Perspectives, 26 décembre 1959, samedi 26 décembre 1959
[" \u2014 rian ml tae mes Re = 2 appart SE me \"sg LE PLUS Pas 3150 hoy er AN Te Æ Je p= dm oh : IF 4 as Ares WE, A re f VER es Te 5 a apte 2 J A BEAU CADEAU DU MONDE » .?QUÉ Cu Bl 4 Y + ANNE Py \u201c« se 1.ra C, P.Q.Ten vo.re Vol, 1, No 16 \u2014 26 déc.1959 Le ~u 2 bat twa &F , 7 a +3\u2019 + ER 7 vi get es i * 4 2 er £ 4% 728 A A wr guy ay = i, 3 i} Fs 3 TERS pes, SZ 5 3 ke te Pr: pre 2 ss pr 5 \u20ac ey Ss = AL 04 J bs PE; Ze ad ea Pog A5 = = F et = pars oN bs Rosy api fh > 5 teen prt 4 Bis > hou: 7: =.«ét 3 = sn > (3 \u20ac es +! x SE 2.Le ac: bé x she avr fr ae a (2S attitude cad Photo PERSPECTIVES UELQUE part à Tombouctou, Ibrahim, colosse noir de vingt ans, gagne durement sa vie comme tailleur de pierre dans une carrière.Il m'arrive souvent de penser à lui.Et je n\u2019oublierai jamais le regard qu\u2019il avait le jour où je l\u2019achetai.Oui, vous avez bien lu: j'ai acheté Ibrahim?J'ai versé 50,000 francs ($100.) à son maître, un Targui du Sahara, et Ibrahim est ainsi devenu mon esclave.Mais sitôt après, je lui rendis la liberté.Par mon geste, la preuve que l'esclavage existe encore à l'ère atomique, à notre époque de progrès économique et social, a donc été établie.Ce geste mettait fin à une enquête qui, s'étant amorçée à Londres, me conduisit jusqu'au Soudan, en Afrique Occidentale française.Cette enquête fut déclenchée par certaines révélations sur la traite des Noirs en Orient, révélations dont la Société anti-esclavagiste de Grande-Bretagne eut connaissance.Parmi ces révélations, on mentionne le cas d'un aviateur américain qui transporte dans son appareil des enfants venant de l\u2019oasis de Bouraïmi, et destinés au marché d'esclaves de Riad, en Arabie Séoudite.Là, 2 PA À 16 ans, dit l\u2019auteur, la jeune Timouloud a déjà connu tous les mauvais traitements que l\u2019on puisse imaginer.l'esclavage est toujours légal et on estime à un million les esclaves qui s\u2019y trouvent.On mentionne également que certains cheiks d'Afrique Occidentale se rendant en pèlerinage à la Mecque, revendent quelques-uns de leurs esclaves afin de remplir leur bourse dégarnie par les frais de voyage dans la ville sainte de l'Islam.Ces infortunés servent en somme de \u201cchèques de voyageurs\u201d à leurs maîtres.Enfin, un rapport venant de la Nigeria signale que, le 13 octobre 1957, on a dû libérer de force trente fillettes qui étaient maintenues en esclavage.Je résolus donc d'en avoir le coeur net et, au cas où ces informations seraient fondées, d'alerter l\u2019opinion publique afin de mettre fin à cette pratique.Aujour- d\u2019hui, je puis prouver que, dans le Sahara du moins, on continue de traiter hommes, femmes et enfants comme de véritables animaux et à les soumettre aux pires abjections.Soixante ans après l'abolition officielle de l\u2019esclavage par la France, treize ans après l'attribution de la nationalité française aux indigènes, la traite des Noirs reste un commerce florissant là-bas.Mon intention avait d'abord été de visiter l'Arabie Séoudite.Mais, n\u2019ayant pu obtenir de visa d'entrée, je décidai de me rendre au Sahara en compagnie du jour- Des 1UMAINS railés comme des animaux Un pair anglais fait la preuve indéniable, en s\u2019y rendant, que l\u2019esclavage persiste au Sahara Par Lord Maugham LE PREMIER DE DEUX ARTICLES naliste Michael Davidson, qui connait bien I'Afrique et le Moyen-Orient.A bord d\u2019un navire français, nous nous rendimes a Dakar, au, Sénégal.Là, j'achetai une Land Rover du consul britannique ainsi qu\u2019une bonne provision d'essence et des \u2018\u201c\u2018cuvettes à sable.\u201d Il s\u2019agit de longues et larges bandes d\u2019étain qu\u2019on glisse sous les roues des automobiles pour leur redonner prise, lorsqu\u2019elles s\u2019enlisent dans le sable.Je me procurai aussi des lits de camp, des couvertures, des pliants, des assiettes et des tasses en plastique, bref, tout un fourbi.Du boeuf en conserve servit de base à notre menu pendant deux mois.Enfin, j'engageai un chauffeur de relève, Niang M'baye, Sénégalais de dix-huit ans, qui baragouinait le français et l'arabe.OUS voyageimes par petites étapes, de Dakar à Tombouctou.Plus nous avancions, plus le paysage était désolé.Un jour, une famille de sangliers se sauva à notre passage.Un autre jour, nous aperçûmes la carcasse d'un léopard.Mais nos plus grands ennuis vinrent de la nature du terrain.Enfin, nous arrivimes à Tom- bouctou, dont l\u2019ensemble hétéroclite de maisons de terre et de gracieuses mosquées est typique du monde arabe.PERSPECTIVES 26 déc.1959 1 a \u20ac | Ad wn le et nous une onne it de s les lors- aussi s as- urbi.pen- > re- qui a ar a sage va à carrent lom- terre abe.1959 Neveu du grand romancier anglais du même nom, lord Maugham est lui aussi un écrivain.Le journaliste Michael Davidson, qui connaît bien l'Afrique, a été son compagnon de route.Sénégalais de 18 ans parlant français et arabe, Niang M\u2019baye était le chauffeur de relève.Une poussière de sable y recouvre tout, meubles et édifices; elle s\u2019étalait partout, dans la vaste maison de pisé que nous louâmes dès notre arrivée.Nous aurions pu trouver gîte à l\u2019hôtellerie, où le service est excellent, mais nous y renonçâmes délibérément, pour plus de sécurité.Nous venions mener une enquête à l'insu des autorités et nous savions qu\u2019il nous faudrait parfois, pour cela, contourner la loi et éviter d\u2019attirer l'attention sur nous.Une raison plus gravê encore nous forçait à garder nos intentions secrètes.Les propriétaires et marchands d'esclaves étant sans scrupules, nous étions convaincus qu\u2019ils n\u2019hésiteraient pas à tuer les étrangers qu'ils soupçonneraient de vouloir mettre le nez dans leurs affaires.Ainsi installés, on se mit à la tâche sans tarder.Niang PERSPECTIVES 26 déc.1959 Les Touareg, dont ce jeune homme offre un des plus beaux types, sont les maîtres, souvent cruels, du Sahara.et moi, nous nous trouvions dans une sorte de \u201cmagasin général\u201d lorsqu\u2019entra une espèce de zazou, un jeune Noir du nom de Saba.Il portait un étroit complet européen, des souliers noirs à bouts pointus et une chemise rouge.Il s\u2019'approcha en souriant vers nous et demanda sans ambages ce qui nous amenait à Tombouctou.Je lui répondis que j'étais un écrivain à la recherche de documentation pour un récit de voyage.Nous causâmes pendant une demi-heure.Petit à petit, la conversation se porta sur l\u2019esclavage.Puis je lui demandai, d\u2019un air aussi dégagé que possible, s\u2019il me serait possible de faire la connaissance d\u2019un esclave.J HOMME d\u2019affaires s\u2019éveilla aussitôt en Saba.\u201cCe ne sera pas facile, dit-il, car un esclave n'aime guère être surpris à causer avec un étranger.\u201d Je lui passai dicrètement l\u2019équivalent de cinq dollars en francs, qu'il empocha aussitôt.\u201cRevenez me voir ici demain soir à 7 h.30,\u201d déclara-t-il.J'agréai l\u2019heure mais non le lieu.Je lui expliquai qu\u2019il devait se rendre chez moi et ne prévenir personne de ce rendez-vous.A l'heure convenue, le lendemain, Saba se présentait en compagnie d\u2019un vieillard en haillons dont la tête aux traits encore beaux mais profondément creusés était surmontée d\u2019une guenille d\u2019un blanc sale qui lui tenait lieu de turban.Il se nommait Assali ag Zeda et paraissait avoir 65 ans.Au vrai, il n\u2019en avait que 44.Comme presque tous les esclaves que j'ai rencontrés, il portait la dure marque d\u2019une vie d\u2019asservissement qui les mène à un vieillissement précoce.Mais son regard reflétait la fierté.\u201cJe suis maintenant un homme libre, m\u2019expliqua- t-il.J'ai racheté ma liberté en 1938 pour le prix de $104 et de deux ânes.