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La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel
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Juin
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  • Revues
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chaque mois
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La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1909-06, Collections de BAnQ.

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[" F \u201c + anse ME Le ue > NE .ue.cote cst Notre roman complet Le Moutin des HHeacias Par André Silleray EE lad ya eel \u2014.f MAGAZINE 335 TRE Us = ces i.L\u2019arrivée de Jacques Cartier a Hochelaga SOMMAIRE : D'Argenson : Sir L.H.Lafontaine; L'hon.R.Lemieux: L\u2019Union des deux races; E.-Z.Massicotte: Le premier européen à Montréal; Crémazie: Notre Canada ; | : st : : Mistigris: Combats de cogs; R.de Francheville: Marathon Foirie, Bossette & Cie canadien; Pierre Voyer: Ne spéculez pas; 'T.St-Pierre : 4 200, Bd St-Laurent Montréal Nous sommes trois millions; N.Legendre: Le baptéme, etc.! \u2018 Prenez un bon Tonique sous forme d\u2019un vin généreux, exquis, réconfortant comme le Vin des Carmes qui vous rendra forts et vigoureux et vous mettra à l\u2019abri des indispositions si fréquentes à cette saison de l\u2019année et dues aux changements de temps.RR Depositaires Generaux : A.TOUSSAINT & CIE, 194, Rue Saint-Paul, = - QUEBEC 000000 °° 3 \u2014 TEL EST 6367.\u2014 RAOUL LEBEUF Entrepreneur Plombier Posaur d\u2019Appareils a Gaz et Eau Chaude Réparations de toutes sortes une spécialité Brâûleurs et Manteaux à Gaz à bas prix.4 Fes \u2014 Excellent Stock de Poeles de Cuisine \u2014 314 RUE RACHEL, MONTREAL, 00000000 00000000 00000004 0000040000 00000000 Coin St-Hubert, - Srmssessessossasoss 4040400040 00000000000000000 + 3 0000000000000 0000000000 C\u2019est en ce moment qu\u2019il faut soigner un commencement de.RHUME avec le plus de : soin, car il a une tendance à s\u2019im= planter.Il n\u2019y a pas de remede plus efficace que le SIROP MATHIEU au Goudron et a l\u2019Hul- le de Foie de Morue pour enrayerle R hume à son début ou le combattre vigoureusement lorsqu\u2019il ° a pris racine.Mefiez-vous des Imitations toujours dangereuses.ca Mal de Tête d\u2019origine nerveuse ou bilieuse, causé par la fatigue ou le surmenage, prenez sans hésiter, les Poudres Nervines de Mathieu Elles ne contiennent ni opium, ni morphine, ni chloral.En vente partout.POUDRES NERVINES De MATHIEU Pour tous les Maux de Tête et Névralgre.Ho continent pas & Opin Mérpiane us (lend Sobre soulagera et quelques poudres cour Si vous vas mal i La dé St vous êtes frévren \u2026 Ces poudres sant Si vous ne dormez pas bass.Les bomacs pour $1 vous bles nerveux donner aux enfants & vous avez la enppe pendant 13 denhfion.Si vous socffrez de révralfe 25c la boite de 18 poudres.Chez votre marchand ou par la malle.COMPAGNIE J.L.MATHIEU, propriétaire, Sherbrooke, P.Q ! = er ms en Prenez un bon Tl'onique sous forme d\u2019un vin généreux, exquis, réconfortant comme le Vin des Garmes qui vous rendra forts et vigoureux et vous mettra à l\u2019abri des indispositions si fréquentes à cette saison de l\u2019année et dues aux changements de temps.Ry Depositaires Generaux : A.TOUSSAINT & CIE, 194, Rue Saint-Paul, = = QUEBEC.LES PILULES PERSANES ont subi victorieusement l'épreuve du temps.Lorsqu\u2019elles ont été employées d\u2019une maniere suivie, elles ont toujours donné des résultats satisfaisants.Elles.: Forment la taille, Raffermissent les chairs, Developpent le buste.47 corrigeant ainsi les caprices de la nature.$1.00 la boite.6 boites pour $5.00 Societe des Produits Persans Boite Postale 1031, Dept.A., Montreal.NATIONAL! La Ttevue Poputaire Pour Juin Un beau numéro National L E prochain numéro de La REvuE POPULAIRE sera, comme tout numéro de juin d\u2019une vraie publication canadienne-française doit l\u2019être, remarquable surtout par son cachet national.Rien de vieux, de retapé, de ressassé.Du neuf et du vibrant sous tous les rapports.EZ Articles spéciaux par nos meilleurs rédacteurs et collaborateurs.\u2014 Gravures abondantes \u2014 Roman complet par l\u2019auteur de l\u2019Officier Bleu, un des succès du SAMEDI.Retenez votre numero.se CS TS A at PE sas PS PS VENTES ea an PORTE CRT EE yi Ron Pa AE 3 RIRE MOQUE Lt AE p _ | Re { = = = une réputation universelle et dont la probité est notoire.Nous garantissons la qualité de ces vins comme représentant la meilleure valeur pour le prix.Champagne Piper-Beidsieck une marque plus que séculaire et qui donne du relief au menu le plus recherché : un vin fin, riche, exquis.Claret et Sauternes oo Nous avons la représentation au Canada des premiéres Maisons d\u2019Europe dans le commerce des Vins, des maisons dont les marques possèdent de la Maison Vigneau et Cambours de Bordeaux.Ce sont des vins des districts les plus estimés et qui ont été conditionnés par des vi- Ke 333 gnerons experts.Vins de Bourgogne de la Maison Morin Père et Fils de Beaune.Pour la qualité, le bouquet, ces vins généreux jouissent de la confiance des connaisseurs.Il n\u2019y a pas de réjouissance parfaite sans un verre de ces bons bourgognes.= : Vin Bacchus au Quinquina = # sans rival, le tonique par «xcellence à base de vieux vins de Bourgogne associés aux variétés de quinquina les plus estimées.Demandez ces vins a votre fournisseur.Nous vous garantissons entiere satisfaction.Distributeurs Generaux, - Montrea DEMANDEZ AUSSI Les Petits Pois \u201c Marque Soleil \u201d \u2014 Exquis ! Laporte, Martin & Cie, Êtee, 4 = A ee Entered March 23rd 1908 at the Post Office of St.Albans, Vt., U.-S., as second class matter under Act of March 3rd 1879. Fr 2 ur my \u2014\u2014#, = AGRON AR HR SR I SF ER ER am a EE SRR AR ARR AN EN RR SY SN A SS Sy A AE IE AE NY Sy yp ESS d'Europe Dascedent isons «lepriy, Brillant avenir pour les colons et les industriels.TERRES A VENDRE TERRES POUR COLONS Il y a plus de six millions d\u2019acres de terres arpentées et divisées en lots de ferme à vendre dans et pour la Province de Québec.Le prix de ces terres varie de vingt à cinquante sous l\u2019acre.Les colons qui désirent se créer un établissement peuvent acheter un lot de cent acres dans l\u2019une des fertiles régions suivantes :\u2014 .Région du Lac St-Jean et du Saguenay.\u201c de l\u2019Outaouais et du Témiscamingue.sé du Saint-Maurice.Les cantons de l\u2019Est.La région de la Chaudière.Le bas du fleuve Saint-Laurent, (côté sud).La vallée de la Matapédia.La Gaspésie.uelques-unes de ces régions offrent des avantages exceptionnels.00 =1 0 UU OND IH o CONCESSIONS FORESTIERES Les concessions forestiéres ou la permission de couper du bois sur les terres de la Couronne se vendent à l\u2019enchère publique.Avis de ces ventes est donné dans-les journaux du pays.Ces concessions forestières comprennent, selon les régions, toute espèce de bois: épinette blanche, épinette noire, cèdre, érable, merisier, hêtre, sapin, tremble, etc.Elles sont sujettes à une rente foncière de quatre piastres par mille, payable avant le 1er Septembre de chaque année.POUVOIRS HYDRAULIQUES Pour faciliter le développement industriel dans la province, le département cède ou loue les cascades ou chutes formées par les rivières ou les lacs.Le prix de ces concessions varie suivant l\u2019importance et la puissance des pouvoirs hydrauliques.Pour renseignements plus précis sur la valeur des terrnes et des bois, et des pouvoirs hydrauliques, demandez un exemplaire du \u201c Guide de Colon \u201d au MINISTERE DES TERRES ET DES FORETS, A QUEBEC.LA REVUE POPULAIRE 1 Mentionnez ce journal en achetant EE ta HI lat = Notre Canada Il est sous le soleil une terre bénie, Où le ciel a versé ses dons les plus brillants, Où, répandant ses biens la nature agrandie, A ses vastes forêts mêle ses lacs géants Sur ces bords enchantés, notre mère, la France, A laissé de sa gloire un immortel sillon, Précipitant ses flots vers l\u2019océan immense, Le noble Saint-Laurent redit encor son nom.W Heureux qui la connaît, plus heureux qui l'habite, Et, ne quittant jamais pour chercher d\u2019autres cieux Les rives du grand fleuve où le bonheur l'invite, Sait vivre et sait mourir où dorment ses aieux.Octave CREMAZIE.cB Irr\u2014\u2014 : æ = \u2014_\u2014 es es + Parait tous les mois ABONNEMENT : Canada, numero: ~ - - 10 cts Un An : $1.00, ~ Six Mois : 50 cts Montreal et Etranger: Un An: $1.50 - Six Mois: 75 cts Par poste : Montreal et Etranger, le No 15 cts Poirier Bessette & Cie Editeurs - Proprietaires, 200, Boulv.St-Laurent, MONTREAL Lafontaine Vol, 2.Na 6.Montreal, Juin 1909 A célébration de la fête nationale prend, | cette année, 4 Montréal, un éclat inaccoutumé du fait qu\u2019elle marque le Tbe anniversaire de la fondation de notre Société Saint-Jean-Baptiste.Et pour conserver de l'événement une oeuvre tangible, il a été proposé de commencer un mouvement pour aboutir à la pose d\u2019une statue de Louis-Hippolyte Lafontaine dans le parc qui porte son nom.Lafontaine fut le premier de nos grands hommes politiques.Nous lui devons d\u2019autant plus, que c\u2019est au lendemain même des troubles de 1838 qu\u2019il entreprit la grande tâà- che d\u2019épargner, à nos pères, la situation qui était, et qui est encore, celle des Irlandais dans leur pays.Lafontaine naquit à Boucherville en 1807.Son père était un ancien député.Après des études fort brillantes, il fut reçu avocat et, comme tel, ne tarda pas à devenir l\u2019inséparable ami de Morin, figure modeste mais très méritoire.Quand Lafontaine vit, en 1837, que le peuple prenait les armes, il se tint à l\u2019écart, puis partit pour l\u2019Europe.Il fut tout de même arrêté, à son retour, mais relâché sans procès.à Revue Populaire I1 se présenta dans Terrebonne ; or, le parti anglais employa un système de terrorisa- tion telle, qu\u2019il s\u2019effaça.Son ami Baldwin le fit élire en plein Ontario, dans la quatrième subdivision d\u2019York.Plus tard, Baldwin ayant été battu dans sa province, Lafontaine lui fit donner le mandat de Rimouski.La Providence ayant voulu qu\u2019un homme d\u2019élite, sir Charles Bagot, succède à Syden- ham, Lafontaine et Baldwin purent, à la faveur des moyens constitutionnels commencer la série de luttes constitutionnelles auxquelles nous devons nos libertés politiques.Sous Elgin, un autre gouverneur cher aux Canadiens, le règne de la terreur reprit.Les tories allèrent jusqu\u2019à insulter Elgin en pleine rue, à incendier le parlement et les demeures des chefs canadiens et de leurs principaux alliés.La paix fut rétablie par un déploiement de force militaire et la série des réformes continua.Mais un élément nouveau s\u2019étant introduit, qui trouvait Lafontaine trop lent, celui-ci se retira de la politique à l\u2019âge de 44 ans.Après avoir été juge pendant une dizaine d\u2019années, la mort vint nous l'enlever, et les regrets qui éclatèrent partout, dans les deux Canadas, donnèrent la mesure de l\u2019estime extraordinaire où l\u2019on tenait toujours ce grand Canadien.Lafontaine fut le type accompli du politique qui a foi dans les moyens honorables, dans les procédés patients mais fructueux.Il fut en cela l\u2019opposé de L.-J.Papineau, lequel ne mesurait pas ses élans et dépassait les bornes, au détriment et au péril des intérêts qu\u2019il croyait promouvoir.La mémoire de Lafontaine est impérissable parce qu\u2019il a construit, parce que sa formule administrative contenait des germes sélectionnés de liberté et de progrès, parce qu\u2019il sut préserver, après 1838, l\u2019Arche «d\u2019Alliance canadienne- française des attouchements de gens, patriotes, sans doute, mais téméraires, dangereux, en tout cas improductifs.D\u2019ARGENSON.i\" EIRE EE TETE PES EN TRG GTR ANT CI ONE IR NCHA HITE io 1 Qi i RC ETI IEG Ah WA FHI Hb Li A oH / A TR L.IH 8 Eafadaiatabed vikbhdakii nda irc six stacoaiady L'Union des deux Races\u201d Par L\u2019Hon.M.R.LEMIEUX, Ministre des Postes Canadiennes des meilleurs éléments sous le soleil.Nous avons ic-\u2014en nombre prédomi- nant\u2014des hommes d\u2019origine britannique.Je n\u2019ai jamais caché mon admiration pour cette grande nation et j'ai souvent dit à mes compatriotes que nous avions beaucoup à apprendre de nos concitoyens de langue anglaise.La civilisation moderne, je n\u2019exagère pas, doit beaucoup à l\u2019Angleterre.Aucun peuple, je crois, n\u2019a mieux compris l\u2019art de gouverner les hommes que le peuple anglais.Le drapeau de la Grande-Bretagne partout où il se déroule à la brise est le symbole de la liberté et de la justice.Ne vous étonnez pas d\u2019entendre un Canadien d\u2019origine française s\u2019exprimer ainsi, et permettez-moi de répéter ici ce que j'ai déjà dit dans ma province natale.Les Canadiens- Français sont les descendants d\u2019une race essentiellement .Ja 6 Ze A \u20ac PAGES i % Ws Zz ce a % % bit = 2 is is ; 2 Ri i es M 7 7 4 A A 5 LE 5 2 A : p 7 7 4 Hi 7 | i; a i 7 GE % 3 a Ge 7 Bt : cu Fo ht ca ; of i = i eu A 2 ns ite.; L'Hon.M.R.Lemieux, Ministre des Postes Canadiennes.\\ eH) oY OS M jt Er 1908] a) Ra gt ii} Wn BH {1 i i ih oft ty {xd i Ng i Ha i .dn ; \u201cut Bite It vi ih 4 it it Di il oy id, i $i .i, nly Mid \u2018 4 if hit! pe _____ PO Ce q , tt ih ve 4 : in al | Gus qe 3 dl Ha Lt Ae sey ii io pan Lt it ed Ti SI Riser ie) => hut id OMG (4 i ; H ho il We LE : i . tr tract ri pee rs al 8 La Revue Populaire soucis que de porter toujours plus loin l\u2019oeuvre de la civilisation, partout où se trouvait un être humain à secourir.Ce n\u2019est pas, _entendez bien, par dela.Te céan que les descendants de ces ,bionniers iront à l\u2019école du devoir et de l\u2019honneur.C\u2019est dans l\u2019histoire du Canada, qui est celle de leurs añcêtres, qu\u2019ils vont aviver la pure flamme de leur patriotisme.Monsieur le \u2018président, j\u2019appartiens à la minorité, et vous, à la majorité.Ce pays, grandit très vite.L\u2019Ouest est envahi par une armée de colons: ils nous arrivent de tous les points du globe.Le jour viendra peut- être où toutes ces races nouvelles seront absorbées ou assimilées, \u2018mais c\u2019est là certes, un problème plus compliqué que certains ne se l\u2019imaginent.D\u2019ici là, nous ne savons pas quels conflits peuvent surgir, mais une chose dont je suis certain, c\u2019est que mes compatriotes, eux, ne renonceront jamais à leur nationalité.Ils seront toujours Canadiens.J\u2019ajoute que c\u2019est dans l\u2019union et l\u2019amitié des deux races, française et anglaise, que réside l\u2019avenir du Canada.Il y a trois cents ans, Québec était fondé par Champlain\u2014Champlain le sage gouverneur et le hardi explorateur.C\u2019est du pro- montoir de Québec qu\u2019a jailli comme une source pure, le flot civilisateur qui s\u2019est répandu sur toute l\u2019Amérique Septentrionale.En 1759, les plaines d\u2019Abraham furent Ile théâtre d\u2019une bataille à jamais mémorable.La prise de Québec, malgré la glorieuse revanche de Ste-Foye, mit fin à la domination francaise au Canada, et par.le\u2026traité-/de Paris, l\u2019Amérique passa sous le drapeau britannique.Cet événement devait faire époque dans l\u2019histoire moderne; Cest une date inoubliable dans les annales du Nouveau-Monde.Bientôt, le peuple célébrera le troisième centenaire de la fondation du vieux Québec, et notre Gouverneur-Général à eu l\u2019heureuse inspiration de dédier à la nation canadienne les deux champs de bataille historique où vos ancêtres et les nôtres se livrèrent le suprême combat.Quel plus bel hommage rendu à la valeur des deux armées, que cette.dédicace solennelle des champs de bataille, témoins de tant de vaillance et de tant d\u2019héroïsme ! Les plaines d\u2019Abraham et le champ de Ste-Foye resteront désormais comme les deux feuillets d\u2019un grand livre, où les générations futures iront apprendre que les grandes guerres comrhe les grands orages éclaircissent et purifient l\u2019atmosphère, que le sang versé sous les murs de Québec a cimenté les bases d\u2019une nouvelle nation, a uni les fils de ceux qui combattaient sous deux illustres généraux,, et leur a assuré à jamais, j'en ai le ferme espoir, une ère de paix et de liberté sous l\u2019égide de la constitution britannique.Au long de la route Au seuil de la route que le soleil dore, On trouve à foison des fleurs près d\u2019éclore Sur les lits de mousse des jeux et des ris, Et partout, partout, tant de coeurs amis!.Puis le soleil brûle d\u2019ardeurs épuisantes ; La beauté, la gloire sourient enivrantes, Les jours sont trop courts, trop longues les nuits\u2026 Et déjà bien moins, moins de coeurs amis.Le soleil pâlit au bout de la route, Les pieds sont bien las et le dos se voûte, Le front: est très lourd, le coeur ptein d\u2019ennui.\u2026.Et, parfois, plus un, plus un seul ami! Mais du ciel immense traversant la voûte, Par delà nos yeux continue la route, Un soleil nouveau pour toujours y luit, Et là se rejoignent tous les coeurs amis.P.RAVENELLE. La Bourgade d\u2019Hochelaga (1) Le Premier Européen à Montréal Par E.-Z.Massicotte A journée du samedi, 2 octobre, 1535, est plus qu\u2019à demi écoulée et parmi les sauvages qui habitent la bourgade d\u2019Hochelaga® il s\u2019est produit un grand émoi, car la nouvelle cir- oN cule que des êtres à peau blanche, barbus, recouverts d\u2019habits aussi étrangefs =) bars ts que magnifiques, s\u2019avancent dans de grosses embarcations et remontént le fleuve sous la poussée du vent.\u2018 Ces êtres si différents des naturels du (1) La gravure ci-dessus représente Jac- ques-Cartier arrivant devant l\u2019Ile de Montréal (d\u2019après un dessinateur anglais).pays sont bons et sympathiques, puisqu\u2019à tous ceux qui les ont approchés depuis le bas de l\u2019Île, ils ont remis des cadeaux d\u2019une valeur inestimable et qu\u2019on ne pourrait trouver nulle part ailleurs, en ce pays.Imagi- ne-t-on alors, combien cet événement inouï avait aiguillonné la curiosité des enfants des bois et en quel nombre ils s\u2019étaient portés sur le rivage pour voir ce qui adviendrait de ces visiteurs inattendus?Le lecteur a compris de quel événement nous parlons.Les deux grosses barques qui refoulent le courant portent les premiers européens qui aient pénétré jusqu\u2019à la bourgade d\u2019Hochelaga, site de la future métropole canadienne.Ces européens ne nous TARR RNS an TE TRF, A SR rte ed RE ha fu PET pH ! aE as SES hE i i h 3 10 La Revue sont pas tous connus.Cependant, on sait que Jacques Cartier était le chef de l'expédition, qu\u2019il était accompagné de quatre gentilhommes: Claude ide Pontbriant, échanson du dauphin, de France, Charles de la Pommeraie, Jean Gouyon, et Jean Poullet, puis de Marc Jalobert, capitaine de la Petite Hermine, de Guillaume Le Breton, capitaine de l\u2019Emérillon et, enfin, de vingt-six matelots.Cartier avait quitté Québec le 19 septembre sur l\u2019Æmérillon, dans l\u2019intention de se rendre à Hochelaga, mais, le 28 septembre, Populaire pels des Sauvages et il ordonna d'approcher les barques.\u2018\u201c Ils nous firent un bon accueil, dit le grand marin.témoignant une joie merveilleuse, les hommes dansant en une bande, les femmes en une autre et les enfants aussi.Ils nous apportèrent quantité de poissons, ainsi que du pain fait avec du blé- d'inde et les jetaient à l\u2019envi dans nos barques, en sorte que tous ces vivres semblaient tomber de l\u2019air.\u201d\u2019 \u201c Voyant la joie de ce peuple (2), Cartier descendit à terre accompagné de plusieurs de ses gens; et tout aussitôt les sauvages s\u2019at- Jacques Cartier en route pour la bourgade Hochelaga (d\u2019après une vieille gravure).force lui fut d\u2019abandonner son navire sur le lac Saint-Pierre, car ne connaissant pas le bon chenal, il craignait d\u2019échouer ou de sombrer.C\u2019est alors qu\u2019il partit sur deux barques avec les personnes que nous venons de mentionner.N\u2019ayant pu aller plus loin que le Sault Saint-Louis (1), Cartier répondit aux ap- (1) Les historiens Bibaud et Ferland prétendent que Cartier s\u2019arrêta au Pied du Courant, mais les abbés Faillon, Verreau et Proulx qui ont étudiés spécialement le récit de Cartier et ont examiné les lieux, sont a ge ee at PRO dea tL TR TA RENE PI RIRE AI ITR OR VU TOR RER TARA RIT WIPRE RO TRH RID FIRE RAR PARAIT i troupèrent autour de chacun d'eux sur le rivage, en leur donnant mille témoignages d\u2019amitié; tandis que, de leur côté, les femmes qui tenaient des enfants dans leurs bras les leur présentaient pour qu\u2019ils les touchas- tous trois d\u2019avis que le célèbre découvreur se rendit jusqu\u2019au Sault.Lire, à ce sujet, la note 2, page 500, Vol.I de l\u2019Histoire de la Colonie Francaise, par l'abbé Faillon, ainsi que la savante dissertation de l\u2019abbé J.B.Proulx, dans le Bazar de 1886.(2) Après avoir lu presque tous les récits de la visite de Cartier à Hochelaga, nous avons choisi de préférence le texte de Faillon parce qu\u2019il nous semble le plus précis, le plus clair et le plus agréable. ELD Le premier Européen a Montréal 11 sent.Cette fête publique dura une demi- heure et au-delà.Touché de leur bonne volonté pour lui et de leurs largesses, Cartier fit ranger et asseoir toutes les femmes et leur distribua des chapelets d\u2019étain ou d\u2019autres menus objets et donna des couteaux à une partie des hommes; puis, il se retira à bord de ses barques pour souper et passer la nuit.Le peuple, pendant cette nuit, demeura sur le bord du fleuve, à l\u2019endroit le plus voisin des barques, faisant des feux de réjouissances, se livrant à des danses en signe d\u2019allégresse.\u201c Le lendemain, dimanche, dès le grand que l\u2019on fermait avec des barres.Sur diverses parties de la palissade régnaient des espèces de galeries chargées de roches et de cailloux, pour se défendre en cas d\u2019attaque.Cette clôture renfermait environ cinquante maisons, longues chacune de cinquante pas au moins, et larges de douze à quinze, toutes construites en bois et couvertes de grandes écorces, artistement cousues les unes avec les autres.Chaque maison se divisait en plusieurs pièces, et dans le haut était un grenier pour y serrer le blé-d\u2019Inde destiné à faire le pain.Il y avait aussi dans ces maisons de grands vaisseaux de bois semblables Jacques Cartier à l\u2019intérieur de la bourgade nateur J.N.Marchand).matin, Cartier prit son habit d\u2019ordonnance et fit mettre en ordre ses gentilshommes et ses mariniers afin d\u2019aller visiter Hochelaga et reconnaître la montagne auprès \u2018de » laquelle était située cette bourgade.Il laissa huit de ses matelots pour garder les barques, et partit avec tous les autres, étant conduit par trois sauvages d\u2019Hochelaga.\u2026.\u201c Cette bourgade qui avait la forme ronde dans son pourtour était défendue par une palissade formée de pièces de bois dont l\u2019assemblage donnait à la coupe de cette clôture l\u2019air d\u2019une espèce de pyramide.Le tout avait environ la hauteur de deux lances.On n\u2019y entrait que par une seule porte, (d\u2019après un tableau de notre fameux dessi- à des tonnes, où l\u2019on mettait le poisson, surtout des anguilles, après les avoir fait sécher à la fumée durant l\u2019été, dont on faisait ainsi de grandes provisions pour tout l'hiver.\u201c Les trois sauvages qui servaient de guides aux Français les conduisirent enfin au milieu de la bourgade, dans une place carrée, grande de chaque côté d\u2019environ un jet de pierre et environnée de maisons; et comme ces guides ne pouvaient leur parler que par gestes, ils leur firent signe de s\u2019y arrèter.\u201c Aussitôt toutes les femmes et les filles de la bourgade s\u2019assemblèrent dans la place, une partie d\u2019entre elles chargées d\u2019enfants qu\u2019elles tenaient en leurs bras \u2018et toutes se mit vi Ths ei ER QUE ETE mn ; I\" Ten : tt AA Uh TTI, ULL (ie, NC 12 La Revue Populaire rent à leur donner les marques d\u2019amitié or- Que devint ensuite Hochelaga ?dinaires à ces peuples, pleurant de joie de - Cartier y retourna de nouveau, dans deux les voir et les invitant par signes à toucher barques, en 1541.Il était accompagné, cette leurs enfants.\u201d , fois, du capitaine Martin Paimpont, et il avait l\u2019intention de remonter le Sault Saint- Louis, puis de s\u2019avancer jusqu\u2019à la source du grand fleuve, espérant ainsi, atteindre Des hommes apportèrent alors un person- une contrée riche en mines d\u2019or ou d\u2019argent, nage âgé et perclus, puis le déposant aux peut-être même les Indes.Les renseigne- pieds de Cartier, considéré, sans doute, com- ments qu\u2019il obtint des aborigènes le dissua- me un envoyé céleste, lui firent entendre, par signes, que c\u2019était leur chef et qu\u2019il ferait grand plaisir à tous s\u2019il voulait le guérir.Cartier ne pouvant leur expliquer qu\u2019il n\u2019avait pas le don des miracles se résigna à frotter les bras et les jambes du chef indien : il fit de même à plusieurs autres malades, % puis \u201cil adressa à Dieu des prières en leur faveur et se mit à réciter le commencement de l\u2019évangile selon saint Jean \u201d que tout le monde écouta attentivement et religieusement.Cartier distribua, ensuite, à tous les na- 3 turels, des cadeaux variés, puis \u201cil ordonna 3 à ses gens de sonner de la trompette et de jouer d\u2019autres instruments de musique; ce ; qui, par sa nouveauté devait beaucoup frap- À per ces sauvages, et les remplit, en effet, d\u2019étonnement et d\u2019admiration.\u201d.3 \u201c Etant sortis d\u2019Hochelaga, ils furent conduits par plusieurs hommes et plusieurs femmes à la montagne voisine; et, arrivés sur cette hauteur, îls purent de là prendre connaissance du pays.Ils admirèrent la beauté des alentours, comme aussi le cours M majestueux et la largeur du grand fleuve, qu\u2019ils suivaient des yeux autant que leur vue a pouvait s'étendre; enfin l\u2019impétuosité du saut où leurs barques étaient restées; ce qui fut cause que Cartier, charmé des points de À vue qu\u2019il découvrait de là, nomma cette mon- i tagne le Mont-Royal, d\u2019où est venu le nom de M Montréal donné à l\u2019île où cette petite mon- 1 \u201c tagne est assise.\u201d (1) ' Cartier retourna le même jour (3 octobre).Ses matelots mirent à la voile salués par les regrets des sauvages qui regardèrent pendant longtemps, s\u2019éloigner puis disparaître, ne vers le nord, ces embarcations mystérieuses.Plan de la bourgade d\u2019Hochelaga, (d\u2019après Ramusio).Lye rp Te a pt Ta\u201d A, porte; B, carré; C, maison du chef; D, palissade de défense.8 ie.Po ™ B, plan d\u2019une maison; a, entrée et place du feu; F, section d\u2019une partie de la palissade.dèrent, toutefois, de cette entreprise.Deux ans plus tard (1543), le pilote Jean Alphonse, sur l\u2019ordre de Roberval, se rendit jusqu\u2019à Hochelaga ; enfin, un petit neveu de LE.(1) Faillon, Hist.Col.Fran., 1, 17 et seq.Cartier, Jacques Noel, voulut reprendre au Gen « 416 Le premier Européen 3 Montréal 13 (1587), le projet de son parent et pénétrer plus avant dans l\u2019intérieur du continent, mais il ne semble pas, lui non plus, avoir dépassé l\u2019Île de Montréal.Ce qui est étrange, c\u2019est que ces.derniers voyageurs ne parlent pas de la ville sauvage.Champlain, seul, soixante ans après le découvreur du Canada, nous informe que la bourgade était disparue depuis déjà un certain temps.Le problème de la ruine de cette ville a excité la curiosité des historiens.On s\u2019est demandé à quelle race appartenait les habitants de l'Île de Montréal, à cette époque, quelle avait été leur destinée et où était située exactement cette ville primitive?Et voici ce que l\u2019on peut répondre: D\u2019abord l\u2019endroit: En 1861, les ouvriers de M.Ed.Dorion qui pratiquaient des excavations près des rues Metcalfe et Sherbrooke, non loin de l\u2019Université McGill, mirent au jour, des squelettes de sauvages, puis de la poterie, des os d\u2019animaux dont la chair avait servi à la nourriture d\u2019êtres humains, des restes de foyer, des objets en os, en pierre, etc, qui ne laissent aucun doute sur le fait que cette localité fut, un jour, le site d\u2019une ville de peaux-rouges.C\u2019est en témoignage de ce fait que notre société d\u2019archéologie a placé rue Metcalfe, prés de la rue Sherbrooke, une tablette commémorative sur laquelle on dit inscription suivante \u201c Site of a large Indian village claimed to be the Town of Hochelaga, visited by Jacques Cartier in 1535\u201d.(1) Les trouvailles en question sont décrites et commentées dans un long et intéressant mémoire dû à la plume savante du principal J.W.Dawson, du Collège McGill.Ce mémoire a été traduit en français et publié dans le Journal de l\u2019instruction publique, puis en brochure.Pour ce qui est des habitants, les histo- (1) Malheureusement, cette tablette est peu visible!.pour le public, car il paraît que le propriétaire de l\u2019immeuble où l\u2019inscription avait été fixée, l\u2019a fait enlever pour la placer dans sa cour à l\u2019abri des regards curieux !! riens paraissent admettre, aujourd\u2019hui, que le peuple d\u2019Hochelaga appartenait à la famille huronne-iroquoise.Cela, on le déduit des mots sauvages que Cartier cite dans son récit, ainsi que du genre des fortifications et des habitations qui formaient la bourgade, car ces travaux sont semblables à ceux qu\u2019exécutaient les Iroquois partout où ils Séjournaient.En rapprochant l\u2019opinion de l\u2019historien Les- carbot avec le texte de la relation (1637) du R.P.Lejeune, M.Sulte conjecture que les Iroquois d\u2019Hochelaga furent détruits par une calamité quelconque, puis, qu\u2019ils furent remplacés par une tribu Algonquine, chassée, à son tour, par les anciens possesseurs du sol vers l\u2019an 1590.(1) Pour expliquer la disparition des fondateurs d\u2019Hochelaga, plusieurs légendes racontent qu\u2019une guerre fratricide éclata après le départ de Cartier et une tradition iroquoise résout le problème ainsi : (2) Si l\u2019on peut en croire l\u2019historien des Wyandotts, M.Peter Dooyentate Clarke, un descendant de cette tribu, les Senecas et les Wyandotts ou Hurons vécurent en paix, côte à côte à Ho- chelaga jusqu\u2019à ce que dans un moment fatal, un rigide chef Senecas refusa à son fils l\u2019autorisation de lui laisser épouser une jeune fille de sa race.Celle-ci indignée, renvoya tous ses prétendants et jura de n\u2019épouser que le brave qui tuerait le chef qui l\u2019avait offensée.Un jeune Huron accomplit la tâche et conquit la demoiselle, mais les Senecas prirent fait et cause pour leur chef et attaquèrent les Hurons.Ceux-ci repoussèrent d\u2019abord leurs assaillants, mais les autres tribus iroquoises étant venues soutenir les Senecas, les Hurons plièrent et durent fuir vers l\u2019ouest.Cette légende, ajoute M.Dawson, n\u2019a pas encore trouvé de poète ou de romancier pour l\u2019embellir ou l\u2019immortaliser et on ignorera le sort de l\u2019Hélène canadienne qui plongea deux peuples dans d\u2019innombrables malheurs tant que quelque Homère ne nous aura pas raconté tous les détails de ce dramatique événement.(1) Sulte, Histoire des Canadiens-Francais, IT, 108.