La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 mai 1918, Mai
[" -\u2014 - \u2014\u2014\u2014me En A NS aq se ne > 0 qin, q A as tes A\" \\ a = DARN ghd?FETMMENNRY on 5 b 2 ore ALLE SN a Ni NN ey N\\ AA N \\ AN La mode sous Louis XIII gipane, du seigneur Frangipani, & la cadenette, etc.Elles mettaient leur plus grande gloire dans leur rabat, ce charmant col rabattu - qui laissait le cou libre et couvrait 1ége- oan Vol, 11, No 5 rement les épaules, rabat dentelé, rabat rayonné, cannelé, houppelé, rabat à la reine, à la Guise, à la guimbarde, à la neige, à la fanfreluche, etc, et tous ces rabats en fil de Flandre, en point de Venise ou de Gênes.Mais vint l\u2019édit de 1629 prohibant la dentelle étrangère à causes des sommes fabuleuses qui sortaient du royaume.En vain des cris et des trépignements: il n\u2019y avait pas a plaisanter avec Richelieu.Toute la dentelle disparut, à la cour exceptée.On conte qu\u2019un certain Pardail- lan se paraît de ses points sous les rideaux de son carrosse, quand il allait faire quelque visite, et s\u2019en débarrassait ensuite de la même façon.La dentelle avait remplacé la passementerie milanaise, mise hors de France par l'édit de 1629.Après la dentelle, on en revint au clinquant, abandonné depuis Henri IV.La mode en usa et abusa à tel point que Richelieu s\u2019effraya de l\u2019énorme quantité de matières précieuses employée à la toilette: l\u2019édit de novembre 1633 défend tous les sujets de Sa Majesté de porter sur leur chemise, coulets, manchettes, coëffe, et sur autre linge, aucune découpure et broderie de fil d\u2019or et d\u2019argent, passemens manufacturés tant dedans que dehors le royaume.L\u2019année suivante, nouvel édit: \u201cPros- eription pour les habits d\u2019homme et de femme de toute espèce de drap d\u2019or et d\u2019argent, fin ou faux, et aussi de toutes les broderies où ces matières métalliques étaient employées.\u201d On réclama de toutes parts.La caricature s\u2019en mêla.Une estampe que chacun voulut voir et avoir, représentait un marchand s\u2019arrachant les cheveux: \u201cMettons bas la boutique, et de tous nos beaux pas- semens faisons corde pour nous pendre!\u201d \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 Une autre gravure -enterrait solennellement la Mode avec les ris d\u2019Héraclite et les larmes de Démocrite ; il y avait cortege, sarcophage, épitaphe : \u201cCy gist la Mode qui causoit tant de folies en France.\u201d Les rubans remplacèrent les passements d\u2019or et d\u2019argent, et les rubans firent fureur.Plus de roses, mais des noeuds.Déjà en 1635 une parure de rubans s\u2019appelait \u201cpetite oie\u201d, parce que ces noeuds, au bas des manches, sur les épaules et sur la chaussure représentaient, de convention, l\u2019abatis d\u2019une oie qu\u2019on va mettre à la broche.a La petite oie eut longue durée; en 1660, Mascarille, dans les Précieuses ridicules, fait admirer sa petite oie à Cathos et à Madelon: \u201cLa trouvez-vous congruente à l\u2019habit ?\u201d | Les édits de Richelieu n\u2019avaient, du reste touché que l\u2019or et l\u2019argent employés pour passements, et les ouvrages de fil fabriqués hors du royaume, dentelle de Flandre, de Venise et de Gênes.Ils permettaient les broderies et les galons de soie, le point coupé de France, et l\u2019on en faisait déjà \u201cde très louable\u201d à Villiers-le-Bel et à Aurillac.\u2026 La cour n\u2019était jamais atteinte par les lois somptuaires.Elle ne changea rien d\u2019abord à ses habillements, ses livrées, ses carrosses; elle se contenta d\u2019envoyer a Ia fonte les vieilles broderies d\u2019or et.d\u2019argent.Mais la simplicité forcée de la noblesse et de la haute bourgeoisie eut néanmoins sur elle quelque influence.La mode se transforma peu à peu; elle sacrifia ses \u201c excentricités et devint un \u2018instant aussi élégante que de bôn goût.Pour les dames, la veste ou hongreline raccourcie, ajustée, soutenue sans raideur par une fine armature et complétée par le grand col rabattu; les manches larges et 27 \u2014 RR HN RR EN TN A Td A EE SA ES a gp \u2014 Vol.11, No 5 gracieuse, serrées seulement aux poignets la jupe tombant droit de la taille aux pieds; la robe, \u201crobe à la commodité\u201d ouverte sur le devant, à gros plis derrière et sur les hanches, à traîne par le bas.Le costume masculin ne resta point en arrière: étoffes unies et couleurs neutres ou sombres; veste ou pourpoint ajusté sur le haut du buste, et à demi boutonné pour laisser voir vers le bas un bouillon de la chemise; point de ceinture, un riche baudrier soutenant l\u2019épée, haut-de-chausse réduit d\u2019ampleur mais notablement allongé, presque le pantalon, chose et nom de la chose empruntés à la République de Venise.Cette belle époque dans l\u2019histoire du Costume français répond à la fin du règne de Richelieu.\u2014\u2014_\u2014 0 PRECAUTIONS À PRENDRE DANS LE MANIEMENT DES EXPLOSIFS Pour l'éducation des mineurs et des cultivateurs qui emploient des explosifs, nous croyons devoir leur faire connaître quelques-uns des principaux règlements en usage dans les mines les mieux exploitées de l\u2019Amérique.\u2014 IN\u2019EMMAGASINEZ PAS de capsules-amorses dans le même local que la dynamite.N\u2019ouvrez pas de paquets d\u2019explosifs dans le magasin ou dépôt.N\u2019ouvrez pas de paquets d\u2019explosifs avec un arrache-clous, un pic ou un ciseau.Servez-vous d\u2019un coin en bois dur et d\u2019un maillet.N'emmagasinez pas d\u2019explosifs dans un endroit chaud ou humide.Ne faites pas usage d\u2019explosifs qui sont gelés ou en partie gelés.Ne faites pas dégeler d\u2019explosifs devant un feu ouvert, ni sur un poêle, ni sur une iampe, ni près d\u2019une chaudière, ni près \u2014 28 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 d\u2019un tuyau à vapeur, ni en mettant des cartouches dans de l\u2019eau chaude.Ne dégelez pas la dynamite en plaçant les cartouches sur votre personne.Ne transportez pas de capsules-amorces et d\u2019explosifs dans le même paquet, ou la même main.Ne manipulez pas d\u2019explosifs ou de cap- sules- près d\u2019une flamme vive.N\u2019exposez pas d\u2019explosifs ou de détonateurs directement aux rayons du soleil.N\u2019ouvrez pas un paquet d\u2019explosifs avant d\u2019être prêts'à vous en servir, alors servez-vous en promptement.Ne manipulez pas d\u2019explosifs avec négligence.Ne pincez pas une capsule (blasting cap) avec les dents autour d\u2019une mèche, servez-vous d\u2019une pince-capsule.Ne faites pas d\u2019économie en employant un bout de mèche trop courte.Ne percez pas de trou dans les cartouches avec un outil en acier ou en fer, ayez une aiguille en bois.N\u2019employez pas de bourroir en métal.Ne retournez.pas à la mine à moins d\u2019une heure après un raté.Ne pas brûler les boîtes ayant contenu de la dynamite dans les fournaises ou les poêles.Ne fumez jamais lorsque vous êtes dans- une bâtisse contenant des explosifs, ou pendant le maniement de ceux-ci.Ne jamais faire le tir des mines dans les puits, les descenderies (winzes), et en général dans les endroits difficiles d\u2019évacuation, au moyen de cordeaux.Provoquez l\u2019explosion, par le courant électrique.Ne jamais nettoyer un trou raté; enlevez seulement un peu de bourrage et fgi- tes-le sauter au moyen d\u2019une petite charge d\u2019explosifs.C\u2019est le meilleur moyen d\u2019éviter un accident.Après le tirage, les hommes qui ont pré- \u2014 Val, 11, No 5 paré les trous de mines doivent faire un examen de chaque trou; marquer par un signe conventionnel les manqués, et faire rapport au contremaitre d\u2019équipe, qui doit en tenir un régistre.\u2014 0 \u2014\u2014\u2014 CE QUE L\u2019EXCENTRICITE PEUT FAIRE Payer $913.68 pour l\u2019affranchissement d\u2019une lettre contenant des articles de grande valeur de la Russie à l\u2019Autriche, semble être chose incroyable et\u2018cependant ce - M\u2019est qu\u2019une vérité.L\u2019enveloppe employée était faite de toile et mesurait 26 pouces de long par 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 LA BARBE DANS L\u2019ANCIEN TEMPS de large.Un de ses côtés étaient entièrement couvert de timbres, de la plus grande valeur émis.Pourquoi a-t-on préféré envoyer cette lettre par malle lorsqu\u2019il en aurait coûté 20 fois moins de la confier à un postillon spéciale.C\u2019est ce que l\u2019on ne peut comprendre.L\u2019envoi était adressé à MM.Stanley Gibsons, Ltd., les collectionneurs de timbres et est exhibé dans les vitrines du \u201cStrand\u201d.¢ Cette enveloppe est considérée comme une curiosité à cause du nombre de timbres et de leur valeur qui constuent un record au monde dans le coût de la transmission d\u2019une lettre.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 A Naples, on garde des chats dans les églises pour qu\u2019ils détruisent les souris, qui, là-bas, infestent tous les vieux édifices.On peut souvent voir ces animaux se promener au milieu des fidèles ou assis gravernent devant l\u2019autel, pendant la messe.29 S1 les hommes de l\u2019ancien temps pouvaient revenir à la vie sur notre planète ils regarderaient avec mépris ceux d\u2019aujour- d\u2019hui \u2014 Anglais, Américains et Cans- diens surtout \u2014 dont le visage est complètement rasé.La plupart des anciens considéraient ia barbe comme un signe de virilité et respectabilité.Un Hébreux aurait préféré perdre son nez que sa barbe.Plus longue était celle-ci, plus il était content.La loi lui défendait de la couper et de la tailler, mais il pouvait la peigner et la parfumer avec des huiles aromatiques.Il brûlait sans retard tout poil qui se détachait, attendw que, selon la croyance générale, un seul poil tombé entre les mains d\u2019un ennemi devenait pour celui-ci une arme terrible contre son ex-propriétaire.Pour un Hébreux il n\u2019y avait pas de plus grande dégradation, de plus grande humiliation que d\u2019avoir la barbe rasée de force.La guerre éclata une fois entre les Hébreux et les Ammonites parce que le roi d\u2019Ammon avait fait raser la moitié de la barbe de certains ambassadeurs hébreux qu\u2019il soupçonnait d\u2019être des espions.Ces pauvres ambassadeurs furent si honteux de l\u2019opération qu\u2019ils avaient subie qu\u2019avant de retourner dans leur pays ils se cachèrent à Jéricho jusqu\u2019à ce que leur barbe ait repoussé.En Orient, aujourd\u2019hui encore, l\u2019homme jure \u201cpar sa barbe\u201d, \u2014\u2014\u2014 p \u2014\u2014.Dans les lois des Douze Tables, écrites en l\u2019an 450 avant Jésus-Christ, il était expressément défendu d\u2019enterrer ou de brû- ler l\u2019or avec les cadavres, excepté quand il avait été employé pour aurifier les dents.2 Vi.11, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 L\u2019HYDROCYCLE Drrvrs l'invention de la bicyclette, on a cherché souvent à adapter cet appareil sur un engin capable de sup; orter sur l\u2019eau une ou plusieurs personnes.Le problème a seulement été résolu d\u2019une façon satisfaisante ces derniers temps.On a créé un hydrocycle très léger, d\u2019une direction facile et d\u2019une grande stabilité sur l\u2019eau.Il est constitué par deux flotteurs creux, réunis par des tiges, de façon que l\u2019ensemble forme un tout rigide.Sur ce bâti est solidement fixé un cadre de bicyclette, supportant: la selle sur laquelle s\u2019assied le conducteur, le guidon qui sert à manoeuvrer le gourvernail placé à l\u2019avant, le pédalier et ses pédales.La propulsion est donnée au moyen d\u2019une hélice, placé à l\u2019arrière, et qui reçoit le mouvement des pédales par une chaine et un pignon d\u2019angle.Pour que l\u2019hélice ne porte pas sur terre quand on sort l\u2019appareil de l\u2019eau, il existe un système de débrayage qui permet de la remonter le long d\u2019une tige inclinée.Enfin, pour permettre le transport à terre, le poids total de l'appareil étant d\u2019environ 60 livres, l\u2019hydrocycle est muni de deux petites roulettes placées à L'hydrocycle a la forme d\u2019un cigare.- l\u2019avant, sous chacun des flotteurs, et il suffit de lever l\u2018arrière de l\u2019appareil au moyen de deux poignées et de le pousser ensuite dans la dirction désirée.| Les deux flotteurs, dont vous remarquez la forme cigare, sont construits em fer-blanc.Ils sont munis ,à chacune de leurs extrémités, d\u2019une valve qui permet de retirer l\u2019eau qui aurait pu s\u2018y introduire.La vitesse de la machine est d\u2019environ cinq milles et demi à l\u2019heure, contre le vent et un courant moyen.La stabilité de l\u2019appareil a permis à son inventeur de se hasarder sur les côtes, par témps calme, cela va sans dire.PETER ERA Ty x LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 Es at PSE PUR dE J SS transmural Lr SR PETITS TRAVAUX 2 AMATEURS COMMENT FABRIQUER UNE CHAISE ['ILLUSTRATION ci-dessous nous indique uns chaise d\u2019un style uni, très facile à fabriquer pour celui qui a quelques aptitudes pour la menuiseries.Pour réussir dans sa construction, pro- curez-vous des pièces de bois, du chêne rouge de préférence que vous ferez polir, an ayant soin de les faire couper 44 pouces de plus long que les dimensions ci-dessous désignées, au cas ou vous devrez procéder à l\u2019équarrissage de leurs extrimités.Commencez le travail en coupant les poteaux dè la longueur indiquée dans notre illustration détaillée.Les A uns aux côtés des autres, sur une table, en ayant soin de placer la surface marquée, de manière à ce qu\u2019elle soit visible.Egalisez les bouts au moyen d\u2019une équerre et faites ainsi pour les trois autres morceaux.4 barres .crrsasees 75x2 x17}6 pce.4 barres \u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.\u2026.\u2026\u2026.3x2 x 1744 pæ.2 poteaux de dev.114x114 x19 pes.2 poteaux d\u2019arrière 115 x 114 x 3745 pcs.bouts inférieurs doivent être légèrement taillés en biais pour les empêcher de fendre, après quelque temps d\u2019usage.7 W » 3°X93X 153 1 dossier .v\u2014\u2014\u2014\u2014es 34 x 934 x 1714 pes.2 taquets .vee.3x1 x16 pc.4 pièces \u2026.\u2026\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026.\u2026\u2026 3x2 x 164 pcs.+ = al a ddd IIT LE a Ceux de la partie supérieure sont coupés de manière à former un angle de 45°, l\u2019obliqui- 8 ass\u2019 dix ePx aisée |; té commençant à 4 pouce en- dessous du sommet du poteau.1 79 x2\" x 153\" i | + j 37x 27x 153° H >B 1 2x 27x 153\u201d Préparez et coupez vo: mortoi- ses., Dans ce but, prenez vos mesures sur un des poteaux et placez-les tous les quatre, les\u2019 \u2014 31 137 127X185\" PX TX 377 || Détail de la fabrication Voi.11, No 5 Les barres devont être épaulées sur les quatre côtés.Trois-huitièmes de pouce représente une épaisseur convenable pour les tenons.Leur largeur devra être de 144 pouce et leur longeur d\u2019un pouce.Placez vos barres sur votre table en ayant soin de placer vos joints en-dessous et vos bouts égaux.Mesurez la dimension désirée et coupez-les tous d\u2019une même longueur.Lorsque vos morceaux auront été ainsi préparés et que vos mortoises auront été nettoyées, assemblez votre chaise en utilisant de la colle-forte bien chaude.La chaise terminée.Placez d\u2019abord votre dossier et complétez ensuite la partie de devant avant de procéder au collage.| Avant d\u2019adapter votre coussin qui pourra étre en cuir a nuance rouge, que VOUS aurez rembourré de crin ou de feutre, selon votre goût, vous renforcerez les joints LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 au moyen de vis.Votre meuble n\u2019en sera que plus solide.Si vous désirez donner une plus belle apparence à votre chaise, vous pourrez la vernir en suivant la méthode en usage dans la décoration des meubles de luxe.\u2014 0 \u2014\u2014 TRES UTILE POUR LA FERME Procurez-vous les articles suivant: une chaudière en ferblanc, un entonnoir, une assiette à tarte et un filtre.L\u2019extrémité ouverte de l\u2019entonnoir doit être d\u2019une dimension telle qu\u2019elle puisse s\u2019adapter sur la chaudière.Coupez alors le fond de la chaudière et enlevez le tuyau de l\u2019entonnoir.Installez alors ce dernier à la surface de la chaudière et soudez-les ensemble bien solidement.Taillez une ouverture en forme de \u201cV\u201d dans votre assiette en métal; attachez en- semblé les deux extrémités ainsi obtenues, au moyen de soudure ou de rivets, obtenant de cette maniére un devis conique.C\u2019est alors le temps d\u2019utiliser le fond que vous avez enlevé de la chaudière en le taillant de sorte qu\u2019il puisse s\u2019adapter sur le filtre.Remplissez cette dernière au moyen de blé d\u2019Inde et soudez la pièce qui le contiendra.Une bande de caoutchouc ou un simple ressort auquel, une bobine coupée en deux est ajoutée seront aussi nécessaires au bon fonctionnement de l\u2019appareil.Du couvertle de la chaudière, attachez une corde à une bande élastique; en outre ajoutez une longue corde, partant de l\u2019extrémité' de la bande de caoutchouc, en passant à travers l\u2019entonnoir pour attein- Gad = Voi.11, No 5 dre la bobine, de là au devis déjà mentionné et finalement au filtre.La corde est attachée à la bobine par une cheville en bois.Au moment de l\u2019ins- tallation, la cheville est dégagée; ou le filtre peut être ajouté au moyen de la corde sur le couvercle de la chaudière.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014\u2014 LE TRAFIQUE DES VIEUX UNIFORMES MILITAIRES Au cours d\u2019un procès qui eut lieu en Cour de Police, à Londres, récemment, on a constaté que les uniformes militaires mis de côté étaient l\u2019objet d\u2019un trafique considérable.Ainsi on a cité le cas d\u2019un civil qui avait acheté pour moins de $3 l\u2019uniforme d\u2019un colonel d\u2019état-major avec deux médailles de la guerre contre les Ashantis.Les fripiers n\u2019ont pas le droit de vendre des uniformes militaires sans s\u2019assurer du caractère des acheteurs, mais ils oublient trop souvent la loi.Des individus ont pu s\u2019embusquer longtemps sous des uniformes d\u2019officiers et d\u2019autres, grâce à leur déguisement, ont facilement volé des hôteliers et des marchands.oO \u2014\u2014\u2014 \u2014 83 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 LA GARDE DE LA TOUR DE LONDRES ° Les bijoux de la couronne d\u2019Angleterre sont gardés dans la Tour de Londres.Pour mettre cette tour à l\u2019abri des attaques des cambrioleurs modernes, si fertiles en ressources, il a fallu dépenser plusieurs milliers de livres sterling.Quand une alarme est donnée toutes les barrières et portes de la Tour se ferment instantanément dès qu\u2019on a appuyé sur un bouton.Il y a plusieurs boutons à cette fin dans la chambre du gouverneur, à Scotland Yard et en des endroits connus seulement de quelques fonctionnaires responsables.Les barrières massives mêmes de la tour centrale par lesquels les visiteurs doivent passer, et qui pèsent plusieurs tonnes, peuvent être fermées par l\u2019électricité.Au même instant une cloche d\u2019alarme sonne pour avertir les gardiens, la police et les soldats de se préparer à toute éventualité.\"Comme on doit s\u2019én douter, dans la partie de la tour où les bijoux de la couronne sont exposés au public toutes les précautions sont prises pour frustrer les tentatives de vol.Si un visiteur tentait, par exemeple, de s\u2019approprier le fameux diamant connu sous le nom de \u201cCullinan\u201d l\u2019un des \u201cBeefeaters\u201d (gardiens) de faction dans la salle n\u2019aurait qu\u2019à presser un bouton.La lourde porte se fermerait, la cloche d\u2019alarme sonnerait en-dessous, les barrières extérieures se fermeraient également et toutes les personnes alors dans la Tour de Londres seraient prisonnières.\u2014_\u2014 0 \u2014 Un fil de soie est à peu près trois fois plus fort qu\u2019un fil de lin à diamètre égal.\u2014\u2014 A i J A 7 iH fH 2 cu Al: Bl + Vos.11, No $ AUTOS EMBALLEES, | TABLE TOURNANTE C\u2019est surtout dans les représentations dites comiques que les fabricants de films cinématographiques étonnent les spectateurs.On n\u2019arrive pas à comprendre comment certains tours de force ont été exécutés.Voici, par exemple, un homme qui tombe du haut du toit d\u2019une maison de six étages.Il roule sur le pavé, se relève et part en courant.Vos yeux ont suivi la chute du corps dans le vide.Vous vous êtes demandé si un acteur s\u2019était bien réellement laissé choir du haut du toit.Car la chose a été si bien exécutée que vous n\u2019avez pas vu qu\u2019on avait substitué un mannequin à l\u2019homme, et que c\u2019est ce mannequin qui a été lancé dans le vide.Lorsque le mannequin est arrivé à terre, on a arrêté l\u2019appareil photographique jusqu\u2019à ce que l\u2019acteur, qui s\u2019est couché à la place du mannequin, se relève.Or, l\u2019acteur prend la fuite, poursuivi par une Vingtaine de personnages.Leur vitesse, à tous, est prodigieuse.Il est impossible que des gens courent si vite.Il y a un truc, en effet, et nous allons vous l\u2019expliquer.Prenons comme exemple une situation qui ne manque jamais d\u2019avoir un grand succès.Des amis sont en train de dîner tranquillement.Et voici, tout à coup, que la table se met à se mouvoir et à tourner avec une vitesse de plus en plus vertigineuse, entraînant avec elle tous les dineurs assis sur leurs chaises.Notre croquis vous montre que la table à laquelle les acteurs sont attablés au mo ment de rotation.Les acteurs font des ges- sur une plate-forme.Un mécanisme im- \u2014 LA REVUE POPULAIRE \\ Montréal, Mei 1918 prime à la table et aux acteurs le mouvement de rotation.Les tcteurs font des gestes désespérés, comme s\u2019ils étaient affolés par la vitesse.En réalité, la table tourne lentement.Mais on obtient cette illusion de vitesse en faisant sauter du film, au moyen de ciseaux, deux instantanés sur trois ou plus 34 encore.L\u2019effet produit est très facile à comprendre.La suppression des poses in- La table tourne sur une plate-forme, tandis que l\u2019opérateur prend ses vues.termédiaires \u2018accroît considérablement ie mouvement des acteurs.C\u2019est ainsi qu\u2019est obtenue l\u2019illusion de vitesse dans la course de l\u2019acteur et, n° monte en automobile, et si son automobile fait des embardées en travers de la route avec la vitesse de l\u2019éclair, cet effet est encore produit de la même façon.{ _ 0 La rivière dont le courant est le plus rapide est la Sutley (Indes).La pente est de 12,000 pieds en 180 milles.\u2014 Voi.11, No 5 ROMAN COMPLET Le) | LA REVUE POPULAIRE Ra Montréal, Mai 1918 | La on ee\u201d DY > A ~ 7) \\ SN L'AMOUR DE JANE Par Georges de Boisforel.: UN DRAME DANS LA NUIT Sous le soleil radieux de printemps Al ger-la-Blanche offrait le spectacle magique de sa beauté sans pareille.Entre les jardins de Mustapha et ceux de Saint-Eugène, dans la ville basse, c'est- à-dire dans la ville européenne aux constructions élégantes, aux hôtels somptueux, il y avait, ce jour-là, une grande affluence de promeneurs.Parmi ces promeneurs l\u2019un surtout attirait l\u2019attention.Grand, blond, élancé, vingt-huit à trente ans au plus, la physionomie fine et franche, il était aisé de se rendre compte, à sa mise, à son air de suprême distinction, qu\u2019il appartenait à l\u2019élite de la société.En effet, il portait l\u2019un des plus grands noms de l armorial de France.Il se nommait le duc Armand de Varades.Il y avait deux mois à peine qu\u2019il était A Alger.Pourtant lorsque, venu de France, de Paris, d'où la lassitude des boulevards et des théâtres, le dégoût d\u2019une vie toujours semblable, sans imprévu et sans poésie, l\u2019avait éloigné momentanément, oui, lorsque venu de Paris il avait débarqué sur la terre d\u2019Afrique, il avait l\u2019intention de ne faire, à Alger qu\u2019un séjour d une semaine au plus, puis de s\u2019enfoncer vers le sud.vers les horizons nouveaux, vers les contrées où il n'y avait ni chemins de fer, n tramways électriques, vers les oasis mys- térieures qui étaient le but réel et unique de son voyage.Et ce voyage à peine commencé 1 Pavait interrompu soudain.Il s\u2019était attardé, fixé dans la ville où il ne croyait que passer simplement.Il avait fallu pour cela une raison importante.Mais quelle raison?Lui seul le savait.Il avançait lentement, laissant errer sur le spectacle des voitures et des gens des regards peu intéressés.Beaucoup de femmes, en passant près de Jui, glissaient de côté un coup d\u2019oeil de curiosité ou d\u2019admiration qu'il semblait ne pas surprendre.| Evidemment sa pensée était ailléurs.Tout à coup queiqu\u2019un qui était derrière Ini, ef qui le snvvait depuis quelques instants, lui toucha l\u2019épaule. Odeon ved.11, No 5 S'étant retourné le jeune homme poussa ne exclamation: \u2014Vous, Leska.\u2014Moi, duc.\u2014Tei?\u2014\u2014Dame! C\u2019était un homme d\u2019environ trente-huit uns, de taille bien prise.Son visage glabre, d\u2019une grande régularité de traits, n \u2018eût pas manqué de charme, sans le sourire indéfinissable, presque cruel, qui plissait, à certaines minutes.le coin de ses lèvres trop minces.Il était très répandu dans le monde de Paris et dans celui d\u2019Alger.Six mois de l'année 11 habitait alternativement chacune de ces deux villes.M s'appelait Jean Leska.On le disait ou plutôt 1l se disait issu ie l'une des plus nobles et des plus an- \"lennes familles de la Pologne russe.Son existence était.à la vérité, mystérieuse.Admis dans les cercles les pius fermés, teut ce qu'on savait de lui, c'est qu\u2019il avait un goût très vif pour la peinture.À certaines époques, il disparaissait subitement, restait de longs jours absent, parti pour de lointains voyages d'où il rapportait, racontait-il à son retour des études pré- cieuses-\u2014que j» rsonne n\u2019avait jamais vues d'ailleurs.Puis, ayant déposé la palette, ajoutait-il avec un sourire qui voulait paraître enjoué et qui n\u2019était que contraint, 1] reprenait le \u201ccarcan\u201d.c\u2019est-à-dire la tenue mondaine., D'ailleurs très riche, indubitablement, célibataire, dépensant l'argent sans compter, nul ne songeait à s'étonner de ses fugues ou de ses manies et de savoir le pourquoi exact de ses déplacements\u2014fort naturels en somme.\u2014 Yraiment, dit-il, mon cher duc, l\u2019agréable rencontre; je ne m\u2019y attendais assez \u2014 LA REVUE POPULAIRE 36 Montréal, Mai 1918 guère; il y a loin d'ici au boulevard de la Madeleine ou des Italiens.M.de Varades allait répondre, mais les mots qu\u2019il voulut prononcer \"demeurèrent dans sa gorge.I] était devenu d'une excessive pâleur.Ses yeux venaient de.se fixer sur une victoria qui avançait au trot de deux superbes alezans.Dans cette victoria étendue.D'une vingtaine d'années peut-être, elle était d\u2019une merveilieuse beauté.Blonde, d'un blond fauve très rare comme celui des Vénitiennes, les yeux noirs mais d\u2019une douceur infinie éclairant un visage d'une pureté presque divine, elle semblait être une de ces créatures de rêves enfantées par l\u2019imagination des poètes.Son corps, d'une admirable perfection de formes, était mollef*nent incliné en une pose charmante de langueur et de noblesse et un voile léger de tristesse mettait comme une ombre sur la blancheur de - son front s1 pur.: Quand la victoria passa devant eux les deux hommes saluèrent d'un salut profond et respectueux.Le regard de M.de Varades et celui de la jeune femme se croisèrent.Celle-ci avait tressailli.Le jeune homme, lui, était devenu encore plus pâle.Pourtant si rapide qu'eût été cette scène quelqu'un n'en avait perdu aucun des détails, \u2014 Ce quelqu\u2019un était Jean Leska.Il avait surpris le tressaillement de la jeune femme à la vue du duc, la pâleur de ce dernier, et il était demeuré droit, sans un geste, comme pétrifié, à les regarder.Malgré.tout l\u2019empire prodigieux qu'il possédait lui lui-même son visage s\u2019était couvert d'une lividité effrayante.Et une une femme était \u2014 fay ue Voi.11, No 5 lueur mauvaise, une lueur de menace qui eût fait frissonner la jeune femme si elle eût pu l\u2019apercevoir, avait traversé sa prunelle.| : ; Il murmura tout bas: \u2014Oh ! Oh! milady Brumel, est-ce que.par hasard, vous vous laisseriez aller à aimer monsieur le duc Armand de Vara- des.Moi aussi je vous aime\u2019.mol que vous avez repoussé.Prenez garde.Ses poings s'étaient crispés.Une grimace de haine implacable tordit sa bouche.Mais tout de suite il se ressaisit et réussit à donner de nouveau à sa physionomie une apparence de calme et d\u2019aménité derrière laquelle il eût été difficile de \u201cpressentir le drame qui se jouait à cette seconde dans son âme obscure.La victoria avait disparu, perdue dans un flot d'équipages.Il se tourna vers le jeune homme.\u20141I1 y a longtemps que vous connaissez milady Brumel, mon cher duc?.Sa voix était tranquille.Il avait posé cette question sur un ton de presque complète indifférence.Cependant un imperceptible tremblement nerveux l\u2019agitait et son regard épiait avidement le duc.Le visage de celui-ci ne révélait plus la moindre trace d\u2019émotion.| Il avait reconquis tout son calme.Il répondit : R \u2014 Moi, non.J'ai connu lord Brumel peu après mon arrivée 1ci.Je me suis fait recevoir au même cercle que lui.Il ma fait l\u2019honneur de me prier quelquefois aux jours de milady.Voilà.Et vous?N\u2019êtes- vous pas, conte-t-on, au nombre de ses intimes ?Tout en parlant il songeait à la fatalité de son aventure, à cette jeune femme si invraisemblablement belle, au profil mélancolique, qui venait de passer au galop de son équipage et qu\u2019il y a deux mois à -\u2014 LA REVUE POPULAIRE 37 Montréal, Mai 1918 peine il ne connaissait pas, a cette jemne femme dont il ignorait -encore tous les détails de l\u2019existence et que, malgré tout, il n\u2019avait pu se défendre d'aimer follement, tout en dedans de lui-même \u2014 hui qui n\u2019avait jamais aimé encore \u2014 d\u2019un amour absolu, indéracinable, d'un ameur qui était devenu toute sa vie.\u2018C\u2019avait été au tour de Jean Leska de tressaillir.Il déclara: : \u2014Mes relations avec lord Brumel datent de plus de cinq ans.Il arrivait d\u2019Angleterre.Des intérêts financiers considérables l'ont fixé ici.C'est, comme vous avez pu le voir, un homme redoutable, sec et froid comme un chiffre.Peu de jours après son débarquement j'ai dû lui servir de témoin dans une affaire qu\u2019il avait, eue.je ne sais plus à quel sujet.avec un capitaine de spahis qu\u2019il tua roide d'une balle dans la tête à vingt-cinq pas.Jean Leska scanda, en plongeant sur le jeune homme un singulier regard, un regard dont celui-ci ne peut pas saisir la signification : \u2014Lord Brumel est un tireur vraiment extraordinaire.C'est le plus adroit qu\u2019il m'ait peut-être jamais été offert de rencontrer.L\u2019honime qui est en-face de son pistolet est un homme mort.Le duc eut un geste d\u2019indifférence.Que lui importait! L'image seule de la jeune femme occupait son esprit.Il demanda.\u2014Lord Brumel était marié?\u2014Non.Jean Leska avait dit cela séchement.Mais tout de suite il se reprit et il ajouta du ton le plus naturel: \u2014Son mariage avec milady Jane, alors miss Jane.ne remonte qu'à deux années.C\u2019est dans les environs d\u2019Edimbourg, chez l\u2019une de ses propres pareNes, que lord Brumel a rencontré la jeune Temme.Qui est-elle?D'où vient-elle?Je ne le sais pas.sx PT TN RE en trail RE A Jp p { i TTT Voi.11, No 5 Je ne pense pas qu'elle-méme le sache.Peut-étre méme n'est-elle pas Anglaise.Son mariage avec lord Brumel est tout implement un mariage de hasard.Cette vieille parente chez laquelle miss Jane vivait, après l\u2019avoir recueillie, je crois, l'avait élevée comme si elle eût été sa véritable enfant.Se sentant mourir elle se sou- 7int soudainement qu\u2019elle avait, à Alger, In petit-neveu qui était immensément riche et qui possédait l\u2019un des plus beaux noms de l\u2019Angleterre.\u2026 et près d'elle la plus exquise.la plus chaste.la plus douce des jeunes filles que sa mort allait laisser sans soutien au monde.Elle fit câbler à Alger.Lord Brumel accourut par le premier paquebot et juste à temps pour -recevoir le dernier soupir de la pauvre \u2018emme kaquelle, avant d\u2019expirer, mit dans \u2018a main de son petit-neveu la main de miss Jane aussi interdite de ce mouvement que pouvait l\u2019être lord Brumel lui-même.Six mois plus tard miss Jane s'appelait milady Brumel et donnait à Alger, dans son palais princier de Mustapha, sa première grande réception.Jean Leska se tut.Ce qu'il oubliait de dire.ce qu'il savait pour l\u2019avoir surpris pourtant, c'était ie malheur de ce mariage.la souffrance secrète de la jeune femme dont la pauvre âme si délicate.si tendre.avait été irrémédiablement blessée dès la première minute par la na- LA REVUE POPULAIRE ture rude, cassante, vindicative de lord- Brumel \u2014 de lord Brumel qui pourtant nourrissait pour elle la plus entière, la plus sauvagement jalouse des passions.La nuit peu à peu s\u2019était faite, une nuit claire, toute semée d'étoiles.Les voitures étaient moins nombreuses, les passants plus rares.Le duc Armand.tout à sa pensée.tout À une pensée unique se taisait également.\u2014\u2014 Eada cate au Montréal, Mai 1918 4 Un long silence planait.Ce fut Jean Leska qui le rompit.\u2014Vous allez au cercle?interrogea-t-ii \u2014Non, merci, je rentre.\u2014AÂlors, au revoir.\u2014Au revoir.Les deux hommes échangèrent une pos - gnée de main, puis le duc Armand se dirigea doucement vers son hôtel.Une demi-heure plus tard il y lisait un mot qu\u2019il avait trouvé dans son courrier et qui était celui-ci : \u201cLord et lady Brumel prient monsieur \u201cle duc Armand de Varades de bien vou- \u201cloir leur faire l'honneur d\u2019assister à la \u201csoirée qu\u2019ils offrent après-demain dans \u201cleur hôtel de Mustapha.