L'action nationale, 1 septembre 2021, Septembre
[" L \u2019 A C T I O N N A T I O N A L E \u2013 v o l u m e C X I , n u m é r o 7 \u2013 S e p t e m b r e 2 0 2 1 volume CXI numéro 7 SEPTEMBRE 2021 envoi de publication N° de la convention 0040012293 L\u2019Action Septembre 2021 Vol.CXI, no 7 L\u2019Action Royal Vic dans la mire 978-2-89070-044-4 En couverture Étienne Gélinas Composition 563l, medias mixtes sur canevas, 48\" X 48\" Originaire de Maniwaki (Québec), Étienne Gélinas a fait ses études collégiales en arts visuels et médiatiques au Cégep de l\u2019Outaouais, a complété un baccalauréat en arts et design (B.A.) de l\u2019École multidisciplinaire de l\u2019image en 2006, une maitrise en gestion de projet (M.G.P.) de l\u2019UQO en 2012 et une maitrise en pratiques des arts (M.A.) avec mention d\u2019excellence du doyen des études de l\u2019UQO en 2015.Il compte à son actif plusieurs expositions individuelles, notamment au centre d\u2019artistes AXENÉ07, au Centre d\u2019exposition Art-Image et à l\u2019Espace Odyssée de la Maison de la Culture de Gatineau, à la Galerie d\u2019Avignon à Montréal, à la Galerie St-Laurent + Hill à Ottawa, à la galerie Montcalm de la ville de Gatineau, à la galerie Thompson Landry à Toronto, à la galerie Lalande et Doyle au Centre des Arts Shenkman à Ottawa, au CACPC de Chelsea, au Centre d\u2019exposition de Val-d\u2019Or, à la Galerie d\u2019art D\u2019Outremont à Montréal ainsi qu\u2019à l\u2019international à l\u2019Université Cetys à Mexicali et Tijuana.Démarche artistique L\u2019espace et l\u2019architecture sont des notions centrales de ma démarche.L\u2019espace se présente de façon abstraite par un détachement des plans, un chevauchement de zones délimitées et des assemblages de perspectives multipoints de fuite qui creusent la surface du tableau pour lui donner un effet de profondeur.Un espace objectivement bidimensionnel qui devient un lieu subjectivement tridimensionnel par l\u2019interprétation que nous faisons des codes qui y sont présentés.Les compositions suggèrent une continuité de l\u2019image dans le hors-champ.Une approche qui contribue à mettre en valeur la notion d\u2019espace dans mon travail et qui nous renvoie implicitement à l\u2019univers du cinéma ou de la photographie en incluant la notion de cadrage.Le fini lustré et vitrifié de certaines zones dans mes tableaux rappelle l\u2019écran par sa transparence.L\u2019écran est sans doute ce qui représente le mieux la transformation de notre culture technologique, nous propulsant dans un nouvel âge de la prothèse écranique.Cet appendice devient, de plus en plus, ce par quoi nous voyons et transformons notre environnement.Par leur omniprésence, les écrans redéfinissent nos références spatiales.Les multiécrans de nos environnements modifient en profondeur l\u2019espace sensible que nous percevons et notre perception de l\u2019image fixe.Dans un monde où l\u2019écran prend la place du réel et tend à le faire disparaitre, la peinture qui était à l\u2019origine une fenêtre sur le monde, serait-elle devenue l\u2019arrêt sur images de la réalité écranique?http://www.etiennegelinas.com 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 Numéro sans frais : 1 866 845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, sociologue et chroniqueur ; Nicolas Bourdon, professeur de français, cégep Bois-de-Boulogne ; Sylvain Deschênes, rédacteur et infographiste ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Hubert Rioux, Ph.D.ÉNAP-Montréal ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur, sc.pol.Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (science politique, UQAM) ; Robert Comeau (histoire, UQAM) ; Simon Langlois (sociologie, Université Laval).Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean Chartier, Pierre-Paul Sénéchal ; Lucia Ferretti.Animation du séminaire de lecture : Mathieu Bock-Côté L\u2019Action Hin J 1 PLL Al C revues culturelles québécoises ARTS VISUELS CIEL VARIABLE - ESPACE - ESSÉ INTER - LE SAEORD - PLANCHES - PHOTO SOLUTION VIE DES ARTS - ZCNE DCCUPEE CINEMA 24 IMARES CINE-BULLES - CINEMAS - SEQUENCES CREATION LITTÉRAIRE ENTREVOUS - ESTUAIRE - EXIT LES ÉCRITS - MŒBIUS - XYZ.LA REVUE DE LA NOUVELLE CULTURE ET SOCIÉYÉ À BÂGOR0 ! - CAMINANDO - L'ACTION NATIOKALE LIBERTÉ - L'INCONVÉNIENT - NOUVEAU PROJET - NOUVEAUX CAHIERS DU SOCIALISME - RECHERCHES SOCIOGRAPHIQUES - RELATIONS HISTOIRE ET PATRIMOINE CAP-AUX-DIAMANTS - CONTINUITE - HISTOIRE QUÉBEC - MAGAZINE GASPÉSIE LITTÉRATURE LES CAHIERS DE LECTURE - LETTRES QUÉBÉCIISES - LURELU - NUIT BLANCHE - SPIRALE THÉÂTRE ET MUSIQUE CIRCUIT JEU REVUE DE THEATRE - LES CAHIERS DE LA SORM THEORIES ET ANALYSES ANNALES O'HISTOIRE DE L'ART CANADIEN ÉTUDES LITTÉRAIRES - TANGENCE - VOIX ET IMAGES revues sodep ie SODEP.QC.CA québécoises Sommaire Éditorial Les privilèges de l\u2019anglosphère - Robert Laplante 4 Articles Hommage à une poète engagée dans le réel - Denis Monière 13 Le cas de Meng Wanzhou - Richard Desjardins 16 Rareté de main d\u2019œuvre et course aux talents : en finir avec la nostalgie - Pascal Leduc 23 L\u2019histoire macabre des pensionnats autochtones au Canada - Robin Philpot 30 Entretien avec David Ouellette Un engagement pour deux peuples de trop - Mathieu Bock-Côté 43 Les durs conseils de Fernand Dumont - Serge Cantin 63 Dossier LES PRIVILÈGES DE L\u2019ANGLOSPHÈRE NON au don du Royal Vic à l\u2019université McGill - Gilles Paquin et André Sirois 70 Plutôt que de donner plus d\u2019un milliard à McGill\u2026 - André Sirois 77 Au Québec, les universités anglaises sont favorisées - Frédéric Lacroix 86 Lectures Primeur Gens du fleuve, gens de l\u2019île Hochelaga en Laurentie iroquoienne au XVIe siècle - Roland Viau 115 Recensions Dany Laferrière 129 Petit traité sur le racisme Roromme Chantal 134 Comment la Chine conquiert le monde.Le rôle du pouvoir symbolique Marco Micone 139 On ne naît pas Québécois, on le devient 4 Éditorial Robert Laplante Les privilèges de l\u2019anglosphère Les jeux sont faits.Quand paraîtront ces lignes, le sort du gouvernement sera scellé.Comme la politique du pire reste toujours la pire des politiques, il faut souhaiter, en ces jours de campagne, que le Bloc québécois fasse bonne figure malgré ses turpitudes et ses incohérences et que le gouvernement soit minoritaire.Mais ce ne sera pas et cela n\u2019aura jamais été qu\u2019un réalisme tactique.Sur le fond des choses, le gouvernement du Canada reste et restera plus que jamais un gouvernement étranger, tout entier acquis à une implacable logique d\u2019état unitaire.Au mieux, un gouvernement minoritaire plus ou moins entravé par un Bloc québécois déterminé ne fera que ralentir un processus irréversible, celui de la minorisation définitive de notre peuple, sa folklorisation sous la rhétorique bienveillante d\u2019une engeance bien représentée par les Mélanie Joly de ce monde.Au pire, un gouvernement majoritaire, peu importe sa couleur, procèdera sans vergogne.Les Québécois ne veulent pas l\u2019entendre, les analystes détournent le regard et les politiques préfèrent ne pas trop attirer l\u2019attention sur ce qui constitue l\u2019horizon du multicul- turalisme canadian du Canada postnational : un immense projet de faire de l\u2019immigration la voie identitaire par excellence.Une voie drapée dans la pseudorationalité économique, mais une voie parfaitement en phase avec le projet d\u2019en finir une fois pour toutes avec la question française. 5 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 L\u2019ambition de porter à cent millions d\u2019habitants la population du Canada par une intensification radicale de l\u2019immigration telle que l\u2019a fixée la Century Initiative constitue la grande référence de l\u2019élite acquise à l\u2019idée de placer le Canada à la fine pointe de la mondialisation.Les principaux ténors de ce projet sont aux commandes des plus puissants leviers de façonnement de l\u2019économie et des politiques publiques du Canada.Les Québécois, toujours prompts et dispos à se laisser abuser, n\u2019ont pas tenu pour significative l\u2019adhésion à ce projet du dirigeant de leur Caisse de dépôt, Michael Sabia.Il n\u2019est plus en poste, ayant choisi de retourner jouer un rôle plus direct dans l\u2019orientation du Canada postnational et dans son élite au pouvoir, mais sa marque est faite.C\u2019est pourtant clair comme de l\u2019eau de roche : un Canada à cent millions d\u2019habitants, dopé à l\u2019accueil de plus d\u2019un demi-million d\u2019immigrants par année ne laissera plus aucun espace au Québec.Son poids relatif baissera de plus en plus vite, entraînant dans son mouvement une influence politique réduite à la caricature.Déjà qu\u2019il est en passe d\u2019en détruire toute pertinence et légitimité.Faut-il revenir sur la nomination d\u2019une potiche de plus comme représentante de la reine et admirable exemple que l\u2019indirect rule est infiniment recyclable dans le multiculturalisme ?Mais il coulera des torrents de balivernes pour continuer de minimiser les faits.Des dizaines et des dizaines des bonimenteurs continuent de se bousculer au portillon pour pérorer dans l\u2019univers médiatique à grands coups de chroniques et de savantes dissections de l\u2019insignifiance résignée.Ces élections n\u2019auront servi qu\u2019à rendre encore plus opaque la lecture de la conjoncture qui se dresse à l\u2019aube des débats sur le projet de loi 96, cette bluette que le gouvernement Legault voudrait nous faire prendre comme un Grand Œuvre.Pauvre Camille Laurin, rien n\u2019épargnera même 6 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 sa mémoire, surtout pas la politique compensatoire et la pensée résignée.Il y a quelque chose de profondément affligeant de voir les figures de proue de la CAQ se disputer la place d\u2019héritier de Jean-Jacques Bertrand.Le projet de loi 96 n\u2019aura pas plus d\u2019avenir que le Bill 63.Il s\u2019abolira de lui-même, érodé par les faits et un contexte historique qui ne laissent même plus la possibilité de s\u2019illusionner.François Legault et son gouvernement voudraient faire croire que le compromis pragmatique ne doit pas être confondu avec la démission politique et le consentement à la minorisation.Peut-être même tentent-ils de se le faire accroire devant le vertige que leur donne l\u2019ampleur de la tâche.Le projet de loi 96, il ne faut point se tromper, c\u2019est le révélateur de l\u2019inanité de la posture politique de la CAQ.Il n\u2019y a pas d\u2019autonomisme possible dans ce que le Canada a choisi de devenir et surtout, à la vitesse où il a choisi de poursuivre ses idéaux.Les quelques aspects positifs du projet de loi, les quelques éléments de conquête de droits ne porteront à conséquence que lorsque la réalité en aura ruiné la portée : ils ne seront qu\u2019une illustration de plus que le droit est en retard sur la société.Pour que le projet de loi 96 ait une quelconque portée dans le réel, dans le Canada réel tel qu\u2019il détermine l\u2019espace politique du Québec, il faut qu\u2019il s\u2019attaque à l\u2019architecture institutionnelle qui lui fournit les leviers de neutralisation des principes et des ambitions rhétoriques de toute politique linguistique québécoise.C\u2019est la leçon ignorée de la loi 101 : sans la réunification sous une seule configuration nationale des grandes institutions du monde de l\u2019enseignement, de celui de la santé et des affaires sociales de même que de la justice, la loi laisse à ses adversaires les plus puissants outils de neutralisation de ses objectifs.Le Québec vit dans un régime linguistique et culturel totalement dualisé. 