La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 décembre 1914, Décembre
[" Amée-No 19 | | Nore nouer .| _\u2014 Décembre rs LA Chataignerate, (1ère partie) à 0 CREER vor gy WAT EC \u2019 ou Sommaire.Ned Rouge Lou ar verde], Mines sous-marines requit Lbieil, Noël! eu Serbie, Ton relie d'obser«aiica.Ia Micronb gratte.Les Crêchss de Noé, L &' tu-ambu:iance.La locomotion.Patriotisme japonais.Le canon fraïhais à l'oeuvre.Un gracieux 9! seau.Le monde sous-marin.L\u2019aut0igoucherie.Ruses de guerre.Le Dreadnought Ajax.Les abeilles et ja guerre.Dans la vaævt'ieuse Allemagne.Le Tabac.Le plus petitroyaume.Les volcans.\u2018a mort de 2 espions.*'apier incombustible.! - sorcier africain.Tes vies.Canots en c«/ment armé.La Noël Risse.Titres de souvers ing.opie taux pour ¢ous-marins.Entre ciel ¢ terre, etc., etc.= rye Sw il rm 4 ; : ; né - Ç _ ERT + ur op \u20ac 3 , POIRIER, BESSETTE & CIR Edit.-Propriétaires 200, Boulevard St-Laurent Montréal.Re ris dt M EEE TETE [TY TR A To \\ \"TTC A Ke MORE ¢ \u201ca JN SO hi wh i Cu nes CA | Lo MH Voi.7, No 12 La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 POUR LE CONNAISSEUR La machine Pathfinder représente l\u2019œuvre la plus parfaite du fabricant d\u2019automobiles.| | Le CHASSIS de la Pathfinder a été reconnu supérieur par des experts, tant sous le rapport du plan seientifique que sous celui de la construction.fi L'automobile Pathfinder a toujours tenu la tête au point de vue de la vonne apparence et du fini.Les meilleures matières premières seules sont utilisées.L\u2019appareil électrique de MISE EN MARCHE AUTOMATIQUE est simple et accessible, et plaît au connaisseur parce que son emploi est facile et ne complique pas l\u2019allumage.Ce sont là quelques-unes des \u2018\u2018 101 Raisons \u2019\u2019 qui vous aideront à juger de \u2018a valeur d\u2019une bonne automobile.Téléphonez-nous si vous désirez connaître les autres, ou venez voir notre démonstrateur et assurez-vous si la Pathfinder n\u2019est pas réellement une machine magnifique PATHFINDER MUTUR CARS GEORGES POIRIER, 200, BOUL: ST-LAURENT PHONE MAIM 2680 PHONE ROCALAND 746 _\u2014 8 + Vol.7, No 12 là Revue La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 Populaire | ABONNEMENT : \u2018 P * POIRIER, BESSETTE & Cie, | 5 arait Editeurs-Propriétaires, Canada et Etats-Unis: T 200, Boulv.St-Laurent, MONTREAL.Un An: $1.00, - Six Mois: - - - - - 50 cts ous es AVIS AUX ABONNES Montréal et Etranger: .La REVUE POPULAIRE est expédiée par Os An: S150 Six M 5 et Mois la poste entre le.5 et le 12 de chaque n - - Six ois: - - - - - \"5 cts - | mois.Tout renouvellement d\u2019abonnement doit nous parvenir dans le mois même où il se termine.Nous ne garantissons pas l\u2019envoi des numéros antérieurs.Noël Rouge HAQUE année, le mois de décembre amène avec lui un cortège de joies familiales dans les plus modestes demeures comme dans les plus somptueux palais.Et puis c\u2019est le mois des agapes noëli- ques qui réunissent autour des vieux parents les Jeunes générations; on échange des souhaits, on forme des projets on parle avec satisfaction des succès obtenus et avec courage des efforts à faire.On éprouve par dessus tout une réconfortante impression faite de calme et de confiance.Hélas! dans combien de familles, le Noël de 1914 différera de celui des années précédentes ! Que de places vides qui ne seront plus jamais occupées! Pendant que les vieux parents lisent fiévreusement les nouvelles de la ligne de bataille, pendant que les épouses prient avec ardeur pour le retour de leur compagnon, ceux-là dont les places sont vides dorment peut-être déjà leur dernier, sommeil sous la terre glacée de la frontière.D'autres que la mitraille a encore épar- gnés subissent l\u2019âÂpre morsure de la bise dans !es tranchées ou sous les abris hâtivement construits.Dans l\u2019engourdissement causé par le froid, leur pensée se détache de ce qui les environne et s\u2019envole, bien loin, vers ceux qui pensent continuellement à eux; ils revoient en souvenir la maison quittée depuis plusieurs mois, la ville animée ou le village aux moeurs patriarcales.Il leur semble entendre dans le lointain, le bourdonnement confus des cloches appelant les fidèles à la messe de minuit.Tout-à-coup un appel vibre dans l\u2019air\u2026 Arrachés brusquement à leur rêve, les soldats sont rappelés à la réalité par une sére de commandements brefs.L\u2019ennemi a tenté une surprise heureusement déjouée.Les lebels crépitent, les mitrailleuses hurlent leur chant de mort puis tout ce vacarme cesse subitement; un ordre \u2018\u2018 À la baïonnette!\u2019\u201d et, sous la froide clarté de la lune, les longues aiguilles d\u2019acier scintillent, dessinent une ligne mouvante qui bondit en avant, elles crissent dans les chairs huma:nes et ressortes rouges de sang.Et la-bas, bien loin, dans le village déserté, les cloches de Noël pleurent ceux qui ne les entendront plus jamais.Roger Francoeur.NEL NTR N aa TAT TN pr Par DS HOE Etre a coco Vol.7, No 12 Montréal, Décembre 1914 La Revue Populaire + teteirs ¢ pr Ja a.A 4 wo.Ed Ww Ys J 5.4 us Ÿ à A Cu ; Coupant une } : Fourand um chaval Ut Duvrant {eg condoned 7 # nes 4 ÿ > py \u201c> hil Le A 108 AE.i) AN gt x pas 5 aa 7 Un \u20ac usage.Arme d'ablague | | Ke k ould oF sone > Hy { a LS WA i A N A = { AR FEE vw ¥ 5 iy 0 tie } ¢ 1 A + QU, lo i pee .4 05 Ri HAN + 5% LS By \u2018A \u201c v 4 3 cu lish Ahh Vol.7, No 12 core cireu ent.De cent en cent mètres, des tranchées.Nous passons le pont de planches, qu\u2019en quelques heures a construit le génie.A vingt mètres, l\u2019énorme carcasse du pont de fer, coupée en deux, barre le fleuve et fait chanter les eaux.Un hameau de trente feux, qui sert d\u2019ambulance de deuxième ligne.C\u2019est ici qu\u2019on nous demande pour la dernière fois nos laissez-passer.\u2014 Vous entrez dans la ligne de feu, nous déclare le chef de poste.À vos risques et périls, désormais!.et bonne chance! D C\u2019est trois cents mètres après B., dans une route étroite en forme de défilé, que \u201ces troupes d\u2019Afrique, les zouaves surtout, embusqués et en lignes d'spersées, forment l\u2019avant-garde inflexible où se brise l\u2019envahisseur.Des mitrailleuses les gardent et cheminent avec eux.Sur les hauteurs, s x batteries de 75 et huit canons de siège, bien afûtés sous des branches, sont prêts à cracher la mort.Officiers et canonniers sont à leur poste, silencieux, sans fumer: la moindre volute de cigarette suffirat à trahir les apprêts du combat.Seul, sur un hêtre, dans le feuil age déjà roussi aux armes de l\u2019automne, un brigadier, dissimulé.essaie, lorgnette en main, de repérer à l\u2019horizon les mouvements de l\u2019ennemi.C\u2019est un après-midi éclatant de soleil : à peine si \u201ca brume des bois ouate d\u2019un voile-bleu les coteaux du val.L\u2019admirable paysage de France que dans le champ de sa lorgnette contemple le hardi observateur! À vingt mètres en arr:ère des batteries, sur le versant, le commandant attend, ré- \u2014 18 La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 cepteur en main, les ordres du quartier général.\u2014Prenez patience! me dit-il en souriant.Toute la nuit, les Allemands nous oni canonnés.Nous avons changé nos positions.I's nous croient anéantis ou en recul.D\u2019:eci une heure ou deux, ils vont donner l\u2019assaut au village.Vous pourrez alors col ectionner des impressions! Tenir la bataille de si prés, et la manquer peut-être: les minutes, à un tel moment, ont des lenteurs de siècles! Vers 4 heures, l\u2019ennemi se décide.Enfin! Un double grondement ébranle les échos.Tout le val est en rumeur: d\u2019une rumeur en marche.On dira:t deux essaims d\u2019abeiles qui vibrent librement au ciel clair.Et à 300 mètres des batteries, les obus éclatent, fauchant les haies, dispersant branches vertes et mottes rouges, creusant chacun un trou assez grand pour y enfouir deux chevaux accouplés.\u201c\u201cLes marmites!\u201d\u201d me souffle le commandant.C\u2019est le nom qu\u2019on donne ici aux obus de 220.Ce fut là le prélude.Dès cet instant, les obus de 75 a'ternèrent furieusement avec le grondement des marmites.Tout le ciel se trouva macu>é de fumées et de mitraille.Les Allemands déblayaient.Quel observateur à courte vue, quel hobereau myope avait donc repéré leur tir?Au mil eu des rires\u2014des rires certes\u2014de tous les canonniers, leurs projectiles labouraient le ciel et les champs, mais sans effet, avec une gaucherie touchante.On eût dit que là-bas, chez l\u2019ennemi, les pointeurs étaient encore ivres des fumets de ce v n généreux qu\u2019ils burent trop copieusement en Champagne.Du côté francais, on s\u2019obstinait à faire les morts.-La réponse n\u2019en sera que meilleure. ppm ete ) | J Vol.7, No 12 \u2014 Attention, regardez à droite, me souffle un lieutenant.Tandis que j\u2019étais tout entier à la canonnade, le brigadier tapi dans les branches du \u2018hêtre, a repéré une manoeuvre 11 a prévenu son chef.Celui-ei, avertissant l\u2019état-major, a reeu l'ordre d'ouvrir le feu Ce sont deux compagnies allemandes qui arrivent quatre par quatre.Elles approchent au pas accéjéré.On dirait des murs couverts de grisaille qui se meuvent.Les voici 4 1,200 mètres, au pied du village, proche les premières maisons.\u2014N\u2019allez-vous pas tirer?.\u2014Patience !.nous les voulons plus prés!.Durant ce bref colloque, j'ai le temps d\u2019apercevoir en tête 1'officier A cheval.sabre lu'sant au solei), qui presse ses troupes.Sa silhouette est vague : son bras seul gesticule.On le devine qui crie: \u2018\u2018 En avant!\u201d ,Ç Au même instant, avec une brutalité stupéfiante, voici que les six bateries de {5, précises, implacables se démasquent.Des coups sees se succèdent, qui vous déchirent le tympan, vous accablent par leur promptitude et vous tordent le coeur.On dirait une hache invisible qui s\u2019abat par larges coups sur l'ennemi.Tout est fauché, haché, anéanti.Le cheva\u201d de l\u2019officier tournoie, éventré: le herr komman- dant tombe lui-même, son sabre lié au bras par la dragonne.L'arme luit tou- Jours: on dirait un éclair dans les flocons de fumée blanche.Ft la route montante se trouve brusquement parsemée de capotes grises, de casques et de collerettes rouges: cris et brèves agonies.Des deux compagnies allemandes, pas un fuyard ne s\u2019est échappé, mais nous n\u2019avons fait ce jour-là, non plus, aneun pri- \u2018 _ La Revue Populaire 19 Montréal, Décembre 1304 \u201ctous morts\u201d.Le soir baisse.nous courons à l\u2019amdu- lance.\u2014- Le commandant de M.est mort, nous annonce \u201ce major.ll avait eu les reins brisés par un eulot d\u2019obus.Son dernier mot fut celui-ez: ** Cet obus allemand avait un fier eulot! Dormez en pa.x, commandant! Les ca nonniers du.régiment d\u2019artillerie, postes tantot sur les hauteurs de B., vous ont sonnier : venge.André Tudesq.\u2014 0 Un Gracieux Oiseau Le Cygne \u2018\u201cSemblable à une nef féerique, le cygne gonflant ses ailes, dit un chant scandinave, trace sur l\u2019eau un sillon d\u2019argent.Le plus grand le plus beau des oiseaux, aussi bien par sa taille qui dépasse celle de l\u2019aigle que par l'élégance de ses formes et la blancheur immaculée de son plumage, 11 a de tout temps exeité admiration et inspiré le: poètes.Toutefois le cygne ne mérite ces compliments que lorsqu'il est sur l\u2019eau, son élément favori; à terre Ÿ est lourd, gauche et maladroi:; de plus 1! est d\u2019humeur querelleuse et son intelligence est mediocre.On ne pent pas non plus le considerer comme un an mal réellement apprivoisé car ceux que l'on voit sur les pièces.d\u2019eau ou les étangs ont tous l\u2019extrémité des ai- Jes coupées, sage précaution sans laquelle ils diraient bien vite adieu à leurs propriétaires.Aux approches de Vhiver, Tes cyrnes sauvages rejoignent en effet les pays Vol.7 No 12 + hands : ces oiseaux, malgré leur poids -onsidérable, ont un vol puissant et rapide, Passant l\u2019été dans les contrées les plus septentrionales de l'Europe, Üs émigrent vers Le Sud dès le milieu d'cctohre + on des VC, apparaître sur les lacs of les feu Ver (os rigions tempédries.On cee trouve en grand nombre en AL PEL US et surtout eu Angivtorre.Les Waislit , COUT IS.(iil ont visite Pile «dus MADquUer Ceres fraps Goer opp : ' sa 1° © fo .séctate OU Chris ©+ pani ales laniiites quil ay citent r i .x : crv Viernds + ot Son View, Lex le règre de Richard Cocnr de { sous lier ce les préarers cygues domust ques Pendant long- _.\u201c £, [A 3 wr al : : age en fut reserve a uae agites me» - 4 : 1 \", yr partir 1 en Angleterre.tenjs past es autoris\u2019s par décret roval.Cet était conservé loux par les séréditaire avec famil'es_ou corpo- ratioiss qui en étaient détentrices.Chaque devait porter, découpée sur le bee, m°rque d'identification particulière.Hl S 5.1: Je yg ils ne La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 Seul fe comté de Norfolk.et prineipa- iement la ville de Norwich, pratique encore aujourd'hui st une assez grande échei- le l'élevage des cÿgnes dont la propriété n'appartient plus qu'à une quinzaine de personnes sur neuf cents environ au\u2019elles étaient sous le règn° d\u2019Elisabeth.Le- hiberté re riv'ère du comté.Au mois de mars.la femelle.vivent en CXgnes dans le Ad 1 jai aidée du \u2018mâle, son époux fidèle, consffuit son uid dans un lot quelcou- tite.Le mâle, pendant jes tre rte-cing jours Cre count, ef TINT OY LY) + Paani, Ton COS TatiinNent uy icfond: \u2018© CcON- are sur généta ciment de six à rrennent l» ces der- danzereux plus grand soln.1 4 vigilehice de hin niers est telle qu'il est même de s'approcher de la famille par crainte des form'dables coups de bee ou que ceux-el administreraient sans compter à l'imprudent visiteur.Les jeures 1 d'ailes restent couverts pendant deux mois d'un duvet r La Revue Populaire Montréal.Décembre 1914 gris très épais.remplacé petit à petit par Le Monde Sous-Marin PE n E des plumes d\u2019un gris sale, et ce n'est qu'à i: l'âge de deux ans qu'ils revêtent enfin la livrée blanche si agréable à l'oeil.Le marquage des cygnes, qui continue à Vol 7, No 12 ; | x 5 ll serait difficile, pour ne pas @ > im p se faire comme par le passé, a lieu chaque .Cea LL = E ; P basse, oo, 4 possible, de se faire une idée.par ce EB année, le deuxième lundi du mois d\u2019août.le le ce 12\" est EL.+ Cy co: L'autrefoi aque nous avons sous les yeux, de ce «pies E dans avoir ia magnificence d'autrefois, .yo É ) tte\u2019 céré [ ee ionrd'hui le monde sous-marin, monde bizarre peu- i cette eéremonte est encore aujourd'hui Cr pan , Co \u2026.; + 0 aujoura 4 p'é d\u2019êtres aux formes fantastigues, in E curieuse et intéressante.Seuls sont soumis : E.© CL maginahles, fe à la marque de leur propriétaire et à lé oe : : i oo 1 Jusaqua 600 pieds environ, on re.woi- se Jointage les sujets destinés à la reprodue- 200 _ ; E.3 T ; pe 73 fre une multitude d\u2019êtres étrunges.un A tion.Les autres.soixante-dix environ.\u2026 5, | ; grourlement de poissons et de eristacés: sont tran sportés an grand bassin de l'hos- * on traverse aussi de vastes forêts lar.illiputiens, des prairies d\u2019algues et de mousses.Nes unes \u201cles autres microscopiqnes, telles les -har- nic de Norwich, qui jouit du privilège de \u2018es élever soit pour la table, soit pour l'or- , LA nement des pieces dean, des pares et des jardivs publics.Leur nourriture se com- h res 41a, Drees p \"ROTINES.\u20ac 0° eu + 2.mantes \u2018\u201cMiatomées\u2019\u201d délicates of oral pose ators d\u2019orge ef de mals placés dans = LE Senses, (ul sont parfois sl nomiproigses bi des auges en bois qui flottent sur l'ean et 1 à laquelle i! est joint de Vherbe coupée UC des arrivent à modifier la couleur ce menu la mer.Dans les eaux froides de l'islan- CL .Cero de, on en trouve jüsqu'à environ 1.50 000 Sens les Jeunes ui, vers Noël, pèsent sed eut JUST À as an 1 Cs har pied cube.) de 25 à 30 livres sont destinés à la con.PAUP ! Mais à mesure que L'on pénètre daa La tore sommation en raison de la\u2019 fncsse deleur tage les profondeurs de l\u2019Océan.I'n effet, 1 passant oa travers l'onde salée, chair, et ils constituent A cefte dpoque la pièce de résistance du hanquet familial de nombre de riches lords anglais: Le plus diminne.lumière solairs, en se d'rom- | k ; i i hean sujet est réservé à la table du Roi.Le eri du evgne est fort peu agréable à entendre et a l\u2019aigreur de certains sons de trompette.Aussi, 1l est assez difficle d'expliquer la légende poétique des anc:ons Grecs prétendant qu\u2019au moment d'expirer, l'oiseau de Vénus fait retentir lui-même son chant funèbre et exha- ie à ce moment les guttural, sons méjodieux.IL est passé dans l'usage littéraire de dire en parlant des derniers élans d'un heau génic: \u201c\u201cC\u2019est le chant du eygne!\u201d Comparaison en somme peu flatteuse, car il n'est guère d'oiseaux qui aient un chant moins harmonieux et aussi rauque.pose en ses sept eouleurs fondamentales.travers un amsi Jusqu\u2019d une centaine de pleds, Puis.comm: à prisme et raysnne lex radiations rouges s\u2019éteignent Law nre- usent d'un sub- cette mières, Certaines algues terfuze pour remédier à disrpari- * - J tion: elle sécrètent un piginent rois, {ui agit à la manière d'un écran absorne os \u2018avons b'ens et les transforme cu rayons rouges.Cependant cet artifice + de- joué à de plus grandes profondunrs Lt puis, graduellement, les autres ve s'évanouissent aussi.Le bleu et le wiolet agissent encore au delà de 500 piéda, et les radiations ultra-ylolettes se manifes AUrs # RNAS RE TN PNR ONE TENTE ROUEN HEALER le Ea VE EE A ARSE OEE PRE ii RH a cecede we 3,600 pieds, Aors, c'en est rayons d var cetie disparit'on totale, les plantes.à .; - i yy a ry eS u soleil ais longtemps Vus avant tout de la lumière, ne pren- ver nls domicile; elles cessent de ger- ner 6 ds eroîtie, à partir de 600 pieds \"1 PON, \\ 7.peut > deinander commeyt se nour- see tous tes êtres de la mer.Dans les coccUes sup: ribtires, très riches en végé- La Revue Populaire Mon\u2018r al, Decenbre 1014 dletre uns jour soiltaive, disert, est, au contraire, d'une prodigicii-e activité vitale, D'ailleurs les familles y naisseut et s'v propagent avec uue rapidité fantast'que.surtout parizi les plus pecits.Ainsi, parmi les Protozcaires, les \u201clégants et frêles Vorticeltes .an corps de crista\u2019.peu- viugtaine d'heures, produire 1 Tega de oo, gli, une il \u2018un müulion de petits vorticelles, doués du privilège envabe de ne mourli ja- Ca SRE SA = ages 7 Fe * = a > ! x x 2.be $ 8 3 gs Sy Mea Le Plus has s'établisent les carnivores, qui à dé- \u2018att d'autre subsistance, se dévorent entre «ux, ou mangent les détritus de toutes sories qui tombent à leur portée.Plus on descend, plus la lutte pour la vie devient apre, sauvage, et c\u2019est ce qui explique qu'aux profondeurs les plus considérables.les animaux deviennent rares.( voit que le monde de la mer, loin prédomment les herbivores.ne Fen ~~ oO A sentent devenir vieux, environ scixante ininutes après leur mais, car lorsqu\u2019ils = naissance, ils se séparent en deux parties qui ragent chacune de son côté et se divisent chacune à son tour, créant par ce precédé bien simple, répété un grand nombre de fois, une famille qui, entre le lever et le coucher du soleil d\u2019un beau jour d\u2019été, compte à peu près trois mille fois plus d'enfants, de petits-enfants et autres descendants, que nous ne voyons à l\u2019oeil nn d'étoiles au firmament par la nuit la mieux constellée! Les naissances ét les générations se succèdent vite en ce séyour Lquide! Animaux-plantes, poissons électriques, torpilles vivantes, fleurs animées, telles \u2018\u201c Actinies\u201d\u201d, plus connues sous le nom d\u2019anémones ou chrysanthèmes de la mer, aux pétales mul- tieoiores et vibrants, tout ce monde océanique qui commence seulement à se révéler à LOUS datis sa richesse, son originalité et son mépuisable variété.nous révèle bien des surprises.Les formes animales qui se multiplient les ravissantes jusqu'aux couches les plus basses ne sont pas les moins curieuses créations de la nature, laquelle a donné à certains de ces habitants des sombres abîmes une phos- phorescenre naturelle-qui leur permet d\u2019il- lum,iner avre les radiations de leurs corps l'eau environnante d\u2019une douce clarté crépusculaire, grace à laquelle ils penvent voir dans la nuit noire réanique, se guider! poursuivre l\u2019ennemi, guetter leurs proies.D'antres- possèdent un petit fanal.parfois niême deux immacules phares, ad- inirablement organisés avec une combmai- son de lampe éclairante et de lentilles, merveilleux instrument d\u2019optique qui joue à ia fois I» role de l'oeil et de la source lumineuse.Les profondeurs de l\u2019océan nous réservent encore bien des surprises ; elles n\u2019ont relativement pas été beaucoup explorées jusqu\u2019à maintenant, ce qui s\u2019explique aisément quand on considère les difficultés d'ane telle entreprise.C\u2019est à peu près entierement au prince de Monaco quqe nous devons d'avoir pu connaître une partie du monde sous-marin.L\u2019oeuvre du prince se continue, et il faut espérer que, sor seulement elle sera maintenue, mais i La Revue Populaire Montréal, Décembre 18914 encore, qu'elle suseitera d'autres ovuvres semblables.L\u2019Auto-Boucherie Parmi les nombreuses et si outiles machines que le commissariat de l\u2019armée utilise, 11\" en est une qui n\u2019a pas encore été portée à la connaissance du publie c\u2019est celle qu\u2019on affecte au transport des viandes.C'est une automobile mue par un engin qui peut lui perinettre de gravir les pentes les plus raides comme de plus mauvaises conditions.et toujours avec une vitesse suffisante pour que la division qu'elle est traverser les terrains de appelée à ravitailler ne soit jamais perdue de vue.L\u2019intérienr n'est qu'un vaste entrepôt frigorifique.Au toit sont fixés de forts crochets où l\u2019on suspend les quartiers de boeuf, des pores et des moutons entiers.L'arrière à deux battants et permet aux bouchers de distribuer la marchandises'ouvre \u2014_\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 Oo \u2014\u2014\u2014\u2014 me Les Japonais ont érigé un monument à la mémoire des chevaux tués durant la guerre avec la Chine. Ruses de Guerre Toute brutale que soit la guerre, elle ve laisse cependant pas que de faire pencher Ja victoire du côté où le nombre.les armements.les approvisionnements et la rigide discipline sont dirigés par le jugement.Une feinte, dans un duel.peut avoir raison d'un adversaire.Une ruse, en campagne, peut permettre de triompher d'un ennemi massé en nombre plus considéra- 1 ; 4 He, L\u2019état-major anglais a ré- La Revue Populaire Montréal, Décembra 15:4 teurs de la colline voisine, L'artilier:> de l'arinée adverse les par enchantement.C'était plus qu\u2019une \u2018fauchait * comme ruse: c'étais 1 be ' piège.\u2014_\u2014 9 \u2014\u2014\u2014 -~ RECENSEMENT DES CENTENAIR ZS Uns statistique .de souree alleinas le nous apprend qu il existait en Europe nis de 7.000 personnes agées de cent ans pos sés, au 31 décembre 1911.À ce point de Vue les pays les plus riches ne sont pas les plus favorisés, comme on peut en juzer cemment mis à l'épreuve une de ces ruses de guerre.qu'on mettra sans donte, qu'on a peut-être dès maintenant mi- sex en opération sur les champs de batailles qui prennent aujourd'hui le meilleur A + - 4.T 24 ev 4 l'Angeterrs et des Etats- Ur is, 11 ne se < CTY PH> 6 1 de ras grands.PC ATX a um Minlanans L' Ajax aun déplacement de 25,600 tonnes.Ses muchi- Les peuvent développer 31- 1 trouve pas 006 chevaux vapeur, lui im- La Revue Populaire Montréal, Décembre 19*4 Les Abeilles utilisées comme messageres en temps de guerre La question de l'envoi des messages secrets en temps de guerre a de tout temps préoccupé les états-majors et les gavants.La télégraphie sans fil ne résout pas le pros.ème puisque quiconque possedant wi récepteur peut Intercepter les messages.Peur le télégraphe ordinaire il est facile d'en conper les fils.l'expérience l'a am- boivent démoncré, Le pigeon vovageur a (té utilsé et souvent avec succès, mais ji peut être tué au cours de son voyage et livrer involontairement la dépêche qu\u2019on \u2018UP avait confiée, C'est pourquet C'autres ovens cit été cherchés.ep om rt rh préc ant une vitesse de plus de Z+ milles à l'heure.Îl est arts de 10 canons de 1315 pours et de 16 eanons de quatre pouces, : OS EPL CR EE TE ER eo .forse ee Yerdle enters ei froth amglaise LT Gi | A Vol.7.No 12 La \u2018\u2018\u201cGazette de Holtande'\u2019 publie à ce sujet une curieuse information.Il paraît que, depuis longtemps déjà, le ministère de la guerre des Etats-Unis rêve d\u2019utiliser les abeilles comme messagères.L'aide de camp n'aura plus désormais à éperonner son cheval chancelant à travers les embuseades de l\u2019ennemi pour porter une dépêche importante.Il lui suffira de se couvrir le visage d\u2019un masque, de mettre ses gants et de se rendre à la ruche installée au quartier général.Il saisira un insecte et enverra dans les airs ce petit messager ailé bien dressé.Guidée comme le pigeon par un ins- tinet merveilleux, l'abeille retourne à la ruche dont elle est sortie, où qu'elle soit.Il sera facile, parait-i!l, de fixer à son abdomen de minuscules dépêches que l\u2019on déchiffrerait ensuite au moyen d\u2019un verre vrossissant.Mais quelque chose de mieux encore a été trouvé.Par un ingénieux procédé, les ailes de l\u2019insecte sont rendues sensibles et le message y est imprimé au moyen de la photographie.L'\u2019abeille peut voler ensuite sans aucune gêne.Voilà de petits aéroplanes de guerre auxquels certainement nous n\u2019aurions pas songé.Ce que la \u2018Gazette de Hollande\u2019\u2019 ne dit pas, c\u2019est le procédé que se propose d\u2019employer le ministère de la guerre américain pour \u2018\u2018dresser\u2019\u2019 les abeilles.Peut- être est-ce là un secret jalousement gardé.On nous apprend, en attendant, que les abeilles \u2018\u201cen service\u2019\u2019 savent parfaitement se défendre à l\u2019approche des autres insectes.Quand ceux-ci viennent aux alentours de leur ruche, leur présence est révélée et l'alarme donnée à nn corps de \u2018\u2018\u201cmouches- dragons\u2019\u201d qui les chargent immédiatement.La Revue Populaire Montréal, Décembre 13! 4 Dans la Vertueuse Allemagne Spadassin Modern-Style » On aime à parler sur la rive ouest du Rhin de la \u2018\u2019vertueuse Allemagne\u201d.Mais les scandales qui s y succèdent prouvent, selon l\u2019expression que Shakespeare met dans la bouche d'Hamlet.qu\u2019il y a quelque chose de pourri dans ce royaume prétendu modèle.Hier, c\u2019était les agents de police de Francfort avouant en plein tribunal qu\u2019ils ne s\u2019occupaient d\u2019une plainte que lorsque le plaignant l\u2019accompagnait d\u2019un cadeau en billets de banque! Aujourd\u2019hui, c\u2019est un des membres les plus éminents du Reichstag qui dénonce l\u2019institution des \u2018\u201chommes d\u2019honneur\u2019\u2019 Les Berlinois désignent ainsi des spadassins professionnels que les gens fortunés engagent pour provoquer leurs ennemis.Quand un homme craint de compromettre sa situation en se battant en duel, ou, plus simplement, quand il a peur d\u2019aller sur le terra/n, il s\u2019adresse à une agence qui lui fournit un de ces \u2018\u201chommes d\u2019honneur\u2019\u2019.On fixe la somme à verser, et le spadassin \u2018se débrouille\u201d quant au reste! Ridieulisons le \u2018\u2018duel au premier sang , partout où il existe encore, mais que psa- ser de ces duels à l'allemande ?26 \u2014 nc = Yel.7, No i?Le Tabac Comment atténuer les dangers de la nicotine Depuis longtemps déjà, on cherche le iwoyen d\u2019'atténuer les effets dangereux de la nicotine contenue dans le tabac, mais, à la vérité, on n\u2019a jamais réussi parfaitement sans enlever une grande patie de l\u2019a- rome du tabac traité.Or, le fumeur ne se contente pas d'un tabac insipide.Tout récemment, cependant, à la suite de tentatives nombreuses, en France et en Suisse, on en est venu à l\u2019utilisation d\u2019un procédé qui donne d\u2019assez bons résultats.Le procedé consiste a faire tremper le tabac dans l'eau pendant juelques heures, à le bien laver, puis à le faire sécher lentement en plein air.D'analyses, 11 ressort que le tabac ainsi traité perd peu de son aro- me et peut être fumé sans danger.quant à L'eau dans laquelle il a La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 ces qu\u2019en retirera la santé valent bien quelques petits sacrifices.Ce que bien des fumeurs ne savent peut- être pas et, pourtant, mérite d\u2019être considéré, c\u2019est que l'air d\u2019une chambre est vicié et, par conséquent malsain, dès qu\u2019il contient un millième d\u2019acide de carbone contenu dans la fumée du tabac.On ne devrait done fumer que dehors ou dans une pièce dont les fenêtres sont ouvertes et les portes de communication fermées.De son côté, la Société francaise d\u2019hygiène a proposé un autre moyen de mettre les fumeurs à l'abri des dangers de la nicotine: il s'agit tout simplement d\u2019un filtre pour la fumée.Mais, ceci demande d\u2019abord quelques mots d'explication.Lorsque l'on fume un cigare ou une cigarette, les premières bouffées contien- trempé, elle est jaunätre, huileuse et acre et possède une odeur répugnan- ve: elle contient assez de nicotine pour pouvoir servir à la destruction des insectes des plantes et des arbus- fes.Tout fumeur peut hu-même préparer ainsi le tabac qui lui est nécessaire, et cela à bon compte.Le mieux alors, ¢\u2019est d\u2019acheter le tabac en feuilles et de le couper après l\u2019avoir lavé et fait sécher.Les premiers temps, ce tabac pourra sem- bler moins agréable que celui auquel on état habitué, mais ce n\u2019est qu\u2019une affaire de peu de jours et les bénéfi- \u2014\u2014\u2014 A Lavage du tabac.B Séchage.C Une proportion de 1-1000 de l'oxide de carbone contenu dans la fumée du tabac suffit à polluer l\u2019air d\u2019une chambre.27 \u2014 Ee es: iiën: très pen de nicotine, inals la proportion augmente au fur et à mesure que se consume le cigare ou ia cigarette.La va son de cela est que le tabac sert de filtre à la fumée.Malheureusement.cette nicotine qui se dépose dans le tabac se retrouvera forcément, même si l\u2019on se sert d'un porte-eigare, Cette fi'iration par e tabac ne serait donc valable qu'à eond:- lon de ne fumer jamais que le quart environ de chaque cigare ou de chaque cigarette: ce serait coûteux.Aussi.la Société fançaise d'hygiène a-t-elle imaginé de munir d'un filtre spécial le porte-ciga- re meme, | Le filtre dont il s'agit est fait d'une afière porense que l'on imbibe d'acide iannique on d'acide gallique.L'un et l'autre des acides précités offrent cette propriété de changer la nicotine en un précipité blanchâtre insoluble dans l'eau.La fumée peut passer au travers du filtre.mals ele arrive du fumeur presque ent'éreiment dépourvue de nico- iine, le seul ennui, c'est qu\u2019ii fant chan- aux lèvres ger le filtre après chaque cigare où chaque rigarctte, pour le nettover et le tremper Je de \u2018acide tannique.Maintenant.de avis des ea nouveau dans l'acide gallique on \u2019 ébrités iné- dhicales, P n° faut pas abnaer dn tabac.méme s\u2019il ne contient que très peu de nicotine, l\u2019abus pouvant être encore.com- nie en toutes choses.pernicieux.Oo - Au Aberdeen Royal Tnfirmary.un chirurgien a retiré de l\u2019estomac d\u2019une fenh- me, au cours d\u2019une opération, 76 épin- g'es ordinaires, onze épingles à cheveux et un morceau d\u2019acier.La Revue Populaire 28 é dontréal, Décembre 9514 Le plus petit Royaume du monde A deux milles de la côte du Pays de Galles,à l'entrée septentrionale de la haie de Cardignan, se dresse en pleine mer in toche?où.dans une ville minuscule, vivent quelques hab tants \u2014 soixante-dix- sept exactement\u2014tous, pêcheurs.C'est Vite de Bardsey.vue on pourrait croire appartenir a Asn ieterre.Il n'en est rien, pourtant.Bardsev forme à lui seul un royaun:e ii! liputien absolument indépendant, un ray- aume dont les sujets ne reconnaissent nullement l'autorité du roi d'Angleterre.qu'à pren:itzre Il y règne un souverain et une souveraine qui comptent au nombre des soixante-dix habitants, et dont les ancêtres ont régné.euX aussi, dans cette petite le.depu:s un temps immémorial.Georges V a là, il est vrai.un voisin pou génant et bien paisible qui, à ses fonctions de monarque, joint celies aussi de docte\u201cr.de maître d'école et d'officier de l\u2019éta: vil, sans devoir aucune ohéissance aux lois x) \u201c i- anglaises.Ses sujets ne paient pas d\u2019imæ- pôts et vivent très frugalement de nai d'orge, de lait et de beurre.oo fn [ls se livrent dars les rochers à :a péche aux homards qu'ils vendent aux tou ristes venus visiter l'île à des prix «ri soires de hen marche.\\ Separés comme ils le sont du reste du monde, ils ne s'intéressent nullement à er qui se passe au dehors et cecil a tel point qu aucun journal ne pénètre dans l'île.Ils ne sauraient.d\u2019ailleurs, peut-être pas Hire l'anglais, car leur langage est une sorte de patois aussi inintelligrble aux Anglais qu\u2019aux Gallois.Qui sont les habitants de- Bardsey *? Vol.7.No 12 Queiie est leur origine?Et comment ce royaume minuseule a-t-il pu subsister ainsi daus la suite des sièeles ?Autant de questions auxquelles personne ne saurait répondre, bien que les historiens les plus auturisés soient enelins à voir en eux les descendants de marins venus à la suite de tuisaume le Conquérant : ils auraient fait, naufrage sur ces récifs tourmentés et éta- Hl: & une petite colonie autonome.1 Ce que démontrent les volcans Nouvelle théorie d\u2019un savant francais sur la formation du sol Conmine le savent nos lecteurs, la terre ie forine pas une masse entièrement solide; seule, une couche relativement mince vs\u201d durcie.le reste est encore à l\u2019état d\u2019é- bmhton, Partant de ce fait bien connu.in géclogue francais en est arrivé à la conclusion que !es pays où se trouvent le plus de volcans devaient posséder une \u201ccuéle solide moins épaisse que celle des pays Yvon sujets aux eruptions voleani- ater, SI en est ainsi/ ajoute le savant en question, les en- frais n\u2019ayant qu\u2019u- né faible épaisseur de croûte solidifiée doivent être de for- La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 \u201cexemple, mais, au contraire, un des der- nies points formés du globe.Tout cela n\u2019est peut-être pas démontre et prouvé d\u2019une facon indiseutable, mais semble.cependant, on né peut plus log! que.D'un autre côté, il faut bien se garder d'acèepter à la légère, toutes les explications qui paraissent logiques.Il est très possible que les cratères ne soient que des puits de colossale dimension, placés là où ils sont et non pas ailleurs, tout à fait par hasard ou pour des raisons qui nous échaBpent.Si les volcans n\u2019existaient eu Italie que par cause du peu d'épaisseur de la croûte terrestre, leur nombre devrait être beaucoup plus grand qu\u2019il ne l'est, la terre se crevasserait en maints endroits différents.Dire que les volcans se sont formés au temps où la terre n'était encore revêtue que d\u2019une mince ééorce solide et que, au fur et a mesure que cette écorce augmentait en force et en résistance.certains volcans, les plus faibles.ont disparu, c'est autre chose.En effet, la terre ne se solidifie de plus en plus que bien lentement et, par conséqifent, cette solidification ne peut nuire à l\u2019activité d\u2019un volcan puissant, mais seulement en creuser'davanta- mation récente (re- lativement, bien en- tendu).L'Italie ne serait donc pas une contrée aussi ancien- L'Italie serait la contrée du monde oir 1'écorce terrestre serait la ue que la France, par plus mince.-\u2014 29 \u2014 ç ES TH \\ So Ne FEI IR ES I RY : EE ER REG CORREA Ride Vol.7.No 12 ge le cratére en éloignant de la surface du globe le noyau encore en fusion.\u2014-\u2014 9-\u2014_ Un Hors-d\u2019Oeuvre Délicieux La Sardine\u2014Comment on la pêche et comment on la prépare ARMI les poissons migrateurs qui fréquentent les côtes de France, il n\u2019en est guère dont le retour soit attendu avec autant d'impatience par les braves pécheurs que la sardine: apparition de ses bancs est une allégresse.La sardine est un poisson du genre hareng, qui apparait et disparait périodiquement à la facon du maquereau, du hareng, Elle habite l'océan Atlantique.la mer du Nord.la Baltique.la Méditerranée et du thon.de la morue.ete\u2026 aussi les mers d'Asie.et certains Zones maritimes AMÉFICAINES, La Revue Populaire Montréal, Décerabre - +11 On la voit s'approcher des rivages vars mai et juin, puis disparaître vers la fin de septembre.Sa nourriture se compose de vers marins, et de tout petits poissons.dévorés par elle dans un \u2018struggle for hfe\u201d féroce: la sardine éprouve, d\u2019ailleurs, la rigueur de ce \u2018struggle\u2019.on étant, elle-même, mise en coupe réglée par de gros poissons, qui suivent ses banes, les marsouins, les dauphins.le beluga, qui peut atteindre jusqu'à 12 pieds de lonz.Les pêcheurs ne voient que trop souvent ces Gros rapaces emmeler où briser leurs filets, et mettre la sardine en déroutr.D'où vient ta sardine?Où va-t-elle?Or en est réduit, malgré de sérieuses rechar- ches, aux hypothèses scientifiques.SI, comme on le suppose, eile vient de l'Océan dans la Méditerranée pour aller terminer sa pérégrination dans la mer Noire,\u2018 ou inversement, de la Méditerranée pour gagner la mer du Nord, c\u2019est ur voyage de 6.500 milles, effeetué en sept mois à la vitesse de 30 milles environ par vingt-quatre heures.Aussi.certains naturalistes préfèrent- ils supposer que ies a A HSE TRES RR NR SR RS EF RS RRS TS SSC NR TR TTR ARR SIR RY RN TR SRNR sardines, comme es autres nigrate so, ne voyagent en ;alité que du fond de la mer à la surface, et viennent simplement du large à la côte.= Comment se fait la pêche à la sardi- Le nettoyage.