\u201d Un éclair de joie illumina les yeux in jeune homme.| \u2014Je vais la revoir, murmura-t-il.Mais tout de suite ses traits se rembrunirent.Une tristesse voila son front.Il soupira: \u2014A.quoi bon.Pendant quelques secondes un grand combat parut se livrer en lui.Une révolte le redressa.Il fit enfin: \u2014dJe n\u2019en puis plus.Je l\u2019aime trop.cela est atroce\u2026 Il faut que je le lui al Il faut qu\u2019elle sache que je l\u2019aime.\u2026.A la même minute, en franchissant te seuil de l'Européen-Club, Jean Leska, la face convulsée de haine, les dents serrées.répétait : \u2014 Prenez garde! Oh! oui, prenez garde!.\u2026.Et dans un geste d\u2019implacable résolution : 38 \u2014.parce que, je vous le jure, je serai sans pitié!.Le ipalais\u2014car c'était un véritable pa- lais\u2014que lord Brumel, le plus colossalement riche des anglais établis à Alger, \u2014\u2014 Voi.11, No 5 avait fait élever à Mustapha, en face de la Méditerranée, était l\u2019un des plus splendides qu\u2019on pût voir.Construit en partie dans le goût gothique avec des fenêtres en forme d\u2019ogive, un portique gigantesque à colonnades, des terrasses immenses qui descendaient vers la mer, il était une- véritable merveille, le chef-d'oeuvre d\u2019un artiste qui avait épui- à l'édifier toutes les ressources prodigieuses de son génie.* Une flore luxuriante lui faisait un cadre unique.un cadre de Mille et une Nuits.À côté de palmiers aux mille variétés, l\u2019aloëès, de cactus, de poivriers, c\u2019était, «vec profusion, les plantes les plus rares, les plus précieuses, de toutes les espèces et de tous les pays.Ce soir-là milady Brumel offrait à la haute société d\u2019Alger sa troisième grande réception annuelle.Il était dix heures à peine.Le palais, sous les feux de mille lumières.étincelait dans un décor de féerie.Les invités commençaient à affluer.Dans la cour d'honneur du palais, devant l'escalier monumental de marbre blano éclairé, au seuil, par des lampadaires d\u2019argent massif, une file d\u2019équipages se succédaient sans interruption.Aa premier.dans les salons tout ruisselants d'or et de clartés, une foule déjà compacte.se-pressait, une foule sans cesse grossissante où se confondaient les habits LA REVUE POPULAIRE PRPTIIERTE Montréal, Mai 1918 Sous la correction parfaite de son attitude il était un peu pale.il était un peu ému.L'heure était décisive.' Lui-même l\u2019avait arrêté ainsi.Cette soirée devait décider du sort de toute son existence car, plus que jamais, il était résolu à se confesser à la jeune femme.à lui révéler l\u2019amour immense.\u2018Imfiniment tendre\u2026 infiniment profond noirs des hommes, les uniformes tout chamarrés d'or des officiers, les toilettes claires et d\u2019un luxe fabuleux des femmes dont les épaules nues étalaient leur splendeur sons les lustres.A ce moment un valet glabre dans sa- \u2018Hivrée rouge et or, annonça : \u2014M.le duc Armand de Varades.Le jeune homme fit son entrée.4 \u2014 39 qui s\u2019était emparé de lui et qu\u2019à présent il ne pouvait plus maîtriser.Souvent déjà 1l s'était dit à lui-même qu'il était impossible que milady Jane, cette créature parfaite, put aimer l\u2019homme dur et froid, si dissemblable à elle, qu\u2019était lord Brumel.Désormais il était fixé.Ce que Jean Leska lui avait tu, le hasard d\u2019une conversation entendue au cercle le lendemain même le lui avait appris Il savait que la jeune femme était malheureuse.Il savait qu\u2019elle souffrait silen - cieusement d\u2019une plaie inguérissable an coeur, | À peine eût-il franchi le seuil du salon que son regard aussitôt la chercha dans la foule.{ Tout de suite il aperçut Jane.Elle était debout, près d\u2019une cheminée.comme absorbée par la conversation de quelqu'un qui se tenait auprès d\u2019elle et qu\u2019il reconnut pour être Jean Leska.Sans savoir pourquoi il en éprouva un sentiment involontaire de contrariété.Un pressentiment.Il haussa les épaules.Cette impression, d\u2019ailleurs toute fugitive, s\u2019était déjà dissipée.Ses yeux ne quittaient pas la jeune femme.Jamais celle-ci ne lui était apparue plus belle.Vêtue d\u2019une toilette sensationnelle de \u2014\u2014 Voi.11, No 5 soie toute blanche d\u2019une richesse inouïe, légèrement échancrée à la naissance d\u2019une gorge neigeuse\u2026 d'une gorge d'un modelé divin\u2026 elle était le point vers lequel se dirigealent tous les yeux, vers lequel allaient toutes les admirations.Malgré l\u2019attention déférente avec laquelle elle écoutait Jean Leska il sembla au duc que la pensée de milady Jane était absente.Il la vit mélancolique, plus mélancolique encore que jamais elle n\u2019était, avec comme une résignation au fond de ses admirables yeux.À travers la cohue il se dirigea vers elle.Il n\u2019avançait qu'avec difficulté.Quand enfin il put parvenir auprès de la jeune femme celle-ci interrompit son entretien avec Jean Leska.| Sa figure s\u2019éclaira doucement d\u2019un sourire adorable et un peu de sang imperceptiblement, afflua à ses joues.Bien qu\u2019elle se roidiît de toutes ses forces afin de dominer la faiblesse qui la gagnait, son sein soudainement oppressé se soulevait avec effort à intervalles irréguliers.°° Elle tendit au jeune homme d'un geste exquis, une main vers laquelle il s\u2019inclina et qu'il effleura, du bout des lèvres, d\u2019un baiser respectueux.\u2018 À cette vue Jean Leska n\u2019avait pu réprimer un frémissement.Son front s'était barré d\u2019un pli sombre et une colère brusque, terrible, une colère contenue gronda en lui.Son oeil jaloux, inquisitorial, ne quittait pas le jeune homme et la jeune femme comme s'il voulût lire au plus profond d\u2019eux, leur arracher à tous deux le secret de leur 4 âme.Le duc s\u2019était redressé.Les deux hommes se saluèrent d'un salut correct, froid.BE LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 181-8 A ce moment la voix du valet reprit à nouveau: \u2014 Madame la comtesse de Craix-Lac ! Madame Estrèves\u2026 Mademoiselle Mar- thes de Croix-Luc\u2026 \u2018 \u2018 Milady Jane porta les yeux dans la direction des nouvelles arrivantes.Avec une grâce parfaite et sur un ten où semblait percer vaguement comme un regret à l\u2019adresse du jeune homme, elle s'excusa : .| \u2014Messieurs.je vous abandonmne.snes devoirs de maîtresse de maison.Et tout de suite elle ajouta: \u2014D'\u2019ailleurs voici lord Brumel.En effet ce dernier se dirigeait vers leur groupe.îÎ C'était un homme de haute stature, la face dure, l\u2019oeil sombre, autoritaire, aux moustaches d\u2019un blond roux hérissées à la russe.I1 donnait de prime abord, une impression brutale de force, l'impression de quelqu\u2019un dont la colère.ou la haine.devait être redoutable.- 40 Bien qu'il approchit déjà de la quarantaine ses mouvements, grâce à une pratique quotidienne de tous les sports avaient gardé l\u2019étonnante souplesse de la première jeunesse.D'ailleurs d\u2019une tenue irréprochable de gentleman.: 11 donna une main au duc et a Jean Les- ka.\u2014 Permettez-moi de vous enlever, mes- sieufs, déclara-t-il.Et comme Jean Leska et le duc paraissaient attendre une explication : \u2014 Simplement pour vous présenter un jeune officier débarqué cette semaine, M.d\u2019Estaing, auquel l'un de vous, messieurs, voudra bien faire l\u2019honneur de servir avee i, de parrain à l\u2019Européen-Club.\u2014 Monsieur d\u2019Estaing?interrogea Jean Leska. \u2019 Vol.11, No 5 Il parut fouiller dans sa mémoire.\u2014(Connais pas.dit-il laconiquement.\u2014 N\u2019importe\u2026 ça n\u2018a pas la moindre importance.Puisquil est de vos Protégés nous sommes a votre disposition, mi- + lord.Le duc Armand s'était contenté d\u2019incliner la tête en signe d\u2019assentiment.Un orchestre invisible de tziganes commençait à préluder les premiers accords d\u2019un air célèbre.Lord Brumel entraîna le duc et Jean Leska à travers mme succession de pièces toutes éclairées à profusion, envahies par un flot d'invités.b La présentation avec M.d\u2019Estaing, un lieutenant de chasseurs à cheval, avait eu lieu dans l'encoignure de l\u2019une des fenêtres de ces pièses où se tenait.un peu à l'écart, un groupe d\u2019officiers, lesquels se sachant seul, où tout au moins hors de la portée des oreilles les plus voisines, discutalent assez haut, en termes libres, du mérite des femmes d\u2019Alger.C'était un chaos d\u2019avis contradictoires.Jean Leska interpellé directement par l\u2019un des officiers, avait dû se mêler à la discussion.Mais à la dérobée il observait M.de Varades.Depuis quelques secondes, celui-ci était agité.Malgré tout le tact exquis de grand seigneur que nul ne possédait comme lui, il avait peine à dissimuler un brusque énervement.I] se disait qu'à tout prix, il lui fallait se débarrasser de Jean Leska et de lord Brumel, reconquérir sa liberté, cette H- berté qui était si nécessaire à l\u2019exécution des projets auxquels il s'était enfin résolu.Sans savoir pourquoi, il lui semblait qu\u2019à cette minute il lui serait facile d\u2019approcher milady Jane, d'avoir avec elle quelques instants de fête à tête durant les- \u2014 LA REVUE POPULATRE \\ 41 x Montréal, Mai 1918 quels il pourrait alors s\u2019avouer à elle.Las conversation, de plus en plus bruyante, était devenue générale.Le due profits d'un moment d\u2019imatteæ- tion pendant lequel il crut que sa disparition ne serait pas observés, pour s\u2019esquiver adroitement.Enfin, il allait donc approcher la jeune femme! .: | Il allait donc être seul à seule avec elle: Lui dire son amour.1] s'éloigna rapidement.Tl ne vit pas le regard de Jean Leska qui le suivait, un regard mauvais, haineux, chargé de menaces.Une émotion violente faisait battre la poitrine du duc.| Il avait traversé quelques petits salons ôù s'étaient attardés des couples fatigués sans doute de suivre le remous de cette foule exubérante dant la rumeur parvenait jusqu\u2019à ses oreilles, une rumeur confuse, sourde, faite de mille voix étouffées, des rires perlés des femmes, et d\u2019une musique lente, très douce, qui le fit frissonner.Un instant, derrière un immense palmier de Palmyre, il avait été arrêté par la fuite de deux ombres, une ombre de femme mêlée à une ombre d'homme, quelque commencement d\u2019idylle, quelque entretien d'amour qu\u2019il interrompait sans dout.Maintenant qu'il se rapprochait du orand salon, des voix arrivaient à lui plus distinetes, des lambeaux de phrases sans suite, fondues dans le tumulte.M parvint enfin dans le hall immense, où la foule affluait de plus en plus.pressée, de plus en plus houleuse.Alors 1l porta les yeux vers l\u2019endreit où il avait laissé milady Jane.\u2014 Vel, 11, No 5 HI n\u2019y vit pas la jeune femme.Le premier mouvement qu\u2019il en éprouva fut un mouvement de surprise, presque de déception, bien qu\u2019il se fit machinalement la réflexion que si milady Jane avait été là, dans cette cohue et dans cette lumière, :l lui eût été impossible de l\u2019entretenir de choses autres que de choses banales, à cause des oreilles qui les écouteraient, à cause des yeux qui les verraïent.Sa déception lui fut d\u2019autant plus sensible qu\u2019il avait eu l\u2019intuition que l\u2019occa- gion qu\u2019il cherchait jalousement, l\u2019occasion irespérée allait se produire.Or, voici que la jeune femme n\u2019était pas là, qu\u2019elle avait disparu sans qu\u2019il pût deviner où elle se trouvait.11 se rappela que dans les divers salons qu\u2019il venait de traverser il ne l\u2019avait pas non plus entrevue.Il pensa: \u2014 Quelque chose que j'ignore, survenu suns doute en mon absence, l\u2019a contrainte à se retirer dans ses appartements.une fatigue, un malaise, que sais-je.Elle l\u2019a fait sans bruit afin de ne pas alarmer ses invités.Elle avait ce soir, me semble-t-il, un air d\u2019accablement inaccoutumé, l\u2019ombre d\u2019une douleur au fond de ses yeux.Il se dit encore: \u2014 Je suis fou de penser à elle.fou de l'aimer.il n\u2019est pas possible qu\u2019elle m\u2019aime.Bien que le salon fiit construit selon un plan fort pratique, c\u2019est-à-dire presque sans murs, avec de hautes fenêtres ogivales, des fenêtres en succession à chaque plan du bâtiment, le jeune homme sentait un chaleur intense le suffoquer, une chaleur insupportable, mêlée aux mille parfums acres, énervants qui flottaient dans l'air.I] franchit une porte au hasard, traversa une chambre toute noire, franchit une \u2014 ry LA REVUE POPULAIRE 42 Montréal, Mai 1918 autre porte, et se trouva dehors sous les étailes, sur la premiere terrasse du palais d\u2019où ses yeux découvrirent au loin la mer infinie, la mer toute bleue, dont les vagues se mouraient avec une plainte sur le rivage.Durant quelques instants, il demeura ainsi, droit, figé dans la contemplation de l\u2019admirable spectacle qui se déroulait devant lui.Mais tout à coup il tressauta.À quelques pas de lui, assise sur une longue chaise de bambou, une forme blanche, une forme toute blanche avait surgi Il fit tout bas: , \u2014 Elle!.Et il répéta: \u2014 Elle.Elle.Ils étaient seuls.Derrière eux la grande clarté du palais rayait au loin la mer d\u2019une longue ligne de lumière féerique qui augmentait encore l'ombre qui les enveloppait.La jeune femme n\u2019avait pas eu un mouvement.Abîmée dans sa rêverie, elle avait paru n\u2019avoir pas remarqué la présence du jeune homme.Sa physionomie, éclairée en ce moment par un rayon pâle de la lune, avait conservé l\u2019air de profonde tristesse que le duc avait déjà surpris, cet air de tristesse résigné qu\u2019elle ne cachait plus dès qu\u2019elle était seule, dès qu\u2019elle ne devait plus dissimuler au monde l'immense souffrance qui était en elle.\u2018 Jamais la douceur de son charme n\u2019avait été plus pénétrante.Jamais plus qu\u2019à cette minute, le duc n\u2019avait aimé la jeune femme ainsi étendue, muette, les mains lasses aux genoux, avec un rêve mystérieux au fond de ses prunelles fixes qui regardaient la mer.Il avait fait quelques pas vers elle.\u201c Vol.11, No 5 lentement.silencieusement\u2026 et il la regardait.sans pensée.sans autre pensée au fond de lui que celle-là : \u2014 Comme elle est belle!.oh! oui, comme elle est belle!.Il tremblait un peu malgré sa grande force et bien qu\u2019il voulut se raidir contre * - .la défaillance qui l\u2019envahissait.Des frissons le parcouraient et-les paroles qu\u2019il voulait prononcer s\u2019étranglaient dans sa gorge.II avanca encore.Maintenant il était tout près de la jeune femme.Il était impossible qu\u2019elle ne le vit pas, et pourtant elle n\u2018avait pas eu un geste.Elle avait continué à fixer au loin le point où semblait finir l\u2019horizon.Il prononça : \u2014 Jane.Mais si bas qu\u2019elle ne dut pas l\u2019entendre.Alors il demeura debout, près d\u2019elle, silencieux à la regarder.La musique du salon s\u2019était tue.On n\u2019entendait plus qu\u2019une rumeur mourante\u2026 une rumeur qui s\u2019affaiblissait de minute à minute et qui s\u2019éteignit, couverte par le déferlement des vagues au bas de la côte.Le jeune homme ne pensait pas.Tout était brouillé en lui.Ce qu\u2019il avait décidé de confesser à la jeune femme, il ne s\u2019en souvenait plus.il aurait été incapable de le dire.Il ne savait pas.Il ne savait plus.Il savait seulement qu\u2019il Pai- mait éperdûment, de toutes les forces de son âme.Alors, brusquement, il tomba à ses genoux.| Lord Brumel et Jean Leska étaient rentrés dans le salon à l\u2019instant même où le \u2014 LA REVUE POPULAIRE 43 Montréal, Mai 1918 duc en sortait pour aller à la recherche de milady Jane.Le Daron avait vu disparaître le jeune homme et remarqué de quel côté il se din- geait, c\u2019est-à-dire vers les terrasses.L\u2019attitude étrange de celui-ci, sa fékri- lité, avaient suffi à fixer son soupçon.Immédiatement ses yeux.par instinet avaient cherché milady Jane.I] ne l\u2019avait pas aperçue.| La jeune femme n\u2018était pas la! \u2014 Il en fut frappé d\u2019un coup imprévu, d\u2019un coup violent au coeur, et sa face devint affreusement blême.Tout de suite la certitude que le duc et milady Jane étaient ensemble, seuls, sur l\u2019une des terrasses du palais, s\u2019était imposée à son esprit.Milady Jane et le duc! Sans doute, ils parlaient d\u2019amour} Oh! l\u2019effroyable pensée ! Il avait été pour bondir.pour se pre- cipiter vers eux.Mais cette fois encore il domina sa rage jalouse.Une idée infernale.une idée infime venait subitement de germer en lui.Alors un sourire sinistre éclaira son visage.et vers lord Brumel, flegmatique a son caté, et qui souriait, il glissa un regard atroce.La vengeance qu\u2019il cherchait \u2014 immédiate, inexorable \u2014 elle était là, près de lui.Oh oui! comme il allait pouvoir se venger! Il avait repris toute sa placidité.Maintenant il attendait une question qu\u2019infailliblement le lord ne manquerait pas de poser et que déjà il sentait aux Ià- vres de celui-ci.En effet lord Brumel observa brusquement, après avoir promené ses regards autour de lui 4 qu.HN vol.11, No 5 LA REVUE / \u2014 Je ne vois pas milady, baron! Jean Leska tressaillit.\u2014 Milady?.répéta-t-il, d\u2019une voix dont lord Brumel ne perçut pas la soudaine altération.\u2014 Oui.\u2014 Elle n\u2019est pas dans ce salon \u2014 Non.Et 1l ajouta : \u2014 Elle n'est pas, non plus, dans les sa- tons que nous venons de parcourir ensemble.\u2014 Vous croyez?\u2014 Jen suis sûr.\u2014 En effet.vous avez raison.H hésita.Puis se décidant enfin: \u2014 N'avez-vous pas remarqué que milady Jane paraissait légèrement lasse ce soir.Peut-être est-elle un peu fatiguée.un peu surmenée\u2026 peut-être a-t-elle éprouvé le besoin de se retirer de ce bruit et de cette foule pendant quelques Mminu- tes.À mesure que Jean Leska parlait, une inquiétude-envahissait lord Brumel.Il ré- pomdit : \u2014 Si milady avait dû se retirer dans ses appartements, elle ne l\u2019*eût pas fait sans mien aviser, certainement.| \u2014 Sans doute.mais rien n\u2019affirme que milady ait été obligée de se retirer dans ses appartements.Elle ne s\u2019y fut rési- POPUL AIRE Montréal, Mai 1918 re partie de phrase, un ton ironique, incisif.SE \\ Lord Brumel n'y prit point garde.\u2014 En effet, dit-il simplement.Il fit un pas.\u2014 Vous m\u2019accompagnez?\u2014 Non, merci, je reste.Jean Leska regarda lord Brumel s\u2019élôi- gner.Il savait de quelle épouvantable chose il allait sans doute être la cause.Il n\u2019eut pas un frisson.Quand lord Brumel eut disparu, il s'enfonça dans les groupes.\u2019 La jeune femme n'avait pas eu un cri.Le duc avait pris ses mains dans les siennes.Doucement, tristement, elle : se dégagea de son étreinte.Atteint douloureusement au coeur, il balbutia : , ' \u2014 Je vous ai offensée, madame.I] s'était relevé.Il la regardhit.Il avoua: \\ \u2014 Je suis si malheureux, si vous saviez.Brusquement, un fot de paroles, toutes les choses tumultueuses qui se pressaient gnée d\u2019ailleurs qu\u2019à la toute dernière -ex-.trémité\u2026 Elle a pu ne souffrir que d'un malaise passager.un malaise insignifiant | .que sais-je.La chaleur est si lourde ici.Sans doute a-t-elle été indisposée.Sans doute est-elle allée tout simplement respi- ser un peu d\u2019air plus pur.\u2014 Dans le parc?.\u2014 Peut-être.Ou ptutôt, ne creyez- \u201cous Das, sur les terrasses.Il doit y faire si doux en ce moment.Il avait eu pour prononcer \u2018cétée derniè- 44 dans son âme, lui montèrent aux lèvres.Il continua : \u2014 J'ai tant lutté avant d\u2019oser ce que jlose.avant de vous dire que je veus aie\u2026 que jamais je n\u2019ai aimé que vous.Tenez, hier encore, je voulais partir, retourner à Paris.J'étais fou, n\u2019est-ce pas?Comme si je ne pouvais renoncer à vous voir, & vous parler.comme si je ne poua- vals vivre sans vous.J\u2019avais trop .souffert.Vous me regardiez avec trap d\u2019im- différence.Vous aviez pour moi, aux minutes brèves où j'étais auprès de vous, le sourire que vous avez pour tout le monde.Æt j'ai souffert.\u2018et je :senffre.at je n\u2019en puis plus.«Je Re suis {pas éloquent\u2026 je \u2014 Voi.11, No 5 vous répète les mêmes choses.Je ne sais ce que c\u2019est que de dire à une femme qu\u2019on l\u2019aime et les mots ne me viennent pas et demeurent dans mon coeur.Tout en parlant, par phrases entrecoupées, le duc fixait la jeune femme avec des yeux ardents.II vit deux grosses larmes briller à ses paupières et couler le long de ses joues.Alors il s\u2019interrompit et il dit simplement, frappé d\u2019un grand coup.\u2014 Pardon.Milady Jane s\u2019était levée.Ses yeux étincelaient à présent d\u2019un éclat de fièvre.Elle marcha vers le jeune homme.Elle le contemplait d\u2019un air étrangement doux, , étrangement tendre.Néanmoins, elle dit : ~~ \u2014 Monsieur de Varades, ce que vous venez de faire est indigne de moi.indigne de vous.Vous m\u2019avez gravement outragée\u2026 Je pourrais m\u2019en souvenir.je pourrais vous en garder rancune.Je vous pardonne.Ne songez plus 4 une chose qui serait une folie et un crime.\u2014 Madame.* \u2014 Il y a deux mois à peine, vous ignoriez qu'il y eut au monde une femme qui s'appelait milady Brumel.faites comme si vous n\u2019aviez jamais rencontré cette femme.faites comme si vous ne m'aviez jamais connue.Efforcez-vous à m\u2019oublier\u2026 Oubliez-moi.L\u2019oubli vient si vite.Elle ajouta tristement : \u2014 Même sans qu\u2019on l\u2019aide.Le jeune homme eut un geste désespéré : \u2014 Vous oublier?.Mais vous savez bien que je ne le pourrai pas.\u2014 On pense cela.\u2014 Mais mon amour à moi n\u2019est pas de ces amours éphémères.Je vous aime de toute mon ame.de tout mon souffle.Vous êtes ma vie.Sans vous rien n\u2019exis- \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 te, sans vous tout est à jamais fini pour moi.| | \u2014 N\u2019importe, il le faut.\u2014 Madame! : \u2014 11 le faut.Elle répéta avec exaltation, comme si elle elit voulu se convaincre elle-méme: \u2014 Il le faut.il le faut.A cette seconde, elle était réellement magnifique de douleur et de renoncement.Tout son étre frémissait.Elle devait endurer un épouvantable martyre.Elle voulut aller jusqu\u2019au bout du calvaire.Elle continua: \u2014 Ecoutez, vous êtes jeune, vous avez un grand nom, une grande fortune, une grande âme; une autre se rencontrera un jour avec vous sur votre chemin.une autre qui vous aimera.\u2014 Par grace! \u2014 Si.une autre qui vous aimera.qui aura droit de vous aimer.et que vous aimerez.et vous ne songerez plus guére a moi, allez.ou si vous y songez encore un peu parfois, comme on songe à une chose très lointaine.ce sera pour me remercier\u2026 sincèrement du fond du coeur.Elle s\u2019arrêta.Cela était au-dessus de ses forces.Elle n\u2019en pouvait plus.Fgle défaillait.Des sanglots crevaient dans sa gorge.Cependant elle dit encore: \u2014 Je ne vous retiens plus, Monsieur de Varades.Vous comprenez combien cet entretien m\u2019est pénible.combien il doit être pénible à vous-même.Il est inutile de le prolonger davantage.Et comme malgré ce congé le duc ne bougeait pas:.\u2014 Mais allez-vous-en.donc.Elle ne savait plus ce qu\u2019elle disait.Elle sentait seulement que si le jeune homme demeurait une seconde de plus, c\u2019en était fait d\u2019elle.allez-vous-en TIE TNR] [plata aiaiats vel.11, No 5 LA REVUE PU LARRE Montréal, Mai 1918 Celui-ci avait fait un pas.Il regarda la avec elle-même, ce besoin de solitude en jeune femme une dernière fois encore face de la mer immense.Puis, tout bas, d\u2019un ton brisé: Ft puis ce qui était survenu : \u2014 Adieu.murmura-t-il.M.de Varades.Déjà il s\u2019élaignait.Son aveu à lui.puis le sien a elle.cet Alors toute la force factice qui avait aveu qu\u2019hélas! elle n\u2019avait pas eu la force soutenu la jeune femme s\u2019écroula d\u2019un de retenir à ses lèvres.soup.Elle tendit désespérément les mains Un bruit soudain derrière eux, le frois- vers le duc et un cri involontaire s\u2019échap- sement d\u2019une feuille de bananier, les fit va de sa poitrine.se retourner, se reprendre à la réalité.À ce cri lé jeune homme s'était retour- Elle fit, frissonnante: né.1] vit le geste de milady Jane.Un af- \u2014 D faut que je rentre.folement de joie illumina son visage.[e duc l\u2019implora d\u2019un geste.H se précipita vers elle: \u2014- Oh! Jane!.\u2014 Ainsi, c\u2019est vrai, Jane, vous m'\u2019ai- \u2014 Elle répéta : wez\u2026.balbutia-t-il.vous m'aimez\u2026 cela \u2014- II faut que je rentre.n\u2019est pas un rêve, vous nb vous jouez pas I1 dit encore: Je moi, dites, vous m\u2019aimez.\u2014 Jane!.A son tour il délirait.T1 suffoquait Les échos de la fête que l\u2019un et l\u2019autre sous l\u2019excès d\u2019un bonheur trop fort, d\u2019un avaient oubliée leur vinrent aux oreilles.vonheur inespéré.\u2014 On peut s'inquiéter, s\u2019informer où je La jeune femme essaya de se débattre suis; ma disparition a dû être remarquée.encore, de rattraper l\u2019aveu qui était parti si l\u2019on venait.\u201c saalgré elle de son âme.Le duc avait laissé retomber son bras.Mais le duc ne l\u2019écoutait pas.Elle le regardait longuement, tristement.Il avait passé doucement un bras au- Tout en dedans d\u2019elle-même, elle pensait vour de sa taille, et il lui parlait dans les à la douleur qui allait le broyer, demain.frisons dorés de sa nuque.lorsqu\u2019elle Jui signifierait son irrévecabte 11 lui disait ses angoisses, ses luttes, ses volonté.mcerfitudes, ses désespoirs sous le calme.Car déja son parti était pris.apparent de son masque et l\u2019atroce souf- Rien ne pouvait l\u2019en faire revenir.france qu\u2019il venait d\u2019éprouver tout à l\u2019heu- Après ce qui venait de se passer, elle ne re lorsqu\u2019elle l\u2019avait repoussé.pouvait pas, elle ne devait pas revoir M La jeune femme l\u2019écoutait, doucement de Varades, remuée, bercée par la musique des mots, Elle exigerait de lui la promesse qu\u2019il revivant elle-même les phases de cet amour quitterait Alger 4 tout jamais.auquel elle n\u2019avait pas pfis garde tout d\u2019a- Ainsi ce serait fini.| bord, de cet amour qui était entré en elle Sa vie à elle, certes, ne serait plus qu\u2019u- et qui maintenant l\u2019entraînait elle ne sa- ne horrible agonie, mais elle demeurerait vait où.{ quand même jusqu\u2019à la mort fidèle à son Elle se remémorait ce qui l\u2019avait pous- devoir et à la foi qu\u2019elle avait jurée à lord sée à fuir le salon où la retenaient pour- Brumel.tant ses obligations de maîtresse de mai- Elle n\u2019était pas d\u2019une race où l\u2019on fail- son, le besoin qui l'avait saisie d\u2019être seule lissait.\u2014 48 \u2014 Voili.11, No 5 Aujourd\u2019hui elle ne se sentait pas le courage de frapper anssi cruellement Je Jeune homme.Elle se taisait.Mais demain!.Elle fit un pas vers lui.Elle lui tendit nne main qui était froide.\u2014 Adieu.prononca-t-elle.L\u2019âme du jeune homme fut serrée d\u2019un uressentiment.-\u2014 Jane, cria-t-il.\u2014 Armand.Elle avait dit cela simplement, comme à un ami.Depuis qu\u2019elle s\u2019était arrêtée à une résolution, une grande paix s\u2019était faite dans sa conscience, Le jeune homme chercha à la prendre dans ses bras.Elle se déroba.Mais tout à coup une grande pitié lui vmt pour cet homme qu\u2019elle allait rendre si malheureux, et qui devrait tant souffrir à cause d\u2019elle.Elle pensa que cet unique baiser l\u2019aiderait à supporter bien des peines et qu\u2019elle le lui devait presque comme une charité.Elle se laissa aller.Déjà les lèvres du jeune homme descen- datent à ses lèvres.Mais brusquement elle le repoussa et elle jeta un cri d\u2019éperdue terreur.En face d\u2019eux un homme était dressé et les regardait.Cet homme était lord Brumel ! LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 genoux et elle suivait, avec épouvante.tous les gestes de son mari.° 11 avanca encore.Maintenant il était tout près d\u2019elle.H s'arrêta, la fixa avec un oeil d\u2019une effroy able dureté.Puis 11 ordonna : \u2014 Relevez-vous, madame.ll était visible qu\u2019il faisait de grands efforts, des efforts surhumains pour ne pas se jeter sur la jeune femme et sur le duc et satisfaire l\u2019atroce soif de vengeance qu: l\u2019étreignait.Chez un homme fussi violent une tele rétenue devait atteindre un degré de souffrance inouïe.D\u2019une voix sourde il prononça : \u2014- Vous êtes une infâme et j'aurais de droit de vous tuer comme on tue une bête malfaisante.Je ne le ferai pas parce que.si elle était publique votre honte rejaill- rait sur mon nom, et ce nom, vous l\u2019entendez, doit sortir intact de l\u2019ignominie où vous l\u2019avez traîné.Vous allez retourner auprès de vos invités.Vous leur sourirez de votre sourire unique de grâce, de ce sourire qui est un mensonge et un piège.moi, pendant ce temps.Tl montra le duc.-\u2014 Je m\u2019expliquerai avec votre amant La jeune femme s\u2019était redressée sous Pinjure.Elle allait répondre, mais elle eut peur de l\u2019expression terrible du visage de lord Brumel, peur de la façon dont i regardait le duc.Alors elle se précipita vers le jeune homme comme pour lui faire une barrière de \u2026 5a tendresse.Sa physionomie avait une expression effrayante de colère et de haine.Il avait croisé les bras sur sa poitrine et il avançait implacable, les yeux sillonnés d\u2019éclairs.\u2019 La jeune femme s\u2019était effendrée sur les Celui-ci bien que pâle, lui aussi, semblait avoir un grand calme.Il s\u2019était redressé et maintenant face à face avec lord \u2018Brumel il avait repris cette attitude eb- 47 che, hautaine, de grand seigneur qu\u2019aueun n\u2019était davantage que lui.11 imsiste dousement - net, Re.Ri RY Ri: Vo.11, No 5 \u2014 Allez, madame.Pit vers lord Brumel : \u2014 Vous avez insulté une femme, milord.L'homme qui insulte une femme \u2014 fut- elle la sienne \u2014 est un lâche.T1 avait prononcé ces mots simplement, d\u2019une voix ferme, et maintenant il attendait, impassible, les bras croisés à son tour.Lord Brumel était devenu horriblement blême.> Son oeil se brouilla d\u2019une lueur trouble.' La colère sauvage, épouvantable, qui bouillonnait en lui, cette colère qu\u2019un instant il avait eu l\u2019inimaginable énergie de dompter, éclata d\u2019un coup.Une folie lui monta au cerveau.Déjà il avait fait un pas vers le duc.Déjà sa main s\u2019était levée.Flle allait s'abattre\u2026 Mais brusquement, dans un éclair, 1l eut la vision rapide du drame, de l\u2019irréparable scandale qui allait se produire: la foule des invités qui abandonnerait les sa- tons accourerait de toutes parts, se ruerait, terrifiée.| LA REVUE POPULAIRE Et en réponse à l'interrogation muette, à l\u2019interrogation affolée de mille yeux il serait obligé de dire: \u2014 Cette femme avait un'amant, je me suis fait justice.C'est-à-dire sa honte étalée aux regards de tous\u2026 rendue publique, alfichée partout.Non, non, cela n\u2019était pas possible.