La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 mai 1917, Mai
[" 10, No 5 | LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 É 121 7 = ON En La Plus Importante Librairie et Papeterie Francaise au Canada (FONDEE.EN 1585) ARTIGLES RELIGTEUX, artistiques et pra- ar - - AE DES 4 A tiques.ENCADREMENT.HISTOIRE Du LIVRES RELIGIEUX.Musique et chant grégorien.RELIURE.(ANADA [RARRIARZ RJ ARTICLES DE CLASSE.Dessin.(Globes.Cartes murales.MUSEES.LIVRES DE CLASSE : francais, anglais, latins, grecs.SAYNETTES ET DRAMES.ARTICLES DE FANTAISIE.Maroquinerie.Décorations.Statuettes.Cartes postales.Albums, Jeux, Jouets.LIVRES CANADIENS ET FRANÇAIS: Littérature, Histoire, Romans, Economie sociale, Théâtre, Sciences, Arts, Métiers, Manuels, (Guides.ARTICLES DE BUREAU.Meubles.Livres perpétuels.IMPRESSIONS.TAPISSERIES.Papiers peints, reliefs et Ô = vitraux.Rideaux à ressorts.Moulures.= Librairie GRANGER FRERES, Limitée.PLACE D\u2019ARMES ET RUE NoTrE-DAME O.; il Hl: - z ; McNTREAL.Ei \\ .RB! \\ if Je os at ot J ve = se > TUTTE non IE 1 à i i \u2018 bid HORS .; es Yol.10, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 14- LA DUREE DU LINGE VOTRE LINGE DURERA PLUS LONGTEMPS SI VOUS NOUS CONFIEZ LE SOIN DE LE BLAN- UPTOWN CHIR.NOUS GARANTISSONS LA PERFECTION DE {} NOTRE TRAVAIL.NOUS LAVONS ET REPASSONS, {f - ] MAIS N'ABIMONS PAS LE LINGE, C'EST UN .AVANTAGE QUE VOUS TROUVEREZ DIFFICILEMENT AILLEURS, - LIVRAISON = DANS Er TOUTES LES | L me gaie i | NETTOYAGE TEINTURE \u201cVALET : SERVICE\u201d ; LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 SOMMAIRE DU NUMERO DE MAI 1917 = \u2014 : : Ce eee COURS POPULARES : 1 le front de la Somme .S Le monde ds animaux .Loe.151 ; Poissons qui se déguisent .Loo 11 A LAN ee ~~ ; fzuerre aux journaux Danois .qo ECHOS DU CONCERT EUROPEEN : ; AVAUX D'AMATEURS : La guerre des races .137 1 Les Pays-Bas .137 A 4 Une jolie garniture de cheminée .13 Le Vitrail .110 \u2026 138 E Réparations à faire soi-même .\u2026.14 Le,coton et la guerre ._\u2026 188 | Un étau bien pratique .14 I utilisation des restes .139 gL Un timbre d'alarme .5 Rien de nowveav .coo 139 3 glyssée d'un caporal .16 Les fusils de guerre .139 E roms de soldats .17 Comment il finira .39 .MAGIE EN FAMILLE: , Un journal mystérteux .139 L\u2019obus-éclaireur .Le.140 - Le citron obéissant .19 Un acte infame .1.140 - Mioienne cour de Russie ._\u2026.21 Le tir des torp'iies .140 ; mauvais oeil .111242 11100 .29 Charbon pour navires ._\u2026.140 | NGAGE pes FLEURS.Mois de Mai 23 La mort d\u2019un combattant .140 Ï | filet nouveau genre .26 Un vieux régunent .LL 141 i _ fl femmes et la guerre il y a 3000 ans.27 Les aéroplanes .141 - | raichissement des p oignets Tree 28 La Machine à faire travailler les gens .142 it gaventure d'un Chinois.\u2026.29 gt gsignal dalarme .80 MOSAIQUE: Coutumes de mariages .143 i es neutres .,.41110 ce.ou.30 ° : thant de la Victoire, par l\u2019abbé Lebrun.32 Papier d\u2019Herbes _.co.143 i sous d\u2019un truc de jongleur .i.33 La bague fatale .143 tume du Dharma Hindou .oe 34 Les coqs de brnyère .\u2026.\u2026,,.144 ; Les vieux arbres .144 ÿ MANI ./ POUR MICHELINE, .i Cee 145 par Henry ¥rang .33 Le Protocole ct les fimrmes .145 navires auront des oreilles .107 Robes lumineuses PTT CUT : 146 gaz- asphyxiants Ce 109 Richesse minéralogique .146 Fombrero avant tout .111 Calendrier anecdotique .146 ; Emarche funèbre de Chopin .\u2026.C110 Invitations chinoises .147 ; @érentes mamières de se casser le cou .113 Le pain et le soi errr Lees 147 ; qui ne sont pas dans le Gotha .118 Une distraction d\u2019artiste .147 1 ÿlapisserie et la lumidre .119 La république nicarienne .147 i @ypnotisme et les animaux _ _.120 Les poissons dorés .00000 188 bi Jmoyen de Kultur en Allemagne ._.121 Un ancdre .148 4 balle au bond .199 La fin de la guerre .148 i fihéâtre .Pour les torpilles .] FN .La Gutta-Percha tivée des feuilles .i.fix flacoms, vieux vins .125 Des curieuses photographics .152 i: re qui fut cause d\u2019une guerre .126 L\u2019admirable aviateur .156 È \u201c\u201cBiard de Vinci aviateur .eee 127 Les plantes pulicifuges .ee.156 # sors engloutis au fond des mers .129 Mpouvantails coréens _ .138 i gant lumineux .\u2026.\u2026.180 Pour ne pas égarer le compte-gouttes .162 F 5 ji bi of Montréal, Mai Vol.10, No 5 LA REVUE POPULAIRE Wi a aN SATA TTC CT AIRIS OO OO, UNE REQUETE A NOS AMIS eet eee.etn Nos lectrices et nos lecteurs ont pu constater qu'à de multiples.reprises, nous avons fait de notables améliorations dans notre hebdo- | madaire \u201cLE SAMEDI\u201d et dans notre publication mensuelle \u201cLA REVUE POPULAIRE\u201d, Ces améliorations sont, naturellement dispendieuses surtout lorsqu'il s'agit d'un tirage important comme le nôtre car le prix des matières premières est très augmenté depuis quelque temps.Nous n'avons cependant reculé devant aucun sacrifice pour plaire à notre clientèle et les encouragements qui- nous sont venus d'un peu partout nous prouvent que nous avons réussi, Nous ferons mieux encore.oy Mais cela dépend de nos abonnés et de nos acheteurs au nu- mero.Que les uns et les autres nous fassent un peu d'e propagande autour d'eux, Cela leur est très facile.Que chacun d\u2019eux nous procure un abonné ou un lecteur de plus et nous serons ainsi rapidement en mesure de pouvoir exécuter les projets que nous formons pour le perfectionnement de nos magazines, Beaucoup de gens ne lisent pas \u201cLE SAMEDI?ni \u201cLA REVUE POPULAIRE\u201d parce qu'ils ne les connaissent pas.Parlez- en, faites les connaître et vous serez les premiers à en bénéficier, 70.70 70.70 4.76 40 a0 Yea ay ay mmc mm\u2014\u2014 9.90.90.9.0.0.4 OU ¢ OCTO 7 0.v AWWA ANUS ASS ANS Pa.0.09 0 0% Montréal, Mai 1917 ABONNEMENT.P i itt POIRIER, SIE & cle, Editeurs-Propri res Canada et Etats-Unis: arat ous 200, Boulv.St-Laurent, MONTREAL , J An: $1.06, \u2014 Six Mois: - - - 50 cts .La REVUE POPULAIRE St expédiée \u201cat Montréal et Etranger: l par la poste entre le ler et le 5 de oha- M An: $1.50 - - Six Meis: - - - - 75 cts eS MOIS que mois.CA DEMENAGE! fe traditionnel voyage annuel des qubles vient d\u2019avoir lieu.L'an dernier, areil époque, de nombreux locataires istallaient dans le logis idéal ENFIN uvé et ils avaient la ferme résolution rester jusqu\u2019à la fin de leurs jours.ls ont eu bien de la peine à y demeu- jusqu'à la fin de leur bail.Ot le paquetage a recommencé.La dé- lition aussi.On ne débarque pas d'un [roit ott l\u2019on s\u2019était installé POUR TOT- \"RS sans perdre quelque chose et sans ser quelque meuble mais on trouve jours de bonnes raisons pour s\u2019excuser {l'on arrive à se prouver à soi-même > l\u2019on fait une bonne opération.Celle est l'opération des boches.f a rs meubles, ils en perdent, ils en lais- ft et malgré cela ils se frottent les jns de contentement.; J1 est vrai qu\u2019ils ont une excellente rai- ; pour justifier leur déménagement: ous nous étions, disent-ils, installés rs un endroit qui est devenu véritable- nt intenable ; les voisins étaient par p génants! Non seulement ils faisaient bruit mais 4ls nous tapaient même vi- ireusement sur le nez si nous avions r de nous plaindre !\u201d.Lt voilà comment toute la belle équipe £ux aussi, ils déménagent, ils cassent.\u2014 7 \u2014 Wut renouvellement d\u2019abonnement doit nous parvenir dans le mo is même où il se terminé.Nous ne gs- rantissons pas l'envoi des numéros antérieurs.A, 7 de Guillaume le Dernier a jugé bon de plier bagage et d\u2019aller voir plus loin s\u2019il | y faisait meilleur.Ceci se passe quelque part en France, prin&palement dans la région de Péron- ne, St-Quentin et autres lieux.C'est une curieuse histoire.Les boches s'étaient installés là sans passer de bail, il y a environ deux ans.Ils avaient fait certaines améliorations qui consistaient principalement à démolir les maisons et à creuser des caves.Ils avaient négligé de s'assurer le consentement du propriétaire et poussaient même l'indélicatesse à refuser de payer le loyer.Devant un tel état de choses, propriétaires et voisins ont fini par se fâcher sérieusement.Ils ant expulsé les géneurs et comme le raisonnement aurait été inutile, ils ont employé la manière forte.Le local a été enfin libéré, pour une partie déjà, en attendant mieux, mais on a constaté ce qui arrive toujours après le passage d\u2019un locataire indésirable: les expulsés avaient tout saccagé, puis, non contents encore, ils avaient volé tout ce qu'ils avaient pu.En revanche, ils avaient laissé de la vermine à pleins chars.Ça ne fait pas l\u2019affaires des proprios qui sont à établir la liste des dammages.On dit qu\u2019elle sera longue.Rocer FRANCOEUR > OE PII RSI LA REVUE POPULAIRE Montréa!, Mai 1917 SUR LE FRONT DE LA SOMME LES AVIATEURS PARTENT.L fait, ce matin, un temps de brume.Ciel bleu, soleil radieux, mais, là-bas, vers la Somme, de lourdes vapeurs montent de la vallée, et sur la cime des coteaux les bois disparaissent.noyés, et les arbres isolés prennent des formes bizarres, indéfinissables.Et cependant, c\u2019est le matin de l\u2019attaque.Il va falloir voler, car le canon tonne sans relâche, et du côté de Vaux, de Cur- lu et de Maurepas, la bataille, déjà, fait rage.Aussi, sur le champ d\u2019aviation où nous sommes entrés, l\u2019animation est-elle à son comble.Les grands hangars de toile verte, dissimulés dans le bois, sont déjà vides.| Le long de la haie qui borde le chemin par où nous sommes arrivés, vingt avions de chasse, rangés, alignent leurs silhouettes trapues et courtes d\u2019oiseaux de proie sur le perchoir.Les moteurs rotatifs lancent au ciel la \u2014 8 frénésie folle de leurs appels rythmés, coupés de glissements de silence, et la rosace des hélices en marche les irradie sans relâche d\u2019une série d\u2019éclairs ininterrompus.Cramponnés aux ailes, haletants et sffoqués par la tempête du vent qui les frappe au visage, les pieds calés en avant, la tête rejetée en arrière, les mécaniciens retiennent l\u2019envol, et, dans les fuselages, de jeunes hommes, penchés, examinent un détail dernier, ou bien, debout, véri- \u201cfient le disque d: la mitrailleuse placée sur le plan supérieur.Des officiers de marine, affairés, courent d'un appareil à l\u2019autre donnant \u2018un ultime conseil.Au milieu du champ, un biplan de chasse isolé d\u2019où s'échappe un double rugissement.Un moteur puissant tourne, tourne, frénétique, à près de 2,000 tours, crachant près de vingt explosions par seconde, et le pilote, courbé, la mitrailleuse à l\u2019épaule, dans un suprême essai, tire, tire, sans interruption à une vitesse folle. Vol.10, No 5 Soudain, il lève la main, et tout ce tumulte s'apaise.Il se dresse, grand et mince, au-dessus des plans qu\u2019il domine.Il est très calme, très froid, avec des yeux durs et qui regardent en face.Un capitaine, gnêtré de cuir noir, s\u2019approche lentement, les deux mains sur les hanches, et interroge du regard.Le pilote hoche simplement la tête.\u201cCela ira\u201d, déclare-t-il.LES CHASSEURS DE BOCHES Nous sommes au groupe de chasse, au milieu du bataillon sacré des jeunes héros de l\u2019air que commande le capitaine B.Il y a là, autour de nous, les plus fameux \u201cchasseurs de Boches\u201d.Quelques-uns sont déjà connus, d\u2019autres en passe de l'être.Quelques-uns sont peut-être déjà marqués par le destin, et il y a déjà des vides dans les rangs de la troupe glorieuse.Tels hommes, tel chef.Le capitaine B., dont l\u2019escadrille a 34 appareils allemands descendus officiellement à son actif, a commencé par inspirer confiance à ses aviateurs par quelques combats personnels, dont l'un, engagé et soutenu seul contre trois aviatiks de chasse, dont 1l descendit le preimer et mit en fuite les deux autres, ce qui lui valut une balle dans la mâchoire et une nouvelle citation à l\u2019ordre de l\u2019armée.\u201cNous ne combattons plus, nous dit-il, qu\u2019au-dessus de l\u2019ennemi, car il ne vient plus chez nous.Jc crois que si, quelque jour, à un moment choisi par lui, il voulait forcer le blocus et passer, pour venir quelques instants, il pourrait le faire.Mais nous, nous le faisons régulièrement à toute heure du jour, et même de la nuit.\u201d Voilà ce qu\u2019on appelle la maîtrise de Pair.LA REVUE POPULAIRE 9 Montréal, Mai 1917 C\u2019est :dans l\u2019une de nos attaques aériennes que le sergenc B., aujourd\u2019hui à l\u2019häpital, étonna jusqu'à ses camarades, pour qui l\u2019étonnement est un sentiment rare, car l\u2019héroïsme est, ici, monnaie courante.Chargé d\u2019incendier, à 1,500 verges d'altitude, un drachen défendu par des mitrailleuses et des canons antiaériens, il arriva sur lui au moment où l\u2019ennemi, inquiet, commençait à le ramener à terre.Intrépide, il le suivit et,\"à 500 verges a peine au-dessus du sol, au milieu d\u2019une grêle effroyable de projectiles,il le rejoignit et l\u2019attaqua.Au moment où il allait déclancher ses fusées, une balle lui coupa le pouce.La douleur fit trembler sa main.Les fusées manquèrent le but.Alors, il descendt encore et à 150 verges du sol, criblé de balles et d\u2019obus, 1l attaqua de nouveau le drachen avec ses balles incendiaires.Un projectile lui fractura d\u2019abord la cuisse.Mais il continua, s\u2019approcha, tira.Une gerbe de flammes s\u2019éleva du ballon en feu.B.revint au camp, «déclara simplement : \u201cC\u2019est fait, je l'ai vu flamber.\u201d Puis, il s\u2019évanouit.Le sergent L., avec qui nous faisons connaissance, a été moins heureux.Il a abattu son dernier avion boche au-dessus de Saint-Quentin.Nul officiel n\u2019a pu constater la chute.Il ne lui compte donc pas.L.hausse les épaules, dédaigneux et méprisant : \u201cQuand je l\u2019ai vu tomber, déclare-t-il, si loin de nos lignes, je l\u2019ai machinalement salué de la main, en lui criant : \u201cDire que tu ne figureras pas même au \u201cCommuniqué !\u201d Cependant, la sonnerie impérieuse d\u2019un PA Vol.10, No 5 téléphone a retenti.Le capitaine B.nous quitte un instant et nous restons avec le capitaine M.\u2026., bien connu des sportifs d\u2019autrefois, car 1l était alors l\u2019adjudant M., l\u2019un des recordmen de l\u2019armée.Chargé d\u2019une mission à Lille, au début de la guerre, il y fut pris d\u2019une crise d'appendicite.On l'opéra.Quand 1l revint à lus, à côté des médecins français, il vit des médecins boches.Lille avait été pris dans l'intervalle.Emmiené captif en Allemagne, il s\u2019échappa.Il nous quitte en courant.C'est son (our d\u2019aller aux Do- ches.C'est lui qui, so premier, va part\u2018r.L'ENVOL SUFPÊME Le capitaine B.vient de revenir, en effet.Il crie un ordrè et iève la main.Ur: à un, les moteurs reprenneat leur effarart tumulte.Les hélices flamboient à nouveau, les pilotes, guêtrés de cuir fauve, sautent dans les longs fuselages.comme d\u2019agiles et souples lévriers, et les mécaniciens, se faisant traîner comme à regret, retardent, en se cramponnant, la marche des avions, qui gagnent le milieu du champ, Déjà, au-dessus de nous, vient de passer le vol long des grands biplans d'artillerie.Le troupeau aérien est en route.Ses dogues vont partir le garder.Un à un, nos avions s'envolent dans le soleil.L\u2019un d\u2019eux, le dern'er, l'appareil d\u2019où sortait tout à l'heure la bruit infernal de mitrailleuse, bondit littéralement dans l'ecmace, et semble s\u2019élever presque verticalement, comme un robuste oiseau.Pas un cri, pas un mot, pas un geste inutile.Ce départ au combat a l\u2019air d\u2019un départ pour la promenade.Le capitaine B.tend le cou.regarde l'horizon, tou- LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 jours noyé de lourdes vapeurs, et déclare simplement : \u201cIls auront du mal à rester ensemble.D'ailleurs, aujourd'hui, il y aura du Boche en l'air.On se battra dur.\u201d Une seconde équipe se prépare déjà.Cest la célèbre escadrille des \u201cCigognes\u201d, qui porte au flanc du fuselage le profil élégant de l'oiseau d\u2019Alsace, filant le cou tendu, les ailes en arrière, d'après la classique chrono-photographie de décomposition du vol de Marev.En kaki, le képi en bataille sur l\u2019oreille, la badine à la main, roulant les épaules, le fameux sergent Ch.rôde autour de son avion et attend fiévreusemen: son tour.Sa chasse sera particulièrement fructueuse.Nous apprendrons le soir qu'il a abattu deux Boches.À côté de lui, un lieutenant tout en noir, grand, mince, élégant et froid, se promène comme un lion en cage.Malgré son immass:b:hté voulue, il a de vis:bles soubresauts nerveux, chaque fois que s'envole un camarade.\u201cLe pauvre garçon! me dit en riant B.M y a deux jours, il est rentré, son appareil criblé de balles, avant échappé à la mort par miracle.Tout a pris feu à l\u2019atterrissage où il a culbuté dans les fils de fer.Il est sorti de là, je ne sais comment.Il n\u2019a plus d'avion pour le moment et il enrage de rester là quand les autres s'en vont.Il ne veut pas en avoir l\u2019air.Il sa concentre, 11 bout et \u201cfait de la vapeur\u201d.Et 11 n'y a qu\u2019un aviateur qui marque quelque émotion à cette heure du départ pour le combat qui sera peut-être le combat suprême.C\u2019est celui qui ne peut partir.\u2014\u2014 O \u2014 ns Seve EE / / Vol.10, Ÿ 5 LA REVUE POPULAIRE LES POISSONS QUI SE DEGUISENT LE caméléon, qui peut à son gré changer de couleur, n'est pas le seul de son espèce.Il y a des poissons qui ont une vraie faculté de se maquiller, autrement dit de changer de teint., Mais ils ne ressemblent pas tout à fait aux personnes qui se mettent du fard sur la peau, car chez eux le fard se trouve sous la peau.Parmi les poissons qui se maquillent, 1l faut citer le turbôt qui prend la couleur On ne peut le distinguer du fond sur lequel il \u201crepose.du terrain au milieu duquel il évolue, vert s\u2019il nage au milieu des herbes, jaune si c\u2019est au milieu du sable.C'est à ce point qu\u2019on peut à peine le distinguer du fond sur lequel il repose.11 Il v a aussi le poulpe, tin poisson assez laid et qu\u2019on rencontre fréquemment sur les côtes bretonnes ou normandes.Le poulpe ressemble assez à la pieuvre, il a une tête hérissée de ventouses au nombre de huit.Il a, lui aussi, la faculté de modifier la couleur de son corps selon la place qu\u2019il occupe dans la mer.Au repos, 1l s\u2019identifie tout à fait avec le lit du terrain au milieu auquel 1l se trouve.Il se marbre quand il avoisine un terrain sur lequel se trouvent de gros coquillages marbrés.Quand on lattaque, il a l\u2019avantage énorme de rendre trouble l\u2019eau autour de lui, de telle sorte qu\u2019il se rend à peu près invisible.Pour arriver à cet effet, il est muni d\u2019une poche qu\u2019on appelle \u201cle réservoir à encre\u201d.Il parvient, grâce à cette poche, à faire un vrai nuage noir autour de lui.Ce nuage lui permet d\u2019échapper à son ennemi.En effet, comme on ne peut distinguer le nuage d'avec le poisson, le poulpe profite de ce doute pour se serrer Jans le sable, et alors immédiatement sa peau prend la teinte sablonneuse.C\u2019est là une particularité des plus curieuses chez certains poissons.pe ea ad a Vol.10, No 5 \u2019 LA REVUE POPTLAIRE Montréal, Mai 1917 LA GUERRE AUX JOURNAUX DANOIS UN des plus anciens journaux en langue danoise publié dans la province de Schleswig, province enlevée au Danemark par la Prusse en 1864, vient d\u2019annoncer qu\u2019il cessait de paraître parce que son dernier ouvrier venait d\u2019être appelé sous les armes malgré son grand âge.Ce journal est le \u201cDybboel Posten\u201d et tous les employés, rédacteurs, imprimeurs, etc, sont sous les armes.Depuis quelques mois le journal avait pu continuer à paraître quand même, parce que \u2018le directeur avait remplacé les employés qui partaient par quelques jeunes de 17 ans, et par des vieux de 50 à 60 ans.Or le gouvernement allemand a appelé la classe de 17 ans sous les armes, pour apprendre l\u2019exercice, et 1l a mobilisé tous les hommes jusqu\u2019à 65 ans.Dans un autre journal Danois, le \u201cFlensborg Avis\u201d qui est le plus important journal en langue danoise de toute la province de \u201cSchleswig\u201d, iln\u2019y a plus que le directeur qui est un vieillard, et il continue à publier lui-même irréguliere- ment son journal sur une seule page.Comme les Alsaciens-Lorrains d\u2019origine francaise sont restés de coeur fideles a la France, leur ancienne patrie, les danois, des provinces danoises annexées par les prussiens, sont restés fideles a leur cher Danemark, et ils aspirent à la délivrance.C\u2019est dans le but de les tyraniser, que le gouvernement allemand cherche à faire disparaître tous les journaux publiés dans leur langue en appelant sous les armes tous leurs employés mobilisables, malgré leur grand âge, car il fait des exceptions pour les journaux allemands, afin qu\u2019ils puissent continuer à paraître et à publier les fausses nouvelles que l'état-major a intérêt à répandre.Mais les journaux danois disaient souvent la vérité, et il fallait les supprimer, c\u2019est ce que le gouvernement a fait.Malgré ces actes de tyranie, le gouvernement boche n\u2019'arrachera pas aux danois qui sont devenus de fait allemands, l\u2019amour qu\u2019ils ont pour leur pays, et, bientôt, le jour viendra où ces provinces redeviendront danoises.Il le faut pour que la puissance navale allemande soit an- néantie par la restauration de l\u2019ancien Danemark, qui posséderait alors le canal de Kiel, créé dans le but d\u2019arriver à la domination allemande sur le monde.Le canal de Kiel appartenant au Danemark serait alors internationalisé et servirait uniquement au commerce, au lieu d\u2019être le point d'appui de la formidable flotte allemande.Il y a beau temps que cette flotte serait détruite si elle n\u2019avait ce refuge dont elle se sert avec tant de lâcheté ! oO ce Vol.10, No, 5 | Vous pourrez transformer un cadran ou simple réveil en une pendule qui fera pour votre chambre à coucher ou salon, une véritable garniture de cheminée.Pour construire cette pendule ou plutôt ce qui doit en faire l\u2019emboîtement, on prendra de préférence de l'acajou ordinaire, ou mieux dc l\u2019acajou blanc; à défaut de ces deux sortes de bois, on prend tout autre bon bois dur, mais facile à être travaillé.1 He 2258 het = / 8 \u2014 \u2014\u2014i, ps\u2014\u2014 Détail des mesures.La pendule est faite de trois parties, la partie de devant et d\u2019arrière auront chacun la même dimension, c\u2019est-à-dire 34 de pouce d'épaisseur, 615 de largeur et 85 comme longueur.Le morceau du milieu que l\u2019on choisira d\u2019un bois assez solide pour pouvoir résister au travail de l\u2019emplacement du cadran, aura 5 pouces de large sur 6 de long.Maintenant que nous avons les mesu- UNE JOLIE GARNITURE DE CHEMINEE 13 nor ah: \u2014\u2014 PETITS TRAVAUX D'AMATEURS 2-02 res, il ne reste plus qu\u2019à bâtir et pour cela il suffit d\u2019un peu d'attention et l'opérateur n\u2019a pas besoin d\u2019avoir passé par l\u2019école des Beaux-Arts.Comme le représente notre dessin on voit sur la partie de devant de la pendule, au centre, une copie exacte mais plus petite de ce qu'est en grand la pendule elle-même.Cette plaque est faite en cuivre léger.On la fixe sur son centre au moyen de petits clous ou vis à tête plate, à la hauteur des encognures faites à chaque bout du morceau de devant.Pour creuser la cavité où doit reposer le cadran dans le morceau du milieu on peut se servir d'un ciceau à froid ou d\u2019une scie à main.Pour donner un bon fini à la cavité découpée, on se servira d\u2019une lime demi-ronde que l\u2019on passera un peu partout pour unir et égaliser ce que la scie ou le ciseau n\u2019ont pas dû faire.On aura bien soin aussi de creuser dans le milieu de la plaque de cuivre, l\u2019emplacement du cadran.Tracez d\u2019abord dans votre cercle sur la plaque.en dessous de laquelle vous mettrez un gros morceau de bois qui vous servira de support pour percer plus facilement le cercle; commencez par faire un trou dans le milieu que vous agrandirez petit à petit jusqu\u2019à complet développement.Les trois morceaux mentionnés plus haut, pourront être collés ou vissés par en \u2014 À \u2018 t i I : fi ii Ri \\ er ad ci ER cac Vol.10, No 5 arrière, avec une vis à tête plate assez longue pour unir les trois morceaux à la fois.La pendule étant finie, il ne reste plus qu\u2019à lui donner une teinte choisie.Une imitation de bois fumé est aussi très jolie pour ce genre de garniture.Pour cela prenez un seau ou autre récipient assez large et creux pour contenir la pendule; dans un autre plat aussi large que la pendule, mais moins haut, bien entendu, mettez 2 onces d\u2019ammoniaque.Placez alors au-dessus du plat qui contient l\u2019ammoniaque, votre pendule, sans toutefois que celle-ci baigne dans le liquide, et recouvrez complètement la pendule, le plat et le seau, Le cadran terminé.sens dessus-dessous.Ainsi recouvert, l\u2019ammoniaque en s\u2019évaporant, s\u2019imprégnera dans le bois qui foncera plus ou moins suivant le temps qu\u2019on l\u2019y laissera, c\u2019est une affaire de goût.o \u2014\u2014 Berton Arnaud, musicien français demeurant à St-Louis, perdit dernièrement un bras accidenteHement.Son infirmité ne l\u2019empêcha pas de former une orchestre composé uniquement de musicfens n\u2019ayant qu\u2019un bras.Ils jouèrent dans plusieurs Music-Halls et ils eurent plein succès.