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Titre :
La revue franco-américaine
Éditeur :
  • Québec :Société de la Revue franco-américaine,1908-1913
Contenu spécifique :
Cahier 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La revue franco-américaine, 1911-12, Collections de BAnQ.

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[" Tome VIII\u2014No 2 1er Décembre 1911 La Revue Franco-Américaine Fublication mensueile illustrée SOMMAIRE : PAGES \u201cCORPORATION SOLE.\u201d\u2014Plaidoyer de Hire Godiroi Dupré, devant commission législative du Maine, le T mars 1911.Réponses de Sa Grandeur Mgr Walsh, du Grand-Vicaire McDo- nough, etc.Exposé complet de la question.141 W.CHAPMAN \u2014L'Quiatchouan (poésie}.81 EUGENE BRIEUX \u2014L\u2019Ecole des Belles-Meres.84 LOUIS GERENVAL \u2014La politique canadienne et les Cana- EE a diens-Francais.102 Vicomte F.de FRONSAC \u2014Lanation Franco-Normande au Cadada 115 J.-L.K.-LAFLAMME \u2014Un décret romain et la loi de New- Lacs York sur les associations religieuses 121 MICHEL RENOUF \u2014Ah! vraiment !.LL 129 LEON KAMNER \u2014Revue des faits et des ceuvres.132 VALENTIN-A.LANDRY \u2014Voix d\u2019Acadie .149 J.-A.LEFEBVRE \u2014Chronique financiére.163 POUR LE NUMÉRO DU MOIS DE JANVIER 1912: LES ORIGINES DE NOTRE HISTOIRE PARLEMENTAIRE, par Errol Bouchette.PRIX DU NUMERO: CANADA : 15 cents.| ÉTRANGER : 20 cents.DIRECTEUR J.-L.K-LAFLAMME MONTREAL SOCIETE DE LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE MCMXI POUR PARAITRE EN OCTOBRE : THs CHAPAIS Le Marquis de Montcalm Ouvrage définitif sur les guerres de la cession du Canada et la figure historique du Grand Vaincu.Un fort volume in-8, contenant un portrait hors texte de Montcalm et cinq plans, 600 pages _ .$1.50, fr.$1.65 L'Instruction au Canada sous le régime français, 1635- 1760, par l\u2019abbé Amédée Gosselin.$1.50 fr.$1.65 La race francaise en Amérique, Desrosiers et Fournet.Prix.50c.fr.s8c.Mère Marie de I'Incarnation, fondatrice des Ursulines de Québec, par une religieuse du même ordre.Prix.$1.00 franco $1.12 Mgr de Pontbriand, par le Vte \u2018au Breuil de Pontbriand.Prix.Bsc.fr.95c.Galerie historique canadienne-fran çaise, publiée par le Dr N.-F.Dionne, conservateur de la bibliothèque de la Législature de Québec, comprenant 8 volumes dont 6 parus jusqu\u2019à ce jour.Titres parus : Pierre Bédard et ses fils.50c.franco 55c.Les trois comédies du statu quo.50c.franco 55c.Ste-Anne de la Pocatière.soc.franco §5¢.Mgr Forbin-Janson.50c.franco 55c.Chouart et Radisson.50c.franco 55c.Gabriel Richard.50c.franco 55c.NOUVEAUTES FRANÇAISES : Gouvernement de soi-même, Eymieu, 2 vol.$1.70 fr $1.85 Le Vieillard, Mgr Baunard.$1.25 fr.$r.35.Causeries du Pére Van Tricht, en 10 volumes, se vendant séparément, le volume.\u2026 .75c.franco 8sc.Sous l'Etoile du Matin, Retté, .85c.franco 93c.La Robe de Laine, Bordeaux,.\u2018.85c.franco 93e.La Vie des Insectes, Fabre, I vol- ip.rel.$1.25 fr.$1.35.Autour du Congrès de Montréal, Lorrain.85c.franco 93c.L'art de reconnaître les styles.85c.franco 93c.LA LIBRAIRIE DU CLERGE J.P.GARNEAU 6 rue de la Fabrique, QUEBEC DEMANDEZ NOTRE CATALOGUE |'Ouiatchouan Il tonne ?Non.Le lac brise sur le rivage ?Non.Regardons, tournés vers la forêt sauvage, Entre deux rocs abrupts, se dérouler sans fin Le fluide rideau d\u2019argent clair et d\u2019or fin Dont une extrémité tombe à pic d\u2019une cime Et l\u2019autre tourne au fond d\u2019un insondable abîme : C\u2019est l\u2019Ouiatchouan qui plonge et clame éperdument Dans son vertigineux entonnoir écumant Où le soleil, dorant au loin, frêne, orme et tremble, Ose à peine glisser une lueur qui tremble.Approchons !\u2026.La clameur grandit incessamment.Approchons ! approchons encore !\u2026.En ce moment Nous sentons sous nos pas émus frémir la combe, Et le fracas du mur s\u2019écroulant sous la bombe, Les craquements du cèdre en proie à l\u2019ouragan, Les rauques meuglements du farouche océan Qui se rue, écumeux, à l\u2019assaut des falaises, Les crépitations des pins et des mélèzes Allumés par l\u2019éclair incendiant nos bois, Le bramement des daims et des cerfs aux abois, Les éclats de la foudre et du bronze qui tonne, Les râlements du glas dans la bise d\u2019automne, Le hurlement des loups, le grognement des ours, Les sifflements du vent, les longs grondements sourds Du volcan vomissant la lave et la ruine, La plainte des mineurs enterrés dans la mine, Tous ces sinistres bruits, tous ces affreux sanglots Des hommes, des forêts, du feu, du fer, des flots, Des éléments rageurs, des fauves en démence, S\u2019élèvent des remous fumants du gouffre immense.Approchons!.approchons toujours!.Le tonnerre des eaux Ici nous assourdit, ébranle nos cerveaux, 82 LA REVUE FRANCO-AMÉRICIANE Nous grise, nous écrase ; et, la paupière close, Tremblant sur les cailloux où notre pied se pose, Nous rêvons, nous voyons, dans l\u2019ombre du grand bois Se glisser, l\u2019arc au poing, le féroce Iroquois ; Nous entendons, parmi le fracas formidable Du torrent qui se tord dans le gouffre insondable, Les longs cris éperdus de prisonniers hurons Scalpés et brûlés vifs par des hommes-démons, Les lamentations d\u2019une jeune victime Qu\u2019un sachem, le front nu, va lancer à l\u2019abime Pour calmer la fureur des puissants manitous.Par moments les grands flots échevelés et fous \u2014Que nos yeux trompés voient choir du ciel sur la terre \u2014 Dans un apaisement subit, semblent se taire.Et soudain notre oreille émerveillée entend L\u2019ineffable solo d\u2019un rossignol chantant Sur un mouvant rameau qui surplombe la chute.Mais aussitôt des trils de hautbois et de flûte, Des sons mystérieux, d\u2019indicibles accords, Des éclats de clairons, de bugles et de cors, Auxquels le sifflement de la balle se mêle, Couvrent l\u2019hyme suave et pur de Philorèle, Et, redits par l\u2019écho dolent comme un adieu, Montent vers l\u2019impassible infini du ciet bleu.Puis ce concert sans nom, dont la plage frissonne, Redevient un long bruit discordant, monotone, | - Etourdissant, sinistre, effroyable, angoissant.Nous venons de toucher enfin le bord glissant Du gouffre, où maintenant un soleil d\u2019or flamboie ; Et, moites de l\u2019embrun qui jaillit et poudroie Sous la brise berçant tout près hêtre et bouleau, Nous regardons crouler les ondes.\u2014Quel tableau! Nul peintre extasié, que la nature enflamme, Nul poète portant un brasier dans son âme, Ne pourrait sur la toile ou dans l\u2019airain des vers Exprimer la splendeur des aspects si divers Que sous le dais ombreux de la forêt compacte p \u201ca 2 \u2014\u2014= L'OUIATCHOUAN 83 Déroule la farouche et lourde cataracte.Oui, devant l\u2019Ouiatchouan tout art est impuissant.Voyez! voyez! Des flots de lait rougi de sang, Des feuilles de platine et des grappes de perle, Roulent dans l\u2019eau qui choit, tourne, écume et déferle.À nos yeux, tour à tour charmés et stupéfaits, L\u2019agate et le rubis confondent leurs reflets, Des paillettes d\u2019argent, des lamelles de cuivre, Des filigranes d\u2019or, des étoiles de givre, Des pétales d\u2019iris, de rose, de muguet, D\u2019éblouissants flocons de neige et de duvet Tourbillonnent sans fin dans la masse mouvante Dont la vaste clameur jette au bois l\u2019épouvante, Et, mélant leurs éclats à ceux du diamant, Font de ce lieu d\u2019horreur un lieu d\u2019enchantement, Sur qui cependant flotte un voile de tristesse.Les mille glas des eaux semblent croitre sans cesse, Et nous sentons en nous brûler plus ardemment La fièvre du vertige et de l\u2019effarement.Quelqu\u2019un va-t-il jamais mettre fin au supplice Du blanc torrent poussé vers le noir précipice ?Non, non.Le torturé furieux vainement Tentera d\u2019échapper à l\u2019engloutissement ; Mais, comme le colosse échevelé qui lutte Sans espoir apparaît plus grand après sa chute, L\u2019Ouiatchouan, au sortir du puits vertigineux Où ses flots sont de blancs serpents tordant leurs nœuds, S\u2019élargit, se transforme en un bassin limpide Qu\u2019en ce moment la brise à peine effleure et ride, Avec un doux murmure elle plonge et se fond Dans le sein, vierge encor, d\u2019un lac vaste et profond, Sans laisser sur son calme azur la moindre trace, Comme s\u2019évanouit et sans retour s\u2019efface Le conquérant brutal ou le monstre indompté Dans l\u2019infini du temps et de l\u2019éternité.W.Chapman. L'Ecole des Belles-Mères COMEDIE EN UN ACTE (Suite) Madame Graindor.Ne vous pressez pas d\u2019obéir, cela viendra assez vite.Si vous saviez les tracas, les chagrins que les enfants apportent avec eux, vous changeriez d'avis- Ayez-en un, un petit, deux tout au plus.Ce sera suffisant.André.Moi, j'ai des théories là-dessus.J\u2019en veux avoir bientôt et j'en veux avoir beaucoup.La France en a besoin.Fifine (riant.) Je me vois déjà en mère Gigogne.Madame Graindor (se forçant pour être douce).Vous parlez sans raison, mon cher André.D'abord, la santé de Fifine ne permettra pas la réalisation de ces rêves.André.Allons donc ! Fifine.Moi, je suis de l\u2019avis de maman ! Madame Graindor (de même).Ton mari plaisante.André.Pas du tout.Madame Graindor (de même).Vous vous ruinerez en frais de nourrice.André.J\u2019ai encore des idées là-dessus : mes enfants n\u2019auront pas d\u2019autre nourrice que leur mère.Madame Graindor (avec très peu d\u2019éclat).Mais vous auriez dû me dire tout cela avant de l\u2019épouser, cher monsieur.Fifine (désolée).Et moi qui aime les corsages se boutonnant dans le dos ! Madame Graindor (à André).J'espère que vous ne parlez pas sérieusement.Je trouve inconvenants, oui, c\u2019est le mot, inconvenants, les ménages qui.André (un peu sec.) Vous avez tort, vous avez tort, je vous l\u2019assure.D'ailleurs, ceci ne regarde que nous.Madame Graindor (douce).Mais, comme vous me parlez, mon cher André ! Vous pensez bien que, si je vous donne rag were CE m \u2014 L\u2019ÉCOLE DES BELLES-MÈRES 85 des conseils, c\u2019est dans votre intérêt et dans celui de ma fille.J\u2019ai vécu plus longtemps que vous, mon pauvre ami, et je connais mieux la vie.Plus tard, vous vous apercevrez que j'avais raison ; mais les enfants ne croient pas au savoir des vieilles mamans.André.Ils ontraison.Moi, je laisserai mes enfants libres de faire ce qu\u2019ils voudront.Ils seront, à leur gré, banquiers, notaires, soldats, sculpteurs, peintres ou auteurs dramatiques.Madame Graindor.Pourquoi pas danseurs de corde ?André.Et danseurs de corde, si cela leur convient.Madame Graindor (riant faux, à Fifine).Et moi qui prenais tout cela au sérieux ! André.Vous auriez tort d\u2019en rire.Madame Graindor.Vous aimez plaisanter.(Un temps.) J\u2019ai passé chez le tapissier, ce matin ; il viendra mettre les rideaux au lit.André.Les reprendre, vous voulez dire ?Madame Graindor.Non ! les poser.André.J'avais demandé à Fifine de les faire reprendre.Fifine.C\u2019est vrai, je me le rappelle maintenant.(A André.) Jai seulement dit à maman que tu m'avais priée de passer chez le tapissier : j'avais oublié pourquoi.En effet, c\u2019était pour lui rendre les rideaux de lit.Madame Graindor.Des rideaux que je vous ai donnés ! S'ils ne vous plaisent pas, on les changera.André.Je ne veux de rideaux en aucune façon à notre lit : c\u2019est contraire à l\u2019hygiène.L\u2019air ne circule pas à son aise.Les poussières s\u2019amassent dans les plis, et les poussières, ce sont des mondes de microbes, si vous ne savez pas ça, bonne maman.Madame Graindor.Nous avons toujours eu des rideaux à notre lit, Graindor et moi, et ça ne nous a pas fait mourir.Mettez-les aux fenêtres.André.Pas davantage.D'ailleurs, nous couchons la fenêtre ouverte.Madame Graindor (à Fifine).Est-ce vrai ?(Fifine fait signe que oui).| 86 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE André.L\u2019hygiène, bonne maman ! De votre temps, on ignorait l\u2019hygiène ! Tout cela vous surprend.Je vais vous étonner plus encore.J'ai deux demandes à vous adresser.Madame Graindor.Vous me faites peur.André.La première, c\u2019est de nous permettre, à Fifine et à moi, de dîner et de déjeuner chez nous.Madame Graindor.Est-ce que vous ne mangez pas bien.en bas ?Je suis étrangement récompensée de tout le mal que je me donne de vous être agréable.je ne sais qu\u2019inventer pour vous faire plaisir.Je n\u2019ai pas de chance, vraiment.Si ma cuisine ne vous paraît pas bonne, dites-le.dites ce que vous aimez.(Prête à pleurer).J'avais remarqué que vous adoriez le rôti de veau: nous en mangeons trois fois par semaine.Ca me fait des scènes avec mon mari qui ne peut pas le souffrir.mais je passe par là- dessus pour vous.Ce soir, il y avait un perdreau truffé.Vous voyez bien que je ne suis pas une méchante femme.André.Vous êtes très bonne, je ne l\u2019ai jamais contesté- Madame Graindor.Eh bien! vous viendrez nous demander a diner quand vous voudrez, aussi rarement que vous voudrez.André.Ma seconde demande est celle-ci : Je désire que vous m\u2019aidiez à retenir Fifine ici, chez elle, où elle reste trop peu de temps.Madame Graindor.Vous ne voulez pas la garder en prison ?André.Non.Je veux qu\u2019elle s\u2019habitue à son rôle de mai- tresse de maison, qu\u2019elle s\u2019occupe de diriger les domestiques, etc, etc.Madame Graindor.Est-ce que je ne m\u2019en acquittais pas bien ?André.Si, mais j'aime mieux que ce soit plus mal fait te que ce soit fait par Fifine.Madame Graindor.Alors, vous ne voulez plus qu\u2019elle vienne me tenir compagnie?André.Si, mais moins souvent.Madame Graindor.Elle ne pouvait trouver, chez mois que de bons exemples. L\u2019ÉCGLE OEs BELLES-MÈRES 87 André.Mais à force de l\u2019attirer chez vous et de l\u2019y retenir, vous en étiez arrivée à me la reprendre presque tout à fait.: : Madame Graindor.C\u2019est bien ! Vous êtes le maître.André.Je vous remercie.Faites comprendre cela à Fi- fine, je vous en serai reconnaissant.(II sort).SCENE VII Fifine, Madame Graindor Madame Graindor (éclatant).Ah! c\u2019est trop fort! Ah! je ne m'attendais pas à ça de toi! Ah! non! Pendant une demi-heure on insulte ta mère devant toi et tu ne trouves rien à dire, et tu ne prononces pas un mot pour la défendre ! Fifine.Mais, maman, André ne t\u2019a pas insultée.Madame Graindor.C\u2019est cela, approuve-le, mon enfant.C\u2019est parfait ! il ne te manquait plus que de l\u2019approuver.Ah ! le mal élevé, le grossier personnage !.le.Je ne sais pas comment j'ai pu me contenir aussi longtemps.Et moi, bonne tête, je lui apportais des cigares ! Ah non ! tu me trouverais trop sotte et l\u2019on se moquerait trop de la vieille, ici.(Elle remballe les cigares).Fifine.Mais, maman.Madame Graindor.C\u2019est bon ! c\u2019est bon ! je sais ce que je fais ! Des exquisitos pour monsieur ! À quatre-vingts centimes ! Ah! ah! Ton père les fumera, et jusqu\u2019au bout, et il ne les gâchera pas, et il sera bien content.Et, lorsque mossieu \u201d voudra bien nous faire l\u2019honneur de venir dîner à la maison, on lui en donnera un.au dessert.(Elle porte le paquet à la porte du fond).Léontine, redescendez-moi cela ! Fifine.Tu n\u2019es pas raisonnable, voyons.Tu ne peux pas lui reprendre.Madame Graindor.Non, je me gênerai.Fifine.Mon mari.Madame Graindor.Mon mari.mon mari !.Eh bien! quoi, ton mari ! On dirait que tu parles d\u2019un bon Dieu! Il PES 88 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ne me fait pas peur, tu sais, ton médecin de quatre sous, sans clients ! Fifine.Ce n\u2019est pas de sa faute s\u2019il n\u2019a pas de malades.Tu as mal compris ce qu\u2019il te disait.Madame Graindor.C\u2019est ça, je suis une imbécile, n\u2019est-ce pas ?C\u2019est lui qui t\u2019a appris à me répondre comme ça ?Fifine.André a trés bon coeur et il t'aime beaucoup.Madame Graindor.Eh bien ! moi, je le déteste!.Depuis le premier jour où il a été question d\u2019un mariage avec toi.Je me force pour lui faire bonne mine, parce que c\u2019est mon devoir, et, si je le soigne à table, si je lui fais des cadeaux, c\u2019est pour toi, c\u2019est pour qu\u2019il ait plaisir à venir chez nous, c\u2019est pour qu\u2019il fasse toutes tes volontés.Je te dis que je le déteste, ton mari.Fifine.Qu\u2019est-ce qu\u2019il t\u2019a fait ?Madame Graindor.Ce qu\u2019il m\u2019a fait ?Il t\u2019a prise ! Je suis jalouse de lui, si tu veux le savoir.Fifine.Je ne te comprends pas.Madame Graindor.Tu me comprendras quand ce sera ton tour.- Fifine.Cette histoire de cigares lui causera beaucoup de chagrin.Madame Graindor.Tant mieux ! Nous ne serons pas encore quittes.Et qu\u2019est-ce que tu vas faire, toi ?Tu vas te laisser mener par le bout du nez.Réponds, entre ta mère et ton mari, tu n\u2019hésiteras pas, hein ?Tu choisiras ce bel oiseau-là ! Dieu se chargera de te punir.Fifine.Oh! Madame Graindor.Tu verras, tu verras ! tu seras jolie, dans quelques années, avec ta nichée d\u2019enfants, qui rempliront la maison de cris.Ce sera gentil, ici !.Oui, avec des berceaux jusque dans l\u2019antichambre et des langes sales dans tous les coins.Tu seras belle, tu auras l\u2019air d\u2019une vieille, à trente ans ! Et je te promets du plaisir lorsque tu te compareras à des amies qui auront eu un mari moins patriote que celui-là ! Et, pendant que tu seras là, à moucher le nez à toute ta bande, lui, bien tranquille et fier, s\u2019en ira faire le joli coeur chez des petites dames qui auront leurs L\u2019ÉCOLE DES BELLES-MERES 89 nerfs, ou papillonnera dans les coulisses, à des répétitions auxquelles tu n\u2019assisteras pas.Fifine.André, me tromper ?Madame Graindor (ironique).Non ! il est autrement que les autres !.Mais tu ne vois donc rien ! Mais tu es donc aveugle ! Tu ne comprends donc pas, alors ?Fifine.Je ne comprends pas, quoi ?Madame Graindor.Ce qu\u2019il veut ?Fifine.Non! Madame Graindor.Mais je le gêne, ce monsieur, pour faire ses farces ! Nous le gênons, ton père et moi! Et il veut se débarrasser de nous.Fifine.Comment cela ?Madame Graindor.Lorsqu'il t\u2019aura forcée a diner ici, il sait bien que tu seras comme toutes les femmes : que tu voudras paraître heureuse malgré tout, et que tu nous cacheras ses dîners en ville et ses soirées je ne sais où ! Ah! ça, tu ne l\u2019auras pas volé, et je ne te conseille pas de venir te plaindre lorsque ça t\u2019arrivera.Fifine.Sois tranquille.Madame Graindor.Regarde autour de toi ! M.Boguin a une danseuse ; M.Pelletier, une chanteuse ; M.Prévost, la caissière du café des Arts ; M.Moutier, celle du café de la Comédie ; M.Delamarre, c\u2019est Mme Courtin, et M.Courtin, c\u2019est Mme Bocquet.Oh ! je sais bien, on se dit toujours qu\u2019on sera la seule à échapper au sort commun, que son mari est une exception.On se dit ça jusqu\u2019au jour où on se trouve en face de la réalité, et, alors, on regrette de n\u2019avoir pas écouté sa mère.Fifine.Je t\u2019en prie, maman.Madame Graindor, Maintenant, si tu trouves ça de ton goût, à ton aise ! Si tu veux être une esclave, ça te regarde.Seulement, il ne faudra pas t\u2019étonner de voir les gens sourire sur ton passage ! Le fait est que tu seras touchante, avec ta candeur et ta crédulité On commence déjà, d\u2019ailleurs, à se moquer de toi.Fifine.Qui ça?Madame Graindor.Quelqu\u2019un que je ne tenommerai pas.IE IR TARNNRRT 90 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Libre à toi de croire que ta mère a menti, ça ne doit pas te gêner, avec le respect que les enfants d\u2019aujourd\u2019hui ont pour leurs parents.Fifine.Mais, maman, je t\u2019aime toujours.Madame Graindor.Allons donc ! Si c\u2019était vrai, tu ne nous sacrifierais pas comme tu le fais.Est-ce que tu crois que c\u2019est pour moi ce que je te dis là .Ah ! tu seras heureuse, va, toute seule.Nous.je ne parle pas de nous, ca t'est bien indifférent.D\u2019ailleurs, avec les chagrins que tu nous fais, ton pére et moi, nous n\u2019en aurons pas pour longtemps, heureusement.Fifine.Maman, je te promets de parler à André, je te promets.Madame Graindor (s\u2019attendrissant).Allons !.Au revoir, ma fille.je ne t\u2019en veux pas, tu sais.Tu viendras nous voir quand on te le permettra.Seulement, si tu veux que nous ne soyons pas trop malheureux, tu tâcheras que ce soit souvent.(Elle sort).SCENE VIII Fifine (seule, puis) André André.Eh bien ?Fifine.Eh bien, quoi ?André.Ta mère t\u2019a-t-elle fait entendre raison ?Fifine.Je suis assez grande pour me conduire toute seule.André.Qu'est-ce que tu as résolu ?Fifine.J'ai résolu que tu n\u2019irais pas à cette répétition.André.Ah! Fifine.Si tu y vas, j'irai avec toi.André.J'irai, et j'irai seul.Je ne veux pas recevoir d\u2019ordres ni de ta mère ni de toi.Fifine.Il n\u2019est pas question de ma mère.André.C\u2019est elle qui t\u2019a monté la tête.Fifine.Je n\u2019ai besoin de personne.J\u2019y vois clair.Si tu tiens autant d\u2019aller à cette répétition, sans moi, c\u2019est que tu vas y retrouver des personnes avec lesquelles tu ne te soucies pas de me faire rencontrer. L'ÉCOLE DES BELLES-MÈRES 91 André.Quelles personnes ?Fifine.Est-ce que je sais les noms de ces femmes-là ! André.Tout cela ne vient pas de toi, ma chère Fifine.Allons ! avoue que ta mère t\u2019a raconté des choses qui t\u2019ont rendue jalouse.Fifine.Tute trompes bien, maman ne m\u2019a rien dit du tout ! Tu m\u2019entends, rien du tout.André.Je dis que çes mauvaises paroles et ces mauvaises pensées sont indignes de toi.Fifine.Je te répète qu\u2019on ne m\u2019a rien soufflé.Je suis capable d\u2019avoir une idée à moi toute seule, peut-être.Tu me trompes ou tu vas me tromper, je le sais.Vous êtes tous les mêmes, d\u2019abord.Je ne suis pas assez bête pour croire que tu es une exception.je n\u2019ai pas envie qu\u2019on se moque de moi André.Si ta mère ne t\u2019a rien dit à ce sujet, de quoi t\u2019a-t- elle parlé, alors ?\u2026 T\u2019a-t-elle conseillé de rester davantage chez toi ?Fifine.Ah !oui!l.Rester'\u2019chez moi!l.pour que, pendant ce temps-là, tu ailles faire le joli cœur devant des petites dames qui auront leurs nerfs ! André.Ce n\u2019est pas encore toi qui as trouvé cette phrase-là.Fifine.Si! si! si! Oui, c\u2019est moi! vous êtes des despotes et des hypocrites ! Mais, si je suis ta femme, je ne suis pas ton esclave ! Et je sortirai quand je voudrai, je sortirai tous les jours ; aussi longtemps que je voudrai.Je n\u2019y serai jamais, ici ! jamais! jamais! André.Fifine, écoute-moi un peu.Tu t\u2019exaltes, tu dis des bêtises.tu vas te faire du mal.Fifine.Si je me fais du mal, tant pis.