La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 mai 1921, Mai
[" Là Vol.14, No 5 ulaire Montréal, mal 1921 ( ABONNEMENT Canada et Etats-Unis: Un An: $2.40 \u2014 Six Mois: « = « $1.20 Montréal et banliene excepté Paraît tous les mois POIRIER, BESSETTE & CIE, ¥Edteurs-Propriéthires 131 rue Cadieux, MONTREAL, .rena La REVUE POPULAIRE est expédiés par la poste entre le ler et lo § de hague Tout renouvellement d'abonnement doit nous parvenir dans le mols méme oft il se termine.Nous ne garantissons pas l\u2019envoi \\ des numéros antérieurs LES FLEURS ET LA SUPERSTITION La superstition a été de tout temps et de tout temps les fleurs ont été victimes de la superstition, La jolie mariée qui porte son bouquet de roses blanches ne se doute pag, que quelque part sur la terre, des gens s'imaginent que les roses blanches attaquent le cerveau et causent quelquefois la folie.Elle ne se doute pas, non plus que briser un bouquet de roses blanches, chose inévitable en pareille ciroonstance est signe de mort prochaine de tu- beroulose, Si la mariée ne porte pas de voile, elle sera malheureuse si une fleur s\u2019épanouit dans ses cheveux.Elle.ne doit pas porter de tubéreuses, c'est signe de deuil prochain, en Ecosse on fuit la campanule qui apporte la folie.Heureuse sera la jeune épousée qui voit des roses blanches à son réveil le matin du mariage, malheureuse, si les roses sont rouges.Oertaines superstitions plus curieuses encore sont celles qui ont trait aux fleurs que l\u2019on garde chez soi.Si l'on garde un géranium écarlate dans la maison quelqu'un mourra sûrement durant l'année.Evidemment cette crainte n'a pas cours dans nos campagnes ou toutes les familles gardent des géraniums toute l'année, ni dans les pays mahométans ou- l\u2019on croit que le géranium écarlate est une hirondelle transformée en fleur pour avoir touché la robe de.Mahomet.- En Ecosse encore, apporter dans la maison un aubépine en fleur signifie mort pour un membre de la maison, W'aimez jamais les fleurs avec passion, vous coifferez Sainte-Oatherine.Prenez aussi garde de cueillir des lis des champs rouges,.vous aurez des taches de rousseur sur le visage.Cependant, en général, il n\u2019est pas mauvais de oueillir des fleurs.Les roses vous donneront un heureux augure; les violettes un succès complet dans toutes vos entreprises futures, amoureuses ou commerciales.Le millefeuille oueilli sur la tombe d'une jeune homme par une jeune fille lui permettra de voir sous pen son futur fiance.} En Angleterre, il existe une superstition qui veus que si le fiancé et la fiancée mangent en même temps des feuilles de pervenches ils seront toujours heureux et aucun nuage ne viendra détruire leur bonheur, Si une jeune fille désire savoir si son amoureux l'aime elle peut écraser ensemble des \u2018\u2018coeurs sanglants'\u2019; si oe qui en sort est rouge, ells est aimée, si au contraire c\u2019est blanc, on ne l'aime pas.Si vous ne croyez pas aux soroiers, les Hollandais vous diront de porter un trèfle à quatre feuilles la veille de Noël et vous verrez sûrement les sorciers venir danser devant votre porte.Il est chanceux, paraît-il, de manger les premiers muguets que l\u2019on voit au printemps.(N'allez pas surtout vous empoisonner.) Il ne faut jamais transplanter une marguerite des champs dans un jardin.En Egypte, l'Anémone est une fleur chanceuse au printemps.Enveloppez la première anémone que vous trouvez dans un drap rouge et vous serez exempt de maladies.Sur la côte française, il est inutile d'essayer de prendre du poisson avant d\u2019avoir jeté des fleurs à la mer.En Turquie on considère malchanceux une rose qui perd ses pétales devant nous.A Samoa la tête du cadavre est couverte de fleurs pour lui faciliter son entrée dans l\u2019autre monde.Toutes ces superstitions plus ou moins abracadabrantes ne doivent pas nous empêcher d'aimer les fleurs, toutes celles des jardins comme toutes celles des champs.Il n\u2019en existe qu\u2019une que je vous conseillerais de fair, c\u2019est \u2018\u2018l\u2019herbe à la puce.\u201d Paul COUTLEE. Ti Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 - SCIE 1 | 3 PRINTEMPS 0 \u2019 | i = Azur Kger, parfums dans l'air.vols d'hirondelles a = i = Red 1 Bourgeons éclos, flocons de duvet aux rameaux, IR 3 rR I= Neige de fleurs et gazouillis.frisselis d\u2019ailes To £ x Un jeune pâtre.\u2026 un air de flfite de roseaus.# lg 3 : lu 3 Des olochers bleus, des cris nouveaux sous la feuillée \u2018 oo ty \u20ac Girouetge dorée et saluant le ciel, a k à = Email des murs blanchis, fenêtre ensoleillée, ON \u2018 4 Mouches d'or butinant les calices à miel, MEE v Rires, chansons, espoirs, vapeurs, zéphir folâtre, Ie ! Essor du renouveau, chair rose et sang vermeil, ! Jeunes filles cueillant l\u2019aubépine d'albâtre Xo 5 ft En offrant leurs bras nus aux baisers du soleil.AE I I Frajcheur des fronts, olarté des yeux, lèvres fleuries, pu Coeurs palpitants, frissons de vie, hymne à l\u2019amour.\u2026 CSL i\u2019 Ouvrant son délicat éventail de fééries LHL k Printemps poudrerizé s\u2019est revêtu de jour.PR TE I - 447108 i Jeanne FANAT.N/A 228 { ; Be.8 W TE BE t x H Val.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 Mémoires de la Comtesse Floria de Martimprey CC LONER CET RO AR B11 LE LA ARE A EE SR 10 INA rE CHAPITRE IV | Durant de longues années, je passai une partie de l\u2019hiver à Cannes.Je jouai un rôle intime et je pourrais ajouter, mémorable, dans l\u2019existence de cette luxueuse et enchanteresse petite ville bâtie sur le bord de la Riviera.Là les rois, les princes et les grands de l\u2019Europe s\u2019amusaient de tout leur coeur, libérés de leurs soucis d\u2019état et de la nécessité de garder des apparences très dignes.J'assistai aux fêtes les plus galamment féeriques, à des banquets splendides, à des danses se prolongeant toute la nuit, à des mascarades, à des redoutes étranges, à des parties de yachting qui faisaient de la vie de Gan- nes une suite ininterrompue de dissipations.La première année de mon mariage avec le comte Bernard de Pourtalès se passa en grande partie à l'étranger où mon mari était attaché au service diplomatique.Ce fut avee une vive joie que je renouvelai ma connaissance avec Cannes et que j'y revins pour une saison d'hiver, décidée à jouir de ses délices plus ardemment que je ne l\u2019avais fait auparavant.A cette épôque, Cannes était plus brillante que jamais.La villa de mon mari, sur la Croisette, avec ses merveilleux jardins tropicaux descendant jusqu\u2019à la rive dont le sable semblait fait de grains d\u2019argent, la villa Marguerite, avait été meublée à neuf et réparée avec un goût exquis afin de constituer pour moi un merveilleux séjour.Le Prince de Galles qui, peu d'années après devait succéder à Victoria sous le nom d\u2019Edouard VII, était attendu pour sa visite habituelle à Cannes et, comme toutes les femmes de la haute société, j'attendais avec une extrême impatience le moment de le revoir.Son Altesse royale n'avait pas été en bons termes avec mon oncle et ma tante depuis l'incident que j'ai relaté dans le premier chapitre de ces mémoires.Le Prince arriva, accompagné d\u2019une imposante suite.Nombre d'anglais de fameuse réputation vinrent à Cannes avec lui.Il y avait Lord et Lady Chesterfield, Lord et Lady Ilchester, Sydney Greville, Lord et Lady Suffield, Lord Fortescue, M.et Madame George Keppel, Sir Douglas Dawson et beaucoup d\u2019autres encore.Parmi la société anglaise on remarquait particulièrement une femme qui exerça une influence très grande sur le prince pendant les dernières années de sa vie, au moment dont je parle et après qu\u2019il eut monté sur le trône.C\u2019était une grande et belle femme, haute en couleurs, avec un air domi- Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 nateur.Le voyou qu\u2019était le grand-duc Boris, n\u2019aimait que les petites femmes _ et me fit un jour cette remarque sur la \u201c formidable enchanteresse : \u2014 Ce n\u2019est pas une femme, c\u2019est un monument.Elle provoquait souvent une vive hilarité par son manque de tact et par l\u2019orgueil insensé qu\u2019elle concevait de se savoir influente.Un jour qu\u2019elle revenait à Cannes après un voyage, elle s\u2019exaspéra de la lenteur avec laquelle les porteurs lui faisaient parvenir ses bagages.Avec une chaleur convaincante, elle s\u2019écria, devant de nombreuses personnes: ~\u2014 Hätez-vous, mon brave homme.Rappelez-vous que vous faites attendre le Prince de Galles!\u201d Le prince me visita immédiatement après son arrivée, chose qui ne me surprit pas, car il traitait tous les membres de la colonie comme ses amis intimes.Je fus infiniment heureuse de le voir car il était, comme chacun savait, le plus important personnage européen au point-de vue social.Cela me plongeait dans une sorte de ravissement de penser que ma qualité de femme mariée me permet- irait, selon la singulière morale en usage à Cannes, de tirer les plus grands bénéfices de cette amitié royale.Il vint à pied à ma villa, en compagnie de son écuyer, un noble anglais, mais ce dernier disparut dans les massifs du jardin aussitôt que son Altesse pénétra dans la maison.D'après une étiquette invariable en pareils cas, je reçus seule le prince.Lorsqu'il visitait une femme mariée, cette étiquette exigeait que nulle autre personne n\u2019assistât à l'entretien, pas même le mari, à moins que le prince ne le demandât expressément.+ Il portait un costume qui réjouissait les regards.Son visage arrondi et bronzé brillait de l\u2019ardeur avec laquelle il appréciait ou attendait les joies de la vie.Me serrant cordialement les deux mains, il s\u2019exclama: \u2014\"\u201cAh! ma chère comtesse, je suis enchanté de vous revoir.Maintenant, je pourrai passer mes courtes vaoan- ces à Cannes.C\u2019est un tel réconfort après les fatigues accablantes de mes devoirs à la Cour d'Angleterre.La conversation du prince était éblouissante d\u2019esprit et de bonne humeur.Au cours de cette conversation, je recueillis de nombreux renseignements sur les goûts du Prince, renseignements dont je me promis de profiter amplement.Je sus, par exemple, qu'il adorait les bons diners mieux que n'importe quelle autre chose et ce devint mon ambition que de lui en offrir un.\u2014\"\u201c\u2018Le plaisir le plus parfait, le plus exquis du monde est un bon dîner avec une jolie femme de chaque côté de moi\u201d, me dit le prince avec des yeux pleins de langueur.\u2018D\u2019autres plaisirs peuvent être plus vifs mais provoquent des remords.Un excellent dîner ne saurait faire souffrir.\u2019 Lorsqu'il me quitta après cette longue entrevue, je compris qu\u2019il y avait pris un extrême contentement.Avec une chaude pression de la main, il me déclara qu\u2019il m\u2019attendait pour le thé, l'après-midi suivant, au Cercle Nautique, le club le plus luxueux de la Colonie.de Cannes, où il résidait habituellement.Il n\u2019y avait rien d\u2019extraordinaire dans cette invitation, le prince l'ayant également faite à tous les imbéciles notoires de Cannes.Un écuyer vint me ai?il | gilet 106 Vol.14, No b LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 rappeler officiellement, le lendemain matin, que j'étais attendue.Avec un tact plein de grâce, le prince me contraignit d'accepter la chaise voisine de la sienne et se regala en même temps, que ses hôtes de l\u2019abondance des bonnes choses qu'il avait réunies.REI Mais au moment le plus intéressant, nous fûmes interrompus très désagréablement.La Junon Britannique dont j'ai déjà parlé s'avança vers nous avec une expression significative.C'était un manquement outrageux à l\u2019étiquette de la Cour que de se joindre à un groupe où parlait le prince, HEA ty yo ad i HR ERIE LE PE RO LE {A EH 7 Vol 14, No 5 u REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 sans y avoir été invité par lui-même.Mais la marâtre le regardait avec une telle insistance qu\u2019il ne put éviter de la prier de se réunir à nous.Son arri- \u2018vée parut éloigner le prince de ma personne et je pus constater que malgré toute sa versatile bonhomie il était fortement vexé.Après cela, la conversation perdit son éclat.Cependant, je décidai de donner au prince un petit dîner dans notre villa et ainsi de me l'attacher plus fortement que jamais.J'étudiai soigneusement ses habitudes, particuliérement ses habitudes de table.Son Altesse royale aimait que son dîner fut servi à 8 heures et, j'ai à peine besoin de le déclarer, un tel dîner devait être l'ouvrage le plus parfait que l'art culinaire du monde civilisé pût produire.Les meilleurs chefs de Paris et de toute la France étaient appelés à Cannes par l\u2019admirable grattin social que nous formions et jamais ils ne travaillaient plus péniblement pour l\u2019un de nous qu\u2019ils ne le faisaient pour le Prince de Galles.Je reconnus que ce dernier éprouvait une certaine prédilection pour les oiseaux.Les ortolans aux truffes constituaient probablement son mets favori.Dono le premier diner auquel je le sonviai fut un brillant succès.Ensuite, je rencontrai le.prince à tous les lunchs et repas.Jamais je n\u2019oublierai - l'après-midi où i] me fit la confidence de nombreux secrets de la cour anglaise, dans la merveilleuse villa Kas- beck, le plus extraordinaire temple de luxure que contienne Cannes.Mais ces faveurs suscitèrent contre moi l\u2019inimitié non déguisée de la colossale anglaise qui me jetait des regards furibonds et écrasants quand elle me rencontrait en compagnie du prince dans les avenues fleuries de la cité aristocratique.Ge sentiment se révéla dans une invitation d\u2019une glaciale politesse à un thé, laquelle invitation me détermina irrésistiblement à me rendre chez la duègne.Après quelques remarques superficielles, elle aborda le sujet: \u2014 Je désire vous donner, comme à une très jeune femme, quelques conseils sur votre carrière sociale, dit- \u2018elle.\u2014 Je n'admets pas que vous ayez autorité pour me donner un conseil quelconque, répondis-je, mais je suis curieuse de savoir de quoi vous parlez.\u2014 Je vous avertis qu\u2019on vous voit beaucoup trop en compagnie d'un puissant personnage, répliqua-t-elle avec férocité.\u2014 Je vous avertis, fis-je gaiement, que vous n'avez pas le droit de vous ocouper des affaires d'autrui.\u2014 Si vous persistez dans votre conduite, les conséquences seront désastreuses pour vous, rugit-elle enfin, le .visage rouge comme une betterave et le sang bouillant de colère contenue.Je racontai cet incident au prince et vis avec intérêt que mon récit le rendit véritablement furieux.I s'écria : \u2014 Ceci est mon affaire et non la sienne.Je ne veux pas qu\u2019elle s\u2019im- misoe dans mes oocupations privées.» Malgré cela je reconnus bientôt que les menaces de la grande dame constituaient un sérieux danger pour moi.Les personnages importants qui vivaient à Cannes me regardaient aveo froideur ou m'\u2019évitaient soigneusement.Avec une étrange malice féminine elle leur avait raconté que j'avais transgressé une quelconque loi du code non écrit des convenances de Cannes. CT la ina Là ES ed 0 fife | ver sell lig let, voit ln.ole en, J ou 44 J > of | ne at | ig Vol.14 \u201c~ LA REVUE POPULAIRE * Montréal, mai 1981 , No 5 La méchanceté publique commença à me terrifier.Mon mari, en tant qu'homme du monde, fidèle aux traditions de ce noble séjour, avait été heureux de voir que le Prince de Galles m\u2019acoablait d\u2019attentions flatteuses.Il voulait que sa petite femme fut heureuse.Mais alors il fut vexé d\u2019apprendre: que j'avais encouru le mépris de hauts personnages et que j'avais provoqué sur mon propre compte des racontars peu agréables.\u2014 Floria, me dit-il aimablement, vous avez commis de graves erreurs.On parle de vous d\u2019une manière très désavantageuse.La meilleure chose pour vous est de prendre un peu de repos dans un ooin tranquille, loin de Cannes.Sans me laisser de délai, il m\u2019expédia hors de France avec un vieux et féroce chaperon.On me confina dans un ancien château des forêts de Bohême, à une certaine distance de Prague.C'était la propriété d\u2019un parent de mon mari, le comte Coloredo Maunsfeld.Dans un autre chapitre je raconterai plus longuement ma singu- Hère réclusion.Il ne serait pas raisonnable de penser que la dissipation constante, le gaieté effrénée et l\u2019alooolisme formidable de la vie à Cannes puissent toujours se dérouler sans qu'il se produise de tragédies.Une belle extsten- 0e stimule un être sensible au point qu\u2019il ne trouve plus de plaisir que dans l'action violente, passionnée, parfois tragique.C'est ainsi qu\u2019un drame véritablement sanglant vint assombrir mon séjour à Cannes, drame dans lequel je vis apparaître les rudes et élémentaires passions qui se dissimulent sous un extérieur raffiné, à la brève lueur d\u2019un coup de revolver, Ce fut quelques années après la sal- son que marqua mon intimité aveo le Prince de Galles.Je rencontrai le jeune prinoe Dmitri Radzvill, membre d'une antique famille lithuanienne qui avait d'immenses propriétés en Russie et dans les autres régions de l'Europe et qui était intimement asso- cté à l'histoire de Cannes.Le prince Constantin Radzvill, qui épousa Louise Blanc, fille du fondateur des maisons de jeux de Monte-Carlo, était l\u2019un des plus bruyants fêtards de Cannes et mon ami intime.La demeure de cet opulent abruti était le centre de la plus nauséabonde galeté.Son cousin, 1e jeune Dmitri Radzvill vint à Cannes; il sortait d\u2019un château enseveli dans les solitudes de la Russie orientale où il avait été jalousement gardé par une mère imbécile.TI] était peu préparé, je pense, à affronter les enivrantes délices de Cannes.Il était fils unique et jouissait d\u2019énormes rentes provenant d\u2019immenses terres en Russie, Jesquelles comprenant des bois, des mines, des vignobles et d\u2019autres sources de richesses.Il était disposé à prodiguer tout cela sur la personne capable d\u2019exciter son intérêt.Le jeune prince fut recommandé à mes soins par son cousin.' C\u2019était un nouveau type, frais émoulu de la barbare et mystérieuse Russie; avec sa haute taille, sa chevelure aux reflets d\u2019ébéne, son tempérament intensément ardent et artistique, il m\u2019émouvait profondément.Au milieu de notre société, il était facile pour un jeune de trouver de délicieuses distractions.Mais il avait besoin de connaitre le monde, de savoir exactement ce qu\u2019il pouvait faire et où il devait s'arrêter.Avant tout, il fallait veiller à ce qu\u2019il ne perdit pas la tête dans les intrigues Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 « où il jouait un rôle.Là fut l\u2019erreur du jeune prince Dmitri.Il avait trop d\u2019ingénuité, il était trop imbu encore des préjugés de son antique Russie.La société de Cannes excellait dans l\u2019art délicat mais dangereux du flirt et l'essence du flirt est telle qu\u2019il ne doit jamais être pris au sérieux, - Un soir, après un banquet particulièrement gai qui eut lieu à la villa du.Grand Duc Michel, je me promenais dans le magnifique jardin avec le jeune prince, au milieu des palmiers et des vignes dont les grappes se formaient.Il faisait chaud, tout juste assez pour faire désirer une longue rêverie dans l'air parfumé.Un ciel d\u2019un bleu admirable parsemé de milliers d'étoiles argeniées me prédisposait à répondre à toute émotion voluptueuse.Le jeune prince commença à me narrer l'histoire extraordinairement intéressante de sa vie dans une province lointaine arrosée par la rivière Don, en Russie, me décrivant les habitudes des paysans, leur singulière musique et leurs curieuses danses, le pouvoir de vie et de mort que possédaient sur ces simples les princes et leurs représentants, les drames et les tragédies, les combats avec les loups affamés et les ours et nombre d\u2019autres incidents de cette terre colorée et à demi-barbare.\u201cAh! c'est là une vie que je voudrais mener! ne puis-je me garder de soupirer.En une seconde, le prince s'empara de mes mains et les couvrit de baisers.\u201cMa reine, s\u2019exclama-t-il, fuyez \u2018avec moi cette nuit et vous deviendrez la maîtresse de toutes ces étendues sauvages!\u201d \u201cMais, prince, protestai-je, j'ai un excellent mari qui ne voudrait pas me laisser fuir avec vous.\u201d \u201cAlors, cria le Prince encore plus passionnément, je vous emporterai au coeur de l'Asie, au milieu des plus rudes Tartares qui n'ont jamais connu la règle d'aucun pouvoir civilisé.Il y a des hommes dans cette, tribu sauvage qui m'ont juré une éternelle fidélité.Vous serez leur impératrice.Il n\u2019y aura pas de mari, d'homme, aussi puissant soit-il, pour vous rejoindre là.\u201d Le prince m'étréignait furieusement et la situation devenait tout à fait scabreuse.Heureusement, un grand-duc et une jeune comtesse survinrent à ce moment et se heurtèrent presque à notre groupe, me donnant la possibilité de fuir avec grâce.Je rencontrai le Prince à maintes reprises après cet évènement et le trouvai toujours possédé par sa folie.Mon ami, le prince Constantin Radzvill m'avertit à son sujet.\u201cGardez-vous de ce jeune homme.Ne jouez pas avec lui.Il est doué d'un tempéräment très morbide et très passionné.Je crains toujours qu'il lui arrive quelque chose de tragique.\u201d Je suivis le conseil du prince Constantin et priai le jeune homme de me traiter avëc respect.Ceci très froidement.Il disparut subitement de Cannes et y revint aussi soudainement, après un mois d'absence.I! me visita avant l'heure du souper et me pria de lui accorder ma soirée, laquelle devait être la dernière.Je donnais ce soir une pelite réception et répondis que c'était impossible: Il s'empara de ma main, contre ma volonté, et la couvrit de baisers., \u2014 \u2018Vous regretterez toute votre vie cette cruauté\u2019\u2019, fit-il, et il disparut.Toute la soirée j'eus le pressentiment que quelque chose d'horrible allait se produire.Lorsque je me fus mise au lit, je ue pus dormir.Vers ë \" né mt 55] ill le, 3 Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mal 1921 minuit, je sortis sur la terrasse, au clair de lune dont la pâle lumière bai- nait les degrés de l'entrée de la villa.Je vis une figure debout sur les marches.Une minute plus tard, une détonation déchira la quiétude de l'heure et l\u2019homme s\u2019écoula comme une masse sur l'escalier.Le jeune prince Dmitri s\u2019était suicidé.Mes amis et parents s\u2019emparèrent du corps et l\u2019enlevèrent secrètement.Cette tragédie fut soigneusement cachée au public, comme toute affaire de ce genre, à Cannes.On affirma que la mort était due à un accident.Dans un autre chapitre de mes mémoires, je décrirai quelques-unes de mes troublantes aventures à Constantinople où je vécus quand mon mari y fut envoyé en qualité de ministre de France.J'eus quelques conversations intimes avec le sultan Abdul-Hamid et appris quelques-uns des horribles secrets du romantique Bosphore et du sanglant kiosque de Yildiz, Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mat 1921 GS i / SO ¢ LES PRECURSEURS DE L\u2019AVIATION ; Ils vivaient, sous la forme de monstres préhistoriques, dons le territoire de PAlberta, Il y a des milliers d\u2019années.\u2014tny Les premiers aviateurs auraient été, d\u2019après certains savants, d'énormes quadrupèdes ailés, venus sur terre des milliers d'années avant notre ère et munis de palettes osseuses qui leur permettaient de s\u2019envoler aussi facilement qu\u2019un avion de chasse.Nous étions sous.l\u2019impression, vous, lecteurs.et moi que les hommes en matière d'aviation s\u2019étaient montrés plus forts que les oiseaux et voilà nos naïves croyances démolies! Ceci se passait au temps des dino- sauriens, sortes de monstres reptiles, dont nous parlions dang un numéro précédent.De ces animaux qui vivaient alors, il ne reste plus que des fossiles grâce auxquels les archéolo- - gues peuvent les reconstituer dans la forme et la grandeur- qu'ils devaient.avoir en réalité La science paléontologique les divise en catégories qui portent chacune ce qu\u2019on est convenu.d\u2019appeler de nos jours \u2018\u2018un nom d'oiseau\u2019, comme archégosaures, labyrinthodontes, stéréospondyliens.Ze batracien dont il s\u2019agit en cet article entre dans l\u2019ordre des stégocé- phales qui ont vécu dès l'époque paléozoïque jusqu\u2019à l\u2019époque tertiaire.Leur taille variait de quatorze à vingt.huit pieds et leur queue mesurait environ la même longueur.Le cou et la tête.avaient près de six à dix pieds.Cet animal préhistorique pouvait donc compter trente pieds de la tête à l\u2019autre extrémité de sa longue queue et douze pieds de haut.Les jambes de devant.sont petites tandis que celles d\u2019arriére sont trois fois plus grandes, ce qui les rapproche du kangourou Mais ce n\u2019est pas leur taille qui excita le plus la curiosité des savants, car les animaux des temps préhistoriques prenaient tous des proportions énormes.C\u2019est que ces stégocéphales portaient sur le dos, comme fixées de chaque côté de l'épine dorsale, une double rangée de grosses plaques.Les paléontologistes furent longtemps à chercher l'utilité de ces ailerons.Îls se perdirent en conjectures jusqu\u2019au jour où fut trouvé dans des fouilles un spécimen parfait du Stégo- saurus, avec le crâne et toute l'ossature du squelette au complet.La musculature de la bête fut ainsi reconstituée et put être considérée comme \u201csa photographie.1 Ces savants se rendirent compte à leur grande surprise que ces plaques mystérieuses ne touchaient pas a 1'épine dorsale, qu'elles n\u2019étaient pas osseuses, mais faites en corne flexible et facilement manipulées par les muscles du corps., Ges plaques ou palettes étaient d'une surface plane ou glissante, comme les ailes des aéroplanes d\u2019aujourd\u2019hui.qui pouvaient être levées ou abaissées à volonté et qui permettaient au Sté- _\u2014\u2014 14 \u2014 a i di Et gid ltl we A {ait godin ts hile iit gts I il ih ol ii tity pi it ei er tr tt hii ah .tly: ih h 1921 # al Vot.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, 1 Hi an 2 ht it are i i\u2019 ise En tis ay ih! ih od 2 RQ ar i) D M nes: He À 1 SAA a ts a ~ 4 ; 2 \u2014 EN A ny Sy a i 8 = dae | > ! Du ti ) Shr Lr ff 0 : ; 5, LL A Ped es Eh rm £3 fi ê i Fo i ae = sis E Bt ae ee RS roc SN) is \u2014$ peace TE ih il pt = Lor ita itt EN SN SA La Sas i dr NN Ps oe iin NS Ress un You! in pre gts hi yd @ Liz PS rose à fut te a ere 4 = ni i oe) hy ER ps ï ets the Cappel [5 Ee a es =~ fur oh \u2014 rr it: ti fe Ou ih A, 1 == qe = qi iy Lis 12 y i = y À il | x tng NY | fes RON het al RR ; | ï pe A ok) Rad Mn £5 ex 7 4) Fe) Hit] ! baer ee | i : a ry ee NN.pis @ i ii | : = Ge néesques done l'espace.Ë {rea Ry if À RS .i ee A gps 4 | el ihe ile {52 pied i \\ & yt ih.= ed RYN eh jt ; ih i vo ) M il he ex 4 % Hh ih À (il Hi 13 fied ih il dal hi ; 3 th ls 3 i oo pa ! fe x KL EE wr, fi 2) > | # La Stégosaurue était l'énorme céropiane vivant de cet âge, T1 pouvait mouvoir des palettes de corses qui flotiont eur ès Hi Vu ay Uk fe fi i ÿ lib as Ta i i i} il or NE) RAY MGC gr.J A 1 Ty Aa EA AV À od 3 je ji te 7 i, ET dd a A) Le fl 3 {I th d be {med 4 5 i Li ye mn A hi Lh a hi 2 | EE I RR IS TRL TI TES RI Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mat 1921 gosaurus de faire des bonds gigantesques dans l\u2019espace.\u2018 Le poids de ce dinosaurien n\u2019était pas aussi lourd que le crurent les premiers archéologues qui s\u2019occupèrent de son cas.Ses os majeurs étaient vides comme ceux des oiseaux et garnis de chambres d'air.Ce qui peut, prouver que ces plaques ou ces \u2018\u2018ailes d\u2019avion\u2019\u201d\u2019 étaient légères et flottantes.Le petit écureuil volant de nos jours fait les mêmes mouvements dans l'air que ce monstre des premiers âges qui devait être regardé comme tel aux yeux des autres animaux.Sans doute, le Stegosaurus ne pou- vait-il pas voler comme les oiseaux.Il peut cependant être considéré comme le précurseur de toutes les machines plus lourdes que l'air et conséquemment de l\u2019aéroplane.Le Stégosaurus apparut sur terre au cours de la période secondaire, dite jurassique, et se répandit du nord, devenu l'Alberta, prowince de notre pays, dans le Colorado et dans le golfe du Mexique, où ses ancêtres étaient les plus nombreux.L'animal se rapproche sensiblement de l'oiseau dont il est le parent.En effet, de cette catégorie de monstres sortit l\u2019autruche\u2014partie reptile, partie mammifère et partie oiseau\u2014 qui ne peut voler mais se sert de ses ailes pour marcher et courir.On pourrait dire la même chose du pingouin.Naturellement, cette espèce est disparue de la terre depuis des milliers d\u2019années.0 VARIATIONS SUR LE PIANO Au moment où on l\u2019impose, en France, s'imposent aussi les anecdotes sur cet instrument tant décrié et _\u2014 46 \u2014 duquel le compositeur Ernest Reyer disait: \u2014Tout compte fait, je le préfère à la guillotine.Volontiers on cite le compliment naïf de Labiche : Un enfant prodige venait, dans une soirée, de triturer l\u2019ivoire, avec une farouche maestria.Bravos et félicitations à outrance.Seul, l\u2019auteur de \u2018\u2018La Cagnotte\u2019\u2019 s\u2019abstient.\u2014Cher maître, supplie la maîtresse de la maison, daignez dire un mot à notre jeune virtuose; ça fera plaisir à sa famille.- Labiche se lève, va tapoter les joues du phénomène, et, affectueusement: \u2014Petit tapageur!.dit-il.Dans une pièce du même Labiche, on entend en coulisse des accords plaqués maladroitement.\u2014 Mlle votre fille est musicienne ?interroge un personnage.Et le pauvre père répond, dans un soupir: \u2014Du matin au soir!.Labiche, assurément, pas la musique.A sa maniére, Vincent Hyspa, le chansonnier impossible, ne peut voir un piano ouvert sans le refermer d\u2019un geste brusque en lui adressant ce vers parodique: n\u2019aimait Rentre en toi-même, \u2018\u201c\u2018octave\u2019\u2019, et ces- {se de te plaindre.I y a quelque quinze ans, le Théâtre Sarah Bernhardt représenta \u201cLa Maîtresse de Piano '.L'ouvrage n'ayant pas eu tout le succès qu\u2019en espéraient les auteurs, l\u2019un d\u2019eux déclara avec esprit.\u2014On n'a fait qu\u2019une belle recette: le dernier jour, on a vendu le piano.| ei ! 5 dl EE a i tg Es ni og, lh thf J els Couple de hog | \u2018ny J ay jy ley \u201cden; ih i | Pug si di Ji jo 8 = fe Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 ~) L\u2019AMOUR REND INGENIEUX 3 En dépit des détectives, des gardes, des domestiques; des chaperons, une jeune fille de 17 ans, la fille d\u2019un multi-milHonnaire, réussit à s\u2019enfuir et à épouser le jeune homme qu\u2019elle aime.\\ La jolie mademoiselle \u201cFifi\u201d Widener, l\u2019héritière de cent millions et la seule fille du grand financier Joseph E.Widener, de Philadelphie.à enfin réussi à briser le cordon de gardes et à tromper la vigilance des gardiens que sa famille avait placés auprès d'elle depuis deux ans et à s'enfuir pour épouser le jeune collégien de son choix.L\u2019amoureux Carter Randolph Leidy, n'a que dix-huit ans et est le fils d'une des plus nobles et éminentes familles de Philadelphie qui compte des savants, des littérateurs et.des hommes politiques de valeur.La famille Leidy est fort riche, mais cependant, elle est moins riche que la famille Widener.Mademoiselle Widener n\u2019a qu\u2019un an et demi de moins que Leidy._ I y avait déjà longtemps que mademoiselle Fifi avait formulé l\u2019intention d'épouser Carter Leidy, mais toujours sa famille s'était absolument opposée à ce mariage.Et chaque fois que la jeune fille avait une contrariété elle s\u2019écriait : Oui.il ne se passera pas \u2018longtemps avant que je prenne la fuite avec Randolph Leidy.+ $ \u2019 + | OO 00 C\u2014O POO ee; eee >.ee \u2014O .pas au pardon de son père, Vol.14, No 5 Et la famille Widener ajoutait quelques gardiens de plus pour surveiller la jeune fille et l\u2019'empêcher de fuir.Mais elle ne perdait pas courage : \u201cL\u2019amour rend ingénieux, disait-elle, et je trouverai bien moyen de m\u2019enfuir et d\u2019être heureuse aveo celui que j'aime.\u201d Et Fifi avait raison.En dépit de tous les gardiens, des chauffeurs, des domestiques du dehors et du dedans qui surveillaient tous ses mouvements pour la tenir éloignée du jeune Leidy, la jolie mademoiselle Widener prit un jour la fuite sans que personne ne s\u2019en aperçut.\u2018Le jeune couple est maintenant marié et demeure à Asheville, dans la Caroline du Nord.Quelle ne fut pas la gunprise de la famille Widener lorsqu'elle découvrit que leur fille s\u2019était enfuie avec le jeune Leidy en emportant ses bijoux évalués à au-delà de $100,000.T1 est probable que la jeunê fille ne croyait aussi avait-elle pris ses précautions.Tous les bijoux qui lui appartenaient en propre avaient été emportés par elle dans sa fuite.L'amour des deux jeunes gens l\u2019un pour l\u2019autre ävait été découvert par la famille Widener au printemps de 1918.Les deux enfants se connaissaient depuis leur plus tendre enfance; ils g\u2019étaient toujours aimés.Fifi, quoiqu\u2019âgée de quinze ans, était très précoce et très développée pour son âge.Mais le papa Widener avait d\u2019autres vues pour sa fille, il était excessivement ambitieux et rêvait pour elle d\u2019une tête couronnée, ou du moins titrée.Même, on ajoute, que le père avait sa liste de prétendants parmi lesquels la jeune fille devait choisir.LA REVUE POPULAIRE Montréal, met 1921 On fit garder la jeune fille et le jeune homme reçut ordre de n\u2019avoir plus à paraître à la maison deg Widener.Une nuit, mademoiselle Widener fut surprise à descendre de sa chambre par la fenêtre.Elle avait attaché les draps de son lit les uns après les autres et elle essayait de gagner se liberté par cet exploit renouvelé du romantisme.Malheureusement pour elle, elle tomba dans les bras des gardiens chargés de la surveiller.Pendant quelque temps la jeune fille resta muette, la famille orut que leur fille était revenue à de meilleurs sentiments, la surveillance se fit moins étroite, les gardiens moins nombreux et moins sur le qui-vive.Mais mademoiselle Fifi n'avait pas oublié son amoureux.Flle n\u2019attendait que l\u2019occasion.Dès qu'elle se présenta, elle la saisit aux cheveux.Il fut décidé que la famille Widener donnerait un grand bal pour les débuts de leur fille le 30 janvier suivant.Mademoiselle Fifl insista pour que te jeune Leidy fut invité, mais la famille s'y refusa absolument.Le temps d\u2019agir était venu.Elle monta dans sa chambre et sous le prétexte de regarder la toilette qu'elle devait mettre le soir de la réception, elle prit tous ses bijoux évalués à plus de $100,000 dollars et pendant que les domestiques et les servantes étaient à faire les préparatifs du grand bal, la jeune fille sortit de la maison sans que personne s'en aper- cut.Lorsque madame Widener rechercha sa fille pour le souper, elle était partie.Vivement, enquête révéla que le jeune Lei- dy avait aussi disparu.Toutes les ressources de la famille furent mis en il y eut contre-ordre pour le bal.Une | L pin qu Bel Ut us obs ol la | Vol.14, No 5 jeu pour découvrir les fuyards, mais inutilement.Quelques jours plus tard, monsieur Widener recevait un télégramme de Fifi dans lequel elle disait qu'à l\u2019avenir toute sa correspondance devait lui être adressée au num de.madame Carter Randolph Leidy.L'amour avait brisé toutes les barrières.Les Widener télégraphièrent leur pardon au jeune couple qui revint et vit heureux depuis.\u2019 0 L\u2019HOMME AU CHIFFON DE PAPIER Le sucoesseur de Bismarck, de Ca- privi, de Hohenlohe, de Bülow, le cinquième chancelier d'Empire von Bethmann-Hollweg vient de mourir, abandonné des pangermanistes dont il fut si longtemps le porte-parole, et écrasé à jamais sous le poids de cette apostrophe à la fois naïve et cynique qu\u2019il adressa à l'ambassadeur britannique, aux jours angoissants d'août 1014: \u2014Fh quoi! est-ce done pour un chiffon de papier que vous allez dé- olarer la guerre?Ne voulant point retracer ici la oar- rière de cet homme, je me contenterai de donner ce vivant portrait du chancelier, buriné par l\u2019un de ceux qui l'ont le mieux connu, M.l\u2019abbé Wet- terlé : \u201cGrand, large, mal bâti.Agite.quand il parle, ses deux bras comme deux balanciers.Figure taillée à coups de hache, avec des rides profondes des deux côtés d\u2019un nez épais.Barbe pleine.Voix basse et sourde.Eloquence pesante.À toujours l\u2019air préoccupé.Un bureaucrate lettré, sans aucune envergure d'esprit.Vit au jour le LA REVUE POPULAIRE Montrdet, mal 1981 jour, comme un bon expéditionnaire.qui abat consciencieusement la tâche qu\u2019on lui présente.Sort d'une famille de financirs et a gardé les habitudes d\u2019ordre et de méthode des vieilles maisons.N'était nullement préparé à la haute situation qu'il occupe.Chancelier de l\u2019Empire et président du conseil prussien.est resté, au milieu des écrasantes responsabilités qui l'accablent, le rond-de-cuir idéal, uniquement attaché à donner satisfaction à gon employeur.Abandonne sans scrupules ses amis.se réconcilie avec ses adversaires dès qu'il croit y trouver quelque avantage.Ne sait pas donner la maim, comme tous ceux qui manquent de coeur.S'efforce, d\u2019ailleurs, d\u2019être ou de paraître honnête, mais sait aussi mentir avec l\u2019inconsoience des hommes qui, poursuivant un but qu\u2019ils croient honorable, n'hésitent pas sur le choix des moyens.À trompé tous les partis du Reichstag, mais réussi également à se les attacher par tous les services.qu'il en exigeait.\u201d C\u2019est là tout Bethmann-Holiweg.Il n\u2019y a rien à ajouter à ces lignes lapidaires montrant sous son vrai jour celui qui sera si sévèrement jugé par l'Histoire.0 Les cadrans solaires de poche sont d\u2019invention relativement ancienne.On en peut voir un, à l\u2019Observatoire de Paris.qui fut fabriqué en 1612.Ce \u2018\u2018cadran breloque\u2019\u2019.qui est orné d\u2019émaux, est, à la fois, très artistique et très scientifique.Les bergers des Pyrénées emploient depuis fort Ilong- temps des cadrans solaires de poche formés de deux cylindres de bois, le plus petit portant un stylet el s\u2019emboîtant dans l'autre Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE CARD TA CH AA > TT TO SS 0 LO 0 CO OA SO O Enfermée dans un asile d\u2019alienés J OTS TT TT THAAD ADA CD SA CAD A KA 0 0 AKT, A CS A CS COAT OO La fille du grand poète irlandais O°Relliy raconte les scènes dont elle a été témoin durant son séjour dans un asile d\u2019aliénés \u201cJe suis certain que cette femme n'est pas folle et j\u2019ordonne qu'elle soit relâchée et qu\u2019on lui rende sa liberté.\u2019 Gette décision a été donnée par le juge Robert F.Wagner, de la Cour Suprême de New-York, et mademoiselle Elisabeth Boyle O'Reilly.la fille du poète irlandais John O'Reilly, qui avait éfé retenue dans un asile d\u2019aliénés, a recouvré la liberté.Mademoiselle O\u2019Reilly a souffert durant un an et demi dans une maison d\u2019aliénés du Massachusetts.où elle avait été enfermée, quoiqu\u2019elle ne fut pas folle.Finalement, elle réussit à s'enfuir et à gagner New-York.Elle fut poursuivie, arrêtée.et un nouvel effort fut fait pour l\u2019enfermer de nouveau dans un asile.Après considération, le juge Wagner a trouvé que la jeune fille était parfaitment saine d\u2019esprit et qu'on ne devait pas lui ravir sa liberté.Mademoiselle Elisabeth Boyle O'Reilly est une jeune fille tres instruite, graduée du collège Radcliffe et un auteur de renom.Flle a écrit entre autres volumes: \u201cHeroic Spain\u2019 et elle travaille actuellement une oeuvre qui traitera des grandes cathédrales de l'Europe.Mademoiselle O'Reilly est la belle-soeur du professeur Ernest Hocking qui détient la chaire de philosophie de l'Université de Harvard, elle a aussi une soeur, Mary Boyle O'Reilly qui demeure à New-York.Tous ceux qui ont visité un asile d\u2019aliénés ou qui ont vu les pauvres figures des détenus dans les fenêtres se demanderont comment il peut se faire qu'une personpe saine d esprit, enfermée par erreur durant un an et demi, dans un tel lieu n\u2019ait pas perdu la raison par le contact quotidien avec les malades.Mademoiselle O'Reilly a subi cette épreuve et n'a pas perdu la raison.Dans une entrevue récente, mademoiselle O'Reilly nous donna les détails suivanls qui ne mauqueront pas d'intéresser les lecteurs de \u2018La Revue Populaire\u201d.\u201cJe m'étais dévouée aux oeuvres de guerre en France.