(2) Suivant M.S.E.Dawson, dont nous traduisons librement et résumons, ici, une des meilleures pages de son oeuvre. tnéréné énéné réduit Pt ee atteinte reeéttatetrs 14 La Revue Populaire On dirait que c\u2019est à ce problème ardu et passionnant que notre grand poête national, Louis Fréchette, faisait allusion, Jlors- qu\u2019il écrivait, au début de sa superbe Légende d\u2019un Peuple, ces vers où il exprime le regret de ne pouvoir déchirer le voile qui couvre tout un passé : Qui pourrait raconter ces âges sans annales?Quel oeil déchiffrera ces pages originales Où Dieu seul a posé son doigt mystérieux?Tout ce passé qui gît sinistre ou glorieux, Tout ce passé qui dort heureux ou misérable, Dans les bas-fonds perdus de l\u2019ombre impé- [nétrable, Quel est-il?A ce sphinx sans couleur et sans [nom, Plus muet que tous ceux des sables de Mem- [rom, Et qui, de notre histoire encombrant le por- [tique, Entr\u2019ouvre dans la nuit son oeil énigmatique, A tant de siècles morts, l\u2019un par l\u2019autre ef- [facé.Qui donc arrachera le grand mot du passé?Hélas! n\u2019y songeons point! En vain la main [de l\u2019homme Joue avec les débris de la Grèce et de Rome, Nul bras n\u2019ébranlera le socle redouté, Qui depuis si longtemps rigide majesté, Plus lourd que les menhirs de l\u2019époque cel- [tique, Pèse, Ô vieux Canada, sur le sépulcre antique Où, dans le morne oubli de l\u2019engloutissement, Ton tragique secret dort éternellement ! Jacques-Cartier sur le Mont-Royal (d\u2019après une gravure américaine). tin ta dits panne - Le Tour du Monde par l\u2019Image, ( Quatrième Série ) Mexico, Capitale du Mexique, OUS avez là ce qui est considéré, à juste titre croyons-nous, le plus beau panorama que puisse reproduire, de Mexico, .l\u2019art photographique.Il donne une idée quasi parfaite du type à peu près unique qu\u2019est cette ville.C\u2019est Mexico photographié du haut d\u2019une tour de la cathédrale.La ville s\u2019élève presque au centre d\u2019une vallée ceinturée de montagnes.Au loin et de tous côtés se voit comme un ceinturon d\u2019argent formé par une ligne de six lacs.Ces lacs, qui débordent souvent, sont (ont été surtout) une menace continuelle pour la ville.Le grand square dont vous voyez une partie, cest la Plaza Mayor.Il y a quatre cents ans, elle était comme le vestibule ouvert du grand temple Aztèque.Sur un des côtés s\u2019élève l\u2019immense Palais National construit par les Espagnols il y a plus de deux cents ans.Depuis cette époque, il a servi de quartiers généraux aux divers gouvernements dont le Mexique a vu un grand nombre, la plupart mauvais ou tragiques.C\u2019est là qu\u2019ont connu la grandeur et la décadence Maximilien et Charlotte, victime des visées de Napoléon IIT, qui révait d\u2019un empire dans cette partie du monde.Le Musée National et l\u2019Hôtel des Postes s\u2019y trouvent logés.C\u2019est là aussi que sont présentement les bureaux du président.C\u2019est là que s\u2019élevait avant la conquête la résidence impériale des souverains aztèques.Quand l\u2019Espagnol Cortez s\u2019empara de la ville de Mexico et la détruisit, elle ressemblait à Venise.En effet, ses habitants, pour se mettre à l\u2019abri des attaques avait établi cette ville sur un lac, les voies étant des cours d\u2019eau.Les Espagnols comblèrent ces cours d\u2019eau et avec le temps le lac s\u2019assécha et disparut.De Mexico, par un temps clair, on voit fort bien les grands volcans Popocatepet!l et Iztaccihuatl.Mais il faut, pour cela, monter: sur une des tours de la cathédrale.I RR I EEN ENT E RIRE Hv ol, Tn i i y bit TRISTE RE cs Dr Riu 1 nda rae Oita athhbbislibislaith ataliab Satis Les Mille=Iles, Canada.OUS le rapport des beautés et des attractions maturelles, peu de pays ont plus à montrer que notre Canada, et cela dans tous les genres: plages, campagnes plates, montagnes, chutes, lacs et rivières, etc.Mais, comme c\u2019est l\u2019habitude, on ne connait rien moins que son pays; on trouve toujours tout plus beau à l'étranger.C\u2019est comme pour la marchandise importée : si inférieure qu\u2019elle soit souvent à la nôtre, elle estaux yeux de beaucoup de Canadiens le grand mérite de venir d\u2019ailleurs.Avez-vous jamais pris passage à bord d\u2019un bateau qui circulait à travers les Mille Iles, sur le Saint-Laurent ontarien?Si oui, vous avez dû conserver un souvenir charmant du spectacle vraiment poétique et unique.On dit Mille-Iles, mais il y en a certainement près de 1,500.Et il y en a de toutes les tailles, de toutes les dimensions dans les petites et moyennes mesures, de toutes les formes.Commençant par l\u2019Île du Loup, qui a six lieues de longueur, elles diminuent graduellement en superficie, elles forment comme des combinaisons de jeu de damier, paraissant comme des masses flottantes.A certains endroits, on se croit dans un labyrinthe dû à un cerveau ingénieux; ailleurs, le bateau passe si près d\u2019une rive qu\u2019il semble, qu\u2019en tendant le bras, on puisse toucher aux arbres qui se penchent sur l\u2019onde.Quelques-unes seulement sont inhabitées.Sur la plupart s\u2019élèvent des chateaux ou des chalets et d\u2019agrestes cabanes, celles-ci coûtent des fois des milliers de dollars.Ils émergent de fouillis verts ou fieuris ; ils portent des noms assortis.On y voit de beaux hôtels, quelques-uns très importants.Et partout des vaisseaux de plaisance de tout format, de tout tonnage et de tout moteur.ce dur | mir cel du ge Ie 0 bird fu ter tu qu \"Te SI FEUILLETON.Roman Complet : Le Moulin des Acacias par André Silleray Le Moulin, quoique vieux, était charmant et d\u2019un poétique aspect, sous la verdure et les fleurs, qui couvraient d\u2019un manteau verdoyant et fleuri ses vieilles murailles grises.L\u2019 \u2018\u201c\u2018Aubette \u201d, claire et limpide, étincelait comme du cristal sous les rayons du soleil, puis allait, avec un bruit tapageur, faire tourner la roue contre laquelle elle se brisait en scintillants éclats, pour aller se perdre, toute, mousseuse, au travers des saules qui croissaient sur les deux rives.Ce moulin avait un nom.On Pappelait \u201cLe Moulin des Acacias\u2019, sans doute parce que deux de ces arbres ombrageaient la porte charretiére.C\u2019était le plus joli de la contrée.Il broyait plus de grain à lui tout seul que tous ceux d\u2019alentour et on entendait son joyeux tic tac la nuit comme le jour.Guillaume Baudriller, le meunier, possédait bien cinquante arpents de bonnes terres et prairies, deux belles fermes, quelques bicoques, le tout vierge d\u2019hypothèques.\u2018Vingt-deux ans auparavant, Guillaume était venu dans le pays.C\u2019était alors un pauvre hère, sans famille, ni fortune aucune, bien heureux d\u2019accepter la dernière place au Moulin des Acacias, dont le propriétaire était alors Anselme Fontenay, un bien brave homme.M.Baudriller, que chacun appelait alors familièrement Guillaume, était robuste de corps, intelligent et rusé d\u2019esprit.Il sut se faire bien voir de son maître et obtint la place de premier garçon.Deux ans plus tard, séduite par ses cajoleries, par l\u2019amitié qu\u2019il disait avoir pour elle, Victorine Fontenay, l\u2019unique héritière d\u2019Anselme, l\u2019épousait.Baudriller s\u2019arrangea de telle sorte qu\u2019il fût bientôt le seul maître au Moulin; le père Fontenay eut le temps, avant de mourir, de reconnaître la rapacité de son gendre.Il regrettait le mariage de sa fille qui n\u2019était pas heureuse.Quoique ce fût elle, qui eut apporté la fortune, Guillaume ne la laissait disposer de rien.En avarice, il en eut remontré a Harpagon lui-méme.Si, par malheur, Victorine, entraînée par la bonté, la générosité qui était le fond de sa nature, se permettait de donner un morceau de pain au voyageur mendiant qui s\u2019arrêtait à sa porte, comme elle l\u2019avait toujours vu faire chez elle, son mari entrait dans une colère folle et s\u2019oubliait à la frapper., Plus de colifichets, plus de sortie; le travail sans cesse et sans relâche.Guillaume ne connaissait que cela.Il était brutal, coléreux, jaloux.\u2018 Les premières années de mariage de la RC CT PORTE TRE QE CO EEE IIR EI ER OTN NTT oa FRR on TIRANT iN RC a (en Été EE a tia alana at iad af ai atas ronda POC cr de star pat EN Jot AN TARTAR ERIS USA EA A ASRS SE al EEN Ja A cal at oc 20 La Revue Populaire pauvre femme furent un véritable martyre.Elle puisait la force, le courage de vivre dans l\u2019amour maternel, car elle avait donné le jour à une petite fille qu\u2019elle adorait.Henriette était son unique joie, sa seule consolation.Guillaume aussi, aimait sa fille.Son coeur sec et dur s\u2019attendrissait devant cet être frêle et charmant qui était à lui, sans pour cela diminuer sa passion de l\u2019argent.Au contraire, il travaillait de plus belle; il rêvait de grandes destinées pour Henriette, mais elle ne lui semblaient possibles que par la richesse et il arrondissait sans cesse sa dot.Personne ne soupçonnait ce qu\u2019il possédait au juste.Dans le pays, on disait de lui: \u201cC\u2019est un malin\u201d.On peut être malin et honnête homme.Savoir ce que le meunier était vrai- \u2018ment, était fort difficile.Il avait un air de bonhomie qui trompait facilement ceux qui n\u2019avaient pas encore eu affaire à lui.Ses lèvres pleines et souriantes appelaient la confiance, ses paroles emmiellées endormaient le soupçon qu\u2019auraient pu faire naître deux gros yeux ronds, à Ja fois endormis et rusés comme des yeux d\u2019ofseau de proie.D\u2019une opiniâtreté et d\u2019un despotisme sans égal, chez lui, chacun marchait au doigt, à l\u2019oeil, depuis sa femme qui était la plus douce créature du bon Dieu, jusqu\u2019à Jacques Lenoir, le type le plus pur du charretier, abruti et bestial, qui ne sait que faire claquer son fouet et maltraiter ses chevaux.Il y avait encore deux garçons meuniers au Moulin.Le premier, Frédéric Ancery, un petit cousin de Victorine, travaillait comme quatre à lui tout seul.Il était sept heures du matin.Un jeune homme d\u2019une vingtaine d\u2019années était en train de faucher l\u2019herbe de la prairie qui s\u2019étendait derrière le Mou- Jin.: Lavy Il le faisait avec une activité sans égale, la sueur perlait sur son front, mats ce labeur ne lui coûtait pas, car, d\u2019une voix sonore et moelleuse il chantait: En chasseur habile Et franc montagnard J\u2019ai la jambe agile On me nomme Isard I Je suis 3 la piste Du lièvre lancé Sur la neige, au gîte Il est relancé En chasseur habile (etc) II Le torrent rapide ° Ne m\u2019arréte pas Ma course intrépide Brave les frimas En chasseur habile (ete) III De ma Virginie .Le minois charmant Excite l\u2019envie De plus d\u2019un amant En chasseur habile (etc) Soudain, la porte de la maison s\u2019ouvre et une jeune fille paraît sur le seuil.Elle traverse vivement le jardin et souriante, heureuse, accourt vers le jeune homme.Le chant n\u2019avait d\u2019autre but, sans doute, que de l\u2019appeler, car en l\u2019apercevant Frédéric interrompit sa chanson.11 jette sa faux et s\u2019avance de quelques pas, l\u2019air épanoui en la saluant d\u2019un : bonjour Henriette.\u2014 Bonjour Frédéric, répond-t-elle en lui tendant les mains.\u2014Enfin, te voilà réveillée, ma Riette chérie, il me manquait quelque chose, je ne t'avais pas encore aperçue ce matin.\u2014J\u2019ai fait la paresseuse et ne fais que deux sent fleu 1 la 1 me Tes on Du de à} : 1 In 0) lo le Yon.0 fy, Te Voix 2) Le Moulin Des Acacias 21 descendre.heureusement que papa était déjà sorti.Une brume voile les yeux de la jeune fille, dont les lèvrés pâlissent légèrement, mais ce n\u2019est qu\u2019un éclair, le sourire reparaît sur sa bouche.Elle prend le bras de Frédéric et tous deux, lestes et gais comme des pinsons, gagnent le haut de la prairie.On ne peut rêver couple plus charmant.Elle, est blonde, fraîche et rose comme une fleur des bois.Lui, les cheveux plus foncés, a le teint plus pâle, mais les mêmes yeux bleus, de bien beaux yeux, ma foi, et des dents aussi blanches, aussi petites qu\u2019elle.\u2014Qu\u2019il fait bon vivre, quelle belle saison que le printemps, dit Henriette en promenant ses regards autour d\u2019elle.Comme tout est beau.comme le foin sent bon.les arbres, les oiseaux, les fleurs, l\u2019herdbe même, tout aujourd\u2019hui a un air de fête.\u2014Oui, le Créateur est généreux envers la nature, il lui donne chaque printemps une nouvelle parure, une nouvelle jeunesse, mais il n\u2019a rien fait de plus pur, ni de plus beau que toi, ma Riette.Il élève jusqu\u2019à ses lèvres, qu\u2019estompe une fine moustache brune, la petite main qu\u2019il tient dans les siennes.Tout au haut de l\u2019enclos où ils sont arrivés, la prairie est séparée d\u2019un bosquet par une rangée de coudriers mêlés d\u2019aubépines.Il y a aussi quelques arbres à cet endroit; l\u2019un d\u2019eux, un vieux noyer, a été récemment abattu.Les deux jeunes gens s\u2019asseoient sur l\u2019énorme tronc renversé.Derrière eux, un coudrier projette une ombre légère sur leur front et deux pas plus loin, entre deux branches d\u2019aubépine, un charmant nid d\u2019oiseaux, fait d\u2019herbes d\u2019une finesse extrême, est posé avec grâce.Il y a des oeufs dans ce nid que la mère abrite de ses ailes, tandis que le mâle, une belle fauvette à tête noire dit à sa compagne, son amour, dans un chant mélodieux.\u2014Nous ne lui faisons plus peur, dit Henriette, ils ne s\u2019envolent plus à notre approche.\u2014Non, ils continuent de gazouiller au soleil, tout en sautillant de branche en branche.\u2019 \u2014Ils nous connaissent maintenant.\u2014 Heureux oiseaux, ils oublient, à l\u2019abri des feuilles, que le printemps est court et que l\u2019été finira.Elle le regarde surprise.\u2014De quel ton désolé dis-tu cela, Frédéric, n\u2019ont-ils pas raison d\u2019oublier.le soleil ne rayonne-t-il pas sur leur tête, que leur importe l\u2019orage qui peut éclater demain.n\u2019est-ce pas la vraie sagesse dé savoir vivre heureux de ce que la nature nous donne.\u2014 Chère, chère Henriette, as-tu le secret de leur tranquille ivresse.la par- tages-tu vraiment?Pendant qu\u2019il prononce ces paroles, les grands yeux d\u2019Henriette sont devenus humides.Une larme, comme une fraîche goutte de rosée, perle au bout de ses longs cils.Elle répondit, d\u2019une voix grave et triste: \u20141I1 est vrai que je ne suis pas si tranquille que je m\u2019efforce de le paraître.\u2014Tu vois.\u2014Toute ma nuit s\u2019est passée dans une pénible agitation, le sommeil a été rebelle à ma volonté.\u2014Ainsi mes craintes ne sont pas vaines tu as remarqué aussi la froideur de ton père à mon égard et le soin qu\u2019il met à ne point me laisser un moment près de toi.Elle inclina la tête affirmativement.Lui, reprend: \u2014Tu as remarqué aussi, sans doute, la cordialité avec laquelle il accueille Jérôme Gallois.oh! c\u2019est cela surtout qui me retourne le sang.je vois bien qu\u2019il complotte de te le faire épouser.Il est devenu affreusement pâle et sa main se crispe sur sa poitrine.\u2014Je crois, comme toi, que papa rêve de nommer cet insipide garçon son gendre; pourtant, quelque soit sa volonté et si soumise que j'aie été dans le passé, je ne me laisserai marier ni à Gallois, ni à \u2019 Ho ih pi in Gratis fd Mitdeitiatititi eye! LOI AE LL EEE Hides Jia (ih) i i HO SERRE Ren FE AN ai # RTE ETS RARE A MR at TITI in Bil He SORE aaa ac 22 La Revue Populaire un autre, je te le promets ,mon Frédéric.\u2014Hélas! dans quelques mois je serai soldat, envoyé bien loin peut-être et ton père est si absolu dans ses idées qu\u2019il saura bien te contraindre à obéir.\u2014 Non.je résisterai.\u2014Ce n\u2019est pas ta mère qui prendra ton parti.la pauvre femme n\u2019a jamais osé élever la voix quand maître Guillaume parle, elle ne pourra que pleurer avec toi sur ton malheur, mais ce ne seront ni tes larmes, ni les siennes qui attendriront ton père et le feront modifier en rien ce qu\u2019il a résolu.Ne se vantait-il pas, l\u2019autre jour, de toujours arriver à ce qu\u2019il voulait?La jeune fille éleva vers Frédéric son beau visage qui annonce une noble énergie et répond d\u2019un accent vibrant: \u2014Aie confiance, ami.quelles que soient les épreuves dont puisse être traversée ma vie, je prends à témoin la nature entière, le ciel d\u2019azur qui resplendit sur nos têtes, que je n\u2019appartiendrai jamais qu\u2019à toi.quand j'aurai atteint ma majorité je serai ta femme et te suivrai partout où ta destinée t\u2019entraînera.Après cette solennelle promesse, Henriette Baudriller se leva.\u2014Merci, Henriette, je te crois, j'ai foi en toi.Je n\u2019ai pas le courage, vois-tu, de repousser ce qui est pour moi un lien mille fois plus précieux que la vie, et je te jure, à mon tour, de consacrer mes jours à te rendre heureuse, mais notre bonheur serait toujours mêlé d\u2019amertume, je me trouverais ingrat s\u2019il me fallait, pour t\u2019obtenir, te faire quitter ta mère dont tu es l\u2019unique joie, ta mère qui fut si tendre, si dévouée à l\u2019orphelin.Je n\u2019oublirai jamais combien elle m\u2019a été bonne et j\u2019aurais du remords de lui faire la moindre peine.Henriette serre la main du jeune homme en murmurant: \u2014Je te dis merci, à mon tour, car j\u2019aime, j'adore ma mère.Il y eut un silence de quelques minutes, puis voulant chasser la tristesse répandue sur le beau visage du jeune homme, Henriette reprit, avec un sourire qui creusa deux adorables fossettes dans ses joues rondes et laissa voir ses petites.dents d\u2019une éclatante blancheur: Dieu est bon, mon Frédéric, il est maître de tous les événements et nous mettra à l\u2019abri de tout malheur.Elie achevait à.peine ces mots, quand une voix qui les fit bondir, appela: \u2014Henriette!.Henriette.L\u2019accent était dur, impérieux.\u2014Mon père est rentré.oh! mon Dieu! Elle se sauve en courant vers la maison.Frédéric se remet au travail, tout en se livrant à ses réflexions navrantes, quoique adoucies par la promesse que luî a faite son amie.IT I1 y avait environ treize ans que Frédéric Ancery, alors gamin de sept ans, avait franchi pour la première fois le seuil du Moulin des Acacias.L\u2019enfant était deux fois orphelin, car son père était mort depuis cinq ans déjà.et sa mère, qui tenait un magasin de mercerie à Mésy, venait aussi de le quitter pour aller retrouver l\u2019époux qu\u2019elle n\u2019avait cessé de regretter.Avant de fermer les yeux, elle avait fait appeler Victorine Baudriller, sa petite cousine, qu\u2019elle avait beaucoup.connue, alors qu\u2019elles étaient jeunes filles toutes deux.Elle la savait bonne, indulgente et douce, dotée par le ciel de toutes les qualités qui sont la personnification absolue de l\u2019ange du foyer et c\u2019était à elle qu\u2019elle voulait demander de servir de mère à son petit Frédéric.Marthe Ancery ignorait- que son ancienne amie fut une esclave dans son ménage.Elle avait été heureuse avec son mari, et le seul chagrin qu'il lui eut causé avait été -involontaire.Il était mort presque subitement, Ja laissant désolée, aux prises avec cette lutte pour la vie, si dure à une femme ayant un enfant à élever.nel a 2 2 es yy | Detlg Rng.dette Quand ! my à mai, at en tte B® Inf Pré ng dé ner der LE : 2 der re CC yiede 4 Bei rider AT, sli ibis ithe thefts fat rons oils delta gaia feat Ce LGR Ets cot! Le Moulin Des Acacias 23 Le ménage jouissait d\u2019une certaine aisance, grâce au travail bien rétribué d\u2019Ancery.Cette aisance devait cesser avec l\u2019existence de celui-ci.Avec les mille francs d\u2019économie qu\u2019elle possédait la veuve avait monté un petit magasin, elle y joignait un peu de couture et arrivait péniblement à vivre avec son enfant.Guillaume Baudriller était justement absent, pour la journée, quand on apporta au Moulin la touchante lettre, que Marthe avait tracée d\u2019une main tremblante et inhabile.La pauvre femme arrivait déjà à la dernière période du mal qui devait l\u2019emporter.Victorine n\u2019avait pas voulu réfléchir.Elle eût eu un remords de ne pas se ren- \u2018dre à l\u2019appel de la mourante.Elle avait donc confié sa petite Henriette à une voisine et était partie à pied pour Mésy.Ce n\u2019était pas une énorme distance à franchir.Il n\u2019y avait, du Moulin des Acacias, situé dans tout le bas de Tessancourt, à peine trois kilomètres pour aller à Meu- lan et la commune de Mésy est séparée de cette petite ville par deux kilomètres seulement.En tout une lieue un quart à faire.Quand la meunière arriva à la maison de sa cousine, des femmes qui sortirent de la chambre, lui dirent: \u2014Entrez vite, elle vous attend pour mourir, elle demande toutes les minutes si vous êtes arrivée.Elle approcha du lit, et Marthe, soulevant ,ses paupières livides, lui montra enfant, qui sanglotait éperduement, le visage enfoui dans les couvertures.La mourante balbutia, le regard suppliant: : \u2014Tu ne laisseras pas mon enfant aller aux orphelins, n\u2019est-ce pas?.Clest a toi que j\u2019ai pensé quand j\u2019ai vu que j\u2019allais étre obligée de quitter pour jamais mon petit Frédéric.au nom de l\u2019amitié qui nous unissait autrefois.au nom de ta fille, ne repousse pas ma prière.Aussi pâle que son amie, Victorine Bau- driller, torturée par une angoisse inexprimable, ressentait une douleur brûlante qui lui déchirait le coeur.L\u2019effroi de son mari la médusait.Les yeux de la veuve, ces yeux qui brillaient d\u2019une lueur étrange, qui semblaient éclairer son visage, comme un reflet d\u2019éternité, la subjugaient.Elle ne pouvait refuser.La veuve n\u2019aurait pas repoussé Henriette, quoiqu\u2019elle fut bien pauvre, si son amie l\u2019eut implorée pour sa fille.\u2014Tu seras toujours bon, honnête, mon Frédéric et tu aimeras, tu obéiras à ma- dame-comme à moi, avait murmuré la mourante, en forçant l\u2019enfant à relever la tête.\u2014Je te le promets, maman, avait ré- pendu le gamin, en redoublant ses sanglots.Marthe Ancery était morte tranquille.Quand l\u2019enfant, éperdu de douleur, cherchait à réchauffer sous ses baisers, le front glacé de celle qui avait été tout pour lui, Victorine l\u2019avait attiré dans ses bras, confondant ses larmes avet les siennes, berçant son chagrin de ces bornes paroles dont les mères ont le secret.Brisé de fatigue, le petit garçon avait fini par s\u2019endormir.La pensée de Victorine, devant ce lit funèbre, rouvrait le sillon de sa vie, glanant dans les fleurs du passé, colorant mille tableaux d\u2019enfance.Que de rêves séduisants.que de songes heureux elle avait fait avec la pauvre femme qui dormait là! Comme le roseau plie sous le vent du midi, une s\u2019était abattue sous le deuil; l\u2019autre, en cherchant le soleil, avait trouvé la tempête.Victorine avait pu rentrer au Moulin, avec Je petit Ancery, avant le retour du meunier.Henriette, qu\u2019elle avait reprit en passant, avait tout de suite adopté le frère o ee 24 La Revue Populaire que sa maman lui ramenait et sa petite voix, comme un gazouillement d\u2019oiseau, chuchottait un tas de choses à l\u2019oreille du garçonnet.Elle lui disait son nom, lui demandait le sien, son âge, lui parlait de ses compagnes ,de tout ce qui l\u2019intéressaît.Ce n\u2019était qu\u2019une gamine de cinq ans, mais si vive, si vibrante, si touchante déjà, en la naïve tendresse qui débordait de son jeune coeur pour ce petit compagnon qui avait beaucoup de chagrin.Victorine lui avait expliqué qu\u2019on allait porter sa maman au cimetière et qu\u2019elle devait beaucoup l'aimer.En sentant cette mignonne menotte qui retenait sa main, Frédéric avait eu un grand frémissement de tout son être: il avait senti qu\u2019il l\u2019aimerait passionnément et qu\u2019il lui appartiendrait tout entier.Comme sa pensée ne s\u2019était pas séparée de sa mère, un instant, il lui sembla entendre les paroles que la chère morte lui avait dites la veille et qui s\u2019étaient gravées dans sa mémoire: \u201cMon enfant, j\u2019eus voulu vivre jusqu\u2019à ce que tu sois un homme, voir se développer en toi les qualités que j\u2019ai cru y découvrir.Le Dieu tout-puissant, qui me refuse cette joie, mettra sur ta route un être tendre et aimant, dont la tendresse sera aussi dévouée qué la mienne aurait été pour toi.je l\u2019espère, j'en ai le pres- - sentiment\u201d.Ce sera Henriette qui m\u2019aimera comme ma mère, se dit-il.Frédéric ne sentait que cela confusément, mais il le sentait assez pour en éprouver une sorte de conviction.III Victorine Baudriller avait fait souper et avait couché les enfants avant le retour de son mari, prévoyant sa colére quand elle allait lui avouer l\u2019engagement qu\u2019elle avait pris.Elle avait eu raison.Ce fut une véritable tempête qui se déchaîna contre la pauvre femme.Pour cet homme, qui était occupé uniquement à amasser et à empêcher qu\u2019un morceau de pain fut mangé inutilement chez lui, il fallait être bien osé pour amener une bouche de plus à nourrir, un enfant à élever.Victorine se laissa injurier, maltraiter, puis, comme elle était, sinon une femme d\u2019esprit, du moins très intelligente et qu\u2019elle savait que l\u2019orgueil de son mari égalait presque son avarice, elle sut l'atteindre dans celui-ci.Dans Meulan, dans Mésy, dans Tessan- court, tout le monde savait qu\u2019on allait adopter le petit Ancery, au Moulin des Acacias et on le mépriserait, lui Guillaume, quand on le verrait fermer sa porte à l\u2019orphelin.Il ne manquerait certainement pas de gens, moins riches que lui, mais plus généreux, qui ne laisseraient pas le pauvre enfant aller aux orphelins; il était si gentil, et fort pour son âge, capable déjà de rendre service, de gagner son pain.Guillaume n\u2019avait rien répondu.Le lendemain, après avoir fait connaissance avec Frédéric, il avait commandé qu\u2019on dressât pour l\u2019enfant, un lit, dans la chambre aux pommes de terre.\u2014Je lui en ai fait un dans le petit cabinet, près de notre chambre, c\u2019est plus près de nous.il est encore si petit, avait doucement répondu Victorine.Plus de douze ans s\u2019étaient écoulés depuis.Le meunier n\u2019avait pas eu à regretter sa bonne action.Frédéric était intelligent, adroit et docile; depuis longtemps, il travaillait d\u2019u- ue ardeur égale, aux champs comme au Moulin.Il avait tant de fougue et de vie à dépenser, qu\u2019il était infatigable.Il était très beau.Les filles des environs étaient, plus ou moins, amoureuses du beau meunier.Quand il traversait Meulan, avec son attelage, plus d\u2019une jolie fille se mettait sur sa porte pour le voir passer.C\u2019était à qui danserait avec lui, aux fêtes.de lat \"a 4 id ti y0 Ja Tu dent 1 aq l'at, lait À lke.orte i de gb de dé lus i où 00 ait Le Moulin Des Acacias .25 Celle qu\u2019il invitait était glorieuse et fière, elle excitait l\u2019envie de ses compagnes.Lui, n\u2019en tiraît pas vanité.Il semblait même ne pas s\u2019apercevoir des oeillades provocantes des demoiselles, qui d\u2019ailleurs ne le troublaient nullement.I] portait en lui l\u2019égide qui empêche les fantaisies de naître: il aimait d\u2019un véritable amour son amie d\u2019enfance, Henriette Baudriller.Il ne voyait et n\u2019admirait qu\u2019elle au monde.Frédéric Ancery avait tiré au sort à la dernière conscription.Dans le pays, chacun pensait que Guillaume ne laisserait pas partir celui qui avait été son bras droit.Bien sûr, il lui achèterait un remplaçant, en admettant que le jeune homme n\u2019elit pas mis.assez d\u2019argent de côté pour cela.Victorine pensait aussi que son mari ne laisseraft pas partir Ancery, non par amitié pour ce garcon qui leur était si dévoué \u2014 de l\u2019amitié Guillaume n\u2019en avait pas, \u2014 mais par intérêt.Frédéric faisait tant de besogne et s\u2019entendait si bien à tout.Puis, on ne lui avait jamais donné de gages.: Un prét de trois francs tous les dimanches était sa seule rétribution.Encore fallait-il, que sur ces trois francs il s\u2019achetât ses effets du dimanche, ses cravates et tous les petits objets de fantaisie dont il pouvait avoir besoin.Malgré cela, il trouvait encore le moyen d\u2019économiser de quoi faire un petit présent, au jour de l\u2019an, à Henriette et à sa mère.IV Il était près de minuit quand Guillaume Baudriller \u2014 qui avait été porter quelques sacs d\u2019écus à un banquier de Saint-Germain-en-Laye, banquier qui avaît sa confiance et faisait ses affaires depuis longtemps, \u2014 rentrait au Moulin où il croyait tout le monde couché.En cela, il se trompait.Victorine, assise près de la table, l\u2019attendait en reprisant un jupon.\u2014 Pourquoi veiller si tard, fit le meu- pier d\u2019un ton rude, est-ce que les jours pe sont pas assez longs sans brûler de l'huile exprès: \u2014Je t\u2019attendais Guillaume.Pourquoi?\u2014Parce que j'ai à causer avec toi.\u2014 Et c\u2019est si pressé que tu n\u2019as pu attendre à demain, demanda le meunier en s\u2019asseyant près de la table, à côté de sa femme.\u2014 Demain, tu seras occupé et nous ne serons pas seuls comme ce soir, répondit Victorine, d\u2019une voix grave et triste.Guillaume posa son coude sur la table, mit son front dans sa main et dit: \u2014De quoi s\u2019agit-11?\u201411 s\u2019agit de Frédéric.\u2014Ah!.\u2014C\u2019est un garçon rangé, travailleur, qui nous témoigne chaque jour sa soumission, sa bonne volonté, la recorinais- sance de ce que l\u2019on a fait pour lui.\u2014Après, fit le meunier en fixant sa- femme de ses yeux ronds, comme pour lire au fond de son âme.Victorine pâlit un peu, elle se sentait le coeur horriblement serré.C\u2019était une petite femme à l'attitude timide, au visage sympathique; elle avait toujours l\u2019air d\u2019une pauvre chienne battue, devant son seigneur et maître.\u2018 Il lui avait fallu prendre son courage à deux mains, pour oser exposer l\u2019idée qui la tourmentait depuis longtemps.\u2014Va, je t\u2019écoute, reprend Guillaume.\u2014Je voulais te dire qu\u2019il nous manquera bien, s\u2019il part soldat.tu y as pensé, sans doute, n\u2019est-ce pas Guillaume.je n\u2019avais pas besoin de t\u2019en parler pour que tu lui achètes un remplaçant, termi- ne-t-elle en hésitant un peu.\u2014Un remplaçant!'.s\u2019écrie le meunier avec un terrible froncement de sourcils.Ce froncement de sourcils était de mauvais augure.Victorine s\u2019attendait à une explosion de colère, mais il n\u2019en fut rien.Guillaume Baudriller se lève, allume sa Sh Sr Otaitabisiaiaiatialatatst ORIEL Ss ia iibabisantittaint raisins 26 La Revue Populaire pipe de terre, dont il tire des bouffées énormes, tout en se promenant dans la cuisine, crachant à droite et à gauche, comme il en a l'habitude, puis revient s\u2019asseoir à sa place, près de sa femnie, qui continue machinalement & passer de la laine dans son jupon; il répète: \u2014-Un remplacant!.c\u2019est Frédéric qui t\u2019a dit de me souffler ça.il n\u2019est pas assez hardi pour m\u2019en parler lui-même.Victorine pose son ouvrage sur la table, en levant ses bons yeux sur son mari.\u2014Non, Guillaume, ce n\u2019est pas l\u2019enfant qui m\u2019a chargé de rien, c\u2019est moi qui ai pensé qu\u2019on lui devait bien ca.\u2014Qu\u2019on lui devait.fait le meunier avec une espèce de soubresaut.\u2019 \u2014Je m\u2019exprime mal, reprit vivement Victorine qui voit qu\u2019elle l\u2019a froissé, j= veux dire que c\u2019est notre intérét de le faire,.Ce garçon-là fait de l\u2019ouvrage pius qu\u2019un autre, et les autres se font payer, tandis que lui, il n\u2019a jamais réclamé de gages.Baudriller semblait rêver.Il regardait vers la fenêtre, d\u2019un air vague.Après quelques instants de silence, il demanda d\u2019un air presque bonasse: \u2014Sais-tu combien cela coûte, un remplaçant?«\u2014 Mais pas trop.le père Violet racontait l\u2019autre jour que son neveu Francois s\u2019étaiît acheté un homme.il parlait de deux mille francs.