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Titre :
La revue franco-américaine
Éditeur :
  • Québec :Société de la Revue franco-américaine,1908-1913
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La revue franco-américaine, 1911-11, Collections de BAnQ.

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[" Toma VIIT Mo - ( >» November> 191\u2018 1 & = 7 i +2 > ! = | 4 i | En - L; KB\", rv & it I ogre f ndomgive ll : boo ~~ ue 7 as f ja Fa À oJ , > A a ; » id » >» i i \u2019 i: Juollcats.à {Dis cai lio aired ji SOS | ATTA 1 Coa fi s 4 \" Y ?su ?i it fPRPORATION SAI Pial foyer de Ditra Godirn Dacré, dhvar! i 4 .a \u2019 .« t ° 2 A SOMMES laois'ative du Maine, !- 4 >> 1 Tmars 1711 24 -anses de Sa Grandeur # 1 A Tre + 3 hy Agr Walsh, du Grand-Vicaire McDo- w - \u2019 1 \u2019 Ah noagh, etc.Ez3osé comn'ot da la questira 15 RC, BOUCHZTTE -Les Ecossais du Cap Breton 5 4 EUGÈNE BRIEUX L'École des Belles-Mères 2 i VALZINTIN-A LANDRY \u2014Voix d'\\Acadie.23 i CHAPLES DUPIL La rinonsa des fats 43 ANTOINE PEDIEF \u2014La guerre Italo-Turcue et la France .59 T A LEFESVRE - Chronique f'ançaise c3 \"CL K -LAFLAMMe -Un développeriert\u2014 La Gaulo:s\" £n ATP TE NUMERO LU VOLS DY LECEWRRE 7, LA RACE FRANCO-.0RAAHD.AU CANADA inar le Vicomte de Frowszc.PRI< 18 NUNIR-.LANAD+* 19 cents ÉTRANGER : Zu cent - >1RiLC hat i (1 KE -LAFTAMME 1 AU TA Lau SOCIETY 0 LA REVUE TPRANCO AMÉRICAINE a CMX POUR PARAITRE EN OCTOBRE : THs CHAFAIS Le Marquis de Montcalm Ouvrage définiti: sur les guerres de la cession dn Canad.et la figure historique du Grand Vaincu.Un fort volume in-8, contenant un portrait hor.texte de Monteadm ct cing plans.600 pages $r.s0 fr.$1.6x L'instrutu on Canada sous le rogiliie iTeligais, loss 1760, por l'abbé Amédée Gosselin.$1.30 ir.$1.63 !.race françoise en Amérique, Desrus.urs et Fournet Prix.©.1 LL LL Le LL 411 AO.fr.88 Mère Marx de l'in.rustion, \u2018ondatrie des Ur-nlines \u20ac Quebes pr vno r ligieuse \u2019n omar ordre.Prix.1 LL 41111121.SI.00 traño \u201clar de Ponthrierne, ÿ r le Vie dy Brent! ©e PDP.uithrianc.Pri- , .LL © RAC.IT.45\u20ac Golère h'sterique (nadienne-irançaise, publice par 1.ir NT ee conservateur de la Inbliothequie Ca sa Legislitrre de Quebec, comprenant 8 volvres Cent fares en ce \u2018Our.Titres parus Pierre Bedard ot ses fils.SUC BIO REL Tes trois comdédies du statu «ie 50\u20ac, Îr.ÿico 534 Ste-Arine de la Pocativre.SOC, Taito RF.Mor Forvin-Tenson, See, franco AE Crousrt et Rodiss à To, ÎTaTihO S5.Gahbril Ruth or.T7 PeO 38 NOUVEAUTES FRANÇAISES Gouvernement Ce soi-mOne, Fvimmieu 2 vel Sooo ir $1.88 Le Vieillard, \u201cIer Baunard.£1.25 ir.$I.25 Causeries du Père Van Tricht en ro olunies se vendar séparcment, le Volume.750.franco 83.Sous l'Etoile du Matin.Rettu Sac, franco ya La Robe de Taine, Bordeaux, \u2026 12 SEC, ance g3c.La Vic des Insectes, Fabre.1 vols 14.rai, Soi Fr SA Autour du Congres de Montréal Terrain.Sac.franco 92 J art de reconnaître les stvles.CL SE, Tr rco sa.LA LIBRAITIE LU CLE GE J.P.CARNEAU 6 rue de la Fabrique, QUEBEC DEMANDEZ NOTRE CATALOGUE TE \u2018 tue \u20ac * ot La Revue Franco-Américaine A h i a fl, Bt 3 \u2018a © fr \u201cA a I 3 Lo A \\ VR 0e , ny RRA RN] PNR Mc [HRN LA SOCIÉTÉ DE LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE 197, RUE NOTRE-DAME EST, MONTRÉAL La Revue Franco-Américaine LY Quatrième Année \u2018Tome VIII.Novembre 1911 Directeur Administrateur J.-L.K.-LAFLAMME J.-A.LEFEBVRE i bist i Montréal NR \u2014 197, rue Notre-Dame Est Ru = EE EE = 4 3 g ; | fe .A ; SU ; ga 4 di ' i À be ns 4 2 0 À a 0; fi iy A a oo Vt D 0 IR f f A DR PP ih uns sie i ITY I Les Ecossais du Cap-Breton « \u2014\u2014\u2014 Par M.ERROL BOUCHETTE Sommaire : Situation économique du pays.\u2014L\u2019état social.\u2014 Deux familles\u2014Le type anglo-américain.\u2014Quelques mots des groupes francais.La présente étude ne comporte pas une description complète et approfondie de la population du Cap-Breton.Ce n\u2019est qu\u2019une esquisse destinée à fixer les reliefs d\u2019un état social d\u2019autant plus intéressant qu\u2019il disparaît rapidement.La population du Cap-Breton subira en effet l\u2019évolution commune aux races parlant la langue anglaise sur notre continent.Sous l\u2019influence des conditions anglo-améri- caines, celles-ci tendent à se fusionner en un type uniforme.Cette observation est certainement vraie pour les Etats américains du littoral de l\u2019Atlantique, ainsi que pour les provinces maritimes et la province d\u2019Ontario au Canada.Tout observateur attentif pourra se rendre compte que dans cette région la formation sociale est au fond essentiellement et constamment la même.On remarquera des divergences superficielles; et si l\u2019on pousse ses études jusque dans l\u2019Ouest américain et canadien, on trouvera, chez les pionniers, des traits caractéristiques temporaires, mais partout la tendance ultime est la même et aboutit au type anglo- américain.Ce type domine donc dans presque toutes les provinces anglaises du Canada.Le pays subit du reste, sous une foule de rapports, une transformation radicale.Déjà enrichi et (1) Travail lu par l\u2019auteur devant la Société Royale du Canada, le 28 septembre 1910.TER TT LT LT A I OE TS TN RN FR EN RR 5 LA REVUE FRANCO-AMRRICAINE formé aux idées du progrès intense, son peuple éprouvera bientôt l\u2019impérieux besoin: des hautes cultures intellectuelles.Comme aux Etats-Unis, nous assisterons ici à une renaissance universitaire assez générale pour influer notablement sur notre avenir.La population tard venue et d\u2019origine cosmopolite dépassera bientôt l\u2019ancienne en importance numérique.Celle-ci, il est vrai, détiendra longtemps encore la direction politique et la forte part des valeurs économiques, malgré l\u2019appoint important du capital étranger.Situation économige du Cap-Breton Il n\u2019en sera pas ainsi dans toutes les parties du Canada, et nous trouvons au Cap-Breton une exception à cette règle.L'importance de sa situation militaire et par-dessus tout ses richesses minérales y attirent déjà, avec d\u2019immenses capitaux, une population nouvelle venant en partie des autres provinces canadiennes, mais principalement de la Grande- Bretagne et des Etats-Unis.Aussi faudra-t-il que son peuple se transforme ou qu\u2019il cède la place.La ville de Louisbourg, ou plus probablement celle de Sydney, deviendra la principale base de la défense navale du Canada ; ainsi le veut la position stratégique de ces havres situés à l\u2019entrée du golfe Saint-Laurent.Choix des ingénieurs français du ISe siècle, ce site s\u2019impose encore davantage aujourd\u2019hui.La houille et ses dérivés sont devenus le pouvoir moteur des flottes, et les charbonnages du Cap-Breton sont les seuls que l\u2019on trouve sur le littoral de l\u2019Atlantique.On se ferait difficilement une idée de l\u2019importance que vont prendre les mines et les aciéries.Leur développement ne fait que commencer (1).Un incident le (1) En 1908, le Canada produisait en chiffres ronds 8,200,000 tonnes de houille.Cette même année, la seule Dominion Coal Company, du Cap- Br:ton, en produisait 3,600,000 tonnes, Les mines de cette compagnie couvrent 145 milles de terrain et on calcule que le gisement total doit dépasser un milliard et demi de tonnes.D'autres compagnies possèdent des mines presque aussi vastes et riches que celle-ci, très accessibles surtout et rapprochées d\u2019excellents ports.On comprendra donc que dans LES ÉCOSSAIS DU CAP BRETON 7 fera comprendre.Un jour, cheminant à pied dans la forêt des environs de Mira, nous nous efforcions de retracer la marche sur Louisbourg du contingent français dont les vaisseaux s\u2019étaient brisés aux récifs de Scutari.Quelle fut notre surprise, en trouvant tout à coup une ville en pleine forêt ! Elle s\u2019élève sur un coteau près d\u2019un beau lac, et plusieurs édifices considérables entourent un hôtel d\u2019un style tout à fait élégant, et luxueux à l\u2019intérieur.Les rues sont correctement tracées, mais les maisons, sauf le groupe central, très rares.Dans la vallée s\u2019étendent de vastes usines et on aperçoit les ouvertures de plusieurs puits de mines.Le tout était désert et silencieux.C\u2019était la ville de Broughton, siège principal de la Cape Breton Mining Company, rivale de demain de la Dominion Coal Company.Un procès suspend actuellement l\u2019entreprise et avec le travail et le salaire les hommes sont disparus, mais demain la ville de Broughton renaîtra.Ce n\u2019est pas un exemple isolé.Déjà les grands centres miniers et manufacturiers de l\u2019île ne peuvent plus compter pour s\u2019approvisionner sur la pêche côtière ou sur l\u2019agriculture, dans leur état actuel.La pêche pourra se transformer ; la petite barque fera place au grand chalutier à vapeur, et le pêcheur côtier pourra, suivant ses talents, devenir patron ou matelot, sans cesser d\u2019être pê- cheur.Quant à l\u2019agriculture, il n\u2019est pas certain qu\u2019une transformation avantageuse soit possible pour le moment.Ce n\u2019est pas l\u2019espace qui manque.La superficie du Cap- Breton est d\u2019environ le tiers de celle de l\u2019Ecosse, elle est presque égale à celle de la Belgique dont la belle agricul- culture, sous la même latitude, nourrit sept millions d'hommes.Mais les conditions ne sont pas les mêmes.Ici le climat est moins favorable.Les vents et les courants de l\u2019Atlantique poussent vers les côtes des banquises qui y séjournent parfois presque jusqu\u2019en mai, sans cependant bio- quer les ports.Bien que fertile, le sol n'offre pas l'exubé- quelques années le Cap-Breton sera littéralement absorbé par l\u2019industrie de la houille et celle de l\u2019acier, lesquelles en attireront d\u2019autres.Ce sera un des grands foyers manufacturiers du monde.A H RY 4 ts kit À i Bi 8 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE rante productivité de celui des plaines de l\u2019Ouest ; d\u2019autre part, les algues, les varechs, les déchets de poisson se trouvant partout en abondance pour l\u2019enrichir, il ne s\u2019épuise pas facilement et peut donner de riches moissons.Au midi de la Suède, où la terre et le ciel offrent à peu près les mêmes ressources et les mêmes inconvénients, on a fait merveille; l\u2019Irlande renaît sous l\u2019impulsion de quelques savants agronomes et l\u2019exode de ses habitants a à peu près cessé.Ces réformes demandent un effort que le Cap-Breton ne fera pas maintenant, car on trouve plus de profit à acheter les produits agricoles de l\u2019Ouest canadien ; on épuisera cette ressource avant que d\u2019en chercher plus près de soi.L'agriculture, au Cap-Breton, semble donc devoir retomber au second plan, pour renaître à une époque ultérieure.Aussi constate-t-on que la population rurale et côtière, ainsi que les produits de leur industrie, n\u2019ont guère augmenté depuis vingt ans.Les vrais et appréciables progrès se bornent aux centres miniers et industriels, habités en grande partie par des étrangers à l\u2019île dont nous sommes à étudier l\u2019état social.Etat Social Le Cap-Breton a eu plusieurs historiens, surtout M.Brown et notre regretté collègue à la Société Royale, Sir John Bourinot.Les richesses minérales si variées de la région ne sont un secret pour personne; elles étaient connues en partie des premiers explorateurs.Décrire ce pays serait donc superflu et il nous suffira de rappeler au fur et à mesure les points essentiels à la thèse.On sait que le célèbre lac du Bras-d\u2019Or divise géographiquement cette ile en deux parties; il en est de même au point de vue social, exemple remarquable de l\u2019influence du lieu sur les moeurs.En abordant à la rive nord de ce fjord, on trouve tout d\u2019abord un pays montueux aboutissant à un plateau très vaste et pratiquement inexploré qui s\u2019élève parfois à plus de douze cents pieds au-dessus du niveau de lamer.Sur de grandes étendues ce plateau est dénudé et exposé aux vents du large ; l\u2019agriculture n\u2019y donnerait que \u2014 LES ÉCOSSAIS DU CAP BRETON 9 de médiocres résultats, mais c\u2019est le paradis du gibier et notamment du caribou qui le parcourt en hordes nombreuses.On pourrait avantageusement établir 1a un parc national.Vue de l\u2019Atlantique la côte apparaît aride et déserte, mais on trouve dans l\u2019intérieur, nous disent les explorateurs, de profondes vallées où des forêts de chênes et d\u2019érables ombragent un sol vierge, fertile et protégé contre les souffles du large.C\u2019est sur la rive septentrionale du Bras-d\u2019Or et jusqu\u2019à quelques milles dans les vallées intérieures que se groupe le gros de la population catholique d\u2019origine écossaise.Elle semble avoir conservé, encore mieux que ses compatriotes de la vieille Ecosse, les mœurs et les traditions des ancêtres.Je n\u2019ai fait que passer dans cette région sans pouvoir l\u2019étudier, mais j'en ai vu assez pour me rendre compte que les habitants sont bien des montagnards écossais, parlant encore assez généralement la langue gaélique.Leurs occupations sont l\u2019agriculture et ia pêche, mais ils n'ont pas su leur donner de grands développements.C\u2019est que leur émigration fut antérieure à la réforme agricole en Ecosse.Le duc d\u2019Argyll, dans son remarquable ouvrage : Scotland as it was and as it is, établit que la misère publique qui a déterminé l\u2019expatriation de tant de familles, tenait presque entièrement à un mauvais système d\u2019agriculture qu\u2019on refusait d'abandonner pour un système meilleur.L\u2019exode d\u2019une population très intelligente dans de telles conditions témoigne de la puissance de la routine et des efforts qu\u2019il faut déployer pour la combattre.Ce groupe est d\u2019un physique avantageux, mais le milieu est assez pauvre ; les jeunes gens sont beaucoup mieux instruits que leurs pères, grâce aux excellentes écoles communes de la Nouvelle Ecosse.Bien qu\u2019ils ne fussent que tenanciers dans leur pays d\u2019origine, les colons ont su depuis cent ans conserver la propriété de leurs terres.C\u2019est un progrès réel accompli, grâce à un concours de circonstances favorables.Au midi du Bras-d\u2019Or, le pays est moins accidenté, l\u2019agriculture et la pêche plus faciles, la population plus dense, plus instruite et plus prospère.Il s\u2019agit ici naturellement de 10 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE la population rurale établie sur le sol.En dehors de cette population et ayant assez peu de rapports avec eile, se trouve la population ouvrière des mines et des fabriques.Ces populations urbaines, déjà très importantes, dépasseront bientôt en nombre la population originaire du Cap- Breton.Celle-ci, au sud comme au nord du Bras-d\u2019Or, se compose en partie des descendants d\u2019émigrants de la haute Ecosse, mais avec un fort mélange de \u201clowlanders\u201d et des successeurs de soldats ayant obtenu des octrois de terres.Le culte presbytérien domine presque partout.Ici encore on observe les anciennes mœurs ; la langue gaélique est pieusement cultivée, bien que la transformation qui se produit soit évidente, surtout chez les jeunes gens.Dans telle église, par exemple, le service se fait en langue gaélique d\u2019abord, pour les anciens, puis en anglais pour la jeunesse qui ne comprend plus guère la langue de ses pères.Nous avons donc devant nous comme une miniature de l\u2019Ecosse, dont le Cap-Breton est en quelque sorte la réplique.Comme en Ecosse, les côtes sont découpées en baies profondes et entourées d'îles.Un important bras de mer forme la ligne de démarcation entre les terres hautes et basses.Ici comme dans l\u2019ancienne patrie la population du nord est catholique, tandis qu\u2019au sud du Bras-d\u2019Or comme de la Forth, la race celtique se mêle à l\u2019élément anglo-saxon dont elle partage la langue et la religion.Pour.que rien ne manque au tableau, on trouve ici comme en Ecosse, de nombreux souvenirs français, sans parler des établissements acadiens, des côtes occidentale et méridionale et de l\u2019île Madame.Ceux-ci cependant forment un groupement social séparé rappelant les vieilles colonies scandinaves des Orcades.Les Ecossais du Cap-Breton ont conservé pour leur pays d\u2019origine un attachement très vivace.À ceux qui se sont établis ailleurs sur le continent, il ne reste le plus souvent qu\u2019un souvenir affectueux ; ils ont perdu la tradition et surtout les mœurs.Au Cap-Breton les moeurs se sont peu mc- difiées et la tradition est restée longtemps à peu près intacte, car ce pays isolé ne différait pas essentiellement de LES ÉCOSSAIS DU CAP BRETON 11 - la haute Ecosse.Aussi peut-on dire que pendant prés de cent ans les Ecossais du Cap-Breton ont fait tache au milieu de la population américaine originaire de la Grande- Bretagne.Ils sont restés distincts de la masse par les moeurs et en partie par la langue.C\u2019est en vivant au milieu de ces hommes qu\u2019on comprend qu\u2019il pèse encore sur eux quelque chose de la tristesse de leurs pères arrachés à leur patrie.Cette tristesse Robert Louis Stevenson l\u2019a fortement décrite : \u201cA l\u2019entrée du loch Aline un grand navire est à l\u2019ancre.Sur son pont et sur la plage voisine se presse une foule compacte ; elle s\u2019agite, passe et repasse continuel!e- ment par d\u2019innombrables barques entre la rive et le vaisseau.Une lamentation funèbre s\u2019élève des flots et ceux qui sont restés sur la rive y répondent en accents tristes et déchirants.C\u2019est un départ d\u2019émigrants en destination d\u2019Amérique.Notre barque approche ; les exilés penchés sur les bastingages tendent vers nous leurs mains suppliantes.Mais voici le signal du départ, les voiles se déploient, le navire s\u2019éloigne lentement et bientôt nous n\u2019entendons plus que le triste refrain : Adieu, adieu Lochaber, s\u2019éteignant comme un lointain sanglot.\u201d Pour ce qui est du Cap-Breton, cette émigration eut lieu surtout de 1802 a 1812, ou 1827, dit M.Edward Gilpin (1).Pendant cette période, plus de 25,000 personnes, venues pour la plupart du versant occidental de la haute Ecosse, se sont établies dans le pays.Ce n\u2019est pas volontairement que ces braves gens s\u2019éloignaient de leur patrie si aimée.La cause première de l\u2019exode était sans doute la faillite de l\u2019agriculture traditionnelle devenue insuffisante pour nourrir la population.Mais il est certain aussi que plusieurs grands propriétaires terriens encourageaient systématiquement leur départ, trouvant leur profit à convertir de pauvres métairies en pâturages.Les montagnards, l\u2019esprit de clan aidant, se soumettaient docilement, mais le cœur serré, à (1) Le régime des octrois des terres de la Couronne a pris fin en 1810; depuis lors jusqu\u2019en 1818 on y a substitué le régime des permis (Crown Licences, Warrants, etc, etc.).