7 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 Sous couvert de respect des droits de la minorité anglophone, la législation linguistique a confondu l\u2019aménagement des conditions avec le maintien d\u2019enclaves qui ont fourni des leviers d\u2019une redoutable efficacité pour masquer un fait démographique majeur : la minorité historique anglophone n\u2019a tout simplement plus la démographie pour soutenir ses institutions qui ne peuvent se maintenir qu\u2019au prix d\u2019un détournement des objectifs de francisation de l\u2019immigration.Les institutions qui ont été et sont toujours considérées comme des cadres de respect de la minorité sont en fait maintenues, avec la complicité active de l\u2019État, par des immigrés anglicisés et des francophones contraints et consentants à y œuvrer en anglais.Les gouvernements se réclamant de la loi 101 n\u2019ont jamais tiré les conséquences de la démographie.Ils ont laissé se déployer d\u2019abord, et soutenu par la suite l\u2019essor d\u2019une logique de développement séparé, une logique de dualisation de l\u2019architecture institutionnelle qui rend possible l\u2019expansion de la minorité anglicisante.Le projet de loi 96 continue de le faire et c\u2019est pourquoi il constitue un véritable leurre.Il laisse en place toutes les voies de contournement de ses objectifs.Pour servir la volonté de faire du français la langue officielle et commune, il faut s\u2019assurer que l\u2019ensemble des institutions qui soutiennent la socialisation des locuteurs et l\u2019usage de la langue soit soumis à une logique de développement cohérent reposant sur l\u2019universalité des principes et de leurs conditions d\u2019application.Cela n\u2019a jamais été le cas et ne l\u2019est toujours pas dans ce projet de loi.Faire du français la langue officielle sans viser à faire du Québec une société intégralement française c\u2019est se payer de mots.Il était aberrant de céder 50 % de l\u2019enveloppe budgétaire au CUSM pour consacrer le bilinguisme institutionnel dans 8 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 le domaine de la santé.Il reste aberrant de laisser McGill sévir en Outaouais avec un satellite de faculté de médecine qui anglicisera et la formation et les services.Il est aberrant de donner le site du Royal Victoria à une université privée pour consacrer l\u2019hégémonie de McGill sur le centre-ville de Montréal et sur le système universitaire québécois.Il est aberrant de laisser cette même institution asseoir son développement sur le recrutement de dizaines de milliers d\u2019étudiants étrangers qui n\u2019auront cure des dispositions linguistiques lorsqu\u2019ils occuperont le centre-ville et logeront dans des résidences étudiantes que le don du Royal Victoria aura permis de financer et bâtir.Il est également aberrant d\u2019avoir laissé Dawson devenir le plus gros cégep du Québec.Une institution censée servir le respect des droits de la minorité est devenue le plus flamboyant symbole de l\u2019absurdité de nos politiques démissionnaires.Cela franchira le seuil du délire névrotique avec le financement de son expansion à hauteur de 100 millions pour en consacrer l\u2019hégémonie sur le système collégial.Ce n\u2019est plus offrir une voie de formation pour la minorité anglophone, c\u2019est consacrer les moyens de s\u2019affranchir du Québec français.Une voie qui sera d\u2019autant plus attrayante que le surfinancement des universités anglophones leur confère d\u2019ores et déjà des avantages qui déclassent les universités françaises et condamnent la formation universitaire en français à devenir une voie de relégation.Il est aberrant de laisser Ottawa augmenter et accroître ce surinvestissement au point de consacrer des iniquités fiscales aussi scandaleuses que feutrées.C\u2019est avec l\u2019impôt de l\u2019ensemble des Québécois qu\u2019Ottawa finance le creusement des écarts entre les institutions et favorise le découplage des institutions anglophones des réalités et de la logique de développement de l\u2019intérêt national du Québec.C\u2019est injuste 9 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 pour les universités et cégeps des régions québécoises que cela condamne à ne plus être que des centres de service pour les populations résiduelles de régions dont le développement et les intérêts n\u2019ont aucun écho dans ces institutions anglaises affranchies de la nécessité de servir le Québec comme totalité.Le projet de loi 96 reste un projet de minoritaires cocus.Par son refus de réserver l\u2019enseignement collégial en anglais qu\u2019aux seuls ayant droit prévus dans une loi déterminée à faire en sorte que 90 % des étudiants du collégial soient formés en français, le gouvernement défera dans les faits ce qu\u2019il affirmera dans ses déclarations de principe.Par son consentement à renforcer les privilèges de McGill et par l\u2019aliénation du patrimoine public au service d\u2019une université d\u2019ores et déjà en voie de désaffiliation radicale et déjà devenue une entreprise commerciale utilisant les étudiants étrangers pour s\u2019émanciper des choix de l\u2019Assemblée nationale du Québec, ce projet de loi induit les Québécois en erreur.Il ne leur donne pas le portrait exact de la réalité institutionnelle et des enjeux démolinguis- tiques et culturels.Par son refus et par l\u2019omission de changer radicalement l\u2019architecture et le régime linguistique du système de la santé, ce projet de loi trompe les Québécois en maintenant une logique de développement séparé qui consacre et renforce les privilèges de l\u2019anglosphère.C\u2019est le gouvernement du Québec lui-même qui torpille le français au travail : il est le plus gros employeur exigeant le bilinguisme dans la métropole, grâce aux bons offices des libéraux qui ont par voie législative imposée des postes bilingues là où ils ne sont pas requis.Mais on sait le souci qu\u2019avait Philippe Couillard d\u2019imposer l\u2019anglais dans les usines de Saguenay au cas où un investisseur anglais passerait par là\u2026 10 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 Au cours des prochains mois, un immense effort de mobilisation sera requis pour faire voler en éclat le vernis que ce projet de loi tente d\u2019appliquer aux privilèges de l\u2019anglos- phère.Il faudra revenir inlassablement sur les faits, sur la dure réalité que construit l\u2019allocation des ressources publiques à l\u2019autominorisation à laquelle consent ce gouvernement et une trop grande partie d\u2019une élite qui refuse de plus en plus ouvertement de faire sienne la construction du Québec français.La volonté de vivre triomphera, quoi qu\u2019en disent les résignés, les snobs apatrides et les affranchis de la destinée nationale.Elle triomphera sans quoi le pharisianisme linguistique nourrira des tensions sociales délétères.Un peuple ne régresse pas dans l\u2019honneur et la dignité.Le projet de loi 96 ne servira qu\u2019à exacerber tôt ou tard les contradictions qui marqueront le devenir des institutions aussi bien que la vie quotidienne sous l\u2019empire du mépris qu\u2019alimentera le refus de s\u2019assumer.À moins que le gouvernement Legault ne soit ramené à sa responsabilité historique.À moins qu\u2019il n\u2019abandonne le rôle de notable provincial pour le statut d\u2019homme d\u2019État et de leader historique.En est-il capable ?En a-t-il la volonté et l\u2019ambition ?Il est encore temps pour lui de se ressaisir.La décennie qui vient sera déterminante : la démographie est impitoyable et ses tendances lourdes laissent bien voir que les choix du gouvernement Legault sont susceptibles de fixer le sort de Montréal et, de là, de consacrer la folklorisation du Québec.Et dire qu\u2019il a même renoncé à sa promesse de réduire les seuils d\u2019immigration\u2026 Ce gouvernement doit comprendre que l\u2019enjeu n\u2019est pas de ralentir le déclin, mais bien de l\u2019endiguer.Rien ne lui sert 11 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 de tenter de se consoler en portraiturant en extrémistes ceux et celles qui lui rappellent que la minorisation ne constitue pour aucun peuple une voie de développement.Rien ne marquera tant le passage de François Legault au pouvoir que le choix qu\u2019il exercera pour le dépassement ou la défilade.L\u2019Histoire est d\u2019ores et déjà en train de faire bouger les plateaux de la balance.Puisse l\u2019automne qui vient lui donner une plus claire conscience de sa responsabilité nationale.q L'assurance d'une culture québécoise ASS Jorte et te et vivante Ass MoI Sain mt Joa RS TMS ry reid uP foe Fe ere de souteni PATRWAOIN \u2026.