\u201d \u2014 Pourquoi ne vous êtes-vous pas adressé plutôt au commandant de la garnison française de Tombouctou?lui demandai-je.Vous saviez que, selon la loi française, votre ancien maître n'avait pas le droit de vous réduire en esclavage, ni non plus d'accepter de l\u2019argent de vous en retour de votre liberté! \u2014 Le commandant est un brave homme, dit Assali avec la solennité de sa race.Mais il ne peut voir à lui seul tout ce qui se passe à Tombouctou, encore moins ce qui survient en plein désert.Je n\u2019avais, en pratique, qu\u2019un moyen de recouvrer la liberté: l'acheter.Je Jai achetée aussi pour mes enfants car le fils de l\u2019homme libre est libre, tandis que (Suite à la page suivante) 3 L'auteur a loué cette simple maison de pisé, à Tombouctou, plutôt que de s'installer à l'hôtellerie, pour pouvoir mieux garder le secret autour de sa délicate enquête.Des humains traités \u2026 (Suite de la page précédente) Océan Atlantique SAHARA ALGÉRIE TERRITOIRES DU SUD Sahara ESPAGNOL MAURITANIE SOUDAN TOME CTOU FRANÇAIS GUINÉE ss 0 300 MILLES Débarqués à Dakar, les deux amis se sont rendus à Tombouctou (à peu près au centre de cette carte de l\u2019ouest de l\u2019Afrique), ville qui a été leur base d\u2019opération.ce qu\u2019ils appelaient ma paresse.Ils creusèrent un fossé, le remplirent de bois auquel ils mirent le feu.Puis ils me dévétirent et m\u2019attachérent les chevilles avec une corde qui ne me permettait pas d\u2019avancer de plus de le rejeton de l\u2019esclave devient un esclave, comme son père.Partout, j'ai noté chez les esclaves sahariens cette résignation devant leur sort.Une des raisons est la crainte qu\u2019ils ont des pouvoirs magiques que leurs maîtres exercent contre eux, pouvoirs capables de leur causer à distance maladies, blessures et même la mort.Je devais en apprendre plus long sur la puissance des \u201cgris-gris\u201d ou amulettes maléfiques par le deuxième esclave que Saba nous amena.Ba'ana Salah ag Aljumaat était un homme de 65 ans, à la taille haute et majestueuse.Son menton s'ornait d'une courte barbe grise.De même que son père et son grand-père, il était né esclave de la tribu targuie des Kalinakoundou, qui vit à l\u2019est de Tombouctou.Il y a quelques années, m\u2019expliqua-t-il, son maitre le prévint qu\u2019il ne pouvait le nourrir plus longtemps chez lui.Ba\u2019ana Salah partit donc avec ses quatre fils pour la ville, où la famille gagne maintenant sa vie dans la culture des pastèques.Mais il n'est pas devenu un homme libre pour cela.Il doit encore verser à son maître une capitation de $1.50 par an.De plus, les années où la récolte est bonne, il lui faut en partager les profits avec lui.Mon visiteur était l'esclave d\u2019un marabout.Les marabouts sont une sorte de moines musulmans, vivant seuls et non en communauté.Pour subsister, les marabouts fabriquent des talismans, qui consistent généralement en parchemins couverts de signes cabalistiques et enfermés dans des sachets de cuir rouge, ou vert, que l'on porte pendus au, cou, au poignet ou à la cheville.Esclaves comme guerriers libres sont grands acheteurs de ces porte-bonheur.Le marabout ne garde pas d\u2019armes sur lui comme les autres Touareg.Il n'en a pas besoin car son pouvoir moral le rend plus redoutable qu'une armée entiére.Notre homme me raconta qu'il n'avait que 8 ans quand on l'envoya pour la première fois garder les 4 troupeaux dans la brousse.\u201cOn ne me donnait à manger \u2014 et encore fort peu \u2014 que le matin, nous dit-il.Le reste du jour, je devais me nourrir par mes propres moyens, d'herbes, de racines ou de baies sauvages.La faim me poussait souvent, en rencontrant un marais sur ma route, à me plonger la figure dans l\u2019eau bourbeuse et à avaler, tout vivant, le frai de poisson qui s\u2019y cachait.Parfois, j'avais la chance de tuer un rat des champs ou même un lièvre.Mais, d'ordinaire, je devais attendre mon retour au campement, le soir, pour pouvoir absorber à nouveau une nourriture normale.Cela consistait en une poignée de grains de mil ou en un morceau de fromage de chèvre .lorsqu'il en restait!\u201d UJOURD'HUI encore, des garçonnets subissent la même vie de misère.Des propriétaires d'esclaves que j'ai rencontrés plus tard dans le désert m'ont confirmé sans détours les dires de Ba'ana Salah à cet égard.\u201cCes propriétaires, m\u2019a-t-il dit également, ont imaginé des châtiments qui varient selon les \u201cfautes\u201d que nous commettons.Si, par exemple, le maître croit un esclave responsable de la mort d\u2019une de ses vaches, il l\u2019attachera à un arbre et le châtiera jusqu'à ce qu\u2019il perde conscience.Cet esclave ne recevra non plus aucune nourriture ce jour-là ni la nuit qui suivra.Au matin, on le renverra faire paître les bêtes comme si rien ne s\u2019était passé, Nos maîtres semblent souvent tirer plaisir de ces punitions.\u201d Les fils des maîtres se montrent parfois plus brutaux encore que leurs pères, me déclara, le lendemain, un autre esclave.Ce dernier, Youba al Joumaa, est un homme frêle d\u2019une cinquantaine d'années, aux yeux cernés et injectés de sang.Comme Ba\u2019ana Salah, il appartient aux Touareg de Kalinakoundou.\u201cUn jour, m'expliqua-t-il, je me sentis si épuisé que je ne pus entreprendre ma tâche coutumière.Quelques- uns des jeunes \u201cnobles\u201d (tel est le sens du nom \u201cTargui\u201d; au pluriel: \u201cTouareg\u201d) décidérent de me punir de six pouces à la fois.On m\u2019ordonna ensuite de franchir le fossé en marchant sur les billots enflammés.Terrifié, je reculais; mais mes jeunes bourreaux me traînèrent jusqu\u2019auprès du bûcher et m\u2019y jetèrent, en s\u2019esclaffant de me voir trépigner de mon mieux pour tâcher d'éviter les brûlures.Cela, dirent-ils, me servirait désormais de leçon.\u201d De cette résignation à des traitements si inhumains, un autre esclave que j'interrogeai ensuite m'en fournit une nouvelle preuve.Mahmoud Goumi avait failli, à un moment de sa vie, connaître la liberté mais était retombé dans le servage.Trois de ses frères, alors âgés de 12 à 15 ans, furent enlevés à leur famille et vendus à un autre propriétaire.Mahmoud ne les a jamais revus, depuis.Ce rapt affola leurs parents, qui s\u2019enfuirent avec le cadet.\u201cNous parvinmes jusqu\u2019à Tombouctou, raconte Mahmoud.Mais notre maître nous y rejoignit.Il se montra relativement doux et dit à mon père: \u201cSi tu ne veux pas revenir travailler chez moi, je vais te donner une parcelle de terrain que tu cultiveras.Mais, bien entendu, tu devras me donner la moitié de ta récolte.\u201d Le père de Mahmoud est mort maintenant.Son maître aussi.Mais Mahmoud cultive toujours le même lopin de terre et apporte fidèlement, chaque année, la moitié de sa récolte au fils de son maître, devenu à son tour son propriétaire.\u201cMême le désert ne suffit pas à protéger l'esclave fugitif, ajouta mon quatrième visiteur.Des Touareg finiront toujours par le rencontrer et le reconnaîtront immédiatement pour ce qu\u2019il est: un Bellah, un membre de la caste des esclaves.Un de mes amis avait déserté son maître, un jour, et s\u2019était joint à d\u2019autres esclaves fugitifs qui subsistaient en nomades dans le désert.Quelque temps plus tard, deux guerriers touareg les aperçurent.Marchant droit sur leur campement, ils saisirent et ligotèrent mon ami et massacrèrent sa femme sous ses yeux! \u2014 N'a-t-il pas tenté de leur résister?demandai-je.Les autres esclaves ne sont-ils pas venus à son secours?PERSPECTIVES 26 déc.1959 4 \u2014\u2014\u2014 PRE aaTy GRE Cy WC EE AE | Ee, WED vr Eat.- * WERNER.RR D gm 2 é, ils ne de ir nt de es de 1S, 1it :n és Is, | C\u2019est grâce à \u201cla petite Lala\u201d que lord Maugham a pu rendre visite aux Touareg dans le désert.Vig a Mahmoud Goumi est convaincu, par AWE RINT My TR ROR expérience, qu\u2019il ne sert de rien à un esclave de vouloir tenter \u2018d\u2019échapper à son maître.Plus heureux que ses congénères, Assali ag Zeda a pu, autrefois, racheter lui-même sa liberté.Les Touareg entravèrent les jambes d\u2019un esclave qui était à bout de forces et le forcèrent à marcher dans le feu en riant de ses douleurs Mahmoud secoua tristement la tête.\u201cUn Bellah ne doit jamais lever la main contre un membre de la race des maîtres, dit-il.Si les esclaves avaient rendu coup pour coup, les guerriers en auraient prévenu leurs congénères.Toute la tribu leur aurait alors donné la chasse et les aurait tués comme des chiens enragés.