- Il ne voulait pas que cela fut.Il venait de le dire tout à l\u2019heure, à \u2018n\u2019importe quel prix il lui fallait éviter un éclat où l\u2019honneur de son nom dont il était si fier et qu\u2019il devait, avant tout, présezver de toute souillure, sombrerait irrémissiblement.Ti l\u2019avait oublié en une seconde d\u2019affol- \u2014 lement quand il avait vu Jane, cette Jane qu\u2019il avait tant aimée, que peut-être même il aimait encore, répondre à des paroles d\u2019amour.Il l\u2019avait oublié, à cette minute, quand le duc froidement l'avait flagellé d\u2019une insulte mortelle.Maintenant il avait repris possession de lui-même.Cet homme qu\u2019il haïssait de toute la haine que son coeur était capable de eon- tenir lui appartenait.Rien ne pourrait le sauver de sa vengeance.Pour être retardée de quelques heures celle-ci n\u2019en était pas moins inévitable.Elle n\u2019en frapperait pas moins ceux qu\u2019elle devait frapper.I] serait sans pitié.11 tuerait le duc.Oui.demain.l\u2019un en face de l\u2019autre, chacun un pistolet au poing.: Un duel?Soit.Ce serait plus simple.On trouve toujours un prétexte pour en dérober à la curiosité du monde le motif véritable.Ainsi il serait vengé! Son honneur serait sauf ! I] fit un nouveau pas vers le duc qu\u2019il couvrait toujours du même regard sombre de rancune et de menace.Jane;le corps comme cassé, l\u2019ime broyée d\u2019une angoisse intolérable, avait obéi à la voix du jeune homme.Elle s\u2019était éloignée à pas lents, sans oser se retourner.Une épouvante la courbait.Elle connaissait lord Brumel, sa nature sans miséricorde, son adresse infaillible .aux armes, cette adresse qui le rendait si 48 justement\u2018 redoutable et redouté, et elle tremblait de tout l\u2019amour qu\u2019elle avait pour fe jeune homme.de tout son amour coupable éperdu, frappé a mort.Montréal, Mai 1918 « Ab tai iA si 400 Vol.11, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1818 Un silence planait.Leska.lord Brumel.M.d\u2019Estaing.les Le vent apportait des fragments d\u2019airs, efforts qu\u2019il avait faits pour se débarras- des airs d\u2019un rythme caressant, presque ser d'eux.ses promenades inquiètes à tra- joyeux à présent, tous les milles bruits vers les salons pour tâcher d\u2019y découvrir confus, assourdis de la fête.Jane, puis, juste au moment où il allait se |.Lord Brumel s'était arrêté.désespérer sur l\u2019une des terrasses du palais J Sa physionomie redevenue impénétra- l'apparition de ka jeune femme, toute ble était empreinte d\u2019une farouche réso- blanche, allongée sur une chaise longue de lution.bambou en une attitude de rêve et de mé- [E: \u2014 Monsieur, articula- t-il, vous m\u2019avez lancolie.) E doublement outragé, demain, j je vous tue- Comme son coeur avait battu alors! [i rai.comme tout de suite ses éternelles craintes, RE; Le duc s'inclina froidement.son hésitation à s\u2019avouer à elle lui étaient JE \u2014 À vos ordres, milord.revenues.Hi \\ Cependant une force l'avait poussé.II J II , Se rappelait son agenouillement aux pieds i de la jeune femme, les paroles d\u2019amour si L\u2019AMOUR DE JANE! longtemps refoulées qui lui étaient sorties A | des lèvres, la révolte de Jane, l\u2019ordre d\u2019i- Quanp M.de Varades sortit du palais nexorable éloignement qu\u2019elle avait pro- il respira gvec délice l\u2019air pur de la nuit.noncé et, à l'instant où il allait lui obéir, Celle-ci était admirable, avec d\u2019innom- l'aven qui avait jailli malgré elle de son blables étoiles piquées au ciel.me, ses mains éperdûment tendues vers Les tempes du jeune homme étaient brû- lui, et les minutes rapides de bonheur du- lantes un peu.La fraîcheur du dehors rant lesquelles il l\u2019avait tenue tout contre dissipa sa fièvre.lui, frissonnante et chaste.il La Méditerranée\u201d apparaissait au loin Une ivresse lui noyait l\u2019âme.i comme un grand lac tranquille.Il répétait tout bas avec exaltation : j Des feux, çà et là, étaient allumés aux \u2014 Elle m\u2019aime.Elle m\u2019aime.Cela, est Ë mâts des navires tout noirs confondus à possible qu\u2019elle m\u2019aime\u2026 : l\u2019ombre de l\u2019eau.Il pouvait à peine se convaincre de la B Tout était désert.réalité d\u2019une pareille chose.Cela lui fai- [§ i Le jeune homme s\u2019enfonça doucement, sait l\u2019effet d\u2019un rêve, d\u2019un de ces rêves trop | sans hâte, dans les rues tranquilles de la beaux que l\u2019on fait parfois, et il suffo- C ville.quait d\u2019une joie surhumaine.EHe dormait d'un sommeil profond.11 Il revoyait Jane devant lui, le profil dé- n\u2019y avait pas de passants.Le duc était licat de la \u2018jeune femme, sa magnifique seul.chevelure d\u2019or et ses grands yeux si purs, Li Un flot de pensées tumultueuses se pres- Si caressants, qui le regardaient avec tent i saïent dans som cerveau.d\u2019infinie douceur.fi Il S'efforca de mettre un pon d\u2019ordre C\u2019était a linstant précis ou elle allait le parmi elles, de coordonner les.milles sou- quitter, regagner les salons où sa dispa- venits de Ia soirée.rition, sk elle était aperçué, pouvait faire C\u2019en était d\u2019abord les débuts: Jean -Maître des interrogatiens._ 49 \u2014 Vei.11, No 5 Teut à coup les yeux de la jeune femme s'étaient comme couverts d\u2019un voile et une expression d\u2019indicible tristesse s\u2019était répandue sur sa physionomie.Ses lèvres avaient remué comme pour dire quelque chose, puis elles s\u2019étaient tues.Qu'est-ce que cela signifiait?Pourquoi ce silence soudain alors qu\u2019elle voulait parler?Pourquoi cette hésitation?Pourquoi surtout cette lueur de pitié que pendant une minute elle avait eue en le regardant?Que s\u2019était-il passé dans son âme?Quel revirement ?Il se rappelait ce changement inexplicable dans son attitude, cette réserve singulière après un aussi complet abandon.Quand il avait cherché les lèvres de Jane elle les lui avait refusées.Ses mains étaient froides.Il avait cru tenir une morte entre ses bras.Cependant elle l\u2019aimait ! Elle le lui avait dit dans un cri spontané, plus fort qu\u2019elle.; Elle ne pouvait pas avoir menti.Elle ne pouvait pas l\u2019avoir trompé ! Dans quel but?Alors il ne s\u2019expliquait pas, après l\u2019aveu, sôn aveu.à elle, cette froideur soudaine, ce brusque recul à l\u2019instant où il se sentait devenir fou de bonheur, fou d\u2019ivresse et d\u2019orgueil.Est-ce que déjà la jeune femme voulait se reprendre?| Est-ce que déja elle regrettait ce bonheur qu\u2019elle lui avait donné?Il y avait là quelque chose qui n\u2019était pas naturel, quelque chose qu\u2019il ne saisis sait pas.Sa joie en était atteinte à présent.Il n\u2019éprouvait plus à vivre la grande volupté qu\u2019il avait éprouvée tout à l\u2019heu- \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 re, avant que ces pensées vinssent I'aseail- lir.Quelque chose de sombre peu à peu glissait dans son âme, comme un commencement de souffrance.Un bruit de pas.derrière lui.l\u2019arracha à ses réflexions.C'était un indigène sordide, en haillons.la face stigmatisée par le vice et par le crime qui sortait de l\u2019un des bouges qui se dressent dans les alentours du port.Il frôla le duc, puis l\u2019ayant dépassé, il s'engouffra dans la nuit, vers les ruelles étroites et sales de la ville-haute.Tout dormait encore.Le vent était devenu plus frais.Le jeune homme frissonna.Un peu de quiétude s\u2019établissait en lui.Depuis quelques secondes ses doutes à l\u2019égard de Jane s\u2019étaient effacés de son esprit.Ses souvenirs poursuivaient lear cours.Maintenant il revoyait, dans ses plus infimes détails le drame qui s\u2019était déroulé sur la terrasse du palais: Jane et lui surpris par lord Brumel, la fureur de celui- ci, ses mots d\u2019irréductible vengeance.I] songea : : \u2014 Dans quelques heures je vais me battre avec lord Brumel.Alors un apaisement complet se fit dans sa pensée.Le jeune homme était brave.Il n\u2019avait pas eu un tressaillement.I] n\u2019ignorait pas que lord Brumel avait la réputation de ne jamais manquer l\u2019ad - versaire qui était en face de son pistolet.Jean Leska le lui avait dit un jour avec un singulier sourire.Et dans quelques heures il allait être en face du pistolet de lord Brumel.Que lui importait! Jane l\u2019aimait! Jane si blanche, si deuce, si purel., Voi.11, No 5 Même s\u2019il devait mourir était-ce payer trop oker son amour?était-ce payer trop cher tout le suprême ravissement qu\u2019il avait eu à la tenir une seconde contre son coeur?La mort?Et puis?Pouvait-il la craindre à présent que la jeune femme était perdue à tout jamais pour lui.Avant que lord Brumel surgit devant eux il avait forgé un rêve que peut-être il allait avouer tout bas à la jeune femme, un rêve qui, maintenant, était irrévocablement brisé.A moins que.A moins que.tout a l'heure.le sort des armes le favorisit et ce fût lui, le duc de Varades qui tuât lord Brumel.I] fit halte devant la grille dorée d\u2019une maison.II était arrivé.C\u2019était un élégant petit hôtel à deux étages qu\u2019il avait loué, tout meublé, le jour même de son débarquement à Alger .Il sonna.Un vieux domestique vint ouvrir.Puis dès que le duc fut dans le vestibule : - \u2014 Firmin, ordonna-t-il, fais porter des lampes dans mon cabinet.Ce dernier contempla son maître avec étonnement.C\u2019était un beau vieillard d\u2019une soixan- tainé d\u2019années encore solide malgré une chevelure toute blanche.I] avait vu naître le duc au service duquel il était toujours resté spécialement attaché et il nourrissait pour lui une affection respectueuse, presque paternelle.Il s\u2019enquit : \u2019 \u2014 Monsieur le duc ne se repose donc past : \u2014 Non.\u2014 Monsieur le duc désire quelque chose?\u2014 Rien.Tu dois être fatigué à m\u2019atten- \u2014\u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 dre.Il fallait charger de ce soin quelque domestique.Va prendre un peu de repos.Tu n\u2019as plus vingt ans, mon pauvre Firmin.: \u2014 Monsieur le duc est bien bon, mais je vais veiller moi-même à.ce que men- sieur le duc soit servi.Aussitôt les lumières apportées, le jeune homme ferma la porte de son cabinet, puis il vint s'asseoir en face d\u2019un petit secrétaire de fine marqueterie.' Sa figure ne marquait aucune lassitude.Il était parfaitement en possession de lui-même.Il prit une plume, et, rapidement, il tra- ca quelques mots sur deux de ses cartes qu\u2019il glissa dans deux enveloppes différentes.Lorsqu\u2019il eut achevé il posa le doigt sur un timbre.Firmin reparut.Le duc lui tendit les deux lettres: \u2014 Ceci 3 leur adresse, sans retard, j\u2019at- tertds la réponse.- Le vieux serviteur s\u2019inclina et sortit.Ces deux lettres étaient pour deux amis de cercle du duc.Il les priait de vouloir bien lui servir de témoins dans une affaire qu\u2019il avait eue avec lord Brumel et qui nécessitait une réparation immédiate.Il avait expliqué le motif en lignes brèves.Un point de désaccord sur un sujet très quelconque, un mot trop vif qui lué était échappé, à lui, le duc de Varades.Voilà tout.\u2014 C\u2019était suffisant, ainsi, pour l\u2019opinion.Le jeune homme s\u2019était levé.Il s\u2019approcha de l\u2019une des fenêtres dont 1] souleva un coin de rideau.| Le jour, peu à peu, commençait à naître.Les étoiles pâlissaient au ciel.Des gens matinaux circulaient dans la rue.Il laissa retomber le rideau.Ses regards errèrent autour de lui.51 \u2014 Voi.11, No 5 La pièce était - jolie, aménagée avec goût.Les crédences, très nombreuses, étaient chargés d\u2019exquis bibelots, de statuettes de Tanagra ou de petits bronzes de Clodiori.À l\u2019un des murs, une paire de magnifiques pistolets dont l\u2019armature finement ciselée étincelait, était accrochée.Son oeil les rencontra.Il eût un pâle sourire.Mais cette impression s\u2019évanouit aussi- tot et tout de suite il pensa a autre chose.Les minutes s\u2019écoulaïent.Elles étaient précieuses.Il avæit encore des dernières dispositions à prendre.Il revint à son secrétaire, s\u2019y installa à nouveau et se mit à écrire deux longues lettres que cette fois il cacheta de cinq cachets à son chiffre.- - L'une de ces lettres portait la suscription suivante: À Madame la duchesse de Varades Rue de Varenne, Paris.L'autre ne portait aucune indication.Alors il poussa un soupir de soulagement.Cependant en traçant l\u2019écriture de la première lettre.de la lettre\u2019 adressée à Madame la duchesse de Varades, rue de Varenne, Paris.sa main avait tremblé un peu et une larme très fine, une larme presque invisible avait perlé à l\u2019extrémité de ses cils.- Il se leva afin d\u2019enfermer soigneusement ces deux lettres dans un petit coffret d\u2019ivoire placé sur une cheminée, entre des cornets de crigtal de Venise, dans un petit coffret dont il confierait la clef à Firmin, avec ses instructions formelles, avant de se rendre sur le terrain.I] se mit à se promener silencieusement dans la pièce en attendant les heures.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 Celles-ci s\u2019égrenaient une à une.Maintenant le jour s'était tout à fait levé.Un bruit de vie montait de la rue.Le duc était retombé insensiblement dans l\u2019abîme de ses pensées.Tout à coup on heurta la porte d\u2019un petit coup timide.Le jeune homme pensa que sans deute on lui apportait déjà la réponse aux deux cartes qu\u2019il avait envoyées.Il eria: \u2014 Entrez !.Et il attendit.Mais brusquement il devint tout pâle et recula.[ \u2014 Vous.vous.Et il répéta: \u2014 Vous.Jane.La stupeur arrétait les mots dans sa gorge.Il contemplait la jeune femme.cette figure admirable qu'il retrouvait ravagée par toute une nuit d\u2019angoisses et de terreur.ces pauvres yeux encore pleins de larmes et d\u2019effroi.Il s\u2019approcha d\u2019elle et, silencieusement, sans une parole, il voulut la prendre dans ses -bras.Elle le regarda avec des yeux suppliants.| Alors il s\u2019aperçut que, sous le long manteau qui l\u2019enveloppait, elle.gvait conservé sa toilette toute blanche, de la soirée.Il avait desserré l\u2019étreinte de ses bras.- Doucement il la conduisit à un fauteuil dans lequel elle s'écroula.Alors il s\u2019agenouilla près d\u2019elle.La poitrine de la jeune femme se soulevait à coups précipités.Elle avait fermé les yeux comme si elle allait s\u2019évanouir.| \u2014 Jane.murmura tendrement le jeune homme.Elle souleva les paupières, fixa le duc, articula-t-il. Vet.11, No 5 et uæ faible sourire erra sur ses lèvres pà- - les.M.de Varades était pétrifié.It regardait toujours la jeune femme, dévotement, avec un amour infini au fond des prunelles, un amour chaste, sans pensées mauvaises, et il se demandait en lui- même comment elle avait pu faire pour quitter le palais, pour parvenir jusqu\u2019à Tui.T1 interrogea lentement : \u2014 Jane.mon aimée.comment êtes- vous venue?.File soupira : \u2014 Je me suis échappée.Une hésitation suspendit une question qu\u2019il avait aux lèvres.Néanfhoins, il se décida.Il s\u2019informa encore: \u2014 Et lord Brumel?La jeune femme tressaillit.\u2014 Lord Brumel ne sait pas que je suis ici.personne ne le sait\u2026 j'ai fermé ma chambre.en voici la clef.nul n\u2019y pénètre jamais.j'ai prévenu ma femme de chambre.\u2014 Votre femme de chambre?\u2014 Oui.\u2014 Si elle vous trahissait ?\u2014 Jamais.Elle m\u2019est profondément dévouée.Elle déteste lord Brumel.\u2014 Si l\u2019on vous avait rencontrée ?\u2014 Qui?\u2014 Le sais-je?\u2014 Non.cela ne se peut pas.j'ai pris une voiture.J\u2019ai baissé les stores.Idle ajouta tristement: \u2014 D'ailleurs je n\u2019ai que quelques secondes à demeurer auprès de vous.Tout a l\u2019heure je vais retourner à Mustapha.\u2014 Oh! Jane!.\u2014 Si.Voyez-vous j'ai commis une grande faute en vous aimant.J\u2019en ai commis une plus grande encore en n\u2019ayant pas su vous le cacher.Il est juste que j\u2019expie.LA REVUE POPULAIRE wei 58 \u2014 Montréal, Mai 1918 \u2014 Que vous expiez?.\u2014 Oui.\u2014 Mais la conduite que lord Brumel a envers vous est intolérable.\u2014 N'importe.\u2014 Mais elle est infâme.Cet homme n\u2019a pas su comprendre quel trésor inestimable vous êtes.Il n\u2019a pas su établir la différence de votre âme qui est comme un miroir où tout le ciel se serait reflété.Malgré l\u2019amour égoïste qu\u2019il a pour vous il vous traite presque de la façon dont il a l\u2019habitude de traiter ses palefreniers\u2026 ou ses chevaux.tout est semblable pour lui.\u2014 Il est mon mari.\u2014 Mais il vous a meurtrie dès la pre- miére heure.Votre coeur saigne.Vous souffrez d\u2019une souffrance cachée.d\u2019une souffrance atroce qui vous ronge et qui ne finira qu\u2019avec votre martyre.\u2014 Il est mon mari.\u2014 Mais il vous tuera peu à peu.\u2014 11 est mon mari.Le jeune homme se tordit les doigts.Il cria : \\ \u2014 Mais, je vous aime, moi, Jane! et je ne veux pas que vous soyez malheureuse ! \u2014 Taisez-vous ! \u2014 Pourquoi?\u2014 Parce que nous avons été coupables et que maintenant tout doit être fini entre nous.\u2014 C\u2019est une épreuve Jane?\u2014 Non.\u2014* Il n\u2019est pas possible que telle soit votre volonté?\u2014 Telle est ma volonté.\u2014 Mais vous m\u2019aimez ! La jeune femme ne répondit pas.Le duc éperdu répéth : \u2014 Vous m\u2019aimez.vous m\u2019almez.Il disait cela avec une angoisse dans la gorge, avec un doute qui malgré tout persistait en lui et ses yeux fouillaient anxieu- f ty Voi.11, No 5 sement les veux de la jeune femme pour tâcher de pénétrer au plus secret de son ame.Elle détourna la tête.Alors il devint d\u2019une pâleur extrême.Une douleur épouvantable lui tordit le coeur.Il s\u2019approcha tout contre Jane debout maintenant et, lui prenant les poi- ynets entre ses doigts crispés: \u2014 Jane.gémit-il.Jane, vous ne m\u2019aimez plus.La jeune femme ferma les yeux.Son visage avait pris la lividité de la mort.\u2014 Je ne vous aime plus.murmura-t- elle dans un souffle.En prononçant ces mots il lui sembla qu'elle allait mourir.Le duc avait fait: \u201cOh!\u201d simplement, comme quelqu\u2019un frappé, en pleine poitrine, d\u2019un coup foudroyant.Une expression d\u2019indicible torture contracta les muscles de son visage.Mais soudainement il fut éclairé d\u2019une lueur.Il comprit le mensonge de la jeune \u2018femme, le sacrifice qui ka guidait.Alors toute l\u2019inexprimable détresse de son âme s\u2019évanouit.Il reprit dans les siennes les petrtes mains de Jane et, la regardant bien en face, il reprocha doucement : \u2014 Pourquoi mentir Jane?La jeune femme le contempla avec épouvante.11 répéta: \u2014 Pourquoi mentir.Seriez-vous ici si vous ne m\u2019aimiez plus?* Alors elle baissa la téte et une larme trembla au bord de ses paupières.Oh! oui, elle aimait le duc, ce jeune homme d\u2019une si grande distinction de race, d\u2019ane beauté si noble, d\u2019une âme si chevaleresque.| Elle l\u2019aimait de toute l\u2019ardeur de sa jeunesse, de toute la tendresse de son âme ex- qnise, de sa pauvre âme si fragile, froissée \u2014 LA REVUE l'OPULAIRE Montréeë, Mai 1918 par la brutalrté de lord Brumel.Lorsqu'elle s\u2019était aperçue du trouble profond que la vue du duc apportait dans son coeur elle avait lutté de toutes ses forces contre cet amour qui, insensiblement, se ghissait en elle et qu\u2019elle savait impossible, contre eet amour qui était condamné d'avance.Elle était d\u2019une nature honnête et loyale.- Diit-elle en mourir elle était résolue à conserver sans tache le nom que lord Bru- mel lui avait donné.Et chaque fois que le duc avait para à Mustapha, elle l\u2019avait accueilli comme elle accueillait chacun, sans lui laisser soupçonner quelle place il avait prise dans sew âme.Mais lorsque celui-ci \u2014 sur la terrasse du palais \u2014 lui avait déclaré son amour.cet amour dont elle ignorait existence en lui, toute sà force s\u2019en était allée, et elle avait pensé défaillir de joie.Néanmoins tout de suite elle s'était arrêtée à une résolution.Elle n\u2019avait pas le droit d\u2019oublier qu\u2019elle s'appelait milady Brumel.Elle demanderart à M.de Varades de quitter Alger sans retour.Ils se donneraient la main une dernière fois, comme de bons amis, puis chacun irait de sos côté 54 Elle vers son destin.Lui vers l\u2019oubli., Maïs brusquement, à la minute où elle s\u2019arrétait & cette résolution, lord Brumel avait surgi.Et lord Brumel, ivre de vengeance.croyant probablement sa honte complète.avait déclaré :- \u2014 Je tuerai votre amant ! Or elle ne voulait pas que le due de Va- rades, qu'elle aimait fêt tué par land Bum.mel qu\u2019elle n\u2019aimais pas.# \u2014 Vol.11, No 5 A aucun prix il ne fallait pas que cette rencontre eût lieu.Pour la rendre impossible elle avait été traversée par les idées les plus folles, les plus absurdes, les plus extravagantes.C\u2019était pour l\u2019éviter qu\u2019elle était accourue.Elle s\u2019était dit: \u201cJe trouverai bien l\u2019un ou l\u2019autre prétexte.Je me traînetai aux geneux de M.de Varades, je le supplierai au nom de tout l\u2019amour qu\u2019il à pour moi, et il faudra bien qu'il m\u2019écoute.\u201cJe ne veux pas qu\u2019il se batte.\u201cJe le lui dirai.\u201cI1 ne se battra pas.Mais cette chose qu\u2019elle avait trouvée si simple, maintenant qu\u2019elle était auprès du duc elle n\u2018osait pas la lui dire.Elle sentait que tout était inutile, que ve qu\u2019elle lui demanderait là était une lâcheté.Elle sentait que, dès les premiers mots, le jeune homme bondirait d\u2019indignation.Et cependant cela était épouvantable de se dire que dans quelques heures le duc serait peut-être étendu sans vie, la poitrine trouée d\u2019une balle.| Jane, toute blanche, demeurait muette.Le duc demanda doucement : \u2014 A quoi pensez-vous ?Elle fit un effort.Elle ramena à ses lèvres ce sourire adorable qu\u2019elle avait.\u2014 À vous, mon ami, répondit-elle.Et elle poussa un profond soupir.Au même instant on frappa à la porte.La jeune femme n\u2019avait pu réprimer un imperceptible tressaillement.Elle avait eu soudainement le pressentiment de quelque chose qui allait la meurtrir, le pressentiment de quelque ,chose d\u2019irréparable.I Le duc se dirigea vers la porte.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918.\u2014 Ce n\u2019est rien, prononça-t-il, Firmin sans doute.Et il disparut derrière la tenture des portières.En effet, une seconde après il réapparaissait, une lettre décachetée à la main et qu\u2019il jeta négligeamment sur son secrétaire.| \u201c Il avait conservé le sourire qu\u2019il avait aux lèvres et sa physionomie reflétait une grande placidité.Cependant le malaise qui s\u2019était emparé de Jane ne s\u2019était pas dissipé.Elle eut l\u2019intuition que cette lettre qu\u2019elle n\u2019abandonnait pas des veux avait rapport à lord Brumel.Le jeune homme était revenu vers elle.D'une voix changée elle interrogea : \u2014 Vous vous battez! Il répondit simplement : \u2014 Oui.\u2014 Quand?\u2014 Cette après-midi.à quatre heures.Elle hésita : \u2014 Cette lettre?\u2026 \u2014 Est de l\u2019un de mes témoins.Les com- ditions du combat sont réglées.Echange de balles à vingt pas jusqu\u2019à ce que l\u2019un des deux adversaires tombe.\u2014 Alors.¢\u2019est 1a mort.\u2014 C\u2019est la mort.répéta-t-il.La jeune femme poussa un eri: \u2014 Et moi je te dis que c n\u2019est pas possible!.Je ne veux pas que tu te battes.Je ne veux pas que lord Brumel te tue.Je ne veux pas que tu meures!.\u2014 Janel.Celle-ci était transfigurée.Une résolution virile anithait ses traits.Elle s\u2019approcha de lui comme pour le défendre.Un flux de paroles, toutes les paroles qu\u2019elle n\u2019avait pas osé dire tout à l'heure lui vinrent aux lèvres: \u2014 Armand, je ten supplie, va-t-en.55 \u2014 Vol.11, No 5 Quitte Alger.Nous le quitterons ensemble si tu veux.Nous nous en irons loin, .bien Join, dans un endroit où personne ne nous connaît.Nous serons bien heureux, vois-tu.je t\u2019aimerai tint!.Je ferai ce que tu voudrag.je serai ta chose à toi, ta chose soumise et fidèle.mais par grâce ne te bat§ pas avec cet homme.jure-moi de ne pas te battre avec lui.So Elle se faisait souple, câline, et ses yeux étaient rivés aux lèvres du jeune homme.Il la regardait avec un air tendre et triste de reproche.Pourtant ce que dans son affolement elle lui proposait, s\u2019en aller ensemble, seuls, bien loin, c\u2019était le rêve qu\u2019il avait lui-même, le rêve auquel il avait songé un moment.| Mais les événements'avaient marché depuis.\u2014 Oh! Jane.murmura-t-il.Et il prit doucement la jeune femme dans ses bras.\u2014 Je t\u2019aime.balbutia-t-il tout bas dans les cheveux fins de sa nuque.\u2014 Tu m\u2019aimes?.\u2014 Oui.\u2014 Plus que tout au monde?.\u2014 Plus que tout au monde.\u2014 Tu ne voudrais pas me causer une grande peine, dis, tu ne vdudrais pas me voir mourir?.\u2014 Jane! \u2014 Tu sacrifierais tout pour moi?\u2014 Tu me te demandes?.\u2014 Tout?\u2014 Oui.\u2014 Alors c\u2019est convenu, j'ai ta parole.\u2014 Ma parole?.\u2014 Qui.Nous partons.tu verras comme je me ferai téndre.comme je t\u2019aimerai.comme je tiendrai peu de place dans ta vie.\u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mat 1918 Elle divaguait.Elle ne savait plus ce qu\u2019elle disait.Le jeune homme se dégagea de son étreinte.\u2014 Voyons, Jane, reviens a la raison.Tu sais bien que ce que tu me demandes là est impossible.Après, oui, si tu veux encore.Tu divorceras d'avec cet homme.Nous i irons en France, a Paris.Je supplierai tant ma mère qu\u2019il faudra bien qu\u2019elle t\u2019accorde à moi.Jamais elle n\u2019aurait une fille plus digne d\u2019elle, non, jamais.Je le lui expliquerai.File me comprendra, et tu seras ma femme.Jane, ma Jane.\u2014 Après!.après!\u2026 Elle ajouta en s\u2019effondrant dans le fauteuil | \u2014 Après.il sera trop tard!.\u2026 Et elle fondit en larmes.La secousse avait été trop violente pour ses nerfs.Le jeune homme s'était précipité auprès d\u2019elle.T1 passa avec douceur un bras autour de sa taille et, bas, tout bas, il hui dit des choses consolantes.Mais la jeune femme ne semblait pas Pentendre.Elle sanglotait à grands coups.Brusquement elle prit la tête du jeune homme entre ses deux mains, *plongea ses - yeux dans les siens comme si elle eût voulu y graver à tout jamais son image, puis elle-poussa une plainte sourde : \u2014 Armand ! _ Et d\u2019un geste égaré.d\u2019un geste de folie.elle attira à elle cette tête adorée et elle y posa ses lèvres.III FACE À FACE! Logo Brumel n\u2019avait pas beaucoup dormi cette nuit-là.Sitôt la fête achevée, sitôt les derniers \u2014 ® Vol.11, No 5 invités partis, les dernières lumières éteintes, il s\u2019était retiré dans ses appartements.Il n\u2019avait répondu au serrement de main bizarre de Jean Leska que par un serrement de main machinal.Jane, de son côté, s\u2019était enfermée chez elle.e Il avait évité de se rencontrer avec la jeune femme, d\u2019avoir avec elle une explication au cours de laquelle il se fut probablement laissé aller à quelque acte de viblence qu'il n\u2019eût pas été maître de réprimer et qu'il eût déploré plus tard.Il ne voulait pas d'éclat.Il ne voulait A aucun prix que le nom quil portait sortit diminué, sali, de cette abominable aventure.Et puis à quoi bon une explication! N\u2019avait-il pas vu une chose qui suffisait à l\u2019édifier, cette chose infâme.Jane dans les bras du duc de Varades, prête à unir ses lèvres aux lèvres du jeune homme en un long baiser d\u2019amour.I] ne comprenait pas comment il avait pu résister à l\u2019idée de meurtre qui s\u2019était _ emparée de lui, ne pas fondre sur les deux complices, les anéantir l\u2019un et l\u2019autre.Déjà il avait marché sur eux.Il allait frapper! C\u2019est alors qu\u2019il avait en, devant les yeux, le spectacle des invités qui déserteraient la.féte, afflueraient de toutes parts, affolés.L\u2019aveu qu\u2019il serait obligé de leur faire: \u2014 Milady Brumel était avec son amant, seuls ici; je me suis vengé.En un mot son déshonneur jeté en pâ- tare à la malveillance du monde, à ses sarcasmes, à sa méchanceté.Non.Non.Il devait se dompter quand même.I devait attendre.\u2018 11 châtierait le duc d'abord.Ensuite ce serait le tour de Jane.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 La mort de son amant d\u2019ailleurs serait le commencement de son expiation.Il verrait plus tard.\u2018 Lord Brumel Se promenait de long en large dans la vaste pièce meublée avec un luxe sévère.Ainsi cette Jane qu\u2019il s'était pris à al- mer de toutes les forces vives de son être, cette Jane dont on vénérait la nature angélique et droite était une misérable et une adultere!.Ce sourire divin qu\u2019elle avait n\u2019était qu\u2019un mensonge ! Un mensonge aussi cette atmosphère de pureté qui semblait l\u2019envelopper.La modestie de son mamntren, la candeur de ses yeux, mensonges.Tout n\u2019était que mensonge en elle! Et dire qu'il s\u2019était laissé prendre à cela! Dire qu\u2019il avait aimé cette femme pour cette beauté qui était une merveille, pour cette grâce sans rivale qui était comme une auréole \u2018enveloppant la jeune femme.Ses poings s\u2019étaient crispés et un.pli sombre, menaçant, avait rayé son front.La misérable, comme il la punirait!.Il se dit brusquement : \u2014 Que fait-elle & cette minute?Et un besoin de savoir s\u2019empara de lui.Probablement éperdue, toute seule dans sa chambre, elle tremblait pour l\u2019existence de l\u2019autre, de son compagnens.de celui qu\u2019elle aimait.Elle devait souffrir atrocement.Il voulait la voir.Tl voulait se repaître de la vue de sa souffrance.T1 se dirigea vers les appartements de la jeune Femme.Dans l'espèce d\u2019antichamibre qui préeé- -daït Ta chambre à \u2018coucher Àe Jxne il aper- \u2018qui sentblæit veiller. Ved.11, No 5 I1 demanda: -\u2014 Milady est chez elle?La soubrette imperturbable, répondit : \u2014 Oui, milord: Mais elle devint toute blanche quand elle vit que lord Brumel se dirigeait vers la chambre à coucher.Avant de partir, Jane lui avait dit : \u2014 Kate, je sais combien tu m\u2019es fidèle, combien tu m\u2019es attachée.Tu me dois un peu la vie.C\u2019est moi qui t\u2019ai arrachée un jour d\u2019un affreux quartier de misère d\u2019A1- ger où tu serais morte.Aujourd\u2019hui, je vais mettre cet, attachement à l\u2019épreuve.J\u2019ai besoin de m\u2019absenter pendant quelques instants, de faire une démarche que tout le monde \u2014 et lord Brumel le tout premier \u2014 doit ignorer.Il y va de ma vie.C\u2019est toi que je charge du soin d\u2019écarter tout soupçon au cas \u2014 fort improbable d\u2019ailleurs\u2019 \u2014 où cela serait nécessaire.Avant deux heures je serai de retour.Or il y avait\u2019 plus de trois heures de cela et milady Jane n\u2019était pas encore revenue.Lord Brumel continuait d\u2019avancer vers la porte de la chambre de lafjeune femme.Une exaspération, de plus en plus violente, montait en lui, le poussait contre l\u2019épouse criminelle.Il répétait: \u2014 La misérable!.1a misérable!.Savait-il d\u2019où elle venait?Qui elle était seulement ?| Quel mystère planait sur sa naissance ?Personne ne pouvait le dire, personne n\u2019en avait jamais rien su.Un soir, à la brume, à Nice, comme Mlle de Bredford, la vieille parente de lord Brumel \u2014 alors en villégiature dans le midi de la France \u2014 revenait à pied, \u2014 ¢ LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 doucement, à sa villa, suivie à peu de distance de son coupé, elle avait été frappée par des plaintes étouffées \u2014 les plaintes d\u2019un tout jeune enfant \u2014 qui semblaient venir d\u2019une porte placée dans l\u2019ombre.Elle s\u2019approcha.C\u2019était une jolie petite fille de quelques semaines à peine.La vieille demoiselle examins le lip- ge qui l\u2019enveloppait.Il était d\u2019une rare finesse et ne portait aucun chiffre.aucune indication qui pût aider à la reconnais sance de l\u2019enfant.Cependant 1l renfermait deux choses: D'abord un mot écrit d\u2019une écriture tremblée.fiévreuse\u2026 d\u2019une longue écriture de femme.Ce mot était celui-ci : \u201c Que Dieu me pardonne l\u2019acte que je \u201c vais commettre.Je me réfugie en sa \u201c miséricorde.Je supplie la personne qui \u201c trouvera ce cher petit être.innocent de \u201c tout, hélas!.de \u2019entourer de tous les \u201c soins.de toutes les tendresses dont j\u2019eus- \u201c se aimé à l\u2019entourer moi-même.\u201c Je l\u2019en remercie du plus, profond de \u201c mon âme\u201d.Il n\u2019y avait pas de signature.Le deuxième objet était une bague d\u2019une valeur inestimable.Cette bague était fort curieuse, toute sertie de pierres rares et d\u2019un travail d\u2019art unique.Il ne devait pas en exister deux de semblables dans le monde.Elle était surmontée d\u2019une couronne de marquis.ce qui permettait de supposer.en admettant que la supposition fût exacte.que enfant était issue d\u2019une famille d\u2019un rang considérable.Quel drame cela pouvait-il cacher?.Quelle histoire, obscure?Mystère.Alors, après avoir fait faire des recherches qui n\u2019aboutirent à aucun résultat, elle emmena l\u2019enfant avec elle en Ecosse, dans Vel 11, No 5 une propriété qu\u2019elle possédait aux environs d\u2019Edimbourg et qui était sa résidence habituelle.Car pas une seconde elle n\u2019avait eu l\u2019idée de remettre ce pauvre petit être à FHospice des enfants trouvés.Elle pensa que c\u2019était le ciel qui le lui envovait et qu\u2019à dater de ce jour, la Providence lui assignait une mission à remplir dans la vie.Elle avait baptisé la petite fille Jane.Elle aima celle-ci d\u2019une affection véritable, toute maternelle, d\u2019une affection de chaque heure qui jamais ne se démentit.Désormais elle n\u2019eut plus qu\u2019un mobile: s'appliquer à faire d\u2019elle une créature parfaite, accomplie dans le monde, une créature pourvue de tous les charmes et de toutes les vertus.Jane, au fur et à mesure qu\u2019elle grandissait, gagnaït chaque jour en grâce.C\u2019était à présent une jeune fille dont la beauté commençait à devenir célèbre dans les milieux aristocratiques de la ville.C\u2019est alors que Mlle de Bredford jugea qu\u2019il était temps de lui faire part de, l\u2019obs- eurité qui enveloppait son origine.Cette révélation foudroyante jeta un grand désarroi dans l\u2019âÂme de la jeune fille.mais l\u2019attachement qu\u2019elle portait à sa bienfaitrice en grandit encore.Il augmenta de toute la dette de reconnaissance qu\u2019elle avait contractée.A partir de ce jour elle conserva toujours à son doigt la précieuse bague qu\u2019on avait déposé dans ses langes et qui\u2014avec la lettre de la malheureuse qui probablement était sa mère \u2014 l\u2019aiderait peut-être à retrouver ceux dont elle pleurait tout bas la perte.ceux qu\u2019elle ne désespérait pas de retrouver un jour.Ce fut peu de temps après que Mlle de Bredford mourut, non sans avoir définitivement assuré l\u2019avenir de celle qu\u2019elle s\u2019é \u2014\u2014\u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 tait prise à considérer \u2014 à juste raison \u2014 comme sa fille, en mettant la main de cel- lé-ci dans la main de-lord Brumel.Jane avait alors exactement vingt ans.Elle était dans*toute la plénitudb de son imcomparable beauté.Lord Brumel se remémorait tous ces détails.Il revoyait la jeune fille telle qu\u2019il l\u2019avait vue pour la première fois au chevet de Mlle de Bredford.si belle de douleur et d\u2019éplorement.Et de penser que tant de jeunesse.que tant de grâce avaient pu mentir.que cette Jane si idéalement belle s\u2019était laissée aller à l\u2019amour d\u2019un autre.il sentait la colère farouche.implacable qui grondait en lui bouillonner plus fort.Chez lui le coeur souffrait.Moins que l\u2019orgueil pourtant.I] frappa à la porte de la chambre de Jane.Rien ne lui répondit.11 frappa à nouveau.Rien encore.Pas un bruit.Pas un mot de réponse.C'était étrange ! Dans une autre circonstance, il se fût éloigné probablement.Tl eût pensé la jeune femme occupée à sa toilette et il n\u2019eût pas insisté davantage par discrétion.Aujourd\u2019hui ce n\u2019était plus la même chose.