\u2014Deux mille.deux mille cing cents, c\u2019est ca.sais-tu qu\u2019il faut que la roue du moulin tourne longtemps pour gagner cette somme?\u2014Dame oui, c\u2019est cher, mais Frédéric nous aidera à les regagner, répartit Victorine, surprise elle-même de la tournure que prenait l\u2019entretien.Guillaume parlait d\u2019un ton si paterne.: Il y eut un nouveau silence, que le meunier rompît en disant: \u2014Alors, tu crois que j\u2019y consens.\u2014Bien sûr, que je le crois.puisque c\u2019est ton intérêt.Soudain, Baudriller change d\u2019attitude.11 pose sa pipe, se lève, et les bras croisés sur la poitrine, il regarde sa femme de haut en bas, disant : \u2014J\u2019en suis peiné pour toi, mais ton idée n\u2019a pas le sens commun.\u2014Cependant, balbutie-t-elle toute interloquée par ce brusque changement.\u2014Tu n\u2019es guère intéressée pour me faire une semblable proposition.\u2014Ecoute, Guillaume.\u2014 Assez.Malgré la défense qui lui en est faite, elle continue, d\u2019une voix de plus en plus douce: \u2014Ecoute-moi.l\u2019enfant de Marthe Ancery \u2018a été pour nous un porte-bonheur Nous aurions un fils, qu\u2019il ne serait pas mieux que Frédéric.Je t\u2019en prie, réfléchis.songes aux services qu\u2019il t\u2019a rendus et qu'il te rend tous les jours.Laisse-moi aussi répéter les paroles que j'ai bien souvent entendues sortir de la bouche de mon père: \u201cIl faut vivre en paix dans la justice et l\u2019honnêteté, car tout le reste n\u2019est rien\u201d.Eh bien, Guillaume, crois-moi, ce ne sera qu\u2019être honnête et juste envers Fré- .déric que de lui.Elle n\u2019acheva pas.- Un formidable coup de, poing sur la table fit trembler les vitres.\u2018Le meunier, le bras levé, comme s\u2019il allait écraser sa femme, répétait avec rage: \u2014 Assez.assez.Ah! tu veux que je donne de l\u2019argent pour garder chez moi ce gueux, ce bandit qui m\u2019aigrit le sang depuis longtemps et que je ne puis maintenant voir san$ frémir.mais s\u2019il n\u2019était pas pour partir soldat dans quelques temps, je le jetterais a la porte tout de suite, ton va nu-pieds.Pale, tremblante, comme la feuille secouée par la tempête, Victorine, les mains jointes, le dos tendu, murmurait comme hébétée: \u2014Mon Dieu.mon Dieu, pourquoi?\u2014Pourquoi'.tu le demandes.tu es donc aveugle, idiote.tu n\u2019as donc pas vu que ce sans-gêne, a osé lever les yeux sur Henriette.oui, il a rêvé devenir mon gendre.le maître du Mou- ï tite À lug Marthe | prie ty roles 7 de 8 en Ie Pr Le Moulin Des Acacias 27 lin des Acacias.le gaillard est avisé.11 rit nerveusement.Victorine eût pu lui répondre: \u2014 Quand je t\u2019ai épousé tu n\u2019étais pas plus riche que Frédéric et tu étais loin de le valoir, au moral comme au physique.Mais il est des vérités qui ne sont pas bonnes à dire.La meunière garda le silence, et fit bien.Si elle eut exprimé sa pensée, son mari l\u2019eut broyée sous ses pieds.Cependant, Guillaume Baudriller.était redevenu calme.Il demanda: \u2014 Ainsi, tu ne t\u2019es aperçue de rien, toi la mère.tu n\u2019as pas vu que ta fille n\u2019a d\u2019yeux que pour le beau Frédéric, et que lui, est toujours sur ses pas.-\u2014Non.\u2014T'u devais pourtant être la première à savoir cela, ta fille ne te quitte guère, tandis que moi, j'ai le marché, le souci des affaires, des propriétés, tout enfin.La colère le reprenaît.Il répéta, élevant la voix: \u2014Alors, tu n\u2019as rien vu que tu ne m\u2019as pas averti.à moins que tu ne sois leur complice, ça ne te déplairait peut-être pas, à toi, d\u2019avoir ce va nu-pieds pour gendre.tu as tant d\u2019amitié pour lui.; oh! si c\u2019était vrai, tu mériterais une volée de coups de trique à en avoir le dos pelé.Elle cache sa tête dans son tablier et se met à pleurer.D\u2019un geste brusque, Guillaume fait tomber le tablier, la soulève comme une plume et la redresse sur sa chaise.\u2014 Allons, fait-il d\u2019une voix brève, ré- ponds-moi, je le veux.Elle le regarda d\u2019un air craintif, puis, doucement: \u2014Ils ne m\u2019ont rien dit, ni l\u2019un, ni l\u2019autre et je n\u2019ai rien vu de changé en eux; s\u2019ils s\u2019aiment, ce n\u2019est ni d\u2019aujour- d\u2019hui, ni d\u2019hier, ils se sont toujours aimés, alors même qu\u2019ils étaient enfants car on les voyait partout et toujours en- gemble.° Te rappelles-tu ce jour où Frédérié a rapporté notre Henriette toute mouillée sur son dos; elle avait été jouer avec la vetite Parisienne, qui habitait la villa aux auvents verts; il y avait une pièce d\u2019eau dans la propriété et en jouant.sur le bord, notre fille était tombée, son pied avait glissé.Sa petite compagne s\u2019était sauvée et comme les habitants de la villa étdient dans leurs vignes, bien loin du .bassin, Henriette eût eu le temps de périr avant qu\u2019on vîint à son secours, si Frédéric, que J\u2019avais envoyé la chercher, n\u2019eut reconnu sa voix et sauté par dessus l\u2019enclos pour aller vite à elle.Tu t'en souviens Guillaume?Tu as eu peur, ce jour-là, tu aimais tant ta fille.Je te vois encore, tout pâle, la main appuyée sur la tête de Frédéric, et lui disant: \u201cTu es un brave garçon, petit.\u201d \u2014Eh bien! après.j'étais ce soir-là content du gars, c\u2019était tout naturel que je le lui dise; pourquoi rappeler ces choses.Sans répondre à la question, elle continua : \u2014Te rappelles-tu aussi comme Henriette se jetait sur tes mains quand tu voulais frapper Frédéric, soit qu\u2019il n\u2019eut point compris ce que tu lui disais, où qu\u2019il n\u2019eut pas obéi assez vite.Un soir que tu lui allongeais une gifle, oe fut sur la joue de ta fille qu\u2019elle retentit.Elle s\u2019était jetée devant son ami.Les joues plissées, les mâchoires serrées, la voix sèche et dure, Guillaume demande à sa femme froidement: \u2014Et que conclus-tu de tout cela?.Elle évite.de le regarder et dit: \u2014S\u2019ils se cherchent et se plaisent ensemble, il en a toujours été de mêmé et je n\u2019ai rien remarqué que je n\u2019aie toujours vu.N\u2019ont-ils pas été élevés comme frère et soeur.\u2014C\u2019est possible, mais ils ne sont plus des gamins, et comme j'ai des vues pour Henriette, je ne veux pas qu\u2019elle se compromette avec Frédéric.PETITION RETRAITE TE SO OO ETES TEE CU RATE TO TORRENT TIEE ue fi § pkg iit ig ii Cut D MA ct RSR NICE CO EEE PER NOTE (ANTI 28 La Revue Populaire Je ne puis veiller constamment sur ma fille, c'est à toi de le faire.\u2019 Tu m\u2019entends, Victorine, tu garderas ta fille près de toi, et si Frédéric se permet de venir rôder autour d\u2019elle tu lui feras comprendre que cela ne me convient pas.tu m\u2019entends.Elle garde le silence.Lui, répète: \u2014Tu m\u2019entends et que ce soit fait.Elle répond: oui, d\u2019un signe de tête, le coeur gonflé, triste à en pleurer.Il hausse les épaules et mâchonne: \u2014Cette vieille bête trouverait bon de donner sa fille à ce garçon, si je n\u2019étais là.joli mariage pour Henriette.voilà qui la poserait, en ferait une dame bien considérée.Si Victorine eut osé, elle eut dit: \u2014Ce serait le bonheur de ma fille, car Frédéric l\u2019aime et ce n\u2019est pas pour son argent qu\u2019il la recherche.Mais il n\u2019était pas possible de faire une telle réponse au meunier.Ce n\u2019était qu\u2019au prix d\u2019une condescendance de tous les instants que Victorine avait acquis la paix dans son ménage et échappé aux mauvais traitements dont Guillaume l\u2019accablait.Une objection, si sensée qu\u2019elle put être, n\u2019avait aucune chance d\u2019être écoutée.L\u2019ombrageuse susceptibilité de Guillaume n\u2019en souffrait aucune, sans jeter feu et flamme.C\u2019était, à son avis, méconnaître son autorité, son droit absolu de domination.Guillaume Baudriller était un maître despote.v On est en juillet; la campagne est belle.: Dans la plaine que l\u2019été dore, les blés déjà jaunissants, balancent sous la brise l\u2019épi qui se penche et sera bientôt mûr.Une jeune fille trottine dans un étroit sentier à travers la plaine.Elle est coiffée d\u2019un chapeau de paille à larges bords souples, garni d\u2019un ruban bleu et vêtue d\u2019une robe d\u2019indienne de teinte claire; elle a au bras un panier d\u2019osier vide, de forme assez élégante.La fille du meunier Baudriller a maintenant dix-neuf ans; c\u2019est la plus jolie du pays.Grande, vive, svelte, légère, on ne peut voir de plus magnifiques cheveux blonds que les siens, de plus beaux yeux bleus, spirituels et doux.Henriette revient de porter un panier de pêches à Mme Jouvenel, une femme qui va au marché de Meulan, tous les lundis, et qui vend, non seulement ses poulets et ses oeufs, mais aussi les fruits, les légumes de quelques-uns de ses voisins.Cette femme avait la confiance de Guillaume Baudriller, lequel possédait dans son verger force cerises, prunes, abricots, pêches et poires.Mme Jouvenel le débarrassait de ce qu\u2019il avait de trop, ne prélevant sur chaque panier qu\u2019une légère rétribution, moins onéreuse pour le meunier que d\u2019envoyer lui-même quelqu\u2019un au marché.Il y avait environ huit mois que Frédéric était parti au régiment, huit mois qu\u2019Henriette ne l\u2019avait vu; seulement, elle avait de temps en temps de ses nouvelles.Les amoureux s\u2019étaient promis de s\u2019écrire, à l\u2019insu du meunier, bien entendu, et ils se tenaient parole.Pourtant, dans le pays, la petite Bau- driller passait pour la promise de Jéréme Gallois, le fils du riche marchand de bois, qui était en méme temps le maire de Tes- sancourt.Le pére Gallois jouissait d\u2019une grande influence dans le pays, grâce à ses richesses; il gouvernait en quelque sorte le conseil municipal.Il avait sacrifié beaucoup d\u2019argent pour faire instruire son fils, quoiqu\u2019il ne songeât pas à lui faire embrasser une autre carrière que la sienne.En cela le bonhomme était sage.On ne peut être nulle part mieux que chez soi.Mener ses propres affaires, surveiller son propre bien, cela vaut mieux que d\u2019obéir aux autres.Il n\u2019est point de sort plus heureux, et a To lle cou do à di lok 3 folle S Dent Le Moulin Des Acacias 29 Jérôme n\u2019en demandait point d\u2019autre, quoiqu'il se crût capable d\u2019arriver au faite de n\u2019importe quelle position.Il n\u2019y avait qu\u2019une voix là-dessus dans Tessancourt.ou plutôt il y en avait deux: Celle du père et celle du fils, ce qui prêtait à rire aux malins de l\u2019endroit.Cependant Henriette marche toujours à travers les blés.Ce sentier lui rappelle un souvenir.Etant enfant, par un beau jour d\u2019été comme celui-ci, elle y est passée avec Frédéric.Ils se tenaient par la main, car ils y passaient à peine tous les deux et se pressaient l\u2019un contre l\u2019autre en riant.Ce jour-là, comme aujourd\u2019hui, ils avaient été porter des fruits à la mère Jouvenel.Henriette arrive au bout du sentier, elle traverse la vieille route de Tessan- court à Meulan et s\u2019engage dans l\u2019allée d\u2019ormes qui conduit au Moulin.Elle a à peine fait cinquante pas dans cette avenue qu\u2019elle aperçoit Jérôme Gallois.Il vient à sa rencontre, avec la confiance de la sottise, car il est toujours satisfait de sa personne.Pour venir chez le meunier, il a endossé une veste de chasse qui le rend le plus ridicule du monde, quoiqu\u2019elle fut copiée sur celle d\u2019un jeune parisien, lequel passait la saison de la chasse chez un châtelain de Gaillon.Ce vêtement court et dégagé, agréable à voir sur un homme distingué, devenait grotesque sur une taille carrée et déjà chargée d\u2019embonpoint.Jérôme Gallois est une espèce d\u2019Hercule, de puissante carrure, aux cheveux crêpus, aux joues cramoisies.Tout en lui est déplaisant, impertinent et vulgaire.Il est ignorant, envieux, borné, gourmand, et couronne toutes ces qualités heureuses par une hâblerie et une vanité insupportables.Comment un être pareil avait-il pu plaire à Guillaume Baudriller ?C\u2019est que, par extraordinaire, Jérôme avait reconnu le despote pour maître.Il le choyait, l\u2019admirait, se rangeait toujours de son avis et prenait tous ses avis pour -paroles d\u2019évangiles.Puis, Jérôme était le fils unique de M.Gallois.Et M.Gallois était, avec le meunier, l\u2019homme le plus important du pays.Il gagnait de l\u2019argent, autant, plus même que Guillaume.Leurs terres se touchaient, des raisons, cela.Et Jérôme avait surtout l\u2019Apreté de son père pour les affaires d\u2019intérêt, voilà surtout ce qui plaisait à Guillaume.En apercevant le jeune homme, Hen- rieite est devenue blanche comme de la c\u2019étaient .cire; néanmoins elle fait bonne contenan- \u2018ce et répond froidement, mais poliment à son bonjour.\u2014Maître Guillaume m\u2019a dit que vous étiez partie porter des pêches à la mère Jouvenel; si j\u2019eus su la route que vous preniez, j\u2019aurais été vous rejoindre, mais j'allais au devant de vous .Henriette le regarde d\u2019un air indéfinissable et répond: .\u2014Vous n\u2019aviez pas à vous déranger, M.Jérôme.\u2014Je voulais vous parler.\u2014Vraiment.\u2014Oui, Henriette, c\u2019est mon droit de futur.d\u2019abord, vos parents m\u2019ont autorisé.\u2014 Puisque vous voulez me parler, je vous écoute.\u2014J\u2019en ai pour longtemps.\u2014Alors asseyons-nous, dit-elle voix brève.Elle va se placer sur un petit monticule que l\u2019été a couvert de mousse et d\u2019herbe fine.Quoiqu\u2019elle ne fut plus gaie, que ses yeux eussent perdu de leur vivacité et ses joues leurs fraîches couleurs roses, Henriette est toujours adorablement jolie.Très infatué de lui et trompé par le calme de la jeune fille.Jérôme se hâte de s'asseoir près d\u2019elle.Tout en la regardant, il pensaît: \u2014On dit dans le pays qu\u2019elle a un béguin pour Frédéric Ancery et que c\u2019est d\u2019une \\ i hy: Ut br ' BA] Ra TS AT 1 je jl: itis tata ri a M riad pie Le EE act cc act ct ac KEIICHS.1 Jakab fale LOSE 30 -La Revue Populaire pour cela qu\u2019elle fait la fière, la pimbè- che- avec moi, qu\u2019elle me repousse, mais -nous finirons bien par tomber d\u2019accord; elle n\u2019est pas assez sotte pour préférer un garcon meunier au fils Gallois, le riche héritier, à l\u2019homme qui a des maisons, des bois, des champs et des belles rentes inscrites au Grand-Livre.Ces réflexions rapides le rendirent sûr de lui.Il se mit alors à parler de l\u2019embellissement qu\u2019il allait faire faire dans la partie de la maison qu\u2019ils habiteraient, des invitations qu\u2019ils feraient à la noce.En écoutant cette voix tonnante, au rire éclatant et brutal, Henriette se disait: \u2014Jamais, jamais, je ne serai la femme de cet égoïste.j'aime Frédéric et je préférerais mourir que de renoncer à lui; mais je ne l\u2019aimerais pas que je ne voudrais pas plus devenir la femme de cet homme; je ne saurais me contenter de l\u2019existence de ma mère.Jérôme ne sera peut-être pas méchant, lui, pourtant, il s'aime et s\u2019'admire trop pour aimer sa femme.\u2018 Il ne verrait pas en moi celle qui doit partager avec lui peines et joies, sa compagne, son égale.C\u2019était vrai.Jérôme Gallois était incapable de ressentir un amour violent pour sa belle fiancée.La vue d\u2019Henriette ne déchafnait aucun orage dans son coeur.Son mariage avait été réglé d\u2019avance entre son père et Guillaume Baudriller et il n\u2019avait pas fait d\u2019objection, le mariage étant la loi commune, et d\u2019ailleurs, la dot et la femme étaient à son goût.En somme, la volonté paternelle n\u2019était pas trop rigoureuse, on pourrait lui obéir.Ce serait d\u2019un pas calme qu\u2019il marcherait à l\u2019autel.: Il eut été bien étonné si on lui eut parlé de bonheur extatique, de lune de miel, de concessions qu\u2019on peut faire à la femme adorée.L\u2019amour, sous de tels points de vue, devait rester ignoré de Jérôme Gallois comme il avait été ignoré de Guillaume.Pourtant Victorine Fontenay était aussi belle que sa fille, dans son temps.Elle était riche de tous les dons d\u2019une nature puissante, elle était faite pour éveiller le désir et faire naître la passion.Henriette avait écouté silencieusement tout ce qu\u2019avait bien voulu lui dire le fils du marchand de bois.Quand il eut fini, il voulut lui prendre la main.La jeune fille la retira vivement et l\u2019essuya sur son tablier, comme si le contact de ces gros doigts rouges l\u2019eut salie.\u2019 Jérôme en devint écarlate.\u2014I! faudra pourtant vous apprivoiser, ma belle, dit-il brutalement, car il est entendu avec votre père que l\u2019on noys marie après la passée d\u2019août.; à la fin du mois prochain vous serez Mme Jérôme Gallois.c\u2019est décidé de ce matin.\u2014A la fin d\u2019août.non, non, M.Jérôme, je ne veux pas être mariée sitôt que ça.\u2014II1 le faudra bien.Elie partit d\u2019un éclat de rire moqueur.Lui, continua d\u2019un ton sérieux: \u2014Oui, il le faut, car je n\u2019ai pas envie d\u2019être soldat.Elle le regarde, surprise, et réplique: \u2014=Soldat!.Perdez-vous le bon sens.; est-ce que votre père ne vous a pas acheté un remplaçant?.vous avez vingt- quatre ans et si vous eussiez dû être soldat, il y a longtemps que vous seriez parti.\u2014Ta, ta, ta, vous parlez en ce moment comme une petite fille qui ne sait rien de ce qui se passe.\u2014Que se passe-t-il donc?demande Henriette, subitement inquiète, en levant sur lui son beau regard interrogateur.\u2014Il se passe que nous allons avoir la guerre avec la Prusse.\u2014La guerre! répète la jeune fille en joignant les mains.\u2014On le dit.\u2014Mon Dieu, murmura-t-elle le coeur serré.\u2014Vous comprenez que quand on a du piel il {I e} di qui m ju tou 8 Aussi et À le of Le Moulin Des Acacias 31 bien au soleil, on aime mieux vivre tranquille avec une gentille petite femme que d\u2019aller se faire rafraîchir la tête d\u2019une prune sans eau-de-vie.; avec tous leurs \u2018ingrédients à détruire le monde, un malheur est bien vite arrivé.Elle ne répond pas, et lui, poursuit en :se rapprochant un peu: \u2014 Vous voyez bien, Mlle Henriette, qu\u2019il faut nous marier au plus tôt.Il rit d\u2019un air niais.Le fils Gallois avait toujours inspiré une indicible répulsion à Henriette; en ce moment cette répulsion devint de la haine.D\u2019un bond, elle se trouve debout et s\u2019é- -crie, les lèvres frémissantes: \u2014 M.Jérôme, vous pouvez dire à votre père qu\u2019il vous cherche une autre femme, car ni à la fin d\u2019août, ni dans un an, ni dans dix, je ne serai sa bru.Elle s\u2019enfuit, les yeux pleins de larmes, tandis que le jeune homme, les yeux écarquillés par la surprise, reste une minute, muet, immobile, comme hébêté.Quand il reprit ses esprits, il poussa un juron formidable, puis se levant à son tour, il marmotta rageusement: \u2014 C\u2019est Ancery qui me vaut cela.oh! si je le tenais, je l\u2019étranglerais.Il serre les poings, des poings énormes.Certes, il ne devait pas faire bon dans Ces mains-là., En proie à une colère froide, il étend la main dans la direction du Moulin et \u2018ajoute: \u2014Quoiqu\u2019elle en dise, il faudra bien qu\u2019elle soit ma femme.Frédéric serait \u2018trop content.s\u2019il revient.VI Après le succès insignifiant de Sarre- \u2018bruck, qui ouvrit les hostilités et nous \u2018berça pendant quelques jours de l\u2019illusion que nous allions aller de victoire en vic- \u2018toire, les opérations militaires avaient tourné contre nous et nous a\u2019avions plus à enregistrer que des revers.Nos défaites avaient fait naître, dans les coeurs des Français, des sentiments de douleur profonde, de stupéfaction, de colère.Bien que certains écrivains eussent signalé l\u2019insuffisance de nos forces, la mauvaise organisation de notre défense, on voulait encore espérer que la France était toujours la nation invincible et que l\u2019ère des glorieuses destinées n\u2019était pas close pour elle.Hélas! la supériorité des forces ennemies, la trahison de certains chefs, devaient rendre inutiles les prodiges de valeur accomplis par nos soldats.Depuis le dix-huit septembre, Paris\u201d était bloqué.Les deux armées allemandes qui l\u2019enserraient d\u2019un cercle de fer, s\u2019étendaient au loin dans les provinces.Saint-Germain-en-Laye, Mantes, la petite ville de Meulan-lès-Mureaux étaient occupées par l\u2019ennemi.On était en octobre et depuis deux mois, Henriette était sans nouvelles de Frédé, ric Ancery.Elle savait seulement qu\u2019il faisait partie du treizième corps d\u2019armée qui défendait Paris.Ce n\u2019était donc qu\u2019après le siège qu\u2019elle pourrait revoir l\u2019absent, si toutefois la guerre, la maladie, les souffrances sans nom qu\u2019allaient avoir a supporter les malheureux enfermés dans Paris, ne le tuaient pas comme elles devaient en tuer tant d\u2019autres.Au Moulin des Acacias, on était bien triste.Victorine, qui avait toujours été alerte, gardait le lit depuis plusieurs jours.Jamais Guillaume ne l\u2019avait vue rester couchée en plein jour, excepté à la naissance d\u2019Henriette, et sans se rendre compte de la gravité de son état, il voyait bien qu\u2019il y avait quelque chose d\u2019anormal.La jeune fille seule s\u2019alarmait sérieusement.Elle aussi, la pauvre enfant, était toute changée, \u2018 Elle, si fraîche, si gaie, les yeux si vifs, les lèvres si roses quelques mois auparavant, était maintenant blanche comme de l\u2019albâtre. Écrit ac ta ini ae ta DRE ptet ete ces à ri re 32 Son visage amaigri, allongé, lui donnait quelque chose de fier, de hardi, de noble même qu\u2019on ne voit pas souvent au village.C\u2019est que des scènes terribles avaient eu lieu entre le père et la fille.Guillaume n\u2019avait pas renoncé à son projet de marier sa fille à Jérôme Gallois, mais il avait beau faire et beau dire, Henriette ne cédait pas.C\u2019était en vain qu\u2019il lui avait fait ressortir tous les avantages de cette union.\u2014T'u auras des toilettes, des bijoux, tu seras la première dame de Tessancourt, ce sera à toi tous les honneurs, lui disait- il.Rien n\u2019y faisait.Alors, la colère l\u2019emportait et il s\u2019écriait: \u2014J\u2019ai donné ma parole.tu l\u2019épouseras.je ne veux pas qu\u2019on vienne me dire non quand j'ai dit oul.Et comme elle résistait toujours, il entrait en fureur, s\u2019oubliant jusqu\u2019à frapper la pauvre enfant.Il l\u2019aimait pourtant.Henriette était même le seul être pour qui il eut une véritable affection .Mais, elle osait lui résister, elle le bravait, et on ne tenait pas tête impunément à maître Guillaume.Après chaque querelle, il répétait comme un fou: \u2014Elle cédera.\u2026.de.Si le meunier en voulait à sa fille, il en voulait bien plus à celui qui était la cause de cette résistance, à celui qui avait pris le coeur d\u2019Henriette.Une haine implacable s\u2019allumait dans son âme vindicative, contre Frédéric.I1 était sept heures du matin, Victorine dormait d\u2019un sommeil agité et fiévreux.oui, il faut qu\u2019elle cè- Henriette, qui couche dans sa chambre, est déjà levée, elle se glisse doucement dans la cuisine pour recommander à la servante, qu\u2019on avait été obligé de prendre, de faire le moins de bruit possible quand les garçons meuniers vont venir faire le repas du matin.Après avoir fait cette recommandation, CAR NAS ce CIE La Revue Populaire la jeune fille rentre dans la chambre et s\u2019approche du lit, sur la pointe du pied.Victorine ne dort plus.Ces deux femmes, que la plus pure amitié unissait, s\u2019embrassent puis Henriette arrange les oreillers de la malade et lui fait boire la tasse de lait chaud qu\u2019elle avait préparée.Quand la tasse vide fut reposée sur la commode, la meunière fit signe à la jeune fille de s'asseoir sur son lit, et dit, en passant doucement sa main amaigrie sur ses beaux cheveux d\u2019or: \u2014J\u2019ai rêvé de Frédéric.En entendant ce nom, Henriette devenue toute rose, ses joues pales sont colcrées.\u2018 \u2014Mon enfant chérie, reprend Victorine, va dire à ton père que je le prie de monter ici un instant, et pendant que nous causerons tu iras en bas voir si tout va bien.,( \u2014Oui, mère, j'irai aussi sur la route attendre le passage de Brunet; tu n°as plus de vin fortifiant et je veux lui donner commission d\u2019en prendre une bouteille chez le pharmacien de la place Geney.Brunet était un laitier qui allait chaque matin porter son lait à Meulan.\u2014Va, mon enfant, et puisse mon rêve se réaliser, puissions-nous avoir bientôt des nouvelles de Frédéric.A cette pensée un pâle sourire glissa sur les lèvres d\u2019Henriette.Elle embrassa sa mère et sortit de la chambre pour aller d\u2019abord prier son père de monter.Huit heures sonnaient quand la jeune fille prit l\u2019allée des ormes et quelques minutes après, elle descendait la vieille route qui conduit à Meulan.est se Elle marchait vite et s\u2019était enveloppée d\u2019un châle de laine, car le froid était déjà \u2018très vif.A la bifurcation des chemins, elle s\u2019ar- réta; des gens passaient et s\u2019informaient de la santé de la meunière.\u2018 Un homme, qui revenait de dit: \u2014Les Prussiens défilent sur la route de Sagy.Meulan, longuement, .nell Sage! ih main jeux n3 wy dan vos rait let Tis, gr $ues ui Mer d'in Te ot Di, CEE AE EE ERE LTE Le Moulin Des Acacias 33 \u2014Pourvu qu\u2019ils ne viennent pas à Tes- sancourt, murmura Henriette qui \u2018n\u2019osa plus avancer.Les gens étaient partis, elle resta seule et attendit.Soudain, quelqu\u2019un parût à travers les arbres que les premiers froids ont déjà dépouillés de leurs feuilles; cet homme, elle le connaît, c\u2019est le jardinier d\u2019un château de Mésy, dont le fils, un ami de Frédéric, est aussi renfermé dans Paris.Que vient-il faire si matin à Tessan- court?Aurait-il recu des nouvelles de son fils?Le coeur d\u2019Henriette se prit à battre précipitamment; elle marcha à sa rencontre.Le jardinier aussi l\u2019avait reconnus, car il s\u2019écria: \u2014J\u2019ai justement une lettre pour vous, Mlle Baudriller, et c\u2019est d\u2019Ancery.je suis tout heureux de pouvoir vous la ra- mettre sans aller au moulin.Il rit et continue: \u2014C\u2019est un pigeon qui a servi de messager: il est revenu à son colombier hier à la tombée du jour.Trop émue pour parler, elle lui tend la main.Après avoir serré la petite main de la jeune fille, le jardinier reprend: \u2014 Quand Lucien est parti avec M.Henry Baroche, notre jeune maître, qui était, comme vous le savez, nommé commandant du bataillon du douzième mobile de la Seine, il avait emporté dix-huit pigeons voyageurs dans l\u2019idée que M.Henry pourrait, de temps en temps, faire savoir à M.le baron Baroche, comment ça allait à Paris.Lucien devait profiter de ce messager aérien pour nous écrire quelques lignes; malheureusement, jusqu\u2019à ce jour, ça n\u2019avait servi à rien, car c\u2019est hier Ia première fois que j'ai constaté le retour d\u2019un pigeon; s\u2019ils en ont lâché précédemment, ils auront été tués par les balles Prussiennes.Enfin, le principal, c\u2019est que le commandant, Frédéric et Lucien soient sans blessures, je vais envoyer un express porter la lettre de M.Henry à son père, c\u2019est-à-dire à Jersey; c\u2019est là que M.le baron s\u2019est retiré avec sa famille.9 Tout en parlant, le jardinier avait atteint un portefeuille et cherchait dans les papiers qui s\u2019y trouvaient la lettre de Frédéric, puis il la tendit à Henriette.Celle-ci prit la minuscule enveloppe et remercia.\u2018Ma chère mère, mon Henriette, \u201cJe suis tout heureux de pouvoir vous \u201cdonner des nouvelles ; pourvu qu\u2019elles \u2018vous parviennent, mon Dieu! \u201cJe continue à me bien porter, nous \u201cnous sommes battus hier pendant trois \u201cheures et je n\u2019ai pas une égratignure ; \u201con parle d\u2019une nouvelle sortie dans \u201cquelques jours, on doit essayer de re- \u201cprendre à tout prix, aux Prussiens, des \u201cpositions que nous n\u2019eussions pas dû \u201ccesser d\u2019occuper.\u201cLes choses de la guerre me navrent.\u201cmon coeur saigne des blessures de Ja \u201cFranee,.il saigne aussi d\u2019être sans nou- \u201c\u201cvelles de vous, mes aimées, de ne rien \u201csavoir de ce qui se passe au Moulin.\u201cEnfin, ne vous désolez pas trop, afin \u201cque je trouve au retour ma bonne mère \u2018et toi, mon Henriette, fraîches et bien \u201cportantes.\u201cS\u2019il était possible que maître Guillau- \u201cme soit revenu à de meilleurs sentiments \u201cà mon égard, vous lui direz que Frédéric \u2018n\u2019a gardé le souvenir que de ses bien- \u201cfaits et qu\u2019il lui sera aussi dévoué que \u201cpar le passé, s\u2019il consent à lui laisser re- \u201cprendre sa place au Moulin, après la \u201cguerre.\u201cQue j'ai hâte de vous revoir.quelle \u2018\u2018angoisse étreint mon coeur en pensant à \u2018yous.\u201cVotre fils, frère et ami vous envoie \u201ctoute son âme avec ses baisers et vous \u201cdit au revoir.\u201cFrédéric\u201d.La lettre était datée du vingt-et-un octobre et on était au vimgt-huit.CERIN ROT, Rar TEIN i Te a LEMON MO aaa ata: a NCA 34 La Revue Populaire Sept jours s\u2019étaient écoulés depuis.D\u2019autres combats avaient eu lieu; qui sait si Frédéric n\u2019avait pas été blessé, tué peut-être.Et sa mere!.Elle était certainement très plus malade même qu\u2019elle ne disait.Si elle allait mourir.A cette pensée, Henriette se tressaillir jusqu\u2019aux moelles, et cachant sa téte dans ses mains, elle se prit à san- - malade, sentait gloter.Nous la laisserons à sa douleur pour voir ce qui se passait entre Guillaume Baudriller et sa femme.VII Il y avait déjà quelques jours que la meuniere gardait le lit, et si dur que soit Guillaume, il fut frappé de l\u2019altération des traits de sa femme, en entrant dans sa chambre.\u2014Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette manière de se soigner, si tu es vraiment malade, faut faire venir le médecin, gromme- la-t-il.\u2014 Henriette a déjà voulu faire venir M.Ducoudray, mais ni lui, ni les docteurs de Meulan ne me guériront.\u2014 Qu'est-ce que tu chantes-l1a.tu n\u2019as jamais été malade et parce que tu te trouves obligée de garder le lit, tu te crois déjà morte.Elle secoue tristement la tête sans répondre.Lui, reprend d\u2019un ton bourru: \u2014Ta maladie, je la connais.tu te seras trop fatiguée à la dernière lessive.c\u2019est de la courbature mêlée à la peur que tu t\u2019es faite des Prussiens, puisque tu étais assez bête pour avoir peur.comme si c\u2019était pas des hommes comme d\u2019autres.\u2018 \u2014Tu les aimes bien, les Prussiens, toi Guillaume, fit Victorine d\u2019un ton de douloureux reproche.\u2014Dame, je vois mon intérêt d\u2019abord\u2026 la guerre, qui en ruine tant, ne m\u2019a pas fait de tort à moi, parce que j'ai su m\u2019y.prendre.quand j'ai vu tous ces cultivateurs s'affoler parce que les Prussiens marchaient sur Paris et vouloir se débarrasser de leurs grains à tout prix, ma foi, je me suis dit: \u201cToute cette cavalerie qui arrive aura des chevaux à nourrir et s\u2019ils volent un brin d\u2019avoine, ils en achèteront aussi, le tout est de savoir s\u2019y prendre.paraît.que je ñe m\u2019y suis pas mal pris puisqu\u2019ils ne m\u2019ont point seulement volé un litre d\u2019avoine et que j'ai réalisé plus de quinze cents francs de bénéfice sur \u2018le grain que je leur ai vendu.Victorine soupira.Guillaume continua, d\u2019un ton bon enfant: \u2014 Mais c\u2019est pas de ça qu\u2019il s\u2019agit, il faut te soigner, prends deux ou trois purges, c'est ce qu\u2019il te faut, tu es jaune.