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 LES REPARATIONS QUE L\u2019ON PEUT FAIRE SOI-MEME L'homme un peu débrouillard, peut faire bien des réparations dans son ménage s\u2019il veut s\u2019en donner la peine et en prendre les moyens.Il \u2018s\u2019exemptera ainsi d\u2019un ouvrier et- augmentera ses économies.Evidem- yment il ne s\u2019agit pas ici, de grosses réparations, mais de ces accidents journaliers qui arrivent souvent de briser le pied d\u2019une table, le dossier d\u2019une chaise, d\u2019une porte ou tiroir qui se détache, etc.Cémme notre gravure le représente il s'agit ici de retirer un morceau d'un dossier de chaise qui est resté cassé dans le siège.Servez-vous d\u2019un vilebrequin ou simplement d\u2019une vis que vous enfoncez dans le morceau cassé.Retirez tranquillement de nouveau cette même vis avec un marteau qui retirera facilement le morceau : cassé.On peut procéder ainsi avec tous les morceaux cassés dans ces genres d\u2019accidents.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 UN ETAU BIEN PRATIQUE CEUX qui font des travaux de fantaisie, n\u2019ont pas toujours à leur disposition tout loutillage voulu, par exemple, pour rogner un morceau de bois ou de fer quel- conique.L'opération n\u2019est pas des plus faciles, par suite du manque de stabilisation \u2014 CRIE \u201ca Vol.10, No 5 du morceau, sans compter qu\u2019elle fatigue à la longue la main du travailleur.Notre gravure vous donnera une idée de faire vous-même un étau d\u2019une grande simplicité et d\u2019une utilité encore plus grande.Prenez une charnière de 8 sur 10 pouces; coupez-en les deux extrémités, tel que vous le montre le dessin à la hauteur marquée par A.B.de la premiere figure.Consolidez la, selon votre goût, sur une planche, ou indirectement sur votre table de menuiserie, au moyen de deux boulons comme vous le montre la figure Ir.Un troisième boulon qui se visse à la main de 14 de pouce de diam.sur 214 de long pfs sera dans les deux trous, que vous aurez eu soin de percer avant de l\u2019adapter soit à votre table, soit à la\u2019 planche, et que vous voyez \u2018dans la 1ère figure du dessin, marqués par un x de chaque côté.Voilà votre étau terminé sans grand peine; il vous sauvera bien du temps, vous travaillerez plus facilement et votre ouvrage sera mieux fait.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 UN TIMBRE D\u2019ALARME LES effractions de nos jours sont tellement nombreuses, qu\u2019on ne néglige rien pour se prémunir contre la visite nocturne et désagréable des voleurs.LI va sans dire qu'il existe une quantité d\u2019appareils plus ou moins perfectionnés qui sont déjà en usa- , ge.Voici qu\u2019on vient d\u2019en inventer un autre.L\u2019appareil consiste en une petite cale très pointue d\u2019un bout et qui va en grossissant de l\u2019autre.On glisse cette cale par l'extrémité pointue, en dessous de la porte.La partie di dessous de la cale est munie de petites griffes ou petites pointes qui mordent sur le plancher sitôt qu\u2019on essaye de forcer la porte qu\u2019il est impossible d\u2019ouvrir, même par la poussée 1a plus forte.\u2018 Lorsqu\u2019on veut forcer la porte, une certaine pression s\u2019exerce sur la cale qui à son tour, vient s'appuyer sur une petite tringle de bois.Cette dernière met en mouvement le mécanisme d\u2019une sonnette d\u2019alarme.Cet appareil se dissimule facilement dans la poche ou dans un sac de voyage.On peut l\u2019emporter avec soi et lorsqu\u2019on est de passage dans un hôtel on peut l\u2019adapter à la porte \u2018de sa chambre à coucher.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 Les trois fils d\u2019un propriétaire d\u2019un cirque étant partis pour la guerre, la patronne, âgée de 60 ans, devient gardienne et dompteuse des fauves à la place des fils absents.\u2014 15 \u2014 BY ' be! BY: ; 1 Us tt io.ji | i gh i ! Bit 4 8 Vol.10, No 3 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 L\u2019ODYSSEE D\u2019'UN CAPORAL DE quelles étonnantes aventures les soldats n\u2019auront- ils pas été les héros au cours de la longue guerre actuelle ! Le caporal Veyssier, du 4e colonial, en rzconnais- sance dans un village des Ardennes, se vit cerner avec sa compagnie par un fort parti allemand.Menacé par trois uhlans, le caporal en ayant tué un, blessa le second pendant que lé troisième prenait la fuite.Se voyant seul, il se réfugia en forêt, où, durant trois jours, il dut se cacher au creux d\u2019un fossé.Comme il avait quitté sa cachette, il tomba dans un convoi de prisonniers français encadrés d\u2019ennemis ; fait prisonnier à son tour, au bout de quelques heures il réussit à s\u2019échapper du convoi avec six compagnons., Mais, poursuivis, Veyssier seul parvient a s\u2019échapper.Quatre jours il se cache, puis repart.Il parvient, malgré la chasse qui lui est donnée par des sentinelles et des patrouilles, chez de braves paysans qui le cachent et lui donnent des vêtements civils.Il rapart sur la route où il est arrêté par une auto allemande dont le conducteur, le prenant pour un paysan .du pays, se borne à lui demander son chemin.Veyssier juge alors prudent de prendre des sentiers écartés, mais il s\u2019y heurte contre des sentinelles qui l\u2019arrêtent puis le relâchent.Enfin, il gagne un village où il retrouve un soldat breton avec lequel il passe en territoire belge, où ils se nourrissent tant bien que mal.Mais les Allemands raparaissent et ils grimpent dans un arbre où ils doivent rester vingt-quatre heures! Enfin, ils parvinrent près de la frontière hollandaise, prirent un tramway et se trouvèrent à la limits du territoire belge.Ils se croyaient sauvés, mais, arrêtés, puis découverts, ils s\u2019enfuirent, poursuivis par les balles allemandes en franchissant la frontiére.Enfin, de Hollande, ils purent gagner Angleterre et étre rapatriés en France.Au cours de cette odyssée qui-avait duré plus de six mois, Veyssier avait, en tout, été prisonnier deux heures! \u2014\u2014 0 \u2014\u2014 En Perse, la chirurgie est exercée en Il paraît qu\u2019il n\u2019est pas prudent de majeure partie par les barbiers et juifs du manger du fromage trop avancé: c\u2019est ce pays; ces derniers sont dentistes et rebou- que nous laisse entendre le Dr Corfield teurs autrement dit, qui guérissent les parce que ces fromages trop faits, con- fractures et luxations.tiennent souvent des toxiques.\u2014 16 \u2014 TE PER FOIE 1 LR RE REEF WLAN Vol.10, No 5 LA REVUE POPULAIRE L SURNOMS DE SOLDATS L est une constatation nssez curieuse, | c\u2019est d\u2019observer que, dans tous les temps et dans tous les pays, le soldat a toujours aimé à donner des surnoms à ses chefs.Lisez les annalistes romains, vous verrez que les légionnaires antiques avaient des appellations qui leur étaient propres pour désigner ceux d\u2019entre leurs chefs qui avaient mérité quelque popularité.Il en fut de même au moyen Âge, et notre vieille langne française, si expressive, s\u2019est employée avec bonheur à dépeindre d\u2019un mot, élogieux ou péjoratif, les héros des combats d\u2019autrefois.Les soldats de la Révolution et de l\u2019Empire ne manquèrent pas à la tradition ancienne: le \u201cPetit Caporal\u201d fut le plus célèbre des surnoms donné au plus célèbre des soldats.© Nos poilus d\u2019aujourd\u2019hui ont imité les \u201cgrognards\u2019; ils ont leur \u201cPapa Joffre\u201d, une appellation familière, qui est aujour- d\u2019hui connue dans le monde entier.Nous avions sous les yeux, l\u2019autre jour, un journal illustré de Philadelphie où l\u2019on voyait le généralissime, représenté par une souris, en train de mordiller les jambes du colosse germanique.On lisait en dessous, comme légende: \u201cPapa Joffre les gri- gnotte !\u201d Le général de Castelnau a su mériter du soldat français l\u2019affectueuse appellation de \u201cPère Noël\u201d, en raison de sa charmante habitude de distribuer des petits cadeaux, cigarettes, chocolats et bonbons aux hommes dans les tranchées, quand il passe une inspection.Un de nos.plus émérites tacticiens, l\u2019homme qui creva les lignes allemandes, pendant la bataille de la Marne, l\u2019homme d\u2019Y pres, comme disent aussi les gens bien renseignés, le général Foch, a l\u2019amusant surnom de \u201cMonsieur deux sous\u201d.Cela tient à la curieuse habitude qu\u2019il a de répéter: \u201cJe m\u2019en fiche comme de deux sous!\u201d Si, par exemple, on lui cite un précédent comme devant influer sur une décision ou un ordre à donner, le général répond : \u2014Je m\u2019en fiche comme de deux sous, que Machin ait fait ca.Un de nos plus jeunes généraux qui solent arrivés a la notoriété,\u2014i la gloire \u2014le général Pétain, le valeureux défenseur de Verdun, est souvent désigné par le poilu sous ces mots, désormais historiques: \u201c\u201cOn les tient\u201d ou \u201cPasseront pas!\u201d Il est assez curieux d\u2019entendre dans la bouche du troupier une phrase de ce genre: \u201cIl parait que Passeront pas! vient nous inspecter demain.\u201d Les Tommies sont, eux aussi, grands amateurs de surnoms et il n\u2019y a rien d'étonnant en ceci, puisque l\u2019armée britannique actuelle a reçu toutes les traditions d\u2019une armée de métier où l\u2019esprit de corps est, forcément, beaucoup plus développé que dans une armée reposant simplement sur le système de la conscription, comme l\u2019armée française.Les hommes de la marine britannique, \u2018 \u2014_ 17 \u2014 Montibal, Mai 1917 ei! R i ' 1! \u2019 4 ES Hi.3 1 Bi Vol.10, No 5 par exemple, parlent un langage spécial, un argot qui ne saurait être compris d\u2019aucun civil.Les surnoms qu\u2019ils donnent se rapportent aux sports qu\u2019ils aiment ou\u2019 à des détails tout à fait particuliers de leur vie nautique.L\u2019amiral Wilson, par exemple, est toujours nommé \u201cTux Wilson\u201d, en souvenir d\u2019un incident où \u2018cet officier, lors de la révolte des Derviches, mit en fuite une demi-douzaine d\u2019Indiens, armés, rien qu\u2019en se défendant avec ses poings.Cet exploit pugilistique fit comparer le marin à un boxeur alors en pleine notoriété, Tug Wilson, qui put tenir tête, pendant un certain nombre de \u201crounds\u201d a J.- L.Sullivan, le fameux Yankee, dans une rencontre qui eut lieu à Madison Square.L'amiral Beresford est surnommé \u201cle Bouledogue\u201d à cause de sa combativité.Le commandant en chef des troupes britanniques en France, sir Douglas Haig, est surnommé par Tommy: \u201cHaig, le veinard, en raison de la chance extraordinaire avec laquelle il se tira toujours de situations périlleuses.Un autre génésal anglais, Sir William Robertson, est appelé \u201c Old Any Complaints\u201d, ce qu\u2019on pourrait traduire par \u201cle vieux Pas de réclamations?\u201d Cette désignation pittoresque est née de ce qu\u2019en visitant les chambrées et les campements, le général dit invariablement en entrant : \u201cPas de réclamations à faire, mes amis?\u201d Pour les Russes, le Grand-duc Nicolas, qui mène si vaillainment ses troupes contre les Turcs en Arménie, s\u2019appelle toujours \u201cBatooska\u201d, c\u2019est-à-dire le \u201cPetit père\u201d.On nous a affirmé que cette expression, employée par les officiers comme par les soldats, était tellement passée dans l\u2019usage qu\u2019elle se retrouvait, sans que per- aii dt iat Ld LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 sonne en prenne ombrage, jusque dans les communications et les rapports officiels.| Le brillant vainqueur de Galicie, Brous- silow, est connu d\u2019Yvan sous le nom de \u201cPapa Kasha\u201d, en souvenir d\u2019un plat favori du soldat, la kasha, une bouillie de sarrazin, dont il ordonna l'inscription au menu quotidien du troupier russe reconnaissant.Parmi les Boches, le général Von Klück, qui avait promis aux soldats allemands un petit déjeuner à Paris, à date et à heure fixée d\u2019avance sur le programme des fêtes, Von Kliück est surtout connu sous le sobriquet de \u201cVon Clock\u201d, que lui donnèrent les troupiers anglais, en mémoire de ce rendez-vous manqué, et pour le prier de tenir un compte \u2018plus exact des indications de la pendule (the clock).Le plus cocasse, c'est que ce surnom a été, paraît-il, adopté par les Allemands eux-mêmes.Un autre de leurs généraux célèbres, aujourd'hui en disgrâce, Von Haeseler, leur seul homme de génie, peut-être, Hae.seler qui avait déconseillé l\u2019attaque sur Verdun, est surnommé \u201cla Hyène\u201d.Il est bien la bête noire des officiers, à cause des rigueurs de sa discipline.; Von Mackensen, dans la bouche des officiers boches, est désigné \u201cMariska\u201d, ce qui est une allusion à.une célèbre beauté polonaise dont il fut fortement épris.Nous cherchons en vain un surnom affectueux donné par le \u201cMichel\u201d boche au kaiser ou au konprinz.Nous ne le trouvons pas.Malgré leur insondable servilité, les victimes de ces monomanes n\u2019ont pas encore été assez bêtes pour bénir du nom de \u201cpère\u201d les tyrans qui les menaient à la boucherie. au Vol.10, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 LE CITRON OBÉISSANT » Vous présentez un citron, que vous traversez de part en part, par un ruban.Ap- puvez le pied sur une des extrémités de ce ruban, et tenez l\u2019autre extrémité avec la main gauche.De la main droite, vous maintenez le citron à la partie supérieure du ruban.- Vous annoncez alors que, par suite du pouvoir que vous possédez, vous êtes arrivé à faire obéir le citron à votre comman- | dement et que vous allez le démontrer.Exécution de ce tour Vous commencez par poser au citron cette question : \u2014 Comment ferez-vous pour dire oui?Le citron descend et s'arrête au milieu du ruban.Vous reprenez le citron et le maintenez de nouveau à l'extrémité supérieure; vous l\u2019abandonnez de la main droite; le citron reste, suspendu en haut.Nouvelle question: \u2014 Comment ferez- vous pour dire non?Le citron glisse vivement sur le ruban et tombe à votre pied.Vous adressant aux personnes qui vous entourent vous demandez à l\u2019une d\u2019elles un chiffre peu élevé, par exemple inférieur à cinq; vous demandez à un autre personne un second chiffre.Supposons que l\u2019on réponde 2 d\u2019un côté et 5 de l\u2019autre : \u2014 C\u2019est bien, dites-vous, je vais ordonner au citron de fai- ss re l\u2019addition de ces deux chiffres?ee Vous reprenez le citron et le remontez à l\u2019extrémité supé- CORRE à A } 1 H ll f p Vol.10, No 5 rieure.Puis, vous dites: \u2014 2 d\u2019une part et 5 de l\u2019autre, don- nez-moi le total.Le citron descend en sept fois, c\u2019est-a- dire qu\u2019il s\u2019arrête six fois dans sa course.Vous posez alors le citron et le ruban sur une table ou une chaise.Ceci fait, zous prenez un jeu de cartes et priez une personne d\u2019en choisir une.Supposons qu\u2019on ait tiré le huit de carreau.Reprenant le citron vous lui posez ces questions: \u2014 Est-ce un pique?Le citron tombe.Vous remontez le citron.\u2014 Est-ce un carreau \u201d Le citron descend et s'arrête à moitié chemin.(Il est convenu, en effet, comme je l'ai dit plus haut, que ceci signifie oui).\u2014 Ah! c'est un carreau?Vous remontez encore.° \u2014 Dans les carreaux, nous avons des figures et des basses cartes.Est-ce une figure?Nouvelle chute du citron.Vous le remontez de nouveau: \u2014 Alors c'est une basse carte ?Le citron descend et s'arrête au milieu du ruban.Remontez-le encore: \u2014 Indiquez-moi le nombre de points portés sur cette carte?Le citron descend huit fois, c\u2019est-à-dire s'arrête sept fois en route.\u2014C\u2019est bien, c\u2019est tout ce que je voulais savoir.Vous prenez le citron de la main gauche, le ruban de la main droite par le côté sur lequel le pied était appuyé, et enroulant vivement ce ruban autour de la main, vous l\u2019arrachez du citron et le po- LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 sez, le moins en vue possible des personnes qui assistent à l\u2019expérience.Vous prenez enfin un couteau, coupez le citron en deux et le montrez pour prouver qu\u2019il n\u2019est pas préparé.Explication et préparation du tour Vous vous procurez un petit tube cintré de cuivre léger ou de fer blanc, ayant une ouverture juste assez large pour laisser passer le ruban (ou le cordon, si on le préfère).En préparant l\u2019expérience, vous introduisez secrètement ce tube dans le citron, de façon à ce que ni l\u2019une ni l\u2019autre des extrémités du tube ne dépasse le citron.Vous avez soin en outre de peindre ce tube d'une couleur pareille au ruban que vous employez.Quant au ruban, il aura 5 pieds de longueur; il sera terminé d'un côté par un noeud assez fort que l\u2019on tiendra en haut; l\u2019autre partie du ruban sera attachée à un fil de fer, de deux.fois la longueur du citron et assez souple pour qu\u2019il puisse jouer le rôle d\u2019une longue aiguille (qui, elle, n\u2019aurait pas la souplesse nécessaire).Ceci fait, vous présentez aux spectateurs le citron, sans toutefois le laisser visiter.Vous saisissez ensuite l\u2019extrémité inférieure du ruban et l\u2019introduisez, à l\u2019aide du fil de fer, dans l\u2019intérieur du tube qui est au milieu du citron.Vous avez ainsi traversé le citron de part en part.Détachant alors le fil de fer, vous ap- puyes le pied sur l\u2019extrémité du ruban où \u2014 20 \u2014 Vol.iv, No 5 ce fil de fer était attaché et, de la main gauche, vous saisissez le noeud qui est à la partie supérieure du ruban.Il va de soi dans ces conditions, chaque fois que le citron se trouvera en haut, le ruban étant tendu exercera, par la courbe qu\u2019il décrit à l\u2019intérieur du citron, une pression sur le milieu de la partie cintrée.Cette pression sera suffisante pour l\u2019arrêter dans sa course.Vous n\u2019aurez donc qu\u2019à tirer sur le ruban ou le laisser lâche pour faire descendre ou arrêter le citron à volonté.Le plus grand effet de ce tour se produit au moment où l\u2019on coupe le citron, pour prouver qu\u2019il n\u2019est pas préparé.Pour cela, vous n\u2019avez, comme il est expliqué dans la présentation du tour, qu\u2019à enrouler, par l\u2019extrémité inférieure, le ruban sur la main droite jusqu\u2019à ce que celle-ci arrive à toucher le citron.Tirez brusquement.Le noeud qui se trouve à la partie supérieure, étant plus gros que le tube, entraînera celui-ci.Le citron se trouvant libre de tout appareil, pourra être coupé par le milieu, sans crainte que l\u2019on voie le trou, puisque la coupure suit une ligne droite, tandis que le tube suivait une ligne courbe._ L\u2019ANCIENNE COUR DE RUSSIE ON ne se doute guère, à l\u2019étranger, du nombre considérable de charges qui existaient à la cour impériale de Russie.Ces changes se répartissaient comme suit : Trois grands chambellans.Quatre grands-maîtres de la Cour.Un grand maréchal de la Cour.Un grand échanson.Un grand écuyer.Deux grands veneurs.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 Un grand écuyer tranchant.Quarante maîtres de la Cour.Vingt-deux écuyers.Neuf veneurs.Deux grands maîtres de cérémonies.Un maréchal.Vingt-deux dignitaires en fonctions de maîtres de la Cour.Trente-cinq en fonctions d\u2019écuyers de la Cour.Douze maîtres des cérémonies.Trente dignitaires en fonctions de mai- tres des cérémonies.181 chambellans.243 gentilhommes de Chambre.15 dames à portraits.Deux grandes maîtresses de la Cour.Quatre : demoiselles d\u2019honneur à portraits.196 demoiselles d\u2019honneur.À cette liste déjà longue, il faut ajouter les médecins et le clergé de la Cour.On comprend que dans une Cour aussi nombreuse, les questions de l\u2019étiquette étaient poussées à l\u2019extrême et le Protocole perpétuellement sur les dents.C\u2019est ainsi que l\u2019étiquette russe prescrivait au Tzar de ne donner sa main qu\u2019aux souverains; mais en revanche, il était réservé une prérogative\u2014un devoir plutôt \u2014\u2014qui ne laissait pas d\u2019avoir parfois son côté agréable: c\u2019était celui d\u2019embrasser ses cousines, qui sont très nombreuses.A ce propos, rappelons que l\u2019étiquette autrichienne exige que l\u2019empereur d\u2019Autriche ne serre jamais la main à personne en saluant.Une légère inclinaison de la tête et un sourire aimable doivent suffire.Les autres souverains et les ministres font seuls exception, mais alors l\u2019empereur doit simplement vlacer les doigts fermés dans la paume de leurs mains tremblantes et ensuite les retirer immédiatement.EIRE Voi.10, No 5 LE \u201cMAUVAIS OEIL\u201d ET LA \u201cMANO CORNUTA\u201d DE toutes les superstitions celle du \u201cmauvais oeil\u201d est peut-être la plus répandue.Les \u201csorts\u201d que des paysans accusent certaines personnes de jeter sur leur bétail ne sont en effet, qu\u2019une variante de ce qu\u2019en Italie on appelle la jettatura, à Rome, et iJ malacchio 4 Naples.Les Italiens, à quelque rang de la société qu\u2019ils appartiennent, n\u2019ont su s\u2019affranchir de ce sentiment suranné qui poussait les anciens Latins à suspendre au cou de leurs enfants une amulette protectrice, qui avait nom le fascinum.De nos jours, un emblême tout différent est en vogue.| Nous voulons parler des mani cornute ou mains en forme de corne que beaucoup d\u2019Italiens portent ostensiblement, en breloques.Ce petit bijou, en perle, en onyx ou le plus souvent en corail, représente une main dont le pouce, le médium et l\u2019annulaire se trouvent réunis à l\u2019intérieur de la paume, tandis que l'index et l\u2019auriculaire se dressent, en faisant le simulacre de la corne.D\u2019où ce nom de la mano cornuta.Cet emblême est d\u2019une infaillible efficacité à l\u2019encontre de la jettatura ou du \u201cmauvais oeil\u201d.Si vous conversez avec un Italien, vous pourrez remarquer, qu'au cours de la causerie, il semblera jouer machinalement avec les breloques suspendues 3 à sa chaîne, ou, sans avoir l\u2019air de rien, fermer la main en laissant l\u2019index et l\u2019auriculaire allongés.\u2019 Vous pouvez étre certain que votre interlocuteur est en train de se défendre contre la jettaturae de quelqu\u2019un, venu a LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 passer et qui a la réputation d\u2019avdir le \u201cmauvais oeil\u201d.Comme tout ici-bas, oli toutes choses ne sont que causes et effets, la doctrine de la jettatura est un phénomène résultant de certains antécédents.Au moyen âge, cette superstition, dont l\u2019origine est venue d\u2019Afrique, s\u2019était étendue à tous les pays d\u2019Europe.\u201cLe mauvais oeil\u201d\u2014on se le figurait du moins \u2014 était l\u2019un des pouvoirs qu\u2019on accusait les sorcières de posséder au plus haut degré.Pour le combattre, on avait recours aux méthodes les plus extraordinaires.L\u2019une des plus connues consistait à natter un certain feuillage avec le poil provenant de la queue d\u2019une vache.En Egypte, aujourd\u2019hui encore, on procède à de nombreuses cérémonies ayant pour but de lutter contre les effets du \u201cmauvais oeil\u201d.Dès qu\u2019un enfant vient au monde, on commence par le saupoudrer d\u2019un peu de se], à titre de précaution initiale.Des cauries (monnaie indigène) sont attachées à la bride des chameaux, afin d\u2019éloigner d\u2019eux le mauvais sort, et pour en affranchir l\u2019intérieur d\u2019une habitation, on y fait brûler de l\u2019alun.N\u2019importe qui peut être affligé du \u201cmauvais oeil\u201d, aussi bien les femmes que les hommes, car c\u2019est là un attribut surnaturel, satanique pour ainsi dire, qui appartient, on ne sait trop pourquoi, à l\u2019individu.Un jettaturo n\u2019est pas rendu responsable du mal qu\u2019il peut causer bien involontairement.On se contente de ne pas l\u2019approcher; on le craint et on l\u2019évite comme un instrument irresponsable du mauvais sort. - LA res .À £35 AE ANNEE [ ee LA REVUE POPULAIRE FLEURS Mois de Mai MUGUET DE MAI OU LIS DES VALLEES 1 \u2014 RETOUR DU BONHEUR Le muguet aime le creux des vallons, l'ombre des chênes, le bord des ruisseaux ; dès les premiers jours de mai, ses fleurs d\u2019ivoire s'entr\u2019®uvrent et versent leurs parfums dans les airs.