| Il voulait entrer.Il en avait le droit.Ce n\u2019était plus une question puérile de délicatesse qui pourrait l\u2019arrêter.Il voulait voir.quelle attitude aurait Jane lorsqu\u2019ils se retrouveraient face à face après la scène de cette nuit.Elle serait lâche sans doute.Elle le supplierait.Elle implorerait son pardon 59 \u2014 Voi.11, No 5 \u2026aÆrèce de.son amant.Il serait impitoyable.Il tourna le bouton.En vain.F fit un nouvel effort) Ce nouvel effort fut inutile.La porte r\u2019avait pas cédé.Alors brusquement 1l comprit qu\u2019elle était fermée a clef.H fut stupéfait.Qu'est-ce que cela voulait dire?Est-ce que.par hasard.il se serait trompé sur le compte de la jeune femme.est-ce que par hasard, sous son enveloppe fréle se dissimulait une énergie, une virilité qu'il n\u2019avait Jamais soupçonnée et qui se manifestait aujourd\u2019hui ?Il se figurait la trouver abattue, éplorée, toute sanrlotante, il s\u2019attendait presque à ce qu\u2019elle se Yraînât à ses genoux et il se heurtait à une poste close, 4 Jane.seule.enfermée dans sa chambre sans doute, révoltée\u2026 prête à la lutte.Allons, soit! Il préférait cela à des larmes, au fond.Elle Jui résistait?Il ka briserait tout de même.Hypensa : \u201cJ'appuierai ma mair de fer sur son épaule et 11 faudra bien qu\u2019elle demande merci quand elle n\u2019en pourra plus.Elle n\u2019échapperait pas à sa colère.Il voulait qu\u2019elle le sût.H voulait le lui dire.bo Déjà ses lèvres s\u2019étalent entr\u2019puvertes.Déjà il allait crier à Jane d\u2019ouvrir, l\u2019en sommer d\u2019un ordre brutal s\u2019il le fallait, montrer qu\u2019i était le maître et le justi- œter et qu\u2019il briserait \u2014 sans rémission \u2014 toutes les volontés qui se dresseraient devant Twi.Mais soudainement il se rappe- 1a Kate.Kate qui était tout pres de lui.Kate qui devait J\u2019entendre\u2026 Alors il eut peur qu'aux yeux mêmes de cette fille un eoin du drame intime où son honneur pou- { LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 191% vait sombrer se dévoilat et, se contraz- gnant, les tempes battantes d une fureur sourde, il s'éloigna.Il était loin d\u2019ignorer que la curiosité des domestiques est sans cesse en éveil, que rien ne lui échappe et que justement, à cause de cela, elle est celle qui est le plus à à redouter.+ C\u2019est parce qu\u2019il le savait qu\u2019il s\u2019était dominé.\u2019 Il fit un pas de retraite.Ses yeux avaient conservé leur dureté.Il murmura d\u2019une voix encore tremblante de fureur: \u2014 Oh! Oh! milady Brumel, vous voulez entamer la Iutte, à votre aise.Il acheva avec un sourire sardonique: \u2014 Je vous attends.À tout à l\u2019heure! Pas une seconde l\u2019idée qu\u2019elle pût ne pas être chez elle ne l'avait assailli.Comment une pareille chose aurait- elle pu lui venir à l'imagination ?Jane.chez M.de Varades.2 cette minute.apres les événements de cette nuit.voyons, il eût fallu être fou pour le supposer., H retrouva Kate dans l'antichambre.n s\u2019approcha d\u2019elle.It s'était composé un visage.y \u2014 Milady repose?s\u2019informa-t-il.Kate fit appel à tout son sang-froid.Elle comprenait toute l'excessive gravité de la situation.elle comprenait que si lord Brumel concevait le moindre doute c\u2019en était fait de Jane.Ce fut d\u2019une vaix assurée qu\u2019elle répondit : \u2014 Oui, milord.\u2014 Elle a donné des ordres?\u2014 Oui, milord.\u2014 Lesquels?\u2014 De ne laisser personne approcher de milady.Lord Brumel prit le ton sèc qui lus était habituel.\u2014 Bien.dit-il.= ce \u2014 Voi.11, No 5 Et il ajouta: \u2014Milady däit être lasse.La soirée d\u2019hier a été fatigante.Veillez à ce qu\u2019on ne las dérange pas.Puis il disparut.Kate ne put retenir-un soupir de sous lagement.Rlle venait de vivre là plusieurs minutes d\u2019une angoisse mortelle.Lord Brumel avait traversé la cour immense du palais.= Au moment où il pénétra à nouveau dans ses appartements, l\u2019heiïtre se mit à sonner à un petit cartel appendu au mur.Il compta dix coups.Alors il donna immédiatement des ordres pour qu'on attelit.Il avait\u2014sans plus tarder\u2014a se rendre auprès de Jean Leska et d\u2019un autre de ses amis, le colonel Melvil, afin de les prier de l'assister dans son duel avec le duc de Va- rades.\u2018 Il voulait en finir tout de suite\u2026 Il fallait que sa vengeance s\u2019assouvit au plus tôt, que ce duel eût lieu le jour même.Moins de quatre heures après 1l était de retour.Sa figure Mmarquait une grande sérénité.Tout avait marché selon ses désirs.Il avait lui-même posé les conditions du duel, et ces conditions qui étaient d\u2019une rigoureuse sévérité, les témoins de son adversaire les avaient acceptées sans formuler la plus légère observation.Ceux-ci avaient reçu du duc l\u2019ordre formel de souscrire à toutes les exigences, quelles qu\u2019elles fussent, de lord Brumel.Ils s\u2019étaient conformés à cet ordre.Lorsque lord Brumel s\u2019était rendu auprès de Jean Leska, celui-ci n'avait pu éteindre, dans ses prunelles, unè flamme de satisfaction.Froidement, mais avec néanmoins un air vaguement ironsque, il avait écouté le \u2014 ' \u2014 LA REVUB POPULAIRE du motif de son duel avec M.de Varades.récit fantafsiste que le lord lui avait fait H avait paru n\u2019en pas suspecter le moins du monde l'authenticité.Puis, avec des ménagements habiles et aussi avec toutes sortes de restrictions, il avait poliment décliné l\u2019offre de lord Bru- mel de lui servir de témoin dans cette regrettable affaire.Ce Tout en renouvelant à ce dernier l\u2019assurance toujours parfaite de son dévouement, il avait argué de la situation délicate et un peu fausse dans laquelle il se trouvait vis-à-vis de chacun des deux adversaires.il avait argué de ses \u201camicales relations\u201d avec le duc pour insister sur son désir de demeurer à l'écart.Lord Brumel, tout de suite, s'était incliné devant les scrupules en somme fort logiques -de son ami.T1 s\u2019était même excusé d\u2019avoir fait auprès de lui une démarche -dont\u2014s\u2019il avait su le degré exact d'intimité de Jean ILesla et du Œuc\u2014il aurait saisi par lui-même le mal à propos.Alors, pour remplacer celui-ci, il avait fait choix d\u2019un autre témoin, M.d*Es- taing.Puis, en compagnie de ce dernier et du colonel Melvil, 11 était.allé dimer au cercle où il avait \u201cfait\u201d quelques cartons afin de s\u2019assurer de la régularité de son tir, afin de s\u2019assurer si son coup d'oeil était bien demeuré imfaillible et sa main d'une surprenante décision.Le résultat de son expérience avait été concluant.i Jamais il ne s\u2019était senti aussi bien disposé.; Son tir \u2014 d\u2019ordinaire remarquable \u2014 avait été merve:lleux d\u2019exactitude.Cette constatation l\u2019avait tranquillisé complètement.61 \u2014 Montréal, Mai 1918 Vol.11, No 5 Sitôt de retour à Mustapha, il s\u2019était énquis de Jane.: On lui dit que la jeune femme, toujours très lasse, n\u2019avait pas descendu de sa zæhambre où elle s'était fait servir.Cette réponse le satisfit.Il avait l\u2019esprit totalement quiet.Aucune fièvre ne l\u2019agitait.Il se sentait sûr de .ui, de sa vengeance, dont chaque battement du balancier de l\u2019horloge le rapprochait.Pourtant, il avait bien songé qu\u2019il était impossible de présager à l\u2019avance le résultat de cette rencontre et qu\u2019en dépit de tout il pouvait succomber.Mais il faut lui rendre cette justice que si cette pensée l'effleura.il n\u2019en fut nullement ému.Il n\u2019était pas accessible à la crainte.Il n\u2019était pas non plus accessible au remords.Car il s\u2019était dit aussi que les chances n\u2019étaient pas égales.Sa supériorité de tireur était hors de doute, était incontestable.N\u2019importe ! C\u2019était son droit d\u2019être sans miséricorde ! çÇ Les minutes d\u2019attente lui paraissaient longues, interminables.Il avait hâte que tout fut terminé.Il était dans son cabinet, occupé à achever de mettre de l\u2019ordre dans ses affaires.en prévision de tout événement, lorsque le roulement d\u2019une voiture sur les pavés de la cour le tira de son travail, à sa fin d\u2019ailleurs.Il tressaillit.\u2014Enfin.soupira-t-il.Il était prêt, droit, raidi, l\u2019oeil dur, habillé de noir, parfait de correction.Il descendit au devant de ses témoins, lesquels, d'une exactitude scrupuleuse, ve- LA REVUE POPULAIRE 62 Montréal, Mai 191% naient (prendre leur client ,a la minute précise.Il avait été décidé que la rencontre aurait lieu aux environs d\u2019Alger, à une heure de Mustapha, près d\u2019une propriété inhabitée que lord Brumel possédait là.Dans le fond du coupé, outre le colonel! Melvil et M.d\u2019Estaing, très graves tous deux, lord Brumel aperçut un long homme chauve, à la figure glabre, balafrée de rides.Le colonel Melvil annonça : \u2014Le médecin, milord.Et il le présenta : \u2014Monsieur le docteur Hercot.Le lord lui tendit la main.Avant de monter dans le coupé, il avais jeté un rapide regard dans la direction où étaient situés les appartements de Jane.Et il avait souri d\u2019un sourire étrange de contentement.Derrière les rideaux de l\u2019une des fené- tres il avait entrevu un visage , affreusement pâle, décomposé par la terreur\u2026 le visage de Jane\u2026 Voeil rivé à cette voiture où s'apprêtait à monter l\u2019homme qui allait frapper celui qu\u2019elle avait aimé, celui que sans doute elle aimait toujours.Il la devina, clouée au tapis, la gorge sèche, les mains crispées aux rideaux pour ne pas tomber, avec des lueurs de folie au fond des yeux.| Il pensa: ; \u2014Comme elle doit souffrir ! Aucun apitoiement ne lui vint au coeur.Il la contempla une dernière fois.Leurs regards se rencontrèrent.Celui de la jeune femme était effrayant de douleur.Celui de lord Brumel était effravant de calme.Alors il prit place dans le coupé qui, aussitôt, partit à une vive allure. Voi.11, No 5 Il s'était écoulé une heure à peine lorsque la voiture s\u2019arrêta brusquement sur la route déserte bordée d\u2019arbres grêles., Lord Brumel suivi de ses deux témoins et du docteur Hercot sauta à terre.Le lieu était admirablement chotsi.À droite, la campagne s\u2019étendait toute nue.A gauche, s\u2019élevait un petit bois du plus agréable aspect.À l'entrée de ce bois on voyait se dresser un petit château d\u2019un style quelconque, aux persiennes closes.un petit château silencieux comme endormi dans l\u2019abandon «t qui pouvait offrir un refuge provisoire au cas où il faudrait y transporter l\u2019un les combattants.Un soleil magnifique inondait de- ses rayons la nature en fête._ Les oiseaux perchés sur les branches des arbres, chantaient À tue-tête.Il faisait radieusement beau.(Pétait l\u2019un de ces jours où l\u2019on goûte si fort la volupté de vivre.Tout de suite lord Brumel jeta les yeux autour de lui.À une centaine de pas, il constata qu'un coupé stationnait également.À proximité de ce coupé se tenaient quatre hommes parmi lesquels, du premier coup d\u2019oeil, lord Brumel distingua le due de Varades.Celui-ci s\u2019entretenait d\u2019un air indiffé- rent avec ses deux témoins et un troisième personnage que lord Brumel jugea être atissi un médecin.Le duc paraissait fort placide.L'oeil était fier, la lèvre dédaigneuse.C\u2019est à peine si une imperceptible pâleur couvrait son front d'une réelle noblesse.Ainsi il était vraiment beau.Ainsi il était facile de comprendre com- menf Jane s\u2019était laissée glisser à aimer le jeune homme.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 Il avait redressé la taille, sa taille élancée, pleine de distinction, et il promenait sur les choses qui l\u2019entouraient des regards vagues, sans intérêt.Les témoins des deux adversaires s\u2019étalent salués.Bien qu\u2019ils fussent habitués à ces espèces d'histoires, ils étaient plutôt sombres, en proie à une émotion singulière.Ils regardaient tour à tour lord Brumel et le duc également impassibles, froidement braves tous deux et ils avaient l\u2019intuition vague que de ces deux hommes en pleine jeunesse, hier encore en pleine joie de vivre l\u2019un\u2014dans quelques minutes\u2014 aurait cessé d'exister.Et cela leur causait un malaise qu\u2019ils ne pouvaient parvenir à chasser.Cependant ils s\u2019étaient rassemblés afin de commencer les préparatifs.Les deux adversaires, chacun de leur côté, se tenaient à l'écart.Lord Brumel conversait avec le docteur Hercot.A quelque distance, le duc de Varades seul, se promenait de long en large sur la route.Il pensait.Et ses pensées étaient tendres.el ses pensées étaient tristes.et ses pensées étaient toutes à Jane.: Certes il n\u2019avait pas peur de la mort.mais à cause de la jeune femme il regrettait de mourir.- Il avait été si complètement heureux.Tout à l'heure lorsque, éperdue, elle était accourue chez lui, lorsque\u2014 en une crise d'immense désespoir \u2014 elle lui avait pris la tête entre ses chères mains el y avait appuyé ses lèvres, il avait éprouvé une brusque griserie.D'un élan farouche il avait pressé la jeune femme contre sa poitrine et à son tour, it avait cherché ses lèvres à elle. DOC + Voi.11, No 5 Mais elle l\u2019avait doucement repoussé.La première elle était revenue à la raison, aa sentiment de la réalité, qu\u2019au seuil de la mort l\u2019un et l\u2019autre, ils allaient oublier.Alors il s\u2019était agenouillé auprès d\u2019elle et il avait pris dans les siennes les petites mains qu'elle n\u2019avait pas retirées.Tes chères petites mains vers lesquelles, dévotement, il avait incliné son front brûlant, tandis que, \u2018des yeux de la jeune femme, des larmes -continuaient de couler.Et ils étaient demeurés ainsi.des minutes très longues.silencieux.sans se parler.Puis le duc l\u2019avait contemplée longuement.indéfiniment\u2026 de toute la ferveur de son âme.en songeant que peut-être il ne la reverrait jamais plus.Et elle s\u2019en état allée ensuite comme elle était venue.chaste.Pure.respectée.Mais brutalement le duc fut arraché .à LA REVUE POPULAIRE ses souvenirs par la voix de l\u2019un de ses témoins, qui vint à lui.\u2014La chance est pour lord Brumel, duc, nous avons ses armies, Puis encore: \u2014C\u2019est monsieur le colonel Melvil qui a le commandement du feu.: Le jeune homme esquissa un geste d\u2019indifférence.On avait achevé de compter les pas.La distance était établie.> Alors.on placa lord Brumel et le duc chacun à côté d\u2019un piquet planté dans la terre.Ni l'un ni l\u2019autre n\u2019avaient eu un fré- missemént.Hs semblaient de marbre.L'esprit de Brumel était à sa vengeance, celui du duc était à Jane.Cependant une image\u2019 passa devant les yeux du jeune homme.une image qui n\u2019était pas celle de la jeune femme.64 C\u2019était dans un hôtel silencieux et aristocratique de la rue de Varenne, la figure grave et attristée d\u2019une vieille dame vêtue de nôir: celle de la duchesse de Varades, la mère du duc.Mais cette vision fut fugitive et tout de suite la pensée du jeune homme revint à Jane.à Jane retournée à Mustapha\u2026 a Jane qui.a cette heure était sans doute écroulée quelque part seule.sur un canapé.ou elle devait pleurer toutes les larmes qu\u2019elle avait.Les adversaires étaient face a face.chacun un pistolet à la main.Leurs regards se heurtèrent.Celui de lord Brumel étincelait comme l\u2019acier.Il semblait en jaillir des étimeel- les.Le duc ne détourna pas les yeux.Son regard à lui demeura fier, hautain, dédaigneux.- Les témoins s s'étaient écartés.Les deux médecins qui causaient à voix basse s\u2019interrompirent soudainement.La voix du colonel Melvil venait de se faire entendre.C'était la minute décisive.Un silence solennel, un silence leurd d\u2019anxiété s\u2019était établi.Seuls les oiseaux chantaient de plus en plus fort leurs chansons de fête.A ce moment la voix grave du celenel s®éleva & nouveau.Il compta: \u2014Un.Pas un muscle du visage du duc et de celui de lord Brumel n\u2019avait bougé.La voix de l'officier reprit : \u2014.deux.Ce fut tout.Quand le colonel ouvrit la bouche pour la troisième fois sa voix fut couverte par le bruit d\u2019une double détena - tion.| Un cri de douleur traversa l\u2019espase.Puis on vit un homme laisser échapper \u2014 Montréal, Mai 191% qu rf Vol, 11, No 5 l\u2019arme qu'il tenait, faire un tour sur lui- même, et tomber au so! comme foudroyé.Cet homme était le duc Armand de Va- rades! IV LE CRIME DE JEAN LESKA Le duc ne s\u2019est pas trompé.Dans l\u2019un des petits salons du palais de Mustapha où elle se tient ordinairement pour recevoir ses familiers, dans l\u2019un des petits salons Louis XV aux meubles fragiles de laque blanc, aux écrans d\u2019un goût exquis ornés de peintures légères de Boucher, Jane, affaissée sur une causeuse, les cheveux défaits, la poitrine -secouée de hoquets, sanglote nerveusement.Elle est seule.File a éloigné tout le monde d'elle, donné l\u2019ordre formel que personne ne l\u2019approche.A Kate qui lui a rapporté la fausse alerte qu\u2019elle a eue au moment où lord Brumel s\u2019est présenté devant sa chambre, elle n'a répondu que par quelques monosyllabes sans suite, pleins d\u2019incohérence.Puis elle a renvoyé la soubrette elle-même, la pauvre soubrette toute chagrinée de ia peine profonde qu\u2019elle a lue sur le visage ravagé de sa maîtresse.Pk elle est restée ainsi des heures et des heures prostrée dans son désespoir.Men Dieu qu\u2019a-t-elle fait! A eause d\u2019elle, à cette minute, deux deux hommes sont occupés à s\u2019entr\u2019égor- per.: A cause d\u2019elle tout à l'heure l\u2019un d\u2019eux peut-être sera mort.~ Bt dire quelle est la.clouée a ce sa- len.impuissante.Dire qu'il lui est interdit de rien faire pour empécher cette affreuse chose.qu'il lui est défendu de cone.de s\u2019interposer.de se mettre ee] LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 entre le pistolet de lord Brumel et celui de M.de Varades.Oh! c\u2019est épouvantable ! Des plaintes s'échaippent de ses levres.des plaintes sourdes, inarticulées.Elle rile: \u2014Ah! mon Dieu!.Ah! mon Dieu.Elle ne trouve pas autre chose.Jamais encore elle n\u2019a souffert pareillement.Jamais son Ame n\u2019a été en proie à une aussi effroyable angoisse.Depuis l'instant où elle a vu lord Bru- mel implacable, gravir le marche-pied du coupé, bien des minutes ont passé.Ce qu'ont été ces minutes rien ne saurait l\u2019exprimer.Les regards de Jane, instinctivement, se sont portés sur une petite pendule de vieux Saxe qui est placée en face d\u2019elle, et elle suit la marche des aiquilles, les prunelles fixes.toute ra'die, la poitrine haletante, les ongles enfoncés dans les coussins afin de ne pas crier, et elle refoule les sanglots qui crèvent dans sa gorge.Ce doit être la seconde fatale.Maintenant lord Brumel et le duc sont rendus sur le terrain.- Elle voit nettement la scène devant elle : le lord, haineux, M.de Varades, pâle, ses yeux remplis d'amour comme obscurcis par une ombre de regret.Cette vision affreuse la harcele.Elle \u201cne peut pas en détacher son esprit\u2026 C\u2019est en vain qu\u2019elle tente de la chasser, de penser à autre chose, toujours elle revoit son mari et le duc, l\u2019un en face de l\u2019autre, prêts à faire feu, toujours cet horrible spectacle la poursuit, l\u2019obsède.Elle suffoque.Dire que peut-être, là-bas, à cette minute\u2026 l\u2019homme qu'elle aime rile avec un trou dans la poitrine.Oh! ce doute!.\u2026.Comme il la dévore, comme elle vou- 65 \u2014 Vel.11, No 5 drait en finir avec lui, ne plus le sentir s\u2019enfoncer ainsi dans sa chair et dans son coeur, comme elle voudrait, dès à présent, conmaître le résultat de cette exécrable rencontre, Oui, être fixée, ne pas se débattre ainsi dans cette épouvante, savoir, savoir, Ô mon Dieu! à n'importe quel prix!.Elle s\u2019est levée.Une fièvre très forte la gagne.Un commencement d\u2019égarement.Elle éprouve le besoin de se mouvoir.de marcher\u2026 «de ne plus rester ainsi dans cette immobilité\u2026 Elle a des mouvements nerveux inconscients.Elle fait des chose8 sans savoir.et ses tempes qui battent à coups redoublés sont brûlantes.Elle s\u2019approche d'une croisée.Elle louvre machinalement.Mais, tout de suite, bien que la température soit douce, elle est secouée par un long frisson.Alors elle referme la croisée du même geste machinal.Les minutes s\u2019écoulent une à une.Puis les heures.À présent l\u2019ombre, per degré, envahit la pièce.Jane est toujours debout, près de la fenêtre.Tressaillant au moindre bruit, elle épie avidement, hagande, en proie à une surexcitation de folie.Qu'est-ce que cela veut dire?Il y a longtemps que tout doit être fini.Alors pourquoi la laisse-t-on ainsi sans nouvelles?Pourquoi semble-t-on prolonger, comme à dessein, celte agonie dans laquelle elle se débat.Que doit-elle croire?Si lord Brumel n\u2019est pas de retour, c'est donc qu\u2019il lui est arrivé quelque chose.c\u2019est donc.qu\u2019il serait blessé.que le duc vivrait.oh! Seigneur!.Cela serait possible!.LA REVUE PNPTLAIRE Montréal, Mai 1918 Le ciel aurait eu pitié de ses larmes!.Elle se raccroche à cette pensée comme le naufragé à une bouée de\u2018 sauvetage.Son sein se soulève avec moins d\u2019effort.Un peu de vie revient en elle.Mais immédiatement elle sent l\u2019inani de son espérance.Alors elle retombe à ses terreurs et à sa souffrance.Si lord Brumel avait été frappé.on Ven aurait avisée.avec des ménagements sans doute.mais on l\u2019en aurait avisée tout de même.Et puis on l\u2019aurait transporté ici.dans sa demeure.Il y serait à cette heure.66 Un chæos s'établit dans sa cervelle qui lui fait mal.Oh! si mal.et qui\u2014 lut semble-t-il\u2014est prête à éclater Elle ne sait plus à quoi s\u2019arrêter.Les idées les plus contradictoires lws- saillent.[ Est-ce que lord Brumel\u2026 par un raffinement de cruauté propre a sa pature.la laisserait volontairement dans cette attente dant il lui est aisé de se figurer toute l\u2019horreur?\u2026 Ah! cet homme, comme elle le bail à cet instant ! Pourquoi a-t-il fallu que la fatalité la plaçât sur son chemin.Jamais elle ne l\u2019a aimé.Jamais elle ne se serait.par elle-méme accordée à lui.Lorsque M]le de Bredford, à son chevet de mourante, avait placé sa main à elle dans la main du lord.elle avait eu un mouvement de surprise, presque d\u2019instinctif éloignement.Cependant elle était demeurée muette devant la suprême volonté de celle qu\u2019elle vénérait à d\u2019égal d\u2019une mère et à qui elle était redevable de tout dans la vie.Le voeu de la chère morte lui était sa- 2 cre.\u2014 \u2018Bee TT Yee Vol.11, No 5 Elle avait consommé héroïquement le sacrifice de son coeur, oublié les rêves qu\u2019elle avait faits d\u2019une existence heureuse auprès de quelqu\u2019un qu\u2019elle se serait choi- -si, qu\u2019elle aurait aimé de toute la ferveur de son âme si douce, au fond de laquelle tant de trésors de tendresse étaient amoncelés.Comme elle a souffert depuis.Comme elle a payé cher ce sacrifice !.Que de pleurs versés en secret, que de douleurs cachées, que d\u2019heures sombres de désespérance!.La nuit peu à peu s\u2019était faite.Le ciel, tout à l\u2019heure si beau, s\u2019est brusquement chargé de nuages.de gros nuages noirs accumulés au fond de l\u2019horizon.Le salon est plongé dans une obscurité profonde.La jeune femme se retourne.LA REVUE POPULAIRE Elle défaille sur ses jambes.Tout son.corps est cassé.Elle ne parvient à se tenir debout qu\u2019au prix d\u2019efforts surhumains.Sa fièvre a atteint le plus haut degré.Jane reste toute saisie de l\u2019ombre épaisse qui l\u2019entoure.Ses yeux ont beau essayer de percer les ténèbres, elle ne distingue rien.Combien d\u2019heure est-elle donc demeurée ainsi.dans cette posture.comme soudée a cette fenétre?.A titons.elle se dirige vers un petit guéridon où elle sait qu\u2019un timbre est posé.Elle a peur de cette ombre.peur de la solitude dans laquelle elle se trouve.Un frisson.plus profond.lui passe entre les épaules.Elle appuie le doigt sur le timbre.Personne.Elle s\u2019étonne.Mais brusquement elle se souvient qu\u2019elle a éloigné tout le monde d\u2019elle.qu'elle a \u2014 67 Montréal, Mai 1918 même renvoyé Kate.sa pauvre Kate si déconfite du congé brusque qu\u2019elle a reçu.Alors.elle reste dans la nuit.immobile à attendre.Tout à coup elle n\u2019est pas maîtresse d\u2019un violent tressaillement.Elle devient toute blanche.Il lui semble qu\u2019un pas d\u2019homme se dirige vers le salon.Elle ne se trompe pas.Ce pas approche.Elle respire avec peine.Des gouttes de sueur perlent à ses tempes.| Subitement.une joie insensée.une joie si forte qu\u2019elle en souffre.secoue tout son étre.Ce n\u2019est point celui de lord Brumel, Ainsi cela est vrai.Le ciel a entendu le cri déchirant de son ime.il n\u2019a pas voulu que sa vie fit à tout jamais empoisonnée par le remords et par le deuil.Ce n\u2019est pas lord Brumel qui revient.c\u2019est le duc.le duc vivant !.6 mon Dieu! Elle va le revoir.lui qu\u2019elle avait cru perdu pour toujours.Ce bonheur est trop brutal.Le délire s'empare d\u2019elle.Ce qui lui reste de raison sombre tout à fait.Elle ne se fait pas la réflexion que même en admettant que le jeune homme fût sain et sauf, jamais il n\u2019aurait osé une telle démarche.une démarche si en dehors de tous les usages et du respect qu\u2019il doit à elle-même.Un trop grand désarroi règne en elle.Cela fait trop d\u2019heures que ses nerfs sont tendus.trop d\u2019heures que son cerveau est assiégé par les pires angoisses.Elle est dans un état indescriptible.Ses yeux brillent d\u2019une flamme singulière.i pui i: \"A Hl 38 1d 2 i Val.11, No Au seuil du salon.devant Jane.brusquement\u2026 l\u2019ombre d\u2019un homme vient de se dresser.; La nuit est si épaisse qu\u2019il est impossible de distinguer les traits de sa physionomie.La jeune femme fait un pas vers l\u2019ombre.Elle pousse un cri éperdu.Ses bras se tendent.\u2014 Armand.Armand.rile-t-elle.c\u2019est toi fl.Si Jean Leska, pour des raisons de lui seul connueg, avait refusé à lord Brumel de lui servir de témoin, il avait été le dernier à se désintéresser de l\u2019issue du drame qui s\u2019était joué à Mustapha.Ce drame \u2014 à part les acteurs mêmes\u2014 n\u2019était-il pas le seul à en posséder la trame?N\u2019était-ce pas lui qui l\u2019avait provoqué?Caché dans la coulisse, n\u2019en avait-il pas été le machiavélique auteur ?Aussi, durant toute la journée, n\u2019avait-il pas été maître d\u2019ane fièvre inaccoutumée.Non pas qu\u2019il eût eu le plus infime regret de sa conduite et de ce qu\u2019elle avait d\u2019infime.S\u2019il savait mettre au service de ses passions une extraordinaire force de dissimu- fation, il n\u2019était pas non plus de ceux-là qui reviennent sur ce qu\u2019ils ont fait et son âme, aux profondeurs insondables était inaccessible au remords.D'ailleurs un sentiment qui, en lui, primait tout autre, eut suffi à faire taire la voix de sa conscience : la haine implacable qu\u2019il avait vouée à tout jamais à M.de Varades.Cette haine avait pris naissance le jour où il s\u2019était aperçu que non seulement le duc était pour lui un rival, mais qu\u2019aussi \u2014 LA REVUB POPULAIRE Moutréal, Mai 1918 Jane, de son côté, avait pour le jeune homme un penchant secret, un penchant qu\u2019elle devait croire bien enseveli au plus profond de son être et qui, néanmonis, n\u2019avait pas échappé à ses yeux perspicaces et jaloux, à lui, Jean Leska.Oui, c\u2019était même Jane qu\u2019il avait aimée avec une ardeur sauvage, bestiale \u2014 il n\u2019était pas un sentimental, lui! \u2014 et dont à cette heure encore, il aurait payé la possession, fût-ce au prix d\u2019un crime !.Il se rappelait.\u2018 | Lorsqu\u2019il lui avait dévoilé la passion fcoupable qui le brûlait, faisait s\u2019écouler ses nuits dans l\u2019insomnie et la fièvre et, à cette minute même, le jetait affolé et hurlant de désirs à ses genoux, elle l\u2019avait repoussé hautainement, presque avec horreur.Ah! comme elle se serait repentie si elle avait sul.Car il n\u2019avait pas tardé à lui faire payer cher le mépris avec lequel elle l\u2019avait traité, à assouvir sa rage à frapper inexorablement les deux amants au seuil même de leur bonheur.Sans doute le duc et Jane avaient fait un rêve enivrant d\u2019amour.\u2026 Comme il s\u2019était chargé de les en réveiller! | Pour l\u2019homme la mort à coup presque sûr ! | Pour la femme, la tombe de celui qu\u2019elle aimait et devant laquelle il ne lui serait pas même permis de s\u2019agenouiller! En vérité, il n\u2019était pas un ennemi à dédaigner et le poids de sa main se faisait lourdement sentir quand elle s\u2019abattait sur quelqu\u2019un.La visite matinale de lord Brumel \u2014 à laquelle il s\u2019attendait d\u2019ailleurs, malgré la surprise qu\u2019il en avait témoigné \u2014 avait dérangé le plan ordinaire de sa journée.A cause d\u2019elle il n\u2019avait pas accompli la 65: \u2014 Vol.11, No 5 promenade & cheval qu\u2019il ne manquait jamais de faire avant d\u2019aller déjeûner dans l\u2019un des restaurants à la mode où il avait l\u2019habitude de se rendre.Il s\u2019était fait servir chez lui, dans sa garçonnière, dont ses plus intimes mêmes ne connaissaient qu\u2019une pièce unique; une sorte de salon-fumoir où il les recevait à Pexclusion de toute autre.Il ne livrait de sa vie, entourée de mystère, que ce qu\u2019il jugeait bon.Un original, disaient certains.Mais des esprits malveillants ajoutaient que ses façons singulières de vivre, que ses longues absences, ses disparitions soudaines à la recherche de prétendues études» picturales n\u2019étaient pas sans permettre toutes sortes de soupçons.Oui, mais quels soupçons?Les seules remarques que Pon pouvait faire c\u2019est que, malgré le goût prononcé pour la peinture qu\u2019il affichait, e\u2019était non pas dans le monde artiste qu\u2019il avait des relations, mais presque uniquement dans la société des militaires, des officiers de la garnison et de la marine de guerre qu\u2019il semblait se complaire.Un roble polonais?Oui, mais un polonais peut être indifféremment russe, autrichien, ou allemand, ee qui n\u2019est pas pareil.Il est vrai que Jean Leska prétendait être né dans l\u2019ancestral château de sa famille, près de Varsovie même, c\u2019est-à-dire au coeur de la Pologne russe.Il était donc, de par sa nationalité, mieux qu\u2019un ami, un allié.: Et c\u2019est comme tel d\u2019ailleurs, qu\u2019il était reçu partout et que toutes les portes, même les plus fermées, s\u2019ouvraient devant Jui.Au surplus, sa fortune, à en juger par les dépenses qu\u2019il faisait, devait être considérable.+ LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 Il était sorti de chez lui vers le soir seulement.Il sé doutait bien que le bruit du duel entre lord Brumel et M.de Varades devait être propagé dans la société d\u2019Alger avec une rapidité foudroyante.Le lord y occupait une trop grande place, le jeune homme, d\u2019autre part, durant les deux mois de son séjour, y avait marqué une trace trop profonde par son grand nom et la noblesse de son caractère, sympathique à tous, pour qù\u2019il pût en être autrement.Le résultat de ce duel \u2014 terminé à cette heure \u2014 devait s\u2019être répandu comme une traînée de poudre.La première personne de son monde rencontrée, le lui apprendrait sans doute.Au cercle, dans les cafés, ce devait être l\u2019événement du jour et le sujet de tous les.entretiens.Jean Lesknw ne s\u2019était pas trompé dans ses prévisions.Moins d\u2019une demi-heure après avoir quitté son domicile, il était complètement renseigné.Sa bonne fortune l'avait fait se heurter à l\u2019un des témoins même de M.de Vara- des au coin de la rue habitée par celui-ci et alors que, son rôle terminé, il se disposait à rentrer chez lui.C\u2019est ainsi que Jean Leska avait su que le duc mortellement atteint, croyait-on, avait été ramené à son logis.Non seulement il n\u2019avait pas encore repris connaissance, mais les médecins qui l\u2019assistaient, fort pessimistes, déespéraient de le conserver à la vie.À moins d\u2019un miracle, la fin, pour lui, n\u2019était plus qu\u2019une question d\u2019heures.Jean Leska en avait éprouvé une âpre satisfaction.+ Allons, tout avait marché selon ses voeux ! | Voi.11, No 5 La vengeance qu\u2019il avait rêvée, le destin la lui avait donnée telle qu\u2019il se l\u2019était promise.M.de Varades à l\u2019agonie, c\u2019était parfait.Sa pensée se reporta vers Jane.Dans quel état elle devait être à cette seconde! Brusquement une idée mauvaise, diabolique, s'empara de lui.Pourquoi n\u2019irait-il pas présenter à la jeune femme ses compliments de ce que lord Brumel avait échappé aussi heureusement au danger qu\u2019il avait couru?Cette visite n\u2019était-elle pas naturelle, obligatoire même, n\u2019était-il pas de son devoir de s\u2019en acquitter.Demain ?Non.A quoi bon attendre?Il était curieux de se retrouver en présence de la jeune femme.Curieux de voir quelle attitude elle prendrait et le sourire forcé que, héroi- quement, elle devrait amener à ses lèvres lorsqu\u2019il la féliciterait, sur un ton dont il serait seul à comprendre l\u2019ironie cruelle, .de l\u2019heureux dénouement pour elle de cette rencontre.Car elle devrait sourire, répondre par des phrases de remerciement, quand il la congratulerait de ce que l\u2019homme à qui elle avait donné toute son âme, était tombé, frappé d\u2019une balle meurtrière, pour l\u2019amour d\u2018elle.; Ah! quelle volupté il goûterait à regarder la malheureuse se raidir de toutes ses forces afin de ne pas laisser voir ce qui s\u2019agitait en elle, afin de ne pas crier sa souffrance, s\u2019effondrer comme une bête blessée dans une crise de désespoir et de larmes.Jean Leska était homme de décision.Entre la conception d\u2019un projet et sa LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 mise à exécution, il ne laissait jamais s\u2019écouler que tout juste le temps nécessaire pour le mener à fin complète.Un instant pourtant, la réflexion qu\u2019il s'était faite de l\u2019heure tardive, l\u2019avait fait hésiter.Il avait passé outre.Il était trop des familiers de lord Bru- mel et de milady Jane pour s'arrêter à une aussi puérile considération.D'ailleurs les circonstances étaient par elles-mêmes suffisantes pour l\u2019excuser.