La revue franco-américaine, 1 mars 1913, Cahier 1
[" Tome X\u2014No 5 Mars 1913 Publié en juin 1913.~~ LaRevue Franco-Américaine Fublication mensuelle illustrée SOMMAIRE: PAGES Dr.ED.IMBEAUX \u2014Le Cendres de Jeanne D\u2019Arc (poésie) 37% J.L.K.LAFLAMME Cartier et son temps, (conférence) .378 T.de MONTIGNY \u2014Colonies Militaires .\u2026.PS 403 Les écoles bilingues au Canada.406 MAX.de NANSOUTY \u2014Pauvres Acadiens.407 BIBLIOPHILE \u2014Notes Bibliographiques.408 PASCAL POIRIER \u2014Origine des Acadiens (suite).409 E.AGOSTINI \u2014Le Canada vu par un Francais de France (suite) .420 XXX \u2014Pour aider a la solution des questions qui s'agitent aux Etats-Unis et au Canada (suite).436 L'EMPIRE BRITANNIQUE ET SES COLONIES.\u2014Examen du Docteur Benjamin Franklin devant la Chambre des Communes, sur le rappel de l'acte du timbre, en 1766 (suite et fin).447 PRIX DU NUMÉRO: 20e.(1 franc).PRIX DE L\u2019ABONNEMENT : $2.00 PAR ANNEE (10 frs.) MONTREAL SOCIETE DE LA REVUE FRANCO AMERICAINE MCMXIII mensuelle illustrée, est pa LA REVUE FRANCO-AMERIGAINE, Sécétent is ve coeur ) zaine de chaque mois.L'abonnement est de deux piastres (82.00) par année.Toujours faire tomber le renouvellement pour le ler mai.L'abonnement, invariablement payable d\u2019avance, devra être fait par billet de banque [lettre recommandée], par mandat de poste ou d'express, par chèque payable à l\u2019ordre de la Revue Franco-Améri- eaine et au pair à Montréa ou par bon postal.Quand on se sert de son chèque personnel, ajouter 15 eents pour l\u2019échange.\u2026.Pour changement d'adresse, mentionner l\u2019ancienne, écrire bien lisib'ement ta nouvelle, et joindre 10 cents en timbres-poste.Taux d'annonees: 20 cents par ligne agate.Pour eontrats d'annonces, sadresser à: LA REVUE FRANCO-AMERICAINE, 2469 case postale, Montréal.ENVOI DE NUMEROS ECHANTILLONS DE LA Revue Franco-Américaine Quelques amis nous ont fourni une liste de personnes susceptibles de s\u2019intéresser et de s'abonner à LA REVUE FRANCO-AMERICAINE.C\u2019est ce qui explique l\u2019envoi du présent numéro.Lisez-le et faites-le lire à vos amis, et ensuite adressez-nous votre bulletin de souscription et le prix d\u2019abonnement.LA REVUE FRANCO-AMERICAINE, Case Postale 2469 MONTREAL.M.ALBERT FRIBOURG, Correspondant pour la France de la Revue Franco-Americaine 14, rue DAMREMONT, PARIS le mul i Bf min dl, WE IR omit oii.pre.To.4 mai 1913.Les cendres de Jeanne d'Arc (Ecrit pour la Revue) \u201c Sainte, sainte, trois fois sainte !\u2014Ouvrez le tombeau, Rompez les os sacrés, partagez les reliques, Enchâssez-les dans l\u2019or au fond des basiliques, Et que veille alentour un éternel flambeau ! \u2018 Allez ! \u201d \u2014Rome a parlé.E \u2014 Mais ici nul lambeau È 0 i\u201d De ton corps virginal aux pudeurs angéliques, De ton coeur de guerrière aux vertus héroiques, O Jeanne, n\u2019est resté ! Va, ton sort est plus beau : Car Dieu même a voulu que ta cendre féconde, Par la Seine portée à l'immense Océan, S\u2019éparpille avec lui jusqu'aux confins du monde, Afin qu\u2019ainsi brassée aux chocs du flot géant, Cette semence sainte en la terre pétrie, Partout fasse germer l'amour de la patrie ! ; Dr Ed.Imbeaux. EE ro OEE OOO OEE TOUSEN Cartier et son temps Conférence donnée, le 18 mai 1913, devant une réunion publique tenue à l'Université Laval, Québec, sous la présidence de sir A.B.Routhier, et sous les auspices du Comité du Centenaire Cartier.Le dernier témoignage public d\u2019admiration rendu à Cartier, de son vivant, lui a été rendu par les citoyens de Québec, le 28 septembre 1872.L\u2019illustre homme d\u2019Ktat s\u2019embarquait pour l\u2019Angleterre, où il comptait, vainement hélas ! refaire sa santé brisée par vingt-cinq années d'efforts et de lutte.Une délégation de citoyens, conduite par le maire de la ville, et dont vous étiez, M.le Président, lui présenta une adresse couverte de plus de 1500 signatures, \u201c\u201c Durant une longue et heureuse carrière publique, disait l\u2019adresse, vous avez donné les preuves les plus éclatantes de votre dévouement à votre pays.Depuis longtemps votre nom a été associé à toutes les grandes entreprises publiques, à toutes les phases de la politique canadienne.Si les passions politiques se sont quelquefois acharnées avec violence contre vous, elles ont, par là même, rendu un nouveau témoignage à votre valeur personnelle, à votre courage et à la force d\u2019une volonté que rien ne peut abattre ni séduire,\u2019 CARTIER, ému jusqu\u2019aux larmes, fit des vœux pour la prospérité future de Québec, \u2018\u2018la clé de l\u2019Amérique Britannique,\u201d comme il aimait à l\u2019appeler ; il rappela les souvenirs heureux de son séjour dans l\u2019ancienne capitale dont il proclamait la société aussi charmante que son site, aussi belle que la gloire imposante de ses monuments.Cartier auquel on reprochait souvent ses préférences pour Montréal, retrouva ici la suprême, la dernière consolation dont 0 ab CARTIER ET SON TEMPS 379 son âme avait besoin après l\u2019écrasante défaite qu\u2019il venait de subir à Montréal, dans la ville de son cœur.Et, à cette époque, Québec prisait plus que toute autre chose un adroit compliment sur ses avantages naturels, sur l\u2019Éternelle poésie de son fleuve, de son promontoire, de ses vieilles églises, sur la beauté et la grâce de ses femmes.Ses caprices mêmes devenaient sujets à compliments et quand Arthémis Ward en parlait comme d\u2019une \u201c\u2018 ville étrange où les rues semblent aller partout en général et ne vont nulle part en particulier\u2019\u2019 (Strange city in which the streets seem to go everywhere in general and go nowhere in particular) il vantait le superbe désordre apporté dans sa construction par le temps et l\u2019histoire.| Vous savez que cette coquetterie devait, longtemps encore, lui tenir lieu de beaucoup d\u2019autres avantages et lui faire préférer souvent un madrigal bien tourné à un gros octroi de travaux publics.Pour Cartier, la ville de Québec représentait autre chose que l\u2019impression donnée par la majesté d\u2019un panorama unique au monde, que l\u2019émotion jetée dans l\u2019âÂme par la multitude des souvenirs historiques, que la fierté des luttes soutenues et des victoires remportées par sa race depuis Bédard, Papineau et Lafontaine ; elle avait été le théâtre de ses succès les plus durables, le champ d\u2019action où il fit valoir au bénéfice des siens les talents admirables dont la Providence l\u2019avait doué, C\u2019est à Québec qu\u2019il prononça ces paroles fameuses (22 décembre 1869, banquet Cartier-Langevin) : \u2018\u2018 Nous ne sommes plus des français ici, mais bien des citoyens anglais parlant le français.\u201d\u2019 Paroles significatives, qui allaient, sans doute, beaucoup plus loin que sa pensée et que beaucoup de gens s\u2019efforcent de corriger, depuis, en nous faisant entendre que tous les Canadiens ne devraient parler que l\u2019anglais.C\u2019est ici encore, et surtout, qu\u2019il livra les premières batailles de la Confédération, l\u2019œuvre capitale de sa vie et pour laquelle ses collaborateurs les plus dévoués sont unanimes à lui donner tout le crédit, \u201cJe n\u2019hésite pas à dire, écrivait il y a quelques mois, le dernier survivant de la grande époque, Sir Charles Tupper, que la 380 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Confédération aurait été impossible sans Cartier; c\u2019est pourquoi le Canada lui est redevable d\u2019une dette qui ne pourra jamais lui être payée.\u201d \u2018\u201c Sans lui la Confédération n\u2019aurait pas été accomplie,\u201d disait Sir John A.MacDonald, en dévoilant la statue de son illustre collègue, à Ottawa, Dans deux jours tombe l\u2019auniversaire de la mort de celui dont nous allons nous entretenir ce soir, et jai cru qu\u2019il serait à propos de rappeler, en même temps que cette date (20 mai 1873), le fait qu\u2019il adressa dans votre ville, un éternel adieu à la patrie qui avait épuisé ses forces mais qu\u2019il souhaitait ser- Vir encore.Six mois apres son départ de Québec, on ramenait sa dépouille au pays pour lui faire des funérailles nationales.Or, il y a quarante ans de cela; mais je suis bien sfir que si la ville de Québec avait a se prononcer de nouveau sur les mérites de Cartier, elle ne retrancherait pas un mot à l\u2019adresse qu\u2019elle lui présentait en 1872.Elle a même déjà fait beaucoup mieux, Elle accorde le concours unanime de ses citoyens au mouvement de glorification qui est toute la raison d\u2019être de la réunion de ce soir.Nous avons ainsi comme une consécration publique de l'acte si généreux par lequel le gouvernement de Québec a tenu à s\u2019inscrire le premier sur la liste des souscripteurs à l\u2019œuvre du Monument Cartier.Pour ma part, je devrais m\u2019excuser de l\u2019audace très grande dont j\u2019ai fait preuve en acceptant de traiter devant vous un sujet aussi grave, de retracer les grandes lignes d\u2019une vie aussi bien remplie que celle du Père de la Confédération.Mais j'ai compté que l\u2019excellence du sujet ferait oublier les faiblesses du conférencier ; je me suis dit que je venais, en somme, en territoire ami et que je retrouverais, sans doute, dans cette maison à laquelle me rattachent tant de chers souvenirs, l\u2019indulgence sympathique d\u2019un public déjà gagné à notre cause, aussi bien que l\u2019inlassable bonté de mes anciens professeurs.Et, parmi ceux-là, vous serez de mon avis, je crois, si je distingue Monseigneur le Recteur de l\u2019Université Laval, pour lui offrir les hommages respectueux, les chaleureuses félicitations ARS I TO TU A LE EV TAT AE ES CARTIER ET SON TEMPS 381 d\u2019un ancien élève et ami pour l\u2019honneur mérité qui lui a été conféré par le Saint Siège.La pourpre romaine est une couleur bien portée par l\u2019Université Laval et qui arrive toujours à son heure, comme les langues de feu, pour surprendre et distinguer dans l\u2019humilité de leur héroisme nos éducateurs et nos maîtres, Je profite de cette rare occasion pour dire à ceux qui, il y a vingt ans, nous virent entrer dans le grand désert de la vie, que nous n\u2019avons pas oublié ce qu\u2019ils ont fait pour nous, et que tout ce qui leur arrive d\u2019heureux a toujours, dans le plus intime recoin de notre âme, un écho de fierté, de reconnaissance et de joie.Mais voici un sujet, je suppose, qui, pour être charmant, nous a entraînés un peu loin de Cartier et de son époque, J\u2019y reviens, en déclarant, avec toute la franchise du monde, que mon travail n\u2019est autre qu\u2019un groupement de notes recueillies au hasard de lectures mille fois interrompues; je devrais dire que je vous apporte le fruit d\u2019un pillage consciencieux des principaux historiens de Cartier, pamphiétaires, chrohiqueurs, journalistes, adversaires et amis.Turcotte, Decelles, David, Sulte, Boyd, Routhier ont été mis à contribution ; ils sont tous des auteurs connus, et si j\u2019éprouve un regret c\u2019est de me trouver impuissant à vous offrir le pur lingot qui devrait sortir d\u2019un aussi riche alliage, Avec votre permission, nous ne ferons pas une étude approfondie de la vie de Cartier, mais après avoir rétabli, aussi brièvement que possible, la scène sur laquelle il a joué son rôle, nous tâcherons de rappeler ses actions les plus considérables, les principaux traits de son caractère, en l\u2019écoutant lui-même et en écoutant ses contemporains, * % *% Je passe rapidement sur les premières années de Cartier, sa naissance à Saint-Antoine de Richelieu, le 6 septembre 1814, ses études au collège de Saint-Sulpice à Montréal, son admission au Barreau en 1835, voire même ses premiers essais en poésie qui furent médiocres, pour vous le montrer à la première étape de sa vie publique, la rébellion de 1837.8 E À A i bi BE | EL 6 A pt bi Siren fs ES RE ore 382 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Georges Etienne Cartier était à Saint-Denis à la tête d\u2019une division des patriotes qui repoussérent le colonel Gore.Sa tête fut mise à prix et il se réfugia aux Etats-Unis après s\u2019être tenu caché avec son cousin, pendant plusieurs semaines, chez un riche cultivateur de Verchères, Antoine Larose.Une intrigue amoureuse dont ils ne soupçonnaient même pas l\u2019existence les força de déguerpir et de gagner la frontière.C\u2019est pendant cette période de première jeunesse qu\u2019il composa le désormais célèbre \u2018\u201cO Canada, mon pays, mes amours \u2019\u2019 une de nos chansons canadiennes les plus populaires, ce chant superbe d\u2019amour de la patrie dont l\u2019inspiration sublime fait pardonner les plus mauvais vers qui soient.On sait comment fut réprimé le mouvement de 1837 et à quoi il a abouti: \u2018\u201cL\u2019Union,\u2019\u2019 nouveau régime \u2018\u2018 injuste et barbare \u2019\u2019 comme le disait Lord Gosford, destiné à noyer l\u2019élément français.C\u2019est la grande lutte constitutionnelle qui va continuer, l\u2019évolution lente, mais plus dangereuse à mesure que les libertés éclosent, du régime constitutionnel au Canada, On recueille les fruits des événements de 1837, mais les opinions se partagent, les groupes se divisent et le peuple se voit obligé de choisir entre Lafontaine et Papineau, deux patriotes qui lui étaient également chers.Lafontaine l\u2019emporte, comme plus tard, le continuateur de son œuvre, Cartier, Mais quelles luttes que celles de ce temps là ! Quaud les amis politiques d\u2019hier s'entredévoraient joyeusement dans un commun désir de sauver la race et de faire la patrie plus grande ! Ajoutez à cela la rivalité farouche de deux éléments qui, il n\u2019y avait pas encore cent aus, étaient face a face, \u2019arme au poing, sur les plaines d\u2019Abraham, et vous aurez une idée de tous les périls que durent faire courir à notre élément les dissensions, les querelles de nos premiers parlementaires.Mais la Providence veillait, et elle nous a permis de justifier dans la Nouvelle France cette observation d\u2019Henri Heine au sujet de l\u2019ancienne : \u2018\u201c\u2018 Le Français ne se casse jamais le cou de quelque hauteur qu\u2019il tombe : il se retrouve toujours debout ! \u201d Et puis, est-ce que nos mœurs politiques ont beaucoup changé depuis Lafontaine et Cartier ? 383 CARTIER ET SON TEMPS Cartier, que Lafontaine pressait de se lancer dans la fournaise, hésita longtemps; il voulait d\u2019abord, avec sa profession dont il était un des maîtres, et qui lui rapportait de beaux revenus, se créer une situation indépendante.Cette sage précaution fut dans la suite un des plus sûrs éléments de son succès, Le 24 septembre 1844, nous le trouvons à Saint-Denis, com- battant\u2014avec succès d\u2019ailleurs\u2014la candidature de M.Denis Benjamin Viger, partisan du gouverneur qui refusait de reconnaître le principe de la responsabilité ministérielle, Lafontaine et Baldwin s\u2019étaient démis sur cette question et MM.Viger et Draper tentaient de recueillir leur succession.Cartier prononça, à cette occasion, une harangue qui a toute la saveur de l\u2019éloquence napoléonienne.\u2018\u2018 Electeurs de Saint-Denis, dit-il, vous avez fait preuve de courage le 22 novembre 1837, quand, armés de quelques mauvais fusils, de lances, de fourches et de bâtons, vous battiez les troupes du Colonel Gore ! J\u2019étais des vôtres et je ne crois pas avoir manqué de bravoure.Aujourd\u2019hui, je vous demande une preuve plus grande, mieux raisonnée de patriotique intelligence, je vous conjure de repousser, par vos votes, arme encore plus formidable, ceux qui veulent continuer l\u2019oppression en vous privant des avantages du gouvernement responsable.Oui, électeurs de cette noble paroisse, faites votre devoir, donnez un exemple salutaire et le Bas-Canada sera fier de vous.\u201d M.Viger fut battu dans deux comtés, \u2018Cartier avait le courage d\u2019un lion,\u201d disait Sir John À.McDonald.On vient de le reconnaître à la griffe.En 1848, Cartier est élu député de Verchères, un comté qu\u2019il représentera sans interruption jusqu\u2019en 1861, alors qu\u2019il combattit victorieusement dans une division de Montréal, M.Do- rion, appelé par un écrivain du temps le \u201c Goliath des Rouges de Montréal.\u201d Le nouveau député remercie ses électeurs avec effusion, dans un manifeste, qui est à lire en entier, et qui dénote déjà la puissance de caractère du futur homme d\u2019Etat, les convictions profondes du catholique qu\u2019il ne cessa d\u2019être jusqu\u2019à la fin, Je cite le passage suivant de son manifeste : 334 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE \u2018\u201c Avant de terminer, il me faut mentionner une des heureuses causes qui ont dû contribuer à dégager la lutte des troubles, des excès et du jeu des mauvaises passions qui, ordinairement, accompagnent les élections.Cette cause est la tempérance observée généralement par les citoyens du comté de Verchères, Je ne puis m\u2019empêcher de signaler un fait qui a eu lieu à Varennes, la paroisse la plus considérable du comté, et dont les habitants sont presque tous de la société de tempérance, Durant les jours fixés pour la votation, le village de Varennes a réuni plus de quatre cents personnes venues, la plupart, d\u2019une distance assez considérable pour enrégistrer leurs votes et pas une seule n\u2019a fait usage de spiritueux.Et durant la votation, il y a eu une telle absence d\u2019excès et d\u2019excitation, qu\u2019un grand nombre d\u2019électeurs qui demeurent loin du village, ont profité de l\u2019occasion pour accomplir leur devoir pascal.C\u2019est un nouveau trait de mœurs électorales que de voir ainsi un électeur remplir en même temps son double devoir de chrétien et de citoyen, et je suis heureux de le faire connaître parce qu\u2019il honore le comté et la paroisse, et, qu\u2019il est de nature à encourager les zélateurs dévoués de la cause de la tempérance.\u2019 Voilà, certes, qui est d\u2019une belle inspiration et qui peut offrir de solides enseignements à la génération actuelle, Car, il n\u2019est pas bien certain que le comté de Verchères a continué de mériter de pareils éloges, que même, il les mérite aujour- d\u2019hui, ou encore, que nos élections offrent toujours de grands exemples de sobriété.C\u2019est à la Société de Tempérance de le dire.Mais il ne faut pas croire, au ton du manifeste cité plus haut, que la première élection de Cartier se soit fait faite saus coup férir, On le combattit à outrance par la parole et par la plume : insultes personnelles, accusations de corruption, rien ne lui fut épargné.\u2018\u201c Le rival de M.Préfontaine est Cartier, disait Le Moniteur, feuille radicale du temps; il est avocat de la compagnie du Grand \u2019Trone, partisan du monopole, défenseur des places lucratives, souteneur de privilèges, fauteur de corruption, allié des seigneurs, ennemi des censitaires adversaire de la justice, CARTIER ET SON TEMPS champion de l\u2019illégalité, apôtre de la servitude, prédicant de la soumission passive, tondeur de sujets, marchand de consciences humaines, ministre tory, agioteur, jobeur.