\u201d Je priai ensuite Saba de me présenter une esclave.C'est ainsi que, peu après, il amena Timouloud chez moi.Elle avait 16 ans et ses yeux reflétaient l\u2019innocence et la timidité d\u2019une gazelle.Assise sur le sol de la hutte, elle parlait avec lenteur et crainte, d\u2019une voix douce et basse comme un souffle.Il ne restait toutefois en elle plus rien de la candeur de la jeunesse.Timouloud avait déjà expérimenté toutes les horreurs de la vie.\u201cMon maître me battait souvent, me dit-elle.Il le faisait chaque fois que je ne travaillais pas assez vite à son gré.Il lui arriva même de me fouetter pour avoir seulement dit que je me sentais fatiguée.\u201d ! Timouloud devait travailler de l\u2019aube au crépuscule.Sa tâche: charrier l\u2019eau potable, faire la cuisine, servir le repas des maîtres et moudre le millet avec un mortier plus gros qu\u2019elle.\u2018 \u201cJe crois que c\u2019est surtout faire la cuisine que je détestais.Etant perpétuellement affamée, c\u2019était terrible de voir, de flairer la nourriture sans pouvoir y toucher.Je devais la présenter à mon maître, à ses invités et à leurs épouses, qui ne travaillaient jamais.Tout ce qu\u2019on me permettait de manger, c\u2019était ce qui restait au fond du plat, une fois que les maîtres avaient été servis.Un frère ou un fils de mon maître me surveillait constamment pendant que je cuisinais, pour être sûr que je ne chercherais à dérober aucun aliment pour moi-même.\u201d A VOIX de Timouloud ne manifestait pas plus d\u2019émotion que si elle avait décrit la journée typique d'une écolière de son âge.Et pourtant, ce qu\u2019elle dépeignait, c\u2019était la vie que des milliers de femmes et de jeunes filles doivent mener, encore aujourd\u2019hui! \u201cQuand mon père mourut, poursuivit-elle, ma mère était enceinte.Elle venait à peine de mettre au monde deux jumeaux, que notre maître décida de lever le camp et d\u2019aller faire paître son bétail ailleurs.Ma mère était encore trop faible pour les suivre.On I'abandonna sur PERSPECTIVES 26 déc.1959 J place avec un des jumeaux, le plus frêle.Le maître s\u2019en fut ensuite en emmenant l\u2019autre ainsi que mon frère aîné.Craignant qu\u2019il ne voulût m'emmener, moi aussi, je me cachai dans les broussailles des environs.Lorsque j'en ressortis pour regagner l\u2019emplacement du camp disparu, je vis que ma mère y gisait encore, les yeux clos et serrant son bébé dans ses bras.Je la secouai pour l\u2019éveiller; mais ses yeux demeurèrent fermés.Je compris alors qu\u2019elle était morte et que mon jeune frère l'était aussi.\u201cJ'étais désormais seule dans la brousse.Pendant plusieurs jours, je me nourris des herbages et des baies que je pus trouver.Au bout d\u2019un certain temps, le jour et la nuit commencèrent à se confondre en mon esprit.Je n\u2019avançais plus qu\u2019en chancelant, De temps en temps, je voyais des mirages.Mais Dieu veillait sur moi.Un vétérinaire du gouvernement français, en tournée dans la région, me découvrit et me ramena dans son camion à Tombouctou, où je fus admise à l\u2019hôpital.Quand j'en ressortis, un oncle qui demeurait là me prit chez lui.Mon ancien maître vint, un jour, m\u2019y réclamer et prétendit me ramener de force avec lui, mais mon oncle protesta auprès du commandant, qui ordonna au Targui de me laisser désormais en paix.\u201cIl y a six semaines, j'ai épousé un esclave appartenant à une autre tribu targuie, Son maître l\u2019avait envoyé à Tombouctou se trouver du travail, afin de ne plus avoir à défrayer lui-même son entretien.\u2014 Maintenant que vous êtes mariée, l\u2019interrompis-je, vous n\u2019avez sûrement plus rien à craindre, n\u2019est-ce pas?Sa jeune figure esquissa d\u2019abord un sourire mais reprit vite son expression morne et découragée.\u2014 Mon mari et moi, nous ne cessons de trembler, rétorqua-t-elle.Il paraît que les officiers français vont nous quitter et qu\u2019ils seront remplacés par des officiers africains.Je sais trop bien quel sera alors notre sort! Nos maîtres touareg reviendront nous chercher et nous ramèneront de force chez eux.Ayant passé plusieurs jours à interroger divers esclaves, je décidai qu\u2019il était temps de passer à l\u2019étape suivante de mon enquête.II me fallait rencontrer les propriétaires d\u2019esclaves chez eux, dans le désert, et observer par moi-même comment ils vivent, eux et leurs esclaves.Saba réfléchit longuement.Puis il me conseilla de faire la connaissance de \u201cla petite Lala,\u201d une fille de moeurs légères qui accueille volontiers chez elle les guerriers touareg, de passage à Tombouctou.Niang et moi, allâmes la visiter le soir même.Lala nous reçut sans se faire prier.À elle aussi, j'expliquai en français que j'étais un écrivain et que j'aimerais faire connaissance de quelques Touareg.En partant, je n'oubliai pas de lui glisser quinze dollars \u2014 en monnaie française \u2014 dans la main.ORSQUE je revins, le lendemain matin, elle me présenta deux guerriers, Salehoun et Mehdi.Salehoun avait environ 30 ans; il était grand et de teint bistré.Il avait le rire prompt et je devinai que ses colères devaient l\u2019être également.Son compagnon paraissait plus âgé de cinq ans.Sec et nerveux, il avait des doigts qui faisaient penser à des griffes, un nez busqué et des gestes rapides, quasi féminins.Tous deux portaient le manteau traditionnel bleu indigo des Touareg et les deux voiles qui complètent le costume.L\u2019un couvre le front et l\u2019autre dissimule tout le bas de la figure: c\u2019est le \u201clitham.\u201d Leurs manières étaient cordiales et je m\u2019apergus que Lala ne les avait pas seulement mis au courant de mes projets de voyage mais aussi du généreux présent que je lui avais fait, la veille, Ces deux hommes parlaient remarquablement bien le français.\u2014 Je veux me rendre dans le désert et visiter un campement de Touareg, leur dis-je hardiment.Etes- vous prêts à me servir de guides?lls se regardèrent l\u2019un l\u2019autre un instant puis con- sultérent Lala du regard, qui leur répondit par un sourire approbateur.\u2014 Je vous paierai bon prix, ajoutai-je.\u2014 Nous serons vos guides, répondit aussitôt Sale- houn.Quand voulez-vous partir?\u2014 Demain matin, à bonne heure.J'ai une automobile.\u2014 Comptez sur nous, répondit le Targui.LA SEMAINE PROCHAINE: J\u2019achète un esclave pour lui rendre sa liberté, mais les Touareg tirent vengeance de mon geste. Le mystère de Wakulla N Floride, 4 quinze milles au sud de Tallahassee, la source sous-marine de Wakulla, qui surgit du fond calcaire du golfe du Mexique, intrigue les touristes qui vont y admirer les poissons, à travers le fond de verre d\u2019un bateau plat.Cependant, ce n\u2019est pas l'unique intérêt de cette source sous-marine; sous une saillie rocheuse qui surplombe le gouffre à deux cents pieds de profondeur, des plongeurs ont trouvé et ramené à la surface des ossements d'animaux préhistoriques, dont le mastodonte.Jusqu'ici, les paléontologues affirmaient que l\u2019homme ne vivait en Floride que depuis à peine quatre mille ans.Mais, comme les plongeurs ont découvert au fond du gouffre de Wakulla du bois et des os carbonisés ainsi que des pointes de lances, on est certain maintenant que l'homme vivait en Floride avant cette époque.Malheureusement, il manque encore la preuve formelle de cette existence et les chercheurs sous-marins ne désespèrent pas de ramener un jour à la surface des ossements de l'Homo floridiensis.; 6 A plus de deux cents pieds de profondeur, deux des plongeurs attachent une bouée au fossile, vestige d\u2019une époque pendant laquelle des hommes vivaient déjà, semble-t-il, en Floride.g* PERSPECTIVES 26 déc.1959 -_.