Ê,Moins d\u2019une heure après, il était à Mus- tapha.Il fut surpris par le calme profond qui régnait, surpris de n\u2019apercevoir aucune lumière briller à la façade de la somptueuse habitation.Néanmoins, en habitué des lieux, il se dirigea, sans embarras, vers l\u2019un des salons où il savait qu\u2019à l\u2019ordinaire Jane se tenait.Aucun domestique.Personne.Partout un silence de mort.Qu'est-ce que cela veut dire?Il continue à avancer.La nuit est obscure, inquiétante, lourde d\u2019orages.Les ténèbres sont telles que son oeil cherche en vain à percer l\u2019ombre qui l\u2019enveloppe.Tout à coup, il a un geste brusque, ins- , tinctif, de recul.Dans la pièce où il vient de pénétrer, il a vu une silhouette de femme, toute blanche, surgir soudainement.Il devient d\u2019une pâleur extrême.Son coeur bat à coups désordonnés.La femme marche vers lui.On dirait qu\u2019elle chancelle, qu\u2019elle ne tient debout que par la tension de toute sa volonté, de toute son énergie.Elle a heurté une chaise qui a chu avec un bruit assourdi sur le tapis.Elle semble ne pas 70 \u2014 pan \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 Vol.11, No 5 même s\u2019en apercevoir.Elle avance toujours du même pas d\u2019hallucinée.Elle n\u2019est plus qu\u2019à une courte distance.Il l'entend prononcer d\u2019une voix qu\u2019il reconnaît bien \u2014 ah! trop bien \u2014 malgré sa profonde altération : \u2014 Armand.c\u2019est toil.Armand?.Jean Leska est pétrifié.Dans l\u2019obscurité il essaie de dévisager la jeune femme dont il ne voit que les yeux, des yeux immenses, fiévreux, étinceler dans la nuit.Voyons, devient-il fou subitement ! A-t-il bien entendu?Jane le prend pour le duc.Malédiction! Que signifie cet accueil?Que se passe-t-il en vérité?La jeune femme ignore-t-elle donc les événements de la journée?Ignore-t-elle que l\u2019homme dont ses lèvres prononcent le nom, rènd en ce moment peut-être, s\u2019il ne n\u2019a pas rendu déjà, le dernier soupir.Oh! cet homme, comme elle paraît l\u2019aimer! | Même mourant, même mort, il se dresse entre elle et lui, Jean Leska, comme une barrière infranchissable.Une grimace de haine tord sa bouche.Les aiguillons de la jalousie, impitoyablement, férocement, s\u2019enfoncent de nouveau dans sa chair.I Il n\u2019a qu\u2019un mot à dire et cette femme orgueilleuse, hautaine \u2014 dont la beauté éclatante allume dans ses sens une flamme de convoitise qu\u2019il ne peut éteindre \u2014 il va la voir devant lui s\u2019abattre comme une masse sans un cri, atteinte en plein coeur.Elle ignore le sort de son amant.Soit ! Il va se charger de le lui apprendre! Déjà sa bouche s\u2019entr\u2019ouvre.Mais il se tait.Une seconde lui a suffi pour concevoir l\u2019idée d\u2019une crime monstrueux.\u2014 T1 LA REVUE POPULAIRE * Montréal, Mai 1918 Maintenant la jeune femme est tout près de lui.\u201c Il ne distingue pas sa physionomie, cette physionomie divine qui semble être le chef-d\u2019oeuvre de Dieu et dont tous les traits sont, de façon ineffaçable, gravés dans sa mémoire, mais il sent, tout contre son visage, le souffle brûlant de Jane.Celle-ci s\u2019obstine dans sa folie.Elle répéte une phrase.toujours la méme.la seule qui se fait jour dans son cerveau troublé.la seule qui lui vient aux lèvres: \u2014Armand, c\u2019est tol.Armand?.Jean Leska s\u2019est remis.Il étouffe en lui une dernière révolte.\u2014Oui.murmure-t-il tout bas, d'une voix sans timbre, d\u2019une voix méconnaissable.Jane pousse un rugissement de joie.D\u2019un bond elle se précipite vers Leska, elle s'empare de ses mains avec un geste fou, un geste de délire.\u2014Toi.toi.vivant.6 mon Dieu, c\u2019est bien vrai.Je me disais bien aussi qu\u2019il n\u2019était pas possible que le ciel fût à ce point impitoyable.J\u2019ai tant souffert, si tu savais.Mais c\u2019est fini maintenant que tu es la.Je suis folle.ne fais pas attention\u2026 c\u2019est lc bonheur.Regarde- mol.Je ne te vois pas.N\u2019importe.Il me semble entendre battre ton coeur.Oh! je t'aime, Armand, je t\u2019aime.En effet, elle ne sait pas ce qu\u2019elle dit.Elle n'a conscience de rien.Jean Leska n\u2019a pas lâché les mains de la malheureuse.Il des emprisonne dans une étreinte étroite, dans une étreinte de fer.Il sourit d\u2019un sourire singulier que l\u2019ombre dérobe et quelque chose de satanique s\u2019agite confusément en lui.Mais elle continue de divaguer.\u2014Dire qué j'ai pu m\u2019imaginer que je ne \u2014\u2014 EE IR Vel.11, No 5 te verrai plus.oh! c'était affreux!.Ne plus te voir, toi, mon adoré.toi, ma vie!.Je crois que j'aurais perdu la raison.ou que je serais morte.Je ne sais pas ce que je serais devenue.je ne sais pas ce que j'aurais fait.Mais tu n\u2019es pas blessé au moins?.Je me t\u2019al pas encore demandé.Pourquoi restes-tu silencieux Ÿ Dis-moi quelque chose.Ta voix m'est si douce à entendre\u2026 .Rassure-moi.Ah! LA REVUE POPULAIRE tu ne peux m\u2019aimer autant que je t'aime.Je ne suis pas jalouse de ton passé, mais moi, il faut que tu le saches, je n\u2019ai jamais aimé d'autre homme que toi.Je suis dans tes bras comme une jeune épousée.Il faut croire que je savais que je te ren- sontrerais un jour, puisque j'ai gardé pour toi toute ma pureté morale, toute la virgi- nalité de mon âme.Parle-moi donc, je \u2019en supplie.Tu as quelque chose que tu me caches.Il n\u2019est pas naturel que tu demeures ainsi sans rien dire.\u201cTu me fais peur.Armand, parle-moi, par pitié.Le sourire diabolique de Jean Leska s\u2019accentue encore à ses lèvres., \u2014Chut.ordorne-t-il dans un souffle.Une fièvre le gagne.Le sang se transporte à son cerveau.Sa gorge se sèche.Oui, elle est bien à lui cette fois, cette Jane qui l\u2019a dédaigné.Elle est à sa merci.Rien ne peut la sauver.Mais il la sent défaillir soudainement.Alors il passe un bras autour de sa taille pour la soutenir.Elle s\u2019abandonne.S\u2019il ne la tenait pas ainsi, elle s \u2019effondre- raif sur le tapis.Il essaie de faire quelques pas, de se reeonnaître.It se Bute à ul meuble.\u20ace meuble est an canapé.IT y dépose Is jeune femme.Elle a fermé le yeux.A-t-elle sa connaissance exééref Peu importe à Jean Leska.Le crime qu\u2019il a résolu il va le commettre.| Et puis, tout à coup, une vive clarté inonde la pièce.* Une main vient de tourner le commutateur électrique.Au seuil de la pièce, un homme se dresse, la bouche crispée d\u2019un rictus, terrible à voir.- Cet homme, c'est le maître de céans.Le mari de Jane.Lord Brumel.Il fait un pas vers Jean Leska qui s\u2019est relevé.; \u2014Ah ! vraiment, ricane-t-il, j'arrive fort à propos.Combien donc, madame, avez-vous d\u2019amants?A peine wiens-je d\u2019en supprimer un qui\u2014le malheureux !\u2014 s\u2019est exposé à la mort parce qu\u2019il se croyait aimé de vous que, pour vous consoler de sa perte sans «doute, vous en prenez un autre.Il agonise en ce moment sans savoir, heureusement pour lui, car je le plains à cette heure, que vous n'êtes digne ni de lui ni de moi.Non, en vérité, vous ne valez pas le sang répandu pour vous.Mais lui était un étranger.Il n\u2019était tenu envers moi à aucun égard, à.aucun ménagement.Vous lui avez plu, il a essayé de vous prendre à moi.C\u2019est la vie cela.A chacun de défendre son bien.Mais vous, Leska, qui vous disiez mon ami, vous qui étiez reçu ici comme ua .intime, c\u2019était donc pour me voler, pour apporter le déshonneur dans ma maison, que vous vous y êtes.introduit?Au moins avec le duc de Varades, je pouvais me rencontrer face à face, chacun une arme au poing, dans un combat loyal.Vous, c\u2019est\u201d différent! Vous avez pénétré dans mon intérieur comme un malfaiteur et c\u2019est comme un malfaiteur que jé vais vous abattre.Montréal, Mai 1918 3 Vol.11, No 5 Il avait prononcé ces mots avec le calme effrayant dont il ne se départissait pas\u2014même à cet instant tragique.Les yeux désorbités, Jane regardait cette scène.Il semblait qu\u2019elle n'avait plus sa rai- LA REVUE POPULAIRE son à elle.Elle ne comprenait, elle ne sa- .vait qu\u2019une chose: c\u2019est que l\u2019homme qu\u2019elle avait pris pour M.de Varades était Jean Laska et que le duc avait succombé dans son duel avec lord Brumel.Elle eût voulu se lever, crier : \u2014Puisque vous avez tué celui qui possède mon âme, achevez votre oeuvre, tuez-moi aussi par pitié.Que m\u2019importe Jean Leska ! Il est un infâme.Je le hais autant que je vous hais, vous qui avez as, sassiné l'homme que j'aime.Mais dans sa gorge contractée, aucun son ne se livrait passage.Ah! oui, pouvoir crier la haine qui gonflait son coeur \u2018blessé à mort, donner libre cours à son désespoir, à ses larmes! Mais elle était incapable de faire un geste, de prononcer une parole.Ses yeux demeuraient secs.Et c\u2019était atroce, c\u2019était effroyable! Elle sentait dans sa poitrine ses nerfs qui se nouaient et qu l\u2019étouffaient.Jamais créature humaine n\u2019avait enduré un supplice pareil.Du drame qui se jouait devant elle, en quoi le dénouement pouvait-il l\u2019intéresser?.Elle n\u2019état pas là, mais ailleurs.Prrès d\u2019Armand de Varades.D\u2019Armand de Varades qui, lord Bru- mel Pavait dit, agonisait-en ce moment.En dehors d\u2019Armand, d\u2019Armand à qui son amour à elle avait été fatal, que lui mportait le reste! Oui, que lui importaient ces deux hommes\u2014qu\u2019elle avait en égale horreur \u2014 dressés l\u2019un en face de l'autre et qui se mesuraient du regard pour une lutte mortelle.\u2014 \\ Montréal, Mai\u2019 1948 Mais Jean Leska avait compris le dam- ger.Lord Brumel avait déclaré : je vais vous abattre comme un malfaiteur et çertaine- ment il allait \u2018faire ainsi qu\u2019il avait, dit.Oui, s\u2019il lui en laissait le temps.Une seconde encore et c\u2019en était fait de lui, Jean Leskf Le lord était armé sans doute.Déjà il avait fait le geste de porter la main à son veston.Mais, prompt comme l\u2019éclair, Jean Les- ka ne lui en laissa pas le temps.Tirant de l\u2019une des poches de son vêtement un petit poignard au-pommeau ciselé qu\u2019il avait acheté un jour, pour sa sauvegarde, dans un souk d\u2019Alger, à un marchand kabyle et qui ne le quittait jamais, il bondit sur lord Brumei et, avant que celui-ci put esquisser un mouvement de défense, tant l\u2019agression fut brutale, foudroyante, il lui plongea jusqu\u2019à la garde la lame dans la poitrine.L\u2019Anglais ne poussa pas un cri.Il battit l\u2019air de ses bras.Ses prunelles s\u2018agrandirent dans la stupeur, dans l\u2019épouvante indicible de la mort.Puis, aves un râle sourd, il tomba lourdement sur le tapis.Il avait été frappé en plein coeur.Ne s'occupant pas de Jane, toujours effondrée sur le canapé, dans le même état de prostration, d\u2019anéantissement de tout 7 son être, et dont le meurtre de lord Bru- mel auquel elle avait assisté passive et muette ne l\u2019avait pas tirée, Jean Leska avait fui affolé comme si la justice des hommes le poursuivait déjà, il avait fui, hagard, droit devant lui, marqué lui sem- blait-il, du sang de sa victime, n\u2019ayant plus, dans l\u2019effroi qui le glaçait, qu\u2019une idée, un but: échapper au châtiment de son crime.; - te M al ake lial after alacuba winiad ata Se sir oi Vol.11, No 5 & V CONCLUSION Un mois s\u2019était écoulé.Durdnt ce mois, comment Jane a-t-elle vécu?Que s\u2019est-il passé?Elle serait incapable de le dire.Tout ce qu\u2019elle sait c\u2019est qu\u2019elle a fait une grave maladie, que durant de longs jours et de longues nuits elle a été en proie à un délire incessant qui e fait craindre pour sa raison, pour sa vie même.Seule sa jeunesse l\u2019a sauvée, lui a donné ta force nécessaire pour résister au mal terrible qui a failli l\u2019emporter.Elle est revenue peu à peu à la conscience des choses.Elle a pu se lever, faire quelques pas dans la chambre à coucher où elle est restée si longtemps dévorée par la fièvre, ayant devant les yeux des visions atroces qui la faisaient jeter des cris déchirants, appeler au secours, mouillaient de sueur son corps qui se tordait comme sous l\u2019étreinte d'un cauchemar horrifiant, tandis que s\u2019était installée près d\u2019elle, ne la quittant pas un instant, la pauvre Kate désolée de voir ainsi sa maîtresse, la pauvre Kate qui la soignait avec une intelligence, avec un dévouement sans égal.Oui, elle a pu se lever enfin, demeurer quelques heures assise dans un fauteuil, la tête appuyée sur les coussins de dentelles, toute pâle encore, si changée, si amaigrie, mais toujours merveilleusement belle.{ Dès qu\u2019elle est revenue à la vie, à la réalité, elle a appris par sa fidèle servante tous les événements qui se sont déroulés durant le temps de sa maladie.C\u2019est ainsi qu\u2019elle a su\u2014ah ! de cela non plus elle ne se rappelait pas et, à ce mo- ment-là, elle avait dû agir guidée par le LA REVUE POPULAIRE Montréa], Mai 1918 seul instinct, machinalement, automatiquement en quelque sorte, c\u2019est ainsi qu\u2019elle à su que, après que lord Brumel fût tombé, frappé à mort, et la fuite de son meurtrier, elle s\u2019était traînée vers la porte, avait appelé Kate qui était accourue et à laquelle, avant que de perdre connaissance dans ses bras complètement, elle avait dit le drame qui avait eu lieu: l\u2019assassinat de lord Brumel par Jean Leska.D\u2019autres domestiques, sonnés par Kate s\u2019étaient précipités.L\u2019un d'eux immédiatement avait couru prévenir la police.Mais Kate, qui était une personne de tête et de décision prompte dans les circonstances graves, comprenant combien les minutes étaient précieuses, Kate avait, dans l\u2019instant même, téléphoné au commissaire en personne afin qu\u2019il fût mis sans retard au courant et que n\u2019eût pas le temps de se soustraire aux poursuites de la justice l\u2019assassin de son maître.Et c'était grâce à elle que le magistrat avait pu prendre, en toute urgence, ses dispositions.Alors que, accompagné de son secrétaire et d'un médecin dont il avait requis l\u2019assistance, il se transportait à la demeure de lord Brumel pour faire les constatations d\u2019usage, les limiers lancés par lui, sans perdre une minute, à la recherche de Jean Leska, découvraient celui-ci et l\u2019appréhendaient au corps au moment même où, s\u2019étant dirigé en ligne droite vers le port, il allait s\u2019embarquer sur un bateau prêt à prendre la mer à destination de l\u2019Italie.A la suite d'une perquisition faite peu après chez lui, on avait acquis la preuve \u2014et ce fut là une découverte sensationnel- le\u2014qu\u2019il ne s'appelait pas Jean Leska, mais Fritz Müller, qu\u2019il n\u2019était ni Russe, ni Polonais, comme il le prétendait, mais T4 \u2014 re Vol.11, No 5 bel et bien natif de Dantzig, en Prusse Occidentale.Il était tout bonnement un espion au service de l\u2019Allemagne, un espion de grande marque, et la raison véritable de ses absences, de ses disparitions soudaïnes, le but de ses voyages mystérieux était Berlin où il allait prendre des ordres et rendre compte des diverses missions dont il était chargé.Par les papiers, d\u2019une importance particulière, trouvés à son domicile et que, dans sa fuite, il n'avait pas eu le temps de brûler ou de faire disparaître, on savait, à n\u2019en plus douter, que le grand état-major allemand avait des projets agressifs contre la France et s\u2019efforçait, par tous les moyens de se renseigner sur le rôle éventuel de l\u2019Aloérie en cas de guerre.Jean Leska avait manoeuvré avec tant de prudence, tant d\u2019habileté, il avait joué son personnage infâme avec tant de maîtrise que sans doute jamais il n\u2019aurait été soupçonné.Maintenant son compte était bon.Convaincu d\u2019espionnage et de meurtre, le bagne l\u2019attendait et, une fois ses portes refermées sur lui, le garderait à jamais.En vérité, c\u2019était là un châtiment encore trop doux pour un tel misérable.D'ailleurs il s\u2019était confiné dans un tnu- tisme absolu et avait refusé obstinément de répondre à toutes les questions qu\u2019on lui posait.\u2014Je suis pris, avait-il déclaré après son arrestation, que vous importe le reste?La raison pour laquelle j'ai tué lord Brumel me regarde seul.Je n\u2019ai pas de pitié à attendre de la justice française.Finissez-en donc avec moi au plus vite.Quant aux documents\u2014extrêmement importants en effet\u2014que, en dehors de ceux, que vous avez saisis chez moi, j'ai livrés à l\u2019Allemagne et qu\u2019elle aura, je l\u2019espère L'A REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 casion très prochainement de mettre à profit, vous ne supposez pas, je présume, que je vous en avouerai la nature.Aucune autre déclaration que celle que vous venez d'entendre ne sortira jamais de mes le- vres.Maintenant, faites de moi ce que vous voudrez.Il avait tenu parole.Depuis lors, rien n\u2019avait pu lui faire rompre le silence qu\u2019il gardait farouchement.Dans le public une opinion s\u2019était répandue.| Lord Brumel disposait en Angleterre, dans les sphères gouvernementales, à la Chambre Haute où siégeaient les membres de sa famille et où il avait le droit de siéger lui-même, d\u2019une influence énorme.Partisan d\u2019un rapprochement étroit entre la France et l\u2019Angleterre, non pas d\u2019une simple \u201centente cordiale\u201d, mais d\u2019une alliance militaire formelle pour parer au danger que faisait courir à la paix du monde une Allemagne.belliqueuse, \u201cau- dessus de tout\u201d, ivre de sa \u201ckultur\u201d, ceinte de sa cuirasse de fer, casquée et le glaive au poing, prête à jeter ses légions sur ses voisins insuffisamment préparés à la guerre et trop confiants, l\u2019on en avait conclu que Jean Leska avait \u201ctué par ordre\u201d, et que le crime commis (par lui était un crime politique.Ansi, pour tous, Jane demeurait complètement étrangère à ce que les journaux appelaient \u201cle drame de Mustapha.\u201d Son nom même n\u2019avait pas été prononcé.On la plaignait seulement d\u2019être veuve si jeune.Mais les intimes, ceux qui sa- valent le désaccord existant entre elle et lord Brumel, la dissemblance de leurs deux natures et combien la jeune femme avait été malheureuse, ceux-là pensaient que le deuil qui la frappait la faisait li- \u2014 15 \u2014 Hi Wet.11, He 5 bre, qu\u2019elle avait vingt ans, l\u2019avenir devant elle, et que, après avoir beaucoup souffert, elle pouvait trouver un jour le bonheur dont nulle, certes, n'était plus digne, ,Ç La sympathie ardente et respectueuse du monde\u2014de son monde à elle\u2014lui était acquise.On l\u2019y estimait à sa juste valeur.Elle régnait là non pas seulement par le pouvoir de sa beauté souveraine, mais par les rares qualités, par la noblesse de son âme sans pareille. De légères atteintes aux articulations ci- dessus mentionnées suffisent dans bien des cas, pour déterminer la croissance de la forme.Traitement.Le traitement de la forme a été peu satisfaisant autrefois, et il rencontre encore de grandes difficultés dans bien des cas, surtout ceux qui sont invétérés et chez les vieux chevaux.Nous avons cependant la certitude que le traitement suivant, suivi avec persévérance, réussira dans des cas proportionnellement nombreux.On attend souvent la guérison avec trop d\u2019impatience et l\u2019on condamne les meilleurs remèdes avant de les avoir em- \u2014 111 \u2014 CEST ee EE Yo XL A) PRL es dE LE ES À PSE Pr ro i + + 8 a qe iN 4 Bt! ie RE: i ; ¥ol.11, No 5 ployés assez longtemps pour en voir les effets.C\u2019est pourquoi, dans le traitement de la forme, il ne faut pas s'arrêter au bout de quelques jours, car une aussi grave maladie ne peut pas se guérir en si peu de temps.Quand elle est de date récente et chez un jeune cheval, nous sommes certain qu\u2019elle peut et dans presque tous les cas être guérie.Mais chez un vieux cheval et dans un cas invétéré les chances de guérison sont moindres.ECART DE L\u2019EPAULE.Ceci arrive fréquemment chez les jeunes chevaux qui labourent dans les sillons, il peut être le résultat d\u2019un faux pas chez un cheval da.n\u2019importe quel âge.Les chevaux de la ville sont particulièrement sujets à cet accident.Les muscles de l\u2019épaule sont affectés, et quelquefois l\u2019articulation.> Symptômes.Chaleur, sensibilité, et dans eertains cas, enflure des parties.Il est quelque fois difficile de localiser exactement le siège de boiterie.Mais en faisant un examen attentif de toutes les parties, à l\u2019exception de l\u2019épaulet, et n\u2019y trouvant ni boiterie, chaleur ou sensibilité, on est certain que la difficulté est dans l\u2019épaule, surtout si on la trouve chaude et sensible.Le cheval fait des pas plus courts avec ses jambes saines qu\u2019avec la malade, qu\u2019il trai- ne péniblement le long du sol.Dans presque toutes les maladies du pied le cheval allonge la jambe en avant; mais dans l\u2019écart de l\u2019épaule, il la porte plutôt de côté.Traitement.On doit tenir le cheval au repos, avec des compresses mouillées d\u2019eau froide sur l\u2019épaule durant deux ou trois jours, ayant soin de les changer souvent.\u201cA Suivre\u201d LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 UN ALBUM DE $150,000 , L'\u2019araum le plus précieux qui existe aux Etats-Unis et, sûrement, le plus intéressant, est probablement celui dont a la charge, pour le gouvernement, le major Alfred R.Quaiffe ef qui se compose de spécimens de tous les billets de banque émis depuis 1865 dans le pays.La valeur de ces billets est de $76,000, selon leurs dénominations; mais ils rapporteraient sans doute environ $150,000 s\u2019îls étaient mis en vente, vu la valeur historique considérable de certains d\u2019entre eux.Le major Quaiffe est le gardien des vo#- tes du département du Trésor des Etats- Unis et il a commencé à faire sa collection de billets peu -après son entrée en fonction, en 1865.Grâce à son album il est possible d\u2019identifier les billets les plus anciens émis par le gouvernement, ce qui a rendu déjà de nombreux services aux banquiers.Naturellement la valeur du précieux album augmente constamment \u2018par l\u2019addition des spécimens de nouveaux billets.Parmi les spécimens les plus remarquables qu\u2019on y trouve il faut mentionner un billet de $100 daté du 2 janvier 1877 et qui n\u2019est imprimé que d'un côté.L\u2019album est gardé dans un coffre-fort du département du Trésor des Etats-Unis au-dessus duquel est suspendu un cadre contenant trois billets du gouvernement : un de $10,000 payable en or, un de $10,000 payable en argent et un autre de $5,000, également payable en argent.\u2014_\u2014 \u2014\u2014\u2014 Le record du plus grand nombre de no- \u201ctes touchées par un musicien est de 1,080, 300 en 12 heures.Il a fté établi par Paderewski.\u2014 112 \u2014 ON suppose parfois que la brique se fait partout de la même manière, Non, chaque pays a ses méthodes, qui varient suivant les ressources de combustible, suivant les usages de bâtir.Dans le Nord de la France où la pierre manque et où les maisons et les édifices publiës sont construits exclusivement en briques, la briqueterie est une grosse industrie.Les ouvriere dont c\u2019est le métier y sont remarquablement habiles.Il y faut un tour de main plus alerte qu\u2019en d\u2019autres besognes beaucoup plus délicates.Ceux qu\u2019on y voit sont des Flamands belges, car les ouvriers indigènes vont tous aux mines, où la journée est courte et bien payée, sans chômage autre que celui des grèves, heureusement rares.Les Flamands ne limitent pas leur journée à huit heures, tant s\u2019en faut.Ils sont à l'ouvrage dès le lever du soleil et ne le quittent qu\u2019au crépuscule.Une équipe pétrit et gâche le \u201cmortier\u201d avec ses jambes et ses pelles; elle en roule des brouettées jusqu\u2019aux chantiers dispersés où plusieurs autres équipes moulent cette boue en briques, aussitôt étendues eur l\u2019aire pour sécher au soleil.L'autre jour, un grand vent du midi ufflait et le ciel était couvert de nuages épais.Les briquetiers, pleins d\u2019ardeur, expliquèrent qu\u2019il leur fallait profiter du - vent qui sèche les briques erues deux fois plus vite que le soleil le plus ehaud.Un mouleur, avee ses einq servants, qu\u2019il occupe sans relâehe, fait de dix à LA REVUE POPULAIRE Moatréal, Mai 1918 LA BRIQUETERIE DANS TOUS LES AGES \u2014\u2014 douze milliers de briques en sa journée, qui lui sont payées TO cents le mille.À cet endroit, il y avait une dizaine de mouleurs, disposant chacun d\u2019une aire de dix ares pour étendre les briques.Les briques sèches sont rangées en murs à hauteur d\u2019homme, couverts de tuiles ou de paillassons, .Quand il y en a en quantité suffisante, arrive l'équipe des cuiseurs.Ils sont seize aux ordres d\u2019un maître cuiseur.L\u2019édification du four est d\u2019une architecture savante et patiente.On marque par quatre poteaux aux quatre coins sur l\u2019aire un rectangle de 18 verges de côté et l\u2019on y étend un premier plan de briques sur champ, en ménageant des vides ouverts à l'extérieur pour la rentrée et la circulation de l\u2019air; dans ces vides on verse des paniers de charbon de bois mélangé de gros morceaux de houille.Ensuite on étend deux plans de briques sur le premier, mais cette fois en ne laissant qu\u2019une cheminée tous les six pieds sur le vide inférieur! On remplit à demi de morceaux de houille tous ces trous et l\u2019on y met le feu avec une pelletée de braise de charbon de bois.Un nouveau plan de briques recouvre tous ées trous de cheminée, et on laisse cuire deux jours, s\u2019assurant par la fumée que le feu a bien pris partout.Les jours suivants, on répand une mince nappe de houille triturée sur la sole brûlante, et sur ce charbon en étend une nouvelle couche de briques.\u2014 113 \u2014 $ ç Vu cb: sad tt ab) Voi.11, No 5 Chaque jour et trois fois par jour la même opération se renouvelle, nappe de charbon et couche de briques.Les hommes travaillent sur la fournaise chaussés de gros sabots de bois, s\u2019envoyant de mains en mains, avec une dextérité étonnante, des briques par quatre et des paniers de charbon trituré.Et c'est ainsi que le cube massif s\u2019élève en douze ou quatorze jours à une hauteur de huit à neuf verges, plâtré de boue à l\u2019extérieur, pour concentrer le tirage dans le massif.Le plan de feu s\u2019élève en même temps et ne brûle plus qu\u2019au sommet les deux derniers jours.Alors on a un million de briques bien cuites.Les cuiseurs sont payés, comme les mouleurs, à raison de 70 cents le mille.La cuite consomme de 85 à 87 tonnes de charbon (environ $390) fourni par le patron briquetier, naturellement.En pays toulousain où l\u2019emploi de la brique est également général de tout temps \u2014Saint-Sernin, la cathédrale, toutes les églises, en un mot toute la ville, sont bà- ties en briques,\u2014la fabrication a lieu en fours aériens, mais d\u2019autre manière.On ménage deux ou trois fours dans le cube de briques, où l'on brûle du chaume, des tiges de maïs, des fascines et des branchages.Cela jusqu\u2019à hauteur d\u2019homme.Puis on construit un d étage de fours et de briques crues.On lute tout le pourtour du cuibe avec de la boue et les feux sont allumés de nouveau, les fours inférieurs étant éteints.La méthode la plus simple et, ce me semble, la brique meilleure, plus régulièrement cuite.(Comme dans la plaine de la Garonne, dans la Chaldée et la Mésopotamie on manquait de bois pour cuire la brique et l\u2019on y employait du chaume, des roseaux et les arbustes épineux des champs.L\u2019ex- LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 cellence de la brique fabriquée ainsi est démontrée par le fait que les ruines de Babylone furent exploitées pour la construction de grandes villes comme Bagdad, Ctéséphon, Séleucie, Hillah.Babylone détruite fut une mnmense mine de briques pour les peuples voisins, Le combustible n\u2019étant pas abondant, les Babyloniens n'employaient la brique cuite que pour les fondations et le revêtement des murs des temples, des palais, des remparts.On se servait de briques crues pour la partie intérieure des murs.En Egypte, surtout dans le Delta, toutes les villes étaient construites en briques.L\u2019orientaliste anglais Layard a constaté que les briques de Babylone sont en grand nombre timbrées au nom de Nabuchodo- TOSOT.De même dans les ruines de Ninive, à Khorsabad, les briques sont marquées aux nom et titres de Sargon, celles de Koyoun- djik portent le nom de Sennachérib.Je m\u2019en rapporte aux savants qui ont identifié tous ces noms.La Bible (Exode I et V) mous montre les Juifs primitifs réduits par les pharaons, dans la terre de Gessen, à fabriquer des briques pour bâtir les villes de Phétom (Hiérapolis) et de Ramessès.Aussi fidèlement que l\u2019Exode, une peinture du tombeau de Rekmara à Gournach représente cette scène d\u2019ouvriers sémites, sous des surveillants égyptiens armés d\u2019un bâton, se livraiît à toutes les opérations des briquetiers, les uns pétrissant la boue, d\u2019autres la portant aux mouleurs, d\u2019autres étendant les briques par terre, d\u2019autres les empilant en piles régulières et ajourées pour laisser circuler l\u2019air et compléter la dessication.Ce tableau porte pour titre: Captifs fabriquant des briques pour la construction du temple d\u2019Ammon a Thebes.| \u2014 114 \u2014 Cie: SBA Siig.at RENE TER Vol.11, No 5 Il est reproduit en divers ouvrages d\u2019égyptologie.Les briques extraites des ruines de Ra- messés, fabriquées par les Hébreux d\u2019après l\u2019Exode, sont marquées du cartouche de Ramsès II.(Voir Maspéro, Perrot.) \u2018Les Chaldéens, comme plus tard les Perses, faisaient des briques d\u2019ornementation en les émaillant.Celles que M.Dieu- lafoy a raportées de Suze et qui sont exposées au Louvre ont conservé le brillant et la fraîcheur des couleurs et la finesse des dessins.Je ne fais que signaler la frise des Lions et celle des Archers du palais d\u2019Artaxercès, connus de tous les visiteurs du Louvre.La briqueterie est un art aussi vieux que le monde.\u2014_\u2014 0 UN PIEGE A POISSONS Les branches de ce piège, au lieu d\u2019être horizontales comme à l\u2019ordinaire, sont perpendiculaires et l\u2019engin, immergé, attrape le poisson aussi facilement que, sur terre, il attrape le lièvre.Il est, d\u2019ailleurs, beaucoup plus facile à tendre que la plupart des autres pièges.Quand on l\u2019emploie pour prendre le poisson on met comme ap- .pât, sur un crochet suspendu au centre, du fromage, de la viande, de la pâte ou des vers, selon le goût du poisson que l\u2019on désire.Dès que ce crochet est touché les branches se referment.\u2014 0 \u2014\u2014 Dans un pouce carré du cuir chevelu d\u2019une personne, on estime à 1,000 le nombre de cheveux.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 DES NAGEURS AVEUGLES L'HOMME qui a perdu la vue ou qui est aveugle de naissance peut difficilement voyager seul sur la terre ferme, mais en retour, s\u2019il est quelque peu nageur, il se fera facilement un chemin dans l\u2019eau.En effet, l\u2019aveugle est généralement pourvu du sens de l\u2019ouïe d\u2019une manière merveilleuse, c\u2019est pourquoi il peut se guider dans l\u2019eau au moyen de cette faculté avec autant d\u2019adresse que l\u2019homme ordinaire qui jouit de la vue.D\u2019un autre côté, s\u2019il nage en ayant un certain objectif à atteindre, un coup de sifflet de temps en temps lui permettra d\u2019atteindre cet endroit avec.une exactitude immanquable.Cette théorie a été récemment prouvée par des expériences.Une course organisée entre des nageurs aveugles et des nageurs ordinaires, sur un lac, a résulté en une victoire facile pour les premiers.En outre, des nageurs à l\u2019état normal perdent beaucoup de temps à lever la tête pour observer l\u2019endroit à atteindre, ce qui leur fait oublier parfois de concentrer toute leur attention à faire de la vitesse.\u2014\u2014 0 HYNOPTISE PAR TELEPHONE J'HYPNOTISME, cet ensemble des phénomènes qui constituent le sommeil artificiel provoqué, est devenu un fait scienti- fique, dont le déterminisme commence à.être établi, en même temps que ses applications ont été légalement réglementées, particulièrement en Europe.Entre mille cas, ne différents que par leur degré d\u2019originalité, on cite une expérience extraordinaire d\u2019hypnotisme par té- \u2014 115 \u2014 fon Vol.11, No 5 léphone, qui vient d\u2019être fait dans l\u2019Etat de l\u2019Ohio.Les sujets hypnotiques étaient ordinairement des opérateurs de téléphone et l\u2019hypnotisme les atteignait à une distance de 120 milles.Six médecins vérifièrent l\u2019expérience.Fernando Lontzenheiser tenta de communiquer sa puissance hypnotique de Pittsburgh à Canton, et un des opérateurs sur les six sujets y fut entièrement soumis.3 2 a EY LR N JR.