\u2019 A part ces petits défauts, on admettait que Cartier était un citoyen passable.Mais, c\u2019est là le ton de toutes les campagnes qui se succédèrent jusqu\u2019à sa mort.Et, on comprend bien que les attaques ne restaient pas sans réponse.Pétroleux, communards, révolutionnaires, païens, étaient les moindres épithètes que l\u2019on lançait à la tête des adversaires de l\u2019administration.On en trouve encore les germes dans cet extrait d\u2019une brochure publiée par les amis de Cartier à l\u2019époque de la Confédération, La brochure, naturellement, parle des adversaires de la Confédération, Elle dit : \u2018\u201c Si le parti rouge n\u2019était pas gangrené de haine, d\u2019envie, de perfidie et de mauvaise foi, il suffirait presque de citer cette clause pour montrer les immenses avantages de la Confédération et imposer silence à tous les braillards, Cette union des Canadas, tant maudite par les rouges et les annexionnistes, la voilà donc brisée par la volonté et l\u2019énergie de M.Cartier et de son parti.Ce rappel de l\u2019Union si longtemps et si hypocritement réclamé par les rouges et les annexionnistes, le voilà donc effectué et par nous et pour nous ! Et, cependant, ces gens crient à la trahison ! Ils ont lancé une meute de petits avocats sans clients comme sans cervelle contre M.Cartier pour vociférer que celui-ci a vendu le pays ! Pour Dieu! peut- il se rencontrer dans le monde aussi noire hypocrisie et le peuple indigné ne finira-t-il pas par voir que /es rouges et les an- nexionistes ne sont que des charlatans sans cceur et sans patriotisme qui veulent le duper et s\u2019engraisser de ses sueurs et de ses épargnes en attendant l\u2019heure où ils pourront le pressurer et le livrer aux Etats-Unis.\u201d Il est évident que, munis d\u2019un pareil certificat, les adversaires de la mesure ne devaient pas aller très loin.Cartier entre donc au Parlement en 1848.Il trouve là une des grandes scènes de l\u2019histoire canadienne.Il note les progrès accomplis depuis l\u2019Union, 386 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Lord Elgin, incomparable ami des Canadiens, lit le discours du Trône en français, un événement qui ne s\u2019était pas vu depuis la conquête, et annonce une loi d\u2019amnistie et de compensation pour les patriotes de 1837-38.\u2018\u201c Je suis fort heureux, disait Lord Flgin dans son discours du trône, d\u2019avoir à vous apprendre que conformément au désir de la législature locale, exprimé dans une adresse des deux chambres du parlement provincial, le parlement impérial a passé un acte révoquant la clause de l\u2019acte d\u2019Union qui imposait des restrictions à l\u2019usage de la langue française.\u2019 M.Viger s\u2019écriait alors : \u2018\u2018Que je me sens heureux d\u2019entendre dans ma langue les paroles du discours du Trône.\u2019 Papineau continue de protester contre l\u2019Union, réclame la représentation basée sur la population, prédit l\u2019annexion à brève échéance et reproche à Lafontaine d\u2019avoir consenti à «des compromis et accepté l\u2019Union.\u2018\u2018 Heureuse faute, dont vous avez été le premier a bénéficier, réplique Lafontaine, qui aboutit au rétablissement de la langue française et à une meilleure entente entre les deux provinces.\u201d\u2019 Cartier accorde un appui loyal au Ministère Lafontaine.Baldwin et apprend, à leur grande école, le secret d\u2019être, quelques années plus tard, l\u2019arbitre de nos destinées, l\u2019artisan heureux de la grandeur canadienne, A cette session de 1849, furent proposées toutes les grandes mesures qui firent entrer résolument les deux provinces dans le plein exercice de leurs prérogatives constitutionnelles.On jetait les bases d\u2019un programme dont la réalisation devait dépasser la Confédération.Je cite les principales : Lois électorales, enquête sur l\u2019immigration, subsides aux chemins de fer, colonisation, canaux, remaniement du tarif, réciprocité commerciale, lois d\u2019extradition, lois des écoles, incorporation du barreau, réforme judiciaire, indemnité aux patriotes de 1837-38.Cartier comprend toute l\u2019importance de ces mesures et se jette ardemment dans la lutte.Lui qui devait dire plus tard : \u2018\u201c Ma politique est une politigne de chemin de fer,\u2019\u2019 ne se contente pas de défendre cette politique en chambre, il va en de- CARTIER ET SON TEMPS 387 hors chercher l\u2019appui de \"opinion publique, il s\u2019efforce d\u2019inspirer aux siens l\u2019esprit d\u2019initiative qui promet déjà la suprématie commerciale au Haut-Canada.Aux citoyens de Montréal, il demande d\u2019encourager la construction du chemin de fer de Montréal à Portland, (1er juillet 1849).\u201c\u201c Le temps est venu, leur dit-il, de faire mentir votre répn- tation d\u2019hommes apathiques, sans énergie et sans esprit d\u2019entreprise.Que ces épithètes cessent de s\u2019attacher au nom canadien ! Cette grande assemblée est une des premières qui aient été tenues dans une ville des provinces britanniques pour encourager une entreprise publique de cette importance.Il est désirable que l\u2019exemple parte de Montréal, la tête commerciale de I\u2019 Amérique britannique, Elle doit se montrer digne de sa position.\u201d\u2019 Il prend part à tous les débats et souvent l\u2019argument le plus original tombe de ses lèvres, sous l\u2019inspiration de circonstances immédiates.Celui-ci, par exemple, au sujet d\u2019un projet de loi de Lafontaine, augmentant la représentation.M.Robinson, député de Simcoe, combat la mesure.\u2014TI n\u2019y aura pas économie, dit M, Robinson.\u2014Oh ! que si, réplique Cartier, l\u2019on ferait plus de besogne et il y aurait moins de verbiage, Quel temps l\u2019on perd maintenant en longues dissertations sur la constitution, dans le soi- disant comité du retranchement, quand on y perd de vue l\u2019objet qu\u2019on s\u2019était proposé par la formation de ce comité ! c\u2019est un fait connu que si un grand nombre de personnes sont réunies ensemble, il en est peu qui osent porter la parole, tandis que dans une petite assemblée tout homme est un parleur.J'en conclus que beaucoup de députés qui croient devoir étaler leur éloquence sur toute espèce de sujets, seraient beaucoup plus circonspects en présence d\u2019une assemblée plus nombreuse.\u2019\u2019 C\u2019est le trac érigé en règlement de clôture.Ce moyen, on l\u2019avouera, diffère beaucoup des règles plus draconniennes que l\u2019époque de Gladstone a inventées pour la direction des débats parlementaires de notre temps, ee I RER EEE SES NE RE PE ES ES 388 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE En 1849, se produisit au Canada, grâce aux passions politiques du temps, un fort mouvement annexioniste, Un manifeste annexioniste, qui forme aujourd\u2019hui un document historique du plus haut intérêt, fut couvert de signatures.Nous y relevons, pour Montréal, quelques noms de personnages, qui occuperont plus tard les plus hautes fonctions dans la politique ou la magistrature : MM.John Molson, S.de Bleury, B.Holmes, M.P., J.Dewitt, M.P., A.A.Dorion, John Rose, L.H.Holton, MM.Papineau et Galt, Jos.Pa- quin, J.B.E, Dorion, R.Laflamme, Wm, Workman, F.C.Johnson, F.Blanchet, C.Laberge, Labréche, Viger, etc.A Québec, une assemblée annexioniste fut tenue le 27 octobre sous la présidence du Dr.P.M.Bardy et se déclarent en faveur de l\u2019annexion : MM.J.Fournier, Jos, Lagacé, A.Pla- mondon, S.P.Rhéaume, P.Huot, H.Dubord, J.B.Pruneau, C.Alleyn, A.Soulard, John Gordon, etc.On ne soupçonnait guère dans ce temps là les grandes manifestations anglo-françaises du troisième centenaire de Québec ! Cartier proteste contre le mouvement annexioniste avec plusieurs de ses collègues de la Chambre des députés.\u2018\u2018 Sincèrement attachés aux institutions que la mère-patrie a depuis peu reconnues, et convaincus que ces institutions sont suffisantes pour nous assurer, au moyen d\u2019une législation sage et judicieuse, un remède prompt et efficace à tous les maux dont la province puisse se plaindre, nous croyons devoir nous empresser de protester d\u2019une manière publique et solennelle contre les opinions énoncées dans ce document,\u201d disent les protestataires.Deux mois auparavant, les adversaires du bill d\u2019indemnité avaient brûlé les bâtisses du parlement et insulté le représentant du Trône.Pendant les huit années qui suivirent\u2014et pendant lesquelles on lui offrit deux fois de faire partie d\u2019un ministère\u2014 Cartier recherche dans l\u2019étude et la réflexion les enseignements donnés par les événements qui se déroulaient sous ses yeux.M.Jules Claretie a dit quelque part : \u2018\u2018 Une nation n\u2019est pas enfermée entre les quatre murs du parlement, et qui n\u2019observe point la rue par les fenêtres du parlement ne voit rien.\u201d CARTIER ET SON TEMPS 289 Cartier était un observateur sagace et quand Lafontaine, quelques jours après son collègue et ami M.Hinks et comme lui dégoûté de la politique, se retirait de la politique active, il laissait après lui un continuateur de ses oeuvres, un successeur qui devait l\u2019égaler et peut-être le surpasser.* * * Il serait trop long de retracer dans le détail les 28 années de vie active que Cartier donna au pays, comme chef ou membre des différentes administrations qui se succédèrent de 1855 à 1873.L'histoire de la Confédération demanderait à elle seule un long travail.M.DeCelles a groupé dans quelques paragraphes la carrière de Cartier, l\u2019histoire politique de son époque, C\u2019est une précaution qui a beaucoup contribué à la clarté de son ouvrage sur \u201c Cartier et son temps \u2019\u2019 et qui devrait nous être d\u2019un secours encore plus précieux.Je cite intégralement : \u201cEn 1855, le 20 janvier, il entrait dans le Cabinet McNab- T'aché, avec le portefeuille de Secrétaire Provincial, Deux ans plus tard, il devint'procureur général du Bas-Canada (et chef de nom comme de fait) du parti libéral-conservateur, dans le Ministère Macdonald-Cartier, qui dura jusqu\u2019en 1858.Ses collègues du Canada étaient MM.Sicotte, Belleau et Loran- ger.\u2018\u2018En 1858, Macdonald était battu sur la question du siège du gouvernement, la majorité s\u2019opposant à ce qu\u2019il fut fixé à Ottawa.Rappelons qu\u2019en 1856, la Chambre avait prié la Reine de trancher le nœud gordien que nul gouvernement n\u2019avait pu dénouer et Sa Majesté avait choisi Ottawa.\u2018\u201c Le curieux de l'affaire fut que la Chambre refusa de ratifier le choix de la Reine, tellement il paraissait absurde de faire de la petite ville de Bytown la capitale du pays.\u201cEn 1858, Ministère Brown-Dorion, (George Brown), appelé par Sir Edmund Head, à former un ministère, fut défait à la Chambre.Le gouverneur lui ayant refusé un appel au peuple.Brown se retira après un règne de deux jours et Cartier fut appelé à reconstituer un nouveau cabinet (août 1858).Le ministère Cartier-Macdonald conduisit les affaires du pays 390 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE jusqu\u2019en 1862, alors qu\u2019il fut battu sur le bill de la Milice pré- yw senté par Macdonald, iw \u2018\u2018 Puis vint une série de changements de cabinet et de repla- led trages qui durèrent l\u2019espace de deux ans.Ci \u201c En 1864, Sandfield McDonald fut obligé de se démettre et ot le gouverneur appela Cartier a former un nouveau Cabinet.Cartier, à raison des préjugés qui existaient contre lui dans le ea D a Haut-Canada, s\u2019effaça en faveur de Sir E.P.Taché, qui forma K le Cabinet avec Cartier et Macdonald comme principaux colle- @ gues.Ce ministère succombait quelques mois plus tard.2 \u20181864, C\u2019est alors que se fit la coalition entre les tories et « La les réformistes du Haut-Canada et les amis de Cartier, coalition qui eut pour objet l\u2019union des provinces anglaises de ç l\u2019Amérique du Nord, Sir E.P.Taché, et après sa mort, Sir N.Belleau devinrent successivement chef du Cabinet dont font partie MacDonald, Cartier, Brown, Mowat et McDougall.\u20181867, Inauguration de la Confédération, nouveau ministère formé par J.À.Macdonald, avec Cartier comme Ministre de la Milice, poste qu\u2019il occupe jusqu\u2019à sa mort, 20 mai 1873.\u2018\u201cL\u2019objet de la coalition ayant été atteint, Brown et Mowat, | qui représentaient les libéraux de l\u2019Ouest, se retirèrent pour reprendre la lutte contre leurs anciens adversaires.\u201d Cette péricde ne comprend que 28 ans, mais quel cadre et quelle œuvre! Je donne une énumération succinte des principaux actes politiques qu\u2019elle comprend.La décentralisation judiciaire, l\u2019abolition de la tenure seigneuriale, le choix d\u2019Ottawa comme capitale, la construction du chemin de fer Montréal et Portland, celle du Grand Tronc et du pont Victoria, la codification des lois civiles et de la procédure civile, l\u2019application des lois françaises aux Cantons de j l\u2019Est, la modification des lois criminelles, l\u2019acte des municipalités du Bas-Canada, la loi concernant les bureaux d\u2019enré- gistrement, l\u2019organisation de notre système d\u2019instruction publique, la fondation de nos écoles normales, la création d\u2019une ligne de steamers océaniques, l\u2019amélioration et l\u2019approfondissement du fleuve Saint-Laurent, le creusement des canaux, la Confédération des provinces de l\u2019Amérique Britannique du + 4e 14 0 391 CARTIER ET SON TEMPS Nord, l\u2019acquisition des territoires du Nord-Ouest, la construction du chemin de fer Intercolonial d\u2019après le tracé Robinson, l\u2019établissement de la province du Manitoba, l\u2019admission de la Colombie Britannique dans la Confédération, l\u2019organisation de notre système militaire, le chemin de fer du Pacifique.J\u2019allais omettre la mesure dont il était le plus fier\u2014sa loi des fabriques.\u2014On connaît cette loi qui, par une procédure à peu près automatique, donne la sanction civile à l\u2019érection canonique des paroisses, Cartier reconnaissait dans la paroisse la base par excellence de notre organisation nationale.Et cette organisation il a voulu la rendre inexpugnable, Les événements ne cessent, depuis, de prouver qu\u2019il avait cent fois raison.Dans les réformes judiciaires qu\u2019il entreprend, il a pour premier souci d\u2019assurer aux siens, autant qu\u2019aux autres, la pleine mesure de justice qu\u2019on est en droit d\u2019attendre des tribunaux, Il décentralise afin de donner aux centres des campagnes un accès plus facile aux cours de justice, Il obtient l\u2019appel au tribunal suprême de la Métropole, \u2018\u2018 L'appel en Angleterre, disait-il à ses intimes, c\u2019est la plus grande justice assurée au pays.C\u2019est la décision des juges libre des préjugés locaux, des passions de clocher.\u201d Dans son organisation municipale, il voit un moyen pratique d\u2019intéresser à la cause publique ses compatriotes, habitués jusque là au système seigneurial.\u2018\u2018Quand ils auront appris à administrer leur municipalité, leur comté, ils aurout l\u2019habitude des affaires et seront prêts à peser de toute leur influence sur la politique générale du pays, à se faire entendre et respecter dans les conseils de la nation.\u2019 Et Dieu sait s\u2019ils ont eu dans la suite maintes occasions d\u2019employer cette arme formidable placée par Cartier entre leurs mains.Et nous avons, Dieu merci, dans la Province de Québec, une minorité protestante pour témoigner qu\u2019ils n\u2019en ont jamais abusé.C\u2019est un fait qui n\u2019est peut-être pas assez connu dans le reste du pays.Toutes les réformes que Cartier a projetées il les met à exécution, au prix de nombreuses difficultés, sans doute, mais il les exécute avec une tenacité qui ne se dément pas.À ses ad- 392 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE versaires il s\u2019efforce de faire comprendre que la raison et l\u2019intérêt du pays sont de son côté, il les presse de questions, il les adjure au nom du patriotisme qui, en politique, tient souvent lieu de tout autre argument, il les traite même avec une sévérité provoquée par l\u2019obstination que l\u2019on met à le combattre et à ne pas vouloir le comprendre, mais il ne perd jamais de vue le but qu\u2019il veut atteindre, il ne met bas les armes que lorsqu\u2019il a obtenu du Parlement le vote qu\u2019il désire.Voyez, par exemple, comment il traite les adversaires de la Confédération : \u2018\u2018 C\u2019est peut-être parce que le présent projet est grand, que ceux qui ne l\u2019ont pas examiné de près en conçoivent des craintes ; mais quand nous le discuterons article par article, je serai prêt à soutenir et à démontrer qu\u2019aucun intérêt ne sera mis au hasard par la Confédération, si elle est adoptée, Il est une chose à remarquer, c\u2019est l\u2019étrange manière dont les partis extrêmes s\u2019unissent et travaillent de concert pour en faire avorter le projet.Par exemple, voila le parti composant jadis ce qu\u2019on appelait la queue de Papineau, qui s\u2019est joint à la queue de M, John McDougall du Witness de Montréal.\u201d Mais'quand il a atteint son but, quel triomphe! Et quand le succès vient couronner quelqu\u2019une de ses entreprises, quel malin plaisir il met à passer sous le nez de ses adversaires, de ses amis incrédules, le fait brutal justifiant tout ce qu\u2019il a fait ! C\u2019est ainsi que nous l\u2019entendons en 1866 dire aux citoyens de Montréal : \u2018\u201c Vous vous souvenez des préjugés qui existaient contre l\u2019entreprise de la construction du pont Victoria, C\u2019était une digue qui allait inonder Montréal ; c\u2019était porter le commerce à Portland, Mais les préjugés contre les grandes mesures ne durent point, c\u2019est une tempête passagère.Il en fut ainsi pour le Grand Tronc et le Pont Victoria.Ils ont inondé Montréal de prospérité, Que serait Montréal sans le Grand Tronc?Il nous a amené tout le commerce de l\u2019Ouest.Eh bien ! j'ai eu les préjugés contre moi, ce ne fut qu\u2019une tempête passagère.\u2019 Après la lutte formidable qu\u2019il eut à soutenir pour décider le Parlement à approuver la construction du chemin de fer du Pacifique, un mot résume toute sa pensée.C\u2019est un cri de CARTIER EE SON TEMPS 393 triomphe : \u2018\u2018 All aboard for the West \u2019\u2019 ! s\u2019écrie-t-il pendant que les acclamations retentissent dans toute la Chambre et que les députés chantent l\u2019hymne national.Il y avait, en effet, de quoi se réjouir.Le nouveau chemin de fer complétait son œuvre, l\u2019œuvre de la Confédération qui se terminait par l\u2019entrée de la Colombie Anglaise dans le concert des provinces.Le Dominion, comme John Bright l\u2019avait dit des Etats-Unis, \u2018\u2018 s\u2019étendait maintenant des flots tourmentés de l'Atlantique jusqu\u2019aux rives plus calmes de l\u2019océan Pacifique.\u201d Il avait dit : \u2018\u201c Ma politique est une politique de chemins de fer!