\u2014lies ouvrières vident les sardines et leur enlèvent la tête.ne?Nous ne parlerons pas de la pêche de tn 22 \u2014\u2014\u2014 Vel.7, No 12 la sardine de dérive, au moyen d'engins trainants sur le fond; elle est certainement nuisible et demande à être rigoureusement réglementée, car elle conduit nécessairement au dépeuplement des fonds.La pêche des bancs de sardines se fait, en Bretagne, au moyen de barques à la voile non pontées, de sept à huit tonneaux, montées par eng a sept hommes et un mousse.Le filet rectangulaire spécial qui sert pour cette pêche est d'une grande finesse de mailles et d\u2019une longueur de 50 verges environ, sur une hauteur de 9 à 10 verges; des lièges, attachés sur l\u2019un des grands côtés, font flotter ie filet.tandis que des plombs ou des pierres, disposés sur l\u2019autre côté, le maintiennent verticalement dans l\u2019eau.La sardine est attirée vers cette sorte de barrière par un appât que jettent les patrons des barques.Cet appât, désigné sous le nom de rogue, n\u2019est autre chose que des oeufs et des débris de morue; on la prépare en Norvège, qui en a la spécialité.lorsque le poisson a passe sa tête au travers d\u2019une maille du filet, 1! à un mouvement de reeul instinetif.Le comme il a ouvert ses oules, il se trouve pris dans le filet, mailié comme disent les marins.(Vest ainsi que se capture également le hareng.| On à vu des filets ramener cinq mille, six mille, et jusqu'à Vingt mille sardines! Les marins bretons disent alors que le poisson est fou.Ce sont les mousses qui détachent les sardines du filet en le secouant : cette opération se nomme le débescage.Telle est la pêche au filet droit, à Ja seine, ou senne.On pêche aussi au filet La Revue Populaire RS EE NR A A NTT HRNITRN ETE Te A eT DORE Montréal, Nsecembre 1311 tournant, ou senne tournante, système dans leque!, par une manoeuvre des barques, le poisson est, en quelque sorte, en veloppé par le filet dont on ramène des ex- trémités de façon à former un grand er- E lindre immergé; ce système est prohih- | sur les côtes de Bretagne.E On a proh'bé aussi, en Bretagne, le E filet guezennee, sorte de boîte cn filet qua E drangulaire ouverte par le haut et for É mant une énorme poche que l\u2019on ferme E en tirant wie corde, lorsque les sardines, E attirées par la rogue, se sont entassées ; 4 l\u2019intérieur.FE Le filet de Saint-Guénolé est une gross.poche en filet que les bateanx traînent an | travers du bane; on peut se la figurer comme ux énorme mouchoir de poche ic 4 l\u2019on tirerait par ses quatre coins.E Les filets, fabriqués généralement à ja E machine, sont goudronnés, ou passés au E sulfate de fer, ce qui leur donne une \u2018ou- B leur bleuatre d\u2019agréable aspect.E Chaque barque en possède un assur' i ment de différents moules, ou \u2018grosseur A de maille\u2019\u2019, que les patrons d\u2019embareation 3 emploient suivant la grosseur de sardins E qu\u2019ils ont constatée.La présence du Gavr i: devant lequel il faut immerger les uiets E se reconnait à une traînée d'écaills ar- .gentées qui flotte à la surface de la mer.et aussi à la présence des mnarsouins qui au-dessus de l\u2019eau et des goélands qui plongent gra font de Joyeuses cabrioles cleusement ot qui s'envolent aves ou poisson au bee.Les barques, chargés de sardines » hätent de rentrer au port afin de vendr, leur poisson aux usines de fabrication des conserves de sardines à l'huile si zuste- ment appréciées.Ces nsines en langage du pays, se nomment Fritures.Te poisson y est.tout d\u2019abord, lave 3 TTI J I ne rear RAO, Hi \u2018 CRE t Hi cu ti i.Saha pili ih À +3 ji.¥ \"A RK.; A.3 1 + Voi 7 No 12 , l\u2019esù de ner; puis, on l\u2019étale sur de gramdes tables où on le recouvre de sel; ensuite, on le vide et on coupe les têtes, ce gul constitue 1'ététage.Où ie replonge alors dans un mélange «l'eau de mer et de sel appelé saumure, où il séjourne pendant une heure avant d\u2019è- tre placé par groupes de deux cents dans des panters a jour en fil de fer galvanisé nour ss grilles; on procède à un nouveau lavage a l'eau de mer, puis, à la dexsica-\u2019 tion aa soleil, ou a l\u2019étuve.Viert alors la cuisson dans d\u2019huile d'o- hve, wyuelle dnre de deux à quatre minutes.\u2018suivant la grosseur des sardines vnËn, en les range dans des boîtes en fer- blane on les imprègne d'huile, et on livre tes heites aux soudenrs, qui les ferment sant un petit trou par lequel s\u2019é- rhapperont les gaz lors de la stérilisation des fobes, laquelle s\u2019opére 4 100 degrés centigrades par quatre cents ou cinq cents boites à la fois.dans de grandes cuves cll le \u201cl'eau houtilante.Tia stérilisation dure entre deux et trois heures.Le peiit trou d\u2019évent des boîtes est fer- \u2018ue Prnalement par un grain de soudure.Ur usife bretonne moyenne peut em- bolter environ 15,000 sardines par jour; mais.avee le matériel néeessaire, on peut aller jusqu\u2019à 40,000 et même 50,000.Lia sardine fraiche, simpjlement salée, s'expédie aussi, en quantité relativement restreiute, par paniers de 100, en vert.On la comsomme volontiers sous le nom de même lorsqu'elle ne provient nullesnent de l\u2019embouchure de la Gironde.Les sardines à l\u2019huile francaises, tout partæuwllèrement savoureuses, sont con- currencecs par les sardines préparées sur les cêtes de Portugal et aussi par des con- \u2018TOVäh serves de petits poissons du Nord nommés \u2018\u2019æprats \u2019.et même de petits maquereaux.La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 Il Va sans dire que l'on ne saurait s\u2019y tromper pour peu que l\u2019on soit gourmet.Ces audacieux sprats se vendent parfois, d\u2019ailleurs.audacieusement sous le nom d'anchois de Norvège, sans que l\u2019on puisse admettre que l\u2019anchois.délicieux poisson de la Méditerranée, joue un rôle quelconque en cette affaire.Les centres principaux de pêche pour la sardine sont, cn France.les départements de la Loire- .Inférieure.de la Vendée, du Morbihan et du Finistère.fei, à juste titre d'ailleurs, les sardines françaises sont fort appréciées et, malgré leur prix relativement un peu élevé, il s\u2019en fait une grande consommation.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 La Mort de deux Espions Allemands Voici le saisissant récit fait par un journaliste francais autorisé à suivre certaines opérations de la guerre.Il avait pénétré dans un bois où se trou- valent des sentinelles françaises quand il fut arrêté par l'une d'elles.Mais.laissons- lui la parole : \u2018Un soldat francais quittant son abri \u2018derrière un grand sapin, s\u2019avance.baïonnette au canon.\u2018\u201c\u2014Où allez-vous?dit-il, en s\u2019approchant de moi et dirigeant la pointe de sa balonnette vers ma poitrine.\u2018\u201cJ\u2019exhibai, devant ses yeux, mon permis spécial et mes autres pièces d\u2019identité.Après les avoir soigneusement examinée, il m\u2019emmena derrière un bouquet d'arbres et me dit : Vol.7, No 12 Chut! Quelqu'un vient.Ces bois ont déjà Vu piusieurs commencements d'incendie.Nous croyons qu'ils sont dus à la malvéillance.HL cessa tout A coup de parler et, me faisant signe de garder le silence, 11 me montra, du doigt, à une centaine de mètres sr :e sentier en Zlgzag.à travers les sapins, un homme vêtu d'une Mouse bleue d'ouvrier qui regardait tout autour de lui.soigneusement \u201cTent à coup.l'homme fait deux ou trois pas dans le hols ot je Is perds de vie, pendant quelques instants.Le soldat se tourne vers mo:; 1] se pose nn doigt sur ia bouche ses veux brillent.\u2019 \u2018Puis il commence à s'avancer, pas à pas, sur la pointe des pieds sans bruit, s'abritant derrière lea arbres, a quelques mêtres di sentier.Je le suis de mon maieux.B'entôt, vous entendons un siffie- ment doucement mocnlé auquel tout de sitie répond un autre.venant d'hne diree- Ter opposée, \u2018Nous faisons cncore quelques pas en sente, pis re-tors aux écoutes.Je ne tarde pas à m'apercevoir qu\u2019on gratte le ss avez précaution.La sentimelle recommence à s\u2019avancer: je la snis comme son ombre.An bout de quelqnez pas, nons arrivons an bord L'une clairière 'ongne et étroite.À deux ain trois cent cinquante mâtres de nous, un homme est étendu, la face contre terre.près de ini je distingue un objet qui a la forme dure petite hoito.Et le léger bruit de terre grattée continue sur notre droite.of je ne tarde pas à apercevoir l'homme quo nous avions vu en premier lieu.\u2018\u201cTl est agenouillé à environ 40 mètres de nous.Il soulève quelque chese qui ressemble à une pierre plate, puis une partie La Revue Populaire Montréal, Décembr= 1914 - de son corps disparut dans une cavité, quil vient évidemment de, mettre à découvert.1! sort de sa poche une paire de pinces coupantes et j'entends distincte ment le son produ't des fils métalligues qu'on coupe.> \u201cLie soldat n'a rien perdu de cetr> ged.ne: j'en puis juger par le coup \u20190et! quil ine lance.Je le vois alors épanler son arme et je ne puis m\u2019empéechrr de frissonner, car je me rend compte que jé vais avoir un bref spectacle des horgeurs de là guerre dans ce cadre riant où le so- Teil se joue dans les branches des arbres.\u201cLà-bas.à l'extrémité de l'étroite alai- rière, le deuxième homme vient de sy re- «ever.Le silence est si profond ue je l\u2019entends tousser.ll est en train > tirer quelque chase qu: semble sortir du sol_et.d'un coup.je comprends tout.Les deux hommes ont découvert le fil souterra.r du téléphore qui dessert le front: i's 7 ont tout d'abord installé une dérivation pour essayer d'obtenir quelques nouvel ies importantes et inamtenant Us en èvert nine cirquantaine de mètres de ce fil Loar in tintion est \u201cvidemment de remettre tontes choses en état sur la surface du «+ CT acors ii se passera peut-être une semaine avast que l'en at pu dégnnvrir l'e=droir à de dégat à été fait: et.en une « maine.bien des choses peuvent se produire \u201cMon soldat aæic ever méthod.Age- noulllé derrière lai.je le vois.av + une emotion grandissan.concher eu joué L'homme le plus éloigné, et je vois aussi son doigt, jauni par le tabac dus vigaret- tes, oppnyer lentement et régulièrement sur la gacheite.Et j'ai la sensat'on hor rible que ce doigt jaune n\u2019est autre que le doigt de la mort accroché à la gorge de l\u2019homme qui est là-bas, au bout de la chai rière. La Revue Populaire Une détonation courte et sèche retentit ; l\u2019homme sursaute, tourne rapidement sur lui-même et, sans même avoir l\u2019air de se rendre compte que c\u2019est sur lui qu'on a tiré.il roule sur lui-même, raide mort.\u201cPour une mort violente, celle-ci est relativement douce, tant elle est rapide.\u2018Pendant que mes veux sont encore fixés sur lui, une seconde détonation me fait sursauter.\u201cdest que le soldat, tout à son affaire.viet de tirer sur l'homme plus prés de nous.alors qu'il cherchait à s\u2019enfuir.Et, comme 1l a dû tirer vite.cette seconde mort sera aussi cruelle que l\u2019autre avait été douce.Il m'est tipossible d\u2019entrer dans les détails; qu'il we suffise de dire que le soldat dot brûler une troisième cartouche avant que l'homme ne reste tendu sans mouvement sur le sol.\u201c\u201cH n\u2019y a rien de beau dans la guerre, rien du moins c'est mon sentiment.Mais failait qu'il en soit ainsi.\u2018L'examen des corps prouva que ces Lotnmes étaient deux espions allemands et qu'ils avalent en leur possession des ren- keiguements chiffrés qui, sans doute, au- rasent été d'une grande aide pour nos en- nem:s.Chaeun d'eux portait aussi un re- voiver Mauser.\u2014L'espicnnage est devenu en Franco une profession trés difficile à exercer, we Ait en souriant mon soldat, pendant sui: reulait une ckgarette.\u2018Je ne pus qu\u2019approuver de la tète, ma gcrge se refusant à émettre aueun son.\u2018 0 En trente années, la population de la France a augmenté de 2 pour cent, celle de l'Angleterre de 30 pour cent, celle de l\u2019Allemagne 40 pour cent et celles des Etats-Unis de 100 pour cent.Montréal, Décembre 1914 Le Papier Incombustible Parler de papier \u2018\u2018incombustible\u2019\u2019.c'est une facon de parler.Dès lors que l\u2019on arrive à une certaine température d\u2019incendie, tout devient, eu quelque sorte.combustible.Done, parlons d\u2019incombusti- bi ité pour le papier si l\u2019on veut, mais limitons cette fameuse propriété à ceci que, bien imprégné de quelque chose, il n\u2019offre que peu de pr.se à l'incendie et, rendu à peu près ininflammab'e pratique le sage précepte : \u2018\u2019prineipiis obsta!\u201d On peut fabriquer ces papiers avec de la pâte Ge papier mécanique et des rognures de carton, en somme avec de la cellulose.Lorsque le papier est fait, on l\u2019imprègne, par immersion où \u2018par couchage \u2018\u2019 d'une solution formée dv 20 % de sulfate d\u2019ammoniaque dans 100 parties d'eau.On préconise aussi l\u2019immers'on, à deux reprises, dans une solution bouillante d\u2019iue partie d\u2019alun dans trois parties d'eau.Queiques fabricants out tenté d\u2019employer, comme matière première.l'amiante naturel en fibres; mals il ext difficile de le diviser dans \u2018\u2018la pile des papeteries\u201d\u201d sans qu\u2019il se produ's, dans la pâte, des petits \u2018\u2019tapons\u2019\u201d on des épaisseurs imprévues.Employé en poudre comiue \u2018charge \u2018 du papier l'amiante augmente l\u2019incombustibilité du papier.I serait excessif de vouloir se servir systématiquement de papier incombustible.Mais, comme enveloppe de dossiers, par exemple, dans \u2018es archives et dans les coffres-forts, lorsqu'il s\u2019agit de documents particulièrement utiles ou précieux, le papier incombustible peut se faire fort apprécier en cas d\u2019incendie, et la précaution n\u2019est pas à dédaigner. rood Vol 7.No 12 REGS Aes Cit * ROMAN COMPLET ns tare, - | | 7 ÿ | TU 4 ee me ol] 0 / y SS SH - LA CHATAIGNERAIE Grand Roman Inédit \u2014\u2014 0 Par MAX DU VEUZIT A Georges Lomelar, mon collaborateur.Avril.\u2014 de quitte pour toujours lv convent \u20ac matin, >oir, bonheur ! Les religieuses m\u2019ont fait leur adieux.:s veux remplis de larmes.Y+nne du Boussu m'a dit : \u2018Chouette ! Swoon as de la.veine ! J'ai encore quinze \u201cos à tirer, moi !\u201d Marthe Charmin m'a soufflé à l'oreille : \u2018sonne chance : Tâche de dénicher vi- veraent un mari et invite-moi à tés noces.Lucy Kabd à déclaré en m'embrassant : \u2018le qu\u2019on va s'embêter, ici, sans toi ! Jueiie barbe quand il en part une !\u201d l&r.fin, Suzanne de Vouzon, m'a préférée enire toutes, m\u2019a fait ses adieux en san- clotant : \u2018\u2018Tu m\u2019écriras souvent, dis ?.J\u2019ai promis.Et malgré ma joie de m\u2019évacher, cela me faisait quelque chose de les quitter, ces quatre-là ! 0 \u2014\u2014\u2014Æ b Avril.\u2014 Enfin libre ! Je suis, aux Tourelles, depuis \u2018hier, auprès de ma chère maman et de notre vieille bonne Félicie.Un grand silence règne dans la maison.toujours, ce même silence douloureux qui m'\u2019impressionnait tant lorsque j'étais petite.\u2019 Nos murs cachent des lanmes, des soupirs, des regrets.Ma mère, éternellement vêtue de noir, garde non seulement dans son coeur, mais aussi sur son visage, dans sa voix, dans ses gestes, dans ses vêtements, Le deuil du mari blen-aimé qui a péri en mer, après quatre années de bonheur sans nuage, alors que toute jeune maman, ayant à peine atteint l\u2019âge de vingt-trois ans, tout, dans la vie, semblait répondre à ses sourires, à ses désirs.Il y a quinze ans de cela ! Les jours, les mois, les années ont passé ; dans la grande demeure silencieuse la gaîté n\u2019act pas revenue.hr OCCT GT 4 Vol.7.No 12 « Avril.\u2014 Jal pris, ce matin, trois grandes Pégolutions : secouer l\u2019ombre du passé, réveiller la malson endormie et, tà- ehe plus difficile peut-être mais eertaine- ment plus douce, faire sourire ma mère ! 8 Avril.\u2014 Mon nom ! Solange de Borel.Mon âge ?Dix-huit ans.Mon porirait ?Grande, mince et bion- de, Des cheveux fous, un teint clair, des veux bizarres.comme des noisettes.Parfaitement.j'ai les veux couleur de noisettes bien mûres ou de vieil or bruni.On en parlait assez à la pension ÿ Avril.\u2014 Les Tourelles, c'est le nom dur petit domaine où ma mère est née.Un pare.une maison carrée, ffanquée de quatre Kauts clochetons aux toits d\u2019ardoise, nn potager et un herbage.voilà les Tourelles.» Dans le pare.il ¥ a une charmille de lierre de laquelle on -découvre toute la vallée environnante.C\u2019est mon lien de prédi- l\u2019etion.Mans la maison, il V a une délicieuse petite chambre pompadour: c'est la mienne.Et dans l'herbage, prennent leurs ébats nn grand cheval fougueux et une jolie jument baie qu\u2019on atelle habituellement mais que je vais apprendre à monter.11 Avril.\u2014 Pris, aujourd\u2019hui, ma première lecoñ d\u2019équitation.C\u2019est le fils de notre ancien régisseur.car nous avons été très riches, autrefois, aul me donne des lecons.TH se nomme Bernard Sauvage et est âgé de quarante-cinq ans environ.C\u2019est un ancien sergent rengagé et il émaille sa conversation de consonnes ronflantes eom- me des roulements de tambours.\u201c \u2014 Attention! vous allez tomber ! La Revue Populaire 36 Montréal, L'écembr- = = ir Ma mère à en lui une éonfianee iliimi-.tée.Comme elie ne veut pas que je sorte seule, ni \u2018que je reste sans cesse enfermée aux Toureiles, et que d'un autre côté elle ne peut ni ne veut me suivre, elle à demand?a Sauvage de bien vouloir compagner.a æc- Il vit seul, de quelques modestes rentes.dans tine petite maisen située de l'autre côté du vallon, au milieu des bois.À l\u2019appel de ma mère.il est arcourn tout fier, tout rayonnant de la mission de confiance qu\u2019elle lui donnait.Oh, le bon regard de chien dévous \u2018ont il m'a enveloppée quand je lui ai dit en lenouant connaissance avee Ini bonne poignée de mein.elle est trop dévouée à sa maîtresse.\u201ca la rend injuste et méchante pour les autres.\u2014 On n\u2019est jamais trop dévouée à gaux que l'on aime, répliquai-je doucement.\u2014 Si, quelquefois.quand le dévone- ment flatte on épouse les haines et les ran cunes de ceux pour qui on !l\u2019exerce.J\u2019onvris de grands venx étonnés.\u2014 Je ne comprends pas pourquoi vous.dites cela à propos de Félicie ?° II donna un nouveau coup de cravashe à son cheval.\u2014 Je suis une vieille bête qui mérite bien le nom de Sauvage que m'a légné mon père ! Votre Félicie est une sainte ! Oubliez ce que je vous ai dit à son eujet.mademoiselle.J\u2019anrais dû garder ma langue pour une moins mauvaise cause.Son visage était dur et violent.comme jamais encore il ne m\u2019était apparu.Quelque chose en moi, pourtant.s\u2019émouvait.T me semblait que cette violence ne me een- cernait pas, au contraire ! Je fis ranger mon cheval contre le sien.\u2014 Bernard, mon brave Bernard, mur- murai-je, ne vous fichez pas.Si vons saviez combien cela me semble bon de sau- surtout du passé.et par ou ser avee VOUS. séricugement, encore | ac ww Vol.7.No 12 A la maison, je suis ! enfant, toujours l\u2019enfant.Les fleurs les oiseaux, mies pinceaux, mes livres et mes toilettes, voici les seules choses\u2019 dont on m'entretienne.Aussi, si mes paroles évelllent en vous, quelques fois, de mau- Vaks souvenirs, ne m\u2019en veuillez pas.Bernard, je les prononce sans l\u2019intention de vous faire de la peine.- Le visage de mon compagnon sempour- pra.\u2014 Vous êtes trop bonne, mademoiselle ile vous émouvoir pour un vieil ours comme moi.Ils ont raison ceux qui vous parlent de fleurs et de papillons.Souriez, vos lèvres et vos veux sont faits pour connaître la joie.\u2014 Pourquoi donc alors, me dites-vous ca si lugubrement ?Ne détournez pas la tête.Bernard, regardez-moi.\u2026.Il leva vers le mien un bon regard ému qui me fit du bien après sa violence de tout à l\u2019heure.\u2014 Ah ! si vous saviez combien je vous suis dévoué à vous.vous, la fille de monsieur Frédéric ! Je lui pressai la main avec force.\u2014 Vous aimiez beaucoup mon père?de- mandai-je avec un serrement de coeur car je sentais que malgré les années, cet homme cn avait gardé le souvenir très précis, alors qu\u2019aux Tourelles on ne semblait jamais vouloir penser au cher disparu.\u2014 Je l\u2019aimais comme un dieu.répondit Sauvage sourdement.J\u2019avais joué avec lui tout petit ; au régiment, je ne l\u2019ai pas quitté ; plus tard, j'étais encore au chà- teau, à ses côtés.il avait confiance en moi, c\u2019est tout dire ! Il se moucha bruyamment pour cacher l\u2019émotion qui crispait son visage puis après un silence, il reprit d\u2019une même voix voilée qui semblait remuer des souvenirs sacrés : J C\u2019était un homme si charmant, si aima- RES La Revue Populaire 37 - Montréal, Décembre 1814 ble, même.ce sont des qualités qui font faire aux meilleurs, quelque fois des bêtises.et ça se paye cher ! -\u2014 Oui, j'ai cru comprendre que papa s'était ruiné.\u2014 Ruiné ! s\u2019exclama-t-il.\u2014 Mais ou, ruiné ! répondis-je simplement, sans émotion car cela était si loin.N'ayant pas connu la vraie richesse, je ne pouvais m\u2019émouvoir d\u2019une ruine qui n° me touchait qu'après coup.Je repris : \u2014 l\u2019apa avait perdu la majeure partie de sa fortune quand il est parti, au loin, essayer de la regagner.hélas ?il n\u2019y a trouvé que la mort ; pauvre père ! \u2014 La mort ! Vous avez dit la mort ?Tonnerre: ?Est-ce sa fille qui parle de mort.Je sursautal, ne m\u2019atterfdant pas à une telle protestation.Il avait bondi sur sa selle et, maintenant, pris d\u2019une rage subite, Bernard Sau- Vage faisait tournoyer sa cravache dans l\u2019espace, vers les branches des arbres qui formaient voûte sur nos têtes, et les feuilles tombaient déchiquetées apres le cingle- ment sec qui les avait décapitées.Apeurée de cette crise de fureur qui le bouleversait, j'avais arrêté mon cheval.\u2014 Bernard calmez-vous, calmez-vous ! Mon Dieu qu\u2019avez-vous ?que vous ai-je dit ?Il fut lent à m\u2019entendre.Quand il se tourna vers moi, je percus son visage tout contraëté.Mais, de nouveau, il chercha à retrac- ter les paroles qui lui étaient échappées.\u2014Pardonnez-moi, mademoiselle Solange.Je suis un vieux sot que les mots font bondir.c\u2019est fini, n\u2019y pensez plus ! En Afrique, on a la tête chaude et les cerveaux se montent facilement.je suis allé là-bas et malheureusement, j'en ai rapporté l\u2019habitude de me mettre facile- Vol.7, No 12 ment en colère.\u2014Mais non celle de vous y mettre pour rien.Ce sont mes paroles qui vous ont fait Dondir.Je vous en prie, expliquez-moi pourquoi vous avez protesté quand je vous ai parlé de la mort de mon père.Sa figure de nouveau se durcit subitement.\u2014 Ça fait toujours du mal d'entendre ees choses.surtout que votre père était un si bon maître.\u2014 Sauvage, je suis contente de vous avoir pour compagnon de promenade : ce qu\u2019on va en faire des excursions, tous les deux ! \u2014 Oh, mademoiselle, c\u2019est moi qui suis heureux.si heureux ! Madame de Borel ne se doute pas de tout le bonheur que \u2019 ça me cause Le brave homme était si ému que j'ai vu se yeux s'emplir de larmes.13 Avril.\u2014 Recu, ce matin, une lettre très affectueuse de Suzanne qui m\u2019annon- ee pompeusement que les religieuses se confonmant au progrès qui met du sport dans tout, ont attaché un professeur de gymnastiques à la pension.Ces demoiselles font \u2018\u201cdu torse\u2019\u2019, bra- vy |! Moi, je fais \u2018\u201cdn cheval\u201d.Rebravo ! 14 Avril, \u2014 Ca va bien ! Je commence à très bien me tenir sur Mascotte.18 Avril.\u2014 Mon professeur est émer- veïllé! Il dit que je suis une écuyére ac- eomplie et que nous ferons demain, une premiére chevauchée hors du pare.Comme je suis contente ! 19 Avril.\u2014 Ce matin.toute rouge de plaisir, j'ai quitté les Tourelles à cheval.Ma mère m\u2019a regardée partir, le front soucieux.Elle craint tant que mon expé- La Revue Populaire a Montréal, Décembre :%\"4 rience ne sache retenir Mascotte au passage de quelque voiture ou de quelque bruyante auto.\u2014 Ça va, Bernard ?\u2014 Très bien, mademoiselle.On.dirait que vous avez passé toute votre enfance à cheval.; Je suis toute fière ! pourtant, au fond J'avoue que je ne suis qu\u2019à moitié rassurée quand Mascotte dresse les oreilles et que je la sens frémir sous moi prise d\u2019un impatient besoin d'exécuter un temps d- galop.La présence à ses côtés de Rajah.le cheval que monte Bernard, semble !'¢- lectriser.\u2014 Pas trop vite, mademoiselle ! Hab!- tuez-vous d\u2019abord à la route et aux aliées et venues des voitures.Ce n\u2019est pas à moi que Sauvage devrait dire cela mais à Mascotte \" 25 Avril.\u2014 Maintenant, nous faisons de longues randonnées à cheval.Tantôt nous sommes allés jusqu\u2019à Thieuvilla, soit seize kilomètres aller et retour.Il faisait un temps délicieux, le ciel était bleu, les oiseaux chantaient en faisant leurs nids, les \u2018arbres pleins de fleurs tels de gros bouquets blancs et roses tranchaient sur la verdure délicate des feuit- les d\u2019avril.Tout était gai dans la nature que parle le renouveau.il y eut pcur- tant de la mélancolie dans mon âme * J'étais partie gaie, insouciante, eomme tous les jours.À mes côtés, Sauvage manifestait la même sérénité.Mais le passé.allait nous effleurer de son ombre.Il a suffi d\u2019un simple mot, pour l'attirer et le faire revivre, car les mots s'c- chappent, se multiplient, deviennent des phrases, éveillent des pensées.des souvenirs.qui font souffrir.Nous avions descendu le vallon et remonté, à l\u2019est.par une large route ombragée, à travers bois. 3 i a Vol.7, No 12 \u2014 C\u2019est délicieux, par iei ! m'écriai-je.Comment nommez-vous ce coin-là, Bernard ?ll m\u2019a regardée, un peu surpris.\u2014 Nous traversons la Chatalgneraie en ce moment, mademoiselle, m'a-t-il dit tout simplement.La Châtaigneraie ! Ce nom, brusquement, éveillant en moi de confus souvenirs.\u2014 C'était la propriété de mon père.n'est-ce pas ?ai-je demandé un peu embarrassée de n'avoir pas reconnu ou deviné ce que.pourtant, j'aurais dû si bien connaître.\u2014 Dame ! fit-i1 pour toute réponse.d'un ton un peu bourru.Il évitait de me regarder et comme si ce sujet lui avait déplu, il se mit à siffloter.Je restai songeuse.Tite foule de pensées m'assaillaient soudain.auxquelles pourtant.je n'avais guère songé jusque là.Et tout à coup, ce fut plus fort que moi.Je me tournai vers !l'homnie sans me .douter que-mes questions allaient déchai- ner une tempête dans mou coeur.\u2014 Vous avez coumu mon père.vous.Bernard - \u2014 Oui.fit] laconiquement.Commie il me regardait presque hostile, j'ajoutai, va guement généc.\u2014 Vous comprenez, à la maison, on n'en parle Jamais.Cela rendrait plus triste encore ma pauvre maman toujours endeuillée.Jamais on ne vous parle de votre pè- s\u2019exelama-t-il sonrdement en donnant un coup de cravache brutal à son cheval.Jamais, affirmai-je tonte saisie de sa violence.C\u2019est un sujet qui est interdit.\u2014 Mais Félicie ?\u2014\u2014 Félicie elle-méme nc répond pas quand on l\u2019interroge.\u2014 La vieille chipie ! fit-11 entre ses re ! La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 dents ! \u2014 Vous n'aimez pas Félicie ?m\u2019écriai- je surprise.C\u2019est une brave fille, pourtant.\u2014 Oui, c'est une honnête femme, mais Il fuyait encore mon regard avec embarras, \u2014 Non, non ! m'écrial-je, pas de vains prétextes, Vous savez quelque chose.Sauvage : par pitié, dites-moi la vérité ! \u2014- Ce n'est pas à moi, mademoiselle, de vous entretenir de tout eela.Interrogez votre Mère.\u2014Ma mère ne me dit rien.Un jour, \u2014 j'était petite \u2014 j'ai voulu qu'elle me par- ls de mon père.\u2014 Alors ?\u2014 Elle s'est dressée l'air douloureux.mais ferme, en Me défendant de jamais retoucher à un tel sujet.Que vous dirai- je ?Sa détresse m\u2019a frappée.pas recommencé ! St Félicie ?\u2014 Je l'ai interrogée bien des fois.- \u2014 Que répondait-elle.\u2014 \u2018Monsieur est mort en mer.n° parlez jamais de cela à madame : le doc teur à dit que ca pourrait la tuer \u201d.\u2014 Vous avez dû insister.cependant ! \u2014 Oui, souvent, mais sans résultat.Félicie ne sait rien on refuse de rien dire.Quand j'insistais trop, elle devenait presque Impolie.A la fin, j'ai fini par ne plus faire allusion au passé.à quoi bon.puisque cela ne m\u2019avancait à rien ! \u2014 Une facon comme une autre d\u2019enterrer une nouvelle fois ce panvre monsieur.grogna l'homme qui retomha dans son mutisme.Je n'ai a Mais J'insistai car je voulais savoir.J'étais sûre que mon compagnon était an courant de bien des choses, \u2014 Bernard, vous ne m'avez pas répondu quand je vous al supplié de me dire ce que vous saviez concernant la fin tragique de mon malheureux père.39 \u2014 TENGE ï \u2019 LU GORE ARI dy ! tete HE.Ve Voi.7, No 12 Il resta suencieux et sombre quelques instants encore comme s\u2019il ne m'avait pas entenduc.Puis relevant la tête, il me regarda bien en face.\u2014 Vous a-t-on prier sur sa tombe ?\u2014 Non, puisqu'il est mort au loin.en ner.son yacht a sombré.Un sourire 1ronique crispa ses lèvres.\u2014 Monsieur Frédéric était ruiné, mais il possédait encore un yacht.et il usait de ce coûteux moyen de transpori pour aller chercher fortune au.loin ?La fable ne tient même pas debout ! Je passai ma main, pensivement, sur mon front où mes idéés se heurtaient fiè- conduite, \u201cquelquefois vreusement.La Trérmarque de cet homme était juste.Comment me l'avais-je pas faite ynol-mé- me : \u2014 Ecoutez, mademoiselle Solange.reprit Bernard avec une certaine gravit\u201c.Chez nous, les paysans ont une croyance : un homme n\u2019est pas mort tant qu\u2019il n'a pas été enterré.\u2014 Mais si son corps a disparu.\u2014 Pourquoi sa vie aurait-elle disparu en même temps ?.\u2014 Alors, m\u2019écriai-je le visage transfiguré d\u2019espoir, vous croyez que mon père n\u2019est pas mort ?qu\u2019il n\u2019est, seulement que disparu et qu\u2019il vit quelque part, au loin ?\u2014 Ça se pourrait bien ! Mais mon exaltatton tomba.\u2014 Il y a quinze ans qu\u2019il est parti, fis- je en secouant la tête.S\u2019il vivait encore, il serait revenu on nous aurait donné de ses nouvelles.«Sauvage haussa les épaules : .\u2014 Ça c\u2019est une autre chose !.On peut vivre sans écrire, sans revenir.\u2014 Voyons, Bernard, réfléchissez.Un homme ne laisse pas sa femme et son enfant dans l'ignorance de son existence, et La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 ceux-ci iraient \u2018bien vite le rejoindre s\u2019il y avait le moindre espoir qu\u2019il vive ence- re, Non, mon père est bien mort, malheureusement, sans quoi nous ne serions pas séparés de lui.Mais Sauvage continuait de hocher la tête.\u2014 ll n'y a que la mort qui puisse séparer les gens.\u2014 Vous dites ° \u2014 Rien !.jen ai trop dit \u2014 Je vous en prie ! 7 \u2014 Non !.déjà madame de Boral ne me pardonnerait pas sl elle savait que J'ai osé élever des doutes sur la véracit\u201d des explications qu'elle vous avait données.\u2014 Mais mon père vous bénirait s\u2019il vivait et pouvait vous entendre.Une larme brilla dans les veux de mon compagnon./ \u2014 Ah, mademoiselle Solange ! s\u2019écria- t-il tout ému, si vous aviez connu, comme ! moi, monsieur Frédéric.sûrement que vous voudriez le revoir et que vous le chercheriez .; \u2014 Mais le trouverais-je ?Il sourit sans répondre mais se yeux qui plongeaient dans les miens semblaient me crier éperdûment l\u2019affirmative.Et une chaude rougneur d\u2019espérance monta de mon coeur à mes joues, sans que, pourtant, rien de tangible n\u2019eût soutenu l\u2019espoir Insensé qui venait de naître en moi.En parlant, nous avions achevé notre promenade et nous étions revenus aux Tourelles.Devant le perron, Sauvage sauta à bas de son cheval et vint me donner la main prvr descendre.oo \u2014 Le mot d\u2018ordre est silence.n\u2019est-ce pas ?fit-il à mi-voix.\u2014 Oui, mais aussi allianee ! répliquai-je sur le même ton, mes yeux rivés aux siens.Fa \u2014 4 \u2014 ie Montréal, Vol, 7.No 12 La Revue Populaire Décembre 1414 Merci, répondit-il tout heureux.Je tions, des détails, mais a temps, je me n Osais pas vous le proposer; aussi, deux fois merci ! \\ Je le quitta et grimpai à ma chambre vhanger de costume.Je me sentais légère, transtigurée.I! me semblait qu\u2019une résurrection venait de s opérer en MOI.Mon père ! mon père vivant peut-être.Un miracle venait bien en effet de s'accomplir, Et quel miracle fl avait suffi d'un mot magique d'espoir pour réveiller en moi le souvenir sacré de mon père qu'on Y avait enterré depuis quinze ans !.29 Avril, \u2014 Toujours la pluie !.fmuer depuis deux jours et je n'ai revu Bernard que de loin, quand il vient visiter Rajah et Mascotte qu\u2019il a pris l\u2019habitude, à présent.de venir voir chaque matin.29 Avril.\u2014 Touojours la pluie !.30 Avril.Je me suis tenue longtemps ce matin, dans la chambre de ma mère.- Pourla première fois, son attitude douloureuse m\u2019est apparue dans toute sa désolation.| Elle a trente-huit ans & peine, ma chére jnaman, et, pourtant ses cheveux sont déjà grisonnants.Le visage est tout jeune encore, mais l\u2019expression en est si lasse.si désabusée Et ce sourire si triste, si douloureux cette voix monotone que rlen ne paraît \u201cplus devoir animer ; ces veux tristes, errants, qui regardent sans voir et semblent conserver entre leurs cils baissés des larmes mal essuyées.Jomme elle a dû souffrir pour en arriver ainsi a ne plus personnifier que la douleur sans espoir.Vingt fois, j'ai été pour lui parler de mon père, pour lui demander des explica- \u2018appelais la recommandation de Félicie : \u2018Le docteur a dit que ca pourrait la tuer.Et pour ne pas succomber à la tenta- tion de parler, je me suis sauvée dans ma chambre.].Juin.Je sus allée, tantôt trouver notre vieille bonne, dans sa cuisine où elle préparait le repas du midi.Oh, avec celle-là je n'ai pas de ménagv- ments à prendre._ Et bien*que je m'attende à l\u2019entendre grogner, je dis bravement \u2014 Félicie, j'ai cherché par toute la maison le portrait de mon père pour le mettre dans ma chambre.Peut-être l\u2019ai-je vu sans le deviner, ne pouviz-vous pas me l'indiquer ! La vieille femme ne s'attendait pas à mes questions.Tremblante et effarée, elle me regardait subitement comme si j'avais évoqué Satan et sa cour infernale.\u2014 Oh, m'ademoiselle, je vous en prie, ne parlez pas de ca !.Demander une pareille chose ! \u2014 N'est-ce pas tout natur el qu\u2019une fille ait le désir de posséder l'image de son père ?\u2014 Mais madame !.madame.Vous ne songez donc pas à votre mère.Mon ton décidé semblait la souffleter et je fus émue.malgré moi, de la voir si houleversée.\u2014 Ma mère ne peut pas trouver mal que je veuille posséder chez moi, le portrait de mon père à côté du sien.\" Si vous refusez de me le donner ou de me l\u2019indiquer, Félicie, je m\u2019adresserai à elle-même et je suis sûre qu\u2019elle ne me le refnseras pas.Mes paroles la mirent hors d'elle.Oubliant ses fonetions et la politesse qu\u2019elle me devait, elle marcha vers moi menacan- 4.PH TR SITE A TT VEY a fa R ls i CNE EN hi HI Clik i RL tid i on 1 0 Eats.Ji ee: fhe Bi: Es.Br Ri A hy Ble.jr: H 2 a RE pd Nan int Ses ce be es eR ah SL té.\u2014 Oui, c\u2019est ça, allez la tuer en réveillant en elle de terrible souvenirs! Croyez- vous que ce soit pour mon plaisir que j\u2019évite d\u2019évoquer le passé et les choses si douces d\u2019autrefois.Mais j'ai vu votre mère mourante, entre mes bras, et se tordant de fièvre pendant que sa bouche inconsciente répétait le nom de votre père .de son mari ! Vous ne comprenez donc pas que Si Je l\u2019ai sauvée à la mort, si je vous l'ai conservée, c\u2019est au prix d\u2019une surveillance continuelle, en faisant dispa- raîtie tout ce qui pouvait lui rappeler la catastrophe où son bonheur avait sombré.Allez «111 en parler, à présent qu\u2019elle se laisse vivre à peu près tranquillement.Allez briser son fragile repos ! C\u2019est bien là une oeuvre de pitié filiale à remplir.D'ailleurs, ajouta-t-elle, je dois vous prévenir que tout ce que vous pourrez dire et faire n\u2019avancera à rien.Il n\u2019y a plus dans la maison aucun portrait, aueun souvenir de votre père : tout a été déchiré et brûlé par mes soins.Cherchez, mais vous ne trouverez rien ! rien! Brisée par cette folle colère, la vieille Félicie était tombée sur une chaise en.sanglotant.Je la regardai anéantie, mais relativement peu émue.e La Violence même et l\u2019exagération de ses reproches m\u2019avaient fait retrouver mon calme subitement et je la \u2018considérais, pour le moment, d\u2019un oeil plutôt froid.2 Les paroles de Bernard me revenaient : \u2018\u201cIl y a des dévouements qui font du mal à ceux qui en sont l\u2019objet.F'élicie venait d\u2019avouer que c\u2019était elle- même qui avait fait autour de ma mère ce dur silence d\u2019oubli au sujet de mon père.Et soudain, malgré ses longues années de service, malgré son attachement, sa fidélité de caniche, elle me parut, l\u2019enne- La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 mie, celle qui peut-être était cause de l\u2019état douloureux de ma mère ; celle qui était responsablede l'éloignement de mon père si vraiment.comme Sauvage me l\u2019avait laissé entendre, celui-là n\u2019était pas mort.Malgré moi.mes poings se serrèrent sous une violence intime.inconnue jusque-là.Je reculai vers la porte, loin de la femme, pour fuir la tentation folle qui me prenait de me jeter sur elle et de la forcer à m\u2019avouer quel rôle malfaisant elle avait joué autrefois dans la vie de mes parents.Sans mot dire, me sentant très pâle, Je sortis de la cuisine et montai à ma \u2018chambre.Je me crovais très calme, très résolue, mais la portière retombée derrière moi, il y eut comme une détente de tous mes nerïs.Je me sentis très faible, ma gorge se contracta : autour de moi, je vis tournoyer les objets et tout à coup, vaineue, prise de vertige je tombai lourdement tout de mon long sur le tapis.| Quanid je revins à moi, une minute après, j'étais allongée sur mon lit, avec ma mère et Félicie s\u2019empressant à mon chevet.\u2014Ma fille ! Ma Solange ! Ju\u2019est-ce que tu as eu ?Que t\u2019est-il arrivé ?Dans les chers veux maternels, je lisais une angoisse sans borne.Ft malgré ma faiblesse,me sentant forte à côté d\u2019elle, je souris pour la rassurer.'