| | Jacques Plante Canadiens de Montréal OUR Jacques Plante, qui porte maintenant un masque, c\u2019est la saison chanceuse.Ses records établis au cours de 321 joutes régulières et 65 parties éliminatoires, ont enfin convaincu les amateurs de hockey qu\u2019il est BA l'un des grands gardiens de buts de l\u2019histoire et l\u2019un des plus spectaculaires aussi.Même s\u2019il a, l'an dernier, remporté le trophée Vézina .pour la quatrième fois consécutive, plusieurs pensaient encore que n\u2019importe quel gardien de buts aurait pu terminer en tête avec un club comme les Canadiens, gagnant de la coupe Stanley pour la quatrième saison d'affilée.Le masque fort discuté qu\u2019il a conçu, après avoir subi plusieurs contusions à la figure, a attiré l\u2019attention de tous les amateurs sur son habileté.Ce qu'on attribuait à la chance, on l\u2019attribue maintenant à la science! Plante est sûrement un joueur qui prend des chances.Il a fait mentir le vieux dicton qui veut qu\u2019un gardien s\u2019en tienne discrètement à la zone des buts.Il patine comme un ailier, souvent plus loin que la ligne bleue et jusque dans les coins de la patinoire.Quelquefois, il se fait prendre au dépourvu, mais la direction du club a décidé, il y a longtemps, que le jeu en vaut la chandelle, puisqu\u2019il sauve beaucoup de travail aux joueurs de défense et permet aux ailiers de démarrer en trombe, Ces jeux à l\u2019emporte-pièce sont d\u2019ailleurs dans la meilleure tradition du club.Quant au danger d\u2019être mis en échec lorsqu\u2019il s\u2019éloigne de ses buts, Plante n\u2019y croit guère: \u201cJe pèse 174 livres.Ajoutez 35 livres d'équipement et le danger commence à se faire sentir pour les autres aussi!\u201d En plus de réflexes rapides, d\u2019acrobaties qui électrisent les habitués du Forum et déconcertent les amateurs de cinq autres villes, ce Canadien français de six pieds est probablement le patineur le plus rapide qui ait jamais gardé les buts d\u2019une équipe de la Nationale.Lors d\u2019un concours de vitesse organisé l\u2019an dernier nés.parmi les joueurs des Canadiens, Henri Richard et Tom Johnson réussirent à faire le tour de la patinoire du Forum en 16 secondes.Maniant un bâton, Plante réussit le même exploit en 19 secondes.Agé de 30 ans, le cerbère du Tricolore est né à Mont- Carmel, petite municipalité du comté de Champlain.Il a joué avec le Royal, puis Buffalo de la Ligue Américaine.Après un bref séjour avec les Canadiens en 1952-53, on le retourna à Buffalo d\u2019où il revint définitivement la saison suivante.Durant les quatre dernières années, il a été choisi deux fois sur la première équipe d\u2019étoiles et deux fois sur la seconde.ni Frank Clancy, assistant du gérant général des Leafs, a une haute opinion de Jacques, que l\u2019équipe torontoise | songea un temps à acquérir.\u201cSelon moi, a dit Clancy, Plante compte pour 65 p.c.des succès de son club.\u201d C'est sûrement le meilleur témoignage que puisse espérer un gardien de buts.Photo Louis Jaques Photographe de PERSPECTIVES Quatrième d\u2019une série | de photos des joueurs de la Ligue Nationale ile, PERSPECTIVES 26 déc.1959 959 © = 7 5 o 5 La main accrochée à une sangle qui pend du plafond, grand-père ne parle pas à des clients, mais à des amis, \u201cJ'ai toujours travaillé pour rendre service,\u201d dit-il souvent.L'art d'être grand-père Cet art vieux comme le monde, grand-père l\u2019a appris dans la boutique de sellier qu\u2019il ouvrit en 1902 DEVAIS avoir 25 ans quand j'ai découvert que mon grand-père n'était pas \u2018homme froid que je croyais, C'était un soir de jour de l\u2019an et, dans le ogement qu'il partageait avec sa fille, la M joie de ses petits et arrière-petits-enfants se manifestait de façon si bruyante que la conversation n'était pas possible.Assis dans un fauteuil près duquel on avait approché une caisse remplie de cadeaux et de jouets, ce vieillard qui dépassait les 80 ans jouait au Père Noël.Comme je l'avais toujours vu faire, il appela les petits tour à tour et leur remit un colis étiqueté à leurs noms.Pas un seul ne le quitta sans des baisers sonores sur des joues que le grand âge avait rendues plus 8 Par Guy Fournier Rédacteur de PERSPECTIVES Photos Michel Brault blanches que ses cheveux.La distribution terminée, le vieil homme, engoncé dans un habit tout neuf, resta longtemps sans bouger et sur la peluche rouge du fauteuil, sa main immobile faisait une tache pâle.Je m'approchai de lui pour apercevoir des larmes qui mouillaient ses yeux rêveurs.Après un instant qui me parut long, d\u2019une voix mal assurée, il me parla de certains de ses enfants qui n\u2019étaient pas venus au traditionnel rendez-vous du jour de l'an.Qu\u2019entre frères, on puisse encore nourrir de I'amertume au début d\u2019une nouvelle année lui paraissait inconcevable.Il se leva brusquement et descendit au sous-sol chercher une caisse de bouteilles de liqueurs douces là où, enfant, j'allais parfois boire à la dérobée une bière d\u2019épinette.La féte se termina aux petites heures du matin comme les années précédentes, mais mon grand-pére, désormais, m'apparut sous un jour nouveau.Au tournant du siècle, quand le jeune Louis-Joseph Fournier, né en 1875 à Ste-Angèle de Monnoir, s'établit à Waterloo, le village était en pleine effervescence.Chef-lieu du comté de Shefford dans les Cantons de l\u2019Est, on croyait alors qu\u2019il deviendrait l\u2019une des villes importantes de la région.PERSPECTIVES 26 déc.1959 avai trine \\ de avai { Vers | exig , d\u2019he : Sière téro Wes faut la I © puis Dan père oeil a § PERS] Marié depuis quatre ans, père de trois enfants, 1l arrivait avec comme seul bagage son expérience de fromager, cinq dollars en poche et de l'ambition plein la tête.Mais la place de fromager était déjà occupée.A l\u2019autre bout du village, un sellier, Henry Hills, semblait rouler sur l'or.Son commerce était fort achalandé et des fermiers de toute la région y venaient autant pour bavarder que pour affaires.Un lundi matin de 1902, Louis-Jo- seph \u2014 que tous ses proches surnommaient Jos \u2014 s\u2018y retrouva aussi.Lui venait pour affaires.Après avoir réfléchi sur la carrière à choisir, il avait ré- i solu d'entrer chez Henry Hills comme apprenti.Comme les fermes ne pourraient jamais se passer de chevaux \u2014 du moins on le pensait \u2014 les possibilités du métier étaient illimitées.Malheureusement, Hills n'avait pas du tout l\u2019intention d'engager un deuxième apprenti.D'autant plus que le nouveau venu n\u2019avait jamais tenu une alêne ou une aiguille dans ses mains, \u201cOn ne s\u2019improvise pas sellier,\u201d lui répondit Hills! Revenu bredouille à la maison, grand-père avait décidé d'aller tenter sa chance ailleurs, quand lui vint l\u2019idée d\u2019ouvrir sa propre boutique.Puisqu\u2019il avait cinq dollars! Quelques jours plus tard, il faisait part de son projet à un beau-frère plus fortuné qui consentit à lui prêter $25 sur billet.\u2018 A Montréal, chez un marchand en gros de la rue Notre-Dame, il passa une journée entière à se procurer des outils.Le jeune homme expliqua qu\u2019il venait acheter ce qu'il faut pour ouvrir une boutique de sellier.Comme il ne savait guère ce dont il avait besoin, il réclama l\u2019aide du commis.Celui-ci éclata de rire: \u2014 Vous n\u2019aurez sûrement pas beaucoup de clients! \u2014 Tant mieux, j'aurai le temps d\u2019apprendre .Devant l'indifférence du commis, l\u2019acheteur demanda qu\u2019on le conduise chez le patron.Non seulement celui- ci promit de l\u2019aider, mais il consentit à ce que seulement la moitié de la marchandise soit payée comptant.Grand-père revint à Waterloo avec quelques livres de cuir, du fil, des aiguilles et autres fournitures.Il ouvrait boutique avec un stock de $46.70, pour lequel 1l avait déboursé un premier versement de $25.Sur la devanture d\u2019un hangar, qu\u2019il avait loué pour la somme de deux dollars par mois, il posa une enseigne en lettres rouges sur fond blanc: L.-J.FOURNIER, SELLIER.Les clients ne se firent pas attendre.Six semaines plus tard, il remboursait les $25 empruntés sur billet et retournait à Montréal acheter d\u2019autres fournitures.LA fin de 1902, il déménageait son commerce rue Principale, à l'endroit même où il se trouve encore 2 après 57 ans.À l'autre bout du village, Henry Hills avait fermé boutique .Au cours des années, grand-père a ajouté des vi- , trines, des comptoirs, des tablettes.II a même construit \\.de ses mains un troisième étage à sa maison qui n\u2019en in- avait que deux, un atelier où il travaille le bois et di- { verses dépendances que l'ampleur de son commerce sol ) exigeait.là Mais dans la boutique où il travaille une quinzaine re , d'heures par jour, rien n\u2019a changé, pas même la poussière qui donne un teint gris aux milliers d'objets hé- m- téroclites qu\u2019il a accumulés.lé- | On y pénètre par deux portes battantes, style Far West.Là, une forte odeur de cuir monte au nez et il ph faut plusieurs secondes avant de distinguer les choses, ta- la lumière filtrant mal par deux petites fenêtres où, de- ce.