L'action nationale, 1 janvier 2021, Janvier
[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C X I , n u m é r o 1 \u2013 J a n v i e r 2 0 2 1 volume CXI numéro 1 JANVIER 2021 envoi de publication N° de la convention 0040012293 L\u2019Action Janvier 2021 Vol.CXI, no 1 L\u2019Action 978-2-89070-040-6 Le français, langue infantile McGill manque d'ambition Hector de Saint-Denys Garneau Sans titre (scène d\u2019hiver), non daté Huile sur toile découpée, 24 x 34 cm.Collection de l\u2019Université de Sherbrooke.Don de Mme Huguette Gagnon.Photo : Université de Sherbrooke Un tableau de Saint-Denys Garneau à voir au Centre Anne-Hébert Poète et petit cousin de l\u2019auteure Anne Hébert, Hector de Saint-Denys Garneau a marqué la culture québécoise de façon fulgurante, malgré son décès à l\u2019âge de 31 ans.Il est entre autres connu pour son recueil Regards et jeux dans l\u2019espace, publié en 1937.Or, Saint-Denys Garneau s\u2019adonnait également à la peinture, principalement de paysages québécois.À l\u2019été 2016, l\u2019Université de Sherbrooke a présenté l\u2019exposition La détermination d\u2019un regard.Archives littéraires d\u2019Anne Hébert et œuvres d\u2019art d\u2019Hector de Saint-Denys Garneau dans le cadre du centenaire de l\u2019écrivaine.Cette exposition présentait plusieurs tableaux du poète, dont celui récemment acquis, qui appartenait alors à Mme Huguette Gagnon.Cette dernière a proposé de faire don de ce tableau au Centre Anne-Hébert suite à cette exposition.Il s\u2019agit d\u2019un ajout important à la collection de l\u2019Université de Sherbrooke.Le tableau a rapidement trouvé une place de choix au cœur du Centre Anne-Hébert.« La présence de ce tableau est très significative, explique la professeure Patricia Godbout.Elle permet de réunir en quelque sorte en un même endroit Anne Hébert et son cousin, qui étaient très proches.Peu de temps après la mort de ce dernier en 1943, elle avait écrit un très beau texte, \u201cDe Saint-Denys Garneau et le paysage\u201d, sur le rapport du poète-peintre à la lumière.Cette lumière, on peut l\u2019observer dans ce paysage de neige, qui rappelle en même temps les grandes étendues blanches du roman Kamouraska.» Centre Anne-Hébert Faculté des lettres et sciences humaines 2500, boulevard de l'Université Sherbrooke (Québec) J1K 2R1 Centre.Anne-Hebert@USherbrooke.ca 1 800 267-UdeS, poste 67201 usherbrooke.ca/centreanne-hebert/ 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Nicolas Bourdon, professeur de français, cégep Bois-de-Boulogne ; Sylvain Deschênes, rédacteur et infographiste ; François-Olivier Dorais, professeur (UQAC) ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Hubert Rioux, Ph.D.ÉNAP-Montréal ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois (sociologie, Université Laval).Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean Chartier, Pierre-Paul Sénéchal ; Lucia Ferretti.Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action Hin J 1 PLL Al C revues culturelles québécoises ARTS VISUELS CIEL VARIABLE - ESPACE - ESSÉ INTER - LE SAEORD - PLANCHES - PHOTO SOLUTION VIE DES ARTS - ZCNE DCCUPEE CINEMA 24 IMARES CINE-BULLES - CINEMAS - SEQUENCES CREATION LITTÉRAIRE ENTREVOUS - ESTUAIRE - EXIT LES ÉCRITS - MŒBIUS - XYZ.LA REVUE DE LA NOUVELLE CULTURE ET SOCIÉYÉ À BÂGOR0 ! - CAMINANDO - L'ACTION NATIOKALE LIBERTÉ - L'INCONVÉNIENT - NOUVEAU PROJET - NOUVEAUX CAHIERS DU SOCIALISME - RECHERCHES SOCIOGRAPHIQUES - RELATIONS HISTOIRE ET PATRIMOINE CAP-AUX-DIAMANTS - CONTINUITE - HISTOIRE QUÉBEC - MAGAZINE GASPÉSIE LITTÉRATURE LES CAHIERS DE LECTURE - LETTRES QUÉBÉCIISES - LURELU - NUIT BLANCHE - SPIRALE THÉÂTRE ET MUSIQUE CIRCUIT JEU REVUE DE THEATRE - LES CAHIERS DE LA SORM THEORIES ET ANALYSES ANNALES O'HISTOIRE DE L'ART CANADIEN ÉTUDES LITTÉRAIRES - TANGENCE - VOIX ET IMAGES revues sodep ie SODEP.QC.CA québécoises Sommaire Éditorial McGill manque d\u2019ambition - Robert Laplante 4 Articles La légitimité, subterfuge du recteur Frémont ?- Sébastien Bouthillier 11 L\u2019effet de paravent du fédéralisme canadien - Denis Monière 19 Louis-Joseph Papineau et la pandémie - Alain Messier 29 Éducation à la citoyenneté et défense civile - Romain Gaudreault 34 Faire respecter la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec - Gilles Delisle 45 La massification du nationalisme catalan - Thierry Dominici 53 Dossier LE FRANÇAIS LANGUE INFANTILE - Marc Chevrier 70 Lectures Notes critiques Saint-Laurent mon amour L\u2019écriture amoureuse de Monique Durand par Pascal Chevrette 98 80e anniversaire de l\u2019appel à la résistance du 18 juin 1940 Deux rééditions des Mémoires de guerre du général de Gaulle par Jean Chartier 110 Loi sur la laïcité de l\u2019État La construction d\u2019un ordre constitutionnel distinct au Québec par André Binette 123 Livres reçus 4 Éditorial Robert Laplante McGill manque d\u2019ambition S\u2019il faut en croire Mme Fortier la rectrice surpayée de McGill, le Québec aurait tout à gagner de donner le site du Royal Victoria pour planter sur la montagne un grand pôle d\u2019excellence en développement durable (La Presse 06/12/2020).Qui pourrait trouver à redire ?L\u2019environnement est une préoccupation mondiale et il ne serait que justice qu\u2019une université de réputation mondiale comme McGill fasse sa part.L\u2019élite scientifique qu\u2019elle rassemble déjà n\u2019en serait que plus forte encore si elle pouvait compter sur une injection de fonds publics pour en soutenir les prétentions.Après tout, la vénérable institution draine déjà plus de la moitié des fonds de recherche consacrés aux universités québécoises, elle accueille avec son club ferme de Concordia plus des trois quarts des étudiants étrangers qui viennent en anglais s\u2019encanailler rue Prince-Arthur entre deux séminaires de « classe mondiale ».Évidemment, tout cela et bien d\u2019autres choses encore ne devrait pas nourrir quelque réflexion que ce soit sur la notion de privilège, encore moins sur celle d\u2019iniquité.McGill ne rate jamais une occasion de clamer son appartenance à la province.Sa rectrice souscrit aux nobles ambitions de faire rayonner le Québec.Peu lui chaut cependant que ce rayonnement ne serve guère la construction et la volonté de construire ici une société où le français et la culture québécoise imprégnerait l\u2019ensemble de l\u2019architecture institutionnelle comme c\u2019est le cas dans toute société normale.La rectrice insiste sur le mot rayonnement 5 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 sans trop s\u2019étendre sur la définition de ce qui doit rayonner.Et encore moins sur ce qui doit rayonner avec l\u2019appui des contribuables du seul demi-État français d\u2019Amérique.Quiconque a déjà pu constater ce que donne en Asie ou ailleurs ce rayonnement auquel McGill contribue pourrait aisément en témoigner : la référence québécoise y est insignifiante, si ce n\u2019est pour évoquer les charmes de la latin atmosphere qui rend le séjour si agréable.D\u2019autres qui ont déjà pignon sur rue à Brossard ne tariront pas d\u2019éloges sur les vertus des programmes qui assortissent la diplomation d\u2019un certificat de sélection du Québec, un formidable produit d\u2019appel comme on dit en marketing et qui rend si attrayante une inscription à McGill ou à Concordia.La marchandisa- tion de l\u2019université, McGill ne s\u2019en scandalise pas trop.De fait, sans l\u2019apport des étudiants étrangers cette université ne pourrait maintenir aucun de ses programmes clés.La raison est facile à comprendre : la démographie n\u2019en justifie ni n\u2019en soutient la viabilité.Elle n\u2019a plus d\u2019assises assez solides dans la société anglo-québécoise pour se maintenir.Elle ne peut le faire qu\u2019en usant et abusant de la faiblesse du gouvernement du Québec et de l\u2019ensemble des dirigeants universitaires qui n\u2019osent pas reconnaître que la reine est nue.On ne reprochera pas tant à la rectrice de jouer son jeu qu\u2019au monde universitaire francophone son esprit démissionnaire et son refus de nommer un chat un chat, une iniquité, une iniquité.Cela fait des siècles que les dirigeants de l\u2019UQAM se plaignent du sous-financement et une éternité que les constituantes du réseau n\u2019en finissent plus de quémander.Et que dire du silence des syndicats de professeurs et de chargés de cours qui restent silencieux et résignés devant les projets qui consacrent leur marginalisation et, pis encore, leur déclassement professionnel et leur relégation dans des enclos de folklorisation. 6 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Il faut être singulièrement candide pour s\u2019imaginer que le grand projet de McGill ne signerait pas le déclassement et le déclin rapide de l\u2019UQAM, déjà en passe de se faire damer le pion par Concordia.Le devenir des universités et de la recherche en français sera définitivement scellé.On connaît trop bien les réflexes de colonisé à la base du silence coupable de notre élite de gestionnaires universitaires engoncés dans les certitudes bureaucratiques.Un grand projet en anglais les fera baver d\u2019envie.Le mimétisme leur dictera leurs plus lubriques pulsions et ils ne tarderont pas à tenter de se convaincre que la meilleure façon de composer avec l\u2019ogre de la montagne sera de s\u2019angliciser encore davantage, d\u2019offrir des programmes en anglais vendus avec toute la rhétorique compensatoire des parvenus déjà trop contents de se trouver dans les estrades en se gaussant d\u2019être aux premières loges du spectacle de la grandeur\u2026 des autres.Ils se perdront trop tard en lamentations.Et ne se rendront pas compte que ce qu\u2019ils tiennent pour de la grandeur n\u2019est en réalité qu\u2019un manque d\u2019ambition.Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit : McGill manque d\u2019ambition.Si tant est que sa rectrice dise vrai et que cette université soit réellement soucieuse de faire rayonner le Québec, elle ferait de ce projet un puissant levier pour l\u2019ensemble du monde universitaire montréalais, voire québécois.On s\u2019étonne sans trop s\u2019en surprendre que les recteurs des universités de Montréal, de Polytechnique, de l\u2019UQAM et de l\u2019ETS n\u2019y aient pas songé.Si un projet comme celui du Royal Victoria doit avoir de l\u2019envergue, il doit précisément l\u2019être d\u2019une dimension nationale.Il devrait être l\u2019occasion de former une grande institution de convergence qui démultiplierait la force de frappe de ce méga centre.Le gouvernement Legault ne comprend franchement pas grand- chose à ce que la construction et la défense de la nation peuvent bien signifier.C\u2019est franchement scandaleux de le voir renforcer la logique du développement séparé. 7 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Si le gouvernement du Québec avait le sens de l\u2019intérêt national, il cesserait de financer l\u2019apartheid académique et assortirait son soutien d\u2019une obligation d\u2019inscrire les ambitions de McGill dans une architecture institutionnelle au service du français et du développement d\u2019un système universitaire national.Si McGill avait de l\u2019ambition et si son attachement au Québec était autre chose qu\u2019une formule rhétorique, c\u2019est l\u2019idée d\u2019une institution d\u2019envergure nationale qui devrait charpenter son projet.Si McGill était aussi vertueuse et inclusive comme nous le répète à l\u2019envie ses thuriféraires, le projet du Royal Victoria inclurait les universités françaises.Si McGill était si soucieuse de partager le destin du Québec, un destin français, elle accepterait de fonctionner dans une structure où elle serait ce que la démographie et l\u2019histoire en ont fait et devraient en faire : un partenaire minoritaire, méritoire certes, mais néanmoins enjoint par son statut à s\u2019inscrire dans la dynamique nationale du Québec.Si McGill était si soucieuse de l\u2019avenir français au Québec elle accepterait que ce projet s\u2019incarne dans une institution française.Une institution qui consacrerait le statu de notre langue au centre-ville.Non, décidément McGill manque d\u2019envergure.À moins que ne se dégagent de ses réflexes les plus primaires les relents de la vieille maxime orangiste : Never under french rules ! q , On.investit ICI.Dans le développement des territoires Four favoriser la revitalisation des territoires urbains, Cour soutenir les communoqutés.Dans I\u2018agroalimentaire durable Pour améliorer ['accés à une alimentation saine issue d'une opproche responsable.Dans la lutte contre les changements climatiques Pour faciliter la transition énergétique et préserver notre capital natures, EN FONDACTION Donner du sens 4 I'orgent.fondaction.com La Caisse d\u2019économie solidaire est la coopérative ?nancière des entreprises collectives et des citoyens engagés pour une économie sociale et durable.Gérald Larose Président 1 877 647-1527 caissesolidaire.coop 3 Arig L'assurance d'une culture québécoise _ = Jorte et et vivante TE MILE Sain mt Joao Joan Banus NE rere à des SO outenir AE pr I Le «Rassemblement pourun PAYS Souverain Québec notre seule patrie F www.rps.quebec LANGUE PATRIMOINE SOUVERAINETÉ FRANÇAISE NATIONAL DU QUEBIT.nt SO en-Baptiste de io Mauricie 11 Articles Sébastien Bouthillier* La légitimité, subterfuge du recteur Frémont ?« Les membres des groupes dominants n\u2019ont tout simplement pas la légitimité pour décider ce qui constitue une micro-agression1.» Par sa déclaration, Jacques Frémont ôte à certains individus leurs facultés morales, leur capacité à discerner le bien du mal.Il prend la légitimité pour un subterfuge puisqu\u2019aucun dialogue sur la justesse de l\u2019utilisation du mot honni n\u2019est possible, excepté pour s\u2019excuser.Pourquoi en effet discuterait-il avec des gens dont il nie le jugement ?Pourtant, « aucun argument qui repose sur une logique d\u2019authenticité ou d\u2019essence culturelle ne devrait être accepté comme légitime, en ceci que l\u2019interlocuteur doit soumettre des arguments valables pour tous2 ».La validité s\u2019établit à travers les arguments soumis à la discussion où tous peuvent intervenir.Encore, la reconnaissance de la diversité 1 Message du recteur et vice-chancelier Jacques Frémont au sénat de l\u2019Université d\u2019Ottawa, lundi 19 octobre 2020.https://secure.campaigner.com/csb/Public/show/ch3x-2bb7bf-rzmyc-5l2wysj6?fbclid=IwAR2iYAtvHN KXBE8NcCppp4z7At0TQZ1I_B-SOP4ZvMeK8RG0y_kUGOT4yn0 consulté le 13 novembre 2020.2 Anne Phillips, Multiculturalism without Culture, Princeton, Princeton University Press, 2007, pages 160-161 dans Félix Mathieu, Les défis du pluralisme à l\u2019ère des sociétés complexes, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 2017, page 53.* Juriste. 12 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 ne doit pas s\u2019accomplir par la répudiation de la légitimité des institutions modernes, érigée sur l\u2019obligation d\u2019offrir un traitement équitable envers tous.Le recteur prétexte la légitimité pour acquiescer aux diktats de militants radicaux.Un ancrage dans la modernité, qui a connu l\u2019essor de la démocratie en la basant sur l\u2019expression de la volonté populaire, permet de saisir l\u2019ampleur du travail de sape que pilote le recteur de l\u2019Université d\u2019Ottawa.La possibilité du débat repose sur deux conditions : que tous les individus puissent s\u2019exprimer et qu\u2019ils se reconnaissent les uns les autres comme des interlocuteurs potentiels.Par le débat, la politique confère une légitimité aux individus pour s\u2019exprimer, à égalité de droit.Le pouvoir ne se réduit plus à un rapport de force brute entre belligérants prêts à fourbir leurs armes pour imposer leur volonté.La légitimité a émergé comme antithèse de la violence dans l\u2019exercice du pouvoir.Désormais, la raison fonde les rapports de pouvoir où chacun se soumet volontairement à l\u2019autorité, qui devient une ressource politique pour canaliser et diffuser le pouvoir à travers les institutions.Or, en refusant de reconnaître la légitimité de tous, le recteur Frémont confisque le pouvoir pour le réserver aux membres de minorités.En effet, l\u2019exercice du pouvoir lui semble moins affaire d\u2019autorité dans l\u2019accomplissement de fonctions, que déferlement de force brute pour imposer sa volonté à ceux qui n\u2019y consentent pas et à qui on nie la possibilité d\u2019y consentir dans un débat démocratique.Le pouvoir n\u2019est plus conçu comme une relation d\u2019influence réciproque.Pour s\u2019en convaincre, rappelons que M.Frémont refuse de répondre aux journalistes et qu\u2019il n\u2019a jamais communiqué avec la professeure Lieutenant-Duval3.Le rectorat 3 Isabelle Hachey, Des nouvelles de Verushka, La Presse, 12 décembre 2020. 13 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 semble réécrire les faits au lieu de les établir.L\u2019enseignante prononce le mot honni le mercredi 23 septembre, puis en reparle au cours suivant, le 30, après qu\u2019une étudiante arabe l\u2019eut informée par courriel de son inconfort.Le 1er octobre, l\u2019étudiante dénonce la situation sur Twitter en publiant l\u2019adresse de la professeure.Le même jour, l\u2019université la suspend.Le recteur précise qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une suspension administrative, pas d\u2019une sanction disciplinaire.C\u2019est seulement le vendredi 16 octobre qu\u2019elle a enseigné à nouveau, au moins une semaine de cours a été escamotée même si la suspension administrative a duré moins que l\u2019intervalle de la première quinzaine d\u2019octobre4.Le recteur a créé un comité d\u2019action antiracisme et inclusion le 23 novembre, mais des étudiants racisés ont occupé le pavillon administratif de l\u2019Université d\u2019Ottawa entre les 3 et 9 décembre pour obtenir une rencontre avec lui, car ils exigeaient des mesures immédiates5.Ces étudiants incarnent les dérives du progressisme dans les universités, c\u2019est pourtant à eux que le recteur confère l\u2019exclusivité de la légitimité6.Mais si ces revendicateurs minoritaires accaparent le pouvoir jusqu\u2019à former le groupe dominant, perdront-ils la légitimité chère à Jacques Frémont ?L\u2019équité procédurale garantit la justice Il est inquiétant que le recteur de l\u2019Université d\u2019Ottawa, un juriste, confirme la procédure expéditive violant les droits procéduraux subie par Verushka Lieutenant-Duval pour 4 « Le recteur Frémont annonce un nouveau Comité d\u2019action antiracisme et inclusion », lundi 23 novembre 2020.https://medias.uottawa.ca/nouvelles/recteur-fremont-annonce-nouveau-comite- daction-antiracisme-inclusion consulté le 19 décembre 2020.5 « Le sit-in contre le racisme à l\u2019Université d\u2019Ottawa est terminé », Radio-Canada, le 9 décembre 2020.6 Evergreen et les dérives du progressisme, https://youtu.be/u54cAvqLRpA consulté le 19 décembre 2020. 14 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 avoir prononcé le mot honni dans le cours qu\u2019elle enseigne.Pour le tribunal moral de la rectitude politique qui criminalise la pensée, la professeure a commis une infraction de responsabilité absolue : la simple preuve du fait prohibé entraîne automatiquement la culpabilité.Nul besoin de prouver l\u2019intention et aucun moyen de défense n\u2019est recevable.Le contexte pédagogique et la valeur littéraire ou historique de l\u2019œuvre ne sont même pas considérés, ils sont ignorés.Doit être équitable la procédure d\u2019après laquelle une affaire est conduite par une institution à l\u2019égard d\u2019une personne lorsque ses droits, son statut ou des intérêts sont en cause.Le droit procédural garantit que la manière dont est menée l\u2019affaire pour aboutir à la décision est juste.Elle ne concerne pas la décision elle-même, mais encadre l\u2019instance qui permet d\u2019y arriver.On compte une douzaine de droits procéduraux.Un avis approprié doit formellement indiquer aux parties l\u2019enjeu sur lequel une décision sera rendue et la nature de la décision.Toute la preuve qui sera retenue contre une partie doit lui être communiquée.En particulier, la partie contre laquelle une preuve est retenue doit à son tour avoir l\u2019occasion de présenter la preuve qu\u2019elle souhaite que le décideur considère.Elle doit aussi bénéficier d\u2019un délai pour prendre connaissance de la preuve retenue contre elle avant d\u2019y réagir.Dans son appréciation des preuves, le décideur doit se soumettre à des règles quant à la recevabilité et à l\u2019appréciation qu\u2019il en fera, notamment l\u2019obligation de considérer tout renseignement pertinent pour l\u2019affaire.Par ailleurs, dans certains cas où une partie risque de perdre un droit, un avantage ou un privilège, elle peut avoir recours à un avocat, être représentée ou assistée.Quand des procédures existent pour mener l\u2019affaire, les parties s\u2019attendent 15 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 à ce qu\u2019elles soient respectées.Ceci vaut également pour l\u2019impartialité du décideur, qui doit être exempt de parti pris.Tant sa conduite que son propos ne doivent pas porter à croire qu\u2019il pourrait avoir des préjugés.« Lors de l\u2019incident, l\u2019enseignante avait tout à fait le choix, dans ses propos, d\u2019utiliser ou non le mot commençant par N ; elle a choisi de le faire avec les conséquences que l\u2019on sait7.» Derechef, on peut raisonnablement douter de l\u2019impartialité du recteur Frémont, pourtant un ancien président de la Commission des droits de la personne du Québec.En sus, l\u2019indépendance du recteur laisse dubitatif dans cette affaire, lui qui pourrait être redevable de sa nomination et de sa reconduction en poste aux instances universitaires et à leurs factions.Enfin, lorsque la décision est prise, les motifs doivent être rendus par écrit, notamment pour permettre aux parties de préparer leurs arguments pour interjeter appel.Même si une procédure existe et qu\u2019elle est suivie, comme se justifie l\u2019Université d\u2019Ottawa dans cette affaire, cela ne signifie pas que l\u2019équité procédurale est respectée.Mais le tribunal moral de la rectitude politique est un bûcher expiatoire.Ainsi, la preuve de l\u2019infraction repose sur l\u2019allégation d\u2019une offense par le plaignant qui l\u2019éprouve.Dès qu\u2019il ressent de l\u2019inconfort, l\u2019infraction est établie.Cela absolutise la sensibilité, exacerbée parce qu\u2019il n\u2019y a plus de mise en relation avec les faits et le contexte pour comprendre le réel.Le désir de certains étudiants à être exemptés d\u2019images, idées ou mots qu\u2019ils jugent offensants prime sur la liberté académique.Si le recteur Frémont nous reconnaissait la légitimité de réfléchir sur le sens de la justice, on pourrait se demander avec lui ce qu\u2019il y a d\u2019incommensurable ou d\u2019irréductible entre 7 Message du recteur.Précité. 16 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 les groupes de la société pour que l\u2019un puisse interdire aux autres l\u2019usage de certains mots, partout et tout le temps.La conscience de leur humanité commune, de leur appartenance à la même nation ou de leur citoyenneté partagée ouvrirait des pistes de discussion entre eux.Toutefois, en niant à certains leur jugement, M.Frémont transgresse le principe d\u2019égalité entre les individus et sous-entend que le talion vaut réparation.C\u2019est comme si la couleur de peau ou l\u2019origine ethnique devenait le seul critère en vertu duquel des individus peuvent se revendiquer quelque chose en commun.Renversement de la connaissance Au cœur de la notion de discrimination systémique, se trouve la prémisse que celui qui questionne, doute ou refuse d\u2019y adhérer commet cette discrimination.Sont forgés des concepts si étendus qu\u2019ils sont imposés comme évidences irréfutables.Le concept de « micro-agression » est un exemple.Seules les victimes sont autorisées à édicter les interdits, à juger des écarts de conduite et à déterminer la sanction en cas de manquement.L\u2019idée de science forgée par Karl Popper implique nécessairement la possibilité de falsifier les hypothèses lors d\u2019une démonstration publiquement argumentée.Or, les faits empiriques deviennent superflus dans cette approche de la connaissance basée sur le ressenti de la victime parce qu\u2019il est impossible de démontrer ce qu\u2019on affirme.Les attaques pleuvent alors pour réduire les détracteurs au silence par humiliation ou ostracisme.L\u2019université, sanctuaire du savoir, contribue maintenant au renversement de l\u2019ancrage moderne de la connaissance.Jusqu\u2019ici, la vérité des faits, validés par des méthodes objectives, a primé sur l\u2019individu pour établir le savoir. 17 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Désormais, l\u2019expression de son vécu par l\u2019individu opprimé l\u2019emporte au nom de l\u2019émancipation sociale et politique.Cependant, un arbitrage entre l\u2019objectivité des faits et la sincérité de l\u2019expression de soi devient nécessaire.Les militants qui préconisent la censure épousent par ailleurs une philosophie du langage étonnante.Selon leurs prétentions, c\u2019est comme si chaque mot était monosémique, jamais polysémique, et qu\u2019il se comprenait indépendamment du texte d\u2019où il émane et du contexte où il s\u2019ancre.Il est paradoxal que de tels activistes appelant à la reconnaissance toujours plus poussée de la diversité aient une conception univoque du sens des mots et qu\u2019ils les détachent du réel sans s\u2019apercevoir qu\u2019ils placent le langage au service d\u2019un dogme.Le processus inique de sanction de la professeure Lieutenant- Duval est indigne d\u2019une institution dans un État de droit démocratique, mais conforme au culbutage du régime de vérité par la subjectivité.Les universitaires et les juristes qui cautionnent des notions infalsifiables émanant des théories critiques nuisent aux droits qu\u2019ils souhaitent protéger.Parce qu\u2019ils forment une nation minoritaire au Canada, les Québécois envisagent légitimement d\u2019autres politiques pour la diversité que le multiculturalisme canadien et d\u2019autres concepts pour l\u2019analyser que ceux du racialisme américain.Ce fait est occulté par ces savants.Alors que l\u2019Assemblée nationale du Québec a dénoncé à l\u2019unanimité la censure de mots, des politiciens fédéraux ont corroboré les décisions du recteur.Jagmeet Singh a affirmé que l\u2019utilisation du mot honni compromet la sécurité des étudiants8.Steven Guilbeault a ajouté le 15 novembre que 8 « Utilisation du \u201cmot en n\u201d : les élus divisés sur le sort de la professeure d\u2019Ottawa », Radio-Canada, 20 octobre 2020. 18 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 « notre droit s\u2019arrête là où la blessure de quelqu\u2019un d\u2019autre commence », avant de se rétracter en décembre9.Son affirmation est un psittacisme en écho à une formation à la diversité et à l\u2019inclusion offerte aux parlementaires qu\u2019il a suivie.Devant l\u2019émergence de groupes minoritaires revendicateurs, la nation ne semble plus un concept pertinent pour l\u2019action politique aujourd\u2019hui.Elle semble aussi périmée pour envisager l\u2019identité, c\u2019est-à-dire qui nous étions, qui nous sommes, qui nous voudrions être et qui nous sommes en train de devenir comme peuple capable d\u2019agir démocratiquement sur son destin.q 9 « Liberté d\u2019expression : Guilbault se rétracte », Le Journal de Québec, lundi 14 décembre 2020. 19 Articles Denis Monière* L\u2019effet de paravent du fédéralisme canadien Les situations de crise sont révélatrices des dysfonctionnements des systèmes et celle de la COVID-19 n\u2019a pas fait exception.La gestion de la pandémie aura permis de dévoiler ces effets de paravent et de montrer comment le fédéralisme canadien brouille la perception des relations de cause à effet dans la gestion de la santé.Un paravent dissimule ce qui se passe derrière et ne permet pas d\u2019avoir une vision d\u2019ensemble de qui fait quoi.À moins d\u2019avoir beaucoup de temps à consacrer au décryptage de l\u2019information, le citoyen est forcé de se faire un jugement en prenant des raccourcis.Il est obligé de se fier aux apparences et d\u2019évaluer les gouvernants et les régimes politiques qui encadrent sa vie en se fiant à ce qu\u2019il voit ou à ce qu\u2019on lui montre.La gestion de la pandémie aura permis de dévoiler ces effets de paravent et de montrer comment le fédéralisme canadien brouille la perception des relations de cause à effet dans la gestion de la santé.Et en matière de gestion de la santé, les citoyens ont tendance à penser que c\u2019est le gouvernement québécois qui gouverne.Ils sont victimes des illusions qu\u2019entretient le fédéralisme par la division des champs de compétence.Le fédéralisme entretient l\u2019opacité des relations de pouvoir entre le gouvernement fédéral et les gouver- * Politologue. 