La revue franco-américaine, 1 décembre 1912, Cahier 1
[" Tome X\u2014No 2 Decembre 1912 Publié en avril 1913.La Revue Franco-Américaine Publication mensuelle illustrée SOMMAIRE : PAGES Dr Ed.IMBEAUX \u2014Wolfe et Montcalm (sonnet).89 T.SAINT-PIERRE \u2014Le nombre des descendants français aux Etats-Unis.100000 0000000 go Vte F.de FRONSAC \u2014La Nation Franco-Normande au Canada 100 LEON De ST-CASTIN -Lettrede France.10% J.-L.K.LAFLAMME \u2014Jusqu'aux Montognes-Rocheuses.109 LEON KEMMER \u2014 Revue des faits et des œuvres : Téles- phore Saint-Pierre ; Les petits drapeaux ; Prédictions sur les Etats-Unis et le Canada ; Le nouvean cabinet américain ; Catholiques canadiens-fran- çais ; L'inventeur du téléphone.173 FASCAL POIRIER \u2014Origine des Acadiens.121 E.AGOSTINI \u2014Le Canada vu par un Français de France [suite].135 XXX.\u2014Pour aider à la solution des questions qui s\u2019agitent aux Etats-Unis et au Canada [suite].147 \u2014C Chronique théatrale.173 \u2014Bibliographie, etc.177 PRIX DU NUMERO: 20c.(1 franc).PRIX DE L\u2019ABONNEMENT : $2.00 PAR ANNEE (10 frs.) MONTREAL SOCIETE DE LA REVUE FRANCO AMERICAINE MCMXIII \u2014 i mensuelle illustrée, est pu LA REVUE FRANCO-AMERICAINE, bien pros scouts ) zaine de chaque mois.L'abonnement est de deux piastres (£2.00) par année.Toujours faire tomber le renonvellement pour le ler miai.L'abonnen:ent, invariablement payable d\u2019a vance, devra être fait par billet de banque [lettre rceecmmandée], par mandat de poste ou d\u2019express, par chèque payable à l\u2019ordre de la Revue Francc-Améri- eaine et au pair à Montréa ou par bon pos\u2018al.Quand on se sert de son chéque personnel, ajouter 15 eents pour l\u2019échange.\u2026 Pour changement d\u2019adresse, mentionner l\u2019ancienne, éerire bien lisib'ement la nouvelle, et joindre 10 cents en timbres-poste.Taux d'annonces: 20eents par ligne agate.Pour eontrats d'annonces, sadresser à: LA REVUE FRANCO-AMERICAINE, 2469 case postale, Montréal.ENVOI DE NUMEROS ECHANTILLONS DE LA Kevue Franco-Américaine Quelques amis nous ont fourni une liste de personnes susceptibles de s\u2019intéresser et de s'abonner a LA REVUE FRANCO-AMERICAINE.C\u2019est ce qui explique l\u2019envoi du présent numéro.Lisez-le et faites-le lire à vos amis, et ensuite adressez-nous votre bulletin de souscription et le prix d\u2019abonnement.LA REVUE FRANCO-AMERICAINE, Case Postale 2469 MONTREAL.M.ALBERT FRIBOURG, Correspondant pour la France de la Revue Franco-Américaine 14, rue DANREMONT, PARIS \\ fi | Wolfe et Montcalm (SONNET) Mortem virtus communem Famam historia, Monumentum posteritas, Dedit.Certe, ils ont eu ceux-là superbement raison Qui -sur la même stèle, ont pour toute mémoire Ecrit seuls vos deux noms, Pour votre double gloire, Héros, qu\u2019est-il besoin de plus longue oraison ?Entre deux ennemis suprême liaison, Une commune mort vous a joints dans l\u2019histoire, N\u2019admettant du vainqueur tué par sa victoire Au moribond vaincu d\u2019autre comparaison.Aussi, sans rechercher lequel fut le plus brave, Au même monument la postérité grave Ensemble vos deux noms en toute égalité : Et vos deux nations vous y donnent leurs larmes.Wolfe et Montcalm, rivaux devenus frères d\u2019armes, Soldats qu\u2019unit la mort dans l\u2019immortalité ! A MESSIEURS LES INGENIEURS ET HYGIKNISTES DU CANADA, SOUVENIR DE MA VISITE.Montréal, le 3 septembre I9r2.Dr Ed.Imbeaux. Le nombre des descendants Français aux Etats-Unis Près de quatre millions des notres dans l\u2018Amérique du Nord.\u2014 Tel est l\u2019indication donnée par les chiffres du recensement américain.\u2014Les origines des divers Etats.\u2014 Nouvelle et rassurante situation pour l\u2019avenir Catholique et Français toujours D\u2019une analyse que je viens de faire des premiers tableaux livrés par le bureau du recensement de Washington, j\u2019en arrive à la conclusion qu\u2019il y avait aux Etats-Unis, en 1910, pas moins de 1,600,000 personnes d\u2019origine française, dont 1,200,- 000 nées au Canada ou descendant de parents canadiens-fran- çais.Dans les 400,000 autres il faut comprendre les personnes nées en France (117,000), leurs enfants et les descendants français venant de la Belgique, de la Suisse et de 1\u2019 Alsace-Lorraine.Il y a une dizaine d\u2019années, me basant sur une étude suivie de tous les recensements des Etats-Unis depuis leur origine et d\u2019autres documents historiques, j\u2019estimais la population française des Etats-Unis au commencement du vingtième siècle à 1,350,000.En acceptant les chiffres du recensement du Canada, publiés à la même époque nous trouvions donc, en 1900, plus de trois millions de Français dans l\u2019Amérique du Nord.Le bureau canadien du recensement n\u2019a pas encore publié les chiffres donnant la population du Canada par origine pour l\u2019année 1911.Cependant, le recensement des Etats-Unis, comme nous allons le voir bientôt, établi ce fait que, depuis 1900, le Canada-français n\u2019a pas perdu beaucoup par l\u2019émigration vers le Sud.On devra donc retrouver au Canada l\u2019augmentation naturelle des 1,675,000 Français qui s\u2019y trouvaient en Ig01I, plus l\u2019apport de l\u2019immigration française et belge depuis dix ans, Cette augmentation étant de pas moins de 25 pour cent, il devrait donc y avoir aujourd\u2019hui en Canada 2,200,000 des- - cendants français ce qui, avec les 1,600,000 vivants aux Etats- Unis, ferait un total de 3,800,000, chiffre en tout conforme avec la marche ascendante de notre race, Mais voyons d\u2019abord les chiffres tels que communiqués par le bureau de Washington, DESCENDANTS FRANÇAIS AUX ETATS-UNIS 91 Tableau de la population Francaise des Etats-Unis distinguant entre Français nés au Canada et Francais nés en Europe pour les années 1910 et 1900.IgIO 1900 Français Français| Français Français DIVISION GEOGRAPHIQUE du d\u2019Eu- du d\u2019Eu- Canada rope Canada rope DIVISION NORD DE L\u2019ATLANTIQUE 304,585 64,505 305,498 51,508 Etat du Maine.34,984 290 30,895 150 New Eampshire.40,624 220 14,922 215 Vermont .«.14,629 212 14,922 221 Massachusetts.134,460 7,916 134,381 4,501 Rhode Island.34,043 2,662 31,530 1,062 Connecticut.13,869 2,917 19,167 2,614 New-York.24,532 26,875 27,150 22,674 New Jersey.1,203 8,074 1,105 6,741 Pennsylvanie .1,246 15,239 1,450 13,280 DVS TR DU 64,529 57,413 76,786 38,210 Etat Ohio.00.2,310 6,344 2,270 6,200 Indiana.789 4,686 947 4,508 Illinois.120000000 0e.7,427 17,259 9,102 12,483 Michigan .28,082 8,056 32,422 5,180 Wisconsin .00.7,970 5,205 10,079 6,049 Minnesota.10,977 2,956 12,047 2,407 Iowa.iii, 974 2,587 1,5I5 2,345 Missouri.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.779 3,790 1,047 4,154 Dakota, Nord.2,362 433 3,105 304 Dakota, Sud.998 492 1,135 388 Nebraska.674 1,125 1,035 1,147 Kansas.\u2026\u2026.000000000 0 1,087 4,480 1,480 2,915 DIVISION SUD DE I ATLANTIQUE 763 3,483 627 2,253 Etat Delaware.63 169 41 118 Maryland.IIO 550 81 524 Colombie.109 510 93 385 Virginie.104 380 103 316 Virginie Occidentale.88 1,262 71 377 Caroline Septentrionale.29 112 36 95 Caroline Méridionale.39 conan Jo FN 0 Georgie .70 221 79 247 Floride.IST 279 87 256 92 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE TABLEAU DE LA POPULATION FRANCAISE, Erc.\u2014(luite) I9IO I9II Français Français Français Français DIVISION GEOGRAPHIQUE; du d\u2019Eu- du d'Eu- Canada rope Canada rope Dy RE DU 1,376 11,023 1,334 12,135 Kentucky.98 645 134 982 Tennessee .gr 305 I19 330 Alahama.96 590 89 535 Mississipi .\u2026.\u2026.\u2026.\u2026\u2026.46 289 70 360 Louisiana .250 5,590 247 6,768 Arkansas.119 498 159 399 Oklahoma.320 935 224 509 Texas.20000000 0000 356 2,171 397 2,252 DIVISION DE L'OUEST 13,235 29,934 10,527 18,966 Montana.\u2026.\u2026.2,874 &74 3,266 684 Idaho.796 333 395 194 Wyoming.143 314 150 183 Colorado .789 1,740 959 1,321 New Mexico .III 326 84 296 Arizona.\u2026.\u2026.00.\u2026.177 323 152 253 Utah.\u2026.000000000 114 303 128 219 Nevada .272 653 222 303 Washington .3,704 4,539 1,892 1,403 Oregon.\u2026.\u2026.0.00000 1,146 1,722 872 1,073 Californie .3,109 18,807 2,407 13,037 Total pour les Etats-Unis.| 334,488 166,358 394,777 142,072 s Les chiffres, pour la population française née en Europe sont approximatifs, car le recensement des Etats-Unis, dans ce cas ne donne que les lieux de la naissance, et ne tient pas compte de la langue maternelle des Belges ni des Suisses, Quant aux Alsaciens-I,orrains, ils sont énumérés avec ceux nés en Allemagne.Je crois être resté au-dessous de la vérité en mettant à 50,000 le nombre des personnes bien françaises nées en dehors de la Franceet qui habitent maintenant les Etats-Unis.Pour les Canadiens-français, qui nous occupent plus particulièrement, en 1899, sur une requête que je presentai aux autorités de Washington le bureau de recensement à décidé de DESCENDANTS FRANÇAIS AUX ETATS-UNIS 93 \u2019 faire la distinction entre les \u2018\u2018 French\u2019 et les \u2018\u2018 English \u201d, nés au Canada, La première constatation qui résulte de cette distinction c\u2019est que si le nombre des Canadiens de naissance vivant aux Etats-Unis a continué à augmenter légèrement depuis 1900, cette augmentation est entièrement due à l\u2019émigration des provinces Anglaises, Le nombre des Canadiens-fran- çais, au contraire, accuse une dimunition assez sensible de 394,000 a 384,000 entre 1900 et 1910.Ce fait qui sera considéré comme un excellent signe pour tous ceux qui voyaient un danger pour notre race dansl\u2019émigration vers les Etats-Unis mérite d\u2019autant plus d\u2019être noté qu\u2019il est tout à fait nouveau et qu\u2019il paraît devoir être le commencement d\u2019une nouvelle ère dans le mouvement d\u2019expansion française en Amérique.Ainsi que je le démontrais il y a dix ans l\u2019émmigration des nôtres vers les Etats-Unis date du commencement de la République, Dès la fin de la guerre d\u2019indépendance, les Français du Canada se glissaient le long du Richelieu et de l\u2019Hudson jusqu\u2019à New- York où remontaient les lacs vers le Détroit et les pays de traite au-delà.La premiète tentative d\u2019indiquer l\u2019origine des habitants des Etats-Unis démontre déjà l\u2019existence de plus de 150, ooo Canadiens au sud de la frontière, Une grosse poussée avait été donnee à l\u2019émigration par la rébellion de' 1837-38 ; l\u2019ouverture des chemins de fer, le développement des industries manufacturières de la Nouvelle-Angleterre, le rappel des lois douanières de la Grande-Bretagne qui fermait un marché au cultivateur canadien, le progrès merveilleux des régions du Mississippi et des chantiers sur les grands lacs, la découverte de l\u2019or en Californie, furent autant de cause puissantes qui contribuèrent à accélérer l\u2019émigration vers les Etats-Unis, D\u2019année en année on voyait aussi les centres canadiens-fran- çais se multiplier dans la République et s\u2019agrandir d\u2019une façon qui augmentaient encore la tentation de s\u2019y aller joindre, Les enfants, nés aux Etats-Unis, tout en gardant souvenance de leur langue maternelle et du pays d\u2019origine ne songeaient plus guère au retour.Par l\u2019augmentation naturelle et par les accessions constantes du Canada, on arrivait donc a former ce groupe d\u2019un million dont je constatais la présence en 1900, 94 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE UNE NOUVELLE SITUATION Tes accessions venant du Canada sont maintenant en baisse, et sont plus que compensées par les retours ou par les déces.C\u2019est un fait de la plus haute importance pour notre race et qui mérite qu\u2019on s\u2019y arrête.Il est certain qu\u2019il est encore passé du Canada aux Etats-Unis un nombre considérable de Canadiens-frangais durant les années 1900 a 1910.Sans cela, les décès et le mouvement incontestable de rapatriement auraient amené une baisse beaucoup plus considérable que ne le constate le recensement dans le nombre des \u2018\u2018nés au Canada,\u201d Comme Canadiens-français, ayant à cœur la perpétuation et l\u2019avancement de notre race, il faut plutôt se réjouir qu\u2019il en soit ainsi.Tel qu\u2019il nous montre maintenant, le mouvement de notre race n'offre plus rien des dangers d\u2019une hégire, avec ses enthousiasmes irréfléchis et ses mécomptes ruineux.Pour les Canadiens-français du Canada, il est bon d\u2019avoir le concours de compatriotes qui ont puisé dans leurs voyages à l\u2019étranger une plus grande expérience des affaires et du monde, Un jour, ayant a faire de courtes biographies de plusieurs centaines des hommes en vue dans le monde commercial de Montréal, je fus très surpris de constater qu\u2019une forte proportion des plus heureux avaient commencé leur carrière aux Etats-Unis.De même, il est essentiel pour la perpétuation de l\u2019idée française au sein des colonies transplantées aux Etats-Unis qu\u2019elles reçoivent de temps à autres un sang nouveau de la mère-patrie et que des relations suivies soient ainsi maintenues.Cet heureux état de chose, qui n\u2019est pas arrivé trop tôt, semble devoir se perpétuer, car, tout indique un mouvement normal, réfléchi de notre population.\u2019Tel qu\u2019on peut le voir par le tableau ci-dessous, la diminution des Canadiens-français nés au Canada s\u2019est surtout fait sentir dans les Etats du centre, en grande partie agricoles, depuis New-York jusqu\u2019au Montana, C\u2019est dans ces Etats que se sont recrutés les rapatriés qui cultivent maintenant avec succès les prairies de la Saskatchewan et de l\u2019Alberta.Le Rhode Island et le Maine sont les Etats qui conservent encore le plus d\u2019attraits pour nos com- DESCENDANTS FRANÇAIS AUX ETATS-UNIS 95 patriotes, surtout pour les Acadiens.Les quelques centaines de Canadiens dispersés dans les Etats du sud et de l\u2019intérieur jusqu\u2019aux Montagnes-Rocheuses, où ilsn\u2019avaient aucune chance de faire souche, n\u2019ont heureusement pas vu leur nombre s\u2019augmenter, C\u2019est un autre bon indice que l\u2019esprit d'aventure, cause de déperdition pour notre race, est aussi en baisse.L\u2019ÉMIGRATION DANS LES VILLES Enfin, il est intéressant de constater comment se trouve distribué l\u2019élément français dans les principales villes des Etats- Unis.Ici, il convient tout d\u2019abord de grouper les Français d\u2019Europe avec les Français du Canada, parce que dans les villes, la langue commune est un lien qui amène souvent des réunions de tous les groupes soit à l\u2019église, soit dans les démonstrations patriotiques, soit dans la vie sociale.Tel est le casa Boston, New-York, Chicago, Détroit et Seattle.Dans les villes de la Californie, St-Louis, la Nouvelle-Orléans et Philadelphie, l\u2019élément \u2018\u2018vieille France\u2019 donne absolument tandis qu\u2019il n\u2019entre guère en ligne de compte dans les grandes villes canadiennes françaises comme Fall River, Lowell, Providence, Worcester et autres centres manufacturiers de la Nouvelle-Angleterre.Le nombre de Français d\u2019Europe indique une augmentation assez considérable dans toutes les grandes villes dans lesquelles ils étaient déjà en nombre avant 1900, sauf à la Nouvelle-Orléans, Par contre la plus forte partie des colonies canadiennes-fran- çaises indiquent une forte diminution dans le nombre des \u2018\u2018nés au Canada\u2019\u2019, à commencer par Fall-River qui reste encore, proportionnellement, la ville la plus française des Etats-Unis.Détroit continue à attirer les Canadiens-français de l\u2019Ontario et Boston les Acadiens.Les chiffres valent, du reste, d\u2019être publiés : * 96 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Etat de la Population Francaise des principales Villes des Etats-Unis en 1910 et 1900.1910 1900 Canada Europe Canada Europe Boston, Mass.\u2026.\u2026.3,098 1,873 2,895 I,221 Cambridge, Mass.1,445 152 1,480 106 Fall River, Mass.15,281 160 20,172 108 Worcester, Mass.4,988 143 5,203 107 Lowell Mass.12,269 274 14,674 83 Bridgeport, Ct.499 179 367 144 New Haven, Ct.454 269 411 212 Providence, R.I.4,456 562 3,849 408 New York City.2,844 20,519 2,511 17,246 Albany, N.Y.286 127 313 120 Buffalo, N.Y.566 729 730 812 Rochester N.Y.566 438 552 380 Philadelphie.301 2,122 289 2,812 Pittsburg, Penn.86 990 118 19,150 : Jersey City.108 766 133 792 Newark, N.J.194 888 157 672 Paterson, N.J.155 1,541 174 1,340 i Cinciannati, Ohio.73 789 100 86 | Cleveland, O.571 583 759 50 | Toledo.convene ine on.681 323 835 291 | Chicago.s.\u2026 2.2 000 ween.4,633 5,556 5,287 4,136 | Detroit.\u2026.00000 0e eee.4,166 2,874 3,533 1,050 Milwaukee.218 458 213 339 | Minneapolis.\u2026.\u2026.\u2026\u2026\u2026.1,637 390 1,702 258 | St-Paul.1,067 446 1,012 329 St-Louis.\u2026.0000000 00000.260 1,533 335 1,688 Kansas City.149 516 178 353 | Nouvelle Orléans.101 3,727 82 4,485 Denver.422200000000 232 455 245 353 Seattle .00000000 22000 836 1,041 255 330 | Spokane .310 248 138 IIO i Portland, Ore.442 729 261 328 | San Francisco .474 6,673 429 5,157 Las Angelos, Col.592 2,115 213 1,080 | Oakland, Col.245 1,288 223 426 | LES GENERATIONS NEES AUX ETATS-UNIS Jusqu'ici, nous avons parlé que des Français nés en dehors des Etats-Unis et qui habitent ce pays.Les tableaux donnant le nombre de personnes nées aux Etats-Unis de parents fran- DESCENDANTS FRANÇAIS AUX ETATS-UNIS 97 çais ne sont pas encore prêts.Cependant, le recensement de 1900 peut nous fournir une base pour des calculs assez précis.Ainsi, avec une population de 394,000 \u2018\u2018nés au Canada \u2019\u2019, le recensement de 1900 accusait 635,000 enfants nés de pères et mères canadiens-français, et 176,000 enfants nés d\u2019un père où d\u2019une mère canadienne-française, Pour les Français d\u2019Europe la proportion des enfants nés aux Etats-Unis aux parents nés dans les vieux pays était à peu près la même.Or, faisant abstraction des enfants nés de mariages mixtes, comme indiquant probablement le nombre de nos pertes par l\u2019assimilation, nousavions donc en 1900, 1,038,000 Canadiens-français et leurs enfants de naissance américaine.Aujourd\u2019hui, on pourrait sans crainte ajouter un grand nombre de petits enfants qui conservent encore fort bien la langue de leurs ancêtres bien qu\u2019ils soient de la deuxième génération née aux Etats-Unis.\u2019Tenons donc compte de l\u2019augmentation naturelle de notre population qui n\u2019est pas moins vigoureuse sur le sol américain qu\u2019au Canada, soit 25 pour cent en dix ans.Cela représente plus d\u2019un quart de million, Il n\u2019y aurait donc rien de téméraire à prétendre que l\u2019élément canadien-français aux Etats-Unis est plus près de 1,300,000 que de 1,200,000.En nous arrêtant à ce dernier chiffre, nous avons fait une large part aux pertes par l\u2019assimi- liation.Nous avons été aussi conservateur dans le cas des Français d\u2019Europe.Il y avait, en 1910, deux cent mille Belges et Suisses de naissance aux Etats-Unis, sans compter les Alsaciens.Nous n\u2019en reclamons que 50,000 pour la race française, et en comptant les enfants de ces immigrants nés aux Etats-Unis nous arrivons sans crainte au chiffre de 400,000.Enfin nous n\u2019avons pas encore fait entrer en ligne de compte la Louisiane, cette vieille province française où le français fut l\u2019une des langues officielles jusqu\u2019à ces dernières années et où il est encore la langue de la bonne société et de nombre de vieilles paroisses.Le fait que le nombre des immigrants français dans cet Etat est en baisse et qu\u2019il m\u2019est difficile, avec les renseignements à ma portée, de juger du nombre de ceux qui parlent le français habituellement. 98 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE FRANÇAIS ET CATHOLIQUES TOUJOURS S\u2019il fallait une corroboration des chiffres que nous venons de donner, on pourrait la trouver dans une enquête que le gouvernement américain fit en 1906 sur la condition des associations religieuses, indépendamment du gouvernement.Que cette enquête n\u2019embrassât pas toute la population est prouvée de prime abord par le fait que le nombre total des \u2018\u2018 communiants des diverses églises ne se monte qu\u2019à 32,000,000, soit environ un tiers de la population du pays\u2019.Or, par cette énumération partielle on a constaté l\u2019existence de 389 églises de tous cultes comptant pas moins de 1,160,420 communicants, \u2014 dans lesquelles le français était employé pour les offices.Dans 287 de ces églises on ne parlait que le français, et elles comptaient 569,037 communiants.Dans 102 autres on parlait deux ou plusieurs langues, et le nombre total des \u2018\u2018 communiants\u2019\u2019 était de 591,383.En prenant pour acquis que la moitié de ce dernier nombre représentait l\u2019élément français et en ajoutant 225,000 comme représentant le nombre des enfants et autres membres de la famille qui ne sont pas comptés, on arrive a un total de 1,100,000 personnes de language francaise vivant en relation avec les églises qui ont fait rapport au gouvernement.Cette énumération contient des chiffres encore plus rassurant pour les amis de notre race.D\u2019abord, constatant que sur les 1,160,420 fidèles dont il est ici question, pas moins de 1,031, 530 fréquentaient les églises catholiques où on parlait le français.L\u2019énumération de ces églises est ainsi faite pour les principales nationalités : Eglises et Langues Membres 254 Français seulement 566, 689 469 \u201c et Anglais 464, 841 42 Français Allemand et Anglais 38, 973 15 és Italien et Anglais 19, 793 oT \u2014 - DESCENDANTS FRANÇAIS DES ETATS-UNIS 99 Si on ajoute les enfants de moins de 10 ans qui ne sont pas compris dans cette énumération et qu\u2019on exclut la moitié de ceux qui fréquentent les paroisses mixtes on arrive encore au-.dessus du million, Et cela ne comprend pas les personnes qui appartiennent forcément ou non à des paroisses ou le curé ne parle pas français ! Et ces chiffres datent déjà de 1906 ; depuis ce temps il y a eu augmentation certaine.Ainsi, nous n\u2019avons plus seulement la preuve du nombre de personnes d\u2019origine française ; nous avons aussi celle du sbin qu\u2019ils apportent à la conservation de leur langue et de leur foi, Nous pouvons en conclnre, en toute sûreté, que la diminution de l\u2019émigration va permettre à notre race de se fortifier au Canada sans que pour cela nous soyons forcés d\u2019abandonner les positions que nous avons conquises par delà les frontières.Jamais les faits positifs n\u2019ont autorisé de plus belles espérances pour l\u2019avenir de la race française en Amérique.T.Saint-Pierre. [a Nation Franco-Normande au Canada \u2014 Par le VICOMTE FORSYTH DE FRONSAC XI LA PLEBE Il est souvent question du \u201cpeuple\u201d dans le sens de \u201c plèbe \u201d dans l\u2019histoire du Canada, sous le régime anglais (1763 à I800).Le mot \u201c peuple \u201d a plusieurs significations, la plus générale est celle qui désigne tous les habitants d\u2019un pays, et la plus spéciale indique les conglomérés au- dessous de la noblesse et de la bourgeoisie: c\u2019est-à-dire \u201cla plèbe \u201d proprement dite.Un peu avant la cession du Canada, 1763, Murray décrit la plébe anglaise au pays et son étonnante ambition a gouverner seule.Il dit: \u201cLe gouvernement civil établi, il a fallu choisir des magistrats et prendre des jurés parmi quatre cent cinquante commerçants, artisans et fermiers, méprisables principalement par leur ignorance.Ils haïssent la noblesse à cause de sa naissance et parce qu\u2019elle a des titres a leur respect: ils détestent les autres habitants parce qu\u2019ils les voient soustraits à oppression dont ils les ont menacés.