= Se, 2 = EE a ry Tay = EN ee ce = 12 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE l\u2019exil qu\u2019on leur imposait.Cet esprit de clan se manifestait aussi chez les seigneurs.!ls savaient que malgré les déchirements du départ, le sort de leurs censitaires se trouverait en définitive amélioré.La plupart du temps ils les faisaient accompagner d\u2019hommes de confiance, chargés de les diriger et de veiller à leur premier établissement dans leur nouvelle patrie.L\u2019autorité de ces hommes était une délégation de celle du seigneur ou du chef de clan.N\u2019étant sanctionnée par aucune loi, les colons s\u2019en affranchissaient en général dès leur arrivée en Amérique et les chefs qui, comme le célèbre Laird McNab, dans Ontario, ont voulu imposer une autorité féodaie, n\u2019ont pas tardé à le regretter.Au Cap-Breton il en fut autrement, par suite de l\u2019isolement des émigrés.On y conserva longtemps, on n\u2019a pas encore complètement perdu cette caractéristique de la race celtique : fidélité aux personnes plutôt qu\u2019aux idées et aux principes.Parmi les chefs qui conservèrent longtemps dans l\u2019iÎle une autorité considérable, on en cite un qui portait le sobriquet de Long-Doigt, parce que deux des doigts de sa main droite étaient démesurément longs et rigides ; cette difformité singulière est sans doute pour quelque chose dans sa célébrité.I semble cependant avoir possédé quelques-unes des qualités d\u2019un meneur d'hommes et il exerçait une influence assez notable.On le prenait volontiers pour arbitre des différends et s\u2019il arrivait aux autorités de Sydney d\u2019émettre un avis contraire au sien il enfourchait sa monture et se rendait à la ville où juges et avocats craignaient sa véhémence sinon ses arguments.Les chefs de la première génération disparurent dans le cours ordinaire de la nature, mais l\u2019esprit communautaire de clan persistant toujours, ils eurent des successeurs.Pendant de longues années, un excellent prêtre, le révérend messire McLeod, fut le maître incontesté de la région du nord, tandis que son cousin, le révérend pasteur McLeod, presbytérien, exerçait une influence analogue au sud.Ce dernier avait obtenu l\u2019autorisation de percevoir la dime.Et ce droit, aux termes de son titre de concession, était transmissible à ses descendants qu\u2019ils \u2014 LES ÉCOSSAIS DU CAP BRETON 13 fussent ou non ministres du culte- C\u2019est un exemple des fréquentes concessions irrégulières faites dans ce pays (I).Comme tous les événements de l\u2019origine, celui-ci décèle la formation communautaire qui donna lieu à tant d\u2019abus du système féodal en Ecosse, en Irlande et dans certaines parties de la France.On sait que la féodalité, restée en somme favorable à l\u2019expansion sociale dans les pays anglo-saxons et francs, se compliqua bientôt chez les groupes celtiques d\u2019exactions sans nombre.Cela donna lieu à la longue à des soulèvements populaires, mais pendant des siècles, surtout en Ecosse, les peuples souffrirent en silence; ils s\u2019effa- cerent.La merveilleuse chronique de saint Colomban d\u2019Iona, redit la carrière du saint dans ses moindres détails quant à sa vie spirituelle et à ses rapports avec les grands : mais quant au peuple qu'il a aimé et protégé, qui vénérait la trace de ses pas, on chercherait en vain dans ce document des indices sur sa manière d\u2019être et de penser; on dirait qu\u2019il n\u2019existe pas.On sait d\u2019autre part que les chefs de clans, qui n\u2019étaient revêtus d\u2019aucune autorité légale, exerçaient alors et longtemps après, un pouvoir absolu d\u2019autant plus difficile à entamer que le peuple semblait chérir ses liens.Les traces de ce régime existent encore au Cap-Breton.Elles deviennent dc plus en plus faibles et rares et elles s\u2019effaceront bientôt entièrement, car le pays tout entier est en pleine transformation.Cette évolution est généralement plus rapide au sud qu\u2019au nord, mais on trouve encore, même au sud du Bras-d\u2019Or, des exemplaires de la tendance ancienne et moderne.(1).La confusion des titres au Cap-Breton a toujours été très grande.C\u2019est à tel point qu\u2019en 1839 le gouvernement du Cap-Breton les annulait en gros dans le but d\u2019accorder des titres nouveaux.La loi de 1843, d\u2019autre part abroge celle 1839, et remet tout en question.Aujourd\u2019hui les titres de propriétés sont assez bien établis ; mais il n\u2019en est pas de même pour les droits miniers.Une foule de prétentions contradictoires retardent l\u2019extraction du minerai de fer sur l\u2019Île, 14 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Deux Familles.Deux familles que j'ai pu observer représentent assez bien l\u2019une l\u2019ancien type écossais du Cap-Breton, l\u2019autre celui qui évolue très rapidement vers un état social plus moderne.Il serait intéressant et utile de les passer toutes deux au crible de la méthode de M.Léon Gérin, et je crois posséder pour cela les données nécessaires.Mais outre que la transcription de ces observations comporterait une étude beaucoup plus longue que la présente, je m\u2019en trouve détourné pour des raisons personnelles.J'espère que les quelques indications données ici seront jugées suffisantes.Chacune de ces familles occupe une terre agricole à l\u2019embouchure de la rivière Mira, qui en cet endroit coule étroite et profonde entre des rives hautes et escarpées.Une crevasse qu\u2019on appelle \u201c Mira Gut \u201d (détroit de Mira) livre passage à la rivière jusqu\u2019à la mer; son cours s\u2019élargit en remontant vers les jolis lacs qui forment sa source.La terre que possède chacune de ces familles est d\u2019une égale fertilité, mais celle qui occupe le promontoire de gauche est assez pierreuse.Sur les bords de la mer, au pied de ces deux propriétés circulent les trains de la voie ferrée Sydney et Louisbourg, qui passent par les centres importants de Glace Bay et de Morienne.Des bateaux à vapeur d\u2019un tonnage suffisant remontent la Mira sur une cinquantaine de milles, touchant à plusieurs villages et à des points d\u2019une importance industrielle.La baie de Mira est d\u2019autre part un lieu de villégiature idéal; gréve magnifique, paysage très intéressant souvenirs historiques de tous les côtés.Sur la rive droite demeure le fils de l\u2019ancien chef de clan, Long-Doigt.C\u2019est un homme de soixante-quinze ans, à barbe blanche, mais grand, droit et vert, n'ayant presque rien perdu de son activité et de sa vigueur.Il porte le béret écossais et se drape volontiers dans un plaid qui ne manque pas d\u2019une certaine élégance.Il est fier de son nom, de son origine, de sa personne et il nous fait voir une charrue apportée d\u2019Ecosse par son père et construite en I708.Cette charrue est presque le seul souvenir matériel qui lui reste, LES ÉCOSSAIS DU CAP BRETON 15 si ce n\u2019est quelques procès qui durent encore.Ses frères et ses sœurs sont dispersés au loin, lui-même ne s\u2019est marié que bien tard et il est le père de plusieurs enfants dont l\u2019aîné n\u2019a que seize ans.Dans cette famille le père commande en maître absolu et on comprend bien vite en lui parlant que la paix ne règnerait pas longtemps au foyer si la mère ou les enfants risqualent la moindre contradiction.Et cependant, dans ses rapports avec ses voisins, une timidité étrange se mêle à un ton naturellement tranchant.C\u2019est que les choses ont bien changé.Ce personnage autoritaire dans sa famille et cela par la conception traditionnelle de son rôle de chef, aurait exercé dans la région une influence analogue à celle de son père, s\u2019il eut possédé ses talents, et surtout si le milieu social ne s\u2019était pas profondément modifié.Aujour- d\u2019hui, il se trouve presque seul de son espèce, du moins au sud du Bras-d\u2019Or ; ses voisins, tout en ayant soin de ne pas entrer en conflit avec lui, n\u2019acceptent plus ses idées.Puis OR sait qu\u2019au fond du cœur il a des prétentions qu\u2019il ferait valoir s\u2019il en avait le pouvoir.La terre du fils de Long-Doigt a une étendue de cent acres environ ; c\u2019est un plateau ondulé se terminant au promontoire de Mira, au sommet duquel se trouve sa maison, assez vaste, mais de pauvre apparence et pas très bien tenue.Cette maison est en bois, elle est exposée à tous les vents et facile à incendier.Tout près un coteau s\u2019incline doucement vers la Mira; on y trouve les restes d\u2019un beau verger, d\u2019un potager et d\u2019une fontaine dont les eaux arrosaient des plates-bandes.Cela entoure les ruines d\u2019une solide maison de pierre abritée contre les vents.Pourquoi avoir abandonné cet excellent site pour un endroit beaucoup moins favorable ?Pourquoi quitter des maisons solides et substantielles pour de pauvres baraques de bois?Personne n\u2019a su me donner une explication satisfaisante de cette singulière manière d\u2019agir qui est générale pourtant dans cette partie du Cap-Breton.Ces anciennes maisons françaises, offraient pour la \u201cplupart des logements plus désirables sous tous les rapports que les maisons actuelles ; 16 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE leur entretien ne présentait aucune difficulté.Cependant on voit leurs murs ruinés ou leurs solides cheminées se dressant soudain dans les champs comme des spectres du passé.La principale ressource de cette famille est une agriculture assez rudimentaire et laissant peu de surplus pour la vente, si ce n\u2019est un peu de foin.La pêche côtière faite très en petit, mais régulièrement, forme aussi un appoint important.Du reste toute la famille est suffisamment et décemment vêtue, sa nourriture est saine et suffisante, se composant surtout d\u2019avoine bouillie, le mets national écossais, de poisson, de lait, de pommes de terre et aussi souvent de boeuf ou de lard, et la santé de tous ne laisse rien à désirer.Sa vie isolée, les traditidns qui l\u2019entourent, les préjugés auxquels son chef est attaché, son isolement social et même jusqu\u2019à un certain point religieux, tout concourt à former ici, au point de vue économique et social, un type bien inférieur à ceux de la province de Québec que décrit M.Gérin.Si le père élevait ses enfants à sa guise, ceux-ci hériteraient de beaucoup de ses préjugés et de ce qu'on pourrait appeler ses incompétences sociales, sans acquérir les vertus un peu barbares de son ancêtre Long- Doigt.Seulement, et c\u2019est là un point capital dans l\u2019étude qui nous occupe, les enfants de cet homme de formation surannée pour ne pas dire inférieure, sont obligés de par la loi de fréquenter les excellentes écoles établies par le gouvernement de la Nouvelle-Ecosse ; les autorités municipales veillent de près à la rigoureuse observance de cette loi.Il est donc probable que les enfants ayant acquis l\u2019instruction et des idées plus modernes, cesseront de vivre dans un isolement relatif ; leur formation sera supérieure non seulement à celle de leurs parents, mais aussi à celle de certains types qui peuvent être considérés comme plus avancés que leur type ancestral, mais qui n\u2019ont que la tradition familiale comme guide.Celle-ci (la tradition, la mentalité) a sans doute sa très grande importance, mais si elle n\u2019est pas fortifiée par l\u2019instruction elle va nécessairement en s\u2019affaiblissant. LES ÉCOSSAIS DU CAP BRETON 17 Supérieure au type précédent, supérieure aussi, je crois, à celui de l\u2019habitant de Saint-Justin, la famiile M.offre un exemple du groupe écossais du Cap-Breton ayant à peu près complété l\u2019évolution qui en fait l\u2019égal des types anglo- saxons les plus avancés du continent américain.La comparaison entre cette famille et la précédente est d\u2019autant plus intéressante que toutes deux, je l\u2019ai dit, occupent des terres voisines de même valeur et étendue à peu de chose près, qui leur sont parvenues par héritage.Nous verrons qu\u2019ils ont tiré un parti bien différent d\u2019avantages à peu près analogues.Cette famille M.se compose de neuf personnes, le père, la mère, deux fils, quatre filles tous adultes, moins une seule fille, et une tante célibataire.On n\u2019emploie pas de domestiques, bien que la présence dans la maison, pendant la saison d\u2019été, de plusieurs pensionnaires, semblerait le justifier.Le père, âgé de 65 ans environ, est le descendan d\u2019un ancien soldat dont le régiment a été licencié au Cap- Breton.Le vétéran obtint un octroi de terre que ses descendants cultivèrent de père en fils.En général, au Cap- Breton, le fils aîné d\u2019un cultivateur cherche fortune à l\u2019extérieur ou à l\u2019étranger, pour ne pas obérer le budget familial et aussi, s\u2019il se peut, pour augmenter ses ressources jusqu\u2019à son mariage.Il en a été ainsi habitueilement dans la famille M., Son chef actuel avait un frére ainé qui est devenu marin et qui a péri dans un naufrage.Le fils ainé de la génération présente, victime d\u2019un accident qui le rend impropre au travail manuel, est télégraphiste sur le chemin de fer Sydney et Louisbourg, et en bonne voie de prospérité.Le cadet, âgé aujourd\u2019hui de vingt-un ans, aide à son père et lui succédera.Au physique comme au moral ce père et ce fils sont des types supérieurs ; ils sont instruits, lisent des livres et des journaux, discutent leurs propres affaires et les affaires publiques avec intelligence et modération.On ne remarque pas chez eux cette rudesse dans les manières qu\u2019on déplore souvent chez les gens de la campagne.Les M.et ceux qui les entourent sont des gentlemen dans leurs maniéres.Je n\u2019ai pas du reste rencontré de gens impolis au Cap-Breton. 18 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Ils tirent du sol le meilleur parti qu\u2019ils peuvent sans changer absolument les méthodes anciennes.Trop exposée aux vents du large, leur terre produit difficilement et tardivement les céréales.Il faudrait pour la mettre en rapport augmenter le troupeau qui ne se compose actuellement que de quatre ou cing têtes, et se livrer davantage à l\u2019industrie laitière.L\u2019agriculture est cependant la principale ressource de la famille.Dans la famille M.on ne fait plus la péche.Le travail est trés exactement réparti entre les divers membres.La mere s\u2019occupe exclusivement de la maison, des enfants, et, l\u2019été, de ses pensionnaires.Sa belle-sœur et ses filles lui aident à tour de rôle, mais chacune a en outre ses occupations particulières.La tante tient le bureau de poste de Mira; la fille aînée seule est simple fermière, toutes les autres, bien que ne dédaignant pas ces travaux, fréquentent l\u2019école normale et ont obtenu ou obtiendront des diplômes d'institutrices; l\u2019une possède un vrai talent pour la musique, mais toutes sont sans prétention, modestes dans la mise et le maintien.Cela constitue un intérieur agréable où règne la paix absolue.L\u2019habitation modeste est saine et bien tenue, la nourriture variée et convenablement apprêtée est semblable à celle des cultivateurs aisés de la Nouvelle-Angleterre et d\u2019Ontario, peut-Ëtre un peu plus recherchée; le vêtement est sans recherche, on soigne surtout la personne, les cheveux, les dents.Un harmonium, plusieurs liasses de bonne musique, livres, revues, journaux, sont la ressource des soirées d\u2019hiver.Le rouet, qui ne sert plus, reste néanmoins dans un coin du \u201cliving room.\u201d Toute cette vie familiale laborieuse, animée et heureuse est en grande partie l\u2019oeuvre de l\u2019excellent système des écoles publiques de la Nouvelle-Ecosse.Ici sans doute l\u2019évolution était déjà commencée dans la génération précédente, les parents se trouvent eux-mêmes en état de diriger leurs enfants.Mais grâce à une instruction plus complète et à une formation énergique, les enfants feront encore mieux.C\u2019est ainsi que le fils cadet, successeur de son père, LES ÉCOSSAIS DU CAP BRETON 19 se prépare de longue main à faire valoir la propriété.La modeste pension, pouvant recevoir une dizaine de personnes, sera entourée de chalets qui rendront la plage populaire.Puis il exploitera les carrières qui se trouvent sur sa terre et construira des fours à chaux.Cette pierre, utilisable dans l\u2019industrie, entrave l\u2019agriculture mais il nous a fait remarquer qu\u2019elle ne nuit en aucune façon à l\u2019élevage des vaches laitières et des animaux de boucherie.Naturellement, une telle famille exerce une influence saine sur son entourage.Appartenant au culte baptiste, dont les adhérents sont peu nombreux, elle s\u2019occupe de l\u2019entretien de la chapelle et héberge le pasteur plus souvent qu\u2019à son tour.Ses rapports de voisinage sont fréquents et les associations dont elle forme partie tiennent surtout de l\u2019école et de l\u2019église.On s\u2019occupe peu des affaires municipales, si ce n\u2019est au point de vue de ces groupements ; quant à la politique, on en suit les développements, mais sans passion.Enfin chacun des membres de la famille affirme dans tous ses actes, la doctrine si salutaire de la confiance en soi : \u201c self-reliance et self-help.\u201d Le type anglo-américain.Ces deux familles sont des exemplaires assez typiques de la population écossaise rurale du Cap-Breton à l\u2019heure actuelle.Sa destinée ultime ne me paraît pas douteuse.Elle perd rapidement sa caractéristique traditionnelle pour se fondre dans la masse anglo-saxonne américaine.Celle-ci est partout presque identique, car partout on trouve des influences identiques à l\u2019oeuvre : les pouvoirs publics et l\u2019école s'inspirant d\u2019un même principe et agissant dans des milieux où les moyens d\u2019existence ne sont pas essentiellement différents.La facilité et la rapidité des transports mettent les mêmes objets et les mêmes ressources à la portée de tous.Ce phénomène semble du reste général dans l\u2019Amérique septentrionale.C\u2019est la langue qui détermine les groupements.Les gens de langue française au Canada, si différents en France, en Belgique et en Suisse, perdent 20 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE rapidement ici leurs traits distinctifs.Quant aux Anglais modernes, ils ne reconnaissent plus leurs cousins d\u2019Amérique tant ceux-ci ont évolué.Ce type américain ne s\u2019est pas, on le conçoit, formé en un jour.On en trouve l\u2019origine aux Etats-Unis.Dès le milieu du XVIIIe siècle l\u2019influence d\u2019une élite nouvelle intellectuelle et sociale se manifestait parmi les descendants des pilgrim fathers qui s\u2019étaient expatriés pour satisfaire à une conviction profonde.Ce fut là le foyer de la révolution américaine à laquelle le peuple des Etats hors de la Nouvelle-Angleterre, ne se rallia d\u2019abord qu\u2019en hésitant.La révolution politique triomphante fit la révolution sociale dont l\u2019école publique fut l\u2019instrument.Des citoyens grandirent imbus des traditions plus ou moins véritables de cette révolution.On ne craignit pas de nourrir les enfants de gloires queiquefois un peu problématiques afin de stimuler leur ambition patriotique.L\u2019effort fut calculé, unanime, énergique.Ses initiateurs, s\u2019affranchissant de toutes entraves traditionnelles, s\u2019appliquèrent à former les jeunes intelligences d\u2019après un programme de philosophie pratique nouveau dans l\u2019histoire de l\u2019humanité.Naturellement cette innovation donna lieu a de vives critiques, les mêmes du reste qu\u2019on fait entendre aujourd\u2019hui dans d\u2019autres nays où l\u2019on tente des expériences sociales analogues.Il est vrai que le premier produit de l'éducation nouvelle fut franchement désagréable.Les nouveaux citoyens manifestaient leur liberté par la grossièreté et la violence.Charies Dickens en a fait un portrait inoubliable.Mais il avait écrit sans assez refléchir, car les descendants des hommes qu\u2019il critiquait, sortis du même moule scolaire, ont, à certains points de vue, réalisé l\u2019idéal de l\u2019écrivain.Le système scolaire d\u2019Ontario, des provinces maritimes et de l\u2019Ouest canadien fut calqué sur celui des Etats-Unis.L'institution est trop connue pour qu\u2019il soit nécessaire d\u2019en faire la description.On y exalte systématiquement l\u2019effort, mais l\u2019effort concentré, impassible et sans démonstration extérieure, ce qui décunle les forces d\u2019un homme en face d\u2019un ennemi non averti.C\u2019est une armure.C\u2019est ce qu\u2019un LES ÉCOSSAIS DU CAP BRETON 21 écrivain a appelé : \u201cto learn the lesson of the race.