- RE eh - pu - 1314 FOCUÈTE Byles \u2014 \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\"F Tfby ATE \u2014\u2014 \u2014 > Lr _ cmt = A » EE LE TT An vases PRÉSRIQIRE ALS ML 0 D 1 800 943-2519 | www.ssjbcq.quebec » Rassemblement pourun PAYS Souverain ba Québec notre seule patrie FF www.rps.quebec LANGUE PATRIMOINE SOUVERAINETÉ FRANÇAISE NATIONAL \u2014 \u2014\" DU QUEEF Yo Quabé BLOC 4 J \\; Vd SIL y PIX XIE > sas RTE QI Te das\u2019 communes = S tee 100, rue Richelieu, bureau 210 450 357-9100 Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec J3B 6X3 christine normandin@parl.gc.ca GABRIEL STE-MARIE Député fédéral de Joliette a BLOC % Quebecois = om 450 752-1940 gabriel .ste-marie@parl.gc.ca Le Québec Sans COMBIomis, jusaqu'a da = Mindépa née nat cible oIMON-PIERRE 3 SAVARD-TRE LAY tn.es | PÉPATÉ PE SHIRT RHAGHATRE-TSNT EF « = ane A aa = TE ® .On investit ICI.Dans le développement des territoires Four Favoriser la revitalisation des territoires urbains, pour soutenir les communautés, Dans \u2018agroalimentaire durable Pour oméliorer 'accés à une alimentation saine issue d'une oppreche responsable.Dans la lutte contre les changements climatiques Pour fociliter la transition énergétique et préserver notre capital naturel.EN FONDACTION Donner du sens à l'argent, fondaction.com Lectures Primeur Gens du fleuve, gens de l\u2019île Hochelaga en Laurentie iroquoienne au XVIe siècle Roland Viau 115 Recensions Dany Laferrière 129 Petit traité sur le racisme Roromme Chantal 134 Comment la Chine conquiert le monde.Le rôle du pouvoir symbolique Marco Micone 139 On ne naît pas Québécois, on le devient Lectures 114 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 PRIMEUR Roland Viau propose un fascinant portrait d\u2019Hochelaga avant 1600.À partir des connaissances acquises par l\u2019archéologie, l\u2019eth- nohistoire et l\u2019ethnologie sur les sociétés amérindiennes, et en exploitant les documents historiques disponibles, l\u2019auteur replace d\u2019abord Hochelaga au centre d\u2019un vaste réseau fluvial s\u2019étirant du lac Ontario au golfe du Saint-Laurent.Il dresse ensuite l\u2019inventaire des ressources des Hochelaguiens, recrée minutieusement leur mode de vie, l\u2019univers symbolique de la chasse, de l\u2019agriculture.Il aborde la division sexuelle du travail, les règles de classification du végétal, l\u2019ancienneté et la diversité du maïs.Il s\u2019intéresse à la guerre, avançant l\u2019idée d\u2019un lien particulier avec les pratiques funéraires.Enfin, il fait revivre l\u2019imaginaire au sens d\u2019une cosmovision : nature de la guerre, condition d\u2019esclave, exercice de la sexualité et de la parenté, rapports hommes-femmes.Les colonisateurs européens ont constaté avec étonnement que cette Laurentie iroquoienne s\u2019est volatilisée entre 1545 et 1585.Personne, à ce jour, n\u2019a pu apporter d\u2019explication convaincante à ce phénomène.Guerre ?Migration ?Refroidissement climatique ?Épidémie associée à la « mondialisation » des microbes ?Viau examine rigoureusement ces hypothèses, retenant pour l\u2019essentiel la dernière et validant la probabilité que les Iroquoiens du Saint- Laurent aient résisté à l\u2019envahissement français et contribué à leur refoulement.Il introduit en cela un beau renversement du récit historique colonial traditionnel.Et que serait-il advenu d\u2019éventuels survivants ?Pourrait-on encore aujourd\u2019hui trouver des traces de leurs migrations, de leur intégration au sein d\u2019autres nations ?Gens du fleuve, gens de l\u2019île apporte une contribution majeure aux débats actuels sur les origines autochtones de Montréal.Ce livre, qui prend souvent les allures d\u2019une magnifique « enquête policière », constitue la première et remarquable synthèse de l\u2019histoire de Montréal au XVIe siècle, à la fois savante et accessible. Primeur Gens du fleuve, gens de l\u2019île Hochelaga en Laurentie iroquoienne au XVIe siècle Roland Viau Extrait tiré du chapitre 5 : Entre exploration et colonisation 116 L\u2019Action nationale - Septembre 2021 Des vestiges instructifs Autre point de détail : le récit de voyage laissé par Roberval précise que le dispositif fortifié construit par Cartier en 1541-1542 au site du cap Rouge a été consolidé en citadelle défensive pour permettre non seulement « de tenir le fleuve », mais aussi « de nous prémunir contre toute invasion de la part de nos ennemis84 ».Les Français savaient pertinemment que, selon l\u2019état des relations avec leurs voisins, les Amérindiens plus nombreux qu\u2019eux représentaient une menace sérieuse et pouvaient toujours les isoler ou les submerger en faisant front commun avec des renforts venus des environs immédiats de Stadaconé.Aussi pouvons-nous porter un regard sceptique sur l\u2019assertion stipulant que ces agresseurs potentiels aient été des Européens.L\u2019historien Bernard Allaire et l\u2019archéologue Françoise Niellon ont notamment suggéré qu\u2019au moment d\u2019abandonner l\u2019établissement colonial, en juillet 1543, Roberval aurait ordonné de le raser pour empêcher une autre nation de l\u2019occuper après son départ85.Vrai ou faux, le fait est qu\u2019avec un climat qui leur était insupportable, le Canada n\u2019intéressait aucunement les Espagnols, pas plus que les Portugais86.D\u2019ailleurs, l\u2019ambassadeur espagnol à Lisbonne estimait qu\u2019il s\u2019agissait de l\u2019endroit en Amérique où les Français pouvaient le moins porter atteinte aux intérêts ibériques87.On peut également douter qu\u2019avant leur départ, les colons français aient tenu à se débarrasser d\u2019un poids mort, d\u2019une forteresse inutile.Puisque Roberval comptait, semble-t-il, renouveler l\u2019expérience au Canada, l\u2019incendie ou le démantèlement de la citadelle n\u2019auraient-ils pas équi- 117 Primeur - Gens du fleuve, gens de l\u2019Île valu à sacrifier les lourds investissements de 40 000 à 50 000 livres déjà engagés dans l\u2019entreprise coloniale et même à saborder le projet d\u2019un retour éventuel88 ?On en sait peu sur ce qui est arrivé au cap Rouge en 1542-1543.Si Champlain, qui a circulé dans la vallée du Saint-Laurent durant une trentaine d\u2019années, a bel et bien localisé l\u2019endroit du premier hiverne- ment de Jacques Cartier, sur les bords de la rivière Saint-Charles, il n\u2019est pas parvenu à découvrir le site de l\u2019établissement français au cap Rouge.Pour des raisons qui nous échappent, Champlain croyait que Cartier et Roberval avaient installé la colonie sur l\u2019île d\u2019Orléans89.Heureusement, les ruines ne sont que les vestiges de destructions incomplètes.Des fouilles archéologiques ont été réalisées sur le site Cartier-Roberval découvert en 2005, au confluent de la rivière du Cap- Rouge et du fleuve Saint-Laurent, à Québec90.Lors des travaux d\u2019excavation, les archéologues ont été à même de constater que le lieu avait été incendié.Les vestiges dégagés et les résultats d\u2019une scrupuleuse analyse ont en effet révélé la présence d\u2019une épaisse couche de ruines incendiées (de 0,4 à 0,6 mètre) qui se sont formées au cours du sinistre, puis qui ont été recouvertes par la végétation91.L\u2019archéologie du site Cartier-Roberval tend à montrer des traces d\u2019incendie sur plusieurs pièces de bois utilisées pour la construction de certains bâtiments.Les flammes ont non seulement consumé une partie des éléments en bois, mais également cuit une partie de l\u2019argile des murs des bâtiments et divers artéfacts laissés sur place.Ces constats ont amené les archéolo- 118 L\u2019Action nationale - Septembre 2021 gues à retenir trois scénarios probables pour expliquer l\u2019origine de la conflagration : 1.l\u2019incendie aurait été ordonné par les dirigeants de la colonie au moment de leur retour en France ; 2.le feu aurait été mis par les Amérindiens à la suite de l\u2019abandon des lieux ; 3.la cause de l\u2019incendie serait une conflagration naturelle92.Non seulement nous penchons pour la deuxième hypothèse suggérée, nous conjecturons également que les Iroquoiens auraient mis le feu à deux occasions aux installations françaises aménagées au cap Rouge, une première fois après le départ précipité de Cartier en 1542 et une seconde fois à la suite de l\u2019abandon de la colonie par Roberval en 1543.Voyons pourquoi.L\u2019histoire et l\u2019archéologie ne nous apprennent-elles pas que l\u2019emploi de la violence pour la tourner vers un ennemi envahisseur ou extérieur afin d\u2019annihiler sa présence, voire son existence, est une pratique humaine des plus anciennes et des plus récurrentes93 ?Or, même si cela ne suffit pas à prouver le fait, à en juger d\u2019après la gravure intitulée Stratagème de guerre usité des Canadiens et réalisée pour accompagner l\u2019ouvrage de Thevet, Les Singularités de la France antarctique, on a de bonnes raisons de penser que les Stadaconiens utilisaient le feu comme arme de destruction par excellence (illustration 15).À moins bien sûr que l\u2019illustrateur de l\u2019ouvrage ait lâché la bride à son imagination en représentant un des assaillants avec un fagot de bois pour alimenter la flamme, un autre avec une torche à la main, quoique Thevet livre au moins une preuve solide qui atteste l\u2019existence de cette pratique guerrière iroquoienne. 