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Titre :
La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel
Contenu spécifique :
Août
Genre spécifique :
  • Revues
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chaque mois
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La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1919-08, Collections de BAnQ.

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[" pes Vol.12, No 1 % 4400 } Montréal, Juillet 1919 =k.ABONNEMENT Canada et Etats-Unis: Un An: $1.75 \u2014 Six Mois: - - ~ 90 cts Montréal et Etranger: Un An: $2.40 \u2014 Six Mois: - - - 81.20 Paraît tous les mois POIRIER, BESSETTE & CIE, Edteurs-Propriétalres, 131 rue Cadieux, MON Ia REVUE POPULAIRE est expédiée par la poste entre le 1er et le 5 de haque moi Tout renouvellement d\u2019abonnement doit nous parvenir dans le mois même où 1! ge termine.Nous ne garantissons pas l\u2019envoi L\u2019ETE \u2014 GLOIRE DE \u201cSZ vous naissez dans l\u2019Août, Saison du cantaloup, De pêche rose et blonde, Serez mère féconde; Croissez multipliez.Vous aurez un collier De perles de Golconde.7 Vora, lectrices, un horoscope qui, bien que datant du temps jadis, n\u2019en est pas moins de tous les temps, surtout et plus que jamais de notre époque.Car, il en faut des mères fécondes pour combler tous les vides creusés par la grande boucherie mondiale, et les perles de Golconde qui composeront votre collier, 6 mères canadiennes, auront des têtes brunes ou blondes, des yeux mélancoliques ou rieurs, des lèvres pour les baisers et les serments, et des coeurs pour chérir la langue et le sol, I'béritage des afeux.Août, c\u2019est le sol rural recouvert d\u2019une toison d\u2019or; les faucheuses ont rasé le blé mûr, mais d\u2019autres épis s'élèvent encore sur leurs tiges altières; dans les vergers ne Bema des numéros antérbeuns et potagers, c\u2019est la gloire des melons sur lesquels le soleil distille une glace fondante et parfumée; c\u2019est la pêche, soleil en miniature, dont le velours cramoisi attire les gourmands tout comme les rayons de Phoebus attirent les astres; c\u2019est la prune rouge, jaune ou verte, qui se fendille lorss qu\u2019elle est mûre; c\u2019est la terre nourricière plus maternelle et plus prodigue de seg iens.~ En août, il reste encore de beaux Yours pour le pêcheur à la ligne qui, en attendant que ça morde, rêve aux chasses prochaines.En août,la baigneuse de nos plages, plus habituée et moins frileuse, trouve l\u2019eau meilleure et plus hygiénique.En août, les couchants radieux incendient les cimes et les flots, dans la musique des An- gelus, alors que nos coeurs s\u2019élèvent vers les beautés infinies, aux approches de la fête de l\u2019Assomption.Et, dans les soirs plus frais, sous le calme de la lampe, la famille, plus heureuse, lit le magazine favori.A; hi: I: ht: Ri = 4 5 a & oll.12, No-8 i # av 4 + x Ps?wR = Ay.G a Ë 3-4 go #7 1er 3 % © A Je x LA £ Ve # Lai wo ME 3 + te # - À W a Hy PE i} % % REVUE AS wp r é # 2, % * A iF on ati % 2 POPULA ° A IR = E 5 re v Ta + 7 2 .fé 4 - 3 A 8 8 Rest Ah psa a # «a \u201cSe -e $ à SN \u201c= @ J + £3 er me.xr \u201caf TE AT, RES = 1-23 \u201c\u20ac ie ww oy = 53 Pe 2 ÿ CCE Ce \u2014 itt pn ; _ FC = : CFE Gx So EEE es ey E 4 ES RE Lr, 5 _ = os = ais ES Montréal, 7 $5 Ca \u20ac Es Tn AP mm AP an, Pe TT Pen \u201cele, Li » sa 5 2 = i, Ex CF Th THE fus \u2014 TT = Ç \u20ac = ge His fo.7e Edd Lr Votre destin d\u2019après les influences ustrales.(Voir ci-contre l\u2019 Horoscope de la Revue Populaire, pour chaque jour du mois.) Août 1913 Vol.12, No 8 'LA REVUE POPULAIRE Montréal,- Août 399 VOTRE\" HOROSCOPE POUR TOUS LES JOURS DU MOIS par PYTHON LE CHALDEEN Basé sur les influences astrales conformes aux données des astrologues, (Compilation spéciale pour la \u2018Revue Populaire\u2019\u2019) CLEF EXPLICATIVE\u2014(a) Influences astrales combinées \u2014(b) Ce gue sont les per- mt EUR RES on ge dates ci-dessous \u2014 = CH MUR Rene] sommes nées aux dates cl-dessous.\u2014(c) Ce a JUPITER OLYMPIEN sont pas-\u2014(s) Ca qu\u2019elles doivent éviter de LE TEMPLE de JUPITER AOUT Personnes d\u2019humeur mélancolique et 1.2.\u2014 (a) Vénus et Mars.(b) Personnes ayant bon coeur, beaucoup de générosité et possédant un rare magnétisme; aiment leur foyer et leur famille et ne tolèrent pas qu\u2019on disent quoique ce soit contre les leurs; ont des aptitudes pour les positions responsables; donnent des conseils d\u2019une manière générale, mais ont horreur des détails; sont parfois paresseuses et oublient de rendre ce qu\u2019elles ont emprunté; aiment la bonne nourriture et même le luxe dans le confort: (ce) Doivent apprendre à connaître la valeur du silence; doivent toujours suivre leur première pensée; ne doivent pas abuser des mets qui excitent trop.à l'amour; doivent réfléchir sérieusement avant de contracter un mariage et ne doivent pas se marier trop tôt: (d) ne savent pas toujours inspirer un amour véritable et ne sont pas toujours constantes; ne sont pas ordinairement très robustes sans être maladives; ne sont pas toujours stables dans leurs opinions; ne soignent pas assez leur estomac; (e) Doivent éviter de céder à leur tempérament souvent trop bouillant, éviter les abus dans les parfums et les fleurs; doivent éviter de se laisser conduire exclusivement par le coeur; doivent user de leur jugement.\u2014 (a) Saturne, Vénus et Mars.(b) souvent inégale ; rigides dans leurs opinions et même fanatiques; ne sont pas toujours heureuses au milieu du tumulte des villes; se plaisent à contredire et avancent parfois des opinions qu\u2019elles seraient en peine de prouver ; ont cependant une grande indépendance de caractère; (c) Doivent se montrer laborieuses et patientes; doivent rechercher la bonne société et les endroits gais et ensoleillés; doivent épouser de préférence des personnes nées en septembre, octobre ou décembre; (d) Ne sont pas toujours calmes en face des situations compliquées ; ne savent pas toujours apprécier les gens à leur juste valeur; ne sont pas très travailleuses mais lorsqu\u2019elles entreprennent quelque chose elles font bien ce travail, et jusqu'au bout; manquent de confiance dans leur prochain ; (e) Doivent éviter les-discus- sions trop sérieuses et les recherches sur les grands problèmes métaphysiques, parce que portées à la superstition ; doivent éviter les excès d'indépendance ou de faux orgueil; doivent éviter de se montrer trop incrédules au sujet de leurs arais véritables.\u2014 (a) Apollon, Vénus et Mars.(b) Personnes ayant une démarche souvent altière comme leur caractères ont ume individualité bien distincte et-savent \u201c en imposer; leur fierté leur occastomme Viot.-12> No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 beaucoup d\u2019ennemis tout d'abord, mais elles-savent en triompher; aiment les voyages à pied, la contemplation; sont sobres-et très souvent artistes; (¢) Doivent toujours se montrer dignes et ne jamais rien.demander ; doivent cultiver leur penchant pour la lecture, la poésie, les arts; doivent montrer une grande largeur de vue et faire preuve d\u2019une ma- mitre de voir vraie ; les femmes peuvent e manque de confiance naturel: ne font pas d'excès dans le boire et le manger.(e) Doivent éviter de s'alarmer tout le temps sur leur état de santé éviter auc- si de se décourager trop vite lorsque le succès ne répond pas du premier coup à leurs efforts; doivent aussi éviter les extravagances dans leurs toilettes et de trop croire aux songes et aux pressentiments.porter toutes les teintes, du vert au 5.\u2014 (a) Mars et Vénus.(b) Personnes \u2018brun, qui leur vont à ravir; (d) Nesont \u2018 marchant la tête haute, ayant parfois \u2018pas: toujours heureuses dans leurs af- de grands gestes et le verbe haut; d\u2019un fections; ne sont pas toujours douces \u2018 caractère pétulant et dominateur, pos- mais s\u2019apaisent vite; n\u2019acceptent pas as- sédant de l\u2019ascendant sur leurs inter- sez facilement la critique et n\u2019écoutent locuteurs; plusieurs orateurs et tribuns pas assez les conseils des amis; ne sont sont nés à cette date et sous l\u2018\u2019influence pas assez sur leurs gardes et souvent directe de Mars; les femmes sont de -méjugent ceux qui veulent leur rendre bonnes mères de famille, mais sont par- service: (e) Doivent éviter les excès fois autoritaires ; ces personnes sont as- \u2018d\u2019orgueil, de suffisance; éviter de s\u2019en- sez robustes et peuvent vivre long- tourer de flatteurs et de nuages; doi- temps, si elle évitent les maux de tête vent éviter de dépenser trop libérale- persistants et les brûlements d'estomac ment leur argent et les emballements dus aux excès dans le manger; (c) Doi- réfléchis.vent conserver leur sang-froid et atta- &.\u2014-(a) Lune, Vénus et Mars.(b) Per- cher plus de prix à la vie; doivent s& sonnes égoïstes, capricieuses et chan- fier à leur intuition et entreprendre de geantes lorsque l'influence de la lune bonne heure des travaux sérieux; doi- est trop prédominante; alors elles sont vent s'entraîner à contrôler leur carac- froides mélancoliques et peu portées à tère emporté et souvent passionné ; doi- Famour ; mais lorsque l\u2019influence de Vé- vent rechercher le bonheur dans leur nus et de Mars agit plus directement, famille et avoir confiance dans le di- elles deviennent actives, souvent géné- manche comme jour de chance; (d) Ne reuses, affectueuses surtout pour leur sont pas calmes et n\u2019alment pas les famille; ont du talent pour les arts et choses et spectacles simples; n\u2019endurent la littérature et font de bons chefs de pas la contradiction ; ne sont pas prêtes famille; les femmes sont souvent excel- pour le succès définitif tant qu\u2019elles lents cordons bleus; (c) Doivent sur- n\u2019ont pas acquis assez d\u2019empire sur el- veiller leur tempéfament trop lympa- les-mémes; (e) Doivent éviter de se thique, -s\u2019exercer à l\u2019action et à la ré- laisser aveugler par leur propre suffi- sistance; doivent avoir plus de con- sance; éviter de faire leur propre élo- flance-en elles-mêmes, plus de persévé- ge; éviter de manger avec voracité et rances-doivent se marier plutôt tard, et surtout les viandes saignantes; éviter se- montrer aussi généreuses en action trop de hardiesse dans leurs entreprises .quens paroles; (d) Ne sont pas belli- amoureuses ou autres.© queusesni persévérantes et sont souvent 6.\u2014 (a) Mercure, Mars et Vénus.(b) \\injustes.envers-elles-mêmes, par un Personnes douces-et aimables ayant une 4 Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 = grande supériorité surtout dans ies affaires commerciales; douées nme conception rapide et ouvertes aux grandes idées et aux vastes projets; sont cependant accapareurs et se laissent gagner par l'envie et la jalousie; deviennent facilement des chefs, mais manquent parfois de délicatesse en vue du succès rapide à atteindre; sont persévérantes et ont confiance dans leur étoile; (c) Doivent diriger leurs aptitudes vers le commerce ; se laisser aller à leur caractère enjoué etgai; doivent aimer leur famille et surtout leurs enfants; doivent étudier les sciences et peuvent se marier jeunes; les femmes peuvent porter de préférence des rubis, des diamants ou du jaspe; (d) Les femmes nées ce jour ne sont pas toujours sincères en amour mais son douées d\u2019un rare pouvoir fascinateur; ces personnes ne sont pas très robustes, mais ne manquent pas d'énergie ce qui leur procure de l\u2019endurance; (e) Doivent éviter de dessimuler leur âge puisque Mercure conserve longtemps la jeunesse; doivent éviter d\u2019épouser des personnes plus âgées qu\u2019elles; doivent éviter de blesser les autres dans leur conversation et éviter de ne se laisser guider que par le calcul dans les affaires de sentiment.\u2014 (a) Jupiter, Mars et Vénus.(b) Personnes aimant surtout le confortable et le plaisir et ayant une grande confiance en elles-mémes; ont de l'entrain et recherchent les festins, les fétes, les réunions agréables ou joyeuses; sont or-, gueilleuses, ont de belles manières, de la générosité et du prestige ; les femmes aiment beaucoup les enfants et ont un charme naturel qui rayonne autour d\u2019elles de bonne heures; (c) Aider aux leurs à parvenir; doivent chercher à garder leurs amis; plusieurs femmes peuvent avoir de grands succès dans les beaux arts, le théâtre, la musique, la littérature; en amour elles ont un grand SN nombre d'admirateurs; (d) Personnes pas assez humbles pour comprendre les besoins de leur entourage; en matière religieuse se laissent plus impressionner par les pompes et le déploiement que par la vérité fondamentale; aiment souvent trop à paraître et sacrifient parfois leur bien être pour contenter cette disposition de leur tempérament; (e) Doivent éviter les mouvements de trop grand orgueil et les mouvements de rancune et de colère ; doivent éviter de trop manger car sont sujettes à l\u2019embonpoint causé par l'excès de bonne chair ; doivent éviter de se montrer trop ambitieux ou égoïstes.\u2014 (a) Vénus et Mars.(b) Personnes aimant la mise élégante, les vêtements clairs, portées surtout à l\u2019amour; sont bonnes, douces, affables et souvent nai- ves; en musique, préfèrent la mélodie à l'harmonie et partant aiment mieux ce qui paraît que ce qui pourrait être plus durable mais qui exigerait un effort; aiment la parure, et quelques hommes aiment à porter trop de bijoux ; personnes possédant le don de charmer; (c) Doivent songer à agir plutôt que de trop parler de ce qu\u2019elles ont l\u2019intention de faire; doivent être plus constants et plus confiants ; se marier plutôt tard, se montrer gais et enjoués; les hommes comme les femmes ont principalement le rubis comme pierre de chance; (d) Personnes n'ayant pas toujours l'énergie voulue en face des difficiultés; ne font pas toujours pleurer ou rêver parce qu\u2019elles ne sont pas \u2018 toujours sincères dans leurs affections; ne savent pas toujours apprécier les sentiments d\u2019autrui à leur juste valeur; ne sont pas au-dessus de la superstition et du qu\u2019en dira-t-on; (e) Les hommes doivent éviter de se laisser entraîner trop aisément par des conquêtes trop faciles; les femmes doivent éviter l\u2019abus de leur charme; elles doivent aussi Vol.12,-Ne 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 \\ .éviter les commérages, les mouvements du coeur irréfiéchis et éviter surtout de Se marier trop \u201cennes après un premier emballement.\u2014 (a) Saturne, Mars et Vénus.(b) Personnes ayant un goût prononcé pour la vie sérieuse et l\u2019étude ; parfois esclaves de leur devoir, mais manquant de confiance dans leur entourage et même en elles; sont laborieuses, patientes, peu voluptueuses et peu sensibles à l\u2019amour; rient rarement et cherchent souvent trop la solitude; (c) Doivent chercher à combattre leur mélancolie naturelle, par des amusements, des exercices physiques, du mouvement; aussi combattre leur entôtement et leur caractère soupçonneux; doivent épouser des personnes nées sous l\u2019influence de Mercure et d\u2019Apollon; (d) Ne sont pas d\u2019une santé florissante; ne sont pas exemptes de rhumatismes; ne sont pas assez con- flantes ni assez communicatives; ne savent pas quand prendre un repos néces- gaire; sont rarement amusantes ou divertissantes; sont -cependant constantes en amour; (e) Doivent éviter la rigidité et le fanatisme dans leurs opinions; doivent éviter l'isolement, les méditations trop prolongées; éviter aussi les endroits trop sombres où le soleil ne pénètre que rarement; doivent éviter les maux d\u2018oreille car prédisposées à la surdité; enfin doivent éviter de se marier trop jeunes.10.\u2014 (a) Apollon, Vénus et Mars.(b) » Types d\u2019inventeurs, imitateurs, perfec- tionneurs, acteurs, acrobates; possèdent un verbe décidé; fort souvent artistes mais fortement enclins à un immense exgueil; ont cependant le culte de leur famiHe et ne craignent pas de se dé- wouer ; grâce à leurs aptitudes bien mar quées, la renommée leur sourit vite; (c) Doivent diriger leurs aspirations vers mas aptitudes particulières, et agir pèmiéé que so contenter de parler; doivent précher d\u2019exemple; doivent dominer leur excès de fierté et prendre la nature pour meilleur guide: (d) Types peu superstitieux, ne sont pas tristes en r,s \u2018 Pa .société ; ne sont pas méchants mais leur tendance à l'excentricité leur crée sou- \u2018vent des inimitiés initiales; ne sont pas toujours travailleurs mais sont enthousiastes et conduisent à bonne fin le labeur entrepris; (e) Doivent éviter l\u2019imitation servile et se fier à leur originalité native; doivent aussi se méfier de leur enthousiasme surtout dans les entreprises amoureuses; doivent éviter de s'attacher trop vite et trop facilement.11.\u2014 (a) Lune, Mars et Vénus.(b) Personnes fort dévouées mais manquant de constances et de résistance; trahissent souvent sans le vouloir, plutôt par curiosité que par amour ; aiment à rendre service plus en paroles qu\u2019en action ; ne sont pas très actives, et n\u2019ont pas un amour outré de leur famille; ont souvent le tempérament incertain et peu belliqueux ; aiment les voyages sur mer; (c) Doivent s\u2019entraîner à la constance, affermir leurs décisions ; combattre leur indolence par les marches et l\u2019exercice ; apprendre à surmonter leur égoïsme et leur langueur; doivent porter de préférence du jaspe comme pierre de chance; (d) Ne sont pas irascibles ni violentes; ne sont pas même assez fermes; ne cherchent pas toujours l\u2019amour dans le mariage et ne font pas souvent ce qu\u2019il faut faire pour éviter la critique; he sent pas aptes a donner un grand effort; (e) Doivent éviter de se laisser conduire par leur intukion magnétique, éviter de vivre dans les nuages et de se montrer.trop nonchalentes ou lympa- tiques ; doivent éviter d\u2019épouser des personnes nées sous une étoile aussi paresseuse que la leur, lorsque cette dernière influence n\u2019est pas contrebalancée par celle de Mars et de Vénus.12.\u2014 (a) Mars et Vénus.(b) Personnes \u2014 10 \u2014 Wel.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1929 aimant le panache, les couleurs voyantes, le bruit, le mouvement, Podeur de la poudre, les discussions à haute voix; s\u2019emportent facilement, sont sujettes à Porgueil et à la violence, mais ont bon coeur et ont parfois des étans sincères de magnammaté; ont de la puissance fascinatrice, et les hommes hardis auprès du beau sexe, savent vite s\u2019en faire aïmer; (c) Doivent chercher à contrô- - ler les débordements de leur tempérament ; doivent attacher un peu plus de prix à leur conversation; doivent se montrer généreuses et magnanimes et surtout chercher à se rendre aimables sans tomber dans les excès contraires; (d) Ne sont pas lentes à comprendre et à amalyser une situation ; ne sont pas faibles de corps et ne sont pas souvent malades; ne sont pas cependant assez prudentes dans le boire, le manger et leurs fréquentations; ne sont pas toujours soigneuses dans leur mise et ne recherchent pas toujours l\u2019amour profond autour d\u2019elles; (e) Doivent éviter de parler constamment de leurs exploits; éviter de manger des mets trop épicés; éviter les professions ou métiers qui font.couler le sang, tels que la chirurgie, la boucherie; éviter d'agir sans réflexion, sous.l\u2019effet d\u2019une simple passe enthousiasme.33.\u2014 (a) Mercure, Mars et Vénus.(b) Personnes nées sous-une charmante étoile, leur donnant une grande vivacité.de conception et de gestes; sont prêtes à rendre service mais ne perdent jamais de vue leur intérêt ni celui des leurs; d\u2019une grande souplesse de caractère, re sont pas toujours scrupuleuses sur les moyens à prendre, lorsqu\u2019il s\u2019agit du but à atteindre; (ce) Doivent cultiver leurs aptitudes vers le commerce ou vers les occupations pour lesquelles elles se sentent le plus portées; doivent chercher à se montrer plus sentimentales et moins égoïstes dans le partage de leur \u2014 5 \u2014 chance; doivent se marier de bonne heure avec des types moins nerveux qu\u2019elles, mais qui semblent destimées à se laisser diriger; (d))Ne manquent pa.de coeur ni de générosité, mais ne sont pas toujours serupuleuses swr Jes moyens à apprendre pour s'approprier la gloire ou le succès des autres; ne craignent pas de dépenser de fortes sommes mais ne les risquent jamais sans avoir obtenu de bon tuyaux ; ne sontrpas ennemis des mariages d\u2019amour, mais-el- les préfèrent l\u2019amour avec du bien avec; (e) Doivent éviter de chercher à tremper les autres; éviter tes jeux de hasard où elles se sentiraient vite portées à tricher ; les femmes doivent éviter de jouer avec les coeurs; doivent éviter de se donner du mal pour plaire, puisqu\u2019etles savent y parvenir sans paraître empruntées.14.\u2014 (a) Jupiter, Mars et Vénus.(3 Personnes ayant beaucoup d\u2019entrain en société; recherchées pour leur bon ea- ractère, leurs bons mots, leurs dimers, leurs réceptions, leur générosité et leurs belles manières leur attirent uni grand nombre d\u2019amis et d\u2019admirateurs; les femmes sont altières, aiment la tortette, le plaisir ; plusieurs sont galantes et même volages; aiment les processions, les démonstrations, les manifestations pacifiques; (e) Doivent se lancer de bom- ne heure dans la politique ,la diplomatie et même les affaires publiques; doivent aider leur famille ; doivent soigner et protéger leurs amis et connaissances, mais se défier des flatteurs; doivent se méfier aussi de leur enthousiasme -et ne pas épouser des têtes chaudes d\u2019un caractère, leurs bons mots, leurs dîners, sont pas assez modestes, et ne sont pas toujours aussi clairvoyantes qu\u2019elles devraient l\u2019être; n'aiment pas la critique et endurent mal les reproches; au jeu sont souvent de mauvais perdants; {ed Doivent éviter les transpirations dela Vol.12, No 8 Gitte Lidia LA REVUE POPULAIRE Montréal, Aetit 1919 téte car leur tempérament les porte aux enthousiastes trop soudains; doivent éviter de se trop fier aux apparences; de trop construire de châteaux d\u2019Espagne, et ne pas poursuivre trop loin leurs wventures amoureuses : éviter surtout les mauvais conseils des flatteurs.15.\u2014 (a) Vénus et Mars.(b) Les personnes nées sous l'influence de Vénus ont souvent la peau blanche, fine douce et rosée; ont la mise élégante et aiment la richesse et la splendeur dans le vêtement et dans leur foyer; sont affables, douces, bonnes, mais souvent naïves; leur première pensée est ordinairement bonne ; sont trop confiantes et sont souvent trompées; font de l'amour leur grande préoccupation ; (c) Doivent apprendre de bonne heure toute la valeur \u2018du silence; doivent se montrer charitables et se méfier de la médisance et de 1a calomnie; doivent aussi se méfier de leur tempérament passionné; doivent manger peu, de préférence des mets n\u2019excitant pas a l'amour; les hommes doivent surveiller leurs oeillades et les femmes ne pas abuser de leur amour du luxe; (d) Ne sont pas toujours assez confiantes en elles-mêmes ; ne se désolent pas pour des riens, mais ne sont pas toujours heureuses en amour; n\u2019inspirent pas toujours un sentiment profond, mais savent s'attirer de véritables amis; (e) Les femmes ne doivent pas abuser de leurs charmes pour causer des malheurs autour d'elles; doivent éviter les rêveries prolongées qui les portent aux plaisirs pimenté-s; éviter de se laisser conduire uniquement par leur coeur ; surtout éviter de porter les toilettes et parures lascives: les hommes doivent éviter de porter des bijoux.16.\u2014 (a) Saturne, Vénus et Jupiter.(b) Personnes dont le caractère est souvent inquiet, triste, mécontent, soupçonneux ; aimant cependant le travail et les lec- fures aux heures tardives; sont rigides et fanatiques dans leur manière de voir; souvent elles aiment discuter sans même connaître à fond leur sujet: font cependant d'excellents chefs de bureau ou d'atelier et savent gagner la confiance de leurs patrons: rient rarement et manquent d'originalité; (c) Types devant rechercher les vêtements clairs, surveiller leur caractère entêté et parfois révolté: doivent étudier les sciences et les arts où le succès les attend souvent; doivent prendre soin de leur santé et ne pas chercher les endroits humides à cause des rhumatismes; (d) Ne sont pas portées à attirer les amis fidèles en grand nombre mais ne sont non plus dépourvues de quelques amis dévoués; ne sont pas réfractaires aux amusements et à l'amour, mais ont besoin de stimulants ou de l'entraînement de leur entourage; (e) Doivent éviter les salles de jeu de hasard parce que peu chanceuses ; doivent aussi éviter les endroits où l\u2019on boit, parce qu'elles ont l\u2019ivresse taciturne et souvent méchante : doivent éviter de perdre de vue qu\u2019elles sont organisées pour diriger les autres et éviter les soupçons injurieux et inutiles.17.\u2014 (a) Apollon, Mars et Vénus.(b) Personnes souvent d\u2019une grande beauté physique; bien faits avec des yeux langoureux ou vainqueurs; sont souvent fort aimables et sympathiques, mais n'ont pas toujours le don de provoquer la fidélité et la constance autour d'eux; aiment les amusements en plein air et excellent souvent avec abus dans les sciences occultes; (c) Doivent commencer leurs entreprises de bonne heure, se fier à leur intuition ; marier des personnes nées en septembre, octobre et dé- cenrbre; doivent porter des diamants, surtout des rubis; (d) Ne sont pas assez humbles et causent souvent des mécontentements par leur prétention ; ne sont pas quémandeurs; pas assez pru- \u2014 12 \u2014 \u2014\u2014\u2014\u2014 ee Vol 12, No 8 LA REVUE POPU Montréal, AoQt-1319 dentes au sujet de leur santé; ome.pas assez discrètes et leurs confidences, souvent mal placées leur font manquer nombre d\u2019occasions; (e) Doivent éviter de s\u2019entourer uniquement d\u2019étrangers et de croire que la véritable amitié ne se trouve que dans la splendeur, le luxe et la richesse; on doit éviter de donner trop tôt aux enfants le goût des belles toilettes, de la parure, de la suffisance ~ de la domination.\u201c+ -(a) Lune, Vénus et Mars.(b) Personnes au coeur bon et dévouées; sont douces et aimantes, mais parfois chan- géantes et capricieuses; ont même parfois une sérieuse dose d\u2019égoïsme; sont - zonchalentes, parfois peu soigneuses .dans leur intérieur; ne sont pas toujours capables d\u2019un grand effort; ont souvent des réves prophétiques et des pressentiments qui ne se réalisent pas souvent; (c) Ne doivent pas se contenter de parler, mais agir, et réfléchir mûrement avant de se lancer dans le mariage; doivent s\u2019adonner aux beaux arts à la musique, et écouter parfois leur imagination qui leur donne de l\u2019inspiration; (d) Ne sont pas très actives ni très attirées vers la vie de famille; ne sont pas assez promptes de caractère et préfèrent parfois subir une injustice plutôt que se donner la peine de plaider une cause; ne sont pas non plus foncièrement méchantes, mais sont forcément enclines à l\u2019égoïsme; (e) Doivent éviter de se laisser aller à des excès de langueur; éviter de céder aux personnes trop entreprenantes qui les fréquentent; éviter de prendre des songes creux pour des réalités; éviter de suivre immédiatement leur première idée, parce que la plupart du temps elle est trop imprécise et nuageuse; éviter de se détacher trop facilement de leur foyer.19.\u2014 (a) Mars et Vénus.(b) Personnes généreuses et magnanimes, mais d\u2019une \u2014 13 \u2014 grande sx, ; méprisant le danger A qu\u2019un faible prix à da vie; ont une grande forte de persuasion et savent.entraîner les autres au bien; mais aiment trop le jeu, parfois l\u2019orgie et les gestes de matamore; bon coeur mais tête chaude: (c) Doivent éviter de vouloir toujours dominer dans les-réu- nions; doivent apprendre de bonne heure à contrôler leur tempérament bouillant; s'entraîner à la douceur et à la patience; doivent se marier avec des personnes d\u2019une nature plus pacifique que la leur; (d) Pas égoïstes, mais aiment parfois à faire trop étalage de leurs bienfaits ; n'aiment pas la critique de leurs actes et ne sont ni assez réservées ou prudentes dans leurs entreprises sentimentales ; ne sont pas vouées à l\u2019insuccès à cause de leur promptitude, mais doivent se laisser guider par leur expérience personnelle ou par des personnes plus pondérées; (e) Ces personnes doivent éviter les sujets de contradiction, les assemblées tapageuses, les endroits où l\u2019on boit ; elles doivent éviter de se cramponner à leurs opinions et ne pas fermer leurs oreilles aux arguments; elles doivent surtout éviter d'épouser des personnes nées sous la même influence qu\u2019elles, si elles tiennent à la paix de leur 1ûñtérieur.20.\u2014 (a) Mercure, Mars et Vénus.(b) Personnes d\u2019ossature plutôt délicate, mais d\u2019une grande vivacité de corps'et d\u2019esprit ; très habiles aux exercices d\u2019adresse; ont une conception rapide et une décision prompte; sont appelées à de grands succès en affaires; plusieurs sont d\u2019admirables organisateurs ou des chefs écoutés; Napoléon était un type Mercurien influencé par Mars, Apollon et Jupiter; (c) Ces personnes doivent étudier toutes choses avec conscience et persévérance ; doivent se surveiller dans les affaires et ne pas donner trop libre cours à leur penchant à la rapacités i : Vat.12, No font de-bens-chefs de famille; (d') Ne sont pas exemptes de rancunes ni à l'a- bride la calomnie et de la médisance ; ne sont pas toujours sincères en amour eu en affaires; ne sont pas aussi aptes eux beaux arts et sciences abstraites qu\u2019aux sciences positives; (e) Doivent éviter de se donner beaucoup de mal pour plaire; les femmes doivent éviter d'æbuser des manières engageantes et de regards provocants; doivent aussi \u2018éviter de se laisser entraîner à l\u2019égoïsme.91.\u2014 (a) Jupiter, Mars et Vénus.(b) Personnes ordinairement de taille moyenne, mais élégantes et sachant porter la toilette; sont cependant sujettes À l\u2019obésité; ont une individualité bien distincte et ont aussi un idéal relevé; aiment le calme et la paix, et sont souvent des mangeurs et buveurs intrépides ; aiment le luxe et le confort chez eux; (c) Doivent agir d\u2019abord et ne pas se contenter de parler de leurs projets; doivent commencer leurs entreprises en janvier particulièrement; peuvent se marier de bonne heure parce qu\u2019elles et un grand amour de la famille et des enfants; les femmes peuvent porter des toilettes pâles qui vont bien à leur teint plutôt clair; (d) Ne sont pas assez simples et modestes; ne savent pas assez éviter les manifestations coû- \u2018teuses-et sont rarement économes; n\u2019aiment pas la critique et n'écoutent pas assez souvent les conseils de ceux qui leur veulent du bien; (e) Doivent éviter de toujours céder à leurs penchants extravagants; doivent éviter de se laisser guider seulement par le coeur et se seuvezr qu'elles ont le pouvoir d\u2019exer- eer un jmgement sain et averti.23.\u2014 (a\u201d Vénus et Mars.(b) Personnes æxmanttles festins et les réunions joyeu- ses-mmais plutôt pour la table elle-même @æe pour la compagnie qui s\u2019y trouve; Re sont pas égoistes mais se laissent LA REVUE POPULAIRE \u2014 14 \u2014 Montréai, Août 1819 trop facilement entraîner aux penchants amoureux ; elles recherchent les applaudissements mais plus par besoin de plaire que par celui de briller: (c) Doivent fuir les endroits trop tristesse montrer gais, charitables et doivent surveiller leurs penchants amoureux, qui, à cause de l\u2019influence tapageuse de Mars, peut vent les entrainer à des coups de tête et à des excès; (d) ne sont pas toujours sincères dans leurs sentiments, même envers elles-mêmies : ne sont pas souvent capables de faire pleurer même si elles savent inspirer de grandes passions; ne sont pas assez soigneuses au point de vue de leur santé: ne sont pas assez décidées quand il s\u2019agit de situations quelque peu compliquées; (e) Doivent éviter d\u2019abuser de leur pouvoir magnétique et charmeur; doivent aussi éviter de s'aveugler lorsqu'il y va de leur intérêt personnel ; doivent éviter de cuitiver leur penchant à l\u2019inconstance.(a) Saturne, Mars et Vénus.(b) Personnes fréquemment tourmentées dans le but de trouver les motifs initiaux de chaque chose; sont portées aux longues rêveries et à la mélancolie, même aux accès de neurasthénie et de spleen; en amour sont souvent jalouses sans raison; ont un orgueil trop grand qui leur fait craindre le ridicule; (c) Doivent rechercher la compagnie guie ; aimer la musique gaie et entraînante; doivent chercher à combattre leur tempérament indépendant et avoir plus confiance en eux et dans leur prochain ; (d) Ne sont pas souvent d'une santé robuste mais ne sont pas nécessairement des éternels malades ou des malades imaginaires; ne sont pas volages en amour et font d'excellents époux, à cause de leurs aptitudes pour l'ordre et le travail; (e) Doivent éviter avant tout l'excès de solitude.les fréquentations trop sérieuses, les réunions où l\u2019on prê- Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 \\ehe les réformes violentes, où l\u2019on parle de spiritisme et de mysticisme,.parce que trop portées à la superstition ; doivent éviter d\u2019épouser des personnes nées sous la même influence qu\u2019elles ; les types d\u2019Apollon et de Mercure leur conviennent plus que les autres.24, \u2014 (a) Apollon, Vénus et Mars.(b) Personnes destinées à souffrir dans leurs inclinations; ont souvent des ennemis mais savent en.triompher au point de les transformer en amis dévoués; atteignent la perfection dans plusieurs entreprises et arrivent souvent à la renommée ; sont sobres et souvent artistes; aiment leur famille et lui veulent du bien; excellents pour tirer des plans pour les autres, mais n\u2019aiment pas à entrer dans les détails; (c) Peuvent s'adonner aux sciences occultes parce que peu portées vers la su- perstitiont: doivent se montrer bons, d'humeur égale; doivent aimer l\u2019exercice, mais principalement les voyages à pied; doivent surveiller leurs yeux, car sont prédisposées aux maladies de la vision; (d) Ne cherchent pas uniquement le bonheur dans leur propre foyer, et ne sont pas toujours fidèles en amour ; n'aiment pas la critique à cause d\u2019un orgueil inné, mais ont assez de tact pour respecter leurs contradicteurs; n'arrivent pas au succès avant d'avoir été mûris par l\u2019expérience; (e) Doivent éviter les querelles; éviter de s'abaisser à des besognes indignes d'elles; doivent éviter de gaspiller leur argent et de montrer trop de confiance dans les flatteurs qui rayonnent autour d\u2019elles; doivent aussi éviter de prendre tous leurs désirs pour des \u201calités.25.\u2014 (a) Lune, Vénus et Mars.(b) Personnes passant une notable partie de leur vie à s'alarmer au sujet de leur santé: sont souvent lourdes et se fati- guent-par les longues marches rapides; s'occupent beaucoup des affaires des \u2014 18 \u2014 autres et manquent parfois d'ambition ; ont cependant du goût pour les beaux arts; en amour elles sont d\u2019un tempérament plutôt réfractaire et froid; ont l'amour des voyages et des déplacements; (c) Doivent avoir plus de confiance personnelle, plus d'initiative, plus de persévérance dans les travaux entrepris; doivent se montrer plus religieux que mystiques et ne pas chercher l'oubli dans les excès de sommeil ; (d) Ne sont pas toujours prêtes à se documenter suffisamment avant d\u2019aborder une discussion; elles n'offrent pas un caractère solide et résistant devant les diffi- eultés; (e) Doivent éviter de se désintéresser dès le début d\u2019une entreprise qui offre d'abord certains cbstacles; doivent aussi éviter de se laisser uniquement guider par leur égoïsme et ne pas craindre de laisser se manifester les élans de leur coeur; doivent surtout éviter de se plaindre trop souvent pour des bobos insignifiahts.26.\u2014 (a) Mars ct Vénus.(b) Personnes généreuses, magnanimes, d\u2019une grande prodigalité; d\u2019un caractère plus turbulent que violent à cause de l\u2019influence directe et unique de Vénus; les femmes aiment leur foyer et sont ordinairement d\u2019admirables cordons bleus es maîtresses de céans; ces personnes ai ment le jeu, les conversations animées, tout ce qui aide à passer agréablement le temps: sont de joyeux compagnons bien que parfois exagérés dans leurs récits; (c) Doivent surveiller leurs gestes brusques et leur enthousiasme parfois irréfléchi ; peuvent se montrer galantes mais sans pousser cette galanterie jusqu\u2019à l\u2019effronterie ou la hardiesse; doivent surtout chercher à maîtriser leur tempérament trop bouillant et s\u2019entraîner à bien réfléchir avant d\u2019agir; (d) Ne sont pas assez calmes et prudentes, et bien qu\u2019elles aiment à critiquer les autres elles n\u2019acceptent pas facilement Vol 12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 la critique à leur endroit; ne sont pas toujours sincères en amour, mais elles regrettent vite leurs petites trahisons et savent faire l'impossible pour se faire pardonner; (e)-Doivent éviter de parler constamment d\u2019elles-mêmes et de leurs exploits; doivent fuir les cafés, les lieux de réunion où il y a des liqueurs fortes; doivent éviter toutes les occasions de mettre à l\u2019épreuve la trop grande vivacité de leur caractère; doi- .vent éviter de se marier trop tard, alors que les caprices ont pris le dessus sur elles.27.\u2014 (a) Mercure, Vénus et Mars.(b) Personnes souvent petites de taille mais très alertes, vives, courageuses, en- \u2018jouées; d\u2019une pensée rapide et fort diplomates; pas toujours scrupuleuses quant aux moyens de parvenir; les femmes sont très souvent habiles comédiennes et parfois fatales; les hommes en affaires, sont fins, perspicaces et toujours rusés; (c) Doivent se servir de leur intelligence pour faire le bien, et De pas abuser de leurs aptitudes à saisir plus vite-le véritable sens des srtua- tions; doivent se marier de bonne heu- Te avec des personnes nées en septembre, octobre et décembre, de préférence ; les entreprises commencées en octobre leux portent chance d\u2019ordinaire; (d) Ces personnes, du moins quelques unes, ne sont pas toujours droites en affaires, car Mercure jouissait d\u2019une réputation douteuse dans l\u2019Olympe; mais elles ne sont pas destinées à rester les dernières dans les administrations; elles manquent parfois de systéme; (e) Elles doivent éviter de se montrer trop coquettes, maniérées, car les femmes de Mercure sont de beaucoup plus plaisantes au naturel; doivent éviter surtout de sacrifier leur coeur à l'intérêt et ne pas viser uniquement les mariages d'argent.: 88.\u2014 (a) Jupiter, Mars et Vénus.(b) \u2014 Types ambitieux, aptes aux affaires, s\u2019occupant beaucoup d'administration publique; vifs, parfois colère mais ne conservent pas de fiel; de taille plutôt grande, ils savent dominer les foules; les hommes aiment*les luttes électorales et sont souvent choisis comme députés _ou maires; les femmes, surtout dans la société, aiment à dominer dans leur salon; au boudoir elles pêchent parfois par excès de galanterie; (c) Doivent référer les actes aux discours; doivent apprendre de bonne heure à vaincre leurs penchants; doivent aussi savoir se courber sur les humbles et chercher à exercèr la charité dont leur caractère n\u2019est pas dépourvu; (d) Ne sont pas toujours véridiques envers eux-mêmes; ne souffrent pas les reproches ou les simples remarques ; ne sont pas fort travailleurs mais sont habiles et savent accomplir une tâche du nement qu'elle s'impose; (e) Doivent éviter de se laisser aveugler par une prétention déplacée, sans perdre pour cela de vue qu\u2019ils ont tout ce qu\u2019il faut pour diriger les autres; doivent éviter de donner leur argent trop libéralement; doivent éviter de se confier à des amis de passage, 29.\u2014 (a) Vénus et Mars.(b) Types d une très grande beauté physique surtout chez les femmes, mais sachant tirer parti de cet avantage; elles aiment la parure parfois d\u2019une manière déraisonnable; ont beaucoup de goût pour les \"jolies choses, et savent par intuition discerner le vrai du faux; sont confiantes et souvent trompées; (c) Doivent rechercher plus de simplicité dans leur manière de vivre ot dans les toilettes; les hommes doivent s'efforcer de parai- tre moips efféminés: doivent manger, pet et des mets n'excitant pas trop à l'amour; ne pas abuser des parfums et des fleurs; (d) Ne sont pas constantes ni sincères en amour, dans bien des cas; ne réfléchissent pas assez avant d'agir, / \u2018 \u2014 16 \u2014 Montréal, Août 1918 Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE _ ordinairement; ne sont pas assez sur 31.\u2014 (a) \u201cApollon, Vénus et Mars.(b) leurs gardes et ont trop confiance en leur puissance fascinatrice; ne savent pas toujours reconnaître les vrais amis; (e) Doivent éviter de s\u2019entourer de flatteurs; éviter les châteaux d\u2019Espa- gnes; les réunions trop mondaines; éviter surtout de s\u2019imaginer que toute la vie n\u2019est qu\u2019un vaste théâtre où l\u2019on ne joue que les grandes vedettes; éviter de se montrer insensibles aux douleurs ambiantes.30.\u2014 (a) Saturne, Vénus et Mars.(b) Personnes se défiant de tous et encore plus d\u2019elles-mêmes; ayant tellement d\u2019orgueil et de crainte du ridicule qu'elles s\u2019abstiennent parfox de demander mêtne des choses urgentes ; sont parfois révoltées indépendantes, incrédules et même superstitieuses; sont peu sensibles à l\u2019amour, mais lorsqu\u2019elles aiment elles sont constantes ; sont laborieuses et cherchent trop la solitude et la mélancolie; (ce) Doivent rechercher les endroits ensoleillés et gais, les distractions, les jeux, les exercices physiques, les bals, les soirées, le théâtre; doivent combattre le spleen par tous les moyens possibles ; doivent se laisser porter vers leurs penchants amoureux, mais surveiller leur jalousie native; doivent commencer de bonne heure des entreprises personnelles; (d) Peu enthousiastes excepté pour les causes contraires à l\u2019ordre; ne sont pas tranquilles tant qu\u2019elles n\u2019ont pas trouvé une cause de trouble; ne sont pas boudeuses sur le travail et font d'excellents chefs d'atelier ou de bureau; (e) Doivent éviter les isolements trop prolongés, l\u2019obscurité, les endroits humides et sombres; éviter aussi les soupçons non motivés, les excès de jalousie et surtout le surmenage dans leurs travaux et leurs recherches; doivent prendre garde aux rhumatismes dont ces types sont mena- CFS.; / Personnes aimant la contemplation, la poésie, la lecture, les beaux tableaux, les fétes et les dignités; arrivent souvent à la renommée ; sont éloquentes et fières, se laissent souvent séduire par la beauté des formes; aptes aux sciences occultes et y excellent ; sont aussi artistes et parfois penseurs émérites; (c) Doivent s'entraîner vers une logique large et une manière de voir vraie; doivent se montrer cléments pour les faiblesses d\u2019autrui ;doivent viser à faire de beaux mariages mais ne pas perdre de vue le côté sentimental; doivent se méfier des louanges directes; (d) Ne sont pas assez perspicaces, ne sont pas superstitieuses et ne sont pas dépourvues du courage nécessaire aux grandes entreprises; ne prennent pas toutes les précautions requises au sujet de.leur estomac, car elles aiment trop la bonne chair; (e) Elles doivent éviter de succomber toujours à un premier mouvement provoqué par un excès d\u2019enthousiasme ou de confiance en soi ; éviter de se montrer trop prodigues dans l\u2018unique but d\u2019éclipser les autres; éviter de croire qu\u2019elles sont supérieures à tout leur entourage; éviter de vouloir toujours dominer en amour et dans leur ménage.\u2018Personnages célèbres nës on août, Napoléon Bonaparte, Walter Scott, la rele ne Wilhelmine, Emma Eames.L horoscope de septembre dans le prochain No de la Revue Populaire.one (meres v * Jadis un nommé Diogène avait élu domicile dans un tonneau; aujourd\u2019hui, on est Ipoins difficile, on vit dans les cercles, 0: -\u2014 17 \u2014 .12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 UN DERAPAGE EMOUVANT Un hasard extraordinaire a sauvé d\u2019une mort certaine deux automobilistes au fameux champ de courses de Brookland, Angleterre.En approchant un tournant à une vitesse approximative de 119 milles à l\u2019heure un des pneus de l\u2019autombile explosa; le chauffeur pût cependant maintenir sa machine sur une longueur de 240 pieds, puis l\u2019auto dérapæ et fit deux tours successifs sur elle-même.Précisément à ce moment l\u2019auto arrivait au deuxième tournant de la piste, le chauffeur rassemblant toute son énergie fit machine en arrière; l\u2019auto partit en sens inverse à une vitesse maximum faisant encore deux tours sur elle-même.\\ Le pneu crevé s\u2019enchevêtra dans la chaîne de marche et l'auto alla finalement s'arrêter dans un champ labouré des environs sans que les occupants eussent reçu aucune blessure.> -_\u20140 I] se consomme, journellement, dans tous les pays d'Europe, deux milliards d\u2019allumettes, et que pour la confect©@n de celles-ci, on emploie par an 480,000 verges de bois et 450,000 livres de phosphore.I est établi que, en admettant qu'il faille une seconde pour faire prendre une allumette, on obtient le chiffre énorme de 555,555 heures; soit 63 ans, 5 mois, 2 jours, 7 heures et 20 secondes,= gue les habitants de l\u2019Europe passent tous les jours à frotter des allumettes ! t \u2014 18 \u2014 Montréal, Août 1919 LA REVUE POPULAIRE PAGES > CANApIENNVES LE GLORIEUX 22ème ET SA FORMATION A MONTREA RACONTEE PAR UN TEMOIN A L\u2019HEvre où j'écris ces lignes, il est pratiquement décidé que le glorieux 22Mmx bataillon canadien-français restera dans nos murs comme unité permanente.La chose, bien que méritée cent fois, ne s\u2019est pas fait du premier coup, mais il ne fallait pas que le nom de ce bataillon fameux allât à l\u2019oubli, et enfin, les autorités militaires ont compris que ceux de notre sang qui s'étaient le plus illustrés sur les champs de bataille, avaient droit à une survivance prolongée devant l\u2019histoire qu\u2019ils avaient écrite du sang de leurs frères d\u2019armes tombés à l\u2019ennemi.On sait aussi J'émotion intense que produisit le défilé de ces hhéros, dans les rues pavoisées de Montréal.Tous se souviennent encore de Penthou- siasme délirant de notre population, lors du retour de ces héros, dont la démobilisation ,avait-on craint un temps, devait s\u2019effectuer dans un autre endroit que celui de sa base de formation.Or, quoiqu\u2019on ait pu dire ou prétendre de par ailleurs, c\u2019est bien à Montréal même que fut formé le glorieux 22Mx, et c'est à nous, Montréalats, de réclamer l\u2019honneur d\u2019avoir produit initialement cette pléiade de héros.J\u2019en sais quelque chose, puisque, de par mes fonctions de journaliste, j'ai assisté à cette formation dès ses débuts Le lieutenant colonel Gaudet, le premier commandant, venait du district de Québec, mais ge fut à Montréal qu\u2019il fit_d'abord appel pour recruter les premiers éléments de son unité.L'idée fut lancée alors par ta Presse, et l\u2019on voyait à la tête du mouvement, entre autres citoyens de marque, le.colonel Arthur Mignault, qui a tant fait plus tard, et qui, par ses démarches, a obtenu des autorités militaires britanniques, que l\u2019hôpital qu\u2019il avait fondé, fut offert généreusement à da France.Il y eut alors une énorme assembiée au parc Sohmer» où la grande voix du regretté Sir Wilfrid Laurier fut entendue de milliers et de milliers de personnes.Ft l\u2019appel aux armes du grand Canadien fut si vibrant et si chaleureux, que dès le lendemain, à l\u2019arsenal de l\u2019avenue des Pins, les enrôlements volontaires abondaient.J'ai suivi de très près cet enrôlement, et je suis en mesure d\u2019affirmer et de prouver que des jeunes gens trop jeunes se présentaient en grand nombre, et que d\u2019autres venaient signer leur feuille à l\u2019insu même de leurs parents.Que de noms m'ont ainsi été fournis par le major A.-V.Roy, et les lieutenants d\u2019alors, Lefebvre, Sylvestre et Brosseau, ce dernier, mon propre cousin- \u2014 19 \u2014 Viol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1819 germain, tous tués glorieusement par les boches.Ft, j \u2018appuie sur ces derniers détails afin de montrer à ceux qui, imitant le pitre Harry Lauder, ont essayé de salir notre race en l\u2019accusant de lâcheté.Non, dans aucun bataillon du Canada, il ne s\u2019est ma- uifesté autant d\u2019enthousiasme pour l\u2019enrôlement, autant de générosité et de bravoure pour la grande cause de la liberté et de la civilisation.Presque tout le 65m bataillon canadien- français fut versé \u201cvolontairement\u201d dans le 22ME, en quelques jours, et grâce au recrutement des civils de Montréal et des environs, en moins de trois semaines, la nouvelle unité était assez considérable pour prendre ses cantonnements à Saint- Jean d\u2019Iberville.Voilà qui prouve amplement que la formation initiale du 22me était bien d'essence montréalaise.Et, c\u2019était un plaisir et une légitime fierté de voir les \u2018jeunes soldats faire la manoeuvre au parc Lafontaine.Enfin, pour montrer dawantage l\u2019enthousiasme des nôtres pour le 22m, il suffira de dire que nombreux aussi furent les recrues qui vinrent des confins de la province, même des autres provinces et de l\u2019ouest canadien pour signer leur feuille d'enrôlement.Je tiens également à déclarer que le district de Québec a fourni un grand nombre d'hommes au glorieux 22Mx, mais la majeure partie de ces derniers s\u2019enrôlèrent successivement et un peu plus tard.Car, il ne faut pas oublier, qu\u2019à l\u2019instar du Princesse Patricia, le 22ME ne compte qu\u2019un nombre restreint de survivants de la première heure.11 ne s\u2019est maintenu continuellement au front, où il s\u2019est si hé roïquement 1llustré, que par les renforts qu'on lui fournissait à même les autres bataillons en formation, ou incomplets quant à leurs cadres.Des officiers de Québec ont pu avoir leur tour de commandement, mais le noyau principal et initial du 22me était de Montréal, où, du reste, 1 laissa ses drapeaux avant son départ pour la grande épopée.Le 22ME devait donc être démabilisé à Montréal, puis reconstitué en unité perms: nente locale.Il avait assez fait pour I\u2019 bellissement de notre histoire, pour mériter cet hormeur.Je ne saurais terminer cette mise au point susceptible d\u2019intéresser plus d\u2019un de nos lecteurs, sans résumer ci-dessous quelques-uns des principaux détails concernant ce bataillon, depuis sa formation à Montréal, à l'automne de 1914, jusqu'à quelques semaines avant la fin des hostilités, en novembre 1918.| \u201cEm mars, 1915, au moment de quitter St.Jean, pour Amherst, N.E., eut lieu la bénédiction des couleurs du 22me., offertes par les dames de Montréal, et confiées, au départ, à l'église de Notre-Dame.\u201cLe 14 mars, 1915, Amherst voyait arriver, assez indifférente, ce bataillon cana- dien-français, qui devait y compléter son entraînement.Mais le 20 mai suivant alors, qu\u2019au matin, il défilait pour le train d\u2019Halifax, ce fut au milieu de la ville tout entière, entouré des plus grandes démonstrations d\u2019amitié et aux acclamations enthousiastes de toute la population réunie à la gare.Même scène d\u2019enthousiasme lorsque, le soir, il quittait Halifax pour l'Angleterre.\u201cLe 30 mai, heureuse arrivée, après une joyeuse traversée, et le premier juin au petit jour, un dimanche, le train le déposait er une gare improvisée près du camp de Scandling, qui est à quelque distance de Folkestone.En quelques mois fut parfait l\u2019entraînement qui prépare les bataillons de lignes.\u2018Très aptes aux divers travaux mais spécialement d'infanterie, les Canadiens-Français sugént se distinguer dans ces exercices de l\u2019entraînement intense et, lors de leur départ pour la France, ils étaient fort bien préparés.\u201cLe 15 septembre, 1915, la deuxième di- \u2014 20 \u2014 | - ve = a Toe 5 or = Sa Co ers = Teer oro Pr SE a S = Se ne oe Eo ris rrr => = Ses ee actes PISE 5 HEIs = E55: Ss par _ =v TEC bo Fs, 5% Sd > => = Ta To £0 7 A) 2 0 = £359 TR 4 ce 5 i a 5 on A re ices 3 oR = _ & Ses La 2, Less =, A Es Eh i 8) ss z: \u20ac a £8 san 2 5 0 Su) rane, ar x A A.er ik Es 2 3; Sah 2 fo RL > se a Ln spé us se 5 Ge 4 a 2 a = NE TS ne 5: JE 2 5 4 LS) 0 mA RS 78 3 fe Jig Ti 5 RY % = & is a = es SE Le 2% LE i = ERR 7 5 ox A or us, i Montréal, Août 1918 ; cc LS ue = Ze = 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apres arrêt à Boulogne, par St.\u2018xmer et Harebroeck, s\u2019en va camper à Lo- cre, le secteur du Kemmel.Là les Canadiens connaissent les émotions de la guerre.Entrés aux tranchés dès le 20 septem- re, ils sant bientôt familiers avec ces NOUvelles demeures et.volontiers ils dressent la nuit, des embuscades.Très heureux dans les coups de main et excursions dans les tranchées ennemies, ils surent manifester les plus belles qualités de bravoure.\u201cEn avril 1916, la deuxième division tient St.Eloi, célèbre par la violence de deux combats: l'enjeu était des cratères; pendant plusieurs jours le 22ME sut les occuper et les défendre et finalement la position fut gagnée.\u201cLe 28 août les Canadiens quittaient les Flandres pour la Somme.Le 15 septembre 1916, sous le commandement du colonel Tremblay.le 22Mx bataillon enlevait d\u2019assaut le village de Courcelette, se faisant une réputation telle que les récits de ce combat sont légendaires.Là, pour la première fois, ces monstres de nos guerres modernes, les Tanks, firent leur apparition.Cette arme a depuis attiré toute une compagnie de jeunes Canadiens-Français.\u201cLe 22me fut aussi à l\u2019assaut des meurtrières tranchées de \u201cKenora\u201d et \u201cRégina\u201d.Pnis avec les Canadiens 11 reprit la route du secteur paisible alors de Notre-Dame- «e-Lorettes, où 1l tint la tranchée jusqu\u2019en février 1917.À Divion, au repos, eut lieu la préparation de l\u2019attaque au secteur de Vimy : le 9 avril, 1917, le 22ME eut, en effet, une part importante, dans la prise de la fameuse colline de Vimy.À Arleux, à la côte 70, à Lens et Passchendale, le 22 sut maintenir sa réputation.Et lorsque vint l\u2019heure de retourner à la Somme pour la grande avance d'août, 1918, officiers et soldats du régiment Candiens-Français marchaient joyeusement au poste d\u2019attaque.\u201d ) Gusrave Comm.BICYCLETTE POUR CINQ PERSONNES Un fabricant de bicyclettes de Cleveland, Ohio, à lancé sur le marché américain, l\u2019an dernier, une bicyclette reposant sur sept roues et pouvant transporter cing personnes à la fois.Chaque passager fait mouvoir sa propre roue, toutes les roues sont indépendantes les mines des autres et agencées de façon à ce qu\u2019une des roues puisse passer sur un obstacle quelconque sans que la commotion ressentie sur cette roue soit sensible sur les autres.Chaque cadre est lié à son voisin par une tige d'acier qui repose sur les deux roues d'avant de la bicyclette.Une seule personne conduit la bicyclette.Gette bicyclette n'est pas plus large qu\u2019une auto ordinaire et peut faire autant de vitesse.Ce genre de tandem est de beaucoup préférable aux anciens modèles, Où tous les passagers étaient placés les uns devaht les autres.a \u2014\u2014___eree Un malheur est d\u2019autant plus grand qu\u2019il a été mêlé de ridicule.La tache alors est \u2018ineffaçable.\u2014 2D =\u2014\u2014 \u2014 x Vol.12, No 8 \"L UNE BOITE D'ALLUMETTES ETANCHE Rien n\u2019est plus choquant.pour un pêcheur, que de laisser tomber sa boite d\u2019allumettes à l\u2019eau, de la retirer toute mouillée et d\u2019attendre pendant deux heures qu\u2019elle soit sèche pour pouvoir enfin allumer une bonne pipe.Rien n\u2019est plus facile pourtant que de se fabriquer une boîte parfaitement étanche et qui ne craindra pas plus l\u2019eau des rivières que la pluie des nuages.Il suffit de couper un morceau de bambou en avant soin de laisser un des noeuds pour en former une extrémité, un bon bouchon de liège à l\u2019autre et voilà une boîte hermétique, ne coûtant pratiquement rien.En promenade, à la chasse.à la pê- che, elle rendra d\u2019appréciables services, d'autant plus que \u201ci par maladresse, on la laisse tomber à l\u2019eau, son REVUE POPULAIRE Leterme armee 1000 = 1 PETITS \"TRAVAUX | Montréal, Août 1919 marie D'AMATEURS Ep | ee TR, poids léger la maint.endra a la surface ou il sera facile de la repécher.POUR COUPER LE VERRE On coupe le verre assez facilement au moyen de ciseaux ordinaires mais il faut prendre pour cela certaines précautions.ll faul agir sons l'eau.dans ne grande bassine el en procédant nar fragments successifs.Si Ion veut, par un rondelle.il no on ferait pour un morceau de carton mais enlever les morceaux par coupes droites aussi nombreuses qu'il esl nécessaire, \u2014 2B Vol 12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 En suivant ces recommandations, on utilisera ainsi bien des morceaux de vitres que l\u2019on jetait auparavant et qui serviront à la confection de cadres pour photographies ou à celle d'autres petits objets divers.UNE EPINGLE ORNEMENTEE Voulez-vous fabriquer à très peu de frais une jolie tpingie de sûreté?Ce n\u2019est pas difficile.Un peu de fil de fer solide ou de fil d'acier doux, quelques perles, voilà tout ie matérie! nécessaire; comme outils des pinces ordinaires et c'est suffisant.\u2018 Enfilez vos perles sur le fil en mettant la plus grosse au milieu, disposez- les de manière à leur donner une belle apparence suivant leurs couleurs.Pliez ensuite votre fil de fer en forme de crochet à une extrémité, aiguisez l\u2019autre bout que vous recourberez et vous aurez un bijou très peu dispendieux mais qui aura pour vous le charme d\u2019être votre ouvrage.\u2026 Avec un peu de goût.il est facile de varier presque à l'infini les modèles de ces sortes d'épingles.UNE GLACIERE SANS GLACE ~ La conservation des aliments pendant l\u2019été nécessite une dépense de glace parfois importante et qu\u2019il est facile d'éviter.fhacun pent se construire, à peu de frais.une gla'ciére d'un modeéle tout spécial el n\u2019ulilisant pas de glace.T1 fanl toutefois dire que l\u2019installation qui va suivre est surtout pratique pour ceux qui nossèdent une cave.La fraicheur des aliments est maintenue à l\u2019aide de la circulation de l\u2019eau d» la ma\u2018son dans des tuyaux spécialement disposés?et formant le squelette d\u2019une boîte à plusieurs étages.Pour des dimensions intérieures de 18 pouces de largeur, deux pieds de Se - i (> ~ anes Oe nme.) + f + cd a ea da cs made ant a Een aE profondeur et trois pieds de hauteur, ce qui est suffisant dans la généralité des cas, il faut comme tuyaux: 14 morceaux de 24 pes de longueur 14 morceaux de #2 pes de longueur 2 morceaux de 12 pes de longueur 2 morceaux de 18 pecs de longueur.Tous ces morceaux filetés à chaque bout afin de pouvoir être vissés., En plus: 24 joints en forme de coude, 2 bouchons à vis.\u2018 3 valves à deux ouvertures.1 valve d\u2019échappement (drip-cock).Notre gravure donne, mieux que toutes les explications possibles, la manière de faire le montage de tous ces morceaux ainsi que leur fixation à la conduite d\u2019eau de l amaison.La première partie de la gravure représente l\u2019assemblage vu de côté et la 2e partie, la glacière mise en place, vue de face, et munie de 3 planches reposant sur les tuvaux et formant les étages.- \u2014 24 \u2014 Vol.12, No 8 LA REVUE » POPULAIRE Montréal, Août 1919 Pour compléter le tout, on recouvre avec une gaîne de toile cirée semblable a celle des tables de cuisine ; cette toile cirée enferme le système de tuyaux complètement mais on a soin, naturellement, de ne coudre la partie d\u2019avant que dans le haut de façon à former une porte.Le pvix de revient d\u2019une installation semblable, faite par soi-même, c'\u2019est- à-dire en ne payant que le prix des matériaux est d\u2019environ une dizaine de piastres, laquelle dépense est faite une fois pour toutes.I n\u2019y a, en effet, nullement besoin de glace dans cet appareil; la frai- cheur naturelle des tuyaux d'eau est entretenue par ia circulation presque continuelle causée par les besoins de l\u2019eau pour la maison.Le modèle représenté ici n\u2019est qu\u2019u-\u201d - ne indication et si l\u2019on veut un me.l- leur résultat encore, il est facile d'augmenter le nombre des tuyaux.: 0 QUAND ON N'A PAS D\u2019ENVELOPPES Eh bien, on s\u2019en passe et on envoie quand même sa lettre.Si vous voulez savoir comment vous y prendre, faites comme ceci : Pliez d\u2019abord comme dans la figure 1 en rabattant la feuille de chaque côté ; ensuite, (fig.2) coupez le papier suivant le pointil- lég enfin (fig.3) pliez le bas et le hautset collez.Vous n\u2019avez plus ensuite qu\u2019à écrire l'adresse, à timbrer et à confier à la poste.LE CHAPEAU \u201cBUNGALOW\u201d Un ouvrier ingénieux vient d'inventer un nouveau chapeau qui protège de la pluie et des intempéries de certaines saisons.Je chapeau est partiellement fait de bois, il est maintenu au-dessus de la tête de l\u2019ouvrier par des courroies et des fers qui s'adaptent aux épaules, L\u2019inventeur de ce chapea: est un ouvrier de Portland, Orégon.Le but unique de ce chapeau est de protéger contre la pluie l'ouvrier proposé à la vérification des colis dans les gares de chemins de fer.I] mesure 3544 pouces de longueur, 21 de largeur et 12 pouces de Rauteur.Ce \u2018chapeau Bungalow\u2019 est construit de telle sorte que la tête est complètement dégagée et libre de se mouvoir en tous sens.0 La popularité des pierres précieuses est comme suite: la perle d'abord, le rubis ensuite et le diamant en troisième. Vd, 1% No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1819 Auvsenerrs ET JEUX DIVERS\" De sociéré H faut bien so distraire un peu; la vie serait trop monotone st trop bête sans cola.Parmi Les distractioma, cepondant BR yen a de bien des façons; les phaîcantertes, les tours que l\u2019on joue à un ami me sont pas toujours recom- mandaibies ct risyueut d'atieindre wn but opposé à celui que Fon désirait.Farefl imcon- vénient n\u2019existera pos ave les quelques far- ees que lon trouvera das - département de la Revue Populaire et c ompisteront oa remplaceront-les tours de iagie en Famisle.