\u2014 Ce n\u2019est rien, mère.cette pluie n\u2019est-ce pas.Mais c\u2019est passé, c\u2019est fini.Pourtant comme contre-coup, une lourde envie de pleurer me prenait.Timidement, avec des airs de chien battu, Félicie me présenta un verre d\u2019eau su- erée que je repoussai, 42 \u2014 | | | | } Vol.7, No 12 \u2014 Merci.Je ne veux rien.Et j\u2019éclatai en sanglots convulsifs.Constemnée, Félicie resta debout devant mon lit, pendant que ma mère m\u2019attirait dans ses bras et me bercait avec des mots très doux.Ma crise de larmes dura peu heureusement, et bientôt je fus en état de me lever et de réparer le désordre de ma toilette.Me voyant mieux, ma mère avait quitté la chambre.Félicie, au contraire sous le prétexte de refaire mon lit.resta auprès de moi.\u2014 Je vous demande pardon.mademoiselle Solange, si ce sont mes paroles qui vous ont fait de la peine.J'aime beaucoup madame votre mère et la pensée que vous pouviez, sans le savoir, lui faire du mal, m\u2019a fait vous dire des choses très dut res, que Je regrette à présent.Je me tournai vers la pauvre vieille qui se tenait debout dans une attitude si humble et si repentante qu\u2019un élan de pitié me fit lui tendre la main.\u2014 Oublions cela, Félicie.Je n\u2019aime pas moins ma Mère que tu ne peux l'aimer et Si je te menacais de l\u2019interroger sans avoir l\u2019idée de le faire, c\u2019est que je sentais que tu ne voulais pas me répondre.\u2014 À quoi bon vous tracasser avec toutes ees choses qui sont mortes.\u2014 J aurais voulu posséderice.que tn sais.Vraiment, je croyais que c'était de ta part mauvaise volonté !.\u2014 Non, je vous affirme que tout a été détruit et qu'il ne reste rien de.de ce monsieur.Je redressai brusquement la tête.\u2014 De mon père, tu veux dire ! Une dureté de-nouveau, passait dans mes yeux froids.\u2014 Tu te trompes, repris-je.Il y a quelque chose de lui que nul ne pourra jamais détruire.La Revue Populaire Quoi done ?fit-elle étonnée.\u2014 Mon coeur !.Le coeur de sa fille ! répliquai-je avec une sorte d\u2019orgueil rageur en la poussant vers la porte.Elle me contempla longuement avec effarement.Puis, elle quitta la chambre en hochant la tête comme si ma déclaration trop nette ; lui paraissait être le délire d\u2019une insensée dont il allait résulter bien des malheurs.5 Juin.\u2014 Enfin, le soleil brillait ce matin ! Et quand Sauvage vint visiter Ra- Jah et Mascotte, je lui criai de ma fené- tre que s\u2019il pouvait me consacrer sa matinée, J étais préte a faire une longue chevauchée dans la campagne., \u2014 Je suis à vos ordres, mademoiselle, répondit-il.Je vais seller les chevaux immédiatement.Dix minutes après, nous quittions les Tourelles.\u2014 De quel côté allons-nous ?demanda Bernard.\u2014 Vers la Châtaigneraie, voulez-vous?Vous devez la connaître, moi, je l\u2019ignorc.F'aites-moi connaître un peu ce domaine où mon père est né.Sans mot dire, l\u2019ancien soldat nous fit tourner à droite, et quand nous arriva- mes au bout du village, 11 me montra les dernières maisons.\u2014 À partir de là, commencent les terres de la Chataigneraie, depuis le bois là-bas, jusqu\u2019à la rivière, \u2014 Qu'est-ce -qui les tient ?\u2014 Lies Raimbond, \u2014 Ce nom m\u2019est inconnu.\u2014 Ce sont de nouveaux fermiers.Les Vincent qui les affermaient depuis si longtemps, sont morts il y a quelques années.\u2014 Mais les terres sont toujours attachées au domaine.| \u2014 Toujours.ll n\u2019y a rien de chan- SEN COU Ce : VE EE Ce ep Montréal, Décembre 1414 \u201coi.7, No 12 gé, sauf du côté de Neuville où une vingtaines d'hectares ont été cédés au baron Jacob, par votre père.avant son départ.» | \u2014 Un juif.n'est-ce pas, ce baron Jacob?\u2014 Oui.Il a monté une usine.une fabrique de cotonnades.\u2014 J\u2019en al entendu parler.Mais, dites- moi, le nouveaw propriétaire, de la Cha- talgneraie.c\u2019est maître Picinont.l\u2019an- cilen notaire de tmon père.\u2014 C'est ce que tout le monde raconte.\u2014Ned serait-ce pas vrai ?\u2014 Cest à voir.Ce qu'il v a de cer- tai.c\u2019est que c\u2019est lui qui touche les re- Venus, \u2014 11 n\u2019habite pas la Chataignerale \u20141l y vient chasser l'hiver et y passer plusieurs semaines l\u2019été.\u2014 Donc, ce est bien lui l'heureux propriétaire à présent \u2014 .\u2014 Il en prend les airs.pourtant.on pourrait remarquer bien des choses.-\u2014 Lesquelles ?| \u2014 11 n\u2019habite généralement qu'une aile du chateau et tout le reste de la vaste demeure est tenu sévèrement ferme.\u2014 Même quand il est 1ci ?-\u2014 Toujours.-\u2014 Tiens, pourquoi ?\u2014 ll dit que les pièces ne sont pas habitables et qu\u2019il faudrait beaucoup d\u2019argent pour réparer tout ça.\u2014 Peut-être a-t-il raison ?Mon pauvre père, dont les derniers temps, n'aura pu entretenir tout en état.| \u2014 Je puis vous affirmer qu\u2019au contraire, Monsieur Frédéric a toujours tenu la main à ce que tout soit mis en ordre et réparé.J'ai parcouru souvent l\u2019intérieur du château et c\u2019était joliment soigné : un vrai musée ! Je le remerciai du regard de ce que je pris pour un pieux mensonge.\u2014 Einfin, ce notaire à ses raisons.A cha- \u2014 ' La Revue Populaire \\enlevez_Maseotte !.Bravo !.44 , Montréal, Décembre 1914 cun est libre chez soi.\u2014 Evidemment ! Bien qu\u2019on ne possède pas une pareille propriété \u2014 surtout quand on est un homme d\u2019affaires\u2014 pour l'habiter six semaines par an et la laisser dans l\u2019état d\u2019abandon où elle se trouve.\u2014 Ah ! fis-je tristement.Tout est abandonné ?; Je vous crois ! Tenez.nous v arrivons.Je vous al fait prendre par les derrières.\u2019.ll v a une brèche dans le mur, que je connais très bien.nos montures v passeront aisément.\u2014 Mais vous ne comptez trer.\u2014 Pourquoi pas ! Je l'ai fait souvent.allez ! \u2014 Si quelqu\u2019un vous y voyait \u2014 Et que voulez-vous que ça fasse ! C\u2019est Mathieu Savalle.le garde-chasse qui a les clefs.Il surveille Le château et les bois pour qu\u2019on ne dévaste rien, mais.je puis vous affirmer qu\u2019il ne dira rien s\u2019il nous Y rencontre.An contraire | \u2014 T1 a servi mon père, aussi, celui-là ?\u2014 Non, mademoiselle.C'était son défunt frère qui était garde chez vous, autrefois.Mais, c\u2019est la même-chose : de père en fils, ce sont d\u2019anciens serviteurs quu ont véen à l\u2019ombre du château.Mais voici la brèche.Je vais passer le premier pour vous montrer le chemin.Hop ! ça v est '.A votre tour.Tenez ferme, et Voici un beäu saut !.Et maintenant, suivez- moi.Attention! cette branche déchirerait votre voile.Enfin.voici l\u2019avenue.Nous venions, en effet.de\u2018pénétrer dans une large avenue que l'herbe et la mousse avaient complètement \u2018envahie.Elle! ne gardait aucune trace de pas ; nul pied humain ne devait 1\u2019avoir parcourue depuis longtemps.Un sentiment inexprimable de crainte et de joie me remplissait alors.et je crois pas y péné- A \u201cel.7.No k?que si J'avais été seule, je me séyais mise à pleurer d\u2019émotion.{ -\u2014 Bernard, fis-je à MIi-VOIX, Car une sorte de pudeur religieuse m'empêchait de parler haut, dans les lieux peuplés d'ancestraux souvenirs.Mon père, autre- \u2019ois à souvent dû parcourir cette allée?\u2014 Qui, mademoiselle.Même que je me rappelle.quand il était petit.ici, tenez.il avait échappé a la surveillance de son précepteur, un brave abbé qui savait fermer les yeux quand il le fallait, nous étions une bande de gamins et nous jouions a la guerre.C\u2019était monsieur Prédérie notre gén(ral.comme il était crane et fougueux ! Il nous entraînait et nous l'aurions suivi au bout du monde.Oh , sl vous aviez pu le voir.Il porta la main à ses veux humides et ies essuya du bout des doigts.\u2014 Faut m\u2019execuser.Vovez-vous, mademoiselle, j'en étais.ca ne s\u2019oublie pas ces choses-là.C\u2019est du passé qui est cher au coeur.Je ne pus répondre car une émoton poignante one serrait à la gorge.M me semblait que je marchais dans un cimetière.les tombes.c\u2019étaient ces arbres silencieux et abandonnés.Les fantômes, c\u2019étalent les souvenirs de mon père que cet homme cvoquait avee des larmes dans la voix.Les mots, c\u2019était le passé, tous les êtres de ma raée qui avaient véeu là et parcouru ces mêmes allées : ces êtres qui étaient de mon sang et dont je connarssais à peine le nom et encore moins l\u2019histoire.Après vingt minutes de marche au pas, nous débouchâmes dans le parc proprement dit.L\u2019herbe et la pelouse était haute, remplie d\u2019orties et de chardons.Les fleurs fanées s\u2019entassaient, étouffant les pousses vertes, Lies buissons disparaissaient sons les ronces, les bosquets étaient impé- La Revue Populaire eu Montréal, Décembre 1914 nétrables.ou r'évélait un abandon vouin, caleulS, qui me fit vraiment mal.\u2014 Il y a quinze ans qu'aneun jardinier n'a touch, à ce pare, expliqua Bernard.\u2014 Mais, pourquoi ?Pourquoi l'avoir laissé dans un tel état de désolation ?Mon compagnon hocha la tête pensivement, \u2014 Les choses réfiètent souvent les pensées des hommes ,murmura-t-il comme se parlant à lui-même.Il v a quinze ans, tout était beau.brillant.les allées en- trefenues.les serres soignées et les massifs tondus !.Le château et le pare resplendissaient de mille feux, le soir venu.car les fêtes s\u2019v suceédaient à l\u2019envie.L'amour et la jeunesse qui unissaient vos parents, l\u2019enfance et l\u2019avenir que vous personnifiez, tout ravonnait ici.Puis, l\u2019orage est venu.Il a brisé les vies et tordu les coeurs.Fini les sourires quand les larmes arrivent.bF'inies les fleurs quand naissent les ronces.Maintenant, c\u2019est l\u2019abandon et le deuil.c\u2019est l\u2019image de votre roman désolée.celle de l\u2019absence douloureuse et énigmatique de Monsieur Frédéric.c\u2019est la vôtre, pauvre fleur de serre qu\u2019on n\u2019arrive pas à déraciner et qui malgré vous, cherchez l\u2019ambiance qui vous à Vue naître.\u2014 Mais ce notaire n'aurait pas dû agir ainsi ! T] n\u2019avait pas à se préoccuper des malheurs qui ont fondu sur nous et qui ne l\u2019atteignalent pas.En achetant cette maison, il ne prenait pas à son compte les soucis de ses précédents propriétaires et.il n\u2019avait pas a stigmatiser a jamais, les douleurs que mes pauvres parents ont ressenties alors.- \u2014 C\u2019est done qu\u2019il n\u2019est pas maître de re château.maître de l\u2019entretenir à son goût.\u2014 Enfin, Sauvage.vous devez savoir, vous.Moi, j'avais trois ans, mais vous.J\u2019en avais vingt-huit.mademoiselle.\\ Voi.7, No 1° -\u2014 Justement, vous devez vous rappeler.\u2014 Je n\u2019ai pas oublié.\u2014- Eh bien ?-\u2014 Lia Châtaigneraie a été anise en vente.par morceaux.Des affiches rouges ont été apposées.Lies terres actuellement au baron Jacob, hui ont été vendues d\u2019abord.puis la vente du reste est venue, la date et l\u2019heure fixées.-\u2014\u2014 Alors ?; -\u2014 Alors dans la nuit qui précéda la vente, les affiches furent déchirées et, à l'heure dite, quand les gens, se présentèrent pour l\u2019ad'jjudication, on leur répondit que tout \u2018était fini : un acquéreur unique S\u2019était présenté et avait tout acheté, en bloe.\u2014 Ensuite ?\u2014 Dame depuis, le notaire chasse ici et comme je vous le disais tout à l\u2019heure, il v vient passer une partie de l\u2019été avec les siens.\u2014 Mais l\u2019acquéreur ?prononcé, voyons ?\u2018[ \u2014 Quand on en a parlé à maître Pre- ment.il a répondu : \u2018Eh bien, et moi, je ne compte pas -\u2014 On a dû insister ?-\u2014\u2014 Alors il nous a dit \u2018\u2019croyez-vous que ma fortune personnelle ne me permette pas de payer la Châtaigneraie.- C\u2018est vrai, on le dit bien riche.\u2014 Cela, (cela ne fait aucun doute.\u2014 C\u2019est donc bien lui le propriétaire de ces lieux.\u2019 \u2014 A savoir.a savoir ! Un nom a été La Revue Populaire De nouveau, le visage finaud de Bernard Sauvage, brillait d\u2019une lueur malicieuse.\u2014 Vous devriez l\u2019interroger, vous, mademoiselle Solange.Sûr qu\u2019il n\u2019oserait pas vous refuser le renseignement.Lia même pensée m\u2019\u2019était venue mais je n\u2019entrevoyais pas pour le moment, la DEF EE Montréal, Décembre 1914 4 possibilté de la réaliser.Tout était si nouveau, si troublant, autour de moi depuis quelques jours qu\u2019il me fallait le temps de réfléchir.Je ne pouvais prendre si vite une telle résolution.Et comment me rencontrer avec maître Piémont ?Que lui dire pour excuser mes questions ?\u2014 Je verrai, répondis-je simplement.Nous avions fait le tour du pare et étions.à présent, devant le château, admirable morceau de la Renaissance, tout en fines dentelles de pierre.\u2014Je ne croyais pas que l\u2019habitation fut si jolie ! observai-je tout haut.*\u2014Une vraie demeure seigneuriale répondit Bernard avec une sorte d\u2019orgueil.Il paraît que Henri IV y a couché.\u2014 En Normandie, tout bon château qui se respecte, a, au moins une fois, logé Henri IV.\u2014 Je vous assure, affirma Sauvage.\u2014 Oh, je ne nie pas c\u2019est bien possible, évidemment.Mais, même sans le bon roi, cette demeure est magnifique ! Voyant surgir.entre les angles de pierres d\u2019une des fenêtres, une gueule-de-loup épanouie, je demandai à Bernard de la cueillir pour moi.Je vondrais l'emporter en souvenir d'ici.Docilement.l\u2019ancien soldat sauta à bas de sa monture, arracha délicatement la fleur et me la présenta en silence.\u2014 Donne-moi aussi un caillou, par terre.Tiens, entre ces deux touffes d\u2019herbe -qui l\u2019ont protégé de toute souillure.Peut-être le pied de mon père s\u2019est-il posé dessus, autrefois.| T1 m\u2019obéit en mordant sa moustache d\u2019une lèvre frémissante.Avec dévotion, je pris les deux reliques et les portai à mes lèvres.Et tout bas Comme s\u2019il me fallait excu- \u201cser mon geste puérile, je balbutiai 46 \u2014 Sais-tu que je n\u2019ai rien.rien de Va 7, No il La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 tier père ! Aux Tourelles, on à tout dé- ir.tout ! Même son portrait.Lo toute petite auprès du grand château où \u2018ous Ceux de mon sang étaient nés.presque essence dans ce pare désert et abandonné, je me mis à verser, sans rete- Th bes les larmes qui, depuis une heure s'amoncelaient dans ma gorge.Sauvage (tait resté debout anprès de mis saeval, Presque aussi ému que moi-même, il porta à ses lèvres ma main qui pendait.\u2014 l ne fau pas désespérer.mademoi sel Soiaugs.Monsieur Frédérie reviendra.pour vous, 11 revienglra, si ve - voulez.\u2014_\u2014 Ch, j'ai biens prur que tout espoir ne soit vain !.Vois-tu.quinze années d'ab- sénée n> s'expliquent pas facilement.sir par la mort.-\u2014 Vous Taisonnuez ainsi parce que Vous Lie sever pas regarders autour de vous.Mais voyez done, ouvrez les yeux.Cet- té raison, ce pare, c'est l'image de l\u2019a- ban lan mais C\u2019est aussi celle de attente,.Hulle main n'ose y touchèr en l\u2019ah- sêtuce du Maître qui veut qu\u2019on respecte les \u2018vaces qu\u2019il y a laissées alors qu\u2019il vivuit Leureux, Dites, ne sentez-vous pas en \u201constatant cette désolation.cette tristes les choses.qu\u2019elles sont le symbole d Me vie pareillement désolée, abandonnés, détruite.Ne devinez-vous pas que ce château re- nattra quand le maitre y reviendra mails aus ceiul-el ne lo fera renaitre que lors- aque je bonheur et l'espoir souriront de nouveau en son coeur désemparé.Remuée par son ton assuré, je lui pris la main et la serrai longuement.\u2014 Oui, oui.Bernard ! je veux croire, comme vous, que mon père vit encore.Mais je ne sais rien, je ne devine rien parec qu\u2019on m\u2019a Mis un bandeau devant les yeux et que j'ignore tout du passé.Mais vous ni'aiderez, vous mue gulderez.Ah, pour avoir mon père, si vraiment, il vit encore ; pour le rendre à ma pauvre maman qui pleure sans cesse.que ne fe- vais-je pas ! Le regard de Bernard se durcit subitement, \u2018 E I! retira sa main que je tenais entre les miennes et regarda au loin, un moment, comme s\u2019il suivait une vision pénible.Puis i sang mot dire, 11 alla vers son cheval et F l'enfourcha.E ne sorte d'intuition craintive me fit garder le silence.On dirait que le nom de ma mère, suffit pour rembrurir son front.Mais du bout de sa cravache, il me di montra l'allée par laquelle nous étions venus.i \u2014Oui, rentrons.Onze heures doivent 4 êtres sonnés et ma mère serait fâchée si je n\u2019étais exacte à l\u2019heure du déjeûner.\u2014 Elle vous gronde quelquefois, madame de Borel ?dit-il enfin.4 \u2014 Oh, non, pas bien fort, répondis-je E avec un enjouement forcé.Mais quand je suis en défaut, elle me regarde.froidement.très froidement.Et je n\u2019aime fi pas mériter ce regard-}à.\u2014 Madame de Borel n\u2019admet pas que les autres puissent avoir tort, murmura ; Sauvage d\u2019une voix indéfnissable.# \u2014 Ma mère est très juste, rectifiai-je L doucement.F \u2014F'ault l\u2019être mais point trop n'en faut.\u2014 Flle ne me reprend jamais sans que je ne l\u2019aie mérité.\u2014 Mais quand elle le fait, cela compte, répliqua-t-il en souriant.Je ne pus m\u2019empêcher de sourire aussi.Comme il paraît bien connaître ma mère.\u2014 Je suis habituée.Je ne m\u2019en aper- cois guère.Cependant, je reconnais que je n\u2019aime pas mériter ses reproches.\u2014 À cause du regard ?\u2014 Justement ! approuval-je gaiement.47 \u2014 Vol.7.No i?Quand nous eûmes quitté les terres de lu Châtaigneraie, mon compagnon me recommanda le silence vis-à-vis de tous, sur notre promenade du matin.\u2014 Voyez-vous, cela pourrait émotionner inutilement votre inère et, une autre- fais, nous seriens moins libres.Je le regardai amicalement.\u2014 Pas besoin, mon bon Bernard, de me faire cette recommandation.Aux Tourelles, le nom de mon père est banni.Pour l'avoir prononsS£ l'autre jour, j'ai en une scèna terrible avce Félicie.Si ou savait que j'en parle avec vous.on m'interdirait de vous voir.\u2014 Je le regretterais bien, mademoisel- Te, \u2014Et 1noi.je ne pourrais plus à présent me passer de vous.tone autant garder pour moi, mes réflexions.\u2014 Je ne vous pousse pas à l\u2019insubordination mademoiselle Solange.Mais franchement, foi de vieux sol lat, je ne crois pas mal faire en vous.parlant de votre père et en vous le faisant connaître.Ca 5 J'aime ne diminue pas votre amour et votre respect pour votre mere.mats en revanche.ca vous rapprochs joliment de l'absent! -\u2014 AUSSI], Je ne vous ¢rols pas plus cou pable que moi-même qui ose agir et penser en dehors de l'autorisation maternelle.Les lo's de la nature en me donnant un père et une mère, m'ont crée le double devoir de les aimer tous deux ct je ne pense pas nuire à l'in en m'ocenpant de l\u2019autre.> \u2014 Bravo ! Vous raisonnez comme mon lieutenant autrefois.\u2014 Votre lieutenant ?étonnée.\u2014 Monsieur votre père était officier de réserve, mademoiselle.pas ?\u2014 Je l\u2019ignorais mais cela me fait plaisir de apprendre.Et dites-moi, physique- interrogeai-je Ne le saviez-vous La Revue Populaire 48 Montréal, Décembre %i4 ment, comment était-il ?Nous longions un petit ruisseau qu traverse la pelouse des Tourellezs quand je lui demandais cela., Il me montra l\u2019eau, du bout de sa \u201cia vache.\u2014 Regardez-là dedans, vous y verrez l image que\u201d vous cherchez.Mettéz une longue moustache blonde sur la lévra su- périeûre.coupez les cheveux en hrosse et pndossez un costume masculin, ce sera sor exacte reproduction.Nous étions arrivés devant le perron.T1 m\u2019aida à descendre de selle.\u2014 Alors.grand, mince et blond, somme moi, fis-ie à mi-voix.\u2014 Oui, répondit-il du souriant.Fi n\u2019oubtiez pas brun à nuls autres pareils.\u2014 Comme moi encore, alors ?\u2014 Tout à fait pareils.Sur ce mot, je le quittai lui lançaai sen- lement du haut du perron.\u2014A demain, sans faute.\u2014 Bien mademoiselle.Torjours sa voix docile dent nulls 2om- plicits aves moi ne semble jamais devoir aiténuer 1» ten infiniment respectuest.même ton, er les veux d'or 5 juin au soir.J'ai déposé an fond d'une boîte à gant en ébène inerusté de cuivre et d\u2019écaille la fleur et le aaillou ceili là-bas, Je les ai mis religiensement entre lenx feuilles de ouate.| .Ha.hoîte est belle, très vieille et très ar- tistiquemient ouvragée TA ! : Un vrai relinnai- : ~ Quand j'ai rabattu le couverele, me semblait que c\u2019était un cercueïl que \u201c= ¥e- nais de fermer.Oh.cette idée douloureuse ! Ce matin, cependant, en quittant Sauvage, je me sentais courageuse et ei pleine \u2018'd\u2019\u2018espoir ! ment passé, e1s m'appara\u2019t Voi 7.No 12 a Sa verve m'eutraine et, quand il est là, je partage ses ardentes convictions.Ma'heureusement ,ensuite, je doute.Et :e doute, c\u2019est la squffrance.(Mi, 81 pourtant mon père vivait ?SI, Vraiment, 11 n'était pas mort ?Comment savoir ?Comment être sûre?-\u2014 Le notaire ?Ca, évidemment, Le notaire doit être au \u2018courant.\u2014BM ais parlerait-i] ?Bernard affirme.Brave garcon : Son dévouement sans borne pour mon père l\u2019égare peut-être.J'ai remarqué combien le nom de ma mre l'assombrissait.chaque fois que je le preniree, Qn'y a-t-il dore qu'il n\u2019oss pas aire Ma mère est.cependant, très Donne powr jui, Elle Ini marque même une véritable confiance en me mettant sous son égide.Elle ne permettrait cela avec aucun autre habitant du village.En revanche, Félicie ne cache pas son aversion pour lui.mais Sauvage.non plus n'aime pas Félicie.Moi-même ?je ne \\ sais pas.je ne Sais p'« ! Depuis ma dernidre altercation aver notre Vieille bonne, je ne peux plus confenix mon ressentiment vis-à-vis d\u2019elle.Comment a-t-elle 0s: me dire en fare qu'elle avait byAlé tont ce cui conernait mou vère ! OU, eetts vieille - Malers son dévone- comme Tue ennemie.an Ag PEPIN , Pauvre pire ! Si c\u2019était vrai.pourtant \u201cNI soit en Vi- an loin ! (\u201cest ineensé, vovons ! S°il vivait.il re- vien lrait .Ma mère à idû faire s engnérir ?S; des recherches, elle m\u2019a élevée dans la crowance de sa mort.c\u2019est qu\u2019elle - était Peremedée qu\u2019il en était bien ainsi.Au fait, m\u2019a-t-elle jamais affirmé qu\u2019il Gli cs La Revue Populaire ct des rorges enchevétrées semblent Montréal, Décembre 1914 x ot fut mort 11 est parti, son bateau a sombré.ii n'est pas revenu.\u201d | C\u2019est la version qu\u2019on m'a servie autrefois.A pwisent, on m\u2019expliquerait peut- être son absence d\u2019une manière dif'éren- te.Ad, que je voudrais être à demain, à plus tard ! J'ai häte de savoir, j'ai soif d'appreu- dre.Je veux connaître lu vérit\u201d.Mon père ! Je veux mon peeve mort oo vivant, 5 Juin.\u2014 Où Trons-nens se matin es navi! \u2014 d'2tlats \u2018Usteinent alresser la même question à Mademoiselle.\u2014 Mais, jo ne sais pas.Voyons, vous, convenu que forces, guider mci.puisqu'il est vous alle- im aider de toutes vos dans la tache que *e me suis unposée.\u2014 Alors, si mademoiselle veut, pour le hasard, devant Tenez, nous tourne- moment Log Trens ny nous.es CPnsaryt.et 63 suivait la grante route Jusenraux OrGes, neus prerdrons le che- rons par 1\u201d soeur les Anthièux.Mur Te rater oe quoi Je ome sits alse a orvire.40 allo qu :\u2014 Vous evpolez celn hasord.ce frites suivre Gévayt vous et vous nes Un Perte frac » ef dé i ; q \u2018avenee.Vay.ars Berard, po Tutos nes de eachotte- ries dites-mmoi tout de uit an'est-er que NOUS allons faire so In route des An- thieux ?\u2014 Mais Tien, mademoiselle.nous promener.NH y a de ce câté.la propriété du Colonel Chammont aui est très jolie avre ses nombreux rosiers grimpants.des antres, fis-je en sonpirant.J'ai le coeur trop rempli d\u2019un pare abandonné où l'es lianes -\u2014 Je n\u2019aime plus les jardins gar- Vol.7, No 12 der et défendre un secret., \u2014 Ça n\u2019empêche pas que la maison du Colonel est d\u2019un aspect très accueillant.\u2014 Vous le connaissez, le colonel.\u2014 Oh, moi, non ! Je n\u2019oserais que bien timidement l\u2019aborder, mais c\u2019est un homme courtois ct je suis certain qu\u2019il recevra très bien mademoiselle: \u2014 Ah ! Il faut que j'aille chez le Colonel ?\u2014 C\u2019est une bonne idée que mademoiselle a là.Justement, le colguel, comme tout bon officier supérieur doit posséder ehez lui, 1\u2019annuaire militaire de ces der- niéres années.\u2014 L\u2019annuaire militaire ?\u2014 Oui.c\u2019est un livre où les noms de tous les offciers sont consignés \u2018avec leur grade.\u2014 Où voulez-vous en venir, Bernard ?\u2014 À cela.C\u2019est que pour expliquer sa visite, Mademoiselle pourrait dire au Co- lanel qu\u2019elle a besoin d\u2019un renseignement dans l'annuaire.\u2014 Et alors ?\u2014 En cherchant.peut-être que Mademoiselle trouverait le nom de monsieur Frédéric.où tout au moins, elle pourrait savoir depuis quelle époque son nom n\u2019y figure plus.\u2014 Ah, c\u2019est vrai ! Je n\u2019avais pas pensé à cela ! Oh, mon brave Bernard qu\u2019elle bonne idée vous avez là.\u2014 Ainsi, vous voulez bien affronter le eolonel ?demanda-t-il avec joie, en quittant Son ton finassier.\u2014 Mais pour obtenir ce renseignement, J'aborderais le général, le ministre, tous les maréchaux de France.\u2014 Alors, allongeons le pas afin de ne pas être en retard, pour le retour.\u2014 Oui, dépêchons-nous.J\u2019ai hâte d\u2019être là-bas.\u2014 Je savais bien que mon idée vous ferait plaisir, dit-il en mettant son cheval au ET ROBOT ER EE ER NOR La Revue Populaire Pu Montréal, Décembr= :414 galop.| Nous ne mimes pas longtemps à gagner le carrefour des Orties et à prendre la route des Anthieux.Cent mètres avant d\u2019arriver à da porte du Colone] Chaumont, mon compagnon mcdéra notre allure.\u2014 II ne faut pas que vous arriviez nors d\u2019haleine.Il faut aussi que vous vous prépariez un prélexte, une explication.parce que ce n'est pas l'habitude des jeunes filles d\u2019aller chez des inconnus y charcher l'adresse d'un officier.\u2014 Mais je dirai qu'il s'agit de mon père.\u2014 Non, encore moins : cela vous forcerait à entrer dans un tas d\u2019explications qui ne regardent pas le bonhomme.Tenez, par exemple dites que vous venez chercker pour moi, l\u2019adresse d\u2019un de mes anciens officiers à que je dois la vie et auquel, je voudrais bien remettre un dépôt sacré.vous m'en parlerez devant lui, si vous vouliez.\u2014 Il va vous interroger sur eet officier, vous demander un tas de choses, tandis que moi, quel que soit le prétexte que j'invoquerai, le colonel l\u2019acceptera sans mot dire.\u2014 C\u2019est vrai ! Vous avez raison.\u2014 Alors ?\u2014 Kaltes comme vous voudrez, je vous laisse carte blanche: mais par pitié, mademoiselle, ne donnez pas une explication que vous compromette d\u2019aueune facor.\u2014 Soyez tranquille, je ferai attention.Deux minutes après.nous sonnions à Ja grille d'un élégant cottage tout engruir- landé de roses aux mille couleurs.Un domestique vint ouvrir, qu\u2019à \u2018al ture, je devinai être um ancien soldat.\u2014 Le colonel Chaumont est-il chez ini et peut-il recevoir à cette heure, «eman- da Sauvage qui était descendu de sa monture pour tirer l\u2019anneau de la sonnetre.o .-. Vol.7, No 12 \u2014 Monsieur est ici.Si vous vonlez me suivre.Bernard se précipita vers moi et m aida à descendre de selle.\u2014Courage, murmura-t-il tout bas.Je le rassurai d\u2019un bon sourire et un peu émue, malgré tout, de cette visite faite seule à un Inconnu, Je suivis le serviteur qui me précédait vers la maison.C\u2019était je crois bien, la première fois, que je pénétrais seule chez un étranger.Tout à coup, un grand monsieur, à cheveux gris et à mouche impériale, apparut sur le haut du perron.Il me regarda avancer avec un peu d\u2019étonnement, car je me devais pas lui être totalement inconnue.\u2014 Pardonnez-moi, monsieur, d\u2019oser me présenter ainsi chez vous, à cette heure, murmurai-je horriblement gênée d\u2019être obligée de parler la première, \u2014Vous êtes la bienvenue, mademoiselle.Je suis la fille d\u2019une de vos voisines, madame de Borel.\u2014 Des Tourelles.je sais.Je connais de vue madame votre mère.SI vous voulez me faire l'honneur d'entrer.ici, dans mon cabimet.Je vous \u2018égoute.Oh, prenez ce fauteuil, je vous en prie.Je m\u2019assis, plus intimidée encore depuis que je savais qu\u2019il me connaissait.Pourtant, très aimablement, il ajoutait : \u2014 Quel que soit le motif de votre visite, mademoiselle, je suis à votre entière disposition.Un pâle sourire de gratitude vint effleurer mes lèvres, \u2014 Je vous remercie, monsieur.Je viens justement vous prier.au nom de ma mère \u2014 celle-ci sort très peu.va rarement dans le monde \u2014 je viens vous prier de me permettre de consulter l\u2019annuaire militaire.Nous avons pensé que vous deviez en posséder au moins un exemplaire La Revue Populaire Montréal, Décembre 1314 et ma mère a besoin d\u2019un renseignement qui doit s\u2019y trouver.au sujet d\u2019un parent.\u2014 Voici plusieurs annuaires, là, sur ce rayon de bibliothèque.Ils sont à votre disposition, si même vous désirez les consulter chez vous.\u2014 Oh, vous êtes trop aimable, monsieur.Puisque vous m'y autorisez, je vais y chercher tout de suite, le renseignement désiré.[ \u2014 (Vest cela ; faites, mademoiselle.Tenez, mettez-vous ici, aurprès de cette table, vous serez plus à l\u2019aise pour feuil- Jeter.Voici de l\u2019enere et du papier pour le cas où vous désireriez transerire quelque chose.Il mit, devant moi, plusieurs annuaires de dates différentes et se retirant au fond de la pièce, il s\u2019assit dans un fauteuil et prit machinalement un journal, pour mieux me laisser la liberté de faire les recherches qui me plairaient.Mais je sentais que par dessus son journal, il m'examinait et me me quittait pas aes yeux.Je fus assez longue a trouver la page qu\u2019il me fallait.n\u2019ayant pas 1\u2019habitude de feuilleter ces répertoires de noms et en usant avec eux comme avec un simple dictionnaire, Il y avait trois officiers portant le meme nom que inon père.L'un était capitai- re en \u2018activité, l\u2019autre commandamnit en retraite et le trois:ème, simple sous-lieutenant.D'un autre côté, aucun d'eux ne portait le même prénom.Dans chacun des annuaires, je fis les mêmes recherches sans obtenir d\u2019autre résultat, sauf que sur ceux de trop ancienne date, le sous-lieutenant me figurait pas.J\u2019eus au coeur, une grosse déception et les yeux embués d'humidité, je restai quelques instant mon coude à la table, et ma tête appuyée sur mon poing fermé.MS RME EE EEE RAI ne EE DESCENTE TO OC OCTO DT EE CEE EEE RO } FCAT EO HRY SRE HR \u201cque Vol.7, No 12 Mon hôte soupçonnant que mes reocher- Shes n\u2019'aboutissaient pas eomme je le désirais, me montra un agenda beaucoup plus ancien.\u2014 Voyez eelui-ci, mademoiselle.S\u2019il ne s'agit pas d\u2019un jeune officier vous trouve- res peut-être mieux dans cette ancren bou- (RIN.| Je le remercial et repris ma tache.Gomme son regard était toujours posé sur moi, je crus devoir expliquer \u2014 F1 s\u2019agit d\u2019un lieutenant.un hom- tue de quarante trois ans.Le colonc] eut un sursaut que je ne m'exp'iquai pas à ce moment.Pourtant il remarqua avec sa rude franchise de soldat : \u2014 Fischtre ! Il n\u2019est pas jeune votre lwevtenant.\u2014 Oh, il Y a plus de quinze ans qu'il à ce grade, fis-je remarquer naïvement.\u2014 Quelque potiehinelle, alors ! Ft comme je sursautais effrayée.il eut un bou sourire.\u2014 Pardonnez-moi, mademoiselle.Mais ux bon officier ne reste pas qinze ans sans gagner un nouveau galon.Ses paroles m'\u2019ouvrirent tout un hori- 7.08.Dieu ! que j'étais bête ! Je me mis à rougir, en bégayant : \u2014 En effet, ee lieutenant est peut-être général, aujourd\u2019hui ! Cette fois, le bon colonel se mit à rire franchement.Men inexpérience de la vie militaire lui sautait aux yeux et l'amusait.\u2014 Vous allez, cette fois, un peu vite a Jud donner du galon ! dit-il gaiement.Bt s'approchant de moi °\u2014 Si vous voulez que je vous aide dans vos recherches, proposa-t-il ; je crois que nous trouverons plus facilement.Je me rappelai la recommandation de Samwage.Je songeai aussi à quelle pru- La Bewse Populaire Montréal, Décembre 1914 dente réserve j'étais tenue, ma mère 1gne- rant mdn audacieuse démarche.Mais le visage du \u2018colonel avait quelque chose de si franc et de si loyal qu\u2019il attirait vraiment la eonfianoe.Je levais vers lui mon regard mdécls où tant d\u2019angoisses devaient passer.Devina-t-il mon embarras, ou habitué par sa profession même aux intrigues féminines accrochées après l\u2019uniforme, se fi- gura-t-il qu\u2019il en était ainsi pour moi ?Je re sais.Toujours est-il qu\u2019il me prit paternellement la main \u2014 Quel que soit la nom de cet officier, je vous promets, mademoiselle, que si vous eroyez devoir me le nommer, je l\u2019aurai oublé cinq minutes après que vous aurez quitté ce*te pièce.Son regard si droit, si loyal m\u2019alla au eoeur.Et bravement, avec fermeté, je répendis à son appel.\u2014 Colonel, je vous remercie de l\u2019aide et de la discrétion que vous m\u2019offrez.J\u2019accepte l'une et l\u2019autre pleine de eonfignee en VOUS.\u2014 Je vous écoute.| \u2014 Je cherche le nom de Frédéric de Berel, qui, il y a quinze ans, était lieutenant de réserve.Il tressaillit un peu et ses yeux s\u2019attendrirent en me regardant.\u2014 Inutile de chereher, déclara-t-il en fermant '\u2019annuaire que je temwais encore ouvert.Je connais.| \u2014 Vous connaissez ?bégayai-je l\u2019âme galvanisée.\u2014 Frédérie de Borel.a été, autrefois un de mes jeunes officiers.Je m'étais levée, très pâle, comme pour mieux l\u2019entendre ou peut-être pour rece- veir en plein coeur le choc qu\u2019il allait m apprendre.Et depuis ?questionnai-je, mes yeux TIVéS aux siens.82 \u2014 en i 7 Vol.7, No 12 \u2014 de l\u2019ai revu il y à douze ans.il vewait de- donner sa démission de capitaine.\u2014 ll y a douze ans, répétai-je en rêve.I n\u2019était donc pas mort, il y a douze ans ! \u2014 Mais il ne l\u2019est pas encore que je sa- ehe, mademoiselle ! Nul ne m\u2019a annoncé sa mort.\u2014 Pourtant, depuis douze ans vous ne l'avez pas revu ?\u2014 Non, mais j'ai eu plusieurs fois de ses nouvelles par des amis communs.Je reçus même de lui une carte, il y a quelques années.huit ans peut-être ?.Il partait pour le Soudan.\u2014 Le Soudan ?\u2014 Oui.Quand il envoya sa démission de capitaine, c'\u2019était avec l\u2019intention de partir au loin.un tas de projets d\u2018exploitation qu\u2019il avait en tête.Il n\u2019a cessé de voyager par la suite.Et depuis huit ans vous n\u2019avez rien re- eu de lui ?:j \u2014 Rien.mais cela ne signifie pas grand\u201dchose.T1 n\u2019y a pas de bureaux de poste au centre de l'Afrique et on est souvent de long mois sans pouvoir faire parvenir la moindre communication \u2018au continent.Croyez-m\u2019en, j\u2019al la certitude qu\u2019il n\u2019est rien arrivé à Monsieur de Be- rel.Il reviendra un de ces jours par ici.\u2014 Oh ! que Dieu vous entende, monsieur ! m\u2019écriai-je, un peu de sang colorant à nouveau mes joues décomposées.En cette minute, cela m\u2019aurait fait du bien de pleurer, larmes de joie et de détente à la fois.larmes donces, en tout cas! Mais, je me raidis.La pensée de ma mère que nul soupçon ne devait effleurer, que nul commentaire désobligeant ne devait atteindre, me retint et rendit un peu de fonee à men coeur en débandade.\u2014 Monsieur, dis-je en prenant congé, laiggez-moi vous remercier du fond du ge WHY + La Revue Populaire 53 Montréal, Décembre 1914 coeur.Vous ne savez pas combien les renseignements que vous venez de me donner me sont précieux.- \u2014 Je le devine, murmura-t-il avec une douceur affectueuse.Mais me raidissant plus fermement eon- tre tout restant d\u2019émotion, j'achevas avec une infinie mondanité.\u2014 Encore une fois merci de votre arma- ble accueil, monsieur, et, pardonmez-moi de vous avoir dérangé.- Je m\u2019inelinai correetement, mais il me tendit brusquement sa large maim dans laquelle je mis la mienne qu\u2019il secoua fortement.\u2014 Au revoir, mon enfant.je suis heureux de vous avoir vue.Rappelez-vous que cette maison est celle d\u2019un vieil ami de Monsieur de Borel et que son oeempant S\u2019y fera une joie d\u2019y causer avec vous de l\u2019absent.Cet affectueux langage répondant si peu à ma réserve de commande, fit fondre instantanément celle-ci.Des lames.brillèrent dans mes yeux que le Colonel apercut.\u2014 Sacrebleu ! Vous êtes une brave enfant ! s\u2019écria-t-il d\u2019une voix tonitruante.Ft d\u2019un mouvement brusque, m\u2019attirant contre lui, il mit sur mon front un reten- tisant baiser.\u2014 Ah, c\u2019est que voyez-vous, s\u2019exeusa- t-il] aussitôt en me recondnisant, c\u2019est que le Colonel Chaumont est un vieil endurei par facile à berlichonner, mais quand quelque chose l\u2019émeut, il n\u2019y a plus de correction qui tienne.T1 ouvrit la porte de la grille devant moi et me fit un profand salut.\u2014 Mademoiselle, j'ai bien l\u2019honneur de vous saluer .Remettant d\u2019un coup de poing son large feutre sur la tête, le vieil officier rebroussa ehemin fébrilement.Bernard m\u2019attendait, on devine avee DORE Vel.7, No 12 quelle Impatience, Aussi, à peine fümes-nous en selle que Je répondis à la muette interrogation de ses yeux.\u2014 Mon père vit.encore il y a huit ans.\u2014 Ah, je savais bien.moi ! s\u2019écria Sauvage qui fit éclater une véritable joie.J\u2019avais bien senti que cet homme était profondément attaché au service de mon père, mais je ne compris vraiment combien il l\u2019aimait, que lorsque je le vis se li vrer sur sa selle à mille extravagances de joie rien qu\u2019à l\u2019annonce de la bonne nouvelle que je lui communiquais.Je dus attendre au\u2019il fut un peu calmé pour lui faire le récit, en détail, de ma visite au colonel.I} m\u2019écouta attentivenent puis me dit \u2014 Vous avez bien fa:t, somme toute, de vous confier à ce vieil original.Le meilleur annuaire ne rovs eût pas appris orand chose puisqu\u2018:l y a déjà douze ans que M.Frédérie n\u2019est plus officier de né- serve.Tandis qu\u2019avec les renseignements obtenus, nous sommes sûrs qu\u2019il y a huit ans, il était encore en bonne santé.Hein ! croyez-vous que je \u2018me trompais beaucoup en vous disant qu\u2019il ne fallait pas se décourager ! Je vous dois beaucoup, mon ami.Sans vous, je croirais encore que mon père a péri en mer autrefois; alons que grâce à votre intervention, je puis \u2018espérer le revoir un Jour.