119 Primeur - Gens du fleuve, gens de l\u2019Île Le fait de construire d\u2019abord (1535-1536) un fortin et des tranchées, ensuite (1541-1542) d\u2019ériger une habitation fortifiée puis finalement d\u2019établir une colonie militaire (1542-1543) a-t-il été interprété par les natifs comme un acte de guerre, comme un premier pas vers un conflit armé, donc vers la soumission et l\u2019inégalité 94 ?L\u2019historien africaniste François-Xavier Fauvelle a fait remarquer avec justesse qu\u2019« en contexte colonial, la présence de l\u2019autre est en soi un conflit95 ».De son côté, après plus d\u2019un demi-siècle d\u2019observations, l\u2019ethnologue Marc Augé a pu écrire, relativement aux situations de « contact culturel », qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une « expression un peu pudique pour désigner souvent des phénomènes de colonisation et d\u2019affrontement96 ».L\u2019établissement français au cap Rouge n\u2019aurait donc pas été perçu par les Stadaconiens comme une présence assez banale, mais comme une intrusion brutale dès le début.Il est permis d\u2019imaginer que les Iroquoiens du Saint- Laurent, particulièrement les Stadaconiens, avaient compris que tous les Français sans distinction, tant les gens de Cartier que ceux de Roberval, tentaient d\u2019imposer leurs vues et que les intérêts des deux groupes semblaient inconciliables.Cet envahisseur étranger était peu enclin à une ouverture authentique, avait construit un établissement sans obtenir leur assentiment, menaçait leur intégrité territoriale et ne se comportait plus comme un visiteur respectueux des règles de la société d\u2019accueil97.L\u2019idée qui se dégage de tout cela est que les Français n\u2019ont pas profité de la générosité de la population locale, qui ne semble plus avoir été disposée à entretenir des relations, même strictement commerciales, 120 L\u2019Action nationale - Septembre 2021 avec les membres de la colonie.Au dire de Thevet, « avec quelques graisses et huiles », à la faveur de la nuit, les Stadaconiens auraient même tenté de mettre le feu aux navires de Cartier ou de Roberval98.À preuve également de la détérioration des rapports entre les deux groupes, la colonie semble avoir été acculée aux marges extrêmes de la survie par l\u2019épuisement des réserves de vivres, plusieurs personnes souffrant d\u2019inanition.Au début d\u2019avril 1543, les colons de France-Roy, dépourvus de nourriture et sans possibilité d\u2019en trouver suffisamment dans le voisinage, en ont été réduits à manger ce qu\u2019ils trouvaient ou à consommer des végétaux.Beaucoup seraient morts intoxiqués après avoir ingurgité des champignons99.Thevet rapporte ceci : « Et me fust recité par quelques uns de la com- paignie que plusieurs d\u2019eux mangeoient des champignons les faisans cuire aupres du feu sans sel ni sans beurre dont aucuns en mourrurent pour n\u2019estre assaisonnez et accoustrez comme lon faict de pardeca100.» Au mois de juin, des compagnons de Roberval ont dû acheter ou voler cinquante-cinq kilos de farine de maïs à Hochelaga, soit l\u2019équivalent de deux ou trois sacs, chacun pesant environ cinquante livres101.À partir de cette farine, on a dû faire du pain.Par ailleurs, nous doutons fortement que la tentative coloniale de 1541-1543 dans la vallée du Saint-Laurent se soit terminée à cause du recommencement de la guerre en Europe102.Ce serait négliger le fait que la rivalité qui a opposé François Ier à Charles Quint et qui a provoqué tant de guerres et fait tant de morts s\u2019est étirée sur presque trois décennies (1519-1547).En mars 1542, avant le départ de Roberval, la perspective d\u2019une guerre prochaine entre la France et 121 Primeur - Gens du fleuve, gens de l\u2019Île l\u2019alliance anglo-espagnole était évidente.Comme l\u2019a écrit Didier Le Fur, « [t] ous le savaient : la guerre allait reprendre103 ».Pourtant, cela n\u2019a nullement empêché la flotte de Roberval de quitter La Rochelle et de voguer vers le Canada pour aller rejoindre Cartier.Au bas mot, au début d\u2019août 1542, le roi de France avait rassemblé plus de 120 000 hommes pour conduire une énième guerre contre Charles Quint104.Ainsi, compte tenu de l\u2019ampleur des effectifs de l\u2019armée royale mobilisés en 1543 pour défendre le nord du royaume, pour conquérir le Luxembourg, pour assiéger Perpignan et pour protéger les positions françaises dans le Piémont, en Italie, on voit mal pourquoi François Ier aurait ordonné à Roberval et à sa poignée de compagnons de revenir en France pour contribuer à l\u2019effort de guerre.Nous disposons de la preuve \u2013 le texte de sa relation de voyage \u2013 que Roberval avait déjà, au tout début de juin 1543, décidé du rapatriement général avant l\u2019arrivée des navires dépêchés pour ravitailler la colonie.Aucun document ne confirme par surcroît qu\u2019il aurait reçu l\u2019ordre du roi de repartir pour la France.La chronologie de ses décisions est parlante.Ayant pris le chemin d\u2019Hochelaga le 5 juin, Roberval avait dressé son campement dans l\u2019île de Montréal, probablement au pied du courant Sainte-Marie, où il avait fait délivrer un message urgent assez clair, parvenu le 19 juin à France-Roy, au cap Rouge.Les instructions transmises aux gens restés sur place leur ordonnaient d\u2019abandonner l\u2019établissement colonial et de se mettre en route vers la métropole au cas où il ne serait pas de retour.Roberval donnait pour date butoir le 22 juillet, soit « jusqu\u2019à la Sainte Madeleine105 ».Or, il est un fait presque certain : les secours venus de la mer, quatre navires de ravitaillement, sont arrivés de 122 L\u2019Action nationale - Septembre 2021 France durant la deuxième quinzaine de juin, mais après le 19 juin106.On se demande alors pourquoi Roberval, parti à Hochelaga explorer la région, aurait donné l\u2019ordre aux colons de France-Roy de quitter les lieux, sachant que ces navires étaient en route pour la colonie.À l\u2019instar des rapports entre les Français et les Stadaconiens, il y a lieu de croire que les relations des Français avec les Hochelaguiens avaient été frappées d\u2019un gel évident, voire carrément rompues.Faux départ Si Cartier d\u2019abord et Roberval ensuite ont été contraints d\u2019interrompre le projet colonial impulsé par la couronne de France, c\u2019est parce que leur position n\u2019était pas des plus enviables, tant sur le plan militaire que sur le plan diplomatique, et qu\u2019ils ne trouvaient aucune issue à la situation.Il est toujours possible que Roberval, après Cartier, ait envisagé ou appréhendé un affrontement imminent avec les natifs et ait été forcé de rembarquer.La mappemonde de Pierre Desceliers produite en 1550 porte un cartouche révélateur (figure 16).Le cartographe mentionne en effet ceci : C\u2019est la demonstraction daulcuns pays descouvertz puis nagueres pour et au despens du treschrestien Roy de France Francoys premier de ce nom.Luns [ ?] nomme Canada, Ochelaga et Sagueassis [Saguenay] vers les parties occidentales environ par les 50 degrez de latitude.À iceulx pays a esté envoyé (par le dict Roy) honneste et ingenieux gentilhomme monsr.de Roberval avec grande compaignye de gentz cri- minelz desgradés pour habiter le pays lequel avoit esté pri- merem descouvert par le pilote Jacques Cartier demeurant à Sainct Malo.Et pource que Ilz n\u2019a esté possible Avec les gentz dudict pays à faire trafique à raison de Leur Austérité107, intemperance dudict pays et petit proffit sont retourner en France esperant y retourner quand il plaira au Roy108. 123 Primeur - Gens du fleuve, gens de l\u2019Île Au mitan du XVIe siècle, il semble que, pour les contemporains de Cartier et de Roberval, l\u2019échec de la colonisation française au Canada ait tenu à une série de facteurs : inimitié et maille à partir avec les natifs, climat très rigoureux, rudesse du pays et coût ruineux de l\u2019entreprise.Autant de raisons impérieuses, pen- sait-on, qui auraient suffi à décourager les colonisateurs venus chercher fortune en terre canadienne.Nous pensons aussi que c\u2019est l\u2019animosité croissante des Iroquoiens du Saint-Laurent qui a mené à l\u2019abandon du projet colonial par les Français en 1543, à cette différence près que cette agressivité a été la conséquence d\u2019une expérience négative plutôt qu\u2019une cause.Des émotions hostiles comme la colère et des sentiments d\u2019animosité se sont transformés en actions instantanées et impulsives contre les colons français.Cette violence des Iroquoiens a été consécutive au traumatisme du contact, c\u2019est-à-dire la réaction belliqueuse d\u2019une population exposée à l\u2019introduction de maladies inconnues et un comportement réactif au constat d\u2019une soudaine morbidité en Laurentie iro- quoienne.Les neurosciences sociales et la psychologie sociale expérimentale nous démontrent que l\u2019être humain en tant qu\u2019animal est phylogénétiquement programmé pour réagir par l\u2019attaque ou par la fuite quand ses intérêts vitaux (vie, santé, progéniture, liberté et propriété) sont menacés.Chez l\u2019humain, l\u2019agression peut également être éveillée par les pouvoirs de suggestion et de persuasion exercés par des personnes suffisamment influentes, tels des chamans ou des spécialistes religieux, des dirigeants politiques et des leaders charismatiques109.C\u2019est pourquoi, si des maladies infectieuses et meurtrières se sont effectivement abattues sur les Iroquoiens du Saint-Laurent, il 124 L\u2019Action nationale - Septembre 2021 y a tout lieu de croire que les Français ont forcément attisé les rumeurs, incarné une menace et été perçus comme un danger évident et immédiat.En 1583, quarante ans après la déconvenue de Cartier et de Roberval, le capitaine Christopher Carleill (vers 1551-1593), qui servait alors dans la marine anglaise et qui avait ses entrées à la cour d\u2019Élisabeth Ire (1633- 1703) et dans certains réseaux d\u2019espionnage, a suggéré de tirer des leçons de la première tentative d\u2019installation française au Canada.