\u2014 Non, Guillaume, ce qu\u2019il me faut, sinon pour guérir, du moins pour vivre encore quelque temps, c\u2019est de ne plus avoir de chagrin.\u2014Du chagrin!.Ah! je comprends, fit-il d\u2019un air ennuyé, en tapotant ses gros doigts sur le haut de la couche, car il se tenait debout aux pieds du lit de sa femme.\u2014Non, je ne crois pas que tu te rendes compte que depuis bien des années, j\u2019ai du chagrin que je n\u2019ai confié à personne et que j'ai refoulé au fond de mon coeur; .à la fin, vois-tu, le fardeau s\u2019est trouvé trop lourd a porter, j'ai le coeur st gros que j\u2019étouffe.je vais mourir, Guillaume, si tu ne me prends en pitié.\u2014 Quel galimatias me fais-tu là, ma pauvre femme, tu as la fièvre, c\u2019est certain, je vais t\u2019envoyer le médecin.Déjà, il a fait uh pas pour se retirer, mais la meunière se dresse sur son lit et les traits décomposés, livides, elle s\u2019écrie d\u2019un accent déchirant: \u2014Reste.reste, il faut que je te parle.\u2014Eh bien! voyons, me voilà; recou- che-toi.c\u2019est des bêtises de s\u2019agiter comme ça quand on est malade.Il se rappelait que la pauvre créature qui était là ne lui avait jamais fait de peine, qu\u2019elle était son bien, sa chose, son esclave et il s\u2019attendrissait. Le Moulin Des Acacias | 35 Est-ce que vraiment elle allait mourir?.Elle suffoquait.Après un silence, Victorine reprit d\u2019une voix faible et entrecoupée: \u2014I1 y aura vingt et un ans le trois novembre que nous sommes mariés.vingt et un ans de servitude pour moi, sans un seul jour de bonheur.Guillaume haussa les épaules, ses dents mordillèrent sa moustache grise.Elle continua: oo \u20141I1 y a eu des heures ol j\u2019aurais voulu, comme une autre, avoir le droit d\u2019exprimer une opinion, avoir le droit de discuter une idée, je ne l\u2019ai point fait, tu étais le maître, le chef de la communauté et je courbais la tête devant ta volonté.Oui, Guillaume, tant qu\u2019il ne s\u2019est agi que de mes goûts, de ma légitime part d\u2019autorité dans la maison, j\u2019ai fait bon marché de ma personnalité, pour maintenir l\u2019harmonie et aussi pour faire la vie douce à celui que j'avais accepté pour mari.aujourd\u2019hui il ne s\u2019agit plus de moi, mais de ma fille.Un nuage de feu passa sur le visage du meunier.\u2014Laissons cela, Victorine, laissons cela, fit-il avec force.\u2014 Non, non, il faut que tu m\u2019écoutes.cet entretien est nécessaire.Guillaume regardait fixement le couvre- pieds ; il était mécontent, il prévoyait bien où sa femme voulait en venir.Allait-elle vraiment oser dévoiler toute sa pensée?Il était curieux de le savoir.I1 préta toute son attention, car Victorine poursuivait: \u2014M.Gallois a trouvé qu\u2019Henriette, notre fille unique, serait un bon parti pour son fils; sans vouloir médire du jeune homme, on n\u2019a pas besoin de parler longtemps avec lui pour s\u2019apercevoir que ce n\u2019est qu\u2019un imbécile, qui serait certainement un fruit sec dans n\u2019importe quelle carrière, comme il a été dans les examens qu\u2019il a subis; heureusement que son père à pris le sage parti de le garder avec lui .; à sa sottise, Jérôme ajoute pas mal de vices, il sera d\u2019un placement difficile, _ c\u2019est pour cela que le père veut au plus tôt en faire le mari d\u2019Henriette.Jamais, au grand jamais, la meunière n\u2019en avait dit aussi long sur quelqu\u2019un.Espérait-elle encore faire revenir son \u201ca mari sur sa décision?i Peut-être, car elle reprit doucement: \u2014Je m\u2019étonne que ce mirifique projet 7 du père Gallois ait eu ton approbation.i\u201c Guillaume répondit, les sourcils fron- A cés: i \u2014Certes, Jérôme n\u2019est pas un caton, if Ë a les défauts de son âge, mais quand it 4 sera en ménage il se rangera, il est éco- Ei nome et connaît son métier, il en sait assez pour gagner de l\u2019argent.\u2014Il faudrait encore que ce projet ait approbation des intéressés, fit Victorine.; \u2014 Jérôme aime Henriette.Lr \u2014 Henriette a le coeur et la tête remplis LE d\u2019une autre image.i \u2014Tais-toi.Et ps Sans tenir compte de l\u2019interruption, Victorine continua: \u2014Vouloir la marier à Jérôme, c\u2019est la vouer à des regrets éternels: tu aimes ta fille, Guillaume, tu ne peux vouloir son i malheur.; Lu, EN en \u2014Assez.assez, s\u2019exclama brusque- Ei ment le meunier.i Mais la femme obéissante se réveillait E mère révoltée.; Elle savait que sa fille mourrait plutôt que d\u2019épouser Jérôme, que seul l\u2019amour is.de Frédéric pouvait la rendre heureuse et 1 qu\u2019elle lui serait fidèle jusqu\u2019à la mort.i D\u2019un ton plus ferme, elle dit donc: A \u2014\u2014L\u2019argent ne te manque pas, Guillau- i: me; rappelle-toi que si je t\u2019en ai apporté, tu en as gagné depuis par ta capacité.p Elle eut pu dire par ta rapacité, mais p elle ne voulait pas le blesser et elle ajouta: E \u2014La santé, la conduite, le travail, la tendresse, voilà la suprême richesse, \u201cla É seule que je désire trouver dans celui qui E deviendra mon fils.Oh?je t\u2019en supplie, Guillaume, ne repousse pas Frédéric.Bl.au nom du ciel ne repousse pas l\u2019enfant- E qui a grandi près de nous, celui dont le.A coeur est grand, l\u2019amitié sincère.Il eut un ricanement méchant et ri- TET vs IAE i vi i vl 4 RH i \u201c8 + o ol pt: Bi: Ki 36 1 La Revue Populaire posta: \u2014Ni toi, ni elle, je ne veux plus qu\u2019on m\u2019en parle.jamais, jamais je ne consentirai.c\u2019est rapport à ce drôle que la petite me résiste et si je fais un voeu, c\u2019est qu\u2019une balle ennemie m\u2019en débarrasse.11 s\u2019anime au son de ses propres paroles et poursuit: \u2014Oui, j'aimerais mieux voir ma fille sortir du Moulin les pieds devant que de la voir partir en toilette d\u2019épousée au bras de Frédéric.Sa figure, en disant ces mots, était épouvantable.\u2018En écoutant ces terribles paroles, Victorine Baudriller tremblait comme la feuille, son coeur battait tellement à bonds précipités qu\u2019elle ne pouvait plus parler; seulement, en son âme, elle s\u2019écriait: \u2014Oh! mon Dieu, mon Dieu.que votre colère ne fasse pas que Guillaume ait à se repentir un jour d\u2019avoir exprimé une si odieuse pensée.Par sa dureté envers sa fille, le meunier avait tué sa femme.La résistance d\u2019Henriette, les colères folles du meunier qui avait été jusqu\u2019à frapper brutalement la pauvre enfant, avaient fait une telle impression sur Victorine que cela avait rendue mortelle la maladie de coeur dont elle souffrait depuis longtemps sans se plaindre.Généralement, quand le déchirement s\u2019opère dans les liens qui nous retiennent à la vie, il y a longtemps qu\u2019ils sont usés en nous par une force insensible et lente, mais acharnée, implacable.Peut-être que si Guillaume se fut laissé toucher, s\u2019il avait renoncé à vouloir contraindre Henriette à un mariage qui lui faisait horreur, la joie qu\u2019elle en aurait éprouvé eut pu dilater le coeur oppressé de la pauvre femme, elle eut pu vivre encore assez pour nommer son cher Frédéric son fils.Mais la fureur haineuse où le nom du jeune homme venait de mettre son mari ne lui laissait aucun espoir.Ce dernier orage domestique devait avcir un effet déplorable sur la santé de la meunière.Son état empira en quelques heures, d\u2019une manière effrayante et le médecin qu\u2019on fit venir vit tout de suite qu\u2019il n\u2019y avait rien à faire.Cinq jours après son entretien avec son mari, Victorine recevait les derniers sacrements et s\u2019éteignait dans les bras de sa fille.Cherchant encore à être utile à la pauvre enfant, elle avait dit à Baudriller, en présence du vieux curé de Tessancourt, un brave homme qui l'avait mariée et qui était aimé et respecté de tous, en présence aussi de tous les serviteurs rassemblés dans sa chambre: \u2014 Guillaume, mon voeu suprême, ma dernière volonté est qu\u2019Henriette ne soit pas mariée avant l\u2019expiration de son deuil .pas avant deux ans.Il avait juré.Si, comme elle en avait le faible espoir, le meunier n\u2019osait enfreindre un serment fait à une mourante, devant tant de monde, serment que chacun allait connaître et commenter dans le village et à la ville où ils étaient si connus, c\u2019était un répit pour Henriette.Son père cesserait de la persécuter au sujet du fils Gallois.Elle pourrait, dans une paix relative, attendre sa majorité.Majeure, elle échappait à la tutelle de son père et pourrait s\u2019unir à celui qu\u2019elle aimait.VIII Douze jours se sont écoulés depuis que la meunière a été portée à sa dernière demeure.| On est au quatorze novembre.Henriette est seule, dans une petite pièce qui précède sa chambre.C\u2019est là que la jeune fille travaille, soit à des ouvrages de couture, soit à relever sur le Grand-Livre les comptes et créances que Guillaume inscrit chaque jour au Brouillon.Le froid est excessif, le vent souffle, et une pluie glacée fouette les vitres.Henriette, seuffrante depuis l\u2019événement douloureux qui l\u2019a frappée, a fait du feu dans ce petit cabinet, et se dépêche de remettre au pair les écritures forcément négligées dans ces derniers temps.Les sacs de son, de recoupe, de farine s\u2019alignent rapidement sur le grand registre.Neuf heures sonnent.La jeune fille s\u2019arrête et pose la plume, Elle compte l\u2019une après l\u2019autre les neuf vibrations de l\u2019horloge et murmure: \u2014Neuf heures et père n\u2019est pas encore rentré.Mais on entendit le bruit de grelots sur la route.C\u2019est le meunier avec son attelage de quatre superbes chevaux.Pendant que le charretier s\u2019empresse de dételer et de donner la pitance aux bé- tes, ruisselantes d\u2019eau, Baudriller entre dans la cuisine.Il arrive de Saint-Germain-en-Laye.Il a plusieurs clients dans cette jolie ville, qui, depuis le vingt-deux septembre, est occupée par les Prussiens.Henriette s\u2019est accoudée sur le bureau et s\u2019absorbe dans de tristes et douloureuses pensées, car les larmes, comme des perles liquides, coulent une à une sur ses joues amaigries, puis glissent sur son corsage noir.La sombre étoffe fait ressortir encore l\u2019extrême pâleur de son charmant visage.La jeune fille est tellement absorbée dans sa rêverie qu\u2019elle n\u2019entend pas la porte, donnant sur I\u2019escalier, s\u2019ouvrir doucement.Elle ne voit pas non plus entrer un homme.Cet homme reste immobile sur le seuil, contemplant avec une sorte d\u2019extase attendrie, le fin profil et la nuque dorée qu\u2019éclaire la lumière un peu voilée de la lampe placée sur le bureau.Tout à coup il fait un pas en avant et prononce à demi-voix le nom d\u2019Henriette.Elle tressaille, se retourne, et distingue dans la demi obscurité, l\u2019uniforme d\u2019un soldat.\u2014Frédéric, murmure-t-elle d\u2019un accent presque effrayé.Lui, est déjà à ses pieds.Le Moulin Des Acacias Henriette, tenant dans ses petites mains la tête de son ami, répète presque en délire: \u2014Toi.toi.Frédéric.Le visage resplendissant, illuminé par un rayon de l\u2019âme, reflet des sentiments.intimes, qui l\u2019animent, Frédéric est beaw comme un Dieu, malgré sa pâleur, ses traits amaigris, qui portent la trace de souffrances récentes, malgré son uniforme déchiré.\u2014 Henriette, chère Henriette.Mais les larmes brillent de nouveau dans les yeux bleus de la jeune fille, qui s\u2019écrie, en jetant ses deux bras autour du cou de son ami et en cachant sa tête- sur son épaule: -\u2014Frédéric, nous n\u2019avons plus de mère.Il a peine à retenir un cri et balbutie: d\u2019un accent déchirant: \u2014Maman est morte.sans que je Ia revoie.oh! mon Dieu.mon Dieu.Le visage inondé de larmes, le jeune homme attire à lui cette enfant si chère et tous deux sanglotent éperduement.Un long moment se passe ainsi, puis Henriette reprend: \u2014Ta lettre a été sa dernière joie.elle t\u2019aimait bien, va, ma pauvre maman.Lui, l\u2019interroge.Le récit de la jeune fille fut court, elle avait peu de chose à apprendre à Frédéric, mais avait beaucoup a apprendre de lui.Son\u2019 coeur débordait sous le double sentiment qui le remplistbait.La joie immense de l\u2019avoir près d\u2019elle- l\u2019effroi du danger qu\u2019il peut y cou- ey.rr ee monnaies its A! ti OO CORRE ES Le .Moulin Des Acacias \u2014\u2014Eh bien! eh bien, il ne faut pas vous en aller, ce que j'ai à dire vous intéresse plus encore que maitre Guillaume.\u2014Reste, fit le meunier d\u2019un ton bref.Henriette obéit, mais elle ne s\u2019approcha pas de la table.\u2014Jérome dégusta lentement son verre et faisant claquer-sa langue contre son palais: \u2014Ils ne sont pas à \u2018plaindre ceux qui font leur boisson habituelle de ce nectar.\u2014-Je crois bien.ça ferait de la boisson chère.\u2014 Bah! quand on a le moyen.mais ce n\u2019est pas de ça qu\u2019il s\u2019agit.Vous savez, maitre Guillaume, que vous êtes un homme que j'estime, plus même, que je vénère et que je me regarde comme si j'étais déjà de votre famille.j'aurais beaucoup de -peine s\u2019il vous arrivait des contrariétés, rapport à votre bon coeur.\u2014Je te remercie de ton amitié, mon garçon, mais je ne comprends pas trop ce que tu veux dire.) Jérôme hésita.une seconde, vite: \u2014 Avez-vous ramené, mardi, de Saint- Germain, Ancery, votre ancien garçon meunier.Guillaume bondit.\u2014Ah! non, alors, et jamais il ne remettra les pieds ici.\u2014Je me disais aussi: Maître Guillaume ne s'exposerait pas comme ça.Il regarde Henriette qui s\u2019est mise à ranger la vaisselle dans le buffet.Elle continue sa besogne, mais ses mains tremblent tant qu\u2019elle doit s\u2019arrêter de crainte de laisser échapper une de ces belles assiettes de couleur dont le meunier est si fier.Oh! qu\u2019elle voudrait que la nuit fut venue, qu\u2019elle voudrait pouvoir prévenir Frédéric.Cependant, elle veut entendre jusqu\u2019au bout ce que ce méchant garçon va dire.\u2014Celui dont tu parles est enfermé dans Paris, je n\u2019ai pas oui dire que le siege fut levé, fait Baudriller, en regardant en face son interlocuteur; c\u2019est quelque farceur qui t\u2019aura dit ca.\u2014C\u2019est la mere Courtille, vous la connaissez?puis très 43 \u2014Bien :sûr que je la connais, son garcon est parti en même temps qu\u2019Ancery, et quoique n\u2019étant pas dans le même régiment, il était aussi à Paris.\u2014Eh bien, après l\u2019affaire du Bourget, il.a réussi à faire parvenir une lettre à sa mère.\u2014Et il parle d\u2019Ancery, demande Ile meunier en levant les.yeux dans la direction de sa fille, qui s\u2019est tournée de manière à dérober ses traits aux deux hommes.\u2018Par un effort.de volonté, elle a repris ses travaux de ménagère, contraignant ses mains à tenir ferme, ses larmes à ne pas couler, pourtant, elle souffre ; son coeur, ses tempes sont comme dans un étau.Jérôme répond: \u2014I1 dit seulement: \u2018Je n\u2019ai pas de nouvelles de Frédéric Ancery, tout ce que je sais, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est pas rentré dans Paris et que son bataillon a été très engagé\u201d.\u2014 Alors, il serait parmi les morts, s\u2019écrie vivement le meunier.Il sent un désir féroce que cela soit vrai.Frédéric mort, il faudrait bien qu\u2019Henriette s\u2019en console, et alors.Le fils du marchand de bois baisse la voix et reprend: \u2014Les Prussiens ont fait pas mal de prisonniers au Bourget.Ancery en était.seulement.il leur a échappé.\u2014Tu en es sûr.\u2014Oui.vous comprenez, maître Guillaume, c\u2019est par intérêt pour vous et par intérêt pour la commune que je vous dis: Faut pas jouer avec ça, si le garçon est caché chez vous, faut pas le garder.les Prussiens ne plaisantent pas et ils seraient capables d\u2019incendier le Moulin s\u2019ils trouvaient un soldat chez vous.ils seraient méme capables de saccager la commune et comme papa en est responsable, puisqu\u2019il en est le maire, ce serait ennuyeux pour tout le monde.\u2014Henriette.viens Guillaume d\u2019un ton sec.un peu ici, dit Le coeur de la jeune fille se retourna dans sa poitrine ; d\u2019une main elle s\u2019apse ET i Te A Ta CCI gibi en i ¥ pra { A jo 5 fh pe Ca amie aa ee hl B A pi E + ! 2 ie +.se npr Asiana Et Hi 0 fhe RE at 44 La Revue Populaire puya contre le buffet, car elle sentait les forces lui manquer.Un supplice terrible allait commencer pour elle.JElle allait être forcée de mentir, et Dieu seul savait ce qu\u2019elle souffrait à cette pensée.\u2014Herriette, viens ici, que je te parle, répéta le meunier.Elle s\u2019avança, très pâle, la tête baissée, écrasée pour ainsi dire par son émotion.\u2014Tu as entendu ce que vient de m'apprendre Jérôme, il est probable que ce garçon-là, s\u2019il n\u2019est pas repris, va venir ici.Une inspiration vint à Henriette.Avec l\u2019idée que Frédéric peut se présenter au Moulin d\u2019une minute à l\u2019auÿre, il est certain que le meunier va exercer sur sa demeure, une active surveillance, elle-même va être étroitement surveillée, li faut qu\u2019elle écarte le danger qu\u2019il en résulterait pour le jeune homme et affermissant sa voix, elle répond: \u2014Pardon, mon père, si je vous interromps, mais vous pouvez être tranquille, Frédéric Ancery ne viendra pas.\u2014Et comment sais-tu cela, toi?de- mande-t-il les lèvres sèches.-\u2014Parce qu\u2019il est déjà venu.Elle s\u2019arréte une seconde et continue d\u2019une voix subitement devenue ferme.\u2014I est venu chercher des effets pour traverser les pays remplis de Prussiens, il ne pouvait le faire en soldat.\u2014Alors, tu lui as donné des effets?\u2014Oui, mon père.\u2014-Et tu es sfire qu\u2019il est reparti?\u201411 était 1a dans la soirée d\u2019avant hier, il est maintenant bien loin, je l\u2019espère.\u2014De quel côté allait-il?\u2014Je ne sais pas, il m\u2019a parlé de rejoindre les Français le plus tôt possible, mais il ignorait le malheur qui nous a frappé et quand je lui ai eu appris, nous n\u2019avons plus parlé que de ma mère, achë- ve-t-elle les larmes aux yeux.\u2014II n\u2019y a que vous qui ayez vu Frédéric, il ne s\u2019est présenté qu\u2019à vous, demande Jérôme ironiquement.\u2014 Personne ne l\u2019a vu parce que personne ne devait le voir que ceux à qui il avait à faire, répond-elle, simplement.\u2014Et c\u2019est à vous qu\u2019il avait affaire, vous allez causer avec les garçons.c\u2019est très bien.où avait-elle lieu cette conversation, Mlle Riette?\u2014Mon père vous a-t-il donné la permission de me dire des insolences, réplique la jeune fille avec hauteur, indignée de ce qu\u2019il paraît supposer et plus encore de ce nom de Riette qu\u2019il lui donne.Ses parents seuls et Frédéric avaient fait cette abréviation familière du nom d\u2019Henriette.\u2014Allons, Mlle Baudriller, ne nous fâchons pas, dit-il avec une bonhomie affectée, je sais parfaitement que Frédéric n\u2019est pas un autre.c\u2019est presque un frère pour vous.Elle se détourne silencieusement, le regard de cet homme l\u2019offense.Pendant ce dialogue, les coudes sur la table et la tête dans ses mains, le meunier réfléchissait.Dans la journée de la veille, sa fille avait subitement disparu à plusieurs reprises.Il n\u2019avait pas fait attention à ces absences, mais à ce moment, il se demandait si les paroles d\u2019Henriette n\u2019avaient pas pour but de l\u2019induire en erreur.\u2014Je saurai ce qui en est, se dit Guillaume, et s\u2019il est vrai qu\u2019il soit ici, c\u2019en sera trop pour ma patience.c\u2019est qu\u2019il voudra tenter le malheur.Jamais plus qu\u2019à cet instant il ne s\u2019était aperçu combien sa haine contre le jeune homme était profonde.Dans la paisible existence du village, on peut haïr longtemps, comme on peut aimer longtemps, il se passe si peu de chose, si peu d\u2019événements que les occasions de témoigner des sentiments extrêmes sont rares; la vie d\u2019aujourd\u2019hui ressemble a celle d\u2019hier.Guillaume se leva, prit sa fille par les épaules, puis la faisant tourner comme une plume, il vociféra avec un grincement de dents, en approchant son visage courroucé de celui de la pauvre enfant: \u2014Et que lui as-tu dit, toi, à Frédéric.lui as-tu dit qu\u2019il devait oublier le chemin du Moulin.que je ne voulais pas Le Moulin Des Acacias le voir rôder autour de tes jupes comme il en avait l\u2019habitude.Plus morte que vive, mais faisant à cet instant le serment de mourir plutôt que de renoncer à son amour, car cet amour lui est plus précieux que la vie, stoïque à sa manière, elle se fut trouvée lâche de le renier devant le fils du maire, Henriette répondit sans bravade, mais sans honte.: \u2014Je ne lui ai dit rien de semblable.-\u2014C\u2019eut été mentir à ton espérance, n\u2019est-ce pas?Elle garde le silence et s\u2019asseoit.Ses jambes ne veulent plus la porter et son coeur lui semble lourd comme une pierres Le meunier réprend: \u2014Alors tu te figures que tu l\u2019épouseras ton fainéant, ton sans le sou., un gueux qui, parce qu\u2019il a mangé mon pain, veut me voler ma fille.\u2014Ne vous mettez pas en colère, maître Guillaume, tout s\u2019arrangera, allez, vous aurez encore de beaux jours, minauda Jérôme d\u2019un ton pâtelin.\u2014Tu as raison, mais vois-tu, j'ai fait tant de sacrifices pour Henriette, je l\u2019ai mise deux ans en pension, je lui ai donné de belles robes, des chapeaux à la mode, tout ce qu\u2019elle voulait enfin, c\u2019était mon trésor que ma fille.Il paraît s\u2019attendrir.\u2014Le bon sens lui reviendra, elle n\u2019aura pas toujours la tête montée, et ne sera pas toujours ingrate, dit encore le fils du maire.\u2019 La jeune fille se redressa sans emportement mais avec une grande dignité: \u2014Vous vous mélez de choses qui ne vous regardent pas, M.Gallois; je ne suis pas une fille ingrate parce que j'aime Frédéric, je l\u2019avoue sans honte.l\u2019amour que Dieu m\u2019a mis au coeur ne mourra qu\u2019avec moi.\u2014Tais-toi, interrompit le meunier que la colére reprenait et qui continua avec rage: \u2014Moi qui te donnait comme modéle: tes discours sont ceux d\u2019une effrontée.\u2014Personne ne pourra trouver à blâmer des sentiments qui ont eu l\u2019approbl- ete geile 45 tion de ma mère qui était une femme juste et sans reproches.Guillaume regardait sa fille avec attention; il eut un sourire cruel: \u2014Ta mere!.si elle a cru enchaîner ma volonté en me déclarant, devant un tas d\u2019imbéciles, que son voeu était que tu ne te maries pas avant deux ans, elle s\u2019est trompée.et toi aussi, si tu lui as soufflé cette idée espérant gagner ainsi tranquillement ta majorité.Henriette pâlit; pourtant, elle regarda son père en face.\u2014Sais-tu la réponse que je lui fais, à la volonté de ta mère, reprit-il, la réponse que je fais a toutes vos singeries.eh bien! va à la mairie, regarde la boîte aux affiches et tu y verras l\u2019annonce du mariage de M.Jérôme Gallois, fils du marchand de bois, avec Mlle Henriette Bau- driller, fille unique de Guillaume Bau- driller, meunier, cultivateur, propriétaire à Tessancourt.Henriette frémissait de tout son être.Cela lui semblait impossible, abominable.Par cette sombre journée de novembre, la salle, éclairée par une seule fenêtre, était plongée dans une demi-obscurité, mais les bâches qui se consumaient dans le foyer, jetaient une certaine lueur qui éclairait son visage tout blanc, où Ja bouche entr\u2019ouverte, avec une indicible expression d\u2019angoisse et d\u2019hofreur, semblait implorer le coup de grâce.Tout à coup, elle se leva avec une telle violence que sa chaise tomba sans qu\u2019elle y prit garde.\u2014Mon père, dit-elle, il est possible que le voeu exprimé par ma mère mourante ne soit rien pour vous.pour moi, il est sacré.quand à vous, M.Gallois, souvenez- vous de ce que je vous ai dit un jour dans l\u2019allée des Ormes.mon opinion n\u2019a pas changée.Sa voix montait, claire et vibrante, dans cette grande salle peu meublée.Henriette avait une voix forte: pourtant, peu de femmes l\u2019avaient aussi agréable.L\u2019âme broyée par la douleur, mais la tête haute et fière, un éclair dans ses CE i HA RATIO RETIRE RENE bi EP HOUR tt ii if A ot \u2018 wr rat i + RANI 1] HEIN te RO td i + i pl Ye 46 La Revue Populaire yeux d\u2019azur, elle marcha vers la porte et sortit.Les deux hommes se regardèrent, interdits.\u2014 Vous n\u2019en viendrez jamais à bout, maître Guillaume.elle est capable de dire non, devant tous.\u2014C\u2019est une vrai Baudriller, dit le meunier avec orgueil, puis songeant que cette résistance, cette volonté qu\u2019il avait transmise à sa fille se heurtait à la sienne, que c\u2019était à lui qu\u2019elle résistait et qu\u2019avec le temps, si Frédéric revenait, il serait vaincu, il eut un rugissement et murmura : \u2014Elle ne cédéra pas tant que le gueux vivra.il faut qu\u2019il meure.X \u2014 II peut bien être resté au Moulin, pensait Guillaume avec le désir intense que cela soit vrai; pour le savoir, je n\u2019ai qu\u2019à surveiller étroitement et adroitement Henriette., elle seule connaît sa cachette.De son côté, la jeune fille a une trop grande appréhension pour ne pas souhaiter voir Frédéric quitter le Moulin au plus tôt.Elle est remontée dans sa chambre où elle a descendu des effets et caché quelques provisions: des oeufs, un morceau de jambon, une gourde remplie de vin, tout ce qu\u2019elle veut qu\u2019il emporte pour la route.La chemise, les chaussettes, le pantalon, le tricot, la blouse, dont elle a fait un paquet, il faut qu\u2019elle \u2018lui porte tout _ cela, c\u2019est vêtu en garçon meunier qu\u2019il doit se mettre à la recherche de l\u2019armée française.Ses vêtements de soldat, il les emportera soigneusement cousus dans une vieille blouse d\u2019abord, puis enveloppés dans un emballage.Plus que jamais, Henriette doit s\u2019entourer de précaution, il ne faut pas qu\u2019elle attire l\u2019attention de son père.Elle n\u2019a qu\u2019une pensée.aller prévenir Frédéric, et elle n\u2019ose faire un pas pour sortir tant que le meunier sera dans la maison.Elle est obligée de se défier de lui, de le regarder jeune homme.Il lui a été bon pourtant, autrefois.Dur pour tous, il était pour elle plein d\u2019indulgence.Comment avait-il pu devenir insensible à ses larmes, à ses prières.S\u2019y était-elle bien prise, rien à se reprocher?; ; Elle sondait sa conscience avec une indicible tristesse; elle eut voulw se trouver des torts pour excuser son père, qu\u2019elle avait appris à respecter, à aimer.L\u2019image de ces souvenirs emplissait son âme de douleur.Si Frédéric et elle allaient se jeter aux pieds de Guillaume, pourrait-il vraiment rester insensible et vouloir encore ce qui leur faisait tant de mal, tant de peine.Ne comprendrait-il pas que l\u2019âÂme de ces enfants élevés sous ses yeux, étaient trop étroitement liés ensemble pour pouvoir se séparer et qu\u2019ils devaient être réunis dans la vie comme dans la mort.Mais elle se réveilla de ce réve.Non, ce n\u2019est pas aujourd\u2019hui qu\u2019elle doit tenter cette folle démarche.Jérôme est au Moulin et Henriette ne veut pas descendre avant qu\u2019il ne soit parti.Quand il vient ainsi dans l\u2019après-midi, souvent le meunier le reconduit un bout de chemin en causant, s\u2019il le fait ce jour-là, elle en profitera pour porter les effets à Frédéric.Elle regarde dans la cour par un coin du rideau qu\u2019elle soulève.Il ne pleut pas, mais le ciel est chargé de gros nuages, la nuit va venir tôt, par cette sombre journée d\u2019hiver.La porte de la buanderie est ouverte, la servante prépare ses baquets et mouille le linge qu\u2019elle doit frotter le lendemain.Au Moulin on lave tous les mercredis.Tout à coup Henriette tressaille.Son père traverse la cour et entre dans le bâtiment où est la servante, pour se laver les mains.Sans doute, il va sortir avec le fils Gallois.Son coeur palpite de l\u2019espoir de les voir s\u2019éloigner bientôt et en même temps s\u2019&nplit d\u2019une amertume poignante.comme le pire ennemi du n\u2019avait-elle 1a 18] R 1, à, ee TEEN dr + ile dat pd Le Moulin Des Acacias 47 C\u2019est peut-être un adieu qu\u2019elle va dire à son ami.Henriette se trompait; Guillaume Bau- driller n\u2019avait nullement envie de quitter le Moulin, il voulait, au contraire, l\u2019explorer dans tous les coins et recoins.Jérôme devait l\u2019aider dans cette besogne, qui devait être minutieusement faite; il y avait tant de paille et de fourrage dans les greniers, dans les granges et il était si facile à un homme de s\u2019y cacher.Il ne songeait pas du tout au grenier perdu et il n\u2019y eût pas songé sans doute si, dans le baquet où il se lavait les mains n\u2019eussent tombé quelques parcelles de plâtre qui venaient de se détacher du plafond.\u2014Tiens, tiens, tiens, fit le meunier sur trois tons différents, est-ce que le diable se mêlerait de mes affaires?.est-ce que mon gaillard serait là-haut, par hasard?Il prend le temps de s\u2019essuyer les mains puis, au lieu de rentrer à la maison, il longe le bâtiment et arrive au hangar.Son oeil inquisiteur scrute ce qui l\u2019entoure, mais rien de suspect n\u2019attire ses regards.Henriette a ramassé avec le plus grand soin jusqu\u2019à la dernière brindille échappée aux bottes de foin et l\u2019échelle dont elle se sert a été couchée derrière des pièces de bois.Le meunier va en chercher une qui est accrochée à l\u2019entrée du bâtiment.I a ôté ses sabots! et entoure le haut de l\u2019échelle avec un chiffon, puis avec une précaution infinie, il l\u2019appuie sur le trou béant de la trappe.Il se hausse sur la pointe du pied pour que ses yeux puissent plonger dans le grenier.Oui, là-bas, au fond, sur la buanderie, un homme est couché; il dort, car on perçoit sa respiration régulière.* Les yeux fixes de Guillaume, perçants comme ceux d\u2019un chat, distinguent maintenant parfaitement l\u2019homme étendu; de minces filets de lumières filtrent çà et là, par une ardoise disjointe, jetant une teinte plus claire sur certains coins de la.couverture et sur la tête du dormeur.Un rictus méchant retrousse les grosses - lèvres du meunier.S\u2019il \u2018allait chercher Jérôme.A eux deux, ils arriveraient bien à - terrasser et a garroter Ancery; on le conduirait à la mairie et on l\u2019enfermerait dans l\u2019espèce de caveau qui sert de prison, puis on le livrerait aux Prussiens.Oui, mais Frédéric Ancery est aimé dans Tessancourt.Tout cela ne po uvait se faire sans attirer l\u2019attention, il valait mieux prévenir les Prussiens, leur dire que le soldat français qui leur avait échappé au Bourget, s\u2019était réfugié au moulin à l\u2019insu de ses habitants.Quelques minutes plus tard, Jérôme partait pour Meulon.Il marchait d\u2019un pas rapide.Trois kilomètres, ce n\u2019était pas long à franchir, et avant une heure les Prussiens seraient à Tessancourt.XI Baudriller était allé s\u2019asseoir dans la salle.Les joues plissées, les mâchoires serrées, il attendait.Il entendit Henriette descendre l\u2019escalier, l\u2019appela et lui dit: \u2014Apporte le.registre, tu vas me faire deux factures.Elle avait obéi, mais, chose étrange, en rencontrant ces gros yeux gris fixés sur elle, elle se sentit froid au coeur et, blanche comme un lis, s\u2019avança vers son père, avec le même courage qu\u2019elle eut mis pour marcher au suplice.Elle s\u2019assit et écrivit ce que le meunier dictait, mais elle le faisait machinalement; sa main tremblait, elle avait les yeux troubles, car des larmes montaient incessamment de son coeur à ses yeux, Le visage dur, inquiet, Guillaume regardait souvent vers la fenêtre., Soudain, dominant le tie-tac du Moulin, on entendit le galop d\u2019une troupe à cheval, un cliquetis d\u2019armes.Le père et la fille furent debout en même temps.Ge 4 i i i Lr A ER TREE] ap PE Sila 3 i on iv To Fi tar i! FR RTE i} HR i i pita ht À A à H 18 kK: Ji A +N 48 La Revue Populaire \u2014Les Prussiens.balbutia-t-elle avec un long tressaillement.En effet une quinzaine de cavaliers pé- métrèrent dans la cour, autant étaient restés dehors; c\u2019étaient des hussards.Jérôme s\u2019était bien gardé de revenir avec les Prussiens au Moulin des Acacias; il voulait bien être de moitié dans l\u2019infâme trahison, mais ne voulait pas en prendre sa part de responsabilité.Guillaume, le front moite, malgré le froid, le regard terne et fixe, les cheveux hérissés, descendit dans la cour pour parler à l'officier qui a mis pied à terre.Henriette suit son père des yeux.Elle le voit lever la main vers le toit de la buanderie et une lumière horrible la foudroie.C\u2019est son père qui a dénoncé Frédéric.c\u2019est lui qui le livre aux ennemis! Elle chancelle et porte les deux mains à son coeur; puis, sans être remarquée, ni de Baudriller, ni des cavaliers qui sont descendus de cheval et entourent leur chef, elle se glisse comme une ombre derrière une voiture, atteint la grange qui fait face au hangar et y pénètre nar une des ouvertures pratiquées pour donner de l\u2019air au grain.L\u2019officier et une dizaine de soldats se dirigent vers le hangar, un des cavaliers apporte une échelle et l\u2019applique contre la trappe; l'officier lui-même met le pied sur le premier échelon.