© puis toujours, des araignées tissent leurs toiles en paix.de Dans 245 tiroirs \u2014 les statistiques sont de mon grand- les père! \u2014 dorment des clous de toutes les longueurs, des oeillets, des boutons de cuivre, des rivets, des boucles, È 959 § PERSPECTIVES 26 déc.1959 , \u201cTu comprends, me dit-il, il n\u2019est plus jeune, je ne peux pas lui demander de travailler le soir!\u201d des étoiles de nickel, enfin toute une kyrielle d'ornements à attelage.Du plafond, les lampes à poulie jettent une lumière jaune sur chaque établi d\u2019où mon grand- père, les yeux fermés, peut tirer n'importe quel outil d\u2019une montagne de rebuts.Depuis un demi-siècle, il n\u2019a jamais jeté un seul objet, même s\u2019il avait toutes les apparences d\u2019un objet inutile.Ce n\u2019est pas par hasard que se retrouvent dans son atelier un grille-pain qui aurait pu servir à Edison, une horloge centenaire, des gravures de l'autre siècle.Mais son métier de sellier allait vite devenir insuffisant pour nourrir et faire instruire sa famille.S'il avait quitté l\u2019école à dix ans, grand-père avait gardé de l'instruction une nostalgie qu\u2019il ne voulait pas transmettre à ses quatorze enfants.Il'ajouta bientôt le métier de cordonnier à celui de sellier.Il se fit aussi menuisier et même peintre d\u2019enseignes commerciales.Pendant des années, c'est lui qui fut responsable des enseignes de presque toutes les maisons d\u2019affaires du village.Je me rappelle encore mon étonnement quand je le regardais tracer avec un pinceau, qu\u2019il avait fabriqué lui-même, de grandes lettres qui se découpaient finement sur une plaque de métal ou de bois.La langue sortie, un oeil mi-fermé, il peignait chaque lettre d\u2019une main si ferme qu\u2019il n\u2019avait même pas besoin d\u2019esquisses au crayon ou de lignes-guides.Jusque tard dans la nuit, il sculptait des pièces d\u2019érable avec lesquelles il dessinait sur le cuir des motifs dont la variété n\u2019avait d\u2019égale que son inspiration.La prospérité qui suivit la deuxième grande guerre allait reléguer cet artisan dans un monde à part.Les chevaux se firent plus rares, l'argent beaucoup moins, si bien que sa clientèle se réduisit finalement aux gens qui avaient profité de sa générosité pendant les années difficiles de la crise et à ceux qui ne pouvaient payer de réparations coûteuses.Si grand-père n\u2019a pas changé son rythme de vie, s\u2019il ouvre encore sa boutique à 8 h.du matin pour la fermer à 10 h.du soir \u2014 ainsi qu\u2019à l\u2019heure des repas \u2014, il n\u2019a guère modifié ses prix non plus.Pour moins d\u2019un dollar, il fixe des semelles neuves aux souliers et coud une courroie d\u2019attelage pour 10 ou 15 cents.Il m\u2019expliqua un jour que, si tous faisaient Pavais découvert dans ses yeux cette bonté indéfectible comme lui, le coût de la vie ne serait pas si élevé! Depuis qu\u2019il a établi son commerce, il n\u2019a jamais rien exigé pour réparer les souliers des religieuses ou des membres du clergé, catholique ou protestant.Encore maintenant, on peut faire aiguiser une paire de ciseaux gratuitement.Il prétend que ces petits services lui valent une excellente publicité auprès de sa clientèle.Hs lui ont aussi mérité, j'imagine, de gagner cinq élections consécutives à l\u2019échevinage sans qu\u2019il ait à prononcer un seul discours.Après dix ans, il s'est retiré de la vie publique de son propre chef.\u2014 Je n'avais pas assez d'instruction, m'a-t-il dit de sa voix chargée de regrets chaque fois qu\u2019il touche ce propos.Je préférais laisser la place aux autres.Grand-père, qui n'a jamais douté de son habileté d\u2019artisan, aurait voulu avoir la même aisance dans tous les domaines.À 85 ans, son jugement est encore si sain et sa curiosité si grande que je me suis pris souvent à penser que ces qualités valent bien des années d'études.L'ÂGE où les genoux d\u2019un aïeul paraissent l'endroit le plus sûr du monde, j'aurais préféré avoir un grand-père différent.Le seul que j'aie jamais connu n\u2019est pas de ceux qui ont pour leurs petits-enfants une réserve d\u2019histoires à dormir debout où le grand Lustu- cru finit toujours par prendre la poudre d\u2019escampette devant un grand-père qui arrive au bon moment.Au travail tous les jours et tous les soirs, il n'avait pu prendre l\u2019habitude de se bercer au coin du poêle en parlant des jours déjà très lointains de sa jeunesse.Ses loisirs, aujourd\u2019hui, ne sont pas plus nombreux.Sa boutique n\u2019a pas encore fermé pour cause de maladie et elle ne fermera jamais parce que son propriétaire a l'intention de prendre des vacances.L\u2019an dernier, alors que tard le soir il était encore à réparer des souliers, je lui demandai pourquoi son apprenti était absent.\u2014 Tu comprends, me dit-il, il n\u2019est plus jeune.Je ne peux lui demander de travailler le soir .L\u2019apprenti a 65 ans! En fait, grand-pére n\u2019a jamais pris tout a fait conscience de son age.Il vit seul dans un logement de trois pièces situé en haut de son atelier et il fait plusieurs fois par jour la navette entre les deux endroits.Cette éternelle jeunesse en était venue à me laisser croire que ce vieillard, que j'avais vu répondre avec une égale gentillesse aux clients les plus difficiles comme aux plus conciliants, qui tranchait tous les problèmes d\u2019un ton sûr et paisible, n'avait jamais eu d\u2019autres préoccupations que celles d\u2019une vie rangée, droite et sans surprise comme une ligne d'horizon.Je pensais même qu'aucune situation ne pouvait l\u2019émouvoir.Ce soir du jour de l\u2019an, j'avais découvert dans ses yeux, que grossissent des verres épais, toute la bonté dont il a fait sa raison de vivre, bonté qui s\u2019est toujours manifestée de façon si régulière que je ne l\u2019avais même pas remarquée.qui avait été sa raison de vivre depuis son enfance v 9 Tous suivent la même route; mais elle ne les conduit pas au même endroit.Certains s'arrêtent au bas des pentes pour toute la fin de semaine! 10 \"uy Regarder les autres s\u2019ébattre dehors est aussi plaisant que le faire soi-méme, n\u2019est-ce pas?Peintures de Gabriel Bastien eal NES = RP +.Un âtre réchauffant (même quand on n'est pas gelé), un bar non moins .réchauffant, des sourires de jolies filles, des sièges moelleux: le foyer de l'hôtel a certes beaucoup d\u2019attrait.PERSPECTIVES 26 déc.1959 Evidemment, les plus jeunes, qui n\u2019ont pas encore mieux appris, font du vrai ski et trouvent même la force de se livrer ensuite un dur combat à coups de boules de neige.ses plaisirs du \u201cski de chalet\u201d SKI est maintenant plus qu\u2019un sport: c\u2019est ment on a pu négliger si longtemps ce merveilleux dé- e ° ° n mode de vie.Certes, comme sport et lassement.\u2014 Nos skieur S$ de fin de Semaine omme mode de vie \u2014 il faut beaucoup de Cependant, le ski n\u2019est pas encore entré dans les Ç emps pour s'y initier et encore plus pour le moeurs de tous les Canadiens, car il faut pour le pra- ne sont pas tous des casse-cou aîtriser.Mais, une fois découvertes toutes tiquer certaines conditions favorables, tant climatiques es joies qu'il recèle, on se demande com- que géographiques.Pour sa (Suite à la page suivante) oii ar Re t, des trait.Pour les moins de 20 ans, la fête ne commence vraiment qu\u2019une fois les skis ôtés.Le tourne-disque règle alors papotages, danses, flâneries et flirts.11 1959 PERSPECTIVES 26 déc.1959 Quelques variantes au \u201cski de chalet\u201d: la natation et les promenades avec \u201ctoutou.