\u201d Les jeunes gens ainsi formés sont capables presque de tout, car on leur a persuadé que rien ne leur est impossible et qu\u2019en toutes choses ils doivent compter sur leurs propres forces, leur propre jugement.Que nous sommes loin du citoyen idéal décrit par le vicomte M.de Vogüé : \u201c prêt à tous les dévouements et à tous les sacrifices sur un signe du chef qui sait capter sa confiance, n\u2019exigeant en retour de ce chef qu\u2019une garantie de protection après la lutte quand les combattants licenciés retombent dans leur apathie.\u201d Chez les populations de formation anglo-américaine, on peut dire que l\u2019apathie n\u2019existe pas, on ne demande la protection de personne, on ne reconnaît point de chef et c\u2019est tout au plus si on consent à déléguer certains des pouvoirs populaires pour un temps limité.Ces populations sont complètement particularistes et, à notre avis, l\u2019avantage est énorme.Plusieurs romanciers anglo-américains et canadiens, no- timment messieurs Robert Barr, Knowles et Montgomery se sont faits les peintres de cet état social.Certaines parties des Etats-Unis, surtout la Nouvelle- Angleterre, sont, on le conçoit, en avance sur le Canada ou le milieu est moins riche et le terrain moins préparé.Aussi trouve-t-on dans la république américaine une magnifique floraison d\u2019écoles supérieures, dont on peut juger de l\u2019esprit en étudiant cette personnalité remarquable, le Dr Goldwin Smith, qui en fut une des âmes dirigeantes.Impossible de nier en tout ceci l'influence du régime scolaire.Mais l\u2019école ne donne ces résultats que parce que le milieu est favorable.Le réformateur reste impuissant en face de certaines conditions antisociales.Dans les très grandes villes et dans certains centres industriels, où sont parquées les masses prolétaires, on trouve une population bien difficile a classifier.L\u2019organisation des unions ou- vriéres lui a donné une formation, inférieure il est vrai a celle que nous venons de décrire, mais bien supérieure a son état antérieur.Il ne faut pas l\u2019oublier, en effet, une masse prolétaire non organisée et amorphe, est réfractaire a i Et JUN i) » 22 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE au progrès social.On constate donc qu\u2019en Amérique comme ailleurs, la classe ouvrière reste distincte du reste de la population et que la divergence entre les deux est profonde.U en est déjà ainsi au Cap-Breton.Un assez grand nombre de jeunes gens, il est vrai, abandonnent l\u2019agriculture pour le travail des mines, mais on remarque que ceux qui ont suffisamment évolué vers le type supérieur anglo-amé- ricain évitent de se laisser entraîner de ce côté.Les groupes français.C\u2019est cette force sociale dont nous venons de parler qui développe l\u2019Amérique septentrionale.Son esprit est un peu exclusif, mais sa puissance est formidable.Ceux qu\u2019elle n\u2019assimile pas elle les isole, elle les emmure d\u2019indifférence et de silence, comme les abeilles ensevelissent dans la cire les intrus qui pénètrent dans la ruche.Cela n\u2019est pas l\u2019effet d\u2019un calcul, c\u2019est la résultante d\u2019une impulsion d\u2019où l\u2019instinct n\u2019est pas absent.Les immigrants qui s\u2019attendent à des conditions nouvelles se conforment autant qu'ils le peuvent aux conditions de l\u2019Amérique, mais les Anglais qui croient retrouver des Anglais en restent fort surpris ; aussi les malentendus sont-ils fréquents.Il en est de même pour les Français; il ne comprennent plus d\u2019abord les Cana- diens-français.Seul un groupe puissant, homogène et économiquement indépendant, peut résister à cette assimilation civilisatrice, mais un peu trop uniforme et despotique, et cela à la condition de lui opposer un élément civilisateur également avantageux.Il est bien évident que si la formation qu\u2019on voulait opposer à la civilisation anglo-américaine lui était vraiment inférieure, il ne serait pas sage d\u2019insister pour qu\u2019elle survive.Heureusement, la formation sociale cana- dienne-française, laquelle nous vient de France, n\u2019est pas inférieure à l\u2019anglo-saxonne.Il est indéniable cependant qu\u2019il y a arrêt dans le développement normal de nos compatriotes.Les Canadiens-français sont assez nombreux et organisés pour résister à l\u2019assimilation ; ils l\u2019ont fait avantageusement, alors qu\u2019opposés à une population anglo- LES ÉCOSSAIS DU CAP BRETON 23 saxonne moins avancée que celle d\u2019aujourd\u2019hui, ils ont con- - quis la liberté.Ont-ils su conserver leurs avantages ?Ont- ils compris la nécessité d\u2019un effort soutenu ?Ont-ils conquis surtout l\u2019indépendance économique, corollaire obligé des libertés politiques ?Ne sont-ils pas plutôt, comme le citoyen idéal de M.de Vogüé, retombés dans l\u2019apathie ?Ont- ils jamais réfléchi que s\u2019il leur arrive de se laisser devancer dans la lutte, le contre-coup pénible de leur infériorité même temporaire se fera sentir jusque dans le plus infime groupement français de l\u2019Amérique, et à plus forte raison du Canada?Si les colonies françaises de la Nouvelle- Angleterre, du Nouveau-Brunswick, du Cap-Breton sont prospères et respectées, c\u2019est que la province de Québec aura fait son devoir; sont-elles malheureuses et léthargiques, c\u2019est que dans la province de Québec on est oublieux du devoir social.Les circonstances ne m\u2019ont pas permis de visiter les groupes français de l\u2019île du Cap-Bre- ton, je ne les connais que par oui-dire ; je ne saurais donc dire jusqu\u2019à quel point ils souffrent de nos fautes.Ce que je sais bien, c\u2019est que ces fautes ne sont pas irréparables, que le Canada français peut encore se racheter et reprendre son véritable rôle, au prix d\u2019un effort \u2018unanime et sérieux.Et s\u2019il fait cet effort, les Acadiens, vivant en villages isolés sur l\u2019ancienne île Royale, verront s\u2019ouvrir devant eux un brillant avenir sans qu\u2019ils aient à sacrifier pour cela la langue qui leur est chère.Il fut un temps où le peuple grec, jadis si glorieux, n\u2019était plus représenté que par une poignée de paysans ruinés et rendus à demi-sauvages par des siècles d\u2019oppression.Et cependant nous voyons aujour- d\u2019hui la nation grecque refleurir non seulement en Grèce, mais aussi dans toute la Turquie d\u2019Europe où elle domine par sa culture et par sa puissance économique, en attendant sa complète émancipation.De tels exemples prouvent que les rejetons d\u2019un peuple illustre peuvent tout espérer, s\u2019ils veulent faire de sérieux efforts pour reconquérir leur place au soleil, sur une terre où l\u2019oppression est inconnue et où l\u2019intelligence et l\u2019effort sont sûrs de trouver une prompte récompense. LL Ecole des Belles-Mêres COMEDIE EN UN ACTE PERSONNAGES FIFINE, femme d\u2019André.MMES DULUC Mme GRAINDOR, mére de Fifine.JENNY ROSE Mme MEILLET, mére d\u2019André.NETZA LEONTINE, bonne.DICKSONN M.GRAINDOR.nn.MM.LERAND PS MAURY e nos jours.Un salon SCENE PREMIERE FIFINE, ANDRE André entre par la porte, en bras de chemise, tenant sa jaquette à la main.Il ne voit pas Fifine qui met son chapeau.André.C\u2019est trop fort! (Il appuie avec force, à plusieurs reprises, sur un bouton électrique; il va a la porte du fond et l\u2019ouvre en criant.) Léontine! Léontine ! Fifine est arrivée sur la pointe des pieds jusqu\u2019auprès de son mari qui ne l\u2019a pas encore vue; elle crie également.\u2014Léontine! Léontine ! (Elle éclate de rire et descend en scène.) André.Ah! tu es là ! Et la bonne?Fifine.Léontine ?André.Oui, ma jaquette n\u2019est pas brossée, Fifine.Tu vas voir des malades, ce matin, monsieur le docteur ?André.Tu sais bien que je n\u2019en ai pas.Depuis un mois L\u2019ÉCOLE DES BELLES-MÈRES 25 que j'ai passé mon dernier examen.Mais je sonne depuis une heure.Fifine.Et personne ne répond ?André.Non! Fifine.Ca ne m\u2019étonne pas! André.Pourquoi ?Fifine.Parce qu\u2019il n\u2019y a personne.(Elle rit.) André.Tu ne seras jamais sérieuse.Fifine.Si, quand j'aurai vingt ans.André.Mais moi, j\u2019en ai vingt-cinq et je.Fifine.Mon pauvre André.Faut te brosser toi-même comme pendant notre voyage de noces à Paris.André.Je n\u2019ai pas trouvé la brosse.Fifine.Ah! attends! (Elle lui prend la jaquette des mains et la secoue un peu.) Là! André, (mettant sa jaquette) \u2014Et Léontine ?Fifine.Eile est sortie pour chercher une place.André.Une place! On l\u2019a donc mise à la porte ?Fifine.Oui! André.Qui?Fifine.Maman, parbleu ! André.Pourquoi Fifine.Je ne sais pas.Qu\u2019est-ce que ça peut te faire ?André.Et l\u2019autre ?Fifine.L'autre, elle est allée faire une course.André.Où ça?Fifine.(riant).En voilà, des questions! Est-ce que je sais.\u2014C\u2019est maman qui l\u2019a envoyée.Tu es fâché ?André.Non! Fifine.Faisez une risette ! André, (riant).Embrasse-moi.Fifine.Encore?.N\u2019abime pas mon chapeau.(Il 'embrasse.) La!.C'est assez.Comment le trouves-tu, mon chapeau?André.Tres gentil.Fifine.Tu dis ça ; tu ne l\u2019as pas regardé.André.Mais si.Tu sors ?Fifine.Tu vois. 26 André.Fifine.André.Fifine.André.Fifine.André.Fifine André.Fifine.pas de sa LA REVUE FRANCO-AMÉRICIANE N\u2019oublie pas de passer chez le tapissier.Maman y est allée.Qu'est-ce qu\u2019il a répondu ?Elle te le dira.Où vas-tu ?Je vais avec maman.Quoi faire ?Ah! voilà !.Acheter un chien ?Un chien ?Oui! Oh! il est si petit, que tu ne t\u2019apercevras présence.C\u2019est un amour, gros comme ça, avec des petites oreilles, des yeux noirs.tu verras.Il ressemble à ma tante.Tu sais, ma vieille tante.Je le ferai jouer.Nous jouerons tous les deux.Tu lui apprendras à faire le beau.(Elle saute de joie.) Ce qu\u2019on va s\u2019amuser.André (riant).Et combien, cet amour ?Fifine.Cher!.mais c\u2019est comme en tout: quand on veut avoir du beau, il faut y mettre le prix.André.Combien, encore ?Fifine.Cent cinquante francs.André.Tu es folle, ma petite Fifine?Voyons, réfléchis.Tu ne l\u2019auras pas huit jours, que tu en seras lasse.Fifine.Tu crois?André.Certainement.Et puis.je ne sais pas bien comment te dire cela.il faut un peu surveiller nos dépenses.Fifine (sans mauvaise humeur.) C'est bon! je ne l\u2019achèterai pas.Es-tu content ?.André.Fifine.André.Oui ! Au revoir! Au revoir! (Elle sort en courant.) SCENE I André (seul, puis Léontine) J\u2019ai peut-être eu tort de la priver de son chien.- mais je ne veux pas laisser sa mère gouverner.(Entre Léon- tine. L\u2019ÉCGLE OES BELLES-MÈRES 27 Léontine.Monsieur me demande?André.Non! C\u2019était pour.ce n\u2019est plus la peine.Léontine.Monsieur sait qu\u2019on m\u2019a renvoyée ?André.Oui.Pourquoi ?Léontine.Parce que j'avais demandé à madame-\u2014à la mère de madame\u2014d\u2019aller, dimanche, chez mon grand-père qui est malade.André.Eh bien, vous irez chez votre grand-père et vous resterez à mon service.Léontine.Merci, monsieur ! (On entend sonner.) André.On sonne! Allez donc voir ! (Elle sort.) SCENE III André (seul, puis Madame Meillet) André.Je veux être le maître chez moi, saperlotte ! (La bonne fait entrer Mme Meillet.) Madame Meillet.\u2014Mon cher enfant! (Embrassades.) Je viens entre deux trains, chez le notaire, pour signer des papiers.Je n\u2019al pas voulu passer dans ta rue, sans monter te dire bonjour.Fifine va bien?André.Trés bien! Elle est sortie.Madame Meillet.Déjà ! Alors, je me sauve.Et la clientèle ?André.Rien! Seulement, nous comptons beaucoup sur l\u2019influenza, au commencement de l\u2019hiver.Madame Meillet.Tant mieux! Et le ménage, ça marche toujours, avec ta belle-mère ?Quelle idée vous avez eue de venir habiter ici.Alors, ça marche ?André.Oui, seulement.Madame Meillet.Seulement?André.Il y a des petits tiraillements.Fifine n\u2019est pas assez affectueuse.Elle n\u2019aime pas assez son chez soi.enfin.Madame Meillet.Je vois ce que c\u2019est.Il faudrait l\u2019oeil de ta mère là-dedans.André.J'ai peut-être eu tort de te dire cela.Madame Meillet.Du tout! du tout! Je cours chez mon 28 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE notaire, parce qu\u2019il ne serait plus là, si j\u2019arrivais en retard.et je reviens ici.Et\u2014écoute bien ce que ta mère va te dire\u2014je n\u2019en partirai nas avant que tout y soit en ordre.André.Ma foi, je te remercie.Je n\u2019osais pas te le demander.ce sera une bonne chose.Madame Meillet.Tranquillise-toi.J\u2019arrangerai tout, et ce ne sera pas long.À tantôt ! André (lareconduisant).A tantôt.(Il reste un moment à la porte, redescend et sonne.Léontine paraît.) SCENE IV André, Léontine , André.Vous mettrez trois couverts, ce soir! Léontine (surprise).Trois couverts ?André.Oui, ma mère diîinera ici.Qu\u2019est-ce que vous avez ?Léontine.Mais, monsieur, c\u2019est impossible ! André.Parce que?.\u2019 Léontine.Mais, jusqu\u2019ici, monsieur et madame ont toujours pris leur repas chez les parents de madame, en bas; alors, la cuisine n\u2019est pas en état.André.Allons ! C\u2019est bien ! SCENE V Léontine, André, (puis) Fifine Entre Fifine avec un petit chien sous le bras.Fifine.Je n\u2019ai pas été longtemps.André.Qu'\u2019est-ce que c\u2019est que ça ?Fifine.Est-il gentil, hein ?N\u2019est-ce pas qu\u2019il ressemble à ma tante ?(A son chien.) Faisez une risette à son père.(A son mari.) Embrasse-le.Approche-toi, il va t\u2019embrasser.approche-toi donc.(André, après résistance, se fait embrasser par le chien.Il s\u2019essuie la figure.) Oh! tu n\u2019as pas besoin de t\u2019essuyer comme ça.Il n\u2019y a rien de plus sain que la langue d\u2019un chien.(Au chien.) II est messant, son papa ?Oh ! n\u2019amour! qu\u2019il était zoli, zolj, le petit sien sien, à sa mémère.(Elle l\u2019embrasse.) Ç ; wn ree cI co 00 Co EC RET RMN Lt ISIC ANAL, ies OIE CCE CNE COTE at SR SAE EC GET ER REE LE Eo RET ERE Ed CARE AN ose Sn Cu CSE Ese dist, L\u2019ÉCOLE DES BELLES-MERES 29 E André.Je croyais que tu ne devais pas l\u2019acheter.Fifine.Je ne l\u2019ai pas acheté, j\u2019ai dit à maman que j\u2019en pe avais envie.Elle m\u2019en a fait cadeau.Regardez, Léon- 4 tine, s\u2019il est joli, et son petit nez, et ses petites noreilles.E Vous allez faire du feu dans la petite chambre et l\u2019installer dans la niche qu\u2019on a apportée.Et puis, il faut lui faire de la soupe ; allez chercher des os, en bas, et de l\u2019eau ; n\u2019oubliez pas de l\u2019eau et un bout de sucre.Allez! (Elle lui Ë donne le chien.\u2014A son mari.) Non, mais regarde.André, 8 regarde, il veut que tu lui dises bonsoir.On dirait qu\u2019il comprend que tu n\u2019en voulais pas.Pauvre tite bête !.Bon- ; soir, mon trésor chéri.(Elle lui envoie un baiser.\u2014Léontine r sort.) André, sans mauvaise humeur.\u2014 Heureux chien ! : gr Fifine (riant et lui montrantle doigt).Oh! Je sais pourquoi tu dis \u201c heureux chien.\u201d\u2014Assieds-toi 1a.Tiens, tu es un bon mari.J\u2019avais trés peur d\u2019étre grondée.mais c\u2019est maman qui m\u2019a forcée a le prendre.Tu es gentil de ne rien me dire.Voilà pour ta peine.(Elle l\u2019embrasse.André veut la retenir.) Non ! c\u2019est assez, chut ! Soyez sage ! 3 André.Méchante! | Fifine.Vas-tu quelque part, tantôt ?André.Je devais aller à une répétition de l\u2019opéra nou- Eo veau, au théâtre des Arts ; je n\u2019irai probablement pas.% Fifine.Oh! si, vas-y.; André.Tuy tiens?k Fifine.Oui.et emmène-moi ! : André.Ma chère enfant, c\u2019est impossible.A Fifine.Pourquoi ?2 André.Ce n\u2019est pas convenable.Il faut passer par les 4 coulisses.il faut.Enfin, ce n\u2019est pas ta place.4 Fifine.Tu dis tout le temps ça.Et, lorsque tu te dé- E cides à me prendre avec toi, tu es bien content après.Tes ; amis le disent bien, qu\u2019on peut conduire sa femme à une bt foule d\u2019endroits, ou tu ne veux pas que jaille.k.André.Oui, mais aucun n\u2019y emmène la sienne ! Allons ! tu resteras là ! tu t\u2019occuperas. 30 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Fifine.Je resterai là.je resterai là.Pas ici, toujours.En bas! chez maman.André.Pourquoi ?C\u2019est ici.chez nous, ce n\u2019est pas en bas.Fifine.Oh! oui, mais ici, je m\u2019ennuie, toute seule, je ne sais pas où sont les choses.Tandis que, chez maman, j'ai toutes mes petites affaires à leur place, toutes mes commodités.Enfin, je m\u2019y plais mieux.Mais tu serais si gentil de m\u2019emmener ! Si tu savais comme ça m\u2019amuse, de sortir! Je voudrais être toujours dehors.André.Ce n\u2019est pas possible.Fifine.Tant pis! André.Tu vas comprendre.Il faut t'habituer à rester davantage chez toi, prendre plus à coeur ton rôle de mai- tresse de maison.Fifine.Puisque maman est là.André, Mais nous ne resterons pas éternellement chez tes parents.Fifine.Pourquoi pas?André.Mais.un jour viendra où j'aurai des clients.Alors.Fifine (s\u2019échappant).Ah! Voilà maman! (Elle va au- devant de sa mère qui entre.) SCENE VI André, Fifine, Madame Graindor Madame Graindor.Bonjour, André.André.Bonjour, bonne maman! Fifine.Dis donc, maman, André ne veut pas que j'aille à une répétition au théâtre des Arts.Madame Graindor.André a parfaitement raison! Fifine.Il y va, lui.Madame Graindor.Eh bien! c\u2019est qu\u2019il a besoin d\u2019y aller.Toi, tu viendras chez nous.Tu ne seras pas a plaindre.Fifine.J\u2019aurais voulu.Madame Graindor.Ce n\u2019est pas la place d\u2019une femme comme il faut. L\u2019ÉCOLE DES BELLES-MÈRES 31 André.C\u2019est ce que je lui disais.| Madame Graindor.J\u2019ai vu Léontine, en entrant.A-t- elle trouvé une place ?_ André.Elle n\u2019en cherche plus.Madame Graindor.Ah! \u2018| André.Je la garde.Madame Graindor.Ah! André.Je lui ai permis d\u2019aller chez son grand-père.Madame Graindor.Je ne lui aurais pas refusé d\u2019aller là ! mais je crains que, sous ce prétexte.André.Je suis sûr que c\u2019est là qu\u2019elle va.Madame Graindor.Alors vous avez bien fait.Tenez, c\u2019est pour vous, ce paquet que je viens d\u2019apporter.(A Fifine.) Tu vas voir, comme il va être content.D\u2019abord, il faut me dire si vous avez grondé bien fort à propos du chien.Fifine.Il n\u2019a rien dit.Madame Graindor.Vrai ?Fifine.Rien ! Il est mignon tout plein.Madame Graindor.Si vous aviez vu comme elle en avait envie.Et cette petite bête, on aurait dit qu\u2019il comprenait, il lui faisait des caresses à n\u2019en plus finir.Fifine.En pleurant! Et en faisant comme ça avec ses petites papattes.Madame Graindor.Je n\u2019ai pas su résister.et je crois qu\u2019à ma place, vous auriez cédé comme moi.Seulement, nous avions bien peur toutes les deux, n\u2019est-ce pas, Fifine ?Fifine.Oh! oui, moi, le coeur me battait, en ouvrant la porte.: Madame Graindor.Et si je suis montée aussi vite, c\u2019est pour être tout de suite certaine que vous ne me gardez pas rancune.André.Fifine est si contente ! Madame Graindor.Alors, si vous ne m\u2019en voulez pas, ouvrez.André (obéissant).Des cigares.quatre boîtes de vingt- cing.Oh! bonne maman ! Madame Graindor.Et quels cigares, s\u2019il vous plaît ?André.Des exquisitos à quatre-vingts centimes.RE 32 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Madame Graindor.Parfaitement ! André.Mais vous faites des folies, bonne maman.C\u2019est trop.comment avez-vous eu l\u2019idée ?Madame Graindor.Vous ne vous rappelez pas ?André, Non! [Ç Fifine.Hier.après diner.André.Ah! le cigare qu\u2019on m\u2019avait donné.Fifine.Et que tu as trouvé si bon.Madame Graindor.Vous avez dit: \u201cSapristi, je m\u2019y habituerais bien, à ces cigares-là ! \u201d Fifine.Je t'ai demandé le prix et le nom, sans avoir l\u2019air de rien ! Madame Graindor.Et voilà !.Qu\u2019on dise, maintenant» du mal des belles-mères ! André.Il faudrait ne pas vous connaître.Madame Graindor.Ca, c\u2019est gentil.je suis venue un peu vous voir, je me suis dit: \u201c Ils sont tout seuls, là-haut, ils vont peut-être s\u2019ennuyer,\u201d et j'ai apporté mon ouvrage.