son organisme.S\u2019il guérit jamais, il restera sans force.Le carnet de Kléber M.Arthur Chuquet reproduit, dans Feuilles d\u2019histoire, d\u2019après le Carnet de Kléber, une intéressante conversation qui eut lieu entre le héros d\u2019Aboukir et M.Duclos sur Bonaparte.Nous citons : | \u2014.Mais au moins, ne refuserez-vous pas à ce dernier le titre d\u2019homme extraordinaire ?| \u2014 Non, certes, puisque vous lui refusez celui de grand homme.\u2014Et vous ne pensez pas qu\u2019il soit un grand génie ?\u2014Je ne lui connais qu\u2019une ambition démesurée et nullement en proportion avec ses connaissances et ses talents.\u2014Vous êtes rigide, ce me semble.\u2014La postérité, malgré tous ses efforts, le sera encore davantages ; il ne saurait compter avec elle de clerc à maître.\u2014Quel général oseriez-vous mettre en parrallèle avec lui ?\u2014Aucun, quoiqu\u2019il y en ait qui vaillent mieux que lui.-\u2014Vous le placez pourtant au-dessus de Hoche. Pi REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 483 \u2014Incomparablement, car j'ai toujours regardé ce dernier comme étant un des plus mauvais de la République, etc, etc.\u2014Que pensez-vous des événements du 18 brumaire ?| \u2014Que la France n\u2019aurait pu être subjuguée par un plus misérable char- atan.\u2014II ne sauvera donc point la patrie, et je dois conclure également de ce que vous dites que vous n\u2019êtes point partisan de la Constitution ?\u2014 Elle n\u2019est qu\u2019un méchant masque dont le tyran a jugé convenable de se couvrir momentanément et qu\u2019il jettera par la fenêtre si, avant qu\u2019il ne lui devienne inutile, on ne l\u2019y jette lui-même.Je ne remasserai jamais dans la boue l\u2019enseigne sanglante des Jacobins et je trouverais indigne de moi, après le rôle que le destin m\u2019a forcé de jouer dans cette Révolution, de donner un maître même à des esclaves.\u2014Vous ne croyez donc pas que la République puisse exister ?\u2014Non, puisqu\u2019elle n\u2019existe plus, du moins d\u2019après l\u2019idée qu\u2019on avait attachée à ce mot.\u2014Dans cet état de choses, la monarchie est le gouvernement qui vous semble le mieux convenir à la France ?\u2014Je le pense, pourvu que l\u2019on change de dynastie.et que l\u2019on ait le bon esprit de choisir un prince qui puisse trouver en dehors de la France même les moyens de se soutenir sur le trône contre les efforts des différentes factions qui ne manqueront pas de l\u2019assaillir.Congrès de Tempérance Est-il besoin de dire que le Congrès de Tempérance tenu à Québec au commencement du mois de septembre, a obtenu un succès complet ?Toutes les sections, rivalisant de zèle dans le travail d\u2019assaïnissement entrepris par les promoteurs du Congrès, ont établi ce que nous pourrions appeler les cadres de l\u2019histoire économique et morale des Canadiens-Français.Il ne fait pas de doute que l'alcoolisme a été la principale pierre d\u2019achoppement au progrès de notre race dans tous les domaines où s'exerce de préférence l\u2019initiative des citoyens pour la conquête de la fortune ou de l\u2019aisance.Que des millions de dollars soient dépensés chaque année pour les liqueurs fortes, cela indique assez jusqu\u2019à quel point nous avons brûlé en pure perte tant d'énergies fécondes qui, appliquées à notre relèvement social et économique, eussent préparé à nos fils des carrières plus lucratives, à nos institutions nationales un essor plus grand, aux générations futures un sang plus généreux et plus exempt des hérédités déprimantes.Le tableau suivant publié par les rapporteurs du Congrès en dit assez long : DEPENSES COMPAREES POUR L'ALCOOL, L'ADMINISTRATION MUNICIPALE, L\u2019EDUCATION, LE CULTE.| | mn w wn .wn SF an 2 QD = 9.|8.18 n Ÿ 3 2 \u20148g C8 S232 38.5 2É RÉ 28185128) 588 RÉ, $5é 82,287) 225] OS 24/22/52) 62) 59) £52 E98 335 2.2 828 55 9 \u2014 ES ER! S32 58 R58 BSC 88s 525 E88 283 ZEC 2 cs oa a 28 3 Res 8x cos | PE 582 288 3 Z| ze pl Mg = AES As pos 2a 2° 2 3 as _ a Q 2a | D 0 2 0 3 2 2, = = 3 a AT VILLES : | Québec.|.ole $2,000,000].NL LL fee qe Lévis.2 1 1 91,000 $22,000 EE EE BU FS Fraserville.[.{ oo lo oo fe ff fee (3 rap.d.: COMTES | L000 00 : 000 5,000, Beauce.29 29 8 5 16 44,650, 85,269) $2,800| 55,329; 481,200) $154,941| / 500 10,- Bellechasse.| 16 16 4.5 7 24.640, 19,613 3,560 2,802] 56,350] 44,832| | 000 2,500 Dorchester.| 16 16 0 5 11 26,260 24,268] 2,521] 2,262| 42,016) 36,192| par.av.Kamouraska.15 15 5 3 7 16,250, 21,374] 2321 3,053] 34,815 45,795 | 72,000 Lévis.11 11 4 1 6 30,800, 27,804 5,133 4,634| 56,763] 46,340|1 ap.L'Islet.| 11 10 5 1 4 12,150] 10,364] 2,600] 2,573] 28,600 28,303 | 12,000 Lotbiniére.16 16 |.3 13 22,700| 45,175] 1,750 3,475] 28,000 55,600] Av 60,000 Mégantic.15 13 1 D 7 62,500| 69,547 8,925 9,929| 132,875) 148,935|4 120,000 Montmagny.| 12 12 2 5 5 18,100] 30,262| 3,600 6,052) 42,200] 72,622 | Ap 10000 Montmoreney.| 13 12 4 2 7 16,000 18,450 2,300] 2,636) 29,900] 34,268|{ Av.50- Portneuf.| 23 22 2 5 15 77,265 74,747| 5,151) 4,983] 118,373 114,609| | 000 Ap Québec.14 14 3 6 5 108,750, 42,800{ 20,000 8,660, 293,800| 119,840) | 12,000 Témiscouata.2 2 1 |.1 1,500 2,200 1,500 2,200 3,000 4,400 193 188 39 46 104 461,565] 471,873) 62,161| 58,488 947,892| 906,677 12537 \u2018 HNIVOIdANV-OONVYAA HOAHE VI REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 485 Le mal est donc réel, il nous ronge depuis longtemps.Aussi les congressistes ont-il voulu, après Pavoir constaté, suggérer les meilleurs moyens à prendre pour l\u2019enrayer tout-à-fait.Mais de toutes les résolutions proposées il n\u2019en est certes pas de plus pratiques que celles adoptées par la section de l\u2019enseignement.En effet, on adoptera en vain, les lois les plus dra- -coniennes, les résultats resteront nuls si derrière les lois il n\u2019y a pas un sentiment profond de moralité qui les appuient et les fasse respecter.C\u2019est à l\u2019école, dans la famille, dans la paroisse, que doit se faire l\u2019enseignement anti-alcoolique qui rendra possible l\u2019action efficace des législateurs.Les médecins ont associée la lutte contre l\u2019alcoolisme à la lutte contre la \u2018tuberculose.Et ceux qui ont lu dans la REvUE les articles si intéressants du Dr Arthur Rousseau conprendront mieux pourquoi il convient d\u2019associer dans une commune réprobation ces deux fleaux si intimement unis dans leur ceuvre de destruction et de mort.Les vœux émis au congrès de Québec par la section de l\u2019enseignement resument bien toute la question et nous les donnons tout entières : VŒUX FORMULES PAR LA SECTION DE L\u2019ENSEIGNEMENT I.\u2014ENSFIGNEMENT PRIMAIRE.ATTENDU qu\u2019il convient de signaler de bonne heure aux enfants les dangers de l\u2019alcool ; qu\u2019il importe d\u2019éclairer l\u2019enfance et la jeunesse sur les devoirs sociaux et civiques, de les en instruire, et spécialement de leur enseigner que l\u2019alcoolisme est la cause de la plupart des malheurs qui affigent la famille et la société ; que c\u2019est à l\u2019école primaire que l\u2019action doit être la plus constante et la plus énergique : Le premier Congrès de Tempérance du diocèse de Québec émet le vœu: 1.Que l\u2019enseignement anti-alcoolique, indirect, par des récits, lectures, dictées, rédactions, problèmes, chants, tableaux, cartes morales, etc., soit donné à tous les dégrés de l\u2019école primaire ; 2.Que l\u2019enseignement anti-alcoolique direct, à l\u2019aide du Manuel Rousseau (Petit Catéchisme de Tempérance et de Tuberculose), ou de tout autre ouvrage approuvé, soit donné au moins une heure par semaine pendant la dernière année de chaque cours : 4e année du cours élémentaire, 2e année du,cours intermédiaire, 2e année du cours supérieur ; 3.Que dans toutes les écoles et les académies on établisse des Sociétés : de Tempérance.11 \u2014ENSEIGNEMENT SECONDAIRE.ATTENDU qu\u2019il importe d\u2019assurer la sobriété des classes dirigeantes, dont l\u2019élite se forme surtout dans nos Petits Séminaires et dans nos Collèges, le Congrès recommande l\u2019établissement et le maintien de sociétés de tempérance dans nos maisons d\u2019enseignement secondaire.Et il émet le vœu que des assemblées générales de ces sociétés soient tenues au commencement de chaque année scolaire, à l\u2019occacion de la- 486 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE retraite annuelle, puis trois au quatre fois durant l\u2019année, et plus spécialement à la veille du congé du jour de l\u2019an et des grandes vacances.Il souhaite encore que par la diffusion de brochures, de tracts antialcooliques, par des exercices scolaires appropriés, les directeurs et les professeurs s\u2019efforcent d\u2019inspirer à leurs élèves l\u2019amour de la sobriété, et le zèle à combattre l\u2019intempérance.III \u2014ENSEIGNEMENT UNIVERSITAIRE Considérant qu\u2019il est désirable d\u2019affermir chez les universitaires les promesses faites et les habitudes prises au collège : Le congrès émet le vœu :\u2014Que chaque année, la tempérance soit prêchée aux élèves de l\u2019Université ; que l\u2019on organise pour eux une société de tempérance où l\u2019on s\u2019efforcera de les faire entrer aussi nombreux que possible.Qu\u2019on favorise de toute manière les œuvres et les sociétés ou associations propres à occuper et à utiliser l\u2019activité physique et intellectuelle des étudiants, comme les conférences de Saint-Vincent de Paul, les cercles de l\u2019A.C.J.C., les clubs de jeux et d\u2019amusements, etc.IV.