À son avis, l\u2019enlèvement de Donnacona et de ses proches lors du deuxième voyage de Cartier avait durablement compromis les relations entre Français et Stadaconiens, funestement assombri leurs rapports et modelé la vision que les natifs devaient entretenir à propos de ces étrangers.Perçu comme un affront et subi comme une humiliation, l\u2019acte de traîtrise ourdi par Cartier, couplé aux mésententes survenues entre les deux partis, Amérindiens et Européens, lors de l\u2019expédition de colonisation menée par Roberval, aurait eu des conséquences désastreuses.D\u2019après Carleill, les Français avaient fait preuve d\u2019un comportement inacceptable envers les Amérindiens, s\u2019étaient aliéné l\u2019ensemble de la Laurentie iroquoienne et avaient eu à faire face à la profonde antipathie des Stadaconiens.Le ressentiment des Iroquoiens du Saint-Laurent à leur encontre aurait été si vif qu\u2019ils auraient refusé de décolérer pour engager des pourparlers, pour fraterniser et pour développer des relations chaleureuses avec eux.Français \u2013 ou du moins Malouins \u2013 et Amérindiens seraient restés en très mauvais termes durant près de quarante ans110.Bruce Trigger a soutenu qu\u2019après la tentative infructueuse de colonisation de Roberval en 1543, la Laurentie 125 Primeur - Gens du fleuve, gens de l\u2019Île iroquoienne était désormais opposée à toute avance européenne vers l\u2019intérieur.La colonisation avortée et l\u2019héritage de rapports pénibles auraient empêché la méfiance des Stadaconiens envers les Français de se dissiper.Cela expliquerait, selon Trigger, pourquoi les Iroquoiens de la région de Québec n\u2019avaient à nouveau permis à des Européens de voyager à l\u2019ouest de Tadoussac qu\u2019en 1 580 111.Toutefois, le début puis le développement rapide de la traite des fourrures dans l\u2019est de l\u2019Amérique du Nord invitent à revoir cette interprétation.On sait que le commerce de la fourrure a pris naissance dans la première moitié du XVIe siècle à l\u2019île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, et sur les côtes du golfe du Maine.Dès 1546, les Français, plus précisément des marchands normands, sont régulièrement allés traiter avec les Amérindiens à l\u2019entrée de la baie de Chesapeake (entre les États de la Virginie et du Maryland).Néanmoins, l\u2019historien Laurier Turgeon a mis en relief le fait que la traite a presque entièrement disparu dans les années 1570.La cause en serait attribuable aux guerres de religion, qui atteignaient alors un sommet en France112.La navigation a rapidement repris au début des années 1580 pour s\u2019effondrer à nouveau.Selon Turgeon, le commerce maritime n\u2019a connu un regain d\u2019activité qu\u2019à la fin des guerres de religion et avec la proclamation de l\u2019édit de Nantes, en 1 598 113.Il semble donc que ces guerres fratricides aient eu une incidence marquée sur l\u2019absence quasi totale des Français en Amérique du Nord entre 1560 et 1600.Les guerres de religion expliqueraient davantage qu\u2019une résistance amérindienne efficace aux projets des Français pourquoi aucun trafiquant ou commer- 126 L\u2019Action nationale - Septembre 2021 çant en fourrures ne serait venu dans les basses et les hautes terres du Saint-Laurent avant 1580, soit durant l\u2019intervalle où se serait volatilisée la Laurentie iro- quoienne.Ajoutons à cet état de fait que Stadaconé et Hochelaga, numériquement réduits par les maladies durant la décennie 1540, n\u2019étaient déjà plus aptes, au mitan du XVIe siècle, à s\u2019opposer vigoureusement à un retour des Français dans la vallée du Saint-Laurent.Par ailleurs, ces deux chefs-lieux de province de la Laurentie iroquoienne n\u2019ont pas davantage été en mesure de repousser les attaques d\u2019ennemis invétérés et coalisés.Notes : 82.Marcel Destombes, 1971-1972, p.130.83.Sur ce point, voir Bernard G.Hoffman, 1961, p.171-179, et Olive Patricia Dickason, 1993, p.194-199.84.Michel Bideaux, éd., op.cit., p.206.85.Bernard Allaire, 2017, p.24, et 2013, p.125 ; Françoise Niellon, 2015, p.108-109.86.Charles de La Roncière, 1912, p.293-294.87.Henry P.Biggar, 1930, p.403-405, 430-435, 462 et 561-564.88.Bernard Allaire, 2013, p.128.89.Samuel de Champlain, 2018, p.185-186 et 619.90.À l\u2019heure actuelle, seulement 20 % du site archéologique Cartier- Roberval de Cap-Rouge a été fouillé.Le fond de l\u2019histoire risque de demeurer en suspens.Situé dans le secteur Cap-Rouge de l\u2019arrondissement Sainte-Foy\u2013Sillery\u2013Cap-Rouge de la ville de Québec, le site a fait l\u2019objet de fouilles archéologiques de 2007 à 2010.Quelque 6 000 artéfacts y ont été découverts.En 2018, le gouvernement du Québec a octroyé 8,4 millions de dollars sur cinq ans pour le remblayage des vestiges ainsi que pour la mise en valeur et la conservation du site et des artéfacts.Quasi laissé à l\u2019abandon durant huit ans, le site, géré par la Commission de la capitale nationale, sera réhabilité.Toutefois, faute de financement, ce témoin exceptionnel d\u2019un événement majeur de l\u2019histoire du Québec et du Canada ne fera pas l\u2019objet d\u2019autres recherches archéologiques.91.Gilles Samson et Richard Fiset, 2013, p.40.92.Ibid., p.207-214 et 399.93.Voir à ce sujet les monographies de Jean Guilaine et Jean Zammit, 2001, 381 p., et de Marylène Patou-Mathis, 2013, 209 p. 127 Primeur - Gens du fleuve, gens de l\u2019Île 94.Michel Bideaux, éd., op.cit., p.158-163, 197 et 207.Sur ce point, voir la réflexion appropriée de Tzvetan Todorov, 1982, p.62-63.95.François-Xavier Fauvelle, 2017, p.38.96.Marc Augé, 2017, p.142.97.Sylvie Vincent, 2006, p.102-103.98.Frank Lestringant, éd., 1997, p.289-290.99.Précisons que les champignons consommés n\u2019étaient pas nécessairement vénéneux.Il se peut également que l\u2019empoisonnement aux champignons n\u2019ait rien eu à voir avec leur préparation.L\u2019ingestion en trop grande quantité de certains aliments peut aussi provoquer des intoxications.100.Roger Schlesinger et Arthur P.Stabler, éd., op.cit., p.121 et 268.101.Michel Bideaux, éd., op.cit., p.210 ; Samuel de Champlain, op.cit., p.560.102.Bernard Allaire, 2017, p.24, et 2013, p.125 ; Françoise Niellon, 2015, p.108-109 ; François Brioist, 2020, p.101.103.Didier Le Fur, 2015, p.671, 679 et 715.104.Ibid., p.686.105.Michel Bideaux, éd., op.cit., p.210.L\u2019italique est dans le texte original.106.Marcel Trudel, 1963, p.163.107.L\u2019adjectif « austère » est dérivé du latin austerus, « âpre et sévère », lui-même emprunté au grec austeros, « âpre et amer ».Ce mot est apparu vers 1220.Appliqué aux personnes, cet adjectif a voulu dire en ancien français (vers 1300) « cruel, rigoureux » ou seulement « sévère pour les autres ».Le nom féminin « austérité » a été emprunté au XVIIIe siècle au dérivé latin et signifie « âpreté » au sens concret.Voir Alain Rey, dir., 1994, vol.1, p.144.108.William F.Ganong, 1964, p.VI et 273 ; Marcel Trudel, 1973, p.54-55, carte 20 (« La Nouvelle-France en 1550 »).109.À ce sujet, on pourra lire Erich Fromm, 1975, p.211-214.110.Richard Hakluyt, éd., 1600, t.3, p.187 ; Henry P.Biggar, 1901, p.227.111.Bruce G.Trigger, 1990, p.189, et 1991, p.210.112.Laurier Turgeon, 2019, p.103 et 107.Précisons ici que la répression exercée contre les protestants et contre les minorités religieuses en France a été déclenchée sous le règne de François Ier avec l\u2019affaire des Placards (1534-1535) et les purges du Luberon (1540-1545).Sur ce point, voir Didier Le Fur, op.cit., p.563-567 et 737-744.113.Laurier Turgeon, op.cit., p.103. 128 L\u2019Action nationale - Septembre 2021 Illustration : Ill.15 \u2013 Raid guerrier Cette gravure à l\u2019acide, intitulée Stratagème de guerre usité des Canadiens et réalisée pour accompagner l\u2019ouvrage d\u2019André Thevet Les Singularités de la France antarctique, paru en 1557, montre un affrontement entre deux groupes amérindiens de la Nouvelle- France.On remarquera que deux des assaillants représentés par l\u2019illustrateur utilisent le feu, arme de destruction par excellence.Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa : C-17653. 129 Recensions DANY LAFERRIÈRE Petit traité sur le racisme Boréal, 2021, 213 pages Dans la foulée des débats sur le racisme et l\u2019antiracisme qui prennent beaucoup d\u2019ampleur depuis un an avec la mort tragique de George Floyd, à Minneapolis, l\u2019académicien Dany Laferrière a publié un petit traité sur le racisme pour donner sa parole sur le sujet.Dès le départ, l\u2019écrivain a la vertu de dissiper les confusions multiples en affirmant vouloir circonscrire l\u2019objet de sa réflexion au seul racisme « qui se pratique aux États-Unis contre les Noirs américains » (p.9).Le lecteur peut donc être soulagé d\u2019apprendre que l\u2019auteur ne confond pas l\u2019ensemble des « Blancs » d\u2019Occident aux crimes qui se commettent aux États-Unis et ne se lance pas dans des séances de Québec bashing.Étranger au wokisme, il n\u2019écrit pas « blanc » avec un petit b à côté du « Noir » avec un grand N pour « renverser les rapports maître-esclaves ».Laferrière n\u2019est pas non plus un extrémiste qui bannit le mot « nègre » en toute circonstance, lui qui l\u2019utilise sans gêne lorsqu\u2019il le trouve nécessaire.Au lieu d\u2019un bréviaire militant comme nous sommes trop habitués à en voir publier depuis plusieurs années, l\u2019auteur nous propose une méditation sur la condition noire amé- 130 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 ricaine, lui qui se permet à la fois de penser les temps présents, de faire des détours par l\u2019histoire et d\u2019évoquer de grandes figures de la cause de l\u2019égalité raciale.L\u2019auteur revient ainsi sur la condamnation de Derek Chauvin, dont il ne comprend pas l\u2019accusation de meurtre « involontaire » : il déplore ce qu\u2019il considère comme un « deux poids, deux mesures » (p.25) dans le traitement judiciaire des Noirs et des Blancs.La violence policière passe aussi dans son collimateur, mais on a envie de demander à l\u2019auteur s\u2019il ne craint pas qu\u2019un procès excessif des services policiers ne finisse pas par susciter chez les agents de police la peur d\u2019intervenir.L\u2019aveuglement volontaire de policiers devant des méfaits commis par des criminels est connu depuis plusieurs années, alors que plusieurs d\u2019entre eux ont maintenant la crainte de se faire filmer et de faire le tour des réseaux sociaux, ce qui pourrait leur valoir un limogeage.Laferrière ne craint-il pas l\u2019amplification du phénomène des zones de non-droit ?De cela, il ne sera nullement évoqué dans ce traité.L\u2019auteur enchaîne les grands personnages de la condition noire, en passant par des figures de la guerre de Sécession comme Harriet Tubman et Frederick Douglass, en passant par Lincoln et Harriet Beecher Stowe.S\u2019y ajoutent quelques réflexions sur les méthodes des racistes d\u2019autrefois comme le KKK, Charles Lynch et sur leurs détracteurs comme Malcolm X et Martin Luther King.Si on y apprend quelques informations intéressantes sur l\u2019histoire des Noirs aux États- Unis, Laferrière n\u2019apporte néanmoins pas grand-chose à la réflexion.Tout le long de l\u2019essai, on a l\u2019impression de lire quelqu\u2019un qui pense à voix haute en tentant de faire le tri dans ses idées, sans aller bien loin.Nous ne sommes pas dans les formules slogans ou clés en main, mais non plus dans les observations fines et marquantes.Cela n\u2019empêche pas l\u2019écrivain de nous laisser quelques remarques per- 131 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 tinentes, notamment sur la victimisation à outrance, la manie de rendre des mots tabous et la panique de certains antiracistes de se croire racistes.Dans une réflexion sur l\u2019art pratiquée par les Noirs, il lance cet appel à sortir du cadre trop étroit de l\u2019antiracisme permanent : « On peut concevoir sa vie sans l\u2019autre.