À ce signal, le rossignol quitte nos haies et nos buissons, et va chercher au sein des forêts une compagne, une solitude et un écho qui répondent à sa voix; guidé par le parfum du lis des vallées, le charmant oiseau a bientôt choisi son asile; il s\u2019y établit, en chasse ses rivaux, et y célèbre, par des chants mélodieux, la solitude, l\u2019amour et la fleur qui, chaque année, lui annonce le retour du bonheur.TROENE DÉFENSE Pourquoi, disait une jeune mère de famille au pasteur de son village, n\u2019avez- vous pas planté une forte palissadg d\u2019épines à la place de cette haie de troène fleuri qui entoure votre jardin ?\u201d Le pasteur lui répondit: \u201cLorsque vous défendez à votre fils un plaisir dangereux, la défense s\u2019embellit sur vos lèvres d\u2019un tendre sourire, votre regard le caresse, et, s\u2019il se mutine, votre main maternelle lui offre aussitôt un joujou qui le console : de même la haie dif pasteur doit éloigner les indiscrets et offrir des fleurs à ceux mêmes qu\u2019elle repousse.\u201d NARCISSE ÉGOÏSME Le narcisse des poètes répand une douce odeur; il porte une couronne d\u2019or au centre d\u2019une large fleur, toujours blanche comme l\u2019voire et légèrement inclinée : cette plante paraît naturelle à nos climats; elle , aime l\u2019ombre et la fraîcheur des eaux.Les anciens voyaient dans cette fleur la métamorphose d\u2019un jeune berger qu\u2019Amour punit de son indifférence par un fatal égarement.Mille nymphes aimérent le beau Narcidse, et connurent le supplice d\u2019aimer sans retour.Echo, la triste Echo, Vol.10, No 5 fut méprisée par cet ingrat ; elle était belle alors, mais la douleur et la honte effacèrent sa beauté: une affreuse mgigreur se répandit sur tout son corps; les dieux en eurent pitié: ils changèrent ses os en pierres, mais ils ne purent guérir son âme, qui gémit encore dans ies lieux écartés où tant de fois elle suivit le cruel qui ne put l\u2019aimer.Fatigué par l\u2019exercice de la chasse et par la chaleur qui desséchait la terre, le beau Narcisse se reposa un jour sur un épais gazon, au bord d\u2019une fontaine dont les eaux limpides n\u2019avaient jamais été troublées: le berger, attiré par la fraîcheur, veut se désaitérer ; il se penche vers le pur cristal de cette onde perfide; il se voit, 11 s'admire, et reste si frappé de son image que, les yeux fixés sur cette ombre, il perd tout mouvement et semble une statue attachée sur la rive.Amour, qui se venge d\u2019un coeur rebelle, embellit cette image de tous les feux qu\u2019elle inspire; puis il se rit d\u2019une si folle erreur, abandonnant sa victime au délire qui doit la consumer.Echo, seule, fut témoin de sa peine, de ses larmes, de ses soupirs, des voeux insensés qu\u2019il s\u2019adressait à lui-même.Sensible encore, la nymphe répondit à ses plaintes et redit son dernier adieu, qui ne fut pas pour elle: même en expirant, le malheureux cherchait encore au fond des eaux l\u2019erreur qui l\u2019avait charmé; on assure même que, en descendant aux enfers, il la redemanda aux eaux ténébreuses du Styx, des bords duquel rien ne put le détacher.Les Naïades, ses soeurs, déplorèrent sa perte et couvrirent son corps de leurs longues chevelures; elles priérent les Dryades d\u2019élever un bûcher pour ses funérailles.Echo suivait ces nymphes et redisait leurs LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 plaintes d\u2019une voix désolée.Le bûcher s\u2019élève, mais le corps qu\u2019il doit mettre en cendres n\u2019existe plus; on ne trouve à sa place qu\u2019une fleur pâle et mélancolique, qui se penche sur l\u2019eau des fontaines comme Narcisse sur celle du Styx.Depuis ce jour, les Euménides parent leurs fronts terribles d'une couronne de ces fleurs, qu\u2019elles ont consacrées elles-mêmes à l\u2019égoïsme, qui est de toutes les fureurs la plus triste et la plus funeste.TILLEUL AMOTE CONJUGAL Baucis fut changé en tilleul, et le tilleul devint l\u2019emblême de l\u2019amour conjugal.En jetant un coup d'oeil sur les plantes consacrées par la mythologie des anciens, on ne peut se lasser d'admirer avec quelle justesse ils ont su rapprocher les qualités de la plante de ceiles du personnage qu\u2019elle devait représenter.La beauté, la grâce, la simplicité, une douceut extrême, un luxe innocent, tels seront dans tous les siècles les attributs et les perfections d\u2019une tendre épouse.Toutes ces qualités, on les trouve réunies dans le tilleul, qui se couvre, chaque printemps, d\u2019une si douce verdure, qui répand de si douces odeurs, qui prodigue aux jeunes abeilles le miel de ses fleurs, et aux mères de famille ses flexibles rameaux dont elles savent faire de jolis ouvrages.> \u2018Tout est utile dans ce joli arbre : on boit l\u2019infusion de ses fleurs, on file son écorce, on en fait des toiles, des cordes et des chapeaux.THYM AUTIVITÉ Des®mouches de toutes les formes, des scarabées de toutes les couleurs, les dili- Vol.10, No 5 gentes abeilles, les papillons légers, environnent sans cesse les touffes fleuries du thym.Peut-être que cette humble plante paraît à ces légers habitants de l\u2019air, qui ne vivent qu\u2019un printemps, comme un ar-' bre immense aussi vieux que la terre, couvert d\u2019une verdure éternelle sur laquelle ses fleurs brillent comme de superbes amphores toutes pleines de miel à leur usage.; Les Grecs regardaient le thym comme le symbole de l\u2019activité; sans doute ils avaient observé que son parfum, qui fortifie le cerveau, est très salutaire aux vieillards, auxquels il rend l\u2019énergie, de la souplesse et de la vigueur.L'activité est une vertu guerrière qui toujours s\u2019associe avec le véritable courage.C'est pour cela qu\u2019autrefois les dames brodaient souvent, sur l\u2019écharpe de leurs chevaliers, une abeille bourdonnant autour d\u2019une branche de thym.Ce double symbole disait encore que celui qui l\u2019avait adopté mêlerait la douceur à toutes ses actions.+ VALERIANE ROUGE FA CILITÉ La valériane à fleurs rouges est une fleur des montagnes.Sa parure est brillante, mais toujours tin peu en désordre.Cette fille des montagnes conserve au milieu de nos fleurs cultivées un port rustique qui lui donne un peu l\u2019air d\u2019une parvenue; cependant cette beauté sauvage doit sa fortune à son mérite; sa racine est excellente contre la plupart des maladies qu\u2019engendre la mollesse:; son infusion fortifie la vue, ranime les esprits, éloigne la mélancolie; ses fleurs durent presque toute \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 l\u2019année; la culture les embellit, mais elles ne dédaignent jamais leur champêtre ori- 25 gine, et on les voit quitter nos plates- bandes pour parer les flancs d\u2019une aride colline ou la cime d\u2019un mur abandonné.Les valérianes des bois et celles des prairies ont autant de vertus et de beautés que la valériane rouge; mais la main du jardinier les néglige, parce qu\u2019elles manquent de l'heureuse facilité qui distingue celle des montagnes.\u2014\u2014 0 \u2014 L\u2019ACTION DES FLEUVES CONTINUELLEMENT le lit des fleuves et des rivieres est creusé par les eaux qui charient ces déchets dans son courant.Plus le fleuve est rapide et impétueux plus il ronge rapidement ses rives.On a calculé que \u201c la Tamise \u201d, qui passe à Londres, Angleterre, en creusant ainsi ses bords, y enlève chaque jour 1500 tonnes de matières, ce qui représente un demi-million de tonnes par an.Le même calcul a été fait pour le fleuve \u201cMississipi\u201d et on évalue à 360 millions de tonnes, les matières, pierres, sable, graviers, etc, enlevées de ses bords et charriées par le courant.La plupart de ces matières sont entraînées au fond et peu à peu les rivières s\u2019élangissent en diminuant de profondeur.\u2014 \u2014 \u201cL'huile d\u2019orange\u201d est extraite de l\u2019écorce d\u2019orange.Pour se rendre compte de sa présence et de son caractère inflammable l\u2019on a qu\u2019a presser la pelure d\u2019une orange près de la flamme d\u2019une bougie.PU [REAR TES Es Vol.10, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 UN FILET NOUVEAU GENRE Tranquillement assis dans une chaloupe, légèrement ballottée par la brise du matin, ayant pour compagnons-une bonne pip» de tabac, une bonne ligne et surtout une bonne dose de patience, voilà la pêche telle que nors l'a:mons pour se distraire.: {.Mais quand il s\u2019agit de faire du produit de notre pêche un commerce, cela change, et il faut laisser de côté Ja pêche par plaisir pour faire la pêche d\u2019intérêt.C\u2019est dans le but Je sortir de l'eau une très grande quantité de poissons et très rapidement que l\u2019on invente des apparcils de pêche destinés à satisfaire la grande demande de commerc:.Ainsi, tel ge nous le montre notre gravure, l'on vient de trouvez un nouvel engin pour faire la guerre aux paisibles hab\u2018tants d: l\u2019eau.Attiré par une lumière posée au fond d\u2019un filet en forme d'entonnoir allongé, le poisson se précipite vers l'ouverture d\u2019un tuyau à succion qui fait remonter, sur le pont, le poisson pris à ce p'ège noûveau genrc.\u2018 Les marins munis de ce filet \u2018\u2018attrappe poissons\u2019 font des.pêches tras fructueuses, teut en naviguant comme vaisseaux de transport.N 206 Vol.16, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 A COMMENT LES FEMMES SE PREPARAIENT À LA GUERRE IL Y À 3000 ANS N ce temps de guerre terrible, il est E intéressant de constater un fait assez curieux.Ce qu'aujourd'hui l\u2019Amérique et même l\u2019Eurape se proposent de faire, existait chez les Egyptiens il y a 3000 ans.Il s\u2019agit de l'utilité de l'établissement de camps militaires et éducateurs pour les hommes et les femmes.Ce projet soulèrera, sans nul doute, une foule d'objections et d'approbations qui pourront.nous permettre d\u2019en juger le bon»et le mauvais côté.Les Egyptiens nous semblent pratiques dans leurs efforts d\u2019il y a 3000 ans, puisque les résultats obtenus ont été très satisfaisants.Voici quelles étaient leurs moyens, de procéder.Le camp était situé tout près de la métropole de Bubastis qui était une ville consacrée au \u201cChat Sacré\u201d.Ce camp était donné principalement pour l'entraînement du tir à l\u2019arc et à la fronde des troupes défensives.Les femmes, aussi bien que les hommes, étaient supposées se battre, mais seulement en cas d\u2019invasion.À elles était réservée la rude tâche de repousser les envahisseurs de leurs pays, et elles n'avaient rien à voir dans les conquêtes projetées au loin.Il existe encore, en Egypte, un ancien ouvrage médical écrit en hiéroglyphes,\u2014 sorte d'écriture enrployée dans ce temps- là et qui exprimait toute une série d\u2019idées par la représentation d\u2019objets visibles\u2014 qui prouve que la pratique du tir à l\u2019arc ra chez la femme, la rendait meilleure mère et lui procurait une force physique très utile.En certain temps de l\u2019année, les garçons étaient admis dans ces camps éducateurs pour apprendre l'art de tirer à l\u2019arc et de se servir de la fronde et se préparer ainsi à devenir de bons soldats.Tous étaient soumis à des règlements des plus sévères et la moindre infraction à ces règlements, était punie de mort, pour les hommes, et d'un cntraînement plus dur pour les femmes.Au temps de Ramsès II, un tiers des terres fertiles du pays était réservé à la classe militaire.Le service militaire n\u2019était pas obligatoire, mais tous recevaient une éducation utile à la défense de leur pays.C'est ainsi que ceux qui faisaient du service militaire, ou suivaient les camps éducateurs pour devenir d\u2019adroits archers, pendant deux ans, avaient droit à un terrain assez grand pour subvenir aux besoins de leurs familles par la culture.En temps de paix l\u2019on était tenu de labourer le terrain comme un simple agriculteur; en temps de guerre, c\u2019était le devoir du gouvernement de s\u2019ocenper de la semence et de la recolte dont un tiers était pour le soldat lui-même, un tiers pour sa femme et ses enfants et l\u2019autre tiers pour le gouvernement.Toutes ces terres données aux soldats étaient exemptes de taxes et, chose bizarre, Voi.10, No 5 quiconque appartenait à l\u2019armée ne pouvait être envoyé en prison pour dettes.C\u2019est donc dire que celui qui se dévouait pour devenir, plus tard, utile à son pays, recevait du gouvernement des faveurs d\u2019encouragement.Les enfants étaient sensés devoir suivre la carrière militaire de leur père, car s'ils manquaient à ce devoir la terre revenait au gouvernement à sa mort.Pour assurer les besoins d'existence de la femme et de ses enfants, 1l était d'usage, d\u2019enrégimenter, suivant la coutume, tout enfant mâle naissant .Ainsi, si le père vient à mourir sur le champ de bataille, le gouvernement se chargeait de Zz ~ \u201c\u201d, Ga, 7 Bas-rehref égyptien.l\u2019entretien de la terre, au bénéfice de la veuve, jusqu\u2019à ce que le fils soit d\u2019age a travailler lui-même pour subvenir aux besoins de la famille.C\u2019est alors que la terre lui revenait en propre après avoir remboursé au gouvernement le coût de l\u2019existence de la \u2018famille depuis la mort du père.Ce système éducateur pour l\u2019art militaire et la culture a été très favorable au progrès de l\u2019Egypte.Les Egvptiens étaient forts, courageux et très laborieux.Ce système d\u2019il y a 3000 ans, s\u2019il était établi de nos jours sur des bases quelque LA REVUE POPULAIRE 28 Montréal, Mai 1917 peu semblables à cerui des anciens, serait très apprécié.Il ferait de nous un peuple vivant pour la défense de la patrie et l\u2019existence de la famille.| 3 0 LE RAFRAICHISSEMENT DES POIGNETS PENDANT les grandes chaleurs ou l\u2019hiver dans les endroits surchauffés, on doit toujours avoir soin de tenir les poignets frais.Peu de personnes connaissent l\u2019importance de ce détail et capendant c'est un fait que l\u2019on peut constater souvent.Dans les théâtres principalement, il arrive souvent que la trop grande chaleur de la scène incommode et fait évanouir un acteur ou une actrice; dans ce cas, on lui verse simplement de l\u2019eau fraîche sur les poignets, et, le plus souvent, ce remède externe et si simple est suffisant pour lui faire reprendre ses sens.; Les ath'ètes, quand ils donnent des exhibitions, ont toujours à leur portée de l\u2019eau fraîche ou une serviette imbibée d\u2019eau fraîche pour se rafraîchir les poignets.En dépit de ces faits bien concluants les gens continuent à porter des gants et des mitaines fourrées et ils s\u2019étonnent d\u2019être parfois incommodés.Souvent dans un endroit chaud, à l\u2019église principalement où les dames gardent leurs gants, on s\u2019aperçoit immédiatement d\u2019un changement de température si l\u2019on quitte ses gants.Les gants qui montent haut sur les bras sont la chose qui incommode le plus une personne au cours des grandes chaleurs ou dans les endroits surchauffés.\u2014 0 \u2014 Vol.10, No 5 \u2019 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 © LES MESAVENTURES D'UN CHINOIS | PARMI les bienfaits que l\u2019on ne peut refuser aux temps modernes, le plus grand peut-être est d\u2019avoir peu à peu fait entrer dans l\u2019esprit humain la conscience de la liberté individuelle.La \u201cDéclaration des droits de l'homme\u201d qui fuË mise en tête de la Constitution de 1791, en France, a défini dans ces termes la conception moderne de la liberté: \u201cLa liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui; ainsi l\u2019exercice des droits naturels de chacun n\u2019a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits\u201d.L'article 5 ajoute : \u201cLa loi n\u2019a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société.\u201d Il ne s\u2019agit là que de la liberté politique, car il est impossible de vouloir dominer les consciences ou de régler les opi- niens.Quant à la liberté individuelle, reposant sur le droit pour chaque citoyen de disposer librement de sa personne et d\u2019obtenir protection ou réparation contre les arrestations illégales, ou autres atteintes portées à la sûreté dont chacun doit jouir dans la société, le principe en fut proclamé par la Constitution du 3 septembre 1791, et le Code pénal actuel la garantit.Si parfois on peut déplorer que les principes de 1791 ne soient pas suivis.avec toute la libéralité qu\u2019il faudrait et que la justice se laisse guider par des sentiments dépourvus de dignité, d\u2019équité ou de franchise, il n\u2019en faut pas moins reconnaître que celle-ci y met encore une certaine forme que l\u2019on dédaignait totalement au bon vieux temps où les pauvres diables étaient couramment l'objet des pires aventures.L\u2019une des plus singulières fut celle d\u2019un lettré chinois, amené à Paris, en 1723, par le P.Fouquet qui avait eu, à Pékin, de Le supplice du Chinois.graves démêlés avec les autres jésuites de la mission.Flairant un danger, il quitta la maison de Paris avec son Chinois.On le poursuivit, mais il réussit à s\u2019échapper et, seul, le pauvre lettré fut arrêté.On le jeta à Charenton, où il resta plus de deux ans, nourri de pain et ie) 1 + ; Vol.10, No 5 d\u2019eau et fouetté deux fois par jour, suivant le régime des aliénistes de l\u2019époque.Tout lettré qu\u2019il était, le malheureux ne savait que le chinois et il risquait fort de passer le reste de sa vie parmi les fous.Enfin, le lieutenant de police Héraut, visitant un jour l\u2019asile, on lui présenta l\u2019infortuné dont \u2018a folie était, disait-on, de prétendre ignorer le français.Dans les propos qu\u2019il tint, le magistrat distingua le mot Canton; il envoya quérir un interprète des Affaires étrangères et le mystère fut enfin éclairci.Le pauvre homme, muni de quelque argent, fut réexpédié chez lui, où il dut raconter de singulières choses sur l\u2019hospitalité européenne.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 UN SIGNAL D\u2019ALARME AFIN d\u2019éviter que l\u2019ennemi ne vienne, pendant la nuit, couper les fils de fer barbelés de nos tranchées, on a recours à maints systèmes de signaux d\u2019alarmes, dus à l\u2019ingéniosité de nos sapeurs, et dont voici un spécimen.Au milieu des fils barbelés, on dispose un fil d\u2019acier aussi tendu que possible.Ce fil est placé de telle manière que les Boches ne manqueront pas de le couper.Examinez maintenant notre-croquis, en lisant le texte.Vous voyez qu\u2019à ce fil d\u2019acier est fixé un autre fil (a).Ce second fil soutient, d\u2019autre part, une petite béquille (8) légèrement inclinée.En outre, à son extrémité, qui est appuyée sur le haut d\u2019une fourche, est suspendu un poids assez lourd.Remarquez, d\u2019autre part, un rail de chemin de fer dont le bout repose en équilibre sur la béquille inclinée.Au-dessous du rail se trouve un percuteur (r), placé \u2014 30 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 19I7 lui-même au-dessus d\u2019une cartouche (p).Supposons maintenant que l\u2019on vienne a couper le fil d\u2019acier de la palissade: le fil de fer attaché a la béquille, cessant d'être retenu par le fil de la palissade, est entraîné par le poids lourd.La béquille tombe avec lui et, faute de soutien, le rail s'abat lourdement sur le percuteur : la cartouche prend feu et enflamme du ful- micoton qui, à son tour, fait partir une charge de poudre (c).Cette charge de poudre est composée de telle façon qu\u2019elle produit, en même temps qu\u2019une détonation, une lumière étincelante qui dure une ou deux minutes.Tout le terrain avoisinant est éclairé comme en plein jourret l\u2019on peut alors repousser à coups de fûsl les audacieux assaillants.\u2014_\u2014 0 ZONES NEUTRES > Nous sommes tous, depuis la guerre, familiarisés avec l\u2019expression de \u201czone neutre\u201d, dont il est fait un si large emploi dans les récits des combats du front.On veut dire par là le terrain compris entre les deux premières lignes de tranchées adverses.Labouré d\u2019obus, parsemé de cratères, constamment balayé par les rafales des canons et par les tirs de bar- PIE PE REA EE RE TOs PVH PULP I) NR RE CIE PO SO 1 Vol.10, No 5 rage, par les balles des mitrailleuses, cet espace est neutre parce qu\u2019il n\u2019appartient à personne.Aucun des belligérants ne saurait s\u2019y maintenir.C\u2019est tout au plus si quelques hardis \u201c patrouilleurs \u201d s\u2019y hasardent quand l'ombre est suffisamment propice pour leur permettre de tenter une reconnaissance ou un coup de main.Il y a néanmoins, loin des champs de bataille, des zones neutres d\u2019une autre espèce.Celles-là sont moins dangereuses leurs limites ont été soigneusement déterminées par des commissions réunies à cet effet-et elles ont été garanties par des traités.C\u2019est, par exemple, l\u2019étroite \"bande de territoire qui s\u2019étend d\u2019un bout à l\u2019autre de l\u2019isthme qui relie le rocher de Gibraltar à l\u2019Espagne.Large d\u2019envirou 24 de mille, ce territoire répond bien à la pittoresque expression dont les Anglais baptisent les zones neutres: No man\u2019s land, la terre de personne, ni aux Espagnols, ni aux anglais.De chaque côté de la frontière séparée par cette zone neutre, les sentinelles anglaises et les sentinelles espagnoles se surveillent jour et nuit, depuis des années, sans jamais miettre le pied sur le terrain interdit.\u2019 Une autre zone neutre du méme genre existe dans l\u2019Amérique du Nord, entre les Etats-Unis et le Mexique.Cette fois, il s\u2019agit d\u2019une superficie beaucoup plus considérable.Ce \u201cno man\u2019s land\u201d mesure, en effet, 70 milles de lange sur une longueur de près de 700 milles.TI s\u2019étenid, de l\u2019est à l\u2019ouest, d\u2019El Paso, dans le Texas, jusqu\u2019aux bonds de l'Océan Pacifique.On concevra aisément qu\u2019une telle por- LA REVUE POPULAIRE \u2014 31 \u2014 Montréal, Mai 1917 tion de territoire n'est pas restée inhabitée \u2014Join de là.Mais, comme ni les Mexicains, ni les Américains n\u2019ont le droit d\u2019y pénétrer, et, par conséquent d\u2019y exercer aucune police, comme elle n\u2019est à personne, que personne ne peut la revendiquer, elle ne tombe sous le coup d\u2019aucune autorité et elle est devenue le repaire de tous les \u201coutlaws\u201d, tous les criminels hors la loi des Etats-Unis, tous les brigands du Mexique, en, un mot, du rebut du continent américain.- Terre promise des assassins et des malfaiteurs de tout acabit! Ils se réfugient la, leur coup fait, et y attendent, en s\u2019entre- dévorant les uns les autres, le moment où ils seront oubliés pour aller à nouveau continuer leurs exactions en pays civilisé.En tout, en peut estimer à cinquante ou soixante le nombre des zones neutres du monde entier.Quelques-unes ont à peine quelques milles carrés de superficie.D\u2019autres ont une étendue assez considérable.Ces dernières seraient parfois assez grandes pour constituer de petits Etats indépendants.Au nombre de ces zones neutres, il y a beaucoup de régions parfaitement inhabitables, comme ces immenses étendues désolées avoisinant les pôles, où nulle nation n\u2019a encore songé à planter son pavillon._\u2014 0 \u2014\u2014\u2014 On prétend que l\u2019origine du jeu de base-ball nous vient d\u2019Egypte.En.effet des travaux d\u2019excavations faits au Caire, ont mis à jour une quantité de balles dont les unes étaient en cuir, les autres en bois.Elles datent de 2000 ans avant Jésus- Christ, mais l\u2019histoire ne dit rien de la façon dont on jouait.0 fl J! bi i i : Voi.10, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 LE CHANT DE LA VICTOIRE Voici une poésie superbe, d\u2019allure très crâne et que Déroulède eût volontiers signée.Elle est à sa manière et prouve chez son auteur, M.Je curé L.Lebrun, non seulement une âme virilement trempée mais révèle également un fin poète appelé à prendre rang parmi les meilleurs de notre époque.1 Pour défendre la France, Tu seras là, Soldat, Tu seras la!.Marche avec assurance, Au dur combat, Soldat, Au dur combat.4 Que Dieu soit ton égide, Dans le danger, Guerrier, Dans le danger, Courbe ton front candide, Pouz le prier, Guerrier, Pour le prier.7 Implore Notre-Dame, L'ange gardien, Chrétien, L\u2019apge gardien, Mets à l\u2019abri ton âme, Repends-toi bien, Chrétien, Repends-toi bien.10 Le Boche en sa retraite, Semble plier, Guerrier, Semble plier.Allons, à la fourchette, Lee déterrer, Guerrier, Le déterrer! 