20 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 nements des provinces qui sont au front, en contact direct avec les malades, les citoyens et l\u2019opinion publique et qui sont tenus responsables de ce qui ne marche pas.Or, derrière le paravent, il y a un tireur de ficelles, il y a un autre pouvoir qui définit les conditions de l\u2019action des provinces et qui restreint leurs marges de manœuvre ou leur capacité d\u2019initiative.Que fait le fédéral en santé ?Depuis l\u2019adoption dans les années soixante de l\u2019assurance- hospitalisation et plus tard de l\u2019assurance-maladie, on a eu tendance, au Québec, à s\u2019imaginer que la gestion de la santé relevait des compétences exclusives du gouvernement du Québec puisque la constitution canadienne réserve aux provinces les compétences sur les enjeux qui concernent la vie privée et les questions locales.On pensait aussi que le Québec était le maître d\u2019œuvre en santé parce que cette apparence de compétence était renforcée par le fait que le gouvernement du Québec consacre environ la moitié de ses dépenses à ce poste budgétaire, soit 41 milliards de dollars en 2020 sur un budget total de 87 milliards.La santé représente aujourd\u2019hui 47 % des dépenses totales du gouvernement du Québec et 10 % du PIB québécois.Et enfin, les citoyens ont pu être abusés puisque les débats les plus féroces entre les partis politiques au Québec, hormis ceux sur la question de l\u2019indépendance, portent sur la gestion de la santé qui est au cœur de toutes les campagnes électorales depuis les années quatre-vingt.Mais rien n\u2019est simple au Canada et le citoyen bien informé sait aussi qu\u2019il y a deux ministères de la santé : un à Québec et un à Ottawa.Toutefois, il n\u2019est pas facile de savoir qui fait quoi.La confusion des esprits est la conséquence de la division des pouvoirs.La gestion de la santé est une compétence partagée depuis la Première Guerre mondiale et au 21 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 vingtième siècle le gouvernement canadien est intervenu de plus en plus en ce domaine en imposant aux provinces les règles de gestion de la santé.Parce qu\u2019il finance, le fédéral impose les conditions d\u2019utilisation de ses subventions au nom de l\u2019intérêt national.Cet intérêt est balisé par les principes énoncés dans la loi canadienne adoptée à l\u2019unanimité en 1984 : le principe d\u2019universalité, le principe d\u2019intégralité, le principe d\u2019accessibilité, le principe de transportabilité, le principe de gestion publique.Cette division des pouvoirs a soulevé des débats acrimonieux sous le gouvernement de Jean Chrétien lorsque celui-ci a décidé en 1995 de réduire les paiements de transfert en santé aux provinces tout en les soumettant à des normes nationales.Ainsi, la loi canadienne pénalise les provinces qui pratiquent la surfacturation ou les frais modérateurs afin d\u2019uniformiser à travers le Canada l\u2019accès aux soins de santé.Comme le reconnaît son principal conseiller, Eddie Goldenberg, le but de Jean Chrétien était de montrer que le gouvernement fédéral exerçait un leadership national en santé1.Cette ambition avait aussi l\u2019avantage de permettre au gouvernement fédéral de réduire ses déficits et de transférer aux provinces le financement des coûts croissants de la santé.Comme dans un système de vases communicants, les coupures du gouvernement canadien ont entraîné une détérioration des services offerts aux citoyens, mais ce sont les provinces qui en ont porté l\u2019odieux et les gouvernements provinciaux qui en subissent les conséquences électorales.Les effets de cette politique de coupes furent structurants pour la gestion financière des provinces.Alors que le gou- 1 Eddie Goldenberg, Comment ça marche à Ottawa ?, Montréal, Fides, 2007, p.329. 22 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 vernement fédéral finançait 50 % des coûts de la santé dans les années quatre-vingt, aujourd\u2019hui cette subvention ne représente plus que 23 % ce qui a obligé le Québec à couvrir les déficits et à augmenter ses dépenses en santé avec le vieillissement de la population et l\u2019augmentation des coûts des traitements (médecins, médicaments, équipements).Les tentacules de l\u2019État canadien en santé L\u2019État canadien a été absent de la gestion de la santé durant environ un demi-siècle.C\u2019est à l\u2019occasion d\u2019une autre pandémie, celle de la grippe espagnole en 1918, que le fédéral a étendu son emprise sur ce domaine de compétence en se servant comme d\u2019habitude des interprétations de la cour suprême qui a toujours tendance à avaliser les ambitions du gouvernement fédéral.Au vingtième siècle, la Cour suprême a légalisé l\u2019élargissement des interventions du fédéral en santé en interprétant largement diverses dispositions de la constitution comme la compétence en matière de droit criminel, le pouvoir de dépenser et la clause de la paix de l\u2019ordre et du bon gouvernement, ce qu\u2019on appelle aussi les pouvoirs résiduels.Le fédéral a pu dès lors s\u2019attribuer toutes les compétences qui régissent la santé en général, laissant aux provinces la gestion des soins de santé aux individus.S\u2019occuper du général offre des perspectives d\u2019action illimitées qui permettaient d\u2019encadrer à volonté les politiques des provinces.Par exemple, on peut invoquer les pouvoirs en matière criminelle pour intervenir dans les domaines suivants qui peuvent affecter la santé et la sécurité du public comme les substances réglementées ; les médicaments et les aliments ; les dispositifs médicaux ; les produits industriels et de consommation ; les cosmétiques ; le tabac ; les dispositifs qui émettent des radiations tels que les fours à micro-ondes, les appareils radiographiques, les lampes de bronzage, les appa- 23 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 reils échographiques, les dispositifs laser et les téléviseurs ; les produits de lutte contre les organismes nuisibles.Le gouvernement fédéral se prévaut aussi de l\u2019astuce constitutionnelle du pouvoir de dépenser pour prendre des initiatives dans les domaines suivants : la recherche en santé ; la promotion de la santé ; l\u2019information sur la santé ; la prévention et le contrôle des maladies ; les projets pilotes liés à des initiatives provinciales en matière de soins de santé.Enfin, les pouvoirs résiduels sont une autre source d\u2019intervention qui autorise le fédéral à intervenir en cas d\u2019urgence nationale.À tous ces leviers s\u2019ajoutent d\u2019autres interventions en matière de santé qui relèvent des attributions de différents ministères comme les Premières Nations et les Inuits ; les militaires et les anciens combattants ; les détenus des pénitenciers fédéraux ; les exigences d\u2019ordre médical applicables aux personnes qui font une demande d\u2019immigration au Canada ; les normes en matière de santé et de sécurité au travail dans les industries assujetties à la réglementation fédérale ; les brevets de produits pharmaceutiques ; la recherche et la surveillance environnementales ; la condition physique et le sport amateur ; l\u2019aptitude au travail des contrôleurs aériens et des pilotes2.On pourrait enfin ajouter les pouvoirs en matière de commerce et de relations internationales comme l\u2019application des quarantaines, la fermeture des frontières, la gestion des aéroports qui peuvent avoir des incidences dans la gestion d\u2019une pandémie.2 Ces listes de pouvoirs sont décrites dans Martha Butler et Marlisa Tiedemann, Le rôle fédéral dans le domaine de la santé et des soins de santé, Publication no 2011-91-F le 20 septembre 2013. 24 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 La gestion de la crise de la COVID-19 La crise de la COVID-19 a de nouveau montré que le gouvernement du Québec n\u2019est pas maître de la gestion du système de santé et que le fédéral a son mot à dire.Si pendant les premières semaines de la crise, le gouvernement fédéral s\u2019est contenté de jouer au père Noël et d\u2019arroser tous les secteurs de la société de chèques d\u2019urgence, il s\u2019est progressivement ingéré dans la gestion sanitaire proprement dite.Comme cela se produit à chaque crise, le gouvernement canadien tente à chaque fois d\u2019accroître ses pouvoirs.Le premier ministre Trudeau s\u2019est d\u2019abord présenté comme le commandant en chef de l\u2019approvisionnement en matériel sanitaire, puis il a évoqué l\u2019idée de canadianiser la gestion des CHSLD, toujours dans le noble but d\u2019aider les citoyens.Il a aussi fait pleuvoir les milliards de subventions pour la recherche sur les médicaments et les vaccins qui pourraient combattre la pandémie.Cette crise nous a révélé que le gouvernement fédéral est dépositaire des pouvoirs d\u2019urgence et qu\u2019il doit assurer la sécurité des Canadiens et des Canadiennes en constituant des réserves stratégiques de matériel sanitaire.Or, il a manqué à ses responsabilités et a même été imprévoyant, n\u2019ayant pas maintenu un niveau suffisant des approvisionnements en masques et en matériel sanitaire pour fournir les provinces.On a même appris qu\u2019il avait préféré la solidarité internationale à la solidarité nationale en vendant ses réserves de masques à la Chine au début de la pandémie supposant sans doute que le Canada serait à l\u2019abri du virus.Devant l\u2019inéluctable, Trudeau s\u2019est alors investi de la mission de commandant en chef de la gestion des masques.Il a endossé l\u2019habit de l\u2019ange gardien qui veille sur la sécurité sanitaire du public en se proclamant 25 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 gérant du carnet de commandes et en contrôlant les bons de livraison ce qui lui permit de redorer son blason de chevalier protecteur du Canada.Alors que la crise connaissait un pic de mortalité en raison de la gestion erratique des CHSLD partout au Canada et dans le monde et que l\u2019opinion publique à juste titre s\u2019indignait du traitement réservé aux personnes âgées, le commandant en chef a annoncé qu\u2019il envisageait d\u2019inclure dans la loi canadienne de la santé les maisons de retraite comme si le gouvernement canadien était mieux placé que ceux des provinces pour gérer ces institutions.À juste titre, le premier ministre Legault lui a rappelé l\u2019historique du financement de la santé au Canada qui explique en grande partie les difficultés de gestion des CHSLD.Rien de bien nouveau sous le soleil canadien.Trudeau appliquait une technique bien connue au Canada où le gouvernement fédéral réduit les subventions aux provinces pour les soumettre à sa volonté.Devant les conséquences concrètes de ses décisions, le gouvernement fédéral se présente ensuite comme le sauveur des personnes âgées et peut justifier une intrusion accrue dans le domaine de la santé.Mais cette fois- ci le poisson était trop gros à avaler et sa prise de position se retourna contre lui, l\u2019obligeant à faire marche arrière.Il tenta de camoufler son indécence en proposant d\u2019ouvrir une « conversation » sur cette question après la crise.On sait qu\u2019en temps de pandémie les experts en santé deviennent des prophètes et que leurs avis tiennent lieu de vérité d\u2019Évangile.Les avis de la santé publique servent de bible aux décideurs politiques du moins au Québec où le premier ministre Legault a toujours été accompagné par le docteur Arruda, le chef de la santé publique du Québec.Or, au Canada, il y a un chef de la santé publique au fédéral et un autre au Québec.Ce dédoublement produit des situa- 26 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 tions absurdes puisque durant la crise Québec et Ottawa ont financé avec des fonds publics la diffusion à la télévision de messages publicitaires qui contenaient les mêmes conseils pour se protéger de la COVID-19.Tout ce qui changeait c\u2019étaient les têtes qui disaient de rester enfermés et les drapeaux qui identifiaient l\u2019origine du message.Lorsqu\u2019il s\u2019est agi de préparer le déconfinement, il y a aussi eu la querelle des experts.L\u2019agence de la santé publique Canada a contesté les analyses de la santé publique du Québec sur la question de l\u2019immunisation communautaire sans doute pour freiner les ardeurs du Québec à remettre l\u2019économie en marche en semant encore plus de confusion dans l\u2019opinion publique.Il va se soi qu\u2019un retour progressif à la « vie normale » rendrait inutiles les interventions du gouvernement fédéral en mesure de soutien d\u2019urgence et réduirait la note que les contribuables auront à payer après la crise pour couvrir le déficit abyssal du gouvernement fédéral, évalué à plus de 250 milliards de dollars.Plus rapidement les citoyens reprendront leurs activités et toucheront des revenus, moins le soutien du gouvernement fédéral sera pertinent et moins celui-ci pourra faire valoir son autorité.Le déconfinement annoncé par le gouvernement Legault devait commencer le 4 mai et avait comme condition de mise en œuvre une augmentation des tests de dépistage que le gouvernement québécois avait commandés à cette fin à une entreprise ontarienne, tests qui avaient été homologués le 13 avril par Santé Canada.Or, par un curieux effet du hasard, la veille du déconfinement, le 3 mai, Santé Canada annonçait qu\u2019elle revenait sur sa décision et annulait l\u2019homologation du test en question parce que, selon ses analyses, le test qui était fiable et autorisé le 13 avril ne l\u2019était plus.Ce changement inopiné montre à tout le moins que le fédéral a les pouvoirs l\u2019entraver l\u2019action du Québec.Il serait sans 27 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 doute exagéré de prétendre qu\u2019il y a une relation de cause à effet entre les réticences du gouvernement Trudeau à décon- finer et les résultats des analyses de Santé Canada, mais n\u2019y a-t-il pas là une curieuse coïncidence ?Cette saga de l\u2019homologation des tests montre que le fédéral n\u2019a pas abandonné sa prétention à dicter les règles générales qui devraient être suivies par les provinces pour procéder au déconfinement.Ottawa se présente comme le chef d\u2019orchestre qui doit diriger le processus en préparant des « guidelines ».Au nom de la prudence sanitaire, Trudeau espère soumettre les provinces à ses principes généraux.Il avance à pas feutré sur cette question, car il n\u2019appartient pas au gouvernement fédéral de prendre les décisions en ce domaine, mais il n\u2019abandonne pas pour autant son droit de regard et cherche à miner la crédibilité des provinces en alimentant les craintes de la population et en mettant en œuvre ses leviers de contrôle comme Santé Canada.Le gouvernement fédéral a aussi la main haute sur le financement de la recherche médicale et sur la gestion des brevets et des médicaments.C\u2019est lui qui homologue les médicaments et permet leur utilisation par le public.Le Québec aurait été incapable d\u2019utiliser des médicaments pour lutter contre le virus et diminuer la surcharge sur le système hospitalier en réduisant le temps de guérison des personnes atteintes.Même s\u2019il finance l\u2019assurance-médicaments, il dépend des décisions d\u2019Ottawa en la matière.Encore là, ce sont les normes canadiennes qui s\u2019imposent et qui pèsent sur la gestion des ressources investies en soins de santé.Le gouvernement canadien n\u2019a pas semblé souhaiter guérir la population en autorisant l\u2019usage de médicaments peu coûteux et sous strict contrôle médical.Son inaction était peut-être inspirée par les voix des lobbies pharmaceutiques qui n\u2019ont pas intérêt à favoriser l\u2019usage de médicaments bon marché qui 28 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 n\u2019impliquent pas le développement de nouvelles molécules dont la mise en marché entraîne des effets inflationnistes sur les coûts de la santé et bonifie d\u2019autant les marges de profit.La question des frontières fut aussi révélatrice des contradictions du régime fédéral.Contrôler une épidémie suppose qu\u2019un gouvernement maîtrise la circulation des personnes sur le territoire surtout lorsqu\u2019on impose un confinement à toute la population.Le gouvernement du Québec en toute rigueur et conformément aux directives de la santé publique imposa à tous les citoyens un confinement à partir du 12 mars.Or, encore une fois, la politique fédérale n\u2019était pas au rendezvous et le gouvernement canadien ne jugea pas opportun pour des raisons purement idéologiques de fermer les frontières.Rappelons-nous qu\u2019Ottawa a laissé les avions provenant de Chine atterrir alors que l\u2019épidémie y faisait rage ce qui était de la plus haute irresponsabilité.Ce faisant, la politique d\u2019Ottawa contredisait celle du Québec qui demandait la fermeture des frontières.L\u2019obstination d\u2019Ottawa favorisa la propagation du virus puisque les touristes arrivant de l\u2019étranger et potentiellement contaminés ne subissaient aucune restriction et pouvaient se déplacer à leur guise sans aucun contrôle sanitaire.On pénalisait les citoyens du Québec pour avantager ceux qui venaient d\u2019ailleurs ce qui allait directement à l\u2019encontre des efforts du gouvernement du Québec.Et pendant cette crise, ceux qui prétendent défendre les intérêts du Québec à Ottawa ont contribué à cette entreprise de mystification soutenant la stratégie du gouvernement fédéral au nom du respect de la solidarité canadienne.Ils ont refusé de dénoncer les interventions du fédéral en matière de santé.Ils ont renforcé l\u2019effet de paravent en laissant les Québécois et les Québécoises penser que le Canada servait leurs intérêts.q 29 Articles Alain Messier* Louis-Joseph Papineau et la pandémie En 1832 au Bas-Canada (le Québec actuel), Louis-Joseph Papineau est le chef du parti patriote et l\u2019Orateur (président) de la Chambre d\u2019assemblée, l\u2019équivalent d\u2019un premier ministre, mais avec des entraves\u2026 Il est craint et respecté par ses adversaires, mais beaucoup veulent l\u2019abattre, le considérant comme un fléau.Ses députés et la population le vénèrent et même l\u2019idolâtrent.Il affronte et dénonce les passe-droits, les dénis de justice, la corruption, mais surtout la mainmise des conseils électifs et exécutifs non élus, vaste caste de privilégiés qui entravent la bonne marche du gouvernement et s\u2019opposent par droit de veto, au grand combat du contrôle du budget par la Chambre d\u2019assemblée.Mais un ennemi imprévu s\u2019immisce dans l\u2019arène politique : le choléra.En 1830-1831, pour contrer l\u2019arrivée d\u2019immigrants sur des bateaux infectés par des malades de dysenterie, petite vérole ou typhoïde, le gouvernement avait instauré une quarantaine à Grosse-Île près de Montmagny.Quarantaine pas toujours respectée et sujet à la corruption des fonctionnaires.* Auteur et historien. 30 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Louis-Joseph Papineau et ses députés avaient voulu faire modifier la loi afin d\u2019améliorer l\u2019inspection des navires par les officiers de la santé, mais le gouverneur et ses conseils (non élus), sous la pression des marchands anglophones (les mêmes), avaient refusé, privilégiant l\u2019arrivée de main- d\u2019œuvre.Un an plus tard, de nouveaux immigrants, la plupart irlandais, affamés et miséreux, seront les vecteurs innocents de cette terrible maladie du choléra issue du Gange en Inde et transportée par voie maritime et militaire.Les fonctionnaires, de prime abord, réfutent la nouvelle d\u2019un premier cas, puis à peine une semaine plus tard une centaine de personnes décèdent tous les jours à Québec.À Montréal l\u2019épidémie ne tarde pas, 230 décès la première semaine, puis 947 la semaine suivante, la panique s\u2019installe, les habitants des campagnes n\u2019osent plus s\u2019aventurer en ville pour y offrir leurs fruits et légumes, l\u2019inflation s\u2019installe, on se méfie de ses voisins, devant les cimetières il y a encombrement de véhicules funéraires, on enterre les morts la nuit pour ne pas ameuter la population.Louis-Joseph Papineau envoie son épouse et ses enfants à Verchères, il demeure toutefois à son poste, met sur pied un comité de surveillance sanitaire.Jacques Viger, premier maire de Montréal, et Louis-Hippolyte LaFontaine se joignent à lui.Papineau sait que le gouvernement, c\u2019est-à- dire le gouverneur et ses valets que sont les conseils législatifs et exécutifs, vaste confrérie de marchands saupoudrés de Canadiens français de convenance, s\u2019est montré hostile à toute entrave commerciale et a refusé de renforcer les règlements de quarantaine. 31 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Il écrit à Julie, son épouse le 6 juillet 1832 : Je vous souhaite à tous d\u2019être en aussi bonne santé que moi.Bon sommeil, bonne méditation sur l\u2019état pénible du pays mais dans un temps de calamité aussi universelle toujours un sujet renaissant d\u2019alarmes auxquelles il convient, il est juste et raisonnable d\u2019opposer autant de résignation de force et de courage qu\u2019il est possible afin d\u2019être toujours prêt à épier, à saisir les précautions qui peuvent diminuer le danger.Aussi longtemps que l\u2019on est disposé, le matin, à dire : je veux aujourd\u2019hui m\u2019acquitter de tous mes devoirs, et que l\u2019on peut se dire le soir : je n\u2019ai pas manqué, l\u2019on a dix chances contre une de ne pas être attaqué par la contagion, ou, en cas d\u2019attaque de retrouver une force d\u2019âme, une énergie morale qui la vaincrait.Adieu belle, bonne et chère amie aie soin de toi et de nos enfants, embrasse-les pour nous deux, le temps perdu pour la culture de leurs esprits [ils ne vont pas à l\u2019école en raison de l\u2019épidémie] sera réparé s\u2019ils reviennent avec un corps plus robuste et capable d\u2019application.Papineau, que nos anti-masques contemporains auraient sans doute méprisé, écrit dans une lettre à son frère Denis- Benjamin au mois d\u2019août 1832 : Si vous avez des malades chez vous, ceux qui les soigneront feraient bien de se boucher le nez et la bouche d\u2019un simple double de mouchoir pour respirer à travers et arrêter les miasmes qui pourraient communiquer la maladie et sitôt les soins finis se laver les mains et le visage, mettre à l\u2019abri les habits qu\u2019ils avaient sur lui, en prendre d\u2019autres et les aérer alternativement à chaque fois que l\u2019on aurait resté auprès du malade, n\u2019y rester que le temps absolument nécessaire pour soulager le malade, étendre de la chaux vive dans la maison, laisser épandre dans les appartements la fumée qui s\u2019en exhale.La médecine de cette époque croit à tort que la maladie est transmise par voie aérienne, comme en témoigne Papineau avec les miasmes, mais il a raison pour l\u2019hygiène des mains, 32 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 car ce sont plutôt les mains sales et le contact avec l\u2019eau contaminée par le bacille vibrio cholera qui causent cette maladie contagieuse.La médecine est impuissante, à la merci des charlatans, nous sommes toujours au royaume des purges, des vomitifs, des saignées, des panacées, les remèdes de grand-mère foisonnent, chacun interroge son intestin\u2026 Le clergé recommande de prier.Puis l\u2019épidémie s\u2019estompe, mais rejoint New York, Philadelphie et le reste de l\u2019Amérique du Nord.Au Bas-Canada elle avait fait 12 000 victimes, elle reviendra en 1834, moins forte toutefois, le gouverneur Aylmer refusa alors de l\u2019argent au bureau médical de Montréal, puis se réfugia dans sa maison de campagne à Sorel, à l\u2019abri de cette seconde épidémie.François Legault, premier ministre du Québec, a dû faire face aux mêmes difficultés que Papineau, mais dans des formes et des forces différentes : une médecine en recherche de traitements efficaces, à la merci d\u2019un va-et-vient de directives, d\u2019absence de matériel adéquat, d\u2019un manque de personnel, d\u2019une quarantaine fragile.À l\u2019image de Mathew Whitworth Aylmer, gouverneur du Bas-Canada, Justin Trudeau se fait prier, par un genou posé par terre, pour donner accès à un service essentiel puis se glorifie d\u2019avoir participé à la prise en mains des CHSLD.Ajouter une population inquiète, fragile, une économie en trouble-fête, et cette maladie venue de l\u2019extérieur, voilà les témoins du passé de l\u2019Histoire qui rejoignent le présent.Papineau dans son bureau de surveillance sanitaire, ancêtre de la Santé publique, aurait-il appuyé François Legault premier ministre, et qu\u2019aurait-il pensé de l\u2019attitude grand seigneur de Justin Trudeau ? 33 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Homme de principes qui avait affronté les gouverneurs Dalhousie et Aylmer et réussit à les faire répudier et renvoyer en Angleterre, Louis-Joseph Papineau, ne toléra jamais quelque mépris ou abus d\u2019autorité.Justin Trudeau aurait été ébranlé dans sa superbe.q 34 Articles Romain Gaudreault* Éducation à la citoyenneté et défense civile En cette période propice à la réflexion sur les risques collectifs, abordons un sujet qui serait jugé tabou en d\u2019autres circonstances.Le ministère de l\u2019Éducation du Québec s\u2019apprête à remplacer le cours Éthique et culture religieuse par un cours où l\u2019éducation à la citoyenneté côtoiera d\u2019autres matières comme l\u2019éducation au numérique, au droit et à la sexualité (Marco Fortier, Le Devoir, 10 janvier 2020).À l\u2019éducation à la citoyenneté, j\u2019aimerais proposer un complément nécessaire : une formation pratique à la défense civile.L\u2019idée d\u2019instaurer un enseignement pratique de la défense civile à l\u2019école secondaire n\u2019est pas nouvelle.Elle a été avancée en 1988 dans La défense du Québec et la famille Tremblay, livre publié aux Éditions Fides sous le nom de Jeanne d\u2019Arc Tremblay, pseudonyme des pédagogues Roger Cadotte, Michel Desjardins, Richard Gendron, Colette Noël et Diane Savard.Ces auteurs sont présentés au début du livre comme des collaborateurs spéciaux.Voici le contenu du cours proposé : 1) premiers soins permettant * Ph.D., ancien commando du clan scout Saint-Exupéry, Collège de Jonquière, 1961-1962 \u2013 Publications reliées au sujet : « Résistance et collaboration en pays conquis » et « Pour une charte du civisme », revue L\u2019Action nationale (2010 et 2012) ; « Reflets des tensions nationales dans l\u2019art public de Montréal », dans Performances et objets culturels, recueil publié sous la direction de Louis Hébert et de Lucie Guillemette aux Presses de l\u2019Université Laval (2010). 35 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 de réagir aux effets d\u2019une guerre classique ; 2) connaître les effets des radiations nucléaires et les premiers soins à donner en ce cas ; 3) psychosociologie des foules permettant de comprendre les réactions d\u2019une foule en panique et les façons d\u2019y réagir ; 4) analyse des causes des guerres modernes et les solutions politiques à ces conflits.Pourquoi l\u2019enseignement pratique de la défense civile est-il le complément nécessaire d\u2019une éducation théorique à la citoyenneté ?Pour deux raisons.D\u2019abord, parce que la force de défense civile vient épauler la force de défense militaire lors d\u2019un conflit armé entre deux pays indépendants.Ensuite, et surtout, parce que c\u2019est sur elle que repose la résistance après l\u2019effondrement de la force de défense militaire.Quelles sont les méthodes d\u2019action des membres de la force de défense civile ?Par contraste avec l\u2019action des militaires, celle des civils est fondée sur le principe de la résistance sans armes, auquel il faut associer celui de la non-collabora- tion.Ces deux principes d\u2019action ont fait l\u2019objet de plusieurs études, notamment celle de Gene Sharp, La force sans la violence (2009), et celle de Christian Mellon, JeanMarie Muller et Jacques Semelin, La dissuasion civile.Principes et méthodes de la résistance non violente dans la Stratégie française (1985).Il faut distinguer le principe de la non-collaboration et celui de la résistance sans armes au sein de ce qu\u2019on entend par le principe de l\u2019action non violente.La non-collaboration consiste à ne fournir aucune aide aux occupants et aux partisans locaux de la collaboration avec ceux-ci : par exemple, refus de travailler ou d\u2019investir dans leurs entreprises commerciales ou manufacturières, refus de commercer, refus de participer à des activités culturelles (cinéma, littérature, musique, etc.), refus de parler, refus de recevoir des honneurs.Alors que la non-collaboration oppose une force d\u2019inertie aux occupants et aux collaborationnistes, la résis- 36 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 tance sans armes leur oppose une force active.Elle crée des obstacles qui visent à arrêter le mouvement des occupants et des collaborationnistes ou à les dissuader d\u2019avancer ou de réaliser leurs projets.Gene Sharp a recensé 198 méthodes d\u2019action fondées sur les principes de la non-collaboration et de la résistance sans armes.Comment créer une force de défense civile au sein de la population d\u2019un État ?En créant les cadres de cette force chez les jeunes.Imaginons un corps de cadets de la défense civile dont les unités sont réparties dans toutes les classes des deux dernières années des écoles secondaires publiques et privées du Québec.La plupart des membres des unités ont donc 16 ou 17 ans.Chaque unité comprend cinq membres et agit sous la direction de l\u2019un d\u2019eux.La formation des cinq membres est donnée par un ou plusieurs instructeurs adultes compétents dans les matières d\u2019un programme que j\u2019appelle OSCADE : Orientation, Survie, Communications, Autodéfense sans armes, connaissance des principes et méthodes d\u2019action de la Défense civile en pays libre ou occupé, connaissance des méthodes d\u2019Enseignement.Après cette formation commune au cours de laquelle ils ont pu fraterniser, les cadets de la défense civile prononcent un serment de loyauté envers le Québec.Ainsi devient possible l\u2019intégration des jeunes de toute origine ethnique ou classe sociale.L\u2019instructeur peut être un enseignant de l\u2019école, un parent d\u2019élève ou tout autre citoyen.Durant les activités réalisées aussi bien en ville qu\u2019à la campagne ou en forêt, il saisit chaque occasion de développer la débrouillardise, le courage, l\u2019esprit de corps et l\u2019esprit civique.Aucun uniforme : seul un bout de tissu de couleur vive noué au bras ou au cou permet d\u2019identifier les membres d\u2019une unité au cours d\u2019une activité.Les unités de cadets ont beaucoup de caractères communs avec les unités de scouts (Daniel Gauvreau, 37 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Cibles : esprit et techniques des scouts et guides, 1982 ; Michel R.Denis, La Cordée.Une fierté pour le scoutisme et le Québec, 2015).Elles s\u2019en distinguent par les traits suivants : autodéfense sans armes, connaissance des principes et méthodes d\u2019action de la défense civile.Pour sa défense, un pays doit élaborer une stratégie globale, c\u2019est-à-dire un ensemble de propositions visant à créer et à coordonner toutes les ressources humaines, matérielles et financières nécessaires à l\u2019atteinte de l\u2019objectif fixé.Parmi toutes ces ressources, il en est une qu\u2019il serait imprudent de négliger : la mobilisation du peuple au sein d\u2019une force de défense civile.