(Un temps).Maman t\u2019a repris tes cigares.C\u2019est moi qui le lui ai conseillé.André.Elle a bien fait et toi aussi.Fifine.Ne dis pas de mal de ma mère.André (un silence).Veux-tu que je te dise, ma petite Fifine\u2026 Ta mère est en train de faire notre malheur à tous les deux.Fifine.Ne dis pas de mal de ma mère\u2026 c\u2019est inutile ! tu 92 .LA REVUE FRANCO-AMERICAINE ne réussiras pas à me détacher d\u2019elle, je dînerai chez elle tous les jours, je déjeunerai chez elle tous les jours.Quand ça ne te plaira pas, il y a des restaurants.André (tendre).Ta mère t\u2019a montée contre moi.Elle ne me pardonnera jamais d\u2019être ton mari.Je ne lui en veux pas, parce que je devine ce que souffre, de tout cela, son égoïsme maternel.Eile aurait voulu te garder toute sa vie auprès d\u2019elle et me hait de t'avoir enlevée.Elle ne se rend pas compte du mal qu\u2019elle peut nous faire, si nous ne nous aimons pas bien.Aime-moi bien, ma chère Fifine, et rien qu\u2019en nous aimant nous trouverons la force de traverser cette petite crise, sans y laisser tout notre bonheur.Fifine (ébranlée).Mais pourquoi veux-tu aller à cette rép \u2018tition ?André.Je n\u2019y tiens pas du tout.Fifine (plus douce).Tu n\u2019y tiens pas ! Tu n\u2019y tiens pas ! C\u2019est trop fort.Tout à l\u2019heure\u2026 (Entre Mme Meillet).Madame Meillet.Qu\u2019est-ce qu\u2019on me dit ?On se dispute ici ! André.Fifine est un peu nerveuse, voilà tout.Fifine.Non, madame ! André (à lui-même).Heureusement, voilà ma mère, elle va finir d\u2019arranger tout cela.SCENE IX Fifine, André, Madame Meillet Madame Meillet (allant à Fifine).Bonjour, ma petite chérie.Voyons, ça ne va pas, ce ménage ?\u2026 Il y a des gros chagrins et des grandes colères.Nous allons les guérir.Toi, André, va t\u2019en\u2026 va-t'en là-bas.au fond, lire ton journal.Nous allons causer toutes les deux comme des amies.Allez-vous-en, vilain André! Allez! allez! (A Fifine).Asseyons-nous ; il a été méchant, le petit mari ?Fifine.Il est inutile de me parler comme à une enfant.Madame Meillet.Séchez vos yeux.Fifine.Je ne pleure pas. aot De Creo Son otto gi REEL ERE ona stl RTE de ARE URINE HERE CNRS at tli of Se itil crates, L\u2019ÉCOLE DES BELLES-MÈRES 93 Madame Meillet.C\u2019est vrai, vous ne pleurez pas.Alors, on boude ?Fifine.Je vous assure, madame, que je ne suis pas une fillette.Madame Meillet.Soit! Causons comme deux dames âgées.Vous me reconnaissez bien le droit, alors que je vois mon fils malheureux, de m\u2019inquiéter auprès de vous de ce qui fait sa peine?Fifine.C\u2019est moi qui suis malheureuse et non lui.Madame Meillet.Oh! mon enfant, je connais mon fils : il est la bonté et la droiture mêmes et je sais bien que, si l\u2019un de vous deux a des torts envers l\u2019autre, ce n\u2019est pas lui Vis-à-vis de vous.Eifine.C\u2019est moi qui ai tort?Madame Meillet.J\u2019en suis certaine.Vous conviendrez, n\u2019est-ce pas ?qu\u2019il y a plus longtemps que vous que je connais André, et, si vous ne savez pas apprécier les rares qualités de son coeur, j\u2019ai été à même de les mettre à l\u2019épreuve.Fifine (agacée).Eh bien ! madame, c\u2019est entendu : votre fils est un ange et moi, je suis un monstre.C\u2019est un ange, c\u2019est un ange, c\u2019est un ange, je le dis, je le répète, je le proclame ; il a toutes les vertus et moi tous les défauts.J\u2019ajouterai même qu\u2019il a des clients, si vous voulez.Cela doit vous suffire.Madame Meillet.Oh! quel petit caractère vous avez, madame ! Je comprends que la vie avec vous ne soit pas tout rose pour mon pauvre André.Le malheureux enfant méritait mieux que cela.Fifine.Eh! bien! il fallait lui trouver mieux.Madame Meillet.Je regrette de ne pas l\u2019avoir fait.Fifine.Regrettez-le et laissez-moi tranquille.Madame Meillet.Vous êtes une mal élevée.Fifine.Et vous.André.Fifine, je te défends de parler à ma mère sur ce ton-la Fifine.Alors, dis-lui, à ta mère, qu\u2019elle me laisse la paix.André.Et je t\u2019ordonne de te taire ! Je n\u2019ai jamais man- OS SEE EDEN 3 i 94 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE qué de respect à ma mère, moi, et je ne veux pas qu\u2019une gamine de ton age.Fifine.Gamine.André.Oui, gamine! Et si j\u2019avais su prévoir ton manque de coeur et ton impertinence.Fifine.Qu\u2019est-ce que tu aurais fait?André.Tais-toi, tu es une petite sotte.Madame Meillet (pleurant).Ne vous disputez pas pour mol.je m\u2019en vais.mon pauvre André.André.Reste ici, maman.Fifine te doit des excuses et elle te les fera.Fifine (narquoise).Ah! ah! (Entrent M.et Mme Grain- dor.) SCENE X Fifine, André, Madame Meillet, M.et Madame Graindor Madame Graindor.Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a ?Graindor.Qu'est-ce qu\u2019il y a?On vous entend d\u2019en bas.Madame Graindor.J'ai cru qu\u2019on se battait, ici.Qu'est-ce qu\u2019il y a ?On vous entend d\u2019en bas.Madame Graindor.Jai cru qu\u2019on se battait, ici.Qu\u2019est- ce qu\u2019ils t\u2019ont fait, ma pauvre Fifine ?André.Elle a été insolente avec ma mère, et je veux qu\u2019elle lui demande pardon.NOTA.\u2014(Ce qui suit doit être dit conformément aux indications : les personnages parlant ensemble ou séparément comme le feraient des chanteurs dans une quintette.Lire ce qui suit comme de la musique) : Fifine.Je n\u2019ai pas été insolente ! André.Si, tu l\u2019as été.Mme Meillet.\u2014(pleurant).J'aurais mieux fait de mourir, Mme Graindor, \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014Ma fille insolente.Graindor.Oh! Fifine.\u2014\u2014 Jamais ! André.Mère ! Mère ! Mme Meillet (toujours pleurant).Elle fera ton malheur.Graindor.Voyons, mes enfants, embrassez-vous.\u2014\u2014 Mme Graindor.C\u2019est lui qui\u2014 L'ÉCOLE DES BELLES-MERES 95 Fifine.Non !+\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 André.Mme Meillet.(toujours pleurant.)\u2014Mon Dieu ! Mon Dieu ! Graindor.Fifine, va embrasser ton mari.Mme Graindor fera le nôtre, Pourquoi donc ça ! N\u2019y va pas, Fifine.Fifine.Il m\u2019a appelée petite sotte, petite sotte, petite sotte.André.Ah ! si elle suit vos conseils \u2014\u2014Tu l\u2019avais mérité.Mme Meillet.(pleurant jusqu\u2019à la fin).Hou ! Hou! Mon Dieu ! Graindor.Voyons, André !\u2014\u2014 Voyons, Marie ! Mme Graindor.\u2014\u2014\u2014 Elle aura raison.Petite sotte.Fifine.\u2014\u2014\u2014\u2014 C\u2019est la tienne oui ! C\u2019est la tienne.André.C\u2019est ta mère qui est cause de tout cela.Oui, c\u2019est ta mère.Mme Meillet.Moi ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Graindor.Voyons, Fifine, vaembrasser ton mari.Mme Graindor.Moi |\u2014\u2014\u2014Je te le défends.Fifine, On veut me tenir enfermée ici.André.\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 Pas vrai ! Mme Meillet.Votre fille est une mal élevée !\u2014\u2014On veut.Graindor.Madame Meillet ! Mais voyons, Marie ! Mme Graindor.\u2014\u2014Et vous, qu\u2019est-ce que vous êtes ?Fifine, \u2014M\u2014\u2014\u2014 André.\u2014 Mme Meillet.que vous fassiez votre devoir qui est de vous occuper de la maison, et non d\u2019être toujours dehors.Graindor._ \u2014\u2014\u2014\u2014 Mme Graindor.\u2014\u2014Vous ne ferez pas la loi ici, vous.Fifine, C\u2019est trop fort |.C\u2019e.t trop fort ! André, Parfaitement ! Parfaitement ! Mme Meillet.J\u2019ai autant le droit de faire la loi ici que vous.Je suis chez mon fils.Graindor.-Etes-vous entêtés à la Mme Graindor.\u2014\u2014Nous verrons, je suis chez ma fille.\u2014 Fifine.\u2014Jamais ! André.\u2014\u2014Tu feras des excuses 4 ma mére.\u2014\u2014\u2014\u2014 Mme Meillet.Quoi! Laisse-la donc !\u2014\u2014\u2014\u2014 Graindor.fin de vous disputer comme ça.Tu vas te taire ! Mme Graindor.Avec ses manières dirait-on pas ! Non, je ne me tairai pas.TOUS (criant).Fifine.Qu\u2019elle m\u2019en fasse d\u2019abord, ce n\u2019est pas moi qui ai été la chercher.Non ! je n\u2019en ferai pas, non ! André.On dira ce qu\u2019on voudra, mais jamais je ne permettrai qu\u2019elle soit impertinente avec mia mère.Mme Meillet.Vous n\u2019avez jamais su élever vos enfants.Vous avez fait de votre fille une enfant gâtée ! Oui ! BN, 96 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Grzindor.Vous allez vous taire tous et ne pas parler comme ça tous à la fois.Je veux qu\u2019on se taise ! Mme Graindor.Ma fille ne s\u2019est pas mariée pour faire une esclave.Mon devoir est de la défendre et je la défendrai.Graindor (à sa femme.Marie ! Tais-toi ! André a raison.Le devoir de Fifine est de s\u2019occuper davantage de son ménage.Fifine.Moi! ° Madame Meillet et André (triomphants).Ah! Madame Graindor.Mais.Graindor.Etsil\u2019on m\u2019avait écouté lorsque je m\u2019opposais à ce que les enfants habitent avec nous, cela ne serait pas arrivé.Madame Meillet (sanglote avec des : Mon Dieu! mon Dieu ! (Madame Graindor pleure également)., Fifine (regarde son père, puis après un silence).Ah! c\u2019est ça, c\u2019est bien, alors ! c\u2019est bien ! (Elle ôte ses boucles d'oreilles, ses bagues, sa broche\u2014fiévreusement\u2014et les jette sur un meuble.Elle arrache les dentelles de son corsage et sort violemment).C\u2019est bien, alors, c\u2019est bien ! Madame Meillet.Pour la dot que vous lui avez donnée, elle ne peut pas avoir dix domestiques.Madame Graindor.Comment, pour la dot! Et vous qui.Graindor.Va donc voir ce que fait ta fille.Madame Graindor (qui ne l\u2019avait pas vue sortir).Fifine où est-elle?Fifine?(Elle sort.Mme Graindor revient avec Fifine, qu\u2019elle tient par la main).Fifine.Laisse-moi! laisse-moi! Puisqu\u2019on veut que je sois la bonne.Laisse-moi.Je vais retourner a la cuisine pour laver la vaisselle.(Elle a une crise de larmes, des sanglots d\u2019enfant.Elle essuie ses yeux avec le revers de sa main.Un gros chagrin).Madame Graindor.Fifine.ma petite Fifine!l.Je t\u2019avais bien dit qu\u2019il ferait ton malheur.André.Laissez-la ! Madame Graindor.C\u2019est ma fille, monsieur.André.C\u2019est ma femme ! L'ÉCOLE DES BELLES-MÈRES 97 Madame Graindor.Vous êtes ici chez moi.E André.Eh bien! Je m\u2019en vais.i Madame Graindor.Je ne vous retiens pas.Ë Graindor.Voyons.: Madame Graindor.Laisse donc! Il retourne chez sa ; mère.André.Parfaitement! (A sa mère).Partons ! (A Mme Graindor).Et, si Fifine veut venir me rejoindre, elle vien- ; dra.(Il sort avec sa mère).SCENE XI Fifine, Graindor, Madame Graindor Madame Graindor.Eh bien! tant mieux! be Graindor.Tant mieux?3 Madame Graindor (l\u2019entraînant à droite).Allons, toi, bE tu ne vas pas garder cette figure d\u2019enterrement.Fifine | nous reste : il ne faut pas qu\u2019elle s\u2019ennuie ici.(A Fifine) [ C\u2019est fini! Ë Fifine.Oui! c\u2019est fini et je suis contente qu\u2019il soit parti.: Madame Graindor.A la bonne heure! Nous allons bien ; nous amuser.(A son mari).Sois donc gai, toi ! | Graindor.Moi?Ë Madame Graindor.Hum!.(A Fifine).Ce soir, nous J mangerons des ceufs a la neige.Fifine (la pensée ailleurs).C\u2019est cela.Madame Graindor.Ca n\u2019a pas l\u2019air de te faire plaisir.Fifine.Si! Si! i Madame Graindor.Nous irons au théâtre.4 Fifine.Mais je ne veux pas qu\u2019on cherche à me distraire.9 Je ne sais pas ce que vous avez aprés moi.Je n\u2019ai aucune ë raison d\u2019être triste.Je ne suis pas triste du tout, pas du tout.k (Elle ne peut se retenir de pleurer silencieusement, elle 5 essuie une larme en cachette).Madame Graindor.Nous le savons bien, que tu n\u2019es pas triste.PRES SRE Sai Be 98 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Graindor (qui réfléchit longuement, et fait un geste comme quelqu\u2019un qui prend une décision, à sa femme).J\u2019ai besoin de causer avec Fifine\u2026 laisse-nous ! Madame Graindor.Mais, mon ami! Graindor.Je te dis que j'ai besoin de causer avec elle.Va-t\u2019en.je t'appellerai SCENE XII Graindor, Fifine Graindor.Viens ici, Fifine, assieds-toi et causons.Ta mère n\u2019est pas là, nous sommes seuls tous les deux, nous allons tailler de la bonne besogne.Qu\u2019est-ce que tu as l\u2019intention de faire ?Fifine.Rien, père.Graindor.Rien, père.Dis papa.comme il y a deux heures.Je ne t\u2019ai rien fait, moi! Ta mère, elle.je ne sais pas.elle est allée manigancer dans ton ménage.mais moi.Fifine.Je n'accuse personne.Graindor.La question n\u2019est pas là.Qu\u2019est-ce que tu as l\u2019intention de faire, demain, par exemple ?Fifine.Je te dis: rien.Ce que j'aurai fait aujourd\u2019hui.Graindor.Rester ici ?.Demeurer avec nous ?Fifine.Oui! Graindor.Tout le temps ?Fifine.Tout ie temps.Graindor.Ca te fera plaisir?Fifine.Oui.Graindor.Oui, mais à moi.Tu ne t'es pas demandé si ça me ferait plaisir, à moi.En somme, nous t\u2019avions mariée.Nous nous disions : \u201cElle est casée,\u201d et tu nous retombes sur les bras.Enfin, ¢a va peut-étre m\u2019ennuyer, moi.je voulais louer cet appartement.Fifine.Toi?Graindor.Oui.(Essayant de mentir).Ta mère et moi ou po L\u2019ÉCOLE DES BELLES-MÈRES 99 \\ nous aimons bien étre seuls pour déjeuner.tu nous déranges.tu.tu.Fifine (trés calme).Tais-toi donc?Vous êtes contents comme tout.Tu veux faire semblant que ça t\u2019ennuie pour que.Eh bien! je resterai ici jusqu\u2019à ce que tu me mettes à la porte.Graindor.Tu n\u2019aimes donc plus ton mari ?Fifine (sans force).Non! Graindor.Alors, il faut divorcer.Fifine.Divorcer ! Graindor.Dame.(Avec aplomb).Je crois, d\u2019ailleurs, qu\u2019André en a l\u2019intention.Fifine.Lui! (Un silence et un petit sourire).Tu ne me \u2018feras pas croire cela non plus, papa.Graindor.Ah! je ne te ferai pas croire.Dans ce cas, je n\u2019essaierai pas.Parlons sérieusement, alors.Ma petite Fifine, vous n\u2019avez qu\u2019une brouille d\u2019amoureux, il ne faut pas la faire durer.Ce soir, tu ne dîneras pas ici.Tuiras retrouver ton mari.Fifine.Non! Graindor.Pourquoi ?Fifine.Parce qu\u2019André me l\u2019a \u201cordonné \u201d et que je ne veux pas avoir l\u2019air de lui obéir.Graindor.Ah! il faut donc recourir aux grands moyens.Tu disais, tout à l\u2019heure, que tu resterdis ici jusqu\u2019à ce que je te mette à la porte.Eh bien! je t\u2019y mets.Fifine.Je serais curieuse de voir ça ! Graindor.Tu vas le voir.Je ne suis pas en colère après toi, tu sais, je t\u2019aime toujours bien.ne va pas te tromper là-dessus.Seulement, je te mets à la porte.Fifine.Tu veux rire.Graindor.Pas le moins du monde.Lève-toi et va-t\u2019en.Fifine (inquiète, mais essayant encore de sourire).Il fau- - dra employer la force.Graindor (ceci très tendre et très détaillé).Va-t'en, ma bonne petite Fifine.Vois-tu, je vais tout te dire.Si je n\u2019écoutais que mes manies, que mon propre bonheur, je te prierais de rester ici tout le temps, parce que je suis con- 100 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE tent de te voir, de t\u2019entendre, de te savoir là .C\u2019est très doux, à mon âge, d\u2019être câliné, d\u2019être dorloté par ces petites mains-là .Mais les vieux doivent être seuls.On a du mal à s\u2019y faire, par exemple.(Un temps).On a de la peine à s\u2019y décider.La plus grande preuve d\u2019amour qu\u2019ils peuvent donner à leurs enfants, c\u2019est celle-là, vois-tu, parce que ça.c\u2019est la vraie douleur de la vie.(Très tendre).Va-t-en, Fifine, va-t\u2019en ! Fifine.Comme tu es bon! Graindor.Ma foi, je crois, en effet, que je le suis en ce moment ; mais ça n\u2019est pas si commode que je l\u2019aurais cru.Fifine.Tu as du chagrin à cause de moi ?Graindor.Oui, c\u2019est à ça que servent les enfants.Si tu veux me consoler, c\u2019est bien simple : sois heureuse ! Pas un mot de résistance.Viens! (Il la prend par le cou et la conduit doucement à la porte, avec une grande tendresse).Je te mets à la porte, va mettre ton chapeau et ton manteau.Fifine.Je veux t'embrasser.Graindor (qui peut à peine retenir ses larmes).Non, ce n\u2019est pas la peine.On se reverra, on se reverra!.(Il descend en scène, en se mouchant.Fifine reste un moment à la porte du fond.Entrent André et sa mère).SCENE XIII Fifine, Graindor, André, Madame Meillet, (puis) Madame Graindor Madame Meillet.Nous venons faire une dernière tentative de conciliation .Mon fils l\u2019a exigé.Graindor.Ah! attendez!.(Il appelle sa femme).Madame Graindor! Madame Graindor ! (Entre Mme Graindor).Ecoute.Voici M.André et sa mère qui viennent pour\u2026 Madame Meillet.Une derniére tentative.André.De conciliation.Madame Graindor.Mais.Graindor.Laisse-moi parler.¢a dépend des enfants.Ils vont s\u2019expliquer.devant nous.ECOLE NORMALE CHAMPAGNAT L'ÉCOLE DES BELLES-MÈRES 101 Madame Graindor.Il faut d\u2019abord\u2026 Graindor.Tais-toi!\u2026.Ils vont s\u2019expliquer devant nous, et nous, nous ne dirons rien, ni les uns ni les autres.Est-ce juré ?Madame Graindor.Cependant.Graindor.Allons, c\u2019est juré\u2026 Madame Meillet.Moi, je le jure.Madame Graindor.Moi aussi, alors.| Graindor.Et moi, de méme.Allez, mes enfants, expli- quez-vous ! (Longue \u2018scène muette.Fifine et André vont lentement au-devant l\u2019un de l\u2019autre, se tendent la main sans se dire un mot, se regardent, sourient, et s\u2019embrassent avec tendresse).Graindor.Voilà! Maintenant, mes petits agneaux, je suis votre propriétaire.je vous donne congé.André.Où irons-nous ?Madame Meillet.Pas chez moi, toujours.la leçon me suffit.Graindor.Et moi, je ne veux pas de marmots, ni de chiens dans ma maison! Eugène Brieux.FIN «O0. ' ' Hi ' , \u2014 vn we er TAT tre = = ares rame: pote 2 2200 Ja politique canadienne et les Cana- diens-F rançais.Il.\u2014 Quelques pages d'histoire.La politique est nécessaire à la société puisqu\u2019elle la constitue ; elle est le lien de tous les groupes sociaux, si petits soient-ils.Rien n\u2019est plus vrai, car au début la politique (et son étymologie l\u2019indique) était le gouvernement d\u2019une ville.Nous tirons tous nos avantages de la société, donc la politique est bonne.Mais elle n\u2019en est pas moins une cause de querelles intestines, de guerres civiles, de conflits internationaux.C\u2019est elle qui fait sortir les villes de la plaine et les police, qui favorise le développement des lettres et des arts ; mais c\u2019est elle encore qui multiplie les pronunciamentos dans l\u2019Amérique Centrale, qui lance le Nord contre le Sud, qui taille et retaille les peuples sans merci pour augmenter l\u2019effectif des armées.Exercée sous un régime parlementaire, la politique semble plus juste, du moins elle est plus populaire.Nous ne discuterons pas le point de vue théorique.Mais au point de vue des faits (vous savez quelle est leur force), les bienfaits du parlementarisme sont très discutés.Les Anglais, par un\u20ac longue pratique, s\u2019en sont fait un instrument de liberté civile incomparable ; les peuples latins qui en ont usé, en ont abusé et se sont blessés.Cependant, bien qu\u2019ils soient latins par origine et par éducation, les Canadiens-Français ont maîtrisé le régime parlementaire pour s\u2019y être soumis.Abandonnés par la France occupée au dévergondage des sens et de l\u2019esprit, cédés à l\u2019Angleterre devenue marâtre pour ses possessions» les souvenirs et les espoirs de leur sang les poussèrent à la résistance défensive, ouverte et loyale, ferme, contre l\u2019An- Vi LA POLITIQUE CANADIENNE ET LES CANADIENS-FRANÇAIS 103 glais.Descendants des Francs, du pays de la franchise, fidèles à leur passé comme à leur idéal, ils combattirent avec droiture pour la justice.Les droits \u2018d\u2019un peuple sont les membres de la justice.Ils en deviennent les membres souffrants aussitôt qu\u2019on les attaque ou qu\u2019on les troque par des compromis.Ni le vainqueur ni le vaincu n\u2019ont le droit de blesser la justice.Ne soyons donc pas surpris de la \u2018\u201c bonne envie de vivre \u201d du vaillant petit peuple qui habite les bords du St-Laurent, et dont il admire pratiquement la force et la fécondité.Des paysans (60,000) et une centaine de prêtres : c\u2019était après la cession notre seul actif, un actif de bonnes volontés et de braves cœurs.Ces gens têtus aimaient leur langue et leur foi.Il faut dire aussi que Dieu les aimait.Aidant les événements, aidés par eux, ils commencèrent de respirer après l\u2019Acte de Québec, en 1774.Jusqu\u2019en 1791 la politique se fit dans les coulisses à Québec et à Londres.William Pitt nous donna la constitution de 1791.Les fils de paysans instruits dans les presbytères et au Petit Séminaire de Québec, se firent élire dans la majorité des comtés.Les luttes parlementaires commençaient.On nous donna pendant longtemps des gouverneurs qui les alimentaient par leur arbitraire.La révolution française avait échauffé l\u2019esprit des Canadiens et leur faisait désirer plus de liberté sans les rendre révolutionnaires.La jeunesse intellectuelle du temps, et déjà lancée dans la politique, dévorait avidement les quelques périodiques venus de France.On s\u2019assimilait l\u2019éloquence, trop ampoulée il est vrai, des tribuns français.Un peu plus tard, les chevauchées napoléoniennes ve- nalent renforcer le sentiment français.Les deux Papineau, Bédard, Panet, Bourdages, Morin, Viger, Blanchet, Taschereau, se firent les défenseurs de leur race, troublant les gouverneurs et les membres du Family Compact par leurs vigoureux discours dans l\u2019assemblée législative et leurs comtés.Les mêmes, aidés plus tard par Etienne Parent et Duvernay, continuaient la lutte dans Le Canadien et La Minerve. 104 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Mais, Louis-Joseph Papineau fut l\u2019étoile de première grandeur de cette pléiade.il fut toute une époque, et longtemps notre race N\u2019eut que sa voix pour glaive et son corps pour cuirasse.En 1835, on étouffait.Le sang monta à la tête de quelques-uns et l\u2019on en vint aux mains avec les autocrates, en 1837-38.On en finit avec des torts de part et d\u2019autre, mais l\u2019air de la liberté passa plus pur à travers l\u2019Union Jack troué.Le Conseil spécial fit la paix et prépara les moyens de nous écraser d\u2019une façon plus constitutionnelle.Et la bataille va continuer sous l\u2019Union, moins mesquine du côté anglais et plus obstinée du côté français.Lord Durham, dans son Rapport, avait conseillé l\u2019Union comme une transition à la confédération de toutes les possessions anglaises de l\u2019Amérique du Nord, seul moyen de noyer l\u2019élément français.Le Québec commença par payer la dette de l\u2019Ontario.En retour, une minorité fanatique s\u2019opposa à l\u2019indemnisation des Canadiens qui avaient souffert des pertes injustes lors de la répression de la récente rébellion.Avec cette hypocrisie qui caractérise la nation qui a pu conquérir un empire par la ruse, on dénonçait cette indemnité comme récompense aux révoltés, alors qu\u2019en signe de protestation ou brûlait l\u2019hôtel du gouvernement à Montréal et qu\u2019on lançait des pierres à lord Elgin lui-même.