À mon retour à Boston, la guerre étant terminée, je donnai quelques conférences privées à mes amies et connaissances; je leur parlai des espions allemands que j'avais cotoyés et dont j'avais failli être la victime à plusieurs reprises.Un jour on vient me chercher pour une sortie én automobile, et la première chose que j'appris c'est que l'on me conduisait dans un asile d'aliénés.Durant dix-huit longs et misérables mois je fus confinée dans une chambre étroite de cet asile privé.du Massachusetts.Heureusement pour moi, je me rappelai un livre de Read, que j'avais lu autrefois et qui racontait les impressions d'une personne saine chez les fous.Je me rappelai Montréal; mai 1921 A mm Te Ty ee 3 Vol.14, No § LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 certaines phrases: Qui peut dépeindre l\u2019état d'âme d\u2019une personne saine enfermée dans un asile d\u2019aliénés?Pen- sez-y sérieusement, votre tour peut venir demain.\u201d Je résolus, quoiqu'il put m\u2019arriver.de toujours garder mon sang-froid et de ne jamais perdre le contrôle de mes nerfs.Je savais que si je montrais le moindre mouvement de nervosité, cela serait inscrit sur La page du régistre réservé à mon nom.Je pris donc la résolution en entrant dans cette affreuse maison d'être calme, et de me contrôler sur tout.En me dictant \u2018cette ligne de conduite je sauvai ma raison et peut-être ma vie.Je fus conduite dans un large hall où je fus reçue par une femme au regard féroce, qui me parla non éomme on parle à une dame, mais comme à un chien.Après avoir jeté ses regards sur la fiche me concernant elle me dit en riant ironiquement: Vous croyez que vous avez vu des espions à Paris: eh bien, c\u2019est exactement la même situation pour moi.Cette remarque déchaîna un rire venant d'un groupe dans le fond de la pièce.C\u2019étaient les infirmiers et infirmières.\u2018 : Je réalisai que c¢\u2019était ma premiére épreuve, et je ne répondis pas.Je ne fis aucun commentaire, me contentant de sourire.Durant les deux premiers mois js vécus dans une petite chambre, pas un instant il me fut permis d\u2019être seule.Je suis de taille petite, je ne pèse que 120 livres, et on m'avait donné comme gardienne une femme pesant dans les 200 livres.Si j\u2019osais m\u2019éloigner de ses côtés elle me rappelait à la situation avec une voix de ruminant.Ce voisinage rendait mes jours encore plus misérables.\u2018française, en compagnie continuelle Mes nuits étaient encore pis.L'énorme femme couchait dans un petit lit qui touchait au mien; elle ronflait toute la nuit et me tenait éveillée.Vingt fois j'essayais de la réveiller, mais elle me prenait le bras et s'en - dormait de nouveau et le ronflemeni continuait.Imaginez une femme accoutumée au raffinement de la vie amércaine et d\u2019un être de ce genre.Je devais partager mes repas et même ma chambre avec cette créature immonde et malpropre, je devais même partager ma part d\u2019oxigène car il ne m'était pas permis d'ouvrir ma fenêtre.Si, à la promenade, j'essayais de m'\u2019éloigner d\u2019elle, immédiatement j'entendais sa grosse voix de commère me crier ; LA REVUE POPULAIRE Montréal, mat 1921 Viens près de moi, ma petite, ou tu le regretteras.L'arrivée d\u2019un nouveau malade était toujours un objet de curiosité pour leg patients.Un jour, je vis arriver un homme âgé.vêtu de façon impecoa- ble et accompagné de deux hommes qui semblaient lui laisser toute sa liberté d'action.Le monsieur âgé tourna plusieurs fois devant la porte de l\u2019institution avant d'entrer.Il admirait le coup \u201c d'ail de cet imposant édifice.\u2014Est-ce que ce monsieur est un médecin, demandais-je à la nurse qui m\u2019apportait men déjeuner?ei BL en I in Vol.14, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 \u2014Non, me répondit-elle, c\u2019est un millionnaire de New-York qui vient ici prendre un peu de repos.Qependant la seconde nuit après son arrivée j'entendis des cris venant de sa chambre.Il avait sa chambre en face de la mienne de l'autre côté du grand corridor.Il semblait y avoir un bruit de lutte.I1 y eut des meubles de renversés, le bruit d'un corps qui tombe sur le plancher.Puis le silence.Je couvris ma tête avec les draps de mon lit et je pleurai, Les mêmes bruits se répétèrent plus tard la même nuit, mais cette fois, l'homme semblait supplier, encore la chute d'un corps sur le plancher, puis de nouveau le silence.Ces cris et ces bruits se répétèrent durant quelques nuits puis je n\u2019entendis plus rien.\u2018 \u2014Je n\u2019entends plus de cris dans la chambre du millionnaire, dis-je un jour à la nurse qui apportait mon cabaret.; \u2014Non, me répondit-elle, il est par- fi pour un endroit où il ne criera plus.\u2014Vous voulez dire qu\u2019il est mort, demandais-je?Elle branla la tête.Durant mon emprisonnement l\u2019automobile qui apportait les patients de la station de Newtown monta la grande allée une après-midi.Une jolie jeune fille, les cheveux sur le dos.arrivait entre le médecin et une nurse.Je n'oublierai jamais le regard de ses grands yeux bruns lorsqu'elle regarde la maison où on devait l\u2019enfermer.J'étais à ma fenêtre.Tous les patients devaient probablement en faire autant à l\u2019arrivée de l'automobile.La jeune fille eut comme une idée exacte de l'endroit où on\u2019la conduisait.car elle se leva dans l'automobile et en agitant ses longs bras blancs au-dessus de sa tête, elle s'écria : \u2014\u2014Mon oncle, je veux voir mon oncle.Oh, mon Dieu, mon Dieu.L'automobile entra sous le porche et la jeune fille criait toujours: \u2014Oh, ces gens aux fenêtres, je ne veux pas, je ne veux pas.Mon onote, mon oncle.Je n'ai jamais su oe qu'il était advenu de cette jeune fllle, mais je me suis laissé dire qu'elle était morte quelques jours après son arrivée dans des souffrances épouvantables.Les gardes-malades étaient pour la plupart inabordables, infmpressionna- bles.Si une nurse semblait s'intéresser à notre cas, elle était vivement renvoyée de l'institution.Durant l\u2019année et demie que j'ai passée, il y eut 148 gardes-malades d\u2019engagées.Les bonnes ne faisaient pas plus de deux semaines.Celles qui restaient n\u2019avaient rien de bien recommandabie, sauf qu'elles consentaient à travailler pour 8 dollars par semaine.Je vous donne ces détails sur nos \u2018\u2018géoliers\u2019\u2019 pour vous faire comprendre qu\u2019il était rare que nous en rencontrions une avec laquelle nous pouvions causer.Un jour je demandai à une de oelles- là (elle ne demeura que huit jours dans l'institution) ce qui se passait dans la chambre voisine de la mienne.\u2014C'est une pauvre vieille maman, me répondit-elle, qui a été emmenée ici du New-Hampshire par son fils.Elle a été droguée, mais l\u2019effet de la drogue commence à disparaître at elle commence à réaliser où elle se trouve.: .Cette voisine inconnue fut pou moi comme une âme perdue protey- tant contre la fatalité qui s\u2019acharnadé sur elle.Quoique petite et faible aes ot DB em 1 yy yori RL aie i i (Og Hl iH Un Rd Vol.14, No 5 3 cris perçants parvenaient jusqu'à moi.Elle criait presque sans délais.\u2014 Faites-moi sortir.Faites-moi sortir.Je veux mourir.Mon Dieu, mon Dieu.Lorsqu'elle était fatiguée de crier et de voir que ses cris n\u2019attiraient personne elle se taisait, puis fondait en larmes.Pendant cing mois je dus subir cette voisine.Sa voix faiblissait tous les jours, Un soir, aprés une crise de fo- - Île, elle se tua subitement, puis j'entendis des pas dans le corridor.Les voix de plusieurs hommes vinrent jusqu\u2019à mes oreilles.Je me plaçai à ma fenêtre.La nuit était noire comme de l\u2019encre et dans l\u2019obscurité j'entendis l\u2019automobile- sur le gravier de la grande allée.\u2014Ma voisine a été tranquille cette nuit, dis-je à la nurse qui m\u2019apportait mon déjeuner le matin suivant.=\u2014Elle est partie, me répondit-elle.LA REVUE POPULAIRE \u2014 26 \u2014 Montréal, mai 1931 \u2014Pour où, osais-je demander?\u2014Ne vous inquiétez pas.Voyez à ne pas aller à la même place.Je n\u2019eus jamais d\u2019autres détails sur ma malheureuse voisine.Sur le même plancher où je me trouvais on plaça une femme malade qui hurlait toute la nuit.Aucune garde ne put rester avec elle plus d'une semaine, mais nous qui étions emprisonnées sur le même plancher, durent la subir durant cinq longs mois.Un homme dans une chamb-e voisine blasphémait toute la nuit à cette malade, puis d\u2019autres malades joignaient leurs cris à ces deux et j'entendais toute la nuit trois, quatre et jusqu'à dix patients qui mélaient leurs voix dans une cacophonie infernale.Je n'ai jamais rien entendu qui puisse être comparable à cela.Un autre patient s\u2019amusait à se moquer de moi.Etant légère, je me dandine légèrement en marchant.Lorsque i fiz; 1 .+ ap TSI Voi.14, No 5- LA REVUE POPULAILE Montréal, mai 1921 je prenais mes promenades, j'avais constamment derrière moi ce malade qui imilait tous mines mouvements et ma manière de marcher pendant que les surveillants et les gardes s'esclaf- faient.Je n'avais droit qu'à uue seule serviette par semaine pour mes repas.Si jo la salissais le premier jour je devais la garder sale toute la semaine.Pour quelqu'un qui a été bien élevé la chose est assez fatigante, mes gardes avaient remarqué mon dédain, el une quime servait régulièrement mon de- mûÜrir mon plan.J'eufouis un manteau sous les feuilles d'automne qui jonchaient le sol, puis un cache-pez.des chaussures, un chapeau.Puis uno après-midi, je trompai là vigilance de mes gardiens et je m'enfuis vers la station, non la première, car elle devait être gardée, mais vers la seconde.Je pris le train pour Boston.À la station je croisai le surintendant de l\u2019hospice.Drapée dans mon manteau.et mon cache-nez il ne me reconnut pas.Je pris le train pour Providence, puis New-York.jeuner tous les malins s'amusait à répandre mon cacao sur ma serviette le premier jour de la semaine ; elle entrait-en coup de vent dans ma chambre.fermait la porte avec fracas.elec.II n'y avait rien quelle ne me faisail subir.Je réaligai qu'il n'y avait aucun es- puir pour moi, je ne comptai plus sur mes amies et counaissances.Les lettres que j'envoyais ne m\u2019apportaient aucune réponse.Uumment pourrais- je jamais m\u2019échapper de cet enfer?Il me prit mn tres long temps avant de J'étais à New-York depuis peu et travaillais à mon livre sur les cathédrales d'Ilurope lorsque ma soeur me fit arrêler.Je poursuivis ma soeur el je gagnai avec le résullat que le juge Wagner me déclara saine d'esprit après examen des médecins aliénisles.Avant de terminer cet affreux chapitre de ma vie, laissez-moi vous dire que je n'ai relaté les principaux inei- dents que m'a valu l'effreuse erreur de ma soeur que pour le bénéfice des Vol 14, Me 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1931 autres qui pourraient être dans le même oss.Le plus grand péril qui soit pour une personne seine enfermée dans un asile d\u2019aliénés est de se demander continuellement: \u2018Suis-je folle ?La tête ne peut tenir à cette idée et finit toujours par sombrer.Il devrait y avoir une législation pour entendre et faire un examen public des malades avant de les interner dans un asile d'aliénés.Cela édviterait bien des erreurs re- grettablea.ramped) LES MENONS DE LA CAMARGUE \u2014emmatepretrers La Camengue, oe vaste \u2018\u2018delta\u2019 formé par tes deux bras du Rhône à son embouchure, est un des paysages les plus pittoresques de France.C\u2019est une île triangulaire dont chacun des côtés a plus de 8 milles de long et qui, indépendamment de oertaines terres oultivées, est couverte de marécages et de prairies où paissent d'immenses troupeaux de moutons et où l\u2019on élève une race partioulière de chevaux très estimés.: Ces moutons ne passent pas toute l'année dans la Camargue, mais seulement la mauvaise saison d'hiver.On les y amène parce que le pâturage y est alors abondant et le climat propice.Mais, dès que le printemps arrive, le soleil ardent qui brûle la Camargue dessèche les herbages, et les bergers évacuent leurs troupeaux vers des régions plus hospitalières.Tls les conduisent à petites étapes vers les régions montagneuses où, durant l'été, les brebis trouveront toute la nourriture et la fraîcheur voulues, On voit dono des bandes de mou- fons, qui s'élèvent souvent à plus de quatre à cinq mille bêtes, se déployer au long des routes, parmi les poussières du ohemin, les aboiements des chiens et les oris des bergers.Rien de plus ourieux que d'observer la façon dont les bergers de la Cemar- gue conduisent leurs troupeaux.Vous savez quelle bête stupide et têtue est un mouton: en conduire un n\u2019est pas chose facile; en diriger cent est un art.Ni les bergers, ni les chiens n'y pourraient entièrement réussir.On emploie donc pour oe travail apécial de forts et vigoureux.boucs, .dressés à oet usage, et qu'on appelle \u2018 \u2018menons®.À leurs cous eont attachées des olochettes, afin qu\u2019ils s'appellent les uns les autres et qu'ils soient entendus des moutons.Ils marchent à la tête du troupeau, comme une avant- garde, et celui-ci les suit docilement.Les menons semblent se rendre compte, & la gravité de leur allure, de I'importance de la tAche qui leur est confiée.Ils sont bien les gardiens du troupeau; ils font rentrer dans les - rangs les retardataires ou les aventureux et ils poussent le zèle jusqu\u2019à bousouler les passants qui arrêtent la marche des moutons ou qu'ils soup- çomment de quelque pensée malveillante contre le troupeau.\u20140à Oertaines forêts furent, à des époques reculées, enfouies sous des dunes de sable.A Sandy Hook (Etat de New- | Jersey, U.S.A.), on a dernièrement reconnu l'existence, à 130 verges de profondeur.d'arbres gigentesques qui ont jusqu\u2019à sept mètres de diamètre.\u201cOn suppose que l\u2019on pourra trouver dans cet endroit de l\u2019ambre jaune en quantités considérables, oh 1 \u2018Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE » Montréal, mad 1931 GDS SSD CDD DD OX) L\u2019ECOLE DES MAUVAIS MARIS OA TL SDS 0, 0 CO ASAT LS CAAT 0S OS OOS AN) 4 Certains princes russes d\u2019ävant la révolution n\u2019étaient pas plus tendres pour leurs épouses que le dernier des paysans \u2014\u2014\u2014 Il n\u2019y a plus à s'étonner des crimes dont sont accusés depuis trois ans les bolchévistes quand on sait avec quelle brutalité les princes russes traitaient les paysans et souvent leur propre épouse.Les femmes n'avaient pas toujours en effet la vie douce avec ces nobles arrogants, colères, grands buveurs qui ne donnaient pas plus d\u2019importance à une existence qu'à un rouble.Certains d\u2019entre eux punissaient aveo la dernière rigueur des princesses coupables peut-être d\u2019une petite désobéissance.Le prince et la princesse Galitzin, dans les premières années de la guèr- .re, sous le règne du tsar, ayant eu une querelle, celle-ci menaça de le quitter.: Si vous tentez seulement de partir, lui répondit-il, je vous coupe le nez.\u2014Le temps où les maris russes mutilaient leurs femmes est passé, heureusement, reprit la princesse.Ser- vez-vous du couteau contre moi et je vous dénonce au {sar qui vous enverra .$ en Sibérie.Cette même nuit, la belle et délicate Xenia Alexandrovna Galitzin s\u2019enfuit à Kharkof, situé à mi-chemin entre Moscou et Odessa.Elle fut repérée par le prince une semaine plus tard.Il lui écrivit là une lettre touchante, pleine d'amour, l'invitant à retourner auprès de lui, ajoutant qu\u2019une sépa- \u2014 27 \u2014 ration plus prolongée le tuerait.La femme répondit qu\u2019elle ne voulait plus revoir une pareille brute.Le prince n\u2019en demandait pas plus, Il soumit au chef de police la lettre de son épouse et une copie de la sienne.Ramenez-moi mon épouse désobéis.\u2026 sante, lui commanda-t-il.Le chef de Kharkoif voulut la persuader de retourner volontairement auprès de son mari.Elle s\u2019y refusa.Le prince Galitzin invoqua alors l'article de la loi russe qui veut que toute femme suive le mari partout où il va et obtint que la princesse marchât jusqu\u2019à Moscou dans un convoi de prisonniers.Après l'avoir battue, il la mit sous clé dans un appartement aux fenêtres grillagées, plaça une sentinelle à sa porte et se rendit en Sibrie, à Kurgan exactement.Il écrivit de là une seconde lettre d'invitation à sa femme qui lui répondit de la même manière.Il lui fit faire alors à pied le trajet de Moscou à Kurgan, onze cent miles.soit 330 milles par mois.Cette femme, qui prenait tous les jours son bain de champagne, dut vivre pendant trois mois, au milieu de forçats en route pour la Sibérie, de pain noir et de soupe de sarrasin, et ne se laver les mains et la figure qu\u2019au rare passage d\u2019une rivière.La malheureuse couvrit toutes les étapes de cette horrible passion et retomba à la merci 5 QUOC Se 5 RRA O or ps ee yi rv rats REE rs \u2014 ries Eis SS Vol.14, No 5 | \\ = \\ | Qu I = ges | > = 1 | | NS 2 i À / [oo / _ AN \\= LP yf x 4, / ; RN A a WV, | a 2) We / 4, \u201c ÿ G £ = | 7; = NE ES Æ SZ EN = Ss Be \\ A y A \\ \u201c6 N = Rice SN \"0 NIRS NR SR i Se EL | {i ¢ Sav AT pan s a Np pa Eee TES se > == | ces Es oC se = = \u2014\u2014 1 russe == == en = DOTE =.> = LA REVUE POPULAIRI 4 = i = A A SES \u2014ES orm = AVIS! Frs eg = SH an 4 j a ee 7-2 (= (a= HSE A A == N JF, a) ay A \u2014 ze = > er 3 = PE RIR TOUTES ae Zz 56 tt ne ARTS 5 raies == = te \u2014 = SY A £2 0 LES EPouSES PUISSENT AINSI .+3 == STE > 7 { DESO BEISSA NTES re No 4 ! | - NF by ok id @ © | Ga él a) | I ~~ li \u2014~\u2014\u2014 Montréal, mai 1921 Ha 6 £ tig si i i} h \u2018= = = ë = £2 = dx es = ion xr = = = = ca = = \u2014 =.5 < = = = = > al 195 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 de son cruel époux que la loi russe protégeait.: Le martyre de la princesse Olda, épouse du prince Pierre Strashnitz, membre de la famille royale et colonel de la garde d'honneur de la tsari- rine, est plus barbare encore.De quarante ans plus âgé qu'Olda, il l\u2019obligea à passer les plus belles années de sa vie dans un château perdu au milieu des steppes du Caucase.Rappelé à Saint-Pétersbourg, aujourd\u2019hui Pé- trograd, il apprit deux ans après son départ qu'Olda, incapable de subir plus longtemps les horreurs de la solitude, s'était mise sous la protection d\u2019un de ses frères, le comte Paul Do- brina.Ils devaient un certain soir prendre la fuite sur le train-express de Saint-Pétersbourg-Moscou et gagner la frontière allemande.Apprenant cela, le prince Pierre invita le comte Dobrina à l\u2019aller voir à sa maison de campagne, le fit lier par ses serviteurs et jeter dans un cachot.Sa femme, la princesse Olda.était en même temps livrée à sa suite de servantes qui lui enlevèrent ses vêtements, la couvrirent de miel et la roulèrent dans la plume.Habillée de- la sorte, elle fut cousue dans une poche jusqu'au cou et bien ficelée.Une voiture fermée la transporta aux environs de la gare où les hommes du prince l'attachèrent fortement sur le toit d'un train de marchandises en partance pour la capitale qui se mit en marche sous leurs yeux, emportant la malheureuse.Mais le pire châtiment qu\u2019un homme eût pu infliger à sa femme pour une bagatelle est bien celui d\u2019une inconnue, qui, à cause de ses riches vêtements.fut prise pour la femme d\u2019un prince russe.Un navire autrichien, en route pour Constantinople, découvrit à mi-chemin entre cette ville et Odessa, flottant à la surface des eaux, un radeau.portant mât, au bout duquel la vigie crut voir, le corps d'un petit enfant.Le capitaine fit prendre à son vaisseau la direction de cette épave et quelle ne fut pas l'horrible surprise \u2018de l\u2019équipage de trouver sur ce radeau retenu par un câble une jeune femme, richement mise, couverte de bijoux, les mains etles pieds cloués aux planches ayant au-dessus de sa tête retombée inerte sur sa poitrine, le cadavre de son enfant fixé au mât et cette inscription écrite en caractères grecs : \u201cPuissent ainsi périr toutes les femmes désobéissantes!\u201d Pierre le Grand n\u2019était pas plus tendre pour sa royale épouse que pour ses sujets.Il se vantait \u2018\u2018de rosser sa Catherine aussi bien que le dernier de ses moujik rossait sa Marja'\u2019.Pierre tenait probablement cette habitude, peu conforme à la douceur de nos moeurs d'Ivan le Terrible qui flagella à mort deux de ses femmes et en étrangla plusieurs autres.Le tsar Alexandre III, prince humanitaire, ne l'entendait pas aïnsi et châtia sévèrement tous les nobles accusés de battre leurs épouses.Un soir qu'il donnait une réception au Palais d'Hiver, l\u2019empereur s'enquit auprès du prince Demidoff de l\u2019absence de sa femme, la princesse Mathilde, fille du roi Jérôme de Westphalie.\u2014Une légère indisposition, expliqua le prince.\u2014I1 ment, cria tout-a-coup une faible voix.Et une femme, enveloppée dans un ample manteau d\u2019hermine, perça la foule des courtisans et se jetant aux pieds du tsar, découvrit ses Vol.14, No § LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 épaules marquées de cicatrices et encore rouges de sang.\u2014 Majesté, délivrez-moi de cet homme! implorait-elle toute en larmes.L'Empereur la releva et la confiant à la tsarine: \u2018\u2019Vous devenez ma fille, lui dit-il, je vous prends sous ma protection.\u201d Quant au prince Demidoff, il lui ordonna de le suivre et le cravacha jus- : qu\u2019à ce qu\u2019il tombât sur le sol, sans connaissance.Les exemples de ce genre ne manquaient pas dans les autres cours d\u2019avant-guerre, mais les fournir tous serait donner à croire que les princes d'Europe sont tous des monstres répugnants.Ces cas que nous venons d'étudier sont, heureusement, d'assez rares exceptions.o\u2014\u2014\u2014\u2014 SHAKESPEARE ET LE RCI DAVID Les troublantes recherches dont l'érudit M.Abel Lefranc présente actuellement le résultat à la Sorbonne tendent à prouver que l\u2019on doit rendre à William Stanley, sixième comte de Derby, ce qui n\u2019appartient pas à Shakespeare.D'autres, on le sait.attribuent à Bacon ou à lord Rutland la paternité de l\u2019oeuvre shakespearienne.Comme de juste, cela ne va point sans entraîner de passionnantes dis- oussions.Un compatriote de l\u2019illustre Anglais, M.Castle Railton.apporte dans ce débat:une assez amusante contribution.: \u201cRappelons-nous.dit-il.que le grand poète a quelquefois écrit son nom: Shakspeare, soit avec dix lettres (une syllabe de 4 lettres et une de 6, oes deux chiffres formant ensemble 46).Cela posé, prenons le 46e psaume de David,\u2014dans la Bible anglaise, bien entendu.Si nous examinons ce psaume, nous trouvons que le 46e mot du commencement est \u2018\u2018shake\u2019\u2019, et le 46e mot de la fin est \u2018\u2018spear\u2019\u2019, lesquels, réunis, forment \u201cShakspear.> Peut-on conclure de là que le bon roi David soit responsable pour \u2018\u2018 Hamlet\u201d?Une telle conclusion est-elle moins soutenable que celles des partisans de Bacon, Rutland ou Stanley ?\u201d Tout est dans tout et rien ne préte davantage au paradoxe et à la controverse que les textes.Quoi d'étonnant à ce que la Bible anglaise ait permis semblable constatation, puisque l\u2019on peut retrouvetrmot à mot les discours de nos meilleurs orateurs dans le die- tionnaire?Pour en revenir à la question, depuis plus de trois cents ans Shakespeare est Shakespeare.Même en dépit des plus graves précisions, sa marque de fabrique subsistera jusqu\u2019à la consommation des siècles.mess (res L'île de White.située dans les eaux néo-zélandaises, est le sommet d'un volcan éteint qui émergea d\u2019une grande profondeur.Elle renferme d\u2019extraordinaires gisements de soufre, le plus pur que l'on puisse rencontrer, et qu\u2019on évalue à 750,000 tonnes.0 | Les constructions navales américaines semblent avoir battu tous les records existants en lançant un destroyer dix-sept jours après la pose sur cale de la première pièce de sa quille.0 Labiche a écrit 173 pièces jouées dont 166 ont été éditées, | 1 Td j | | ' | { ! Hf vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 OO\u201d 0 { ki L'homme a soif de mystère.Un fait {{ nouveau, inusité, le surprend-il, son l\u2019Himagination travaille, il invoque le he! surnaturel, croit au merveilleux.y { Ainsi, de temps à autre, se produi- it sent dans nos sociétés de grandes va- if gues d'enthousiasme mystique.0 En 1778, Mesmer en provoqua une nf avec son baquet magnétique: il pré- y Ptendait enrichir l\u2019humanité d\u2019une nou- , fvelle méthode curative; il ne réussit \" ir propager l\u2019hystérie chez ses par- ftisans, mais i] vendit son prétendu se- jcret, et ainsi s\u2019enrichit lui-même.En 1852, ce fut la passion des tables #tournantes; on fit, par leur entremise, parler les morts.Une dernière vague de mysticisme lvient de passer sur nous.Elle arrive des Etats-Unis en la personne de , Ponnny Coulon, l\u2019 homme insoulevable.jou plus exactement, ce petit boxeur, du poids de 110 livres, souple, bieri fmusclé, bien proportionné, se laissait soulever quand il y consentait.Mais [son moi s\u2019y refusait-il, il restait vissé lau sol, les hommes les plus vigoureux, Hles champions de: poids lourds du {monde s\u2019épuisaient en vains efforts à d'{laccomplir cette tâche impossible.| Pour se rendre insoulevable, Cou- #& Mon exigeait certaines conditions de w#'Eprise.Son adversaire devait se placer je Jen face de lui, le prendre au-dessus #des hanches, les mains plongées dans fles flancs, au-dessous des côtés.les a bras et le corps dans la position clas- Msique de \u2018\u2018l\u2019arraché\u2019\u2019, comme on la ap Me Ins, | L\u2019HOMME INSOULEVABLE ASS D Son mystère dévoilé CARA A AH CA CA A ADA AAA A CALA, CA KAA 0 prend pour soulever une haltere ou une barre.Le bras-le-corps était interdit.Pour devenir subitement poids lourd, il suffisait à Coulon de frictionner légèrement le cou du souleveur, au- dessous de l\u2019angle gauche de la mâchoire, puis d'appliquer sur ladite région un ou deux doigts de sa dextre, tandis que sa main gauche touchait le poignet.Par ainsi.expliquait-il, les contacts étaient établis, le fluide passait.Et, en fait, le minuscule devenait indéracinable.Il prétendait démontrer qu\u2019il s\u2019agissait bien d\u2019un fluide, en interposant un simple papier à cigarette entre son doigt et le cou de l'adversaire, alors le circuit était coupé et on pouvait le soulever aisément.Il perdait également le pouvoir de s\u2019'alourdir quand son doigt était mouillé.Mais quelques sceptiques avançaient que tout cela n\u2019était qu\u2019enjolivement, fioriture.Voulant obtenir une démonstration péremptoire, les chercheurs varièrent les conditions de I\u2019 expérience et trouvèrent la chaîne.Trois, quatre, ou autant de personnes que l\u2019on voulait se donnaient la main; Johnny Coulon se mettait dans la chaîne, prenant contact avec ges voisins en touchant, l\u2019un au cou, l\u2019autre au poignet.et le sou- leveur se plaçait en face de lui.Quand les dernières personnes de la chaîne établissaient le contact avec le soule- vmur, en lui touchant légèrement les poignets, Goulon devenait immuable, Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 192 Cette expérience, il est vrai, réussissait aussi bien si lesdites personnes n\u2019établissaient qu\u2019un semblant de contact avec les poignets du souleveur.Coulon, enfin, produisait une variante qu\u2019il appelait \u2018\u2019le Remanent\u2019.S'il se tenait debout, les bras tendus, l\u2019un porté légèrement en haut, l\u2019autre légèrement en bas, il devenait insoule- vable.Mais cela ne durait pas, quelques secondes au plus.\u2018\u2018Faites vite\u201d, demandait-il.Cette faculté singulière ne lui était point spéciale.D\u2019autres compétiteurs - Conformation défavorable pour soulever son adversaire : le ventre maintient la prise éloignée, surgirent, tous insoulevables.On en signala en France; plusieurs instituts de gymnastique se glorifièrent d\u2019en posséder.Il y eut même des enfants insoulevables.We Maintenant, si vous connaissez toutes les données du problème, il vous est loisible, ami lecteur, de vous rendre insoulevable au même titre que Coulon Etes-vous poids léger?Ne permet tez pas à votre adversaire de dépasse l\u2019extrémité de vos souliers.Etes-vou puissant?Vous pouvez le laisser ar procher un peu plus.grin Gardez, en toutes circonstances, pit station verticale.pion uo de e tou piqué Votre adversairfl peut chercher d'abord à vous déracif\"\u201c ner, en se portant en arrière par u| ! violent coup de reins, avant de vouff** soulever.Parez le coup en prenanf\u201d\"! point d'appui avec votre main sur ppt région cervicale de votre vis-a-vis! vous l\u2019empêcherez ainsi de vous bas fit culer, et garderez la rectitude.hp Si votre adversaire a un gros ven[ tre, que sa performance rappelle cell * des lutteurs que représentent les Ja} mel ponais en leurs amusants dessinsÿ\"# soyez sans crainte, vous pouvez ririfM#i de ses doubles muscles.Contraint dif\" vous prendre de face, le mastodontsg ne pourra assez approcher de vou pour vous soulever.Si, au contraired}it vous avez affaire à un adversaire ex-fl trêmement fort et qu'un gros ventrd]tw ne gêne pas, allongez votre bras de le-j#% vier en vous penchant légèrement e gis arrière et en prenant point d\u2019app fii sur la pointe de vos souliers.Enfl fi suprême garantie, tenez-vous touglli jours prêt à pratiquer de votre mait fi gauche une traction de bas en ha i sur le poignet droit de votre adversai-} re.Cela augmente son impuissancqi: i par surcharge de ce bras.Il ne pourragft »; dans ces conditions, vous soulever qu@fit y g'il est capable de lever un poids bier supérieur au vôtre.Si vous faites voit ripostes avec rapidité et à propos funy vous pourrez donner l\u2019illusion d\u2019une\" homme qui augmente de poids à vo-! lonté.Coulon y réussit admirablement, parce qu'il est boxeur et, à ce, Ui titre.sait prendre des décisions rapi- ke, des et bien appropriées; aussi peut- -i1! lag i | ! ] 1 pl 01.14, No 5 LA REVUE pop poser à ses adversaites un mini- ha de conditions, et réussir pres- EsqylUe toujours avec tous.D'ailleurs, en ispypfâtiquant la même méthode.une personne quelconque, son poids fût-il lug )f © 50 livres, sera insoulevable pour dyin homme de force et de poids ordi - sdmgaires.vwy I suffit de fixer solidement à vos depy?ieds deux planchettes qui vous don- ponjleront une assiette assez étendue pour he l'équilibre sur votre base soit éta- qpli en toutes circonslances par une mskyfimple contraction de vos jarrets.Il , fuffit pour cela que ces planchettes |e passent de dix à quinze centimè- spg]{rês environ la pointe de vos chaussu- tuhfes, et que leur extrémité se trouve és © chaque côté des pieds de votre ad- y; qfersaire au niveau de ses talons.wl Demandez-lui encore de permettre dln 1e vous appuyer devant lui sur un ta- ip mjpouret assez élevé, de sorte que vous nnil|pUissiez poser vos pieds de chaque jn y Côté au niveau des siens.Ainsi instal- 5 ven lé, vous êtes en état d'équilibre stable seule par l'appui du tabouret qui vous migporte et vous empéche de tomber en ip arrière.Dans ces deux positions, vous i | soulèverez, aisément l'immuable, à moins que celui-ci ne vous fasse le poup, déjà indiqué, de vous tirer sur e Dé 1 be le poignet.il Nous pourrions décrire, voire mé- ame imaginer d\u2019autres procédés pour Jse rendre insoulevable ou pour soule- fver un adversaire indéracinable.Nous sujet.Quiconque est au courant de la [complexité de la mécanique museu- Plaire l\u2019admettra aisément\u201d x x # i , , Cae if L'expérience de l'homme indéracina- y] ble n\u2019eût-elle servi qu'à nous mettre en garde contre les exagérations, et à } qu \u2014 33.\u2014 RTE TEL UN STN Pere ER EEE Jh\u2019avons pas la prétention d'épuiser le\u2019 POPULAIRE Montréal, mai 1921 nous rappeler au sens des réalités, elle aurait été utile.Mais elle soulève un problème de physiologie musculaire des plus intéressants, Comme il arrive souvent en science, un fait nouveau vous conduit dans une voie toute différente de celle que vous cherchiez.Toute prsonne qui essaie de soulever un prétendu indéracinable, quand celui-ci s'y refuse, a la sensation de s'attaquer à un poids énorme immuablement cloué au sol, malgré l'effart immense auquel elle se livre.Vous Âvec deux planchettes fixées auæ pieds et dépasasnt de dix à quinze centimètres la pointe des chaussures, on avance son point d'appui et on peut aisément soulever son adversaire./ j éprouvez une impression idemtique quand vous vous livrez à la dernière expérience que nous avons décrite: le poids de quelques kilos que vous essayez de soulever avec votre bras tendu et horizontal vous parait énorme, tout à fait disproportionné à vos forces.Il y a là.de la part de notre sens musculaire, une erreur d\u2019apprécia- Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, met 1921 tion qui jusqu\u2019à présent n'a pas été étudiée.Exeminons attentivement les bras d'un lutteur aux muscles puissants, Encore un moyen pour déraciner l\u2019insou- lovable : s'appuyer sur un tabouret élevé \u2018et avancer les jambes; le mécanisme est Ye même que dans la figure 8; on avance son point d\u2019appui, globuleux, en saillie sous une peau mince, lorsqu'il fait effort pour démarrer Coulon.Non seulement les muscles aptes à lever un poids, oom- me le deltoïde et le biceps, sont violemment contractés et font sous la\u2019 peau une énergique saillie, mais les muscles antagonistes, comme le triceps en arrière du bras, sont également contractés et seillants.La contraction du premier groupe de mus- sles, des souleveurs, est consciente, vobontaire.Elle donne au sujet la sensation pénible de l'effort, Le contraction du second groupe de musoles, des antagonistes, est d'origine réflexe.Elle empêche le souleveur de perdre l\u2019équilibre, résultat qui se produirait infailliblement sous l'influence de son effort impuissant.si lesdits musoles \u2019intervenaient pour neutraliser en partie l'effort produit.Or le souleveur ne perçoit que l'effort qu'il a voulu, la contraction réflexe reste inconsciente, et fl conçoit ainsi une idée erronée de l'intensité de l\u2019effort vertical qu\u2019il réalise.Gette notion inattendue de mécanique physiologique n'avait pes été soupçonnée des imaginatifs dont nous avons relaté les hypothèses.N\u2019est-oe pas le oas de répéter avec le professeur Charles Richet, et nous terminerons par ses paroles: \u201cIl y a plus de choses dans la réalité que n\u2019en peut contenir toute notre imagination.\u201d CBM Or EE Cr EET CS ER CS -\u2014\u2014 my pm ee cw \\ # ë = 83 == M 10h 0k vip Montréal, mai 1921 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE oor IGFJ0E Z20FJOE JOO! 10H01 org > - i UN ROMAN COMPLET 1 | | i par Gustave Lerouge i °o ° ro 1OHIOE 10530 10F0E 7050 OE 0 PREMIERE PARTIE A bord du yacht la \u201cRevanche\u201d CHAPITRE PREMIER .T.S.F.Dix heures du soir venaient de sonner à peine distinotes dans l\u2019épais brouillard qui ensevelissait, comme d\u2019un linceul d\u2019ouate grise, les docks, les édifices et les navires du port de Vancouver.La ville, déjà livrée au sommeil, les quais déserts étaient plongés dans le silence.C\u2019est à travers la solitude des rues où, dans l'épaisseur de la brume, il était à peine possible de reconnaître son chemin, qu\u2019une dizaine d'hommes se hâtaient, s\u2019arrêtant de temps à autre pour déchiffrer les inseriptions placées à l'angle de ohaque voie et difficilement lisibles sous le halo bleuâtre des beos électriques.Qes étranges promeneurs étaient tous uniformément vêtus de cabans de gros drap et chacun d\u2019eux portait à le main une valise.C\u2019étaient assurément des voyageurs, mais si quelque ou- rieux sè fût avisé de les espionner, il eût été fort surpris de voir qu\u2019ils tournaient le dos à l\u2019importante gare du Canadian Pacific Railroad et qu\u2019ils s\u2019é- laionaient des quais ou sont amanrés * les paquebots en partance pour le Klondyke, le Japon et les Grandes Indes.Bientôt, ils laissèrent derrière eux les dernières maisons de la ville dont les lumières n\u2019étaient plus qu\u2019une tache blafarde dans les ténèbres humides, et ils longèrent la côte basse et sablonneuse où soufflait un vent glacial et où venaient déferler les lames du Pacifique.Jusqu\u2019alors ils avaient marché sans prononcer une parole; mais, arrivés devant un bouquet de sureaux et de saules nains qui semblait leur servir de point de repère, ils firent halte et se réunirent en cercle pour tenir con- : seil.\u2014Je me demande un peu où l\u2019on va nous emmener, murmurait un homme d\u2019une colossale stature, un véritable géant, à un maigre personnage, sur l'épaule duquel il s\u2019appuyait familièrement, \u2014Je n\u2019en sais rien, mon brave Goliath, répondit l\u2019autre, mais tout cela mesemble, en effet, assez mystérieux | \u2014 Qu'est-ce que cela peut faire?dit un troisième, ptisque nous sommes payés d'avance.\u2014 D'ailleurs, interrompit une jeune fille à la voix grêle et perçante, c\u2019est notre ami Oscar Tournesol, le sympathique bossu, qui nous a engagés dans cette affaire et il est incapable de nous jouer un mauvais tour, ot 3B sve BRAHAM ETHIC EHR Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 \u2014Possible, grommela le géant Goliath.mais il fait un froid de chien et, avec cette brume du diable, si nous sommeg capables d'apercevoir le signal! \u2019 \u2014Heu! heu! toussota une voix plaintive.je boirais bien un verre de gin pour me réchauffer! Tu aurais dû emporter unë gourde de voyage, ma petite Régine.\u2014 Vous boirez tout à l'heure, M.Sleary.un peu de patience! \u2014\u2014Le signal.cria tout à coup Goliath; et, de sa main énorme.il montrait.dans la nuil livide, une tache lumineuse qui semblait grandir en se rapprochant.Aussitôt, M.SIcary tira de sa poche une lanterne électrique dont il ft jouer le commutateur.Une vive lumière éclaira la grève déserte et ia vague écumeuse et grise.Deux minutes s'écoulèrent.puis.le signal avant sans doute été anereu.la lumière lointaine disparut brusquement ct aussitôt M.Sleary éteignil lui-même sa lanterne.Dix minutes plus tard, le bruit cadencé des avirons se faisait entendrt \u2014Oui, ajouta Oscar en regardantle chien d\u2019une certaine façon, va trouver Kloum et dis-lui de venir! Pistolet s\u2019élança, rapide comme une flèche, et revint bientôt suivi du Peau- Rouge, impassible et grave à son ordinaire.: \u2014Kloum, dit lord Burydan comme il n\u2019est pas loin de minuit.je pense que ces messieurs seraient peut-être bien aise d'aller se reposer.Veux-tu, s\u2019il te plaît, les conduire à leurs oabi- nes! Cette proposition fut accueillie aveo joie, car tous étaient plus ou moins fatigués.Les uns après les autres, les acrobates prirent congé du lord excentrique.Bientôt tout le monde dormait sur \u2018\u2018l\u2019Ariel\u2019, et l\u2019on n\u2019entendit sur le pont du yacht que le pas monotone des hommes de quart et la trépidation des machines mêlés aux sifflements de la bise et au grinoement mélancolique des cordages sur leurs poulies.La nuit s'écoula sans incident.Le lendemain, en montant sur le pont, lord Burydan trouva tous ses passagers acrobates déjà levés et s'amusant des ébats d\u2019une troupe de marsouins qui suivaient le navire en faisant la roue; le brouillard était moins épais que la veille, \u2018\u2018l\u2019Ariel\u201d\u2019 faisait route sur une mer grise, sous un ciel pâle, qui semblaient présager quelque averse de neige.D'ailleurs, le froid n\u2019était fifties: Batis Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 pas excessif.En somme, c\u2019était un temps excellent pour une navigation paisible._ Lord Burydan présida lui-même le repas pris en commun dans là salle à manger du bord et il en profita pour expliquer divers plans d'attaque qu\u2019il avait formés, et pour montrer à ses alliés une carte de l\u2019île des Pendus, dressée de souvenir, et qui devait être à peu près exacte.Acrobates et clowns montraient \u2018d\u2019ailleurs un excellent - appétit et s'accômmodaient parfaitement du régime du bord.Personne ne s'était encore plaint du mal de mer, pas même la délicate miss Bombridge.La jeune fille ne quittait guère Oscar Tournesol, qui se faisait un plaisir de lui exnliquer l'usage de tous les objets du navire ; entre le bossu et l\u2019écuyère il s\u2019était établi une de ces sympathies instinctives, qui sont souvent le prélude d\u2019une affection plus sérieuse.D\u2019un tempérament très sentimental.la blonde écuyère avait été profondément touchée des attentions du bossu, et elle ressentait une profonde pitié pour ce pauvre être disgracié de la nature, pour lequel les autres femmes du forill-Club n'avaient eu jusqu'ici que des sourires méprisants.Dans l\u2019après-midi, ils étaient entrés tous deux dans le poste de télégraphie sans fil, installé près de la dunette, et Oscar avait de son mieux démontré le fanctionnement de l'appareil, puis peu à peu la conversation avait pris un autre tour.