\u2014 1} faut croire à son moiselle.\u2014 Ah, que cela se réalise, mon Dieu ! C\u2019est mon plus cher désir.Nous avançämes quelques instants en silence tous les deux réfléchissant.\u2014 Ce qu\u2019il faudrait savoir au juste, dis- j2 tout à coup, ce sont les causes exactes qui ont forcé mon père à s\u2019expatrier Pourquoi ausi ma mère est-elle restée ici ?Du moins, il vivait retour, made- La Revue Populaire 54 Montréal, Décembre 1914 elle aurai: dû be suivre.La ruine n'était pas si complète qu\u2019elle l\u2019obligeät à se séparer de son mari même momentanément, puisque la propriété des Tourelles lui restait avec les revenues qui y sont attachés.Enfin, comme ma mere a-t-elle pu croire mon père mort alors qu'il lui était si fa- eile de s\u2019assurer du contraire ?Lic regard de Sauvage recommenca à fuir le m'en.\u2014 Ça c'est autre chose.Au fond, ca n'a pas d'importance.\u2014 Au contra:rte, je veux savoir.comprends !2s ce mystère \u20acc s1 Vous savez qu'lq'e chose, je vous en seonjure, di- tes-ls moi.Je me forge toutes sortes d'1- dées qui sont vér/tablement exiravagan- tes.Parlez, Bernard, je vous écoute.J'aimerais mieux ne rien vous dire.(\u201cest à Madame de Borel de vous expliquer cela ! \u2014 Mais puisque ma mère ne le fera pas! qu\u2019elle ne le fera jamais.Pour elle, mon père est mort et je dois le considérer comme s\u2019il était mort.\u2014 Heureusement, cela n\u2019a pas suffi a le tuer que de dire qu\u2019il l\u2019était.\u2014 Répondez à ma demande.Sauvage, je vous en supplie.\u2014 C\u2019est assez embarrassant.Enfin puisque vous y tenez et que ca peut vous servir.il n\u2019y a pas grand monde qui sache la vérité.moi, je suis un peu au courant parce que ma mère était à la Châtaigneraie, auprès de Madame de Borel.quand les événements se sont produits.Or, voilà ce que m\u2019a raconté ma défunte mère en me recommandant de n\u2019en parler à âme qui-vive.Et en tâtonnant, avec des réticences.comme $71] craignait de me heurter, Bernard m\u2019expliqua \u2014 Dans tous les ménages, ca ne va pas toujours comme on voudrait.Quelquefois, c\u2019est l\u2019un qui a tort.ou bien c\u2019est Je ne Vol.©, No 12 l\u2019autre.et, souvent, ça arrive subitement sans que la volonté du coupable y ait guère contribué.Bref, vos parents s\u2019adoraient, c\u2019étaient des baisers continuels.Mais monsieur était léger, étourdi: c\u2019était plus fort que lui d\u2019être si al- mable avec tout le monde !.Un soir, qu\u2019est-ce qui s'est pass?Je ne sais !.Madame a di étre jalouse.Il y a eu des éclats de voix.elle criait, il suppliait.Monsieur devait avoir tort puisqu'il implorait ; mais madame est sévère et ne pardonne pas facilement.Tout son orgueil devait se dresser devant elle:.Au matin, madame est partie sans vouloir écouter ce pauvre monsieur qui cherchait encore à la retenir.rien à faire, madame déclarait que l\u2019était l\u2019adieu définitif.Vous connaissez son fameux regard, si glacial, si méprisant et qui ne pardonne pas ?.\u2018votre papa a dû le connaître aussi ce matin-là ?\u2014 Pauvre père ! \u2014 Oui, pauvre Monsieur Frédéric parce que tous les hommes sont plus ou moins faibles et que ca ne l\u2019empêchait pas d\u2019adorer madame.| \u2014 Continuez ?.ma mère est partie, dites-vous ?\u2014 Oui, elle s\u2019est éloignée, refusant par la suite toute entrevue à son mari, lui retournant toutes ses lettres sans les ouvrir lui faisant seulement demander par l\u2019intermédiaire d\u2019un homme d\u2019affaires la possibilité de vivre tranquille, dans l\u2019oubli loin de lui.\u2014 Alors ?\u2014 Alors, je ne sais plus.C\u2019est vers cette époque que la Châtaigneraie a été mise en vente.monsieur l\u2019avait quittée quand il avait vu que madame refusait d\u2019y revenir \u2014Tout le personnel avait été en même temps congédié : le château était donc désert.Depuis, il est resté vide ear les visites de M.Piémont ne comptent guère ! Il est resté vide et Monsieur Fré- La Revue Populaire \u201d Montréal, Décembre 1914 dérie n\u2019a pas reparu.\u2014 Et ma mère ?\u2014 Madame de Borel est revenue habiter les Tourelles deux ans après la vente de la Châtaigneraie.Flle était vêtue de noir et Félicie disait que Monsieur avait disparu en Mer.\u2014 Mais le monde a du parler, faire des suppositions.\u2014 Peu de gens ont été au courant de la subite discorde; nul n\u2019a donc songé à con- troler les dires de Félicie.Une nuit ayant suffi pour détruire toute l\u2019intimité de vos parents, cela n\u2019avait pu transpirer au dehors.De sorte que pour le monde votre pére est bien mort au loin.\u2014 Personne n\u2019a cherché depuis, à s\u2019en assurer ?\u2014 Dame, en dehors de vous, nul n\u2019y avait intérêt.Je restai longtemps songeuse, pensant à ce drame rapide qui avait si complètement balayé le bonheur des miens.\u2014 Pauvre mère ! murmurai-je, faisant allusion à tout le remords qui avait dû l\u2019assaillir après les premiers mois de colères passés., \u2014 Vous la plaignez ?fit Sauvage d'un air sombre.\u2014Oui, répondis-je, car je l\u2019ai vue pleurer bien souvent et je crois qu\u2019il n\u2019y a pas de douleur plug amère que celle qui résulte d\u2019un excès de sévérité alors que le pardon eût été, bien souvent, si facile et si doux à l\u2019âme.\u2014 Mais ne plaignez-vous pas votre malheureux père ?- \u2014 \u2014 Oh, si ! Il a dû beaucoup souffrir.Pourtant, lui, il avait au fond du coeur la consolation de songer que s\u2019il YW en des torts, du moins avait-il tout essayé pour les réparer.Cette pensée-là réconforte, voyez-vous ; tandis que ma pauvre maman est restée avec la terrible hantise de son implaca- Ch stats CIEE) on if A Vol.7, No 12 ble sévérité.\u2014Elle pouvait réparer.essayer de rejoindre monsieur.le rappeler.\u2014 Elle a peut-être voulu le faire.qui sait ! C\u2019était trop tard déjà, hélas.À cette époque, elle n\u2019aura pu sans doute, retrouver sa trace.J'ai vu souvent ma mère pleurer, je suis sûre qu\u2019elle a atrocement souffert.Elle doit ignorer si, oui ou non, mon père est encore en vie Ou simplement disparu.\u2014 Vous avez raison probablement.Madame aura essavé de le rejoindre mais Monsieur Frédérie n\u2019a dû laisser derrière lui aucune trace permettant de le retrouver.Désespéré, atteint dans son orgueil d'homme, il sera parti avec la ferme volonté de ne pas revenir et de ne pas être rejoint.J\u2019arrêtai Bernard dans ses déductions.\u2014 Si mon père a eu une telle pensée, nous ne le reverrons jamais : ces quinze ans d\u2019absolu silenee en sont la preuve ! Les jours et les mois continueront de s\u2019écouler sans que rien de lui ne nous parvienne jamais.C\u2019est l\u2019oubli absolu aussi puissant que la tombe.Allez, mon ami, il faudrait peut-être mieux pour la tranquillité morale de ma pauvre maman qu\u2019il fut mort réellement.\u2014 Oh, taisez-vous, mademoiselle Solange, ne blasphémez pas ainsi.Nos paysans disent que tant q \u2019il y a de la vie il y a de l\u2019espoir, et vous, la fille du disparu, Vous ne Voudriez pas espérer jusqu\u2019au bout ! \u2018 Je courbai la téte silencieusement.Un grand découragement m\u2019avait envahie depuis que je connaissais les causes du départ de mon père.Au fond de moi-même, un immense er- gueil sommeillait auquel j\u2019eus tout sacri- fé, même mon coeur, même ma tranquillité, même le bonheur de ma vie entière.Ft je songeais que si mon père avait res- La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 senti ce mème levain destructeur alors que ses sentiments de rachat \u2018avaient été bafoués et rejetés par ma mère, il était capable, lui aussi, d\u2019avoir pris une unpla- cable résolution et de la tenir jusqu\u2019au bout., Mon long silence dut impressionner Sauvage qui rapprocha son cheval près du mien.\u2014 Mademoiselte Salange, fit-il d\u2019un ton plus doux, j'ai chez moi une photographie de ma mére prise en groupe avec les gens du château.Monsieur Frédéric, alors enfant, s\u2019était glissé au premier plan.Si, demain, vous voulez venir jusqu\u2019à ma petite maison, vous pourrez l\u2019examiner à loisir.\u2014 J'irai, lui dis-je simplement.Venez me chercher de bonne heure.\u201d Et ma main alla serrer la sienne comme pour lui demander pardon de ma minute d\u2019égarement de tout à l\u2019heure.7 Juin.\u2014 Sauvage fut exact, ee matin.Dés huit heures, nous étions en reute.J\u2019avais pris mon déjeûner debout, à la hâte, déjà revêtue de mon costume d\u2019amazone.\u2014 Je vois que ma Solange prend goût à ses excursions matinales, fit ma mère en venant m\u2019embrasser.Où done es-tu allée hier ?\u2014 Du côté des Anthieux.Je connaissais mal cette partie du pays.\u2014 Je crois même que tu le connais en général fort mal puisque toutes tes vaean- ces se sont passées, avec moi, à Dieppe, chez ta tante Marguerite.\u2014 C\u2019est vrai.je connais mieux nes côtes normandes que les environs des Fou- relles.\u2014 C'est pourquei je te confie à Sauvage.C\u2019est un homme précieux qui t\u2019apprendra à aimer notre eoin tout en t\u2019exæ mantrant ses beautés.Je suis tranquille 56 \u2014 Vol.7, No 12 sur toi quand tu es avec lui.\u2014 Vous le connaissez depuis longtemps je sais, mère.\u2014 Sa mère fut une de mes meilleures culsinières.Tiens, le voiei ! Va vite, ma Solange ; amuse-toi bien.les Tourelles me sont pas toujours gaies pour une jeune fille de ton dge.Mon deull me fait vivre en recluse.Va, grise-toi d\u2019air et de liberté, à dix-huit ans, on étouffe entre les TOUTS.Avant de la quitter.je l'embrassai.Éémuwe de cette sollicitude qu\u2019elle me témoignait si tendrement, ce matin.\u2014 Oh, pauvre mère chérie si dolente et temjours si triste ! si vous saviez où elle va, votre petite Solange ! si vous saviez de quoi elle parle, votre fillette !.vous seriez peut-être bien surprise de voir qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019âge pour pleurer et pour souffrir.Les enfants ne sont pas res- ponmeables des erreurs des parents, mais ils en héritent.J'ai hérité de vos larmes et pourtant les vôtres n\u2019ont pas diminué pour cela !.Je suls donc partie avec Bernard.J\u2019ai déjà dit, je crois, qu\u2019il habitait une maison située presqu\u2019au milieu des bois, de l\u2019autre côté du pays, à quelques mètres de la lisière de la Châtaigneraie.Comme nous nous y rendions, nous aperçcumes à mi-chemin, une automobile arrêtée.Un homme, le chauffeur.était cenché à plat ventre dans la poussière du Ghemin tandis qu\u2019un æutre \u2014 le propriétaire de l\u2019auto, probablement \u2014 se tenait debout derrière Ivi.Le premier semblait examiner attentivement le moteur de la voiture ; le se- ceæct, au eontraire, enfoneé dans ses four- rares, laissait errer ses yeux sur le paysage ensoleillé.Je marchais une demi-longueur à peine en Avant de Bernard qu\u2018 observe généralement cette atititude de respeet vis-à-vis \u2014 La Revue Populaire de moi, lorsqu'il aperçoit des tétrangers ou que nous traversons quelque hameau.Or, quand nous arrivâmes à leur hauteur, celui des deux automobilistes qui était couché à terre, se releva et s\u2019adressant à Sauvage qu\u2019il prenait sans doute pour mon domestique, il lui dit : \u2014 Fh, l\u2019ami ! Venez done, voulez-vous m\u2018aider à soulever la voiture et à la caler avee cette grosse pierre.Bernard hésitant, me regardait.\u2014 Faites, dis-je en retenant Mascotte.Mon compagnon sauta à terre, attacha son cheval à un arbre du berd de la route et donna le coup de main demandé.Pendant ce temps, l\u2019autre étranger se tournant vers MOI.C\u2019était un homme d\u2019une einquantaine d\u2019années, autant que je pus en juger par le peu que j\u2019apercevais du visage car une grande barbe rousse lui couvrait la moitié du visage.T1 était de haute taille.assez fort sous son ample fourrure, et portait de larges lunettes d\u2019auto.Il se découvrit devant moi, sebrement mais poliment, et s\u2019excusa de la liberté de son chauffeur d\u2019interpeller si familièrement l\u2019homme qui m\u2019accompagnait.Je répondis brièvement que mon compagnon était à sa disposition.Après quelques rapides remerciements l\u2019inconnu étendit le bras vers des maisons du village.\u2014 Pourriez-vous me dire, madame, je vous prie, le nom de ce hameau ?s\u2019infor- ma-t-il.\u2014 C\u2019est Thierville, répondis-je ; un petit bourg de douze cents habitants tout au plus.\u2014HEt ces magnifiques bois que nous avons traversés, tout à l\u2019heure ?\u2014 Ceux de la Châtaigneraie, fis-j peu de rouge me montant ay visage nom presque sacré pour moi.en Ge e à 87 \u2014 Montréal, Décembre 1914 \u2014 Ah, la Châtaigneraie ! répéta l\u2019inconnu eôfime si ce nom était nouveau pour lui.Puis m\u2019indiquant du doigt, notre maison qu\u2019on apercevait de loin, toute blanche, de l\u2019autre côté du vallon \u2014 Cette Jolie maison, là-bas, pleine de clochetons, n\u2019est-elle pæs à vendre ?in- terrogea-t-il.| \u2014 Oh, non ! m\u2019écriai-je.Nul n\u2019y songe.Hlle est habitée et le sera longtentps encore, je pense! \u2014 Je croyais.je confonds, sans doute ! retraça-t-il aussitôt.On d\u2019une magnifique demeure seigneuriale de style renaissance, je crois.\u2014 Hein ! Que dites-vous ?; Avec sa brusque franchise d\u2019ancien soldat, Bernard avait bondi pendant que malgré moi, je.me sentais pâlir.\u2014 La Châtaigneraie, à vendre, allons donc ! reprit-il après une minute de stupeur.\u2014 Mon Dieu, je ne sais s\u2019il s\u2019agit de la Châtaigneraie, répliqua l\u2019inconnu.Mon homme d\u2019affaires m'a indiqué dans Thier- ville.un château.un vieux château presque abandonné mais de style très pur et possédant un pare immense et des bois très beaux.je n\u2019en sais pas davantage et pensais que le premier venu me l\u2019indiquerait sans difficulté.Le ton de celui qui parlait avait quelque chose de hautain qui eût dû en imposer à Sauvage.Mais celu-ci ne connaît pas les belles manières et encore moins la servilité sur- toute quand quelque chose lui tient au coeur.\u2014 Eh bien, il ne manquait plus que cela avec ce satané notaire de malheur.Encore une de ses idées bffoques ! Nous n\u2019avons pas assez de juifs dans la con trée.Faut encore qu\u2019il] nous en ramène! Je tressaillis effarée sentant tout l\u2019in- m\u2019a parlé.La Revue Populaire Montréal, Décembre 1314 jurieuse portée de ses paroles vis-à-vis de l\u2019étranger.Pourtant celui-ci ne semblait pas dispe- sé à s\u2019en fâcher.Il s\u2019était tourné vers Sauvage et l\u2019examinait avec une attention soutenue.Il me sembla remarquer, malgré ses lunettes, que ses yeux brillaient tout à coup - étrangement.5 \u2014Je veux espérer pour notre beau pays, répliqua-t-il avee un sourire indulgent, que nous possédons en France, suffisamment de vieilles familles capables d\u2019acheter et de payer ce château à sa réelle valeur.\u2014 Ca n\u2019en sera pas moins des £tran- gers, des inconnus, un tas de propres à rien qui viendront se carrer à la place des anciens propriétaires.Les pierres ont une âme, monsieur,-et c\u2019est insulter leur passé, c\u2019est défier le courroux des mots que de venir s\u2019approprier les dépouilles de leurs descendants.Ces biens-là de- - vraient être inattaquables et de pas sor- 8 tir de la famille ! Il n\u2019y a que l\u2019argent qui change de main sans être jamais à personne.Mais des maisons, des terres, c\u2019est sacré ! La colère de mon pauvre Sauvage devait amuser ceux qui n\u2019en comprenaient pas les motifs réels.Avec sa figure décomposée, il devait paraître comique à ces gens-là mais mot je le trouvais magnifique dans son extravagance \u2018tant je partageais intimement sa vraie pensée.Le chauffeur s\u2019étant redressé et mo- - queusementt l\u2019interpellait d\u2019un air gouailleur.| \u2014 Eh bien, mon vieux, t\u2019en as une couche de' conservateur.Lalala ! C\u2019est rien de le dire ! C\u2019est y que tu serais ton grand\u2019père pour retarder tant que ça?\u2014 Allons, allons, Morvan ! Hâtez-vous, nous n\u2019allons pas rester là ! Voi.7, No 13 Cet ordre brièvement jeté pur l'inconnu à son chauffeur me parut une sorte de blâme à l\u2019adresse du ton railleur de celui- el.A ma grande surprise, en effet, l\u2019étranger contre qui, pourtant, étaient dirigées les réflexions de Sauvage, l\u2019étranger ne paraissait pas s\u2019en être beaucoup affecté.Il avait repris sa pose songeuse et continuait de regarder pensivement au loin.Peut-être son orgueil ne condescendait-il pas à vouloir comprendre les remarques désobligeantes de mon intrépide compagnon.L'air bourru, d\u2019ailleurs, Sauvage avait enfourché son cheval.\u2014 Voilà que ca marche à présent.Votre moteur n\u2019a plus de ratés.Messieurs, j'ai bien l\u2019honneur de vous saluer, fit-il sèchement.\u2014 Je vous remercie, mon brave, répondit alors l\u2019inconnu en venant vers lui.Voulez-vous me serrer la main.Votre rude franchise m\u2019a fait plaisir : je suis certain que vous devez être un dévoué com- \u201c pagnon.\u2014 Sûr que ce n\u2019est pas l\u2019argent et les belles manières qui me feront changer d\u2019avis, répliqua l\u2019autre posément.Ils peuvent venir les acquéreurs, ils n\u2019auront pas Bernard Sauvage ! \u2019 Cette belle déclaration fit de nouveau sourire étrangement l\u2019automobiliste.Mais homme du monde impeccable, il n\u2019insista pas.Se tournant vers moi, il s\u2019in- elina après m\u2019avoir, de nouveau, adressé quelques mots de remerciement.Je remis Mascotte \u2018en marche et nous reprîmes, Bernard et moi, notre promenade interrompue.Après avois parcouru une centaine de mètres sans parler, je tournai la tête car je n\u2019entendais pas l\u2019automobile démarrer.Le chauffeur \u2018était au volant, prêt à partir, mais l'Etranger se tenait encore \u2014\u2014 La Revue Populaire 59 Montréal, Décembre 1914 debout, à la place même où nous l\u2019avions laissé.Immobile, il nous suivait des yeux ! \u2014 Hein ! je lui en ai bouché un coin à ce particulier-là ! s\u2019exclama Sauvage d\u2019un ton plein de rancune.Non, mais l\u2019avez-vous entendu parler de son homme d\u2019affaires.parce que la Châtaigneraie est en vente, ca se voit déjà déguisé en Chatelain.\u2014 Hélas, mon brave Bernard, ce ne sont pas vos objurgations qui empécheront la vente.Si ce n\u2019est pas cet homme-13 qui l\u2019achètez ce sera un autre.Et ma foi, autant lui qu\u2019un autre.1! a l\u2019air d\u2019un homme bien élevé.avez-vous vu comme il a interrompu son chauffeur qui se permettait de sottes plaisanteries.\u2014 C\u2019est vrai ! Le maître a été poli N\u2019empêche que ça me fait un rude coup d'apprendre que la Châtaigneraie était en vente, parce que Cette fois-ci cela m\u2019a l\u2018air sérieux.Voilà un acquéreur en chair et en os ! C\u2019est pas du chiqué.Et si on n\u2019annonce pas la vente à coups de tambour, du moins la pousse-t-on sérieusement en- dessous.\u2014 Bon sang de bon sang ! Est-ce que Madame de Borel ne pourrait pas empêcher cela ! J\u2019avais ew la méme pensée.Je ne répondis pas ,tant d\u2019impossibilités, je le sentais, se dressaient devant pareil espoir.Mais nous \u2018étions maison de Sauvage.Je descendis avec lui et acceptai la tasse de lait qu\u2019il m\u2019offrait pendant qu\u2019il buvait, coup sur coup, trois verres de cidre.\u2018 \u2014 Ca m\u2019a donné la fièvre cette nouvelle là ! Jen suis tout remué.\u2018\u2014 Moi, je remercie Dieu qui a permis que je l\u2019apprenne ainsi.après la vente, cela m'aurait donné un coup plus rude arrivés à la petite \u2014\u2014 eNCOFe.-\u2014 Est-ce que vous espérez pouvoir l\u2019empêcher.Al, si c\u2019était possible ! \u2014 Je ne crois pas, je n'ose rien espérer! Fn ee moment.je suis comme assom- m\u2019e.La maison fermée, le grand pare désert me paraissait être un peu à moi c'était enoore à mon père puisque ce ne paraissait être à personne.Mais si J'y vois des visages nouveaux et de l\u2019animation, il me semble que se sera la fin de tous Mes espoirs.Comment, après cela, pourrai-je espérer encore que mon père revienne.Sauvage donna un grand coup de poing sur la table.En cette minute, il était incapable d\u2019autre chose que la violenee.\u2014 S'il avait Suffi, tout a l'heure, d\u2019étrangler le bonhomme pour empêcher la vente du ehâteau.je l\u2019aurais fait, quitte à payer de ma vie ee geste homieide ! mais après lui un autre viendra et ca n\u2019en finira plus ! \u2014 Allons, calmez-veus.Demain nous verrons s\u2019il v a quelque chose à faire.Pour le moment, éeoutez-moi, je voudrais visiter la Châtaigneraie.Mathieu Saval- le les clefs ; demandez-lui qu\u2019il vous les confie ou vous accompagne là-bas.vous le dites dévoué aux anciens maîtres.ne lui cahez pas que c\u2019est moi que le prie.\u2014 Oh, sûr ! il ne refuseras pas ! \u2014 Alors, en route.J\u2019ai hâte de retourner aux Tourelles.Je venx essayer qnel- que chose.Avant de partir, cependant Bernard me montra la photographie dent il m\u2019avait parlé.Les couleurs en étaient un peu effacées et l\u2019épreuve, somme toute, avait été grossièrement faite.Je- contemplai néanmoins bien longuement le joli garconnet aux traits décidés malgré leur finesge, qui plus tard était devenu Mon père.J\u2019eus la tentation de demander à Ber- , \u201c La Revue Pepulaire 60 Montréal, Décembre 1914 nard de me confier ee portrait, mais ze songeais qu\u2019il représentait aussi l\u2019image de sa mère et que je n\u2019avais pas le dreit de priver ce brave garcon d\u2018un si pré- ¢leux souvenir.À peine fus-je rentrée aux Tourelles et eus-je changé de costume que, mettant à exécution le plan que j'avais conçu, je rejoignis ma mère dans le petit boudoir où elle se tient.habituellement.Je me sentais très fermement décidée à Jui parler et cette résolution, bien arrêtée, me laissait calme, prête à envisager teu- tes réponses qu\u2019elle allait me faire.\u2014 Pardonnez-moi, ma mère d\u2019interrompre votre lecture, lui dis-je en m\u2019asseyant auprès d\u2019elle, mais j'ai à vous entretenir de ehoses que je erois très graves et que j- n'ose différer.\u2014 De quoi s\u2019agit-il, mon enfant ?fit- elle étonnée en laissant reposer sur ses genoux, le livre qu\u2019elle parcourait lorsque j étais entrée.\u2014 Saviez-vous que la Châtaigneraie, fut en vente, repris-je courageusement.Elle tressaillit.\u2014 Non, nul ne m\u2019en a parlé.répondit- elle, son regard étonné levé vers moi.\u2014 Un hasard me l\u2019a appris ce main.re- pris-je.Et je lu?contal notre rencontre de 1\u2019au- femobile en panne et les renseignements demandés et donnés par l\u2019inconnu.Je lui passai sous silence.naturellement, les ré- fiexions passionnées de Bernard.\u2014 C'est la première fois que j'entends parler de cete vente, dit ma mère lorsque que j'eus terminé mon récit.mais je ne vois pas bien en quoi elle nous intéresse si fortement.Malgré moi, je bondis.\u2014 Oh, mère ! m\u2019écriai-je.Cette maisen nous à appartenu autrefois.la pensée que des étrangers vont y demeurer à notre place, me bouleverse.Il me semble que Vol.7, No 1% c\u2019ést un mauvais rêve qu\u2019il va me falloir vivre.Je vous en prie, si Vous voyez la possibilité d'empêcher cette vente, au nom d'u ciel, ma mère, agissez.Ma mère se redressa avec vivacité.\u2014 Je vous en prie, Solange, calmez- vous !.Et raisonnez un peu !.Voyons mon enfant, cette demeure ne nous appartient plus.Maître Piémont l\u2019a achetée il y a bien longtemps, s\u2019il veut la revendre aujourd\u2019hui : il en est maitre et je n\u2019ai aucune autorité pour aller lui eonseil- ler d\u2019agir différemment.\u2014 Mais vous.mère, ne pouvez-vous l\u2019acheter ?.Le aotaire vous donnerait sûrement la préférence.\u2014 Tn ne songes pas à ce que tu dis, ma pauvre petite.Cette maison vaut au moins un million, et je ne possède pas pareille somme.\u2014 Même en vendant les prés, les Tourelles ?Ma mère se mit à rire.\u2014 Tu déraisonnes, Solange ! Je suis née aux Tourelles et compte bien y mourir.Comment peux-tu me demander de tout sacrifier pour acheter une propriété qui exige un revenu énorme pour être habitée.Qu\u2019est-ce que tu ferais de la Châtaigneraie ?\u2014 Nous irions y demeurer.\u2014 Et après ?\u2014 Nous y vivrions en attendant.\u2014 En attendant quoi ?Je fus sur le point de répondre en attendant le retour de mon père, \u2019\u2019 mais je me retins.À quoi bon ! Est-ce qu\u2019il reviendrait jamais à présent ! Comme je restais silencieuse, véritablement accablée, ma mère allongea le bras vers moi et me prit la main.\u2014 Voyons, ma Solange.Pourquoi te tracasses-tu ainsi inutilement! Comprends bien que ce que tu demandes est impossible : je ne puis pas, je ne possède pas as- fermes, les cc La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 sez pour payer la Châtaigneraie, même si Je sacrifiais tout comme tu me le proposais tout à l\u2019heure.; Je redressai la tête.\u2014 Mais moi ! interrogeai-je.\u2014 Toi ?fit-elle étonnée, sans comprendre.\u2014 Oui, est-ce que je n\u2019ai rien, absolument rien ?La mort de mon père, en me laissant orpheline, me donnait, hélas, des droits à la succession.Je vis le cher visage tracter douloureusement.\u2014 Tu me tortures, Solange, et inutilement.Tu n\u2019as rien, rien que ce que je possède moi-même et ce que tà tante Marguerite te laissera après elle.Je me redressai le regard soudain illuminé.\u2014 Mais elle est riche, elle, tante Marguerite ! Ce que nous ne pouvons faire, elle le peut, elle ! Je vais'lui écrire et la supplier d'acheter la Chätaigneraie.\u2014 Comme tu es encore enfant, dicidé- ment ! Ainsi, tu t'imagines que ma soeur peut dépenser un million, du jour au lendemain, pour satisfaire seulement le caprice d\u2019une nièce déraisonnable.Je ne veux pas t\u2019empêcher d\u2019écrire à ta tante, mais je te préviens qu\u2019elle va te rire au nez.Le ton léger et railleur de ma mère me fit du mal en cette minute où ma pauvre tête affolée cherchait une issue au douloureux problème qui me bouleversait.\u2014 Vous n\u2019aimez pas la Châtaigneraie ma mère ! ne pus-je m\u2019empêcher de dire d\u2019un ton amer.\u2014 J'y ai beaucoup souffert ?répondit- elle avec un soupir.Trop de souvenirs attristants s\u2019y rattachent.Mais, toi-même, je ne savais pas que tu eusses un tel amour pour cette demeure.\u2014 Je l\u2019ignorais aussi avant ce jour, ré- pondis-je.Pour que je m\u2019en apercoive, il a maternel se con- 61 \u2014 EEE EE IN EA ERE ERA pM HHI HH FARR UE WV ry Que \u2018 Cr 7 Vol.7, No 12 rallu qu\u2019un étranger vint me dire : \u2018\u201cj\u2019ai envie de l\u2019acheter et d\u2019y vivre en maître.\u2019 Oh, alors, ca été toute une révélation.Si vous saviez, maman, j'ai eru que j'allais pleurer là, devant tous.Je me mordais les lèvres pour ne rien rire.Et pourtant j\u2019espérais encore.j'avais foi en vous.Mais à présent, c\u2019est fini, je comprends bien qu\u2019il n\u2019y a rien à faire et que je ne puis rien empêcher ! : Je prononçai ces derniers mots à travers mes larmes.Ah, certes, j'étais désespérée et je sentais bien à présent l\u2019inutilité de ma démarche auprès de ma mère.Elle me consola de son mieux, par des mots de tendresses et en esayant par tous les raisonnements possibles, de me démontrer que la vente de la Chataigneraie ne changerait rien, au fond, à la vie délicieuse et tranquille que j\u2019étais appelée à vivre aux T'ourelles.| Je la laissai dire, la téte endolorie, me bercant au son de sa voix, sans entendre le sens de ses paroles.Oh, l\u2019heure douloureuse où la tête appuyée sur le sein materne!' en pleine détresse, je me sentais si loin, si seule, si seule !.10 Juin.\u2014 Dès que Bernard m\u2019eÜt mise en selle, ce matin, je l\u2019interpellai.\u2014 As-tu enfin pu voir Mathieu Savalle?\u2014 Oui mademoiselle.Il nous attend.Je respirai soulagée.Depuis deux jours mon brave Sauvage avait, en vain, essayé de rencontrer le garde-chasse.Celui-ci, partit au bourg, n\u2019était revenu que la veuille au soir comme me l\u2018explique mon compagnon.Cette assurance qu\u2019il] me donnait que nous allions pouvoir visiter ce jour même le château, m\u2019ôtait un lourd poids de sur Ja poitrine, tant j'avais craint que le garde n\u2019eût sa consigne, même vis-à-vis de moi, La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 Nous partimes rapidement, en silence.J\u2019avais soigné tout particulièrement ma toilette, chose .qui n\u2019était guère «dans mes habitudes depuis quelques temps ; mais cette Visite à la demeure abandonnée, m'\u2019apparaissait comme une véritable cérémonie, une sorte d\u2019Hommage posthume que j'allais rendre aux cérémonieux ancêtres sous l\u2019oeil desquels il me faudrait défiler.Pour aller au château, nous primes, cette fois, par la grande route.\u2014 Nous ne passerohs pas aujourd\u2019hui par la brèche, m\u2019expliqua Bernard Sauvage.Savalle doit nous attendre à la grille.Je souris, heureuse au fond.\u2014C\u2019est presque une visite officielle, ré- pliquai-je le coeur battant de hâte et d\u2019émotion.Et je pressai ma monture, pour être plus vite là-bas, Savalle nous attendait, en effet, auprès de la grande grille d\u2019honneur.A ma vue, il s\u2019avanca la casquette à la main.\u2014Permettez-moi, mademoiselle, de vous souhaiter la bienvenue a la Châtaigneraie.Je suis heureux que vous vouliez bien me permettre de vous y accompagner.Je remerciai d\u2019un bon sourire le compliment si bien tourné du brave garcon.\u2014 Mathieu nous ouvrira les portes, expliqua Sauvage dont le visage soucieux ne s\u2019était pas détendu depuis trois jours.Son air morne me rappela, avec un serrement de coeur, les motifs douloureux qui m\u2019avait fait désirer cette visite au vieux château.La Châtaigneraie en vente.la Châtaigneraie vendue !.Oh, la pénible hantise ! Ma gaité factice était tombée et ma présence en cet endroit ne m\u2019apparut plus que ce qu\u2019elle était véritablement : un 62 \u2014 Vol.7, No 12 La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 douloureux pélérinage à des choses mor- dresse.Mes regards vivants ne s\u2019abais- Un coup de cravache rapidement jeté tus et de toutes vos erreurs, de toutes vos pendant que d\u2019une main ferme, je raidis- victoires comme de toutes vos défaites.sais les rênes et Mascotte, hardiment, es- Votre force, votre faiblesse, moi seule, je calada les degrés de l\u2019immense perron.suis vous tous ! tes qu\u2019on allait profaner.° sent pas devant leurs multiples regards i.De nouveau, mon cheval foulait les pa- d\u2019outre-tombe : ÿ vés sonores de la cour d\u2019honneur.; \u2014 Moi seule, mânes orgueilleuses, je 4 Je lui fis prendre un temps de galop et vous résume tous ! Ë ; farouchement, précédant les deux hom- Etre minuscule, opposé à la masse, je pe: mes, je m\u2019avançai seule vers l\u2019imposante suis là ! 4 demeure seigneuriale., Je vis, j'existe ; faite de toutes vos ver- A Combien de Seigneurs pompeusement De l\u2019arbre immense, il ne reste que le 4 équipés avaient dû, autrefois, avoir ce gland mais & lui seul, le fruit est toute la E même geste cavalier.race ! a Un regard circulaire autour de cette Et je sens le souffle de tous ces héros 9 cour pavée.Je la vois peuplée d\u2019hommes me saluer, m\u2019accueillir\u2026 me bénir.pi d\u2019armes et d\u2019écuyens.Je vois des princes- La dernière des Comtes de Borel peut hi ses lointaines et des pages effrontés.entrer, elle chez elle, ici ! \" E Tout un orgueil de race bouillonne en Impressionnés de ma gravité et de mon moi.long silence, Bernard et Mathieu s\u2019étaient \u2014 Je suis des vôtres.notre sang est arrêtés au bas du perron.M le même ! Vous tous qui m\u2019avez précédée Ils me regardaient médusés, comprenant 4 ici, ne me reconnaissez-vous pas ?peut-être tout le bouleversement que ca- E Vision radieuse qui fait battre plus vi- chait ma songeuse attitude.pi te mon sang dans les artères ! mais vision Cependant, comme je sautais, seule à i quand même.bas de Mascotte, ils se précipitèrent vers Je suis seule au bout du grand perron.moi.seule, au pied,de la demeure solitaire.Et pendant que Bernard entraînait nos Ma cravache, en vain, heurte la lourde chevaux, Savalle ouvrait les portes porte de chêne.Pourtant, le son se réper- Lourdement, elles tournèrent en grin- cute lentement, dans tous les coins sem- cant.blant y réveiller les échos erdormir.Un immense vestibule tout pavé de mar- Un émoi religieux me saisit comme si bre m\u2019apparut.De lourds banes seulptés de toutes ces pierres, une âme s\u2019avançait et de hauts panoplies le meublaient.vers moi à ce bruit.Puis nous entrûâmes dans une large an- Combien je me sens petite en face de tichambre.tous ces preux qui ont passé cette porte \u2014 La salle des armures, fit Bernard.Et que je prétends franchir, à mon tour, sur la visite commença.un pied d\u2019égalité.Leurs mânes orgueil- Je fus étonnée de l\u2019ordre admirable qui leuses, ne rougiront-elle pas de ma fai- régnait partout.blesse ?: Une couche de poussiére recouvrait évi- De mouveau, je vois le long cortège demment \u2018tous les meubles, mais il n\u2019y d\u2019ancêtres qui m\u2019ont précédée et devant avait aucun désordre ; tout était en pla- l\u2019imposant défilé, je me raidis, je me re- ce, bien raneé, prêt à être utilisé.\u2014_ 63 \u2014 ¥ Vol.7, No 12 H eut suffi d\u2019un coup de balai et d\u2019un coup de plumeau pour redonner la vie, en quelques heures, à ces vastes pièces \u2014 C'est cette partie du château que Maître Piémont, habite, demandai-je.« \u2014 Oh non ! répondit, Savalle.Not \u2019maÂ- tre n'occupe que l\u2019aile gauche, c\u2019est-à-dire la plus infime partie de cette imanense «temeure.C\u2019est quasiment un appartement à part puiequ\u2019il a une entrée particulière.Il avait dit not\u2019maître en parlant du notaire et un frisson m\u2019avait secouée misérablement à ce rappel.\u2014 Vous voyez, mademoiselle Solange, me fit remarquer Sauvage à mi-voix, vous veyez que tout est en bon \u201ctat .\u2014 C\u2019est admirablement entretenu.Jamais on ne croirait que tout ceci est fermé depuis quinze ans.\u2014 Quand je vous le disais que maître Piémont auraît pu habiter le château sans V faire aucun frais.\u2014 En effet.C\u2019est inimaginable qu\u2019il n'ait jamais songé à jouir de tout cela.\u2014 Et regardez.11 n\u2019y à partout que tableaux de maîtres, bois de rose, bronzes massifs, tapisseries anciennes \u2018et marbres de prix.avant d\u2019accepter la ruine pour lui et les siens, croyez-vous que monsieur Frédérie n\u2019aurait pas tiré parti de toutes ces richesses ?\u2014 Oui.La vente de tout cela a dû représenter un prix fou.Je me tus soudain.Une réflexion venait de me traverser l\u2019esprit.\u2014 Comment ma mère, trois jours auparavant.avait-elle pu m\u2019affirmer que je ne possédais rien ?Mon père avait done tout emporté avee lui ?.Tout ! le prix de ce domaine qu\u2019elle estimait encore à un million ?.Tout le prix de ces ri- chessges amonicelées dans tous les coins ?Question troublante car si ma mère avait acquis la certitude de la mort de mon pè- La Revue Populaire or Montréal, Décembre 1914 re, son devoir maternel n\u2019avait-il pas été de rechercher ce qu\u2019il pouvait laisser après lui ?Et si cette mort n\u2019était pas un fait accompli, pourquoi me disait-elle que je n'avais rien à attendre du côté paternel ?Mais cette question pécuniaire ne m\u2019in- téresait que par les déductions à en tirer de l\u2019existence probable de mon père.Notre visite se continuait à travers les nombreuses pièces.Quand nous fûmes dans la salle des chevaliers, longue galerie transformée en salon d'apparat, Bernard s\u2019approcha de moi et me désignant um tableau entre cent autres accrochés le long des murs, il m\u2019expliqua : ' \u2014 lei, au-dessus de ce panneau ,le portrait de Monsieur Frédéric à l\u2019âge de vingt-cinq ans, au moment de votre naissance environ.Je m\u2019élançai fébrilement vers la toile qu\u2019il me désignait.Déjà, sans que je lui demande, Savalle avait fait jouer le ressort des volets directement situés en face de ce portrait.Et souriant, vivant, animé, le visage de mon père m\u2019apparut pour la première fois.Tout de suite ses yeux \u2014 les miens ! \u2014 de si étrange couleur, m\u2019attirèrent.Oui, je lui ressemblais ! Et transfigurée, je le regardais, les mains jointes, tremblante d\u2019émotion.Aucune description ne peut rendre ce que je ressentais alors.C\u2019étais un sentiment religieux, à la fois très doux et très douloureux, une joie sans borne de le voir si fier et si beau, de sentir que j'étais sienne autant par le Sang que par le coeur et les traits, mais c\u2019était aussi un déchirement affreux de me dire que peut-être, je ne connaîtrais jamais de lui, autre chose que cette image.cette image qui n\u2019était pas à moi et Vel.7, No 12 que je venais de découvrir pour mieux perdre eax H était question d\u2019un acquéreur.un étranger quelconque qui ne vertäit dans ce portrait qu\u2019un tableau bien füit.Signé d\u2019un nom connu.Oh, le poignant de cette pensée-là ! Je me towrnai vers Mathieu et les yeux pleins de larmes, le suppliai.\u2014 Oh, dites.Est-ce que je peux l\u2019enlever! Il ne faut pas qu\u2019il soït vendu lui!.Je puis le prendre, dites ?\u2014 Je te sais, mademoiselle, bégaya Sa- valle embarrassé.Il faudrait demander à maître Piémont .\u2014 Voyons ! C\u2019est à moi que cela appartient, ça.On ne peut pas me refuser.C\u2019est à moi ?+ Ce portrait n\u2019a pu être compris dans la vente.On ne vend pas sa propre image.voyez, il y a un vide à côté, ce devait être le portrait de ma mère Mon père aura oublié le sien, c\u2019est une inattention, mais je puis réparer.Et je répétais comme une machine.