- UN TOUR D'EQUILIBRE x Est-il possible de = meitee ume fasse pleine de thé \u2014 ou ; = =.de ce que veus vou- ie) drez \u2014 en équilibre sur la point d\u2019èm couteau ?Celui à qui veus poseriez la question vous répomdrail nen et pourtant.Hd aural tert.La chese est faisable maës-à cen- dition, cela va sans dire.de procéder avec précautien.Insérez bouchon dams l'anse de votre tasse mais ne le forcez pes au point de casser cette anse.Enfoncez une fourchette à quatre dents dans le bouchon, deux dexis de chaque cô- té de Panse.Cet arrangement abaisse le centre de gravité de la tasse et per- \u2018met-de placer ja tasse sur la pointe du couteau.Toutefois, agissez avec précaution et ne lâchez la tasse que lorsque vous êtes certain de son parfait équilibre.Si vous êtes trop nerveux vous- même, cenfiez l\u2019exprience à quelqu\u2019una ayant la main sûre; cela vaudra mieux pour le tapis et pour la tasse elle-même.LES ANNEAUX DE FUMEE Hy a dadroits fumeurs qui produisent a volonté.des anneaux dec fumée fort bien réussis et qui fletlent dans l\u2019air pendant plusieurs secondes en s\u2019élargissant.H faut pour ceta, no\u201d pas un four de mai: mais un \u2018\u2018tour de gueu- be\u2019 assez difficile et la fabrication d\u2019anneaux de fumée n\u2019est pas possible au premier veœu.T1 y a cependant un moyen de les réussir mais pour cela il faut cens- traire le petit appareil ci-après.Prenez une boîte de carton cylindrique et faites une petite ouverture ronde dans le couvercle.Remplissez cette beîte de fumée et Montréal, Août 19 - \u2014 Viol.12, No 8 LA REVUE P@PULAIRE > ensuite, frappez-en le fond d\u2019un coup sec avec un bâton ou quelque autre objet.Vous verrez alors les anneaux sortir à chaque fois et s\u2019étaler gra- eieusement a faire palir de jalousie le fumeur le plus expert dans cette sarte d\u2019amusement.L\u2019ARBRE ET LA BORNE \u2018On trace au crayon une ligne sinueuse; à son extrémité gauehe on figure un arbre, à son extrémité droite une borne; et l\u2019on pose la question suivante, de préférence à un bon eal- eulateur : Ceci est une route ayant 1,391 pieds de longueur.Un homme, dont chaque enjambée est de 30 pouces, la parceurt entièrement, et, en arrivant au bout, touche la borne du pied droit.De quel pied est-il parti?L\u2018imterrogé sue sang et eau, se livre à une sarabande effrénée de divisiens et de multiplieations, ne treuve rien de juste, et finif par y renoneer.Alors, tranquillement, en lui donne la solution: \u2014H est parti du pied de l'arbre.LE SAUT BE LA GANNE Vous prenez une canne, vous |a posez à terre, dans une chambre, et pariez avec une personne quelconque quelle ne sautera pas par-dessus.Le bâton restera à terre et vous re retiendrez en aucune façon votre interlocuteur, vous ne lui direz même pas un mot.H aecepte le défi.Alors vous prenez la canne et altez la ranger le long du mur.Impossible de la franchir.Ensuite, priez-le de vous indiquer sur le mur la hauteur d\u2019un chapeau haut de forme, à \u2018partir du sol.\u2018 lamentée, Posez ensuite le chapeau par terre, sous la marque qu\u2019il aura faite.Il se trompera considérablement en trop.LES TROIS AS C\u2019est stupide.Aussi faut-il bBeau- coup de mise en scène et de paroles.Vous faites mettre bien en vue sur la table: un as de coeur; puis, dessus, un as de pique, puis, dessus, un as de carreail.Vous retroussez vos manches: vous vous faites donner une canne, une épingle à cheveux et un verre vide-\u2014 qui ne vous serviront absolument à rien, mais qui attirent l\u2019attention.Vous placez ces objets, à votre fantaisie, en prenant des distances méti- eutenses, nen loin des cartes, et vous pariez de faire changer de place, de retirer du milieu, où i! est, l'as de pique, sans le toucher.Puis, avec des précautions infinies, veus prenez l\u2019as de carreau, vous le mettez délicatement sous celui de coeur, et vous avez réussi: l\u2019as de pique n\u2019est plus au milieu: il est dessus.LA GLACE Vous avez une belle occasion d\u2019épouvanter quelqu\u2019un et de lui faire passer un quart d'heure bien désagréable.Avec un bout de savon noir pointu, vous tracez un trait assez fin, et de la longueur que vous veulez, dans un angle, ou même au beau milieu d\u2019une glace.Pour quiconque n'est pas dans le secret, elle est brisée.Trouvez un prétexte pour amener, dans la pièce où est survenu le pseu- do-accident, ta propriétaire du miroir, et vous assisterez à une jolie scène.Lorsqu'elle se sera suffisamment vous passerez un linge ) Voi.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, AoQt 1918 ~ mouillé sur la cassure pour rire, et il n\u2019y paraitra plus.L'illusion est complète.la grande malice est d\u2019opérer chez une vieille avare et de lui donner à entendre que c'est son gendre qui l\u2019a fait exprès.On n'explique la chose leur dispute.qu\u2019après \u2018LE SOU PERCE On dit qu'un sou percé porte bonheur.S'il en est ainsi, vous pouvez vous proeurer ce talisman à bon compte et en même temps, faire à vos amis, une petite démonstration qui les sur- vrendra.Vous leur annoncez que vous allez percer un sou avec une aiguille sur laquelle vous frapperez avec un marteau.Incrédulité générale.du moins pour ceux qui ne connaissent pas le tour.Choisissez alors un bouchon de la même longueur que votre aiguille : enfoncez l\u2019aiguille dans !e bouchon de façon à ce qu\u2019elle disparaisse enfière- ment.Placez ensuite ce bouchon sur le sou et le tout sur deux supports solides qui laisseront un peu d'espace entre eux.Vous pouvez mainlenant y aller carrément de votre coup de marteau.Frappez un seul coup, net et franc et vous constaierez que l'aiguille a traversé le sou, cela sans se briser.Di vous suivez exactement ces instructions, vous êtes sûr du succès, D'OU CELA VIENT -IL?Voici un verre parfaitement vide, puis un mouchoir que vous secouez dans tous les sens afin de bien faire voir qu'il ne contient rien, vous pouvez même le faire examiner par ceux qui vous regardent.Vous placez délicatement le mouchoir sur le verre, vous soufflez ou vous marmottez quelque boniment in- compréhensible.vous ôtez le mouchoir et, dans le verre, il y a un beau 5 piasires que vous montrez triomphalement. Vol.12, No: 8 LA REVUE Comment cela s\u2019est-il fait?D\u2019une facon fort simple.Le 5 piastres élait déjà dans le verre mais on ne le voyait pas grâce à un petit mir roir placé devant lui verticalement comine on peut le constater dans la gravure.Le miroir, en réflétant les parois du verre le faisait paraître vide et il n\u2019y a eu qu\u2019à le pincer des doigts et le retirer en enlevant le mouchoir.Pour quelques cents, le premier vitrier venu vous taillera fort bien un morceau de miroir s\u2019adaptant au verre destiné à cette expérience.\u2014 QL - LE VERRE EN EQUILIBRE Voulez-vous surprendre vos amis par un tour d\u2019adresse en apparence peu ordinaire?Prenez un verre de moyenne grandeur et que vous remplirez de liquide; d\u2019autre part, montrez à l\u2019assistance une carte à jouer, placez le verre sur la carte-comme l'indique gravure-et POPULAIRE de leur longueur; Montréal, Août 1919 faites quelques pas sans crainte, le verre ne tombera pas, Ce que vous n\u2019 \u2018expliggerez | pas avant de faire le tour, cependant, c\u2019est que votre carte qui paraît simple est en éalité double.Elle se compose de deux cartes collées ensemble sur la moitié tout en plaçant le verre vous écartez adroitement les deux parties non collées et vous obtenez ainsi un support présentant toute sécurité.: ; Par exemple, montrez toujours votre carte de face et non pas par côté si vous voulez connaître les joies du succès.Après quoi, si vous avez réussi et que votre verre soit plein de vin, bu- vez-le pour vous récompenser de votre habileté.0 DES OREILLES DANS LES PATTES On entend dire souvent que ies araignées ont un goût particulier pour la musique, parce qu\u2019il suffit de jouer d\u2019un instrument dans leur voisinage pour les voir s\u2019agiter et quitter leur toile.Or, si l\u2019on connaît à l\u2019araignée quatre paires d\u2019yeux placées en deux rangées sur son front, on ne lui a jamais vu d'oreilles.La vérité, c\u2019est que les vibrations musicales transmises par lair produisent dans la toile des trépidations qui inquiètent l\u2019animal; elle les sent sous ses pattes.I] y a là une sorte de communication qu'elle perçoit par le toucher, comme le pourraient faire des sourds-muets, et sans être plus qu\u2019eux en état d'entendre, encore moins d\u2019apprécier la musique.eas & 0 + \u2014\u2014 Ie meilleur moyen de ne pas s\u2019endormir sur ses lauriers, c\u2019est de coucher sur le champ-de-bataille.\u2026 i LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 Lin Comme la produc:ion maraîchère gst intense ce mole-cl, nes petits amis nous sauront sens doute gré de leur offrir un poney et une voiture, à déchuper.Cet attelage eét tout Indigué pour le transport des légumes au mar- ehé, même pour la promemade.La \u2018prem'è:e chose à faire, après avuir enlevé cette page de la Revue, c'est de la coller sur un carton nssez résistant, puls de décou Dwr le Loit, en suivant soigneusement les lignes indi- Qquées.Faites une fente, en suivant la ligne pointillée Ju chapeau du cheval, et coupez au viseau ia ligne courbe pointillée des bras de la voiture.Le rhaneau brotégera la tète du cheval contre les rayuns du sole:: et lorsque la course sera finie, mettez au cheval \u2018a cou -\u201crttre, dont les gances auront été pliées, afin qu'à #'ettrape pas un refroidissement.\u2014 30 \u2014 Voi.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août: 1818 pe = PIECE A DIRE EN SOIREE QU A LA CAMPAGNE Afin de répondre au désir d'un grand nombre de nos lecteurs et lectrices qui nous de- mamdent de publier un joli monologue gai, pouvant être dit en soi rée ou à la campagne, nous leur offrons aujou rd'hui Les noisettes, de Paul Bilhaud.L'auteur est passé maître dans l'art d'écrire des pièces, et celui que nous publions obtient toujours le plus grand succès.LES NOISETTES | Par Paul Bilhaud me Vous rappelez-vous quelques fois À chacun de ces rendez-vous, ous oz Le temps où vous étiez fillette ?Convenus sans une parole, Vv lliez alors dans les bois, Nous nous écrtions: \u2018Tiens, c'est vous ?pen ; bois oueillir la noisette \u201cQuelle rencontre?Oh! d'est très drôle.\u201d ans les \u2018 Mais quand on est soule, oëla Drôle?Mon Dieu, jé n'en sais rien, engendre la monotone; Et c'est un point très discutable; ge } os disonta Quand vous partiez, j'allais par la a tout wa ob de 19 sale bleh i i est que c'était fort agréable, Et je vous tenait compagnie.Vous passiez toujours par hazard, Vous arriviez à mails 798 Ainsi que moi par aventure; La mine grave, étu = Nous nous retrouvions quelque part, Sûre de me trouver ; > Tr Dans juslgue reooin de verdure.N'èat-il pas vrai, sous fouillés \u2014 31 = Montréal, Août 1919 Viol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE me Et quand je vous voyais, de loin, Car j'étais toujours à l'écoute, Je me dlottissais dans mon coin, Certain d\u2019être sur votre route.Et voilà comme, au temps heureux Dont je parle et que je regrette, Nous nous retrouvions tous les deux Pour aller cueillir la noisette.Et nous partions, sans trop savoir Où nous allions; le grand bois sombre S'entr'ouvrait pour nous recevoir Dans ges petits sentiers plein d'ombre.Les oiseaux, quand nous arrivions, S\u2019égosillaient sur notre tête ; Toutes les fleurs que nous trouvions Nous semblaient en habit de fête.Oraintifs les petits lézards vertd Nous considéraient au passage, C'était charmant, jusqu'aux piverts Qui nous riaient en plein visage.On voyait bien à ces apprets, D'une.grâce vraiment parfaite, Que le bois s'était mis en frais Pour nous voir cueillir la noisette \u2018 Pour arriver au noisettier C'était encore toute une affaire; Nous abandonnions le sentier, Malgré son ombre-et son-mystère; Nous vonlions de l\u2019inattendu Et, plein de l'ardeur de nos âges, Hous nous jetions, à corps perdu, Dans les endroits les plus sauvages.Nous n'avancions que lentement, Moi, devant, j'ouvrais le passage; Lorsque.vous passiez doucement Ma main frélait votre visage.Et co dont vous ne vous doutez, C'est que souvent, je vous l'avoue, J'inventais des difficultés Rien que.pour frôler voire joue.Parfois il nous fallait franchir Quelque petit ruisseau tranquille, Et sans vous laisser réfléchir Que c'était chose assez facile, Je vous prenais dans mes deux bras, Ah! J'en avais toute ma charge, Vous saviez très bien, n'est-ce pas, Que le ruisseau n'était pas large, Que vous ne courriez nul danger ?Aveo une peur enfantine Cependant, et sdis y songer, Vous vous serriez sur ma poitrine.Et quand il fallait vous laisser, Après ce court moment de fièvre, À terre lentement glisser, Et que votre souffle à ma lèvre En passant donnait le frisson, Sous cette émotion secrète Nous disions: \u201cRien n'est aussi bon \u201cQue d'aller cueillir la noisette.\u201d Après avoir beaucoup marché, Dissimulé sous la verdure Nous trouvions l'arbre tant cherché Et nons nous mettions en mesure De dépouiller le malheureux.Charmants instants pleims de mystère Nous étions là, seuls, tous les deux, Moi, ravi, vous laissant tout faire! Heureuse, vous vous ocoupiez De notre oueillette en gourmande, Vous haussant sur vos petits pieds, Par moments, pour être plus grande.TI me semble vous voir encore, (uand vous écartiez la ramure, Le soleil de ses rayons d\u2019or Vous frappait-en pleine figure; Un peu surprise, vous baissiez La tête, scans lâcher la branche: Sous 03 rayon vous paraissiez Plus rosée-encore et plus blanche; = EZ = Vol, 12, No 8 LA REVUE POPULAIRE C'était d\u2019un effet merveilleux, On eut cru voir, sur ma parole, Un ange blond tombé des cieux Sur terre avec son auréole.Pendant ce temps, mon pauvre coeu Battait à me donner la fièvre, Tandis qu\u2019un sourire moqueur Érrait au coin de votre lèvre; Voyez ce que c'est que de nous, Comme un rien égare nos têtes.J'étais là, ne pensant qu'à vous.Ef vous ne pensiez qu\u2019aux noisettes.\u2018Pois, après avoir dépouillé L'arbre, aves milé éclats de rire, Tous deux sur le gazon mouillé Nous nous asseyions, sans rien dire, Et nous goûtions.Ah! c\u2019est ici Surtout que vous étiez gentille.\u201cNous partagions toujours ainsi: Vous ls fruit, et moi la coquille, \u201cRappelez-vous, moi je cassais Et vous mangiez notre cueillette, - Vous mangiez tout et je disais: \u2018Dieu, que c'est bon la noisette.\u201d Qu\u2019ajouterais-je?Bien des fois Cette heure charmante et trop brève Que nous passion: au fond des bois M'a mis en tête plus d'un rêve Insensé que je caressais Doucement, seul avec moi-même, J'étais si jeune, je pensais: \u201cElle ne voit pas que je l'aime; Que le coeur aime à célébrer \u201cJe vais lui dire au premier jour\u201d, Hélas! après chaque entrevue, Je partais, aveo mon amour Encor grandi par votre vue.J'avais, quand vous n\u2019étiez pas là, Des phrases pleines d\u2019éloquence, Oui, mais j'oubliais tout cela Quand j'étais en votre présence.Je vous laissais vous en aller, Pauvre fou qui rêve et soupire, Et, lorsqu\u2019il eut fallut parler, Je ne trouvais plus rien à dire, , Grâce à cette timidite, Vous avez passé dans ma vie Rayon d'une saison d'été, Et je ne vous ai pas suivie.Nous sommes devenus enfin Tous deux étrangers l'un à l\u2019autre, J'ai dû prendre par un chemin, Hélas! qui n\u2019était pas le vôtre.Mais, sur ma route, quelquefois Jo m'arréte, pour vous attendre, Comme jadis, au coin\u2019 du\u2019 bois; Vous ne venez plus m'y surprendre: Et je rapars, triste et lassé, Blamant presque cette habitude Que je garde du temps passé; Je rentre dans ma solitude, Et, fermant les yeux à demi, Je me crée encor des chimères Dont vous êtes l'astre béni.Puis, 11 est des anniversaires Les deuils aussi bien que les fêtes, Aussi jp me mets à pleurer Quand revient le temps des noisettes Montréal, Aoû: Vol.12, No 4 DES CHIFFRES QUI Les prix qu\u2019on payaîit \u201c Des gens pas trop vieux, voire encore dans la force de l\u2019âge.ont connu un temps out il était possible à toute une famille de vivre convenablement avee le salaire d\u2019une femme de journée actuellement.C\u2019était le bon temps où, au lieu de payer de $50 a $80 pour un habit dans lequel on trouve un peu de coton, l\u2019on payait de $8 a $18 pour de l\u2019étoffe pure laine; où l\u2019on pouvait acheter des chaussures plus solides et Beurre frais, à la livre Beurre de ferme, à Ta livre Fromage canadien, à la livre Lard salé, à la livre Mouton, à la livre Agneau, À la livre ser ser rears eva, nn vee Veau, selon Tes parties, & la livre .oes Boeuf, selon les parties, à la Tivre ,,.-.\u2026 Poudets, à la livre .ter 00000 ve Poules, à Ia Five .¢0nen seats Dündes, à la Fivre \u2026 Oeufs strictement frais, la douzaine Patateg au sac .110400000 110 en a 000000 ven Pommes au baril .Late e a ace 10 et ten 0 0 .Sirop d'érable, au gallan 0860000000 eevee Sucre d\u2019\u20acrable, à Ta bivre L.\u20260s0s0sa00tens .Mie, & la HVre .200200000100 00 .aussi élégantes que celles d\u2019aujour- d\u2019hui, pour $2.50 ou 83.00 là paire, alors que l\u2019article actuel coûte de'$10 à $15.Il est fantastique de voir que les articles de toute première nécessité ont grodruplé, quintuplé et parfois sextuplé, alors que la moyenne des salaires ont à peine un peu plus que dou- LA REVUE POPULAIRE MELANCOLIQUES au Marché Bonsecours, il y a 30 et 40 ans.\u2014 Cé qu\u2019on débourse aujourd\u2019hui.oeil uen Montréal, Août 1919 NOUS RENDENT blé.Nous avons par hasard jeté les yeux sur les prix du marché Bonse- cours, il y a 30 et 40 ans, et après les avoir comparés aux prix actuels, nous By; n\u2019avons pu nous défendre d\u2019une légi- | time angoisse en\u2018songeant à l'inertie |f ; des autorités compétentes.On laisse ; exporter tous nos produits qui se ven- i dent moins cher à l\u2019étranger qu'ici et J l\u2019on ne fait rien pour forcer les déten- | teurs et profiteurs de guerre à metfre Années 1879 1889 1919 152 18 Wa 30 532 60 Ra 156 22a Xe 5% i 8a 8 10a 12 380 9à 100 11a 12 34c | 8a 16 8a 1% 3a ss À 8à 10 8a 1% %a 5e | 9a 16 Ila 18 242 50} * 1048 1% 18a 1% æa 20 4à 56 10a 155 30a 5c 6a 8 82a % 38a 40 | 6a 8 8àa.% 38 à 40 7a % 9a 10 à 48 -| 102 12 42a 18 a sc Bo 90 a $1.00 4 à 500 $1.65 à $ 250 BR $2-50 à $3.00 $275 2 $350 $5.00 à $10-00 BU 80 à 90c $1.00 2 $1.15 $2.40 a $2 1066 11a 1c - 25c 4 10a 1% 142 16 200 bra | ; RUS sur le marché local une équitable pro- K ;;, portion de leur accumulation.Où tout À 4 cela nous conduira-t-il?mia En attendant, voici les prix que l'on lue; payait au marché Bonsecours, en 1879 ET et en 1889, selon que nous l\u2019appren- Pen nent \u201c.L'Opinion Publique\u201d et \u2018L\u2019E- en tendard\u201d.Quelle différence avec les|l x ri prix actuelsi, i eu | | h » ' \u20ac \u201cHiv PREMIERE PARTIE + IT.\u2014 LES FRÈRES ~\u2014 Eh bien?.\u2014 Eh! bien?.répéta l\u2019autre distraitement, penchant la tête de côté comme pour mieux juger la ligne qu\u2019il venait de tracer ; et il fronçait le sourcil, un gros sourcil brun, broussailleux, amusant de mobilité expressive sur l\u2019oeil bleu presque clos, un oeil de myope.Alors, au bout de la table, que couvraient les grandes feuilles des plans fixés à une planche volante par des punaises, et les crayons et les équerres, il se fit un remue-ménage, comme si un vent de tempête ou un chat affolé y eût passé: des pa- zes griffonnées, raturées, furent bouleversées par une main nerveuse, et le porte- plume, un fragile bijou de femme : écaille et argent, fut jeté.| L\u2019aîné, attaché à sa distraction eut un regard inquiet vers l'encrier, mais, solide sur sa base de cristal, celui-ci ne bougea pas.Alors, d\u2019une voix tendre : \u2014 Raymond ! Ray, non garçon, ne sois pas si nerveux! je t'en prie! Mais Raymond s\u2019était levé, marchait dans la pièce: salle à manger aux boiseries brunes, au papier quelconque voulant imiter des apparences de branchages verts; et, cette chambre tranquille, avec son gros honnête buffet d\u2019acajou plein, ses huit chaises de paille rangées aù mur, et le Voltaire de reps grenät à l\u2019angle de la cheminée rayonnante d\u2019un beau feu de charbon de terre, fut secouée par l\u2019allure rapide, saccadée du jeune homme, remplie de l\u2019éclat de sa voix rompant la paix douce Ri jit RK RY.Br A: pe 3 pee Vid.12, No 8 LA REVUE POPULATRE Montréal, Août 1919 qu\u2019y mettait l\u2019ombre des rideaux tirés devant la fenêtre, \u2014 faisant lointain le froid de décembre et le bruit de la rue, \u2014 le cercle restreint de lumière blanche tombant de la suspension de porcelaine, sertie de cuivre, sur la table du milieu.C'était la table de travail, la table fraternelle où tous deux, \u2014 Pierre y établissant ses plans de bateaux et Raymond y improvisant son humble bureau d'écrivain évreux, de très jeune poète, \u2014 se retrouvaient chaque soir après la séparation du jour : courses à travers Paris pour le plus jeune, et quotidienne besogne d'employé accomplie ponctuellement par Pierre dang une agence maritime, \u2014 Nerveux! c\u2019est vite dit! Comment, tu ne vois pas dans quelle angoisse je travaille?Ce que c'est pour moi que ces petits signes qui à toi ne te disent rien: du noir sur du Rlanc!.Tout ce qu'on voudrait, tout ce qu\u2019on pourrait exprimer avec cela ! et à deviner, à chercher cette expression, à la créer, à se désespérer de ne pouvoir la rendre.mais c\u2019est une torture! Pourtant on croit quelque fois avoir trouvé.on se sent devenir léger, joyeux, fou, avec une espèce de petite peur pourtant, une petite peur froide comme un frisson.on ne sait pas bien.on a le vertige à force d\u2019avoir tracé des mots, des mots.Alors On essaye ces mots, eette phrase tourmen- tante sur une autre pour en avoir l\u2019effet\u2026 on se demande secrètement: \u201cEst-ce bien cela?Que dira-t-i1?Comprendra-t-il cette parole comme on saisit I\u2019harmonie d'un son juste?\u201d et on se décide à cette épreuve \u2018comme\u2019 qui se noie.On lit 3 haute voix sans s\u2019entendre, avec un grand bourdonnement dans les oreilles.puis c\u2019est fini; on attend une opinion, quelle qu\u2019elle soit ! rien !\u2026 On interroge: \u201cEh! bien2\"Et que vous est-il répondu?Ces mêmes syllabes glacées, indifférentes, terribles : \u201cEh bien.\u201d Voilà! voilà ce que tu m\u2019infliges! et le pire, c\u2018est que tu ne t\u2019en rends pas sempte! Ah! cest cruel, cruel! Dans son exagération de sincérité nas- sionnée, il tremblait et pleurait presque, l'enfant, le petit Rav, attendrissant de jeunesse inquiète, de puérile ardeur.Et, passant sa main dans ses cheveux blonds, arrachant sa cravate qui étranglait son cou gonflé d'émotion, il s'arrêta devant son frère.Pierre le prit aux épaules et le secoua : \u2014 Tu es bête.dit-il simplement, et pas juste, ajouta-t-il avec un peu de tristesse ; voyons, est-ce qu'il y a quelqu'un au monde qui s\u2019intéresse comme moi à ce que tu fais?\u2026 \u2014 Oui, oui.certainement.répondit le jeune homme dang l'entétement de la colère.\u2014 Ah!l.Et quit.\u2014 Marguerite.Pierre lâcha ce lui qu'il appelait: mon enfant, bien plus souvent que mon frère, et retourna à son travail.\u2014 Je sais, dit-il, que Marguerite t'aime beaucoup.Il y eut un silence, un silence qui leur parut à tous deux interminable et lourd.Pierre avait repris un crayon rouge et sur le plan il marquait des chiffres minutieusement, en tout petits caractères.Son grand corps puissant était penché et son visage plongeait dans l'ombre; on ne voyait plus les clairs et voilés yeux myopes, le long nez fin, la moustache sur la bouche railleuse et bonne; seul, apparaissait, son vaste front bossué que découvrait le pli d'une chevelure léonine, brune et désordonnée.C\u2019est ce front que Raymond fixait.Un remords se mélait à son irritation, et il était partagé entre la mémoire rancunière de cet: eh bien malencontreusement insouciant et les souvenirs nombreux, immédiats de l\u2019indéniable tendresse profonde, vigilante de son frère.Levant les yeux, il vit dans la glace au- dessus de la cheminée son propre visage, son pâle, blond et mince visage de fille \u2018 ar Voi.12, No 8 Montréal, Août 1919 adolescente, ses grands yeux, toute son image délicate, charmante, soignée, dont il avait secrètement quelque vanité, et il sourit involontairement, avec une moue, comme un enfant \u2018yrondé et gâté.Cinq minutes après ils étaient, les deux, épaule contre épaule, courbés sur la page manuscrite, cause du trouble, et Raymond expliquait ardemment : \u2014 Tu comprends, tu vois, elle sort de la maison; elle se trouve devant le printemps, le grand printemps tout neuf, luisant, éblouissant, et.\u2014 Attends.attends!.faisait Pierre, et il lisait & demi-voix: \u201cElle s\u2019abima de bonheur ; devant elle le printemps rose remplissait à pleins bords, comme un fleuve de fleurs, l\u2019étroit chemin.\u201d \u2014 Ca veut dire \u201cinterrogea-t-il\u201d, qu\u2019elle voit les roses de la haie à droite et à gauche du sentier?\u2014 Out.sans doute.mais pas seulement cela, interrompit l\u2019autre s\u2019agitant déjà ; c\u2019est encore l'ivresse de la nature qui la saisit, le grand réveil des choses et d\u2019elle- même ; la beauté, l\u2019amour qui lui apparaissent.\u2014 Oui, bon.je comprends bien.mais il faudrait peut-étre un mot de plus?.A ce moment un coup de sonnette.ils s\u2019arrétérent et tressaillirent, regardant la pendule: \u2014 Dix heures et demie.\u2014 C\u2019est peut-être Marguerite?\u2014 Il est bien tard.Raymond se jeta dans l\u2019étroit couloir où la lumière venue de la salle à manger par la porte restée ouverte, mit une coulée d\u2019or.; Ce fut, dans cette clarté qu\u2019une jeune femme apparut, comme une autre clarté surgie de l\u2019ombre: un visage de soleil où les cheveux, les dents, les yeux éblouissaient, et les autres traits se distinguaient mal dans ce rayonnement.Le nez trop fort, la bouche trop grande, le mouvement LA REVUE POPULAIRE presque japonais des sourcils relevés vers les tempes, ces défauts s\u2019etfacalent.\u2014 Mais oui, c'est bien elle! Raymond la suivait, rattachant sa cravate et Pierre s'avançant demandait: \u2014 Rien de fâcheux, j'espère ?personnb de malade chez vous?Liliette ?.\u2026 \u2014 Non, non.Liliette, toujours la même chose.et pas plus de soucis que d\u2019habitude.n\u2019est-ce pas assez?.ah ca! vous croyez donc que je ne puis venir que pour vous conter des peines ou vous demander des services?.: Elle riait, d\u2019un accent surélevé d\u2019un ton au-déssus de sa voix habituelle, comme il arrive presque toujours quand la voix dépasse ou veut masquer la pensée.En parlant, elle jeta sa mante de drap et s\u2019assit, tirant une chaise devant la cheminée sans paraître voir le geste, de Pierre qui voulait l\u2019installer dans le fauteuil.Jeune femme ou jeune fille?L\u2019allure définitive et de juste harmonie de ses mouvements, sans rien de l\u2019indécision charmante, mais un peu gauche, de la première jeunesse, contrastait singulièrement avec la fraîcheur enfantine, l\u2019extrême délicatesse veloutée de fleur point épanouie de sa figure.\u2014 Qu'elle est méchante! fit Raymond en riant: nous nous \u20actonnions seulement de vous voir 2 cette heure-ci.vous venez plus tôt généralement quand vous êtes assez gentille pour penser 4 vos amis.\u2014 Y penser?.j\u2019y pense souvent.ré« pondit-elle d\u2019une voix brusque.\u2019 Pierre demanda: \u2014 Vous êtes rentrée tard, ce soir?\u2014 Tres tard.\u2014 Alors, dit-il affectueusement, vous avez dû dîner vite et cela va vous fatiguer d'être ressortie?- \u2014 Oh! ce n\u2019est ni long, ni fatigant de traverser la rue! d\u2019ailleurs je n\u2019ai pas dîné.\u2014 Pas diné?.; \u2014 Eh! non, mon petit Ray.cela ne boom BT oe ts A \u201cau ge - butte UE niet an tint that SOR UA UE Vi RIT RENE PNR NE Voi.12, No 8 / LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 vous irait guère; vous qui êtes gourmand, douille\u2019 !\u2026 moi, ça m'est égal, je vous assure.ca m'\u2019arrive quelquefois.je n\u2019y fais pas attention.\u2014 Oh! les mauvais yeux que vous avez ce soir! murmura Pierre en se penchant vers le feu qu'il tisonna; les braises s'¢- eroulérent si ardentes que la chaleur devint insoutenable.Elle ne parut pas entendre, et, se levant, alla vers la table, regarda le plan: \u2014 Comment peut-on s\u2019y reconnaître-là- dedans!- ces lignes, ces chiffres, quel gri- motre!\u2026 \u2014 C'est pourtant d'une clarté merveil- letise puisque c'est la précision mathémat!- que! Et Pierre sourit.-\u2014 Je déteste les choses exactes.et ça?Elle feuilletait le manuserit, l'enfart a travaillé?c\u2019est du nouveau?, , \u2014 Non, c'est ce que je vous ai lu l'autre jour que je reprends et que je corrige.voulez-vous voir?Elle prit une page, puis la rejeta presque aussitôt.\u2014 Non, pas maintenant.je ne puis rien lire, rien comprendre ce soir.je suis lasse, lasse, lasse.je m'ennuie.Flle eut cette parole comme un cri profond, et, tombant assise, elle étendit ses bras sur la table parmi les papiers, les yeux fixes, dans le vide, devant elle.Une expression de misère piteuse bouleversa son beau visage d\u2019où toute la lumière disparut soudain, comme le soleil d\u2019un ciel envahi d\u2019orage\u2026 \u2014 Allons! allons! je savais bien que cela n\u2019allait pas.| Et Pierre prit entre les siennes une de ces pauvres mains molles, ajoutant d\u2019une voix douce et bourrue, chargée de repro- ehes et de tendresses comme qui parle à un enfant malade et désobéissant : .\u2014 Parlez, notre amie, dites tout.Quy a-t-il?.Votre mére?.1a petite chérie?.les autres enfants qui vous énervent dans votre travail?ou bien ce travail qui ne va pas?\u2026 A chaque phrase, elle secouait la tête lentement, négativement puis elle éclata: \u2014 Ce qu'il y a?Rien, et tout.Maman?la pauvre femme! si elle grogne, c'est bien naturel, et moi.je puis m'en aller, me sauver, échapper à ces tatillonneries exaspérantes; elle, elle reste près de cette malheureuse petite Juliette.et celle-là! en voilà une encore! Je disais tout à l'heure que c'était tor/ours la même chose, oui, lu même chose féroce et monstrueuse: ces abominables souffrances, cette paralysie mortelle sur èe petit corps de donze ans.ce petit corps de martyr où depuis dix- huit mois toutes les expériences de tous les docteurs passent, tâtonnent, aggravent le mal, je crois vraiment, et sans que personne, non, ni les plus grands savants, les imbéciles! ni ceux qui I'aiment le plus au monde puissent définir d'où vient ce mal terrible et quel soulagement on pourrait y apporter.vous entendez bien : je dis soulagement, pas guérison.les autres?Ah: je m'y ferai bien peu à peu à leur bruit.leurs plaintes, leurs tournoiements de bé- tes en cage! et, quoi d'étonnant?qui les promène, les amuse.\u2014 Vous, quelquefois.\u2014 Moi?Oh! non, plus maintenant! J'ai envie, souvent, de les envoyer jouer a la rue, au ruisseau avec les petits pauvres.est-ce qu'ils n'en sont pas d'ailleurs, eux aussi, des petits pauvres.Quant au travail, ah! la bonne blague! est-ce que c'est du travail, est-ce que cela mérite ce beau nom fier, le métier de manoeuvre auquei je suis attelée?ce peinturlurage fastidieux et ignoble! besogne de vitrier décorateur! ces petites boîtes.ces terribles sachets !\u2026 ces écrans.pouah!\u2026 \u2014 On peut v mettre de l'art.\u2014 AHons! vous, mon ami, ne dites pas d\u2019idioties\u2026.De l'art, oui, dans n'importe quoi, vous avez raison, quand on est libre, libre d\u2019une idée et de son exécution, avec _ .\u2014 BE eee Vol.12, No 4 Montréal, Août 1918 le luxe du temps à soi dans la richesse de la solitude.mais un modèle de commande, qu\u2019on doit répéter des centaines de fois!\u2026 Ah! il est fort joli, l\u2019art! Et dire que j'ai aimé ça: la peinture !.\u2026 ce miracle de la couleur, de la forme! que j'ai eu dans les veux un vertige de vision, et que j'ai eru sentir un jour, dans mes doigts, mes doigts.\u2014 Elle les agitait devant la lumière de la lampe comme des bijoux fragiles, une chose étrange et précieuse qu'elle eût regardée avec envie, regret et surprise\u2026 \u2014 que j'ai cru tenir l\u2019intangible: le pouvoir de créer! Oui, j'ai aimé cela j'ai aimé et désiré, une fois, dans ma vie! Est-ce assez bête! Comme si on devait aimer quoi que ce soit!.Non, il faut exister simplement; être l\u2019animal qui se rue .à la nourriture et qu\u2019on asservit\u2026.les animaux domestiques?mais ce ne sont ni les chiens, ni les chats, ni aucun autre, ce sont ceux qui ont besoin d\u2019argent\u2026 les pauvres\u2026 qui peinent après ce misérable argent indispensable à la vie et qui, assez lâches pour tenir encore à cette vie, sont prêts aux besognes, aux humiliations, au mutisme de leur âme, pour le gagner !.Raymond devant elle l\u2019écoutait avec une fièvre visible dans ses yeux brillants et sur ses lèvres tremblantes.\u2014 Il n\u2019y a jamais rien d\u2019humiliant à gagner de l'argent.fit Pierre à demi-voix; puis il rougit tout à coup, vivement, comme s'il eut en honte de paraître décider et prêcher avec cette banale parole, et se dressant de toute sa hauteur de bon géant : \u2014 Ah ca! mais! mes deux enfants sont terribles ce soir! Raymond me servait tout à l'heure de très amères récriminations, et vous voilà, vous notre amie.\u2014 Chut! vous, taisez-vous!.Et d'un mouvement rapide et souple, debout, elle lui mettait au passage sa main sur la bouche et s'approchant de Raymond, qu'elle prit aux épaules: \u2014 Celui-là, tenez, me comprend.je ne LA REVUE POPULAIRE ~ sais pas ce qu\u2019il disait tout à l\u2019heure, mais.» \u2014 Il trouvait, comme vous, que je ne le comprenais pas.il disait lui aussi que vous partagiez mieux ses rêves.Il était peu triste et humble, devant ces deux êtres blonds, fragiles et vibrants, appuyés l\u2019un à l\u2019autre.\u2014 Ah! les rêves.les rêves.dit-elle d\u2019une voix sourde, avec une ardeur inouïe, vous en avez, vous aussi, mon petit Ray?des grands, grands rêves.des rêves qui semblent, le soir, quand on est seul et qu\u2019on ferme les yeux, couvrir tout comme une immense étoffe brillante de soie et d\u2019or!.ils sonf autour de vous.ceux du passé, là-bas, bien loin.et d\u2019autres devant.plus loin encore!.Mais il y en a partout! c\u2019est une splendeur, un bonheur! .et quelle misère ! quelle misère, le réveil.Pendant qu'elle parlait, en deux ou trois allées et venues, Pierre, du buffet à la table, avait apporté du pain, du beurre, la théière; et, finalement, une petite terrine qu\u2019il présenta timidement, disant: \u2014 C\u2019est du foie gras.nous attendions, pour l\u2019ouvrir, une bonne occasion.puisque vous n\u2019avez pas diné, nous allons faire des tartines, voulez-vous?et souper\u2026 ce sera gentil, pas vrail.La jeune femme le regarda un moment, puis, éclatant de rire, à Raymond, qui souriait aussi: \u2014 Ah! ce brave Pierre! le voila bien, le sans-révesl.* * * Elle était partie depuis longtemps, et l'heure battait comme un pouls régulier et plein, plus fort dans la nuit plus silencieuse, et ils étaient encore là, tous les deux, dans la pièce étroite remplie par la lumière blanche de la lampe.Pierre travaillait, rattrapant les deux heures perdues dans la soirée.Raymond, couché dans le fauteuil, regardait les cen- \u2014 35 \u2014 Vot.12, No 8 , LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 dres pâles et les charbons noirs où luisait encore, par éclair, comme un oeil, quelque braise vive.Etait-elle réellement partie?N\u2019était-elle pas encore là, ombre invisible, parmi ces\u2019 calculs d\u2019une exactitude qu\u2019elle \u201cdétestait\u201d si fort, et passant et repassant au voile de cette inactive songerie ?\u2014 Tu dors?demanda Pierre brusquement.\u2014 Non, fit le cadet, qui tressaillit.\u2014 Ah! Je croyais.tu ne disais rien.~\u2014 Je pense.\u2014 Va donc te coucher, tu seras éreinté demain, tu ne pourras pas écrire.\u2014 Et toi?.- \u2014 Moi aussi, j'irai, tout à l\u2019heure, je vais avoir fini.Raymond vint près de son frère, le regarda travailler un moment.\u2014 C\u2019est le plan pour Girel, l\u2019ingénieur?\u2014 Oui.\u2014 Pour le yacht du comte de Luc?\u2014 Oui.\u2014 Et ce sera Girel qui seta payé! la forte somme, et toi.\u2014 Moi aussi, je serai payé, la petite somme.et Pierre sourit.\u2014 Tu trouves ça drôle?moi, ça m\u2019indigne, ça m\u2019exaspère ! Comment, voilà un monsieur qui va recevoir un argent énorme pour un travail qu\u2019il n\u2019aura pas fait, et tol.\u2014 Moi, j'ai accepté les conditions de \u201cce monsieur\u201d, et je les trouve encore très avantageuses.Si je ne m'étais pas cru capable de bien faire.la chose, tu peux être sûr que j'aurais refusé; mais, entre nous, tu vois que je ne suis pas aussi modeste que j'en ai l\u2019air, et que tu me le reproches quelquefois ! Entre nous, je suis à la hauteur de Girel.\u2014 Tu ne te flattes pas!.te rappelles- tu son four l'an dernier avec le vingt-ton- neaux des Loris, cette quille trop lourde.pas de proportions.raté sur toute la li- nel .- \u2014 TI ne sera pas raté, celui-ci, je t'en réponds ! regarde cal.Raymond regarda avec une bonne volonté évidente, puis il avoua: \u2014 Mon vieux! il faut me pardonner, mais je suis comme Marguerite, ça ne me dit pas grand\u2019chose.\u2014 Comment ces lignes, ces courbes, ces.puis s\u2019arrêtant brusquement: c\u2019est vrai, au fait, cela ne peut avoir d'intérêt que pour celui qui est de la partie.allons, va te coucher, mon petit, dors.je ferai doucement tout à l\u2019heure, je ne te réveillerai pas.Et le petit alla, passant dans la pièce voisine, la chambre à deux lits qui, avec cette salle à manger, une cuisine et un cabinet obscur, composait tout l\u2019appartement, mais il y avait aussi un balcon, un bout de balcon d'angle d'où l\u2019on découvrait des toits, des toits, une mer de toits; et, entre deux pans de murs un morceau de la Seine, large comme un miroir, car, la maison, en biais, coupäit d\u2019une arête irrégulière la rue des Grands-Augustins près de la pointe de l\u2019île.Au bout d\u2019un moment, la porte se rouvrit.Et Pierre: \u2014 Qu\u2019y a-t-il encore?\u2014 Rien.dis-moi.je voulais toujours te demander.toi qui la connaissais mieux_ alors.moi j'étais trop jeune.dis-moi\u2026 crois-tu qu\u2019elle pense encore à lui?\u2026 \u2014 Marguerite?.4 son marif.\u2014 Oui.\u2014 Et! je ne sais pas, que diable! est-ce qu\u2019on sait jamais ces choses-là\u2026 En voilà une idée !\u2026 Ça te prend souvent à ces heu- res-ci des questions pareilles ?\u2014 Oui, ça me prend, et beaucoup plus souvent que tu ne crois, parce qu\u2019il y a là quelque chose qui n'est pas naturel.je suis sûre que tu ne m\u2019as jamais dit toute la vérité.de quoi est-il mort?.\u2014 Tu es très malade, je te jure, il faut être toqué pour rechercher des histoire's vieilles de six ans par une belle nuit d'hi- ESS SSI He EE in x nn Eatery rs es Sn rs Seay cr te cra as ane ET re pe ie oe ERG ers cy ay 7 ss dés SES Fès SE eran oe rs re se re == ee = pi pese PE ru Ep I RE Ay Fey is peu pee PE EEE CIS == EE ST eee == = = = ess ge Te pr psd ER oe EE 3 Tiare = ee = es SITES = esse se = Eee ene omen a Fe iy ses = = SE == = HE HE = Fey re eee TEES eee = Cee Pres lee noon Eee seasons oe ci =i === = = SEE NE Faas SEAT = = (EE = == = ses ee Sle me = \u2014 EE SEE =a TE a Zi = en =a Se Ease \u2014 se Es ES ses = 22 Tose SE 53 i mes CE SE CAE een = = 2 re == El Ee == ESS = = == gars SEE cs ren sa Rs = ae sé rs wT SE = = = = = =, 3 GES EE Æ ee SRST RE es = eee É TEE EP ce RE se sn Les 3 = PS 5 === a = Tai EE 2 RS === se set À Montréal, Août 1819 ce = TZ TE RY = EEE 3 = = ie = ses Es = Lay ri + - Fe IE 4 ET Te 55 > = a RE 3 St SE Tn i Gs = sn # ere = FE Em = se RETRY ce, 5 2 RE Es = == Re be = = = 20% = EEE: \u2014 ds = SESE = 5 = 5 ee 2 = SY EE 2 34 ss = | i a ee Ee BE = = SN femme apparut 5, 5% + 2 od = = Br = SEE == ee 5 = I \u2018 Les 4 = 2e = THLE = jeune = == Ge 3 a SE = SE = ee == # Shey Ge, se ses oY 1 une = = = = En ER VE a 7 a + 2 | TEE Es ES fx = 24, 2 = = , \u2018 « RR 3 DEEE, a TIT Ase ES v é qu \u2018 NN ar Pe ve = te x = = TEE SRN Ling LA REVUE POPULAIRE re =, Ek =n SEE ess Tr N tin Bar =i ey FRE eats ay ad ser pes 22 a AY Ë = = = =.ce HR Ea HEE = = : ER AF TES FX as > = SE === Rea = == = = et rt Trees es rs rss = = = == HA = =a = = Here SEE SEREE xT = > = cette clar == \u2014e- = ses == Ee es Tre == == DST at Sensis aie == + eee =r = === === == == I= Ease SIRES ss = = Es = ésscre == = SRE ss ee Pat =a = = == = Se ==.= Fe oy SS = === ET = EEE FE REx Se Se Ey Seong Ean = == = ara ae == a == SE = HEE = == TS = + = = NN = TS == = === = = == = Hs es Sea Sa = == = Ee a = = == == = = mm = = SV: le Ga Ni \u2014\u2014 === == EN F5 _ CE = EE E = a = = === = = = Sa SET SE er NE = = =a Hs css = = = se === i EE 2 Cu = = SE == = 7 ce = ui dans = ES = x == a ae = == ~ === == = \u2014 SE == = + & 8 \u2014_\u2014 = = == = += = 5 Eesha = == at == = ee ee es == RC N + ve aX == == == = = Es ESS se mms Toe NS = RÉ >= \u2014\u2014 == Seis SS = as = == > = Se EE Es fe = OS SS === = es === a Estee es a ease Rema se ss ss = SE = === = a ses SST EH Ce j = \u2014= = Es = = ae \u2014 == = == EN A = =a ce =a = = SS Sa SSS == = = 5 === SA ge = Ba AN = = maar .S I = = = = PRESSE == m= = ==2== == == \u2026 == a = == =.= ES = = rs =, 0 = NG = ae = == == =3 == == == == ea rss EEE = ee ÉÉ = === == ETES = ae == = == = = = =a ca S E = ses = = SES === \u2014 = == == = = 12 No $ se S55 == == Ee rn ss EE és EE = = = Sse er ay es == === == = == == = == a = cet Smee Sa ae = = Era == en Re > NN = = = =F = = SEE SES Se es Hs EE He = = Sr = Sr \u20143x = = ns RY == == _\u2014\u2014 = == = =) = rs = ea TERE Eom es SE == x ANE se 4 = = = = = =a Tae Eos eset = = = == == ER Eh aR ss A == == 3S SNE cs RESF SEE Hs EE ar ua se Viol Fw Toa SER \u2014\u2014 AE ane + éme État ee or \u2014 = = = = = = = I 0d | = tal = = 4 wy Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 ver, à l'heure où les enfants sages doivent dormir! .\u2014 De quoi est-il mort?\u2014 Mort soudaine, tu le sais, tu connais tout cela comme moi.mais tu ne trouves pas la chose assez dramatique, toi, avec ton affreuse âme d\u2019écrivain! Une enfant mariée à dix-huit ans, et- mariée comment, pourquoi ?le père Avesnes allait faire faillite, il voyait cela devant lui comme un gouffre, il perdait la tête.tout à coup survient un comimanditaire, un sauveur; je vous donne des fonds, je vous repéche.et il ajoute: j'aime votre fille, donnez-la moi! et l\u2019autre la lui donne !.\u2014 Mais elle! elle! qu'est-ce quelle pensait?.\u2014 Demande-le-lui, à avoir vu l\u2019individu, et à le connaître il n\u2019est pas croyable qu\u2019elle pût l\u2019aimer\u2026 mais elle était si jeune et lui\u2018si amoureux.enfiff tu m'ennuies ! le reste en quatre mots: le mariage, trois joürs après, mort subite du marl.eb, dans l\u2019affolement, le bouleversement qui suivent, on découvre que tout avait été faux: les promesses, les papiers, les prétendues signatures montrées; qu\u2019on avait eu affaire à un individu ruiné, taré.enfin, À était mort.Et il te faut autre chose?\u2018tu n\u2019es pas content ?.tu qublies peut-être que ce malheureux Avesnes exécuté sur la place de Paris, devenu fou, mourait quelques mois plus tard dans une maison de santé?que sa veuve, pauvre femme! bien inoffensive, mais si faible, habituée au Taxe, restait avec quatre enfants, cette fille aînée, veuve elle aussi après trois jours de mariage et deux tout petits garçons, et \u2018cette délicate, exquise Liliette, toujours malade, les torturant d\u2019angoisses, clouée enfin depuis près de deux ans par une paralysie à forme nerveuse.Et tout cela ne texplique pas suffisamment que notre pauvre Maggy ait des heures noires comme c soir, où elle hurle comme un animal qui souffre et se révolte, tu viefs me demander si \u201celle pense encore à lui.\u201d T1 eut encore des paroles brusques et bonnes forcant son frère à s'en aller, plus calme; et, quand la porte fut close entre eux, qu'il eut écouté jusqu'à ce que tout bruit de l'autre côté de la cloison eut cessé et put croire que \u201cson enfant\u201d reposait, alors sur son visage parut une expression de douleur.Des images furent dans sa mémoire: de.lointaines images, très douces; des images présentes, profondes et mystérieuses: elles se pressaient, ensemble, celles d'hier et celles qui seraient demain : De belles journées calmes de son enfance paisible, écoulée en un pays tranquille au bord d\u2019un fleuve qu\u2019il aimait: l\u2019Adour près de Bayonne.Il était déjà plein d'une passion immense et réfléchie pour les choses de la mer.Il rêvait parmi les bateaux et les mariniers, de navigations merveilleuses, car il avait dans ses veines de ce sang basque qui a fait les plus hardis\\ aventuriers des océans et l'hérédité de son aïeul paternel, capitaine au long cours.Ii n\u2019avait gardé qu\u2019un souvenir vague de son père, mort l\u2019année de la naissance de Raymond, quand lui-même n\u2019avait pas beaucoup plus de quatre ans et au plus lointain de sa mémoire il voyait, car on n\u2019était pas riche, sa mère penchée sur des broderies interminables et racontant d'une voix tendre, à son petit Ray qui garda jusqu\u2019 à neuf ans des boucles autour de son mince visage et une grâce tharmante de joli bébé, des histoires ravissantes.Elle lui prédisait un avenir'tissé de gloires comme une étoffe royale: tu seras beau, tu seras célèbre, riche; tu seras heureux.\u2014 Et moi, je serai marin ! disait Pierre, et dans sa petite tête carrée, solide de décision pratique, tout était déjà fixé: le Borda, y entrer bien avant la limite d'âge afià de gagner du temps.et rien ne se réalisa.Voici pourquoi sa mère, les yeux usés de travail, perdait la vue, pouvait-il s'éloigner d'elle, du petit frère si frêle?Parisienne de ndissance, ayant toujours, trañsplantée ,gardée la nostalgie de la vil- ad * \u2014 GR \u2019 \\ \\, s< iis Viot.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 le aux ciels voilés, à Ame fiévreuse; il lui prit, devenue infirme et inactive, un désir aigu, maladif.de rentrer dans son Paris.Ils y vinrent donc, tous les trois, et ce furent des années passées dans la médiocrité timide où vivent les bourgeois pauvres et honnêtes ; années d\u2019études aussi, et .devant les dons de Pierre pour les mathématiques et le dessin, ses professeurs disaient : Il faut qu\u2019il entre à Centrale.Mais il y aurait fallu du temps, de l\u2019argent, un éloignement presque continu, Pierre témoigna une indifférence notoire pour ce projet et fut pris par une humble et immédiate besogne d\u2018efaployé.Quelques tableaux extérieurs qui précisaient ces évolutions de sa jeunesse lui représentèrent ainsi, rapidement, cette jeu- fesse, et, soudain, un coup de soleil déchirant la grisaille monotone des jours et cette clarté était parmi des heures fristes, comme un oiseau dans un cimetière : Marguerite.En rentrant un soir, il la trouvait chez eux avec son père M.Avesnes.Ils avaient aidé Raymond à ramener sa mère qui s\u2019était presque évanouie dans le jardin du Luxembourg.Ce fut le début de leur intimité qu\u2019un voisinage immédiat facilitait.Revenue souvent, délicieuse avec la pauvre aveugle qui ne pouvait plus sortir, la jeune fille lui était apparue joyeuse et d'une insouciance de fée.Elle venait avec sa mère, chargée de.fleurs, de friandises, gâteries délicates, s\u2019écriait : Goûtez ceci, Madame Etcharre, sentez celal.Elle était le luxe et la joie pure, elle lui semblait, par cela, un peu irréelle, presque inaccessible de grâce fine, et tout à coup elle lui devint toute proche, pitoyable, dans la douleur: c\u2019était maintenant, dans sa mémoire, les événements rappelés tout à l'heure à sôn frère en quatre phrases, et qui se trouvaient méêlés à un deuil, la mort de leur mère.Et, c'était encore, dans son horreur secrète, la chose cachée, pressentie par Raymond, \u2018nie par Pierre.; L\u2019oublierait-l jamais, ce réveil en pleine nuit?l\u2019appel désespéré de M.Avesnes, les paroles fofles où d\u2019abord il n\u2019avait rien compris, seulement ee nom revenant comme une plainte d\u2019agonie: Marguerite, ma petite Marguerite.Puis à ses questions \u2018épouvantées: venez, suivez-moi\u2026 Et dans une impression de cauchemar il revivait ce court trajet jusqu\u2019à la maison proche où les nouveaux époux venaient de s\u2019installer, et écoutait encore ceci : ce même soir à sept heures, M.Dorgers avait prié sa femme d\u2019aller dîner chez ses parents et de Py attendre.Il viendrart la chercher dans la soirée; une affaire pressante l\u2019appelaït.Sachant les complications actuelles de la situation, la jeune femme ne s\u2019était pas étonnée et avait obéi.Vers minuit seulement M.Avesnes un peu inquiet, avait, sans en rien dire, pris la clef de l\u2019appartement de sa fille, et s\u2019y était rendu: la il avait trouvé Dorgers pendu; la mort, on le constata, remontait à deux heures.Fou, le malheureux alla chercher Pierre et ce fut toute la nuit une inoubliable atrocité de détails.T1 leur.parut, sur Pheure, impossible de révéler la vérité entière à Marguerite.Le drame de la mort subite de son mari, après trois jours d\u2019union, était déjà lourd pour un être si jeune et non formé aux épreuves, et les deux hommes résolurent de la soustraire à l\u2019horreur d\u2019un si tragique souvenir.T1 fut assez facile de la tromper dans le désarroi qui suivit et la stupeur où l\u2019évé nement foudroyant la plongea.Quant à Pierre, il garda le secret complet vis-à-vis de son frère qui, au moment du drame se trouvait à Bayonne; et, plus tard, il craignit secrètement l\u2019expansion inconsciente de cette nature faible et tendre, surtout quand il le vit en grande intimité aves Marguerite.Et ici Pierre soupira profondément aves i Ki.SH gi.i Bi M3.i: H FH Vol.12, No | POPULAIRE Montréal.Août 1919 LA REVUE une sorte de plainte étranglée comme s'il eût eu un noeud dans le coeur.\u2014 Ah! je ne sais pas! je ne vois pas bien! murmura-t-il, l\u2019aime-t-il?et elle?est-ce seulement leur grande amitié et cette ressemblance singulière entre eux qui les lie?.ah! je les regarde toujours comme des enfants.ils ont le même Âge, plus de vingt-trois ans, et elle a vécu, c'est une femme, une femme.Et, trés bas, il dit: chérie.chérie.comme si elle eut été devant lui.Il vit son visage de vierge où l'abîme, quelquefois si trouble des yeux démentait la jeunesse enfantine d'une bouche radieuse.TI.\u2014 MARGUFRITE Elle fut réveillée par des cris, et sursauta le coeur battant, arrachée au tréfond d\u2019un sommeil de lassitude immense, puis prenant conscience des choses habituelles.Ah! oui.ce sont les enfants.mais quelle heure est-il donc?il fait encore nuit\u2026 ils vont réveilier Liliette.Derrière la cloison on percevait un choc de bataille, et, en sourdine une voix plaintive accompagnait le vacarme.Marguerite frotta une allumette, regarda sa montre, mais elle avait oublié de la æemonter, et la petite vie secrète des heures était suspendue.Elle sauta de son lit, et, pieds nus sur le mince tapis dont l\u2019usure rongeait les fleurs fanées, elle alla à la fenêtre, tira les rideaux.Non, ce \"était plus la nuit, et, par ce matin de dé- - cembre sous le ciel lourd de neige, c'était un petit jour si pâle, si faible, glissant entre les murs, éclairant le triste puits qu'est une cour intérieure de maison parisienne, qu\u2019il sembla à la jeune femme recevoir sur les épaules et dans le coeur tout le froid et toute la misère du monde, tandis que ses yeux reconnaissaient les coutumiè- pes dispositions d'alentour.: = Jes volets du quatrième sont ou- - pas verts.il doit être près de huit heures! \u2018déjà! Le bruit augmentait dans le couloir.\u2014 Ah* maman ne saura donc jamais en venir à bout! Elle ouvrit la porte.\u2014 Georges! tais-toi! Maman.enferme Jean, je t'en supplie! Vous ne pensez donc Jamais à Juliette ni les-uns ni les autres! Il y eut encore quelques grognements, quelques pleurs, une porte battit, puis le silence.Marguerite, les mains tremblantes d'irritation, relevait et tordait ses cheveux blonds en un beau noeud lourd sur sa nuque délicate quand sa mère entra.- Elles se tenaient dans une sorte de mutuelle et pénible défiance.La fille gardait contre cette mère sans volonté qui n'avait pas su avertir et protéger autrefois son ignorance, une sourde et mystérieuse rancune.Mme Avesnes, devant cette violente et énigmatique créature qui lui ressemblait si peu, éprouvait un secret effroi et un étonnement perpétuel; enfin, elle était humiliée parce qu'elle devait reconnaître chez son enfant un mépris, peut-êtg inconscient, mais sensible, pour sa @ibles- se et ses lamentations gi justes! qu'*\u201con\u201d jugeait puériles.\u2014 Tiens, dit-elle, un télégramme.\u2014 Qu'est-ce?\u2014 Un mot d'Isabelle \u2014 c'était une demi-soeur de Mme Avesne \u2014 elle te fait prier d'aller déjeuner avec eux ce matin.\u2014 Mais j'y vais à quatre heures pour la leçon de la petite ?\u2014 Non, Arlette a une matinée dansante aujourd'hui, et, si c'est possible, on voudrait \u2018que tu lui donnes sa leçon à onze heures.\u2014 Ah! je comprends.un ordre.bon.bien.\u2014 Tu iras?, \u2014 Naturellement.ils savent bien que a ++ \u2014_.\u2014 > à Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE \u2014 Montréal, Août 1919 je n\u2019ai pas des foules d\u2019élèves, ils peuvent bien changer les heures tout à leur fantaisie, seulement.\u2014 Mon Dieu! Margot, que tu es drôle! gémit Mme Avesnes.Et Marguerite continuait: \u2014 Seulement, c\u2019est le déjeuner qui m\u2019assomme! J\u2019entends d\u2019ici leurs phrases qui me donnent envie de jongler avec les assiettes quand ce ne serait que pour voir la tête de mon excellent oncle.Il va me demander encore combien tu mets de morceaux de sucre dans ton café le matin, et.\u2014 Comme tu exagères toujours tout! quelle singulière disposition d\u2019esprit ! \u2014 \u2026Et recommander, à cause de Ju- Tiette à qui cela donnerait des migraines, quelle sollicitude! que nous n\u2019entretenions pas trop de feu dans l\u2019appartement car, rien de malsain comme une forte chaleur artificielle, rien d\u2019hygiénique comme une atmosphere fraiche.fraiche, le 18 décembre, avec quatre degrés au-dessous de zéro, cher ami! et une unique grille'de charbon de terre pour chauffer cing pieces.Mais je le vois d'ici disant cela adossé à la cheminée pleine le bois flambant, et s\u2019interrompant pour demander au domestique si on a bien ouvert toutes les boucles de chaleur et si la pression qu calorifère est suffisante.\u2014 Mais, mon enfant.\u2014 Oui, je sais, c\u2019est entendu, sans eux nous ne mangerions pas et nous serions ge- és depuis longtemps sous les ponts, je le sais, mais, que veux-tu, ma pauvre maman, la seule idée de voir et d\u2019entendre M.Dau- relle, banquier, et notre parent et bienfaiteur par-dessus le marché, m\u2019est insupportable.\u2014 Mais tu ne le verras seulement pas! tu sais bien que ton oncle déjeune toujours à son bureau.\u2014 Crest vrai, mais n'importe, il y aura autre chose.d\u2019ailleurs, ça m'est égal, au fond.je vais voir Juliette, comment est- BRR NN \u2014 45 \u2014 elle?.Sans attendre la réponse, elle sortit, enveloppée de son peignoir de laine rouge, et le double reflet de sa beauté ardente et fraiche, et de cette couleur royale mettait un singulier éclat dans l\u2019étroit appartement plein des marques d\u2019une gêne incessante parmi les traces d\u2019un luxe déjà lointain.\u2018Traversant la salle à manger, oli, par terre, deux petits garçons de sept à neuf ans jouaient avec des objets divers, évidemment détournés de leur usage primitif, la jeune femme entra dans la chambre de Sa mère.Dans la partie la plus claire de la pièce, près de la fenêtre où s\u2019encadrait un grand morceau de ciel, ce que la petite malade appelait \u201cmon ciel à moi.\u201d était placé ce lit d\u2019enfant étroit et blanc, où tout ce qui peut se souffrir de souffrance humaine avait tenu, tenait, laissant par grâce, entre les crises, des haltes d\u2019un repos que la science n\u2019expliquait pas plus que la douleur.Et c\u2019était, même-alors, la torture de l\u2019immobilité absolue, pesante, effroyable comme si ce petit corps, si mince, si mince que sa ligne ne paraissait point sous la couverture, fût déjà mort.Toute la vie de cette enfant était sur son visage, mais une vie prodigieuse: vie d\u2019une âme excessive dans les yeux extraordinaires et le sourire, vie de la chair inerte, réfugiée dans les traits.Cette figure, où parfois l\u2019onde de la souffrance, roulant du front aux lèvres, mettait un masque de martyre, tirait toujours la plus adorable grâce charmeresse d\u2019une mobilité miraculeuse.Une seule expression n\u2019y passait presque jamais: celle de la paix.Jusque dans les courtes heures de sommeil une tension intérieure se devinait au jeu des sourcils fins et nets, en coup de pinceau.La peau semblait vidée de sang, mais d\u2019un si singulier état de blancheur unie que le mot pâle ne lui pouvait point convenir, Les cheveux étaient assez courts, blonds, mais non point de cet or vivant et souple, Vol.1% No 8 LA REVUE Montréal.Août 1919 POPULAIRE si tiède et si lourd qui coiffait Marguerite comme un beau joyau; c'était une couleur fluide au point d'en paraître impondérable.Cette chevelure, point abondante, donnait l\u2019étrange impression d\u2019être animée d\u2019une vie particulière, immatérielle et elle ne se partageait jamais en mèches, mais flottait et se soulevait comme les fils de la Vierge qui ondulent au printemps entre les branches vertes, mettant sur ce front et ces.tempes la douce et palpable caresse d\u2019un brouillard de lumière.Quand Marguerite était devant cet être, elle éprouvait une sorte de honte à se sentir vivante et agile, solide dans tous ses membres robustes et fins, avec la pleine liberté assurée de ses mouvements.> \u2014 Tu as dormi, trésor, mon bijou?et elle se pencha toute sur le lit enveloppant de ses mains et de ses baisers la petite tête.\u2014 Oui, oui, très bien ! oh! je suis beaucoup mieux.tu ne sais pas?quand tu entres, je pense à une reine ou au petit chaperon rouge, à cause de ta robe peut-être, j'aime cette robe, tu es brillante, brillante dedans! tu éclaires toute la chambre comme un beau feu ! Oui, je t'assure\u2026 une reine, ou le petit chaperon rouge, j'aime quand tu entres.\u2014 Petite bien-aimée, val.\u2014 Tu as froid, dis?J'ai senti tes mains glacées sur mes joues tout à l'heure.oh! c'est vilain, l\u2019hiver, c'est triste, et puis c'est un peu long aussi.Marguerite songea que tout devait être long pour la pauvre enfant, que toutes les saisons lui étaient pareilles depuis deux ans; et elle sentit cette secousse de rage impuissante qui était, chez elle, la forme du chagrin ; et cependant elle souriait, parce que le sourire de Liliette était contagieux.\u2014 Je vais être dehors toute la journée, ne te laisse pas ennuyer par les garçons.\u2014 C\u2019est moi qui les ennuierai, j'ai de belles) belles histoires dans la tête.des histoires que j'ai révées\u2026 ça ressemble à des choses qu\u2019on pense quand on voit des nuages couvrir la lune.je les leur raconterai\u2026 et à toi aussi, et tu me feras des dessins pour, mes histoires.Dis-moi, est-ce que tu crois que quand je serai guérie je n'aurai pas tout à fait oublfé ce que tu m'as appris en dessin avant, avant que je sois malade?Est-ce que tu crois que bientôt je pourrai remuer les mains un peu?Oh !pas toute la main peut-être, mais deux ou trois doigts seulement, 11 me semble que j'apprendrai très bien à tenir un crayon sans plier la main.veux-tu tirer mes bras hors des couvertures, que je regarde mes mains?x.Merci.Et elle pencha la tête, seul mouvement qui lui fût possible étant couchée parfaitement à plat, pour regarder ses mains posées sur le drap, raides et mortes comme des projets.Elle parlait toujours beaucoup.Liliet- te; elle disait des choses mobiles, profondes et claires comme ses veux; puis elle avait entraîné sa mère à tout lui confier des soucis journaliers du ménage et elle la conseillait quelquefois très raisonnablement, ou bien elle se faisait plus enfant encore que ses petits frères et riait plus fort qu'eux.Il était rare, en dehors des jours de souffrance aiguë qu\u2019elle demeurat silencieuse.Son, âme div et jolie s\u2019épandait sans cesse par ses paroles comme une source pure, et tout ce qui passait d'obscur, de drôle où de charmant en ce petit cerveau, elle le donnait naturellement et ingénue- ment autour d'elle.Cependant, elle apparaissait souvent étrange et presque étrangère.Peut-être était-ce que sa vie anormale était un obstacle entre elle et la compréhension vigilante et tendre de ceux qui l\u2019entouraient ?Ce matin-là, particulièrement, Marguerite subit cette impression.Toute la chaleur de son coeur pour cette enfant.et toute la câlinerie délicieuse de cette enfant vis-à-vis d'elle, ne parvenaient point à la \u2014 46 \u2014 sa ça lt w= Vol.12, No 8 LA REVUE lui rendre proche, mais, au contraire, semblaient accentuer un vide singulier entre elles.Ceci n\u2019était d\u2019ailleurs sensible qu\u2019à Marguerite seule, assurément.\u2018( Elle se sentait tellement différente, et ce lui était toujours une stupeur renouvelée de voir accepter avec une simplicité si absolue, la douleur.Elle pensait à ces choses en descendant l'escalier un peu plus tard.en s'enfonçant dans la cage de plus en plus obscure, si obscure qu'elle dut tenir la rampe au dernier étage, pour ne pas manquer les marches.En bas, elle reçut en soufflet le coup de vent engouffré dans le vestibule, et frissonna de la nuque aux talons, prise à nouveau dans son âme et dans son corps par une amertume glaciale.Le froid de l\u2019air lui p1- quait la peau, et un sentiment désespéré, à la fois vague et énorme, de toutes les mise- res qui faisaient sa misère journalière, lui cinglait le coeur.Et,\u2018autour'd\u2019elle, dans la rue, tout révélant la lutte quotid'enne, résignée ou terrible, plus lugubre en la saison dure qui acsassine, avivait son écoeur ent.Devant une boutique de chaussures à bon marché, elle songea que ses pantoufles étaient bien usées, qu\u2019elles devrait en acheter d'autres; mais, pas d'argent avant la fin du mois.et ce mois de décembre était lourd, difficle à franchir, chargé de frais; enfin, à la veille des fêtes, il se mélait, à l\u2019incessant harcèlement du nécessaire, le désir irrité du superflu pour des cadeaux, des surprises.Plus loin, dans une glace, en marge d\u2019une vitrine, elle se vit tout entière; mais, l'image de sa forme élégante qu'enserrait, un simple costume de serge bleu foncé, avec, aux épaules, l'évasement d'un petit collet de Mongolie, l'éclat de son visage entre la toque sombre piquée d\u2018un oiseau et le haut col où ses oreilles cerclées de bouclettes blondes semblaient deux bijoux de chair ruse, ne lui \u2018donnèrent POPULAIRE Montréal, Août 1919 pas l'habituel plaisir pris souvent ainsi, au passage, à constater ce luxe de la beauté qu'elle portait sur elle.Elle en prit objet, cette fois, pour ressentir plus fortement les privations, innombrables: la pauvreté de son humble fourrure d\u2019imitation la frappa et elle se appela mieux l'usure de sa jupe dont elle eut présents et implacables à l\u2019esprit les patients et secrets raccommodages.Elle arriva sur le boulevard Saint-Ger- main et le remonta quelques minutes d\u2019une marche rapide et ferme, attendant le tramway.Les hommes, tous la dévisageaient, puis se retournaient, ce manège qui l\u2019amusait quelquefois, l'agaça.A un cadran elle vit: dix heures et quart.Il lui fallait Bien quarante minutes pour arriver chez les Daurelle, avenue de Messine, près du parc Monceau, car elle devait prendre une correspondance à la rue de Bellechasse et elle aurait peut-être à attendre.Elle s\u2019inquiéta, nerveuse, dans la crainte d'un retard et des paroles qui I'accueilleraient alors, vantant l'exactitude et les habitudes matinales\u2026.S\u2019accoutumerait-elle jamais aux observations étrangères, au contrôle de ses actes?