\u2014Hélas! soupira le bossu, j'ignorerai sans doute toujours ce que c\u2019est que l'affection d\u2019une femme adorée ! Je ne saurai jamais ce que c\u2019est que la tendresse et les câlineries d\u2019une com- \u2018pagne.Quelle est la jeune fille qui voudrait unir son sort à celui d\u2019un misérable bossu?\u2014Ne parlez pas ainsi, murmura Ré- gine profondément émue, vous me faites de la peine! \u2014Je suis laid, chétif, contrefait ! Tout le monde se moque.de moi et personne ne m\u2019aime.\u2014 Voilà qui est faux, par exemple, répliqua vivement la jeune fille, vous êtes adoré de tous vos camarades.Par exemple.croyez-vous que moi je ne vous aime pas?\u2014Oui, je sais, soupira le pauvre Oscar, vous m\u2019aimez comme une amie comme une soeur, mais pas comme je le voudrais.\u2014Je vous assure, mon cher Oscar, que je vous trouve beaucoup de qualités et que j'ai pour vous une réelle affection! Régine en prononçant cette phrase, quelque peu ambiguë, était devenue rose comme urie cerise.\u2014Régine, murmura le jeune homme avec amertume, vous ne Me comprenez pas.Vous avez beaucoup d\u2019amitié pour moi, mais jamais vous ne consentiriez à m'accorder votre main.\u2014Qui sait! murmura la jeune écuyère d'une voix presque imperceptible.Tous deux se regardèrent en silence.Oscar avait pris doucement la petite main de Régine dans les siennes et la jeune fille n\u2019eut pas le courage de la retirer.Mais, à ce moment, le timbre d\u2019appel de l'appareil de télégraphie sans fil se mit à résonner.Oscar et Régine se levèrent précipitamment comme deux écoliers pris en faute, et se hâtèrent de sortir de la cabane pour aller prévenir lord Burydan.L'excentrique accourut en hâte et se rendit à l\u2019appareil, dont il connaissait parfaitement le maniement, Hl æ | je We.mi je te, lie af, 1, | qu | Ce sins ge noe ill aller EN sl ge.Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 Quelques minutes après, il revenait avec une dépêche rassurante que Fred Jorgell et Harry Dorgan venaient de lui expédier de San Francisco.Le yacht \u2018La Revanche\u2019 avait pris la mer dans d'excellentes conditions et, avant son départ, les ingénieurs qui te montaient en avaient soigneusement vérifié la machinerie, les agrès et la coque.Enfin l'équipage.très bien liscipliné.paraissait animé de bonues intentions.Suivant un plan concerté d'avance.on avait répandu le bruit que c'est vers le sud que se dirigeait le yacht; de cette façon l'on avait quelques chances sérieuses d'éviter les complots des bandits de la Main Rou- Lord Burydan s'emnressa de répondre à ce marconigramme, en rendant compte à ses amis de la situation de \u201cI'Ariei\u201d.T leur rappela, qu'ainsi qu'il avait été convenu longtemps à l'avance.il entrevait le lendemain en communication avec le posle saus fil installé à bord de \u201cLa Revanche\u2019, et que celle communiealion une fois établie, les deux yachts échangeraient des nouvelles d'heure.en heure, jusqu\u2019à ce qu'ils eussent opéré leur jone- tion, qui devait avoir liou àun point du Pacifique.exactement déterminé à l'avance.à une dizaine de lieues marines de l\u2019île des Pendus.i \u2014Pourquoi donc.demanda Oscar, n'est-ce pas aujourd'hui même que vous télégraphiez à nos amis de © La Revançhe?\u201d .nN : \u2014J\u2019ai pour cela une raison excellente.En attendant que \u2018La Revanche\u2019 soit beaucoup plus ranprochée de \u201cl\u2019Ariel\u2019.je diminue le risque de voir nos messages interceptés par un des postes installés sur la côte et par suite transmis à la Main Rouge.Il est convenu, toujours pour la même raison, que je ne communiquerai de nouveau avec San Francisco qu'en cas d'absolue nécessité.\u2014S'il en est ainsi, il eût été même plus prudent de ne pas communiquer aujourd'hui.: \u2014C\u2019est juste.Mais avouez que nous aurions bien de la malchance, si notre premier message, qui sera peui- être le seul.tombait entre les mains des chefs de la Main Rouge.Oscar et lord Burydan discutaient encore cetle question en se promenant à pas lents gur le tillac, lorsque la sonnerie du récepteur, retentit de nouveau dans Ja cabine.Lord Burydan s\u2019élança.vaguement inquiet de ce nouvel appel.Il resla plus d'une demi-heure enfermé dans la cabine.Quand il en ressortit, il était très pâle.\u2014 Que se passe-t-il donc?demanda Oscar anxieusement, \u2014~Qelque chose de terrible! La Main Rouge est déjà au courant de nos projets.\u2014 Mais c'est impossible! Comment pouvez-vous le savoir?\u2014Je viens d\u2019intercepter un message.ou plutôt un fragment de message.adressé d\u2019une des stations de la côte à l'Île des Pendus.Vous savez que, quand les ondes lancées d'un poste rencontrent en chemin un autre appareil que celui auquel elles sont adressées, il est très facile à l\u2019opérateur qui se tient à l\u2019appareil intermédiaire de happer, pour ainsi dire au vol, lemes- sage transmis, et cela sans que les correspondants placés aux deux bouts le la ligne puissent s\u2019en apercevoir, C'est ce que j'ai fait.\u2014Eh bien?.\u2014\u2014Voici la phrase.l'unique phrase malheureusement, que j'ai pu surprendre: \u2014 41 \u2014 Voi.14, No 5 Montréal, maf 1921 .Mettre tous forts en état de défense.doubler les sentinelles.faire rondes fréquentes.visiter les torpilles.Tîle des Pendus peut être attaquée.\u2014Que concluez-vous de là?dit Oscar.\u2014Cela est malheureusement trop clair! Les espions de la Main Rouge sont au courant de nos intentions.Au lieu de surprendre la garnison de l'île des Pendus, nous la trouverons sur le qui-vive! \u2014(C\u2019est impossible qu'ils soient si bien informés! \u2014Les faits sont là! Et je m'explique même qu\u2019ils aienl pu deviner notre secret.\u2014Je ne vois pas comment?\u2014Je le vois, moi.Je suis d'autant plus furieux que c\u2019est de ma faute ! N\u2019ai-je pas eu la sottise, lors de mon dernier voyage à New-York, d'\u2019aller prévenir Steffel, le chef de la police, et de lui donner la latitude et la longitude exacte de l\u2019île! \u2014Ge n\u2019est pas lui qui a pu vous trahir.Il a, d\u2019ailleurs, été victimes d\u2019un accident, le jour même de votre visite.Lord Burydan réfléchit.\u2014Qui sait, fit-il, si ce n\u2019est pas pré- oisément parce qu'il en savait trop qu\u2019on l\u2019a fait disparaître.Pour moi.il est évident que c\u2019est Steffel qui nous à trahis! Tout le monde sait, à New- York, que les hauts fonctionnaires de l\u2019administration sont loin d'être incorruptibles! \u2014Ne sriez-vous pas d'avis, dit le bossu, de prévenir immédiatemenl MM.Fred Jorgell et Harry Dorgan?\u2014Non, votre idée ne vaut rien! Mon message serait certainement intercepté.comme l\u2019a peut-être été déjà celui que je viens d'envoyer.Ah! je suis fu- LA REVUE POPULAIRE rieux d\u2019avoir été assez naif pour m\u2019adresser au policier! À ce moment-là, la cloche du dîner se fit entendre.\u2014\u2014Surtout, dit lord Burydan, en se dirigeant avec Oscar vers la salle à manger.pas un mot de tout ceci à nos braves acrobates! Ge serait les décourager inutilement! \u2014Soyez tranquille.mylord, je serai discret! Chacun prit place autour de la table, servie avec autant de luxe que d'abondance, mais les acrobates remarquèrent que lord Burydan paraissait moins gai que de coutume.Le repas se ressentit de ses préoccupations et l\u2019on se sépara de meilleure heure que la veille.Lord Burydan passa une nult très agitée ; levé un des premiers, il se rendit aussitôt à la cabine télégraphique.pour se mettre en communication avec ses amis de \u201cLa Revanche\u2019\u2019, mais à sa grande surprise, il n\u2019obtint aucune réponse.; Après deux heures d\u2019efforts inutiles.il dut y renoncer.En dépit de la beauté du temps et de la puissancr des ondes émises, \u2018La Revanche\u2019 ne donnait pas signe de vie.CHAPITRE II Le courrier Une grande auto stoppa brusquement à l\u2019angle de California et de Montgomery street à San Francisco.Trois gentlemen, mis avec la plus grande élégance, en descendirent et pénétrèrent dans l\u2019imposant édifice qui s'élève à l\u2019angle des deux rues ei qui porte, en gigantesques lettres d'or.cette inscription: \u201cCalifornia Safe Deposit and Trust at 198 ss vor | i diner Lan salle à cià nos deoou- ° se) lily que 3 TE aris- Lame | ation heure \u2018ès ran iq.dir | mi; | wi} ui- gl ne à \u2018qe Si Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 Ge bâtiment, dont les murs ont oinq mètres d\u2019épaisseur et sont bâtis avec de grosses pierres de taille reliées par.des ancres de fer, n\u2019a que de rares fenêtres, grillées d\u2019énormes barreaux d'acier.Les trois gentlemen pénétrérent dans un grand hall, décoré des statues de Crésus et de Plutus, qui faisaient pendants à celles de deux milliardaires californiens, MM.Stanford et Fload.Ils suivirent un couloir à la voûte et aux murs d\u2019acier, au bout duquel se trouvait un bureau, protégé par un grillage solide.Le premier des gentlemen s\u2019approcha du guichet et dit à l\u2019employé, en lui tendant une carte d'identité: \u2014M.lé docteur Cornélius Kramm, de New-York.\u2014Well, sir! répondit l'homme, en tendant par le guichet un jeton de nickel perforé de trois numéros disposés en triangle.Le second gentleman s\u2019ævança alors.\u2014M.Fritz Kramm, de New-York, dit-il.Et comme le premier, il reçut un jeton de nickel.Puis ce fut au tour du troisième, qui déclara se nommer M.Joë Dor- gan, de New-York.Tous trois se trouvèrent dans un large corridor, dont le sol, la voûte et les parois étaient également en acier, et qui était coupé par trois grilles, près de chacune desquelles se tenait un employé, qui vérifia et pointa soigneusement chacun des numéros des jetons de nickel; après ces formalités.qui rappelaient à Fritz Kramm, quoique d\u2019une façon moins originale, le palais-labyrinthe de Balthazar Buxton.les trois hommes furent admis à descendre le gigantesque escalier qui conduisait aux caves de la banque et - point, deux employés, armés d\u2019un trousseau de clefs, se mirent à leur disposition.Les caves monumentales sont entièrement construites en fer et en acier, mais elles sont décorées de statues de chevaliers du moyen âge, aux armures dorées, casque en tête et bouclier au À côté de ces guerriers de bronze, vingt policemen athlétiques, armés jusqu'aux dents, montent nuit et jour la garde dans le couloir extérieur et sont relevés d'heure en heure.Les trois gentlemen s\u2019étaient arrêtés en face de leurs coffres-forts respeo- tifs, qui se trouvaient placés l\u2019un à côté de l\u2019autre, Après avoir ouvert les serrures, les employés se retirèrent, laissant le docteur Cornélius et ses deux compagnons libres de remplir ou de vider leurs coffres-forts.\u2014 (Combien avons-nous en calsse ?demanda Cornélius.\u2014Ghacun trois cent mille dollars environ, répondit Fritz, mais nous n\u2019avons ici, bien entendu, que les sommes provenues de l'affaire Balthazar Buxton.I1 est prudent de ne pas mettre tous nos capitaux dans la même banque.On ne sait jamais ce qui peut arriver.\u2014 Vous parlez d'or, fit le troisième personnage avec impatienoe, mais vous saxez qu'aujourd'hui nous sommes pressés.De combien avons-nous besoin?\u2014Je crois, mon cher Baruch, ou plutôt mon cher Joë8, répondit le doc- teuk avec un ricanement, que trente mille seront suffisants, prenons-en donc dix mille chacun.Les trois associés comptèrent chacun une liasse de bank-notes, qu\u2019ils glissèrent dans leur portefeuille.Dix minutes plus tard, ils remontaient en CE ENTIER | ! hi Vol.14, No 5 LA REVUE + POPULAIRE Montréal, mai 1921 auto et se faisaienl conduire au Palace Hôtel, où ils dinèrent rapidement dans un salon spécial, retenu pour eux à l\u2019avance.Tl faisait presque nuit lorsqu'ils regagnèrent leur voiture, mais cette fois ce fuf pour entreprendre un véritable voyage.Pendant deux heures, ils filèrent à toute allure à travers les routes poussiéreuses de la banlieue de San Francisco.Enfin le chanffeur stoppa dans un lieu absolument désert.C'était à quelques milles du bord de la mer, une lande sauvage hérissée de broussailles,-coupée de mares stagnantes couvertes de roseaux.Tous trois paraissaient parfaitement connaître ce site désolé.Laissant leur chauffeur sur son siège, ils s\u2019engagèrent délibérément dans un étroit sentier qui serpentait entre les mares et les buissons.Le chauffeur.l'Italien Léonello, les suivit quelque temps du regard; mais bientôt, ils se perdirent dans les ténèbres.et, n'ayant sans doute aucune inquiétude sur leur compte.Léonello renra philosophiquement dans l'intérieur de la voiture pour se mettre à l'abri d\u2019une petite pluie fine qui commençait à tomber.Les trois hommes continuaient leur chemin; mais.à quelque distance de l'auto, chacun d'eux avait appliqué un -nasque de caoutchoue sur son visage et vérifié son browning.Le sentier qu'ils suivaien( les mena jusqu'à une excavation profonde.qui paraissait une carrière abandonnée.Ils s\u2019apprétaient à y descendre, lorsqu\u2019un homme se dressa devant eux pour leur barrer le passage; mais Cor- mélius n'eut qu'un mot à prononcer, et l'homme s'effaça respectueusement.IIs dépassérent ainsi sans accident une deuxième, une troisième et une quatrième sentinelle; ils se trouvaient maintenant tout au fond du vaste trou, sans doute creusé autrefois par les mineurs au {emps de la belle époque des \u2018\u2019placers\u2019\u2019.Là, adossée au roc, ily avait une chaumière faite de blocs informes, couverte d'un toit de roseaux.et qui n'offrail d'antre issue qu'une porte basse.Ils poussèrent le loquet et entrèrent; l'intérieur de la cabane présentait plus de confortable qu'on n'eût pu s'y altendre dans un pareil lieu.Un bon feu brûlait dans la cheminée d'argile, el sur une table il y avait deux bougies dans des chandeliers de cuivre.Deux hommes.à la mine farouche, assis de chaque côté du feu sur des escabeaux.se levèrent avec respect à la vue des visiteurs.pour lesquels sans doute ces préparatifs avaient été fails; puis ils se retirérent.Cornélius, Frilz et Baruch s étaient assis en face de la table.Hs étaient à peine installés, que quatre coups, régulièrement espacés, furent frappés à la porte extérieure.\u2014lentrez! cria Cornélius.Une sorte de cow-boy.aux bottes boueuses, à la chemise de flanelle rouge.s'avanca, son large chapeau de feutre à la main.\u2014Mylords, dil-il d'un ton respee- tneux mais sans obséquiosité.voilà la chose.Et il posa eur la table un carré de papier sur lequel élaient tracés quelques signes hiéroglyphiques.Au bas, se voyail une main grossièrement dessinée à l'encre rouge.et dans l'angle de gauche nue main semblable, mais plus petite.* Cornélius et Fritz examinèrent soigneusement le papier.L'homme attendait.\u2014\u2014GC'est trois cents dollars, dit Cor- nélius.fends sil fait pa d qui dai la wl fair sn lui voie Voll.14, No 5 \u2014Trois cents dollars, répéta Fritz.Baruch prit dans son portefeuille trois bank-notes de cent dollars chacune et les tendit à l\u2019homme qui les prit, salua et se retira sans mot dire.Cette scène se renouvela un grand nombre de fois, exactement pareille, à quelques variantes près.Enfin, Cornélius déclara que tous ceux à qui la Main Rouge devait de l\u2019argent étaient payés.\u2014 Alors nous allons partir?dit Fritz.\u2014Pas encore, dit Baruch.Nous attendons des nouvelles importantes.Un quart d\u2019heure se passa.On n'entendait que les huées du vent qui faisait rage sur la mer.Le feu commençait à s\u2019éteindre.Tout à coup on frappa de nouveau à la porte ; l'homme qui entra sur l\u2019injonction dè Cornélius était couvert de boue jusqu\u2019à la tête.Il avait de larges éperons mexicains à ses bottes.Il était facile de voir qu'il venait de faire une longue course à cheval, et son visage ruisselait de sueur et de \u201c pluie.\u2014Mylords, fit-il en se découvrant, voici les lettres.Il déposa sur la table une large enveloppe de toile scellée de cire rouge.Fritz brisa le cachet et retira de l'enveloppe une foule de papiers \u2018de tous les formats.Les uns étaient couverts d\u2019une écriture fine et serrée, les autres ne portaient que quelques mots péniblement tracés au crayon.Il y avait, dans ce tas de paperasses, plusieurs lettres et plusieurs télégrammes non décachetés.Silencieusement, les trois lords de la Main Rouge se mirent en devoir de trier cette masse de documents; c\u2019étaient les rapports de tous les espions de l\u2019Association dans la région ; ils étaient concentrés entre les mains LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 d'hommes sûrs, qui les faisaient parvenir dirctement aux chefs suprêmes.Jetant au feu les choses insignifiantes, ils mettaient soigneusement de côté les messages intéressants, et quand ils en trouvaient un plus important que les autres, ils se le communiquaient immédiatement.Ils étaient presque arrivés à la fin de ce travail, lorsque Baruch mit la main sur un billet d\u2019une maladroite écriture féminine et qui ne portait pour signature qu'un D majuscule.\u2014Diable, fit-il en passant le billet à Cornélius, voilà qui est grave! Il paraîtrait que Paganot et Ravenel connaissent exactement la situation de I'ile des Pendus.Ils n\u2019auraient ajouté aucune créance au message trouvé dans la bouteille, et s\u2019ils nous laissent croire qu\u2019ils se dirigent vers le sud, ce n'est que pour nous donner le change! \u2014 Mais d\u2019où vient ce renseignement?demanda Fritz.Voilà qui va modifier notre plan! \u2014I1 nous parvient d\u2019une gitane nommée Dorypha, une danseuse qui est l\u2019amie d\u2019Edward Edmond, l\u2019homme de confiance du milliardaire Fred Jorgell.Elle nous est toute dévouée.Et, d\u2019après le conseil de Slugh, elle est entrée comme femme de chambre au service des deux Françaises pour toute la durée du voyage.\u2014On peut ajouter confiance à ses affirmations?demanda Baruch.\u2014Je le crois.Tout en parlant, Cornélius avait décacheté deux des télégrammes.Il eut tout à coup un murmure de mécontentement.\u2014C'est complet! grommela-#-il.Ce fameux lord Burydan, qui ne donnait plus signe de vie et que nous croyions reparti pour l'Angleterre, a.lui aussi, équipé un yacht à destination de l\u2019île Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE os Pendus.II emmène avec lui le Peau-Rouge Kloum et ce damné bossu qui nous a tant de fois mystifiés; les renseignements viennent de Vancouver.Nos agents n'ont été prévenus que trop tard.Lord Burydan a mis à la voile hier soir.Nous ne pouvons nous opposer à son départ et.ce qui est grave dans cette affaire, c'est que son équipage.\"ecrulé avec grand mystère, ne renfernie pas un seul des membres de l\u2019Association! \u2014-Cela devient sérieux.Baruch.Les trois bandits se regardèrent un instant avec une sorte de consternation.Ce fut Cornélius qui, le premier.recouvra sa présence d\u2019esprit.\u2014Un peu de calme, fit-il.ne nous affolons pas.Rien n\u2019est encore perdu! Il s'agit d'examiner froidement la situation.\u2014 I faut.dit Fritz, prendre des mesures! .\u2014Elles sont tout indiquées! Je vais, dès ce soir.expédier à la garnison de l\u2019île l'ordre de se tenir sur le qui-vive.Lord Burydan a beau être rusé.il faudra toujours bien que.pour aborder dans nos possessions.il franchisse la ceinture de torpilles qui entoure l\u2019île.D'un autre côlé, que la \u201cRovanche\u2019 se dirige vers le sud ou vers le nord il n'en reste pas moins acquis que presque fout son équipage nous est dévoué, corps et âme.Vous voyez.en y réflc- chissant bien, que le péril n'est pas si murmura grave qu il nous a paru tout d'abord.- \u2014On pourrait, proposa Fritz.lancer à la poursuite de Burydan le vacht de la Main Rouge! \u2014Je ne suis pas de ton avis, riposta Cornélius.Notre navire à nous n'est pas muni des chaudières à pétrole inventées nar Harry Dorgan.et il arriverait beaucoup trop lard.D'ailleurs, je ne crois pas prudent, en ce moment-ci, d'attirer l\u2019attention sur notre yacht! \u2014 Quelle décision.demanda Baruch, allons-nous prendre au sujet de Fred Jorgell et de sa bande?\u2014Laissons, pour le moment, Fred Jorgell tranquille, dit Cornélius.Ni lui.ni son futur gendre Harry, ni sa fille Isidora ne font partie de l\u2019expédition dirigée contre nous.Nous nous occuperons d\u2019eux plus tard, quand nous serons débarrassés des Français.\u2014En somme.il n'y a a bord de la \u201cRevanche\u2019\u2019.remarqua Fritz, que Pa- ganot.Ravenel, leurs fiancées.Andrée de Maubreuil et Frédérique Bondon=- nat.et cet autre Français.Agénor Marmousier.qui à aidé Burydan à s'évader du \u2018\u2019Lunatic-Asvlum\u201d.\u2014I1 me semble.déclara Cornclius, que pour ces \u2018ing personnèges, il n'y a pas d\u2019hésitation à avoir! Il v a assez longtemps qu'ils embar-assent notre route.Il faut en finir avec eux.une fois pour toutes.Baruch s'étail levé.cn proie à une singulière émotion.\u2014Permettez-moi.fit-il.de donner mon opinion personn lle sur la question.Je Tiendrais beaucoup à ce qu\u2019Andrée de Maubreuil fût sauvée! \u2014 Vous êtes amoureux décidément, mon cher.ricana Fritz.Vous ne pourrez done jamais surmonter cette faiblesse?Baruch lui riposta avec aigreur: \u2014\u2014C'est bien à vous de parler.quand il y a huit jours à peine.vous avez mis en péril l'Association et compromis ses intérêts en vous amourachant d'une aventurière italienne, \u2018qui s\u2019est moquée de vous de la plus belle ma- niere.Il ne s'en est pas fallu de beaucoup que Lorenza, la guérisseuse de perle=, ne vous envoie siéger\u2014et nous \u2014 46 \u2014 Montréal, mai 1921 mp à fin Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1931 aveo vous!dans le fauteuil d'électrocution! \u2014Laissons de côté cette sotte histoire, murmura le marchand de tableaux d\u2019un air mécontent.Remarquez d\u2019ailleurs que je me suis tiré de ce mauvais pas avec un remarquable sang-froid.\u2014J1 faut absolument, reprit Baruch, qu\u2019Andrée de Maubreuil soit exceptée du masacre, et cela non seulement parce que je me suis juré qu'elle serait à moi, mais parce que mon union avec elle est la base d\u2019un projet que je vais vous exposer.\u201cSupposons les autres Français disparus.Je sauve Mlle de Maubreuil, je me réconoilie avec mon frère Harry.et je vais délivrer moi-même le vieux.Bondonnat, qui alors sera forcé de se montrer plein de gratitude à mon égard.\u2014Je ne vois pas où vous voulez en venir?dit Cornélius.\u2014 Patience! Bondonnat n'ayant plus d'autre famille qu\u2019Andrée, qui est sa pupille, la fera son héritière.Et nous serons ainsi, sans violence et d'une façon toute naturelle, possesseurs de toutes les découvertes du vieux savant! Mon plan est grandiose ! Il ne nous restera plus ensuite qu\u2019à nous débarrasser d\u2019Isidora et d\u2019Harry, puis, plus tard, de Fred Jorgell et de William Dorgan, pour concentrer entre nos mains deux ou trois trusts et .autant de milliards! \u2014Oertes, s\u2019écria Cornélius, le projet est admirable ! Mais il est audacieux! Pour ma part, je ne vois pas grande objection à y faire.\u2014Permettez, protesta Fritz, n'est- il pas à craindre que Bondonnat reconnaisse Baruch.qu'il a entrevu dans sa nouvelle personnalité de Joë Dorgan lors de l'enlèvement en aéro- plame.Baruch haussa les épaules.L'argument ne tient pas debout, fit-il, Bondonnat m\u2019a à peine entrevu dans un moment où il était beaucoup trop ému pour prêter attention à ma physionomie.D'ailleurs, j'ai beaucoup changé depuis! Et il suffira d\u2019une légère modification \u2014par exemple, de laisser pousser mes moustaches \u2014 pour dérouter les souvenirs du bonhomme; puis il est absolument impossible qu\u2019il s\u2019avisede reconnaître dans le fils du milliardaire Dorgan, dans l\u2019homme qui l\u2019aura arraché aux bandits de la Main Rouge, celui-là même qui l'a conduit à l\u2019île des Pendus.Cornélius approuva cette façon de voir, et Fritz lui-même finit par se rendre à ses raisons.Le nouveau plan élaboré par Baruch était aussi ingénieux qu\u2019il était hardi.Les trois bandits convinrent donc qu\u2019il serait suivi de point en point.\u2014Seulement, conclut Cornélius en se levant après avoir jeté au feu le restant des papiers, il faut nous hâter.\u201cLa Revanche\u2019 doit prendre la mer un peu après minuit, et j'ai rendez-vous avec Slugh vers dix heures et demie, à la bodega du \u2018\u201c\u201c Vieux-Grillage \u2019\u2019.C\u2019est là qu\u2019il doit prendre nos dernières instructions.Les trois bandits s\u2019empressérent de sortir.Un quart d\u2019heure plus tard, ils remontaient dans leur automobile, qui filait en quatrième vitesse dans la direction de San Francisco.CHAPITRE III Une soubrette compromettiante \u201cLa Revanche\u2019 était un magnifique navire d'un tonnage presque double de celui de \u2018\u201cl\u2019Ariel\u2019.Edifié d'après \u2014 47 \u2014 ptétiesta els deze) Vel.14, No 5 RELI re LA REVUE POPULAIRE les plans de l'ingénieur Harry Dorgan, encore améliorés par Roger Ravenel et Antoine Paganot, il était muni d'une coque en nickel extra légère et de chaudières au pétrole qui lui permettaient d'atteindre une prodigieuse vitesse.Il était, en somme, construit d\u2019après le même système que lès paquebots éclairs de la Compagnie fondée par Fred Jorgell et qui faisaient en .quatre jours la traversée de New- York au Havre, il était armé de canons de soixante millimètres à frein hydro-pneumatique du modèle le plus récent; enfin, il possédait un tube lance-torpilles.Il comptait cent cinquante hommes d'équipage, pourvus de carabine Winchester à répétition.Fred Jorgell avait surtout tenu à ce que les matelots de \u2018\u2018 la Revanche\u201d eussent servi comme soldats ou comme marins de I'Etat, et il avait recommandé à Edward Edmond, spécialement chargé de l\u2019embauchage, de recruter de préférence des hommes qui auraient déjà assisté à une guerre, comme, par exemple, l\u2019expédition des Îles Philippines.Malheureusement, Edward Edmond n'avait eu aucune difficulté à concilier les recommandations du milliardaire et les ordres de la main Rouge.La plupart des hommes qu'il avait engagés, et qui pouvaient montrer des certificats de présence au corps, appartenaient à la redoutable Association.Quant au capitaine.ce n\u2019était autre que Slugh, l\u2019ex-tramp, l\u2019homme de confiance de Cornélius, l\u2019ancien gou- =erneur de la garnison de I'ile des Pendus.L\u2019audacieux bandit, qui avait navigué dans sa jeunesse a bord d'un brick de pirates, avait suffisamment de connaissances nautiques pour diriger un navire; d\u2019ailleurs, il s'était adjoint, en qualité de second, un loup de mer expérimenté, un fin matelot, en la personne du capitaine Christian Knox, le vieux forban avait fini par se décider à accepter les brillantes propositions qui lui étaient faites et, en modifiant sa coupe de barbe et en s\u2019affublant de lunettes, il s\u2019était suffisamment \u2018\u201c\u2018camouflé\u201d pour n'être pas reconnu des jeunes filles, qui lui avaient vu apporter.à Golden-Cotta- ge, la fameuse bouteille trouvée au fond de la mer.Slugh, pour arriver à çe résultat, avait présenté à Fred Jorgell des certificats de premier ordre, et Edward Edmond avait enlevé l'affaire en déclarant qu\u2019il la connaissait personnellement.Slugh, d\u2019ailleurs, avait complètement modifié\u2014lui aussi\u2014son aspect physique.Il s\u2019était débarrassé de sa longue barbe de chemineau, pour ne conserver qu'une touffe de poils à la partie inférieure du menton, à la mode yankee.Son visage, aux traits anguleux et rudes, sa peau tannée par le grand air et le soleil, lui donnaient tout à fait les apparences d'un capitaine de marine un peu brusque mais loyal; sa carrure imposante se dessinait sous un superbe uniforme bleu à galons dorés, et il avait, ma foi, fort bonne mine.On voit combien avaient été terribles les conséquences de la trahison d\u2019Edward Edmond; sur cent cinquante hommes de l'équipage.cent vingt appartenaient à la Main Rouge.Comme Slugh l'avait dit à Cornélius quelques heures avant le départ, il n\u2019aurait qu'un geste à faire, qu\u2019un doigt à le- -\u2014 48 \u2014 ° ERS EEE Montréal, mai 19291 | ity yy dE lip Sn age A i 0 \u201cat i i ==, Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Moiftréal, mai 1921 ver, pour se trouver entièrement mai- tre du yacht.\u201cLa Revanche\u2019 appartenait à la Main Rouge, depuis le capitaine jusqu\u2019au chauffeur, en y comprenant même le maître d'hôtel et le cuisinier, et jusqu\u2019à l'employé, spécialement embauché, qui devait faire fonction - ner l'appareil de télégraphie sans fil.Edward Edmond avait eu l\u2019imprudence de faire engager la gitane Do- rypha, sa maîtresse, comme femme de chambre, au service d'Andrée de Mau- breuil et une petite Eeossaise, nommée Ketty, cousine éloignée de mistress Mac Barlott, remplissait les mé- mes fonctions auprès de Frédérique.L'Irlandais avait eu, d\u2019abord, beaucoup de peine à décider la danseuse à remplir un pareil rôle, puis, finalement, l\u2019imprévu de l'aventure avait triomphé de ses hésitations.D\u2019ailleurs Edward Edmond et Slugh lui-même lui avaient fait de magnifiques promesses ; Dorypha s\u2019était rappelée qu'elle avait été autrefois, à Grenade, au service de la femme d'un \u2018\u2019corre- gidor\u201d, et il lui avait paru amusant de jouer de nouveau ce rôle.Sur la recommandation d\u2019Edward Edmond, la gitane avait tout de suile été acceptée, et cela d'autant plus aisément, que toutes les filles de servi- co auxquelles on s'était adressé avaient refusé neltement de s engager dans une expédition aussi mystérieuse et qui ne paraissait pas sans danger.Dorypha était une comédienne admirable.Laissant de côté les toilettes tapageuses, les audacieux décolletés et l'effronté maquillage, elle avait revêtu un costume tailleur de drap noir, d\u2019une coupe sévère.el ses beaux cheveux blonds se cachaient sous un bonnet tuyauté, qui lui donnait une petite mine hypocrite et puritaine des plus réjouissantes.Trouvant le nom de Dorypha t{rop compromettant, la gitane s'était présentée sous celui de Mercédès.Andrée l\u2019avait acceptée de confiance, tout en remarquant qu'elle avait l'air très déluré.« \u2014Cette Mercédès ne semble pas avoir froid aux yeux, avait-elle dit.\u2014De fait, avait ajouté'le naturaliste Ravenel, elle a des yeux qui brasillent comme des charbons d'enfer sous ses grands cils de velours noir.Mais la gitane, souple, câline et prévenante, pleine d'attentions pour sa maîtresse qu'elle avail prise en amitié, n'avait pas tardé à faire oublier cette première impression; elle s\u2019acquittait de son service avec une habileté exemplaire, et sa gaieté, son air bon enfant, l'avaient rendue sympathique à tout le monde.On n'avait, d\u2019ailleurs.aucun reproche à lui faire sur sa tenue et sa conduite.Et, dans ce milieu d'intellectuels d'une urbanité raffinée, cette fille du ruisseau, élégante d\u2019instinet et de race, trouvait moyen de ne pas faire tache.Dorypha, répétons-le, était une comédienne admirable.Nul ne se fût douté que celte soubrette, au sourire fripon, qui apportait d\u2019un air modeste et respectueux le chocolat ou le courrier de ces demoiselles sur ur plateau d'argent, était la même effrontée drôlesse que l'on avait vu lever la jambe dans les bouges à matelots, el balancer sa croupe comme une pouliche du hat de Cordoue.À bord de \u2018\u2018La Revanche\u201d, l\u2019installation des passagers était luxueuse et les cabines confortables.Dès le premier jour de la traversée, Andrée et Frédérique pensèrent que le voyage pi Bt i 8 i le ; Vol.14, No § * serait des plus agréables.Grâce à \u2018l'armement formidable du yacht et à la collaboration de lord Burydan, elles regardaient la délivrance de M.Bon- donnat comme une chose oertaine.Il leur paraissait impossible que la garnison de l'île des Pendus pût faire une résistance sérieuse et.pour elles, l\u2019expédition s\u2019annonçait comme une véritable partie de plaisir.L'ingénieur Paganot, le naturaliste Ravenel et le poète Agénor n'étaient pas loin de partager cette manière de voir.Comment auraient-ils eu quelque chose à redouter sur ce beau navire, si formidablement armé, qui, sous un ciel bleu, par un soleil magnifique, fuyait à toute vitesse sur la calme surface de l\u2019océan Paoifique.Rien qu'à voir les faces basanées des hommes de l'équipage, qui, dans leurs uniformes neufs, avaient l\u2019air de vieux braves, d\u2019honnêtes héros blanchis dans les combats, ils se sentaient rassurés.\u2014Ce sont de solides gaillards, répétait Paganot.\u2014Très solides! ajoutait Agénor.\u2014FEt je crois qu\u2019on peut avoir con- flance en eux à tous les points de vue, concluait le naturaliste Ravenel.Les trois Français commettaient là une lourde erreur, mais comment auraient-ils pu soupçonner qu'ils étaient victimes d\u2019une pareille machination ?Leur confiance était telle, qu'ils s'en remettaient entièrement à l'honnête capitaine Slugh, qui, admis à leur table, charmait tout le monde par ses pittoresques anecdotes, aussi bien que par son robuste appétit.Il arrivait bien quelquefois que le capitaine laissât échapper quelque expression crapuleuse, mais on mettait cela sur le compte de \u201cla rude fran- LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 192% chise\u2019\u2019 particulière aux vieux loups de mer.Un fait qui eût dû éveiller les soupçons des deux ingénieurs, c'était la taciturnité subite du capitaine, sitôt que la conversation tombait sur quelque question technique.Slugh savait bien conduire un navire par routine, à la façon des pirates et des marchands de copra des îles de corail, mais il se fût embrouillé tout de suite si on l'avait poussé à fond au sujet de la latitude, et il eût été parfaitement incapable, à lui tout seul, de relever le point pour établir la situation exacte du bâtiment.C\u2019était le capitaine Knox qui se chargeait de ce soin et lui remettait chaque jour les chiffres exacts de la longitude et de la latitude, relevés sur les feuilles de son carnet.D'ailleurs.Slugh n'avait manifesté aucun étonnement, et pour cause, lorsqu'une fois en dehors de la rade de San Francisco, l\u2019ingénieur Paganot, délégué officiel de Fred Jorgell, avait donné l\u2019ordre d'orienter le navire vers le nord.Le premier jour de la traversée, l'ingénieur commanda au télégraphiste d'entrer en communication avec le poste de San Francisco pour annoncer à Fred Jorgell et à Harry Dorgan que tout allait bien ; au bout de peu de temps, l'employé vint apporter la réponse du milliardaire, qui faisait les meilleurs voeux pour le succès de ses amis.Mais, dans la même journée, des matelots, en abaissant très rapidement une vergue, s'y prirent avec une telle maladresse, que l'énorme pièce de bois vint frapper obliquement la cabine vitrée où se trouvaient les appareils et les faussa presque tous.Les Français n\u2019attachèrent pas une importance par trop grande à cet ao- wy \u2014 \u201cte, i ile nd \u2018il { iti 1 hw |e \u2018ait | md \u201caval qu rang dell: kW EX { sit oa Er leur à \u201cqu 4 Don § al tla on 1 mg von Do Fil ity \u2018nil Lu ni an ME, {uel in ily ell \\ \u201cka de * oe hy ul \u2014> had lt Je 500 lié hu Cf fou rp |A ; Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 cabine voisine et qui se poursuivait avec de grands éclats de voix, mais elles n\u2019arrivaient qu\u2019à saisir des bribes de phrases et des mots entrecoupés.Au moment où la gitane se préparait à passer les botueilles de vin dont elle avait parlé à Andrée de Mau- breuil, elle s'était sentie brusquement saisie par les épaules, elle s'était retournée et elle s\u2019était trouvée en face de l\u2019Irlandais qui, furieux de se voir abandonné, n'avait cessé de l\u2019espionner depuis la veille.\u2014Je t\u2019y prends! ricana le misérable, c\u2019est toi qui fournis des vivres aux gens des cabines.Je vais prévenir tout le monde de ta trahison! La gitane se débattait comme une hyéne pour s\u2019arracher a l\u2019étreinte de I'Irlandais; comme il ne la lâchait pas assez vite, elle jo planta dans les joues les ongles de ses dix doigts,- le sang coula.Edward, furieux, hors de lui, criait de toutes ses forces: \u2014A moi, Slugh! A moi, ceux de la Main Rouge! Vous êtes trahis! ,.Au secours!.Venez vite!.\u2014Te tairas-tu, vile crapule !.gronda la gitane qui, d'une main im» patiente et fiévreuse, oherchait son poignard.La lutte entre Dorypha et son ex-ami se continuait, implacable et sourde, dans les ténèbres de la cabine.Mais les eris de l'Irlandais avaient été entendus.Aux mots de Main Rouge et de-trahison, tout le monde fut sur pied en un clin d'oeil.L\u2019électricité fut rallumée et les gens de la bande du capitaine Knox arrivèrent sur le pont au moment même où les partisans de Slugh commençaient à faire manoeuvrer les palans qui retenaient la grande chaloupe sur ses portemanteaux.7 N Ce fut de part et d\u2019autre une explosion de rage.i \u2014Personne ne touchera à cette chaloupe, déclara Christian Knox.Elle appartient au batiment et ¢\u2019est moi, le capitaine, qui ai seul le droit d\u2019en disposer.\u2014Le seul oapitaine ici.c'est moi! hurla Slugh, se départant pour une fois de son flegme habituel.Un peu de nerf, vous autres, dit-il à ses hommes, n\u2019écoutez pas ce qu'il vous chante et halez ferme sur les palans! \u2014Je défends qu'on touche a cette chaloupe, cria Knox, en faisant jouer le déclic d\u2019un gros revolver.\u2014-On y touchera si l\u2019on veut! répliqua Slugh, en exhibant à son tour un énorme browning.\u2014C\u2019est ce que nous allons voir! \u2014C'est tout vu! Slugh, d\u2019un geste rapide, avait pressé la gâchette de son arme avant que Knox eût eu le temps de se mettre en défense.-Le vieux pirate tomba comme une masse, la poitrine trouée d'une balle.Il avait été atteint en plein coeur, tué net.\u2014Voilà comment je traite les ennemis de la Main Rouge, s'écria Slugh d'un air terrible; et maintenant, à qui le tour?Personne ne broncha et ce fut au milieu d\u2019un profond silence que Slugh ordonna: \u2014Vous autres.laissez cette embarcation tranquille! Ce n\u2019est plus la pei- \u201cne; maintenant que ce chenapan a cassé sa pipe, j'espère que tout le monde ici va marcher droit.Il n\u2019eut pas le temps d'achever sa phrase.Une gerbe de flammes venait de jaillir des cabines de l'arrière, illuminant tout le navire d'une lueur sanglante, Voi.14, No 5 nu \u2014By God! jura le bandit.Le feu que j'avais oublié! J\u2019ai dû mal caleu- ler la longueur de la mèche! Mais, vite, que quelqu\u2019un aille éteindre le foyer de l\u2019avant, près de la soute aux poudres, \u2014La soute aux poudres! Ces mots terriblés donnèrent des ailes aux moins ingambes; en un clin d'oeil, dix matelots, armés de seaux d\u2019eau, se ruaient dans l\u2019entrepont et arrivaient juste à temps pour éteindre la mèche du second foyer d\u2019incendie.Les autres, Slugh en tête, couraient du côté des cabines d\u2019arrière, dont le bois résineux, couvert d\u2019une épaisse couche de peinture, brûlait aveo de sinistres crépitements.Du milieu des flammes on entendait s'élever des cris de femmes, Slugh, que son sang-froid n\u2019avait pas abandonné une minute, ordonna de faire jouer les pompes et bientôt des torrents d'eau tombèrent au mi- leu du brasier.Mais le feu, qui trouvait un aliment dans une foule de matières éminemment combustibles, ne paraissait pas diminuer d'intensité.On entendait les cris déchirants des Français, grillés vifs dans leurs cabines, Slugh lui-même, par une contradiction qu\u2019un psychologue se chargera d'expliquer, était sincèrement ému et donnait des ordres pour activer le sauvetage des passagers.Il voulait bien assassiner ces jeunes gens, qui ne lui avaient jamais fait de mal, mais 1] ne voulait pas les faire rôtir à petit feu, cela n'était pas dans ses ordres.Disons-le, tout l\u2019équipage, armé de seaux, de haches et de barres de fer, travaillait avec ardeur.Un cri immense s\u2019éleva de toutes les poitrines, lorsqu'un homme, aux vêtements en cendres, à la barbe brû- LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 lée, apparut au seuil d\u2019une des cabines.C'était le poète Agénor, qui venait d\u2019arracher aux flammes la petite femme de chambre écossaise.Presque au même moment, Roger Ravenel, tenant dans ses bras Frédérique, tombait évanoui entre les mains des matelots qui se portaient à spn secours.Un peu après, l\u2019hercule aux bras tatoués, Pierre Gilkin lui-même, retira des flammes le corps inanimé de l'ingénieur Paganot.On lui prodigua toutes sortes de soins, mais dès qu\u2019il eut ouvert les yeux, il poussa des cris déchirants : \u2014Andrée, où est Andrée, je veux la sauver! Mais le malheureux, les mains et le corps atrocement brûlés, était incapable de faire un mouvement.