\u201d En 1759, la lettre de la Noblesse et de la Bourgeoisie continue le portrait de cette plèbe qui, peu à peu, a gagné toutes les fonctions du gouvernement, favorisée par la démocratie au pouvoir en Angleterre, et qui a couvert le renom du Canada avec ses haillons misérables d\u2019avarice, de chicane et de tyrannie démocratique.Cette lettre dit que cette \u201c cabale ne mérite aucune préférence, tant par leur ignorance que par leur conduite méprisable, qui ont ECOLE NORMALE CHAMPAGNAT 7 LA NATION FRANCO-NORMANDE AU CANADA 101 entrainé avec elles quelques-uns de nos compatriotes.Plusieurs avaient avec eux la plus parfaite ressemblance, des gens sans naissance, sans éducation, incapables de sentiments délicats, des barbiers, des domestiques, des juifs même.\u201d Encore dans la lettre de Sir Guy Carleton, gouverneur en 1767, il est dit: \u201cLe commun (la plèbe) se laissera grandement influencer par les seigneurs,\u201d et dans sa lettre à Lord Dartmouth en 1775 : \u2018La Noblesse et le Clergé ont été d\u2019un grand secours, mais l\u2019une et l\u2019autre ont perdu beaucoup d\u2019influence sur le peuple \u201d (la plèbe), et encore dans sa lettre du 7 juin 1775: \u2018\u201c On a eu recours, sans succès, à tous les moyens pour amener le paysan canadien au sentiment de son devoir, mais justice doit être rendue à la Noblesse, au Clergé et à la plus grande partie de la Bourgeoisie qui ont donné des preuves de zèle et de fidélité au service, et fait de grands efforts pour faire entendre raison aux paysans infatués.\u201d DISTINCTION DE LA PLEBE La plèbe n\u2019est pas une classe, c\u2019est une distinction de races, et comme cette distinction a sa source dans la nature, elle existe toujours tant que les races différentes existent.Dès les temps les plus reculés, il y avait dans la famille patriarchale une certaine hiérarchie.Le chef et ses parents y formaient une véritable aristocratie, et, au- dessous d\u2019eux se trouvait une race inférieure composée des serviteurs libres et des esclaves.Quand ces familles se furent groupées pour constituer une ville, la même distinction subsista.Si l\u2019on examine l\u2019état social de la Grèce, à l\u2019époque la plus ancienne, c\u2019est-à-dire pendant la période monarchique, on y remarque, en premier lieu, une classe qui comprend tous les chefs de famille, les hommes sont souvent aussi nobles que le roi, et il s\u2019attribuent volontiers une origine divine.Chez les Romains, au-dessous des gentes patriciennes (la noblesse et la bourgeoisie) vivait une multitude con- 102 LA REVUE FRANCO-AMÉKICAINE fuse, c\u2019était la plèbe.On a expliqué très diversement son origine.L\u2019opinion la plus plausible est que les plébéiens étaient d\u2019anciens serviteurs, dégagés du lien de la clientéle.Qu\u2019un client sortit, pour une raison ou pour une autre, de la famille de son patron, il tombait dans la plèbe.Qu\u2019une famille noble s\u2019éteignit, ses clients devenaient aussitôt plébéiens.Si l\u2019on joint à celà les aventuriers, les individus bannis des villes voisines, les étrangers emmenés de gré ou de force à Rome, les patriciens frappés d\u2019infâmie et répudiés par leurs parents, on connaît toute les sources \u2014 Juifs, Nègres, Arabes, Bohémiens,\u2014de la plèbe.Cette classe, dans tous les temps et dans tous les pays, a haï et hait encore les classes au-dessus d\u2019elle, la race supérieure, parce qu\u2019elle possède toutes les supériorités naturelles que la plèbe désire ardemment écarter et anéantir.Ce qui caractérisa, à l\u2019origine, les assemblées plébéiennes, c\u2019est que les patriciens en étaient exclus.Le nom \u201c plébiscite \u201d\u2019 servit à désigner toute résolution votée par l\u2019assemblée de la plèbe.A Rome, d\u2019abord, ces plébiscistes n\u2019eurent Ipas force de loi pour tout le peuple romain; ils ne lièrent que les plébéiens.En 287, après une sécession des plébéiens sur le Janicule, le dictateur L.Hortencius fit voter une loi qui assimilait complètement et sans.condition les plébiscistes aux lois proprement dites.C\u2019est le commencement de la décadence romaine,\u2014parce que dès ce jour, en pratique, nulle différence de race n\u2019existant en droit, les patriciens, la noblesse et la bourgeoisie, en furent exclus et n\u2019obtinrent leurs droits qu\u2019à la condition d\u2019être plébeiens.La conquête germanique rétablit les ordres du peuple,\u2014 la noblesse, la bourgeoisie, la plèbe,\u2014qui existent encore dans les lois fondamentales du Canada, mais pas en Angleterre depuis la révolution puritaine de 1688 et l\u2019établissement sur le trône de la théorie nivelante de la démocratie anglo-saxonne.La race anglo-saxonne est la plèbe du peuple des Iles Britanniques.Le roi \u2018de cette démocratie n\u2019est qu\u2019une personne fictive : ses ministres sont des LA NATION FRANCO-NORMANDE AU CANADA 103 gouverneurs qui le prennent en tutelle, et régnent en son nom, démocratiquement, excluant du pouvoir la noblesse de race et la bourgeoisie de profession, par la volonté d\u2019une plèbe souveraine, composée d\u2019une multitude confuse, métis de toutes races et de nulle race (sans naissance) méprisable par son manque de foi et d\u2019honneur, par son ignorance et par ses préjugés, ses haines accumulées par des générations tenues en servilité depuis l\u2019origine des temps.La même révolution s\u2019accomplit aux Etats-Unis, rejeton anglo-saxon, depuis la loi de 1787 qui donne à la plèbe une souveraineté exclusive.En France, la plèbe, laissée derrière lui par le régime romain, sortit de son silence dans la révolution française.Elle abolit la noblesse ; elle renverse la royauté, la rétablit sous la forme parlementaire, puis essaie, plusieurs fois, sous différents noms, la dictature ; enfin, de nos jours, elle semble prendre le parti de gouverner elle-même par l\u2019un des siens (république et président).Mais, quelle que soit la forme du gouvernement, (monarchie, empire, république), on y voit manifestement la même volonté fixe de commander, de substituer dans la conduite des affaires générales aux facteurs traditionnels, religieux, intellectuels, la prépondérance exclusive de l\u2019argent, parce que c\u2019est la ploutocratie, sortie de la plèbe, qui la domine.La raison en est que, sans la distinction de race et d\u2019esprit (qui est la seule manifestation de culture), il n\u2019y a que la richesse accumulée par tous les moyens possibles qui règne par les droits achetés sur le suffrage de la plèbe.\u201c Au- jourd\u2019hui, dit Alex.Dumas, que les voiles ont été déchirés, aujourd\u2019hui que les peuples prométhés ont dix fois été renversés par le feu qu\u2019ils ont volé eux-mêmes aux dieux, dites-nous, ce que pouvait voir le penseur dans la fin de cet étrange siècle sinon la décomposition d\u2019un monde ?\u201d On trouve une réponse à cette question dans \u201c L\u2019Esprit Public en Allemagne, vingt ans après Bismark,\u201d écrit par Moyssets : NE EOC 104 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE \u201c\u201c Une aristocratie militaire, dit l\u2019auteur, n\u2019a pas la même conception que les philosophes, les juristes, les législateurs, sur l\u2019organisation de la vie et du progrès des sociétés.Son histoire propre l\u2019incline à considérer que c\u2019est la conquête qui a établi les ordres et qui a consolidé la propriété ; que [a paix sociale des temps modernes résulte d\u2019une série de restaurations successives de l\u2019ordre publique par l\u2019épée ; que l\u2019effusion du sang porte en soi la chance sinon d\u2019arrêter, au moins de dévier une coulée d\u2019idées ; que l\u2019avènement de la démocratie au pouvoir est incompatible avec les droits des autres.\u201d C\u2019est-a-dire que l\u2019avènement de la démocratie est incompatible avec les divisions naturelles, les droits de famille et la liberté de l\u2019individu, le principe héréditaire de l\u2019état et la foi de tous à la domination de la constitution de la volonté des multitudes ignorantes et grossières.De ces intentions secrètes de la noblesse prussienne, dépendent l\u2019avenir de l\u2019empire germanique et peut-être l\u2019avenir de l\u2019Europe.C\u2019est une grave question de savoir®si elle laissera faire la plèbe en Allemagne, sans coup férir.C\u2019est ce que firent les Francs lorsqu\u2019ils s\u2019établirent dans la Gaule romaine; ils restaurèrent tous les privilèges déchus, et reconnurent la noblesse romaine, gauloise et gothique, déjà établie dans le pays de France.Mais les Vandales et les Saxons s\u2019emparérent de toutes les terres de quelque valeur et réduisirent leurs possesseurs, même s\u2019ils étaient de noble extraction, à la condition la plus misérable.C\u2019est avec la même brutalité qu\u2019ont déjà agit les Saxons en Angleterre.La race Saxonne était formée par l\u2019union des bannis des autres races du Nord, des aventuriers, des vauriens, des vagabonds, des pillards.Le mot Saxon dérive de Sacca, (un sac) dans lequel ces pillards portaient leur butin.N'ayant pas de distinction de race, ses chefs avait l\u2019autorité par suffrage universel et leur rang ainsi que leur influence dépendaient du montant de leur butin\u2014leur société, depuis les premiers temps, est ploutocratique, elle n\u2019avait pas d\u2019autre noblesse.La richesse LA NATION FRANCO-NORMANDE AU CANADA 105 surpassa en éclat parmi eux tous les attributs d'honneur.Le monde entier se méfia de leur parole.Après leur établissement dans les îles britanniques leur règne devient le plus odieux et le plus tyrannique qu\u2019on puisse imaginer.\u201cLes Anglais n'ont communiqué avec le continent que pour s\u2019efforcer d\u2019y conquérir des territoires ou pour y faire du commerce.Nous voyons Charlemagne obligé de réprimer la mauvaise foi des marchands anglais, ils importaient dans les états francs des robes de laine de médiocre qualité ou de taille trop exigüe et de plus, ils essayaient de frauder la douane.Au Ve siècle, dans les Débats des Hérauts des Armes, on dit que l\u2019Angleterre est reine des mers du Nord, mais, qu\u2019au lieu de se servir de cette royauté pour transporter ses marchandises, elle s\u2019en sert pour piller les navires marchands des autres nations.\u201d \u201cEsquisse Psyehologiques des Peuples Européens\u201d page 194.Dans les temps modernes on voit la noblesse Franco-Nor- mande (établie en Angleterre depuis Guillaume le Conquérant) étouffée sous une ploutocratie à seule base d\u2019argent.Tout ministère de la plèbe anglo-saxonne en quittant le pouvoir laisse son lot de \u201criches\u201d élevé à la dignité de \u201c Lords.\u201d Au Canada, le régime de la plèbe, introduit par les Anglo-Saxons, veut dire le règne de la lie du peuple menée par les politiciens et dominée par la ploutocratie.Il exclut, au moyen du suffrage, la noblesse, le clergé et la bourgeoisie de toute participation dans les affaires publiques.Les politiciens exploitent les terres dites de \u201cla Couronne\u201d au mépris des droits innés de l\u2019avenir, usant la bourse commune à leur propre compte, réduisant l\u2019État à l\u2019anarchie.Ils finiront par être brûlés par le feu qu\u2019ils ont volé aux dieux. Dé oe ~ 2 - \u2014 aly ee pme WE ay 106 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE LA COUR SEIGNEURIALE EN CANADA Cette cour, représentant la couronne de France, au traité de Paris en 1763 et reconnue dans l\u2019Acte du Canada de 1774, a résolu, dans son assemblée tenue du 9 au 14 septembre dernier, d\u2019envoyer son représentant au gouvernement des Etats-Unis pour en obtenir le consentement de laisser la Cour de la Haye prendre en considération les différends existants entre la Cour Seigneuriale et le gouvernement anglais avant la considération de tout sujet relatif au canal de Panama. Lettre de France Les questions franco-américaines et canadiennes.-françaises à l'étranger.\u2014 La presse française n\u2019est pas d\u2019un accès facile.\u2014 Va-t-on froisser l'Angleterre et entamer une mauvaise affaire avec Rome ?Mon cher Directeur, Je n\u2019ai pas encore terminé la lecture des numéros de la Revue Franco-Américaine, mais je puis déjà apprécier la valeur de votre œuvre.Quel travail accompli dans cinq ans! Votre revue va nous être d\u2019une grande utilité dans l\u2019étude des graves questions qui se débattent actuellement tant au Canada qu\u2019aux Etats-Unis.Car, nous sommes décidément gagnés à votre cause et nous n\u2019épargnerons rien pour vous venir en aide.Il ne faut pas se dissimuler que c\u2019est une véritable conspiration qui est ourdie par le clergé irlandais, sans doute de cou- nivence avec les autorités politiques anglaises, contre notre élément canadien-français ou franco-américain, Enorme immigration cosmopolite d\u2019un côté, destruction progressive de l\u2019influence protectrice du haut clergé de l\u2019autre, le péril est double, imminent et rude.Le pire danger serait celui qui vient du dedans, des endormeurs.Heureusement, du moins en ce qui concerne la pression irlandaise, l\u2019éveil est général.Bon sang ne peut mentir ! La lutte sera chaude, mais j\u2019ai confiance dans la victoire.Il faut que je vous conte la petite aventure qui m\u2019est arrivée au sujet du projet que nous avons formé ensemble d\u2019exposer vos griefs dans les grands journaux parisiens.Nous y parviendrons, mais vous allez voir que ce n\u2019est pas aussi facile que l\u2019on pourrait croire.Voici donc ce qui m\u2019est arrivé.Désirant confier votre cause à une célébrité, je m'étais adressé à Mme Adam.Elle a pris feu de suite, comme je m\u2019y attendais.Elle m\u2019a parlé son article, vous comparant à l\u2019Al- a SE WER EE 108 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE sace persécutée par Guillaume et à la Pologne persécutée par le Tzar, vous brouillant en un mot avec George V\u2026 J'ai réussi à arrêter ce zèle aiguillé sur un mauvais track, et alors cette femme de grand cœur m'\u2019écrit : \u201c\u2018 faites l\u2019article vous-même et allez la porter à Judet (directeur de l\u2019Eclair) avec ce mot de recommandation\u2019 Connaissant les journalistes, je n\u2019ai pas fini mon article mais je suis allé voir Judet avec le mot et j'ai trouvé.un accueil d\u2019extrême politesse.Vous voyez comme la question est embrouillée.Faites attention que l\u2019avocat de votre cause qui entre dans un bureau de rédaction est un Français, qui y pénètre sans son client, et qui, bien reçu d\u2019ailleurs, devine ce travail intérieur dans l\u2019esprit du personnage : \u201c\u201c Pourquoi diable vous intéressez-vous si fort aux Canadiens?Ou vous le faites gratuitement, et alors vous êtes un naïf \u2014ou vous êtes subventionné et alors il faudrait nous entendre.\u2019 Tel journal aura peur de froisser I\u2019 Angleterre, tel autre de me voir entamer une mauvaise affaire avec Rome.C\u2019est un peu décourageant vous l\u2019admettrez.Mais je suis agacé, pour ne pas dire plus, à la pensée qu\u2019un écrivain demandant la parole pour occuper le public d\u2019un intérêt Canadien est obligé de se faire humble solliciteur, Si j'avais envoyé 200 lignes sur le maintien ou la suppression de la queue chez les Chinois, on ne m\u2019aurait pas fait attendre à la porte.T'outefois je ne dépose pas les armes, J'aurai peut-être une occasion d\u2019arborer ma cocarde de Français Canadien, Je la porte au fond du cœur.L.de Saint-Castin.Paris, le 15 mars 1913, Jusqu\u2019aux Montagnes Rocheuses On n\u2019a pas oublié, je suppose, la poussée extraordinaire donnée par le Congrès Eucharistique de Montréal à ce que nous pouvons bien appeler \u2018\u2018l\u2019apostolat catholique de langue anglaise.\u201d\u201d Le fameux discours de Mgr Bourne, aujourd\u2019hui Cardinal, et la non moins fameuse réplique qui lui fut donnée, sont encore dans toutes le mémoires.On sait encore que depuis cette date le \u2018\u2018 Tablet \u201d, la grande revue catholique anglaise publiée sous les yeux du Cardinal Bourne, n\u2019a pas désarmé et qu\u2019il défend toujours les théories assimilatrices destinées à asseoir la religion catholique plus solidement que ne l\u2019ont fait Nos Seigneurs Provencher, Taché et Langevin dans l\u2019Ouest Canadien.Nous comprenons ce sentiment de la part du groupe Catholique si vigoureusement dirigé par le successeur du Cardinal Newman.Nous comprenons même que ce sentiment obtienne une certaine faveur en Europe où les problèmes qui nous intéressent sout toujours traités de très haut et de très loin.N\u2019avons-nous pas sous les yeux cette revue, organe de l\u2019Œuvre fondée par l\u2019Ordre très français des Sulpiciens pour la conversion au Catholicisme des peuples de langue anglaise ?Et n\u2019y voyons-nous pas, du moins dans les numéros que nous avons pu examiner, qu\u2019on ne mentionne nulle part dans l\u2019énumération des peuples catholiques anglais, parmi lesquels le Canada est compris, qu\u2019il y a en Amérique bien près de 5,000,000 de catholiques français.Beaucoup des nôtres sont portés à s\u2019insurger contre cette façon systématique de les ignorer complètement ou, quand on les compte, de les regarder comme un élément instable et peu sûr pour la propagation de la foi catholique au Canada, de les regarder plutôt comme un obstacle à l\u2019essor que, dans l\u2019esprit de certains rêveurs, prendra la religion le jour où l\u2019assimilation de toutes les races au profit de l\u2019anglaise sera un fait accompli. 110 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Mais quand les nôtres protestent contre les théories nouvelles dont nous venons.de parler, ce n\u2019est pas qu\u2019ils soient jaloux des succès possibles de ceux qui ont atteint ce degré de progrès qu\u2019ils peuvent transporter la foi avec les véhicules les plus modernes.Non, trois cents ans d\u2019apostolat et un long martyrologe leur ont appris à se réjouir de tous les succès de leur Eglise, Mais, ils trouvent plutôt cruel le sort qui les priverait du fruit de leur labeur.Alii laboraverunt.\u2026.Sur ce point, on l\u2019admettra, il est beaucoup plus facile de faire la sourde oreille à leurs plaintes que de nier le bien-fondé de leurs réclamations.Lorsque nous avons ajouté notre protestation aux protestations de tant d\u2019autres on nous disait : \u2018\u2018 Vous luttez contre des forces irrésistibles, contre un plan élaboré avec le plus grand soin par des maîtres dans l\u2019art de l\u2019intrigue, favorisé surtout, et on insistait sur ce point, favorisé par les plus hautes influences politiques et religieuses.\u201d Pour ce qui est des influences religieuses auxquelles on faisait allusion, il n\u2019était pas difficile d\u2019en déterminer la nature ou même d\u2019en découvrir les titres.Nous l\u2019avons, à plus d\u2019une reprise, fait avec assez de succès et de précision.Quant aux influences politiques elles étaient moins apparentes, ce qui, du reste, ne les empéchaient pas d\u2019agir avec toute l\u2019efficacité désirée, Elles appartiennent à cette catégorie de faits qui attendent longtemps avant de tomber dans le domaine de l\u2019histoire, Beaucoup d\u2019événements nous passionnent aujourd\u2019hui dont les causes véritables ne nous sont révélées que plus tard.Il en sera de même assurément pour cette évolution forcée, pour cet élan frénétique, imposés depuis deux ou trois ans au développement religieux de notre pays.Tout ce qu'il y a à faire, c\u2019est d\u2019inscrire au bon moment les protestations nécessaires et de laisser passer l\u2019orage.Tout a coup, surgit la série des petits faits passés inaperçus qui favorise lentement l\u2019éclosion de la vérité.Certes, notre époque réserve de colossales surprises à l\u2019historien.Après tout, il ne suffit pas de tracer des programmes, d\u2019émettre des théories, il faut, un jour ou l\u2019autre, en arriver à l\u2019exécution. JUSQU'AUX MONTAGNES ROCHEUSES 111 Qui, par exemple, se serait douté qu\u2019un ancien gouverneur du Canada se serait occupé de recruter des missionnaires anglais pour l\u2019Ouest Canadien ?C\u2019est pourtant ce qu\u2019à fait Son Excellence Lord Grey.Il y a quelque temps nous avons pu mettre la main sur une lettre écrite dans le mois de juin 1911 par un bénédictin de Malvern a un de ses amis Canadiens.Le brave religieux disait au sujet de parents qu\u2019il a au Canada : \u2018\u201c Ainsi, de quelque façon, je compte aller les voir un de ces jours ; même si un de mes plus chers désirs ne se réalise pas, celui d\u2019aller travailler dans l\u2019Ouest Canadien où nous sommes invités par tant d\u2019évêques et même par le Gouverneur-Général.\u2019\u2019 Les Bénédictins anglais sont rendus dans l\u2019Ouest Canadien et, certes, ils y sont les bienvenus ! L\u2019Ouest ! C\u2019est là que va se livrer d\u2019ici à vingt-cinq ans la grande bataille qui décidera des destinées du peuple Canadien, Il faut au moins rendre aux assimilateurs canadiens ce témoignage qu\u2019ils savent diriger leurs efforts du bon côté, sur le point stratégique qu\u2019il importe d\u2019enlever.Mais quoi qu\u2019il arrive, si nous nous placons au point de vue Canadien-français, notre défaite ne sera pas si complète ni la victoire de l\u2019assimilation si décisive que certains veulent le croire.Nos chances de succès égalent même celles des mieux favorisés.La diversité des races qui existe dans l\u2019Ouest établit un équilibre que des conditions spéciales d'immigration, impossibles à prévoir aussi bien qu\u2019à réaliser, pouraient seules déranger.Même nous pouvons déjà percevoir dans les événements qui se dessinent certains indices plutôt favorables à l'idéal que nous poursuivons.Si ceux qui nous entourent font des progrès incontestables, nous ne sommes pas, de notre côté, sans remporter certains avantages.Un missionnaire de l\u2019Ouest, Canadien-français et patriote, nous le faisait observer tout récemment ; \u2018\u2018\u201cL\u2019avenir de notre race, disait-il, ne m\u2019inspire pas de craintes, Vous ne pouvez pas juger de l\u2019Ouest sans l\u2019avoir vu.\u2019Tenez, si vous prenez la peine d\u2019étudier soigneusement le développement de nos nouveaux diocèses vous verrez quels progrès énormes nous avons faits, en dépit des retards causés ls dl Ti == it Ca - AE = rr AT.TW dd lM 112 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE par certaines législations hâtives et opportunistes.Il n\u2019est même pas impossible que nous finissions par contribuer au règlement de vos questions les plus épineuses.\u2018\u201c Ainsi Mgr Legal vient d\u2019être nommé archevêque d\u2019Edmonton ; mais il continuera de résider pendant quelque temps, du moins, à St-Albert.Qu\u2019est-ce que cela indique ?La création d\u2019un nouveau diocèse à Calgary.\u2018\u2018On ne se gêne même pas de dire, dans les cercles ecclésiastiques bien informés, que le titulaire du nouveau diocèse serait Mgr Sinnott, un irlandais, ancien secrétaire de Mgr Sbaretti, qui désire depuis longtemps le voir élevé à l\u2019épiscopat.\u2018\u201c Comme compensation aux Canadiens-frangais Mgr Scol- lard serait transféré! à Peterborough et un Canadien-francais élevé au siège épiscopal du Sault Ste-Marie.\u2018\u201cVoyez-vous les diocèses français de l\u2019Ouest, St-Boniface, Edmonton, Régina, réunis à l\u2019est par le diocèse de Témisca- mingue.C\u2019est le développement français poussé jusqu'aux Montagnes Rocheuses, Le rêve de La Vérandrye et des premiers missionnaires ! Qu\u2019en pensez-vous ?Je pense M.l\u2019abbé que votre optimisme est consolant.Et les lecteurs de la Revue Franco-Américaine seront aussi de cet avis.Cela ne ressemble pas beaucoup aux projets de nos puissants et rusés antagonistes, Du reste, pour que les vœux de mon ami se réalisent il faudra bien sacrifier Calgary.Ce ne sont pas, assurément, les fidèles du Sault St-Marie qui s\u2019en plaindront ! L'histoire, n\u2019est-ce pas, valait d\u2019être racontée.J.