\u2026 Une révolte et une angoisse lui serrèrent la gorge: et, tumultueusement, des pensées de colère, de chagrin et de désirs l\u2019envahirent, avec de l\u2019effroi\u2026 oui, de l'effroi à reconnaître que cet état de rébellion s'aggravait en elle, avec le temps, et que, loin de la faire plus passive, les expériences de la vie et l'alluvion de menus heurts l\u2019exaspératent plus cruellement tous les jours.Que, jeune fille heureuse et gâtée, elle tit jadis douce et gaie, cela ne prouvait qu'un naturel instinct.Mais plus tard, même après les drames, elle se souvenait avoir subi avec plus de soumission, ou une plus robuste insonciadee, les mesquineries ei les humiliations quotidiennes.Fourquoi n'en était-il plus ainsi! à quoi poe BT LA REVUE POPULAIRE Montréaï, Août 1918 servaient ces rages sournoises ou claman- tes de fauve empoisonné?Absorbée, soucieuse, elle faillit manquer son tramway.elle dut courir et quand elle l\u2019eut rejoint, le fait d'ouvrir sa bourse, d'y compter la menue monnaie lui donna d'autre réflexions.Un rapide caleul mental lui remémora ses ressources actuelles et quelles sommes elle pouvait espérer toucher avant le ler janvier.Elle avait cinq élèves en comptant sa cousine, la petite Arlette Daurelle.Cette dernière prenait très irrégulièrement ses lecons et Mme Daurelle, femm; pratique, payait au cack«t- elle n'aurait guère par là plus de vingt-cing francs.Chez les Harvey, pour les deux soeurs, elle avait accepté le prix dérisoire de trente francs par mois.Et ces petites idiotes! pensait- elle énergiquement avec un ressaut d\u2019irritation au souvenir de ces leçons, qui n\u2019entendent rien, rien à la peinture! tout au plus arrivaient-elles à copier proprement un dessin.Mais leurs parents veulent qu\u2019elles sachent faire un paysage.c\u2019est si agréable à la campagne: O stupides ! Puis soudain, elle s\u2019apaisa ; elle songeait à sa favorite, Lina Morel: une jolie, charmante, intelligente créature, fille unique d\u2019un musicien connu; de la mère on ne parlait jamais.Celle-là vivait dans une indépendance de femme mariée et riche.Marguerite aimait, plus qu\u2019elle ne l\u2019avouait les heures passées dans le petit hôtel du boulevard Péreire: demeure obscure et somptueuse avec des vitraux à toutes le fenêtres mettant une ombre de mystère sur les bibelots et les bronzes, et toute la maison, depuis 1e vestibule où une lampe pompéienne brûlait nuit et jour, jusqu\u2019à l'atelier du troisième étage où des stores'bleus et verts étaient présque constamment tendus, avait un air de chapelle.Là, elle était rénumérée convenablement et Lina la traitait presque en amie, avec autant d'intimité que pouvait mettre dans ses relations cette étrange fille à la fois très fière et très bohême et dont on ne savait jamais si son amusante habituelle gaieté venait d'une âme jeune et heureuse, ou d\u2019une déroutante philosophie amère de blague railleuse.À près dix-huit mois d\u2019en- trvues bi- hebdomadaires, Marguerite n'avait point encore défini cette nature.Elle la croyait souvent très bonne et très simple à de petits traits de générosité téli- cate relatifs à Liliette ; puis elle lui découvrait des côtés stupéfiants d\u2019inconscience, Quoi qu\u2019il en soit, quand elle pensait à Lina Morel, c'était une profonde, ardente et longue curiosité émue qui l'agitait autour de cet être et de cette vie un peu énigmatique.Aussi là s\u2019arrêtèrent ses comptes, et elle négligea d\u2019y adjoindre le rapport des malheureux \u201cobjets de fantaisie\u201d dont elle parlait la veille au soir avec une horreur exaspérée.Il fallut le cahotement pénible.de Panthéon-Courcelles gravissant à un train d\u2019escargot l'avenue de Messine pour la tirer de ses songeries où elles s\u2019apaisait en s\u2019oubliant.- Elle arrivait.Son coeur se crispa sous la reprise de la réalité tandis qu'elle se demandait une fois de plus ce que Lina savait de son dramatique mariage, car jamais ni l\u2019une ni l\u2019autre f'y avaient fait al- \u2014\u2014 lusion ; et il lui semblait que celle-là saurait comprendre l'univers obscur qu'elle portait en elle depuis l\u2019heure brève et tragique où elle avait pasgé de l\u2019insouciance ignorante à la plus lourde charge d\u2019épreuves, avec, entre son existence de jeune fille presque enfant, et son veuvage, seulement trois jours d\u2019une expérience infinie et trouble comme un abime.IIT.\u2014 Drs Rives, Comme Pierre montait l'escalier, il entendit au-dessus de lui des voix animées et qu'il reconnut.Son frère sur le seuil Vol.12.No § LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1819 de leur appartement parlait à Marguerite, et, en le voyant, ils eurent tous les deux des exclamations d'enfants joyeux.\u201cLe voilà! oh! écoute! Si vous saviez! Mais il faut que je parte! disait la jeune femme: il est sept heures.\u201d Et pronon- cant ces mots, elle rentra dans le couloir et referma la porte avec un rire de roulade.\u2014 Eh! bien?que se passe-t-il?interrogea Pierre.\u2014 Oh! je suis si contente, vous savez les contes de Raymond?Ils sont acceptés! ça ne m'étonne pas, ils sont délicieux, mais enfin, on vous fait une telle terreur des débuts dans la carrière littéraire qu\u2019on pouvait s'attendre à tout! Eh! bien, non, et cela a été si simple, voyez! Il les a portés il y a trois semaines, et voilà ! \u2014 Et voilà! répéta Pierre avec son bon sourire; eh! bien, mon petit, je suis très content.\u2014 Et puis, dites que c\u2019est un amour, ce directeur.\u2014 Je le dis.\u2014 D'ailleurs les gens qui s\u2019en plaignent, c\u2019est par dépit, par jalousie, parce qu\u2019on les a refusés ne leur trouvant pas de talent.La preuve que c\u2019est un homme intelligent, conciencieux, artiste, sincère à reconnaître la valeur chez les jeunes, les méconnus, c\u2019est qu\u2019il a reçu Ray.vous voyez ! \u2014 Je vois!.\u2026 Mais, notre petite amie, s\u2019il l'avait refusé, vous crieriez bien haut qu\u2019il n\u2019y entend rien, que.\u2014 Chut! Oh! le vilain méchant! n\u2019est- ce pas, Ray, qu\u2019il est méchant?\u2014 Très méchant ! Pierre la regarda en riant: une Maggy transformée, si éblouissante de joie, de jeunesse qu\u2019il semblait impossible que cette créature eût souffert, pût souffrir.\u2014 Et vous?demanda-t-il, quoi de nouveau?\u2014 Oh! moi\u2026 de grands projets.vous savez, il y a huit jours, le 2 janvier, jai déjeuné avec Lina Morel.\u2014 Ah\" oui, à propos, ça s\u2019est bien passé?son père était là?\u2014 Non.et quand nous avons été seules, elle m\u2019a demandé tout à coup pourquoi je n\u2019exposais pas.pourquoi je ne travaillais pas pour moi.Si vous saviez ce que cela m'a fait quand elle a dit cela! Un grand coup, paf, là, en pleine poitrine, et une espèce de petit vertige très doux avec une sorte d\u2019envie de pleurer comme une bête.Exposer ! moi! faire une chose intéressante.de l\u2019art\u2026 comme si c\u2019était possible dans cette vie abrutissante.Alors, j'ai répondu presque sans réfléchir que je n\u2019avais pas le temps.Elle n'a rien dit, et voild qu\u2019avant hier soir je reçois un petit mot d'elle me demandant si je voulais bien changer les leçons en séance de pose, qu\u2019elle s\u2019était mis en tête d\u2019avoir son portrait et que ce soit moi qui le fasse, qu\u2019elle avait beaucoup aimé celui que j'ai fait à Liliet- te, il y a deux ans, et qu\u2019elle a vu à la maison, ete.Enfin, depuis cette lettre, je ne vis plus, je suis ivre, je n\u2019ose pas et je désire follement entreprendre cela.j'ai une affreuse peur de ne pas réussir, et en même temps, vous allez vous moquer de moi ! je vois déjà le tableau fini, envoyé au Salon, reçu, placé.ah! que faut-il faire?.Tous les mirages de l'avenir chaviraient dans ses prunelles pures et profondes, le flux rose d\u2019une vie débordante envahissait ses joues délicates.Elle avait, dans la fébrilité de sa parole, arraché son boa, son chapeau, ses gants; près d\u2019elle, Raymond, avec, sur son visage, une expression que Pierre n\u2019y voyait pas souvent, avait saisi une de ses mains et disait ardemment : \u2014 Mais oui, oui, il faut accepter! vous réussirez ! n'est-ce pas, Pierre?C\u2018est probable.répondit l\u2019aîné avec calme, et, devant le feu il présentait alternativement ses semelles qui fumaient à la chaleur.Raymond continuait: Vel.12, No 8 \u2014 Elle est gentille, cette petite Morel! Vous avez dit que vous n'aviez pas le temps, et voyez comme elle a bien arrangé les choses ! Vous dites qu\u2019elle est jolie ?mais avec votre talent, oui, votre talent, je sais bien ce qu\u2019a dit Charvey de vos études vues ici! et il ne vous connaissait pas, N\u2019avait aucune raison de vous flatter.avec votre talent, vous pouvez faire quelque chose d\u2019épatant ! N'est-ce pas, Pierre, qu\u2019en penses-tu ?: \u2014 Je pense comme tol.Et après ces quatre mots, il fit un effort pour ajouter quelque chose, voyant bien qu\u2019on attendait de lui une parole décisive, animée qui exaltdt encore cette jo- He fièvre de rêve.Mais il ne sut rien dire, parce que, subitement, sans savoir pourquoi, il fut saisi d\u2019une biXarre tristesse sauvage, et, comme les deux: ce fréle enfant qui était son frère et cette femme vibrante de vie passionnée, continuaient un dialo- ue délicieux, où des espoirs passaient avec, un bruit d\u2019ailes, où le bonheur des projets ouvrait l'horizon de l\u2019avenir, il les trouva touchants dans leur réciproque confiance de belle.amitié, maïs se sentit tout à coup isolé et étranger.Il les voyait, comme on voit à travers la buée trouble du chagrin et des larmes, des êtres chers qui s\u2018éloignent, que la vie va rouler loin de vous, vers des inconnus \u2018d\u2019action, de pensée, de sentiment qui vont leur faire une nouvelle existence et vous demeureront, a Vous, des inconnus.Quelque chose de l\u2019angoisse mystérieuse des départs l\u2019étreignait: son petit Ray qu\u2019il avait pu garder longtemps, parce que faible et d\u2019une nonchalante inconsciente, acquerrait, par ce tout petit acte infime de réussite extérieure, une indépendance soudaine\u2026.Et Marguerite, dont il subissait avec charme la beauté impétueuse d'énergie exaltée, partait, elle aussi, au pays de son désir, et tous les deux se formaient une demeure enchantée où ils vivraient le LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 meilleur d\u2019une double vie, en dehors du quotidien effort, une demeure \u201cdans les étoiles\u201d que leur vivace volonté et leur puissance de rêve feraient réelle peut-être un jour.Et Pierre reconnut, qu\u2019après une seconde de machinale attente en son adhésion à leur joie, ils allaent loin, loin, toujours plus loin au royaume sacré de l'avenir, sans\u2019 même retourner la tête vers lui, qui restait en arrière, si calme.* * * \u2018 Dans l'atelier de Lina Morel les mousselines bleues et vertes relevées, découvraient complètement les vitrages du plafond, et, à l'angle de la paroi de verre dépoli un panneau béant, prolongeait la pièce sur une petite terrasse que la jeune fille avait fait aménager en manière de jardin suspendu.Un grand rideau de ciel clair s\u2019encadrait là et c'était une haleine de printemps qui soufflait par cette après-midi douce et dorée de février clément.La lumière glissait en caresse sur les choses, une vie charmante animait les émaux et les bronzes.Des bottées de lilas dans de vieux Delft palpitaient à l'air léger venu de la fenêtre.L'âme du repos semblait exhalée du clavier ouvert d'un piano encombré de partitions et se recueillir ici parmi les livres et les fleurs, sous le sourire muet des toiles, des plâtres où dormait d'un sommeil vivant le mystère magique des lignes et des couleurs.Marguerite, les lèvres étroitement serrées, avec une sorte de petite moue drôle de bébé appliqué, peignait, et son sens d'artiste s\u2019émouvait de juie à admirer dans la pleine clarté la beauté variée et délicieuse de son modèle : cette tête petite, aux traits nets de statue antique, où la triple Élamme d\u2019urre lourde chevelure d\u2019or sombre, des yeux moirés comme l\u2019eau, et d\u2019une admirable bouche mettaient un frisson de rr np aE -< - Vid.12, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 vie superbe et profonde incessamment diverse.Mais tout à coup le modèle rompit la.ligne de la pose d\u2019une brusque mouvement de ses deux bras, levés et tordus d\u2019énervement, où glissèrent les larges manches de la blouse de velours vert.\u2014 Comment pouvons-nous rester tranquilles si longtemps !.Marguerite sourit, posa ses pinceaux, se leva un peu raidie, de fatigue elle aussi, et, tandis qu\u2019elle se levait les mains à la vasque, où un dauphin d\u2019argent d\u2019un curieux travail jetait l\u2019eau, Läina sortait d\u2019un bahut -des flacons de vin d\u2019Espagne et des gâteaux.Sur une table fragile les assiettes de Saxe, les-verres de Venise et des coupes d'argent filigrané furent comme un amusant décor de dînette pour poupées.Devant et parmi ces choses, envahie d\u2019une mollesse de bien-être, avec la pointe de griserie fine des bonnes heures d\u2019un travail aimé en un cadre parfait,\u2018Marguerite se souvint des années déjà lointaines où elle eût pu créer et réaliser de luxueuses fantaisies, et elle eut, la vision de son intérieur actuel avec la petite malade à qui on ne pouvait donner que le nécessaire, et jamais, jamais aucune des grâces charmantes qui distraient les yeux et détendent Pi- magination.Un soupir rapide et profond passa de son coeur à sa gorge comme une plainte inconsciente, mais presque aussitôt elle sourit à Lina assise en face delle.Après un instant de silence, celle-ci dit: \u2014 Parlez-moi de vos amis, Vous savez ceux qui ont un nom pareil à un éternuement.que deviennent-ils?\u2014 Les Etcharre?: \u2014 Oui.et puis vous n\u2019en avez pas des tas d\u2019amis, je suis sfire?.\u2014 Non, c'est vrai.j'ai eux et vous.dit Marguerite joliment, d\u2019une voix tendre, \u2014 Ah! c'est gentil, ça, de me dire que je suls une amie, seulement, vous mentez, oui, Madame, parce que je suis sûre que vous n\u2019êtes pas du tout avec moi comme vous êtes avec votre Pierre et votre Raymond, vous leur dites tout et à moi vous ne dites rien.Kit 1a belle figure de sphinx se penchait vers la figure enfantine avec une expression presque triste.\u2014 Voilà! voilà! comment vous devriez regarder dans votre portrait! s\u2019écria Marguerite.Lina se rejeta en arrière : \u2014 La voilà bien l\u2019artiste ! al-je donc en ce moment?\u2014 Le regard de votre âme.je pense.dit Marguerite presque involontairement.et elle s\u2019arrêta, un peu inquiète, parce qu\u2019elle crut avoir déplu à la jeune fille qui semblait toujours garder si jalousement le secret d\u2019elle-même.Mais Lina reprenait: \u2014 Mon ame! je vous demande un peu\u2019 et comment la croyez-vous donc m ami?et pourquoi irai-je l\u2019étaler aux yeux du pubHc?.\u2026.car, pensez-y nous marchons à 1a foule, au combat, à la gloire! fit-elle avec une mine et un geste de gamin.Mais, sommes-nous folles! Nous nous posons des questions auxquelles nous ne répondons pas: dites-moi, quand paraissent les contes de votre grand homme en herbe?Elle fut éloquente et touchante à dépeindre les espoirs, les émois, les decep- fions des courses du jeune homme aux journaux, aux revues.Elle eut des mots de fièvre expansive à conter des retours allègres pleins de foi heureuse après des journées de chance.et elle décrivait aussi les \u2018 soirs lourds et de grand \u2018écoeurement où, en rentrant, il paraissait traîner dans son coeur toute la misère de lutte féroce qui anime Paris, avec toute la boue engluante des rues de la ville, à ses pieds.Elle parlait, parlait, et, dans ses paru- les, passait encore l'évocation deg, heure de travail où elle l'avait vu se débattre contre l'inertie de la pensée lasse de peines, où il livrait la bataille, belle, mais ar- Quel: regard Vol.12, No ® v LA REVUE due, aux mots qui enferment l\u2019idée d\u2019un.trait net comme un dessin.Lina l'écoutait, ses admirables mains immobiles reposant sur ses genoux, nettes et éclatantes comme des marbres, serties au velours de sa robe; et, ses paupières baissées semblaient la dérober toute, être sur elle comme un voile indéchirable.L'ombre descendait du ciel sur les vitrages, l\u2019haleine froide du soir entra, remplit la pièce, et les deux jeunes femmes frissonnèrent d\u2019un même frisson.Marguerite se tut, un peu oppressée.Alors Lina vint à elle, l\u2019embrassa : \u2014 C'est gentil de s\u2019emballer comme cela ! Puis fermant la fenêtre, rangeant ia table du goûter, elle ajouta : \u2014 Et l\u2019autre, Pierre?que fait-il pendant ce temps?\u2014 Pierre?oh! il a une vie très tranquille, son bureau, ses bateaux.Et revenue à la réalité.elle s'écria : oh! mais comm il est tard! © nous avons peu travail I ina prit une lampe et l\u2019éleva au-dessus d- portrait: elle y était représentée assi- visible jusqu\u2019à mi-corps, une de ses n.2ins abandommée sur som genou et 'autre reposant sur une table où elle appuyait l'avant-bras.Et ne tenait ni livre, ni fleur, aucun accessoire ne détournait l\u2019attention de cette femme fixée là en une pose si naturelle.Et surtout, à qui connaissait Lima, c\u2019était bien intensément elle : son attitude habituelle d\u2019immobilité songeuse et attentive, familière jusqu\u2019en cette robe de velours sombre et souple d\u2019un vert profond, aux manches larges et au col écharicré laissant voir une belle chair mate qui semblait pleine de solerl.Tout n'était guère encore qu\u2019indiqué, mais, parmi des mexpériences, apparaissait une ligne ferme et harmonieuse avec un grand sens de vie et de vérité dans la couleur.POPULAIRE Montréal, Août 1919 Elles restaient là toutes deux, silencieuses regardant: celle-ci son image et celle- là son oeuvre avec une pareille et double émotion d'artiste et de femme.Tout à coup Marguerite dit: \u2014 Ah! j'ai si peur, si vous saviez ! \u2014 Mais elle est folle?\u2014 Non, non, ce qui est fou, c\u2019est d\u2019avoir osé occepter une telle entreprise! Quand je pense combien peu de temps j'ai travaillé le portrait avec S.et au long arrêt de mes études personnelles.comment ai-je osé ! Elle avait une figure d\u2019enfant effrayée, amusante, attendrissante, déconcertante de jeunesse, de écérité et d\u2019ingénuité.\u2014 Oser?mais c¥est la première des forces! La force motrice, si je puis m\u2019exprimer ainsi, dit Lina du ton de blague affectueuse qu\u2019elle avait presque toujours avec Marguerite, quand on ose, on peut se tromper, mais à cela même, on gagne toujours.Il y a un vieux cliché sur l\u2019audace et la fortune que je vous ferai la grâce de ne point vous répéter.mais, supposons, pour vous faire plaisir uniquement! que vous fassiez de ceci, \u2014 elle désignait la toile, \u2014 une petite horreur, que, par suite, le jury ne vous exile du Salon, avec un grand S.et que, toujours par suite, je ne me mette soudainement à vous mépriser, débiner, etc.Croyez-vous, en admettant toutes ces gentillesses, que vous en sachiez plus ou moins après qu\u2019avant?et que ce ne serait pas encore un travail, un effort, un essai utile?Et maintenant, ajouta-t-elle, avec une grâce d\u2019insistance tendre qu'elle avait très rarement et qui était chez elle d\u2019un grand charme, maintenant, si vous étiez très mignonne, vous resteriez diner avec moi?Voulez-vous?Oui, elle aurait bien voulu, mais elle s\u2019expliqua; elle ne pouvait pas, ce soir: Täliette l\u2019attendait, et elle devait après le dîner dessiner deux modèles de menus à choisir promis pour le lendemain.Lina comprit, n\u2019insista pas.Seulement \u2014 52 \u2014 Vol.12, No 8 LA REVUE POPULATRE Montréal, Août 1919 comme Marguerite croyait devoir ajouter: \u2014 Et puis, je ne voudrais pas me présenter pour la première fois à M.Morel dans cette tenue de courses et de travail.La jeune fille dit: \u2014 Oh! pour cela, vous n\u2019auriez pas à vous inquiéter! Nous ne serions que nous deux, très probablement, mon père ne rentre guère.je dine presque toujours seule.Marguerite partit, les bras chargés de fleurs et de gravures pour Liliette, et l\u2019âme pleine du doux poids de reconnaissan- Ce passionnée dui met au coeur d\u2019un être sincère et intelligente sympathie.Le long trajet de retour depuis la morne solitude louche du boulevard Péreire jusqu\u2019à son quartier ancien, triste de toute lu tristesse des choses anciennes mélée à celle qui peuple d'efforts miséreux certaines très vieilles rues, lui fut court.Elle traversa sans les voir les larges avenues où les hautes maisons, les magasins parés comme des femmes en toilette de bal, et les lumières, et le mouvement, disaient la frénésie au luxe, à la jouissance, à la satiété.Elle fut même aveugle, en passant le pont, à la féerie terrifrante et éclatante comme une merveilleuse eau-forte, du fleuve charriant mille- lumières, avec les reliefs des berges et des arrière-plans pleins de feux et de m'ystère, féerie qu\u2019elle adorait.Elle était heureuse et troublée, voyant devant elle une vie nouvelle qu\u2019elle pourrait peut-être, peut-être créer; et, par un joli retour de coeur, elle en rapportait toute la gloire future, le bonheur possible, à celle qui lui M avait suggéré la force, en réveillant les anciens rêves d\u2019art et de beauté, en lui faisant possible la première tentative.Ft elle avait si bien une âme d'enfant et d'artiste, une âme prompte, inconsciente, avide et généreuse, que, tout à la fois, elle souhaitait avec arœeur toutes les joies humaines à cette Lina qu'elle aimait, et ne percevait que vaguement la réelle misère de son amie, misère révélée à demi, tout à l'heure, en quatre mots: \u201cJe suis presque toujours seule.\u201d Seule, oui, elle était seule.d\u2019an* solitu- da non seulement effective par l'abandon presque complet où la laissait son père, pris par d\u2019invétérées habitudes de bohéme srob et de noctambulisme, mais d\u2019une se- litude morale plus grande encore.Certainement, Marguerite, qui trouvait aux séances chez Lina Morel un goût de fête et de bonheur par le double charme de la personne et du milieu, ne se doutait pas de ce qu'elle était, elle, pour la jeune filie, et quelle fraîcheur de détente et de paix celle-ci éprouvait en sa présence.Seule, ne l\u2019avait-elle pas toujours été?Depuis sa toute petite enfance où n'avait passé que trés fugitive, si brillante ! l'image d\u2019une blonde et jolie et gaie maman que, tout à coup, un jour, elle ne vit plus.Point morte cependant.cela, elle en était sûre, et cette ombre brillante et fugitive image fut la première ombre.Seule, en son éducation d\u2019enfant très gâtée et très délaissée par le fantasque et curieux artiste qu'était son père.Sauvage, fière et passionnée, éprise de lectures et de toutes les formes de l\u2019art, elle fut rebelle aux coquetteries ct aux plaisirs d\u2019une vie mondaine.Elle sentit très vite que son père se parait d'elle, comme 1l ornait son hôtel de fantaisies royales.Il aimait à la montrer et qu\u2019on la trouvât belle et intelligente.Comme elle avait la forte vitalité d'une robuste plante, il n'eut jamais à témoigner de sollicitude quand à sa santé et parut toujours ignorer totalement qu'elle pût souffrir autrement que dans son corps.IH l'adimirait hautement, et peut-être davantage encore en secret; mais elle lul demeurait mystérieuse ainsi qu'à tous.Qu'elle eût, jusqu'alors, refusé dese marier, ne l'étonnait point; car, absolument libre et \u201c Vol.12, No 8 LA REVUE très riche, il estimait qu\u2019elle devait être heureuse ainsi.I lui avait une reconnaissance d\u2019infidèle superbement inconscient, pour le silence qu\u2019elle avait toujours eu ouant à l\u2019intermittence de ses séjours chez lui.Ils appréciaient mutuellement leur \u2018stelligence, en bons camarades, et, enfin, sans le manifester par aucune expansion tendre, Lina adorait ce père qui, lui, semblait si bien se passer d'elle.Et c'était là son grand chagrin: elle avait besoi de tendresse et personne ne lui en donnait.Elle se détestait de n'avoir pu vaincre ce qu'elle appelait hautaine- ment et amèrement: une faiblesse.Elle avait toujours redouté les intimités que la vie peut nouer au hasard des rencontres; elle avait la pudeur de son âme, où beau- cour: de pensées tristes avaient passé, lui faisant une vie intérieure touffue et obscure: il luï apparaissait infiniment difficile de raconter cette âme, et, d\u2019être seule à la connaître, l'étouffait.Pour la première fois, avec Marguerite, elle éprouvait la douceur d'être un peu comprise jusque dans ses silences; un lieh les unissait, allant du bref et tragique roman de l\u2019une, à la secrète histoire d\u2019abandon de l\u2019autre.Mais c'était une douceur douloureuse : et, ce soir, tandis que celle sur qui l'expérience brutale et les événements avaient passé, celle qui l'incertain poignant de la vie tenait, ne sentait presque pas ce double poids; Lina, gardée par toutes les sécurité et les mollesses du luxe, se roulait comme une bête blessée sur le divan de l\u2019atelier sachant que personne n'entendrait sa plainte dans la maïson vide jusqu\u2019aux sous-sols.Ce n'étaient pas des larmes, car elle ne pleurait pas facilement, mais des gémissements, et, comme elle en avait pris l'habitude elle parlait à demi-voix, de lentes et entrecoupées paroles lasses.Elle rappelait les phrases vibrantes où Marguerite disait les espoirs et les désespoirs d'un au- \u2018tre, elle la voyait vivante, aimante, avec POPULAIRE Montréaf, Août 1919 un but, une passion; et ainsi la vie difficile de la jeune femme lui était désirable.Ah! que n\u2019avait-elle quelqu'un à aimer, et qui aimait son amour\u2026 Ne pourrait-elle rêver un rêve, même impossible à réaliser?.Tout, plutét que ce vide en elle et autour d'elle.Tout à coup une phrase de Marguerite lui revint.En parlant de Pierre un jour, elle avait dit: \u2014 Celui-là, il n'a pas de rêves.et tout à l\u2019heure, elle affirmait qu'il était content, paisible.Elle dit tout haut en se relevant: \u2014 Il faut pourtant que je le connaisse ce garcon-la.IV.\u2014 Ex GerME.Une intimité plus grande vint ainsi entre Lina et Marguerite en ces séances de poses qui furent multiplies et prolongées à mesure qu'approchait le moment fiévreux des envois au Salon.Souvent, aux repos, Lina se mettait au piano; l\u2019âme de la musique s'élevait sous ses doigts et remplissait l'atelier tranquille, \u2014 presque aussitôt Marguerite retournait à sa toile et travaillait seule avec une ténacité d'énergie, de patience et de volonté qui était une des plus belles promesses de sa nature.Et, comme il faisait une fin d'hiver merveilleuse, plus belle qu\u2019un beau printemps, une atmosphère paradoyale de douceur qui duvetait les arbres d\u2019un fourreau de bourgeons hâtifs, on laissait les vitres ouvertes: les fleurs de la terrasse, les arbustes de la cour ouverte au-dessous, et les frondaisons des branches ve jardin voisin, puis, au delà, la ligne unie et verte des fortifications, enfin le calme provincial et du quartier isolaient cette maison de l'univers de bruit et de mouvement qu'est Paris.(étaient de belles heures de noble étude, Marguerite sentait renaitre en elle la créature simple et tendre qu'elle était autrefois.Elle avait pu, grace 4 Lina, se A = PT | Viol.12, No 8 soustraire à l\u2019aride ennui des leçons ingrates, et, chez les Daurelle, elle trouvait, depuis qu'on lui savait acquise l\u2019amitié de Lina, fille de personnage célèbre, une nuance\u2019 de considération nouvelle.- La vie lui semblait presque bonne et, par moments, délicieuse.Son chagrin même, toujours ravivé, des souffrances de Li- liette n'avait plus d'âcreté.Elle s\u2019ingéniait à la choyer, et, cette ingéniosité, qui avait toujours été naturelle & son coeur, elle n'avait plus de peine à y forcer son esprit parce \u2018qu'elle espérait tout maintenant de la vie.Ce sentiment de divine attente, d\u2019où lui venait-il?\u2026 Elle le subissait inconsciemment et il en était d\u2019autant plus fort.Plus en abandon de confiance avec Lina, elle ne la trouvait presque plus énigmatique.Elle n'attribuait qu\u2019aux seuls hasards des lignes physiques, expression sibylline de cette belle figure ardente et vivante, figure qui semblait toujours close, ainsi qu\u2019une fenêtre incendiée de soleil, où le re-, gard s'aveugle sans parvenir jusqu\u2019à la chambre qu\u2019elle ferme.Un jour, après un long silence, la jeune fille l\u2019interrogea brusquement : \u2014 Que désirez-vous le plus dans l\u2019avenir\u2026 la gloire, l'amour, l'argent, la liberté# car je pense que ces quatre \u201cchoses-là, contiennent toutes choses.\u2014 Pourquoi me demandez-vous cela?\u2018S\u2019écria Marguerite s'arrétant surprise, et elle rougit.L'autre eut un monvenient d\u2019impatience: \u2014 Ne sommes-nous plus franches l'une avec l\u2019autre?ne soyez pas petite fille, ce n\u2019est pas digne de vous.Vous avez certainement un but; les gens sans passion n'agissent pas comme vous.mais je suis indécise parce que vous me déroutez.Quand je vous vois une telle angoisse et une telle ardeur au travail, je suppose que vous voulez être, et que vous serez, sans doute, une grande, une vraie artiste, LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1819 D'autre part, je sais, ne vous en cachez pas, c\u2019est si naturel, que vous aimez tout ce qui est beau, aisé, dans la vie, sans compter ce qui est bon, et qu'on aimerait donner aux autres! Pour cela, il faut de la fortune.Avec ces deux leviers-là.déjà vous avez de fortes chances de posséder un jour la plus grande liberté.Reste l'amour, dites-moi.est-ce que vous avez jamais aimé?\u2026 Elle parlait presque bas.Marguerite tourna son visage d'enfant pure: \u2014 Non.dit-elle, du même ton.Et elles se regardèrent un moment silencieuses avec des regards à fond d'âme, pénétrant leurs coeurs qui s'ignoraient encore: et, comme ces coeurs étaient formés à l'épreuve et à la réflexion, elles comprirent ane l'amorr ne serait pas, ne pourrait pas leur être, l'émotion effleurante, ignorante, qui passe souvent, sans les maJ- quer, sur les étres jeunes et sans expérience, inais bien une chose profonde, peut-être douloureuse ; et une peur ardente et douce fut en elles.Ce même jour, un peu plus tard, après le lunch, M.Morel entra.Marguerite ne l'avait jamais vu encore.Mince, avec un visage fatigué et de très fines manières un peu nonchalantes, 11 lui plut en l'intimidant.11 sut trouver, à propos du portrait de sa fille, les mots justes et délicats qui, en disant sincèrement son appréciation, pouvaient flatter la jeune femine en relevant son courage, courage qui faiblissait étran- ov 5 gement chaque fois que, devant elle, de nouveaux yeux considéraient son tableau.Elle lui découvrait alors, immédiatement, des défauts extraordinaires et ne le vovait plus qu'à travers un brouillard où tont ondoyait et s'anéantissait.Quand elle fut partie, Lina vit qu'elle Viol 12, No-8 TA REVUE avait plu également à son père et il lui dit quil améperaitde lendemain aux peintres, amis à lui, qui à nerciont leurs avis sur le portrait.Aimer?Marguerite songeait 4 cela, tandis que, la téte dans ses mains, elle semblait lire un livre ouvert devant elle sur la table de la salle à manger.Ses frères étaient couchés, sa mère cousait silencieusement, près d'elle; et Liäliette dormait sans doute dans la chambre voisine.Par la porte de communication ouverte, on voyait cette chambre noyée d\u2019ombre avec le très faible nuage de lumière qu\u2019y mettait le reflet de la veilleuse.- Aimer.les courtes phrases échangées avec Lina dans ia journée avaient été comme : coup donné sur une eau tranquille.De grands cercles concentriques déplaçaient les pensées dans:son âme et faisaient jaillir à la surface des sentiments que toutes les préoccupations récentes de l'artiste avaient refoulés.Ces préoccupations passaient tout à coup au second plan ; la jeune femme dépouillait cette-enveloppe étrangère pour se retrouver un'être faible, anxieux, avide de bonheur.Toutes les rêves.aneiens, œux de la presque enfant-qu\u2019eHle-était avant-son mariage, et, ceux qu\u2019efle avait-repris, ou plutôt qui Pavaie reprise après que fut passée la période trouble du deuil, revenaient, revivaient; sous ses paupières abaissées elle les voyait, brillants, et sous son apparente insouciance exubérante, ils passaient forts et fiers comme-de beaux guerriers qui vont 3 la victoire.Hs parlaient aussi et disaient: C\u2019est nous! tu ne nous reconnais pas?tu nous aimais jadis parce que nous étions l\u2019espoir et la promesse.Par nous, tu imaginais des heures heureuses où tu ne serais plus seule, toujours seule.des boures où tu oublierais tout au monde gar- POPULAIRE Montréal, Août 1919 dée par un être qui, pour toi, serait le + monde entier.et à qui tu serais dans ton apparence charmante et ton coeur tendre, toute la beauté et toute la douceur.Flle les reconnaissait et s\u2019effrayait à sentir une langueur la prendre toute com- \u201c me une proie et lui faire lointaines, difficiles les réalités de la lutte.\u2014 Maggy, Magg Elle se leva, chancelante, en stupeur, comme réveillée brusquement.Liliette appelait.Elle pénétra dans la chambre pleine d\u2019ombre où la lumière venue de la salle à manger dessinait un carré de clar té.\u2014 Comment, tu ne-dors pas?\u2014 Non, je te regardais.tu ne lisais pas.il y a très longtemps que je te regarde, et tu n\u2019as pas tourné une seule page.il ne t\u2019amusait pas, ton livre?ou bien c\u2019est-que tu t\u2019amusais davantage à penser.dis, ma chérie?.Marguerite se pencha sur le pauvre petit corps immobile comme un mort, et vit briller les yeux, les cheveux, le sourire de Lilrette.Elle l\u2019embrassa.Après un moment, l\u2019enfant, très doucement, dit : .\u2014 Je crois que tu n\u2019es pas gaie ce Soir.tu m\u2019as embrassée si fort, si fort.et tu ne dis rien.tu ne parles pas, parce que tu as peur de pleurer, dis?.Marguerite appuya son front au bord du lit.Sses cheveux furent comme un flot de tiède et doré sur une des petites mains \u2018inertes de la malade.Liliette soupira : \u2014 Je voudrais pouvoir passer ma main dans tes cheveux, sur ton front, oh! j\u2019ai- .merais cela! il me semble que cela te ferait du bien, te calmerait.mais.je ne peux pas.Peut-étre que je ne pourrai jamais.ajouta-t-elle d\u2019une voix presque imperceptible.Tout le monde est donc triste, aujourd\u2019hui?Raymond est venu cet après midi.et 1] était comme toi, tout pareil.il ne disait rien et il avait Pair parti.c\u2019est drôle.tu comprends ce que je veux dire?ça arrive souvent: une personne est \u2014 BG \u2014 - - rem a Vol.13, No 8 LA REVUE Montréal, Août 1939 POPULAIRE là, paraît être là, tout près de vous, et puis elle est bien, bien loin.Oh! si loin, qu\u2019il semble qu\u2019on ne pourra jamais, jamais la rattraper! Toi, c\u2019est comme ça en ce moment.tu es la, n'est-ce pas?Eh! bien, non, ce n'est pas vrai.je ne te sens pas avec moi.Je pensais cela vec Ray, aujourd\u2019hui, mais je ne lui ai pas dit, je lui ai parlé de toi.je lui ai parlé du tableau que je crois avoir vu tant tu me l'as bien décrit, puis de ton amie.Je croyais que cela lui ferait plaisir.Eh! bien, non, il avait un air fiché, presque méchant, il m\u2018a dit qu\u2019il savait en effet que tu étais très contente.puis je lui ai demandé ce qu'il avait, parce que sa figure était toute contractée comme s\u2019il souffrait; il a répondu : \u201cJ\u2019ai très mal à la tête.\u201d Et il est parti.Est-ce que tu I'as vu, toi, Ray, en rentrant ?\u2014 Non.dit Marguerite très bas.Et elle se sentit un remords parce qu\u2019elle avait beaucoup abandonné ses amis depuis quelque temps.Liliette dit: \u2014 Moi aussi, j'ai mal à la tête.Marguerite se releva vivement, elle savait que l\u2019enfant ne se plaignait guère.\u2014 Pourquoi parles-tu tant! ce: il est tard! repose-toi, mon trésor, 1 faut dormir.\u2014 Je vais essayer.mais j'ai trés mal.toi aussi, tu as mal, tu ne veux pas me dire pourquoi.puis, avec une grâce attendrissante: soyons bien mignonnes, bien raisonnables et nous verrons qui sera guérie la première! veux-tu?Dans son sommeil, Marguerite vit la figure triste de Raymond, elle lui demandait ce qu\u2019il avait, il répondait: Jt vous aime.Elle fut troublée, et pas surprise, mais elle restait triste.Au réveil, elle aperçut sa mère en larmes près d'elle: \u2014 Lève-toi vite, vite, Liliette est bien mal de nouveau.elle a une crisp de douleurs affreuses et elle délire presque.V.\u2014 Le Lren.Ils parlaient très bas, Pierre et Lina et c'étaient des mots de désespoir qu\u2019ils échangeaient, car là, tout près, la torture de la souffrance et de la mort était sur Li- Lette.\u2014 Trois semaines! \u2014 murmurait le jeune homme \u2014 trois semaines ! comment a-t- elle la foree de résister encore, cette malheureuse petite créature qui semblait déjà épuisée, sans vie même dans la vie! Et Lina : \u2014 Sans vie?celle-là?avec ces yeux, œt- te volonté?\u2026 ah! ne dites pas cela.mais il est trop vrai, hélas! qu\u2019à présent il n\u2019y a plus.je crois.rien, rien à tenter, rien à faire.je n\u2019ai pas osé le dire à Marguerite quand les docteurs sont partis tout à l\u2019heure, mais ils ont jugé notre chérie perdue.perdue.Elle se leva et détourna la tête, elle pleurait.Pierre lui dit, et sa voix s\u2019étranglait: \u2014 Mais il faut.il faut prévenir Marguerite! elle est aveugle, folle, elle croit encore la sauver.il vaut mieux, je vous assure, qu'elle soit avertie.11 suppliait.Lina s'écria, étouffée: \u2014 Ah! dites-lui, vous.\u2014 Oh! non.pas moi .Et comme elle le regardait, elle vit que la pensée de donner une nouvelle douleur à Marguerite lui était affreuse comme une pensée d\u2019assassinat.Et ils demeurèrent un moment muets, tandis que leurs mémoires revivaient ces trois terribles semaines.Une fièvre typhoïde, avec toutes le- complications possibles, avait pris Liliet- te.Par une série d'accidents et de révolutions étranges en cet organisme si mystérieusement détraqué, il s'était produit d'abord une détente des membres ankylosés qui avait fait espérer aux médecins que, si on arrivait à vaincre la maladie elle-même, l'état général se trouverait ensuite heureusement modifié, Ves.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1819 Lina avait amené autour de ce lit d\u2019enfant martyrisée les premières sommités médicales de Paris; tout ce qui peut être humainement fait l\u2019avait été; et des jours ot des jours, des nuits et des-nurts avaient passé dans tes angoisses, les espoirs, l\u2019attente désolée et foHe; aujourd\u2019hui aucun n'osait, ne pouvait plus attendre autre chose que la mort qui délivrerafi.Et c\u2019était ces heures noires qui avaient rapproché Lina et les Etcharre.Entre eux par ce fait violent avaient été supprimées les incertains et puérils débuts qui ralentissent les germes des meilleures amitiés.Hors des conventions de mondanrtés superficielle, ils avaient pu reconnaître Ii- brement les uns chez les autres la vérité de leur nature et de leur coeur.Lima avait pris avec ardeur sa part à la détresse de son amie; elle était arrivée près d\u2019elle, dans la nraison, ainsi que la fée des puissances matérielles.Ne pouvant alléger le chagrin, elle avait épargné le souci, et cela a roc une si simple et cordiale manière qu\u2019on avait accepté et qu\u2019en l\u2019adorait maintenant.Le tableau resté inachevé- avait été, les premiers jour un tourment de scrapule pour Marguerite qui voyait qu\u2019elle ne pourrait point le finir à temps pour ha prochaine Exposition.Cela aussi, Lina avait su le dissiper, et d\u2019ailleurs, trop vite, toutes les questions secondaires avaient disparu dans le vertige d\u2019anxiété où les tenait la petite malade.Comme Pierre et Lina étaient toujours là.n'osant plus se parler, Marguerite entra, et ils eurent tous les deux une pitié immense en voyant, au grand jour da glorieux midi de printemps qui baignait la pièce, son pauvre visage meurtri de veilles, et la sécheresse fiévreuse des yeux qui ne pouvaient pas pleurer, et la pâleur de -+ houche.Cepéndant elle paraissait ani- mie (une force secrète et dit: - Je crois qu\u2019elle est mieux.Puis, dans une sorte d'effroi à tenter le destin terrible, elle ajouta vite: \u201cQuand je dis mieux! vous savez, ce n\u2019est pas tout à fait exact.mais enfin elle paraît reposer.n\u2019est-ce pas, c\u2019est un bon signe que cette agitation perpétuelle cesse 2.\u201d Elle les interrogeait avec un sourire déchirant, suppliant.Pierre dit précipitamment: - \u2014 Mais oui.oui! stirement! - Sans répondre, Lina se gHissa dans la chambre voisine, épouvantée.Cet état comateux, n\u2019était-ce pas le signe certain, non pas de ce repos fugitif et sauveur auquel croyait Marguerite, mais du grand repos que rien ne troublerait plus.Elle vit le petit corps immobile enfin; car depuis tant de jours ils s\u2019affolaient tous à voir en un mouvement que rien W'arrêtait ces membres paralysés deux ans! Quelle était donc l\u2019âme de cette enfant pour qu\u2019un tel charme fût encore sur elle parmi les déformations du mal?Une grâce immatérielle Penveloppait comme un voile.Lina interrogea l'interne et la soeur, mais ni Pun ni l\u2019autre ne pouvaient rien dire.Tout s\u2019accomplissait hors du pouvoir et de Peffort humain.* * * \u2014 Mademoiselle! Mademoiselle! Un monsieur est là qui veut vous parler tout de suite, tout de suite! \u2014 Mais qui donc?demanda Lina éveil lée subitement, et en même temps qu\u2019eHe regardait l\u2019heure tardive, dix heures, elle songea : | \u2014 Ah! c\u2019est cela.elle est morte.\u2014 Voici la carte! dit la femme de chambre.Et Lina répéta : \u2014 C\u2019est cela.machinalement en voyant le nom de Raymond Etcharre.En cinq minutes, enveloppée de son peignoir de drap blanc, les cheveux relevés et noués sur la nuque d\u2019un tour de main, elle fut en bas, éclairant, blanche et dorée, Je A \u2014\u2014 BE \u2014 Vol.13, No 8 LA REVUE petit salon obscur où l\u2019attendait Raymond.Dès qu\u2019il la vit, il crit: \u2014 Sauvée! elle est sauvée! \u2014 Non?est-ce vrai.Elle s\u2019assit sans croire encore.\u2014 Et c\u2019est à vous, à vous que nous le devons, à tout ce que vous avez fait à.\u2014 Taisez-vous donc! dit-elle, en colère.Puis elle le pressa de s\u2019expliquer.Mais expliquer quoi?Marguerite était folle, ivre, brisée.I] put dire leur joie à tous, mais la crise profonde, le rouage secret demeurait inexplicable, et, à huit heures du matin, les docteurs n\u2019avaient « pu que constater.* * = Par un sentiment de discrétion exagérée | venue de sa nature uR- peu farouche, Lina ralentit, espaça beaucoup ses visites rue des Grands-Augustins.Elle se sentait, en \u201cse retrouvant elle-même, isolée, comme - avant, misérable et désemparée.Elle faisait prendre tous les jours des nouvelles et ces nouvelles étaient miraculeuses, au delà de tout espoir, mais elle alléguait les prétextes les plus futiles pour n'étre point - adlée les chercher elle-même.Elle avait - perdu complètement le goût aux choses qui, autrefois, servaient \u201cà décorer\u201d, comme elle disait, le théâtre de sa vie, où ne se jouait aucune pièce.À quelques rites mondains de la Saison : réceptions, premières, vernissage, hippique, etc, elle se prêta docile et indolente au désir qu\u2019avait son père de l\u2019y voir paraître.Elle commanda des robes et fut belle, mais, dans les glaces eHe rencontrait des yeux étrangement lointains, pleins d\u2019un rêve qu\u2019elle ne com- » prenait pas.Elle fut aimable et souriante, elle dut prononcer des phrases sur tous les faits importants et menus qui excitaient les opinions, et elle entendait très mal les mots qui sortaient de ses lèvres.La musique l\u2019énervait, et elle n\u2019avait pas touché à sa palette depuis six semai- POPULAIRE Montréal, Août 1919 nes.Klle passait des heures entières étendue dans son atelier à lire, ou bien encore sur sa petite terrasse les yeux au plus beau des ciels, les bras noués derrière la tête et l\u2019âme on ne sait où.Ce fut ainsi qu\u2019une après-midi Pierre la surprit.La surprise fut si forte que son coeur battit soudain follement.Elle ne se serait jamais crue si nerveuse.Il était un peu embarrassé, avec une gaucherie amu- sañte, en trouvant en ce cadre de luxe excessif et raffiné, cette jeune fille qu\u2019il avait vue si simpld et si libre en le milieu journalier de sa vie.Elle lui apparut plus jolie que jamais, mais infiniment étrangère.La toilette fantaisiste et flottante qu\u2019elle portait: robe de crêpe argent où s\u2019épa- nouissalent des lys blancs, et toutes les ehaines curieuses et les amulettes de pierreries qui tintalent sur sa gorge parmi les reflets et les fleurs de l\u2019étoffe, la lui montraient théâtrales et singulière.Ces bizarreries et ces bijoux, il ne les voyait pas comme le tout naturel caprice, devenue habitude, d\u2019une femme artis\u2019 en toutes choses et à qui c'était simplement un jeu joli pour les yeux, mais ils lui masquaient soudainement jusqu\u2019à l\u2019âÂme délicate, ingénue et charmante qu\u2019il avait commencé d'aimer très sincèrement d\u2019une amitié sans trouble si peu de temps auparavant.Et, en cette même minute, elle, bien féminine dans un inconscient désir qu\u2019il la trouvât \u201cbien\u201d, était contente d\u2019avoir revêtu de jour-là cette robe qu\u2019elle savait exquise.Après que le jeune homme lui eût donné tous les détails sur la convalescence de Lifiette, il dit: - \u2014 Mais je suis chdrgé d\u2019une commission.Liliette jure qu'elle n\u2019avancem pas maintenant dans sa guérison, si vous ne venez plus la voir\u2026.songez donc! huit jours que vous n\u2019êtes venue ! c\u2019est très, très mal! L'enfant parle de vous sans cesse, elle dit que dans sa maladie elle vous a vue deux ou trois fois nettement quand on la Vos.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1918 croyait endormie ou en délire, et que, depuis, chaque fois que vous êtes venue, elle a eu peur que vous ne fussiez pas bien réelle, bien vraie, parce qu\u2019elle était encore si faible.Maintenant, cette dernière semaine a amené un progrès étonnant, il faut venir, je vous assure.\u2014 Mais j'ai été très occupée, murmura Lina, \u2014 détournée, je ne sais vraiment comment le temps passe! -\u2014 Je ne sais pas, moi, fit Pierre en secouant la téte, mais j'ai idée que si vous voulez quelque chose, vous trouvez toujours le moyen d\u2019y parvenir! Et il souriait en clignant légèrement ses veux myopes, très bleus et très tendres.Lina le regarda un instant puis rit aussi : + \u2014 Vous avez raison.au.fond, savez- vous?j'étais triste, très triste, et alors j\u2019aime mieux être seule, n\u2019ennuyer personne.Fe s'arrêta stupéfaite.Elle avait pensé tout haut, elle avait dit en quatre mots, sans arrière réflexions.sans analyse desséchante de raisonnement, la vérité; et à qui?à ce garçon presque inconnu au fond.Cependant \u201cce garçon\u201d ne, paraissait aucunement surpris, il semblait trouver cela parfaitement naturel et il n\u2019eut aucune phrase compliquée pour répondre à cet aveu.Il dit: \u2014 Oui, on a des jours comme ça.quand on a à travailler, cela passe vite, mais si on n\u2019est pas occupé, ce doit être désagréable.\u2014- Désagréable est le mot.dit Lina redevenue blagueuse.-\u2014 Et votre frère?\u2014 Mon frère n\u2019est pas bien loin, 1 m\u2019in- quidte.puis, après une courte hésitation, À dit: \u2014 Je vais vous faire d\u2019un projet dont je n'ai soufflé mot à personne, voilà : je voudrais, dès que Liliette sera transportable, les envoyer tous les trois: elle, Marguerite et Raymond au grand air, à la campagne.Les docteurs disent qu\u2019il faudrait à Liliette le bord de la mer: j'ai précisément des parents près de Saint-Jean-de- Luz, notre pays d'origine, comme vous savez, \u2014 ce sont des gens très simples, mais très gentils, très bons.je pourrai im'arranger avec eux, ils ont deux chambres.ne croyez-vouws pas que ce serait bien?\u2014 Parfait.mais dites-moi, vous êtes donc devenu millionnaire pour vous permettre de tels réves?.\u2014 Oh! des réves?.fit-il modestement, ce n'est la qu'un petit projet tout simple.\u2014 Simple! simple! tout est simple avec vous! il est étonnant, ma parole! Enfin, voyons, parlons en bons camarades, vou- lez-vous?11 fit un signe de tête, se sentit à son aise, la retrouvant dégagée des influences extérieures.\u2014 Ca marche donc, vos affaires! les bateaux.car, je suis au courant, nous parlions souvent de vous avec Marguerite.\u2014 Eh ! bien, oui, ça marche, je viens d\u2019avoir une commande directe, où je toucherai non pas une commission, mais le montant intégral de mon travail.\u2014 Oh! que je suis contente ! \u2014 C\u2019est gentil! vous êtes bonne! D'un même élan ils se prirent les mains.11 sembla à Pierre n\u2018avair jamais touché ces mains souples et pâles qui se réfugièrent et palpitèrent dans les siennes comme de doux oiseaux, et Lina ne con- nmissait pas encore cette étreinte franche et ferme de sécurité loyale.Ils causèrent longtemps.La jeune fille sentait une allégrese nouvelle à porter avec ce gargon un secret de rêve pour autrui.À un moment, elle dit : \u2014 Et vous?\u2014 Moi?oh! je resterai ici.\u2014 Non, vous viendrez passer huit jours à la mer vous aussi, mais chez nous, à Royan, au.moment des régates, vous ferez là des connaissances qui vous seront très utiles; d\u2019ailleurs, vous allez venir dîner ici avec votre frère et Marguerite un de-ces soirs et je vous présenterai & papa.I] ne ge défendit pas beaucoup, malha- \u2014\u2014 60 \u2014 Ù Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 bile aux phrases et secrètement conquis par la belle allure de loyale liberté de la jeune fille.Mais quand il fut devant le portrait, il s\u2019écria : \u2014 Mais elle a du talent! un vrai talent! Je lui savais des promesses mais pas à ce point-là ! \u2014 Oui, dit Lina, redevenue sérieuse, c\u2019est une artiste, G.et S.sont venus ici, il y a quelques jours; j'aurais aimé qu\u2019elle entende ce qu\u2019ils ont dit de cette toile qui n\u2019est encore qu\u2019une étude.J'ai été - navrée d\u2019abord pour elle qu\u2019elle ne soit pas à l\u2019Exposition, et puis après, j'en ai été presque contente, car elle va avoir le temps de travailler, dé\u2018s\u2019affermir etdans un an, elle aura fait de ceci une oeuvre tout à fait supérieure, elle aura un début remarquable.Alors Pierre parla abondamment, dans nme expansion et une émotion semblables à celles qui avaient entraîné Marguerite à raconter à Lina les efforts et les espoirs de Raymond, à cette même place, quelques mois auparavanet.Et Lina qui se souvenait de cela, en écoutant Pierre, fut ressaisie d\u2019une mélancolie lourde et douloureuse lui prenant le coeur comme une main géante, l\u2019oppressant jusqu\u2019aux larmes.Et cette impression la fit revenir sur ce qu\u2019elle avait décidé quelques minutes plus tôt: faire-atteler et retourner avec Pierre rue des Grands-Augustins.Elle prétexta une fatigue, une migraine, une course pressée, oubliée, il partit.DEUXIEME PARTIE { \u2014 Au BORD DE LA MER, Un admirable ciel rose, d\u2019un bord à l'autre de l\u2019horizon, couvrait la mer commune une coupe renversée.Un de ces ciels de crépuscules de juin où le jour ne veut pas mourir, et-dont-la beauté semble éternelle ; ciel de flammes et de fleurs qui verse encore de la clarté même à l\u2019heure où la nuit, venue des bois et montée de la terre, s\u2019étend toute bleue et toute sombre, remplissant le monde.C\u2019était la pointe du Socoa plus loin que Saiht-Jean-de-Luz, la falaise blonde énorme et; superbe, la chaine des Pyrénés à gauche, derrière des prés et des champs dorés dans la poudre lumineuse du couchant, et devant: l\u2019océan.Aucun bruit humain ne montait du hameau de Ciboure, couché à droite au-dessus du fort de Socoa, plein cependant du mouvement grouillant d\u2019une population de pêcheurs et où sonnaît \u2018fort l\u2019accent.guttural et profond de la souple et violente langue basque.Mais le grand cri de la mer passait sur a gréve, la montagne et les homme - gloutissant les faibles son le la vie.le était calme cependant, ce soir, cette .: r.Ses vagues régulières apparaissadent, vus d\u2019en haut, comme de très légères ondulations et c'était avec un bruissement doux pareil à un battement d\u2019aides qu\u2019elles mordaient 1a plage brillante et solide dans leur flux puissant.Sur cette falaise, abritée par un pli de terrain, enveloppée d\u2019un grand châle, Li- liette était assise, et tout son être, ses yeux immenses, sa peau de clarté-et ges bras o:1- verts à demi, semblaient aspirer, boire, étreinidre et s\u2019emplir de toute la splend:r clémente du ciel, de l\u2019eau et de l\u2019air.vresse de la vie la baignait entière et, - lé-à son sang, l\u2019immatériel sang de la nature était en elle.A quelques pas, Marguerite, couchée dans l\u2019herbe, écoutait Raymond qui lisaït à demi-voix, d\u2019une voix qu\u2019elle entendait seule, un poème rythmé.Quand il s'arrêta, il la regarda, et une minute de silence mortel fut sur eux, entre eux.= Enfin, oppressés, ils parlèrent.Raymond, avec un geste qui embrassait d'horizon, dit: \u2019 \u2018 ze GE me ; $ i Ses Vol.12, No 8 LA REVUE Ale Hake plisialy rd tid pit hast fie ali iad ANCA ES ah BE ERIN POPULAIRE Montréal, Août 1919 \u2014 C\u2019est beau! Et Marguerite fermant les yeux comme pour voir de plus belles et plus douces choses dit: \u2014 C\u2019est bon !.Puis, elle s\u2019inquiéta de Liliette, de la maîcheur du soir.On rentra.Dans la salle carrelée, pleine d\u2019une odeur de soupe et de légumes où se mêlait le parfum sacré d'un chèvrefeuille qui voilait à demi la fenêtre ouverte, ils sourirent tous les trois comme s\u2019ils se retrouvaient mieux entre ces murs, puis la cousine de Raymond, \u2014 cousine par alliance, son ari étant un Etcharre, employé au fort de Soca, \u2014- rentra du jardin.Elle trouva à Liäliette des joues et des couleurs nouvelles depuis le matin, et elle faisait cette remarque avec force exclamations tous les soirs depuis six semaines.Marguerite embrasse passionnément sa soeur ; elle ne croyait pas encore à ce mi- \u2018racle de résurrection; la peur et le chagrin qu\u2019elle avait eus lui avaient fait de cet être, son enfant.Fille était, avec Liliet- te, maternelle et infatigable.Après le repas, elle la coucha, et, comme du jour traînait encore au dehors, elle ressortit\u2026 Dans l'ombre, elle devina quel- qu\u2019un.\u2014 Qui est Ià?.c\u2019est vous, Ray 2.\u2014 C'est moi.Et dans sa robe de toile blanche elle parut surgir dans la nuit, soudain, à ses côtés.Il tressaillit, la regarda intensément ; il voyait sa figure éblouissante, rose et blonde, et il vit aussi la lumière de ses yeux ot de ses dents, car elle rit légèrement, délicieusement, d\u2019un rire de bonheur pur, de repos, disant : \u2014 Ah, mon ami! mon ami, que c\u2019est bon! que c\u2019est exquis! c\u2019est un rêve, cette vie ici!\u2026 .\u2014 Ah! oui.un rêve.murmura-t-il.Sa voix était étranglée, rauque.Elle se pencha, effravée tout à coup, sans savoir pourquoi: \u2014 Comme vous dites cela ! Ray! N°êtes- vous pas heureux comme nous, comme moi?Ah! moi, je vous jure, je ne me souviens pas avoir jamais été plus en paix.je \u2018suis heureuse.heureuse! Et vous\u2019.\u2014 Eh! bien, non, pas moi.dit-il presque brutalement.Elle l'arrêta en posant sa main sur son bras.\u2014 Qu'y a-t-il?Ray?.Ah! mais oui.je sais, sans doute, vous pensez que nous ne sommes pas tous ensemble, maman et les petits ont pu aller aux environs de Paris un peu, mais ce pauvre Pierre qui est en ville à travailler, pendant que, grâce à lui, nous sommes ici, nous, libres, insouciants\u2026 c'est vrai\u2026 oh! j\u2019y pense souvent, allez! mais il faut croire qu\u2019on est bien terriblement égoïste quand on se sent fort et content, et je ne puis pas m\u2019empêcher d\u2019être heureuse !.Raymond se remit à marcher sans répondre, elle ne le distinguait plus; elle le rejoignit et, après un moment : * \u2014 N'est-ce pas, c'est cela, Ray, qui vous empêche d'être tranquille et gai?Oh! je vois bien depuis que nous sommes ici, vous avez très souvent votre figure triste, que je n\u2019aime pas!.\u2026 \u2014 Comme s'il y avait une figure de moi que vous aimiez!.\u2014 Pourquoi ditse-vous cela?c'est mal.Vous savez très bien que je vous aime beaucoup, beaucoup.\u2014 Oui.beaucoup.c\u2019est bien cela.dit- il amèrement, et ces paroles qu'elle entendait sans voir celui qui les prononçait, la frappaient étrangement.Son coeur se mit à battre avec force, mais il allait toujours, et ils arrivèrent ainsi, l\u2019âme en tumulte et les lèvres muettes jusqu'au bord de la falaise.Là régnait, toute fluide et d'argent pur, une clarté d'eau et d'étoiles.Etoiles innombrables; elle remplissaient le ciel, y \u2014 62 \u2014 > Viol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 épandant un flot de pierreries et leur reflet roulait sur la mer mouvante.Et la Raymond se laissa tomber sur l\u2019herlbe encore tiède de soleil, et il sanglota, disant : \u2014 Ah! je voudrais mourir.mourir.\u2014 Mourir! cria Marguerite et elle ne put pas ajouter un mot, parce que c'était trop imprévu, stupéfiant, cet appel d\u2019enfant désespéré, clamé parmi une telle sérénité.Mais il se releva, la prit aux poignets, et, avec des larmes: \u2014 Oui, parce que je vous aime, parce que vous êtes tout mon rêve, tout'mon désir\u2026 Malgré elle, elle pensa à des phrases lues de romans, et cependant fut émue, parce que tout était complice autour \u2018 delle pour l\u2019émouvoir.Elle cherchait vainement des mots pour l\u2019apaiser et n\u2019en trouvait pas: il criait: \u2014 Mais cela ne serait pas de la douleur, une misère, aimer!\u2026 Non, vous ne savez pas tout, écoutez: vous parliez de Pierre tout à l'heure.Eh! bien, Pierre, Pierre, j'en suis jaloux, jaloux parce que vous l\u2019aimez, parceque.\u2014 Moi?j'aime Pierre ?.\u2014 Non?c\u2019est vrai?vous ne l\u2019aimez pas?demanda-t-il ardemment, lui reprenant les mains.Elle songea qu\u2019elle n\u2019avait pas nié absolument, et cependant aussitôt, à son cri de surprise, il se prenait à imaginer tout ce qu\u2019il aurait voulu qu\u2019elle dise, à la croire en cette imagination.Elle frémit à le sentir presque sauvage dans sa passion, tandis qu\u2019il enveloppait ses mains de baisers et murmurait : \u2014 Ah! Maggy $ Maggy! comme jal souffert !.c'est que voyez-vous, il semblait qu\u2019il y eût bien des choses entre nous.je n'ai pas de fortune, pas de situation à vous offrir, mais j'aurais travailié, je travaillerai! vous verrez! j'ai foi, j'ai confiance.maintenant.Avant, oh! et tout à l\u2019heure encore! je crois rêver, ce qui = me faisait mal, me torturait, c'était cette pensée : elle aime Pierre.et j'étais jaloux de lui, de mon frère.j'ai honte maintenant! Ah! je suis fou.Elle vit passser sur son visage une sorte de sourire enchanté, et, tout aussitôt, une expression de crainte : \u2014 Mais tu ne dis rien, Marguerite?dis- moi si éoi, tu m\u2019aimes?Et alors, elle reconnut des paroles déjà entendues, elle revéeut des minutes où un homme qui disait l'adorer l'avait interrogée, et où, enfant ignorante et inconsciente, prise au mirage des premiers mots d\u2019amour, elle avait confondu ces mots avec l'amour même et s'était 11% sans bien savoir pourquoi, ni commer .Le secret dc ses sentiments, de ses sensz.:ons d\u2019alors, se ranima, vivant; et, de n'être plus sans expérience, \u2014 hélas! \u2014 elle dégagea sa pleine conscience libre et ferme.Elle dit: \u2014 Mon ami, je vous ju que je n'aime personne.mais ne me :! \u2018aandez pas,» voug répondre maintenan\u2019: je ne m'at dais pds du tout & ce que us vent me dire.À ce moment, elle sontit = > mentait un peu, et s'arrêta une secon:!- puis: laissez-moi réfléchir, et promette:- moi de ne plus dire de choses folles comme tout à l\u2019heure, de vous calmer.dites, vous voulez ?.Mais il n\u2019entendait rien et elle désespé- Trait de voir finir cette scène qui l\u2019envahissait d\u2019énervement dangereux, quand Fran - çois Etcharre survint, la pipe aux dents, et se mit à leur tenir des discours sur le temps et la pêche.Il disait des choses rudes et simples relatives à l\u2019humble et courageuse besogne quotidienne, précisément ce qu'il fallait pour raffermir leurs coeurs troublés IL \u2014 UNE LETTRE.Pierre remontait ses étages jurant con tre les sentiments d'économie de son propriétaire et des concierges qui, sous pré- ti Chats .rigid) Clg fa \" .8 ON 21 '10A LA REVUE POPULAIRE A texte (len était en juillet jugeaient à propos de n'allumer le gaz qu'à neuf heures et demir, comme si, dans cette étroite et obscure spirale, la magnificence de l'été et des j jours longs se fit jamais sentir! 11 heurtait les angles et les marches, n'y voyant goutte.et serrait précieusement dans sa main nveloppe qu\u2019on venait de lvi remettre et \u2018où il-a\u2018ait reconnu l'écriture de Marguerite.À peine dans son appartement, il aspira une odeur de graisse.et de friture venue d\u2019une cuisine.voisine et s'empressa d\u2019ou- vrirfarge la fenêtre de la salle à manger dès qu'il eut allumé la lampe.C\u2019était chaque soir une impression aussi triste,-à se retrouver là tout seul.Pendant l'absence de son frère, il avait supprimé la femme de ménage et prenait ses repas au\u2018restaurant., \u2018\u2018ependant il ne disait jamais cette impression dûns ses lettres aux absents.Vite il déchira cette enveloppe où deux - lignes d\u2019une main connue lui donnaient l'espoir d\u2019une bonne, longue lettre, et il eut une déception, car de cette main il n\u2019y avait que quatre lignes au crayon accompagnant une page couverte d\u2019une écriture d'enfant inégale, chevauchante.\u201cCher Pierre, \u201cVoici une lettre de Liliette: la chérie .est si fière et si heureuse de pouvoir écri - re! elle a un peu honte d'avoir tant oublié, mais a voulu que ses premières lignes fussent pour vous, après maman.Impossible vous en dire plus long aujourd\u2019hui.Grandes amitiés reconnaissantes.MARGUERITE.11 soupira un peu, puis raisonnable, pensa : ce sera pour une autre fois, et s'atten- rit à voir les lignes timides de Liliette.11 lut: \u201cNotre grand ami, \u201cSi vous saviez comme je pense à vous! Montréal, Août 1919 tout le temps, je crois, même en pensant à autre chose, parce que c'est par vous.je le sais, que je puis être ici.Je me rappelle quand vous me racontiez des histoires de votre pays, voilà, j'y suis maintenant, et je crois que je rêve, que je vais me réveiller comme avant\u2026 Mais non, c'est une vilaine idée.Je vais vous raconter ce que nous faisions.Nous restons dehors toute la journée, Ray s'étend à plat ventre sur l'herbe et il écrit, il écrit, souvent il s'arrête, il regarde Marguerite qui peint et tout de suite elle lève la tête, le regarde aussi et il sourit; il a l\u2019air d\u2019avoir trouvé ce qu\u2019il cherchait, puis nous parlons; c\u2019est drôle, je parle beaucoup moins depuis que j'ai été si malade.Mais j'aime à écouter.je ne comprends pas toujours mais j'aime à les voir tous les deux, ils parlent vite, vite et beaucoup comme si jamais ils ne devaient avoir le temps de tout dire pendant toute la vie! Quand ils sont fatigués d\u2019avoir travaillé, ils vont se promener pen- dans que Mme Francois vient pres de moi; elle est très gentille, je l\u2019aime beaucoup.Quand Ray et Marguerite rentrent, ils ne parlent plus du tout, Ils marchent tout doucement avec un air un peu endormi Ah! mais ce que j'aime, c'est la mer; je crois que c'est pour mieux l'entendre que je ne parle plus! Mais je suis fatigude, mon grand ami, voilà longtemps que j'écris, pourtant je-me porte très bien, je ne .suis pas bien grasse encore mais je suis grande, grande !.