\u2014Andrée, répétait-il, sauvez Andrée! A ce moment, Dorypha, la gitane, fendit la foule des matelots.Après une longue lutte, elle avait enfin réussi à terrasser Edward Edmond et à lui glisser son stylet entre deux côtes.Elle souriait, heureuse.\u2014C'est moi qui sauverai Mlle de Maubreuil, s\u2019écria-t-elle, et, s'emparant d'un caban de matelot, elle le trempa dans un seau d\u2019eau et le jeta sur ses épaules, puis, sans hésitation, elle se lança au milieu des flammes.Pendant dix secondes il y eut un silence de mort.On n'entendait que le crépitement de l'incendie et le sifflement de l'eau immédiatement volatilisée au contact des charbons ardents.Dorypha avait disparu derrière le rideau des fumées rousses, pailletées d\u2019étincelles.\u2014Elle ne reviendra pas, cria une voix dans le silence de la foule haletante, i | H by ir += n te B ge i il i Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mal 1921 \u2014Qui a dit cela ?s\u2019écria Pierre Gilkin.Je vais aller la chercher, moi! Bousculant tous ceux qui voulaient le retenir, l\u2019hercule s'avança vers le brasier, mais au moment où il allait y pénétrer, Dorypha reparut, portant sur sont épaule, eritortillé dans le vêtement mouillé dont elle s\u2019était munie, un corps inerte.Il y eut une acclamation générale.\u2014Vive la Dorypha! Tous s\u2019empressaient pour la voir, pour la débarrasser de son fardeau et, et, en cet instant, elle eut fait ce qu'elle eût voulu de tous ces hommes.Andrée de Maubreuil avait été déposée sur la couchette d\u2019une des cabines des.gens de service.L'ingénieur Paga- not lui prodigua les soins les plus dévoués, bien qu\u2019il souffrit lui-même de cruelles brûlures.Il avait avalé en hâte une gorgée de whisky, et une sorte de fièvre l'empêchait d'avoir conscience de la douleur cuisante qu'il éprouvait.Andrée de Maubreuil, dont la cabine se trouvait toute proche de la cloison étanche, n\u2019avait presque pas souffert du féu, mais au moment où la danseuse l'avait saisie, elle était déjà à demi asphyxiée.L\u2019ingénieur, auquel s'étaient joints Agénor et le ndturaliste, maintenant rassuré sur le compte de Frédérique, appliquèrent à la jeune fille l\u2019énergique traitement usité en pareil cas.On pratiqua les tractions rythmées de la langue et la respiration artificielle.et Dorypha, dont la blonde chevelure avait été seulement un peu roussie, fit preuve envers son ex-maîtresse d\u2019un dévouement infatigable, mais ce ne fut qu'après deux heures «de soins qu'Andrée put être considérée comme hors de danger, À ce moment, les matelos étaient maîtres de l\u2019incendie, dont l\u2019eau seule n'eût pas eu raison, mais qui avait fini par céder devant les bombes extinctrices dont Pagänot avait heureusement emporté une provision.Les luxueuses cabines de l'arrière, la salle à manger, les salons avaient été complètement déturits.Il n\u2019en restait que des poutres noircies et à demi calcinée.Encore était-ce une chance inouïe que le feu n\u2019eût pas atteint les réserves de pétroles destinées aux machines du bord et qui ne se trouvaient qu\u2019à peu de distance de là.Ce drame avait été si rapide, que c\u2019est à peine si les Français, un peu révenus à eux-mêmes, commençaient à se rendre compte de l\u2019épouvantable danger qu\u2019ils venaient de courir.Do- rypha les mit au courant, sans oublier de faire un éloge très senti de son nouvel amoureux, Pierre Gilkin.\u2014I] faut absolument.dit tout à coup l'ingénieur, que je parle à Slugh.Maintenant qu\u2019il à reconquis toute son autorité, j'espère que les choses vont changer d'aspect.\u2014Je vais avec vous, dit Agéhor.Tous deux s\u2019avancèrent dans le couloir qui séparait les cabines, mais là ils se heurtèrent à deux matelots qui montaient la garde, la carabine sur l'épaule et la baïonnette au eanon.\u2014\u2014On ne passe pas! cria l'un d'eux aux Français.-\u2014\u2014Mais je veux voir le capitaine, dit Agénor.\u2014On ne passe pas.Rentrez, ou je fais feu.Du seuil de la cabine, Dorypha avait assisté à cette scène.\u2014Caramba! s\u2019écria-t-elle, nous allons voir si je ne vais pas passer, moi] Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 Elle marcha hardiment vers le matelot et se campant effrontément en face de lui: \u2014C\u2019est vrai que tu veux m\u2019empé- cher de passer?fit-elle.\u2014Mes ordres ne vous concernent pas, répondit l\u2019homme.\u2014C\u2019est bien heureux! Mais à tout à l\u2019heure, je vais revenir.Son absence fut assez longue.Quand elle se présenta de nouveau à l\u2019entrée du couloir, elle était accompagnée de Pierre Gilkin et de cing ou six de ses plus robustes camarades.Slugh vehait à quelque distance en arrière, l\u2019air mécontent.Les deux sentinelles de la Main Rouge cédèrent la place sans difficulté.\u2014Désormais, dit la danseuse aux Français, ce sont mes amis qui se chargent de veiller à votre sûreté.Vous allez vous installer le plus confortablement possible dans les cabines vides, et je vous jure, foi de gitane, que vous ie manquerez de rien! \u201cLe capitaine Slugh a compris que, s\u2019il voulait faire le méchant, les amis de Pierre Gilkin, réunis aux anciens partisans du capitaine Knox, ne le laisseraient pas longtemps tranquille.Il a été convenu que Slugh nous débarquerait au premier port où nous voudrons atterrir.Après, lui et ses hommes iront au diable, s\u2019ils veulent, avec \u2018La Revanche\u2019\u201d.Voilà le seul moyen que j'aie trouvé d\u2019arranger les choses.\u2014 Nous ne demandons rien de plus, répondit l'ingénieur Paganot, parlant eu nom de ses amis: pourvu que nous soyons en sûreté avec les jeunes filles qui nous sont confiées.\u2014De cette façon, fit Slugh, avec son sourire de bonhomie auquel personne ne se laissait plus prendre, tout le monde sera content.Le bandit dissimulait mal son ironique satisfaction.Une heure auparavant, grâce à la collaboration des deux plus anciens matelots du bord, il avait relevé la position exacte de \u2018\u2018La Revanche\u201d et ordonna au timonier de mettre le cap vers le nord.\u2014Dans deux ou trois jours, songeait- il, nous serons arrivés à l\u2019île des Pendus.Ma mission sera remplie.Je mettrai à terre les Français et leurs petites bonnes amies, et les lords de la Main Rouge en feront tout ce qu\u2019ils voudront.Pour moi, je m\u2019en lave les mains! Je crois que, dans des circonstances aussi difficiles, je n'ai pas mal mené ma barque.Les Français se trouvaient hors d\u2019état de déjouer une pareille ruse.L\u2019incendie les avait privés des instruments nécessaires pour relever la position du yacht.puis ils étaient complète- mes} absorbés par les soins que nécessitait 1'état de Frédérique et surtout celui d\u2019Andrée.Enfin, ils avaient con- flance dans la protection de Dorypha, qui avait été pour eux comme un bon génie.Après tant de péripéties, la traversée leur semblait devoir s\u2019achever dans les conditions les plus paisibles.\\ DEUXIEME PARTIE LA CROISIERE DU GORILL-CLUB CHAPITRE PREMIER La dynamite Un petit navire à la .caréne peinte en noir, aux formes lourdes, à l\u2019arrière duquel flottait le pavillon tricolore Vol.14, No 5 du royaume de Hollande, était amarré dans le port de Wladivostok, mais à une distance respectable des autres navires.Grâce à un plancher mobile, le pont du hollandais était presque de niveau aveo le quai, et c\u2019est sur ce plancher, où avaient été disposés des rouleaux, qu\u2019une douzaine «de coolies chinots, surveillés par une escouade de cosaques, embarquaient avec une extrême lenteur et d'infinies précautions des caisses carrées de dimensions moyennes, mais d'un très grand poids.Sur le pont du navire, le capitaine, un jovial compagnon à longue barbe blonde, veillait en prsonne à l\u2019arrimage des précieuses caisses.On s'expliquait que tant de soins eussent été pris, en lisant en grandes lettres noires sur les planches de l\u2019emballage l'inscription suivante, surmontée des armes de la Russie: Manufacture impériale de Russie.Cartouches de dynamite à usage des mines.Fragile, craint les chocs et la chaleur.Le redoutable explosif, que les cosaques avaient amené dans un wagon spécial, était destiné aux chercheurs d\u2019or du Klondyke, qui, dans leurs travaux, en font une grande consommation, et les caisses qui le contenaient étaient plombées et scellées du sceau impérial.Depuis plusieurs mois déjà, le capitaine du vapeur \u2018la belle Dorothéa\u201d faisait le voyage de Wiladivostok au Klondyke et, comme on peut le supposer, il demandait un fret très élevé pour le transport d\u2019une marchandise à ce point dangereuse.Aussi, bien qu\u2019il ne prit jamais qu\u2019un chargement très peu considérable, il avait pu réaliser de sérieux bénéfices sans qu'il lui fût jamais arrivé aucun accident.\u2014 75 \u2014 Pa \u201d LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 D'un tempérament très flegmatique, en bon Hollandais qu\u2019il était, le capitaine Wilhelm Van Blook dormait sur ses deux oreilles, à côté d'une masse de dynamite capable de faire sauter une douzaine de villages, et il ne se privait même pas de fumer sa pipe dans le voisinage des redoutables caisses\u2018 arrtmées à l'avant, le plus loin possible des machines et de la cuisine.Quand on le félicitait de n'avoir jamais eu d\u2019acotdent, il ne manquait pas de répondre facétieusement: \u2014S'il y avait un accident, pensez- vous, ce ne serait pas un petit accident.\u201cLa Belle Dorothéa\u201d sauterait comme une pelure d\u2019oignon; il n\u2019en resterait pas seulement un morceau de la grosseur de ma pipe.Il riait à gorge déployée, enchanté de cette plaisanterie qu'il rééditait au moins deux ou trois fois tous les jours.Malgré cette apparente nonchalance, Wilhelm Van Blook se montrait pourtant très prudent, ne permettant de fumer à personne\u2014sauf à lui-mê- me\u2014et veillant à ce que dix hommes de garde, qui se relayaient de deux heures en deux heures, demeurassent nuit et jour à proximité des précieuses caisses.Cependant, les coolies avaient terminé leur besogne et, après avoir touché le rouble d\u2019argent par homme qui leur avait été promis, ils s\u2019éloignaient en toute hâte, enohantés d\u2019en avoir fini avec cette dangereuse manipulation.Wilhelm fit descendre dans sa cabine le sous-officier de cosaques, signa une décharge en bonne forme où étaient mentionnés les numéros de chaque caisse, puis le Russe et le Hollandais burent chacun un verre de genièvre à la santé de leurs souverains respectifs et se séparèrent Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE ARNE Montréal, mai 1921 Il était alors un peu plus\u2018de midi.Les dix hommes dont se composait l'équipage avaient déjeuné.Wilhelm s\u2019approcha de Karl, son second, qu\u2019il traitait plutôt en ami qu'en subordonné, et en qui il avait toute confiance.\u2014\u2014Mon vieux Karl, lui dit-il, il va falloir appareiller tout de suite.Com - plète ce qui te manque comme provisions, pendant que je vais au bureau du port remplir les formalités.\u2014Je croyais, fit Karl avec surprise, que nous ne partions que demain matin?; \u2014Oui, répliqua Wilhelm en clignant de l'oeil, mais j'ai changé d\u2019avis; il faut que, dans une heure, une heure et demie tout au plus, nous soyons sortis du port.\u2018 \u2014 Bien, capitaine, c'est entendu! \u2014\u2014Surtout, recommanda encore Wilhelm au.moment où il allait franchir le plancher mobile qui avait servi à l'embarquement de la dynamite, que l\u2019on fasse bien attention aux caisses.\u2014Entendu! : Wilhelm sg\u2019éloigna de son pas flegmatique dans la direction des bureaux de la marine, pendant que, sous les ordres de Karl, les dix hommes de l\u2019équipage prenaient en hâte les dernières dispositions pour le départ.Quand le capitaine fut de retour, les chaudières étaient sous pression, les voiles hissées, le plancher mobile avait disparu, et l\u2019on était en train d\u2019amener les ancres.Wilhelm Van Blook prit lui-même le gouvernail; c'était un soin qu\u2019il ne laissait à personne paur la sortie et pour l'entrée dans le port de Wladivos- tok, ou il est difficile à un navire d\u2019évoluer au milieu des flottes de paque- pots et de voiliers anglais, américains, japonais et allemands.répondit I£arl, = => Comme de coutume, il s\u2019acquitta admirablement de cette tâche, et bieu- tôt \u2018\u2018la Belle Dorothéa\u2019\u2019, forçant ses feux et favorisée par un bon vent d\u2019ouest, gagna la haute mer.Le soleil n'était pas encore couché que la côle russe n'apparaissait plus que comme une longue bande de brume à l\u2019horizon oriental.\u2014 Voilà le moment! murmura Wilhelm à Karl en regardant sa montre.Je crois qu'aujourd'hui j'ai fait une bonne journée.-\u2014Comment cela, capitaine?\u2014Tu-vas voir! Prends un ciseau et un marteau et viens avec moi! Karl, passablemerït intrigué, suivit son supérieur jusqu'à l'autre extrémité du pont.où quatorze des caisses de dynamite avaient été laissées, sans doute dans une secrète intention, le capitaine ayant défendu qu\u2019elles fussent arrimées dans la cale avec les autres.Karl remarqua que ces quatorze caisses portaient toutes dans un angle une croix grossièrement tracée à la peinture rouge, et il constata, avec surprise, que les planches en étaient mal jointes, ce qui n'était jamais arrivé dans les envois précédents, dont l'emballage était toujours très soigné.Wilhelm avait pris le ciseau et le marteau et il commençait à taper de toutes ses forces.\u2014\u2014Qu'allez-vous faire! s\u2019écria Karl en se reculant avec épouvante.\u2014Sois tranquille, répondit le capitaine avec son beau sourire, il n\u2019y a pas de danger! Déjà, sans respect pour le sceau impérial, une des planehes avait sauté.Kar] jeta un cri de terreur.Dans l\u2019espace vide laissé par la planche, il venait d'apercewoir un pied humain, Vol.14, No 5 un pied nu armé de longs ongles, racornis et pareils a des griffes.Karl était convaincu, plus que personne, de la douceur et de l\u2019honnêteté de son capitaine; pourtant, sa première pensée fut qu'il s\u2019était rendu complice de quelque crime.Ses cheveux se hérissèrent d\u2019épouvante sur son front et il balbutia, en claquant des dents : ~\u2014Vous saviez done.capitaine, qu'il y avait un cadavre dans cette caisse?Le capitaine éclata de rire, en homme qui fait une excellente plaisanterie et, gravement, il continua à défaire les autres planches.- / Le prétendu cadavre se remuait et prononçait des paroles dans une langue incompréhensible.\u2014Sortez donc, tarteifle! s'écria le capitaine.\u2018 Et il aida l'habitant de la caisse àse faufiler à quatre pattes par l\u2019étroite ouverture.Un personnage bizarre apparut;- il avait la barbe et les cheveux longs et gris, de solides lunettes de cuivre sur le nez et un air doctoral; il ne portait d'autre vêtement qu\u2019une sorte de caleçon et une vieille touloupe de peau de mouton qui lui tenait lieu sans doute de chemise, de pantalon et de gilet; on apercevait son torse couvert d\u2019une toison épaisse et grise, comme celui d\u2019un vieil orang-outang.Le capitaine et son second rirent d\u2019abord de tout leur coeur à la vue de ce phénomène, puis Wilhelm Van Blook\u2014les affaires sont les affaires\u2014 tira de sa poche sur lequel se trouvait une liste de noms, et il dit en russe\u2014 langue qu'il avait fini par parler à peu prés correctement.\u2014~C\u2019est vous, sans doute, I\u2019honorable docteur Stépan Rominoff, que je LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 suis chargé de transporter en Amérique ?° \u2014 Parfaitement! \u2014Je suis le capitaine Van Blook.\u2014Eh bien, capitaine, vous seriez le plus aimable des hommes si vous vouliez bien me faire donner quelque chose à manger.Il y a trente-six heures que je suis dans cette caisse, et non seulement je suis atrocement courbaturé, mais je meurs de faim, car je n'avais emporté avec moi que deux petits pains de seigle et une gourde pleine de thé froid.Le capitaine trouvait son nouveau passager des plus réjouissants.\u2014Mon vieux Karl, dit-il à son second, conduis ce brave docteur à la cuisine et fais-lui servir une bonne gamelle de haricots rouges avec une saucisse.Il doit en rester du repas de l'équipage et, quand il sera rassasié, tu chercheras dans ma garde-robe s\u2019il n\u2019y a pas une culotte et une chemise qui puissent lui convenir; il fait frais et, quoi qu'il ait l\u2019estomac plus velu que le dessus d\u2019une vieille malle, il pourrait empoigner une fluxion da poitrine.\u2014 Bien, capitaine! Mais le docteur était revenu sur ses pas et, avec une gravité que son étrange équipement rendait des plus comiques: \u2014 Capitaine, dit-il, j'accepte volontiers les haricots rouges et le pain, mais je refuse la saucisse, et je n\u2019ai besoin ni de culotte, ni de chemise \u2014N\u2019ayez pas peur d\u2019être indiscret, dit le Hollandais, mais vous ne pouvez rester en pareil équipage.\u2014Sachez, capitaine, que je suis patriarche de la nouvelle secte des \u2018\u2018vitalistes mystiques\u2019; nous réduisons les besoins de la vie à leur minimum.Comme la nature nous l'indique, nous \u2014 77 \u2014 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréaï, mai 1921 marchons aussi nus que possible et notre santé s'en trouve très bien.Nous mangeons de préférence des fruits, des racines, toutes choses qui ne coûtent la vie a aucun animal.\u2014Vous m\u2019expliquerez cela plus tard, répliqua le capitaine abasourdi, ne discourez pas tant et allez manger! Le patriarche des vitalistes mysti- .ques disparut dans la direction des cuisines et Wilhelm \u201cque ce début avait mis en appétit de curiosité, commença activement à défaire la seconde Caisse.Co Il en sortit une dame d'un embonpoint considérable et qui déclara se nommer Ivanovra Rominoff, l'épouse légitime de l\u2019apôtre.Elle était d\u2019ailleurs dans une toilette aussi débraillée at aussi sommaire que son seigneur et maître dont elle partageait les principes.\u2014Âh çà! se dit le capitaine en attaquant la troisième caisse, qu'est-ce que c'est que ces phénomènes-là?Ca va devenir drôle à bord, s\u2019il y en a beaucoup comme ceux-là! Après tout, je m'en moque, je suis largement payé par le comité terroriste de Lausanne.pour transporter ces étrangers bipèdes sur le territoire de la libre Amérique, c\u2019est un fret comme un autre.Tout en monologuant ainsi, Wilhelm Van Blook avait procédé à l'ouverture de la troisième caisse.Cette fois, elle recélait un personnage long, maigre et effl{nqué, encore porteur de l\u2019uniforme gris du bagne; ses traits présentaient le type cosaque le plus accusé.Son nez était épaté, ses pommettes saillantes et ses petits yeux\u201d obliques et bridés comme ceux des Chinois.Sa physionomie respirait la | naïveté et la candeur.\u2014Eh bien.demanda le capitaine après l'avoir toisé de la tête aux pieds, est-ce que vous faites gussi partie de la secte des végétariens sans culottes?\u2014 Non, répliqua le cosaque en faisant le salut militaire, j'aime beaucoup la viande et je ne demande pas mieux que de revêtir un costume autre que celui-ci.\u2014Bon, fit le capitaine, mais pourquoi êtes-vous au bagne?\u2014Pour une peccadille.Un jour que j'avais bu un peu trop de vodka, j'ai jeté un de mes officiers dans les latrines.J\u2019ai failli être fusillé.mais notre petit père le tsar m\u2019a fait grâce et m\u2019a envoyé aux usines de vert-de-gris \u2014Tu me fais l\u2019effet d\u2019un bon diable; comment t'appelles-tu?\u2014Ivan Rapopoff! \u2014~C\u2019est bon, va à la cuisine, dit le Hollandais en pointant le nom du cosaque sur son carnet, comme il l'avait déjà fait pour les deux précédents.A ce moment, un coup de canon retentit dans le lointain, puis un second.Le cosaque regarda le capitaine hol- \u201clandais avec une certaine émotion.\u2014Qu'\u2019est-ce que c\u2019est que ça ?demanda ce dernier.Rapopoff ne répondit pas tout d\u2019abord.Il compta les coups de canon sur ses doigts.\u2014Treize, dit-il enfin.C\u2019est le signal que l\u2019on fait quand des galériens viennent de s\u2019évader.\u2014Bah! fit Wilhelm avec insouciance.On n\u2019aura pas l'idée de me soupçonner.Je suis honorablement connu à Wladivostok ; d\u2019ailleurs, il serait bien tard pour me poursuivre, et la nuit vient.Demain, nous serons loin d\u2019ici.Le cosaque manifesta sa joie par un pied de nez irrévérencieusem ent adressé au petit père le tsar et aux principaux dignitaires de l'Empire, puis, à son tour, il gagna la cuisine.| = 78 \u2014 q t i \"Vol.14, No § LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 Wilhelm, que cette besogne commençait à ennuyer, se fit aider par les matelots pour ouvrir les onze autres caisses qui, comme les trois premières, recélaient chacune un prisonnier.Les femmes étaient en nombre dominant.En y comptant Mme Romi- noff, il y en avait dix en tout, et toutes les dix, affiliées à la secte du prophète vitaliste, -élaient dans le même état de négligence et de quasi-nudité.Leur corps était endurci contre le froid par une longue habitude.Malgré la rigueur de la température, elles prenaient tous les jours un bain glacé sans même contracter un simple co- ryze.La plupart étaient de robustes matrones dont la laideur était une sérieuse garantie de vertu; mais quelques-unes étaient jeunes et jolies.Wanda, Fedorowna, Maslowa, Katin- ka et Staniska, avant de se convertir aux doctrines vitalistes, qui avaient amené leur emprisonnement, avaient été enfermées dans une \u201c\u2018prison\u2019\u2019 de jeunes filles vicieuses et s\u2019en étaient évadées.Elles conservaient de leur ancienne existence une liberté \\d\u2019allures et de langage qui faisait un joyeux contraste avec la mine pédantesque et les doctorales paroles du prophète Btépan Rominoff.Il n\u2019y avait donc.outre le prophète ef le cosaque, que deux hommes.L\u2019un d'eux, un petit vieillard à l\u2019air aimable et souriant, aux façons pleines de politesse, n\u2019avait pas son pareil pour fabriquer des bombes à la panclastite, munies d\u2019un mouvement d'horlogerie qui amenait l'explosion à heure fixe ; en dehors de cette manie, qui lui avait valu, àmaintes reprises, le fouet et la prison, Serge Danicheff était un homme inoffensif et doux, et c'était un véritable plaisir de l\u2019entendre parler du bonheur de l'humanité future, régénérée par le progrès.\u2018 Galitzine, son compagnon, appartenait aussi à la secte des terroristes ; mais il était sombre, silencieux, ne prononçait pas quatre paroles par jour.Il avait été condamné à vingt ans de bagne pour avoir tenté de faire sauter un train dans lequel se trouvait le tsar, et s\u2019il n'avait pas été pendu ou knouté, c\u2019est que l'accusation n\u2019avait pu établir les faits d\u2019une manière suffisante.Le capitaine Wilhelm Van Blook installa le prophète et ses disciples dans une grande cabine de l\u2019entrepont et ne s\u2019obcupa plus d\u2019eux, mais il retint à dîner à sa table le cosaque et les deux terroristes qui lui avaient paru les plus sociables de la bande.Le Hollandais, en leur faisant les honneurs de sa table, ne manqua pas de leur poser une foule de questions au sujet de leur évasion.Lui-même ne savait rien, ou presque rien; un matin, un inconnu était venu le voir de la part, disait-il, du comité terroriste de Lausanne, et lui avait expliqué qu\u2019à son prochain voyage, quatorze des caisses de dynamite dont il prendrait livraison renfermeraient des prisonniers évadés ; la somme offerte était assez considérable, et Wilhelm ne s\u2019était fait aucun serupu- le d\u2019accepter; bien au contraire, il considérait à juste titre comme une oeuvre méritoire le fait d\u2019arracher quelques malheureux aux tortures des bagnes sibériens.Mais.ce qui le surprenait, c\u2019était le choix même des prisonniers rendus à la liberté ; il s'était attendu à recevoir à son bord de sinistres et mystérieux conspirateurs, et c\u2019étaient un vieux maniaque et une troupe de femmes plus ou moins détraquées, que l'an ar- \u2014 79 \u2014 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE ~ Montréal, maj 19231 rachait à la captivité à si frais.Serge Danicheff, le fabricant de bombes, ne put s'empêcher de sourire: \u2014Je vais, fit-il, en remplissant jusqu\u2019au bord son verre de genièvre hollandais, vous donner l\u2019explication de cette anomalie; une évasion comme la nôtre coûte très cher.\u2014Dame, interrompit le capitaine, c\u2019est qu\u2019on court des risques; chacun tient à sa vie ci à sa liberté, et on n\u2019aventure des biens aussi précieux que moyennant un bénéfice qui en vaille la peine.: \u2014Je sais cela, parbleu! Mais, si je \u2018dis que les évasions coûtent très cher, C\u2019est pour vous expliquer soient si rares.En Russie, avéc de l\u2019argent, on fait tout ce qu\u2019on veut; si les terroristes avaient à leur disposition des capitaux plus considérables ils ne resteraient pas longtemps sous les verrous._ \u2018 \u2014Vous êtes donc un gros capitaliste?demanda le capitaine.\u2014Pas du tout; la personne qui a fait les frais de notre évasion est la vieille comtesse Alexandra Basileff, \u2018cousine du tsar, et riche à plusieurs millions de roubles.Cette vieille toquée, que la police laisse tranquille à cause de son illustre parenté, est une Hisciple fanatique du prophète Stépan Rominoff; elle n\u2019a reculé devant aucune dépense pour le sauver, lui et les femmes.\u2014Mais vous autres?\u2014On nous a emmenés par-dessus le marché, parce qu\u2019il fallait quelques hommes solides pour vider les caisses de dynamite et franchir les murailles du pénitencier.C\u2019est pour cela qu'on nous a mis du complot; ce n\u2019est pas ces fainéantes et ces poltronnes et grands qu\u2019elles leur apôtre\u2014 qui, dans son genre, est aussi fainéant el aussi poltron \u2014 qui auraient eu je courage de faire ce que nous avons fait.Une fois que nous avons eu franchi les murs, et que nous avons eu trouvé le chemin de la gare, en pleine nuit, il a fallu fracturer la porte du hangar où se trouvait le wagon, ouvrir les caisses au péril de notre vie et aller jeter les cartouches de \u2018dynamite dans la rivière.Je vous assure que le prophète Rominoff ne faisait pas le fier, à ce moment-là! \u2014Je comprends cela, fit le capitaine, mais, une fois entrés chacun dans votre boîte, comment avez-vous fait pour rétablir le cachet impérial?\u2014 Nous avions pris nos précautions.Il y avait, parmi les employés de la gare, un terroriste qui avait pris à l'avance l\u2019empreinte des cachets avec de la cire.En moins d\u2019une heure.tout.à été terminé ; nous sommes arrivés juste à temps, la cire était encore chaude quand on à attelé notre wagon à un train rapide.\u2014On n\u2019a dû découvrir notre fuite que le matin, dit à son tour le cosaque Rapopoff, et je suis bien certain qu'on n\u2019a pas eu l\u2019idée que nous avions pu prendre le train.On a dû perdre beaucoup de temps à battre la steppe et la forêt pour nous chercher.\u2014Allons, tout va bien! dit gaiement le capitaine.Cela s'est mieux passé que je n'aurais osé l\u2019espérer! Je sais comment arranger la chose pour mon propre compte, une fois arrivé au Klondyke.Je dirai qu\u2019un commencement d'incendie m\u2019a forcé de jeter à la mer un certain nombre de caisses; c\u2019est un cas prévu dans mon traité avec l'entrepreneur des mines.À votre santé, messieurs les évadés! On but une dernière rasade, puis tout le monde regagna sa cabine.Les \u2014 £0 \u2014 it Vol.14, No 5 Russes avaient lè plus grand besoin de repos.Leur long séjour dans les caisses leur avait courbaturé tous les membres.Ils étaient aussi endoloris que s'ils venaient de recevoir le knout, ou tout au moins une volée de coups de bâton.Le lendemain et les jours suivants, \u2018la Belle Dorothéa\u2019' fut favorisée par un temps superbe ; laissant derrière elle l'empire du Soleil levant, elle fit route dans la direction du nord-est.Le capiaine Van Blook, pour lequel ce voyage représentait un bénéfice considérable, était d\u2019une humeur charmante, et il se montrait plein d'atted- tions pour ses bizarres passagers.Les Russes n'étaient pas moins satisfaits.Le prophète vitaliste et ses adeptes femelles se réjouissaient d\u2019avance de la vie heureuse qu\u2019ils allaient mener en Suisse, dans un beau parc appartenant à la comtesse Basileff et où ils pourraient vivre à l\u2019état de nature, sans que personne songeât à les déranger; le cosaque et les deux terroristes se proposaient de gagner Paris, où leurs camarades les révolutionnaires étaient en grand nombre et s\u2019ingénieraient à leur dénicher quelque emploi.Tous, en somme, se dédommageaient de la mauvaise nourriture et des fatiques du bagne en faisant quatre repas par jour et en dormant douze heures sur vingt-quatre.Le brave cosaque Rapopoff faisait la joie des matelots par le goût déterminé dont il faisait preuve pour les alcools et les corps gras, sous quelque forme qu\u2019ils se présentassent.À plusieurs reprises, on lui fit absorber de l\u2019huile provenant des machines, sous prétexte que c'était un tonique souverain pour la poitrine, et il n\u2019était pas de jour qu'il n'absorbât quelques pe- .\u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 \u2014 tits verres d\u2019alcool à brûler, qu\u2019il déclarait excellent et qu'il dégustait en connaisseur.Commencé de façon si favorable, la traversée s'annonçait comme des plus heureuses, et une des plus rapides que le capitaine Wilhelm Van Blook eût faites depuis longtemps.Six jours s\u2019étalent écoulés ainsi sans qu\u2019il se pro- duisit-d\u2019incident digne de remarque.Un soir, vers dix heures, le capitaine fumait tranquillement sa pipe à l\u2019arrière, lorsque le matelot de vigie cria.: \u2018Terre à bâbord!\u201d Le capitaine eut un tel geste de surprise que sa pipe, une superbe pipe de kummer parfaitement culottée s\u2019échappa de ses lèvres et alla rouler sur le pont où se cassa en deux morceaux.\u2014 Terre?répétait-il.Il n'y a pas de terre dang ces parages-ci.J'ai encore examiné ma carte, il y a une heure.Cet honime est fou, ou bien il a trop bu de genièvre! Le capitaine avait pris dans sa poche de côté une de ces fortes lunettes marines que l\u2019on appelle lunettes de nuit, et il explorait l\u2019horizon, Au bout d\u2019une minute, il fut bien forcé de reconnaître que l'homme de vigie n\u2019était ni ivre, ni dément.À deux ou trois milles, dans la direction du nord-ouest, il voyait se profiler une terre aux promontoires escarpés.Il pensa d'abord qu\u2019il se trouvait en face d\u2019un vaste iceberg ; mais en continuant avec plus d'attention son examen, il distingua des lumières, et mé- me.à ce qu\u2019il lui sembla, des édifices.Le capitaine n'en revenait pas.Il descendit à sa cabine où se trouvait la carte où il pointait chaque jour le chemin parcouru par le navire; cette carte, bien que toute récente, ne portait aucune trace d'îile ou de ierre quelconque.\u2014 81 \u2014 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mal 1921 \u2014Voilà qui est inout, se dit-il très intrigué.Je n\u2019ai pourtant commis aucune erreur de route; le temps s\u2019est maintenu au beau.Je n\u2019y comprends absolument rien!\u2026 Prudemment, il donna l\u2019ordre au mécanicien de ralentir la vitesse et au timonier de gouverner de façon à côtoyer à grande distance la terre inconnue.La \u2018Belle Dorothéa\u2019\u201d commença donc à contourner les rivages de cette terre mystérieuse; mais d\u2019assez loin pour éviter les bas-fonds et les écueils.Bientôt, toutefois, en dépit de ces précautions, le vapeur alla donner de l'avant contre un roc caché sous l'eau, et le navire talonna à plusieurs reprises contre le récif avec un bruit sourd.On fit machine en arrière; étant donné la faible vitesse du navire et le peu d'agitation de la mer, la collision n\u2019avait eu aucune conséquence, mais le capitaine n\u2019était plus rassuré.Il comprenait que, pour une raison quelconque, il se trouvait dans des parages non reconnus par les ingénieurs hydrographes et inexactement portés sur les cartes.Il fallait donc agir avec la plus grande circonspection.Il fit mettre à la mer une chaloupe; deux matelots y descendirent; ils devaient, la sonde en main, éclairer la marche du vapeur en s\u2019assurant qu\u2019il y avait assez de fond pour un navire de ce tonnage.C'est dans ces conditions que l\u2019on parcourut encore environ un demi- mille.Mais, tout à coup, il se produisit une violente détonation, la chaloupe et le vapeur lui-même furent lancés en l\u2019air, élevés au sommet d\u2019une montagne d'eau.Cramponné à un cordage, le capitaine Wilhelm avait eu le temps de voir la chaloupe réduite en mille pièces par l'explosion, \u2014I] n\u2019y a qu\u2019une torpille qui puisse faire cela, murmura-t-il, grelottant de peur à la pensée des caisses de dynamite qui se trouvaient dans sa cale.Dans cette seconde rapide, il entrevit ce qui se serait passé, si, au lieu de la chaloupe, c'était le vapeur lui-même qui eût heurté de son avant le détonateur de la torpille.En cet instant, un choc terrible fit résonner la coque de fer de la \u2018\u2018Belle Dorothéa\u2019 dans toutes ses membrures; la montagne d\u2019eau soulevée par l'explosion avait lancé le vapeur avec une inouïe brutalité sur un groupe de récifs où il demeurait maintenant immobile, légèrement penché sur le côté.Wilhelm Van Blook essuya la sueur qui ruisselait de son front.\u2014Nous l\u2019avons échappé belle! mur- mura-t-il.C\u2019est un vrai miracle que mon navire n\u2019ait pas éclaté comme une simple fusée.Cependant les Russes et les matelots se démensient sur le pont.Les fem- \u2018mes et lc patriarche - poussaient des cris de terreur.\u2014Il y a une voie d\u2019eau prés de la quille, déclara Karl.Nous coulons.Il y a déjà deux pieds d\u2019eau dans la cale ! \u2014\u2014 Non, dit le capitaine hollandais, le danger n\u2019est pas si grand que tu crois! Le vapeur est maintenu entre les rochers comme une pièce de bois entre les deux montants d'un étau, nous ne pouvons pas couler! Et, dans quelques heures, quand il fera jour, nous gagnerons la terre, qui n\u2019est pas éloignée.Personne ne court aucun danger; seulement, mon navire est perdu! \u2014 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 \u2014T'enez, capitaine, s\u2019écria.tout à coup un des matelots, on dirait que l\u2019on vient à notre secours! Le bras étendu dans la direction de la terre, il montrait des lumières qui allaient et venaient sur le rivage.Tout à coup, un foyer électrique s\u2019aluma et le triangle d\u2019aveuglante clarté d\u2019un projecteur oscilla quelque temps sur la mer jusqu\u2019à ce qu\u2019il eût rencontré l\u2019endroit où était échoué le vapeur.À cette clarté inattendue, on distinguait nettement des maisons, puis une foule d'hommes qui couraient en gesticulant sur le rivage.\u2014Je crois, dit le capitaine, que nous n\u2019aurons même pas à attendre jusq:à demain.On dirait que ces gens-là font des préparatifs pour venir à notre secours.Mais ce n\u2019est pas une raison pour laisser la mer envahir la cale.Que Karl prenne avec lui deux ou trois hommes et qu'il tâche d\u2019eveugler, tant bien que mal les voies d\u2019eau en clouant des toiles goudronnées et suiffées et en vissant, s\u2019il y à moyen, une ou deux plaques de tôle.Pendant qu\u2019il exécutait ces ordres avec une hâte fébrile, Wilhelm Van Blook, demeuré tout pensif sur le pont, cherchait vainement comment pouvait s\u2019appeler cette île qui ne se trouvait marquée sur aucune carte ; mais, tout en réfléchissant, il ne perdait pas de vue le rivage maintenant éclairé d'une vive lueur.I vit des hommes, coiffés de vastes chapeaux de feutre, mettre à la mer une yole qui gouverna de manière à venir accoster le vapeur naufragé.Six rameurs faisaient voler la légère embarcation sur les flots tranquilles, et, à mesure qu'elle approchait, les gens du vapeur remarquaient ia tournure spéciale de ces rameurs qui portaient une sorte d\u2019uniforme: chapeaux de feutre à larges bords, relevés sur le côté et décorés d\u2019un insigne rouge, et solides vêtements de cuir noir; seul, celui qui tenait la barre était entièrement vêtu de rouge.\u2014On dirait des boërs! fit le capitaine hollandais.\u2014Non, dit Karl, c'est plutôt l\u2019uniforme de quelque milice canadienne.\u2014Fin tout cas.ils n\u2019ont pas l'air d\u2019avoir de mauvaises intentions.\u2014C\u2019est ce que nous allons voir! La yole, pendant ce temps, était venue se ranger le long du vapeur, l\u2019homme rouge qui tenait la barre monta seul sur le pont.Il portait la barbe longue et ses traits un peu rudes.exprimaient l\u2019énergie et le sangfroid.Aussitôt à bord, il demanda le capitaine et, après l'avoir salué, s\u2019informa des circonstances dans lesquelles avait eu lieu le naufrage.Wilhelm Van Blook s\u2019empressa de lui donner les explications nécessaires en insistant sur la dangereuse présence à bord des caisses de dynamite, mais sans souffler mot des évadés russes.Il termina en demandant quel tait le nom de l\u2019île sur les côtes de laquelle ils venaient d'échouer, s\u2019étonnant qu\u2019elle ne figurât pas sur les cartes officieles.L'homme rouge eut un imperceptible sourire.\u2018 \u2014Capitaine, répondit-il, cette île s\u2019appelle I'ile Saint-Frederick; elle est marquée sur certaines cartes, mais ses parages sont si peu fréquentés qu\u2019elle a échappé, il est vrai, à l\u2019attention de pas mal de géographes.Cette Île.d\u2019ailleurs, forme un petit Etat indépendant sous le protectorat des Etats-Unis d\u2019Amérique.\u201cEn cas de guerre avec le Japon, ce serait une station navale des plus utiles; elle a été fortifiée par des ingé- add tie A Et ES te Ea Vol.14, No '5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mal 1981 nieurs américains et, comme vous venez d\u2019en faire l\u2019expérience à vos dépens, elle est protégée par une ceinture de mines sous-marines et de torpilles dormantes.\u2014Dahs ce cas, répliqua le capitaine avec mauvaise humeur, c\u2019set l\u2019administration de votre île qui est fautive.Les règlements maritimes internationaux veulent que, quand il existe des mines sous-marines de ce genre, leur présence soit signalée aux navigateurs par des balises ou des bouées très apparentes.\u2014C\u2019est possible, mais comme l\u2019île Saint-Frederik ne se trouve sur la route d'aucun navire, nous n\u2019avions pas jugé utile de prendre cette précaution.\u2014C\u2019est un tort, et je suis en droit de vous faire un procès.\u2014Je vous conseille de vous en abstenir, reprit l\u2019homme rouge avec un peu d\u2019ironie, votre procès serait perdu d'avance; mais \u2018je vous propose de vous aider à renflouer votre navire et je vous offre, chez nous, l'hospitalité la plus large et la plus cordiale.\u2014 Nous pourrons nous entendre, à ce que je vois.Je vais profiter de votre offre immédiatement.\u2014I1 serait trés imprudent, en effet, à vous, de passer même une seule nuit dans un navire chargé de matières détonantes, dont un coup de ressac peut déterminer l'explosion.Gette conversation avait eu lieu en anglais, et les Russes n\u2019y avaient à peu près rien compris.Ils avaient seulement deviné qu'on allait les conduire à terre et ils en étaient enchantés.Le transport des naufragés commença immédiatement Il ne fallut pas faire moins de cinq voyages pour mener à terre l'équipage et les passagers de la \u2018\u2018Belle Dorothéa\u201d.\u2014\u2014 88 \u2014 Le capitaine Wilhelm allait monter le dernier dans la yole, lorqu\u2019il s'avisa, tout à coup, qu'il n'avait pas aperçu le cosaque Rajopoff; il supposa que le malheureux avait été enlevé par 1'énorme vague soulevée par la torpille et avait été noyé, mais il fallait s'en assurer.On chercha et on finit par trouver le pauvre diable.dans sa cabine.oo Au moment de l'explosion il avait été jeté hors de sa couchette, si malheureusement qu\u2019il s\u2019était brisé une jambe.On le transporta dans la yole avec toutes sortes de précautions.\u2014~Ce ne sera rien, dit l\u2019homme rouge qui avait repris sa place a la barre du gouvernail, nous avons dans-1'ile un savant de premier ordre, M.Bon- donnat, qui se fera un véritable plaisir de Je soigner et de le guérir.Le capitaine Wilhelm se félicitait déjà d'avoir mis en sûreté son équipage et ses papiers, lorsqu'\u2019en levant les yeux il aperçut, à la clarté des globes électriques, un mât à signaux planté au sommet d\u2019une colline.Au haut de ce mat se déployait un large pavillon qui portait, sur.champ noir, une main couleur de sang; ce drapeau, sisemblable à celui des pirates et des écumeurs de mer, lui fit froncer le sourcil.Il se tourna vers l\u2019homme rouge qui l\u2019observait d\u2019un air railleur.Quel est, lui demanda-t-il, le nom de l'Etat indépendant qui s\u2019est installé dans cette ile?