(Tout en causant, elle s\u2019installe.) Dites-moi un peu pourquoi il est convenu que toutes les grand\u2019mères sont bonnes et toutes les belles-mères méchantes, alors qu\u2019une grand\u2019- mère est toujours une belle-mère ?André.Je ne sais, mais vous serez une grand\u2019mère adorable.Madame Graindor.Oh! le plus tard possible.André.Je dis, moi, le plus tôt possible.Madame Graindor.C'est pour vous que je parle.Jouissez de votre jeunesse, allez! les enfants viendront toujours assez tôt et assez nombreux.André.Je ne suis pas de votre avis ! Madame Graindor.Heureux ceux qui n\u2019en ont pas.André.J'espère bien que, l\u2019an prochain, vous serez marraine.Madame Graindor.Déjà ! André.Les enfants, c\u2019est la joie et la paix du foyer.(A suivre.) RIRE RE EE EI PACE PL A DE PERRIER AAA SE a ep ES Voix d\u2019Acadie Le travail d\u2019assimilation Il LES LECONS DE L\u2019HISTOIRE \u201c L'histoire est la maîtresse de la vie ; elle enseigne aux nations comme aux individus à préparer l\u2019avenir \u2019\u2014Plût à Dieu que notre histoire eût eu ce résultat sur notre peuple ! Mais, il faut le dire et le répéter, notre peuple ne connut que très imparfaitement son histoire.Les ouvrages qui, comme ceux de M.l\u2019abbé Casgrain, traitent spécialement de l\u2019Acadie; ou comme ceux de Mgr H.Têtu, sur les évêques de Québec, en traitent indirectement; les œuvres de Rameau de St-Père et d\u2019autres écrivains de la vieille France, rien de tout cela n\u2019est connu chez nous.Je ne serais pas étonné que la plupart de nos lettrés, prêtres et laïcs, à deux ou trois exceptions près, ne connaissent même pas ces noms.À ces ouvrages, il convient d\u2019ajouter le livre vengeur du comité de prêtres de Québec, en réponse aux mensonges sans vergogne de l\u2019archevêque O\u2019Brien.Si ce livre venge surtout l'honneur outragé du saint épiscopat de Québec, par la force même des choses il venge aussi le peuple acadien, représenté naguère encore par un écrivain français de France, comme un peuple aux idées mesquines, étroites, gens têtus et insurbordonnés : échos irrécusables du sentiment officiel de l\u2019archevêché d\u2019Halifax (Les Français du Sud-Ouest de la Nouvelle-Ecosse, par le P.Dagnaud, eudiste).Je ne ferai pas ressortir le contraste frappant entre le genre de familles des évêques français et le genre de celles des autres, dans les Provinces Maritimes surtout : on ne naît point comme on veut LA REVUE FRANCO-AMÉRICIANE 34 Mais on me permettra bien de faire voir le contraste d\u2019éducation entre les deux genres de prélats.Le 16 septembre 1779, Mgr Briand, évéque de Québec, écrivant aux Acadiens, s\u2019adresse ainsi : \u201c\u201c Nos très chers enfants\u201d.(Mémoire vengeur, page 17).Mgr d\u2019Esglis, le 19 octobre 1787, s\u2019adressant aux catholiques des Provinces Maritimes, Acadiens et autres, écrit : \u201c A nos trés chers Enfants en N.-S.-J.-C.\u201d (Mémoire vengeur, page 50).Chaque fois que les évêques écrivirent à nos pères, ils le firent avec les démonstrations du plus véritable amour paternel.Le 5 juillet I818, l\u2019'Edmund Burke voyait ses intrigues couronnées de succès : il devint ce jour-là vicaire apostolique de la Nouvelle-Ecosse\u2014et de ce jour-là les fidèles catholiques, français et autres, furent sevrés de cette affection si nécessaire à tous, surtout à ceux qui peinent et qui souffrent, au pauvre peuple.Les Evéques et les prêtres français (j'entends par là ceux de langue francaise: Français de France, Canadiens- français, Acadiens) prenaient et prennent un soin tout paternel de ceux qui leur sont confiés.Ils sont vraiment les guides, les conseillers, les pères des fidèles.Cependant, la calomnie déversée à flots contre eux depuis Edmund Burke jusqu\u2019au \u201c Mémoire irlandais\u201d de 1905, a causé à Kome une impression qui est loin d\u2019être effacée, encore que cet effacement soit commencé.Le 22 mars 1910, un éminent personnage disait devant témoin a l'un de mes amis: \u201cNe croyez pas, cher ami, que l\u2019épiscopat français du Canada jouisse de la moindre considération à Rome.J'ai vu, il n\u2019y a pas longtemps, une lettre d\u2019une très haute personnalité de Rome à un autre au Canada, et je vous assure que dans cette lettre l\u2019épiscopat français du Canada était fort mal arrangé, et que ce personnage de Rome s\u2019en moquait ferme.\u201d On accuse les Français qui se défendent\u2014\u201d Revue Fran- co-Américaine,\u201d journaux de la province de Québec, votre humble serviteur\u2014 d\u2019être violents, d\u2019exciter les haines de VOIX D'ACADIE 35 races.Crier lorsqu\u2019on est frappé, et raconter cette brutalité, c\u2019est de la violence ?\u2014Insondable bétise chez les uns, profonde méchanceté chez les autres, qui dénaturent ainsi les faits, encore que ce soit pour s\u2019attirer les bonnes grâces d\u2019un dignitaire quelconque.Tout est employé contre nous pour nous tenir ou nous mettre sous la domination de l\u2019être insatiable que l\u2019on sait.Afin de donner plus de poids encore aux noms portés au bas du \u201cMémoire\u201d de 1005, il faut savoir comment ce \u201c Mémoire \u201d parvint à destination avec autorité, avec certitude.Et tout cela, on en conviendra, dépasse tout ce qui se peut concevoir en fait de malignité de cœurs ingrats.Par tout le monde catholique, excepté dans certains milieux à Rome et chez l\u2019insulteur public, on sait que c\u2019est le saint épiscopat français de Québec qui a fait l\u2019Eglise catholique dans toute l\u2019Amérique du Nord, comme l\u2019abeille fait la ruche.Et l\u2019on peut affirmer, sans la moindre témérité, que cette Eglise catholique, constituée patiemment, au prix des plus durs sacrifices, sera détruite tout aussi sûrement, mais rapidement, par l\u2019épiscopat assimitateur, si Dieu lui laisse vie et puissance.La \u201cCorrespondance de Rome,\u201d après sa fameuse question (au printemps dernier) aux journaux catholiques américains, doit le savoir, si elle n\u2019est pas, elle aussi, sourde et aveugle.Elle a appris par eux\u2014 après que les journaux français l\u2019avaient dit et répété depuis des années\u2014qu\u2019ils ne comptent pas quinze millions de catholiques quand l\u2019immigration et les naissances forcent à en supposer au moins cinquante millions.Et la \u201cCorrespondance de Rome \u201d (organe du Vatican) ne voit pas, ou ne veut pas voir, que c\u2019est à déchristianiser le peuple français dans toute l\u2019Amérique du Nord, Canada y compris, que travailler avec un acharnement digne d\u2019un Julien l\u2019Apostat, anglo-saxon et assimilateur.A travers ses mensonges, l\u2019archevêque d\u2019Halifax ose dire \u201c\u201c que c\u2019est aux prêtres irlandais que les Acadiens doivent leur reconnaissance\u201d (page I42); \u201cque c\u2019est grâce aux prêtres irlandais et malgré les évêques de Québec que les Acadiens avaient gardé leur foi\u201d (page 58).On croit réver.EE PE EE OT Re iY LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE LES NOTRES CONTRE NOUS Lorsque, par suite de je ne sais quel miracle de la Providence, il fut connu à Rome qu\u2019il existait au Nouveau- Monde, au Canada, un héroïque petit peuple français martyrisé dans sa vie matérielle, puis martyrisé dans sa vie morale, l\u2019épiscopat des Provinces Maritimes se hâta d\u2019éclairer le Souverain Pontife et de lui faire remarquer \u201c que ce petit peuple vivait d\u2019herbes et de racines dans le fond des bois, comme les sauvages; que ces gens n\u2019avaient ni biens (c\u2019est toujours la partie essentielle, chez l\u2019assimilateur : voyez Walsh !), ni éducation, ni la moindre instruction ; que les quelques prêtres sortis de leurs rangs n\u2019avaient ni la science, ni la sainteté, et qu\u2019ils n\u2019étaient point du bois dont on fait les évêques.\u201d Et autres inepties calomnieuses de ce genre.Rome crut nos persécutéurs et nous abandonna a leur rapacité.Ceci est de l\u2019histoire moderne\u2014très actuelle même.\u2014 L\u2019archevêque d\u2019Halifax avait peut-être fait généreuse- ment\u2014avec l\u2019argent de la partie acadienne de son trou- peau\u2014hommage de son livre au Saint-Pére ?.Qui veut la fin veut les moyens.Et ce moyen, certes, était excellent pour garder toute I\u2019Acadie sous le joug.Le \u201cMémoire \u201d vengeur de Québec, j\u2019oserais le jurer, n\u2019a jamais été connu a Rome.Et d\u2019ailleurs, & quoi bon ?_ Ce petit peuple trahi, vendu par ses frères (2), recourt au Pape dès qu\u2019il sait, enfin, que c\u2019est son droit.On le repousse, lui et les admirables évêques français, sous prétexte que \u201c c\u2019en est fait de la langue française en Amérique, qu\u2019il importe peu de donner aux fidèles français des évêques de leur race et de leur nationalité.\u201d Et cela se dit dans l\u2019entourage immédiat du Pape.Spectacle stupéfiant : on voit même un journaliste, Français de France, établi en Nouvelle-Angleterre, parvenir à faire imprimer au Canada, dans un journal qui, je le crois, set onptitospeuresesien VOIX D\u2019ACADIE 37 est dévoué a la cause de notre race, des faussetés de ce genre : .\u2018 Que les temps sont changés ! Le Saint-Siège est occupé aujour- d\u2019hui par un saint si détaché des choses de ce monde, que les prières de Ja chrétienté n\u2019arrivent pas toutes jusqu\u2019à lui.C\u2019est ainsi qu\u2019on explique le silence obstiné qui suit toute supplique envoyée à Rome pour chercher un remède aux maux dont souffrent les Canadiens-Français, et surtout les Franco-Américains.Sa Sainteté, dit-on, mettrait tout de suite un terme aux mauvais traitements dont les Canadiens-Français sont l\u2019objet, si elle en avait seulement connaissance.\u201c Ce sont là, à notre avis, des propos de gens peu au courant du gou- vernément du Saint-Siège, ou des consolations banales qu\u2019ils se donnent à eux-mêmes et à leurs coreligionnaires, au lieu de se demander si leurs prétentions sont acceptables.\u201c Voici ces prétentions en quelques mots : La langue française est la sauvegarde de la foi parmi les Franco-Américains\u2014pour ne parler que d\u2019eux.L'intérêt même de l\u2019Eglise leur fait un devoir de conserver leur langue et de réclamer des prêtres de leur nationalité.\u2018\u2018 C\u2019est fort bien dit ; mais malheureusement il se dit aussi partout que le français se perd dans la Nouvelle-Angleterre, que les sociétés franco- américaines ne recrutent plus de membres nouveaux, parce queles jeunes gens ne parlent pas assez bien le français et ne s\u2019en soucient pas.Malheureusement, tout cela n\u2019est que trop vrai; tout cela s\u2019imprime dans les journaux franco-américains, et les Irlandais ont vite fait de mettre sous les yeux du Saint-Siège l\u2019aveu écrit par eux-mêmes de l\u2019impuissance des Franco-Américains à perpétuer cette langue française qu\u2019ils disent être la sauvegarde de leur foi.Une langue dont la jeunesse ne veut pas, ne peut sauvegarder rien, c\u2019est évident.D\u2019un autre côté, les Irlandais mettent au service de l\u2019Eglise une langue bien vivante, pleine d'avenir dans le Nouveau-Monde, une langue qui doit unifier tout le troupeau dans ses descendants, et par là en rendre le gouvernement plus facile.Les vieux s\u2019en iront bientôt avec leurs coutumes étrangères, qui causent tout le trouble ; les jeunes suivront docilement celies du pays où ils sont nés.Ne voilà-t-il pas de bonnes raisons, et, faut-il s\u2019étonner que la Papauté garde le silence ?Peut-être attend-elle que les vieux soient disparus et leurs réclamations avec eux ?.\u201d (Moniteur, Hawkesbury, Ont., le 25 août 1911).Le reste de l\u2019article est une réclame barnumesque en faveur de la\u2026 méthode de l\u2019écrivain prétendant enseigner le français par des moyens impossibles.Ceux qui, prêtres ou laïcs, ont séjourné quelque peu aux Etats-Unis durant ces dernières années, savent combien 38 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE le français a repris de vogue, d\u2019ascendant, dans toute la Nouvelle-Angleterre.\u2018Les derniers événements d\u2019ailleurs, où l\u2019on a vu l\u2019explosion de la haine la plus aveugle chez un dignitaire de la nouvelle église nationale qui, petit à petit, se dresse contre celle de Rome; ces événements ont été un coup de fouet salutaire aux Franco-Américains\u2014trop portés à s\u2019endormir, et à stimuler le courage religieux et patriotique des vigilants.Certes, si nos journaux français, et du Canada et des Etats-Unis, ne servaient qu\u2019à publier des choses dans le genre de ce qui vient d\u2019être cité, la religion de Rome pourrait être surprise et faussée à tout jamais à notre endroit.Il suffisait des efforts gigantesques des prélats de l\u2019Eglise américanisante et de leurs \u201cK.of C.\u201d et de leurs complices du Canada, sans que nous-mémes nous ingeniions a fourbir des armes contre nous.Il est temps, aux Etats- Unis et ici, que nous profitions de toutes ces leçons de l\u2019histoire qui se déroule quotidiennement sous nos yeux\u2014.DENIGREMENT PAR LES NOTRES Il faut bien, malgré qu\u2019il m\u2019en coûte, que je montre ici le travail d\u2019ensemble fait contre nous.Travail d\u2019ensemble : parce que, malheureusement, l\u2019assimilateur trouva de précieux alliés parmi les nôtres.Je ne remonterai point à l\u2019établissement du siège épiscopal d\u2019Halifax, bien que ce soit un fait contemporain.Je me bornerai à ce qui s\u2019est passé au temps de la génération présente.Contre l\u2019admirable épiscopat français, nous avons eu, en 1892, le livre d\u2019O\u2019Brien, archevêque d\u2019Halifax.Il fallait achever l\u2019œuvre malsaine commencée par ce livre : après l\u2019épiscopat français, il fallait noircir le peuple français.O\u2019Brien ne pouvait ni ne voulait se charger de cette besogne : chat échaudé craint l\u2019eau froide.Il ne fallait pas, d\u2019ailleurs, songer à attaquer le peuple de la province de Québec : ces gens-là savent se défendre, O\u2019Brien le sait à ses dépens.Mais les Acadiens, qui se soucierait des attaques que l'on pourrait porter contre eux ?.Reste a trouver instrument.La RE VOIX D\u2019ACADIE 39 Bientôt, instrument se fagonne: la résistance passive de paroissiens entièrement dévoués, mais que l\u2019on voudrait conduire comme un troupeau d\u2019êtres presque sans raison, va faire éclore un projet quasi monstrueux : l\u2019œuvre néfaste commencée par O\u2019Brien se trouvera complétée par quelqu'un de notre sang, de notre langue.Sur qui va-t-on s\u2019appuyer pour étayer sa thèse contre le peuple d\u2019Acadie ?\u2014 Sur le prêtre le plus dévoué qui ait exercé le saint ministère depuis la dispersion dans le sud-ouest de la Nouvelle-Ecosse (une petite partie seulement de l\u2019Acadie ; le lecteur peut très bien l\u2019ignorer); sur l\u2019un des prêtres les plus vénérés de l\u2019Acadie entière, aujourd\u2019hui encore ; sur M.l\u2019abbé Maudé Sigogne, missionnaire de la Baie Sainte-Marie et du Cap de Sable de 1799 a 1844, date de sa précieuse mort.Dès les premières lignes de son livre, l\u2019auteur donne la dominante de ce livre: \u201cComment s\u2019étonner après cela que le caractère acadien, d'ordinaire pacifique et endurani (retenons cet aveu), se soit aigri dans cette lutte IMPUISSANTE et ait pris l\u2019habitude de se mettre en garde contre tout acte d'autorité?\u201d (Page 52).Sans le vouloir, l\u2019auteur nous donne, en ces quelques mots, la raison de son amertume à lui.Autoritaire, dominateur, l\u2019auteur, alors curé de Sainte-Marie, voulait conduire tout à son gré.La résistance, respectueuse mais ferme, qu\u2019il rencontra, l\u2019exaspéra.\u201cComment s\u2019étonner après cela que son caractère se soit aigri et qu\u2019il ait pris le parti de noircir ce peuple d\u2019ordinaire pacifique et endurant ?Si l\u2019on doutait de cette disposition de l\u2019esprit de l\u2019auteur, on serait fixé immédiatement par la belle préface de ce livre par un autre Français de France qui avait visité l\u2019Acadie, avait interrogé, avait remarqué.Celui-ci, supérieur général des eudistes, est bon; avant tout et pardessus tout, il est juste; il ne se laisse point égarer par la passion.Chaque ligne de sa préface semble vouloir racheter une dureté ou une méchanceté de l\u2019auteur.\u201cOccupé tout entier à continuer et à développer son œuvre (de M.l\u2019abbé Sigogne), vous rencontrez à chaque heure, à chaque 40 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE pas, dans les faits, dans les localités, et surtout dans le cœur reconnaissant des Acadiens, le témoignage vivant des grandes choses qu\u2019il a faites pour ce peuple \u201c(Préface, VIIIL.\u2014\".Vous ne voulez nous parler que de ces Acadiens du sud-ouest de la Nouvelle-Ecosse que vous avez sous les yeux, que vous évangélisez et dont vous avez pu apprendre sur place l\u2019histoire, par l\u2019étude de documents originaux et par les traditions encore vivaces des familles qui vous entourent.\u201cEt pourtant, que de glorieuses et nobles choses vous auriez pu nous apprendre sur les origines de ce peuple de héros et de martyrs! Combien vous auriez pu nous intéresser en nous faisant parcourir les péripéties si variées de sa vie, où il n\u2019y a de constant que SON ATTACHEMENT A LA FRANCE ET A L\u2019EGLISE.Nul écrit d'imagination, nu! poème ne vaudra jamais L\u2019HISTOIRE VRAIE de cet extraordinaire petit peuple.\u201d (Préface, XI).Dans sa description du peuple acadien, le révérendissime Père LeDoré dit : .Longfellow se trompait.Les Acadiens n\u2019étaient pas une poussière stérile que les vents emportent ; c\u2019était un essaim d\u2019hirondelles fuyant sous l\u2019orage qui a renversé leurs nids, mais qui reviendront aux premiers jours de soleil, attirées par un invincible besoin, s\u2019abattre au même lieu et rebâtir leurs demeures avec une patience qui ne connaît pas le découragement.Aujourd\u2019hui, les Acadiens sont encore là, sur ce sol que leurs pères ont doublement sanctifié ; ils cultivent la même terre, ils sillonnent les mêmes eaux, ils parlent toujours la même langue, la langue du XVIITième siècle.Leurs mœurs, non plus, n\u2019ont pas changé.Leurs prêtres sont \u2018toujours leurs pères et leur conseil ; ils prient toujours les mêmies prières, chantent les mêmes cantiques, s\u2019agenouillent toujours sur les vieilles tombes rangées autour de l\u2019église\u2026, où dorment, à l'ombre des grands saules, aux bruissements du vent du large dans les sapins, les aïeux qui ont souffert.