\u2014L\u2019ENSEIGNEMENT ANTI-ALCOOLIQUE ET LES OEUVRES POST-SCOLAIRES Le congrès émet le vœu :\u2014I1.Que dans les associations de jeunes gens, que le Congrês serait heureux de voir s\u2019établir dans tous les centres importants, il soit formé des cercles d\u2019études où l\u2019on s\u2019occupera tout particulièrement de la question de l\u2019alcoolisme.2.\u2014Que ces cercles soient invités à s\u2019affilier au Comité Permanent du Congrès de Tempérance du diocèse de Québec.3.Que dans\u2019ces associations de jeunes gens on donne au moins chaque mois des instructions suivies sur la tempérance.V.\u2014ENSEIGNEMENT ANTI-ALCOOLIQUE DANS LA FAMILLE Le congrès émet le vœu :\u2014Que les parents soient exhortés à commencer de bonne heure et à poursuivre l\u2019éducation anti-alcoolique de leurs enfants, en les instruisant des conséquences funestes de l\u2019intempérance, en se faisant une règle de ne jamais leur offrir ni leur laisser prendre de liqueurs enivrantes, en s\u2019abstenant d\u2019en prendre en leur présence, et en leur donnant toujours l\u2019exemple de la sobriété.VI.\u2014L\u2019ENSEIGNEMENT ANTI-ALCOOLIQUE DANS LA PAROISSE Le congrès émet le vœu :\u2014I.Conformément aux ordonnances de Mgr l\u2019Archevêque de Québec, qu\u2019une Société de tempérance soit établie dans chaque paroisse du diocèse, avec unité de règlement pour toutes.II.Que toutes les dispositions du règlement soient strictement observées dans chacune des sociétés ; spécialement que les réunions prescrites soient tenues ; et de plus que par des retraites, triduums, conférences, etc., on complète l\u2019éducation anti-alcoolique des sociétaires.III.Que l\u2019on fasse bénéficier les Sociétés de tempérance du mode de contrôle de l\u2019Association des Messes du Grand Vicaire Mailloux et des avantages spirituels qui y sont attachés VII.\u2014PROPAGANDE ANTI-ALCOOLIQUE PAR L\u2019AFFICHE, L'ANNONCE, LE TRACT, ETC.CONSIDERANT que l\u2019alcoolisme multiplie les accidents du travail et en aggrave les conséquences ; CONSIDERANT les ravages causés par l\u2019alcoolisme inconscient dû aux préjugés sur l\u2019utilité de l\u2019alcool ; REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 487 CONSIDERANT la réclame que les fabricants, distillateurs, et débitants font aux boisons enivrantes et aux remèdes à base d\u2019alcool.Le Congrès émet le vœu \u2014I1.Que le Comité Permanent du Congrès de Tempérance organise, pour la propagande anti-alcoolique, une publicité intensive par le journal, les tracts les brochures, l'affiche, l\u2019annonce, les étiquettes gommées, les couvertures de cahiers scolaires, les calendriers, les images, les tableaux, les cartes postales, les chansons anti-alcooliques, ete.2.Que toute la presse de cette province cesse de faire de la réclame et de publier des annonces de boisons alcooliques et de remèdes brevetés à base d\u2019alcool.VIII.\u2014GROUPEMENT DES SOCIÉTÉS CATHOLIQUES EN VUE DE LA LUTTE ANTI-ALCOOLIQUE Le Congrès émet le vœu :\u20141.Que partout où se trouveront des sociétés mutuelles ou d\u2019assurance-vie, des fédérations ouvrières, des groupes de l\u2019Association de la Jeunesse Catholique, des Ligues du Sacré-Cœur et des Sociétés de Tempérance, etc, les membres s\u2019entendent, à l\u2019occasion, pour engager les autorités à diminuer le nombre des débits de boissons ; 2.Que ces sociétés se fassent une règle de n\u2019admettre que des membres tempérants ; : 3.Que tous les membres de ces Sociétés se liguent contre la coutume de la traite et donnent l\u2019exemple de la plus stricte tempérance.Le martyrologe des catholiques espagnols H.G.Fromm dans l\u2019\u201c Univers \u201d, de Paris : \u201c La presse libérale, maçonnique et judéo-jacobine de toute l\u2019Europe approuve les actes du ministère Canalejas et s\u2019en promet les plus beaux résultats \u2018\u201c pour le progrès de l\u2019humanité \u201d.\u201c Ce n\u2019est pas la première fois que des ministres espagnols travaillent \u2018 pour le progrès de l\u2019humanité \u201d.~_ \u201c Aussi le monde civilisé sait-il ce que cela veut dire.Déjà, en 1765, Don Pedro Pablo, comte de Aranda, a travaillé dans ce sens ; l\u2019histoire a enregistré les faits et gestes de cet homme, dont l\u2019action néfaste a couté à l'Espagne catholique tant de larmes et tant de millions.Le frère de N apo- léon, Joseph Bonaparte devait à son tour y travailler \u201c pour le progrès de l\u2019humanité \u201d\u2019.Il comprit sa tâche en supprimant les ordres religieux et en faisant fusiller un nombre considérable de membres du clergé régulier et séculier.Après la chute de l\u2019intrus, les catholiques purent respirer de nouveau.La conspiration militaire de Riégo du ler janvier 1820 mit fin à cette époque de paix et l\u2019Espagne vit les mêmes mauvais jours que la France aux premiers temps de la Révolution.La Révolution y triompha pendant trois ans ; elle aussi entendit le progrès à sa manière en fusillant l\u2019évêque octogénaire de Vich en Catalogne, en massacrant des prêtres dans les rues de Madrid, en déportant neuf archevêques et évêques et en peuplant de pré- tres les prisons de la péninsule.A Barcelone et dans toutes les grandes.villes insurgées, les révolutionnaires fusillaient les prétres et les moines.Les excés des comuneros et des descamesados, des exaltés révolutionnaires furent tels, que le peuple catholique, poussé au désespoir, installa une régence à la Seo de Urgel, pendant que les exaltados obtinrent, grâce à la plèbe urbaine, la majorité aux élections de 1822.Le congrès de Vérone mit fin | à ces horreurs, en chargeant la France du rôle de pacificateur dans la mal- heureuse Espagne.Le 7 avril 1823, le duc d\u2019Angoulêne franchit la Bidassoa.À la suite de cette intervention l\u2019armée des sanfédistes, les défenseurs de la 488 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE religion, établit une junte de gouvernement provisoire.Après la prise de Cadix par les troupes françaises, la Révolution espagnole paraissait vaincue.Le roi Ferdinand VII, instrument involontaire et prisonnier des Cortès, dut déclarer nuls tous les actes antireligieux du gouvernement, du 7 mars 1820 au ler octobre 1823.Onze ans après, par suite de la Pragmatique Sanction du 29 mars 1830, qui abolit la loi fondamentale du 12 mai 1713 relative ä l\u2019introduction de la loi salique, l\u2019Espagne fut livrée à de nouveaux troubles.Ceux-ci dégénérèrent, à la suite de la mort de Ferdinand VIT, en une guerre civile terrible, la première guerre carliste.Le Père Froberger, S.J., qui a longtemps vécu en Espagne et connaît à fond ce pays et son histoire, consacre à cette époque dans son Coup d\u2019æœil sur un siècle de révolution antireligieuse en Espagne le passage que voici, que nous donnons d\u2019après la Volkszeitung de Cologne : L\u2019année 1834 amena une nouvelle révolution, pire que toutes les précédentes.Elle fut fometée par le parti progressiste libéral.On accusait les moines d\u2019avoir empoisonné les puits et propagé le choléra.Le 17 juillet la plèbe madrilène se rua sur les couvents et massacra dans cette néfaste journée tous les Dominicains, 50 Francisciains, 16 Jésuites, 8 Mercédaires et un grand nombre d\u2019autres religieux et des prêtres séculiers.A Saragosse, Murcie et Réus, des massacres analogues eurent lieu.À Tarragone, l\u2019archevêque dut prendre la fuite.; Mais c\u2019est surtout à Barcelone que cela fut épouvantable.Le 25 juillet 1834 (tout comme l\u2019an dernier, le même jour) on incendia les couvents, on tua les prêtres et les moines ; les scènes de carnage furent telles, qu\u2019elles dépassaient les pires horreurs de la Révolution française.La guerre civile s\u2019ensuivit et dura sept ans.Le parti libéral a enrégistré ses faits et gestes sur une feuille de sang et s\u2019est imposé ainsi, comme le dit l\u2019historien Menendez y Pelayo, à lui-même le stigmate perpétuel d\u2019un parti assassin.Lorsque le parti de Don Carlos fut vaineu grâce à l\u2019intervention de la Quadruple Alliance, les progressistes étaient maîtres absolus du pouvoir.Tout comme en France de nos jours, l\u2019Etat s\u2019empara des fondations pieuses, gaspilla les biens de l\u2019Eglise.Deux tiers des sièges épiscopaux étaient privés de leurs pasteurs, le clergé régulier était exterminé et le clergé séculier vivait d\u2019aumônes.Mais l\u2019Eglise, grâce au caractère catholique de la population rurale, finit enfin par respirer et Pie IX put signer au gouvernement de Dona Isabel II un Concordat.Mais à la suite d\u2019un soulèvement militariste, organisé par les maréchaux Serrano et O\u2019Donnell, commença une nouvelle persécution.Le nonce pontifical fut renvoyé, des évêques furent bannis et les Jésuites furent déportés.Le maréchal Narvaez finit par\u2018y mettre ordre.On rétablit le Concordat, en 1856.Mais avec la chute de Dona Isabel II commença une nouvelle ère de persécution.Cela fut le début de Moret, le prédécesseur libéral et progressiste immédiat de Canalejas.Depuis cette époque, l\u2019Eglise et les catholiques espagnols revirent des mauvais jours à plusieurs reprises.Chaque fois cela correspondait à l\u2019avènement du libéralisme, lequel lui-même n\u2019est basé que sur les classes, absolument hostiles à tout ordre social.Ces classes-là ne se trouvent que dans les grandes villes et c\u2019est grâce à elles que des millions d\u2019Espagnols, qui forment la majorité de la nation, sont terrorisés et privés de leurs droits primordiaux les plus sacrés.Et Canalejas continue l\u2019œuvre néfaste et veut conduire l\u2019Eglise à une ruine complète.4j 2x .