\u201c Sans ministère, dit Macanlay, un gouvernement parlementaire ne peut jamais fonctionner sûrement\u201d La responsabilité ministérielle une fois accordée, il devenait plus facile de tenir les partis dans le respect de nos droits.La crânerie de Lafontaine, qui fait son premier discours au parlement en français malgré la constitution, et sa vigueur de réclamation rendent notre langue officielle.On nous méprise si l\u2019on ne nous hait pas, mais on nous craint certainement.Notre population augmente toujours dans des proportions alarmantes pour les derniers venus au pays; malgré l\u2019établissement des régiments écossais, malgré l\u2019immigration anglaise et celle des loyalistes dans les Cantons de l\u2019Est, nous demeurons numériquement sur le même pied LA POLITIQUE CANADIENNE ET LES CANADIENS-FRANÇAIS 105 que les Anglais.Finalement, il fallut nous subir comme un fait accompli.Et c\u2019est alors que, les animosités s\u2019amortissant, on prit le parti de nous étudier et de nous connaître.Une fois connus, les sympathies nous arrivèrent de plus en plus nombreuses, surtout de Ja part des gouverneurs.Lafontaine est la grande figure de la première époque de l\u2019Union.Cartier entre dans le cadre après lui.Tous deux ont des amis sincères, surtout Baldwin et Macdonald, des hommes à esprit large, mais dont la largeur de vue est peut-être due un peu à la fermeté des premiers.Ils sont les grands législateurs de cet âge intermédiaire de notre politique.Sans rien concéder de nos droits, ils ont beaucoup fait, par leur caractère et par leur appel à la raison de leurs adversaires, pour créer l\u2019entente entre les deux races.A leurs côtés on remarquait Morin, Tâché, Cauchon, Girouard, Dorion.Ces hommes-là n\u2019avaient pas tous les mêmes idées, mais ils avaient tous du caractère- On savait alors refuser un portefeuille ou en remettre un.Aujourd\u2019hui, à trois ou quatre exceptions près, nos politiques nous semblent être des pygmées à côté de ces lutteurs; ils ont plus de caoutchouc et moins d\u2019acier dans l\u2019épine dorsale.C\u2019est peut-être parce qu\u2019on est porté à faire rentrer dans l\u2019épopée tout ce qui vieillit.Qui sait si les générations futures ne prendront pas pour des grands hommes tous nos lâcheurs contemporains?.La confédération (1867), conseillée par lord Durham pour éteindre notre influence en même temps qu\u2019il recommandait de se concilier les Canadiens, ouvre une ère nouvelle.A la conférence de Québec (1864), tous nos droits avaient été garantis.Un brillant jeune homme venait de prononcer le discours d\u2019adieu de ses confrères à la faculté de droit de McGill et précher l\u2019union des deux races: c\u2019était Wilfrid Laurier.Deux ans plus tard, dans Le Défricheur, d\u2019Arthabaska, dont il était devenu le rédacteur, il dénonçait violemment la confédération comme devant être le tombeau où l\u2019on ensevelirait notre nationalité. 106 LA REVUE FRANCO- AMÉRICAINE Après avoir fréquenté, dans sa tendre jeunesse, une école protestante à New-Glasgow, où il se retirait dansune famille presbytérienne, et anrès avoir fait son droit à McGill, le jeune avocat devait être d\u2019un tempérament éclectique, c\u2019est-à-dire disposé à concilier, à s\u2019adopter aux milieux; car son stage avec les Anglais avait émoussé en lui le patriotisme lutteur du Français, et son éducation reçue au collège de L'Assomption avait développé chez lui les qualités intellectuelles et sociales du latin.En un mot Wilfrid Laurier débutait dans la vie avec beaucoup de talent et de distinction, une belle souplesse de caractère qui ne diminue pas l\u2019ambition, et la sert au contraire en tirant des inspirations de tous les événements pour la conduite future.Savoir obéir aux circonstances, c\u2019est souvent se faire obéir des hommes.M.Laurier naquit à la vie politique avec la Confédération.Il en sera un jour, que dis-je?il en sera pendant quinze ans le premier citoyen.L'acte de l\u2019Amérique Britannique du Nord en nous donnant un gouvernement fédéral et un gouvernement provincial doublait, pour ainsi dire, notre politique.Et jusqu\u2019en 1873, quelques-uns de nos politiques furent députés en même temps aux communes et à l\u2019assemblée législative.A Québec, !e parlement est français.M.Laurier y laissa pressentir sa carrière en I871.Depuis quarante ans, on y a entendu des discours qui auraient fait honneur au Palais- Bourbon.Chapleau, Mercier, MM.Chapais, Bourassa et Prévost ont été applaudis par des auditeurs venus des villes les plus éloignées du pays.Dans aucune autre législature provinciale, on n\u2019a pu rencontrer autant d\u2019éloquence et de culture intellectuelle.Dans le domaine pratique de la politique, les Canadiens- Français peuvent être fiers de leur province.Ils possèdent la législation civile la plus équitable et la plus claire de l\u2019Amérique ; l'enseignement secondaire et supérieur ne le cède en rien à celui des autres provinces, et disons à ceux qui admirent toujours l\u2019état du voisin que nous possédons pue LA POLITIQUE CANADIENNE ET LES CANADIENS-FRANÇAIS 107 la seule école des hautes études commerciales du pays; mais, nous avons encore à apprendre les méthodes d\u2019exploiter économiquement nos ressources naturelles : forêts, houille blanche, mines, etc.Depuis dix ans nous avons cessé , de faire de la colonisation.Et pourtant des millions d\u2019acres de terre fertile attendent la charrue.Nos familles vont s\u2019asphyxier dans les villes.Par conséquent la natalité diminue.La race se meurt puisqu\u2019elle a plus vécu, et l\u2019on dort à Québec.Les colons ne manquent pas à la terre vierge, c\u2019est la terre vierge qui manque aux colons.On refuse de leur en donner.On a vendu la province aux spéculateurs étrangers quil\u2019ont mise littéralement en coupe réglée.Périssent au plus tot tous les gouvernements qui refuseront de coloniser le nord et l\u2019est, quels que soient leurs chefs ! Notre politique provinciale en est une d\u2019absurdités depuis quelques années.Soyons juste : l\u2019enseignement, à tous les degrés, a beaucoup avancé.Mais, hors de là, si nous avançons, c\u2019est malgré nous ; le rapide courant du progrès ne peut pas nous laisser sur la rive.Nous nous devons à nous-mêmes, \u2014parce que nous sommes la minorité en ce pays et que les minorités valent par leur caractère, \u2014de marcher en avant de toutes les autres provinces dans le domaine commercial et industriel, comme dans le domaine intellectuel et politique.Aux communes, nous efimes depuis 1867 une moyenne de 55 a 60 députés de langue francaise, soit un quart environ de la députation totale, avec trois ministres francais du Québec dans chaque parlement, sous l\u2019un ou l\u2019autre gouvernement.Ces ministres furent les suivants, nommés dans l\u2019ordre chronologique de leur appel au ministère : MM.Cartier, Langevin, Chapais, Robitaille, Dorion, Letellier de St- Just, Fournier, Geoffrion, Cauchon, Laflamme, Laurier, Baby, Masson, Mousseau, Caron, Chapleau, Ouimet, Angers, Desjardins, Henry Joly de Lotbinière, Tarte, Bernier, Brodeur, Préfontaine, Lemieux, Béland, Monk, Pelletier, Nan- tel.Ces trois derniers viennent d\u2019être appelés au Conseil par M.Borden.De ces noms-là, sept ou huit seront pro- 108 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE noncés dans les dix années à venir, deux ou trois entreront dans notre histoire, et fasse le Ciel que l\u2019un d\u2019eux ne soit pas trop amoindri! Du côté anglais, le nom de Macdonald passera seul à la postérité.Dans les provinces anglaises, nos compatriotes ne sont pas effacés.MM.Joly de Lotbinière, Cauchon, Forget furent lieutenants gouverneurs.Actuellement le Dr Réaume dans l\u2019Ontario, M.Landry dans le Nouveau-Brunswick, M.Turgeon dans la Saskatchewan, sont ministres avec portefeuille.L'Ile du Prince-Edouard élira des premiers ministres canadiens-français dans vingt-cinq ans, si elle ne se fusionne pas avec les provinces voisines.Nous ne parlerons pas de la situation politique des nôtres aux Etats-Unis, où nous comptons le gouverneur du Rhode- Island, M.Pothier, des juges, un grand nombre de députés et de maires.Les récentes élections fédérales nous ont donné du neuf.Ce ne fut pas sans faire crier les journaux libéraux qui se seraient déchiré la poitrine s\u2019ils pouvaient en avoir une.Après la défaite, ils attendaient le déluge.Il n\u2019est pas venu, ils en sont fâchés.M.Laurier a fourni une longue carrière.Il atteindra sa 70e année le 20 novembre.Il fut quinze ans premier ministre.Il sera quelque temps chef de l\u2019opposition.Quarante années de vie politique, c\u2019est un titre à la retraite.Le sort des armes l\u2019impose parfois.Si la politique est l\u2019art de manœuvrer assez habilement pour atteindre le pouvoir et s\u2019y maintenir longtemps, M.Laurier est sans doute un grand politique.S\u2019il suffit en politique de posséder du prestige personnel, un beau port et une grande variété d\u2019attitudes, une éloquence entrai- nante, l\u2019habileté de faire partager ses opinions ou de concilier celles des autres, sir Wilfrid Laurier est certainement un grand homme d\u2019Etat.On ne peut pas le nier, l\u2019ancien premier ministre est au tout premier rang des politiques de l\u2019empire britannique depuis quinze ans ; il fut l\u2019idole de son peuple et de sa race ; il eut tous les succès au parlement et à la tribune, en France et dans le Royaume-Uni comme LA POLITIQUE CANADIENNE ET LES CANADIENS-FRANÇAIS 109 chez lui.Ce qui frappe et impose chez M.Laurier, c\u2019est la dignité de sa physionomie ; c\u2019est une belle tête pour le sculpteur ou le peintre.C\u2019est un charmeur! Sa mémoire vivra, parce qu\u2019il aura été un politique habile et qu\u2019il aura étonné davantage l\u2019élément anglais du pays.Mais, sir Wilfrid Laurier ne sera pas reconnu par la postérité comme grand homme, parce qu\u2019il aura manqué de caractère.Un grand homme, c\u2019est celui qui voue sa vie au service d\u2019un principe quelconque intéressant l\u2019humanité et découlant de la justice, et qui réussit à force de sacrifices ou qui succombe plutôt que de sacrifier le principe.Le ministère Laurier a été renversé sur une question d\u2019intérét tout matériel.N\u2019aurait-il pas eu plus d\u2019honneur a tomber il y a six ans, plutôt que de léser la minorité de l\u2019Ouest dans ses droits les plus chers ?M.Laurier a péché bien plus par omission et par permission que par commission.Au point de vue canadien-fran- çais, il a péché des trois façons.Au point de vue administratif, M.Laurier était franchement trop honnête pour tirer le moindre avantage personnel de sa position ; mais, il a toléré dans son entourage les manipulations et les pots-de- vin les plus éhontés.Au point de vue politique, il a permis à la presse reptile de faire les campagnes les plus scandaleuses que nous avons vues au pays.Il serait intéressant, si ce n\u2019était pas aussi honteux pour nous, de faire l\u2019histoire de la presse libérale française, et d\u2019une prétendue presse indépendante depuis dix ans.On a exploité vilement les sentiments de la race, quitte à la livrer au fanatisme, comme en I905, quand le marché sera plus avantageux.Nous avons encore des Bigots, des Ver- gors et des Vitrés.La journée du 21 septembre est une sévère punition pour le parti libéral; c\u2019est tout particulièrement un coup porté au libéralisme du Québec dont les tendances au radicalisme sont assez prononcées ; c\u2019est en même temps un exemple et un avertissement pour le parti qui prend le pouvoir.On a manifesté beaucoup d\u2019anxiété sur la formation du ministère.M.Borden a donné trois portefeuilles aux nôtres. 110 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE M.Landry sera président du Sénat, et M.Blondin vice-président de la Chambre.Nous n\u2019avons rien à craindre présentement de M.Borden.Le premier ministre actuel a pratiqué le droit dans la Nouvelle-Ecosse de 1878 a 1896.Il a fait sa marque comme avocat.Il est reconnu pour son honnéteté et son grand amour de la justice.Il se faisait élire député en 1896 et devenait le chef de \"opposition en 1901.Né à Grand-Pré en 1854, un siécle aprés le \u201cgrand dérangement,\u201d sur cette terre de martyrs dont l\u2019histoire, celle d\u2019Evangéline, a dû causer ses premières émotions, M.Borden ne peut avoir qu\u2019une vive sympathie pour les Canadiens-Français et désirer même faire oublier l\u2019histoire de 1755, en favorisant le règne de la justice chez les Acadiens.Quelle sera la conduite du nouveau parlement, et quelle attitude prendront les députés de la province de Québec ?Pour répondre à cette grosse question, il faudrait repasser toute la politique actuelle.Indiquons tout simplement un canevas de législation : Commencer d\u2019abord par faire des enquêtes générales sur les points faibles de l\u2019administration précédente ; Etendre à tout le pavs la juridiction de la commission du service civil; Refaire la loi des banques de facon a protéger effectivement les dépositaires ; Donner corps au projet de loi de M.Monk sur les coopératives de crédit, de production et de consommation ; Remanier le tarif et en donner le travail à une commission permanente analogue à la commission des chemins de fer ; Entreprendre au plus tôt le canal de la Baie Georgienne et outiller les ports du St-Laurent ; Imposer des droits sur la marine marchande américaine naviguant dans nos canaux ; Baisser le tarif postal de nos échanges avec la France ; Restreindre l\u2019immigration juive en établissant une forte taxe d\u2019entrée au pays; dépenser pour l\u2019immigration de pour LA POLITIQUE CANADIENNE ET LES CANADIENS-FRANÇAIS 111 langue française un budget au prorata de nos contributions au trésor public ; Soumettre au peuple la question de la participation aux guerres de l\u2019empire et de l\u2019entretien d\u2019une marine ; Commettre la nomination des juges au barreau de chaque province, etc.Il est à craindre que la guerre recommence entre les deux partis au sujet de la marine.Il y a là un gros fonds d\u2019hypocrisie.Nous dédions aux partisans du loyalisme aveugle et quand même ces quelques lignes de M.Phillipps-Wolley, un impérialiste convaincu, autrefois député canadien, plus tard député aux communes anglaises : \u201c Perhaps the very best way in which Canada can show her loyalty to the Mother Country, where electoral corruption is practically non-existent, is by putting an end to all forms of boodling and driving the crowds of office-seekers out of her legislative Chambers.Until that is done Canada will be loyal only in the letter, not in the spirit, to British institutions.\u201d (I) Que les deux partis en fassent leur bien! Nos députés devront prendre une part active aux travaux législatifs.Pour la province, les deux partis seront de force égale.Ce sera une cause d\u2019émulation.Il y a du côté ministériel un bon nombre de jeunes députés nouveaux qui se sont signalés par leur victoire ; notons surtout MM.Rain- ville, Lamarche, Achim, Sévigny et Lavallée.Ils ont du talent et du caractère.Souhaitons qu\u2019ils cultivent le premier par un travail assidu et qu\u2019ils fortifient le second par leur indépendance.C\u2019est du caractère que nous exigeons aujourd\u2019hui de nos hommes publics.Ils en auront grand besoin, car nous allons avoir encore une crise d\u2019impérialisme.Lord Grey n\u2019a pas été indifférent à la nomination du duc de Con- naught comme gouverneur.Nous sommes honorés par ce (x) \u2018\u201c World Wide,\u2019 II mars Igo5, page 281, col.3; reproduit du Morning Post,\u201d de Londres.a) jr, TIED cnt SE A me ee pn 112 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE choix, mais il ne faudra pas nous laisser ébiouir par les titres, et, a cause des titres, subir toutes les inspirations.Le temps de l\u2019arbitraire est passé ; nous sommes au règne de la diplomatie, de la persuasion.On sait que la force ne vaut pas contre nous.Lord Grey n\u2019a-t-il pas circonvenu nos personnalités politiques et religieuses ?Mgr Fallon, qui n\u2019est pas à une fal- lonnade près, n\u2019a-t-il pas commencé de prêcher l\u2019impérialisme au Sault-Ste-Marie le 26 juillet dernier ?Nous ne reprochons a personne d\u2019être impérialiste militant (en tant que la constitution le permet), mais nous tenons a exprimer notre droit de nous en défendre.Emile Faguet, qui appelle l\u2019impérialisme la \u201cforme aiguë\u201d du patriotisme, dit justement qu\u2019il \u201c consiste à aimer sa patrie comme faisait un Romain, c\u2019est-à-dire à croire qu\u2019elle est la patrie par excellence, qu\u2019elle doit simposer au genre humain, que le genre humain ne serait que sage en se soumettant à elle et en s\u2019incorporant à elle, et qu\u2019en même temps que patriotique, il n\u2019est qu\u2019humain d\u2019asservir le genre humain à sa patrie.\u201d (1) Et comme la patrie est faite d\u2019idéaux communs, et comme anssi \u201cla langne commune est un lien national extrêmement fort,\u201d (2) les tendances de l\u2019impérialisme anglais se trouvent assez en relief.Ces tendances sont avouées d\u2019ailleurs par notre ancien gouverneur et par notre nouveau.Voici un passage du discours de lord Grey à l'hôtel Windsor, le 4 octobre dernier : \u201cDe même qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un seul parti dans le Sud-Africain, à savoir le parti sud-africain ou britannique, au Canada, il n\u2019y a aussi qu\u2019un seul parti canadien ou britannique.(3) Pourtant, nous ne sommes pas tous prêts à dire : British to the core!\u201d be l am (1) Emile Faguet, \u2018\u2018 La Patrie,\u2019\u2019 ch.I.(2) Id, ch.VII.(3) \u201c Le Devoir,\u201d 3 octobre 1911, p.2, col.2.LT tt LA POLITIQUE CANADIENNE EF LES CANADIENS-FRANCAIS 113 Encore : \u201c Si vous devez être sauvés d\u2019un changement, il faut maintenir la suprématie britannique sur mer \u201d\u2026 \u201c Quel est l\u2019idéal\u2026 ?Est-ce d\u2019être un parasite sur le tronc de l\u2019empire.?\u201d etc.Le duc de Connaught est aussi explicite dans son discours en réponse à l\u2019adresse de bienvenue du Québec : \u201c Aux jours d\u2019antan, ce fut la fusion des races française et anglaise qui fit la grandeur de l\u2019Angleterre.Ici, l\u2019histoire se répète encore et voit cette fusion qui fait votre grandeur.\u201d (I) Il est si difficile de cacher ses sentiments ! La fusion n\u2019est pas faite, et nous entendons bien rester français sans mélange.Nous voulons la bonne entente entre les deux races, \u201cl\u2019entente cordiale \u201d même, mais rien de plus.Cela nous suffit.L\u2019impérialisme est bien moins un danger national pour nous, Canadiens-Français, qu\u2019un danger politique pour tousles Canadiens.C\u2019est pour cela que les députés du Québec auront une si grande part dans la politique canadienne ; car ils sont, eux, plus canadiens que les autres, par la première occcpation du sol comme par l\u2019histoire de ses habitants.Ils suivront, nous n\u2019en doutons pas, la noble attitude de M.Monk et de M.Bourassa.M.Bourassa fut le premier à prévoir les dangers de l\u2019impérialisme.Pour les avoir dénoncés il a retardé de plusieurs années son ascension au pouvoir.Mais, peu importe ! Le pays avant le parti et le pouvoir, se dit M.Bourassa.Dût-il n'être jamais premier ministre, M.Bourassa aura laissé une empreinte profonde sur la génération actuelle.Il aura gouverné dans l'opposition plus efficacement que les premiers ministres ne l\u2019auront fait au pouvoir.Cet homme semble avoir été nourri de la moelle des lions, tant il est vaillant et intrépide.Il a bravé les cailloux et les plus grands orateurs de son temps, le dégoût et la haine, (1) \u201c Le Devoir,\u2019 13 octobre 1911, p.3, col.I.BES IEE i i i 3 2 Jy Wren o_o = 114 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE l\u2019isolement et les foules, les applaudissements et les éloges.Rien ne l\u2019a ébranlé.C\u2019est un passionné du devoir social, du devoir politique, du devoir chrétien, du devoir tout court.Et le devoir, c\u2019est la justice envers Dieu, la société et soi- même.Jamais la justice ne fut défendue plus éloguemment, avec plus d\u2019amour et de passion, que dans la séance de clôture du Congrès Eucharistique, à Montréal, le I0 septembre 1910.Ce soir-13, les mines de Montalembert, d\u2019O\u2019Connell et de Moreno ont dû tressaillir.Les grandes haines ne s\u2019attachent qu\u2019aux grands caractères.M.Bourassa recevra donc encore des cailloux, mais il sera invulnérable tant qu\u2019il n\u2019aura pas rempli la mission qui lui est évidemment assignée.Nous souhaitons ardemment qu\u2019il ait de nombreux imitateurs parmi la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui, afin qu\u2019elle soit longue la liste des Canadiens- Français qui auront fait leur marque dans la politique canadienne : Papineau, Lafontaine, Cartier, Chapleau, Mercier, Laurier, Bourassa, etc.(A suvwre.) Louis Gerenval.Le 22 octobre IQII. [a Nation Franco-Normande au Canada Par Le VICOMTE FORSYTH DE FRONSAC I Je fais précéder cette esquisse historique d\u2019une explication du titre que je lui donne: \u201cNation Franco-Normande au Canada,\u201d au lieu de \u201c\u201c Nation Canadienne \u201d ou \u201c Nation Canadienne-Francaise.\u201d S\u2019il est vrai que tous les habitants d\u2019un même pays, sans distinction de race, vivant sous un même gouvernement, forment les parties constituantes d\u2019une nation, il n\u2019en est plus de même lorsque dans le même pays, et sous le même gouvernement, vit un peuple ayant une origine différente, possédant une langue à lui, des droits et des coutumes différents des droits et des coutumes des autres habitants du pays ; alors, ce peuple forme non seulement une nation, mais une race avec des caractères communs perpétués par l\u2019hérédité à travers les siècles (ces caractères peuvent se modifier plus ou moins sous l\u2019influence du climat, du genre de vie et du croisement).Et si, pour approfondir davantage le sujet, je remonte à l\u2019origine de ce peuple, je trouve que le plus grand nombre de ses familles est originaire de Normandie, en France, et que la plupart des autres viennent de la Touraine, où prédomine le sang des Francs qui ont donné leur nom\u2014Frarcia, France \u2014à la Gaule qu\u2019ils avaient conquise.Voilà pourquoi je donne à mon article ce titre : \u201cLa Nation Franco-Normande au Canada.\u201d Je n\u2019ai pas employé le terme \u201c Canadiens-Français,\u201d parce qu\u2019il renferme quelque chose d\u2019anormal.Le Franc et le Normand sont d\u2019une même race (germanique), avec les mêmes coutumes, les mêmes droits coutumiers qu\u2019ils ont imposés aux Gallo-Romains en ies conquérant. me amen wp mes 116 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE A part cela, le Franco-Normand a formé l\u2019aristocratie d\u2019Ecosse avec les de Bruce, Fleming de Douglass, Forsyth de Fronsac, Beauchamp de Campbell, Beaumont de Hamilton; Fitzalan-Stuart, de Balieul; celle d\u2019Angleterre avec Guillaume le Conquérant, Martel-Plantagenet d\u2019Anjou,Fortesque, Montague, Neuville, Beauchamp, Saville, Villiers, Chaudos ; celle d\u2019Irlande avec les De Courcy, de Vesci, de Burg, Fitzgerald, de Butler ; celle d\u2019Italie avec les de Maurienne (maison de Savoie), Tancrèd, Guiscard (Guiscardini), Ger- hard (Gerhardini), et la famille Colombo de laquelle descendit Christophe Colomb, le découvreur de l\u2019Amérique.L'organisation de la race Franco-Normande au Canada veut dire une nation autour de laquelle, par des sympathies organiques et héréditaires, peuvent se grouper les familles Franco-Normandes d\u2019Ecosse, d\u2019Angleterre, d\u2019Italie, etc, habitant l\u2019Amérique du Nord et ayant conservé, proportionnellement à la pureté de leur sang, les instincts transmis qui sont semblables aux instincts de la race Franco- Normande habitant au Canada.La raison de ce ralliement autour de la race qui est au Canada pour se transformer en mouvement nationaliste, c\u2019est que la race, au Canada, s\u2019est établie sur des garanties internationales assez solides pour fournir la base d\u2019un gouvernement parmi les autres gouvernements du monde, un gouvernement à elle possédant les garanties suivantes : la constitution établie par les rois de France au Canada, reconnue par le traité international de 1763 et réaffirmée par le Canada Act de 1774, loi suprême au-dessus de toutes les autres parce que déterminée entre souverains signataires des traités, une loi qui est en elle-même une constitution souveraine.La réponse aux questions suivantes va nous donner l\u2019histoire et le programme de l\u2019Ordre Aryen et Seigneurial qui, avec son Collège des Armes de la Nouvelle-France fournit le moyen efficace d\u2019organiser la race sur des bases constitutionnelles.1°.