(Préface, XIX\u2014XV).» Il faudrait tout citer.Après avoir rappelé l\u2019incendie du presbytère de Sainte- Marie en 1893, celui du collège en 1899, le révérendissime Père Le Doré poursuit : \u201c Ni les habitants, ni nos Pères ne se laissèrent décourager par ce double malheur.Grâce aux libéralités des Acadiens et aux généreux VOIX D'ACADIE ° 41 sacrifices de notre Congrégation, un magnifique édifice, assez vaste pour abriter l\u2019œuvre du Juvénat, a remplacé le modeste presbytère de M.l\u2019abbé Sigogne, et cette année (Igos) j'ai pu admirer, à la place du collège incendié en 18099, une construction beaucoup plus vaste et mieux appropriée, avec une très jolie et très vaste chapelle.Je ne dis rien des belles églises de Sainte-Marie, de Saulnierville et des Concessions.On peut évaluer à cing on six mille le nombre des habitants de ce centre de la population acadienne de Clare.\u201d (Preface, XXI\u2014XXII).Cette dernière phrase fait rêver\u2026 Cinq ou six mille habitants pour accomplir une telle tâche !\u2026 Le dernier paragraphe de cette superbe préface résume tout : \u201c\u201c Enfin, tous ceux qui s'intéressent au sort des congrégations exilées, à la colonisation et à la manifestation de la vie et de l\u2019Âme françaises à l\u2019étranger, voudront prendre connaissance de votre livre, qui leur apprendra une partie de l'histoire de ce peuple si hospitalier, demeuré si français par sa religion, sa langue, ses traditions et son coeur.Après l\u2019avoir lu, tous répéteront à leur tour les paroles que d\u2019autres ont dites bien souvent : \u2018* Vraiment ce peuple acadien est aussi étonnant par ses vertus que par ses malheurs ; il est bien toujours la France, la France des grands siècles, la France fille ainée de l\u2019Eglise et le soldat de Dieu.\u201d Admirable paroles, séchant les larmes que fait couler la lecture du livre ! Un trait piquant au sujet de ce livre : M.l\u2019abbé J.J.S.alors curé assimilateur de Weymouth, dont le souvenir est plein de peines pour les paroissiens, reçut un assez grand nombre d\u2019exemplaires de ce livre pour les vendre aux Acadiens de sa paroisse.Après l\u2019avoir lu, le prêtre Irlandais voulut tous les jeter au feu : \u201c Les Acadiens, dit-il, ne méritent pas ces injures ! \u201d\u2014Il n\u2019en vendit pas un seul.Ce fut le sermonnaire de M.l\u2019abbé Sigogne qui servit à l\u2019auteur à formuler la charge qu\u2019il a faite contre le peuple.Il eût dû se rappeler qu\u2019une paroisse est une grande famille où il peut se produire des divergences de vues.Sans aucune mauvaise intention, le bon M.l\u2019abbé Sigogne ne tenait pas toujours compte des meilleures raisons de ses paroissiens.Un curé, parlant à ses paroissiens, le fait dans une réelle intimité.S\u2019il le fait parfois sévèrement, il ne PRIN 42 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE s\u2019adresse pas aux étrangers, il ne veut pas que cela aille plus loin que les murs de son église.Pense-t-on que quand feu Mgr Rogers, évêque de Chatham, injuriait bassement la bonne population de Caraquet, assimilant à des chiens, et cela du haut de la chaire, les vaillants pêcheurs de ce village qui rognaient le morceau de pain durement gagné pour en donner la grosse part à l\u2019évêque, pense-t on que Monseigneur eût dit ces paroles devant tout le peuple des Provinces Maritimes ?.Et ces pauvres gens qui se dépouillaient de tout pour payer les sommes énormes que l\u2019é- véque imposait aux villages français, étaient-ils des chiens ?Dira-t-on, aujourd\u2019hui, que les Acadiens sont des pires malfaiteurs, des assassins, parce que, du haut de la chaire, le curé irlandais de la plus populeuse paroisse française du Nouveau-Brunswick a traité une association essentiellement catholique, mais française, de \u201cMain noire\u201d ?\u2014Les paroissiens de M.Sigogne prévoyaient l\u2019avenir et se demandaient si leurs enfants trouveraient pratiques les plans de M.Sigogne.Il s\u2019agissait autant d\u2019intérêts matériels, soit par les sommes à engager, soit autrement, que d\u2019intérêts spirituels.Il y avait matière à discussion.Un conducteur d\u2019hommes\u2014 prêtre ou autre\u2014ne doit pas adopter la manière d\u2019agir de Luther : Sic volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas.Ce que faisait comprendre au zélé curé son évêque, Mar Denaut, lui écrivant le 29 septembre 1800 : Tonnez, menacez, à la bonne heure, mais soyez aussi doux que N.-S.Soyez patient, sans cesser d'être ferme, selon l\u2019avis de saint Paul \u201c (Mémoire\u2019\u2019 vengeur, page 157).Voilà malheureusement ce que perdent de vue généralement les Français de France, dès qu\u2019ils ont mis le pied sur ce sol du Nouveau-Monde.Ils se croient les seuls civilisés!.\u2026 Valentin-A.Landry.Halifax, N.-E., le Ier octobre 1011. REAAROEONE ENE co dele fee Be * Es Let Pots: His udets dites be La Réponse des faits \u2014\u2014 Dans un No.de The Extension Magazine (Vol.V.No.11) traduit dans la Correspondance de Rome du I9 mai IJII, nous trouvons cette accusation étrange et cette attaque qui, l\u2019une et l\u2019autre, nous semblent injustifiées.L\u2019auteur tente de répondre à cette question: \u201cL\u2019Eglise catholique a-t-elle éprouvé des pertes aux Etats-Unis ?\u201d(I).Il y va d\u2019un aveu sincère mais il dira à tous les curieux étrangers avec une désinvolture parfaite : \u201cLe nombre de ces pertes est tel que vous seriez épouvantés en apprenant quelle a été votre part en elles, si le blâme devait être partagé entre ceux qui sont restés fidèles.\u201d Il les explique, ces pertes, par les difficultés du début, la pénurie des prêtres, la dispersion des fidèles \u201cdisséminés sur un immense territoire\u201d \u2014 A cela rien à redire \u2014 mais voici l\u2019accusation que porte l\u2019écrivain de l\u2019Extension Magazine : \u201cPlusieurs (des pays d\u2019où viennent les immigrants) nous refusent des prêtres qui seraient disposés, ou capables, ou dignes de nous aider à résoudre ce problème difficile.\u201d (L\u2019évangélisation des immigrants.) Lesquels s\u2019il vous plait ?Un peu plus loin, il ajoute : \u201cNous avons raison de répondre à nos critiques européens et canadiens (ces frères du Canada, toujours prêts à faire de malicieuses comparaisons, oubliant que nous avons à traitèr avec des races différentes sans aucun des avantages de la solidarité) que, si le peuple qu\u2019ils nous ont envoyé avait été mieux instruit, il lui aurait peut-être été plus facile de soutenir le feu de la lutte religieuse que ceux qui errent loin de leurs foyers doivent nécessairement subir d\u2019une façon plus forte que ceux qui restent chez eux.\u201d (1) Voir \u2018\u2018Questions actuelles\u2019\u201d\u2019 No 7, 12 août, IgI1. 44 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE L'auteur s\u2019il avait voulu être sincère aurait pu préciser mieux son grief.Quel pays refuse d\u2019envoyer ici des prêtres pour s\u2019occuper des immigrants de sa race ?À quelle nationalité appartient cette classe des ignorants, proies faciles livrées à l\u2019esprit d\u2019irréligion si intense dans la grande république ?Puis, grâces aux statistiques, il aurait pu nous faire toucher du doigt les conséquences fatales, la perte de la foi de ces ignorants ?Sont-ce les Canadiens ?Je ne le crois pas.Des 1300000 Franco-Américains qui\u2014vivent sur le territoire des Etats- Unis, 1,260,000, pour le moins, sont enfants fidèles de la sainte Eglise.Ils sont des mieux organisés comme groupe, possédant de magnifiques églises, des écoles paroissiales qui donnent une solide éducation religieuse aux enfants et cela partout où il y a un noyau quelque peu important de familles ; ayant en outre la plus grande proportion de prêtres, de religieux et de religieuses voués à l\u2019apostolat sous toutes ses formes ; de magnifiques sociétés ; sept journaux quotidiens'et plus de I5 autres hebdomadaires, etc.Est-ce à ce groupe que les Américains non préjugés se plaisent à décerner les éloges les plus mérités d\u2019esprit d\u2019initiative, de civisme et de loyauté, sans méconnaître les hautes qualités et la solide instruction des hommes célèbres sortis de leurs rangs, qu\u2019on peut appliquer le terme d\u2019ignorants ?Ignorants! soit, ils le sont dans l\u2019art de la duplicité, parce qu\u2019ils sont d\u2019une race fière et loyale qui ne veut que sa part d\u2019influence légitimement acquise par son œuvre laborieuse et féconde ! Non, ce n'est pas à eux qu\u2019on peut appliquer le terme d\u2019ignorants.\u2014 Le Canada a-t-il jamais refusé des prêtres aux E-U ?Il vaudrait bien mieux rendre justice et compter ceux que le Canada a instruits dans ses collèges et ses séminaires dans le passé.Mais les missionnaires canadiens ont-ils à l\u2019heure actuelle la liberté apostolique à laquelle ils auraient droit ?Les canadiens qui demandent des prêtres de leur race, parlant leur langue, ont-ils partout dans l\u2019Est justice pu LA RÉPONSE DES FAITS 45 Et pour n\u2019avoir pas cette justice en est-il qui perdent la foi, ou du moins qui abandonnent les pratiques de leur religion ?La manie de l\u2019assimilation qui guide certain évêque ne fait-elle pas un tort considérable aux Ames en certains endroits ?Que gagnent-ils à violer le droit naturel et à proscrire de la prédication et de l\u2019enseignement la langue française ?Voilà des questions que pourraient étudier avec intérêt l\u2019écrivain de l\u2019Extension Magazine.Puis, s\u2019il veut bien se souvenir que I1,5000,000 d\u2019Irlandais pour le moins ont déserté l\u2019Eglise aux Etats-Unis et qu\u2019un nombre considérable la déserte chaque année, peut-être cherchera-t-il\u2014en face de la fidélité des franco-améri- cains,\u2014d\u2019autre cause que l\u2019ignorance des immigrants.A moins que l'ignorance ne soit leur fait.Mais non, il ne faut pas être bien renseigné sur le passé pour ne pas constater le mal de l\u2019école neutre (l\u2019école publique) des sociétés neutres et secrètes, de la recherche de la fortune et des places, des succès politiques payés très souvent par l\u2019abandon de la foi, des mariages mixtes, etc.etc.Après cela qu\u2019on fasse la part du \u201cJ\u2019men foutisme\u201d d\u2019une certaine partie du clergé trop zélée pour les piastres, les dignités et le bien-être, et très revêche aux travaux des missions pénibles et peu rénumératrices.Et l\u2019écrivain de l\u2019Extension Magazine-comprendra notre pensée quand nous lui disons que l\u2019aumône qu\u2019il sollicite fut-elle donnée par millions\u2014 si elle peut défrayer les missions du chapelcar \u2014 ne donnera pas un apôtre de plus aux âmes qui demandent des prêtres de leur race et de leur langue.Ce n\u2019est pas en intriguant autour des mitres que tous les D.D.américains sauveront les âmes des émigrants, mais en accomplissant le ministère apostolique selon l\u2019esprit du Christ : évangéliser les pauvres et catéchiser les enfants en parlant la langue du peuple et non en obligeant le peuple à parler la langue des missionnaires.Charles Dupil.a da ri SE Eee INR Ke \u201c Corporation Sole \u201d Plaidoyer de Mtre Godfroi Dupré, devant la commission législative du Maine, le 7 mars 1911.Réponses de Sa Grandeur Monseigneur Walsh, du Grand Vicaire McDonough, etc.Exposé complet de la question.(Suite) Avant le discours de M.Dupré, le juge Foster\u2014un des membres les plus distingués du Barreau du Maine, \u2014agissant comme conseil des peti- tionnaires, avait en quelques mots attire l\u2019attention des commissaires sur l\u2019importance de la question qui allait leur être soumise.\u2018\u2018 Nous demandons, tout simplement, dit-il, en terminant, qu\u2019on nous rende les droits dont nous jouissions avant 1887.\u2019 M.Foster céda ensuite la parole à M, Dupré qui prononça le terrible réquisitoire dont on a pu lire le compte rendu très fidèle dans les trois derniers numéros de la Revue.Après M, Dupré, l\u2019avocat de l\u2019évêque, un M.Snow, tenta une réplique, puis le Grand Vicaire du diocèse, Mgr McDonough, puis Mgr Walsh lui- même.On verra, par les trois comptes rendus que nous allons en donner, quelle défense on a faite du système.Ces comptes rendus sont basés sur des notes sténographiques prises à l\u2019enquête.M.SNOW (avocat de l\u2019évêque)\u2014J\u2019ai écouté avec beaucoup d'intérêt le savant discours de mon confrère, M.Dupré; j'ai essayé de le suivre d\u2019aussi près que possible, mais pour y découvrir la révélation de ce que nous déplorons tous, soit : une querelle au sein d\u2019une grande dénomination religieuse de l\u2019Etat du Maine.Si je ne me trompe pas, le but de cette enquête c\u2019est l\u2019abrogation d\u2019une loi passée en 1887.Nous n\u2019avons pas ici à traiter d\u2019une question de droit ; ce n'est pas le but de cette réunion.Nous sommes ici pour décider s\u2019il faut abroger une loi passée en 1887, et non pour redresser les griefs que certains peuvent avoir soufferts. \u201c CORPORATION SOLE \u201d 47 C\u2019est toute la question qui est soumise à votre comité et il faut d\u2019abord savoir si vous êtes compétents à agir dans l\u2019espèce.Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une question de dollars et de cents.M.Dupré vous demande : \u201c Qu\u2019est-ce que l\u2019on a fait de l\u2019argent collecté dans les églises ?\u201d Or, nous prétendons que le remède à cette situation doit venir des cours de justice et non de la Législature.On prétend qu\u2019il y a eu abus de confiance, si l\u2019argument des proposeurs est fondé; on a alors le droit de demander aux cours de justice de nommer un receveur pour la dissolution de la corporation.Au lieu de cela on vous demande de modifier la loi générale.Mais je veux revenir à la proposition exacte que je veux défendre devant ce comité.Lisons d\u2019abord la loi qu\u2019on vous demande d\u2019abroger : Loi constituant en corporation \u201cl\u2019Evêque eatholique romain de Portland et ses successeurs \u201d\u2019 Le Sénat et la Chambre des Représentants à La Législature, en session, décrètent ce qui suit : Sec.1.L\u2019évêque catholique romain actuel du diocèse de Portland, et ses successeurs en office, sont, par la présente loi, constitués en un corps politique et incorporé sous les nom et titre de \u2018\u2018 L\u2019Evêque catholique romain de Portland,\u201d et sous ce nom le dit évêque et ses successeurs en office seront connus et se succèderont, avec tous pouvoirs, droits et privilèges prescrits, et sujets à toutes les obligations qu\u2019im posent les statuts généraux de l\u2019Etat.Sec.2.La dite corporation aura droit de recevoir, prendre et posséder par vente, don, bail, testament ou autrement, des biens, meubles et immeubles de toute description pour des fins de charité, d\u2019éducation, d\u2019inhumation, de religion et de culte, de les gérer et d\u2019en disposer sous toute forme de transport ou cession légaux conformément à la discipline et au gouvernement de l\u2019Église catholique romaine, avec plein pouvoir et pleine autorité d\u2019emprunter de l\u2019argent et de transporter par contrats d\u2019hypothèque.Voici, messieurs, la loi qu\u2019on vous demande d\u2019abroger.Y est-il question de collecte, etc.?C\u2019est seulement une question de bon sens, complètement étrangère à la question des collectes et des collecteurs.Avant que la corporation fût organisée la propriété était 48 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE entre les mains de l\u2019évêque.Lorsque ce dernier entrait en fonction il lui fallait faire un testament laissant toute la propriété à son successeur.Il y avait toujours danger qu\u2019un évêque mourût sans laisser de testament ce qui aurait pu amener de graves complications.Puis la \u201c Corporation Sole\u201d n\u2019est rien de nouveau en ce pays.Elle existe dans la Nouvelle-Angleterre, comme dans tout le Maine.L\u2019accusation que l\u2019évêque a hypothéqué la propriété est fausse.L\u2019évêque, à son titre de corporation simple (Corporation Sole) a donné son billet et emprunté de l\u2019argent.Le bill qu\u2019on propose est inconstitutionnel.Il cherche a abolir une corporation, à enlever une propriété à une corporation pour la donner à une autre.Ceci est inconstitutionnel et il est inutile de le discuter plus longtemps.Cette loi donne à cinq hommes quelconques le droit de diviser et de prendre possession de toute la propriété de l\u2019église dans une période de 7 jours.Les lois de l\u2018Etat donnent à une corporation trois ans pour régler ses affaires.La \u201c Corporation Sole\u201d a donné de nombreux billets aux banques.Vous pouvez prendre une propriété à quelqu\u2019un et la donner à un autre.Du moment que cette corporation est dissoute il n\u2019y a plus personne à qui donner les titres de sa propriété.Supposez qu\u2019on mette fin à une propriété paroissiale, où va le titre ?Il est dans l\u2019air, il disparaît.M.Dupré trouve à redire parce qu\u2019il ne sait pas où est allé l\u2019argent des paroisses.Que pensera-t-il d\u2019une loi qui ne dit pas où va la propriété ?Cette loi n\u2019affecte pas toutes les églises\u2014elle n\u2019affecte pas les Méthodistes, les Congrégationalistes.Elle n\u2019affecte que les catholiques.Si l\u2019on proposait une loi affectant toutes les églises, elle pourrait être constitutionnelle, mais pas celle-ci ! Pour ce qui est du côté légal de la question, les propo- seurs ne se sont pas adressé à la bonne place, ils auraient dû s\u2019adresser à une Cour d\u2019équité.M.Foster, l\u2019avocat des proposeurs dit que la propriété des proposeurs a été enlevée.Mais toutes les propriétés sont encore ici dans l\u2019Etat du Maine.On n\u2019en a rien enlevé. \u201c CORPORATION SOLE\u201d 49 M.Foster dit encore que le pouvoir de l\u2019évêque est 1lli- 1 mité.Tout ce pouvoir est limité.4 M.Snow déclare ensuite qu\u2019il veut faire entendre quel- i ques témoins.Il présente Mgr McDonough, grand vicaire du diocése.(A suivre.) | :0: E [ \u2019aube nouvelle | i \u2014_\u2014 Bt Le feu pâli se meurt dans la cendre entassée ; La lampe qui veilla toute la nuit s\u2019éteint ; Eb Le but tant désiré n\u2019est pas encore atteint, E Mais le sommeil s\u2019abat sur sa tête lassée.Ecarte tes volets; l\u2019ombre s\u2019est dispersée ; Tandis qu\u2019en ta maison pénètrent le matin Et l\u2019air vivifiant de l\u2019Océan lointain, La force et la clarté rentrent dans ta pensée.Tu te redresses prêt à des efforts nouveaux.Elle viendra pourtant, la fin de tes travaux; Les lueurs d\u2019ici-bas te manqueront peut-être : Plus de flambeaux ardents ni de foyer vermeil ; Prie, ouvre l\u2019âÂme au ciel, à l\u2019aube la fenêtre : : Tu ressusciteras à l\u2019éternel soleil.Vega.EE EN SE EVENE EI RP ES RE NN L\u2019ACTUALITE.[a Guerre Îtalo- l'urque et la France Les Italiens sont des gens heureux.Ils étaient, il y a cinquante ans, assoiffés de liberté.Après des siècles de divisions stériles, leurs belles cités, Palerme, Naples, Livourne, Gênes, Milan, rêvaient une féconde et forte union.Notre pavillon aux trois couleurs était, pour ces villes éprises d\u2019indépendance, la bandiera di libertä.C\u2019est cette bannière libératrice qui vint donc, à point nommé, les affranchir.A l\u2019Italie nouvelle, il manqua bientôt la puissance.Nous ne pouvions point la lui donner, ayant perdu nous-mêmes, à batailler au delà des Alpes, le reste de nos forces.Mais I\u2019Allemagne était la.Après Sedan, c\u2019est vers l\u2019Allemagne que les Italiens devaient se tourner : eile seule donnerait à leur existence nouvelle sa consécration et les ferait admettre un jour dans les conseils de l\u2019Europe.ils se firent donc, contre nous, les amis des Allemands et devinrent, suivant leurs rêves, une grande puissance.Le temps passa.