-L.K.-Laflamme. Revue des faits et des oeuvres Télesphore St-Pierre \u201c L\u2019Ami du Foyer\u201d, une revue publiée à St-Boniface annonçait dans son numéro du Ier décembre la mort d\u2019un des journalistes les plus dévoués à la cause française.\u201cIl a passé sa vie, disait-il, à écrire pour les journaux, anglais ou français.Il a dû traiter bien des sujets, s\u2019adresser à différentes classes de lecteurs, mais il a eu le courage de toujours rester fidèle à son drapeau, à sa devise ; \u201c catholique ou français\u201d.Nous savons qu\u2019à sa dernière heure il a reçu les secours et les consolations de la religion.\u201d Nous étions à peine revenu de l\u2019émotion profonde où nous avait jeté cette nouvelle, apprise malheureusement très tard, que M.l'abbé Gravel, missionnaire colonisateur dans l'Ouest, actuellement de passage dans la Province de Québec, nous apportait le dernier article écrit de la main de notre confrère défunt.Nos lecteurs trouveront cet article dans une autre page de ce numéro.Cet article, qui avait d\u2019abord été remis au Révérend Père Gladu, de St-Boniface, le directeur de I\u2019\u201c Ami du Foyer\u201d, est comme le testament patriotique de St-Pierre.On y retrouve, plus profondément accusés, les caractéres du talent solide de l\u2019auteur.Et je ne sais quelle émotion vous saisit en relisant cette œuvre suprême, cette œuvre d\u2019espérance invincible dans l\u2019avenir de la race, et que l\u2019on songe à toutes les infortunes de celui qui, malgré les sévérités tragiques du sort, a su chanter jusqu\u2019au bout l\u2019œuvre qui avait pris les meilleurs instants de sa vie.St-Pierre appartient tout entier au mouvement Canadien- français développé en dehors de la province de Québec.C\u2019est au sort des siens établis loin de la province-mère, arrete 114 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE c\u2019est à ses compagnons de voyage, qu\u2019il a consacré toute son attention et tout son dévouement.L'espace nous manque pour donner de ses ouvrages une analyse complète.Nous y reviendrons.Contentons-nous, pour le moment, de terminer cette note en citant la biographie que donne de St-Pierre, M.Alexandre Belisle, de Worcester, Mass, dans son \u201c Histoire de la presse Franco-Américaine et des Canadiens-Français des Etats-Unis : \u201cNé à Lavaltrie, P.Q., en 1869.Immigré, alors tout jeune, à Windsor, Ont.Entre au service de MM.Rousseau et Fils, à Détroit, Mich., puis à une imprimerie an- glo-américaine où il se perfectionne dans l\u2019art de la typographie.Entre ses heures de travail, d\u2019étude mécanique des presses, de l\u2019agencement artistique des \u201c caractères \u201d, St-Pierre commence l\u2019étude de l\u2019histoire du Canada-fran- çais à la bibliothèque de Détroit, la plus considérable peut- être que nous ayons en Amérique, au point de vue franco- américain.Il y passe ses soirées, ses samedis après-midi.\u201cEn 1885, il n\u2019avait que seize ans, la révolte,\u2014 le mouvement national des métis du Nord-Ouest \u2014 enflamme son imagination.Il accepte une position de rédacteur au /ro- grès de Windsor, Ont., pour faire la guerre à ceux qui, Canadiens-français conservateurs et conservateurs anglo- canadiens, trouvaient naturelle la condamnation à mort d\u2019un patriote un peu exalté peut-être, mais qui avait le grand défaut d\u2019aimer trop les siens, Louis Riel.\u201cEn juin 1888, St-Pierre fonde, à Bay City, Michigan, en société avec M.Charles Guérin, le journal L\u2019'Ouest Français, Une couple de mois plus tard il abandonne le journal pour faire, dans le Michigan, la campagne démocratique en faveur des candidats de M.Grover Cleveland.La campagne finie, il revint à Détroit.\u201cJe me rappelle que dans l'Ouest Français, comme dans son journal de Lake Linden, St-Pierre n\u2019avait qu\u2019une idée fixe, dira-t-on, mais belle quand même: réveiller l\u2019idée française, la fierté de la race, en rappelant notre origine, les luttes héroïques des ancêtres pour la conservation de page \u2014 \u2014 REVUE DES FAITS ET DES OEUVRES 115 notre langue, de nos mœurs et de notre foi.C\u2019était presque une manie chez lui.\u201cDonc, M.St-Pierre fonde l\u2019Union Frauco-Américaine à Lake Linden, Mich.Il appuie par ses écrits et sa parole \u2014 il est très puissant orateur \u2014 le mouvement de concentration des forces Canadiennes-françaises du Michigan.A cet effet, il publia une série de fascicules où il vante le courage, l\u2019abnégation, le dévouement des directeurs de nos sociétés qu\u2019il cite comme exemple aux apathiques, aux lâches.\u201cEntre temps, il publiait L\u2019 Histoire des Canadiens-français du Michigan et celle des Français qui ont découvert, colonisé et civilisé la haute et basse péninsule du Michigan.Cet ouvrage a fait le sujet de commentaires flatteurs de la part de M.Benjamin Sulte.\u201c St-Pierre a tour à tour été rédacteur à la Minerve, au Canadien, à la Presse, à The Gazette, The Herald, Il s\u2019est particulièrement fait remarquer à ces deux derniers journaux.A Montréal, il a publié nombre d\u2019articles dans les revues anglaises et françaises.\u201cTI a été rédacteur à l\u2019/7dépendant, de Fall River, à l\u2019Opinion Publique de Worcester, au Free Press de Winnipeg.Les petits drapeaux Pour les jeunes qui lisent toujours les comptes rendus de la guerre des Balkans, ce délicieux petit article de M.Gaston Deschamps dans le \u201cTemps\u201d de Paris (Ier nov.1912): On crie sur le boulevard : \u2014 Demandez la carte des Balkans! Cinquante centimes au lieu d\u2019un franc! Et l\u2019on achète, pour \u201ccinquante centimes au lieu d\u2019un franc\u201d, la feuille vivement coloriée où se détachent en vert, en rouge, en jaune, les territoires occupés par les armées belligérantes, tandis qu\u2019une belle teinte bleue s\u2019étend sur l\u2019espace illimité où resplendit l\u2019azur de la Méditerranée.On cherche Mustapha-Pacha, Kirk-Kilissé, Tchorlou, Lule- Bourgas, Eski-Baba.Tout d\u2019abord, on est dérouté par 116 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE l\u2019exotisme de ces noms étranges, dont la couleur locale réjouirait un romantique du temps des Orientales et de Lalla- Roukh.Mais, si peu que l\u2019on soit humaniste, on se familiarise bientôt avec le théâtre de la guerre, en songeant que les batailles homériques de cette formidable lutte réveillent les échos des montagnes et des vallées dont les noms furent illustrés par la poésie harmonieuse de l\u2019Odvssée et de l\u2019Iliade.Les \u2018\u201cevzones\u201d du diadoque, guerriers \u2018à la belle ceinture \u201d\u2019, escaladent les pentes radieuses de l\u2019Olympe, en Macédoine.\u2014 C\u2019est très curieux, me disait hier un helléniste éminent, c\u2019est très curieux, cette expédition des Hellènes dans l\u2019ancien royaume d\u2019Alexandre.C\u2019est la répétition de la bataille de Pydna.Chaque soir, chez les bons bourgeois de Paris, sous la lampe familiale, il y a des séances bien instructives pour les jeunes gens épris d'histoire ancienne.Le père, en sortant de son bureau, a pris soin d\u2018acheter non seulement la carte des Balkans, mais aussi une collection de petits drapeaux bulgares, turcs, serbes, grecs et monténégrins.Sur la table de famille, quand le dîner est desservi, on étale la carte.Et l\u2019on pique ça et là, conformément aux dernières nouvelles de la journée, selon les plus récentes péripéties du duel séculaire de la Croix et du Croissant, les drapeaux des nations chrétiennes et les étendards du Prophète.Du reste, le retour quotidien de cette scène d\u2019intérieur, dont le paisible aspect contraste avec la grandeur tragique du drame ainsi résumé, montre une fois de plus le goût inné des Français pour les questions de stratégie et de tactique.Les plus pacifiques d\u2019entre nous, et même, à l\u2019occasion, les plus pacifistes cèdent volontiers à la tentation d\u2019émerveiller leur entourage par leur habileté à faire manœuvrer des armées.Nombreux sont les cafés, en province et même à Paris, où les porte-allumettes, promus à la dignité de forteresses plus ou moins imprenables, portent les noms d\u2019Andrinople, de Scutari, d\u2019Uskub, de Prizrend, etc, tandis que les dominos, savamment disposés sur la table de marbre, appear REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 117 ont l\u2019honneur de représenter les divisions, les brigades ou les régiments mis en ligne par les généraux victorieux dans dans la plaine de la Maritza, sur les rives de l\u2019Haliacmon, aux pentes du Rhodope ou parmi les vallées alpestres du sandjak de Novi-Bazar.Mais le triomphe du père de famille faisant suivre à ses enfants, sur la carte déployée, les marches et les contremarches des armées en campagne, c\u2019est de pouvoir utiliser avec succès l\u2019enseignement de ses professeurs et les souvenirs de ses années d\u2019études.Certains bacheliers d\u2019antan regrettent sans doute de n\u2019avoir point poussé plus loin leur apprentissage classique.C\u2019est que, maintenant, ils voient combien il est utile d\u2019avoir fait, au lycée, quelques versions grecques ou latines.\u2014 Tiens ! La flotte grecque est a Lemnos.Ah! oui, je me souviens.Lemnos, c\u2019est l\u2019île où Philoctète a poussé les beaux gémissements dont Sophocle a prolongé magnifiquement l\u2019écho à travers les siècles.w nénot\u2026 On m\u2019a fait expliquer ça au baccalauréat.Ce n\u2019était pas très difficile à comprendre.\u2014 Et Tenedos, papa ?\u2014 Tenedos ?Voyez Virgile, au deuxième chant de l\u2019Enéide : Est in conspectu Tenedos.C\u2019est de Tenedos que sont venus les serpents qui ont étouffé dans leurs replis tortueux 'infortuné LLaocoon.Et ainsi de suite.On retrouve, en regardant cette péninsule des Balkans, l\u2019Hellespont et la Propontide, Potidée, Acanthos, Apollonie.La guerre de Thrace fait songer au Strymon glacé dont l\u2019eau froide a gardé jusqu\u2019aux tièdes rivages de l\u2019Archipel le goût des neiges de l\u2019Hémus, chanté par André Chénier.Il y a quelque temps, Mme Marcelle Tinayre, se trouvant à Andrinople, inscrivait dans ses pittoresques Notes d\u2019une voyageuse en Turquie, cette remarque suggestive : \u201c Une rivière largement répandue dans les sables miroite entre des bouquets de peupliers, et la plaine finit là où se dressent 118 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE les montagnes bleues.On vient de m\u2019apprendre que ces montagnes ce sont les hauteurs du Rhodope.et que cette rivière, c\u2019est la Maritza, l\u2019Hèbre des anciens.Je suis bien étonnée, car je ne me représentais pas ainsi le fleuve aimé des bacchantes, celui qui roula, pêle-mêle avec des thyrses sanglants, la lyre muette et la tête morte d\u2019Orphée\u2026\u201d Ainsi les terribles événements d\u2019aujourd\u2019hui offrent aux défenseurs des études classiques une occasion d\u2019entretiens passionnants.Le monde antique est, de plus en plus, un sujet d'actualité.Voilà un argument auquel les imprévoyants adversaires de l\u2019'humanisme ne s\u2019attendaient pas.- G.D.Prédiction sur les Etats-Unis et le Canada Un confrère rappelle cette prédiction de M.Izoulet : \u2018\u201c En un siècle, les Etats-Unis sont passés de cinq millions d\u2019habitants à près de cent millions ! \u2018\u201c Et les Etats-Unis sont environ seize fois grands comme'la France ! \u2018\u2018 Les Etats-Unis peuvent donc nourrir un milliard d\u2019habitants ; et avant la fin du vingtième siècle, ils peuvent en avoir cinq cent millions ! * De son côté, le Canada, lui aussi, est environ seize fois la France; mais moins uniformément peuplade d\u2019ailleurs que les Etats-Unis.Contentons-nous de lui prédire le demi-milliard.\u2019 Le nouveau cabinet américain M.Wilson, le nouveau président démocrate des États-Unis, vient d\u2019entrer en fonction.Voici les noms des ministres qui forment son cabinet : Secrétaire d\u2019Etat, William Jennings Bryan, du Nebraska.Secrétaire de la trésorerre\u2014 William G.McAdoo, de New- York.Secrétaire de la guerre\u2014Lindley M, Garrison, du New Jersey.Procureur général-\u2014James McReynalds, du Tennessee, REVUE DES FAITS ET DES ŒUVRES 119 Maître général des postes \u2014Représentant Robert Breuleson, du Texas.Secrétaire de la marine\u2014Josephus Daniels, de la Caroline du Nord, Secrétaire de l\u2019Intérieur\u2014Franklin K.Lane, de Californie.Secrétaire de l\u2019agriculture \u2014David F.Houston, du Missouri.Secrétaire du commerce\u2014 Représentant William C.Redfield, de New-York.Secrétaire du travail\u2014 Représentant William B.Wilson, de Pennsylvanie.Catholiques Canadiens-français Un état qui vient d'être soumis au Sénat nous donne la population catholique et canadienne-frangaise du Canada, d\u2019 apres le dernier recensement.Le nombre total des catholiques est de 2,833,041, sur une population de 7,206,643.La population catholique se divise comme suit : Alberta on.PERS 62,193 Colombie Anglaise.58,397 Manitoba \u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.cscesrecssesc rene nes 73,994 Nouveau-Brunswick .144,889 Nouvelle-Ecosse .c.eeevvevnennn.144,991 Ontario \u2026.cessecnr sen sramee ses sea ne ne 484,997 Ile du Prince-Edouard .41,994 Québec \u2026.\u2026.snseerre rss sen sencec une 1,724,683 Saskatchewan ,.\u2026.\u2026\u2026\u2026rssccrncs 90,092 Vukon L.sLessarscar sense s sa nana ta 1,849 Territoire du Nord-Ouest .4,962 Sur ce total, il y a 2,054,890 Canadiens-frangais, Ces derniers se divisent comme suit : Alberta sen nan tee nent ares cn san ne te cena nc nca 000 19,825 Colombie Anglaise .8,907 Manitoba .\u2026.ssencensareune ren cnuese 30,944 Nouveau-Brunswick .98,611 Nouvelle-Ecosse.sens 51,746 Ontario.\u2026.ns+ssseraars ane sense n cn a 00e 202,442 2e = rr er LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Ile du Prince-Edouard.Québec .civiiiiii sr san cne neue 1,605,339 Saskatchewan nes cseses accus 23,251 Yukon LL.crane are n sean nana naar en 482 Territoires du Nord-Ouest .226 L\u2019'inventeur du téléphone Charles Bourseul, l\u2019inventeur du téléphone est mort, il y a quelques mois (nov, 1912) à Saint-Céré, la petite ville du Lot (France) où il s\u2019était retiré.Il était âgé de 82 ans, Un journal français, Paris-Midi, donne de lui cette courte note biographique : \u2018\u201c Ignoré de la foule, cet homme génial, qui fixa le premier principe de la téléphonie, fut toute sa vie un modeste, \u2018\u2018Il y a trente ans, Graham-Bell et Edison reconnaissaient en lui le précurseur qui, 25 ans plus tôt, avait découvert la possibilité d\u2019une transmission de la phrase parlée.\u2018\u2018 Comment Charles Bourseul ne mit-il pas sa découverte en application ?C\u2019est ce qui vaut la peine d\u2019être conté, \u2018\u2018 En 1855, Bourseul qui avait poursuivi des études scientifiques très complètes, faisait partie de la première brigade de huit agents chargée de substituer au système Chappe, la télégraphie électrique, \u2018\u201c L'étude des lois de la transmission de la phrase écrite lui donna l\u2019idée de la téléphonie.\u201cIl prépara un ouvrage sur sa découverte et avant de le livrer à l\u2019///ustration qui le publia, il soumit l\u2019idée à ses chefs, ® \u2014Occupez-vous de choses sérieuses, lui dit-on.\u2018\u2018 Charles Bourseul n\u2019insista pas, \u2018\u201c\u201c Et c\u2019est ainsi que M, Lebureau, qui sévissait en 1855 comme en 1912, retarda de 25 ans l\u2019application de la téléphonie dont l\u2019Amérique s\u2019empara, il y a trente ans.\u2018 M, Charles Bourseul qui meurt pauvre, ne laissant qu\u2019un nom à ses enfants, était officier de la Légion d\u2019honneur,\u201d Léon Kemner VIEUX DOCUMENTS Origine des Acadiens Par PASCAL POIRIER (Suite) Au reste, les choses a cette époque en étaient rendues au point, entre les Anglais et les Français, que l\u2019existence d\u2019une colonie excluait celle de l\u2019autre ; les deux ne pouvaient vivre ensemble sur le même continent devenu trop étroit pour leur ambition.Les Abénaquis, sur le territoire desquels tant de passions étaient soulevées, tant d\u2019ambuscades dressées, tant de sang répandu, ne pouvaient demeurer témoins pacifiques de ce duel à mort.Des deux côtés on briguait leur amitié\u2014 mais avec des procédés différents.Ils n'avaient pas hésité, comme nous l'avons vu, à prendre parti pour les Français.Mais ce n'était déjà plus ces paisibles sauvages dont Les- carbot nous a décrit les mœurs.Cette lutte suprême de leurs amis contre les Anglais, devenue leur propre querelle ; l\u2019enivrement habituel du carnage, les avaient transformés au point qu\u2019à l\u2019époque où les Iroquois, alliés des Anglais, étaient devenus la terreur de toutes les autres tribus, les Abénaquis seuls ne voulurent pas leur offrir le calumet de la paix, ni enterrer la hache : à leur tour ils firent trembler ceux devant qui tous les sauvages de l'Amérique tremblaient.Cependant, aussitôt qu'ils étaient revenus dans leurs cabanes, leur bon naturel prenait le dessus, et, jusqu\u2019à ce qu\u2019une nouvelle guerre fût déclarée, la voix de l\u2019amitié faisait taire la voix du sang.30.\u2014De toutes les nations indigènes du continent, les Abénaquis ont été non-seulement les plus persévérants contre 122 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE leurs ennemis et par contre les plus fidèles à leurs alliés, mais aussi ceux qui ont apporté le plus de dispositions à recevoir la lumière de la civilisation.Longtemps avant que la parole de Dieu eût retenti aux oreilles des autres tribus, les Abéna- quis étaient déjà devenus chrétiens ; longtemps après que de toutes parts on eût brisé le tomahawk et enterré la dernière hache, ils combattaient encore les ennemis des alliés.Et quand, écrasés par le nombre toujours croissant de leurs antagonistes, mais non vaincus, il leur fallut se choisir ou se trouver un petit coin au soleil pour y dresser leurs cabanes, ils vinrent tous au Canada où il y avait encore des crânes anglais à briser, s\u2019y fixèrent et s\u2019y sont maintenus en petit nombre jusqu'aujourd'hui.Est-il étonnant qu'une nation aussi franche et ingénue dans la paix, d'un dévouement aussi héroïque dans la guerre, se soit attachée comme elle l\u2019a fait aux Acadiens ?Ensemble ils avaient enduré la fatigue, la soif et la faim ; sous la même tente ils avaient mangé le morceau de pain noir ; côte à côte ils avaient prié le Grand- esprit.Eux pour qui l\u2019ami, le \u201cnidoba,\u201d était un être inséparable pendant la vie, et, selon leur croyance religieuse, même après la mort, pouvaient-ils laisser les Acadiens chanter seuls l'hymne de la guerre ?Non, la querelle de l'un était la querelle de l\u2019autre ; quand l\u2019un déterrait la hache, tous deux la déterraient, tous deux allaient combattre, contents de tomber côte à côte s\u2019ils ne pouvaient vaincre ensemble.4.o\u2014Tl faut reconnaître pourtant que la cause première de cette amitié, a été la religion.Aucune nation américaine n\u2019a subi autant l'influence religieuse des lLuropéens que les Abénaquis.Un auteur anglais nous dit qu\u2019en arrivant en Amérique, les Anglais élevaient une taverne, les Espagnols un fort et les Français une croix.C'est ainsi qu'au lieu de recevoir des Européens la lumière et la civilisation, les Indiens recevaient le plus souvent l\u2019empreinte de leurs vices et en gardaient le cachet.Dans les colonies espagnoles où ils ne virent que la E&\u2014_ = \u2014 om ORIGINE DES ACADIENS 123 soif de l'or, ils devinrent avaricieux, défiants et traîtres ; dans la Nouvelle-Angleterre, les Anglais, en ne leur montrant que l\u2019égoïsme, et, pour favoriser leur commerce en leur distribuant l\u2019eau de feu, las rendirent ivrognes et féroces ; en Acadie, la parole des missionnaires en fit une nation profondément catholique, et l'exemple des Français, une nation éminemment guerrière.Les sauvages comprenaient bien les effets de cette influence des blancs ; ils distinguaient également la différence de leurs caractères et de leurs motifs.La- réponse que fit un jour un chef abenaquis au gouverneur du Massachusetts, Hutchinson, le montre assez clairement : \u2018Comment se fait-il que si la religion est si importante, les.Anglais, pendant vingt-six ans, ne nous en aient pas dit un mot ?\u201d Puis continuant: \u201c Ni toi, ni tes prédécesseurs, ni leurs domestiques, ne m'ont jamais parlé de la prière, ni du Grand-Esprit ; les Français au contraire.\u2026.etc.\u201d (1).Le gouvernement francais n\u2019épargnait rien pour entretenir toujours au milieu de ces tribus des missionnaires nombreux et zélés qui, tout en travaillant aux intéréts de la religion, devaient en faire autant d\u2019alliées en cas de guerre.Son attente ne fut pas vaine : les Indiens sauverent maintes fois la colonie et retardèrent de beaucoup d\u2019années la domination anglaise en Acadie.Ainsi la haine des Anglo-Américains contre les missionnaires catholiques, fut-elle poussée jusqu\u2019au délire Une peine de mort leur défendait de passer la frontière, leur tête était à prix.Quelquefois pour s\u2019en débarrasser quand même, ils envoyaient des pelotons d'hommes surprendre et massacrer un missionnaire au milieu des sau- (1( Rapporté par le gouverneur Hutchinson lui-même.Maine Hist.Soeiety, vol.2.p.168.\u2014Ce chef abenaquis s\u2019appelait Norridgewock.Un autre Abenaquis répondit à un émissaire anglais dont le nom m\u2019échappe ; \u2018\u2018 Dans vos relations avec nous vous vous informez d\u2019abord de la quantité des pelleteries que nous avons.Les robes noires, au contraire, n\u2019emportent jamais les présents que nous leur faisons, mais ils nous parlent du Grand-Esprit\u201d 124 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE vages de l\u2019Acadie.Que gagnaient-ils à ces actes de vandalisme ?De rendre les Abénaquis plus intraitables encore.Montés alors au paroxisme de la fureur, ils ne s'arrêtaient que lorsqu'ils avaient porté le deuil et la désolation jusqu'au cœur des colonies américaines, que des villages entiers avaient été säccagés, que des flots de sang avaient coulé.Dans les expéditions, ils avaient toujours des Français pour les commander ; de là leur admiration pour ceux-ci.Les chroniqueurs puritains se vengeaient de tant de massacres, en répétant parmi leurs compatriotes que les Jésuites enseignaient aux sauvages \u201c que Jésus-Christ avait été crucifié par les Anglais.\u201d Un autre écrivait : \u201c Le Jésuite n\u2019a pas porté la civilisatien a I'Indien, il n\u2019a fait qu'adopter sa vie de sauvage; ni l'Evangile, il a seulement supplanté le powwow.La nouvelle superstition ne valait pas mieux que l\u2019ancien diabolisme ; il n\u2019a pas prêché l'Evangile, il l\u2019a dégradé à quelques manipulations.(1).\u201d Il faut constater pourtant que plusieurs écrivains américains ont rendu justice au zèle, au désintéressement du missionnaire français.Hildreth, entre autres, dit qu\u2019en la Nouvelle France, il y avait un grand nombre de missionnaires (dozens of missionaries) non moins zélés qu\u2019Elliott et bien plus charitables et habiles.(2).Un autre américain cité par Garneau (3) ajoute : \u201c Le zèle religieux des Français avait \u201c porté la croix sur les bords du Sault Ste.Marie et sur les \u201c confins du Lac Supérieur, cinq ans avant qu\u2019Elliott.de la \u201c Nouvelle-Angleterre, eut adressé une parole aux Indiens \u201c qui étaient à six milles du havre de Boston.\u201d Cet Elliott était le chef-d\u2019œuvre de l\u2019apostolat anglican dans la Nou- velle-Angleterre.Pendant vingt à trente ans il consuma sa (1) Maine Hist.Society, vol.V.p.175-6, (2) Hildreth, vol.p.8s.