\u2026 REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 489 Les Catholiques Ruthènes.Il sera facile de voir, à la lecture, que la lettre qui suit n\u2019est pas d\u2019un Irlandais.A l\u2019Editeur du \u2018\u201c\u201c Free Press \u201d (1) Monsieur, Comme beaucoup d\u2019autres catholiques, j'ai lu avec chagrin les attaques faites contre l\u2019archevêque de Saint-Boniface par le Dr Schwegel, consul austro-hongrois, de Winnipeg.Je ne suis pas un Français, mais un Anglais, petit-fils et héritier du capitaine Harper qui chassa les Français de Cattaro et de Raguse, et fut décoré, pour ce haut fait, de l'Ordre de Léopold par l\u2019empereur d\u2019Autriche, en 1814.Je demeure depuis trente ans au Manitoba et je ne puis parler français.Pendant ce temps j'ai suivi et apprécié les efforts qui ont été faits, par Sa Grandeur et son illustre prédécesseur Mgr Taché, pour évangiliser, par des prêtres missionnaires, leur immense archidiocèse.J\u2019ai constaté qu\u2019en général le prêtre canadien-français est le seul dans une agglomération de races différentes, qui puisse le plus facilement faire taire ses préférences nationales et se mettre d\u2019accord avec toutes ses ouailles.L'expression : \u2018\u2018 Archevêque français \u201d\u201d appliquée à Mgr Lan- gevin est injurieuse.Mgr Langevin est \u201cL\u2019Archevêque catholique\u2019, c\u2019est notre archevêque à nous tous, sans distinction de race.Je trouve aussi injurieuses les insinuations que l\u2019on lance contre la population métisse.Le docteur est trop fraichement déballé dans ce pays pour connaitre les braves gens qu\u2019il insulte aussi gratuitement.Ils sont les descendants de ceux qui ont ouvert le pays, et nous ont montré, à nous tous, le chemin à suivre.Il ne serait que juste que l\u2019église catholique du Manitoba si, toutefois elle avait des préférences pour une nationalité, en prenne un soin tout particulier.Espérons que le consul \u2018 austro-hongrois\u2019\u2019 dans ses heures de loisir pourra trouver le moyen de se renseigner sur l\u2019histoire de l\u2019Ouest Canadien avant de faire une nouvelle conférence.W.pE MANBEY.Boissevain, août 31.(1) Du Manitoba \u201c Free Press \u201d\u2019 de Winnipeg, No du 2 septembre 1910.(Traduction).Léon Kemner. Un frère L'année dernière, à la Toussaint, j'étais chez mon vieux camarade d\u2019enfance, Hyacinthe Lerouge.Ce que nous avons déchiré de culottes ensemble, à la recherche des nids de margots, dans les acacias du Trou aux fouines !.Non, c\u2019est rien de le dire !.Je nous revois encore à l\u2019époque où, gosses tous deux, nous profitions des moindres inattentions maternelles pour nous esquiver vers le bois tentateur, tout herissé d\u2019épines, et tout rempli de moineaux piaillants.Quand nous revenions, sur le tard, de ces expéditions aventureuses, des lambeaux de vêtements nous pendaient de partout, excepté du nez, où nous pendait autre chose que nous recevions sous forme de raclée.De tels souvenirs sont bien faits pour cimenter une amitié.pas vrai ?C\u2019est pour cela que, en dépit d\u2019opinions très divergentes.nous nous tutoyons encore, Lerouge et moi.* * Donc, l\u2019année dernière, nous étions chez lui, assis devant un bon pichet de vin rouge ; la mère Hyacinthe s\u2019était même pressurée d\u2019une platée de marrons bouillis qui fumaient sous la serviette de grosse toile, et que nous piquions, sans façon, à ia pointe de nos eustaches.Naturellement, les langues ne chômaient guère, et tandis que nous décortiquions à qui mieux les châtaignes juteuses, nous prenions plaisir\u2014tels des combattants de 70\u2014à nous remémorer nos périlleuses campagnes.\u2014Te rappelles-tu le jour out tu t\u2019es caché dans la maie pour éviter d\u2019être battu?.\u2014Même que j'en suis sorti blanc comme un pierrot ! \u2014Et que tu as écopé tout de même !.\u2014Ah ! quels garnements nous faisions !. UN FRÈRE 491 Nous en étions là de nos souvenirs, quand on frappe à la porte.\u2014 Entrez ! fit Hyacinthe.La porte s\u2019ouvrit et nous vimes apparaître un brave homme qui s\u2019avanca en disant : \u2014 Pardon, excuse, si je vous dérange.Je voudrais, Monsieur Lerouge, vous payer ce que je vous dois.\u2014 Bien !.répondit sèchement mon camarade, en fronçant les sourcils.Sans dire un mot, l\u2019arrivant sortit de sa poche un mouchoir à carreaux, défit le nœud qui retenait une des cornes, et se mit à aligner sur la table des écus qu\u2019il comptait tout haut : \u2014Cinq.dix.quinze.Et ainsi de suite jusqu\u2019à cent vingt.Quand 1l eut fini : \u2014 Là, ça y est ! dit-il.Le compte y est-il?Hyacinthe avait suivi de l\u2019œil les additions de son débiteur.Derrière son masque impassible, je devinais les tressaillements que lui causait le tintement du précieux métal.Néanmoins, il recommença le calcul, en posant successivement son doigt sur chacune des pièces : \u2014Cinq.dix.quinze.Celle-là est-elle bonne?.Euh?.Oui.Ou donc que j'en étais?.Cinq.dix .quinze.Enfin, 1l déclara : > \u2014Le compte y est.Voilà ton reçu.L'homme prit le papier, le lut et le relut attentivement, le flaira, le-plia en quatre pour le mettre dans son gousset, puis constata : \u2014À présent, nous sommes quittes!.Après quoi, il se retira en disant : \u2014 Salut, la compagnie !.* * Le ton un peu raide de ce rapide colloque m\u2019avait frappé.Et puis Hyacinthe, après avoir empoché l\u2019argent, n\u2019avait pas prononcé la phrase sacramentelle : \u2014Tu veux pas boire un coup?.Décidément, 11 y avait quelque chose là-dessous.\u2014Qui est-ce donc?.lui demandai-je.\u2014C\u2019est Grospois, mon locataire.Je le flanque à la porte !.répondit-il, bourru. 492 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2014Est-ce qu\u2019il ne paye pas son loyer?\u2014Tu vois bien que si! \u2014Est-ce qu\u2019il a détérioré ton immeuble ?\u2014Non ! \u2014T\u2019aurait-1l insulté ?\u2014Non ! \u2014Qu\u2019y a-t-il alors?\u2014II y a, s\u2019écria Lerouge en donnant un coup de poing sur la table.Il y a que c\u2019est un clérical.un réactionnaire ! .Ça va à la messe.Ça va chez le curé.Je ne veux pas de ça chez moi.Je n\u2019en veux pas!.Tu entends! \u2014C\u2019est bon!.c\u2019est bon!.Ne te fâche pas!.As-tu quelqu\u2019un pour le remplacer?.La physionomie de mon copain se transfigura instantanément.De courroucée, elle devint placide.Une joie profonde l\u2019illumina : \u2014Oui.et un fameux !.\u2014Qui donc?\u2014Tzapompe.Tu sais bien.Guston Lapompe.À la bonne heure !.en voilà un pur!.Il fait partie de notre comité.Et un rude!.Aussi, je lui ai fait un bail de trois-six-neuf !.\u2014Est-ce qu\u2019il n\u2019est pas un peu.un peu.braconnier?.\u2014Du tout!.s\u2019enflamma Hyacinthe.C\u2019est des mensonges que les réactionnaires font courir.Il n\u2019y a pas de plus honnête homme que Guston.J\u2019en réponds comme de moi-même !.Décidément, le terrain brûlait.Je crus prudent de ne pas y laisser mes pieds, et, prétextant la fatigue du voyage, je demandai mon lit.* Cette année, je suis revenu chez Hyacinthe.\u2014Eh bien ! lui ai-je demandé quand nous fimes de nouveau attablés devant les marrons de la mère Lerouge, et ton locataire ?\u2014Lapompe ?\u2014 Oui.\u2014C\u2019est une canaille.un repris de justice.un homme sans foi ni loi!.\u2014Allons donc!.Tu me disais, l\u2019an dernier, que c\u2019était UN FRÈRE 493 un frère.qu\u2019il n\u2019y avait rien à craindre avec lui.Est-ce qu\u2019il aurait changé d'opinion ?.\u2014Non.\u2014Eh bien, alors?.Hyacinthe se gratta le nez.\u2014Sans doute, sans doute, articula-t-1l péniblement ; mais, avec tout ça, il ne me paie pas mon loyer!.