\u201d = e + e .Après une fin de semaipe de repos, nos \u201cskieurs de chalet\u201d rentrent à la ville, heureux .et fatigués Les plaisirs du \u201cski de chalet\u201d (Suite de la page précédente) art, par ses nombreuses montagnes aux pentes faciles j\u2019accès, la province de Québec est un paradis du ski.De zoquettes hôtelleries sont à la disposition des skieurs qui nt le choix entre les Laurentides \u2014 échelonnées du ord de Saint-Jéréme jusqu\u2019aux environs de Sainte-Anne le Chicoutimi, en passant par la Mauricie et le lac 3eauport \u2014 et les Alléghanys, joyaux des Cantons de \u2018Est où les monts Orford et Shefford, de même que les 1auteurs de North Hatley, sont célèbres à juste titre.Gabriel Bastien, peintre montréalais bien connu, a »bservé de près la société nouvelle que le \u201cski de chalet\u201d .formée.Pour ce faire, il s\u2019est rendu sur place, dans es Laurentides, d\u2019où il est revenu avec ces impressions victurales.L\u2019amateur qui s\u2019adonne au ski avec sérieux et ardeur yrotestera peut-étre devant ces dessins.On n\u2019y voit nulle sart l'image de ces descentes foudroyantes où la vi- esse progressive vous grise comme un alcool léger.Aucune allusion non plus aux risques et calculs qu'exige e lacis savant du slalom, ni aux muscles qui s\u2019assouplis- ent petit à petit, ni aux poumons qu\u2019un air sain et vif tonifie, au cours des longues randonnées de \u201ccross- country\u201d dans la neige vierge.On y trouverait difficilement un reflet de l\u2019animation et de la gaieté des départs à l\u2019aube sous un froid qui pique les oreilles.Notre artiste n\u2019a toutefois pas cherché à s\u2019excuser si ses tableaux manquent de la vigueur athlétique que certains auraient aimé y trouver.Il lui aurait été facile de croquer autant de skieurs qu\u2019il aurait voulu, en train de sillonner plaines et monts enneigés.Il a préféré rechercher ceux qui ont découvert dans le ski le secret d\u2019un plaisir de fin de semaine encore plus complet.Ces gens-là possèdent des skis d\u2019un prix élevé et disposent immanquablement du type de cire de haute qualité qui convient pour les enduire.Enfin, leur garde- robe est toujours bien garnie de chauds tricots, de pantalons de bonne coupe, de mitaines aux couleurs chatoyantes et de couvre-chefs des plus douillets.Mais ils ont appris, avec le temps, qu\u2019il n\u2019est pas du tout nécessaire d\u2019utiliser cet équipement: il suffit de l'apporter à l'auberge.Ces gens-là, en effet, sont bien décidés à ne pas gâcher une belle fin de semaine en se foulant EC [ - A.FS Le ald, bétement les chevilles.Bastien a retrouvé nos \u201cskieurs de chalet\u201d affalés autour d\u2019âtres brûlants ou révassant devant les grandes baies de l\u2019hôtellerie.Il en a vu quelques-uns échanger leurs chauds vêtements pour le maillot de bain et plonger dans la piscine intérieure de l\u2019établissement.Et il en est revenu en affirmant comme eux: c\u2019est décidément une vie merveilleuse! Oh! bien sûr, les choses ont quelque peu changé dans le pays du ski.Autrefois, à peine les amateurs étaient-ils descendus du train, dans quelque gare perdue, qu\u2019il leur fallait affronter des \u2018bancs de neige\u201d à hauteur d'homme pour parvenir à la pension, pompeusement baptisée hôtel, et y constater trop tard que la chaleur dégagée par l\u2019unique poêle de la maison ne parvenait pas à l\u2019étage des chambres à coucher.Aujourd\u2019hui, des charrues et des souffleuses gigantesques gardent les routes carrossables tout l'hiver; et l\u2019hôtel, qui en est vraiment un, possède tout le confort de ceux des grandes villes.De l'auberge ancienne, il (Suite à la page suivante) e rrtour en train, le dimanche soir, est le digne couronnement d\u2019une fin de semaine de \u201cski de chalet,\u201d avec ses parties de cartes, ses lectures et ses bonnes siestes.PERSPECTIVES 26 déc.1959 PP PP, Triste lendemain Pas moyen de faire d\u2019échanges, je n\u2019ai reçu que de l\u2019argent en cadeau! Je le connais ce collier, je l\u2019ai vendu à votre ami pour un dollar .Jean a appris à faire de la neige artificielle avec son jeu de chimie! Laisse-moi en paix avec ton jouet brisé, moi aussi je suis \u201ccassé\u201d .Rien à craindre, on n\u2019a jamais vu une seule femme refuser une fourrure! Le Père Noël est plus gentil que toi, papa, il m°a fait des cadeaux! Les plaisirs du \u201cski de chalet\u201d (Suite de la page précédente) fallait jadis grimper à pied jusqu\u2019au sommet de la montagne.Maintenant, un monte- pentes aux fauteuils confortables vous transporte sans effort là-haut.Mais la descente en ski, ensuite?.Euh! les skieurs de notre temps, les \u201cskieurs de chalet\u201d ne gaspillent plus guère leurs forces dans ces puérilités.Ces hommes et ces femmes ont su faire du repos un art, sans s\u2019émouvoir des athlètes en mal de fatiguer leurs jarrets.Un sentiment de paix profonde émane de tout leur être.A l'auberge, Bastien a regardé les voyageurs rassembler leur équipement pour le trajet du retour, cet équipement qui est demeuré à la même place tout le temps de leur séjour.Plu- PERSPECTIVES 26 déc.1959 sieurs s\u2019engouffraient dans de puissantes autos, mais le peintre a cru bon de suivre plutôt ceux qui montaient dans le train.Les cris et les rires fusaient de toutes parts, mais bientôt le calme le plus complet envahit les wagons.Col ouvert, les bottes retirées des pieds, quelques-uns des voyageurs sombraient déjà dans un sommeil bienheureux.A les voir, notre ami n'eut désormais plus de doute.Tous ces excursionnistes manifestaient par leurs ronflements méditatifs et pacifiques leur profonde conviction d'appartenir à ce monde fortuné qui a découvert que le ski est plus qu\u2019un sport: c\u2019est un mode de vie de plus en plus populaire.(4 Après un rhume, grippe, mal de gorge.\u2026 si vous vous sentez épuisé par un SANG APPAUVRI .VOUS VOUS SENTIREZ PLUS FORT en 7 jours \u2014 ou votre argent vous sera remis! Si vous vous sentez à bout de forces .vous souffrez peut-être d\u2019anémie ferriprive, autrement dit votre sang est appauvri.Consultez votre médecin.Et pour retrouver rapidement vos forces, prenez GERITOL, le tonique dont l\u2019action rapide renforcit le sang appauvri qui manque de fer.Après une maladie comme un rhume, une grippe, un mal den gorge, votre sang peut être appauvri.GERITOL peut alors vous aider à vous rétablir rapidement.Si votre sang appauvri vous rend faible, prenez GERITOL, liquide ou en comprimés, fous les jours.Vous vous sentirez plus fort en sept jours, ou vous serez remboursé.* Anémie ferriprive Qu'elle est douce et tendre la peau d'un bébé, qu'elle sent bon! 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ee mo nement vn: nnn pity HUILE POUDRE Babys Own 13 ; 4.es ee 7) Lu AE oi ta bd PE re = 54 \u201cAr, 1 BY vd AUS + Vi aie ; nee | ja ab, 2 9, p> & sk a ke) frit fu ls x 24 LA oi \u201c 2e A 7e i Li 1e q, ce de a ty § ve \u20ac, x À Bs or Le rn Tr & i 6 L x7, 4 XJ 1 be 5 nO | E a wy \u20ac na £ e vw! 4, - 2h ei (AL TR \u201cof 22 bi A poi re o + : hn ry « af Ra pa nor] or] RRA Fe, Hse RR 2 ed - > a hi bd PN A Na 4 - a \u201c = 2! 7 im FO AIRES} RII.: a Ee A que i au » rT ret % gore £ A7 ERA p a BE 9 4 PA yo or 3 A) + -ttr=\u2014\u2014\u2014eome à i oo TE.x, ni 5 a >, roy % a de Ye, \u201cby ; je au à 4 bn, ; i, 3h gs.7% vf, & Pi \u201c @ =2 B 5515 ah 2 - 5} i ve pp Tes HAT 74 La 29.33 wir = RL Sa pus oy ST 28 A ar Addy oh ale hs Hy Te Te fr oa de a set wn B 2e Pot Ba 5 Les es 4 in 2.Fn Ae Macht pote Rae po an an da PLA Cy tn ha ns en pe, \u201cA vid PBs 15 vi es - uw.foe) _ dc \u201c gp OE > cé zene\u2019 os ar is + rs ©.Es \u20ac wy SH A Rae WE + ng LB + ou + +; rh = I; = wily Vs RT 4 > wn pai = Gé i NG 3 Ja 1 3 Be = ee # PCA a A a 3%, 23 ce 4 ES A ES _- ER 4 na CAS 75 2 a 5 - ig = + \"Fr EN # va ko A etes >, = 2 i; sis 3, 3 iH es Res ES A D à 3 ro.ti Ki [i Recital Ry 3 sei Montréal, Pimposante salle Laurentian Lanes perm et a 8,000 quilleurs par semaine de se livrer à leur sport favori, sur 48 allées.Le dimanche, de nombreux enfants et ai \u2014e i ndy O'Brien et le Sport me Un million et demi de quilleurs au Canada Un sport que tous les membres de la famille peuvent pratiquer YG em > + 3 an, wi Cn ur a pi | x = £, « \u20ac & : LE me ur freed Ee  A ) = 7 CN te ah pe re 2 vio NA NG utile jo w > A Ce or 3 5 me me mamans v à°68 we ne a F Je A * on 1.ERY 1 CN RE\" : Ln gs ppp ry ko AHI «dd DFE 1e ae RE rte + o THT had onda as «SONNE A - \"2 dust 4s wr AN er, KR es ee, pa hi = +4 nw es >; HE E pd * & pr al oN] 2 Tr Ba.a F ; Feo - yo Sy he vai LS A & om i as i LX Ay.save vue WHR aril vines me AD, Ze = 3g à SL ar 7 acute 0200 Man \u20ac Ar.a Aly waa, Ty hg ne edi ove a HI pb wu hy ne \u201cae rs x A pme aa A gue po SA RACY ie Sir JOE rot de = _ Vy pr re pei Cals a yr.rt ny q EWE Je a.PE es a = \"4 hens A A Fi i wn hi nF a, +; M a ne es + ste a 2 st 2 EY 2 se Grâce à u ne lampe électrique accrochée à son poignet et à un petit truquage photographique, on peut suivre les mouvements du lancer du maître-quilleur Joe Wilman, à Chicago.PERSPECTIVES 26 déc.1959 14 ; ! | | = leurs parents vont s\u2019entraîner ensemble à cet endroit.ES QUILLES sont devenues l'enfant prodige du sport.