(3) Garneau, p.230.Err - \u2014 a= a mate as far | re aap Wu ORIGINE DES ACADIENS .125 vie à la conversion de tant de pauvres âmes ; et j'ai lu dans quelqu'histoire, qu'après cinq ans de zèle, il avait opéré une conversion ! En Acadie, au contraire, tous les sauvages étaient catholiques.Longtemps après que la Hève eut été abandonnée (1), des pêcheurs français furent étonnés d\u2019y trouver des Souri- quois pratiquant encore scrupuleusement leurs devoirs religieux, chantant les hymnes de l'Eglise et récitant leurs prières qu\u2019ils accompagnaient toujours du signe de la croix.La croix était en vénération particulière auprès des Souri- quois et des Abénaquis ; ils la portaient sur eux, ils en décoraient leurs cabanes et même les proues de leurs pirogues.Quand une bourgade avait eu le malheur de perdre son missionnaire, ou de le voir massacrer par les ennemis, les chefs se rendaient à travers monts et déserts jusqu\u2019à Québec, supplier l'Evêque de leur en envoyer un autre.Si les Anglais avaient en même temps brûlé leur chapelle, et qu\u2019ils fussent trop pauvres pour en bâtir une nouvelle, ils allaient à l\u2019église des Acadiens, qui leur était toujours ouverte, mêler leur prière à celle de leurs amis ; et ces voix qui avaient chanté ensemble les louanges du même Dieu, devenaient formidables quand elles entonnaient l'hymne de la guerre.Ils aimaient à répéter ce fait en toutes circonstances, mais surtout aux Anglais dans les harangues publiques.Le colonel Schuyler croyait un jour les avoir détachés, au moyen de promesses et de présents, de leurs alliés, les Acadiens ; c\u2019est-à-dire, s\u2019être assuré leur neutralité\u2014les Anglais n'ayant jamais osé espérer davantage.Mais le chef lui repartit tranquillement : \u201c Grand \u201c capitaine, tu nous dis de ne pas nous joindre au Français, \u201c supposé que tu lui déclares la guerre.Sache que le Français \u201c est mon frère (en J.C.) Nous avons une méme prière lui \u201c et mor ; et nous sommes sous une cabane à deux feux.Si (1) La Hève fut abandonnée en 1636-7. 126 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE \u201c je te vois entrer dans la cabane du côté du feu où est assis \u201c mon frere le Français, je t'observe de dessus ma natte où je \u201c suis assis à l\u2019autre feu.Si en t'observant, je m\u2019apercois \u201c que tu portes une hache, j'aurai la pensée : que veut faire \u201c l'Anglais de cette hache ?Je me lève alors sur ma natte \u201c pour considérer ce qu'il fait.S'il lève la hache pour frapper \u201c mon frère le Français, je prends la mienne et je cours à \u201cAnglais pour le frapper.Est-ce que je pourrais voir \u201c frapper mon frère et demeurer en repos ?Non, non.Ainsi \u201c je te dis, Grand capitaine, ne fais rien à mon frère, et je ne \u201c te ferai rien ; demeure tranquille sur ta natte, et je demeu- \u201crai tranquille sur la mienne.\u201d (1) Il n\u2019en fallait pas la moitié autant pour anéantir les espérances du \u201cgrand capitaine.\u201d Un autre anglais ayant demandé à un sagamo d'une autre tribu d\u2019Abénaquis pourquoi ils avaient tant d\u2019attachement pour les Français, et d'eux tant de défiance,\u201d c'est, lui répon- dit-il aussitôt, parce que les Français nous ont enseigné à prier et que vous ne l'avez jamais fait.\u201d (2).Ainsi répon- daient-ils chaque fois qu'on leur posait la même question.Mais nulle part je n'ai vu qu'ils aient allégué comme motif de leur amitié pour les Acadiens, ni mentionné en aucune circonstance, leurs unions mutuelles par les mariages.Ceci mérite d\u2019être noté, car l'Abénaquis, profondément loquace et harangueur de sa nature, n'aurait certainement pas oublié un fait si flatteur pour sa nation, s'il eut existé.Voilà quelle a été la véritable, la seule cause de l'amitié inviolable des Abénaquis pour les Francais d\u2019Acadie: les bons procédés et la bravoure guerriere de ceux-ci, le besoin mutuel de se protéger contre les Anglais, puis finalement et surtout le lien de la religion.Je ne puis m'expliquer com- (1) Cité par M.Moreau, p.302.(2) Relations des Jésuites, (A.D.165I-2) p.IS. \u2014 ORIGINE DES ACADIENS 127 ment ce fait a pu échapper a M.Rameau; comment cet historien, au reste si judicieux, n'a pu trouvé le véritable motif de cette amitié, quand plusieurs auteurs américains l\u2019ont reconnu et l'ont avoué.IV.\u2014SECONDE ERREUR La tradition qu\u2019on supposait religieusement conservée dans Charlevoix, Haliburton, Hildreth, O'Callaghan et La Fargue, se trouvant affaiblie au point où nous l'avons laissée, il suffirait à M.Rameau de s'étayer sur cette base, véritablement de sable, pour que tout l'édifice qu\u2019il a élevé s\u2019écroulat sur lui- même.Que deviendrait alors l'opinion de M.Sulte, appuyée sur celle de M.Rameau ?Il y à bien encore M.Moreau et l'Abbé Maurault qui professent la même opinion ; mais l\u2019un et l'autre ne font que répéter les paroles de M.Rameau sur lequel ils s'appuient.Cependant, comme l\u2019auteur de \u201c La France aux Colonies \u201d dans ses observations sur les alliances des Acadiens et des sauvages, apporte d'autres preuves que celle de l'amitié résultant des mariages mixtes, il est important d\u2019examiner ces preuves.Voici comment il énonce le fait du mélange des sangs.\u201c Tout nous porte a penser que les unions avec les femmes \u201c sauvages furent plus fréquentes chez eux (les Acadiens) \u201c que chez les Canadiens.On trouve sans doute plusieurs \u201c exemples de Canadiens ayant épousé des squaws, non-seule- \u201c ment dans les territoires de l\u2019Ouest, mais dans le Canada \u201c même, surtout aux premiers temps de la colonie ; mais \u201c chez les Acadiens, vu la proportion de leur petit nombre, \u201c ils sont bien plus fréquents et ont dû par conséquent exer- \u201c cer beaucoup plus d'influence sur la race entière.\u2018\u2018 Dans le recensement de 1671, nous trouvons un Pierre \u2018\u201c\u2018 Martin marié à une squaw ; et en 1686, Saint Castin et un 128 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE \u2018\u201c\u201c de ses hommes ; Enaud seigneur de Népissigny ; un autre \u201c\u201c Martin demeurant a la Heve.Ainsi en deux recense- \u2018\u201c ments, sur une population de 60 à 70 familles, nous voyons \u2018\u201c cinq mariages avec des femmes sauvages.Mais de 1606 \u201ca 1671, quand la population se recrutait D'AVENTURIERS, \u201c venant d'habitude seuls et sans famille, quand les femmes \u2018\u201c\u201c européennes étaient par conséquent bien plus rares que \u201cles hommes, combien dût-il y avoir d\u2019unions de cette \u201c espèce ! \u201d\u2026 \u2018\u2018 Comme les familles originaires des Acadiens \u201c ont été peu nombreuses, on peut donc affirmer que, par \u201c suite des mariages subséquents, al est peu de familles aca- « diennes qui n'aient quelques gouttes de sang indien dans \u201c les veines.\u201d (1).M.Rameau n\u2019est pas tendre ponr les familles originaires des Acadiens, Il leur donne ici la flatteuse épithète d'aventuriers.Ailleurs il dit tout justement que les premiers Acadiens n\u2019étaient pas \u201c une réunion de brigands \u201d, et l'Acadie, \u201c une colonie pénale \u201d; et dans l\u2019'énumération qu\u2019il fait des premiers colons, après avoir expliqué comment ils se composaient \u201cd\u2019un singulier mélange de matelots, de pêcheurs hivernants, de traitants aventuriers,\u2019 etc, \u2018\u201c aux habitudes flibustières,\u201d il ajoute qu'il y avait même des cultivateurs (2).C\u2019est ainsi qu\u2019il prépare sa grande découverte où il trouve qu\u2019aujourd\u2019hui, \u201cil est peu de familles acadiennes qui n'aient quelques gouttes de sang dans les veines.\u201d Il est évident, pour tous ceux qui ont étudié l'histoire de la colonie acadienne, que M.Rameau fait ici une grave erreur.Dans l\u2019histoire de l\u2019Acadie qu'il est à écrire actuellement, je n'ai pas le moindre doute qu'il ne rétablisse les faits sous leur véritable lumière.Il est d'autant plus tenu à cette correction, que tout ce qui tombe de sa plume éloquente (1) M.Rameau, p.24, puis page 123-4.(2) Rameau p.20 et p.23. ORIGINE DES ACADIENS 129 concernant l\u2019histoire de l\u2019Acadie ou du Canada, fait généralement autorité.M.Rameau confond ici évidemment les pêcheurs et les aventuriers basques, normands et bretons, qui, depuis le commencement du XVIe siècle, avant la découverte du Canada par Cartier, et pendant les premières années de la colonie jusqu\u2019au temps de Latour, faisaient la pêche de la morue sur les côtes de la Nouvelle-France, avec les véritables colons acadiens, les familles originaures, comme il les appelle.Tous les documents de l\u2019histoire de l\u2019Acadie sont là pour attester que les premiers colons n\u2019étaient point une \u201créunion de brigands\u201d, d\u2019aventuriers \u201c aux habitudes flibustières,\u201d ni l\u2019Acadie, \u2018\u2019 une colonie pénale.\u201d Ils n'ont été errants que lorsqu'ils ont été chassés de leurs terres cultivées ; ils sont devenus guerriers parce que la France oubliait de les défendre contre des ennemis que leur suscitait sa politique.Le premier soin des colons français, en arrivant en Aca- die, a toujours été la culture de la terre.Le Père Biard et Lescarbot nous le répètent sous toutes les formes.On cultivait à Port Royal toutes espèces de céréales, trente-cinq, quarante ans avant qu\u2019au Canada ont eût semé le premier grain de blé! Lescarbot nous dit que Poutrincourt avait emmené à Port Royal \u201c nombre de menuisiers, charpentiers, maçons, tailleurs de pierre, serruriers, taillandiers, scieurs d\u2019ais, matelots \u201d (A.D.1606).Est-ce à dire qu'il n'avait pas emmené de cultivateurs?Mais Lescarbot lui-même \u201c dès le lendemain de son arrivée \u201d se livre à l\u2019agriculture avec une ardeur toute édifiante dans un avocat.Il loue Poutrincourt sans mesure pour l\u2019attention qu'il donne à la culture de la terre, et fait à ce propos des réflexions aussi philosophiques que diffuses.Ailleurs il dit: \u2018\u201c Poutrincourt étant allé a « l\u2019Ile Ste.Croix, trouva du blé mur de celui que deux ans \u201c auparavant le sieur De.Monts avait semé, lequel était 130 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE \u201c beau, gros, pesant et bien nourri.\u201d (1).Ce voyage de Pou- trincourt est à la date de 1606.Deux ans auparavant correspondent donc au premier établissement en Acadie par De Monts.Je lis à la page 553, même volume, \u201c Après la \u2018\u2018 réjouissance publique cessée, le sieur de Poutrincourt eut \u201c soin de voir ses blés, dont il avait semé la plus grande \u201c partie à deux lieues loin du Fort en amont de la Rivière \u2018\u2018 du Dauphin et l'autre à l\u2019entour de notre dit Fort.\u201d (2).Les récoltes répondent si bien à leurs travaux que bientôt il leur faut bâtir un moulin à eau pour moudre le grain \u2018 parce qu'un moulin à bras apportait trop de travail ; \u201d (3) et à son retour en France, Lescarbot emporte des épis de blé pour montrer la grande fertilité des terres de l\u2019Acadie.Pour opérer ce travail il fallait des laboureurs.Le fait seul de passer l\u2019Atlantique ne transforme pas en cultivateurs des serruriers, des taillandiers et des scieurs d\u2019ais.Evidemment le grand nombre des colons étaient des cultivateurs auxquels on avait joint des artisans.Quant aux aventuriers de 1610, que mentionne M.Rameau, \u2018les historiens s'accordent à reconnaître qu\u2019ils avaient été choisis avec soin dans les deux classes des laboureurs et des artisans.\u201d (4).Les immigrations subséquentes furent composées d'hommes choisis avec un égal soin ; tout nous l\u2019atteste, la conduite, la moralité, l\u2019industrie des Acadiens dès l\u2019enfance de la colonie ; tous les mémoires du temps, la Gazette qui dit que M.de Razilly passa en Acadie amenant 300 hommes d'élite, et M.Moreau dont le témoignage, à cause des recherches qu'il a faites à ce sujet, vaut bien celui d\u2019un autre, qui écrit: \u201con n\u2019aura pas de peine à admettre ce que dit la Gazette ; l'embarquement de force noblesse avait rendu illustre le commencement de la colonie.\u201d (5).(1) Lescarbot, vol.2, p.527.(2) Le témoignage du Père Biard est aussi formel.(3) Lescarbot, vol.2, p.560.3) Moreau, p.51.(5) Moreau, p.119.ey e\u2014\u2014m\" ORIGINE DES ACADIENS 131 Voilà comment tombe la troisième pierre de cet édifice élevé au prix de tant de travaux.En nous montrant l\u2019Acadie comme une colonie.pénale, et les ancêtres des Acadiens comme le rebut de la France au XVIIème siècle, on arrivait sans transition aux mariages de prime abord avec les Abéna- quis.À la place de ces ancêtres \u201c flibustiers,\u2019 nous avons pour fondateurs de l\u2019Acadie les colons choisis par De Monts, par Poutrincourt, par la Marquise de Guercheville, par Razilly, par d\u2019Aunay, par de Grande-Fontaine, &c., auxquels les gouvernements de Louis XIII et de Louis XIV adjoignaient de zélés missionnaires jésuites, capucins, récollets.On en verra plus clairement la preuve lorsque nous aurons à suivre le développement de la race acadienne.II n'y a peut-être pas un peuple, dans toute l\u2019Amérique, dont les descendants aient moins à rougir de leurs ancêtres que le peuple acadien.Ce fait n\u2019est pas moins important que la revendication même de la pureté du sang.L'honneur des aïeux est l'honneur des enfants; nous héritons des vertus de nos pères s\u2019ils ont été vertueux, de même que nous portons l\u2019opprobre de leurs actions si elles ont été honteuses.Ce sera pour moi une double satisfaction, si, par mes humbles efforts, j'ai réussi à effacer de l'Histoire de mon pays ces deux pages également flétrissantes.V.\u2014 TROISIÈME ERREUR.Un grand poète et penseur qui eut prêté de l'enthousiasme à Pindare, et devant lequel Horace, s\u2019il l\u2019eut pu connaître, n\u2019eut jamais songé à son ode Exegtù monumentum, le roi David disait : Un abime en attire un autre.Ne pourrait-on pas appliquer cet apophthegme aux compositeurs de l\u2019histoire, chez lesquels une erreur est toujours suivie et souvent précédée d\u2019une autre erreur ?M.Rameau ayant posé comme fait l\u2019existence d'un nombre donné de gouttes de sang indien dans les veines des Aca- 132 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE diens, appuie cette hypothese sur deux suppositions dont je viens de démontrer la fausseté.De fait il serait plus exact de dire trois, puisque le paragraphe sur les causes de l'amitié forme une fausse proposition, indépendamment des deux autres.N'\u2019eut-il pas mieux fait de s'arrêter à ce nombre de bon augure, auquel Pythagore attribuait tant d'excellentes propriétés ! Un abîme en attire un autre.Pour justifier la date qu'il donne à ses mariages mixtes, \u2014 de 1606 à 1671\u2014J\u2019auteur de la France aux Colonies nous dit qu\u2019un bon nombre des familles originaures des Acadiens, mentionnées dans le recensement de 1671, remontent à Poutrincourt.Je cite ses paroles : \u201c La physionomie géné- \u2018\u2018 rale que présentent les familles (nommées dans le recense- \u2018\u201c ment de 1671), le grand nombre de subdivisions qu\u2019elles \u201c offrent déjà, le croisement nombreux des alliances, tout \u201ctend à faire préeumer, pour beaucoup d'entre eux \u2018\u201c au moins, que leur installation dans le pays est déjà \u2018\u201c ancienne et date peut-éire de deux générations, quelques- \u2018\u201c uns même comme les Martin, les Boure, Landry, Tériau, \u201c Trahan, Gaudet, Boudro, remontaient peut-étre jusqu'aux \u201c premiers temps de l\u2019Acadie et seraient alors les fondateurs \u201c de cette race.\u201d (1).À la page 127, il avait dit la même chose ; seulement, au lieu des peut-être, il affirmait carrément : \u201cil est évident que plusieurs familles sont à leur \u2018\u201c deuxième et troisième génération dans le pays, et datent, \u201c sinon des émigrants emmenés par Poutrincourt, au moins \u201c de ceux qui survinrent après la prise du Port Royal par \u2018\u201c Argall\u201d\u201d (en 1615).Le passage, comme au reste tous les passages qui se rapportent à la même question, est plein de tâtonnements et de contradictions.Il dit d\u2019abord qu\u2019il est évident que plusieurs familles sont à leur deuxième et troisième génération dans le pays; puis, un peu plus loin, que ces mêmes familles (1) M.Rameau, p.152-3. > PEEL ALUM AMSA ASA tA ORIGINE DES ACADIENS 133 \u201c datent peut-être de deux générations.\u201d Il avait avancé, à la page 123, que les premiers mariages mixtes remontent à l\u2019étäblissement de Poutrincourt en 1606, et s'appuyant sur cette hypothèse, il avait découvert dans les veines des Acadiens d\u2019aujourd\u2019hui une certaine mesure de sang sauvage.Ici où il scrute un peu plus les faits, il pense que les \u201c\u2018 fondateurs de cette même race datent, sinon des émigrants emmenés par Poutrincourt, au moins de ceux qui survinrent après la prise du Port Royal par Argall \u201d; (1).Remarquez que tous ces peut-être et ces sinon, ne l\u2019empêchent pas finalement de tirer la même conclusion, savoir : que ces familles remontent à Poutrincourt ! Que faire au milieu de tant de contradictions ?Qu\u2019entend- il ensuite par \u201cles émigrants qui survinrent après la prise du Port Royal par Argall?\u201d Sont-ce de nouveaux émigrés français, ou bien les colons emmenés par Argall, qui revinrent mourir de faim dans une colonie qui n\u2019appartenait plus à la France ?(2).En effet, après la conquête d'Argall en: 1613, la France ne rentra en possession de l\u2019Acadie qu'en 1632, par le traité de St-Germain.M.Moreau essaye en vain de trouver et de saisir le fil de ce dédale.Abasourdi par toutes les suppositions, par tous les chiffres de M.Rameau, il ne voit bientôt plus d\u2019issue et finit par endosser sans examen toutes les conclusions de l\u2019auteur de la France aux Colonies, heureux encore de s\u2019en tirer à ce prix.Voici comment il se hâte de résumer : \u2018\u201c Les patientes \u201c recherches de M.Rameau ont démontré que la plupart des \u2018\u201c\u2018 familles acadiennes sont descendues.des colons de (1) Rameau, p, 252.(2) Halliburton et M.Moreau disent que les prisonniers de St-Sau- veur emmenés par Argall en Virginie, revinrent en Acadie.Mais à quelle date ?Revinrent-ils tous ?Ils étaient quinze prisonniers.Où se fixèrent-ils ?N\u2019auraient-ils pas préféré retourner en France sur des bâtiments pêcheurs, y rejoindre leurs compagnons, que de rester en Acadie oâ ils n\u2019étaient pas encore acclimatés, où ils avaient À peine passé six mois ?ou bien traverser à Québec avec ceux de Port Royal ?A tt: 134 LA REVUE FRANCO-AMERICAINF 1610.\u201d (1).II répete ensuite la méme chose à différents endroits de son livre, avec une légère variante.Lisons plutôt : \u201c M.Rameau fait remarquer très judicieusement qu\u2019il \u2018\u2018 résulte de ces indications fournies par le recensement (de \u201c 1671) que plusieurs familles en étaient à leur deuxième et \u201c troisième génération, et qu'ains?elles devaient être sorties \u2018\u201c des colons emmenés par Poutrincourt.\u201d (2).Une autre tournure : \u2018\u2018 Quand, à l\u2019aide des recensements nominaux, on suit dans les familles l\u2019ordre des filiations, on arrive presque toujours aux compagnons de Poutrincourt.\u201d (3).Toujours la même finale.Et pourtant jamais syllogisme n\u2019a été moins rigoureux dans sa conclusion.Parce qu\u2019il y avait, en 1671, quelques pères de famille dont les enfants aînés étaient mariés depuis quelques années, il ne s'ensult nullement que ces vieillards soient venus en Acadie avec Poutrincourt.Je dis donc que les familles indiquées dans le recensement de 1671 ne remontent pas aux établissements de Poutrin- caurt en 1606, ni en 1610 ; qu\u2019elles ne survinrent pas, non plus, après l'expédition d\u2019Argall, mais qu\u2019elles sont venues s\u2019établir en Acadie, après le traité de St.Germain (4), emmenées par Razilly, d\u2019Aunay, ete.Pour éclaircir cette question, il faut nécessairement remonter à l'origine de la colonie acadienne, en suivre le développement jusqu'aux générations qui tombent sous le domaine du premier recensement.Au milieu de tant de données disparates qui toutes, chose étrange, arrivent à la même conclusion, c\u2019est par ce moyen là seul que l\u2019on parviendra à rétablir les faits sous leur véritable jour, et donner à la question une solution définitive.(A suivre.) (1) M.Moreau, p.15.(2) M.Moreau, p.276.(3) M.Moreau, p.286.(4) Le traité de St-Germain ne fut définitivement signé qu\u2019en 1632, mais depuis quatre ans, la Compaguie des Cent Associés faisait des préparatifs pour ie repeuplement de l\u2019Acadie. Le Canada vu par un Français de France COUP D\u2019OEIL HISTORIQUE Rapport de M.FE.Agostini, délégué du syndicat Maritime et fluvial de France aw Canada, en 1886.(Suite) IT APERÇU GÉNÉRAL Le Canada, presque aussi grand que l\u2019Europe, couvre une superficie de 3,470,392 milles carrés\u2014(8,987,937 kil.carrés).\u2014 Situé au nord des Etats-Unis, il est borné à l\u2019est par l'Océan Atlantique, à l\u2019ouest par l'Océan Pacifique, au nord par le territoire de la Baie d'Hudson.Au dénombrement de 1881, il comptait 4,324,810 habitants.On peut dire que actuellement il a 4,500,000 habitants dont 1,500,000 Canadiens-Français, (1) parlant notre langue, et ayant gardé intactes les traditions de notre race dans le Nouveau-Monde, où ils sont la dernière épave de notre prépondérance,- et peut-être l'espoir d\u2019une influence future de notre sang dans les destinées de l'Amérique.Aujourd'hui colonie anglaise, le Canada jouit d\u2019une autonomie complete.Le seul lien qui le rattache directement à (1) Ea ontrz, près de 599,000 Canadiens-français sont aux Etats-Unis. 136 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE la Couronne britannique est le gouverneur-général nommé par la reine d'Angleterre.Le gouverneur-général (actuellement Lord Landsdowne, fils d\u2019une française) est changé tous les cinq ans.Son traitement est à la charge du budget de la Confédération dont la principale et, pour ainsi dire, l'unique recette se trouve dans le revenu des douanes.La population n'est astreinte à aucun impôt foncier, les les villes seules lèvent une contribution sur les citoyens.La Confédération est administrée par un conseil des ministres, choisis par le gouverneur-général dans la majorité du parlement, lequel est composé d'un Sénat de 77 membres, nommés à vie par le gouverneur en conseil, et d'une Chambre des Communes comptant 211 membres désignés par les électeurs.Chaque province a à sa tête un lieutenant-gouverneur, nommé par le gouvernement fédéral, un conseil législatif, composé de sénateurs à vie, et une assemblée législative éligible tous les quatre ans, à l'exception de celle de Québec qui dure cinq années.Cependant, les provinces d'Ontario, de Manitoba, et la Colombie britannique n\u2019ont pas de conseil législatif.Le lieutenant-gouverneur est assisté d\u2019un conseil des ministres.Les législatures provinciales sont complètement indépendantes du parlement fédéral en ce qui regarde la législation civile et l'administration des terres qui leur appartenaient avant la Confédération.L'éducation et les institutions de bienfaisance ainsi que les institutions municipales entre autres sont de leur ressort.Le gouvernement fédéral répartit les revenus entre les diverses provinces.L\u2019instruction primaire est obligatoire, c'est-à-dire que pour chaque enfant de 7 à 14 ans, le chef de famille est tenu de LE CANADA VU PAR UN FRANÇAIS DE FRANCE 137 payer une contribution annuelle destinée à couvrir les frais des écoles du canton.La milice est composée de volontaires.Les troupes régulières se sont retirée en 1871, sauf une garnison de 2,000 hommes entretenue à Halifax aux frais du gouvernement britannique.Le réseau des chemins de fer canadiens comprend actuellement environ 16,900 kilomètres de voies ferrées, et le réseau télégraphique plus de 25,000 milles de fils.