À leurs intéréts politiques, ils avaient d\u2019abord tout sacrifié.eve- nus forts, ils songèrent à s\u2019enrichir.La guerre de tarifs avec la France les ruinait : ils s\u2019adressèrent donc à la France, qui se hâta d'oublier ses rancunes et de traiter avec eux.Une prospérité inoule revint aussitôt dans la péninsule.Riches, puissants, affranchis à l\u2019intérieur, ils entendirent, par surcroît, ne dépendre, au debors, de personne.Ils voulurent être les maîtres de leurs alliances et la protection de l\u2019Allemagne leur pesait.Pour secouer ce joug, ils avaient une ressource, qui était de reconquérir bruyamment l\u2019amitié de la France.Alors ils nous ont tendu la main et nous, peu satisfaits de la leur serrer avec effusien, nous leur avons donné comme gage de nos sentiments nouveaux, la Tripo- litaine. LA GUERRE ITALO-TURQUE ET LA FRANCE 51 Qui se souvient, en France, des événements de I900- 1901 ?Il y eut, il y a onze ans, une heure de touchantes effusions entre la France et l'Italie.Le 14 décembre 1900, M.Prinetti, ministre des Affaires étrangères d\u2019Italie, répondant à un député, qui l\u2019avait interrogé au sujet de troubles signalés à Tripoli, faisait devant la Chambre cette décla- tion.\u201cLes relations amicales de la France et de l\u2019Italie sont devenues telles, qu\u2019elles ont permis aux deux gouvernements d\u2019échanger des explications, aussi nettes que satisfaisantes, sur leurs intérêts dans la Méditerranée.\u201d Et, quelques jours plus tard, M.Delcassé vint, dans la forme inattendue d\u2019une interview au Giornale d'Italia, apporter des affirmations positives.Par lui nous apprîmes qu\u2019il s\u2019agissait à la fois, dans cette affaire, de la Tripoli- taine et du Maroc, les Italiens ayant obtenu notre assentiment à leurs entreprises éventuelles sur Tripoli, en échange de leur abstention dans tout l\u2019ouest africain.Ainsi, contre le Maroc, qu\u2019ils ne nous donnaient point et sur lequel ils n\u2019avaient ni droits ni possibilité d\u2019acquérir Jamais l\u2019ombre d\u2019un droit, nous leur offrions la Tripolitaine, qui, certes, n\u2019était pas à nous, mais que nous avions sous la main et dont nous étions parfaitement maîtres de leur permettre ou de leur interdire l\u2019accès.Les Italiens avaient gagné une belle partie.Ces roués, qui n\u2019étaient rien, rêvaient peut-être de devenir les maîtres de l\u2019Europe.Jusque-là Français contre l\u2019Allemagne ou Allemands contre la France, ils seraient à l\u2019avenir Italiens contre tout le monde.L\u2019exemple'de l\u2019Angleterre les hantait.Ils admiraient la splendide solitude de ces insulaires et le terme de leur ambition, c\u2019était de garder, eux aussi, un superbe isolement dans leur péninsule.* * * La Tripolitaine est donc, bel et bien, un cadeau qui fut fait gratuitement par la France à sa sœur latine.C\u2019est, à vrai dire, un désert brûlant et désolé.De la Tunisie à l\u2019Egypte, c\u2019est, tout le long de la mer, la plaine basse, dé- 52 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE roulant à perte de vue ses steppes et ses sables ; à l\u2019intérieur, c\u2019est, de l\u2019occident à l\u2019orient, la chaîne montagneuse du Djebel, escarpée, stérile, éclatante de lumière.Dans la plaine, les Arabes poussent leurs troupeaux.Cà et là, l'immense mer de sable est coupée d\u2019oasis.Des villages sont cachés au milieu des palmiers; toute une population de femmes laborieuses et d\u2019enfants aux mines éveillées vit autour des sources limpides.Ces oasis malheureusement sont elles-mêmes envahies peu à peu par les sables, que le vent amoncelle autour d\u2019elles.La plus belle, celle de la Mechiya, qui avoisine Tripoli, est particulièrement atteinte par cette désolante invasion.Or, les oasis sont, à elles seules, tout le pâys; dès qu\u2019on quitte ces îlots de verdure, c\u2019est pour retrouver les dunes mouvantes de l\u2019éternel désert.À I00 kilomètres au sud, dans la montagne, vivent d\u2019étranges êtres.Les Berbères de cette région n\u2019habitent point sous la tente comme les Arabes de la côte, ou dans de fraîches cabanes pareilles à celle des oasis : ils ont miné le sol et leurs villages sont des taupinières.Le bois manque à ces déshérités pour la construction des maisons ; ils ne peuvent ni travailler la pierre, trop dure, ni se servir, pour faire du ciment, de l\u2019eau, trop précieuse; alors ils ont creusé dans la marne des puits de 6 à 7 mètres de diamètre.Le fond sert de cour et le long des parois s\u2019ouvrent des galeries voûtées, qui sont les chambres où l\u2019on vit, les magasins où l\u2019on amasse les récoltes, l\u2019orge, les olives, les figues, les dattes, la cire et le miel.Tout le pays est d\u2019ailleurs misérable.Sur une superficie de plus de I million de kilomètres carrés, il y a une seule ville digne de ce nom : c\u2019est Tripoli.Mais Tripoli est, à un certain point de vue, une place de premier ordre, qui vaut, à elle seule, la plus vaste colonie, et les Italiens finalement n\u2019ont pas fait une si mauvaise affaire en jetant leur dévolu sur ce méchant port, isolé dans un désert.Un coup d\u2019œil jeté sur la carte de l\u2019Afrique suffit, en effet, pour constater que le débouché direct du Soudan et de tout le centre africain dans la Méditerranée ne sera jamais, a LA GUERRE ITALO-TURQUE ET LA FRANCE 53 quoi que nous fassions, Alger ni Tunis, mais Tripoli.Le golfe de la Syrte, en échancrant profondément la côte tri- politaine, la rapproche singulièrement des centres commerciaux du désert, économisant aux caravanes plus de I00 lieues.En leur livrant un empire désolé, rebut du nord- africain, c\u2019est donc la clef même de l\u2019Afrique centrale que nous avons donnée aux Italiens.Quoi qu\u2019il en soit, les intérêts commerciaux sont encore secondaires auprès de certains autres.Oublions donc que les Italiens sont à la veille de devenir, par notre faute, nos concurrents victorieux dans l\u2019exploitation du trafic transsaharien.Oublions aussi qu\u2019une mince partie de la Tripoli- taine, la Cyrénaïque, est une des terres les plus fécondes qui soient.Laissons, sans montrer d\u2019amertume, nos amis trafiquer et coloniser.Il faut bien que chacun ait sa place au soleil.Ce qui est intolérable, c\u2019est de songer que, maîtres désormais de la côte comprise entre l\u2019Egypte et la Tunisie, les Italiens vont occuper, dans le bassin oriental de la Méditerranée, une situation stratégique de premier ordre, que nous pouvions ambitionner pour nous-mêmes, ou, tout au moins, ne pas laisser prendre par d\u2019autres.On ne cesse de répéter, même en France, que l\u2019Afrique du Nord doit ne nons appartenir que pour moitié et que nous devons nous réserver la partie occidentale de la côte, laissant à nos rivaux Anglais, Turcs, Italiens, l\u2019autre partie.On oublie ainsi que la Méditerranée orientale, c\u2019est proprement, en vertu de la tradition même, la Méditerranée française, c\u2019est-à-dire celle des rivages levantins où nous avons, de tout temps, exercé notre protectorat.Notre pavillon a sa place dans les eaux bleues qui sont la route des Echelles.Or, dans tout cet important bassin, dont il est juste de dire que nous tenons l\u2019entrée par Bizerte, nous n\u2019avons pas un dépôt de charbon, pas un point d\u2019appui pour nos croiseurs, pas le plus mince abri pour des torpilleurs.L\u2019Angleterre, naguère encore, n\u2019y possédait rien non plus.Longtemps elle n\u2019a occupé que les deux extrémités de l\u2019autre bassin, avec Gibraltar et Malte.Or, elle est à CR TA So 54 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Chypre aujourd\u2019hui et elle tient l\u2019Egypte.L\u2019Italie aura demain, sur la côte tripolitaine, Tobruck, le plus beau port naturel de toute la côte d\u2019Afrique.Avant peu d\u2019années, la prépondérance stratégique de l\u2019Angleterre et de l\u2019Italie sera donc écrasante dans ces mers du Levant.où nous avons tant et de si graves intérêts engagés.Un moment, on a pu croire que nous trouverions à Myti- lène le poste de choix dont nous avons besoin pour faire respecter, dans les eaux turques, nos trois couleurs.L\u2019envoi devant l\u2019antique Lesbos d\u2019une division de l\u2019escadre de la Méditerranée avait rempli, on s\u2019en souvient, d\u2019espoir et d\u2019émotion tous ceux qui savent quel rôle prépondérant pourrait encore jouer la France dans ces régions, si elle voulait.Il paraissait évident que nous saisirions un gage territorial, et qu\u2019enfin nous posséderions là-bas la base d\u2019opération nécessaire.Ni l\u2019Angleterre, qui s\u2019est emparée de Chypre, ni l\u2019Allemagne, qui venait justement de planter son pavillon, sans autre forme de procès, sur l\u2019archipel turc des îles Farsan, dans la mer Rouge ; ni la Russie, notre alliée, n\u2019auraient pris contre nous, si nous avions été plus fermes dans nos résolutions, la défense du sultan.Seule peut-être l'Italie eût mis quelque mauvaise grâce à nous laisser faire.Mais que pouvait, toute seule, l\u2019Italie contre nous ?La Tri- politaine était d\u2019ailleurs là.dont nous pouvions à ce moment lui parler.Cependant nous avons quitté les eaux turques, abandon- donnant le précieux gage.La faute est commise : il faut l\u2019oublier.On peut seulement rapprocher, non sans amertume, l\u2019insouciance que nous avons montrée là pour nos intérêts stratégiques dans le Levant, de l\u2019empressement avec lequel nous avons pourvu à ceux des Italiens.La Tripolitaine, débouché naturel de tout le trafic du centre de l\u2019Afrique, position stratégique de premier ordre dans le bassin oricntal de la Méditerranée, est, en outre, le trait d\u2019union entre la Barbarie et l\u2019Egypte et nous aurions dû, à ce troisième titre, plus encore qu\u2019aux deux autres, nous garder de la donner à qui que ce fût.Tout le long de la plaine sablonneuse, qui, nous l'avons ll LA GUERRE ITALO-TURQUE ET LA FRANCE 55 vu, longe indéfiniment la mer depuis notre frontière tunisienne jusqu\u2019au Nil, des oasis nombreuses et soignées forment une véritable ligne d\u2019étapes, fréquentée jadis par les pèlerins du Maroc, d\u2019Algérie, de Tunisie, qui se rendaient à la Mecque.Il y a là, reliant la Barbarie à l\u2019Orient, une sorte de chaussée stratégique, susceptible de devenir un jour une route militaire de premier ordre.C\u2019était jadis la voie des invasions musulmanes vers l\u2019Occident ; ce pourrait être demain pour nous, si nous voulions, le chemin de l\u2019E- gypte.Il faut songer que nous sommes, au point de vue de l\u2019industrie navale, à l\u2019époque des profondes révolutions.Les lourdes escadres, qui donnent encore à l\u2019heure présente la maîtrise de la mer, n\u2019auront peut-être pas toujours la même valèur militaire.Les sous-marins, malgré l\u2019inévitable imperfection des œuvres nouvelles, ont montré déjà que les parages fréquentés par eux cesseraient tôt ou tard d\u2019être navigables pour les gros navires.Pas plus que les hommes ne se baigrent dans les eaux infestées de requins, les cuirassés ne s\u2019aventureront à l\u2019avenir dans celles où pourront évoluer des navires submersibles.Il y aura ainsi, le long notamment de toutes les côtes françaises ou relevant de la France, une zone de défense absolument infranchissable, allant jusqu\u2019à 250 ou 300 milles au large.En même temps, le croiseur, qui représente, à côté de la force brutale du cuirassé, la force intelligente, souple et vive, fera la guerre aux navires de commerce.Nous sommes donc peut-être à la \u2018veille de reprendre quelque avantage sur nos rivaux, notamment sur les Anglais, naguère invincibles.Frappés dans leurs richesses, c\u2019est-à-dire au cœur même, obligés de disperser leurs forces pour la protection des grandes voies commerciales, ceux-ci n\u2019auront même plus la ressource d\u2019attaquer nos rivages, devenus invulnérables et redoutables au suprême degré.Pour nous, délivrés du souci d\u2019engager sur mer d\u2019inutiles et ruineuses batailles rangées, nous pourrons enfin porter hardiment le combat sur la terre, où les Anglais ont suffisamment montré qu\u2019ils ne seront jamais les plus forts. 56 LA REVUE FRANCO-AMYÉRICAINE Malheureusement, nos points de contact avec eux sont en petit nombre.L\u2019Egypte était, à cet égard, une des rares parties du globe où il nous était possible de les aller surprendre.De l\u2019Algérie et de la Tunisie, une armée d\u2019invasion eût pu se ruer, à travers la Tripolitaine, jusqu\u2019au Nil.La route est longue, certes.Mais 2,500 kilomètres ne sont pas pour effrayer des soldats d\u2019Afrique et, tandis que nos croiseurs auraient porté la ruine sur le marché anglais, nos troupes eussent frappé au Caire, à Alexandrie, au pied des pyramides, de glorieuse mémoire, un coup à terrasser le plus rude ennemi pour toujours.Il n\u2019en sera pas ainsi, puisque les Italiens, demain, seront à Tripoli, nous barrant la route.La France s\u2019est montrée généreuse : c\u2019est très bien fait.Mais vraiment ses générosités commencent à ressembler fort à des prodigalités, et l\u2019on me pardonnera d\u2019avoir mis à le constater quelque amertume.Les Anglais, ont, d\u2019ailleurs, admirablement compris quel éminent service nous leur avons rendu là.Ils se gardent, pour 'eur part, d\u2019empêcher la conquête de la Tripolitaine par les Italiens.Des journaux ont pu montrer, au premier moment quelque dépit du rapprochement des deux nations latines.Pas un n\u2019a protesté contre notre assentiment aux vues de nos nouveaux amis sur le nord de l\u2019Afrique,\u2014ce qui nous amène, en passant, à constater que, la sympathie de l\u2019Angleterre étant, d\u2019avance, acquise à leurs projets, notre avis avait le prix exceptionnel d\u2019une approbation définitive, emportant le dernier obstacle.La résistance des Turcs, au surplus, ne retardera nulle- * ment la conquête, si les Italiens font en sorte de l\u2019entreprendre sérieusement.On a quelque peu parlé, dans les journaux, des garnisons ottomanes éparses dans la culonie.Le sultan entretient là 30,000 hommes, qui ne se rendront certes pas sans combats acharnés.Mais si l\u2019armée d\u2019invasion ne doit pas s\u2019attendre à faire, comme nous en Tunisie, une simpie promenade militaire, nos voisins ne retrouveront pas non plus, sur cette côte sans défenses naturelles, LT LA GUERRE ITALO TURQUE ET LA FRANCE 57 les désastres abyssins.Les soldats du sultan sont, à la vérité, d\u2019assez pitoyables hères.Dans les rues de Tripoli, on les voit par bandes engueniilées, marchant pieds nus ou chaussées de souliers crevés, n\u2019ayant point tout l\u2019uniforme, mais seulement la veste ou le pantalon.Ils vont, parcourant les marchés et se procurant, çà et là, leur nourriture.Beaucoup, pour gagner quelque argent, se font, en dehors des exercices, commissionnaires ou porteurs d\u2019eau.Vraiment, si les Italiens ne viennent pas à bout de ces gens-là, ce sera leur faute.En conscience, nous pouvons, sans attendre les événements, considérer que le cadeau est fait.La Revue Française, Paris, 24 sept.I9II.Antoine Redier. CHRONIQUE FINANCIERE.Les Mines De tous les placements c\u2019est peut-être celui-là qui, tout en offrant le plus de séduction, inspire quand même le plus de défiance au capitaliste.C\u2019est là surtout que le petit capitaliste\u2014plus pressé et surtout plus impatient de réaliser de gros profits à courte échéance\u2014risque le plus et aussi qu\u2019il se fait le plus souvent tromper.Trompeur comme une mine! Ce dicton est connu tout aussi bien qu\u2019en est le pendant : riche comme une mine ! Au reste, les mines sont tout à fait comme l\u2019occasion qu\u2019il faut saisir par les cheveux, en s\u2019assurant bien de ne pas tenir une perruque.Mais pourquoi tant de gens se font-ils exploiter dans de prétendues entreprises minières ?À cette question que je posais à un mineur, j\u2019obtins la réponse suivante : Dans la province de Québec, cela est dû à diverses causes dont Ja principale est, à n\u2019en pas douter, l\u2019ignorance a peu près complète de la population sur ce genre d'opérations.Et ce ne sont pas assurément les énormités publiées par nos journaux sur ce sujet qui amélioreront cet état de choses.Ajoutez à cela l\u2019indifférence du gouvernement de la province envers le prospecteur, l\u2019incompétence de 057, de ceux qui s\u2019occupent des mines et n\u2019obtiennent ou\u2019un lamentable fiasco là où ils ont trouvé tous les éléments du succès ; cette disposition instinctive du plus grand nombre à rêver plutôt qu\u2019à réfléchir et qui les rend une proie facile de tous les agents hardis, aux gestes nerveux et au verbe élevé, qui vendraient des mines dans la lune si on leur offrait une commission raisonnable.Et pourtant les mines offrent encore un des placements les plus rémunérateurs\u2014ils sont de tout premier ordre si l'on a à faire avec une mine d\u2019or ou d\u2019argent.1 LES MINES 59 Les avantages offerts par la province d\u2019Ontario sont tout particulièrement intéressants.L'histoire de Cobalt est là pour nous l\u2019apprendre.Il y a de ce côté-là d\u2019excellents placements a faire; important est de les découvrir.On peut y arriver par divers moyens.A part la confiance que l\u2019on peut, que l\u2019on doit accorder à l\u2019annonce lue dans un journal sérieux, honnête et compétent, à part les renseignements que l\u2019on peut obtenir de ses amis sur la nature des propositions qui nous sont faites, il est certaines mesures de précautions dont on aurait tort de s\u2019écarter : 1° Par quels moyens l\u2019agent qui veut vous vendre des actions de mine s\u2019est-il introduit chez vous ?2° Est-il un mineur compétent ?3° Vous promet-il plus de beurre que de pain ou tout simplement des profits réalisables en se basant sur ce qui a été fait de mieux par les compagnies les plus prospères.4 La compagnie qu\u2019il représente est-elle administrée économiquement ; a-t-elle eu de gros accidents qui lui ont occasionné des frais supplémentaines, combien a-t-elle d'actions dans son trésor ?etc, etc.Nous reviendrons, du reste, sur ce sujet.L'industrie minière est une des plus importantes de la province de Québec; il suffit de le faire voir au public.C\u2019est une tâche qui a été admirablement remplie jusqu\u2019ici par les journaux d\u2019Ontario pour leur province.Pourquoi n\u2019en ferions-nous pas autant chez nous ?Pour sa part la Revue Franco-Américaine entend consacrer a cette question quelques pages chaque mois.C'est un département nouveau qui non seulement ne manquera pas d'intérêt mais qui, surtout, est appelé à rendre de précieux services à nos compatriotes.J.