| 4 i 19 ae \u20ac 1 wz =~, 2 fa NIP bi a a =.CEE .A 8e 2 3 y pn ë cy En effet, quand la voix de Pittsburgh commanda que la main du sujet fut transie de froid, le membre ainsi atttaqué devint insensible et les médecins purent enfoncer des épingles dans celui-ci sans affecter la sensibilité de l\u2019opérateur.\u201cLevez votre main droite\u201d, commanda le magicien de Pittsburgh; le sujet obéit et les six témoins ne réussirent pas a la descendre.Tout à coup, l\u2019opérateur fut poliment informé qu\u2019il était devenu une pierre.Il temba immédiatement de son siège et les six médecins tentèrent en vain de plier le cerps du sujet qui offrait une résistance insurmontable.\u2014\u2014\u2014 (@g LA REVUE POPULAIRE % Montréal, Mai 1918 L\u2019HUITRE QUI A MAL AU PIED.Les huîtres ont leurs maladies, comme l\u2019homme à les siennes.L\u2019une de ces maladies s\u2019appelle le typhus, l\u2019autre le cham- brage, une troisième est nommée le \u201cpain d\u2019épice\u201d, en raison de la coquille qui devient brune et poreuse.Il y a aussi la maladie de pied.\u2018 \u2014 Mais les huîtres n\u2019ont pas de pied ! \u2014 Croyez-vous Eh bien! ouvrez une huître.Vous verrez que le corps de l\u2019animal est enveloppé dans un \u201cmanteau\u201d, comme un livre dans sa couverture.Ce manteau adhère aux valves de la coquille par un muscle qui réunit les deux valves, et c\u2019est ce muscle qu\u2019on appelle le pied.C\u2019est encore lui que l\u2019on tranche avec le couteau ou la fourchette, quand on veut manger l\u2019huître.\u2014 Alors, ce n\u2019est pas un véritable \u201cpied\u201d?\u2014 Evidemment non.Mais les savants lui ont donné ce nom et nous n\u2019allons pas nous chicaner avec eux.Vous connaissez tous, maintenant, le pied de l\u2019huître, et cela suffit.Examinons donc les terribles conséquences de la maladie du pied.Ce pied, pour bien fonctionner, doit être un muscle très élastique.Il doit ouvrir à volonté les valves de l\u2019animal et les refermer.La maladie qui l\u2019affecte le rend dur et peu souple: l\u2019huître ne peut plus refermer sa coquille.Elle bâille constamment, et c\u2019est alors qu\u2019un tas de petits ennemis s s'installent dans l\u2019huître et la font peu à peu dépérir.Deux mots pour finir.L\u2019huître est très bien eonformée.Elle a une bouche, comme la plupart des animaux.Cette bouche n\u2019a pas de dents; elle est formée par deux paires de lèvres qui réussissent à broyer les animalcules infiniment petits dont l\u2019huître se nourrit. - Vos.11, No 5 % Quoiqu'on ne le sache généralement pas, anciennement les étoffes teintes étaient réservées aux gens riches: tout uniment parce que les procédés de la teinture, qui étaient d\u2019ailleurs lents, étaient pratiqués par bien peu d\u2019industriels, qui faisaient payer cher des connaissances peu communes.Et comme dans une foule de pays les vêtements n\u2019étaient guère faits que de laine tissée, on utilisait cette laine telle quelle, avec sa couleur naturelle; l\u2019étoffe fas briquée de la sorte s\u2019est appelée bure en France, tout simplement parce que ce mot de \u201cburrus\u201d signifiant roux, la teinte générale de la laine nature.Pour varier un peu cette coloration monotone, on s\u2019était mis à donner ses soins à des bêtes susceptibles de donner de la laine soit noire, soit aussi blanche que possible.Dans la Genèse, on nous parle de Laban, maître du troupeau de brebis confié à Jacob, et se réservant toutes les bêtes noires ou blanches.Et comme d\u2019ailleurs on avait déjà inventé des procédés de teinture, on - voulait avoir en abondance, au moins relative, de cette laine blanche, la seule qui pût prendre toutes les couleurs.que la technique permettait alors de lui donner.Au reste les vêtements blancs étaient tenus pour des habillements de luxe ; les Grecs et les Romains des hautes classes s\u2019habillaient de blanc, parce que la laine blanche était chère, étant rare; le peuple et les esclaves se vêtaient de gris ou de brun roux.à Li soit LA REVUE POPULAIRE HISTOIRE DES ETOFFES.TEINTES \u2014 11% \u2014 Montréal, Mai 1918 Quant aux toges de couleur, noires, pounpres, etc, elles n'étaient portées que dans des circonstances particulières ; mais aussi par des gens pouvant payer cher leurs vêtements.Dès longtemps on était arrivé à réussir certaines teintures ; et c\u2019est ainsi que la ville de Tyr avait acquis une réputation exceptionnelle par les étoffes teintes en bleu, en pourpre, en cramoisi, en écarlate, que Salomon, par exemple, en faisait venir.De leur côté, les Egyptiens avaient inventé des procédés ingénieux de teinture, puisque les momies sont entourées couramment de bandeleties de nuances variées.L'invention de la teinture en rouge au moyen du petit insecte qui vit sur le chêne et qu\u2019on appelle le kermès, se perd en réalité dans la nuit des temps.Les Romains en faisaient une telle consommation, qu\u2019ils avaient imposé à l\u2019Espagne de payer avec cette matière tinctoriale la moitié de son tribut annuel.- On avait mis à contribution deux genres de coquillages pour en\u201d retirer une pourpre et un viclet; c\u2019étaient les couleurs pourpres si célèbres, et qui revenaient particulièrement cher, chaque coquillage n\u2019en pouvant donner qu\u2019une goutte.On avait aussi eu recours à l\u2019orseille et : à l\u2019indigo.Une révolution véritable avait été apportée par l'emploi de ce qu\u2019on appelle les mordants, que connaissaient certainement les anciens Egyptiens.Ce sont des matières que l\u2019on applique sur les étoffes, et qui servent à fixer les\u2019 MAS 3 Vol, 11, No 5 colorants contenus dans les bains où l\u2019on plonge ces tissus.Certains ont cel avantage de produire des nuances diverses, bien que l\u2019étoffe imprégnée de ces différentes matières mordantes ne plonge que dans un bain unique d\u2019une seule coloration.Peu à peu la teinture des étoffes se \\perfectionna étrangement ; on mettait notamment les sels de fer à contribution pour obtenir du noir.On faisait des mélanges de principes colorants divers.La découverte de l\u2019Amérique permit d'ut/liser des matières colorantes nouvelles, comme le bois de campèche, le roucou, la cochenille, C\u2019est avec cette cochenille, complétée par un mordant à base de sels d\u2019étain, que Gobelin obtint des rouges vifs qui lui valurent sa réputation.Aujourd'hui la teinture a été transformée par l\u2019emploi des couleurs extraites des goudrons de houille, des couleurs d\u2019aniline, remplagant les couleurs végétales; elles sont bon marché et d'emploi aisé.Malheureusement elles ont le tort de passer fort vite et les teintures modernes ne valent certes pas, au point de vue de la durée, les teintures du temps passé.Mais elles ne coûtent pas cher! \u2014 O0 \u2014\u2014\u2014\u2014_ LA CONQUETE DE L\u2019INACCESSIBLE Nous sommes dans une région montagneu- es, au pied d'un de ces énormes rochers à pic, formidable mur qui semble à jamais devoir nous interdire le passage.Devant cette masse gigantesque, on éprouve comme une sensation d\u2019écrasement, sa cime est perdue dans les nuages, Et quelqu\u2019un vous dit: \u2014Bagatelle, que ce caillou qui vous étonne! Des hommes spécialement entraî- LA REVUE POPULAIRE \u2018 Montréal, Mai 1918 nés pourraient l\u2019escalader sans peine.Ils arriveraient même à installer à son sommet, en deux heures, une pièce d\u2019artillerie de montagne.\u2014Sans échelles ?\u2014Sans échelles.Avec une corde, simplement.Mais, écoutez plutôt : Une opération difficile.\u2014 Voici quelques années, les officiers instructeurs japonais qui étaient allés faire des stages dans les armées d\u2019Europe, retournèrent dans leur pays avec des rapports extraordinairement élogieux sur les chasseurs alpins de France et d'Italie.On résolut sur-le-champ de créer un corps analogue dans empire du Mikado.\u2014 118 \u2014 Yol.11, No 5 Les petits chasseurs japonais font au- jourd\u2019hui des prouesses.Lorsqu\u2019ils se trou- went arrêtés par un rocher à pic ou, lorsqu\u2019en manœuvres ils veulent y intsaller des pièces d\u2019artillerie, voici leur façon de procéder.Un fusil de fort calibre, placé sur un affût, envoie, à la façon d'un canon porte- amarre, un projectile relié par une corde et terminé \u2018par des crochets.C\u2019est en somme un grappin.Le grappin, lancé contre la montagne, et parfois jusqu\u2019à une hauteur d\u2019une centaine de p eds, finit, en retombant, par s'accrocher à une des aspérités du roc.| Alors, commence une ascension périlleuse qui nécessite une agilité d\u2019acrobate.A la force des poignets, le long de la cordelette mince, un chasseur s élève jusqu\u2019au point où le grappin a mordu le sol.Adossé à la roche, s'aidant des bras et des jambes, il parvient jusqu'à un point qui lui offre une certaine sécurité, un plateau, par exemple, où l\u2019on peut se mouvoir aisément.Dès lors, s\u2019établit entre l\u2019ascensionniste et ses camarades un va-et-vient.Un câble est halé par la cordelette.Ce câble, au sommet de la raontagne, ceinture maintenant un rocher prop.ce.Une poulie lui est adaptée.En \u2018bas.le canon commence à se soulever du sol sous l'effet combiné des bras; il monte jusqu\u2019au sommet, son affût le suit, des munitions arrivent ensuite, et, bientôt, pointé dans la direction du défi- 16 dont on veut garder l\u2019entrée, il est prêt à faire feu.\u2014\u2014\u2014\u2014 Oo \u2014\u2014\u2014 La reine Victoria devait sa bonne santé au fait qu\u2019elle ne fut jamais troublée par l\u2019insomnie.Avant de se mettre au lit, elle prenait un repas léger et dormait sans trouble 7 heures de temps.LA REVUE POPULAIRE Momtréal, Mai 198 LES FLAMANTS Ces oiseaux, à cause de leur grande taille, de leurs ailes roses et des singulières contorsions de leur cou, provoquent toujours une vive curiosité quand on les voit dans un jardin zoologique.On les rencontre dans toutes les parties du monde, en Europe, en Afrique et en Amérique, notamment.Ils atteignent jusqu'à 4 pieds et 15 de hauteur et vivent en troupes très nombreuses.Ils cherchent leur nourriture dans la vase : poissons, serpents et insectes, et ils se tiennent généralement sur le bord des rivières et des étangs.$ Les flamants roses.L'homme leur fait une guerre acharnée, mais il est très difficile de les approcher.Sitôt qu\u2019un amant a aperçu un chasseur, il donne l\u2019éveil à tous ses congénères et les flamants, prenant leur essor, s\u2019enfuient à tire-d\u2019aile.On recherche les flamants à cause de leur chair qui est délicieuse et aussi à \u2014 119 \u2014 Veh 11, No 5 - cause de leurs plumes, dont les modistes font grand cas.Ils sont, en nombre considérable, en Algérie et en Tunisie.On les trouve aussi en Espagne, sur le territoire méridional de la péninsule.Ils ne passent pourtant pas toute l'année dans cette partie de l\u2019Europe.L'hiver, ceux d\u2019entre les flamants que l\u2019on rencontre en Espagne, se rendent en Afrique et ils ne reviennent qu\u2019au printemps.Au sud de Séville, et dans les régions marécageuses du golfe de Séville, on peut voir parfois des vols de plusieurs milliers de flamants.Les nids de ces oiseaux sont excessivement curieux.Ils sont formés de petits monticules de terre boueuse et durcie Bar le soleil, élevés de près de 20 pouces en forme de cônes tronqués.C'est au sommet de ces cônes, dans un creux qui y est pratiqué, que la femelle dépose l\u2019oeuf qu\u2019elle couve.Il est rare que l\u2019on y trouve deux oeufs, \u2014\u2014\"- POUR ECONOMISER DU TEMPS.S1 une belle du Congo devait se faire les cheveux chaque jour, on se demanderait comment elle pourrait disposer du temps pour s\u2019occuper de la plantation et de la culture du riz.Cette femme Uelé, qui est la jolie épouse d\u2019un chef Azaudé est probablement responsable du volume de travail fait par ses sœurs, d\u2019un plus bas échelle.Et ceci, parce qu'elle leur a trouvé un nouveau moyen de se peigner.En effet, les centaines de petites tresses sont attachées et pressées si étroitement dans un modèle tellement immaculé que l\u2019on se demande si l\u2019envers d\u2019un tapis d\u2019Axminster n\u2019a pas été le patron imité par l'épouse du chef Azaudé.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 Espérons qu\u2019un de ces jours nos dames se décideront à s\u2019inspirer du modèle que Coiffure d\u2019une belle du Congé nous illustrons et qu\u2019elles parviendront à ne se peigner qu\u2019une fois l\u2019an.+ \u2014 (J \u2014\u2014 UN ENTERREMENT FATAL Maprm a été l\u2019objet, tout dernièrement, d\u2019une série de fatalités.| On rapporte le cas d\u2019une vieille dame qui venait de mourir subitement.Au moment où le corbillard venait chercher Ie cadavre de la morte pour la conduire au cimetière, le cocher tomba de son siège et mourait immédiatement.Au nombre des assistants, une jeune dame portant un enfant dans ses bras, tomba morte entraînant dans sa chute son bébé qui se fractura le crâne.Au lieu d\u2019une seule mortalité, les aute- rités durent enrégistrer quatre décès.\u2014 120 \u2014 , Voi.11, No 5 LA REVUE POPULAIRE Momtréal, Mai 1918 LES CUIRASSES ANTLAPACHES \u2014\u2014 .ON rapporte qu\u2019un ex-préfet de police à Paris, justement ému par les moæts si fréquentes d\u2019agents : tombés sous les balles des apaches avait mis à l\u2019essai différents systèmes de cuirasses destinées à protéger les hommes de police.Le problème n\u2019est pas des plus faciles à résoudre.Les cuirasses, pour être pratiquement utilisables, doivent joindre, à une parfaite imperméabilité aux balles, une légèreté et une souplesse suffisante pour ne point entraver les mouvements des agents ou des détectives.Ces cuirasses doivent, autant que possible, pouvoir se dissimuler sous le veston ou sous l\u2019uniforme.\u2018 Nos ancêtres avaient, jusqu'à un certain point, solutionné la difficulté par la création des cottes de maille.Elles arrêtaient un poignard, une flèche, au besoin, un fer de lance et une balle de mousquet.Mais les progrès de la balistique moderne ont été, jusqu\u2019à présent, tels, que les spécialistes ont presque toujours envisagé comme futile toute tentative de s\u2019apposer à la pénétration d\u2019une balle de fusil ou de earabine.C\u2019est pour cela que, dans la plupart des armées européennes, on a supprimé les casques métalliques et les cuirasses d\u2019acier, comme étant des ustensiles gê- mants et inefficaces.| , Il semblerait que l'en s\u2019efforce de reve- mir actuellement sur cette manière de voir.Les hommes appartenant au corps des British Life-guards sont revêtus, sur la poitrine et derrière le dos, d\u2019une plaque d\u2019acier qui nous ramène aux anciennes armures.On a enfin tenté, dans ces dernières années, différentes sortes d\u2019appareils protecteurs., Un des plus curieux, sans doute, fut celui\u2018maginé, en 1894, par un tailleur allemand nommé Dowe.Il affirma avoir trouvé une cuirasse à l\u2019épreuve de n\u2019importe quelle balle moderne.On accueillit d'abord ses dires avec scepticisme, Mais il insista si bien, offrant de se revêtir lui-même de sa cuirasse et de s\u2019exposer aux balles, que le ministère de la guerre allemand entre- - prit les expériences demandées ® Elles prouvèrent la parfaite imperméabilité de l\u2019appare:l Dowe.Des statues de plâtre, revêtues de la cuirasse, servirent de cible à une distance de quelques mètres, L\u2019arme choisie était le fusil du modèle 1888, et les balles laissèrent les statues absolument intactes.On procéda ensuite à un tir sur l\u2019inventeur lui-même et tous les projectiles furent arrêtés par l\u2019obstacle intercalé.Le secret du tailleur ne fut pas livré au public dans son entier.Mais les journaux allemands de l'époque firent quelques révélations dont nous reproduisons l\u2019essentiel.Sur la poitrine s'applique directement une eouche de feutre reeouverte par une série de ressorts en acier suppertant une autre eoushe de feutre.C\u2019est peur amas dtre le matelas destimé à amortir le comp.\u2014 122 \u2014 Yoh 11, No 5 Devant ce matelas se trouve la couche destinée à arrêter la balle.Cette couche est constituée par deux séries de lames bien aiguisées, supenposées et perpendiculaires l\u2019une à l\u2019autre.Ces lames sont distantes entre elles de quelques pouces; elles divisent la balle en une foule de petits morceaux qui n\u2019ont plus la force d\u2019arriver jusqu\u2019à la poitrine du porteur.Le tout est, enfin, masqué par une derniè- ra couche de feutre.Si l\u2019efficacité de la cuirasse Dowe .fut démontrée, elle offrait néanmoins un inconvénient qui la fit rejeter par les personnalités compétentes.Elle pesait, en ef- éet, 7 livres, ce qui aurait constitué une grosse charge pour des hommes d\u2019infante- rio.Le même inconvénient ne se produirait pas pour des policiers ayant à effectuer une \u2018arrestation ou l\u2019assaut d\u2019un \u201cfort Chabrol\u201d.Et voilà pourquoi tout permet de conjectfrer que, d\u2019ici peu, on aura de parfaites \u201ccottes de maille\u201d.\u2014\u2014\u2014 0 \u2014 LES BUVEURS.DE THE AU MONDE S:1 l\u2019Allemand a la réputation d\u2019être le plus grand buveur de bière au monde, de récentes statistiques compilées par le département du Commerce à Washington, ont prouvé que l\u2019Anglais était très passionné pour le breuvage, puisqu\u2019il était le plus grand buveur de thé sur \u201cla machine ronde.\u201d En effet, s\u2019il était possible d\u2019asseoir à la même table un Anglais, un Américain, un Russe, un Allemand, un Autrichien, un Français et un Italien, qui se feraient servir du thé proportionnellement à la consommation de chaque nation qu\u2019un chacun représente, il est certain que quelques uns LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 d\u2019entre eux en auraient assez pour prendre un bain, tandis que les autres en auraient à peine quelques gorgées.L\u2019Anglais devrait en avaler 1,800 tasses, l\u2019Américain 400, le Russe 275, l\u2019Allemand 36, l\u2019Autrichien 20, le Français 18 et l\u2019Italien une tasse seulement.\u2014\u2014 gg \u2014\u2014\u2014 UNE ECLIPSE DE SOLEIL [Les astronomes des Etats-Unis font les préparatifs nécessaires pour être les heureux témoins de l\u2019éclipse totale du soleil qui s\u2019effectuera le 8 juin de cette année.L\u2019éclipse annoncée sera visible dans un rayon de soixante-dix milles s\u2019étendant du coin sud ouest de l\u2019état de Washington, sur la côte du Pacifique, jusqu\u2019en Floride, sur l\u2019Atlantique.A Tobservatoire de l\u2019université de Denver, où l\u2019on possède un puissant télescope, avec une lentille de 25 pouces, l\u2019on compte pouvoir prendre une photographie de la couronne qui entoure le soleil, laquelle ne se fait voir que lorsque le corps solaire est entièrement obscurci par la lune.Les astronomes américains considèrent que c\u2019est la région des Montagnes Rocheuses qui se prête le mieux à une observation satisfaisante, et c\u2019est là que la plupart d\u2019entre eux se transporteront au jour fixé.L\u2019éclipse totale ne durera que 88 secondes, et semblable phénomène ne se reproduira qu\u2019en 1945.\u2014_\u2014 O0 \u2014\u2014 Une quantité énorme de fer, sous forme d\u2019ancres, chaînes etc, est enlevée chaque année du fond de la mer.En 10 mois, 120 ionnes pesant ont été retirées sur la côte \u201cest de l'Angleterre seulement.Co N \u2019 \u2014 122 \u2014 Voi, 11, No 5 - LA REVUE POPULAIRE + Montréal, Mai 1918 LA PREMIERE DEPECHE reef] L Aujourd\u2019hui que nous sommes familiarisés avec la télégraphie, l\u2019idée de faire parvenir une communication a plusieurs centaines de milles en quelques minutes ne nous surprend pas.On a donc assez de peine à concevoir tout l'enthousiasme qui s\u2019empara des français au reçu de cette première dépêche : \u201cLa ville de Condé est restituée à la République; la reddition a eu lieu ce matin.\u201d Ces mots, qui apprenaient la victoire des troupes françaises le ler septembre 1794, avaient été télégraphiés grâce aù système Chappe, que Romme décrivit à Un ancien télégraphe.l\u2019Asemblée nationale (la Chambre des Députés d\u2019alors) \u201ccomme un moyen ingénieux d\u2019écrire en lair\u201d.| Cette description était assez exacte.Vous ne devez, en effet, pas oublier que Pappareil télégraphique de Chappe était très différent de celui que nous employons actuellement.Chappe inventa la télégraphie optique, par signaux, tandis que la télégraphie proprement dite, par fils électriques, ne fut trouvée que plusieurs années après, par Soemmering, de Francfort.L'appareil de Chappe se composait de trois pièces: la poutre mobile, que vous voyez au haut du support, s\u2019appelait régulateur; à chacune de ses extrémités était fixée une autre pièce mobile, qu\u2019on appelait l\u2019indicateur.Ces trois pièces étaient actionnées à l\u2019aide de fils de laiton reliés à une manivelle que l'opérateur mettait en mouvement.Ohaque mouvement, chaque combinaison de ces pieces format un signe qui était répété successivement par tous les appareils de la ligne, En effet, on avait élevé de distance en distance, sur une ligne de hauteurs, des tours sur lesquelles étaient établis les appareils.Placés en observation au sommet des tours, les télégraphistes recevaient les dépêches et les transmettaient au poste suivant.Malgré l\u2019ingéniosité de ce système, il était loin d\u2019être aussi simple que nos appareils Morse.Le Morse n\u2019envoie pas un mot entier, mais les lettres qui forment ce mot.Le Morse n\u2019est donc pas limité comme l\u2019était le télégraphe Chappe qui pouvait seulement ,envoyer les mots qui se trouvaient compris dans le code, en face des signaux appelés à les interpréter.\u2014 123 \u2014 RIRE TT VT rr CSSS ES PT Vol.11, No 5 En outre, la manipulation était fort longue et compliquée.Ainsi, une dépêche envoyée de Paris à Bayonne traversait cent onze stations et exigeait, si elle comprenait quarante mots, un total de plus de quatre mille mouvéments.| UNE PLANTE QUI DONNE A BOIRE LEs gouttelettes d\u2019eau que, pendant les matinées du printemps et au commencement de l\u2019automne, nous apercevons sur les plantes, proviennent en partie de la Elles sont encore dues, dans une certaine mesure, à un phénomène particulier : la transpiration.Grâce à elle, les plantes Ia plante-citerne.ge débarrassent par les feuilles d\u2019une par- tée de l\u2019eau du sel que leurs racines ont absorbée : elles rejettent le surplus de ce qui leur est nécessaire.Rosée et transpiration concourent donc \u2014 RARES .A R WAIL ER I RIRE ET PAPERS ie LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 à l\u2019humidité extérieure des végétaux.Le plus souvent, cette humidité, ces gouttes d'eau suspendues comme des perles, disparaissent pendant la journée, évaporées par la chaleur ambiante.Il est cependant certaines plantes qui doivent à la singularité de leur- configuration de retenir cette eau dans des petits réservoirs et d\u2019en être toujours chargées.Une de ces plantes que l\u2019on doit citer comme remarquable à ce foint de vue est la Cardere Silvestre.Elle.pousse dans les terrains incultes.Ses tiges, de la hauteur de 415 pieds environ, sont terminées par des sortes de fleurs assez analogues au chardon.Au long de ces tiges, les feuilles opposées sont soudées par leur base, formant une sorte de chapeau d\u2019arlequin renversé qui recueille l\u2019eau à mesure que celle-ci se fait jour à leur surface.- La contenance de chacun de ces réservoirs est d\u2019une bonne gorgée ; une cardère, avec toutes ses feuilles, porte parfois jusqu'à 1 livre d\u2019eau.Les oiseaux ne manquent pas de tirer des ressources que leur offre la cardère par temps de sécheresse.Ils vont s\u2019y désaltérer volontiers.C\u2019est même ce qui a valu à cette plante, en certains endroits, l\u2019appellation familière de Cabaret des Oiseaus.\u20140\u2014 COMMENT ON PEUT IMPRIMER SUR LES ETOFFES Vous savez probablement que les premiers caractères d\u2019imprimerie étaient en beis De même, pendant un grand nombre d\u2019am- nées, les premières gravures furent ex& cutées au moyen de planches sur lesquif les on avait gravé le dessin à reproduimp sur le papier.On a abandonné la gravure primitive 124 \u2014 Voi, 11, No 5 sur bois pour d\u2019agtres procédés plus rapides.Or, la gravure sur bois n\u2019a pas seulement servi à imprimer sur papier, elle a aussi permis les impressions sur étoffes, dont les plus remarquables furent, au XVIIIe siècle, les toiles de Jouy.Les perfectionnements de l\u2019industrie ont fait renoncer aux anciens procédés d\u2019impression sur étoffes, comme trop lents et trop coûteux.Seuls, quelques petits artisans, des indigènes, comme en Algérie, en Tunisie, et en Russie, continuent à enjo- Hiver de peintures les toiles qu\u2019ils ont tis- » Etoffes imprimées.sées, et il emploient, pour appliquer ces peintures, des planches de bois gravées.Cet art primitif donne des résultats assez intéressants pour séduire les amateurs.Il faut d\u2019abord choisir un motif décoratif.Après l\u2019avoir exécuté sur un carton qui servira de modèle, on le reproduit sur bois.Et là, le dessinateur devient graveur.Le meilleur bois à choisir est l\u2019érable.Un beau dessin n\u2019est pas nécessairement LA REVUE POPULAIRE \u2014 125 Montréal, Mai 1918 compliqué.Notre illustration montre d\u2019excellents effets obtenus avec des motifs très simples, aisément enlevés au couteau sur le bloc d\u2019érable, de surface bien polie, et dans lequel on ménage en creux les parties destinées à ne point recevoir la matière colorante.Les bois terminés sont couverts de pein- \u2018ture avec une brosse.L\u2019étoffe à imprimer est placée bien à plat sur une table.On pose alors les blocs sur les parties à décorer et on les appuie fortement sur l\u2019étoffe, pendant un certain temps, pour permettre à la peinture de bien pénétrer.Si l\u2019on veut combiner des couleurs différentes, il faut employer les bois succesi- vement, un pour chaque couleur.La matière colorante est généralement composée de couleur en poudre mélangée à l\u2019huile et allégée par un peu de térébenthine.Elle doit être peu épaisse, à peu près de la consistance de l\u2019encre à imprimer.0 LES ROGATIONS Du mot latin \u201crogare\u201d, supplier, prier; on a dit aussi, selon les temps, \u201crouai- sons\u201d, \u201croaisons\u201d ou \u201craisons\u201d.Un écrivain du XVe siècle, qui traduisait alors (1476) la \u201cLégende dorée\u201d, dit, en parlant de cette fête: \u201cEt si est dicte rouai- sons, qui vaut autant à dire que requestes, quar adonc nous requerrons l\u2019ayde de tous les saincts\u201d.Et dans la légende de sainte Elizabeth, il dit: \u201cEn rouaisons elle suy- voit la procession nuz piés et en langes\u201d.Les Rogations sont des prières publiques qui se célèbrent dans l\u2019Eglise Cathe- lique les trois jours qui précèdent la fête de l\u2019Ascension, pour demander à Dieu la conservation des biens de la terre.On en attribue l\u2019établissement à saint Mamert, évêque de Vienne en Dauphiné, vu ¢ GTR I: 11 oh -.Volk 11, No 5 qui en 474, ordonna ces priéres dans son diocèse pour obtenir de Dieu la cessation des fléaux dont son peuple était accablé.Le succès de ces prières en fit répandre l\u2019usage dans les autres églises des Gaules.Les Rogations furent solennellement approuvées par le concile d\u2019Orléans, en 1511.Ce pieux usage s\u2019introduisit en Espagne vers le commencement du VITIe siècle, et l\u2019on y consacrait, dans ce pays, le jeudi, le vendredi et le Samedi d\u2019avant la Pentecôte.Les Rogations ne passèrent en Ita- fie que plusieurs années après.Charlemagne et Charles-le-Chauve défendirent de travailler ces jours-là et leurs ordonnances ont été respectées en France assez longtemps.On, jeûnait aussi durant ces trois jours, mais l\u2019usage ayant prévalu de ne point jeûner pendant le temps pascal, on a fini par abandonner cette pieuse pratique seulement on y garde l\u2019abstinence.à Les Grecs et les chrétiens d\u2019Orient n\u2019ont point connu les Rogations; mais elles étaient observées en Angleterre avant le schisme d\u2019Henri VIII et l\u2019on dit même qu\u2019aujourd\u2019hui, dans plusieurs paroisses, on en trouve encore quelques vestiges dans les superstitions du pays.On appelle les processions de ces trois jours, \u201clitanies gallicanes\u201d, parce qu\u2019elles furent instituées par un évêque gaulois et aussi \u201cpetites litanies\u201d ou \u201clitanies romaines\u201d, qui se font le 5 avril, jour de saint Marc, et dont on attribue l'institution à saint Grégoire-le-Grand.¢ \u2014 0 \u2014\u2014 UNE RUSE POSTALE ms timbres-poste n'ont pas toujours existé.Avant leur invention, qui date du cemmencement de la seconde moitié du giècle dernier, le facteur passait chez le LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 déstinataire d\u2019une lettre et la lui remettait contre le versement d\u2019une taxe.Cette taxe variait suivant le parcours accompli par la lettre.Elle était fort chère : par exemple, il en coûtait un peu plus de 20 cents pour envoyer une lettre de Paris à Bayonne en France.Il en résulta une fraude assez curieuse.Les correspondants inscrivaient sur l\u2019enveloppe quelques signes qui, selon un code secret, équivalaient à une longue information.Celui à qui la lettre était tendue déchiffrait ces signes d\u2019un coup d'oeil ; puis, il refusait la lettre.Le système des timbres-poste ruina, jusqu\u2019à un certain point, cette pratique.Pourtant, elle subsiste encore avec la carte postale.Un ami vous en envoie une, non affsanchie; vous parcourez l\u2019information nécessaire, puis, vous rendez la missive au facteur en lui disant : \u2014Je la refuse.L\u2019administration des postes hollandaises a conçu un système fort simple qui rend le procédé impossible.Chaque facteur est muni d\u2019un étui, analogue à celui que vous présente notre gravure, et dans lequel il glisse la carte postale à remettre au destinataire.Une feuille de celluloid transparent laisse seulement apparaître.l\u2019espace réservé à l\u2019adresse.Sur le celluloïd est dessiné un timbre qui indique le montant de la taxe à payer.Dès lors, le facteur n\u2019a plus qu\u2019à dire: \u2014Cette carte est bien pour vous?C\u2019est deux sous.| Et l\u2019on paye toujours.Car on veut savoir ce que dit la carte et l\u2019envoyeur.\u2014 126 \u2014 Voi.11, No 5 LE REQUIEM N RACONTE qu\u2019un jour plongé + dans une profonde rêverie, il entendit un carrosse s\u2019arrêter à sa porte.On lui annonce un inconnu qui demande à lui parler; on le fait entrer; il voit un homme d\u2019un certain âge, fort bien mis, les manières les plus nobles, et même quelque chose d\u2019imposant : 5 \u2014 Je suis chargé, monsieur, par un homme très considérable, de venir vous trouver.| \u2014 Quel est cet homme?interrompit Mozart.\u2018 \u2014 Il ne veut pas être connu.\u2014 À la bonne heure! Et que désire-t-il ?\u2014 Il vient de perdre une personne qui Tui était bien chère et dont la mémoire lui sera éternellement précieuse; il veut célébrer tous les ans sa mort par un service solennel, et il vous demande de composer un Requiem pour ce service.Mozart se sent vivement frappé de ce discours, du ton grave dont il est prononcé, de l\u2019air mystérieux qui semble répandu sur toute cette aventure; il promet de faire le Requiem.L\u2019inconnu continue: \u2014 Mettez à cet ouvrage tout votre génie; vous travaillez pour un connaisseur de musique.Combien de temps deman- dez-vous?\u2014 Quatre semaines.LA REVUE POPULAIRE | que Mozart était Momtréal, Mai 1918 DE MOZART \u2014 Eh bien! je reviendrai dans quatre semaines.Quel prix mettez-vous à votre travail?\u2014 \u201cCent ducats\u201d.L\u2019inconnu les compte sur la table et disparaît.Mozart reste plongé quelques moments dans de profondes réflexions; puis tout à coup demande une plume, de l\u2019encre, du.papier, et malgré les remontrances de sa femme, il se met à écrire.Cette fougue de travail dura plusieurs jours; il composait jour et nuit, avec une ardeur qui semblait augmenter en avançant, mais son corps déjà faible ne put résister à cet enthousiasme: un matin, il tomba sans connaissance et fut obligé de suspendre son travail.Deux ou trois jours après, sa femme cherchant à le distraire des sombres pensées qui l\u2019occupaient, il lui répondit brusquement : \u2014 Cela est certain, c\u2019est pour nioi que je fais ce Requiæn; il servira à mon service mortuaire.Rien ne put le détourner de cette idée.A mesure qu\u2019il travaillait, il sentait ses forces diminuer de jour en jour, et sa partition avançait lentement.Les quatre semaines qu\u2019il avait demandées s\u2019étant écoulées, il vit un jour entrer chez lui le même inconnu: \u2014 I m\u2019a été impossible! dit Mozart, de tenir ma parole.\u2014 Ne vous gênez pas, dit l\u2019inconnu, quel temps vous faut-il encore ?\u2014 127 \u2014 TIT TH II BOs.De DE Ne xz Vo.11, No 5 \u2014 Quatre semaines; l\u2019ouvrage m\u2019a inspiré plus que je n\u2019en avais le dessein.\u2014 En ce cas, il est juste d\u2019augmenter les honoraires; voici cinquante ducats de plus.\u2014 Monsieur! dit Mozart toujours étonné, qui êtes-vous donc?\u2014 Cela ne fait rien à la chose; je reviendrai dans quatre semaines.Mozart appela, sur le champ, un de ses domestiques-pour faire suivre cet homme extraordinaire et savoir qui il était; mais le domestique maladroit vint rapporter qu\u2019il n\u2019avait pas retrouvé sa trace.Le pauvre Mozart se mit dans la tête que cet inconnu n\u2019était pas un être ordinaire, qu\u2019il avait sûrement des relations avec l\u2019autre monde et-qu\u2019il lui était envoyé pour lui annoncer sa fin prochaine.Il ne s\u2019en appliqua qu\u2019avec plus d\u2019ardeur à son Requiem qu\u2019il regardait comme le monument le plus durable de son génie.Pendant ce travail il tomba plusieurs fois dans des étourdissements.Enfin l\u2019ouvrage fut achevé avant les quatre semaines.L\u2019inconnu revint au temps convenu; Mozart n\u2019existait plus.C\u2019est ce Requiem qui a été chanté aux funérailles du grand musicien.