13 Mais je vois poindre à gauche, Des mains déjà, .Soldat, Des mains déjà.Nous avons mis des Boches, Hors de combat, Soldat, Hors de combat.ary 2 Mais avec la mêlée, Pose le pied, Guerrier, Pose le pied, Au creux de la tranchée, Dans le bourbier, Guerrier, Dans le bourbier.5 Sans peur et sans reproche Tout fier déjà, Soldat, T'out fier déjà, Ton front devant le Boche, Se dressera, Soldat, Se dressera.8.Bondis avec furie, , De ton terrier, Guerrier, De ton terrier ; S'il faut donner sa vie, Sois le premier, Guerrier, Sois le premier.11 Eutends ton capitaine, Crier : Hourra ! Soldat, Crier: Hourra ! Allons, c\u2019est jour de veine, On les prendra, Soldat, On les prendra.14 Dieu fait luire la gloire, Sur ton cimier, - Guerrier, Sur ton cimier.u faut pour ta Victoire, Le remercier, Guerrier, Le remercier ! L.LEBRUN, Ptre., Guré \u2014 232 \u2014 AUX POILUS.DE LA GRANDE GUERRE 3 Garde-toi de la balle Et de l\u2019éclat, Soldat, Et de l\u2019éclat, Car pantout la mort, pâle, T'e guettera, Soldat, Te guettera.6 Saisis ta baïonnette, Sans hésiter, Guerrier, Sans hésiter ! \u2018Entends-tu la trompette?Il faut charger! Guerrier, Il faut charger! \u2026 9 Partout siffle la batle, Couche-toi là, Soldat, Couche-toi là ; Mais après la bataille, On les aura, Soldat, On les aura.12 Sauions avee vaillance, Dans leur terrier, Guerrier, Dans leur terrier.Et s'ils font résistance, Croisons l\u2019acier, © Guerrier, Croisons l\u2019acier.15 Crions: Vive la France! Dieu l\u2019entendra, Soldat, Dieu l\u2019entendra.Et sa Toute-Puissance, Nous sauvera, Soldat, Nous sauvera.!.de Troisvaux, (Pas-de-Calais). Vol.10, No 5 PArm: les tours merveilleux, les ja- doo, exécutés par les jongleurs de l\u2019Inde, il en est un surtout qui plonge le voyageur dans la stupéfaction.Ce tour est celui d\u2019un Hindou énigmatique qui, en fixant un rejet d\u2019ananas piqué en terre, faisait pousser la plante en dix minutes \u201c et mûrir le fruit.Ce tour est classique et presque tous les jongleurs l\u2019exécutent, à cela près que le rejet d\u2019ananas est souvent remplacé par une pousse de manguier.Quelquefois la plante grandit sous uné caisse de bois, ou à l\u2019intérieur d\u2019un grand bocal, le plus souvent derrière un rideau, mais elle est toujours dissimulée aux yeux des spectateurs.C\u2019est une condition sine qua non.Il faut remarquer que les magiciens hindous vont toujours par groupes de quatre ou cinq et que chacun exécute un tour qui lui est propre.Pendant que l\u2019un d\u2019eux opère, les autres peuvent préparer tranquillement leurs trucs.Ils possèdent en outre une grande quantité de lambeaux d\u2019étoffes, de sacs, de chiffons qui, sans que les spectateurs s\u2019en doutent, leur sont d\u2019une grande utilité pour dissimuler certains objets.Dans le tour du manguier, l\u2019opérateur se procure une jeune pousse de cet arbre, ornée de trois ou quatre feuilles.Il la glisse dans une sorte de petite poupée d\u2019étoffe, crèuse intérieurement, qui remplace là- bas la baguette du prestidigitateur européen.Il a eu soin de se munir en -même LA REVUE POPULAIRE LES DESSOUS D'UN TRUC DE JONGLEUR np \u201c \u2014 Montréal, Mai 1917 temps d\u2019une véritable branche de l\u2019arbre à laquelle il attache une mangue.Cette branche est serrée très étroitement dans un large morceau de drap mouillé.Avec deux graines de manguier, le jongleur possède tout ce qu\u2019il lui faut.| Il fend l'une de ces graines par le milieu, en rejoint les deux parties au moyen d\u2019une petite cheville de bois et y glisse de minces \u2018bouts de ficelle.Il à soin également d\u2019effiler les extrémités des deux branches de façon à ce qu\u2019elles entrent bien dans la graine ainsi préparée.Tout étant arrangé ainsi à l\u2019avance, le jongleur s\u2019avance avec quatre bambous reliés ensemble à l\u2019une de leurs extrémités et prie les spectateurs de bien les examiner pour prévenir toute supercherie.II plante alors les bambous en terre et leg recouvre d\u2019une étoffe légère formant une petite tente dont trois côtés seulement \u2014 ceux qui font face au public,-\u2014sont couverts.L\u2019étoffe est d\u2019ailleurs si légère qu\u2019on peut voir à travers.Le prestidigitateur prend alors un récipient de fer-blane, grand comme une boîte de conserve de homard à peu près.L\u2019ayant rempli de terre, il le fait passer sous les yeux du public ainsi que la graine non truquée.Arrosant la terre en abondance, ce qui la transforme en boue noirâtre, il y enfonce ce qu\u2019on croit être la graine normale, mais en réalité la graine truquée.Le récipient est déposé sous la tente, puis le magicien, semblant s\u2019apercevoir ITI TR HHI SH NE 1 Voi.10, No 5 tout à coup que les spectateurs voient à travers le tissu, recouvre le tout avec un large morceau de drap mouillé.Soulevant les deux étoffes en même temps, il montre au public que le récipient est bien ÿ sa place.Ici se termine la première partie du tour.Il faut attendre quelque temps pour permettre à la graine de germer, à l\u2019arbre de grandir.Afin que le temps semble moins long aux spectateurs, le magicien les distrait par d'autres tours moins importants.L\u2019instant solennel est enfin arrivé.Le magicien s'approche de la tente, tenant à la main sa petite poupée d\u2019étoffe, puis il s'accroupit.Alors, avec une dextérité extraordinaire, 1: retire de sa poupée la jeune pousse et l'insère dans la graine fendue qui se trouve à fleur de terre .dans le récipient.Soulevant ensuite le devant de la tente, il fait voir aûx spectateurs étonnés la croissance extraordinaire- de l\u2019arbrisseau.Il va même jusqu\u2019à le retirer du récipient pour montrer que la pousse surgit bien,de, la graine entr\u2019ouverte.La seconde phase du tour est terminée.Le jongleur arrose encore la plante, profitant de cet instant pour arracher la jeune pousse et la remplacer habi!ement par la branche.Celle-ci, on s\u2019en souvient, était dissimulée dans le morceau de drap mouillé.Il pourrait à ce moment faire voir ce résultat aussi surprenant qu\u2019instantané, mais le malin compère se garde bien d\u2019éveiller les soupçons.Il attend dix bonnes minutes avant d\u2019exhiber un arbuste de cinquante centimètres portant un fruit mûr.Ce tour exécuté avec une habileté incroyable obtient toujours un grand succès.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 LA COUTUME DU DHARNA HINDOU PA TCI, nous recourons aux huissiars, quand un débiteur sans scrupule refuse de s\u2019exécuter.Aux Indes, les choses se passent autrement depuis l\u2019époque la plus ancienne.Les Hindous ont trouvé, en effet, un moyen assez étrange pour obliger les débiteurs à payer leurs dettes.La créancier s\u2019assoit sur la porte de la maison du débiteur, et il ne touche & aucune nourriture jusqu\u2019au moment où le débiteur a payé.Catte coutume, transportée au Canada, n\u2019aurait probablement d\u2019autre succès que la mort des créanciers, à la grande joie du débiteur.Il en va autrement aux Indes, où le débiteur ne veut pas avoir sur la conscience la mort de son créancier, ce qui lui vaudrait des terribles châtiments divins, surtout si le créancier est un brahman.Souvent le créancrèr n\u2019avait ni le temps ni la volonté de rester sur le seuil de son débiteur.Il louait pour cela un prêtre brahman.Cette habitude s\u2019est fort généralisée et ell> est devenue un moyen de trafic pour les prêtres.Au Penjab, les miséreux s\u2019entourent le cou avec des lanières de cuir et se laissent choir davant la porte des boutiques, ol ils demeurent jusqu\u2019au moment où on leur fait l'aumône.D\u2019autres menacent les riches, de se tuer ou de tuer un de ses enfants, si on ne leur donne une obole.Et les riches s\u2019empressent de payer pour ne pas avoir sur la conscience la mort de l\u2019innocant ! \\ 0 \u2014 34 @ Vol.10, No 5 ROMAN COMPLET \u2014 \u20ac Montréal, Mai 1917 ~ 73 ai van : + 1 {J \\ I FOUR MICE EILINIE CT Par EXEITNETY FRAT PREMIERE PARTIE I Dans la chambrette claire, ce matin-là, il pleuvait du soleil.Les rayons dorés.traversant les persiennes mal jointes et les rideaux de mousseline, se jouaient, indiscrets fureteurs, dans tous les coins de la pièce.Ils s\u2019ættardaient sur les meubles d\u2019acajou, comme pour se mirer à leur surface luisante, effleuraient les murs, que des photographies piquaiïent çà et là de notes sombres, et, dans un rapide baiser.nimbaient d\u2019une auréole lumineuse le front jauni du grand Christ d\u2018ivoire suspendu au chevet de l\u2019étroite coucheitte de fer argenté.Soudain, plus capricieuse ou plus hardie que les autres, l\u2019une des flèches de lumière remonta jusqu\u2019au lit, erra quelques secondes sur les draps de grosse toile ménagère, puis se fixa enfin, triomphante.sur un délicieux visage de jeune fille faisant une tache rose au milieu des blancheurs de l\u2019oreiller.La dormeuse ne lui laissa pas le loisir de se livrer à sa contemplation.Gênée par l\u2019invasion trop brusque, elle s\u2019agitait.murmurant des mots incompréhensibles.\u2014 35 \u2018rangées de perles éblouissantes.Soudain elle se dressa, comme mue par un ressort, se mit sur son séant et parut réfléchir profondément sur les tristesses d\u2019un réveil matinal quand on à vingt ans.la conscience tranquille, et une envie de dormir encore.Fille n\u2019était pas précisément jolie, Micheline Harmel, la petite brodeuse ; mais l\u2019irrégularité de ses traits prêtait à son visage rieur un charme particulier ; ses larges prunelles d\u2019un gris sombre, pour ne point fasciner d\u2019un regard, n\u2019en avaient pas moins un rayonnement délicieux, et si la ibouche vermeille semblæit de prime abord un peu grande, ee défaut devenait vite une qualité, lorsqu\u2019um séduisant sourire laissait à découvert deux La méditation ,sans doute, m'\u2019entrait guère dans les habitudes de la jeune fille: l\u2019expression désolée de sa physionomie disparut subitement, et, sautant d\u2019un bond à bas de so lit, ele commença sa toilette.Contrairement à ce qui arrive d\u2019ordinaire en pareil cas, ce ne fut pas long : aussitôt habillée, Micheline ouvrit sa fe- nétre et se pencha, aspirant avec délices Ine i + if It: il: 1. Yal.10, No 5 Pair vif du dehors.Un moment, elle s\u2019amusa à suivre des yeux les petits nuages blancs qui couraient; pareils à des flocons de fumée, sur le bleu pâle de ce ciel de juin.Ils allaient vite, vite, comme pressés d\u2019arriver à quelque mystérieux rendezvous, et disparaissaient bientôt derrière l\u2019épais rideau de verdure formé, de l\u2019autre côté de la route, par les sapins du pare de Hautefeuille.Les quatré tourelles ardoisées de la somptueuse habitation émengeaient au- dessus des arbres ; Micheline les considéra un instant et leur adressa, en guise de bonjour amical, une cérémonieuse révérence ; puis son regard, se détournant.fixa longuement les hautes cheminées de la verrerie de Puy-Guillaume, que l\u2019on a- percervait dans le lointæin, à droite.D\u2019épaisses colonnes de fumée montaient vers le ciel, toutes noires, puis, parvenues à une certaine hauteur, brusquement, dispersées au souffle de quefque lutin invisible et malicieux.\u2014 Micheline ! cria dans \u2019escalier ume voix de femme, il est tantôt la demie.\u2014 C\u2019est bien, maman, je descends ! lança lle timbre clair de la jeune fille.Au milieu de la pièce du rez-de-chaussée servant à la fois de \u2018cuisine et de salle à manger.Cyprien Harmel, debout achevait de manger la soupe.Sa femme, près de la table, s\u2019affairait à préparer le diner de son mari, qui ne devait selon L\u2019ordinaire rentrer que le soir, et remplüässait de victuailles une besace de toile grise.Allant de l\u2019un à l\u2019autre, Micheline leur plaqua sur les deux joues un retentissant baïser, accompagnant le geste affectueux d\u2019appellations câlines.Eux la regardaient.attendris ,bui rendant ses caresses, et une flamme orgueilleuse luisait au fond de leurs prunelles.\u2014 Hein, Madeleine ! prononca tout à \u2014 8 \u2018évanouissaient LA REVUE POPULAIRE coup : À Montréal, Mai 1917 pha ATTA jrien Harnæ] avec un accent tte: triomphe, je.te disais bien qu\u2019elle était levée ! \u201car ménagère hatissa les épaules et répliqua, essayant vainement de donner a sa Figure: placide 1 une à expression Mmaussa - de : \" ; \u2014'Oh ! toi, tu as toujours raison à ton dire ! N\u2019empêche que si je ne l\u2019avais pas appelée, elle serait encore.à rêvasser %- haut: Allone, petite, dépêche-toi de men- ger, ton pére serait en retard & le contre- maitre gronderait.Micheline n\u2019avait pas attendu 1\u2019invitation pour s\u2019emparer d\u2019une écuelle en terre vernissée, emplée jusqu\u2019aux bords d\u2019une soupe épaisse, à l\u2019odeur appétissante, et.avec une prestesse remauquable, elle s\u2019appliquait à en faire disparaître le contemu.Cyprien, avait passé la musette de toile en bandoulière sur ses effets de travail \u2014 pantalon et boungeron de treillis bleu, \u2014 attendait em bourramt sa pipe.~ \u2014 Allons, allons, remarqua-t-il, avec sou bon gros rire d'homme simple content de son sort, je vois que l\u2019amour ne te coupe pas encore l\u2019appétit ! \u2014 Oh ! papa, protesta la jeune fille.devenant écarlate, tu supposes là des dho- \u2014 Eh ! mais, des choses qui ne te sont pas désagréables, j'imagine?Voyons, fil- lettte, ce n\u2019est pas la peine de rougir com- \u2018tion des iprunelles grises.-36 me ça ; tu sais bien ce que je veux dire: La teinte rose recouvrant les joues de Micheline sembla s\u2019accentuer davantage, | en même temps ique les longs cils foncés s\u2019abaïssaïent brusquement, voilant l\u2019émo- \u2014 Ah ! tu ne sais pas ?reprenait le père Harmel, goguenard.Veux-tu que j te \u2018dise, alors, à quoi tu songeais tout à l\u2019heure, à ta fenêtre ?Tu pensais que Germain fait partie de l\u2019équipe de ui rsp æ Vol.10, No 5 cette semaine, et que par conséquent vous allez vous rencontrer tout à l'heure.quand il quittera le travail pour rentrer chez sa tante.N\u2019as-tu pas \u2018Justement besoin de soie rose, ce matin ?| \u2014 Alors, fit Micheline, \u2014 et sa voix tremblait légérement, \u2014 quand je vais chez Mme Fériel m\u2019approvisionmer de mercerie, c\u2019est, selon toi, pour m\u2019y rencontrer avec son neveu ?Il cligna de l\u2019oeil sans répondre, avec un sourire gros de sous-enttendus, tout en se dirigeant vers la porte qu\u2019il ouvrit- Micheline, ayant pris son ombrelle et son panier, se disposait à le suivre.Devant sa mine boudeuse d\u2019enfant gâtée, Mme Harmel intervint : \u2014 Tu es fâchée, Linette ?C\u2019est pour plaisanter, ce que ton père en dit.Il sait bien que tu es une fille sérieuse : n\u2019est-ce pas, mon homme ?\u2014 Oh ! c\u2019était pour rire, fit Cyprien.bon enfant.Mais quand cela serait, 1 n\u2019y aurait pas grand mal : ils sont presque promis ensemible.\u2014 Par exemple ! se réeria Micheline.ou prends-tu cela ?D\u2019abord je ne veux pas me marier.je te l\u2019ai déjà dit, et ensuite.Les deux époux se mirent.à rire, sans remanquer la pâleur soudaine du visage de la jeune fille.Avec un hochement de tête malicieux, Madieleine Harmel déela- ra ; ; \u2014 Convenu, ma petite.Tu ne veux pas te marier maintenant, mais demain, mais plus tard.Ah ! ces gamimes ! elles sont toutes les mêmes ! Dire que j\u2019étais comme cela 11 y a vingt-cing- ans ! Elle s\u2019était rapprochée de son mari ; celui-ci se pencha, mettant un rapide baiser sur la nuque hâlée, où les légers frisons «d\u2019or blanchissaient déjà, et il murmura gaïement | \u2014 37 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 \u2014 Hé, hé ! je connais queliqu\u2019un qui ne s\u2018en plaignait pas ! Te rappelles-tu, Ma- deleïne, comme nous étions tous deux à cette Époque ?Ah ! c\u2019est beau, la jeunesse ! De sa main calleuse, déformée par le continwell labeur, l\u2019ouvrier verrier caressait doucememtt les joues fraîches encore de sa compagne.Celle-ci se taisait et, les veux mi-clos, semblait revivre les années écoulées, alors que, sans un sou vaillant.mais riche de beauté, de courage et.de jeunesse, elle avait épousé par amour, à vingt-deux ans, Cyprien Harmel, son ami d\u2019enfance.Le tintemient sonore de l\u2019horloge qui.dans sa caisse de sapin seulpté, décorait l\u2019un des angles de la cuisine, rompit le charme.Cyprien se secoua violemment, et se tournant vers sa fille : \u2014 Micheline, cinq heures et demie Pressons-nous, il n\u2019est que juste temps Déjà il s\u2019éloïgnait.Elle le rejoignit en quelques bonds légers et marcha à côté de lui.Elle le dépassait de toute la tête.et cette constatation réjouit Madeleine.demeurée sur le pas de la porte à les suivre des yeux.Sur la route semiblable à un long ruban blanc, les deux silhouettes se détachaient nettement, s\u2019amincissant de seconde en seconde, et l\u2019ombrelle claire semblait un gigantesque papillon d\u2019azur.! IT Le père et la fille, marchant d\u2019un bon pas, atteignirent en moins d\u2019un quart d\u2019heure,, les premières maisons de Puy- Guillaume, petite ville d'environ dieux mille habitants, située sur la route de Vichy, à une vingtaine de kilomètres de cette station thermale.Là, ils se séparèrent : Cyprien alla rejoindre un groupe de camarades station- \u2014 Vol.10, No 5 nant devant le grand portail de l\u2019usine.attendant le son de cloche indiquant la reprise du travail_et la sortie de l\u2019équipe de nuit.Des bonjours, des poignées de \u2019 mains s\u2019écdhangèrent, et une discussion animée et joyeuse ne tarda pas à s\u2019engager.Des quatre cents ouvriers de la verrerie, Cyprien Harmel était un des plus anciens.Il travaillait à l\u2019usine depuis sa création, qui remontait à une dizaine d\u2019années.Son ardeur à l\u2019ouvrage, sa parfaite probité et son exactitude, qualités universellement reconnues, lui avaient valu l\u2019amitié et l\u2019estime des contremai- tres et du directeur, M.Laubardier.Cyprien n\u2019était pas moins sympathique à ses camarades.On ne lui conmais- sait aucum ennemi, et le: seul reproche que lui adressadent les autres ouvriers, c\u2019était de refuser constamment les fréquentes im- vitations à boire.Sur ce chapitre, en effet, il se montrait intraîtable : \u2014 dJ\u2019ai une fille, déclanait-il simplement.Il est ide mon devoir de faire des économies, afin qu\u2019elle soit, lorsqu'elle s\u2019établira, plus à l\u2019aise que je ne l\u2019étais moi-même.Nul regret d\u2019ailleurs me l\u2019ævait jamais effleuré, en voyant la cohue grouillante des autres ouvriers emplir chaque samedi les aubenrges, pour y boire joyeusement.en battant les cartes, le petit vin blane du pays, à la sæveur excitante, Il haussait les épaules et hâtait le pas.pour se retrouver quelques minutes plus tôt auprès de ses deux chéries, compter avec Madeleine les gros écus d\u2019argent et les minces pièces jaunes, et, ajprès bien des caleuls, bien des discussions sur le plus ou moins de \u2018dépenses probatbles, déposer avec une sorte de fenveur religieuse.dans un coffret de fer, enfoul au fond de l\u2019armoire, sous une pile de linge, une par- LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 tie de cette somme si péniblement gagnée.Les Ideux époux se regardaient alors, et une même phrase attendrie leur venait aux lèvres : \u2014 La dot de Micheline ! Puis ils ne se parlaient plus, suivant tous deux le cours d\u2019une rêverie identique, ayant devant les yeux la vision immuable d\u2019une grande jeune fille vêtue de bigne, des \u2018fleurs d\u2019oranger dans les cheveux, sortant de l\u2019ég'ise de Puy-Guillau- me au bras d\u2019un beau garçon, qui incli- naït la tête vers elle et lui parlait bas en souriant.La jeune fille, c\u2019était Micheline; quant au futur époux, ses traits, longtemps in- distinets, s\u2019étaient précisés depuis quelques années : 11 ressemblait à s\u2019y méprendre à Germain F'ériel, un onphelin élevé \u2018par une vieille tante et qui, s\u2019il fallait en croire l\u2019opinion publique, avait bien quelque chose.\u201d Sans que des paroles formelles eussent été échangées, le mariage des deux jeunes gens semb\\\u2018aït de part et d\u2019autre une affaire conclue.Germain, revenu du régiment depuis l\u2019automne, saisissait avec empressement les moindre occasions de se rencontrer avec Micheline, et ne cachait nullement les sentiments tendres que lui ingpiraient la joliesse et la grace de Mile Harmel.Il sortait en ce moment de l'usine, erol- sant les camarades de l\u2019équipe de jour.Au milieu \u2018des longues \u2018files serrées, il eut vite \u2018distingué Cyprien, et son visage bronzé aux traïts énengiques s\u2019éclaira d\u2019un frane sourire.: \u2014 Ca va, ce matin, papa Harmel ?de- manda-t-il, allongeant la main au-dessus des groupes [pour échanger avec Le verrier une étreinte chaleureuse.Et Mme Har- meï ?Et Micheline ?Sous les sourcils gris embrousaæillés, les / \u2014 38 \u2014 Vol.10, No 5 petits yeux enfow:és du pére Harmel pé- t.illérent de malice, tandis qu\u2019il répliquait.avec une affectations d\u2019indifférence \u2014 Gran merci, mon garçon ! la bourgeoise et moi, ça va encore ; Micheline était un peu malæde, ce matin, mais d\u2019air < de la mercerie la remettra.Les traits durs, un instant altérés, s\u2019é- dlairèrent comme par magie.Vivement, Germain demanda : \u2014 El'e est chez ma tante ?Cyprien, déjà entré dans la vaste course retourna à demi et fit de la tête un signe afffrmatif.Sans attendre davantage.Germain sata d\u2019un \u201cau revoir\u201d collectif le groupe des camarades et raprit sa marche.Il allalt trés vite, sans songer a jeter un regard sur les ménagères occupées, au pas de leurs portes, à 1 \u2019épluchæge des légumes pour le diner, ou à l\u2019astiquage des cuivres.Au passage de l\u2019ouvrier verrier.deis sourires et des chuchotements cou- raïent dans le clan féminin : \u2014 Voilà Germain Fériel bien presgé_ ! Il doit savoir que sa fiancée est chez sa tante et il se dépéche de la rejoindre.Les femmes suivaient le jeune homme d\u2019un regard éindu!gent, mais plus d\u2019un joli minois se rembrunissait en entendant la pérase malicieuse.(Germain ignorait le pouvoir coniquérant de ses grands yeux somibres et de sa fine moustæche brune.et on l\u2019eût certes fort étonné en lui apprenant que bien des fois, le voyant parler au pène Harme!, ou serrer le dimanche au sortir de la messe la main de Micheline.des lèvmes fraîches avaient murmuré en étouffant un soupir \u2014 Est-elle heureuse, tout de même, cette Michelime ! Pour le moment, celle dont on jalousait si fort la félicité future, assise dans l\u2019étroit magasin à devanture verte, compa- \u2014 39 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 rait attentivement divers écheveaux de sole rose étalés sur la petite banque de noyé ciré.Mme Férel, debout auprès d\u2019el le paraissait s\u2019intéresser fort au rassorti ment des nuances ; maïs ses petits yeux verts,là l\u2019acuité pénétrante, ne se détour- nalent pas du frais visage de la brodeuse.tandis qu\u2019elle discourait à perdre haleine.ayant enfourché son dada favori : le mæ- rage de son neveu.Micheline ézoutait patiemment ; mais de temps a autre, le front pur, que les mèches folles des cheveux bouclés voilaient en partie, se rembrunissait, et un p:à d\u2019énenvemeent se creusaïit entre les fins sourcèls.Brusquement, ayant sans doute.fait son choix, la jeune fille se leva, tenant à la main plusieurs des écheveaux soyeux aux nuances délicates : \u2014 Tu t\u2019en vas déjà ! s\u2019exclama la digne femme stupéfaite ; attends au moins cinq minutes, que Germain puisse te dire bonjour avant d'afer se reposer ! Une crispation de contrariété passa, rapide, sur ses lèvres rieuses.Ce ne fut qu\u2019un éclair, et læ voix bien timbrée se fit came pour répondre \u2014 Je ne puis m\u2019attarder.Que dirait Mlle Alice si elle n\u2019avait pas sa robe demain, pour le bal dw chitean de Haute- \u2018feuille ?\u2014 Ah ! fit læ merc:ère, rassurée par l\u2019explication donnée, s\u2019il s\u2019agit d\u2019un tœa- vail promis, c\u2019est différent.Alors, c\u2019est pour Mlle Dherfailles, cette jolie toilette rose ?Elle avait enveloppé l\u2019emplette de Mir cheline et la lui remettait, attendant une réponse.Mais la jeune fille se contenta d\u2019un signe affirmatif, et la mercière soupira, avec une admiration profonde et une pointe d\u2019envie : \u2014 Faut-il que ça gagne de l\u2019argent, un , notaire, pour pæyer à sa fille des robes de RR a Li À - EC i fi \u2018 Yol.10, No 5 4 80ie brodée: ! \u2014 Dame ! fit Micheline, ce n\u2019est pas moi, bien sûr, qui pourrais m\u2019offrir la pareille ! Je me sauve ; vous direz à Germain que je l\u2019attendrai une autre fois.Déjà elle s\u2019enfuvait, preste, se retournant au bout de quelques mètres, pour envoyer à sæ vieille amie un bonjour de la main, et la brave commercante, tout en disposant les chaussettes ,les gants et les pélerines à l\u2019étalage, songeait tristement.avec la clairvoyance de son gros bon gens: \u2014Un travail pressé, je ne dis pas; c\u2019est -égal, si elle aimait Germain comme le pauvre garcon l'aime, il me semble qu\u2019elle aurait trouvé moyen de rester un peu pour le voir.