La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 octobre 1921, Octobre
[" Vol.14, No 10 f ABONNEMENT Canada et Etats-Unis: Un An: $340 \u2014 Six Mois: - = = $1.20 Montréal et banlieue excepté Paraît tous les mois *\u201d Montréal, octobre 1921 Ny POIRIER, BESSETTE & CIE, Edteurs-Propriétaires, 131 rue Cadieux, MON TREAL La REVUE POPULAIRE est ex par la poste entre le 1er et le 5 de ce mals, Tout renouvellement d\u2019abonnement doit nous parvenir dans le mois même où ll se termine.Nous ne ga rantissons pas l'envoi v.Iln ya à pas de ménage complet sans la femme.Voici une bizarrerie que monsieur de la Palice n\u2019aurait pas trouvée.La femme est un mal nécessaire dans l\u2019existence d\u2019un homme.Un homme n\u2019est pas heureux s\u2019il n\u2019a pas une femme; d'un autre côté, il est malheureux s'il en a une.L'homme marié voudrait se voir veuf, et sitôt qu'il l\u2019est, veuf, il s'empresse de chercher une remplaçante au numéro I.On n\u2019a jamais su si cela dépendait de l'esprit de la femme ou du manque d'intelligence de l\u2019'homme- La première femme, si j'ai bonne mémoire, s\u2019appelait Eve; elle fut inventée dans le but de distraire Adam.Elle réussit parfaitement par les ennuis et les embêtements qu\u2019elle lui causa et par sa curiosité, à distraire le père des hommes.C\u2019est du reste, la ligne de conduite que sesont tracée toutes les autres femmes, ce qui pourrait faire croire que les femmes manquent d'originalité, mais le fait demeure que, dès qu\u2019un homme se marie, il commence immédiatement à avoir des \u201cdistractions\u201d; illui faut répondre aux mille questions de sa chére et tendre: d\u2019où viens-tu?où as-tu été?pourquoi entres-tu à cette heure?pourquoi ton habit est-il parfumé?etc, LA FEMME DANS LE MENAGE des numéros antérieurs.Quant à savoir si c\u2019est l\u2019homme qui a fait la conquête de la femme ou si c\u2019est la femme qui l\u2019a séduit?Ça c\u2019est le dilemne dans lequel on se débat du jour du mariage à celui des funérail- les- LL, Dans les premiers jours l'homme est persuadé qu'il est un lion qui a captivé un frêle oiseau, mais plus tard, il est convaineu qu\u2019il est un chétif mouton qu\u2019un loup a emmené dans son repaire.ou Par dépit et aussi pour se venger sur les autres de ses malheurs, l'homme marié incite les célibataires à entrer dans le conjungo afin de ne pas être seul à pleurer sa liberté perdue; c\u2019est ce qui fait qu\u2019il y a tant de femmes mariéeg sur la surface du globe.Il existe plusieurs catégories de femmes; celles qui travaillent et celles qui ne travaillent pas; celles qui commandent et celles qui obéissent.La meilleurs femme n'est jamais celle que l\u2019on a.Pourquoi?Mystère .Cependant si on étudie la question sé- rieusggpent, la femme est une bonne chose après tout, car elle sera toujours la Femme.c'est-à-dire l'ange du foyer, le guide sûr et éprouvé, l\u2019être indispensable à l'homme ; celle qui rend la vie heureuse, douce et agréable, celle dont on ne peut se passer.Paul COUTLEE.\u2018 ; re ; ee bin ; ue Sy \"ee 4 .gt, (RRR CEE sigh 1104 - yn EER te 2 tie le an , sod UE, SEE La Li LE ce AL Li AE eee ide sd dit cie dat At CE rer set dls RE RN CCT ITT OTE.RAGE.UN OCHO I ARLES A Vol.14, Ne 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 Le coin des vrais pottes A CEUX QUI PARTENT moments N'attendez pas que je vous plaigne Fiers soldats, rudes matelots, Que sur votre sort ma voix geigne Avec de sombres trémolos; N'attendez pas, mes camarades, Que j'aille amollir votre ardeur Par de vaines jérémiades Qui ne me viendraient pas du coeur; Le vin tiré, reste à le boire; Le nôtre est tiré, compagnons : Buvons-le, vite, à la Victoire Prochaine de nos bataillons! Nous n\u2019avons pas cherché la guerre Mais, vingt dieux! puisqu\u2019on nous la fait Nous ne nous arrêterons guère Que Guillaume à jamais défait! Quand PAlsace criait: À l\u2019aide! Sous la botte de son larron, Petit sergent de Déroulède J'ai, vingt ans, sonné du clairon; Et, jusqu\u2019à ce que l\u2019on m\u2019égorge, Tant bien que mal, même râlant Je veux sonmer à pleine gorge Comme Déroulède et Roland.Et ma Chanson vaillante et pure Rythmant votre sublime essor Ne cessert&\u2014 je vous le jure \u2014 Que, vous, triomphants ou, mot, mort! Théodore Borrez.Ten mp rs [| La Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 pl ru Se-pae ere Ee ig = - me - \u201c =e J Jig TaÉ ram RNA d Mémoires de la Comtesse Floria de Martinprey \u2018à chute de la dynastie autrichienne des Habsbourg \u2014memesèmensets CHAPITRE IX J'eus mes grandes et petites entrées dans l\u2019aristocratie européenne, grâce à mon mariage avec le comte de Pour- talès, le lendemain de la mort du prince héritier Rodolphe d\u2019Autriche et de sa jeune flancée la Baronne Marie Vetsera.J\u2019étais naturellement anxieuse de pénétrer dans le mystère qui enveloppait en ce moment la fin tragique de deux amants.Comment étaient disparus l'héritier présomptif d'un grand empire et sa bien-aimée.une merveilleuse jeune femme d\u2019une famille M- ble, dans un château de Meyerling, près de Vienne?Une censure sévère exercée par les agents de l\u2019empereur défendait à quiconque de commenter cette mort.Je n\u2019en aufais peut-être jamais rien su, si je n\u2019eusse connu la princesse Pauline Metternich qui occupait à la cour d\u2019Autriche une situation égale à celle des membres de la maison royale./ A mon grand étonnement, j'appris ainsi que le prince Rodolphe avait -eu la tête brisée par une grosse bouteille de champagne lancée par une main mystérieuse.\u2018Les détails de sa mort, me dit-elle, resteront ignorés à jamais\u2019, \u2019 Le prince Rodolphe, fils unique de l\u2019empereur François-Joseph, était le membre le plus dévoyé de sa famille.Toutes les tares héréditaires de sa dynastie s\u201détaient imprimées sur lui.Mais, quoique grand noceur, il n\u2019en était pas moins charmant homme.Son mariage avec Stéphanie, fille de Léo- pold de Belgique, fit son malheur.Les époux ne connurent pas une minute de bonheur conjugal.N'ayant pu donner un enfant mâle à son mari, elle fut disgrâciée.Un an avant la mort de sa femme, le prince Rodolphe jeta les yeux sur la Baronne Marie Vetsera qui n\u2019avait alors que dix-huit ans et était dans tout l\u2019éclat de sa fraîche beauté.La pauvre petite fille fut éblouie par les attentions d\u2019un si noble prétendant et lui donna son coeur.En dépit de toute la cour et de la dépense formelle de son père, il lui donna de nombreux rendez-vous.La chose fit scandale.La veille du jour fatal qui devait les unir dans la mort, le prince demanda à une comtesse de sa connaissance de lui amener la Baronne Marie à une fête donnée en l'honneur de ses plus intimes ly A it iit Vol.14, Na 10 La soirée commença joyeusement.Mais après avoir bu copieusement, Rodolphe devint arrogant et batailleur.Les hommes en vinrent aux propos violents et la Baronne se retira dans une autre pièce.Tout à coup une bouteille de champagne fut lancée d'un bout de la grande salle et vint se briser sur la tête du Prince qui tomba raide mort sur le parquet.La porte an \u20ac 4, 4 oS .