\u2014Descendez, dit-il en assez bon fran- cais, ou nous allons vous enfâmer dans votre tannière.Frédéric, qui ne veut pas s\u2019exposer à ce que le Moulin soit incendié par sa faute, ni attirer sur ses habitants la vengeance des Prussiens, ni livrer Henriette aux violences des soldats, n\u2019hésite pas; il paraît au haut de l\u2019échelle qu\u2019il descend vivement.Un hourra des vainqueurs salue son apparition.Il \u2018n\u2019a pas pris le temps de s\u2019habiller, sa tunique et sa capote sont restées sur le lit, et il n\u2019est vêtu que de son pantalon et de sa chemise.Son visage très pâle est calme, sans expression de bravade, ni de faiblesse.On voit que c\u2019est un homme qui marchera bravement à la mort.Maintenant, les soldats l\u2019entourent, on croirait qu\u2019ils craignent de voir leur échapper encore une fois ce soldat qui combattait à la sanglante affaire du Bour- get, où une poignée d\u2019hommes avait tenu en échec un corps d\u2019armée, et quel corps d\u2019armée: La garde royale prussienne.Si ce fait d\u2019armes s\u2019était terminé, il est vrai, par l\u2019anéantissement du plus grand nombre qui y avaient pris part et par la capture du reste, la victoire avait coûté cher aux ennemis qui tombaient sous le feu des Français par centaines comme fauchés par une moissonneuse.Quand on avait appris au commandant Prussien qu\u2019un de leurs prisonniers du Bourget était au Moulin des Acacias, il n\u2019avait point hésité.son compte était bon, à celui-là.Un prisonnier de guerre qui s\u2019échappe et qu\u2019on reprend, on le fusille.Le jugement de Frédéric Ancery ne fut pas long; le chef décida qu\u2019il serait immédiatement fusillé contre le mur extérieur du Moulin.Quoique l'officier eut parlé en Allemand, Henriette avait compris, elle connaissait, sinon parfaitement, du moins un peu cette langue qu\u2019elle s\u2019amusait souvent à parler avec Frédéric, qui lui, l\u2019avait apprise de Schneider, le charretier.Elle a compris, et la pensée de se jeter aux pieds de l\u2019officier Allemand, pour implorer la grâce de Frédéric, ne lui est pas venue.Non, la mort qui va frapper le jeune homme les séparera moins que ne l\u2019eût fait la vie.I1 lui semble que son coeur doit cesser de battre en même temps que celui à qui sa mère l\u2019a fiancée, que leurs âmes doivent remonter ensemble, vers cet infini auquel elle aspire; il lui semble que Dieu aura pitié d'\u2019elle.Il est des choses qu\u2019on ne peut sup-* porter, et revoir son père, sachant qu\u2019il a livré Frédéric, reprendre avec lui la vie de chaque jour, ne lui serait plus possible maintenant.Un grand calme est descendu en elle, Le Moulin Des Acacias une tendresse chaude, émue, a remplacé l\u2019angoisse dans son coeur, toute la poésie de son chaste et pur amour chante en elle.Elle s\u2019agenouille un instant et prie, puis, se relevant, elle s\u2019en va vers le Moulin, marchant vite, si légèrement qu\u2019elle paraît à peine effleurer le sol.Cependant, les soldats avaient emmené leur prisonnier.En traversant la cour, il regarde une à une les fenêtres du Moulin, comme s\u2019il cherchait quelqu\u2019un., Espère-t-il y rencontrer le pâle visage d\u2019Henriette, pouvoir lui envoyer, du regard, un adieu suprême?Sans doute, car cet espoir déçu amène une trace d\u2019inquiétude sur ses traits assombris, ses sourcils se froncent, un plissement des lèvres donne à sa bouche l\u2019apparence d\u2019un sourire triste, d\u2019une amertume navrante et un douloureux soupir soulève sa poitrine.Il y a bien deux cents pas à faire pour atteindre l\u2019endroit où doit avoir lieu l\u2019exécution; il faut traverser un petit pont jeté sur l\u2019Aubette qui tombe dans le ruet du Moulin en un flot de cristal frappé çà et là on ne sait de quelle lumière fugitive, reflet du ciel entre deux nuages peut-être.Ce ruisseau cristallin, au doux murmure, qui fait tourner la roue du Moulin, rappelle à Frédéric tout un passé de bonheur, d\u2019enfance; il revoit Henriette si mignonne, sa mère adoptive qui l\u2019a entouré d\u2019une si douce affection.Comme il aime ce cher pays.Oh oui, il en aime jusqu\u2019aux cailloux de la route, jusqu\u2019aux ronces du chemin, auxquelles il se déchirait enfant en cherchant des nids ou en cueillant des fleurs pour sa petite amie.Oh! comme il eut été heureux d\u2019y vivre, et, puisque c\u2019était impossible, comme il était content d\u2019y mourir.Malgré qu\u2019on fût habitué à voir les Prussiens, leur arrivée causait toujoürs une certaine émotion dans le village et presque tous les habitants se dirigèrent vers le Moulin de Acacias, curieux d\u2019apprendre ce qui pouvait les y attirer.Repoussés par les cavaliers, ils regar- 49 daient de loin, consternés, indignés, car chacun \u2018avait reconnu Ancery.C\u2019était un garçon que tous aimaient et estimaient.La nuit tombait, mais la lune se lèverait bientôt et la nuit promettait d\u2019être à proportion plus transparente que la journée n\u2019avait été, les nuages se faisaient plus légers, moins compacts, les étoiles, comme de blanches lueurs, s\u2019allumaient de place en place dans l\u2019espace.A la place où le cortège\u2019 fit halte, la muraille s\u2019élevait haute et lisse; pourtant tout en haut, s\u2019ouvrait une étroite fenêtre d\u2019où le regard planait au loin sur la campagne.Si Frédérie n\u2019était pas si près du mur, il pourrait voir, en levant les yeux, penchée à cette fenêtre, une tête blonde qui lui est chère, mais il est trop près, et ni lui, ni personne ne la remarque.L\u2019attention de l\u2019officier n\u2019est pas davantage attirée par une petite porte percée -dans le court bout de mur qui fait suite au bâtiment, car c\u2019est presque contre cette porte qu\u2019il a fait placer le prisonnier dont les lèvres murmurent une brève prière.Un allemand s\u2019approche pour lui bander les yeux.\u2014 Commandant, dit Frédéric d\u2019une voix ferme, il n\u2019est pas besoin de cela, je vous assure, et je vous demande en grâce de me laisser regarder jusqu\u2019à la fin.L\u2019officier acquiesca d\u2019un signe de tête et écarta le soldat d\u2019un geste.Pendant quelques minutes, rien ne vint troubler le religieux silence qui planait sur cette scène qui allait pourtant avoir deux témoins de plus.Baudriller, courbant sa grande taille, le dos voûté, se faisant le plus petit possible, venait à pas lents s\u2019apuyer sur le parapet du petit pont.Il regardait, penché en avant, le visage blême, les muscles agités d\u2019un tremblement convulsif.11 y avait aussi sur la route, encore assez loin, le curé de Tessancourt, si vieux qu\u2019il en marchait tout courbé.L\u2019instant suprême approchait, le peloton d\u2019exécution apprêtait ses armes.RONA RE CON CITE vd TT CO NET EU AE PA I I Rey er Wi i AU EEE EEE RER EE T7 50 La Revue Populaire \u2014Portez armes, commanda l'officier Allemand.Calme, les bras attachés, Frédéric se tenait droit et ferme, offrant aux balles sa large poitrine.\u2014Présentez armes.en joue.crie l\u2019officier en tournant la tête du côté du condamné.Les canons des fusils se sont abaissés.Un léger bruit, une sorte de grincement, vient soudain de se produire.La petite porte s\u2019est entr\u2019ouverte et avant que nul n\u2019ait eu le temps de faire un mouyement, Henriette se trouve aux côtés de Frédéric qu\u2019elle entoure de ses bras.tous deux échangent un regard éperdu.\u2014F'eu.crie-t-elle en Allemand, d\u2019une voix éclatante et ferme.Une forte détonation ébranle l\u2019air, les corps des deux victimes s\u2019abattent enlacés sur le sol.Les soldats n\u2019avaient point fait attention que l\u2019ordre ne leur avait pas été donné par leur chef: ils avaient obéi.De ces deux enfants si vivants une minute auparavant il ne restait plus que deux cadavres.Le voeu d\u2019Henriette était exaucé, son \u2018âme et celle de son ami s\u2019étaient exhalées dans un même soupir.Le lieutenant Allemand était jeune, et Henriette, avec ses cheveux d\u2019or, lui rappelait sans doute quelque Frolem laissée au pays, car ses prunelles claires étaient devenues humides.Sa pensée entrevoyait le drame de ce roman d\u2019amour auquel les balles de ses hussards venaient de donner un dénouement si tragique et il murmura sourdement: Ç \u2014Voilà une bien triste fin d\u2019idylle.Maintenant les cavaliers ont repris le chemin de Meulan, et Guillaume Bau- driller est agenouillé dans la boue, la tête inclinée vers les corps étendus, d\u2019un oeil fou de douleur.CL Ses mains tremblantes palpent cet étre qu\u2019il aimait et dont il a fait le malheur.Ses mains se tachent de sang.de ce sang qui est son propre sang.C\u2019est sa fille.c\u2019est son enfant que son orgueil, sa haine ont tué.Il souffre, mais il peut 8e frapper la poitrine, il l\u2019a bien mérité.On comprend, en le voyant, les grandes douleurs humaines.\u2014I!1 faudra ne donner qu\u2019une seule tombe à ces deux enfants, prononce près de lui la voix austère et émue du vieux pasteur qu: s'était avancé.Guillaume se redressa soudain et s\u2019écria en s\u2019arrachant les cheveux: \u2014Oh! la malheureuse.est-il possible qu\u2019elle ait été folle à ce point.\u2014Elle avait la passion de l\u2019amour comme vous aviez celle de la haine, Guillaume, fit sévèrement le prêtre.Le meunier cache sa tête dans ses mains et comme les habitants, consternés, s\u2019approchaient, le vieux curé de Tes- sancourt, inclinant sa vénérable tête blanche, se mit à prier. RLLDOO GL cz gent Otatiti 7 ire ti Gt DE CRAQUE pra Beith A A fhe a gat tooo A 4 puis À Une ; + Ph i ; Rotts of el I ge 2 Al 3 SO 00000000 000000000000 0000 00000000 000000000000 it OÙ iT Û ; ; : | irl A DEUX ETAGES du a En a Es a SITE \\ > 77 fe re Ny te 1 of EX == DR » Et, + A + tr Put 4 ! \u201cou a ; En ~~ i A | J SA ht Ki y SY Li fH es Gt Ge LP, < | CEE i | ; \"4 dard A Rte + he a dg > Bi.Bie 1,1 { 73 és ol 4 ex ; i \u20ac Pr 1 AN a wm Ee $55 3 oL 7.He ES 25 TE EA 4 ES Lh rE Sih Ue 472 \\ , a 7, 34 Fe Mn A Ci Wr JE EE | \u2018 hit! i _ 8 (2 (dy 0 / 5 AY NN Rat ih fit.it Il faudra bien en venir là.tel MA dy Hy Pt ; te BE 19 0 us dt a goes 00e 0000000000 000000000000 000000000000 00000000 00000000 000000000060 00000 fe Wt, G0000000000000000000000000000000000000000000000000 10 ¥] Qu 4 ie! it fh qu it, Hi hy Bl hd 1 150 But Pi fi Ft die i th od [ii ™ fi iH te i is sy 8 Cf THA i i Vy : POY A ii A ih i di ' Cu, Li + dk E fh fh ada NES IR bial pog Ra AMMEN 2 ICU aes td Sa O RGO SDS SE ti OO Le MS oc SEN oc L'Amour du Pays | Par Chateaubriand \u2019INSTINCT affecté à l'homme, le plus beau, le plus moral des ins- IL tincts, c\u2019est l'amour de la patrie.Si cette loi n\u2019était soutenue par un miracle toujours subsistant, et auquel, comme à tant d\u2019autres, nous ne faisons aucune attention, les hommes se précipiteraient dans les zones | tempérées, en laissant le reste du globe désert.On peut se figurer quelles calamités résulteraient de cette réunion du genre humain sur un seul point de la terre.Afin d\u2019éviter ces malheurs, la Providence a, pour ainsi dire, attaché les pieds de chaque homme à son sol natal par un aimant invin- A cible.©, x x X Les glaces de l\u2019Islande et les sables embrasés de l\u2019Afrique he manquent point d\u2019habitants.Il est même digne de remarque que, plus le sol d\u2019un pays est ingrat, plus le climat en est rude, ou, ce qui revient au même, plus on a souffert de persécutions dans ce pays, plus il a de charmes pour nous.Chose étrange et sublime, qu\u2019on s\u2019attache par le malheur, et que l\u2019homme qui n\u2019a perdu qu\u2019une chaumière soit celui-là même qui regrette davantage le toit pater- : nel! La raison de ce phénomène, c\u2019est que la prodigalité d\u2019une terre trop \u201cà fertile détruit, en nous enrichissant, la simplicité des biens naturels qui se forment de nos besoins; quand on cesse d\u2019aimer ses parents parce qu\u2019ils ne nous sont plus nécessaires, on cesse, en \u20acffet, d\u2019aimer sa patrie.x x X 3 Tout confirme la vérité de cette remarque.Un sauvage tient plus à sa a hutte qu\u2019un prince à son palais, et le montagnard trouve plus de charme à sa montagne que l\u2019habitant de la plaine à son sillon.Demandez à un ber- A ger écossais s\u2019il voudrait changer son sort contre le premier potentat de la terre.Loin de sa tribu chérie, il en garde partout le souvenir; partout, ; 11 redemande ses troupeaux, ses torrents, ses nuages.Il n\u2019aspire qu\u2019à A manger du pain d'orge, à boire le lait de la chèvre, à chanter dans la val- 42 lée ces ballades que chantaient aussi ses aïeux.Il dépérit s\u2019il ne retourne 3 au lieu natal.C\u2019est une plante de la montagne, il faut que sa racine soit dans le rocher; elle ne peut prospérer si elle n\u2019est battue des vents et des 3 pluies; la terre, les abris et le soleil de la plaine la font mourir.x x x Si l\u2019on nous demandait quelles sont donc ces fortes attaches par qui nous sommes enchaînés au lieu natal, nous aurions de la peine à répondre.Re C\u2019est peut-être le souris d\u2019une mère, d\u2019un père, d\u2019une soeur; cest peut- a être le souvenir du vieux précepteur qui nous éleva, des jeunes compa- K gnons de notre enfance; ce sont peut-être les soins que nous avons reçus d\u2019une nourrice, d\u2019un domestique âgé, partie si essentielle de la maison ; fi enfin, ce sont les circonstances les plus simples, si l\u2019on veut même, les plus 9 triviales: un chien qui aboyait la nuit dans la campagne, un rossignol qui ni revenait tous les ans dans le verger, le nid de l\u2019hirondelle à la fenêtre, le ÿ clocher de l\u2019église qu\u2019on voyait au-dessus des arbres, l\u2019if du cimetière, le tombeau gothique ; voilà tout. Lite EféaFedatte0.=.ores Sane 7 FRE ene een, .t ane momen EE py ih ee 3 - E TEMPS était très beau, très calme, l\u2019azur intense, ouaté seulement, çà et là, de quelques bandes floconneuses, de fines gazes blanches, qui traînaient au ciel, comme des écharpes lâches.En passant devant l\u2019entrée de la grand\u2019'chambre et de la chapelle, où l\u2019assistance est nombreuse, nous percevons un bruit de chants et d\u2019orgues: c\u2019est l\u2019office qui va s\u2019achever en procession.Dans la cour, il y a du monde, mais point de foule; des toilettes printanières, des ombrelles rouges et mauves, des chapeaux fleuris, des complets clairs.Ces élégances de petite ville ne font pas trop mal au balcon de la galerie supérieure, dans l\u2019encadrement des bois découpés.Il y a aussi quelques voyageurs, des artistes, des correspondants de journaux illustrés, heureusement point de \u201ctouristes\u201d.Plusieurs appareils photographiques se préparent à braquer leur artillerie sur le cortège attendu.Tout cela n\u2019est guère du temps.Seuls, quelques mendiants en haillons, quelques vieillards à barbe moisie, semblent avoir hé- rité, des loqueteux et béquillards du moyen âge, leur aspect de délabrement et de vétusté.Au bout de la cour, un jeune garcon d\u2019une dizaine d\u2019années est couché dans un lit formant boîte allongée.Sans doute, c\u2019est un petit coxalgique, que les soeurs ont sorti pour lui faire respirer l\u2019air et voir la fête.Il est là, le pauvret, prisonnier sous ses draps qui lui montent jusqu\u2019aux épaules, toujours étendu, immobile, façonné et comme résigné à sa pose de paralytique: un peu de vie, Fete-Dieu dans un Hopital prs itt HEH tas (tits 00 sre a pq ASE SEE Cet eva FIV I 0700005 crane MERS arme amp RE TT ° + ] ses?oo 4 pourtant, et d\u2019espoir luit dans ses yeux, comme s\u2019il attendait un miracle.Par un escalier en spirale, nous montons au promenoir d\u2019en haut et le parcourons dans sa longueur, à travers des frôlements de jupes et des murmures de causeries.Arrivés près de la tourelle d\u2019angle, on nous fait jeter un coup d\u2019oeil en arrière: à travers les ouvertures supérieures de la galerie, le regard prend d\u2019enfilade la double ligne des louvres, et la succession des saillies, I\u2019en- chevétrement des déchiquetures, les tons de mine de plomb tranchant sur l\u2019azur, donnent l\u2019ilusion d\u2019une étrange végétation aérienne, noire, compliquée, griffue, qui se prolongerait, au plus loin des espaces bleus, en un infini d\u2019efflorescences métalliques.\u2014C\u2019était plus beau naguère, nous disent les érudits de l\u2019endroit, ceux qui vivent dans le passé local et le scrutent.* * x Naguère, des rehauts d\u2019or, de vermillon, d\u2019azur, étincelaient sur les profils et les frontons des louvres; la façade intérieure était enluminée comme une page de missel.Le clocher qui surmonte la porte d\u2019entrée posait dans une gerbe de pinacles: autour de sa base, les écussons des premières familles\u201d de la province, protectrices de l'hôtel, resplendissaient.Les tuiles des toits étaient coloriées, et des zébrures vertes, des losanges jaunes et rouges, avec des touches d\u2019un blanc cru, faisaient aux sveltesses de l\u2019architecture, un fond d\u2019éblouissante polychromie.Rapidement évoquée, cette fantasmagorie de couleurs s\u2019évanouit: un mouvement dans les groupes, un frémissement léger, succédant à la lassitude de l\u2019attente, nous ramène \u201c1 \u201cnn iH Fit Bt Bu, 54 La Revue Populaire À la réalité et annonce que la procession va sortir.\u2019 Nous prenons plgce sur le balcon en face de l\u2019endroit où elle doit se montrer, en face du porche d\u2019entrée, flanqué de ses deux tours.Les chants de la chapelle viennent à nous, maintenant, plus forts, plus distincts; ils s\u2019élèvent en bouffées triomphantes, où percent des voix claires d\u2019enfants, et l\u2019orgue tempête.Soudain, comme signal, le carillon du clocher se met en branle; sous les coups du trézeleur, de l\u2019artiste spécial en qui s\u2019est perpétué l\u2019art des vieux carillonneurs flamands, les cloches accordées à divers tons tintent l\u2019une après l\u2019autre: sur un rythme un .peu boiteux, qui a ses saccades et ses trous,, elles entamaient un air d'autrefois, aigrelet et vieillot.Entre les deux tours jaunes, un suisse, tout de rouge habillé, paraît, grand et gros, armé d\u2019une hallebarde à fer rouillé, à manche pointillé de clous étincelants.Marchant à petits pas, avec une gravité tempérée de bonhomie, avec un dandinement qui prétend à la majesté, il précède la procession, qui oblique aussitôt vers notre gauche.Des servants d\u2019église, vêtus de noir, portent la croix, au bout d\u2019une longue tige de métal et la bannière de l\u2019hôtel, rouge et bleue, où l\u2019inévitable colombe plane entre la tour et les clés.Ensuite, c\u2019est un moutonnement de têtes frisées: des enfants de choeur en surplis frangé de dentelle et en soutane rouge, avec des couronnes de fleurs, avec des corbeilles d\u2019où s\u2019échappe, en tourbillon léger, un effeuillement de roses; des frères de la doctrine chrétienne, en robe noire et rabat empesé ; et, quand un arrêt de la marche interrompt le bruit des pas, des prières psalmodiées à \u2018haute voix, montent jusqu\u2019à nous.Mais, déjà, le clergé s\u2019avance, la splendeur des dalmatiques, la chasuble de l\u2019officiant, sous le dais au quadruple bandeau de satin blanc, orné de panaches traditionnels: et la pâle Hostie se détache en blanc parmi les fulgurations de l\u2019ostensoir.A la suite du dais et tout contre, un spectacle ravissant parait: un béguinage de Lilliput, un lot de fillettes dont la plus âgée n\u2019a pas dix ans, costumées exactement à la façon des soeurs hospitalières de Beaune, CT a i d\u2019après une vieille coutume de l\u2019endroit.Elles sont charmantes, ces bambines, sous leur hennin presque aussi grand qu\u2019elles et sous le voile qui encapuchonne leur petite physionomie sérieuse ; il en est une si jeune que deux autres doivent lui donner la main et soutiennent son mignon corps rondelet, qui oscille de droite et de gauche, avec un balancement drôle.Puis, viennent des jeunes filles, vêtues de blanc: elles portent des cierges allumés ; mais la clarté du jour décolore la flamme et lui laisse à peine une teinte vermeille.Après, des prêtres encore, des surplis à ailes: l\u2019aumônier, le Beau-Père, directeur spirituel de la maison, se distingue en étole et camail, et la communauté le suit, progressant dans sa hiérarchie; les postulantes d'abord, en robe noire, coiffées d\u2019un bonnet tuyauté qui se relève légèrement en pointe au sommet de la tête; les novices, dont le costume est déjà celui de la maison, avec la robe noire, pourtant; les professes, enfin, les religieuses hospitalières, marchant ou, plutôt, glissant sur deux files, toutes gantées de blanc, soutenant, d\u2019une main, leur bréviaire ouvert et, de l\u2019autre, la longue traîne de leur robe couleur de cire, l\u2019air si noble et si haut, sous leur grande coiffe, qu\u2019on dirait un cortège d\u2019abbesses.La courte et gracieuse procession prend la cour de biais, s'engage dans la salle Saint- Louis, située sous le pavillon Louis XIV : nous l\u2019y rejoignons.C\u2019est encore une pièce spacieuse et haute, qu\u2019enrichit, en son milieu, une belle fontaine à vasque de marbre.Un demi-crépuscule règne dans la salle, ravivant la flamme des cierges, et, sur les degrés de l\u2019autel, l\u2019ostensoir s'élève entre les bras du prêtre, comme un astre d\u2019or, bénissant la foule, bénissant les malades agenouillés au pied de leur lit, tandis qu\u2019un grand saint Antoine, se détachant, en costume d\u2019évêque byzantin, sur une tapisserie à fond rouge, semble présider à la cérémonie.Puis, la procession ressort, traverse de nouveau une partie de la cour et s\u2019enfonce dans le couloir du fond, pour se rendre au reposoir, placé à l\u2019entrée du jardin.En revenant, elle se glisse sous la galerie basse ; et tout près de nous, presque à nous frôler, repassent le dais cahoté au-dessus des groupes, les petites filles embéguinées, les satus LL Car dames blanches et les femmes pâles.Les voici dans la salle Saïnt-Hugues, sise à l\u2019opposé de la salle Saint-Louis et à l\u2019autre extrémité de la cour.Nous sommes là en plein siècle de Louis XIV: de grandes peintures, exécutées par un médiocre contemporain de Lebrun, tapissent entièrement les murs de leurs fonds fauves, de leurs sujets embrumés: sur l\u2019autel, des cadres feuillus enferment des médaillons sans caractère ; la grande dévotion du dixseptième siècle n\u2019a point su créer, ici, un art à son image.Après cette halte, la procession continue ses tours et ses détours, car il faut que Dieu visite chaque chambre de malade et porte, partout, le réconfort de sa présence.Elle reparaît, parfois, dans la cour.Sur son passage, les femmes s\u2019agenouillent et se signent, les petits enfants font leur prière: la conversation des hommes s\u2019interrompt à peine, car toute contrainte, toute solennité même est bannie de cette fête, qui garde, jusqu\u2019à la fin, un caractère d'intimité presque familiale.Il apparaît bien que Dieu est, ici, chez lui, qu\u2019il se fait hospitalier, accessible à tous, qu\u2019il met chacun à l\u2019aise et ne trou- FETE-DIEU : Avant la procession (Tableau d\u2019Entraygues).Fête-Dieu dans un Hôpital 55 | ve pas d\u2019inconvénient à tolérer certaines libertés, se sentant sûr de son empire et seigneur incontesté des âmes.Avant même qu\u2019il se soit retiré en son sanctuaire, il n\u2019interdit pas aux esprits de se détendre et permet qu\u2019on s'amuse.Dès que la procession s\u2019éloigne un peu, le carillon s\u2019'égaye en sonorités profanes, en refrain séculiers; il est vrai que ce sont des airs de l\u2019autre siècle.Parmi les modulations diverses, nous reconnaissons l\u2019air: J\u2019ai du bon Tabac.Puis, sans façon, le clavier d'airain joue le Bon Roi Dagobert à la barbe de saint Eloi, occupé, sur un tapis fleuri, à perpétuer son miracle.Ayant épuisé, enfin, ses virtuosités, le carillon s\u2019arrête court, sur une note haute, dont la vibration se prolonge, un instant, dans l\u2019air immobile et meurt.Autour de nous, l\u2019aspect des choses se transforme, sous les variations de la lumière.Le soleil, qui s\u2019abaisse sur l\u2019horizon et va bientôt quitter la cour, n\u2019éclaire plus que les tapisseries faisant face au couchant ; mais il les imprègne d\u2019une lueur plus chaude, d\u2019un éclat plus intense, succédant à l\u2019or tendre du matin.EMI Se CO ee eee ver PR EIRE a RES TR ER TT RER OI EE OO EEE CRE ET Te a oy Ré OO OO OU A ah ii vo ERO COCO CARA ADO DOUCE RAA RERO I 56 La vue de ees beaux atours, d'apparence avec l'heure, diversifiant sans cesse leurs magnificences, fait mieux com- -prendre à quel point les décorateurs d\u2019autrefois eurent le sentiment et la maîtrise de leur art, eux qui ne tenaient pas les tapisseries perpétuellement reléguées dans les églises et les appartements, qui aimaient à les exposer en plein air et en faisaient le luxe extérieur des jours de fête.Hardiment, ils les appliquaient alors au fronton des cathédrales, sous le péristyle des palais, sur les facades des demeures; ils faisaient se mouler, sur les courbes et les saillies de l\u2019architecture, ces grands tableaux souples, aux nuances délicieusement fondues; ils les livraient au soleil, qui ravivait leurs tons et changeant - La Bevue Populaire.se jouait à l\u2019aise dans leurs moelleuses profondeurs.So À se figurer -ces spectacles d\u2019après celui.que nous avons sous les yeux, on se sent plus d\u2019horreur pour les pauvretés de -notre faste public, pour les banales tentures ponceau, aux teintes plates et opaques, que le goût moderne rend inséparables de nos fêtes officielles.Qu\u2019elles étaient mieux inspirées, ces générations réputées barbares, lorsqu\u2019elles déployaient, sur le passage des grands de la terre ou des pompes religieuses, une harmonie de couleurs, un monde de formes et d\u2019êtres imaginaires, et donnaient aux vivants cortèges, aux entrées, aux processions, aux triomphes, cet accompagnement.de chatoyantes visions! Soir de Juin A M.A.C.Lanoue Les corneilles s\u2019en vont, là-bas dans la campagne, Et dans l\u2019horizon bleu déjà le soleil dort.L\u2019ombre, dans le lointdin profil de la montagne Cache, sous son linceul, la forêt qui s\u2019endort.Le troupeau de boeufs va du friche à la chaumière, Parcourant le sentier battu jusqu\u2019à l\u2019enclos ; Il s\u2019arrête et s\u2019abreuve au bord de la rivière, Puis longe le chemin qui conduit au champ clos.La nuit déjà s\u2019épanche au revers de la plage, Et la lune apparaît dans son lustre vermeil; L\u2019airain gronde et répète au beffroi du village L\u2019heure de la prière et l\u2019heure du sommeil.Dis pour le paysan un refrain d\u2019allégresse, Sonne l\u2019heure qui fuit, airain, dans ton clocher ; Pleure les trépassés; sonne un glas de tristesse Et l\u2019écho grondera dans les rocs du rocher.La nature s\u2019endort dans la nuit étoilée, Et les bouleaux branchus tremblent sous l\u2019aquilon ; Le silence s\u2019est fait au sein de la mélée, Les corbeaux sont muets dans les pins du vallon.Antonio VALLEZE.Boucherville, 1909.PERRET TE 9 ; .| us Lata tts Lue Bre ire AL a ai tri ditheits LL 1 ob nr enoodt tie die Lo! \u2014C\u2019est un petit vin canadien, excellent en mangeant.\u2014En mangeant, peut-être, mais pas en buvant! ® \u2014Coute donc, Chose.- \u2014Quoi?\u2014C\u2019est aujourd\u2019hui la St-Jean-Baptiste.\u2014You bet! \u2014Qu\u2019est-ce que tu dirais si on mouillait ça ?\u2014Compte sur moi Narcisse.hic! \u201d Certains maris comptent que leur femme aura de la religion pour toute la famille.» Bribe de plaidoyer: \u2014Et au fond, messieurs, qu'est-ce qu'un assassin?C\u2019est un philosophe qui ne trouve pas nécessaire que tout le monde vive! se On dit qu\u2019il est facile d\u2019arrêter un cheval pris d\u2019épouvante en lui pinçant le nez.Le point délicat est de mettre en relations étroites une paire de doigts et ledit nez.La popularité qui s\u2019achète ne vaut pas l\u2019argent qu\u2019elle coûte.& ha CHEZ LA COUTURIERE \u2014Comment me va-t-elle, ma robe Directoire?\u2014La robe de madame lui va délicieusement.maintenant, il ne reste plus à madame qu\u2019à apprendre à marcher avec! & \u2014Mais oui, madame! j\u2019ai un gros garcon.tout mon portrait.\u2014Pauvre petit!.Enfin! du moment qu'il se porte bien! Vie > ee T= ÿ } = il Il 1 | > Une solution à une difficulté.Her MELE Bit Bt ; be SE pie F Ft REED EE 3 ve , 5 3 3 > 2 3) 2 0) 4 NM ) A 3 5 0) 5 \\ i: 3 = na À : BL - À 8 58 La Revue Populaire \u2014ÂAvant cent ans, monsieur, les airs seront habités.il n\u2019y aura plus personne sur la terre.\u2014Je crois bien.d\u2019abord dans cent ans, nous serons dessous! \u201d Une des rares consolations pour l\u2019endetté, c\u2019est de se rappeler qu\u2019il a eu du crédit.\u201d Le bruit de l\u2019argent sonnant chasse Ile sommeil plus efficacement que le réveille- matin.se Il faut qu\u2019un cancan soit désespérément sec pour qu\u2019une femme ne puisse Ie féconder.se Le silence est la seule langue comprise partout.\u20ac Les célibataires endurcis, et les veuves qui ne le sont pas, sont considérés comme les deux grands microbes du bonheur des filles à marier.se Chez lui, le mari grogne au sujet de la dépense ; au dehors, il en tire vanité.& On se rend vite populaire en écoutant des histoires drôles sans chercher à en conter soi-même.Quand leur mari est un peu plus avenant et empressé, certaines femmes les récompensent en devenant plus soupconneuses et plus vigilantes.4 On parle de l\u2019esprit d\u2019initiative d\u2019une jeune demoiselle qui s\u2019est fait une forme de chapeau avec une roue de bieycle.+ ~~ \u2014Mais, madame, est-ce là le nouveau logement que vous avez loué?