\u2014 Jean des Tourelles.ILE A VENDRE SITUÉE A ENVIRON 60 milles de Québec, dans le fleuve Saint-Laurent, qui a près de 15 milles de large à cet endroit.Facilement accessible toute l\u2019année.La superficie de l\u2019île est d\u2019environ 4,000 arpents, partie en bois et partie en terres.Foin de grève de première qualité et en abondance.Endroit particulièrement propice à l\u2019élevage des chevaux, des bêtes à cornes et des moutons.Conviendrait parfaitement à un agriculteur, A UNE SOCIÉTÉ D\u2019AGRICULTEURS OU encore à UN ORDRE RELIGIEUX S\u2019OCCUPANT DE CULTURE.Excellent endroit de chasse.Les oiseaux sauvages y abondent ; les bancs de poissons : sardines, harengs, aloses, anguilles, passent sur les battures de l\u2019île où l\u2019on pourrait établir des PECHES DE RAPPORT.L'île contient un hâvre qui peut abriter les navires contre tous les temps.Prix à débattre.S\u2019adresser à J.A.LEFEBVRE, 4, case postale, Québec. Les Idées de Mme Margeret PAR PIERRE DU CHATEAU Depuis deux semaines qu\u2019il se morfondait en cette petite ville, il commençait d\u2019avoir la nostalgie de Paris, et il saisissait aux cheveux le prétexte d\u2019y courir pour choisir la bague qu\u2019on l\u2019autorisait à offrir.Quant à Mme Margeret, elle se chargeait des faire-part et promettait de les envoyer sans tarder.\u2014Commencez par Mme de Lignière : elle me porte tant d\u2019intérét! avait dit le jeune homme de son plus beau ton d\u2019ironie.Ce fut un matin.Pelotonnée dans son fauteuil devant un feu ardent ou elle dépouillait son courrier, la baronne avisa une lettre de forme spéciale, comme il lui en arrivait assez fréquemment.Elle l\u2019ouvrit et eut un cri d\u2019horreur : \u2014Oh!.fiancés!.Et, malgré la chaleur intense qui se dégageait du foyer incandescent, elle se sentit glacée jusqu\u2019à la moelle des os.Car, jusque-là, elle avait voulu douter encore, accumulant les raisons qui s\u2019opposaient à ce mariage, le rendaient si odieux.Et les parents avaient passé outre, aveugles au point de jeter dans la parc de la Herbelière, fouillis de ronces et d\u2019épines, cette fraîche fleur à peine éclose qui ne pourrait s\u2019y implanter, à moins que de perdre elle-même sa grâce, sa pudeur! \u2014dJamais je ne m\u2019occuperal plus de mariage! s\u2019écriait la pauvre Mme de Lignière au comble de la désolation.Et elle se frappait énergiquement la poitrine, songeant à la légèreté qu\u2019on apporte souvent dans des entreprises où tant de prudence serait de rigueur.Puis elle maudissait l\u2019or, le grand coupable, qui renverse tous les obstacles et triomphe des scrupules les plus justifiés.Elle ne savait rien de M.Margeret, mais elle le jugeait dominé par sa femme ; c\u2019était done son œuvre à elle plus qu\u2019à LES IDÉES DE MME MARGERET 495 tout autre et la baronne avait trop de finesse dans l\u2019esprit pour ne pas deviner en partie les motifs qui la poussaient à agir.\u2014Elle ne m\u2019a jamais plu !.Et voilà où le monde conduit une mère !.Qu\u2019il en soit maudit à jamais ! Elle avait écarté la petite table avancée par Catherine et où fumait son premier déjeuner.La domestique s\u2019exclama : \u2014Tie café de Madame est refroidi!.Madame n\u2019a pas faim?.La baronne eut un geste d\u2019impatience; à de certaines heures, elle montrait de la nervosité.Catherine attribua ce malaise à l\u2019état de l\u2019atmosphère, très lourd, orageux en dépit de la saison.\u2014I1 va pleuvoir, bien sûr!.Combien de personnes j'ai vu entrer à l\u2019église et qui n\u2019ont pas de parapluie.Ce sera drôle, tout à l\u2019heure, de les voir s\u2019ensauver!.\u2026.Elle avait soulevé le rideau de la fenêtre pour que sa mai- tresse eût cette distraction bien puérile de jouir du coup d\u2019œil.L'église célébrait les Quarante Heures ; nombre de fidèles assistaient à l\u2019office du matin et, selon les prévisions de Catherine, une pluie torrentielle les accueillit à la sortie.Beaucoup demeurèrent sous le porche, attendant philosophiquement la fin de la bourrasque, tandis que d\u2019autres, plus pressés, se mettaient en route, à l\u2019abri des maisons.- Soudain, l\u2019œil indifférent de la baronne étincela, et sa main frappa au carreau de la aimablement, tentée de s'excuser et de passer outre, mais répondant néanmoins à l\u2019invite dans la crainte de désobliger celle en qui elle devinait une amie.Lee teint animé par sa marche rapide, elle entra dans le salon, s\u2019informa de la santé de la baronne dont le regard incisif la troublait ce jour-là.\u2014Je me porte comme une très vieille femme, mon enfant ! Restez toujours jeune, s\u2019il se peut : c\u2019est l\u2019époque de la vie où l\u2019on voit tout en rose, avec des rêves d\u2019éternel bonheur !.Le doux visage d\u2019Antoinette s\u2019assombrit quelque peu; que lui apportait, à elle, la jeunesse, sinon la désillusion et l\u2019austère devoir?Mais, bien vite, elle chassa cette ombre que ne devaient point voir des yeux étrangers.Ceux-ci, néanmoins, l\u2019avaient surprise, toute fugitive qu\u2019elle pût être ; et au lieu de la passer sous silence, en toute discrétion, Mme de Lignière la releva : 496 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2014Mélancolique, cette chère petite fille?Ce n\u2019est ni l\u2019heure, ni la saison !.Bien au contraire, les songes dorés doivent lui venir en foule, et rien qu\u2019à la vue de ce billet doux.Le Ce disant, elle plaçait sous les yeux d\u2019Antoinette le faire- part aristocratique, sur papier vélin.Les caractères finement enjolivés étaient sans doute peu distincts, car les pupilles de l\u2019enfant se dilatèrent pour mieux y voir ; et, enfin, lorsque deux noms flamboyèrent comme si un éclair les eût illuminés, le sien, d\u2019abord, puis celui de Gontran Herbelin de la Herbelière, elle eut un faible cri, devint blanche comme une morte, les paupières closes, le souffle éteint.La sonnette destinée à appeler Catherine s\u2019agita fébrilement.La vieille bonne accourut : \u2014 Mademoiselle est à jeun.elle se trouve mal! expliqua Mme de Lignière, effrayée ; et penchée elle-même vers ce beau visage aux lignes si pures, qui semblaient à ce moment taillées dans le marbre, elle murmurait des mots tendres en faisant respirer à Antoinette son flacon de sels.\u2014 Pauvre chérie !.mon deux ange !.Je suis sûre que c\u2019est à contre gré qu\u2019elle se marie.Mais une exclamation de Catherine l\u2019avertit d\u2019user de prudence.\u2014Alors, comme ça, Madame croit qu\u2019elle ne l\u2019aime pas?\u2014Je ne crois rien : je n\u2019ai rien dit.Pourquoi s\u2019affoler devant une simple faiblesse?.Il fait trop chaud, ici, d\u2019ailleurs.Ouvrez la fenêtre, qu\u2019il y ait de lair.\u2014La fenêtre?.Madame aura froid.\u2014Qu\u2019importe : ouvrez!.Et préparez de l\u2019eau sucrée, tout de suite, avec quelque gouttes de Mélisse.Là.vous voyez.cet élixir est souverain !.Lentement, Antoinette rouvrait les yeux.La baronne lui sourit : \u2014CÇa va mieux?.La chaleur vous a saisie, chère petite fille.et peut-être avez-vous faim?.Si, si, laissez-moi vous offrir, tout à l\u2019heure, une collation.Elle fit signe à Catherine, qui obéit.Très touchée de cette sollicitude, Antoinette n\u2019était point cependant à l\u2019aise près de sa vieille amie.Elle la devinait inquiète, la sentait hostile, comme l\u2019en avait prévenue d\u2019ailleurs sa mère et Gontran Herbelin ; et le malencontreux LES IDÉES DE MME MARGERET 497 évanouissement provoqué par la vue du faire-part dont elle n\u2019avait pas eu connaissance lui semblait, peut-être à tort, devoir révéler ses propres sentiments à l\u2019égard du fiancé.Plus calme depuis qu\u2019elle le savait à Paris, cet incident la replongeait dans la réalité des choses, les lui rendait présentes, fatales, avec l\u2019obligation stricte de garder son secret.La vieille bonne reparaissait avec un plateau où fumait le samovar.La vapeur blonde du thé, son délicat arome, lui furent agréables ; la force lui revint en savourant le chaud breuvage qu\u2019accompagnaient des tartines beurrées.Et la baronne, la couvant du regard, se reprenait aux questions insidieuses, mais auxquelles les réponses mesurées d\u2019Antoinette, sur ses gardes, ne fournissaient nul éclaircissement.Elle se hâta de prendre congé, prétexta l\u2019inquiétude dont serait agitée sa mère sachant la messe finie et ne la voyant pas revenir.\u2014Catherine va vous accompagner, petite belle.Vous.êtes un peu chancelante encore et, au besoin, elle vous prêtera l\u2019appui de son bras.Remerciant Mme de Lignière, elle refusa son offre, se prétendit très forte et complètement remise de la légère secousse qu\u2019elle avait subie.\u2014Du moins, revenez me voir, mon enfant?L\u2019infirme que je suis a si besoin d\u2019un rayon de soleil !.Et, posant ses lèvres sur le front qui lui était offert, la baronne fut tentée de saisir à bras-le-corps cette douce héroïne et de lui crier : \u2018\u201cMa chérie, je vous en conjure, ne l\u2019épousez pas !\u201d Mais avait-elle qualité pour s\u2019imposer de la sorte?On lui montrait le fait accompli sans lui en demander l\u2019appréciation : et puis c\u2019était moins à l\u2019enfant qu\u2019au père, à la mère qu\u2019elle eût pu dire quel triste personnage était Gontran Herbelin.Oui, elle avait eu tort, grand tort, de lui prêcher le mariage comme moyen de rédemption ; même la femme parvenue à la maturité, toute d\u2019énergie, de charité, de dévouement, qui seule lui semblait apte à entreprendre cette cure périlleuse, ne l\u2019eût pas réussie.Et Antoinette mourrait à la tâche, pensée poignante pour celle qui l\u2019aimait!.