\u201cJe vous aime de tout mon coeur et je vous embrasse.Votre petite LILIETTE, \u201cP,-S, \u2014 Margueritefh'est pas gentillle, elle dit que ma lettre est ridicule, ça me fait de la peine parce que j'ai écrit tout ce que je pensais et je croyais que vous seriez content.j'ai pleuré; alors elle l\u2019envoie tout de même, mais je suis très triste.Jà vous embrasse encore et dites-moi, bien vrai, si vous n'aimez pas ma lettre?\u201d ERAN) w\u2014 Gh \u2014\u2014 pret er _ = 2.X31) = ss, Ÿ n 5 = ss 0 Ed + = ES tes / £2 iy + | Gl : w Se EF # is N 3 3 es se A \\ wad 5 oot 2 Ae 3 = 3 Vol.12, No 8 £ = 5 5 | \\ a 5 x4 3 : > et is Ms pT ce > | \\ \\ pes NY es / £3 5 ie ok > Fe Ze ES 2 os 5 Se L = DN \u201c VA 5 PR ue Ce a 5 ss En Hw 25 FE Se we Pc i = ne = io oF Ro cu Si = ve À au no h b & Ls J ti.Pd \u201cMennuyer! Ah! mad ¢) gs Re 37 igh oe En Sh np ay £23 Ly & Ve id a x =.; I oy 22 ATS a Fors : his, Hn ne us era v ! 5 ve = 0 3 S it 7 5 ze i x a XY 21 I = Res ie emoiselle L eX 73 : > + Ve 4 \u201c« fy =, = SH TE \u201cÀ ve © n° 2 hE a 24 SE & 2 2 Ni a?tot ie SF Xe se a.5 % A fos Ws SRE + ina, \u20ac Rn Fag 2 | | wn SN .2 fv 5 se PE} : pall i i WN Wu 3 oN: 2.= + = KR ; \\ \\ MW i Eu | A WW A ay a | SN \\ Site 2 2 | A \\ \\ 4 Ny may 4 EN + A SE i 5 \\ \\ N WN \\ her.eu \\ W ie = A ¥ Ai \\ AN se ie ay = \\ Er ON S HE se LA REVUE POPULAIRE 2 EE 5 .; A NON \\ = = 3! Es GE SR 2028 | La ee 0x tr : er = 3 / x, ai o er\u2019 iP AI 35) 2, nb fide WN va Lie => 5 | \\ il 2s Ta % Sr / / Tee ES A & À 2 WW Bing Aer RR YT Le A 2e NE) x ZX | / à REY Lo Be go WN \u201cJe! = Si A \\ NAN Wy a 4 us of » & SE; SE | | \\ | ety.2 ï EN \\ | 7 | 4: eas ei ge tees ne ae = \u2018est très mal de vous moquer « A à A 2 a .© Er Fe HY 4 de 3 AR hh Ni a fa A is si + À CS = AVE | \\ NW f SR > ca \\ \\ | / \\ sf / pox A Ty aati ee de À | à À \\ 2 = Er Ge i A = ne q Re = ve AA WN AR = A 28) Toh » SL \\ Se > ok SAE A A > oN 7 = oe > > nt v wn Cad RS x À SE Si sa : 9 Montréal, Août 1919 in i Laie [ET iN EA) i TAO de a Tr Pa ie = .om REY, ri = _ yp ELT ss = eis pes 2 Toone LA fal Voi.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréaî, Août 1919 Pierre fit deux tours dans la chambre, pnis s'assit dans un coin, sur une chaise, regardant devant lui.Ses paupières battirent.la lumière de la lampe blessaït ses yeux sans doute.Il souffla la lampe.- Un grand silence dans la chambre obscu- e\u2026 il semblait qu\u2019il n\u2019y eût 14 personne.il y tenait pourtant un monde d\u2019amour et de chagrin.A-près très longtemps, il se parla à mi- voix: \u2014 Eh bien, quoi?s\u2019ils sont heureux /.TTL.\u2014 FRÈRE RAISON NABLE.\u2014 Eh! bien, \u201cfrère raisonnable\u201d, vous re vous enmuyez pas trop parmi tous, les frivoles?.Ft devant Pierre qui fumait, étendu sous la vérandah, dans un rocking-chair, Lina apparut.Elle souriait, et quelque chose de nouveau était sous son sourire; une indéfinissable chose très jolie et très douce.\u2014 M\u2019ennæyer ! Ah! Mademoiselle Lina, c\u2019est très mal de vous moquer ainsi de moi et de me \u201cfaire sentir ma sauvagerie d\u2019ours! je sais que je suis souvent incorrect avec mes distractions, mais.\u2014 AHons, hon! si vous vous mettez à faire des phrases à présent, je vous renie\u2026 Alors vous ne vous ennuyez pas?eh! bien, vous êtes trep poli! moi, je m\u2019assomme! - Elle bâifla à la façon des jeunes panthères lasses et énervées.Il la considéra perplexe.kmg-chair et se batançait légèrement, les Elle s'était installée dans un autre roc- yeux au vitrage où couraient des glycines et des vignes d\u2019Amérique.\u2014 Hi fait chaud, vous ne trouvez pas?Pierre rit: \u2014 Je vous assure qu\u2019en sortant de mon \u201cpetit entresol des moineaux\u201d de la rue des Grands-Augustms, où par la température sénégalienne de la semaine dernière en aurait pu faire euire-un oeuf sans feu, dans le placard, je ne puis pas me plaindre de la chaleur telle qu'on la sent ici! L'air de Ja mer, l'air des pins, cette installation, ces stores, ah! maïs c'est dangereux ici, vous savez, c'est la maison de la paresse et des délices! \u2014 Allons donc! papa se charge assez, je pense, de vous faire travailler! Depuis qu\u2019il a son canot en tête.Pierre eut l\u2019air très content: \u2014 Il l\u2019aura bientôt sous les yeux et sur l\u2019eau, je vous jure! je suis retourné au chantier ce matin.\u2014 Encore! tenez, vous êtes insupportable, et je vais me fâcher, de vous donner un mal pareil !\u2026 mais non, je ne me fâche pas, il fait trop chaud ! Pierre hasarda : \u2014 Vous avez pourtant une robe qui doit voys être légère?\u2026 -\u2014 Tiens! tiens! vous daignez regarder ma robe?Oh! mais, vous faites des progrès, \u201cfrère raisonnable\u201d, eh! bien, av qu\u2019elle n\u2019est pas ratée, ma robe et criezt vive Doucet ! Elle se leva, tourna devant lui: exquise, haute, souple comme une fleur dans sa gaine de mousseline rose a pois, évasée en volants, au bas de Ta jupe, à la gorge, aux manches; et, sous des incrustations de valenciennes transparaissaient des losanges de peau.Elle se rassit: \u2014 Et quand va-t-on à Saint-Georges-de- Didonne dans les grottes ?\u2014 Quand vous voudrez.\u2014 On ira à pied, voulez-vous, demain matin, de bonne heure, tous les deux ?\u2026 Ah! voilà les autres! quelle scie! Alors vrai, vous ne vous ennuyez pas?Vous vous plaisez ici?\u2026 .Elle était revenue tout près de Jui et Pin- terrogeait avec une sorte de vivacité im- quaète.Il pensa : \u2014 Comme elle est bonne et gentille! Et dit: oui.de la tête, avec un de ces sou- = GG \u2014 Voi.12, No 7 LA REVUE Montréal, Juillet 1919 POPULAIRE rires où toute son âme honnête, ingénue et tendre, passait.Cependant, elle Peffarait toujours un pen dans sa grice libre; et 11 ne s\u2019habituait pas à la voir témoigner avec les hô- tes nombreux de son père, presque tous des Parisiens, des artistes, cette gaieté hardie et blaguéuse qu\u2019il savait lui être un masque.Il le savait, il en était sûr maintenant, parce qu\u2019elle lui avait parlé dans un abandon de sincérité parfaite.Elle avait pu, et sans effort, en ces quelques jours de vie commune, lui dire mille choses qui lui avaient toujours semblé impossibles à prononcer.Et, parce qu\u2019il acceptait, sans phrases, ses confidences, elle n\u2019avait pas de peine à les achever.Seule avec lui, si elle était triste, elle avouait: \u2014 Je suis triste et les raisons profondes et lointaines de cette tristesse se déroulaient tout simplement au hasard des paroles.Il répondait par des mots précis, simples, et jamais elle ne sentait le vide sous ces mots; ils étaient comme les notes justes et harmoniques d\u2019une mélodie qui fut pleine de pensée avant d\u2019être extério- Sée en sons.Le littérateur Silvany qui se flattait du don de l\u2019observation aiguë et impeccable, trouva gentil de dire un soir à Lina en sortant de table: \u2014 C\u2019est votre dernier amoureux?ce monteur de bateaux ?.\u2014 Vous êtes idiot, répondit Lina.Ces saisons de Royan étaient généralement insupportables à la jeune fille.Elle n\u2019y avait pas plus qu'à Paris, d\u2019intimité réelle avec son père \u2014 bien que ce- Qui-ci fût plus continuellement présent chez lui; \u2014 et elle n\u2019y retrouvait point la compensation de recueillement libre ot elle pouvait vivre, comme une volontaire prisonnière un peu bohémienne, en son ate- Lier du boulevard Péreire.M.Morel eût LC fait venir tout Paris en sa propriété de Royan si la maison eût été assez grande.Mais comme elle Pétait déjà suffisamment, et que les invités venaient par séries, c\u2019était um défilé incessant pendant deux mois, car c'était une maison où l\u2019on s\u2019amusait.Le luxe un peu fou, la liberté un peu débraillée quelquefois, le charme qu\u2019apportait là tout un lot de femmes jo- Hes, spirituelles, gaies, et la pointe de rosserie qu\u2019entre eux, les maris, frères ou pères de ces femmes, mettaient à juger les confrères absents, tout était comme une mousse légère, pétillante, grisante.Lina, habituée à cette atmosphère dès sa naissance, l\u2019avait en horreur; or, qu\u2019elle pût si bien dissimuler cette horreur jusqu\u2019à paraître souvent l\u2019âÂme même de ce cercle, confondait Pierre.I le lui dit franchement une après-midi qu\u2019ils étaient allés seuls au bois sacré.On appelle ainsi dans le pays un bois profond, merveilleux, qui se trouve tout près de Saint-Georges-de-Didonne, un faubourg de Royan, au bord de la route postale qui va à Meschers.Les arbres séculaires font de leurs cimes mélées une voûte mouvante, où le ciel ne luit que par éclairs comme un oeil bleu.Une douceur mystérieuse peuple les taillis obscurs, et, si près du chemin et de l'humanité, on s\u2019y sent, très loin et très très seul, parce que l\u2019âme antique de la forêt qu\u2019on mutile y est réfugiée.Silencieuse, Lina, le dos aux aiguilles de pins qui faisaient un tapis roux et glissant, les crls mi-clos sous ses yeux d\u2019or se laissait prendre au bonheur possible que ce serait d\u2019être là avec un être qu\u2019on aimerait et dont on serait aimée.Pierre qui la regardait rêver avec ce beau visage détendu et tendre, ce visage sans masque, se plad- gnit à elle, affectueusement, simplement, de ce qu'elle se montrât si rarement ainsi.\u2014 Vous, si franche on ne vous voit pres que jamais vraie.Elle laissa parler.1] expliquait par œ _\u2014- 67 Vol.12, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Juillet 1919 a dérobement perpétuel d\u2019elle-méme, son apparence d'énigme; disant que ceux-là mé- mes qui seraient tentés le plus vivement de pénétrer son coeur et sa pensée, se rebuteraient et se lasseraient à conquérir, non pas de la confiance, de l\u2019abandon.mais le naturel immédiat, manifesté au plus insignifiant détail de l'existence par ce coeur et cette pensée.\u2014 Vous êtes insaisissable, vous échappez a tout, a tous.\u2014 Pas à vous toujours qui venez de me démonter pièce à pièce mon caractère, avec une précision d\u2019horloger en chambre, pour me prouver que je suis une insensible.un coeur en marbre vert, quoil.\u2014 Là! encore maintenant! pourquoi ce besoin de dissimuler votre réel mouvement?Ce que je vous ai dit vous a troublée, je le vois, je le sais; pendant que je parlais, vous m'avez très bien comprise, vous vous disiez: c\u2019est vrai, peut-être un jour passerai-je près d'un qui mn\u2019airherait telle que je suis au fond, et qui ne m\u2019aimera pas telle que je me montre.Cette idée vous a fait un peu peur, un peu froid.Eh! bien, vous niez cette émotion, même vis-à- vis de moi, moi qui vous connais déjà bien, et suis pour vous\u2019 comme un frère, un grand frère.vous m'avez dit un jour que vous auriez voulu avoir un frère aîné.je voudrais le remplacer un peu, celui que vous n'avez pas eu.Une demi-seconde, elle le regarda dans les yeux et s\u2019y vit tout entière jusqu'au fond de l\u2019âÂme; à la lumière calme et tendre de ces yeux, elle reconnut la vérité nouvelle : elle aimait.elle aimait.Ses lèvres tremblèrent, il vit cela; son coeur s\u2019angoissa, et à ceci il fut aveugle.Il dit: \u2014 Vous voyez bien que j'ai raison.\u2014 Raison?dit-elle lentement, et debout, elle enlevait avec soin les aiguilles de pins accrochées à sa jupe, raison ?sans doute.n'êtes vous pas le frère raisonnable\u201d !.\u2026.Comme ils s'en allaient, il dit, montrant l'or du soleil couchant qui pénétrait la forêt et la faisait glorieuse, et la poudre rose du soir qui incendiait Ja route, et l'horizon de peupliers tremblants et de champs blonds noyés d'une couleur merveilleuse : \u2014 J'aime ce pays.je voudrais que Marguerite pût voir cecl.\u2014 Moi aussi, je voudrais.répondit Lina, et, pour la première fois, elle lui mentait.Ce même soir, après le diner, Pierre vit M.Morel remettre à Lina une lettre ouverte, et, tandis qu'elle lisait, il la regardait avec une attention inquiète-Elle mit la lettre dans sa ceinture disant à haute voix : très bien ! Son père parut indécis un instant.Il effilait ses longues moustaches si claires qu'on ne savait plus si elles étaient blondes ou blanches, puis il finit par murmurer quelques mots indistinets auxquels Lina répondit par un autre: très bien! plus vibrant encore.Plus tard, Pierre la trouva singulièrement énervée dans ses allures plus libres que jamais, avec une fébrilité plus accentuée de rires, de paroles hardies et paradoxales.En incorrigible sauvage, il se réfugia dans le billard dès que les jours l\u2019eurent fait désert et là, vers minuit, comme Lina passait sans le voir avec une expression tout à coup désolée sur son beau visage, il arrêta la jeune fille : \u2014 Qu'avez-vous donc?Quelque chose vous tourmente ?Elle commença à rire: \u2014 Où prenez-vous ça?\u2014 À vous voir, simplement.T1 posait ses yeux francs sur elle, elle ne résista pas.\u2014 J'ai ça.dit-elle tirant à demi du galon de pierreries qui cerclait sa taille la lettre froissée que lui avait remise son père.-\u2014 68 \u2014 Vol.19, No ?LA REVUE POPULAIRE Montréal, Juillet 1919 r \u2014 Ah!.11 n\u2019interrogeait plus, attendant, un peu embarrassé.Et elle, poussée par cette force invinet- ble d'abandon qui lui dénudait le coeur devant lui: \u2014 Et ça, ça représente une femme, une très jolie femme, qui arrive ici demain: Mme de Sorgue, comtesse Rosita dans l\u2019intimité, la plus belle veuve de l\u2019avant-dernière saison, et le très vif flirt de monsieur mon père.il les avait invités, elle et son frère, sans me rien dire, et ceci est la réponse.oh! excessivement convenable.la lettre qu\u2019on peut montrer à sa fille : mille excuses et regrets du frère qui a un engagement ailleurs, mais madame accepte \u201cpour venir voir sa chère petite Lina.\u201d Je suis là, moi, vous comprenez, pour sauver les situations !.Ne me regardez donc pas avec ces yeux ronds et effarés, cela m\u2019agace !\u2026.Pierre baissa les yeux, docile.Lina éclata de rire, et, appuyée au bord du billard, les coudes en arrière, ployée, cambrée en une belle attitude lasse et étirée, elle continua plus bas: \u2014 Vous me direz que ce n\u2019est pas la première fois sans doute que je dois servir à des arrangements de cette sorte, et que je n\u2019ai pas l\u2019air dans mes conversations, mes manières, d\u2019une fille que cela doit tant ef- oucher ?Pierre ne disait rien.\u2014 C\u2019est vrai, mais cependant, cette fois, c\u2019est d\u2019une façon vraiment trop ouverte que les choses se passent.Ah! oui! les flirts de papa! ce que jen ai vu, et il ne faut pas dire non plus que cela ne me regarde pas.quand cela en arrive au point d\u2019affichage où en est celui-ci et qu\u2019on me les impose de si près!.Sa voix montait dans une explosion subite de colère.Pierre eut peur qu\u2019on ne l'entendît.Il se leva, lui prit les mains, cherchant à la calmer comme un enfant nerveux avec des paroles affectueuses, apaisantes, Alors elle baïissa la tête et ce fut un murmure susurré, vaineu, suppliant, exhalé de ses lèvres tremblantes, de sa gorge serrée, de son pauvre coeur gonflé, débordant enfin de toute la fière douleur toujours inavouée.\u2014 C\u2019est que, voye-vous, vous ne pouvez pas savoir.je vous semble exaltée, folle peut-être en ce moment, mais ce n'est pas cela seulement, ce n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui que les choses me font mal, me blessent.c\u2019est que j'ai toujours, toujours été seule, abandonnée.Mon père, ah! je l\u2019aime certes! et comme je l\u2019aurais aimé avec bonheur, admiré, n\u2019ayant plus que lui, puisque maman.vous savez.sa Voix mourut.Pierre serra plus fortement ses mains, elle reprit: \u2014 J'avais rêvé une intimité tendre, quelque chose de très fort, de très doux, de très bon entre mon père et moi, et puis, je ne suis pas une telle indépendante, \u2014 elle reprit un air délicieux d\u2019enfant tendre, \u2014 j'ai l\u2019air ainsi frondeuse parce que j'ai horreur de faire entrer les gens dans la vérité de ma vie, mais, au fond, j'aurais tant désiré, oh! tant ! être toujours gardée, guidée, soutenue, conseillée.Ah! oui, conseillée! Je 1\u2019ai été.par les amies de papa! Combien m\u2019en a-t-il amenées, présentées, m\u2019en entourant, trouvant commode, pour le monde, que je les reçoive ouvertement chez lui, parce que c\u2019était pour le \u2018monde chez mo.Et quand cela changeait, je le voyais tout de suite.des mots, des allusions, tout un travail adroit pour me \u2014 et se \u2014 débarrasser d\u2019une intimité gênante\u2026 mais, de l\u2019intimité avec moi, il n\u2019y en avait jamais beaucoup! Aussi, papa adore mon caractère, il le trouve si commode!.\u2026.Et moi, j'aurais pu faire ce que j'aurais voulu, être une flirteuse enragée, une coquette.est-ce qu\u2019il s\u2019en serait aperçu seulement! il est bien trop occupé ailleurs! \u2014 Chut! Chut! fit Pierre avec autorité, vous parlez en ce moment comme une en ' oom 69 \u2014 / Lt, Vol.12, No 7 tthe ttc tL LA REVUE POPULAIRE Montréal, Juillet 1919 fant que vous êtes; si votre père vous laisse si libre, c\u2019est précisément qu\u2019il vous connaît, sait que vous êtes très au-dessus des autres; il est fier de vous.Elle éclata : \u2014 Mais je souffre! je souffre! et il est d'une inconscience si grande, j'ai honte pour lui et pour moi.À le voir agir, ne croirait-on pas que je lui suis tout à fait indifférente, moi, mon avenir, ma réputation, mon bonheur peut-être.n'ai-je pas pu entendre dire, une fois, dans un salon, à quelqu'un qui ne me voyait pas: Lina Morel?la pauvre petite, elle est gentille, mais son père la compromet dans une société impossible! Voilà.je vous parais bête, hein?et bourgeoise.Mais c\u2018est plus fort que mboi\u2026 j'ai eu beau essayer de prendre cette vie comme on me la faisait, d'y être naturelle, contente: impossible.il me semble toujours qu\u2019on abîme en moi et autour de moi quelque chose qui aurait pu être très bon, très beau et que je n'aurai jamais.Et c'est la force et la sincérité de ce sentiment amer, oh! si amer! qui me donne le droit de tout dire.car, en- gn, si j'aimais moins mon père, si j'étais une frivole et légère créature, est-ce que tout cela ne me serait pas égal.mais égal! Ah!.\u2026 Enfin ici, pour tout vous dire, j'ai peur de cette femme.elle veut se faire épouser, je ne sais pas si elle y arrivern, mais j'ai peur.je la déteste ! elle est terriblement dure et égoïste, mais elle a un grand empire sur papa et, le jour où il sera bien à elle, comme elle ne m'aime pas non plus, alors il ne sera plus du tout, du toutà moi.\u201c Elle reprit haleine, et, les yeux aux yeux de Pierre: \u2014 Croyez-vous maintenant que j'eusse pu dire un mot de tout ceci à tout autre qu\u2019à vous\u2019.Il dit: non, avec une ferme tranquillité et remit à plus tard le soin de s\u2019expliquer comment et pourquoi il se trouvait ainsi ehoisi, unique! pour ces confidences; et d'un choix qui était chose profonde de 4a part de cette créature d'une fierté d\u2019âme si réservée et si jalouse.En ce moment il lui venait un attendrissement, une pitié devant elle.Elle apparaissait si différente d'elle-même, ainsi vaincue, l'âme livrée, une pauvre défaillante et implorante âme féminine et pure, avide de soutien et d'affection.Mais son apparence physique était un trop vif contraste avec cette misère secrète révélée : et le décor qui parait sa grâce, la courbe royale des épaules, sous les dentelles de sa robe faite d*une étoffe chamarrée, aérienne et précieuse, sorte de fourreau étrange avec des pierreries à la ceinture et aux poignets, cette somptuosité de beauté dominatrice et de luxe prodigue qui la couvrait, la lui faisait encore, et malgré tout, irréelle.Elle lui semblait une héroïne de féerie, très Loin de lui, de la réalité ferme et morne de sa vie, jusque dans cette confiance excessive d'amitié dévoilant de très tristes vérités.I] la plaignait avec tout son coeur compatissant et la solide \u2014 inébranlable désormais, \u2014 affection qu'il lui avait vouée en la reconnaissant très hautement bonne et fière.Elle penchait son éclatant visage passionné ainsi qu\u2019une admirable fleur alourdie d'orage.et répétait d'un ton presque enfantin : \u2014 Toute seule.toujours seule, c'est si lourd de vivre seule.Et elle se calmait inconsciemment à sentir ses mains prises dans la robuste étreinte des mains de Pierre.Celui-ci dit doucement: \u2014 Puisque vous me traitez en ami, je puis bien vous donner un conseil?Elle fit: oui, de la téte, sans parler.\u2014 Eh! bien, il n\u2019y a qu\u2019un moyen pour sortir de 14: mariez-vous.Elle le regarda, toujours muette, Il ré- Vol.12, No 8 LA REVUE POPULATRE Montréal, Août 1919 péta avec la même expression calme et bonne.\u2014 Il faut vous marier.\u2014 Me marier?.dit-elle très bas; oui.je ne sais pas.peut-être.\u2014 Oh! je ne dis pas tout de suite! fit-il en riant, et pas avec le premier venu, mais si vous êtes moins révoltée, moins.fantasque\u2026 vous me pardonnerez le mot?Vous trouverez.Vous avez dû être difficile, très sévère, très méchante déjà, pour beaucoup qui vous aimaient et que vous auriez pu aimer.\u2014 Vous croyez ?.\u2026 \u2014 J'en suis sûr.Vous verrez, réfléchissez, \u2014 vous serez heureuse, vous avez tout pour l'être, \u2014 et ce sera la seule chose raisonnable.Elle le vit toujours sans trouble, souriant et brusque, lui arrachant ses mains: \u2014 Merci! vous êtes un excellent docteur, \u201cfrère raisonnable\u201d, je réfléchirai, bonsoir !.Et elle s\u2019enfuit.Il demeura surpris un peu, \u2014 pas trop, parce qu\u2019il la jugeait toujours indéchiffrable, et sortit sur la terrasse déserte, presque toute la bande étant partie pour le casino de Royan, \u2014 repris par la pensée porofnde et déchirante qu\u2019il ne parvenait pas à endormir: son frère.Marguerite.ils catraîent.\u2026 La chatabre de Lina, à la Villa, ressemblait au rêve d\u2019un artiste qui serait un peu toqué et très séduisant.\u2018 Avec son goût hardi, ses caprices sans bornes d\u2019enfant riche, et toutes les ressources d'art dont elle disposait, elle s'était occupée passionnément de cette chambre.Les murs, d\u2019une affectation de primitif raffiné, étaient crépis à la chaux, mais d'un crépi particulier où entrait une substance brillante et moirée qui mettait 13 un mirage de neige, le luisant d\u2019une poussière de \u2018diamant, RET Le peintre C., I\u2019 intime ami de son père, v avait jeté en frise capricieuse et interrompue quelques profils étranges, ébauches de songe, dont le dessin, arrêté au col d\u2019un trait sec, faisait comme des visages de belles décapitées.D\u2019hiératiques fleurs, de couleurs si pâles qu\u2019elles paraissent surgir et transparaître au mur comme au re- Plt d'une eau claire, liaient entre elles ces figures.A mi-hauteur, les parois étaient tendues de morceaux d'\u2019étoffes superbes et disparates, mais toutes dans la même tonalité d\u2019un bleu vert tenant en présence dans leur trame les couleurs infinies, les uniques couleurs des océans, des feuillages, toute la glorieuse et changeante nature.Il y avait là, au hasard des trouvailles ou des commandes faites par Lina et exécutées pour elles dans les fabriques, des brocarts raides et lourds évoquant des reines mortes; des soles tissées d'argent qui ondulaient au moindre vent comme un flot léger, et encore des gazes merveilleuses, pareilles à des nuages sur la mer.Le plafond était de bois laqué, vert pâs le, à caissons, où des moulures sculptant de vagues images de bêtes ailées et fantage tiques, s\u2019incrustaient, en relief de pierre ries d\u2019émeraudes, de saphirs et de ture quoises.Trois meubles seulement dans cette chambre: un lit bas, carré fait en son cadre extérieur de sirènes et de tritons; une très grande table d\u2019une forme excessivement simple et dont le dessus s\u2019ornait de peintures exquises: scènes allégoriques traitées à la Watteau, enfermées de médaillons de roses en chaînes, enfin un vaste fauteuil de bois tourné, tout blanc, pouvant se déployer en chaise longue, et encombré, couvert de coussins, tous blancs également, dans les étoffes les plus diverses, quelques-uns dans des housses de dentelle.Deux glaces encastrées sans bordure, poe 4] Voi.12, No 8 LA REVCE aux panneaux de droite et de gauche agrandissaient la pièce, et là fenêtre en baie, large de trois mètres, y faisait tenir l'horizon immense de la mer quand on levait les stores bleus et verts.Le parquet était couvert de nattes de riz où des oiseaux et des fleurs prenaient l'animation amusante et magique du génie japonais.Point de bibelots.Au hasard dans la chambre de très hautes poteries de Gallé, des vases en forme de bêtes s\u2019emplissaient toujours de lueurs très simples: des bottelées de genêts éclaboussaient d\u2019or les angles, et des bruyères roses et fines exhalaient l\u2019haleine vive et douce de la forêt.Dans cette pièce, Lina avait vécu, réfugiée, des heures\u2018assez calmes parce que son esprit se plaisait au jeu harmonieux des choses autour d\u2019elle.Elle demeurait facilement inactive, couchée en sa grande chaise blanche, ou accoudée à la table variée comme un musée en miniature.Elle ne sennuyait point ici, glissée sans effort à une vague rêverie où s\u2019estompait son habituel souci, où l\u2019ouate de la grâce ambiante l\u2019isolait de toute pensée brutale, immédiate, extérieure.Or, depuis quelques jours la jeune fille fuvait cette solitude et cette rêverie qui ne l\u2019enveloppaient plus, et la défendaient mal contre une nouvelle angoisse.Ce matin encore elle tournait là comme une bête en cage, paresseuse à terminer sa toilette et à descendre se distraire au mouvement de la maison, énervée au ressasse- ment de deux ou trois pensées, toujours les mêmes qui enserraient et étranglaient son coeur de leur ronde oppressante, vertigineuse.Elle s\u2019écria enfin à haute voix en se laissant tomber assise sur le bord de son lit défait : \u2014 Mais qu'est-ce que j'ai! qu\u2019est-ce que j'ai donc! Et tout à coup une onde de souffrance lui monta de l'âme à la gorge, si douce, s1 douce que, ne se souvenant point avoir jamais éprouvé de joie Russi tendre que cette douleur, il lui vint des \u2018 Montréal, Août 1919 POPULAIRE larmes, d\u2019inconscientes, belles et pures larmes débordant ses veux larges ouverts et souriants dans le vide.Elle savait bien ce qu'elle avait.Et elle ne trouvait plus-que ce fût une faiblesse de pleurer; elle se détendait etse fondait dans cet aveu qu'elle s'accordait, oublieuse un instant d\u2019une frayeur secrète qui doublait ce bonheur nouveau.Même elle ne s\u2019en voulait plus, comme elle avait fait depuis trois jours, d\u2019avoir été, avec Pierre, d\u2019une franchise et d\u2019une confiance étendues au-delà d\u2019elle-même, jusqu\u2019à la personne de son père, de ce père qu'elle ne pouvait s\u2019empêcher de juger, tout en l\u2019adoptant.Non, elle ne se reprochait plus cette heure de violence, ne pouvait-clle pas tout Zui dire, puisqu\u2019elle l\u2019aimait?Mais lui?\u2026 et les interrogations douloureuses allaient Ja ressaisir, rompant le charme, quand un coup fut frappé à sa porte et presque aussitôt sur cette s\u2019ouvrit.C'était Mme de Sorgue.Elle entra, vive, éblouissante et magnifique roulée dans un peignoir de soie orange.\u2018 La comtesse Rosita était juive et espagnole.Elle portait en beauté sur tous ses traits les caractères décisifs de sa double race, Ses cheveux obscurs, ses yeux impérieux, sa peau veloutée-et mate, sa bouche petite, forte et d\u2019un rouge ardent ; une taille, des chevilles et des pieds merveilleux, la faisaient un des plus admirables types de beauté qu\u2019on pût voir.Elle le savait, naturellement, et faisait servir l\u2019audace, la rue, la câlinerie et l\u2019orgueil qui formaient son âme, à diversifier et exalter cette beauté.Elle se montra, avec Lina, pleine de douceur, presque enfantine.Elle s\u2019extasia une fois de plus, car elle la connaissait bien, sur cette chambre, \u201cd\u2019une esthétique suprême.\u201d et chacun de ses mots agaçait la jeune fille.Enfin, balancée dans la chaise blanche, une cigarette aux lèvres, Vol.12, No 8 petits pieds parfaits, nus dans des mules de satin noir, elle parlait, parlait sans relâche, ne paraissant point remarquer le mutisme obstiné de Lina.Tout à coup elle dit: \u2014 Qu'est-ce donc que ce garcon dont vous semblez toqués votre père et vous! Je ne peux jamais me rappeler son nom?\u2014 Pierre Etcharre.fit Lina du bout des dents.La comtesse Rosita ferma 4 demi les paupières : \u2014 Une bonne bête ! et où l'avez-vous déniché?ce n'est sûrement pas un Parisien ?\u2014 Si.et Lina s'étonnait de ne pas avoir déjà eu.en réponse, quelqu\u2019une de ses impertinences devenues célèbres dont elle cinglait parfois avec un sans souci et un sans façon du bohême indomptable, les insolences déguisées qui la révoltaient.Cependant pâle et les lèvres serrées, elle se contenait, ne se sentant pas l'esprit assez libre et assez ferme pour montrer l'audace st la souplesse nécessaires à ce genre d\u2019exécution.Mme de Sorgue s'écria : \u2014 Ma chère! vous avez mauvaise mine! qu'avez-vous donc?\u2014 Je n'ai rien.Elle se leva et fit quelques pas entre le lit, la table et cette chaise où la robe couleur de flamme, la chevelure et les pieds nus de cette femme l'oppressaient, l'énervaient jusqu'à la rage.Cependant la comtesse continuait comme se parlant à elle-même: \u2014 Il n\u2019est même pas très joli, votre protégé.et.\u2014 M.Etcharre n'a besoin d'être le protégé de personne: s'il est ici, c'est que cela lui plaît et nous sommes très heureux que cela lui plaise.\u2014 Sans doute.sans doute\u2026 Comme il fait chaud aujourd'hui.n'est-ce pas\u2019.il ya de l\u2019orage dans l'air.Et sur cette LA REVUE POPULAIRE sa robe légèrement relevée laissant voir ses Phrase, par quoi les femmes nerveuses ex- \u2014 73 \u2014 Montréal, Août 1919 pliquent tant de choses, elle sortit.Elle dit plus tarda M.Morel: \u2014 Votre fille est d'humeur inégale.qui sait! elle est peut-être amonreuse !\u2026 \"Elle rit.Morel rit aussi; il trouvait lis dée drôle : \u2014 Lina amoureuse ! blable.Il \u2018dit : \u2014 Et de qui, mon Dieu?elle a déjà refusée êt remballé la moitié des gens qui sont ici et.\u2014 Vous avez de nouveaux hôtes.glissa la comtesse, doucement \u201cvotre basque\u201d.Elle était très renseignée., .c'était 1nvralsems- \u201cMa chère! vous avez mauvaise mime!\u201d \u2014 Oh! quelle plaisanterie! vous êtes amusante! Lina et ce brave Etcharre!l.Non! vous en avez de bonnes!.Lina si froide, si difficile et qui vit de chimères, d'utopies\u2026 et ce garçon ! Vous ne le connaissez pas: tres, tres intelligent, mais terre à terre! simple! une naive et primitive nature! bien intéressant, par exemple, et je l'aime beaucoup, beancoup\u2026.Mais il était déjà distrait, hors du sujet, étant très près de la comtesse Rosita.Celle-ci, sous son air nonchalant et le flot lourd de Viol.12, No 8 LA REVUE ses cheveux en barre sur son petit front de statue, avait des réflexions pratiques.Oui, elle voulait se remarier et que ce fût avec Morel, parce que la situation et la fortune de celui-ci rétabliraient ses propres rentes et sa réputation les unes et l'autre assez compromises.Mais elle ne se dissimulait pas les difficultés de l\u2019entreprise, et qu'elle avait en Lina ue ennemie sérieuse.° Il fallait d\u2019abord que la jeune fille se mariât.Très compliqué cela aussi, et voi- * là qu\u2019à peine arrivée, elle flairait le roman en germe, et s'effrayait; car, Lina épousant ce: \u201csans le sou\u201d, son père l\u2019avantagerait doublement, d\u2019où diminution sensible de la grosse part convoitée.Non, il fallait faire épouser à Lina quelqu'un de déjà très riche Elle s\u2019y emploierait.* + * \u2018 Cependant Lina et Pierre, une fois de plus, la dernière sans doute, car le lendemain dimanche se couraient les grandes régates et le jeune homme y devait monter le yacht de M.Morel, et le lundi il rentrait à Paris, son congé de trois semaines étant expiré, une fois de plus, par cet après-midi brûlant et.beau, les deux jeunes gens étaient sortis pour une de es promenades qu\u2019ils aimaient.Lina mar- traversèrent la forêt de pins qu\u2019emplissait chait bien et Pierre était infatigable.Ils l'odeur exaspérée de la résine, puis, au long des talus, ls longèrent la route allant vers Meschers.Devant le bois sacré, Pierre proposa à Lina de se reposer.Elle refusa, elle ne vuolait pas revoir encore la place où, si peu de jours avant, elle s\u2019était comprise, avait reconnu sa faiblesse et le bonheur qu\u2019elle en avait.\\ Ils allaient, parlant peu, parce que leurs âmes étaient pleines de choses qu'ils\u2019 ne voulaient point dire et ils se connaissaient POPULAIRE \u2014\u2014 74 \u2014 Montréal, Août 1919 assez pour ne point se forcer à de vides et inutiles paroles.Tls allaient: à un carrefour, ils s'arrêtèrent.Deux on trois maisons à gauche de la route; et, à droite, faisant angle avec un chemin qui s'enfonçait et se perdait vite dans le sable et les prairies, sous la forêt, une propriété : était jardin fermé de murs bas, construction en chartreuse et visiblement ancienne aux volets clos ainsi que des veux morts sur un vieux visage.Lina avait soif, elle interrogea une femme: \u2014 Allez tout droit par là, dit celle-ci montrant le chemin longeant la propriété, y a pas de vaches ici, mais là au bout, vous trouverez-un village: le Compain, on vous donnera du lait.Au passage, la maison fermée charma Lina et etle en fit le tour, car de l\u2019autre côté il n\u2019y avait point de barrière.Le jardin, un verger abandonné où d'énormes grappes de raisins roses Juisaient aux treilles, l\u2019enchanta.Elle cueillit une fleur à une corbeille de roses folles que liaient des \u201cherbes sauvages plus hautes que les rosiers, et la mit à sa gorge où elle brilla comme du sang dans la douceur des dentelles.Des feuilles mortes, des poires vertes et de petites prunes écrasées, couvraient le sol.Dans le fond, sous une ton- telle, un banc de bois à moitié pourri entourait une table fixée en terre.Lina s\u2019y assit.Pierre lui rappela qu\u2019elle avait soif; elle répondit que cela ne faisait rien, qu\u2019elle n\u2019y pensait plus, qu'on était bien la et qu'elle était lasse.I] s\u2019assit également sans rien dire.Une invincible tristesse était en ce lieu si calme, malgré la fête merveilleuse de la lumière d\u2019été sur la splendeur des arbres et, des fruits.Lina appuya son coude à la vieille table qui s\u2019effritait et dit à mi-voix: \u2014 Je ne sais pourquoi ce jardin me fait penser à un cimetière, un vieux, pauvre petit cimetière, derrière une pauvre vieille église en quelque coin perdu.vous ne \u2019 \u2018oy Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 trouvez pas?Moi j'imagine: on ne voit plus les tombes mais elles sont là.sous ces herbes, elles nourrissent ces branches chargées.Quelle horrible chose!.elle frissonna; puis, levant sur lui son beau visage éclatant de vie passionnée: \u2014 Et pourtant quelle paix.dormir!.et aussitôt : Mais, je suis gaie, moi ! chées à son coeur malgré sa volonté mâle, et elle en demeurait prise de vertige, éperdue et souleveé de tendresse, de toute la glorieuse- tendresse féminine si bouleversée, que le jardin doré et vivant s\u2019abîma autour d\u2019elle.\u2026.Déjà il se reprenait avec un sourire, disant : C\u2019est bête.pardonnez- moi.c\u2019est quand vous avez parlé de cime- \u2014 \u201cOui, je suis très malheureux\u201d, dit-il simplement.tière, je me suis souvenu en avoir vu un pae reil à celui que vous décriviez\u2026 là-bas.prsè de Saiyt-Jean-de-Luz, etje sais qu\u2019ils y sont allés la semaine dernière.alors\u2026 je ne sais pas.je.Les yeux de Lina palpitérent, elle re Elle allait rire, pour ne pas pleurer, toute remuée de l\u2019émation ardente de son jeune amour qu\u2019elle ne pouvait dire; mais son rire se brisa au pli de sa bouche, car elle vit, aux yeux de Pierre, des larmes.De lourdes, rares, amères larmes arra- / Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 vit les branches proches, les allées sans dessin sous la chevelure des herbes, tout le jardin mélancolique et charmant fut net à son regard.Oui, c'était bien cela, et maintenant elle savait.Oh\u201dces douleurs si proches ! et que tant d'ardeur noble et exquise put se dépenser ainsi, ironiquement vaine'!.Si elle avait pu crier, sangloter, se rouler sur la terre, qu'elle se plaisait tout: à l'heure dans son imagination, à peupler de sommeils éternels, et fondre, aux sèves de cette terre, ses larmes et sa peine decréature fugitive.Mais après une minute elle dit doucement: Co \u2014 Vous avez eu une lettre?\u2014 Oui.\u2014 Et.vous croyez que.qu\u2019ils.elle ne put prononcer le mot brûlant.\u2014 J'en suis sir.\u2014 Et vous souffrez.\u2014 Oui.je suis très malheureux.dit-il simplement., Ils restèrent à regarder devant eux, sans les voir, les moucherons qui viraient follement dans le soleil.Quand elle se sentit plus forte, Lina lui prit la main: \u2014 Mon ami.vous vous trompez peut- être.votre frère est si jeune.et Mar- gurite est une femme.je ne puis pas croire., \u2014 Vous verrez! vons verrez! dit-il avec désespoir.Il ne voulait pas être consolé, il ne voulait pas espérer.Elle s\u2019épuisait en paroles trouvant des forces inconnues à soutenir sa faiblesse.Quand ils sortirent du jardin, ivres de chagrin, la vieille femme de tout à l'heure, qui les épiait, les accosta : \u2014 C'est-\u2019y qu'elle vous plaît, la maison ?elle est à vendre.Et elle se mit à décrire l'immeuble en les suivant.\u2014 Il y a longtemps que c\u2019est inhabité?\u2018demanda Pierre pour dire quelque chose et l\u2019interrompre.i se Elle répondit : \u2014 Non point si longtemps, l'été passé que la famille de la défunte propriétaire y est venue, des dames, plusieurs, des jeunes, et des petits enfants dont un quasiment naissant.des gens gais et qui riaient souvent, une qui chantait.y trouvant la place trop triste sans doute, n'en veulent plus.Ils évoquèrent l'un et l'autre cette gaieté, ces rires, ces chansons; et, sachant « qui peut tenir sous un décor de joie, s\u2019intéressèrent une minute, parmi leur peine, à ces inconnus, À ce que pouvait être leur vie secrète sous la facade.Le retour fut interminable.Au moment d\u2019entrer à la Villa, Lina reprit la main de Pierre: \u2014 Allons! On n\u2019est donc plus frère raisonnable?\u2014 Ah! quand on aime, c'est trop dur! avoua-t-il, vous verrez un jour.vous ne savez pas encore.\u2014 C'est vrai.je ne sais pas.et elle lui sourit bravement.VIII.\u2014 Fièvres, La ville les avait repris tous; et, les yeux remplis encore du mirage des beaux horizons de lumière libre, les veines enrichies de sang plus fort, les âmes renouvelées au souffle des émotions sincères, ils devaient tous faire un effort pour rentrer dans la vie réelle du travail, la grande lutte quotidienne.Il semblait que le repos, l'image de ioie sereine de la nature qui ne se hâte point dans son oeuvre éternelle, et, pour quel- quees-uns d'entre eux, de fugitifs bonheurs et de grands espoirs, ne les eussent pas affermis, mais qu\u2019ils sortaient au contraire de cette douce onde de laisser-vivre avec une mollesse dans le coeur, et dans le corps, un lâche regret de cette douceur vague.Le secret effroi de l'inconnu, qu'ils devaient conquérir, les saisissait, à retrou- \u2014 76 \u2014 Vol.13, No 8 LA REVUE POPULAIRE » Montréal, Août 1919 ver, brutale et ouverte, la concurrence ambiante, l\u2019avidité du gain, au succès, et des mesquineries, des ironies, des injustices et des indélicatesses les désarmaient, les laissaient terrifiés, pantelants.Pierre avait à supporter, à son bureau, les jalousies des camarades qu\u2019irritait sa prompte réussite d'ingénieur naval; Marguerite retrouvait toutes les humiliations et les énervements des lecons fatigantes et mal payées; Raymond se d'ésespérait à ne point voir paraître ses contes et s\u2019évertuait à pénétrer les raisons, pour lui mystérieuses, que pouvait avoir à cet endroit le directeur de la revue.Ses impatiences entravaient son travail, car, il n\u2019avait pas encore appris l'attente et le labeur accompli, même sans joie, qui discipline le cerveau comme un bon ouvrier, lui fait donner sa tâche, journellement, avec le courage, au lendemain de la page difficile et mal venue, du sacrifice de ce labeur point viable.Mme Avesnes avait de nouvelles et incessantes lamentations; et Liliette elle- même, par une obscure oetivre intérieure, paraissait triste maintenant que la tristesse de la vie ne pesait plus si absolument sur elle.\u2018Enfin un grand malaise était sur eux comme une énorme fièvre où tous les frissons de leurs fièvres diverses se fussent confondus.Ce malaise s\u2019augmentait inconsciemment de l'attitude de Lina.Elle semblait s'être reprise entière, tout à coup, renfermée à nouveau dans l\u2019énigmatique sauvagerie du début de leur amitié.\u2026 Elle se montrait tour à tour parfaitement silencieuse ou d\u2019une drôlerie exagérée jusqu\u2019à la force.Le mustisme, ou la charge d'atelier; il n'v avait point de milieu entre ces deux extrêmes maintenant avec elle, et aucune de ces façons d\u2019être n\u2019était naturelle.Les séances de pose, pour le portrait, \u2014 77 \u2014 ayant repris régulièrement à la fin d\u2019octobre, Marguerite se désespéra.Jamais elle ne retrouvait sur le visage de Lina cette expression qu\u2019elle v avait une fois, et où elle rêvait de fixer les traits de son modèle parce qu\u2019elle sentait que son tableau deviendrait alors un symbole aussi bien qu\u2019un portrait.Lina apitoyée par ces regrets d'artistes fervente, faisait son possible pour la satisfaire.Elle forçait sa bouche à sourire ou ses yeux à rêver, mais ce n'étalent plus le sourire et le rêve d\u2019autrefois.Ce fut pourtant Marguerite qui, la première, se dégagea de l'oppression qui enserrait le petit cercle.Son art fut le monde étincelant hors du monde où elle pénétra avec toutes les fièvres délicieuses de doute, d\u2018espoir et de foi par quoi se forme et se fortifie celui que croît en lui-même, ° Elle vécut avec sa pensée comme avec un amour.Même inactive, ou oc cupée, en apparence, à de fastidieuses besognes, elle travaillait intérieurement dans un effort incessant à préciser sa vision des choses, c'était un progrès lent et sûr, qu\u2019elle retrouvait ravie, au tracé de la ligne et au reflet de la couleur, quand elle accomplissait le véritable travail extérieur.Elle se sentait légère, légère, envolée au- dessus de toutes les petites misères matérielles.Les atteintes morales mêmes, elle y devenait presque indifférente comme si son âme eût été insensiblement par un courant supérieur comme on insensibilise le corps par l'électricité.Rassurée maintenant au sujet de Liliet- te qu\u2019elle entourait de soins et de gâteries, y consacrant la plus grosse part de son gain, elle était redevenue la créature vibrante de vie, ivre de rêves, seulement cette vie et ces rêves, elle ne les appliquait plus uniquement à un état sentimental; elle les consacrait à sa peinture.Ceretes, elle songeait souvent à l\u2019amour, et la présence presque perpétuelle de Ray- \u201d .Cre at we TERR RS gash hl ui RL ti iii edit stat aah Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919, mond autour d\u2019elle maintenait forcément cette songerie.Il l\u2019aimait et le lui disait sans cesse, et elle aimait à l\u2019entendre.C\u2019était là une très douce musique au mouvement secret de sa pensée.Sans y répondre précisément, elle mettait assez de complaisance, à l'écouter pour que le jeune homme sentit s\u2019en accroître cet amour prompt, emballé, qu\u2019il avait pour elle.Quand il voulait insister sur l\u2019avenir et \u2018arrêter des projets, elle détournait la conversation, comme si ce fut là un sujet à la fois inutile et dangereux.Elle traversait ainsi les jours courts et obscurs de l'hiver, et les complications troubles qui l'environnaient avec un superbe éclat de vie heureuse et confiante.Sa beauté, toute faite de lumière et d'expression, s\u2019enrichissait singulièrement.C'était le bonheur du soleil quand elle rentrait dans une pièce.Et l'animation intérieure la faisant incapable de tranquillité, elle allait dans une puissance d\u2019action sans fatigue, multipliant les essais, les efforts; si bien que Raymond se plaignait, sentant qu'elle lui échappait.Mais Pierre, qui voyait peu Marguerite, et avait constamment près de lui l\u2019exaltation de son frère, les croyait profondément unis; il anticipait l\u2019avenir et leur bonheur, dans le dur combat de sa tendresse pour ce frère \u201cson enfant\u201d et le désespoir de son amour pour elle.I] pensait souvent à Lina, à ses confidences, mais quand ils se rencontraient, rarement, comme elle paraissait avoir tout oublié, Pierre se disait qu\u2019il n\u2019y avait point à trop se préoccuper des soucis d'une femme évidemment violente, mobile, et qui s\u2019arrangerait aisément de la vie.* * * ©ublierd Elle vivait avec la mémoire charmée et désolée des heures passées au \u201cbois sacré\u201d une heure seulement ! et où déjà elle avait pressenti sa peine.et encore l'heure dorée et douloureuse en l'étroit jardin abandonné.le jardin de cette \u201cmaison à vendre\u201d, et il lui passait parfois dans l'esprit.l\u2019idée folle d'acheter cette maison, de s'y enfermer seule, quelque temps.Peut-être souffrirait-elle mons, réellement seule, plutôt que de continuer à se débattre parmi des influences qui augmentaient sa misère.Visiblement M.Morel cédait aux co quetteries de Mme de Sorgue, et la jeune fille avait beau se défendre contre les en- Jôlements de celle-ci, elle devait, trop souvent, la recevoir, sortir avec elle afin de ie pas heurter ouvertement la volonté de son père.Il avait une de ces terribles volontés d'égoïste, point définies en paroles, et qui, dans le simple déploiement logique de leur désir sans frein, font balle avec la précision inconsciente et meurtrière d'une bonne arme.Enfin, Lina pressentait toute la manoeuvre de la comtesse Rosita, rien qu\u2019à entendre son père aborder maintenant avec elle, par allusions, la question du mariage \u2014 de son mariage éventuel, possible, peut- étre proche.Si bien qu'un soir, avec une câlinerie et une tendresse inaccoutumées, elle lui dit: \u2014 Tu es donc bien pressé de te débar- ~~ rasser de moi, papa ! \u2014 Pressé! espèce de folle! mais, enfin, Lina, tu n\u2019as pas seize ans.tu ne serais pas une mariée en robes courtes.\u2014 C'est vrai, je n'ai pas seize ans, j'ai même dix ans de plus! \u2014 Chut! chut ! veux-tu bien te taire! tu me vieillis terrible! rappelle-toi d'abord qu\u2019une femme à Paris n\u2019a jamais plus de vingt-cinq ans quand elle le veut bien.Lina se mit à rire: \u2014 Oh! toi, papa, tu seras toujours jeune\u2026 \u2014 78 \u2014 Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1918 En train d'allumer un cigare, il se tourna vers elle et avec une réelle anxiété sous la forme légère de sa question : \u2014 Dis donc, quand nous sortons ensemble, crois-tu qu'on me prenne pour ton mari ou pour ton père?Et sa crainte reniait énergiquement cette paternité qu\u2019il ne voulait même pas apparente.Lina sonda, une fois de plus, ce caractère d'éternel séducteur et elle lui dit gravement : \u2014 Ni l\u2019un, ni l'autre, mon fils.\u2014 Tu es drôle, fit-il en riant, blagueuse, va! | Ainsi tous, ils s\u2019entendaient, pour des raisons bien différentes, à la pousser au mariage, à un changement d\u2019existence, à une nouvelle maison, un foyer qui fût sien.Et, la seule supposition de ce fait, en l\u2019état actuel de son coeur, la jetait dans une véritable rage.Une horreur, un dégoût et une épouvante profonde la prenaient, à l\u2019idée de la dissimulation où elle agoniserait en une telle vie.Etre seule, souffrir, se taire, c\u2019était dur, mais enfin elle était libre, toute libre.Quelquefois elle avait envie de faire venir Pierre et de tout lui dire, oui tout: elle lui crierait la vérité, sans fausse honte de modestie et d\u2019amour-propre.Elle lui parlerait ainsi simplement: \u2014 Vous en aimez une autre et vous souffrez, et ainsi moi, qui vous aime, je souffre, je sais que cela peut changer, mais il me plait de vous le dire, ainsi vous comprendrez que je ne puis pas me lier à quel- Cet aveu aurait convenu à l\u2019audace et à la lovauté de sa nature, il lui semblait qu'après elle eût respiré pleinement, comme on respire sur les h:uteurs, après le vertige des abîmes côtoyés en montant.Elle pensait à ces choses exaltées quand elle se trouvait seule au piano dans son \u2018atelier; et, les musiques, mêlées à l'odeur des fleurs et à la-chaleur d'énormes feux, \u2014 79 \u2014 la grisaient, la jetaient dans des torpeurs brisantes.Marguerite mit la clef dans la serrure, rentra ; une odeur de cuisine la saisit à la gorge, mais elle la sentit à peine, le nez fourré dans un gros bouquet de violettes pris dans la rue au passage., Dans la salle à manger, sa mère mettait le couvert d\u2019un air lamentable, ses frères se traiînaient ; elle traversa la pièce sans les regarder et pénétra dans la chambre voisine.Liliette s\u2019y tenait, assise sur un tabouret, devant le feu, avec un petit air lassé qui la frappa : \u2014 Eh! bien, trésor! qu\u2019est-ce qu'il y a?tu souffres?tu as mal à la tête?\u2014 Pas du tout! Et l\u2019enfant lui sourit, mais un sourire pale, sans force qui trembla au bord des cils et s'éteignit aussitôt.Marguerite arracha sa toque piquée de houx, jeta à la volée son manchon et deux petits paquets sur le lit, et vint s\u2019agenouiller devant le feu.\u2014 Brrrou! qu\u2019il fait froid?tu n\u2019as pas froid, toi?, Elle la tâtait, anxieuse toujours un peu, palpant ses bras, ses mains, ses mollets minces, comme on touche des objets fragiles, avec une peur de les briser.\u2014 Tu ras rien?bien sûr?dis, mon ange?Alors Liliette murmura, baissant la tête: \u2014 Je m'ennuie.\u2014 Ti m\u2019ennuies?.pourquoi?.Et aussitôt elle imagma les journées monotones, enfermées là ; car, encore si dé- liciate, l\u2019enfant ne pouvait sortir par tous les temps.Et elle comprit, un peu honteuse de sa stupeur égoïste.Cependant, se rappelant le calme et égal courage gai témoigné par sa chérie pendant la longue maladie, elle demanda encore: Vol.12, No 8.LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 \u2014 Mais, autrefois, ma petite âme, quand tu souffrais tant, toujours immobile?tu ne te plaignais jamais de l\u2019ennui et tu disais: \u201csi seulement je pouvais remuer mes mains!\u201d tu aurais aimé dessiner et passer ta petite menotte mignonne sur mon front, te souviens-tu?Tendre, elle prenait l\u2019enfant contre elle, appliquait les doigts frêles sur sa lourde chevelure éclatante.\u2014 C'est vrai, dit Liliette gravement : je deviens très mauvaise, vois-tu, je devrais être heureuse, reconnaissante, eh! bien, non, j'ai beau faire, je me sens toute triste, oh! mais triste! C'est drôle! dis, toi qui es grande, qui sais bien des choses, est-ce que c'est toujours ainsi?Est-ce qu\u2019on s\u2019ennuie toujours quand on a enfin ce qu\u2019on désirait beaucoup, beau, beaucoup ?.\u2014 Non, non, mon trésor, mais non! disait Marguerite en-la berçant.Et les innocentes paroles la frappaient en plein coeur, parce ue, quelquefois, elle s\u2019éveillait la nuit brusquement, avec l\u2019impression du vide inutile de toute son agitation ambitieuse et le regret vague, profond d\u2019un bien, meilleur infiniment, qu\u2019elle laissait perdre.Mais cet instinct, elle refusait de se l'rvouer à elle-même dans sa conscience ressaisie.\u2014 Quand tu es 13, ajoutait Liliette, délicieusement câline, je ne m'ennuie plus, j'aime que tu m'aimes.Tourmentée, Marguerite porta, selon son ancienne habitude délaissée, son tourment auprès de Pierre.Raymond dit: \u2014 Il faudrait voir le docteur?Marguerite haussa les épaules: I] parlera d\u2019anémie, de neurasthénie, la droguera et elle gardera ce même air en allé que je déteste lui voir; non, il faut trouver autre cinse\u2026 Elle se tourna vers Pierre comme si cile s'en remettait à lui.Ses fortes épaules penchées sur la table touojours encombrée de plans, traçant au _\u2014 crayon rouge des chiffres sous les courbes élégantes des lignes, Pierre ne bronchait point.Marguerite s\u2019écria : \u2014 Oh! cehommes ! ils ne savent même pas donner un conseil! Elle riait, mais elle était tout de même fâchée.Elle sortit, Raymond l'accompagna.Quand ils furent dans le corridor, ayant refermé sur eux la porte de la salle à manger, Pierre leva la tête et parut écouter les yeux pleins d\u2019angoisse, puis secouant sa chevelure léonine, 11] y enfonça ses mains ouvertes, appuya ses pouces sur ses oreilles dans la volonté ferme d\u2019igno- Ter.: Aussitôt qu\u2019ils furent seuls, Raymond prit les mains de Marguerite : \u2014 Je vous aime.je vous aime.et \u201cvous?\u2014 Mais oui, je vous aime.dit-elle avec une distraction évidente.T1 commençait à se récrier sur cette froideur, mais elle: \u2014 Qu'est-ce qu\u2019il a donc, Pierre, maintenant, 1} a l\u2019air furieux?\u2014 Quelle idée! \u2014 Si, si.il est peut-être froissé parce que je ne viens plus que quand j'ai quelque chose à demander?\u2014 Mais non, je vous assure.seulement il ne pense plus qu\u2019à ses bateaux.il est toujours là, fourré au travail à peine rentré et tard dans la nuit, il n\u2019en dort plus.\u2014 LI va se rendre malede ! i} mange au moins?\u2014 Oh! oul.rassurez-vous.et amére- ment: \u2014 Vous vous occupez de lui plus que de moi, vous étes méchante, vous savez que je suis jaloux.Elle dit, l\u2019écoutant à peine: \u2014 Il pourrait bien penser un peu aussi à ses amis.quel drôle de type! Raymond y'en tira rien de plus ce soir- là, et n'eut pas plus de succès auprès de Pierre, qui lui enjoignit à deux reprises, un peu vivement, vers minuit, de s'aller - pr \u2014 D LS pou pa 2.ES = pes IN = A ort Sw, NE seat Sart Sy = SSNS 5 = = Sd = RY: Es gs 5 pe = = = =.GE Cf 1 sn Se ce xa 5 ps = Se = = - IR = - Le a = S = = 220 5 = hE HY Es So wr ax = su CZ = AF Le + 2) oF Vol.12, No 8 se EE hs 2e = # an a = es oy ESS pee Ka.Sey i SN Rs $ fb = Es ond 2 i ery TR ES > BH Vo ce te 12 HERS He shoes LES vx oa Fras: ee 2 eh a ES su SE ve Le es FES 2044 .ie Foxe fo au 3 = 5 Fas ; = MET Sst ZS a = a HA = 7: go Fit es Se AE Le 2 x fe RZ tes x a = 2 TT a su HE.CEE = XE = SE She pes a Ge = = a.ÈF ï = CE ax % = = 25 1 2 A pe Ses SES x = =.Ray at 27 Sha = 23 ES = Le = FL À = 2 \u2026 Te 3 = 0 SR fa a 3 a wy ps sé i 2 i Et Es A PEL ve Sh = se + + 7 a mond d Gi - fs = N \u20ac , LE ÿ es .= 1% » N à La & A 3 5 XS RE , he pets Le Py wl I \u201c | SA = +.es aE 3 = clar : sa = = = SE + LA REVUE se fe = NN w A # > = SR À es Ps u qu æ 4 a a 5 RE 7 5; et 35 E SN BE , SD : 5 ni a es = se ay os = 3 rar ET se = is = x Es A = x dy 7 == = > 2 3 allai À 2 | Te ry A VS az Ger = 7G Fors ss 5 5 = Se DIS.= 5 = = ec = 3 = 2 iF = $ + NS av ces ye = { so 2 a EE 7 rh = = a) POPULAIRE A Se a ser EN = oe ins = \u201d EE wi Fs iy Re x HEY & =f ER = ae Es ASS rH 2 SES Bei == i 2 es à, = 5 7 = SE 5 = se % oR NES se = ee Zo or = SE 2 Ë es = = = < 2.3 St Te ss a a, as Aan ét Ai se Ee FE © ni A = è re = Ti ir ei A = += cs = J SEA = ph PSE Dar se \u20ac.car i se == A oe SHEE He, Ye ns verte is = ae i CES \u2014 = = SS) av ed A = 5 ie S Es on id £ oN = \u2014 == = = Se = pox Sx it R S = = = = = = 3) seme 15 ot nN RD Nn = == = = 2 NN = S S Th = 5 3 \u2014 = = = an 4 Rs EE HENS = » = = = == S = SN S NN WN a = S = > = N NN NN a = £a , ss S , = \\ S NY = et 3 ss = © WN S = = = S ss = = te ë 5 2 = = Nu XN RN = = N & S en = = =, 55 = Lx = No = \u2014 & , SESE x = = = == SS = S WN se 9 NN oN = = Sa + SE = Sas SEE Ns Se StS se ES = = S = a = = = 2 === = > AN SSS Montréal, Ao0t 1919 = fie a A Tp RA es EE Erni x ep EE Rr Ae] aa = Yrs AE I BE En Tg A SEE \"EE TLE Crips.AXES T2 RER rh es Py = a = ree Eos re ox iis = LER HE 3 2 Ss == Rs Vol 12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 A coucher.Sur quoi Raymond se cabra et déclara que, n'ayant nuÎle envie de dormir, il allait sortir.Mais, à la réflexion, il jugea la chose peu agréable: il pleuvait, il n\u2019y avait point de proche café, et il se trouva dans\u2019 sa fâcheuse posture d\u2019un grand enfant grondé qui boude.Entre le grésillement des charbons s\u2019écroulant dans la grille et le susurrement léger de la lampe brûlant haut, l\u2019atmosphère pesait entre les deux frères; et ils souffraient, muets, obstirrés dans une sourde défiance.IX.\u2014 QUAND ON AIME.Un peu de clarté coulait encore d'un des angles découverts/du vitrage et faisait saillir en relief leé moulages de plâtre qui bordaient, en frise, la partie supérieure de da paroi.Mais, tout l\u2019atelier était déjà profondément obscur, le feu étant presque morts dans les cendres; et Lina, couchée tout de son long sur le divan, les bras croisés sous la nuque, regardait machinalement là-haut, vers le plafond, une tête de faune, éclatante de blancheur, qui lui souriait de son éternel sourire fixe et inquiétant.Elle ne le voyait pas.Pesamment, obstinément, elle ressassait ce qui aurait pu être, et rêvait la vie, qu'elk aurait pu vivre avec lui, s\u2019il l\u2019avait aimée.Elle se complaisait à doubler toutes les heures présentes, si mornes, de la vision impossible.On l'avait souvent appelée, en riant \u201cla plus grande faiseuse de projets qui fit au mende\u201d, parce que, en effet, il n\u2019y avait point d\u2019idée émise devant elle qui ne pût être le point de départ d\u2019une série de plans extraordinaires que, de bon- pe foi, elle voyait réalisables, et tout près d\u2019être réalisés, pendant deux jours au moins.De sa mère, méridionale, elle tenait sans doute cette imagination prodigieuse et changeante, cette facilité presque naïve à croire en son désir, et ce don avait été jusque-là, pour elle, une naturelle détente bienfaisante à l'antre côté nrofond, et plutôt sombre.de son caractère: Mais aujourd'hui.c'étani un surcroît de souffrance que cette ironie de son esprit à lui faire plus colorées, plus palpables et vivantes qu'à une autre.les images de ce qu'elle avait espéré et savait maintenant impossible.Son imagination ne s'amollissait pas en rêveries vagues, mais lui représentait avec une nette vivacité comment serait leur bonheur, dans les plus petits détails quotidiens \u201cs\u2019ils vivaient ensemble\u201d.Elle se révoltait souvent contre cette hantise, et maintenant encore, avec une rage contre elle-même, elle murmura : \u2014 Ah ca! ce n'est done rien, la volonté?Et si je veux, moi, l\u2019oublier, faire comme si je ne l\u2019avais jamais vu?Je vivais tranquille avant de le connaître, je ne le vois jamais, il ne tient pas de place dans mon existence.Le froissement d\u2019une portière la fit se dresser : \u2014 Qui est 122.\u2014 Ah! Mademoiselle est sans lumière ?c\u2019est une visite, Mademoiselle : M.Etchar- \u2014 Eclairez.faites entrer.Le domestique tourna les boutons d\u2019&- lectricité; éblouie, debout devant la glace, Lina renouait ses cheveux lichés.Pierre entra.\u2014 Tiens, vous! pardon, je dormais.cette lumière me fait mal aux yeux, je dois ressembler à un hibou' là.comme cela, c\u2019est mieux.Et, ayant ajusté le fil condue- teur à une petit lampe de cuivre rouge, elle éteignit la grande tige à cinq corolles en forme de lys, d\u2019un blanc laiteux, qui les aveuglait.Ils s\u2019assirent.Fille jeta deux buches dans la cheminée, baissa le tablier, car elle n\u2019aimait que ce simple et vieux mode de chauffage, et voulut prononcer quelques paroles bamales afin de bien établir sa résolution \u2014 82 \u2014 Voi.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 é d\u2019indifférence polie, mais Pierre parla le premier et dit: \u2014 Ma visite doit vous étonner, et vous devez bien penser que je ne viens pas seulement pour vous voir.Alors elle ne put s'empêcher de rire à cette phrase où toute la gaucherie d\u2019expression qui encombrait souvent les merlleurs intentions de Pierre, éclatait.~ Non, mon cher ami! rassurez-vous! je ne crois pas cela.\u2014 Oh! pardon! je suis stupide et maladroit !.I1 était navré, confus, elle dut le consoler, et ils se retrouvèrent tout à coup aussi intimes et à leur aise qu\u2019ils l\u2019étaient Ià-bas à la Villa, où ils s\u2019étaient confté si Hibre- ment leurs chagrms.Ils savaient qu\u2019ils étaient réciproquement seuls, Pun et l\u2019autre à connaître ces chagrimns, c\u2019est là un Hen des plus forts.Et, tandis que, par un souple détour de causerie abandonnée, ils échangeatent des phrases tronquées, s\u2019interrompant mutuellement, rappelant divers menus faits dont Îls riaient, Lina sentit soudain avec une\u2019 douceur violente que, malgré tout, c\u2019était B encore le grand bonheur: le voir, lui parler, Pentendre.Elle aimait tout ce qu\u2019il disait, et l\u2019aimait jusqu\u2019en ses maladresses de grand sauvage au coeur exquis.Se souvenant vaguement de ses téméraires pensées stoïques, du quart d\u2019heure précédent, elle se traitait intérieurement de folle.Et, tout naturellement, Pierre en arriva, sans préparation, au but de sa visite.On parlait de Liliette.Il dit: \u2014 Elle va bien, mais elle est comme vous, elle s\u2019ennuie.\u2014 Comme moi ?ot qui vous a dit que je mlennuyais?\u2014 Quand on n\u2019est pas malade, ni éreinté par un surmenage de travasl ou de mondanité, il faut s\u2019ennuyer profondément pour s\u2019endormir comme vous l\u2019avez fait tout à l'heure, à cinq heures du soir! \u2014 Ah! vous devenez psychologue ?\u2026 Il ne daigna pas relever le mot.I parla encore de Liliette, buis dit simplement : \u2014 Elle est un peu à vous, c\u2019est grâce à vous que nous l\u2019avons sauvée, elle vous adore et je sais comme vous l\u2019aimez.aussi quand sa soeur.(Lina remarqua qu\u2019il évitait de nommer Marguerite) est venue me demander un conseil, je n\u2019ai rien voulu lui répondre avant de vous en avoir parlé.Je sais, ajouta-t-il du même ton égal \u201cqu\u2019elle m\u2019a cru indifférent.\u201d \u2014 Ah!.fit Lina avec effort.\u2014 Oui, Raymond me Pa dit.pas très gentiment même.mon pauvre Ray! il est nerveux.\u2014 Sans doute.fit la jeune fille machi- natement.Et, ressaisie de douleur jalouse, elle oubliait Liliette; mais Pierre, tenace, revint à son sujet: \u2014 Eh! bien, qu\u2019en pensez-vous?insista- t-il - Lima eut um remords, elle avait délaissé cette enfant, qui lui appartenait un pen, selon l\u2019expression de Pierre.Elle s\u2019écria : \u2014 Mais tout ce qui sera jugé nécessaire doit être fait.ne vous préoceupez de rien que de la soigner, je me charge du reste! Croyez-vous qu\u2019elle doive quitter Paris?voyager?