ÿ PRS ¥ be.on ; lL Ho N A 9 B N A * 0 .3 \u2019 2 [91 3 * 8 3 y > s'ouvrit à ce moment et la Baronne Marie parut toute blanche de frayeur.Il ne fallait pas d'autres témoins à cette affaire: un revolver fut chargé en une seconde et l\u2019amoureuse s\u2019effondra à son tour sur le cadavre de Rodolphe, une balle au front.Cette version fut confirmée quelques années plus tard par l\u2019ancien ar- LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 chiduc Léopold Ferdinand, cousin de l'Empereur, qui abdiqua tous ses droits impériaux, bien avant la chute de l\u2019Empire, pour épouser une actrice et vivre avec elle dans la solitude.Le lendemain de la tragédie, l\u2019empereur fit sonner le glas et le prince héritier fut enterré en grandes pompes, sans que le peuple sût de quelle façon il était mort.Quant à la Baronne Marie, sa mère, à la requête de la cour, dut répandre la nouvelle qu'elle s\u2019était noyée à Venise.En vérilé, elle fut recueillie par ses oncles de Constantinople \u2018et inhumée secrètement dans l\u2019abbaye de Heiligenbreuz.La mort de son fils unique assombrit encore les jours de l'empereur trs Vol.14, No 10 A François-Joseph.Il n\u2019est pas une famille dans l'histoire universelle qui rit connu plus d\u2019infortunes que celle des Habsbourg.Tous les malheurs qui l'ont frappée furent prédits par la comtesse Karolyi, dont l\u2019empereur fit égorger le fils lorg de la révolution hongroise.Voici, d\u2019après la princesse Batthyamy, les propres paroles de la comtesse à l'empereur: \u2018\u201cVous vivrez pour voir mourir tous ceux que vous aimez.Votre fils unique sera tué.Votre femme périra par le couteau d'un assassin.Votre trône et votre pays se- rant noyés dans le sang et vous aussi, mourrez!\u201d Cette malédiction s\u2019accomplit à la lettre, non pas qu'elle fut la cause immédiate de tous les malheurs qui s'abattirent sur la maison des Habs- bourg, mais la prévision exacte de l\u2019avenir entrevue dans l\u2019imagination surexcitée d\u2019une mère qui vient de voir mourir son enfant.Ou encore, à la suite de cette imprécation solennelle, les m&mbres de la famille impériale se crurent-ils voués fatalement à une mort violente qu\u2019ils auraient provoquée?Cette hypothèse est permise.J'en rencontrai plusieurs qui por- talent tous dans la figure l\u2019annonce de leur fin tragique.D'ailleurs, tous les Habsbourg étaient plus ou moîns fous, ayant hérité l\u2019insanité d\u2019une de leurs ancêtres d\u2019Espagne \u2018\u201cJeanne la Folle\u201d, La mort du fils unique de François- Joseph fut suivie de celle de sa belle et romanesque épouse, l\u2019impératrice Elizabeth, tuée par un anarchiste.Les deux premiers termes de la sinistre prophétie étaient accomplis.Elizabeth ne vivait avec son royal époux qu\u2019à de très rares intervalles, Elle garda toujours au coeur l'amour qu\u2019elle avait porté au Roi Ludwig de Bavière, le protecteur de Richard Wagner.LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 Puis, en 1914, les dernières années \u201c de l'Empereur furent assombries par l\u2019assassinat de son neveu et héritier, l'archiduc François Ferdinand, tombé à Sarajevo sous la main d\u2019un étudiant anarchiste, et par le déclanchement de la guerre des mondes.L\u2019empereur d'Autriche se vit forcé de par sa politique et ses alliances, d'entraîner son malheureux pays dans le conflit qui devait précipiter sa ruine.Il n\u2019eut qu\u2019une consolation, celle de mourir avant l\u2019écrasement de ses troupes, Son petit-neveu, Charles, dont le père était mort fou, Ini enecé- da sur son trône croulant.Comme chacun sait, l'empire Autrichien fut démembré après l'armistice etla famille Habsbourg expulsée.Vienne, autrefois la ville rivale de Paris avec ses 2,000.000 d'habitants, est maintenant une cité ruinée dont les palais sont déserts et où l'herbe croit entre les pavés des boulevards.Les princes et les princesses d\u2019Autriche que je connus si joyeux et si riches à Cannes et sur la Riviera, qui possédaient des palais et des châteaux des galeries de grands maîtres et des écuries magnifiques, sont au- jourd\u2019hui réduits à la mendicité.Quelques-uns sont morts de faim, d'autres ont cherché des emplois comme valets et servantes.Et ainsi passe la gloire des grands! 