* Réponses aux questions anticipées Vous proposez de créer un corps de cadets de la défense civile, vivier de cadres d\u2019un futur service de défense civile du Québec.Cette proposition prête le flanc à plusieurs critiques.D\u2019abord, pourquoi limiter cette fonction de défense civile au Québec ?Ne sommes-nous pas citoyens du Canada ?Le gouvernement du Canada reconnaît de nombreuses nations autochtones sur son territoire.De plus, par une motion spéciale adoptée en 2006, il reconnaît aussi que les Québécois forment une nation.Faut-il en déduire que tous les résidents de la province de Québec appartiennent à la nation québécoise ?Non, car le gouvernement du Québec reconnaît depuis 1985 que 11 nations autochtones coexistent avec la nation québécoise, c\u2019est-à-dire les descendants de Français et leurs alliés accueillis au cours de quatre siècles sur le territoire de la vallée du Saint-Laurent et de ses régions périphériques.Je propose que chacun accorde sa 38 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 loyauté à la nation qui l\u2019a vu naître ou qui l\u2019a accueilli en son sein et que chaque nation organise sa propre défense civile.Cette loyauté primordiale n\u2019autorise pas à enfreindre les lois de l\u2019État multinational auquel une nation est soumise.Si ces lois sont injustes, chacun se retrouve devant sa conscience.Estil nécessaire que le gouvernement d\u2019un État reconnaisse l\u2019existence d\u2019une nation pour que celle-ci puisse créer une force de défense civile du genre que vous proposez ?L\u2019existence d\u2019une nation ne dépend pas de sa reconnaissance par une autre.Par exemple, un grand nombre de francophones sont regroupés au nord et à l\u2019est de la province canadienne du Nouveau-Brunswick.Si ces francophones affirment appartenir à la nation acadienne, ils n\u2019ont pas besoin d\u2019une autre reconnaissance que celle-là pour exister en tant que nation.Cependant, la reconnaissance d\u2019une nation par une autre est toujours un élément positif.Vous parlez d\u2019un sujet tabou.Soyez plus précis.Laissez-moi vous raconter une anecdote.Dans un wagon de métro bondé à Montréal, je tenais d\u2019une main le poteau du centre et de l\u2019autre un livre ouvert.Pour mieux comprendre la notion de stratégie, d\u2019usage courant non seulement dans l\u2019armée, mais aussi dans les milieux du commerce, de la politique et même de l\u2019éducation, je lisais De la guerre, de Clausewitz.Une personne plus petite que moi a levé les yeux vers la page couverture.Le regard effaré, elle m\u2019a lancé : « Comment pouvez-vous lire des choses pareilles ?» Vous vous souvenez du moment de gêne qu\u2019avait provoqué Pauline Marois en 2005.Elle avait parlé des « turbulences » qui suivraient probablement un vote pour la sécession du Québec.Depuis l\u2019attentat du Métropolis contre la même 39 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 femme sept ans plus tard, en 2012, on sait qu\u2019au Québec, les turbulences peuvent survenir même lors d\u2019une simple élection générale.Une collectivité prudente envisage de façon lucide et sereine les risques qu\u2019elle court.Elle prévoit les dangers pour se préparer à les affronter.Il faut appeler un chat un chat.Cependant, il est nécessaire de choisir ses mots en fonction du destinataire visé.Quelle est l\u2019utilité d\u2019une force de défense civile en temps de paix ?Lors de la crise du verglas au Québec en 1998, les autorités municipales et gouvernementales ont été prises de court.Il semble que les mesures prises par la suite ont été d\u2019une efficacité toute relative.En effet, 13 ans plus tard, en 2011, lors des inondations en Estrie, des sinistrés ont dû créer de toutes pièces un « Comité SOS Richelieu ».Faut-il attendre d\u2019autres SOS ?Même si ce n\u2019est pas son objectif premier, une force de défense civile organisée avec soin sera d\u2019un grand secours en cas de catastrophe d\u2019origine humaine ou naturelle.Cette force organisée mobilise tous les citoyens dans la mesure de leurs moyens ou capacités.Elle ne laisse personne oisif ou démuni devant l\u2019adversité qui frappe une région ou l\u2019ensemble du Québec.Qu\u2019entendez-vous par « jeunes de toute origine ethnique » ?Les enfants d\u2019immigrants qui vivent au Québec.Chaque année, le Québec accueille une foule de personnes qui proviennent de divers pays.À quelle nation ces immigrants s\u2019intègrent-ils ?Au groupe des descendants de Français et de leurs alliés ou à celui des descendants de Britanniques et de leurs alliés ?Rappelons que toute personne qui immigre au 40 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Canada doit prêter un serment de loyauté au chef de l\u2019État canadien, c\u2019est-à-dire la reine Élizabeth II, qui est aussi la reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d\u2019Irlande du Nord.Nous devons trouver un moyen de régler ces conflits d\u2019appartenance.Comment appelez-vous le groupe des descendants de Britanniques et de leurs alliés ?La nation canadienne.Les membres de la nation canadienne forment la plus grande partie de la population résidant sur le territoire sis au nord du 49e parallèle et appelé Canada depuis 1867.Tous ces gens parlent anglais.Leurs représentants forment la majorité à la Chambre des Communes à Ottawa, la capitale du pays.Le gouvernement qu\u2019ils contrôlent détient son pouvoir de la reine Élizabeth II, actuelle chef de l\u2019État canadien, comme je le disais plus haut.La reine Élizabeth II détient elle-même son pouvoir au Canada de deux monarques britanniques antérieurs.Par suite du traité signé à Paris le 10 février 1763, le roi George III a acquis la colonie française de la vallée du Saint- Laurent à la fin de la guerre de Sept Ans menée entre la France et la Grande-Bretagne.Environ un siècle plus tard, le 24 mai 1867, la reine Victoria a signé la proclamation royale créant le Dominion of Canada.Du point de vue des membres de la nation québécoise, le gouvernement du Canada est un gouvernement illégitime.Il peut faire la loi à toutes les nations, condescendre à reconnaître une nation québécoise ou telle nation autochtone, mais il ne peut revendiquer aucune légitimité.Que faites-vous des francophones hors Québec ?Ce n\u2019est ni une nation française au Canada ni une nation française en Amérique que le gouvernement du Canada a 41 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 reconnue en 2006, mais une nation québécoise.Des gens ont une certaine liberté de parler français dans certaines parties du Canada en dehors du Québec.Ils peuvent devenir membres de la nation québécoise à condition d\u2019émigrer au Québec et de souhaiter appartenir à cette nation.Que vont devenir les anglophones du Québec ?Je vous répondrai par une question.Souhaitent-ils continuer de parler anglais et rester membres de la nation canadienne ou commencer à parler français et devenir membres de la nation québécoise ?Vous dites « cadets ».Est-ce encore un truc pour gars seulement ?C\u2019est un raccourci pour « membres cadets » de la force défense civile.Les « membres aînés » sont les adultes qui encadrent les jeunes de 16 ou 17 ans.Sans distinction de sexe ! De jeunes membres d\u2019associations sportives ou de mouvements de jeunesse ont été victimes d\u2019agressions sexuelles dans le passé.Comment comptez-vous convaincre les gens d\u2019embarquer dans un projet de ce genre ?Les membres du comité de direction local de la troupe de cadets ont toute autorité pour faire respecter les règles de conduite applicables aux cadets et à leurs chefs en tant que membres de la force de défense civile.Ils s\u2019efforcent aussi de prévenir les cas d\u2019inconduite en prenant toutes les mesures nécessaires, notamment la vérification des antécédents professionnels et judiciaires des responsables et la surveillance adéquate des activités.Si certains actes sont passibles de sanctions légales, les membres du comité s\u2019adressent aux tribunaux compétents. 42 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Pourquoi ne pas laisser libre la formation à la défense civile ?Il faut être cohérent.L\u2019éducation à la citoyenneté est obligatoire.Si l\u2019objectif que nous voulons atteindre est d\u2019intégrer tous les jeunes, nous devons rendre aussi obligatoire la formation à la défense civile, y compris le serment de loyauté au Québec.Toutefois, pendant la phase expérimentale, il ne faudra que des volontaires sélectionnés selon divers critères.Pourquoi l\u2019unité de base comprend-elle cinq membres ?Pourquoi pas six ou huit, ou une autre quantité ?Selon Henri van Effenterre, dans son Histoire du scoutisme, l\u2019unité de base appelée « patrouille » comprend de cinq à huit membres, y compris le chef de patrouille.Je propose de limiter à cinq le nombre de membres de l\u2019unité de base, y compris le chef de l\u2019unité.Cette unité sera appelée « commando », nom porté à une certaine époque par les scouts du groupe d\u2019âge visé.Deux commandos de cinq membres forment une section, et trois sections forment une troupe.Le comité de direction local nomme un adulte à la tête des sections et de la troupe.Il sélectionne aussi les instructeurs et leur accorde des brevets de spécialité après examen de leurs compétences.Formé de personnes de bonne réputation, ce comité comprend un nombre impair de membres (trois ou cinq), ce qui facilite la prise de décision.Qui va payer pour tout ça ?Il faut viser l\u2019autonomie de financement et limiter les dépenses au maximum pour toutes les activités.La débrouillardise est l\u2019une des qualités à développer chez les jeunes, en plus du courage, de l\u2019esprit de corps et de l\u2019esprit civique. 43 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Croyez-vous qu\u2019il soit possible de préparer dès maintenant une force de défense militaire dans un pays conquis ?Dans leur livre Environnement stratégique et modèles de défense publié en 1996, Charles-Philippe David et Stéphane Roussel envisagent ce que pourrait être une force armée dans un pays indépendant.Il est souhaitable que l\u2019on poursuive partout dans le monde ce genre de réflexions sur les modèles de défense, sans en excepter aucun.Cependant, dans un pays conquis, je doute qu\u2019on puisse aller plus loin que la réflexion en ce qui a trait à une force armée.Le pouvoir central peut-il tolérer des préparatifs militaires ?Par contre, une force de défense civile comporte deux avantages indéniables : 1) risques moindres de répression de la part du pouvoir central ; 2) chances accrues de rallier tous les habitants du pays conquis.En quoi votre proposition se distingue-t-elle de celle que Jean René Marcel Sauvé dans son livre Le Québec entre nation et État publié en 2017 ?Le programme de formation appelé « Périple Vacances » contient plusieurs éléments compatibles avec le programme de formation que je préconise : techniques d\u2019orientation et de survie, camps d\u2019entraînement durant les vacances d\u2019été et d\u2019hiver.Cependant, l\u2019auteur ajoute à son programme « sécurité et maniement des armes à feu », « formation de tireurs de compétition et organisation de compétitions civiles ».Je serai clair : ces éléments de la formation sont incompatibles avec ceux d\u2019une formation pratique à la défense civile.L\u2019action de la force de défense civile exclut tout recours aux armes et, par conséquent, toute formation au maniement de celles-ci. 44 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Quelle est la place de la force de défense civile dans votre stratégie globale ?Seule une équipe de personnes dotées de qualités particulières peut établir une stratégie globale.Pour l\u2019instant, je n\u2019ai que trois souhaits à formuler : 1) que la phase expérimentale de la formation pratique à la défense civile commence le plus tôt possible et qu\u2019on la fasse durer jusqu\u2019à ce qu\u2019on obtienne des résultats probants ; 2) que cette formation devienne obligatoire à l\u2019école au terme de la phase expérimentale ; 3) enfin, qu\u2019une loi sur la défense civile clarifie les rôles de chaque personne adhérant à notre contrat social.Pour préparer la réflexion sur la loi créant une force de défense civile au Québec, pouvez-vous donner une idée de la structure de cette force ?Dans Défense civile d\u2019Albert Bachmann et Georges Grosjean (Aarau, Suisse, 1969), on trouve la description suivante d\u2019un « service de protection civile » : 1) un chef d\u2019immeuble coordonne l\u2019action de 60 à 80 habitants ; 2) un chef d\u2019îlot coordonne 6 à 10 chefs d\u2019immeubles ; 3) un chef de quartier coordonne une dizaine de chefs d\u2019îlots ; 4) la structure continue ainsi jusqu\u2019au secteur, qui regroupe des quartiers, et à l\u2019arrondissement, qui regroupe des secteurs ; 5) enfin, chaque commune désigne un chef local, qui assure la liaison avec les communes avoisinantes et le « service territorial », intermédiaire entre l\u2019armée et la population.q Gilles Delisle* Faire respecter la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec« Une vigile pour faire respecter la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec.» C\u2019est ainsi que s\u2019est auto-proclamé Mario Desmarais, citoyen du Centre-du-Québec.Mario s\u2019anime avec passion lorsqu\u2019il s\u2019exprime sur la valeur emblématique d\u2019un drapeau et encore davantage lorsqu\u2019il est question de notre fleurdelisé.« Le drapeau, dit-il, porte message sans qu\u2019aucune parole n\u2019ait été échangée.Il identifie la nationalité d\u2019un regroupement de personnes, leur histoire.Le drapeau représente et soutient un État.Cet emblème est le symbole auquel toute nation accorde une immense importance, car il représente la Patrie ».Divers exemples illustrent bien la considération qu\u2019on doit lui accorder : on porte une attention tout à fait particulière à la cérémonie de la montée et de l\u2019abaissement du drapeau dans les armées de ce monde ; il y a un protocole sur la façon toute particulière de le plier avant qu\u2019on le remette à la famille d\u2019un soldat mort pour son pays ; autre exemple, lorsqu\u2019un ambassadeur américain se voit obligé de quitter précipitamment une région, il est de son devoir de rapporter le drapeau de son pays.Enfin, des gens sont morts en le portant bien haut pour exprimer qu\u2019ils préfèrent mourir debout, le pavoisant, plutôt que de vivre à genoux dans la servitude.* Citoyen du Centre-du-Québec 45 Articles 46 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Et Mario Desmarais de conclure : Le drapeau est notre plus grand signe identitaire, nous pouvons le brandir noblement, dignement et fièrement comme tout patriote de toute nation et, spécifie-t-il, sans être traités de racistes.Tout évènement national, tout édifice public se doit d\u2019être accompagné du pavoisement de son emblème le plus important, le drapeau du Québec.Puisque la nature a horreur du vide, ne pas laisser le drapeau du Québec occuper la place d\u2019honneur qui lui revient, signifie : portes ouvertes à l\u2019envahisseur.Dans la majorité des cas au Québec, c\u2019est le Canada, l\u2019envahisseur ! Son amour de notre drapeau a conduit Mario vers une épopée bien particulière dont le point de départ est l\u2019annonce en 2017 qu\u2019un établissement de la SAQ avait omis de replacer le drapeau du Québec après que des travaux de rénovation furent terminés.Cet oubli avait soulevé un certain tollé d\u2019autant plus que le gérant de l\u2019établissement avait minimisé l\u2019importance d\u2019un tel accessoire tout en déplorant les frais supplémentaires qui en découleraient.Est-il nécessaire de rappeler que son établissement, les rénovations et son salaire étaient payés par l\u2019État ?Cet évènement aurait pu être enfoui quelque part dans l\u2019inconscient de Mario Desmarais, car tant d\u2019autres évènements emplissent le fil des actualités.Toutefois, peu de temps après, notre vigile participe à une activité au Centre des congrès de Québec et, à la sortie, observe que l\u2019hôtel Hilton exhibe, en plus de son étendard, le drapeau du Canada, le drapeau des États-Unis, ces derniers en très bon état, et enfin un restant de haillon représentant le drapeau du Québec.Le dimanche soir même, il s\u2019empresse de communiquer son indignation à l\u2019hôtel Hilton via la page Facebook de l\u2019entreprise.À sa très grande surprise, il reçoit, le lundi matin à 10 heures, un communiqué de la direction du Hilton expliquant que la situation avait été prise en considération le matin même.Il y 47 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 est spécifié que, justement, on venait de recevoir le nouveau drapeau du Québec et que le changement venait d\u2019être fait, photo à l\u2019appui.Racontant l\u2019évènement, Mario ne peut s\u2019empêcher de sourire.Quel adon ! Il a communiqué avec l\u2019hôtel Hilton au moment précis où il était prévu de corriger l\u2019impair.Avec l\u2019expérience acquise depuis, Mario sait qu\u2019il n\u2019avait aucun droit pour les y obliger étant donné qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un établissement sous juridiction provinciale.Du même coup, se faisait la découverte du pouvoir que peut avoir un simple citoyen.Il n\u2019oublie pas pour autant de remercier et féliciter la direction de l\u2019hôtel Hilton pour la célérité avec laquelle elle a agi.Non, mais quel élément déclencheur ce fut pour que suivent d\u2019autres actions ! Circulant dans sa communauté de Saint-Félix-de-Kingsey, notre vigile note que le drapeau flottant à l\u2019école est abimé.Il envoie une missive sur la page Facebook de la commission scolaire dont elle relève et en moins d\u2019une semaine, la situation est corrigée.Les félicitations et les mercis suivent.D\u2019ailleurs, toute intervention ultérieure ne manquera pas d\u2019être soulignée par une lettre exprimant son appréciation.Au Palais de justice de Drummondville, ce fut le même genre d\u2019observation qui conduisit à la correction de la situation en moins d\u2019une semaine.Toutefois, il fait la découverte d\u2019une collaboration essentielle pour la suite des évènements : il existe, au ministère de la Justice, un département des emblèmes et du drapeau du Québec.La responsable de ce département offrira désormais une collaboration exceptionnelle pour les futures démarches.À travers le cheminement amorcé se fait la découverte que non seulement le dra- 48 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 peau du Québec doit être en bon état, mais qu\u2019il doit occuper la place d\u2019honneur et ce, comme pour tout État ou pays qui se respecte, c\u2019est un protocole international.Le drapeau doit être bien visible au-devant et/ou à l\u2019intérieur d\u2019un édifice de juridiction provinciale.Il doit aussi respecter les dimensions prescrites ainsi que le protocole de pavoisement.Le drapeau du Québec doit toujours être au centre lorsque trois drapeaux sont déployés.Dans tous les autres cas, le drapeau du Québec doit être à l\u2019extrême gauche.Projet suivant : la façade de l\u2019hôtel de ville de Saint-Félix de Kingsey, où cette fois-ci le drapeau du Québec a, comme dans la majorité des villes du Québec, cédé la place d\u2019honneur qui lui revient, au drapeau canadien.À cet endroit, Mario se fait répondre dans un communiqué par la directrice générale que tout est conforme au règlement 146 des villes et municipalités du Québec.Bien au fait de la loi sur le drapeau du Québec, notre vigile explique donc que les articles mentionnés par la municipalité ont été abrogés il y a 20 ans.Il n\u2019a suffi que de trois paragraphes d\u2019un résumé de la loi sur le drapeau du Québec provenant du bureau des emblèmes et du drapeau du Québec pour que la DG de Saint-Félix change son fusil d\u2019épaule.Au grand plaisir de notre vigile, le drapeau du Québec occupe désormais la place d\u2019honneur qui lui revient, juste à temps pour qu\u2019il soit mis en berne lors les funérailles de M.Bernard Landry.Désormais, la mission de Mario Desmarais est on ne peut plus claire : veiller à ce que le drapeau du Québec occupe la place d\u2019honneur qui lui revient et qu\u2019il soit en bon état.Il constate, avec plaisir, que, dans sa région immédiate, plusieurs municipalités sont déjà conformes à la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec (Plessisville, Warwick, Victoriaville, Cleveland, Ulverton, Saint-François-Xavier, 49 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Kingsey Falls, Val Joli et bien d\u2019autres), mais trop peu, car, selon ses observations, 80 % des quelque mille municipalités du Québec ne le respectent pas.Six autres municipalités ont été sensibilisées et ont apporté, depuis, les corrections nécessaires : Notre-Dame-du- Bon-Conseil paroisse, Notre-Dame-du-Bon-Conseil Village, St-Cyrille-de Wendover (hôtel de ville et caserne de pompier), Asbestos, Windsor, Richmond, Lac-Mégantic (où notre vigile autoproclamé a reçu l\u2019appui du député François Jacques par une représentation auprès de la direction générale de la ville).Mario est toujours en attente du changement que feront Danville, L\u2019Avenir et le bureau du député provincial, André Bachand, situé à Asbestos.Sept succursales de la SAQ ont changé leur drapeau qui avait été détruit par les intempéries dont trois qui ont dû être rappelées au fait de la loi depuis l\u2019été 2019.Fait cocasse : Asbestos et Windsor ont placé le drapeau du Québec au centre, l\u2019étendard de la municipalité à gauche et le drapeau du Canada à droite lui conférant ainsi le troisième rang en importance.Grâce au travail de notre vigile, 20 établissements se sont conformés à la loi sur le drapeau du Québec.Quel sera la suite ?Quels sont ses objectifs ?Premier objectif : que tous les hôtels de ville du Centre-du- Québec se conforment à la loi sur le drapeau du Québec.Le Centre-du-Québec serait ainsi la première région à avoir fait l\u2019exercice.Deuxième objectif : que toutes les municipalités des 124 autres circonscriptions se conforment à la loi sur le drapeau du Québec. 50 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Troisième objectif : qu\u2019émergent un intérêt pour une vigile dans toutes les circonscriptions du Québec ! Mario Desmarais mettrait à la disposition des participants toute la documentation et les procédures pour faciliter leur mission.Tout se fait pratiquement par courriel, c\u2019est relativement simple.Quatrième objectif : inciter l\u2019Union des municipalités du Québec à communiquer à tous ses membres l\u2019importance de respecter la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec.Cinquième objectif : bien que les édifices provinciaux respectent « généralement » les règles, assurer une vigilance continue pour que cela demeure.Sixième objectif : inciter tous les organismes qui reçoivent un support financier quelconque du gouvernement du Québec à déployer le drapeau du Québec selon la loi.Voici quelques exemples : La bibliothèque municipale de Drummondville qui a bénéficié d\u2019une subvention de 6,5 millions de dollars du gouvernement du Québec, ne pavoise toujours pas le drapeau du Québec sur la façade de ce nouveau bâtiment, désobéissant ainsi à la loi sur le drapeau du Québec ; La succursale du MAPAQ de Drummondville qui laisse l\u2019étendard de la compagnie « Petro-T gas d\u2019avion » violer la place d\u2019honneur qui ne revient qu\u2019au drapeau du Québec alors que le ministre André Lamontagne a son bureau de comté à un coin de rue de cet office du MAPAQ ; Le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, qui a un budget d\u2019opération de 1,5 milliard de dollars par année et qui laisse aussi depuis belle lurette le drapeau du Canada voler l\u2019honneur qui ne revient qu\u2019au fleurdelisé. 51 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Et que dire du poste de la Sureté du Québec à Drummondville lequel partage le même bâtiment que la caserne des pompiers, tous deux sans la moindre présence du drapeau du Québec.De nombreux autres exemples pourraient s\u2019ajouter : bureaux des commissions scolaires, les écoles publiques et privées, les édifices de la SAQ, le bureau de comté des députés, les centres de loisirs, les centres hospitaliers, les CLSC, les centres d\u2019hébergement pour personnes âgées, les parcs municipaux\u2026 Notre vigile, avec le temps, a défini une procédure efficace qui facilitera éventuellement la mission de tout vigile intéressé : il a créé un modèle de lettre adressée au département des emblèmes et du drapeau du Québec au ministère de la Justice.Cette lettre est envoyée en copie conforme à la direction générale fautive, au député de la circonscription ou toute autre direction concernée.La recette est très efficace non seulement pour le respect de la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec, mais probablement pour toutes les lois ! Mario Desmarais compte bien mettre à jour un tableau des municipalités qui ne respectent pas la loi sur le drapeau du Québec assurant ainsi un suivi ponctuel.Il deviendra gênant pour une municipalité ou tout autre établissement sous la juridiction du gouvernement du Québec d\u2019être les derniers de leur région à ne pas respecter la loi sur le drapeau du Québec ! Le travail de M.Desmarais, au cours des trois dernières années, mérite d\u2019être souligné et nous espérons que d\u2019autres citoyens s\u2019inspireront de son geste, l\u2019appuieront et agiront comme lui.Il y a des lois qui doivent être respectées dont 52 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 celle concernant la loi sur le drapeau du Québec.D\u2019autres citoyens pourraient s\u2019inspirer de telles actions patriotiques que ce soit pour la loi sur le drapeau ou pour l\u2019application d\u2019autres lois.Au-delà des mots et des vœux, il y a des gens qui agissent, Mario Desmarais est de ceux-là ! Toute personne désirant s\u2019impliquer dans ce mouvement patriotique peuvent communiquer avec l\u2019investigateur de ce mouvement aux adresses suivantes : mario-desmarais@hotmail.com ou via sa page Facebook Mario Desmarais. 53 Articles Thierry Dominici* La massification du nationalisme catalan « Nous ne voulons pas changer de pays, nous voulons changer d\u2019époque ».Cette phrase qui sonne comme un slogan qui aurait pu être harangué lors d\u2019une manifestation ou d\u2019une action directe, par une nébuleuse anticapitaliste ou par un collectif altermondialiste, voire un courant de l\u2019écologie radicale, a été prononcée en décembre 2018 par Carles Puigdemont.Elle n\u2019a pas été formulée pour clore un discours, ni à l\u2019occasion d\u2019une conférence de presse, ou d\u2019une assemblée, mais en réponse à une des questions les plus agressives qui ont fait suite à sa communication dans le cadre de la semaine des peuples organisée par l\u2019association étudiante O.S.B.41 et le cercle de réflexion Presenza Paolina2 que j\u2019anime (et dont le président d\u2019honneur est le professeur Jean-Louis Fabiani) dans les locaux de l\u2019Université de Bordeaux.Cette phrase, 1 C\u2019est une association étudiante qui œuvre depuis 2006 à la promotion de la culture au sein de l\u2019Université de Bordeaux.http://osb4.blogspot.fr/ 2 Créé en 2016 ce cercle de réflexion travaille sur toutes les questions relatives aux minorités et au droit à la reconnaissance des identités.Il réunit plus de 380 personnes (chercheurs, intellectuels, citoyens lambdas, etc.) du monde entier et a déjà organisé plus de 9 universités populaires (en Corse, à Bordeaux et au Québec) et plusieurs cafés populaires.https://www.facebook.com/Presenza-Paolina-Le- Webzine-641312579394930 * Chargé de cours à l\u2019Université de Bordeaux, chercheur associé à Institut de recherche Montesquieu (IRM)de l\u2019Université de Bordeaux 54 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 décochée telle une flèche de Parthes, est arrivée en conclusion de sa réponse à une jeune étudiante Erasmus.En guise de question, elle exposait un florilège d\u2019attaques directes à l\u2019endroit de l\u2019ancien président de la Generalitat.L\u2019étudiante égrenait une sorte de litanie acerbe sur la position de ce dernier qu\u2019elle jugeait égoïste, car elle déséquilibrait tout le système (institutionnel, européen et économique) d\u2019une part et sur le caractère du référendum consultatif qu\u2019elle considérait comme étant un acte « séditieux » de l\u2019autre.En résumé par « leur égoïsme bourgeois », les Catalans étaient responsables de la conjoncture qui mène l\u2019Espagne droit à la division, pire au chaos économique ; même la montée des ethnopopulistes d\u2019extrême droite de VOX était, selon cette étudiante, un peu le résultat de la pression qu\u2019exerçaient les souverainistes catalans sur le jeu politique espagnol.En tant que modérateur, je m\u2019attendais à ce que monsieur Puidgemont, en tant que leader politique du PDeCaT3, évite avec la maestria de l\u2019avocat de répondre à cette prospective dystopique qui rendrait, toujours selon cette étudiante, la question catalane responsable des maux que rencontre la société espagnole dans son ensemble.Au contraire, il répondit à tous les chefs d\u2019accusation en montrant chaque fois combien le système institutionnel était des plus enlisés, voire des plus dysfonctionnels.Il ajouta qu\u2019à l\u2019image des autres démocraties européennes, l\u2019Espagne rencontrait à la fois une crise de la représentation partisane et une crise économique et donc conclut par cette formule qui ouvrait plus vers un certain apaisement et une volonté réelle de pacification du conflit que vers une confrontation avec les pouvoirs publics castillans.3 Parti démocrate européen catalan. 55 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Donc, selon l\u2019ex-président de la Généralitat, ce n\u2019est pas un projet sécessionniste qui se serait massifié à l\u2019automne 2017.Malgré les apparences (du reste souvent trompeuses) véhiculées par les réseaux sociaux et dues au traitement médiatique de la situation, il ne désire pas rentrer dans une lutte de libération nationale classique, comme jadis le proposaient les indépendantistes basques, irlandais ou corses, mais plutôt ouvrir la voie à un projet nouveau d\u2019émancipation sociale et populaire des régions « enclavées » dans le modèle territorial des États unitaires européens.Travaillant sur les revendications et les protestations nationalistes usant d\u2019un répertoire de violences politiques et étant spécialisé sur le cas des mouvances indépendantistes en Corse, je ne m\u2019étais pas trop intéressé sur le plan des national building européens au cas catalan.Il est vrai que la comparaison de mon objet de recherche était plus tournée vers les groupuscules armés de l\u2019IRA en Irlande du Nord et de l\u2019ÊTA au Pays basque, que vers les autonomistes modérés de Catalogne.En revanche, en tant que politologue, j\u2019ai pu m\u2019apercevoir que depuis 2014, à l\u2019instar de la Corse (et accessoirement de l\u2019Écosse et du Pays basque), en Catalogne, est apparu dans le champ politique local plusieurs transformations sociétales et politiques résultant des mêmes remises en question, c\u2019est-à-dire du système partisan en général et du modèle institutionnel des États unitaires en particulier.Aussi, au lieu d\u2019axer ma réflexion sur l\u2019unité nationale espagnole en péril ou pire, en mettant en confrontation cette volonté d\u2019autodétermination avec les questions d\u2019une hypothétique division allant vers une sorte de Catalexit programmé qui viendrait en résonnance au Brexit, je propose d\u2019aborder cette question dans un autre sens ou plutôt dans l\u2019autre sens. 56 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Et si finalement, la « question catalane » posait, premièrement, les bases du défi institutionnel que le modèle territorial des États unitaires doit résoudre pour ne pas disparaitre du champ politique mondial ?Et, de fait, deuxièmement, et si cette « question catalane » devenait ainsi, sur le plan démocratique et citoyen du moins, le catalyseur d\u2019un autre défi, plus grand encore, à savoir la reconnaissance de(s) droit(s) des minorités nationales (et/ou régionales) dans les sociétés pluralistes en général ?Le nationalisme catalan est un phénomène ancien, il n\u2019est pas apparu à l\u2019automne 2017.