\u2019 III Presque à l'entrée de Puy-Guillaume.bordant \u2018la route, une coquette villa étalait orgueilleusement aux regards admiratifs et charmés la blancheur de sa terrasse en pierres de taille et l\u2019élégance de ses pignons pointus, recouverts ide tuiles rouges émergeant, telleis des taches sang'\\antes, d\u2019un fouil!is de verdure.Sur le devant de l\u2019habitation, aux quatre angles d\u2019une grande cour sablée, s*épanouissaient des massifs d\u2019héliotropes et dé géraniums.Au milieu, un jet d\u2019eau jaillissait, entouré d\u2019un minuscule bassin dans lequel na- gealent, des poissons rouges.Une haute griile de fer forgé bordait la route, et sur les deux battants du portail, merveilleuse pièce de serrurerie, on pouvait distinguer nettement au centre d\u2019un écusson fantaisiste, un \u201cD\u201d et un \u201cV\u201d entrelacés.Ces mitiales, autant que les panonceaux de cuivre doré fixés au-dessus de la porte principale, indiquaient aux habitants de la localité la demeure de Me Dherfail- les-Valmeüx, notaire à Puy-Guillaume de- \u2014 LA REVUE POPULAIRE 40 + Montréal, Mai 1917 puis trente ans et plus.Le maître de ce riant logis, suivi de son fils, descendait en cet instant les marches du perron.Court, replet, ses jambes torses semblant soutenir avec peine le poids de la houle de graisse lui servant de corps ; sa figure poupine, complètement rasée, au milieu de laquelle brillaient, inquiets et fureteurs, deux petits yeux de nuance indécise, qui jamais ne vous regardaient en face, Me Dherfailles inspirait, à première vue, un sentiment complexe d\u2019étonnement et de \u2018défiance.Sa clientèle était nombreuse et variée.Outre les commerçants et Les ouvriers de la petite ville, cultivateurs des villages avoisinants, il possédait l\u2019estime et la confiance de tous les propriétaires et châtelains de la région, et ils étaient ses amis autant que ses clients.Dans cette campagne tranquille, où la fertilité du sol n\u2019a d\u2019égale que la beauté des paysages et l'harmonie: des décors, les majestueux chateaux, les gracieuses villas surgissent presque a chaque pas.Dans toutes ces opulentes demeures, le notaire avait ses grandes et ses petites entrées, et sa fortune personnelle, qu\u2019un riche mariage avait assurée ,lui permettait de faire bonne figure dans le monde.\u2014 Vois-tu, Noél, déclarait-il, arrété au bas des marches de pierre et tourmant ses pouces l\u2019un sur l\u2019autre, d\u2019un geste qui Jui était familier et lui servait, dans les moments critiques, à dissimuler son embarras, il est inutile de me: tourmenter da- .vantage à ce sujet : je t\u2019ai dit non une fois, et c\u2019est, non toujours ; \u2018entends-tu ?Les paroles étaient sévères ; pourtænt.chose bizarre, le ton semiblait les démentir.Cette voix molle, traînante, onctueuse, causait à celui qui L\u2019enitendait pour la première fois une sensation d\u2019inexplicable mm \u2014205- \u2014 Vol.10, No 5 malaise, qu\u2019æugmentait encore le sourire énigmatique penpétuellement figé au doin des lèvres charnues et trop rouges.Noël regarda son père et étouffa un soupir.Après quelques minutes d\u2019un silence pénible, il murmura : \u2014 Vous ne \u2018pouvez*vouloir que je sois malheureux toute ma vie ! Un rire sarcastique interrompit le jeune homme \u2014 Malheureux ?Parze que je t'empêche d'\u2019épouser \u201ca première drôlesse venue \u2018?En voilà de l\u2019exagération ! Tiens.mon garçon, laisse-moi te le dire, nous me nous entendrons jamais ! Tu prétends faire du mariage une affaire ide sentiment.alors que tout homme intelligent et sou- cleux de ses instérêts doit en faire une affaire tout court.\u2018 Voilà ce que je comprends, moi, et tu es vraiment naïf, si tu oses me soutenir le contraire ! Noël avait d\u2019abord écouté son père avec stupeur.À Ja fin, il n\u2019y tint plus.Son geste exaspéré arrêta net l\u2019éloquente tirade du notaire et sa voix chaude s\u2019éleva trem'blante d\u2019indignation contenue \u2014 Ainsi, selon vous, le mariage n\u2019est autre chose qu\u2019un vulgaire et cupide marché ?Le respect que tout homme de coeur doit à une jeune fille se mesure à ia fortune de cette dernière ?Oui.je suis un naif, vous venez ide le dire avec raison, puisque j'ai eu un instant la crédulité de penser que vous me compremdriez.et que vous m\u2019approuveriez de vouloir donner mon nom à la femme que j'aime, malgré l\u2019inégalité apparente de nos positions.Je ne veux pas oublier le respect que je dois avoir pour vous ; laissez-moi vous dire cependant, que ma morale me semble préférable à la vôtre, et que j\u2019aime cent fois mieux passer pour un sot aux yeux du monde en gardant ces sentiments que vous déclarez ridicules, qu\u2019acquérir LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai I91IT une réputation d\u2019intelligence en faisant miens vos principes.: Tournant brusquement le dos.au notaire, stupéfait de cette awdace inaccoutumée, chez son fils, Noël ouvrit violemment la grille d\u2019emtrée, qui tourna sur ses gonds avec un grincement, et courant comme un fou s\u2019élança sur la route.Me Dherfailles réfléchit un instant, suivant des yeux le jeune homme qui s\u2019étoi- gnait d\u2019un pas rapide, puis un rietus ironique distendit ses lèvres et il murmura.haussant les épaules avec dédain \u2014 Suis-je niais de ne pas deviner ! Il va sans doute retrouver son amie et ha mettre au courant du piteux résultat de son amibassade.Eh bien, va, mon garçon.va !.Quand vous aurez bien larmoyé tous les deux, peut-être deviendras-tu raisonnable ?Et ! eh ! il s\u2019émancipe joliment, le gaüllard ! Ce n\u2019est pas l\u2019an dernier qu\u2019il eût osé ainsi me tenir tête : voilà où mènent les mauvaises fréquentations ! Sur cette conielusion sentencñeuse, Me -Dherfailles sortit à son tour et se diriges vens la mairie, \u2018distribuant & droite et & gauche force poignées de mains, accompagnées de bienveillamtes paroles ; l\u2019expression sardonique de son regard s\u2019était muée subitement en un air de bonhomie condescendante, celui que doit prendre un souverain daignant visiter les humbles montels, ses sujets.Derrsère son dos, les exclaimations se croisaient : les commères auxquelles il ævait adressé la parole, les robustes travailleurs dont il venait de serrer symmpathiquementt les mains calleuses, exprimaient leur opinion unanime en phrases louangeuses, pouvant se résumer en une seule : | \u2014 Au moins, v\u20191a un bourgeois pas fier avec le pauvre monde ; c\u2019est pæs les aris- tos de Hautefeuille qui en feraient au- \u2014 41 \u2014 + Ru BR fi Rl CR Lai M Vol.10, No 5 tant; ds auraient bien trop peur de perdre leurs rentes ! Le notaire feïgnait de ne rien entendre.mais mægré lui, sa petite taille se redressait orgueilleusement, et un éclair bizarre passait dans les \u2018prunelles fuyantes.tandés qu\u2019il se surprenait, parfois à mur murer, ironiquement philosophe : + \u2014 Quelle comédie, la vie ! IV \u2019 Lorsqu'il eut perdu de vue les premié- res maisons du bourg, Noël ralentit son allure, et, reprenant haleine, regarda autour de dui.N\u2019apercevant personne, jl se remit lentement en marche.Noël Dhenfarlles avait vingt-huit ans.une physionomie sympathique qui dès l\u2019a- bond prévenait en sa faveur, mais à laquelle ses cheveux trop blonds, ses yeux d\u2019un bleu trop pâle sous leg fins soureils presque invisibles, prêtæient une allure maladive.Il était de taille moyenne, plutôt grand, extraordinairement mince et bléme, avec des attaches aristocmatiques.On K voyait rarement sourire, jamais il ne sé livrait aux éclats d\u2019une bruyante gaieté.Les observateurs le jugeaient fier: ceux plus alairvoyants le devinaient malheureux et le p'aignæient, sans pourtant connaître les causes de sa persistante mé- lanbolie.On supposait toutefois, non sans apparente logique, que la santé de sa mère lui donnait dés inquiétudes.Madame Dherfailles, en effet, ne quittait plus, depuis de nombreuses années, Ja chaise longue où la clouait une cruelle maladie.À peine si, quand le temps était beau, on la portait, cadavre vivant, sur la terrasse enguirlandée de clématites où les passants pouvaient l\u2019apercevoir, rivant sur eux ses yeux agrandis par la fié- vre, où toute sa vie semblait s\u2019êtne con- LA REVUE POPU LAIRE Montréal, Mai 1917 centrée, Noël adorait sa mère, «et c\u2019était pour son coeur de fils une blessure toujours oui.sante de la voir ainsi souffrir sans aucun espoir de guérison ; mais il regrettant aussi de n\u2019avoir pu, malgré ses efforts, se concilier le confiance et l\u2019affection die son père, et la constatation de l'hostilité à peine déguisée du notaire l\u2019emplissait d\u2019amertume.Suivant læ volonté de ses parents, Noël | avait fait son droit.I! comptait suecéder à son père ; et les refus successifs du notaire, lorsqu\u2019il exprimait ce désir, l\u2019a- \u2018vaient, déconcerté.Après avoir irrité Noël comme une preuve de l'indifférence paternelle, les entraves ppposées à ses projets finissaient parÉveiller sæ curiosité.Durant les trop nombreux loisirs que lui procurait son pisiveté forcée, il avait observé les agissements de son père et était arrivé à une double découverte, sur Ja vérité de laquelle il ne pouvait malheureusement se faire illusion.Non seulement M.Dherfailles spéculait peu scrupuleusement sur les fonds à lui \u2018eonifiés, risquant sans vengogne l\u2019avoir de ses clients dans ides opérations financières plus que hasardeuses, mais il se rendait à Vichy presque chaque semaine, du- \u2018rant la saison, sous le fa/lacieux prétexte d\u2019affaires à conclure, et gaspillait au jeu l\u2019argent de cette façon malhonnête.Le jour où la triste supposition se changea pour Noël en certitude, il crut qu\u2019il ne pouvait souffrir davantage.Une dou:eur nouvelle lui était cependant ré- serviée.Le terrible secret, il le sut bientôt, n\u2019en était plus un depuis longtemps pour sa mère : la pauvre martyre savait.Fidèle au souvenir de l'ancien amour, elle avait le sublime courage de se taire ; mais l*hé- roique silence la tuait lentement.\u2014 43 \u2014 6 Voi.10, No 5 La mère et le fils pleurérent longuement ensemble, leurs confidences échangées et d\u2019un commun accord se turent (désormais, évitant de toucher à ce pénible- sujet.Noël depuis lors véeut dans des transes perpétuelles.I! perdait l'appétit.et le sommeil, de venant de jour en jour plus maigre et plus pale ; le seul rayon de soleil de gon existence était la présence de sa soeur Alice, plus jeune que lui de quelques années, et dont la gaieté insoucieuse mettait comme un baume bienfaisant sur les tortures de son âme : au moins celle-là ignorait, et Noel voulait espérer qu\u2019elle igno- œerait toujours.Depuis l\u2019été précédent, une autre con- Solation lui était réservée .: pour la première fois, il aimait de toutes les forces de son être jeune, assoiffé de tendresse, et jusqu'alors sevré de toute joie.Sur la route poudreuse, ce matin-là, le nom de l\u2019aimée lui montait aux lèvres, et il oubliait dans cette vocation les tris tesses de l'heure, précédente : \u2014 Micheline ! Micheline ! C\u2019était, en effet, de la fille de Cyprien Harmel qu\u2019il s\u2019agissait.Comment s\u2019étalent-ils connus ?D\u2019une façon bien simple : Micheline, très habile ouvrière, comptait Alice Dherfailles an nomibre de ses clientes.Bien souvent, elle était venue à la villæ rapporter l\u2019ouvrage confié : parfois même, lorsqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019ume pièce importante; la jeune fille préférait exécuter le travail sur place.et ne rentrait au Jogis paternel que le soir.Alice la traitait en amie ; aussi dé- jeunait-elle, ces jours-là, avez la famille du notaire, C\u2019était ainsi que Noël l\u2019avait connue et, très vite, s\u2019était laissé aller av charme de cet æmour, sans chercher à en prévoir les conséquences.Micheline, qui n\u2019avait d\u2019abord prêté LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 qu\u2019une attention médiocre à ce grand garçon timide et silencieux, ne tarda pas \u2018à remarquer les regards émus qu\u2019il atté chait sur elle, et un jour, interrogeant loyalement sa conscience, elle fut tout étonnée: de la place occupée par Noël dans son coeur, Le jour où le jeune homme s\u2019enhardit à lui demander si elle consentirait à de venir sa femme, elle avait répondu par l\u2019affirmative, nullement surprise de le proposition Sa petite âme d\u2019enfant can dide, que nul souffle malsain n\u2019avait effleurée, n\u2019imaginait pas un autre épilogue à leur mutuel amour.Mais Noël æ vait, parlant de ses parents, exprimé la crainte de contrarier son père.De Mme Dherfailles il ne s\u2019inquiétait guère, sa- ahant bien que læ pauvre femme l\u2019aimait trop pour ne pas vouloir son bonheur.Michéline, un instant, s\u2019était troublée : puis, reprenant courage, elle avait bravement répondu : \u2014 Eh bien, Monsieur Noël, si votre père refuse, nous attendrons qu\u2019il change d'idée.M.Dherfailles ne peut vouloir faire deux malheureux ; un jour viendra où il 'm\u2019acieptera pour fille.J\u2019attendrai.Micheline avait tenu parole: : toutefois.par un sentiment de pudeur bien compréhensible, elle n'avait pas osé confier à ses parents son cher secret, se réservant de les en instruire lorsque tous les obstacles levés, elle pourrait enfin dire tout haut ce nom qu\u2019elle murmurait si souvent, en ses longues heures de solitude laborieuse.Continuant sa promenade matinale.Noël était arrivé toyt auprès de læ maisonnette des Harmel.IP leva machinale ment les yeux, et son coeur jbattit violemment en reconnaissant les croisées aux volets verts, &t le balcon de bois \u2018du premier étage, où s\u2019enroulait une glycine.Sur ce balzon, une forme féminine, svelte I.PI SR TE LS PAM LM SM MLSS Led, Vol.10, No 5 et gracieuse, tirait activement l\u2019aiguille.en fredonnant une chansonnette.Noël -la devina.avant même de l\u2019apercévoir, et-am flot de sang eolora aussitôt sa figure pé- lie.a brodeuse avait levé la tête.Reconnaissant celui qui s\u2019avançait, elle quitta sa chaise et vint s\u2019accouder à la balustrade ajourée, sur laquelle pendaient les grappes mauves.Noél passa, salua.elle lui fit de la tête un signe interrogatif auquel il répondit par une dénégation muette, puis.triste infiniment, il poursuivit son, chemin.Michelime alors alla reprendre l\u2019ouvrage un instant délaissé et se remit 3 tre- vailler en silence, couvrant de fleurs délicates l\u2019étoffe fragile et soyeuse.Mais soudain, entre les branches d\u2019églantier s\u2019épanouissant sur le tissu rose, deux perles brillantes roulèrent, et le front pur.comme alourdi, s\u2019inclina davantage.Vv Alice Dherfailles achevait sa toilette : ce matin-là, elle y appontait plus de soin encore qu\u2019à l\u2019ordinaire, se tournant et se retournant en tous sens devant la haute psyché.Adèle, la femme de chambre, ne savait que penser de cette recrudescence de coquetterie.Depuis longtemps au service de la famille Dherfailles, et jouissant en cette qualité de la liberté d\u2019allures et de langage privilège des vieux serviteurs, elle se permit enfin d'interroger ga Jeune maîtresse.\u2014 Vous temez donc bien à être belle aujourd\u2019hui, Mademoiselle Alice ?La jeune fille tressaillit, jeta un dernier et furtif regard sur l\u2019image séduisante que lui renvoyait la glaice, et, satis- LA REVUE POPULAIRE Au bruit see des 1 pas sur la route, la ° Montréal.Mai 1917 faite.sans boute de ce rapide examen, répondit avec wm sourire : +.\u2014 Cela vous intrigue, ma bonne Adèle ?Eh oui, j'ai une raison, et d\u2019importance encore.Maman ne vovs @ rien - dit hier soir : ?: | Elle prit un temps, afin d\u2019 assurer l\u2019effet produit, et brusquement Jança d\u2019une voix claire : Le \u2014 Je suis fiancée, je me marie le mois prochain.Là, êtes-vous contente ?Adèle ouvrit des yeux énormes ; Alice riait, rattachant avee une minuscule épingle une bouclette blonde récaleitrante.La jeune fille ressemblait à son frère, sauf l\u2019expression de la physionomie.On devinait, rien qu\u2019en la voyant, que ces yeux de pervenche ignoraient les larmes, et que sous ce front sans ride n\u2019avait jamais.passé l\u2019ombre d\u2019une pensée triste.C\u2019était une de ces créatures de luxe, qui semblent uniquement faites pour\u201dle bonheur et le plaisir, et paraissent incapa- ibles de supporter les chocs douloureux de l\u2019existence.Adèle demandait, sa* curiosité plus vivement excitée : _ \u2014 Et vous ne pouvez me dire, Mademoiselle, le nom de votre futur ?Est-ce que je le connais ?\u2014 Je crois bien ! Vous lui avez parlé pas plus tard que ce matin.Devinez maintenant, si possible ?Adèle eut une exclamation de joyeuse surprise.| \u2014 J\u2019y suis ! Monsieur Armand de Hau- tefeuille ?Ah :! mademoiselle, comme vous devez être heureuse ! Le joli visage d\u2019Alice un moment, devint sérieux et pensif, en même temps qu\u2019elle prononçait avec une ferveur attendrie : \u2014 Heureuse ?Oui, je le suis: Armand m\u2019aime comme je l\u2019aime, il me l\u2019a dit et \u2014 44 \u2014 Lime \u201cprécédente 1 ne elle déclara.fi icheline ws flan profondément émue \u201cces confidences de la soeur de Noël.Sans qu\u2019elle comprit pourquoi, un espoir soudain se levait en elle.I lui semblait que co bonheur devait être contagieux, et que quelque peu de la félicité d'Alice ne pouvait manquer de rejaillir jusqu'à \u201c\u2014 Et nous serons mariés le mois prochain, conclut Mlle Dherfailles ; M.le curé publiera les bans dimaniche .\u2014 Si vite ?s\u2019étonnait Micheline.\u2014 Il le faut bien :.papa @ déclaré qu\u2019il ne donnerait pas son consentement si nous voulions faire trainer les choses en longueur.Je le regrette un peu ; j\u2019avais toujours rêvé de longues fiançailles; mais \u2018d\u2019un autre côté, ame fois mariés, Tous serons sûrs que personne ne viendra nous opposer des obstacles.Vous comprenez \"9 Micheline comprenait.et cependant res- semtait une angoisse vagne.Quel intérêt (poüssait M.Dherfailles à presser de la sorte ce mariage?C\u2019est la question qu\u2019elle se posait, sans parvenir à la résoudre d\u2019une manière satisfaisante.\u2014 Vous viendrez à Puy-Guillaume cet te après-midi ?demanidait Alice, se be vant pour partir, nous comptons sur vois, maman et moi, Pauvre maman ! Si vous saviez, Micheline, comme elle est heureu- ce de mon bonheur ! Elle est beaucoup mieux ces jours-ci ; elle a pu sortir deux Vol.10, No 5 soirées de suite sur la terrasse, et ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps.Quel dommage qu\u2019elle ne puisse pas guérir tout à fait ! Vous êtes bien heureuse.Micheline, de n\u2019avoir pas une mère toujours malade «comme la mienne ! Du bout de son gant blanc, la jeune fille essuya une larme indiscrète perlant a sa paupière et, suivie de Micheline, sontit de la chambre.Quelques minutes plus tard, ayant obtenu de la fille de Madeleine une promesse formelle de l\u2019aller voir dans la journée.Mlle Dherfailles reprenait le chemin de la villa.\u20ac VI Le soir naissait ; sur la campagne pal- sible l\u2019ombre descendait lentement, mystérieuse et douce.La tête lourde of l\u2019âme lassée.Micheline qui venait de passer une semaine à la villa Dherfailles pour aider à la confection des quelques pièces du trousseau d\u2019Alice restant À terminer, retournalt chez elle.Elle devait y passer la journée du lendemain, qui était an dimanche, et reprendre ensuite son travail.Mais la jeune fille ne se sentait pas le courage d\u2019affronter une seconde fois cette redoutable et périlleuse épreuve.Sentir auprès d\u2019elle la présence constante de Noël, paraître le regarder avec indifférence alors que, gardant toujours son vi- \u2018sage triste, il venait s\u2019asseoir auprés d\u2019Alice, dans la chambre où travaillait l\u2019ouvrière, et feignait de smtéresser fort à la garniture des objets de lingerie, lorsqu\u2019en réalité c\u2019était Micheline qu\u2019il ne quittait pas des yeux ; l\u2019entenidre lui adresser la parole, avec une affectation d\u2019impassibt1- té et se voir, devant témoins,, obligée de lui répondre de même ; la jeune fille se promettait bien de ne pas subir ce sup- LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 .plice davantage.Elle avait pu ,en tête à tête, entretenir longuement Noël, et ne se faisait plus maintenant aucune illusion, comprenant trop que Me Dherfailles ne reviendrait pas sur sa détermination, et qu\u2019à moins d\u2019un miræcle fmpossible \u2018ils étaient condamnés à demeurer toujow™ des étrhn- gers l\u2019un pour l\u2019autre.Sous son apparente insouciance, Micheline cachait une indomptable énergie.Cette ruine de ses espérances l\u2019étourdit\u2019 d\u2019abord, mais ne réussit point à ébranler sæ confiance dans l\u2019amour de Noël.Elle souffrait, certes, mais elle affectait, pour ne |pas l\u2019attrister davantage, une résignation qu\u2019elle était loin d\u2019avoir.\u2014 Toutes les défenses du mende ne pourront *jamais neus empêcher de nous aimer, avait-elle déclaré au jeune homme avec ur mélancolique sourire.Puisque je ne puis être votre femme, je vous promets du moins de ne me marier jamais.\u2014 Moi non plus, je ne me marierai pas, Micheline ; vous seule ou personne ! Depuis ce jour-là, ils \u2018évitaient, d\u2019un accord tacite, de revenir sur ce sujet, et ils avaient, autant qu\u2019il était en leur pouvoir, rendu plus rares leurs occasions de rencontres.Mais il était une torture à laquelle ils ne pouvaient échapper : æux heures des repas, ils se retrouvalent for- kémentt en présence, sous l\u2019oeil attentif et \u2018 dépourvu de bienveillance de Me Dher- failles.Le notaire mettait & les observer une sorte de persistance ironique et cruelle.Si l\u2019on cœusait, il émaillait ses phrases, au hasard, de la conversation, d\u2019allusions blessantes comprises d\u2019eux seuls, de sourires qui en disaient long.Micheline, indignée, retenant & grand-peine et par un prodige de volonté les larmes qui la suffoqualent, n\u2019osait lever les yeux de dessus son assiette.\u2014 46 \u2014 Vol.10, No 5 Noël mordillait nerveusement son imperceptible moustache blonde.De temps à autre, sous un coup de fouet (plus cinglant, il fixait longuement son père, et des éclairs de colère s\u2019ællumaiïent dans ses yeux bleus, ordinairemeïit si doux et si tristes.Mme Dherfailles, à la suite d\u2019 une nouvelle crise, avait dû s\u2019aliter et condamnant rigoureusement l\u2019entrée \u2018de sa chambre.Noël était admis auprès d\u2019elle quel- jauefois, et il rapportait de \u2018ces entrevues une pâleur et une tristesse croissantes.Alice seule mettait un peu de gaieté à la table familiale : trop étourdie, et surtout, là l\u2019heure présente, trop absorbiée par son \u2018bonheur pour s \u2018apercevoir des «drames intimes se déroulant autour d'elle.la fille du notaire babillait, riait, faisant demandes et réponses avee une égale animation et réussissant parfois à dérider par ses saillies le visage renfrogné de Me Dherfailles, | \u2018 Songeant à toutes ces choses, Micheline était arrivée à la porte de son logis.Le père Harmel, qui venait de rentrer de l\u2019usine, guettait, en fumant sa courte pipe de buis, le retour de la jeune fille.Dès qu\u2019il I aperçut, 11 lui adressa des signes de la main l\u2019invitant à se hâter.- Micheline entra.Madeleine, assise au- \u201cprès de la table ,se leva précipitarnment.abandonnant le journal qu\u2019elle était en train de lire, pour venir embrasser sa fille.L\u2019habituelle caresse semibla à celle-ci plus tendre encore que de coutume.Sa mère avait-elle deviné sa souffrance, et.par plus d\u2019affection encore cherchait-elle à la consoler ?Madeleine souriait, sans se douter de la douleur intime de la jeune fille.Elle l\u2019entoura de ses bras, et comme au temps de sa petite enfance la fit asseoir sur ses genoux.Cyprien, après avoir fermé soi- _ CT \u2014 47 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 gneusement Ja porte d\u2019entrée, prenait place auprès des deux femmes, sur un antique escæbeau curieusement seulpté.Profondément 'émue Madeleine: contemplait sa fille.Dans la pièce AUX murs iblanchis à la chaux, carrelée de briques rouges, on n\u2019entendit d\u2019autre bruit, pendant quelques minutes, que le tic-tac monotone du balamicier de l\u2019horloge dans sa caisse de (bois.Cyprien, le premier, rompit le silence.\u2014 Allons, femme, fit-il, \u2018affectant de prendre un ton bourru que démentait l\u2019indulgence de son regard, ne fais pas languir plus longtemps-tette petite ; dis- lui la nouvelle, puinqu\u2019elle la concerne.Sans paraître avoir e@endu, la ménagère se taisait.Il reprit, ponctuant ses pa- voles d\u2019une bourrade amicale \u2014 Tu ne veux pas parler?Je t\u2019ai connue (plus bavarde dans le temps.Tu as pourtant bien voulu l\u2019entendre, autrefois.ce que tu refuses de dire à Micheline au- jourd\u201dhui ?La brodeuse tressaillit, elle avait peur de comprendre.\u2014 Germain est venu \u201cvec sa tante, dit enfin Madeleine.\u2014 Pour quoi faire ?demanda machina- lément Micheline.Cyprien éclata de son gros rire, faisant trembler les piles d\u2019assiettes a fleurs et les verres alignés sur le buffet-étagère avec une impeccable symétrie.