=A.Lefebvre.a EH pest a : .Un développement \u2014 Le \u201cGaulois\u201d Nous avons annoncé dans le dernier numéro de la Revue la publication prochaine du \u201c Gaulois,\u201d hebdomadaire\u2014 politique, littéraire, artistique.C\u2019est le développement na- tarel de l\u2019œuvre entreprise il v a quatre ans par la Revue Franco-Américaine.Que cette œuvre ait été utile, les résultats obtenus ne nous permettent plus d\u2019en douter.Grâce au précieux encouragement de nos amis, nous avons pu voir ce que peuvent exercer d\u2019influence salutaire sur l\u2019opinion des amis comme chez des ennemis, quelques travailleurs groupés autour d\u2019une publication vengeresse que ni la crainte ni l\u2019intérêt n\u2019arrêtent, qui arrache les masques et déchire les voiles sans se préoccuper des figures que la vérité surprendra derrière.Nous avons, depuis vingt ou trente ans, exploré des champs trop vastes; nous nous sommes engagés, comme race, sur des routes trop diverses pour que nous n\u2019ayons jamais commis d\u2019erreurs, pour que les routes suivies soient toutes également bonnes.C\u2019est à l\u2019examen de cette situation que nous nous sommes attachés, et vous nous êtes témoins de la lumière abondante que nous avons versée sur des plaies qui saignent le plus pur de nrtre sang, des avertissements que nous avons placés à l\u2019entrée des routes tortueuses, si elles paraissent plus faciles, où l\u2019intérêt, l\u2019ambition, les appétits, poussent à rangs pressés ceux que nous étions tentés de prendre pour des héros et qui n\u2019étaient, le plus souvent, que les tristes champions de notre imprévoyance nationale.Et pour juger de notre vraie condition le meilleur moyen est encore de mesurer notre faiblesse à l\u2019audace de nos ennemis.Mais le mal ne serait déjà pas si grand si nous pouvions en limiter la constatation à la découverte de 1h UN DÉVELOPPEMENT.\u2014LE \u201c GAULOIS \u201d 61 quelques documents poudreux arrachés des mains des conspirateurs.Il y a par-dessus tout cela\u2014et c\u2019est bien ce qui a couvert du secret officiel tant d\u2019intrigues dirigées contre nos institutions et nos plus précieuses libertés\u2014il y a pardessus tout cela cette fausse mentalité, ce tempérament d\u2019esclave, qui en est sorti, qui pousse un si grand nombre de Canadiens-français à croire que leur état de minorité leur enlève jusqu\u2019au droit de dire qu\u2019on les vole quand, sous leurs yeux, quelques chauvins, aidés de quelques opportunistes, déchirent les traités les plus solennels.Aussi bien le grand danger vient-il moins du fait que nous sommes une minorité que de ce que nous nous montrons dans trop de circonstances une minorité faible, désunie, sans détermination.Je ne rappellerai pas ici les circonstances où, avec des moyens plus nombreux, nous avons reculé devant des situations qui trouvèrent les pères de nos libertés politiques irréductibles et vainqueurs.Je ne veux même pas tenter de faire le bilan canadien-français sous les deux régimes qui se sont succédés à Ottawa depuis la Confédération.On m\u2019accuserait de broyer inutilement du noir.Du reste, le changement de régime qui date du 21 septembre dernier, sans calmer nos appréhensions, vient d\u2019ouvrir un champ nouveau à notre observation.Même, je crains bien d\u2019avoir poussé trop loin cette digression quand je voulais me borner à annoncer aux amis de la Revue l\u2019entreprise nouvelle qui doit compléter son œuvre.Pour ce qui est de la Revue elle-même, on comprend que je ne veuille pas entreprendre de la juger.Je ne serais pas impartial.C\u2019est une besogne qu\u2019il appartient à d\u2019autres d\u2019accomplir.Et, je l\u2019ai déjà dit, la forte sympathie qu\u2019on n\u2019a pas cessé de nous montrer depuis trois ans est bien l\u2019éloge sur lequel nous comptons le plus.Plutôt soucieux de remettre en lumière certains idéaux que les tendances matérialistes de notre époque et de notre milieu laissaient tomber en désuétude, nous avons moins songé à imprimer une direction nouvelle à la politique de 62 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE notre pays qu\u2019à réveiller les énergies, à dérouiller les consciences, à grouper autour des institutions menacées les bonnes volontés et les dévouements accessibles au souci patriotique.En cela notre travail ne fait que commencer.Jusqu\u2019aujourd\u2019hui, on a pu le constater, nous nous sommes surtout appliqués, en jetant les bases d\u2019une solide documentation, à ravitailler les groupes placés au front de bataille, à distribuer des armes aux recrues, à dévoiler les plans insidieux et toujours soigneusement préparés de l\u2019ennemi.Ce travail n\u2019est pas fini, mais il est assez complet pour que nous songions à lui en associer un autre qui prouve sa nécessité et lui fasse produire les fruits attendus.Nous allons désormais prendre l\u2019offensive, ce qui est encore le meilleur moyen de nous défendre.Et sur ce point comme sur tous les autres, nous tâcherons de mériter la confiance et de justifier les encouragements qu\u2019on nous a donnés.Nous avons plusieurs fois fait appel à la générosité, au dévouement de nos amis.Ces appels nous les ferons encore ; c\u2019est à ce prix seul que nous avons pu donner à notre institution de solides assises.Des projets élaborés avec soin, société de publication ou association de protection, prendront, dans le cours de l'année, une forme définitive et apporteront à l\u2019œuvre commune le précieux appoint d\u2019une organisation complète, d\u2019une puissance d\u2019action mieux aguerrie.Le \u201c Gaulois\u201d que nous fondons ne vise pas à autre chose qu\u2019à la réalisation plus rapide et plus complète de tous ces projets.J.-L.K.-Laflamme.EL) Montcalm Poème lu par l\u2019auteur, à Quebec, au pied du monument, le jour du dévoilement, le 16 octobre 1911.Tout pres d'ici, tout près du sol que nous foulons, Altier comme Québec debout sur sa falaise, Plein du feu des Klébers et des Timoléons, En voulant rallier ses fougueux bataillons, Montcalm tomba, frappé par une balle anglaise.Montcalm tomba, vaincu par le destin jaloux ; Mais sa \u2018défaite fut glorieuse et féconde, Et son nom, radieux et caressant pour nous, Et que nous devrions répéter à genoux, Comme un flambeau divin éclaire tout un monde.Oui, sa défaite fut féconde sous nos yeux, Et le sang qu\u2019il versa dans la plaine voisine, O miracle ! baigna tout le sol des aïeux, V fit croître et fleurir des rejetons nombreux, Dont nul soc meurtrier n\u2019atteindra la racine.Qui, grâce à sa valeur, grâce à son dévouement, Le fier triomphateur respecta notre race, Et, sous le sceptre anglais, nous portons hardiment, Pour repousser l\u2019entrave et l\u2019asservissement, La loyauté pour lance et la foi pour cuirasse.La gloire de Montcalm ignore tout déclin.Toujours elle grandit, comme croît la lumière, Comme dans un ciel pur le soleil du matin, A mesure qu\u2019il monte à l'horizon lointain, Verse plus de rayons éclatants à la terre. LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Et tant que vers la mer le fleuve souverain, Qui vit combattre et choir l\u2019immortel capitaine, Roulera ses flots d\u2019or, forte comme l\u2019airain Qui nous montre aujourd\u2019hui son front vaste et serein, Sa mémoire vivra dans l\u2019âÂme canadienne.Son premier revers fut un suprême succès ; Ft quand on le coucha dans le sol qu\u2019une bombe Avait ouvert non loin d\u2019un bastion français, Le feu d'une rancœur séculaire à jamais S\u2019ensevelit avec le guerrier dans sa tombe.Tel Wolfe terrassé dans l\u2019âpre engagement Qui décidait du sort d\u2019un peuple à la mamelle, Par sa mort Montcalm a, sous notre firmament, Commencé l\u2019union qui lie étroitement La puissante Albion à la Gaule inmortelle.Et pendant que, pieux, monte vers le héros L'hommage de la vieille et fière capitale, Peut-être les vaillants et glorieux rivaux Cherchent-ils, réveillés en leurs sombres caveaux, A se serrer la main dans l'ombre sépulerale.Il semble que l\u2019un d\u2019eux nous dise en ce moment : \u2014 Puisque Dieu veut qu'ici des races étrangères D\u2019un empire nouveau jettent le fondement, Formez, mariant l\u2019or.pur au pur diamant, De deux peuples naissants un grand peuple de frères ! Sentant couler en vous le sang noble et fécond Que prodiguèrent, plein d\u2019une ardeur sans rivale, Les hardis descendants du Franc et du Saxon, Efforcez-vous, les yeux sur le même horizon, De cimenter partout l\u2019\u201cEntente cordiale !\"\u2014 0: Les deux Filles de Maitre Bienaimé (SCENES NORMANDES) PAR Marie Le Miere (Suite.) \u2014Ah ! tu crois.tu crois quelle l'aurait endoctrinée ?fit Maître Bienaimé, bondissant ; si je savais ça.je te garantis bien.\u2014Non, je ne le crois pas, répondit l\u2019abbé Brissot en le calmant du geste.Je ne puis pas le croire.Mais ses manières, ses idées, son histoire et tout.Tu me comprends.Puis ils se rapprocherent d\u2019Eugène, tandis que Léa relevait une seconde fois la tête en voyant une ombre se projeter à ses pieds, sur le sable.\u2014.Alors, cela ne va pas comme vous voudriez ?Louis était près d\u2019elle, sous le noisetier séculaire dont les basses branches le touchaient au front.\u2014 Non, cela ne va pas du tout.Il fut frappé de cet accent mélancolique, de l'expression morne répandue sur cette physionomie, naguère si vivante.\u2014 II ne faut pas vous affecter, reprit-il doucement, ce serait bien pire.Mais.souffrez-vous donc, Léa ?\u2014Je ne souffre pas, je dépéris, murmura-t-elle, déchiquetant une feuille de noisetier.Que voulez-vous ?Ce qui devait arriver arrive.C\u2019est une maladie d\u2019ennui ; J'ai la campagne en horreur.Louis Chaumel pâlit légèrement, comme s\u2019il eût reçu un coup dans la poitrine.Loe Co - Feet CE Ars 66 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE \u2014Ah ! ne dites pas cela, vous me feriez trop de peine.Ce cri lui échappa si impétueusement qu\u2019il en fut étonné lui-même.Puis près d'elle maintenant, il continuait, d\u2019une Voix presque suppliante : \u2014 Vous ne le pensez pas.C\u2019est impossible, ce serait renier votre race, renier votre père ! Vous Léa, vous n\u2019aimeriez pas la terre où vous êtes née, où les vôtres dorment.C\u2019est un caprice, une imagination ; votre cœur n\u2019y est pour rien.Léa.voyons, Léa.Mais elle secouait la tête et ne regardait même pas celui dont le regard l\u2019eût peut-être éclairée.Pauvre enfant ! Etait- il possible ! se faire de pareilles idées à son âge, et se rendre malade à cause de cela ! Elle paraissait plus frêle en son attitude alanguie, avec ses deux petites mains abandonnées sur son tablier ; et pourtant son visage, où des lueurs de soleil voletaient comme des mouches lumineuses, ne demandait qu\u2019à sourire.Oh ! quel désir de la relever, de l\u2019orienter, de la défendre, désir encore irraisonné, mais d\u2019une indicible force, s\u2019émut au fond de ce coeur viril ! \u2014Vous, si gaie par nature, vous qui travailliez, cette année encore au milieu des faneuses une fourche à la main.\u2014Je m'étourdissais | On ne vit pas, ici, on y végète ! on n\u2019y respire pas, on y étouffe ! \u2014On y étouffe ! protesta Louis, se redressant d\u2019un bond juvénile ; mais sentez donc tout ce qui passe dans cet air -là ! Devant eux s'ouvrait une éclaircie radieuse ; un vent chaud apportait Podeur mielleuse des fleurs de sarrasin.Des nuages floconneux défilaient devant le soleil, faisant courir d\u2019immenses vagues d'ombre et de clarté sur le marais peuplé de troupeaux somnolents, sur toute cette terre encore verte malgré les ardeurs de la canicule.Des bruits d\u2019attelages emplissaient l\u2019étendue ; trois cloches, au loin, carillonnaient pour un baptême.\u2014 Mais regardez ! mais écoutez ! insistait Louis Chaumel.\u2014C\u2019est toujours pareil, fit Léa.RE LES DEUX FILLES DE MAÎTRE BIENAIMÉ 67 \u2014C'est toujours nouveau, répliqua le jeune homme.\u2014C\u2019est la mort ! \u2014 C\u2019est la vie ! Cette fois, elle le regarda, car jamais il ne lui avait parlé de la sorte ; l\u2019enthousiasme s'emparait de Louis, faisait monter à son visage son beau sang de terrien.\u2014La vie, on l\u2019enterd chanter dans le plus petit oiseau, on la voit mûrir dans la moindre plante.La vie ! ils s'en pénètrent, allez, ceux qui la cultivent par un travail si bon, si sain, un des plus nobles qu\u2019on puisse voir.\u2014 C'est vrai que la terre demande des forces, mais comme elle les conserve ! Vous ne trouvez pas que c\u2019est beau de travailler au grand air, en plein jour, sous le ciel d\u2019où le bon Dieu fait luire son soleil et tomber sa pluie ?C\u2019est bien là, dans les champs, qu'on sent la nécessité de prier matin et soir.C\u2019est bien là, dans le pays où les nôtres ont vécu, et où leurs traces se voient encore, que nous sentons nos relations avec eux, et l'obligation de suivre leurs exemples.Gardons l\u2019esprit de clocher.Léa ! On en a trop médit ; celui qui aime la petite patrie aime la grande , il aime aussi l'honneur, la vertu, tout ce que les siens ont aimé\u2026 Les mots, ardents, vibrants, s\u2019échappaient d\u2019eux-mêmes, sans qu'il cherchât à les retenir.Elle écoutait, surprise, vaguement remuée au point le plus inconnu de son âme, par la supériorité de cette intelligence et de ce caractère.Peut-être aussi sentait-elle passer près d\u2019elle un souffle nouveau.quelque chose de pur et de fort, dont ses lectures ne lui avaient jamais donné l'idée.Là-bas, le prêtre et le fermier, longeant la maison, causaient toujours, et derrière Louis, dans une allée voisine Mathilde étendait du linge sur un fil de fer soutenu par des poteaux.\u2014C\u2019est très beau, ce que vous dites, reprit Léa, du bout des lèvres ; mais le qualifierez-vous encore de noble, cet ouvrage si grossier, si vulgaire, auquel une femme doit se condamner ici ?Br ee ii 68 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE I recula d\u2019un pas.\u2014 De quoi parlez-vous ?De ce que font ma mère et ma grand\u2019mère ?De ce que ferait ma soeur, si elle vivait ?Léa, poursuivit-il plus doucement, en la voyant rougir, vous ne regardez que le petit côté des choses ! À travers l\u2019outil, l\u2019instrument plus ou moins vulgaire, comme vous dites, cherchez l'idée qui l\u2019ennoblit ! Pensez donc que vous continuez le passé, que vous préparez l'avenir ; en contribuant au bon fonctionnement de la ferme vous créez du bien-être pour ceux qui vous suivront.Vous contribuez, pour votre petite part, à des oeuvres tres grandes : le relèvement de la prospérité des campagnes, l'amélioration du sort des paysans.Et puisque vous êtes bonne chrétienne, pourquoi ne pas vous placer au point de vue chrétien, le plus haut de tous ?Mathilde approchait, lentement, à pas silencieux : les pièces de linge qu\u2019elle fixait sur le fil volaient autour d\u2019elle, comme des ailes blanches, au vent parfumé.Mais Louis ne pouvait s\u2019apercevoir de sa présence.Il continuait, réellement entraînant parce qu'il mettait au jour le fond le plus sacré de son âme, l\u2019idée maîtresse de son existenee, et aussi parce que, sans se l'avouer encore, il parlait sous l\u2019empire de ce sentiment dont Lacordaire a dit : \u201c Celui qui a aimé dans sa vie, a été vraiment éloquent, ne fût-ce qu\u2019une fois.\u201d \u2014Que de bien vous pourriez faire autour de vous, avec 1 votre nature expansive : \\os occupations vous rapprochent de certaines misères ; vous êtes en contact perpétuel avec de pauvres gens, à l'esprit peu éclairé.Que d'occasions de pratiquer toutes les charités, d'acquérir de l\u2019influence et de l\u2019exercer au profit de la bonne cause ! Voilà, j'espère, de quoi élargir votre horizon et vous faire accepter votre sort.Elle cillait comme devant une lumière qui lui eût blessé les yeux ; puis elle se renversa de nouveau, les deux mains croisées sous la tête, et demeura inerte un long moment.Vous êtes un fervent de la terre, chuchota-t-elle enfin.are LES DEUX FILLES DE MAITRE BIENAIMÉ 69 Qu'est-ce que vous penseriez alors si je m\u2019en allais un de ces jours.pour vivre à Paris ?\u2014 Vous, Léa ! Déserter ! .Il avait saisi l\u2019une des branches.Puis, lâchant brusquement le bois qui siffla au-dessus de lui : \u2014 C\u2019est un enfantillage reprit-il.Vous voulez rire ?.dites dites.Pourquoi feriez-vous cela ?\u2014Parce qu\u2019à Paris on se distrait, on s'amuse, articula-t-elle avec une sorte de bravade ; parce que je meurs d'envie de connaître des choses nouvelles, un monde différent de celui où j'ai toujours vécu ; parce que.Elle s'arrêta, car elle ne pouvait ajouter qu\u2019elle se trouvait trop jolie pour habiter Clairville ; mais déjà Louis s\u2019écriait : \u2014Et pour ces petits motifs-là, vous iriez troubler la paix de votre famille, abandonner votre poste, vous jeter à l\u2019aveugle, dans un milieu pour lequel vous n\u2019êtes point faite et dont vous ignorez tout ! \u2014 Merci bien! fit Léa, vexée.Je suis donc si campagnarde ?\u2014Eh ! certainement ; est-ce un tort, ou une déchéance ?Peut-on effacer le cachet de son origine ?Croyez-vous que je ne m\u2019honore point d\u2019être campagnard ?dit fièrement le jeune homme, regardant ses mains hâlées.Votre race et la mienne en valent bien d'autres, je suppose ; nous n'avons pas à en rougir.Mais il vit trembler les lèvres de la jeune fille, et il eut peur d\u2019avoir frappé un peu fort.\u2014 Léa, murmura-t-il en se penchant sur le fauteuil, je vcus ai parlé comme un vieil ami.Vous n\u2019étes pas fachée ?\u2014Je ne vous comprends pas, déclara-t-elle sèchement ; on voit pourtant des gens, pris de dégoût pour la campagne, aller à la ville.et y réussir.Louis devina qu'elle pensait à Mme Lagarde, et il répondit : \u2014J\u2019en conviens ; mais pour un qui réussit et dont on parle 70 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE combien d'autres qui échouent et dont on ne parle pas! D'abord il faudrait savoir si ceux qui chantent victoire ne sont pas, au fond, des vaincus.s'ils n'ont pas perdu la foi, par exemple, l\u2019honnêteté, la délicatesse, la santé même : toutes choses plus précieuses que la fortune et la situation qu'ils ont pu conquérir.\u2014 Alors, interrompit-elle, à vous entendre, on devrait blamer tous ceux qui s\u2019éloignent de leur village pour se faire soldats, médecins, commerçants, prêtres.\u2014Ah ! mais permettez, protesta Louis en souriant ; il y a des attraits sérieux, il y a des vocations.Vous voudrez bien convenir que votre.fantaisie ne rentre pas dans ces catégo- ries-là ! Ecoutez-moi, Léa, continua-t-il, redeveuant tres grave : votre place est dans votre monde ; ce serait mal à vous d'en sortir.Prenez garde : si vous alliez, du même coup, faire votre malheur et le malheur des vôtres ! Quand on détache un anneau d\u2019une chaîne, on brise l'anneau et on brise la chaîne.Et, dans le cas qui nous occupe, le bon Dieu ne se charge pas toujours de la réparation.De cet oeil brillant, de cette voix chaude, se dégageait une puissance de persuasion vraiment extraordinaire ; Léa, d'un geste enfantin, porta les deux mains en avant.\u2014Allez-vous en : je ne veux plus de vous! Je ne veux pas être convertie ! \u2014 lt moi, je veux vous convertir, répliqua Louis Chaumel avec une expression intense.J'ai même l\u2019idée que cela ne me sera pas tres difficile.Mathilde allait du jardin à la buanderie, de la buanderie à la cuisine ; vers onze heures, elle vit repasser l'abbé Brissot, essoufflé, tirant sa montre.\u2014Je vais manquer le tramway ! s\u2019exclama-t-il.C\u2019est de la faute de ce brave Louis Chaumel.Ah ! le bon garçon, le bon chrétien ! Nous avons causé tout à l'heure, en prenant un verre de cidre avec ton père ; la conversation est tombée sur les affaires actueiles.En voilà un qui ne se gêne pas pour Su _ \u2014\u2014\u2014 LES DEUX FILLES DE MAITRE BIENAIME 71 dire sa façon de penser ! Tu n\u2019étais pas là, ma fille ; c'est dommage ! » Mathilde n\u2019était pas surprise ; elle n\u2019ignorait point que son voisin était un véritable apôtre, qui propageait les bons journaux, combattait l\u2019alcoolisme, s\u2019entendait avec le curé de Clairville pour fonder une mutuelle agricole.Et comme il parlait, en effet ! Tantôt, auprès du noisetier, elle n'avait pas pu se défendre d\u2019écouter un peu.Les choses qu'il disait, elle les avait pensées bien des fois; mais elle n'aurait Jamais su les démêler une à une, ni surtout les exprimer si bien.Ah! il avait le droit de parler, celui-là, car il prêchait d\u2019exemple ! [l aurait pu devenir un monsieur de la ville, un notaire, un médecin, tout ce qu\u2019il aurait voulu! C'était par goût qu'il avait choisi la culture.II ne tenait pas seulement à la terre par intérêt, par hahitude, comme tant d'autres ; il l\u2019aimait.oui, comme on aime une personne ! Il aimait l'âme de la terre ! 