À l\u2019aide des canaux, la navigation intérieure peut laisser parcourir à des navires de fort tonnage un espace de 3,000 milles.La marine marchande du Canada s\u2019élevait en 1883 à 7,890 navires représentant 1,310,896 tonneaux, c'est-à-dire s\u2019élevant au quatrième rang parmi les puissances maritimes.Les ports de Halifax, Québec et Montréal sont, dans I\u2019Amérique du Nord, les plus rapprochés du Havre.Le Canada fait partie de l\u2019union postale, et toutes les localités quelque éloignées qu\u2019elles soient des grands centres, sont desservies régulièrement.Quoique situé sous les mêmes latitudes que le Nord de la France, le climat du Canada est plus rigoureux que le nôtre ; mais si l\u2019air y est plus vif, il est sans contredit plus sain que nos temps brumeux, et il serait ridicule de comparer le Canada à une région polaire où nos races européennes ne pourraient s\u2019acclimater.Nos pères n'étaient pas autrement bâtis que nous, ils ne jouissaient pas du confortable que l\u2019on rencontre dans la plus modeste habitation canadienne, et cependant ils y ont fait souche, ils y ont soutenu des luttes gigantesques et y ont donné naissance à une race vigoureuse.Du reste si la température varie de \u201426 degrés centigr.en hiver à + 29 degrés en été, on doit ajouter que ces extrêmes ne se rencontrent que dans les rares jours de froids noirs de l'hiver, quand le vent du nord souffle, ou dans les journées An 138 LA REVUE FRANCO-AMEÉRICAINE caniculaires dont nous souffrons encore davantage sur nos climats.La neige couvre, il est vrai, le sol pendant cinq mois dans certaines parties, mais elle est loin de présenter les désagréments de notre neige d'Europe.Les temps humides sont inconnus au Canada, et la période des pluies en novembre, n\u2019est qu\u2019une courte transition comme le dégel en avril.La température moyenne est de \u201410 à 11 degrés en janvier et + 19 à 20 en juillet.Nous ne voyons pas là un sérieux obstacle à l\u2019établissement des races latines en Canada, surtout si nous comparons ces conditions aux multiples inconvénients qui se rencontrent dans les pays intertropicaux et dans l\u2019extrême Orient.Les fièvres et les épidémies n\u2019existent pas au Canada.Le choléra y fut importé en 1882 mais ne s\u2019y acclimata point, et si, en 1885, la petite vérole fit son apparition à Montréal, elle fut introduite par un voyageur venu de Chicago, et elle surprit la population, qui n\u2019était nullement préparée à cette visite.Les préjugés populaires dont nous avons été témoins, ainsi que une vive opposition à la pratique de la vaccine, prouvent surabondamment que le pays ne connaît pas les épidémies contre lesquelles du reste il prend maintenant, par mesure de sûreté, toutes les précautions pour en prévenir l'invasion.La presse joue un grand rôle au Canada, les journaux sont très nombreux, et l\u2019on ne compte pas moins de trente organes de langue française.L'esprit de race s\u2019est manifesté en toute liberté, dans les derniers événements du Nord-Ouest qui n\u2019étaient en résumé que la rébellion d\u2019une poignée de Métis, revendiquant des droits dont le gouvernement aurait peut-être pu se préoceu- per plus tôt, mais qui n'auraient jamais dû prendre la proportion que leur a donnée le supplice de Riel, leur chef, métis Canadien-français, Malheureusement, l\u2019ancienne antipathie de race semble s'être ravivée, sans cependant faire EE om.LE CANADA VU PAR UN FRANQAIS DE FRANCE 139 sortir de la légalité, même les plus irrités, et c\u2019est en cela qu\u2019il faut admirer la liberté morale et politique dont jouit le Canada, où nous avons pu voir discuter et attaquer violemment le gouvernement actuel en maintes assemblées imposantes, sans qu\u2019il y ait eu lieu à désordre.Forts de leurs droits constitutionnels, les mécontents comptent en faire usage, mais ne pas aller au-delà.Du reste, l'avenir du Canada ne nous semble pas douteux.Le pays est évidemment destiné à suivre tôt ou tard l\u2019exemple de la Nouvelle-Angleterre, sa voisine, aujourd'hui les Etats-Unis.L'ancienne Nouvelle-France nous paraît devoir être un jour un Etat indépendant, s\u2019il ne se désagrège pas peu à peu pour aller grossir la Confédération arnéricaine.Seulement cette fois l'événement aura lieu sans secousse, et comme se détache un fruit mûr.L\u2019Angleterre elle-même à laquelle il n\u2019est soudé que par des liens très peu puissants, laissera transformer l\u2019autonomie en indépendance quand cet immense pays sera assez fort par lui-même pour se passer de l'égide britannique ; mais alors l\u2019œuvre anglaise sera achevée ; le pays ne sera pas anglifié, mais la race saxonne se sera créé d'assez fortes racines dans la politique, les finances, l\u2019industrie, le commerce et l\u2019agriculture, pour ne pas craindre l'émancipation d\u2019un pays, trop grand pour l\u2019occuper, trop peuplé pour le dominer, n\u2019ayant pas affaire ici, comme dans l'Inde, à des peuplades sauvages.Il ne tient qu'aux autres nations de s\u2019assurer pour l'avenir une part de cette prépondérance qui est assurément l\u2019ambition de l'Angleterre.Le pays est ouvert, son gouvernement convie le Vieux- Monde à venir y prendre place.Peuplé de 4,500,000 habitants, il peut en contenir 100,000,000 ; son sol est plus fertile que celui de l\u2019Inde, de 1'Australie et des Etats-Unis ; son commerce croît dans des proportions considérables ; des usines s\u2019élèvent de tous côtés, des villes se fondent, des mines se découvrent, on peut maintenant le par- 140 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE courir d'un bout à l\u2019autre en cinq jours, tout cela est bien fait, ce nous semble, pour attirer l\u2019attention des peuples trop à l\u2019étroit dans leurs anciennes limites.III AGRICULTURE C\u2019est d'abord au point de vue des questions agricoles que le Canada doit attirer la sérieuse attention de la France.Il y a non seulement un intérêt national à reconquérir pacifiquement l'ancienne iufluence de notre race dans le Nouveau- monde, mais là peut-être est aussi la solution du problème économique qui ébranle l'édifice social de l\u2019ancien continent.L'agriculture européenne est menacée de toutes parts.11 faut avoir vu ces immensités qui n\u2019attendent que la main de l'homme, il faut avoir parcouru ces territoires vierges, ces plaines fertiles, ces vastes étendues, et en face de ce que les regards peuvent embrasser, avoir songé à ces autres immensités des Etats-Unis, du Mexique, de l'Amérique du Sud, de l'Australie, des Indes et de l'Afrique, pour envisager la gravité de notre situation agricole et quand on pense au peu de soin des détails, au manque de science des cultures dans ce pays, il est facile d\u2019apercevoir le parti que des hommes compétents tireraient d'une connaissance approfondie de ces contrées, s\u2019IÎls voulaiert se donner la peine de se mettre sérieusement au travail et entreprendre l\u2019œuvre d'extension extérieure qui se manifeste chez tous les peuples soucieux de leur avenir.Nous ne sommes pas de ceux qui condamnent la politique | coloniale, mais doit-elle se cantonner uniquement dans les | questions du Tonkin et de Madagascar, où le climat, les fièvres, des races non civilisées, parlant des langues difficiles à transformer, une culture à laquelle nous sommes étrangers, sont autant d\u2019obstacles à un développement rapide, à de prompts résultats pratiques ? ç LE CANADA VU PAR UN FRANÇAIS DE FRANCE 141 Ne devons-nous pas également tourner nos yeux vers ces pays nouvellement ouverts, sillonnés déjà de chemins de fer et de canaux, d\u2019uu climat plus sain, d\u2019un sol propre à la culture de nos contrées, sur lequel nous retrouvons notre langue et des peuples issus de notre sang, qui offrent à nos capitaux et à notre commerce d'importants débouchés et de solides placements ?Le Canada, à plus d\u2019un titre, doit compter dans notre politique extérieure, et en évoquant le passé nous devons songer à l'avenir.Loin de nous la pensée de le voir de nouveau faire partie de notre empire colonial, l'indépendance l'attend.Sachons donc reprendre racine dans cet immense pays, et nouer avec lui des relations d'intérêt commun, qui nous assureront, quand il sera devenu grande nation, un puissant auxiliaire de prospérité.Les Etats-Unis appartiennent-ils à l'Allemagne ?Non, certes.Eh bien ! sur une population de cinquante millions d'habitants, on compte dans la République américaine douze millions d\u2019Allemands.Croit-on que ce n\u2019est pas dans ce fait qu'il faut chercher la cause de l\u2019accroissement prodigieux de l'exportation des produits allemands aux Etats-Unis, et l\u2019influence de la race germanique de l\u2019autre côté de l'Atlantique ?À l\u2019époque où nous vivons, la prépondérance d'un peuple ne se maintient pas seulement en s'ingéniant à tirer, à force de combinaisons, d\u2019une terre surchargée d'intérêts et d'impôts, des revenus insignifiants, et à attendre derrière des comptoirs le client que d'autres vont rechercher jusque chez lui, ou bien à se borner aux conquêtes de nouveaux pays dans lesquels la question d'honneur national engagée joue le principal rôle.Non.Il faut être plus pratique et faire promptement bon marché de cette vaine théorie qui prétend que l\u2019émigration Bone RR! 142 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE appauvrit le sol natal au profit de nations étrangères vers lesquelles elle se dirige.N\u2019est-il pas étrange d\u2019entendre émettre de pareilles idées qui ne peuvent être qu\u2019une excuse à notre apathie ?L'émigrant n'est-il pas le plus puissant propagateur des idées d\u2019un peuple, le plus grand zélateur de son influence et le plus sûr des commis voyageurs pour ses produits ?N\u2019est-ce pas l\u2019émigrant qui a répandu la langue anglaise dans les cinq parties du monde?N'est-ce pas lui qui a développé le commerce de l'Allemagne, et qui aide chaque jour au relèvement de l'Italie ?Faisons donc une bonne fois justice de ces préjugés indignes d\u2019une nation dont l\u2019intelligence peut se créer partout la place qui lui est due, d\u2019une nation que sa production étouffe, et qui ferait croire qu\u2019elle dégénère en n\u2019allant pas prendre son rang parmi celles qui marchent hardiment à l'encontre des obstacles que le progrès et la civilisation semblent opposer à ceux qui se refusent à voir la lumière et veulent résister au courant qui entraîne le monde.Nos capitaux dorment, notre agriculture demande à des droits protecteurs un dernier souffle de vie, notre commerce | périclite, notre industrie déborde, et nous ne réagirions pas ?| Allons donc! Que les plus découragés, au lieu de se lamenter sur l\u2019asphalte de nos boulevards, parcourent ie globe ; ils y | recueilleront la conviction qu\u2019il y a place partout pour l\u2019élé- | ment français, et qu\u2019il suffit de vouloir pour pouvoir recon- | quérir le terrain que nous avons perdu.Mais revenons à nos moutons, comme on dit, revenons à l'agriculture.En France, comme dans les pays voisins, la situation agricole est devenue critique, c'est en vain que des hommes compétents cherchent des solutions qu'ils ne trouvent pas.Plus l\u2019on va, plus le péril grandit, et moins efficaces sont les palliatifs appliqués à une question qui semble sans issue.Le prix des terres s\u2019est sans cesse accru, grevant les pro- A, LE CANADA VU PAR UN FRANÇAIS DE FRANCE 143 duits d\u2019un énorme intérêt de capital que viennent encore grossir l\u2019impôt foncier et d\u2019onéreux engrais devenus partout indispensables.Puis les travaux de drainage et d'irrigation, l\u2019entretien de bâtiments qui ont déjà fait un long service, l\u2019exigence de la main-d\u2019œuvre ; en un mot, un ensemble défectueux dont quelques parties pourraient être améliorées, mais dont la base ne saurait être ni changée, ni modifiée, constituent réellement le siège du nal qu'il est impossible de vaincre en s\u2019acharnant à l\u2019attaquer de front.Triple complication de la valeur des terres, de l'impôt et de l\u2019engrais.Comment en effet les productions de notre sol pourraient- elles lutter contre celles de pays nouvellement ouverts, où une terre fertile qui n'aura besoin d\u2019aucun amendement pendant de nombreuses années, quelque culture qu\u2019on y fasse, est offerte soit en concession gratuite, soit à des prix nominaux dont l'intérêt de la valeur est négligeable et qui de plus n\u2019a à supporter aucun impôt ?Dégrevés de ces trois lourdes charges les plus importantes de notre agriculture, il n'est pas étonnant que les produits d'outre-mer viennent jusque sur nos marchés, faire a nos propres produits une concurrence que nous sommes impuissants à soutenir.Ainsi, par exemple, pour ne parler que du blé, un hectolitre parti du fin fond du Nord-Ouest canadien va parvenir à Liverpool à un prix qui laisse encore une importante marge pour dévier les droits protecteurs les plus exagérés qu'un parlement pourrait voter.Et ces droits, combien de temps pense-t-on les maintenir, si tant est qu'ils soient autre chose qu\u2019un semblant de protection pour notre agriculture ?Croit-on pouvoir impunément en conserver le principe et surtout les élever ?A quelles catastrophes autrement grandes ne nous entraînerait- on pas ?L'alimentation, cette prernière nécessité de l\u2019ouvrier, 144 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE se renchérissant, ou méme restant au niveau actuel, le prix dela main-d\u2019ceuvre qui pèse si lourdement sur notre industrie, ne ferait que s\u2019accroître.Que pourrait notre activité nationale contre l'étranger qui, de plus en plus perspicace, tend a diminuer sans cesse les charges de sa production manufacturière ?On creusera l\u2019abime, on le rendra insondable, au lieu d\u2019un péril nous en aurons deux, à côté d'une situation agricole embarrassée se perpétuera une crise industrielle, aboutissant à un désastre général.Je sais bien que l'on peut objecter ici que la crise industrielle existe déjà; nous reviendrons sur ce sujet à propos des questions commerciales, mais il est bon d'observer que si l\u2019agriculture qui n'a pas voulu porter ses études au-delà des limites de nos frontières, n'avait pas par ses exigences, encouragé indirectement le renchérissement de la main-d'œuvre, nous n\u2019en serions pas au point où nous en sommes industriellement.Une réaction doit fatalement arriver sur le prix de revient de nos produits, si nous voulons soutenir la concurrence, et le premier effort de cette réaction doit être fait par l\u2019agriculture.Elle en a les éléments à sa disposition.Nous n'aurions pas voulu entrer ici dans la question sociale, mais le sujet exigeait ces préliminaires, afin de bien faire saisir le résultat de nos observations au Canada, basées sur une logique appréciation des choses.* * * Comment est-il possible à l\u2019agriculture d'arrêter le mal qui la dévore et qui menace l'édifice social ?Comment peut-elle apporter à ce mal plus qu'un soulagement ; un remède radical ?Tel est le problème que nous nous sommes posé, et que nous allons essayer de résoudre.Il y aurait utopie, nous croyons le fait assez démontré, à tenter une lutte directe avec les produits d'outre-mer.Les LE CANADA VU PAR UN FRANÇAIS DE FRANCE 145 armes sont inégales, et malgré nos plus intelligents efforts, nous ne pourrions l'emporter.Mais les pays nouveaux se peuplent chaque jour davantage.Des bras et des capitaux y defrichent sans cesse des sols vierges un jour viendra, jour encore éloigné, très éloigné même, où ces terres à cette heure sans valeur en auront acquis une, un jour viendra où les exigences de grands Etats auront nécessité l\u2019établissement d'impôts, un jour viendra où le sol demandera des engrais, enfin où les conditions générales de la vitalité des contrées peuplées avec densité simpo- seront à ces pays comme elles s'imposent au nôtre actuellement.Pendant ce temps, nos vieilles terres d'Europe auront insensiblement et graduellement diminué de valeur relative, l\u2019équilibre se sera fait, et des conditions normales de libre et intelligente concurrence auront remplacé l'inégalité d'au- jourd'hui.Il s'agit pour nous, habitants de l\u2019ancien continent, de savoir léguer à nos descendants une situation à l'abri de dangereuses éventualités.Il faut que nous conservions le patrimoine de nos familles pour qu'il passe du père au fils jusqu\u2019à l\u2019époque d'équilibre dont nous parlons.Loin d\u2019abandonner nos exploitations d'rurope, travaillons à les améliorer.Etudions des transformations sages, prudentes, qui nous permettent d\u2019attendre patiemment.Notre agriculture souffre, ne nous décourageons point.Ce n'est pas en présence d\u2019une maladie grave qu\u2019on doit se laisser abattre.Empéchons-la, au contraire, de devenir mortelle.N\u2019est-il pas un moyen de contrebalancer les malheureux efforts des baux que tant de fermiers épuisés ne payent plus, et notre agriculture ne pourrait-elle pas obtenir plus avantageusement pour tous et pour elle-même des produits que nous sommes sans cesse obligés de livrer à la consommation à des prix de plus en plus bas. 146 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Ce moyen se trouverait facilement par une compensation territoriale dans les pays nouveaux.Tel propriétaire agricole qui a, par exemple, une terre en Europe d\u2019une valeur de 100,000 frs, ne lui en rapportant pas 2,000, pourrait, divisant ses forces, faire au Canada un placement foncier d\u2019une valeur égale à celle de sa propriété en France, et cette exploitation nouvelle, même dans les conditions rudimentaires où l\u2019agriculture est encore là-bas, lui rapporterait 7, 8, 9, 10// et plus.Ce système de compensation présente à la fois 1° un placement de capitaux garantis par la fertilité des terres et par leur valeur croissante en raison de leur culture; 2° un soulagement immédiat pour nos agriculteurs, le calme d\u2019une attente sans cramnte, et 3° peut-être enfin la solution d'une question sociale des plus graves.\u201c Mais, me dira-t-on, comment un propriétaire qui possède en France une terre dont il peut à peine supporter les charges, trouverait-il des ressources pour acquérir et pour gérer une propriété nouvelle, à distance, au-delà des mers ?\u201c Où prendre la somme de ce placement que vous conseillez ?(A suwre) EEE \u2014 a Pour aider à la solution de questions qui s'agitent aux Etats-Unis et au Canada MEMOIRE adressé à Sa Sainteté Pie X, aux Eminentissimes Cardinaux, ainsi qu\u2019aux principaux archevêques et évêques des Etats-Unis et du Canada intéressés dans la matière et à leurs conseiliers.SECTION I\u2014DES DROITS RESPECTIFS, ETC, \u2014 CHAPITRE II ( Suzte ) On trouvera aussi dans la troisiéme section du présent opuscule certaines considérations qui montrent la supériorité, au point de vue du développement intellectuel et des avantages matériels, de l\u2019homme qui a étudié et qui sait deux langues, si on le compare à celui qui n\u2019a étudié et ne sait qu\u2019une langue: c\u2019est bien le cas de dire : \u201c L\u2019homme qui sait deux langues en vaut deux\u201d.26.Mais allons plus loin et supposons, ce qui n\u2019est pas vrai, que l\u2019étude du francais nuise plus\u2019 ou moins aux intérêts matériels des Canadiens-Français.Je répondrais : \u201c Inter duo mala elige minus \u2019\u2014Entre deux maux il faut choisir le moindre.Le système bilingue, dans la supposition que nous faisons, aurait quelques désavantages matériels, mais il a d'immenses avantages spirituels ; tandis que le système contraire aurait des avantages matériels, mais il a de grands désavantages spirituels.Or, comme le spirituel est infiniment supérieur au matériel, il est clair 148 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE de quel côté penche la balance, même s\u2019il n\u2019y avait que probabilité du côté du mal spirituel, tandis qu\u2019il y aurait certitude du côté du bien matériel.Il est à propos de faire remarquer ici qu\u2019on oublie trop souvent la vérité élémentaire que toutes les institutions, toutes les lois, tous les usages humains ont toujours de bons et de mauvais effets ; souvent on voit des hommes, même sérieux, impressionnés par l\u2019un ou l\u2019autre mauvais effet d\u2019une chose, la condamner etla combattre sans remarquer que les bons effets sont beaucoup supérieurs au mauvais.Voir ce qui a été dit n.3.27.Dans le but de prouver cette mission de charité du clergé, on recourra peut-être aux Acta et Decreta Concil, Plen.Balt.Tertdi, oli on lit ce qui suit au n.197, p.IOI ss.: \u201cDe plus, la S.Cong.de la Propagande, le 24 Novembre 1875, envoya à nos Evêques une instruction du St.Office, avertissant les Ordinaires d\u2019user de tous les moyens et de mettre tous leurs soins pour éloigner leurs ouailles de l\u2019éducation purement civile.Et pour cela, d\u2019un avis unanime, rien n\u2019est aussi nécessaire aux catholiques que d\u2019avoir partout des écoles à eux, et celles-ci nullement inférieures aux écoles publiques.Il faut donc s\u2019occuper sérieusement des écoles catholiques, soit pour les fonder là où elles manquent, soit pour les agrandir, les mieux organiser et les mieux pourvoir, afin qu\u2019elles soient à la hauteur des écoles publiques par l\u2019enseignement et par l\u2019éducation\u201d.On trouve l'instruction d\u2019où ces paroles sont tirées reproduite à l\u2019Appendix p.279 s.des mêmes décrets.Quel est le but de ces instructions, de ces exhortations, de ces injonctions ?Il est indiqué clairement par les paroles ab educatione mere saeculari arcere (éloigner d\u2019une éducation purement civile), par tout le contexte de l\u2019instruction, et par la fin visée.Le but direct est d\u2019exciter les évêques, les prêtres et les fidèles à faire tous leurs efforts pour \u2018avoir d\u2019excellentes écoles à tous les points de vue, afin que les parents n\u2019envoient pas leurs enfants aux écoles publiques sous prétexte que les écoles catholiques leur sont inférieures.Si l\u2019on voulait soutenir qu\u2019il y avait aussi le but indirect et non exprimé de procurer aux enfants cette coca POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 149 somme minime d\u2019instruction dont nous avons parlé plus haut et même de leur procurer quelque chose en plus, il resterait quand même toujours certain que le St.Siège et les Pères du Concile de Baltimore, qui ne se sont aucunement occupés de ce point de vue de la question, lequel n\u2019était pas alors en litige, par ces injonctions n\u2019entendaient nullement déclarer que l\u2019Eglise et ses représentants ont sur l\u2019éducation une mission soit directe soit indirecte plus étendue que celle qui est décrite dans les citations et les considérations exposées dans le présent travail.C\u2019eût été aller contre la doctrine claire et évidente enseignée publiquement par des hommes parfaitement orthodoxes dans les écoles de l\u2019Eglise et dans les livres publiés avec son approbation ; doctrine admise aussi par Clément XIV dans son Bref Gratum Nobis (Voir plus haut n.II).Si le St.Siège et les Péres du Concile de Baltimore avaient traité du point de vue qui nous occupe, il est certain qu\u2019ils n\u2019auraient jamais formulé des règles qui seraient l\u2019expression des opinions que certains assimilateurs semblent avoir, au moins dans leurs manières d\u2019agir.28.Ajoutons que nous avons dans ces mêmes décrets du