\u2014 Je ne crois pas que ce soit urgent, il n\u2019en faudrait pas tant, ou mieux, il en faut beaucoup plus.dit Pierre.Vous la connaissez, c\u2019est une étrange petite nature, un peu chimérique et follement tendre.Sa pauvre mére 1\u2019 aime, certes, mais à présent que son état n\u2019exige plus ces soins et cette compassion incessante qui la couvaient jadis, elle semble s\u2019étioler moralement.Il est difficile de la faire travailler déjà comme les autres enfants de son âge, mais elle a un esprit avide, curieux, elle anrait besoin, elle aussi, de ne plus être seule.Et il regarda Lina.Elle parut ne pas comprendre, et dit un peu sèchement : \u2014 Eh! bien, et Marguerite ¢.ERR 4 \u201c4 Bt: J Bi Bi Bc Voi.13, No 8 LA REVUE POPULAIRE \u201cMontréal, Août 1919 \u2014 Vous savez qu\u2019eHe est très occupée.dit Pierre.\u2019 Lina réfléchit un moment, puis: \u2014 Eh! bien, j'ai trouvé: donnez-la- moi.oui, laissez-moi la prendre quelque temps ici, avec moi.je ne suis pas toujours bien gaie, mais cela la distraira tout de même, et je me guérirai peut-être aussi du même coup.qu\u2019en pensez-vous.\u2014 Je pense que ce serait très bien, répondit Pierre avec la même simplicité qu\u2019elle avait mise à faire son offre, mais si vous vous mariez?.\u2014 Je ne me marierai pas.fit-elle rudement ; elle ajouta en s\u2018efforçant de sourire : rappelez-vous, d\u2019ailleurs, que vous m\u2019avez donné du temps, je le prends.Quelgne chose en elle, en dépit de la sè- cheresse apparente de ses paroles, toucha Pierre.Il fui demanda avec affection : \u2014 Cela ne va toujours pas?.\u2014 Oh! pas du tout\u2026 mais ne parlons parlons pas de moi, voulez-vous.Alors ils demeurèrent silencieux et étrangement gênés, jusqu\u2019au moment où le jeune homme se leva pour partir.Près de la porte, comme elle avait nommé Raymond, Pierre répéta : \u2014 Mon pauvre Ray! Elle s\u2019étonna agacée : \u2014 Comment, c\u2019est vous qui le plaignez ! vous êtes extraordinaire! j'avoue ne pas comprendre! \u2014 Mais si, mais si, dit-il doucement, je lis bien en lui, allez! il se tourmente de son.de leur avenir.fl il se désole de ne pas faire sa carrière plus vite, ce qui retarde leur.leur mariage.\u2014 Enfin, que vous dit-il?\u2014 Mais il ne me dit rien !.Et elle?\u2014 Elle mon plus.que vous voudrez, mais ce n\u2019est pas bien de leur part, pas gentil.non! tant pis, moi, je suis franche '.\u2026 Après tout ce que vous avez été pour eux, ne pas vous montrer \u2014- Eh! bien, vous pouvez penser tout ce plus de confiance, c\u2019est pas chic, oh! non! Pierre balbutiait; expliquait, cherchant des raisons, toutes mauvaises.Lina s'entê- .tait dans une exaspération croissante contre les absents, et pleine du sourd désir de le retenir encore là, quelques minutes, quand même ils les passeraient à discuter et disputer.Elle disait : \u2014 Moi, à votre place, je voudrais être plus fier, et quel que puisse être mon sentiment, je ferais comme si je me fichais bien d\u2019eux au fond!.\u2014 Oh! quand on aime! est-ce possible?murmura Pierre.Elle demeura immobile, muette.Enhardi par sa victoire, il reprit: \u2014 Enfm, il faut bien aussi que je me \u201cfasse une raison\u201d, comme on dit dans le peuple! je ne suis pas attirant, je n'ai pas le caractère très séduisant d'apparence, je le sais; on m\u2019aime bien, oui, sans doute, et je crois à\u2019leur sincère affection pour moi, mais on ne peut pas m\u2019aimer avec cette tendresse câline et abandonnée qui.que.qui doit être si bonne pourtant.Sentant qu\u2019il s\u2019enbrouillait, il se hâta : \u2014 Bonsoir.pardon.et merci.pour Liliette.nous nous reverrons.bonsoir.bonsoir.Il se sauvait, et Lina bouleversée et furieuse, s\u2019accrochait à un meuble, parce qu\u2019elle eût voulu courir après lui, se pendre à son cou comme une enfant et lui \u201cdire: \u2014 Grand imbécile, va! qui croit qu\u2019on ne peut pas l\u2019aimer, ah |.'aimer!.X.\u2014 Raymon.Quand Raymond eût passé le tourpi- quet, il ne vit rien d\u2019abord.Confusément, les formes piles des statues parmi les verdures s\u2019enveloppaient déjà d\u2019un nuage de poussière, et, bien quil fût à peine deux heures, et qu\u2019il y ait eu déjà le matin une poussée formida- \u2014 Sl \u2014 Vol.12, No 8 ble, le fleuve noir de la foule remplissait immense vaisseau, onde forcément lente et régulière au centre des allées, mais qui s\u2019écrasait en remous sur les bords, au pied des groupes, sur les plates-bandes; et il y avait là des petits cris effarouchés de femmes avec des paroles de colère contenue, et des gestes qui cherchaient, en vain, à protéger les toilettes éreintées par la bousculade.Au fond, le double escalier roulait le même flot sombre où les couleurs vives des chapeaux de femme faisaient mousser une écume rose et violette.Tout de suite, à ce premier coup d'oeil, pris d\u2019angoisse, Raymond désesfféra de retrouver Marguerite en ce chaos.C\u2019était la première fois qu\u2019il assistait à cette répétition générale du Salon, dite: le Vernissage et où le même monde de tous les mondes se retrouve avec une exactitude aussi touchante que fervente, se ruant aû spectacle de plusieurs kilomètres de toile peinte.Il n\u2019avait jamais connu encore que le Salon des jours de semaine, paisible et frais.Il remarqua vite l'air général d'indifférence et d\u2019ennui qui \u2018caractérisait cette foule, et il se sentait gagné par cette même torpeur de lassitude, incapable de distinguer aucune beauté détachée hors de l\u2019océan trouble des couleurs et des formes.Il se laissait porter, traîner plutôt, envahi d\u2019une sorte de découragement irrité qui le prenait souvent maintenant comme les cri- \u2018ses Je quelques obscure maladie.Le rendez-vous avec Marguerite avait été convenu dans la salle où se trouvait placé son tableau, Trois heures.La jeune femme était partie le matin à dix heures et avait été retrouver les Morel avec qui elle devait déjeuner chez Le- doyen naturellement.Elle avait donné sa seconde carte d'entrée à sa mère dans la matinée et.ainsi qu\u2019il se fait Häbituelle- ment, malgré le rigoureusement person- LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 nelle, cette même carte servait-maimtenant à Raymond.Pierre, depuis déjà quinze jours, avait annoncé qu\u2019à son grand regret il serait obligé, le 30 avril, de passer la journée aux environs de Paris, ayant rendez-vous aux chantiers de construction navale avec le comte de Luc.Comme Raymond traversait une salle du même pas nonchalant, les yeux vagues, il fut arrêté par une main posée sur sa manche, et surpris, vit devant lui, souriantes et ravissantes, trois jeunes femmes parmi lesquelles il ne reconnut pas tout de suite, Marguerite.Celle-ci avec Lina et Liliette éclatèrent de rire de sa surprise et il s\u2019excusa : \u2014 La fatigue, la chaleur, ce monde.non, c\u2019est vrai, il n\u2019avait pas remarqué en y entrant le numéro de la salle.On acceptait ses excuses sans les écouter.Liliet- te l\u2019entraînait.Elle était adorable de joie pure, et ressemblait si exactement à une petite vierge byzantine, si fine dans sa robe droite de laine blanche, son visage étroit si régulier avec les veux immenses et les cheveux en poudre d\u2019or qui l\u2019éclairaient sous le bord léger d\u2019un chapeau de dentelle, que tout le monde se retournait, après l\u2019avoir vue, pour le regarder encore, en admiration de ce type d\u2019une grâce sans fraude.Raymond s\u2019arrêta devant le portrait.Vu hors de l'atelier étroit et de l'isolement du chevalet, il prenait ici, au voisinage \u2018proche des cadres et des toiles étrangères, toute sa valeur.Les gens \u201cdu métier\u201d\u2019 devaient y reconnaître certes quelque inexpérience encore de ce métier, mais y trouvaient aussi une étrange puissance de coloris, ne rare fermeté de dessin et surtout la marque de la plus absolue personnalité.Par une jolie idée coquette gt délicate, Lina avait revêtu ce jour-là un costume se rapprochant par la nuance et la forme de celui qui l\u2019habillait en son portrait: robe Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE siltirlibiaiate oh yg ML tt 3, Lin datibt EE ERR Ha Lb ah Rl cil alti; iii Montréal, Août 1919 toujours un peu bizarre ainsi qu\u2019elle les aimait, coupée comme une dalmatique, échancrée au col et faite d'un velours soyeux et souple couleur de mousse.Les veux de Raymond allaient de la jeune fille, devenue grave tout à coup, à la toile, où cette même femme, dans son immobilité muette d\u2019image, avait tout le charme \\palpitant de la vie.Il lui semblait n'avoir jamais si bien vu cette belle figure tendre et sérieuse, car Marguerite avait obtenu enfin cet affleurement du fond de l'âme au niveau des prunelles d\u2019or sombre, et le sourire profond et délicieux, \u2014 un peu trop rare dans la \u2018réalité, \u2014 au pli de la bouche charnue d\u2019une ligne arrêtée et close comme une bouche de sibylle.Cette même couleur d'or, non pas éblouissante comme chez Marguerite, mais concentrée, se retrouvait en coulées, en reflets, au casque lourd des cheveux qui dégageaient et voilaient dans un désordre apparent le front häut et large, les oreilles rosés, les tempes bombées.Les chaînes et les pierreries que Lina avait le caprice habituel de porter chez elle, enroulées à son cou et à sa gorge, brillaient d\u2019un éclat doux sur cette chair mate et cette robe d\u2019étoffe somptueuse et sombre.| .Et ainsi ce tableau, avec toute la vérité simple et attachante d\u2019un portrait moderne, offrait encore l'apparence étonnante d'une riche toile ancienne: image curieuse et belle de princesse morte, héroïne de quelque drame d'amour et de sang.taymond était ému profondément et démélait mal son émotion.Il était fier, tourna enfin vers sa Maggy, il ne lui montra que sa fierté joyeuse, mais, au passage, Lina saisit l'expression ambiguë, fugitive de la crainte.\u2014 Si vous saviez! dit-elle, il faut que \u201cmon peintre ordinaire\u201d ait la tête solide! À présent, ce n\u2019est rien.tous ces gens qui s'arrêtent sont des inconnus, ils admirent heureux, effrayé et triste\u2026 Quand il se- sans comprendre peut-être, et vous, vos compliments ne comptent pas! Mais ce matin, c'était toute la grande fournée et papa ne les avait pas avertis que c\u2019était Madame, ici présente, qui était l\u2019auteur de l\u2019objet.et il aurait fallu les entendre! Ah! j'étais rudement contente! peut-être pas autant que cette petite fille-là!\u2026.\u2014 elle tapota la joue de Liliette, \u2014 mais plus qu\u2019elle, pour sûr!\u2026.\u2014 Elle désignait Maiguerite.\u2014 Celleci-ci murmura: \u2014 Je crois que je suis un peu ivre! Il me semble que je rêve, et savez-vous ce qui me parait plus extraordinaire que tout?C\u2019est de voir mon nom écrit de mon écriture sur cette toile.Raymond lut ce nom.Elle avait signé simplement : \u2014 Marguerite.Et il fut de nouveau profondément troublé.Elle dit encore: \u2014 Et de penser que j'ai fait cela, que j'ai eu l'audace de l'entreprendre, c\u2019est drôle ! cela me fait une peur affreuse maintenant ! Si c'était à recommencer, je n\u2019oserais jamais! \u2014 Allons donc! dit Lina.Marguerite continuait, rêveuse: ~ \u2014 Et pourtant! je dis cela et je sais si bien que c'est une force indépendante de la volonté qui m'a poussée et me poussse encore !\u2026 comme c'est étrange.Raymond, jaloux soudain de l\u2019absorption où elle se perdait avec un vertige, lui prit le bras d\u2019un mouvement de maître auquel il ne l'avait pas habituée, mais qu\u2019elle ne songea pas à remarquer, trop étourdie, grisée de bonheur.I enveloppa d'un long regard toute sa toilette : \u2014 Comme vous êtes belle !.\u2014 Oh oui! c'est une surprise de Lina! J'ai reçu tout cela ce matin au réveil à la maison : Comme c'est gentil, n'est-ce pas?Elle était prise comme dans une gaine en une robe pékinée à rayures grises et rose pâle, coiffée d\u2019un chapeau bergère fleuri de roses et semblait elle-même une Vol.12, No & haute fine fleur.Toute sa radieuse jeunesse gaie brillait sur elle comme une lumière.Elle raconta avec animation la matinée, les présentation qui lui avaient été faites d\u2019un grand nombre d'artistes célèbres, d\u2019amis des Morel, et elle parla en détail de ces gens, du déjeuner où ils s\u2019étaient tous retrouvés, voisinant et causant, les tables rapprochées.Elle était étourdie encore de la fièvre des propos et des projets plus que du champagne bu.Et Raymond devinait combien elle avait été entourée, adulée, apparaissant si féminine, fragile et jolie, et soulevant une excitation de curiosité autour de son talent naissant.une \u201cbien connue\u201d du Tout Paris artiste de demain., sans doute, et chacun voudrait revendiquer l\u2019honneur de l\u2019avoir découverte, lancée, protégée.Il sentit qu'il pâlissait, et trembla de rage.Tandis qu\u2019elle s'animait inconsciente répétant les menus incidents et laissant brûler libre, devant lui, sa grande fièvre d'avenir qui prenait, au premier contact avec la foule, un essor nouveau, il la sentait s'éloigner de lui toujours, toujours davantage et jusqu\u2019à sa parure de grà- ce luxueuse qui la lui faisait étrangère.Fille avait une allure d'indépendance élégante et insoucieuse, il ne la reconnaissait pas.Il en vint à ne plus l\u2019écouter, tout à son irritation croissante.il haissait tous ces gens riches, célèbres, qu\u2019elle nommait et qui maintenant la connaissaient ; il avait une envie mauvaise et mesquine de l\u2019arrêter brusquement dans son élan enfantin d'expression et touchant, qui, de ce premier succès tirait une exaltation de gloire, et de lui rappeler combien était peu de chose un engouement parisien, et que son talent avait beaucoup à faire avant d'être assuré.H lui en voulut même de sa robe qui faisait retourner les femmes parce que impeccable et visiblement \u201csignée\u201d d\u2019un nom de la haute couture, et les hommes parce que la parant, la sertissant si harmonieu- LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 sement.À se souvenait, avec un regret amer et honteux, du temps, point si lgintain, où elle les avait, lui et son frère, pour seuls amis; où meurtrie, humiliée et sans joie, elle leur arrivait avide d\u2019affection, de soutien, et en entrant habillée avec une simplicité presque pauvre dans leur humble petit appartement, leur apportait tout son coeur, toute sa pensée.Il avait envie de crier, et, parvenu au comble de l\u2019exaltation nerveuse, d'ébordé par le flot de jalousie, de misère et de peur qui montait lentement en lui depuis des semaines, il s'écria tout à coup, ne se rendant pas compte à quel point sa phrase allait faire choc étrangement dissonant, incompréhensible, avec les paroles naïvement enchantées de la jeune femme: \u2014 Marguerite! cela ne peut pas continuer ainsi! Il faut choisir! moi ou tous ces poseurs que vous gobez\u2026 j'en ai assez de cette situation ridicule.m\u2019avez-vous autorisé oui ou non, par votre attitude.à me considérer comme votre fiancé?oui, n'est-ce pas?Sans doute vous n'avez rien .promis, mais mille choses, rappelez-vous.vous m\u2019avez pris, et maintenant vous croyez que je vais accepter cette existence de dupe où je vous vois à peine, ne semble pas exister pour vous, et quand par hasard nous sommes ensemble, vous passez votre temps à me parler d\u2019un tas de choses étrangères.Dans son emportement, il confondait, dans son expression, les puérilités mondaines qui l'agaçaient et tout ce qui touchait si fort la jeune femme quant à son avenir.Elle demeura ahurie une seconde, à cette sortie, puis, profondément blessée, mais assez calme, parce qu\u2019elle n\u2019avait point de passion à son endroit, elle dit très bas: \u2014 Et moi je vous prie de cesser à l\u2019instant cette scène grotesqte; vous êtes souffrant.je suppose, alors je vous excuserai, mais dans ce cas vous auriez mieux fai de rester chez vous. Vol.12, No 8 LA REVUE \u2014 Marguerite.supplia-t-il d\u2019une voix étouffée.I] avait pensé qu\u2019elle allait presque s\u2019excuser elle-même ! le consoler, l\u2019apaiser, lui.dire tendrement qu\u2019il était un grand fou, enfin de ces paroles inutiles, douces et vagues par où on calme aisément les très jeunes et les très amoureux.Mais à ce ton net et froid, rebelle, signifiant une volonté plus haute et ferme que la sienne, la douteur dépassait chez lui la colère, et toute sa nature d'enfant gâté revint.Or, Marguerite n\u2019était point tout à fait non plus dans son état normal.Elle avait les nerfs tendus et toute la violence de son caractère apparaissait : \u2014 Assez ! ce n\u2019est vraiment pas la place pour une explication, s\u2019il vous en faut une absolument, bien que je la croie inutile, puisqu'il faut choisir, c\u2019est tout choisi, j\u2019aime mieux vous le dire tout de suite.J'hésitais, sachant que je vous ferais de la peine mais tant qu'à faire, finissons-en tout de suite, d'autant que vos manières me décident absolument: ne vous congidérez donc plus comme mon fiancé, et n\u2019en avez pas trop de chagrin, allez! nous n\u2019aurions pas fait un ménage assez calme! Quoi qu'elle en eût, sa voix tremblait légèrement, elle sentit qu\u2019elle n\u2019en pourrait pas dire davantage et elle quitta son bras avec un peu d'effort, car inconsciemment il le serrait sous le sien, et elle retourna vers Lina et Liliette qui n'avaient rien saisi de la scène.Mais, à voir le soudain bouleversement du visage de Marguerite, et la pâleur effravante de Raymond, demeuré immobile à quelques pas, Lina comprit qu'il se passait quelque chose de grave.En s'accrochant à elle, un peu défaillante, Marguerite dit assez haut: \u2014 Ah! que je voudrais que Pierre soit ici !.Raymond l'entendit et partit.POPULAIRE Montréal, Août 19818 Comme Lina voyait que Marguerite étouffai®, prête à pleurer, elle l\u2019entraîna au dehors, agacée à chaque instant par des rencontres de connaissances, et elle devait saluer, sourire avec un chat dans le coeur, comme dit le proverbe russe.Un instinct, que des observations précédentes appuyaient, l\u2019avertissait qu\u2019il ne s'agissait pas ici d\u2019une passagère querelle d\u2019amoureux.Et un combat très rude la partageait.Qui dont eût pu savoir ce que déjà lui avait coûté de luttes, de défaillances et de reprises, son attitude de ces derniers mois avec Marguerite! Elle ne pouvait s'empêcher de lui conserver l\u2019affection ancienne et sincère, mais elle ne pouvait réfréner non plus au fond d\u2019elle-même, l\u2019inévitable défiance obscure de femme à femme, devenues rivales.Elle était trop passionnée pour parvenir ÿ dissimuler complètement, cette défiance, mais elle tenait en elle une puissance de volonté, une énergie magnifiquement résistante à la vie, inconnue peut-être à elle-même.Son âme était comme une terre merveilleuse et sans culture que la force seule de la sève fait assez belle.Elle s'efforçait lentement au courage quotidien remportant les petites victoires de l'heure qui passe, obscure aux yeux indifférents.Innocente, Liliette, qu\u2019elle avait près d\u2019elle, l\u2019aidait.Liliette qui ne s\u2019ennuyait plus, que Lina avait prise comme son enfant et qui avec sa gaieté revenue, cette tendre et grave gaieté charmeuse, protégeait sans le savoir ce pauvre coeur blessé, ardent et misérable.Maintenant dans la victoria qui les emportait rapidement vers l'Etoile, elles ne parlaient point ni Lina, ni Marguerite, avec Liliette entre elles.Marguerite avait ce que Pierre appelait autrefois ses \u201cmau- * -\u2014 88 \u2014\u2014 Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 vais yeux\u201d et tâchait à se souvenir exactement des paroles amères échangées tout à l'heure avec Raymond.Lina entendait comme une cloche à ses oreilles l\u2019appel: je voudrais que Pierre 80it ici.Quel sens caché à cette phrase?Comme la voiture arrivait au rond-point de l\u2019Are- de-Triomphe, Lina proposa de faire un tour au bois, et elles tombèrent d'accord là-dessus toutes les trois, avec un détente de satisfaction physique.L'air doux et léger baignait leurs visages que le feu de leurs pensées et l\u2019âcreté des poussières respirées tout le jour échauffaient.Le soleil étant déjà fort, on arrosait largement les avenues et les contre-allées.À peine entrées sous la feuillée d\u2019un vert si tendre, à peine vert, ceuleur d\u2019eau frissonnante, elles furent prises par la paix de la nature; et, Lina ayant donné des ordres, la voiture alla vers Madrid, traversant cette partie du bois plus exquise d'être un peu sauvage et presque déserte: cette petite forêt de pins maritimes aux troncs droits, dont l\u2019écorce d\u2019un roux violâtre prend les plus étranges teintes à toutes les heures du jour, et qui épanouissait l\u2019ombrelle obscure de leurs branches toujours vertes; feuillage simgulier, presque \u2018pas feuillage, qu\u2019on déteste ou qu\u2019on adore, qui bruit comme une voix humaine sous le vent, et qui, mort, tombé, ne se pourrit point, conserve une tenace vie cachée faisant au sol un vêtement serré de ses mailles rousses, tenues et luisantes.Marguerite respira, profondément vivifiée : \u2014 Oh! ça sent bon.murmura-t-elle.Lina frissonna: elle reconnaissait cette ddeur\u2026 ce parfum de résine chaude, \u2014 sang des arbres, \u2014 emplissait ses narines, faisait bourdonner en ses oreilles et bat- tomawec une vielence douloureuse en son cosum-son propre sang.Elle revit le \u201cbois sacré\u201d; la route blanche, brûlante et chère, bordée de ces mêmes arbres, où elle avait marché avec lui 1\u20196té passé.Ainsi son amour avait près d\u2018une année, peut-être davantage, car l\u2019heure du germe est obscure, et combien vivrait-il encore dans la douleur?Elle défaillit, se détournant pour ne pas voir Marguerite.Et elle l\u2019avait là près d\u2019elle, inconscien - te, très forte, promise à toutes les joies, et elle ne pouvait l'éloigner de sa vie, ni s*éloigner d\u2019elle sans être justement jugée capricieuse, égoïste, envieuse.\u2026 A * * * Quand Raymond s\u2019arréta de marcher, stupide de fatigue, il ne sut pas tout de suite où il se trouvait.Il avait suivi les quais, longeant d\u2019æs bord les hauts parapets, puis, les berges s¥largissant, moins encombrées, avec des plaques d\u2019herbe rase, Raymond machinalement, y était descendu pour être plus près de l\u2019eau dont l'haleine fraîche lui semblait clémente.Et il avait encore marché longtemp: au bord du fleuve qui déroulait au soleil, comme un serpent géant, ses écai!!'es éblouissantes.C\u2019étaient maintenant -s pentes douces veloutées de petites fleurs d'avril: pâquérettes ouvertes, rondes et pures comme des yeux d\u2019enfant, gloire des coquelicots, toute une campagne en miniature, reposante, oh ! oui, reposante.I\u2019 s- sit.Un peuplier de Hollande secot la neige frêle de son pollen ; Raymond suivit des yeux les vols de cette poussière de fleur.Il en fut bientôt couvert et, sans pensée s\u2019acharna à en débarrasser ses habits, et son chapeau qu\u2019il tenait à la main, Il remarqua, alors que ses souliers vernis et le bas de son pantalon étaient encrassés et sales de la boue limoneuse du bord du fleuve.Et il se revit tel qu\u2019il était quelques heures auparavant, au départ, il s\u2019était regardé avec complaisance dans son complot gris clair, finiment chaussé, coiffé de neuf et charmant, en vérité avec son \u2014 89 \u2014 LA REVUE Vos.12, No 8 POPULAIRE Montréal, Août 1949 air doux et délicat de file blonte, la peau, les yeux clairs.Elle l\u2019avait aimé pourtant! Mais on la lui avait changée.et, pour la millième fois depuis trois heures il ressassa sa douleur, ses griefs et leurs causes.Il haït avec un éclat de douleur renouvelée tous ces gens, ces étrangers qui la lui avaient faitr étrangère.Ne voulait point reconnai- tre \u2018elle n\u2019avait jamais été sienne ; il les acc «ait tous, le pauvre enfant, de la lui avoir prise.Il ne pouvait pas admettre la pensée d\u2019une Marguerite indépendante, dégagée de lui, et cependant, c\u2019étaiït absolu, irrévocable, le sentait bien, elle avait dit: non, et ce n\u2019était pas le refus ignorant d\u2019une jeune fille, c'était la parole décisive d\u2019une femme ayant déjà vécu et qui avait en elle une suffisante force de vie libre.Comme Lina, et presque à la même heure, Raymond de l\u2019année précé:>nte alors qu\u2019amollie par le charme envelc >pant de son jeune amour et de la saison ~~ avait écouté, presque tendre, indul, et assez mystérieuse pour qu\u2019il eût toi l\u2019esporr\u2026 Débordé par ces souvenirs, 1l ne savait plus s\u2019il en reniait la douceur, dans la rancune qu\u2019il avait envers cette femme de ce qu\u2019il appelait tine coquetterie hypocrite, ou s\u2019il les regre*tait au point qu\u2019il eut tout donné pour les revivre encore.Non, il ne savait plus rien, sinon qu\u2019il était plein de haine, de défiance envers le monde entier, \u2018que la vie lui apparaissait fermée et noire et qu\u2019il était seul, parfaitement seul, ayant un ennemi, et le plus redoutable de tous, jusqu\u2019e nson frère.son frère, qui avait été aussi un peu sa maman.Il appela: Oh! Pierre !.\u2026 Et son coeur creva enfin.mais, mais, dans les sanglots sa peine ne s\u2019émoussait pas.TI tomba, brisé, des larmes à un sommeil de fièvre et de délire, et, quand il s\u2019éveilla, le grand crel d\u2019une pâleur immense et vide s\u2019éclairait déjà d'étoiles palpitantes comme des yeux, les moires mouvantes écut les semaines unies de l\u2019eau les miraient toutes.Il regarda ce ciel et ce fleuve, quel repos! Il se sentait calme, presque content, en allé déjà et débarrassé du poids fastidieux de ces petites choses ridiculement fugitives de 1a vie.* * * Pierre rentrait: onze heures et demie.Le comte de Luc l'avait gardé à dîner.La journée n'avait pas été gaie, mais elle ne lui avait pas été cruelle.T1 était plus fort d\u2019avoir su tenir la décision prise.Tl songea que le gaz serait éteint et chercha dans la poche de son veston sa boîte d\u2019allumettes, mais, la porte ouverte, il fut surpris.La loge était encore éclairée et pleine de monde.Ün homme, au centre du groupe, parlait très haut et, pour la centième fois sans doute, donnait les détails, ardemment écoutés, de quelque aventure passionnante : \u2014 Car de l\u2019avoir repêché, c'est bien le hasard, faut le dire.Pierre un peu ému s\u2019avança : \u2014 Est-ce qu\u2019il y a eu un accident?On se tut brusquement, le concierge vint a Tui, et il entendit un chuchotement : \u2014 C\u2019est le frère !.\u2014 Raymond! cria-t-il.Mais il n\u2019ajouta rien, fut en haut dans une course folle, et le trouva.On l'avait rapporté, il était là.Vivant?I.\u2014 LES HISTOIRES DE LILIETTE.\u2014 Et ainsi, mon cher, votre fille recueille les suicidés qui se ratent et les petites hystériques; elle fait de votre maison un hôpital avec tous ces intéressants malades, et cela vous plait ainsi?fort bien! mais avouez que c'est drole !.\u2014 Allons, allons, ma très jolie anrie, ne soyez pas méchante, je vous abandonne le garçon si vous voulez, il n\u2019est pas bien neuf comme type et je crois qu\u2019il \u201cse ratera\u201d toute sa vie, mais la pauv\u2019 petite fille, \u2014 90 \u2014 Val.12, No 8 LA REVUE je la défends! N'employez done pas de vilains mots en parlant delle! lle est trés-gentille, cette gosse-la.\u2014 Je ne sais pas ce qu\u2019elle est, elle ne parle jamais ; est-elle muette?elle vous regarde fixe avec ses yeux énormes, extraordinaires, vous avez beau dire, elle n\u2019est pas naturelle.Et la comtesse Rosita, plus belle que jamais, et d\u2019une beauté excessivement sertie et relevée, jour-là, par l\u2019art du plus subtil maquillage, d\u2019une corffure savante qui devait mettre en valeur sa toque de roses pourpres, et d\u2019une toilette compliquée et vive, prit le bras de M.Morel, s\u2019y appuyant avec toute la grâce et la langueur dont elle était capable.Et, en ce jour de courses, à Auteuil, c'était aux tribunes, sur la pelouse, un universel chuchotement : \u2014 Morel, le toujours beau et très talentueux Morel épousait la très espagnole comtesse Rosita \u201cqui.que.vous savez\u201d, rire et.ete.Ce n\u2019était pas officiel, mais il prenait auprès d\u2019elle une allure légitime, l\u2019emmenait dîner avec sa fille à Madrid (on les y avait vus enéore l\u2019avant-veille) et le, potin était infiniment plus amusant que les courses.Cependant Morel, tout en subissant l\u2019influence contagieuse de cette opinion ambiante qui décidait, avant lui, de ce qu il ferait, demeurait réfractaire; et, tout en promenant lentement Mme de Sorgue, il était un peu ennuyé parce qu\u2019 \u2018elle venait de lui dire.En y réfléchissant, avec impartialité, il avait fait pour Pierre, à Royan, l\u2019année précédente; et, une installation pareille était véritablement impossible à Paris où le maître de la maison désertait cette maison les trois quarts du temps.Lina, malgré tout son invincible bohémianisme, le comprenait.Mais, à part cela, le jeune homme vivait dans le petit hôtel somptueux et obscur POPULAIRE Montréal, Août 1919 comme une chapelle du boulevard Pérei- re.Il y venait le matin souvent, y déjeunait alors la plupart du temps, y passait ses après-midi, sortait en voiture avec les deux jeunes filles, quelque fois rentrait diner avec elles, et ne se retirait que très tard dans la soirée.Evidemment, il y avait abus.M.Morel était bien habitué aux fantaisies de sa fille, et y reconnaissait son sang, mais elle avait toujours témoigné d'une sauvagerie invétérée vis-à-vis des humains, et n'avait guère eu encore que des goûts de claustration exagérée, ou des caprices d'installation ruineuse, et ni les uns nil les autres n\u2019avaient gêné M.Morel.Il était flatté, au contraire, secrètement ravi dans sa vanité puérile d'homme à la mode, de l'origma- lité de sa fille.Le Paris parisien s\u2019était amusé avec une snobisme admiratif de ces goûts et de ses caprices.Sans préméditation, Lina y à quis une certaine célébrité.On avait décrit les ameublements inventés par elle, ses folies de plantes rares et d\u2019animaux généralement inattendus en ville, lâchés dans son appartement privé, ou dans la liberté des jardins a la T'illa.Aujourd\u2019hui, c\u2019était différent: plus de fougères d\u2019Asie, prodigieuses, mais qui dépérissatent sur la terrasse de l'ateelier, plus d\u2019antilopes errantes dans les salons, mals un jeune homme.Paris pouvait rire encore a cet avatar mais d\u2019un rire qui déplaisait fort à M.Morel.I] se promit d\u2019en parler à Lina, et la perspective d\u2019une observation l\u2019importunait vivement.avait ace Contre son habitude, M.Morel rentra de bonne heure: huit heures et demie.Il demanda : \u2014 Mademoisélle est dans l'atelier $ \u2014 Oui, monsieur, Hi i } r UA Hi RH DA Vol 12, No $ LA REVUE POP ULAIRE Montréal, Août 1919 \u2014 Seule?: \u2014 M.Etcharre qui a diné ici avec Mademoiselle.-\u2014 Naturellement! montant l'escalier.Mais, en haut, ce ne fut point Raymond qu\u2019il trouva, mais Pierre.Il fut doublement content, car ce garcon l\u2019intéressait réellement, et il lui sembla presque, da:s sa mobilité admirable d\u2019inconscient, que son observation devenait inutile, reculant dans le vague indéfini des réformes qu\u2019or »rojette avec l\u2019intime persuasion qu\u2019on ne les accomplira jamais.Les deux jeunes gens étaient assis à Pentrée de la terrasse.M.Morel s\u2019assit près d'eux et, sensible à la beauté extérieure des choses, il se plut au charme d\u2019un merveilleux crépuscule rose; faisant remarquer, avec des expressions d artiste, la singularité d'apparence qu'offraient les murs éclatants d\u2019une bâtisse neuve, encore à demi voilée d\u2019échafaudages, et qui ressemblait, dans la lumière dorée du soir, à un décor de ville arabe.\\ \u2014 Tu ne sais pas ce que je racontais à Pierre ?\u2014 Non.Quoit.\u2014 J'ai découvert que Liliette écrit! Oui, elle a été inoculée par Raymond, sans doute! Flle invente des histoires, je l\u2019ai confessée hier soir et elle m'a avoué cette faiblesse.ce qu\u2019il y a de curieux et qui va t\u2019intéresser, c\u2019est qu\u2019elle écrit de préférence en t\u2019écoutant jouer.la musique \u2019hypnotise absolument.elle adore t'entendre, et toutes les impressions qu\u2019elle éprouve alors, elle en garde la mémoire très fidèlement et les transcrit apres.\u2014 Tiens! tiens ! fit Morel amusé, elle est drôle, cette petite !\u2026 voyons, nous allons la faire arriver.Il se leva, alla au piano.Lina fut très surprise, car presque jamais son père ne s\u2019installait dans l'atelier.Son talent était charmeur et jeune comme lui-même.Il y avait dans ses composi- grommela-t-il en tions une manière de génie.Ayant mis en musique des poèmes de Verlaine, il avait pénétré leur harmonie jusqu'à la fondre prestigieusement avec la sienne.Il jouait depuis dix minutes environ, quand une petite ombre se glissa silencieusement dans l'ombre de la pièce, et comme ils furent tous parfaitement immobiles et que la nuit envahissante dérobant les mouvements du musicien, il sembla que ce fût l\u2019âme seule de la musique qui peuplât l\u2019heure charmée et la chambre morte d\u2019une douce magie de fée et de fantôme.Comme tous les vrais artistes, Morel exaltait son art au contact d'une compréhension sincère, si humble fat-elle.Tres souvent, on l\u2019avait trouvé inférieur a lui- même en quelque salle très bondée et ultra- mondaine ; il fut, ce soir, entre sa fille un étranger-et une enfant, au-dessus de son habituelle puissance et il le sentit.Il sentit encore quelque chose de plus qu'il s'expliqua mal: c'était une émotion assez mélancolique, mais d'une certaine douceur.Il songea qu'il avait cinquante- deux ans et ce n'était pas précisément joyeux, mais il songea encore, et avec plus de profondeur que de coutume, aux trois êtres qui l\u2019entouraient.Il m\u2019avait pas le coeur assez tendre pour avoir l'attention vigilante, mais il était trop intelligent pour n\u2019avoir pas l'observation rapide et presque involontaire, aussi n'avait-il \u201cpas été sans remarquer un changement en sa fille.Et, plus d'une fois, il avait repensé à la \u201csupposition\u201d - de Mme de Sorgue: Lina éprise de Pierre.Il persévérait à trouver cela très inadmissible en tant que supposition.mais l\u2019idée prenait cependant en lui la force d\u2019une vérité.Pour tout dire, dans son appréciation impartiale des choses, il avait été légèrement déçu de ne pas voir en Lina une plus violente énergie à bien vouloir ce qu'elle voulait, à lutter avec un bel égoïsme de \u2014\u2014 O2 \u2014 Voi.12, No 8 LA REVUE passion à conquérir, sans souci des ambiances.IT Pavait un peu méprisée de sa \u201csentimentalité\u201d\u2026.À présent, une compréhension plus haut lui venait obscurément, et même une sorte de vague regret: il ne lui aurait pas déplu que ce fût \u201ccelui-là\u201d qu'elle ait choisi et que \u201ccelui-là\u201d fût toujours, comme maintenant, avec eux un peu sauvage, mystérieux dans son extrême simplicité et très bon.Et jusqu\u2019à la présence de cette petite fille étrange et douce qui lui semblait presque nécessaire à l\u2019émotion actuelle.Ce très démodé charme d\u2019une famille, d\u2019un foyer, il le subissait avec tout le relatif que comportait la situation point \u201cbanale\u201d, ni \u201cbourgeoise\u201d assurément.Quand M.Morel cessa de jouer, il y eut un moment de silence; ils revenaient tous de très loin.T] parla le premier: \u2014 Causez donc là-bas tous les deux, moi, j'ai quelque chose à dire à Liliette.Pierre et Lina allèrent à l'extrémité de la terrasse.Le paysage vu de là était tronqué et charmant, découvert au hasard des constructions voisines.Et, ces constructions, \u2014 presque toutes de petits hôtels particuliers habités par leurs propriétaires, des artistes, \u2014 étaient d\u2019une architecture un peu compliquée, naïvement traductrice d\u2019une certaine vision intérieure de ces artistes qui l\u2019avaient imposée à l\u2019architecte.Des jardins microscopiques alentour justifiaient le mot d\u2019Alexandre Dumas père qui, déjeunant chez son fils, locataire alors d\u2019une petite propriété dans la banlieue de Paris, lui disait: Ouvre donc la fenêtre de la salle à manger pour donner de l\u2019air à ton jardin! Mais, par ce soir de juin, les cimes des arbres, épanouies en bouquet, donnaient l'illusion de la pleine verdure.Lina s\u2019assit sur le rebord de Pierre de la terrasse, et elle frémissait à sentir, revenues, toutes les fièvres de l\u2019hiver qu\u2019elle avait cru soumises, amorties, bientôt vaincues\u2026 Ah\u2019 fuir cette heure douce, propice, dangereu- POPULAIRE Montréal, Ao yo!) se, et cette présence.mais quand méme cela ne lui eût pas été matériellement impossible, elle était tenue là par un lien infrangible et fort: le désir de vivre cette heure et le bonheur de cette présence.Elle ne souhaitait même pas l\u2019entendre parler et elle tressaillait quand il dit doucement, et continuant la conversation commencée tout à l'heure comme si rien, ni personne ne l\u2019eut interrompue : \u2014 Vous ne m\u2019empécherez pas de vous le répéter, vous avez sauvé Raymond de lui-même, ce qui était autrement difficile que de tirer son pauvre corps de l\u2019eau, entre toutes les preuves de la rare et profonde amitié que vous nous avez témoignée, celle-ci est pour moi inoubliable, 1m- mense.\u2026 je voudrais, je voudrais savoir ce que je pourrais faire à mon tour pour vous\u2019.File avait voulu l\u2019interrompre, se tirer de son émotion par sa blague habituelle : \u2014 C\u2019est entendu! Je suis le sauveur des familles, I\u2019ange du boulevard Péreire!.Mais il avait persisté, sans se laisser interrompre; il rappelait les jours d\u2019angoisse, tout proches encore, où, de voir son frère physiquement sauvé, ne le délivrait pas de la peur que lui inspiraient Îes yeux défiants et fuyants de ce frère, son mutisme de douleur et de révolte.Et, devant \u201cson enfant\u201d il demeurait troublé, incapable de trouver, de prononcer les mots qu\u2019il aurait fallu, car, dans une grande explosion de larmes passionnées, Marguerite lui avait raconté la scène du Salon, et s\u2019était accusé avéc exaltation d\u2019avoir été la cause de l\u2019acte extrême de Raymond.Pierre qui ne comprenait plus, ayant cru si fermement à leur mutuel amour, n\u2019avait pu que murmurer: \u2014 Alors.vous ne I'aimez donc past.Et elle avait dit: non, de la téte, sans paroles comme si elle n\u2019eût pas voulu affirmer encore une fois, hautement, la vérité.Et, tandis qu'en quelques phrases, Pier- LB Voi.18, No 8 ILA REVUE POPULAIRE Montréal, Aofit 1919 re faisait repasser devant Lina ces heures troubles, il faisait ressortir par quel tact délicat, quelle finesse déliciense de coeur, elle avait su, elle, être le lien qui, insensiblement, fermement.avait relié entre eux les êtres que ces violents événement et la franchise brutalé des sentiments révélés, avaient séparés.Par elle.et tout naturellement, Raymond et Marguerite s\u2019étaient revus.\u2014 Mais c\u2019est pour tous, pour vous seul que j'ai fait cela! pour que vous ne souffriez pas tant en votre frère! Elle! ah! elle.\u201d Et presque involontairement elle dit avec une amertume mauvaise dans l\u2019âme: \u2014 Je ne croyais pas Marguerite si froide.après ce qu'avait fait ce pauvre enfant, je pensais qu\u2019elle aurait eu, le revoyant quelque chose de plus tendre, de plus doux; qu\u2019elle serait touchée, peut- être.mais non.d'ailleurs, elle a beaucoup changé depuis un an, elle est devenue très sèche.Vous ne trouvez pas.\u2014 Oh!.avec moi, vous savez, elle ne s\u2019est jamais montrée tendre.et puis, elle a beaucoun de volonté, d'énergie, mais elle n't pas séche, non, non, ne dites pas cela ! Voyez-là avec Liliette.\u2026 non, je vous assure !\u2026 Lina ne pouvait voir son visage, mais à s» voix altérée elle comprit qu\u2019elle lui avait fait du mal, et un remords rapide, aigu de ses paroles, la saisit.Elle devenait donc méchante?.Cependant Pierre, hanté.des mêmes idées reprenait : \u2014 Sans vous! que serions-nous devenus ! Mon pauvre Ray recommence à me parler un peu quand il rentre de chez vous, il me raconte vos lectures, les heures de musique, les promenades, il se repose ici; vous lui créez une vie nouvelle et charmante telle qu'il aurait aimé la mener, le pauvre enfant; tout cela, qu\u2019il m'eut été impossible de lui donner, il vous le doit.je vous lo dois.Ajouta-t-il plus bas et, tout près d'elle, il chercha et prit sa main.Une vive lumière éclaira soudain l\u2019extrémité de la terrasse.L'atelier s'allumait et sous les lampes ïls virent M.Morel et Liliette causant en confiance souriante.Lina sentait son coeur battre si fort qu'elle craignait qu\u2019il ne put l'entendre.le mouvement de ce coeur remplissait ses oreilles d\u2019un bourdonnement pareil à celui de la mer qui déferle tout entière tout entière en certains coquillages, et il remplissait encore l'atmosphère, le monde.mais Pierre ne l'entendait point.Cependant, comme ils étaient silencieux, et qu'elle s'abandonnait au charme impossible de croire que ce silence était une se- créte entente, Pierre parla de nouveau, et très bas, d\u2019un ton de prière hésitante, timide et peureux il l\u2019interrogeait : \u2014 Dites-moi.crovez-vous qu\u2019elle aime quelqu\u2019un d\u2019autre?.\u2026.Elle! elle! toujours elle.ah! il Paimait invineiblement, du grand amour sans lassitude, humble et tenace, d'un amour pareil au sien et aussi misérable.Tout son être d'orgueil et de passion se cabra, en révolte, et debout, éloignée, allant vers l'atelier elle dit rudement : \u2014 C\u2019est possible! mais je ne sais rien, demandez-lui vous -même, d\u2019ailleurs, je la vois fort peu maintenant.\u201d et elle rentra.Il fut triste, très triste de ce ton et de cette allure irritée et étrangère, qu\u2019il lui voyait ainsi quelquefois et toujours aux moments où il goûtait le mieux la douceur de leur amitié.Il lui semblait alors qu\u2019elle brisait quelque chose de précieux, comme un enfant gâté ou une femme inconsciente; et cela rompait l'harmonie de ce caractère dont il aimait si fort quelques traits.Sous les lampes, Liliette levait son visage de candeur réfléchie, et, vers elle, Morel avait un regard de curiosité attendrie.Cette petite fille lui était à la fois comme un bibelot rare et exquis et comme une Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 vivante énigme qu\u2019il trouvait tous les jours plus amusant de déchiffrer.Très simplement, elle lui avait donné les quelques papiers où étaient écrites ses histoires, et il les lisait à mi-voix.Lina s'arrêta au seuil, barrant de toute la hauteur de sa taille et du déploiement de ses bras étendus, accotés aux chambranles, le cadre de la porte, lumineuse pour Pierre, obscure pour ceux de l'atelier et elle écoutait : \u201cLa belle fée toute seule dans le palais \u201cde verre.\u201cUne fée était seule, toute seule, en un \u201cpalais de verre.Elle paraissait libre, \u201cparce que la demeure était si claire, mais \u201celle savait bien qu\u2019elle était enfermée et \u201celle était triste.On lui parlait, \u2014 tous \u201cles hommes et toutes les femmes qui mar- \u201cchaient autour du palais, \u2014 lui parlaient,_ \u201cet elle répondait, et ils s\u2019entendaient très \u201cbien parce que le palais était magique et \u201cque les parois n\u2019arrêtaient pas les paro- \u201cles, mais ils ne se comprenaient pas, par- \u201cce que la fée était toute seule et que les \u201cautres, tous les autres étaient ensemble libres.\u201cMais il n'est pas naturel qu'une fée soit \u201ctriste, aussi comme elle était très bonne \u201cet très fière, la belle fée faisait semblant \u201cde rire et on la croyait gaie.» \u201cDans le palais de verre il y avait de \u201cbelles choses et beaucoup de lumières, et \u201ctout le monde enviait la fée; la fée sou- \u201criait et faisait entrer les gens dans son \u201cpalais, mais, plus il y avait de gens, plus \u201celle était seule, elle était seule parce que.\u201cson coeur était parti.\u201cSon coeur était parti, un jour, comme \u201cun oiseau, et il n'était jamais revenu, \u201cmais la place de son coeur, dans sa poi- \u201ctrine était lourde, lourde, parce qu'elle \u201cétait vide.et la belle fée, quand la nuit\u2019 \u201cvenait, tendait ses bras en pleurant et di- \u201csait tout bas: oh! mon amour [.\u201d Lina fit un brusque mouvement; enfermée seulement dans le secret de son coeur si lourd, et cette parole si souvent murmurée aux soirs angoissés.Liliette tourna un peu la tête et la vie, mais M.Morel ayant fait: Hé! hé!.sans insister pour ne pas effaroucher la petite fille, prenait une autre page: \u201cLes deux qui n\u2019avaient pas compris.\u201cElle regardait au loin, vers'le soleil, \u201celle adoraiït le beau grand soleil d\u2019or, et \u201cl\u2019autre la regardait, elle, seule: T1 était \u201cjaloux du soleil et fiché parce qu'il n\u2019ai- \u201cmait pas tout ce qu\u2019elle aimait.Tls ne \u201cpouvaient pas être heureux, c\u2019est très \u201csouvent ainsi.Elle ne savait pas que.tout \u201cprès, la lumière du soleil est froide, \u2014 \u201cet il ne voulait pas savoir qu\u2019il devait, \u201cavec elle, adorer le soleil afin de donner \u201cune âme à cette lumière, \u2014 et alors elle \u201c\u2018l\u2019aurait aimé.Et ils étaient malheureux \u201cparce qu\u2019ils n\u2019avaient pas compris ces \u201cchoses.un et une qui comprendraient, \u201cviendraient peut-être, mais les bonheurs \u201cqu\u2019on a ne sont jamais pareils à ceux \u201cqu\u2019on aurait voulu avoir.\u201d \u2014 C\u2019est un peu obscur!.dit M.Morel avec un sourire, mais c\u2019est assez curieux.Ah! ah! nous avons une petite symboliste ! très chic, très chic!.Mais Lina trouvait tout cela fort clair.Elle regardait Liliette avec un pou d'inquiétude : cette enfant si calme, avait-elle donc compris ce qui se passait autour d\u2019elle?.Puis elle songea que ce n\u2019était vraiment plus là une enfant.Juliette avait quatorze ans; sa longue maladie n\u2019avait pas été sans développer anormalement son cerveau d\u2019une intelligence trop ardente et un peu morbide ; enfin, elle s\u2019était singulièrement affinée depuis quelques mois dans l\u2019atmosphère surchauffée d'art et de luxe où elle vivait près de Lina.File avait appliqué à ce qui l\u2019entourait le sens d\u2019observation aigu et presque divinatoire, dont elle témoignait aux leçons qu'on lui donnait.\u2014 85 \u2014 Y Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 191$ Lina, en songeant ces choses, remar- qui un peu de crainte que la jeune fille restait si mince et si pale, et toute la profonde affection qu'elle lui portait s'émnt.Peut-être n'avait-elle pas bien rempli son role avec cette enfant?Mais, de la sentir \u2018s1 compréhensive, d\u2019une délicate compréhension très secrète, elle l\u2019en aimait tout à coup davantage: ce n\u2019était plus uniquement l\u2019être faible qu\u2019on protège avec une tendresse de maternité, mais une femme presque, une âme d\u2019amie, d\u2019égale, éveillée aux émois prochains et éternels, et la belle fée se sentit moins seule dans son palais de verre.Lina était sortie et Liliette était seule dans atelier avec Raymond.Celui-ci, affalé aux coussins d\u2019un fauteuil de cuir compliqué et commode, lisait et semblait trouver bonne l\u2019atmosphère de la pièce si fraîche sous les velums tirés et parfumés du parfum léger des roses.Lilietge qui le regardait gravement dit tout a coup: \u2014 It qu'est-ce que vous faites mainte- want?\u2014 Mais.\u2026 je lisl.répondit-il avec in- nocende et levant les yeux sur elle.: Elle reprit : \u2014 Sans doute, je vois bien.Vous n\u2019avez pas compris.\u201d Je vous demande à quoi vous travaillez?Ce que vous avez en train?Ce que vous allez faire enfin ?.I1 eut un geste vague, infini, beau d\u2019ampleur et d'insouciance : \u2014 Malis.je ne sais pas.rien.\u2014 Comment, rien?I1 se souleva un peu et posa le livre comme si ce double mouvement de léger effet physique et de renonciation à un plaisir passager dût suffire à protester contre l\u2019accusation informulée de paresse, perceptible au ton de Liliette.\u2014 Enfin !\u2026 rien.je veux dire que je ne suis pas tout à fait fixé.j'attends.Elle parut se demander ce qu'il \u201cattendait\u201d puis, sans transition : \u2014 Vous ne trouvez pas ce pauvre Pierre bien changé, bien fatigué?\u2014 Mais non?pourquoi ?.\u2014 Il n\u2019est pas bien heureux.dit Liliette lentement.il travaille beaucoup.\u2014 Personne n\u2019est heureux.fit Raymonde, fatal; et fort de cette affirmation, il se laissa retomber au fond de son fauteuil.Sans se l\u2019avouer peut-être à lui-même, il tirait de son acte de désespoir excessif une excuse admirable pour toutes ses défaillances à venir, et même une sorte de gloire, comme si un suicide manqué, tenté par un presque enfant, en une heure de folie, fût un trait de haute énergie morale et d\u2019irréductible dégoût devant toutes choses vivantes.Cependant, bien plus secrètement encore, il éprouvait, depuis ce moment, \u2014 malgré tout tragique, \u2014 une jouissance nouvelle à exister; la vie lui apparaissait plus douce et plus tentatrice qu\u2019autrefois; la goûtait avec une volupté de convalescent qui s\u2019attache puéridement aux minuties matérielles de cette vie.Il recevait comme une chose due cette reconnaissance qu\u2019on a à un cher malade du retour à la santé; et, tous les soins des longues guérisons, il les acceptait autour de sa personne qu\u2019amollissait une nonchalance d'égoïsme pro- afond.Dans cette état de sensitivité exacerbée, il trouvait surtout un charme infini, toujours renouvelé, au contact délicat et raffiné de Lina, et de Lina vue en son cadre, chez elle, au décor de fantaisie hardie et somptueuse que son goùt variait.I] aimait en elle, tout particulièrement et précisément, ce qui la tenait lointaine à Pierre.Ses toilettes et ses bijoux, ses habitudes de bohême presque toujours desoeuvré, et l\u2019allure bizarre de ses occupations tenaient we GG \u2014\u2014 Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 l'imdtrination du jeune homme en éveil de curiosité, r Assi au piano souvent, et déchiffrant avec la merveilleuse assimilation qu\u2019elle appliquait à toutes choses, quelque partition de Wagner, la jouant, la chantant et escamotant les difficultés extrêmes dans le feu d\u2019une interprétation d\u2019âme extraordinaire, il fui arrivait soudain, \u2014 à la ste d'une saute intérieure d\u2019esprit qui devait demeurer insaisissable aux éditeurs, \u2014 de se lancer en l\u2019exécution vertigineuse de quelque valse rabâchée par tous les orgues de Barbarie, ou de quelque refrain grincé part tous les cafés-concerts.Et elle y mettait la même ardeur de jeu, profanant avec une sorte de joie perverse l\u2019émotion divine qu\u2019elle suscitait à la minute précédente.Raymond se plaisait à cette acrobatie qui avait souvent désolé Pierre, ennemi naturel des profanations, même simulées.Maintenant, après avoir proféré la facile la Palissade : \u201cpersonne n\u2019est heureux.\u201d il demeurait rêveur, mollement étendu et n\u2019était peut-être pas très éloigné de-se croire une manière de héros méconnu.Pourtant, parce que l'amour avait passé en lui et qu\u2019il avait été très sincère, ce grand flot de vie forte et généreuse empêé- chait qu\u2019il ne fût ridicule, le pauvre enfant, en la manifestation, aujourd\u2019hui enfantine, d\u2019un chagrih qu\u2019il devait en toute vérité reconnaître, d\u2019un chagrin qu\u2019il devait en toute vérité reconnaître très atténué, voilé d\u2019une mélancolie poétique et qui semblait s'être évaporé en l\u2019acte extrême, en la presque mort, voulue un moment, comme une maladie qu\u2019emporte le définitif accès de fièvre quand il ne tue pas le malade.Liliette fut très douce, mais étrangement résolue.Elle lui dit que cela ne pouvait point continuer ainsi, qu\u2019il était guéri; elle appuya sur le mot, et il se sentit rougir sans.savoir pourquoi, qu\u2019il devait se remettre à travailler, reprendre ses courses, aider son frère ; elle répéta en terminant: \u2014 Pauvre Pierre! Raymond, avec langueur, objecta qu\u2019il avait \u201cla guigne\u201d, qu\u2019il avait déjà essayé, qu\u2019il était sûr qu'il ne réussirait jamais, ete.Liliette dit: \u2014 Je vous aiderai\u2026 \u2014 Vous?.fit-il incrédule.Ft elle, un peu malicieuse : \u2014 Oui, moi, je connais beaucoup de gens depuis que je suis ici.nous vous aiderons.on vous recommandera.Il affecta un invincible découragement et enfin déclara: que d\u2019ailleurs il n\u2019avait aucun talent.et il désirait ardemment qu\u2019elle.le contredit.Mais, sans hâte, elle répondit simplement: qu\u2019on verrait ça plus tard.A ce moment, la porte s\u2019ouvrit brusquement, et Marguerite entra en coup de vent, vive, animée, si jolie dans sa robe de toile mauve pale fanfreluchée de volants et sous sa capeline couverte de roses roses, qu\u2019elle paraissait plus jeune que jamais, et Raymond fut soudain plein d'amertume.Il] en voulut aveuglément, stupidement, à cette femme de sa gaieté, de son exubérance, de sa joliesse presque enfantine et trop charmeuse.Toujours maintenant, en la revoyant, il ressentait cette obscure et mauvaise rancune de ce qu'elle n'avait pas été davantage touchée de son grand désespoir d\u2019amour, de ce que cet éclat de folie et de passion ne lui eût pas été une suprême occasion de retour d\u2019âme envers lui et ce grand amour.Marguerite, après un léger et fugitif arrêt d'expansion à la vue de Raymond, lui tendit très naturellement la main, et, s'informant de ses nouvelles, elle embrassa sa soeur, jeta son ombrelle et enfin enlevant sa \u2018voilette, dégantée, elle relevait ses boucles blondes, le tout dans une aisance de mouvement et\u2019 d'expression qui \u2014 9J \u2014 LA REVUE augmenta le malaise du jeune homme.Liliette, un moment, avait désiré a présence de Lina, mais l\u2019assurance tranquille de sa soeur la rassurant, elle se laissa aller tout a la joie de la voir, car elle la voyait peu maintenant, et elle lui demanda d\u2019où elle venait, ce qu\u2019elle faisait: \u2014 D'où je viens?de chez Petit.une exposition adorable! et personne pour la regarder.c\u2019était exquis! Une série de paysages de clair de lune, de bord de l\u2019eau, des horizons inoûis\u2026.J'ai rencontré là Morrière qui est grand ami de l\u2019exposant ; il me le présentera.nous sommes restés deux heures si tranquifles, à dire des choses intelligentes, lui du moins! \u201cEdle rit\u201d, il est très gentil, ce garçon quand il le veut bien._ Raymond, qui sentait la nécessité de parler, dit, en s\u2019efforçant de paraître naturel : L \u2014 Et puis, près de vous, je compren qu\u2019il se mette en frais, ça en vaut la peine.Puis, tout aussitdt, il comprit que de sa part aucune parole n\u2019eût pu être plus maladroite; il en demeura confus et exaspéré, mais Marguerite parut à peine entendre et continua : \u2014 Il m'a demandé, comme toi, ce que je faisais et je lui ai dit: toujours ces études en plein air.il pense que c\u2019est parfait, excellent, et imagine qu\u2019il voulait même ve- \u201c nirl es voir, à la maison.Mais je lui ai répondu que nous allions déménager, qu\u2019à l'automne, quand nous serions installés, je serais enchantée.tu comprends, à la maison, en ce moment, avec les garçons qui sont plus assommants que jamais, pas un coin à moi! c\u2019est impossible; aussi je suis de plus en plus décidée à prendre cet appartement de la rue Laugier et, à propos, si tu n\u2019es pas fatiguée tout à l'heure, j'aimerais bien que tu viennes le visiter avec moi, ce n\u2019est pas loin.\u2014 Oh! oui, je serai très contente ! Je ne euis pas fatiguée du tout\u2026 Alors, tu fais POPULAIRE Montréal, Juillet 1919 toujours tes grandes courses à la gampa- gne?\u2026 ; \u2014 Oui.ce sont des journées merveilleuses\u2026 je pourrais chercher à te les décrire, et t\u2019en parler pendant trois jours sans parvenir à t'expliquer lenr beauté, leur bonheur !.Je file le matin très tôt, je prends le bateau ou le train, avec mon petit bagage: ma boîte, mon pliant; je m\u2019arrête un peu au hasard, je m\u2019enfonce dans les bois, les prairies, et je reste là des heures.il fait bleu, il fait vert et or, ah! il fait bon et on travaille comme un ange! Elle se mit à rire d\u2019un rire frais et délicieux avec tout son rêve dans les yeux.Ft Raymond la voyait définitivement lointaine, indépendante et forte.Flle parlait ainsi de cœ déménagement qu\u2019elle décidait, de ses courses solitaires, riches en sensations libres de beau travail en pleine nature épanouie, et il voyait grandir chez elle ce sentiment d\u2019énergie virilequ\u2019il n\u2019avait point, et qui l\u2019avait dégagée si vite et si résolument de lui.M.Morel avait voulu payer largement à la jeune femme le portrait de sa fille; le succes de ce portrait au Salon avait impressionné les familles bourgeoises où Marguerite allait, peu de temps auparavant, humiliée et en révolte, donner des leçons de peinture, et deux ou trais commandes de portraits lui étaient venues de ce côté.Aussi Marguerite avait de l\u2019argent et des loisirs et faisait sa vie avec une fièvre de volonté ardente et heureuse.* = * Oui, très ardente\u2019et très heureuse, elle le paraissait.Ce même soir, vers onze heures, ayant été retenue à dîner chez les Morel, elle rentrait dans la voiture de Lina, seule, et, traversant Paris, bercée au .mouvement ouaté des roues caoutchoutées, elle laissait flotter des pensées agréables dans son cerveau avec une douce paresse à les coordonner, = \u20ace= = 3 = le .cm = = = >= =\" FET.se = B® ws = ow Vs Vol.12, No 8 LA REVUE Elle revoyait l'appartement de la rue Laugier aménagé en partie pour une entreprise de photographie; il l\u2019avait séduite par sa disposition.Elle avait vu là pour elle un atelier charmant, et un large balcon en bordure ravissait toute la famille; les petits frères qui y joueraient, la mère qui y tiendrait un jardin en miniature.L'idée seule de quitter l\u2019étroite rue obscure où ele avait subi les terribles matins d\u2019hiver et les rancoeurs âcres jusqu\u2019à la défaillance physique des soirs d\u2019été, faisait bondir de délivrance son coeur allégé.Non, non, elle ne regrettait pas ce quartier miséreux et nauséabond qui ne lui rappelait que privations et larmes.Fugitive, l'image d\u2019une silhouette frissonnantes traversent cette rue détestée et grimpant un escalier conduisant à l\u2019étroit logis où Pattendaient toujours, elle le savait, un sourire et une parole d\u2019amitié profonde, vraiment très fugitive, cette image, \u2014 la sienne, \u2014 passa dans son esprit.Elle fit en secret un peit signe d\u2019adieu à la silhowette déjà effacée de cette créature troublée, douloureuse et avide d\u2019affection.\u2018Et, ainsi qu'en tous les adieux, ce retour de souvenir n'alla pas sans un regret vague,.assez doux, assez triste.Un orgueil de jeunesse vigtorieuse et ambitieuse combattit cette faiblesse.Elle plaignit cette autre \u201celle-même\u201d \u2014 heureusement disparue! \u2014 qui, sans but et sans joie dans Pexistence, se Taccrochait à l\u2019humiliante ressource des conseils et des consolations.\u2026 -Elle ne fut pas loin de se mépriser dans fe passé; mais, pour fortifier ce mépris, elle dut avoir recours à une petite ruse, presque inconsciente: elle aggrava dans sa mémoire les misères d\u2019autrefois, et glorifia, en outrepassant sa juste sincérité, sa joie présente.Très réel, certes, le repos où elle se délassait, n\u2019ayant plus le souci de l\u2019immédiat lendemain, et encore vives et neuves ses satisfactions à pouvoir s\u2019accorder, sans calculs épouvantés, des objets nécessaires, POPULAIRE Montréal, Août 1819 et même quelquefois un superflu fugitif et charmant.Et, bien grand, encore, son plaisir à décider en toute sincérité de choses importantes: comme ce changement de domicile et le libre emploi de ses journées, elle pouvait être, de tout cela, pau- tement et légitimement fière, car elle le devait à elle-même, à beaucoup de travail, beaucoup de courage, beaucoup de volonté.Et, en ce Paris de printemps épanoui et animé à la nuit tiède, elle &vait un peu de l\u2019ivresse des jeunes conquérants qui, sentant encore devant eux bien des conquêtes possibles, songent: ceci m\u2019appartient et cela m\u2019appartiendra.Combien d\u2019imaginations étreignent ainsi de leurs espoirs la Ville, disant: C\u2019est à moi, à moi! \u2026 parole vague et inexplicable par où ils veulent faire entendre que tout ce que cette Ville peut donner de jouissances, de luxe, de gloire, ils veulent l\u2019obtenir par leur effort d\u2019énergie créatrice et, qui prouve seulement combien cette Ville les tient, prometteuse, tentatrice et iromi- que!.Combien ils sont a elle.Ce vertige et des souvenirs de la journée, traînant comme des lambeaux d\u2019étoffe brillante parmi sa pensée, empéchaient Marguerite de comparer son âme d\u2019au- jourd\u2019hui à son âme de jadis, tout occupée qu\u2019ellé était à la comparaison des apparences extérieures de sa vie passée et de'sa vie présente.C\u2019était Morrère qui lui parlait encore, disant de ces fines, ambiguës et très intelligentes phrases où le sduci ex- \u2018clusif de \u201cl\u2019art\u201d excusait une audacieuse galanterie.C\u2019était un projet d\u2019étude pour le lendemain, à l\u2019heure dorée du soleil couchant; et, à chaque instant, une idée de détail d'installation dans le nouvel appartement de la rue Laugier.Mais, cette idée précisément, trés sournoise, éveilla en elle un certain étonnement tout a coup.Oui, c\u2019était bien une \u201cinstallation\u201d, et, comme tous les changements, cela repré - am 09 um Vol.12, No $8 LA REVIE POPUT.AIRE Montréal, Août 1919 T sentait, sinon quelque chose de définitif.du moins la décision d\u2019une certaine période de temps organisée selon quelque désir \u2018ou quelque nécessité \u2018fixe.Ici, c'était un désir; et, voilà qu'inopinément la jeune femme se surprit à certe question : \u2014 Est-ce bien cela ton rêve?libre travail dans un décor agréable, indépendance matérielle, et puis.Et puis quoi?Tien.C'était bien tout en effet, et.l\u2019espace d'un éclair, elle se lassa par avance, avec une étrange sensation de vide, d'ennui, de découragement.une grande et irraisonnée tristesse.I] lui sembla se voir dans ce nouveau logis, sans soucis etsans joies; elle dépouilla rapidement l'avenir, lui arrachant ce magique.et immatériel manteau du rére, qu\u2019elle avait décrit avec une fièvre enthousiaste certain soir déjà lointain, et elle le trouva incolore.