\u201d Et a sa mort il laissait au pays trois réseaux complets, PIntercolonial, le Grand Tronc, le Pacifique, qui, vingt-cing ans plus tard devaient se classer parmi les plus grandes voies ferrées du monde, Un si bel exemple devait être suivi par ses successeurs et nous mener à la construction de nouvelles voies transcontinentales.J'aurais voulu vous faire voir les mérites particuliers de toutes les mesures d\u2019intérêt public passées sous son administration ; le soin qu\u2019il mit toujours à protéger les intérêts généraux de ses compatriotes, non seulement pour le présent, mais surtout pour l\u2019avenir.Mais le temps me manque et je dois céder à l\u2019obligation de ne montrer dans cette œuvre colossale que les grandes lignes.Quel soin, par exemple, n\u2019a-t-il pas apporté dans le choix du tracé de l\u2019Intercolonial qui devait relier la province de Québec aux provinces maritimes.Beaucoup, et parmi les plus influents, favorisaient une ligne qui, de la Rivière du Loup, serait allée directement à Moncton en suivant le tracé actuel du chemin de fer Témiscouata.Cartier insista pour le tracé actuel qui donnait à deux comtés de plus dans la Province de Québec : Bonavegture et Rimouski, le bénéfice d\u2019une entreprise nationale, Quelle sollicitude aussi ne retrouve-t-on pas dans cette constitution rédigée de sa main, et dans laquelle il mit si largement a contribution les garanties dont il avait fait consacrer le principe dans l\u2019Acte de l\u2019Amérique Britannique du Nord.Le Manitoba, c\u2019était à ses yeux et dans un rêve splendide que le 394 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE temps n\u2019a pas fini d\u2019effacer, la nouvelle terre française, la terre promise où les siens, comme toujours à la suite de leurs pionniers et de leurs missionnaires, devaient retrouver un nouveau champ de gloire préparé par ses soins, Il eut, du moins, dans une des heures les plus douloureuses de sa vie, la consolation de recevoir du Manitoba un témoignage de sympathique reconnaissance.Immédiatement après sa défaite à Montréal, le comté de Provencher lui offrit un mandat que la mort allait l\u2019empêcher de remplir.J'ai parlé du souci qu\u2019il mettait à assurer aux siens, dans toutes les grandes entreprises nationales, leur juste part de progrès et d\u2019avantages, Il réclame toujours la part équitable qui doit revenir à chacun des membres de la grande famille fédérale.Et il parle avec d\u2019autant plus d\u2019autorité qu\u2019il peut invoquer la générosité et l\u2019esprit de justice de la population qu\u2019il représente.\u201c\u201c Vous cédez à des craintes puériles \u2019, dit-il à M.J.X, Perreault, député de Richelieu, qui combattait le projet de la Confédération.Il y a dans ce projet un équilibre qui va protéger les faibles contre les forts.\u2019\u2019 Mais, écoutons-le lui-même : \u2018\u201c Dans notre confédération il y aura des catholiques et des protestants, des Anglais, des Français, des Irlandais, et des Ecossais, et chacun, par ses efforts et ses succès, ajoutera à la prospérité, à la puissance, à la gloire de la nouvelle confédération.Nous sommes de races différentes, non pas pour nous faire la guerre, mais pour travailler ensemble à notre commun bien-être.Nous ne pouvons, par une loi, faire disparaître ces différentes races, mais, j'en suis persuadé, les Anglo-Cana- diens et les Français sauront apprécier les avantages de leur position propre.Placés les uns à côté des autres comme de grandes familles, leur contact produira un heureux esprit d\u2019émulation.La diversité des races contribuera, croyons-le bien, a la prospérité.commune.\u2019Toute la difficulté consiste dans la manière de rendre justice aux minorités.Dans le Haut-Canada, les catholiques sont en minorité ; dans le Bas- Canada les protestants sont en minorité, pendant que dans les provinces maritimes les deux communions s\u2019égaliseront entre elles.Est-il possible de supposer que le gouvernement géné- put peGEsA EN ALALEUCEAROE + CARTIER ET SON TEMPS 395 ral ou les gouvernements locaux pourraient se rendre coupables d\u2019actes arbitraires ?Quelle en serait la conséquence, même en supposant qu\u2019un des gouvernements locaux le tentât.Des mesures de ce genre seraient, à coup sûr, répudiées par la masse du peuple, Il n\u2019y a donc pas à craindre que l\u2019on cherche jamais à priver une minorité de ses droits, Sous le système de la fédération qui laisse au gouvernement central le contrôle des grandes questions d'intérêt général, auxquelles les différences de races sont étrangères, les droits de race ou de religion ne pourront pas être méconnus.Nous aurons un Parlement général pour régler les matières de Milice, de douanes, d\u2019accise, de travaux publics, et toutes les matières relatives aux intérêts individuels.Maintenant, je le demanderai à ces autres défenseurs de nationalités, qui m\u2019ont accusé d\u2019échanger et de troquer cinquante-huit comtés du Bas-Canada, avec mon collègue assis près de moi (l\u2019honorable M.Brown) comment des injustices pourraient-elles être faites aux Canadiens- Français par le gouvernement général.\u201d Ce collègue assis à ses côtés n\u2019était pas autre que le farouche John Brown, adversaire acharné des Canadiens-Français et qui ne fit rien moins que menacer la Province de Québec d\u2019une guerre de race si on n\u2019accordait pas à Ontario la représentation basée sur la population, L'intérêt du pays avait rapproché ces deux hommes, peut- être par des motifs différents, mais avec le seul résultat d\u2019assurer aux deux races rivales une plus large somme de justice, de tolérance et de paix.Observons, en passant, que les variations politiques de la plupart des ministères que nous avons eus depuis 1840 sont si nombreuses qu\u2019elles forceraient les par tisans de l\u2019absolue discipline de parti à se voiler la face.Nons avons vu l\u2019œuvre dans ses grandes lignes, c\u2019est l\u2019œuvre d\u2019un Titan.Thémistocle prétendait, raconte-t-on, que, *s\u2019ij était inhabile à jouer de la harpe, de la viole ou du psaltérion, il connaissait le secret de rendre fameuse et prospère la plus petite ville qui serait placée sous sa direction.\u2019 C\u2019est le cas de Cartier, en ne tenant pas compte du fait, assez difficile à prouver d\u2019ailleurs, qu\u2019il ait été plus ou moins musicien que le vainqueur de Salamine. 396 : LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Mais il nous faudrait voir l\u2019artisan lui-même travaillant à son œuvre, il faudrait entendre l\u2019orateur, écouter le polémiste.* * * M.Benjamin Sulte nous en fait le portrait suivant: \u201c Sir Georges était de taille moyenne, un peu petite même, ce qui n\u2019empêchait pas qu\u2019à première vue il nous donnait l\u2019idée d\u2019une vigueur peu commune.Sans être gras, il était rondelet, potelé, si bien que nerfs et muscles étaient comme enfouis sous cette enveloppe.La main et le pied petits, d\u2019un modèle superbe.La tête, plantée aplomb sur le cou, était d\u2019une mobilité extrême, en parlant, il la remuait de mille manières, qui toutes signifiaient quelque chose ; aussi, le mouvement qu\u2019il lui imprimait sans relâche pendant ses discours causait-il la surprise des étrangers.La pétulance, toute française, qu\u2019on a toujours remarquée en lui n\u2019avait rien cependant de ce cachet importun, ou encore frivole, que les Anglais veulent absolument reconnaître dans le caractère français.Ses agissements avaient des allures de lion ; on les a confondus avec la brusquerie, mais bien a tort, Quand il voulait être brusque, il ne se ressemblait plus, Nous ajoutons qu\u2019il se dominait assez pour s\u2019emporter rarement, très rarement au-delà d\u2019une certaine mesure calculée d\u2019avance,\u201d N\u2019empêche que la légende est aujourd\u2019hui fortement enracinée que son humeur ressemblait beaucoup à son écriture qui était abominable.Témoin, ce billet que lui adressa un jour M.Chauveau.\u2018\u201c Votre calligraphie, qui est meilleure que la mienne, fait que je n\u2019ai pas pu lire ce qu\u2019il y avait dans l\u2019enveloppe de lettre que vous m\u2019avez adressée, J'ai trouvé, cependant, que ces hiéroglyphes avaient un aspect bienveillant, et je vous en remercie,\u2019 On cite de lui certaines reparties terribles qui, d\u2019un seul trait vous pulvérisaient les raseurs ou les importuns.Un Anglo-Saxon, fort bien coté, mais pas très renseigné sur l\u2019histoire du Canada, lui disait : CARTIER ET SON TEMPS 397 \u2014 Vous êtes canadien-français, M.Cartier, mais qu\u2019est-ce que sont vraiment les Canadiens-Français ?\u2014Ce sont les descendants des Normands qui ont conquis l\u2019Angleterre ! La leçon d\u2019histoire se termina là.En 1854, un groupe de députés\u2014ils ressemblent à ceux de nos jours\u2014s\u2019agitèrent dans le but de faire augmenter le chiffre de leur indemnité, Cartier encloue le \u2018\u2018 round robbin \u201d dans un discours d\u2019une minute : \u2018\u2018 Pour moi, dit-il, je voudrais que l\u2019indemnité fut réduite à quinze chelins par jour.\u201d pa , Cependant, il est à propos d\u2019observer qu\u2019un chef de gouvernement ou de groupe, n\u2019a pas pu, comme Cartier, être pendant un quart de siècle, le chef incontesté de toute une race, l\u2019arbitre écouté de toute une population mixte sans posséder un peu de magnétisme personnel, sans posséder les qualités rares qui font de l\u2019homme d\u2019Etat un homme essentiellement sociable.Ces qualités, Cartier en était surabondamment doué.Et je n\u2019en veux pas d\u2019autre preuve que le souvenir presque légendaire laissé dans la Capitale par les fameux \u2018\u2018 Samedis de Cartier \u2019\u2019 donnés à sa résidence, une petite maison située à l\u2019angle des rue Metcalfe et Maria.Cette dernière a depuis changé de nom pour devenir l\u2019avenue Laurier, La maison de Cartier elle-même est disparue pour faire place à l\u2019imposant édifice du Y.M, C.A.C\u2019est là que Cartier se montrait sous son vrai jour ; il était le boute-en-train de toutes les réunions, tous ses efforts n\u2019avaient qu\u2019un but : entraîner ses hôtes à la bonne humeur.Et cela, même pendant les deux dernières années, quand Cartier se sentait frappé mort et que la joie dont il faisait montre ne parvenait pas cacher l\u2019angoisse douloureuse répandue dans tous ses traits.Je tiens ce détail de M.DeCelles qui fut un des derniers hôtes des samedis.A a A a Mais quels moments tout de même : Députés anglais et français rivalisaient de zèle dans les chansons, chacun s\u2019efforçait de populariser les chants de son peuple, mais on 398 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE revenait invariablement aux chants incomparables connus de nos arriére-grands\u2019péres: \u201c A la claire fontaine\u201d \u201cLa belle Françoise \u201d \u201c L\u2019Alouette \u201d; celle-ci par exemple avait toutes les faveurs d\u2019un député d\u2019Algoma qui y mettait autant d\u2019enthousiasme que d\u2019accent.\u201c All wet!\u201d chantaient en chœur les hôtes \u201c brittons\u201d de l\u2019ancien révolté de 1837 ! La liste des habitués des Samedis de Cartier serait assurément trop longue à dresser.Nous y retrouverions les plus grands noms de la politique canadienne et l\u2019image des joyeux vivants dépeints par Philippe Aubert de Gaspé.Une belle voix donnait droit à tous les honneurs.\u2014 Allons, Braün, une chanson ! s\u2019écriait le maître du logis quand l\u2019intérêt semblait languir.Et l\u2019apostrophe s\u2019adressait au père de la très gracieuse châtelaine de Spencer Wood.Un des plus populaires habitués des samedis était M.Fortin, député de Gaspé, qui excellait dans les chansons de \u201c canotiers \u201d et qui semblait incarner l\u2019esprit de nos légendaires flotteurs de bois.Il chantait et faisait chanter tout le monde avec lui : \u2018\u201c C\u2019est l\u2019aviron qui nous men\u2019, qui nous mène, \u201c C\u2019est l\u2019aviron qui nous mène au vent.\u201d Ou bien : \u2018\u201c\u201c Je monte en haut su\u2019 l\u2019bois carré ! \u2019\u2019 Fortin qui était une sorte d\u2019hercule jovial, avait été, avant d\u2019être député, commandant de la \u201c Canadienne,\u201d un petit \u201cnavire à un seul canon qui constituait alors toute la marine canadienne.Un navire, un canon, un amiral, voilà, on l\u2019admettra, qui s\u2019éloigne passablement de notre conception moderne d\u2019armements maritimes ! Il est vrai que le rôle de la \u201c Canadienne \u201d au lieu de voler au secours des Iles Britanniques, se bornait à surveiller le commerce clandestin des Iles Saint-Pierre et Miquelon.Même au milieu de ces réunions sociales, Cartier ne se départit pas d\u2019une fierté de race qui le pousse à montrer Jes: du tude 4558 Qu loi ii ll CARTIER ET SON TEMPS 399 les siens sous le meilleur jour.A Mme Bureau, l'épouse du Sénateur Bureau, une excellente pianiste, il avait l\u2019habitude de dire : \u201c Jouez, jouez, c\u2019est par le côté artistique qu\u2019il faut montrer notre supériorité aux Anglais.Ils ont déjà assez d'avantages sur nous autrement dans le domaine ordinaire des choses.\u201d C\u2019était peut-être pousser trop loin la confiance dans la force des rhapsodistes ou d\u2019une valse de Chopin, mais certains prétendent encore que rien n\u2019aurait pu remplacer ce qui s\u2019est fait là pendant quelques années pour l\u2019entente des deux races.M.Benjamin Sulte nous le dit d\u2019une façon assez amusante.D\u2019après lui, \u201c quand on a chanté ensemble : \u2018\u201c C\u2019est l\u2019aviron qui nous men\u2019, qui nous mène \u2018 C\u2019est l\u2019aviron qui nous mène au vent ! \u201d ou bien encore, \u201c O Canada, mon pays, mes amours ! , y il reste peu de distance entre les hommes, et pour ce qui est de l\u2019acrimonie, elle n\u2019existe plus.\u201d Heureux temps où les plus ardentes luttes s\u2019oubliaient dans une chanson ! x\", Il ne faut pas croire, cependant, que les chansons des \u201c Samedis \u201d fussent les seules à être connues dans le pays.On leur donnait souvent, en certains miliuex, de farouches contre-parties.De tous nos hommes politiques personne plus que Cartier ne fut attaqué avec autant de violence par ses adversaires.À Toronto on l\u2019a brûlé en effigie plus d\u2019une fois.\u201cMa politique, disait-il, et je crois qu\u2019elle est la meilleure, est de respecter les droits de tous.\u201d Il s\u2019en tint là ; et personne ne put le faire bouger de cette position.[1 avait dit à John Brown qu\u2019il ne consentirait jamais au principe de la représentation basée sur la population.\u201c L'Union, disait-il, a été basée sur l\u2019égalité de représenta- 400 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE tion et ce principe sera respecté tant que durera l\u2019Union!\u201d Et il tint parole.Mais il eut assez de flair pour comprendre que l\u2019Union, ayant manqué son but, serait violemment attaquée et cue le jour était où il devrait y avoir un remaniement de notre régime constitutionnel.Il vit dans la Confédération le seul moyen de salut ; et il n\u2019attendit pas qu\u2019on la lui imposât comme un nouveau mode de domination.Il prit les devants, et quand le temps fut venu de rédiger l\u2019Acte de l\u2019Amérique Britannique du Nord, il en avait déjà rédigé les clauses essentielles.Pressentait-il, avec cette prévision de l\u2019avenir qui l\u2019a toujours distingué, que la nouvelle constitution allait marquer la dernière étape de notre système colonial, et que l\u2019année 1867 allait déterminer, pour longtemps à venir, une sorte d'arrêt dans l\u2019évolution constitutionnelle de notre pays.Je ne vois pas d\u2019autre raison à cette activité fébrile qu\u2019il déploya à l\u2019organisation de sa province sous le rapport judiciaire, éducationnel et religieux.Il y avait quinze ans qu\u2019il songeait à la Confédération, il y avait dix ans qu\u2019il en parlait, lorsque fût adopté l\u2019Acte de l\u2019Amérique Britannique du Nord.Je ne recherche pas si cette pièce de législation a toujours protégé comme il le désirait les libertés qu\u2019il prévoyait devoir être menacées.Au Canada, comme ailleurs, les lois ne sont rien si elle ne reçoivent le loyal appui du peuple et des gouvernants.Aussi, comme on a pu le voir, même lorsqu\u2019il l\u2019explique aux Chambres, il ne compte pas sur la rigidité des textes, mais sur la bonne foi de céux qui les interprètent.Il sait que sa loi, si parfaite qu\u2019elle soit, sera interprétée par des hommes de race différente, dans un pays où ses compatriotes n\u2019auront pas toujours la prépondérance .du nombre.\u201c Ce qui protégera les minorités, dit-il, ce sera moins cette constitution très juste et très claire que le jeu des intérêts de tous les groupes.\u201d Mais, tout le temps il préche a ses compatriotes la tolérance, la concorde, le respect de la parole donnée.\u2014 \u2014_ \u2014\u2014 -\u2014 es.(Fa \u2014\u2014 en \u2014 \u2014 \u201cTy tra \u2014-\u2014 \u2014 CARTIER ET SON TEMPS 401 Il n\u2019a, pas oublié le conseil tardif que donnait Lord Gos- ford aux deux provinces en 1835: \u201c Considérez, disait le gouverneur, le bonheur dont vous pourriez jouir sans vos dissensions.Sortis des deux premières nations du monde, vous possédez un vaste et beau pays; vous avez un sol fertile, un climat salubre et l\u2019un des plus grands fleuve de la terre, qui porte jusqu\u2019à votre ville la plus éloignée les navires de la mer.\u201d L'explosion de 1837 ne put pas être empêchée, mais Cartier en retire une leçon qui le fera, dans la suite, à travers mille déboires et mille préjugés, conduire ses compatriotes et le pays vers une constitution définitive.Et pendant qu\u2019il lutte, pendant qu\u2019il travaille, il voit avec une infinie satisfaction l\u2019organisation sociale des siens se parfaire.Grâce à lui, l\u2019élan superbe donnée par le grand Lafontaine à la codification de nos lois n\u2019est pas interrompu.L'éducation se développe sous le bel et séculaire exemple du Séminaire de Québec, l\u2019Université Laval est fondée, l\u2019Université Laval, où il est venu lui-même, dans cette salle où nous sommes, proclamer, en I869, les droits de la Papauté et les vœux des catholiques pour le triomphe de l\u2019immortel Pie IX.Mais, placé à la tête du pays en même temps que son fidèle ami, M.John A.McDonald, il étend à toutesles provinces son inlassable activité.De cette amitié, qui ne fut pas toujours sans nuage, certes, mais qui ne se brisa point, est sorti uñ régime de paix et d\u2019initiative qui devait donner à la province de Québec une des plus grandes métropoles du monde et fonder dans l\u2019Ouest Canadien, le \u201cGrenier de l\u2019Univers.