\u2014Qu\u2019est-ce que c'est que cette Constitution Souveraine ? LA NATION FRANCO-NORMANDE AU CANADA 117 2 \u2014Sur quoi, droit, principe ou sentiment est-elle fondée ?3°9.\u2014Quels obstacles s'opposent à son existence ?Quels sont ses ennemis ?4°.\u2014Où peut-on trouver la preuve et l\u2019histoire du droit de l\u2019Ordre Aryen et Seigneurial; quels sont ceux qui ont qualité pour s\u2019inscrire dans les registres nobiliaires de son Collège des Armes de la Nouvelle France (Canada)?I.\u2014 La Constitution Souveraine.La Constitution est royale et la royauté est héréditaire avec le consentement des grands (noblesse).Les habitants se divisent en la noblesse, la bourgeoisie et la paysannerie, l\u2019Eglise est une institution d\u2019Etat et ses ministres ont une représentation auprès du gouvernement.Dans les premiers registres du Canada, on dit que le mot \u201c paysan\u201d n\u2019est pas applicable, parce que la souche du peuple au Canada était au-dessus de la paysannerie en France, et le mot \u201chabitant\u201d remplaça le mot \u201c paysan.\u201d Les lois sont légitimées en conformité avec les coutumes du viscomté et prévôté de Paris dans le duché de France.Comme l\u2019a dit Sir Hippolyte Lafontaine, de la Cour Suprême du Canada: \u201cC\u2019est le droit commun de France royale et féodale.\u201d Les institutions nivellantes de la démocratie que les Anglo-Saxons anglais ont introduites dans le pays avec leur régime parlementaire et factieux sont ennemies de la constitution royaliste et féodale; de plus, elles sont les moyens subtiles par lesquels on compte bouleverser les droits et les privilèges des habitants, séculiers et religieux, que la constitution souveraine protège.Les organes principaux de cette constitution sont le Roi, l\u2019Aristncratie, la Bourgeoisie, l\u2019Eglise.LE ROI Article du traité de cession du Canada, du Roi de France au Roi de la Grande-Bretagne (1763) :\u2014\u201c Sa Majesté Très RO OR 118 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Chrétienne \u201cenonce toutes les prétentions qu\u2019il a formées ou avait formées à la Nouvelle Franceou Acadie dans toutes les extensions et cède le tout avec toutes ses dépendances au Roi de la Grande Bretagne.Et Sa Majesté Très Chrétienne cède et garantit à la dite Majesté Britannique en pleine souveraineté le Canada avec toutes ses dépendances, le Cap Breton et toutes les isles et costes de la baie et fleuve Saint Laurent et en général toute chose qui dépende de les dites terres et costes du pays avec la souveraineté, territoire, possession et tous les droits transmis de traité que Sa Majesté Très Chrétienne et la Couronne de France a eu jusqu\u2019à présent.en prérogative compléte sans restriction et sans droit de changer ces concessions et garants sous quelques prétextes que ce soient.\u201d Pour comprendre les prérogatives ainsi transmises sans interruption et sans délimitation d\u2019un souverain à l\u2019autre, voyons en quoi consiste la rovauté dans notre constitution souveraine.Le roi, c\u2019est le chef de famille de l\u2019état.Le roi, c\u2019est l\u2019état personnifié.Sa prérogative s\u2019étend partout sur le territoire de l\u2019état.Celui qui tient sa terre du Roi participe avec lui dans la prérogative souveraine sur son propre domaine, limitée seulement par les circonstances de son fief.L\u2019union de tous les fiefs, grands et petits, fait l\u2019état lui- méme.L\u2019union de tous les personages qui possèdent ces fiefs est consolidée dans la personne du Roi qui représente et personnifie la souveraineté de tous les états duroyaume.Les tenanciers de ces fiefs sont les feudataires du Roi.Leur devoir est de s\u2019unir au Roi contre tout ennemi du royaume.Ils sont les éléments potentiels dont le Roi est la qualité positive\u2014la personnalité.Luchaire dans I\u2019 \u201c Histoire des Institutions Monarchiques de la France sous les Premiers Capétiens,\u201d dit que les Etats Généraux du royaume tenus a Notre-Dame de Paris en 1302 déclarèrent que : \u201c Le royaume de France, que nos prédécesseurs ont conquis sur les barbares par leur propre courage et par la vaillance de leur peuple, qu\u2019ils ont su gouverner ensuite avec fermeté et qu\u2019ils n\u2019ont jamais tenu de jar LA NATION FRANCO-NORMANDE AU CANADA 119 personne que de Dieu : nous l\u2019avons reçu de leurs mains par la volonté divine ; désirant les imiter selon notre pouvoir, nous sommes prêts à exposer notre corps, nos biens et tout ce que nous possédons pour conserver libre de toute atteinte l\u2019indépendance du royaume, et nous reputons ennemis de ce royaume et de notre personne tous ceux qui s\u2019opposeront à ce dessein.\u201d La suprématie du roi dans l\u2019état est déclarée par les Etats Généraux de 1614, en ces mots : \u201cSoit inviolable et notoire à tous, que, comme le Roi est reconnu souverain dans son royaume, ne tenant sa couronne que de Dieu seul, il n\u2019y a puissance en terre, spirituelle ou temporelle, qui ait aucun droit sur son royaume pour en priver\u2019 les personnes sacrées de nos rois, ni dispenser ou absoudre leurs sujets de la fidélité et obéissance qu\u2019ils doivent.Tous les sujets tiendront cette loi comme conforme à la parole de Dieu, sans distinction, équivoque ou limitation quelconque laquelle sera signée et jurée par tous les députés du royaume.\u2026\u2026.Tous les précepteurs, légistes, docteurs et prédicateurs du royaume sont tenus de l\u2019enseigner et publier.\u201d La prérogative des rois de Prusse vient de la même souche que ceile des rois de France\u2014l\u2019Empire de Charlemagne, Roi des Francs et Empereur Germanique des Ro- \u2018mains.Denis, dans son ouvrage \u201cLa Fondation de l\u2019Empire Allemand (p.240) dit : \u201c La Prusse est une monarchie constitutionelle, c\u2019est-à-dire, que le souverain s\u2019est engagé à accorder aux sujets certaines garanties, mais ces garanties sont limitées et précises, et elles n\u2019altèrent pas le pouvoir essentiel à la souveraineté ; le pouvoir exécutif appartient au Roi seul, qui n\u2019est responsable que devant Dieu ; il choisit ses ministres ; les Chambres peuvent examiner leur conduite et même les censurer ; le vote de défiance des Chambres a pour but d'attirer l\u2019attention du Souverain ; si, après réflexion, il les maintient en fonction, les Chambres n\u2019ont qu\u2019à s\u2019incliner.Les Chambres ont le droit de repousser les lois nouvelles et les surtaxes d\u2019impôts, mais elles ne peuvent modifier l\u2019ordre de choses existant que de l\u2019aveu du Souverain : c\u2019est-à-dire que les lois demeurent en vi- EE PER 120 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE gueur et que les impôts continuent à être régulièrement perçus tant que le Roi trouve bon ; sans cela on tomberait dans l\u2019erreur des démocrates qui transportent le veto du Roi aux Chambres, de sorte que le Roi n\u2019est plus que le président d\u2019une corporation de politiciens au lieu que le Souverain d\u2019un état.\u201d Les démocrates anglo-saxons au Canada ont réduit la prérogative du Roi, dans la constitution souveraine du pays, au niveau de la présidence de leur corporation politique.\u2014 Mais c\u2019est contre le droit coutumier\u2014la loi suprême.Ilestincontestable que l\u2019allégeance personnelle des francs- tenanciers est un devoir envers la personne du Roi dans la souveraineté duquel ils sont les facteurs latents.Le Roi renforcé par cette puissance consolidée en lui-même, doit défendre la prérogative de souveraineté de chaque franc- tenancier en son fief contre tout édit de la législature qui le priverait de la prérogative de franc-tenancier de la couronne.Et vice versa, chaque franc-tenancier doit défendre la prérogative du Roi contre tout édict de la législature qui l\u2019en nriverait.(A suvwvre.) Un décret romain et la loi de New-York sur les associations religieuses Ceux qui ont étudié avec nous la grave situation qui est faite à nos compatriotes du Maine, ont cru, avec nombre de journaux franco-américains, qu\u2019un récent décret de la Congrégation du Concile, venait de régler tout le débat.Certains ont, dès l\u2019apparition de la nouvelle dans les journaux, crié au triomphe des catholiques du Maine, et applaudi à ce qu\u2019ils appelaient une colossale rebuffade de Mgr Walsh.On a reconnu, depuis, que la rebuffade n\u2019était ni si colossale ni la victoire si complète.M.Dupré, du reste, le chef des Franco-Américains du Maine, l\u2019a déclaré d\u2019une façon très claire, tandis que Mgr Walsh, avant peut- Être d\u2019avoir saisi tout le sens du décret, affirmait qu\u2019il ne le liait en aucune façon.Si cette opinion de l\u2019évêque de Portland était la bonne, la Congrégation du Concile serait vraiment bien avancée ! Il sera, dans tous les cas, intéressant de voir comment ce brave homme pourra éluder un texte, qui, comme tous les textes romains, est d\u2019une très grande clarté.Pour ce qui est du décret lui-même, il est évident qu\u2019il répond exactement aux désirs de ceux qui l\u2019ont demandé.Cela ne veut pas dire qu\u2019il rende entièrement justice aux fidèles sur qui retombe tout le fardeau de l\u2019entretien des églises.Il n\u2019est même pas douteux que la Congrégation elle-même a dû agir sous l\u2019impression que la loi civile aux Etats-Unis mettait des entraves aux associations religieuses, ce qui est loin d\u2019être prouvé.Car, on admettra bien, je suppose, que si des législateurs américains ont pu, à la demande d\u2019un évêque, adopter une loi aussi arbitraire, aussi odieuse que la Corporation Sole, il eût été aussi facile d\u2019en obtenir une loi donnant à l\u2019Eglise toutes 122 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE les garanties voulues, tout en accordant aux\u2019 fidèles la juste part de représentation que le droit commun, bien plus, que l\u2019Eglise elle-même, accordent à ceux qui donnent de l\u2019argent pour le maintien des institutions paroissiales.Comme question de fait, les évêques ont eu aux Et-ts-Unis les systèmes qu\u2019ils ont voulus.L'histoire de leurs diocèses, au surplus, montre trop souvent qu\u2019ils se sont écartés à dessein des lois fondamentales de l\u2019Eglise, et que leur principal souci a été moins de consolider les œuvres confiées à leur direction que de s\u2019affermir dans un absalutisme complet, ne considérant plus les millions de catholiques américains que comme un vaste troupeau taillable et corvéable à merci.Cette opinion, ancrée dans l\u2019esprit de certains évêques puis répandue dans le clergé qui, plus ranproché du peuple qui paie, est devenu dans bien des cas l\u2019agent forcé ou inconscient d\u2019une colossale ignominie, a donné lieu à tous les abus que nous dénonçons avec une vigueur parfois voisine de la violence.Que si l\u2019on voulait nous accuser de donner dans l\u2019exagération, de céder au parti pris, d\u2019agir sous l\u2019impulsion des préjugés, nous n\u2019aurions nlus qu\u2019à inviter nos contradicteurs à faire consciencieusement l\u2019examen de la question.Des faits, d\u2019une excessive brutalité, leur ouvriront les yeux.Témoin, pour ne citer qu\u2019un exemple, cet extrait d\u2019un sermon /u dans une église de la Nouvelle-Angleterre, il n\u2019y a pas un an, et au sujet de l\u2019acrimonieux conflit qui a mis aux prises, dans l\u2019Etat du Maine, l\u2019évêque et les fidèles : \u201c Le Souverain Pontife, les évêques, disait l\u2019orateur religieux, sont propriétaires des biens de l'Eglise comme un roi est propriétaire des biens de son royaume.Mais comment les ministres de l\u2019Eglise administrent-ils ces biens ?Le mode varie selon les temps, selon les lieux, et même selon les diocèses.Les décrets du concile de Baltimore en indiquent trois pour les Etats-Unis.\u201d Un canoniste, à qui je faisais lire cette déclaration dans un journal reproduisant le sermon en entier, se contenta de lever les épaules et de dire : \u201cL\u2019auteur n\u2019aura pas eu le temps de lire les passages du concile de Baltimore qui se 137 UN DÉCRET ROMAIN 123 rapportent à la matière, et semble ignorer tout à fait le droit canon et les affaires de son pays.\u201d Or, il suffit de posséder la moindre notion des décrets des conciles de Baltimore pour savoir que les trois modes d\u2019administration dont il est question dans ce sermon (fidéicommis, possession simple, corporation d\u2019un seul) ne sont recommandés que pour les cas où on ne peut pas établir le véritable système parcissial de l\u2019Eglise; que ces trois modes ne sont pas prescrits mais défendus, excepté dans les Etats où un mode conforme aux lois canoniques n\u2019est pas admis.Le mode conforme aux lois canoniques, c\u2019est non seulement l\u2019incorporation légale des paroisses, mais encore l\u2019élection des syndics, des marguilliers par les paroissiens.Ce mode est, je crois, en usage dans le Wisconsin.; Mais je ne veux pas me laisser entraîner à la discussion d\u2019un problème aussi complexe dans cet article qui n\u2019a qu\u2019un but : mettre sous les yeux des lecteurs de la Revue les documents essentiels à la pleine intelligence de la situation nouvelle qui sera faite aux catholiques des Etats-Unis.Il sera toujours facile d\u2019y revenir et d\u2019étudier dans ses détails une situation qui semble, surtout aux Etats-Unis, varier suivant le temps, le lieu, et même les individus.Voyons donc d\u2019abord les documents : le premier à lire est bien, on le comprend, la décision de la Sacrée Congrégation du Concile.En voici la traduction que j'emprunte au \u201cDevoir,\u201d de Montréal : LE DECRET SACREE CONGREGATION DU CONCILE Rome, 10 aofit 1911.Révérendissime Seigneur et Frère, Il est très à la louange des évêques des Etats-Unis d\u2019Amérique qu\u2019ils n\u2019aient jamais manqué, parmi tous les soins auxquels leur zèle s\u2019applique et qui leur font dépenser leur dévouement et leurs forces pour le progrès de la religion catholique et le soutien de la piété des fidèles, de s\u2019occuper avec prudence de la protection des biens temporels de l\u2019Eglise et de leur bonne administration.Il existe sur ce point de nombreuses preuves de leur sollicitude pastorale, parmi lesquelles il faut assurément mentionner 124 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE les décrets portés par les conciles pléniers de Baltimore touchant l\u2019administration des biens ecclésiastiques.Réceminent, quelques évêques, considérant les circonstances actuelles et les besoins particuliers de certaines localités, ont cru utile de demander conseil au St-Siège et ont prié le Saint-Père de fixer des règles pour l\u2019administration des biens temporels dans toute la république des Etats- Unis d\u2019Amérique.Or, la Sacrée Congrégation du Concile, à qui l\u2019affaire a été confiée après mûre considération et après s\u2019être enquise, par l\u2019intermédiaire de Monseigneur le Délégué Apostolique, du désir des Révérendissimes Archevêques de ce pays, et se conformant surtout à ce désir, a proposé et décidé, dans sa séance plénière du 29 juillet dernier, ce qui suit : 19 Des systèmes de possession et d\u2019administration des biens ecclésiastiques qui sont aujourd\u2019hui en vigueur dans les Etats-Unis d\u2019Amérique, celui qui porte le nom de Parish Corporation est le plus préférable, pourvu toutefois qu\u2019il soit appliqué selon les conditions et avec les précautions qui sont en vigueur dans l\u2019Etat de New-York.Les évêques prendront soin d\u2019introduire immédiatement ce système d\u2019administration des biens temporels dans leur diocèse respectif, si la loi civile le permet.Si la loi civile ne le permet pas, ils feront des instances énergiques auprès des autorités civiles pour obtenir aussitôt que possible le consentement de la loi sur ce point.22 Dans les endroits où la loi civile ne reconnaît pas la Parish Corporation, et tant qu\u2019on n\u2019y aura pas réussi à obtenir cette reconnaissance légale, l\u2019application du système dit Corporation Sole est permise, de telle sorte cependant que l\u2019Evêque ne procède dans l\u2019administration des biens ecclésiastiques qu\u2019après avoir entendu l\u2019avis des intéressés et des consul- teurs diocésains, et, dans les affaires importantes, qu\u2019après avoir obtenu leur cons :ntement, la Sacrée Congrégation laissant à la conscience de l\u2019Evêque Ini-même la responsabilité des manquements à ces prescriptions.3° Le système qu\u2019on appelle 2% Fee Simple doit être absolument aboli.Je suis Heureux de vous conimuniquer, de par l\u2019autorité du Saint-Père, ces décisions salutaires que les Eminentissimes Pères ont jugé utile de prendre, espérant que leur mise à exécution sera très avantageuse au bien de l\u2019Eglise dans ce noble pays.{En attendant, je prie le Seigneur de tout cœur qu\u2019il vous accorde toutes sortes de bienfaits, et je me dis avec respect, A.T.Votre frère, C.Card.GENNARI, Préfet, B POMPILI, Secrétaire.Voilà le document qui ne lie pas l\u2019évêque de Portland! C\u2019est fort possible.Dans tous les cas il aura bientôt l\u2019oc- - = = UN DÉCRET ROMAIN 125 casion de montrer comment il entend s\u2019y soustraire.Au reste, l\u2019affaire Ponsardin qui dut être jugée deux fois, pour obtenir la soumission de feu Mgr Healey, prouve déjà que dans le diocèse de Portland la discipline épiscopale ne va pas toujours sans subir quelques accrocs.Mais ce qu\u2019il importe de connaître maintenant, c\u2019est cette loi de New-York qu\u2019on semble avoir représentée à Rome comme le dernier mot de la perfection pour l\u2019administration des biens paroissiaux.Voyons ce qui en est : LA LOI DE NEW-YORK (traduction) (1) Texte de la Loi supplémentaire ** POUR LA CONSTITUTION CIVILE DES ASSOCIATIONS RELIGIEUSES.\u201d Supplément à la loi intitulée : \u2018\u2018 Loi pourvoyant à l\u2019incorporation des Associations religieuses,\u201d adoptée le 5 avril mil huit cent treize.Adopté le 25 mars 1863 : les trois cinquièmes des membres étant présents.La population de l\u2019Etat de New-York, représentée an sénat et à l\u2019Assemblée législative, décrète ce qui suit : Article 1.\u2014La loi intitulée \u201c Loi pourvoyant à l\u2019incorporation des Associations religieuses,\u2019\u2019 adoptée le cing avril mil huit cent treize, est par les \u201c présentes ameudée en ajoutant les dispositions suivantes : y I.\u2014Il sera permis a toute église catholique romaine ou congrégation, se trouvant actuellement dans les limites de cet Etat, ou pouvant s\u2019y trouver ci-après, de s\u2019incorporer conformément aux dispositions de cette loi : l\u2019archevêque ou l\u2019évêque catholique romain du diocèse dans lequel une église pourra être érigée ou devra l\u2019être dans l\u2019avenir, le vicaire-gé- néral de ce diocèse, et le curé de cette église, dans le moment, respectivement, ou la majorité de ceux-là, devront choisir et nommer deux laïques, membres de ladite église, et devront de concert avec les laïques, signer un certificat en double, indiquant le nom ou le titre, en vertu duquel, eux et leurs successeurs seront connus et désignés comme corporation, en vertu de cette loi, lesquels certificats devront être dûment reconnus attestés, de la même manière que les transports d\u2019immeubles ; l\u2019un de ces certificats devra être déposé au bureau du secrétaire de l\u2019Etat, et l\u2019autre au bureau du greffier du comté, dans les limites duquel cette église pourra ou devra être érigée ; et telle église ou congrégation pourra être considérée comme un corps politique incorporé sous le nom ou le titre mentionné dans tel certificat, et lesdites personnes ayant ainsi signé cedit certificat devront être les syndics de ladite égiise ou congrégation.Les successeurs (1) Le texte anglais dont nous donnons ici une traduction est extrait des \u2018\u2018 Statuts \u2019\u201d\u2019 du diocèse d\u2019Ogdensburg, N.Y. 126 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE to de tel archevêque, évêque, vicaire-général ou curé, respectivement, pour le temps où ils seront en forctions devront, en vertu de leur charge, constituer les syndics de telle église au lieu et place de leur prédécesseur : et les laïques devront conserver leur charge respectivement pendant un an et au cas où la charge de quelqu\u2019un de ces laïques deviendrait vacante pour cause de moralité, de départ, de démission ou autrement, son successeur devra être nommé de la même manière que ci-dessus pourvu pour le premier choix.II.\u2014 Les syndics de toute église ou congrégation et leurs successeurs devront jouir de tous les pouvoirs et de toute l'autorité accordés aux syndics d\u2019une église, d\u2019une congrégation ou d\u2019une société quelconque, par l\u2019article quatre de la loi intitulée \u201cLoi pourvoyant à l\u2019incorporation des Associations religieuses \u2019\u2019 adoptée le cinq avril mil huit cent treize, et devront également avoir le pouvoir de fixer et déterminer le salaire qui devra être payé au curé ou à l\u2019assistant-curé de ladite église, mais toute propriété personnelle ou réelle d\u2019une telle église ou corporation, à l\u2019exclusion de 1'édifice de l\u2019église, presbytère, et maison d\u2019école, y compris les terrains sur lesquels ils peuvent être érigés, de même que les cimetières, ne devront pas excéder un revenu annuel de trois mille dollars ; mais rien de ce qui est contenu dans la présente loi ne peut être tenu ou considéré comme abrogeant, altérant ou diminuant l\u2019effet du chapitre trois cent soixante des lois de mil huit cent soixante.III.\u2014Les syndics d\u2019une église incorporée d\u2019après cette loi sont obligés de produire, sous serment, à la cour suprême du district judiciaire, dans lequel ladite église se trouve comprise, une fois tous les trois ans, un inventaire de toutes les propriétés réelles ou personnelles, appartenant à ladite église, en même temps que le revenu annuel de ces propriétés, lequel inventaire devra être déposé au bureau du greffier du comté dans lequel les édifices se trouvent érigés.IV.