\u2014 C\u2019est à Moi, c\u2019est à moi.Les deux hommes se regardèrent.Mon émotion les gagnait.Je vis Savalle essuyer ses yeux furtivement pendant que Bernard, le regard fixe, se mordillait nerveusement la lèvre inférieure.Leur silence prolongé me rendit à moi- même.Je compris que ma demande était insensée : rien ne m\u2019appartenait ici.Tout avait été vendu, même les objets families.l\u2019acheteur avait tout payé, jusqu\u2019à ee portrait qui avait pour lui la valeur d\u2019un oeuvre d\u2019art.Alors, tournant la tête pour ne plus voir le visage souriant qui semblait me suivre des yeux, je m\u2019éloignai, le coeur gonflé de larmes refoulées, eszavant de m'\u2019intëlresser à tous les autres tableaux qui eémposalent cette magnifique galerie de famille.La Revee Populaire Montréal, Déecembre 191% Que dirais-je de tous les appartemeuts visités ?J\u2019an ai gardé un confus souve- INT.J\u2019ai vu le berceau blanc, vrai nid de dentelles où j'ai dû dormir teute petite, j'ai vu la chambre de mon père et son ea- binet de travail ; j'ai admiré l\u2019ébégant boudo:r de ma mère «et la somptueuse chambre historiqwe.celle où paraiît-.Henri IV à couché ! : J\u2019ai vu encore une bibliothèque immen- s où plus de deux mille volumes de luxe s\u2019étagalent ; une chapelle mystique derrière ses vitraux éclatants, une salle d\u2019armes ancienne ou les futurs chevaliers passarent autrefois leur veillée des armes ; J'ai vu des chambres et encore des chambres ; wn fumoir moderne auprès d\u2019un jardin d'hiver ; j'ai vu d\u2019immenses cuisines et de non moins grandes salles de service.J\u2019ai vu mille choses encore mais je m\u2019ai guère rien remarqué, poursuivie que j\u2019é- \u2018tals par la hantise d\u2019un sourire affolant et d\u2019un regard doré où des lueurs d\u2019amowur et d\u2019orgueil semblaient s\u2019allumer Un auire chagrin, plus grand encore.m \u2018était réservé.Nous achevions la visite du château, quand un son de trompe brusque et pre- longé, nous fit sursauter.En même temps un bruit de moteur arrivait jusqu\u2019à nous.Nous tressaillimes tous.Bernard et moi nous nous regardâmes pensant tous les deux, à l\u2019auto de l\u2019autre jour.Ma's Savalle avait couru à nine fenêtre.\u2014 Maître Piémont ! s\u2019écria-t-\u2018] effaré.Et mal à l\u2019aise, il me regarda avec embarras Rien ne pouvait m'émouvoir en cet instant.Au contraire, il me sembla que e\u201détait le Ciel qui m\u2019envoyait le notaire au- jourd hui, | \u2014 Rassurez-vous, dis-je à Mathieu Sa- valle, Maître Piémont ne vous blâmers Pic.jg!) i hi! + fio, | : Be fhe: Hii: i BR.\u2019 0 fe ! Vol.7, No 12 pas de ma présence ici.Je prends tout sur moi.Et simplement, j\u2019allai vers la porte, au devant de 1\u2019usurpateur.Quand j\u2019apparus au haut du perron, deux personnes le gravissaient.Le tabellion que j'avais entrevu bien scuvent n\u2019était pas seul, l\u2019étranger de l\u2019autre jour.l\u2019accompagnait et il me suffit d\u2019um coup d\u2019oeil, pour reconnaître auprès de l\u2019auto, le chauffeur que je connas- sais déjà.A ma vue, les deux hommes - s\u2019arrêtèrent étonnés ; mais pendant que le visage du notaire indiquait clairement qu\u2019il me reconnaissait, celui de son compagnon montra une surprise mêlée de raideur.\u2014 Vraiment, en voici une rencontre fit enfin le notaire qui ne savait trop quelle contenance tenir.\u2014 En effet, répliquai-je simplement gardant ma position première, auprès de la porte, telle une maîtresse de maison accueillants ses serviteurs.Et je continuai, sentant le besoin d\u2019expliquer immédiatement ma présence en ces lieux.\u2014 Ayant entendu \u2018dire que le château allait avoir un nouveau propriétaire, j'ai tenu à le visiter auparavant ; certaine, cher Monsieur Piémont, que vous ne me refuseriez pas le droit d\u2019y venir.\u2014 Pas du tout, ma chère enfant.Pas du tout ! Vous avez bien fait et je suis enchanté.Malgré ces paroles de politesse, je vis son regard se porter sur Mathieu Saval- le avec une certaine expression d\u2019ennui.\u2014 Oh, ne grondez pas Savalle ! m\u2019é- eriai-je, je lui ai dit de m\u2019ouvrir les portes et de me précéder.il ne se serait pas permis de me demander des explications.Il m\u2019a tout naturellement obéi et je compte bien que vous \u2018ne lui en ferez pas un reproche.4 EERE La Revue Populaire 66 Montréal, Décembre 1914 Ces paroles étaient si cranes et si pre- tentieuses en même temps, que je vis malgré les verres obseurs de son binocle \u2014 car 1l ne portait pas ses grosses hunéttes, aujourd\u2019hui \u2014 je vis le compagnon du notaire froncer le soureil.- \u2014 Quelle est cette jeune dame ?s\u2019in- forma-t-il un peu sèchement.La figure du notaire passa par toutes les couleurs de l\u2019are-en-ciel.Vraiment, j'avais une telle façon \u2018cava- liére de me trouver \u2018\u2018 chez moi\u2019\u2019 en sa présence, qu\u2019il y avait de quoi en être estomaqué.Et après ca, il devait se demander comment j'allais accueillir.la suite ! A la demande directe de l\u2019automobiliste, il ne pouvait: plus langtempis différer de nous présenter l\u2019un à l'autre, ce qu\u2019il fit avec une sorte d\u2019anxiété.\u2014 Mademoiselle Solange de Borel, des Tourelles.Monsieur James Spinder, le nouveau propriétaire de la Châtaigneraie.Cette présentation galvanisa \u2018toute l\u2019assistance.Bernard et Savalle étouffèrent un cri de surprise, pendant que subitement, je chancelais et devenais toute pâle : la Châtai- gnerale venrluie.De son côté, Monsieur Spinder probablement au courant de ce que signifiait mor nom \u2018en regard de sa nouvelle propriété, Monsieur Spinder n'avait pu maîtriser un violent sursaut et il me parut qu\u2019il palissait sous sa grande barbe rousse.Se maîtrisant aussitôt.cependant, il s'était incliné devant moi avec tout l\u2019aisance d\u2019un homme du monde.Mais j'étais trop troublée et soudain trop faible pour pouvoir lui répondre autrement que par une légère inelination de tête.Le \u2018nouveau propriétaire de la Châtaigneraie, ces mots bourdonnaient bruyamment à mes oreilles et il me semblait qu\u2019ils se répétaient en fanfare dans ma \u2014\u2014 - Vol.7.No 12 tête.J'aurais voulu fuir, me sauver loin de tous, pour lexhaler librement ma plainte, mais, sous moi, mes jambes se dérobaient.Je dus me cramponner aux pierres sculptées qui fonmaient saillie autour dela porte.; \u2014 Tonnerre ! s\u2019écria Bernard en s\u2019élançant vers moi.Mademoiselle Solange ! mademoiselle Solange !.Je posai ma tête sur sa robuste épaule, à peime réveillée par sa rude voix d\u2019an- goisge où des rancoeurs passaient.Mais Monsieur Spinder s\u2019avança vers moi et écarta Sauvage avec autorité.\u2014 Appuyez-vous sur moi, mademoiselle, dit-il en saisissant ma main et en la passant sous son bras.Venez vous reposer un peu dans la galerie.Sans force, incapable de volonté pour le moment, je le suivis docilement.Il avait dû visiter plusieurs fois la demeure avant de l'acheter, car il ouvrit lui-même, sans se tromper, la porte de cette pièce, ce que j\u2019eusse \u2018été incapable de faire, moi qui, pourtant, sortais de la maison.çÇ \u2018 Il m\u2018installa dans un fauteuil, puis il fit jouer les \u2018 ressorts de plusieurs volets pour donner de l\u2019air et de la lumière à l\u2019appartament, tout cela avee la fermeté accomplie d\u2019un maître de maison qui se sait chez lui.Il revint, ensuite, vers moi.\u2014 Vous sentez-vous mieux, mademoiselle?demanla-t-il avec un infini respect.Et comme je devais être encore très pale, il ajouta : \u2014 Permettez-moi de vous offrir un doigt de champagne.pour vous redonner des forces et un peu de couleur.Oh, ne me refusez pas, ne dites pas non, je vous en prie ?Cette offre était faite d\u2019un ton si bon et en méme temps si ferme, are je n\u2019osai La Revue Populaire 67 \u2014 Montréal, Décembre 1914 la décliner.Il s\u2019était tourné vers le notaire et les deux hommes restés discrètement près de la porte.\u2014 Allons avancez, messieurs.Nous allons porter la santé de Mademoiselle.Tranquillement, avec cette souveraine autorité qui lui semblait habituelle, il indiqua au notaire, un placard dissimulé dans le mur, auprès d\u2019une immense cheminée.\u2014 Tenez, fit-il.J\u2019ai vu des coupes ici: Atteignez-en quelques-unes, voulez-vous, pendant ce temps, j'irai chercher du Cli- quot à côté.Docilement, maître Piémont obéit.Bernard s\u2019était approché de moi et me regardait avec une véritable sollicitude.\u2014 Il me faut pas vous faire du mal, mademoiselle Solange, me dit-il à mi-voix.Voyez-vous, tout cela devait arriver.Et peut-être que ça vaut mieux ainsi.Si la Châtaigneraie est vendue, c\u2019est sans doute que quelqu\u2019un est revenu pour en donner l\u2019ordre, car jamais on ne me fera croire que Maître Piémont ait été le vrai possesseur de ce château.Tout à l\u2019heure, il ne savait même pas où étaient les coupes ! \u2014 Tandis que le nouveau venu était au courant ! achevai-je.\u2014 Oui et 1l parle en maître.\u2014 Il a payé, cela se sent ! \u2014 Enfin, ayez confiance.Il doit y avoir du Monsieur Frédéric là-dessous.C\u2018est lui qui \u2018aura fait vendre.autrement, ce n\u2019est pas naturel ! J\u2019essayai de m\u2019accrocher à \u2018cet espoir.Le brave garçon avait peut-être raison.Déjà, ma nature combattive se réveillait et je songeai qu\u2019il devenait nécessaire d\u2019interroger le notaire.Mais Monsieur Spinder revenait, portant délicatement du bout des doigts, une bonutteille poussiéreuse, au goulot autre- Vol.7, N& 12 fois doré.Sortaht un couteau d\u2019une de ses poches, il eut vite coupé les liens qui rete- nailent le bouchon.Le champagne jaillit puis moussa dans les coupes de cristal.Le nouveau propriétaire me tendit un verre et invita, d\u2019un geste, chacun À ge servir.\u2014 Je bois à mademoiselle et aux anciens propriétaires de la Châtaigneraie, fit-il en élevant discrètemerit sa coupe.Je bois À la prospérité de cette maison, au bonheur de ses habitants et de tons ceux dont la place y est marquée.Et s\u2019adressant directement à moi, avec une lente inctination du buste, il acheva : \u2014 Je termine en formulant tout spécialement ce voeu : que Mademoiselle Solange de Borel se sente toujours ici, chez elle.\u2014 Hurrah ! A la Chataigneraie et à ses anciens propriétaires ! s\u2019écria Bernard rrémissant.\u2014 Mademoiselle de Borel, répéta plus dour-ement le notaire.\u2014 Et à Monsieur Spinder aussi, fit gauchement Mathieu Savalte dont la voix resta sans écho.Je n'avais pas encore dit un mot ni pour la plus élémentaire politesse, pour retourner à motre hôte, les voeux que si aimablement, il formulait pour moi.Je ne pouvais plus longtemps garder le silence.Je me levai, un peu pâle mals une résolution soudaine an fond de l\u2019âme.\u2014 Vous m\u2019excusetéz, monsieur, de ne pas mieux répondre à votre extrême courtoisie dont je vous remercie, cependant.infiniment.Mais, il me serait imposible aujourd'hui, pour la première fois que je bois dans cette demeure, d\u2019élever ma coupe en l'honneur d\u2019une autre personne que celle dont l\u2019ombre semble encore rôder en- \u2014 68 La Révté Paptttaite Montréal, Décembre 1914 tre ces murs.Je bois à Frédéric de Borel! A mon pète, à son retour ! \u2014 À monsieur Frédéric, répêéta lentement d'étrière moi, en éche, la voix f@wittre de Sauvage qui semblait rouler des sanglots.Il y eut une minute de tragique silenee dans la pièce.Mes paroles avaient certaineïment fftis- sé Monsieur Spinder qui devait s\u2019attendre, apres tant d\u2019affabilité pour moi, à plus de gracieuseté de ma part, car je le vis d\u2019urle main nerveuse \u2014 une main Hai- gre et longue, aux attaches fines \u2014 - Je le vis saisir sa coupe et sans mot dite, la vider d\u2019un trait pour la reposer avec ta même brusquerie sur la table.I] n\u2019avait méme pas eu la d\u2019approuver mon toast ! Cependant.maître Prémont se mouehait bruyamment et Mathieu Savalle, les yeux à terre, toufnait avec embanras sa ose- quette entre les doigts.Ce füt moi qui la première, rompit le silence pénible en m\u2019adtessant au notaire.\u2014 Monsieur Piémont, J'ai quelques ten- seignements à vous demander ; ne pourriez-vous pas, un de ces jours, me tonsa- erer dix minutes.-\u2014 Volontiers, vous voudrez.\u2014 C\u2019est que cela n\u2019est pas très imper- tant pour vous, je ne voudrais pas vous déranger.D\u2019un autre côté, il-m\u2019est assez difficile de me rendre à votre étude, e*set un peu loin.| \u2014 Evidemment.le plus simple serait que j'aille aux Tourelles, à mon prochain passage à Thierville.Cela vous va-t-il ?J\u2019eus une seconde d\u2019amère hésitation en pensant à ma mère qu\u2019il faudrait mettre au courant.Mais il v avait autour\u2018de moi d'es étrangers qui écoutaient et je ne peu- vais faire une autre réponse que telle : \u2014 Entendu, venez aux Tourelles.Ge- corfeehen mademoiselle.Quand Vol.7, Ne 12 pendant, comme c\u2019est moi partieulière- ment qui désire vous voir et que je suis dehors une bonne partie de la journée, ne pourriez-vous pas me dire, aujourd\u2019hui, quel jour vous pensez venir ?Pendant que je parlais, je sentais le regard de M.Spinder fixé sur moi.\u2014 Je puis vous écrire la veille, proposa Maître Piémont.Il m\u2019était impossible de recevoir une lettre sans qu\u2019elle fût d\u2019abord remise à ma mère qui en prendrait connaissance avant moi.Me faudrait-il done avoir recours au facteur ?.ou guetter celui-ci tous les matins, pour guetter ensuite Mai tre Piémont sur la route et l\u2019arrêter avant qu\u2019il ne fut arrivé aux Tourelles?Mais M.Spinder intervint sans se douter du secours qu\u2019il m\u2019apportait.\u2014 Vous devez venir après-diemain, dé- jeûner ici, avec moi, dit-il au notaire.\u2014 Comment.voulut demander celui- ci qui semblait ne pas se souvenir de cette invitation.\u2014 Si, si, c\u2019est entendu ,interrompit M.Spinder avec vivacité.Vous savez bien que j\u2019ai besoin de vous, dans deux jours.Et se tournant vers moi, avec encore une certaine raideur malgré sa souveraine eor- rection : \u2014 Si mademoiselle de Borel veut nous faire l\u2019honeur d\u2019être des nôtres ce jour- 1a.\u2014 Oh, impossible, monsieur! Je ne puis sens ma mère.et ma mère ne sort jamais.Je Iui souriais de tort mon coeur, cherchant à atténner ce que mon correct refus pouvait avoir de blämable pour son invitation un peu sans facon.\u2014 C\u2019est dommage, fit-il simplement, avec pourtant une légère crispation de son visage comme s\u2019il n\u2019était pas habitué à la résistance.J\u2019avais vu là une excellente occasion de vous faire rencontrer sans tar- La Revue Populaire 69 \u2014 PR d Montréal, Dicembre 1914 der avee Maître Piémont.\u2014 Oui, c\u2019est regrettable, murmurai-je, n\u2019osant pas proposer de venir à la Châtaigneraie en dehors des heures de repas.Mais Monsieur Spinder qui ne me quittait pas des yeux, semblait véritablement deviner mes pensées.Il se tourna vers le \u2018tabellion.\u2014 Mon auto ira vous chercher dès le matin.vous serez ici vers dix heures.Je vous laisse libre jusqu\u2019au déjeûner.Si vous voulez aller aux Tourelles ou si Mademoiselle de Borel préfère diriger sa promenade de ce côté, je me ferai un plaisir de lui présenter mes hommages et de mettre à sa disposition, la Châtaigneraie pour pouvoir converser avec vous.Ceci dit et comme s\u2019il ne pouvait faire vraiment plus pour m\u2019être agréable, il mit ses deux mains dans ses poches et alla se camper en face de la fenêtre, nous laissant libres, maître Piémont et moi, de prendre telle décision qui nous plairait.J'aurais préféré ne point revenir à la Châtalgneraie et rencontrer le notaire en tout autre endroit : chez Sauvage par exemple, mais à moins de vouloir être tout particulièrement désagréable au nouveau châtelain, je ne pouvais accepter un autre arrangement que le sien : les Tourelles ou Ja Châtaigneraie.Et il en fut fait comme il mous l\u2019avait proposé.Je choisis la Chétaigneraie, et peur cause.\u2014 À jeudi matin, ici, sans faute, dis-je en prenant aussitôt congé du notaire.\u2014 À jeudi, confirma-t-il.Monsieur James Spinder quitta aussité: la fenêtre et revint vers moi, ce qui prouvait que, malgré son attitude indifférente i! ne s\u2019était pas désintéressé du débat \u2014 Eh bien, aurai-je l\u2019honneur de vous revoir jeudi ?dit-il en m\u2019offrant le bras pour me reconduire.| \u2014 Vous êtes véritablement aimable, Vol.7, No 12 monsieur, J'accepte votre offre cordiale : je viendrai à la Châtaigneraie y voir Maître Piémont.\u2014 Tant mieux ! J\u2019aurai le plaisir de vous serrer encone une fois la main avant men départ.\u2014 Ah ! vous comptez repartür bientôt ?interrogeai-je poliment.\u2014 Oui, à la fin de la semaine.Je serai absent quelques jours.le temps qu\u2019on fasse ici le nettoyage.qu\u2019on enlève cette poussière qui a pénétré partout.Une crainte fit battre mon coeur.\u2014 Vous vous proposez sans doute de changer l\u2019ameublement.la disposition intérieure du château ?demandai-je anxieusement.\u2014 Du tout ! Tout est bien, ee serait regrettable d\u2019y toucher.\u2014 Oh, oui, ne changez rien, suppliai-je malgré moi.- Il me sembla que son bras pressait un peu le mien contre lui.\u2014 J\u2019essalerai que la Châtaigneraie ne s\u2019aperçoive pas trop du changement de maître, fit-il un peu railleur.Votre domestique m\u2019a fait trop bien sentir, l\u2019autre jour, que ce serait sacrilège et outrecuidant d\u2019oser y rien changer en prétendant faire mieux que n\u2019ont fait les autres.Je erus à un léger reproche de sa part.\u2014 Bernard est vif, dis-je, pour l\u2019exeu- ser.Il aimait beaucoup cette demeure où il avait grandi à côté de mon père.11 faut lui pardonner ses écarts de langage qui traduisent mal ses bonnes intentions.\u2014 Oh, je suis convaineu que c\u2019est un brave garçon! j'ajoute même qu\u2019un homme doit être fier d\u2019avoir un tel serviteur et d\u2019inspirer un pareil dévouement.Nous étions arrivés auprès de Mascotte que Bernard tenait pas la bride.M.James Spinder m\u2019aida à me mettre en selle.Il me présenta, une \u2018dernière fois, ses La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 hommages et je cinglai mon cheval qui partit au galop, pendant que derrière moi, j'entendais la voix du nouveau propriétaire dire au garde chasse : \u2014 Savalle, ne vous éloignez pas, Maitre Piémont désire vous poser quelques questions.Cet homme-là est capable de faire gronder le pauvre garçon qui m\u2019a ouvert les portes, pensai-je avec un frémissement de révolte.S\u2019il commet cette vilenie, je connais une brave petite demoiselle qui n\u2019empochera pas cela sans le relever ! Oh, monsieur James Spinder, comme malgré toutes vos attentions, malgré votre exquise politesse et en dépit de toute votre bonne volonté, comme vous restez l\u2019usurpateur pour la pauvre orpheline ! Midi \u2018était sonné depuis longtemps déjà lorsque nous franchîmes la grille des Tourelles.Absorbés chacun par nos pensées, nous avions effectué rapidement le trajet sans parler.\u2014 Madame de Borel va vous gronder, me dit alors Sauvage tristement.Oh, j'ai tant d\u2019exeuses aujourd\u2019hui! ré- pliquai-je avec indifférence.À peine arrivée cependant, je sautai à bas de Mascotte et sans prendre la peine de changer de costume, je pénétrai en hâte dans la salle à manger.Ma mère s\u2019y trouvait seule.Debout près de la cheminée, «elle m\u2019attendait le front barré d\u2019un pli de mécontentement.\u2014 Voyez l\u2019heure, me dit-elle seulement en m\u2019indiquant du doigt, la pendule.\u2014 Je sais, je suis très en retard, mais ne m\u2019en veuillez pas, je vous en prie.Je n\u2019ai pu arriver plus tôt.\u2014 Tout 8 moins m\u2019expliquerez-vous la cause ?répliqua-t-elle sans désarmer.\u2014 Oh, c\u2019est bien simple, dis-je pendant que ma poitrine se contractait terrible- \u2014 - . Vol.7, No 12 ment.Je viens.j'arrive de la Chatai- gneraie |! \u2014 Vraiment ! Cette exclamation fut sèche, mordante, ironique.Elle suffit à cingler mon courage.\u2014 Oui, repris-je très doucement, mais avee beaucoup plus de calme.J'ai voulu avant que la vente de cette demeure ne soit définitive, Y accomplir un pieux pélé- rinage.la visiter au moins une fois avan que des mains \u2018étrangères n\u2019en aient profané les souvenirs.Mathieu Savalle m\u2019en a ouvert les portes sur mon désir.Oh, rassurez-vous, je n\u2019y étais pas seule.Sauvage a bien voulu m\u2019y accompagner et à ses côtés, je ne risquais rien de désobligeant ! \u2014 Cette visite que je blame, m\u2019explique insuffisamment les causes de votre retard .elle n\u2019exeuse pas celui-ci, au contraire ! \u2014 Permettez-moi d\u2019achever, mère.Je serais de retour ici, depuis plus d\u2019une heure si les événements ne is\u2018 y étaient pas opposés.J\u2019avais terminé ma visite ; je regagnais la porte, le dehors, quand maître Piémont est arrivé avec l\u2019étranger de l\u2019autre jour.vous vous souvenez, je vous ai raconté : l\u2019automobile en panne et ses deux voyageurs ?\u2014 Oui, très bien.\u2014 Le notaire \u2018 \u2019a pu faire \u2018autrement que me présenter ce monsieur.\u2014 Maître Piémont devait être exitrême- ment surpris de te trouver chez lui, interrompit ma mère d\u2019un air plus mécontent escore.\u2014 Moins encore que son compagnon de m\u2019y voir.Figurez-vous que ce monsieur.\u2018 Je fis une pause tant ce sujet m'était douloureux.\u2014 Eh bien ?\u2014 Il se nomme James Spinder, repris- je avec effort.C\u2019est le nouveau proprié- La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 taire de la Châtaigneraie.Ma mère tressaillit brusquement.\u2014 La Châtaigneraie est vendue?fit-elle mi-voix, \u2014 Oui.Il y eut un long silence.Je voyais sur le visage de ma mère que l'événement lui tenait plus au coeur qu\u2019elle n\u2019avait voulu me le montrer jusque-là.En cette minute, j\u2019eus la prescience que son âme vibrait avee la mienne.Mais elle domina vite ce qu\u2019elle devait considérer comme une faiblesse en ma présence, \u2014 Vous n\u2019aviez plus qu\u2019à vous retirer, alors remarqua-t-elle.Votre présence devenait là-bas imdiscrète.Qu\u2019avez-vous fait ?\u2014 J'aurais dû fuir évidemment.mais les forces.je m\u2019ai pas pu.Cette nouvelle m'avait assommée.surtout que j\u2019étais déjà très émotionniée par ce pélérina- ge.ces choses.ces souvenirs.le portrait de mon père, là-bas, dans la galerie.C\u2019était la première fois que je le voyais.Je vis ma mère pâlir affreusement.\u2014 Ah ! murmura-t-elle.Il y est encore ! \u2019 \u2014 Oui, vendu avec le reste ! Il y eut un silence véritablement douloureux.\u2014 Continuez, eut-elle le courage de me \u2018dire malgré son altération.\u2014 Alors, mère, je ne sais plus bien.En entendant dire que la Châtaigneraie était vendue, j'ai chancelé.il m\u2019a semblé que j'allais mourir de chagrin.Monsieur Spinder s\u2019est précipité et m\u2019a vite fait asseoir dans un fauteuil.ans Ma mére s\u2019était levée avec agitation.\u2014 Mon Dieu ! ma pauvre enfant! Dans quel état te mets-tu inutilement ! \u2014 Oh, rassurez-vous, dis-je en souriant tristement.La correction est sauve : il y \u2014 71 \u2014 THEN \u2018 * Vol.7, No 12 avait du monde et je n\u2019ai pas pleuré ! J\u2019attendais un mot de tendresse mais farouchement tendue à ne pas trahir ses sentiments intimes devant moi, ma mère garda le silence.\u2014 À présent, demandai-je tristement, m'\u2019acordez-vous cinq minutes pour changer de costume et venir me mettre à table ?\u2014 Non, ce n\u2019est pas la peine.Il est une heure déjà ! Mange ainsi pour aujour- d\u2019hui.Nous déjeûnâmes donc, mais ni ma mère ni moi n\u2019avions de l\u2019appétit et c\u2019est à peine si nous touchâmes aux mets que Fé- licre placait devant nous.Au milieu du repas, ma mère qui jusque-là avait continué de garder le silence, ma mère me questionna sur Monsieur Spmder.\u2014 C\u2019est un homme encore jeune, répon- dis-je, bien qu\u2019une épaisse barbe qui lui couvre les trois quarts du visage, le vieillisse beaucoup.Il a les manières d\u2019un vé- rMtable homme dc monde.11 semble joli: ment avoir l\u2019habitude de commander et d\u2019agir.\u2014 Son nom indique un étranger.un anglais ou un américain, vraisemblablement.\u2014I1 parle admirablement notre langue, dans tous les cas.Il n\u2019a aucun accent, je vous assure.\u2018| \u2014 Peu importe après tout.\u2014 Ce sera un voisin agréable, risquai-je avec un regard en dessous.\u2014 Je ne fréquente personne ! répliqua sèchement ma mère.Je n\u2019insistai pas mais ce me parut bon .de m\u2019imaginer que ma meére aussi n\u2019aimait pas l'usurpateur ! comme, 3 présent 3\u2019appelais le nouveau venu.Au moment où nous nous levions de ta- dle, Félicie entra avec une énorme botte de roses dans les bras.\u2014 La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 \u2014 De la part de M.le colonel Chau- mont, annonça-t-elle.M'a mère eut un sursaut.\u2014 Mais je ne connais pas cet homme ! fit-elle étonnée.J'avais eu un coup de coeur.\u2014 Je l\u2019ai rencontré au cours d\u2019une excursion, répondis-je en m\u2019efforcant de ne pas rougir.C\u2019est un bien aimable vieillard.\u2014 Tu vas finir par connaître tout le mon, s\u2019écria-t-elle d\u2019un ton fâché.C\u2018est que je me tiens pas à ce que tu te lies avec n\u2019importe qui.Comment as-tu été amenée à causer à cet homme ?Qui t\u2019a dore présentée à lui! Il m\u2019en coûtait beaucoup de mentir ou seulement de répondre à côté, mais je prévis que si je disais la vérité, j'allais déchaîner une explication dangereuse.\u2014 Bernard Sauvage le connaît.en sa qualité d\u2019ancien soldat, répondis-je hardiment.\u2014 Ah, bon, je comprends.Mais néanmoins, je profite de la circonstance, pour te rappeler qu\u2019il faut être prudente.Une jeune fille doit être de la plus farouche réserve et je voudrais que tu surveilles tout spécialement tes relations.\u2014 Oh mère ! pas la peine de me le recommander : Je ne vois personne ! Il a fallu la rencontre de l\u2019auto en panne, l\u2019autre jour, pour que j\u2019échange un salut avec un inconnu et tout de suite, je vous ai mise au courant.\u2014A la bonne heure! Quant à ces fleurs, emporte-leis si tu veux, j\u2019ai horreur d\u2019en avoir dans mon appartement.Usant de sa permission, je pris la magnifique botte de roses et la portai dans ma chambre.Comme je disposais les fleurs dans les deux grands vases de ma cheminée, une petite enveloppe s\u2019en \u2018échappa.\u2014 Lie colonel a mis sa carte, pensai-je.72 \u2014- Vol.7, No 12 Et j\u2019ouvris l\u2019enveloppe.C\u2019était bien la carte du Colonel, mais 11 y avait ajouté quelques lignes manuscrites : \u201cLe Colonel Chawmont présente ses respectueux hommages à Mademoiselle Solange de Borel.\u201c \u201cAyant pu obtenir quelques renseignements plus précis au sujet de la question posée l\u2019autre jour, il serait heureux de les lui communiquer et se tient à ses ordres, chez lui ou aux Tourelles.\u2018\u201cHumblement à ses pieds.\u2019 Suivait la signature et la date.Vingt fois, je relus le petit carton qu'un hasard providentiel avait remis directement dans mes mains.Puis ma surprise passée et après avoir songé avec terreur, à tous les ennuis qui eussent pu en résulter pour moi, si ce pa- pler était arrivé jusqu\u2019à ma mère, je ne pensais plus qu\u2019à la communication que le Colonel devait me faire.Quels pouvaient bien être ces renseigner«ents dant il me parlait ?Mon Dieu, pourvu que ce ne fût pas encore quelque douloureuse déception ! 11 Juin.\u2014 La prapriété du Colonel est située à cinq bons kilomètres de la nôtre, Malor( mon impatience de savoir de quoi il s\u2019agissait je ne pouvais m\u2019y rendre à pied, hier, et force mg fut d\u2019attendre, à ce matin.la présence de Bernard Sanvage, pour y aller à cheval.\u2014 J'ai du nouveau.Bernard, lui dis-je dès qu\u2019il parut.\u2014 Du bon ?\u2014 Ah, je ne sais ! Le eolonel désire me voir : nous allons chez lui.Je lui passai la earte qu\u2019il lut attentivement.NA TENA JIE La Revue Populaire Montréal, Décembre 1814 \u2014 Vous ne me dites rien, Sauvage ?re- marqual-je en le voyant songeur après sa lecture.\u2014 dJ\u2019ai peur, répondit-il l'aconiquement.Depuis quelques jours, les événements nous sont si défavorables que je n\u2019ose plus me réjouir d\u2019avance .\u2014 Vous voulez parler de la vente de la Châtaigneraie ?Oui, c\u2019est une épreuve que j'aurais préféré me pas connaitre.\u2014 Rien ne vous a frappé, Mademoiselle Solange dans eette histoire ?\u2014 À propos de quei ?\u2014 De ce monsieur au nom si baroque.James Spimder ! c\u2019est pas un nom chrétien ça.\u2014 Qu\u2019importe si celui qui en est le possesseur, est un honnête homme.Est-ce que c\u2019est ce nom qui vous a troublé ?\u2014 Non, mais il y a deux jours, cet hom- me-là ignorait l\u2019emplacement de la Châtaigneraie et, hier, elle était à lui et il semblait connaître la maison dans tous les coins ! Vous n\u2019avez pas vu pour le eham- pagne, il savait où il y en avait.\u2014 J'ai pensé qu\u2019il était allé en chercher dans le coffre de son automibile.\u2014 Au fait, c\u2019est possible, fit Bernard, à qui cette idée n\u2019était pas venue.Tout de même, ajouta-t-il, elle était joliment poussiéreuse pour sortir d\u2019une caisse ! Et puis vous n\u2019avez pas observé l\u2019air singu- Her ide ce monsieur quand il nous a vue sortir du château, à son arrivée.Je souris à ce souvenir.\u2014 Oh, si ?surtout qu\u2019orgueilleusement, j\u2019affirmais tout haut, mon droit d\u2019y venir.Je devais même paraître un peu ridicule, alors lachevai-je en rougissant à \u2018ce souvenir.\u2014 Vous \u2018étiez sublime, mademoiselle protesta Sauvage avec chaleur.Vous en avez imposé à tous.Maître Piémont n\u2019a pas osé faire ouf ! \u2014 Il était si embarrassé de me voir là. Vol.7, No 12 \u2014 Monsieur Spinder était plus encore estomaqué ! Ça le chiffonnait de trouver quelqu\u2019un dans son château., \u2014 Il a, tout de suite, demandé qui j\u2019étais.\u2014 Oui, et votre nom l\u2019a joliment troublé.\u2014 A ! vous avez remarqué cela aussi, vous ?\u2014 J\u2019ai fait bien d\u2019autres observations encore !.Moi, je ne parlais pas.je n\u2019avais qu\u2019à écouter et à regarder.aussi, j'ai fait mon petit profit de tout.\u2014 Alors, vous avez, comme moi, trouvé que Monsieur Spinder avait été tout de suite plus aimable dès qu\u2019il avait connu mon nom ?.\u2014 Oh oui, c\u2019est un homme correet !.il a l\u2019habitude de commander à ses impressions ! Mais rien n\u2019échappe à Bernard Sauvage, s\u2019il y a quelque chose sous roche, il aura beau finasser, avec moi, ça ne prendra pas ! \u2019 \u2014 Que voulez-vous que Monsieur Spin- der ait A nous cacher! IL peut jouer frane jeu avec moi : je ne lui demande rien.\u2014 Oui, vous êtes une pauvre petite colombe qui ne verrez goutte à toutes ses manjgances.\u2014 Encore une fois, que voulez-vous dire ?\u2014 Suffit !.Je suis là ! Reposez-vous sur moi du soin d\u2019avoir l\u2019oeil ouvert.Pas besoin de vous démolir la cervelle à essayer de comprendre ce que vous ne pouvez deviner.Je suis là ! Ne pensez plus à ça.Agissez, seulement auprès du colonel aujourdhui, et, autour du notaire, demain\u2019.pour le moment, mademoiselle Solange, c\u2019est ce qu\u2019il y a de mieux à faire.J\u2019eus un geste évasif devans ses sous-entendus ?Que voulait-il dire avec son oeil ouvert et ses réticences ?Monsieur Spinder m'avait paru très na- La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 turel et très correct.De quoi Sauvage aurait-il pu le soupconner ?Je ne comprenais pas.Renoncant à démêler les impressions un peu embrouillées de mon brave compagnon, je lui donnai quelques explications au sujet de ma prochaine visite à la Châtaigneraie.\u2014 Je veux que Maître Piémont me fournisse des détails sur la vente d\u2019il y a quinze ans.Je n\u2019ai pas l\u2019âge de demander des comptes, mais je ne crois pas qu\u2019il ose m\u2019en refuser.\u2014 Faudrait mieux qu\u2019il vous en refuse que de vous conter des inventions qui ne servirajent qu\u2019à nous égarer.Décidément, Sauvage doutait de tout le monde, aujourd\u2019hui?\u2014J\u2019espère bien, pour Monsieur Piémont, qu\u2019il est incapable de soutenir un mensonge! m\u2019écriai-je avec imdignation.\u2014Bah! Qui oserait affirmer que l\u2019achat et la vente de la Châtaigneraie ne lui en ont pas coûté quelques-uns.| \u2014C\u2019est ce que nous verrons.Je l\u2019espère bien!.Mais voici la maison du Colonel.Le vieil officier devait guetter ma venue car à peine nos chevaux s\u2019étaient-ils arrêtés devant sa porte, qu\u2019il apparut près de la grille, et vint lui-même ouvrir.Ah! je comptais bien vous voir, ce matin, mademoiselle! Je me disais que vous ne tarderiez pas à venir ici ou à me mander chez vous.\u2014Si j'avais pu faire la route à pied, je serais venue hier, colonel, tant je suis impatiente d\u2019apprendre ce que vous avez à me dire.Mais d\u2019abord, permettez-moi de vous remercier: c\u2019est véritablement aimable à vous d\u2019avoir bien voulu vous intéresser à mes recherches.\u2014C\u2019est que j'étais navré, l\u2019autre jour, de n\u2019avoir pu vous être d\u2019aucune utilité.Et ca me tracassait.je me disals que si Vol.7, No 12 vous saviez aussi biem chercher dans la vie de votre parent que vous avez su trouve son nom dans un annuaire, Vous.n\u2019arriveriez jamais au résultat.\u2014C\u2019est vrai, une jeune fille seule ne peut guère diriger efficacement des recherches.elle manque trop de liberté et d\u2019expérience, répondis-je sans m\u2019apercevoir tout de suite que mes paroles avertissaient le colomel sur l'ignorance ou ma mère était tenue par moi de mes actions.\u2014Oui, évidemnient, une femme ne peut pas, reprit-il en généralisant sa réponse comme s\u2019il ne voulait pas remarquer l\u2019aveu qui m\u2019était échappé.\u2014 Vous m\u2019excuserez done, reprit-il, d\u2019avoir agi pour vous, sans votre autorisation.Je suis un homme d\u2019action et n\u2019aime pas voir traîner les affaires.J'ose espérer qu\u2019en faveur de ma bonne volonté, vous ne m\u2019en voudrez pas de mon incorrection quelque peu indiscrète.\u2014Oh, monsieur, comment vous remercier, au contraire.Mais il m\u2019interromnit.\u2014Vous me donnerez un brin de votre amitié en guise de merci, plus tard, quand vous aurez retrouvé votre parent.Tenez, écoutez-moi\u2026 Il me fit asseoir dans un fanteuil.en face de lui.Et tout de suite, devinant mon impatience, il commenca : \u2014 Après votre départ, l\u2019autre jour, j'ai écrit à quelques-uns de mes anciens officiers que je savais avoir été, autrefois, en relations suivies avee Monsieur de Borel, lorsqu\u2019il était encore des nôtres.\u2014C\u2019est une idée lumineuse.\u2014Je le croyais.Voici leurs lettres.Elles m\u2019apprennent peu de choses sinon qu\u2019ils ont cessé toute correspondance avec lui depuis de nombreuses années.Cepen- ~~ e- La Revue Populaire «1 =! Montréal, Décembre 1914 dant, l\u2019un d\u2019eux m\u2019envoie ce renseignement assez vague : le fils d\u2019un ancien officier supérieur le fils du général, marquis de Rouvalois, aurait été, \u2014croit se rappeler mon correspondant \u2014rejoindre Monsieur de Borel, il y a quelques années, au plus, au Caire, pour remonter aves lui la Vallée du Nil.C\u2019est une indication.rien de plus, vous voyez! Il faudrait retrouver ce jeune homme,\u2014avec un tel nom et une telle ascendance, ce ne doit pas être bien difficile\u2014en l\u2019interrogeant, peut-être pourrait-il nous fixer plus affirmativement.\u2014JLe marquis de Rouvalois, répétai-je, cherchant à graver ce nom dans ma mê- moire.\u2014Son fils ! rectifia le colonel; car le général, s\u2019il vit encore, doit être très âgé.et, s\u2019il m\u2019en souvient bien, il devait avoir plusieurs enfants.C\u2019est un renseignement très vague, que j'ai obtenu de ce côté, vous voyez, car avant tout, il nous faut savoir de quel fils 1l s\u2019agit.En effet, murmurai-je avec un soupir devant toutes les difficultés que cela présentait.\u2014J\u2019espère bien d\u2019ailleurs, élucider ces diverses questions prochainement.Mais ce n\u2019est pas tout ! Je ne m\u2019en suis pas tenu là, continua le brave colonel.En même temps que j\u2019écrivais à mes jeunes off- ciers, j'adressais également une lettre à l\u2019office Colonial, à Paris, et une autre au Ministère des Colonies, leur demandant s\u2019ils avaient été au courant des expéditions de M.de Borel.\u2014V'ous avez pensé à tout, fis-je avec admiration, car cette idée-l]à ne me serait Jamais venue.T1 sourit, content de mon approbation.\u2014J\u2019ai songé que vptre parent m\u2019avait pas dû partir seul, mais bien avec quel- RTE TA IAE OE \\ RENTE CITE PRE OR EE TERR Cd ate | ' hi ' Vol.7, No 12 ques compagnons.et du moment qu\u2019il s'agissait d\u2019une exploration en commun c\u2019eût été bien drôle s: le ministre des Co- lomies n'avait pas été tenu au courant.\u2014 Avez-vous réussi à apprendre quelque chose ?fis-je avec anxiété.\u2014Oui, et voici les réponses qui sont à peu près les mêmes aux deux sources : \u201cIl v a onze ans, un monsieur de Bo- \u2018\u2018rel, dont on ne me désigne pas le prénom \u2018\u2014fit une expédition au Soudan et s\u2019en- \u2018\u2018fonta assez profondément en Afrique\u201d.\u2014 T1 s'agit véritablement de Frédéric de Borel.jusqu'à cette époque, ses caimnara- des se rappellent parfaitement avoir reçu de lui, des nouvelles de là-bas.Mais je continue, \u201cDeux ans après nous retrouvons ce \u2018\u2018même Monsieur de Borel, sur les côtes \u201c\u201cde Guinée.\u2018\u2018Puis, pendant quelques années, nous \u2018\u201c\u201cn\u2019entendons plus parler de lui.Mais, \u2018\u2018plus récemment, il y a six ans, un mon- \u2018\u2018sieur de Baurel\u2014dont le nom ne s\u2019orto- \u2018\u2018graphie plus pareillement, dais dont la \u201cprononciation est exactement la même.\u2018*\u2014est signalé au Congo, se dirigeant vers \u2018\u2018la colonie du Cap.\u201cEnfin, il y a trois ans, on parle d\u2019une \u2018\u2018earavane dirigée par un Français, et \u2018\u2018massacrés sur les rives du Couando\u2019\u2019.\u2014Oh, mon Dieu! m'\u2019écriai-je en pâlissant.S\u2019agirait-il de lui?\u2014 C'est assez \u2018vraisemblable, mademoi- .selle! Le C\u2018ouando est une rivière du Sud de l\u2019Afrique.elle se trouvait certainement sur la route suivie par ce monsieur de Baurel.\u2014Il aurait done été tué, il y a trois ams! fis-je anéantie.