\u2014Capitaine, cette île que les géographes allemands appellent l\u2019île St- Frederik, nous l\u2019 appelons, nous, \u2018l\u2019île des Pendus\u201d, et elle est la propriété des lords de la Main Rouge au nom desquels je vous fais prisonnier]! Le capitaine Van Blook jeta un regard autour de lui.De tous côtés il était entouré par des hommes armés, ts Je ie oy pa val M ne ol ol id i hn hi fl qu var pus Vol.14, No°5\" LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai -1921 Toute résistance eût été inutile.Bien souvent, au Kolndyke, il avait entendu parler de cette association de la Main Rouge qui terrifiait toute l\u2019Amérique.Il se demanda avec angoisse ce qui allait advenir de lui et de ses compagnons; mais Wilhelm était courageux, il ne laissa rien deviner de ses impressions, \u2014C\u2019est bon, dit-il froidement.Et, s'adressant directement à l'hom- _me rouge: \u2014Puis-je savoir quelle est votre qualité dans ce nouvel Etat?\u2014J'exerce, au nom des lords, les fonctions de gouverneur de l'île et de commandant de la garnison, et.je me nomme Job Fancy! Quelques instants plus tard, les naufragés, rangés deux par deux, étaient entraînés sous bonne escorte dans l\u2019intérieur de l\u2019île.\u2014 CHAPITRE II Garves événements à l\u2019île des Pendus Le cosaque Rapopoff, à cause de sa blessure, avait été séparé du reste des naufragés.Il passa la nuit dans une petite cahute situé près du rivage, où \u2018on lui installa un matelas de varech et, le matin, deux hommes le placèrent sur un brancard et l'emportèrent jusqu\u2019à une maison de bois protégée par un double rempart de palissades qui se trouvait à une certaine distance du lieu de l\u2019atterrissement.Des sentinelles, - vêtues de cet étrange uniforme qui les faisait ressembler à des boërs, montaient le garde devant l'habitation.\u2018On traversa une cour, puis une grande salle entourée d\u2019armoires vitrées qui contenaient des flacons et des objets de métal brillant dont le cosaque ne put deviner l'usage; enfin \u2014 85 \u2014 on déposa le blessé dans une petite chambre uniquement meublée d\u2019un lit de fer, d\u2019une table et d\u2019une chaise.Elle prenait jour par une fenêtre munie de gros barreaux, d\u2019où le cosaque inféra tout de suite qu'il ne s'était échappé d\u2019une prison que pour entrer dans une autre.On le laissa seul quelques instants, puis le commandant Job Fancy entra, suivi d\u2019un vieillard à la physionomie pleine de bonté; son front très haut était ombragé par une chevelure d\u2019un blanc de neige et, quoique son visage fût empreint d\u2019une profonde mélancolie, il y avait dans ses veux clairs un charme souriant et ses traits, qu'encadraient de vastes favoris, blancs comme les cheveux, respiraient l\u2019intelligence, la sérénité et la bonhomie.Autant l'homme rouge, dont la face n'exprimait qu\u2019une brutale énergie, était, d'instinct, antipathique à Rapo- poff, autant il se sentit de confiance pour le vieillard qui s\u2019avançait vers son lit, vêtu d\u2019une longue blouse de laboratoire et portant sous le bras une trousse de chirurgien.\u2014 Voilà le blessé dont je vous ai parlé, dit le commandant Job.Je suis certain, monsieur Bondonnat, qu\u2019avec votre immense science, Ce sera pour vous la chose la plus facile du monde que de le remettre sur pied.\u2014 Nous allons voir cela, dit le vieillard.Et il se mit en devoir d'examiner la jambe blessée.\u2014- Hum, fit-il au bout de cing minutes, ce n'est pas très grave, une fracture simple du péroné.Nous allons tâcher de la réduire, mais il faudra me procurer des planchettes, du plâtre à modeler et tout ce qui est né- cessare pour poser un appareil, Vol.14, No 5 - + \u2014On va vous envoyer lout cela.cher maitre.dit le commandant d'un ton respectueux ; je laisse donc ce brave moujik confié à vos soins.Il oe- cupera cette chambre quhabilait avant lui ce coquin de Peau-Rouge, qui nous faussa compagnie en même temps que lord Burydan.À cette allusion.que M.Bondonnat comprenait parfaitement, le vieux savant soupira mélancoliquement.Le commandant Job s'était déjà retiré.Médecin et malade demeurèrent seuls.M.Bondonnat demanda, d'abord en anglais.puis en français, au cosaque comment il se nommait et d'où il venait, mais Rapopoff à chaque nouvelle question secouait énergiquement.la tête pour faire entendre qu\u2019il ne comprenait pas.\u2014Suwis-je assez étourdi, s\u2019écria le savagt, puisque c\u2019est un cosaque, il doit parler russe, que diable! M.Bondonnat était un remarquable poiyglotte ; il lisait ou parlait couramment sept ou huit langues.Il réitéra donc sa question en russe et, cette fois.il eut la satisfaction de voir la physionomie de son malade s'éclairer d'un sourire.Une conversation s\u2019engagea entre eux immédiatement.Rapopoff raconta avec de minutieux détails toutes les circonstances de son évasion et du naufrage de la \u201cBelle Dorothéa\u201d.\u2014\u2014Ecoutez, mon brave.lui dit M.Bondannat, quand il eut terminé son récit.Il est tout & fait important que l'an ne sæche pas ici que je connais le russe.Chaque fois qu'il y aura ici une autre personne, il faut faire mine de 28 pas comprendre ce que je vous di- rad.\u2014Mais pourquoi donc?demanda le cesaque en ouvrant de grands yeux.LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1931 \u2014-Parce qu'ici.vous êtes dans un repaire de bandits.L'île des Pendus n\u2019est habitée que par des meurtriers et des voleurs, et je suis.comme vous, leur prisonnier.Ils m'ont arraché à ma famille et à mes amis pour me voler mes découvertes, et, jusqu'ici, tou tes mes tentatives d'évasion ont Échoué.M.Bondonmnat raconta ses étranges aventures au cosaque, vers lequel il s'était senti tout de suite entraîné par une sympathie naturelle.Au bout de huit jours, médecin et malade étaient les meilleurs amis du monde.Rapopaff.dont la jambe était en bonne voie de guérison.commençait à se lever et déjà rendait au vieux savant d'appréciables services en qualité d'aide de laboratoire.A la grande surprise de M.Bondon- nat, le commandant Job n'était plus revenu.C'étaient des bandits subalternes qui apportaient chaque jour la nourriture des deux prisonniers.Jamais le commandant n\u2019était resté aussi lôngtemps sans venir au labora- boire.le vieux savant devina qu\u2019il devait se passer, dans l'île, des événe- ments graves.Le cosaque semblait avoir été complètement oublié.D'ailleurs, Rapopoff.avec cette espèce de fatalisme oriental qui fait le fond de l'âme russe, semblait se trouver très heureux de vivre en la compagnie du savant et ne se préoocupait nullement de l'avenir.Laborieux.exact.docile, il se donnait beaucoup de mal pour se rendre utile dans le laboratoire; seulement, M.Bondonnat crut remarquer que certaines substances disparaissaient à vue d'oeil.Un matin il eut la olé du mystère.Il trouva Rapopoff en train de déguster M LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1981 -1 Vol.14, No 5 4, une tartine de pain noir enduite d'un #; corps jaune et brillant.A côté de lui &: était un flacon d\u2019alcool à brûler.it \u2014Que mangez-vous donc là ?de- by manda M.Bondonnat tout ébahi.\u201c| Rapopeff montra du doigt un bocal ei oh qui portait l\u2019inscription \u201cvaseline bo- By riquée\u201d et il ajouta, en.se passant la ; main sur l\u2019estfomac avec un sourire de # gourmandises: J \u2014Bon, ca, la vaseline, pour petit #\" déjeuner du matin! M.Bondonnat ne put tenir son sé- 18; rieux en face de cet appétit barbare.|; \u2014 Mais, mon pauvre Rapopoff, lui dit-il, vous allez attraper une inflammation d\u2019entrailles.Manger des tarti- #1) nes de vaseline et boire de l'alcool de Wy lampe, il faut que vous ayez un estomac d\u2019autruche, mon ami! (Alors, c\u2019est mal ce que j'ai fait MW demanda.le cosaque consterné.te \u2014Mais non; moi, c¢a m'est égal.why Seulement, à force de goûter des substances que vous ne connaissez #, pas, vous finirez par vous empoison- n) ner.it Rapopoff jura golennellement par \"Ey la Vierge de Cazan et les apôtres Pierre et Paul de ne plus toucher à l'alcool #4 et de ne plus manger de vaseline.lot Le cosaque tint parole; mais il se j rattrapa sur l\u2019huile de ricin, ce qui pwr! causa de grandes inquiétudes à My Bondonnat.car Rapopoff, entraîné qt Par sa gourmandise, se purgea de fa- toon tellement énergique que le savant ip le orut un moment attent du choléra.it D'où nouvelle semonce et nouvelle in- qi terdiction.tA part ce léger défaut, commun à is! tous ses compatriotes.qui.de temps \\immémorial, ont eu un faible pour les il chandelles et le trois-six.Rapopoff qu était le plus fidèle des serviteurs.Un matin.M.Bondonnat, qui était descendu de bonne heure dans la cour du laboratoire, constata avec une profonde surprise que les sentinelles qui montaient ordinairement la garde en dehors des palissades, étaient absentes; c'était la première fois que les geôliers du vieux savant se relâchaient ainsi de leur vigilance.Il devait se passer quelque chôse d\u2019extraordinaire., \u2014Mon brave Rapopoff, dit M.Bon- donnat au cosaque, tu vas sortir d'ici et te rendre jusqu'aux maisons que tu aperçois là-bas.\u2014-Bien, petit père.\u2014\u2014Tu vas tâcher de savoir un peu ce qui se passe dans l\u2019île; essaye de trouver quelques-uns de tes compagnons et, si tu le peux sans éveiller l\u2019attention de la Main Rouge.amène ici le capitaine.En tout cas, dis-lui mon nom et apprends-lui qui je suis! Je trouverai peut-être moven, grâce à lui.de faire parvenir une lettre à mes enfants et à mes amis de France.\u2014C'est entendu, petit père.\u2014 Va.et sois promptement de retour.Je m'en rapporte à- ton intelli- ve gence.Rapopoff franchit l'enceinte des palissades, et, sans essayer de se cacher, se dirigea tranquillement vers les mal- sons, derrière lesquelles M.Bondon- nat le perdit de vue.Une demi-heure ne s'était pas écoulée que le cosaque revenait, la mine.consternée.\u2014\u2014Petit père, fit-il, il est arrivé un grand malheur.Le bateau est parti.\u2014Tu veux parler du navire qui t\u2019a amené?\u2014Oui.\u2014Mais je croyais qu\u2019il était à moitié démoli.ww 87 \u2014 Vol.14, No 5 Montréal, mat 1921 | LA REVUE POPULAIRE - \u2014Les gens de la Main Rouge l'ont réparé; beaucoup d'entre eux ont quitté l'Île avec le capitaine hollandais, et ils ont laissé ici le pauvre cosaque.Rapopoff avait les larmes aux yeux.Bondonnat; cela t\u2019ennuie donc bien de rester avec moi?\u2014Petit père, ce n\u2019est pas cela que j'ai voulu dire.\u2014D'ici peu, je l'espère, nous parviendrons à nous évader; et je te promets de t'emmener avec moi en France.Cette promesse sécha les larmes du cosaque qui rendit fidèlement compte de la mission dont on l\u2019avait chargé ; il avait trouvé les habitations situées près de la baie presque entièrement abandonnées.Il n\u2019y restait plus qu\u2019un vieux \u201c\u2018tramp\u201d octogénaire qui lui avait appris le départ des Hollandais.\u2014Comment se nomme-t-il?demanda M.Bondonnat.\u2014Je ne sais pas.Comme il ne parle pas le russe, c\u2019est par signes, en me montrant l\u2019endroit où le navire s'était échoué, qu'il m'a fait comprendre qu'ils étaient tous partis.\u2014C\u2019est bien.Je vais moi-même aller voir ce vieillard.Si c'est celui que je crois, il me fournira tous les renseignements possibles.Le savant endossa sa pelissé.se coiffa de sa toque de fourrure et, pour la premiere fois depuis qu'il habitait I'tle des Pendus, il s\u2019aventura en dehors de la palissade.Rapopoff l\u2019avait suivi.M.Bondonnat, prisonnier depuis de longs mois, considérait avec une vive curiosité le paysage qui l\u2019entourait.Devant lui se trouvait un petit port où quelques canots étaient 4 l'ancre, et des maisons de bois de chétive appa- rence d'où partait une route bien en- pierrée qui s\u2019enfonçait dans l\u2019intérieur en contournant une colline couverte |\" de bouleaux, de sorbiers et de saules ¢¥ d'un aspect chétif et rabougri.5 A la porte d\u2019une des maisons, un | - vieillard à cheveux blancs fumait paisiblement sa pipe assis sur un escabeau; il accourut joyeusement au-devant de M.Bondonnat, qui en peu de temps auparavant l'avait guéri d'un accès de goutte.Ce vieillard était le doyen des bandits de la Main Rouge.Il avait quatre- vingt-deux ans passés et, depuis sa plus tendre enfance, il n'avait cessé d'être en lutte avec la société.Il avait été pendu et lynché tant de fois qu'il M: ne s'en rappelait même plus le nombre {, exact.Malgré tant de fatigues et d\u2019aventures, il possédait encore une santé th excellente, mangeant avec appétit et, [- comme il se plaisait à le répéter, trou- #4 vant encore que le whisky était unes in bonne chose.SN Il salua respectueusement M.Bon- | donnat, qui lui demanda des nouvel- {' les de sa santé.v \u2014Je vous remercie.On est tou- ki jours solide au poste.Grâce à la bonté 4, de Messieurs les lords, je jouis d\u2019une & vieillesse heureuse et tranquille.[ Il allait entamer un de ces longs récits dont il était coutumier, mais M.J Bondonnat.impatient d'avoir des nou.3, velles, l'interrompit, en allant droit au k fait: \u2014Es-il vrai, père Marlyn, que Je hi navire hollandais soit parti?\u2014Oui, monsieur, fit le vieillard er poussant un soupir.Ah! il se passe ic de drôles de choses! Je ne sais ce que 4\u201d vont dire les lords de la Main Roug« | lors de leur prochain voyage, mais jt einkOtadiisistie] ir.Vol: 34, No § .Montréal, mai 1921 LA REVUE POPULAIRE #, crains bien que tout cela ne vienne à ii: se gâter! \u2014Qu\u2019y a-t-il donc?demanda le sais vant, dont la curiosité était vivement k excitée par ce préambule.\u2018 \u2014Eh bien, la majeure partie de la pit garnison à pris la fuite avec les.Hol- sn! landais, le capitaine Job Fancy en tête.it \u2014Pas possible! ui \u2014C\u2019est comme j'ai l\u2019honneur de in Vous le dire! fit le vieux bandit en sex couant la tête.Ce Job n\u2019était pas déci- bu dément un homme aussi sérieux que ue ses prédéesseurs, M, Slugh, M, Sam ia! Porter, auxquels les lords ant donné wil de Uavancement.Il ne songeait qu'à will boire et à organiser toutes sortes de squit comyplots.M.Bondonnat écoulait de toutes ses ~ oreilles.Il comprenait qu'il allait ap- jee prendre des choses de la plus haute a importance.il .pro \u2014Oui, reprit le père Marlyn, ils til à sont partis! Vous savez qu'il y a ici une fabrique de banknotes et de faus- *% se monnaie; chaoun d\u2019eux s\u2019en est (8 pourvu largement, et je crois qu\u2019ils W¥ doivent gagner l'Alaska, où ils pensent pouvoir écouler leur marchandi- «tk# se chez les mineurs et les aventuriers jin de tous pays qui travaillent aux plais fur cers.+ \u2014\u2014Vous n'avez pas eu l'idée d'aller 5 .\u2014Ma foi, non.Je finirai mes jours fy f ici.A mon âge onn\u2019aime pas le chan- soit gement.D'ailleurs, n'eût-ce pas élé montrer la plus noire ingratitude en- pw Vers les lords qui ont eu tant de bonté pour moi?i Ces révélations remplissaient de # joie le coeur de M.Bondonnat.Il com- « prenait que, désormais, il ne serait ns plus surveillé aussi étroitement.et 5 9H qu'une évasion deviendrait peut-être portera pas chance.possible.Il continua de questionner le vieux tramp.\u2014Oui, reprit celui-ci, la conduite de Job et de ses hommes est honteuse ; non seulement ils se sont lesté les poches de faux dollars et de fausses bank-notes, mais encore ils ont tout pillé dans l'Île avant de s'en aller.Ils ont emporté une quantité considérable de fourrures de phoque, de renard bleu et de plumes d\u2019eiders, De plus, ils ont dévalisé les caves, l'arsenal, et raflé tous les objets de valeur qui se trouvaient dans le logement partieu- lier des lords.\u2014 Ge n\u2019est pas très honnête, fit M.Bondonnat qui tenait à ne pas laisser tomber la conversation.\u2014C\u2019est ignoble! Mais cela ne leur La Main Rouge squra bien les dénicher n'importe où qu'ils soient cachés, et alors, gare à eux! La vengeance des lords sera terrible! \u2014En somme, combien reste-t-il à peu près d'hommes dans l'Île?\u2014 Une soixantaine, sans compter les Esquimaux, bien entendu.et les femmes russes.\u2014Les femmes russes ne sont done pas \u2018parties?\u2014Non.Elles sont installées, avec leur prophète, dans une vallée de l\u2019intérieur de l'Île, et elles ont pris des- amoureux parmi nos gens.\u2014Fncore une question, fit M.Bon- donnat, pourquoi vos camarades ne sont-ils pas tous partis avec le Hollandais?\u2014C'est que les uns ont eu peur de désobéir aux lords.Les autres sont des vétérans comme moi, qui ne de- imandent pas autre chose que de passer ici tranquillèment leurs derniers jours.Puis il y en a qui espèrent que Vos.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 la Main Rouge leur donnera de grandes récompenses pour leur fidélié.M.Bondonnat prit congé du vieux bandit et, toujours suivi de son fidèle cosaque, s\u2019engagoa dans le sentier qui se dirigeait vers l\u2019intérieur.Il n\u2019avait pas fait une centaine de pas qu'un étrange personnage se dressa devant lui.C'était un homme d\u2019un certain âge, dont les cheveux gris flot taient en désordre sur les épauels ; sa barbe lui descendait jusqu\u2019au milieu de la poirine, et, sauf une légère ceinture, il était complètement nu ; son nez camard était surmonté de solides Dbesicles de ouivre, et il semblait humble et oraintif.M.Bondonnat se frotta les yeux pour voir s\u2019il n\u2019était pas le jouet de quelque hallucination; mais le cosaque faisait déjà des signes au nouveau venu, qui lui répondait.avec un amical sourire.\u2018 \u2014 C'est M.Rominoff, expliqua-t-il.- Vous savez, le prophète dont je vous ai parlé.\u2014Ah! fort bien! Je suis enchanté de faire sa connaissance ! Il va sans doute nous apprendre, lui aussi, des choses intéressantes.Le prophète s\u2019était avancé.Rapopoff fit les présentations et, tout ausitôt, la conversation s\u2019engagea en Mngue russe; M.Bondonmat, le premier, exposa sa situation et raconta ses aventures ; puis il pria son interlocuteur de lui dire les siennes.\u2014Ah! monsieur, dit tristement l\u2019apôtre vitaliste, ce qui m'arrive est ini - maginable.J'ai vraiment du malheur, et je suis heureux de rencontrer un homme comme vous, à qui je puisse confler mes peines.Ces bandits de la Main Rouge sont d\u2019infâmes coquins ! \u2014Je m'étonne que vous soyez resté parmi eux, au lieu de continuer votre voyage.\u2014Cela n\u2019a pas été possible.Ces mi- | sérables se sont emparés des jeunes femmes que j'avais converties à ma doctrine, et se les sont appropriées ! Je dois dire, d\u2019ailleurs, qu\u2019elles ne se sont pas fait beaucoup tirer l\u2019oreille pour devenir les compagnes de ces bandits.\u2014A votre place, je ne m\u2019en serais plus occupé! \u2014C\u2019est bien ce que je comptais faire; mais ces drôles ont capturé ma respectable épouse, Mme Rominoff, et l'ont, comme ses compagnes, fait servir à l\u2019assouvissement de leurs passions brutales ; je ne pouvais abandonner ma femme dans une pareille circonstance, je suis donc resté.\u2014Je vous plains très sincèrement, dit M.Bondonnat qui, malgré la gra- } vité de cette confidence, avait peine à s'empêcher de rire.\u2014Vous ne connaissez pas toute l\u2019é- jf tendue de mon malheur! Ces misérables, au nombre de vingt-neuf, sont chacun, pendant dix jours, à tour de # rôle, les époux d\u2019une de mes élèves ; la | seule faveur qu\u2019ils m'aient accordé par amour de l\u2019égalité, c'est de me}.compter comme trentième, de sorte que je passe dix jours par mois seulement en compagnie de ma malheureu- §, se épouse.| Après avoir reçu le juste tribut de condoléances que M.Bondonnat accorda à sa lamentable situation, le Russe raconta comment les bandits § avaient forcé le capitaine Wilhelm, le * : revolver gur la tempe, à les emmener { \u201c dans son navire; puis il ne résista pas | * au désir d'exposer à un savant aussi distingué que M.Bondonnat les grands traits de sa théorie vitaliste, \u2014 90 \u2014 Vol.14, No § LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 \u2014Ge qui rend la vie de l'homme si courte, expliqua-t-il, et ce qui le rend lui-même si malheureux et si pervers, ce sont les raffinements maladifs qu\u2019il à introduits dans sa manière de vivre.Je prêche, moi, le retour à la simpli- - cité ; pas de vêtements inutiles et malsains, pas d'aliments épicés et indigestes, pas de feu, pas de maison, voilà le secret du vrai bonheur! Ainsi, voyez, moi, je me porte comme un charme! , \u20141I1 me semble, objecta timidement M.Bondonnat, qu\u2019il y a quelque exagération dans votre manière de voir.\u2014Nullement, répéta le prophète avec aigreur.L'homme nu devient d'une force et d\u2019une beauté admirables, et la nature, comme elle le fait pour les autres animaux.ne tarde pas à recouvrir son corps d\u2019un moelleux pelage naturel qui le défend contre la rigueur des saisons.Regardez, cette transformation a déjà commencé pour moi.Et le prophète Rominoff montra, avec orgueil, sa poitrine velue que le capitaine Wilhelm Van Bloek avait comparée au-dessus d\u2019une malle.\u2014De plus, continua-t-il avec véhémence, je couche toujours en plein air.Les maisons et les lits ne sont qu'une mauvaise habitude.J'ai vu, en Sibérie, des Kalmoucks dormir dans la neige par un froid de dix degrés, et ils ne se portaient pas plus mal, bien au contraire! \u201cJe n\u2019allume jamais de feu et je ne mange jamais d'aliments cuits.Mon ordinaire se compose de fruits et de racines et, en cas de nécessité, de viande et de poisson crus.\u2014Et, jusqu'ici, demanda le docteur.aucune de vos adeptes n\u2019est morte de pleurésie, de grippe ou de fluxion de poitrine?\u2014Nullement.Elles se portent a merveille, quoiqu\u2019elles ne possèdent pas encore\u2014mais cela ne tardera gue- re\u2014l\u2019épaisse fourrure dont la nature a doué tous les animaux des pays froids.Il est vrai que le climat de cette ile est beaucoup plus tempéré qu\u2019on ne pourrait le croire, étant donné sa latitude.\u2018\u201cGela doit tenir à l\u2019existence d\u2019un courant marin très chaud venu des régions équatoriales.\u201cJe vous ferai visiter le vallon où habitent mes dix élèves et leur trente époux ; vous verrez qu\u2019au point de vue de la végétation, aussi bien qu\u2019à d\u2019autres égards, c\u2019est un vrai paradis terrestre.\u2014J\u2019irai voir cela, oui, mais pas au- jourd\u2019hui, et, tenez, il me vient une idée, accompagnez-moi jusqu\u2019à mon laboratoire.\u2014Je veux vous faire un cadeau.Vous vous êtes plaint tout à l'heure de l\u2019insuffisance du système pileux chez vos adeptes.Je vais vous donner un élixir composé par moi et grâce auquel.en peu de jours, j'en réponds, vos charmantes élèves seront pourvus d\u2019un vêtement naturel aussi chaud et aussi moelleux que celui que possède la chèvre du Thibet ou même l'ours blanc.Le prophète Stephan Rominoff accepta cette offre avec une vive gratitude, et il quitta le laboratoire chargé d\u2019une bonbonne remplie du précieux élixir capillogène découvert par M.Bondonnat.Resté seul avec le cosaque, le vieux savant lui déclara qu\u2019il allait profiter du relâchement de la surveillance et commencer le jour même à faire les préparatifs d\u2019une évasion qui devait avoir les\u2019 plus grandes chances de succès. Vol.14, No 8 LA REVUE POPULAIRE REHEAT HERE iti Montréal, mat 1921 CHAPITRE 111 Le musée secret Dès lors, une existence toute nouvelle commença pour M.Bondonnat.Il ne revit aucun \u2018\u2018tramp\u2019 en faction devant la porte de son laboratoire.On avait renoncé à le surveiller; on le négligeait tellement qu'à plusieurs reprises, on oublia de lui apporter à manger.Le vieux savant dut se faire conduire, par le père Marlyn, Jusqu'à I endroit où.se trouvait le nouveau commandant, un certain Mongommery, que M.Bondonnat avait eu aussi l'occasion de guérir d\u2019un commencement de \u2018\u2018delirium tremens\u2019.Mongommery était un personnage insouciant et aussi paresseux qu'il était ivrogne.Sa manière de voir se résumait dans une formule qui répondait à tout, et qu\u2019il répétait cent fois dans la journée: les choses\u2019.\u2014Savez-vous, monsieur Bondonnat, dit-il au savant, que cela fait un grand dérangement d'aller vous porter à manger deux fois par jour! \u2014Je ne puis pourtant pas mourir de faim.Si je vous embarrasse, ren- dez-moi la liberté.\u2014Ça.c\u2019est une autre affaire.Ne compliquons pas les choses.Le cosaque ira deux fois par jour chercher vos vivres à la cantine.Et Mongommery ajouta, à la grande satisfaction de M.Bondonnat: \u2014Il y a des camarades qui auraient voulu que je vous boucle plus étroitement, mais à quoi bon! Ça m'est égal que vous connaissiez l'Île, puisque vous devez probablement y finir vos jours, et je ne serai pas si bête que mon prédécesseur, Sam Porter, qui \u201cne compliquons pas avait laissé un aéroplane à votre disposition! Il ne faut rien compliquer.Je suis bien sûr, moi, que vous ne vous évaderez pas d'ici.M.Bondonnat se sépara du nouveau commandant, qui voulait à toute force lui faire boire un verre de whisky, dans des termes presque cordiaux; le savant était enchanté - d'avoir reconquis une liberté relative.et il en usa, ce jour-là et les suivants, en entreprenant.en compagnie de son fidèle Ra- popoff, d'interminables promenades d'exploration dans l'intérieur de l'île.Il fut surpris de voir que ce territoire, qu'il avait cru stérile, abondait en richesses de toutes sortes et qu'il était parfaitement outillé, fortifié et organisé.; Dans la région du nord, qui comprenait une vaste baie parsemée d'ilots rocheux, se trouvait la colonie des phoques a fourrures, soignés par une centaine d'Esquimaux qui s'oceu- paient aussi de la pêche et de la préparation des peaux.Leurs cahutes de gazon formaient un pittoresque village au fond de la baie.M.Bondonnat avait\u201d soigné quelques-uns de ces pauvres sœuvages, aussi l\u2019 accueillirent- ils avec.enthousiasme.Plus tard, il visita, au centre de l\u2019Île, un véritable village où se trouvaient les casernes des .\u2018\u201c tramps\u2019 maintenant presque vides.l'arsenal, les magasins de vêtements, de vivres et de munitions; il vit aussi, à peu de distance de son laboratoire.le luxueux cotlage réservé aux lords de la Main Rouge, quand ils séjournaient dans l'île.I-n'y eut que la partie sud qu'il ne put traverser, car c'était là que se trouvaient l\u2019atelier des faussaires et les fabriques de banknotes et de faux dollars; enfin, il inspecta les batteries de Ron van iJ ons ily dont lish e ist, ve olde le lou il ¢ À ne Ang li » i pu i Vol.14, No 8 POPULAIRE Montréal, mai 1921 LA REVUE canons dernier modèle installées sur les hauteurs et qui mettaient l'Île en Ÿ état de soutenir un long siège.Mais ce qui le charma le plus, ce fut la campagne admirablement cultivée et coupée, çà et là, de bois de bouleaux, de sorbiers et de saules, les essences qui résistent le mieux au froid.| Le gibier abondait, les rennes.les castors, les renards à fourrure et tous les oiseaux aquatiques pullulaient.Des ruisseaux d\u2019eau vive, qui couraient à À travers les prairies, étaient remplis de saumons et de tuites.Grâce au bienfaisant courant «d\u2019eau chaude, cette ile, que l\u2019on eût cru désolée, eût pu passer pour un véritable éden.Dans ses promenades, M.Bondon- nat n\u2019eut garde d'oublier le prophète Rominoff et ses adeptes, campés au grand air däns une clairière bien abritée du vent.Là, il reçut les félicitations de toutes les dames, qui le remercièrent de son élixir capillogène, dont elles commençaient à ressentir les bienfaisants effets.C\u2019est en quittant le prophète vitaliste, que M.Bondonnat et Rapopoff atteignirent une région inculte et désolée, située tout à fait à l'ouest de l\u2019île.Le sol tourmenté était hérissé de blocs de granit et couvert seulement, par endroits, d\u2019un gazon rare.A certaines places, il y avait des mares stagnantes, bordées de saules nains, où s'ébattait tout un monde d\u2019oiseaux aquatiques, canards sauvages, vanneaux, pilets, sarcelles, pluviers.M.Bondonnat remarqua.même.quelques cygnes et quelques oies sauvages qui s'envolaient à grands battements d\u2019ailes.Il était évident que cette région n'était que rarement visitée par les habitants de l'Île, et il en comprit la raison en apercevant sur un rocher, une main rouge grossièrement tracée avec de la peinture.\u2014Ce doit être, dit-il, un coin interdit aux bandits et que les lords se sont réservé.: \u2014Peut-être pour y chasser, petit père?dit le cosaque.\u2014Je ne crois pas cela.Cette interdiction doit avoir une cause plus sérieuse, et nous allons tâcher de la deviner.Ils dépassèrent le rocher sur lequel était peinte la main rouge, et ils s\u2019engagèrent dans un vallon profondément raviné, bordé de falaises de roc où des eiders et des aigles de mer avaient installé leurs nids.Au fond de ce vallon, il y avait un sentier bien tracé, sur lequel se remarquaient des empreintes de pas et , de roues de voiture.Ils s\u2019aperçurent bientôt qu'il allait en se rétrécissant, se changeait en une sorte de défilé ou de ravin, que des rochèrs abrupts enserraient de toutes parts, ne laissant entre eux qu'un étroit passage.Ils avancèrent encore, mais leur dé - ception fut grande en trouvant le chemin barré par un bloc de granit que cinquante hommes eussent eu de la peine à remuer.\u2014 Voilà qui est singulier, dit M.Bondonmat, ce sentier avait pourtant bien l'air de conduire quelque part.\u2014Le bloc est peut-être tombé à la suite d\u2019un éboulement?fit le cosaque.\u2014Gela ne se peut.On voit.à la couleur grise de la mousse, qu\u2019ily a longtemps, des années peut-être qu\u2019il occupe la même place.\u2014Et.pourtant, petit père!.Rapopoff, regardez! Il montrait des traces de pas nettement coupées par le granit, comme si quelqu\u2019un eût marché à la place où se trouvait maintenant l\u2019énorme bloc.dit + = 982 \u2014 4 H 18 A i 4: 3 iN hi: 8 H i +3 i - Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 \u2014Il y a peut-être un passage secret dissimulé dans la pierre?dit le cosaque.\u2014Je ne le crois pas.Raropoff s'était approché du bloc comme s'il eût voulu le déplacer, mais autant aurait valu essayer de remuer une montagne.\u2014Je crois, fit M.Bondonmat, qu\u2019il vaut mieux retourner sur nos pas!.Mais, au moment même où il pro- nionçait cette phrase, un dernier effort du cosaque fit virer la gigantesque masse.Le savant poussa une exclama - tion de surprise.Il lui paraissait impossible matériellement qu\u2019avec ses seules forces, Rapopoff eût pu obtenir un pareil résultat.Il eut bientôt l'explication de cette anomalie.Pareil à ces pierres.qui tournent, que l\u2019on voit dans™e pays de Galles et en Bretagne, le bloc de granit était en équilibre.Quand on le touchait à un certain endroit.le doigt d\u2019un enfant eût suffi pour le déplacer.c'était cet endroit que la main du cosaque avait enfin trouvé.En tournant.le bloc avait démasqué une ouverture ténébreuse.\u2014FEntrons! déclara hardiment M.Bondonmat.\u2014C'est cela, petit père.entrons!.répéta le fidèle cosaque.Et, tout en parlant.1l glissait quelques galets plats dans l'interstice du rocher, pour empêcher le bloc de reprendre.de lui-même, la place qu'il occupait.Les deux explorateurs étaient, heureusement, pourvus d'une lampe électrique de poche.Ils l'allumèrent et s'enfoncèrent dans ce trou noir.qui ressemblait au 'soupirail d'une cave.Mais ils avaient fait à peine une dizaine de pas dans -l'étroit corridor aux parois scintillantes de salpêtre, qu\u2019ils débouchèrent dans une salle souterraine de forme ronde, entièrement emplie d\u2019armoires vitrées disposées de façon concentrique.Tout d'abord, ils ne virent pas bien ce que renfermaient ces armoires ; mais.quand ils s\u2019en furent approchés, ils reculèrent avec un frisson de dégoût et d'horreur.Cette salle souterraine, dont le hasard leur avait livré le secret, était un véritable musée anatomique.Il y avait là des centaines d'organes, des corps entiers conservés en apparence dans toute leur frai- cheur par des procédés inconnus, Immergés dans de vastes bacaux, d\u2019après la méthode du docteur Carrel, sans doute encore perfectionnée, des coeurs palpitaient au milieu d'un liquide incolore, des poumons s'enflaient et se dégonflaient avec un bruit haletant, des masses d\u2019entrailles bleues et vertes se tordaient, encore agitées des mouvements reptiformes qui accompagnent la digestion chez les êtres vivants.Il y avait, encore, dans une grande éprouvette de cristal.des foetus vivants dont les vaisseaux omblicaux .étaient prolongés par des tubes de ca- outchoue qui venaient aboutir à une étrange pompe de cristal, pleine de sang tiède.Le premier mouvement de stupeur passé.M.Bondonnat se trouva puissamment intéressé par cette effarante collection.Jamais il n'avait vu d'aussi admirables pièces anatomiques.* Il constata là le résultat de décou- vertesencore complètement inconnues de la science officielle, et il se demanda.tout pensif.quel était le grand sa- vant-qui, capable d'opérer d'aussi pro- digfenses trouvailles, était en même temps un chef de bandits.Il s'exnli- quait maintenant qu on l\u2019eût enlevé, \u2014 94 \u2014 nm ea Len ui Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 lui, savant, dans le seul but de s'ap- _ proprier ses découvertes.\u2014I] fallait, en somme, pensait-il, que ces bandits fussent parfaitement u courant de mes travaux.Mais quel dommage qu'un pareil homme préside à une tourbe d\u2019assassins et n\u2019agisse pas franchement.en travaillant au grand jour! : Plongé dans ses réflexions.M.Bon- domnat continuait à examiner les pièces anatomiques.Il était arrivé à une partie de la salle où se trouvaient debout.dans leur cercueil de crislal, ges corps admirablement embaumés.La peau avait conservé son coloris.et les membres leurs dimensions exactes ; les visages, aux lèvres rouges, n'étaient ni ternis ni décomposés.On eût dit que lous ces êtres humains vi- vaieni encore d'une vie mystérieuse af n'attendaient qu'un ordre du maître pour quitter leur immobilité pensive.Raponpoff.pendant tout cet exanien.donnait les signes de la plus vive terreur; ses dents claquaient.el il regardait M.Bondonnatl d'un air supphiant, comme pour l'adjurer de sortir au plus vite de cet antre diabolique.Tout à coup.il se rejeta en arrière, avec un véritable hurlement.\u2014Petit père! petil père! s'éeria-t- il, il est lal.II montrail du doigt une vitrine dans laquelle M.Bondonnat.stupéfié d'épouvanté à sou tour.aberçui son exacte ressemblance.son double.un autre Bondonnat en chair et en os.qui.admirablement embaumé.semblait le contémpler avec un sourire tranquille.Ça.par exemple, s\u2018écrin le vieux savant.c\u2019est trop fort! Je me demande comment l'on à pu truquer un sujet de façon à obtenir une si cffurante similitude! \u2014 95 \u2014 M.Bondonnat et le cosaque demeu- rérent cing bonnes minutes dans un silence profond, littéralement idioti~ sés de stupeur; mais brusquement le vieillard se frappa le front avee un eri de trionmhe : \u2018 \u2014Le voilà! s'écria-{-il.le moyen \u2018d'évasion sûr, remtfquable et pratique! \u2014\u2014Que voulez-vous dire.metil père?\u2014Pu verras! Mais il vu faire nuit dans une heure; nous ne sortirons d\u2019ici que quand l'obscurité sera complète.\u2014d'aimerais mieux m'en aller.protesta Rapopoff avec énergie, \u2014 Non.fu vas me comprendre.Quand nous nous en irons.nous emporterons avec nous \u201cl\u2019autre\u201d.le Bon- donmsat que tu vois là, dans la vitrine! \u201cCe ne fut pas sans peine que le eo- saque se laissa persuader.Mais enfin, à force d'arguments et de démonstrations, il finit par céder.Quand tous deux quiltèrent le musée anatomique souterrain, dont ils eurent soin de refermer la porte de roe, Raponoff portait sur ses épaules un lourd fardeau, enveloppé d'une toile grise, Deux jours plus tard.le.doyen des \u201c{ramps\u201d, le père Markyn, entra comme il le faisait quelquefois, dans le laboratoire.pour prendre des nouvelles de M.Bondonnat.Trowvant toutes les nortes grandes ouverles, il traversa successivement la salle d'expériences el la bibliothe- que.ct arriva ainsi à la chambre du savant, mais il s'arrêta sur le seuil, stupéfait et consterné.M.Bondonnat était mort, et son cadavre jolé cn lravers du lit défait, peudail lamentablement la tête en bas, { EURE Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 Le père Marlyn appela: \u2014\u2014Rapopoff, au secours! Et comme Rapopoff ne venait pas, le vieux tramp se mit, mais vainement à sa recherche.Le cosaque avait disparu.Très remué par ce qu'il venait de voir, et même sincèrement affligé\u2014' car le vieillard, comme tous les gens de l\u2019île, adorait M.Bondonnat+\u2014le père Marlyn s\u2019empressa d\u2019aller avertir le commandant Mongommery.Gelui-ci sortit de son apathie habituelle et se rendit en hâte au laboratoire pour procéder lui-même à une enquête; et le premier résultat de ses investigations fut de découvrir, à l\u2019angle de la tempe du cadavre, une blessure assez profonde._ D était encore occupé de ses macabres investigations lorsqu\u2019un Esquimau, qui le cherchait depuis une heure, vint lui annoncer que deux des meilleurs pêcheurs de la baie avaient disparu la nuit précédente, en emmenant avec eux la plus grande des embarcations.Personne ne les avait vus partir ; mais il était hors de doute qu\u2019ils s'en étaient allés sans esprit de retour, car ils avaient emporté leurs blouses en peau de phoque, ornées ide verroteries, leurs colliers de dents de morse et tout ce qu'ils avaient de plus précieux dans leur case.Cette révélation fut un trait de lumière pour le commandant Mongom- mery.Avec une perspicacité dont il s'étonnait lui-même, il venait de reconstruire d\u2019un seul coup le drame dans son entier.\u2014Je vois ce qui s\u2019est passé, comme si jy avais assisté, déclara-t-il aux \u201ctramps\u2019\u2019, qui l\u2019entouraient, c\u2019est le cosaque qui a tué ce pauvre vieux pour le voler, sans nul doute.Et il a dû élucider les Esquimaux à l'accompagner dans sa fuite.\u2014C\u2019est dommage, dit le père Mar- lyn qu\u2019on ne puisse tordre le -cou à ce gueux de Rapopoff.\u2014Bah ! fit Mongommery, à quoi bon?Il doit être loin à l\u2019heure qu\u2019il est.Nous ne savons pas quelle direction il a prise, d\u2019ailleurs, et je ne voudrais pas aventurer une de nos embarcations dans une pareille poursuite.L'hypothèse de Mongommery se trouva vérifiée par une autre circonstance.On constata qu\u2019un petit meuble où M.Bondonnat avait serré une lias- | se de bank-notes que les lords de la Main Rouge\u2014bien malgré lui, d\u2019ail- leurs\u2014lui avaient remises dans un précédent voyage, avait été fracturé | et que les bank-notes avaient disparu.Mongommery était assez embarrassé.Pour son début dans les fonctions de gouverneur, c\u2019était là une désagréable histoire; mais il ne pouvait laisser passer un tel fait sans en avertir les lords de la Main Rouge.Grâce à l\u2019appareil de télégraphie Bi sans fil installé au centre de l\u2019île, il expédia aussitôt une dépêche chiffrée et, une heure après, il en recevait laÿ 4, réponse.Elle était ainsi conçue: \u201cLes lords de la Main Rouge sont très mécontents de votre négligence, au sujet de laquelle ils se réservent dej; faire une enquête.Les coupables seront sévèrement punis.En attendant, redoublez de vigilance.sur le qui-vive.L'île peut être atta quée d\u2019un moment à l\u2019autre\u2019.Mongommery fit la grimace a lof.lecture de ce message.L'assassinat duf ; vieux savant le plaçait dans une posi-f :, tion singulièrement fausse.En effet x lors du départ de Job Fancy, il avaitÿ \u2026 été convenu que les lords de la Main Rouge ne seraient prévenus de cette .Tenez-vous \u2018 ns RU | i ili] Wi: Hi sir Email itp + + bien à son poste ; sur les hauteurs furent visités et char- Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE, Montréal, mai 1921 désertion que lorsque les fugitifs auraient eu le temps de se mettre en sûreté.Mongommery avait fidèlement tenu parole; mais il s'apercevait un peu tard que.faute d\u2019avoir dit la vérité, c'était lui qui allait être tenu regpon- sable non seulement de la mort du vieux savant, mais encore de l'évasion du commandant Job.Il regagna son logis, furieux, se demandant comment il sortirait de cette ornière; et, dans sa préoceupation, il oubliaä'même de donner les ordres nécessaires pour qu\u2019on procédât à l\u2019inhumation du vieux savant.os - .GHAPITRE IV Phantasmes \u2018La dépêche des lords de la Main Rouge \u2018avait jeté Mongommery dans une grande inquiétude et l\u2019avait arraché à son æpathie habituelle ; le lendemain de la découverte du crime et le jour suivant, il déploya une véritable activité.