À une époque où plusieurs sports n\u2019ont pas trouvé grâce devant la télévision, les propriétaires de salles de quilles se demandent si les gens passent encore une soirée par semaine à la maison.En sept ans, leurs salles ont perdu leur réputation douteuse pour atteindre la première place dans la longue échelle des loisirs organisés.A.A Chicago, où la compagnie Brunswick-Balke- Collender manufacture la plus grande partie de l\u2019équipement nécessaire au jeu de quilles (dont 75 pour cent de celui utilisé au Canada), le président Ted Bensinger est sûr que le bowling deviendra cette année une industrie milliardaire.L'an dernier, sa compagnie a enregistré des ventes de $183 millions, une augmentation de 49 pour cent sur 1957.1 CL 4 = ; A Hs SF Joe Wilman montre ici la faute que font beaucoup de joueurs: lancer la boule au lieu de la faire rouler.PERSPECTIVES 26 déc.1959 Les mères de famille qui vont jouer aux quilles peuvent surveiller leur progéniture s\u2019ébattant au jardin d'enfants, par = le truchement d\u2019un circuit fermé de télévision.Au-dessus des allées, il y a des tableaux enregistrant automatiquement tous les points marqués par les joueurs, ce qui facilite beaucoup la tâche de ceux qui ont la charge de tenir à jour les feuilles de jeu.En 1948, chez nos voisins, quelque cinq millions de personnes dépensèrent $25 millions pour-les quilles.En 1958, 22 millions d'amateurs y laissèrent $350 millions.Au Canada, on estime que le nombre des quilleurs a triplé depuis 1940.On en compte aujourd\u2019hui environ 1,500,000, dont 350,000 femmes.Les magnats de Chicago prétendent que les quilles sont devenues chez nous une entreprise de $50 millions et la limite n'est pas atteinte.La preuve: l\u2019imposante nouvelle salle Laurentian Lanes, à Montréal, où 8,000 quilleurs par semaine pratiquent leur sport sur 48 allées, de 9 h.du matin à minuit.La magie des quilles s'étend partout.A Londres, Arthur Rank transforme en salles de quilles ses salles de cinéma.Deux ont ouvert leurs portes et une usine se construit près de Dublin, afin de fournir l'équipement aux nombreuses salles qui ne manqueront pas de surgir ici et là par tout le Royaume-Uni.Au mois de mars dernier, à Honolulu, le \u201cSunday Advertiser\u201d mentionnait qu\u2019au moins 20,000 personnes avaient déserté les plages ensoleillées au profit de 16 salles de quilles.Malgré un froid sibérien, les quilleurs d\u2019Alaska ont formé 1,964 équipes reconnues par l'American Bowling Congress.Le dernier tournoi de cet organisme a d\u2019ailleurs attiré à St-Louis 5,481 équipes de cinq joueurs, venant de 46 Etats différents, du Canada, de Hawaï et même de l\u2019Arabie séoudite.Les joueurs se partagèrent des bourses de $385,000.En Amérique du Sud, en Allemagne, en Scandina- vie, on a déjà commencé à trouver des équivalents pour les termes techniques du jeu.Mais qui est responsable de ce soudain attrait pour les quilles?Ce jeu a existé bien avant aujourd'hui.On a trouvé, par exemple, dans la tombe d\u2019un enfant égyptien.vieille de 7,200 ans, des objets qui ressemblaient étrangement à nos quilles modernes.Ce sont des immigrants hollandais qui ont introduit ce jeu en Amérique, jeu que l'on pratiquait alors sur gazon avec neuf quilles.Dès 1891, un Allemand aménagea une première salle dans le sous-sol d\u2019un restaurant new-yorkais.Mais les quilleurs manquèrent de planteurs.La plupart étaient des étudiants et ne pouvaient être à l'oeuvre pendant le jour ni tard le soir.En 1952, on trouva la solution: un planteur automatique lancé sur le marché par l'American Machine & Foundry, initiative que suivit bientôt la Brunswick.Pour $7,000, chaque allée est munie d\u2019un mécanisme qui cueille les quilles, les dispose et renvoie les boules.En même temps, la télévision américaine consacrait plus d'heures aux quilles qu\u2019à n\u2019importe quel sport.Chez les femmes, un autre facteur allait jouer en sa faveur.Une rédactrice de grande réputation lanca un jour dans une chronique que les femmes trouveraient dans les quilles le remède idéal et sans douleur pour améliorer leurs bustes, amincir leurs hanches et leurs tailles.Le tour était joué! A Cleveland, une autre rédactrice prétendit que seule la natation peut faire mieux que les quilles en ce domaine.Consultant des spécialistes de l'Université Harvard, elle publia un tableau indiquant le nombre de calories qu'exigent les diverses activités de la femma-\" C'est ainsi qu'on apprit que le jeu de quilles est plus fatigant, par exemple, que le lavage des planchers.Quelle femme l'aurait cru?CALORIES PERDUES ACTIVITÉ PAR MINUTE Natation 10.6 Quilles 7.1 Canotage 7.0 Tennis 6.1 Lavage (de plancher) 4.7 Faire les lits 4.0 Danse 35 Badmington 33 al LE PRESIDENT du service de santé de Chicago, le Dr Herman Bundesen, a aussi ses opinions.La tendance des hommes à l'obésité et celle des femmes a en- - graisser du siège est contrecarrée automatiquement par la pratique des quilles.Joe Wilman, membre du Panthéon du bowling et doyen à 71! ans des professionnels payés par la firme Brunswick, affirme que le sport des quilles est excellent pour tous ceux qui ont entre neuf et 90 ans.Il fait une exception pour les malades cardiaques, ceux qui souffrent des reins et les femmes dont la grossesse a dépassé le sixième mois, \u201cVous n\u2019avez même pas, dit- il, à avoir la carrure de l\u2019athiète.Les gens de petite stature font de meilleurs quilleurs parce qu\u2019ils peuvent \u2018se pencher plus avant vers la ligne de départ.\u201d Voilà qui explique sans doute la prospérité phénoménale de ce jeu.Alors que les éducateurs déplorent que les sportifs soient devenus spectateurs, le bowling es: dépassé seulement par le yachting et la pêche parmi les sports de participation.gp 15 Photo PERSPECTIVES Notre menu: crevettes et champignons au cari, pommes de terre croquantes, punch vermeil, hors-d\u2019oeuvre, lasagne à la dinde, gelée épicée aux mandarines et jambon glacé.Superbe, délicieux et pratique, voilà votre buffet Fétons le nouvel an ES REJOUISSANCES de Noël sont déjà du passé et nous songeons maintenant à célébrer, comme il se doit, la venue du nouvel an.Il est de tradition de les attendre dans la gaieté, ces douze coups de minuit qui, pour une fois, n\u2019annoncent pas seulement la fin d\u2019un jour et le commencement d\u2019un autre mais proclament l\u2019achèvement d\u2019une année et l'aurore d\u2019une autre période de douze mois que nous espérons toujours pleine de belles et bonnes choses.Cette minute au cours de laquelle nous nous imaginons presque franchir un seuil, rien n\u2019est plus agréable que de la vivre dans son propre foyer, au milieu de ses amis.Pour que vous puissiez vraiment, madame, profiter de la fête avec vos invités, préparez un succulent buffet.16 Le service en sera simplifié d'autant et vos amis apprécieront le fait d\u2019être libres de circuler de groupes en groupes et de manger quand bon leur semble.Les recettes que nous suggérons à cette fin sont de celles que vous pouvez facilement préparer en grande quantité, pour qu\u2019il y en ait aussi pour le convive de ta dernière heure.Les crevettes et les champignons au cari se garderont chauds au moyen d\u2019un poëlon électrique ou d\u2019un réchaud de table.Des plats de pommes de terre croquantes et de lasagne peuvent être tenus en réserve dans le four et le jambon se sert très bien froid.Et pour finir: quelques fruits frais, accompagnés de fromages et de biscottes.Voilà un dessert qui, pour être délicieux ne sera pas moins léger.Puisse 1960 être pour vous et les vôtres, madame, une année de bonheur et de prospérité! PUNCH VERMEIL 2 tasses de canneberges fraîches 3 tasses d\u2019eau 144 tasse de sucre 1% tasse de jus de citron, frais 2Y2 tasses de jus d\u2019orange, frais, ou de jus congelé condensé, reconstitué 1 pinte d\u2019eau de soda, bien froide Des cubes de glace Des tranches d\u2019oranges et de citrons LAVER les canneberges et les mettre dans une casserole, avec les 3 tasses d'eau.Faire cuire, à couvert, PERSPECTIVES 26 déc.1959 \u2014\u2014ereemset 0 _- cames cs pendant 5 à 10 minutes ou jusqu'à ce que les fruits éclatent.Passer au tamis.AJOUTER le sucre à la purée de canneberges, bien mêler et refroidir Au moment de servir, ajouter les autres jus et l\u2019eau de soda.VERSER dans un bol à punch, sur des cubes de glace.Mettre à flotter, sur le dessus du punch, les tranches d\u2019oranges et de citrons.