\u2014Au cas où une église incorporée d\u2019après cette loi serait dissoute, par suite de maladministration ou de négligence à exercer, aucun des pouvoirs nécessaires pour son maintien, ou autrement, cette église pourra être incorporée de nouveau, d\u2019après le mode prescrit par cette loi, durant les six années de la date de cette dissolution, et sur ce, toutes les propriétés réelles ou personnelles appartenant à la corporation ainsi dissoute, lors de sa dissolution appartiendront à la nouvelle corporation.Article 2\u2014La législature peut en tout temps modifier, altérer ou abroger cette loi.Article 3.\u2014Cette loi entrera en vigueur immédiatement.La loi qui précède n\u2019est, en somme, qu\u2019une modification de la loi de New-York sur les associations religieuses.C\u2019est pour cela que nous y cherchons en vain le texte 3 UN DECRET ROMAIN 127 définissant plus clairement le contrôle des paroissiens sur leurs propriétés religieuses.Nous devons à M.le juge Boire, de Plattsburg, le renseignement suivant qui jette plus de lumière sur la question.Voici la section de la loi qui décrète dans quelles conditions une association religieuse peut disposer de ses propriétés : \u2018\u201c\u201c SECT.12.\u2014 Vente, hypothèque et location des immeubles des associations religieuses.Une association religieuse ne vendra cu n\u2019khypothèquera aucun de ses immeubles sans en avoir demandé et obtenu la permission de la cour conformement aux règles du code civil de procédure.Les syndics d\u2019une association catholique romaine inco: porée ne demanderont pas à la cour la permission de vendre, hypothéquer, louer, aucune de ses propriétés immobilières sans le consentement de l\u2019archevêque ou de l\u2019évêque du diocèse dans lequel se trouve son église, ou en leur absence ou impossibilité d\u2019agir, sans le consentement du vicaire-général ou de l\u2019administrateur du diocèse.La requête des syndics d\u2019une association incorporée, protestante épiscopalienne ou catholique romaine, devra, à part les détails exigés par le code civil de procédure, démontrer que les stipulations de la présente section ont été observées.Mais les lots, lopins de terre ou permis d\u2019enterrer dans un cimetière possédé par une association religieuse pourront être cédés ou vendus sans la permission de la cour.Les terrains de cimetière d\u2019une association religieuse ne peuvent pas être hypothéqués tant qu\u2019ils sont employés comme cimetière.\u2019 Cet article I2 est déjà d\u2019une importance capitale, mais il nous laisse encore loin de cet amendement à la loi dont ont parlé quelques journaux et en vertu duquel \u201cles syndics ou \u201ctrustees\u201d des paroisses ne peuvent faire une dépense ou contracter une dette au-dessus de mille dollars, sans obtenir au préalable l\u2019autorisation du tribunal qui a juridiction en la matière.\u201d Cette précaution qui n\u2019existe pas dans la loi est tout de méme comprise dans les réglements (By-laws) que les associations religieuses sont invitées à adopter et dont une copie est publiée dans l\u2019appendice des \u201c Statuts \u201d (1) du diocèse d\u2019Ogdensburg (pages 66, 67 et 68).L'article 7 de ces règlements dit : \u201c Une dette liant la res- (1) \u2018\u2018 By-Laws \u201d quarum adoptio commendatur paræcits juxta hanc legem constitutis.\u201d\u201d Statuts du diocèse d\u2019Ogdensburg, N.V.a A 128 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ponsabilité de cette association ne peut être contractée qu\u2019en vertu d\u2019une résolution spéciale adoptée pour cette fin, inscrite dans ses minutes et signée par au moins trois syndics, si elle ne dépasse pas un total de MILLE DOLLARS ($1,000), et par tous les syndics si elle dépasse cette somme.\u201d Mais cette garantie, si considérable qu\u2019elle paraisse, ne vaut encore qu\u2019en proportion de l'influence des syndics laïcs dans la corporation, selon qu\u2019ils représentent plus ou moins directement ie sentiment de ceux qu\u2019ils sont supposés représenter.Or, on a vu par la loi citée plus haut qu'ils étaient choisis par l\u2019évêque, le grand-vicaire et le curé.Pourquoi n\u2019a-t-on pas détruit toute chance de conflit pour l\u2019avenir en confiant aux paroissiens le soin de choisir eux- mêmes leurs syndics dans une grande assemblée de la paroisse ?(I) Assurément, si ce dernier mode a pu, dans certains quartiers, prêter à quelques abus, il est universellement connu que l\u2019autre a, lui aussi, soulevé sa grosse part de récriminations et d'abus.Et, pourtant, Dieu sait si cette loi de New-York est déjà une amélioration sur des systèmes comme la \u201c Corporation Sole!\u201d Pour plusieurs, la décision de la Congrégation du Concile n\u2019apparaitra pas comme une solution définitive, mais comme un acheminement vers une législation qui rende pleine et entiére justice a tout le monde.Ce n\u2019est pas la meilleure loi que l\u2019Eglise pouvait donner aux catholiques américains.(1) Un membre éminent du clergé suggère que les syndices soient élus par les propriétaires de bancs.Il suggère encore que dans les paroisses mixtes les syndics soient Franco-Américains quand le curé est irlandais.J.-L.K.-Laflamme. Ah ! vraiment ! .; Mon Cher Directeur, Le croiriez-vous ?me voici victime d\u2019une crise de popu- i larité auprès de mes amis irlandais.Ils me font fête : je 4 suis l\u2019objet de leur conversation quand je suis absent; et quand ils me rencontrent, ils sont communicatifs à l\u2019extrême.Je ne voudrais pas commettre plus d\u2019indiscrétion qu\u2019il ne faut.Pourtant il est des perles qui ne peuvent se Ë dérober perpétuellement aux regards.i L\u2019autre jour, mon ami Patrick me saute au cou, et m\u2019em- A brassant avec effusion, il me demande à brûle-pourpoint : Ë \u201c Savez-vous pourquoi il n\u2019y a pas eu de cardinal cana- E dien ?\u201d Comme je n\u2019aime pas les problèmes compliqués, et ki que je ne veux pas me fatiguer les méninges par des efforts | intempestifs, j\u2019ai répondu le plus simplement du monde : i \u201c\u201cMa foi, je n\u2019en sais rien.\u201d Mais Patrick, d\u2019un air averti, i me dit en clignant de l\u2019œil : \u201cJe le sais bien, moi.\u201d Je fis mine d\u2019être indifférent à ses confidences: cette attitude le rendit plus loquace.\u201c Là-bas, on est mécontent,\u201d me dit-il, \u201cdes écrits de cer- E tains journalistes ; et pour se venger des rédacteurs de ces i feuilles, on prive tel archevéque de son chapeau de cardinal.\u201d ; \u2014Ah ! vraiment ! 8 \u2018 Parfaitement,\u201d fit-il ; et il se mit à me donner des noms.Je voulus lui signifier que ses raisons ne me donnaient f pas satisfaction.Il se fâcha tout rouge.Quand il eut recouvré ses sens, j'essayai de lui faire un brin d'histoire contemporaine pour lui démontrer que quelques articles un peu courageux ne pouvaient pas être la cause de la punition infligée à tout un pays aussi vaste que le Canada, et qui contient tant de catholiques, dont la très grande majo- EE nae 130 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE rité est de langue française : ce que mon ami oublie toujours.\u201c Mgr Bourne, l\u2019éminent archevêque de Westminster est cardinal,\u201d lui dis-je \u2014 Oh ! oui ! di.-il avec un sourire extatique, qui lui fit oublier sa petite crise de tout à l\u2019heure.\u2014 \u201cEh! bien, vous qui êtes un intellectuel, puisque vous lisez la \u201cRevue Franco-Américaine,\u201d vous n\u2019ignorez pas que le \u201cTablet \u201d de Londres, qui est sous la direction immédiate de Mgr Bourne, a publié des articles modernistes qui ont mérité de faire l\u2019objet des commentaires d\u2019un céièbre professeur à Rome.A plusieurs reprises, le même \u201cTablet\u201d a réédité des mensonges historiques.Tout dernièrement, il vient de faire une réclame insensée à 1\u2019 \u201cEncyclopedia Britannica,\u201d ce qui lui a mérité une verte semonce de la part de l\u2019\u201c America,\u201d qui se dit \u201c profondément humiliée,\u201d \u201cheartily ashamed,\u201d de voir la conduite du journal qu\u2019elle flétrit, en disant \u201c The once respected London Tablet.\u201d \u201c Jamais, dis-je 4 Pat., vous me ferez croire que Rome est plus sensible aux bonnes vérités dites pour la revendication des droits de la race en Amérique qu\u2019aux hérésies et aux insanités imprimées dans le \u201cTablet\u201d Rome n\u2019a pas pu vouloir châtier le Canada, pour des vérités exprimées parfois avec violence, et récompenser ceux qui, dans un journal qu\u2019ils dirigent immédiatement, laissent passer des hérésies, des doctrines qui frisent l'hérésie et des mensonges impudents.\u201d Cher Patrice, lisez encore, sans préjugés.Vous prétendrez que vous êtes au-dessus des questions de nationalité.C\u2019est peut-être vrai, si l\u2019on admet avec vous, qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une race qui a droit d'exister en Amérique : la race anglaise.: Voulez-vous d\u2019autres exemples pour prouver que l\u2019on ne peut punir une race, sous prétexte que des articles qui ne plaisent pas à tous ont été publiés dans un pays.Je vous en servirai à souhait.Personne ne songe à tenir Son Eminence le cardinal Merry del Val responsable des articles de l\u2019\u201c Asino,\u201d de I\u2019 \u201cAvanti,\u201d du \u201c Messaggero,\u201d de la \u2018\u201cTribuna,\u201d etc, journaux publiés à Rome. AH! VRAIMENT !.131 Son Eminence ne peut pas s\u2019irriter, comme vous le dites, quand dans d\u2019autres pays, où il y a encore du français, on dit de bonnes vérités.Je voulus continuer.Pat s\u2019enfuit et court encore.x\"x DESINTERESSEMENT IRLANDAIS Dans le nouveau diocèse de Régina, il y a un seul prêtre irlandais.Au jour même du sacre de Mgr Mathieu, il présenta à son évêque ses hommages.Il voulut profiter de l\u2019occasion pour pousser ses petites affaires.Avec un air d\u2019abnégation totale d\u2019une brebis qui sent le besoin de se faire égorger, il dit à Sa Grandeur : \u201c Monseigneur, si vous voulez réussir dans votre diocèse, il vous faut nommer un grand vicaire irlandais.\u201d Ce prêtre mérite un chapeau de cardinal.Il ira loin.très loin.* * + NOUVELLE FALLONNADE , Amis lecteurs, vous avez cru jusqu\u2019à ce jour que l\u2019éducation des enfants appartient aux parents d\u2019un droit sacré et inaliénable.Saint Thomas d\u2019Aquin a écrit de belles choses à ce sujet.Mais tout cela est changé.Mgr Fallon a dé- crété\u2014et vous savez qu\u2019il est infaillible, même quand il parlé contre les enseignements de l\u2019Eglise\u2014Mgr Fallon a décrété, lui, qu\u2019il appartient aux enfants de dire quel genre d\u2019éducation ils veulent recevoir; et dans son grand amour de la langue française, il a demandé aux enfants d\u2019origine française quelle langue ils désiraient apprendre.Les petits ont répondu : \u2018L\u2019anglais \u201d; et alors la question, est réglée ; les parents n\u2019ont plus rien à dire.Que Sa Grandeur se donne donc la peine d\u2019étudier la philosophie et les enseignements de l\u2019Eglise.Michel Renouf. Revue des faits et des oeuvres Le vote du 21 septetmbre Le Greffier en chancellerie d\u2019Ottawa a rendu public le résultat officiel du vote enregistré le 21 septembre.Voici les chiffres du vote par province : Votes Votes cons.lib.Nouvelle-Ecosse \u2026.\u2026.\u2026\u2026.\u2026\u2026.\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.\u2026.55,265 57,303 Nouveau-Brunswick .38,880 40,104 , Ile du Prince-Edouard.14,638 13,512 Québec\u2026\u2026.\u2026.\u2026.sesssscsrrnues 157,593 168,446 Ontario oii caine, 264,386 198,483 Manitoba.\u2026\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026\u2026\u2026sresrse 43,346 37,512 Saskatchewan .30,994 47,586 Alberta.29,653 37,076 Cclombie Britannique.25,622 16,350 660,327 616,462 Ainsi il y a eu 660,327 votes conservateurs et 616,462 votes libéraux, soit une majorité de 43,865.Le champ de bataille du 13 septembre 1759 M.Thomas Chapais dans le magnifique et solide ouvrage qu\u2019il vient de publier sur le Marquis de Montcalm, écrit à ce sujet : \u201c L\u2019armée française était rangée en bataille en avant des Buttes-à-Neveu, sur le sommet de la déclivité où s\u2019élève au- jourd\u2019hui le couvent des Franciscaines, à peu près dans l\u2019alignement des tours Martello.Les bataillons étaient disposés comme suit : à droite, sur la hauteur où l\u2019hôpital Jeffrey Hale est maintenant construit, il y avait celui de Crs D TR «cs T. REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 133 la Sarre, puis celui de Languedoc; au centre, Béarn et Guyenne ; à gauche, Royal-Roussillon et des milices.Les troupes de la colonie et les milices du gouvernement de Québec étaient en présence à la droite du bataillon de la Sarre.Elles occupaient des broussailles dont ce terrain était rempli et avaient en avant d\u2019elles des pelotons pour inquiéter les Anglais.Royal-Roussillon avait, lui aussi, en avant de lui un peloton de Canadiens.Et plusieurs autres pelotons de milices étaient répandus de distance en distance en avant de tout le front de bataille.Montcalm était au centre avec M.de Montreuil ; M.de Senezergues, brigadier et lieutenant-colonel de la Sarre, commandait la droite, .et M.de Fontbonne, lieutenant-colonel de Guyenne, commandait la gauche.L'armée anglaise était à une petite distance, sa droite s\u2019appuyant à l\u2019éminence où se trouve maintenant la prison de Québec, et sa ligne se prolongeant vers le chemin Ste- Foy, entre la rue de Salaberry et l\u2019avenue des Erables.\u201d Changements dans le cabinet anglais De la \u201c Vérité,\u201d Québec : Une dépêche de Londres mande que d\u2019importants changements viennent d\u2019être opérés dans le cabinet anglais.Voici les principaux : Winston Spencer Churchill, ministre de J\u2019Intérieur, devient premier Lord de l\u2019Amirauté, et Reginald McKenna laisse ce portefeuille pour prendre celui de ministre de l'Intérieur.Le comte Carrington, ministre de l\u2019Agriculture, devient Lord du Sceau Privé; C.E.Hobhouse, secrétaire financier au Trésor, a été nommé chancelier du Duc de Lancaster; Walter Runiman abandonne le\u201d portefeuille de l\u2019Instruction Publique pour prendre celui de l\u2019Agriculture, et l\u2019ancien chancelier du duc de Lancaster, J.A.Pease, prendra le portefeuille de l\u2019Instruction Publique.Sir Edward Strachey, secrétaire parlementaire du ministère de l\u2019Agriculture et le Très Hon.Alfred Emmott, député PE CESR TR ROC SCENE SE PAIE D DEC CAT RES PR OR ERI ESPRIT EN CEE TERRE 134 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE d\u2019Oldham et vice-président de la Chambre des Communes, seront élevés à la pairie.La persécution chez les Acadiens Un vieil ami des Acadiens nous adresse l\u2019intéressante note que voici : \u201c L\u2019ère des persécutions ne semble pas près de se fermer chez nos frères acadiens.Le 27 septembre dernier, une virago orangiste de Moncton qui, en vertu de l\u2019extraordinaire loi de l\u2019Instruction du Nouveau-Brunswick, fait partie des Commissaires d\u2019Ecoles de Moncton, donnait avis qu\u2019à la prochaine assemblée elle proposerait l\u2019abolition de l\u2019enseignement du français à l\u2019école catholique française Saint- Bernard de cette ville.Elle fit de pressantes démarches auprès de plusieurs Commissaires protestants qui refusèrent d'appuyer sa proposition si elle l\u2019émettait.L\u2019un d\u2019eux lui conseilla même d\u2019abandonner définitivement son projet : \u201c Jamais, répondit-elle.Ce n\u2019est que le commencement! .\u201d A la séance de la Commission des Ecoles du 18 octobre dernier, elle prétendit n\u2019avoir point dit que sa pronosition devait être présentée alors ; qu\u2019elle se réservait de la présenter quand elle le jugerait opportun.Il est à remarquer que nos frères acadiens de Moncton se sont vus supprimer trois ans sur quatre d\u2019enseignement du français aux tout petits (il y a deux ans de cela), grâce à l\u2019action énergique \u2014 contre eux\u2014du curé actuel qui, pour cela, s\u2019allia aux trai- tres acadiens et aux orangistes.Le fait a été signalé à LL.EE.NN.SS.Sharretti et Stagni\u2014sans succès.\u2014Elle savait, cette virago, que les Français ne peuvent compter sur AUCUN de leurs prêtres qui sont indifférents ou franchement hostiles : De là son avis de motion qui reste comme une épée suspendue sur la tête des pauvres enfants acadiens.La population française de Moncton, d\u2019après le récent recense- ment\u2014si mal fait, on le sait\u2014forme le tiers de la population totale de la ville, et elle n\u2019a qu\u2019un commissaire sur neuf.Ces neuf comptent deux femmes.Le mari de celle dont nous parlons briguait humblement les voix françaises REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 135 pour se faire élire maire de la ville il y a quatre ans\u2014et il y réussit :\u2014il eût dû avoir la franchise (brutale si l\u2019on veut) de prévenir ses électeurs de ce que sa digne commère, poussée par lui préparait contre ces mêmes électeurs.(Nota \u2014 Aux termes de la loi du Nouveau-Brunswick, il ne peut y avoir d\u2019écoles confessionnelles ou séparées ni d\u2019écoles françaises ; c\u2019est par pure tolérance qu\u2019il en existe.Voilà le vraie situation !).\u201d Les Franco-Américains du Connecticut Nos compatriotes du Connecticut ont tenu leur 20ème congrès, cette année (25 et 26 octobre) à Stafford Springs.Il y avait plus de 200 délégués parmi lesquels la plupart des prêtres franco-américains de l\u2019Etat.À une séance spéciale tenue le premier soir des discours furent prononcés par M.Alfred Bonneau, directeur de la Justice de Beddeford, Maine et par W.Eugène L.Jalbert, un jeune et brillant avocat de Woonsocket, P.Q.Les congrès a adopté les résolutions suivantes préparées parun comité composé de MM.À.O.Baribault, T.Z.Morin, A.Morin, Provost, Allard : Le clergé, \u2014Les échecs du catholicisme chez les nôtres, dans le diocèse de Hartford, sont principalement dus au manque de prêtres de notre race là où nous ne cessons de les demander depuis le commencement de nos réunions conventionnelles en 1885.Rés-lu que le seul et unique remède à ce déplorable état de choses est le recrutement de notre propre nationalité dont le nombre de prêtres serait au moins le double de celui que nous avons l\u2019honneur et l\u2019orgueil de posséder actuellement.Education et Langue.\u2014Les droits de la langue française dans nos familles, nos écoles et nos églises étant reconnus; aussi bien, le rôle et la mission que la Providence a dévolus aux Franco-Américains pour le bien- être commun des différents éléments dont se compose la République, étant intimement liés à l\u2019éducation et à l\u2019instruction que nous donnerons à nos enfants.Résolu qu\u2019il n\u2019est pas juste ni raisonnable que, dans nos écoles paroissiales, le français ne soit pas enseigné à l\u2019égal de l\u2019anglais, et que nous, représentants attitrés des Américains catholiques d\u2019origine française du diocèse de Hartford, réunis en cette assemblée solennelle, nôus nous prononçons carrément pour le droit inaltérable, inviolable et intangible de l\u2019enseignement et de la diffusion équitable du français dans tous nos centres.De plus, nous ne cessons de proclamer comme un déni de 136 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE justice flagrant, contraire à nos titres de fils soumis de l\u2019Eglise et de citoyens libres de cette République, le fait que, dans certains milieux, on tente sans cesse d\u2019une manière sourde, mais avérée, de reléguer notre éducation et notre langue françaises à l\u2019arrière- plan.Sociétés nationales.\u2014Les bases fondamentales de notre force pour la propagation de nos désirs nationaux ont toujours été, et sout encore, nos belles associations de mutualité franco-américaines.Résolu que ce congrès exprime hautement sa gratitude à toutes nos sociétés, sans en excepter une seule, pour tout le bien qu\u2019elles ont fait, et qu\u2019il les engage chaleureusement à continuer de projeter leur influence salutaire dans le domaine d\u2019une saine action sociale, catholique et franco-américaine.Naturalisation.\u2014Pour être considérés comme de véritables patriotes, capables de servir nos intérêts et nos aspirations légitimes, il est admis aujourd\u2019hui qu\u2019il faut être citoyens actifs des Etats-Unis, Résolu que nous conseillons avec la plus grande ardeur à tous nos compatriotes, individuellement et collectivement, de continuer à s'occuper activement de la naturalisation des Canadiens-français, et, par ce moyen, agrandir l\u2019influence politique à laquelle nous avons droit.La Presse.\u2014Nos journaux sont un élément de force incalculable pour l\u2019avancement de notre cause.Il faut donc les encourager de toutes nos forces et au prix de n\u2019importe quel sacrifice.Résolu que chaque délégué de retour chez lui, prêche dans toutes nos colonies la nécessité urgente de s\u2019abonner d\u2019abord aux journaux franco-américains de la Nouvelle- Angleterre, et ensuite de solder promptement le prix d\u2019abonnement lorsque la date en est échue.Les écoles biiingues dans le Manitoba Le Putriote de l\u2019Ouest (Duck Lake, Sask., 2 nov.I9II) nous apporte un vigoureux article au sujet d\u2019un incident survenu dans l\u2019arrondissement scolaire de Union Point, près de St-Norbert, Manitoba : \u2018\u2018 Il s\u2019agit, dit-il, d\u2019un procès intenté par un brave père de famille cana- dien-français, M.Cyrus Nolette, contre les trois commissaires d\u2019école de la localité : MM.James Cox, Otto Swenson et Alexander Jackson, trouvés coupables d\u2019avoir négligé leur devoir en n\u2019engageant pas un institu- taur qualifié pour l\u2019enseignement du français.\u201c La cause fut plaidée devant M.Henri de Moissac, de St-Norbert, et les commissaires furent condamnés par ce magistrat à une amende de $20 et payement des frais de cour.\u201c La loi du Manitoba est très claire concernant l\u2019établissement d\u2019écoles bilingues.La clause I0 du chapître 26 des Statuts du Manitoba de 1897 se lit comme suit : \u201c10.Lorsque dix élèves d\u2019une école parlent la langue française, ou REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 137 toute langue autre que l\u2019anglais comme langue maternelle, l\u2019enseignement de ces élèves se fera en français ou autre langue, et en anglais, d\u2019après un système bilingue.\u201d .\u201c Il fut prouvé que le nombre des élèves de langue française à Union Point était plus que suffisant pour justifier la demande d\u2019un instituteur compétent dans l\u2019enseignement du français.Il fut prouvé aussi, par un rapport de l'inspecteur, que l\u2019instituteur alors en fonction, M.Oliver H.Brown, n\u2019avait pas la compétence voulue, et jugement fut rendu contre les commissaires pour avoir voulu maintenir cet instituteur malgré tout.