- Les \u201ctramps\u201d, qui, depuis quelque temps, se laissaient vivre en vérita- Dles'rentiers\u2019et avaient mis de côté toute discipline, furent de nouveau obligés de monter la garde dans toutes les parties de l'île où une surprise était à craindre.\u2018Mongommery placa des sentinelles dans toùs les endroits menacés, et il | se levait la nuit pour\u2019 faire des rondes et s\u2019assurer que tout le monde \u2019 était les canons placés gés; enfin, on s'assura que les torpilles étaient a leur place et qu'aucune d\u2019elles n\u2019avait été entraînée par les cou: rants.Dans la nuit du troisième jour, le commandant Mongommery eut un rê- - ve.Il se voyait entouré d\u2019une foule hurlante et, comme cela lui était arrivé déjà une fois ou deux, dans le cours de son existnce, garrotté et entraîné du côté d\u2019un arbre aux branches duquel se balançait une corde ornée d'un noeud coulant de sinistré augure.On lui montrait le poing; on le bousculait et, finalement, quelques personnes zélées lui passaient la corde au cou, pendant que d\u2019autres tiraient de toutes leur forces sur la corde pour hisser le patient dans les airs.Le commandant se réveilla en sursaut, très effrayé, et porta précipitamment la main à son.cou.où il sentait encore la constriction causée par ia corde.I] sourit de ses terreurs, en reconnaissant que la sensation pénible qui l'affectait était due à sa cravate qu'il avait trop serré.Il reconnut.du même coup, que, sans doute à la suite d'une absorption de whisky un peu excessive, il était couché tout habillé sur son lit.° | Il fut longtemps à se remettre de cetle alarme et, constatant qu\u2019il n\u2019avait plus sommeil, il pensa que ce qu'il avait de mieux à faire, c'était de se lever et d\u2019aller faire une ronde de vigilance sur les côtes de l'Île.En un clin d'oeil il fut sur pied et, prenant avec lui un \u2018tramp\u2019 nommé \u2018Molier, qui lui servait habituellement de garde du corps, il se mit en route, non sans avoir vérifié l'état des deux revolvers qui ne le quittaient jamais.La nuit était obscure.De grands nuages noirs fuyaient sous un ciel sans étoiles et sans lune et, dans le grand silence, on n\u2019entendait que le bruit monotone du ressac sur les brisants.Les deux bandits étaient arrivés à peu de distance du laboratoire qu\u2019a- \u2014 97 \u2014 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mal 1921 vait occupé M.Bondonnat, Mongommery s'arrêta net.\u2014Dis donc.Moller, fit-il à son compagnon, n\u2019as-tu rien vu, toi?\u2014Non, répondit l'autre.\u2014Je ne sais si c\u2019est un ébiouisse- ment, mais j'ai cru apercevoir tout à l'heure une grande lueur dans la direction du large!.\u2014C\u2019est peut-être un éclair! \u2014Mais non, le temps n\u2019est pas orageux! Tous deux demeurèrent quelque temps anxieux et immobiles, essayant de peroer l'opacité des ténèbres.Mais, tout à coup, un même ori s'éahappa de leurs poitrines, et ils de- meurérent cloués au sol, hébétés de stupeur par une extraordinaire vision.Une main de feu, une gigantesque \u201cMain Rouge\u201d venait d\u2019apparaitre à horizon, sur le fond sombre des nuages, et cette main portait au poignet une chaîne dont les derniers anneaux semblaient se perdre dans la mer.\u2014Qu'\u2019est-ce que c\u2019est que cela! bégaya Moller, plus mort que vif.\u2014Je n\u2019en sais rien, répondit Mon- gommery sur le même ton.\u2014Allons-nous-en! J'ai la tremblot- te! Je ne veux pas rester ici une minute de plus! \u2014 Non, avec effort, restons! Il faut voir! lorsque Malgré lui, ses yeux demeuraient attachés invinciblement à cette main sanglante et gigantesque qui barrait tout le fond du ciel.Il se demandait avec inquiétude quel était ce terrifiant météore, quand le bruit d\u2019une longue explosion déchire l'air.\u2014Ça, au moins, grommela Moller, je sais ce que o'est! C'est une de nos torpilles qui sautel murmura Mongommery, .Mongommery ne put lui répondre.Une seconde, une troisième, une quatrième détonation éclatant presque simultanément, faisaient un vacarme assourdissant.On eût dit une salve de coups de canon; puis les explosions se multiplièrent à l\u2019infini, retentissant.de seconde en seconde, dans un grondement majestueux réperouté par tous les échos.C\u2019était la double rangée de torpilles dormantes qui protégeaient les abords du rivage, que des ennemis mystérieux de la Main Rouge étaient en train de détruire.De hautes colonnes d\u2019eau écumante jaillissaient vers le ciel, et l\u2019île était entourée comme d\u2019une ceinture de geysers.\u2014Je ne sais pas ce que tout cela veus dire, fit Mongommery d\u2019une voix basse et tremblante, mais nous sommes flambés | Quand la dernière torpille eut détoné et que tout fut rentré dans le silence, la main de feu, \u2018dont le reflet sanglant illuminait tout le fond du ciel, s\u2019abaissa vers'la mer et disparut Cependant, les habitants de l\u2019île, plongés quelques moments dans la consternation et dans la stupeur, en présence de ces phénomènes surnaturels, se mettaient en état d'organiser la résistance contre les ennemis encore invisibles; de toutes parts, des coups de feu éclataient, des cloches d'alarme tintaient, et les fanaux électriques, brusquement allumés sur tous les points de l'Île, montraient des es- oouades de \u201c\u2018tramps\u2019\u201d accourent au pas gymnastique, la carabine sur l\u2019épaule et le revolver à la ceinture.Mais la disparition de la symbolirrs main rouge dans les flots avait é* signal d\u2019un autre genre de pla mes, 0s 5 là me cel voit ol ssi efel Ki vil [ef i 1g ok afl: sise dé ch fet 10 Lu 1 , Il J Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mat 1921 Le ciel se peuplait maintenant de centaines de milliers de figures diaboliques et hideuses, qui semblaient se balancer sur les nuages en ricanant; des pendus, des hcuiimes sans tête exécutaient des rondes infernales, en compagnie de monstres aux yeux flamboyants et aux figures d\u2019animaux.Tous ces fantômes s'ébattaient dans une atmosphère phospho- resceïte pareille à du feu liquide et qui éclairait tout l\u2019horizon comme un immense incendie.C'est seulement alors que Mongom- mery aperçut, à une encâblure à peine du rivage, un navire qui s\u2019avançait à toute vapeur et qui, lui aussi, semblait entouré d\u2019une éblouissante auréole de clarté.Sa coque, ses agrès et ses mâts étaient dessinés en traits de flamme et, dans les haubans, se jouaient des monstres pareils à oeux qu\u2019on apercevait dans le ciel.Ces êtres étranges glissaient le long des cordages, sautil- laiîent de vergue en vergue, comme si les lois de la pesanteur n'eussent pas existé pour eux.Moller, qui en sa qualité d\u2019Irlandais, était superstitieux, sentait ses cheveux se hérisser sur sa tête.Ses dents oclaquaient, et il se voyait déjà empoigné par les griffes de tous les êtres de oauchemar qui semblaient prêts à s\u2019abattre sur l\u2019Île.\u2014Nous sommes perdus! s\u2019écria-t- H.Je savais bien, moi, que tout cela finirait mal! Les lords de la Main Rouge ont fait un pacte avec le daiblel.Et, maintenant, le moment est arrivé où nous allons tous être emportés, et l'Île avec nous, dans le fin fond de l\u2019enfer!.\u2026 , \u2014Imbécile, s'écria Mongommery à qui l'excès même de sa terreur avait rendu le courage, quand même ce se- reis le diable, je m'en moque et je défendrai l\u2019île tant qu\u2019il me restera une goutte de sang dans les veines!.Je ne crois pas aux diableries moi! Allons, oust! ce n\u2019est pas le moment de rester à pleurnicher! \u2014Que faut-il faire?\u2014Cours vivement jusqu\u2019à la batterie qui domine la baie.Prends avec toi le nombre d'hommes nécessaire, et entame le feu contre ce navire du diable! Nous allons voir ce qu\u2019ils vont dire quand les shrapnells commenceront à pleuvoir sur leur peaul.Moller partit à toutes jambes.Le commandant Mongommery, maintenant entouré d\u2019une vingtaine de \u201ctramps\u2019, s'empressa d'envoyer également des hommes à la batterie située sur la falaise; puis, il réunit deux escouades de ses meilleurs tireurs, et il les embusqua derrière un groupe de rochers qui commandait l\u2019entrée de la baie.: \u2014Camarades, dit-il à ses hommes, j'espère que vous ferez votre devoir.Nous avons des armes et des mumni- tions en abondance; l\u2019ennemi n\u2019est pas de taille à lutter contre nous! Que chacun se batte courageusement ! Vous savez que les lords de la Main Rouge ne se montrent pas avares lorg- qu'il s\u2019agit de récompenser les braves| Ce petit discours, débité d\u2019aileurs sens conviction, n\u2019eut pas l\u2019effet que Mongommery en attendait ; les \u201ctramps\u2019\u2019 étaient démoralisés d\u2019avams ce, persuadés qu\u2019ils avaient à coms battre des êtres surnaturels.Il n\u2019eut pas le temps de se livrer À de longues réflexions; déjà la bataille s'engageait.La batterie de la falaise et olle de la baie en donnèrent le signal presque en même temps, en tirant à touteFfrolée; mais Mongommery constata avec désegpois que le diabo- Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE lique navire ennemi se trouvait maintenant trop près du rivage pour pouvoir être atteint par les canons de la Main Rouge dont les projectiles allaient se perdre dans la haute mer.Tout ce qu\u2019il put faire, ce fut de commander à la troupe embusquée à l'entrée de la baie une fusillade nourrie.\u2014 Est-ce que ce serait un navire de l'Etat?se demandait-il anxieusement, tout en se démenant pour don- her des ordres.Et, pourtant, non.Si c'était cela, les passagers ne se livreraient pas à de pareilles diableries! A ce moment, les flancs du navire ennemi se couronnèrent d\u2019un triple éclair.Un \u2018\u201c\u2018tramp\u2019\u2019, placé à deux pas de Mongommery, eut la tête emportée par un boulet; un obus avait éclaté au milieu même de la troupe embusquée derrière les rocs.Ce fut une débandade générale.En même temps, les figures monstrueuses, dans les nuages.grandissaient démesurément,allongeant leurs pattes griffues comme si elles eussent voulu dévorer l'Île et ses habitants.Cette fantasmagorie effrayante ne fit qu'\u2019accroître la panique des fuyards.tie fut un sauve-qui-peut général; les canons du farNastique navire continuaient à tirer sans relâche.Une bombe au pétrole était tombée sur le toit de la caserne des \u2018\u2018tramps\u2019\u2019 et le bâtiment construit en bois résineux, avait pris feu.Il brûlait maintenant avec une grande flamme livide toute droite dans le ciel calme.Mongommery, éperdu mais non découragé, avait rallié ses hommes dans le petit bois qui dominait la baie.Mais, à ce moment, deux grandes chaloupes que la fumée avait empêché d\u2019apercevoir vinrent atterrir et débarquèrent une soixantaine d\u2019hom armés de fusils à répétition dont les baïonnettes aiguës luisaient à la clarté des lampes électriques.Le chef de cette troupe, coiffé d\u2019un casque d'argent, n'avait d\u2019autre arme que son épée.Un léger manteau d'azur, brodé d'or, flottait sur ses épaules.À ses côtés, un chien de forte taille, dont le corps était protégé par une cotte de mailles et qui portait un collier de fer aux pointes acérées, poussait des aboiements furieux comme s'il eût été impatient lui-même d\u2019engager le combat corps à corps.Tout auprés, un petit bossu a la mine martiale tenait en main un clairon et n'attendait que le signal du chef pour sonner la charge.Du petit bois où il concentrait ses hommes, Mongommery vit la compagnie de débarquement se ranger en bataille pour s\u2019apprêter à tenter l'assaut des hauteurs.Mongommery constata avec une cer- faine émotion que tous les vieux \u201ctramps\u201d, les vétérans de la Main Rouge, étaient réunis autour de lui .pas un seul ne manquait à l'appel.Le père Marlyh, l\u2019octogénaire, le doyen des bandits ; le vieux Jackson, agité d\u2019un tremblement nerveux depuis qu'il avait été électrocuté ; le superstitieux Moller, tlont le cou était demeuré de travers depuis qu\u2019il avait été pendu au Canada ; Berwai, amputé d'un bras après avoir été grillé au pé.trole-ipar des lyncheurs, tous étaient là, impassibles, prêts à donner leur vie, sans phrases, pour la Main Rouge, qui était leur seule patrie et leur seule famille.Us s'étaient formés en carré, n\u2019espérant pas la victoire, mais décidés à vendre chèrement leur vie.Les autres \u201ctramps\u2019\u2019, plus jeunes, électrisés par un si noble exemple, étaient remplis d\u2019enthousiasme.Montréal, mai 1921 \u2014\u2014\u2014\u2014 2 rem Vol.14, No 5 - LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 \u2014Rien n\u2019est encore perdu, déclara Mongommery d\u2019une voix vibrante, nous avons l'avantage de la position ; que tout le monde se couche à plat veritre dans les buissons et se tienne prêt à tirer à mon commandement! Des cris terribles s\u2019élevèrent alors dans l\u2019épaisseur du bois; c\u2019étaient les Esquimaux de l\u2019établissement de pê- che qui, devenus à peu près fous à la vue des apparitions, s\u2019enfuyaient en hurlant et cherchaient quelque c: caverne où se cacher.\u2014Je connais le chef des ennemis, dit-rapidement le père Marlyn à l\u2019oreille de Mongommery, c'est ce lord Burydan qui s\u2019esl évadé en compagnie d'un Peau-Rouge, que j'aperçois, d\u2019ailleurs, lui aussi, parmi nos enne- misl.: \u2014Tant mieux ! Cela prouve deux choses qui doivent nous rassurer.D\u2019abord, c\u2019est que nous n\u2019avons pas affaire à un navire de l\u2019Etat' et, aussi, que toutes ces fantasmagories n\u2019ont rien de surnaturel.Il n\u2019acheva pas sa phrase.Sa voix fut couverte par le tintamarre des clairons et des tambours; puis, au milieu d\u2019un profond silence, la voix de lord Burydan commanda: \u2014Feu a répélition: En avant, à la baïonnette!.Le crépitement de la fusillade domina, en cet insiant, tous les autres bruits, même la voix des canons du bord qui continuaient à lancer des bombes au pétrole et des shrapnells sur les points les plus éloignés de l\u2019île; une trombe de balles faucha les branchages du petit bois où se tenaient embusqués les \u2018\u2018tramps\u2019\u201d\u2019.s Mais, comme ils étaient couchés à plat ventre, pas un d'eux ne fut atteint et pas un d\u2019eux ne bougea.\u2014 161 -\u2014 Maintenant, le clairon sonnait la charge, et les soldats de lord Burydan gravissaient, au pas accéléré, la pente escarpée de là colline.Ils avaient franchi à peu près la moitié de la distance, lorsque, à son tour, Mongommery commandg le feu.Une avalanche de balles ba.aya le sentier, fauchant les soldats de Bury- dan qui battirent en retraite en désordre.\u2014 Courage ! criait Mongommery.La victoire est à nous! Nous les exterminerons jusqu\u2019au dernier ! Mais surtout ne quittez pas vos abris! Lais- sons-les essayer d'une seconde attaque.Lord Burydan, en effet, ne tarda par à rallier ses hommes.\u2014 Cette fois, leur dit-il, ne nous laissons pas arrêter par le feu de l\u2019ennemi.Il faut atteindre, coûte que coûte, le sommet de la hauteur et débusquer les \u2018\u2018tramps\u2019\u2019 de leur position.Deux fois l\u2019attaque fut renouvelée sans succès, Lord Burydan avait été blessé à l\u2019épaule.Le petit bossu continuait à sonner de son clairon, tordu par les balles.Enfin, à la troisième attaque, une douzaine d\u2019étranges combattants que Mongommery prit pour «des singes, décidèrent de la victoire.Simplement armés «d\u2019une hache d'abordage, ils franchissaient d\u2019un seul bond un espace de plusieurs mêtres ; ils semblaient passer invulnérables à travers la pluie des projectiles.Arrivés les premiers sur la hauteur, ils tombèrent comme des furieux sur les véterans de la Main Rouge et en firent un carnage épouvantable.Oscar Tournesol, le clairon bossu, qui avait suivi de près ses amis sur le champ de bataille, se conduisit, lui aussi, héroïquement, communiquant A Voi.14, No 5 à tous l\u2019enthousiaste bravoure dont il était animé.\u2014 Bravo, Romulus! criait-il, bravo, Robertson !.Tape dessus, mon vieux Makoko! Un hourra pour Goliath! Ce Goliath géant qui, dédaignant de se d\u2019une autre arme, assommait les \u201c\u201ctramps'\u2019\u2019 avec son poing.Sous ses coups, on les voyait tomber comme des boeufs à l'abattoir, la cervelle broyée, un jet de sang aux narines.Silencieux et rapide, le Peau-Rouge Kloum, armé d\u2019un sabre bien affilé.faisait voler autour de lui les têtes des ennemis avec une dextérité et une vigueur surprenantes, Bientôt la victoire de lord Burydan fut complète.Seul, Mongommery, entouré d\u2019une douzaine de vétérans, &e battait encore comme un lion et refusait de se rendre.À ses côtés, le père Marlyn aléchargeait méthodiquement son revolver, tout en poussant, de temps en temps, de sa voix fêlée, des oris de: \u2018Vive la Main Rouge! Vivent les lords!\u201d Astor Burydan fut touché de tant de bravoure.\u2014Rendez-vous, dit-il à Mongom- mery.\u2014Jamais! répliqua celui-ci.Mais au même moment, il tombait, assommé sous le formidable poing du géant Goliath.Cernés de tous côtés, les vétérans furent désarméis.garot- tés et conffés à la garde des clowns Makoko et Kambo.La victoire de lord Burydan était complète, éclatante, définitive.I voulut lui-même abattre de ses propres mains l'étendard de la Main Rouge qui flottait au sommet d\u2019un mât élevé au point culminant de l\u2019Îe des Pendus était une espèce de LA REVUE POPULAIRE servir , Montréal, mai 1921 CHAPITRE V Une ronde de nuit Les fanaux électriques de l'île et les projecteurs du yacht \u2018\u20181'Ariel\u201d, toujours ancré dans la baie, éclairaient le champ de bataille couvert de morts et de blessés.Lord Astor Burydan s\u2019était assis, pour se reposer un instant.sur un banc de gazon, et, à ses côtés, se tenaient le Peau-Rouge Kioum et le petit bossu Oscar Tournesol tous trois étaient couverts de sang et de poussière, haletants de sueur.Un des marins de l'équipage leur apporta un bidon rempli de café froid, dont ils burent quelques gorgés avec délices.Lord Burydan était radieux, malgré sa fatigue.\u2014Voilà, s\u2019écria-t-1l.ce qui s\u2019appelle une vraie bataille.Si j'avais souvent des journées comme celle-oi, je crois que le spleen, ou, pour être plus moderne, la neurasthénie qui me tourmente.aurait vite fait de disparaître, Lord Burydan fut interrompu par des aboiements furieux.C'était le chien Pistolet qui, après avoir vaillamment combattu pour sa part, arrivait à toute vitesse, toujours revêtu de sa cuirasse et de son oollier à pointes de fer, Oscar flatta l\u2019animal; mais Pistolet continuait à aboyer avec fureur.\u20141I1 veut peut-être.fit lord Bury- dan, que nous le débarrassions de son harnachement de guerre.\u2014Non, dit Kloum sentencieusement.\u2014Non, s'écria à son tour le petit bossu, Pistolet nous montre notre devoir.Il nous fait comprendre, à sa façon, que nous n'avons même pas le droit'de prendre une minute de repos avant d'avoir délivré M.Bondonnat.\u2014 C'est juste! dit lord Burydan en se levant impétueusement.Courons \u2014 102 \u2014 He ol: ili Vol.14, No 8 TA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 vite au laboratoire; dans le désarroi qu'a causé notre venue, il est probable que les sentinelles qui le gardent habituellement ont pris la fuite.- \u2014Il faut tout prévoir, répliqua le bossu.Emmenons avec nous quatre hommes solides et bien armés! D\u2019un geste, il fit signe à l\u2019hercule Goliath, à l'homme projectile Romulus et aux frères Robertson de les accompagner.Le laboratoire n\u2019était distant du petit bois que d'un quart d\u2019heure de marche, la petite troupe y arriva bientôt; comme l\u2019avait prévu lord Bury- dan, il n\u2019y avait aucune sentinelle dans le chemin de ronde, et les portes, extérieures étaient grandes ouvertes.- \u2014M.Bondonnat, dit Oscar, a peut- être profité de la bataille pour prendre le large.\u2014Nous allons voir, fit lord Buhy- dan, qui tout de suite avait trouvé le commutateur électrique.Une vive lumière bri}la.Le labora- .toire apparut tout en désordre ; le plancher n\u2019avait pas été balayé et portait de nombreuses traces de pas.Les bocaux et les vitrines étaient recouverts de poussière.\u2014On dirait, fit lord Burydan avec inquiétude, que le laborätoire a été abandonné depuis longtemps.Si M.Bondonnat-était encore ici, il seraît déjà venu à notre rencontre.\u2014Cherchons, fit Kloum.Le Peau-Rouge, parfaitement au courant des aîtres, ouvrit la porte des pièces adjacentes qui avaient servi d'habitation au savant et où il avait logé lui-même pendant sa captivité.Mais, arrivé à la porte de la chambre de M.Bondonnat, il s\u2019arrêta net et, avec un geste de désolation et d\u2019épouvante, il montra le cadavre du savant gisant en travers du ill.\u2014Ils l'ont tué! murmura-t-il avee une profonde tristesse, nous sommes arrivés trop tard! Lord Burydan et Oscar échangèrent un regard navré.Ainsi done.tout le courage, toute l'ingéniosité, toute la science déployés au cours de l'expédition n'avaient servi de rien.Les bandits de la Main Rouge avaient là- chement assasiné le vieillard, après l\u2019avoir dépouillé de ses découvertes ! Ils demeuraient silencieux et consternés.\u2014Oroyez-vous, demanda lord Bury- dan avec agitation, qu\u2019il y ait longtemps que les bandits aient assassiné M.Bondionnat?Oscar, qui s'occupait précisément à remettre sur le lit le corps à demi tombé, poussa une exclamation : Oui! s\u2019écria-t-il, il ya longtemps qu\u2019ils l\u2019ont tué! ; \u2014Qui vous fait dire cela?.\u2014 M.Bondonnat a été embaumé! \u2014C\u2019est incroyable! - Lord Burydan dut se rendre à l\u2019évi- .dence.Le corps du vénérable savant exhalait un parfum puissant balsemi- que; il était hors de doute qu\u2019il n\u2019eût été soumis à un procédé de conservation extrêmement savant, puisqu\u2019il laissait aux chairs toute leur souplesse et au visage toute son expression et tout son coloris.Tous trois s'étaient agenouillés près du corps de leur ami et le contemplaient en silence.Pistolet.lui, aboyait à la mort, et, chose singulière, loin de lécher leg mains de son maître défunt, comme beaucoup de chiens eussent fait en pareil cas, il tournait autour du laboratoire et des chambres avec de sourds aboiements de menace.Puis, tout à coup, il s\u2019élança au dehors et disparut, 1 \u2014 103 \u2014 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 \u2014Le chagrin a rendu ce pauvre chien absolument fou, dit Oscar.Il n\u2019a plus pour ainsi dire sa tête à lui.\u2014Ne nous en occupons pas, s'écria lord Burydan.Nous devons, avant toutes choses, rendre honneur à la dépouille mortelle du grand savant que fut M.Bondonnat, en la mettant à l\u2019abri de toute profanation.Quatre hommes monteront la garde près du corps nuit et jour, jusqu\u2019à ce que le charpentier du bord ait confectionné un cercueil de chêne, car je pense que Mlle Frédérique tiendra à ce que les restes de son père reposent en terre de France.Sur l'ordre du lord, Goliath et ses trois compagnons demeurèrent dans le laboratoire.Lord Burydan se retira, avec Oscar et Kloum, pour prendre les dispositions exigées par la situation.Tous trois étaient profondément soucieux.En prononçant le nom de Frédérique, l\u2019excentrique avait réveillé leurs inquiétudes.\u2014Il est pourtant singulier, dit Oscar, que \u2018\u2019la Revanche\u201d ne se soit pas trouvée au rendez-vous assigné, et surtout que nos amis n'aient pas répondu aux nombreux -marconigram- mes que nous avons lancés, \u2014Je n'y comprends rien, répondit lord Burydan dont le front s\u2019était rembruni.Il est vrai, ajouta-t-il, que ce retard peut s'expliquer d\u2019une façon toute naturelle.Il suffit, par exemple, qu\u2019ils aient eu une avarie à leurs machines, ou, qui sait, que la présence d\u2019un yacht de la Main Rouge les ait forcés à fuir beaucoup plus au sud.\u2014Mais, ce yacht, rencontré?\u2014C'est juste! nous l\u2019aurions \u2014Tout cela ne nous donne pas ia raison qui les a empéchés de répondre à nos messages.\u2014Je suis, comme vous, très inquiet.Aussi, dès demain, \u2018\u2018l\u2019Ariel\u2019 va reprendre la mer et croisera dans les parages de l\u2019île; puis \u2014 ce que nous avons peut-être eu tort; de ne pas faire jusqu'ici\u2014nous enverrons un message à Chicago, à Fred Jorgell, pour le mettre au courant de la situation.\u2014Funèbre et inutile victoire que la nôtre! soupira le petit bossu.Tous trois continuèrent à cheminer silencieusement dans la direction du champ de bataille; mais.pendant leur absence, l\u2019équipage de \u2018\u2018l\u2019Ariel\u2019 n'était \u2018pas demeuré inactif.Une tente avait été dressée dans une clairière et munie de couchettes de paille, sur lesquelles étaient déposés les morts et les blessés ; les \u2018\u201ctramps\u2019\u2019 valides, soigneusement garrottés, étaient conduits dans une des habitations situées près de la baie.Au milieu de cette scène de désolation, la gentille écuyère, miss Régine Bombridge.vêtue de la simple blouse de grosse toile des infirmières, se multipliait pour secourir les blessés, partageant ses soins sans distinction entre les \u2018 tramps \u2019\u2019 et les marins de l'équipage.Toute la tristesse d'Oscar s'évanouit à la vue de la jeune fille.Mademoiselle, lui dit-il en lui serrant la main avee effusion, vous êtes admirable! \u2014I1 faut bien, murmura-t-elle en rougissant, que je me rende utile a quelque chose.\u2019 \u2014Voulez-vous que je vous aide?\u2014Bien volontiers.Mais quelle épouvantablee chose que la guerre!.\u2014Lord Burydan, répliqua Oscar, pourra, grâce à son immense fortune, \u2014 104 \u2014 hi i _ let, ele Jeg i lg ins sf jt, ion § de ni se tes (a i i Vol.14, No 8 atténuer en partie les désastres causés par cette bataille! Il a promis de pensionner largement les veuves et les mères des marins tués, aussi bien que les blessés.Personne n'aura à se plaindre de lui \u2018à cet égard.Lord Burydan lui-même s\u2019approchait en ce moment.\u2014Tous mes compliments, mademoiselle.dit-il courtoisement.Mais avez-vous besoim d\u2019Oscar?\u2014 Oui, répondit la jeune fille.Je sais qu'il s'entend très bien à faire les pansements.\u2014En ce cas.je ne veux pas vous en priver, fil le lord en souriant.\u2014Où vouliez-vous donc m\u2019emmener?demanda le bossu.\u2014Oh! tout simplement faire une ronde avec une vingtaine d'hommes pour inspecter l'intérieur de l\u2019île et mettre la main sur ceux des bandits qui ont pu nous échapper.\u2014Si vous croyez qu'il soit utile que je vous accompagne?\u2014Nullement.Vous êtes fort bien avec miss Régine.restez-y.Je prendrai avec moi les deux clowns Makoko et Kambo, le prestidigitateur Matalo- bos, le jongleur chinois et quelques matelots.Peu de temps après, la petite troupe, forte d'une vingtaine d'hommes.se mettait en route.munie de lanternes électriques à l'aide desquelles les moindres recoins étaient soigneusement explorés; cette précaution n\u2019était pas inutile, et on ne tarda pas à s'en apercevoir, car c'est grâce aux fanaux électriques que l\u2019on put capturer une dizaine de \u201c\u2018tramps\u201d\u2019 qui, les uns blessés.les autres pris de panique, avaient cherché un refuge dans les bois et dans les cultures.La petite troupe était arrivée au centre de l'île, dans une clairière abritée LA REVUE POPULAIRE \u2014 105 \u2014 Es tuto ER Montréal, mal 1921 contre les vents du large et qui renfermait d\u2019assez beeaux arbres, lorsque Makoko et Kambo, les deux clowns qui marchaient à l\u2019avant-garde, crurent apercevoir des ombres suspectes juchées dans les branches.Ils se replièrent immédiatement vers le centre de la colonne et les fanaux électriques furent immédiatement dirigés du côté indiqué par les deux clowns.A la stupeur générale, on aperçut alors une douzaine d'êtres velus, assez pareils à des orangs-outangs, qui, grimnés dans les branches, poussaient des cris d'&pouvante en baragouinant un langage incompréhensible et en faisant de grands gestes suppliants.\u2014Serions-nous tombés, dit Kambo en riant, au milieu d'une succursale du Gorill-Club?\u2014\u2014Voilà qui serait amusant.Mais ce ne sont pas des singes.Ces êtres bizarres ont de longs cheveux flottants sur les épaules.On dirait plutôt des femmes à fourrure.\u2014Nous sommes peut-être, déclara lord Burydan.sur la trace d'une découverte scientifique de la plus haute importance.Il faut à tout prix capturer vivant un de ces animaux velus.\u2014Je tire assez bien, dit Kambo, je vais essayer de blesser un de ces monstres avec ma carabine.Il allait mettre ce projet à exécution et tenait déjà en joue le plus beau des prétendus singes, lorsqu'un être, plus velu et plus barbu à lui seul que tous les autres, \u2014sans doute le patriarche de la bande,\u2014se précipita vers lord Burydan en agitant un haillon de mouchoir blanc en signe de paix.Lord Burydan, qui croyait avoir affaire à quelque sauvage d\u2019une espèce nouvelle, lui fit comprendre par signes qu'il n'avait rien à craindre, et les autres animaux velus, également Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mal 1927 rassurés par cette pantomime pacifique, descendirent de leur perchoir aérien.Lord Burydan et ses amis eurent bientôt l\u2019explication de ce mystère.\u2014Je suis Stépan Rominoff, prophète du vitalisme mystique, déclara le patriarche à la longue barbe.Comme presque tous les Russes d\u2019une certaine éducation, il parlait très bien le français, et il avait eu tout à coup l\u2019idée de s\u2019exprimer en cette langue, que par bonheur lord Burydan, qui avait fait un long séjour à Paris, comprenait parfaitement.| Tout d\u2019une traite, il raconta ses aventures et celles des dix femmes qu\u2019il avait converties à sa doctrine, et il expliqua que c\u2019était M.Bondonnat lui-même qui lui avait fait cadeau d\u2019un élixir pilogène d\u2019une énergie telle, que toutes celles qui en avaient fait usage avaient été en peu de jours couvertes d\u2019une véritable toison au milieu de laquelle la bouche et les yeux demeuraient à peine visibles.Le prophète s\u2019applaudissait, d\u2019ailleurs, de ce résultat, qu'il se proposait d'expérimenter en grand sur des milliers de personnes, dès qu\u2019il serait de retour dans les pays civilisés.Il voyait déjà, dans un avenir proche, une humanité plus vigoureuse et pour toujours débarrassée des tailleurs.des chemisiers et même des bonnetiers.Après s'être diverti quelque temps de ce singulier maniaque, lord Bury- dan lui assura qu'il n\u2019avait rien à craindre, et qu\u2019au contraire, les \u201c\u201ctramps\u201d étant réduits à l\u2019impuissance, il serait heureux de le rapatrier, ainsi que ses compagnes.Il prit ensuite congé des Russes.Mais il avait obtenu d'eux certains renseignements intéressants.Romi- noff lui avait raconté l\u2019exode d\u2019une partie des \u2018tramps\u2019, sur le navire hollandais où s\u2019étaient embarqués également les deux nihilistes; il connut aussi tous les détails de l\u2019assassinat de M.Bondonnat par le cosaque Rapopoff.ce qui disposa l\u2019excentrique à plus de mansuétude envers les \u2018\u2018tramps\u2019\u2019, desquels il avait résolu tout d\u2019abord de tirer une vengeance exem- -plaire.La nuit tirait à sa fin, et l'aube pâle semblait se dégager péniblement des brumes, quand on atteignit le village des Esquimaux.Là, l\u2019Indien Kloum retrouva le chien Pistolet, qui continuait à aboyer lamentablement en errant sur le rivage comme une âme en peine.À force de caresses et de bonnes paroles, il finit par le calmer.Grâce à un \u2018\u2018tratnp\u2019\u2019 qui parlait un peu leur langage.lord Burydan fit comprendre à ces pauvrs gens, dont la plupart étaient revenus au gîte après avoir erré dans toute l\u2019île, qu\u2019ils n'auraient rien à craindre de lui et qu il les prenait sous sa protection.\u201c Ce dernier coin de l\u2019île des Pendus, une fois visité, lord Burydan croyait en avoir fini avec les fatigues de la nuit.\u2014Je vais, dit-il.aux deux membres du Gorill-Club qui l\u2019avaient accompagné, me reposer quelques heures.Je crois que vous et moi l\u2019avons bien mérités Nous n\u2019avons pas entièrement visité la partie nord de l\u2019île, c\u2019est une chose que nous ferons cette après-midi.Les quelques ennemis qui peuvent rester encore en liberté ne sont pas à craindre.On reprit donc le chemin du yacht.Mais, tout à coup, lord Burydan vit accourir au-devant de lui Oscar Tournesol, qui paraissait dans un état d\u2019agitation extraordinaire.\u2026 rw pe Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 \u2014~Que seo passe-t-il donc?demanda le lord aveo impatience.\u2014Grave nouvelle! répliqua le petit bossu.Nous savons où est \u2018\u2019la Revanche!\u201d Je viens de recevoir un message, grâce à l\u2019appareil de télégraphie sans fil installé dans l\u2019île.\u2014 Voilà une grande inquiétude de moins, s\u2019écria l\u2019excentrique.Maintenant, nous voilà rassurés sur le sort de nog amis! \u2014Ne vous hâtez pas de vous réjouir, murmura tristement le jeune homme.\u2018\u2018La Revanche\u2019\u2019 est tombée entre les mains des bandits de la Main Rouge!.Lord Burydan était devenu pâle.\u2014Mais, balbutia-t-il, savez-vous si Mlles Andrée et Frédérique sont en sûreté, ainsi que leurs fiancés et mon brave Agénor ?\u2014Tous sont prisonniers.Et le yacht fait en ce moment-ci voile vers l\u2019île.Tenez, voici le texte même du marco- nigramme que je viens d\u2019enregistrer .Quand vous l'aurez lu, vous serez renseigné aussi bien que moi.Il tendait au-lord un bout de papier où il avait crayonné en hâte les phrases que voici: \u201cSuis maître du yacht \u2018La Revanche\u201d, malgré révolte à bord.Serai ici dans quelques heures avec prisonniers français.Que cinquante hommes en armes soient prêts à m\u2019assister au moment du débarquement.\u201cCapitaine Slugh.\u201d\u201d \u2014Que faut-il répondre?demanda le bossu, lorque Burydan eut terminé la lecture.\u2014 (Ceci seulement, dit ce dernier, après un instant de réflexion: \u201cVenez.Tout est prêt pour vous recevoir\u201d.Le bossu repartit, en courant, dans la direction du poste de télégraphie sans fil pendant que lord Burydan remontait à bord de \u2018\u201cl\u2019Ariel\u2019\u2019 et faisait lever l'ancre immédiatement.* Il était urgent que les bandits qui s'étaient emparés de \u2018la Revanche\u201d ne s\u2019aperçussent pas qu\u2019il y avait un autre navire dans l\u2019île; le yacht alla donc prendre position derrière la falaise située à l\u2019est, où il était impossible de l\u2019apercevoir en venant dans la direction de la baie.En même temps, il ordonna que le pavillon de la Main Rouge fût hissé de nouveau au mât qui dominait l\u2019île.D'autres dispositions furent encore prises.Tous les hommes valides, æoro- bates et marins, revêtirent les costumes enlevés aux \u2018tramps\u2019 et se coiffèrent des chapeaux à larges bords, ornés d\u2019une main rouge; ainsi déguisés, ils étaient méoonnaissables.On s\u2019occupa aussi de faire disparaître les traces du combat, de façon à ce \u2018 que le \u2018signataire de la dépêche n'aperçut rien de suspect lorsqu'il arriverait en yue de l\u2019îla Toutes ces précautions prises, et les hommes s'étant placés aux postes que leur avait assignés lord Burydan, on attendit.Il était près de midi, quand la vigie, placée au point le plus élevé de l\u2019île, signala, dans la direction de l\u2019est, un navire de fort tonnage ; le pavillon noir orné d\u2019une main rouge, se déployait majestueusement à sa corne d\u2019artimon.Quand le navire fut en vue de la baie, il tira une salve de treize coups de canon, à laquelle les batteries de l\u2019île répondirent coup pour coup.\u2014\u2014 107 \u2014 i 1, i: IN 3 i + / Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, maj 1921 CHAPITRE VI « La Revanche \u201d Mlle Andrée de Moubreuil, son amie Frédérique, leurs fiancés, l'ingénieur Paganot, le naturaliste Ravenel et le poète Agénor, faits prisonniers par Slugh, à la suite de l'incendie allumé par celui-ci, ne pouvaient sortir des cabines qui leur avaient été a3signées.Sans l'intervention de la danseuse Dorypha, la gitane.il est hors de doute qu'ils eussent été tous massacrés, mais elle avait pris courageusement leur défense, puissamment secondée en cela par son ami, le Belge Pierre Gilkin et les partisans de ce dernier.Les Français, réunis dans la même cabine, se confiaient mutuellement l\u2019inquiétude à laquelle ils étaient en proie.Ils avaient entendu les coups de canon tirés par ordre de Slugh.Ils voyaient de loin la côte se préciser de Jninute en minute à leurs regards; ils \u201ce demandaient anxieusement quel allait être leur sort.Allait-on, ainsi que l'avait vaguement promis Slugh au Flamand Gil- kin, déposer les prisonniers à terre et les laisser libres d'aller où bon leur semblerait?.Ils se l\u2019étaient figuré un instant ; mais, quand ils avaient vu qu\u2019en face de cette terre inconnue, Slugh arborait Sèrement le pavillon noir à la main sanglante, qu\u2019ils avaient vu les habitants répondre à la salve de coups de canon de \u2018la Revanche\u201d par une autre salve, ils étaient devenus mortellement anxieux.C\u2019est à ce moment que Dorypha fit irruption dans la cabine, le visage bouleversé et les cheveux épars.\u2014Nous sommes perdus! s\u2019écria-t- elle.Ce misérable Slug nous a menés à l'Île des Pendus.C'est le pavillon de la Main Rouge que je viens de voir flotter au-desus de cette terre maudite!.Le silence de la consternation accueillit ces paroles.: \u2014Il ne nous reste, dit l'ingénieur, en échangeant avec Roger Ravenel un coup d'oeil de désepoir, qu'à vendre notre vie le plus chèrement possible! \u2014Je vous en supplie, mon cher Roger.s'écria Frédérique, tuez-moi plutôt que de me laisser tomber vivante entre les mains de ces bandits! \u2014Oui, tuez-nous! murmura mélancoliquement Andrée de Maubreuil.La gitane tira-de son corsage une lunette marine, qu'elle avait subtilisée dans la cabine de Slugh, et, la tendant a Agénor: \u2014 Regardez, dit-elle, rendez-vous compte par vous-même de la vérité.Le poète approcha l\u2019instrument de ses yeux et le mit au point.Mais il avait à peine eu le temps de jeter un regard sur la côte qu'il poussa un cri de joie et de triomphe.\u2014 Nous sommes sauvés! balbutia- t-il éperdu, savez-vous qui je viens d'apercevoir, admirablement déguisé n \u2018\u2019tramp\u2019\u2019?Je vous le donue en mille ! \u2014Ne nous failes pas languir ! s'écria Frédérique.\u2014Mon excellent ami, dan lui-même! \u2014~Ce qui signifie?demanda la gitane, tout étonnée de ce brusque revirement.\u2014Que l'île des Pendus est maintenant au pouvoir de nos amis! Mais pas un mot de ce que je viens de vous dire! Si Slugh se doutait d\u2019une pareille chose, Jl serait capable de nous massacrer tous! « \u2014J'ai toutes les raisons possibles lord Bury- d'être discrète, mais j'espère que vous \u2014 108 \u2014 Fr | ) Vol.14, No 5 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 n'oublierez pas ce que mon brave ami Pierre Gilkin a fait pour vous! \u2014Soyez tranquille! Mais ne dites rien à personne, même à Pierre Gil- kin; seulement.faites en sorte que, lui et les siens, dans leur propre intérêt, se séparent de nous le moins possible! Quelques minutes plus tard, Slugh, en personne, pénétrait dans la cabine des Français.Il avait l\u2019air à la fois ironique et menaçant.