\u2014Permettez.On me signale, au contraire, que de l\u2019enquête faite à l\u2019époque, par les autorités portugaises de la côte, il La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 résulte que le Francais dont il s\u2019agit n\u2019aurait été que blessé et qu\u2019une tribu du Ma- rousté l\u2019aurait recueilli.De là, on suppose qu\u2019il a pu gagner le Transvaal.\u2014C\u2019est vague! \u2014Je vous le concède.Mais si l\u2019on rapproche de cela.le renseignement donné par mes anciens lieutenants, il semble bien résulter que Monsieur de Borel n\u2019a pas péri sur les rives du Couando, puisqu'il y a dix-huit mois, il quittait le Caire en remontant le Nil.\u2014Ah, plut au ciel que les choses se soient bien passées ainsi.\u2014 Je le désire aussi ardemment que vous, mademoiselle, et si vous m\u2019autorisez à continuer les recherches, je vais essayer, par correspondance, de retrouver Monsieur de Rouvalois afin qu\u2019il nous renseigne.\u20140Oh, oui monsieur! Essayez, je vous en prie ! Et soyez assuré d\u2019avance de toute na reconnaissance.\u2014Ne me remerciez pas, mon enfant.Cela me fait plaisir de vous rendre service.j'aimais beaucoup votre père.Il s\u2019arrêta, interdit, et reprit : \u2014J\u2019aimais beaucoup Monsieur de Borel; ¢\u2019était un de ces hommes aimables et bien élevés qui font honneur à l\u2019armée française.J\u2019avais eu un choc au coeur.Mais j\u2019étais trop fière et trop droite pour accepter de dissimuler plus longtemps avee un homme qui me donnait de telles preuves de dévouement.\u2014Ne vous rétractez pas, monsieur, en disant \u2018\u2018mon père\u2019, dis-je avec une simplicité un peu triste.Je suis bien la fille de Frédéric de Borel et c'est a ce titre que je cherche si ardemment à savoir ce qu\u2019il est devenu.\u2014J\u2019avais deviné cela l\u2019autre jour, ma- .Ÿ 16 \u2014 Vol.7, No 12 demoiselle, fiit le Colonel avee émotion.Il ajojuta en me serrant paternellement la main: \u2014(Comptez sur moi, comme sur un vieil ami.Je ferai l\u2019impossible pour vous faire retrouver les traces de celui que vous Cherchez.\u2019 Comme il n\u2019avait plus rien 4 m\u2019apprendre, je me leval pour prendre congé.Il m\u20191mita.\u2014Je ne vous donne pas ces papiers, fit- il en me montrant les lettres qu\u2019il avait obtenues en réponses aux siennes.Je puis avoir beso.n de les relire ou d\u2019y puiser un renseignement que ma mémoire usée pourrait n'avoir pas conservé.; \u2014Oh, je n\u2019en ai pas besoin! Je crois que je n\u2019oublierai aucun des noms que vous avez prononcés et, puisque vous voulez bien me prêter vote concours, ces papiers vous seront plus utiles qu\u2019à moi.Quand nous fûmes sur le point de nous séparer, j'indiquai Bernard au vieil offi- eier.| \u2014Si vous avez besoin de me voir ou de me faire parvenir quelque renseignement, voulez-vous m\u2019éerire chez cet homme, car ne tenant pas à troubler ma pauvre maman déjà si triste, je vais lui laisser ignorer nos recherches jusqu\u2019à ce que nous ayons obtenu des résultats définitifs.\u2018 Le Colonel examina Sauvage.\u2014Cet homme est votre domestique ?questionna-t-il.\u2014Oh, non! C\u2019est un ancien zouave retraité; c\u2019est aussi un ancien compagnon d\u2019enfance de mon père auquel il est resté profondément attaché.Ma mère a en lui une confiance aveugle puisqu\u2019elle lui confie le soin de veiller\u2014par monts et par vaux\u2014sur son enfant.\u2014Ah, vous avez été dans les zouaves?3 «1 La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 dit mon interloeuteur s\u2019adressant amicalement à Bernad.\u2014Oui, mon colonel.Je suis resté huit ans là-bas.Voici treize mois que je suis de retour.\u2014Eh bien, passez ici, quelquefois.Si j'ai du nouveau pour Mademoiselle de Borel, je vous chargeraj de le lui transmettre.\u2014Bien, mon colonel! Je serrai longuement la main de l\u2019execel- lent homme avant de le quitter.Sa belle ardeur à m'aider m'avait à nouveau, redonné confiance en l'avenir.Je n\u2019étais plus seule à m'\u2019agiter devant un problème difficile, presque insoluble.Quelqu\u2019un d\u2019éclairé, ayant l\u2019expérience voulue et surtout ayant toute latitude pour agir, avait embrassé ma cause et s\u2019en occupait sérieusement.Les renseignements obtenus au sujet de mon père, m\u2019apparaissent d\u2019ailleurs véritablement encourageants.Déjà nas recherches sont aiguillées et il ne s\u2019agit plus d\u2019une période de quinze années en arrière à franchir dans l\u2019ignorance absolue.Non, à présent, j\u2019ai l'intime conviction que mon père vivait encore, il y a peu d\u2019anmées, et il ne me reste plus qu\u2019à retrouver une trace toute récente.12 Juin \u2014Dix heures sonnaient exactement quand je suis arrivée à la Châtaigneraie, ce matin.Il tombait de l\u2019eau à torrents.Je m\u2019y suis done rendue, non à cheval comme d'\u2019habitude, car j'aurais été imon- dée mais en voiture, dans notre vénérable victoria dont le siège du cocher a été supprimé ce qui me permet de la conduire moi-même.Ce fut maître Piémont qui m\u2019accueillit dès l\u2019entrée.ape PERSO EE HET EAN HIE Ï , : ! TR } hE Vol.7, No 12 \u2014 Vous êtes exacte, mademoiselle Solange, s\u2019écria-t-il à ma vue.Mais je ne le suis pas moins: voici un quart d\u2019heure que je suis arrivé et j\u2019en ai profité pour faire allumer un bon feu dans la salle afin que nous y soyons bien au chaud.- La salle à manger où il m\u2019introduisit était en effet bien accueillante.Un grand feu de bois flambait dans l\u2019âtré immense et deux larges fauteuils avaient été roulés tout auprès.\u2014 Voyez, fit le tabellion en me montrant la table dont la moitié avait été coquettement dressée et servie.Monsieur James Spinder a pensé qu\u2019on ne causait jamais si bien que devant un bon pâté et une bouteille de vieux vin.Il nous a fait préparer l\u2019un et l\u2019autre.\u2014Il est véritablement trop aimable et je le remercie vivement, dis-je touchée de tant d\u2019attention.Il est un peu souffrant, ce matin, mais je pense qu'il viendra vous saluer avant votre départ.Voulez-vous me permettre de le remplacerg en vous faisant les honneurs de la table, ma chère enfant.Et maître Piémont poussa, devant moi.une assiette et un petit pain doré.La dinette était si imprévue, si appétissante aussi, que je ne résistai pas à l\u2019aimable invitation.Je m\u2019attablai en face du tabellion et pris ma part des mets préparés en notre honneur.Eh bien, fit-il dès le début, causons en mangeant.Qu\u2019avez-vous done, mademoiselle Solange de si grave à me demander.J\u2019allais répondre, mais il me parut à cet instant, entendre du bruit derrière moi et je tournai la tête, croyant à la présence d\u2019un domestique.Il n\u2019y avait personne.Je m'étais trompée, nous étions bien seuls, le notaire et moi, dams la vaste salle aux meubles an- La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 ciens et aux lourdes armures.\u2014Je vous écoute, fit le notaire qui devait croire, sans doute, à une hésitation de ma part.\u2018 Alors, sans tergiversation, j'attaquai le sujet qui me tenait tant au coeur: \u2014Je voudrais savoir exactement, cher monsieur Piémont, quels ont été les conditions de vente de la Châtaigneraie, il y a quinze ans.Le notaire sursauta de surprise.\u2014 Voici un sujet bien grave et bien vieux pour vous, mon enfant, protesta-t-il paternellement.\u2014Oh, je sais bien que je n\u2019al pas encore l\u2019ège de vous demander des comptes, re- pris-je avec fermeté ; mais Je ne pense pas que, de vous à moi, il y ait le moindre empêchement à ce que vous me répondiez.\u2014 Madame votre mere a dil vous dire.\u2014Ah, non! je vous en prie, laissons de côté ma mère, interrompis-je, mutine.Ce n\u2019est pas elle qui vous interroge et qui me répond.c\u2019est vous et moi! \u2014Et, alors! \u2014 Alors, je voudrais savoir si la Châtaigneraie il y \u2018a quinze ans.\u2014Il y a quatorze ans.\u2014 Soit! il y a quatorze ans, a-t-elle, bien effectivement, été vendue par mon père?\u2014Cela ne fait aucun doute puisque c\u2019est moi-même qui.\u2018 \u2014Oul, je sais! On a dit ca.\u2014Comment, \u2018\u201con a dit\u2019\u2019?protesta-t-il.\u2014On a dit aussi autre chose, continuai- je tranquillement.Ainsi, on a affirmé que la vente n\u2019avait pas eu lieu et qu\u2019en réalité il ne s\u2019agissait que d\u2019une vente fictive.\u2014Les gens sont idiots qui font courir de tels bruits.Depuis quatorze ans, j\u2019habite, chaque année, la Châtaigneraie.\u2014Oh, vous l\u2019habitez! Une partie seule- Vol.7, No 12 ment, et encore ! \u2014Je l\u2019entretiens.\u2014Parlons-en! m'\u2019écria:-je en riant, car «A écidément la stupéfaction du brave notaire m\u2019amusait.; \u2014 Enfin, je touche les fermages et paye les impôts.\u2019 \u2014~Comme le ferait n'importe quel autre TÉGISSEUT.Le Front du tabellion se plissa ; mes remarques éveillaient sa susceptibilité.\u2014-Où voulez-vous en venir, mademoiselle Solange?Si vous voulez prétendre que je n\u2019avais pas le dro\u2019t de vendre cette demeure à Monsieur Spinder, je suis\u201d prèt à vous montrer les papiers m\u2019y autorisant.\u2014Vos titres de propriétaires, quoi.Mais Li ne s\u2019agit pas de la vente récente mais de autre.Justement, votre pére et mol avons tout réglé avant son départ.Il m\u2019a donné quittance de tout, je suis en règle.Oh, je n\u2019ai jamais douté de cela, cher monsieur Piémont! Je vous t'ens pour l\u2019intégrité en personne.Je ne veux parler que de la vente réelle ou fictive.\u2014Ecoutez, ma chère enfant, je ne m'attendais pas à de telles demandes de votre part, sinon, j'aurais apporté avec moi, les différents actes y répondant, Madame de Borel les a examinés; elle n\u2019y a rien trouvé à redire, et je puis vous affirmer, sur mon honneur que tout, à cette époque- là s\u2019est passé loyalement entre monsieur votre père et moi.Je restai une minute silencieuse ma sérénité subitement envolée.\u2014Ainsi, mon père avait bien vendu la Châtaigneraie! murmurai-je abattue.\u2014\u2014Fin avez-vous douté, vraiment ?\u2014Oui, j\u2019espérais qu\u2019il ne s\u2019agissait pas d\u2019une vente réelle.L\u2019abandon de cette de- RTS TR RAR La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 meure, le soin qu\u2019on avait pris de ne rien y changer, de laisser tout en la même état.\u2014VYous avez dit, vous-même, que je l\u2019habitais rarement.\u2014 Evidemment! Mais je ne parvenais pas à comprendre qu\u2019un homme tel que mon père se fut séparé de cette demeure familiale.Tenez, vous me l\u2019affirmez; eh bien, je ne parviens pas à vous croire ! Tout en moi se révolte contre cette pensée que mon fère soit devenu, de sa propre volonté, un étranger ici, que moi, je n\u2019y soir rien ?\u2014Votre père voulait voyager.il n\u2019était pas certain de revenir, car enfin, il pouvait mourir au loin.\u2014Eh, qu\u2019importe! J'étais là, moi!.Il avait une fille.il ne devait pas.Il n\u2019a pu m'\u2019oublier.Ah! ce n\u2019est pas possible : il n\u2019a pas fait cela, je\u201dne le crois pas.\u2014 Vous m'embarrassez très fort, ma pauvre enfant, car je n\u2019ai pas à juger les actes de votre père.Tl est certain qu\u2019il aurait dû penser à vous conserver ce patrimoine qu! faisait de vous une riche héritière.| \u2014Laissons de côté la question argent, m'\u2019écriai-je brusquement.Je ne tiens à la Châtaigneraie que parce qu'elle est le berceau des miens et que j\u2019y suis née.Si je m'inquiète de sa vente d\u2019il y a quinze ans, c\u2019est qu\u2019elle représente pour moi, un point autrement important qu\u2019une fortune si grosse soit celle-ci.\u2014Et quoi done peut vous paraître plus important, mon enfant?dit le notaire gravement.\u2014Mais,le retour et la vie de mon père, car vous ne croyez pas à sa mort, vous! Vous savez bien qu\u2019il n\u2019a pas péri en mer comme on l\u2019a dit?\u2014Voici la première fois que j'entends Ri: ii: A ei: 3, 0 + 4, LTTE TAT) SSD Vol.7, No 12 dire qu\u2019il soit mort.\u2014A la bonne heure! \u2014 Mais c\u2019est aussi la première fois qu\u2019on m'\u2019affirme qu\u2019il vit encore.Il est disparu, cela seul, je crois, est certain.\u2014Disparu, disparu! protestai-je.Peut- on dire qu\u2019un homme soit disparu quand on sait ce qu\u2019il a fait et où il a véeu?\u2014Le sauriez-vous ?\u2014Ou!, je sais! affirmai-je avec force bien que, hélas, ma certitude ne fut pas si complète.J\u2019ai cherché et je suis arrivé à suivre sa trace jusque dans ces dernières années.C\u2019est depuis deux ans seulement que j'ai perdu celle-ci; mais patience, bientôt je saurai tout.\u2014Voiei une nouvelle qui me fait plaisir.De tout mon coeur, je souhaite que vous réussissiez.ma chère enfant.Mais que dit Madame de Borel! A-t-elle, comme vous, la même foi aveugle en la réussite.Si j'avais été plus calme à cette minute j'aurais remarqué ce qui me saute aux yeux, à présent, en écrivant ces lignes, c\u2019est que Maître Piémont ne paraissait pas très ému de mes confidences.Scepticisme sans doute.Mais qu'\u2019importe l\u2019op'nion des autres! l\u2019avenir seul donnera tort ou raison à l'espoir filia! qui reraplit mon coeur.Cependant, la question précise du notaire au sujet de ma mère, calma mon agitation.\u2014Ma pauvre maman ignore tout, je n\u2019ai pas voulu troubler sa torpeur douloureuse pour !a rejeter en plein drame.Il se peut que mes recherches aboutissent à une tombe, mais il se peut aussi qu\u2019elles arrivent jusqu\u2019à mon père vivant, dans le premier cas, je laissefai ignorer la vérité à ma mère.Dans le second, oh! avec quel bonheur, je le lui ferai connaître.\u2014 Ft vous eroyez qu\u2019elle partagera La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 pleinement votre joie.\u2014Oh, j'en suis certaine, j'en suis certaine ! \u2014On prétend, cependant.pardonnez- moi de vous répéter cet on dit.on affirme que Madame de Borel ne parle jamais de son mari.\u2014Mais elle en porte fidèlement le deuil, répliquai-je vivement.Elle vit une vie de cloître au milieu des vivants.Elle ne prend aucun plaisir et ne se mêle à aucune fete.\u2014Par goûts sédentaires, peut-être.\u2014 Non, parce qu\u2019elle se souvient et qu\u2019elle attend.Le notaire réfléchit quelques instants, puis me dit: Ecoutez, mon enfant, creyez en ma vieille expérience ; jJ\u2019ai bien peur que vous ne trouviez que larmes et déceptiens à remuer ces cendres.Vous êtes jeune, suffisamment riche, la vie s\u2019ouvre devant veus toute riante ; laissez le passé en paix.regardez en avant et non en arrière.tout le reste n\u2019est que fantôme et désolation.Je secoual la téte pensivement.\u2014Nous ne sommes maltres ni de nos pensées ni de motre destinée.Depuis que l'ombre du passé m\u2019a effleurée, je me sens envahie de son ambiance: elle m\u2019attire, elle m\u2019étreint, je sens qu\u2019elle me domine.toute ma volonté est tendue en arrière.Je: ne songe qu\u2019à faire revivre ce passé ehéri, le ressusciter, en retrouvant mon père s\u2019il vit encore, ou le pleurant éternellement s\u2019il est mort.\u2026 Je crus percevoir, à nouveau, un bruit derrière moi.Ce devait être une hallucination de mon oreille, mais je ne pus m'empêcher de me lever et de m'approcher d\u2019une tenture que je seulevai,.Il n\u2019y avait naturellement teat Vol.7, No 12 rien derrière, qu\u2019une boiserie de muraille toute unie.\u2014Que faites-vous?fit le notaire étonné.\u2014dJe croyais avoir entendu marcher, ré- pondis-je un peu confuse de mon erréur.\u2014dJe ne pense pas; les appartements situés de ee côté-ci n\u2019ont pas été ouverts enepre.Il! n\u2019y a que Monsieur Spinder dans la maison et je crois vous avoir dit qu\u2019il avait gardé un peu la chambre, ce matin.\u2014 Monsieur Spinder vit-il done seul ?\u2014 Presque, il est veuf.J'ignore s\u2019il a des enfants, mais je lui sais beaucoup d'amis.\u2014Ï! a l\u2019air, en effet, d\u2019être très bon soûs ga grande barbe grise et ses vilaines lunettes noires.\u201411 a la vue très délicate; le Jour le gêne, m\u2019a-t-il dit.\u2018Comme mon interlocuteur achevait de parler la porte s\u2019ouvrit et notre hôte apparut.° Je me levai vivement pendant qu\u2019il venait vers moi.\u2014Vous avez été souffrant, monsieur ?m'imformai-je aussitôt en serrant la main qu\u2019il me tendait.\u2014Un peu\u2026 une violente migraine.Je remarquai, en effet, qu\u2019il avait mauvaise mine et paraissait un peu abattu.\u2014dJ'ai mal dormi cette nu't, reprit-il en s'élpignant un peu pour se dérpber sans doute à mon indiséret examen.1! n\u2019en faut pas plus pour ra'abattre.Quand j\u2019aural ey le plaisir de causér un long moment Aves vous, iL uy paraîtra plus.Je jetal, à la pendule, un coup d'oeil de détresse.| | \u2014Hélas c\u2019est impossible et j'en suis navrée.Voyez l'heure.Ma mère serait ingniète si j'éta's inexacte.\u2014 Vous avez été grondée de votre re- grand \u2014 81 La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 tard, l\u2019autre jour?s\u2019informa Monsieur James Spinder avec le fameux froncement de sourcils que j'ai déjà remarqué chez lui.\u2014Pas très fort, répondis-je en souriant.Je me suis empressée d\u2019en expliquer la cause à ma mère et elle a vité passé l\u2019éponge.\u2014Ah, bon! Et que dit-elle, Madame de Borel, de la dernière vente de la Châtai- gnerale?s\u2019écria le Notaire qui, déc:dément semblait chercher toutes les ocea- sions de connaître les pensées de ma mère.\u2014L'e qu\u2019elle en dit?fis-je un peu, embarrassée.ee Et levant les yeux vers Monsieur Spin- der.triste._ \u2014Ue n'est pas très généreux de me poser cette question devant Monsieur si affable et si courtois pour inoi, mais vous savez bien que la vente de cette demeure ne pouvait la'sser ma inère indifférente.\u2014dJe serais désolée, Mademoise'le, que Mme de Borel vit dans mon achat de la Châtaigneraie une manière d'être désobligeant peur elle et je compte sur votre bicaveillance pour l\u2019assurer de mon infini respeet et de mon entier dévouement.I! avait émis sa protestation avec une chaleur qui me toucha.[Irsiinetivement.je saïiss sa main et la precsai entre les miennes.\u2014\u2014-Nos infortunes sout bisn antérieures à votre venue lei et en aucune facon vous ne nouvez y être méêls.Ma mère sait depuis longtemps que le sort de la Châtat- gneraie ne nous regarde plus et pas un instant, elle n\u2019a songé à vous en vouloir d\u2019en être devenu le propriétaire.\u2014Cependant, dit-il en souriant s'il m\u2019en souvient, l\u2019autre jour, mademoiselle, vous ne marquiez pas un si complet déta- FR re pin RANT A 7 ji fishin 3 HEA Qu iH Rp nd Ç ver j'ajoutai avee un sourire un peu Voi.7, No 12 chement.Et il me semble qu\u2019en vous adressant à maître Piémont, vous Jui avez parlé de vos droits de visite.\u2014C\u2019est que j\u2019avais encore des illusions avant-hier, répliquai-je en rougissant de confusion.Même contre toute invraisemblance, le coeur en garde quelquefois.c\u2019est si bon de s\u2019imaginer que ce que l\u2019on voudrait voir se réaliser est possible ! Mais maître Piémont s\u2019est chargé, tout à l\u2019heure, de me les ôter toutes.C\u2019est un rude médecin que notre cher notaire et il guérit vite les gens de leur cécité volontaire.\u2014Vous ai-je bien définitivement ouvert les yeux ?Etes-vous convaincue au moins?En parlant nous avions gagné la porte de sortie.Avant de lui répondre, je laissal mon regard errer lentement sur le pare.Puis, j'eus un sourire mélancolique et reportai mes yeux sur lui: \u2014Mon Dieu! frarchement, je crois que la cure n\u2019est pas complète.M.James Spinder accueillit mon aveu d\u2019un éclat de rire.\u2014 À la bonne heure! Tenez bon.mademoiselle.Voyez-vous cet ennemi des pê- cheurs de lune! ce destructeur de rêves! Gardez vos illusions, quelles qu\u2019elles soient, elles sont sacrées parce qu\u2019elles doivent être belles.D'ailleurs le vrai est souvent si près de l\u2019invraisemblable, la sagesse voisine si fréquemment avee la folie, que je ne sais trop si ce n\u2019est pas vous qui êtes plus près de la vérité que Maître Piémont avec toutes ses froides raisons.\u2014Acceptez-en l\u2019augure, ma chère enfant, répliqua le nota:re de bonne grâce.Monsieur Spinder est peut-être meilleur prophète que nous le soupconnons.Moi, je ne demande pas mieux que d\u2019avoir tort si cela peut arranger tout le monde.Sur cette belle boutade du tabellion je OCR RES La Revue Populaire Montréal, Décembre 1314 pris congé.\u2014À bientôt, me dit M.Spinder, qui semblait me voir partir avee regret.\u2014Bon voyage! répondis-je, me rappe- _lant qu\u2019il 'devait sous peu s\u2019absenter.\u2014Oh, souhaitez-moi plutét un bon retour.J\u2019aurai hite d\u2019étre revenu si je dois avoir quelquefois le bonheur de vous voir ici.; \u2014Ce serait abuser vraiment de votre bon accueil et je craindrais d\u2019être indis- créte.\u2014Au contraire.promettez-moi de revenir.votre promesse sera mon talisman de voyage.Il badinait évidemment, néanmoins je fus touchée de son insistance amicale et je promis, sans me faire plus longtemps prier : \u2014Oh, alors, emportez-là et puisse cette pensée vous faire vite revenir ici.Il me baisa le bout des doigts et nous nous séparames.e 13 juin\u2014J\u2019attendais Bernard ce matin pour ma sortie habituelle et au lieu de mon fidèle compagnon, un jeune garcon est venu me prévenir que \u2018\u2018se sentant un peu patraque aujourd'hui, Sauvage préférait ne pas sortir\u2019\u2019.Je suis sûre que le brave garcon est véritablement souffrant car il n\u2019aceepte- rait pas de rester couché pour un rien.J'ai demandé à ma mère la permission d\u2019aller à pied, tantôt jusqu\u2019à sa petite maison, prendre de ses nouvelles.14 Juii\u2014 Brave ami! Je me doutais bien qu\u2019il était réellement malade ! Il a dû prendre froid avant-hier matin, sous la pluie, quand il est venu jusqu\u2019aux Tourelles me chercher.Je lui disais bien qu\u2019il devrait se munir d\u2019un parapluie lorsqu\u2019il tombe de l\u2019eau.Mais cette idée l\u2019amusait : Vol.7, No 12 \u2014Un ancien soldat avec un pépin! Et naturellement, il n\u2019avait voulu rien entendre pour changer de vêtements et prendre ceux du jardinier puisque les siens étaient humides.Toute la matinée, pendant que je causais avec Maître Piémont, puis avec Monsieur Spinder, mon insouciant compagnon de rqute a conservé ses vêtements humides.Aujourd'hui, il tousse, il a la fièvre et il ne tient pas debout! Le Docteur Delorme est venu le voir.Il dit que c\u2019est une bronchite, qu\u2019il doit garder strictement le lit et prendre un tas de tisanes et de sirops.Pauvre Bernard, tout seul dans sa maisonnette.Cela va bien quand il est valide, mais en ce moment.Une voisine le veille, mais le temps, quand même, doit lui sembler long.Il a été bien heureux de me voir arriver chez lui.Il avait des larmes de joie dans les yeux quand il m\u2019a reconnue.Heureusement, que mère me permet d\u2019y aller chaque jour jusqu\u2019à ce qu\u2019il soit guéri.Je vais y retourner tantét.16 juin \u2014Ma malchance continue.Un accident est arrivé à Mascotte, hier, dans sa boxe.On l\u2019a trouvée un fort lien de paille enroulé autour de son pied gauche antérieur.Le boulet est enflé et elle boite.On voit bien que ce n\u2019est pas Bernard qui la soigne en ce moment! Me voici privée pour quelques jours de la joie de monter à cheval.Si, seulement, mon pauvre Sauvage allait mieux! 19 juin \u2014J\u2019ai trouvé tantôt, chez Ber- La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 nard, un mot du Colonel Chaumont.Il m'\u2019avise qu\u2019il est parvenu à savoir lequel des fils du Général de Rouvalois a dû accompagner mon père.Il s\u2019agit du plus jeune, nommée Maurice, mais il paraît que celui-ci est actuellement en Indo-Chine.Et le Colonel termine sa lettre par cette pittoresque réflexion suivie d'un bon encouragement : \u2018\u201cTls en ont une santé, ces gens-là de se \u2018promener d\u2019un bout à l\u2019autre du globe, \u201cquand il leur serait si simple de rester \u2018\u2018chez eux} \u201c\u2018Enfin, ne vous découragez pas, petite \u2018\u201camie, je crois que nous tenons le fil !\u201d\u201d 3ernard et moi avons été contents de constater que le Colonel ne nous oublie pas.C\u2019est que les jours s\u2019écoulent bien lentement à présent que je suis inactive et qu\u2019il ne me reste plus qu\u2019à attendre le résultat des démarches du Colonel.Si, seulement, elles réussissent ! Je crains tant qu\u2019il ne soit sur une fausse piste.29 juin \u2014Monsieur Spinder est de retour depuis h\u2018er, paraît-il.C\u2019est la voisine qui soigne Bernard qui le lui a annoncé hier soir.Il n\u2019est pas seul à ce qu\u2019il paraît et la femme n\u2019a pas manqué de me mettre au courant dès qu\u2019elle m\u2019a vue.\u2014 Pensez, mademoiselle, qu\u2019il ramène avec lui deux espèces de grands diables noirs comme des démons, avec des yeux gros comme le poing et des dents longues comme des doigts.\u2014 Je connais le portrait, a fait Bernard qui malgré sa faiblesse s\u2019amuse à taquiner la brave femme.Ce sont bien des démons venus de l\u2019enfer, même qu\u2019en Algérie on les appelle des moricaux.-\u2014ÇCe sont des nègres! m'\u2019écriai-je amusée. Vol.7, No 12 Mais la femme ne riart pas.\u2014Jésus, Maria! Je ne sais pas quel nom ils portent, mais sûr que ce ne sont pas d\u2019honnêtes chrétiens! \u2014Monrgseur Spinder a-t-il ramené avec lui d'autres personnes?demandai-je.\u2014C'est probable, car il était suivi d'une multitude de caisses et de colis.Peut- etre contenalent-ils encore deux ou trois douzaines de gorilles semblables aux deux autres.c'est probable qu\u2019on ne doit pas permettre à ces gens-là de voyager dans les trains.Cette fois, Bernard et noi ne pûmes contenir notre hilarité.\u2014 Bien, bien.reprit la femme un peu offusquee de notre gaîté; quand vous les verrez, vous direz comme moi qu'il y a au pays assez de braves gens pour faire le serviee au château sans qu\u2019on impose aux honnêtes gens, le voisinage et la vue de parei:s sacs de charbon.\u2014Bah! fit Bernard.Lorsqu'ils seront bien débarbouillés, vous n\u2019y penserez plus.\u2014Eh bien! s\u2019il n\u2019y a que moi pour leur donner l'eau et le savon!\u2026 Quand je suis partie, Sauvage taquinait La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 29 juin \u2014J\u2019ai fait tantôt la comnaissan- ce d\u2019un étranger au pays.Et dans quelles dangereuses eirconstan- ces: J\u2019en frémis encore, en y pensant! Pour aller voir Bernard, j\u2019avais pris aujour- d\u2019bul, la charrette anglaise attelée de My- lord, car Mascotte est toujours incapable de sortir.En le quittant, au lieu de revenir directement aux Tourelles, je suis passée par la route d\u2019Autrebec afin d\u2019y visiter \u2018une famille pauvre que ma- mère entretient.Ma charrette allait au pas ear la côte est raide à monter.Devant moi, un monsieur très grand, très mince, marchait posément, les mains nues derrière le dos.encore la voisine avec ses deux amis mori- caux.25 juin \u2014 Depuis deux jours, je trouve Bernard soucieux.Je remarque qu\u2019il semblé gêné en ma présence.Il garde le s'lence, de longs moments.quand je suis là et si je lui parle de mon père, du colonel, de nos projets, il secoue pensivement la tête sans répondre.| Saurait-il quelque chose de nouveau et craindrait-il de me le révéler?Mais non, je suis folle de m\u2019inquiéter si facilement.Sauvage est affaibli par la maladie et son état est cause de cette dépression morale qui me fait douter de lui.IT IEA Ey Ty 81 Tout de suite, j'avais remarqué cette silhouette qui répond au signalement de mon père.Depuis quelque temps, je dévisage tous les hommes qui sont grands et minces.Comme il y en a quand on fait attention ! Done celui de tantôt avait attiré mon regard et comme je ne le voyais que de dos.je donne un léger coup de fouet à Mylord pour accélérer son allure.Mais voici que justement du talus à peine marqué de la route, débouehe un troupeau de boeufs que je n\u2019avais pas vus venir, cachés qu\u2019ils étaient par une épaisse haie d'aubépines.Devant cette avalanche de ruminants, mon cheval s\u2019effraie.Il recule, se cabre, parvient mème à se dresser sur son train de derrière, assez haut pour que je perde ma maîtrise.Je pousse un cri perçant et lâche les guides que, consciente du danger, pourtant, j'essaie en vain de ressaisir.Les boeufs effrayés se précipitent à la débandade. Vol.7, No 12 Leur désarroi augmente l\u2019affolement de Mylord.Î lance des ruades et, finalement recule si bien qu\u2019une roue de la charrette- gravit un tas de cailloux et que, précipitée de mon siège, je me crois morte.Mais mon corps inanimé ne tombe pas sur la route.Deux bras solides m\u2019ont saisie au vol et délicatement déposée en Heu sûr.Et pendant que sous l\u2019empire de l\u2019émotion, je perds tout à fait connaissance, mon sauveur s\u2019élance à la tête du cheval, le saisit aux naseaux et, après quelques instants de lutte, parvient à le maîtriser.Quand je repris mes sens, j'avais encore l\u2019impression d'être dans la voiture et J'éprouvais la sensatïon d\u2019un siège branlant qui se renverse en arrière.Pourtant, un homme penché sur moi essayait de me ranimer en éventant un journal prés de mon visage décoloré.Voyant que je remuais faiblement.il entoura mes épaules de son bras et me soutint.\u2014Où souffrez-vous, madame?êtes-vous blessée.Cette voix anxieuse me fit ouvrir les yeux tout à fait et je reconnus l\u2019inconnu qui marchait devant moi, tout à l\u2019heure.Me rendant compte que je lui devais la vie, j'essayai de li sourire et de le remercier.Je devais être très pâle car il répéta: \u2014Je vous en prie, rassurez-moi.Où souffrez-vous, madame?\u2014Je n\u2019ai pas mal.bégayais-je.\u2014 Vous n\u2019êtes pas blessée ?\u2014Je ne crois pas.je me sens très faible mais c\u2019est la peur.\u2014Dieu soit loué! J\u2019ai bien cru que c\u2019en était fait de vous.Je eompris ce qu\u2019il voulait dire et fer- La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 mai les yeux en frissonnant.Il erut & un second évanouissement car il se mit à genoux près de moi et son bras me soutint plus fermement.Mais ce n\u2019était qu\u2019une dernière faiblesse nerveuse que quelques larmes malgré moi répandues calmèrent vite.Bientôt, je pus remercier de tout mon coeur celui à qui je devais la vie.I parut gêné de l\u2019explosion de ma reconnaissance.\u2014Oh, je vous en prie, madame, protes- ta-t-:l.N\u2019exagérez pas mon mérite.Je n\u2019ai fait que mon devoir tout simplement.Je n'ai eu que la peine de vous recevoir dans mes bras et de vous déposer sur l\u2019kerbe.\u2014Vous m'avez sanvé la vie.Sans vous J étais perdue! \u2014 Ce qui me frappe le plus en cette affaire, reprit-il en déviant légèrement la conversation, c\u2019est l\u2019attitude de ce bouvier.Il ne s\u2019est préoccupé que de ses boeufs qu\u2019il avait du mal à rassembler, et il était furieux comme si votre cheval était cause de tout le mal! Ces paysans sont véritablement étranges.Leurs bêtes passent avant tout et la vie des gens me leur parait qu\u2019un accessoire ! \u2014Mon cheval est-il blessé?demandai-je avee inquiétude.Il se mit à rire.\u2014(omment, vous aussi, Madame! Votre première pensée est pour votre cheval ! | Je ne pus m'empêcher de répondre à sa gaîté.\u2014Oh, pardon, protestai-je en riant.Ma première pensée a été de vous remercier.\u2014C\u2019est vrai.\u2014Mais ma seconde aurait dû être de m\u2019informer si en maîtrisant mon équipage, vous ne vous étiez pas fait mal vous- même.\u2014Non, rien. Vol.7, No 12 \u2014Heureusement ! \u2014Nous en sommes quittes pour la peur, tous les deux! \u2014Ma voiture est plus malade, probablement f fis-je navrée en pensant aux dépenses que cela allait occasionner à ma mère qui, certainement me priverait, pendant quelque temps, de toutes sorties en voiture.ment.Il fit avancer et reculer Mylord en L'inconnu alla l\u2019examiner attentive- suivant soigneusement le mouvement des roues, des essieux et des brancards.\u2014Rien! annonca-t-il joyeusement.Rien de cassé ! Tout au plus, les cailloux ont-ils erraflé ie be!s d'une roue, mais un peu de peintur* et 1 n\u2019y paraîtra plus.Alors, vraiment, j'ai de la chance d\u2019en sortir ainsi.\u2014Certes! Une voiture à quatre roues n\u2019y aurait pas résisté.Je me levai car pendant tout ce dialogue, j'étais restée assise, et je rajustai ma toilette un peu chiffonnée.\u2014Que comptez-vous faire, à présent ?me demanda l\u2019ineonnu en revenant vers moi.\u2014Je vais rentrer chez moi, car je ne me sens pas en état de continuer ma route.\u2014Vous habitez loin, madame?Sa question qui eut été indiscréte en La Revue Populaire toute autre circonstance était naturelle a ce moment-là.Je me tournai vers le vallon.Coincidence curieuse, mon accident se produisait sur la -même route où trois semaines auparavant, j'avais rencontré l\u2019automobile en panne de monsiur Spinder.De loin, je montrai done à celui qui m\u2019interrogeait, les clochetons de notre Maison : \u2014Jsà-bas, expliquai-je, cette flanquée de tourelles; vous voyez.\u2014C\u2019est encore loin.maison 86 Montréal, Décembre 1914 \u2014Non pas trop: une demi-heure à peine.\u2014 Mais vous ne comptez pas y retourner en voiture.\u2014Oh, non! J'ai eu trop peur! Je crois que je n\u2019oserais pas remonter.\u2014FEt vous ferez bien.Ce cheval est véritablement nerveux, il doit être habitué à une main plus ferme que la vôtre.En effet; habituellement, je ne conduis que ma jument, mais celle-ci à une entorse et j'ai dû me servir de ce pur sang qui est vif et habitué à ètre mené par un de nos homes.\u2014(Comiment ferez-vous pour retourner, répéta l'incennu qui continua t de regarder les Tourelles.Il ajouta, devinant mon embarras.\u2014Si vous désirez mon assistance, madame, disposez de moi.Je puis vous ae- compagner jusqu\u2019à votre porte.\u2014Oh, non! m\u2019écriai-je vivement, mère serait trop inquiète et ce serait véritablement abuser de votre complaisance.Je \u201cais rentrer à pied et ramener ma voitu- re.Je m'avancai vers Mylord et voulus saisir sa bride mais la bête, en me reconnaissant dressa les oreilles et fit un écart.Vivement, l'étrange saisit l\u2019autre guide et maintint l\u2019amimal.\u2014Vous ne pouvez conduire ce cheval, il est trop irascible en ce moment.Je vous en prie, je serai plus tranquille, permet- tez-moi de vous accompagner.\u2014Mais il faut traverser le village.Je me tus soudain, me sentant rougir, n\u2019osant pas lui dire que cela me paraissait incorrect d\u2019être vue avec un homme que je ne connaissais pas.11 comprit sans doute ma restriction, car :l reprit: \u2014Rentrez seule, madame, et laissez-moi Vol.7, No 12 ramener cette béte derriére vous.Heureusement, une idée me vint.\u2014Oh, non! tenez, ce n\u2019est pas la peine de vous donner ce mal.Conduisez ma voiture jusqu\u2019à la maisonnette située un peu plus bas, à l\u2019entrée du bois, cela suffira.\u2014Lià où il y à un homme malade?de- manda-t-il légèrement étonné.\u2014Oui, justement.C\u2019était la maison de Bernard.\u2014Je ne pense pas que cet homme puisse être pour vous d\u2019un grand secours.En parlant, il changeait la direction du cheval.\u2014Non, mais le laisserai chez lui, Mylord et la charrette que je ferai prendre plus tard par un serviteur.\u2014Comme il vous plairai111 me semble que 1\u2019inconnu tout en se pliant à ma volonté, n\u2019était pas satisfait de mon plan.O devait, d\u2019ailleurs, s\u2019attendre à \u2018une reconnaissance moins réservée de ma part.Il se mit donc en route sans parler et sa subite raideur m\u2019attrista.J'aurais voulu pouvoir lui dire quelque chose d\u2019aimable, 1\u2019assurer que je lui garderais une éternelle recounaissance, que les miens seraient heureux de le remercier eux-mêmes, de vive-voix, mais quand je levai les yeux sur lui, je rencontrai un visage fermé qui faisait mourir les mots sur\u2018mes lèvres.Comme nous approchions de la maison de Bernard, il se tourna vers moi, cependant.\u2014C\u2019est bien ici que vous avez voulu dire ?madame?\u2014Oui, monsieur.H hésita, puis finit par dire.\u2014Je dis \u2018\u2018madame\u2019\u2019 mais c\u2019est peut- être \u2018\u201cmademoiselle\u2019\u2019.\u2014Oui, c\u2019est \u2018\u2018mademoiselle\u2019\u2019 répondis-je La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 en rougissant comme un coquelicot.La femme Macon, la voisine de Sauvage, en me voyant arriver à pied et escortée, leva les bras au ciel et s\u2019écria: \u2014Bon sang! Un malheur! Sûr, il est arrivé un malheur à mademoiselle ! Un eri d\u2019angoisse, à l\u2019intérieur de la maison, lui répondit, et je compris que ses exclamations avaient été entendues de Sauvage.Ne pensant plus qu\u2019à rassurer celui-ci, je m'\u2019élançai dans sa chambre et laissai mon sauveur se débrouiller avec la femme.En deux mots, je mis Bernard au courant.Malgré sa respectueuse affection pour moi, il commenca par me gronder fermement.\u2014En voila une idée, prendre Mylord qui est la bête la plus nerveuse que je connaisse ?Non! mais c\u2019est tenter le sort! Est-ce que vous tenez tant que ça, à perdre la vie! Si, encore, vous l\u2019aviez attelé à une voiture lourde; mais non, vous prenez la charrette, c\u2019est insensé!.Ah! quelle misère ! Etre là, cloué par un maudit rhume!.Mascotte blessée.Cet accident.tout cela n\u2019arrive pas quand je suis au- prés de vous!.Attendez que j'aille mieux, sapristi, et d\u2019ici là, allez à pied ou faites de la bicyclette.La colère du brave garçon en tout autre circonstance ne in\u2019elit pas autrement affectée car je sentais son inquiétude ct je voyais que c\u2019était par affection qu\u2019il parlait ainsi, mais l\u2019étranger était entré et l\u2019entendait, et je me sentais affreusement gênée.