\u2018 Elle s'effraya\u2026 Quoi, souffrait-elle léjà de cette fatale langueur qui s'attache aux rêves réalisés et leur succède ?Elle pensa à Pierre, le \u201csans-rêves\u201d, toujours calme et égal; elle vit sa bohne figure forte et douce, ses yeux clairs mi- clos, son sourire tendre et son expression de gaucherie timide, amusante en cet être robuste et beau.Elle sourit dans l'ombre sans savoir pourquoi, sans s'apereevoir même qu'elle souriait.Près de Pierre, elle vit Raymond et sentit passer en elle un vague remords, elle avait souvent pensé à cette parole rageuse et cependant vraie: \u2014 Vous m'\u2019aviez autorisé à me considérer comme votre fiancé.Elle n'était pas sans reproches vis-à-vis de lui.Mais peut-être, les coeurs ont des détours extraordinaires! peut-être sans l\u2019aimer, regrettait-elle son amour?Cette atmosphère lui manquait singulièrement !.Elle eut un mouvement d'épaules : \u2019 == Bah! un flirt, on en trouve toujours.Mais, ce soir, vraiment, par le plus étrange mouvement de bascule, sa pensée semblait se jouer a alourdir tous ses essors d'un contre-polds de souvenirs pént- bles, génidnts.Reportée soudain à dix années en arrière, elle revit la Marguerite jeune fille, à peine consultée.point renseignée, donnée à un mari qui était_un étranger.et la Marguerite épouse trois jours, mariage noué et dénoué dans le dranre\u2026 Elle frissonna un peu.l'amour, près d'elle, se faisait tragique.Elle tut un émoi de superstition et presque une envie de pleurer.Elle était vraiment fatiguée.surmenée de travail sans doute, nerveuse.Quelques larmes coulèrent.mais, pleurer seule, c'est si triste! Rapidement, elle chercha près de qui elle eût pu, abandonnée et en pleine communion, pleurer cette peine innommée, complexe.Elle ne trouva personne.- Point sa mère toujours incompréhensive, et pas d'amour, pas d\u2019ami\u2026 ; A\u2018utrefois elle disait tout à Pierre.mais elle ne pourrait lui dire ceci.Un moment elle avait cru avoir en Lina une amie très sûre et très rare, mais, et elle ne déméla point de quelle part en venait la raison, a\u2018 moment de la véritable intimité, il y avait eu arrêt, et même éloignement.Sans paroles, autrefois \u2014 autrefois toujours! \u2014 elle trouvait près de Liliette une douceur d'apaisement, mais e'le n'avait plus Liliette\u2026.Elle ne pouwa't cependant en vouloir à Lina de ce que celle-ci faisait pour sa petite soeur, et s'en prencre a elle de sa solitude.Mais, comme «l'e s'efforçait à ne pas éprouver ce sentiment ingrat et injuste, elle songea que Pierre ailait souvent maintenant chez Lina, qu\u2019ila s\u2019a1- maient évidemment beaucoup tous les deux.A ce moment la voiture s\u2019arréta, elle était chez elle.Une horreur renouvelée de sa rue, de sa maison s'empara d'elle et les impressions \u2014 100 \u2014 ta le Rig i iia | Le 1 til I, 8 na net Ins rv qu 0: Ie il ill a Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréai, Août 1918 de son coeur s\u2019effacèrent\u2026 Elle redevint foute, et avec un inconscient soupir de délivrance, une insouciante et énergique lutteuse, 1vre d\u2019avenir, en proie à l'heure qui passe et tirant toute son énergie de son insouciance.A cette même heure, Lina et Liliette causaient.L'enfant était couchée, la jeune fille était venue près d\u2019elle, comme tous les soirs, et, ce soir, c\u2019était une veille prolongée.Liliette parlait de Raymond ; elle racontait la conversation de l'après-midi et insistait sur l'influence que Lina pouvait avoir sur le jeune homme.! Celle-ci s\u2019en défendait: \u2014 Mais non! mais non! quelle histoire ! laisse-le tranquille, ce pauvre garçon.S\u2019il se distrait ici, tant mieux, mais quant à avoir de l'influence sur lui, jamais de la vie! Une seule en aurait, mais celle-là.\u2014 Maggy?.non.elle n'en a pas.fit Liliette avec ce petit air réfléchi en contraste étrange avec sa figure d'enfant.Lina se moqua un peu d\u2019elle, disant : \u2014 Tu es un amour de petite fille, mais tant que tu écriras des contes à dormir debout comme ceux que nous avons lus, tu permettras qu\u2019on se méfie un peu de ta perspicacité.En parlant ainsi, Lina n\u2019était pas sincère et elles le sentirent si bien l\u2019une et l\u2019autre qu\u2019elles évitèrent de se regarder et demeurèrent silencieuses un moment.\u2014 Raymond disait aujourd\u2019hui que, personne n\u2019est heureux, murmura Liliette, et Si je vous regarde tous, je vois que c\u2019est vrai: tu es triste, Raymond est navré, Pierre est triste, Marguerite n'est pas gaie.- \u2014 Ah! ça, par exemple!.\u2014 Mais non, elle n\u2019est pas gaie, reprit l\u2019enfant avec fermeté; tu crois que c\u2019est une raison parce qu\u2019on s\u2019agite tant et qu\u2019on parle beaucoup pour être joveux?\u2014 Il ne lui manque rien pour cela ce pendant, a elle.fit Lina amdrement.Et elle restait assise au bord du lit te nant son genou dans ses deux mains jointes.Liliette la regardait intensément.Malgré le développement de son esprit d\u2019observation, il y avait des choses qui lui échappaient.Elle ne désirait pas les pénétrer par unique curiosité, mais elle vibrait si profondément à la souffrance et à la tendresse que, par un instinct trop précoce d\u2019âme féminine, elle s\u2019angoissait à ne pas tout comprendre dans un désir immense d\u2019aimer mieux, de consoler, d\u2019aider peut-être.Lina secoua la tête tout à coup, avec une sorte de côlére, vit ce regard de Liliet- te, et d\u2019une voix très tendre, l\u2019embrassants \u2014 Ne pense pas à tout cela, nous sommes tous heureux, va, puisque nous nous aimons bien.Es-tu heureuse, toi?oui?bon, cela suffit, invente de belles histoires si cela t\u2019amuse, et surtout tâche d\u2019engraisser.\u2014 \u2014Oh! tu as dit cela comme Pierre! s\u2019écria l\u2019enfant en riant, amusée à l\u2019accent drôle de Lina.Lina lui sourit, sortit, ferma la porte, et, dans le couloir elle s\u2019appuya un instant au mur, défaillante, les yeux clos, sans une plainte, son coeur lui faisait si mal qu\u2019il lui semblait que si elle touchait seulement du bout du doigt la place ou il battait, ce coeur éclaterait, brisé, et qu\u2019elle en mourrait.II, \u2014 BarrAaux Er Ports, \u2014 Comment pouvez-vous rester là! le soleil est terrible! vous allez voir la mi graine! Et Raymond, sorti une minute de dessous la tente de toutil rayé qui abritait les tribunes, s\u2018inquiétait auprès de Lina.Celle-ci agita avec impatience son ombrelle \u2014 101 \u2014 Vol.12, No 8 YA REVUE POPULAIRE Montréai, Août 1919 de soie rouge qui incendiait son visage pâle et sa robe blanche: , \u2014 Mais non, mais non.écartez-vous donc un peu, je ne vois plus rien.rappe- lez-vous que vous êtes un corps opaque !.\u201d Raymond obéit et regagna sa place non sans peine./ Une fois installé, il respira avec satisfaction; il ne voyait plus rien, mais il était à l\u2019ombre.\u2014 Or, par cet après-midi d\u2019août, à Royan, dimanche, et grandes régates, la plage brûlait, blonde et aveuglante.La mer s\u2019allumait en éclats de pierreries au prisme des rayons; partout brillaient et palpitaient les flammes multicolores des pavillons hissés aux mâts égrenés au long de la côte comme une chaîne de fleurs aériennes, les voiles éblouissantes, gonflées, s\u2019ouvraient ainsi que des ailes d'oiseaux fabuleux, et, sur \u2018la grève, les terrasses, se déployait et ondulait comme une immense étoffe une foule bariolée qu\u2019avaient jetée là, en espoir d\u2019un air vif et pur, les trains de plaisir.Mais Pair était immobile, et on voyait, entre le ciel intense d\u2019un bleu dur, et la mer du même bleu, vibrer l'atmosphère en un rythme de chaleur folle, pareille à une fumée très légère et qui ne s\u2019élèverait point.La marche des différentes séries de yachts demeurait incompréhensible à la majeure partie des spectateurs.On acceptait les siganux de départ et d\u2019arrivée: coups de canon, pavillons hissés ou abais- 86s, sans en bien saisir le sens, mais, comme les groupes d'initiés, aux tribunes, acclamaient frénétiquement, toute la plage, par contagion, joignait à ce triomphe ses hurrahs, et c\u2019était un long souffle de fête et de victoire qui n\u2019était pas sans grandeur.Lina, qui étouffait sous la tente, enser- rée-aufrolement des toilettes soyeuses et quizs\u2019énervait & n'avoir devant elle que le battement des éventails ou les casquettes dessmembres-dusclub nautique, avait fui \u2014 102 \u2014 cet entourage select.Elle se sentait plus à l'aise, mêlée à la foule anonyme piétinant le sable, elle respirait plus librement au plein air, même enflammé.La houle humaine autour d\u2019elle, les clameurs et la ré- verbation ne l'étourdissaient point.Sans lorgnette, elle distinguait et suivait parfaitement le yacht de son pere: ce fin joujou blanc, luisant et rapide comme une mouette, baptisé par elle: le Rêve; et c'était là pour elle, bien autre chose qu'un bateau prompt et joli, c'était un symbole.Elle éf\u2018imait avec tendresse la forme extérieure harmonieuse et ferme, et l'ame intangible, cette âme de précision élégante que le juste calcul d\u2019un esprit pénétré du sens parfait de la ligne lui avait donnée.Et, avec la lorgnette, elle reconnaissait à bord celui qui menait, très calme et très ferme, ce Rêve.T] ne se retournait point vers la côte, tout au soin de la direction, de la manoeuvre.Il montait seul le yacht, avec l\u2019équipage, et la course engagée étant sérieusement disputée, celle qui l\u2019observait de loin partageait sa fièvre de lutte et son désir de victoire.Pendant le match, deux fois elle s\u2019entendit appeler, de la tribune, mais ne se retourna pas.Voyant une chaise libre près d'elle, elle y monta et sa grande ombrelle rouge dominait lu foule au-dessus de sa robe blanche comme une fleur portée sur une tige éclatante.Il y eut là-bas, sur la mer, un effort redoublé de vitesse, une angoisse de combat; on devinait sur ces embarcations fragiles et fortes, les hommes attentifs, lèvres serrées; muscles tendus dans une violente volonté vers le but; et, comme des bêtes dociles, les formes sveltes semblaient s'allonger encore a l\u2018allure vertigineuse, filaient au ras de l'eau avec toute leur voilure immobile et déployée.Mais il y eut une confusion.une minute, un éclair: deux yachts, qu'on croyait définitivement distancés, prirent une avance dans un élan désespéré, masquèrent le Rêve, et les FT ame.wa - TE \u2014_ 27 Vol, 12, No 8 LA REVUE coureurs parurent s'exciter encore; des manoeuvres invisibles au public, derrière les voiles, modifièrent l\u2019ordre et, soudain, tandis que Lina gessoufflait dans une oppression d'abîme, un des bateaux stoppa net, vacilla, la voiture claqua et, dans le tumulte d\u2019exclamations de surprise, d\u2019effroi arrachées à trois mille poitrines humaines, on le vit chavirer.Lina joignit les mains sur la pomme de son ombrelle, la respiration arrêtée, ivre et épouvantée.Elle ne voyait plus bien et croyait que c'était le Rêve.mais aussitôt, dans un effort de ressaisissement, de nette vision, elle reconnut celui-ci, déjà très éloigné du lieu de l'accident, et, moins de troiss econdes plus tard, pas encore revenue de son émotion, elle comprit aux salves sépétées des canonnières et des applaudissements qu\u2019il était vainqueur.Elle regardait encore, tremblante.Des canots entouraient le yacht chaviré, il n'y avait point de malheur à déplorer; l\u2019équipage, recueilli et aidé, s\u2019occupait à sauver l\u2019embarcation\u2026 Elle se décida à descendre, et revint vers la tribune les veux vacillants de fièvre, de soleil.M.Morel était excessivement content, et il y eut une turbulence de propos: rappel des incidents, projets de fête pour le soir; et Lina assise près de Liliette, silencieuse et s\u2019apaisant à sentir la main de l'enfant qui lui passait un mouchoir sur les tempes, dans le même mustisme compréhensif, entendait un groupe animé derrière elle où le nom d\u2019Etcharre revenait souvent; car la victoire remportée par le Rêve, n\u2019était point, pour lui, la seule de la journée.Tl avait trois bateaux dans trois courses et tous les trois étaient arrivés bons premiers.\u2014 C'est moi qui l'ai découvert, il y a dix-huit mois, disait le comte de Luc, ima- ginez-vous que ce farceur de Girel, après m'avoir raté une commande très importante.m'apporte un plan prodigieux, je le montre à quelqu'un du métier qui, le com- POPULAIRE Montréal, Août 1919 parant aux projets précédents de mon Gi- rel, me prouve que ce n\u2019est pas de la même main, je fais une enquête et je déniche ce garcon, et il ne se borne pas à dessiner, non! ce diable-là surveille la construction avec amour, c'est bien en entier son ceu- vre; il sait tous les métiers, il en remontre aux charpentiers\u2026 Pour la quille de Babiole, il s\u2019est donné un mal! il l\u2019a fait refondre trois fois, mais aussi quand c\u2019est fini, c\u2019est parfait.à ce point-là ça devient de l\u2019art, du génie !.D\u2019autres renchérissaient, des emballés du yachting, de ce sport qui prend à la mer de sa grandeur et de sa poésie.et Lina écoutait\u2026 Encore brisée et grisée, dans une demi hallucination, elle se voyait embarquée avec Pierre sur l'océan immense, en un de ces joujoux délicieux qu\u2019il créait, pour quelque voyage fantastique et lointain, voyage d\u2019amour, voyage de bôn- heur\u2026 le Rêve.* + * Quatre mots, au passage, entre deux portes après le dîner de gala: quarante couverts, la table chargée de roses, un brouhaha fou des convives montés par les excitations de la journée et les fumées des vins blonds, et avant la fête de nuit qui s\u2019alHumait dans le pare: illuminations, feu d'artifice, orchestre de tziganes, tout un fastueux déploiement de luxe prodigue qu'adorait M.Morel et qui suivrait, dans les salons, une surprise : des numéros enlevés à prix d\u2019or, étoiles en voyage qui chanteraient et réciteraient leur répertoire le plus connu, applaudi cent fois déjà par les invités présents mais qui prendrait une saveur nouvelle au cadre intime, resserrée et improvisé.enfin un grand souper qui ne finirait sûrement qu\u2019à l\u2019aube\u2026 Quatre mots seulement : \u2014 Eh! bien?interrogea Pierre faisant allusion à une précédente conversation, vos tre père vous a-t-il parlé?' rai sigh Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 \u2014 Oui, ça y est\u2026 il l\u2019épouse, il me l'a accepté le mariage de son père avec cette annoncé en rentrant.- femme ne devait plus démentir vis-a-vis \u2014 Ah!.et vous, qu\u2019avez-vous.d'elle l\u2019attitude cordiale, enjouée qu'elle \u2014 Moi?je n'ai rien dit.oh! et puis lui témoignait.qu\u2019importe ! il n\u2019y arien & faire.Mais, sa résolution était arrêtée ; elle ne Et ils furent séparés, accaparés l\u2019un et continuerait pas à vivre avec son père re- l\u2019autre ; lui, le héros du jour, elle, prise par marié; comment elle s\u2019installerait, elle ne mille détails de maîtresse de maison.savait pas bien encore.non, elle ne savait Bientôt, elle n\u2019aurait plus ces soins et pas, car le coeur est fou, elle espérait tou- de cela elle n\u2019avait certes aucun regret, jours.mais son apparente préséance actuelle Tant que Marguerite n\u2019aimerait point était bien ironique quant à la réalité de Pierre, rien n\u2019était perdu, définitif.Peut- la situation proche.être s\u2019était-il trompé sur ses propres senti- Elle était, plus que jamais, ce soir, la.ments?cela arrive.puis il se lasserait, dé- belle, très belle Lina Morel: l\u2019or de ses couragé.et enfin il se verrait, se saurait cheveux, la soie blanche brochée d'argent aimé par ailleurs, depuis longtemps.Ah! d\u2019une robe féerique nouée de perles à ses mon Dieu! le coeur est vraiment fou.épaules, et la nudité mate de ses épaules Une heure de la nuit.La musique in- et de ses bras merveilleux, étaient le ca- visible, la très langoureuse et un peu sau- dre parfait à l\u2019expression de son visage.vage musique, semblait exhalée des mas- Ses traits fixés et formés à la passion in- sifs obscurs où les yeux brillants des fleurs térieure, ses yeux de lumière et de nuit,si mêmes ne brillaient plus, éteints par l\u2019é- tendres sous les sourcils impérieux, sem- clat artificiel des globes lumineux suspen- blaient éclairés au feu de ses émotions et dus aux arbres.voilés à l'ombre de ses tristesses.Elle pa- Toutes les dix minutes, des feux de Ben- raissait tout entière royale et séductrice, gale faisaient surgir les formes déformées et son effort à une factice gaieté lui don- des arbustes en décor fantastique, et, on nait un attrait d'énigme.\u2026 voyait mieux alors les lents anneaux des Aucun et aucune, parmi tous ceux qui la valses se dérouler au long des allées puis virent cette nuit-là, ne furent sans la dési- s\u2019évanouir à l\u2019ombre reconquise.rer, la jalouser ou l\u2019envier, et nul ne se Lina ne dansait pas, réfugiée sur un doutait qu\u2019il ne voyait là qu\u2019une apparen- banc en rentrait sous deux peupliers, ui, ce, que cette allure souveraine dissimulait dans la nuit, froissaient leurs cimes avec trop bien une défaillance douloureuse,une un doux bruit de soie.Tout à coup elle pitoyable misère de solitude et d\u2019angois- tressaillit#quelqu\u2019un s\u2019asseyait près d\u2019elle: se.\u2014 Ah! c\u2019est vous, Raymond ! vous m\u2018a- Un seul savait: Pierre, mais sa pensée vez fait peur! Se trouvait prise ailleurs, car Marguerite Elle avait pris, presque sans s\u2019en aper- était là : Marguerite toute blanche et blon- cevoir, l\u2019habitude de l\u2019appeler par son pe- de aussi, mais à la manière fraîche d\u2019une tit nom, ainsi que le faisait tout naturelle- enfant, et la bien réellement forte celle- ment Liliette, et elle ignorait qu\u2019il aimait là.une âme de chef, libre et insouciante, ce nom dans sa bouche.' sous cette grâce essentiellement féminine \u2014 Oui, c\u2019est moi.de délicate jeunesse fragile.Elle ne prit pas garde à sa voix trou- Cependant Mme de Sorgue, d\u2019une beau- blée.té différente, mais égale à celle de Lina, Puis, elle trouva naturel leur silence ré- triomphait; et-Lina, ayant, en-elle-même, ciproque, car au degré d'intimité où ils / ter 108 = Vol.12, No 8 LA REVUE étaient, la banalité des phrases forcées ne devait plus exister.Une flamme rose s\u2019alluma au carrefour de l'allée, et son reflet envahit cette allée comme une eau éblouissante, coula jusqu'au banc, enveloppant la jeune fille.Elle baissa ses paupières, aveuglée, puis les releva, tout était redevenu obscur.Cela avait suffi pour que, de loin, elle fût vue par Pierre, \u2014 sans le voir, \u2014 reconnue à sa robe argentée; mais, tout en POPULAIRE Montréal, Août 1919 Puis, gentiment: laissez donc cela aux indifférents! j\u2019espèrg que nous sommes trop bons amis pour échanger: des propos fades sous les ramures chanteuses, comme dirait Verlaine ! Et, à propos, j\u2018ai quelque chose d\u2019intéressant pour vous.j'ai parlé au directeur de cette Revue, vous savez?.je ne vous ai pas trop recommandé, cela vous aurait plutôt fait du tort !.on se méfie des gens recommandés.mais il m\u2019a promis de lire vite ce que vous lui donne- Des canots entouraient le yacht chaviré.distinguant, près d\u2019elle, une forme maseu- line, il n\u2019y avait pas reconnu son frère.Raymond dit de sa voix caressante, de cette voix un peu voilée et enveloppante de chérubin, qu'il reprenait insensiblement à mesure que s\u2019effaçait dans son souvenir les jours amers: \u2014 Vous 8tes belle, mais belle! ce soir., Lina se mit à rire: \u2014 Comment, vous aussi! vous allez me faire des compliments l riez\u2026 remettez-lui donc la nouvelle que vous m'avez communiquée l'autre jour: l\u2019Ombre, c\u2019est vraiment bien.\u2014 Quit.vous croyez?.\u2014 Je crois.d\u2019ailleurs nous la relirons ensemble demain, ou plutôt vous me la lirez à haute voix très lentement, deux ou trois fois.\u2014 Oh! jamais de la vie! s'écria Raymond.\u2014 Qu'est-ce que j'entends?ah! mais @ \u2014 105 \u2014 Vot.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréat, Août 1919 7 vous ne m\u2019écoutez pas, je ne m'occupe plus de vous.Il supplia : \u2014 Oh si !.\u2026 puis, très doux: \u2014 C\u2019est que j'aurai honte, ce que j'écris me semble si mauvais quand je le lis haut.\u2014 Ah! vous êtes lâche devant vous-même?C\u2019est mauvais, ça.N\u2019ayez donc jamais peur de vous trouver exécrable, parce que c\u2019est très bon signe.les tout à fait médiocres en art son toujours ravis de leurs produits, c\u2019est comme les parents d\u2019enfants plutôt fâcheux d\u2019aspect, qui se montrent particulièrement fiers de leur progéniture.Ainsi quand vous vous apercevez d\u2019une défaillance lourde, ou insignifiante, dans votre travail, ne vous désolez pas de ce quelle existe flagrante.mais félicitez- vous ardemment de l\u2019avoir reconnue et travaillez encore.\u2014 Merci!.dit Raymond ému, vous êtes, la première qui sachiez si bien me montrer ce que je dois faire, personne jusqu\u2019à présent n\u2019en a pris la peine.\u2014 Ce que vous dites là n\u2019est pas juste.vous êtes un ingrat\u2026 répondit Lina qui se souvenait de l\u2019ancienne vivacité de Marguerite à parler'du jeune homme et de son avenir.I! répliqua : \u2014 Si, si, c\u2019est vrai! Pierre n\u2019ose pas me faire d\u2019observations, ou\u201cles fait à côté.\u2014 Et vous dédaignez celles qu\u2019il peur faire.Il continua : \u2014 Et Marguerite ne se soucie plus, ne s\u2019est jamais souciée de personne autre que d\u2019elle-méme.\u2014 Allons! allons.ment.Et lui aussitôt : \u2014 Oh! d\u2019ailleurs ce que cela m\u2019est égal à présent! je suis bien guéri, allez.Elle fut frappée de l\u2019accent de vérité de ses paroles.Il lui prit la main dans l\u2019ombre: \u2014 Et c\u2019est vous qui m\u2019avez guéri.eous, vous entendez, vous comprenez ?dit Lina affeétueuse- Sa voix était très basse et très douce.Elle l\u2019entendait assurément, \u2014 mais elle ne comprit pas tout à fait.I] gardait sa main et entre ses doigts il voyait étinceler les perles précieuses des bagues.Il l\u2019imagina tout entière telle qu\u2019elle était et telle que la nuit la lui dérobait en ce moment.Elle était comme une fée et une princesse ; elle passait brillante et charmante dans la vie avec la seule mission, lui sem- blait-il, mission délicieuse, de hriller et at charmer.Avec beaucoup d\u2019autres, et plus que beaucoup d\u2019autres, il se laissait hynotiser par elle; et, lentement, insensiblement, elle peuplait d'une forme de grâce multiple, dangereuse de séduction, son imagination désoeuvrée, curieuse et éprise de faste chimérique.Elle réalisait si exactement son rêve d\u2019artiste que, très sincèrement, il s'étonnait maintenant en secret, d\u2019avoir si vivement admiré la beauté claire et sans mystère de Marguerite.Il n\u2019admettait guère aujourd\u2019hui qu\u2019il y eût un charme hors celui de Lina, et il n\u2019était pas pour lui déplaire qu \u2018elle lui apparut un peu inaccessible, presque idole dans son âme close et ses.parures éclatantes.Enfin, elle venait de le toucher profondément dans sa sensitivité d\u2019égoïste inconscient, en témoignant un intérêt précis et intelligent à ce qu\u2019il pouvait créer.Il sentit se réveiller le désir ambitieux, il lui fut reconnaissant de cet éveil qu\u2019elle suscitait et aussi de sa manière simple à l\u2019encourager.TI] demanda: .\u2014 Alors vous voulez que je travaille?cela vous fera plaisir?\u201c \u2014 Mais sans doute! fit-elle \u201cquel toqué!.\u201d Et Raymond aima cette appréciation légère dans sa bouche, car il avait une de ces âmes féminines et enfantines, plus fréquentes à rencontre chez bien des hom- ee 106 \u2014 Voi.12, No 8 LA REVUE mes qu\u2019on ne le croirait, et qui se plaisent en esclavage ayant besoin d\u2019être tenues en une volonté maîtresse où elles sentent une pointe d\u2019indalgence et une câlinerie maternelles: Au-dedans d\u2019elle-même, Lina éprouvait le charme contraire, mais analogue dans ses eflets, par où la femme s\u2019attache à lêtre qu\u2019elle protège, et ici ce sentiment se nuançait de tendresse, parce que Raymond, c\u2019était encore un peu Pierre, et qu\u2019en s\u2019occupant de \u201ccet enfant\u201d, elle le Maisait un peu sien, partageant ce fardeau de soin et de responsabilité avec celui qu\u2019elle aimait.- = * * Couchée à cinq heures, Lina sentit qu\u2019elle ne pourrait se reposer.Enervée, elle se releva presque aussitôt, passa dans son cabinet de toilette et prit un tub froid qui la délassa mieux que deux \u201cheures de sommeil._ Fraîche, parfumée, les cheveux tordus haut, elle se tenait au balcon, envahie d\u2019un bien-être physique si grand que son coeur même se détendait à cette détente de son Corps.L\u2019or du matin flambait à la cime des arbres, tandis que sous les branches basses toute l\u2019obscurité et l\u2019humidité de la nuit étendaient le suaire luisant de la rosée.Des vapeurs roses traînaient sur l\u2019horizon, fondues au ciel et à l\u2019eau du même bleu: un bleu pâle, délicat et déteint que brisait à peine un vol d'oiseaux de mer ou le frisselis faible des petites vagues qui venaient lentes, régulières, franger sans écu- - me la plage déserte.L\u2019odeur de l\u2019océan et de la sève remplissait l\u2019atmosphère.Lina, habituellement peu matinale, se délectant à cette pureté fortifiante, jugeait combien on est stupide de perdre, en la veulerie du sommeil tardif, ces heures exquises, \u2014 107 \u2014 POPULAIRE Montréal, Août 1880 Dans le jardin, c'était le désordre des fêtes finies, toujours un peu triste et grotesque, et qui, parmi la fête toujours nouvelle et sans mesquinerie de l\u2019aube semblait plus navrant et plus ridicule.Le squelette des pièces d\u2019artifice se découpait, sec et noir, non loin d\u2019un bouquet d\u2019acacias, et Lina remarqua que leur feuillage déjà jauni était brûlé par places.Les lanternes vénitiennes déchiréze, pendaient lamentablement, agitées au vent léger du matin.Ces tares de l\u2019agitation humaine bles- salent les yeux de Lina; elle désira soudain être tranquille loin de ces choses vaines, et se réjouit à l\u2019idée d\u2019une course solitaire sur le sable vierge, ou en la forêt intacte.Vite elle s\u2019habila d\u2019un costume de flanelle blanche uni, se coif ik, sans un coup d\u2019oeil à la glace, d\u2019un canvtier et, les mains nues, sans ombrelle, elle descendit, fut dehors.Comme elle passait la grille; elle se trouva face à face avec Pierre.\u2014 D\u2019où sortez-vous?\u2014 Où allez-vous?i \u2014 Je viens de me promener.\u2014 Et moi, j\u2019y vais.\u2014 Jai bien envie de continuer?\u2014 Eh! bien, venez.Ils allèrent, une fois encore, mais la première de cette saison, reprenant l\u2019habitude de l\u2019autre année; et, sans se consulter, ils refirent le même chemin.Ce fut à nouveau la forêt divine de solitude, emplie de la musique ailée et infinie des insectes, le ruban de la route, toute bleuie d\u2019ombre fraîche s\u2019allongea devant eux.et, au détour de cette route ils retrouvèrent la maison fermée comme un visage mort, le verger luxuriant et désolé; tel un cimetière où trop de fleurs chargent une terre trop nourrie.Et l'heure adorable du matin présent leur apparut identique, dans son évoca- Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 tion, à l\u2019heure merveilleuse du soir d\u2019autrefois, parce que leur émotion d'aujour- d\u2019hui était pareille à leur souvenir.Par un même sentiment, ils ne s\u2019y arrêtèrent point; mais dans le secret de son coeur elle trouva doux qu\u2019ils eussent là une commune mémoire inconnue à tous.Ils passèrent.Comme elle ne voulait point parler d'elle, et n\u2019osait parler de lui, elle lui parla de ceux qu\u2019ils aimaient.A les voir ainsi, jeunes et beaux dans la lumière du matin, on pouvait croire qu'ils vivaient quelque belle heure d'amour, une heure inoubliable de ce sublime égoïsme à deuæ, comme l\u2019a défini un paradoxal, et leur passage à des yeux solitaires était une ou un regret.Mais cette heure ne leur appartenait pas; ils la donnaient généreusement, et avec l\u2019élan qui fait les véritables dons, à d\u2019autres.Et Lina, d'âme plus subtile que Pierre et plus mystérieuse dans ses détours, pouvait se souvenir avec une invincible amertume qu\u2019il en avait toujours été ainsi entre eux: les autres, toujours les autres !.Cependant, elle se domptait à cette amertume ; sa révolte d'autrefois, qui la cabrait en échappées de paroles cinglantes et dures au milieu de quelques conversations de ce genre, elle la sentait toujours gronder au fond de son coeur; mais elle pouvait, maintenant, la tenir cachée.Elle acquerrait tous les jours, lentement, sûrement, et douloureusement, cet empire in- intérieur qu'une âme forte seule peut connaître mais ne connaît jamais sans lutte.Cela même, Pierre ne devait plus le voir.Or, il aimait cette transformation chez la jeune fille.I] la trouvait ainsi plus féminine et plus proche.Tout en elle, ce ma- tin-là en particulier, lui plaisait profor- dément.Il la sentait, mieux que jamais, l\u2019âme sûre et accessible.Si simple et si franche, car, Ô ironie! plus elle parvenait à lui dissimuler les mouvements véritables de son coeur, plus il la croyait naturelle avec lui.et sans secrets, elle lui apparaissait une vraie femme.une exceptionnelle créature entièrement, faite pour la joie d'un grand amour, la compagnie exquise pouvant donner tous les bonheurs.Il admirait mieux sa beauté.ainsi dégagé de toutes les recherches de l'art et du luxe, il jugeait charmant son esprit de vivacité profonde et légère, et, très rare, son coeur sans ombres mesquines.Ainsi appréciait- il, très justement.mais il portait en lui une autre image qu\u2019il n'avait jamais songé à apprécier parce qu'il l'aimait\u2026 qu\u2019il l'aimait, tout simplement, sans aucun autre mot pour appuver celui-là.Il écoutait Lina lui parler de Raymond et, à ce qu'elle lui dit, il comprit que c'était son frère qu'il avait entr'aperçu cette nuit assis près d'elle sur le banc du jardin.Il le lui demanda.Elle répondit que oui.Alors, lui, en riant: \u2014 Je pensais que c'était un de vos nombreux soupirants\u2026 c\u2019est une nuée, vous savez | et parmi tous ceux-là, pas un qui vous plaise?\u2014 Pas un.\u2014 Mais quand votre père sera marié, que ferez-vous ?Elle dit: \u2014 Je ne sais pas.Puis avec un effort: \u2014 Laissons cela, c\u2019est assommant de penser à l'avenir! d'ailleurs la fazseuse.de projets n\u2019existe plus en moi, c\u2019est vous sans doute qui l'avez démolie, \u201cfrère raisonnable\u201d! Elle parvenait à rire: \u2014 Vous êtes si calme ! étonnant! Je vous regardais hier, 11 semblait que tout ce qu'on vous disait s'adressait à un autre !.\u2026 Enfin, parlez donc! Etes-vous content \u2014 Mais oui, je suis content.Et il souriait, tranquille.Elle I'imita: \u2014 Mais oui, je suis content.Et alors vous lâchez votre boîte, j'espère?le bureau, ce double métier éreintant \u2018 \u2014 Oui, probablement, je crois que je \u2014 108 \u2014 Vol.12, No 8 LA RFVUE puis le faire sans folie.J'ai déjà huit commandes, et la surveillance me prend beaucoup de temps; les chantiers sont loin.Elle interrogea hésitante: \u2014 Et.vous vous décidez à déménager aussi?.\u2014 Non.mais Raymond déménagera.\u2014 Comment cela?fit-elle surprise; car elle les savait inséparables depuis tant d\u2019années.\u2014 Oui, j\u2019ai beaucoup réfléchi; je pense que mon pauvre Ray est un peu las de cette cohabitation trop resserrée.il n\u2019a pas assez de liberté.J\u2019ai été longtemps sans m\u2019en apercevoir, comme les mamans qui ne veulent pas'admettre que leurs fils deviennent des hommes et qui finissent par les agacer, les malheureuses ! en les couvant trop.Raymond se reprendra peut- être à m\u2019aimer davantage quand nous ne vivrons plus ensemble.Pierre souriait toujours, mais d\u2019un sourire assez triste.Il continua: \u2014 Il y a longtemps déjà que je pense à cela, mais il faut être riche pour soutenir deux ménages ! Enfin, maintenant, je vois cela possible.\u201d je l\u2019installerai en octobre; puis, il sera plus tranquille chez lui, il tra-_ vaillera mieux, plus facilement, je vous assure que ce sera très bien.\u2014 Mais vous?vous resterez seul\u2026 là- bas?Il lui semblait tout à coup que cet autre quartier de Paris où il demeurerait, loin d\u2019elle et solitaire, serait le bout du monde, un coin d\u2019univers désolé et dangereux.: \u2014 Mais oui! Ne suis-je pas assez grand pour rester seul ?Et il exagérait encore, en riant, sa haute taille d\u2019athlète.Elle ne le regarda, ni ne lui répondit.Elle aussi vivrait seule, ailleurs, dans un autre coin quelconque, car Liliette rentrait chez elle à l'automne.Et il lui prit une rage contre la vie, la vie bête et \u2014 109 \u2014 POPULAINT Montréal, Août 1919 misérable, une pauvre, immense rage humaine, impuissante.Ils étaient en pleine forêt et, muets quelques minutes, leurs pas, amortis sur le tapis épais des aiguilles de pin qui couvraient la terre, une terre debruyères, élastique, grasse et noire, ils entendaient le silence\u201d cette prodigieuse respiration végétale qui bat comme un pouls dans les grandes solitudes, coeur énorme de la nature qui oppresse et ravit le pauvre coeur humain; charme qui saisit deux créatures, en plein amour ou en pleine misèré, et les arrête dans la même émotion sacrée et inexprimable.Les plus indifférents n\u2019y échappent point, ils subissent un moment la puissance de toutes les choses profondes, sous la domination de la vie universelle et épanouie, qui les contient toutes.Ils la subirent plus vivement, ceux-ci, qui n\u2019étaient point indifférents: elle fut sur eux, la minute de proie terrible et délicieuse où l\u2019âÂme bondit ivre et torturée.Ah! Lina pourrait-elle, pourrait-elle ne pas lui avouer maintenant la parole éternelle, Elle le sentait affaibli, désarmé, et, malgré tout son apparent courage, navré devant l'existence solitaire.De plus son secret instinct féminin l\u2019avertissait que, jamais plus qu\u2019en en ce jour, elle ne lui avait paru plus charmante.Il n\u2019y aurait point d\u2019heure meilleure pour le surprendre, et, qui sait! le conquérir.Ah! simplement céder à la tourmente intérieure: pleurer les larmes qui lui brâûlaient le coeur, et, à ses question inévitables, simplement répondre, répondre l\u2019ardente vérité.L\u2019aveu d\u2019un amour sincère n\u2019est guère indifférent à celui qui en est l\u2019objet, et l\u2019écoute.Et enfin qu\u2019importe ce qu\u2019il penserait, ce qui arriverait plus tard, mais qu\u2019il l\u2019entende une fois, cet aven, qu\u2019il sache\u2026 et que cet horrible, lourde misère du secret, prenne fin.Cependant la minute déployée, rapide et infinie comme un grand oiseau vorace, planait\u2026 Son ombre était Vol, 12, No $ LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 sur Lina, et celle-ci ne s'arrêtait, ne parlait point.Mais ce fut Pierre qui s'arrêta, la regarda en souriant, paraissant attentif à quelque son -éloigné, et elle demeura immobile, défaillante, les yeux voilés\u2026 Serait-il jamais aimé comme en cette minute?et il ne le savait pas.Et il ne le saurait jamais\u2026L\u2019ombre s'évanouit lente, invisible à tout autre qu\u2019à \u2018éette femme, dans la clarté merveilleuse du matin.Elle ne parlerait point\u2026 Elle respira profondément, épuisée.Il lui dit: \u2014 Vous sentez, n'est-ce pas?c\u2019est la mer \u2026 On entend la mer, nous sommes tout pres.\u2014 Oui.dit-elle inconsciente.Tls firent trois pas et au rideau déchiré d\u2019un taillis ils la virent en effet, toute d'or et d'argent sous un ciel tout blanc, éblouissant.Quand ils furent près de la mer, descendus dans la couche de sable fin, au- dessous de la falaise, il trouva Lina très pâle.\u2014 Cette course était trop fatigante pour vous; je suis stupide de n\u2019y avoir pas pensé! après la veille de cette nuit! et vous êtes sortie à jeun, je parie?Elle l'avoua, et lui laissa croire que sa pâleur venait de sa faiblesse.Après un repos, ils revinrent par le chemin de ronde, un étroit sentier qui court au bord des dunes, traverse une propriété sous un petit bois en miniature, un bois d'arbousiers, et dévale aux pentes gazonnées et moelleuses d\u2019un terrain mamelonné en microscopiques collines.La mer était haute et rongeait la falaise avec un cri incessant, doux comme un appel.Lina alla droit au bord de cette falaise à pic et d\u2019une élévation de trente mètres environ.\u2014 C\u2019est assez haut.dit-elle.Elle ajouta : \u2014 Un homme est venu l'automne der- pier ot s'est jeté lau.\u2014 110 \u2014 Pierre, assis, taillait un baton qu'il voulait lui donner pour aider sa marche.Elle dit: \u2014 C'est drôle.ça tourne.Il l\u2019entendit, et quelque chose d'inconscient, d'omniscient, le fit se lever brusquement, aller à elle pour la tirer de cette contemplation, dans une épouvante irraisonnée.mais déja elle se reculait, pleine d\u2019un mépris intérieur pour elle-même, honteuse d'une passagère lâcheté qui lui avait, une seconde, fait souhaiter l'accident qui délivre\u2026 \u2014 Eh! bien, quoi! fit-elle, un petit vertige.ce n'est rien.attendez.cela passe.Elle s'étendit sur l'herbe, la figure contre son bras replié.Beaucoup d'images et beaucoup de pensées passèrent sous ses paupières closes comme à une heure suprême et, très lucide, elle comprit que c\u2019é- fait fini, fini d'espérer, et elle renonça.Elle frissonna au souvenir de la tentation proche: le gagner par l\u2019apitoiement, la surprise\u2026 C'était indigne d'elle, \u2014 et de lui, \u2014 enfin ce n\u2019était pas ainsi qu'elle l'aurait voulu.Si libre et si fière, c'était de par sa volonté, à lui, qu'&lle aurait pu le prendre, point différemment et, plus elle le voyait en matière indépendance de circonstance et d'expression, plus elle reconnaissait qu'il l'aimaiït en ami, en ami seulement, rien de plus.mais ce rien de plus là, elle pouvait au moins le revendiquer hautement et dignement, et le garder toujours.Elle releva la téte, sourit, perdit son regard au large.elle venait d\u2019entrevoir le port apres la traversée tumultueuse.11 lui apparaissait étroit, gris et monotone sans doute, et guère semblable à la baie magnifique où elle eût aimé abriter son rêve, mais il était sûr et elle pourrait y avoir quelques joies.Elle sentit agoniser doucement sa jeunesse violente où déferlait jadis la forte vague du désir.c'était très triste, mais non pas sans douceur.Elle tressaillit; Vet.12, No 8 A Pierre parlait, regardant, lui aussi, au large: \u201c \u2014 Ah! si vous saviez, disait-il, combien de fois un horizon semblable de sérénité souveraine m\u2019a hanté tandis que je travaillais entre quatre murs, sans air et sans vue, à mes plans! Ce qui tenaient pour moi ces pauvres feuilles de papier, vous ne pourriez le croire!\u2026 Je partais bien loiñh, sur la mer immense, embarqué déjà sur ces bateaux encore à construire! Chaque ligne tracée m\u2019approchait du but, chaque chiffre relevé était une étape nouvelle, quand un jour s'écoulait sans que j'eus pu avancer ce travail, j'étais malheureux comme si une autre avarie eût retardé mon voyage imaginaire.Et il lui raconta comment jadis, tout enfant, il avait eu la nostalgie des océans et des terres lointaines, la curiosité des races diverses, des éléments changeants, des cieux aux étoiles nouvelles.Il n'avait jamais dit cela à personne.Il dit encore, plus bas: \u2014 Et maintenant où je semble arrivé, je suis en réalité plus loin que jamais du port.Lina tressaillit.Cette pensée pareille à la sienne la heurtait comme un coup.Pierre ajouta \u2014 Enfin ! Il paraît que je suis bon pilote, je pourrai port-être mieux veiller aux voyages des autres qu\u2019au mien.\u2014 \u201cAh! vous réviez donc, vous aussi 2.murmura Lina.\u2014 Chut! pe le dites pas!.fit-il en souriant.IIT ERREURS TYPOGRAPHIQUES ET AUTRES, \u2014 Mais, mon pauvre ami, en voici encore une énorme! \u2014 Une quoi?\u2014 Une coquille.toures! \u2014 Et toi aussi, Lina, tu en laisses quel- vous les laissez passer LA REVUE POPULAIRE \u2014 111 \u2014 Montréal, Août 1919 ques-unes., fit Liliette en riant.\u2014 Peut-être, oui, d\u2019ailleurs, il n\u2019y a que tol qui sois une correctroce étonnante.mais Raymond les néglige avec une sérénité aveugle et impardonnable!.laisez cela, allons! vous n\u2019étes bon a rien.Grondeuse et affectueuse, elle lui reprit un paquet d\u2019épreuves et recommença avec Liliette le fastidieux travail.Le jeune homme voulut s\u2019excuser : \u2014 Vous comprenez, moi, je vois ce que j'ai voulu mettre, ce que j'ai mis, ce qui prouve combien en réalité on lit peu par l\u2019oeil mais par.\u2014 Chut! et Lina se bouchait les oreilles, laissez-nous travailler au moins! allez vous asseoir là-bas, bien sage, prenez un livre.Et, depuis une semaine, cette scène se renouvelait journellement, toutes.les après-midis, dans l'atelier; réunis, les trois: Lina, Liliette et Raymond s\u2019oceu- paient à la correction des épreuves du premier volume de Raymond.Le premier volume auquel, dans l'avenir, et quel que soit cet avenir, brillant ou raté, de l\u2019écrivain, on garde une secrète et particulière tendresse pour les émotions neuves qu\u2019il donna.Ces émotions sont diverses selon le tempérament de l\u2019auteur, mais elles sont initiatrices, toujours, en ce qu'elles créent un lien entre cet auteur et la foule.Cependant, en relisant lentement et minutieusement le court roman de Raymond, Lina était contente.Il y avait beaucoup travaillé, elle le savait bien et aurait pu rappeler une à une les heures variables, quelquefois si difficiles et quelquefois si aisées passées sur ces pages.Mieux que jamais, en ces quatre mois, elle avait pénétré ce caractère, où il fallait sans doute désespérer de voir se développer une volonté virile, mais qui offrait une singulière séduction de souplesse, un charme très grand à se modeler ef à subir une intelligente influence. ol.12, No 8 LA REVUE .POPULAIRE Montréal, Août 1919 a Elle savait mainténant qu\u2019il ne fallait jamais écouter sérieusement la première plainte toujours véhémentement exhalée par le jeune homme aux moment découragés, mais savait aussi qu\u2019il avait des.retours de sentiments et d\u2019impressions touchants, pleins de la même sincérité vibrante, presque aussi enfantine d\u2019inconscience que ses désespoirs et qui tenaient leur prix d\u2019un coeur réellement tendre et d\u2019un esprit étrangement subtil et complexe.Sans la suggestive énergie de Lina, Raymond eût sans doute galvaudé l\u2019automne et l\u2019hiver en la même flânerie intellectuelle, peut-être pas totalement inutile, mais.à coup sûr déprimante, où il avait laissé couler déjà plusieurs années.Elle avait forcé à canaliser sa pensée, et, bientôt, il avait trouvé une joie d\u2019excitation merveilleuse à dompter cette pensée.Après quelques semaines de travail rétif, ardu, une série de raturages, de recopies qui avait fatigué la pauvre Lina plus que lui, il était entré tout à coup dans une période de beau travail net et ferme.Il reconnaissait aux mots nombreux et nuancés une forme et une couleur nouvelles: les vocables tintaient à cette oreille intérieure de l'esprit qui décide de l\u2019harmonie d\u2019une phrase, comme souvent à l\u2019ouïe les notes de l\u2019octave musical; et, avec ces vocables, il fixait cette phrase comme on plaque un accord juste.Les premiers essais de collaboration n'avalent pas été sans éclat entre lui et Lina.Déjà presque entièrement conquis à la domination de la jeune fille, une seule cho- Se résistait encore en lui: c'était son amour-propre d\u2019artiste.- I] défendait son goût et sa manière, s\u2019y complaisant.Et elle, plus clairvovante, tout en reconnaissant à cette manière une originalité de grâce morbide, voulait qu\u2019il débarrassit son \u201cécriture\u201d d'une certaine mièvrerie languissante.La paresse naturelle du jeune homme s'énervait à cet effort.Enfin, elle avait vaincu et il prenait maintenant l\u2019habitude d\u2019un style ferme et fluide de clarté où les scories devenues rares l\u2019offusquaient tout le premier.Lina avait encore convaincu Raymond du charme profond des sujets simples.Et ici, en ce roman, il avait traité une histoire très banale avec un grand sens d\u2019analyse et de poésie, elle pouvait être contente.Enfin sa joie était la joie de Pierre.I! était si fier et si heureux de \u201cson enfant\u201d retrouvé, redevenu jeune d\u2019espoir, d\u2019entrain,et de le voir devenir un homme de travail, d'indépendance.Indépendant\u2019.Lina pensait bien que cela, il ne le serait\u2019 jamais.On naît libre, on ne le devient guère.Et elle pouvait dire de quels efforts incessants était faite cette indépendance en germe.Mais elle avait trouvé en cette oeuvre entreprise pour un autre, \u2014 et soutenue samts lassitude, \u2014 un soulagement personnel inattendu.En s'occupant activement de Raymond.elle s\u2019oubliait elle-même.Insensiblement elle échappait à l\u2019obsession si lourde où vous tient le regret d\u2019un bonheur.Qui donc a dit que: le meilleur remède contre la tristesse était de ne pas l\u2019aimer?Et il est si vrai qu\u2019on l\u2019hypnotise soi-même dans la joie comme dans la douleur! Pour une âme riche, la douleur stérile est méprisable, car l\u2019inertie est, de toutes les misères, celle que cette äme redoute le plus.Lina n\u2019était pas joyeuse, mais elle se sentait en paix.\u2018 \u201c Elle n\u2019avait plus de ces variations brusques, et presque toujours séduisantes, d\u2019humeur, qui la rendaierlt autrefois inaccessible à la plupart des gens, et les rebutaient souvent.lêlle se faisait plus -douce et plus \u201cunie\u201d, disait Pierre en riant.Elle lui répondait: \u2014 C'est que je vieillis.D'ailleurs ne dois-je pas devenir une personne posée et e\u2014 112 \u2014 RU = sm, set 16 0 will Her SE DIN ie li mo 5 elk ic?ft bit as | ou i Vol.12, No 8 sérieuse maintenant que je vais vivre seule, \u201cen garcon\u201d?.Car, en effet, M.Morel s\u2019étant marié en décembre, Lina passait actuellement son dernier temps de \u201cjeune fille\u201d, comme elle disait en plaisantant, dans l\u2019hôtel du boulevard Péreire, tandis que le \u201cjeune couple\u201d, comme elle disait encore, faisait un petit voyage en Corse.Fille avait causé de cela très sérieusement avec son père qui d\u2019abord ne voulait pas entendre parler de cette détermination.Il lui opposait une foule de raisons sociales, mondiales et autres.Et elle, très tranquille : \u2014 Allons donc, papa, jusqu\u2019à présent les conventions et les préjugés ne t'ont pas beaucoup gêné, il n\u2019y aura pour moi rien de moins normal et convenable à vivre seule qu\u2019à avoir véeu comme je l'ai fait jusqu'ici, presque toujours seule à Paris et\u2026 tenant maison ouverte à Royan.Il avait dû accepter; et Mme de Sorgue, avertie par lui, l\u2019y avait d\u2019ailleurs vivement poussé.Enfin, à quelques dernières et faibles objections, sa fille lui avait dit: \u2014 Si j'étais orpheline et pauvre, il faudrait bien que je m\u2019arrange d\u2019une vie solitaire et difficile; si je donnais des leçons, si je.Mais cette idée avait paru énorme et inconcevable à M.Morel; sa fille, sa très bohème et très originale fille astreinte à des soucis pécuniers et à un travail régulier ! cela lui semblait excessivement bouffon d\u2019invraisemblance.\u2014 Espèce de folle! voyons, tu sais bien que, de l'argent, tu en auras toujours! Lina n\u2019en était pas tout à fait aussi sûre.Elle savait à sa future belle-mère d'éclatantes et avides quenottes, et que son père n'était rien moins qu'économe.Cependant, comme elle tenait de lui cette même insouciance prodigue, volontiers gaspilleuse, elle ne s\u2019occupa guère du règlement des intérêts, où une rente importante, mais très inférieure aux sommes LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 » .- .qu\u2019elles avait coutume de voir passer dans ses mains, lui fut assurée.* * * Sept heures: Liliette, Raymond et Pierre qui étaient venus les chercher de la part de Marguerite, étaient partis.Lina s'était excusée de ne pas se joindre à eux, invitée aussi par Marguerite qui gardait à l\u2019improviste, ce soir-là, dans son atelier, quelques visiteurs de la journée, amis et artistes venus pour voir son tableau avant l'envoi au Salon.C\u2019était, cette année, un sous-bois: poème d'or, d\u2019ombre et de lumière où toutes ses qualités s\u2019affirmaient, et où se révélait la souplesse de son talent.\u2014 Qu\u2019y a-t-il?avait demandé Lina.Et Pierre répondait : \u2014 Oh! vous savez, je ne les connais pas tous: Morriére, Arnaud.\u2014 Lequel?le journaliste?\u2014 Oui, je crois.\u2014 Hum.Lina fit une moue.\u2014 Lees deux Rivaz.\u2014 (Connais pas.\u2014 Mais si! fit Raymond, les fréres qui écrivent?.\u2014 Oh! il y en a tant aujourd'hui, de frères qui écrivent !.depuis les Goncourt, c'est une véritable pépinière, le triomphe de la famille dans la littérature.ca m'étonne que vous ne vous y soyez pas mis vous aussi! ajouta Lina en se tournant vers Pierre; attelé avec Ray, ce serait gens till.\u2014 Merci ! dit-il en riant, vous savez que moi je nai pas d\u2019imagimation !.\u2014 Oui.je sais.murmura-t-elle entre ses dents, puis: \u2014 Eh! bien, moi aussi, je vous remercie mais dites à Margot que je ne puis pas ce soir.non, vraiment.elle a une trop belle société !\u2026 Je me sens aujourd'hui une âme d'anarchiste, je ferais un scandale l.Al» Vol.13, No $ LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 lez, allez-vous- en tous, que je ne vous voie plus!.Sauvez-vous!.Et elle était restée seule.Au fond, alle était un peu gênée vis-à-vis de Marguerite.Celle-ci n\u2019oubliait certes pas qu'elle devait à Lina son entrée victorieuse dans sa carrière; elle lui témoigmait une fidèle et affectueuse reconnaissance à laquelle Lina se dérobait d\u2019ailleurs de toutes ses forces; mais, précisément parce qu\u2019elle n\u2019était pas étrangère aux succès de son amie, elle trouvait diffici'e et délicat de paraître vouloir se mêler de ses affaires.Or, elle ne pouvait s'empêcher de trouver que Marguerite avait trop vite accueilli beaucoup de nouveaux venus, créant une manière de réception facile, s\u2019entourant d\u2019amis de la veille.Elle savait bien que la présence de Mme Avesne, l\u2019intérieur familial, formé pa?la soeur cadette et les petits frères, étaient une sécurité qui entourait de respect le laisser-aller de Marguerite; mais, cependant, elle ne pouvait approuver et aimer cela.\u201d - Elle-même, dans la bohème apparente de son éducation et de son existence, avait toujours su écarter cet envahissement des indifférents, qui sont quelque fois dangereux.Enfin, elle en avait un chagrin plus secret, ne retrouvant pas en la Marguerite actuelle la jeune femme un peu farouche, ardente, mais si fine et si fière, qu\u2019elle avait connue et à qui elle avait été si près de s\u2019attacher tendrement\u2026 Des choses profondes avaient été entre elles; mais, à présent, ces nouvelles choses, extérieures, les éloignaient encore; et, dans un mouvement de véritable amour, Lina en voulait à celle qu\u2019aimait Pierre, de la peine que sa manière d\u2019agir causait à celui-ci.Flle pouvait bien accepter qu\u2019il ne fût pas à elle, mais elle ne pouvait supporter qu\u2019il souffrit.Dans le profond silence de la maison, \u2014 ete presque aussi grand silence extérieur a du boulevard.à cette heure si proche de la nuit, Lina, de l\u2019atelier, perçut soudain un mouvement inusité en bas.Le roulement d\u2019une voiture sous la voûte, des portes ouvertes, une agitation.Etonnée, elle alla jusqu\u2019au seuil de l\u2019ate- , lier, et, comme elle soulevait la portière de la petite antichambre très obscure, elle se trouva en face de son père.\u201c Comme ee soulevait la portière.\u2014 Toi! Elle se jeta à son cou, câlime, | heureuse de le revoir dans sa tendresse inaltérée, et elle sentit qu'il mettait à son étreinte quelque chose de plus profond, de plus doux que d\u2019habitude.Mais, presque aussitôt, elle pensa à l\u2019autre, à l\u2019étrangère.\u2014 Mais d'où tombez-vous ainsi sans crier gare?ou est Rosita?.> \u2014 Rosita ?fit Morel en pénétrant dans l\u2019atelier, avec un geste affectueux de son bras autour des épaules de sa fille: \u2014 Rosita?\u2026 Eh bien, elle est à Marseille.ouf! Je suis fatigué.Lina ne posa pas de questions, accoutumée depuis longtemps à tous les inattendus de son père, mais quand elle le vit à la pleine lumière des lampes, elle fut inquiète.L'âge réel et tout l'arriéré d\u2019une existence follement dépensée, se marquait bru- \u2014 114 \u2014 ME Vos.12 No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1819 talement, après un long délai de jeunesse profongée, aux yeux, aux tempes, à l\u2019expression du visage et à l\u2019affaissement des épaules et de la taille.T1 n\u2019y avait plus d'incertitude à avoir sur la couleur de la moustachre, et le grand pli victorieux dans sa négligence affectée des cheveux, ressemblait à Ia crête déplumée d\u2019un oiseau malade.Un otseau blessé et penaud à coup sûr.Lima qui connaissait bien son père savait qu\u2019avant peu H la mettrait, directement ou indirectement, au courant de ses désillusions récentes.Ft, en effet, après le dîner, un peu réconforté, et visiblement satisfait de se retrouver chez lui, M.-Morel commença, par allusions transparentes et phrases tronquées et comparaisons détournées, le récit de son voyage de noces.Ti ne se plaignait pas ouvertement de sa femme, mais Lina pouvait saisir clairement, comme au défilé des tableaux d\u2019un cmématographe, l\u2019état actuel du ménage.Ces deux profonds égoïstes, mais d\u2019é- goïames différent, et compliqué chez lui d\u2019une sensitivité à fleur de peau de raffiné, d'artiste, s'étaient rencontrés en um choc déplorable.Tant qu\u2019elle l\u2019avait tenu sous le charme inaccessible de sa beauté, il avait dissimulé sa vraie nature d\u2019éternel caprice, et, c'était au mogrent même où alle l\u2019avait cru dompté et ca\\té, qu\u2019il s\u2019était révélé insaisissable, lui échappant une fois son désir Mais, cette fois, il était pris et bien pris: Elle avait mis en oeuvre une jalousie factice, et d'autant plus tyrannique, des exigences de créatures de fête, de luxe; et enfin, pour comble, il avait découvert qu\u2019elle n\u2019était point très intelligente.Elle avait le snobisme du goût; hors de là, elle ne montrait aucune compréhension.- H en fut profondément dépité.Läna put deviner combien de fois il avait, au loin, ot seul avec cette femme, sa femme, re- \u2014 115 \u2014 gretté sa \u2018belle Iiberté, doublée du charme intermittent, et qu\u2019il prenait juste à son gré, sûr de le trouver toujours, d\u2019un foyer où il pouvait avoir, dans sa fille, toutes les sécurités et toutes les fiertés, sans en avoir jamais pris l\u2019ennui d'aucune responsabilité.Comme tous les égoistes tendres, il appréciait très vivement, et en dilettante du sentiment, le dévouement généreux et la giterie attefitionnée et délicate chez les autres.\\ Deux crises du foie, très mal soignées à l'hôtel, et pas du tout soignées par Rosi- ta, avaient considérablement aggravé son regret de la charmante existence passée qu\u2019il avait eu l\u2019inqualifiable sottise de changer ! Lina était une si délicieuse garde-malade! et si drôle.Le souvenir de sa fille l\u2019attendrissait plus que la présence de cette fille ne l\u2019avait jamais fait, et, au retour, profitant de ce que le frère de sa femme était venu à leur rencontre à Marseifle, 11 les avait laissés là, tous deux, rentrant à Paris par \u201c le premier rapide avec une joie sournoise d\u2019éternrel gamm qui échappe à une tutelle.Et, en parlant de son beau-frère, il s\u2019écria : \u2014 Encore un, celui-là !.(Il ne précisa pomnt davantage quel était autre).on voit bien que l\u2019argent ne lui coûte rien.Il arrivait de Monte-Carlo et, je serais bien surpris si ce n'est pas Rosita, c\u2019est-à- dire moi! qui ait soldé sa déveine!.À petites bouffées, voluptueusement, il fumait un bon cigare: pffut\u2026.pffut\u2026 pffut.Et Lima, très renseignée désormais sur l\u2019état d'âme de son père, ne songeait point à tirer aucune vanité de sa tardive victoire\u2026 seülement, par un mélancolique re tour, elle imugimait combien elle eût été heureuse autrefois de découvrir en ce père l'être qui avait besoin d'elle, le lui témoignait\u2026 Maintenant, maintenant, c'était Vol.12, No 8 LA REVUE Montréal.Août 1919 POPULAIRE bien tard.Sans affectation, elle parvint à détour-' ner le cours des doléances, des déconvenues, remâchées en sous-entendus.Fille racontd tout ce qui s\u2019était passé autour d\u2019elle depuis trois mois.Visiblement, il l\u2019écoutait avec plaisir, avec intérêt.Elle en vint à dire que @ même soir Marguerite recevait, et dépeignit avec des mots amusants quelques-uns des nouveaux \u201ctypes\u201d évoluant autour d\u2019elle.\u2014 Ce soir?\u2026 dit M.Morel, et il tira sa montre; dis-moi, si nous y allions?une bonne surprise! je vois la tête de Liliette \u2026 il n\u2019est qu\u2019onze heures.c\u2019est tout près.\u2014 Mais.tu n\u2019es pas fatigué?.ta jour- wée de voyagel.\u2014 Pas fatigué du tout.cela m\u2019amusera, allons, tu viens?.Et, de fait, avec la mobrlité merveilleuse de ces natures promptes et changeantes, il était subitement rajeuni, enchanté de son idée, point fâché de revoir \u201ccette jolie Margot\u201d et \u201cson petit poète décadent\u201d, comme il appelait Läliette, et sachant combien Marguerite serait fière et contente de le voir arriver intime et aima- bi \u201cchez elle\u201d.I] avait la science de sa sé- diction, et cela inconsciemment, par le seul besoin impérieux de plaire.ainsi, il plaisait toujours.Deux heures plus tard, tandis qu\u2019autour du piano, en l'atelier surchauffé, M.Morel tenait dans le silence hypnotique de l'harmonie tout ke cercle des \u201ctypes\u201d décrits par Lina, et qu'elle méprisait légèrement, celle-ci, tout bas à Pierre et désignant son père des yeux: \u2014 Hein! croyez-vous que je n'ai pas là /#@ un enfant moi aussi.Ft sa tendresse indulgente et souriante était bien pres des larmes.Or, Pierre paraissait occupé d\u2019un souci nouveau, oppressant; et, comme H ne savait pas dissimuler, au ton dont :l répondit à ses questions : \u2014 Je n\u2019ai rien.\u201d, elle fut convaincue qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une chose grave.Mais il n\u2019était point possible de causer parmi les conversations et les rires qui remplissaient l\u2019atelier.En sortant, Morel dit à sa fille: \u2014 Qu'est-ce qut tu disais donc?Ils sont charmants.tous ces gens-là?Et quand 1l n\u2019y aurait que Morrère, les Rivaz.des valeurs, tu sais.Marrere.talent énorme \u2026 un des premiers critiques des inoeurs actuelle, sous sa forme glissée.\u2014 Oh! papa!.et Arnaud?\u2014 Arnaud?Eh! bien, quoi, Arnaud?pauvre diable! ne le débine pas.il a mangé beaucoup de vache enragée dans le temps.i \u2014 Mais non, mais non.seulement il a de la mémoire.il se sowvient!.\u2014 Ft maintenant, il est méchant.\u2014 Ah! tais-toi! fit Lina, soulevée d\u2019une de ces colères qui la prenaient contre les rosseries admises qu\u2019elle avait en horreur, et toujours indignée et peinée a voir son pére indulgent & ces choses.Mais il lui reprit le bras, bon enfant, la calmant : \u2014 AHons, ne te fiche pas.je ne veux pas.ne discutons pas! Ils rentrèrent lentement, à petits pas, parce que cette nuit de mars était très tiède et très belle.Le fleuve blanc de la lune épandait sa Fumière, fluide comme de l\u2019eau, dans le ciel entre les maisons noires et hautes, et sur les larges trottoirs nets et les avenues désertes.More] reprit : :\u2014 Elle est étonnante, Margot, tu sais! très fine, cette petite.elle a su déjà se créer un cercle, et pas banal! étonnante, étonnante !\u2026 Tout en répétant ce mot, distrait, sa pensée reprenait possession des habitudes rompues, il formait des projets pour le lendemain, heureux de vivre à nouveau, se sentant plus jerme que jamais, et il s\u2019écria : \u2014 Ah! ma petite Lina, que je suis con- \u2018me \u2014 116 \u2014 em muse Vol.12, No 8 LA REVUE tent de me retrouver dans mon vieux Paris.Puis, plus rapide que la réflexion, ume parole naïve de franchise abandonnée lui vint: \u2014 Dis donc un peu toi! quelle bête d\u2019idée j'ai eue de me remarier?.Et on l\u2019eût difficilement persuadé du comique excessif de cet aveu fait à sa fille.Le souci de Pierre avait sans doute augmenté dans les heures de la nuit, car, à midi, le lendemain, il semblait profondément accablé, seul dans sa salle à manger, toujours identique avec son même papier vert, ses meubles bruns et le voltaire de reps rouge à l\u2019angle de la cheminée.Accoudé à la table, le front dans ses mains, il était parfaitement immobile; et, chose rare, inoccupé.Cette table était dressée et portait deux couverts.Un peu après midi, un coup de sonnette et Raymond entra.Si blanc et si délicat, il paraissait cependant ce matin moins pâle et moins défait que son frère, mais Pierre remarqua tout de suite que les yeux de \u201cson enfant\u201d évitaient les siens./ Tandis que Raymond déposait son chapeau etsa canne dans la chambre voisine, il étouffa un soupir.Il connaissait bien maintenant ces yeux qui le fuyaïent, cette allure où tout l'être se dérobe, ruse, pour échapper à Fobservation.Et le pauvre garçon soupira.H n\u2019exprimait jamais très aisément ce qu\u2019il pensait, et l'explication qu\u2019il voulait \u2014 qu\u2019il lui fallait avoir, avec son frère, allait être difficile.Raymond s'approcha de la fenêtre on- verte, regarda le balcon: \u2014 Il n\u2019y a plus de fleurs ici, ce n'est pas beau !.\u2014 Non.ça ne fait rien.je n'ai pas le \u2014 117 \u2014 POPULATRE .Montréal, Août: 1519 temps de m\u2019en-occuper, et-puis, je n\u2019y-suis jamais.\u2014 Pourquoi m\u2019as-tu dit de venir déjeuner ici alors?fit Raymond, nous aurions pu aller au restaurant?Pierre trouva inutile de lui faire remarquer que c\u2019était gentil et doux de se retrouver quelquefois tous les .deux dans Pappartement familial, comme avant.dit simplement : \u2014 J'aime à être tranquille.\u2014 Mon pauv\u2019vieux! fit Raymond.en fui tapant sur l'épaule; et fréle et mince, beaucoup plus petit que son frère, il semblait un jeune minet, amusant de confian- c audacieuse, qui fanfaronne avec un fort et magnanime terre-neuve.Comme le déjeuner rapide s\u2019achevait, et que menaçait de sombrer définitivement la conversation languissante, Prerre se décida tout d\u2019un coup.Depuis dix minutes, il tournait et retournait sa première phrase, une phrase de début qu\u2019il voulait incisive, adroite et engageante à la fois.Bien entendu, elle ne brilla par aucun de ces traits et fut la plus banale et la plus pauvre du monde; mais telle elle obliquait vers le su- » Jet brûtant : \u2014 Est-ce que tu-verras Lina aujour- d\u2019hui?\u2014 Oui.pourquoi?\u2014 Tous les jours alors?Et ceci était si ouvertement maladroit que le malheureux Pierre comprit aussitôt son erreur: il vou- Jait conquérir la confiance de son frère, amener insendfblement des - confidences qu\u2019il jugeait nécessaires, et 11 se montrait agressif! Ah! il n\u2019avait pas de chance! et il essaya de se rattraper interrompant Raymond qui, surpris, disait: \u2014 Comment, alors?mais tu le sais bien Î et d\u2019ailleurs.ee Oui, oul.je veux dire.ce n'est pas [§ cela.mais.enfin, comprends-moi, écou- te-moi et réponds franchement, mon petit Ray, je t\u2019en supplie.11 suppliait, en effet, ses bras \u20ac son A Vor.