[\u2026] On est passé si près de tordre le cou à cette bêtise qui impose à l\u2019artiste noir de ne parler que de sa condition raciale » (p.171).Au-delà des propos sur le passé douloureux des Noirs américains, l\u2019auteur évoque aussi les grands thèmes de l\u2019heure, comme l\u2019affaire George Floyd ou la présence politique de Donald Trump.Sur ce dernier, quelques exagérations sont de mises, comme cette idée qu\u2019il aurait « envoyer ses hommes attaquer le Sénat américain » (p.175), évoquant ici l\u2019invasion du Capitole le 6 janvier dernier par des partisans du président sortant.À ce sujet, rien, à ce jour, n\u2019a prouvé que Trump aurait planifié ou encouragé une telle invasion, même s\u2019il est parfaitement légitime de critiquer la manière dont il a pu galvaniser ses partisans.Mais outre cela, Laferrière commet aussi d\u2019autres inexactitudes qui laissent songeur.Par exemple, quand il commence son ouvrage en affirmant qu\u2019il traite d\u2019une affaire « de Blanc et de Noir où le Blanc concentre entre ses mains tous les pouvoirs » (p.10), on a envie de lui demander s\u2019il écrit bien en 2021.Le Noir américain n\u2019a-t-il vraiment aucun pouvoir ?Comment expliquer, dans ce cas, le nombre de Noirs qui deviennent entrepreneurs, médecins, professeurs, hommes ou femmes politiques ?Il en est de même lorsque Laferrière nous affirme que « la technique » des policiers américains serait simple : « Tout jeune Noir doit avoir un casier judiciaire avant dix-huit ans » (p.180).À en croire un tel propos, la police américaine viserait systématiquement chaque citoyen noir, qu\u2019il commette 132 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 un crime ou non.Si l\u2019on peut déplorer et réclamer la fin des arrestations injustifiées, qui peuvent aller jusqu\u2019à la brutalisation et même jusqu\u2019à la mort d\u2019une personne arrêtée, il y a quand même des limites à faire dans la généralisation abusive.Cela est d\u2019autant plus vrai que Dany Laferrière évite un sujet important qu\u2019est la violence des Noirs entre eux, lui qui évoque brièvement « qu\u2019un Noir peut en tuer un autre aussi ! Une part des meurtres sont faits par des Noirs sur des Noirs » (p.160).Ici, ce qu\u2019omet de préciser l\u2019auteur, c\u2019est que ce n\u2019est pas seulement « une part » des homicides de Noirs qui sont commis par d\u2019autres Noirs, mais l\u2019écrasante majorité.Quelques semaines après la mort de George Floyd, la journaliste Heather Mac Donald racontait dans le City Journal les histoires dramatiques de dizaines de jeunes Noirs qui avaient été tués par d\u2019autres Noirs dans des ghettos de Chicago, Baltimore, Kansas City et d\u2019autres villes depuis la tragédie de mai 2020.Elle ajoutait que les meurtres de Noirs par des policiers constituaient 3 % des victimes noires d\u2019homicides1.De cela, Laferrière n\u2019évoque presque rien.En somme, si le livre de Dany Laferrière peut connaître quelques passages pertinents pour comprendre la situation des Noirs aux États-Unis, il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019auteur ne va pas plus loin que le commentaire en surface.Surtout, il évite des sujets extrêmement importants du débat actuel, notamment sur le racisme de certains antiracistes influents, non seulement contre les Blancs, mais aussi contre les Noirs dont on considère qu\u2019ils ne peuvent arriver à l\u2019heure ou faire preuve de performance\u2026 Et que dire d\u2019un candidat à la mairie de Montréal qui se plaignait, 1 « Three percent of black homicide victims are killed by a cop, compared with 10 percent of white and Hispanic homicide victims killed by a cop.».Heather Mac Donald, « A Grim \u2013 and Ignored \u2013 Body Count », City Journal, 2 novembre 2020. 133 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 il y a quelques mois encore, que la nouvelle commissaire à la lutte contre le racisme de la ville ne soit pas Noire ?Des thèmes comme la concurrence victimaire, les dérives du racialisme et le retour de préjugés grossiers au sein d\u2019une frange importante de l\u2019antiracisme militant devraient impérativement faire l\u2019objet de plus amples réflexions.Hélas, ce n\u2019est pas sur cette voie que Dany Laferrière fait son chemin, lui qui nous laisse un petit traité bien incomplet, et presque inutile au débat public.Il aura au moins l\u2019avantage de fournir une parole plus modérée face à un camp antiraciste qui se radicalise de jour en jour.Philippe Lorange Bachelier en science politique et philosophie \u2013 Université de Montréal 134 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 ROROMME CHANTAL Comment la Chine conquiert le monde.Le rôle du pouvoir symbolique Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 2020, 427 pages La situation internationale présente une multiplicité d\u2019images qui amplifie l\u2019impression que le monde est à la dérive.Les tensions mises à jour par l\u2019élection de Donald Trump en novembre 2016 n\u2019étaient qu\u2019un début.Que ce soit la crise migratoire qui affectait l\u2019Europe avec l\u2019arrivée d\u2019embarcations en provenance de l\u2019Afrique ou les États-Unis avec les migrants en provenance de l\u2019Amérique centrale, les critiques de Trump vis-à-vis de l\u2019Europe quant à sa contribution à l\u2019OTAN, ou encore ses attaques contre la Chine en matière de commerce, tous ces évènements et bien d\u2019autres encore représentent des symptômes d\u2019un malaise profond dans les populations du globe.La crise de la pandémie n\u2019a fait que mettre un couvercle sur le tout, le temps que les gouvernements puissent éliminer cette menace qui affecte chaque individu directement.Mais il y a fort à parier que les tensions vont reprendre aussitôt que la menace du COVID se sera résorbée.Déjà, sous nos yeux, l\u2019après-pandémie se prépare.L\u2019élection de Joseph Biden et les premiers pas entrepris par son administration en politique étrangère suggèrent que les gestes posés par son prédécesseur face à la Chine n\u2019étaient pas ceux d\u2019un loup solitaire.La montée en puissance de la Chine est de plus en plus présentée comme une menace existentielle pour les États-Unis.Bien que personne dans les milieux dits raisonnables de l\u2019establishment américain ne le dise ouvertement, le fait que la COVID pourrait avoir effectivement pris naissance dans un marché de la ville chinoise de Wuhan n\u2019est pas sans aider la cause.Dans un monde où l\u2019accès à l\u2019information, peu importe sa source, est facilement accessible, il devient possible de 135 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 manipuler le discours ambiant sur les grands sujets de l\u2019heure.Dans ce contexte, la Chine est appelée à faire les frais des problèmes qui attisent les tensions à l\u2019échelle autant nationale qu\u2019internationale.Devant cette perspective, le livre du professeur Roromme Chantal offre au public francophone l\u2019occasion de s\u2019instruire sur la montée en puissance de la Chine et ce qu\u2019elle pourrait faire de ce pouvoir dans les années à venir.Ceux qui cherchent des réponses claires et simples seront vraisemblablement déçus.Dans la présentation que M.Chantal a préparée pour ses lecteurs, il apparaît très vite que les grandes questions entourant la Chine ne se prêtent pas à des explications faciles.Par contre, les lecteurs en ressortiront grandement mieux informés et d\u2019une certaine manière plus rassurés sur ce que l\u2019avenir nous réserve, du moins en ce qui concerne la Chine.Dans son livre intitulé Langage et pouvoir symbolique (Seuil, 2001), le sociologue français Pierre Bourdieu (1930-2002) écrivait que « le pouvoir symbolique est en effet ce pouvoir invisible qui ne peut s\u2019exercer qu\u2019avec la complicité de ceux qui ne veulent pas savoir qu\u2019ils le subissent ou même qu\u2019ils l\u2019exercent » (p.202).Plus loin, il ajoutait : [C\u2019est pourquoi] le pouvoir symbolique comme pouvoir de constituer le donné par l\u2019énonciation de faire voir et de faire croire, de confirmer ou de transformer la vision du monde et, par là, l\u2019action sur le monde, donc le monde, pouvoir quasi magique qui permet d\u2019obtenir l\u2019équivalent de ce qui est obtenu par la force (physique ou économique) grâce à l\u2019effet spécifique de la mobilisation, ne s\u2019exerce que s\u2019il est reconnu, c\u2019est-à-dire méconnu comme arbitraire (p.210).C\u2019est en s\u2019appuyant de manière flexible sur ce paradigme conceptuel que le professeur Chantal se donne comme objectif d\u2019expliquer l\u2019effort de la Chine pour prendre sa place dans le monde actuel.Par le biais du pouvoir symbolique, la 136 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 Chine est arrivée à convertir une partie du monde de l\u2019effet bénigne, voire bénéfique, de l\u2019expansion de sa puissance et de son influence dans le monde.Jusqu\u2019à récemment les théoriciens du système international (Paul Kennedy et Graham Allison par exemple) avaient l\u2019habitude de présenter les rapports dynamiques entre la puissance établie et une puissance en devenir comme une lutte qui ne finissait que rarement de manière pacifique.