\u2014Gardez votre courroux pour cet imbécile de bouvier, dit mon sauveur en intervenant.Croiriez-vous que cet individu ne se mettait même pas en peine de secourir ma- Vol.7, No 12 demoiselle et qu\u2019il ne se préoecupait que d\u2019un boeuf qui refusait de rentrer en rang.C\u2019est msensé que de telles brutes puissent exister.Bernard s'était soulevé à la vue de l\u2019arrivant.Changeant eubitement de ton, il répondit : \u2014 Heureusement, monsieur, vous étiez là.Mademoiselle vient de me raconter qu\u2019elle vous devait la vie.Je ne suis qu\u2019un ancien serviteur mais, permettez-moi de vous remercier au nom de toute la famille et de tous ceux qui connaissent et qui aiment mademoiselle.Ah! s\u2019il avait fallu qu\u2019un malheur arrive! Tonnerre! Cette pensée me rend fou!.Tenez, monsieur, voiei ma main, touchez-lk, c\u2019est celle d\u2019un homme qui n\u2019a jamais renié ses serments et je fais.aujourd\u2019hui, celui de vous être déveué à jamais.Si vous avez besoin d\u2019un homme prêt à se faire hacher pour vous, me voilà, vous n\u2019avez qu\u2019un signe à faire.L\u2019ineonnu s\u2019approcha de Bernard et lui serra fortement la main.\u2014J'espère bien n\u2019avoir jamais besoin de faire appel à votre dévouement ear vraiment ce serait trop exiger pour un si léger service, mais je suis heureux des paroles que vous venez de prononcer car elles me prouvent que mademoiselle doit être bonne infiniment pour avoir su inspirer à ceux qui la connaissent de tels sentiments.Puis se tournant vers moi.il m\u2019enveloppa d'un long regard et s\u2019inclina.Je lui tendis la main.vraiment je ne pouvais moins faire, car moi, je savais bien, sans exagérer, que je lui devais la vie.\u2014 Au revoir, monsieur.le fois merci! | Ses doigts fiévreux laissèrent sur les miens qui étaient glacés, une sensation de et merci, mil- La Revue Populaire Montréal.Décembre 1914 brûlure.\u2014Qu'\u2019est-ce que c\u2019est que ce monsieur, demanda Berrard après que mon sauveur fut parti.Je tressaillis.Dans mon trouble, j'avais oublié de lui demander son nom.\u2014Il ne doit pas être d'ici.première fois que je le vols.\u2014Moi aussi.pourtant, je crois con naître tous nos jeunes gens des alentours.Hé! Madame Macon, arrivez-la.A l\u2019appel de Sauvage, la voisine aecou- rut.\u2018 \u2014Dites done, la mère, qu\u2019est-ce que c'est que ce particulier-là ?\u2014Ah, ça! Je n\u2019en sais rien, mais il m\u2019a l\u2019air d\u2019un fameux original.Croiriez-vous que pendant qu\u2019il attachait le cheval sous la remise, il m'a demandé le nom de mademoiselle.\u2014Et alors?\u2014Eh bien, quand je lui ai eu dit, il a sursauté à croire qu'il allait tomber à la renverse.\u2018\u2018Solange de Borel, qu\u2019il répétait.Ah, c\u2019est la petite Solange! ajou- ta-t-il plus bas!.\u2019\u2019 sauf.votre respect, mademoiselle, je vous affirme qu\u2019il a dit C'est la \u2018ah, c\u2019est Solange!\u201d Même qu\u2019il avait l\u2019a\u2018r de joliment connaître votre nom.Et tenez, cela a dû lui faire plaisir, tout de même, de l\u2019entendre ear voyez, 1l m'a mis ca dans la main! La brave femme, encore tout ahurie de son aubaine montrait, dans le fond de sa main, une belle piéce de cent sous, teu- te neuve.\u2014 Bizarre, fit simplement Bernard.Mais moi, toute remuée, je me penchai vers le malade et lui dis: Sauvage, dites, vous êtes certain que ce n\u2019est pas \u2018\u2018lui?\u2019?\u2014Qui \u2018\u201c\u2018lui\u2019\u2019? Vol.7, No 12 \u2014Mon père?Sauvage se mit à rire.\u2014Ca non, ee n\u2019est pas lui, j'en suis sûr.Vous n\u2019y pensez pas, mademoiselle.Votre père a quarante et quelques amnées à présent; alors que le monsreur qui sort d'ici n\u2019a guère plus de vingt-six à vinget-huit ans.\u2014C'est vrai! Je suis folle.Bernard venait en effet, de me faire remarquer l\u2019âge de men sauveur.Toute émue par ma mésaventure, Je n\u2019y avais pas même fait attention.Je restai quelques minutes auprès de Bernard, puis, le corps las, mal remise de mon émotion, je reprise, 3 pied, la route des Tourelles.Je marchai songetuse, pensant à l\u2019exela- mation de l\u2019inconnu rapportée par la voisine de Sanvage et j\u2019essayai de eompren- dre eomment et pourquoi mon nom avait pu émouvoir mon sauveur ! Mais après avoir retourné dans ma tête un tas de suppositions, j'en arrivai à eroire que la bonne femme avit dû broder un peu comme toutes nos commères de village qui éprouvent tomjours le besoin d\u2019en dire ptus long qu\u2019elles n\u2019en savent.| Et ©e soir, je raisonne pareillement men nom pouvait avoir été déjà prononeé «devant l\u2019étranger ; eelui-ci peut.ne pas l\u2019ignerer, mais de là à \u2018\u2018en tomber à la renverse\u2019?et surtout à m\u2019appeler \u2018\u2018Solange\u201d tout court, il y avait un monde.30 Juin.\u2014 J'ai mal dormi eet*e nuit.Dans un demi-sommeil, }\u2019avais sams cesse l\u2019inpression d\u2019un mouvement de roulis suivi d\u2019une dégringolade et d\u2019une chute.Eveillée en sursaut, je me dressai sur mon lit effrayée et pendant quelques instants, je restai, le eceur oppressé et fris- somnante, po me remdormir ensuite et n\u2018en retrouver que mieux mon cauchemar.Ds le matin, Monsieur James Spinder La Revue Populaire Somnnn nen nian nnn Montréal, Décembre 1914 à envoyé ici une grosse gerbe de fleurs en même temps qu\u2019il faisait prendre de mes nouvelles.Qui done, a bien pu parler de mon ac- exlent ?Cette attention du châtelain a mis ma meére en émoi.Elle est venne me trouver dans ma chambre alors œue j\u2019étais emcore au lit.| \u2014\u2014 Que t\u2019est-il done arrivé hier ?En revenant ici, a pied, lorsqu tn étais partie en voiture, tu m'as simplement dit que ta avais laissé la voiture chez Sauvage parce que Mylord t\u2019avait para nerveux.Tu m\u2019as caché la vérité puisque ce matin, 1 s gens s'inquiètent de ta santé.\u2014 Pardonnez-moi, mère, si je ne vous ai dit qu\u2019une partie de la vérité, mais je craignais de vous effrayer en même temps que je redoutais d\u2019être privée par vous de sorties en voiture.Je m\u2019eænuie tant quand je reste à la maisen.\u201c \u2014 Enfin, qu\u2019est-ce qu\u2019il y a eu, au juste ?\u2014 Oh, presque rien.Mylord a fait quelques ruades, j'ai eu peur et j'ai crié.Quel- qu\u2019un qui passait sur la route a arrêté mon cheval et m\u2019a descendue de voiture.J\u2019aimais autant aller à pred que de reveir Mylord sauter au bout des braneards de la charrette.Elle sourit : \u2014 Je te eroyais plus brave ! Mais quel est & Hom de ee passant empressé ?\u2014 Ah ca ! motus comme dit Bernard.J\u2019ai oublié de lui demander son nom et jamais je ne l\u2019avais vu avant.Pour une fois que le Ciel m'envoie un sauveur, je me suis eonduite eomme une étourdie.\u2014 Em effet, ear je suis daws l\u2019impossibilité de remereier celui qui t\u2019a rendu service.\u2014 Il m\u2019a sauvé la vie, mère, repris-je doucement.Sans lui, Mylord aurait peut- être pris le mors aux dents.Il y avait \u2014 89 \u2014 un troupeau de boeufs qui couraient en tout sens, à travers la route.\u2014 Tu as done été réellement en danger.\u2014 Oui, mère, un peu.pendant quelques secondes.la voiture a failli me renverser.\u2014 Et tu ne me dis rien ! Il faut que je t\u2019arrache la vérité par lambeaux ! Ainsi, hier, on aurait pu me ramener ma fille inanimée.Oh, c\u2019est épouvantable ! \u2014 Tout est bien fini, c\u2019est le principal.\u2014 Heureusement.Mais il me faudra remercier celui qui t\u2019a porté secours ; c\u2019est un devoir de reconnaissance dont je ne laisse le soin à nul autre.\u2014 J\u2019esgalerai ma mère de connaître son nom.\u2014 Oui, il le faut !.Et ce cheval.Il est nerveux, je m\u2019en débarrasserai.\u2014 Oh, non, mère ! avec Sauvage, My- lord se conduit très bien.\u2014 Evidemment, mais je ne tiens pas à entretenir un cheyal spécialement pour le service de ton ami Bernard, d\u2019ailleurs, Mascotte suffit à notre modeste train de vie et je n\u2019ai vraiment pas besoin de deux chevaux.\u2014 Patatras ! C\u2019était bien ce que j\u2019avais prévu.Et vous me grondez parce que J'essaye d\u2019atténuer la vérité.Me voilà réduite a toujours aller a pied ou à sortir en voiture.Fini, mes promenades à cheval, car vous ne me permettez pas de monter seule, pas plus que vous ne m\u2019autorisez à faire de la bicyclette sans compagnie.| Ma mére me prit la main affectueusement.\u2014 Alloms, ne t\u2019énerve pas ! Je n\u2019aime pas te voir t\u2019agiter ainsi, sans motifs.Promets-moi de ne plus te servir de My- lord et n\u2019en parlons plus.\u2014 Oh, eela ! Pas besoin que vous me le recommandiez : j'ai eu assez peur.\u2014 Tu es brûlante, fit-elle ne me tou- La Revue Populaire 90 Montréal, Décembre 1914 chant le front.Reste couchée, un peu.ce matin, je vais répondre à l\u2019envoyé de Monsieur Spinder que tu vas \u2018aussi bien que peut aller une petite fille imprudente ét déraisonnable.Et voilà pourquoi j\u2019écris ces quelques lignes dans mon lit.2 Juillet.\u2014 Ai-je rêvé ?De la fenêtre de ma \u2018chambre, d\u2019où je domine toute la vallée, j'apercois très bien la route de Noyville.Or, ce matin, j'ai cru voir la silhouette, à cheval, du monsieur qui m\u2019a sauvé la vie l\u2019autre jour.Pour m\u2019en assurer, j'ai pris une jumelle mais le chevalier s\u2019était éloigné et je n'ai pu le distinguer que de dos.Mon doute persiste donc.Si c\u2019est bien mon sauveur, que j'ai vu ce matin, sur la route.autour des Tourelles, c\u2019est done que ce monsieur habite la région ou y réside momentanément.\u2018Mais voilà, ne me suis-je pas trompée ?4 Juillet.\u2014 Ah, ca ! Qu\u2019est-ce qu\u2019il avait encore, Bernard, aujourd\u2019hui.Il change véritablement.Je suis allée le visiter comme je le fais chaque jour, lui apportant de ces petits riens qui font toujours plaisir aux malades, mais il était silencieux, distrait, et on eut dit que ma présence le gênait.è \u2014 Rien de nouveau de la part du eolo- nel ?lui ai-je demandé.\u2014 Non rien.\u2014 Comme c\u2018est long ! | \u2014 11 ne peut pas écrire tous les jours.Cette réponse m\u2019a étonnée car l\u2019habitude, l\u2019ancien soldat partage mon impatience.Une inquiétude est venue ! \u2014 Auriez-vous appris quelque chose de mauvais, Sauvage ?\u2014 Moi ?allons \u2018done, je ne sais rien ! es mccain E \u2014-y Vol.7, No 12 fit-il vivement.\u2018Î \u2014 Pourquoi vous en défendez-vous si fort.\u2014 Parce que je sens une angoisse dans votre voix \u2018et que je n\u2019aime pas que vous vous marteliez la tête inutilement.\u2014 C\u2019est vrai ! j\u2019ai toujours peur.Je me dis que si le colonel apprend qu\u2019un malheur est arrivé à mon père, il me le cachera.Vous le saurez peut-être, vous Bernard, mais vous ne me le direz pas davantage.\u2014 Bon ! Voilà que vous êtes prête à pleurer ! Ecoutez, mademoiselle Solange, vous n\u2019êtes pas raisonnable de vous faire du malçcomme cela inutilement.\u2014 Alors, vraiment,vous ne savez rien.\u2014 Je vous affirme que je n\u2019ai pas vu le colonel et qu\u2019il ne m\u2019a pas écrit.Je vous en donne ma parole de soldat ! Là, êtes- vous contente ?\u2014 Oui, vous me rassurez.Mais pour que je sois tout à fait.tranquille, répondez-moi avee la même franchise : pourquoi êtes- vous changé depuis quelque temps?pourquoi n\u2019aimez-vous plus que je vous entretienne de mon espoir de retrouver mon père ! I ne put me répondre.A ce moment, un troisième personnage entra en scène.La porte s\u2019ouvrit et à ma grande surprise, je reconnus Monsieur Spinder.A sa vue, Bernard voulut se soulever sur son oreiller, et il me parut qu\u2019il était tout ému.| Mais l\u2019arrivant était allé tout de suite vers lui.\u2014 Allons, allons, restez tranquille, mon brave ami.Les malades me doivent pas s\u2019agiter ainsi.Puis se tournant vers moi, la main tendue et la voix amicale : \u2014 Je suis heureux, mademoiselle, de vous trouver ici.C\u2019est que vous ne me ~ 91 \u2014 La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 fournissez pas souvent l\u2019occasion de vous présenter mes hommages.\u2014 Je n\u2019ai appris que depuis peu, votre retour, balbutiai-je pour m\u2019excuser, car je me rappelais la promesse d\u2019aller le voir souvent, que je lui avais faite avant son départ.\u2014 Voici douze jours que je suis de retour, et l\u2019eussiez-vous su dès le lendemain de mon arrivée que vous ne seriez probablement pas venue plus souvent à la Châtaigneraie, répliqua-t-il gaiement.C\u2019est le lot des hommes de mon age.La jeunesse les délaisse, ajouta-t-il avec un peu d\u2019amertume.Puis, il s\u2019informa de l\u2019état de Bernard et comme discrètement, je me levai pour me retirer, il se leva également.\u2014 Vous retournez aux Tourelles, mademoiselle ?J\u2019ai ma voiture et justement je vais par là.Voulez-vous me permettre de vous déposer à votre porte.\u2014 Je crains de vous déranger en acceptant.\u2014 Du tout.C\u2019est une joie pour moi de faire la route avec vous.Nous primes congé de Sauvage dont la.figure exprimait wn 'tel rayonnement que Je me sentis soudain, tout triste.Etait-il done déjà passé de l\u2019autre côté -.du côté du nouveau propriétaire.Je me souviens de sa fière réponse à Monsieur Spinder, la première fois que celui-ci nous avait adressé la parole, lors de sa panne d\u2019automobile : \u2014 Sûr que ce n\u2019est pas l\u2019argent et les belles manières qui me feront changer de maître.Ils peuvent venir les acquéreurs, ils n\u2019auronft pas Bernard Sauvage.Et voilà que justement Monsieur Spin- der, en le quittant lui disait : \u2014 Dépêchez-vous vite, Sauvage, de guérir.Vous savez qu\u2019on vous attend à la Châtaigneraie.Cette simple phrase d\u2019encouragement - che : Vol.7.No 12 du riche étranger a | humble garcon, me serra atrocement le coeur.\u2014 Bernard a accepté dentrer à son servie.Le pauvre diable s\u2019est pas ri- l\u2019argen': attire les gems.; Et il nie parut que j'étais encore plus abandonn:e que jamais.in silenc-.j'avais pris place aux côtés de Monsieur Spinder qui eenduisa;* lai- meme Un superbe cheval anglo-normand.attel a sa voiture.\u2014 Qu\u2019avez-vous, petite amie : toute triste, il me semble ?| Ce mot de \u2018\u2018petite amie\u2019\u2019 que me donnait cet étranger, me fit violemment rougir.Cette appellation familière tombait mal en ee moment que je lui en voulais de m'avoir pris Bernard.-\u2014 On ne me changera pas moi ! pen- sal-je.Et tout haut : \u2014 Mon Dieu, monsieur.je suis vraiment confuse.répondis-je affeetant une implacable correction.J'ai accepté un peu étourd'ment votre offre aimable de me reconduire, et je viens de me rappeler que ma mère m\u2019avait chargée d'une course pour elle.\u2014 Monsieur Spinder se tourna vers moi, d\u2019un brusque mouvement.À travers les verres de son binocle, je Vis ses veux fouiller les miens qui se dérobaient.Un larg\u201d pli barra son front.\u2014 Qu\u2019est-ce que vous avez ! Vous n\u2019é- tes pas fachde ?Jé me forcai à rire.\u2014 Oh.non ! mais je désire accomplir la tâche que ma mère m'a donnée en partant.Tl tira sur les guides du voiture s\u2019arrêta.\u2014 Soit, fit-il en me retenamt auprès de lui.Ce n\u2019est qu\u2019un changement d\u2019itinéraire.J\u2019aile temps.De quel eôté allens- vous êtes cheval et la PER La Revue Popukare Montréal.Décembre 1914 nous.\u2014 Je ne veux pas vous imposer la corvée «de me suivre ! m'écriai-je voulant prendre eongé et descendre.\u2014 Oh ! pretesta-t-il.Si vous n'aocep- tez pas mon offre, je vais eroire que, vraiment, veus êtes fâchée, et comme mademoiselle de Borel est trop bonne pour faire un affront, sans motif, à un homme de mon age, je vais la prier de m\u2019expliquer en quoi j'ai pu lui déplaire.Ce rappel direct à la bienséance me rendit à woi-même.En un instant, ma nervosité disparut et je comprig que je venais d\u2019être souverainement injuste vis-à-vis de cet homme qui r\u2019avait eu pour moi, jus qu\u2019iei, que des bons procédés.Il me regardait très sérieux.attendant ma réponse.Flle fut celle que men coeur me dicta.Il me regardait wk Je lui saisis les mains avec vivacité.toute répentante de l\u2019injure que j'avais failli lui faire.Et je ne sus que balbutier.les veux pleins de larmes.\u2014 Pardonnez-moi.pardonnez-moi.Si vous saviez comme j'ai eu du chagrin tout d\u2019un coup.I] m\u2019attira contre lui.paternellement.\u2014 Pauvre petite.je l\u2019avais bien deviné, murmura-t-il.Il remit la voiture en marehe mais la tourna ver: une direction diamAtralement apposé a celle des Tourelles, Et me retenant toujours contre lui, le bras passé autour de ma taille, il revrit : \u2014Ne pouvez-vous pas me dire votre peine, mademoiselle Solange.Quelque \u20acko- se me dit que je \u2018n\u2019y suis pas étranger.Et pourtant.Ah, si veus saviez combien je voudrais vous voir sourire toujours, toujours ! \u2014 Vous êtes très bon et moi je suis une méchante enfant qui ne mérite pas votre indulgence, Adis-je avec convietion. \u2014 Qu'est-ce qu\u2019elle a donc fait cette méchan'te fillette que vous accusez si fort.Loyalement, j\u2019expliquai avec confusion.\u2014 Elle vous en à voulu.oh, de toutes ses forces.parce que, tout à l\u2019heure, vous avez dit à Sauvage qu\u2019il était attendu à la Châtaigneraie.\u2014 Et vous ne voulez pas qu\u2019il y vienne ?\u2014 Oh, il est libre, évidemment.Mais cela m\u2019a fait quelque chose d\u2019apprendre qu'il passait à votre service.C\u2018était comme s\u2019il désertait.comme s\u2019il m\u2019abandonnait.vous me l\u2019avez pris, compre- nez-vous ?\u2014 Non, fit-il en riant.Je ne comprends pas du tout.Vous m\u2019avez affirmé, un jour, que cet homme n\u2019était pas votre serviteur.\u2014 Justement il était plus que cela, presque un ami.un ancien brosseur de mon père.il avait joué avec celui-ci, autrefois.il avait été élevé chez mes grands parents.Il faisait partie de la famille.Auprès de moi, il était un souvenir du cher disparu, comprenez-vous à présent.\u2014 Je comprends surtout qu\u2019en apprenant qu\u2019il allait venir chez moi, vous avez eu l\u2019impression qu\u2019il passait à l\u2019ennemi.\u2014 C\u2019est vrai ! \u2014 Ah, je ne vous le fais pas dire ! s\u2019é- erla-t-il.je suis l\u2019ennemi ! Plus tristement, il ajouta \u2014 Vous m\u2019aviez cependant assuré, l\u2019autre jour que je n\u2019étais nullement responsable du changement de maître de la Châtaigneraie.Si je n\u2019avais pas acheté ce domaine, un autre l\u2019aurait fait.\u2014 Et un autre n\u2019aurait certainement pas été aussi indulgent que vous l\u2019êtes pour la pauvre petite déshéritée ! m\u2019é- eriai-je avec émotion.Tl porta ma main à ses lèvres qui tremblaient.| \u2014 (C\u2019est peut-étre tout simplement pour / La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 cela que je me sens si fortement attiré vers vous, mademoiselle Solange.parce que vous êtes celle qui devriez être à ma place.\u2014Non, ne dites pas cela.Je vous assure que cette pensée de, possession ne m\u2019est jamais venwe.On vous a peut-être appris que mon père avait disparu au cours d\u2019un voyage en mer \u2014 moi aussi j\u2019usal du pieux mensonge qui ne penmet aucun commentaire.\u2014 Eh bien, si je le voyais revenir, continuai-je ; ah, tout le reste me serait bien égal! fortune ou pauvreté ne pèsent guère à mes yeux devant le reste.Les seules choses qui comptent ce sont les baisers dont je suis privée, ce sont mes caresses qu\u2019il ne reçoit pas.D\u2019un brusque mouvement, sans mot dire, monsieur Spinder me serra contre lui et m\u2019embrassa au front.Cet homme avait dû beaucoup souffrir pour compatir si spontanément à ma peine.En cette minute, 1\u2019émotion qu\u2019il montrait, me fut douce.J\u2019avais le coeur encore gonflé par l\u2019attitude bizarre de Sauvage, et ce m\u2019était un soulagetuent de pouvoir parler de mon mal, à des qreilles compatissantes.qui ne demandaient qu\u2019à me comprendre.Il ne fut plus question, ai-je besoin de le dire, de la soi-disant commission dont ma mère m'avait chargée.Nous causâmes longuement comme de vieux amis ; mais soudain, je remarquai que notre voiture filait vers des paysages inconnus de moi.\u2014 Mais où sommes-nous ?Où allons- nous ?m\u2019éeriai-je .Mon compagnon regarda autour de lui.\u2014 Voiei Autrebee, là-bas, à gauche et les Anthieux de ce côté.En prenant, tout à l'heure, le premier chemin à droite, nous contournerons le pays et arriverons au carrefour des Orties d\u2019où nous rega- Ir Re k Vol.7, No 12 gnerons facilement les Tourelles.\u2014 Vous connaissez mieux le pays, maintenant, mieux que moi, dis-je avee admiration.\u2014 Oui, fit-il, Je le parcours presque chaque jour.La solitude me pèse! Mais je ne suis plus seul, à présent.Un de mes jeunes amis qui revient d\u2019un long voyage en Afrique,m\u2019est arrivé dimanche soir.Il va rester plusieurs mois, pour se remettre d\u2019aplomb, car il a été blessé là-bas.Ses paroles me firent tressaillir.\u2014 Quelle partie de l\u2019Afrique a-t-il exploré * demandai-je anxieusement.\u2014 Dans ces derniers temps, la région du Tigre.C'est un charmant garçon de vingt- huit ans que j'aime comme un fils.\u2014 Ah, il a vingt-huit ans!.Je respirai avec effort: mon alerte avait été chaude ! Oh, cette pensée de mon père qui me harcelle.Je le vois partout ! Et tout de suite, sans raisonner, parce que c\u2019était le nouveau maître de la Châtaigneraie qui me parlait d\u2019un étranger venant d\u2019Afrique, j'avais eru qu\u2019il s\u2019agissait de lui.Nous fûmes bientôt au bout «de notre course.Un demi-heure à peine, après la voiture de monsieur Spinder s\u2019arrêtait devant la grille des Tourelles.En me quittant, son propriétaire me fit promettre d\u2018aller souvent à la Châtaigneraie.\u2014 J'ai mis de côté quelques petits souvenirs d\u2019autrefois qui peuvent vous faire plaisir.Venez les chercher.demain, voulez-vous.\u2014 Je n\u2019ose vous affirmer que j'irai sans faute, demain, car ma mère peut disposer autrement de ma journée mais je vous promets que si je suis libre, j'irai.\u2014 Alors, à demain, je l\u2019espère ; sinon à bientôt ! N\u2019oubliez pas de présenter mes respectueux hommages à madame votre mère que je n\u2019ose trouble \u201cans sa re- La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 traite mais qu\u2019il me serait véritablement agréable de connaître.\u2014 Je crois vous avoir dit que ma mère ne sortait jamais, \u2014 En effet, cependant, elle devrait bien: me permettre d\u2018aller lui présenter mes devoirs.Je n\u2019osai répondre sans avoir consulté ma mère.Il comprit ma réserve et n\u2019insista plus.Je vis ses yeux fouiller le pare, y chercher peut être une silhouette qu\u2019il pouvait croire hostile, puis aprés un dernier signe d\u2019adieu.Il enleva son cheval qui partit au calen.J\u2019avais a peine fait quelques pas dans l\u2019avenue, que ma mère apparut devant moi.\u2014 Qui était-ce ! demanda-t-elle en désignant l\u2019équipage qui s\u2019éloignait.\u2014 Monsieur James Spinder.\u2014 Aih, vous ne lui en voulez plus trop d\u2019avoir acheté la Châtaigneraie.\u2014 J'ai compris qu\u2019il n\u2019était pas responsable des circonstances qui nous l\u2019ont fait vendre.Un autre aurait pu l\u2019acheter à sa place.\u2014 Vous devenez raisonnable, fit-elle légèrement ironique.Mais, continua-t-elle, comment se fait-il que ce monsieur vous reconduise ici.Vous êtes donc allée à la Châtaigneraie.\u2014 Non, mère.Je l\u2019ai rencontré au chevet de Bernard et il m\u2019a offert de me reconduire, Je n\u2019ai pas osé refuser.\u2014 C'était difficile, en effet.Il est aimable ce James Spinder.\u2018 \u2014Très.Il m\u2019a chargée de vous transmettre ses hommages, et il m\u2018a demandé s\u2019il ne pourrait venir vous les présenter lui-même, Ma mère hocha la tête, le front rembruni.\u2014 Non.Vous lui expliquerez que je vis dans la y ~~ ~ompléte retraite et que j'ai Vol.7, No 12 le vif désir de n\u2019en pas sortir.\u2014 Mie permettez-vous de répondre à son invitation et d\u2019aller quelquefois à la Châ- raiït fait de la peine de ne plus pouvoir taigneraie.\u2014 Il n\u2019y vit pas seul je pense ?\u2014 Il y a un nombreux personnel.\u2014 Mais comme famille ?\u2014 Je ne sars.T1 a beaucoup d\u2019amis, m\u2019a dit maître Piémont.\u2014 Allez done, mon enfant, si la fréquentation de ces gens vous est agréable.Je ne désire pas que vous viviez en recluse à mon exemple.L\u2019abibé Viollet qui \u2018est venu me voir \u2018tantôt, m\u2019a dit que ce monsieur Spinder était un homme comme il faut et un excellent \u2018chrétien.Je vous donne carte blanche à son endroit.\u2014 Je vous remercie, ma mère.C\u2019est une chance que l\u2019abbé Viollet ait donné de bons renseignements à ma mère sur Monsieur Spinder, car jamais celle-ci ne m\u2018aurait donné une pareille autorisea- tion sans savoir.Et vraiment, cela m\u2019au- rencontrer ce monsieur.Il est très bon, très affectueux et je suis obligée de convenir que malgré mes préventions, il a déjà tout ma sympathie.5 Juillet.\u2014 J\u2019ai eu raison de faire des réserves en promettant à Monsieur Spin- der d\u2019aller aujourd\u2019hui, à la Châtaigneraie.En revanche, quelle troublante promenade, j'ai faite.Ma mère m\u2019a envoyée, après-midi, à Faussemare, petit hameau de Moyville, situé à une «dizaine de kilomètres d\u2019iei, pour y \u2018toucher à sa place, le loyer d\u2019une petite ferme qu\u2018elle possède par là.C\u2019est Auguste, le jardinier, qui m\u2019accompagnait.Il conduisait Mylord attelé à la victoria.Il avait pris place sur le devant de la voiture, pendant que j\u2019en occupais le fond.\\ \u2014 La Revue Populaire À peine avions-nous quitté des Tourelles que notre voiture croisa en route, un cavalier que je reconnus du premier coup d\u2019oeil._ Ai-je besoin de dire qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019inconnu qui m\u2019a sauvé la vie.I] m\u2019a reconnue également, car il m\u2019a adressé, au passage, un correct salut.\u2014 Quel est le nom de ce monsieur ?ai- je demandé à Auguste qui connaît tout le monde, ici., Mais il n\u2019a pu me répondre.\u2014 Depuis huit jours, je l\u2019aperçois assez souvent à l\u2019entour des Tourelles.Cet homme doit être rescendu ceh dnuzseon véâfir me doit être descendu chez un de nos voisins, mais je ne vois pas chez lequel cela peut bien être.Tout bas, je me dis que je ne m'étais pas trompée, l\u2019autre matin, quand de ma fenêtre j'avais cru le reconnaître sur la route.Et un trouble m\u2019envahit.\u2026.C\u2019est une drôle de sensation de savoir qu\u2019on doit la vie à un inconnu, que sans lui, on serait probablement une petite chose inerte, au fond d\u2019un trou.Souvent, je me demande si je l\u2019ai assez remercié cet homme qui a volé à mon secours, sans s\u2019inquiéter du mal qui aurait pu lui arriver à lui-même.Que lui ai-je dit ?Quels mots la reconnaissance m'\u2019a-t-elle dictés?Je ne sais plus : j'étais si bouleversée.Et depuis qu\u2019ai-je fait en sa faveur ?Ma mère m'avait dit de rechercher son nom, sa personnalité.Ai-je vraiement esssayé de trouver ?J\u2019aurais dû, dès le premier instant, m\u2019informer auprès de lui, demander son nom à lui-même, où done avais-je la tête que je ne l\u2019ai pas fait.\u2018 Mais n\u2019y a-t-il pas de sa faute également, dans cette ignorance ou je suis de tout: ce qui le concerne.Depuis quand sau- 95 \u2014 Montréal, Décembre 191% Nu y x ec J a ur ae aac Vol.7, No 12 / ve-t-om la vie des gens sans se faire connai- tre a eux, ensuite ! Ne devait-il pas s\u2019arranger pour que je retrouve facilement sa trace et puisse me renseigner.Au surplus, sa présence autour des Tourelles, notre rencontre à la grille de la maison que j'habite, tout cela n\u2019est pas aussi naturel que je veux bien me l\u2019imaginer, (\u2018et homme a droit à des remerciements qui ne lui ont pas été donnés, a une reconnaissance qui ne s\u2019est pas exprimée : il cherehe l\u2019un et l\u2019autre, parbleu ! Au lieu de rougir, tout à l\u2019heure, com me une sotte, j'aurais dû faire un signe à Auguste.lui dire d\u2019arrêter la voiture et.Mais je suis folle, je ne puis vraiment pas prendre cet homme par la main, sous prétexte que je suis son obligée et le conduire à ma mère, comme à une distribution de prix ! Toutes ces pensées se heurtent dans mon cerveau pendant que la voiture filait vers Faussemare.Si j'avais su alors, ce qui allait arriver.Ah, je n\u2019avais pas fini encore de penser à mon sauveur! .Quand le hasard s\u2019en méle il fait mesure comble !.Mais mettons de l\u2019ordre dans notre récit et racontons les choses comme elles se sent passées.Tout d\u2019abord, dès notre arrivée à Faus- semare j'ai vu nos fermiers: Et pendant qu\u2019Anguste \u2018\u2018cassait la croûte\u201d\u2019 et faisait boire le cheval, je suis restée dans la cour.Puis, je suis allée cueillir des cerises.Je n\u2019avais pas faim, moi, et comme la bonne femme voulait à toute force que j\u2019emporte des cerises pour ma mère, j\u2019ai préféré aller présider à la cueillette que rester enfermée dans la maison où l\u2019on respire un odeur de laitage qui gêne quand on n\u2019en a pas l\u2019habitude.Done .je pars à La suite du gamin, et La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 lorsque nous arrivons au cerisier qui est planté sur le bord de la route, nous nous heurtons au cavalier de tantôt.Oui, encore lui.il était là ! Cette fois-ci je suis devenue plus rouge que les cerises qui pendaient à l\u2019arbre.Il était là, lui que j'avais croisé deux heures auparavant à trois lieues de là, dans une direction opposée.Ft il me semble que le hasard seui ne suffit pas à expliquer cette seconde rencontre.Il m\u2019a vue tout de suite, lui aussi ! De nouveau, À m\u2019adressa un respectueux salut.T] passe, il va s\u2019éloigner.mais l\u2019enfant qui est effronté comme tous les gamins de la campagne, interpelle le cavalier.\u2014 Psitt, Monsieur ?Si vous voulez des cerises ?Y en a pour tout le monde.J\u2019ai sursauté, effarée.L\u2019étranger n\u2019al- lait-il pas croire que j'avais inspiré cette invitation.Oh, s\u2019il pouvait ne pas l\u2019avoir entendue.Mais non, il retient son cheval et s\u2019arrête.\u2014 Vous me parlez, mon jeune ami?de- mande-t-il en hésitant, car il croit avoir mal entendu.\u2014 Ben dame, oui ! riposte le gamin.J'eueillons des cerises, et puisqu\u2019vous êtes un ami de mademoiselle, v\u2019pouvez en profiter.Ces paroles sont si naïves dans leur bonne intention, que le jeune homme se met à rire et que je dissimule mal une envie de l\u2019inviter.\u2014 Il fait très chaud, dit-il, et ces cerises seront les bienvenues si toutefois mademoiselle ne me trouve pas trop audacieux d\u2019oser l\u2019en priver de quelques-unes.Trop intimidée pour parler, je fais un geste de protestation.L'enfant, heureusement, ne me laisse pas le temps de trou- 96 \u2014 4 Vl Vol.7, No 12 ver quelques mots à dire.\u2014 Ah, sûr que tout s\u2019era point cueilli.Les branches en cassent, tant qu\u2019y en a! Déjà, 1l avait grimpé dans 1\u2019arbre et, avee de grands éclats de rire, faisait pleuvoir sur moi une grêle de cerises.Pour cacher ma gêne, car je n\u2019en reve- nals pas encore de cette aventure, je me mis à ramasser les fruits et à en remplir le panier que l\u2019enfant avait apporté de la ferme.Le jeune cavalier n\u2019avait pas quitté sa selle.Gêné par ma réserve et, probablement, trop bien élevé pour la faire rompre, il me regardait en silenec.\u2014 Ah ça ! Mademoiselle.Vous oubliez not\u2019imvité.Hé ben, moi qui croyais vous faire plaisir et vous avez l\u2019air d\u2019le bouder.Sans mot dire, glacée par tant d\u2019aplomb j obtempérai à ce brutal avis.Prenant le panier, j\u2019allai le tendre au cavalier qui continuait de suivre du regard, tous mes mouvements.\u2014 Prenez, monsieur, fis-je poliment.\u2014 Vraiment.je regrette.j\u2019ai été indis- eret d\u2019accepter l\u2019offre de cet enfant en vo- fre présence.Je me ressaisis car ses excuses contiennent un discret reproche.\u2014 Oh, du tout, monsieur, il fait très chaud et le petit a eu raison.Goûtez ces fuits, ils sont exquis.I] prit deux cerises, bout des doigts.\u2014 Oh, ce n\u2019est pas assez, prenez davantage.\u2014 Alors, servez-moi.demande-t-il gaiement.De votre main j\u2019accepterai tout.\u2014 Le plus difficile serait peut-être de le manger, répondis-je en riant.Prenant une grosse poignée de fruits, je les lui mis dans la main.Je crois que j'en mangerais beaucoup si je devais les recevoir toutes de vous-même.délicatement du La Revue Populaire 97 sets iiritie res aies ue Montréal, Décembre 1914 -\u2014 N\u2019vous gênez pas, m\u2019sieur ?En v\u2019la encore, crie l'enfant du haut de son arbre.\u2014 Îl est amusant ce petit, remarque l'inconnu qui a vu mon front se rembrunir.\u2014 Oui, il est drôle.\u2014 C\u2019est l\u2019enfant de la maison voisine je erois.\u2014 Le fils de nos fermiers, oui.\u2014 Il 'a l\u2019air joliment déluré.\u2014 Beaucoup trop ! Que de rancune contient mon affirmation.En ce moment.une automobile appa- rait.Instinctivement, je recule et me toumme pour dérober mon visage, ear je ne veu- drais pas étre apercue présentant des fruits & tin jeune homme, sur le bord de la route.Et de son arbre, mon précoce perséeu- teur, ricane : \u2014 H#, mademoiselle qui ne qu\u2019on la voie ! Heureusement, l\u2019étranger devine mon supplice et y met fin.Après nous avoir remerciés le plus rapidement possible, sans oser même s\u2019adresser directement à moi, il s\u2019éloigne et je respire soulagée.| A peine est-il parti que l\u2019enfant saute à terre et me regarde avec consternation.\u2014 Il s\u2019en va \u201c Moi qui pensais que e\u2019é- ta\u2019t vot\u2019galant.Tl est arrivé derrière vous et d\u2019puis y tournait autour de cheux noux.Ah ben si j'avais su ! Il peut continuer maintenant suis seule à entendre, ses génent beaucoup moins.Cependant, mon silence le trouble et il s\u2019excuse.\u2014 Vrai ! Faut pas m\u2019en vouloir si j'suis resté.Je m\u2019disais qu\u2019du haut d\u2019mon arbre j'ne vous gênerais pas.veut pas » .que je réflexions me né aco es 2 sec.et prise C3 cane Vol.7, No 12 \u2014 Mais, je ne connais pas ce monsieur, \u2018ui dis-je malgré moi.\u2014 Oh, ça ! Il vous regardait de trop ; et pis, vous, j'ai bien vu.Je le saisis par le bras, car j'avais envie de le souffleter.\u2014 Qu\u2019as-tu vu ?\u2014 Dame ! Vous fâchez pas.Vous étiez rouge comme coquelicot et vous n\u2019osiez plus lever les yeux.\u2014 Tu es stupide Je ne cherche même pas-a le détromper.Je sens que je ne convainerai jamais Ce gamin Vicieux.Mais je songe avec épouvänte qu\u2019il n\u2019en faut pas davantage pour compromettre la réputation d\u2019une jeune fille.Et mon visage doit refléter mon état d\u2019âme, car l\u2019enfant .s\u2019approche de moi et me regarde sous le nez.\u2014 Vous faites pas de bile ! J\u2019sais tenir ma langue, allez !.Toutes les filles du village ont leurs amoureux.J\u2019le sais bien, j\u2019les connais tous, mais j'raconte jamais rien à personne.même qu\u2019elles m\u2019donnent un sou quand elles me rencontrent.Ah, ce précoce polisson s'exerce déjà a faire chanter le monde.Ecoeurée, je me hâte de regagner la voiture qui m\u2019attend, prête à partir, et c\u2019est à peine si je remercie les gens de la ferme de leur bon accueil et de leurs cerises.Pourtant, quand la voiture démarre, je mets hiativement la main & ma podhe et je jette dix sous au gamin qui triomphe.Ce n\u2019est pas en pensant à moi que j'ai payé une rançon a ce petit effronté.Non, vraiment, car je me rends bien compte que sa 'bave ne peut m\u2019atteindre, mais je songe à l\u2019inconnu qui ignore les propos tenus contre nous deux, et je ne voudrais pas qu\u2019ils \u2018arrivent jusqu\u2019à lui.La Revue Populaire - Montréal, Décembre 1914 6 Juiliet, la nuit.a m\u2019endormir.Le gamin de tantôt en a menti.Pourquoi le cavalier seraitil venu si loin pour me rejoindre.pour me voir?Il m\u2019attendait, a dit l\u2019autre.dix minutes ?Invention ?S\u201911 m'avait réellement suivie et attendue c\u2019est qu\u2019il aurait eu quelque chose à me dire.Or, il ne m'a rien dit.Et l\u2019enfantt, pourtant lui en a fourni joliment l\u2019occasion.Il n\u2019a niême pas fait allusion à notre première rencontre, à mon accident.Vraiment, on aurait pu croire qu\u2019il me voyait pour la première fois, qu\u2019il ne m\u2019avait jamais parlé.Non, il n'avait rien à me dire.Non, non ! il me m\u2019a pas attendue devant la ferme et ce n\u2019était pas pour moi qu\u2019il était là.Mensonge ! C\u2019est un mensonge ! 7 Juillet, \u2014 C\u2019est dimanche, aujour- d\u2019hui.Je suis allée, ce matin, messe avee Félicie.En arrivant à l\u2019église.J'ai eu une véri- tabie-surprise : mon inconnu était là, debout, presque à l\u2019entrée.Pour gagner ma place dans le banc familial, j'ai dû passer devant lui et nos Veux se sont croisés.| J\u2019ai vu un fugitif sourire estomper ses lèvres pendant que nous échangions un imperceptible salut.Oh, comme j'étais devenue rouge tout d\u2019un coup.La présence de ce jeune homme à la messe, m\u2019a empêchée \u2018de prier avec ma ferveur ordinaire.Bien qu\u2019il fut très loin derrière moi, il me semblait que j'étais enveloppée de son regard et que je ne pouvais faire un geste sans qu\u2019il me remarquât.Je ne puis arriver à la première J\u2019appréhendais et souhaitais à la fois, la fin de la messe.î Quelque chose me disait qu\u2019il ne partirait pas avant que nous ne soyons sorties nous-mêmes, F'élicie et moi.Et ce pressentiment ne me trompait pas.Li*étranger se tenait près du bénitier et sa main trempa dans l\u2019eau sainte quand il nous vit assez près pour pouvoir nous en offrir.Mes doigts frôlèrent les siens en tremblant.Pourquoi donc étais-je si troublée que je n\u2019osais même plus le regarder ?Est-ce que cela n\u2019aurait pas été tout indiqué de ma part, de lui sourire naturellement et d'aller à lui.Profitant de la présence de Félicie j'aurais pu lui parler et lui dire que ma mère le remerciait et qu\u2019elle lui gardait une éternelle gratitude de lui avoir conservé son enfant.Mais rien.Une rougeur, un tremblement, un regard furtif.J\u2019ai courbé la tête gauchement, j'a marché gênée à la suite de Félicie qui fe se doutait de rien.Voila tout ce dont j'ai été capable tantôt.Et depuis ?.Ah, depuis.!.Oh, l\u2019insistance de ce regard d'homme qui me poursuit.ces doigts qui continuent de frôler les miens.ce sourire qui semblait vouloir vaincre ma timidité, atti- xe le mien comme un aimant.Solange, prenez garde.Le coeur doit se défendre contre les surprises du chemin.L\u2019homme qui vous tourmente n\u2019est peut- être pas digne de vous.Tournez les yeux vers le but filial que vous vous êtes tracé et ne permettez pas qu\u2019en inconnu vienne vous en distraire.Solange, naïve Solange, prenez garde ! La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 8 Juillet.