\u2026.Lorsque la jeune fille, au sortir de chez Mme de Lignière, fut de retour au logis famlial, sa résolution était prise de ne pas parler à sa mère de l\u2019incident qui venait d\u2019avoir lieu.Pourquoi troubler la belle quiétude de l\u2019heureuse femme par 498 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE un récit qui l\u2019eût effrayée peut-être et, à coup sûr, irritée ?La longue absence d\u2019Antoinette se justifiait d\u2019elle-même par la pluie d\u2019orage qui l\u2019avait retenue à l\u2019église, et Mme Mar- geret le remarqua gaiement : \u2014Se serait-on attendu, il y a deux heures, à une pareille averse?Et ton père qui n\u2019a rien vu, rien entendu, comme il me l\u2019affirmait très sérieusement, cela par la divine grâce de ses copies : c\u2019est à pouffer de rire, parole d\u2019honneur!.\u2026.Aussi riait-elle tant et plus, répétant, comme un refrain : \u2014Ah!.il est bon, ton père : il est bien bon !.Mais que deviendra-t-il, grand Dieu ! lorsqu\u2019il prendra sa retraite, qu\u2019il n\u2019aura plus, pour l\u2019occuper, ses chères corrections ?.Mon rêve serait de le voir prendre en goût la Herbelière, s\u2019intéresser au jardinage, tenir les comptes de Gontran, enfin être un beau-père utile.sinon toujours agréable.Car il est bien évident qu\u2019on ne lui demandera pas d\u2019assister aux dîners de chasseurs : ce serait un vrai rabat-joie ! Toutes ces phrases retombaient douloureusement sur le cœur d\u2019Antoinette, mais-son angoisse augmenta lorsque sa mère lui dit, mystérieusement : \u2014Il m\u2019a écrit!.Une lettre charmante !.Tiens.lis tu verras qu\u2019il court les bijoutiers pour trouver une bague à sa guise.Il a des goûts d\u2019artiste et t\u2019offrira, j'en suis sûre, quelque merveille: tu es née coiffée.Aurais-je été heureuse, jadis, si mon fiancé avait agi de même !.Et sans la femme du proviseur, ton père n\u2019eût songé à rien du tout, à peine au \u2018cher anneau d\u2019argent.\u2019\u2019 du poète.Te vois-tu, toi, avec un anneau semblable au doigt?.En si beau chemin, Mme Margeret se prit à détailler la corbeille de noces, telle qu\u2019elle l\u2019espérait.C\u2019était digne en tout point des Mille et Une Nuits ; et elle ne faisait grâce à sa fille ni d\u2019une dentelle, ni d\u2019une fourrure, ni d\u2019un satin Liberty : \u2014 Fortune oblige autant que noblesse\u2014c\u2019est d\u2019ailleurs son opinion\u2014et il voudra, bien certainement, ne te donner en élégance aucune rivale, pas même les châtelaines de la Feuillée et de Beauséjour.Sa mise & lui est impeccable ; as- tu bien remarqué cette cravate gris argent qu\u2019il portait lors de sa seconde visite?.Et ses boutons de chemise en perles fines?.Une parure de plusieurs milliers de francs!.Elle jouissait de ce luxe par avance et au point d\u2019en oublier la \u2018\u2018lettre charmante\u2019\u2019 qui avait glissé de ses mains sur le LES IDÉES DE MME MARGERET 499 tapis.Soudain, elle l\u2019aperçut entre les griffes d\u2019un jeune chat qui, sans respect pour la prose du millionnaire, la mettait en morceux.Mme Margeret la lui arracha avec un cri d\u2019horreur, suivi de reproches véhéments : \u2014 Vraiment, Antoinette, je ne te comprends pas?.Cette lettre, sa lettre, que tu n\u2019as même pas lue, devrait t\u2019être précieuse et méritait d\u2019être conservée.Comment t\u2019attacheras-tu à lui, si bon, si généreux, si tu uses de parti pris, avec l\u2019idée fixe que tu ne l\u2019aimeras pas?.Aujour- d\u2019hui, surtout, tu as une tête de l\u2019autre monde ; que ton père te voie ainsi, et il en aura l\u2019âme l\u2019envers!.J'en appelle: à ta raison, à ton cœur.aussi ta coquetterie : avoir des fossettes et les dents blanches et marchander seg sourires : c\u2019est un comble, en vérité ! à a XIII Depuis plus d\u2019une semaine, le commandant et son fils étaient à Paris.Sir que Louis n\u2019oublierait point son rêve de jeunesse s\u2019il restait dans cette ville où tout le lui rappelait, l\u2019excellent père l\u2019engageait à étudier de près les offres qui lui étaient adressées par un industriel parisien.Tout d\u2019abord, le Jeune homme s\u2019y était refusé ; peut-être, tout au fond de l\u2019âme, gardait-il un secret espoir qu\u2019il lui était dur de bannir tout à fait, entretenu par le souvenir d\u2019une entente trop complète, le soir du bal, pour ne pas être l\u2019indice d\u2019une naissante sympathie.Antoinette, 1l le pressentait, n\u2019irait jamais à l\u2019encontre de la volonté de ses père et mère ; en ceci, il lui donnait hautement raison ; mais cette volonté serait-elle inflexible si, de son côté, le jeune fille restait fidèle en son cœur?Hélas! Bientôt 1l eut la preuve du contraire, et ce lui fut un vrai coup de foudre, que d'apprendre de la bouche de la renommée les assiduités de Gontran Herbelin au logis du professeur.Ce jour-là, Louis pensa mourir de douleur et d\u2019indignation.Il exhala ses sentiments en termes amers, si amers que le commandant prit peur et rendit plus pressantes ses instances de changer de milieu.\u2014Je t\u2019emmène, mon cher garçon ! conclut-il avec autorité.À quoi bon retourner sans cesse le fer dans ta blessure, at tendant de l\u2019aviver encore par de plus grandes émotions?. 500 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2014Oui, je ne pourrais voir avec calme ce mariage.Je deviendrais fou!.Ah! que je suis malheureux!.Le pauvre père souffrait tout autant que son fils, bien que stoïque en apparence.Quelques mois auparavant, goûtant la joie sans mélange de voir Louis en si bonne voie, sans avoir jamais eu de crainte à cet égard, il éprouvait cette vague appréhension des heureux sur la continuité de leur bonheur.\u201c\u201cOu sera la pierre d\u2019achoppement?\u2019\u2019 se disait-il parfois avec mélancolie.Et ils l\u2019avaient trouvée pour leur malheur à tous deux ! Mais la grande ville, cette charmeuse, leur viendrait en aide pour peu qu\u2019ils lui apportassent le concours de leur bonne volonté.Prêt à tout sacrifice, même à celui de s'éloigner pour longtemps de sa chère retraite, le commandant se jurait de ne pas abandonner son fils tant que celui-ce ne serait pas apaisé ; il n\u2019osait dire guéri complètement.\u2014 Dans un mois, nous nous installerons ici, non au centre de la ville, mais dans une gentille maison de la banlieue : et chaque matin, tu te rendras à tes occupations, sûr de retrouver ton vieux père, le soir.Mentalement, il ajoutait : \u201cEt je ne te laisserai pas, ne flit-ce que pour un jour, retourner là-bas, afin d\u2019y chercher de nouveaux creve-cceur.\u2019\u201d Le beau temps favorisait leurs excursions quotidiennes ; ce n\u2019était pas encore le printemps, mais on le sentait proche : les petits bouquets de violettes courraient bientôt les rues, à en juger par la verdeur des prairies.\u2014 Nous aurons un jardinet ; je suis un vieux rural, il me faut un parterre, un carré de salades, l\u2019abri d\u2019un arbre pour y fumer ma pipe, évoquer le souvenir.Il le cherchait, n\u2019avait déjà que l\u2019embarras du choix, mais avec une préférence pour Asnières où le home désiré lui était apparu sous un radieux soleil.Toutefois, il voulait le revoir de nouveau avant de conclure, discuter avec son fils des avantages réels et des inconvénients possibles qu\u2019offre tout appartement.C\u2019était dimanche.De nombreux promeneurs se dirigeaient aussi de ce côté, et les deux hommes se hataient pour choisir leur place vers le restaurant en renom.Installés à une table un peu à l\u2019écart, prés d\u2019une fenêtre ouverte, ils virent arriver soudain joyeuse compagnie.Tout ce monde, ou la partie féminine entrait pour moitié, excen- LES IDÉES DE MME MARGERET 501 trique, bruyante, tapageuse au dernier chef, s'installa à l'air, sous le véranda, et celui qui semblait diriger la bande réclama le majordome, lui commanda un déjeuner \u2018\u201cchic\u2019\u2019.À cette voix, Louis avait tremblé et pâli, sa main crispée sur le bras de son père : \u2014Partons ! dit le commandant.Voici qui me dégoûte à tout jamais d\u2019Asnières!.Nous irons mettre nos pénates ailleurs.Mais le jeune homme ne bougea pas, hypnotisé par ce qu\u2019il voyait et entendait dans le groupe des arrivants.\u2014 Fais bien les choses, Gontran de mon cœur, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un enterrement de première classe ! criait une voix suraigué qu\u2019accompagnaient des rires et des approbations, jusqu\u2019à ce que, dominant le tumulte, elle reprit: Une drôle d\u2019idée, mon bonhomme, de te mettre la corde au cou!.Il expliqua, au milieu des lazzis, comment la chose s\u2019était faite : \u2018Une simple gageure!