\u201c Celui-ci est aujourd\u2019hui remplacé par Mlle Lacroix, de la province de Québec, mais les commissaires ont porté leur cause en appel devant l\u2019Hon.Juge Prud'homme, de St-Boniface, et le premier jugement a été maintenu.\u201d L\u2019article du \u201c Patriote \u201d s\u2019applique surtout à répondre à : un journal de Winnipeg, la \u201cFree Press,\u201d qui, sur cette\" 8 question comme sur celle du collège de St-Boniface, trouve i de précieux alliés ailleurs que dans les rangs des orangistes.La \u201cFree Press\u201d réédite, avec ses souffleurs assimulateurs, les stupides illusions ramenées en Europe et portées jusqu\u2019à Rome par Mgr Bourne, et les observateurs empressés du genre Tampieri, savoir : l\u2019Ouest est un pays de langue anglaise, il faut savoir l\u2019anglais pour être autre chose que des scieurs de bois et des porteurs d\u2019eau, etc.Toute la \u201c fal- lonade \u201d y passe.3 Le \u201cPatriote\u201d remet les choses au point et dit résolu- 4 ment à ces modernes anglicisateurs : \u201cCe pays est bilingue | de par la constitution, et vous n\u2019y pouvez rien!\u201d Voila, pourtant, une question qui devait étre réglée défi- ; nitivement en 1896! Dans tous les cas, il n\u2019est pas sans in- 2 térêt de voir les droits des nôtres défendus là-bas par un vaillant journal français publié dans la province même qui vit la dernière reculade de notre ex-gouvernement E croupion.Nouveau Supérieur du collège Canadien à Rome i La \u201c Revue Franco-Américaine\u201d offre ses plus sincères félicitations à M.l\u2019abbé Léonidas Elz.Perrin, professeur à i\u2018.J pi.D: 1 \u2018gd DONOttite ON at 138 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE de théologie au Grand Séminaire de Montréal, qui a été nommé supérieur du Collége canadien à Rome.Cette nomination amène un changement auquel beaucoup ne s\u2019attendaient guère, mais que certains événements, peu connus du public, permettaient aux initiés de prévoir.M.l\u2019abbé Perrin remplacera M.l\u2019abbé Georges Camille Clapin, qui vient de donner sa démission.Le nouveau titulaire a déjà quitté Montréal pour se rendre à son nouveau poste.M.l\u2019abbé Perrin est né à St-Stanislas, comté de Champlain, le 26 décembre 1868.I! fut ordonné prêtre à Montréal le 3 juillet 1892, et entra chez les Sulpiciens.Il séjourna à Rome, au Collége canadien, dont il vient d\u2019être nommé supérieur,de 1892 à I806.Il conquit dans les grandes universités romaines ses grades de docteur en philosophie, en théologie et en droit canonique.À son retour au pays, en 1896, M.l\u2019abbé Perrin fut nommé professeur de théologie à l\u2019Université Laval de Montréal, poste qu\u2019il a occupé jusqu\u2019à ce jour.M.l\u2019abbé Perrin est l\u2019un de nos écrivains les plus distingués.Collaborateur à la \u201cRevue Canadienne \u201d depuis plusieurs années, le distingué professeur a fourni à cette revue de nombreuses et solides études sur des sujets de philosophie et de théologie.Chez les Forestiers Catholiques La \u201cTribune\u201d de Woonsocket, R.I, publiait récemment la note suivante qui offre un intérét plus qu\u2019ordinaire : \u201c La \u2018\u2018 Gazette Officielle \u2019 de Québec annonce qu\u2019une cour de Forestiers catholiques, composée de Canadiens-français, vient d\u2019obtenir sa licence comme société de secours mutuels, avec bureau principal à Montréal.Est-ce le commencement d\u2019une scission d\u2019avec le siège officiel de l\u2019Ordre des Forestiers Catholiques qui se trouve à Chicago ?C\u2019est un fait reconnu, que la dernière convention des Forestiers Catholiques, tenue en août dernier, a adopté des mesures très impopulaires chez les membres de cette société demeurant au Canada.Nous verrons peut-être se répé- REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 139 ter chez nos compatriotes du Canada un mouvement semblable à celui qui s\u2019est produit aux Etats-Unis il y a quelques années, lorsqu'un bon nombre de Forestiers d\u2019Amérique abandonnèrent cette société pour donner naissance à l\u2019ordre des Forestiers Franco-Américains.\u201d Ce n\u2019est pas la première fois que les membres franco- canadiens ou franco-américains de cette société cosmopolite ont à se plaindre de la façon dont ils y sont traités.Mais ce qui semble faire le sujet du différend actuel, c\u2019est que les membres de la province de Québec n\u2019ont pas obtenu dans la formation du conseil supérieur de l\u2019Ordre la représentation à laquelle iis ont droit.Comme question de fait ils se sont fait balayer par le mouvement progressif qui, après plusieurs années d\u2019efforts, a enfin donné au système d\u2019assurance des Forestiers des taux raisonnables.Et, quand on songe que depuis bientôt 30 ans, cette société vend de l\u2019assurance en bas du prix coûtant, il faut moins se demander si elle vient d\u2019adopter une mesure trop rigoureuse que si elle ne l\u2019a pas adoptée trop tard.Le \u201cCanada,\u201d qui parle aussi de l'affaire, rappelle l\u2019indignation de certains délégués franco-canadiens à la convention de Chicago pour la façon plutôt cavalière dont ils auraient été traités \u201c par les dignitaires et les délégués irlandais et méme franco-américains.\u201d Cette indignation peut être motivée.Je ne le sais pas.Mais l\u2019incident me rappelle la façon dont les Forestiers Catholiques de la province de Québec reçurent leurs frères de la Nouvelle-Angle- terre, quand ces derniers leur demandèrent de protester avec eux, en IQ0OI, contre le fameux ukase de l\u2019ex-secré- taire Thiele, défendant aux Forestiers Catholiques de prendre part au Congrès de Springfield.Ils se sont tout simplement moqués d\u2019eux.Et, ma foi, j'avoue ne pas avoir de très fortes sympathies pour des messieurs qui sont restés indifférents devant une question de principe et se soulèvent aujourd\u2019hui sur une simple question de gloriole ou de picotin.Dans tous les cas, et quelle que soit la raison invoquée, il faut plutôt les féliciter de songer à s\u2019organiser chez eux, à former une association qui, tout en étant catholique, soit GE I Jet * À AN Ri Bh 140 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE vraiment nationale.Seulement, s\u2019ils fondent une société, qu\u2019ils la fondent sur des bases solides et n\u2019entreprennent pas de vendre de l\u2019assurance à des taux ridicules.C\u2019est à cette condition seulement qu\u2019ils pourront compter sur le succès et qu\u2019ils pourront, en fondant une oeuvre durable, réparer la grave erreur qu\u2019ils ont commise en confiant pendant tant d\u2019années leurs épargnes à une association qui ne pouvait comprendre leur mentalité ni même reconnaître la légitimité de leurs aspirations.Tout de même, l\u2019exemple des Forestiers Catholiques devrait servir à une foule de nos compatriotes de la province de Québec qui, enrôlés dans d\u2019autres associations anglophones, commettent la même erreur et s\u2019acheminent vers les mêmes déceptions.Léon Kemner. \u201c Corporation Sole \u201d Plaidoyer de Mtre Godfroi Dupré, devant la commission législative du Maine, le 7 mars 1911.Réponses de Sa Grandeur Monseigneur Walsh, du Grand Vicaire McDonough, etc.Exposé complet de la question.(Suite) Mgr McDonough.\u2014 Avant la corporation simple, la propriété du diocèse était tenue par l\u2019_évêque.Chaque fois qu\u2019un nouvel évêque était nommé, il fallait se rendre au bureau d\u2019enregistrement, afin de transporter au nouveau titulaire tous les titres de la propriété d\u2019église.La nouvelle loi favorisait tout simplement une bonne administration d\u2019affaires.Elle permet à l\u2019évêque de trouver, en donnant des hypothèques, de l\u2019argent pour l\u2019organisation des nouvelles paroisses.Aussi on pouvait trouver de l\u2019argent pour les paroisses qui n\u2019avaient pas de propriétés à offrir en garantie.Elle permet aux jeunes gens qui se destinent au sacerdoce d\u2019emprunter de l\u2019argent pour acquérir l\u2019éducation nécessaire à leur vocation; en d\u2019autres termes elle permet aux faibles d\u2019emprunter aux plus forts.Les garanties offertes par la \u201cCorporation Sole\u201d sont plus facilement négociables.Le but de l\u2019évêque Healy en organisant cette corporation fut d'avancer les affaires de l\u2019Eglise.Il est un tout modeste honnête homme.Le crédit d\u2019une institution dépend de l\u2019intégrité de ses officiers.Si on veut discréditer les officiers de l\u2019Eglise dans le Maine, on s\u2019est trompé d\u2019adresse en venant ici devant la Législature du Maine.Je veux tout simplement me borner aux faits, sans perdre 142 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE de temps à lancer des feux d'artifice.La \u201c Corporation Sole \u201d n\u2019a rien à faire avec l\u2019administration des paroisses ; le curé est l\u2019agent de l\u2019évêque, mais pas celui de la \u2018\u201c Corporation Sole.\u201d Si l\u2019on doute de l\u2019honnêteté du curé, il est facile de le traduire devant les tribunaux de l\u2019Eglise, ou devant ceux de l'Etat Le curé est obligé par les lois de l\u2019Eglise à tenir des livres; ces livres sont toujours sujets à inspection.M.Dupré.\u2014Prétendez-vous qu\u2019il ne serait pas pratique de confier à des laïques l\u2019administration des biens temporels de l\u2019Eglise ?M.McDonough.\u2014Oh, non! M.Dupré.\u2014Je demandais tout simplement un renseignement.M.McDonough.\u2014Trés bien, vous ne prenez pas mon temps.M.Dupré.\u2014Vous dites que toutes les collectes sont volontaires ?M.McDonough.\u2014Oui\u2014Mais il y a une règle obligeant le paiement\u2014une règle de pure décence.C\u2019est tout simplement cette obligation morale qui engage les fidèles à supporter l\u2019Eglise dans le besoin.M.Dupré.\u2014Il n\u2019est donc pas d\u2019obligation que les prêtres soient payés pour leurs services.M.McDonough\u2014Il n\u2019y a que cette obligation morale.M.Dupré.\u2014N\u2019est-ce pas une loi de l\u2019Eglise qu\u2019on ne peut pas exiger de paiement pour les baptêmes et les funérailles ?M.McDonough.\u2014 Oui, la loi dit de ne pas demander de paiement.M.Dupré.\u2014 Que diriez-vous au prêtre qui a refusé d\u2019assister un homme.M.McDonough.\u2014Je ne suis pas à une conférence.L\u2019incident se termine par une sèche admonestation de M.Du- pré par deux membres du Comité, MM.Pattengall et Madigan.On interroge ensuite, à la suggestion de l'avocat de l\u2019évêque, M.Snow, les représentants de deux banques ayant fait des prets Le \u201c CORPORATION SOLE\u201d 143 a la Corporation Sole.Ce sont M.Keegan, de Van Buren, et M Coombs, de Portland.M.Keegan.\u2014Je suis intéressé dans la \u201c Van Buren Banking Institution.M.Snow.\u2014 Voulez-vous dire, à votre manière, M.Keegan, quels avantages sont offerts par la \u201c Corporation Sole.\u201d M.Keegan.\u2014Je puis assurément dire que la force de solvabilité de la \u201c Corporation Sole \u201d cst comparitivement plus grande que ne le serait le crédit de plusieurs petites corporations.Nous trouvons en arrière, et l\u2019appuyant, le sentiment des paroissiens.Le fait même que l'évêque favorise ce système devrait lui donner de la force.Et, moi qui ai vu grandir l\u2019Eglise catholique dans le comté d\u2019Aroostook, je n\u2019ai pas eu connaissance que dans plus de un ou deux, au plus trois cas, on se soit montré en faveur du bill qui est devant vous.Je m\u2019étonne qu\u2019on ait pu obtenir avec si peu, des résultats aussi considérables.Nous regretterions beaucoup qu\u2019on apportât des changements à la loi actuelle.Ceux qui veulent des positions sur les bureaux d\u2019administration, sont des gens qui veulent vendre quelque chose à l\u2019église.M.Foster (avocat des requérants) \u2014Que dites-vous de cette requête des catholiques de Caribou que je possède et qui contient ISO signatures.M.Keegan.\u2014Je ne connais rien de cette requête.M.Foster.\u2014Si je suis bien informé, vous n\u2019avez pas d\u2019écoles paroissiales dans votre comté ?M.Keegan.\u2014Non.M.Coombs, de Portland, succède à M.Keegan.M.Snow.\u2014Vous représentez la Maine Savings Bank, n\u2019est-ce pas ?Quel effet aurait l\u2019abrogation de cette loi?M.Coombs.\u2014Je représente la \u201c Maine Savings Bank \u201d de Portland.J'ai prété $100,000 à l\u2019église, et je n\u2019ai qu\u2019un billet promissoire.Si la corporation était dissoute, le résultat serait désastreux.M.Foster.\u2014De quelle garantie serait le billet?M.Coombs.\u2014Je crois qu\u2019il ne serait plus qu\u2019une faible garantie.kh bt, bh R = Ra \u201cR kt At À Dé iy te H 144 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE M.Foster.\u2014 Quelle garantie avez-vous pour vos $100,000.M.Coombs.\u2014T\u2019ai le billet de la \u201c Corporation Sole.\u201d M.Foster, \u2014Prétendez-vous qu\u2019avec ce billet de $100,000» vous pourriez aller à Biddeford, ou dans tout autre centre, et en exiger le paiement ?Et que si on refusait vous pourriez intenter une action contre notre église ?M.Coombs.\u2014Je le pourrais pourvu que la Corporation existe ; et je pourrais saisir cette propriété.M.Foster \u2014Quelle garantie avez-vous dit posséder pour votre hypothèque ?M.Coombs.\u2014Rien autre chose que le billet de la \u201c Corporation Sole.\u201d\u2019 M.Foster.\u2014S1 une paroisse était organisée à Portland est-ce que sa propreté ne serait pas aussi bonne?M.Coombs.\u2014Non.\u2014La ILégislature elle-même ne pourrait pas nous forcer a accepter cette garantie.M.Foster.\u2014 Si la Législature peut légiferer sur cette nouvelle corporation, ne peut-elle pas aussi voir à ce que le paiement de ces dettes soit garanti ?M.Coombs.\u2014 Avez-vcus lu la Constitution de cet Etat du Maine?M.Foster.\u2014 Oui.M.Coombs.\u2014 Alors vous avez di lire cette section qui dit que personne ne sera privé de ses droits.M.Foster.\u2014Qu\u2019est-ce que la Législature peut faire?M.Coombs.\u2014Si cette Législature décrétait que vous avez droit d\u2019aller au Ciel, vous ne la croiriez pas, n\u2019est-ce pas?M.Snow, (avocat de l\u2019évêque)\u2014Si cette loi (Corporation Sole) était abrogée, quel serait l\u2019effet sur les billets actuellement dus ?Qui pourriez-vous poursuivre ?M.Coombs.\u2014Il ne nous resterait personne à poursuivre.M.Snow.\u2014]Il y a soixante-douze paroisses dans l\u2019Etat du Maine et nous avons des contre-requêtes de soixante-sept ou soixante-neuf.Ces contre-requêtes sont signées par les citoyens les plus éminents des paroisses.Permettez-moi de vous lire un paragraphe d\u2019une lettre écrite par le curé d\u2019une paroisse montraut les effets bienfaisants de la \u2018 Corporation Sole\u201d pour sa paroisse et pour tout l\u2019Etat du Le \u201c CORPORATION SOLE \u201d 145 Maine.\u201c Pour nous, dit-il, il n\u2019y a qu\u2019un pays, qu\u2019un drapeau, qu\u2019un idéal.\u201d Messieurs, nous devrions remercier Dieu de ce qu\u2019il y a, dans notre Etat, une institution dont les prêtres inculquent chaque jour à notre peuple une pareille doctrine.Nous devrions remercier Dieu de ce que cette Eglise existe et que nous possédons dans l\u2019Etat du Maine des hommes animés de cet esprit patriotique.Ces prêtres écrivent tous que la \u201c Corporation Sole\u201d s\u2019adresse au riche comme au pauvre.Ce qu\u2019ils disent ici devrait avoir un poids plus qu\u2019ordinaire ; j'espère qu\u2019il en sera ainsi.La défense de Mgr Walsh Mgr Walsh.\u2014Qu\u2019il plaise à votre honorable comité représentant la Législature de l'Etat du Maine.Je me sens presque chez moi, mes chers frères, en voyant ici un aussi grand nombre des braves gens auxquels j'ai déjà prêché dans tout l\u2019Etat.Nous avons dans le Maine la \u201c Corporation Simple \u201d représentant l\u2019autorité de l\u2019Eglise catholique romaine.J'ai été élevé à l\u2019épiscopat en 1906, et j\u2019ai pris possession de mon évéché le premier jour de septembre de la même année.Jai trouvé cette loi de \u201cCorporation Simple\u201d en existence ici depuis 1887.Je l\u2019ai étudiée sous la direction du - juge Putnam.Javais déjà une expérience de vingt-trois ans de ministère dans le diocèse de l\u2019archevêque Williams de Boston.Je trouve aussi qu\u2019une loi semblable existe dans le Maryland, la Californie, le Massachusetts, à Boston, à Fall River, dans le Rhode Island et le New Hampshire.Par conséquent, ce mode d\u2019administrer la propriété d\u2019église fut approuvé à Baltimore par soixante-dix-huit évêques.Il a été approuvé par Rome et dans votre Etat bien- aimé du Maine.Il a l\u2019appui de la plus haute autorité de l\u2019Eglise et l'approbation de la vaste organisation de l\u2019Eglise.Lorsque je devins évêque, je traçai mon travail trois ans à l\u2019avance sur un plan que j'ai, depuis, mis à exécution.Des églises à Lewiston, Biddeford, Fort Kent, Waterville, 146 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Bar Harbor, Portland et partout dans l\u2019Etat et en dehors de l\u2019Etat, ont pu être secourues à cause de l\u2019existence de cette loi.Le bill présenté à la place de la \u201c Corporation Sole ?\u2019 n\u2019est pas pratique.Tous les avocats du Maine ne pourraient pas trouver un moyen de l\u2019appliquer.Je pourrais vous convaincre qu\u2019il est impraticable de cent manières différentes.J'ai acquis beaucoup d\u2019expérience depuis trente ans comme prêtre et comme évêque.Les banques nous ont fait crédit.Elles ont accepté le crédit de l\u2019Eglise catholique, et l\u2019Eglise catholique n\u2019a jamais répudié et ne répudiera jamais une dc ses dettes.Moi, un évêque, je ne puis pas emprunter $5,000 sans l\u2019approbation de mon Conseil.La \u201c Corpora.:ion Sole \u201d a le pouvoir légal, mais elle n\u2019a pas le pouvoir ecclésiastique.Plusieurs assertions ont été faites dans les journaux depuis trois ou quatre, ou même cinq ans, et je les ai toutes lues et relues plusieurs fois.Or, je défie leur auteur, je défie qui que ce soit et appartenant à n'importe quelle paroisse de ce diocèse, de m\u2019apporter la moindre preuve qu\u2019un seul sou a été détourné.Je déclare, sur mon serment, que je défendrai avec ma vie, que pas un sou contribué à une église a été mal employé.Je ne permettrais pas qu\u2019on mette en doute l\u2019intégrité des prêtres catholiques romains.Montrez-moi un prêtre qui a détourné un seul sou, et je serai le premier et le plus empressé à le citer devant les tribunaux.Si j'avais su que l\u2019intégrité, que l\u2019honneur de mes prêtres aurait été mis en doute, je ne serais pas venu ici.Ils ne vivent pas dans le luxe, ils ne sont pas riches ; et je vous assure, Messieurs, que dans tous les Etats-Unis il n\u2019est pas un groupe d'hommes plus dévoués et plus désintéressés que les prêtres catholiques de l\u2019Etat du Maine.Donc, cette somme fabuleuse dont on nous a parlé est absurde à tous les points de vue.Je ne sache pas qu\u2019un seul sou des collectes qui ont été faites dans l\u2019Eglise ait jamais été détourné de sa fin.Le \u2018> \u2018 CORPORATION SOLE \u201d 147 On vous parle de l\u2019orphelinat de Biddeford.Je n\u2019ai jamais eu la moindre intention d\u2019hypothéquer une église à Biddeford ; c\u2019est une chose que je ne ferais pas.Il me fait peine d\u2019avoir à le dire, mais je suis ici pour défendre l\u2019Eglise.Je veux, d\u2019après la loi actuelle, la diriger d\u2019après les lois de l\u2019Etat, d\u2019après les lois de l\u2019Eglise et lui permettre de remplir la mission pour laquelle elle a été établie ici.Nos livres sont ouverts à la Législature en tout temps qu\u2019elle voudra les examiner.Il était déjà tard quand Mgr Walsh termina son discours.On sait que la séance qui devait commencer à TO heures du matin ne commence qu\u2019à 4 heures de l\u2019après-midi.Malgre l\u2019impatience manifestée par le comité qui avait jugé l'affaire avant d'entendre les intéressés, le juge Foster, pour les pétitionnaires, fit une courte réplique dont voici le resume : Je ne veux pas, dit-il, faire l\u2019éloge de l'Eglise catholique.Elle n\u2019en a pas besoin.Mais, après avoir entendu la \u201c\u201c Corporation Sole \u201d nous dire ce qu\u2019elle peut faire et ne peut pas faire, il est juste de lui donner un mot de réponse.C\u2019est ma position que le légiste Kent appuie lorsqu\u2019il dit que la \u201c Corporation Sole \u201d n\u2019a besoin ni de livres ni de secrétaire et que tous les loyers qu\u2019elle perçoit lui appartiennent.Il n\u2019y a pas de :noyen d\u2019atteindre l\u2019individu constitué en Corporation Sole, et c\u2019est à cause de cela que nous sommes ici.Il n\u2019y a pas de moyen de prouver son honnêteté ou sa malhonnêteté.Il est sa propre loi.Jaffirme que la loi de 1887 est anti-démocratique, anti- républicaine et contraire aux grands principes fondamentaux de l\u2019Etat.Je ne suis pas ici pour rechercher ce que l\u2019Eglise peut faire ou ne peut pas faire.\u2018 Tout ce que je sais, c\u2019est qu\u2019il y a un homme qui est au- dessus de tous les autres et que la loi ne peut pas atteindre.On a prétendu que la Législature ne pouvait pas constitutionnellement abroger la loi.Nous n\u2019en sommes pas encore rendus à ce point que nous avons de Barons et que tous les autres ne sont que des serfs.J\u2019affirme plus que 148 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE jamais, qu\u2019il est inconstitutionnel que cette corporation puisse posséder de la propriété d\u2019après la loi de notre Etat.Je n\u2019ai rien à dire contre l\u2019évêque Healy ni contre l\u2019évêque Walsh pour ce qui est de leur intégrité comme individus, mais comme \u201c Corporation Simple \u201d ils doivent s\u2019attendre à tout ce qui accompagne le système.Nous demandons tout simplement justice, nous demandons que ce qui nous appartient nous soit donné. Voix d'Acadie Le travail d\u2019assimilation III POURQUOI ?Pour quels motifs l\u2019auteur dépeint-il les Acadiens du Sud-Ouest de la Nouvelle-Ecosse comme des gens opiniâtres, résistant à leurs prêtres?N\u2019a-t-il pas essayé lui-même d\u2019imposer ses volontés et, voyant la résistance passive, humble mais ferme de ses paroissiens, \u201c son caractère ne s\u2019est-il pas aigri dans cette lutte impuissante \u201d Pour lui ?Voilà ce que la génération actuelle peut affirmer.Si cette première raison n\u2019eût pas existé, l\u2019auteur ne pouvait qu\u2019interroger la génération qui s\u2019en allait quand il est arrivé et qui avait connu M.l\u2019abbé Sigogne.Il nous dit bien l\u2019avoir fait : le lecteur voit tout de suite que le livre n\u2019est pas le résultat de cet interrogatoire.