11 avait consacré sa vie à défendre la terre, à la rendre plus belle et meilleure, à lui conserver des enfants.\u2014C\u2019est avec ces caractères-là qu\u2019on refait un pays ! déclarait l\u2019abbé Brissot en traversant la cour.Qu'est-ce que tu as, toi, ma, fille ?demanda-t-il subitement à sa nièce, qui l'accompagnait jusqu'au bas de la côte.\u2014 Rien, mon oncle.C'est-à-dire, je suis triste parce que vous vous en allez !.Certes, la réponse était parfaitement sincère ; mais peut- être, au fond, tout au fond du coeur de Mathilde, murmurait la parole qu\u2019elle s\u2019était répétée maintes fois, pour refouler des souffrances physiques : \u201c I] ne faut pas s\u2019écouter.\u201d VIFI L\u2019ASSEMBLEE Les feux de l'été embrasaient Clairville, desséchaient les abreuvoirs, faisaient taire les oiseaux ; la verdure perpétuelle PRIE OP PE EM SEE PES ITR ANT N % H ï : A a FE 72 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE du marais encadrait les chaumes ras, les sarrasins mûrs, les pommiers où perlaient déjà les pommes.Une couche de poussière donnait à la campagne un reflet blanc, et, dans le village assoupi, les roses trémières et les \u201c soleils \u201d penchaient leurs têtes lourdes par-dessus les murs dégradés.Cette langueur des choses rejaillissait sur Léa, qui remontait vers la ferme au retour d\u2019une messe matinale entendue à la paroisse voisine.Elle suivait la Vérelle, la jolie rivière qui glisse derrière les masures, se frôle presque au monticule ombreux de l'église, et, se détournant tout à coup, s'enfonce dans le marais, comme si, malgré sa paresse, elle bondissait de Joie devant cet immense espace lumineux ! Léa \u201c gardait,\u201d ce dimanche-là ; c\u2019était son tour ! Oh ! l\u2019intolérable ennui de rester des heures enfermée à surveiller le pot-au-feu ! Combien de temps faudrait-il se soumettre encore à tous ces vieux usages ridicules, ne laissant aucun jeu a la fantaisie, à la variété ! C'était un couvent, la Ctoserie\u2014si bien nommée, hélas :\u2014la discipline y était pire que chez les Carmélites.Chacun y avait son rôle, étroitement délimité, sa place dans la hiérarchie.La diatribe intérieure fut interrompue par le bruit de deux sabots cahotants ; la mère Nanette, au bas des marches disjointes qui descendaient de son jardinet vers la rivière, abordait Léa en lui soufflant mystérieusement : \u2014Enfin, vous voilà ! Depuis le temps que je vous guette ?Avec un rire de sa bouche édentée et de ses petits yeux en trous de vrilles, la commère tirait de son tichu croisé une enveloppe de format élégant.\u2014Ce que ça sent bon, Mam\u2019zelle Léa ! reprenait-elle, examinant, en dessous, la figure rayonnante.Mes hardes vont en garder l'odeur pendant plusieurs jours.\u2014\u2014 Merci, Nanette ! Et, dans son effusion, la jeune fille tendit une pièce da vingt sous à la vieille dont l\u2019ébahissement fut tel, qu\u2019elle de- finn LES DEUX FILLES DE MAÎTRE BIENAIMÉ T3 meura deux secondes immobile, à regarder le disque d'argent briller au creux de sa main.Quelle transformation chez Léa! Maintenant elle s'envole, rasant l\u2019herbe brûlée ; rentrée à la maison, elle se sauve dans sa chambre, et, d\u2019un coup dongle, fend I'enveloppe ; sur le vélin aux bords déchiquetés\u2014dernier cri de la mode \u2014la haute écriture artificieile de Mme Lagarde a tracé ces mots \u201c Ma chère enfant, ne me juge pas sur les apparences, et ne suspecte jamais l'intérêt affectueux que je te conserve.Ta confiance en moi me touche profondément, et je te l'aurais déjà dit de vive voix si les circonstances ne m\u2019imposaient une discrétion absolue.Tu comprends bien, n\u2019est-ce pas, que je ne puis revenir à la Closerie sans une invitation de ton père, et ta manière de t'exprimer, le mode de correspondance que tu me proposes, me font penser qu\u2019on ne désire guère, autour de toi, voir se poursuivre nos relations.\u201c Mais prends patience, ma pauvre chère petite, ou je me trompe fort, ou je trouverai, d'ici peu, l\u2019eccasion de te rencontrer sans porter ombrage à personne.\u201d Léa baisa par deux fois ce dernier paragraphe.Pourtant.avec quel sourire Amélie avait écrit cette page !.De quel ton la chère tante avait murmuré en posant la plume : \u201c Après tout, que m'importe ?Je ne m'engage à rien, je ne risque rien.Je n'ai rien à perdre, et j'ai beaucoup à gagner.\u201d Tout de suite, Léa se sentit renaître ; une sève nouvelle circula dans son petit être capricieux.Quinze jours plus tard, le fermier, revenu du marché de la Haye-du-Puits où il avait rencontré son jeune voisin, annonça en se mettant à table : \u2014C\u2019est jeudi la fête de la Salette ; il y aura de la place pour vous dans la voiture de la Haie d\u2019Epine si le cœur vous en dit.\u2014Oh,! je veux bien ! s\u2019écria Mathilde avec un sourire tres rapide, mais incroyablement jeune.\u2014Avec les Arcent de Bruneville et les Chaumel de Saint- Damien, vous serez toute une voiturée, ajouta Maître Bien- 74 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE aimé.Ils partiront aussitôt après dîner, dans la carriole à trois bancs.Mathilde sourit encore, en versant du cidre à Eugène ; elle se sentait toute joyeuse, la grande fille de la Closerie, la grave ménagère, sitôt privée de délassements et de distractions.À six kilomètres de Clairville s\u2019élève un sanctuaire dédié à la Vierge des Alpes, et très renommé dans le pays ; pendant la belle saison, les pèlerinages paroissiaux y affluent de semaine en semaine, et le 19 septembre, jour anniversaire de l'apparition de Notre-Dame aux deux bergers, est marqué par une grande fête, à la fois religieuse et profane, où toutes les communes d\u2019alentour se donnent rendez-vous.Mathilde, à cette pensée, croyait redevenir petite ; ce serait gentil de faire un tour dans l'assemblée, de retrouver à chaque pas des amis, des connaissances, de s'amuser un peu aux boutiques, aux loteries, aux \u201c curiosités \u201d.Mais comme ce serait meilleur encore de s\u2019'agenouiller devant Notre-Dame de la Salette, de la prier bien fort dans la chapelle comble, d\u2019écouter la parole si bonne du vieux Curé\u2014un saint !\u2014et de revenir à la \u201c fraîche \u201d en chantant des cantiques ! \u2014Mme Chaumel invite Eugène aussi.ajouta le père, en ouvrant son couteau.Mathilde posa la main sur l\u2019épaule de son frère.\u2014Veux-tu venir a la Salette ?à l\u2019assemblée ?Veux-tu ?Il la regarda fixement, sans paraître comprendre.Et un souffle froid éteignit la joie de la jeune fille.\u2014Oh ! dit-elle à mi-voix, je resterais bien, alors., \u2014 Lu tout ! intervint Brissot ; ta sœur y est allée sans toi les années dernières ; tu te donnes assez de mal pour mériter dec prendre un peu de plaisir.\u2014 Pourvu qu\u2019il fasse beau ! s'écria Léa.Car s\u2019il faisait beau, elle pourrait se pavaner dans sa toilette de cérémonie, habituellement réservée à la fête patronale et à la Fête-Dieu ! Les vœux de la jeune coquette furent servis à souhait ; ait LES DEUX FILLES DE MAÎTRE BIENAIME 75 l\u2019azur était radieux et la route incandescente lorsque, le jeudi suivant, la carriole de la Haie d\u2019Epine atteignit, vers deux heures, les abords de la chapelle.Le véhicule était si long, 81 large, si plein que le vigoureux percheron soufflait, couvert d\u2019écume malgré la brièveté de sa course et la modération de son allure ; le conducteur, \u2014un valet des Chaumel \u2014avait dû, faute de place, s'asseoir, les jambes pendantes, sur le rebord.Il descendit pour guider le cheval par la bride à travers l\u2019énorme affluence de voitures et des piétons qui débouchaient de toutes parts.En haut de la côte, face à un horizon fertile et rayonnant, le monument se dessinait, blanc, élégant et simple avec son fin campanile, au milieu de son enclos orné de parterres, fermé d\u2019une grille fleurie et terminé par une esplanade d\u2019où s\u2019élance triomphalement, vers le ciel, un beau calvaire taillé en plein granit.Le conducteur ayant découvert un endroit propice, on se mit en devuir d\u2019opérer la descente, assez laborieuse, mais facilitée par le double marchepied.Mme Chaumel, très digne avec sa robe noire, son corsage à basques et son bonnet superbe, en précieuse dentelle de fil, tendit au domestique les enfants : toute une tribu de petits Arcent aux joues rouges, aux yeux futés.Les femmes sautèrent toutes seules, défripant leurs jupes d\u2019un geste prompt, non depourvu d'une grâce instinctive.Enfin le valet abaissa, au fond de la carriole, le panneau démontable , et les occupants du dernier banc, les Chaumel de Saint-Damien, parents éloignés, mais amis très intimes des Chaumel de Clairville, surgirent à leur tour ; après la mère, une Bessinaise, qui avait couservé, de son pays natal, la petite coiffe plate en forme de calotte allongée, ceinte d\u2019un ruban de velours, vint le grand-père, un vieux en longue blouse, au type de patriarche, puis la cousine Marthe,\u201d gentille brune de dix-sept ans, fort timide sous ses cheveux légèrement tirés et son chapeau noir enguirlandé de cerises.D'une chaise logée on ne sait où, se leva Mathilde Brissot, habillée de gris ; alors seulement, avec mille précautions qui EE I RDENEE 76 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ne la rendaient ni gauche ni embarrassée, Léa descendit, belle comme la princesse Aurore, éblouissante de fraîcheur avec sa robe de voile rose-pâle, ornée de plissés soleil et de dentelles Renaissance, et sa capeline de paille dont les nœuds de gaze et les roses pompon s\u2019entremélaient à sa vaporeuse chevelure d\u2019or.\u2014 Moi, lui avait dit sa sœur, je trouve que ce n\u2019est pas commode pour aller en voiture, et il me semble que cela m\u2019en- pécherait de m\u2019amuser.Louis n\u2019avait pas accompagné sa mère : voulant faire son pèlerinage à pied, il était parti seul, une heure avant la carriole.Mme Chaumel, après avoir donné l\u2019ordre de conduire le cheval à une auberge, prit, dans sa main gantée de tissu noir, s& grosse montre d\u2019or.\u2014 les vêpres sont à deux heures et demie, dit-elle ; il est grand temps d\u2019entrer si nous voulons avoir des places ! Puis, se mettant à la tête de sa bande, elle se dirigea vers le porche.Entrer, cela se pouvait encore ; mais découvrir des places, c'était une autre affaire ! Déjà on s\u2019étouffait dans les bancs, on se poussait dans la nef ; Léa, qui marchait la dernière, un peu flâneuse, fut retardée par un groupe compact qui sortait du magasin de cierges.| \u2014Ah ! vous voilà ! fit-elle en reconnaissant Louis ; nous arrivons, nous autres.Pourquoi donc êtes-vous venu à pied ?\u2014dJ avails promis.\u2014Comme vous dites cela sérieusement ! Qu\u2019est-ce que vous avez! C\u2019est qu\u2019il la regardait sans sourire, avec une expression qui semblait le grandir encore et le rendait plus beau.Une puissante rumeur de prière les enveloppait tous deux : on récitait le chapelet aux pieds de Notre-Dame.En face, la croix se dressait dans la lumière vibrante, du milieu des dahlias flamboyants.Au bas de la côte, l\u2019église paroissiale carillonnait, et soudain les voix d'argent du campanile jailli- \\ ERR LES DEUX FILLES DE MAÎTRE BIENAIME IT rent au-dessus de Louis et de Léa, en un concert aérien, hymne d'amour et de fête.Dans cette grande joie religieuse, dans ce déploiement de splendeur et de vie, il la contemplait.trop ému de ia revoir ici, de lui parler au seuil du cher sanctuaire où il était venu prier pour elle, confier à la Vierge toute bonne le secret de son cœur.Non, il ne prenait pas au sérieux les prétentions de Léa, son dégoût des choses de la campagne.Ce n'étaient là que les fantaisies d\u2019une imagination très jeune ; cela passerait certainement des que Léa connaîtrait la vie réelle, dès qu'elle connaîtrait ce véritable amour.\u2014 Ecoutez, dit-il un peu vite ; j'ai une affaire très importante que je vais recommander à Notre-Dame de la Salette.Voudrez-vous bien demander ce que je demande et prier avec moi ?.Elle répondit out, de la tête, et ils entrèrent ensemble.Au bénitier, fait d'une vaste coquille, elle toucha, de ses petits doigts gantés de peau blanche, la main féconde du jeune travailleur.Pendant leur court dialogue, Mme Chaumel était parvenue à placer tant bien que mal les enfants, Marthe et Mathilde ; les autres durent rester debout.A chaque instant, des groupes nouveaux arrivaient, s'insinuaient à travers la nef, se coulaient dans la chapelle latérale où un prêtre maniait vigoureusement l\u2019harmonium, s\u2019écrasaient contre la balustrade du chœur.Les vêpres étaient commencées, le chant des psaumes s\u2019enflait, tonnait, roulait d\u2019un bout à l\u2019autre du vaisseau trop étroit, dans la pluie étincelante des vitraux, dans le rayonnement des lustres, dans lu fulgurance des faisceaux de cierges grossis de minute en minute.Et la grande statue, élevée en arrière de l'autel, illuminée d\u2019en haut par une clarté dorée, semblait sourire à la foi des Normands.Oh ! cette foi, qui donc eût nié sa présence devant un tel concours de foule, devant cet enthousiasme des voix, cette gravité des attitudes, cette profusion de flambeaux, ces innom- 78 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE brables ex-voto, témoignages des faveurs qui l\u2019ont récompensée ! Dans doute, elle est souvent entravée par les préoccupations matérielles, refroidie par le vent de scepticisme qui souffle de partont, hélas ! Mais pour que, malgré les causes contraires, elle puisse pousser encore des jets si robustes, il faut que la terre soit bonne et l'arbre bien vivant.La moitié de l'assistance, refoulée au dehors, suivait l\u2019office avec autant de ferveur; une multitude immobile stationnait devant le porche ; tout le long des grilles de clôture, des hommes, des femmes, des enfants, assis sur le mur d\u2019appui en files ininterrompues, priaient, le livre ou le chapelet en main ; d\u2019autres se tenaient debout, accotés au mur de l\u2019édifice, sous les verrières ouvertes d'où les chants s\u2019échappaient, mêlés à une buée lourde et brûlante.Cependant, sur l\u2019esplanade, ia circulation demeurait intense : d'innombrables voitures arrivaient encore, s\u2019entassaient dans un champ voisin où l\u2019on avait établi une garde.Entre les parterres défilaient les blouses brillantes, à boutons de nacre, et les vestons de droguet des paysans, parmi les flots de bonnets aux brides de ruban crème, aux ruchés irréprochables, souvent mêlés de nœuds ou de fleurs ; puis c\u2019étaient les bonnets plus hauts du pays de Gorges, les bonnets plats, à brides noires, pour le deuil, et, sur les vieilles têtes, les bonnets a courte-oreille, les bavolets tuyautés sur le cou.Les femmes âgées allaient lentement, balancant leur taille déme- suréimnent élargie par le bourrelet entourant les hanches.Quelques aïeules arboraient encore la petite coiffe absolument en- gainante, appelée bonnette, le fichu à franges et à fleurs brochées, le tablier de soie gorge-de-pigeon.Beaucoup de paysannes portaient des corsages noirs, à basques, sur des jupes de couleur crue : bleu-de-roi, vert-épinard ou violet- monseigneur.Tout cela fraternisait avec les toilettes plus ou moins estropiées, représentant la gamme entière de l\u2019élégance campagnarde, dont les robes claires et les chapeaux empanachés occupaient le sommet Ça et là glissait la silhouette mo- «Rat LES DEUX FILLES DE MAITRE BIENAIMÉ 79 nastique d\u2019une veuve dont la cape rappelait l\u2019habit des Petites Sœurs des Pauvres ; et partout fourmillaient des enfants, suçant des pipes en sucre d\u2019orge, soufflant dans des mirlitons ou des trompettes, tenant au bout d\u2019un fil des ballons en baudruche, ou, au bout d\u2019une baguette, des tourniquets de papier multicolore.Bientôt un double courant se dessina parmi la multitude : un fleuve humain se déversait par le porche, à l'issue des vêpres, et toute la société des Chaumel ne tarda point à reparaître, se dirigeant vers le lieu de l'assemblée.Marthe, en arrière, chuchotait avec Léa, sa compagne de pension.À la barrière du champ de foire, Mme Chaumel tira son fils par la manche et lui intima brièvement : \u2014 Donne le bras a ta cousine.Louis arréta sur sa mere ses prunelles loyales ; mais ayant regardé Marthe, il obéit, sentant que la chose ne tirerait pas à conséquence; la fillette, beaucoup plus intimidée qu\u2019heureuse, paraissait très occupée à relever sa robe et ne dit pas quatre paroles à son cousin durant tout le temps qu\u2019il l\u2019accompagna.Autour d'eux s'élevaient les boutiques en plein vent, où s\u2019étalaient les jouets d'un sou, les \u201csurprises,\u201d les amandes sèches, les sucres d'orge qui fondaient au soleil, les brioches et les \u201c cornnets,\u201d sortes d\u2019échaudés à cinq ou six cornes, dont le secret de confection est jalousement gardé par la famille de l'inventeur.les baraques de saltimbanques voisinaient avec les loteries, les tirs, et les longues tentes unies ou rayées, installées par les débitants des alentours pour abriter les dineurs.Enfin, au beau milieu du champ de foire, les chevaux de bois, invraisemblables bucéphales dont plusieurs avaient perdu la queue ou les oreilles, tournaient \u2014mis en branle par un vrai cheval, leur compagnon d\u2019infortune,\u2014sous le gigantesque parasol frangé d\u2019un or douteux.Et c'étaient, dans le soleil et la poussière, une mêlée, un piétinement, un brouhaha indescriptibles ! Par-dessus le roule- 80 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ment ininterrompu des conversations, des rires, des exclamations lancées dans ce patois rude ou l\u2019on croit sentir encore l'influence des conquérants d'outre-mer, retentissaient les appels aigus des marchands, les mélopées nasillardes des colporteurs et des vendeurs de gaufres, les glapissements des forains à la parade, les battements des grosses caisses, les mugissements des trombones, les grincements des tourniquets, les coups de cloche des loteries, les coups de fusil des tirs, et, dominant tout, la musique du manège, une vieille frénétique, broyant, avec le bruit de mille casse-noisettes, les airs les plus échevelés ! C\u2019étaient les chevaux de bois qui constituaient la grande attraction.C'était là que se concentrait cette gaîté bruyante, rustique, peu raffinée évidemment, mais saine en elle-même ; très populaire, mais nullement populacière, et fleurant l\u2019odeur franche du terroir.\u2014Vas-tu monter ?dit Léa, tout bas, à Mathilde qui installait dans une voiture, les quatre petits Arcent.\u2014 Bien sûr! Pourquoi pas?répondit la jeune fille, sans penser le moins du monde à cacher son goût pour ce divertissement rural.Marthe Chaumel a déjà fait deux tours ; viens- tu, Léa ?\u2014Oh ! moi, je ne sais pas si je dois, murmura-t-elle, perplexe.Marie Le Mière.(À suivre au prochain numéro.) "]
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