\u2014 () \u2014\u2014 LA VILLE DE COPENHAGUE C\u2019EsT la plus grande ville, la plus commerçante et la plus gaie des pays scandinaves.Elle enchante l\u2019étranger, dit un voyageur,non seulement par l\u2019existence agréable et confortable qu\u2019on y mène et la modération générale des prix, mais surtout à cause de l\u2019aliment qu\u2019elle offre ,par la visite de ses admirables musées, son site et _ 12% \u2014 LA REVUE POPULAIRE > Montréal, Mai 1918 ses environs, à la curiosité intellectuelle et au goût du Beau Sa population est d\u2019environ 600,000 habitants.Copenhague possède 24 musées et des collections particulières.L\u2019archéologue, le savant, l\u2019amateur d\u2019art y trouvent des choses de tout premier ordre, dans l\u2019ensemble et dans le détail.La science archéologique doit au Danemark une rénovation et des progrès remarquables.De grands savants ont groupé et classé de magnifiques collections.Les deux plus célèbres sont: la collection chronologique des rois de Danemark, depuis 1450, exposée daris les pièces du château de Rosenborg, et la Section danoise du musée des Antiquités du Nord, au Palais des Princes.La première de ces collections comprend des meubles, des faïences, des tapisseries, des objets d\u2019art et d\u2019orfévrerie.Au Palais des Princes sont réunis 70,000 objets qui fournissent une base solide à l\u2019histoire du Danemark depuis l\u2019âge de pierre jusqu\u2019à l\u2019avénement de la monarchie absolue en 660.| / Un autre musée, la \u201cGlyptothèque\u201d contient nombre de chefs-d\u2019oeuvre des mai- tres français et danois du XIXe siècle.Le port de Copenhague, situé en bordure de la rade et à l\u2019entrée du bras du Sund a un développement de 3 milles de quais, édifiés de magasins.Ce port et cette rade, dont le spectacle animé a été souvent vanté, sont adossés à un fond de verdure formé par un parc à végétation luxuriante.\u2014\u2014 0 \u2014 Le record pour écrire serré est détenu par Kela Kittridge, de Belfast, Maine.Elle a écrit 46,000 mots sur une carte postale ordinaire. Baer =\u201d Be $ie ¥ Yol, 11, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 LA FAUCONNERIE \u2014\u2014 - IA chasse au faucon fut un des plaisirs les plus goûtés du moyen age.Elle demeura à la mode jusque sous Louis XIV, car ee prince lui préféra la chasse à courre.Les faucons employés venaient de tous les pays.Les faucons turcs, espagnols, grecs, marocains, étaient les plus réputés.Une de ces bêtes se payait souvent jusqu\u2019à $200.(était un travail considérable que de dresser un oiseau naturellement farouche eomme le faucon, à attaquer le héron, le canard, le lièvre, etc.Un faucon devait obéir à la voix et au geste du fauconnier.Dès que l'oiseau à capturer était aperçu, le faucon lâché prenait son vol, disparaissait dans les airs et rapportait au bout de quelques instants la proie à son maître.D\u2019autres fois, plusieurs faucons, unissant leurs efforts, s\u2019attaquaient 4 un ennemi plus puissant qu\u2019eux, comme le milan.Ils l\u2019amenaient à terre en combattant et de grands lévriers, aussitôt lâchés, aidaient les faucons à tuer leur puissant adversaire.Une chasse aux faucons, comme.elle était pratiquée jadis, nécessitait un appa- veil fort compliqué: de nombreux faucons, des meutes de chiens et enfin, une cavalerie excessivement rapide qui permet- lait aux seigneurs de suivre les péripéties de la lutte.L'éducation du faucon commençait par des soins en vue d'adoucir son caractère sauvage.Ensuite, on l\u2019habituait à rapporter des oiseaux empaillés ou blessés, Le faucon avait les pattes garnies de jets ou courroies, à l\u2019aide desquelles on l\u2019attachait sur son perchoir.Quand on partait à la chasse, on plaçait sur sa tête, pour l'empêcher de voir, un chaperon de cuir lié par des courroies.Au-dessus ce chaperof, on dressait, en manière d\u2019ornementation, un panache fait de plumes ra- Faucon et son dresseur./ res d'oiseaux exotiques.L\u2019animal, ainsi aveuglé, se tenait forcément tranquille.Mais, dès qu\u2019arrivait le moment de l\u2019attaque, on enlevait vivement le chaperon et.le faucon, apercevant le gibier qu\u2019il devait poursuivre, s\u2019élançait à tire-d\u2019aile.\u2014 320 \u2014 i 3 A hi Ri J ) Ni a 1 EN Blt: 't A 1 R si : nt RL Ra RE Vol.11, No 5 LA REVUE En prévision du cas où un faucon viendrait à s'égarer dans un taillis, pour permettre qu\u2019on le retrouve, on fixait des grelots à ses pattes.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 LA VERRERIE NOIRE C\u2019est une des grandes industries françaises : sous ce nom de verrerie noire, on désigne la fabrication des bouteilles.Comme elle est centralisée dans certaines régions, bien des lecteurs ne peuvent assister aux diverses opérations qu\u2019exige la confection d\u2019une bouteille.Nous pensons, en peu de mots, pouvoir vous donner une idée de ce genre de travail.Un four d\u2019abord.Un énorme fourneau en briques réfractaires et dans lequel les matières à vitrifier sont mises en fusion au moyen du gaz.Le gaz est le dernier perfectionnement apporté dans cette industrie.Il est fabriqué sur place et se rend, au fur et à mesure, dans le fourneau pour s\u2019y enflammer et mettre le sable à convertir en matière vitrifiable en fusion.C\u2019est fait.Quatre ouvriers, le grand garçon, le souffleur, le tendeur de moules et le gamin (ce sont les noms qu\u2019on donne aux ouvriers qui forment une équipe chez les verriers) vont collaborer à la confection d\u2019une bouteille.Pas de temps à perdre: elle doit être finie avant qu\u2019elle ait pu refroidir et l\u2019on ne chôme pas.A l\u2019aide d\u2019une canne, le grand garçon à retiré du fourneau un peu de matière en fusion qu\u2019il passe au souffleur.Celui-ci souffle dans la canne qui est un tube de fer creux.Voyez-le s\u2019époumonner sur notre croquis.La future bouteille se présente gonflée comme un ballon informe.Elle est introduite dans un moule en fer à charnière \u2014 \u2018OPULAIRE 130 Montréal, Mai 1918 que le tendeur de moule referme aussitôt.Le souffleur continue à souffler dans la canne pour que la bouteille s'applique aux parois du moule et prenne bien la forme voulue.Dès qu\u2019on la retire du moule, le gamin se saisit de la bouteille et, au moyen d\u2019un RRR Un oavrier verrier.peu de verre en fusion qu\u2019il prend au bout d\u2019une tige de fer, il fait la bague du col de la bouteille.Celle-ci est terminée: d\u2019un coup sec, on la sépare de la canne.Il ne reste plus qu\u2019à la laisser refroidir progressivement.\u2014\u2014 0 La dépense moyenne en liqueurs alcooliques, par habitant du Royaume-Uni, était, avant la guerre, de $18.41.Ce qui ne signifie pas que le peuple Anglais est totalement l\u2019esclave de l\u2019alcool puisqu\u2019il renferme plusieurs millions de \u201cbuveurs d\u2019eau\u201d.| \u2014 Vol, 11, No 5 9 || Murles élèves POURQUOI ?x | Par le vieux Professeur PARCE QUE.TE à À mere me tpm L\u2019ARCHER Genre de l\u2019ordre de Acauthoptérygiens, famille des Squammipennes, fondé par G.Cuvier pour une espèce unique, l\u2019archer sagittaire, qui a été successivement ballottée dans les groupes des Sciènes, Scares, Labes, Coins, etc., Les caractères distincts principaux du Toxates se trouvent dans sa mnageoire courte dorsale, reculés en arrière, à épines assez fortes, dans son anale courte, placée sous la dorsale, dans son corps court, comprimé, à museau déprimé, court.L'archer Sagittaire de Java.L\u2019archer sagittaire, dont nous donnons la figure, se trouve dans les mers des pays chauds et principalement de Java.Ce poisson est d\u2019une couleur argentée, teintée de vert ou de brun, avec trois taches noirâtres sur le dos.Il est surtout remarquable en ce qu\u2019il a l\u2019imstinet de lancer parfois, assure-t-on, à plus d\u2019une verge de hauteur, des gouttes a LA REVUE POPULAIRE Cours Prpulaire o felis 2 Montréal, Mai 1918 d\u2019eau sur les insectes qui se tiennent sur les plantes marines.!l manque rarement ces insectes, et, les ayant fait tomber dans le milieu qu\u2019il habite, 1l s'en saisit et les dévore.L'ALIME Leach a créé sous le nom \u201cd'\u2019Alima\u201d, et depuis lui tous les carcinologistes ont adopté sous la même dénomination un genre de Crustacés de l\u2019ordre des Storma- podes, que Milne-Edwards range dans la famille des Unicuirassés, tribu des Erich- thiens, qui offre beaucoup de rapports avec le groupe des \u201cErichthus\u201d de Latreil- le, dont il se distingue principalement par son conps beaucoup plus allongé, ses formes sveltes et sa carapace ne recouvrant pas l'anneau opthalmique ni la base des yeux et ne s'étendant pas au-dessus de \u2018l\u2019abdomen.Cette carapace est étroite, droite au- dessus, si ce n\u2019est en arrière où elle présente une élévation en manière de toit ; ses \u2018bords latéraux sont presque droits, et les angles antérieurs constituent deux épines acérées, tandis que les postérieurs se terminent en stylets.Le rostre est droit et filiforme.Les alimes, dont on ne connaît pas un grand nombre d\u2019espèces, sont propres aux hautes mers; elles sont encore assez peu \u2014 131° \u2014 8 Ri: se A: 3 Ri iH 1 A: a: À a I$: 9 ts \u2018 Yoh 11, No 5 connues et appartiennent probablement à ces groupes qui, comme les Phyllosomes, ne sont qu\u2019un état transitoire des Crusta- L\u2019alime hyalin, qui a été prise dans les mers qui baignent le Cap Vert.Le type est \u201c\u2019alime hyalin\u201d qui est petite, de mêmé que les congénères, et qui a été prise dans les mers qui baignent le Cap Vert.L\u2019ALBUNEE Genre de l\u2019ordre des D'écapodes, créés par Fabricius, adopté par tous les naturalistes, longtemps rangé dans la section des Macroure et que certains auteurs placent avec les Rémipèdes et les Hippes dans la tribu.des Hippiens, qui elle-même constitue, avec quelrues autres, la section des Amnomoures, cifrant des caractères intermédiaires à ceux des Décapodes et des Macroures.Les albunées ont quelque analogie, par leur forme générale et par la disposition particulière de leurs pattes, avec les Ra- nines, qui, elles-mêmes, ressemblent grossièrement à certaines grenouilles.L\u2019abdomen porte à son extrémité une paire d\u2019appendices lamelleux mobiles; le plastron sternal est presque linéaire; les pattes antérieures sont cylindriques, mo- .LA REVUE POPULAIRE tec Montréal, Mal 1918 nodactyles, nullement subchéliformes; les postérieures presque fili formes ; les antennes externes sont larges, courtes, terminiées par un filet multiarticulé rudimentaire.La carapace, droite d'avant en arrière, bombée transversalement, ne se prolonge pas au-dessus de la base des pattes.L\u2019espèce typique, dont la carapace a une longueur d\u2019environ 1 pouce, habite les mers d\u2019Asie.C\u2019est l\u2019albunée symniste, qu\u2019Herbst nommait \u201ccancer dorsipes\u2019 et L\u2019aïbunée symnite qui habite l'Asie.9 .\u2026.que représente la figure ci-jointe.Une autre espèce, dont la patrie n\u2019est pas connue est l'albunée Ecusonnée.b LES ASILIQUES Tribu d'insectes, de l\u2019ordre des diptères, division des brachocères, subdivision des tétrachètes, famille des tanystomes, établi par Latreille, comprenant une dou- .zaine de genres dont le principal est celui des asiles et ayant pour caractères : tête très déprimée ; trompe courte ; lèvres saillantes; labre très court, conique; ipalpes petits; face barbue; yeux distincts; pas de style aux antennes; abdomen cylindrique dans les mâles et déprimé dans les femel- 182 \u2014 t Mara M Brain 0 00 6 av cetera SHR LB ac cat UBL Vat asi ie wai Vek.11, Ne 5 les; jambes et darses munis de soies.On trouva des asiliques dans les champs, les jardins et les prairies, principalement vers is fin de l'été et en automne, et ils sont répandus dans presque toutes les parties du globe.Ils volent avec rapdité, surtout lorsque L'\u2019asile frelon.le soleil est très chaud; ils vivent généralement de proies en saisissant d\u2019autres insectes au vol avec leurs pattes de devant qui sont très robustes.Ils les tuent en les piquant avec une des quatré pièces de leur suçoir, qui est un véritable stylet très pointu, et les sucent ensuite.L\u2019enveloppe.coriace des coléoptés ne les garantit même pas de cette arme meurtrière.Les grandes espèces d\u2019asiliques, commes les taons, attaquent également les bestiaux et les tourmentent avec acharnement.Ces diptères sont beaucoup plus nombreux dans le Midi que dans le Nord de la France où l\u2019on ne trouve guère que quelques espèces de genres asiles et dioctrie.LA BERGERONNETTE Genre des passereaux, famille des becs- fins, eréé par G.Cuvier, aux dépens des Motacilla de Linné, et ne différant guère du groupe des hoche-queues ou lavandiè- LA REVUE POPULAIRE Momitréal, Mai 1918 res, que parce que l\u2019ongle du pouce est presque droit et plus long que ce doigt, au lieu d\u2019être arqué et de la même longueur que le pouce.Comme tous les bocs-fins, 1 les bergeronnettes ont l'habitude d\u2019accompagner les boeufs et les troupeaux, probablement pour saisir des insectes attirés par eux ou \u2018mis en évidence sur le sol par leur marche.Les bergeronnetes ont le bec trés mince, droit ; les torses gréles, trés élevés; les ailes longues; la queue longue et constamment en mouvement alternatif de haut en bas et de bas en haut.C\u2019est avec une légèreté et une prestesse remarquables que ces oiseaux aux formes sveltes, poursuivent les moucherons, tantôt sur les grèves des abreuvoirs et des étangs, tantôt sur les parapets des murs qui en- I\" Tata § 1 mas La bergeronnette.tourent les rivières et ne cessent d\u2019agiter et de développer leur queue.Elles ont encore l\u2019habitude de suivre de très près le laboureur dans le sillon qu\u2019il vient de tracer pour y saisir les petits vers qui s\u2019y trouvent à découvert; elles ont un cri assez perçant et leur vol est onduleux.Elles contruisent leurs nids sur le sol, dans les champs et d\u2019autres fois entre les pierres amoncelées des carrières ; leurs \u2014 12328 \u2014 IT ROE TOITS h | A A y 1 i i a H i: TSIEN TS ht Rl Se dd Vd.11, No 5 oenfs sont finement pointi]lés de gris.Solitaires à l'époque des amours, elles se Téunissent en petites bandes quand leurs petits sont élevés, et, au commencement de l\u2019automne on les voit en grand nombre le soir dans les roseaux des rivières et des étangs.| _ Leur double mue, dans laquelle leur plumage est totalement différent, a donné lieu à plusieurs erreurs, en faisant multiplier à tout le monde des espèces qui est assez considérable.L\u2019espèce type est la bergeronnette du printemps, qui a la tête et la nuque d\u2019un cendré bleuâtre, tout le dessus du corps vert olivâtre avec une bande sourcillière et une autre bande mystacée blanches, ainsi que les pennes latérales de la queue, dont la médiane et celles des ailes sont noirâtres: tout le dessous est d\u2019un jaune brillant.La plupart des individus de cette espèce ainsi que ceux de la bergeronnette grise émigrent de nos contrées, aux approches de l\u2019hiver tandis que la bergeronnette jaune ou boarule y revient au contraire pour cette saison et en repart lorsque les autres y arrivent.Beaucoup d\u2019espèces se retrouvent en Asie, jusque dnas l'Inde et aussi en À fri- que.\u2014_\u2014 Go \u2014\u2014 A COUP DE MENTON Au Japon, le due! est interdit sous la me- Lace des peines \\cs plus sévères, ce qui n\u2019empêclie prs les Japonais de se battre quelquefois, mais autrement qu\u2019à l\u2019épée ou au pistolet.Dernièrement, dans une grande ville de l\u2019empire, deux barbiers, s\u2019étant pris de querelle, étaient fort embarrassés pour la vider, quand un ami commun leur vint en LA REVUE l'NAPULAIRE Montréal, Mai 1918 aide, en cherchant pour ce duel une arme qui ne fit pas prohibée.Après mûres réflexions, il trouva: les adversaires se battraient à coup de.men-\" ton.Le jour du combat fixé, on lia aux duellistes les mains derrière le dos, et même on les bâillonna afin d'éviter l\u2019emploi des dents dans le feu de la lutte.Puis, devant une foule de spectateurs, ils se livrèrent à un combat qui souleva une tempête de rires, et s\u2019ils ne se firent pas de dangereuses blessures, ils n\u2019en attrapèrent pas moins un violent torticolis dont ils souffrirent longtemps.Malgré ses avantages, nous doutons fort que cette manière de vider un différent \u2018s\u2019introduise en Europe.\u2014 ) \u2014 L\u2019ART DES COMBINAISONS [es vingt-six lettres de l\u2019alphabet peuvent étre transposées 620,448,401,733,239, 439,360,000 de fois.Tous les habitants du \u2018 globe, d\u2019aprés un calcul approximatif, ne pourraient pas, dans mille millions d\u2019années, transcrire toutes les transpositions des vingt-six lettres, méme en supposant que chacun écrirait quarante pages par jour et que chacune de ces pages contiendrait quarante transpositions différentes de lettres.Mais en voici un autre: Un mathématicien a calculé que deux personnes jouant aux dominos dix heures par jour et faisant quatre poses par minutes, pourraient jouer 11,000,0000 d\u2019années sans épuiser toutes les combinaisons du jeu, lesquelles s\u2019élèvent à 284,211,840._ 0 \u2014 134 \u2014 {8 bor it Vol.11, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 Dans ce nouveau Département de la REVUE POPULAIRE, nous publierons chaque mois, par ordre alphabétique, quelques fragments d'un petit dictionnaire encyclopédique rédigé tout spécialement à l'intention de nos lecteurs.Nous prions en même temps nos lecteurs de bien faire attention à ceci: À la suite du dictionnaire, et dans chaque numéro, nous répondrons wvolon- tiers, en quelques lignes, aux questions qui pour- ratent nous être posées EN MATIERE DE SCIENCE POPULAIRE SEULEMENT; par exemple, que l'on nous demande ce qu\u2019est au juste tel minéral que Fon nous désignera, quelle est la durée d'un éclair, quelle est la vitesse de la iwmière, etc.Nous ne répondrons qu'aux questions ayant un intérét général et pouvant par conséquent profiter à tout le monde; nous espérons compléter ainsi les Cours POPULAIRES paraissant déjà depuis quelque femps dans cette Revue et contribuer à l'instruction de nos amis de la façon la plus agréable pour eux.Les questions doivent être adressées comme suit: REDACTEUR PE LA REVUE FiNCYOLOPEPIQUE, 131 rye Cadieux, Montréal.CAMOMILLE :\u2014 Elle est une plante vivace, commune dans les lieux incultes.Ses capitules radiés et simulant des fleurs simples, mais qui doublent aisément par la culture par suite de la transformation des fleurons centraux en demi- fleurons, sont toniques stimulants.ÇCANARIE (GRAINE DE) \u2014 Le fruit d\u2019une plante qui croît en Europe, au Maroc et en Californie.On l\u2019emploie comme nourriture pour les oiseaux.La Turquie en fournit la plus grande quantité, mais les graines provenant de l\u2019Espagne et du Portugal sont les meilleures.Carara:\u2014 Genre de méliacées, comprenant des arbres élevés qui croissent au bord de la mer, dans les régions tropicales.On l\u2019emploie dans l\u2019industrie du savon.Caxevas:\u2014 Toile écrue, de lin ou de chanvre, très claire et divisée en petits carreaux, qui sert à exécuter la tapisserie et la dentelle à aiguille.Il est fabriqué en Hollande.CaourcHouc:\u2014 Substance élastique et résistante, que l\u2019on fait découler par incision de plusieurs arbres de l\u2019Amérique tropicale, de la Malaisie, des Indes et d\u2019Afrique.Cârre:\u2014 Bouton floral du câprier, que l\u2019on confit dans le vinaigre, pour servir d\u2019assaisonnement.Le câprier croît en Italie et en Silicie, mais le meilleur se trouve en France.Carie:\u2014 Plante cultivée dans l\u2019Europe ne son nom aux vins rouge et blanc, où ils sont fabriqués.CANTHARIDES \u2014 Genre d\u2019insectes coléoptères hétéromères, famille des méloïdes, sous-famille des lyttinés dont le nom scientifique est \u201clytta\u201d.Elles abondent dans la région méditerranéenne.Elles ont des propriétés vésicantes.\u2014 1356 \u2014 Volk.11, No § CarucINEs:\u2014 Genre de géraniacées-tro- péolées, comprenant de nombreuses espèces, qui croissent dans l\u2019Amérique australe.Ce sont une espèce de câpre, la plus petite et la plus estimée de toutes.CarBorUNDUM :\u2014 Nest autre que le carbure de silicium qui est manufacturé aux Etats-Unis, au moyen d\u2019électricité fournie par les chutes Niagara.On l\u2019emploie dans l\u2019industrie de l\u2019acier et du graphite.Carvi:\u2014 Plante cultivée dans l\u2019Europe Centrale et du Sud, spécialement en Allemagne et en Hollande, pour ses graines.On l\u2019emploie dans la confection des aliments et la préparation des parfums.CARMIN \u2014 Couleur d\u2019un rouge éclatant, comme celle qui est fournie par la cochenille.On le prépare en traitant la cochenille par l\u2019alun, le sel d\u2019oiseille et autres sels acides.Son prix est très élevé, d\u2019où on rencontre souvent des imitations.CARAMEL:\u2014 Sucre privé de son eau de cristallisation et en partie décomposée par l\u2019action du feu, ce qui lui donne une couleur brun foncé et une odeur aromatique.On l\u2019emploie aussi pour colorer la bière, le whisky et le vinaigre.CARBOLIQUE (AcmE) :\u2014 Une substance cristalline blanche que l\u2019on obtient du coaltar par la distillation.On l\u2019emploie comme antiseptique, dans la préparation de certaines matières coloriées et dans la fabrication de l\u2019acide pricrique.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 Carama:\u2014 Espèce de résine, qui était connue des anciens Germains et que l\u2019on extrait de la \u201cbursera gummifera\u201d.CARDAMOME :\u2014 Plante de la famille des zingibéracées.Elle se fait remarquer par son odeur aromatique, sa saveur chaude et piquante.Elle renferme une huile volatile d\u2019une odeur pénétrante et agréable, d\u2019une saveur brûlante et une huile grasse jaune, peu épaisse, d\u2019une saveur légèrement amère.La meilleure est cultivée à Malabar et à Ceylon.\u201cA Suivre\u201d > AL SCIENTIFIQUES L\u2019ÉconomiE de combustible pour le navires demande souvent le mélange de deux sortes de charbon; un Anglais a inventé récemment un dispositif qui opère ce mélange pendant le chargement du vaisseau.UN INVENTEUR français a construit um moulin à vent dont neuf ailes sur dix utilisent toujours la force du vent quelle que soit sa direction.L\u2019INVENTEUR d\u2019un nouveau frein élee- trique pour autos affirme qu\u2019il pourra arrêter sa machine allant à l\u2019allure de cinquante milles à l\u2019heure sur une distance de quarante-cinq pieds seulement et sans glissade.On prt que le moteur le plus puissant par rapport à son poids est celui qu\u2019un Français vient de construire.TI utilise le pouvoir explosif de la poudre et ne pèse qu\u2019une livre par cheval-vapeur.\u2014 138 \u2014 Vel.11, No 5 Ux américarn de New-York a imaginé une pelle qui pèse le charbon que l\u2019on manipule avec et totalise son poids au fur et à mesure.Le mécanisme est renfermé dans le manche.UN TABLEAU automatique vient d\u2019être inventé par un instituteur français dans le but d\u2019apprendre facilement et rapidement la multiplication aux élèves.ON FABRIQUE aujourd\u2019hui des chaises très pratiques pour les passagers sur les bateaux; ces chaises se referment et se transportent aussi facilement qu\u2019un sac à main.Pour l\u2019usage des employés de chemin de fer, un homme du Michigan a eu l\u2019idée de faire breveter une lampe électrique donnant une lumière blanche à une extrémité et une lumière rouge à l\u2019autre.Grâce à l\u2019emploi de miroirs invisibles aux spectateurs, un inventeur - européen prétend pouvoir donner le relief complet æux personnages apparaissant sur l\u2019écran des cinématographes.UN sysrème double de ressorts pour automobiles a été trouvé par un Califor- nien ; si l\u2019un des ressorts est brisé ou affai- bH, l\u2019autre fonctionne immédiatement.UN NOUVEAU perfectionnement à certains téléphones permet de compter le nembre de fois qu\u2019on les a employés.\u201cA Suivre\u201d LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mal 1918 QU\u2019ARRIVERA-T-IL ?UN grain de sable qui tombe dans l\u2019océan ne revient jamais.Et combien nombreuses sont les particules qui laissent la surface de la terre, à chaque seconde et qui sont emportées dans l\u2019océan.Les pluies du printemps, les gonflements des ruisseaux attirent dans les fossés, les rivières, les lacs et dans la mer des parcelles plus ou moins importantes de terre.Là les atômes y séjournent et chacun de ceux-ci attend ses frères qui sont dans la prairie et qui tôt ou tard viendront se joindre à lui.Ce procédé a été en existence depuis le jour où \u201cla terre était informe au néant\u201d.Les anciens rochers ont été entraînés dans les champs et de là ont roulé dans l\u2019océan, où ils ont contribué à la formation des îles et des continents.| Des millions d\u2019années de ces phénomènes de la Nature dépeupleront la terre des collines et des vallées.Cependant, la Providence a trouvé un remède à cet état de choses en instituant les tremblements de terre.En effet, ces secousses renforcissent une partie de la terre aussitôt que l\u2019autre a été affectée et dans un million d\u2019années la terre sera certainement différente, dans sa forme, qu\u2019elle est actuellement.\u2014 Oo \u2014\u2014\u2014\u2014 lisés.\u2014 187 \u2014 RATE .R A Le plus grand cimetière du monde est celui de Rockwood, en Australie.Il couvre 2,000 acres.Jusqu\u2019à ce jour, 200 acres contenant 100,000 personnes, ont été uti- ee pi rie ces Le = Vok 11, No 5 UN LAC DE SAVON ON peut observer une des merveilles de la nature dans le nord-est de l\u2019Etat de Washington.Elle consiste en un lac communément appelé le lac Savon, qui a une étendue de trois milles par un de largeur.Son eau a le goût d\u2019une mélange de savon et de sel.Elle a pour propriété spéciale, qu\u2019après avoir été réchauffée, il n\u2019est pas nécessaire d\u2019avoir du savon pour prendre un bain.En effet, dès que l\u2019eau vient en contact avec l\u2019huile naturelle de la peau, il se forme une couche d\u2019écume savonneuse.Le \u201clac Savon\u201d est très recherché en Amérique à cause de ses facultés curatives.Son eau est en grande renommée pour la guérison des rhumatismes, des maladies de peau, et les troubles de poitrine ou du sang.Sur les bords de ce merveilleux lac, on peut apercevoir de nombreuses maisons de santé qui sont ouvertes à l\u2019année, recevant des milliers et des milliers de personnes, qui voht y.chercher la santé.Oo \u2014\u2014 POUR LES AUTOMOBILISTES UNE petite invention qui fera sûrement le bonheur des automobilistes, est celle qu\u2019on vient de faire récemment.Pour donner plus d\u2019aise au pied du conducteur, constamment appliqué sur la pédale de vitesse, position qui devient fatiguante à la longue, on à imaginé de fixer près de la pédale une sorte de tube en métal, comme on le voit sur notre dessin.LA REVUE POPULAIRE ' Montréal, Mai 1918 Ainsi le pied se trouve placé au niveau de la pédale ayant comme point de repos, le tube en question.À l\u2019extrémité de celui-ci, se trouve une petite languette en fer, qui empêchera le pied du conducteur de glisser, surtout dans les moments où il doit appuyer fer- tement.Cette innovation sera certa\u2018nement bien accueillie par ceux qui font de l\u2019auto, car elle leur sera d\u2019une grande utilité.\u2014 \u2014\u2014 UN CIERGE DE VALEUR ON vient d\u2019envoyer au Vatican, un cierge gigantesque, qui sera placé dans l\u2019Eglise Saint-Pierre, en mémoire de Pierpont Morgan.Il mesure 16 pieds de hauteur, pèse 400 livres et a coûté $1,200.On a dépensé $200 pour le dessin d\u2019une feuille d\u2019or devant servir de décoration au cierge, tandis que sur un de ses côtés on a installé une peinture à l\u2019huile du millionnaire défunt.Il devra être allumé chaque jour de fête et pourrait brûler constamment pendant 3,000 jours.Le Pape a béni, il y a quelques années, un autre cierge d\u2019une dimension demésu- rée.11 avait été donné par un chanteur Italien qui avait recouvré sa voix par l\u2019intercession de sainte Blaise.Ce cierge brûle jour et nuit et ne sera totalement consumé que dans quatre ans.oO \u2014\u2014 Dans certains temples américains, il existe un endroit appelé \u201ccoin des bébés\u201d, où les mères peuvent laisser leurs enfants, pendant qu\u2019elles assistent à la cérémonie religieuse.*\u2014 188 \u2014 Vol.11, No 5 LA H ai rconrtrritatSiec sen cetitichtiehemec it net SEL Loti td LA CEA LEAR ALE AA AM AL IER LPR DE DEC I RN LA REVUE POPULAIRE PLUME ET SES Montréal, Mai 1918 REVENUS BE.Sug, pour \u201cLe Juif Errant\u201d, reçut $20,000, pour \u201cLes Mystères de Paris,\u201d $32,000.Dumas, père, gagna avec \u201cLes Trois Mousquetaires\u201d et \u201cMonte-Christo\u201d, $40, 000.V.Hugo, pour \u201cLes Misérables\u201d, eut $80,000.11 laissa une fortune de $1,400,510, Thiers, pour son \u201cHistoire de la Révolution\u201d, toucha $40,000.Scribe avec ses pièces se fit $80,000.G.Sand gagnait $8,000 par an.Par contre, Béranger céda ses oeuvres pour $160 de rente viagère.La pièce \u201cMme Angot\u201d fut achetés à son auteur, alors inconnu, £120 et rapporta au Théâtre de la Gaïté £100,000.D\u2019après Emile de Girardin, les auteurs, en 1835, se divisaient en cinq catégories : 1° ceux qui se vendaient jusquà 2,500 exemplaires, chaque volume étant pavé de $600 à $800.Deux auteurs seulement connaissaient cette fortune: V.Hugo et Paul de Kock.2° Ceux qui se vendaient jusqu\u2019à 1,500 exemplaires.Ils étaient quatre: Balzac, Soulié, Sue, Janin.3° Ceux dont la vente allait jusqu\u2019à 1,200 exemplaires et qui recevaient de $250 à $300.Alphonse Karr était de ce nombre.4° Ceux qui pour 6 à 900 exemplaires touchaient $100.Il y en avait 12, dont Alfred de Musset.5° Ceux qui pour moins de 500 exemplaires recevaient de $20 à $60, tel Gautier.= 138 + m7 D\u2019après M.d\u2019Avenel, il y avait en février 1909, en France, 4,500 auteurs dramatiques.Leurs revenus annuels étaient de $40,000 à $100.Pour qu\u2019une pièce jouée à la Comédie Française rapporte $300 à son auteur, il suffit qu\u2019elle soit jouée 5 fois.Dans ce cas, en effet, pour une recette de $3,000 l\u2019auteur touche le dixième.Alors le théâtre était la plus considérable des sommes de revenus littéraires.On sait que \u201cCyrano de Bergerac\u201d a rendu son auteur aussi millionnaire que ses rimes.Les auteurs dramatiques qui faisaient alors le plus d\u2019argent semblaient être: Rostand, Capus, Caillavet et de Flers, Bernstein, Bataille, Donnay, ete.En ce qui concerne les compositeurs et auteurs de livres leur clientèle s\u2019est étendue et enrichie depuis un siècle dans d\u2019énormes proportions.En 1778, il y avait 112 abonnés à l'Opéra qui payaient ensemble $56,000.En 1909, les recettes dans ce théâtre étaient de $340,000 pour les seuls abonnements.Mais la mine d\u2019or de la littérature, c\u2019est le feuilleton, Paul de Kock, Montépin, Richebourg en ont su quelque chose et, aussi, tel de nos auteurs populaires modernes qui se fait, avec ses romans, $60,000 par an.\u201cSi vous voulez devenir riches, écrivez pour les pauvres.\u201d \\ mr O \u2014 Tout animal, sauf le chat, gardé par une personne est sujet a une taxe, en Autriche, et on parle même de taxer le chat.VOS OI Vof.11, No 5 L\u2019HUMOUR CHINOIS Pour certaines personnes, le Chinois et l\u2019Indien de l\u2019Amérique ont la réputation de représenter les peuples les plus humoristiques au monde.Comme question de fait, chaque nation s\u2019amuse à sa propre manière et ces deux derniers peuples ont des traditions spéciales qui diffèrent beaucoup de celles des autres pays.A cet effet, un colonel Anglais, résidant en Chine, racontait dernièrement une anecdote, qui est bien de nature à nous donner une idée du caractère sévère de l\u2019humour chinois.Ce premier avait arrêté neuf délinquants, qu\u2019il devait remettre le lendemain matin au magistrat local.En attendant, il les confia à la surveillance d\u2019un constable Chinois, lui enjoignant l\u2019ordre de les renfermer, bien qu\u2019il n\u2019y eût pas de cellule au Consulat.L\u2019homme de la Justice fut à la hauteur de la situation.Il salua profondément en disant: \u201cJ\u2019obéis\u201d et prit charge des accusés.Peu de temps après il revint et annonça que ses prisonniers étaient en sûreté.Le Consul stupéfait, était cependant anxieux de savoir comment et où ils avaient été emprisonnés.Il suivit donc le policier dans la Cour.À cet endroit, autour du mât de pavillon, les neuf accusés dansaient et chantaient.Quand le chant devenait languissant, le constabie les animait en les frappant au moyen d\u2019une lon- guè perche.De prime-abord, les neufs accusés semblaient se tenir par la main, mais après une inspection plus judicieuse, le Consul s\u2019aperçut qu\u2019ils étaient liés ensemble au moyen de menottes.\u201cEh bien, s\u2019écria le Consul, s\u2019ils sont enchaînés autour du mât ils ne peuvent cer- LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 tainement pas s\u2019échapper.Pourquei les forcez-vous à danser ?