À l\u2019appui de cette thèse, on citait l\u2019exemple de Sparte et de la Grèce dans l\u2019Antiquité et des exemples plus proches en Europe telles la France, l\u2019Angleterre, et l\u2019Allemagne.Aujourd\u2019hui, nous assistons à un phénomène différent, selon Chantal.L\u2019émergence de la Chine en tant que puissance témoigne d\u2019une approche différente du pouvoir et de son expansion sur la scène internationale.Ainsi la Chine s\u2019est plutôt fixé comme modus operandi de s\u2019intégrer dans une première phase à l\u2019ordre établi à travers ses réformes économiques, et ce, tout en maintenant un contrôle serré de l\u2019appareil étatique.La Chine a pu ainsi transformer un système économique (socialiste) inférieur en un système de loin plus dynamique, d\u2019une part.Et d\u2019autre part, exercer un contrôle sur les grandes orientations du pays, ce qui peut apparaître paradoxal à première vue.Les observateurs occidentaux avaient longtemps prédit que cette approche mènerait inexorablement à l\u2019affaiblissement de l\u2019État chinois et à des transformations politiques qui, avec un peu de chance, verraient l\u2019émergence de la démocratie.Ce n\u2019est toujours pas arrivé.En fait, la Chine est devenue un modèle à exporter vers les pays que l\u2019on dit en voie de développement.On pense en particulier à l\u2019Afrique.La Chine y a accumulé beaucoup de bénéfices politiques en démontrant que de pays en 137 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 voie de développement elle est devenue l\u2019une des grandes puissances économiques en l\u2019espace d\u2019une quarantaine d\u2019années.Dans une seconde phase (qui chevauche en partie la première), la Chine a traduit son succès économique en outil de promotion de ses ambitions à l\u2019internationale.Ici la nature du bilan est disputée par les chercheurs.La venue au pouvoir de Xi Jinping et son approche plus agressive de promotion de la position de la Chine rend un peu plus discutable l\u2019approche jusque là subtile du gouvernement chinois.Le président Xi est peut-être plus pressé que ses prédécesseurs d\u2019accélérer la marche.La Chine s\u2019est lancée de diverses manières à promouvoir son modèle.D\u2019une part, elle a joint toutes les organisations internationales qui promeuvent et gèrent en quelque sorte les rapports entre les différents blocs.Mais parce qu\u2019elle se sent à l\u2019étroit et frustrée par des institutions qu\u2019elle n\u2019a pas contribué à mettre en place (Banque mondiale, FMI, entre autres), elle a aussi créé ses propres institutions, tels la Banque asiatique d\u2019investissement en infrastructures et le mégaprojet des routes de la soie.À travers ces institutions, la Chine met ainsi en place l\u2019embryon d\u2019une structure qui pourrait éventuellement remplacer celle qui existe présentement.Déjà, la Chine a de nombreux alliés sur les continents africain, latino-américain, centra-européen et asiatique.La « passation » des pouvoirs, si c\u2019est le terme à utiliser, pourrait donc être moins tumultueuse qu\u2019anticipée.Le paradigme qui avait présidé depuis 1945 jusqu\u2019à tout récemment à la gestion des affaires du monde était celui de la pax americana avec la promotion de la démocratie libérale appuyée par des institutions internationales.Comme on le sait, ce n\u2019était pas toujours suffisant.L\u2019armée et les 138 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 services de renseignements américains étaient utilisés pour renforcer cet ordre auprès des gouvernements réfractaires.Aujourd\u2019hui, la démocratie américaine et les crises à répétition du capitalisme américain ont mis à mal son attractivité dans les pays en voie de développement à travers le monde.L\u2019émergence de la Chine offre un nouveau paradigme qui séduit, mais qui reste à confirmer comme alternative.Plus le paradigme en place résistera, plus il y a possibilité que les tensions augmentent.Pour l\u2019Occident c\u2019est un phénomène nouveau.Quand la Chine impériale a fait face à ce genre de défi dans la seconde moitié du XIXe siècle, la dynastie Qinq au pouvoir s\u2019est éventuellement effondrée en 1911.S\u2019en est suivi une guerre civile qui a duré près de quarante ans.La qualité du travail du professeur Chantal se voit dans sa présentation des grands débats qui ont parsemé l\u2019histoire de l\u2019émergence de la Chine surtout à partir de la fin des années 1990.Rien n\u2019est laissé dans l\u2019ombre.Il est au fait de tous les penseurs qui ont contribué à ces débats, que ce soit aux États-Unis, en Europe ou en Chine.Il examine des concepts comme le hard power et le soft power, des concepts qu\u2019il juge inadéquats dans l\u2019examen de la Chine.Il ne perd toutefois pas ses lecteurs dans d\u2019interminables discussions théoriques malgré le danger qui se retrouve souvent dans ce genre de littérature.Sa connaissance du sujet est vaste comme le sont les sources sur lesquelles il s\u2019est appuyé.Les lecteurs francophones vont trouver ici une présentation intelligente et sophistiquée du monde actuel et à venir qui les prémunira des versions simplistes qu\u2019ils lisent dans les médias traditionnels.Un seul bémol : la présence d\u2019un index aurait permis l\u2019usage du livre comme outil de référence.Richard Desjardins Fonctionnaire à la retraite 139 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 MARCO MICONE On ne naît pas Québécois, on le devient Del Busso éditeur, 2021, 129 pages Marco Micone est sûrement familier à la majorité des lecteurs de L\u2019Action nationale, pour autant qu\u2019ils lisent Le Devoir ou s\u2019ils ont milité pour le Parti québécois des belles années.Cet érudit \u2013 qui n\u2019ignore pas l\u2019auteure du Deuxième sexe \u2013, s\u2019en est inspiré pour le titre de son ouvrage.Qu\u2019on en juge : « On ne naît pas Québécois, on le devient.Contrairement à ce que pense la droite identitaire [sic], il n\u2019y a pas d\u2019identité innée et immuable.L\u2019identité est une construction historique et sociale [\u2026] C\u2019est en vivant au Québec qu\u2019on devient québécois » (p.83).Le ton est donné dès les premières pages où il s\u2019en prend aux « identitaires de droite » (se reconnaîtront-ils ?) pour leur discours anti-immigrants.S\u2019affichant comme défenseur de la justice sociale, il affirme faire partie de cette génération qui a remis en question une société aux couleurs sépia et aux accents groulxiens [resic] (p.16).Arrivé d\u2019une Italie incapable de bien faire vivre ses enfants au milieu des années cinquante, il ne pourra, comme hélas beaucoup de ses congénères, se voir admis au sein d\u2019une école publique francophone.Il en résultera, on le comprend, une plaie qui tardera à se cicatriser.C\u2019est donc à McGill que Marco Micone étudiera la littérature québécoise.L\u2019ouvrage, de dimension modeste, se compose de 13 chapitres suivis d\u2019un épilogue.L\u2019impossibilité de les présenter tous m\u2019a conduit à faire une sélection de ceux susceptibles d\u2019intéresser mon lecteur.Alors, je débute avec un sujet sensible déjà annoncé ci-haut : les immigrants.Dans « La colère d\u2019un immigrant », l\u2019auteur fait allusion aux « voleurs de jobs » des années d\u2019après-guerre qui ont laissé place aux « voleurs de langues » (conflit à St-Léonard) remplacés à 140 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 leur tour aujourd\u2019hui par les « voleurs de laïcité ».À propos de ces derniers, son article dans Le Devoir du 12 juin 2019 intitulé « Hier les Italiens, aujourd\u2019hui les musulmans », lui a attiré une volée de bois vert.On retrouve dans ce chapitre une partie du contenu de cet article où il s\u2019oppose à la pourtant très modérée loi 21.« Il faut être d\u2019une grande naïveté pour croire que la loi 21 sur la laïcité de l\u2019État existerait sans la présence des musulmans » (p.91).Comment le contredire ?Tant que nos enfants n\u2019auront pas comme enseignants des hommes portant un stremeil, un turban à la Jagmeet Sing ou des soutanes comme celles des Frères des Écoles chrétiennes du temps de mon secondaire, y en n\u2019a pas d\u2019problèmes ! comme le dirait un humoriste ayant les mêmes initiales que l\u2019auteur.De toute évidence, Marco Micone ignore l\u2019existence d\u2019un islam politique dont l\u2019influence, ici comme ailleurs, se fait grandissante depuis une dizaine d\u2019années.Son chapitre « Speak What » dont le titre fait allusion, cette fois, au « Speak White » de la regrettée Michèle Lalonde s\u2019avère à mes yeux le plus contestable.En effet, malgré la reconnaissance de la précarité du français, surtout à Montréal, par nul autre que le gouvernement Trudeau avec ses présumés efforts (de façade ?) annoncés pour y remédier, pour l\u2019auteur, s\u2019il est vulnérable, le français n\u2019est pas en péril.« Les seules langues qui risquent de disparaître sont celles des immigrants » (p.39).La belle affaire\u2026 Faut-il sortir nos mouchoirs et pleurer sur l\u2019avenir, par exemple, du kiniarwanda parlé par ceux qui ont fuit les conséquences de la tragédie de 1994 ?Quant à l\u2019italien, si j\u2019en juge par la langue utilisée par les jeunes de 20-30 ans dans la Petite Italie lors des matchs de foot internationaux de leurs Azzuris, leur choix linguistique n\u2019est sûrement pas dû à l\u2019intransigeance d\u2019une autre époque de nos écoles publiques francophones. 