\u2014Oh ! non : c\u2019est un flat que j'ai retenu pour mes chapeaux seulement.e Pour intéresser certaines gens aux affaires de leur pays, il faudrait que ces affaires ne fussent pas de leurs affaires.e Quand un homme n\u2019a que lui à blâmer, il ne se fâche pas au point de saigner du nez.æ L\u2019Orégon qui se plaignait de la rareté de femmes va avoir à s\u2019en plaindre davantage, j'ai bien peur, sa Chambre ayant limité à = dix pouces la longueur des épingles à chapeau.\u2014P\u2019pa ! \u2014Quoooi ?\u2014Arréte donc de manger.Avec ta bouche, t\u2019empêches le petit de dormir. mieu OU a LL Du ta NL AO rd ENDANT des siècles, dit une revue de France, les feux de la Saint-Jean ont été une de nos vieilles traditions de fête religieusement et gai- ment suivies par nos bons aïeux.Il n\u2019y a pas très longtemps encore que, dans tous les villages, et dans tous les faubourgs des villes de 14 contrée, par la plaine Et sur les coteaux roux à l\u2019entour étagés, on voyait, la veille de la Saint-Jean, monter vers le ciel plein d\u2019étoiles, les flammes claires des feux de joie et se dérouler les folles farandoles.D\u2019autres plaisirs attirent aujour- d\u2019hui notre jeunesse.Filles et garçons plaisantent volontiers des superstitions charmantes: la réussite dans ses amours, la protection contre les mauvais sorts, qui étaient attachées aux pratiques de cette fête du feu.Cependant la tradition n\u2019est pas encore perdue et dans bien des campagnes on dansera autour des joyeuses flambées du bûcher de fagots de la Saint-Jean.D'ailleurs toutes les superstitions conservent sur notre esprit plus d\u2019influence atavique que nous ne voulons nous l'avouer.Aussi est-ce avec un intime espoir que maints gars, au village, tourneront trois fois autour du feu et emporteront un tison pour le déposer au chevet de leur lit et le trouver, à leur réveil, enroulé de quelques cheveux de la femme de leurs rêves.De même, on sautera à la queue-leu-leu à travers les flammes basses du foyer pour se préserver, toute l\u2019année durant, des maladies et des maléfices.C\u2019est dans la Bretagne, le pays où la légende et la tradition sont restées le plus vivaces, que les coutumes de la Saint-Jean ont Les Feux de la St-Jean conservé leur caractère le plus original et le iy MST ft plus poétique.La, il est toujours d\u2019usage de disposer autour du foyer en plein air des sièges sur lesquels les ancêtres et les parents défunts sont censés prendre place.Le curé allume lui-même le feu à moins qu\u2019on ne procède comme dans cette paroisse d\u2019Arzannô, dans ia Cornouaille, que Brizeux, le doux poète de La Harpe d\u2019Armorique, a rendu aussi célèbre dans l\u2019histoire de la poésie que le village d\u2019Auburn de Goldsmith ou le village de Gtiinau de Voss.Le tas d\u2019herbes et de fagots est élevé sur la place de l\u2019église et, par un mécanisme de cordes et de poulies, on fait descendre du clocher un jeune garçon déguisé en ange et qui tient une torche enflammée ; il allume le feu et remonte vers le ciel aux acclamations de l\u2019assistance.C\u2019est saint Michel Archange, chef des milices célestes, regardé comme le patron de la France et particulièrement vénéré en Bretagne, - Sur ses ailes de feu, comme un oiseau du ciel, Sa torche dans la main, descendra Saint (Michel.C\u2019est également en Bretagne que les jeu- ,nes filles, pour être certaines de trouver un mari dans l\u2019année, vont danser, la nuit de la Saint-Jean, autour de neuf feux différents.Là encore, celle qui rêve d\u2019un époux, s\u2019astreint 4 jeuner tout le jour, puis, à minuit, met sur la table un couvert avec du pain, du fromage et de l\u2019ail et laisse la porte ouverte au fiancé souhaité.Il est des déceptions, mais le plus souvent le galant vient sS\u2019attabler et la petite cérémonie familiale n\u2019est que la consécration des fiançailles déjà convenues.En Provence, on suspend au-dessus du bûcher, au bout d\u2019une haute tige de fer, une couronne de roses naturelles, assez haut pour qu\u2019elle ne puisse brûler, mais simplement se de, Et Hérutésie.de -, , curé: tt MN ANGES Or is EE ds a es cl IER HOA .ait pits ile 60 La Revue Populaire dessécher, et, quand le brasier est à peu près éteint et qu\u2019on a une dernière fois sauté pardessus l\u2019amas de tisons, on descend la couronne et chacun en détache une fleur qui sera, jusqu\u2019à la Saint-Jean prochaine, le talisman de la maison.C\u2019est aussi d\u2019un chapeau de roses que la municipalité de Paris couronna Louis XIV quand, en 1648, il vint, suivant l\u2019usage, mettre le feu à l'immense bûcher qui était élevé, tous les ans, à la Saint-Jean, sur la place de Grève, sans préjudice des feux de joie de chaque quartier.La torche était un flambeau de cire blanche garni de velours cramoisi.Sauval raconte, dans ses Histoires et Recherches des antiquités de la ville de Paris, qu\u2019au feu de Grève de 1572, Charles IX prit plaisir à attacher au bucher un sac contenant deux douzaines de chats qui furent ainsi brûlés vifæ et dont les cris de douleur le divertirent fort.Louis XV fut le dernier roi qui alluma les feux de la Saint-Jean.L\u2019honneur en fut, \u2018après lui, abandonné aux magistrats de la \u2018Cité.Puis vint la Révolution et c\u2019en fut fini de la vieille coutume parisienne.Elle n\u2019était cependant pas sans caractère, si nous nous en rapportons à cette description que l\u2019annaliste Dulaure en a donnée: * Au milieu de la place de Grève était planté un arbre de soixante pieds de hauteur, hérissé de traverses de bois auxquelles on attacha cinq cents bourrées, deux cents cotrets.Au pied étaient entassées dix voies de gros bois et beaucoup de paille.Cent-vingt ar- cherg de la ville, cent arbalétriers, cent arquebusiers y assistaient pour contenir le peuple.Les joueurs d\u2019instruments, notamment ceux qu\u2019on qualifiait de grande bande, sept trompettes sonnantes accrurent.le bruit de la solennité.Les magistrats de la ville, prévôts des marchands et échevins, armés de torches de cire jaune, s\u2019avancèrent vers l\u2019arbre entouré de bûches et de fagots, présentèrent au roi une torche de cire blanche, garnie de deux poignées de velours rouge, et Sa Majesté, armée de cette torche, vint gravement allumer le feu.\u201d En 1620, Anne d'Autriche vint à l\u2019Hôtel- de-Ville avec Louis XIII vers quatre heures; elle y dansa un branle où elle fut menée par le comte de Soissons.Après la collation, on lui présenta, ainsi qu\u2019au roi, une écharpe blanche décorée d\u2019oeillets et de giroflées et un superbe bouquet de fleurs pareilles.Le gouverneur de Paris, M.de Liancourt, le prévôt, les échevins, s\u2019ornèrent de roses et le feu fut mis par le roi, après qu\u2019il eût fait les trois tours d\u2019usage autour du bûcher.Pour finir, le prix-fait du plaisir que le plus cruel des derniers Valois s\u2019était offert comme on a vu: | \u201cA Lucas Pommereu, l\u2019un des commissaires des quais de la Ville, cent sols parisis, pour avoir fourni, durant trois années, finies à la Saint-Jean 1573, tous les chats qu\u2019il falloit audit feu et mesme, il y a un an, un renard pour donner plaisir à Sa Majesté et pour avoir fourni un grand sac de toile où estoient lesdits chats.\u201d Euvoi de Moses Si la plus rose de ces roses, Semblant renaître chaque jour, Près de ton coeur, quand tu la poses, Parle tout bas de douces choses, Garde-la bien: c\u2019est mon amour.Mais s\u2019il est une de ces roses, Qui s\u2019ouvre, muette, vers toi, Pour effleurer, pâle d\u2019émoi, Tes chères lèvres mi-décloses, Elle est mon baiser: rends-la moi.Vicomte de BoORRELI. 'INTERET que les Canadiens- Français ont toujours ressenti pour tout ce qui a trait à Roosevelt et la sympathie large et franche que celui-ci ne leur a jamais ménagée, sont garants du plaisir que nos lecteurs auront à prendre connaissance de ce qui suit \u2014 l\u2019article est d\u2019ailleurs d\u2019un attrait de premier ordre par les choses (absolument inédites ici) qu\u2019il fait connaître.C\u2019est M.S.Lauzanne qui parle.= 3 * Il y a un an, comme je faisais antichambre à Washington pour être reçu par M.Roosevelt, je remarquai dans les salons de la Maison-Blanche un homme autour duquel tout le monde s\u2019empressait.Il tenait à la main un rouleau de papier qu\u2019il serrait précieusement entre ses doigts et je ne doutai point que ce fût quelque important traité apporté par quelque grave ambassadeur.Je m\u2019informai de son nom.\u2014(C\u2019est M.Selous, me répondit-on.Roosevelt a l\u2019affût Le pays qui l'a attiré un \u2014M.Selous?fisje.Un envoyé extraordinaire?Un gouverneur?Un sénateur?\u2014Bien mieux que tout cela, my dear sir.Un tueur de lions!.\u2014Un tueur.\u2014Oui, le plus fameux tueur de lions d\u2019Afrique.Il vient apporter au président le rapport adressé au Foreign Office par le colonel Patterson, ingénieur en chef du chemin de fer de l\u2019Ouganda\u2026 Je regardai dès lors avec respect la personne de M.Selous et avec déférence son rouleau de papier.Il faut croire que tous deux furent bien éloquents, puisque huit jours plus tard on annonca officiellement \u201c qu\u2019au printemps de 1909, M.Roosevelt irait chasser le lion en Afrique \u201d.En tout cas, si je ne sais ce que raconta M.Selous, je sais parfaitement ce que raconta le rouleau de papier, puisque le rapport du colonel Patterson vient d\u2019être livré à la publicité.Et c\u2019est de cet extraordinaire rapport que je voudrais vous parler.% #% # Lorsque le colonel Patterson fut nommé par le Foreign Office ingénieur en chef du TTR T Are i ta êtes votssgé QUOI GRO BA CIE ree CAE AAR \u2019 \u2019 + oodésidéstanahétsocacshitnan oo 62 La Revue Populaire chemin de fer de l\u2019Ouganda, avec mission d'accélérer autant que possible les travaux de ce chemin de fer, il fit aussitôt ses préparatifs de départ.En vingt jours, un paquebot l\u2019amenait à Mombasa, En deux jours, un train spécial l\u2019amenait au pied du massif du Kiliman-Saro.Là, il croisa un collègue qui s\u2019en retournait en Angleterre.\u2014Comment vont les travaux?s\u2019enquit-il.\u2014Mal.\u2014Pourquoi?\u2014Parce que les lions s\u2019opposent à ce qu\u2019on continue le chemin de fer.Le colonel Patterson sourit.Mais, en arrivant a Tsavo, point terminus de la voie ferrés, il perdit le sourire.Les camps d\u2019ouvriers étaient dans un état d\u2019affolement indescriptible.Partout la terreur.Partout la panique.Presque sans mot dire, on le conduisit à travers la brousse, et le spectacle qui s\u2019offrit soudain à sa vue dépassait en horreur tout ce qu\u2019on peut imaginer.Une petite clairière avait été transformée en une véritable mare de sang.Dans cette mare surnageaient seuls quelques ossements blanchâtres; mais, après les lianes environnantes, il y avait des morceaux de chair qui étaient restés accrochés, et sur une touffe gisait une tête humaine absolument intacte.Les yeux étaient grands ouverts, figés par la terreur, tandis que la bouche contractée, semblait pousser un dernier cri d\u2019appel.Les viscères du cou laissaient encore s\u2019échapper une à une des gouttes rougeâtres.\u2026.Les coolies racontèrent le drame.La veille, à la tombée de la nuit, l'homme dont il ne restait que la tête avait été emporté par un lion qui l\u2019avait traîné jusque-là.On n\u2019avait entendu qu\u2019un cri, long et déchirant comme un cri d\u2019agonie, puis quelques sourds gémissements et des craquements d\u2019os.Dans la brousse, inextricable, nul n\u2019avait pu s\u2019aventurer.Et cet ouvrier était LE DIX-SEP- SEPTIEME dont les fauves se repaissaient depuis deux semaines.+ 4 Le nouvel ingénieur en chef tenta de rassurer les ouvriers et prit des mesures de précaution.Il ordonna qu\u2019on entourât chaque camp d\u2019une forte palissade de bambous et de fils de fer, qu\u2019on gardât un grand feu Re TAPIE PRESENT OPEN TES allumé toute la nuit et qu\u2019on fit retentir des sonneries de gong.En même temps, il placa un peu partout des veilleurs armés de fusils.Cependant, deux jours plus tard, par une dérision extraordinaire, le lion revint et enleva un des veilleurs.Il s\u2019était approché si doucement que l\u2019alarme n\u2019avait pu être donnée et que l\u2019homme n\u2019avait même pas pu faire usage de son arme.On la retrouva quelques kilomètres plus loin avec la main crispée qui la tenait encore; et cest d\u2019ailleurs tout ce qu\u2019on retrouva.Plus affreuse encore fut la mort d\u2019un pauvre porteur d\u2019eau qui avait été relégué dans l\u2019hôpital du camp.Il était couché sous une tente, la tête vers le milieu et les pieds vers le bord, quand, la nuit, le lion surgit.II chercha d\u2019abord une issue pour pénétrer dans l\u2019enclos de toile, mais l\u2019enclos était, paraît-il, solidement barricadé.Brusquement, il avisa près d\u2019un piquet de fer cette jambe de dormeur qui n\u2019avait rien entendu.Il la saisit dans sa mâchoire et tira.Mais le porteur d\u2019eau, réveillé, poussa un hurlement de douleur «et désespérément s\u2019accrocha aux supports de la tente.Alors, il y eut une lutte brève et atroce.Le lion, comprenant qu\u2019il n\u2019étoufferait pas les cris de cette victime et qu\u2019il ne l\u2019aurait pas toute entière, commença à dépecer sur place la jambe qu\u2019il tenait.Il la tordit, la tenailla, l\u2019arracha et l\u2019emporta, laissant seulement quelques lambeaux après la palissade de fil de fer où il s'était frayé un chemin.L'homme, lui, mourut quelques heures plus tard.C\u2019était la vingt-septième victime ! \u201c Le colonel Patterson, avec des officiers, se mit à l\u2019affûât la nuit.On usa de toutes sortes de stratagémes pour prendre le couple de monstres qui tenait en échec une colonne ouvrière de quinze cents hommes et tout un chemin de fer.On attacha des moutons bêlants à des piquets, près desquels s\u2019embusquaient des tireurs.On construisit des piê- ges de grande dimension, perfectionnés comme ceux dont on se sert pour prendre les loups ou les renards.Rien n\u2019y fit.Jamais le lion n\u2019approcha d\u2019un des pièges.Jamais il ne répondit aux vagissements du mouton.Par contre, malheur à l\u2019homme isolé qui, le jour, approchait de la brousse! Malheur à celui qui restait écarté, le long de la voie ferrée! Le lendemain, on retrouvait dans une ¥ bonita DORE ™ FRR APTN VR TN RER PO A NO E SE ONE PE MERE 4 Le pays qui l\u2019a attiré 63 flaque de sang quelques ossements rongés montrant que le monstre veillait implacablement!.* * * Enfin, au bout de deux mois et après que quarante hommes eurent été tués ou dévorés, la tragédie eut son dénouement.Il était temps.Le colonel Patterson, à bout de ressources, se préparait à demander son rappel au Foreign Office, et les ouvriers\u2014pour la plupart des coolies indiens\u2014exigeaient leur rapatriement.Déjà une centaine d\u2019entre eux avaient arrêté un train de ravitaillement, envahi les fourgons et obligé le mécanicien à les ramener à une centaine de kilomètre en arrière.C\u2019était la grève générale et l\u2019impossibilité de continuer le chemin de fer de l\u2019Ou- - ganda.Une nuit de décembre, le colonel était installé dans son petit blockhaus, attendant invisible lion, lorsque soudain des bruits non équivoques indiquérent son approche.\u2014J\u2019entendis, raconte l\u2019ingénieur en chef, des frôlements de branche de plus en plus rapprochés et j\u2019eus la sensation que le monstre tournait en cercle autour de moi.Je ne voyais rien, mais j\u2019entendais un souffle puissant et des craquements étouffés de lianes et de temps à autre des bonds prodigieux à travers la brousse avoisinante.Seuls ceux qui ont été à l\u2019affût connaissent l\u2019effroyable tension de nerfs, l\u2019angoisse qui peu à peu vous étreint quand vous sentez la bête rôder autour de vous, près de vous, et que vous ne .la voyez pas.Cette angoisse se prolongea pour moi pendant deux heures.Soudain, il me parut qu\u2019à quelques mêtres je voyais deux petites lueurs, et je distinguai une sombre masse mobile.Etait-ce hallucination?Etait-ce réalité?.J\u2019épaulai ma carabine et _ pressai la détente.Il y eut aussitôt un rugissement terrible.C\u2019était bien le lion!.Le sol trembla sous l\u2019effort de sursauts violents et le rugissement fut suivi de grognements qui allèrent en s\u2019éteignant comme un râle.Alors, il y eut dans le campement voisin des cris de joie, des vivats.Cependant, Cest au jour seulement qu\u2019on osa s\u2019approcher.Le monstre était bien mort.La balle était entrée à hauteur de l\u2019épaule gauche et avait pénétré jusqu\u2019au coeur.Il mesurait plus de trois mêtres cinquante de longueur et il fallut 10 hommes pour le porter.Sa \u2018robe, qui était magnifique, avait été déchirée en maints endroits par le fer de nos palissades.Quatre jours plus tard, la femelle du lion qui venait d\u2019être ainsi tué, fut mise à mort par la même main, presque au même endroit.Mais la résistance, cette fois, fut plus terrible encore; il ne fallut pas moins de six balles pour abattre le fauve.Le premier projectile lui brisa une jambe, le second pénétra à l\u2019épaule, deux autres frappèrent au cou.Ce n\u2019est qu\u2019après la sixième que le monstre, rugissant et hurlant, se coucha, rendant le dernier soupir.Une découverte sinistre suivit la mort de ce second monstre; à quelques kilomètres de là, les ouvriers du chemin de fer, lorsqu\u2019ils reprirent le travail, trouvèrent un antre rocheux rempli d\u2019ossements humains, de crânes à demi rongés, de lambeaux de chair pourrie: c\u2019était l\u2019antre des lions.LA gisaient pêle-mêle les restes affreux des cinquante pauvres diables qui, pendant six mois, avaient servi de pâture aux fauves de l\u2019Ouganda ! * * * Tel est le rapport adressé par lz colonel Patterson au Foreign Office.On comprend qu\u2019il ait exercé une séduction spéciale sur l\u2019esprit de M.Roosevelt et qu\u2019il l\u2019ait déterminé à choisir l\u2019Ouganda comme lieu de villégiature et de repos.Cependant, si l\u2019ancien président a, dans sa retraite, gardé un peu de philosophie, il pourra, entre deux coups de fusil, réfléchir aux étranges hasards que courent les entreprises les mieux combinées des hommes! Lorsque Cecil Rhodes et le sirdâr Kitchener concurent leur transafricain, ils avaient envisagé bien des choses: l\u2019acquisition par l\u2019Angleterre de la moitié d\u2019un continent, des travaux gigantesques, l\u2019emploi d\u2019une main- d\u2019oeuvre énorme recrutée jusqu\u2019en Asie, des accords diplomatiques avec tous les pays.On peut même dire qu\u2019ils avaient tout prévu \u2014excepté que deux lions pourraient arrêter le chemin de fer!. PT EE EE EP RS SE ÉTERNEL EE a EE Un Bargain de Juin s\u2019est aggloméré un genre de commerce qui n\u2019est qu\u2019un succédané du véritable commerce, tel qu\u2019il se pratique ailteurs.| L EST un quartier de New-York, où Là, en effet, fleurissent les marchands de seconde main, les fabricants de confection à bas prix, les usuriers.Malheur a qui s'établit dans ce milieu sans être initié à toutes les roueries et à toutes les ficelles de ce qu\u2019on peut appeler le sous- commerce.Il peut être sûr de son affaire.Dans ce quartier-13, le plus court chemin vers le but n\u2019est pas la ligne droite, mais la ligne courbe, la ligne louche.Celle-ci n\u2019existe peut- être pas en géométrie, mais elle existe à coup sûr dans le coin de New-York où s\u2019est déroulée l\u2019aventure plaisante que voici: Papelman, confectionneur en gros, faisant, un jour, l\u2019inspection de son stock, tomba en arrêt devant douze macfarlanes.Il fronça le sourcil.Ces douze macfarlanes étaient de vieilles connaissances.Chaque saison, quand sonnait l\u2019heure de l\u2019inventaire, il les retrouvait au complet.Impossible d\u2019en vendre un seul.En revanche, si les macfarlanes refusaient de s\u2019en aller, leur couleur, plus conciliante, partait graduellement.D\u2019un bleu franc, dans le temps, ils avaient verdi, puis roussi et tiraient maintenant sur une grisaille terreuse, ne conservant plus, de la couleur bleue originale, que des vestiges sous les plis.Papelman, ayant froncé le sourcil, tapa des mains, ce qui, dans la maison Papelman, Shoenewurst et Cie, est un appel conventionnel.A ce signal, bien connu, le fondé de pouvoir Derlinski accourut.D\u2019un geste impérieux, Papelman désigna les macfarlanes : \u2014Eh bien! fit-il, sans autre explication.Toute explication était, du reste, superfiue.Derlinski comprenant parfaitement de quoi il retournait.Il enfonça sa tête entre ses épaules, tout en dessinant une moue.Cela signifiait: \u201c Que voulez-vous.fatalité.pas de ma faute !\u201d Et il lança sur les invendables un regard si méprisant que cela les eût fait rougir de honte s\u2019ils avaient été capables encore de changer de couleur.\u2014Monsieur Derlinski, reprit Papelman, d\u2019une voix cassante, vous voyez cette porte.Quelqu'un y passera, les douze macfarlanes ou vous.Content de sa phrase, Papelman se la redit intérieurement, pour la communiquer tout à l\u2019heure à son associé et à sa femme.La menace émut Derlinski : \u2014Si on baissait les prix, suggéra-t-il.Papelman édata : \u2014Pour vendre de la marchandise à perte, je n\u2019ai pas besoin d\u2019entretenir un commis à douze cents dollars par an.- D\u2019un geste impérieuæx, Papelman désigna les macfarlanes. Un Bargain de Juin Et là-dessus, 11 tourna le dos au pauvre Derlinski vaineu.Le fondé de pouvoir reprit bien vite son sang-froid.Il était à trop bonne école, pour se laisser déborder par une difficulté commerciale.Tout le reste de la journée, il échafauda des plans destinés à évincer les 12 intrus, et cela sans perte.Le prix marqué pour chacun était de 8 dollars, il s'agissait de récupérer 96 dollars.Comment?Peu importait, V4 e dès Je vais faire quatre paquets contenant chacun trois macfarlanes\u2026 e pourvu que les macfarlanes partissent et fussent remplacés, dans la caisse patronale, par 96 dollars.Il serait curieux, sans doute, de savoir quels projets se formèrent dans l\u2019esprit du premier commis de la maison Papelman, Schoenewurst et Cie.Malheureusement, nous n\u2019en connaissons qu\u2019un, celui auquel il s\u2019arrêta définitivement.Le voici, tel qu\u2019il l\u2019exposa rapidement à son patron, -lequel partait, ce soir-là, pour une tournée de quelques jours: \u2014Je fais faire quatre paquets contenant chacun trois macfarlanes.Ceci fait, je les expédie à Bromberg, Kotchsky, Barius et Federbett, les quatre plus roublards de nos dlients, ce qui n\u2019est pas peu dire.\u2014Et après?fit Papelman, intéressé.65 \u2014Après, j'envoie une facture, non de trois, mais de déuæ macfarlanes.Je les facture 12 dollars pièce, au liew de huit, ce qui fait 24 dollars pour chacun, et 96 dollars pour l\u2019ensemble.Ces 96 \u201cdollars représentent exactement la somme que vous désirez obtenir.\u2014Et alors?questionna Papelman, qui ne comprenait pas encore.\u2014Aiïors, dit avec un sourire malicieux l\u2019ingénieux employé, alors, chacun d\u2019eux voyant que nous leur avons expédié trois macfarlanes et n\u2019en avons facturé que deux, croira à une erreur de notre part.et, heureux de la bonne aubaine, gardera la marchandise sans rien dire.* \u2014C\u2019est bien, fit Papelman d'un air dégagé, mais avec, au fond de lui-même, la pensée que Derlinski était un bon élève.Papelman se mit en route.Le lendemain, les macfarlanes quittaient leur coin poudreux et s\u2019acheminaient dans leurs directions respectives.Quand, six jours après, Papelman revint chez lui, son premier soin fut de s\u2019enquérir du sort des douze macfarlanes.Il demanda son fondé de pouvoir : \u2014Eh bien! Derlinski, ca a marché pour les macfarlanes?Le commis fit une grimace tragique et resta col.\u2014Que s\u2019est-il passé avec les quatre clients?insista Papelman.\u2014Voilà, murmura l\u2019employé.Vous savez que je leur ai expédié trols macfarlanes à chacun en n\u2019en facturant que deux.Eh bien! le surlendemain, je recevais de chacun un paquet et une lettre ainsi conçue : \u201c Jai bien reçu vos deux macfarlanes, mais n\u2019en ayant pas l\u2019emploi, je vous les retourne,\u201d Je fis ouvrir les quatre paquets.Chacun contenait deux macfarlanes.Ils avaient tous gardé le troisième pour rien.Et, piteusement, Derlinski étendit le bras dans la direction où pendaient maintenant huit macfarlanes au lieu de douze, sans que le moindre dollar eût remplacé les quatre manquants.\u2019 I rr Ae Aare tk in) io SHE N aa \u201cLa Fille a Baptiste Par B.St-Aubin Baptiste, mon voisin, a la plus belle fille De tout notre canton, Aussi, les amoureux, faut voir si ça fourmille Autour de la maison.Quant à Françoise, elle est sage .Comme une grand\u2019maman ; Personne, dans le village, Ne peut dire autrement.Refrain: Quand vous rencontrez \u201c La fille à Baptiste,\u201d Jeunes amoureux au regard vainquewr, Soyez bien discrets \u2014(sur ce point j'insiste,) \u2014 \u201c La fille à Baptiste\u201d a donné son coeur.Vous désirez savoir quel amoureux Françoise -Pour époux va choisir?: Seraît-ce par basard, le gros notaire Ambroise Qui voudrait l\u2019enrichir?A ce garçon rien ne manque Car, dans tous les pays, Les gens bien vus à la banque Font d\u2019excellents maris.Va-t-elle préférer s\u2019unir en mariage Au docteur de l\u2019endroit?C\u2019est un homme savant! qui fait, dans le village, Son chemin vite et droit.Les médecins, les notaires, Même les avocats Font des maris exempPlaires.coeeeee.(On en a vu des cas.) Mais c\u2019est un laboureur que Françoise, la belle, Epousera, dit-on.C\u2019est un bon travaillant, un amoureuæ fidèle Et douæ comme un mouton.A l\u2019ami de son enfance En accordant sa main Françoise fait bien, je pense: La noce a lieu demain.RER RE NE SEEN Res Ms PAUL CA OS SRE EEE ER EE IR Le Bapteme Par N.Legendre Ils sont là, dans la sacristie ; Le parrain, endimanché, droit, Dissimule une main sortie A moitié d\u2019un gant trop étroit.La marraine, plus loin, assise, Berce l\u2019enfant sur ses genouæ, Et songeant qu\u2019on est à Véglise, Regarde d\u2019un oeil grave et doux.E.La longue robe de baptême 5.La couvre de ses plis flottants; 7 i C\u2019est dans la famille la même gi Qui sert à tous depuis longtemps.Eu IL pense, rêve au mystère Qui va s\u2019accomplir sous ses yeux.Mais, là-bas, on voit apparaître, Ceint de l\u2019étole, en surplis blanc, Suivi du sacristain, le prêtre Qui s\u2019avance, calme, à pas lents.On s\u2019approche, l\u2019enfant s\u2019agite ; Et, quand au front du nouveau-né Coule lentement l\u2019eau bénite, Il entr\u2019ouvre un oeil étomné.x se x NE Zz = x ¥ Se = = a BZ na se = = Z 8 ve ne Enfin la dernière prière Monte au ciel; le prêtre s\u2019est tu; i.Toi qui viens sourire a la terre, E.Petit enfant, que seras-tu?i +) Seras-tu laboureur, poète, À Soldat ou lévite à l\u2019autel?EC Mystère! la bouche est muette; pic C\u2019est le secret de l\u2019Eternel! A .| A it gi bi.a EE PRET | I PE RT NR PP Rp AR SH ttt Cf BETTER EEE HARA RGR LA el hr Faits et Anecdotes L\u2019IDEE NATIONALE UT lendemain même du traité qui nous livrait à l\u2019Angleterre, nos pères se donnèrent à l\u2019action, et tout en réparant les désastres de leur fortune matérielle, ils se comptérent, ils s\u2019unirent, ils se groupèrent autour d\u2019une idée, de celle-là même qui plus tard devait remplir encore nos discours et nos vies, faire palpiter l\u2019âÂme de nos orateurs, de nos historiens, et de nos plus grands poètes, ils se groupèrent autour de l\u2019idée nationale.C\u2019est à conserver d\u2019abord, puis à faire rayonner ici esprit francais, et a lui assurer sa supériorité sur l\u2019esprit saxon qu\u2019ils s\u2018employérent.De 1760 a 1800, on les voit tous, en haut et en bas de l\u2019échelle sociale, se consacrer à cette oeuvre.Ils se mettent en garde contre les influences étrangères qui dès lors à s\u2019exercer sur eux, et ils tâchent à maintenir, à la campagne et à la ville, les habitudes, les moeurs, les traditions de la vie française.À la ville surtout, on se surveilla avec une vigilance dont on s\u2019est bien relâché.Abbé CAMILLE Roy.UNE CHASSE AU LIEVRE U XVIIIe siècle, il n\u2019était pas rare de A voir les lièvres dans le voisinage des maisons à la Rivière-Ouelle.On rapporte, à ce sujet, une anecdote que racontait souvent Mgr Panet, évêque de Québec, qui a été pendant quarante ans curé de la Rivière-Ouelle.La Savane qu\u2019on appelle ordinairement la plaine, qui s\u2019étend entre cette paroisse et celle de Saint-Denis, s\u2019avançait autrefois jusqu\u2019aux environs de l\u2019église ; cette savane commencèrent était la retraite privilégiée des lièvres, et plus d\u2019une fois quelqu\u2019un d\u2019entre eux avait été trouvé égaré dans l\u2019église.Un matin, Mgr Panet et son secrétaire, M.l\u2019abbé Gosselin, apercurent un lièvre qui gambadait dans les allées.Traqué de proche, il alla se réfugier dans la chaire où il fut pris: Abbé CASGRAIN.LES ANCIENS QUETEUX VANT l\u2019apparition des journaux, la be- A sogne de colporteur de nouvelles et cancans, en un mot la chronique et la rumeur publique, étaient confiées à quelqu'un qui s\u2019en acquittait fort bien.Nous avions des \u201c\u201c journalistes \u201d travaillant dans cette spécialité que l\u2019on nomme le fait-divers, la note locale, le compte-rendu de la cour de police.Ces journalistes, qui ne.se servaient ni de plume ni de papier avaient pour toute arme une langue bien pendue, pour bagage littéraire une bonne mémoire.C\u2019étaient les quê- teux! Oui! les quêteux.Ils ont joué un rôle que la presse à bras et à cylindre n\u2019a pas le droit d\u2019oublier.N\u2019ont-ils pas en outre porté la besace comme Homère, et comme lui encore amusé nos grands-méres?Sans eux le goût des \u201c nouvelles\u201d ne se serait guère développé \u2014 et le \u201c Canadien \u201d, tout d\u2019abord n\u2019eût semblé intéressant que pour les gens de haute volée.Les mendiants, troubadours aujourd\u2019hui méconnus, comptaient jadis de fins matois dans leurs rangs.Plus d\u2019un avait de l\u2019esprit à revendre.La plupart d\u2019entre eux n\u2019étaient pas des infirmes, mais des gens qui avaient érigé en art la paresse et le détachement des biens de Ia CIO IS FPT PE EN RE SO BERANE ct Faits et terre.Ils sillonnaient les toute l\u2019année, et partout bien reçus, choyés, adulés, je ne puis les comparer qu\u2019à des fils de famille revenant sans cesse de lointains voyages, pour qui on tue quotidiennement le veau gras.\u2014 Savez-vous, \u2018 Madeleine?Il est arrivé un quêteux chez Jean Larouche.\u2014Pas possible! Allonsy veiller ce soir.hein?\u2014Attendez à demain; il sera chez mon beau-père.Nous irons.Il paraît qu\u2019il en sait des nouvelles, ah! Seigneur! Pensez donc qu\u2019il a fêté les jours-gras bien plus loin que la ville et qu\u2019il sait tout cela par coeur! N\u2019est-ce pas la gazette vivante que cet homme dont la conversation est désirée par tout un village, à tel point qu\u2019on se le passe.de l\u2019un à l\u2019autre?Ecrions-nous avec le chansonnier : \u201c Qu\u2019il est heureux, le malheureux !\u201d N\u2019y .a-t-il pas, pour les écrivains de nos jours, sujet de regretter l\u2019empressement que l\u2019on mettait à cette époque à loger, nourrir et faire les yeux doux aux raconteurs ambulants dont nous continuons la lignée?Un jour, une rumeur se répandit par les paroisses : \u2014Jean, as-tu entendu parler de ca?Ils disent qu\u2019on va avoir la gazette.\u2014Ben oui, si l\u2019Anglais ne trouve pas à ré- dire.\u2014J\u2019pense pas: c\u2019est imprimé.