\u201d | Gladstone l\u2019appelait \u201c l\u2019homme légion \u201d et jamais appellation ne fut mieux justifiée.Sans doute, comme tous les êtres humains, il connut des faiblesses aussi bien qu\u2019il posséda des vertus, mais personne n\u2019a jamais mis en doute son sens inné de l\u2019honneur, son courage indomptable.Son blason portait la devise \u201cFranc et sans dol\u201d\u2019 et la devise donnait toute la beauté virile de son caractère.PEER SE DEEE NE EEE EE RECEIVE SES RSS DEEE RE PORTES RSR ER ITR SOL PT EPS 402 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Cent ans sont vite passés dans l\u2019histoire d\u2019une nation, et Cartier est peut-être encore bien rapproché de notre génération pour que nous puissions tirer de sa vie une autre leçon et d\u2019autres conseils que ceux qu\u2019il nous donna en étant un homme d\u2019action.Pour nous, pour tout le pays, sa figure grandira, à mesure que nous avancerons dans le temps et que nous pourrons contempler, à plus grande distance, les cimes au sommet desquelles nous pouvons déjà lire son grand nom.Mais il est une chose, aujourd\u2019hui, que tout le monde reconnaît et que, nous, Canadiens-Français, pouvons bien proclamer avec plus d\u2019orgueil et d\u2019émotion que les autres, c\u2019est qu\u2019il a réalisé pendant un quart de siècle, au milieu de son peuple \u201cce phénomène si peu fréquent du citoyen le plus digne occupant la première place.\u201d J.-L.K.-Laflamme.pa fi para jak po: gas srl fot Jar ei Île, leu 10) ar I ét; Colonies Militaires Pendant que l\u2019on discute, au Canada, le miltarisme sous toutes ses formes, on ne lira pas sans interêt les pages suivantes qui sont extraites de l\u2019intéressant ouvrage de feu Testard de Montigny sur la colonisation de nos régions du Nord, C\u2019est une aubaine que nous devons au fils de l\u2019illustre défunt, M, Louvigny de Monti- geny, employé civil à Ottawa.Colonies militaires ! Voilà une expression qui devrait intéresser notre si actif ministre de la Milice, M.Hughes, qui assistait tout dernièrement aux manœuvres de l\u2019armée française et de l\u2019armée anglaise, En gravissant ces montagnes, je me suis reporté en Îta- lie, où toutes les villes sont perchées sur des élévations, qui leur permettaient de se défendre contre les villes voisines, toujours en guerre entre elles dans l'antiquité.Je me suis rappelé ces marches que l\u2019on faisait le sac au dos, la giberne aux reins, la carabine sur l\u2019épaule, le bidon au côté, sur ces routes chaudes des Etats Romains, et que le soir après 8 ou IO lieues de marche, il nous fallait gravir l\u2019une de ces montagnes pour caserner dans les couvents des moines de la localité ou le château-fort de la garnison.Et je me faisais une réflexion : tous ces points de nos montagnes que la nature a élevés au-dessus de fossés profonds, sont de vraies fortifications que la nature a pris soin d\u2019ériger.Cette chaîne des Laurentides qui s\u2019étend du Golfe au Lac Supérieur, offre des points stratégiques que l\u2019art militaire pourrait utiliser à peu de frais.On fait de grandes dépenses pour former une milice.C\u2019est un joli jeu, et chacun sait combien notre milice est effective.Moi, j\u2019ai rêvé aux colonies militaires.Et mon système est bien simple : vous, gouvernement, vous ouvrez un bureau de recrutement pour engager cent, cinq cents, mille jeunes gens, que vous retenez pour trois, quatre ou cinq ans, et vous les envoyez à une ferme que vous vous êtes réservée dans un canton où s\u2019élève des points naturels de stratégie.Là, vous avez un professeur expérimenté d\u2019agriculture et un commandant de place avec un personnel d\u2019officiers convenables, surtout un officier instructeur.Ces jeunes gens, loin des villes, et par CCE ; i CEE SH OCH RCAC eae at a 404 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE conséquent des dangers qui s\u2019y rencontrent, seront occupés pendant certaines heures à apprendre le métier des armes et pendant certaines autres, à l\u2019agriculture.Ils construiront avec le temps des forts, des redoutes, qui rendront formidables ces travaux faits de longue main, en temps de paix, en vue de la guerre.\u201cSi vis pacem, para bellum.\u201d Pour le prix que vous dépensez pour jouer au soldat, vous formerez des générations de jeunes gens agronomes et militaires, et vous rendrez le pays redoutable aux ennemis du dehors, contre lesquels il peut être appelé bientôt à résister, surtout quand il sera émancipé ; chose qui doit nécessairement arriver un jour ou l\u2019autre, puisque les peuples, pas plus que les individus, ne sont destinés à vivre continuellement en tutelle; et les progrès de notre pays, la sagesse de sa conduite, l\u2019intelligence dans les affaires nous font présumer que bientôt il demandera poliment à sa tutrice de lui abandonner l\u2019exercice de ses droits; et quand l\u2019heure de l\u2019indépendance sonnera, nous aurons avec ce système de colonies militaires une foule de jeunes citoyens bons agriculteurs, apportant aux champs cet amour de la discipline, cet esprit d\u2019ordre qu\u2019acquiert le soldat, et qui, au premier signal, accoureront se ranger sous les drapeaux, soit comme soldats, soit comme officiers.On pourrait, outre l\u2019équipement, la nourriture, le logement et la solde militaire, accorder aux élèves tant par heures passées aux travaux de la ferme, salaire qui leur serait payé à la fin de leur temps, et un octroi d\u2019une certaine quantité d\u2019âcres de terre par chaque année d'engagement.Et voilà tout.Ce système bien dirigé donnerait au pays une armée, et de fait la population serait en quelques années composée de défenseurs de la patrie et de bons agriculteurs; tout cela à assez bon marché, puisque s\u2019ils étaient bien conduits, ils devraient faire rapporter à la ferme plus que le nécessaire à leur entretien ; ils doteraient le pays de fortifications, et cela sans compromettre leur avenir, puisque, après quelques années, ils seraient et soldats et cultivateurs, ayant quelques économies en argent et en terrains, qui leur assureraient une existence d\u2019autant plus certaine PE nan SE COLONIES MILITAIRES 405 qu\u2019ils auraient acquis des habitudes d\u2019ordre et de discipline.Je sais bien que cette organisation n\u2019est pas facile, mais elle est possible, et le résultat serait si avantageux qu\u2019il vaut bien la peine qu\u2019on s\u2019en occupe.Et après tout, la seule difficulté est de trouver une bonne tête.Pas nêces- saire de commencer immédiatement en grand, on peut d\u2019abord former un bataillon, puis un régiment.Ce que l\u2019on fait à Saint-Jean pour former les cadets n\u2019est pas plus aisé que cela, et pourtant tout le monde s\u2019accorde à dire qu\u2019on y réussit admirablement.Non seulement les hautes autorités militaires en sont contentes, mais les citoyens de Saint-Jean sont édifiés de voir la discipline de cette troupe de jeunes cadets.Ce qu\u2019opère là le colonel d\u2019Orsennens, par une stricte mais juste discipline, peut se faire peut-être plus facilement sur une ferme.Surtout si l\u2019on avait là un instructeur comme était le populaire colonel Labranche, et un maître d\u2019armes comme l\u2019ami Legault.Quoi qu\u2019il en soit, je jette cette idée que j'ai émise il y a vingt ans à mon retour du service militaire en Italie, et elle sera probablement encore vingt ans sans germer.Ah! si j'étais donc ministre de la milice ! Pourtant ce ne sont pas les ressources qui ont manqué.Depuis trente ans, le Parlement a voté pour la milice plusieurs millions de dollars.Qu\u2019en est-il résulté ?Chacun®sait ca.Nos militaires ne seraient pas pour cela millionnaires, et ils ne renonceraient pas a la poésie du refrain.Dans le service de l\u2019Autriche Le militaire n\u2019est pas riche, Chacun sait ça ; Mais quand la paye est trop légère On s\u2019en contente, c\u2019est la guerre Qui la paiera.Vive le vin, l\u2019amour et le tabac ! bi Voilà, voilà le refrain du bivouac.} zs.\u2018Il y aurait bien aussi sur nos terres publiques à établir une œuvre de patronage où l\u2019on recueillerait, pour les y faire travailler, tous les désœuvrés, ceux qui sortent des prisons, et même les prisonniers. [es écoles bilingues au Canada \u201c\u201d + Les écoles bilingues, ou pour mieux dire, les écoles dans lesquelles les jeunes Canadiens français apprennent en même temps l\u2019anglais et le français, ont été l\u2019objet de violentes attaques dans la province d\u2019Ontario et dans le Manitoba.Les ennemis de l\u2019enseignement du français prétendent que l\u2019anglais étant la langue officielle du Canada et celle de tout l\u2019empire, on ne saurait, dans une colonie britannique, accorder autant d'importance à un autre idiome.La première assertion que nous relevons ci-dessus est fausse.L\u2019anglais n\u2019est pas la langue officielle de tout l\u2019Empire Britannique.Aux Indes on ne parle pas cette langue, et il en est de mème dans la plupart des possessions de l\u2019Angleterre.Au Transvaal, le patois semi-barbare des Boers a résisté à l\u2019invasion et on y rit d\u2019un individu qui s\u2019avise de parler l\u2019anglais.Le français est la langue d\u2019un groupe considérable de Canadiens et en outre il possède sur le parler de Shakespeare un droit de priorité incontestable.Les Canadiens cherchent tous à faire apprendre l\u2019anglais à leurs enfants, mais ils ne veulent pas pour cela abandonner leur langue maternelle.Et le nombre des Cana- diens-français qui peuvent s\u2019exprimer dans les deux langues croît constamment.Aux élections provinciales dans la province d\u2019Ontario, on a tenté en vain de soulever la question de l\u2019enseignement bilingue.Les chefs des deux grands partis politiques ont prévu le danger et l\u2019ont prudemment écarté.(1) Traduit de l\u2019America de New-York. Variétés () PAUVRES ACADIENS ! M.F, Farjon, l\u2019éminent président de la Chambre de Commerce de Boulogne-sur-Mer, dans une brochure publiée par le Comité \u2018\u2018 France-Amérique \u2019\u2019, à Paris, traite, avec une parfaite compétence, le sujet des relations du port de Boulogne- sur-Mer avec l\u2019Amérique.Il raconte, à titre épisodique, la triste aventure d\u2019une troupe d\u2019Acadiens, ou Canadiens-fran- çais, dont un assez grand nombre furent ramenés en France par les Anglais, à la fin de la guerre de Sept ans, Cent soixante-dix-neuf de ces malheureux, hommes, femmes et enfants, furent débarqués à Boulogne-sur-Mer dans le plus complet dénuement, le 26 décembre 1758, et l\u2019on a pu, dans les archives boulonnaises, retrouver les noms de cent dix-huit d\u2019entre eux, Ils provenaient, pour la plupart, de la paroisse de Saint-Pierre et Saint-Paul, en l\u2019île Saint-Jean.La municipalité et les habitants de Boulogne les secoururent de leur mieux ; mais la misère et les maladies les décimèrent.En 1764, six ans après leur débarquement, cinquante-six d\u2019entre eux étaient décédés.Quelques-uns prirent du service sur les navires des corsaires ; mais, poursuivis par la malchance, ils furent capturés par les Anglais et jetés dans les prisons anglaises.Le 22 novembre 1764, le gouvernement francais fit embarquer ceux qui restaient et les fit conduire a Cayenne, Deux seulement, nous dit M, Farjon, se sont mariés à Boulogne et y ont fait souche.Ainsi finit la lamentable transportation des pauvres Acadiens.Max de Nansouty.(1) Les annales politiques et littéraires, 51, rue Saint-Georges, Paris, numéro du 25 avril 1913, page 365.nier xx Ly Er iQ Es ok fi HM .fe ' Notes Bibliographiques La librairie Beauchemin a fait faire des éditions européennes des œuvres de nos écrivains canadiens.Ce sont des réimpressions de livres déjà publiés ici par cette maison depuis plus d\u2019un quart de siècle.Les nouveaux volumes comprennent une cinquantaine de titres, partagés en six séries de formats et de prix différents.C\u2019est une entreprise considérable, qui s\u2019étendra à deux cents ouvrages ; elle est importante surtout par la diversité des sujets, la quantité du tirage et la variété des reliures.C\u2019est sans contredit la plus forte commande qu\u2019un éditeur canadien ait encore placée à l\u2019étranger.Et cela n\u2019aurait pu se faire sans l\u2019appui financier du gouvernement provincial.Il s\u2019agissait, avant tout, de produire à bas prix sans rétrécir la marge des bénéfices.Dès lors il fallait bien aller dans les pays où les ouvriers du livre travaillent pour des salaires de famine.Tout serait dans la modicité du prix ; c\u2019est cela qui contribuerait davantage à faire répandre les bons livres, en admettant que ce soit les productions de pacotille qui se vendent le plus.Le roman à dix sous s\u2019achète facilement ; il offre une lecture aussi agréable que malsaine ; une jeune fille peut en digérer un à chaque soirée que son anfant lui laisse libre.Nous aurons désormais la littérature canadienne au même prix.On voit déjà les résultats bienfaisants produits par l\u2019influence salutaire des bons livres à bon marché, sans nuire aux profits.Les éditions s\u2019en écoulent rapidement sous l\u2019égide de Dollard, Montcalm, Maisonneuve, Laval, Champlain et Jacques-Cartier, c\u2019est dans l\u2019ordre du catalogue.Leur diffusion est une œuvre nationale pour le moins équivalente à celle que poursuit la société Saint-Jean-Baptiste, puisque toutes deux tendent à \u201c rendre le peuple meilleur.\u201d \u201cL\u2019affaire \u201d sous une couleur patriotique devait soulever un certain lyrisme.Le journal le plus sérieux s\u2019y est laissé prendre au point de dire que \u201c c\u2019est une bonne action.\u201d Et nous en sommes encore à ce point, en plein XXe siècle, que la reproduction à prix réduits du labeur intellectuel canadien par des mercenaires étrangers, soit considérée comme une bonne action !\u2026 Bibliophile. Te Ay ner VIEUX DOCUMENTS Origine des Acadiens Par PASCAL POIRIER IX.\u2014DE 1671 à 1713 MARTIN LEJEUNE ; ENAUD ; SAINT-CASTIN ET UN DE SES COMPAGNONS.(Suite) Le recensement de 1671 n\u2019est pas le seul qui fasse mention de mariages contractés entre les Acadiens et les Abéna- quis.Dans celui de 1686 nous trouvons à la Hève un Martin Lejeune; Enaud, Seigneur de Népissigny, et, vers le même temps, Saint-Castin et un de ses hommes à Pentagoët, mariés à des sauvagesses (1).Vu la population de l'Acadie à cette époque, ce chiffre de cinq mariages relevés dans deux rescensements aussi rapprochés, est très considérable.D'où vient que M.Rameau n\u2019en fait pas la base de sa démonstration ?pourquoi ne s'est-il pas appuyé sur ces documents authentiques pour établir la preuve de la consanguinité des deux races, au lieu de placer à une époque antérieure\u2014de 1606 à 1671\u2014la fusion de leur sang ?Pour deux raisons impor- \u2014 (1) Le recensement de 1686, conservé a la Bibliothéque du Parlement Canadien, ne fait mention que de Martin Lejeune et Enaud, mariés à des sauvagesses et dit que Saint-Castin est établi à Pentagoët avec plusieurs domestiques.Pour ce qui concerne le mariage de son compagnon avec une \u2018\u2018squaw,\u2019\u2019 je m\u2019en rapporte au témoignage de M.Rameau, n\u2019ayant trouvé aucune indication de ce mariage ailleurs, 410 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE tantes.La premiere est que ces cing mariages mixtes n\u2019ont pu altérer, dans les circonstances, le sang de la race acadienne: M.Rameau, en conséquence, s\u2019en est servi, non pas comme d\u2019une preuve directe, mais seulement pour s\u2019autoriser à les multiplier de 1606 à 1671.La seconde, c\u2019est que l\u2019obscurité dont la période primitive de l\u2019histoire de l\u2019Acadie est Templie semblait justifier, ou plutôt mettre à couvert, toutes les suppositions qu\u2019on pouvait faire sur les unions de ce genre.Pour ce qui concerne ce dernier point, nous avons, je crois, rétabli les faits selon la vérité historique, et fait ample justice des hypothèses.Les difficultés qui restent sont faciles à résoudre, comparativement aux difficultés vaincues, en ce sens que les documents que nous en avons sont plus complets.En 1686, la Hève n\u2019était pas comprise parmi les grands établissements de l'Acadie.Depuis que d\u2019Aunay en avait transféré les habitants à Port Royal, en 1636, cette place était restée à peu près inhabitée, ou tout au plus avait servi d'habitation à quelques pêcheurs hivernants, et aux exploiteurs de bois de Denys.Quelques colons, cependant, avaient fini par s\u2019y fixer en permanence.Nous y trouvons en 1686 : Petit-Violon, volontaire ; Jean Vesin, âgé de 55 ans; Jacques Prévost, marié à Jeanne Fouceaux ; François Michel, marié à Madeleine Germon : Pierre Lejeune (dit Briard), marié à Marie Thibodeau ; Martin Lejeune, marié à Jeanne, sauvagesse de nation ; et Jean Labat (1), habitant de la petite rivière de la Hève.Martin Lejeune est le deuxième colon francais de I\u2019Acadie que nous voyons marié à une cauvagesse.Qu'est devenue sx lignée ?Ses enfants se sont-ils unis au groupe principal (1) Le recensement de 1671 mentionne à Port Royal, un Jean Labathe âgé de 33 ans, marié à Renée Gautherot.Est-ce le même Labat ou La- bathe qui serait allé s\u2019établir à la Rivière de la Hève ?Il pourrait se faire. 41} ORIGINE DES ACADIENS de la famille acadienne, ou sont-ils demeurés avec leurs parents maternels dans la tribu des Souriquois ?Nous n'avons rien de positif sur leur compte.Ce que nous savons, c\u2019est que la Hève, contrairement aux autres établissements français, n\u2019a jamais augmentée en importance ni en population, jusqu\u2019à ce que les Anglais, qui en sont aujourd\u2019hui les seuls habitants, soient venus, longtemps après la cession du pays à l'Angleterre, y former un établissement.En 1693, il n\u2019y avait encore que sept habitants, et les documents n\u2019en font que de rares mentions dans la suite.Ce qui m\u2019autorise a penser que les enfants de Martin Lejeune ne se sont jamais mélés à la famille acadienne, ce n\u2019est pas seulement l\u2019isolement où se trouvait la Hève, séparée de Port Royal par toute la largeur de la péninsule et située à trente lieues du Cap Sable, mais c\u2019est que les autres habitants que nous venons d\u2019y voir en 1686, ne s\u2019y sont pas réunis.Dans aucune partie de la Nouvelle-Ecosse, du Cap Breton, du Nouveau-Brunswick et de l'Ile du Prince Edouard, je ne trouve aujourd'hui de Vesin, de Petit-Violon, de Labat, ni de Michel.Il y a quelques Prévost à Poulamond, Cap Breton.Quant aux Lejeune, je n'en trouve pas non plus, excepté des Young à Elm Tree, à Nepisiguit, à Tête-à-Gouche (côté sud) dans le Nouvear- Brunswick, et à Arichat (ouest), au Cap Breton.Il s\u2019agit de savoir si ces Young descendent des Lejeune de la Hève, ou de quelqu\u2019autre Lejeune que l'immigration aurait plus tard emmenés en Acadie.Je remarque précisément dans les loca- EE PE Ee FEET lités où demeurent les Young dont il est question, grand nombre de familles arrivées dans le pays après 1686 ; par exemple à Elm Tree, des Bertin, des Laplante, des Lecouffe ; à Nepisiguit, des Boucher, des Veneault ; à Arichat (ouest), des Bouton, des Broussard, des Deslauriers, Dorion, Deveau, Forgeron, Héroux, Lacheur, LaVache, Marchant, Meunier, Mouchette, Pompin, Roger, Sacaloupe, Samson, Verre, Vigneau.Ne peut-on pas supposer que linstallation des Lejeune en Acadie soit également postérieure à 1686 ?Si l\u2019on 412 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE persiste toutefois, contre la vraisemblance des faits, & vouloir qu'ils descendent des Lejeune de la Hève, il faudra encore s'assurer quel est leur ancêtre, du Lejeune marié à une sau- vagesse, ou de celui qui a épousé Marie Thibodeau.Comme les enfants issus de mères sauvagesses avaient pour habitude d'embrasser la vie des bois, ce qui se verra mieux quand nous parlerons de Saint-Castin, et que la Hève se trouvait dans un lieu isolé et entouré de sauvages belliqueux, on peut pres- qu'affirmer que la descendance de Martin Lejeune s\u2019est éteinte dans quelque expédition, siége ou embuscade si communs à cette époque, et que les Young d\u2019Arichat et du Nouveau- Brunswick n\u2019ont pas dans leurs veines de sang sauvage, et que leurs ancêtres n\u2019en ont Jamais eu.Pour ce qui regarde Enaud de Nepisigny (1), il n\u2019y a guère lieu de s\u2019en embarrasser, il n\u2019eut pas d\u2019enfants ; au moins il n\u2019en avait pas à la date du présent recensement.S\u2019il lui en naquit par la suite, ils sont demeurés dans la tribu, ou sont passés au Canada dont ils étaient bien plus rapprochés que de Port Royal.Toujours est-il qu\u2019il n\u2019est resté dans l\u2019Acadie aucune trace du seigneur Enaud.Est-il mort à Nepisigny, s\u2019en est- il retourné en France ?Je suis porté à croire qu\u2019il ne laissa pas ses os sur le sol américain, où il n'était venu, avec quatre serviteurs, que pour faire ou chercher fortune ; et que, s'étant accommodé en passant, d'une compagne aux joues dorées, il s'en retourna ensuite au pays de ses pères.Dans le siecle aristocratique par excellence où vivait ce seigneur, les grands avaient pour habitude de se permettre très innocemment mille petits luxes auxquels il eut été criminel à un roturier de songer.Restent encore le baron de Saint-Castin, autre seigneur, et Jean Renaud, un de ses hommes (2).Saint-Castin est établi (1) Nepisigny aujourd\u2019hui Nepisiguit, est situé sur la Rivière Nepisi- guit, tout près de Bathurst, comté de Gloucester, dans le Nouveau- Brunswick.