Concile de Baltimore des choses qui positivement excluent ces opinions, nous y lisons n.202, p.I08 : \u201c Qu\u2019aux laïcs aussi soient concédés relativement aux écoles certains droits et privilèges à déterminer plus soigneusement dans les statuts diocésains, sauvegardant toutefois les droits de l\u2019Eglise par rapport à l\u2019admission et au renvoi des maîtres ainsi qu\u2019à la discipline et à la direction de l\u2019enseignement\u201d.Et au n.204, p.109: \u201c Outre cette commission instituée dans tout le diocèse pour examiner les maîtres, que les Evêques, eu égard à la diversité des lieux et des langues, établissent plusieurs commissions scolaires composées d\u2019un ou plusieurs prêtres, pour inspecter les écoles des villes et des campagnes \u201d.Ces paroles montrent clairement que le 3ième Concile de Baltimore n\u2019est nullement opposé aux droits des parents et à ceux des diverses nationalités ; bien au contraire : il veut, 150 ILA REVUE FRANCO-AMERICAINE en effet, que ces droits soient déterminés dans les statuts diocésains,\u2014chose certes prudente, attendu que les circonstances peuvent ne pas \u20actre les mémes partout\u2014il veut plusieurs commissions scolaires si les fidèles parlent des langues différentes.Il y a plus, les paroles : quoad magistros instituendos vel dimittendos, necnon quoad disciplinam et directionem doctrinae (quarid à l\u2019admission ou au renvoi des maîtres ainsi qu\u2019à la discipline et à la direction de l\u2019enseignement), qui expliquent les droits ecclésiastiques (salvis iuribus ecclestasticis), indiquent, sans laisser subsister le moindre doute, que les Pères du Concile de Baltimore avaient devant les yeux la doctrine admise par Clément XIV et reconnue par tous les catholiques.Cette doctrine est suivie en pratique dans la très orthodoxe province de Québec; voici ce que nous lisons dans l\u2019ouvrage remarquable : La Race Française en Amérique, par MM.Desrosiers et Fournet, Montréal, 1910, p.108: \u2018\u2018 Dans la province de Québec, les évêques sont de droit membres du conseil de l\u2019Instruction publique.Ce conseil se compose en outre de laiques, nommés par le gouvernement de Québec, en nombre égal à celui des évêques.Il est présidé par un laique qui a le titre de surintendant de l\u2019Iustruction publique ; il se réunit deux fois par année pour statuer sur tout ce qui intéresse l\u2019enseignement\u201d.Quant à la question des langues, il faut ajouter que les devoirs des représentants de l\u2019Eglise ne peuvent certainement pas être inférieurs, ni leurs droits supérieurs à ceux de l\u2019Etat; or voici comment le célèbre Card.Cavagnis parle des devoirs et des droits de l\u2019Etat: \u2018\u2018 L\u2019affaire peut devenir plus complexe si les questions de nationalités sont en jeu.Car là où le peuple n\u2019a pas la même langue, si l\u2019on prescrivait l\u2019instruction populaire, il ne faudrait pas aller contre les droits des nationalités \u201d.29.Il y en aura peut-être qui insisteront.disant: Concédons que les assimilateurs représentants de l\u2019Eglise n\u2019ont pas, en vertu de leur état, cette mission indirecte de charité de suppléer à la négligence ou à l\u2019incapacité des parents POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 151 dans le cas que nous examinons ; mais il leur reste quelque chose d\u2019équivalent, à savoir comme une délégation de la minorité des parents, qui comprenant que d\u2019un côté l\u2019anglais est nécessaire et le français seulement utile, et que de l\u2019autre il est très difficile de bien apprendre les deux à la fois, préfèrent que leurs enfants s\u2019adonnent à l\u2019étude exclusive de l\u2019anglais et négligent le français.A cela nous répondons : Il faudrait d\u2019abord prouver que telle est bien la volonté de la majorité des parents libres d\u2019exprimer leur pensée.\u201cQuod gratis asseritur, gratis negatur\u2019\u2019 = Ce qui est affimé sans preuve, se nie de la même manière.Mais supposons, ce qui est entièrement faux, qu\u2019il en soit ainsi ; cela ne prouverait rien.En effet, une telle volonté serait déraisonnable, et en conséquence sans valeur; elle serait basée sur une fausse conception des choses.Car, comme nous l\u2019avons vu plus haut, la connaissance du français a les plus grands avantages matériels pour les Franco-Américains; nous verrons plusloin qu\u2019elle est en plus la source d\u2019immenses bienfaits spirituels.En outre, il resterait encore la minorité ayant une volonté différente ; et certes dans cette supposée minorité nous trouvons presque toute l\u2019élite de la race, laquelle, grâce à ses connaissances, à son expérience des choses, à sa prévoyance du futur, à ses sentiments plus élevés, est mille fois plus apte à juger quels sont les vrais intérêts matériels et spirituels de la race.Cette valeur des minorités d'élite a toujours été admise ; les faits historiques et les manières de parler des philosophes et des théologiens en sont des garants; nous devons appliquer ici le principe proclamé par les moralistes en traitant de la valeur de la probabilité extrinsèque : \u201c Auctores sunt ponderandi, non vero numerandi\u201d ; ce que nous pouvons traduire librement de la manière suivante: Lorsqu\u2019il s\u2019agit de décider un point en litige, il faut tenir compte presque uniquement de la valeur des autorités, et à peine du nombre de ceux qui sont pour l\u2019une ou l\u2019autre des parties, s\u2019ils ont peu de valeur.30.Qu\u2019on ne dise pas que cette question de nationalités et de langues doit être négligée, parce qu\u2019elle n\u2019existe que 152 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE dans la tête et les écrits de certains exaltés, de certains agitateurs.Car, d\u2019abord ces prétendus agitateurs sont des hommes de grande capacité et'de grand mérite et leur opinion vaut celle de cent mille hommes ordinaires.De plus, outre ceux qui écrivent et qui s\u2019agitent, il y en a des milliers et des milliers, hommes également appartenant à l\u2019élite, qui, quoique n\u2019écrivant pas, pensent pourtant comme eux, et le disent, au moins quand ils ne craignent pas de se compromettre devant les assimilateurs.Ajoutons que si les écrits de ces agitateurs n\u2019exprimaient pas l\u2019opinion de presque toute l\u2019élite de la race, celle-ci réclamerait; or nous voyons qu\u2019elle fait le contraire, sauf quelques cas où l\u2019intérêt matériel personnel est plus fort que tout le reste.31.Qu\u2019on ne dise pas non plus, pour détruire la valeur des assertions de certains membres de cette élite, qu\u2019ils mêlent les questions politiques et de race à la question religieuse, et même que la question religieuse n\u2019est qu\u2019une chose accessoire pour eux.Examinons d\u2019abord la première partie de l\u2019accusation.Ce n\u2019est pas le lieu de rechercher si ces hommes se trompent ou non dans leurs opinions politiques ; et l\u2019Eglise certes laisse à tous la plus grande liberté dans les questions purement politiques.Mais supposons qu\u2019ils se trompent; cela ne changerait rien aux choses ; en effet, si les arguments d\u2019ordre politique qui les meuvent sont faux, les arguments d\u2019ordre religieux et d\u2019ordre matériel restent quand même debout.Venons à la seconde partie de \"accusation.L'homme qui n\u2019a vu les choses que superficiellement, qui n\u2019a passé que quelques jours au Canada, qui a été frappé par certaines manifestations bruyantes où cette noble race montrait publiquement son attachement à ses premiers ancêtres de France; comme aussi celui qui, vivant dans le camp opposé, ne voit les choses qu\u2019à travers l\u2019antipathie et le ressentiment, que sous l\u2019influence inconsciente du désir d\u2019avoir raison, et de certaines idées exagérées ; ceux-là, dis-je, pourront de bonne foi accuser certains hommes d\u2019élite d\u2019être guidés uniquement ou presque uniquement par des vues politiques: mais cette chose est absolument fausse pour ceux qui con- POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 153 naissent la conduite pratique avec ses diverses manifestations en paroles et en actes.Certains fourbes savent jouer la comédie ; mais pour l\u2019œil attentif du psychologue, il est impossible absolument d\u2019admettre même la probabilité de la chose dans le cas de ces hommes d\u2019une nature franche, sincère, loyale et de principes clairement chrétiens.Je ne veux certes entrer pour rien dans l\u2019examen des questions politiques du Canada ; mais je crois utile et équitable de faire remarquer que la race canadienne ayant eu, comme aussi l\u2019immortelle Irlande, à souffrir beaucoup de ses patrons anglais dans la défense de sa religion et de sa nationalité, il est assez naturel que dans certains cas, se rappelant les vieilles injustices et en craignant de nouvelles, elle unisse les questions politiques et de races à la question religieuse.Si même certains allaient trop loin dans l\u2019une ou l\u2019autre revendication, ils seraient certes bien pardonnables aux yeux de ceux qui connaissent à fond d\u2019un côté les injustices criantes dont ils ont été les victimes et de l\u2019autre leur inviolable fidélité à leurs vainqueurs ; de ceux qui savent comment ils sont traités encore trop souvent en vaincus et en parias par leurs jaloux, inquiets, orgueilleux rivaux anglo-saxons auxquels s\u2019unissent parfois certains Irlandais ;\u2014eux qui sentent qu\u2019ils ont été les premiers à explorer le Canada, à évangéliser les: tribus indiennes de ce pays et d\u2019une partie des Etats-Unis, à fonder les séminaires et autres établissements, à fournir les premiers Evêques ;\u2014eux qui se rappellent qu\u2019ils défendirent aux prix de leur sang leur pays adoptif, soit le Canada, soit les Etats-Unis ;\u2014eux qui considèrent qu\u2019ils respectent si loyalement les droits de l\u2019elément anglais et ne demandent que ce que la justice et les lois leur concèdent.Pour ceux, dis-je, qui connaissent tout cela et qui savent aussi comment leurs adversaires se conduisent trop fréquemment, certains écarts de langage, certaines exagérations sont certes de vraies peccadilles, qui n\u2019enlèvent rien à la valeur de la vérité et de la justice de leurs réclamations.PEN ET PTE 154 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Quant au fait que les Franco-Canadiens du Canada et des Etats-Unis semblent unir ensemble la question de religion et de races, il faut observer que la nationalité, la langue, les coutumes, la religion sont des choses qui s\u2019aident mutuellement.Le P.Hamon, S.J., Le Canadien Français de la Nouvelle- Angleterre, Québec, 1891, p.64, très sagement rapporte en l\u2019approuvant le passage suivant: \u201c La langue, concluait un organe canadien, garde notre nationalité, et notre nationalité à son tour gardera notre religion et nos mœurs.Tant que nos enfants parleront français, ils resteront Canadiens, et tant qu\u2019ils resteront Canadiens, ils seront catholiques.Si, par malheur, ils s\u2019américanisaient, ils iraient au protestantisme, ou du moins à l\u2019indifférence religieuse.N\u2019en a-t-on pas la preuve dans les Etats de l\u2019Ouest où l\u2019on a poussé le plus vivement a Vunification obligatoire ?Que sont devenus les fils de ces Canadiens émigrés ?Se sont- ils ralliés aux congrégations irlandaises ?Quelques-uns, peut-être, mais la grande masse a disparu dans le torrent de l\u2019incrédulité.\u201c\u201c Nous voulons des pasteurs qui pensent comme nous, qui travaillent avec nous à sauvegarder, sur la terre étrangère, ces trois grandes choses qui nous tiennent également au cœur : Notre langue, notre religion, nos mœurs \u201d.Je reviendrai à cette question dans la 3ième section du présent ouvrage.32.D\u2019aucuns semblent attribuer peu ou point de valeur aux dires de ces prétendus agitateurs, parce que, selon eux, emportés par la passion, ils interprètent facilement en noir des choses indifférentes ou même bonnes.Dans toutes les discussions ardentes il y a de part et d\u2019autre des exagérations, des inexactitudes dans l\u2019expression des opinions: les extrêmes font parfois naître les extrêmes.Pour celui qui connaît les hommes avec leurs passions, qui est habitué à réfléchir, à aller au fond des choses, ces scories ne l\u2019empêchent pas de voir le métal précieux caché en dessous.Et encore ici les Canadiens-Français sont bien excusables, s\u2019ils exagèrent certaines choses dans leur exci- pe POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 155 tation contre les agissements des assimilateurs.Si réellement ils s\u2019étaient montrés parfois soupçonneux, défiants (et à cause de cela jugés petits par certains) et interprétant en mal certaines choses indifférentes, pour moi je m\u2019expliquerais facilement le fait : des gens qui ont été traités injustement très souvent, qui ont été trompés parfois, sont naturellement enclins aux défauts mentionnés; mais à qui en serait la faute ?J\u2019estime pour ma part qu\u2019on peut répondre d\u2019une manière générale à la présente objection en citant le texte de l\u2019Evangile : \u201c Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l\u2019œil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans le tien ?\u201d 33.Après avoir répondu à diverses objections, je reviens aux auteurs qui traitent des droits respectifs des parents et de l\u2019Eglise.Entendons un écrivain qui examine d\u2019une manière spéciale les erreurs condamnées dans le Syllabus de Pie IX.C\u2019est le chanoine Dom.P.Benoit, Les lerreurs modernes, 4e éd, Paris, 1894.Voici comment il parle dans son Ier vol.: \u201c162.Ce principe est si fondamental que Ie langage même lui rend témoignage, puisque le nom d\u2019autorité est dérivé du nom d\u2019auteur.De ce principe découle la conclusion générale suivante: l\u2019autorité pour développer et parfaire appartient à l\u2019auteur qui a donné au commencement ce qui doit être développé et rendu parfait \u201d.\u201c163.Appliquons ce principe fécond.L\u2019enfant naît des parents à la vie naturelle et renaît de Jésus-Christ et de l'Eglise à la vie surnaturelle.Donc: Les parents auteurs de la vie naturelle, ont originairement autorité pour développer cette vie.L'Eglise, auteur de la vie surnaturelle, a originairement autorité pour la développer.Les parents ont ainsi par un titre primordial le devoir et le droit de donner l\u2019éducation naturelle, comme l\u2019Eglise a, par un privilège semblable et antérieur à toute autre institution, le devoir et le droit de donner l'éducation surnaturelle\u201d.\u201c165.Donc encore, l\u2019Eglise qui est directement chargée de l\u2019éducation surnaturelle, se trouve obligée de veiller et de pourvoir à ce que l\u2019instruction naturelle ne nuise pas 156 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE à la première, mais la serve; et ainsi elle a indirectement, c\u2019est-à-dire en raison de sa mission spirituelle, un droit de haute surveillance sur l\u2019instruction naturelle elle-même \u201d.\u201c167.Il ne faudrait pas néanmoins conclure de tout ceci que l\u2019Eglise a le monopole de l\u2019enseignement.Ce serait commettre là une erreur semblable à celle de prétendre que la subordination de l\u2019Etat à l\u2019Eglise donne à celle-ci le droit de commander à l\u2019Etat dans les choses purement temporelles.L\u2019instruction dans les connaissances naturelles appartient a la famille comme le gouvernement des choses terrestres appartient à l\u2019Etat ; l\u2019Eglise n\u2019a d\u2019autorité sur la famille dans cet ordre d\u2019instruction, comme elle n\u2019a d\u2019autorité sur l\u2019Etat dans le gouvernement des peuples, que dans la mesure où les intérêts spirituels l\u2019exigent.\u201d \u201c 160.La fondation de l\u2019école appartient en premier lieu à ceux qui ont proprement la charge de l\u2019éducation, la famille et l\u2019Eglise.Elle appartient ensuite, à moins d\u2019interdiction légitime, à tout particulier et à toute corporation: aux simples fidèles et aux ordres religieux, et à la plus petite paroisse comme à la cité épiscopale ou au diocèse, à la commune et aux autres corps civils et politiques.\u201d Dans le chapitre d\u2019où ces passages sont tirés, l\u2019auteur combat les erreurs condamnées dans les propositions 45, 47, 48 du Syllabus.Parmi les commentateurs du Syllabus de Pie IX, on peut voir encore: Petitalot, Le Syllabus, Paris, 1877, p.146 ; Stazzuglia, Vindiciac Syllabi Pii 7X, Riparra, 1889, p.509 s.34.J\u2019estime que ces témoignages suffisent amplement : il est certain que j'en trouverais d\u2019autres encore, si je continuais à fouiller les bibliothèques de Rome.Bien que les auteurs cités, excepté Jansen, De facultate docendi, soient tout occupés à établir et à défendre les droits des parents et surtout de l\u2019Eglise contre l\u2019Etat, ils parlent pourtant et assez clairement des droits des parents relativement aux droits de l\u2019Eglise.Il est à propos de faire remarquer que des nombreux auteurs que j'ai examinés, je n\u2019en ai rencontré aucun qui professe une doctrine contraire.Lis POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 157 Je finis la liste des autorités en donnant le témoignage d\u2019un savant Cardinal (autre que celui dont j\u2019ai parlé plus haut), que je fis consulter sur son opinion quant à la question que je traite.Il répondit qu\u2019il était entièrement de mon avis.Je pourrais ajouter les témoignages de savants professeurs de droit canon ou d\u2019autres prêtres distingués par leur science.CHAPITRE III 35.Il reste à répondre à une objection que probablement l\u2019on fera contre tout ce qui a été établi, objection dont il a déjà été fait mention au n.16.On peut la formuler comme suit : Lorsque l\u2019école a été fondée par l\u2019Eglise ou lui a été donnée par les fondateurs, l\u2019Eglise a un droit absolu d\u2019y régler tout l\u2019enseignement.Or les écoles paroissiales aux Etats-Unis sont fondées par l\u2019Eglise, ou au moins lui sont données ; ce que l\u2019on doit dire aussi de l\u2019argent nécessaire au payement du salaire des maîtres, argent qui provient des fidèles, mais est donné par eux à l\u2019Eglise.Aussi voyons-nous le Ille Concile national de Baltimore non seulement déterminer les droits des évêques et des curés relativement aux écoles en général, mais prescrire en outre à tous les fidèles de donner l\u2019argent requis pour la fondation et le maintien des écoles, décréter l\u2019établissement de commissions composées de prêtres pour examiner les instituteurs et institutrices et pour inspecter les écoles, etc.; en un mot le Concile semble agir à l\u2019égard des écoles comme si elles étaient tout à fait ecclésiastiques.De plus, le même Concile (n.202) ordonne aux évêques et aux prêtres d\u2019instruire les fidèles de telle façon qu\u2019ils s\u2019habituent à regarder l\u2019école paroissiale presque comme une partie essentielle de la paroisse (quasi partem essentialem).11 faut ajouter que dans certains diocéses les biens ecclésiastiques, y compris les écoles paroissiales, appartiennent a l\u2019évêque constituant une corporation sole, ou bien sous la forme in trust, ou sous celle in fee simple.(Voir Acta et Decreta Concil, Plen.Baltim, LIT, n.267). 158 LA REVUE FRANCO-AMEÉRICAINE 36.Je compte que les considérations qui vont suivre, suffiront pour éclaircir la question et résoudre toutes les difficultés.Outre les écoles appartenant strictement à l\u2019Eglise, nous pouvons distinguer celles qui appartiennent à l\u2019Etat, aux parents ou à des personnes privées.Dans tous les cas l\u2019Eglise a, pour les matières non-religieuses, le droit indirect dont parlent les auteurs cités; et, si les écoles lui appartiennent entièrement, elle a un droit direct sur tout l\u2019enseignement.Les écoles paroissiales aux Etats-Unis, en général, et surtout chez les Canadiens-Français, ont été bâties par les fidèles ou au moins avec leurs offrandes, et c\u2019est aussi avec leur argent que les maîtres sont payés ; malgré ces faits certaines raisons semblent faire croire qu\u2019elles appartiennent absolument à l\u2019Eglise.Cela ne peut être que si les fidèles les lui ont cédées et lui cèdent l\u2019argent qu\u2019ils continuent de donner, sans aucune condition, ou, pour parler plus correctement, sans l\u2019adjonction exprimée ou sous-entendue d\u2019une clause, d\u2019une obligation conventionnelle, d\u2019un modus, qui modifierait la nature de la donation.Or nous verrons bientôt que de fait telle adjonction existe, et que les représentants de l\u2019Eglise sont tenus de la respecter en vertu de la justice.87.Quant au fait spécial que dans plusieurs diocèses, les biens ecclésiastiques, y compris les écoles, appartiennent à l\u2019évêque, formant une corporation sole, ou bien sous la forme 27 trust, ou sous celle 22 /ee simple \u2014modes de possession et d\u2019administration qui rendent, surtout le dernier, les évêques maîtres absolus de ces biens et en conséquence leur confèrent le droit de disposer de tout comme ils l\u2019entendent, \u2014 il faut observer que si même on admet que devant les lois civiles, l\u2019évêque est le maître absolu de ces biens,\u2014ce qui importe peu pour la présente question ecclé- siastique\u2014il ne l\u2019est certes nullement devant Dieu et devant l\u2019Eglise.Le I[Ie Concile de Baltimore, n.267, après avoir admis comme chose nécessitée par des circonstances spéciales même le mode de posséder qu\u2019on appelle 2% /e simple, a soin d\u2019ajouter ce qui suit: \u201c que dans ce cas l\u2019évê- POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 159 que ait bien devant les yeux que, quoique l'autorité civile lui ait octroyé le plein domaine des biens ecclésiastiques, les saints canons l\u2019avertissent qu\u2019il n\u2019en est pas le propriétaire, mais simplement l'administrateur\u201d.Et dans la Lettre pastorale des Pères du Concile nous lisons (p.LXXXI): \u201cLa manière de posséder légalement ces biens diffère avec les lieux, selon les exigences diverses des lois civiles locales; mais que légalement la propriété soit dans les mains de l\u2019évêque ou dans celles d\u2019un conseil de diocésains ou paroissiens, il reste toujours vrai que ces biens sont possédés par eux comme substituts de l'Eglise pour l\u2019utilité des fidèles.\u201d De tout cela il ressort que le fait que dans certains diocèses des Etats-Unis les évêques seuls possèdent les écoles devant la loi civile, ne prouve nullement que ces écoles appartiennent nullement et absolument à l\u2019Eglise par l\u2019évêque et que celui-ci y peut disposer le tout comme il l\u2019entend.Même supposé que ces écoles soient des biens ecclésiastiques dans le sens strict, l\u2019évêque n\u2019en est que l\u2019administrateur et doit gérer le tout pour le bien des fidèles, /07 the benefit of the people = pour l\u2019utitité des gens, comme dit la Lettre pastorale citée plus haut.Les fidèles sont au moins sublectum utilitatis, sujet qui a le domaine utile de ces biens, et ils ont en conséquence le droit strict, que les biens soient employés à leur avantage.Or nous avons vu plus haut quels sont les intérêts spirituels et temporels des Canadiens-Français par rapport à l\u2019enseigne- mént du français dans les écoles.38.Mais faisons un pas en avant, et montrons que les écoles paroissiales aux Etats-Unis ne sont pas des biens ecclésiastiques dans le sens strict, mais peuvent et doivent être regardées comme des biens ecclésiastiques sæz generis (d\u2019un genre particulier); et qu\u2019en tout cas les parents, comme nous venons de l\u2019établir déjà au n.37, ont les droits que leur accordent les auteurs cités plus haut.Nous aurons ainsi montré le manque de valeur de toutes les raisons apportées dans l\u2019objection. 