\u2014 Ma parole, ces ,gamines sont impayables! Pour quoi faire ?Petite rusée.Comment si tu ne savais pas aussi bien que nous qu\u2019il s\u2019agit de fixer le jour de vos noces ! Le rire heureux du verrier s'arrêta soudain : échappant à l\u2019étreinte maternelle.Micheline s\u2019était dressée.Elle semblait scus le coup d\u2019une violente émotion et ses lèvres mêmes devinrent blanches tandis Vol.10, No 5 qu\u2019elle balbutiait, les couvrant tous deux d\u2019un regard éperdu : \u2014 Alors, c\u2019est vrai ?Il m\u2019a demandée en mariæge tout à l\u2019heure ?Les deux époux se regardènent, éton- més \u2018de l\u2019angoisse visible de Micheline, en apprenant ce dont elle se doutait depuis si longtemps.\u2014 Mais oui, Linette, £it Cyprien, il t\u2019a demandée, ce brave garçon, et ed ne doit guère te surprendre, j'imagine ?Voyons, wqu\u2019est-ce que tu vas lui dire.quand il reviendra ?La réponse ne vint pas tout de suite.Micheline, les yeux clos, les mains jointes comme pour une prière, semblait réfléchir profondément.Bux se taisaient.respectant son silence, qu\u2019ils commen- calent cepéndant à trouver singulier.Madeleine, se penchant, murmura à l\u2019oreille de son marl qul acquiesca ide la tête : \u2014 Elle aime bien Germain, mais elle nous aime aussi, pauvre petite ! et ca lui fait de la peine de nous quitter., Brusquement, le front penlché se releva.les langes prunelles gris sombre étincele- rent d\u2019énergie, et Micheline prononça de sa voix douce, au fond de laquelle vibrait une indomptable fermeité : \u2014 Tu iras trouver Mme Fériel demain matin, maman ; tu la remercieras de sa démarche, et tu lui diras que je ne veux pas me marier.jamais.\u2014 Hein ?s\u2019exclamèrent à la fois le verrier et sa femme, croyant avoir mal entendu.La jeune fille resta muette, tout son grand courage subitement tombé, se demandant si elle aurait jamais la force de causer un chagrin à ces deux êtres chéris.\u2014 Ce n\u2019est pas sérieux, Linette ?fit Cyprien interloqué.Dis-moi vite que tu as voulu rire, car ce ne peut être qu\u2019une \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 plaisanterie! Est-ce qu\u2019une jeumesse comme toi est faite pour rester fille ?Mais parle done, réponds-moi : pourquoi nous dire une chose pareille ?\u2014 Parce que c\u2019est la vérité, papa, répondit Micheline plus bas encore.Je me trouve heureuse près de vous, et je ne veux pas vous quitter.Est-ce que vous êtes ennuyés de\u2019moi ?Elle se faisait câline, essayait de sourire.Madeleine intervint.\u2014 Tu ne nous quitteras pas ; Germaim nous le disait.encore tout à l'heure : il viendra habiter avec nous si tu le désires.| Micheline se troubla.Que pouvait-elle répondre ?Madeleine poursuivait, persuasive : \u2014 S'il s\u2019agissait d\u2019un garçon que nous ne connaissons pas je comprendrais ton refus ; mais Germain est un ami, presque un frère, et 1l t\u2019aime tant ! Est-ce que tu as quelque chose à lui reprocher ?T\u2019aurait-il mal parlé par hasard ?Ça m'étonnerait : il est si timide ! si bien élevé ! \u2014 Et puis, interrompit Cyprien, c\u2019est un beau parti, Germain Fériel.J'en sais plus d\u2019une qui ne ferait pas tant la difficile si elle était à ta place ! Il à du bien de son père, sans compter ce qui lui reviendra de sa tante dont il \u2018est seul héritier.C\u2019est un très bon ouvrier qui gagne ses huit franes par jour, et ne va pas les boire à l\u2019auberge comme tant d\u2019autres.Enfin, il est joli garçon, bon chrétien, et mon avis est que tu ne pourras pas trouver mieux sous tous les rapports.Voilà.Micheline eut une seconde d\u2019hésitation - quels arguments opposer à tant de raisons et, se rappelant le serment de fidélité fait à Noël, elle répliqua, courageuse : \u2014 Ecoute-moi, papa, toi aussi, maman.et ne vous fâchez pas de ce que je vais. ' Val.10, No 5 vous dire : si j\u2019étals résolue 3 me marier.c\u2019est Germain que je choisirais, mais:ge.ble ; ne veux pas : \u2018cest impossible ! :+#=- Tu l\u2019aimes cependant ! s\u2019écria Ma- ay AS ; sf , deleine suffoquée.: La jeune fille hésita, il lui-en coûtait.: mais le.mensonge répugnait à cette nature loyale.de prononcer la parole cruelle.; et elle se décida à l\u2019aveu.= \u2014 Non, maman, je n\u2019aime pas.Germain d'amour.J'ai cru l\u2019aimer, pourtant, je le reconnais ; si vous m\u2019 aviez proposé de l\u2019épouser l\u2019année dernière, j'auræis dit oui, tout de suite.Maintenant je ne peux pas, je sais que je me trompe, que je l\u2019aime simplement d\u2019amitié, comme an frère.C'est même pour cela que je ne voulais rien dire : j\u2019espérais que lui aussi finirait par ne plus m\u2019aimer que comme une soeur, qu\u2019il changerait d\u2019idée, et mainte- pant que je sais, que vous me dites qu\u2019il aura beaucoup de peine à cause de moi.cela me fait tant de chagrin, tant de chagrin ,si vous saviez » , A bout de forces pour se centenir plus longtemps, Micheline s\u2019agenouilla devant sa mere, cachant son visage dams les plis de la robe de serge brune, et elle sanglota éperdument, répétant, avec l\u2019obstina- tron d\u2019une enfant malade : \u2014 Dites-moi que vous me comprenez.que vous n\u2019êtes pas fälehés.j\u2019ai tant.tant de chagrin !.Le verrier et sa femme échangèrent un regard apitoyé et pendant que Madeleine, trop émue pour parler, passait doucement la main sur les cheveux châtains, le père Harmel répétait, encourageant : \u2014 Mais oui, nous te comprenons, ma pauvre petite.Micheline se relevait lentement, essuyant les larmes qui ruisselaient sur son visage ; elle se dirigeait vers la porte donnant sur l\u2019escalier, espérant monter à sa LA REVUE POPULAIRE 1.\" ae.Montréal, Mai 1917 chambre et mettre fin à cette scène péni- sa mère la retint - -\u2014 Alors, dit Madeleine, j'irai, si tu veux, voir Justine demain matin, et je la prieral de te laisser quelque.temps pour «réfléchir.Qu\u2019en penses-tu ?prie, mamæn, n\u2019insiste pas + \u2014 À quoi bon ?-fit tristement Micheline, je ne changerai pas d'idée.Je t'en : cela me fait trop de mal de me voir obligée de vous d'ésobéir.Cyprien haussa les épaules et se mit à bourrer rageusement sa pipe, tournant le dos à la jeune fille pour ne pas voir son regard qui suppliait.\u2014 Sûrement, grondait le verrier en mâchonnant sæ moustache, il y a quelque chose ; mais quoi ?Une lueur se fit jour, soudain, au milieu des ténèbres de son cerveau.Se tournant tout d\u2019une pièce vers Micheline qui attendait, immobile et respectueuse, il s\u2019écria, frappant de son poing fermé læ table de bois blanc : \u2014 Jy suis ! Tu ne veux pas épouser Germain parce que tu en aimes un autre.J\u2019ai deviné juste, n\u2019est-ce pas ?Eh bien, cet autre, tu vas me le nommer, tout de suite ! Son visage s\u2019était durci, et une colère violente faisait trembler sa voix ; il avait saisi Micheline par le bras et la sécouait fortement, avec une brutalité inconsciente.Elle s\u2019abandonmait, inerte, sens un effrol, sans une protestation.Madeleine épouvantée tentait de s\u2019interposer : \u2014 Cyprien, mon ami, suppliait-elle, tu vois bien que tu lui fais mal, à cette petite ! Et toi, ma Linette, pourquoi ne par- les-tu pas ?Dis-lui done que ce n\u2019est pas vrai, qu'il se trompe.Le silence de Micheline était un aveu.Madeleine Harmel le comprit et une dou- Val.10, No 5 loureuse stupeur parut sur son visage.tandis que celui de Cyprien prenait une expression encore plus menacante, Le verrier leva le bras.Micheline courba le front, résignée, sens méme esquisser un geste de mévolte ; mais la main levée ne s\u2019abattit pas.Madeleine s\u2019était élaneée, entourant sa fille de ses bras en un instinetif désir de protection.Machi- nælement, Cyprien recula, gardant son attitude menaçante.La face empourprée, les yeux fous, il était effrayant à voir.Madeleine le contemplait, terrifiée, n'osant souffler mot.\u2019 Micheline se fit plus humble encore : dénouant l\u2019étreinte maternelle, elle vint à son père, posa ses deux mains sur les robustes épaules de l\u2019ouvrier, le contrai- gnaut à la regarder bien en face, et sa voix implorante murmura : \u2014 Papa, je te dirai tout, je te le promets ; mais je te jure que je n\u2019ai rien fait de mal ! Tu ne refuseræs pas de me croire ?Les traits bouleversés du verrier se ras- sénerent, semblables 4 un de ces ciels d\u2019orage sur lesquels brille un rayon de soleil, et Madeleine s\u2019écria, triomphante .: LA REVUE POPULAIRE ~\u2014 Tu \u2019entends, mon homme ?Oui, ra- conte-nous, ma pauvre chérie, et surtout ne crains rien ; l\u2019amour ne se commande pas, et, si tu as donné ton coeur sans nous avertir, ce n\u2019est pas un crime.Cyprien s\u2019était rassis sur son escabeau indiquant \u2018du geste un siège à sa fille.Maladroitement, il tentait d\u2019excuser son emportement trop précipité : \u2014 Il fœut me pardonner si je t\u2019ai fait peur, ma petite Linette.Je ne suis pas méchant, mais vois-tu, je n\u2019ai pas été maître de moi.Tæ mère à raison, explique- nous tout, et ensuite.eh bien ! on ne veut que ton bonheur, aprés tout, et, s\u2019il est digne de toi, on te le laissera épouser.\u2014_\u2014 50 Montréal, Mai 1917 VII Sur le balcon de bois où grimpait la glycine, Micheline était accoudée, et ses yeux réveurs interrogeaient 1\u2019horizon.Les longues grappes mauves retombant capricieusement faisaient à la jeune fille un cadre fleuri, au milieu duquel elle paraissait plus séduisante encore.Il semblait à Micheline, depuis sa confidence à ses parents, que sa peine s\u2019était allégée ; d\u2019abord*courroucé, puits surpris de l\u2019aveu, Cyprien s\u2019était rendu aux judi- cieusès observations de sa femme, plus \u2018portée à l\u2019indulgence, et s\u2019était contenté- de répliquer avec un -soupir de regret : \u2014 C\u2019est dur de penser que notre Linette resteræ vieille fille ! Depuis la révélation de Micheline, le- verrier nourrissait contre le notaire une- {haine furieuse qui s\u2019exaspérait chaque jour.Au fond, Cyprien Harmel était flatté de la recherche de Noël et ne suspectait nullement la sincérité de ses intentions ; œussi comprenait-il Ja fidélité de sa fille à tenir la parole donnée.\u2014 Ah ! malheur, si on était riche t grondait-il parfois en serrant les poings.comme ça serait vite arrangé, toute cette \u2018histoire ! Micheline n\u2019était plus retournée à la villa, alléguant une indisposition de sa.mère qui l\u2019obligeait à demeurer près d\u2019elle.Elle avait refusé également, sur.l\u2019ordre de Madeleine, de continuer l\u2019ouvrage-, chez elle, et les travaux commencés_ avalent été confiés à une autre brodeuse.à la grand désolation d\u2019Alice, qui craignait de ne pas remplacer les doigts de- fée de son ouvrière habituelle.\u2018Mlle Dherfailles, cependant, ne s\u2019était point étonnée, mais le notaire et son fils.n'avaient pæs été dupes du prétexte.Le père Harmel aurait voulu se présenter à - Vol.10, No 5 l\u2019étade, dès le lendemain des explications de sa fille, pour retirer ses économies.une quinzaine de mille francs, estimant de pas devoir rester plus longtemps le client d\u2019un homme méprisant sa Micheline.Craignant qu\u2019il ne se laissât aller à Quelque emportement, sa femme l\u2019avait dissuadé.Cyprien, non sans résistances\u2019était résigné à l\u2019attente, et Me Dher- failles nè reçut pas sa visite.| ; Ce matin-là, Madeleine s\u2019étæit enfin résolue à remplir la pénible.mission confiée par Micheline, et à avertir Mme Fé- riel de ne plus compter sur sa fille, pour son neveu.Partie depuis plusieurs heures elle ne revenait plus, et la jeune brodeuse inspectait la route, cherchant à l\u2019apercevoir quelques secondes plus tôt.Dès qu\u2019elle entrevit dans le lointæin la silhouette connue, elle quitta son poste d\u2019observation et se précipita à sa rencontre pour, dès qu\u2019elle l\u2019eut rejointe, la presser de questions anxieuses.| \u2014 Rentrons, dit Madeleine, je te dirai tout à l\u2019heure.\u2018 Et la porte de l'habitation sur elles, elle expliqua : \u2014 Justine me disait que tu n\u2019aurais pas dû agir comme tu l\u2019as fait, rester si longtemps.sans parler et laisser croire que Germain te plaisait.Alors, je lui ai fait promettre de ne rien dire, on peut se fier à sa discrétion, et je lui ai tout raconté.\u2014 Et alors ?\u2014 Elle a beaucoup pleuré, puis elle m'a dit qu\u2019elle ne pouvait pas te blâmer.qu\u2019elle en ferait autant à ta place, et que tu étais une brave fille tout de même, mais que Germain ,quand il saurait, al lait être bien malheureux.< ® \u2014 Pauvre Germain, murmura Micheline apitoyée.Et ¢\u2019est tout, maman ?Mme Fériel ne m\u2019en veut pas trop ?refermée -LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 191% \u2014 Elle est fâchée un peu : mais elle m\u2019a chargée de te dire qu\u2019il ne fallait pas pour ça ne plus aller la voir, que nous resterions bonnes amies, que d\u2019ailleure elle espérait bien que tu parlerais à à Germain, \u2014 Moi ! s\u2019exclama la jeune fille avee effroi.Pour quoi faire .?| \u2014 Une idée de Justine : elle m\u2019a bien promis qu\u2019elle lui expliquerait, qu\u2019elle le mettrait au courant ; mais elle prétend qu\u2019il ne voudra pas la croire et demandera à te parler.- \u2014 Il n\u2019était done pas chez sa tante quand tu y es arrivée ?\u2014 Il allait seulement rentrer pour se coucher.Il est de l\u2019équipe de nuit jus qu\u2019à demain, et je suis vite partie en \u20ac1r- tendant sonner six heures pour ne pas me rencontrer avec lui.Cela m\u2019aurait fait trop de peine de le voir.Micheline poussa un soupir, passa la main sur ses longs cils humides, puis elle alla prendre son chapeau æccroché en un coin de la cuisine.\u2014 Ou vas-tu ?demanda Madeleine étonnée.| - La jeune fille revint à sa mère, lui entoura le eou de ses deux ibras, et expliqua avec un triste sourire : \u2014 À la rencontre de Germain, Il va sûrement venir 1ci quand sa tante lui aura parlé ; peut-être même est-il déjà en route.Il ne faut pas qu\u2019il se rencontre avec papa, tu comprends ?cæ vous ferait à tous deux de l\u2019ennui et ça ne changerait rien.Il vaut mieux que je Ye voie avant.Madeleine approuva.Micheline avait raison ; puisqu\u2019elle était décidée, il fat lait en finir tout de suite, et la jeune fil le, sans laisser à sa mère le temps de réfléchir plus longuement, s\u2019élanca hors de la maison, Vol.10, No 5 VIII : = Ainsi, Micheline, c\u2019est bien vrai; ce: que ma tante m\u2019a dit tout a l'heure ?:Tu - ne veux plus de moi ?\u2014Oh! Germain, pardonne-moi: dis-moi que tu oublieras, que tu essayèras d\u2019en aimer une autre ?Je serais trop malheureuse sl tu restais seul i caitse de moi! Sans répondre, (Germain, dont les paupières rouges et gonflées portaient témoignage des larmes versées, regardait la jeune fille debout, en face de lui.Ces répliques s\u2019échangeaient au coin d\u2019un champ bordant la route, derrière un épais rideau d\u2019arbres empêchant que les deux causeurs fussent aperçus des passants.Micheline ne s\u2019était pas trompée dans ses prévisions : non loin de la maisonnette, elle avait effectivement rencontré le neveu de Mme Fériel arrivant à bicyclette.Sur la prière de la fille de Cyprien.le jeune homme s\u2019était laissé docilement conduire en cet endroit abrité où nul, il en était certain, ne viendrait les déranger.Micheline n\u2019avait pas osé avouer à sa mère le vrai mobile de son empressement à accepter cette rencontre : connaissant la violence du carectére de son ex-préten- dant elle tremblait qu\u2019il ne cherchât querelle à Noël, dans le premier moment de sa colère, et elle préférait affronter elle- même le choc.Les femmes qui aiment ont souvent de ces inconscients héroismes.File était venue, s\u2019attendant à des reproches, à des réczjminations, à des paroles amères, et le silence persistant de Germain la déconcertait ; elle eût préféré des ingures, des menaces même, à cette douleur morne et silencieuse.Voyant qu\u2019il demeurait immobile, la couvrant toujours d\u2019un regard étrange, elle reprit : \u2014 5 LA REVUE POPULAIRE 2 Montréal, Mai 1917 \u2014 Refuseras-tu de me dire une parole - de bonne amitié ?Je-t \u2018assure que ce n\u2019est pas de ma faute sta.: 2c = Un rire amer l\u2019interrompit : \u2014 C\u2019est sans doute de la mienne ?\u2014 Tu me comprends mal : je veux dfire que je n\u2019avais pas l'intention de te faire de la peine.: : \u2018 Une seconde fois il lui coupa la parole.ironique : \u2014 'Mais je n\u2019en doute pas : tu voulais apparemment me faire plaisir, et cela t\u2019étonne que je reconnaisse si mal ton procédé ?Que veux-tu, il faut m\u2019excuser J'ai toujours eu mauvais caractère.Elle joignit les mains, suppliante : \u2014 Ne raille pas ainsi, Germain! Je vois bien que tu ne veux pas me pardonner : mais j\u2019espérais que tu me parlerais sans colère, que tu comprendrais.\u2014 Que je comprendrais quoi ?que tu en aimes un autre, et que cet heureux mortel s\u2019appelle Noël Dhherfailles ?Ah ! certes, je le comprends ! C\u2019est du reste bien simple, et tu as eu raison de me le préférer, sous tous les rapports : entre un vulgaire ouvrier verrier et le fils d\u2019un notaire millionnaire, le choix n\u2019était pas douteux ; je devais peser moins lourd dans la balance, ayant moins de sacs d\u2019é- CUS pour accompagner ma personne, et c\u2019est plus décoratif de s\u2019appeler Mme Dherfailles que de porter mon nom, qui n\u2019a que Le mérite d\u2019être celui d\u2019un honnête homme.\u2014 Germain ! assez ! suppliait Micheline éperdue ; tu me juges mal, je te l\u2019æs- sure, en me croyant capable de semblables caleuls.Ce n\u2019est pas pour sa fortune que j'aime Noël Dherfailles, je te le jure ! Pourquoi ne veux-tu pas me croire ?Je me mérite pas que tu me méprises ainsi ! Mais il reprenait brutal, sans vouloir Vol.10, No 5 en écouter davantage \u2014 Non, je ne te crois pas, je ne te erolrai jamais ! Tu te moquais de moi en me laissant entendre que tu m\u2019aïmais, et j'étais dupe !.\u2014 Econte, dit-elle doucement, retenant a grand\u2019peine au bord de ses paupières les larmes prêtes à jaillir, à mon tour de te parler avec franchise : si j'étais à ta place, peut-être, sous le coup de la colère, te parlerais-je ainsi que tu viens de le faire.Il me semble pourtant que je ne refuserais pas de t\u2019entendre.Tu peux bien m\u2019actorder cela ! D'ailleurs je ne serai pas longue : veux-tu ?Il serra les poings, crispa ses lèvres, mais à demi dompté fit un signe de tête.\u2014 Quand mes parents m\u2019ont dit que je t'épouserais un jour, sans doute, reprit Micheline, je n'ai pas eu un instant l\u2019idée que je pourrais en choisir un autre.Je t\u2019almais bien, je t\u2019aime encore comme un frére ainé, comme un ami d\u2019enfance, et je prenais cela pour de l'amour.Tu dois te rappeler d\u2019ailleurs avec ton départ pour le régiment, quand ta tante me parlait de notre mariage, je n\u2019avails jamais manifesté un désir contraire ?Si on avait voulu frous marier 3 ce moment-là, je crois que j'aurais été contente.Depuis, j'ai compris que.Les sourcils froncés, Germain attendait la suite de l'explication.Mais la fermeté de Micheline était à bout.Elle cacha sa figure dans ses deux mains et se mit a pleurer silencieusement.En dépit de ses efforts pour demeurer 1mpassible, Germain se sentait touché par la détresse visible de la jeune fille, qu\u2019il devinait sincère.Quand il la vit pleurer.il n\u2019y tint plus.Il s\u2019approcha de Micheline, dont jusqu'alors 1l s\u2019était tenu éloigné, lui prit les mains et, lui faisant une douce violente, la contraignit à montrer \u2014 LA REVUE POPULAIRE cu son visage.À la vue de ces traits convulsés, de ces joues pâles, de ces yeux cernés de bistre, tout ce qui restait de rameune en lui se fondit, et le pauvre garçon ne sut que murmurer, pressant doucement les petites mains humides de larmes : \u2014 Tu as raison, Micheline, j'ai été mé- chant envers toi, tout à l\u2019heure.Mais je t'aime tant, et je suis si malheureux de penser que c\u2019est un autre que tu aimes! Vois-tu, je ne savais pas ce que je disais: il faut me pardonmer, et surtout ne plus pleurer à cause de moi.Surprise du revirement brusque, elle leva sur lui ses grands yeux assombris, aux longs cils desquels tremblait une rangée de perles brillantes.Elle le vit pâle, la figure contractée, la poitrine homleuse.Seulement alors, elle eut conscience du profond amour faisant palpiter ce coeur d\u2019homme ; elle comprit tout ce que cette mansuétude cachait d\u2019héroïsme, et elle lul serra les mains, nerveusement, traduisant par ce geste irréfléchi toute sa gratitude.Il se dégagea brusquement, sans colère, et étendit le bras pour reprendre sa \u2018bicyclette qui gisait, à demi renversée sur l\u2019herbe courte du talus.Elle le retint et voulant essayer de panser wun peu la blessure faite par elle, elle demanda : \u2014 Tu n\u2019as plus tes yeux fâckés de tout à l\u2019heure ; dis-moi que tu me pardonnes et que tu m\u2019oublieras, si tu veux que je ne pleure plus ! Il hésita, reculant devant l'étendue du sacrifice : jamais Micheline ne Iti avait paru si jolie qu\u2019à cette heure.À travers les branches des noyers qui les abritaient, le soleil filtrait en minces rayons d\u2019or.éclairant en plein le visage de la jeune fille, piquant de paillettes claires les fins cheveux châtains, dont les boucles folles voilaient en partie le front pur, et les FREE TCI FETC HY ITN oS ih Vot.10, No à larmes versées rendaient les prunelles grises plus brillantes encore.Songeant qu\u2019il lui fallait renoncer à elle, Germain eut un soupir, mais bientôt se reprochant cette fanblesse, il répondit : \u2014 Je n\u2019ai pas le droit de t\u2019en vouloir.Micheline, je te pardonne.Mais t\u2019oublier pour une autre, ca, je ne peux te le promettre : je sens trop, vois-tu, que je ne saurais pas-gimer une seconde fois.Ne me plains pas : puisque l\u2019un de nous deux doit souffrir, il vaut mieux que ce soit moi.Oui, cela vaut mieux, et \u201cl\u2019autre\u201d, je lui pardonne aussi.Tu craignais pour lui, et c\u2019est pour cela surtout que tu es venue à ma rencontre ?Tu«vois que je te (device.Oui, j\u2019al d\u2019abord voulu me venger de lui, je l\u2019avoue ; ce sentiment n\u2019était digne ni d\u2019un homme ni d\u2019un chrétien, et je te demande pardon d\u2019avoir eu cette pensée.Si un jour M.Dherfail- les consent & votre mariage, je tacheral de me réjouir de ton bonheur.Si tu avans voulu pourtant.mais non, j'en ai déjà trop dit, je ne dois plus.Adieu ! Germain avait parlé tout d\u2019une haleine.D'un mouvemhent brusque, il sauta sur sa \u2018bicyclette et s\u2019éloigna à grande allure, sans détourrer la tête.Quand Micheline, revenue de sa surprise et essuyant ses yeux brouillés de larmes, regarda la @rand\u2019route, elle n'apereut plus qu\u2019un LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 m'affirmez que l\u2019affaire est excellente, je déciderai mon père à vous apporter demain la somme.Dissimulant mal sa satisfaction, le notaire s\u2019inclina en geste d\u2019assentiment.I ézhangea avec son futur gendre un cordial serrement de main, descendit derrière lui le perron et le reeonduisit jusqu\u2019à la grille d\u2019entrée.Me Dherfailles se mit à arpenter la cour de long en large, les mains derrière le dos, sous le coup d\u2019une évidente: préoc- eupation.Depuis plusieurs semaines, le notaire semblait vivre dans une perpé- twelle angoisse, et c\u2019était si visible que certains de ses clients, inquiets, lui avalent demandé s\u2019il n\u2019était pas malade.Il point imperceptible fuyant rapidement 3 l\u2019horizon.IX Dans le cabinet de Me Dherfailles, Armand de Hautefeuille et son futur beau- pére causalent avec animation.L\u2019entretien durait depuis longtemps sans doute.car le jeune homme se disposait A prendre conigé, disant au notaire qui l\u2019accompagnait dans le vestibule : \u2014 Alors, c\u2019est entendu : puisque vous 54 avait répondu négativement, tout en, expliquant avec un sourire contraint \u2014 C\u2019est le mariage de ma fille qui me préoceupe.Comme auprés tout le prétexte était plausible, personne n\u2019avait songé à cher- chre ailleurs la cause de l\u2019évident ennui Œu père de Noël et d\u2019Alice, Arrêtant tout à coup sa promenade saccadée, le notaire frappa violemment du pied, se secoua avec énergie comme pour \u2018fuir l\u2019obsession pénible et rentrant dans la villa, regagna son cabinet de travail situé au rez-de-chaussée.La (porte était -restée entr\u2019ouverte ; il entra, fit quelques pas et s\u2019arréta net.