À son propre ressentiment, l\u2019auteur a ajouté une amplification un peu trop forcée des sermons de M.l\u2019abbé Sigogne.Nul doute que s\u2019il eût encore vécu, le bon abbé n\u2019eût désapprouvé les commentaires de son historien.Car il aimait profondément ses Acadiens, il le dit en maintes circonstances et le prouve même par son zèle.L\u2019auteur ne pouvait-il recourir à d\u2019autres sources que celles qu\u2019il cite, et pourquoi ne cite-t-il pas même toutes celles auxquelles il est allé ?\u2014C\u2019eût été instructif.Pourquoi dédaigne-t-il le témoignage de vrais historiens comme M.l\u2019abbé H.Casgrain, Rameau de St-Père, Mgr Têtu dans son \u201cJournal des Visites pastorales de I815 et 1816, par Mgr J.-O.Plessis, évêque de Québec \u201d (Appendice C, page 192\u2014; Note, page 97); ce dernier ouvrage paru en 1903 et que l\u2019auteur a dû connaître ; \u201cla vie de M.l\u2019abbé de IG 150 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Calonne, mort en odeur de sainteté aux Trois-Riviéres,\u201d par les Ursulines des Trois-Riviéres, imprimée en 1892 (voir dans ce livre l\u2019éloge des Acadiens par le saint abbé de Ca- lonne ou par l\u2019Evêque de Québec, entre autres pages 35, 38, 46, 81).Peut-être les Acadiens, après leur rentrée en Acadie, ont-ils changé, leur caractère s\u2019est-il transformé en mal ?\u2014 A cela M.l\u2019abbé Sigogne et M.l\u2019abbé de Calonne, ainsi que l\u2019Evêque, vont répondre eux-mêmes.Le 26 janvier I800, écrivant à son ordinaire, Mgr Denaut, alors évêque de Québec, M.Sigogne dit : \u201c A mon arrivée j'ai trouvé le peuple assez bien disposé, fort satisfait d\u2019avoir un prêtre français, en général peu content des prêtres irlandais.\u201c Je les trouve dociles et de bonne volonté.\u201d (Mémoire vengeur, page 156).Le 29 septembre 1800, Mgr Denaut écrit à M.de Calonne.Le détail que vous me donnez de l\u2019état actuel des missions, me réjouit et m\u2019afflige en même temps il est consolant, sans doute, pour moi d\u2019entendre l\u2019éloge que vous faites des Acadiens \u201csi instruits de leur religion, si attachés à leurs devoirs, \u201csi reconnaissants des soins que l\u2019on se donne pour eux.\u201d (Mémoire, page 160).Le 24 juillet 1804, Mgr Denaut écrit à M.l\u2019abbé Sigogne : \u201c Je vous remercie de tous vos beaux compliments: je suis charmé de votre reconnaissance \u201cet de celle de tout votre peuple ; \u201d je vous laisse la manière de me la témoigner\u201d (Mémoire, page 191).Si le Père Dagnaud eut dit ces choses, le lecteur eût trop compris.M.l\u2019abbé Sigogne ne cessa point de correspondre avec les saints Evêques de Québec après l\u2019élévation du Burke à l\u2019épiscopat.Il n\u2019y a pas de doute qu\u2019il ne se fût plaint à ceux qu\u2019il regardait comme ses bienfaiteurs, ses conseillers, s\u2019il eût eu vraiment motif de se plaindre de ses paroissiens qu\u2019il aimait de tout son cœur, qui le lui rendirent au point que, chez leurs enfants, sa mémoire est encore en bénédiction et aussi vivace que chez la génération disparue.Si l\u2019auteur avait, comme il dit l\u2019avoir fait, interrogé VOIX D\u2019ACADIE 151 à fond les anciens qui connurent M.l\u2019abbé Sigogne, il n\u2019eût point chargé ainsi son tableau.Le Très Révd Père Le Doré fait pressentir, dans sa belle Préface, un autre mobile qui a dû animer l\u2019auteur des \u201cFrancais du Sud-Ouest de la Nouvelle-Ecosse.\u201d\u201d On dit, en effet, à la page XXI de cette Préface : \u201c Grâce à une souscription de la population, aux ressources fournies par notre Congrégation et à une fondation d\u2019un de nos Pères, un beau collège fut construit au milieu des terres appartenant à l\u2019église Sainte-Marie.Comme la majeure partie des frais avait été supportée par nous, \u201cS.G.Mgr O\u2019Brien consentit,\u201d en 1893, \u201c à nous en assurer la pleine propriété, et, pour cela, \u201cil nous vendit le collège et le terrain nécessaire à son fonctionnement.\u201d (Ce qui prouve que la \u201c Corporation Sole \u201d sévit en Acadie).A la page XXII], le T.R.Père dit encore : \u201cEn 1898, S.G.Mgr O\u2019Brien, toujours bienveillant pour notre Congrégation, nous aidait a pénétrer dans le Nouveau- Brunswick.\u201d L\u2019auteur voulait donc peut-étre payer une dette de reconnaissance (?) à l\u2019archevêque, peut-être se ménager ses bonnes grâces, ou les deux sentiments à la fois.Mgr O\u2019Brien, \u201ctoujours bienveillant pour notre Congrégation,\u201d dit le T.R.Pére Le Doré, I\u2019était-il pour ses ouailles de même sang, de même langue que les Pères Eudistes ?\u201c L\u2019auteur des \u201c Memoirs of Bishop Burke (Mgr O\u2019Brien) fait de grandes protestations d\u2019attachement aux Acadiens et a la langue francaise que ceux-ci tiennent essentiellement à conserver.Ceux qui sont au courant de ce qui se passe chez nos frères les Acadiens, n\u2019ont pas oublié la fameuse lettre que Mgr O\u2019Brien a adressée à la grande convention acadienne tenue à la Baie Sainte-Marie en 18090.En donnant son approbation à un projet, déjà émis depuis quelque temps, de fonder un collège à Sainte-Marie, centre exclusivement acadien, \u201cil reléguait le français au dernier rang,\u201d ne préconisait que l\u2019anglais, ne recommandait que l\u2019étude de cette langue ; \u201csi bien qu\u2019on ne peut lire cette lettre sans y voir une exhortation à l\u2019oubli du français\u201d au 152 LA REVUE FRANCO-AMRRICAINE profit de la langue anglaise.\u201cLa était, selon lui, l\u2019avenir des Acadiens.(On voit qu\u2019il a tracé la voie aux Fallon, aux Scollard, aux Ireland, aux Bourne, etc.\u2014V.A.L.).\u201c Ceux qui sont convaincus de ce fait, disait-il, et qui ne \u2018 craignent pas de l\u2019avouer, en s\u2019efforçant d\u2019inculquer \u2018sa pensée dans l\u2019esprit de ceux qui doivent en bénéfi- \u201c cier, \u201cque la chose leur soit agréable ou non,\u201d sont les \u201c vrais guides du peuple et ses vrais amis.\u201d \u201c La lecture publique de cette lettre produisit dans la Convention un soulèvement d\u2019indignation générale\u2026\u201d Des résolutions énergiques furent votées à l\u2019unanimité.\u201c Elles produisirent leur effet; car c\u2019est depuis lors qu\u2019eut lieu le changement de front que l\u2019on constate.\u201d (Mémoire, pages 268-269).Le Père Dagnaud ne souffle mot de l\u2019indignation de la Convention.Au contraire, il loue le zèle de l\u2019archevêque en cette triste occasion.N\u2019a-t-il pas compris la lettre de Mgr O\u2019Brien >\u2014Ce serait pour le moins étrange.\u2014Le comité des prêtres du diocèse de Québec, les auteurs du \u201cMémoire sur les Missions de la Nouvel!e-Ecosse,\u201d etc, savaient à quoi s\u2019en tenir quant à l\u2019iliustre Mgr C.O'Brien,\u201d \u201cami sincère et dévoué des Acadiens.\u201d Le Père Dagnaud a publié son livre en I905; le Mémoire vengeur sortit de presse en I895 : le Père Dagnaud ne devait pas ignorer cet ouvrage auquel il semblerait avoir fait quelques emprunts fort inoffensifs.4 « UN COLLEGE ACADIEN EN N.-E.\u201cLe projet d\u2019un collége acadien était émis depuis quelque temps,\u201d lisait-on tout à l\u2019heure.Le nom vénéré de M.l'abbé Gay\u2014également Français de France où il retourna mourir\u2014, l\u2019un des successeurs, par les vertus et le désintéressement, de M.l\u2019abbé Sigogne, ne peut être passé sous silence.Dès 1883, pénétré de la nécessité de l\u2019instruction pour ses chers Acadiens, il rêvait de se dépouiller de tout ce qu\u2019il possédait et de son presbytère même, afin d\u2019en faire un commencement de collège.Ils s\u2019en ouvrit à Mgr O?\u2019Brien 'dès la première visite pasto- VOIX D'ACADIE 153 rale qu\u2019en été même l\u2019archevêque, nouvellement élu, fit aux comités de Digby et de Yarmouth.\u201cEn décembre 1886, Mgr O\u2019Brien fit les premières démarches pour établir la fondation projetée \u201d (P.Dagnaud, p.217), mais il échoua partout où il s\u2019adressa pour obtenir des professeurs.Les années IS87 et 1888 ne furent pius heureuses.En 1888, un prêtre anglais, dont le nom est béni chez les Acadiens de la Baie Sainte-Marie, M.l\u2019abbé Parker, entré en religion en 1909, réunit quelques Acadiens dévoués et entreprenants, parmi lesquels feu M.F.X.Vauteur, V.A.Landry de \u201c L\u2019Evangéline\u2019\u201d fondée à Weymouth depuis un an, et autres.Cette conférence eut pour résultat l\u2019entrée en scène de façon très active du jeune prêtre anglais.Précisément en ce même temps, l\u2019éminent historien du Canada français et de l\u2019Acadie parcourait la Nouvelle-Ecosse, préparant son bel ouvrage : \u201c Voyage au pays d\u2019Evangéline.MM.F.X.Vautour et V.A.Landry se rendirent jusqu\u2019au Petit-Ruisseau où le grand écrivain était descendu.M.Vautour lui demanda son avis sur la création du collège.M.l\u2019abbé H.Casgrain se fit exposer minutieusement l\u2019état de cette partie de l\u2019Acadie et, ayant tout entendu, approuva hautement le projet.M.l\u2019abbé Parker \u201cépousa, avec toute l\u2019ardeur d\u2019une nature généreuse, la cause acadienne, et comprenant que les ressources matérielles étaient ici la première condition de succès, il appuya, de sa parcle entraînante et chaude, la souscription qu\u2019il ouvrit pour honorer la mémoire du Père Sigogne par un monument digne de l\u2019apôtre de la Baie Sainte-Marie.L\u2019avenir dirait quelle serait la nature de l\u2019hommage rendu à l\u2019illustre défunt.La souscription répondit à l\u2019attente et aux fatigues de son promoteur et, après quelques mois, ie Père Parker pouvait annoncer qu\u2019elle dépassait 3,000 dollars \u201d (P.Dagnaud, p.219).M.l\u2019abbé Parker, dont l\u2019ascendant sur son ordinaire était très grand, ne se donna de repos que lorsque Ja cause fut gagnée.Et, nous dit le T.R.Père Le Doré, les Eudistes REIN 154 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE étant survenus sur ces entrefaites, ils trouvèrent Mgr O\u2019Brien bien disposé à leur égard.Le vénérable M.l\u2019abbé Gay, plus tard, sacrifia tout son avoir pour le collège et ne demanda en retour qu\u2019une modeste rente.Le Père Ory, Eudiste, qui possédait une grande fortune, la consacra aussi au collège, dit le Père Dagnavd.Que les noms de ces bienfaiteurs du peuple acadien soient éternellement bénis, ainsi que les noms ignorés, mais que Dieu connait et saura récompenser, de nos compatriotes à l\u2019aumône plus modique mais au cœur très large.Ainsi fut fondé le florissant collège acadien de la Nou- velle-Ecosse qui, aujourd\u2019hui, a comme Supérieur un fils de nos martyrs, le Rév.Pére Chiasson.+ + + N'est-eile pas crueliement ironique cette dédicace du livre en question : \u201c Aux Acadiens des Provinces Maritimes\u2014Hommage de \u201csincére attachement et de respectueux dévouement.\u2014 \u201c P\u2014M.D.\u201d Le livre a été imprimé en France.En France même il a produit un effet déplorable.Malheureusement, tous les Français de France ne connaissent pas l'Acadie, eux qui, de leur propre aveu, ne connaissent même pas l\u2019Europe.EDUCATEURS DU PEUPLE Le \u201cMémoire\u201d vengeur du comité de prêtres du diocèse de Québec contient plus de quarante passages montrant que le prêtre irlandais est insubordonné, inapte à conduire des peupies, mais très propre à semer la discorde.Parmi ces passages, il y a des pages entières.Ce n\u2019est point sur des sunpositions que se basent les auteurs : ils ont en main les archives de l\u2019Archevêché de Québec, des documents de la Propagande à Rome.Très souvent c\u2019est dans les écrits mêmes des prêtres irlandais qu\u2019ils trouvent les preuves de ces qualités fort.négatives ! VOIX D\u2019ACADIE 155 Si l\u2019on objecte qu\u2019aujourd\u2019hui, les prêtres et les évêqueS irlandais, nés sur ce continent, n\u2019ont plus la même mentalité que ceux d\u2019alors qui venaient directement d'Irlande, les faits quotidiens, ici et aux Etats-Unis, répondent hautement \u201c que le nature! d\u2019un peuple ne se détruit pas.\u201d Inutile d\u2019essayer de citer ces faits à commencer des Fénians, passant par les Knights of Columbus pour arriver aux Walsh, aux Fallon et tutti quanti.1agitation intense aux Etats- Unis et ici en faveur du \u201c Home Rule.\u201d Les moyens employés dans ces différents états d\u2019âme de l\u2019Irlandais.Et si l\u2019on veut des faits plus précis, -citerai-je ce curé irlandais de la plus grande paroisse française du Nouveau-Brunswick annonçant \u201cen chaire,\u201d cette année IOII, une séance récréative payante d\u2019une Société mixte soi-disant catholique, dont le profit devait aller en Irlande par le \u201c Home Rule?Et ce même prêtre, le 9 avril IGII, interdisant du haut de la chaire aux Sociétés catholiques françaises de donner aucune séance récréative payante si ce n\u2019est pour l\u2019église et pour les écoles ! Quelles écoles Les écoles catholiques françaises de la paroisse où, il y a quelques mois, de concert avec des traitres et les ennemis du nom français, ses Hiberniens unis aux Orangistes, il a fait supprimer presque totalement l\u2019enseignement de la langue française.(Trois années furent supprimées sur les quatre obtenues deux ans auparavant) \u2014 Oeuvre de discorde s\u2019il en fut, et qui divise aujourd\u2019hui encore la paroisse |\u2014Faut-il dire ce qui se trame, aujourd\u2019hui encore, grâce à ces mêmes influences, pour supprimer la seule année d\u2019enseignement de la langne française qui nous reste dans les écoles catholiques françaises ?Quant à l'interdiction des séances récréatives payantes portée par ce curé, ni le droit ecclésiastique ni le droit civil ne permettent de formuler cette interdiction dans les conditions où elle a été formulée.Les Sociétés catholiques françaises de cette paroisse soumettent toujours au prêtre français les pièces à jouer et le programme des séances.C\u2019est leur devoir \u2014 tout leur devoir \u2014 Elles n\u2019ont point à che NA SOS SSD AAA 156 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE s\u2019inquiéter du veto de leur curé tant que la morale est sauvegardée.L\u2019Irlandais est le méme en 1911 qu\u2019il était en 1800.Une rivière peut-elle remonter à sa source pour changer son cours ?Peut-on changer le naturel d\u2019un peuple qui, s\u2019il n\u2019oublie rien des persécutions qu\u2019il a subies dans son pays, n\u2019apprend rien, dans le pays de liberté où 1l se trouve transplanté, au contact des autres peuples si ce n\u2019est à les opprimer à son tour, lui qui était né esclave.Les Ecossais des Provinces Maritimes en savent quelque chose ; mais eux, du moins, ne se laissent pas béatement piétiner cemme le fait le peuple français d\u2019Acadie\u2014de presque par toute l\u2019Amérique du Nord !\u2014 + + + Ma santé m\u2019ayant forcé à prendre un certain temps de repos, je passai trois mois de l\u2019été dernier aux Etats-Unis, partie dans le Maine, partie en Pennsylvanie.Ce voyage fut très fructueux.pour moi.Je pus voir de mes yeux, entendre de mes oreilles, bien des choses relativement à la persécution atroce de l\u2019assimilateur à l\u2019égard de nos frères les Franco-Américains.Mais je puis constater aussi les effets merveilleux que produit l\u2019union surtout pour une cause juste.J'eus l'honneur et le bonheur à Biddeford, cette jolie ville si française qui a une église et deux prêtres de notre sang, de notre langue, pour ses milliers de fidèles, de voir les principaux défenseurs de la cause française, MM.Du- pré, avocat, À.J.Béland, le vaillant secrétaire de M.Dupré, marchand en gros et en détail, Dr Geo.C.Précourt, membre du comité de la Cause nationale, et d\u2019autres.M.l\u2019avocat Dupré me fit entendre qu\u2019il avait tout espoir de voir réussir les démarches des nôtres tant à Rome qu\u2019à la Législature du Maine.En ce moment, ils jouissent grandement, je n\u2019en doute pas, de leur superbe victoire à Rome, quelles que soient les résistances intempestives de leur ordinaire.Grâce à l\u2019énergie de M.l\u2019avocat Dupré et son comité, elle est donc finie aux Etats-Unis cette hideur qui ~~.VOIX D'ACADIE 157 avait nom : \u201c Corporation Sole \u201d! On n\u2019eût pu plus justement l\u2019appeler \u201cIncorporation of Souls \u201d)\u2014machine dirigée, sous n\u2019importe lequel de ces deux noms, contre les âmes de ceux que l\u2019on prétendait assimiler à tout prix, au nom de Dieu.Cette décision de Rome ne doit-elle pas s\u2019appliquer, de jure.et de facto, dans bien des paroisses des Provinces Maritimes où sévit le même abus\u2014entre autres à Moncton\u2014 sous le nom de \u201cCorporation Episcopale \u201d ?Ou nous fau- dra-t-il, à notre tour, recourir à Rome pour provoquer le même décret en notre faveur?.La soif des jouissances est largement démontrée chez les fils de la verte Erin par le \u201c Mémoire \u201d vengeur des prêtres de Québec : il y en a des pages entières.J\u2019ai entendu moi- même, durant mon séjour aux Etats-Unis l\u2019été passé, dans bien des églises desservies par des prêtres irlandais, de terribles menaces à ceux qui ne donneraient point ou pour l\u2019église ou pour les écoles catholiques prétendument.ou \u201cle \u201c Home Rule\u201d?L'office terminé, le curé passait lui-même avec un sac, un homme recueillant dans un plateau ce que chacun voulait y mettre.Le curé avait l\u2019œil sur chaque don.Il faisait bien voir quand ce don lui plaisait ou non! En Pennsylvanie, une jolie, poputeuse et assez riche pa- roisse\u2014mais presque entièrement peuplée d\u2019Italiens\u2014est dirigée par un prêtre italien : on sait que le Pape lui-même a donné l\u2019ordre au Délégué Apostolique d\u2019accorder ou de faire accorder aux Italiens des prêtres de leur race quand certaines conditions se rencontrent.Cette belle paroisse est voisine de deux autres, irlandaises, mais bien moins payantes ?Les Irlandais la convoitent donc avec grande envie, vous le pensez bien.Ils crurent se la faire attribuer en employant un moyen dénoncé déjà par le \u201c Mémoire \u201d vengeur : tant il est vrai qu\u2019ils sont toujours les mêmes et le resteront.Ils noircirent le prêtre italien auprès de Mgr Falconio, incriminant sa conduite privée.Mgr Falconio leur répondit à peu près : \u201c Pourquoi ne faites-vous pas ces mêmes dénonciations contre ceux d\u2019entre vous qui le mé- 158 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ritent ?Je suis Îtalien : la paroisse du prêtre incriminé est italienne; il y restera.\u201d + + + Vous allez, mon cher Directeur, fonder une nouvelle publication à laquelle je souhaite tout le succès possible, la plus grande diffusion, particulièrement en Acadie où l\u2019on commence à apprécier votre indomptable vaillance, vos nobles efforts pour nous garder Français.Je voudrais être le premier parmi mes compatriotes à vous donner un encouragement, bien modeste, mais encouragement tout de même.Sous ce pli vous trouverez un mandat-poste pour mon abonnement d\u2019un an à votre nouvelle publication dès qu\u2019elle paraîtra.Bravo à vous, succès et prospérité à vos œuvres.Valentin-A.Landry.Novembre IOII. EE = Les deux Filles de Maitre Bienaimé (SCENES NORMANDES) PAR $ 7 Marie Le Mière : (Suite) C\u2019était si commun cela, si \u201c campagnard \u201d! Et pourtant, au fond, elle en avait tant envie !.Juste à ce moment, cinq ou six dames, habillées de mousselines et de linons, passèrent en riant, escaladèrent, sans aucune fausse honte, les primitives montures.La femme du médecin, la sœur du pharmacien, la fille du notaire : toute la haute société du bourg! Gh ! bien, Léa n\u2019avait plus à se contraindre ; d'un mouvement vif où éclatèrent sa jeunesse et sa grâce, elle saisit l\u2019une des tiges de fer, et, dédaignant le marchepied, s\u2019élança près de Mathilde, sur un coursier rouge, a l'air féroce ; un signal retentit, la musique se fit plus entraînante, et bientôt la ronde folle du manège emporta Léa dans son tourbillon.Les bêtes apocalyptiques tournaient au son de la vielle enragée, sous l\u2019œil des spectateurs qui s'amusaient de la bigarrure des toilettes, et admiraient les rangées de filles en bonnet, amazones bien droites, bien sages, tenant à deux mains, comme un cierge, la tige métallique, et laissant leur jupe flotter en queue de poisson dans le courant d'air.Léa, malgré sa vanité, fut d'abord tout entière à l\u2019agréable sensation d\u2019allégement et de vitesse.Elle cherchait, dans la foule, le groupe des Chaumel, et s'étonnait de ne plus l\u2019apercevoir, quand, soudain, elle eut un tel soubresaut, qu\u2019elle faillit tomber à bas de son cheval.\u2014 Mathilde, cria-t-elle, en touchant le bras de sa sœur, ma tante Amélie ! \u2014T'u rêves ! pen rar 160 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE \u2014 Non, nor, regarde.Au premier rang.La dame en chapeau mauve.Elle nous a vues ! elle me fait signe ! Ft Léa, frémissante, saluait de la tête, de la main.Par bonheur, le tour allait finir tout de suite ! Au premier signal de l\u2019arrêt, elle se laissa glisser, n\u2019y pouvant plus tenir ; mais, étourdie encore, elle chancela, et Mme Lagarde dut étendre le bras pour prévenir une chute.\u2014Ch ! ma tante, comme je vous remercie d\u2019être venue ! Quelle surprise ! quelle joie, mon Dieu ! Un remous de la multitude les avait repoussées loin du manège, d\u2019où Mathilde se préparait en ce moment à descendre.\u2014 Bonjour, bonjour, mignonne, répétait Amélie, entraînant Léa par la main, je constate que ton indisposition ne t'a pas fait perdre tes exquises couleurs.Te voilà aussi rose que ta.robe ! Et comme tu t\u2019'amusais tout à l\u2019heure, aux chevaux de bois ! \u2014 Que voulez-vous ?.balbutia Léa ; faute de mieux.Une voix masculine, inconnue, s'éleva pres d'elle : \u2014Je ne cherche que depuis une heure et jai déja trouvé ! Allons, je n'ai pas l« main trop malheureuse ! Mme Lagarde se retourna, et, pendant deux secondes, sembla changée en pierre.Si Léa l\u2019eût regardée alors, elle eût compris que l'apparition la prenait au dépourvu et n\u2019entrait point dans le programme ; mais Léa pouvait-elle s\u2019arréter a cette observation ?Quelle stupeur ! Quel réve! Un Monsieur élégant comme un prince avec ses cheveux frisés, ses gants jaunes, et le monocle qui lui donnait un air si distingué, s'inclinait devant elle, chapeau bas, et Mme Lagarde disait : \u2014 Léa, c\u2019est mon beau-fils, Roger Daubreuil.\u2014 Mademoiselle, je vous présente mes hommages.Jamais pareille phrase, jamais pareil salut ne s'étaient adressés à la fille de Bienaimé Brissot ; la tête lui tourna, comme à la descente du manège.Elle voulut répondre quel- LES DEUX FILLES DE MAITRE BIENAIME 161 que chose qui rentra dans sa gorge.Les joues brûlantes, les yeux cillant dans la lumière crue, elle s'accrocha de nouveau à la main de sa tante, en répétant à tout hasard : \u2014Que je suis heureuse.que je suis heureuse de vous revoir ! Roger considérait avec un mélange d\u2019étonnement profond et d\u2019admiration amusée, la petite créature qui restait idéalement fine, souple et jolie dans sa rougeur et son embarras.