\u2014Ah! cest imprimé! A la bonne heure ; c\u2019est comme un livre, cpas?\u2014I! paraît que non.que non.j'suis pas trop certain mais c\u2019est quelque chose de tout à fait drôle apparemment.\u2014Et comme de raison, ce qu\u2019on dit dans Cte gazette c\u2019est la pure vérité.\u2014Beau dommage, puisque cest imprimé! \u2014Par exemple, ceux qui voudraient pas la croire la gazette, qu\u2019est-ce qu\u2019on leur ferait?Ici grand embarras des deux amis qui se séparent en disant : - : \u2014J\u2019ai peur que ce soit 13 une manigance de l\u2019Anglais pour nous mettre dedans Prenons garde.Faudra en parler au premier quêteux qui passera.Pour se \u2018renseigner sur la gazette imprimée, on s\u2019adressait à la gazette de chair et d\u2019os.B.SULTE.Anecdotes campagnes 69 LES HYMNES DE LA PATRIE E qu\u2019on admire le plus dans un peuple C \u201cCest sa physionomie intellectuelle, c\u2019est le miroir de son âme où se reflètent ses idées, c\u2019est son verbe qui les exprime, c\u2019est-à- dire sa littérature.Et n\u2019oublions pas que le verbe humain participe dans une certaine mesure de la puissance du Verbe divin ; il n\u2019en est qu\u2019un écho affaibli mais il a quelque chose de sa force créatrice.Si donc nous voulons devenir un peuple qui commande l\u2019admiration, il faut rendre fort et glorieux ce verbe que nous avons recu de la France, et qui est à la fois le signe, la marque, et l\u2019aliment de notre vitalité.O jeunes gens, sans doute vous avez vu quelquefois mourir un homme?Quand sa langue s\u2019est embarrassée, et ne pouvait plus accentuer ses mots, vous avez dit: il n\u2019en a pas pour longtemps ; et quand il a perdu tout à fait la parole, vous en avez conclu que le souffle même de la vie allait bientôt lui manquer.Eh bien! il en est de même d\u2019un peuple.Quand sa langue se paralyse, quand sa mémoire ingrate en oublie les patriotiques accents, quand son verbe ne se fait plus entendre pour célébrer ses gloires et revendiquer ses droits, c\u2019est qu\u2019il est en danger de mort.Quelles que soient les épreuves de l\u2019avenir, ne faisons pas comme les enfants d\u2019Israël qui, captifs aux bords des fleuves de Baby- lone, suspendaient leur lyres aux branches des arbres et pleuraient.Chantons plutôt aux étrangers les hymnes de la patrie, ra- contons-en les glorieuses histoires, et appre- nors-leur à respecter le sang qui coule dans nos veines, et la langue que la Providence nous a donnée pour manifester nos sentiments et nos pensées.Hon.A.ROUTHIFR.PROCES D\u2019AUTREFOIS N rapporte sur le curé Ménage, mort a Deschambault en janvier 1773, une anecdote qui fait connaitre combien, dans son long ministère, il s\u2019était aguerri, et combien peu il se mettait en peine des jugements des hommes et des démarches faites contre lui.Plusieurs fois il avait averti, re- a A A PP NE PAIE FRAC ITU IaH IT ANN TEI ii RE OU OA R RL PT AE Or NOTE De RATE HIRT { RARE TRIO CEE PAU RRQ te Eu + 4 CH OUR AL GAL al aiaditaty 70 La Revue Populaire pris et menacé un cabaretier de sa paroisse, du nom de Groleau, qui, par sa facilité à livrer des boissons, causait dans la paroisse de fréquents désordres.Voyant que ces avertissements particuliers n\u2019avaient aucun effet, que les désordres, les ivrogneries et les scandales dont ce cabaretier était la cause, ne faisaïent qu\u2019augmenter, il l\u2019interpella un jour publiquement en chaire, en reprochant à ses paroissiens les désordres et les scandales qui avaient journellement lieu, en invectivant surtout sur les excès d\u2019ivrognerie qui faisaient tous les jours des progrès effrayants.\u201c C\u2019est, dit-il enfin, ce maudit Gro- leau, avec son rhum et son tonneau, qui est la première cause de tous ces scandales.\u201d Le susdit Groleau, choqué, irrité au dernier point d\u2019une semblable interpellation, et surtout de l\u2019épithète de maudit joint à son nom, et par laquelle il se regardait comme dévoué à l\u2019anathème et entièrement déshonoré, porta sa plainte à M.l\u2019Intendant même contre M.Ménage.' Ce monsieur est cité à une cour spéciale qui doit se tenir en présence de l\u2019Intendant.M.Ménage s\u2019y rend.Là, sommé de répondre sur les motifs qui l\u2019ont pu porter à se servir d\u2019expressions aussi étranges que celles qu\u2019on lui reproche avoir employées à l\u2019égard du sieur Groleau, sommé de faire connaître ce qu\u2019il peut avoir à dire pour sa justification, M.Ménage se renferme dans un profond silence.Sommé plusieurs fois de répondre, il garde toujours le silence; l\u2019Intendant lui- même lui adresse enfin les mêmes paroles que Pilate autrefois avait adressées à Jésus- Christ: \u201c Vous ne répondez rien à ce qu\u2019on dit contre vous!\u201d Ce que j'ai à répondre, dit enfin M.Ménage, le voici: \u201c Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui ne voulait que le bien, qui n\u2019enseignait que la vérité, a été cependant traînê de Caïphe à Pilate, de Pilate à Héro- de, d\u2019Hérode à Pilate; aujourd\u2019hui, moi qui suis son disciple et son ministre, pour la même cause je suis traité comme il a été traité.\u201d Et ensuite, prenant son chapeau, le bon vieillard salue M.l\u2019Intendant et toute la cour, et se retire tranquillement.Soit étonnement de la hardiesse et de la liberté de la réponse, soit que l\u2019on s\u2019aperçut qu'il n\u2019y avait point d\u2019excuse à attendre d\u2019un homme de ce caractère, on le laissa aller tranquillement, et maître Groleau, outre la mercuriale solennelle qu\u2019il avait eu de son curé, en recut encore une de son Intendant, qui lui dit que s\u2019il ne voulait pas s\u2019exposer à quelque chose de plus désagréable encore que ce que lui avait dit son curé, il prit soin lui-même d\u2019observer et de faire observer dans sa maison un meilleur ordre.Ainsi finit cette pour- suîte.Abbé F.X.GATIEN.NOS JOURNAUX EN 1809 \"UN des ex-rédacteurs du Courrier de L Québec, (publié il y a un siècle), se plaignait du peu d\u2019encouragement que les Canadiens accordent à leurs journaux: \u201cOn aimait, dit-on, le Courrier.Mais si on l\u2019aimait, pourquoi ne pas prendre les moyens de le conserver?Pourquoi ne pas y souscrire plutôt que de courir de maison en maison pour trouver et lire le numéro du jour ?\u201d Il ajoute que la plus forte liste du Cowr- rier s\u2019est élevée à trois cents souscripteurs.\u201cTant que l\u2019on verra les Canadiens préférer un tour de calèche au plaisir de lire une bonne feuille périodique, on pourra toujours affirmer qu\u2019ils sont incapables de remplir la part qui leur est assignée par la constitution.\u201d : La citation qui précède me remet en mémoire l\u2019épigramme de Joseph Quesnel, écrite en 1803, alors que la Gazettte de Québec et le Herald de Québec, (fondé en 1789) se partageaient les faveurs publiques, et qu\u2019ils voyaient encore \u201csur leurs antiques listes errer de loin en loin le nom d'un abonné : Pourquoi tous ces livres divers, Ecrits en prose, écrits en vers, Et qui remplissent vos tablettes, Disait au libraire Ménard, Un certain noble campagnard, Qui pourra lire ces sornettes! \u2014Des sornettes! vous vous trompez ; Ce sont de nos meilleurs poètes Tous les ouvrages renommés ; Vous devriez en faire emplette.\u2014Emplette! à quoi bon?Vous saurez Que m\u2019étant joint à deux curés, Nous souscrivons pour la Gazette de Québec.\u201d B.SULTE. Faits et LE CELEBRE RENE! | L Y A quelques années, un touriste fran- cais, M.le comte de Turenne, visita le Nord-Ouest Canadien, et, dans un récit qu\u2019il fit de son voyage, il exalta le courage des Franco-Canadiens, les premiers pionniers de ces vastes et lointaines solitudes.Il nomma plusieurs de ces hardis coureurs des bois, entre autres le \u201ccélèbre René \u201d, qui donna son nom, disait-il, à une rivière et à un lac magnifique, etc, etc.A quelque temps de 1a, lord Dufferin, au début d\u2019un voyage au Nord- Ouest, payait, lui aussi, son tribut d\u2019éloges aux anciens \u201c voyageurs \u201d canadiens, et, dans un discours officiel, il faisait, sur la foi du comte de Turenne, une mention spéciale du célèbre René.Or, en avançant vers l\u2019ouest, le noble lord arriva au Lac a la Pluie, Rainy Lake, et il apprit avec consternation que c\u2019était le méme lac que le comte de Turenne avait appelé lac René!.De René, coureur de bois, il n\u2019y avait pas plus de trace que sur la maint.Cependant, le discours du gouverneur-gé- néral était imprimé, et le \u201c célèbre René\u201d offert à l\u2019admiration des Canadiens de notre siècle et de tous les siècles! Que faire?En homme d\u2019esprit, le distingué touriste signala lui-même son erreur et en rit, tout le premier.Ernest GAGNON.LA PREMIERE HORLOGE UAND Champlain débarqua à Québec, O il y a trois cents ans, les sauvages étaient émerveillés des choses qu\u2019il apportait de France.Mais l\u2019objet par excellence de leur admiration, c\u2019était une horloge.Pendant des heures et des heures, chefs, squaws et papooses restaient assis devant l\u2019horloge.attendant la sonnerie, ou, comme ils disaient eux-mêmes, attendant qu\u2019elle parlât.Si bien que Champlain, ennuyé de cet assiduité envahissante, et d\u2019autre part, n\u2019osant point brusquer ses visiteurs, s\u2019avisa de tirer une morale de cette admiration.Anecdotes .TI \u201c À telle heure, dit Champlain à ses alliés, l\u2019horloge, quand elle parle, vous dit qu\u2019il est temps de partir pour la chasse ou la pêche.A une heure, l\u2019horloge vous commande de préparer vos repas, et quand elle sonne six heures, elle vous ordonne de vous retirer: dans vos wigwans\u201d.Cette interprétation très large des sonneries d\u2019heures, ne fit qu\u2019augmenter l\u2019admiration des sauvages, mais elle eut le résultat.qu\u2019en attendait Chapmlain.Les sauvages qui auraient probablement pris fort mal les reproches de Champlain, s\u2019empressèrent de suivre à la lettre les commandements de l\u2019horloge et le fondateur de Québec se débarrassa ainsi sans misère et sans heurt de ses encombrants visiteurs.CONSEILS A UN JOURNAL OSEPH Quesnel, assurément un de nos premiers écrivains de langue française qui fit des vers, trouvant, en 1807, que le Canadien n\u2019aimais plus le mot pour rire, lui adressa cette remontrance rimée: Aimable fils de la gaîté, Et de Thalie enfant gité, J\u2019ai deux mots à te dire.Chez toi seul \u2014j\u2019en disais merci,\u2014 J'avais rencontré jusqu'\u2019ici, Le petit mot pour rire.Lorsque dans d\u2019aimables chansons, Tu donnes d\u2019utiles leçons.Je t'aime et je t\u2019admire! On peut se permettre à propos.Sur les méchants et sur les sots, Le petit mot pour rire.Toi dont l\u2019esprit national, Fait le mérite principal, Est-ce à toi d\u2019en médire?Le despotisme qui te haît, Bientôt mon cher, t\u2019interdirait, Le petit mot pour rire.De deux partis trop en fureur, Ah! plutôt tempère l\u2019aigreur, En blâmant leur délire : Au nom de l\u2019ordre et dans son sein.Ramène le bon Canadien Au petit mot pour rire! PCR) RE EG DE PAR POCHE EG TEA EP EI CIE OCT TRE TTT ETAT CT a LT rT te TH ed GGT RE EE Cn Tena Ga Rad WTEC HHA i.dre , \u2018 * IN \\ 13 A Ki ECE aren uo AERIS ra soaring Le Dragon de I'Erable ECI.est une légende qui raconte le { courage d\u2019un guerrier dans un pays où, tout comme le nôtre, l\u2019érable est \"en honneur.Il y a mille ans, vivait à Kijoto, alors capitale du mikado, un jeune général nommé Korémotchi.Guerrier idéal, il était réputé capable de faire face à cent ennemis; il n\u2019en était pas moins musicien et poète.Un jour, Korémotchi, accompagné d'un homme de sa suite, se rend dans la montagne d\u2019Atago pour chasser à l\u2019arc et pour admirer les feuilles des érables, car, au Japon, on admire, en automne, les feuilles des érables, comme, au printemps, les fleurs des cerisiers.Entraîné plus par le pittoresque du paysage que par le gibier, il erre sur la montagne, pendant que son compagnon, saisi d\u2019une grande frayeur, s'inquiète du retour.Korémotchi\u2014La splendeur des feuilles, dorées encore davantage par le soleil couchant, le bruit de l\u2019eau qui se précipite contre les roches, nous purifient les oreilles en même temps que le coeur.Quelle vue superbe et pittoresque ! L\u2019homme.\u2014Elle est, à chaque pas, plus superbe et plus pittoresque, seigneur.Mais le retour m\u2019inspire de la crainte, nous sommes complètement égarés.Tout d\u2019un coup, Korémotchi aperçoit une charmante tente dressée sous les arbres.Korémotchi\u2014Une tente! Qui peut en être le maître?Un haut personnage, sans doute, ami de la nature, admirateur des érables.L\u2019homme.\u2014Nous voilà sauvés, seigneur.Je vais aller me renseigner sur le chemin à suivre.Tous les deux s\u2019approchent ; la tente n\u2019a pas de maître, mais une maîtresse, une jeune fille noble avec sa suite.Korémotchi, épris du courage et de la douceur de la princesse, est pourtant assez discret pour s\u2019éloigner d\u2019un endroit où il n\u2019y a que des femmes.Une voix s\u2019adresse à Korémotchi de l\u2019intérieur de la tente, et c\u2019est la princesse elle- même qu\u2019il en voit sortir.Elle arrête d\u2019un regard plein de charme et de douceur le général, qui accepte son hospitalité.Il boit plusieurs coupes de liqueur, la princesse danse.Korémotchi et l\u2019écuyer Ja regardent avec admiration, sont plongés dans l\u2019extase, et se sentent, enfin, envahis par un sommeil invincible.\u2014La cime de la montagne d\u2019Atago, disait- on, est inaccessible; ure fois qu'on y est parvenu, on n\u2019en sort jamais; il y a là un démon malfaisant qui dévore les hommes.Or, ce démon, maudit et redouté des hommes, n\u2019est autre que la princesse.Une musique céleste se fait entendre; un ange apparaît en rêve à Korémotchi et prononce ces paroles: L\u2019ange.\u2014C\u2019est ici le labyrinthe d\u2019Atago ; ta vie est menacée.Vite, retire-toi.Korémotchi se réveille.Korémotchi\u2014Ainsi, démon, tu as pris cette forme!.Allons, crois-tu pouvoir me charmer et prendre ma vie?Possèdes-tu une force magique?J\u2019ai mon sabre, cette âme du guerriet.Il va à la rencontre du démon.Son compagnon se réveille bientôt.N\u2019ayant vu personne autour de lui, il croit que son maître se promène avec la princesse.Il s\u2019assoit là où se trouvait le maître lui-même, dont il imite l\u2019attitude, et il boit et il chante.Sur-le-champ, il sent le vent qui souffle derrière lui; il se retourne et aperçoit au loin la princesse qui se dirige vers lui sous les traits du démon; il s\u2019enfuit.Korémotchi se mesure avec le démon ; une - lutte acharnée s\u2019engage et Korémotchi tue enfin son adversaire.La légende se termine de la sorte à la gloire du jeune général, comme, du reste, toutes les légendes japonaises, qui ne permettent jamais aux démons d\u2019avoir le dessus sur le courage et la vertu des guerriers.eme BERRA RAE e Spéculez pas | N CE numéro qui coïncide avec la célébration de notre fête nationale, je désire donner un conseil que je considère patriotique\u2014et ce conseil, que j'adresse plus particulièrement aux jeunes, c\u2019est: Ne spéculez pas, ne jouez pas à la Bourse, ne risquez pas votre argent sur l\u2019incertain, ne cherchez pas 4 vous enrichir rapidement en mettant en péril ce que vous possédez déjà, fuyez ceux qui promettent de faire rapporter à votre argent des pourcentages considérables, fuyez-les autant que les usuriers qui font suer à votre bourse des pourcentages exagérés.Depuis quelques années, il règne comme une folie de spéculation parmi les Canadiens- Français jusque-là restés sceptiques et prudents.Cette folie a reçu de bien fortes douches, de bien cruelles punitions, mais il ne semble pas que cela ait servi à grand\u2019chose.La tentation est habile et insinuante; elle prend sans cesse des formes nouvelles et plus attirantes.Et les naïfs continuent d\u2019acheter À gros prix des briques d\u2019or qui n\u2019ont d\u2019or que l\u2019épaisseur d\u2019une feuille de soie.L\u2019appat à la cupidité et à la naïveté se tend partout.Le Français, si économe, si prudent en tant d\u2019autres choses, s\u2019y laisse prendre: il court à tout moment vers ceux qui lui promettent un boeuf en retour de son oeuf.Un journal familial disait dernièrement à sa clientéle qui se compose surtout de petits bourgeois et de modestes rentiers: Lecteurs qui avez fait quelques économies, vous qui jouissez d\u2019un petit capital péniblement amassé, ouvrez l\u2019oeil lorsqu\u2019il s\u2019agit du placement de ces économies.Les circulaires financières, les journaux gratuitement envoyés où l\u2019on prône des affaires lucratives, et ces nouveaux professionnels que l\u2019on appelle \u201c démarcheurs \u201d qui se rendent à domicile pour offrir des placements soi-disant plus rémunérateurs que les placements cou- sans de ruine: ils guettent votre petit cap tal, et malheur à vous, si vous vous y laissez prendre.Pn fera miroiter à vos yeux de gros intérêts, on vous dira que ces affaires prônées sont des placements de tout repos; ne vous y laissez pas prendre.Ceux qui vous offrent ces valeurs savent combien ils gagnent, mais vous, vous ne saurez que: trop tôt, hélas! ce que vous perdez, soit dans: un an ou deux, soit un peu plus tard.Comme appât, certaines de ces affaires véreuses- donnent de gros intérêts pendant un an ou: deux; vous vous frottez les mains alors, croyant avoir fait un excellent placement; puis, tout 4 coup.le château de cartes croule et, en même temps que l\u2019intérêt, vous perdez aussi votre capital.* * * Ce qui m\u2019amuse et m\u2019attriste à un égal dé- gré, c\u2019est d\u2019entendre des gens proclamer qu\u2019ils ne risquent rien, qu\u2019ils agissent en toute connaissance de l\u2019affaire dans laquelle ils placent leur argent.Ah! non, ce n\u2019est pas eux qu\u2019on plumera comme des dindons! Quelle pénible inconscience ! Le Pacifique Canadien vient de sortir d\u2019une transaction de bourse avec le fameux Rockefeller, en empochant près de 5 millions que celui-ci n\u2019avait pas réussi à voir au bout de cette transaction.Bah! nos spéculateurs canadiens sont plus avisés que le célèbre millionnaire américain; ils auraient été mieux \u201ctuyautés\u201d que lui.Puisque les spéculations sur mines sont la mode, lisez ce-que le même Rockefeller - vient de rappeler dans ses Mémoires : \u201cUne des plus ennuyeuses impasses ol je me trouvai jamais engagé fut une affaire de - métaux\u2014la seule affaire de métaux dont je- m\u2019occupai pendant \u2018toute ma vie.Comment me trouvai-je mêlé là-dedans?Je ne sais: plus.Mais ce que je \u2018sais bien, c\u2019est que j\u2019a- pu ; fi i A A RE EN PERTE C TEE CETTE RE en ls EEE QU CETTE TE A TN ne y KIT ET EE TIRE CCE EEE OO GER CRE EE I sourire 74 | La Revue Populaire vais tout un stock d\u2019actions dans des mines de métaux du nord sans avoir cependant aucune part dans la direction et l\u2019exploitation de ces mines.Ce que je sais bien aussi, c\u2019est qu\u2019une panique survint aux environs de 1893, et que tout ce qui, de près ou de loin, touchait aux mines tomba soudain en ruine.Pour éviter une banqueroute, il fallut du jour au lendemain emprunter de grosses sommes d\u2019argent, afin de payer les salaires des travailleurs et faire face au plus pressé.Grâce à un effort considérable, la banqueroute fut évitée.\u201d Rockefeller avait donc mis enepéril, par \u2018une spéculation sur mines, la belle entre- Prise qui lui avait coûté tant de travail et «devait faire de lui un des plus riches citoyens de son pays.| 2 L\u2019homme qui est dans les affaires doit, plus que tous les autres, fuir la spéculation.Ses affaires sont la meilleure valeur à féconder de ses économies.Si ses affaires ne requièrent pas toutes ses économies, qu\u2019il place celles-ci dans des valeurs de tout repos, qui promettent un rapport moindre mais n\u2019offrent pas de danger.Un de nos plus sagaces et prospères mar- -chands, M.F.C.Larivière, parlant l\u2019autre Jour devant I\u2019Association des marchands-dé- tailleurs, rappelait ces pages d\u2019un écrivain fort expert en la matière : \u201c Quand j'étais télégraphiste a Pittsburg, nous n\u2019avions pas de bourse aux valeurs dans la cité mais les hommes ou les firmes qui étaient nécessairement connus des télégraphistes, on pouvait les compter sur les doigts de la main.Ces hommes n\u2019étaient pas de nos concitoyens de haute réputation.J\u2019ai vécu pour voir tous ces spéculateurs irréparablement ruinés, faire banqueroute au point de vue monétaire et au point de vue du caractère.Il y a à peine un exemple d\u2019un homme qui ait fait fortune en spéculant et qui ait conservé cette fortune.Les joueurs meurent pauvres et il n\u2019y a certainement pas un seul cas d\u2019un spéculateur qui ait vécu une vie dont il puisse s\u2019honoger ou qui ait été avantageuse à la communauté.L\u2019homme qui saisit le journal du matin pour voir d\u2019abord quel sera le résultat probable de ses opérations de spéculation à la bourse se rend incapable d\u2019une réfiexion calme et de trouver une solution convenable aux problèmes des affaires qu\u2019il aura à traiter plus tard dans la journée; il détruit les sources de cette énergie persistante et concentrée dont dépend le succès permanent et souvent la sécurité même de son commerce.\u201cLe spéculateur et l\u2019homme d\u2019affaires se dirigent suivant des lignes divergentes.Le premier dépend du tour soudain de la roue de la fortune: il est millionnaire aujour- d\u2019hui, en banqueroute demain.Mais l\u2019homme Œ'affaires sait que ce n\u2019est que par des années d\u2019une attention patiente, sans trève aux affaires qu\u2019il gagne sa récompense, laquelle n\u2019est pas le résultat du hasard, mais de moyens bien établis pour arriver à son but.Pendant toutes ces années, la pensée qui le réconforte, c\u2019est qu\u2019il ne peut pas prospérer lui-même sans communiquer sa prospérité à d\u2019autres.D\u2019autre part, il vaudrait mieux que le spéculateur n\u2019ait jamais vécu par rapport au bien-être ou au bien de la communauté; rien n\u2019est plus essentiel aux hommes d\u2019affaires qu\u2019une réputation intacte.Le crédit engendre la confiance en la prudence, les principes et la stabilité de caractère.Croyez-moi, rien ne tue plus vite le crédit dans n\u2019importe quelle banque que la connaissance qu\u2019en des maisons de commerce des hommes se livrent à la spéculation.Il importe peu que les gains ou les pertes soient le résultat temporaire de ces opérations.Dès qu\u2019on sait qu\u2019un homme spécule, sa réputation est entachée et bientôt après son crédit est supprimé.Comment pourrait-on accorder du crédit à un homme dont les ressources peuvent être balayées en une heère par une panique se déclarant au milieu des joueurs?\u201d Le célèbre psychologue Hartemburg a publié dernièrement une intéressante étude sur les émotions de Bourse.En voici l\u2019analyse : Le public de la Bourse est une collectivité très curieuse, formant une galerie spéciale de la ménagerie parisienne et se rattachant par plus d\u2019un lien au monde des aliénés.Ce sont des joueurs qu\u2019il est difficile de pénétrer quand on ne les a pas observés.M.le docteur Hartemberg note, comme trait principal de leur état mental, une crédulité pous- Ne Spéculez pas sée jusqu\u2019à l\u2019aveuglement.Le spéculateur est sans cesse disposé à gober tout ce qui semble répondre à ses espérances.Mais la crédulité n\u2019est qu\u2019un des aspects du caractère du boursier ; il est, de plus, superstitieux, il est cyniquement égoïste, il est facilement téméraire et surtout il se crée pour les besoins de ses opérations une méthode de raisonnement qui le maintient à peu près continuellement en dehors des limites du sens normal.Dans tel événement politique, dans tel incident de + ww LAA GES Xn S ee) | EX 75 ses, la Bourse, ou du moins, les habiles qui la mènent, en dégage immédiatement la philosophie et la portée.La foule apprend avec désespoir la perte de la bataille de Waterloo, mais la Bourse monte parce qu\u2019elle prévoit la conclusion -de la paix.C\u2019est le triomphe du calcul sur le sentiment.A ce point de vue, on n\u2019a pas tort de dire que la Bourse est un baromètre.Les habitués de ce temple, ne tiennent à rien ni à personne, ils n\u2019ont de fidélité pour aucun régime; ils ont acclamé Pa ON SET To ee a = SNS 3 NN REED roy f EEE SO 5 NY = Res Nd ' ap / « ny 77, a i à n .ESRI EAN DH © rene Négociation d\u2019une brique d\u2019or ce que l\u2019argot local nomme la position de place, dans telle conjoncture financière ou monétaire, il ne considère que l\u2019influence que ces faits exerceront sur la liquidation et se voit ainsi amené à se réjouir des circonstances qui provoquent une consternation universelle, ou s\u2019afflige de nouvelles qui excitent l\u2019enthousiasme de tout le monde.Et, pourtant, oserait-on dire que lorsque la Bourse est ainsi en opposition avec le sentiment général son opinion soit une illusion?La multitude ne voit que la superficie des cho- la dictature de Napoléon III parce qu\u2019elle leur permettait l\u2019ordre, ils auraient, de même, salué la Commune si elle avait pris: figure de gouvernement régulier.La Bourse n\u2019a qu\u2019une religion, une croyance, une foi, un culte; c\u2019est le culte de l\u2019or.Un séjour de quelques semaines dans ce milieu n\u2019est pas sans profit pour un esprit qui veut observer le coeur humain.Là se montrent dans leur nudité les cupidités basses, le mépris du patriotisme, le dédain des aspirations élevées.On n\u2019y tient pas, avec REA RIT ET ROUE PTE ét \u201c Hp.+ AY 4 76 La Revue Populaire affectation, école de dépravation, mais on Étale naïvement les malpropretés qui grouil- \u2018lent au fond des âmes.I! suffit pour être édifié d\u2019écouter les confidences, les espérances et les appréciations qui s'échangent dans les groupes.La Bourse est, d\u2019ailleurs, un centre cosmopolite, toutes les nationalités y Sont représentées et on y est sans gêne «comme autour d\u2019un tapis vert.L\u2019étude des gens de Bourse n\u2019est pas des plus attrayantes, elle n\u2019offre pas des émotions gaies et, s\u2019il fallait préciser d\u2019un mot ce qui s\u2019en dégage, on pourrait dire que dans cette fiévreuse atmosphère flotte à l\u2019état permanent un souffle «de lâcheté morale.On ne saurait croire à quel point le goût du jeu est déprimant.Même dans ses accès de témérité le spéculateur est timoré; l\u2019ombre de ses oreilles le.fait trembler; il perd le sommeil, il scrute 1es journaux, il est aux écoutes, il livrerait son pays à l\u2019invasion plutôt que d\u2019être dé- \u2018Dditeur en liquidation.Un pauvre type, au fond peu estimable.Il fut un temps\u2014pas très éloigné de nous\u2014 où une personne bien élevée n\u2019osait pas fréquenter la Bourse.Un homme se serait disqualifié s\u2019il avait avoué qu\u2019il était acheteur ou vendeur à terme.Aujourd\u2019hui tout le monde connaît le chemin de la rue Vivienne et 11 n\u2019est presque pas de gens qui en fouillant dans leur tiroir n\u2019y retrouvent un bordereau d\u2019agent de change.Depuis vingt ans, la Bourse a perdu son ancienne splendeur.Le Krach de 1882, les aventures du Panama, de continuels et innombrables mécomptes ont détourné une partie du public vers d\u2019autres folies.On joue aux courses parce qu\u2019on suppose qu\u2019il y a moins de voleurs sur les hippodromes qu\u2019autour de la corbeille.C\u2019est une opinion, elle est, peut- être, fondée.Berryer disait, en 1860, \u201cla Bourse est la plus grande maison de jeu du monde et les joueurs voient dans les cartes\u201d.Le cri de l\u2019illustre avocat a paru très éloquent, mais on ne a pas pris au sérieux.Beaucoup plus tard, après avoir soldé des différences qui ont fini par atteindre des centaines de millions, les badauds ont reconnu qu\u2019en effet la spéculation sur titres est une duperie; elle a encore des fervents, mais ils sont clairsemés, ils se recrutent parmi les jeunes étourneaux qui débutent dans lexistence et commencent à gravir le rude escalier des sottises.Les vieux sont prémunis par leurs souvenirs; ils supputent ce que leur ont coûté leurs erreurs et s\u2019abstiennent.* ¥ *x Pour finir: ces lignes faciles & conserver dans la mémoire : \u2014On ne peut pas tirer un galion d'une chopine.\u2014Un je tiens vaut toujours plus que denx je tiendrai.| \u2014T y a toujours plus de plumés que de plumeurs.| \u2014Dans les opérations destinées à enrichir très vite, il y a 97 chances de perdre contre 3 de gagner.Et ce mot célèbre: \u201cLes opérations de Bourse sont le vol légalisé.\u201d age fo E venais d\u2019entrer, en compagnie du garde-forestier Brûlant, dans une grande friche.Bien qu\u2019on ne fut encore qu\u2019aux derniers jours d'avril, il faisait grand chaud; nous avions couru les bois depuis le fin matin, le ciel n\u2019avait pas un nuage et le soleil de midi nous tombait d\u2019aplomb sur la tête.Ravageau, le chien du garde, portait bas la queue et tirait la langue, et, pour ma part, je commencais 4 me sentir la \u2018gorge sèche et à traîner la jambe.Mes yeux fatigués interrogeaient la friche ensoleillée et gazonneuse que bordaient au loin les vertes lisières de la forêt.Ca et 1a quelques touffes de genévriers grisâtres, quelques sveltes bouleaux au tronc de satin blanc et à la cime échevelée, partout une herbe rase, semée de serpolet et d\u2019origan, ce qui est un signe de sécheresse ; nulle part le moindre indice d\u2019une source prochaine.Je me laissai choir au pied d\u2019un bouleau, sur le gazon fleuri d\u2019anémones pulsatiles et de polygalas.Dans le bleu profond du ciel, les alouettes montaient, montaient et chantaient à perte de vue.\u2014Je n\u2019en puis plus, dis-je à Brâûlant, et je meurs de soif.\u2014N\u2019est-ce que cela, répondit le garde, attendez, je vais vous faire boire une limonade de ma façon.Il s\u2019agenouilla près de moi, tira de son carnier une vrille, et se mit à perforer la base du bouleau qui nous abritait, \u2014Comment, m\u2019écriai-je, indigné, vous, Bri- lant, un vieux qui devez avoir l'amour et le respect des arbres, vous allez meurtrir ce bouleau inoffensif et charmant!.Quel caprice vous pousse à l\u2019assassiner sans pitié! Les Vertus du Bouleau \u2014Laissez donc, répliqua-t-il, je ne lui ferai qu\u2019une petite saignée et il n\u2019en mourra pas! TI continuait à tourner sa vrille, obliquement et de bas en haut.Quand elle fut enfoncée à une profondeur de deux pouces, il la retira et ajusta dans le trou un brin de chalumeau.\u2014Maintenant, fit-il en posant sous ce rustique robinet son gobelet de hêtre cerclé d\u2019acier, avant un quart d\u2019heure vous aurez de quoi vous rafraîchir; pour vous faire prendre patience, je vais vous dire toutes les bonnes qualités et vertus du bouleau.I1 alluma sa pipe et continua: \u2014Vous autres, amateurs, qui vous en tenez aux apparences des choses, vous ne voyez là qu\u2019un joli arbre, et cela vous suffit.Nous, nous voulons que le bon soit camarade du beau, et ce bouleau que vous estimez pour sa prestance et sa gentillesse, nous le prisons surtout pour son utilité.D\u2019abord, il croît rapidement; à six ans, il donne déjà de la graine, et sa croissance n\u2019est pas nuisible à ses voisins à cause de la légèreté de sa ramure, qui laisse passer l\u2019air et le soleil.Ensuite, il n\u2019est point d\u2019usages auxquels on ne l\u2019emploie.Comme chauffage il a une flamme claire et réveillante ; er hiver, quand vous voudrez avoir une régalade, brûlez-moi du bouleau.Les boulangers le savent bien, eux qui le préfèrent à tous les bois pour chauffer leur four!.Avec son fût, on fait des jantes de voitures; le sabotier y taille des sabots, des jattes, des cuillers et des gobelets.Les saliéres pendues sous le manteau de nos cheminées de cuisine sont en bois de bouleau.Son écorce sert à tanner le cuir et à lui donner une belle couleur jaune; avec ses branches on fait des cercles de tonneau; avec ses brindilles, des balais qui vous nettoient un pavé i that PE oe Tan IR du CR i PERTE Hu Ra TRG CL TERR RR a CGR HE 78 La Revue Populaire mieux que vos chétifs balais de bruyére.Du temps où j'allais à l\u2019école, on en fabriquait même des verges avec lesquelles le maître nous remémorait l\u2019alphabet.