(2) Voir note, p.44. ORIGINE DES ACADIENS 413 à Pentagoët, dans le Maine.Cette habitation, très éloignée de Port Royal, n\u2019a jamais compté, non plus que la Hève après 1635, au nombre des établissements français en Amérique.Bâti par La Tour, occupé ensuite par Razilly, par d\u2019Aunay, puis, après avoir été longtemps au pouvoir des Anglais, par Grandefontaine en 1670, Pentagoët fut choisi, peu après cette dernière date, par Saint-Castin, pour siége de ses manœu- vres militaires, et la renommée du chef à fait celle du fort.Aucun particulier, dans l\u2019histoire de l'Acadie, je dirai même dans celle du Canada, n\u2019a fait plus de bruit que Saint-Castin.Support principal de la colonie française en Acadie, idole ou plutôt divinité guerrière des Abénaquis, fléau des Anglo- Américains, son nom est dans toutes les chroniques de l\u2019époque, ici chargé d\u2019injures et de malédictions, là accompagné des plus enviables témoignages de désintéressement, de grandeur d\u2019âme et de charité.Malgré tant de mentions, l\u2019histoire intime de cet homme est très peu, ou plutôt très mal connue, Il était venu au Canada, selon toutes les apparences en 1665.en même temps que quatre compagnies du régiment de Cari- gnan-Salières.Il passa en Acadie, d\u2019après les historiens, en 1670, probablement avec le chevalier de Grandefontaine que le roi venait de nommer gouverneur de ce pays (1).Depuis 1654, l\u2019Acadie était restée entre les mains des Anglais, sans que le gouvernement français eut fait le moindre effort pour le recouvrer ; que dis-je?il ne s'était pas même donné le trouble d'en recevoir la possession en 1667, après que le traité de Breda la lui eut restituée.En 1673, nous voyons Saint-Castin à Pentagoët, alors le mieux palissadé des forts de l\u2019Acadie, sous le commandement de Chambly qui venait de succéder à Grandefontaine.L\u2019année suivante, le fort fut attaqué par l'équipage d'un corsaire flamand, commandé par un espion anglais ; et Chambly ayant été mis hors de combat par un coup de mousquet, eut la douleur de voir son (1) Je suis porté'à croire qu\u2019ll n\u2019y vint qu\u2019en 1673, avec Chambly. 414 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE enseigne se rendre avec les trente ou trente-six défenseurs de la place, après une courte défense.Il est probabte que cet enseigne était Saint-Castin, mécontent du chef, ainsi que la garnison.Saint-Castin avait alors seize ou vingt ans tout au plus (1), Ce coup de piraterie de la part des Anglais ouvrit au jeune enseigne la carrière où il devait s'illustre.Chambly fut emmené prisonnier à Boston, ainsi que Marson, commandant du fort de la rivière Saint-Jean, et Saint-Castin se réfugia dans les bois avec les Abénaquis.Doué d\u2019un esprit essentiellement observateur et pénétrant, Saint-Castin ne tarda pas à comprendre le rôle qu\u2019il pouvait jouer au milieu des indigênes, s\u2019il parvenait à gagner leur confiance.Un événement du dehors, le pillage de*son fort par Andros et Randolph de la Nouvelle-Angleterre, vint bientôt le confirmer dans sa vocation.Il y allait, du reste, de l'intérêt de l\u2019Acadie dont la cause était désormais la sienne.\u201c L'objet des Anglais, écrivait-il à Frontenac en 1691, est de détacher de nous les Abénaquis comme ils ont fait les Iroquois \u201d (2).Depuis longtemps il s\u2019était appliqué a écarter ce maiheur de sa patrie adoptive, en faisant sa cour aux Abé- naquis.Cette cour consistaît à ne le céder à aucun de leurs plus habiles chasseurs dans l\u2019art de traquer les bêtes fauves, à passer comme eux des semaines vivant de chasse et buvant (1) \u2018\u2018 Saiut-Castin passa dans ce pays dès l\u2019Âge de 15 ans en qualité d'enseigne de M.Chambly \u2019\u2019\u2014 Lettre de M.Petit, missionnaire à Port Royal, à M.de Saint-Valier, citée par Ferland, vol.II, p.151, M.Petit avait été lui-même capitaine du régiment de Carignan avant d\u2019être fait prêtre, et devait connaître Saint-Castin mieux qu\u2019aucun autre.M.Moreau, adoptant la version de Charlevoix et de Raynal, d\u2019après lesquels Saint-Castin serait arrivé au Canada comme officier au régiment de Carignan, lui fait faire \u2018\u2018 de la manière la plus brillante \u2019\u2019 la campagne de Hongrie en 1664, et \u2018\u201c\u201ccontribuer puissamment & la victoire de Saint-Gothard.\u201d Moreau, p.300.Il était natif d\u2019Oleron, dans l\u2019ancienne province du Béatn.Voir Shea, note à sa traduction de Charlevoix, vol.III, p.204.(2) Charlevoix, Livre XV ; et Seconde Série, vol.VI, p.124. ORIGINE DES ACADIENS 415 l\u2019eau claire de la fontaine, à leur enseigner des ruses de guerre inconnues, à dresser pour eux des embuscades où l'ennemi ne manquait pas de tomber, à faire à leur tête l\u2019as- saût d\u2019un fort, et surtout à se montrer en toutes occasions et plus encore que leurs chefs eux-mêmes, ennemi acharné des Anglais.Son influence et son autorité s\u2019affermissaient de jour en jour.Il commandait déjà aux tribus du Maine.Mais il comprit que pour tenir tête à des ennemis toujours croissants, il lui fallait étendre son autorité sur les sauvages du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse, devenir grand sagamos de toutes ces tribus; et qu'il parviendrait à ce haut titre, qu\u2019en donnant aux sauvages des preuves irrécusables de sincérité et de désintéressement.C\u2019est alors qu'il épousa la fille de Madockawando, grand sagamos des Abéna- quis, dans l\u2019espoir de le devenir lui-même.C\u2019est ce qui arriva.Tout, dans la carrière de Saint-Castin, est conforme aux mœurs des Abénaquis et aux habitudes des Acadiens.Le voit-on, lui ou ses gens, mener, à la manière des coureurs des bois canadiens, une vie dissolue au milieu des sauvages, et les corrompre avec les eaux-de-vie ?Non ; toute son ambition est de conservér leur territoire à la France, et de gagner leur âme à la religion ; et jusqu\u2019à son départ de l\u2019Acadie pour la France, 1708 ou 1709, aucune de ses actions publiques ou privées ne s\u2019écarte de cette généreuse ligne de conduite.Nous sommes, 9 août 1689, au siège de Pémaquid, fort très important de la Nouvelle-Angleterre.Les assaillants sont des Abénaquis guidés sans aucun doute par le baron de Saint- Castin.Tous, avant de partir, se sont préparés à la mort\u2026 À deux lieues de Pémaquid ils tombent ensemble à genoux, font une courte priére, puis se relèvent en poussant le terrible cri de mort.Rien ne résiste à leur fureur.Du premier coup douze maisons de pierre sont emportées.\u2026 Le gouverneur, ne voyant plus d'espoir de salut, demande à capituler.Les sagamos accordent aux assiégés la vie, et pro- 416 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE mettent que personne ne sera molesté.Pour ne point s\u2019exposer à oublier la parole donnée, ils brisent une barrique d'eau-de-vie qu\u2019ils répandent par terre, les anciens étant persuadés que si leurs jeunes guerriers y goûtaient, il n\u2019y aurait plus moyen de les contenir.(Ferland, vol.II, pp.191-2).Voilà les sauvages au milieu desquels Saint-Castin passa sa vie.Veut-on des témoignages formels de la droiture d\u2019intention et de la conduite morale de Saint-Castin ?\u201c M.de Saint-Castin demande un missionnaire pour Pentagoët où il demeure.C\u2019est un fort beau, naturel, il mérite d\u2019être aidé.Nous lui avons de grandes obligations ici.Comme il est généreux et qu'il est fort à son aise, (1) il nous a fait souvent des aumônes considérables pour notre église qui, sans son secours, serait très pauvre.Je n\u2019y entre jamais sans que je me souvienne de lui.Quant il vient ici me voir (à Port- Royal), ce qui lui arrive ordinairement deux fois par an, il est ravi d'assister à la messe (2).Faut-il des preuves de la main même de ses ennemis pour nous convaincre de l'exemple d'\u2019intégrité et de charité que notre jeune héros mettait sous les yeux de sa tribu adoptive ?Ecoutez ce que dit de lui Joseph Williamson dans un mémoire.\u201c Saint-Castin avait fait élever une chapelle dans l\u2019enceinte même de son fort.C\u2019est à ses efforts (exertions) qu\u2019il faut attribuer l'implantation du catholicisme au milieu des Tarratins \u201d (8), Abénaquis des environs de Pentagoët.Cet apostolat.sans doute ne consistait pas chez Saint- Castin, dans la prédication personnelle ; mais il consistait (1) \u2018 On m\u2019assure qu\u2019il lui est venu de France une succession de 5,000 livres de rente, qu\u2019il est honnête homme \u201d A.D.1686.Lettre de Denon- ville, Gouverneur du Canada, au Ministre, 2 Série vol.5, pp.297-8.(2) Lettre du curé de Port-Royal à l\u2019Evêque de Québec, datée 22 oct.1685.(3) Joseph Williamson, \u2018\u2018 Maine Hist.Society,\u2019\u2019 vol.V.p.111. ORIGINE DES ACADIENS 417 dans le soin qu'il prenait de fournir constamment des missionnaires aux sauvages de sa tribu, et de les préparer lui- même par ses exemples à recevoir la lumière de l\u2019Evangile.Ce n\u2019est que sur ses instances réitérées que Mgr Laval donna à la mission de Pentagoët des missionnaires permanents.Le Père Thury, pendant les douze années qu\u2019il passa au milieu de cette tribu, rendit leur foi et leur soumission remarquables par toute l'Amérique du Nord.Leurs mœurs étaient aussi pures que leur foi était inébranlable, et les An- g'ais ne réussirent jamais à les détacher de leur croyance religieuse, non plus que de la cause de la France.A la mort du Père Thury, survenue en 1699, Saint-Castin obtint qu\u2019il fût remplacé par deux missionnaires, MM.Gaulin et Rageot.Ceux-ci demeurèrent à Pentagoët jusqu\u2019en 1703, et les Jésuites alors furent chargés de la mission.Ce fut le Père Raslé, \u201cle plus grand des missionnaires Abénaquis,\u201d selon l'expression de Shea (1), qui vint continuer l\u2019œuvre du Père Thury.Il mourut martyr de son zèle et de son dévouement pour ses enfants, en 1724; et ses bourreaux étaient les meurtriers du Père Garreau et du Père Brébœuf, quelques Iroquois aidés d'un plus grand nombre d\u2019Anglais (2).Tels ont été les guides des Abénaquis de Péntagoët, au spirituel et au temporel : Saint-Castin et les missionnaires.Avec des chefs müs par une aussi généreuse ambition et une sévérité aussi rigide à l'égard des bonnes mœurs, qui oserait maintenir qu'aucun Français de Pentagoët ait mené au milieu d'eux une vie de débauche si contraire à leurs habitudes ?Que l'un des compagnons de Saint-Castin ait épousé une sauvagesse, comme le rapporte M.Rameau, à la bonne heure ; mais assurément aucun d\u2019eux n\u2019eut osé renouveler l'aventure de Robert Gravé.Le châtiment auquel Poutrin- court avait impitoyablement condamné ce jeune délin- (1) Shea, \u2018\u2018 Catholic Missions,\u201d p.IS1.(2) Idem \u2018\u2018 Catholic Missions,\u201d pp.149-150-I, et tous les historiens. 418 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE quant (1), aurait été celui qu\u2019ils auraient encouru de la part du sagamos Saint-Castin.Les Français de sa suite, au reste, étaient moins nombreux qu'on ne le suppose généralement.Ils passaient, la plupart, dans ses rangs pour une expédition ou pour une embuscade, et, le coup de main exécuté, ils s\u2019en retournaient à leurs travaux agricoles.De plus, il en tombait toujours quelques- uns sous les balles ennemies.Les Anglais s'étaient emparés de son fort en 1688, et l'avaient pillé.\u201cChurch, en 1704, mit à mort ou emmena captifs tous les habitants de Pentagoët français et indiens, sans qu\u2019un seul, à sa connaissance, ait échappé.Au nombre des prisonniers se trouvait la fille de Saint-Castin \u201d (2).Le sort de cette captive nous fait voir celui des autres enfants du baron.Tous ont péri a la guerre, ont été emmenés en captivité, lorsqu'ils n'avaient plus leur brave père pour les défendre, et que les Anglais étaient devenus trop puissants, ou bien sont passés au Canada avec les Abénaquis en 1823-4, où ils ont formé les missions de Bécancourt et de Saint- François.Il est probable, cependant qu'il en resta quelques- uns à Pentagoët, où ni la proscription ni le fer de l\u2019ennemi n'ont pu les atteindre : jeunes abrisseaux restés vivaces sous les débris de la forêt, pendant que les grands chênes étaient consumés dans la conflagration générale.Nous trouvons au bureau du Secrétaire de l'Etat du Massachusetts des lettres de Pentagoët, écrites par Joseph Dabadis de Saint-Castin, portant la date de 1754 (3) ; et l'abbé Maurault prétend que vers 1240, il vint au village de Saint-François (Canada) un Abénaquis de Pénobscot, du nom de Saint-Castin (4).Ceci (1) Voir, à la fin, chapitre XIV.(2) \u2018\u2018 Maine Historical Society,\u201d vol.VI, p.113.(3) \u2018\u201c Maine Hist.Society,\u201d vol.VI, p.113.(4) \u2018\u2018 Histoire des Abénaquis,\u201d\u2019 p.170.\u201c Pénobscot ou Pentagoët, anjourd\u2019hui Old Town.\u201d ORIGINE DES ACADIENS 419 correspond assez avec un autre fait plus important : quand le gouverneur Pownal, en 1759, alla prendre possession du fort Saint-Castin, il le trouva désert et en ruines.C\u2019est que les descendants du baron étaient alors devenus entièrement Abénaquis, ne conservant de Français que le nom.' Quoiqu'il en soit, ni le père ni les enfants ne se sont jamais mélés, au moyen d\u2019unions matrimoniales, aux Français de l\u2019Acadie (1) qu'ils n\u2019ont jamais connus que sur le champ de bataille, et qui leur étaient aussi étrangers que ceux du Canada ou des Basses-Pyrénées (2).Is n\u2019avaient de commun avec les Acadiens que l'amour du même sol, les mêmes missionnaires, les mêmes intérêts à sauvegarder et les mêmes ennemis à combattre.Mais la manière de vivre et les habitudes de ces amis ne leur convenaient pas plus que celle des Béarnais.En 1722, le fils aîné de Saint-Castin, Anselme, étant passé en France pour recueillir la succession de son père qui venait de mourir, ne put se faire aux exigences d\u2019une civilisatiou à laquelle il n\u2019avait pas été habitué et trop étroite pour les aspirations de son âme ; il revint à Penta- goët reprendre avec ses frères la vie plus libre de l'enfant des bois (3).[1] Un des enfants de Saint-Castin, celui qui devint lieutenant de l\u2019Acadie sous Vaudreuil, après que les Anglais en eurent pris possession en 1710, épousa, au rapport de Shea, la fille d\u2019un officier français \u2014Shea, note à Charlevoix, livre XX, p.275.Il est très probable que cet officier français était du Canada.[2] Saint-Castin était d\u2019Oléron, dans l\u2019ancienne Province du B:arn, enclavée aujourd\u2019hui dans le département des Basses-Pyrénées.[3] Garneau, vol.II, p.109, dit qu\u2019il ne revint point en Amérique ; mais M.Moreau, p.301, et l\u2019abbé Maurault, p.170, et les historiens du Maine me paraissent mieux informés, (4 suivre) Le Canada vu par un Français de France COUP D'OEIL HISTORIQUE Rapport de M.E.Agostini, délégué du syndicat Maritime et fluvial de France au Canada, en 1886.IV FORÊTS (Suite) On relève dans le recensement de 1\u20ac81, trente-quatre genres d'industries ou métiers, tirant leurs matières premières des forêts.On pourrait facilement améliorer ou introduire certaines industries des forêts, par exemple, les extraits pour tanneries.Les nattes, le charbon de bois, sont très négligés.On ne produit pas de térébenthine.Le sucre d'érable dont la production annuelle dépasse 20,000,000 de livres, ne compte dans les exportations de 1884 que pour 391,348 livres, estimées a $25,018, presque uniquement expédiées aux Etats-Unis.M.H.B.Small s'exprime ainsi dans un rapport sur les forêts du Canada et leurs produits : LIMITES A BOIS DE LA CONFÉDÉRATION \u201c Les plus importantes limites à bois de la Puissance peuvent être brièvement classées: une description plus détaillée de chacune d'elles sera donnée dans leurs provinces respec- LE CANADA VU PAR UN FRANÇAIS DE FRANCE 421 tives.Commençant par les côtes du Pacifique, nous dirons que les forêts de la Colombie anglaise ont encore été à peine attaquées par les marchands de bois, et que les arbres atteignent une grosseur excédant celle des autres limites.Cela est attribué à la douceur et à l'humidité du climat.La forêt n\u2019est pas limitée à aucune partie de la province, mais elle s\u2019étend presque d\u2019un bout à l'autre.S'avançant à l\u2019est des Montagnes Rocheuses vers la province d'Ontario, on trouve, dispersées çà et là, des régions de terres boisées mais non d\u2019une étendue qui permette de les classer avec les autres terres dont le bois est retiré pour l'exportation, Dans les provinces aînées, les terres à bois sont situées au nord des lacs Supérieur et Huron, sur les terres de la baie Georgienne, de la région du Nipissing et du Muskoka, dans la région traversée par les rivières Ottawa, Saint-Maurice, Saguenay et leurs tributaires, les townships à l\u2019est de Québec et les terres au sud du Saint-Laurent jusqu\u2019au Golfe, y compris Gaspé, la région située au nord du Saint-Laurent depuis le Saguenay jusqu\u2019à la Betsiamis et même plus bas jusqu\u2019à Mingan et dans la contrée arrosée par les rivières Saint-Jean, Mirami- chi, Ristigouche et leurs tributaires.Ces limites, dans plusieurs endroits, sont isolées, et ont, à quelques exceptions près, été exploitées pour en avoïr du pin de première qualité, mais renferment encore une quantité immense d\u2019épinettes, principalement dans l'Est.