\u2014 Comment se fait-il.interrogeait Amélie, très contrariée au fond, mais dissimulant à cause de sa nièce, C\u2019est qu\u2019elle n\u2019aimait pas du tout les coups de théâtre dans la vie.Elle voulait bien étudier les chances de réussite, mais non pas s'avancer imprudemment, et elle n\u2019entendait point que Roger intervint avant l'heure, au risque de brouiller toutes les cartes.Il fallait néanmoins faire bonne contenance ! c\u2019était, pour le moment, la seule diplomatie possible.\u2014 Qu'est-ce que six lieues pour mon bijou d'auto, mon hirondelle ! On ne voyage pas : on part et on arrive, répondit le jeune homme, posant, comme toujours, pour la galerie, et promenant des yeux narquois sur les passants qui le dévisageaient.Figurez-vous que les naturels du pays en sont encore à la frayeur superstitieuse devant ces machines-là ! Je crois, ma parole ! qne j'ai vu une bonne femme se signer.Au rire complaisant dont Roger soulignait ses propres paroles, un rire frais, perlé, fit écho; Léa s\u2019était complétement ressaisie, et levait vers le jeune Daubreuil son petit nez fin ses roses pompon et ses yeux dorés.\u2014 Depuis tantôt, Mademoiselle, reprit-il, intérieurement flatté de cette admiration ingénue, je marche de découverte en découverte, et d'écrasement en écrasement.Ce n'est pas une assemblée, c'est un étouffoir.Ça ne manque pas d\u2019intérêt malgré tout.Il y a de la couleur locale, du pittoresque.J'ai rencontré des types primitifs à mettre sous verre dans un musée d'antiquités ! Les femmes ne sont pas jolies.à part pay! 4 162 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE quelques exceptions d'autant plus charmantes que la règle générale l\u2019est moins ! Léa rougit derechef, et se mit à tournrenter les glands de son ombrelle.Vraiment il n\u2019y avait que les Messieurs de Paris pour savoir tourner les compliments d\u2019une façon si ingénieuse et si discrète.Devant le trio défilaient des couples campagnards : les jeunes filles tenaient le bras de leurs \u201c bons amis,\u201d beaux gars en blouse, fiers comme des Artabans.Et voilà que Louis Chaumel passa, seul, à dix pas de Mme Lagarde ; il avait l\u2019air préoccupé, et semblait chercher quel- qu'un ou quelque chose ; mais la robe rose de Léa, cachée par l\u2019ample jupe de la tante, n\u2019attira point l\u2019attention du jeune cultivateur.\u2014Oh ! là là ! quel colosse! fit Roger avec sa verve moqueuse ; est-ce un toucheur de bœufs ?!l devrait monter sur les tréteaux, pour lutter avec l\u2019Hercule vert de là-bas.Une impression pénible glissa sur la jeune fille ; elle eut envie de dire : c\u2019est notre voisin, notre ami.Elle n\u2019osa pas.Et tout à coup Louis Chaumel lui parut lourd, inélégant et vulgaire sous le complet gris qu\u2019il portait ordinairement les dimanches d'été.| \u2014Ma chère petite, reprit Amélie, étreinte par une gêne indéfinissable, et fatiguée de rester debuut dans cette atmosphère de feu, as-tu fait le tour du champ de foire ?As-tu exploré tous les coins ?Roger saisit la balle au bond.\u2014'est-il permis de vous offrir mon bras, Mademoiselle, pour vous conduire où il vous plaira d\u2019aller ?Cela, c'était l'apothéose ! Transportée, grisée, ravie, Léa posa vivement le bout de ses doigts sur la manche du Parisien, en répondant avec un élan irréfléch : \u2014Où vous voudrez ! Cela m'est égal ! Marie Le Mière.(4 suivre.) AY CHRONIQUE FINANCIERE.Une bonne affaire pour nos amis C\u2019est grâce à l\u2019appui constant de nos abonnés si la Revue Franco-Américaine a pu faire face aux menaces, aux ennuis et aux coups de jarnac montés par ceux qui méditent notre perte et, jusqu\u2019aujourd\u2019hui, nous n\u2019avons pu qu\u2019offrir de la reconnaissance à nos amis.C\u2019est peu, si vous voulez, mais enfin nous n\u2019avons pas pu faire d\u2019avantage.Toutefois, il se présente actuellement, pour ceux de nos lecteurs qui voudront en profiter,une occasion tout à fait exceptionnelle,- et cela sans courir de risques, - d\u2019acquérir des valeurs qui seront quintuplées d\u2019ici peu de temps.C\u2019est en effet dans l\u2019intention de faire bénéficier nos amis, que nous nous sommes rendus acquéreurs de 300,000 parts d\u2019une compagnie minière située en plein centre de Cobalt, ayant des travaux considérables de commencés et une perspective des plus encourageantes.C\u2019est doncaprès s\u2019être complètement renseignés sur \u201cThe Malouf Mines, Limited\u201d que nous avons acquis ces 300,000 parts pour les offrir à nos amis.Nous en céderons I50,000 à 20 cents la part, et 150,000 a 25 cents., , Nous sommes donc en état de vous dire que nous détenons une valeur de tout premier ordre et qui se trouve entre les mains de compatriotes honorables et avertis.Voulez- vous en profiter?.alors faites votre chèque payable au pair à Montréal, à l\u2019ordre de \u201cThe Malouf Mines, Limited\u201d et adressez-le, en mentionnant le nombre de parts que vous voulez acheter à La Revue Franco-Américaine.D\u2019un autre côté, seriez-vous prêts à placer quelques dollars dans l\u2019entreprise et désireriez-vous payer dans quelque temps ?vous n\u2019avez qu\u2019à faire votre chèque et le dater comme vous l\u2019en- 164 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE tendrez, à condition que ce ne soit pas après le Ier mars prochain, 1912.Les mines de Cobalt ont déjà enrichi un bon nombre de nos compatriotes ; vous devez en connaître dans votre entourage, pourquoi ne profiteriez-vous pas de l\u2019occasion unique qui se présente à vous aujourd\u2019hui.\u201cLa Revue Franco-Américaine\u201d a audelà de 50,000 lecteurs.Cela veut dire que vous devrez être prompts à vous décider, tout en étant prudents, si vous voulez posséder quelques- unes des 300,000 parts dont nous avons pris le contrôle pour vous.Un mot maintenant de Cobalt et de ses richesses.Voici comment les mines furent découvertes: un forgeron à Pemploi du chemin de fer de Témiscamingue et Nord Ontario frappa une veine d\u2019argent qui courait a la surface du sol.La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre, et six mois plus tard le pays était couvert de prospecteurs, et une petite ville portant le nom du minérai que l\u2019on avait découvert était fondée.Cela avait lieu en 1903.En 1910, grâce aux expéditions, aux entreprises nombreuses, attirées par la richesse du pays, la production totale du minérai d\u2019argent dans la région de Cobalt atteignait déja $50,000,000.Et dans ce calcul je ne compte pas le minérai de deuxième classe qui est en quantité énorme sur les décharges de mines en exploitation, et qui, dans un avenir rapproché, sera exploité à son tour, avec de gros profits.Les mineurs ont d\u2019abord accordé leur attention au minérai le plus riche.Voici, du reste, les détails du rendement de Cobalt pour les dernières cinq années (cantons de Bucke et Coleman, Ont.) 1906 expédition de 5856 tonnes de minérai 1907 \u201c 14851 \u201ce \u201c 1908 25362 \u201c \u201c 1909 \u201c 35000 \u201c \u201c\u201c 1910 ( 40000 \u201c\u201c \u201c donnant de $300 a $6000 la tonne. CHRONIQUE FINANCIÈRE 165 E Voilà, assurément, des preuves manifestes de la richesse 3 phénoménale de la région.Mais cela veut-il dire que tous | les propositions miniéres qui viennent de Cobalt sont éga- ' lement bonnes ?Pas le moins du monde.4 Cette région, comme tous les grands centres miniers, du reste, a fourni le prétexte à sa bonne part de spéculations véreuses ; elle a produit ce qu\u2019en termes du métier on ; appelle des wild cats et des mines dans la lune.À part E cela, il y a eu certain nombre d\u2019organisations qui ont vendu Ë du stock sur des minérais loués de voisins complaisants, 4 d\u2019autres qui, possédant d\u2019excellentes mines, n\u2019ont pas réussi parce que les organisateurs, grisés par l\u2019assurance d\u2019une fortune très probable, ont mangé en folles dépenses le capital souscrit par le public, afin d\u2019arracher à la terre les trésors qu\u2019elle cachait dans son sein.Du reste, on ; connaît le dicton : argent vite gagné, argent vite dépensé.: Le malheur dans tout cela, c\u2019est que certains organisateurs p prennent pour de l\u2019argent vite gagné, des capitaux qu\u2019on leur avait confiés, non pas pour faire des épattes ou de l\u2019esbrouffe, mais pour développer la mine dans laquelle on avait acheté des actions.E C\u2019est de ce genre de spéculation, on le comprend, que Ï vient cet esprit de défiance avec lequel on est instinctive- ! ment porté à accueillir une proposition minière.Et on n\u2019a k pas tout à fait tort.Pourtant, ceci n\u2019emrpêche pas que l\u2019in- E dustrie minière soit encore à peu près la seule qui permette i de réaliser de trés gros profits sans donner prise a la cri- E tique.Comme je le disais dans ma dernière chronique, il faut savoir saisir par les cheveux une occasion.qui a des k.cheveux, ou plutôt, il faut savoir s\u2019intéresser à une mine | qui en est une véritable.C\u2019est dans ce choix qu\u2019apparaît bien l\u2019opportunité et l\u2019utilité des conseils que je donnais le mois dernier au sujet | des placements à faire dans l\u2019industrie minière.Il faut sa- E voir s'intéresser à une entreprise qui offre le maximum.de E chances de succès en même temps que le minimum de | risques.C\u2019est, du reste, une règle de gros bon sens qui s\u2019applique à toutes les entreprises.| E 166 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Je lisais tout dernièrement dans les journaux l\u2019avis par lequel une compagnie de Cobalt déclarait un dividende mensuel de 5%, c\u2019est-à-dire 60% par année, avec un bonus, en plus.Cela prouve bien que l\u2019industrie minière, et en particulier celle de Cobalt, offre des chances de succès qui valent bien qu\u2019on y risque quelque chose.Du reste, en prenant toutes les précautions voulues, le risque ne s'étend plus guère que sur la marge des profits, c\u2019est-à-dire que ce qui, dans une mine sérieuse, est incertain, ce n\u2019est pas le dividende, mais le chiffre que ce dividende va atteindre.C\u2019est là qu\u2019entre en ligne de compte la compétence de ceux qui sont chargés de diriger l\u2019entreprise.\u201cRien de trop\u201d, voilà la devise qui devrait être inscrite sous les yeux de tous les directeurs miniers.C\u2019est avec les économies faites raisonnablement sur le coût d\u2019une exploitation, qu\u2019on arrondit un dividende.J.A.LEFEBVRE.Conditions d\u2019abonnement.TOUJOURS LIRE LES LIGNES SUIVANTES AVANT D'ÉCRIRE.mensuelle illustrée, est pu- LA REVUE FRANCO-AMERIGAINE, siéäsncipromireane zaine de chaque mois.L'abonnement est de deux piastres ($2.00) par année.Toujours faire tomber le reno 1vellement pour le ler mai.Le numéro, 15 cents dans les dépôts et 20 cents par la poste.L'abonnement, iavariablement payabie d'avance, devra étre fait par billet de banque [lettre recommandée], par mandat de poste ou d'express, par chèque payable à l\u2019ordre de la Revue Franco-Américaine et au pair à Montréal, ou bon postal.Quand on se sert de son chèque personnel, ajouter 15 cents pour l\u2019échange.\u2026 Pour changement d\u2019adresse, mentionner l\u2019ancienne et écrire bien lisiblement la nouvelle adre:se et joindre 10 cents en timbres-poste.Taux d\u2019annonces: 20 cents par ligne agathe.Pour contrats d'annonces, s'adresser à: LA REVUE FRANCO-AMEÆHRICAINE, 2487 caso postale, Montréal.RY \u201cET MALGRE VOUS NOUS RESTERONS FRANÇAIS\" i HT i Bik ia i hi i i i ERR FT pe, du {i | \u2019 qi I Hn 114170 POLITIQUE, LITTERAIRE, ARTISTIQUE (HEBDOMADAIRE) C\u2019est le titre d\u2019une publication que la \u2018\u2018 Revue Franco-Américaine\u2019\u2019 va entreprendre pour répondre au désir de tous les amis de la cause qu\u2019elle défend.Nous l\u2019avons annoncée le mois dernier, et nous avons déjà pour notre future publication une liste d\u2019abonnés fort respectable.Nous en remercions très cordialement nos amis pour l\u2019empressement qu \u2018ils mettent à nous seconder dans cette nouvelle entreprise.Qu\u2019ils continuent la propagande dans leur entourage, parmi leurs amis qui sont aussi les nôtres.Le \u2018\u2018Gaulois\u2019\u2019 publiera son premier numéro dans quelques semaines.Nous avertissons ceux qui désirent en posséder la série complète, de ne pas tarder à nous envoyer leur abonnement dès maintenant.Le \u201cGAULOIS\u201d, revue littéraire, politique et artistique.Grand format.Questions d\u2019actualité, traitées au point de vue des intérêts canadiens- français.\u2014 Feuilletons irréprochables.\u2014 Une revue qui intéressera tous les membres de la famille et pourra être mise entre toutes les mains.Prix de l\u2019abonnement : $2.00 par année.Adresse: LE GAULOIS, Boîte Z4S7, MONTREAL > ABONNEZ-VOUS = N Encouragez l'œuvre de La Revue Franco- Américaine Devenez un abonné régulier et vous serez heureux ensuite de la recommander à vos amis et connaissances.T La Revue Franco-Américaine Bureaux: 197, rue Notre-Dame Est, Montréal Téléphone Main 3496 TT NT TT RI RRR 7 ET FAITES ABONNER VOS AMis A=-\u2014\u2014 La Revue CEE publication superbement illustrée parait le premier de chaque mois et s\u2019occupe spécialement, sans se mêler à la politique, des revendications nationales.Vous la trouverez, en Amérique, dans au-delà de 400 cercles, salons de lecture, clubs, unions, etc., ainsi que dans toute famille aisée, d\u2019origine française.Vous n\u2019avez pas le temps ni le moyen de com= battre, comme vous le voudriez, pour conserver les droits acquis à notre nationalité, alors, par votre souscription à notre œuvre, vous aurez au moins fait une partie de votre devoir.À Revue Franco-Américaine devrait se trouver dans toutes les salles d\u2019attente des hommes de profession, avocats, mélecins, notaires, etc., dans tous les presbytères et couvents.Elle devrait être le ralliement, le signe infailiible que vous avez à faire avec un patriote chaque fois que vous la verrez dans une famille d'origine française.ABONNEZ-VOUS et faites ABONNER vos amis.2487, case postale, Montréal 000000300300 040003 4 403% 4040000404 4004000 00000000 WB RDO CARTES PROFESSIONNELLES AD.ARCHAMBAULT EUG.L.JALBERT ARCHAMBAULT & JALBERT Avcceats et Notaires pour les Etats de Rhode-Island et Massachusetts, et Commissaires pour la législation des Actes pour le Canada.Chambre 10, Longiey Building, WOONSOCKET, R.I.Tel.233-R LAURENT MOISAN \"57000 mamans coronene J.0.LABRECQUE & Cie MARBHE ARTIFICIEL ; AGENTS POUR LE Manteaux de Cheminées, Comptoirs Colonnes, Colonnettes, Chemins \u201cde Croix haut relief, Tables de Commu- DIAMANT nion, Piédestaux, Monuments pour Cimetière, Tablettes Commémoratives Autels complets d\u2019après plans.' NOIR Les Dessins, Modèles, Modelage et Sculpture sur Bois et Coulage en Plâtre , ; = recevront une attention toute spéciale., EB Vi EXECUTION PROMPTE À DES PRIX TRES BAS 124 ue olfe Une visite est respectueusement sollicitée.Ter.3251 | MONTREAL Controlons nos Epargnes ! Protégeons nos Familles ! Défendons nos Institutions Nationales ! Trois buts que l\u2019on atteint en s\u2019enrôlant dans LUNIONST- JEAN BAPTISTE DAMERIQUE La plus sûre, la mieux organisée des sociétés de secours mutuels aux Etats-Unis.LISEZ \u2018\u201c L\u2019UNION,\u201d organe officiel de la Société, le plus vigoureux des journaux franco-américains.ADRESSE : L'Union St-Jean Baptiste d\u2019Amérique, Woonsocket, R.I.M.ARTHUR LANGEVIN 371 Rue Marquette, Montréal.AGENT DE LA REVUE FRANCO-AMERICAINE POUR MONTREAL ET DISTRICT kd Li dq i jk Le ES pi hi Ki ce Arctic RETOUR MONTAGNES ROCHEUSES M.A.O.Wheeler, F.R.G.S., directeur du Club Alpin du Canada, vient de revenir à Vancouver d\u2019un été passé dans les Montagnes Rocheuses dans le voisinage du Passage Yellowhead, et il est très impressionné de son voyage.Dans une entrevue, M, Wheeler a dit : ¢\u201c Cz fut impression générale que les Montagnes Rocheuses du Canada atteignent leur plus grande hauteur non loin au nord de la ligne de frontière.En ces dernières années l\u2019on a beaucoup entendu parler du Mont Robson, qui domine la région du Passage Yeliowliead, mais l\u2019opinion générale était qu\u2019il n\u2019y avait rien dans les environs qui valait la peine d\u2019être vu, et que le Grand- Tronc-Pacifique passerait dans une région très peu intéressante au point de vue du touriste ou de l\u2019alpiniste.On ne se trompait pas sur le Mont Robson.Il est sans doute, comme l\u2019a déclaré l\u2019un des alpinistes les plus expérimentés et les plus habiles du jour, le Dr Norman Collie, l\u2019une des montagnes les plus magnifiques au monde, qu\u2019il soit vu du sud, la vue la plus familière, ou du superbe lac Berg, il est encore suprême.Sur le Lircuit de cent milles du grand massif, on a trouvé de tous côtés des barrières de neige, des grands - champs couverts de neige, des chutes de glace, des torrents impétueux, des chutes d\u2019eau, des prairies de fleurs et de vastes étendues de belles forêts noires.Beaucoup des sommets ont reçu des noms des arpenteurs, mais ils sont légions, et cela przndra beaucoup d\u2019années avant qu\u2019ils soient connus familièremient comme montagnes individuelles,\u201d En parlant du glacier Robson, qui est du côté Est de la monstrueuse montagne, M.Wheeler a dit- \u201cNous avons été stupéfiés de voir qu\u2019une chose aussi Superbe, aussi grandiose existait.A nos pieds coulait la grande rivière de glace, chaque crevasse, chaque glaçon apparaissait clairement.Droit en face s'éle \u2018ait le massif, sa hauteur nette de la base au sommet était de 8,000 pieds.Des superbes prairies au haut de la Vallée Resplendissante on comptait vingt-cinq sommets.inconnus et sans nom.On voyait partout des lacs qui offraient peut-être le charme le plus caractéristique de toutes les Mo:itagnes Rocheuses.Au sommet du Passage Yellowhead, le parti de M.Wheeler érigea un monument limitant la frontière entre l\u2019Albarta et la Colombie Anglaise, à l\u2019intersection de ia Grande Division.Sur la colonne dressée, qui est entourée d\u2019un tas de pierres, sont inscrits les mots \u2018\u2018Colombie Anglaise\u2019\u2019 sur le côté ouest, et \u2018\u201c Alberta \u2019\u2019 sur le côté Est, et au bas \u201c3727-99 pieds,\u2019 étant l\u2019altitude du sommet au point où la colonne est établie.\u201d La construction sur la section incomplète du Grand-Tronc-Pacifique, depuis Tête-Jaune en se dirigeant à l\u2019ouest vers Alder, dans la Vallée Bulkley, a été commencée, il y a quelques semaines, par les entrepreneurs, MM.Foley, Welch & Stewart.Les opérations sont astreintes à la route le long de la fourche Sud du Fraser, entre Tête-Jaune et Fort George. 0 LE GRAND-TRONC HORAIRE DES TRAINS PASSAGERS QUITTANT LA GARE BONAVENTURE JUSQU'À NOUVEL ORDRE.7.16 A.M.\u2014(Tous les jours) pour Richmond et gares intermédiaires, 7.2 AM :\u2014(Tous les jours, dimauclhie excepté) pour Laprairie, Hemmingford, Ste- Martine Jct., Howick, Ormstown, Huntingdon, Fort Covington et Mas- sena Springs.8.00 A.M.\u2014 (Tous les jours) pour Richmond, Sherbrooke, Portland ; tous les jours, dimanche excepté, pour Lévis (Québec.) 8.30 A.M.\u2014(Tous les jours) pour Coteau Jct., Glen Robertson, Alexandria, Ottawa, Valleyfield et les points sur la division d\u2019Ottawa.8.31 A.M.\u2014(Tous les jours) pour $t-Jean, St.Albans, Burlington, Springfield, Boston et New-York via V.C.R\u2019 8.35 A.M.\u2014 (Tous les jours) pour St- -Jéan, Rouses Point, Plattsburg, Troy, Albany et \u2018New-York via Cie D.& H, 8.51 A.M.\u2014(Tous les jours, dimanche excepté) pour Chambly, Marieville, Farnham, Granby et Waterloo via V.C.Ry.9.00 A.M.\u2014(Tous les jours) \u201cInternational Limitée\u2019\u2019 pour Cornwall, Brockville, Kingston, Toronto, Hamilton, Niagara ¥Yalls, Buffalo, Détroit, hicago et tous les points a \u2018l\u2019ouest.9.45 A.M.\u2014 (Tous les jours) pour Vaudreuil, Cornwall, Prescott, Brockville, King- on, Pelleville, Toronto et gares intermédiaires.1.35 P.M.\u2014{ Tous les jours, dimanche excepté) pour St-Jean, Iberville, St.Albans, Burlington et White Kiver Jct.3.00 P.M.\u2014{l'ous les jours, dimanche excepté) pour St-Jean, Rouses Point, Platts- burg, Troy, Albany et New-York.3.55 P.M.\u2014(Tous les jours, dimanche excepté) pour Ste-Anne, Côteau Jct., Valley- field, Glen Robertson, Alexandria, Ottawa et les points sur la division d\u2019Ottawa.4.16 P.M.\u2014(Tous les jours, dimanche excepté) pour St-Hyacinthe, Richmond, Lévis (Québec), Sherbrooke et Island Pond 4.20 P.M.\u2014(Tous les jours, dimanche excepté) pour Vaudreuil, Valleyfieid, Cornwall, Brockvilie et gares intermédiaires.4.21 P.M.\u2014 (Tous les jours, dimanche excepté) pour Laprairle, Hemmingford, Ste- Martine Jct., Howick, Ormstown, Huntingdon et Fort Covington.4.50 P.M.\u2014(Tous les jours, dimauche excepté) pour St- -Jean, Rouses Point, et gares intermédiaires.4.55 P.M.\u2014(Tous les jours, dimanche excepté) pour Chambly, Marieville, Farnham, Frelighsburg, Granby et Waterloo.5.20 P.M.\u2014(Tous les jours, dimanche excepté) pour St-Hyacinthe, et gares intermédiaires.5.30 P.M.\u2014 (Tous les jours, dimanche excepté) pour St-Jean, Iberville et St-Albans.6.25 P.M.\u2014(Tous les jours, dimanche excepté) pour St- Lambert, Chambly, Marie- ville et St-Césaire.7.25 P.M.\u2014(Tous les jours) pour St- Jean, Rouses Point, Plattsburg, Troy, Albany et New-York via Cie D.7.30 P.M.\u2014(Tous les jours) pour Coral, Brockville, Kingston.Belleville et Toronto, 8.00 P.M.\u2014(Tous les jours) pour Coteau Jct., Alexandria, Ottawa et les points sur la division d\u2019Ottawa.8.15 P.M.\u2014(Tonus les jours) pour St-Hyacinthe, Richmond, Lévis, (Québec), Sherbrooke, Island Pond et Portland.8.30 P.M.\u2014(Tous les jours) pour St-Jean,St-Albans, Burlington, Springfield, Boston et New-York via V C.R\u2019y 10.30 P.M.\u2014(Tous les jours) pour Brockville, Kiugston, Toronto, Hamilton, Niagara Falls, Buffalo, London, Detroit, Chicago et tous les points a \u2018l\u2019ouest, Pour billets, taux, mappes, indicateurs, wagons-lits, et toute autre information, s'adresser au bureau de la compagnie, 130 rue St-Jacques, Tél, Main 6905, ou à la gare Bonaventure, Tel.Main 4779.Sin yr LE PE @ At ; LE PACIFIQUE CANADIEN LA ROUTE POPULAIRE emma ENT RE sree Montréal et Québec, : Montréal, St-Jean, N.-B, et les Montréal et Ottawa, | Provinces Maritimes, Montreai, Joliette er St-Gabriel.\u2018 Montréal, Manchester, Nashua, Montréal, St e-Agathe, Noiminingue | Lawe!l, Boston et la Nouvelle- et les Les Lauren tides, ; | Angleterre, Monteéal et les Chutes Snawini- | Mouvréal, Toronto, Détroit et Chi- Montréal et Ste-Anne de Beau- Montreal, Sault Ste-Marie, St- pré, .Pauli, \u2018Duluth, Minneapo:is, Montréal et le Cap de ia Magde- | Montréal, Fort William, Winnipeg, leine, Var conver, le Kootenay et la Montréal, Bala et le Muskcxa, ; Côte du Pacifique.LES PAQUEBOTS \u201cEMPRESS\u201d sont les plus modernes et les plus rapides faisant le service entre les ports Canadiens et Liverpool.VW, G.ANNABLE, EMILE J HERERT.Agent Général du Trafic-Voyageur Agent Généra! 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