\u201cAh! reprit le policier, avec un sérieux extraordinaire, c\u2019est pour les empêcher d\u2019escalader le pôteau et de s\u2019enfuir.Le Consul s\u2019éclata de rire et tenta d\u2019expliquer qu\u2019il était impossible aux neuf prisonniers de grimper ensemble mais le Chinois avait son idée et y tenait mordicus, de telle sorte que la danse se continua._\u2014 0 \u2014\u2014 UTILE POUR LA FERME CE n\u2019est certes pas un agrément pour celui qui trait une vache de recevoir en pleine figure, un coup de queue, ce > | qui arrive surtout en êté, à cause des piqûres de mouches.Désormais, cet inconvénient sera supprimé par.une innovation qu\u2019on vient de faire.Une sorte de pince, très lourde, en fer ou en acier, est suspendue à la queue de la béte, qui n \u2018dura iplus le caprice de caresser la figure de la personne qui trait.À l\u2019intérieur des deux plaques qui forment la pince, il y a une rainure faite exprès pour englober facilement et sans douleur la queue de la bête.| Au moyen d\u2019un puissant ressort, la pince se tient fortement fermée.(Si cette innovation ne fait pas l\u2019affaire de la vache, elle fera certainement celle des fermiers! \u2014_\u2014 0 \u2014 Un des dompteurs d\u2019éléphants les plus autorisés du monde, prétend qu\u2019il n\u2019a été pris que 24.éléphants blancs depuis te commencement de l\u2019ère chrétienne.\u2014 PAE w= Voi.11, No 5 \u2014 POUR LES \u201cSHINE PARLORS\u201d S1 les \u201cshine parlors\u201d de notre ville offrent beaucoup de commodités aux grandes personnes ils ne sont pas d\u2019un usage facile pour les enfants.C\u2019 est, sans doute, pour obvier a cet inconvénient qu\u2019un observateur s\u2019est décidé à mettre sur le marché l'appareil sul- vant.Le petit tabouret où l\u2019on repose le pied, durant l\u2019opération du décrottage et du frottage, étant beaucoup trop bas pour les enfants, on a songé à faire un deuxième tabouret s\u2019ajustant sur le premier.Le dessus de ce deuxième tabouret est muni de chaque bout d\u2019un morceau de caoutchouc ou cuir pour empêcher le pied de glisser.Un ressort permet d\u2019allonger ou de raccourcir, suivant la grandeur du pied de enfant, la partie oli il pose le pied.\u2014_\u2014 \u2014 DES LIVRES BIEN PAYES ern, OUT dernièrement fut vendue, iL dans une vente publique à Pa- AWS ris, la fameuse peinture de Rem- % 7 ) brandt, \u201cBathsheba\u201d.Le prix #4/ payé constitue un record puis- 4?que l\u2019œuvre d\u2019art du célèbre peintre \u2018fut cédée pour la jolie somme de $220,000.Le \u201cBathsheba\u201d était vendu en 1771 pour $130, ed 1814, il rapportait $500; en 1841, $1,625, de telle sorte que le dernier vendeur a pu réaliser un bénéfice net de $218,375.D\u2019autre part, un livre qui avait été offert, il y a 50 ans, au Musée anglais pour LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 la somme de $5.00 et qui avait été refusé à cause de son prix élevé, réalisa $5,025 à une vente de la librairie Huth.Ce livre contenait la fameuse dissertation de Benjamin Franklin, sur la \u201cliberté et la nécessité\u201d, dont 1l ne reste plus qu\u2019une autre copie.À la vente de la même librairie une copie extrêmement rare de la première édition de \u201cBriefe and True Report of the New Found Land of Virginia, London, 1588\u201d, oeuvre de Thomas Hariot, fut offerte au public.Ce livre qui ne consiste qu\u2019en un pamphlet de vingt feuillets, est très rare.En effet, on en connait que sept copies dont une parfaite et une autre imparfaite, propriétés de quelques américains.| M.Holt paya $600 & M.Quaritch pour sa copie en 1873, une autre copie fut yen- due $1,500 en 1883.A la derniére vente l\u2019enchère commença à $500 et M.Harper, de New-York, l\u2019acheta pour $6.450.Une copie de la première édition française, imprinfée à Frankfort-on-Main, en 1590, avec 27 belles illustrations par J.T.DeBry et qui fut payée $175 en 1854, fut revendue en 1901 à Sothbey pour $1,450.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014\u2014 UNE NOUVELLE HUILE JL'UsrNE Salomas, à Ekaterinodar, a fait des essais de production d\u2019une huile avec de la graine de tabac.La proportion de l\u2019huile a été de 34 pour cent ; elle est d\u2019une très jolie couleur, et on croit que, lorsqu\u2019elle aura subi la préparation et la distillation nécessaire, elle pourra même remplacer l\u2019huile d\u2019olive.\u2014\u2014 po \u2014\u2014 \u2014 141 \u2014 Bk Will: Vot.11, No 5 LE CHIEN LE PLUS FIDELE Le plus loyal des chiens est probablement le petit terrier écossais, auquel] Edin- bourg élevait une statue, il y a quelques années.Pendant huit années consécutives, \u201cGreffriars Bobby\u201d, comme on le désignait, passait la nuit entière, couché sur la tombe de son maître défunt.Il ne passait qu\u2019une heure ou deux à la maison, mais chaque soir, que le temps fut beau ou orageux, le trouvait au poste.Si la porte était fermée, il sortait par les fenêtres, et ce n\u2019est qu\u2019après huit années de ce régime, que la population d\u2019Edinbourg apprit la chose.Cette statue qui a été érigée au coin d\u2019une rue, près du cimetière de Greyffriar, vaut la peine d\u2019être vue, même par celui qui n\u2019en connaît pas sa raison d\u2019être.0 OU L\u2019ON VIT DANS DES CAVES Ux endroit des plus étranges de nos jours, est certainement la demeure des troglodytes de la Tunisie.Ces habitants de Mat- mata, au nombre de 3,000, préfèrent construire leurs demeures en creusant dans le sol que de suivre la coutume généralement en vogue.Celui qui visite l\u2019Afrique Septentrionale peut juger de la valeur de ces bâtisses, s\u2019il s\u2019arrête entre la ville de Gabres, sur les côtes de la Tunisie et le Sahara.Ce pays est un plateau élevé, rocheux, stérile, brûlé par le soleil et balayé par le simoum.Quand un Matmate désire une nouvelle demeure, il choisit l\u2019endroit, l\u2019entoure d\u2019un cercle et creuse jusqu\u2019à ce qu\u2019il ait atteint la profondeur désirée, laquelle varie d\u2019après le nombre d\u2019étages nécessaires.Les chambres consistent en caves creusées dans les côtés de la cavité circulaire, \u2014 14 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 / .dont le fond forme le \u201cpatio\u201d ou cour.Cette dernière a le caractère ordinaire de la demeure mauresque.En plus des chambres, un passage est creusé pour communiquer avec le monde extérieur et une porte est pratiquée à l\u2019extrémité.Le sol ,qui est de glaise très mal- .léable, se taille facilement et se prête bien à l\u2019excavation, à tel point que le toit de chaque chambre n\u2019a pas besoin d\u2019appui, en autant qu\u2019il est très bien arqué.Ces résidences souterraines, ne sont pas humides; le seul inconvénient qu\u2019elle présente consiste en un manque de lumière, laquelle ne s\u2019introduit à l\u2019intérieur que par la porte d\u2019entrée.0 \u2014 D\u2019OU VIENT LE MOT \u201cASSASSIN\u201d Les \u201cassassins\u201d étaient un ordre religieux et militaire qui vit l\u2019existence en Perse, vers le milieu du onzième siècle et qui avait pour objet de se dévouer à la destruction, après les avoir approchés en cachette, de tous ceux qui s\u2019opposaient aux doctrines musulmanes.\u2018 Les Croisés rencontrèrent ces partisans en Syrie et en plusieurs circonstances les défenseurs de la Croix furent massacrés sans avertissement et presque mystérieusement.Les Tartares exterminérent, en.1256, les Assassins Perses et quatorze années apres une bande de Syriens assassins fut vaincue par les Egyptiens.D\u2019où le nom d*\u2018assassin\u201d, pour désigner celui qui tue son semblable.tr \u2014\u2014o0 Deux jeunes Italiennes, en amour avec le méme homme, se sont battues en duel, au moyen de couteaux.Le résultat fut que toutes deux se tuèrent.9 ps \u2014 i! voi 11, No 5 LA PREMIERE LOCOMOTIVE CHINOISE } La première locomotive chinoise, connue sous le nom de \u201cRocket\u201d, a une histoire très intéressante sous plusieurs rapports.En 1879, le seul semblant de chemin de fer en existence en Chine, consistait en une ligne de tramway, d\u2019environ cinq milles de parcours, s\u2019étendant depuis les mines de charbon de Kai Ping jusqu\u2019au canal de Pehtang._ Alors, un certain Kinder fut nommé ingénieur de la Compagnie et commença à moderniser la route.L\u2019importation d\u2019une locomotive étant indispensable, il en construisit une en utilisant le matériel qu\u2019il réussit à trouver sur les lieux.La bouilloire avait appartenu à un vieil engin chargé de faire fonctionner une grue.Les cylindres vinrent de même source.Heureusement, il trouva des roues d\u2019un char américain et assembla le tout sur une charpente faite de barres qu\u2019il avait obtenu d\u2019une arbre de couche employé dans une mine.Ainsi construite la locomotive fut mise en opération bien peu de temps avant que le Gouvernement fut informé de l\u2019invention; immédiatement une commission fut chargée d\u2019étudier la valeur de la découverte.La commission retarda son srrivée, au point que les autorités de chemin de fer, craignant la censure, décidèrent d\u2019enterrer la locomotive.La Commission retourna donc à Pékin, rapportant qu\u2019aucune locomotive n\u2019avait été trouvée, et cef\u2019est qu\u2019après des négociations prolongées avec Li Hung Chang que les officiers de la Compagnie jugèrent prudent et hors de danger de déterrer la locomotive et de la mettre en opération.\u2014\u2014 gp \u2014 \u2014 143 \u2014 re REI INT LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 LA-MER ROUGE Nos ancétres se sont souvent étonnés de la couleur de la mer Rouge.Dans les atlas du moyen âge, elle était colorée en rouge brique, pour rappeler ce phénomène que l\u2019on ne parvenait pas à expliquer.| Le microscope devait donner la clé du mystére.En 1823, Ehrenberg, séjournant près du mont Sinaï, put écrire ces lignes: \u201cLes courtes vagues d\u2019une mer tranquille apportaient sur le rivage une matière mucilagineuse d\u2019un rouge sang et la déposaient sur le sable.Je puisai de l\u2019eau dans un verre.I] me fut facile de reconnaître que cette coloration rouge était due à de petits flocons, à peine visibles, pour la plupart d\u2019un rouge foncé.L\u2019eau dans laquelle ils flottaient était parfaitement incolore.\u201d Cette observation stimula le zèle des savants.L\u2019un d\u2019eux, ayant recueilli de l\u2019eau de la mer Rouge, la vida sur un linge de coton.L'eau passa au travers, et la substance signalée par Ehrenberg adhéra au tissu.On examina au microscope la matière déposée sur la toile et l\u2019on reconnut que c\u2019était une algue composée de filaments articulés et juxtaposés, d\u2019un diamètre variant entre un dixième et un vingtième de millimètre.Son nom scientifique est Z'richodes- miüum.C\u2019est une des mille et une variétés d\u2019algues.Elle se rencontre seulement dans les mers du Sud.Mais c\u2019est principalement dans la mer Rouge qu\u2019elle est en abondance suffisante pour influencer la couleur des eaux.| Elle colore la mer Rouge, absolument comme les algues communes sur les côtes de la France, colorent l\u2019Atlantique et la Manche en vert sombre, parce que l\u2019iode et le brome y dominent, \u2014 \u2014 Vol, 11, No 5 LA TOUR DE BABEL S'IL faut en croire un traducteur de vieux documents assyriens, dont certains sont des inscriptions sur des tablettes de glaise brûlée, la tour de Babel n\u2019avait que 140 pieds de hauteur.Cependant, comme elle était érigée sur des fondations élevées, c\u2019était le monument le plus haut de Baby- lone.Toujours d\u2019après le traducteur, la dite tour était un temple et faisait, au point de vue de l\u2019architecture, la gloire de Baby- lone.Le premier de ses sept étages mesurait 27 pieds carrés et était construit en brique séchée au soleil.La façade était en brique brûlée.Au sommet il y avait un observatoire à l\u2019usage, principalement, des astrologues, nombreux parmi les prêtres du pays.Babylone était alors la métropole du monde et sa population s\u2019élevait à deux millions d\u2019habitants.Deux fois plus grande que Londres elle était protégée par une muraille de cinquante-cinq milles de longueur.| Dans le temple se trouvaient de merveilleuses statues en or et d\u2019autres trésors.Et c\u2019est quand les hommes esseyaient de décrire ces objets que s\u2019est produite la confusion des langues.\u2014_\u2014 0 \u2014\u2014\u2014 UNE FORTERESSE DE SINISTRE - MEMOIRE LA forteresse Saint-Pierre et Saint-Paul, à Pétrograd, sur le bord de la Neva, en face du palais d\u2019hiver, est une massive construction en pierre et un lieu de bien sinistre mémoire.I C\u2019est dans cette forteresse que Pierre le Grand tortura jusqu\u2019à la mort son fils A- LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 lexis, et que la princesse Tarakonova fut murée dans une cellule.Pendant une inondation des rats grimpèrent sur elles pour ne pas être noyés.C\u2019est dans cette forteresse que Catherine IT fit enterrer vivants les malheureux qui dénonçaient le meurtre de son mari.Le prince Krapotkin raconte que le révolutionnaire Karakozoff y fut tenu éveillé durant une semaine entière par des gardiens qui, assis à ses côtés, le remuaient quand il semblait sur le point de céder au sommeil.Au bout d\u2019un certain temps le malheureux acquit l\u2019art de balancer une jambe tout en dormant, et de faire croire ainsi à ses gardiens qu\u2019il veillait.Mais on découvrit son truc.Finalement, quand on le conduisit au lieu de l\u2019exécution, il était dans un tel état d\u2019épuisement que tous les os de son corps semblaient être rompus.On fit même courir le bruit que ses geôliers l\u2019avaient tué dans sa cellule et avaient apporté un mannequin en caoutchouc sur l\u2019échafaud.[ .Krapotkin passa lui-même plusieurs années de souffrance dans la forterresse, vers 1870.Le plancher et les murs de cinq pieds d\u2019épaisseur étaient recouverts de feutre afin que le silence fut insupportable.Le prince eut, cependant un meilleur sort que les autres car, à la demande de la Société de Géographie de Russie, on lui permit de continuer son travail sur l\u2019époque glaciale.Par permission du tsar il avait des plumes et de l\u2019encre, mais il ne pouvait s\u2019en servir que jusqu\u2019au coucher du soleil qui, en hiver, a lieu à 3 heures de l\u2019après-midi, à Pétrograd.0 A Japon, un homme peut vivre princièrement pour $240 par année.Ce montant lui permettra de payer son lover, deux serviteurs, et amplement de nourriture.\u2014 144 \u2014 Vad 14, Mo 3 L'ORIGINE DU PANTALON Las Boches prétendent être les inventeurs du disgracieux pantalon que les hommes portent aujourd\u2019hui.Il est assez laid d\u2019ailleurs, pour que ce soit vrai.À la fin du XVIIIe siècle le port du pantalon au lieu des culottes était considéré par les potentats allemands comme un signe de sympathie pour les sans-culottes de France.En 1790, le landgrave de Hesse-Cassal ordonnait que les condamnés chargés de nettoyer les rues et de faire les chemins, fussent en pantalon, afin de dégoûter ses sujets de ce genre de vêtement.Vers la même époque un édit adressé à tous les fonctionnaires de la Prusse, les avertissait que \u201cporter le pantalon, se dispenser d\u2019une perruque et se faire couper les cheveux étaient des actes dérogatoires à la dignité et à la gravité de toute personne occupant un poste officiel.\u201d En Angleterre également le pantalon fut en défaveur pendant de nombreuses années.En 1812 les autorités du Trinity College, de Cambridge, décidèrent que les étudiants qui se présenteraient dans la grande salle ou la chapelle, en pantalon, seraient considérés comme absents.\u2014\u2014- \u2014 LA PORTE À SEPT SERRURES BIEN peu de personnes qui eurent l\u2019occasion de visiter l\u2019Abbaye de Westminster, en Angleterre, ont été instruites sur certaines de ses parties antiques et intéressantes, qui n\u2019ont jamais reçu un reflet de lumière.Par exemple, dans les cloîtres du côté Est, il existe une porte tellement bien gardée contre l\u2018intrusion non autorisée, qu\u2019elle ne peut être ouverte qu\u2019au moyen de LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 sept clefs, jalousement conservées par autant d\u2019officiers du Gouvernement.Cing de ces serrures couvertes de peau humaine, sont cachées par une immense barre de fer qui les dérobe à la vue du visiteur.Cette porte donne accès à une chambre voûtée, connu comme la \u201cChapelle du Ciboire\u201d.Les murs conservés intacts, exis- talent déjà même avant que Guillaume le Conquérant débarqua à Sussex.Cette chambre fut un temps \u201cla Trésorerie de l\u2019Angleterre\u201d, à laquelle furent ajoutées \u201cles possessions les plus aimées de l\u2019Etat\u201d.Les insignes de royauté des rois d\u2019Ecosse et la Sainte Croix de \u201cHoly- rood\u201d furent conservées en cet endroit et durant plusieurs années, on y déposait la monnaie d\u2019or et d'argent.Il y a quelques siècles, cette chambre fut la scène d\u2019un vol audacieux et de nos jours elle contient en plus d\u2019un autel da -pierre, quelques coffres antiques, dont l\u2019un servait à contenir les bijoux des rois Normands.\u2014\u2014\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 LE KAISER COLLECTIONNEUR [L'Empereur d\u2019Allemagne possède une merveilleuse collection de cannes.L\u2019une d\u2019elles, un épais gourdin en pin d\u2019Orégon, pèse environ 12 livres.Le bois en est, dit- on, si dur, que placée quelques minutes dans une fournaise ardente, la précieuse canne en sortirait intacte.Dans la collection du kaiser, on peut encore admirer un jonc très fin cueilli à un saule d\u2019une certaine espèce qui croît en Libéria.Cette tige est si souple qu\u2019on peut l\u2019enrouler plusieurs fois autour du pei gnet.Livrée à elle-même, elle redevient aussi droite qu\u2019une épée.\u2014 145 \u2014 Et aies \u2014 9 \u2014 * 1 NN ANSE = = | _\u2014 MSNM NE NE NE NN NE EN NN NE EN EN NES ES NES NON ES NE NE ESSONNE NE ee ee\" eg - ee A DATER DU 1er JUILLET PROCHAIN LE PRIX DE \u201cLA REVUE POPULAIRE \u201d SERA DE 15 CENTS LE NUMERO Cette augmentation que nous avons différée le plus longtemps possible mous est\u2019 formellement imposée aujourd\u2019hui par les circons= tances.Le coût très élevé du papier, les frais de main-d\u2019oeuvre çonsidé= rablement augmentés, nous mettent dans l\u2019alternative de relever notre prix de vente ou de discontinuer la publication de motre Magazine mensuel.Cette dernière mesure eût été profondément regrettable car la Revue Populaire jouit d\u2019une faveur sans cesse croissante dans les familles Canadiennes et, d\u2019autres part, la lecture étant un besoin nettement reconnue aujourd\u2019hui, il importe de maintenir énergiquement les livres honnêtes, intéressants et instructifs, ceux en un mot dont la lecture est profitable & tous points de vue.Toutefois, et comme nous avons toujours en vue la satisfaction de la clientèle, nous n\u2019avons pas voulu lui demander un léger sacrifice sans apporter en retour une nouvelle et importante amélioration à son magazine favori.# HYIVEIdOS.UNAUE VI SON \u2018IT YA 8161 TEN \u2018TRHOIPUON + = A= CE SN De cent pages seulement qu\u2019elle avait au début, la Revue Populaire à été mise à 116 pages, puis à 132, à 148 et enfin à 164, toujours au même y i prix de 10 cents.! ii i A Aujourd'hui que les circonstances nous forcent à relever ce prix, * iM nous avons décidé d\u2019améliorer la Revue en publiant des romans plus ils longs que par le passé et d\u2019ajouter 32 pages de plus à notre magazine sit qui aura dorénavant iit i 196 PAGES.nt I + à ii\u2019 i) Tous les journaux sont atteints par la crise actuelle et certains fi | i d\u2019entre eux se sont vus dans la nécessité, non seulement d\u2019augmenter d _ li leurs prix mais aussi de réduire leur format.i = (LI 1, i Li 5 El Grâce à notre organisation, bien que nous ressentions durement fi | sit nous aussi les effets de la crise, il nous a été possible de n\u2019augmenter que Li tii?très raisonnablement te prix de la Revue Populaire et, non seulement i tit de la maintenir à son format, mais d'y ajouter encore trente-deux if 18] pages.i 1] i 4) Ce sacrifice que nous nous imposons sera certainement apprécié ; El des lecteurs et nous leur demandons de nous continuer la faveur qu \u2018ils Bl 194 nous ont toujours témoignée jusqu'ici.El tt A4 £ e rao 4 +411 De notre côté mous ferons tout en notre pouvoir pour améliorer ; # ta} la Revue Populaire et la rendre toujours de plus en plus intéressante.M Ee i?4 * - .151 0 ta) + +\u2014\u2014+-\u2014e\u2014\u2014e\u2014-e-e-2\u20144#\u2014e-2#w##\"#\" ?RENEE yr gE ey EE ENN SAN DET TE I NE TR TS TE TATE NSE TE SR TSE TN reir SG ON \u2018IT TOA HAIV\"INdO4.UOAUHE VI 8161 Ie \u2018TtHIJUON Yoh.11, No 5 LE SAINT PATRON DES JOUEURS DE BALLON [es joueurs de ballon seront peut-être intéressés en apprenant qu\u2019ils ont un saint patron qui surveille leurs intérêts au Ciel.En effet, vers 1520, un jeune homme du nom de Hugh, qui était un des champions de son temps, eût la mauvaise fortune de lancer le ballon au travers de la vitrine d\u2019un marchand Juif.Que ce premier ait frappé le commerçant lui-même ou quelque membre de sa famille, on\u2019 ne le sait pas, seulement qu\u2019il fut très exaspéré de l\u2019affaire.Déterminé à se venger, le fameux israélite entraîna Hugh dans sa maison et lui plongea son couteau dans le dos.La population Anglaise fut très chagrinée de la perte de son champion, puisque Hugh mourait quelques heures après.Le monstrueux meurtrier fut puni sévèrement et Hugh fut proclamé saint, après \u2018qu\u2019on lui\u2019eut fait des funérailles publi- + ques.es On écrivit même sur son tombeau des vers, plus ou moins littéraires, décrivant les vertus du \u201cdoux Sir Hugh\u201d et ses capacités comme joueur de ballon.Plus tard le ballon fut interdit durant le règne de la reine Elizabeth, sous peine même d\u2019emprisonnement, à cause de l\u2019extrême brutalité de ce jeu.Jacques Ier avait exclut de sa Cour tout excreice violent comme le ballon.En dépit même de cette défense, les ouvriers frappaient sur un ballon pour se réchauffer durant l'hiver, c\u2019est pourquoi les archives font mention \u201cque durant la saison du rigoureux hiver de 1665, les rues de Londres étaient remplies de ballons.\u201d ee ree LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 DES ANIMAUX NAGEURS PRESQUE tous les animaux qui ont accès à la mer, sont des meilleurs nageurs que l\u2019homme en général, Ainsi le rhinocéros, l\u2019hippopotame sont de merveilleux nageurs et plongeurs, tandis que l\u2019éléphant des Indes peut traverser des rivières très larges, même lorsqu\u2019il porte une charge très pesante.L\u2019élan et le renne nagent aussi aves beaucoup de facilité.D'un côté l\u2019élan se tient la tête droite au-dessus de la surface de l\u2019eau et traverse d\u2019un rivage à l\u2019autre en ligne directe, tout en évitant le moindre détour, tandis que le renne change de direction aussi souvent qu\u2019il le désire et se tient la tête immédiatement au-dessus ds la masse d\u2019eau.Mais de tous les nageurs, bien qu\u2019il ne soit pas le plus rapide, l\u2019ours polaire est certainement le meilleur ; il passe même la moitié de son temps dans l\u2019eau, s\u2019occupant à nager et à plonger.Son pouvoir nageur est merveilleux si l\u2019on considère que dans ces régions l\u2019eau est invariablement glaciale et que le froid est normalement opposé à la bonne natation.On a observé, cependant, des ours qui ont nagé de vingt- quatre à trente milles, dans ces conditions, sans développer un exces d\u2019effort.Un des animaux nageurs des plus rapides est sans doute l\u2019écureuil.En effet, un amateur de chasse, qui avait en captivité un écureuil, qui n\u2019avait jamais vu l\u2019eau, désirait savoir si son pensionnaire pouvait nager.Pour tenter l\u2019expérience il l\u2019'emporta au milieu d\u2019un lac et le jeta à l\u2019eau.L\u2019écureuil se tourna vers le rivage et franchit la distance avec une telle rapidité que ce fut avec une très grande difficulté que notre homme réussit a rattraper son animal.\u2014 148 \u2014 EEE LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 NARNIA NO RE POUR LE TRAITEMENT DE l\u2019Anémie, de la Neurasthénie, de la Tuberculose, du Rachitisme et de toutes les affections pulmonaires i 2 |\u2019HISTO-FER GARNIER est le remède tout indiqué.C\u2019est le tonique le plus puissant de nos jours.Résultats assurés.PRIX: $1.25 la bouteille.EN VENTE DANS LES MEILLEURES PHARMACIES ET AUX PHARMACIES MODELES DE GOYER AGENTS SPÉCIAUX RU w.; AAR A hn 180 rue Ste-Catherine Est 217 rue Ste-Catherine, Maisonneuve Tel.Est 3208 Lasalle 1664, MA ALA A DEPARTEMENT DU SERVICE NAVAL COLLEGE NAVAL ROYAL DU CANADA.Le Collège Naval Royal a été fondé dans le but de donner un enseignement complet en Science Navale.Les diplômés ont les qualités voulues pour entrer dans les services impérial ou canadien comme aspirants.Ils ne sont pas obligés, cependant, d\u2019embrasser la carrière navale.Pour ceux qui ne désirent pas entrer dans la Ma- rime le programme comprend des études complètes en Science Appliquée qui les qualifient pour l\u2019entrée, en qualité d\u2019étudiants de deuxième année, dans les universités canadiennes.Le plan d'éducation comprend encore le développement de la discipline et de la capacité d\u2019obéir st de commander, d\u2019un sentiment élevé de I\u2019honneur physique et mental; une bonne instruction en Science, Mécanique, Mathématiques, Navigation, Hismoire et Langues Vivantes, comme base d\u2019un développement général ou d\u2019un> spécialité.Les candidats doivent avoir de quatorze A seize ans le ler juillet suivant leurs examens.On peut obtenir des ronseigmements sur l\u2019entrée en s'adressant au Département du Service Naval, Ottawa.G.J.DÉSBARATS, Sous-ministre du Service Naval.Ottawa, 8 janvier 1918.Il n\u2019y aura pas de rétribution pour la publication non autorisée de cette.annonce.\u2018 no PA OC de its Voi.11, No 5 Rois et Princes | Comédiens L\u2019âce d\u2019or du ballet fut à vrai dire le règne de Louis XIV, car ce prince fastueux et avide de plaisir, non seulement trouvait dans ce divertissement un élément pour les fêtes de la cour, à Paris, mais encore une occasion d\u2019y déployer les grâces de sa personne, dont il se faisait une très haute idée; aussi s\u2019y montra-t-il en compagnie .des plus grandes dames et des \u2018plus nobles personnes.Un poète se trouva précisément à point pour amener le ballet, tel qu\u2019on le comprenait alors, à son plus haut point de per- fection ; ce fut Benserade.Entre les mains de ce dernier, le ballet devint un spectacle d\u2019un caractère neuf et ingénieux, dont le succès fut éclatant, aussi ne saurait-on citer tous les ouvrages de ce genre qui se succédèrent à cette époque.Parmi les plus célèbres de ceux où le roi et la cour figurèrent, il faut citer : le ballet des Fêtes de Bacchus, celui du Temps, des Plaisirs, de Psyché, des Saisons, des Arte, la Naissance de Vénus, etc.Molière lui-même, satisfaisant au goût du temps, introduisit une partie dansée dans certaines de ses oeuvres et Louis XIV dansa dans le Mariage forcé.Le Silicien ou l\u2019Amour peintre, cette oeuvre charmante que l\u2019on reprit naguère au théâtre des Arts, fournit à Jules Janin Un ballet à Versailles, d\u2019après une gravure du XViIe siècle.* \\ Poccasion d\u2019une boutade amusante sur la fragilité des dynasties en apparence les plus solides.Le Silicien fut créé en 1667 par Molière le roi Louis XIV, Madame (Henriette d\u2019Angleterre), Mlle de La Vallière et par Noblet aîné, chanteur, et Noblet cadet, danseur.Les principaux acteurs de cette comédie, faisait remarquer Janin, ont subi les- fortunes les plus diverses.- Molière est mort sans postérité; les descendants de Louis XIV se virent à deux reprises arracher le trône de France; Madame Henriette mourut tragiquement et fournit à Bossuet l\u2019occasion d\u2019une célèbre oraison funèbre et Mlle de La Vallière prit le voile sous le nom de soeur Louise de la Miséricorde.Seule, la dynastie des Noblet avait encore des représentants au théâtre à l\u2019époque où écrivait Jules Janin.Elle en a toujours un d\u2019ailleurs, l\u2019excellent comédien Noblet, qui est une des étoiles les plus applaudies du public parisien.Et c\u2019est le cas de répéter avec Bossuet: Sic transit gloria mundi! \u2014 150 \u2014 a Void.11, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Mai 1918 SES 111 01 1 LO 1 1 1 1 AR - UNE REQUETE A NOS AMIS Nos lectrices et nos lecteurs ont pu constater qu'à de multiples reprises, nous avons fait de notables améliorations dans notre hebdomadaire \u201cLE SAMEDI\u201d et dans notre publication mensuelle \u201cLA REVUE POPULAIRE\u201d, Ces améliorations sont, naturellement dispendièuses surtout lorsqu'il s'agit d'un tirage important comme le nôtre car le prix des matières premières est très augmenté depuis quelque temps.Nous n'avons cependant reculé devant aucun sacrifice pour | plaire à notre clientèle et les encouragements qui nous sont venus i d\u2019un peu partout nous prouvent que nous avons réussi, Nous ferons mieux encore.Mais cela dépend de nos abonnés et de nos acheteurs au numéro.Que les uns et les autres nous fassent un peu de propagande autour d'eux, Cela leur est très facile Que chacun d\u2019eux nous procure E, un abonné ou un lecteur de plus et nous serons ainsi rapidement en ' mesure de pouvoir exécuter les projets que nous formons pour le per- i fectionnement de nos magazines.q Beaucoup de gens ne lisent pas \u201cLE SAMEDI\u201d ni \u201cLA bh REVUE POPULAIRE\u201d parce qu'ils ne les connaissent pas.Parlez- en, faites les connaître et vous serez les premiers à en bénéficier, INSEE 9 A A A A AO TD OT AL \u2014 151 \u2014 Mn Rt 81.ii HN A Nt Vol.11, No 5 4\u2014e\u2014e\u2014-e - \u2014\u2014 o\u2014+ \u2014#\u2014e\u2014e\u2014e##e; LA REVUE POPULAIRE Le pélican ressemble au cygne.d\u2014_\u2014e\u2014e-\u2014e\u2014e\u2014e\u2014e\u2014#+\u2014e-ee\u20140\u2014e-_e\u2014#4\u2014e-e Le pélican est surtout connu par cette plaisanterie célèbre qui veut \u201cqu'il se perce les flancs pour nourrir ses enfants\u201d.On a longtemps pris cette boutade au pied de la lettre.C\u2019est pourquoi nous voyons figurer dans les ornements des édifices religieux, comme symbole de charité, le pélican se perçant la poitrine pour nourir ses petits du sang qui coule de sa blessure.La physionomie particulière de cet oiseau doit avoir quelque rapport avec cette fable.Le pélican, en effet, ressemble assez à un cygne, mais il s\u2019en distingué par la conformation tout à fait bizarre de son bec.On a souvent surnommé le pélican \u201corand gosier\u201d à cause du sac qui s\u2019étend presque de la mandibule inférieure jusqu\u2019à la partie supréieure du cou comme vous pouvez vous en rendre compte sur notre gravure.| Ce sac, quand il est vide, n\u2019est guère apparent.Mais quand le pélican, qui vit surtout sur les bords de la mer, a fait une bonne pêche, ce sac est plein de poissons et prend des proportions considérables.Il y a des pélicans dont cette sorte de poche est assez volumineuse pour qu\u2019un LA LEGENDE DU PELICAN ?homme y puisse cacher sa tête.Et maintenant, revenons à la plaisanterie bien connue.La tendresse des pélicans pour leur famille, quoique ne les portant pas à s\u2019ouvrir le flanc, est très réelle.On cite l\u2019histoire de deux petits pélicans qui avaient été capturés et attachés par un pied à un piquet: leurs parents venaient tous les jours les nourrir.Lorsque les petits sont encore jeunes, leurs parents laissent macérer quelque temps le poisson dans leurs \u201cgarde-manger\u201d naturels, pour qu\u2019en ramollissant ainsi, il devienne plus aisé à avaler par les petits.Dans cette opération, les pélicans laissent quelquefois tomber sur leur poitrine un peu de sang qui s\u2019est amassé dans leur sac.Et c\u2018est probablement ce fait qui, mal interprété, a donné naissance à la légende qui veut qu\u2019ils se percent le flanc.\u2014 09 \u2014\u2014 Jusqu\u2019en 1846, il était défendu de fumer sur les trains en Angleterre.Maintenant, comme au Canada, on a des chars fumoirs.\u2014 152 \u2014 Vol.11, No 5 LA REVUE POPULAIRE chibi ALUMI ad MMH LHL SU LH Montréal, Mai 1918 CHACUN A SA MANIERE \u2026 Tout augmente!.Les diverses denrées ou marchandises augmentent sans cesse et I'on se demande anxieusement ott cela s\u2019arrétera.\u201cLE SAMEDI\u201d augmente aussi, mais pas de la même fa- gon.a I] augmente le nombre de ses pages, la variété de ses départements; depuis quelque temps déjà, il publie deux feuilletons au lieu d\u2019un et, en conséquence, sa clientèle fait comme lui, elle augmente aussi.Pourquoi ?Parce que \u201cLE SAMEDI\u201d, fidèle à sa ligne de conduite, s\u2019est imposé un surcroît de labeur et de frais mais n\u2019a pas auwg- menté son priæ de vente.\u201cLE SAMEDI\u201d, véritable organe de la famille canadienne, convient à tous les âges et à toutes \u2018es conditions parce qu\u2019il est: intéressant, instructif, amusant et sirictement moral.Parce que pour la très modique somme de 5 cents, il donne: de l\u2019actualité, du tourisme, de la mode, des conseils et recettes de grande utilité, des pages et gravures humoristiques, une nouvelle illustrée inédite, un grand roman sentimental, un autre roman genre policier et quantité d\u2019autres artieles.Lisez-le et faites-le lire à vos amis, les 5 cents qu\u2019il vous coûtera vous seront rendus au centuple en agrément.S\u2019il n\u2019y a pas de Dépôt dans votre localité, abonnez-vous directement aux Edit.
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