160 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE a) La Constitutlon Romanos Pontifices (1881), qui règle certaines difficultés entre les évêques et les religieux d\u2019Angleterre et d\u2019Ecosse, parle comme suit: \u201cEst enim sanctis- simum docendi ministerium, et proximum piis locis ordinem tenent scholae de quibus agendum est.\u201d Car tout à fait sacré est l\u2019office d\u2019enseigner, et les écoles dont nous allons traiter occupent un rang très voisin de celui des lieux pies.Léon XIII n\u2019appelle pas ces écoles des lieux sacrés, des biens ecclésiastiques stricts, mais il les range dans une autre catégorie.Or il s\u2019agit d\u2019écoles substantiellement identiques aux écoles paroissiales des Etats-Unis.En effet, comme me le disait il y a peu de temps un savant canoniste anglais, elles furent fondées avec l\u2019argent des fidèles sur les exhortations et les conseils des évêques et des prêtres; elles étaient maintenues de la même manière, et l\u2019aide que l\u2019Etat accorda après ne changea pas leur nature dans l\u2019esprit des catholiques anglais, qui regardaient et regardent encore ces écoles comme écoles de l\u2019Eglise catholique, e/ dirigées par elle ; tout à fait comme on pense aux Etats-Unis.En outre, les expressions employées dans la Constitution ÆRomanos Pontifices le démontrent à l\u2019évidence ; en effet nous y lisons entre autres choses: \u201cIl a été jugé à propos (par les Conciles) d\u2019établir dans chaque paroisse des écoles pour les enfants; on leur a donné le nom d\u2019écoles paroissiales ; on a prescrit aux curés de se charger de l\u2019enseignement, se faisant aider par des maîtres et des maîtresses; aux mêmes curés on a confié la charge de diriger et d\u2019administrer très soigneusement les écoles; si ces curés n\u2019accomplissent pas ces choses fidèlement et entièrement on les reprend comme ayant manqué à leur devoir et on les juge dignes d\u2019être punis par l\u2019évêque.Tous les arguments tirés de la raisôn et des faits s'unissent donc pour montrer que les écoles dites des pauvres doivent à bon droit être mises au nombre des institutions diocésaines et paroissiales.\u201d (Voir Acta et Decreta Corc, Balt.III.Appendix, p.223).39.b) Comme nous l\u2019avons vu plus haut, n.28, le IIIe Concile de Baltimore, n.202, veut que des droits dans la POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 161 direction des écoles paroissiales soient accordés aux fidèles ; en cela il ne fait qu\u2019interpréter le droit naturel et qu\u2019appliquer la doctrine que nous avons exposée plus haut.Au chap.IV du titre IX, traitant des conseillers et des marguilliers laïcs dans l\u2019administration des biens ecclésiastiques, il montre bien son grand désir que l\u2019évêque établisse ces aides, mais lui laisse, dans les cas particuliers, la décision de l\u2019exécution.On voit la différence entre les deux cas : ici liberté laissée à l\u2019évêque d\u2019établir la chose, là aucune liberté : ura concedantur \u2014 que des droits soient accordés.40.c) Rappelons-nous les paroles d\u2019un savant rapportées n.17: \u201c Si l\u2019école est fondée par l\u2019évêque avec son argent et qu\u2019il paie aussi lui seul les maîtres, il a le droit de forcer les enfants qui fréquentent cette école à apprendre l\u2019anglais et il peut ne pas faire enseigner le français.Mais, si l\u2019école est fondée et entretenue avec l\u2019argent des parents, l\u2019évêque n\u2019a aucun de ces droits.\u201d Ayons aussi devant les yeux divers passages cités plus haut, surtout ceux de Jansen ; ces passages montrent clairement que la doctrine de ces écrivains est que les droits des parents, \u2014 droits naturels qui leur appartiennent absolument de par la nature des choses, droits que l\u2019ordre surnaturel ne détruit pas, mais peut seulement élever, corroborer et perfectionner\u2014subsistent indubitablement dans toute leur intégrité et dans toute leur force dans toutes les écoles, excepté celles qui sans discussion appartiendraient tout à fait à l\u2019Eglise, à l\u2019Etat ou à des particuliers, pourvu toutefois que les parents soient, en principe et en règle générale, entièrement libres de ne pas y envoyer leurs enfants.II faut de toute nécessité admettre cette restriction ; sans cela nous arriverions à la contradiction suivante : les parents ayant d\u2019un côté des droits sur l\u2019éducation civile de leurs enfants, et de l\u2019autre ayant le devoir de les envoyer à une école où se donne peut-être une éducation civile contraire à leurs vues.Dans cette exception avec la restriction qui l\u2019accompagne ne peuvent nullement entrer les écoles paroissiales 162 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE des Etats-Unis et du Canada.En effet, I) on ne peut soutenir qu\u2019elles appartiennent tout à fait à l\u2019Eglise sans distinction ni limitation, vu qu\u2019elles furent fondées et sont entretenues par les fidèles aidés ou non par l\u2019Etat, et qu\u2019on ne peut pas prouver que les fidèles les aient données à l\u2019Eglise, et cela sans l\u2019adjonction au moins sous-entendue d\u2019une clause spéciale qui limite les droits de l\u2019Eglise ; 2) les parents ne sont pas libres de ne pas y envoyer leurs enfants, car, en général, il n\u2019y a pas d\u2019autres écoles, ou bien ce sont des écoles publiques protestantes ou neutres; et étant tenus de donner l\u2019éducation religieuse et civile à leurs enfants, les parents doivent nécessairement se servir des écoles paroissiales.Si Jansen avait eu a juger les écoles paroissiales des Franco-Américains aux Etats-Unis et au Canada, il les aurait sans doute regardées comme appartenant autant (pour ne pas dire plus) aux parents qu\u2019à l\u2019Eglise, et aurait déclaré que les parents y avaient indubitablement des droits relativement à l\u2019éducation civile de leurs enfants.Je vais rapporter un autre passage du même auteur.Uni à ceux qui furent déjà cités et compris dans leur lumière, il confirme les vérités que je viens d\u2019énoncer, vérités qui ont toujours été admises, au moins implicitement, par tout le monde et seuls certains assimilateurs semblent ne pas accepter ou au moins ne pas mettre en pratique.41.Voici donc comment parle Jansen, op.cit, p.II6 s.: \u201c 159.Conséquence.Puisque l\u2019école attire dans son sein les enfants de plusieurs familles dn même voisinage, 11 se fait naturellement que les pères de famille s\u2019associent à cet effet.Ce que l\u2019homme, en effet, ne peut réaliser, ou ce qu\u2019il obtient difficilement par ses forces individuelles, il cherche à l\u2019obtenir par une action commune avec ceux qui tendent au même but.Or.l\u2019école est un établissement de cette nature que les familles isolées sont généralement incapables d\u2019ériger, et qui devient plus florissant quand il est la chose commune de plusieurs familles (8).Donc, les parents qui sont voisins, se réuniront spontanément pour ériger, à frais communs, une école pour leurs enfants.Mais, POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 163 comme dans le régime d\u2019une école inférieure, la morale et la religion doivent dominer avant tout le reste, et être favorisées au-dessus de tout (12), l\u2019école ne peut être un bien commun que pour les familles professant une même religion.Il s\u2019ensuit que pour la fondation d\u2019une école, les parents qui appartiennent au même culte, peuvent seuls s\u2019associer; mais cette communauté n\u2019est autre que la pa- \u2018roisse ecclésiastique.La paroisse, en effet, si nous ne nous trompons pas, n\u2019est autre chose que la société secondaire des fidèles qui se réunissent pour motif de religion.La nature des choses exige donc évidemment que l\u2019école inférieure soit une institution paroissiale.D\u2019autant plus que le Curé a: de droit, sous sa garde, le régime de l\u2019école (111-114).Donc, bien que l\u2019école inférieure soit, de sa nature, une institution dépendante de la famille (156), néanmoins, à raison de la religion de l\u2019enfant, elle est considérée à juste titre comme une attribution de la paroisse, et ce n\u2019est qu\u2019alors qu\u2019elle cadre complètement avec l\u2019idée que nous en avons donnée (23).\u201c 160.Si les pères de famille d\u2019une même commune sont à peu près de la même condition, et d\u2019une manière de voir identique par rapport à la morale et à la religion, rien n\u2019empêche que le régime de {l\u2019école soit transféré à l\u2019autorité muncipale.Il appartient, en effet, au pouvoir municipal, (comme nous le verrons par après), de traiter les affaires qui, tout en se rapportant à l\u2019ordre domestique, ne peuvent être gérées par les chefs de famille, pris isolément.Mais, que l\u2019école soit paroissiale ou municipale, il est utile que les pères de famille soient appelés à choisir un conseil d'hommes, versés dans la science pédagogique.Cette commission, dans laquelle le Curé aura, de droit, la première place (II4), veillera avec prudence à ce que les intérêts moraux et matériels de l\u2019école soient sauvegardés.\u201d Nous voyons comment Jansen regarde l\u2019école comme dépendante des parents, et en même temps comme une institution paroissiale; de là on comprend comment par un raisonnement très simple il arriverait à la déduction 164 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE qu\u2019elle est presque une partie essentielle de la paroisse ; ce qui ne l\u2019empêche pas de proclamer les droits des parents.42.d) Les Canadiens-Français des Etats-Unis qui ont donné leur argent pour bâtir les écoles et le donnent encore pour payer les maîtres et les maîtresses, ne le donnent pas proprement comme une chose qu\u2019on donne à l\u2019Eglise, qu\u2019on consacre à Dieu ou aux saints dans un but purement religieux.Il font cela dans l\u2019intention d\u2019obtenir pour leurs enfants une éducation conforme à leurs droits et à leurs vues, c\u2019est-à-dire d\u2019accord avec l\u2019enseignement des écrivains cités, \u2014avec les prescriptions du IIIe Concile de Baltimore, qui reconnaît les droits des parents et des nationalités,.avec les usages de leur mére-patrie, le Canada.Je pourrais apporter divers passages d\u2019auteurs qui ont écrit sur les Franco-Américains, pour montrer comme ils ont tâcher d\u2019imiter ce qu\u2019ils avaient laissé au Canada.En voici quelques-uns : \u201cL\u2019Eglise catholique des Etats-Unis a reçu de tout temps une aide généreuse de la part des Canadiens-Fran- çais, car une de leurs préoccupations, quand ils émigrent, est de savoir s\u2019ils pourront, comme dans leur patrie d\u2019origine, pratiquer leur religion et procurer à leurs enfants une éducation chrétienne solide.Sans vouloir apporter avec eux, au-delà de la frontière, l\u2019organisation paroissiale et scolaire qui donne dans Québec de si heureux résultats, ils ont été les plus ardents à encourager toute organisation religieuse qui s\u2019en rapprochât.\u201d Par là s\u2019explique le grand nombre relatif de leurs écoles paroissiales, de leurs religieuses, de leurs hospices, de leurs paroisses et de leurs missions.(La Race Française en Amérique par MM.Desrosiers et Fournet, 1910, p.223).\u201c Pour l\u2019aider dans sa mission religieuse et patriotique, le prêtre a un auxiliaire précieux, le couvent.C\u2019est après l\u2019Eglise, ou, mieux encore, avec l\u2019Eglise, la citadelle qui gardera la religion et la langue des émigrés.Ainsi dès que la paroisse est organisée, le premier soin du pasteur et des paroissiens est-il de songer à l\u2019éducation des enfan ts POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 165 \u201c Il nous faut un couvent ou du moins une bonne école paroissiale française.\u201d \u201c Tout s\u2019est uni pour faire entrer cette idée profondément dans la tête et dans le cœur du Canadien : des écoles publiques hostiles à leur foi et à leur nationalité, les efforts des Américains pour s\u2019emparer des enfants et les angliciser, la guerre ouverte qu\u2019on leur a faite dans certains quartiers, tout cela, dis-je, a eu pour résultat, de faire inscrire en tête du programme national, la création de couvents ou d\u2019écoles de paroisse françaises.\u201c Les prêtres canadiens n\u2019ont pas rencontré, sur ce terrain, les obstacles qui, si souvent, ont entravé les efforts de leurs confrères de langue anglaise.\u201cEn Canada, les Canadiens accoutumés à payer pour l\u2019éducation de leurs enfants, ne trouve pas étrange qu\u2019on leur demande de l\u2019argent pour bâtir des couvents et les soutenir.\u201d (Les Canadiens-Français de la Nouvelle-Angleterre, par E.Hamon, S.J., 1891, p.IOI ss.) \u201c Malgré les charges pesantes qu\u2019entraîne la construction des églises et de presbytères, les Canadiens émigrés ont bâti, à l\u2019heure qu\u2019il est (1890), 50 couvents, la plupart fort beaux et d\u2019une valeur de I0,000, de 15,000 et même de 20,000 piastres.Plusieurs autres encore sont en voie de construction et seront ouverts prochainement.Là où le pasteur n\u2019a pu établir des religieuses canadiennes,\u2014elles ne peuvent suffire à toutes les demandes,\u2014on a du moins, à côté de l\u2019Eglise, l\u2019école paroissiale.\u201d (/bidem p.108).43.Or, cela établi, voici comme nous pouvons légitimement raisonner.Un très grand nombre de fidèles ont donné et donnent leur argent ayant plus ou moins devant l\u2019esprit les choses que nous venons d\u2019exposer ; ils n\u2019ont donné qu\u2019à la condition size qua non, ou, pour parler plus techniquement et suivant la méthode classique des moralistes, ils n\u2019ont donné qu\u2019avec l\u2019injonction de la clause, de l\u2019obligation conventionnelle, du modus, que leurs droits soient respectés et que leurs vues soient prises en considération.Les autres, et j'estime qu\u2019ils sont relativement peu nombreux, car dès le commencement de la grande émigra- CROROEI Ne. 166 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE tion des Canadiens-Francais aux Etats-Unis, on a disputé sur les questions des langues et des nationalités, comme on peut le voir dans l\u2019ouvrage du P.Hamon que nous venons de citer; les autres, dis-je, bien que n\u2019ayant pas expressément pensé à ces choses, avaient pourtant la même volonté que les premiers.En effet, donnant avec l\u2019intention générale d\u2019avoir des écoles qui leur seraient favorables et qui seraient selon les usages de la mère-patrie, ils excluaient suffisamment l\u2019intention de donner leur argent pour être employé comme le voudraient les assimilateurs.Ils étaient ainsi disposés qu\u2019ils n\u2019auraient pas donné leur argent, s\u2019ils avaient su qu\u2019il seraient employé contrairement à leurs désirs et à leurs droits; cette intention générale était certes prédominante en eux.De sorte qu\u2019il y a ici également'une condition size qua non, qui est supposé avoir existé et qui devait exister en vertu de la doctrine des écrivains cités, des prescriptions du Ille Concile de Baltimore et des usages du Canada.Mais, dira-t-on, cette condition n\u2019a pas été exprimée, ni même formulée dans l\u2019esprit.Cela ne crée pas une grande difficulté, car cette condition a existé très certainement dans la volonté du donateur qui n\u2019a pu penser et agir que selon les mœurs de son pays natal et les vues habituelles qu\u2019el!'es font naître.Elle a existé dans le fait public que ses compatriotes admettaient et proclamaient ces vues.Quel besoin y a-t-il d\u2019exprimer une condition sine qua non dans une donation, quel besoin même d\u2019y penser au moment où on la fait, si cette condition est publiquement dans les mœurs et les vues du peuple auquel appartient le donateur.Tout cela a absolument la même valeur si l\u2019on appelle la donation non pas conditionnelle, faite sous condition sine qua non, mais bien donation avec clause, avec obligation conventionnelle ou sd modo, 44.Il est nécessaire d\u2019exposer brièvement la nature de cette donation avec clause, avec obligation conventionnelle ou sub modo, Entendons Lehmkuhl, 7%eologia moralis, edit.IV: vol.I, n.1075 s., traitant des modifications du contrat qui se rapportent à la justice, s\u2019exprime comme suit: \u201c Le mode (ou POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 167 clause) se distingue de la condition en ce que de celle-ci dépendent l\u2019existence et la valeur du contrat; le mode, au contraire, suppose le contrat déjà valide, et y ajoute seulement une obligation nouvelle.\u201c L\u2019accomplissement du mode, quand le contrat en est grevé, devient une obligation de justice.Aussi peut-il arriver, si le mode n\u2019est pas exécuté, que le contrat devienne rescindible au gré de l\u2019autre partie, et même que cela ne suffise pas à la dédommager.\u201cUn autre mode encore à remarquer, c\u2019est celui qui est appelé \u201c sub causa\u201d; le mot causa, ici, est pris pour la fin en vue de laquelle un droit est concédé à quelqu\u2019un ou bien un don lui est fait.Ce qui arrive, par exemple, quand on fait une donation d\u2019une somme d\u2019argent, \u201c pour acheter des livres, pour jouer, pour tenir des chevaux etc\u2026 Ici, la fin s\u2019impose-t-elle réellement comme mode (clause, obligation conventionnelle), c\u2019est-à-dire, y a-t-il obligation d\u2019employer l\u2019argent reçu pour la fin désignée, ou bien n\u2019y a-t-il là qu\u2019une indication montrant que le donateur a voulu mettre le destinataire à même de faire la chose, s\u2019il le voulait] Tout cela doit être déduit des circonstances.Souvent, en effet, il n\u2019y a absolument aucune intention d\u2019obliger.Et même, le plus souvent, si le mode est assigné uniquement pour l\u2019utilité du donataire, il n\u2019y a pas lieu d\u2019admettre une obligation de l\u2019accomplir (à moins toutefois que le donazaire ne soit imprévoyant pour lui-même et que le donateur n\u2019ait voulu lui faire prendre sur ce point particulier une mesure de juste prévoyance).Mais si le mode imposé tourne au profit d\u2019un tiers ou de plusieurs, ou bien à l\u2019utilité générale, on reconnaît parfaitement l\u2019obligation de s\u2019y conformer, et cela au point que, si ce n\u2019est pas fait, la donation devient invalide, ou plus exactement il y a obligation de restituer le don.\u201d Gury, Zheologia moralis, vol.1, n.794, écrit: \u201cLe mode (la clause) est une modification ajoutée au contrat, qui, la plupart du temps, ne le suspend pas, mais ajoute quelque chose à charge ou en faveur de l\u2019un des contractants.\u201d Et pornos VERS TRE AN re wile el AR] 168 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE dans les Solutions il dit: \u2018\u201c Le mode doit é&tre observé en vertu de la justice, à moins qu\u2019il ne répugne à la substance du contrat.\u201d : Citons encore Busquet, Z\u201dResaurus Confessarii, ed.IV, 1909, n.396, IV : \u201c Le contrat su& modo (avec clause) vaut aussitôt qu\u2019il est fait; mais la partie contractante à laquelle le mode est imposé est tenue de le remplir.Une mode (une clause) contraire à la substance du contrat, s\u2019il revêt la nature d\u2019une condition, invalide le contrat; s\u2019il a pour objet une chose impossible ou déshonnête, il est regardé comme non avenu.\u201d 45.De tout cela il ressort que l\u2019on ne peut dire que l\u2019argent donné par les Canadiens-Français pour bâtir et entretenir leurs écoles a été donné simplement et sans clause, c\u2019est le contraire que l\u2019on doit dire ; il ressort aussi qu\u2019il y a obligation stricte d\u2019employer cet argent selon les vues et droits des donateurs.Les quatre considérations exposées aux nn.38-44 prouvent certes à l\u2019évidence que les écoles paroissiales des Canadiens-Français ne sont pas des biens ecclésiastiques dans le sens strict, et que les parents ont les droits que revendiquent pour eux les auteurs cités plus haut.Tout ce qui a été dit montre que l\u2019objection est destituée de toute valeur et que la doctrine établie auparavant reste parfaitement debout.Concluons : que chacun reconnaisse les droits des autres et les respecte: les gouvernants comme les gouvernés et les gouvernés comme les gouvernants: voila la première condition de l\u2019entente et de la paix.SECTION II.\u2014DE LA PART DES LAIQUES DANS L\u2019ADMINISTRATION DES BIENS ECCLESIASTIQUES CHAPITRE 1 46.Pour éviter toute confusion dans la présente matière et pour rendre bien clair tout ce qui sera dit, il est nécessaire de voir d\u2019abord si les laiques ont quelque participation dans la propriété des biens ecclésiastiques. POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 169 Quel est le propriétaire des biens ecclésiastiques ?Il s\u2019agit de la personne en qui réside le droit de propriété ou domaine direct (sublectum inhaesionts iuris dominii), et non du bénéficiaire qui retire des avantages de ces biens (subiectum wutilitatis).Il y a eu sur ce point bien des opinions diverses.D\u2019après certains auteurs le domaine direct des biens ecclésiastiques appartient à l\u2019Etat ; pour d\u2019autres, il appartient aux communautés paroissiales, c\u2019est-à- dire aux fidèles.Il y en a qui font le Pape sujet de ce domaine ; une autre opinion déclare que c\u2019est Dieu ou Jésus-Christ qui est ce sujet: pour d\u2019autres encore ce sont les pauvres.Les plus sages, à mon avis, distinguent entre les biens de l\u2019Eglise universelle et ceux des divers corps qui la composent.Aussi voyons-nous le savant Père X.Wernz S.J.(Jus Decretalium, 2e éd., Rome, 1908, tom.3, n.137 ss.) professer que l\u2019Eglise universelle ou le Siège Apostolique est le sujet des biens communs à tout le corps, et que les divers instituts et les corps ecclésiastiques particuliers, membres de l\u2019Eglise universelle, sont eux-mêmes, d\u2019après le droit commun, non seulement bénéficiaires (subiectum utilitatis, dominii utilis sive usus etusufructus), mais aussi vrais sujets du domaine direct des biens qui leur sont affectés, toutefois sous la subordination au Souverain Pontife.Pour prouver cette dernière partie de sa doctrine il apporte, entre autres, le témoignage du Card.D\u2019Anni- bale: \u201cLa propriété de tels biens réside dans les personnes morales elles-mêmes ; l\u2019administration, dans leurs recteurs.\u201d 47.Il est utile de dire quelque chose en plus touchant ce point.Ecoutons Duballet, 77aité des choses ecclésiastiques, Paris, 1902, nn.851-854 : \u201c Le domaine des biens ecclésiastiques appartient indubitablement à l\u2019Eglise.Mais qui dans l'Eglise, est réellement propriétaire de ces biens ?\u201cIl y a ici désaccord complet parmi les auteurs.\u201c Quelques-uns, notamment Schmalzgrueber, croient pouvoir distinguer un double domaine : le dominium par- ticulare et le dominium wuniversale, D\u2019après eux, le premier revient à la communauté, collège séculier ou régulier ; le 170 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE second appartient exclusivement au chef suprême de l\u2019Eglise, c\u2019est-à-dire au pape.\u201c Distinguit inter dominium partisulare seu, quod eodem reddit, partis alicuius bonorum ecclesiasticorum et dominium æniversale scilicet in omnia ecclesiarum et monasteriorum bona.Ad dominium parti- culare quod attinet dicit communem esse sententiam illud esse penes ecclesias insas, collegia, capitula clericorum ; aut si haec desint penes communitatem fidelium ad eccle- siam spectatium si ecclesia sit saecularis, si vero regularis penes monasteria si illa sint capaces dominii.\u201cQuod vero attinet ad dominium æriversale, hoc univer- \u201c\u201csalis Ecclesia habet.\u201d \u201c\u201c852.