\u201d\u2019 Et comment, de ce fait, il n\u2019entendait nullement perdre sa liberté.La Herbelière n\u2019était-elle point là tout indiquée pour abriter la châtelaine, la tenir à l\u2019ombre et la mettre à l\u2019écart des pompes du démon?.; \u2014Tu nous la feras voir, ton oie blanche?.On sera sage comme de petits saints de pierre, ce jour-là !.Il eut un geste évasif, hésita une seconde, puis jeta sur la table une photographie : \u2014D'\u2019avance, la voilà !.Louis était debout, blême à faire peur, les poings serrés, l\u2019œil étincelant ; maïs son père l'avait saisi par le bras, l\u2019enserrait comme d\u2019un étau de fer et l\u2019entraînait de force hors du restaurant.\u2014Oh! le misérable.le bandit!.Laissez-moi.Je veux le souffleter.\u2014Je te le défends!.As-tu qualité pour cela?\u2014Oui!.On insulte une femme.\u2014Dont tu n\u2019es ni le frère ni le flancé!.Sais-tu même si un esclandre serait goûté des Margeret?Ils cherchent avant tout la fortune, sans souci de l\u2019homme qui la leur donnera.\u2014 Mais elle, père, elle, grand Dieu! \u2014C\u2019est affreux, j'en conviens.\u2014C\u2019est un devoir de le démasquer.\u2014Oh!.te faire délateur.\u2014Alors, si le hasard m\u2019instruit d\u2019un complot qui conduit 502 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE au crime, je devrai me taire, par égard pour l'assassin ?\u2014 Mon cher garçon, ici on ne te croira pas; on t\u2019accusera de parler par jalousie.N\u2019as-tu pas demandé en mariage Antoinette Margeret?.Car je sais que tu n\u2019emploicras jamais l\u2019odieuse lettre anonyme qui déshonore son auteur.Des larmes avaient jailli des yeux du jeune homme, placé dans la plus cruelle des alternatives et sans issue possible pour en sortir.Maintenant, il se laissait emmener sans résistance, accablé moralement au point de ne plus avoir de volonté à lui.Mais le commandant craignait que cela ne durât pas et que, repris de colère, Louis ne se contint plus.Aussi, loin de donner suite à sa résolution de le laisser seul dans la capitale, il se résolut à l\u2019emmener, tout de suite, dans sa demeure des champs où l\u2019apaisement lui viendrait de toutes les choses familières dont il serait environné.\u2014 Viens passer quelques jours aux Chaumes, mon enfant, puisque tu en as le loisir?Dans deux semaines aura lieu l'anniversaire de la mort de ta mère ; nous parerons sa tombe de fleurs, et puis nous prendrons toutes les dispositions nécessaires pour que mon absence, sans doute prolongée, ne nuise pas au vieux logis.Le commandant étouffa un soupir.Il songeait au printemps tout proche, à ses arbres fruitiers qui allaient fleurir et auxquels manqueraient ses soins vigilants, au rossignol dont le nid se bâtirait près de la tonnelle et au chant mélodieux qui s\u2019élèverait dans le silence des soirs.Et il ne serait pas là, mais si loin, comme en exil! Ah! la mission d\u2019un père se continue bien au delà de la majorité des fils!.XIV Avant même d\u2019être arrivé à cet ermitage, Louis avait pris un parti, le meilleur, lui semblait-il.L'idée lui en était venue durant le voyage, alors que, les paupières closes, il semblait dormir.Tout d\u2019abord, tourbillonnant à l\u2019entour de lui comme de gigantesques vampires, la colère, la douleur, l\u2019amour avaient fondu sur son cœur et il le leur avait abandonné comme une loque sans résistance, une triste épave, prête elle-même à s\u2019engloutir.Puis, ayant honte de lui- même, s\u2019arrachant comme de force à l\u2019étreinte, il avait repris, une à une, les objections de son père pour les examiner LES IDÉES DE MME MARGERET 503 encore plus froidement, de plus près.Croyant, respectueux des lois de l\u2019Eglise, il ne jouerait pas sa vie contre celle de Gontran Herbelin ; non plus, il n\u2019emploirait point l\u2019anonymat qui révoltait sa loyauté ; mais ne pouvait-il se confier à une tierce personne, non seulement pour dégager son âme d\u2019un poids écrasant, mais pour lui demander aide et conseil?T1 fit part à son père de cette résolution.Le commandant écouta, très grave, pesant les moindres mots, les moindres paroles, ne rejetant ni n'approuvant d\u2019em- : blée ce projet : \u2014À qui as-tu songé, mon enfant?\u2014À la baronne de Lignière, si vous approuvez ce choix.\u2014-Je l\u2019approuve des deux mains! s\u2019écria le commandant sans hésiter.Jadis sous les ordres du général défunt, 1l avait conservé à sa veuve un culte respectueux, même assidu.Jamais l\u2019année ne se renouvelait sans qu\u2019il lui envoyât un message mettant à ses pieds son souvenir et ses vœux.Lors de la venue de Louis en la petite ville, 11 était allé lui présenter ce fils, son orgueuil, et en avait reçu un accueil chaleureux.La baronne et lui avaient alors évoqué les souvenirs d\u2019antan, si brillants avant la guerre, alors que les fêtes se succé daient, comme par ordre, chez le général.Puis était venue l\u2019Année terrible, l\u2019occupation, plus tard le mariage du lieutenant, bientôt après capitaine en cette même garnison de T\u2019Est où résidait déjà la \u2018Division de fer\u2019.\u2014 Vous reviendrez me voir, commandant, et vous rajeunirez de votre présence une femme infirme qui se réfugie avec bonheur dans le passé.Il avait promis ; puis les événements s\u2019étaient succédé avec une promptitude trop grande pour lui en laisser le loisir.Et maintenant, il s\u2019étonnait de n\u2019avoir pas songé à demander à Mme de Lignière\u2014qui connaissait toute la ville\u2014son opinion sur les Margeret.\u2014Ton idée est très bonne, appuya-t-il une seconde fois.Nous irons ensemble et nous lui dirons tout ; je suis assuré qu\u2019elle en gardera le secret.Mais le voyage fatigua le commandant ; le lendemain, il fut forcé de s\u2019aliter sous la menace d\u2019une crise de rhumatisme dont l\u2019inopportunité le fit gémir.Retarder la visite \u2018à la baronne ne lui vint même pas à l\u2019esprit ; c\u2019eût été prolonger l\u2019énervement de Louis, le laisser en proie à toutes les affres 504 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE du découragement ; du moins, lorsqu'il aurait déchargé son cœur, serait-il plus calme, plus apte à suivre les conseils de la raison.Et peut-être le jeune homme ne regretta-t-il pas trop de s\u2019en aller seul, plus libre, verser dans une oreille sympathique le récit de la scène qu\u2019il revoyait peinte en traits de feu.Il saurait la lui décrire dans toute sa bassesse, la lui rendre si vivante qu\u2019elle aussi en frémirait de dégoût et d'horreur : et il la supplierait : \u2014Sauvons-la, Madame, du malheur affeux dont elle est menacée !.La route lui parut interminable ; chaque minute, chaque seconde lui semblait avoir son prix.Mais il était deux heures à peine lorsqu\u2019il parvint à destination.La porte fut lente à s\u2019ouvrir; puis le pas traînant de la vieille Catherine ébranla les dalles du vestibule, et ses yeux affaiblis dévisagèrent l\u2019arrivant : | \u2014Madame est souffrante.Madame ne recoit pas.Une consternation si profonde se peignit sur le visage du jeune homme qu\u2019elle eut pitié.\u2014C\u2019est une visite d\u2019adieu, balbutia-t-il, ne sachant trop ce qu\u2019il disait.\u2014 Madame ne reçoit pas.tout le monde ; mais peut-être, puisque Monsieur va partir, Madame fera-t-elle aussi pour lui une exception.Qui faut-il annoncer, s\u2019il vous plaît?.\u2014Lee fils du commandant Brégeard.Les traits de Catherine s\u2019éclairérent.\u2014Monsieur voudra bien m\u2019excuser, je ne reconnaissais pas Monsieur ; et, bien certainement, il va entrer tout a 1\u2019heure, lorsque Madame, qui sommeille, s\u2019éveillera.Et avant méme que Louis elt exprimé sa gratitude pour la faveur dont il était l\u2019objet, Catherine poursuivait, d\u2019un ton mystérieux : \u2014Lies officiers et leur famille ont toujours été bien accueillis par Madame! Il y a des civils qu\u2019elle n\u2019aime pas.que J'ai ordre de laisser à la porte.L'un, surtout, qui s\u2019est annoncé.Il va se marier ; Madame ne veut plus le voir.\u2014C\u2019est Gontran Herbelin ! dit Louis d\u2019une voix sourde, oubliant à qui il parlait et mû d\u2019un secret pressentiment.\u2014Tyui-même ! reprit Catherine enchantée d\u2019être devinée.Ah! c\u2019est un drôle de Monsieur; Je ne sais ce qu\u2019il a fait à Madame, mais elle ne peut plus entendre prononcer son nom sans en être irritée. LES IDÉES DE MME MARGERET 505 Elle avait fait entrer Louis au salon : \u2014Si Monsieur veut attendre, je viendrai le prévenir quand Madame sera réveillée.Et, familière, la vieille bonne ajouta : \u2014Si l\u2019on sonne, peut-être n\u2019entendrai-je pas fà-haut, Monsieur voudrait bien me suppléer ?Il eut un geste d\u2019acquiescement.Resté seul, sans jeter les yeux sur les journaux et les revues épars sur la table, il marcha de long en large, soit pour tromper la longueur de l\u2019attente, soit pour calmer son agitation.Une idée lui avait traversé l\u2019esprit : Catherine parlait de la visite probable de celui qui était en disgrâce, son adversaire, son ennemi à lui, en présence duquel il allait peut-être se trouver par hasard au seuil de cette maison.Et cette pensée lui devint obsédante, cette vision se fit comme réelle ; son imagination surexcitée lui avait suggéré, depuis deux jours, tant de choses invraisemblables, qu\u2019il pouvait croire à cette solution.Oh! certes, face à face, oubliant la promesse faite à son père, il dirait à cet homme ce qu\u2019il pensait de ses agissements, et il en arriverait ce qui pourrait.Des minutes s\u2019écoulèrent, d\u2019une longueur mortelle.Soudain retentit le timbre de la porte d\u2019entrée.Si c\u2019était lui! Fidèle à la consigne, Touis s\u2019élanca dans le vestibule et ouvrit au visiteur.Un pas léger se fit entendre sur les dalles du couloir ; une femme parut, indécise, éblouie encore par la lumière du grand jour et cherchant à découvrir, dans la pénombre, une silhouette connue.