\u2026.Mais c\u2019est un ficheux souvenir, passons!.Les chèvres aiment le bouleau et se nourrissent de ses feuilles fraîches; et moi qui vous parle, je me suis guéri d\u2019un rhumatisme en me couchant dans un lit bourré de ses feuilles sèches.Enfin, ajouta-t-il en me tendant le gobelet plein d\u2019une limpide liqueur, sa sève va nous rafraîchir et nous.ragaillardir.J\u2019approchai mes lèvres de la coupe et je bus d\u2019un trait cette liqueur sapide et parfumée.C\u2019était exquis.\u2014Encore ! encore! m\u2019écriai-je en replaçant le gobelet sous le chalumeau, d\u2019où la sève perlait goutte à goutte.Deux fois je savourai ce breuvage frais et aromatique.Il me semblait que je me désaltérais à la source même du printemps.Brûlant me regardait d\u2019un air narquois, et sa vieille figure tannée grimacait un sourire; les alouettes chantaient dans le bleu; au- dessus de mon front, le bouleau balancait ses fines branches souples et pendantes.Etait-ce l\u2019effet du soleil d\u2019avril ou de la mystérieuse liqueur?Je ne sais, mais j'éprouvais une délicieuse griserie, un voluptueux enivrement.On eût dit que dans.mes veines circulait et fermentait la sève des plantes forestières, et que moi-même j'allais verdir et bourgeonner.Peu à peu Phallucination augmenta.Il me semblait que mes pieds s\u2019enfonçaient dans le sol comme des racines; que mon corps, emprisonné par l'écorce de satin blanc, montait droit vers le ciel, et que je berçais au vent ma verte chevelure.J\u2019étais devenu un bouleau.L\u2019air jouait mélodieusement dans mes branches couvertes de châ- tons en fleurs, les fauvettes chantaient dans ma feuillée légère; à mes pieds s'épanouissaient les sauges bleues odoriférantes.Je grandissais, je montais toujours plus haut, et ma verdure lustrée et frémissante frissonnait au souffle chaud de l\u2019été.Je semais à tous les vents mes graines ailées; septembre dorait mes petites feuilles dentées, octobre les éparpillait sur la pelouse; mais alors (et c\u2019était le revers de la médaille), les premiers givres glaçaient mon écorce, puis venaient les frimas, ô douleur! et les bûâcherons.J\u2019entendais leurs clameurs ; leurs cognées frappaient ma base à coups redoublés, et je sentais leurs efforts violents pour me jeter a terre.tant et si bien que je m\u2019éveillai.Brûlant me tirait vigoureusement par les pieds, et le chien Rava- geau aboyait en bondissant autour de moi.\u2014Hola! dit le forestier en riant aux éclats, la sève-du bouleau vous a monté à la tête et vous avez fait un somme.Mais voilà le soleil qui baisse; la maison forestière est loin.En route! Ohé ! La Belle.Ohé! la belle, en vous levant, Entendez-vous chanter le vent Dans les premières pousses?Il dit que le vieux temps est feu Où l\u2019on reste devant son feu A se tourner les pouces; IL dit que les lilas sont las De t\u2019attendre, car les lilas Sont pour que tu les cueilles ; Il dit que c\u2019est le bon moment ., Pour venir rapprendre comment Est fait l'envers des feuilles.Jean RICHEPIN. Nous Sommes Trois Millions Par T.St-Pierre TRAVERS toutes les vicissitudes de A la politique, les 65,000 de colons abandonnés par la France sont devenus un peuple de trois millions, unis par la communauté de la foi, de la langue et des aspirations autant qu\u2019à aucune autre époque de leur histoire.Dans la province de Québec, dans 1'Ontario, dans les provinces maritimes, l\u2019élément anglais qui devait les submerger il y a longtemps, s\u2019efface aujourd\u2019hui devant la marche ascendante des nôtres.Les colonies que notre race jetait cependant vers le Sud,\u2014ces colonies d\u2019émigrés qui devaient, elles aussi, périr au premier jour\u2014 sont devenues des groupes puissants et vivaces.Dans la Nouvelle-Angleterre et le New- York, où nous n\u2019étions rien, il y a cinquante ans, nous formions 4 pour cent de la population totale en 1871, et 7 pour cent lors du dernier recensement.Dans le New-Hampshire, le Vermont et le Rhode-Island, nous formons plus d\u2019un cinquième de la population totale, et notre situation n\u2019est pas moins avantageuse dans de grandes régions du Massachusetts, du Maine et du New-York.Les cinq-douzièmes de la population cana- dienne-française habitent aujourd\u2019hui Iles Etats-Unis.Dans les Etats du Nord-Est, avec les Fran- cais, les Alsaciens, les Belges et les Suisses, ils forment un groupe compact d\u2019un million de catholiques de langue française.Au commencement du siècle prochain, en admettant même une diminution considérable dans le taux d\u2019augmentation de notre race, nous serons 25,000,000 d\u2019âmes, dont la moitié se retrouvera dans l\u2019Est et le Nord des Etats-Unis.Peut-être la race sera-t-elle réunie sous le même drapeau; mais, à tout événement, nous serons alors une puissance et nul ne saurait l\u2019empêcher.Dans quel sens cette puissance s\u2019exerce- ra-t-elle ?C\u2019est à ceux qui dirigent aujourd\u2019hui cette puissance naissante qu\u2019incombe la responsabilité de répondre.Les émigrés ont depuis longtemps donné les preuves de leurs excellentes dispositions naturelles.En restant fidèles & la langue de leurs pères, ils sont restés fidèles aux traditions de foi et d\u2019ordre qui s\u2019y rattachent.Là seulement \u2018où ils se sont trouvés dans l'impossibilité de perpétuer leur organisation nationale, là seulement où on a voulu, par des empêchements arbitraires, amoindrir leur patriotisme, trouve-t-on des apostats parmi eux.Dans nos paroisses canadiennes, les petits- fils des premiers émigrés se retrouvent combattant pour la foi et pour l\u2019idée française avec autant d\u2019ardeur que les premiers arrivés.Sans vouloir établir des comparaisons odieuses, on peut dire que si les autres immigrants catholiques qui sont venus aux Etats- Unis depuis un siècle avaient été aussi fidèles à leur religion que les Canadiens-Fran- cais, on compterait aujourd\u2019hui le double du nombre de catholiques en ce pays.C\u2019est l\u2019engouement pour la langue des Anglo-Saxons et pour les idées qui s\u2019y rattachent, qui a été fatal à la foi de tant de descendants d'immigrants catholiques.Fiers de leurs progrès passés, les Cana- diens-Francais ne doivent pas s\u2019attarder dans de vaines récriminations.Ils sont résolus a rester fidèles à eux-mêmes, fidèles à la fille aînée de l\u2019Eglise dont ils s\u2019honorent de descendre.Conscients de leur force, ils sauront remplir leurs devoirs de catholiques et de citoyens américains; mais ils sauront aussi faire valoir leurs droits.Ayant été à la peine ils veulent être aux honneurs et, pas plus que leurs pères, ils n\u2019admettront qu\u2019on leur impose jamais l\u2019apostasie nationale comme condition de leur entrée dans aucune des sphères d\u2019action religieuse, politique ou sociale.a ang a TU ive cid Si LH RR fe: pot je a ' t \u2018 Bi « 1 EL TA I: Bl pi hy RE rt BB, at Bou a ih HOT onan TE CEE fH t Notre Parler Francais Par A.Decelles UEL charme pour un Canadien, en France, d\u2019entendre parler sa langue avec un sentiment esthétique qui sait tirer de cet instrument merveilleux toute l'harmonie, la grâce et la force dont il est susceptible! Pour nos oreilles, c\u2019est une vraie musique.On sent l\u2019art, aussi raffiné qu\u2019inconscient\u2014résultat de l\u2019éducation fami- liale\u2014qui sait donner aux mots, voire à chaque syllabe, leur valeur propre, en accentuant celui-là ou celle-ci pour les détacher des autres, et les mettre en relief.Même chez les enfants, la langue résonne comme un chant d\u2019oiseau, selon un rythme qui semble appris, mais qui n\u2019est que l\u2019effet de l\u2019exemple répandu dans l\u2019air ambiant.Que de fois je me suis arrêté dans les jardins publics pour écouter, émerveillé ce gazouillis où les paroles enfantines s\u2019envolent, claires, dans de petites phrases légères, impeccables au point de vue de la grammaire.Ce n\u2019est pas ici que les pères et mères s\u2019appe:- lent poupa et mouman! Il y a tant de différence entre le parler du Canada et celui de France, que c\u2019est à se demander si c\u2019est bien la même langue que l\u2019on parle à Québec et à Paris?Le fond est bien le même; il est presque naif de le dire, mais quelles dissemblances dans les inflexions, les assonnances, enfin dans la mise en oeuvre de l\u2019idiome! Sortant un jour d\u2019une boutique à Paris, avec un ami, une domestique nous dit bonjour d\u2019une façon qui nrovo- qua chez l\u2019un de nous cette réflexion à :ia- quelle l\u2019autre ne contredit pas: \u201c Dire que pas une personne des plus instruites cliez nous ne pourrait dire ce mot avec la niême grâce et la même inflexion! Et pourtaut les Français de France et ceux du Canada ont dû parler un jour le même langage !\u201d Comment cet écart s\u2019est-il produit ?De RO CE ACER quel côté la langue s\u2019est-elle transformée.Où est-elle restée stationnaire?Queiles influences ont poussé au mouvement d\u2019un côté, et établi l\u2019inertie de l\u2019autre?L\u2019observation - nous justifie de croire que la situation spéciale, suite de la séparation avec la France, a immobilisé notre idiome.Sous le régime anglais les Canadiens se sont cantonnés à la campagne.Durant soixante ans, l\u2019isolement du côté de la France fut complet; aucun rayon du foyer principal de la langue ne rayonrait jusqu\u2019aux rives du Saint-Laurent.Il en est résulté que pour la langue parlée, nous en sommes restés au dix-huitième siècle.Comme cela nous semble apparent lorsqu\u2019on lit la grammaire de Restaut (1759) qui nous a plus régi que celle de Chapsal ou de Larousse! N\u2019est-ce pas pour nous que Restaut semble tracer cette règle: On écrit \u201ccette maison,\u201d \u201cà cette heure,\u201d et l\u2019on prononce \u201cste maison \u201d \u201c astheure,\u201d ou bien encore on écrit \u201cla nôtre, la vôtre, et l\u2019on prononce © la note, la vote?\u201d C\u2019est dans la population peu instruite et chez les ouvriers de nos villes que se parle le pire langage.Le contact constant des Anglais auxquels ils empruntent leurs expressions techniques, en leur donnant une désinance francaise, aide à la plus regrettable déformation.Nous comprenons que les Français soient estomaqués lorsque retentissent à leurs oreilles les expressions baroques trop connues, émaillées de baptêmes, de torieux et de maudits! Il y a dans les classes élevées, instruites, des villes \u2014 hommes de profession, négociants, \u2014des personnes en assez grand nombre qui s\u2019observent.Au-dessous d\u2019elles, c\u2019est l\u2019anarchie, même chez les gens d\u2019une moyenne instruction. woe Ww 7 tL DON OAROETE C LOSE a TUE A LR ER AE OR SA a ER HEA ARE Notre Parler Depuis vingt ans, je suis examinateur des aspirants au service civil.Chaque année je donne aux candidats comme exercice de fran- cais quelques phrases à corriger, en les prévenant que j\u2019y glisse des barbarismes.Et alors, défilent sous leurs yeux des mots com- \u201cbadrer\u2019\u201d \u201ccanceller \u201d, \u201cmaller\u201d, \u201cjob \u201d.Ces horreurs sont acceptées comme pur métal français! Il me semble que l\u2019on devrait épingler les plus frappants de ces barbarismes dans un court recueil pour le distribuer Jans les écoles.Un tel ouvrage éclairerait les élèves, et aussi certains instituteurs.C\u2019est encore dans nos campagnes que l\u2019on parle le meilleur français.Sur ce terrain la comparaison avec les paysans de France Français 81 tournerait plutôt à notre avantage; la langue d\u2019autrefois s\u2019est conservée relativement pure, à l'abri de toute déformation, mais en s\u2019incorporant des locutions locales créées par des besoins nouveaux.Jamais aussi, autant qu\u2019aujourd\u2019hui, on n\u2019a vu les hommes d\u2019études plus disposés à veiller aux intérêts de la langue, à l\u2019épurer, à la défendre contre l\u2019envahissement.Ces amis de leur pays ont devant eux une rude tâche, car l\u2019indifférence de la masse multiplie les dangers, les chances d\u2019anglicisation.C\u2019est pourquoi il faut souhaiter que le bataillon sacré qui monte la garde autour de cette partie du domaine national fasse sans cesse de nouvelles recrues.Crépuscule A mon oncle J.P.Dupré avocat.Le vent faisait sauter notre barque fragile Jouant au gré des flots sur le fleuve en courrouæ ; Et la vague lèchait de sa lèvre d\u2019argile La grève de l\u2019ilôt qui prenait des tons rouæ.Et nos rames plongeaient dans le courant agile Tandis que les poissons nageaient autour de nous.Le soleil s\u2019éteignait pâle et lent et docile Au fond de la montagne avec des souris douæ.Nous causions d\u2019avenir, de bonheur, de la vie, De l\u2019égoïsme humain et ses souffles d\u2019envie, D\u2019espérance et d\u2019amour, des plaisirs de l\u2019été.L\u2019un disait que la vie est chose passagère, T\u2019autre que la nature et toute sa beauté Est malheureusement trop prise à la légère.Montréal, 1909.Ernest MARTEL. LA REVUE D'OPULAIRE Va ouvrir ses colonnes aux Photographes Amateurs Trois prix seront donnés chaque mois.Le nombre des photographes amateurs, des \u201c ko- dakistes \u201d, pour employer le nouveau mot \u2014 augmente rapidement dans notre pays.C\u2019est un passe- temps agréable, distingué, méritoire.Mais à quoi sert de produire de bonnes, de curieuses, de jolies choses, si l\u2019on n\u2019a pas un peu du grand public pour les apprécier.La REVUE POPULAIRE invite done ces amateurs à lui envoyer les photographies inédites.\u2014\u2014 # Choses rares, bizarres, phénoménales, anciennes et autres du Canada et des Etats-Unis Il en sera publié de 5 à 12 par numéro, la meilleure donnant droit à $3.00, la seconde dans l\u2019ordre de mérite à $2.00 et la troisième à $1.00.Nous voulons, par là, donner l\u2019encouragement de la publicité et de la rémunération en argent à nos Canadiens qui s\u2019adonnent à cet amateurisme.Les photographies ne seront pas retournées.Adresser les envois à POIRIER, BESSETTE & Cie, 200 Boul.St-Laurent, Montréal.QL ir i I Combats de Cogs Par æ Mistigris Il est brave, il aime à voir Le sang vif et les entrailles ; La ferme, c\u2019est son manoir, Et toujours prêt auæ batailles, Il niche au bout du perchoir, Guette, dort peu, se réveille, Ouvre l\u2019oeil, ouvre l'oreille, Attentif au moindre bruit Qui traverse les silences, Chante aigu, chante à minuit.\u2014 Quand le coq chante à minuit, C\u2019est pour assembler les lances.UTANT vous le dire tout de suite: je n\u2019ai jamais vu de coqs se battre, Si ce n\u2019est dans une basse-cour, quand survenait une belle poule au coeur indécis et balançant entre deux soupirants.Mais quand j'étais jeune, les combats professionnels étaient si fréquents, on y attachait une telle importance, le débat des supériorités respectives du coq canadien et du coq importé prenait de si grandioses proportions que, le souvenir du coq gaulois aidant, j\u2019en étais venu tout droit à conclure que ces combats constituaient notre sport national.Je, me rappelle fort bien que le villageois qui me parut le plus considéré à., comté de Portneuf, tirait tout son prestige de la valeur de ses coqs batailleurs, et qu\u2019en me présentant son fiston, on eut soin de mentionner le fait.\u2014C\u2019est le garçon à Monsieur Chose, celui qui a battu les Machin de Saint-Basile pour les game barrés.Et ce jeune homme me sembla plus fier de ce lustre familial, que si son père eût été le premier Canadien-Français nommé gouverneur général.Quoi qu\u2019il! en soit, rien n\u2019a jamais pu me concilier à l'idée qu\u2019il y ait, dans cet amusement, autre chose qu\u2019un vés- tige des barbares cruautés des âges très éloignés.Il n\u2019est pas très facile de déterminer si nos pères l\u2019apportèrent de France, ou S'ils s\u2019en éprirent, après la Cession du pays, au contact des Anglais, grands cockfighters.Il n\u2019est pas beaucoup plus aisé de remonter jusqu\u2019à l\u2019origine authentique de ces combats.On se contente de supposer qu\u2019ils furent probablement organisés en mémoire de la victoire de Thémistocle (480 av.J.-C.) à Salamine, parce que, tandis que les soldats Athéniens marchaient vers l\u2019ennemi sans montrer beaucoup d\u2019enthousiasme, leur général aurait apercu deux coqs qui se battaient.Les montrant à ses troupes il se serait écrié: \u201c Alors que des animaux déploient un\u2019tel héroïsme, uniquement pour la gloire, il serait honteux que des hommes ne montrassent pas le même courage pour défendre leur foyer.\u201d \u201cC\u2019est après ce fait, dit Elien, que le peuple athénien décida d\u2019instituer des combats de cogs aux frais du public, car la vue des coqs aux prises doit produire le même effet moralisateur sur les descendants que sur les ancêtres.\u201d Longtemps ces combats eurent lieu devant les premiers magistrats des villes et devant les juges.Aujourd\u2019hui, nos juges ont, mission d\u2019en rechercher et punir les organisateurs et les Spectateurs.Ce doit être dur à certains d\u2019entre eux, car j'en ai connu au moins deux qui étaient grands connaisseurs, grands pa- vi 84 La Revue Populaire rieurs et qu\u2019on n\u2019oubliait jamais d\u2019inviter, en ayant soin de leur ménager un bon petit coin d\u2019où ils pouvaient voir sans être vus.Le coq n\u2019est pas un volatile intelligent, mais il est d\u2019une grande bravoure; la vaillance et l\u2019orgueil font de lui le plus endurant, le plus téméraire, le plus tenace des duellistes.La mort lui semble moins pénible que la survivance a la défaite.Peut-être n\u2019avez-vous pas lu les beaux vers de Fabié sur un de ses déchus auquel la mort vient comme un baume sur la blessure.morale.Le coq avait le défaut grave De ne pas souffrir de rivaux ; Qui pleurait d\u2019avoir trop vécu, Et, pour hâter sa mort trop lente, Je pressai sur lui la détente Et foudroyai ce roi vaincu.Le plomb fit jaillir sa cervelle, Un cri mourut dans son gosier, Et je crus voir que sa prunelle, En se fermant comme son aile, Clignait pour me remercier.Toute la ferme fut en fête : Le cadavre fut trouvé bon.Moi, je versai, baissant la tête, Deux pleurs sur ce coq assez bête Pour vouloir mourir en Caton.\u201cVous n'avez pas l\u2019âme chrétienne; Vaincu, pourquoi vouloir mourir?L'existence vaut qu\u2019on y tienne, Dit-on: et, quand elle est ancienne, Les combattants sont apportés dans des sacs ou des paniers.Il s\u2019en allait par les hameaux, Dans le but d\u2019y trouver un brave A qui l\u2019on pût dire deux mots.Notre coq si fort batailla, Il montra tant de valeur folle, Que de sa vie, il le paya.Surpris enfin, au fond d\u2019un bouge, A rosser le coq d\u2019un fermier, I laissa sous un froid acier Ses ergots et sa crête rouge, Ses éperons et son cimier.Il revint de cette aventure Noir de boue et de sang vermeil ; IL se cacha loin du soleil, Refusa toute nourriture, Et ne chanta plus le réveil.J\u2019entendis Achille, en sa tente, La honte ne fait plus souffrir!.\u201d Soit, j\u2019y consens! dbaisons la chaîne, Subissons la rougeur au front, Vivons, frères, malgré l\u2019affront!.La lutte est loin d\u2019être prochaine, Et nos ergots repousseront! En attendant, toi, je t\u2019honore, O coq, embléme des aieux! Toi qui, comme un clairon sonore, A la terre annonçait l\u2019aurore, Ainsi que l\u2019alouette, aux cieux.C\u2019est comme toi que nos ancêtres, Par le sort trahis autrefois, Plutôt que de subir des maîtres, Sous l\u2019ombrage profond des hêtres, S\u2019en allaient mourir dans les bois. Détdreie O L Combats de Coas 85 Avant la guerre hispano-américaine, les combats de coqs étaient la great attraction des dimanches à Cuba.Ces massacres de gladiateurs en miniature étaient, dit un jour- Armé pour le combat.naliste américain, la grande occupation et, pour ainsi dire, la carrière des fils de famille désoeuvrés.On Teconnaissait.leurs champions à la livrée des nègres qui les portaient.Les jours de grands combats, les poulaillers se pavoisaient.Tel poulailler portait la couleur orange rayée de noir, tel autre, la Couleur vert pomme barrée de rose.Et en avant les paris! On risquait des sommes énormes.Les grands vainqueurs étaient achetés à des prix fabuleux, et c\u2019était un luxe aristocratique d\u2019avoir une belle vo- liére, comme on a, chez nous, une bonne écurie.Enfin, pour compléter la ressemblance, on voyait souvent des fortunes entières dévorées par cette ridicule manie.Les combats de coqs ont généralement lieu dans des petits cirques, bâtis en planches, autour desquels s\u2019élèvent, au rez-de-chaus- Sée et au premier étage, un double rang de gradins,en amphithéâtre.Ce champ clos s\u2019appelle cockpit en Angleterre, et valla de gallos à la Havane.Le sol de l\u2019arène est soigneusement foulé et couvert de sciure de bois ou de sable fin.On arme les champions d\u2019éperons d\u2019acier, sortes de grosses aiguilles recourbées légèrement, qu\u2019on ajoute à l\u2019ergot au moyen de petites lanières et de cordons en cuir; on leur rogne la crête; on / leur taille les plumes du cou, celles de la queue et les pennes des ailes, afin qu\u2019ils offrent le moins de prise possible aux coups de l\u2019adversaire; on les excite à la lutte en leur faisant boire du vin.Tout est calculé, dans ces préparatifs, pour augmenter la cruauté du spectacle.Il y a, pour ces coqs, plusieurs façons de combattre : Al cotejo, au jugé, et cela lorsque les coqs sont armés de façon à équilibrer leurs forces ; Al peso, au poids, lorsque les éperons des deux combattants sont égaux; Tapadas, à couvert, quand les coqs ne sont pas connus d\u2019avance et sortent, dans l\u2019arène même, d\u2019une cage voilée ; De navajao cuchilla, au couteau, lorsque la lame des éperons est affilée de façon à rendre la lutte particulièrement courte et meurtrière ; Al pico, à coups de bec, quand le combat a lieu sans le secours d\u2019armes accessoires.Et, maintenant, voici les deux coqs en présence, bec à bec, tenus par leurs maîtres qui sont à genoux.Le signal n\u2019est pas encore donné.Mais la foule est déjà secouée d\u2019une passion folle.Les paris se croisent ; les cris, les appels, les menaces font rage.Enfin, le com- Heli Prêt à entrer dans l\u2019arêne.bat commence.Après une minute d\u2019attente, les coqs se cherchent et les ergots d\u2019acier s\u2019enfoncent dans les chairs et en sortent rouges de sang.Les champions se lancent l\u2019un ite jie grit: E + LETT aa RITES ses EE ES PRE PE ERE \"He mw Sa - | Le 1 86 La Revue Populaire contre l\u2019autre avec lourdeur, en louvoyant gauchement ; les plumes volent et le sang coule.C\u2019est alors une série de passes hideuses et comiques à la fois.Ils se piquent, s\u2019arrachent les plumes et cherchent à grimper l\u2019un sur l\u2019autre.C\u2019est un acharnement terrible dans des poursuites en demi-cercle, des retours en arrière, des frôlements continuels ou des corps à corps épouvantables de sauvagerie.Et ils frappent, frappent, de la tête et du bec, aveuglés par la rage et la douleur.Les chairs labourées, pantelantes, Il y a aussi cette description moins maquillée, moins littéraire, plus écoeurante par D\u2019Urville, qui est allé voir comment \u201cca se passe\u201d parmi les mineurs de charbon du nord de la France chez qui le gouvernement tolère les combats de coqs, parce que ces charmantes personnes n\u2019ont pas beaucoup d\u2019amusements.L\u2019alcool ne leur dit plus rien, la danse ne les attire plus.Donc les coqs sont apportés dans des sacs Combats de coqs à Londres en 1800 (Tableau de W.Small).ils ne sont plus bientôt que des masses informes se mouvant par soubresauts.C\u2019est du délire dans la foule de ceux qui ont escompté la victoire.À Cuba, cet événement est proclamé avec une grande solennité, car chaque poulailler engagé dans la lutte s\u2019est mis sous la protection d\u2019une jolie fille et porte ses couleurs.Les coqs combattent et meurent pour les femmes.Et c'est la reine du poulailler qui triomphe le plus de ces victoires, à l\u2019occasion desquelles on donne de grandes fêtes.et des paniers et le lâcher a lieu.L\u2019un, dit D\u2019Urville, un coq superbe, camail rouge et or, haut sur pattes, fait luire ses éperons d'acier, aiguisés cômme des alènes.L'autre, plus petit.mais joliment râblé, oeil vif, bec pointu, barbillons et oreillons rutilants.Le grand l\u2019observe d\u2019abord, presque dédaigneux.C'est le petit qui attaque, hérissé, rageur.Ils foncent l\u2019un sur l\u2019autre, se frappant de grands coups de bec à la tête; se dressant, se griffant au poitrail ; cela sans répit pendant quelques minutes.À un mo- Combats ment le petit faiblit, ne fait plus que se défendre, boîte et refuse le combat.L'autre le poursuit dans l\u2019arène, le crible de coups de bec, le plume, le piétine avec fureur: Acculé dans un coin, la téte en sang, le petit fait face, s\u2019enlève, pattes en avant.C\u2019est le tour du grand de modérer sa charge.Tout près de lui, je l\u2019entends râler, le sang coule de son bec.On me dit qu\u2019il a reçu un coup d\u2019éperon aux poumons, ou au coeur, qu\u2019il est perdu.En effet, il s\u2019accroupit, allonge la tête sur le sol, insensible aux coups de bec de l\u2019autre petit diable, qui se traînant sur une patte, blessé dans l\u2019autre, s\u2019acharnait encore sur le moribond.~ Je crois qu\u2019il n\u2019est plus un seul pays civilisé où ces combats soient tolérés.Mais partout des gens cherchent à éluder la loi, à se livrer à ce sport à l\u2019insu des autorités.Pour une séance que la police empêche ou interrompt, il y en a cent qui suivent leur cours.En France, voici que les \u201c coqueleurs \u201d ou éleveurs de coqs de combat, formés en association, sont résolus à plaider \u201cde droit pour chacun d{\u2019organiser des combats de cogs\u201d.A ceux-là et à nos Canadiens qui pensent comme eux, et agiraient comme eux s\u2019ils l\u2019osaient, je conspille de lire ceci : Les bêtes viennent, une fois de plus, de donner à l\u2019homme une leçon de bon sens et de douceur.Un tigre et un taureau ayant été mis en présence, à Marseille, n\u2019ont rien voulu savoir, et se sont refusés, malgré tou- de Cogs 87 tes les invitations, à se faire le moindre mal.La fête a fini, comme il convenait, par une mêlée entre chrétiens.Ces nobles bêtes (je parle du tigre et du taureau) se sont évidemment dit qu\u2019elles n\u2019avaient aucune raison de s\u2019en vouloir, et n\u2019ont pas éprouvé le besoin de s\u2019entr\u2019_égorger pour amuser d\u2019autres animaux plus féroces qu\u2019elles, et dont l\u2019unique supériorité consiste à porter culottes.Ici, en effet, il n\u2019y a pas à dire.C\u2019est bien le seul plaisir cruel de voir couler le sang qui attroupe les spectateurs.Les combats de taureaux peuvent se défendre, parce que les toréadors y déploient leur courage et leur adresse ; mais faire se ruer deux bêtes l\u2019une contre l\u2019autre tout simplement poùr voir laquelle va souffrir le plus, cest un spectacle que pour ma part je n'hésite pas à déclarer hideux et repoussant.Il ne repousse pourtant point nombre de chrétiens, dignes émules de ceux qui dressent des coqs pour s\u2019arracher les yeux, et qui ont dû, enfants, être particulièrement récréés par l\u2019agonie d\u2019un chat ou les tortures d\u2019un petit oiseau.Je crois que si un couvreur annonçait qu\u2019il va se précipiter, à telle heure et dans tel lieu, du haut du toit sur le pavé, il y aurait foule pour aller voir cela, et les femmes n\u2019y manqueraient point.Il y a des moments où l\u2019on est vraiment fier d\u2019appartenir à l\u2019'humanité.Ni ce tigre ni ce taureau n\u2019avaient le don de la parole; et cela est fort regrettable, car il eût été bien intéressant de les entendre exprimer leur pensée sur les vertus de l\u2019être qui se prétend fait à l\u2019image de Dieu. A S = EN \\ COURRIER DE LA FAMILLE ta mère.La Fille.L'Enfant par Tante Pierrette.Chapeaux contre Oiseaux AIT-ON à quels chiffres s\u2019élèvent les hécatombes d\u2019oiseaux dont les plumes servent 4 orner les chapeaux de femmes?Une revue d\u2019outremer va nous en donner une idée approximative, rien qu\u2019approximative, car elle n\u2019a pu, va sans dire, ne contrôler que quelques sources de renseignements.A Paris seulement se consomment annuellement jusqu\u2019à 40,000 hirondelles de mer.Un marchand de Londres a vendu, l\u2019an dernier, 32,000 oiseaux-mouches, 80,000 oiseaux de mer et 800,000 paires d\u2019ailes d\u2019oiseaux de diverses espèces.On peut estimer à 500 millions le chiffre des oiseaux sacrifiés tous les ans, dans les pays civilisés, à la mode féminine.Quel immense préjudice, s\u2019écrie cette revue, pour l\u2019agriculture dont ils sont les plus efficaces protecteurs! Certains pays sont presque complètement dépeuplés d\u2019oiseaux qui leur sont spéciaux.Tels sont le canard du Labrador, le pigeon de l\u2019île Maurice, le rile d\u2019Auckland, l\u2019étourneau de la Réunion, le bouvreuil des Acores et la mê- sange à tête blanche.Pour que la plume conserve tout son éclat, il faut dépouiller les oiseaux vi- = vants; à cet effet, on les capture avec des filets.On arrache la plume qu\u2019on apporte sanglante chez le plumassier, où elle est aussitôt préparée.Les oiseaux ainsi torturés ne tardent pas à mourir dans de douloureuses convul- sions.Il y a deux ou trois ans on avait annoncé que la reine d\u2019Angleterre elle-même s\u2019était mis à la tête d\u2019une \u201cligue qui devait prohiber des chapeaux de femme les ornements de plumes.L\u2019idée était louable, certes! Il ne semble pas que la ligue en question ait eu un succès bien grand.Elle n\u2019a pu triompher de ce tyran qu\u2019est la Mode! * * * Une dame anglaise, qui écrit sous le pseudonyme Miss Chief, a consacré de longues recherches à cette question.Je résume ici une partie d\u2019un de ses articles.Il a été très remarqué; je l\u2019ai vu cité ou commenté dans quatre ou cinq grands journaux américains.Elle dit en substance qu\u2019à notre époque où les chapeaux sont immenses et prodigieusement empanaché, il se fait une telle consommation de plumes et de A = La Farine d\u2019Avoine | (roulée) \\ OGILVIE | j est supérieure a tous les produits simi- / i laires Américains parce qu'elle est pré- N E parée avec la plus belle variété d'avome E du Manitoba\u2014la meilleure au monde.JH à Elle constitue, sous forme de soupane, L\u2019Aliment par Excellence du Déjeuner Agréable, léger, facile à digérer, nutntif (| POUR LES ENFANTS, LES ADULTES ET LES VIEILLARDS | A .EN VENTE PARTOUT NN The Ogilvie Flour Mills Go., Ltd.Montréal et Winnipeg Ne ° * NNN RECT I Mller.\u201cBigb Life\u201d La Meilleure Biere de Milwaukee Voici le moment d\u2019en boire ! 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