\u2018\u201c Les marchands s'avancent chaque année dans la forêt.Tous les tributaires accessibles des rivières Ottawa, Mada- waska, Bonnechère, Pétawan, Mississipi et autres, ont été exploités depuis des années du côté d\u2019Ontario, tandis que du côté de Québec ils ont à peine atteint la source de tous ces tributaires, les rivières Rouge du Lièvre, la Gatineau, Jean-de- terre, le lac Kakebonga.le lac des Rapides, et ils continuent leurs travaux le long des lacs Témiscamingue et Keepawa.Sur le Saint-Maurice ils sont rendus jusqu\u2019au lac Manooran à l\u2019ouest, et du côté est, le Bostonnais et la rivière Croche 422 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE ont été dépouillés de leur beau pin, qu\u2019on cherche maintenant seulement aux sources de ces rivières.\u201c Dans la région du Saguenay, il ne reste plus qu\u2019une quantité limitée de pin au sud du lac Saiut-Jean, mais une quantité d'épinette n\u2019a pas encore été touchée.Au nord du lac Saint-Jean, il y a de bons pins, de même que sur les rivières Shispha, le bas du Saguenay, les rivières Sainte-Marguerite et le petit Saint-Jean.\u201c Quant aux grandes rivières qui se jettent dans le lac Saint-Jean, le gros pin est presque complètement disparu, sur les parties basses, et le reste de la contrée qui se trouve sur ces rivières, est un immense désert brûlé dont le sol végétal même a été détruit par le feu.La grande région située entre le Saint-Maurice et l'Ottawa est éclaircie de part en part et le marchand de bois d'Ottawa a rencontré son compagnon de travail du Saint-Maurice sur les terres Manooran.\u201c Au nord du lac Temiscamingue et de la rivière Montréal, il y à très peu de distance avant d'atteindre la hauteur des terres, la ligne divisant les eaux qui coulent vers le Saint- Laurent de celles qui se jettent dans la Baie d'Hudson.On trouve du beau pin le long des sources de l\u2019Ottawa.Au-delà de cette hauteur de terre, les eaux coulent vers le nord, et les rivières qui se jettent dans la Baie d\u2019Hudson encourageront sans doute nos marchands de bois à l\u2019ouverture de la navigation par le Détroit d'Hudson, à tourner leurs efforts dans cette direction.Une grande quantité de bois peut être obtenue là, non-seulement pour l'exportation, mais aussi pour la consommation du pays situé dans les régions déboisées du grand Nord-Ouest.Il y à dans les endroits ci-dessus mentionnés une grande quantité de pin et d\u2019épinette de seconde qualité qui suppléera aux besoins locaux de plusieurs générations, si on en prend soin, mais la première qualité de pin requise pour garder notre grand commerce de bois ce qu\u2019il a été jusqu'ici, devient, excepté dans la Colombie anglaise, rare et inaccessible. ORIGINE DES ACADIENS 423 \u201c En ce qui concerne la quantité de pin qui reste, des faits étonnants furent mentionnés à la Convention Forestière à Montréal, en 1882, par M.Little et d\u2019autres autorités bien connues.M.Little dit qu\u2019au Canada (lui apparemment ne comprenait pas la Colombie anglaise) il ne nous restait que dix mille millions de pieds de pin de première qualité (Québec 5,000, Ontario 8,500 et les Provinces Maritimes 1,500), tandis que nous coupons mille millions de pieds annuellement.D\u2019après ce calcul, on peut voir combien il faudra de temps pour épuiser ce qui en reste.\u201d Enfin, la science forestière fait presque totalement défaut au Canada.La prodigalité de la nature sous ce rapport, semble avoir fait négliger au Canadien l'étude, même élémentaire, des premières lois fondamentales de la richesse d\u2019un pays où quelques-uns de nos forestiers pourraient rendre les plus grands services et se créer des exploitations sans rivales.LIMITES A BOIS\u2014RÉGLEMENTS Les demandes progressives du bois carré manufacturé ont donné une énorme valeur aux limites de bois.Des explorations ont été faites dans les contrées reculées, et les régions depuis longtemps négligées ont pris de la valeur.Les limites à bois varient en grandeur selon les moyens du locataire.Plusieurs des plus grands établissements contiennent des centaines de milles carrés.Le gouvernement de Québec et celui d\u2019Ontario n'abandonnent jamais leurs droits de propriété.Ils gardent invariablement le fief ou droit de propriété, employant à peine l\u2019usufruit.Le bail de ces limites est adjugé par encan ou par vente privée, à tant du mille carré.Les licences doivent être renouvelées chaque année, et les licenciés payent annuellement deux piastres par mille.Toute espèce de bois coupé avec licence dans la province d'Ontario, est sujet au paiement des droits de la Couronne. 424 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE NOUVEAU-BRUNSWICK Dans le Nouveau-Brunswick les limites à bois donnent rarement plus de 58.00 par mille.La coupe de l'épinette et du pin d\u2019au moins dix-huit pieds de long et dix pouces au petit bout, est prohibée.NOUVELLE-ECOSSE Il n\u2019est accordé ici aucune licence.Pour se procurer le droit de commercer sur le bois, le terrain même doit être acheté de la Couronne.MANITOBA ET TERRITOIRES DU NORD-OUEST Une rente de terre de 55.00 par mille carré et une taxe additionnelle de cinq pour cent sur le montant des ventes, de tous les produits, sont retenues par le gouvernement fédéral, dans les provinces du Manitoba et les Territoires du Nord- Ouest.COLOMBIE ANGLAISE Il n\u2019y a pas de règlement pour la Colombie anglaise ; mais les terres doivent être achetées avant même que le bois soit coupé.Il y a un acte du parlement 42 Victoria chap.31, défendant sévèrement la destruction inutile du bois, et on veille attentivement à ce que le feu n'y soit pas introduit.Un acte de la législature provinciale de Québec, 34 Victoria chap.19, (1871) fixe le temps où on doit brûler les jachères et protéger les forêts contre le feu.D'autres actes sont plus sévères ° encore que le premier: ceux de la législature provinciale d'Ontario, 41 Victoria, chap.23, (1878) et des Statuts refondus de la province du Nouveau-Brunswick, chap.207 (1777).Enfreindre ces règlements, c'est s\u2019exposer à de fortes amendes. LE CANADA VU PAR UN FRANÇAIS DE FRANCE 425 GASPILLAGE DANS LA COUPE En faisant du bois carré, on gaspille en coupant des arbres au-desscus de la grosseur moyenne, et en dépouillant indistinctement la pruche de son écorce.On estime ce gaspillage à un quart de l\u2019entier en fabriquant du bois carré.Comme tous les arbres ne sont pas suffisamment sains pour faire du bois carré, plusieurs pins sont laissés sur le terrain et pourrissent.Il peut y avoir quelque chose de défectueux dans le cœur, ou la longueur, qui les rende impropres à la fabrication du bois carré, quoi qu\u2019ils eussent pu faire de beaux billots de sciage.En arrivant en Angleterre, le bois carré est immédiatement coupé de la longueur requise par le commerce local, mais s\u2019il était réduit sur place à ces dimensions, les marchands de bois du Canada pourraient disposer avec protit d\u2019une quantité de morceaux qui sont complètement perdus.Dans la Norvège, tout le bois est exploité dans toutes les dimensions requises pour le commerce.Abattre des arbres au-dessous de la moyenne, c\u2019est tuer la poule aux œufs d'or, car l'avenir des forêts dépend de la croissance des jeunes arbres.Pour obtenir la permission de couper le bois, sur les terres publiques, d'après l'acte des terres de la Puissance (35 Victoria, chap.23, sect.51), toute personne s\u2019oblige d\u2019empêcher toute destruction inutile de jeunes arbres de la part de ses hommes.La destruction immodérée des forêts de pruches pour fournir l\u2019écorce pour l'exportation, ruinant ainsi les arbres dépouillés, est une perte dont les effets se feront bientôt sentir dans les districts où elle s'opère.Il appartient aux gouvernements provinciaux d'arrêter cette trop grande destruction en octroyant les licences.(H.B.SMALL).CHASSE ET PÊCHE LA CHASSE \u2014 Quand Champlain remonta le Saint-Laurent et vint fonder Québec, le Canada était couvert de forêts séculaires, dont la hauteur attestait l\u2019ancienneté.eee oc rues 426 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE La chasse était la vie du sauvage.Des peuplades entiéres marchaient en familles à ces expéditions, les hommes pour tuer le gibier, les femmes pour le porter et le préparer.La traite des pelleteries devint la base des rapports entre les Kuropéens et les Indigènes, et le premier objet du commerce au Canada.Les peaux d'ours, de castor, de martre, de vison, de renard, de chevreuil, de loup-marin et d\u2019autres animaux, étaient apportées sur les marchés, d\u2019abord à Tadou- sac, puis aux Trois-Rivières.Avec le temps, Montréal attira seul toutes les pelleteries.Elles arrivaient au mois de juin, sur les canots d\u2019écorce.C'est ainsi qu'on vit se former une espèce de foire où les Sauvages affluaient.Au temps le plus prospère de la colonie, ses exportations en pelleteries s\u2019élevèrent à 1,200,000 livres, dont 800,000 livres en castor ; et les exportations en bois de toute espèce montaient à 150,000 livres, celles en huile de loup-marin à 250,000 livres, et celles en farines à une pareille somme.Ces ohjets réunis formaient déjà un total de deux millions cent cinquante mille livres.(2,150,000 fr.) Ce chiffre était bien loin encore de ceux de nos jours.(Les exportations du Canada ont atteint un total de $102,137,203 en 1882).Mais si la production et le commerce général du Canada ont si prodigieusoment augmenté les produits de la chasse ont nécessairement diminué en raison de l'accroissement de la population et de leur empiètement sur les forêts.La chasse peut néanmoins s\u2019exercer sur des territoires immenses.LA PÊCHE.\u2014La pêche, cette agriculture de la mer, compte au premier rang parmi les industries canadiennes.Les pêcheries du Canada sont les plus considérables du monde.Le développement des côtes maritimes des provinces de Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse, la surface des grands lacs et de ceux du Nord-Ouest, l'immense nappe d'eau salée enclavée dans le territoire de la Confédération sous les noms de Golfe Saint-Laurent et des baies des LE CANADA VU PAR UN FRANÇAIS DE FRANCE 427 Chaleurs et de Fundy, forment ensemble ces vastes champs d\u2019action dont la superficie totale de près de 145,000 milles carrés est sillonnée par pius de 52,000 pêcheurs vivant, avec leurs familles nombreuses, du produit de leur pêche sur toutes ces rives.Déjà vers l\u2019an 1373 la baleine était pourchassée dans les eaux du Golfe Saint-Laurent et çur les côtes du Labrador, Les progrès de la pêche autour de Terre-Neuve furent très tardifs.Il est curieux de rappeler que le voyageur Hore qui y aborda en 1536 manqua y périr, faute de subsistance, avec ses compagnons, quand le poisson pullulait autour d'eux ! Ce n\u2019est qu'en 1540 que le Grand Banc fut bien connu et que les navires français commencèrent à pêcher sur les atterrages de Terre-Neuve.Les pêcheries du Canada rendent annuellement plus de $17,000,000.Ces quantités ne comprennent pas celle consommée par la population sauvage de la Colombie britannique, ni le rendement du Manitoba et des Territoires du Nord-Ouest.PISCICULTURE.\u2014Il y a aujourd'hui dans les différentes provinces du Canada, treize établissements destinés à la propagation artificielle du poisson.Le nombre total d'alevins distribués par les établissements ichtyogéniques s'est élevé en 1884 à 53,143,000, et la quantité d'œufs déposés au cours de l'automne de la même année est de 66,033,000.VI LES MINES ~ L'industrie miniere est encore a l'état d\u2019enfance dans la Confédération canadienne, qui possède cependant des richesses minérales aussi considérables que variées, n\u2019attendent que l\u2019aide des capitaux pour donner lieu à de très grandes et très productives expioitations. 428 LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE Nous estimons que ceux qui enverraient quelques-uns de nos ingénieurs explorer le pays ne perdraient ni le temps de ceux-ci ni leur propre argent.+ Presque tous les minéraux connus se trouvent dans les diverses formations géologiques du Canada.Les côtes de l'Atlantique, la chaîne des Laurentides, les régions des prairies elles-mêmes et la côte du Pacifique, concourent à former un ensemble qui peut rarement se retrouver dans d'autres contrées, et pour lequel la nature s\u2019est montrée particulièrement libérale.Dans les métaux et minéraux on trouve le fer sous forme de limonite, d\u2019oligiste, d\u2019hématite et de fer magnétique, le plomb, lejenivre natif ou en sulfures, le nickel, le cobalt, le zinc, l'argent, l\u2019or, le platine et le mercure ; Pour les fabriques de produits chimiques : les sulfates de baryte, molybdénite, cobaltine, bismuth, antimoine, manganèse, dolomite, magnésite, apatite et tufs calcaires ; Pour les matériaux de construction, architecture, sculpture et arts décoratifs : les calcaires, les grès, le granit, l\u2019ardoise et les argiles de diverses nuances ; les marbres blancs, noirs, veinés, vert clair, vert foncé, bruns, gris, ete ; Pour le polissage et l\u2019'affutage : les pierres à repasser, les pierres à huile, les meules, la poudre d\u2019émeri ; Dans les minéraux réfractarres : l'asbeste, l\u2019amiante, le mica, la pierre de savon (stéarite) le graphite, la plombagine, etc.Pour les arts : les pierres lithographiques, l\u2019agathe, les jaspes, l\u2019améthyste, etc ; Enfin l\u2019anthracite, le lignite, le sel, le pétrole, le bitume, etc.LE FER.\u2014Le fer, le plomb et le cuivre se rencontrent à divers états dans toutes les provinces de la Confédération.Le fer magnétique se trouve le long de la chaîne des Lau- uentides.On l\u2019exploite à une seule place, à peu de distance d'Ottawa, mais on peut dire que la quantité de minerai est b nyraeque sorte illimitée.D'immenses blocs s\u2019avancent sur LE CANADA VU PAR UN FRANÇAIS DE FRANCE 429 la pente de la côte, qui contient, d'après les estimations officielles de 1885, plus de 288,000 tonnes de minerai, à sa surface, et 100,000,000 de tonnes de minerai accessible.\u2018Les veines qui vont en descendant montrent une richesse qui augmente à mesure qu\u2019on les approfondit.Une analyse faite à Boston a donné 67 p.100 de fer métallique.On trouve des dépôts de fer à grains magnétiques remarquablement riches, dont on fait le plus bel acier qui puisse être manufacturé, sur les terres du nord du golfe Saint-Lau- rent, à la rivière Moisie, et s\u2019étendant le long de la côte de la Baie des Sept-Iles.Ces dépôts sont situés très favorablement pour le chargement des navires.Le fer de Moisie est de qualité supérieure ; le minerai est presque absolument exempt de soufre et de phosphore.De grandes quantités de limonites excellentes, gisent dans le district de Trois-Rivie- res.Les Forges et fonderies de Saint-Maurice furent établies par les Français en 1737.Elles sont comme un monument de l\u2019entreprise des premiers colons dans cette région.Presque tout le fer produit dans ces forges est envoyé à Montréal où il est manufacturé en roues de wagon, et aussi pour faire des haches qui ont acquis une grande réputation parmi les travailleurs du bois.Le fer spathique abonde sur la côte de la Baie d'Hudson et des quantités considérables de fer en grain magnétique, y sont respectées par les vagues.On trouve le minerai de fer dans l'intérieur des Territoires du Nord Ouest.LE CUIVRE.\u2014Le cuivre abonde et constitue un des plus importants trésors minéraux du pays.LE ZINC.\u2014Le zinc est sous forme de sulfure de blende dans l'Ontario et en petite quantité dans certaines parties des autres provinces.L'ARGENT.\u2014 L'argent se rencontre dans les provinces de Québec, Nouvelle-Ecosse, Nouveau-Brunswick, dans la Colombie anglaise et les Territoires du Nord-Ouest.Les terres 430 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE au nord du Lac Supérieur sont riches en argent.L\u2019Ilet d\u2019Argent qui n'était en premier lieu qu\u2019un simple rocher dont le plus grand diamètre est de 75 pieds et la plus grande hauteur au-dessus de l\u2019eau d\u2019environ 8 pieds, est situé à un demi mille du bord, du côté nord, et à quelques milles du Cap Tonnerre ; cet Îlet a obtenu le nom le plus célèbre de toutes les mines ou on trouve argent.La mine fut découverte en 1868.Dans ce temps, la mine a été constamment exploitée ; elle à atteint une profondeur de 550 pieds au-dessous de la surface du Lac.On estime qu\u2019on a retiré de l\u2019argent de cette mine pour une valeur de $3,000,000.La galène argentifère est en abondance dans le district du Lac Supérieur.L'Or.\u2014 L'or est disséminé sur divers points.On a estimé récemment le produit de la province de Québec, depuis la la date de la découverte du précieux métal sur la rivière Chaudière, à un total de 117,000 onces.Des travaux dans les terrains d\u2019alluvion près de Sherbrooke rapportent de beaux bénéfices.Les mines d'or de la Nouvelle-Ecosse sont l\u2019une des principales richesses de cette province.> Une \u201cloi des mines et minéraux \u201d stipule que les mines de quartz (or) seront divisées en superficies de 1 0 pieds le long d\u2019un filon sur 250 pieds de forme rectangulaire et quadrila- tere.Les baux sont donnés pour 21 ans.Les moulins à brocarder doivent étre patentés et leurs registres sont ouverts à l'inspection publique.Cette inspection officielle offre une hase solide sur laquelle on peut calculer les résultats.Dans la Nouvelle-Ecosse la plupart des mines d\u2019or sont situées près des eaux navigables et d'un accès facile.On peut miner et brocarder durant l'hiver.Le dernier rapport publié montre que le produit de 1883 a été de 15,446 onces provenant de 25,954 tonnes de quartz brocardé, 28 mines exploitées et 34 brocards.Dans la Colombie anglaise, la valeur de l'or obtenu pendant vingt ans est estimée à quarante millions de piastres, à LE CANADA VU PAR UN FRANÇAIS DE FRANCE 431 part ce qui a été enlevé par des Chinois.Le professeur Dawson cite 110 localités où l\u2019on trouve de l\u2019or dans cette province.LE PLATINE.\u2014Le platine se rencontre aussi dans les provinces de Québec, de la Nouvelle-Ecosse et de la Colombie anglaise.LE MERCURE OU CINABRE\u2014JLe mercure ou cinabre se trouve dans les graviers de la Rivière-du-Loup, et dans d\u2019autres localités de la province de Québec, dans l'Ontario et dans la Colombie anglaise.Le BismuTH.