À l\u2019image des autres cas européens, il suit le même cheminement linéaire depuis le XIXe siècle.Porté à la fois par une sorte de romantisme ou de nationalisme culturel (le catalanisme), il ne s\u2019inscrira dans le champ politique que lors de l\u2019entre- deux-guerres.En effet, le catalanisme sera massivement mobilisé lors de la Seconde République (1931-1939) au point que, pour plusieurs spécialistes, cette contribution catalane permettra l\u2019évolution institutionnelle et politique du pays dans sa globalité.En d\u2019autres termes, le catalanisme va devenir un acteur politique majeur et sa place sera nodale lors de la conduite de certaines modifications institutionnelles importantes qui auront pour la plupart toutes des répercussions sur le reste du pays en (re)construction.Ostracisé du jeu politique par le fran- quisme, le catalanisme s\u2019associera aux différents projets de démocratisation postfranquiste de sorte que, de petites touches en petites touches, il va se structurer pour, enfin, devenir la force politique dominante, voire majoritaire, de la Catalogne d\u2019aujourd\u2019hui.Premièrement, depuis la réforme du Statut d\u2019autonomie 2006, le changement observable est que le catalanisme, historiquement autonomiste, est devenu indépendantiste. 57 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 C\u2019est lors de l\u2019élection du 25 novembre 2012 que ce phénomène va prendre racine dans la revendication d\u2019autodétermination.D\u2019abord portée par la société civile et ensuite relayée par le Parlement de Catalogne sur le plan politique.L\u2019objectif étant d\u2019ouvrir en novembre 2014 sur une vaste consultation populaire.Cette situation se réalisa en deux étapes : d\u2019une part la popularisation du phénomène impulsée par la société civile, et, d\u2019autre part, le résultat des élections autonomiques qui ont donné une majorité favorable au droit à l\u2019autodétermination au Parlement4.Au-delà de ce double phénomène politique, les experts notent que c\u2019est la crise économique de 2005 qui a amorcé la progression fulgurante des mouvances indépendantistes dans le champ politique et non une velléité ou une volonté séparatiste ou scissionniste.Si je prends en compte maintenant les intentions relevées dans les sondages d\u2019opinion, j\u2019observe cette volonté de changement est croissante.En effet, force est de voir que, depuis 2006, une grande majorité d\u2019électeurs catalans soutient l\u2019idée du statu quo et du fédéralisme (asymétrique) ; de sorte que l\u2019on peut noter que déjà en 2013 l\u2019hypothèse d\u2019une indépendance de la Catalogne va même dépasser 45 % dans différents sondages5.4 Sur les 135 députés élus au Parlement catalan, 107 étaient issus des forces politiques qui soutenaient dans leurs programmes le droit à l\u2019autodétermination (CiU, ERC, PSC, ICV-EUiA, CUP).De plus, toutes (à l\u2019exception du PSC) incluaient dans leurs programmes électoraux soit la « sécession » soit « l\u2019avènement d\u2019un État » catalan.5 Cf.les différents données et baromètres divulgués par le Centre d\u2019études d\u2019opinion (Centre d\u2019Estudis d\u2019Opinió, CEO : ceo.gencat.cat). 58 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Mon hypothèse de lecture est que le nationalisme légal ou d\u2019opposition6 (c\u2019est-à-dire basé sur la compétition électorale dans le but de faire changer le système) depuis l\u2019élection régionale de 2012, en termes de discours politique, touche une grande partie de la société catalane au-delà des militants de base et, sur le plan de la représentation, plusieurs élites sont de plus en plus introduites durablement dans la société civile, notamment par le truchement de l\u2019Assemblée nationale catalane (qui réunit plus de 80 000 citoyens de la société civile).En fait, en moins d\u2019une décennie, le pouvoir de résilience et d\u2019adaptation aux contingences sociales et politiques font de l\u2019indépendantisme catalan une véritable force politique manifeste d\u2019opposition aux partis traditionnels.En d\u2019autres termes, je pense que nous pouvons affirmer que la dimension politique des nouveaux responsables de la région de la péninsule Ibérique, pour ces prochaines années, dépasse la création d\u2019un regroupement symbolique, voire idéologique, d\u2019une simple force de gouvernement.Avec le renouvellement de confiance lors des dernières élections et le poids des manifestations populaires, force est d\u2019admettre, que dans l\u2019esprit des citoyens, les élus nationalistes ont vocation d\u2019agir profondément et durablement au cœur de la vie politique locale et donc d\u2019aller au-delà du discours nationaliste pour apporter notamment des réponses ad hoc aux différentes crises sociales et politiques.C\u2019est pourquoi j\u2019observe qu\u2019au-delà de la victoire électorale et de sa confirmation sur le plan de l\u2019initiative référendaire à l\u2019automne 2017, le nationalisme catalan est assurément 6 C\u2019est-à-dire basé sur la compétition électorale et dont le but principal est de faire changer le système à l\u2019inverse du « nationalisme de résistance » qui lutte frontalement (violence, mouvements sociaux, manifestation, etc.) contre l\u2019État définit en tant que colonisateur. 59 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 devenu, pour plusieurs citoyens déçus de la démocratie représentative, l\u2019aboutissement d\u2019un processus d\u2019émancipation sociale et de massification populaire (et citoyenne).Ce phénomène touche l\u2019ensemble de la « classe moyenne » catalane.On pourrait peut-être même y voir les balbutiements de l\u2019édification d\u2019une « petite nation » au sens de Miroslav Hroch7.Dans ses travaux sur les nationalismes, l\u2019historien et politologue tchèque définit l\u2019existence d\u2019un processus ou d\u2019une dynamique dans l\u2019émergence de certains mouvements nationalistes européens qui, selon moi, éclaire parfaitement le cas catalan d\u2019aujourd\u2019hui.En effet, selon cet historien du politique, un mouvement national traverse généralement trois phases de mobilisations sociales et politiques.Un peu comme une valse en trois mouvements.Une « phase A » qui se caractérise par l\u2019apparition d\u2019un intérêt pour la culture catalane (le catalanisme), le folklore de « la minorité opprimée », cette première phase peut ne pas avoir de répercussions sur le champ politique.La « phase B » se distingue par l\u2019apparition « d\u2019une minorité agissante ».Celle-ci est souvent constituée, au départ du moins, par un petit groupe de militants qui éveille la conscience nationale du peuple afin de la transférer dans le champ politique.Cette période est repérable le 14 avril 1931, et encore plus précisément au moment de l\u2019adoption du statut catalan d\u2019autonomie en 1932, soit quatre ans avant le Pays basque.De là vont émerger toutes les forces autonomistes et nationalistes catalanes.Lluis Companys est assurément l\u2019image tutélaire de cet autonomisme naissant.7 In Social Preconditions of National Revival in Europe.A comparative analysis of the Social Composition of Patriotic Groups among the Smaller nations.Cambridge University Press, 1985, p.23 et ss. 60 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Enfin, la « phase C » est celle où le discours nationalitaire est relié par un nombre croissant de militants et de sympathisants.Le projet nationaliste connaît alors une diffusion de masse à travers toutes les couches du corps social.La catalogne a flirté plusieurs fois avec cette dernière phase, pour, me semble-t-il, se trouver, aujourd\u2019hui, de plain-pied devant un processus d\u2019émancipation sociale et de massification du nationalisme.Sur le plan de la représentation politique, les mouvances autonomistes et indépendantistes ont connu une forte progression électorale au point qu\u2019elles s\u2019imposent dans le paysage politique et au cœur de l\u2019opinion publique comme l\u2019unique alternative aux forces classiques en perte de vitesse élective, car jugées incapables de proposer aux Catalans (et aux Espagnols) des solutions politiques relatives aux crises actuelles.Si je compare maintenant cette réalité catalane au cas corse d\u2019aujourd\u2019hui, on peut très vite observer que le degré de faisabilité de l\u2019autodétermination des insulaires avec presque 57 % aux dernières élections régionales est certes rentré lui aussi dans une phase de massification (sociale et politique)8, en revanche le régionalisme économique de l\u2019île n\u2019a pas atteint le niveau de la réalité économique catalane.C\u2019est, selon moi, cette situation économique régionale qui a permis aujourd\u2019hui une plasticité idéologique entre le catalanisme, un certain populisme de gauche et les forces nationalistes dominantes.8 Le 17 décembre 2015, avec la victoire historique à l\u2019élection territoriale, le courant nationaliste est devenu la première force politique de l\u2019île.Cette victoire électorale est le résultat d\u2019un rapprochement entre deux formations distinctes sur le plan idéologique (les autonomistes et les indépendantistes) et pourtant proches sur le plan programmatique.Ce phénomène électoral sera renforcé avec plus de 56 % aux élections régionales de décembre 2017, la victoire aux législatives de 2016 (trois députés sur quatre) et enfin aux Européennes de 2018 (un député). 61 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 De plus, le poids de la société civile catalane, conjugué à une certaine forme de massification populaire de la revendication indépendantiste, a permis à un nouveau catalanisme populaire d\u2019exister en dehors du catalanisme institutionnel et bourgeois d\u2019antan.En d\u2019autres termes, le processus d\u2019émancipation sociale et de massification populaire du nationalisme catalan ne fait que commencer à se dessiner dans la vie quotidienne des Catalans et dans l\u2019imaginaire collectif des indépendantistes.Deuxièmement, depuis 2006 les Catalans cherchent des moyens efficaces pour apporter, en amont du politique, des réponses aux citoyens afin qu\u2019ils abordent différemment le système qui impose au pouvoir local actuel de nouvelles postures politiques.Sorte de processus de réappropriation collective des institutions politiques locales ou régionales, l\u2019idée qui anime les nationalistes est de faire reconnaître la question catalane dans un cadre politique plus large, mais pas forcément plus complexe.En effet, j\u2019observe, de plus en plus, que le point d\u2019achoppement de la revendication d\u2019émancipation passe non pas par la lutte de la reconnaissance d\u2019une singularité, mais par l\u2019imposition au système global d\u2019un droit à la reconnaissance des minorités régionales, ce même droit à la diversité nationale que rencontrent par définition tous les États dits pluralistes.Ce phénomène généralisé de reconnaissance culturelle des minorités est intrinsèquement lié à des questions relatives au droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes et donc au droit à l\u2019autodétermination à proprement parler.Ainsi, les Catalans montrent, depuis 2017, que la clé du problème est institutionnelle, elle ne passe pas ou plus par la voie habituelle d\u2019une confrontation, ou d\u2019un bras de fer avec le pouvoir central, mais plutôt par des luttes consti- 62 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 tutionnelles intrinsèquement liées à la reconnaissance des diversités nationales évoluant dans des sociétés dites multinationales et démocratiques.Les Catalans, comme les exemples des Corses, des Écossais, des Irlandais, et même des Québécois (mais aussi des communautés autochtones au Canada et ailleurs) montrent clairement que les questions inhérentes aux droits à l\u2019autodétermination subissent aujourd\u2019hui une réorientation fondamentale, sorte de changement d\u2019échelle de sens.En effet, il me semble clairement observable que pour tous les cas cités ci-dessus, les sociétés démocratiques et multinationales (France, Espagne, Grande-Bretagne, Canada, etc.) s\u2019avèrent incapables de gérer pleinement les questions intimement liées aux diversités régionales et/ou aux minorités nationales.La France, l\u2019Espagne, le Royaume-Uni, la Belgique, l\u2019Italie, et plus loin le Canada sont toujours enferrés dans « l\u2019immobilisme agissant » du droit de l\u2019État.Cette (ré)orientation est perceptible dans la situation catalane, mais aussi dans le nationalisme corse et même québécois, et il paraît être la clé pour que le nationalisme catalan puise « changer d\u2019époque ».En conséquence, le processus d\u2019émancipation doit passer par l\u2019obligation fonctionnelle de l\u2019État central de devenir le lieu de rapports égalitaires avec, et entre, les citoyens.Sa légitimité est (ou doit être) une réponse aux besoins actuels des minorités nationales et/ou des nations minoritaires.En Espagne, les anciens mécanismes de reconnaissances ethnoculturelles mis en place par les institutions de l\u2019État central espagnol ont atteint une limite fonctionnelle et institutionnelle.Cette limite est causée par l\u2019impossibilité du droit commun de l\u2019État à répondre de façon définitive et permanente à des revendications identitaires spécifiques.Sur le 63 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 plan social et politique cette impossibilité, ou limite, résulte principalement de la pluralité des luttes pour la reconnaissance.En revanche, ce concept s\u2019articule sur deux visions distinctes du problème identitaire au sens des régimes constitutionnels pluralistes actuels.D\u2019une part, la reconnaissance d\u2019identités particulières est trop complexe, car les identités sont changeantes et donc on ne peut raisonnablement se satisfaire de solutions constitutionnelles définitives et immuables.Le cas catalan transpire ce constat d\u2019immobilisme.D\u2019ailleurs, n\u2019est-ce pas la situation actuelle en Catalogne ?N\u2019est-ce pas la situation actuelle en Écosse ?N\u2019est-ce pas la configuration qu\u2019offrent les 57 % de votes pour l\u2019union des nationalistes aux élections régionales de 2017 en Corse ?D\u2019autre part, il existe au cœur même des stratégies identi- taires une certaine intersubjectivité qui consiste à revendiquer une forme de reconnaissance particulière, par exemple celui d\u2019être Catalan, et, en même temps, à répondre à des demandes de citoyenneté de même nature que n\u2019importe quel citoyen espagnol.Ce qui fausse un peu la lecture de la revendication, qui se retrouve basée sur le droit à la différence et à la singularité tout en étant enferrée dans une démarche égalitariste avec les autres régions.En d\u2019autres termes, la compétition pour l\u2019obtention d\u2019une certaine forme de reconnaissance peut être selon le philosophe et juriste James Tully « comprise comme une activité de dévoilement et de prise en considération mutuels ».Pour finir ma réflexion, j\u2019ajouterai que le droit à la reconnaissance passe par le dialogue et qu\u2019il est par conséquent inhérent à l\u2019altérité.L\u2019enjeu primordial n\u2019est donc pas la reconnaissance, mais la liberté (ou la volonté) d\u2019être, c\u2019est- à-dire la liberté (ou la volonté) des membres d\u2019une société 64 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 de changer les règles (constitutionnelles ou coutumières) de la reconnaissance mutuelle au rythme des mutations de la société (altérité, Europe, mondialisation, crises, etc.) que subit leur propre identité (nationale et locale).Cette liberté prend corps dans le droit à l\u2019autodétermination des peuples.Cependant, ce droit à l\u2019autodétermination, du moins dans sa forme juridique, est souvent perçu comme une simple opportunité pour une communauté de choisir un statut constitutionnel, c\u2019est-à-dire le cadre politique le plus juste ou le plus égalitaire dans le droit de l\u2019État central.Nulle constitution ne peut être consensuelle si elle ne tient pas compte des volontés de tous les citoyens.C\u2019est pourquoi la question du droit à l\u2019autodétermination aujourd\u2019hui prend un tout autre sens en Europe.Les Catalans demandent maintenant que cette activité inter- subjective de reconnaissance mutuelle soit inscrite dans la structure de base de la société espagnole, car, comme l\u2019affirmait le philosophe Cornélius Castoriadis, « une société autonome ne peut être instaurée que par l\u2019activité autonome de la collectivité ».En guise de conclusion En Catalogne la famille nationaliste a profité ou bénéficié d\u2019une contestation du tout politique.Ce phénomène politique revêt un intérêt particulier, dans la mesure où l\u2019espace du politique se voyait confisqué aux indépendantistes, peut-être plus encore qu\u2019ailleurs.Aussi, l\u2019objectif nodal de cette petite contribution fut de montrer que le pouvoir de représentation sociale et populaire du courant nationaliste actuellement aux commandes de la région catalane permet de poser clairement la question de l\u2019autodétermination des Catalans en termes de conscience nationale « par le bas ». 65 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 En ce sens, j\u2019ai essayé de montrer que c\u2019est dans l\u2019imaginaire collectif des citoyens de la péninsule ibérique que l\u2019idée d\u2019un processus d\u2019autodétermination redonne vie au discours d\u2019indépendance et non l\u2019inverse comme certains de mes collègues essaient de le démontrer.Depuis 2017, ce projet d\u2019autodétermination est devenu auprès d\u2019une grande majorité de l\u2019opinion publique catalane (et européenne) le seul viable, car il semble permettre de sortir de la crise économique et partisane sans créer une destruction de l\u2019unité de la nation espagnole (ou plutôt de la nation espagnole unitaire).En effet, j\u2019ai essayé de montrer que face à une telle massification populaire du nationalisme catalan, l\u2019État pour garder son unité, doit proposer à la Catalogne plus d\u2019autonomisa- tion de son territoire et celle-ci ne peut passer que par plus de législation d\u2019initiative citoyenne et surtout par une vraie ou réelle législation constitutionnelle aménageant le modèle territorial de l\u2019État unitaire fortement décentralisé depuis 1978 en un État régional espagnol ou plutôt en un État de régions autonomiques qui aurait vocation à devenir (con) fédératif voire multinational, car mêlant et entremêlant droit commun, droit coutumier, faits différentiels et fédéralisme (asymétrique).De plus, j\u2019ai également, tenté de souligner que les nationalistes catalans entendent proposer pour tous les citoyens le seul projet de société qui réponde directement aux vagues de mécontentements engendrées par l\u2019épuisement de la société espagnole face à la crise sociétale (économique, financière et sociale) et aujourd\u2019hui sanitaire.Mais j\u2019ai aussi rappelé que cette alternative aux partis classiques jugés par les Catalans comme étant incapables de proposer des solutions aux crises (sociale, économique et politique) actuelles est une réalité que connaissent l\u2019ensemble des États européens (France, GB, Espagne, accessoirement Italie et Belgique) où 66 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 existent des régions à forte identité locale (Corse, Nouvelle- Calédonie, Irlande du Nord et Écosse, Catalogne, Pays basque, etc.).Enfin, j\u2019ai tenté de rappeler que depuis 2017, la question catalane met en lumière une chose : l\u2019enjeu n\u2019est plus d\u2019établir des formes de reconnaissance juridiques (permanentes ou figées dans le temps), mais au contraire de s\u2019assurer que la démocratie régionale constitutionnelle demeure ouverte aux différents projets d\u2019émancipation sociale et politique des minorités régionales que constituent les Catalans aujourd\u2019hui, et peut-être, effet domino oblige, demain les Corses, les Écossais et pourquoi pas les Québécois ?En revanche, une dernière question me taraude : ne doit-on pas voir dans cette volonté d\u2019émancipation sociale et populaire des Catalans non pas une simple volonté d\u2019indépendance, mais tout simplement l\u2019expression citoyenne d\u2019un degré concret de faisabilité d\u2019autodétermination tendant vers plus de décentralisation administrative et de régionalisation politique ?Les différentes crises (économiques, financières, climatiques) et l\u2019urgence écologique inhérentes notamment à la pandémie de la COVID-19 nous donneront surement de nouvelles réponses concernant la gestion des territoires régionaux pour les États unitaires décentralisés européens.q > Yo Quabé BLOC 4 J \\; Vd SIL y PIX XIE > sas RTE QI Te das\u2019 communes = S tee 100, rue Richelieu, bureau 210 450 357-9100 Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec J3B 6X3 christine normandin@parl.gc.ca GABRIEL STE-MARIE Député fédéral de Joliette a BLOC % Quebecois = om 450 752-1940 gabriel .ste-marie@parl.gc.ca Le Québec Sans COMBIomis, jusaqu'a da = Mindépa née nat cible oIMON-PIERRE 3 SAVARD-TRE LAY tn.es | PÉPATÉ PE SHIRT RHAGHATRE-TSNT EF « = ane A aa = TE ® Gaudrea VI t N 2 à Députéé de Läuréhtides-Labellé 1866 MH.G 1b dreau@parl gc.ca ee \u20ac & \u201c(TY in FN » a -_\u2014 - - = \u2014\u2014 ve ant -\u2014 = Xavier Barsalou-Duval 8° Député de Pierre-Boucher\u2014Les Patriotes\u2014Verchères =) = Qu Let 15 N e 15625, boulevard Lionel-Boulet, bureau 202 Varennes (Québec) J3X 1P7 Téléphone : 450 652-4342 Courriel : xavier barsalou-duval@parl.gc.ca Dossier Le français, langue infantile - Marc Chevrier 70 L\u2019idéologie du « libre choix » et le bilinguisme concurrentiel en éducation 72 Le français, une langue de peu, qui rapporte peu 80 L\u2019anglais, langue de référence du français 82 Le principe impérial de l\u2019épreuve concurrentielle 86 Salomé, bien-aimée patronne du Québec ?93 Dossier Le français langue infantile 70 DOSSIER LE FRANÇAIS LANGUE INFANTILE Marc Chevrier* Le français, langue infantile Au Québec, le français est une langue pour les enfants.Ce n\u2019est pas moi qui le dis, c\u2019est le législateur québécois lui-même, soit l\u2019Assemblée nationale du Québec par la bouche de ses lois, qui l\u2019affirme.Pour s\u2019en convaincre, il n\u2019est que de lire la Charte de la langue française qui, depuis son adoption en 1977, dispose que « [l]\u2019enseignement se donne en français dans les classes maternelles, dans les écoles primaires et secondaires1 » sous réserve des exceptions qui confèrent à certains parents la possibilité d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école anglaise.Or, la Loi sur l\u2019instruction publique, qui régit l\u2019éducation publique au Québec de la maternelle au secondaire, prévoit que tout enfant doit, règle générale, fréquenter une école \u2013 publique ou privée \u2013 entre les âges de 6 à 16 ans2.Donc l\u2019enseignement en français ne comprend en fait qu\u2019une partie de l\u2019enfance, la petite-enfance et la fin de l\u2019adolescence en étant exemptées \u2013 alors qu\u2019en France, par exemple, l\u2019instruction obligatoire commence à 3 ans3.Les 1 Art.72, Charte de la langue française, RLRQ, c.C-11.2 Art.14, Loi sur l\u2019instruction publique, RLRQ, C.I -13.3.3 Art.L131-1, Code de l\u2019éducation, République française.* Professeur, science politique, UQAM ** Une version antérieure du texte est parue dans l\u2019Encyclopédie de l\u2019Agora, voir La lettre de l\u2019Agora, vol.13, no 2, décembre 2020, en ligne : http://agora.qc.ca/marc-chevrier/le-francais-langue-infantile. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 71 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E Genevoix ont même inscrit dans leur constitution cantonale l\u2019obligation de suivre une formation jusqu\u2019à l\u2019âge de dix-huit ans4.Cependant, les mots requis par le législateur québécois pour formuler « l\u2019obligation de fréquentation scolaire » en français sont particuliers.Ils visent l\u2019enseignement offert dans les classes, comme si le français devait se circonscrire aux salles où les élèves, patiemment assis, attendent que le maître annonce le moment de la récréation.Si en France, c\u2019est l\u2019instruction qui est obligatoire, au Québec, c\u2019est la fréquentation de l\u2019école qui l\u2019est, si bien qu\u2019à la limite, les élèves, dans la mesure où ils assistent avec assiduité aux enseignements fournis en classe, sont dispensés d\u2019apprendre quelque matière que ce soit exprimée dans la langue de Molière.Au Luxembourg également, tout enfant doit « fréquenter l\u2019école », quoique la loi précise que la formation obligatoire « consiste en la participation régulière à tous les cours et activités scolaires5 ».Au Québec, l\u2019élève doit seulement « participer aux activités de l\u2019école qu\u2019il fréquente concernant le civisme, la prévention et la lutte contre l\u2019intimidation et la violence6.» Mais qu\u2019en est-il des activités d\u2019instruction proprement dites ?Silence.La seule autre obligation que la loi québécoise prévoit pour l\u2019élève en classe est qu\u2019il prenne soin des biens mis à sa disposition et qu\u2019il les rende une fois l\u2019activité scolaire terminée.La loi attend des élèves bien élevés, mais pas nécessairement bien instruits.4 Art.194, Constitution de la République et canton de Genève.5 Art.8, Loi du 6 février 2009 relative à l\u2019obligation scolaire, Mémorial A no 20 de 2009, Grand-Duché du Luxembourg.6 Art.18,1, Loi sur l\u2019instruction publique, déjà citée. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 72 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E En somme, l\u2019éducation publique en français au Québec se borne à la fréquentation de classes pour des élèves qui, pendant une décennie, ne sont guère tenus de s\u2019instruire de quoi que ce soit en français.Mais qu\u2019arrive-t-il, par exemple, si un élève ne remplit pas son obligation scolaire et décide, après avoir décroché de l\u2019institution, de retourner en classe passé l\u2019âge de 16 ans ?Rien dans la loi ne l\u2019obligerait à continuer en français les études secondaires qu\u2019il avait abandonnées dans cette langue.La formation en français ne poursuit pas l\u2019instruction réelle comme telle ; elle suit une règle purement temporelle.Il suffit de tomber dans la fourchette prévue par la loi pour y être assujetti ; sitôt qu\u2019on a dépassé l\u2019âge fatidique de seize ans, on échappe à la « classe » en français.En 2017-2018, du reste, 13 728 jeunes Québécois de 10 à 16 ans ont cessé leurs études, l\u2019âge le plus critique pour les abandons étant celui de 16 ans7.L\u2019idéologie du « libre choix » et le bilinguisme concurrentiel en éducation 16 ans est aussi en général l\u2019âge des finissants du secondaire qui, pour celles des personnes qui se destinent aux études postsecondaires facultatives, préparent les demandes d\u2019admission aux différents collèges du Québec (cégeps), publics et privés, subventionnés par l\u2019état québécois.Or, au Québec, ces finissants encore adolescents choisissent d\u2019ordinaire à cet âge critique, outre leur filière d\u2019études et leur établissement, la langue de leur instruction collégiale.On voit dès lors que le français est fait pour les enfants dans un double sens : 1\u2013 la fréquentation obligatoire de classes en français ne vise que des enfants ; 7 Daphnée Dion-Viens, « Le bas âge des décrocheurs inquiète », TVA Nouvelles, 20 janvier 2020, https://www.tvanouvelles.ca/2020/01/20/ le-bas-age-des-decrocheurs-inquiet L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 73 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E 2\u2013 c\u2019est de mineurs pubères que dépend le sort de la langue française pour les études postsecondaires.L\u2019avenir d\u2019une communauté linguistique minoritaire en Amérique et au Canada même se repose sur les microdécisions de milliers d\u2019adolescents qui découvrent les joies d\u2019un marché aux diplômes délivrés par plus d\u2019une cinquantaine d\u2019établissements.En effet, le Québec est l\u2019un de ces rares et curieux endroits du monde où deux systèmes complets d\u2019éducation, de langues anglaise et française, coexistent parallèlement, de la maternelle à l\u2019université, et ce grâce au financement public, qu\u2019il vienne du Québec ou du gouvernement fédéral en matière de recherche.Comme si sur le territoire du Québec, le français et l\u2019anglais étaient considérés, à parts égales, comme des langues nationales.Avant l\u2019adoption de la Charte de la langue française en 1977, ces deux systèmes se faisaient « librement » concurrence, tant et si bien que les parents se sont longtemps crus investis du droit souverain de choisir la langue d\u2019instruction de leurs enfants, option dont notamment beaucoup de familles immigrantes se sont prévalues jusqu\u2019en 1977 pour scolariser massivement leurs enfants en anglais, rampe du prestige et de l\u2019ascension sociale.En 1974, par la Loi sur la langue officielle, le gouvernement libéral de Robert Bourassa avait tenté de restreindre l\u2019accès à l\u2019école anglaise, en imposant des tests préalables de compétence linguistique qui irritèrent aussi bien la communauté anglophone que les aspirants à la scolarisation en anglais.La Charte de la langue française rendit obligatoire la fréquentation, au primaire et au secondaire, de classes en français pour les Québécois de langue française et les immigrants, quoique en laissant intact le régime de libre concurrence linguistique pour les établissements postsecondaires, cégeps et universités, avec la bénédiction des pouvoirs publics.Le fait que le législateur québécois L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 74 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E rabaisse sa langue officielle au rang de langue infantile entraîne ainsi que le passage aux études en anglais paraît la récompense de l\u2019arrivée aux marches de l\u2019âge adulte.Dans le discours public au Québec s\u2019est ainsi installée une idée tenace, propagée par les médias, les acteurs politiques et même par certains organismes publics8 qu\u2019aussitôt parvenu près de l\u2019âge adulte, un jeune posséderait le droit fondamental, imprescriptible, de se scolariser dans la langue de son choix, un choix personnel9, qui ne regarde que lui ou elle, et devant lequel les institutions doivent s\u2019incliner.On parle d\u2019un supposé « libre choix » linguistique qui gouvernerait toute l\u2019éducation postsecondaire et sur lequel se serait cristallisé, de l\u2019avis de certains journalistes, un consensus.On est tellement persuadé de l\u2019existence de ce droit qu\u2019on le sert comme une évidence indiscutable, qui coupe court à toute velléité de pérenniser le français par l\u2019éducation postsecondaire.Ce droit scandé dans le débat public, on l\u2019imagine proclamé par quelque texte fondamental ou sacré, comme les chartes canadienne et québécoise des droits, la Déclaration universelle des droits de l\u2019homme de 1948, le Rig-Véda ou les Upanishad hindous.C\u2019est à 8 Comme le Conseil supérieur de la langue française, voir son avis La langue d\u2019enseignement au cégep, 2011, en ligne http://www.cslf.gouv.sxqc.ca/publications/avis205/a205.pdf 9 Comme l\u2019a soutenu ce lobby patronal qu\u2019est la Fédération des cégeps, qui représente les intérêts des administrations collégiales.Dans un mémoire déposé à la Commission des états généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française, on peut lire ce qui suit : « Les étudiants qui optent pour des études supérieures en anglais, au collège comme à l\u2019université, font un choix personnel que leur état de jeune adulte leur permet d\u2019assumer dans une perspective de cheminement de carrière.» Il est instructif de voir que pour ces administrations collégiales, l\u2019âge de la majorité au Québec commence à 16 ans.Voir le mémoire adopté le 7 février 2001 : https://ancien.fedecegeps.qc.ca/memoire/2001/02/commission-des-etats-generaux- sur-la-situation-et-lavenir-de-la-langue-francaise-au-quebec/ L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 75 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E croire qu\u2019en France, l\u2019État finance d\u2019office l\u2019instruction universitaire en allemand, qu\u2019en Espagne, l\u2019accès à l\u2019université en arabe est universel, et qu\u2019au Vermont, les contribuables subventionnent dans l\u2019allégresse les études universitaires en espagnol.En droit strict, la seule exigence que formule la constitution canadienne en matière de langue de l\u2019éducation ne concerne, là encore, que les enfants.L\u2019article 23 de la Charte canadienne adoptée en 1982 consacre le droit des parents des communautés - anglaise au Québec et françaises ailleurs au Canada\u2013, de faire instruire leurs enfants dans leur langue maternelle au sein d\u2019écoles primaires et secondaires financées sur les fonds publics.Cet article laisse totalement en plan l\u2019éducation postsecondaire, et bien loin de garantir une liberté de choix au profit des mineurs, il s\u2019en remet plutôt aux parents pour la langue d\u2019instruction.Et c\u2019est tout, la constitution canadienne ne dit rien d\u2019autre en la matière, et on peut difficilement déduire des libertés fondamentales une quelconque obligation de maintenir, au Québec ou ailleurs au Canada, un système public d\u2019éducation supérieure bilinguistique et d\u2019accès universel10.10 Dans une étude publiée en 2015, les juristes Éric Poirier et Guillaume Rousseau concluent à l\u2019inexistence en droit canadien d\u2019un tel « libre choix » linguistique en matière d\u2019éducation supérieure.Ils écrivent : « À notre avis, dans l\u2019état actuel de la jurisprudence canadienne et québécoise, encadrer la langue d\u2019enseignement collégial en y appliquant les dispositions de la CLF actuellement réservées aux écoles primaires et secondaires respecterait vraisemblablement les droits de la personne.La validité constitutionnelle d\u2019une telle réforme serait sans doute confirmée au regard de l\u2019article 23 de la Charte canadienne, du principe constitutionnel sous-jacent de la protection des droits des minorités, du droit à la liberté et du droit à l\u2019égalité prévus dans les chartes canadienne et québécoise.» Voir Éric Poirier et Guillaume Rousseau, « L\u2019application de la Charte de la langue française à l\u2019enseignement collégial : étude de la validité d\u2019une idée de réforme latente à la lumière de développements récents en droits de la personne.» Revue générale de droit, 2015, 45 (2), p.401. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 76 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E La seule reconnaissance législative d\u2019un certain libre choix linguistique en éducation s\u2019est faite en 1969, par la loi que le gouvernement unioniste de Jean-Jacques Bertrand adopta précipitamment en pensant mettre fin à la crise des écoles à Saint-Léonard, où Italo-Québécois et Franco-Québécois s\u2019étaient dressés les uns contre les autres autour de controversées classes bilingues instaurées par leur commission scolaire, où la lingua del pane tenait le haut du pavé.Cette loi, communément appelée la loi 63, prévoyait que les cours de cycles primaire et secondaire sont donnés « en langue anglaise à chaque enfant dont les parents ou les personnes qui en tiennent lieu en font la demande lors de son inscription » ; elle reconnaissait donc, sans vraiment y fixer de limite, la liberté des parents d\u2019inscrire leurs enfants à l\u2019école anglaise, à charge pour celle-ci d\u2019« assurer une connaissance d\u2019usage de la langue française11 » aux enfants scolarisés en anglais.Cette loi ne disait mot des études postsecon- daires.Bien évidemment, cette loi n\u2019est plus en vigueur aujourd\u2019hui, mais il n\u2019est pas à exclure qu\u2019elle ait marqué les esprits et contribué à nourrir le sentiment qu\u2019un principe général de libre choix linguistique gouvernerait tout le système éducatif québécois, auquel la Charte de Camille Laurin aurait mis certes des tempéraments, pour le primaire et le secondaire uniquement.Il faut dire que le législateur québécois affectionne particulièrement la notion de « choix » en matière scolaire.L\u2019ancienne Loi sur l\u2019enseignement primaire et secondaire public12, en vigueur de 1984 à 1989, consacrait le droit des « parents de l\u2019élève » ou de « l\u2019élève majeur » « de choisir l\u2019école qui répond le mieux à leur préférence ou dont le 11 Art.2, Loi pour promouvoir la langue française, L.Q., 1969, c.9.12 Loi sur l\u2019enseignement primaire et secondaire public, L.Q., 1984, c.39. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 77 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E projet éducatif correspond le plus à leurs valeurs.» En outre, elle prévoyait une forme de libre choix en matière d\u2019enseignement religieux.Il est instructif de lire la disposition qui régissait ce droit particulier : 6.L\u2019élève a le droit de choisir, chaque année, entre l\u2019enseignement moral et religieux catholique, l\u2019enseignement moral et religieux protestant et l\u2019enseignement moral.Il a aussi le droit de choisir, chaque année, l\u2019enseignement moral et religieux d\u2019une confession autre que catholique ou protestante lorsqu\u2019un tel enseignement est dispensé à l\u2019école conformément à la présente loi.Au primaire et aux deux premières années du secondaire, les parents exercent ce choix pour leur enfant.On voit notamment apparaître le concept de l\u2019« enfant majeur », qui dès 14 ans, est jugé apte à exercer un droit d\u2019option spirituel, soit retenir pour lui-même l\u2019enseignement religieux ou l\u2019enseignement moral séculier.En somme, le dualisme religieux qui a longtemps structuré le système des commissions scolaires au Québec, ainsi que le dualisme entre les enseignements religieux et moral ont vraisemblablement alimenté une espèce de culture du choix, reflétée dans le langage même du législateur.Ces deux dernières lois, celles de 1969 et de 1984, n\u2019ont aujourd\u2019hui de valeur qu\u2019historique.Elles éclairent cependant cette notion si répandue, admise sans réflexion, du libre choix linguistique, bien qu\u2019elle ne possède pas de fondements juridiques véritables.Il demeure que conformément à l\u2019esprit britannique de l\u2019empire, les règles les plus importantes ne sont écrites nulle part, et le principe du prétendu « libre choix » qui gouvernerait la langue de l\u2019éducation postsecondaire au Québec fait L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 78 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E sans doute partie de ces normes diffuses, qui informent les mentalités et les mœurs, et dont l\u2019examen critique soulève la honte, la crainte, sinon un persistant malaise.Le peu de lois et de règlements que le Québec a adopté pour ses établissements postsecondaires ne prévoit d\u2019aucune manière une telle liberté.Le silence du législateur sur la langue de l\u2019éducation postsecondaire est tel qu\u2019il n\u2019a pas jugé bon d\u2019accorder aux cégeps et aux universités une identité linguistique précise, sauf pour quelques exceptions choyées ; il les laisse « s\u2019autodéfinir », en se contentant depuis 2002 d\u2019une vision purement statistique de leur identité linguistique, selon que l\u2019établissement enseigne à une majorité de ses élèves dans une langue ou une autre13.La loi sur les cégeps, qui organise tout le système collégial, ne dit par exemple rien sur l\u2019identité linguistique des cégeps créés par lettres patentes du gouvernement et ne confère même pas à celui-ci, à qui il revient pourtant d\u2019établir le régime des études collégiales, le soin de déterminer la langue de ces études14.L\u2019état du Québec a si peu le souci de la langue du postsecondaire qu\u2019en novembre 2020, le gouvernement a saisi l\u2019Assemblée nationale d\u2019un projet de loi pour créer une nouvelle institution d\u2019enseignement, apte à délivrer des diplômes de niveaux secondaire, collégial et universitaire, sans même y préciser dans la loi constitutive la langue de l\u2019établissement15.13 Sur cette question, voir « Le confinement du français dans l\u2019enseignement supérieur au Québec », L\u2019Action nationale, Vol.CX, no 7, Septembre 2020.14 Voir article 18, Loi sur les collèges d\u2019enseignement général et professionnel, RLRQ, C-29.15 Voir projet de loi no 77, Loi sur l\u2019Institut de technologie agroalimentaire du Québec, déposé le 26 novembre 2020, Assemblée nationale du Québec, http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets- loi/projet-loi-77-42-1.html L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 79 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E Mais si on a l\u2019impression persistante qu\u2019il existe une liberté de choix linguistique dans l\u2019ordre postsecondaire, elle résulte plutôt de l\u2019organisation même de l\u2019offre des formations supérieures par l\u2019état du Québec, qui a mis en place un marché bilinguistique aux étudiants dont les établissements se disputent les inscriptions à la sortie des écoles secondaires et à la fin des études collégiales.Ce marché bilinguistique repose sur une formule de financement qui règle les subventions versées par l\u2019État aux établissements postsecondaires sur le nombre des étudiants inscrits et sur leur domaine de concentration.En somme, l\u2019argent suit l\u2019étudiant.Ce marché aux étudiants est « aveugle » à l\u2019identité linguistique des établissements, français ou anglais, et avalise donc les succès d\u2019inscription remportés par les établissements anglais auprès des candidats de langue française ou issus de l\u2019immigration, qui se précipitent vers ces établissements depuis plusieurs années et propulsent leur expansion en effectifs, en programmes et en pavillons au détriment du réseau français, systématiquement sous-finan- cé et voué désormais à l\u2019éducation des étudiants moins performants.La « liberté de choix » recouvre pour l\u2019essentiel le phénomène d\u2019étudiants scolarisés en français migrant vers les établissements anglais ; la migration inverse, des établissements anglais vers les français, est presque inexistante.C\u2019est, en somme, une liberté asymétrique, sans réciprocité réelle, un boulevard à sens unique vers l\u2019anglais.Pour soutenir cette concurrence, nombre d\u2019établissements français sont tentés par l\u2019offre de programmes en anglais ou bilingues.La Charte de la langue française leur pose d\u2019ailleurs peu d\u2019obstacles, puisqu\u2019elle les autorise à fournir un enseignement en anglais \u2013 ou en mandarin \u2013 à 49,9 % de leurs élèves.Donc, l\u2019impression que la langue du postse- condaire suivrait la liberté de choix intangible des étudiants finissant le secondaire s\u2019avère le produit, par l\u2019habitude et L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 80 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E la rhétorique du choix personnel, d\u2019un système qui met artificiellement deux langues d\u2019enseignement en concurrence directe pour capter les meilleurs étudiants là même où se concentrent la population, la richesse et le pouvoir, c\u2019est-à-dire à Montréal, à Québec et à Gatineau, fondue dans la banlieue d\u2019Ottawa.Autrement dit, après que le marché des boissons gazeuses eut accoutumé pendant de longues années les consommateurs à l\u2019alternative entre Coca-Cola ou Pepsi, ces derniers croient posséder le droit inaliénable de boire l\u2019un ou l\u2019autre.Le français serait, en quelque sorte, le Pepsi du postsecondaire québécois.Le français, une langue de peu, qui rapporte peu La concurrence bilinguistique entre les établissements post- secondaires est révélatrice d\u2019un ordre sociopolitique qui, loin de contrer le rapport inégal entre les langues française et anglaise sur le continent, entérine la subordination de la première à la deuxième.Le caractère obligatoire du français n\u2019étant attaché qu\u2019à la minorité, la langue française devient, pour les jeunes adultes ou « enfants majeurs » aux portes de l\u2019éducation supérieure, un simple idiome facultatif, qu\u2019aucun choix collectif ne soutient et dont l\u2019usage se plie aux fluctuations des demandes d\u2019inscriptions enregistrées sur le marché aux étudiants chorégraphié par l\u2019Administration québécoise.Elle symbolise pour plusieurs d\u2019entre eux l\u2019enfermement dans une enfance scolaire malheureuse, une langue punitive que l\u2019on boude ou que l\u2019on quitte sitôt sorti de la « classe » où un diplômé en pédagogie socioconstructi- viste s\u2019est évertué à transmettre quelques rudiments d\u2019une langue mal aimée, vite refoulée par les cris multilingues qui fusent dans les cours d\u2019école.En clair, la fréquentation scolaire en français n\u2019est qu\u2019une mesure transitoire, sinon dilatoire, qui retarde la promotion sociale qu\u2019un nombre grandissant de jeunes Néo-Québécois et même de langue L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 81 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E française recherchent dans les diplômes en anglais et qui scelle pour plusieurs d\u2019entre eux leur intégration sociale et psychique au monde anglo-saxon.En entrant dans des cégeps anglais, qui pavent la voie à leur admission aux universités de langue anglaise du Québec et d\u2019ailleurs sur le continent, ces jeunes anglotropes vont certes continuer à étudier le français, quoique ravalé au rang de langue seconde rétrogradée.Ce système de bilinguisme concurrentiel accrédite ainsi l\u2019idée que pour participer à la vie adulte au Québec, il suffit d\u2019avoir du français une connaissance sommaire qui ne dépasse pas le niveau d\u2019un 5e secondaire, c\u2019est-à-dire celle d\u2019un ado.En somme, le français vaut un simple patois véhiculaire pour les comptoirs, les services à la clientèle, la prestation de soins, les petits boulots, qui ne nécessite pas un apprentissage soutenu tout au long de la formation intellectuelle des jeunes, notamment aux étapes ardues et déterminantes pour leur avenir de leur parcours postsecondaire.C\u2019est une langue faite pour la vie ordinaire, la « p\u2019tite vie », et non pour la science et la haute culture.Bref, avec en poche son petit « secondaire V » en français, on peut se débrouiller au Québec et y acquérir ensuite tous ses titres professionnels en anglais, à même les fonds publics.Malgré un certain rattrapage salarial des francophones observé au Québec par rapport aux anglophones, le français serait encore loin d\u2019avoir remonté la côte.Le déclassement du français sur le marché du travail au Québec se révèle aujourd\u2019hui dans la structure de rémunération des travailleurs selon leur secteur.On pourrait s\u2019attendre à ce que le corps d\u2019emploi où la connaissance du français serait une compétence très prisée, comme la fonction publique québécoise, offre à ses membres des salaires attrayants.Bien au contraire, c\u2019est au vrai le secteur où les salaires sont les plus L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 82 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E à la traîne, comparativement à ceux qu\u2019on touche dans les administrations municipales, la fonction publique fédérale ou le secteur privé, là où justement le français est moins systématiquement requis, et souvent ignoré ou marginalisé16.Langue du surplace salarial, le français a perdu le peu de notoriété et de prestige qu\u2019il possédait naguère dans la diplomatie fédérale canadienne, au point de cesser d\u2019exister dans la haute direction des Affaires étrangères et d\u2019obliger son personnel francophone refoulé aux échelons inférieurs à embrasser l\u2019anglais pour avancer dans leur carrière17.Le supposé bilinguisme canadien n\u2019est qu\u2019une affaire intérieure, sans projection internationale véritable.L\u2019anglais, langue de référence du français Il est du reste révélateur que les cours de philosophie ne soient obligatoires que dans les cégeps francophones, alors que dans les cégeps anglophones, des cours d\u2019humanités tiennent lieu de philosophie, ce qui montre bien que la connaissance de Platon, de Descartes et de Rousseau ne découle pas d\u2019une exigence universelle.Il s\u2019agirait là au plus d\u2019un simple atavisme culturel qu\u2019une minorité nationale transmettrait au solde résiduel de sa jeunesse qui poursuivrait ses études supérieures dans sa langue de première instruction.D\u2019ailleurs, la présence des cours de philosophie, faut-il le rappeler, remonte à la création même des cégeps à la fin des années 1960.Elle se voulait un substitut à la 16 Voir cette étude de l\u2019institut de la statistique, Rémunération des salariés \u2013 État et évolution comparés, 2020, en ligne : https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/remuneration-des-salaries-etat-et-evolution-compares- 2020-faits-saillants.pdf 17 Boris Proulx, « Les francophones quasiment absents des postes clés de la diplomatie canadienne », Le Devoir, 14 décembre 2020, en ligne : https://www.ledevoir.com/politique/canada/591673/langues- diplomatie-unilingue-au-sommet L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 83 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E culture humaniste dispensée par les collèges classiques que la réforme de l\u2019éducation entreprise dans la foulée du rapport de la commission Parent avait abolis.Or, cette culture classique héritée de la tradition européenne que l\u2019Église avait perpétuée dans ses collèges et ses séminaires reposait sur un régime des langues particulier.Les pays en Europe se sont construits en privilégiant une langue nationale unificatrice, enrichie et raffinée par une comparaison incessante et méthodique avec les langues anciennes, le grec et le latin, que les élites du pays apprenaient, bon gré mal gré18.En ce sens, l\u2019éducation des élites de la nation passait par l\u2019étude de langues de référence, non pour la vie courante, mais pour la culture, auxquelles leur langue vernaculaire, confrontée à des modèles d\u2019éloquence, d\u2019expression et d\u2019intelligence, se grandissait sans être menacée dans son existence.Plusieurs pays en Europe ont conservé l\u2019enseignement du latin et du grec ancien dans leurs écoles nationales, même si l\u2019anglais ou d\u2019autres langues étrangères se sont ajoutés au cursus scolaire ; pensons à l\u2019Italie ou même à la France qui, sous le président François Hollande, voua à la disparition les options de langues anciennes au secondaire, puis les rétablit sous Emmanuel Macron à l\u2019instigation de son ministre de l\u2019Éducation nationale, Jean- Michel Blanquer19.18 Comme le reconnut d\u2019ailleurs la commission Parent : « Durant des siècles, le latin et le grec ont servi à mettre en lumière les caractéristiques du français ou de l\u2019anglais.» Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019enseignement dans la province de Québec, Tome II, 1964, état du Québec, par.598.Disponible en ligne : https://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/DepotNumerique_v2/AffichageNotice.aspx?idn=2710 19 Violaine Morin, « Jean-Michel Blanquer relance l\u2019enseignement du latin et du grec au collège », Le Monde, 1er février 2018, en ligne : https://www.lemonde.fr/education/article/2018/02/01/ jean-michel-blanquer-relance-l-enseignement-du-latin-et-du-grec-au- college_5250132_1473685.html L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 84 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E Au Québec, la disparition du grec et du latin dans le cursus scolaire a finalement laissé toute la place à l\u2019anglais pour jouer le rôle de langue de référence ; mais à la différence du grec et du latin, l\u2019anglais est une langue bien vivante, dont les jeunes Québécois font un apprentissage intensif précoce à l\u2019école primaire et dont ils sont imprégnés par immersion du matin jusqu\u2019au soir par les médias de tous types sous domination américaine.Au cours de leur formation primaire et secondaire, du moins à l\u2019école publique, ils sont rarement exposés à une troisième langue, si bien que leur apprentissage du français se déroule dans l\u2019ombre de celui de l\u2019anglais, sans pouvoir enrichir le premier, ni relativiser le deuxième par le détour d\u2019une langue tierce qui musclerait leur maîtrise de la grammaire, leur donnerait du recul historique et des points de comparaison autres que l\u2019anglais dont ils sont journellement environnés.Cessant de boire aux fontaines des langues anciennes, le français est devenu au Québec une langue allégée, nue et sèche, repliée sur ses réserves propres et sommée de se bonifier \u2013 ou de s\u2019appauvrir \u2013 au seul contact avec l\u2019anglais.C\u2019est ainsi qu\u2019insensiblement, le système d\u2019éducation québécois a destitué la langue qu\u2019il croyait naïvement valoriser en l\u2019accolant dans un duel monogame à l\u2019anglais, érigé en langue tutrice pour une autre destinée aux enfants.C\u2019est curieusement le rapport Parent lui-même qui a préparé cette destitution ; aux yeux des commissaires, les langues anciennes avaient perdu leur vertu de langue de comparaison, si bien que l\u2019anglais, s\u2019imposant comme langue seconde officielle aux jeunes Québécois, jouerait en pratique ce rôle comparateur et civilisateur, les tierces langues, anciennes ou modernes, n\u2019étant que facultatives et laissées à la discrétion des établissements20.20 Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019enseignement dans la province de Québec, déjà cité, par.648. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 85 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E Si restreinte soit la portée des droits scolaires conférés par l\u2019article 23 de la Charte canadienne, son langage révèle du reste la valeur symbolique diminuée du français au Canada.Jusqu\u2019aux années 1960, on parlait de minorités « françaises » ou de groupes « français » au Canada.Petit à petit, l\u2019adjectif « francophone » a détrôné celui de « français ».C\u2019est cette évolution qu\u2019enchâsse dans la constitution l\u2019article 23, dont le texte français ne reconnaît que des minorités « francophone » ou « anglophone », alors que le texte anglais emploie l\u2019expression « English or French linguistic minority population ».La terminaison « phone » renvoie au terme grec phone, ?, qui signifie la voix, un son ou même un cri.Dans la tradition philosophique occidentale depuis Aristote, l\u2019espèce humaine se distingue des animaux doués de voix par le logos, le discours rationnel.Bref, il n\u2019est pas anodin que le français, aussi bien dans la langue officielle que la langue courante, ait cessé au Québec de qualifier des réalités tout à la fois linguistiques et nationales pour être réduit à la dimension purement phonétique et parlée de la langue, comme si, arrêté dans son développement, il ne pouvait exprimer le logos humain.Le frère Untel avait bien deviné l\u2019impasse du français au Canada, devenu un parler francophone nommé joual : « Pour échanger entre primitifs, une langue de primitif suffit ; les animaux se contentent de quelques cris.Mais si l\u2019on veut accéder au dialogue humain, le joual ne suffit plus21.» Mais comme on dit au Québec, le français, c\u2019est l\u2019phone22.21 Jean-Paul Desbiens, Les insolences du frère Untel, Montréal, Les éditions de l\u2019homme, 1960, p.25.22 Voir l\u2019éditorial de Josée Boileau, « La mauvaise piste », Le Devoir, 20 avril 2014. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 86 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E Le principe impérial de l\u2019épreuve concurrentielle Mais d\u2019où vient cette idée étrange que le français ne puisse prétendre à l\u2019existence qu\u2019au travers de sa confrontation exclusive et sans répit avec l\u2019anglais ?Nous touchons ici au cœur de l\u2019idéologie impériale canadienne.Le fondateur du nouvel ordre constitutionnel et moral canadien institué en 1982, Pierre Elliott Trudeau, nous fournira des éléments de réponse éclairants.L\u2019intellectuel public et professeur de droit qu\u2019il était en 1965 réalisa pour l\u2019institut de recherche en droit de l\u2019université de Montréal une étude qui devait à l\u2019origine être déposée comme mémoire au « comité de la Constitution » instauré alors par l\u2019Assemblée législative du Québec.Intitulé « Le Québec et le problème constitutionnel », ce texte formule la position de Trudeau sur les revendications politiques, à ses yeux pour la plupart excessives et mal fondées, des nationalistes québécois, et sa condamnation sans appel de toute velléité d\u2019indépendance23.Il rejette notamment l\u2019idée que le Québec devrait jouir d\u2019un statut constitutionnel particulier parce qu\u2019y serait concentrée une minorité linguistique de fait.Mais ce fait n\u2019entraîne pas un droit automatique à la préservation de la langue, et encore moins à la reconnaissance d\u2019un État national canadien-fran- çais identifié à l\u2019état provincial québécois.Pour Trudeau, l\u2019État n\u2019a pas à corriger les injustices passées infligées à une minorité linguistique ni à lui accorder de traitement de faveur.Il peut certes officialiser une langue ou plusieurs, mais seulement dans une perspective individualiste et comptable, qui l\u2019oblige à servir les citoyens dans celles des langues dont le nombre de locuteurs est jugé assez important pour justifier l\u2019engagement de ressources publiques.En somme, les pouvoirs publics ont vocation à relayer l\u2019état 23 Texte reproduit dans Pierre Elliott Trudeau, Le fédéralisme et la société canadienne-française, Montréal, éditions HMH, 1967, p.7-59. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 87 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E des rapports de force entre les langues sur le territoire administré ; la vitalité de telle ou telle langue dépend de valeurs culturelles que l\u2019État doit se garder de protéger, d\u2019immuniser contre l\u2019attraction ou l\u2019hégémonie d\u2019une autre langue.Pour Trudeau, les valeurs culturelles d\u2019une minorité linguistique ne peuvent légitimement survivre et prospérer que si elles ont passé « l\u2019épreuve de la concurrence.» Il écrit : Plus encore que la technologie, une culture ne progresse que par l\u2019échange et l\u2019affrontement ; or, dans le fédéralisme canadien, les valeurs culturelles françaises peuvent trouver un heureux mélange de concurrence et de protection de la part d\u2019un État assez puissant24.Assujettir sa minorité principale à l\u2019épreuve de la concurrence, c\u2019est là la mission fondamentale et le mérite distinctif du fédéralisme canadien selon Trudeau.Il le dit en ces termes : [\u2026] le fédéralisme canadien est idéal.Tout en obligeant les Canadiens français, sur le plan fédéral, à soumettre leur culture politique à l\u2019épreuve de la concurrence, le système fédératif leur permet en même temps de se donner, dans le Québec, la forme de gouvernement qui convient le mieux à leurs besoins25.Qu\u2019il faille attacher le français à la discipline d\u2019une saine concurrence revient aussi dans les discours et entretiens du premier ministre, dont le journaliste Ron Graham a extrait quelques perles, comme celle-ci : La langue française ne pourrait véhiculer des valeurs de progrès que si ceux qui la parlent en Amérique du Nord tiennent eux-mêmes à l\u2019avant-garde, c\u2019est-à-dire s\u2019ils acceptent de rivaliser d\u2019excellence avec les Canadiens de langue anglaise dans un combat égal26.24 Ibid., p.40.25 Ibid., p.41.26 Pierre Elliott Trudeau, avec la collaboration de Ron Graham, Trudeau, l\u2019essentiel de sa pensée politique, Montréal, Le Jour, 1998, p.147. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 88 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E Or, le recours à la concurrence pour vitaliser une culture s\u2019avère l\u2019une des grandes idées d\u2019un penseur britannique de la fin du XIXe siècle, Lord Acton, partisan des empires multinationaux, qui offriraient de meilleures garanties pour la liberté que la nation démocratique.Trudeau fut un lecteur avide d\u2019Acton, souvent cité dans ses écrits ; dans une entrevue donnée à la revue Cité Libre en 1998, il avoua à demi- mots se sentir du plus près du libéralisme individualiste d\u2019Acton que de celui de penseurs comme Thomas H.Green et John Stuart Mill, plus prompts à reconnaître la nécessité des liens nationaux, fondés sur une culture et une histoire partagées, pour le maintien de la démocratie libérale27.Selon Acton, les menaces que la démocratie et la nation nourrissaient à ses yeux contre les libertés et l\u2019ordre, de sources nécessairement aristocratiques, se trouvaient amenuisées dans un vaste ensemble impérial où les peuples, mis en concurrence les uns avec les autres, devaient s\u2019améliorer.Mais selon Acton, cette concurrence est essentiellement hiérarchique et disciplinaire.Les plus faibles, les moins évolués et les moins doués pour l\u2019autogouvernement des peuples que renferme l\u2019empire, s\u2019amendent au contact des peuples supérieurs, qui exercent donc sur les premiers une tutelle civilisatrice.L\u2019empire \u2013 ou la fédération \u2013 fonctionne à la manière d\u2019une grande maison de redressement où les nations adultes, aux commandes de l\u2019ensemble, revigorent par leur ascendant, leur vigueur et leur exemple les nations immatures, « décadentes et épuisées ».Pour Trudeau, il était clair que le Canada français constituait une communauté ethnique inapte au plein gouvernement d\u2019elle-même.Encline à l\u2019immoralisme et au despo- 27 Monique et Max Nemmi, « Entretien avec Pierre Elliott Trudeau, Cité libre, 1998, 26(1), p.113. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 89 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E tisme, elle était trop faible, trop peu nombreuse, trop peu riche, comme selon lui les cinq millions de sikhs au Penjab en 1962, pour former une « société parfaite » capable de gouverner en vue de la guerre et de la paix28.Cette nation immature devait trouver sa complétude dans le patronage de la nation canadienne d\u2019ascendance britannique, de laquelle cette nation infante avait reçu depuis la Conquête la démocratie parlementaire, quoique imparfaitement assimilée.C\u2019est pourquoi donc il fallait à tout prix éviter selon Trudeau que le Canada français fasse du Québec son État national et que le français y acquière une quelconque prépondérance.Mieux valait introduire sur le territoire même du Québec un régime de rivalité linguistique qui contrecarre toute velléité de l\u2019état fédéré d\u2019y appliquer une politique qui généralise la langue française dans tout le système éducatif.Le stratagème préconisé par Trudeau, dont il esquisse l\u2019idée dès son texte de 1965, a consisté à consacrer de manière symétrique dans la constitution les droits scolaires des « anglophones » du Québec et ceux des « francophones » hors Québec, du moins pour l\u2019enseignement primaire et secondaire.Ce faisant, les restrictions d\u2019accès que l\u2019Assemblée nationale avait tenté de mettre à l\u2019école publique anglaise en 1977 en adoptant la Charte de la langue française tombèrent sous les coups de boutoir de la contestation judiciaire.En réalité, c\u2019est toutefois dans l\u2019ordre postsecondaire que le principe de l\u2019épreuve concurrentielle a connu son apogée, alors que dans les cycles primaire et secondaire, la Charte de la langue française a réussi malgré tout à rendre obliga- 28 Voir son autre essai, « La nouvelle trahison des clercs », p.179, publié dans Le fédéralisme et la société canadienne-française, déjà cité. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 90 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E toire le français dans les « classes » pour les enfants issus de l\u2019immigration et de langue française.Dès que s\u2019entrouvrent les portes du cégep, se dévoile un autre monde, où l\u2019élève habitué à une langue « normale » pour ses apprentissages découvre qu\u2019elle n\u2019est plus qu\u2019optionnelle, voire suppressible, doublée par l\u2019anglais offert par des établissements publics et privés subventionnés par l\u2019État lui-même qui se disputent le magot étudiant.Par décision collective d\u2019une assemblée parlementaire, la langue obligatoire devient, vers l\u2019année critique de 16 ans, un idiome qui ne concerne soudain que l\u2019individu adolescent hésitant sur l\u2019orientation à donner à son existence.À la société des citoyens gardiens d\u2019une volonté collective se substituent d\u2019un seul coup les volontés individualisées de mineurs encore à charge de ces mêmes adultes.La collectivité s\u2019anéantit elle-même, sans héritage, sans réalité propre, sans volonté qui la précède, et s\u2019incline devant la somme de microchoix récoltés par un encan d\u2019inscriptions.La grande roue de la Fortune linguistique tourne pour le Québec chaque hiver, au moment où des milliers de finissants du secondaire remplissent leurs demandes d\u2019admission aux cégeps.Si la langue française subsiste dans les cégeps et les universités du Québec, c\u2019est donc par suite d\u2019un concours généralisé, d\u2019une course aux inscriptions entre établissements qui jouent de leur réputation et de leurs atouts pour remplir leurs programmes.Une course curieuse où l\u2019on tient pour acquis qu\u2019à la grandeur du Québec, notamment à Montréal, le français et l\u2019anglais s\u2019affrontent à armes égales.Supervisant cette compétition financée de ses derniers, l\u2019état du Québec agit à la manière d\u2019un opérateur neutre, d\u2019une agence de cotation, d\u2019un commissaire-priseur, d\u2019un répartiteur de trafic qui remet aux établissements postsecondaires leurs subventions statutaires réglées sur les enchères du marché individualiste aux diplômes. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 91 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E D\u2019une certaine manière, ce marché bilinguistique qui organise tout l\u2019ordre postsecondaire au Québec va au-delà de l\u2019épreuve concurrentielle espérée par Trudeau.Pour ce dernier, il incombait à l\u2019État fédéral de plier les Québécois à la discipline formatrice de cette épreuve.Or, c\u2019est l\u2019état du Québec qui prend sur lui de l\u2019imposer tout entière à l\u2019éducation postsecondaire, comme si l\u2019État fédéral et celui du Québec ne faisaient qu\u2019un en ce domaine.Cependant, l\u2019épreuve concurrentielle par laquelle Trudeau voulait réformer les Canadiens français du Québec devait les obliger à rivaliser d\u2019excellence avec les autres Canadiens dans les institutions fédérales plutôt qu\u2019à se rabattre sur leur petit état provincial.Or, celui-ci fait descendre cette épreuve au cœur de chaque adolescent de 16 ou 17 ans, pour faire peser sur son « choix personnel » la transmission ou pas d\u2019une langue et d\u2019une culture que les Québécois adultes, s\u2019abstenant d\u2019en décider pour l\u2019avenir, abandonnent à leurs fils et à leurs filles dubitatifs, déjà ensorcelés par la séduction d\u2019une langue enveloppante.On remarquera que l\u2019épreuve concurrentielle ne joue que de manière asymétrique, c\u2019est-à-dire que la médecine administrée au Canada français présumé immature n\u2019est pas pareillement appliquée au Canada anglais, qui n\u2019a pas à se civiliser au contact obligatoire avec une culture concurrente de langue française.Le Canada anglais incarne déjà la civilisation et c\u2019est plutôt sa pupille encore frustre qu\u2019il doit civiliser, en anglicisant ses ambitieux méritants.Il paraîtrait inconcevable et profondément absurde à un résident de l\u2019Ontario, de Nouvelle-Écosse ou de Colombie-Britannique que l\u2019accès à des études supérieures en anglais soit conditionnée à l\u2019offre, au moins équivalente en qualité et en disponibilité, d\u2019un réseau complet d\u2019institutions postsecondaires françaises soutenues par l\u2019état provincial.L\u2019Anglosaxon étant exempté de cette épreuve qualifiante de sa propre culture, L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 92 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E il daignera certes accorder à sa minorité en probation quelques « facilités » accommodantes, un petit collège français à Edmonton ou à Saint-Boniface, ou même des universités bilingues, comme l\u2019université d\u2019Ottawa déjà anglicisée à plus de 70 % de ses effectifs29, concessions largement insuffisantes pour assurer la continuité de ce qui reste de français hors du Québec.L\u2019épreuve concurrentielle s\u2019avère au fond une vieille méthode de civilisation aristocratique, fort usitée dans l\u2019empire britannique, par laquelle les ressortissants et les descendants de Sa Majesté installés dans les colonies veillaient à intégrer en leur sein, par une sélection opportuniste dans leurs maisons d\u2019enseignement et leurs clubs, des éléments dévoués qui se détachaient des populations indigènes et se réformaient au contact des Britanniques.Du reste, il n\u2019est pas exceptionnel au Québec que la petite bourgeoisie, fonctionnarisée ou professionnelle, qui a gravi l\u2019échelle sociale forte de diplômes obtenus en français, ait voué néanmoins sa progéniture aux études supérieures en anglais, aux frais de la collectivité.Et voilà que depuis quelques années, des établissements postsecondaires anglais du Québec regorgent d\u2019étudiants de l\u2019Hexagone ; Montréal est ainsi devenue, pour les bonnes familles du pays de Voltaire et de Proust, une destination de choix pour tremper à bon prix leur descendance et la munir de sauf-conduits pour l\u2019anglosphère30.Tels sont les grands services que le Québec et la France rendent désormais à la Francophonie.29 Sur la situation linguistique dans cette université, voir Linda Cardinal, « Une responsabilité collective.Un plan d\u2019action pour la francophonie à l\u2019université d\u2019Ottawa », Université d\u2019Ottawa, janvier 2019 : https://www.uottawa.ca/president/sites/www.uottawa.ca.president/ files/plan_daction_pour_la_francophonie_-_30_janvier_2019.pdf 30 Voir notamment Anne Pélouas, « À Montréal, l\u2019université McGill séduit les étudiants français », Le Monde, 22 janvier 2018.Comme l\u2019explique une brochure de l\u2019organisme Montréal-International destinée L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 93 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E Salomé, bien-aimée patronne du Québec ?Le passage à la vie adulte, pour les individus comme les nations, est parfois long et ardu, sinon jamais achevé.Jusqu\u2019à l\u2019aube des années 1960, la nation canadienne-fran- çaise se reconnaissait dans la figure de Saint-Jean-Baptiste, l\u2019âpre prophète du désert qui a baptisé Jésus de Nazareth dans les eaux du Jourdain31.Même l\u2019hymne national canadien original composé par Adolphe-Basile Routhier nomme le patron biblique, « précurseur du vrai Dieu ».À l\u2019occasion des défilés patriotiques qui parcouraient les rues de plusieurs villes du Québec et même de la Nouvelle-Angleterre paradait un enfant prépubère aux cheveux bouclés, porté glorieusement sur un char allégorique en compagnie d\u2019un agneau.Cependant, ce symbole innocent de l\u2019âme catholique du Canada français finit par irriter le nouveau nationalisme québécois, en quête de signes de puissance et non de soumission.Déjà, en 1962, lors du défilé à Montréal, des militants indépendantistes subtilisèrent l\u2019agneau rituel ; pour répondre à la critique, la société Saint-Jean-Baptiste de Montréal avait mis en tête de la procession une statue adulte, en laissant un Jean-Baptiste juvénile fermer la marche.Mais, à partir de 1964, seul se dressa un Saint-Jean-Baptiste majeur, aux allures de géant, brandi comme l\u2019annonciateur de la nation à naître, ainsi que le Jean-Baptiste biblique fut le précurseur de Jésus, surnommé le « gourmand32 ».aux étudiants étrangers, deux et millions et demi de personnes parlent l\u2019anglais à Montréal, soit 9 % de plus qu\u2019à Vancouver.Voir « I choose Montreal, Greater Montréal, the Metropolis of choice for living and working after your studies », en ligne : https://www.montrealinternational.com/en/publications/greater-montreal-a-top- place-in-which-to-live-after-your-studies/ 31 José Antonio Pagola, Jésus \u2013 Approche historique, Paris, éditions du Cerf, 2019, p.87 32 Ibid., p.92. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 94 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E Toutefois, tel que le narre la sociologue Geneviève Zubrzycki, les heures de gloire de ce Jean-Baptiste statuesque connurent une fin abrupte au cours de la Saint-Jean du 24 juin 1969 à Montréal33.Une masse de protestataires s\u2019était alors greffée au défilé officiel, formant derrière lui une sorte de cortège parallèle où dix à quinze mille marcheurs marmonnaient, par tracts et pancartes, la révolte et l\u2019écœurement d\u2019un peuple déclassé prêt à briser ses chaînes.C\u2019était une scène digne des Possédés de Dostoïevski, qui évoque la procession des ouvriers sous-payés de Chpigouline, qui se rendirent jusqu\u2019à la résidence du gouverneur provincial pour implorer de meilleures conditions, sans savoir que des agitateurs nihilistes les avaient infiltrés.Au moment où le saint patron des Canadiens français passa devant le chic hôtel du Ritz, des marcheurs s\u2019emparèrent de son char et le renversèrent, si bien que dans la chute Baptiste le géant perdit la tête, qui roula pour se fondre dans la foule ; et le corps décapité finit écrabouillé.Pour la sociologue, c\u2019est la presse, aidée par la nouvelle sensibilité nationale émergeant de la Révolution tranquille, qui a érigé ce geste iconoclaste irréfléchi en meurtre symbolique assumé.Un observateur de l\u2019époque, dégoûté par l\u2019assaut perpétré par de jeunes énergumènes contre la figure emblématique de la nation catholique canadienne-française, y vit une seconde décollation de Saint-Jean-Baptiste : la première advint selon le bon plaisir d\u2019Hérode, la deuxième, par la faute de René Lévesque et de ses acolytes34.Or, d\u2019après le récit qu\u2019en firent les évangiles de Marc (6 : 17-29) et de Mathieu (14 : 3-12), c\u2019est une jeune fille qui obtint la tête de Jean le Baptiste.Le jour de son anniversaire, 33 Geneviève Zubrzycki, « Aesthetic revolt and the remaking of national identity in Québec, 1960\u20131969 », Theory and Society, 2013, 42, p.423\u2013475.34 Ibid., p.460. L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 95 L E F R A N Ç A I S , L A N G U E I N F A N T I L E Hérode de Galilée avait donné un grand festin où la fille de son épouse Hérodias, qui avait laissé un premier mari (le frère du roi), exécuta une danse qui charma la cour.À la suggestion de sa mère hostile au prophète qu\u2019Hérode avait fait emprisonner, la jeune fille demanda au roi que la tête du précurseur lui fût servie sur un plat.La belle- fille d\u2019Hérode s\u2019appelait Salomé selon Flavius Josèphe.Le Nouveau Testament n\u2019indique pas l\u2019âge de celle-ci ; seulement de nombreuses représentations artistiques de Salomé la figurent en adolescente de 15 ou 16 ans35.Tout compte fait, s\u2019il est vrai que la tête de Jean-Baptiste tomba une deuxième fois au défilé avorté de juin 1969, il semble que la société québécoise a remis ensuite le sort de son Jean-Baptiste fleurdelisé dans les mains de ses adolescents au terme de leur « fréquentation scolaire » obligatoire.Après avoir exécuté pendant dix ans un petit rigaudon gaulois en classe, ceux-ci doivent, telle jadis Salomé au palais d\u2019Hérode, trancher une grave question : dois-je faire sauter la tête de Baptiste-le-fatigant ?q 35 Annick Saxton et Arnold Saxton, « Présentation de Salomé », Équivalences, 1996, 26(1), p.21-30. Des comptes-rendus, des analyses critiques, des entrevues, des extraits en primeur, des notes de lecture 40 pages grand format couleur qui permettent de partager le point de vue de collaborateurs avertis sur les essais publiés au Québec durant l\u2019année 3 parutions par année 30 $ par an \u2013 75 $ pour trois ans taxes et expédition comprises actionnationale.quebec/cahiers-de-lecture La pensée québécoise en essais Lectures Notes critiques Saint-Laurent mon amour L\u2019écriture amoureuse de Monique Durand par Pascal Chevrette 98 80e anniversaire de l\u2019appel à la résistance du 18 juin 1940 Deux rééditions des Mémoires de guerre du général de Gaulle par Jean Chartier 110 Loi sur la laïcité de l\u2019État La construction d\u2019un ordre constitutionnel distinct au Québec par André Binette 123 Livres reçus Lectures 98 Articles 98 Notes critique Pascal Chevrette* Saint-Laurent mon amour L\u2019écriture amoureuse de Monique Durand** En 2017, Monique Durand fait paraître Saint-Laurent mon amour, qui rassemble entre autres des articles parus dans les pages du journal Le Devoir.C\u2019est un livre qui nous fait descendre le fleuve, depuis le Montréal des origines jusqu\u2019au vaste golfe, à travers des portraits saisissants de ces pays côtiers que sont les régions de la Gaspésie, de la Côte-Nord et de la Basse-Côte-Nord.Comme l\u2019amour est dans le titre, je me suis dit qu\u2019il serait dommage de ne pas en considérer la portée.On pourrait même dire, sans trop forcer la note, que cet amour se déploie dans le journalisme même que pratique Monique Durand.Comme l\u2019affirme l\u2019écrivaine et journaliste dès les premières pages, son livre est une déclaration d\u2019amour au fleuve.Celle- ci s\u2019adresse au grand Saint-Laurent, bien sûr, mais rejoint aussi des gens, des populations, des lieux, des histoires, des vocations, des traditions, une lumière, un climat ; en fait, à tout élément qui concourt à ce mythe fondateur québécois qu\u2019est le fleuve aux grandes eaux.À la session d\u2019hiver 2020, j\u2019ai fait lire ce livre à des étudiantes et étudiants dans le cadre d\u2019un cours de littérature québécoise au cégep Montmorency à Laval.Peu d\u2019entre eux * Enseignant en littérature au collège Montmorency.** Une première version de ce texte a paru dans la revue Littoral. 99 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 connaissaient ces coins du Québec que Monique Durand nous fait visiter et l\u2019un des points soulevés pendant notre lecture a été de comprendre ce regard singulier qu\u2019elle pose sur des régions encore de nos jours méconnues par bien des Québécois, jeunes et moins jeunes\u2026 Les interrogations du groupe concernaient cette attention que porte Durand à tel détail, ou à tel autre, sans que cela soit laissé au hasard.Comme si ce regard était mû par le magnétisme d\u2019un geste, d\u2019une parole, d\u2019une habitude ou d\u2019un paysage.Ce regard nous semblait posséder, bref, quelque chose d\u2019englobant.On le dira amoureux, car dans son propos, Monique Durand unit, trouve et rassemble, fait tenir ensemble non seulement les informations et les faits que piste tout bon journaliste, mais aussi un point de vue critique et, surtout, des émotions, les siennes, celles que suscitent ces vies interrogées, ces lieux côtoyés, ces villes, villages, îles et eaux parcourus.C\u2019est évident que Monique Durand aime ce Québec de fleuve et de mer.Un amour pour ces pays du fleuve la porte inconditionnellement.Elle les magnifie, d\u2019une part, mais cela, sans occulter d\u2019autre part des problèmes économiques, l\u2019isolement relatif, des lacunes dans les infrastructures et les institutions.Elle sait aussi, par moment, mettre le doigt sur les effets déstructurants que provoque la mondialisation des marchés sur ces mal-nommées « régions-ressources », souvent négligées, promues comme destinations-voyage, mais passées sous silence comme milieux de vie, et trop souvent laissées dans l\u2019indifférence générale.On peut ainsi affirmer que se manifeste chez l\u2019écrivaine-journaliste, comme ce fut le cas avec l\u2019Ode au Saint-Laurent de Gatien Lapointe à l\u2019aube de la Révolution tranquille, la réapparition, la réappropriation du pays, dans ce qu\u2019un pays devrait soulever comme sentiments : l\u2019attachement, le souci, la sensibilité.Lire l\u2019amour.Je retranscris 100 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 ici une phrase qui me semble déterminante, plus que bien d\u2019autres, même si mon choix peut sembler arbitraire.Cette phrase nous a guidés, les étudiants et moi, pendant notre étude, et elle ouvre si bien le livre : Je m\u2019ennuie.Je m\u2019ennuie du fleuve comme d\u2019un être cher.Un manque ontologique.Il n\u2019est rien qui me ramène davantage à moi-même et à ce pays mien, que la pensée du fleuve, long squelette de mon être et de mon peuple, dont chaque vertèbre est une rivière flamboyante se jetant dans sa moelle épinière (p.9).Voilà une prémisse de départ qui donne bien le ton ! En même temps, elle sous-entend tout le propos du recueil, malgré la grande variété des textes qui le composent.C\u2019est bien entendu comme journaliste que Monique Durand nous fait connaître ces rives du Saint-Laurent qu\u2019elle aime autant.Mais en racontant les histoires de l\u2019Île-aux-Perro- quets ou des Îlets-Jérémie, en présentant Gaspé et Sept- Îles, des villages comme Gros-Morne ou Tête-à-la-Baleine, en parcourant la Basse-Côte-Nord, elle y joint le cœur : repasse par des souvenirs à elle, décrit, prend la défense de paysages, parle de gens, de pratiques, se soucie d\u2019une maison rénovée, d\u2019un mets local, d\u2019une chanson perdue, de la nature tout autour, et de l\u2019immensité.Elle rend éloquents des territoires rencontrés et développe une manière à elle qu\u2019on ne peut résumer à la seule saisie du détail pittoresque.Une émotion vient assurément donner à sa prose une ampleur qui ne relève pas uniquement du journalisme.L\u2019écriture amoureuse de Monique Durand nait ainsi de la rencontre entre deux modes d\u2019écriture, lyrique et journalistique.Il vaut à mon avis la peine d\u2019explorer cette forme littéraire pour des motifs sur lesquels je reviendrai plus tard.Néanmoins, à peine quelques paragraphes après l\u2019évocation de ce « manque ontologique » qui la ramène au fleuve, Durand explique : 101 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Mon travail de journaliste m\u2019a permis de quadriller le Saint-Laurent par tous les temps, de naviguer sur ses flots et au-dessus, d\u2019en apprendre les textures et fragrances, d\u2019accoster sur quelques-unes de ses îles, de l\u2019ingurgiter à gourmandes lampées.Ce métier qui, on dirait, avait été façonné pour moi, m\u2019a permis d\u2019écrire cette eau de notre chair comme journaliste donc, et comme écrivaine.D\u2019ailleurs, souvent les deux genres se confondent sous ma plume, comme le Saint-Laurent se confond avec la mer (p.15).Aimer, rendre justice à ce qui est négligé À quelques étudiants qui s\u2019initiaient pour une première fois à ce genre de texte, l\u2019attention que pose Monique Durand sur des détails pouvait donc par moments susciter plus de perplexité que de clarté.Le texte intitulé « Noëlline et Bertrand » est à cet égard assez intéressant.L\u2019écrivaine y parle de Gros-Morne en Gaspésie et des efforts de ses résidents pour revitaliser le village, en particulier ceux d\u2019un couple habitant la municipalité depuis leur naissance.L\u2019écrivaine nous fait découvrir la réalité de Gros-Morne de l\u2019intérieur, c\u2019est-à- dire en se concentrant sur l\u2019histoire du couple.Elle posera ensuite un regard plus général sur l\u2019état du village, révélant sa beauté et son originalité au lecteur.Une façon qui n\u2019a rien d\u2019anodin et qui permet de comprendre Gros-Morne à plus juste échelle, d\u2019éviter de juger du sort d\u2019un village « lointain » selon des normes qui lui sont externes.Le texte nous apprend d\u2019ailleurs que la municipalité avait fait l\u2019objet d\u2019une couverture médiatique plutôt défavorable.Se collant de près à la singularité de ce village de Gaspésie, Monique Durand nous aide à regarder plus justement Gros-Morne et rectifie le tir sur ce qui avait été jugé de manière péremptoire, voire grossière.Ce n\u2019est donc pas uniquement en cherchant à trouver ce que Gros-Morne a de charmant qui caractérise l\u2019approche de Monique Durand, mais c\u2019est en l\u2019investissant de l\u2019intérieur qu\u2019elle réussit à mieux le faire connaître.En l\u2019aimant, en quelque sorte. 102 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Le couple d\u2019inséparables a créé un îlot de beauté dans ce Gros-Morne qu\u2019on a déjà qualifié de « tiers monde du Québec ».Cette expression avait causé tout un émoi.Et blessé au-delà de ce qu\u2019ailleurs on a pu imaginer.D\u2019accord, Gros-Morne n\u2019est pas Mont-Tremblant.Mais l\u2019expression maudite a paru dans le journal alors même que le village avait entrepris de s\u2019administrer un grand coup de plumeau et de se donner une nouvelle fraîcheur.Nouveau bureau de poste, nouveau dépanneur, nouveau restaurant.Protection de la grève contre l\u2019érosion.Construction d\u2019un belvédère et d\u2019une aire de repos.Inauguration d\u2019une place des Fondateurs.Bref, embellissement généralisé.Les maisons ont été repeintes et fleuries.Comme si chaque propriétaire s\u2019était efforcé de donner au village un cachet qu\u2019il n\u2019avait jamais eu auparavant.Gros-Morne s\u2019offre maintenant au monde sans complexe (p.49).Ce point de vue révèle une éthique que semble suivre Monique Durand, une manière de dire (on pourrait même parler d\u2019une dé-ontologie, afin de faire écho au manque ontologique exprimé au début), notamment par sa façon de livrer sa critique.Ce point de vue évite de voir Gros-Morne comme si on l\u2019évaluait sous un angle strictement touristique, comme dans le cas de Mont-Tremblant.Détournés du réflexe stigmatisant de la comparaison, nous découvrons ainsi mieux la valeur du lieu et le dynamisme de sa communauté.Gros-Morne est reconnu pour ce qu\u2019il est.Il en va de la même démarche lorsque Monique Durand décrit Gaspé ou Sept-Îles.Elle fait alors voir la riche histoire de ces villes, fait resurgir l\u2019activité économique d\u2019antan dans celle d\u2019aujourd\u2019hui, explore la diversité sociale parfois insoupçonnée de ces ports de mer.Ici encore, elle informe, et sensibilise.Rend sensible.Elle décèle la 103 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 beauté dans des actes et des choses qui, d\u2019un point de vue disons plus métropolitain ou plus standardisé, risquent d\u2019être perçus avec complaisance ou carrément dans l\u2019indifférence.Faire connaître ces espaces, sous sa plume \u2013 par amour de ces lieux \u2013 c\u2019est ainsi leur rendre justice.Et avant les données et les statistiques, les gens du pays Par ailleurs, on ne peut pas lire Saint-Laurent mon amour sans avoir à l\u2019esprit la réalité de la baisse démographique que connaissent les régions visitées.Évidemment ici, le dossier n\u2019est pas simple.Au-delà des statistiques sur les populations concernées se profilent différents problèmes et défis très concrets qui vont de l\u2019offre de services à l\u2019état des infrastructures et aux emplois disponibles.Cela aussi, Durand l\u2019aborde.Cette diminution des populations touche les individus au cœur même de leur vie, les affecte, soulève souvent en eux le dépit, autrement la colère, sinon les pousse à la résilience, à la résistance.On prend bien connaissance de cela tout au long de la lecture.Par exemple, dans le texte intitulé « Basse-Côte-Nord immuable », cette réalité est mise en relief par la situation d\u2019un individu.Encore ici, malgré un enjeu complexe, le texte livre beaucoup, nous informe, mais évoque aussi, surtout.L\u2019écrivaine s\u2019approche de l\u2019intime tout en demeurant respectueuse de quoi et de qui elle traite.Elle aborde la décroissance qui affecte le village de Tête-à-la-Baleine, mais loin de s\u2019en tenir à des données, et de conclure trop rapidement à un déclin inévitable, elle présente le cas de cette personne qui, finalement, ne semble pas se soumettre fatalement à la situation ; elle la vit plutôt avec résilience.Ce Camille Monger, Durand en fait une figure de résistance, simplement en relatant quelques faits de son quotidien. 104 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Notre nacelle passe à côté de l\u2019île Providence, un gros caillou en rade de Tête-à-la-Baleine, le seul village entièrement francophone de la Basse-Côte-Nord.L\u2019île Providence est surmontée d\u2019une chapelle toute blanche comme une offrande à l\u2019immensité.D\u2019anciens résidents viennent encore s\u2019y marier parfois.Les filles de Tête-à-la-Baleine passaient pour les plus belles.Mais il n\u2019y a presque plus de filles aujourd\u2019hui dans ce coin de la Basse-Côte.Camille Monger cherche toujours sa douce et se désespère d\u2019en trouver une, la population locale ayant chuté en quelques années de 750 à 150, en raison de la diminution des activités de pêche.L\u2019homme a décidé d\u2019ouvrir un dépanneur.« On n\u2019avait plus de magasin ici.On était complètement dépendants des allées et venues du Bella Desgagnés.Le dépanneur permet aux gens de Tête-à-la- Baleine de s\u2019approvisionner plus normalement en nourriture.Et il me permet de gagner ma vie.» Camille a déjà hâte à la retraite.