\u2014 Antoinette ! balbutia-t-il.Elle s\u2019arréta court.L\u2019un et l\u2019autre tremblaient; elle l\u2019avait reconnu.Combien faut-il de temps à deux cœurs pour qu\u2019ils puissent se deviner, se comprendre?Il leur suffit à eux d\u2019une seconde pour que le nuage se dissipât en entier.\u2014 Antoinette?dit-il alors, d\u2019un ton plus pressant.Mais elle rougit, recula, comme prise d\u2019une terreur indicible, et, arrachant son gant d\u2019un geste désolé, elle montra la bague dont les diamants étincelaient : \u2014Je suis fiancée à Gontran Herbelin!.Elle ajouta, presque malgré elle : \u2014Je remplis un devoir.Oubliez-moi.Adieu!.I1 allait protester, supplier peut-être; mais Catherine s'avancçait, interdite à son tour : 506 LA.REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2014Madame est visible!.si Mademoiselle veut aussi entrer?.Elle eut un geste négatif ; regardant Louis, elle salua, un doigt sur la bouche, et disparut comme une vision.Il chancelait en suivant Catherine.Cette scène rapide était-elle un rêve ou une réalité?.Il en retenait, hélas ! le geste impératif qui lui commandait le silence, ordre cruel qui émanait du devoir ; et ce mot de devoir, fût-il énigmatique, en imposait à Louis, fermait ses lèvres comme d\u2019un triple sceau.Puis, en ce moment de trouble où il ne raisonanit pas, sa souffrance se tempérait d\u2019une immense joie, bien inattendue.Les yeux d\u2019Antoinette s\u2019étaient faits révélateurs en dépit d\u2019elle-même, exprimant sa sympathie profonde pour celui qui l\u2019aimait; et après avoir douté, désespéré d\u2019un sentiment auquel il avait pu croire tout d\u2019abord, le jeune homme s\u2019y rattachait comme à l'épave bénie au naufragé.\u2014Eh bien, cher ami, disait la voix de la baronne, où sont vos promesses de visites fréquentes à la pauvre infirme que je suis?.Si je ne me trompe, c\u2019est la seconde fois, seulement, qu\u2019elle a l\u2019heur de vous voir?.La voix arrivait aux oreilles de Louis comme un murmure lointain qu\u2019il accueillait par un pâle sourire, balbutiant des excuses trop puériles sans doute pour être prises au sérieux ; car la malade riait, incrédule, avec une pointe d\u2019ironie.\u2014Je sais.je sais.ne cherchez pas!.Entre les vieux et les jeunes, il y a tout un abime que des paroles seules ne combleront jamais.Il faut s\u2019y résigner : c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus sage, je me le dis chaque jour.Mais, du moins, avais-je le droit de compter sur votre père : tant de communs souvenirs nous rapprochent et, tout comme vous, mon cher, il m\u2019a fait faux bond! Est-il malade?.Comment se comportent ses rhumatismes?C\u2019est un terrain d\u2019entente entre lui et moi ; je lui indiquerai un spécifique dont j\u2019use et j\u2019abuse avec toute l\u2019énergie du désespoir.Louis restait distrait, balbutiait, l\u2019esprit tendu vers un point unique qui l\u2019hypnotisait.\u2014 Vous n\u2019êtes pas gai, ce soir, disait la baronne ajustant son binocle pour mieux examiner son visiteur.\u2014Ah ! continuait-elle, tout se perd donc en France, même ce bel entrain qui faisait partie intégrante de la race avant la guerre terrible dont s\u2019est endeuillé le cœur! \u2014 = LES IDÉES DE MME MARGERET 507 Le général n\u2019a plus souri, lui, depuis Sedan! Mais 1l était le passé; vous, les jeunes, vous êtes encore l\u2019avenir!.Soudain, la baronne s\u2019arrêta court.Elle était trop perspicace pour ne pas deviner anguille sous roche, et elle le dit carrément : \u2014M\u2019est avis, mon cher, que ce ne sont pas seulement les malheurs de la Patrie dont vous êtes préoccupé?.Quelque histoire d\u2019amour est, je le gage, au premier plan?J'ai l\u2019âme compatissante : exposez votre cas et nous verrons ensemble à le trancher.Elle parlait avec l\u2019assurance que peut donner la longue pratique des choses matrimoniales, ne doutant pas qu\u2019elle ne mit le doigt sur la plaie ; et pelotonnée dans sa causeuse, frileusement enveloppée jusqu\u2019au menton de tricots et de couvertures superposées, elle attendait l\u2019aveu qui tremblait, croyait elle, sur les lèvres de Louis.Mais cette sommation, au lieu de le faire avancer, lui causa un mouvement de recul.Il ne dirait rien parce qu\u2019il ne devait rien dire, de par la volonté d\u2019Antoinette Margeret.\u2014Je suis préoccupé, attristé même comme vous le voyez.Madame ; car ma situation va changer du tout au tout.\u2014J\u2019étais venu ici, en cette aimable petite ville, avec le dé sir d\u2019y demeurer longtemps, sinon toujours ; c\u2019est pourquoi vous m\u2019aviez vu une première fois tout ardeur et tout conf - ance, insoucieux du lendemain qui ne me laissait entrevoir aucun fâcheux aléa.Je me suis leurré d\u2019un espoir irréalisable.Ma route, jusque-là si unie, s\u2019est hérissée d\u2019obstacles imprévus, et si douloureux, si pénibles, qu\u2019il ne m'a pas été possible de les surmonter.C\u2019est alors que, mon père et moi, nous prétâmes attention à des offres écartées d\u2019abord, mais auxquelles nous avons cédé, il y a quelques jours, après un voyage commun à Paris.Ma visite est un adieu, Madame, et la gaieté de votre serviteur ne serait point de saison.L\u2019explication était naturelle, ses conséquences logiques.\u2014Et moi qui rêvais d\u2019un roman ! s\u2019écria Mme de Lignière, non sans un intime regret.Ah! continua-t-elle, ce serait plaisir de se faire le porte- voix d\u2019un garçon tel que vous, cher ami, duquel il n\u2019y a que des louanges à chanter! Tant d\u2019autres, des moins recommandables, osent penser au mariage.et l\u2019on a la faiblesse de les y encourager. 508 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE S1 j'ai vu à cela, jadis, une entreprise méritoire, j\u2019en suis bien punie, aujourd\u2019hui!.Elle s\u2019arrêta.Peut-être, à ce Jeune homme impeccable, allait-elle confier ce qui l\u2019obsédait ; mais, réflexion faite, elle garda le silence.À quoi bon parler à un indifférent de ce qui se tramait, puisque la volonté de celle qu\u2019elle nommait \u2018\u2018la victime\u2019\u2019 consentait au sacrifice sans se plaindre, sans le redouter.Car la baronne n'allait point jusqu\u2019à l\u2019accuser d\u2019ambition, de calcul, d\u2019un amour de la richesse qui pût lui tenir lieu de tout bonheur. suivre À VENDRE ETABLISSEMENT D\u2019UNE NOUVELLE PAROISSE.UNE MAGNIFIQUE [MAISON (67 x 323 pieds) en pierre, à deux étages et demi, située dans la ville de Québec, quartier nouveau, avec en plus 32,000 pieds de terrain parfait ou plus.Peut-être convertie en école ou en couvent.Contient actuellement deux logements munis de toutes les améliorations modernes, lumière électrique, bains, etc.CENTRE D'UNE FUTURE PAROISSE.CONVIENDRAIT PARFAITEMENT A UNE COMMUNAUTÉ RELIGIEUSE.Plus de 300 lots à bâtir ont été vendus depuis un an sur les terrains immédiatement avoisinants la maison en question.Le plus beau morceau d\u2019immeuble qui se trouve dans Québec et, qui a été spécialement réservé pour l\u2019établissement d\u2019une église, d\u2019un collège et d\u2019un couvent.Pour autres renseignements, S\u2019adresser à J.A.LEFEBVRE, 4, case postale, Québec.Controlons nos Epargnes ! 