(Recette pour 3 pintes de punch).HORS-D\u2019OEUVRE (Ces amuse-gueules mettront vos invités en appétit) 14 de tasse de beurre 1 cuil.à table de sauce Worcestershire 1 cuil à thé de sel d\u2019ail 1 cuil à thé de sel de céleri 14 cuil.à thé de sel d\u2019oignon 1 cuil.à thé de paprika 2 tasses de céréale d\u2019avoine prête à manger, en forme de petits beignets 2 tasses de petits carrés de blé en filaments 2 tasses de \u201cpretzel\u201d en petits bâtons 114 tasse d\u2019arachides (8 onces) CHAUFFER le four à 250°.PLACER le beurre dans une casserole de 13 x 9% X 2 pouces et la mettre dans le four pour faire fondre le beurre.Retirer du four et ajouter les assaisonnements.AJOUTER les autres ingrédients et bien mêler.Remettre au four et laisser cuire pendant une heure, eu brassant bien toutes les 15 minutes.CREVETTES ET CHAMPIGNONS AU CARI % de tasse de farine à tout usage 2 cuil.à table de poudre de cari 1 cuil.à table de sel 15 cuil.à thé de gingembre 1 tasse d\u2019oignons hachés 1 tasse de pommes aigres, coupées en petits dés 34 de tasse de beurre 2 boîtes de soupe au poulet et au riz, et suffisamment d\u2019eau pour faire 4 tasses de liquide 2 tasses de lait 2 livres de crevettes cuites, nettoyées'et débarrassées de leur coquille 14 de tasse de beurre 1 livre de champignons tranchés 2 cuil.à table de jus de citron MELER la farine, la poudre de cari, le sel et le gingembre.FAIRE SAUTER, en utilisant une grande casserole, les oignons et les pommes dans % de tasse de beurre, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils soient tendres.Saupoudrer avec le mélange de farine et bien mêler, RETIRER de la chaleur et ajouter le mélange de soupe et d\u2019eau et le lait, en mêlant parfaitement.CONTINUER à cuire, sur feu bas et en brassant constamment, jusqu\u2019à ce que le mélange épaississe.Retirer de la chaleur et introduire les crevettes.FAIRE FONDRE !l4 de tasse de beurre dans une casserole épaisse.Ajouter les champignons et les sauter légèrement.Ajouter au premier mélange, en même temps que le jus de citron.REMETTRE sur feu bas, en brassant constamment, jusqu\u2019à ce que les crevettes soient suffisamment chaudes.Ou placer au réfrigérateur jusqu\u2019au moment de servir et faire chauffer alors à l\u2019aide d'un réchaud de table.SERVIR sur du riz cuit (1 tasse de riz cru donnera environ 3 tasses de riz cuit).Si vous aimez particulièrement le goût de la poudre de cari, vous pouvez en mettre jusqu\u2019à 1 cuil.à table de plus.(8 à 10 portions).JAMBON GLACÉ AUX CANNEBERGES 1 tasse de gelée de canneberges VA tasse de sirop de mais RETIRER le jambon du four 30 minutes avant la fin de la cuisson.Régler la température du four à 450°.ENLEVER la couenne et strier le gras du jambon.On peut aussi le piquer de clous de girofle.BRISER, avec une fourchette, la gelée de canne- berges et y ajouter le sirop de maïs en brassant.Enduire généreusement le jambon de ce mélange.FAIRE CUIRE pendant 30 minutes, en arrosant plusieurs fois la viande avec ce qui reste de sauce aux canneberges.Note: Pour faire cuire un jambon non désossé, il faut compter de 15 à 18 minutes par livre pour un jambon entier et 22 minutes par livre pour un demi- jambon.PERSPECTIVES 26 déc.1959 LASAGNE À LA DINDE 34 tasse d'oignons hachés 1 gousse d\u2019ail, hachée finement 3 cuil.à table d'huile d\u2019olive 1 boîte de 28 onces de tomates, passées au tamis 1 boîte de 8 onces de sauce à la tomate 1 boîte de 6 onces de pâte de tomate 2 cuil.à thé de sel 14 de cuil.à thé de poivre 1 tasse d\u2019eau 1 cuil.à thé de basilic 1 pincée d\u2019oregano 1 petite feuille de laurier 14 cuil.à thé de glutamate de sodium (facultatif) 8 onces de lasagne ou des nouilles 1 livre de fromage au lait (fromage cottage) 1 cuil.à table de persil haché 1 cuil.à thé d\u2019oregano 4 tasses de dinde, coupées en petits cubes A tasse de fromage Parmesan, râpé 15 livre de fromage Mozzarella, tranché FAIRE SAUTER l'oignon et l\u2019ail dans l\u2019huile d'olive.Ajouter les tomates, la sauce à la tomate, la pâte de tomate, le sel, le poivre, l\u2019eau, le basilic, la pincée d\u2019oregano, la feuille de laurier, le glutamate de sodium et laisser mijoter environ 1 heure.Ceci constituera votre sauce.CHAUFFER le four à 350°.Graisser un plat à cuire de 13 x 944 x 2 pouces.CUIRE les nouilles, dans l\u2019eau bouillante salée, jusqu\u2019à ce qu\u2019elles soient tendres.Egoutter.MELER le fromage Cottage, le persil et 1 cuil.à thé d\u2019oregano.PLACER, dans le plat déjà graissé, tous les ingrédients dans l\u2019ordre suivant: la sauce, les nouilles, la dinde, le fromage Cottage, le fromage Parmesan et le fromage Mozzarella.Faire des rangs alternés de ces ingrédients jusqu\u2019à ce que tout soit utilisé.S\u2019arranger pour finir avec la sauce.Mettre au four pendant 30 minutes.(6 à 8 portions).POMMES DE TERRE CROQUANTES AU FOUR 3 cuil.à table de beurre 2 cuil, à table de farine 1 cuil.à thé de sel 14 de cuil.à thé de poivre 3 tasses de lait 3 tasses de pommes de terre räpées 1 oignon de grosseur moyenne, râpé.finement 1 cuil.à thé de sel Du poivre, fraîchement moulu 2 cuil.à table de beurre CHAUFFER le four à 325°.FAIRE FONDRE 3 cuit.à table de beurre dans une cocotte.Saupoudrer, sur le beurre, la farine, 1 cuil.à thé de sel et 4 de cuil.à thé de poivre.Mêler et laisser bouillonner un peu.- RETIRER de la chaleur.Ajouter le lait, d\u2019un seul coup, et mêler parfaitement.Remettre la cocotte sur feu bas et cuire, en brassant constamment, jusqu\u2019à cé que Je mélange épaississe légèrement.AJOUTER immédiatement les pommes de terre, l'oignon, 1 cuil.à thé de sel et le poivre.VERSER dans un plat à cuire de 13 x 944 x 2 pouces et parsemer de noisettes de beurre.CUIRE, sans couvercle, pendant deux heures ou jusqu'à ce que le dessus des pommes de terre soit bi@g- croustillant et l'intérieur assez tendre.(4 à 6 portions).GELÉE ÉPICÉE AUX POMMES ET AUX MANDARINES 2 boîtes de tranches de mandarines 1 boîte de 20 onces de jus de pomme 6 clous de girofle 1 petit morceau de bâton de cannelle 2 paquets de poudre de gelée au citron 3 pommes rouges YA tasse de céleri en dés ÉGOUTTER parfaitement les tranches de mandarines.Mesurer le jus de pommes (2% tasses) et ajouter suffisamment de jus de mandarine pour faire 34 tass de liquide.METTRE le jus, les clous et la cannelle dans une casserole et amener à ébullition.Laisser bouillir 2 minutes.PLACER la poudre de gelée dans un grand bol; passer le jus et l\u2019ajouter à la poudre, en brassant, jusqu\u2019à ce que celle-ci soit bien dissoute.Faire refroidir jusqu'à ce que la gelée soit un peu prise.COUPER, en tranches, une pomme non pelée.Dans le fond d\u2019un moule rond de 9 pouces, disposer ces tranches et des morceaux de mandarines de façon à former un joli dessin.Ajouter suffisamment de gelée pour couvrir les fruits et faire refroidir parfaitement.COUPER les pommes en petits morceaux et ajouter à l'autre partie de la gelée avec le céleri et ce qui reste=\u2014 de mandarines.Verser dans le moule, sur la première couche, bien prise, et faire refroidir jusqu\u2019à consistance ferme.DÉMOULER sur de la chicorée ou de la laitue et servir avec la sauce au fromage à la crème dont nous vous donnons la recette.(8 à 10 portions).SAUCE AU FROMAGE À LA CRÈME 3 cuil.à table de lait ou de jus d\u2019orange 1 paquet de 4 onces de fromage à la crème 15 cuil.à thé de zeste d\u2019orange râpé (facultatif) INTRODUIRE graduellement le lait ou le jus d'orange dans le fromage à la crème amolli.Brasser jusqu\u2019à ce que le mélange soit bien lisse.
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