\u2014Le bismuth n'y est pas rare, mais tres disséminé ou par traces.De longs cristaux prismatiques de sulfate de bismuth ont été trouvés sur le côté nord-est du petit lac Shusnap ; un filon est situé dans le lot 34 du troisième rang de Tudor ; c'est la seule localité de l'Ontario connue pour posséder ce métal.Dans le Nouveau-Brunswick, au comté d'York, il y a d'abondantes veines de quartz contenant de l\u2019antimoine.Si on prend en considération, dit le rapport de l\u2019arpenteur-général, le nombre, la forme et l'étendue des filons d'antimoine dans le voisinage du lac Georges, et la richesse du minérai qu'ils contiennent, c\u2019est certainement la plus riche localité qui ait jamais été découverte dans le Nouveau-Brunswick, l\u2019une des premières contrées du monde produisant l\u2019antimoine.SIDEROCHROME,\u2014Ce sel sert a préparer un oxide vert employé dans la peinture.On en fait aussi une encre indélébile; il en entre dans la teinture pour impression des indiennes.Il existe en tres grandes quantités dans la province de Québec.MANGANESE.\u2014Se trouve dans l\u2019Ontario, la province de Québec, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse et dans les Territoires du Nord-Ouest.L'APAVITE OU PHOSPHATE DE CHAUX.\u2014Commun dans les pierres calcaires des Laurentides, ce minérai est quelquefois disséminé en petits cristaux bleus ou verts ; d\u2019autres fois il 432 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE est si abondant qu'il forme des rochers entiers et, dans quelques cas, compose des couches de phosphate d\u2019un cristallin à peu près pur.Les demandes réitérées de phosphates comme fertilisateurs du sol, attirent l'attention sur la quantité considérable de ce minérai existant au Canada.Dans l'Ontario un grand nombre de mines de phosphate sont exploitées et rapportent de beaux revenus.On a fait a Portland de nombreuses découvertes d\u2019apatite de belle apparence.L'exploitation se fait sur un grand pied dans les townships de Hull et de Wakefield où la qualité de ce miné- rai est exceilente.\u201c L'apatite canadienne, d\u2019après le professeur Hoffman, (rapport à la commission géologique) peut être considérée comme préférable à toute autre pour la manufacture d\u2019un superphosphate concentré : jusqu\u2019à présent toute l\u2019apatite canadienne appartient à la variété \u201c fluor apatite \u201d et ressemble beaucoup à celle qui vient de plusieurs mines européennes.\u201d Les dépenses d'exploitation et du coût du transport de Buckingham en Angleterre sont d'environ $13 la tonne.33,000 tonnes ont été expédiées du port de Montréal en 1884 contre 15,000 tonnes en 1861.LE Gyrse\u2014Le gypse de l'Ontario est très pur et fait un très bon ciment et du stuc.Il en existe de vastes dépôts dans le Nouveau-Brunswick, et ceux de la Nouvelle-HEcosse sont sans égaux.Dans l\u2019opinion des géologistes, les mines d'asbeste de la vallée d'Ottawa sont destinées à devenir une industrie d'une haute importance.L\u2019AMIANTE.\u2014La chrysotile du Canada n\u2019est pas comme l\u2019amiante ordinaire formée d'un paquet de fils C\u2019est une pierre qui se présente par couches de 2 4 10 centimetres d\u2019épaisseur, composées de fibres transversales plus résistantes, mais plus faciles à filer, à tisser et à feutrer que l\u2019amiante d'Europe. LE CANADA VU PAR UN FRANÇAIS DE FRANCE 433 L\u2019amiante est appréciée d\u2019après la longueur des fibres, la force, la couleur et la pureté du minéral.Les mines de Colraine sont celles qui promettent le plus.Elles sont les plus riches et les plus considérables.Les principaux gisements se trouvent dans les cantons de Thetford, Colraine, Broughton et Shipton.Le minéral revient, dit-on, à un prix moyen de $30, $40 à $50 la tonne.Le prix de vente du minéral brut, varie de $60, $80 a $100 la tonne.Les colons de ces cantons devraient se garder de détruire leur bois forestier en le brûlant, de le gaspiller dans le défrichement ; ces gaspillages du bois par des feux de broussailles, d'arrachis, de menus et de gros arbres ont causé des pertes énormes et irréparables.En compensation, on peut dire que les mines de chrysotile des cantons de l\u2019Est sont inépuisables.\u201c On en extrairait 50,000 tonnes par année pendant des siècles, et il en resterait encore, et il en resterait toujours.\u201d Dans les formations siluriennes métamorphosées des cantons de l\u2019Est, la serpentine et la tale se sont entassées en masses énormes formant de véritables montagnes.La serpentine est susceptible du plus beau poli, ses nuances vertes, brunes, noires, jauuâtres, distribuées en lignes harmonieuses, en arabesques, en gerbes sont d\u2019un magnifique effet.C\u2019est au cœur de ces masses compactes et imposantes et dans le tale ou pierre à savon que se trouve \u201cla pierre à coton,\u2019 nom que le mineur canadien donne a la chrysotile.HOUILLE.\u2014La Nouvelle-Ecosse est sans rivale pour les ressources productives de ses terrains houillers.La nature l\u2019a en même temps favorisée de tout ce qui peut avantageusement en faciliter l'exploitation.La houille de Sydney est excellente pour les machines à vapeur et pour les besoins domestiques.On la détaille à Halifax à 30 et 80 centins de plus qu'aucune autre houille du Cap Breton.On envoie des quantités considérables de houille à Terre-Neuve pour l'usage 434 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE des bateaux à vapeur.La houille de Sydney est particulièrement adaptée à la fabrication du gaz: D\u2019après les rapports de la commission géologique, le charbon qu\u2019on peut retirer de cette mine s\u2019élève au-delà 212,000,000 de tonnes.Le coût pour tirer la houille de la mine et la transporter aux wagons varie, suivant la situation houillières, de 60 cents à $1.25 tonne.Plus d\u2019un tiers de la province du Nouveau-Brunswick est formé de rochers composés de houille, qui offrent la variété ordinaire de conglomérés de grès et de schistes, qu'on rencontre encore dans d\u2019autres localités avec de nombreux restes de fossiles caractéristiques.Le minéral célèbre connu sous le nom d\u2019albertite fut découvert en 1850, près du village de Hillsboro, dans le comté d'Albert.Quelques-uns l\u2019ont regardé comme une vraie houille, d\u2019autres comme une variété de jais, d\u2019autres enfin comme un produit très rapproché de l'asphalte.Depuis la première découverte des mines Albert, le total du minéral exporté s\u2019élève à près de 200,000 tonnes.Ce minéral convient admirablement à la fabrication de l'huile et au mélange avec d\u2019autres houilles pour la préparation du gaz d'éclairage.Il peut donner 100 gallons d'huile crue ou 14,500 pieds cubes de gaz par tonne.Ce gaz a un pouvoir d'éclairage supérieur.Employé avec d'autres houilles, il laisse un résidu très estimé.Le prix de vente varie de $15 4 $20 (or) par tonne.Le coût du transport à Boston est de $2.La présence de la bonne houille dans la Colombie anglaise et son absence dans d\u2019autres parties de la côte du Pacifique sont une grande faveur pour cette province.On trouve de l\u2019anthracite dans l\u2019île de la Reine Charlotte.A l'Ile New-Castle, les rochers perpendiculaires à l'eau offrent des sillons de houille.Les principaux travaux sont faits à Nanaïmo, les houilles de Wellington et de Harwood _ 8 Ye gi pres Jer FOIE 8 de LE CANADA VU PAR UN FRANÇAIS DE FRANCE 435 se vendent aux mines à raison de $5 à $6, et à San Francisco $10 la tonne.L'existence d\u2019une belle qualité de houille en quantités presque illimitées, sur le bord de la mer, ne peut manquer d\u2019être d\u2019une très grande importance maintenant que la compagnie du Pacifique a doté le pays d\u2019une des plus grandes voies ferrées du monde.Comme tous les chemins de fer transcontinentaux s\u2019uniront sur la côte du Pacifique, avec les bateaux à vapeur océaniques, ceux-ci s'approvisionneront de houille pour les besoins de l\u2019industrie dans la seule région du Pacifique nord qui puisse la fournir.(FIN) Pour aider à la solution de questions qui sagitent aux Etats-Unis et au Canada MEMOIRE adressé à Sa Sainteté Pie X, aux Eminentissimes Cardinaux, ainsi qu\u2019aux principaux archevêques et évêques des Etats-Unis et du Canada intéressés dans la matière et à leurs conseillers.SECTION IIL\u2014DE LA CONSERVATION DE LA LANGUE MATERNELLE PAR RAPPORT A LA CONSERVATION DE LA FOI CHAPITRE I.(Suite) 76.Pour pouvoir mieux juger jusqu\u2019à quel degré sont répréhensibles certains actes des assimilateurs des Etats- Unis et du Canada et comprendre l\u2019indignation des Cana- diens-Français et la justice de leurs demandes, il faut encore observer certains faits que les Canadiens-Français font valoir ou peuvent faire valoir en leur faveur.D\u2019abord tout homme impartial qui connaît l\u2019histoire jugera que les Canadiens-Français ont droit à une gratitude spéciale de la part des Irlandais, lesquels par les agissements d\u2019un certain nombre d\u2019entre eux les paient au contraire d\u2019ingratitude.La narration qui suit fera voir le bien fondé de ce jugement.\u201cLa population de l\u2019Irlande subit un abaissement formidable.Toutes les routes du monde se couvrirent des POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 437 malheureux exilés que les terribles évictions chassaient de leur pays.L\u2019Amérique reçut le plus grand nombre d\u2019entre eux.On estime à 428,000 ceux qui émigrèrent au Canada de 1839 a 1840.\u201cOn sait à quel dénûment ils étaient réduits, et avec quelle héroïque constance ils subirent la plus odieuse des persécutions pour rester fidèles à leur foi.L'histoire lamentable du \u201c Jules-César\u201d qui sur les cing cents émigrants qu\u2019il transportait en perdit plus de cent pendant les cinquante jours que dura la traversée, se répéta sur toutes les mers.Dans le seul été de 1847, a la station de la quarantaine, a la Grosse Isle, le typhus fit environ sept mille victimes, plus de cinquante par jour.\u201cLes Canadiens-Francais étaient bien placés pour compatir à ces immenses souffrances.Ils se dévouèrent sans compter au salut de ces malheureux pestiférés que la Providence leur jetait entre les bras.A la Grosse-Isle, a Québec, à Montréal, le clergé, les communautés religieuses, de charitables laïques se portèrent à leurs secours avec une ardeur qui coûta la vie à plusieurs d\u2019entre eux.| \u201c Huit prêtres moururent à Montréal, victimes de leur zèle, entre autres M.le grand-vicaire H.Hudon, quatre du Séminaire de Saint-Sulpice et quelques Jésuites.Mgr Bour- get, évêque de Montréal, marcha lui-même à la tête de ses prêtres sur ce théâtre d\u2019abnégation sacerdotale et de catholique dévouement.Les religieuses des trois communautés consacrées dans notre ville au soulagement des inflrmités humaines, s\u2019offrirent spontanément pour braver là maladie et la mort, en leur disputant leurs victimes.Soixante et onze religieuses furent frappées de la contagion et treize succombèrent.\u201d \u201c Nos familles canadiennes se chargèrent de l\u2019éducation des orphelins.\u201c Tandis que dans la Nouvelle-Ecosse, à Terreneuve, au Massachusetts et au Connecticut, les malheureux Irlandais se heurtaient à des lois d\u2019exception qui restreignaient de toutes manières leur liberté civile et politique, ils étaient accueillis comme des frères par le peuple français du 438 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Saint-Laurent.Aussi un de leurs historiens a-t-il pu écrire: \u201cThe descendants of the Irish emigrants owe an eternal debt of gratitude to the brave and generous priests and people of Lower-Canada.\u201d (Desrosiers et Four- net, op.c., p.167 s.) 77.Les Canadiens-Français ont toujours bien traité les Irlandais et les autres nationalités, ne leur imposant nullement d\u2019apprendre leur langue, mais leurs missionnaires ont appris eux-mêmes ia langue des autres.Personne ne nie le soin qu\u2019ont les archevêques et évêques de la province de Québec de leurs ouailles irlandaises, et l\u2019on sait comment ils leur donnent des prêtres qui parlent l\u2019anglais et qui sont de leur race.Les traditions des évêques cana- diens-français sont celles que suit Mgr Langevin, arche- vêquede Saint-Boniface, et qui sont exposées dans sa lettre au Zablet de Londres, dont voici un extrait traduit : \u201c J\u2019ai été étonné de voir que votre édition du I7 septembre dernier contenait l\u2019assertion étrange et fausse que les \u201c représentants du catholicisme français\u201d dans le Nord-Ouest canadien sont déterminés à enseigner la religion dans ce pays par l\u2019intermédiaire de la langue française.Tout d\u2019abord, je me joins à mes vénérables collègues pour répudier comme fausse cette appellation de \u2018représentants du catholicisme français.\u201d \u201c Pour nous le catholicisme n\u2019est ni français ni anglais ; il est catholique, c\u2019est-à-dire universel; il comprend tous les enfants de Notre Sainte Mère l\u2019Eglise, quelle que soit la nationalité à laquelle ils appartiennent.\u201cEn outre, vous pouvez être sûrs que nous n\u2019avons jamais rêvé de propager le catholicisme au moyen du français parmi ceux qui ne parle pas cette langue.\u2018Sans doute, nous savons que cette accusation a été portée contre nous par des gens qui habitent le Canada\u2014 et elle n\u2019a pas été propagée au Canada seulement, mais à Rome même, mais elle n\u2019en constitue pas moins une calomnie à l\u2019égard de ceux qui sont en même temps membres loyaux de l\u2019Eglise et admirateurs sincères des institutions britanniques.Je puis affirmer que dans la province \u2014 _ POUR AIDER A LA SOLTTION DE QUESTION 439 ecclésiastique de Saint-Boniface\u2014qui embrasse les trois provinces du Manitoba, de la Saskatchewan et de l\u2019Alberta, ainsi qu\u2019une partie de l\u2019Ontario et les vastes districts de l\u2019Athabaska-Mackenzie et du Keewatin\u2014nous veillons sans relâche sur les besoins spirituels des nouveaux colons catholiques qui nous arrivent par milliers de toutes les parties du continent américain et de l\u2019Europe.Nous prenons tous les moyens possibles pour préserver la foi au milieu de notre troupeau cosmopolite, et je serais surpris que dans le monde entier aucun épiscopat eût fait ou ferait davantage pour la cause catholique.Nous procurons à ces nouveaux venus des paroisses régulièrement organisées selon les différentes nationalités; nous leur donnons des églises où ils peuvent entendre la parole de Dieu dans leur propre langue\u2014qu\u2019ils soient Anglais, Français, Allemands, Polonais, Hongrois ou Ruthènes; et nous établissons des écoles paroissiales où l\u2019anglais est si bien enseigné que je serais heureux si les distingués visiteurs qui nous viennent d\u2019Angleterre ou d\u2019ailleurs pouvaient aller entendre l\u2019accent correct et la facilité d\u2019expression avec laquelle la langue anglaise est parlée par nos Canadiens-Français de Saint- Boniface comme par nos enfants polonais, allemands ou ruthènes de Winnipeg.Nos visiteurs pourraient aussi se rendre dans les quatre paroisses de cette dernière ville qu'habitent des catholiques de langue anglaise et où aucune autre langue maternelle n\u2019est employée.\u201c Il est un fait certain, cependant ; nous désirons que nos enfants français apprennent et sachent leur propre langue aussi bien que les Anglais, et il en est de même pour tous les étrangers.Je ne pense pas non plus que l\u2019Eglise considère comme un crime d\u2019apprendre une langue différente de celle qui domine dans le pays où l\u2019on vit.Et il est certain que cette manière de voir ne constitue pas une menace pour l\u2019empire auquel nos catholiques sont fiers d\u2019appartenir.\u201c L\u2019histoire nous enseigne que les Romains n\u2019ont pas cherché à faire disparaître la langue des ennemis qu\u2019ils avaient subjugués ; les Grecs continuèrent de parler le 440 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE grec, et un grand nombre de Romains apprirent cette lan- gue\u2014tout comme dans les milieux cultivés des villes modernes, comme à Londres, Paris et Berlin, on se fait un point d'honneur d\u2019apprendre et de parler d\u2019autres langues que la sienne.Nous réclamons le droit de conserver notre langue maternelle et rien de plus\u2014c\u2019est un droit que la Grande-Bretagne nous a reconnu comme elle l\u2019a accordé aux Celtes qui vivent dans ses propres domaines ; et nous savons que l'anglais est actuellement la langue officielle dans le Nord-Ouest canadien, tout comme l'anglais et le français sont les seules langues officielles dans tout le Dominion.C\u2019est pourquoi nous voyons de très près à ce que l\u2019anglais soit enseigné à tous les nouveaux venus; nous considérons même que c\u2019est pour nous un devoir rigoureux de conscience de leur procurer l\u2019éducation qui les placera, au moins, sur un pied d\u2019égalité avec leurs concitoyens et leur permettra de se ranger dans une bonne classe sociale de leur patrie d\u2019adoption, Mais nous croyons aussi que c\u2019est pour nous, pasteurs de leurs âmes, un devoir de veiller à ce que ces gens conservent l\u2019usage de leur langue maternelle, qui est inséparablement liée au plus haut idéal catholique de la patrie et de la foi.Serait-ce là un crime aux yeux de l\u2019Église catholique et dans un pays britannique ?\u2018\u201c 8\u2019il faut enseigner \u2019anglais a ceux qui vivent au milieu de la population de langue anglaise et non catholiques, il faut aussi protéger contre les dangers qui les entourent les Français, les Polonais, les Allemands et les Hongrois, dont la foi est exposée dans les milieux hostiles.