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VOULEZ-VOUS PROFITER D'UNE DECOUVERTE GENIALE > LORS DEMANDEZ DES RENSEIGNEMENTS sur l\u2019invention (sous demande de brévet) de M.Siméon Fortin, ingénieur, pour la filtration des eaux d\u2019alimentation.M.Fortin, depuis cinq ans qu\u2019il en fait l\u2019expérience à l\u2019Université Laval, de Québec, est arrivé à clarifier l\u2019eau la plus polluée, et cela en mettant de coté tous les systèmes malheureusement trop souvent employés aujourd\u2019hui, alun, permanganate de potasse et de chaux, iode, etc, etc., tous procédés chimiques nuisibles à la santé.Il s\u2019est efforcé à imiter la belle nature, notre meilleur docteur, notre meilleur chimiste, quoi qu\u2019on en dise.Qu'est-ce que c\u2019est qu\u2018une eau de source salutaire au bout du compte, si ce n\u2019est cette eau passée au filtre du terrain, nous dit M.le Vte de Pitray, dans la Pêche lIlustrée, de Paris.Ce filtre parfois, il est vrai est sujet à caution, et toutes les sources ne sont pas indemnes de bacilles.Un seul filtre parfait est celui que peut construire l\u2019homme, car il le construit avec des matériaux homogènes, de perméabilité uniforme, il le construit en s\u2019inspirant de la Nature, mais en modifiant les dimensions naturelles ; sa logique ingénieuse lui permet en effet de concurrencer avec son appareil exigu, l\u2019appareil grandiose d\u2019une chaîne de montagnes, de le mettre à l\u2019abri des trop grandes chaleurs de l\u2019été comme des froids rigoureux de l\u2019hiver qui rendent impossibles, sous les cieux canadiens, les filtres à sable, de le diviser en plusieurs compartiments permettant de les nettoyer les uns après les autres, soit avec de l\u2019eau filtrée, soit à la vapeur ou à l\u2019eau bouillante, quand il est nécessaire, en cas d\u2019épidémie de stéréliser complètement la matière filtrante, et cela, sans toutefois cesser la distribution d\u2019eau filtrée au consommateur.Voilà ce que M.Fortin est parvenu à obtenir et à faire constater, pendant cinq ans par le docte professeur de bactéréologie de l\u2019Université Laval, de Québec, M.le Dr Robert Mayrand.Son appareil peut s\u2019adopter aussi bien aux grands aqueducs de ville comme Montréal, Québec, etc., qu\u2019aux aquedues de municipalités, villages, maisons d\u2019éducation, séminaires, collèges, couvents, communautés religieuses, hôpitaux, industries, etc, etc., maisons privées.Que ceux qui veulent de l\u2019eau cristalline débaressée de toute impureté, de l\u2019eau pure, de la vraie eau du bon Dieu, claire, limpide avec sa seule saveur indéfénissable s\u2019adressent à nous et ils seront bien servis.D'ailleurs, il ne leur en coutera rien pour se renseigner.Qu\u2019il nous dise quel est le diamètre de la prise d\u2019eau qui alimente leur ville, village, bâtisse ou maison privée et nous leur établiront gratuitement des plans et un prix d\u2019installation complète de l\u2019appareil Fortin.\u2018 L\u2019appareil est le plus complet, le plus simple, le plus pratique et le moins couteux.p,.Adressez vos demandes de renseignements à J.A.LEFEBVRE, 4, case postale, Québec.La vraie eau du Bon Dieu. TABLES DES MATIERES TOME V A Packs À mrs Frères CANADIENS (poésie).Paul de Pitray.18 À L\u2019ASSAUT DES INSTITUTIONS CANADIENNES Francaises.J.L.K.- Laflamme .A a ea ae ae een 95 B BIBLIOGRAPHIE 222020000001 a A AS Na aa A .62-418 C CoMME ON NOUS VOIT EN France.J.À.Lefebvre 22414144 9 RÉPONSES : Jean Richepin 2200000000 aa a as eee 11 Alphonse Bévylle LL.LLL LL LL LL LL La aa ae 12 Louis d\u2019Albret o.oo ieee 12 Henry Simond 2020201204 ee 13 M.M.Rutten 1000000044 LL Le LL a a aa» 14 À.de Foville 1000000000 LL a ae ae a a aan» 15 Frédéric Masson .Cee aan Lo 15 M.Barth .o ii ieee 17 Tte.de PUTAY «ovine sans ae 17 Jules Lemaitre o.oo iii a 4e» 104 Cte.Léonce de Larmandie 020404240000 105 Alfred Espinas 0000200004 a sea as es anse es 105 L.Leger 2140000000 ae ss aa aa a aa 105 Poincaré 102000000044 40e ea a a a a a see 105 Gabriel Monod .oi 106 .L\u2019évêque de Belley .oovovii iii.106 J.LL.Pascal .iranian 107 L\u2019évêque d\u2019Orleans .LL LL aa La aa ae» 108 Soloman Reinach 120000000140 a a es aa se sa 00 0 108 Eugène d\u2019Eïichtal 00.000000 sa aan a nee 10 Henri Cordier 200200000004 aa aa ae a a a ae ee 109 Paul Sebillot 10024000 L a a a a aa aa ee» 109 CommMmE ON NOUS VOIT EN France Suite.RéPoNsEs : Mgr C.A.Berthet .LLLLLLLL LL LL 210 Port Dagnan.\u2014B.211 Georges Demanche 100212 La .211 Daniel Bellet ._.reer.219 CHL Levasseur oo.aan LL 212 E.Deimnaiziere .213 Gabriel Lovis Jaray .cceueueion.214 Mgr.Augustin Lury .214 Maurice Barrès .cui, 217 Henri TWelschinger .c.303 A.Mezières L.LL2L2 LL LL Lan aan .301 Michel Bréal .ou 301 F Mauberger .cui, 305 Théodore Reinach .LL LL 308 Alcanter de Bram .305 A.Savacte .LL a La LL 307 lt.Poincaré 11122000 a aa a a da LL 366 L\u2018évêque d\u2019Agen 2202000011 LL aan 367 Marquis de Vogué .RAR 367 Gabriel Gompuyré .La ati Lana 368 L\u2019Evéque de Limoges .c.cccou.368 Jules Claretie .nin.369 AL Ribot ea 369 Néné de St-Marceave .Ce 369 Alfred Fouillié .L LL aa aa a a ea den ee 370 P.Vrancher .,.370 Pr.Girard .ee 370 Bordereau .ee aa aa a LL La nan tan ane 371 A.de la Villerabel .co.37 CANSDIENS-FRANÇAIS et \u201cKnights of Columbus\u201d.J.L.K.- Laflamme .ee .188-292-345 CROQUIS PARISIEN (poésie).Henry Feyler .172 ID DEVANT LE PorT (poésie).Emilie Arnal .257 Deux questions.Henri Bourassa 2220000000 nnn.351 FE Epovarn VIT ET L\u2019ANECDOTE.Louis Villaret .135 Epyoxp pe Nevers.La direction .343 H FIIGIENE PRATIQUE.Dr.Victor Pauchet 122240012000 0e eee nee» 111 I.La France ET LA QUESTION CANADIENNE.Henry de Bruchard .20 TA SYITTATION ECONOMIQUE DES CANADIENS-FRANÇAIS.Raymond Dubois 112021110000 LL 44 a AA 444 A AA 44 a a a a a ee a da a a a aa 00e» 25 LE MoNT Cassin.Ticomte E.M.de Vogué.34 LA VIE DES POISSONS PFNDANT L'HIVER.C(anisset Carnot.38 LE SILENCE DU SOIR (poésie).Jacques Prabere .85 L'UNIVERSITÉ D'OTTAWA (Mémoire) 220200001220 a ae ee ea sas ee 36 L'AROTITION DES DROITS FÉODAUX EN FRANCE ET AU CANapA.Paul Violet .eee LL ane a sa eee ERA 0 EEE 0 05 eee 119 LES DEUX VOYAGES (historiette).Réné Bazin .1282 Les mies pe Mme Marcarer (Roman).Pierre du Chateau Ce a a a a NL 65-141-234-325-406-494 LES ARBRES.(Poésie).Georges Druihlet .RS 171 [UNIVERSITE D\u2019OTTAWA, SON PASSE, SON AVENIR.174-263 LA LUTTE CONTRE LA TUBERCULOSE.Dr.Arthur Rousseau .200 LA QUESTION ACADIENNE (un mémoire) .374-456 LE SECOND AMOUR DE M.LE Proresseur.A.Jacques Balliew.384 LES SOCIÉTÉS NATIONALES, CONVENTIONS DE MONTREAL ET MANCHESTER.J.IL.K.-Laflamme .eee .423 LA QUESTION DES LANGUES AU Concrès EUCHARISTIQUE.432 LE CATHOLICISME EN ALLEMAGNE.Henri Dartevel 464 NT Mer LAFLAMME.Antonio Huot, Ptre.RS 259 MOUVEMENT FORESTIER EN AMERIQUE.Paul Sylvestre.361 Mor FALLON ET LES ÉCOLES BILINGUES DANS LE DIOCESE DE LoNDON, ONTARIO.Michel Renouf oo.Le 449 N NOTRE SOCIETE.J.À.Lefebvre LL LLL LL LL s0 P POUR LE FRANÇAIS .122 4 LL a aa ana a aa aa \u2026\u2026\u2026\u2026.6 R REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES.Leon Kemner : Ceux qui partent.Un rapport de M.Réné Dupont.\u2026.42 Le francais dans les écoles d\u2019Ontario.45 Jules Lemaitre et la réforme .47 La marine Canadienne et 'opinion Anglaise .47 ~ Ceux qui viennent\u2014150.000 Américains pour 'ouest Canadien 48 ; Les Canadiens dans le Massachusetts .51 : L'Union St-J.-Bte.d\u2019Amérique .53 Pie X et Roosevelt .AL a La ana 54 Chevaliers de la danse .122200 1002 LL LL a ea ana aan 56 Le Vicomte de Vogué .iii.5T Jean Moréas .a ee A A a aa ea ae a ea ea anne» 58 Mark Twain 112200200240 4e La a A a LA a a a a aa ann .60 M.Roosevelt en Europe .126 Le progrès de Québec .iii, 127 En Vhonneur de Racine .coc.u.\u2026\u2026\u2026\u2026.129 A propos de Francais .iin., 130 5 Un tri-centenaire en pays Micmac (1610-1910).Aa.132 7 Nouvelle Revue 202000002002 ae ea a aan a a nee» >.183 .1 Lettres de France .cououiie nnn.6 Ae.133 a | Une entreprise intéressante .su.221 - LC ; Nos frères d\u2019Ontario .a aan» .L.222 : ; F 91,215,168 Américains 2100200400 eee na sea sa aan tes 223 \u201c ; La coupe et les levres .iL.revpee 221 4 Le serment du Roi .0202020002 00e ae aa een eee n cire 225 Un bon mouvement du \u201ctrust\u201d .eu CL 227 : Les pertes de l\u2019église américaine LL a a a a a a a a aa aa aan» cen LE ç \\ L\u2019opinion française et les assimilateurs .ES 36 1 fMEVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES.\u2014S'uite.Le français et la monarchie anglaise.ES 231 Noblesse expatriée a Buenos Aires .232 Mort du Docteur Koch .312 La prochaine dépopulation de la France .312 Paroles d\u2019un patriote et d\u2019un apdtre.314 La langue francaise en Alsace .315 Feuilles volantes et pages d\u2019histoire.318 Notre Directeur dans la Nouvelle Angleterre.318 M.Bourassa et la question religieuse.319 Mgr Sbaretti reviendra-t-il au Canada?.320 Un nouvel état de \u2019Union Américaine.321 La St-Jean-Baptiste aux Etats-Unis.323 Il y a 4,000,000 de Polonais aux Etats-Unis .391 Une autre lettre du Docteur Chevrier .394 Le Pape peint par M.Henri Bordeaux.397 M.Roosevelt et l\u2019opinion .i.398 Un bref du Pape.cin.399 Histoire Franco-Américaine : Bibliotheque Mallet .\u2026.400 Parlez votre langue! .401 Une fable: \u2018\u2018les moutons, les chiens et les loups\u2019 .403 La population des grandes villes .404 Encore les K.of C.iii 405 L\u2019hon.M.Gouin au Congrés Eucharistique .Cee 473 Un bref du Pape a la Church Extension Society.475 Les Irlandais au Congres Eucharistique .477 Le Canada et la colonisation .479 Le péril Jaune et la Revue des Deux Mondes.481 Le Carnet de Kléber .i iiiiiienrennn.482 Congres de Tempérance .coeuueuneenninnann.483 Le martyrologe des catholiques espagnols .487 Les catholiques Ruthénes .489 S STANCES DU PRINTEMPS.(Poésie).Jean Moreas .5 T TROISIÈME ANNIVERSAIRE.J.L.K.-Laflamme .7 U Ux ¥rERE.Jean des Tourelles .11112000 0000 ea ana ea ae san 490 / "]
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