\u2014 J'ai pu aller enfin à la Cha.talgneraie aujourd'hui.| Ce n\u2019est pas trop tôt, voici plusieurs jours que Monsieur Spinder m\u2019attendait.C\u2019est encore Auguste qui m\u2019y a condui.mais la voiture n\u2019a fait que me déposer a la grille et elle est repartie aussitôt.Monsieur Spinder était assis sur la ter- lasse avec un autre monsieur que je ne distinguai pas tout d\u2019abord.À peine m\u2019a-t-il apercue, qu\u2019il est ae- couru au devant de moi.\u2014 La bonne surprise ! Je croyais bien que vous ne viendriez plus ici tant vous m'avez fait désirer votre visite.te \u2014 Oh, ne m'en veuillez pas, ai-je répondu en lui serrant les mains.Comme je le Cralgnais, ma mère a disposé de moi l\u2019autre jour.\u2014 Je sais, je sais ! Quelqu\u2019un m\u2019a dit vous avoir rencontrée, en corvée de pro- priétiaire, à Faussemare., J\u2019allais l\u2019interroger sur l\u2019indiseret quel- qu\u2019un, mais il m\u2019entrainait sur la terrasse vers l\u2019autre personnage qui s\u2019était levé.\u2014 Mon Dieu ! cette silhouette ?.\" on dirait ?Et mon oceur se mit à battre sourdement.Oui, c\u2019est lui ; toujours lui !.Je le retrouverai donc partout! Comment pour- rais-je faire pour n\u2019y point penser.Monsieur Spinder me conduisit vens lui, \u2014 Je n\u2019ai pas besoin de vous présenter Maurice, mademoiselle.naissez déjà, puisqu\u2019il a eu le bonheur de vous aider à ramener votre voiture l\u2019autre jour.Cette fois-ci, aucune timidité inbempes- tive ne m\u2019arréta et je tendis ma main au jeune homme avee une bonne grice mondaine qui m\u2019entraîna.Sa présence auprès de moi, aujourd\u2019hui n\u2019avait rien d\u2019équivoque et je me sentais RTE EE EEE PLIS TT RE SET Vous le con- . Vol.7, No 12 beaucoup moins troublée.Répondant aux paroles de Monsieur Spinder, je erus devoir rectifier : \u2014 Monsieur a fait plus pour mei que de ramener ma voiture.Tl m\u2019a sauvé la vie.Sans lui, j\u2019allais être écrasée.\u2014 Eh bien, il s\u2019en défend.\u2014 Evidemment, mademoiselle exagère beaucoup.\u2014 Oh, monsieur, protestai-je \u2014 Votre ami.Sauvage, reprit Monsieur Spinder m\u2019avait répété la chose ainsi que vous même mademoiselle, la lui aviez dite : mais Maurice prétend que le hasard seul a tout fait, ce jour-là.\u2014 Parce que monsieur est aussi modeste que courageux, intervins-je.Mais je sais très bien que je lui dois la vie et que sans votre intervention, je ne serais probablement pas ici.\u2014 Pas du \u2018tout, protesta-t-il embarrass-, je n\u2019ai rien fait de tout cela.D\u2019abord, mademoiselle, vous \u2018étiez trop troublée pour pouvoir vous en rappeler.Je mr mis à rire.\u2014Ca, c\u2019est vrai, J'étais affolée, mais pas assez pour ne pas pouvoir juger la situation.T1 ne faut pas diminuer votre mérite.monsieur.car du même coup vous diminuez toute l'importance de mon accident.Il rit également.\u2014 Oh.si c\u2019est par coquetterie, je m\u2019incline.\u2014\u2014 Pardon ! C\u2019est par amour de la vérité.Ma voiture se renversait sur le côté ct moi, violemment projetée en arrière.j'allais rouler sous l\u2019équipage qui reculait quand au risque de vous faire blesser vous-même vous m\u2019avez cueillie au passage et mise en lieu sûr.C\u201cest également vous qui avez maîtrisé mon cheval, puis qui êtes venu me donner des soins car j'étais inanimée.Pendant que je parlais, Monsieur Spm- der avait saisi lesmains du jeune homme La Revue Pepulaire Montréal.Décembre 1914 et les serrait avec une violente émotion.\u2014 Ah, Maurice ! Pourquoi ne pas wm\u2019avoir dit cela l\u2019autre jour ?Sans vous, quel effroyable accident aurait pu arriver !.Quel chagrin vous m\u2019avez épargné.@h, mon ami comment m\u2019acquitterais-je jamais.Mais gêné, mon sauveur me désigna des: yeux.\u2014 Puisque mademoiselle est saine et sauve, tout est pour le mieux.Ai-je fait tant d'affaire l\u2019année dernière quand veus m'avez arraché des griffes d\u2019un tigre qui cherchait à assouvir sa faim sur moi.Mettons que j'ai rendu à mademoiselle, le service que j\u2019avais recu de vous.et n\u2019er parlons plus.Monsieur Spinder le lâchant aussitôt se tourna vers moi.\u2014 C'est juste, le principal est que tout le monde soit sain et sauf.Vous voiri seu- riante et fraîche.petite amie.ne rappelant méme plus votre accident et pour en rire.Nous rions, puis nous abordons d\u2019autres sujets de conversation, dont monsieur Spincer fait surtous les frais, car # suis si émue, si heureuse aussi d\u2019être là entre cet homme si hon et son ami, que je goûte la minute présente un peu silencieusement.CT Nous nous sommes assis dans des fauteuils de rotin et sur un signe de monsieur Spinder, un magnifique nègre, aux épaules d\u2019hereuke, mais qui rit de toutes ses dents, nous approche une table et apporte le thé.Cependant, Une idée m\u2019obsède depuis mon arrivée, alors que j'ai trouvé le châtelain en compagnie de mon sauveur.Je devine que ce dernier , est le jeune homme de vingt-huit ans, cet ami blessé en Afrique.dont il m\u2019avait parlé em me disant qu\u2019il allait partager sa vie à la Châtaigneraie, pendant quelques raois.Mais ces renseignements sont vagues.100 \u2014 Vol.7, No 12 Que fait ce jeune homme ?quel est son nom ?Je ne sais rien de lui et quand je songe qu\u2019il tient déjà une place importante dans mes pensées, je frémis en proie à une crainte pénible.Mon Dieu ! s\u2019il allait ne pas être digne «de la sympathie qu\u2019il inspire ! si malgré les apparences, c\u2019était quelque roturier en quête d\u2019une demoiselle à éblouir.Avec quel facilité, en effet, il s\u2019est mis à me suivre! J\u2019essaye de me dire que Monsieur Spin- der ne prêterait pas la main à rien de déloyal : mais, justement, jusqu\u2019ici le château est resté étranger à nos rencontres.Cette pensée me bouleverse.Ah, Dieu ! pendant qu\u2019il est temps encore, je dois ine renseigner et ne pas laisser davantage mon imagination s\u2019emballer au hasard.\u2014 À quoi pensez-vous, mon enfant ?Vous avez un souci, depuis quelques mi-\u201d nutes.La voix du châtelain me fait tressaillir et je le remercie d\u2019un sourire car il gem- ble toujours lire dans ma pensée pour prévenir mes moindres désirs.L'occasion est trop belle pour que je ne cherche pas à savoir, tout de suite, le nom et la qualité de eelui à qui je dois d\u2019existe: encore \u2018\u201cen bon état.\u201d M\u2019efforeant d\u2019être naturelle, je réponds done à Monsieur Spinder.: \u2014 Un soueri?Ah non! Je rkfléchissais.Vous allez rire : croiriez-vous que je ne sais même pas encore le nom de monsieur, le nom de mon sauveur ! \u2014 Vraiment ! Et monsieur Spinder étonné, interroge son ami des yeux.\u2014 Je n\u2019en ai pas fait mystère, répond celui-ei qui eroit voir un reproche dans ce regard.Mademoiselle ne me l\u2019a pas demandé sans cela, elle l\u2019aurait su immédiatement.\u2014 C\u2019est vrai, je ne m\u2019en suis pas infor- La Revue Populaire 191 Hide crie At tt ee es Sd ete Montreal, Décembre 1914 mé auprès de vous, j'espérais l\u2019apprendre autrement ! Mais toutes les personnes que j'ai interrogées l\u2019ignoraient.\u2014 Vrai ?Vous avez cherehé ?fait-il, un éclair de joie au fond des prunelles.\u2014 Oui, j'ai cherché, et beaucoup encore.Ma mère tenait à vous exprimer elle- même sa gratitude.je vous affirme que je me suis renseignée et beaucoup encore.\u2014 Fh bien, cher ami, faites-moi l\u2019honneur de me présenter à mademoiselle.\u2014 Le marquis Maurice de Rouvalois, fit simplement l\u2019interpellé en me désignant le jeune homme.\u2014 Le marquis de Rouvalois, répétai-je surprise, cherchant à me rappeler ou j\u2019a- vaig entendu déjà ce nom.\u2014 Vous connaissez ?étonné.\u2014 Vous connaissez ?- Je hochai la tête affirmativement.\u2014 Oui, il me semble qu\u2019on a prononcé ce nom, tout dernièrement, devant moi.Et tout à coup, l\u2019étincelle jaillit, me faisant sursauter : ' \u2014 Oui.Ah, je sais ! J\u2019étais devenue toute pale.Les deux hommes me regardérent, les yeux interogateurs.\u2014 Vous êtes le fils du général de Rou- valois ?demandai-je au jeune homme, le coeur battant soudain d\u2019un fièvre intérieure.\u2014 Parfaitement.\u2014 Vous avez plusieurs frères dont l\u2019un a remonté la vallée du Nil, il y a deux ans ?\u2014 Moi-même.de cela ! | Sans lui répondre, je continuai toute vibrante d'espoir.| \u2014 Vous ! Ah, c\u2019est le Ciel qui permet cette rencontre ! ° Et anxieuse, le coeur battant, parvenant avec peine, à dompter l\u2019émoi qui faisait interrogea-t-il mais qui vous a parlé \u2014\u2014 Vol.7, No 12 trembler ma voix, je demandai au marquis, \u2014 Dites-moi, là-bas, n\u2019étiez-vous pas avec un monsieur de Borel ?.Frédéric de Borel ?\u2018 \u2014 Un monsieur de Borel ?- Il hésita, regardant monsieur Spinder.\u2014 Je ne me souviens pas, répondit celui-ci à sa place.Je me tournai vers le châtelain.\u2014 Vous étiez aussi de cette tion, monsieur ?\u2014 dJ\u2019en étais, mademoiselle.C\u2019est pourquoi je puis vous affirmer qu\u2019aucun de nos compagnons ne portait ce nom.J\u2019étais attérée.Cependant, j\u2019insistai.\u2014 La personne dont je vous parle, pouvait avoir pris un autre nom pour effectuer ce voyage.souvent, on désire l\u2019incognito.Ah, je vous en prie, monsieur, rappelez-vous : un homme de quarante- trois ans, un grand, blond, avec des yeux .des yeux comme les miens ! \u2014 Non, vraiment, je ne vois pas, déclara monsieur Spinder avec certitude.Je cherchai du regard, la confirmation de cette réponse sur le visage de Monsieur de Rouvalois ; mais, les yeux à terre, il semblait vouloir éviter de me répondre.Une angoisse me mordit au coeur et c\u2019est au jeune homme que je la eriai comme si de lui à moi, déjà, il ne devait pas y avoir de secret ni de mensonge.\u2014 Mon Dieu ! vous ne voulez pas me dire.ce monsieur de Borel a péri là- bas! On m\u2019a affirmé qu\u2019il était parti avec vous.ou plutôt que c\u2019est vous qui l\u2019aviez suivi aux sources du Nil.\u2014 Qui vous a donné cette assertion ?\u2014 Un homme d\u2019honneur qui ne peut pas me tromper, le colonel Chaumont.\u2014 Tiens ! Vous connaissez le colonel Chaumont ?s\u2019écria monsieur Spinder.\u2014 11 habite la région, dis-je hâtivement car je n\u2019admettais pas qu\u2019on fit dé- expédi- La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 vier la conversation.Et de nouveau, j\u2019insistai auprès du jeune homme qui avait encore essayé d\u2019esquiver ma question.\u2014 Vous ne m\u2019avez pas répondu, monsieur de Rouvalois.ne comprenez-vous donc pas mon anxiété.Il s\u2019agit de mon père ! \u2014 Alors, rassurez-vous, mademowelle.Je puis vous affirmer qu\u2019aucun de nos compagnons n\u2019a péri là-bas et que tous, heureusement, sont encore en vie et en bonne santé.\u2014 Vous ne me trompez pas ?\u2014 Je vous en donne ma parole d'honneur.Co \u2014 Et vous êtes bien sûr qu\u2019il n\u2019y avait pas un monsieur de Borel avee vous ?\u2014 Aucun de nous me portait ce nom, cela aussi, je puis vous 1\u2019affirmer.\u201c Un douloureux soupir souleva ma poitrine.\u2014 Mon Dieu ! mon Dieu! Où chercher à présent ! murmurai-je à voix basee.J\u2019étais accablée.:\u2014 Depuis le début de cette scène, je faisais effort sur moi-même pour modérer ma voix et mes sentiments car j'ai été élevée dans l\u2019habitude de garder toujours une impassible correction, quels que soient les événements qui assaillent notre sensibilité.Mais les forces de l\u2019âme ont une limite, et à ce moment, une véritable détresse se lisait sur mon visage.C\u2019étalent tous mes espoirs à vauxd'eau et chacun pouvait deviner le découragement qui m\u2019avait envahie.Monsieur Spinder s\u2019était levé et arpentait la terrasse à grands pas, comme il le fait chaque fois qu\u2019une émotion violente le bouleverse.Avec la même brusquerie, it revint vers roi.Ne vous découragez pas, mon enfant, je 102 \u2014 Vol.7, No 12 vous er supplie, monsieur ide Borel, a Ms bien pu remonter le Nil avee une autre caravane : Tous les jours, il en part au Caire.\u2014 Non, non ! C\u2018était avec monsieur de Rouvalois qu\u2019il devait être et non avee un | autre.Demain, j'irai trouver le Colonel Chaumont et je le mettrai au courant.\u2014 Il s\u2019oceupe donc de rechercher votre pére ?interrogea le Chatelain.\u2014 Oui, il est très bon.il a voulu aider mes recherches.C\u2019est lui qui a retrouvé les traces de mon père jusque dans ces dernières années : le Soudan, l\u2019Afri- qu'e du Centre, les côtes de Guinée, le Con- su, les rives du Couando, le Transvaal.Il a pu le suivre à pas jusque dans ces dernières années.Les renseignements obtenus s\u2019arrêtent au Nil, vous venez de me dire qu\u2019il n\u2019y était pas avec vous.\u2014 Je croyais que vous aviez acquis la certitude que monsieur de Borel] avait péri en mer.Je me sentis rougir, embarrassée, dans ma fièvre, j'avais oublié le pieux mensonge dont nous enveloppons la disparition de mon père.Je répondis done car il était trop tard pour revenir sur ce que j'avais dit : \u2014 Non, nous n\u2018avons pu obtenir aucune confirmation de la réalité de nos craintes.Aussi, malgré tout, nous espérons et les renseignements obtenus semblent vouloir consolider notre espoir.\u2014 Vous supposez done que votre père est encore en vie malgré son long et invraisemblable silence.\u2014 Tant que nous n\u2019aurons pas acquis la certitude de sa mort, nous attendrons son retour.\u2014 Madame de Borel partage-t-elle votre croyance ?\u2014 Je lui ai laissé ignorer les derniers renseignements que j\u2019ai pu obtenir, car Je veux lui éviter la douleur \u201d\u201cne désil- La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 lusion.Je lui dirai la vérité si je réussis.\u2014 Et vous supposez que \u2018cela lui fera plaisir ?Je tressaillis.Lui aussi m\u2019interrogeait sur les sentiments de ma mère à l\u2019égard de mon père.Tout le monde sait donc que c\u2019est son impuissance à pardonner, qui l\u2019a éloigné de nous.Je passai la main sur mon front avec lassitude, regrettant tous les mots qui m°étaient \u2018échappés et les demi-confidences que j'avais faites.Ces gens étaient presque des étrangers pour moi, et j'avais pu, \u2018en leur présence, trahir mes sentiments intimes, soulever le mystérieux voile du passé des miens.Cependant, comme je levai les yeux sur eux, glacée par mes subites réflexions je ne Vis que le visage très bon et très paternellement attristé de Monsieur Spinder peniché sur moi ; je ne rencontrai que le regard silencieusement éloquent du marquis de Rouvalois., \u2018Non, je ne devais pas regretter d\u2019avoir crié ma souffrance en présence de ces deux là.Mais je me levai pour prendre congé.Il y avait trop de désespérance dans mon coeur pour prolonger ma visite.\u2014 Déjà vous nous quittez.Il est à peine quatre heures ! s\u2019éerie le châtelain avec regret.\u2014 Restez encore, murmure le jeune homme.\u2014 Ma mère m\u2019a fait promettre de rentrer tôt.Je salue le marquis dont les yeux anx- leux ne me quittent pas.Je devine qu\u2019il voudrait me suivre pour que je ne reste pag seul, en tête à tête avec moi-même, en ce moment.Et comme je me retourne vers lui, avant de descendre les degrés de la terrasse, je remarque qu\u2019il s\u2019est levé pour 103 \u2014 pH AOÛ Mt 1d Li + AR me rejoindre et je surprends un geste bref de monsieur Spinder qui lui ordonne de rester là.Ce geste autoritaire de maître de mai- som m'étonne par ce qu\u2019il peut y avoir d\u2019étrange dans cet ordre mystérieux, mais Je n\u2019ai pas le temps de m\u2019appesantir sur cette question.Le Châtelain à eu une gentille attention pour moi.\u2014 Vous avez renvoyé votre voiture, je crois ?me dit-il.\u2014 Oui.Auguste avait du travail pressé au jardin.Je vais rentrer à pied.deux kilomètres ne m\u2019effraient point.\u2014 Néanmoins, j'ai fait préparer l\u2019auto, mon chauffeur vous reconduira, voulez- vous ?\u2014 Oh, volontiers.La voiture électrique s\u2019amène justement \u2014'\u2019 À bientôt, me dit le châtelain qui porte ma main à ses lèvres.Malgré mon chagrin, je lui souris tant je me sens entourée de son affectueuse sollicitude.9 Juillet, matin.\u2014 J\u2019ai paseé une nuit atroce.Que de pensées ge sont heurtées dans ma pauvre cervelle.Lies ai-je assez pesées et retournées les réponses qu\u2019on faites hier, à mes ques tions, le propriétaire de la Châtaigneraie et son jeune ami.Ils m\u2019ont affirmé qu\u2019aucune personne du nom de mon père n\u2019avait fait partie de leur caravane, qu\u2019aucun n'avait péri et que je pouvais être tranquille ; mais ils ne m\u2019ont pas répondu quand je leur ai donné le signalement du disparu et que j'ai émis la supposition qu\u2019il avait pu se trouver parmi eux, sous un autre nom.N\u2019aurait-ce pas été tout naturel, cependant, de leur part, de passer en revue tous La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 leurs anciens compagnons et de chercher lequel se rapprochait Le plus du signalement précité.Quel motif a done retenu leur zèle amical ?.Et avec quelle prudence, ils me répondaient quand je les interrogeais ?Ob, il me semble que je touche à la vérité.Il y a un mystère tout près de moi.Comment ne pas être frappée de ce fait extraordinaire que l\u2019homme désigné par le Colonet Chaumont pour avoir été ré- cemiment en relations à l\u2019étranger avec mon père, se trouve actuellement à la Châtaigneraie.y Comment ne pas \u2018trouver \u2018étrange que James Spinder ayant fait partie d\u2019une expédition dans laquelle devait être monsieur de Borel vienne Justement acheter l\u2019ancien château de celui-ci sans en avoir jamais entendu parler par le précédent propriétaire.Non, le hasard seul n\u2019a pu créer ces coïneidences.Oh, je trouverai ! Même jour, au soir.\u2014 Je suis allée voir Bernard et 1\u2019ai mis au courant des événe- ments sur lesquels je tenais à avoir son avis.Il a combattu mon raisonnement mais ne m\u2019as pas convaincue.Tout d\u2019abord, Sauvage a paru surpris d\u2019apprendre que mon sauveur était justement celui que le Colonel Chaumont recherchait si loin, Mais quand je lui ai eu dit toutes les étranges remarques que ces faits me suscitent, Bernard a haussé les épaules et m\u2019a dit qu\u2019il ne voyait rien d\u2019extraordinaire dans tout ce qui me paraissait être si inexplicable.\u2014 Vous vous montez l\u2019imagination, mademoiselle Solange.Le hasard fait par- 104 \u2014 CL bl Vol.7, No 12 fois de droles de coincidences.\u2014 Mais celles-ci sont curieuses, voyons ! \u2014 Pas tant que ça ! L\u2019officier qui a renseigné le eolomel n\u2018a fait que rapporter un on-dit sans peuvoir le justifier ni le vérifier.I] savait que monsieur de Rouva- lois allait remonter aux sourees du Nil.Cela est un fait acquis et l\u2019hôte de monsieur Spinder vous l\u2019a confirmée lui-même.Ce qui, en revanche, semble avoir été avancé sans fondement, c\u2019est la présen- co de monsieur Borel dans eette même expédition, monsieur de Rouvalois vous a affirmé n'avoir connu personne de @ nom là.\u2014 C'est tout de même drôle que deux hommes de cette fameuse expédition soi-nt justement à la Châtaigneraie en ce moment.\u2014 Ce qui serait plus extraordinaire peut-être que \u2018toutes les remarques que vous avez faites, c'est que justement.votre père ait été en relation, en Afrique, avec un homme qui a des milliers de lieues de distance allait aller justement sauver la vie de sa fille.L\u2019implacable logique de Bernard m\u2019accabla.C\u2019est vrai, tout est bizarre en cet affaire.Mais comme tout s\u2019expliquerait si e\u2019était la volonté de mon père qui ait guidé ici monsieur Spinder et son ami.Je gardai pour moi cette intime réflexion, car justement Bernard me mettait en garde contre hes écarts de mon rmagination.\u2014 Voyez-vous, mademeiselle Solange, si pour retrouver votre père, vous ne vous fiez qu\u2019à des suppositions et à des coïncidences plutôt bizarres, vous avez bien des chanees de n\u2019arriver jamais à un bon résultat.\u2014 Cependant, il faut tirer parti des moindres renseignements.Mes déductions.Mais, il m\u2019interrompit : RAP EE La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 \u2014 Vos dédurctions sont trop partiales.On s\u2019imagine trop faeilement ce que l\u2019on souhaite voir se réaliser.Allez voir le colonel Chaumont, parlez-lui de tout cela, il vous dira ce qu\u2019il en pense, maïs par pitié, mademoiselle Solange, ne vous montez pas la tête inutilement.Je n\u2019insistai pas, persuadée que je suis qu\u2019il ne me comprend plus.Je suis habituée à présent, à ce que Sauvage ne partage plus ma fagon de voir.Il ne croit plus à rien, il n\u2019espère plus, il n\u2019attend plus.Son attitude nouvelle, même, renforce mes doutes : son changementt à lui ausei, remonte à l\u2019arrivée de monsieur Spinder au château.Est-ce que c\u2019est une coïneidemee sans valeur aussi, cela ?10 Juillet.\u2014 Mon désir d\u2019aller voir le colone] Chaumont était assez difficile à réaliser.Comment m\u2019y rendre.L\u2019habitation du vieux militaire est assez loin de la nôtre et je n\u2019ai que Mylord à ma disposition ear Mascotte a besoin eneore de repos.Auguste était oceupé par les foin \u2018et ne pouvait me conduire, j'étais donc réduite à faire la route à pied ou à user de bicyclette.Mais ma mère allait-elle me permettre de me servir de ce dernier moyen de loee- motion sans être accompagnée.Bravement, je lui en ai parlé.| \u2014 Oh non, m\u2019a-t-elle répondu ce n\u2019est pas la place d\u2019une jeune fille comme il faut, de rouler, seule, sur les routes.\u2014 Cependant, mère, je suis absolument foreée de sortir.\u2014 Où done es-tu attendue.\u2014 Nulle part, mais je dois aller ehez le colonel Chaumont.\u2014 Chez le eolonel ! Et ponrque! \u2018aire.\u2014 C\u2019est pour Sauvage, expliquai-je un 105 \u2014 Er Vol.7, No 12 peu troublée, Bernard m\u2019a demandé d\u2019y aller pour lui et j\u2019ai promis.Comme je commets volontairement des inexactitudes en parlant, à présent.\u2014 Alors, comment vas-tu faire ?\u2014 Justement.Je voudrais que vous m\u2019autorisiez a prendre ma bécane.\u2014 Non.Je n\u2019aime pas cela tant que tu es seule.\u2014 Dans ce cas je vais atteler Mylord.\u2014 Et qui conduira ?Pas toi, je pense.\u2014 Mais puisque Auguste est occupé.\u2014 Attends à demain.\u2014 Oh, non ! J\u2019aime autant v aller à pied.\u2014 Ah ca ! fit ma mère étonnée.Cest done bien urgent.\u2014 En effet.\u2014 De quoi s\u2019agit-il ?Raconte-moi.\u2026.\u2014 Je ne sais.le colonel me mettra au courant, quand je lui dirai que Sauvage est malade et ne peut aller le trouver.\u2014 Cet homme aurait pu s\u2019adresser à d\u2019autres qu\u2019à toi pour faire remplir ses commissions.Bernard abuse, décidément.Enfin, puisque tu as accepté.Je ne réponds pas.Je songe que c\u2019est bien désagréable d\u2019être obligée de mentir.; Ma mère réfléchit quelques instants.\u2014 Le petite Céleste, le neveu d\u2019Auguste va t\u2019accompagner à bicyclette.Il marchera derrière toi sur la machine de son oncle.Je ne pus réprimer un éclat de rire.\u2014 Oh, mère ! Pardonnez-moi, mais l\u2019idée de ce petit paysan comme\u2019 escorte me semble plutôt drôle ! Vous croyez que j'aurai l\u2018air plus respectable et que je serai plus respectée parce que je serai escorté d\u2019un gamin de cet âge.Avec ses maigres jambes et sa tête noire, en boule, il aura l\u2019air d\u2019un chimpanzé à ma suite : Mademoiselle Solange et son singe ! le beau sujet de tableau.La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 Ma mère ne put résister à ma gaité.Elle se mit à rire et à moitié vainçue protesta : \u2014 Pourtant, tu ne peux aller seule.\u2014 Pourquoi ?Je serai prudente et ne traînerai pas en chemin.Quel mal peut-il y avoir à faire une route rapidement à bicyclette, plutôt que lentement, à pied.\u2014 L\u2019habitude.Le monde n\u2019admet pas.\u2014 Oh, le monde! I] n\u2019y à pas une âme qui vive sur cette route.Et puis, le monde et ses préjugés.Si j'avais le malheur d\u2019être orpheline, ou veuve, ou divorcée, je pourrais rouler à ma guise, on ne s\u2019in- quièterait pas de mon âge mais parce que j'ai une maman qui veille pieusement sur moi comme sur un trés»- inestimable, le monde trouve tout naturel que je reste une petite dinde et que j\u2019en garde les allures ! Ma mère leva les bras au ciel.\u2014 C\u2019est effrayant comme les jeunes filles, aujourd\u2019hui, sont raisonneuses.Va à bicyclette, pour une fois, j'espère bien qu\u2019il ne t'arrivera aucun désagrément.Quant à la question de vitesse, j'ai confiance en toi pour ne commettre aucune imprudence.\u2014 Oh, mère ! Vous êtes une délicieuse petite maman ! Je l\u2019ai embrassée si contente ! Pour une fcis, je vais rouler sur les =.ules, sans escorte et librement.Ah, je ne fus pas longue à revêtir un costume spécial ! Vingt-cing minutes après, je sonnais à la grille du colonel Chaumont.Ce fut un vieux serviteur qui vint m\u2019ou- Tir, \u2014 Monsieur le colonel n\u2019est pas ici, en ce moment, mademoiselle.Depuis deux jours, il est absent.\u2014 Il est absent ! répétai-je décue.\u2014 Oui, il est à Paris.\u2014 Et quand pensez-vous qu\u2019il soit de \u2014 106 \u2014 dub vs ng ce Vol.7, No 12 retour ! \u2014 A la fin de cette semaine, il doit revenir.\u2014 Très bien.Je repasserai, alors.Au revoir, monsieur ! \u2014 Au revoir, mademoiselle ! M.le co- jsuel sera navré quand il san \u20181 que mademoiselle est venue pour rien.\u2014 Oh, cela n\u2019a pas d\u2019importance.Et voici comment, après avoir obtenu de ma mère, l\u2019invraisemblable permission de me servir de ma bécane, pour aller chez le colonel, je ne suis pas plus avancée que si je n\u2019avais pu obtenir cette inestimable concession.12 juillet \u2014 J\u2019étais si troublée, lundi dernier, lors de ma visite à monsieur Spinder que j'ai oublié de rappeler à celui-ci les petits souvenirs de jadis qu\u2019il avait mis de côté pour moi.Je résolus done tantôt de réparer cet oubli et d\u2019aller réclamer au châtelain ce qu\u2019il m\u2019avait promis.A quatre heures, on aurait pu me voir assise dans la grande salle du chateau car il faisait trés chaud, cet aprés-midi, et la température est certainement moins élevée dans les appartements que dehors.J\u2019était devant une table chargée de friandises et de boissons glacées, à côté de monsieur Spinder qui me comblait d\u2019attentions.En face de nous, le marquis de Rouvalois, souriait, amusé des boutades du châtelain très gai, aujourd\u2019hui.\u2014J'ai eu le plaisir, ce matin, de causer à Noyville, avee un de vos admirateurs, me dit, tout à coup, le châtelain.\u2014Lequel, fis-je étourdiment.Ce qui amena cette réflexion taquine sur les lèvres du jeune homme.\u2014Précisez, cher ami, mademoiselle se connait tant d\u2019admirateurs qu\u2019elle ne peut vraiment pas savoir duquel vous \u2014 10 DRE EU v1 113) La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 voulez parler.Je l\u2019aurais dit déjà si vous ne m\u2019aviez interrompu, explique en riant monsieur Spinder qui poursuivit.\u2014T1 s\u2019agit du fils de Monsieur Kabds, industriel.\u20141I1 vous a parlé de moi?dis-je étonnée.\u2014Dans les termes les plus lyriques, les plus flatteurs.Vous avez en lui un véritable adorateur et.un prétendant, je crois bien.Comme je restai songeuse, le marquis s\u2019informa: | \u2014N\u2019est-ce pas son père qui a acheté autrefois une certaine partie des terres de la Châtaigneraie.Le front de monsieur Spinder se rembrunit.\u2014En effet et c\u2019est dommage.Je relevai la tête.\u2014Dommage que ces gens aient acheté ces terres?interrogeai-je.\u2014Dommage, surtout, qu\u2019elles aient été vendues.\u2014Eh bien, voici une belle occasion pour mademoiselle de Borel de rentrer, dans une partie de biens paternels! s\u2019écrie le jeune homme dont le ton me semble mordant.Il n\u2019y a plus qu\u2019à sonner les cloches et à ouvrir le bal.J\u2019aurais dû rire car c\u2019était une plaisanterie mais ses paroles ont résonné douloureusement dans mon coeur.\u2018Je le regardai, une flamme d\u2019orgueil s\u2019allumant soudain dans mes prunelles.\u2014Lee malheur pour monsieur Kabds c\u2019est que je ne me sente pas encore tombée assez bas pour me vendre ce prix-là.Monsieur Spinder a tressailli et son regard se porte du marquis à moi.Pourtant, avec présence d\u2019esprit car il ne veut pas que l\u2019entretien puisse être en- ms é \u2014 Voi.7, No 12 trevu sous une autre forme que la plaisanterie, il s\u2019éerie : \u2014Bien dit! Attrapez, Maurice! \u2014C\u2019est de votre faute, répond maussadement l\u2019interpellé.Pourquoi venez-vous nous parler des projets de cet hemme.\u2014 Mais je ne pensais pas que ce sujet vous fut désagréable.\u2014J'ai horreur des Juifs.\u2014Par esprit de race?demandai-je peur dire quelque ehose.\u2014Non, par jalousie! Cela me révolte qu\u2019ils osent lever les yeax sur nos filles.(\u2018ela trouble mon égoisme.Monéieur Spinder s\u2019æmuse de cette déclaration.\u2014-Mais vous ne pouvez pourtant épouser toutes celles qu\u2019ils eonvoitent.\u2014Cela me suffirait qu\u2019ils ne désirent pas celles que je connai.Je me sens rougir.Je comprends bien que les mots rebondissent, en ce moment, eomme une balle que chaeun s\u2019efforee gaiement de renvoyer, \u2014 celui que le châtelain appelle Maurice n\u2019a même pas regardé vers moi, en parlant \u2014 mais je suis troubdée parce que ses boutades sont surtout déchaînées par l\u2019idée désagréable de mon admirateur juif.A ce moment, le nègre qui fait le ser- viee vient dire à son naître qu\u2019on le demande au téléphone.Excusez-moi.cing minutes, et je suis à vous.Ce doit être mon banquier\u2026 It va et nous laisse geuls.\u2014C\u2019est la pensée de ce Kabds qui vous rend songeuse, mademoiselle ! me dit brusquement, le jeune homme en voyant que je me tais.Du dédain, a plissé ma lèvre.\u2014Du tout! Ce garçon n\u2019a pas un tel honneur.La Revue Populaire Montréal.Décembre 1914 \u2014Cependant, vous le connaissez.veus le voyez quelque fois! \u2014Oui, je l\u2019ai vu à Dieppe.Il y était la saison dernière et j\u2019y vais habituellement tous les étés chez ma tante.\u2014C\u2019est done un de ves amis?\u2014Même pas.Une connaissance tout au plus.Il est très riche ; ma tante également : ils on} foreément les mêmes relations.\u2014Mais vous?\u2014Moi?dis-je en le regardant.car je sens son insistance.Il se tait, il a peur, s\u2019il parle, d\u2019aller trop loin.Alors, je reprends pour le rassurer car .je devine que c\u2019est cela qu'il cherche.\u2014Je vous assure que je n\u2019éprouve aucune sympathie pour ce monsieur.Je n\u2019ai jamais été, avec lui.différente de ce que je suis avec n\u2019importe quel autre indiffé- rent.\u2014 Vous saviez cependant, qu\u2019il vous recherchait.\u2014Non, du tout.Il y a d\u2019autres jeunes gens qui ont eu les mêmes attentions pour moi! Jamais, je n'avais songé qu\u2019il put lever les yeux sur ma personne.J'ai cessé de parler.Monsieur de Rouvalois garde à nouveau le silence.Peut-être ne l\u2019ai-je pas convaineu.Mes yeux se levèrent vers lui.Il me regarde longuement, étrangement, profondément.et nous ne disons plus rien! Quand monsieur Spinder revient, j\u2019ai du mal à secouer la torpeur qui m\u2019étreint.\u2014('a y est! fait-il en s\u2019adressant a son ami.J\u2019ai parlé & Cornély lui-méme.J\u2019aurai les fonds.à temps.(A suivre) \u2014 163 \u2014 Vol.7, No 12 La Revue Populaire Montréal, Décembre 1914 UN SORCIER AFRICAIN N'Ganga N\u2019Kissi ANS le village de Mayumbula, raconte un explorateur, habitait un sorcier indigène, appelé Loubaki, l\u2019homme à la fois, le plus fameux et le plus redouté du district.On l\u2019avait surnommé N\u2019Ganga N\u2019Kissi (le savant en sortilèges), et il appartenait à la bande de ces individus astucieux qui prétendent être abouchés avec le monde des esprits et qui se font une existence prospère en abusant de la crédulité de ces peuplades superstitieuses.L\u2019influence de Lubaki était telle sur les esprits de tous les habitants de Mayumbula qu\u2019il disposait de leur vie à son gré.Chefs, hommes libres, esclaves subissaient également Ja tyrannie de cet imposteur.Au cours des nombreux mois pendant lesquels je résidai dans eette partie de la contrée, je réussis à gagner jusquq\u2019à un certain point la confiance des indigènes ; Je leur donnais mes soins quand ils étaient malades et j\u2019étudiais leur langage.Ils se montrèrent d\u2019abord timides et réservés, craignant sans doute de porter ombrage au célèbre sorcier.Parmi mes amis indigènes, le plus remarquable était un certain Mavonda N\u2019zau, le Tueur d\u2019éléphants, célèbre pour son intépidité; malheureusement notre amitié éveilla la jalousie de Loubaki.Par tous les moyens en son pouvoir, le perfide charlatan s\u2019efforca de calomnier et de persécuter le seul homme 109 dont la popularité menacait de battre en brèche son empire sur la tribu.Si acharnés furent les efforts du sorcier qu\u2019avant peu Mavonda N\u2019Zau fut tenu à l'écart et que ses proches même se montrèrent hostiles.Sa vie fut menacée, et il se vit souvent contraint de chercher un refuge dans mon camp.Un jour le malheureux accourut vers moi dans un état de désespoir indicible.Son fils uniquqe, âgé d\u2019une dizaine d\u2019années, un gamin intelligent et vif, avait été volé, et Mavonda N\u2019Zau redoutait que Loubaki l\u2019eût vendu, comme esclave, à un caravane de marchands d\u2019ivoire indigènes qui avaient, la veille, traversé le village.Plein de pitié pour le pauvre diable, j'entrepris d\u2019immédiates investigations et me lançai à la poursuite de la caravane, où je ne trouvai aucune trace du fils de Mavonda N\u2019Zau.De retour à Mayumbula, j\u2019appris, à ma grande consternation, que Loubaki avait profité de mon absence pour perpétrer un autre méfait et satisfaire sa vengeance.Sur la place du marché, il avait publiquement accusé de sorcellerie la femme de Mavonda N\u2019zau, la mère du gamin disparu.D\u2019après la coutume indigène, une personne accusée de sorcellerie est obligée de se soumettre à l\u2019épreuve du poison, qui décide de la culpabilité ou de l\u2019innocence.hd EN ER NN Te te RUES ACCES Vol.7, No 12 L'infortunée victime doit ingurgiter une décoction de \u2018\u2018nkasa\u2019\u2019, breuvage empoisonné préparé avec l\u2019écorce d\u2019un arbre vénéneux et qu\u2019on administre ordinairement au lever du soleil.Pendant toute la journée, les parents de l\u2019accusé se rassemblent sur le lieu de l\u2019épreuve, et là, ivres de vin de palme, ils dansent autour de la misérable victime, qu\u2019ils gratifient des insultes les plus cruelles.Si, au soir, l\u2019effet du \u2018\u2018nkasa\u2019 n\u2019a pas été autre que celui d\u2019un émétique, l\u2019innocence est péremptoirement démontrée et les crédules indigènes conviennent que, de toute évidence, aucun mauvais esprit n\u2019était caché dans le corps de l\u2019aceusé.Par contre, si le \u2018\u201cnkasa\u2019\u2019 produit un effet fatal, l\u2019épreuve est justifiée.Tout le monde est enchanté que l\u2019accusation ait été portée contre le véritable coupable et que le mauvais esprit soit exterminé.C\u2019est le sorcier lui- même qui dose le poison selon sa propre fantaisie, aussi l\u2019offrande judicieuse de quelques perles de verre, ou d\u2019un panier de volailles, de la part des amis de l\u2019accusé, est-elle capable de réduire la virulence du breuvage.Le jour où la femme de Mavonda N\u2019zau devait se soumettre à la cérémonie de \u2018\u201cla découverte du mauvais esprit\u2019\u2019 était fixé.Loubaki devait officier en personne et administrer la drogue; je ne conservais aucun espoir ; le sort de la malheureuse était réglé d\u2019avance.D'après des remarques fortuites que j'entendis autour des feux du village, pendant la nuit, je crus avoir deviné en quel endroit aurait lieu la cérémonie.Mais malheureusement je me trompais et dus explorer le pays dans tous les sens, courant d\u2019un bouquet de bois à un autre, et questionnant avec insistance, mais en vain, les indigènes que je rencontrais.Le La Revue Populaire 110 Montréal, Décembre 1914 soleil était déjà levé depuis quatre heures, quand enfin j\u2019apparus sur le lieu du drame.En approchant d\u2019une langue de forêt, croissant dans les alluvions d\u2019un ravin, à plusieurs milles de Mayumbula, Je fus soudain averti du danger en entendant des indigènes m'interdire d\u2019aller plus loin.Tou- Une idole de Mayumbula.+ Vol.7, No 12 > teto:s, j'étais à ce moment tellement ex- Aspéré par les inhumaines persécutions de Loubaki, que, sans me soucier d\u2019aucune menace, je me frayai un chemin à travers le fourré.Plusieurs coups de feu furent tirés sur moi, la fumée monta de tous côtés «ans le sous-bois, des pierres et des lingots de fer se mirent à pleuvoir autour cle moi et à siffler à mes oreilles.J\u2019avançais et je débouchai enfin dans une sorte de clairière où les hautes herbes et les broussailles avaient été trépignées.LA, sc tordant et gémissant sur le sol, J apercus Ja femme de Mavonda N\u2019zau.Elle avait déjà bu le breuvage et.selon toute apparence, elle entrait en agonie.Je la soulevai dans mes bras afin de lui administrer un énnétique dont je an\u2019étais pourvu.Les couleurs criardes avec lesquelles ses harbares tortionnaires lui avaient barbouillé le corps, déteignaient sur mes vé- tements.Cachés dans les broussailles, les indigènes me répétaient de laisser la malheureuse.\u2014Homme blane, va-t\u2019en! Laisse cette femme! Elle donne asile dans son corps à in mauvais esprit.J'arrivais trop tard, hélas.Ses traits étaient décomposés; ses doigts crispés son corps secoué de sursauts convulsifs.lille eut un bâäiïllement de suffocation, sa tête retomba en arrière ; elle était morte.À cette vue, les indigènes se mirent à pousser des cris et des clameurs forcenés,
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