\u2014Maintenant, dit-il brutalement, la plaisanterie a assez duré.Vous allez obéir à mes ordres, et cela sans faire la moindre observation ! A présent, messieurs et mesdames, vous êtes sur les domaines de la Main Rouge, et là, vos protecteurs ne vous serviront de rien! Allons, dépêchons-nous de monter sur le pont, tous! Il ajouta avec un rire goguenard: \u2014 Vous vouliez aller à terre, eh bien, soit! je vais vous y faire descendre ! Je suis un homme de parole, moi! A la grande surprise du bandit, au- \u2018cun des prisonniers ne fit la moindre observation.Tous montèrent sur le pont et, de là, descendirent dans la grande chaloupe, où se tenaient déjà sept ou huit \u201ctramps\u201d Dorypha avait pris place à côté d\u2019eux.Pierre Gilkin et les plus dévoués de ses partisans l'y rejoignirent.Slugh ne fit rien pour les en empêcher.Il se'disait qu\u2019une fois à terre, to\u2026s seraient absolunient à sa merci.Dorypha avait eu le temps de dire quelques mots à l'oreille du Belge qui, très calme, attendait silencieusement les événements.Slugh, qui s'était embarqué le dernier et avait pris place à la barre, demeurait silencieux, lui aussi.Mais son \u2014 199 \u2014 perdre de vue.RERO Le visage exprimait un triomphe insolent.La chaloupe vint se ranger contre le quai, et ceux qui y avaient pris place débarquèrent dans l'ordre suivant: D'abord, un groupe composé des partisans de Slugh, puis les prisonniers, enfin Dorypha, Gilkin et leurs amis.Slugh fermait la marche.: Les hommes de lord Burydan, rangés à droite et à gauche, formaient la haie, la carabine sur l\u2019épaule et le revolver à la ceinture.Slugh les dévisagea d\u2019un regard perçant, et en ne reconnaissant pas les barbes touffues qui faisafent pour ainsi.dire partie de l'uniforme des \u201ctramps\u2019\u2019, le rusé bandit eut un vague soupçon.Sous prétexte d'amarrer la chaloupe à un anneau, il demeura un peu en arrière du groupe.Bien lui en prit.Ses compagnons.avaient à peine fait quelques pas qu\u2019ils, se trouvèrent entourés, cernés et désarmés.Les partisans de Pierre Gilkin allaient subir le même sort, si Paganot n\u2019était intervenu.Les bandits, solidement garottés, furent jetés à terre, aux pieds des deux jeunes filles, tellement émues de ce coup de théâtre qu\u2019elles demeuraient sans parole.Slugh, lui, en avait assez vu.D'un regard il avait jugé la situation.Tout d\u2019un coup, il se jeta à la mer, plongea et se mit à nager vigoureusement.\u2014Tirez donc! ordonna l\u2019ingénieur, c\u2019est un des chefs de la Main Rouge.Il faut le prendre mort ou vif!.Slugh, excellent nageur, avait plongé de nouveau pour reparaître dix mètres plus loin Quelques balles sifflèrent à son oreille.Mais on finit par le Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 Avec sa rapidité de décision habituelle, il avait compris qu'il eût été imprudent pour lui de revenir à bord de \u2018\u2019la Revanche\u201d, qui, ancrée sous le feu des canons de l'île, ne pouvait songer à regagner le large.Après avoir nagé pendant un quart d'heure, entre les récifs, il prit terre dans une baie isolée, et, se,rasant le long des buissons, comme un lièvre poursuivi par les chasseurs, il s'enfonça dans l'intérieur de l\u2019île qu\u2019il con- nai sait admirablement.et atteignit bientôt le musée souterrain, où se trouvait l\u2019étrange collection de pièces anatomiques.visitée auparavant par M.Bondomnat.Après avoir constaté que personne ne l'avail suivi.il fit jouer la piefre de l'entrée et s'introduisit dans la caverne.Deux hommes, les seuls avec lui à connaître les secrets de cette retraite.\u201cy attendaient déjà; c'étaient Julian *t Johnie.les deux graveurs en faux Jillets, dont l'un.on le sait, ressemblait trait pour trait au docteur Cor- nélius, tandis que le second offrait la physionomie exacte de Fritz Kramm.La pierre, une fois remise en place.Is l'assujettirent inférieurement avec me lourde barre de fer.Ils étaient ürs désormais que personne n'irait \u2018es chercher dans cette cachette.Pendant ce temps.lord Burydan et Oscar s'étaient jetés dans les bras de leurs amis.L\u2019excentrique commença par prévenir discrètement l'ingénieur Paganot de la mort de M.Bondonnat, et le jeune homme et son ami Ravenel attirerent à l\u2019écart les deux jeunes filles pour les préparer doucement à la terrible nouvelle.En même temps.lord Burydan racontait à Agénor les péripéties de la prise de l'Île: Il lui expliquait comment, par yn procédé très employé par les agences de publicité américaine, il avait cinématographiquement projeté, en se servant des nuages en guise d\u2019écran, les apparitions qui avaient tant épouvanté les \u201ctramps\u201d.Les gambacdes des clowns dans la mâture et la peinture phosphorescente dont le yacht avait été encluit avaient.complété l'effet de cette mise en scène fantasmagorique.Enfin.c'était le clown nageur qui avait.au péril de sa vie.fait exploser les torpilles.Une heure après, les bandits qui occupaient \u2018la Revanche\u2019\u2019.démoralisés par la perte de leur chef, se rendirent à discrétion.La Main Rouge était vaincue.battue pour ainsi dire avec ses propres armes.Les Français allaient donc pouvoir infliger aux bandits un sévère châtiment.récompenser, comme ils le méritaient.Dorypha et ses amis, enfin accorder un juste tribut de larmes à la mémoire du malheureux savant, assassiné \u2018par les bandits.- L'énisade du \u201cMystérieux docteur Cornélius\u201d faisant suite à celui qui se termine ici aura pour titre: \u2018Le Buste aux yeux d'émeraude.\u2019 \u2014 110 \u2014 \u2018malheureuses Voi.14, No 5 Montréal, mai 1931 ONO Or Or OA AA OAT Or OO LA REVUE POPULAIRE OO A VEANGEANCE DE FEMME ODD TAA AA ATA EDA ATA DADA A RA HAA C0 Les deux grands maîtres de l\u2019Epou- vante, Guy de Maupassant et Edgar Poë sont allés chercher dans la réalité le thème de leurs contes d'horreurs.Chaque pays a ses histoires terrifiantes, ses monstres anormaux et ses victimes.Le peuple américain s\u2019émeut très facilement au récit des drames étrangers et reste toujours étonné des tragédies commises chez lui.Et Dieu sait.pourtant, qu\u2019avec tous les crimes accomplis aux Etats-Unis, depuis quelques années seulement, il y aurait de quoi meubler un vaste musée d\u2019Horreurs.Ficoutez plutôt le récit de ce meurtre terrifiant dont la seule lecture donne la chair de poule.Les justiciers du Moyen-Age et les Chinois ne peuvent rien imaginer de plus cruel: Pearl Beaver, fille d\u2019un riche mineur de Rochester, fit à l\u2019âge de seize ans, la connaissance d'un jeune cousin Edward Kneip et en fit son compagnon de jeux jusqu\u2019au jour où il fut soupçonné d\u2019avoir tué sa mère pour hériter.James Odell, qui venait de terminer un engagement de trois ans dans la marine américaine, vint chercher du travail dans la ville, s\u2019éprit de Pearl! Beaver et l'épousa, après qu\u2019elle lui eut raconté la tragédie qui venait de se dérouler dans sa famille.La soif d'une vengeance sauvage tourmentait la jeune femme qui ne pouvait oublier -dans les délices même de la lune de miel.le crime qu'elle imputait à son cousin.\u2014 111 \u2014 + Elle se ooncerta avec son mari sur le châtiment à infliger à Edward Kneip, le meurtrier.La veille du crime que nous allons narrer tout-à- l'heure, Odell (que Kneip ne connaissait ni de vue ni de nom) se présenta au bureau de ce dernier et, lui montrant une plaque de détective épinglée à son gilet, lui-donna ordre de le suivre.- \u2014Et pourquoi ?surpris.\u2014Pour orime au premier degré, répondit le faux policier.\u2014Qui vous a dit?questionna nerveusement Kneip, la figure toute rouge de colère et de honte.C'était reconnaître sa culpabilité.Odell sortit de sa poche une paire de fortes menottes et les lui passa aux poignets.Une automobile les attendait à la porte où il se tint vis-à-vis son ancienne amie, Mme Odell.Le mari se mit au wolant.La machine bloqua un peu avant la sortie de la ville.Les trois personnes en descendirent et le prisonnier, toujours sous l'impression qu\u2019il était tombé entre les mains de la justice.se laissa monter dans un taxi de louage sans crier au secours ni chercher à s'évader.À l\u2019intersection de deux routes, ils abandonnèrent le taxi qui rebroussa chemin dans la direction de Rochester, et s'enfoncèrent dans un champ, loin de la voie publique.Le pauvre Kneip commencait à la trouver mauvaise et résistait de toutes ses forces à ses deux assaillants.Ceux- demanda Kneip, Voi.14, No 5 ci, pour en finir, l\u2019appuyèrent le dos à un arbre, lui enlevèrent ses menottes et lui passèrent les bras autour de l\u2019arbre, tout cela en un clin d'oeil.11 se trouva fixé à un poteau de torture, à la merci de la femme qui trouvait enfin sa vengeance, Prenant alors un fort rondin des mains de son mari, elle se mit à l'en frapper indistinctement sur le corps, la tête et la figure.Les coups pleuvaient comme grêles, \u2018déchirant la peau, brisant les membres.LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 L\u2019infortuné se tordait de douleur, criant: \u2018Pearl! Pearl! vous me tuez.\u201d Il s\u2019affaissa enfin sur lui-même, au pied de l'arbre.La femme dansa une ronde autour de lui, poussant des cris de bête fau- ; A i iy A hax 4 A Ea Se ve pendant qu' Odell lui enlevait ses menottes.Reprenant vie, il se ruasur son agresseur, mais la lutte dura peu, car avec un couteau qu\u2019elle sortit dé son -corsage.la-femme lui taillada la figure et lui creva les yeux.Il mourut, criblé de blessures, \u2014 112 \u2014 5 pal à pl sol Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 Le couple, satisfait, prit son cadavre et le jeta dans un ravin que traverse une voie ferrée.* Le lendemain un mécanicien le vit, à moitié recouvert par la neige.\u201c Les recherches poursuivies par la police aboutirent à l\u2019arrestation de Met Mme Odell qui confessèrent leur crime.\u2014\u20140 ORIGINE DES MUSCADINS\" En l'an II de la République, lorsque le conventionnel Chabot, le sanguinaire rédacteur du \u2018 Catéchisme des Sans-Culottes,\u201d apprit que les jeunes Lyonnais avaient résisté aux troupes de la Convention, il s\u2019écria, dans un accès de colère: \u2014Je veux exterminer jusqu\u2019au dernier de ces \u2018\u201cMuscadins!\u201d = C'était un néologisme qui lui était inspiré par les odeurs musquées dont ces élégants se parfumaient les che- \u2018veux.Le mot répondait à un besoin: il fit fortune, et la jeunesse dorée de l\u2019époque conserva cette dénomination.On ne commença guère à désigner les fashionables par une appellation spéciale que vers la fin du règne de François Ier.Ils prirent alors le nom de \u201cMuguets\u2019\u2014un joli nom.\u2014Boni- vet et Marot étaient des muguets.Sous Charles IX et Henri III, cette appellation change et nous avons les \u201cMignons\u201d.\u2018 Tout le monde connaît les principaux mignons de l'époque.le doux Saint-Mégrin, le beau Caylus, l\u2019élégant Schomberg, etc.Sous Louis XIII et Louis XIV, le faste du costume prend de telles proportions que l\u2019on ne songe plus à désigner spécialement les chefs de la mode.Viennent la Régence et le règne de - Louis XV, La débauche fleurit, l\u2019argent roule dans,les alcôves des grandes dames et des courtisanes.Alors apparaissent les \u2018\u2019Roués\u2019\u2019.Voici le maréchal de Richelieu, le comte de Tilly et le duc de Lauzun.Au règne de Louis XVI, les jeunes gens de la bourgeoisie commencent à copier les façons des gentilshommes, qui les traitent de \u2018\u2019Freluquets\u2019\u2019; tandis qu\u2019eux-mêmes s\u2019intitulent des \u2018beaux\u2019.Les \u2018\u2019beaux\u2019\u2019 étaient insupportables, .et leur sotte vanité fit même dire à Mme de Genlis: \u2014Je ne connais que deux hommes qui sachent parler aux femmes: Le- kain et M.de Vaudreuil.Le premier moment de la Révolution se signale par un oubli complet de toute élégance.Puis la Convention arrive, et avec elle les \u201cMuscadins\u201d de Chabot.Ge furent une trentaine de \u2018\u2018Muscadins\u2019\u2019 qui, en l\u2019an III, mirent fin à l'existence du club des Jacobins, en dispersant ceux-ci à coups de Canne, Avec le Directoire, nous avons les \u2018Incroyables\u2019.Les plus fameux d\u2019entre eux sont Garat et Carle Vernet.Le Consulat change les \u2018\u2018Incroyables\u201d\u2019 en \u2018Petits Maîtres\u201d, mais l\u2019expression ne tient pas, et celle de \u2018\u201cMerveilleux\u201d la remplace.Parmi les \u201cMerveilleux\u201d\u2019, nous voyons le fameux Ou- vrard et M.de Forbin.Nous ne trouvons pas de désignation pour les fashionables de l\u2019Empire, mais la Restauration améne les \u201cElé- gants\u2019 avec le duc de Guiche et Charles X, les \u2018\u2018Dandys\u2019\u201d\u2019 avec le comte d'Orsay.Enfin nous voyons successivement défiler en 1840 les \u201cLions\u2019\u2019; en 1860, les \u201c\u201cGandins\u2019; en 1850, les \u201cCoco- dès\u201d, et, 6 honte, actuellement les \u201cCGrevés!\u201d et les \u201cGommeux |\u201d \u2014 118 \u2014 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mal 1921 PAGES eA NADIE NES LA BATAILLE DES PLAINES D\u2019ABRAHAM Montcalm et Woife blessés a mori.-\u2014\u2014 Héroïque résistance des canadiens.L'armée anglaise était descendue à - l\u2019Anse au Foulon.Montcalm en apprenant cette nouvelle ordonna à Poulhariez, qui était à Beauport d\u2019envoyer toute sa gauche sur les hauteurs d\u2019Abraham.Toute l\u2019armée française fut bientôt en mouvement, à l\u2019exception de la garde des batteries et de la téte de pont.Dans la ville de Québec l\u2019excitation et l\u2019alarme étaient indescriptibles.Les citoyens avaient été réveillés en sursaut en entendant crier: \u201cLes Anglais sont aux portes.\u201d Un cavalier d'ordonnance de Vaudreuil, lequel s\u2019avançait avec le reste des troupes, vint dans un moment remettre à Montcalm un billet où il le conjurait de ne pas précipiter l\u2019attaque: \u201cL\u2019avantage, disait ce billet, que les Anglais avaient eu de forcer nos postes, devait naturellement être la source de leur défaite; mais il était de notre intérêt de ne rien prématurer.Il fallait que les Anglais fussent en même temps attaqués par notre armée, par quinze cents hommes qu\u2019il nous était fort aisé de faire sortir de la ville, et par le corps de monsieur de Bougainville, au moyen de quoi ils se trouveraient enveloppés de toutes Les conséquences.\u2014 114 \u2014 parts, et n'auraient d\u2019autres ressources que leur gauche pour leur retraite, où leur défaite serait infaillible.\u201d Ge billet contenait, de l\u2019avis de tous les hommes de guerre, le meilleur parti à suivre, mais Montcalm le rejeta avec dédain.\u2018\u2018Il n\u2019en fallut pas davantage, dit le \u2018\u2018Journal tenu à l\u2019armée\u2019\u2019, pour déterminer un général qui eut volontiers été jaloux de la part que le simple soldat eut pris à ses succès; son ambition était qu\u2019on ne nomma jamais que lui, et cette façon de penser ne contribua pas peu à lui faire traverser les différentes entreprises où il ne pouvait pas paraître.\u201d Le premier soin de Montcalm, en voyant à son arrivée sur les Plaines, qu\u2019il avait affaire à toute l\u2019armée de Wolfe aurait dû être, en effet, de se mettre en communication avec de Bougainville.Il n\u2019était pas encore sept heures du matin.En moins d\u2019une heure et demie un cavalier aurait franchi la vallée Saint-Charles, remonté la route de Lorette à l'église Sainte-Foye et remis à Bougainville l'ordre d\u2019accourir au plus vite.Celui-ci dont l\u2019armée était en marche à neuf heures, Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 aurait pu, hâtant le pas, signaler son approche dès onze heures.Dans l'intervalle Montcalm aurait eu le temps de faire sortir la garnison de Québec et de la mettre en ligne avec les quinze cents hommes qu\u2019amenait le gouverneur.Il aurait ainsi attaqué de front l\u2019armée anglaise avec plus de six milles hommes, tandis que l\u2019élite de son armée, composée de plus de deux mille soldats, l'aurait prise en queue.L\u2019issue était facile à prévoir.Mais l\u2019homme qui, selon l\u2019expression de Montcalm, savait si bien faire la guerre à l\u2019oeil n\u2019était pas là.Montcalm tint un oonseil de guerre avec les gouvernants des divers corps; mais ceux-ci voyant la résolution où il était de Drusquer l'attaque, n\u2019osèrent le contredire, ou le firent timidement comme le chevalier de Montreuil.Lévis seul, s\u2019il eut été présent aurait pu par son sang-froid calmer l\u2019excitation du général] et par l\u2019ascendant qu\u2019il exerçait sur lui, l'empêcher de précipiter l\u2019action.Les troupes régulières et coloniales que Montcalm avait en ce moment sous la main, ne s\u2019élevaient pas à plus de trois mille cinq ou six cents hommes, la plus grande partie composée de milices.L'élite de l\u2019armée, les grenadiers, étaient, comme on le sait, au Cap Rouge avec Bougainville.On avait, en outre, un mois auparavant, détaché de l\u2019armée avec le chevalier de Lévis, huit cents hommes, des meilleurs soldats choisis parmi les cinq régiments qui allaient se battre.La seule partie de l\u2019armée engagée en ce moment était les Canadiens de la droite qui, conduits par Dumas, avaient délogé l'infanterie légère de la maison de Borgia.Favorisés par le petit bois qui leur servait de retraite, ils en sortaient au pas de course et s'élançaient sur cette infanterie chaque fois qu\u2019ils la voyaient s'avancer: ils venaient de la repousser pour la troisième fois.\u2018Les Canadiens arrangés de la sorte, dite \u201cJournal tenu à l\u2019armée\u2019\u2019, surpassent certainement par l\u2019adresse avec laquelle ils tirent, toutes les troupes de l\u2019univers\u2019\u2019.Les succès obtenus coup sur coup par ces braves miliciens, et l\u2019ardeur que montrait le reste des troupes inspirèrent trop de confiance à Montcalm.Il oublia que les Canadiens perdaient leur supériorité en rase campagne; qu'en outre, ils étaient pour la plupart mal armés, n\u2019ayant que leurs fusils de chasse.Une partie d'entre eux n'avaient pas même de baionnettes, qu\u2019ils avaient remplacées par des couteaux fixés, tant bien que mal, au bout de leurs fusils.L'armée, inférieure en nombre, fatiguée d\u2019une marche forcée d\u2019une à deux lieues, dont les derniers arrivés étaient encore essoufflées, allaient perdre l'avantage du terrain en descendant dans un ravin inégal, embarrassé de buissons, où les rangs seraient infailliblement rompus avant d\u2019atteindre l\u2019ennemi sur la hauteur qu\u2019il occupait.La crainte de lui \u2018donner le temps de se retrancher et d'augmenter son nombre, l\u2019emporta sur toutes ces raisons.Montcalm poussa son cheval en avant de la ligne de bataille et parcourut les rangs en les animant de sa vive parole, avec cet air chevaleresque et martial qui le faisait admirer de ses soldats.Un jeune milicien de dix-huit ans, présent à l'ae- tion, et qui vécut dans un âge avancé, Joseph Trahan, a souvent raconté l\u2019impression singulière que lui avait laissé la vue du général.\u2018Je me rappelle \u2018très bien, disait-il, l\u2019attitude de Montcalm avant le combat.II montait un cheval brun ou noir, au front de nos lignes, tenant haut son épée comme pour nous exciter à faire notre devoir, \u2014 115 \u2014 Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1981 Il portait un uniforme à larges manches, dont l\u2019une, rejetée de l\u2019arme qu\u2019i] tenait, découvrait le linge blanc de sa manchette.\u201d ll était dix heures.Les nuages s'étaient dissipés, et le soleil éclairant la plaine, de tout son éclat, faisait briller devant les français, les baïonnettes, les sabres, les uniformes garances des Anglais, les tartans des Highlanders.Wolfe, qu\u2019on eut dit présent partout, reconnaissable à sa haute taille, marchait à la tête de ses régiments qu'il avait fait avancer jusqu\u2019au bord du ravin.Personne mieux que lui ne comprenait la position dangereuse où il se trouvait.Quelques coups de fusils entendus du côté de Sillery lui faisaient penser que Bougainville s\u2019avançait et serait bientôt sur ses derrières.Si le général] français retardait l\u2019attaque pour combiner son mouvement avec celui du colonel, il sentait que sa position était presque désespérée.Mais la fortune qui avait si bien favorisé le coup d\u2019audace qu\u2019il venait d\u2019accomplir, lui donnait foi dans le triomphe.Ml passait devant ses régiments en montrant l'ennemi de son épée, haranguant ses soldats d\u2019un air inspiré, leur disantique pour eux c'était la victoire ou la mort, car la retraite était impossible.Montcalm fit sonner la charge.Son armée s\u2019ébranla en front de bandière, poussant le cri de guerre, à la façon des anciens.Elle s\u2019avança avec rapidité, recueillant sur son passage les pelotons de tirailleurs qui n\u2019avaient pas eu le temps de rentrer dans les rangs, ce qui occasionna un premier floitement.Elle ne fut pas rendue au fond du ravin, que les lignes rompues par lés difficultés du sol firent croire aux Anglais que l'attaque se faisait en colonnes irrégulières.- Les régiments essayèrent de se reformer en gravissant la montée, et firent halte à une demie portée de fusil.Dans l'instant de silence qui suivit, on n'entendit que les cris de commandements répétés sur tous les fronts de l'armée puis une décharge générale par les trois rangs à la fois, sans qu\u2019on eut le soin de réserver de coups pour entretenir le feu.Cette première décharge faite à distance et avec préci- \u2018pitation, produisit peu d\u2019effet.Les Canadiens, rangés presque tous sur la seconde ligne, se couchèrent à terre pour recharger selon leur-çoutume et causèrent ainsi quelque confusion.Les Anglais, à qui leur commandant avait ordonné de mettre deux balles, dans leurs fusils, s\u2019approchérent avant de tirer, et de la hauteur d\u2019où ils dominaient, répondirent par un feu bien dirigé qui décima le premier rang et le fit osciller.Le centre ariglais surtout dont la décharge résonna \u2018\u2018comme un coup de canon\u2019 fit d\u2019affreuses trouées dans les régiments.Un nuage de fumée enveloppa les deux armées qui continuèrent à marcher de l\u2019avant.Le combat fut court mais d\u2019une extrê- -me vivacité.Les deux braves commandants de la Sarre et de Guyenne, Se- nezergues et Fontbonne, furent tués en ce moment, ainsi que le second commandant de la droite, M.de Saint- Ours.Le lieutenant-colonel de Lan- guedoc, Privat, fut blessé dangereusement.L'aide-major Malartic eut deux chevaux tués sous lui.Du côté des Anglais, le colone] Car- leton reçut une blessure à la tête, le brigadier Monckton une balle au travers du corps.Pendant que Montcalm courait d'un point à l\u2019autre pour raffermir ses bataillons ébranlés, Wolfe dirigeait l'attaque en personne à la droite de son armée.Une balle l\u2019avait atteint au poignet, et il s\u2019était fait un \u2014- 116 \u2014 ses een Vol.14, No 5 \u201c LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 bandage avec son mouchoir.Il marchait en avant des grenadiers et leur donnait ordre de charger, lorsqu'une seconde balle le frappa dangereusement.Mais fidèle à l\u2019axiome qu\u2019il répétait souvent: \u2018\u2019Tant qu\u2019on peut marcher et tenir seé armes, c\u2019est une honte de reculer\u201d, il continua d'avancer.Son brillant uniforme le signalait aux francs-tireurs canadiens, cachés dans les buissons, d\u2019où montaient des flocons de fumée.Une troisième balle le \u2018rappa en pleine poitrine.Il chancela Teun De sre Foy LW rem PTT tee SF .= End, FT ae 08 =}\\d6 oe » cy = 1 nz) | wh z v w i 4\u201c a a\" = 3 i y JET P ren -e< Zo = et voyant qu\u2019il perdait connaissance, il dit à un officier d'artillerie qui se tenait près de lui: \u2018\u2018Soutenez-moi, il ne faut pas que mes braves soldats me voient tomber.\u201d Le lieutenant Brown, du corps des grenadiers, le grenadier Henderson et un autre soldat accoururent, le prirent dans leurs bras et l\u2019emmenèrent en arrière du champ de bataille.À sa demande, ils le dépose- rent sur le gazon dans un pli du terrain.Un des officiers voulut aller ee # A PF UPS A CMELLE DE 1000 TOISES chercher un chirurgien.\u201cC\u2019est inutile, soupira le général, c\u2019en est fait de moi.\u201d Il paraissait sans connaissance lorsqu'un de ceux qui l'assistaient cria: \u201cIls fuient.Ils fuient.\u201d \u201cQui fuit?demanda vivement Wolfe, comme s\u2019il se réveillait d\u2019un profond sommeil\u201d.\u201cLes ennemis, répondit l'officier, ils fuient de tous côtés.\u201d Wolfe reprit: \u201cQue l\u2019un de vous courre vite dire au colonel Burton de descendre en toute hâte avec son ré- NORD ) I x I = 3 I = giment vers la rivière Saint-Charles et de s'emparer des ponts pour couper la retraite aux fuyards\u2019.1l se tourna sur le côté, murmura tout bas: \u2018Dieu soit loué, je meurs en paix\u2019, et il expira.Les deux décharges des deux armées s étaient faites presqu\u2019à bout portant.Wolfe avait communiqué son impétuosité à ses troupes.La charge à la baïonnette conmandée par lui au moment où il @mba avait fait plier le \u2014 117 \u2014 Vo.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE pete AR REINA Ld Montréal, mal 1921 centre et faire volte-face à toute l\u2019armée française; mais \u2018la déroute ne fut totale que parmi les troupes régulières.Les Canadiens accoutumés à reculer à la manière.*.des anciens Parthes, et à retourner ensuite à l\u2019ennemi avec plus de confiance qu'auparavant.se rallièrent en quelques endroits\u2019.principalement dans le petit bois de la droite, où ils tinrent en échec une partie des régiments anglais.La masse des fuyards n\u2019écoutant ni le général ni les officiers, se précipita dans la vallée pour regagner l\u2019ouvrage à cornes: le reste,s'enfuit vers la ville.Montcalm entraîné par ce torrent, cherchait à rallier quelques compagnies en face de la porte Saint-Louis.quand'il reçut deux blessures coup sur coup, une à la ouisse.l\u2019autre dans l\u2019aine.Le capitaine Marcel était occupé à quelques pas de lui, à sauver une des pièces d'artillerie.\u2018Je vis.dit-il, arriver M.le marquis de Montcalm à cheval, soutenu par trois soldats.J\u2019entrai avec lui dans la ville où le cheva- Her de Bernetz me donna quelques ordres que je courus exécutersur lerem- part\u2019.La foule qui s'y était pressée pour voir l'issue du combat, en des- oendait et inondait la rue Saint-Louis.Quelques femmes le voyant passer, pâle et inondé de sang s\u2019écrièrent en plewrant: \u2019O mon Dieu, mon Dieu.le marquis est tué!\u201d \u201cGe n'est rien, ce n\u2019est rien.répondit le général mourant, en se tournant vers elles, ne vous affligez pas pour mol, mes bonnes amies.\u201d Vaudreuil était arrivé près des hauteurs au moment de la déroute.Il avait vainement cherché à rallier les régiments: ga voix s'était perdue dans le tumulte de la fuite.Une partie des Canadiens, plus dociles à sa parole, \u2014 118 \u2014 étaient retournés sur leurs pas et couraient au secours des braves miliciens.qui défendaient le terrain avec le courage du désespoir, dans le bois du chemin de Sainte-Foye et dans quelques taillis plus rapprochés de la porte St- Jean.Les sauvages.suivant leur instinct d'oiseaux de proies.s'étaient retirés à l'écart au commencement de la mêlée, et attendaient le moment de se répandre sur le champ de bataille pour scalper et dépouiller les morts et les blessés.Townshend.à qui le commandement était dévolu.ne profita pas de la victoire autant qu'il l'aurait pu: ear il lui été facile de s'emparer des portes et de pénétrer dans la ville au milieu de la confnision générale.Murray était retenu sur la gauche par l'opiniâtreté des Canadiens.Au moment de la déroute.les Highlanders qu'il commandait s'étaient élancés les premiers, la claymore à la main, en poussant leur farouche cri de guerre.Ils avaient tout fait fuir devant eux et s'étaient avancés jusqu'à l'orée du bois: mais là ils avaient été arrêtés par un teu de mousqueterie aussi bien nourri qu habilement dirigé.Après d'inutiles cfforts pour en déloger les Canadiens.les Highlanders avaient été forcés de battre en retraite, pour aller se reformer sur le chemin St-L uis.Murray les fil ensuite descendre plus à l'ouest, jusqu'au bord \u201cit cotear: Ste- Geneviève, afin de prendre le lois à revers.et chasser en même tems du penchant de la côte.des bandvs de francs-tireurs canadiens qui en défendaient la descente.\u201cIls tuér-n' et blessèrent un grand nombre dr nos hommes, dit le lieutenant Fraser.et nous fercérent de retraiter un pe: | lus loin pour reformer nos rangs.M.1 \"ay les ramena pour la froisième foi.à Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 l\u2019attaque, mais renforcés à droite et à gauche du régiment d\u2019Anstruther et du second bataillon du Royal Américain.Une nouvelle lutte s\u2019engagea et fut soutenue \u201cavec une ardeur et un acharnement incroyable\u201d, au dire du chevalier Johnstone.témoin de cette lutte héroïque.\u201cQuand ils furent écrasés par le nombre, ils quittèrent pied à pied le terrain depuis le sommet jusqu\u2019au bas des hauteurs.\u201d Au milieu de la vallée s\u2019élevait la boulangerie de l'armée, entourée de quelques maisons.Les Canadiens s\u2019y rallièrent une dernière fois et arrété- rent encore assez longtemps les trois régiments ennemis.\u201cCe fut là et autour du bois.rapporte Fraser, que notre régiment souffrit davantage.\u201d Le chevalier Johnstone qui a raconté en détail ce brillant fait d'armes, dit que ces infortunés béros se firent presque tous tuer sur place.mais qu'ils sauvèrent un grand nombre de fugitifs et donnèrent le temps à l\u2019armée française du se réfugier dans l'ouvrage à cornes.La bataille d'Abraham.considérée au point de vue du nombre, ne fut qu'une sanglante escarmouche.puis- \u2018que les deux armées ne forinaïent pas -dix mille hommes.Mais observée au point de vue des résultats.elle est un évènement dans !e XVIIIe siècle.Elle a sonné l'heure de l'indépendance américaine.d'où est née la grande république qui (end aujourd\u2019hui à déplacer le centre de la civilisation.Les Anglais n'avaient eu que six cents soixante-quatre hommes tués, blessés et manquants.Les régiments qui avaient le plus souffert étaient ceux des Highlanders.du Royal Américain et d'Anstruther.les trois qui s'étaient battus contre les Canadiens.La perte des Français n\u2019avait guère été plus considéreble que celle des Anglais.Elle était de sept ou huit cents hommes tués.pris ou blessés.d\u2019après le \u2018Journal lenu à l\u2019armée\u2019: seulement de six cents soldats et de quarante officiers.au rapport de Vaudreuil.Mais jamais déroute n'avait été plus complète; elle fut d'autant plus répressible, qu'il n'y avait pas de corps de réserve.I eut été pourtant si facile de faire sortir cinq où six cents hommes de ia ville, où ils élaient inutiles.puisque la bataille se livrait sous ses murs.Mais telle avait été la précipitation de l'altaque qu'en n'aviat pas même songé à Ja possibilité d'un échec.L'armée avait été saisie d'un affolement incroyable.\u2018Triste spectacle pour ceux qui regardaient des fenêtres de l'hôpital Général.écrit M.de Fo- ligny.Jamais je ne me serais imaginé que la perle d'un général pouvait causer, une déroute que j'ose dire \u2018sans exemple\u201d.Les détachements de milices canadiennes appelés dès le matin du saut Montmorency pour garder l'ouvrage à cornes.et qui se composaient des meilleurs coureurs des bois, avaient bondi comme des lions dans leurs cages en voyant l\u2019armée taillée en pièces, sans pouvoir lui porter secours. Vol.14, No 3 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai\u2019 1921\u2019 AUVSENENTS ET JEUX DIVERS DE sociéré L\u2019AEROPLANE POUR TOUS \u2014 Avec un simple morceau de papier plié en forme de dard, tout petit garçon peut s'amuser \u2014en dehors des heures de classe\u2014à fabriquer des aéroplanes et à leur faire boucler la boucle aussi bien que les aviateurs Pegoud et Guynemer.Il n\u2019y a qu\u2019à plier une feuille de papier assez résistant en la forme d\u2019un dard.ce que tous les enfants savent faire, en prenant bien soin de le faire symétrique.(Fig.1).Si, lancé dans l\u2019espace, le dard vole droit sans chercher à se balancer ou à tourner à l'envers, il peut alors servir au \u2018\u2018looping\u2019\u2019, aux vrilles.aux piqués, aux planmés et à toutes les autres évolutions de l\u2019aéroplane.La Boucle.\u2014Tournezen l'air à angles droits les coins postérieurs des ailes, tel qu\u2019indiqué dans le dessin 2, et lancez le dard avec quelque vigueur la pointe en arrêt.Il exécutera une culbute complète, bouclant ainsi la boucle, et descendra ensuite sur le sol en vol plané.(Fig.3).Vous ne réussirez peut-être pas la première fois, mais après quelques tentatives.vous arriverez à lui faire subir autant de tours que vous le voudrez.Le Piqué.\u2014 Prenez le dard tel que vous l'avez fait pour la boucle et jetez- le perpendiculairement d'un point élevé, la pointe en bas.Avant de toucher la terre, il se relèvera de lui-même et atterrira en vol plané.Le Tire-bouchon.\u2014 Pliez maintenant les coins dès ailes en directions opposées, l'un en haut, l\u2019autre en bas, et lancez le dard en droite ligne.Il tournera vivement sur son axe comme un tire-bouchon ou comme le propulseur à hélice d\u2019un bateau.Voir le dia- - gramme 5.La descente spirale.\u2014Plié comme dans les autres vignettes, en tournant en plus le coin postérieur de la quille à angle droit de façon à faire un gouvernail (Fig.6 G), le dard prendra un essor horizontal et descendra ensuite en spirales plus ou moins ouvertes, suivant l\u2019inclinaison du gouvernail.Ce mouvement.bien exécuté, est des plus élégants.(Fig.7).Ces petites expériences ne constituent pas seulement un amusement .pour les enfants; elles sont encore instructives, donnant une idée parfaite des moyens que prit Pegoud qui découvrit le premier les lois qui gouvernent l'équilibre d\u2019un aéroplane et dont s'inspirent lés armateurs d'au- \u2014 120 \u2014 Vol.14, No 5 .LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 Fig.4\u2014Trajectoire du piqué.Fig.5\u2014Dard plié \u2018pour le tire- bouchon.~ Fig.6\u2014Les coins relevés en vue de la descente spirale.Fig.7\u2014Trajeëtoire de la descente spirale.\u2018 jourd\u2019hui dans la construction de ces appareils.fig.1\u2014Dard plié pour vol normal.Fig.2\u2014Dard plié pour la boucle.Fig.3\u2014Trajectoire du dard bouclant la boucle.: ., .° 3 ls »° er | reas QUESTIONS ET REPONSES 14\u2014La confiance.15\u2014La constance.16-\u2014La distraction.17\u2014La paresse.18\u2014Le bon goût.194; ivrognerie.20\u2014L'amour.21\u2014La docilité.22 La cordialité.23\u2014La complaisance.24\u2014La tranquillité.25\u2014L'attachement.26\u2014La vivacité.27\u2014L'intelligence.28\u2014La méchanceté.La personne qui tient la revue lit les questions et demande les numéros.Première question: Quelle est votre qualité dominante?1\u2014TLa bonté.2\u2014La bienséauce.3\u2014L'économie.4\u2014La douceur.o\u2014La curiosité.6\u2014L'affection.7\u2014Le travail.8\u2014L'application., 9\u2014La pénétration.10\u2014La loyauté.11\u2014La sensibilité.12\u2014La discrétion.43\u2014L'enjouement.29\u2014La prudence.30\u2014La générosité. 2 niin Voi.14, No 5 81\u2014La malpropreté.82\u2014La colère.88\u2014La délicatesse.84\u2014Le bon ordre 85\u2014La mélancolie.86\u2014L\u2019hypocrisie.37\u2014L\u2019amour de l\u2019étude.88\u2014La pusillanimité.39\u2014Le goût de la lecture.40\u2014L\u2019amitié.41\u2014L avarice.42\u2014L\u2019amour des fleurs 43\u2014L'\u2019orgueil &4\u2014L\u2019amour du mariage.@vec le plus d\u2019ardeur?1\u2014La parure.2\u2014La bonne société 8\u2014La conversation.4\u2014Votre parent.5\u2014Vatre amant.6\u2014Les jolis rubans.7\u2014>La ville.8\u2014Les yeux brillants.9\u2014La campagne.10\u2014Une amie tendre, 411\u2014La danse.LA REVUE POPULAIRE Deuxième question: Qu'aimez-vous \u2014\u2026\u2026 122 \u2014 12\u2014Les yeux bleus.18\u2014Les nez romains.14\u2014Les yeux noirs.15\u2014L'indépendance.16\u2014La coquetterie.17\u2014Les yeux gris.18\u2014Les chiens.19\u2014Une jolie femme.20\u2014Les fleurs, 21\u2014Le beau.22\u2014Une personne présente.23\u2014L'harmonie.24\u2014Vous-même 25\u2014Votre futur.26\u2014La présence d\u2019un amant.27\u2014Les songes agréables.28\u2014Des bons mots.29\u2014Une personne absente.80\u2014Les rêveries amoureuses, 81\u2014Une bonne humeur .32\u2014La maîtresse de la maison 33\u2014La promenade.34\u2014Une jolie épouse.35\u2014Embrasser mon amie, Montréal, mai 1921 Vol.14, No 5 36\u2014La solitude.37\u2014La richesse.38\u2014Celle que j'ai vu ce 39\u2014Faire des conquêtes.40\u2014Une musicienne.matin.41\u2014Celle qui me regarde.42\u2014La chasse.43\u2014Le charme féminin.Troisième question: Par vous aimé ?qui êtes 1\u2014Par un jeune homme sage.2\u2014 Par un amant sincére.3\u2014Par une amie sincère.4\u2014Par celui que vous aimez.5\u2014Par tout le monde.6\u2014Par votre égal.7\u2014Par moi.8\u2014Par une personne absente.9\u2014Par un citoyen.10\u2014Par une bonne compagnie.11\u2014Par un soldat.12\u2014Par une personne qui vous plaît.13\u2014Par vos parents.LA REVUE POPULAIRE 14\u2014Par 15\u2014Par 16\u2014Par 17\u2014Par 18\u2014Par vous.19\u2014Par 2 0\u2014Par 21\u2014Par 22\u2014Par 23\u2014Par 24\u2014Par 25\u2014Par 26\u2014 Par 27\u2014Par 28\u2014Par 29\u2014Par 30\u2014 Par 31\u2014Par 32\u2014 Par 33\u2014Par 34\u2014Par 35\u2014Par 36\u2014Par \"hier.37\u2014Par 38\u2014Par ce.39\u2014Par 40\u2014Par t1\u2014Par i2\u2014Par 43\u2014Par 44\u2014 Par Montréal, mal 1921 un coeur sensible, un homme de coeur, un matelot.l\u2019ami de votre soeur.une personne près de un homme d'honneur.un coeur fidèle.l\u2019objet de vos voeux.un imbécile.une personne du village.un veuf.un incrédule.un voyageur.un homme poli.une jolie fille.un batelier.un jaloux.une fille à tête grise.un brun.celui à qui vous parlez, une personne blonde.un beau monsieur.celui que vous avez vu un vieux garçon.une nouvelle connaissan- un commis.un chasseur.un ivrogne.un bedeau.un boudeur.un marchand. tH prétèrisiéletassttpérieit aire Vol.14, No 5 HR isa SAAN HE UMN EPI I A RU Hadad $5) LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 \u2014 LES COULEURS SOUS LA CHALEUR Cette expérience fournit une méthode facile pour démontrer la puissance absorptive de chaleur du noir et du blanc.Des raies noires et blanches sont peintes à l'extérieur d'un verre à boire ordinaire, cachetées de gouttes de cire percées chacune d\u2019une épingle.Un bout de chandelle allumiée est placée dans le verre.Après quelques minutes, sous l'effet de l'absorption calorique du noir et du blanc, la cire coule et les épingles d'elles-mêmes, 0 UNE CLE NOUVEAU-GENRE Ce modèle nouveau de clé permet d'ouvrir commodément les boîtes de fer-blanc qui contiennent de la peinture et des liquides et qui résistent d'ordinaire aux petites clefs pour boîtes de conserves.I] n'y a qu'à découper en triangle un morceau d'a- tombent Le Ie i: SVS iT Jaf 4 à Lat En Bp | CHOSES BY INVENTIONS HOUVELLES 5 \u2019 Ait cier solide et de lui donner du taillant : comme à une lame de rasoir automatique.Cette partie est fixée à une poi- ÿ, lg al hun eh He of: al gnée de bois rond par de petits rivets et l'ustensile est propre au fonctionnement.0 ECHELLE ROULANTE Pourquoi porter péniblement une échelle sur vos épaules quand vous pouvez la rouler aussi facilement qu\u2019un diable en fixant deux petites §8 roues à sa base?Les deux axes de RP\" ing lk In vou Vel.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 l'échelle sont pourvus de deux bandes de fer ou d'acier qui servent à tenir la tigé- des roues.Les peintres en bâtirent.peuvent, grâce à cette simple ivention, s\u2019épargner des fatigues inutiles, LE TRUC DES MEUBLES ANTIQUES .Avec les quelques idées que vous avez de la mécaniquue et certains outils de charpentiers, vous pouvez remodeler un meuble passé d'usage et en faire un objet attrayant et utile pour une chambre.La vignette repré - sente un bureau \u2019démodé transformé en un buffet commode et artistique.Le bureau avait dans sa forme originale trois grands tiroirs en bois naturel verni.Les deux premiers tiroirs ont été complètement enlevés et avec le matériel, il a été fabriqué un tiroir demi-grandéur\u201csoutenu par des tasseaux ou petits morceaux de bois de support.L'espace oceupé par le tiroir du milieu est maintenant un rayon dont les panneaux ont été polis soigneusement.Quant au tiroir d\u2019en bas, il a été enlevé et converti en deux petits tiroirs avec portes à charnière.Sur la crédence du buffet, on dresse une glace rectangulaire qui lui donne une belle allure.On ajoute des morceaux de fer pour faire tourner les -pentures des portes et des serrures à I'écusson de la famille et le meuble est antique.0 UN COMPTEUR FAIT A LA MAISON On peut avec quelques morceaux de carton ou de papier rigides faire un compteur pour \u2018tous les jeux de cartes.Il suffit de couper autant de morceaux de papier d'une largeur de % de pouce, qu\u2019il se trouve de joueurs.Ces bouts de papier, d\u2019une longueur suffisante pour indiquer une douzaine x de chiffres sont tressés dans une rangée d'ouvertures qui servent à marquer le chiffre nécessaire.La vignetrs s'expi:que d'ailleurs par elle-même et ne demande pas d'autres commentaires, \u2014 125 \u2014 : Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE , Montréal, mai 1921 \u201cLE OUISTITT ° | Un j eyne peintre francais en bati- ment, réformé de la guerre, M.Paul Cans.a imaginé un appareil fort ingénieux permettant de monter ou de descendre le long d'une corde lisse avec presque autant de facilité et de sécurité qu'on gravit un escalier.Cet appareil.appelé \u2018\u2018ouistiti\u2019, constitue un véritable escalier de poche.dont l'inventeur vient de démontrer les avantages en l'utilisant pour se hisser, en quelques minutes, avec une aisance parfaite, jusqu'à la première plate-forme de la tour Eiffel.Le fonctionnement du ouistiti est basé sur.un principe, souvent appliqué, qui consiste à arrêter le libre jeu Le mécanisme des étriers du \u201couistiti\u201d.d'un câble sur un point quelconque de son parcours en lui imposant une double flexion en sens contraires, et, par conséquent.un double coincement.Par la façon dont il a adapté cette combinaison au résultat cherché, M.Cans a fait acte non seulement de créateur, mais encore de mé- | canicien averti.car son appareil, lon- } =.