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 coeur tendus à \u201cl\u2019enfant\u201d si froid, si muet et si fermé en face d' lui.Et ce n'étaient pas du tout, \u2014 oh! mais pas du tout! \u2014 cette attitude ni ces paroles qu\u2019il avaït préparées, mais, naturellement, une fois de plus, sa gaucherie le trahissait.Déjà il se dévoilait, croyant avoir aggravé la défiance qui les séparait, son frère et lui, parce qu\u2019il voyait ce frère se rebeller aux premiers mots avec des négations en muraille autour de son âme: \u2014 Mais tues fou! Je n\u2019ai rien à te dire?je he comprends pas.que veux-tu que j'aie?\u2026 toutes les piètres défaites-des par- tis-pris du silence.Quand.tout à coup, à ce cri de Pierre: \u2014 Mais tu souffres, mon petit ! Le visage de Raymond changea.Oui, il souffrait, le pauvre enfant, et ses résistances ne tenatent pas devant Papitoiement et la tendresse.En quelques minutes; il redevint celui que Pierre avait bien cru perdre pour toujours, il étala son coeur plein d'un nouveau secret et d\u2019un nouvel amour, ef, s\u2019enivrant à le répéter et à l'exalter, il oubliait très sincèrement l'amour passé dont Pierre avait tant souffert inutilement.Et Pierre l\u2019écontait plein de tendresse et de tourment.\u2014 Oh oui! je l'aime.disait Raymond, et peut-on ne pas l'aimer?est-ce qu'il y a une autre femme comme elle?Comment ne lui ai-je pas encore dit combien je l\u2019aimais?je ne sais pas.\u2014- Ah! tu ne lui as pas dit?s\u2019écria Pier- re-soulagé.Raymond lui saisit les mains: \u2014 Non, pas encore.mais aujourd'hui, aujourd'hui.2 jaut que je sache! et avec une ardente anxiété: crois-tu qu'elle m\u2019écoutera ?Sans s'expliquer pourquoi, Pierre ne voyait pas très bien Lina répondant, par l'amour, à l\u2019amour de Raymond, mais, à part cette impression toute personnelle, 1l ÿ avait une autre considération, pour lui capitale, et il dit presque sévèrement : \u2014 Mais Raymond.tu ne peux pas.tu ne dois pas lui parler.Son frére le regardait, stupéfait.Alors l'aîné dut expliquer.II rappela à son frère tout ce que Lina avait fait pour eux tous, il s'appliqua à lui faire sentir, puis- qu\u2019il ne le comprenait pas tout seul, que la très grande différence entre leurs situations respectives lui interdisait de paraître même \u201coffrir\u201d à Lina un avenir encore problématique et un présent dérisoire, à elle qui aurait pu choisir entre des fortunes et des célébrités.Mais évidemment Raymond saisisait mal, et il répétait obstinément : \u2014 Mais quand on s\u2019aime?.Ah! oui, voilà; quand on s\u2019aime.et Pierre était de son avis: ces choses-là sont mesquines et s'effacent.Mais c'était là précisément le point délicat; l'aimaitelle?.Et, tout aussi obstiné que l\u2019espoir de Raymond, l\u2019instinet de Pierre l\u2019avertissait qu\u2019elle ne l\u2019aimait pas.Alors?I! reprit, patiemment, ardemment ses observations et il lui fallut insister, démontrer combien cette volte-face de senti- mrent, si sincère qu\u2019elle fât, pouvait parai- tre entachée d'intérêt, et 11 fimt douce ment: \u2014 Et quand même elle t\u2019écouterait.encore une fois, ce n'est pas toi à parler; un homme ne peut pas tout devoir à une femme et tu lui dois déjà bien assez.essaye donc, mon pauvre Raymond, de montrer une fois dans ta vie de la volonté! tu n\u2019aura jamais de meilleure occasion.\u2014 Ah! tu en parles à ton aise! s\u2019écria Raymond : on voit bien que cela test facile à toi! si tu savais cœ que je souffre! Pierre se leva et marcha en long et en large, faisant, dans l\u2019étroite pièce, d\u2019immenses enjambées qui semblaient vouloir dévorer l'espace.Il hésitait, étouffant.puis il se décida tout à coup et.arrêté devant son frère, le prenant aux épaules: \u2014 Ah! grand méchant enfant! qui ne \u2014 118 \u2014 Fi itt Hi Voi.12, No 8 Montréal, Aofit 1919 pre _ LA REVUE POPULAIRE = ess Ces ss _ cmt hm.Er 7 I A 7 D 7 y 7 A ; 7 nn 0 4 7 / 3 7 ifs wr i Je 2 / - ui 7 Kl 1 ; G 7; 1 0 d Ji Ve i) ÿ 7 i A ÿ 2) 4 | 7 4 inh 7) 7 i 7 i 7 il Ÿ i 7: 3H Kg ink i 7) ily au i i ts 4 if i Ji oh GE dés i hi) i fi 7 ij if il itt i i i i } i ji: / i! i i) i) À i 4 i ih on J) in i py 1; 7 ae, / ji 3 ti i 7 in 4 i J i 5 ci fis Tn i il; is 7 7 4 ; | Ju a fr il : ih i 7 il Qu i 7 Eh is 4 ff J fl li ji Hy fh 3 } i jf li / J i NE i li | i al \\ i hy ir 3 i il i 4 ne 4 A i fied ji ei} it i J fi iy 0 (7 =.ek Vy 4 ih i ji i I ih i in: i | i he \u20ac.3 2% TO 6, 0 J i / 1 i i vs = 7 7 i ih .il i 7 il Mid i fe 4s il 5 i i / b a Ël 7 7% of iy 7) VA fi i ad] Ra x 7: 7 i er 7 ÿ 4 ill I i it fy KR Nigh j nh I Fo ih by I i i 7 5 a ji BL is\u201d 11 / 7% 1 i / 7 pu ; i 4 A 7 Wi 2 7) i i) / 7 li / 7 Ii i i i 4 ii A Ed ie i 7 7 0) % 7 J oh 1) ur 2) 1 7 LG © / JE hi > 1 A % 0 4 46 Sr / 7 re 5 1: Nas Ui HE Se or un 3 > 8 oi Wi 4 na i 2e | i felted i A à 3% 7 A i b i A i\u201d i; La i ! i i 05 Ÿ 2 sie D i ii i i.dH bee 7 Xi Re > Li 4 7 Pn he i 4 es 7 i & Ji i 10 \u201c| i a Be ès A PEU a 4 2 Le & py 4s ei a ja a i 7 ie 0 AA 1 A bod ad A st, 3 : A Hi .i rec FA i Ë i f iL jr Ÿ 2 pe i nt La i Et.Fi or 7 i ipa Eos Se Ç A Lu i: rE 3 vi ys jar oh 25 4 Eee a 4 Ë iA CE 5 ve A gk Ce he , 5 a 5 a ke \u2014 (+ | ul i D - i i 224100 257 2 x 5 Hd a 7 ss i i | ÿ cité FR 4 a Le 7 D 24 HE a | 7 & A i ë 78 fi =, 7 ZE z ll A 1 A ÿ ) # As # A 33 ol ê Jr \u2018 A 5 4 F4 / = A A 2 | 1 Fe Gi 1 5 ei 5 fe i GC Sun SA SLE il is, i Ei 1 BE Li 8 i 2 1 ee DE A (a SE Te Se ss 7 54 os ie 5 ja Po i] VE = ¥ Bi S 4 0 > 7 24 Es 0 Pi Ri a pe ai CLÉ 522 er pee # ee # or oe i a ty Be FF = RE 3 Tq) y= } NT a es pare =, : i Te 55 2 Goma! % 5 She Ls Ir Yn > 3 UATE oS TE Sok a Gels ex | SPE = EE ek [a i em d= = © ls en = ee Ar Te 5 CE Tr mE Ae Er 2 \u2018 a if = ==, Te.= Pu\u201d CEE BE EE Ep or 2 EE Est-ce que tu verras Lina aujourd\u2019hute | rman \u2014 4198 \u2014 = cases iE pe Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 devines rien, personne, mon petit, personne ne peut mieux le comprendre que moi, tu entends, et moi, il n'y a pas six mois, il y a des années que je suis malheureux.(Sa voix tremblait).Je suis même beaucoup plus malheureux parce que je n\u2019a pas changé, moi\u2026 Raymond baissa la tête murmurant : \u2014- Que veux-tu '.ce n\u2019est pas ma fau- tel.: Pierre reprit: \u2014 Je puis te le dire aujourd\u2019hui : j\u2019étais prèt, il y a un an, à tout faire pour ton bonheur, mon petit.si tu as souffedt alors, je te dirai, moi aussi, que ce n\u2019était pas ma faute.; \u2014- Je sais.je sais.pardon.balbutia Raymond; et.jeté sur la poitrine de son frère, s\u2019y blottissant comme quand il était tout petit, il pleurait à sanglots passionnés, nerveux, ainsi qu\u2019une femme.Alors Pierre profita d« cette émotion (les plus droits ont de ces ruses profondes du coeur), et lui arracha la promesse : \u2014 Je serai fort.je me tairai\u2026 je serai fort, oui, je te le jure.Et Pierre dut se contenter de cette affirmation d'énergie balbutiée parmi les larmes.Seul, quelques heures plus tard, il ne se sentait point, malgré tout, beaucoup plus tranquille quiavant, mals il y avait plus de douceur-dans sa peine, parce qu\u2019il avait un peu reconquis son enfant.Cependant il s\u2019accablait de reproches: \u2014 Quelle faute d\u2019avoir laissé s\u2019établir \u2018une telle intimité entre Raymond et Lina ! Il eût dû mieux connaître son frère, et, en dépit des ciæconstances qui paraissaient contraires à une telle aventure, prévoir ce qui arrivait aujourd\u2019hui.Il revit l'image troublante de lina qui ne le troublait point, parce que, tout entier, il appartenait, fidèle et tenace, & une autre, mais il devait reconnaître que telle, d\u2019un charme profond, elle devait troubler presque tous.Ah! il ne serait donc jamais tranquille avec cet enfant !.Il s&souvint de l'année { précédente ; il eut peur, il se demanda : que fait-il maintenant?puis il songea que, d\u2019une façon: ou de l'autre, Raymond allait se dévoyer à nouveau car, soit qu'il restât sous l'influence de Lina, soit qu\u2019il fallut, et cs'était indispensable, le soustraire à cette intimité, le péril était égal; et, avec terreur, Pierre se répétait : \u2014 Que fera-t-i1?Que fait-il ?Ce qu'il faisait : Ayant trouvé l\u2019air d\u2019une tiédeur délicieuse en cet après-midi de printemps, et fatigué par l'émotion récente, il avait pris une voiture découverte et s'était fait conduire au Bois.Au long du boulevard St- Germain, puis, après avoir traversé le pont et la place de la Concorde, remontant l\u2019avenue des Champs-Elysées, il jouissait physiquement de la beauté du trajet, et savourait sa mélancolie que relevait d\u2019un goût nouveau son héroïsme tout frais.Mollement accoté à l\u2019angle de la victoria, il réfléchissait; et, après une demi- heure, ses réflexions s\u2019évaporèrent en cette phrase mâchonnée à mi-voix: \u2014 Avoir promis!.quelle erreur !.\u2026 Car enfin, n'est-ce pas, on nepouvait pas savoir ce qui arriverait ?Et c\u2019était une vision clémente et exquise de sa chère adorée (il l'appelait toujours ainsi en lui-même), vers qui allaient le regard en caresse de ses grands yeux voilés et le sourire tendre de sa bouche.À le voir passer, on pouvait le juger heureux, et il l\u2019était.IV.\u2014 DE LOIN\u2026.DE PRES.\u2014 Ah! mon pauvre ami! je n'en puis plus, qu'elle existence!.Et toute la personne de Lina avouait la détresse et la défaite.Elle venait de raconter à Pierre une des dernières scènes où, entre son père et Rosita, elle était celle qui supporte l'irritation des deux partis.s'évertue à les calmer, et, finalement se trouve seule à être sans compensation.\u2014 120 \u2014 \u2014 m2 msi. Vol.12.No 8 LA REVUE \u2014 Mais pourquoi restez-vous, alors?à quoi bon?ee \u2014 C\u2019est bien ce que je finis par me demander: à quoi bon?et je crois que j'au- raïs mieux fait de m\u2019en tenir à ma première décision, car vraiment ça commence à être drôle à force d'être triste! Vous savez combien mon père m\u2019avait supplié, il y a trois mois, de rester ici, de ne pas quitter la maison.et franchement.pour la première fois de sa vie où 11 réclamait vivement ma présence, je n\u2019ai pas eu de chance! J'ai été faible.je suis restée et il m'est beaucoup plus difficile maintenant de me séparer d\u2019eux sans éclat.mais cependant je vous avoue que je me sens à .bout de forces! Ces luttes perpétuelles me sont odieuses! Et puis enfin, c\u2019est une situation idiote! Mon père qui vient se plaindre auprès de moi, se faire consoler, conseiller comme si je pouvait quelque chose d\u2019effica- .ce ! et quand il est un peu remis d'aplomb, que je l\u2019ai envoyé se promener, se distraire au dehors, l'autre me tombe dessus, soit par derrière.se lamentant, disant à son mari, à son frère, à tout l'univers, que je la déteste, que je retourne par jalousie l'affection que mon père a pour elle, etc.soit en face, et j\u2018aime encore mieux ça, bien que cela dégénère presque en pugilat.c'est vrai! l\u2019autre jour, j'ai vu le moment où nous allions nous prendre aux cheveux, comme deux blanchisseuses, je vous jure!.\u2026 elle est violente.je ne suis pas très douce.mais c'est dégoûtant, ma parole, d'en arriver la.Et humiliée, rageuse, le visage blême et les lèvres serrées, Lina déchiquetait les fleurs d'un beau glaïeul.\u2014 Vous avez raison, cela ne peut pas durer.dit Pierre.\u201cmais qu'allez-vous faire?.\u201d \u2014 Eh! bien, je crois que je men vais prendre un prétexte de santé quelconque et filer pour un coin tranquille cet été avec Liliette.j'éviterai ainsi la cohue de Royan, et, à la rentrée, on verraê.\u2014 121 \u2014 POPULAIRE \u2014 C\u2019est une bonne idée!.\u2014 Et vous?que ferez-vous?\u2014 Eh! bien, précisément, je venais vous parler de mon projet: je pars aussi.\u2014 On se rencontrera peut-être?interro- gea-t-elle, souriant.Je ne pense pas.je prends une petite goélette, à mon compte, et j'emmène Raymond.nous ferons une croisiére par la.\u2014 Où situez-vous cet intéressant pays: par {à ?\u2014 Nous ne savons pas encore au juste.Les pétales sanglantes du glaïeul jonchèrent le tapis: debout, la jeune fille secouait sa longue robe plissée : \u2014 Trés bien.on ne vous demande pas vos secrets.\u2014 La première personne qui saura, quand je serai fixé moi-même, ce sera vous.dit-il simplement.Elle se retourna vivement en lui tendant la main: \u2014 Merci.pardon.Le charme de son mouvement et de son sourire enveloppa Pierre.Il regarda l'atelier dans tous ses détails; revit, une fois encore, les émaux, les marbres, les bronzes; là-haut, en frise sous les voiles doux du vitrage, les masques du plâtre: faunes et satyres, souriaient leur éternelle énigme.- Sous la housse, somptueuse comme une robe royale, le piano dormazt; au vent léger de la baie ouverte, les plantes et les fleurs palpitaient un peu, comme si de leurs feuilles et de leurs pétales, elles eussent fait un tendre et triste signe d'adieu.Et c'était un adieu aussi, où il entrait beaucoup de souvenirs et beaucoup de regret, que Pierre disait silencieusement à ces choses muettes, témoins de \u2018bien des heures charmantes passées la.Comme si Lina eut suivi sa pensée, elle fit: \u2014 Ça me manquera tout de même, tout ca.Et son geste circulaire embrassait la piè- Montréal, Août 1918, I 12 No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 ce, et l'imvimeible blagueuse revenant en elle: \u2014 Car, vous savez, je suis évidemment destinée à mourir sur la paille au train dont va ma petite belle-maman! je vais devenir excessivement modeste! Oui; frère raisonnable! je ne vous effaroucherai plus par mes excentricités: la rente qui doit me revenir m\u2019octroira peut-être quelque temps le quotidien rumsteck et la bure des robes pratiques, mais fini des chambres de rêve et des dalmatiques en appartement ! - Devant l'air perplexe de Pierre, elle rit et voulut bien rectifier: \u2014 Entendons-nous! tout ce qui est et fut ma propriété personnelle, je le garde, et c'est déjà gentil, car j'avais \u2014 c\u2019est drôle, ça commence à me passer et ça tombe bien, \u2014 j'avais la dépense plutôt facile! Quant à la chambre de la ville à Royan, elle sera fermée à clef et inviolable, jusqu\u2019au jour où je la ferai transporter et reconstituer très exactement dans l\u2019endroit de mes rêves !.\u2014 Ah! et où est-il, cet endroit?peut-on savoir?.\u2014 (est comme votre pays: par ld.mon ami, je ne le connais pas encore.* * * \u2014 Ce pays est reposant.tu ne trouves pas?dit Liliette en venant s\u2019asseoir pres de Lina sur le balcon de leur appartement.Devant elles, ¢\u2019était le lac Léman uni et bleu, d\u2019un bleu éclatant et doux de pierre précieuse, et resserré en la baie de Clarens 1 semblait une coupe renversée sertie au relief des montagnes moelleuses et mæu- ves.Sur ces montagnes, sur la Dent du Midi, au fond, toute pâle de nezge, sur la vallée du Rhône, grande trouée de brumes légères et d\u2019un dessin noyé et délicat de fresque, ondoyait en coulées changeantes comme eau, ta plus admirable Jumière : la lumière d\u2019or et de rose des fins de jours d'été, De très beaux arbres d\u2019une couleur fraf- che, des lauriers et des hortensias, dans le jardin de l\u2019hôtel, déroulaient depuis la maison jusqu\u2019au lac leur palpitation chantante et parfumée.Lina renversée en un grand fauteuil d\u2019osier, et qui se sentait en vérité très lasse, convint que c\u2019était reposant aux yeux.mais il eût fallu bien autre chose pour reposer son âme.Elles étaient là depuis trois semames, et, s\u2019y trouvant bien, retardaient la suite projetée de leur voyage.Elles avaient deux chambres et un salon, se faisaient servir à part, ne causaient avec personne et ne s\u2019ennuyaient jamais.Leur affection était devenue profonde et charmante.Entre Lina, si femme par l\u2019amour et la douleur, et Liliette, aux quinze ans point effleurés encore de troubles, il y avait cette entente parfaite du coeur par où se créent, bien plus encore que par les confidences ou les rapprochements de l\u2019âge, les véritables intimités.\u2014 Ah! voilà le courrier! dit Liliette, voyons s\u2019il y aura des lettres.Il y en avait: pour Liliette une lettre de Marguerite et, sur une enveloppe à son nom, Lina reconnut l\u2019écriture de Pierre.Elle fut très longtemps à lire ces quelques pages.Liliette demanda : \u2014 Où sont-ils?Comment vont-ils?\u2014 Ts ont dû s'arrêter sur la côte de Bretagne.° \u2014 Raymond n'est pas bien.\u2014 Ah! qu\u2019est-ce qu\u2019il a?Pierre parle de fièvres, d\u2019anémre\u2026 \u2014 Alors sur toute la ligne, pas de bon- mes nouvelles.\u2014 Pourquoi?Marguerite est malade?\u2014 Tiens, lis.Et elle lut: une lettre ambiguë, vague et lassée, un aveu d\u2019amertume et de dégoût, frappant chez la jeune femme d\u2019une si rebondissante énergie.\u201cJe ne peux plus travailler.il me sem- -\u2014 122 \u2014 Vol.12, No 8 LA REVUE ble que je suis vidée, finie.et le pire, c\u2019est que ça m\u2019est égal, je n\u2019en ai même plus envie et, de cela, je n\u2019ai même pas de chagrin.D\u2019ailleurs si ce n\u2019était pas pour l\u2019argent, la carrière, la nécessité de travailler, je planterais tout là avec une joie! L'art, ça paraît très beau, comme ça, de loin, mais de près quand on en voit l\u2019envers, le métier!.et les gens qu'il faut voir.ils me dégoûtent tous, ils m\u2019ennuient\u2026 je me dis quelquefois que je dois être malade pour éprouver le néant des choses et des êtres à ce point-là, et je me demande avec stupeur si c\u2019est bien moi qui m\u2019jnbéressais à tout cela si fort! mais non, c\u2019est alors que j'étais folle et stupide; à présent, je vois des choses clairement et.\u201d \u2014 Elle se trompe.interrompit Lina froissant avec colère la feuille, c\u2019est maintenant qu\u2019elle est folle et stupide de t\u2019écrire des choses pareilles, à toi! mais je vais Tui répondre, nous allons voir ça !.Liliette prit sa main un peu tremblante et l\u2018appuya sur sa joue, s\u2019y caressant doucement : \u2014 Non, non.pauvre Maggy, je vais te dire.elle est toute seule, vois-tu, elle n\u2019a personne à aimer et qui l\u2019aime.c\u2019est urès triste.elle croit que c\u2019est sa tête qui est triste etlasse, elle se trompe, c'est son coeur.\u2014 Toi! je te déteste, et je te défends de parler avec cette voix-la, comme si du avait peur d\u2019éveiller quelqu\u2019un\u2026 et Lina embrassait tendrement l\u2019enfant, puis, tandis quie, serrées l\u2019une contre l\u2019autre, silencieuses, elles regadaient la féerie du soir descendre sur la terre, elle écouta son coeur.non, il ne battait plus fort et vite comme autrefois, il n'avait plus cette convulsion terrible et délicieuse qui faisait vaciller jadis d\u2019un vertige son esprit el ses yeux, il ne criait plus de ce cri expi- pant à ges lèvres closes ; son coeur était devenu sage, il se plaignait un peu seulement, \u2014 oh! très peu, \u2014 comme un petit enfant très faible.et c\u2019était si triste, cet- POPULAIRE iMontréai, Août 1943 = te résignation d\u2019agonie, que Lina éclata en larmes désespérées, irrésistibles tout à coup, comme devant la mont d\u2019un être adoré.et c\u2019était son cher amour qui se mourait, parce que le coeur se lasse, enfin, de demeurer sans réponse.Fille ne sut point ce que Liliette comprit au juste à cette explosion inaccoutumée, Elles n\u2019échangèrent à ce moment-li aucune parole et n\u2019en reparlèrent jamais.11 sembla enfin à Lina que ce fut là | - dernier sursaut de sa révolte et de son regret, l'oeuvre de repos s\u2019achevait lente ef sûre dans le grand calme.Elle-oût vou\u2018 ne jamais voir finir cet été isanquille, « songeait avec terreur aux inévitables complications qui l\u2019attendaient à sa rentrée 2 Paris.Où s\u2019installerait-elle?et commenai \u2018 Elle se sentait une si croissante horreur du monde, des apparences et des hy: seri- sies qu\u2019elle réfléchit très sérieusement | ua déja ancien et fugitif projet: achat: ln \u201cmaison à vendre\u201d qui, en retrait d\u2019une route qu\u2019elle aimait, l\u2019abriterait, et rait à son souvenir le charme de son .É- lancolique verger.Elle commumiqua ce plan à Läiette qui secoua la tête: elle n\u2019approuvait pas.il fallait trouver autre chose.Cependant, chaque semaine, des lettres de Pierre, datées des petits ports bretons, et des lettres de Marguerite, installée avec sa mère et ses frères à Fontainebleau, apportaient un souffle de malaise obscur qu laissait Lima et Liliette rêveuses.Elles H\u2019avaient même plus besoin de se ques:iua- ner sur ces lettres, elle savaient d'avance: \u2014 toujours la même chose.Pierre ne pouvait, trop sincère malgré ses efforts, dissimuler son inquiétude au sujet de Raymond ; et les plaintes de Marguerite, d\u2019abord informulées, se précisaient: dans une lettre à Lina, elle dit les assiduités près d\u2019elle d\u2019un des Ravaz, et comment malgré les séductions physiques et autres de ce très beau garçon, la formé délicate et respectueuse de sa \u201ccour\u201d, elle Vol.12, No 8 LA REVUE se trouvait vis-à-vis de lui, de son amour et de l\u2019idée d'un mariage possible, étrangement froide, avec même un éloignement, une répugnance inexplicables.Et Lina s'expliquait, comprenait; ce qu\u2019elle ne comprenait pas, c'était le silence de Raymond.Elle répétait à Liliette : \u2014 Quelle paresse! ne pas avoir trouvé le temps ou le courage d'écrire une ligne! Liliette ne répondait rien.* * * Eh! non, pas une ligne.Ah! Pierre savait bien ce qu\u2019il faisait en reprenant .son frère près de lui sous ce prétexte de voyage.Il le surveillait sans en avoir r air, et Raymond n'osait pas enfreindre ouvertement sa fameuse promesse.Cependant Pierre se disait quelquefois: \u2014 Qui sait?point si sûr maintenant que, de loin, l\u2019ensemble des choses lui apparaissait.de ne pas s'être trompé dans son intervention.Et surtout, depuis les confidences de Liina sur l\u2019état futur de sa situation matérielle, ses scrupules s'atté- nualent.Il regardait avec tristesse languir son pauvre Ray, sans résistance, dans le chagrin, et qui ne distrayaient ni les grands horizons de la mer, ni les rudes et pittoresques paysages des côtes où n'est point morte encore tout à fait la vieille et sauvage âme celtique.Puis, à la délicatesse corporelle et au sens de raffiné du jeune homme, mille petits détails étaient des heurts le blessant misérablement.Pierre qui, levé avec le soleil, prenait üne part active à la manoeuvre, ou partait en courses insensées à travers les dunes et les bois qu\u2019on descendait à terre, Pierre apportait au repas un appétit de jeune loup, tandis que Raymond, toujours fatigué, qui passait ses journées étendu sur le pont, ou sur le sable, à lire, à s\u2019enivrer de Montréal, Août 1919 POPULATRE souvenirs d\u2019une douceur élégante.\u201ctordait son nez\u201d.comme disait Pierre navré de ce dégoût, devant les soupes aux choux, les grands plats de coquillages relevés d'une sauce fleurant l\u2019ail, et n\u2019avait qu'une médiocre sympathie pour les galettes lourdes de beurre qu'il prétendait rassasiantes rien qu\u2019à les regarder.Sur ce tempérament énervé les simples et rudes influences de cette vie forte n\u2018avaient aucune prise; elles l\u2019accablaient tout au contraire.Pierre, après avoir prolongé l'essai quelques semaines, dut reconnaître un trop profond antagonisme entre cette ma-ière de vivre et ce tempérament, pour qu\u2019il pût résulter quelque bien de soumettre celu'- ci à celle-là.Il arnonça un soir à Raymond qu'ils allaient rentrer.Raymond accueillait la nouvelle avec indifférence.Pierre dit: \u2014 Et puis, nous voici à la fin de septembre il est temps que tu revoies tout ton monde & Paris, que tu prép ares du travail pour l'hiver.\u2014 Oh! qu'est-ce q-ie cela fait?si tu ercis que j'aurai le courage de fair: quoi que ce soit.seul, toujours seul !\u2026 Pierre ne lui dit pas: \u2014 Et moi?que suis-je donc?I1 eut le coeur serré; c'était très dur de voir souffrir son enfant.I] demanda timidement : \u2014 Veux-tu que nous nous réinstallions ensemble ?Mais, rapide, la pensée de Raymond reprit possession de cette existence libre que tout le hasard extérieur et toute sa fantaisie personnelle pouvaient peupler, à Paris, et il donna des raisons pour refuser.Toute la nuit Pierre l\u2019entendit se tourner et se retourner sut son étroite couchette, et il s'angoissait toujours davantage, moins sûr que jamais de n'avoir pas encore fait fausse route avec son frère.Le lendemain, Raymond écrivit à Lina.Il ne raisonna point; il céda à son désir impérieux comme une fièvre, Il lui dit: ~ \u2014 124 \u2014 Vol.12, No 8 ° LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 \u201cNous rentrons à Paris.je ne peux pas \u201cdire que je m'en réjouis, car est-ce que je \u201cpuis être content de quoi que ce soit \u201cmaintenant?mais j'ai passé un si terri- \u201cble été, j'ai été si malheureux, si loin, que \u201cParis m\u2019est pourtant une espèce de joie, \u201cje vous y retrouverai un peu partout où \u201cnous avons passé ensenible.En attendant \u201cvotre retour, je penseral tous les jours à \u201clheure où nous nous rencontrerons, où \u201cje reverrai vos yeux, votre sourire.\u201d Et cela continuait ainsi; c\u2019était l\u2019éternelle banale chanson amoureuse aux mots toujours pareils; et, inconscient, il exhalait en ces phrases tout son amour, sans dire: je vous aime.et, ayant tellement ressassé cette parole dans son coeur, il oubliait qu'il ne la lui avait jamais dite, qu\u2019il avait promis de ne la lui point dire.Lina lut cette lettre avec stupeur.Elle dit tout haut sans s\u2019en apercevoir: \u201cAinsi il m\u2019aime?.\u201d Et tressaillit en entendant la voix de Li- Lette: \u2014 C\u2019est de-Raymond?\u2026.\u2014 Oui.Et elle n\u2019ajoutait rien, hésitant à mettre l\u2019enfant au courant; mais celle-ci, tranquille : \u2014 Pauvre Raymond !.\u2014 Quoi?.pourquoi?que veux-tu dire?\u2014 Il t\u2019aime tant\u2026 \u2014 Mais-comment sais-tu ?Liliette sourit tendrement : \u2014 Comment je sais?mais c'était assez clair! mais tout le monde le sait\u2026 il n\u2019y avait que toi pour ne rien voir, c\u2019est pour cela que je dis: pauvre Raymond.Lina se remémora mille faits qui sortaient de l\u2019ombre de son ignorance passée et soudain elle comprit quel avait été ce dernier et grand chagrin de Pierre, le seul qu\u2019il lui eût caché.Ah! aveugle et ironique destinée! Élle en sourit presque, tant cette contradiction, cette malignité, quasi humaine, des événements, Jui apparut flagrante._ 125 \u2014 Et les raisons profondes de sa décisign du lendemain : \u201cNous rentrons à Paris.\u201d .échappèrent à la pénétration, cependant assez grande, de Liliette.Les deux femmes sortirent dans la fo- Têt : la forêt rousse et blonde où brillaient déjà le charme magnifique de l\u2019automne.Marguerite marchait devant d\u2019un pas élastique et ferme, mais la tête un peu penchée.Lina, derrière elle regardait ses cheveux blonds sur sa nuque éclatante, une nuque de toute jeune fille, rose et duvetée comme la peau des beaux bébés anglais, Depuis huit jours elle l\u2019observait, descendue exprès pour cela chez les Avesnes, dans la petite maison de Samois où ils avaient passé l\u2018été.Et maintenant elle ne doutait plus.Une toute hetite occasion, qu\u2019elle cherchait, achèverait de la fixer.Dans l\u2019intimité tranquille de la campa- gone, cette occasion ne pouvait tarder à se présenter.Cependant l\u2019exiguité de la maison, les allées et venues des enfants, le bourdonnement de mouche de Mme À ves- nes, ne les avaient point encore laissées réunies dans une solitude propice aux confidences.C'était pour cela que, ce jour-là, après le déjeuner, Lina avait proposé à Marguerite d\u2019aller seules toutes deux en forêt.Comme il arrive à certains moments décisifs de l'existence, après un surmenage intérieur d\u2019esprit et d\u2019émotion, Lina subis- \u2018sait la hantise inlassablement répétée d\u2019une phrase surgie d\u2019un coin de sa mémoire et qui rythmait sa pensée, comme uni refrain.5 Qui ne connaît ces obsessions, où quelques mots arrangés d'une certaine façon tournent dans le cerveau comme dans un cirque, avec une précision et Tine ténacité stupides, car ce sont quelquefois des réminiscences sans rapport apparent avec l'actuelle préoccupation.Mais ici, au contraire, la paroles évoquée inconsciemment s'adaptait singuliè- Vol.12, No 8 LA REVUE + POPULAIRE Montréal, Août 1919 rement à d\u2019état d\u2019âme de la jeune fille; c'était ce vers de V.Hugo: Et je sens la paix de la grande nature Qui m\u2019entre dans le coeur.Mais, si beau, ce rythme l'énervait.Elle eût aiméêtre en pleine possession de sa lucidité pour mener la conversation évidemment inévitable.En effet, par un retour de réaction naturelle, Marguerite, dégagée de l'ivresse intellectuelle fiévreuse où elle avait vécu pendant plus d\u2019une année, se raccrochait aux sentiments plus doux qui l\u2019avaient antrefois entourée.C\u2019est ainsi qu\u2019elle témoignait à Lina une affection toute neuve et lui rappelait volontiers les premiers temps de leur amitié, comme si, loin de chercher à éloigner le souvenir de cotte époque où la vie lui était difficile, elle s\u2019y fut complue.I! suffisait donc de bien peu de chose pour ouvrir tout à fait ce coeur redevenu tendre.\u2014 Oh! bien peu de chose: seulement le contact d'un autre tendre coeur, l\u2019harmonie merveilleuse de la nature, en cette heure automale où elle semble plus épanouie et plus clémente, parce que, près du sommeil, presque rien en effet, simplement ce qui crée l'univers: la beauté et l'amour.Lasse d'être seule, lasse d'être indifférente, pleine de regrets et de désirs, Mar- gnerite devait tout dire sous ces influences irrésistibles.EMe commença par répéter la plainte formulée au long de ses lettres: solitude, néant des choses, inutilité de l'effort quotidien dans la vie apparue si vide.Lina dit lentement : \u2014 11 v a l\u2019amour\u2026 \u2014 L'amour?fit Marguerite amèrement, est-ce que je sais ce que c\u2019est?et qui le sait d'ailleurs?on en parle beaucoup plus qu'il existe, je pense '.\u2026 et presque tout ce qu'on décore de ce nom ne le mérite guère.TI! semblait qu'elle découvrit quelque chose de nouveau.Lina sourit: \u2014 Ma pauvre chérie! C'est aujourd'hui que tu t'apercois dé cela! puis, très pressante et tendre.regardant la jeune femme dans les veux : \u2014- Mais, dis-moi\u2026 quand on s\u2019indigne si fort contre l'amour, c'est qu'on aime?.\u201c \u2014 Aimer?Ah' mon Dieu! et qui donc?fit Marguerite avec une mauvaise foi évidente: ne t'ai-je pas parlé de Rivaz et de la parfaite indifférence où me laisse son amour?.\u2014 Quand on est \u201cparfaitement indiffé- rent\u201d à un amour, c'est presque toujours qu'on aime ailleurs.répliqua Lina.\u2014 Je ne sais pas si jaime.murmura Marguerite très bas, mais je voudrais aimer\u2026 Et ce mot semblait palpiter autour d\u2019elles sous les feuillages comme un oiseau captif.Elle reprit: \u2014 Nous avons parlé de ces choses voici déjà longtemps, un jour, dans l\u2019atelier, tu te souviens?Oui, Lina se rouvenait ; elle ne connais- salt point encore Pierre alors: le vide de son coeur l\u2019oppressait, et seule.ce soir déjà iointain, elle avait souhaité si ardemment se prendre à un rêve, elle aussi! Elle regarda un instant dans le passé cette Lina insensible, comme une étrangère, et la reconnut à peine.Elle dit : \u2014 Je pensais bien que tu ne resterais pas toujours belle guerrière et si glacée !\u2026 je t'aime mieux comme te voilà, tu sais.Marguerite ne devait jamais savoir ce qu'avait coûté à la jeune fille la possibilité de prononcer si naturellement cette phrase si simple.Cependant le soir, seule, Lina, se remémerant l\u2019attitude et toutes les paroles de Marguerite, soupira à demi- voix: \u2014 Quel dommage!.Parce qu\u2019elle sentait que Marguerite ne donnerait jamais à Pierre un amour tel que celui qu\u2019il avait pour elle.Mais, à \u2018présent, elle était décidée.\u2014 126 \u2014 Vol.12, No 8 Et, ce fut dans l'atelier du boulevard Péreire, que Pierre trouva Lina, une fois encore, quand il y vint appelé par un petit bleu.° Elle Jui donna tout de suite la lettre de Raymond.Il lut.C'était donc là sa promesse.Il ne fut d\u2019ailleurs pas étonné, ni mêmie déçu.Mais il regarda Lina d\u2019un air si perplexe, que, malgré le peu d\u2019envie qu\u2019elle en avait, elle ne put s'empêcher de rire.Puis elle dit : \u2014 Eh! bien, quand nous resterions là à nous regarder comme deux augures, qu'est-ce que cela changera ?Qu\u2019est-ce que cela décidera ?Il avoua: \u2014 Rien.Elle reprit: \u2014 C\u2019est donc ainsi que vous n\u2018avez plus confiance en moi?c'était pourtant simple de me dire la vérité! Je suis assez grande \u2018pour tout entendre !.Mais il faut avouer que cela vous a bien réussi d'agir tout seul ! Comme si on était trop de deux pour se charger d\u2019un enfant si terrible !.C\u2019est peut-être bon pour vous ces traitements de pleine eau et de sauvagerie, mais cela ne me semble pas avoir été très efficace pour lui! Allons, renvoyez-le-moi, on verra ce qu\u2018il y a à faire.Pierre l\u2019écoutait sans bien comprendre; un singulier sentiment, pareil à un remords, lui venait.Remords de quoi?\u2026 Il n\u2019avait pas le temps de réfléchir, c'était très compliqué.I s'écria simplement : \u2014 Mais vous ne l\u2019aimez pas, voyons, alors?\u2014 Ca; ça ne vous regarde pas.dit-elle, Et elle ferma à demi les yeux.Pierre ne savait plus que dire.Il ne se serait jamais attendu à cela, et la simplicité avec laquelle semblait se dénouer la situation le déconcertait au point qu\u2019il ne le trouvait pas naturelle.I répéta mactinalement : \u2014 Mais enfin.vous ne l'aimez pas?LA REVUE \u2014 127 \u2014 POPULAIRE Montréai, Août 1919 Et elle, évasivement: \u2014 Ah! il y.a tant de façons d\u2019aimer!.\u2026.-\u2014 Pardon.je crois qu\u2019il n\u2019y en a qu'une\u2026 fit Pierre très grave.Il ne faut pas que vous vous trompiez\u2026.\u2014 Je ne me trompe pas, mon ami.dit- elle, très doucement.Il demeurèrent silencieux un moment.Et tout à coup elle eut peur de ce silence où il allait peut-être trop comprendre.Elle se leva: \u2014 C\u2019est entendu, n\u2019est-ce pas?renvovez- le-moi, je l\u2019attendrai demain.et puis, j'ai encore quelque chose à vous dire: allè donc à Samois bientôt.Marguerite n\u2019est pas gaie.je crois qu\u2019elle a besoin de vous voir.° Pierre, est-ce que?\u2026 : \u2014 Ah! pas de questions!.je vous dis ce que je sais.mais je ne sais presque rien.allons, il faut que je vous chasse, il est très tard et je dine en ville.Elle avait hâte d\u2019être seule, cependant elle ne souffrait pas beaucoup.presque pas.Elle éprouvait même un certain bonheur étrange à ne pas être heureuse selon son rêve: elle songeait aux rêves des autres comme on regarde aux premiers jours d'hiver les vol des oiseaux migrateurs - rayer le ciel clair et froid.\u2019 V.\u2014 QUATRE BONHEURS, \u2014 Que je vous aime! que je suis heureux l.Depuis une semaine, c'était tous les jours la même chose: Raymond arrivait vers trois heures et il enveloppait Lina de ses paroles caressantes, adoratrices.Il la regardait parler, se mouvoir, avec dévotion.Elle lui disait, indulgente et tendre: \u2014 Quel fou! quel enfant !.Mais il y avait dans cette frénésie ido- litre de jeunesse ardente une si forte douceur qu\u2019elle en était plus touchée qu'elle n\u2019aurait cru. LA REVUE Enfin, à donner un très grand -bonhenr, H v a une sorte d'ivresse, et, après les lon- gnes-meurtrissures de son coeur fermé, elle s'abandonnait avec une faiblesse de con- valesrente, au charme d'être aimée.Cet abandon, avec l\u2019air d'énigme qui dormait toujours en ses pruneltes dorées et sur sa heHe bouche, lui donnait une grâce exces-, sive at Raymond enfiévrait davantage encore sa fièvre à cotte grâce.Mais, comme tous les jours, à un certain monient, Lina demanda à Raymond : - Est-ce que Pierre est allé à Samois?La Téponse avait toujours été négative; aujourd\u2019hui, il dit: -\u2014 Non, mais j'ai déjeuné avec Pierre tont à l'heure et Marguerite est arrivéé après déjeuners elle voulait lui parler.Je les ai laissés ensemble.Le - \u201ceva st passa devant lui.I l\u2019arrêta, et prenant son bras il baisa les dentelles de sa manche avec toute la ferveur des cenfantillages amoureux.\u2018Ténéralement Lina souriait, se dégageant et répétant : -\u2014 Quel fou! quel enfant !.Aujourd'hui elle ne dit rien, le laissa faire.À travers le tissu léger le baiser s\u2019appuya à son bras nu.Elle ferme les yeux.Il se leva, la serrant contre lui, di- sans d\u2019une voix étouffée : Ah! ma chérie.ma chérie.dis-moi que tu m\u2019aimes?\u2026 File rouvrit les yeux, comme elle était aussi grande que lui, la tête blonde et délicate du jeune homme reposait presque sur son épaule et ses yeux et sa voix la suppliaïent.Elle le vit profondément à elle, et qu'il serait ce qu\u2019elle le ferait; elle devina, en lui, ce sentiment délicieux de soumission, d'attente et d'adoration aveugle en une force supérieure, qu\u2019elle avait eu, pour un autre; elle soupira, \u2014 oh! un très léger soupir, \u2014 mais elle put, sans mentir, remuée par ce don absolu, répondre.\u2014 Qui.je t'aime\u2026 Montréa!, _\\oût 1919 POPULAIRE \u2014 Je vais vous accompagner.avait dit Pierre après qu\u2019ils eurent causé de ce qui avait soi-disant amené la jeune femme auprès de lui, en vérité, sous le prétexte de conseils à demarider au sujet de la vente d\u2019un de ses tableaux.Marguerite, poussée par une force obscure, n\u2019avait pu résister à son désir de venir voir, elle-même, ce que devenait Pierre, Pierre qui, saisi d\u2019hésitatron affolée, n'avait pas osé encore suivre l'avis de Lina, dans la crainto d\u2019une déception suprême.Et rien, entre eux, cet après-midi n'avait pu les éclaircir l\u2019un l'autre.Ils erraient dans la banalité idiote des phrases comme deux aveugles volontaires qui tâtonneraient entre les quatre murs d\u2019une chambre étroite.Marguerite était prise d\u2019une tristesse profonde, et Pierre, plein de la même tristesse, s\u2019angoissait à voir fuir les heures; cependant ils s\u2018efforcaient tous deux d\u2019être naturels et gais.\u2014 Comment rentrez-vous?Pierre.Elle dit: 2 \u2014 Je ne rentre pas à Samois ce soir, j'ai des rendez-vous pour demain matin, et quelques objets à prendre rue Laugier, je vais passer la nuit à la maison.Prenons par le quai, voulez-vous, et marchons un peu.Il était quatre heures.Un ciel d\u2019octobre, fin et clair comme un voile, semblait se déchirer en dentelle aux toits et aux cheminées.La douceur clémente des derniers beaux jours se faisait sentir jusqu'ici, par- ini les vieilles pierres en plein coeur de la cité.La Seine déployait comme un grand noeud de moire le double ruban de ses eaux, et, à la pointe de Saint-Louis-en- I'Tle, un bouquet d\u2019arbreg secouait sur le fleuve, en le pailletant d\u2019or, la chevelure blonde et frissonnante de ses branches, demanda ome 128 wen nid A y le ao LA REVUE Vol.12, No 8 POPULAIRE Montréal, Août 1919 Marguerite désira se trouver sous ce feuillage de rouille.Elle se sonvint avoir prononcé là, bien des années auparavant, de très jeunes rêves.Ils s\u2019y rendirent, et leurs rêves présents les enveloppèrent d'un chqrme oppressant, mêlés à l'âme mystérieuse de la ville qui semblait surgir comme un regard au reflet des maisons mirées dans le fleuve, et irradiée, triomphante, incendier le ciel, qu'un crépuscule d'automne rapide et merveilleux faisait tont rouge, éblouissant.\u2014 Comme c\u2019est beau! soupira Marguerite.Pierre dit: \u2014 Ce serait un tableau admirable.fai- tes-le¥ Elle haussa les épaules: \u2014 Ah! ne me parlez pas de tableau!.c\u2019est desséchant de ne jamais voir qu\u2019un \u201csujet\u201d dans toutes les sensations.les émotions.J'en veux à la peinture.je lui ai trop donnée, elle a accaparé deux des plus belles années de ma vie.et maintenant que je m\u2019en rends compte, je la déteste ! Pierre sourit: \u2014 Ah! vous voilà violente.comme autrefois.vous vous rappelez, il y a trois ans?.Je me rappelle.ne riez pas.je suis trés malheureuse.Sa voix tremblait, et, comme un petit vent froid d\u2019hiver tombait du ciel où de grands nuages couraient rapidement et s\u2019élevait de l\u2019eau où commen- caient à traîner les brumes de la nuit, elle frissonna de tout son corps.Alors, voyant ce frisson, Pierre qui eût voulu exprimer son amour, son espoir, en paroles divines, lui demanda avec anxiété : \u2014 Vous n\u2019avez pas froid ?Il ne put jamais se rappeler exactement plus tard ce qui était arrivé.I! savait seulement qu\u2019elle l\u2019avait regardé tout à coup avec des yeux.Oh! des yeux où il s'abima de bonheur, ne voyant plus que leur lumière délicieuse dans ce visage noyé d\u2019ombre.Puis, sans savoir comment ils s'étaient trouvés serrés l\u2019un contre l'autre, elle à son bras, blottie, balbutiant des choses adorables, et lui l'entourant, la soutenant, la protégeant, voulant à toute force l'envelopper de son pardessus dans un désir confus et infini, de la défendre contre ce froid dangereux et la nuit envahissante, et contre tout au monde.Elle riait et pleurait à la fois, disart: mais non ! mais non ' \u2026 tout en lui obéissant; et quand ils furent en voiture, avant décidé de se rendre chez Lina tout de suite, ils s'éorièrent ensemble, tout bas: Nous sommes heureux * * * Quand ils entrérent, Lina comprit.Elle alla à eux, prit la main de Pierre, embrassa Marguerite, puis se tourna vers Raymond.Pierre avait eu une seconde d'hésitation, de gêne devant son frère, se souvenant\u2026 mais celui-ci s\u2019écria : \u2014 Ah! enfin! ça y est!\u2026 sincèrement content, car il avait sincèrement oublié.Après les premières paroles, et que Lina eut communiqué une lettre reçue de son père, en réponse: à l\u2019annonce de son mariage, et où il se montrait satisfait, disant leur retour proche, Marguerite s'écria: \u2014 Ainsi, nous voici quatre bonheurs réunis! je crois que c\u2019est rare !.\u2014 Trés rare.dit Lina.\u2014 Vous rappelez-vous, demanda Raymond, le temps oil vous appeliez Pierre le sans rêves, parce qu\u2019il vous offrait un pâté de foie gras quand vous lui parliez poésie et glowe?.II me semble que pour quelqu\u2019un qui prétendait n\u2019en pas avoir, il en a fait d'assez gentils !.Lina pensa aux absentes : \u2014 FH faudrait envoyer un télégramme à ta-mère, à Litiette.dit-elle à Marguerite.\u2014 Tu as raison, je vais passer à la poste en m'en allant.\u2014 Mais tu ne t'en vas pas\u2026 nous dine- \u2014 129 \u2014 Voi.12, Na 8 LA REVUE POPULATRE Montréal, Août 18919 rons ensemble ici, ce soir ; écris ta dépêche, on va la porter.Mais Marguerite, ayant un petit remords du court oubli dans l\u2019égoïsme de sa joie, voulut absolument y aller elle-même.Pierre l\u2019accompagna.Uner demi-heure\u201d après, il rentrait seul dans l\u2019atelier de Lina, eù y trouvait celle-c: également seule.\u2014 Ou est Raymond ¢ \u2014- Il est allé me chercher des roses comme je les aime, il prétend que personne autre que lai ne sait les choisir.mais où est Marguerite?\u2014 Ile va venir.elle s\u2019est arrêtée rue Laugier et a gardé la voiture, je crois qu'elle voulait changer de toilette, elle m'a renvoyée.\u2014 Noms voilà donc abandonnés, nous, les gens sérieux EHe aHait et .«nait, rangeant des fleurs, des livres, sonnant, donnant des ordres.Il la regardait, et, tout à coup, interrogea : \u2014 Ainsi, vous êtes heureuse ?.\u2014 Moi?Ah! je ne désire plus rien au monde: j'ai celle que j'aime, que j'ai toujours aimée, vous le savez, et je vois Raymond si heureux, avec vous! Elle dit alors: - Oui, je suis heureuse.I] reprit, profondément sincère: \u2014 C\u2019est que, si vous ne étiez pas, voyez- vous, j'en aurais un grand chagrin, un remords.parce que vous avez bien été notre fée à tous.une sorte de miracle vivant.Il suffit que vous vous en mêliez pour que tout s'arrange, devjenné parfait, déh- cieux |.Vous devez avoir un secret! ce n\u2019est pas possible !.\u2014 Oui.oui.jai un secret.fit-elle en riant, d\u2019un rire si doux, si doux, qu\u2019on ne savait si c\u2019était de la gaieté malicieuse on une magie de tendresse.\u2014 Eh! bien, dites-le?\u2014 Mon secret?.Ah! non.\u2014 Pourquoi ?\u2014 I n\u2019aurait plus de pouvoir.\u2014 Et il en aura toujours?\u2014 Je Pespère.\u2014 On ne le connaîtra donc jamais® \u2014 Jamais !.\u2014 De quoi s'agit-il?! demanda Margue rite en entrant.\u2014 Rien.répondit Lina, c\u2019est moi qu dis des folies, comine toujours. _ Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE DES Montréal, Août 1918 LES MERVEILLES DE L\u2019AVENT (Petite fantaisie simili-scientifique) La science marche à pas de géant.Nous vivons au milieu de vritables merveilles avec une indifférence superbe, en gens habitués à ne s\u2019étonner de rien de ce qu\u2019ils voient.Un siecle, qu\u2019est-ce que cela dans l'histoire des temps ?Bien peu de chose! Dix fois dix ans.dix grains de poussière dans la multitude des siècles disparus et pourtant ces dix périodes si brèves de dix années suffisent parfois à changer complètement la vie sur toute la surface d\u2019un monde en4rer ! Hy a cent ans, un voyageur mettait de longues \u201cjournées pour aller de Montréal à Ottawa, aujourd\u2019hui c\u2019est Vaffaire (le quelques heures avec le chemin de fer mais demain, avec l\u2019aé- ro-bus à grande vitesse, combien de temps mettra-t-on ?Que deviendrions-nous, enfants gâtés que nous sommes par les inventeurs modernes, si brusquement nous étions ramenés à la vie d\u2019il y a cent ans?Alors, plus de chemins de fer, plus d\u2019autos, des bateaux à voiles, pas même de bieycles et encore moins de tramways.De la chandelle fumeuse pour s\u2019éclairer, une plume d\u2019oie pour écrire, au lieu de \u2018\u2018type-writer\u201d\u2019\u2026 .Pas de téléphone, pas de télégraphe, pas de remèdes épatants pour guérir même les maladies dont on ne souffre pas.Pas de canons à longue distance ni de fusils à tir rapide (ça, par exemple, ça serait une vraie bénédiction!) Pas de semeuses, de faucheuses et de batteuses mécaniques.Pas de.mais il y aurait de quoi remplir tout un numéro de la \u2018Revue Populaire\u2019 avec l\u2019énumération de tout ce qui nous ferait brusquement défaut! Depuis la plume-fontaine si commu ne jusqu\u2019à la splendide rotative si rapide et si compliquée des imprimeries, depuis l\u2019humble petit moteur d\u2019un bicycle à gazoline jusqu\u2019à l'énorme cuirassé véritable forteresse mouvante des océans, depuis la modeste lampe électrique de poche jusqu\u2019au puissant \u2018phare des côtes, ce serait une disparition de milliers et de milliers d\u2019objets ou d\u2019appareils qui nous laisserait désemparés.stupéfaits et intimement convaincus que la vie ne serait plus possible.Par contre, si l\u2019un de nos bons vieux\u201d grands-pères revenait en ce monde et se trouvait transporté subitement au milieu de notre \u2018\u2018conforl\u2019 moderne, \u2014\u2014 nop Voll.12, No 8 \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 il en serait ahuri et se demanderait comment l\u2019homme a pu inventer tant de choses en si peu de temps! Il serait persuadé, en outre, que le génie humain aurail dit son dernier mot, que toutes les découvertes possibles auraient été faites et que, désormais, Père des inventions serait close.Il s\u2019en faut de beaucoup et si l\u2019un de nous pouvait, par grâce spéciale, réapparaître sur terre dans cent ans ou mieux, dans cing eents ans, la sau- péfaction du ressuscité laisserait bien loin derrière elle celle du vieux grand- père?Dans cent ans?Mais pour ne parler que de choses assimilées a celles d\u2019au- jourd\u2019hui, il y aura des moteurs tout différents de ceux que nous connaissons; les gaz liquéfiés, l\u2019air et l'acide earbonique liquides principalement auront remplacé avantageusement la gazoline odorante ; sillonnées avec une prodigieuse vitesse par d'immenses navires, véritables palais, recevant leur force motrice directement du soleil et transformant en énergie la formidable force latente des rayons émis par notre étoile.Sur terre, on verra des monorails à gyroscope filer à une allure vertigineuse et parcourir le Canada d\u2019un eeéan à l\u2019autre en vingt heures ou Dans les airs, la vitesse atteindra un chiffre de rêve; vingt-quatre 'heures suffiront au Montréalais de 1'époque pour aller à Paris.Ce que cela ecûtera, par exemple, je n\u2019en sais rien mais avec la concurrence obligatoire les prix seront peut-être, comme les inventions, considérablement améliorés et à la portée de tout le monde.C'est à souhaiter, du moins.La machine à écrire n'existera plus Que dans les musées d\u2019antiquités et la @énographie ne sera plus rappelée au les mers seront \u2014 132 \u2014 \u2014 souvenir que comme curiosité; il y aura des machines perfectionnées qui enregistreront la parole en caractères d'imprimerie ce qui sera le coup de mort aux plumes, aux crayons, aux encriers, au papier buvard et à de multiples autres \u2018\u2018impedimenta\u2019\u2019 de bureau.Les maisons se bâtiront à la mécanique, un briquetier,\u2014ou briqueleur, si l'on veut\u2014sera un personnage important, en charge d'une machine compliquée qui montera les briques.le mortier, construira les murs automatiquement et fera un jour le travail de trente hommes en un mois.La profession de tailleur de vêtements aura vécu depuis longtemps.on n\u2019en parlera plus que comme de quelque métier problématique et bizarre comme celui de noircisseur de pattes de dindons; les habits se feront à la machine mais pas à la vulgaire petite machine à coudre actuelle.D'énormes rotatives rappelant un peu celles de nos imprimeries actuelles feront la besogne.A une extrémité.une bobine de papier parcheminé.stérilisé, assoupli et renforci ayant toutes les qualités de l\u2019étoffe sans en avoir les inconvénients; à l\u2019autre bout les \u2018Ycomplets\u201d sortiront tout faits comme aujourd\u2019hui les journaux tout imprimés et pliés.' Rien n\u2019empêchera même d\u2019imprimer au passage le papier à vêtements non seulement dans la nuance choisie mais avec les dessins désirés et même de se faire imprimer le portrait de sa blonde sur le coeur ou dans le dos, rien ne sera impossible.Comme la production de vêtements sera énorme, on les paiera un bas prix mirobolant, pour une piastre on aura un habit de cérémonie et les culottes de travail se détailleront à 10 cents chacwne eb moins + PRIE CAT ETES I : 3 + ititétisi shui Met tata \" Mtusttitiietetz a Lai ses : MEL did is ie hit thei Hit ecia stadt I * di Vol.12, No 8 Montréal, Août -1919 _ > LA REVUE POPULAIRE Ï Ë qu es le re {Ix 7) à 8 de % PEN Cd i J UT J = m ine = 63 \\ to À | / On n\u2019écrira plus, | il y aura 1a dictée vai reproduite autos matiquement i i tl ir Is de bi 0% \u2014\u2014 de vont | gare afl \\ all | rer | | peu Lo ; i ft Une Les maison sb onl JA di 6 ront construitez-à ples la machine CA, avoit § po | lee sm (om | im à Q) FF ayy N E74 BA = == pti \u2014 mens (3 hoisie = = mérité en == mee == de 5 CN 8 ds J i aw i ty i; Ib pme emir sexpeacentse | f plsot À pit de il edn 9e à CRIE ae a ARR IHR vo 3 j HH j Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montr£ai, Août 1819 it x 200 ~ i 3 ; i ig ai \u2018a it fs HE A A A À it) LS [A LL ji ih LÉ | A de LS on, 71 i oz Av 4 i pa ae hi) Les navires recevront leur force ali Hh i motrice du soleil.1 vi ii | ru Li hh hy hh ni i fe ci Sam agen 5 del in h 7 CRT I} a Ny rer ere 7 dee 2 sr 0 NG 1 > NS su.Ho * ey j \\ si 24 180 hae) \"1 À, 2 Le - > Leurs stratagèmes, pour déjouer l\u2019action des Cosaques chargés de les tenir à distance, étaient aussi remarquables que les ruses des Apaches du Far West.En voici un exemple.Dans l'Ukraine, on rencontre de rom- breuses parties de la steppe qui sent couvertes d'herbes de haute taille.On ne peut donc les traverser sans fouler ce végétal.Ces herbes donnaient aux Cesaques de pré- gieuses indications sur les Tartares, leurs pombre ef la direction qu'ils suivaient.LA REVUE POPTT ATRE Montréal, Août 1949 Bien entendu, les Tartares évitaient ces steppes autant que possible, et tachaient de les contourner pour faire piétimer par leurs chevaux des terrains rocailleux où ils n'auraient point laissé de traces.Mais cela n'était pas toujours facile, 3 fallnit \u201cmettre parfois les pieds dans le plat\u201d et voici comment les TT'artares s'en tiraient.Suivez notre explication sur notre croquis.En supposaient que leur détachement se composait de quatre cents chevaux, les Tartares se divisaient en quatre bandes de cent chevaux, dont la première allait vers le nord, l'autre vers le sud, la troisième à l'ouest, et la dernière à l\u2019est.Après avoir fait environ une lieue.chaque bande se divisait en trois autres de trente-trois chevaux chacune, qui se divisaient et s'écartaient encore, jusqu'à ce qu'elles fussent réduites en pelotone de onze chevaux.Toute cette manoeuvre s'exécutait au grand trot, en moins de deux heures.Ainsi divisés, les pelotons de onze chevaux s mettaient en marche en décrivant des cour bes obliques pour éviter de se croiser en chemin.Et ils arrivaient les uns après Les autres à un endroit convenu, distant de 18 à 25 milles du lieu de départ.Si les Cosaques rencontraient leurs traces le jour mêane de leur passage, ce labyrinthe de sentiers les mettait dans l'impossibilité de découvrir la véritable direction qu'\u2019avaient prise les Tartares en fuyant, \\ \u2014 0 ne CELA À COUTE CHER! Pour mettre le main sur une partie des insoumis militaires, Le gouvernament ce nadien a dépensé la somane de $5,373,092 sans compter les soldes des officiers et soldats employés à cette besogne.Le gouvernement a trowwé 27,429 individus qui ne s'étaient pas confomnés aux exigences des multiples décrets du Cenæil.Cele fait donc 8195 par individu.\u2014\u20142 \u2014 164 \u2014 vol.12, No 8 LA REVUE PAIN DE FOUGERE + L'horrible famine qui est \\ actuellement le sort d\u2019une grande partie de la Russie, rappelle le lamentable état de choses qui traversa la France au dix-septiéme siècle, dans la période la plus prospère du règne Ÿ de Louis XIV.La grandeur apparente d\u2019un monarque, faite de gloire militaire, des splendeurs de sa cour, du renom de la France à l\u2019étranger n\u2019était\u2019 en réalité qu\u2019une façade: jamais, sans doute, le peuple ne fut aussi - malheureux, jamais les habitants des campagnes ne connurent semblable misère.Les historiens du temps nous montrent, sendant que l\u2019on danse à Versailles, \u201cles paysans du pays de Blois réduits à pâturer l\u2019herbe, les orties, les racines des prés, et dévorant les bêtes mortes: des femmes ee des enfants trouvés morts par tes chemins, la bouche encore pl£ine d\u2019herbes ; des enfants suçant dans les cimetières les os des morts.\u201d Dans le diocèse d\u2019Amgers, en 1683, écrit Rambaud, il y a des paysans qui ne mangent que du pain de fougère, et d\u2019autres \u201cqui sont trois ou quatre jours sans en manger un morceau\u201d.Dans la généralité de Rouen, *en 1696, sur 700,000 -habitants, il n\u2019y en a pas 50,- 000 qui mangent du pain à leur aise.; \u2018dans celle de Caen, la population a diminué de moitié, dans celle d\u2019Alençon, la moitié des maisons est en ruines.Dans la généralité de Moulons, lisons- nous encore, \u201cles paysans sont noirs, livides, hideux: ils n\u2019ont d\u2019autre nourriture que leurs bestiaux, des châtaignes et des waves, et encore pas tous\u201d.Dans la généralité de Riom, ils ne se nourrissent que d'huile de noix.\u201cVos peuples meurent de faim\u201d, ose écrire au grand-roi l\u2019archevêque-de-Cam- brad, } POPULAIRE Montréal, Août 1019 Ft Vauban note en 1707: \u201cLa dixième partie du peuple est réduite à lu mendicité et mendie effectivement, des neuf autres parties, il y en à cinq ans qui ne sont pas en état de faire l\u2019aumône à celle-là, parce qu\u2019elles sont elles-mêmes réduites, à très peu de chose près, .à «cette malheureuse condition; des quatre-autres, trois sont fort malaisées\u201d.En 1709, le roi commence à entrevoir\u2019Ia misère du pays: on sert du pain noir à sa table et ses laquais mendient par les chew mins, x oO ie\u201d LE TELFERIQUE C\u2019est surtout en Italie que la guerre dans les régions montagneuses utilisa le mers veilleux moyen de transport qu\u2019est le telfié« rique.C\u2019est un chariot léger qui réunit, au-dessus des abîmes, les sommets aux sommets, et qui, glissant sur de simples fils métalliques, transporte les combattants sur les lieux de combat et aussi les mulets, ravi< taille en munitions les troupes des hauts plateaux et des montagnes et évacue leg blessés, \u2014\u2014\u2014 {rrr LE PLUS ANCIEN DRAPEAU À peu près toutes les nations ont déjà leur drapeau et celles qui n\u2019en possèdent pas encore s\u2019en feront certainement faire bientôt.A ce sujet, il est intéressant de savoif que le plus ancien drapeau \u2014 parmi ceux qui sont en existence actuellement \u2014 est celui du Danemark.C\u2019est une croix blamw che sur fond rouge; il a été créé par lg roi Waldemar il:y+a septrcents-ans-et-ni® IG ECS UOTE CSD i Vel.18, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montiéai, Août 191\u20ac POUR LE SOUVENIR Lors-de-la discussion au Conseil des ministres de Belgique du projet de recons- trustion des régions dévastées, il a été dé- eidé-que, tandis qu\u2019en prendrait les meures nécessaires pour remettre en état la plupart des villes et des villages, on conserverait leur aspect actuel à ocertains ehamps de bataille, De même, on maintiendra en rulnes, ei] y a lieu, certaines Tocalités qui ne pourraient être reconstrultes sur leur emplacement actuel, - Cest ainsi qu\u201dYpres et Dinant seront laissées dans leur état de ruines : des villes nouvelles seront bâties à côté, \u2014\u2014 6 \u2014\u2014 LE COUT DES GUERRES FAN Depuis l'année 1850, mals 7 $ \\| sans eompter les pertes I., causées par la dernière ; guerre qui a été la plus et terrible de toutes, trois millians d'hommes avaient péri dans les guerres, Pelle de Crimée avait coûté 350 millions de dollars à l'Angleterre et un milliard eent- cinquante-millions à la France et à ia Russie.La guerre de 1870 a coûté à la France 850 millions de dollars pour une durée de sept mois et cœci en dehers de-d'indemnité à l\u2019Allemagne et de la perte de l\u2019Ailsace- Lorraine, La victaire des Russes sur la Turquie, en 1877-78, a coûté à la Russie 950 mil- liens et la lutte du Japon avec la Chine & fait dépenser 211 millians à ce dernier pays.Avant la guerre, toujours, les seules grandes puissances d'Europe dépensaient amuellement plus de : six cents millians total et sur le pied de paix, deux millione et demi d\u2019hommes.Ces chiffres élevée d\u2019hommes et d'argent ne sont néanmoins que peu de chose, comparés aux effeotifs et aux dépenses de la dernière guerre qui a mis aux prises vingt millions d'hommes et fait valser les milliards par centaines.\u2014\u2014 9 LA RECONSTRUCTION DE REIMS D\u2019après l'avis des experts, 11 en coûtera au moins un milliard de dollars pour réparer les dégâts causés à la ville de Reims par le bambardement des Bochez C\u2019est un montant énorme mais il faut savoir que cette ville avait des monuments magnifiques et qu\u2019elle a eubi au-delà de mille journées de bombardement au cours de la guerre, Malgré les difficultés de la reconstruc- tien et le coût élevé des matériaux, Les tra- Faux vont être poussés activement, Vingt plans complets ant été soumis par les principaux architectes de Paris et d\u2019autres villes importantes.Auoun d'eux ne-scra totalement adopté mais il sera fait uenge de ce que chacun d\u2019eux prépente de meilleur pour arriver à un autre plan, définitif ce- luis apes approbation par de Conseil de ville, : Parmi Tes détails défà décidés, il y a la construction de ues principales très larges, de questiers ouvriers ave jandins et de trois cereles de Boulevands de largeur diffézente, dans le genme de œux de Paris et de Bruxelles, Il a été ceenvenu également que toutes les maisons entousant la cathédrale disparaîtront, elles sent d'ailleurs en ruines ; la cathédmale se trouvera ainsi au milieu d\u2019une large place ce qui en rehaussera encore la beauté, Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 \u2018UTRES TEMPS AUTRES MOEURS 25 février 4848, jour où le peuple français s\u2019empara des Tuileries, des ci- tovens arrivés en armes au palais rassemblèrent vivement tous les objets les plus précieux, les portèrent dans une chambre basse et se firent les gardiens incorruptibles de véritables trésors.Tous ces hommes étaient pauvres et leur nourriture ne fut pendant deux journées que de pain grossier.Lorsque le gouvernement provisoire envoya avec eux un commissaire pour procéder à l\u2019enlèvement de ces richesses, qui allaient être tranférées intactes au Ministère des Finances, le délégué du pouvoir révolutionnaire dit à ces braves gens: \u2014 Que voulez-vous pour votre récompense ?* \u2014 Du pain blanc, répondirent-ils, \u2014 Q \u2014\u2014\u2014\u2014 UN JOUR FAVORABLE Tl y a de nombreuses personnes qui considèrent le vendredi comme un jour néfaste ; c\u2019est de la superstition tout simplement et il serait facile de prouver par de nombreux faits d\u2019histoire que la réputation de malchance faite au vendredi n\u2018est certainement pas méritée.C\u2019est un vendredi que > Christophe Co- lomb partit d\u2019Espagne à la recherche d\u2019un nouveau monde, un vendredi qu\u2019il aperçut la terre pour la première fois, un vendredi encore qu'il commença son voyage de retour et un vendredi également qu\u2019il débarqua en Espagne.C'est un vendredi que, le voyage suivant il vit la terre américaine, un vendredi qu\u2019il y débarqua et un vendredi toujours qu'il rentra pour la deuxième fois dans son pays.BARBE-BLEUE A-T-IL EXISTE?La fameuse affaire Landru remet en mémoire le fameux Barbe-Bleue dont les exploits sanglants nous ont fait tous frémir quand nous étions enfants.Chacun croit qu\u2019il ne s\u2019agit 1à que d\u2019un conte, alors qu\u2019en réalité, Barbe-Bleue a existé.D\u2019anciennes chroniques nous apprennent que, jadis vécut en Angleterre un homme qui fut accusé et convaincu d'avoir tué plusieurs de ses successives épouses et au-delà de cent enfants.Il subit en conséquence le supplice du bûcher.Une particularité extraordinaire qui lui valut son surnom, c'est que sa barbe et ses cheveux très noirs avaient des reflets bleus qand on les regardait sous un certain jour.Un auteur français vit dans tout cela l\u2019occasion d\u2019un conte sensationnel et il ne se trompa nullement.Le Barbe-Bleue de la légende est connu de tous alors que le vrai est totalement oublié, \u2014\u2014 Q LA TREVE DE DIEU Le plus grand mal du moyen âge venait des guerres continuelles, Les évêques firent \u2018de constants efforts pour y mettre fin.Au onzième siècle, de nombreux conciles proclamèrent la Trêve de Dieu.Il y avait trêve, c\u2019est-à-dire cessation de toute hostilité entre seigneurs voisins belligérants, depuis le mercredi, au coucher du soleil, jusqu\u2019au lundi matin.La guerre était encore défendue pendant le carême, l'Avent, les jours de vigiles et de fêtes.Les conciles stipulaient en outre que nul homme de guerre ne pouvait attaquer et \u201cfaire aucun dommage\u201d aux moines, aux clercs, aux religieuses, aux femmes, aux pèlerins, aux marchands, à leurs serviteurs et aux laboureurs, \u2014\u2014 gQ -\u2014 187 \u2014 Vol.12, No 8 FLEURS DE CHAMPS DE BATAILLE Un phénomène étrange peut être vu actuellement sur les récents champs de bataille, en France.Dans les trous d\u2019obus et dans les tranchées poussent des fleurs d\u2019un gen- tout-à-fait inconnu aux personnes vivant actuellement.Les botanistes se sont intéressés à la chose et croient que ces fleurs proviennent de semences jusqu\u2019alors trop profondément enfouies dans le sol pour pousser.L'un d'eux dit ceci : \u201cC\u2019est la preuve que des semences peuvent être epterrées pendant de longues années sans perdre leur pouvoir de germination; on en a déjà observé qui avaient été soixante ans dans ce casa.Dans les tombeaux des momies égyptiennes, on a trouvé des grains de blé enfouis là depuis des milliers d\u2019années et qui ont parfaitement germé quand on les a plantés.Il est donc, non seulement possible-mais probable, que les fleurs étranges vues en France soient dans des conditions semblables.