étouffant une exclamation de stupeur et de «olère.Defbout auprès du vaste bureau empire encombré de paperasses de toutes sortes, Noël, très pâle, serrant entre ses doigts crispés un paquet de lettres, regardait fixement Bon père, et dans les yeux bleus se lisait tout un monde de douleurs et d\u2019angoisses.Co Il se fit dans la pièce un silence tragique, impressionnant.les deux hommes.sans parler, restaient face à face, se dé- Yol.10, No 5 fiant du regard.Par un geste d\u2019instine- tive prudence, le notaire, en entrant.avait refermé derrière lui la lourde porte eapitonnée.Sans distinguer nettement le motif de la présence inusitée de son fils, en cette pièce où il ne pénétrait guère le notaire pressentait vaguement qu\u2019il allait se passer entre eux quelque chose de grave.Il désirait l\u2019explication et n\u2019osait cependant la provoquer.Enfin, étant parvenu à re- touvrer en partie son impassibilité coutu- - muière, il s\u2019adressa au jeune homme et lui demanda sévèrement \u2014 Qu'est-ce que tu viens faire ici ?Je t'ai déjà dit que je n\u2019aimais pæs à être dérangé quand je travaille Sans répondre, Noël déposa près de lui les lettres qu\u2019il tenait À la main, et, eroi- sant les bras sur son étroite poitrine, il attendit, sans détourner son regard rivé aux prunelles troubles du notaire.Celui- ci reprit, d\u2019une voix où montait une colère grandissante Qui t\u2019a donné le droit de fouiller dans mes \u2018papiers ?Je n\u2019ai nu] besoin d'un espion dans ma famille ! Fais-moi le plaisir de t\u2019en souvenir, et de ne plus remettre les pieds ici en mon &bsence ! Il se dressait sur ses jamibes torses, essayant delgrandir sa petite taille, et l\u2019accent furieux où -ne se retrouvais plus au- eune trace de l\u2019onctuosité habituelle, résonnait étrangement dans la pièce à l\u2019a- meuiblementt sévère, aux tentures sombres.Noël fit un pas dans la direction de son père.\u2014 C\u2019est bien deux \u2018cent mille francs.n\u2019estice pas, demanda-til, sans paraîtwé avoir entendu l\u2019exclæmation irritée de M.Diherfailles, que vous avez demandés pour demain à M.de Hautefeuille ?L\u2019inattendu de la question fit tresgail- \u2014 ow.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 lir le notaire.\u2014 Tu dis ?balbutia- t-il, visiblement mal à l\u2019aise et me songeant plus à s\u2019indigner.\u2014 Jie demande, répéta le jeune homme avec le même calme, le chiffre de la somme que vous vous proposez, d\u2019extorquer au \u2018père d\u2019Armand, sous prétexte d\u2019un placement avantageux.Me Dherfailles, malgré toute san audace, demeura un instant troublé.|, Cependant, il voulut\u2019 douter encore et essaya de poursuivre l\u2019entretien, \u2014 Tu m\u2019insultes, je crois ?s\u2019exclama- t-il, feignant une vive stupéfaction.Je te prie de m\u2019expliquer ce que tu viens de dire, ou je croiral que tu est devenu fou subitement.Noël passa une main tremblante sur son front moite de sueur.\u2014 Fou ! murmura-t-il avec une expression si poignante que M.Dherfailles, malgré son scepticisme, en fut un instant bouleversé ; non malheureusement, je ne le suis pas.Vous voyez bien que je n\u2019ai plus de doutes, puisque je vous parle icom- me je le fais.Et cependant, si longtemps je me suis refusé à croire ! Fou! Ah ! oui, je voudrais l\u2019être, au moins je ne comprendraig pas ! \u2014 Décidément, mon pauvre garçon, tu extravaguese! s\u2019écria le notaire avec une compassion ironique.Je ne saisis pas un traître mot à toutes tes lamentations.Aurais-tu besoin d\u2019argent par hasard ?En ce cas, je.Il n\u2019acheva pas : Noël s\u2019était avancé jusqu \u2018a le toucher.Le jeune homme posait sa main sur l \u2018épaule de son père, et le dominant de toute la tête il prononçait la voix dure : \u2014 Aujourd\u2019hui surtout, j\u2019ai besain de me souvenir gue je suis votre fils.Une dernière fois ,voulez-vous répondre à ma Tran AS Vol.10, No 5 question ?Armand de Hautefeuille vous a-t-il, oui ou non, promis d\u2019intervenir auprès de son père, et de le décider à vous verser une somme de deux cent mille francs % J\u2019al besoin de savoir wela tout de suite.\u2014 Et si je refuse de te répondre ?, \u2014 Si vous refusez, j'irai le lui demander à luimême.Me Dherfailles réfléchissait, plus inquiet aû fond qu\u2019il ne voulait le paraître.Le résultat de ses réflexions le convainquit sans doute de l\u2019opportunité de la franchise, car, après un instant d\u2019hésitation, il releva la tête et répondit \u2014 Je veux bien te satisfaire, quoique ton procédé envers moi ne soit guère filial.Oui, Armand de Hautefeuille doit parler à son père d'une affaire dont je l\u2019ai déjà entreténu, et demain ou après- demain celui-ci me remettra la somme dont nous étions convenus.ll s\u2019agit en effet de deux cent mille francs, destinés a.\u2014 A une vague société financière n\u2019existant que sur papier, je sais cela.Et vous pensez que M.de Hautefeuille acceptera.qu\u2019il consentira à vous confier une somme de cette importance ?/ \u2014 Pourquoi non ?L'affaire dont je lui æl parlé est un excellent placement, je lui ai démontré et il a pleine confiance en moi.\u2014 Il a pleine confiance en vous, répéta le jeune homme avec amertume.Et c\u2019est à cause de wette confiance, dont vous devriez être fier, que vous l\u2019avez choisi pour en faire votre dupe ?Ne protestez pas, ce serait inutile, ajouta-t-il, en réponse au geste violent de Me Dherfail- les.Vous vous trouvez dans une situation difficile, \u2018vos dépenses exagérées et vos spéculations hasardeuses ont fortement ébranlé votre crédit.Je viens de lire cette \u2014 bE Gide RETIRE PAT TT HRV FRITH FOOD RSR SRI PRE CRE EEE REET ERE BIEL ERAT vn LA REVUE POPULAIRE Montréal, Ma: 1917 corresponidance dans laquelle un agent d\u2019affaires dont le nom m'est inconnu.mais que je crois être un malhonnête homme, vous réclame les deux cent mille franes qu\u2019il vous a jadis avancé en plusieurs fois pour le paiment de vos dettes de jeu.I} vous menace de poursuites si vous ne lui versez immédiatement cette somme, et, pour vous tirer momentanément d\u2019embarras, vous n\u2019avez rien trouvé de mieux que de dépouiller M.de Haute- feuille.Vous ne craignez pas de vous servir d\u2019Armand, certain que son amour pour Alice en fera entre vos mains un instrument docile et aveugle, et qu\u2019il décidera son père si celui-ci hésite encore.Et vous pensez que, connaissant vos desseins, je vous laisserai commettre cet acte ! Jusqu\u2019alors j'avais des soupçons : aujourd\u2019hui, je sais, et je vous préviens que, quoi que vous vouliez entreprendre.vous me trouverez devant vous.Arccablé, Me Dherfailles s\u2019était laissé tomber dans le large fauteuil de cuir.Toute sa jactance l\u2019avait abandonté ; une peur insurmontable l\u2019envahissait, et il n\u2019osait plus regarder son fils, tant il devinait de mépris sur le visage du jeune homme.Celui-ci, que l\u2019effort qu\u2019il venait de faire semblait avoir épuisé, se taisait maintenant, mais, sous son calme apparent, on pressentait les atroces tortures morales qu\u2019il endurait.\u2014 Pourquoi me.dis Sn d\u2019un mariage, le fiancé et \u201cà la fiancée échangent des 22 cadeaux.En Tripoli, les Maures et les Turcomans ont coutume de coller des pièces de monnaie sur le front du marié.Chez les Arabes civilisés, le fiancé envoie à la fiancée des présents deux ou trois jours avant la noce.Celle-ci en retour, comme cadeaux, lui donne quelques meubles pour sa maison, une lance et une tente.En Perse, le fiancé se voit obligé de donner à sa future, en plus des cadeaux, une certaine somme d\u2019argent.S'il est en moyens, il lui donne deux costumes neufs, un anneau et un miroir.Il lui fournit en outre, les meubles pour la maison, des tapis, des nattes, une batterie de cuisine et autres articles de ménage.çÇ Chez les Chinois de la classe choisie, la famille du fiancé donne des cadeaux à la famille de la fiancée quelques jours avant le mariage.Les présents sont des plus variés et consistent en aliments pieds de cochon et de chèvre, huit petits pains, des paquets de vermicelle ; huit flambeaux, trois paires de chandelles rouges et plusieurs paquets de feu d\u2019artifice.error \u2014 143 Re i\" sa-mmenhs'a PAPIER FABRIQUE AVEC DES HERBES ON dit que l\u2019herbe appelée \u201ctambookie\u201d ou \u201ctambootie\u201d, qui pousse en abondance dans les vastes plaines du Transvaal, sera dans un avenir très rapproché, d\u2019une grande utilité dans la fabrication du papier.On dit que cette herbe produit, dans les mêmes conditions, plus de pulpe que le sparte algérien, mais un peu moins que le sparte espagnol.Non seulement la production en est grande, mais la qualité de cette pulpe est bonne et peut être facilement blanchie.Suivant différentes expériences faites il a été prouvé que le papier fabriqué à l\u2019aide de cette herbe est assez solide.La manière la plus rémunérative de l\u2019employer sera de la convertir en Afrique du sud en une pâte compacte de façon à pouvoir l'envoyer en *Europe ou l\u2019employer sur place, pour la fabrication du papier.O LA BAGUE FATALE S 2 Au cou de la vierge d\u2019A]- fa.mudena, statue ornant un a\", des parcs les plus fréquen- Yes) tés de Madrid, on peut voir, suspendue par une chaîne d\u2019or, une bague sertie de diamants et de perles.Des milliers de gens passent tous les _ PRET OT TE ET FO TRIE TT TCT TREY 7 ti t .Vol.10, No 5 jours devant la statue, mais jamais Espagnol, fût-il le plus grand vaurien, ne toucherait à l\u2019anneau de la Vierge, car on lui attribue le pouvoir de faire mourir celui qui le porte.L'histoire de cette bague est tout à fait étrange.Alphonse XII en avant fait cadeau à sa femme, la reine Mercédès, cel- le-c1 mourut un mois après.Le roi donna alors la bague à sa soeur Maria, qui mourut également quelques jours après.La bague étant revenue au souverain, celui-ci l\u2019offrit à la grand\u2019mère de sa femme, la reine Christine, et celle-ci décéda trois mois plus tard.Le roi la placa alors dans son propre coffret à bijoux.Il mourut dans le courant de l\u2019année.C'est alors que la reine régente, ne voulant pas risquer sa vie, fit suspendre au cou de la Vierge d\u2019Almu- dena la bague funeste qui s\u2019y trouve.\u2014\u20140\u2014\u2014 LES COQS DE BRUYERE .Les coqs de bruyère mâles ont un excellent caractère; ils défendent hardiment, paraît-il, leurs jeunes familles.Il a été vu bien souvent qu\u2019un de ces Ÿ oiseau® rencontrait un corbeau et lui livrait bataille, donnant ainsi le temps à la femelle et aux jeunes de s\u2019enfuir.Ç Il a été affirmé par certains éleveurs que le mile s\u2019occupe tout particulièrement de deux ou trois des jeunes, et que ceux-ci deviennent plus hardis que ceux soignés par la femelle.Une autre circonstance curieuse par rapport à la croissance des coqs de bruyère est que deux ou trois de la couvée grandissent toujours avec plus de rapidité que les autres membres de la même famille.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 LES VIEUX ARBRES CerTAINS botanistes on quelquefois affirmé que l\u2019on trouvait en ; Californie des arbres géants qui \u201cie avaient plus de 5,000 ans d\u2019existence, et le professeur Charles E.Bessey, de l'Université de Ng braska a voulu s'assurer de ce fait qu\u2019il tenait pour fortement exagéré.* L'arbre le plus gros qu\u2019il ait trouvé est un arbre abattu en 1853 ; cet arbre géant a 25 pieds de diamètre à sa coupe et la souche servait et sert encore de pavillon de dance.{ Après en avoir fait nettoyer et polir la surface, il en a compté très exactement les anneaux et il en a trouvé 1147 ce qui montre que cet arbre avait 1147 ans.Ce savant professeur dit qu\u2019il ne pense pas qu\u2019aucun arbre puisse atteindre l\u2019âge de deux mille ans._\u2014 LES LIVRES DE COULEUR [Es recueils de documents diplomatiques sont toujours imprimés dans chaque pays sous une couverture de couleur constante.L\u2019usage nous vient de la parlementaire Angleterre qui, depuis le dix-septiéme siècle possède ses livres bleus, C\u2019est Napoléon III qui, en 1861, fit distribuer au corps législatif le premier recueil de documents diplomatiques qui, d\u2019après la couleur de sa couverture, prit le nom de Livre Jaune, Vers la même époque, sur l\u2019initiative de Cavour, le gouvernement italien publia des livres verts.\u2018Le premier livre rouge fut présenté aux délégations d\u2019Autriche-Hongrie par le ministre Benst.La Russie a des livres oranges, l\u2019Allemagne des livres blancs, la Belgique des livres bleus.\u2014 144 \u2014 Vol.10, No 5 \u201cTHE GREATEST IN THE WORLD\u201d \u201cCE nest pas le Palais de Justice de Bruxelles, mais une pétition, une simple pétition adressée au gouvernement britannique pour demander la supression totale de la vente des liqueurs alcooliques pendant toute la durée de la guerre plus une période de six mois après lu démobilisation.Elle porte deux millions de signatures, lesquelles ont été recueillies dans l\u2019espace de six semaines.Elle a environ 9 milles de longueur, et pèse une tonne.Malgré son prix, c\u2019est du papier bien employé.O LES OISEAUX CONTREFACTEURS Les oiseaux, on l\u2019ignore peut-être, sont des imitateurs adroits.Ainsi par exemple, l\u2019autruche qui vit en Afrique K dans les mêmes parages À que les lions, à force de les entendre rugir, est arrivée à imiter leurs rugissements.Quant aux petits oiseaux nous voyons qu'il en est de même.L\u2019ortolan imite les cris du pipit et le verdier celui du bréaut.Ceci n\u2019a rien d'étonnant quand on pense que ces oiseaux qui sont à peu près tous de la même famille, cherchent ensemble leur nourriture, en hiver, et ainsi apprennent leur cri les uns des autres.On sait que le geai est appelé oiseau- bavard non seulement c\u2019est lui qui imite le mieux les cris de ses semblables, mais même le bêlement du mouton et le hennissement du cheval.Il y en a qui prétendent qu\u2019on peut lui apprendre à parler.\u2014 145 LA REVUE POPULAIRE ERAS EM HNN ME LAME £1444 {dd edhe 4, Montréal, Mai 1917 - On a constaté que le rossignol, qui est pourtant un chantre émérite, emprunte bien souvent quelques notes du chant des autres oiseaux.D LE PROTOCOLE ET LES FEMMES EN FRANCE Ex F rance quand un ministre se retire, pour une raison ou pour une autre, sa sortie du ministère affecte.la dignité de sa femme, car celle-ci est obligée de se conformer serupuleu- sement aux règles de préséance bien définies par le Protocole.D'après les règles qui régissent les rapports entre les femmes des Ministres et celles des députés, les femmes des sénateur et celles des députés sont tenues de se lever lorsque la femme d\u2019un ministre entre dans une salle ou dans un salon où elles se trouvent, et elles doivent rester debout jusqu\u2019à ce que celle-ci se soit assise.\u2018 Les femmes des ministres, de leur côté, doivent montrer pareille déférence envers la femme du premier ministre et cette dernière, à son tour, est tenue de se lever pour saluer soit la femme du Président du Sénat, soit celle du Président de la Chambre des députés.Le rang le plus élevé dans cette hiérarchie officielle est celui de l\u2019épouse du Président de la République.| 4 O\u2014- La croyance aux sorcières est très répandue en Russie.Presque chaque village en a une.Il existe en outre une secte appelée \u201cChlisti\u201d, dont les membres s\u2019adonnent à un jeûne continuel et à des châtiments.Elle est très répandue dans ce pays.RR EE NE REA EEE: Vol.10, No 5 ROBES LUMINEUSES [Les dames élégantes de Carlisle (Pen- sylvanie) ont découvert un nouveau moyen d\u2019exciter l\u2019admiration : le soir, elles portent des robes qui ont été trempées dant un bain de phosphore.Elles ont Pair, ainsi, d\u2019énormes vers luisants.Après la fontaine lumineuse, la femme lumineuse.{ La première qui s\u2019est montrée dans cette tenue a traîné sur ses talons une multitude de badauds: la circulation en a été arrêtée durant plusieurs heures.Mais on s'habituera à ce spectacle comme à tous les autres.Les municipalités profiteront sans doute de cette mode pour faire des économies sur l\u2019éclairage de la voie publique; et les propriétaires aussi, sur l\u2019éclairage des escaliers.En rentrant du théâtre, plus besoin de lampe électrique ni d\u2019allu- mettes-bougie: on aura sa femme avec soi, sa femme phosphorescente.Le couturier qui a imaginé l\u2019affaire ne prévoyait pas toutes ses applications pratiques.Le progrès humain n\u2019a décidément pas de limites.Les féministes trouveront en cette conjoncture un bon argument pour leurs revendications, car elles pourront dire : \u201cC\u2019est de la femme, au- jourd\u2019hui, que viennent les clartés.\u201d _\u2014_ RICHESSE MINERALOGIQUE C\u2019EsT ici qu\u2019il faut rappeler le fameux mot du grand naturaliste et voyageur, Alexandre de Humbolt: | \u201cLe Mexique est le Trésor du Monde!\u201d Il prédisait par là que les mines du Mexique produiraient avant peu d\u2019abondantes récoltes de métaux précieux et sa prophétie s\u2018est réalisée.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 L\u2019ancien royaume de Montézuma produit le tiers de l\u2019argent que consomme le monde, le cinquième de l\u2019or, le neuvième du plomb et le vingtième du cuivre.Les mines Mexicaines en exploitation sont au nombre de 21,000.Elles emploient ou plutôt employaient avant la révolution plus de 500,000 personnes.En 1910, elles exportèrent une valeur de 160 millions de dollars, sans comprendre dans ce chiffre imposant la valeur du fer, du charbon et du pétrole extraits ! Or, ces chiffres ne représentent pas le quart des ressources minières de la république ! Sous les dernières années de la dictature du général Porfirio Diaz, on comptait chaque année l\u2019enregistrement de 5,000 concessions nouvelles ! Souhaitons aux Mexicains qu\u2019ils mettent fin à leurs dissensions pour exploiter comme il convient leur magnifique domaine ! \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 CALENDRIER ANECDOTIQUE == J'HÉOPHILE GAUTIER était très superstitieux, comme un poète et comme un enfant, car il ne cessa jamais d\u2019être les deux à la fois.Il croyait au mauvais oeil, et, en particulier, à celui d\u2019Offenbach.Son fils, Toto, raillait le bon papa.Un jour qu\u2019ils étaient ensemble, rue Vivienne, le portrait d\u2019Offenbach leur apparut à la vitrine d\u2019un photographe.Aussitôt, \u2018Théo conjura le mauvais présage en faisant les cornes avec ses doigts.Toto, profitant de la circonstance, revint à la charge, discuta sur le sujet brûlant, mais sans.succès.\u2014 Tais-toi, disait le père; tu sais bien.que ce genre de conversation m\u2019est désagréable.Toto ne voulait pas céder.\u2014 146 \u2014 Vol.10, No 5 \u2014 J'ai été voir la belle Hélène, disait- il, et le lustre du théitre ne m\u2019est pas tombé sur la téte.Et, tu vois, en ce moment même, je parle d\u2019Offenbach, et il ne m\u2019arrive rien.Ils tournaient, à cet instant, le coin de la rue, et Toto marchait devant.Alors, en plein boulevard, lui appliquant au bas des reins un paternel coup de pied, moitié fâché, moitié riant, Théophile Gautier lui dit: | 2 ge .: \\ \u2014 Tu vois bien qu\u2019il t\u2019arrive quelque chose !.\u2014_\u2014 INVITATIONS CHINOISES Quaxp les Chinois riches désirent donner un grand diner, ils envoient trois invitations différentes aux personnes qu\u2019ils désirent inviter à leur fête.Ils envoient d\u2019abord une première invitation deux jours avant le banquet; une seconde le matin même et la troisième juste une heure avant l\u2019heure du repas.Cette coutume est observée de temps immémorial, elle a pour but de montrer aux invités combien l\u2019hôte qui les invite est désireux de les avoir chez lui.C\u2019est une très grande marque de politesse.\u2014_\u2014 LE PAIN ET LE SEL Dans l'antiquité, beaucoup de peuples croyaient que lorsqu\u2019on mangeait du sel avec une autre personne, cela établissait entre ces deux personnes un lien sacré de fraternité.Cette coutume est encore conservée chez les peuples orientaux et principalement en Russie où, quand l\u2019on veut recevoir une personne avec de grands égards, on lui offre le pain et le sel.LA REVUE POPULAIRE.\u2014 147.= Montréal, Mai 1917 UNE DISTRACTION D\u2019ARTISTE ON pourrait écrire un volume copieux sur les distractions des grands artistes.Un portrait dû au célèbre peintre anglais: Thomas Lawrence, et retrouvé récemment dans la collection peu connue de lord Mexborough, mort il y a peu de temps, a remémoré à un correspondant du Daily Chronicle la curieuse anecdote suivante: Ce portrait est celui d\u2019une comtesse de Mexborough, tenant un bébé dans ses bfas.Au bout de deux séances, Lawrence, qui était réputé par son manque de suite dans les idées, emporta sa toile en disant qu\u2019il demanderait à la comtesse de revenir poser chez lui, à ses premiers loisirs.Des mois, puis des années passèrent sans qu\u2019on entendît parler de nouveau ni du maître ni du portfait, lorsqu\u2019un jour lady Mexborough reçut un billet de Lawrence la priant de venir poser et de ne point manquer d\u2018amener son bébé avec elle.\u2014 J'irai bien volontiers, répondit la comtesse, mais quant à mon bébé, il est.actuellement officier de la garde royale.\u2014 LA REPUBLIQUE NICARIENNE berets Av cours de la dernière guerre italo-tur- que, l\u2019une des moindres parmi ces îles Sporades semées dans l\u2019azur de l\u2019Egée, l\u2019île Nicaria, chassa les douze soldats qui occupaient sa citadelle et se proclama indépendante: Aujourd\u2019hui, la République nicarienne, en attendant d\u2019être reconnue par l\u2019Europe, possède une garde nationale forte de quarante-huit hommes et, pour toute flotte de guerre, un bateau chargé d\u2019assurer la sécurité des rivages. Vol.10, No 5 Pour lui disputer le record de l\u2019exiguïté, il n\u2019y aurait peut-être que le territoire neutre de Moresnet, qui lui, ne constitue pas une république, mais simplement une commune, oubliée par distraction diplomatique lors des traités de 1815 et demeurée sans nationalité, entre la Belgique, la Hollande et l\u2019Allemagne.À côté de ces nations-là, Andorre et Saint-Marin prennent rang de grandes puissances.-_ LES POISSONS DORES [LA moitié au moins des poissons dorés que nous essayons de conserver vivants, a titre d'ornement, dans nos maisons, meurent d\u2019épuisement et de fatigue.Tout d\u2019abord les yeux de ces poissons supportent très difficilement la vive lumière à laquelle ils sont constamment exposés dans ces globes de verre où nous avons l'habitude de les loger, et ensuite ils se fatiguent énormément, parce qu\u2019ils courent sans cesse autour de leur prison.C\u2019est cette double raison qui les épuise et cause leur mort.\u2014_\u2014 UN ANCETRE LE plus ancien bateau à voiles qui existe est un bateau Viking, le \u201cGokotad\u201d.Il a été découvert il y a déjà un certain nombre d\u2019années sur la grève, au fond d\u2019une anse située sur les rivages de la Norvège.Ce bateau date de plus de 1,000 ans, il a appartenu autrefois aux Vikings, peuple de pirates habitant la presqu\u2019île Scandinave, qui, du 8ème au 12ème siècle, ont fait continuellement des incursions sur toutes les côtes de la vieille Europe, où ils pillaient et dévastaient tout sans pitié.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 LA FIN DE LA GUERRE DE graves journaux par la plume de graves augures ayant formulé des pronostics sur la durée de la guerre, un journal des tranchées qui n\u2019est pas grave du tout, mais qui n\u2019en est que plus amusant, le Bochophage, y va lui aussi de prédictions qui nous paraissent des plus plausibles et que l\u2019évènement justifiera sûrement : \u201cLa guerre finira dès la cessation des hostilités: cet événement se manifestera par l\u2019interruption des combats sur tous les fronts.\u201cQuarante-huit heures avant la fin de la guerre, nous ne serons pas encore en paix, mais il ne s\u2019en faudra que de deux jours.Je dis: deux jours.Je précise, voy- ez-vous.\u201cLa fin de la guerre surviendra un certain nombre d\u2019années avant la mort.d\u2019un homme politique; son nom commencé par une lettre que vous trouverez facilement dans l\u2019alphabet.\u201cContrairement aux assertions erronées de certaines personnes de l\u2019arrière, les poilus ne resteront pas dans les tranchées après la signature de la paix.\u201cL'infortuné poilu qui sera tué le der- nidr le regrettera toute sa vie.\u201cChaque jour qui s\u2019écoule est un jour de moins de guerre.\u201d ; 2 POUR LES TORPILLES ON ne sait généralement pas que chaque torpille est couverte d\u2019une épaisse couche de vaseline.Celle-ci sert à deux fins: elle protège d\u2019abord ce coûteux engin contre la rouille et l\u2019eau de mer; elle lui permet enfin de glisser aisément dans le tube lance- torpille au moment de faire feu.