\u2018\u201c C\u2019est pour cette raison que, pour exercer le ministère parmi ces populations, nous nous servons de la langue propre à chacune d\u2019elles.Pour cette raison aussi, nous publions à grands frais, trois revues hebdomadaires en anglais, en alle- mauds et polonais qui sont imprimées à nos ateliers de Winnipeg.Avant longtemps, des journaux français et rhutènes seront aussi publiés par les Oblats de Marie Immaculée, chargés de cetimportant travail.Que pourrions-nous projeter de mieux pour l\u2019avancement matériel et moral de notre troupeau bien-aimé ?Personne ne prétendra, je suppose, que l\u2019on doive POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 441 prêcher en anglais dans les églises françaises, allemandes, polonaises ou ruthènes où pas un seul catholique de langue anglaise ne se trouve ; je n\u2019imagine pas non plus que quel- qu\u2019un désire nous obliger à enseigner le catholicisme en langue anglaise exclusivement.Ceux qui tiennent plus à l\u2019unité de la foi inviteraient les catholiques à l\u2019apostasie s\u2019ils voulaient imposer à tous la langue anglaise, \u2018\u201c Nous admettons toujours que le catholicisme devrait être enseigné en anglais aux populations de langue anglaise, afin de les retenir dans la foi et de convertir nos amis non-catho- liques ; mais ce n\u2019est pas là une découverte à faire pour nous ; nous l\u2019avons faite dès le commencement ; et chaque année une retraite est prêchée en anglais en l\u2019église Sainte-Marie de Winnipeg, pour les non-catholiques,\u201d (Traduction prise du Devoir de Montréal, 23 janvier 1911), .78.Il apparaît de la lettre de Mgr Langevin combien il est faux que les Canadiens-Français, surtout ceux de l\u2019Ouest, veuillent imposer leur langue aux autres nationalités et négligent de mettre en pratique à l\u2019égard des autres leur grand principe : La conservation de la langue maternelle est une des sauvegardes de la foi.J\u2019aientendu moi-même ici à Rome ces bavardages plusieurs fois, Que voulez-vous ?Pour connaître le Canada il ne suffit pas d\u2019y avoir passé quelques jours, ou d\u2019avoir lu quelques journaux, n\u2019entendant que les rapports des Canadiens-Anglais \u2014ou d\u2019Irlandais faisant cause commune avec eux\u2014 qui pleins d\u2019un orgueilleux mépris et d\u2019une jalousie méfiante envers ceux qu\u2019ils regardent comme les descendants des vaincus, ne sont pas dans les dispositions d\u2019esprit requises pour raconter les choses avec impartialité.Pis encore si les narrateurs ou les narratrices qui ont fourni les renseignements sont des gens\u2014 et le monde en est plein\u2014qui voient rarement et relatent encore plus rarement les choses telles qu\u2019elles sont ; qui exagèrent les faits, les dénaturent : qui prennent les créations de leur imagination pour des réalités.Ily a des gens qui manquent partiellement et même totalement de la faculté de distinguer entre le souvenir d\u2019un fait arrivé et la création imaginative du même fait.Cette\u2019 même lettre de Mgr Langevin nous apprend.que la 442 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE Grande Bretagne reconnaît à ses sujets du Canada le droit de conserver leur langue maternelle.C\u2019est d\u2019accord avec ce que dit le Devoir de Montréal (17 février 1911): \u201c\u201c Au point de vue constitutionnel la langue française et la langue anglaise sont officiellement reconnues par les lois du pays.Il suit de 1a que de par sa constitution, officiellement, le Canada est un pays bilingue.\u201d\u201d En sorte que les habitants du Canada d\u2019origine frangaise ont, outre le droit naturel, le droit civil de conserver leur langue.79.Les Canadiens-Français ne demandent pas des privilèges, mais réclament seulement ce qui leur appartient strictement, ce qu\u2019ils concèdent, eux, généreusement aux autres, ce que les autres s\u2019attribuent comme une chose qui leur est due et qu\u2019ils s\u2019étonneraient de se voir contester.Je lisais, il y a quelques mois, dans un jonrnal anglais du Canada un article qui traitait de l\u2019enseignement de l\u2019histoire de l'Irlande comme branche spéciale dans les écoles anglaises catholiques du Canada.L'écrivain, avec force considérations, montrait l\u2019utilité de la chose ; et j'estime, pour ma part, que tous ceux qui vont au fond des choses lui donneront raison.Mais supposons qu\u2019un Canadien-Français fit pour sa race la même chose par rapport à l\u2019histoire de la France : ne fau- drait-il pas faire la même concesssion et lui donner aussi raison ?Les Canadiens-Français ont diverses sociétés dont l\u2019objet est leur progrès religieux, économique, social et national.Les assimilateurs des Etats-Unis plus d\u2019une fois ont désapprouvé l\u2019existence de ces sociétés séparées ; pourtant les Canadiens- Français ne font qu\u2019imiter les Irlandais ; écoutons la Cazk.Encycl., v, VIII, p.132 ss, : \u2018Un trait saillant de l\u2019histoire des premiers temps des Irlandais dans ce pays, a été leur tendance à se réunir en sociétés composées exclusivement de personnes de leur race.Plus tard, & mesure que I\u2019élément irlandais augmentait, des sociétés semblables furent établies dans d\u2019autres villes pour ces mêmes fins de bienfaisance.Dans toutes ces sociétés la nationalité irlandaise, soit par naissance soit par parenté, était requise, et le maintien de l\u2019esprit national était l\u2019un des objets de la société, Mais cet amour pour POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 443 l\u2019histoire et les traditions de leur mère-patrie était constamment et inséparablement allié à l\u2019attachement inébranlable pour leur pays d\u2019adoption ; et les Irlandais en Amérique ont démontré au delà de toute réplique que leur affection pour le sol d\u2019où leurs ancêtres ou eux-mêmes sont sortis, n\u2019a pas été un obstacle à l\u2019accomplissement fidèle de leurs devoirs de citoyens américains.Plus récemment beaucoup de sociétés gaéliques ont été organisées, ainsi que diverses associations du Home Rule et des branches du Land League irlandais.\u201d 80.Pour finir cette exposition sur les Canadiens-Fran- çais, je veux citer un passage d\u2019un discours d\u2019un de leurs évêques, Mgr Cloutier, prononcé le IS janvier 1911, à l\u2019occasion de sa visite aux Chevaliers de Colomb de sa ville épiscopale.Ce qu\u2019il dit se rapporte aux Canadiens-Fran- çais du Canada, mais avec les modifications requises peut s\u2019appliquer aussi à ceux des Etats-Unis.\u201cEnfin, vous vous appelez Chevaliers de Colomb.Pourquoi ce nom?Quelle idée recouvre-t-il?Serait-ce que, dans l'intention de ses fondateurs, votre société aurait pour ambition d\u2019étendre ses conquêtes sur tout le continent révélé au monde par le grand découvreur ?C\u2019est possible, mais je n\u2019en sais rien.Ce que je sais, c\u2019est que cette société a pris naissance sur une terre étrangère où l\u2019on ne parle pas la même langue que nous.Ce que je sais aussi, c\u2019est que des personnages importants et nombreux répètent autour de nous, et vont dire jusqu\u2019à Rome même, que les Canadiens-Français sont destinés à disparaître et que le catholicisme, pour assurer son avenir au Canada, devra parler anglais.C\u2019est là une thèse à laquelle nous ne pouvons souscrire.Les Canadiens-Français sont ici chez eux ; ils sont nés et ont grandi sur la terre canadienne; ils veulent continuer d\u2019y vivre et de s\u2019y développer tels qu\u2019ils ont été dans le passé et tels qu\u2019ils doivent être dans 'l\u2019avenir ; ils entendent garder, et défendre au besoin, ce qui a fait jusqu'ici leur grandeur et leur force, je veux dire, les traditions ancestrales, la foi catholique et la langue française.Notre langue, notre belle langue, est la sauvegarde de notre 444 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE vie nationale: personne n\u2019a le droit ni le pouvoir de nous l\u2019enlever.\u201c Nous ne demandons qu\u2019à vivre en paix avec les autres races qui partagent avec nous le sol de la patrie; nous nous honorons de leur tendre une mains loyale et généreuse, mais nous réclamons en même temps justice et liberté, et, pour tendre la main, nous nous tenons debout.\u201d (Revue Franco-Américaine, 1er février 1911, p.305 s.) 81.Nous avons dit plus haut que durant une certaine période les Irlandais constituèrent la majorité de la population catholique.Se trouvant en plus grand nombre que les catholiques réunis des autres nationalités et parlant la langue de l\u2019élément principal au commencement de la République, ils furent naturellement portés à se croire plus importants que les autres et à vouloir les dominer et leur prescrire des règles.C\u2019est la vieille histoire de l\u2019humanité: le plus fort pense qu\u2019il a le droit de gouverner, et pour la plupart des hommes, le droit du plus fort est toujours le meilleur.Un autre instinct qui exerça quelque influence est décrit dans les termes suivants par M.Bourassa : \u2018\u201c Je m\u2019explique très bien qu\u2019arrivés en Amérique, où un régime d\u2019intense liberté succédait brusquement pour eux à trois siècles de tyrannie, ils aient mis une ardeur extraordinaire à prendre leur place partout, et surtout dans les fonctions d\u2019autorité, religieuses ou civiles, dont ils avaient été privés si longtemps.\u201d A ces instincts s\u2019ajoute- rent divers motifs plus ou moins conscients, plus ou moins explicites et plus ou moins justes en soi : le désir de faire oublier certaines accusations portées contre eux (Voir l\u2019article de l\u2019historien Irlandais Shea dans l\u2019American Quarterly Review, avril 1879), en particulier celle de n\u2019être pas assez américains et de mettre en première ligne la nationalité irlandaise (V.Z%e Cath.Encycl., v.VIII, p.144); le désir de plaire aux autorités civiles en généralisant l\u2019anglais et en se montrant ainsi américains.Certes, de tels désirs étaient bien justifiés par l\u2019espérance de voir cesser les persécutions auxquelles étaient en butte les Irlandais et les autres catholiques, comme étrangers et comme catholiques, fe POUR AIDER A LA SOLUTION DE QUESTION 445 de la part du Ænow-Nothingism, du Native Americanism et plus de l\u2019American Protective Association, Il faut mentionner aussi la peur chez certains hommes que les Allemands, les Canadiens-Français, les Polonais, etc, ne s\u2019assimilant pas formassent comme des états séparés, ce qui plus tard donnerait facilement lieu à des conflits de races'et d\u2019intérêts.N\u2019oublions pas l\u2019admiration exagérée qu\u2019avaient un grand nombre pour leur nouvelle patrie.Il y eut aussi chez beaucoup la pensée de détruire certains préjugés contre le catholicisme et celle de rendre moins pénible le travail des prêtres et plus facile la desserte des paroisses.Ces diverses causes créèrent chez les Irlandais, pris en masse, un esprit spécial quant à la présente matière, une inclination particulière à dominer et à américaniser les autres races catholiques.Cette inclination, qui certes n\u2019était pas du tout à l\u2019état conscient chez l\u2019immense majorité et qui même aurait été combattue par le grand nombre s'ils l\u2019avaient trouvée dans leur cœur, aveugla un certain nombre d\u2019entre eux et les poussa à des actes de différents genres, imprudents, injustes et nuisibles à la religion.Que de faits pourraient être narrés ! Ils se comptent par milliers.Je me borne à quelques exemples, qui se rapportent la plupart aux Canadiens-Français.Ces choses d\u2019ailleurs sont assez connues.82.Qu\u2019on se rappelle d\u2019abord ce qui a été dit à la fin de la note au n.68, p.123 s.relativement au fait que souvent les Irlandais se sont emparés des paroisses et même des évéchés, fondés par les autres races au prix de grands sacrifices.Dans les paroisses mixtes, c\u2019est-à-dire composées d\u2019Irlandais et de Canadiens-Français, et souvent- fondées par ces derniers, on nomme de préférence un curé irlandais.On donne même à des curés irlandais, sachant à peine assez de français pour se faire comprendre, des paroisses entièrement ou presque entièrement franco-canadiennes, tandis qu\u2019on pourrait très facilement les confier à des prêtres canadiens-français, sachant parfaitement ou au moins suffisamment l\u2019anglais.De là il y a parfois de très grandes 446 ILA REVUE FRANCO-AMERICAINE difficultés pour les confessions.Les prétres canadiens- francais restent de longues années vicaires, tandis que les prétres irlandais sont curés aprés peu de temps.On favorise les vocations des jeunes Irlandais, payant pour leur éducation avec l\u2019argent qui provient parfois pour la plus grande partie des Canadiens-Français; on suit une autre ligne de conduite pour les jeunes Canadiens-Fran- çais.Au lieu d\u2019attirer des prêtres du Canada, on les éloigne plutôt.On engage les prêtres à prêcher seulemeut en anglais; parfois on leur défend de faire autrement, même dans des paroisses complètement franco-canadiennes.Dans les écoles on restreint le nombre d'heures consacrées à l\u2019enseignement du français, on les supprime même.On tâche par toutes sortes de moyens de se défaire des religieuses enseignantes franco-canadiennes pour mettre à leur place des Irlandaises.On nomme comme visiteurs des écoles canadiennes-françaises des prêtres irlandais ; ceux-ci de diverses manières découragent l\u2019enseignement du français et dirigent le tout de façon à amener peu à peu sa disparition : pour être plus libres, ils ne veulent pas être accompagnés du curé canadien-français quand ils font la visite de son école.La francophobie aveugle tellement qu\u2019on va juspu\u2019à créer des difficultés à l\u2019érection d\u2019écoies paroissiales canadiennes-françaises, à fermer, sous de futiles prétextes, de telles écoles bien que prospères, on préfère voir les enfants aller aux écoles publiques (neutres ou protestantes): là le français n\u2019est pas enseigné.Sans crainte de se tromper on peut dire que la préférence est en général donnée aux prêtres irlandais en toute chose : ils forment, cela s\u2019entend de soi, la totalité ou au moins la majorité du conseil de l\u2019évêque, dans lequel les Canadiens-Françeis, les Allemands, etc, ne sont pas représentés du tout ou sont loin de l\u2019être selon le nombre des fidèles et des prêtres de leur race.On nomme les curés inamovibles surtout parmi les Irlandais.Le vicaire général est irlandais.(A sure) \u2014< Vieux Documents \u2014\u2014 L\u2019Empire Britannique et ses Colonies EXAMEN DU DOCTEUR BENJAMIN FRANKLIN DEVANT LA CHAMBRE DES COMMUNES, SUR LE RAPPEL DE L\u2019ACTE DU TIMBRE, EN 1766.( Suite ) 72) D.Mais, qui sera juge de ces circonstances extraordinaires ?N\u2019est:ce pas le Parlement ?R.Quoique le Parlement en soit juge, les colonies penseront qu\u2019il ne pourra jamais exercer ce droit tant qu\u2019elles n\u2019y seront point représentées, et que si jamais ces circonstances se rencontrent, on leur donnera des représentants.73) D.N\u2019avez-vous pas entendu dire que pendant la dernière guerre le Maryland a refusé de contribuer pour sa quote-part à la défense commune ?R.On a été fort injuste ayec le Maryland.Le Maryland, à ma connaissance, n\u2019a jamais refusé de contribuer ni de voter des subsides pour la couronne.Tous les ans, durant la guerre, les assemblées ont voté des sommes considérables, et des bills pour en assurer la levée.Conformément à la constitution de la province, les bills ont été envoyés au Conseil ou Chambre haute, pour y être adoptés, afin de pouvoir être présentés au gouverneur, et promulgués comme lois.Malheureusement des querelles entre les deux chambres, nées surtout des vices de la constitution, ont fait avorter tous les bills, à l\u2019exception d\u2019un ou deux.Le conseil du probriétaire les a rejetés.Il est vrai que le Maryland n\u2019a pas contribué pour sa part, mais ce fut suivant moi la faute du gouvernement et non du peuple.74) D.Dans les autres provinces, n\u2019a-t-on pas parlé de s\u2019adresser au Parlement pour les forcer à contribuer ?see re tn ts ER SH 448 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE R.J\u2019ai entendu dire cela; mais comme il était bien connu que le peuple ne méritait aucun blâme, jamais cette demande ne fut faite, non plus qu\u2019aucune démarche à ce sujet.75) D.La proposition n\u2019a-t-elle pas été faite dans une réunion publique ?R.Non, que je sache.76) D.Vous souvenez-vous de l\u2019abolition du papier- monnaie dans la Nouvelle-Angleterre par un acte de l\u2019assemblée ?R.Je me souviens de cette abolition dans le Massachusetts.77) D.Le lieutenant-gouverneur Hutchinson n\u2019a-t-il pas pris à cette mesure une part principale ?R.Je l\u2019ai oui dire.78) D.N\u2019était-ce pas alors une loi très impopulaire ?R.Je le présume, quoique je ne puisse rien assurer en ce point, car j\u2019habitais loin de cette province.79) D.La rareté de l\u2019or et de l\u2019argent n\u2019était-elle pas un argument allégué contre l\u2019abolition du papier-monnaie ?R.Je le suppose.80) D.Quelle est l\u2019opinion actuelle sur cette loi ?Estelle aussi impopulaire qu\u2019au début ?R.Je crois que non.81) D.N\u2019a-t-on pas quelquefois envoyé d\u2019ici aux gouverneurs des instructions fort oppressives et fort impolitiques ?R.Oui.82) D.N\u2019y a-t-1l pas eu des gouverneurs qui s\u2019en sont écartés pour ce motif ?R.Oui, je l\u2019ai entendu dire.83) D.Les Américains ont-ils jamais disputé au Parlement le droit de régler le commerce ?R.Non.84) D.Peut-on, autrement que par l\u2019emploi d\u2019une force armée, mettre à exécution l\u2019acte du timbre ?R.Je ne vois pas comment une force armée pourrait être employée à cet effet.\u2018 VIEUX DOCUMENTS 449 - 85) D.Pourquoi pas ?R.Supposez que des troupes soient envoyées en Amérique, elles ne trouveront personne en armes; que feront- elles ?Elles ne peuvent forcer un homme à prendre du papier timbré, s\u2019il veut s\u2019en passer.Elles ne trouveront pas de rébellion ?il est vrai qu\u2019elles pourront en créer une.86) D.Si l\u2019acte n\u2019est pas révoqué, quelles en seront, suivant vous, les conséquences ?R.La perte totale du respect et de l\u2019affection que les Américains portent à ce pays, et celle de tout le commerce qui tient à ce respect et à cette affection.87) D.Le commerce pourrait-il être atteint ?R.Si l\u2019acte n\u2019est point révoqué, vous verrez qu\u2019avant peu es colons ne vous prendront plus qu\u2019une très faible quan- té de vos produits.88) D.Leur est-il possible de s\u2019en passer ?R.Je pense qu\u2019ils peuvent très bien s\u2019en passer.89) D.Est-ce leur intérêt ?R.Les objets que les colons tirent d\u2019Angleterre sont ou.de première nécessité, ou de pur agrément, ou de luxe.Les.premiers, tels que les draps, etc., peuvent, sans trop de travail, se fabriquer à l\u2019intérieur; les seconds, on peut s\u2019en passer jusqu\u2019à ce qu\u2019on soit venu à bout de les produire sur place ; et quant aux derniers, qui sont de beaucoup les plus nombreux dans le commerce, on s\u2019en privera immédiatement.Ce sont des articles de mode qu\u2019on achète et que l\u2019on consomme parce qu\u2019ils sont de mode dans un pays respecté, mais que désormais on rejettera avec dégoût.Déjà, d\u2019un commun accord, les colons ont banni l\u2019emploi de tous les objets de mode dans les deuils, et des articles.représentant plusieurs milliers de livres sterling ont été retournés comme invendables.go) D.Est-il de l\u2019intérêt des Américains de fabriquer le: drap chez eux ?R.Je pense que maintenant l\u2019on a meilleur marché à le- faire venir d\u2019Angleterre, pour l\u2019avoir de même finesse et qualité; mais si l\u2019on tient compte d\u2019autres considérations, 450 LA REVUE FRANCO-AMERICAINE des entraves apportées au commerce et de la difficulté des remises, l\u2019intérêt sera de tout fabriquer.91) D.En supposant qu\u2019un règlement intérieur fût joint à un impôt, comment le recevrait-on ?R.Je pense qu\u2019on y résisterait.92) D.Ainsi donc, on ne se soumettrait à aucun règlement joint à un impôt ?R.L'opinion des colons est que, lorsque des subsides sont nécessaires à la couronne, on doit conformément au vieil usage établi, en faire la demande aux assemblées, qui les accorderont librement, comme elles l\u2019ont toujours fait.Ils pensent que leur argent ne doit pas être donné sans leur consentement par des personnes vivant au loin et qui ne connaissent ni leur situation ni leurs ressources.Accorder des subsides à la couronne est le seul moyen qu\u2019ils aient de se recommander à leur souverain, et ils regardent
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