« Juste pour aller à la pêche et à la chasse tout le temps.» Pour lui, c\u2019est ça le paradis, et pas autre chose.Tandis que Bertha, la débardeuse, accomplit son travail au milieu des longs boudins de câble où elle semble aussi à l\u2019aise qu\u2019une ballerine dans son studio, un matelot lui adresse un grand signe d\u2019au revoir.Le Bella poursuit sa route de vagues et d\u2019étoiles.Je m\u2019en remets aussi à ces images qui terminent cet extrait, entre autres à cette « route de vagues et d\u2019étoiles » que suit le navire de ravitaillement Bella Desgagnés.Ces métaphores n\u2019ont pas seulement valeur d\u2019agrément, elles répondent bien à une manière de dire qui oriente le lecteur pour qu\u2019il comprenne à la fois rationnellement et émotivement la délicate situation de ce coin de la Basse-Côte-Nord. 105 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Le fleuve, un corps Par conséquent, on voit bien qu\u2019au-delà du grand fleuve, les gens rencontrés au fil de Saint-Laurent mon amour occupent une place déterminante.Un peu comme chez les habitants de l\u2019Île-aux-Coudres dans le célèbre Pour la suite du monde de Pierre Perrault, le territoire vit et parle à travers eux.Après tout, ce sont eux qui habitent villes et villages, qui s\u2019entraident, qui restaurent le patrimoine, en assurent la suite, incarnent un avenir, si tant est qu\u2019il existe.L\u2019idée d\u2019une parole collective traverse le recueil, comme un fleuve coule, et Durand cite ces gens en allant chercher en eux ce qui les relie le plus intimement aux lieux et incidemment, au fleuve.Cela a été très éclairant pour les étudiants et moi que de savoir ainsi lier le fleuve à ses habitants.Car ils peuplent le recueil.C\u2019est cette Carmen Robinson, la reine de l\u2019éperlan frit, qui a eu « envie de revoir le pays où elle avait grandi, sa Gaspésie » ; ce sont ces Noëlline et Bertrand de tantôt qui « construisent tout ce qu\u2019il est possible de construire pour rendre la vie agréable » ; Charles Kavanagh, héritier de survivants du naufrage d\u2019un navire irlandais, enraciné maintenant en Gaspésie, pour qui « [t]out ce qui est l\u2019Irlande lui est cher » ; Anik Boileau qui vit « juste à la frontière de Sept-Îles et de Uashat » et « est une passerelle en soi.» ; Anthony Dumas qui demande « pourquoi en sommes-nous encore à l\u2019écart du reste de la province ?», etc.Tous ces gens, bien réels, trouvent en Monique Durand un cœur intelligent face à ce qu\u2019ils vivent et à ce qu\u2019ils sont.Comme ils habitent ce fleuve et qu\u2019ils participent à son long cours, ils en viennent à prendre part à ce corps gigantesque, dont le flux est consubstantiel au corps social : « Toutes ces trajectoires ont fermenté dans le Saint-Laurent, où se sont 106 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 mêlés nos sangs.» (p.18) Et dans la même veine, c\u2019est effectivement ce fleuve qui se trouve à être le « squelette de [s]on être et de [s]on peuple » auquel Monique Durand dit appartenir : « Nous venons tous plus ou moins de cette lignée d\u2019océan, de mer et d\u2019eaux vives, de forêts, de lacs et de rivières où ont macéré notre petite et notre grande histoire dans les vents de l\u2019Atlantique.» (p.18) Pour une nouvelle ontologie du territoire Bref, avec les étudiants, nous avons ouvert cette piste de lecture.Cette écriture que je qualifie d\u2019amoureuse permet autant de soulever des préoccupations à propos des enjeux environnementaux, démographiques, sociaux, économiques, autochtones aussi, du développement des infrastructures et de la revitalisation, qu\u2019elle se veut le prolongement des rêveries de cette promeneuse solitaire, de ses regards et jeux menés dans l\u2019espace du Saint-Laurent.L\u2019imbrication du local au national, et du local à l\u2019international, est stimulante.En tout cas, elle l\u2019a fortement été pour le groupe ! J\u2019avancerais qu\u2019elle semble même jeter les bases d\u2019une articulation nouvelle de la littérature que l\u2019on qualifiait autrefois de « pays », sans distorsions politiques, idéologiques ou partisanes : l\u2019amour du pays pour ce qu\u2019il est, pris dans l\u2019état où il se trouve ; « pris », non pas dans le sens de conquis, mais « pris » dans le sens d\u2019accepté et de vécu ; senti aussi, non pas selon le cynisme contemporain, mais ressenti avec l\u2019espérance.Pieds nus dans l\u2019aube.Revenons sur la déclaration d\u2019amour initiale, qui permet cet alliage subtil entre le journalisme et la poésie, qui marie le symbolique à l\u2019information.D\u2019autres exemples pourraient aisément renforcer l\u2019idée que nous proposons.À propos d\u2019une initiative de centre d\u2019achats appartenant à la communauté des Innus d\u2019Uashat directement adjacent à la Ville 107 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 de Sept-Îles et de projets communs autour de croisières maritimes, elle rappelle que vivent proches voisins « deux peuples qui, depuis toujours, se côtoient sans trop se voir » et que « [d]es passerelles sont ainsi jetées sur le pont des bateaux de croisière et, tout doucement, sur les cœurs » (p.83).Que face à une Basse-Côte-Nord qui ne dispose pas encore d\u2019un réseau routier « [l]e reste du Québec et du monde ne sait rien ou presque de cette Basse-Côte-Nord faite d\u2019une quinzaine de villages non reliés entre eux » (p.100).Et à propos des résidents de cette région, elle écrit que « ce pays reste imprimé pour toujours au cœur de ceux et celles qui y sont nés » (p.105).Dans Saint-Laurent mon amour, le cœur demeure ainsi, on le constate bien, le leitmotiv incontournable qui permet une lecture plus fine du réel.« On ne voit bien qu\u2019avec le cœur », écrivait Saint-Exupéry.D\u2019aucuns diront que l\u2019idée n\u2019est pas nouvelle.C\u2019est bien vrai.Mais qu\u2019elle demeure difficile à incarner, et à développer ! J\u2019aime donc à croire que ce livre a la portée d\u2019un manifeste.Il a quelque chose d\u2019un refus global, ouvre une brèche dans le mur ; quelque chose d\u2019une nouvelle ode au Saint- Laurent, vibrant d\u2019enthousiasme.Ces dernières décennies, la mondialisation a assuré une croissance économique sans précédent des grandes villes.Mais elle a du même coup déterminé un cadre nouveau qui a favorisé la concentration des moyens de communication et des technologies dans ces grandes villes, au détriment parfois des régions et de ce qu\u2019on appelle les périphéries.L\u2019économie mondialisée a trouvé son attache la plus stimulante dans la qualité de vie vendue par une certaine conception de ce qui est urbain.Mais elle a fait abstraction du territoire, s\u2019est coupé de lui, l\u2019a fracturé.Par conséquent, il faut admettre que les enjeux sociaux et économiques ne sont pas totalement compréhensibles sans une nouvelle ontologie du territoire, qu\u2019un amour renouvelé du pays peut restaurer.C\u2019est ce qui me 108 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 semble ressortir de Saint-Laurent mon amour.Ce manque ontologique évoqué au début de cet article révèle que le territoire et ses établissements sont incompréhensibles si on ne fait que rationaliser notre regard sur eux, si on ne peut pas, au préalable, les vivre et les apprécier à leur juste valeur, les aimer.Ainsi, il s\u2019agit de se déprendre du préjugé sur Gros-Morne, relayé par la presse.De se déprendre du préjugé contre une poésie du terroir jugée passéiste.De reconnaitre l\u2019histoire aux multiples origines de la Gaspésie.De comprendre que l\u2019enjeu de la francisation se pose non seulement dans la grande région métropolitaine mais aussi dans une Basse-Côte-Nord qui est privé d\u2019un réseau routier digne du XXIe siècle et qui l\u2019éloigne du reste du Québec.Ce sont toutes ces idées à considérer qui me font dire que le territoire est encore, à ce jour, à revoir, à revisiter et à reconstruire.Et c\u2019est dans des gestes, minuscules, microscopiques en apparence, que se révèle son plein potentiel.Pour le voir, il importe d\u2019aiguiser notre regard pour le porter plus loin et le stimuler par une connaissance et une émotion fortes, structurantes.Je terminerai cette analyse en affirmant qu\u2019à mon sens, quelque chose de vibrant, voire de capital, est exprimé dans ce manque ontologique dont Monique Durand fait l\u2019aveu sincère au début de son livre.La philosophe américaine Martha C.Nussbaum a souvent insisté dans ses livres et conférences sur le rôle déterminant de la littérature dans l\u2019éducation à ces « émotions démocratiques » si importantes à la vitalité de la cité.L\u2019écriture de Monique Durand témoigne de cette intelligence des émotions qu\u2019a théorisée Nussbaum pour recouvrer le sens de nos vies citoyennes.C\u2019est en vertu de cette éthique qu\u2019il convient de lire adéquatement Saint-Laurent mon amour, pour voir et pour sentir 109 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 les raisons profondes qui font que cette écrivaine mariée à la journaliste porte son attention sur telle personne, qu\u2019elle la porte sur telle histoire, sur telle atmosphère.Durand, en cernant les contours de ces pays incertains et côtiers, en lointaine périphérie, fait voir qu\u2019ils sont ultimement : des centres en eux-mêmes.Elle embrasse large, elle le sait très bien, comme le fleuve l\u2019appelle à le faire.Elle nomme Gaspé, elle nomme Sept-Îles, elle nomme les Îlets-Jérémie, l\u2019Île- aux-Perroquets, Mingan, Blanc-Sablon et Anticosti, et cette Basse-Côte-Nord immuable, et elle aime et accepte ces lieux dans leurs multiples dimensions.Savoir saisir les choses en elles-mêmes, sans point de comparaison \u2013 car toute chose en ce monde n\u2019est-elle pas incomparable ?\u2013, c\u2019est ce qui surgit dans le cœur lorsqu\u2019il est amoureux : il rend unique ce qu\u2019il voit.MONIQUE DURAND Saint-Laurent mon amour Mémoire d\u2019encrier, 2017, 160 pages 110 Articles Deux rééditions des fantastiques Mémoires de guerre du général de Gaulle viennent de paraître.Un authentique chef-d\u2019œuvre.L\u2019un des livres marquants du XXe siècle.Si vous ne lisez qu\u2019un livre cette année, que ce soit celui-là ! Le premier tome aurait dû obtenir le prix Nobel de littérature en 1954, si Churchill ne l\u2019avait eu l\u2019année d\u2019avant.Charles de Gaulle admirait Chateaubriand.C\u2019était sa référence, avant Péguy, avant son ami Malraux, avant Bernanos, avant Mauriac.Cet homme né à la fin du XIXe siècle s\u2019est taillé un destin voué à la grandeur de la France.Jean-Louis Crémieux-Brilhac, grand résistant, dira de lui : « la plus atypique personnalité française d\u2019homme d\u2019État depuis Bonaparte ».Déjà l\u2019incipit de ses Mémoires dit tout : « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France.Le sentiment me l\u2019inspire aussi bien que la raison ».Enfant, Charles de Gaulle buvait les paroles de son grand- père, historien du Moyen-Âge, et de son père, lui aussi historien et professeur de littérature au collège Sainte- Geneviève à Paris, une référence.Henri de Gaulle avait combattu contre l\u2019armée allemande aux portes de Paris, en 110 Notes critiques 80e anniversaire de l\u2019appel à la résistance du 18 juin 1940 Deux rééditions des Mémoires de guerre du général de Gaulle Jean Chartier* * Journaliste et romancier. 111 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 1871, après de la défaite de Napoléon III à Sedan, qui se solde par la cession de l\u2019Alsace-Lorraine à l\u2019Allemagne.C\u2019est un sujet dont Henri de Gaulle entretient son deuxième fils, ce qui explique la vocation militaire de Charles, malgré son attrait pour l\u2019histoire de France, pour la littérature, pour la philosophie.Charles de Gaulle est pétri de l\u2019histoire de France, de ses mille ans de combat.Le jeune Charles voit que la troisième République se dirige vers une nouvelle guerre.Il termine ses études à l\u2019école de guerre.Lieutenant à 23 ans quand la guerre est déclarée, le voilà déjà au front en août 1914, à Dinant, la frontière belge.De Gaulle voit les Allemands tirer à la mitraillette sur ses hommes, du haut de la citadelle.Debout, en avant, le lieutenant mène ses soldats au combat ; au quinzième jour de la guerre, il est foudroyé d\u2019une balle au péroné.Il tombe, quasi paralysé, et doit se traîner à l\u2019abri dans une maison voisine.Après une opération et une brève convalescence, le revoici au combat dans les tranchées, à Châlons-sur-Marne.Bientôt remarqué, il est nommé adjoint du colonel.Encore blessé en mars 1915, à la main gauche, évacué dans le premier hôpital, il rejoint néanmoins son régiment, dès le 13 juin 1915.De Gaulle se révèle un fin analyste militaire, on le constate déjà à ses Lettres, notes et carnets de jeunesse.En février 1916, il est envoyé sur les collines de Douaumont, alors que la grande offensive allemande est déclenchée sur Verdun.Il monte un coteau avec ses hommes, quand il est encerclé par les Allemands et blessé d\u2019un coup de baïonnette ; il tombe sans connaissance, le 2 mars 1916, et est fait prisonnier.Il sera soigné de l\u2019autre côté du Rhin, puis interné au camp d\u2019Osnabrück, dont il tentera de s\u2019évader cinq fois. 112 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Tenu pour mort Porté disparu en France, il est tenu pour mort et cité à l\u2019ordre de l\u2019armée.De Gaulle aura donc été blessé trois fois à la guerre de 14, comme Maurice Genevois, l\u2019écrivain des six premiers mois de la Grande Guerre, qui écrivit le formidable récit, Ceux de 14.Prisonnier, de Gaulle se définit un nouveau combat.Il tient des conférences à ses camarades, opinant sur la façon dont la guerre aurait dû être menée du côté français.Il réécrit les événements, avec une nouvelle stratégie militaire.Déjà, cet homme choisit son destin, trace la voie pour les officiers et les soldats, leur donnant espoir, même en prison.Au cours d\u2019octobre 1917, avec ses compagnons évadés, il est repris, après dix jours de marche, et sanctionné par plusieurs semaines d\u2019arrêts de rigueur.Libéré à l\u2019armistice, il voudra retourner sur une scène de combat.On l\u2019envoie en Pologne, dès janvier 1919, à titre d\u2019instructeur militaire dans l\u2019armée polonaise aux prises avec l\u2019Armée rouge.Dans l\u2019état-major opérationnel, il encadre des unités de combat, conseille un colonel du front.À son retour en France, en mai 1920, de Gaulle est affecté au cabinet du ministre de la Guerre et devient professeur à l\u2019École militaire.Bientôt, il publie un livre et conteste l\u2019enseignement officiel à Saint-Cyr.L\u2019homme a trente ans et il contredit les vieux généraux de la guerre de 14.Vite, il aura la hiérarchie militaire contre lui.Chef de bataillon, en septembre 1927, il est nommé chef du 2e bureau à Beyrouth, puis au Secrétariat général de la Défense nationale à Paris.Pétain lui demandera d\u2019écrire un livre pour lui, ce que fera de Gaulle, mais à la fin il refusera que ses idées soient édul- 113 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 corées par Pétain ; car de Gaulle est pour la guerre de mouvement, pas pour une défense statique, celle des vieux généraux, comme dans les tranchées de 14, pas pour une simple ligne Maginot.L\u2019officier forge son destin et il a du génie.En 1934, il publie Vers l\u2019armée de métier qui déclenche l\u2019opposition de Pétain et du général Weygand, celui-là même qui demandera à ses hommes de déposer les armes en juin 1940, en tant que général en chef.Le lieutenant-colonel de Gaulle prend aussi contact en 1934 avec le député radical Paul Reynaud, qu\u2019il rallie à ses thèses ; c\u2019est lui qui le fera nommer en mai 1940 général à titre temporaire, puis sous-secrétaire d\u2019État à la Guerre, quand la ligne de front s\u2019effondrera, quand tout sera décidé par les vieux généraux défaitistes.Alors, Reynaud et Mandel chargeront de Gaulle de nouer à Londres une alliance avec Churchill.Convaincre Léon Blum En 1936, de Gaulle tente de convaincre le nouveau président du conseil, Léon Blum, de changer la politique de défense nationale et de créer d\u2019urgence une armée blindée française.Le chef du Front populaire est séduit par la proposition de Gaulle, mais il ne donne pas suite, en raison de l\u2019opposition des pacifistes.De Gaulle est affecté, en 1937, à titre du commandant du régiment de chars basé à Metz ; on l\u2019appelle « le Colonel Motors ».Il veut que la France se prépare à la guerre mobile et n\u2019attende pas d\u2019être attaquée par les Allemands.Voilà l\u2019homme qui écrira de 1948 à 1954 en trois volumes ses Mémoires de guerre, le récit de cette lutte inouïe, de mai 1940 à janvier 1946, moment de sa démission comme chef du gouvernement provisoire de la République.Au grand étonnement des chefs de parti. 114 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Charles de Gaulle évoque ces six années de fer et de feu, d\u2019entraves aussi par les alliés, sans jamais abandonner ni s\u2019apitoyer sur son sort, toujours focalisé sur le combat et la grandeur de la France.Il écrit dès le départ : « Notre pays\u2026 doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit.Bref, à mon sens, la France ne peut pas être la France sans la grandeur ».Dès janvier 1940, constatant l\u2019impuissance de l\u2019État et des généraux en poste, le colonel de Gaulle adresse une supplique au sommet de l\u2019État.Il est évidemment habité par la stratégie militaire, il écrit : « le 26 janvier, toutefois, je tentai un dernier effort.Aux 80 principales personnalités du gouvernement, du commandement, de la politique, j\u2019adressai un mémorandum destiné à les convaincre que l\u2019ennemi prendrait l\u2019offensive avec une force mécanique, terrestre et aérienne, très puissante\u2026 qu\u2019il fallait décider tout de suite la création de l\u2019instrument voulu ».Le malheur, c\u2019est que son avis ne fut pas suivi.Au premier chef, son combat se livre contre les hommes de la défaite, contre Pétain, contre Gamelin, contre Weygand, contre l\u2019amiral Giraud, contre Darlan.Il y a aussi un combat lancinant contre Roosevelt qui préfère reconnaître Pétain et ses généraux de paille, compromis avec les nazis, plutôt que de Gaulle et ceux de la France libre, car Roosevelt ne va pas aider la France libre, il va même lui nuire, il ne l\u2019arme pas, mal conseillé par Jean Monnet, par Saint-John Perse, par d\u2019autres.Roosevelt ne veut pas associer de Gaulle et les hommes de la France libre à la libération de l\u2019Algérie, du Maroc, de la Tunisie, du Liban, de la Syrie.Il préfère les hommes de la défaite de la France pour discréditer de Gaulle qui cherche à rallier les troupes françaises au sein des colonies.Lui, Roosevelt, préfère la neutralité des troupes françaises de Pétain à leur engagement avec la France combattante, pour 115 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 que l\u2019Empire français n\u2019existe plus à la libération.Mais, de Gaulle ne cède pas d\u2019un pouce en Afrique et au Proche- Orient, il tente plutôt à chaque occasion de rallier les troupes françaises, malgré Pétain.Jusqu\u2019à l\u2019arrivée d\u2019Eisenhower qui comprendra la réalité du terrain et entendra de Gaulle.Les formidables recrues À Londres, de Gaulle reçoit des recrues extraordinaires, son aide de camp Geoffroy de Courcel, l\u2019officier d\u2019Har- court, le capitaine de frégate Thierry d\u2019Argenlieu, le colonel Passy, le colonel Leclerc, le commandant Kiefer, le commandant Kœnig, le général Cochet, André Philip, Jacques Soustelle, Marchand, Palewski, Pleven, Schumann, Cassin, Jean Moulin, Pierre Brossolette, Étienne d\u2019Orves, les chefs de la résistance sud, Pierre Fresnay, Emmanuel d\u2019Astier de la Vigerie, Jean-Pierre Lévy, le général Delestrain, l\u2019amiral Muselier ; en Afrique des généraux Catroux, Legentilhomme, Larminat, Juin, de Lattre de Tassigny ; Fernand Grenier pour le Parti communiste.De Gaulle fait le point six semaines après son arrivée à Londres : « Fin juillet, le total de nos effectifs atteignait à peine 7000 hommes ».Mais à compter de 1942, la résistance intérieure est appuyée par la France combattante dans les colonies françaises, grâce justement à la persévérance de De Gaulle.Pourtant, cela avait mal commencé en juillet 1940, avec la destruction par la flotte britannique de la marine française au mouillage à Mers El-Kébir.De Gaulle aurait voulu rallier ces marins français.Mis devant le fait accompli, non informé à l\u2019avance, déchiré, de Gaulle demande néanmoins aux Français, la gorge serrée, à la radio de la BBC, d\u2019appuyer les Britanniques et de rallier la France libre. 116 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Alors, le 3 août 1940, le tribunal militaire de Pétain condamne de Gaulle à la peine de mort et ordonne la confiscation de ses biens pour trahison.Aussitôt, de Gaulle retourne à l\u2019ambassadeur de France à Londres son avis de condamnation et sa convocation au tribunal.Après 75 jours à Londres, dès le 31 août, de Gaulle s\u2019embarque sur un destroyer avec l\u2019amiral Cunningham, à destination de Dakar, où il y aura un combat contre des Français en raison du refus du commandant en poste de rallier la France libre.« Quelque sinistre que fût cette canonnade, écrit de Gaulle, il me sembla qu\u2019elle avait quelque chose d\u2019hésitant ».Aussi il donna l\u2019ordre à des émissaires d\u2019entrer dans le port pour négocier.Mais ils sont mal reçus.« Ce que voyant les envoyés regagnèrent les vedettes.Tandis qu\u2019elles s\u2019éloignaient, des mitrailleuses firent feu sur elles ».Secoué par cette division des Français, de Gaulle confie son angoisse au prêtre combattant blessé, Thierry d\u2019Argenlieu, qui le convainc de continuer le combat malgré son déchirement.Alors, de Gaulle demande à Cunningham de le déposer à Douala, au Cameroun, où il reçoit un accueil triomphal, un baume à la blessure.Il prend un avion et échappe de peu à un accident, parvenant à Fort Lamy, au Tchad.Là, le gouverneur Félix Eboué se rallie à de Gaulle, premier chef d\u2019État africain à le faire.Le général Catroux, l\u2019aîné de de Gaulle, fait de même.En octobre 1940, à Brazzaville, de Gaulle crée le Conseil de défense de l\u2019Empire, visant à « diriger l\u2019effort français dans la guerre ».À Libreville, au Gabon, à l\u2019instar de Napoléon, il institue l\u2019ordre de la Libération, qui reconnaîtra peu à peu 1000 fidèles d\u2019entre les fidèles.De Gaulle regagne Londres après 75 jours en Afrique.Il a signifié que le combat des colonies françaises commence 117 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 pour la France libre, pas seulement sur le territoire de France.Le 1er mars 1941, la colonne du général Leclerc, partie du Tchad, s\u2019empare, malgré un armement désuet, de l\u2019oasis de Koufra, en Lybie, lors d\u2019un combat contre les soldats de Rommel.De Gaulle repart pour Khartoum, au Soudan ; il passera 160 jours en Afrique et au Proche-Orient, pour obtenir des ralliements.Il oriente le combat au Caire, à Damas, à Beyrouth.L\u2019affrontement entre les troupes de Vichy et celles de la France libre est vif déjà en Syrie, au Liban.À la demande de Roosevelt, les autorités britanniques reconnaissent les autorités vichystes en Syrie.Alors, le général Catroux proclame l\u2019indépendance de la Syrie, sous la recommandation de De Gaulle.Interdit de BBC À son retour à Londres, le 1er septembre 1941, de Gaulle est interdit de BBC.Churchill suspend ses contacts avec lui 15 jours.Le 25 octobre, de Gaulle a son premier entretien avec Jean Moulin, l\u2019ancien préfet, qui se met à sa disposition.Plus tard surviendra le combat des hommes de Kœnig, à Bir Hakeim, 3500 soldats français contre les troupes de Rommel, dix fois plus nombreuses ; ils ont tenu le point de défense assigné par les Britanniques qui se réorganisaient plus loin et coupaient les approvisionnements en pétrole.À la nouvelle de leur résistance victorieuse, le 10 juin 1942, de Gaulle en a des sanglots.Il y fait allusion dans le premier jet de ses mémoires, un passage qu\u2019il biffera avant la publication du livre.Il est comme ça de Gaulle.Mais il télégraphie son bonheur au commandant : « Général Kœnig, sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil ». 118 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 C\u2019est la première grande victoire de la France combattante.Aussitôt, le 14 juillet 1942, de Gaulle proclame en effet que la France libre devient la France combattante.Et le 5 août, de Gaulle part pour Le Caire ; le ministre britannique Casey veut qu\u2019il déclenche des élections en Syrie et au Liban et qu\u2019il proclame l\u2019indépendance.De Gaulle refuse que les Britanniques décident de la marche politique des affaires intérieures des colonies françaises.Il se rend à Beyrouth où il est acclamé par la foule, il fixe sa mission à Leclerc et revient à Londres le 25 septembre 1942.Peu après, il reçoit Jean Moulin et les principaux chefs de la résistance intérieure de France, auxquels il impose Jean Moulin comme chef du comité des mouvements de résistance de la zone non occupée.Et le 8 novembre, c\u2019est le débarquement anglo-américain au Maroc et en Algérie.Tenu à l\u2019écart de la préparation, de Gaulle s\u2019insurge auprès de Churchill.Néanmoins, à la BBC, il adjurera les forces françaises d\u2019Afrique du Nord de ne pas s\u2019opposer au débarquement allié.Pourtant, les Anglo-Saxons nomment l\u2019amiral Darlan, un homme de Pétain, qui a serré la main d\u2019Hitler, haut-commissaire pour l\u2019Afrique du Nord.Mais, Darlan sera assassiné à Alger le 24 décembre, par un Français révolté de sa nomination.En janvier 1943, Fernand Grenier, député communiste, vient annoncer à de Gaulle que le PCF se rallie à la France combattante.Les Américains, eux, jettent leur choix sur le général Giraud qu\u2019abhorrent les résistants.Néanmoins, de Gaulle se rend à Casablanca pour la conférence convoquée par Roosevelt, Churchill et Giraud.Mais il rejette la proposition d\u2019un triumvirat avec des généraux de Vichy.Quand il rentre à Londres, il rencontre Jean Moulin et le général Delestraint, en février 1943.Ils réussiront à unir les factions de la résistance en France, avant de mourir. 119 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Le départ de Londres pour un an en Afrique du Nord Le 31 mai, de Gaulle part pour Alger.Pendant un an, il rayonnera sur l\u2019Afrique et le Proche-Orient.Il crée le Comité français de libération nationale, l\u2019embryon du gouvernement provisoire français.Il rencontrera Eisenhower qui lui confiera, le 30 décembre 1943, avant son départ pour Washington : « J\u2019avais, dit-il, été prévenu à votre égard dans un sens défavorable.Aujourd\u2019hui, je reconnais que ce jugement était erroné.Pour la future bataille, j\u2019aurai besoin, non seulement du concours de vos forces, mais encore de l\u2019aide de vos fonctionnaires et du soutien moral de la population française.Il me faut donc votre appui et je viens vous le demander.À la bonne heure ! lui dis-je.Vous êtes un homme ! Car vous savez dire : j\u2019ai eu tort.» Après tant de difficultés, Eisenhower assurera de Gaulle de sa loyauté pour l\u2019avenir des combats : « Je ne connaîtrai pratiquement en France d\u2019autre pouvoir français que le vôtre », lui assure-t-il.De Gaulle d\u2019ajouter : « Je lui indiquai, alors, que nous aurions probablement l\u2019occasion de manifester notre entente à propos de la façon dont serait libéré Paris.Il faudra, lui dis-je, que ce soient des troupes françaises qui s\u2019emparent de la capitale.En vue de cette opération, il s\u2019agit qu\u2019une division française soit transportée à temps en Angleterre, comme nous, Français, l\u2019avons demandé.Eisenhower acquiesça.» Peu après, en janvier 1944, se tient la conférence de Brazzaville où il vante la mission civilisatrice de la France ; il y déclare que le devoir national consiste à aider les peuples de l\u2019Empire « à s\u2019élever peu à peu jusqu\u2019au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires ».C\u2019est la doctrine de la décolonisation qui prend forme. 120 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Le 1er février 1944 sont créées les Forces françaises de l\u2019intérieur (FFI).De Gaulle ne quittera Alger pour Londres que le 3 juin 1944, convoqué par Churchill, juste avant le débarquement en France.Il se rendra à Courseulles, sur La Combattante, le 14 juin ; il reçoit un accueil triomphal à Bayeux.Il rencontre le général en chef Eisenhower à son quartier général de Normandie et l\u2019informe de la reprise en main des communes libérées de France par des Français issus du gouvernement provisoire.Le 16 juin, de Gaulle retourne à Alger pour réorganiser son état-major.À l\u2019invitation pressante de Roosevelt, il se rend à Washington et New York, où il reçoit un accueil triomphal, avant de faire un saut à Québec, le 11 juillet 1944, à Ottawa et à Montréal.Le débarquement de la 1re armée française en Provence De retour à Alger, il s\u2019adressera à l\u2019Assemblée provisoire et soulignera l\u2019importance des combats des forces françaises en Méditerranée et de la résistance sur le sol national.Le 15 août 1944, c\u2019est le débarquement de la 1re armée française en Provence.Le général de Gaulle quitte Alger pour la France et, le 20 août 1944, il rencontre Eisenhower aux confins de la Normandie.Il lui demande alors de ne pas éviter Paris, que les Américains ont pour instruction de contourner.Le 22 août, Eisenhower consent à donner ordre à la 2e division blindée du général Leclerc, qu\u2019il a fournie en chars, de marcher sur la capitale.De Gaulle rejoint Leclerc et Rol Tanguy à la gare Montparnasse, le 25 août, où ils viennent d\u2019accepter la reddition du général allemand.De Gaulle se rend au ministère de la Guerre, à la Préfecture de police et à l\u2019Hôtel de Ville de Paris pour le fameux discours.Bientôt, de 121 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 Gaulle fera une nouvelle demande à Eisenhower : l\u2019autorisation de libérer l\u2019Alsace et la Lorraine, puis de participer aux combats en Allemagne.En même temps, il ordonne aux FFI de déposer leurs armes, pour éviter la guerre civile, et d\u2019intégrer l\u2019armée française.Il armera 15 divisions françaises.Le 11 novembre 1944, de Gaulle reçoit Churchill et Eden à Paris et il leur fait un triomphe.Et il amène Churchill sur le front de Lorraine.Puis, la 2e division blindée de Leclerc libère Strasbourg, le 22 novembre 1944, après une opération éclair à partir d\u2019un terrain difficile dans les Vosges.Leclerc, c\u2019est l\u2019alter ego de de Gaulle, sa fierté.Il est lui aussi pour la guerre de mouvement.En mars 1945, de Gaulle ordonne au général de Lattre de Tassigny de franchir le Rhin et de s\u2019emparer des villes allemandes de Karlsruhe et de Stuttgart.Puis, le 8 mai 1945, quand les forces allemandes capitulent à Reims, il y a un général français et de même le 9 mai à Berlin.De Gaulle a imposé la présence du général de Lattre à cette capitulation de Berlin, ce qui sidère les Allemands.Cela expliquera que la France soit l\u2019une des quatre puissances occupantes à Berlin et qu\u2019elle siègera au Conseil de sécurité des Nations unies.De Gaulle rendra visite à la 2e division de Leclerc dans la plaine d\u2019Augsbourg et il écrira à ce propos : « Je songeais\u2026 qu\u2019il n\u2019eût tenu qu\u2019à nous-mêmes de disposer, six ans plus tôt, de 7 divisions semblables et d\u2019un commandement capable de s\u2019en servir ».La reconstruction de la France au pas de charge Dès octobre, de Gaulle signe l\u2019ordonnance de l\u2019assurance sociale pour tous les salariés, celle du droit de vote des femmes, les ordonnances de reconstruction des ponts, des chemins de fer, de la nationalisation des grandes banques, 122 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 des transports aériens, des mines de houille, des aciéries, de l\u2019industrie automobile.De Gaulle écrit à la vue de la France martyrisée : « Je me fais l\u2019effet de Macbeth devant la marmite des sorcières ».Tout est à reconstruire : « Dans les villes, point de chauffage ! Car le peu de charbon qui sort des mines est réservé aux armées, aux chemins de fer, aux centrales, aux industries de base, aux hôpitaux ».Au pas de charge, de Gaulle veut la reconstruction de la France, routes, ponts, logements, centrales électriques, chemins de fer et, le 26 janvier 1946, à la surprise générale, devant la renaissance des factions au sein des partis politiques, le général de Gaulle remet sa démission à titre de président du gouvernement.Tel est le corpus brûlant de ces 600 pages de Mémoires de guerre, le récit de six ans de combats divers et variés, un long parcours pour redonner à la France sa force et sa fierté.Pourtant, on termine avec regret ce livre à nul autre pareil, écrit par un génie.C\u2019est le chef-d\u2019œuvre du général de Gaulle.Lisez-le, vous ne le regretterez pas ! Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, nouvelle édition en 616 pages, suivie de Mémoires d\u2019Espoir, interrompus par la mort, et de ses Discours et messages, Plon, 1584 pages en tout, 2020.Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Mémoires d\u2019Espoir et Appendices, Nouvelle édition de la Pléiade (Introduction de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, le bras droit de Charles de Gaulle à Londres), Bibliothèque de la Pléiade, n° 465, 1648 pages, 2020.Julian Jackson, De Gaulle : une certaine idée de la France, Seuil, 790 pages, 2019. 123 Notes critiques André Binette* La construction d\u2019un ordre constitutionnel distinct au Québec GUILLAUME ROUSSEAU, AVEC LA COLLABORATION DE ÉRIC POIRIER, NICOLAS PROULX, IDRISS MOUKAGNI, FRANÇOIS CÔTÉ ET CHIARA MARA-BOLDUC Loi sur la laïcité de l\u2019État commentée et annotée : philosophie, genèse, interprétation et application Les Éditions Revue de droit de l\u2019Université de Sherbrooke, 3e trimestre 2020, 691 pages Cet ouvrage est important.Sa lecture attentive est un passage obligé pour tout juriste et tout citoyen qui veut réfléchir de manière rigoureuse à la Loi sur la laïcité de l\u2019État, aussi connue sous le nom de loi 21 (« la Loi »), et qui désire comprendre ses effets considérables sur l\u2019ensemble du droit québécois.L\u2019auteur principal a été l\u2019un des principaux conseillers du gouvernement du Québec dans la préparation et la rédaction de la Loi.Il nous donne ici, avec son équipe de collaborateurs, un texte fouillé et méthodique, dont les mises à jour nécessaires seront autant de jalons dans l\u2019évolution de débats sociaux majeurs pendant de nombreuses années.La préface est de Me Julie Latour, ancienne bâtonnière du Barreau de Montréal qui s\u2019est illustrée par ses nombreuses interventions en faveur d\u2019une laïcité québécoise.* Constitutionnaliste. 124 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 L\u2019analyse de la Loi est précédée d\u2019un chapitre éclairant sur ses fondements philosophiques et intellectuels.Les trente- six articles, de même que le titre, les huit considérants du préambule et chacune des trois annexes, sont longuement analysés.Chaque disposition est suivie des commentaires des auteurs, des commentaires du ministre responsable à l\u2019Assemblée nationale (devant cette Assemblée ou en commission parlementaire), des commentaires du ministère du Conseil exécutif dans les notes explicatives qui accompagnaient le projet de loi, des amendements adoptés ou rejetés au cours du processus parlementaire, des dispositions pertinentes d\u2019une loi sur la neutralité religieuse de l\u2019État adoptée par le gouvernement précédent (la loi 62) qui a été profondément modifiée par la loi 21, de références à des projets de loi antérieurs qui ont pu influencer la rédaction de la Loi, de références à des lois connexes ou similaires, d\u2019extraits du rapport de 2008 de la Commission Bouchard- Taylor, de passages de la littérature spécialisée rédigés par divers experts, d\u2019une analyse de la jurisprudence à ce jour sur la loi 21, d\u2019une analyse de la jurisprudence antérieure qui demeure pertinente, et de références à des éléments comparables du droit étranger.La Loi sur la laïcité de l\u2019État transforme le droit québécois en profondeur, bien au-delà de la simple interdiction de porter certains signes religieux.Après la Charte des droits et libertés de la personne, la Charte de la langue française et la Loi sur l\u2019exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l\u2019État du Québec (la loi 99), elle est une nouvelle contribution majeure à la construction inédite d\u2019un droit constitutionnel proprement québécois.Elle nous rapproche du jour de l\u2019adoption d\u2019une Constitution du Québec.Elle nous rappelle que le droit constitutionnel est un élément notable de la culture et de l\u2019identité d\u2019une nation.Ses effets iront peut-être beaucoup plus loin que ce 125 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 que prévoyaient certains de ses auteurs.Elle pourra même contribuer à remettre en question la monarchie, qui réserve la fonction de notre chef d\u2019État au chef de la religion anglicane dans un État étranger.Il est impossible d\u2019explorer l\u2019ensemble de ces ramifications dans le cadre étroit de cette recension.L\u2019inscription par la loi 21 du principe de laïcité dans la Charte des droits du Québec heurte de plein fouet la reconnaissance de la souveraineté de Dieu dans le préambule de la Charte canadienne et la clause du multiculturalisme de l\u2019article 27 de celle-ci.Ce préambule et cette clause conditionnent l\u2019interprétation et la mise en œuvre des chartes des droits par les juges des tribunaux supérieurs nommés uniquement par le gouvernement canadien.Il en est résulté une jurisprudence qui place la liberté de religion individuelle au sommet des droits fondamentaux, ce qui favorise l\u2019intégrisme religieux au détriment du bien public.Cette jurisprudence est contraire au principe de laïcité.Elle est profondément étrangère aux valeurs laïques de la vaste majorité des citoyens du Québec qui s\u2019identifient à la nation québécoise.Une incompatibilité constitutionnelle radicale est en train de se dessiner.La Charte canadienne est un élément central de la Loi constitutionnelle de 1982 qui a été imposée au Québec, qu\u2019aucun gouvernement du Québec n\u2019a signée et qui est interprétée uniquement par des juges fédéraux.Le Canada est dans un profond déni parce qu\u2019il continue de croire que cette situation est normale, équitable et acceptable pour le Québec.En réalité, elle est instable et explosive, et le détonateur de l\u2019explosion risque fort d\u2019être la Loi sur la laïcité de l\u2019État.Les Québécois pourraient devoir choisir un jour entre la Charte québécoise et la Charte canadienne, si les tribunaux fédéraux n\u2019ont pas la sagesse d\u2019accommoder la différence de la nation 126 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 québécoise dans ses choix démocratiques, légitimes et fondamentaux.Si le pouvoir judiciaire canadien n\u2019a pas cette sagesse, il se remettra lui-même en question.Un système judiciaire repose sur la confiance des citoyens et sur l\u2019apparence d\u2019impartialité.En réalité, c\u2019est la Loi constitutionnelle de 1982 qui est en procès et non la loi 21, parce que l\u2019ordre constitutionnel québécois, qui repose sur un ferme consensus qui est tout à fait raisonnable sur le plan international, prévaudra sur l\u2019ordre constitutionnel canadien en raison de sa légitimité supérieure, et ce quel que soit le statut politique du Québec.La construction d\u2019un ordre constitutionnel distinct au Québec est, avec la loi 21, en train d\u2019atteindre un point de non-retour.Ou bien le Canada accommodera la diversité profonde fondée sur la reconnaissance de la nation québécoise et de ses choix, ou bien il éclatera, parce que la nation québécoise continuera de se construire avec ou sans le Canada.Affirmer le contraire, c\u2019est exiger que le Québec se soumette à une profonde mystification de la raison d\u2019État canadienne, et accepte le conditionnement psychologique moralisateur qui ne découle le plus souvent de rien d\u2019autre qu\u2019une profonde hostilité à l\u2019égard de l\u2019idée même d\u2019une nation québécoise.Cette hostilité est au cœur de la Loi constitutionnelle de 1982, et constitue son projet constamment réitéré.La vérité irréfutable, c\u2019est que la loi 21 inscrit le Québec dans le camp modéré des démocraties occidentales avancées sur la question de la laïcité.Les enragés de la religion civile de la Charte canadienne comme Charles Taylor sont viscéralement incapables de le reconnaître.Non seulement les dispositions de lois beaucoup plus contraignantes que la loi 21 ont été déclarées valides à maintes reprises par la Cour européenne des droits de l\u2019homme, qui a juridiction sur des centaines de millions de personnes et est l\u2019un des plus importants tribunaux au monde, mais il est clair que la 127 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 jurisprudence américaine accepterait la validité de la loi 21 également.Les deux plus grands systèmes juridiques mondiaux sont contraires à la position canadienne.Le comble, c\u2019est qu\u2019on demande au Québec de justifier le caractère raisonnable de ses atteintes à la Charte canadienne, alors que ce qui est vraiment déraisonnable, c\u2019est précisément cette Charte elle-même, telle qu\u2019elle est interprétée par des juges fédéraux à l\u2019impartialité plus qu\u2019incertaine, puisqu\u2019ils ont été soigneusement choisis après un filtrage idéologique bien connu de l\u2019État canadien.Le Canada va à sa perte avec un tel aveuglement.Si les tribunaux canadiens devaient déclarer la Loi et sa clause dérogatoire inconstitutionnelles, ils confirmeraient que la Constitution de 1982 est une nouvelle manifestation de l\u2019effectivité canadienne au détriment du Québec qui existe depuis la Conquête, et qu\u2019elle est incapable d\u2019accommoder la diversité réelle parce qu\u2019elle préfère une diversité de surface qui nie les faits sociaux élémentaires.La négation du réel conduit à terme un système juridique à la caducité.L\u2019étendue de l\u2019intolérance et de l\u2019hystérie canadiennes envers la Loi, même dans les milieux juridiques où le discours contre la laïcité québécoise devient souvent irrationnel, n\u2019augure rien de bon pour la stabilité et l\u2019avenir du Canada.La loi 21 est probablement un catalyseur pour une évolution prochainement accélérée et décisive du Québec et du Canada.La question posée au fond par la Loi sur la laïcité de l\u2019État est de savoir s\u2019il est possible d\u2019obtenir par la voie judiciaire une reconnaissance de la nature distincte de la nation québécoise, et de la légitimité constitutionnelle de ses choix, qu\u2019il n\u2019a pas été possible d\u2019obtenir par la voie politique.Le Canada joue gros dans cette affaire.On sait ce qui est arrivé quand certains projets de réforme constitutionnelle ont échoué.Le 128 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 déni canadien ne pouvait qu\u2019avoir un temps, qui a fini par durer un quart de siècle, mais tôt ou tard la réalité devait s\u2019imposer sous une forme ou sous une autre.Elle a pris la forme de la Loi sur la laïcité de l\u2019État.Il existe quelques signes de bonne volonté dans la jurisprudence de la Cour suprême.Elle a signalé que l\u2019inscription de la laïcité dans une loi fondamentale aurait un impact sur son interprétation des chartes des droits.Elle a décidé que la garantie constitutionnelle de trois juges québécois à la Cour suprême était une forme de respect pour les valeurs québécoises.Elle a jusqu\u2019ici accepté que l\u2019usage de la clause dérogatoire n\u2019exigeait que des conditions de forme et qu\u2019elle ne pouvait pas s\u2019interroger sur le bien-fondé d\u2019une telle mesure1.Mais elle refuse d\u2019importer les notions- clés de marge d\u2019appréciation nationale et de nécessité de maintenir l\u2019équilibre social, qui sont déterminantes dans la jurisprudence européenne, précisément parce qu\u2019elles sont incompatibles avec le projet idéologique canadien.On peut supposer que si les juges des tribunaux supérieurs étaient nommés par le gouvernement du Québec, ils donneraient 1 La décision majeure de la Cour suprême sur ce point est l\u2019arrêt Ford de 1988, qui a invalidé la disposition de la Charte de la langue française qui imposait l\u2019affichage public en français seulement.La Cour suprême a appuyé sa décision sur la Charte québécoise, puisqu\u2019elle a jugé que la clause dérogatoire à la Charte canadienne était valide.L\u2019Assemblée nationale n\u2019avait pas jugé bon à cette époque d\u2019ajouter une clause dérogatoire à sa propre charte des droits.Pour éviter la répétition d\u2019un tel scénario, le législateur québécois a cette fois adopté une clause dérogatoire pour chacune des chartes aux articles 33 et 34 de la loi 21.L\u2019arrêt Ford est toujours le précédent majeur sur la clause dérogatoire que les opposants à la loi 21 devant les tribunaux cherchent à renverser.Par souci de transparence, je dois écrire ici que j\u2019étais l\u2019auteur principal du mémoire du Procureur général du Québec en Cour d\u2019Appel dans l\u2019affaire Ford, dont le mémoire en Cour suprême s\u2019est largement inspiré après mon départ du ministère de la Justice du Québec.Ce départ fut provoqué par des luttes épuisantes pour défendre en vain la Charte de la langue française devant les juges fédéraux.Notre victoire partielle sur la clause dérogatoire fut une mince consolation. 129 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 un plus grand poids à cette jurisprudence de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique qui est éminemment raisonnable.Quand elle sera confrontée à la loi 21, la Cour suprême sera soumise à une épreuve de vérité.Elle sera forcée de choisir entre les courants contradictoires de sa propre pensée.De plus, même le juge de la Cour d\u2019Appel le plus respectueux de la Loi au stade préliminaire, le juge Mainville, a évoqué la possibilité que l\u2019usage de la clause dérogatoire soit plus étroitement encadré par les tribunaux2.Il a seulement décidé que cela ne pouvait pas se faire avant que les multiples contestations de la Loi ne soient plaidées au fond.Le juge de la Cour supérieure saisi de l\u2019affaire au fond en première instance, le juge Blanchard, en a sûrement pris bonne note.Le juge Mainville a ouvert la porte.D\u2019autres pourraient s\u2019y engouffrer.De nouveaux arguments sont portés devant les tribunaux à l\u2019encontre de la validité de la clause dérogatoire.Parmi ceux- ci, on cite l\u2019article 28 de la Charte canadienne, qui garantit le droit des femmes à l\u2019égalité malgré toute autre disposition de la Charte, ce qui comprend l\u2019article 33 qui autorise le recours à une clause dérogatoire.L\u2019article 28 a été ajouté à la dernière minute au projet de Charte canadienne en 1981 par le ministre fédéral de la Justice, Jean Chrétien, à la suite d\u2019une ultime rencontre avec des groupes féministes qui voulaient éviter que le droit à l\u2019égalité des femmes ne soit sou- 2 Voir la page 574 de l\u2019ouvrage recensé.Encore une fois, la transparence m\u2019impose de dire ici que j\u2019ai croisé le juge Mainville à quelques reprises dans ma carrière alors que nous étions tous deux avocats.Me Mainville était l\u2019un des avocats des Cris dans la négociation de la Convention de la Baie James.Nous nous sommes rencontrés sur les bancs de la faculté de droit de l\u2019Université McGill, alors qu\u2019il y poursuivait des études de maîtrise et moi de doctorat.Son mémoire de maîtrise, qui a été publié, a directement inspiré un recours majeur que j\u2019ai déposé par la suite au nom d\u2019une communauté autochtone. 130 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 mis à la clause dérogatoire.M.Chrétien est toujours d\u2019avis que la possibilité de recourir à la clause dérogatoire est une bonne chose, puisqu\u2019elle permet aux élus d\u2019avoir le droit au dernier mot dans des débats sociaux fondamentaux, et puisque le juge ne doit pas s\u2019ériger en législateur supérieur aux parlements.Cela en fait l\u2019un des rares sujets de désaccord entre lui et son premier ministre canadien de l\u2019époque, Pierre Elliott Trudeau, pour qui la clause dérogatoire était une tare honteuse à son œuvre constitutionnelle, que les provinces de l\u2019Ouest lui ont arraché dans la douleur comme une mauvaise dent.Même si les tribunaux ont choisi jusqu\u2019ici de ne voir dans l\u2019article 28 qu\u2019une clause d\u2019interprétation, donc mineure et accessoire, rien n\u2019empêche qu\u2019ils changent leur fusil d\u2019épaule et qu\u2019ils reviennent à son intention initiale.La juge en chef de la Cour d\u2019Appel aurait suspendu la Loi dès le stade préliminaire pour le motif que la clause dérogatoire était contraire à l\u2019article 28, mais sa position fut de justesse minoritaire.Une telle suspension aurait été manifestement contraire à une règle de base selon laquelle on ne peut présumer du traitement d\u2019un argument nouveau au stade préliminaire.Cela dit, il est particulièrement savoureux de voir de savants avocats soutenir qu\u2019une disposition constitutionnelle destinée à renforcer le droit à l\u2019égalité des femmes aurait été supposément violée par la Loi parce qu\u2019elle viserait surtout les femmes musulmanes.Cette position équivaut à subvertir le droit à l\u2019égalité pour favoriser l\u2019intégrisme religieux qui a toujours opprimé les femmes dans la réalité.Il demeure que l\u2019issue de ces débats juridiques est incertaine.Il demeure également qu\u2019il est faux de dire que l\u2019usage des clauses dérogatoires suppose une violation des chartes des droits, puisque ce sont ces chartes elles-mêmes qui autorisent le recours aux clauses dérogatoires.Le Québec 131 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 peut raisonnablement soutenir que la clause dérogatoire ne sert pas en l\u2019occurrence à brimer des droits, mais plutôt à protéger la liberté de conscience des citoyens québécois qui ne désirent pas être soumis à l\u2019expression vestimentaire de l\u2019intégrisme lors de la prestation de services publics, ni que leurs enfants soient soumis quotidiennement à une telle influence à l\u2019école publique.Le ministre responsable de l\u2019adoption de l\u2019adoption de la Loi sur la laïcité de l\u2019État, Simon Jolin-Barrette, a déclaré à juste titre que l\u2019usage plus fréquent de la clause dérogatoire au Québec s\u2019est presque toujours accompagné d\u2019une tentative de promouvoir son caractère distinct et de permettre un progrès social3.C\u2019est poser la question de la légitimité d\u2019une Charte canadienne imposée au Québec et de la compatibilité de cette Charte avec l\u2019identité nationale québécoise.En ce qui concerne la Charte québécoise, cette compatibilité est désormais assurée par les modifications qui y ont été apportées par la Loi qui donnent préséance à la laïcité.Avec l\u2019affaire de la loi 21, à laquelle il faut ajouter la contestation de la loi 99 et le recours des personnes injustement emprisonnées pendant la crise d\u2019octobre 1970, la question nationale québécoise est relancée devant les tribunaux même si elle ne l\u2019est pas encore dans l\u2019opinion publique.Le droit constitutionnel redevient une forme de guerre civile non violente.Le problème est que les dés sont pipés parce que l\u2019État canadien est à la fois juge et partie.Dans de telles affaires majeures, le pouvoir judiciaire est suspect parce qu\u2019il incarne la raison d\u2019État, qui demeure canadienne même si elle n\u2019est pas nécessairement celle du gouvernement fédéral du jour.Et il doit chaque fois faire l\u2019effort de convaincre qu\u2019il est réellement impartial puisqu\u2019en apparence, par son mode 3 À la page 539 de l\u2019ouvrage recensé. 132 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 de nomination, il ne l\u2019est pas du tout.La Cour suprême du Canada a brillamment et de manière surprenante relevé ce défi majeur dans le Renvoi sur la sécession du Québec en 19984.Il ne peut pas être exclu que les tribunaux canadiens soient encore une fois à la hauteur, mais les juges changent et le raidissement idéologique a sévi dans la plupart des facultés de droit et la doctrine juridique pendant plus de vingt autres années.Cette fois, on peut craindre le pire devant le rouleau compresseur trudeauiste dans les esprits canadiens.On ne peut pas toujours compter sur les juristes d\u2019une autre nation qui appliquent de force leur Constitution.q 4 La transparence exige encore que je reconnaisse que j\u2019ai conseillé à l\u2019amicus curiae dans le Renvoi, Me André Joli-Cœur, alors que je travaillais à ses côtés à la rédaction de notre mémoire pour la Cour suprême, qu\u2019il conteste de manière plus affirmée l\u2019impartialité du plus haut tribunal canadien dans cette affaire.Me Joli-Cœur a rejeté cet avis parce qu\u2019il croyait que la Cour pourrait être convaincue par nos arguments sur des points majeurs, notamment la création d\u2019une obligation légale de négocier que la Cour a étendu au-delà de nos espérances à toutes les modifications constitutionnelles demandées par une province, que la violation de l\u2019obligation de négocier par le Canada pourrait rendre une déclaration unilatérale d\u2019indépendance du Québec légale en droit canadien, et que l\u2019accession du Québec à l\u2019indépendance pourrait être légale en droit international même si elle était inconstitutionnelle, la légalité internationale pouvant alors être déterminante.Me Joli-Coeur avait raison. Partagez vos lectures en offrant un abonnement cadeau à L\u2019Action nationale Nos abonnés peuvent offrir un abonnement d\u2019un an pour 50$ actionnationale.quebec/boutique 134 Articles 134 Livres reçus NORMAND LESTER Stupides et dangereux.Les États-Unis à l\u2019ère de Trump Montréal, Les Éditions du Journal, 2020, 384 pages CHRISTIAN BARTHOMEUF Autoportrait d\u2019un paysan rebelle Montréal, Les éditions du passage, 2020, 232 pages GÉRALD BARIL Si près, si loin, les oies blanches.Récit d\u2019une migration intérieure Montréal, XYZ éditeur, 2020, 336 pages SCOTT MCKAY L\u2019aventure du caca Montréal, Éditions Somme Toute, Collection L\u2019Aventure, 2020, 144 pages JACINTHE MARTEL, MONIQUE BERTRAND ET MONIQUE JEAN A1.1 La bibliothèque de Réjean Ducharme.Inventaire descriptif Montréal, Éditions Nota Bene, 2020, 306 pages GUILLAUME ASSELIN Bunkers.L\u2019archipel de la peur Montréal, Éditions Nota Bene, 2020, 270 pages CANDACE SAVAGE Des inconnus sous mon toit Montréal, Éditions Québec Amérique, 2020, 288 pages 135 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 MATHIEU BÉLISLE L\u2019empire invisible Montréal, Leméac Éditeur, Collection Phares, 2020, 240 pages FRANCE LABELLE Le Refuge des jeunes de Montréal.Trente ans en pays d\u2019itinérance ou La douleur de la soie Montréal, Éditions Hurtubise, 2020, 240 pages NOAM CHOMSKY Danger d\u2019extinction.Changements climatiques et menace nucléaire Montréal, Écosociété, 2020, 120 pages MICHEL LORD Sortie 182 pour Trois-Rivières Montréal, Les Éditions de La Grenouillère, 2020, 200 pages JEAN-SÉBASTIEN PILOTTE La retraite à 40 ans Montréal, Les Éditions de l\u2019Homme, 2020, 224 pages JEAN-PIERRE LE GLAUNEC Une arme blanche.La mort de George Floyd et les usages de l\u2019histoire dans le discours néoconservateur Montréal, Lux Éditeur, 2020, 1044 pages GUILLAUME DULUDE Je suis un chercheur d\u2019or.Les mécanismes de la communication et des relations humaines Montréal, Les Éditions de l\u2019Homme, 2020, 568 pages JEAN-PHILIPPE WARREN Histoire du taxi à Montréal.Des taxis jaunes à UberX Montréal, Les éditions du Boréal, 2020, 432 pages GILLES SABOURIN Montréal et la bombe Québec, Éditions du Septentrion, 2020, 204 pages 136 L\u2019Action nationale \u2013 Janvier 2021 JOSÉE SCALABRINI Revendiquer pour construire.Ma vision du syndicalisme enseignant Québec, Éditions du Septentrion, 2020, 192 pages DAVID ROBICHAUD ET PATRICK TURMEL Prendre part Montréal, Atelier 10, Collection Documents, 2020, 108 pages PIERRE-YVES MCSWEEN Liberté 45 Laval, Guy Saint-Jean Éditeur Inc., 2020, 296 pages GILLES BIBEAU Les Autochtones, la part effacée du Québec Montréal, Mémoire d\u2019encrier, Collection Essai, 2020, 360 pages VALÉRIE PLANTE ET DELPHIE CÔTÉ-LACROIX Simone Simoneau.Chronique d\u2019une femme en politique Montréal, XYZ éditeur, Collection Quai no 5, 2020, 104 pages FRÉDÉRIC LACROIX Pourquoi la loi 101 est un échec Montréal, Les éditions du Boréal, 2020, 364 pages MICHEL LEBOEUF Le dernier caribou Montréal, Éditions Multimondes, 2020, 186 pages CLERMONT GAUTHIER ET STÉPHANE MARTINEAU Propos d\u2019un pédagogue Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, Collection Être pédagogue, 2020, 206 pages c \u2014 yr La hbräirie.du Square Carré Sainc-Louis 8 FTL] Te LS +; SEE tnfogtibréredusquare.com Outremont 1 Mongééal; 473 ls ouarement@tibratriedasquare.com Indépendante d\u2019esprit INES 1ttératur PRIT TE Legs et dons planifiés Les dons planifiés constituent un apport essentiel pour un organisme comme la Ligue d\u2019action nationale ; tous les dons qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité, et ce, sans s\u2019éloigner, même avec plus d\u2019un siècle d\u2019existence, de sa mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars à laquelle vous avez souscrit il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le-nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous remettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés a/s de Jacques Martin 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 en héritage L\u2019Action 819 397-4920 gfb@tlb.sympatico.ca TABLEAU D\u2019HONNEUR DES DONATEURS ET LÉGATAIRES DE LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Plusieurs personnes nous ont laissé des legs ou des dons qui permettent d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant 100 ans.C\u2019est la Fondation Esdras-Minville qui gère le patrimoine dédié à la revue, mais pour l\u2019obtention d\u2019un reçu pour fins fiscales, il faut libeller les dons et les legs à la Ligue d\u2019action nationale.Nous exprimons notre gratitude à nos généreux mécènes par une mention à perpétuité à ce tableau d\u2019honneur qui fait état du cumul des dons et des legs.Hector Roy \u2020 GRANDS BÂTISSEURS de 25 000 $ à 49 999 $ Gabriel Arsenault Dominique Bédard \u2020 Bernard Lamarre \u2020 Bernard Landry \u2020 Isabelle Laporte Bryan L\u2019Archevêque Jacques C.Martin Paul Mainville \u2020 Michel Moisan Pierre Karl Péladeau Ivan Roy Cécile Vanier \u2020 BÂTISSEURS de 5000 $ à 24 999 $ BÂTISSEURS ÉMÉRITES plus de 50 000 $ François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 André Véronneau Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Claude Belec Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc René Blanchard Réjane Blary Charles Eugène Blier Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Yvon Boudreau Gaétan Breault Marcelle Brisson Henri Brun Édouard Cadotte Jean-Paul Champagne Jean-Charles Claveau Robert Comeau George Coulombe Louis-J.Coulombe Fernand Couturier Gérard Deguire Richard Dufresne Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Lynn-Ernest Fournier Jean-Claude Gagnier Raymond Gagnier Christian Gagnon Léopold Gagnon Marcel Gaudreault Romain Gaudreault Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Yves Gilbert Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Yvan Hardy Guy Houle Germain Jutras Raymond Laflamme Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Gisèle Lapointe Roger Lapointe Alain Lavallée Germain Lavallée Denis Lazure \u2020 André Leduc Maurice Leduc Gérard Lefebvre Émile Lemaire Jacques Libersan Pierre Lincourt Clément Martel Yvon Martineau \u2020 Roger Masson Monique Michaud Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilles Ouimet Jacques Parizeau \u2020 Hubert Payne Hélène Pelletier-Baillargeon Claude Pilote Fernand Potvin Arthur Prévost \u2020 Ghislaine Raymond-Roy René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Louis Roquet Pierre-Paul Sénéchal Denise Simoneau Michel Taillefer Réjean Talbot Claudette Thériault Frédéric Thériault Serge Therrien Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Florent Villeneuve Madeleine Voora clUb DEs 100 AssOcIÉs MEMbREs bIENFAItEURs Robert Ascah Robert Auclair André Baillargeon Jacques Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Jacques Cardinal Paul Carrier Roch Cloutier Bernard Courteau Guy Cormier Normand Cossette Richard Côté Benoit Dubreuil André Dubuc Harold Dumoulin Lucia Ferretti Jean-Pierre Gagnon André Gaulin Yvon Groulx \u2020 Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Henri Joli-Cœur Marc Labelle Georges Lacroix Isabelle Lamarche Gérald Larose Isabelle Le Breton Maurice Leboeuf Richard Leclerc Laurent Mailhot Pauline Marois Cécile Martin Marcel Masse \u2020 Yves Michaud Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Denis Monière Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell Gilbert Paquette Gilles Pelletier \u2020 Réal Pilon Alain Prévost Richard Rainville Antoine Raspa René Ricard Ivan Roy Paul-Émile Roy \u2020 Hélène Savard-Jacob Ginette Simard Rita Tardif Robert G.Tessier \u2020 Marcelle Viger André Watier 1500 $ à 4999 $ 1000 $ à 1499 $ Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte-rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française et de L\u2019Action nationale de 1917 à 2013 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page et infographie Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur L\u2019Action 143 Ligue d\u2019action nationale Président Christian Gagnon Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Denis Monière Isabelle Le Breton Martine Ouellet Pierre Serré Alexis Tétreault Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib André Binette Mathieu Bock-Côté Nicolas Bourdon Robert Comeau Claude Coulombe Myriam D\u2019Arcy Jules Gagné Mathieu Gauthier-Pilote Léolane Kemner Philippe Lorange Jacques C.Martin Gilbert Paquette Danic Parenteau Guillaume Rousseau Patrick Sabourin Simon-Pierre Savard-Tremblay Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Henri Laberge, Jacques-Yvan Morin Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. Tarifs 2021 (taxes et expédition comprises) L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@action-nationale.qc.ca www.actionnationale.quebec ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement de votre compte bancaire (renouvellement d\u2019abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes Version numérique 1 an 2 ans 10 numéros 20 numéros Abonnement 90 $ 150 $ (78,28 $ + taxes) (130,46 $ + taxes) Abonnement de soutien 190 $ 300 $ Étudiant 55 $ 90 $ (47,84 $ + taxes) (78,28 $ + taxes) Institution 150 $ 250 $ (130,46 $ + taxes) (208,74 $ + taxes) Autres pays 150 $ 275 $ Abonnement PDF 60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes) (86,97 $ + taxes) TVQ 1012563392 TQ0002 TPS 11901 9545 "]
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