\u2014Chez les auteurs récents, on trouve trois opinions \u201c différentes : Un premier sentiment, rejetant comme pro- \u201c priétaire tout homme privé et social, regarde Diezx seul \u201c comme sujet du domaine de l\u2019Eglise\u2026 \u201c 853.\u2014 D\u2019autres canonistes, en assez grand nombre, \u201c prétendent que le pape seul est propriétaire du domaine \u201cecclésiastique.\u201c 854.\u2014La troisiéme opinion regarde comme propriétaire \u201c des biens d\u2019Eglise l\u2019institut, l\u2019établissement, l\u2019église par- \u201c ticulière, etc, auquel ces biens ont été assignés par les \u201c donateurs.\u201c Les textes des Décrétales et des Conciles, disent les partisans de cette opinion, lui sont favorables : l\u2019intention et le sentiment intime des fidèlés qui assignent à leurs dons une destination spéciale en faveur de tel ou tel établissement, de telle ou telle œuvre de bienfaisauce, l\u2019établissent; l\u2019acception des églises particulières qui agissent en leur nom propre et qui se regardent réellement comme propriétaires, le confirment.Enfin, dit-on, cette opinion réserve tous les droits du Saint-Siège.Si, en effet, elle ne regarde point le chef de l\u2019Eglise comme propriétaire réel des biens de tel ou tel institut particulier, elle lui reconnaît sur tous ces biens sans aucune exception un haut domaine, altuim dominium, en vertu duquel il peut, non pas à son gré, capricieusement et sans raison plausible, mais sous l'empire d\u2019une grande utilité, disposer de la propriété ecclé- \u20ac + + POUR AIDEK A LA SOLUTION DE QUESTION 171 siastique, la restreindre, l\u2019aliéner aussi bien pour le domaine direct que pour le domaine utile.\u201d Au n.855 l\u2019auteur dit que ces divergences d\u2019opinion sont plus apparentes que réelles.48.Le lecteur aura déjà observé que cette matière est bien obscure.Qu\u2019est-ce par ex.que cette £glise universelle comme sujet du domaine des biens ecclésiastiques communs a tout le corps: est-ce toute la société chrétienne composée du Pape, des évéques, des prétres et des laics, ou bien les premiers à l\u2019exclusion des laïcs, auxquels plusieurs écrivains refusent toute part dans la propriété des biens ecclésiastiques ?Et qu\u2019entend D\u2019Annibale par les personnes morales ?Est-ce, quant aux paroisses, l\u2019ensemble des fidèles avec leur curé?Ce que je vais dire apportera, j'espère, quelque lumière, sans peut-être dissiper toutes les ténèbres.On distingue sous le rapport juridique des personnes physiques et les personnes morales.Les personnes physiques sont constituées par les hommes.Il y a bien des opinions et des disputes sur la nature, le sujet d\u2019inhérence et l\u2019extension des attributions de la personnalité morale.Je prends ce qui suit surtout dans le docte et profond Père Vermeersch S.1, Quaestiones de iustitia, ed.2, 1904, qu.XIV, n.532 : \u201c Jusque très récemment la plupart des juristes rete- na'ent que la personne morale est créée par une fiction de droit et n\u2019est qu\u2019un être imaginaire auquel pourtant on attribue des droits à juste titre.De nos jours pour beaucoup de juristes c\u2019est quelque chose de réel, d\u2019inhérent à la communauté.Plusieurs théologiens et canonistes, suivant comme une voie moyenne, distinguent les personnes morales vraies (verae) et les fictives ( fictae).Les premières sont l\u2019Etat et l'Eglise avec les communautés qui en dépendent naturellement comme la province, la commune, le diocèse, la paroisse ; les secondes sont les associations privées formées pour une cause de gain et quelques autres institutions qui doivent leur existence seulement à une disposition de la loi.\u2019Traitant des personnes morales vraies, oop CUBANA CARE I AT NS: CNE geld 38 Li A EM Ed SET SE A UN LR TT 172 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE ils disent qu\u2019en tant que sujets juridiques elles sont, par abstraction, distinctes des membres de la communauté, même pris collectivement.\u201cIl y a, dit le P.Vermeersch, une quatriême opinion ; elle regarde la personne morale comme n\u2019étant qu\u2019une création de l\u2019esprit, destituée de toute efficacité juridique, mais pouvant aider l\u2019intelligence des choses et à l\u2019expression des idées.Cette persuasion s\u2019est déjà beaucoup répandue en Allemagne, et a trouvé en France et en Belgique des défenseurs distingués.\u201d 49.Les tenants de cette quatrième opinion varient dans la détermination du sujet de la propriété des biens de la communauté et peuvent se grouper en trois classes.Voici comment le P.Vermeersch parle de la troisième et dernière des classes : \u2018\u201c D\u2019autres enfin, suivant le grand juriste Ihering, attribuent tous les biens et droits aux membres même de la communaut*.Cette opinion a été récemment établie et défendue en France par le professeur de Va- reilles Sommières au moyen d\u2019arguments très solides; et elle est pour nous, dans sa substance, plus probable et plus conforme à l\u2019antiquité.\u201d Ensuite le P.Termeersch, op.c., n.534 ss\u2026 énonce et démontre la thèse suivante: \u2018Bien qu\u2019on puisse accorder la \u201c distinction de personne physique et de personne morale \u201c à l\u2019usage reçu et à la commodité du langage; en réalité pourtant il n\u2019y a dans une société d'hommes aucun sujet \u201c des droits en dehors des personnes physiques; mais tous \u201cles biens et droits de toute communauté sont biens et \u2018\u201c droits de ses membres, possédés néanmoins non séparé- \u2018ment mais en commun.\u201d \u2018 (A suwre) Paris.\u2014 Chronique Théatrale (Fever Théâtre Sarah-Berhardt.\u2014Servir, Drame de M, Henri Lavedan, Pièce d\u2019où se dégage un sentiment de haute moralité et qui montre\u2019 de la part d\u2019un officier un sacrifice, un don total à la patrie.Celui-ci se trouve en opposition avec un antimilitariste, son fils, qui, lui aussi, est officier.Cette situation tragique a son dénouement le jour de la déclaration de guerre qui provoque la réconciliation du père et du fils.On a fait une ovation à l\u2019auteur qui a trouvé un interprète incomparable en M.Guitry ; Mlle Gilda Darthy y a développé un vrai talent de tragédienne.Cette pièce était accompagnée d\u2019un acte du même auteur \u2018La Chienne du Roi\u2019\u2019 où Mme Jane Hading et M.André Calmette se sont fait applaudir.Théâtre Français.\u2014L\u2019Æmbuscade.Drame en 4 actes de M.Henry Kistemaeckers.M.Henry Kistemaeckers met en opposition dans des situations tragiques un fils naturel de la mère avec le père.Après avoir été son collaborateur dans l\u2019usine, le fils devient l\u2019ennemi du père, se met à la tête des ouvriers en grève et finalement provoque la destruction de l\u2019usine.C\u2019est dans les décombres de l\u2019usine qu\u2019a lieu le dénouement par une réconciliation générale.Cette pièce trouvera près du public un grand succès surtout avec des interprètes tels que M.de Féraudy et Mlle Berthe Cerny.Théâtre du Gymnase.\u2014Za Demoiselle de Magasin de MM.Ponson et Wicheler.Pièce sans prétention, a remporté un joli succès mérité, Les rôles principaux sont bien rendus par MM.Jacques et Duquesne et Mlle Jane Delmar, Théatre du Chatelet.\u2014Le Champion de l\u2019Air.Pièce a grand spectacle, C\u2019est certainement un des meilleurs spec- 174 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE tacles que le Châtelet nous ait donné depuis longtemps.On assiste après une explosion de chaudière à toutes les péripéties émouvantes du navire qui s\u2019enfonce peu à peu dans l\u2019abîme, et, pour terminer, l\u2019atterrissage sur la scène d\u2019un véritable aéroplane, Nouveau Cirque.\u2014Changement de spectacle avec les Fre- diani, la troupe Binder, etc, que tout le monde voudra applaudir, Gaité Lyrique.\u2014 Carmosine d\u2019Alfred de Musset, adaptation de MM.Henri Cain et Louis Payen, partition de M.Henri Cain et Louis Payen, partition de M.Henry Février.La bonne adaptation ainsi que la partition réellement personnelle ont fait applaudir cette comédie lyrique Mmes Lam- ber-Wuillaume et Fierens ainsi que M.Fugère sans oublier M.Amalou avec son orchestre ont contribué au succès. HREMEREOG A Ms AEC sor Index des Attractions Parisiennes LES THEATRES.Opéra.\u2014 Place de l\u2019Opéra.Comédie Française.\u2014Place du Théâtre Français, Opéra Comique.\u2014Rues Favart et Marivaux, Odéon.\u2014 Place de l\u2019Odéon, Gaité Lyrique.\u2014 Square des Arts et Métiers, Comédie Marigny.\u2014 Champs Flysées, Porte St-Martin.\u2014 Boulevard St-Martin.Renaissance.\u2014 Boulevard St-Martin, Variétés.\u2014 Boulevard Montmartre.Vaudeville.- Boulevard des Capucines, Sarah-Bernhardt.\u2014Place du Chatelet.Trianon Lyrique.\u2014Boulevard Rochechouart, Théatre Antoine.\u2014Boulevard de Strasbourg, Gymnase.\u2014Boulevard Bonne, Nouvelle, Théâtre Réjane.\u2014Rue Blanche, Palais-Royal.\u2014Rue Montpensier, Ambigu.\u2014 Boulevard St-Martin.Grand Guignol.\u2014Rue Chaptal, Comédie Royale.\u2014Rue Caumartin.Athénée.\u2014Rue Boudreau, Châtelet.\u2014 Place du Châtelet.Bouffes Parisiens, \u2014Rue Monsigny.Théâtre Apollo.\u2014Rue de Clichy.Folies Dramatiques.\u2014Rue de Bondy, Théâtre du Château d\u2019Eau.\u2014Rue du Château d\u2019Eau, Théâtre Impérial.\u2014 Avenue des Ch.Elysées, Nouveau Théâtre.\u2014 Rue Fontaine, Théâtre des Capucines.\u2014 Boulevard des Capucines, Théâtre Cluny.\u2014 Boulevard St-Germain.Théâtre Déjazet.\u2014 Boulevard du Temple, Théâtre Femina.\u2014Avenue des Ch.Elysées, 176 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE MUSIC HALLS ET CONCERTS.Boite a Fursy.\u2014Rue Pigalle.Folies Bergeres.\u2014Rue Richer.La Cigale.\u2014Boulevard Rochechouart.Olympia.\u2014Boulevard des Capucines.La Scala.\u2014 Boulevard de Strasbourg.CIRQUES.Nouveau Cirque.\u2014Rue St-Honoré.Pour répondre au désir d\u2019un certain nombre d\u2019abonnés, nous établissons une EDITION DE LUXE sur beau papier sur-glacé.Hors la force et la qualité du papier, il n\u2019y aura aucune difference entre l\u2019édition de luxe et l\u2019édition ordinaire.Cette dernière garde toute sa valeur.Le prix de cette édition de luxe est fixé a $3.00 ou 15 frs. Bibliographie Pour paraître en avril 1918.\u2014LFE MANOIR MYSTIERIEUX (ou les Victimes de l\u2019Ambition).\u2014 Roman historique canadien palpitant d'intérêt, de FREDERIC HOUDE.\u20141847-1884.Dans quelques semaines, la littérature canadienne s\u2019enrichira d\u2019une œuvre nouvelle par la publication du roman de Frédéric Houde, le Manoir Mystérieux, resté depuis trente ans, par suite de la mort prématurée de son auteur, perdu dans les bas de colonnes du Nouveœu- Monde, de Montréal, et du Foyer-Canadien, de Worcester, deux journaux dont Frédéric Houde était éditeur-propriétaire.Ce patriote, dont les Canadiens des Etats-Unis gardent un souvenir impérissable et qu\u2019ils ne peuvent séparer de Ferdinand Gagnon, son associé, a laissé au Canada la réputation d\u2019un écrivain vigoureux, d\u2019un polémiste redoutable d\u2019un lutteur infatigable, d\u2019un patriote éclairé, plein d\u2019honneur et d\u2019indépendance.Il mourut à 37 ans, laissant un roman canadien dont le héros est l\u2019intendant Gilles Hocquart et dont toute l'intrigue se déroule entre Louiseville, Trois-Rivières et Québec, dans une succession d\u2019incidents qui amènent le dénouement fatal et le châtiment des ambitieux, qui ont tout sacrifié pour parvenir : honneur, amour et patrie.Il n\u2019est rien de touchant comme le martyre de cette admirable et noble Joséphine Pezard de la Touche, que l\u2019ambition d\u2019un mari condamné à la folie et conduit à la mort.Le doigt de Dieu était là pour punir Hocquart et son mauvais génie Dénéchau.- C\u2019est ce roman, digne de prendre place dans notre littérature, que M.Casimir Hébert, un bibliophile et un littérateur dont le zèle \u2018pour les choses canadiennes est bien connu, vient d\u2019exhumer des vieux journaux, et pour lequel il a écrit une préface donnant une intéressante biographie de l\u2019auteur.M.Casimir Hébert, que nous connaissons comme libraire et comme linguiste, y laisse des preuves non équivoques de son érudition.Le prix du livre sera populaire.Un beau volume in-12 d\u2019environ 250 ., sur un bon i portraits de Frédéric Houde et de Dintendant Hocquart.On papler, avec En attendant qu\u2019il soit en vente chez tous les libraires du Canada et des Etats-Unis, on pourra commander un ordre par l\u2019entremise de la REVUE FRANCO-AMERICAINE, 2469, Case postale, Montréal.50 cents l\u2019exemplaire, $5.00 la douzaine.* * * DELEGUES CANADIENS-FRANCAIS EN ANGLETERRE.\u2014Depuis a passion du pays à l\u2019Angleterre jusqu\u2019à la Confédération [1763 à - Le chevalier de Léry.\u2014Le chevaller Charest.\u2014M.1\u2019 golfier.\u2014Mgr Briand.\u2014L\u2019honorable Chartier de Lotbinière ont: rable Frs, Baby.\u2014M.Pierre DuCalvet, seigneur de Chambly NM.Adhémar et Delisle.\u2014Mgr Plessis.\u2014Mgr Lartigue.\u2014Les honorables I, J.Papineau, D.B.Viger, Aug.Cuvillier, A.N.Morin, M.Vital Tétu Les honorables Sir Geo.Cartier, Sir Et.Pascal Taché Sir Hector Lan- gevin, Ulric Tessier, Victor Sicotte, M.l\u2019abbé Casault.an Brochure de 246 pages.Prix : $1.00 'exemplaire.Envoi sur réception du prix par mandat-poste.S\u2019 Yq teur, Georges Bellerive, avocat, Québec.adresser à l\u2019au \u2014\u2014 AVIS =\u2014/\u2014\u2014\u2014 Nous annoncions, dans le dernier numéro de la \u201c Revue\u201d, le catalogue des \u201cGrands Magasins du Louvre\u201d, de Paris, Quelques-uns de nos abonnés ont cru que nous avions ces catalogues en mains, pour distribution, et nous en ont fait la demande.D\u2019après entente, nous ne faisons que transmettre ces demandes à Paris.Si nos amis préféraient s\u2019adresser directement à Paris, voici l\u2019adresse: MM.les Directeurs, Grands Magasins du Louvre, Paris, France.Toutefois, nous leur conseillons de se réclamer de la \u2018\u2018 Revue Franco-Américaine.\u2019\u2019 A cet effet nous publions, la liste des Catalogues : fascicules, catalogues spéciaux et planches de cette importante maison, la plus importante du monde entier.Ainsi l\u2019on aura qu\u2019à spécifier et l\u2019on sera servi à souhait.> 4 Grands Magasins du Louvre PARIS Indépendamment des Catalogues des saisons, qui sont adressés à toute la clientèle, les Grands Magasins du Louvre envoient franco sur demande les fascicules et planches suivants : CATALOGUES FascicuLE No 1 Toiles.Linge de table.Blanc de coton.Mouchoirs- Trousseaux.Layettes, Lingerie.Corsets.FascicuLE No 2 Mercerie.Fournitures pour modes.Machines à coudre.Ouvrages de Dames.FascicuLE NO 3 Ameublements.Tapisserie.Ebénisterie.Sièges.Glaces.Vitraux.Billards.Pianos.Meublesen pitchpin.Petits meubles de fantaisie.Meubles pour cuisines.FascicuLE No 4 Literie.Couvertures.Edredons.Couvre-lits.Couvre- pieds.Garnitures de foyer.Toilettes.Chaises et fauteuils cannés et paillés.FascICULE No 5 Rideaux blancs.Stores.Brise-bise.Couvre-Lits.FASCICULE NO 6 Ustensiles de ménage.Articles de cave, de cuisine, de jardinage.Hydrothérapie.Cages.Vannerie.Brosserie de ménage.FAsCICULE No 7 Photographie.Peinture.Gravures et tableaux.Encadrements.Instruments de musique.Phonographes et Gramophones et accessoires.FascicuLE No 8 Selierie.Harnachement.Voitures.Articles d\u2019écurie.FasciCULE NO 9 Bonneterie pour dames, hommes et enfants.Chemises pour hommes et garcounets.Bretelles.CATALOGUE Rideaux confectionnés.Panneaux.Tapis de table.SPÉCIAL Ornements.Embrasses.Meubles en bois blanc à peindre et à pyrograver.Porcelaine.Cristaux.Garnitures de Toilettes Orfé- vrerie.Coutellerie. CATALOGUE Sport.Bicyclettes et accessoires.Voitures et char SPECIAL rettes pour enfants.Voitures pour malades.Jeux de plein air.Jouets et jeux.Tentes.Parasols, Campements.Eclairage.Electricité.Lustres.klambeaux.Abat- jour.Maroquinerie.Cadres et albums.Marpueterie.Articles de fumeurs.Sacs.Ceintures de dames.Jarretelles.Papeterie.Librairie.Objets de piété.Kven- tails.Optique.Bijouterie.Or.Argent.Deuil.Montres et chaines\u2018 Parfumerie.Brosserie.Accessoires de toilette.Vêtements pour hommes et jeuues gens.Articles pour hommes.Vêtements et articles pour ecclésiastiques.Ornements d\u2019église.Fourrures.Manchons, Boas.Etoles.Chanceliéres.Parapluies.Ombrelles.Cannes.En-cas.Rubans.Chapeaux non garnis.Fleurs et plumes.Ceintures.Fichus.Echarpes haute nouveauté.Boas de plumes.Cravaies et fantaisies pour dames.Vêtements et Articles de 1ère Communion.Objets religieux.Vêtements et Articles de Deuil.Articles de voyage.Automobile.Escrime.Articles de pêche.Armes et munitions, Vêtements et accessoires pour la chasse.Articles pour Œuvres de Bienfaisance.Caves et Comestibles du Terminus Hotel.Meubles de jardin en osier, en fer et bois.Gants, de peau.de tissus.Modes.Chapeaux pour dames et enfants.Chaussures, dames, hommes et enfants.Corsets et Ceintures.Layettes.Vêtements pour bébés, Hygiène.Orthopédie, Pansement, Alfin octobre et à fin mars est édité l\u2019Ailbum spécial des dernières nouveautés parues en Modes, Costumes, Manteaux, Confectlons; pour dames, Jupons, Vêtements d.onfants, Lingerie et Fichus.PLANCHES Argenterie.Articles de bains de mer, de la Chine et du Japon, terres cuites.Broderies blanches Broderies Madère.Bronzes d\u2019art et Garnitures de cheminée, Chapeaux pour hommes.Cravates.Confections pour dames.Costumes pour dames.Couronnes mortuaires.Dentelles blanches.Dentelles Chantilly guipure, et laizes noires.Dentelles de fil.Dentelles plissées par pièces.Dentelles de laine et Mantilles.Denteiles Ruches et Balayeuses.Dentelles tulle perlé et Robes dentelle.Dentelles crêpe brodé et Voilettes.Embrasses et accessoires.Fleurs d\u2019appartement.Fournitures pour modes.Glaces d\u2019appartement.Jupes et Jupons.Lingerie fantaisie et deuil.Manteaux de voyage.Meubles en pitchpin.Meubles de cuisine et de bureau.Orfèvrerie.Passementerie, Broderies et Agréments.Passementerie, Garnitures et Boutons, Passementerie, Tresses et Gallons, Peignoirs Robes d\u2019intérieur.Petits meubles fantaisie.Toilettes de mariées Tricot et Fichus de laine.Trousseaux.Vêtements pour automobile et voyage.Vêtements pour fillettes, Vêtements pour garconnets, Vannerie. | SI VOUS PARTEZ POUR L'EUROPE Votre intérêt est de venir nous voir.POURQUOI?.10, Parce que toutes les questions embarrassant les voyageurs sont réglées par nous, 20.Parce que notre longue expérience permet de donner des conseils et renseignements précis.do.Parce que les meilleures cabines sont retenues aux conditions les plus avantageuses.do.Parce que nous représentons toutes les compagnies de navigation faisant le service entre les ports du Canada, des Etats-Unis, d\u2019Europe, etc.5o.Parce que les Compagnies ont tout intérêt à satisfaire nos clients.HONE & RIVET, \u201c°\"DE voraue 9, Boulevard St-Laurent, Montreal.Entre les rues St-Jacques et Notre-Dame.TEL.MAIN 2605-4097 31 rue Buade, vis-à-vis la Basilique, Québec.Paraîtra dans le prochain numéro VIEUX DOCUMENTS IL Empire Britannique et ses Colonies Examen du Docteur Benjamin Franklin devant la Chambre des Communes sur le rappel de l\u2019Acte du Timbre, en 1776.Extrait de la \u201c Correspondance de Benjamin Franklin,\u201d traduite de l\u2019anglais et annotée par Édouard Laboulaye, de l\u2019Institut de France et des Sociétés historiques de New-York et de Massachusetts, Paris, 1866. RESEAU DE CHEMIN DE FER DU GRAND TRONC HORAIRE DES TRAINS PASSAGERS QUITTANT LA GARE BONAVENTURE JUSQU\u2019A NOUVEL ORDRE.7.16 A.M.\u2014Pour Richmond et gares intermédiaires.a 7.26 A.M.\u2014Pour Laprairie, Hemmingford, Ste-Martine, Howick, Ormstown, Huntingdon, Fort Covington et Massena Springs.x 8.00 A.M.\u2014Pour Richmond, Sherbrooke, Portland; tous les jours, dimanche excepté, pour Lévis (Québec.) x 8.16 A.M.\u2014Pour Ste-Anne, Coteau Jct., Ottawa et gares intermédiaires.a 9.30 A.M.\u2014Pour Coteau Jct., Alexandria, Ottawa et le Parc Algonquin.x 8.31 A.M.\u2014Pour St-Jean, St-Albans, Burlington, Springfield, New-York via V.C.rR\u2019 y.x 8.45 A.M.\u2014Pour St-Jean, Rouses Point, Plattsburg, Troy, Albany et New-York- via Cie D.& Ha 8.50 A.M.\u2014Pour Chambly, Marieville, Farnham et Waterloo.x 9.00 A.M.\u2014\u201cInternational Limitée\u2019\u201d pour Cornwall, Brockville, Kingston, Toronto, Hamilton, Chutes Niagara, Buffalo, Détroit, Chicago et tous les points à l\u2019Ouest.x 9.40 A.M.\u2014Pour Vaudreuil, Cornwall, Preseott, Brockville, Kingston, Belleviile, Toronto et gares intermédiaires.a 1.35 P.M.\u2014Pour St-Jean, Iberville, St-Albans, Burlington, White River Jct.et gares intermédiaires.a 3.00 P.M.\u2014Pour St-Jean, Rouses Point Plattsburg, Troy, Albany et New-York.via Cie.D.& Ha 3.55 P.M.\u2014Pour Ste-Anne, Coteau Jct., Valleyfield, Alexandria, Ottawa.a 4.16 P.M.\u2014Four St-Hyacinthe, Richmond, Lévis (Québec), Sherbrooke et Island ond.4.20 P.M.\u2014Pour Vaudreuil, Valleyfield, Cornwall, Brockville et garesintermédiai- a res.i a 4.40 P.M.\u2014Pour Laprairle, Hemmingford, Ste-Martine Jct., Howick, Ormstown, \u2018 Huntingdon, Fort Covington et Massena Springs.! a 4.50 P.M.\u2014Pour St-Jean, Rouses Point et gares intermédiaires.| a 4.55 P.M.\u2014Pour Chambly, Marieville, Farnham, Frelighsburg, Granby et Wa- ; terloo.| a 5.15 P.M.\u2014Pour Ste-Anne, Vaudreuil et gares intermédiaires.i a 5.20 P.M.\u2014Pour St-Hyacinthe et gares intermédiaires.1 a 5.30 P.M.\u2014Pour St-Jean, Iberville, St-Albans et gares intermédiaires.a 6.25 P.M.\u2014Pour St-Lambert, Chambly, Marieville et St-Césaire.' x 7.25 P.M.\u2014Pour St-Jean, Rouses Point, Plattsburg, Troy, Albany et New-York, | via Cie D.H, | x 7.30 P.M.\u2014Pour Cornwall, Brockville, Kingston.Belleville et Toronto.; x 8.00 P.M.\u2014Pour Coteau Jct., Alexandria, Ottawa.i x 8.10 P.M.\u2014Pour St-Jean, Rouses Point, Plattsburg, Troy, Albany et New-York, via Cie D & H.x 8.15 P.M.\u2014Pour St-Hyacinthe, Richmond, Lévis, (Québec), Sherbrooke, Island Pond et Portland.x 8.30 P.M.\u2014Pour St-Jean, St-Albans, Burlington, Springfield, Boston et New-Ycrk, via V.C.R\u2019y.x 10.30 P.M.\u2014Pour Brockville,Kingston, Toronto,Hamilton, Niagara Falls, Buffalo, London, Detroit, Chicago et tous les points à l\u2019Ouest.x : Tous les jours.a : Tous les jours, dimanche excepté.Pourbillets, taux, mappes, indicateurs, wagons-lits, et toute autre information s\u2019adresser au bureau de la compagnie, 122, rue St-Jacques, Tél.Main 6905 où à la gare Bonaventure, Tel Main 477 9.tig CARTES PROFESSIONNELLES AD.ARCHAMBAULT EUG.L.JALBERT ARCHAMBAULT & JALBERT Avocats et Notaires pour les Etats de Rhode-Island et Massachusetts, et Commissaires pour la légalisation des Actes pour le Canada.Chambre 10, Longley Building, WOONSOCKET, R.I.Tel.233-R LAURENT MOISAN 552020 mass oce wwsonscemn on LO.LABRECQUE & Cie MARBRE ARTIFICIEL AGENTS POUR LE 946-950 Rue St-Valier, Québec.CHARBON Manteaux de Cheminées, Comptoirs, Colonnes, Colonnettes, Chemins de Croix haut relief, Tables de Commu- DIAMANT nion, Piédestaux, Monuments pour Cimetière, Tablettes Commémoratives Autels complets d\u2019après plans.\u2019 NOIR Les Dessins, Modeles, Modelage et Sculpture sur Bois et Coulage en Plâtre recevront une attention toute spéciale.Ww EXECUTION PROMPTE A DES PRIX TRES BAS 141 Rue olfe Une visite est respectueusement sollicitée.Ter.3251 MONTREAL Fonderie de Cloches BIRON ARMAND BLANCHET Ingénieur des Arts et Manufactures 237, rue St-Martin, Paris.Pour éviter les intermédiaires, qui prennent 25% de commission, au moins, pourquoi ne pas transiger directement avec la Fonderie pour vos Cloches Monumentales, Cloches pour Eglises, Chapelles, Beffrois, etc.Réclamez-vous de la Revue Franco-Américaine, et vous vous en trouverez bien. 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