\u2014 148 \u2014 Vol.10, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 GRATIS POUR LES HERNIEUX 5,000 MALADES PEUVENT FAIRE UN ESSAI GRATUIT DU PLAPAO IL N'Y A PLUS BESOIN DE PORTER TOUTE LA VIE UN BANDAGE INUTILE + Cette offre généreuse est faite par l\u2019inventeur d\u2019une merveilleuse méthode opérant \u2018nuit et jour\u201d qui rétablit et fortifie des muscles relâchés et ensuite supprime tout-à-fait les bandages douloureux et la nécessité de dangereuses opérations.RIEN A PAYER Pour 5,000 malades qui écrivent \u2014 Mr.Stuart enverra une quantité suffisante de Plapao sans frais pour vous permettre d'en faire l\u2019essai.Vous ne payez rien pour cet essai de Plapao maintenant ou dans l\u2019avenir.CESSEZ DE PORTER UN LA SURFACE IN- \u201cA\u201d est une extrémité élargie du PLAPAO-PAD qui couvre les muscles atrophiés et affaiblis et les empé- che de se déplacer plus loin.\u2018B\u2019 est un tampon convenablement fait pour Fermer l\u2019ouverture herniaire et empêcher la saillie des \\ intestins.En même teanps, ce HY fl A FIRE FRS ea GA .wih tampon forme réservoir.Dans ce réservoir est placé un merveilleux remède absorbant-astrin- gent.Dès que le remède est échauffé par la chaleur du corps il devient soluble et s\u2019échappe à travers la petite ouverture marquée \u2018\u201cC\u2019\u201d et est absorbé par les bores de la peau pour fortifier les muscles affaiblis et effectuer la fermeture de la hernie, \u201cF\u201d est l\u2019extrémité du PLA- BANDAGE TERIEURE £ ene.pus isa A PAO-PAD qui s'applique sur les oa MANTENALE Tr rmieau des hanche:+\u2014partie du squelette Oui, cessez, vous savez par vo- PLEPAOPADFER, 7 qui domine la solidité et le support tre propre expérience, que c\u2019est MEMENT AU CORPS i = nécessaires au PLAPAO-PAD seulement un pis-aller, un faux Cu OPAU ENT LE | soutien contre un mur tombant et TAMMENT APPLI- FAITES S.\\ PREUVE A MES que cela affaiblit votre santé par- \u20ace que cela retarde la circulation du sang.Pourquoi donc continuer & le porter ?Voici un meilieur procédé dont vous pouvez vous assurer sans frais.EMPLOYE DANS UN DOUBLE BUT Premièrement: Le premier et plus important objet du PLAPAO-PAD est de conserver toujours appliqué aux muscles relâchés le remède appelé Plapao qui est de nature contractive, et dont le but à l\u2019aide des ingrédients de la masse médicamenteuse est d\u2019augmeh- ter la cicrulation du sang afin de revivifier les muscles Alors, mais seulement alors vous Pouvez attendre a disparition de la hernie.Deuxièmement: Adhérant de lui-même dans le but d\u2019empêcher le tampon de glisser, c\u2019est une aide im- .portante pour maintenir la hernie qui ne peut être contenue par un bandage.Des centaines de gens, vieux et jeunes, ont affirmé sous serment devant un officier qualifié que le PLA- PAO-PAD a guéri leur hernie \u2014 certains, cas étant des plus graves ou des plus anciens.ACTION CONTINUELLE NUIT ET JOUR Une condition frappante du traitement Plapao-Pad est le temps relativement court pour en obtenir des résultats.C\u2019est parce que son action est continuelle\u2014nuit et jour pendant les 24 heures\u201d entières.* Il n\u2019y a pas d\u2019inconvénient, pas de douleur.Cependant, minute par minute\u2014perdant votre travail quotidien\u2014même pendant votre sommei!\u2014 c6 merveillQux remède infuse invisiblement une nouvelle vie et une nouvevile force dans vos muscles et les met en état de maintenir les intestins en place sans le support artificiel d\u2019un bandage ou de tout autre procédé.EËne pas de LE PLAPAO-PAD EXPLIQUE Le principe d\u2019après lequel le Plapao-Pad fonctionne peut être facilement démontré par la gravure ci-jointe et la lecture de l\u2019explication suivante.le PLAPAO-PAD est fait d\u2019une partie forte et flexibiie \u201cBE\u201d qui s'adapte aux mouvements du corps et est parfaitement confortable à porter.Sa surface intérieure est adhésive (comme un emplâtre adhésif, bien que complètement différente) pour empêcher le tampon \u2018\u201cB\u2019 de glisser et de se déplacer, QUE ET EMPECHE \u20ac.LE COUSSIN D = GLISSER.> B\u2014# Plapao ; 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on en fabrique aussi des instruments de chirurgie, des semelles de soudiers, des courroies de transmission, des robinets, des vases, des entonnoirs, des rouleaux d\u2019imprimerie, etc.Elle est d\u2019autant plus précieuse qu\u2019elle résiste à la plupart des acides et conserve ses propriétés même à une température très froide, quoique cependant le contact du froid la rende un peu cassante.Jusqu'à ces dernières années, pour se procurer la gutta-percha, les indigènes des pays tropicaux d\u2019où elle nous vient, abattaient les arbres pour en retirer la gomme; ils tuaient la poule aux oeufs d\u2019or et les arbres devenant de plus en plus rares à mesure que la consommation devenait plus grande, ce produit augmentait de prix et était appelé à devenir un jour frès cher.Heureusement on a trouvé un procédé bien plus simple et plus pratique pour récolter la gutta-percha; au lieu d\u2019abattre les arbres, on en cueille les feuilles et c\u2019est LA REVUE POPULAIRE \u2014 \u2014 150 \u2014 Montréal, Mai 1917 1A GUTTA-PERCHA TIREE DES FEUILLES de ces feuilles recueillies qu\u2019on extrait le produit précieux.La gomme tirée des feuilles est non seulement plus pure mais elle est plus abondante.Ainsi un arbre adulte de 25 à 30 ans, en le coupant, donne à peine une livre et demie de gomme tandis que de ses feuilles recueillies on en extrait trois livres au moins, et l\u2019arbre n'étant pas sacrifié, les feuilles repoussent et donnent chaque année la même récolte.Pour activer la croissance des feuilles et obtenir le maximum de rendement on coupe soigneusement toutes les petites tiges sauvages qui repoussent sur les racines des arbres.Grâce à ce nouveau procédé d\u2019extraction de la gutta-percha, sa production augmentera à mesure que repousseront les arbres détruits du temps de l\u2019ancienne méthode.Dès lors quoique la consommation de ce produit augmente sans cesse, du moment que le produit deviendra de plus en plus abondant, son prix ne sera plus exposé à augmenter d\u2019une façon considérable comme on le redoutait avant la découverte du nouveau procédé.\u2014\u2014\u20140 Les Japonais fabriquent des coussins en papier, très solides, imperméables et pouvant servir de ceinture de sauvetage au besoin.Ils sont plus commodes que les coussins en caoutchouc, dans ce sens qu\u2019on peut les plier plus facilement et prennent moins de place.Ils servent également d\u2019oreillers et n\u2019ont pas cette odeur désagréable que dégagent ceux en caoutchouc.EE Lr\u2019 2?Ter BERENS tit Lid idasit ditty, oc SES A EE Vol.10, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 ¢ 7 nN | LA POUDRE A PATE Un Buste Bien Dessine FAXT VALOIR LA BEAUTE, LA GRACE DE LA (Gooks Friend |\u201d 7m Le PiLULES BAKING POWDER PERSANES de Tawfisk Pacha de Téhéran, Perse.ont pour effet de déve- lomper le buste, de corriger la maigreur exces- sivee de supprimer le creux des épaules et d\u2019effacer les angles disgracieux qui déparent june jeune fille ou une A Se vend maintenant en boîtes de fer-blanc aux mêmes prix qu\u2019elle se vendait en boîtes de carton.25c la livre\u201420c les 12 onces JI .ge jeune femme.15c la demi-livre 10c le Prix: $1.00 la boîte; 6 bottes pour $5.quarter on.Mille Angela V., écrit: \u201cJe viens de prendre la quatrième boîte de vos fameuses PILULES PERSANES ; l\u2019effet est merveilleux\u2014j\u2019en suis enchantée.\u201d En vente depuis l\u2019année 1862 SOCIETE DES PRODUITS PERSANS Fabriqué par W.D.McLaren, Limitée, Nouvelle Boîte Postale 2675 2 MONTREAL.Dépt.A., Montréal.\\ : , > INDISPENSABLES AUX MÉNAGÈRES Ne contient pas d'alun.Rend la pâte digestive.pour nettoyer vos boiseries et obtenir un bon résul-@ tat, n\u2019employez que des articles de première qualité.À Tordeuses à torchons, de plancher, depuis $L.75 à LL.LL se Lies Lan .$3.00 Torchons a plancher,25¢a .50c Torchons avee manches, 35c à .90c O-Ce-dar Mops, pour polir et épousseter, 40c à $1.00 Poli & meubles .25c Epoussettes en plumes, depuis 50¢ a.$1.50 Paillassons en acier, le pied carré .65c Paillassons en cuir, depuis .$1.75 Paillassons en coco, depuis .$1.25 Aussi brosses, cuvettes en pulpe, ou galvanisées, seaux, ete.LL J.A.SURVEYXE QUINCAILIIEE LIMIT 52 BOULEVARD ST-LAURENT, TEL.MAIN 1914 \u2014 151 \u2014 did ie. Vol.10, No 5 LA REVUE POPULAIRE.Montréal, Mai 191\u20ac COMMENT OBTENIR FACILEMENT DE TRES CURIEUSES PHOTOGRAPHIES \u2014_\u2014\u2014 Aujourd\u2019hui encore, vous trouverez bien des gens qui vous diront: \u201cJe ne connais pas telle personne mais je la reconnaîtrais bien si je la rencontrais car j'ai vu sa photographie.\u201d Ceci était peut-être une vérité hier mais c\u2019est une erreur complète aujour- d\u2019hui.Rien n\u2019est plus menteur qu\u2019une photo et nous allons vous en donner quelques preuves, sans parler du cinématographe qui est encore un bien plus grand menteur que l\u2019ordinaire camera.Les trucs ou plutôt les truquages de photos que chacun est à même de faire avec un vulgaire appareil sont extraordinaires et point n\u2019est besoin, pour cela, d\u2019avoir un objet coûteux et des accessoires difficiles à se procurer: avec un simple appareil de deux piastres et quelques menus objets il est possible de combiner des tableaux qui stupéfieront vos amis s\u2019ils ne connaissent pas vos procédés.Que dites-vous, par exemple d\u2019une photo qui vous représenterait jouant aux cartes AVEC VOUS-MÊME ?Et il ne s\u2019agit pas là d\u2019une épreuve obtenue au moyen d\u2019une combinaison de miroirs, difficile parfois à installer et qui a le défaut de reproduire les mêmes gestes du personnage sur chaque double obtenu.La curieuse photo que nous allons vous apprendre à faire pourra vous représenter par exemple comme ceci: d\u2019un côté d\u2019une table on vous verra montrer, avec un large sourire un jeu gagnant à un partenaire placé en face de vous et dont la mine dé- \u2014 152 + sappointée traduira bien l\u2019ennui de perdre la partie.Et ce partenaire, ce sera encore vous- même ! Les scènes doubles qu\u2019il vous sera possible d\u2019obtenir pourront être variées selon votre fantaisie; vous pouvez représenter quelqu\u2019\u2018un se versant à boire à lui-même, se faisant la grimace ou même s\u2019envoyant un coup de pied bier appliqué à l\u2019endroit que la bienséance défend de nommer.Pour obtenir ces curieuses photos, fa- briquez-vous l\u2019accessoire ci-après, qui est d\u2019une construction très simple.Procurez-vous une petite boîte ronde, en carton, comme celles qui servent à contenir des pilules; choisissez la légèrement plus large que le diamètre de votre objectif.\u2018 Tracez une ligne sur le fond de la boîte de manière à le partager en deux moitiés égales.Ensuite, à côté de cette première ligne, tracez-en une autre distante de la première d\u2019un sixième du diamètre de la boîte.Cette deuxième ligne divise le fond de la boîte en deux parts dont une est un tiers et l\u2019autre les deux tiers de la surface totale; avec un canif bien aiguisé, enlevez cette petite surface équivalant au tiers, en ayant soin de laisser un petit rebord sur le côté courbe.Ceci peut paraître, à première lecture, un peu compliqué mais il n\u2019en est rien.Etudiez bien notre gravure et elle vous indiquera comment faire.À gauche, c\u2019est le fond de la boîte; au milieu, c\u2019est le [PV Vol.10, Wo 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 æ > ; [ OF OO Oo O EI OE OO CIO GRATIS I Il} EMBELLISSEZ VOTRE POITRINE EN 25 JOURS © , TOUTES LES FEMMES DOIVENT ETRE BELLES, ET TOUTES PEUVENT L\u2019ETRE GRACE AU REFORMATEUR MYRRIAM DUBREUIL, SUCCES ASSURE EN 25 JOURS Avoir une belle poitrine, être grasse, nétablir vos derfs, cela en 25 jours avec le Réformateur Myr.riam Dubreuil, approuvé par les meilleurs médecins du monde, les hôpitaux, etc.Les chairs se raffermissent et se tonifient la poitrine prend une forme parfaite sous l\u2019action bienfaisante du Réformateur.Il mérite la plus entière confiance, car il est Ile ré- o sultat de longues études consciencieuses; approuvé par les sommités médicales, LE REFORMATEUR MYRRIAM DUBREUIL est un produit maturel, possédant la propriété de raffermir et de développer la poitrine, en même fj temps que, sous son action, se comblent les creux des épaules, Seul produit véritablement sérieux, ga- 1 | Oo i I Oo i | ranti absolument inoffensif, bienfaisant pour la santé générale.Le Ré- | 9 i | 0 I | e | © | i © formateur est très bon pour les personnes maigres et nerveuses.Cen- venant aussi bien à la jeune fille qu\u2019à la femme dont la Poitrine a oO perdu sa forme harmonieuse par suite (de maladies, ou qui n\u2019était pas fl développée.9 - | LE REFORMATEUR MYRRIAM DUBREUIL i | I | © jouit dams le monde médical d'une renommée universelle et déjà ancienne comme reconstituant eft aliment de la beauté, tout en restaurant ou en augmentant la vitalité sans oublier qu\u2019il contribme, en même temps, à chasser la nervosité.EN GRAISSERA LES PERSONNES MAIGRES EN 25 JOURS Echantillons Gratis.Envoyez 2c en timbres et nous vous enverrons GRATIS notre brochure illustrée de 32 pages.Notre Réformateur est également efficace aux hommes maigres, déprimés et souffrant d\u2019épuisement nerveux, quel que soit leur âge.Toute correspondance strictement confidentielle, ] Les jours de Bureau sont: Jeudi et Samedi de chaque semaine ' de 2 3 5 p.m, Mme Myrriam Dubreuil, .451 rue Rivard Tous les Mercredis soirs de 7 à 9 p.m.Dépt.8, Boîte postale 2353 i 4 tt sb aid cf 3b J = te \u2014 153 \u2014 \u2019 W Vol.10, No 5 9 tracé à faire, et à droite, c\u2019est le fond découpé comme il convient.Vous êtes alors possesseur d\u2019un Duplicateur grâce auquel vous obtiendrez les curieuses photos dont je vous ai parlé.Voici comment procéder : Placez le duplicateur sur votre objectif, comme un bouchon.Ayez soin de placer bien verticalement le côté droit de » LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 la coupure que vous avez faite.De cette façon, il n\u2019y aura que la moitié de votre plaque ou de votre film qui sera exposée a la lumière et impressionnée ; déplacez ensuite votre sujet, faites-lui prendre une autre attitude, tournez votre duplicateur pour changer également la coupure de côté et allez-y carrément d\u2019une seconde photo.7 Le résultat c\u2019est que les deux seront sur la même plaque avec la même intensité de Jumière et se développeront parfaitement bien sans que rien ne puisse indiquer la supercherie.Essayez, c\u2019est facile et amusant.Voici maintenant quelque chose de très intéressant encore mais que l\u2019on n\u2019obtiendra qu\u2019avec un appareil à plaques ou à film-pack muni d\u2019une glace en verre dépoli pour l\u2019exacte mise au point.Avec un tel appareil, vous pourrez très facilement reproduire une statue, ou mieux encore une demoiselle à l\u2019intérieur d\u2019une bouteille quelconque.Pour cela placez la statuette ou la jeune fille \u2014vêtue de blanc, ceci est impor- tant\u2014devant un fonds noir, mettez au point et photographiez.Fermez votre chassis à plaque, retirez-le, faites ôter la jeune fille et remplacez la par une bouteille qui sera suffisamment rapprochée de l\u2019appareil pour couvrir la précédente image.Mettez bien au point au moyen du verre dépoli, replacez le chassis dans lequel il y a la plaque déjà impressionnée et prenez une deuxième photo.Au développement vous constatez que vous avez atteint le but cherché.Ce système de deux poses sur la même plaque, à des distances différentes et devant un fond noir permet d\u2019obtenir les effets les plus inattendus.Vous pouvez photographier ainsi votre ami tenant sa \u2014 154 =~ \\, Ne = Vol.10, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 pr A \\ © Maison Fondée en 1840 .\u2014 FA \u2014 3 E.AUGER |X X X MANUFACTURIER | | FarinepréparéedeBrodie | ET MARCHAND ; La Farine préparée XXX de Brodie | | \u2014 de \u2014 jouit de la plus grande popularité parmi les E HARNAIS, VALISES 2595570054 ese Sond 2; La Farine préparée XXX de Brodie et toutes sortes de réparation fait des pâtisseries, gâteaux et Biscuits meïl- EN CUIR.dues et plus légers qu\u2019avec tout autre pro- La préparation soignée de cette farine lui | ous ns constamm agasin conserve en totalité le gluten et les phos- N avo des ent en m phates qui en sont des aliments principaux; 4 .La Farine préparée XX X de Brodie Suit Cases et Sacs de Voyages estnon seulement saine, éommemiqus, nourris .«sae sante et de conservation facile mais, de plus, à des prix très réduits.elle donne- droit à de superbes primes, ar- \u2014_ genterie, vaisselle, verrerie, etc, obtenues ° avec les sacs vides.Demandez partout 148 rue Ste-Catherine Est La Farine préparée XXX de Brodie (Près Ave de l\u2019Hôtel-de-Ville) Tel Est 5562 Montréal.Brodie & Harvie, Ltée, 14-16 Bleurr, Montréal me vu na\u201d ~\"\\ ~~ LA REVUE POPULAIRE MAGAZINE MENSUEL ILLUSTRE DE 164 PAGES POUR $1.00 PAR AN, OU 50 CENTS POUR 6 MOIS Poirier, Bessette & Cie, Editeurs-Props.,, 200, Bld St-Laurent, Montréal.Chaque numéro contient d\u2019intéressants articles trés documentés sur les moeurs des peuples peu connus, les animaux étranges, les monuments remarquables ou les faits curieux du monde entier.Vous y trouverez également des nouvel k 1 ~\u2014\u2014 ~ les sentimentales et humoristiques choi- ji COUPON D\u2019ABONNEMENT { sles avec soi.E IB tb _ [| A chaque fois, également, un beau ro- Cinclus veuillez trouver la somme de $1.00 man complet et qu\u2019il serait souvent diffi- { peur 1 an, ou 50c pour 6 mois (excepté Mont- ile d 1 réal et banlieue) d\u2019abonnement 3 la Revue Po- Cll\u20ac de se procurer ailleurs.puleire.Le tout, dû à une collaboration choisie, 4 4 j Nora , .r.uen rercec eue g 00e eee ) est illustré de nombreuses et superbes 2?M, Mme ou Mile.(Bien spécifier votre qualité) gravures.4 L\u2019abonnement pour un an est le plus i avantageux pour vous; il vous fait ga- i Lecalité .en a ee 0000000000, - gner deux numéros puisque pour 1 dollar | Adressez comme suit: MM.Poirier, Bessette VOUS recevez douze numéros à dix cents.E | et Cie, 200 Boul.St-Laurent, Montréal.N'hésitez pas à découper et à envoyer le coupon ci-dessous.qe Ann \u2014 155 \u2014 Ge.Vol.10, No 5 blonde, de grandeur réduite, dans le creux de sa main, ou encore la méme personne tenant sa propre téte sur un plat, ou toute autre combinaison qui vous passera dans l\u2019idée.| LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 Vous pourrez ainsi vous constituer un album original qui surprendra fort ceux qui ne sont pas au courant des mille supercheries possibles avec la photographie.\u2014 0 \u2014\u2014 8 L\u2019ADMIRABLE AVIATEUR | 72 ver 3 re \u2014_\u2014_\u2014 » ON pourrait citer a la douzaine les exploits de nos \u201coiseaux de guerre\u201d.En voici un, choisi au hasard, parmi tant d\u2019actes d\u2019héroïsme.\u201cLe lieutenant francais P.exécutdit ung2 reconnaissance avec son observateur, afin de découvrir l\u2019emplacement d\u2019une batterie boche qui nous \u201ctaquinait\u201d.\u201cComme leur monoplan évoluait au- dessus des lignes allemandes, il {fut soumis à une canonnade infructueuse et les Allemands se décidèrent à lancer contre les Français un aviatik.Il le tua d\u2019une balle dans la tête.\u201cMais les aviateurs boches, décidément, , n'ont \u201crien a faire\u201d contr: les Francais.En quelques coups d\u2019ailes, notre monoplan survola l\u2019aviatik, qui prit la fuite.À ce moment, une panne de moteur obligea ies nôtres à atterrir.| Les Allemands crurent qu\u2019ils étaient hors de combat: ils descendirent à une centaine de verges des Français.; \u201cLe lieutenant P.simula aussitôt la mort.Il laissa le Boche approcher, puis, se levant d\u2019un bond il le tua d\u2019une balle dans la tête et, d\u2019un autre coup de feu, tua aussi l\u2019observateur allemand.\u201cVingt minutes apres, les*deux Fran- cals regagnaient nos lignes: le lieutenant pilotant l\u2019aviatik aflemand capturé, l\u2019adjudant pilotant la machin française.\u201d o \u2014\u2014 \u2014 LES PLANTES PULICIFUGES CoNNaIssEz-vous les plantes pulicifuges?Saviez-vous qu\u2019on désigns ainsi des herbes qui ont la propriété de chasser les puces?C La grande marguerite, appelée aussi grande pâquerette, grand oeil de boeuf, est le \u201cchrysanthemum leucanthenium \u201d de Linné.On la trouve le long des chemins, au bord des bois, dans les prairies, ol on la fauche pour la faire entrer comme tonique dans l\u2019alimentation du bétail.On l\u2019appelle aussi herba de la Saint-Jean, \u2014 156 \u2014 TE EE af ir martin dc .a ELEC REA CI I LiLo Lib thd id HEIL Vol.10, No 5 Montréal, Mai 1917 \u201c ~~ Bd: NS qr EN PAQUETS VEND! {on POTS LE PAQUET BE |2¢ 22) CHE aaa ae a £5 = \u201c4 ; Ll A f D > | H ! c\u2019est délici À nna, Hum.| c'est délicieux bi rai cas glia ) R 4 Voilà l\u2019opinion de tous ceux qui ont goûté notre 4 kL BEURRE de PISTACHE putter ) Marque \u201cMEADOW-SWEET\u201d ; ) ) ce mets relativement nouveau sur le marché canadien, a déjà conquis la à y ) ) \u201d =f IR AE SE ESS rr SITE 202000 IT Libé vi Hv fi Hi faveur des gourmets.Commandez-en un v&rre aujourd'hui.En vente chez tous les épiciers en verres de 4, 6, 8 onces et à la livre.} MEADOW SWEET CHEESE CO, MONTREAL.Pm, > po ~ J Vol.10, No 5 parce qu\u2019elle est en pleine floraison vers le 24 juin.Elle servait autrefois à la confection de divers remèdes contre l\u2019inflammation des yeux; aujourd\u2019hui son efficacité est beaucoup plus réelle contre les puces, dont on ne peut, sans elle, se garer qu\u2019avec les plus grandes difficultés dans les contrées où elles pullulent.M.le professeur Cantraine, qui professait avant la guerre à l\u2019Université de Gand, en recommande l\u2019emploi : \u201cPendant mon séjour dans les contrées orientales de l\u2019Europe, écrit-il dans les Annales de l\u2019Université de Gand, je fus étonné de la petite quantité de puces qu\u2019on y trouve, malgré l\u2019excessive malpropreté des habitants.J\u2019ai appris plus tard, à Raguse, que les Bosniaques et les Dalmates ont reconnu, dans la grande marguerite, un spécifique contre les suceuses incommodes.Ils le font entrer dans la litière des animaux domestiques tels que le chien, le chat, etc.Les puces sont détruites en très peu de temps.\u201d On peut toujours essayer.\u2014\u2014\u2014 09 \u2014\u2014 EPOUVANTAILS COREENS BIEN que les Japonais s\u2019efforcent de les civiliser, les Coréens restent obstinément fidèles à leurs vieilles superstitions.Témoin, notre photographie, rapportée récemment par un ingénieur français qui a traversé l\u2019intérieur du \u201cRoyaume-Er- mite\u201d.Elle montre deux des épouvantails que \u2018les paysans coréens aiment à planter aux carrefours des routes, dans le voisinage de leurs fermes.Quand on les interroge sur cette étrange pratique, les uns se contentent de ré- LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 pondre que les \u201canciens\u201d la leur ont léguée, et que, de tout temps, leurs ancêtres plantaient près de leurs champs de ces hideuses images.Mais d\u2019autres, moins ré servés, affirment que ces épouvantails jouissent de la propriété d\u2019écarter les mauvais esprits.Les diables, se rencontrant face à face EPOUVANTAILS COREENS : #1 Bet RS STATUT PAST ey Les indigènes affirment que les mauvais esprits: susceptibles de se trouver face à face avec ces.hideuæ personnages rebroussent aussitôt leur chemin.avec des \u201cêtres\u201d plus laids qu\u2019eux-mêmes, rebroussent chemin et vont chercher fortune ailleurs! La manie des collectionneurs améri- mains s\u2019est tournée depuis quelques années vers la Corée, et il est de ces grotesques statues qui, achetées fort cher, ont pris.place dans les galeries de plusieurs millionnaires de New-York et de Chicago ! -\u2014\u2014\u2014 0 \u2014 \u2014 158 \u2014 Vol.10, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 - Nous Avons Toujours Les Derniers Modeles - Profitez-en pour vos achats du Printemps ; Emmagasinage gratuit.Le seul magasin en ville où acheter a des PRIX AUSSI BAS QUE CEUX QUE NOUS EN DERANDONS : Un ameublement complet ou partiel Spécial : Tapis, Prélart, Rideau, Portières.Boudoir, Chambre à Coucher, Sallea Manger Bibliothèque, Salon.Une visite vous intéressera et sera de nature à vous convaincre que notre devise n\u2019est pas un vain mot, que réellement nous vendons à des t# De plus nous vous offrons une ligne complète de Phonolas, cette machine parlante si connue.main plus de PRIX PLUS BAS QUE PAR- 5 00 pone en IM ce TOUT AILLEURS qu\u2019il y a de plus nouveau.THE J.S.PRINCE COMPANY Wirram LALONDE, PRÉSIDENT.85 BLVD.ST-LAURENT, TEL.EST 209 \u2014 159 \u2014 pan: [RNIN Val.10, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1917 Cu 5 N ~ \\ SOTO TOT TC OTN Teese 9.9, « a ° 4 y he ~ post { &.« PAVAY 4 ra TANYA AY A Notre Aimable Clientèle 9.9, Les Bureaux et ateliers du *SAMEDI\u201d et de la WA N \"
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