+ mr guement étudié.présente des dé- |: tails de mise au point tout à fait re- manquables.M.Cans montant.avec son \u201couistib\u2019 le long d'une corde lisse, à la première plate-forme de la .tour Eiffel (100 pieds) à Paris \u2014e 128 \u2014 pre Le 1] Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Supposons une corde tombant du plafond et passant à travers uh an- beau tenu horizontalement.Si nous inclinons l'anneau pour l\u2019amener dans la position verticale, il viendra coincer la corde en deux sens contraires.C'est ce dispositif qu\u2019a réalisé M.Cans comme le montre notre schéma.Dans l'échancrure d'un tube métallique coupé sur une partie de sa longueur, est montée une bague mobile solidaire d'un levier extérieur.Quand cette bague se trouve dans l'axe du tube, on peut y faire glisser une corde; mais si le levier la fait pivoter, elle vient coincer la corde.Le ouistiti comporte (rois éléments ou douilles de ce genre: deux pour les pieds, un pour les mains.Pour les pieds, le levier de la bague mobile porte un étrier et le poids du système est calculé pour qu\u2019à l\u2019état libre la douille se trouve retenue contre la corde.Pour les mains, le levier (sans elrier) produil un effet analogue.D'autre part, le grimpeur est muni d'une ceinture où s'accrochent 4 câbles d'acier: deux supportent une sel- leite disposée de manière à égaliser leur tension en suivant les mouvements du corps; les deux autres.après avoir atteint les extrémités d'une tringle qui maintient leur écartement.rejoignent le levier de la douille supérieure Un homme assis sur la sellette, les pieds libres.comme sur un trapèze, se trouve donc aubomatique- ment suspendu el maintenu en place par cette douille.T1 est dès lors aisé de comprendre comment s'opère l'ascension, L'homn- me assis sur.la sellette, chausse\u2019 les \u2018étriers et pèse sur l\u2019un des deux : le droit par exemple.Ayssitôl, la bague coince la corde et l'élrier devient une base aussi solide qu'une marche d'es- \u2014\u2014 127 a calier.L'homme, élevant alors le pie gauche, libère l\u2019autre douille qui monte avec son étrier le long de Ia corde.Le pied gauche, une fois arrivé à la limite de l'écart possible, immobilise son étrier gauche en pesai dessus et.appuyé sur cette nouvell- marche.le grimpeur recommence |- manoeuvre avec le pied droit.Et ain - si de suite.En même temps, les main- suivant la corde poussent la douill.supérieure qui suit ainsi le mouvement ascensionnel, Lendant les câbles de sustentation.Pour la descente.chaque pied maintenant libre la bague de son étrier, il suffit de tirer sur un cât - qui pend au-dessus du siège et qui par l'intermédiaire .d'une poulie.! bère la douille supérieure Les tru: douilles glissent alors le long de 1: corde, entraînant l'homme qui peui s\u2019arrêter instantanément.soit en 1a- chant la corde de la poulie, soit en pesant sur l'un des étriers ou sur les deux à la fois.On voit par là que l'appareil offre une sécurité pour ainsi tire absolue; l'homme se trouve retenu à la corde par trois bagues indépendantes qui freinent automatiquement et dont une seule suffit pour le maintenir.La disposition ingénieuse de l'élrier contribue à ce résultat: le.branches sont profilées pour épouser le cou-de-pied, et la semelle repose sur deux ressorts à boudin, grâce auxquels l'étrier s'adapte à toutes les pointures et reste en place quelle que soit la position de la jambe.Nous voilà loin de l'antique corde à noeuds qui exige un effor( considérable et donne une sécurité limitée.Avec le ouistiti, le peintre, le plombier, l'archilecte.le pompier.l'homme lg moins agile, monte ou descend comme dans un fauteuil,\u2019 s'arrête où Montréal, mai 1821 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 il veut, gardant les mains libres sans avoir, en aucune façon, à se préoceu- per de sa sécurité.Dans l\u2019industrie du bâtiment ou de la construction métallique, dans la marine, dans le sauvetage en cas d'incendie, le nouvel appareil semble appelé à rendre de grands services.Il pourra, en outre, s\u2019adapter à nombre de cas accessoires.Pour repêcher un aéronaute égaré sur la cime d\u2019un arbre, on pourra lancer et ramener une corde lisse, alors qu\u2019il serait souvent difficile, voire impossible, de ramener une corde à noeuds.Le onistiti, qui paraît facile à établir à un prix assez modique, permettra une économie de corde.Les noeuds, en effet, absorbent environ un tiers de la longueur d\u2019un câble, et leur façon coûte relativement cher, 0 PORTE-CARTES MAGIQUE Les prestidigitateurs et amateurs de magie blanche peuvent se servir pour un tas de trucs et de passes des petites coupures métalliques, communément appelées \u201cclips\u201d.Cousues à l'étoffe d'un habit ou retenues par une épingle de sûreté, elles peuvent Lv tenir autant de cartes quon veut, comme il est montré dans le dessin ci- contre.Vous pouvez ainsi tenir dans voire dos toutes les cartes \u2018\u2018de réser- dont vous avez besoin et les tirer à vous sans effort.Go UN \u201cPOOL\u201d MINUSCULE Le jeu d'intérieur que reproduit notre illustration est à la portée de tous, jeunes et vieux.La table est faite de plusieurs morceaux de bois flexible de 34 de pouce liés ensemble et coupés avec une bonne scie en la forme requise.Des bandes de fer-blanc de 2 pouces de largeur sont alors clouées autour des côtés pour empêcher les balles de sortir du jeu.Des rubans de caoutchouc sont cimentés sur les coins et les côtés d\u2019une extrémité de la table.Quant aux blouses, elles sont creusées dans le bois à une profondeur d\u2019un demi- pouce, tel qu'indiqué dans la vignette ci-contre.Le fond de la table est recouvert d\u2019un tapis vert collé.Les trous ou blouses sont marqués par des cercles de couleurs voyantes et numérotés.La partie peut se jouer avec une boute blanche et une ou plusieurs boules rouges.La blanche est placée sur un point de la ligne centrale et la rouge sur un Œu il A la von Figg i Jay Lire} ing \u2018A % Ë Um t \u201cly Ri a ks ; \u201cta QU, de oe ps pd Jigs ls 1 af ER cé fau wh in y eu ill pil Vol.14, No.5 point du centre méme.Le joueur frappe la blanche qui doit heurter la rouge et la lance le long de la table.Le but est de faire tomber la boule rouge dans une des blouses échelonnées le long de la table.La boule qui tombe dans un des dex trous les plus éloignés du point de départ compte pour 100 points, et en remontant pour 50 et 25 points.Les deux blouses qui se trouvent de chaque côté du cercle de départ donnent ™ points Le fait de rater la rouge avec la blanche constitue un faux coup et compte contre le joueur.\u2014-\u20140 PLANCHE A LAVER PERFECTION- NEE a Le môdesté ustensile que nous décrivons.ici possède divers\u2019 qualités susceptibles d'intéresser les personnes lavant leur linge à domicile.Cette nouvelle planche \u2018à laver, grâce à ses dimensions minimes; permet en effet le lessivage dans toutes les cuisines même très petites: elle supprime en même temps l\u2019usage des baquets et \u2018des planches lisses et ondulées qui tiennent beaucoup de place et reviennent assez cher dans leur ensemble.Elle s'adapte à tous les éviers et laisse ceux-ci libres pour recevoir \u2014 128 \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 tous les récipients servant au rinçage du linge.Notre première gravure représente cet ustensile appliqué contre l'évier, la deuxième le montrant posé sur un baquet ordinaire.La planche à laver proprement dite comporte un chevalet qui lui permet de prendre l\u2019inclinaison la plus favorable, tandis que le plateau à rebords sur lequel elle est fixée sert\u201da retenir l\u2019eau et l'empêche de tomber sur le ; sol et sur les pieds de la personne qui lave.La hauteur est calculée pour éviter les fatigues et les courbatures résultant d\u2019une mauvaise position. Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1931 Comme le montre la figure 3, l\u2019appareil une fois plié n\u2019oceupe plus qu'un volume insignifiant.Pour certaines applications, cedis- positif est muni de petits piéds de fer que l\u2019on peut poser sur la cuisinière même allumée.Il est facile de construire cette planche à laver soi-même.0 L\u2019ENNUI DES BAGUES ETROITES Un anneau trop étroit à l\u2019heur d\u2019ennuyer bien des gens et il est peu de jeunes filles qui n\u2019aient pas juré contre leur bague de fiançailles, en essayant de la sortir du doigt, quand la peau gonflée la recouvre en partie.Voici un moyen tout indiqué d\u2019enlever une bague ou un anneau récalcitrants: Roulez Un fil de caoutchouo sur votre doigt, au-dessus de l\u2019anneau en question, en commençant par le haut.Tournez-le fortement, sans trop serrer le doigt cependant.Quand le fil touchera l'anneau, élevez la main pendant quelques minutes de façon à ce que l\u2019enflement des chairs aille en descendant, vers l'extrémité du doigt.Roulez le fil en sens contraire maintenant, c'est-à-dire, loin de la bague, au bout du doigt, tenez-le ainsi pendant cing minutes et endevez-le.Le sang, s'étant graduellement retiré du doigt.grâce à \u2018ces deux opérations, la bague sortira d\u2019elle-même.0 LANTERNE DE FANTAISIE Les amateurs de curiosités peuvent facilement se fabriquer de jolies lampes ou lanternes pour portiques et ateliers.En quelques mots, ces lanternes sont un cadre de feuilles métalliques avec verre, mica ou papier transparent sur les panneaux.L\u2019ampoule, chandelle ou applique électrique détermine la grandeur de l\u2019enveloppe.[7 pal LAA a Tm I i J Le tableau qui soutient la lanterne peut être une planche en bois de oy- près de % de pouce d'épaisseur.La meilleure armature peut être obtenue | avec un morceau de cuivre oxydé.Dessinez la forme que vous voulez donner à la planche et découpez les trois panneaux ou volets du fanal avec un ciseau à froid.Adoucissez les angles avec une lime.Ceci fait, fixez la lanterne qui est terminé sur sa planche de soutien avec des vis à tête ronde.Le couvercle de la lanterne est fa- J.briqué séparément.Il est à conseiller de -ne pas se servir de mica pour le panneau central.La bougie ou ampoule est placée à Pintérieur par l\u2019ouverture d'un des trois volets du dessus, Com! ent kil de Le hes {dls à Lis Jere ¢ fie Jt jl ] is, Yes fitora J lg Um Tho = Un » le in iy, * \u201clee a, fed ont 3 ven hi Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mat 1921 HOMMES Combien d'hommes mariés ne joui- {raient d\u2019aucune popularité si ce n\u2019était de leurs femmes.= *% * Le célibataire qui comprend les ® * Xx Lorsqu'un célibataire commence à perdre ses cheveux, le meilleur re- # mède est de placer autour de son cou, Aune jolie manche en crêpe Georgette, \u2018avec un bras de femme dedans, « + * N\u2019est-ce pas qu'une jolie fille est encore plus belle, lorsqu\u2019elle fait un f nes filles aux yeux rêveurs, $ peuvent se réveiller.« * ® Un mari qui est envié des autres femmes rend toujours la sienne heu- Bouse.Fo * »* = Un homme ne se rend parfaitement compte de son peu d'importanée à que le jour de son mariage.x dk + Célibataires, méfiez-vous des jeu- car ils FEMME\u201d Le grand mystère du passé de chaque femme est la date de sa naissance.# += * Le paradis est-un endroit où la femme n\u2019a pas à se demander: qu\u2019est- ce que les voisins vont dire?® * * Lorsqu'une femme commence à engraisser, toutes les balances lui deviennent suspectes, « + * Pour faire la conquête d\u2019un célibataire, il faut le laisser parler de lui- même; pour faire la conquête d\u2019une femme il faut la laisser parler contre ses amies, « * * Lorsqu\u2019une femme se rend compte qu\u2019elle s\u2019est trompée en se mariant, elle se rend également compte qu\u2019un autre homme est vengé.* + * Etre veuve est toujours un état chanceux pour une femme, soit qu'elle y entre ou soit parce qu\u2019elle en sort.® %® % Le créateur a montré sa sagesse en créant tant de fllles pauvres jolies, = 181 \u2014 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1£ \\ = HOMMES FEMMES 9° I est plus prudent de tirer la queue Une grande amoureuse n'est jami d'un tigre que de prévenir une femme touchée par une grande amitié ; W de son premier cheveu blanc.contraste est trop fort.* % à ! [CE IE \u2019 | Une lune de miel est généralemef\u201c La dactylographe est la jeune fille un clair de lune.À qui un homme puisse dicter sa vo- ER EE 3 lonté ; c\u2019est probablement une des rai- * ow 4 sons pourquoi tant d'hommes épou- Le mariage cst l'entrepôt frigori i sent leurs dactylographes.que de l'amour.dg 2.* # + # A ive n'a jamais été cap.E L'homme a sept âges.la femme , Pre ma jamais été capable de troi L M n\u2019en à qu'un, mais elle sait s\u2019y main- PC?ACam sur son âge; ll connaissi - hi: .- l'âge de sa cotelette.i: tenir.boy il x \u201c85 Hele i L'amour véritable ne porte jamais ne fois LUI Lo ot une comp no a l\u2019étiquette: Non transférable.gnie, deux est une toute.' li k % % fi 5 Le mariage ressemble à un rom: - Pour quelques-uns le mariage est de la vie réelle, il ne se passe rien, « vin le commencement ; pour d\u2019autres, s'il se passe quelque chose, c'est er hs J a c\u2019est la fin.: nuyeux.an wok oN EE Hs, Les maris se divisent en deux caté- La jeune fille qui n\u2019épouse pas 1 pe gories: Ceux qui sont sous la tutelle de homme pour son argent est celle q Pl leur femme et qui l\u2019avouent et ceux n\u2019en trouve pas l\u2019occasion.I qui ne l\u2019avouent pas.| =» + = .| up oA % L'amour est comme le vaccin, | L'amour platonique n'est que la li- faut quelquefois deux ou trois essa in queur de tempérance de l'amour ; avant qu'il prenne.T4 l'apparence et le goût sont à peu près xx ; les mêmes, mais il y manque le pi- ._ ; ; 1s quant Le baiser ranime un amour qui < i meurt ; c'est le meilleur stimula: EE connu.Yn â vq?Pourquoi, lorsqu'on accompagne ua by une jeune fille au restaurant.prend- T elle généralement les mets les plus La femme dévouée est celle qui rf, dispendieux sur le menu, alors que si lorsqu'elle entend pour la trentièm \\ elle était seule elle se contenterait fois une farce de son mari qu'elle n 4 d\u2019une salade de pommes de terre?pas encore comprise, à ' à Dai dif \u2018go ton Hi Vol.14, No § - 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 CTS TTT TOOT TH TO AAT ATH AAS SAO LE CENTENAIRE DE NAPOLEON OTST TOT TST STS TOTO OO TOO) Il y a cent ans que s\u2019éteignit Mapoléon Bonaparte a l\u2019île Sainte-Hélène.Fétes grandloses qui marqueront cet anniversaire.\u2014 La vie de ce grand conquérant qui soumit les peuples les plus fiers de l\u2019Europe et fit de la France la première nation du monde.\u2014 Le monde entier célèbre cette année le centenaire de Napoléon Ier, , empereur des Français, mort à Sainte- 3 co Hélène, le 5 mai 1821, après avoir, pendant un quart de siècle, régenté l\u2019Europe et porté la France a I\u2019 apogée ol en, ol § I J a de sa gloire militaire.Le centième anniversaire de la mort du plus grand homme de guerre des temps modernes | coïncide heureusement avec la victoire de la France qui couronne ainsi à la fois ses sauveurs vivants et disparus, Napoléon Bonaparte et les vainqueurs de la dernière épopée, les maréchaux Joffre, Foch, Franchet d\u2019 Es- | peray, Fayolle et Lyautey.Curieux caprice de l\u2019Histoire, les peuples alliés qui déposeront cette année des fleurs de laurier sur le | tombeau des Invalides furent coalisés i a\u2019 il 13 | il y à cent ans contre le Conquérant qui fit trembler l\u2019Europe! L'Angleterre, la pire ennemie de l'Empereur, s\u2019unit pieusement à la France aujourd'hui pour magnifier la mémoire de l\u2019homme qui, malgré sa fin tragique, contribua par des victoires éclatantes à garder à la France sa bonne renommée.Napoléon Bonaparte naquit en 1769, à Ajaccio, capitale de l\u2019île de Corse, de petits parents bourgeois qui le destinérent de bonne heure à la carrière des armes.Entré à l\u2019école de Brienne où furent instruits dans la science militaire presque tous les grands généraux de la Révolution et de l\u2019Empire, il y essuie les brimades de ses compagnons nobles et fortunés, à cause de sa nationalité, de s& mauvaise tenue, de sa pauvreté et de ses bizarreries de caractère.4 Il se trouve en garnison & Auxonne quand éclate la Révolution de 1789.Laissant se dérouler les premiers évènements, il se Jie en 1793 avec Robespierre jeune, Barras et quelques autres, dans l\u2019espoir de faire régner la fraternité dans son peuple et de renverser la monarchie qu\u2019il abhorre.L'homme qui rêvait alors de liberté devait faire le plus inexorable autocrate des temps modernes! Barras lui confie le commandement de Paris et il devient en 1796 général en chef de l\u2019armée d'Italie.Ses ambitions commencèrent à prendre corps.II épouse alors Joséphine de Beau- harnnais qu \u2018il courtisait depuis longtemps et à qui il porta toute sa vie, en dépit même de son divorce, un profond amour.En Italie, il remporte les victoires de Montebello, Mondoir, Lodi, Pavie et Dégo.Maître de la Lombardie, vainqueur à Castiglione, au pont d\u2019 Arcole, Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 il prend Mantoue et envahit l\u2019Autri- cha La légende du \u2018\u2018petit caporal\u201d commence à circuler dans l\u2019armée qui le regarde comme le plus grand homme de guerre de cette époque tourmentée.De retour à Paris, il intrigue contre le gouvernement.Le Directoire, auquel il devient suspect à cause de ses ambitions grandissantes, de la faveur qu\u2019il a auprès du peuple, de l\u2019admiration que lui portent les troupes, le charge d\u2019une expédition en Egypte où Napoléon Bonaparte, premier coneul, Îl s'emploie à tromper le rêve de domination des Anglais.C\u2019est la première fois qu'il se rencontre avec eux et il n\u2019y va pas de main morte.Après avoir détourné à son profit l'influence que les Anglais exerçaient en Egypte et réorganisé ce pays sur le pied d\u2019une colonie française, il en IEEE le celmandewent à Kléber et revint à Paris où son retour eut l\u2019heur d'effrayer grandement les membres du Directoire.Il réussit à faire remettre le pouvoir à trois consuls provisoires: Bonf- parte, Sieyès et Roger Ducos.Il peut déjà dire à ce moment comme Louis XIV: \u2018L'Etat, c\u2019est moi\u2019\u2019.Les deux collègues sont adroitement éloignés et il dicte seul ses volontés, La Révolution avait bouleversé le pays.Il réforma toutes les administra- §.tions, rétablit la religion et maintint la liberté des cultes.En 1808, il provoque sa nomination À de consul à vie.Ces honneurs ne suffisent pas encore à son ambition; ses rêves, ne peuvent trouver leur complète réalisation que dans son élévation à l'Empire.Le 2 décembre 1804, le pape, venu expressément de Rome, sacrait Napoléon à Notre-Dame, Em- ; pereur des Français.Il ne lui avait fallu que quelques semaines pour transformer le consulat en un Empire qui, quoique de courte durée, devait compter dans l\u2019histoire du monde par- | mi les plus éclatants.cit ni Hi far give Bo Far Après le® cérémonies du sacre, les guerres reéommencent.Les Anglais l\u2019inquiètent; il forme contre eux le camp de Boulogne et répond à leur blocus maritime par un blocus continental, rêve chimérique qui, s\u2019il s\u2019était/f accompli à son gré, aurait défendu à ses ennemis l'accès de l\u2019Europe.Ici s'organise contre lui une coali- J tion austro-russe.Les armées toujours -i triomphantes culbutent les Autri-ff! chiens à Austerlitz et les aigles impé- § riales pénetrent plus avant en Autri-§ che.La Prusse et l'Angleterre s'émeuvent des victoires que remporte partout Napoléon sur les armées austro- russes et tremblent pour leurs pos- le | iy | a if Jo) gl Ih [ od al \u2018dill iio coë il ot i 4, | Voi.14, No 5 LA REVUE sessions.Elles se coalisent contre l'Empire.Napoléon leur inflige une défaite humiliante à Iéna en 1806 et fait son entrée à Berlin.Si les descendants de ces Prussiens forcèrent en 1870 les portes de Paris, les Français peuvent se glorifier d'avoir deux fois traversé le Rhin en cent ans.Bonapart® et Foch! quelles grandes figures! 1806 et 1918, quelles dates dans l\u2019histoire universelle! L'Espagne se révolte à son tour contre l\u2019autocratie du maître de l'Europe.Elle est domptée, en dépit d\u2019une POPULAIRE Montréal, mai 1931 lever et réunit ses Etats à l'Empire, qui comptait ainsi en 1811, cent trente départements.Joséphine ne lui donnant pas d'héritiers, il voulut le divorce, l'obtint après avoir surmonté de multiples difficultés religieuses et nationales et épousa Marie-Louise, fille de l\u2019Empereur d'Autriche, dont il eut un fils, le roi de Rome, connu dans l'Histoire sous le nom de l\u2019Aiglon et qui mourut tristement à la cour d\u2019Autriche, après la chute de Napoléon.La bataille d\u2019Austerlitz.| résistance acharnée, après la prise de Saragosse.Les Russes forment de nouveau contre l'Empereur une gigantesque coalition avec l'espoir de faire reculer i | les frontiéres de la France.Napoléon écrase les alliés à Wag- ram, victoire célèbre qui lui donne la Hollande.Il commit alors la faute qui déter- FL mina peut-être sa perte.ge Soupconnant le pape d\u2019accorder ses #\"} sympathies à l'Angleterre, il le fit en- 4 ge Pour avoir cédé aux exigences de sa plus grande ennemie, \u2018la perfide albion\u2019\u2019, l'Empereur rompit avec la Russie en 1812, Après une campagne désastreuse (incendie de Moscou), il revint en France avec les débris d\u2019une grande armée de mercenaires.La sixième coalition ébranla encore son pouvoir et les alliés entrèrent dans Paris pendant qtûe Napoléon, battu pour la première fois, se retirait à l'Île d\u2019Elbe.Es i i À 1 | V A it i i 4 ig 1 3 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mat 1921 Tous connaissent l\u2019histoire de ses dernières années: son retour en France, les cent jours, la victoire qu\u2019il remporta sur Blücher en Belgique avec les quelques milliers de gro - gnards qui s'étaient attachés à sa fortune, sa défaite à Waterloo aux mains des Anglo-Prussiens.Vaincu, abandonné, il se livra au commandant du vaisseau anglais le litique, l\u2019homme de génie.Le génie fut l\u2019inspiration de toute son oeuvre.Il déploya dans la conduite des guerres qu\u2019il entreprit les mêmes qualités de hardiesse, de précision et de sûreté | qui firent la renommée d'Alexandre, de César, qualités qu'hégita Foch de * ce grand ancêtre, au cours de la dernière campagne.La bataille d'Iéna, \u201cBellérophon\u201d.L\u2019'Angleterre.au lieu de traiter humainement le plus grand génie militaire de tous les temps, l\u2019envoya à Sainte-Hélène où il s\u2019éteignit le 5 mai 1821, après avoir énergiquement enduré des souffrances intolérables.\u2019 1! n\u2019avait pas cinquante-deux ans.Nous devons considérer dans Napo- Ce grand conquérant qui put.pendant vingt-quatre heures, se procla-| mer le maître de l\u2019Europe fut aussi un homme politique remarquable et un} gg rare administrateur.Il fit sortir lol France meurtrie, déséquilibrée, duj chaos de la Révolution, la partagea er ac ASS ; A \u2018 PE.= Mas a Qu lly Its lus i \"li sl, Fina Fil gj ly à Ri)! ' fie Np Ri M % i départements sur un modèle qui a ét¢g@ ily, gardé, réorganisa les pouvoirs gou-fliè, vernemental, judiciaire et militaire Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 La France lui doit la codification de ses lois civiles et criminelles.Le code civil de la province de Québec est napoléonien.Il opéra d'une façon humanitaire et judicieuse le partage des classes, proclama la liberté des cultes, signa avec Rome un remarquable concordat, s\u2019efforça en un mot de guérir la France de tous les maux dont elle avait souffert sous le régime de la monarchie absolue.Le couronnement de Napoléon ler.Mais ses ambitions étaient déme- | surées, son orgueil indomptable.S'il | se fut contenté de relever la France dans les limites de ses frontières, de bouter dehors les armées étrangères qui s'étaient installées dans quelques- | Ynes de ses gatrnisons à ]a faveur de la Révolution, il eut assuré à sa patrie | une gloire plus durable.H demanda trop à son peuple, et après l'avoir rendu victorieux dans toute l\u2019Europe le laissa, à sa chute, à la merci des coalisés qui firent payer cher à la France les succès de son Empereur.Son nom reste quand même l\u2019un | les plus beaux de l'Histoire de notre Ÿ ancienne mère-patrie.LES VERANDAS L'architecte en chef de la Commission du Logement, à Kingston.dif - que l\u2019on n'est pas justifiable de placer des vérandas sur la façade d'une maison dans un pays dont le climat en défend l'usage plusieurs mois par année, et que leur effel consiste à cacher la lumière du soleil à coeur d'année.En ceci il a raison car le soleil donne la santé, et une chambre qui en est privée sst impropre à l\u2019habitation.Mais cela a toujours été pour nous une énigme de ne pouvoir comprendre pourque: les gens ne construisaient pas plus de vérandas vitrées.Dans la.saison froide il y a quelques jours où les personnes qui ne peuvent sortir pourraient y trouver place.pour faire (le l'exercice et jouir du soleil.Il s\u2019en construit plus qu'autrefois et il faut espérer que les architectes en encourageront la construction.A Montréal il y a trop d\u2019escaliers et de balcons extérieurs.C'est très laid au point de vue architecture.À Paris, les vérandas vitrées abondent.Sans compter que ça s'ouvre l'été, tout en servant de serre l'hiver.D , \\ - Les Américains utilisaient sur le front un nombre considérable de mulets.Ils avaient adopté pour ces animaux la pratique vétérinaire française qui permet, par une petite opération chirurgicale pratiquée dans les naseaux, de rendre presque imperceptible le braiement des mulets, fort dangereux dans les nuits silencieuses où il s'entendait à un ou deux milles de distance, ce qui suffisait à donner l\u2019éveil à l'ennemi et à déclanchèr son tir.* x +* Dennery a écrit plus de 659 actes. Voi.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mal 1921 CSO ; ORDA CHA ADA AAR LAL AA CAL AT CA A CASA AAO A New-York, les poètes, les peintres, sculpteurs et musiciens, fils de famille aux revenus princiers ou pâles artistes faméliques, vivent pêle- mêle avec des étoiles du cinéma et des danseuses de music-hall dans le Greenwich Village, le Quartier Latin de la métropole américaine.Ce mélange un peu burlesque renferme-t-il les éléments qui constituent un véritable Quartier Latin, comme celui de Paris, par exemple?\u2014Non, répond le célèbre romancier espagnol Blasco Ibanez.l\u2019auteur des \u2018Quatre Cavaliers de l\u2019Apocalyp- 8e\u201d.Cette vie est remplie de rêves insensés et d'illusions berceuses; c'est le Paradis de l'existence insoucieuse où les grands hommes de l\u2019avenir dépensent les plus ardentes années de jeunesse dans des dissipations et des plaisirs enthousiastes.Toutes les grandes cités ont leur quartier Latin\u2014les uns copiés sur celui de Paris, qui est le plus original et le plus vieux de tous, les autres faits à l'imitation du Greenwich Village.Ils se ressemblent tous plus ou moins, en ce sens qu'ils forment à vol d\u2019oiseau une agglomération tapageuse et riante d'ateliers, de restaurants, de cabarets et de bals, où les gens peu- DAS LA VIE DE BOHEME Greenwich Village, où vivent les artistes américains, est le séjour des fils de famille et des acteurs enrichis\u2014La beauté et Ie pittoresque du Quartier Latin de Paris.\u2014La fin des héros et héroïnes de Henri Murger.LAOH aE Bm jui fr Ok 20 f nm.wa vent brûler des liasses de billets de 5 banque pour un plaisir souvent gâté.al Mais qu\u2019est-ce que le Greenwich ve Village à côté du Quartier Latin de Pa- a ris?Un territoire envahi par les Phi- mn listins, les fils de famille et les artis- mi tes du cinéma dont la seule ambition ta est de faire des millions sur le dos de \u201d Art.: Le Quartier Latin de Paris est uni- = que.Il comprend sur la rive gauche: a de la Seine un périmètre aux limites} de mal marquées, où sont compris l\u2019Ins-' mn titut, où siègent les Académies, la: i.Monnaie (quelle dérision!) l\u2019école de a médecine, la Sorbonne, le collége dei i France, I\u2019école de pharmaoie, le mu- ca sée pédagogique.les grands lycées, te l\u2019école du droit, l\u2019école des mines, led\u201d musée de Cluny, les bibliothèques Ma @ zarine et Sainte-Geneviève; c\u2019est lef centre de l\u2019enseignement et des plai- \"We sirs.Un vaste artère le traverse, le fa-@ \u2018lu meux boulevard St-Michel, qui rou-f bi le les plus belles et les plus chaudesg\u2018 à têtes du monde.\u201cnor Avant la guerre, il se faisait re- fu; marquer par la pauvreté bien compri- ffm) se de ses habitants.C\u2019est d\u2019ailleurs à F*hby ce signe qu\u2019on juge un quartier d\u2019é- Fun tudiants et d'artistes: le manque d'ar- Hay gent.Les bank-notes abondent dans le Büjp Greenwich Village; c'est pourquoi ce 19H It.pieh Did Phi-f pts À itor} FUE Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mat 1921 quartier qu\u2019on dit être le rendez-vous des intellectuels américains n\u2019est au fond qu\u2019une spéculation immobilière et une exploitation de fins restaurateurs.En 1890, comme depuis 1880, comme depuis des siècles, le Quartier Latin de Paris fut le refuge des esprits affranchis qui voulaient vivre en dehors de toutes les conventions bourgeoises.En oe temps-là.la vieille génération, que Blasco Ibanez a connue, poètes alcooliques, peintres de croûtes innommables, célébrités à longues barbes et à larges feutres qui ne gravèrent leurs noms dans auoune mémoire, se plaignaient du matérialisme des jeunes et chantaient le Requiem du quartier.Ils prétendaient être les seuls survivants de la vraie Bohême qui, disaient-ils était morte avec la guerre de 1870.Il y avait pourtant en ce bon vieux temps des restaurants à vingt sous, vin compris, le bal \u2018\u2018Bullier\u2019\u2019 et autres cabarets qui dataient des Romantiques.Paul Vrlaine, le charmant poète, le crâne nu et bosselé, errait encore de café en café et, devant le Luxembourg se tenait encore la rôtisserie d\u2019une vieille sorcière qui avait été dans sa jeunesse une éblouissante beauté et qui parlait avec mélancolie d\u2019un grand homme qu\u2019elle avait aimé\u2014Alexandre- Dumas.Blasco Ibanez dit à son tour aveo ceux de sa génération: \u201cLe Quartier est mort\u201d\u2019\u2014non pas parce qu'il se fait vieux, non, mais grâce à la stupidité de ses habitants.Ge quartier chanté par tous les plus grands poètes est devenu un arrondissement comme tous les autres, aux rues bordées de magasins à rayons, de cafés à la mode et de restaurants coûteux.On ne le reconnaît plus que par le grand nombre d'étudiants de la Sorbonne qui se prome- nent sur ses trottoirs.Ef tous ces jeunes gens portent des oomplets améri- 7) = 1185 Srey ry i a cains et dansent et \u201c\u2018shimm\u2019 aussi bêtement que les Yankees.Plus de cheveux longs et plus de mansardes: des lèvres bleues, rasées .\u2014 139 \u2014 LA REVUE POPULAIRE Voi.14, No 5 Montréal, mai 1921 i | TR de près, et des chambres de grands hôtels.Dans son temps, Blasco Ibanez logeait & I'Hotel des Grands Hommes, près du Panthéon.qui tirait son nom de l'inscription gravée au fronton du monument: \u201cAux grands hommes, la patrie reconnaissante\u2019\u2019.Il était le \u201cgrand homme No 36\" et payait sa niche dix-neuf sous par jour, Les étudiants sont aujourd'hui mieux logés.À les voir, on se dit que ces jeunes gens ne songent pas à perdre leur temps en plaisirs et ont l'ambition de gagner beaucoup d'argent plus tard.Les touristes qui viennent de toutes les parties du monde pour jeter un regard sur le poète Rodolphe, le peintre Marcel, la gaie Musette, la mélancolique Mimi-\u2014tous les personnages du roman de Henri Murger-\u2014ne voient plus que deg étudiants de mise irréprochable qui büchent leurs examens.\u201cMais où est done le Quartier Latin?\u201d demaudent-ils.Pour le faire revivre un peu et lui donner son air archaïque, le conseil municipal de Paris doit faire rouvrir bientôt le bal Bul- lier.Cette fameuse salle de danse s\u2019élève tout près du monument érigé à la mémoire du maréchal Ney qui fut.comme l'on sait.fusillé après Waterloo par ordre des Bourbons.Cette statue le représente bravant le peloton d'exécution.\u2014 \u201840 \u2014 Quand un touriste s\u2019'enquiert du ; nom du héros, les cochers et les ha- Al bitants du quartier répondent habituellement: le maréchal Bullier.A quoi bon avoir conquis la gloire! Que dirait Napoléon d'entendre appeler Bullier\u2019 l'homme de guerre qu'il nommait \u2018le premier de ses lions?Ney confondu avec un imprésario de music-hall.c'est un peu fort! Blasico Ibanez écrit récemment dang un article sur le Vieux Paris: \"Je cherche vainement un homme bizarre.un homme dépourvu de préjugés, une tê- te chauve par exemple, ou encore un esthète drapé -dans un manteau grec.nu, pour ainsi dire, avec seulement pour vêtement une loge anlique.Je le {rouve, mais c'est un Américain, le frère de la danseuse Isadora Duncan.dont les danses grecques font courir Paris.Tout ce que j'ai vu d'à peu près ressemblant à la vie de l'ancien temps se passait à New-York.l'an dernier.C'était à un vernissage dans un hôtel de luxe.J'y trouvai un gentilhomme ou longs cheveux et quelques femmes aux allures libres d'artistes ou de mo- (lèles.Je vis aussi un dimanche dans la Cinquième des hommes mis à la manière du comte d'Orsay ou d'Alfred de Musset.Mais ce bohémianisme américain sentait l'affectation.L'essence de la Bohême est la faim.et ces pseudo- bohémes creveni de santé et vont le 8 Vol.14, No 5 \"LA REVUE POPULAIRE Montréal, mai 1921 porte-monnaiegonflé de billets de banques.\u201d La véritable vie de bohême n\u2019est ni belle, ni facile.Fut-elle même jamais la vie rêvée de quelques artistes malheureux, poètes incompris, musiciens sans emploi?La pauvreté est un malheur, nous allions dire une infortune, et ceux qui en sont affligés l\u2019abandonnent sitôt qu\u2019ils peuvent.Elle est un obstacle.Plusieurs hommes célèbres l'ont connue, c'est vrai, mais bien peu sont restés volontairement sans argent pour atteindre la perfection artistique.Henri Muger fut un poète péuvre qui songea un jour à narrer ses souffrances et celles de ses compagnos de misères.Il idéalisa son monde comme tout écrivain embellit la réalité qu'il peint.Le Roi des Bohêmes, lui-même, quand il se fit vieux, en eut assez de glorifier Ja vie de bohême.Il collabora à la \u2018Revue des Deux-Mondes\u201d, le périodique le plus conservateur de Paris et fit des démarches pour être décoré de la Légion d'Honneur.Il rechercha en un mot tous les honneurs dûs à un écrivain conventionnel.Plus encore, il acheta une maison dans le Bois de Fontainebleau et chassa le lapin sur ses terres, tout comme un riche gentleman.Les compagnons de Murger échouèrent eux aussi avec l'âge dans \u201c\u2018 cette bourgeoisie qu\u2019ils avaient horripilée.\u201d Le peintre Marcel devint marchand d'antiquités; le philosophe Colin libraire et le musicien Schaunard disparut à la recherche de la fortune.Musette se mit à la tête d\u2019un petit commerce et se créa des rentes.Il n\u2019y eut que la pauvre Mimi qui paya de sa vie son rêve décevant de liberté, de poésie et de misères.Elle mourut à l\u2019hôpital des pauvres, emportée par la consomption.Personne ne vint l\u2019assister à ses derniers moments et l'héroïne du roman le plus passionnant qui soit s\u2019éteignit tristement sous les yeux de quelques étudiants en médecine indifférents et ennuyés.La pauvre fille n'eut qu'une joie dans la vie.Un jour qu\u2019elle se promenait, vêtue d\u2019une toilette fraiche, au bras de Henri Murger dont la réputation de poète et romancier commençait à percer dans les hautes sphères de la littérature, ils rencontrèrent près du palais des Pairs de France ( ceci se passait sous Louis-Philippe) un personnage imposant qui, reconnaissant Murger dont il connaissait les oeuvres, lui sourit au passage.Apercevant Mimi à ses côtés, il la salua profondément, en levant son chapeau.\u2014Qui est donc ce \u2018grand homme, demanda Mimi, un pair de France, sans doute?\u2014Le gentilhomme qui vient de se découvrir devant vous, répondit Mur- ger, est.Victor Hugo.\u201cga.Des locomotives et des trains oht été construits par le gouvernement francais pour le Sahara.Ces trains sont construits de manière à résister aux tempêtes de sable du désert.% fr La population des Iles Britanniques augmente d\u2019un million chaque année.L\u2014 14: \u2014 Vol.14, No 5 LA REVUE POPULAIRE Montréal, mal 1921 CRC CD A A ATA CS CASAL A A ATS CO A SI SO OA Dr ¢ 0 emo LES MONSTRES DE L\u2019AIR CATA CK LN AAD, CN AAT AA CA KS CDR { A OHS > - Il y eut sur terre des olseaux gigantesques qui transportaient des hommes dans leurs serres d\u2019un pays à un autre ! s Les conteurs arabes et le plus célèbre de tous, l\u2019auteur des Mille et une Nuits.qui, par parenthèse, pour le plus célèbre n\u2019a pas de nom connu, attribuent des vertus extraordinaires à un oiseau monstrueux que la Science désigne aujourd\u2019hui sous le nom de rock.Le rock, sorte d\u2019aigle gigantesque et mythologique, a-t-il réellement existé?Il se peut, des explorateurs ayant découvert depuis l'avènement de l\u2019ère chrétienne des ossatures d\u2019oiseaux géants.aussi bien constitués que le rock fabuleux des Arabes.Le premier qui le vit fut Sinbad le Marin, autre personnage de pure imagination, lequel fut porté dans ses serres à des hauteurs incalculables et à des distances renversantes.Que Sinbad n'ait jamais existé.cela n\u2019affaiblit en aucune sorte les preuves du passage du rock sur la terre.plusieurs autres voyageurs de l\u2019époque prétendant l\u2019avoir vu.Quant au marin Sinbad.\u2014qui ne manquait pourtant pas de courage.\u2014 la vue de cet oiseau -de grande taille, semblable à un aigle, les ailes déployées, et à une autruche, quand il se repose sur ses pattes, lui donna le frisson.Laissons-le mous faire le récit de cette rencontre : \u2018J\u2019étais perdu au coeur du désert où mes compagnons d'équipage m'avaient abandonné lorsqu\u2019un nuage épais sembla passer dans le ciel et assombrir la lumière du soleil.Cette noirceur soudaine me fut expliquée par l\u2019approche d\u2019un oiseau formidable qui couvrait tout l\u2019horizon de ses ailes et se dirigeait vers moi.Surpris.je regarde tout autour et remarque dans un nid de bois et de feuillage de la hauteur d\u2019un bûcher un dôme coloré qui ne pouvait être que l'oeuf de l\u2019oiseau qui allait s'abattre sur moi.Je me rapprochai de l\u2019oeuf et, le rock ayant pris terre, je me trouvai tout près d\u2019une de ses pattes qui avait la hauteur et le diamètre d\u2019un tronc d'arbre.Je m'attachai à l'une de ses griffes avec mon turban, dans l'espoir qu\u2019il prit son vol pour des régions meilleures et me sortit de ce désert.Au lever du soleil, l\u2019oiseau s\u2019élança dans l'espace et me transporta dans la Vallée des Diamants, à des centaines de milles de là\u2019.Sans doute, ne pouvons-nous croire qu\u2019un oiseau.même géant.\u2018 eût pu prendre dans ses serres, sans le voir, un homme, et le faire voyager ainsi gratuitement pendant des milles et des milles.Mais les légendes des temps préhistoriques et les contes de la mythologie païenne sont presque toujours basées sur quelque vérité.\u2014 142 \u2014 it gti Ln (tt th chit ii Vol.14, No 5 LA REVUE POPTL Montréal, mai 1921 i! ARR it gl ft! ni il if pt Hi! i | A PY LÉ AE Ri 0k La x, ; À > ix Hk iY: Ey 0 i 14 ; g] j A > | ÿ i : ze | ee : oo fe Hl N )- a ; y i Ë zy il Xr (55 Cop li | gr, \\ \\ | ; =: N 1 % y Cr Y i - ~~ ®) \u2014\u2014 pr N ey?i x 7% ÿ À fn ty Mar It +, \u20ac ox (u, cette UE es \\} \u2014\u2014\u2014 TER, A REY sn Er fi a > i + ho By oe i aa de i: | A = ta
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