141 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 Celui dont je ne mets pas en doute l\u2019amitié et l\u2019estime qu\u2019il a toujours affiché envers notre collectivité se voudrait plus pertinent avec son chapitre « Les allophones et la souveraineté » s\u2019il avait rafraîchi ses données.Il écrit (p.51) que les sondages révèlent que 25 ans après la fondation du PQ (soit en 1993) l\u2019appui à la souveraineté dépasse à peine 50 %.Un % qui nous réjouirait en 2021\u2026 Et il poursuit : « Le 30 octobre, nous, les allophones, pouvons faire la différence entre la victoire et la défaite du camp souverainiste ».Voilà qui donne raison à la fameuse diatribe de Jacques Parizeau ! L\u2019auteur cite Michel David du Devoir qui y a vu les 45 000 voix manquantes pour remporter le référendum.Concernant une question on ne peut plus d\u2019actualité dans un contexte de présumée rareté de main-d\u2019œuvre, il insiste sur l\u2019importance de l\u2019immigration, mais est-il pertinent de se rapporter aux exemples allemands et français des années 1960 ?Au delà du Rhin on assiste de nos jours à l\u2019avènement d\u2019une « Petite Turquie » où Erdogan souhaitait l\u2019an dernier faire campagne.Quant à la France, j\u2019ai vu ce qu\u2019est devenu le département de Seine-St-Denis, il y a quelques années, en allant, 45 ans après une première visite, revoir la cathédrale de l\u2019abbé Suger.Communautarisme quand tu nous tiens ! On en est loin, mais comme le veulent les adages : « Si la tendance se maintient et si le passé est garant de l\u2019avenir » la prudence s\u2019impose.Ceci tout en tenant compte de la mise en garde de l\u2019auteur : si on ne nait pas québécois, on peut naître exclu et donner l\u2019exclusion en héritage.À éviter il va sans dire.Le titre du dernier chapitre « Traduire, tradire » n\u2019est pas sans nous rappeler le « Traduit du » de Gaston Miron.En fait, tradire se rapporte à tra-dire en pensant à « dire entre » (tra = entre en italien).En signalant avoir traduit dans les années 1990 Goldoni, Gozzi et Shakespeare, il reconnaît 142 L\u2019Action nationale \u2013 Septembre 2021 avoir transformé les textes d\u2019origine.Toute traduction est une adaptation écrit-il.L\u2019important à ses yeux consiste à donner à l\u2019œuvre originale, une cohérence nouvelle.En se référant après 25 ans à une nouvelle écriture de son « Gens du silence »,il a tenu à ce que ses personnages aux noms italiens s\u2019expriment comme des francophones « pour que cette langue soit à la fois un modèle et un symbole » (p.122).Il s\u2019est traduit pour mieux se tradire.Oui, malgré ses critiques récentes un tantinet trop acerbes, Marco Micone, nous aime bien.Il importe, avec lui, comme avec d\u2019autres, d\u2019entretenir le dialogue.C\u2019est pourquoi je lui propose ces mots de Si Mohand le plus grand poète de la Kabylie : « La seule façon de sauvegarder sa langue, c\u2019est de la faire écouter à ses enfants ».André Joyal Professeur retraité UQTR Partager la lecture des essais publiés au Québec Les Cahiers de lecture 40 pages grand format couleur des comptes-rendus, des analyses critiques, des entrevues, des extraits en primeur, des notes de lecture pour partager le point de vue de collaborateurs avertis sur les essais publiés au Québec durant l\u2019année 3 parutions par année 30 $ par an \u2013 75 $ pour trois ans taxes et expédition comprises actionnationale.quebec/cahiers-de-lecture Connexion abonnés ?Le site internet de L\u2019Action nationale met systématiquement en ligne les articles qui paraissent dans la version papier de la revue.Les articles parus dans l\u2019année ne sont cependant pleinement accessibles qu\u2019aux abonnés de la version papier.En activant la « connexion abonnés », nos abonnés ont accès à tous les articles du site.Pour vous inscrire à cette option gratuite de l\u2019abonnement papier, il vous suffit de communiquer avec nous par courriel.revue@action-nationale.qc.ca L\u2019Action Votre date d\u2019échéance Votre numéro d\u2019abonné Prévenez le coût ! 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puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité, et ce, sans s\u2019éloigner, même avec plus d\u2019un siècle d\u2019existence, de sa mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?Les dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et les dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars à laquelle vous avez souscrit il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le-nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous remettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale \u2013 Programme de dons planifiés a/s de Jacques Martin 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 en héritage L\u2019Action 819 397-4920 gfb1570@outlook.com TABLEAU D\u2019HONNEUR DES DONATEURS ET LÉGATAIRES DE LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Plusieurs personnes nous ont laissé des legs ou des dons qui permettent d\u2019assurer la pérennité de la revue L\u2019Action nationale depuis maintenant 100 ans.C\u2019est la Fondation Esdras-Minville qui gère le patrimoine dédié à la revue, mais pour l\u2019obtention d\u2019un reçu pour fins fiscales, il faut libeller les dons et les legs à la Ligue d\u2019action nationale.Nous exprimons notre gratitude à nos généreux mécènes par une mention à perpétuité à ce tableau d\u2019honneur qui fait état du cumul des dons et des legs.Pierre Karl Péladeau Hector Roy \u2020 GRANDS BÂTISSEURS de 25 000 $ à 49 999 $ Gabriel Arsenault Dominique Bédard \u2020 Bernard Lamarre \u2020 Bernard Landry \u2020 Isabelle Laporte Bryan L\u2019Archevêque Jacques C.Martin Paul Mainville \u2020 Michel Moisan Ghislaine Raymond \u2020 Ivan Roy Cécile Vanier \u2020 BÂTISSEURS de 5000 $ à 24 999 $ BÂTISSEURS ÉMÉRITES plus de 50 000 $ François Beaudoin Gaston Beaudry \u2020 André Véronneau MEMBRES BIENFAITEURS Robert Ascah Robert Auclair André Baillargeon Jacques Baillargeon Jean-François Barbe Luc Bertrand Antoinette Brassard Jacques Cardinal Paul Carrier Jean-Paul Champagne Roch Cloutier Bernard Courteau Guy Cormier Normand Cossette Richard Côté Benoit Dubreuil André Dubuc Richard Dufresne Harold Dumoulin Lucia Ferretti Christian Gagnon Jean-Pierre Gagnon Marcel Gaudreault André Gaulin Yvon Groulx \u2020 Marcel Henry Benoît Houde Gérard N Houle Marcel et Hélène Jacob Henri Joli-Cœur Marc Labelle Georges Lacroix Isabelle Lamarche Gérald Larose Isabelle Le Breton Maurice Leboeuf Richard Leclerc Laurent Mailhot \u2020 Pauline Marois Cécile Martin Marcel Masse \u2020 Yves Michaud Estelle Monette \u2020 Lucie Monette Denis Monière Réjean Néron Reginald O\u2019Donnell \u2020 Gilbert Paquette Hubert Payne Gilles Pelletier \u2020 Réal Pilon Alain Prévost Richard Rainville Antoine Raspa René Ricard Paul-Émile Roy \u2020 Hélène Savard-Jacob Ginette Simard Denise Simoneau Rita Tardif Frédéric Thériault Robert G.Tessier \u2020 Marcelle Viger Florent Villeneuve André Watier 1500 $ à 4999 $ Fernand Allard Patrick Allen \u2020 François-Albert Angers \u2020 Gaston-A.Archambault \u2020 Jean-Paul Auclair \u2020 Paul Banville Claude Belec Yvan Bédard \u2020 Jacqueline Claire Binette Henri Blanc René Blanchard Réjane Blary Charles Eugène Blier Gilles Blondeau Charles Eugène Blier David Boardman Yvon Boudreau Gaétan Breault Marcelle Brisson Henri Brun Édouard Cadotte Jean-Charles Claveau Robert Comeau George Coulombe Louis-J.Coulombe Fernand Couturier Gérard Deguire Richard Dufresne Bob Dufour Yves Duhaime Marcel Fafard Nicole Forest Lynn-Ernest Fournier Jean-Claude Gagnier Raymond Gagnier Léopold Gagnon Romain Gaudreault Henri-F.Gautrin \u2020 Claude Ghanimé Yves Gilbert Paul Grenier \u2020 Michel Grimard Yvan Hardy Guy Houle Germain Jutras Raymond Laflamme Lucie Lafortune \u2020 Anna Lagacé-Normand \u2020 Gisèle Lapointe Roger Lapointe Alain Lavallée Germain Lavallée Denis Lazure \u2020 André Leduc Maurice Leduc Pascal Leduc Gérard Lefebvre Émile Lemaire Jacques Libersan Pierre Lincourt Clément Martel Yvon Martineau \u2020 Roger Masson Monique Michaud Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin \u2020 Gilles Ouimet Jacques Parizeau \u2020 Hélène Pelletier-Baillargeon Claude Pilote Fernand Potvin Arthur Prévost \u2020 Ghislaine Raymond-Roy René Richard \u2020 Dominique Richard \u2020 Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Louis Roquet Pierre-Paul Sénéchal Michel Taillefer Réjean Talbot Claudette Thériault Serge Therrien Marcel Trottier \u2020 Réal Trudel Denis Vaugeois Claude-P.Vigeant Madeleine Voora CLUB DES 100 ASSOCIÉS 1000 $ à 1499 $ Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte-rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » (1948-2002), dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les numéros de L\u2019Action française et de L\u2019Action nationale de 1917 à 2013 sont numérisés et accessibles dans le site de la BAnQ.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page et infographie Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur L\u2019Action 151 Ligue d\u2019action nationale Président Christian Gagnon Vice-président Pierre Serré Secrétaire Alexis Tétreault Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Denis Monière Isabelle Le Breton Martine Ouellet Ex Officio Robert Laplante Membres Djemila Benhabib Mathieu Bock-Côté Nicolas Bourdon Robert Comeau Claude Coulombe Myriam D\u2019Arcy Jules Gagné Mathieu Gauthier-Pilote Léolane Kemner Philippe Lorange Jacques C.Martin Gilbert Paquette Danic Parenteau Guillaume Rousseau Patrick Sabourin Simon-Pierre Savard-Tremblay Gilles Toupin Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Henri Laberge, Jacques-Yvan Morin Mission La Ligue d\u2019action nationale est l\u2019éditrice de la revue L\u2019Action nationale.Sa mission est d\u2019être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif. Tarifs 2021 (taxes et expédition comprises) L\u2019Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514 845-8533 sans frais, 1 866 845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@action-nationale.qc.ca www.actionnationale.quebec ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022 paiement internet sécurisé dans notre site \u2022 par la poste \u2022 par téléphone Paiement de votre compte bancaire (renouvellement d\u2019abonnement) \u2022 chez Desjardins et dans les institutions financières participantes Version numérique 1 an 2 ans 10 numéros 20 numéros Abonnement 90 $ 150 $ (78,28 $ + taxes) (130,46 $ + taxes) Abonnement de soutien 190 $ 300 $ Étudiant 55 $ 90 $ (47,84 $ + taxes) (78,28 $ + taxes) Institution 150 $ 250 $ (130,46 $ + taxes) (208,74 $ + taxes) Autres pays 150 $ 275 $ Abonnement PDF 60 $ 100 $ (52,18 $ + taxes) (86,97 $ + taxes) TVQ 1012563392 TQ0002 TPS 11901 9545 "]
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