\u201d Voilà une conséquence de la guerre que peu de personnes, certainement, auraient pu prévoir.\u2018 \u2014\u2014 0 \u2014\u2014\u2014 ESPIONS DE HAUTE ENVERGURE En temps de guerre et même en temps de paix, l'espionnage se pratique continuellement dans toutes les nations ; ce n\u2019est peut-être pas d\u2019une délicatesse très raffinée mais-c\u2019est admis et les plus grands hommes eux-mêmes n\u2019ont pas dédaigné, à Poccasion d\u2019espionner avec une audace parfois stupéfiante.Un général, disait le grand Napoléon, doit voir par les yeux de tous ses hommes, LA REVUE POPULAIRE \u2014 168 \u2014 Montréal, Août 1919 soldats et officiers et, s'il ne voit pas clairement, il doit employer ses propres Yeux.C\u2019est d'après ce principe que, lui-même, risqua témérairement sa vie ou tout au moins sa liberté en débarquant une nuit, en 1805, sur la côte Sud d'Angleterre pour découvrir l\u2019endroit le plus favorable à une invasion de ce pays.Lord Kitchener fit preuve d\u2019une égale audace en maintes circonstances lors de ses campagnes coloniales; son exemple a été suivi par ses officiers, principalement le colonel Wingate.Une légende veut que, ja nuit précédant Waterloo, Wellington se soit promené dans tout le camp francais grice a un passe-port falsifié ou procuré à prix d\u2019argent.Dans cette guerre, nombre d\u2019officiers de haut grade, parmi les alliés comme parmi les ennemis ont espionné au prix des plus grands risques et plusieurs ont payé de - leur vie leur entreprise hasardeuse, \u2014\u2014 gp , UNE GRANDE CAVERNE La plus grande caverne connue est la \u201cMammoth Cave\u201d, à 85 milles du sud- ouest de Louisville, dans le Kentuckey.Elle a4environ 10 milles de longueur et une multitude de galeries, grottes, avenues où il y a des rivières et des chutes d\u2019eau.Pour parcourir la \u201cMammoth Cave\u201d entière, il faudrait faire un trajet de 150 milles.\u2014\u2014 0 FLEURS DE PAPIER Les fleurs artificielles étaient inconnues aux anciennes nations civilisées de l\u2019Europe; on les mentionne pour la première fois \u201cen Italie au XIVe siècle.En Chine cependant, on en fabriquait depuis très longtemps, Vot.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE ARI éfexions ; HOMMES L\u2019impulsion irrésistible poussant un célibataire à faire l\u2019amour à toutes les jolies filles qu\u2019il rencontre sur sa route, est aussi inévitable que les oreillons, la grippe espagnole ou les cors aux pieds.A vant le mariage, les paroles d\u2019un homme sont trop belles pour être vraies, après le mariage, elles-sont \u2018trop vraies pour être belles.Un homme prend généralement une femme pour sa grande force de caractère et les brillantes qualités qu\u2019elle n\u2019a jamais cues.FEMMES Une femme garde toute la vie une petite place dans son coeur pour les amoureux qu'elle à eus autrefois; mais chez un home ,me il n\u2019y a rien de mort comme un amour mort.Tout disparaît, jusqu\u2019au souvenir, Les jeunes filles, cette année, ne portent leurs robes un peu plus longues, que pour permettre aux célibataires d\u2019admirer leurs jolis chapeaux.Lorsqu\u2019une jeune femme commence ë S\u2019apercevoir que tous les hommes sont faits sur le même modèle, il est temps pour elle de s'en retourner chez sa mèrg \u2014 169 \u2014 my A at EE ES VA.12, No 8 LA REVUE Un homme chanceux en amour est celui qui peut sortir d\u2019un flirt avant qu\u2019il ne soit trop tard.Quelquefois un seul mot sorti de la bouche d\u2019une jeune fille nous fait songer à Famour, à Venise, à la poésie ou à une autre femme.Ce ne sont pas les femmes qu\u2019il a aimées et perdues qui troublent le coeur d\u2019un célibataire : ce sont les femmes qu\u2019il a aimées et qu\u2019il n\u2019a jamais réussi à conquérir.Un homme peut pardonner à une femme de le détester mais non de l\u2019aimer sans sa permission.Un homme à la même opinion d\u2019une jeune fille qui fume la cigarette qu'une jeune fille aurait d\u2019un jeune homme qui s\u2019asseoirait dans un hamac pour faire voir ses jolies chaussettes.Le dernier mot d\u2019un homme marié est toujours le mot avant le dernier.Ce qui fait qu'un homme est resté célibataire, c\u2019est qu\u2019une femme, puis une autre et encore une autre se sont trouvées sur son chemin.Pour un célibataire, une femme est une petite créature qui mange de tout excepté de la vraie viande, croit tout excepté la vérité, dit tout excepté ce qu'elle pense et fait tout excepté ce que l'on attend d\u2019elle.Il est parfois difficile pour un célibatai- Te d\u2019être \u201cconstant\u201d dans ses variations sentimentales.L'homme est toujours possédé par ce Qu'il possède: le mari par sa femme, l\u2019a- wave ou le riche par la fortune, le vani- feux par son orgueil et son ambition.POPULATRE - Montréaiï.Août 1919 Ce qui empêche une jeune fille de se marier, c'est ce qu'elle aura à dépenser et ce qu\u2019il aura à dépenser.Une jolie sténographe blonde, brune ou rousse, trouvera toujours une bonne raison pour empêcher son patron d'aller diû- ger avec sa moitié., Le jour du mariage pour une jeune fille est un véritable enterrement, car c'est la dernière fois qu'elle fera à son goût dans le ménage.Avez-vous déjà regardé ou remarqué le regard triste de la jeune épouse qui rencontre un de ses anciens amoureux qui était trop pauvre pour faire un mari mais qui était assez aimable pour faire un amoureux charmant.Quelles que soient les connaissances d\u2019une femme en mathématiques, elle ne pourra jamais admettre que quinze livres ajou- .tées à son poids la feront peser quinze livres de plus et que six ans ajoutés à ses 25 ans la feront plus vieille que 27 ans.La mode des chapeaux et des robes peut changer, mais la femme idéale pour un homme sera toujours le modèle de 1830, da Mimi-pinson de Musset.\u2019 + Une femme se marie pour avoir quel- qu'un de qui parler.Un homme se marie pour avoir quelqu\u2019un à qui parler.Les amoureux de nos villégiatures sont comme des fleurs annuelles, ils sont les plus charmants mais les plus passagers.T] n\u2019y a qu\u2019une chose plus vaine que les hommes, ce sont les regrets.De tous les êtres vivants, les femmes, les chats et les mouches, sont ceux qui perdent le plus de temps a leur toilette.\u2014 170 \u2014 / = er Petitesse de ta science moderne devant l'immense et majes- tuensé Härmonie des mendes Un archéologue américain parvient à pénétrer les mystères de la plus ancienne des pyramides d\u2019Egypte.\u2014 Un monument indestructible de cinquante-sept siècles d'existence.\u2014 La chambre mortuaire du Pharaon Cheops et les couloirs musicaux qui y conduisent.\u2014 HB y a maintenant cinquante-sept siècles, soit depuis trente-sept siècles avant la naissance du Christ, que la grande pyramide de Khufu ou Cheops, repose sur ses assises immuables, à huit milles à peine du Caire, capitale de l\u2019Egypte.Cette merveille du monde, qui a fait l\u2019admiration de nombre de Canadiens ayant voyagé, est l\u2019irréfutable preuve que nos ancêtres savaient construire.solidement.Car, lequel de nos monuments modernes, ou même datant de quelques centaines d'années, pourrait résister ainsi, pendant près de six mille ans, aux morsures du temps et au vandalisme des touristes ?H ne faut pas oublier que c\u2019est à Pombre de cette pyramide que Napo- Téon livra l\u2019une des plus remarquables batailles de l\u2019histoire, et que bien des fois, avant le grand empereur, le même monument avait été le témoin impassible d\u2019autres combats.Forcément, au cours de ces rencontres de masses armées, des projectiles, en grand nombre, atteignirent les pyramides, mais c'est à peine s\u2019ils lui causaient des éraflures plutôt insignifiantes, Les milliers et les milliers d\u2019amg- teurs de souvenir ont tour à tour arraché un caïllou ou un fragment de roc à l\u2019antique monument, mais rien n\u2019en a paru dans son ensemble.Les savants et les archéologues ne cessent pas d\u2019y pratiquer des fouilles, au nom de la science et de l\u2019histoire, mais le colosse de pierre est toujours là, toujours ainsi majestueux, aussi imposant, défiant les siècles de son sommet souvent couronné de nuages, semblant se confondre avec l'inconnu, l\u2018&= ternité.On a arraché à la pyramide nombre de ses secrets, mais parmi les fouilles les plus importantes et les plus intéressantes, il faut signaler celles de l\u2019Américain Dow Covington, suspendues à cause de la guerre, mais qui doivent se continuer incessamment.Dow Covington a commencé ses travaux de recherches en 1905, et en neuf années d\u2019excavations et de fouilles, il a réussi à arracher à la plus grande des pyramides, plus de secrets que n\u2019en avaient trouvés tous les at Vol 12, No $ LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 tres archéologues réunis qui l'avaient précédé.Ainsi, il est parvenu à déblayer tous les couloirs ou conduits qui purent être trouvés.Il a découvert que certains vents produisatent des sons musicaux en passant par certaines prises d'air que des débris accumulés depuis plus de 5000 ans avaient bouchés.Il espère découvrir une autre prise d'air, au nord, ce qui produira un autre effet de musique, lorsque le vent s\u2019y engagera.C\u2019est peut-être là ce que des poètes appelleront la chanson des pyramides.Il a réussi à abaisser la température intérieure, de 89 degrés à 77 degrés.Il a découvert un chemin accessible aux touristes, conduisant aux chambres mystérieuses du centre, ainsi qu\u2019à un puits merveilleux atteignant le niveau du Nil, en l'an 2170 avant l\u2019ère chrétienne.C'est Dow Covington, qui, le premier, découvrit sous les sables du désert, accumulés depuis des siècles, que la surface initiale des pyramides était de pierre calcaire polie et blanche comme du marbre.Le monde entier ignorait ce détail, à cause des amoncellements de sable et de pierre accumulés sur cette surface, pendant des milliers et des milliers d'années.C\u2019est cette même qualité de pierre calcaire qu'on utilise pour construire les plus belles mosquées égyptiennes modernes.Lorsque Covington découvrit le tombeau du roi Cheops, il constala qu\u2019il était aussi blanc que le marbre le plus blanc des palais medernes, l'air, cependant, a quelque peu changé cette blancheur initiale.Il en est fort peu parmi vous, jeunes lecteurs, en état de bien comprendre ee que représente une période de trente-sept siècles avant l\u2019ère chrétienne.Cela fait près de cinquante-sept = 172 \u2014 siècles ou exactement 5,611 ans! Or, à cette époque lointaine, on sa- vait\u2014c'est fantastique, \u2014mieux construire que de nos jours.Quelle maçonnerie moderne pourrait durer autant que celle des pyramides?Combien de monuments superbes ont été élevés et sont disparue, depuis?Seules, les pyramides restaient intactes et devenaient avec les siècles, de plus en plus mystérieuses.Mais la main d'oeuvre qu\u2019il fallut pour leur construction ne se trouverait plus de nos jours.On la trouverait mieux pour la destruction, puisque c'est une des leçons de l'épouvantable guerre d\u2019où nous sortons.Et.en passant, disons qu'il faut de la souffrance autant pour construire que pour detruire.1 y a 5,000 ans.c'était les esclaves qui peinaient.de nos jours ce sont les soldats qui s'entre- tuent.Pendant vingt ans.cent mille esclaves taillèrent et empilèrent les pierres, les tournant dans l\u2019exacte direction du nord et du sud.Ils construisirent d'abord sur le roc qu\u2019ils excavèrent ensuite.une base d'un septième de mille de longueur, latérale.exactement 761 pieds.et cette seule base couvrait près de 13 acres de terrain, en superficie.On a compté dans cet immense monument de 4S1 pieds de hauteur, 240 espèces différentes de pierre calcaire.ressemblant au marbre.lelle- ment bien jointes.malgré leur diversité, que l'ensemble, à part les cavités * voulues ne forme qu\u2019une masse coimn- pacte.L'angle d\u2019inclinaison des faces de la pyramide, de la base au sommet, est un peu plus de 51 degrés.Quand on songe que des manoeuvres qui ne -possédaient pas nos machineries perfectionnées.ont ainsi accumulé et entassé 85,000,000 de pieds cubes de Voi.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1819 pierre, ou 2,300,000 blocs séparés, on a une faible idée de l\u2019effort gigantesque qui a dû être déployé dans cette construction.Et, dire que pendant des siècles, on à pris les pyramides pour une carrière publique, et qu\u2019on a enlevé de leur surface, toute la pierre qui en HAUTEURIŸ DésentDe LBIE 1 +» # AX & -1 T BEPOVS £ .cimEN i: ÉSECTioN SiÈèRE DE PIERRE Un Ev PLACE | QMEPYRAMIDE \u2018Des TPHABAONS \\ À HAmBNES AV- £0 93 4 SO Reta carne = I DEE Du Roi.É tac A LOYEST Fende PTRAMDE JE KHUTU (CHEOP5D M.Covington a trouvé dans les fouilles pratiquées à la base, des reliques merveilleuses qu\u2019il a envoyées aux grands musées de Londres, Paris etNew-York: des bronzes et des terre- cuites d\u2019un art inconcevable, ainsi que le squelette complet d\u2019un oiseau sacré qui volait, il y a 5,600 ans.Il a com- OMBESDE LA \u2014 7 Tims DIWASTIE à 7) NF CouLOIR TF NIVEAU DUNTY om 1365 av.dc.NIVEAU DUAL ~ 2170 AV.J bm KALSPHMANOONT Poupe latérale de la pyramide de Ché ops, vieille de 5,600 ans, montrant les divers pavage conduisant à la m était détachable, pour la transporter an Caire et en construire des palais.Malgré cette exploitation ou ce vandalisme, les pyramides n\u2019ont perdu autre chose que leur surface et elles restent debout, indestructibles et impas- s'bles témoins des siècles et des générations qui se sont succédées! ystérieuse chambre de Pharaon.mencé des fouilles à l\u2019endroit même où le calife Manoun avait abandonné les siennes, il y a plus de 1000 ans, en 818 de l\u2019ère chrélienne.Ge fut ce Manoun qui découvrit la première entrée du monstre de pierre, mais ses recherches incomplètes furent vite abandonnées, \u2018\u201c \u2014_173 \u2014 > Vol 12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréaiï, Août 19:9 Les siècles passèrent, et il appartenait à un citoyen Américain de pénétrer le premier au coeur même de la pyramide et de mettre à jour une partie des mystères endormis dans ses flancs.Pour arriver à la première chambre intérieure qu'il découvrit.il lui fallut déblayer un couloir de 350 pieds de long, dans lequel il fallait marcher degrés.Et lorsqu'il parvint à déboucher un autre puits de 174 pieds.donnant dans la chambre du roi.il abaissa encore cette température intérieure.Il est difficile de dire a quoi servaient ces couloirs diamétralement opposés.Au-dessous de la chambre du roi, située au coeur même de la pyramide, se trouve la chambre de la reine.où donner d\u2019abord que quatre pieds de hauteur par trois de large.Dans la chambre, au bout de ce couloir, il dé- sur les genoux, puisqu'il ne put lui couvrit l\u2019orifice d'un puits de 192 pieds de profondeur, bouchée par une épaisseur de 20 pieds de débris.Lorsque tout fut déblayé, un courant d'air frais et musical s'établit.et la tempé- pature intérieure baissa du coup de 12 aboutit un puits non encore tout déblayé, mais qui doit avoir une longueur de 300 pieds.M.Covering a déjà installé des supports métalliques sur une longueur de 156 pieds.dans ce puits.et le travail d\u2019excavation va reprendre de plus belle.depuis la fin de la guerre.En dirigeant ces derniers travaux.M.Covinglon a trouvé.entre autres reliques, à la quatre-vingt-qua- \u2014 174 \u2014 qe Vor.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août-1919 trième couche de pierre, un bracelet de fer, pour enfarit, très finement ciselé.Il croit avec raison que c\u2019est là le plus ancien cbjet de luxe, dans le monde entier.C'est M.Covington qui a eu l\u2019honneur de tracer le premier la route de la chambre du roi d\u2019Egypte Cheops, le constructeur de ce monument, et il a trouvé également la tête momifiée et passablement conservée de ce pharaon, dans son tombeau.Le visiteur qui fait aujourd\u2019hui une excursion à l\u2019intérieur de la pyramide de Cheops.entend comme des sons de harpe éolienne, c\u2019est le vent qui s\u2019engouffre dans le couleir-cheminée du côté sud.Lorsque le couloir nord sera débouché à son tour, on s\u2019attend à trouver une nouvelle mélodie, et l\u2019on est persuadé que les Egyptiens primitifs connaissaient assez les lois .de l\u2019acoustique pour avoir fait construire de cette façon, en tuyaux d'orgue, les multiples prises d\u2019air de la pyramide.La chambre de la reine n\u2019a jamais servi.car Mertitefe, l\u2019épouse du Pharaon Cheops, survéeut à ce dernier et épousa son beau-frère Chephren qui fut le constructeur de la seconde pyramide qu\u2019on voit au second plan, dans la vignette ci-contre, à l'entrée du désert de Lybie.La grande chambre du roi a 36 pieds par 17 en superficie.et elle mesure 19 pieds en hauteur.Les murs | sont en granit poli comme des glaces et d\u2019une grande richesse.Il y a quatre autres chambres superposées au-dessus de cette chambre centrale, contenant.le tombeau du pharaon, en marbre inerusté de métaux précieux.On accède à cette chambre rovale par une vaste galerie de - 155 pieds de long par 28 de haut et sept de large.Cette galerie avait été découverte par des archéologues antérieurs à M.Covington, mais celui-ci fut le premier à en entreprendre le parfait déblaiement.Tout le long de cette galerie, on compte 28 enfoncements ou niches que l\u2019on suppose avoir été.construites pour y placer d\u2019autres tombeaux.Comme je vous le disais, plusieurs de nos concitoyens ont eu l\u2019avantage' de visiter cette merveille du monde.Je vous souhaite d\u2019avoir à votre tour le même avantage, lorsque vous serez plus grands, et je suis cer tain que vous prendrez là une magni= fique leçon de l\u2019histoire la plus ane cienne qui nous soif parvenue.0 LE PANORAMA DE SEDAN L'anniversaire de Sedan, que l\u2019Allemagne célèbre avec fracas, nous rappelle une proposition qui fut faite à un peintre français et qui a donné lieu à une réponse qui a souvent été attribuée à Detarlle.M.Wolff, à la suite delavogue des pans mas, avait demandé à M.Castellani, qui était un maître de ce genre, le panorama de Sedan, pour Berlin.L'artiste ne roulait pas sur l\u2019or, et la proposition, au point de vue pécuniaire, était avantageuse: on était monté jusqu'à $60,000 versés tout de suite.\u2014 Je veux bien me déshonorer, dit M, Castellani, mais si la somme en vaut la peine.\u2014 Combien voulez-vous donc?lui de- manda-t-on.\u2014 Cinq mifhards, répondit-àl.Cing milliards était l'indemnité que la France avait payé à l\u2019Allemagne apres la guerre de 1870, een () rae RET Le jeu est la distraction des gens des prit et la passion des imbéciles, REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 SOURCE DE REVENUS QUE NOUS NEGLIGEONS : LE CAVIAR LE caviar est un mets connu depuis plusieurs siècles, et le grand poète anglais Shakespeare en fait mention dans \u201cHamlet\u201d.Le caviar se fait avec les oeufs de différentes espèces d\u2019esturgeon.Le meilleur caviar nous vient de Russie ; les grandes rivières de ce pays regorgent d\u2019esturgeons.Ce poisson est également abondant au Canada.L\u2019esturgeon est un genre de poisson de la famille des acipenséridés; il a une peau granuleuse armée d\u2019écussons osseux disposés régulièrement.Sa tête est prolongée en un grouin pointu, sous lequel s'ouvre une bouche sans dents.Il se(tient généralement dans les eaux salées, mers lacs ou fleuves qu\u2019il remonte au moment du frai.Outre le caviar, l\u2019esturgeon fournit une bonne colle; sa chair est très bonne.Elle se-fume et se sale comme l\u2019anguille.Le caviar, que les Russes appelle \u201cilcra est l\u2019objet d\u2019un commerce important.en Russie.Il en existe plusieurs sortes: Iæ \u201ccaviar grenu\u201d, destiné à être mangé frais.On le prépare en nettoyant les oeufs dans un crible et en les laissant séjourner une heure dans la ssumûre; après quoi on les fait égoutter sur un tamis.Le \u201ccaviar compact\u201d\u2019 se prépare de même; pendant que les oeufs sont dans la ssaumûre, on les pétrit avec la main,-puis on les met dans des sacs de toile, que l\u2019on tord fortement pour faire égoutter la saumure, avant de les placer dans des barils; ensuite on les sale de nouveau et on les fait sécher au soleil.Le \u201ccaviar rouge\u201d se fait avec les oeufs de deux poissons, le mulet gris et une espèce particulière de carpe.La taille de l\u2019esturgeon varie entre un pied de long et quinze pieds.Quelques specimens pèsent jusqu'à 2,000 livres.Depuis plusieurs années les Etats-Unis ont commencé à faire le commerce du caviar et y ont trouvé des bénéfices appréciables.Chez nous malheureusement les pê- cheurs maladroits jettent chaque année à la mer des millions et des millions d'oeufs d\u2019esturgeon qui pourraient être vendus avec profit.Le gouvernement devrait instruire les pêcheurs et leur faire comprendre les fortunes qu\u2019ils gaspillent ainsi; sans compter qu'avec Ja quantité d\u2019esturgeons que nous péchons chaque année, la province de Québec pourrait se créer de toute pièce une industrie rapportant de gros bénéfices.\u2014\u2014 176 \u2014 vot.12, No 8 LA REVUE Montréal, Août 1919 POPULAIRE Dans un article préeédent nous avons parlé du théâtre français jusqu\u2019à Molière et Corneille.Il importe d\u2019ajouter quelques traits à cette époque que l\u2019on a appelée \u2018\u2018la renaissance\u2019, alors que son influence se faisait sentir en Italie depuis au- delà de cent cinquante ans.Marot qu'on peut considérer comme le père de la poésie française, avait conservé dans ses vers la naive allure des ballades et des fabliaux ; mais bientôt avec Ronsard, les hymnes et les odes ressuscitèrent.Ronsard s\u2019amüsa à combiner, à l\u2019aide du grec et du latin, une langue particulière qui le rendit souvent inintelligible.Cependant Ronsard eut beaucoup de génie et jouit d'un grand crédit auprès de ses contemporains.Ronsard traduisit le \u2018\u201cPlutus\u2019\u2019 d\u2019Aristophane.C\u2019était une époque de traduction e0Üc- tavien de St-Gelais avait déjà mis en français six comédies de T'érence ; Baif, Bonaventure Desperriers s\u2019appliquaient à faire revivre le goût ancien.16 Jodelle fut le premier qui bannit de la scène française les Moralités et les be BA Ca N SW ) Alexandre Hardy et les principaux interprétes de ses oeuvres.HISTOIRE DU THEATRE EN FRANCE \u2014 mystères, et remit en honneuwr les formes grecques et latines.Jodelle, le premier, d\u2019une plainte har- {die Françaisement chanta la grecque tra- { gédie Puis, en changeant de ton.chanta de- [vant nos rois La jeune comédie en langage françois, Et si bien les rima, que Sophocle et [Ménandre, Tant fussent-ils savants, y eussent pu [apprendre.Jodelle n'a pas suivi exactement une même mesure de vers ni un ordre rée gulier de rimes masculines et fémint.nes, progrès qui ne faisait que commencer à s'introduire dans la poésie française.;Ç Jodelle mourut \u2018\u2018de pauvreté\u201d, son dernier soupir s\u2019exhala en un reproche à l'adresse de Charles IX.Jodelle se compare à Anaxagoras s\u2019enveloppant de son manteau pour mourir et disant à l\u2019oublieux Périclès: Qui se sert de la lampe au moins de {l'huile y met, \u2014 177 ewe Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 Jean de la Taille n\u2019est resté célèbre que par la fameuse licence qu\u2019il se permit dans sa tragédie intitulée Daïre.L'auteur a mis ces paroles dans la bouche de Darius mourant: O Alexandre, adieu; quelque part que [tu sois, Ma mère et mes enfants aye en re- [commanda.Il ne put achever, car la mort l\u2019en- [garda.Recommanda, pour recommandation est unique dans son genre et constitue la plus forte licence qu\u2019au- eun auteur se soit permis.Jacques de la Taille mourut à vingt ans, et c\u2019est là son excuse.Garnier donna au théâtre plus de régularité, il fut le premier à représenter sur la scène française des sujets nationaux.Pierre de la Rivey composa plusieurs comédies en prose dont l\u2019une \u201cles Esprits\u201d, semble avoir fournie des situalions à l\u2019avare de Molière et au Retour Imprévu de Régnard.Hardy, le plus fécond de nos auteurs dramatiques, composa plus de huit cents pièces, dont quarante seulement nous sont parvenues.Hardy composa en une seule journée au-delà de deux mille vers.Hardy offre de curieuses express.ons, tout a fait dignes de ses prédécesseurs: Craindreg le repentir.Eh, pourquoi \u201c [done, mauvaise, M'eslis-tu pour époux?Que deviendra [ma braise?» Mayret fut un des meilleurs poètes de ce temps: dans Les Galanteries du \u2018Duc D Ossone, Mayret donna libre eours à ses audaces licencieuses (les plus honnêtes femmes fréquentaient \u2014 43 cefte comédie avec aussi pou de seru- pule et de scandale que le jardin du Luxembourg).Cela re faisait pas l\u2019éloge du Luxembourg.Beauchamp dans ses recherches sur les commencements du théâtre fran- cais les divise en trois âges: le premier, d\u2019E{ignne Jodele à Robert Gar- mier (de 1521 jusqu\u2019à 1573), le second, depuis Robert Garnier jusqu\u2019à Alexandre Hardy (de 1573 jusqu\u2019à 1662) ; le troisième depuis Alexandre Hardy jusqu'à Pierre Corneille (de 1662 jusqu\u2019à 1684, période que nous allons parcourir.Parmi les poètes et écrivains dra- mafiques que nous allons voir il convient de denner une place de choix à Rotrou.Rotrou, plus jeune que Corneille de quelques années, l'avait précédé dans la carrière dramatique, Corneifle l\u2019appelait même son père; mais le fils ne tarda pas à laisser le père loin derrière lui.Les principales oeuvres de Ro- trou sont: Le Mort amoureux, Hercule mourant, Céliane, Laure ptersécutée, Venceslas.Cette dernière pièce ost la seule de Rotrou qui soit maintenue au répertoire actuellement.Immédiatement après Rotrou vint le \u2018\u2018matamore\u2019\u2019 Georges de Scudéry; on a dit de lui qu\u2019il écrivait avec la pointe de son épée de garde-française.Ses principales oeuvres sont: Alarie, Lygdamon.Il eut te {ort de s\u2019attaquer au Cid de Corneille pour plaire au cardinal de Richelieu qui était à ce moment tout puissant.Du Ryer vint après, on lui doit Scé- vole ®t Thémistocle; il a fait de très jolis vers pleins de noldesse et d\u2019énergie : Qui remplit tout Le ponui de su -.uie .{persennae, .« +.e ++.+ + + + + % + 6 + ® 8 \u2018 \\ %Æ | wea.12, No8 LA REVUE Montréal, Août 1919 POPULATRE Fei fait fa guerre aux rois, je Yeusse {fait aux dieux.Bets-Robert qui fut le protégé de RieheHieu, n\u2019a rien laissé qui vaille la peine d\u2019être cité.Ce fut un poète très prétertieux qui se contenta de faire de mauvaises adaptations ou traduetions des pièces de Calderon eu de Scar- von.Benserade fut surtout un poète de eour, après avoir composé plus'eurs tragédies dans sa jeunesse il fit un très grand nombre de ballets.Benserade a mis en rondeaux les Métamorphoses d'Ovide.On eonnait la fameuse dispute qui ent lien au sujet du sonnet de Job et de cetui d'Uranie, dispute qui parfagea toute la cour.Desmarets doff sa réputation à ses Visionnaires, il avait une grande supériorité de versification sur les auteurs que mous avons cités.\u2026 Tristan PHermite, Cyrano de Ber- gérac, Gaulfier de Coste, La Calpre- nède, Pujiet de la Serre, Colletet, I'abbé Boyer (qui fit plus de 500,000 vers), Searron qui composa le Roman comique, préparèrent l\u2019arrivée de Cor- mele.Searren fit surtout des comédies en vers et en prose; Jodelet mai- tre et valet, etc.Ce fut un poète excessivement matheureux, il avait épousé Mlle d\u2019Aubigné qui devint plus tard Mme de Maintenon.Searron, malgré les plus vives souffrances, garda toujours une inaMérable gaieté.Nous ne parlerons que pour mémoire de Clande de L\u2019Estoile, Glaveret, de Guérin, du Bouscal, de Chevreau, de Bresse, Magnon, Michel Leclerc.Desfontaines, Montauban, Gilbert ; ees auteurs n\u2019ont pu même atteindre à la médiocrité.Le théâtre de cette époque subissait les influences italiennes et espagnoles; d'italio vinrent les pointes, les concetti, les métaphores burlesques ; d\u2019Espagne vinrent les intrigues romanesques, les fanfaronnades, le décousu de l\u2019action; mais des deux côtés, malgré ces défauts, notre théâtre gagna une vivacité comique, et une liberté que l\u2019antiquité ne lui aurait pas donnée.Nous terminerons cet article en donmant l\u2019heure à laquelle les théâtres ouvraient leurs portes; c\u2019était à une heure précise, le spectacle commençait à deux heures; 1! devait être fini à quatre heures et demie.On avait pris cette mesure à cœuse de la boue et des\u2019filous qui, au dire des historiens encombraient les rues de Paris à ceîte épeque.\u2014_\u2014\u2014 MOTIFS QUI DOIVENT ENGAGER A PLANTER DES ARBRES Les arbres font obstac cles aux vents.Les arbres empêchent le sol de poudrer, Les arbres empêchent Tévaporation.Les arbres rettenment 1a neige.Les arbres augmentent tes rendements, Les arbres diminuent les mauvais effets des verts chauds.Les arbres servent de demeure aux oi- sewux destructeurs d'insectes.| Les arbres embelkissent les demeures, fournissent de abri au bétail, au jardin, au verger.Les arbres cultivés proprement croissent bien.Laissés à lutter contre les mauvaises herbes, les plantes adventices, ils poussent misérablement.ere) mrs Dans la cuisine révolutionnaire, les niais font le plum-pudding et les habiles le mangent, wo ERD em Vol.12, No 8 L.A REVUE POPULAIRE Montréal.Août 1918 INDUSTRIE Le Conseil supérieur d'hygiène de la province de Québec a commencé cette année à faire la lutte contre les exploiteurs de la viande de veau.Depuis quelques an- tées déjà cette fraude se fait sur une échel-, le plus ou moins grande, mais cette année elle a pris des proportions tellement considérables que le Conseil d'hygiène a eru devoir intervenir.Voici en quoi consiste cette exploitation.Des commerçants vont de rang en rang dans nes campagnes et achètent des habi- \u2018 tante des veaux, qui non seulement ont moins de trois semaines, mais dont la plus grande partie sont de 2, 3, 4 et 5 jours.Ces veaux sont apportés à un endroit central où on en fait l\u2019abatage.On en enlève la peau, on les vide, on les désosse, et on coupe la chair encore visqueuse en -petits morceaux que l\u2019on met ensuite en barils.De plus, ce qui est encore plus crmaimel, on a le soin de mêler cetts viande avec d'autres ingrédients, que l\u2019on emploie, à ce que l\u2019on dit, pour en empêcher la putréfactron.Tel paraît bien être le but que l\u2019on ss propose, puisque l\u2019un des composés dont on fait usage s'appelle la préservaline.Ces barils sont encore expédiés à certains établissements.Là, ils sont vidés et on en mêle le contenu avec d\u2019autres viandes, soit de poulet, de jambon, de langue, ou autres, pour en faire de la saucisse, du baloney (saucisson de Boulogne) ow pour les mettre en boite de conserves.CRIMINELLE Comment eertains commercants peu scrupuleux n\u2019hésitent pas à empoisonner les gens pour s\u2019enrichir.\u2014 Ce que nous mangeons très souvent.Comme on le voit, cette exploitation de la viande de veau constitue une industrie très payants et en même temps très dangereuse.En effet, ces viandes qui sont à peine formées et qu\u2019on livre sans scrupuie à l\u2019alimentation humaine, sont malsaines par le fait qu\u2019elles sont exposées à se corrompre facilement et rapidement.De phs elles contiennent des poisons organiques, qu'on appelle des toxines, qui ont un très mauvais effet sur l\u2019estomac et sur les intestins de ceux qui en nmngent.Amesi, n'est-il pas rare de constater souvent des diarrhées très aiguës et même des empoi- sonnemrents après l\u2019ingestion de toutes ces substances.Disons enfm que ces viandes ne contiennent pas d\u2019aliments nutritifs On conçoit donc, que le Conseïl d'hygiène ne pouvait pas rester indifférent devant une telle situation.Son devoir d\u2019intervenir était tout tracé afin de protéger is santé publique menacée.Mais dans la dernière campagne qu\u2019il vient de faire à travers fa Province de Québec, il n'est pas parvenu à faice disparaître tous les foyers de l\u2019exploitation de cette viande maïlraène.EH a pu réussir cependant à en déloger un bon nombre dans lesquels À a découvert près d\u2019une centaine de mille livres de viande de veaux abatéus prématurément.Ces viandes ont été confisquées d'urgence et détruiées sur place. Vel.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE .|, Montréal, Août 1919 LA CHASSE A LA LOUTRE Dans les- rivières où elles se rencon- = trent, les loutres cau- RC sent de grands dommages car elles mangent beaucoup de poissons.On s'efforce donc de les détruire par tous les moyens: pièges, fusils, etc.Mais, en Angleterre, on les chasse surtout avec des chiens, ce qui constitue un sport très en faveur.TI y a des meutes pour la chasse à la loutre comme il y en a pour la chasse au renard.Elles se composent généralement d'une trentaine de chiens courants, auxquels on adjoint quelques chiens de petite taille, qui ont leur utilité, comme vous allez le voir.C\u2019est pendant la nuit que les loutres attrapent le poisson.Le jour, elles restent | cachées.Il s'agit donc, pour les chasseurs, de découvrir leurs retraites et ce n\u2019est pas là chose aisée.En effet, les terriers, situés sur les bords de la rivière, ont toujours leur ouverture au-dessous du miveau de l'eau.Ils ne sont donc pas visibles.Pour rentrer chez elles, les loutres font un plongeon et disparaissent.Le principe essentiel, pour les chasseurs, est de remonter le courant d\u2019une rivière et de toujours repousser la loutre devant soi, dès qu\u2019on l\u2019a découverte.H y a plusieurs raisons à cela.La première est de ne pas troubler l'eau.Ensuite, l®au descendante apport au nez des chiens l\u2019odeur particulière dé la loutre et cette odeur pek- met de déconvrir la piste el le terrier.Conséquemment, en suivant cette tactique, l\u2019o- deur des chiens ne parvient pas à la loutre et celle-ci, sans défiance, reste dans son terrier jusqu'au dernier moment.Les chiens, menés par les piqueurs, suivent donc les rives, tantôt sur terre, tantôt dans l\u2019eau, en flairant et en inspectant tout minutieusement.Dès qu\u2019un chien a flairé la loutre, il donne de la voix et la chasse commence à prendre de l\u2019intérêt.Les chasseurs observent avec soin ia nappe d\u2019eau.Et voici, en effet, la loutre qui vient d\u2019être \u201clevée\u201d.Elle a quitté son refuge, affolée par le bruit, et maintenant elle nage entre deux eaux, avec l\u2019idée d\u2019échapper aux chiens qui nagent à sa poursuite.Toujours, suivant le principe énoncé plus haut, il faut éviter que la loutre ne descende le courant.Pour cela wn certain nombre de chasseurs entrent dans l\u2019eau, souvent jusqu\u2019aux épaules, et, se tenant les uns près des autres, forment un barrage.La toutre, trouvant sa retraite coupée en aval, remonte donc le courant, poursuivie par les chiens.Mais sa nage est plus rapide que celle-tle ses assaillants et bien- tôlelle leur échappe en se réfugiant dans un autre terrier.EHe à ainsi plusieurs do- micites, tout comme les gens riches.Les uns sont des habitations somptueuses, sires et remphes\"de- provisions.Les autres ne sont que des\u2019 petites cachettes provisoires.Si l\u2019imprudente s\u2019est confiée à un de ces derniers domiciles, sa mort est prochaie \u2014 181 \u2014 ; 5 I$: i : ir i I i Ih A: 5 I Ri Voi.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 ne.On en dégage l\u2019entrée à coup de pioches et voici que la loutre est traquée dans son gîte par une meute furieuse.Pourtant, les chiens courants\u2019sont trop gros pour pénétrer dans Pétroit couloir de entrée.C\u2019est alors qu'interviennent les petits chiens qui se glissent dans le repai- repaire et, après un combat acharné, font sortir Fanimal.La.loutre, désespérée, fait face à ses ennemis.Mais, blessée, fatiguée par une longue résistance, elle est tuée en un clin d\u2019oeil.\u2014\u2014\u2014 g\u2014\u2014 POUR COMBATTRE LES MOUCHES Ces parasites causent de grandes pertes eux cultivateurs.Fille irritent les vaches à tel point qu\u2019elle réduisent la production du lait.On peut les combattre en appliquant, à intervalles plus ou moins fréquents aux parties du corps généralement attaqutées, des substances à odeur forte.Cependant il est beaucoup de ces substances qui ne repoussent les mouches que pendant un temps très court.En voici une que nous avons essayée ici avec succès, qui est assez bon marché, d'effet relativement durable et qui n'offre que peu d'\u2019objection.C\u2019est un composé de 10 livres de saindoux non salée; 1 livre de goudron de pin, une once d'acide carbolique, parfaitement mé- Jangées et appliquées aussi souvent qu\u2019il est nécessaire sur ces parties du corps où les mouches se posent généralement.Lorsque les vaches sont traites à l\u2019étable pendant l'été 11 est généralement impossible d'empêcher les mouches de s\u2019y propager.On pourra cependant en réduire targement le nombre en mettant, dans les plats peu profonds, un mélange de deux parties de lait écrémé et d\u2019une partie de formaline.Nous avons essayé cette méthode et nous l'avons trouvée très utile pour chasser les mouches.\u201cNE ME TUEZ PAS\u201d, S\u2019ECRIA LA VACHE QUI PARLAIT Une vache parlante, qui n\u2019avait rien d'Espagnol, vient de causer toute une sensation a Calcutta, aux Indes.Voici les faits : On venait de conduire aux abattoirs de Cooliekazar (Hastings) quatre paisibles vaches qui devaient être abattues, selon la coutume ordinaire.Le boucher venait d\u2019en expédier trois \u201cad patres\u201d lorsqu\u2019il entendit la quatrième prononcer clairement, en langue Urdu: Maro mat (Ne me tue pas).Stupéfié, médusé, le boucher mit son arme de côté, et refusa de tuer la bête.Ses assistant refusèrent à leur tour.La nouvelle se répandit et une foule énorme entoura les abattoirs.Un sergent européen à qui l\u2019on rapporta le fait, rit de bon coeur et décida de faire une enquête.On: recommença l'expérience devant des centaines de témoins et lorsque le boucher s\u2019avança de nouveau, l\u2019arme levée, tous entendirent distinctement la vache s'écrier, non en espagnol, non en français, mais en pur dialect Urdu: \u201cKho da ki Kasam, nehi maro\u201d.(Pour I'amour du ciel, ne me tuez pas.) Devant une prière si inattendue et si renversante, l'arme s\u2019abaissa et\u2026 l'animal fut épargné.On croit avoir eu affaire à un ventriloque musulman, mais comme les Hindous sont très superstieux, celui qui aurait tué l'animal devenu sacré, eut été lynché sur place.Plusieurs Hindous pieux se sont adressées aux autorités militaires afin d\u2019acheter la vache parlante.\u2014 oO \u2014\u2014 Dans les écoles privées, en Chine, le professeur reçoit un demi-sou de salaire, quotidiennement, pour chaque élève.\u2014\u2014 182 \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 1919 LES DENTS BIZARRES DANS LE REGNE ANIMAL .-\u2014 L\u2019oiseau=lézard, dont le bec est muni de dents.\u2014Les bêtes qui ont des dents mobiles, de rechange ou qui en ont aux pattes et sur le nez.\u2014\u2014\u2014\u2014 Vous avez sans doute déjà vu des femmes très grasses rire tellement qu\u2019elles en crachaient leur dentier.De même vous êtes-vous déjà fait caresser les molaires par la pince du dentiste, ou avez-vous senti à une ligne de vos mollets les terribles crocs d'un dogue furieux?Il n'y a pas de doute que vous avez alors compris ce que c'était que des dents, si vous ne l\u2019aviez pas compris auparavant.Mais il est probable que vous n\u2019avez pas rencontré souvent des êtres vivants avec des dents aux pieds, sur le nez, ou des oiseaux ou volailles avec des dents.C\u2019est même pour cela que certains débiteurs rébarbatifs disent parfois à leurs créanciers: \u201cJe vous paierai quand les poules auront des dents, c'est-à-dire jamais.\u201d Pourtant, il ne faut jamais jurer de rien, et si nous ne trouvons plus de nos jours, d'oiseaux ou volailles munis d'une dentition superbe bien qu\u2019incomplète, il y en a eu, il y a de cela pas mal longtemps, avant le déluge.Mais avant d'arriver aux oiseaux dentés, parlons brièvement des autres animaux qui ont les dents drôlement placées.D'ordinaire on place les dents après les mâchoires et dans la bouche; cela nous semble absolument normal.et lorsqu'on vient nous dire qu'il existe, même de nos jours, des êtres qui ont les dents aux pieds, on est porté à se demander: Lesquels?En avons-nous- déjà vus?Certainement que vous en avez déjà vus et que vous pouvez en voir tous les jours.si vous le désirez.Et, les homards.ces sales bêtes comme on dit, ils n'ont pas seulement du poil aux pattes, mais ils y ont des dents, ne vous déplaise.Le roi des crabes.par exemple, celui qui est fait en fer à cheval, n\u2019a-t-il pas aux pattes toute une collection d'épines très aiguisées qui s'emparent de la nourriture el la déchirent avant qu'elle soit introduite dans le corps de l\u2019animal?L'espadon ou le poison-scie.porte son dentier ou sa scie au bout de son nez, et c'est avec cet instrument qu\u2019il découpe ia nourriture qu'il ingurgite ensuite.Chez les terriens, les dents se portent d\u2019ordinaire dans la bouche, et les oiseaux actuels, s'ils n'ont pas de dents apparentes.parce que les dents ne sont plus à la mode, dans la gente allée.ont du moins l\u2019équivalent de dents à l'intérieur de leur organisme buccal, ce qui leur permet de réduire à la proportion voulue ce que leurs coups de bec n'auraient pu convenablement déchiqueter.\u2014 183 \u2014 Vol.12, No 8 LA REVUE + Mais, avant le déluge c'était une autre histoire, et pour ne parler que de l'oiseau-lézard dont nous reprodui- - Le-terrible oiseau=lézard préhistorique.sons ci-contre un dessin reconstitué, e\u2019était un \u201ccitoyen\u2019 dont la rencontre ne devait.pas-être des plus agréables.POPULATRE Montréal, Août 1919 À en juger par ses dimensions et par les dimensions du squelette qu\u2019on a pu retrouver de lui, il aurait plutôt mérité le nom d'oiseau-crocodile ou crocodile volant.H a bien, en effet, le corps d\u2019un énorme reptile, et ce corps est surmonté djune tête d'oiseau, dans le bec duquel ôn remarque aisément des dents aigues et pas du tout caressantes.La plupart des créatures cependant ont le bon goût de porter leurs dents dans leur bouche; mais, il faut bien le dire, nous rencontrons chez les bêtes des spécimens qui semblent plus perfectionnés que les humains, quant au système dentaire, puisqu'ils sont doués de dents mobiles.Certains poissons et reptiles sont munis de palettes d'ivoire attachées à la mâchoire par des ligaments; ainsi ils peuvent remuer leurs dents tout comme une mule fait avec ses oreilles.É paraît que c'est très gommede pour mastiquer et avaler d\u2019une certaine façon.2 Un bon vieux \u2018\u2018citoyen de la jungle\u201d, fort connu des amateurs de cirque et de vaudeville, I\u2019é1éphant, puis- qu\u2019il faut l\u2019appeler par son nom, porte ses dents de chaque côté, pas ses défenses, mais ses dents, et il sait les faire mouvoir en bon ordre comme des files de soldats bien exercés.Il mastique d\u2019abord avec les premières dents des files latérales, et une fois la mastication passablement avancée, la nourriture passe à l\u2019arrière, alors que d\u2019autres dents mobiles continue le travail en marchant de l'avant à l'arrière.Ces dents, à vrai dire, font l\u2019office de broyeurs mobiles, et on les retrouve dans les squelettes de nombre d\u2019animaux préhistoriques, dont l'éléphant est lun des derniers représentants vivants.Le requin, de son côté, n'a pas be- me Vol.12, No 8 LA REVUE soin d'aller visiter le dentiste pour remplacer une dent brisée; il possède plusieurs rangées de dents, les unes derrière les autres, et aussilôt qu\u2019une dent de front se brise, l'une des dents d'arrière se déplace et vient prendre sa place.La nature a été prévoyante, ici, car il est admis que les requins lorsqu'ils mordent, n\u2019y vont pas avec délicatesse.La nature, dans sa prévoyance, a su trouver des dents pour toutes les sortes d\u2019aliments, depuis les cailloux les plus durs jusqu'aux éponges les plus tendres, et lorsqu\u2019un étudiant en arf dentaire entreprend de visiter la section des squelettes des grands musées anatomiques.il trouve tant de sortes de dents de dimensions et de formes si diverses, parmi les différents spécimens exposés, qu'il en a vite pour son argent ou sa curiosité.0 LE MOLLUSQUE PERCE-NAVIRES Imaginez un \u2018molluèque dont le corps, très allongé, ressemble assez à un ver.Une des extrémités de ce corps est envelopée dans une petite coquille à deux valves.Voilà le taret.Notre dessin, qui vous le représente dé- -pouillé-de sa coquille, vous montre que cet animal a assez la forme d\u2019un clou ou d'une vrille.Eh bien, le taret est en réalité un animal terrible.Long de quelques centimètres, il.à causé la perte de milliers etde milliers de navires : il s\u2018mcruste dans les bois les plus durs, il les \u2018perce, et bientôt la coque du plus beau vaisseau, semblable à une écumoire, coule au fond des eaux.Comme cette créature malfaisante arri- 4, perforer le bois, cela tient du miracle.même, le taret n'est qu\u2019un amas de ms grande consistance.Et ses mus- POPULAIRE Montréal, Août 1919 cles ne suffiraient pas à entamer une poutre.Il n\u2019a pas de bouche, pas de dents armées de limes.Mais c\u2019est en faisant agir l'extrémité de sa coquille à la manière d'une atrtarière (outil de charpentier qui sert à creuser des trous ronds dans de bois) que l'animal creuse, au-dessous de la ligne de flottaison des bateaux, le trou qui hui servira de demeure.Coupe d\u2019une pièce de bois montrant le taret qui s\u2019y est logé.À mesure qu\u2019il s'enfonce, il enduit cette excavation d'une matière calcaire, de façon, que bientôt, :1 se trouve logé dans un tube prerreux qui sert de Stappisserie\u201d au logis.Une partie de son corps, celle qui est enveloppée de la cognille, reste blobtie dans le voisinage de l'entrée que la coquille nt fermée comme \u2018par une petite porte.Et c\u2019est par cette porte que le taret permet, en la soulevant, l'admission de l\u2019eau qui est nécessaire à sa respiration et à sa nourriture.Des bateaux, au retour de certains voyages, ont été trouvés entièrement habités par les tarets et impropres à tout service.C'est pour lutter contre ces mollusques que l'on a imaginé le blindage en cuivre des bâtiments.opm \u2014\u2014 ) rns POISSONS D\u2019AQUARIUM Les poissons rouges de nos aquariums sont originaires de la Chine; on les trouvait dans un grand lac prés du mont Tsien-tsing.Ce fut au XVIIe siècle qu'on les importa dans les autres pays.\u2014\u2014 9 \u2014\u2014 \u2014 185 \u2014 Wel 12 No 8 .LA REVUE POPULATRE Montréai, Août 1888 \u201c LE DANGER MUSICAL \u2014 Comme nous comptons, dans notre monde musical canadton, bon nombre d'admirateurs ct d\u2019entiheussestes de musique alle- maænde, maloré la guerre, À n\u2019est pas sans imférêt de reprodaire presque en entier Particle euivent du maître Camille Saint- Suër:s, le chef de Fécole musicale française et lo pins ferouchoment patriote de tous les artistes: \u201cSous ce titre, j'ai écrit des articles pour signaler te péril; j'ai montré que, dans le nat que For voulait élover entre la France et l'Allemagne, la musique ferait une brèche, par \u2018 quelle les ABemands rentre- ratent chéz nous.Mais que peuvent faire quelques rares articles?Autant en emporte le vent.Une campagne de presse aurait été nécessaire, et personne n\u2019a voulu venir 3 mon aide.Combien de fois ne m\u2019a-t-on 748 dit, quand les malheurs étaient arri- vs: \u201c__ Ah! gi nous vous avions écouté !\u2026 \u201cMais en ne m'avait pas écouté, et l\u2019on ne m'écoutera pas davantage cette fois.-~ - \u2026 ve À - «a - - À - - .\u201cEt voici qu'avant même que la paix soit signée, on redenramde à grands cris la ma sique allemrande! On redit cette imoptie tant de fois réfutée, que l\u2019Art n\u2019a pes de patrie ! N\u2019ai-je pas lu ce raisonnement imprévu: En exécutant souvent les oeuvres allemandes, on les fatigue, on les use; en ménag:ant les nôtres, on leur conserve leur fraiche ar! \u201cCrest ainsi que les jeunes filles restent fraîches et reposées, quand elles ne trou- \\wait pas d\u2019épouseurs.\u201cC\u2019est ainsi que de petites choses pour chant et orchestre, L\u2019Angelus, Les Papil- lors, que j'ai écrites l\u2019an dernier, sont encore ignorées du public.On les garde au frais, pour ne pas les fatiguer.sx \u201cC\u2019est la musique de Richard Wagner, natureHement, que l\u2019on redemande d'a bord.S'il y a de fichus quarts d'heure dans ses oeuvres, il y a aussi de délicieux moments, et l\u2019on ne veut pas se priver de ces voluptés.Il y a des gens qui écouteraient et applaudiraient un ténor, eût assassiné leur mère, s\u2019il avait une jolie VOIX.\u201cFaut-il répéter que, dans ces dernters tenyps, les Allemands avaient fait de Richard Wagner leur artiste national, leur \u201cgrand héros d\u2019art\u201d, comme ils disent?Que l'automobile du kaiser était anmoncé par des fanfares tirées de ses oeuvres ?Que les tranchées de guerre boches portærent les noms de Siegfried, de Wotan, et autres personages re ses drames ?\u201cOn sait tout cela; mais on ne veut pas le savoir.\u201c + + \u201cJe n'ai jamais écrit un article antraîte- mand sans recevoir des lettres de gens qui, dévoilant leur belle âme, me demandarent \u201cquel intérêt j'avais à cela\u201d.Car certaines personnes ne peuvent comprendre que on agisse awtrement que dans un intérêt personnel.\u201cQuel aurait été mon intérêt?Je vais vous le dire : c\u2019eût été de faire le mort, de me tenir coi, afin que ma musique ne fut pas mise à l'index en Allemagne.Ainsi ont agi des musiciens que je ne veux pas nommer, allant même jusqu'à prendre la dé \u2014 188 \u2014 Vor.12, No 8 \u2014\u2014\u2014 LA REVUE fense de l\u2019odieux libelle dans lequel Richard Wagner, célébrant la capitulation de Sedan, a couvert Victor Hugo de ridicule, montré les soldats français dansant le cancan autour de l\u2019autel de la République et autres gentillesses tudesques.\u201cMais Richard Wagner ne suffit pas; on veut nous rendre Johannès Brahms! Tei, ce sont les moments délicieux qui sont rares, les fichus quart d\u2019heure qui sont la majorité.Rien de plus opposé au tempérament francais que cette musique inexpressive, indigeste, dont la lourdeur est donnée pour de la profondeur, que le public allemand lui-même n\u2019a doptée qu'à grand\u2019peine.L\u2019élégance d\u2019écriture, cette quadité maîtresse des grands maîtres allemands, que Wagner tui-méme avait conservée jusque dans ses aberrations, fait ici compiètement défaut; c'est en musique le mauvais goût boche qui s\u2019étale si fâcheusement dans les autres arts et jusque dans Part dramatique.Mais le nom de Brahms commence par un B; et les Allemands, un beau jour, en ont pris prétexte pour en faire l\u2019égal des noms glorieux d\u2019un Bach et d\u2019un Beethoven.C\u2019est à peu près comme si l\u2019on faisait de Campistron l\u2019égal de Corneille.(2 y a, pourtant, un moyen bien simple de se régaler de musique aHemande, si l\u2019on Re peut s'en passer : c\u2019est d'aller l\u2019entendre en Allemagne, quand la paix sera signée.\u201cMais ce n\u2019est pas cela que souhaitent des AHemands; ils veulent s\u2019introduire chez nous par leur musique, sachant bien que c'est leur meilleur moyen de pénétration ; et des Français, imitant les Troyens, sont tout disposés à les y aider.* x + \u201cPour mettre sur leurs programmes de la musique allemande, les grands concerts ne manquent pas de mauvaises raisons: ils allèguent le goût du public, la nécessité de l\u2019attirer pour encaisser d\u2019indispensables \u2014 187 \u2014 POPULAIRE Montréai, Août 1919 recettes.Les concerts militaires ne sont pas dans les mêmes conditions : ils s\u2019adressent à un public naïf, qui vient entendre \u201cla musique\u201d et ne s\u2019inquiète pas du programme ; on lui fait entendre ce que l\u2019on veut.Dès lors, ne serait-ce pas un devoir de considérer la musique militaire comme la voix de la patrie, destinée à mettre dans la mémoire de ses œuditeurs, avant tout, de la musique française ! Il ne semble pas que les clefs de musique y aient suffisamment songé.Ils avaient rendu populaire l\u2019ouverture de Poète et Paysan, de l\u2019Autrichien Suppé, alors que tant d\u2019ouvertures francaises qui la valaient bien ne jouis- saïent pas de la même faveur.Les noms de Gounod, de Bizet, de Massenet, de Delibes, de Paladilhe, de Guiraud, ne de- .vralent-its pas figurer plus souvent dans leurs auditions?Un mot du ministre de la guerre suffirait pour remédior & la situation ; mais le ministre a bie: rutre chose à faire.Il ne doit pas ignorer, pourtant, que les petites causes ont souvent de grands effets.\u201d ° , LE BERE Le béret des troupes aælpines française fit sa première apparition dans l\u2019armée en 1888.Alors que le shako, qui a donné naissance au képi, est hongrois, le béret est d\u2019origine basque et béarnaise.Au XVIIe siècle, Le béret complétait en Espagne la tenue des somatens mägnones, soldats d\u2019infanterie de montagne, qui se recrutaient en Catalogne, en Aragon et en Navarre.En 1744, Louis XV prescrivit l\u2019organisation d\u2019un régiment de fusilters de montagne dont l'uniforme et l\u2019équipement étaient imités des mignones, mais au béret les autorités préférèrent le chapeau tricorne.Il faut dire que la coiffure basque paraissait peu militaire, parce que des le Xe siècle les chres de l\u2019église portaient le béret pour se préserver la tête des piqûres de mouches, Vol.12, No $ LA REVUE LA PRESSION DE L\u2019EAU Lorsqu\u2019un objet tombe à da mer et s\u2019enfonce sous les eaux, il atteint rapidement une profondeur où la pression de l\u2019eau peut se comparer à celle des plus puissantes presses construites par l\u2019homme.Tous les trente-cinq pieds, cette force d'écrasement se chiffre par environ 13 livres par pouce carré.Par conséquent une ordinaire boîte de conserves ayant seulement six pouces de hauteur sur quatre de diamètre et placée à 35 pieds sous l\u2019eau, supporters une perssion de 170 livres; à trois cent cinquante pieds, ce sera dix fois plus, soit 1,700 livres et, 3,500 pieds, dix- sept mille livres, Supposons qu\u2019elle puisse aller toucher le fond du Pacifique aux endroits où la sonde a révélé des profondeurs de plus de trente mille pieds et la pauvre boîte de a a Boîtes de conserves déformées par la pression de l\u2019eau, conserves, malgré son volume peu important devra supporter quelque chose comme cent quarante-cingq mille divres de pensan- teur d\u2019eau ! Inutile de dire qu\u2019elle ne descendrait : pas jusque-là car elle aurait été écrasée auparavant comme une vulgaire coquille d'oeuf dans la main d\u2019un homme.C'est naturellement cette pression, sans cesse croissante et qui est énorme avec les objets de grande surface, qui empêche plongeurs et sous-marins de descendre trop bas.POPULAIRE Montréal, Août 1919 UN ABRI DANS UN BOIS Il n\u2019y a pas grand plaisir à avoir dans un pique-nique en ple'ne forêt si vous n'avez pas un abri en cas de pluie.Combien de fêtes joyeuses ont été gâtées par une simple averse de quel- ques minutes, parce que les pique-niqueurs manquaient d\u2019endroit pour se retirer.Un abri tel que celui illustré par notre gravure peut rendre de grands services et présenter de plus un coup d\u2019oeil agréable et pittoresque.Un arbre mort que vous coupez à dix pieds du sol fait un excellent support pour un abri de ce genre.Sur le sommet du tronc faites partir 8 soliveaux solides de douze pieds de long.Ces huit soliveaux reposeront sur des piliers de bois ayant huit pieds de hauteur.Employez des planches de 7% de pouce d\u2019épaisseur pour former la couverture.Placez un siège, circulaire autour du tronc d'arbre, peinturez votre abri et vous aurez en pleine forêt, un joli refuge en cas de pluie.\u2014 9 \u2014 C\u2019est en Chine où l\u2019on a fait pour la première fois usage des armes à feu.Les Chinois se servaient de fusils pour se battre tandis que les Européens ne connaissaient que l'arc et la flèche, -\u2014\u2014 188 \u2014 a CG re = Ey TEER cw ome EE THEE gms ewe gg mt!) EE + 7 SR Vol.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Août 191L | POUR AVOIR UN BEAU TEINT ! PERSONNES PALBS ET DEBILRS; VOICI LE TONIQUE PUISSANT, RAPIDE ET SUR CE QUE VOUS CHERCHEZ DEPUIS SI LONGTEMPS: 1 est souverain dans tous les cas d'Anémie, Neurasthénie, Insomnie, débilité générale et dans toutes les maladies débilitantes etnervedses.C\u2019est le tonique idéal pour les person- Tres ayant souffert d\u2019Influenza ou Grippe Espagnole.Arseno-Kola active la digestion, stimule l\u2019appétit, et possède cette propriété particu- l'ère de donner ce TEINT CLAIR ET PUR que seules possèdent les personnes en.santé.Chaque flacon est suffisant pour un mois de traitement et se vend $1.25 dans toutes les bonnes pharmacies.Exigez-le, et si votre pharmacien ne l\u2019a pas, écrivez aux fabricants qui vous Yexpédie- ront franco sur réception du prix.LABORATOIRE INTERNATIONAL CASIER POSTAL, 19, - - - ST-HENRI, MONTREAL.N.B.\u2014Flacon échantillon envoyé franco sur réception de 25 centins.Dépositaire: Pharmacie L.Senay, 350 rue Delisle, Montréal.> RAR LR A 10 2 RE im ii Eg = VESTE Va sea 1 GRATIS - Pour Vous Mesdames ! 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y aura également; L\u2019Horescope du mois; Des Pages Canadiennes: Des Travaux d\u2019Amateurs simples et pratiques; Un Département de Jeux Amusants: Des Réflexions de Célibataires, hom-= mes et femmes.Des Fragments d'Histoire intéressants: Des articles sur les Inventions moder= nes et autres: ER EER RR RE RR Ee on ei Et une quantité d'articles sur d\u2019autres sujets, rédigés dans un style clair à la portée de tous.196 Pages \u2014 Chez tous les Dépositaires \u2014 15 cents Retenez ce No dès Maintenant.HS SRE 880 CS ie GE 8816 1 EA BA WEE REE EEE REECE BREE EERE EE = 0 m= OT) OO 1 OO IN OI OO WT (im oN \u2014 190 \u2014 Pre me EE ES 0 Su EE A \u2014 po NC \u2014 = en TEE - = 2 Vol.12, No 8 AVIS A NOS LECTEURS Fidèles au programme que nous nous sommes proposé et désireux de donner satisfaction à nos lecteurs en général, voulant en un mot que la \u201cRevue Populaire\u201d soit impeccable comme revue canadienne-française; nous tenons à informer nos abonnés, surtout les Directeurs et Directrices d\u2019Etablissements d'Education, les Pères de famille, bref, tous ceux qui s'intéressent à la saine culture de l\u2019eaprit de notre jeunesses que nous venons de sacrifier les intérêts pécuniaires de la Revue Populaire pour qu'elle soit &bsolument sans reproche.On nous reprochait souvent de publier certaïnes annonces an E vocabulaire plutôt déplacé dans une revue de famille comme l\u2019est E la Revue Populaire.Or, ayant compris la justesse de ces réclama- i tions, nous tenons à affirmer qu\u2019à l\u2019avenir aucune annonce de ce ji genre ne paraitra dans la Revue Populaire.F Nos amis voudront bien prendre note de notre résolution à ce sujet, et, nous n'en doutons pas, ils recommanderont la lecture de 8 la Revue Populaire, désormais à l\u2019abri de tous commentaires À facheua, i Si les articles ne vous donnent point satis- F faction ou si vous êtes trampé d\u2019une maniè- i ECRIVEZ-NOUS re quelconque par les annonceurs de cette ; | | | con | revue, écrivez-nous et nous verrons à vous I \u201cfaire rendre justice.EXAMEN DES YEUX GUERISON DES YEUX sans médicaments, opération ni douleur.Nos Verres Toric, nouveau style À ORDRE, sant garantis pour bien VOIR de LOIN ou de PRPS, tracer, coudre, lire et éerire.Consultez le Meilleur de Montréal.Le Spé-#aliste BEAUMIER Coin Ar.Hôtel-de-Ville À OPTIQUE 144 rue Sainte -Catherine Est, MONTRREAI AVIS\u2014Cette annonce rapportée vaut 156 pat dollar sur tout achat en lunetterie.Spécialité: Yeux artificiels.N'achetez jamais des \u2018\u2019pediers\u201d, ni aux magasins \u2018À tout faire\u201d st vous tenez à vos yeux.LT \u2014.181 \u2014 Voi.12, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, \u2014+ oror x r 7; _ x yy \u2014 EXO oo oro OO or10 Chacud & sa Maniere 3 AC EZOXK 0 Tout augmente !.\u2018Les diverses denrées ou marchandises ont augmenté sans cesse et l\u2019on se demandait anxieusement où cela s\u2019arrêterait.IOZIOE \u201cLE SAMEDI\u201d augmente aussi, mais pas de la même façon\u2026.Il a augmenté le nombre de ses pages, la variété de ses départements; depuis quelque temps déjà, il publie deux feuilletons au lieu d\u2019un et, en conséquence, sa clientèle a augmenté aussi.HOEIO = Pourquoi ?x Parce que \u201cLE SAMEDI\u201d, fidèle à sa ligne de conduite, s\u2019est imposé \u2018un surcroît de labeur et de frais.ZOEOX \u201cLE SAMEDI\u201d, véritable organe de la famille canadienne, convient à tous les âges et à toutes les conditions parce qu\u2019il est intéressant, instructif, amusant et strictement motal, Parce que pour la très modique somme de 7 cents, il Aonne: de l\u2019actualité, du tourisme, de la mode, des conseils et recettes de grande utilité, des pages et gravures humoristiques, une nouvelle illustrée inédite, un grand roman sentimental, un autre roman genre policier et quantité d\u2019autres articles, ainsi que des conseils aux automobilistes.ICES IGEXQE p Lisez-le et faites-le lire à vos gmnis, les % cents qu\u2019il vous coûtera vous seront rendus au centupie en agrément.S'il n\u2019y a pas de Dépôt dans votre localité, abonnez-vous directement aux Edit.-Prop., Poirier Bessette & Cie, 131 rue Cadieux, Montréal, pour $3.50 par an ou $1.75 pour six mois.en OR QF O_o oe 4) oom {0 } = vy O10} ! 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