7 \u20140 Sur l\u2019album d\u2019une dame qui n'est pas du tout \u2018\u2018pour lé divorce\u201d: D\u2019épouser cette jeune veuve Le projet point ne m\u2019a souri; Peut-on donc boire l\u2019eau d\u2019un fleuve \u2018Où déjà quelqu'un a péri?.A E+ F d 3 E 4 \u2018 h { ky Bt hi Bh Ÿ Rt i ; IRR RRO ARH BA ELS IE Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 Les diverses expéditions qui sont lancées a la conquéte des trésors enfouis dans l\u2019île aux Cocos-\u2014La barbarie et la cupidité des pirates des an= ciens temps, depuis les Normands jusqu\u2019au XVIIIe siècle Nous avons longuement \u2018raconté dans notre dernier numéro l'aventure du capitaine Morgan, chargé par le gouvernement péruvien en détresse de mettre en lieu sûr les fortunes de l\u2019E- tat et des particuliers; la mutimerie à bord de son galion:; la trahison de l'aventurier Thompson qui, près de mourir, confia son secret au pêcheur Keating à qui il devait la vie Le récit s\u2019arrêtait au moment où Keating, Thompson étant mort, se prépare, de concert avec un vieux marin d'Ottawa, à entreprendre le voyage die l'Ile aux Cocos, situé à quelques milliers de milles de la côte du Pérou Il sera dit plus tard si cette expédition réussit et dans quelles conditions elle fut poursuivie.Voyons un peu quelles richesses la terre de l'île récelait dans son sein! Les \u201c\u2018pièces de huit\u201d représentent probablement la monnaie la plus romantique de l\u2019histoire.Quel enfant n\u2019a pas imaginé dans son cerveau des monceaux de pièces de huit à la lecture des exploits fantastiques du -capi- taine Kidd, du capitaine Morgan, qui fit le sac de la ville de Panama ; de Sir Francis Drake, de Benito et du Baron Dampierre?C\u2019est pour ces \u2018\u2018piéces de huit\u201d.pièces de monnaie espagnole, que les pirates du dix-septième et du dix-huitième siècle jetèrent la terreur en meer, coulèrent des bâtiments, massacrèrent leurs équipages, s'emparèrent de villes fortunées et torturèrent les hommes et les femmes qui tombèrent entre leurs mains- Cette pièce tire son nom de l\u2019unité de monnayage espagnole, le réal, ayant donc huit réaux en valeur et en \"poids: Les monnaies de huit étaient d'argent premier titre.Les plus petites pièces, deux réaux, avaient à peu près la valeur de notre \u2018\u2018vingt-cing cents.\u201d Les galions espagnols que les pirates attaquèrent si souvent transportaient cette monnaie des colonies espagnoles d\u2019Amérique.Les \u2018doublons d\u2019or (autre pièce de monnaie d\u2019Espagne double de la pistole) étaient aussi quelquefois saisis par les corsaires.mais pas souvent, car cet or précieux restait habituellement dans les voûtes de l\u2019Etat- Pour en revenir à la suite de l\u2019histoire dont nous racontions le commencement aux lecteurs de la \u2018Revue\u2019, le mois dernier, quand Keating, après être revenu \u2018de sa seconde visite à l\u2019Ile aux Cocos, se rappelaavoir vu ces pièces de monnaie, il dut se rendre compte aussitôt qu\u2019il avait mis pied sur l\u2019île la plus riche du monde qui contenait bien d\u2019autres trésors que celui du gouvernement du Pérou.Quand il montra l\u2019une de ces \u2018\u201cpièces de huit\u201d à un capitaine du port de as Crea > = = = Fy I > .wows ow we R Vol.14,\" No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1521 Punta Arenas, Amérique Centrale, celui-ci découvrit que cette monnaie datait de 1680, étant tirée de la province d\u2019Ecuador, et ayant été enfouie dans I'tle aux Cocos à cette époque- Aussi, lorsqu\u2019il parla de la terre fameuse qu\u2019il venait de visiter, on lui répondit qu'elle était connue sous le nom de \u2018\u2018Pointe de Dampierre\", l\u2019escale favorite du Baron Dampierre, le gentilhomme de fortune si connu du dix-septième siècle Parmi les vieux marins de ce port sud-américain, plusieurs prétendaient avoir entendu leurs grands-pères leur raconter les exploits de Dampierre et comment il atterrit sur cette île, aussi désignée sous le nom de l\u2019Île aux Go- 008- Keating, profondément intéressé à _ tout ce qui touchait le redoutable tré- gor, écoutait toutes ces hisoires, les rassembla et se ressouvint que quand il déterra le vase de terre contenant cet argent, il avait touché du doigt\u2014 sans le savoir\u2014la colossale fortune de Dampierre cachée là depuis trois siè- cles- Keating, d\u2019un autre côté, n'eut pas l'occasion de relever exactement le passage de Dampierre dans cette île perdue- Le Baron de Dampierre était le fils du dixième baron du nom, et naquit dans un modeste petit domaine du nord de l\u2019Angleterre- Il était cadet et comme fous les fils cadets d'alors devint navigateur.Plus tard, il s\u2019imstalla en Jamaïque, sur une plantation, mais n\u2019y resta pas longtemps.Le goût de l'aventure le possédait tout entier et sa passion de la mer le porta fréquemment à risquer de petites excursions dans des ports inconnus.Au cours d\u2019une visite à la vieille ville de Saint-Augustin, le jeune et fougueux Dampierre fut fasciné par une jeune créole d\u2019une beauté merveilleuse Luz Hernandez.Cette seno- rite était un personnage mystérieux, semblant posséder plusieurs fortunes et s\u2019ornant chaque jour de toilettes nouvelles, de bijoux magnifiques.Dampierre devint son cavalier assidu et fut appelé à de nombreux duels pour la défendre et la garder à lui seul.Ces duels amusaient beaucoup la jolie Luz qui les organisait elle-même et y assistait comme à un pique-nique! Comme la chose devait fatalement arriver, Dampierre fut amené à lancer un défi au fils du gouverneur de la colonie qui, de par son rang, se croyait toutes les femmes permises.D\u2019habitude, le jeune anglais se contentait de blesser ses adversaires- Mais ce fut différent avec le fils du gouverneur.-Ce jeune homme etait arrogant et fier.Dampierre le tua d'un coup d'épée.Ce fut un scandale- Dam - pierre fut forcé de se cacher dans la cheminée de la maison de Luz pendant qu\u2019on était à sa recherche, en attendant la nuit.Il implora Luz de s\u2019enfuir avec lui, mais cette jeune personne n'avait aucunement l'intention d'abandonner le royaume où elle vivait de l\u2019admiration des riches et des grands- Quelle ne fut pas sa surprise, un mois plus fard, de voir entrer dans sa maison une troupe d'hommes à la mine farouche qui la baillonnèrent et l\u2019emportèrent dans un bâtiment ancré au port.Elle fut jetée dans la cale sans cérémonie pour n\u2019être remontée sur le pont qu'au départ du navire- Et qui délia ses liens?Dampierre lui-même- Après ce crime et cet enlèvement, Dampierre ne pouvait plus rester à la Jamaïque- Il vendit sa plantation et \u2014 11 \u2014 {i i TEE HAN ARE = tae = = WA > ar Bo dw a, + 3 i so 5 Ft i ue IL Se 2 se fu, © sir 3 AS SEY = 5 ate £a Vol.14, No 10 A = 5 1 > Tr > = hey pie ta 2 & Na, Sy, Ay 7 os : \u2018va, 2g \u201cnaa ee ras pan ak ES où » ce ; ry XT IN = * PR = = ES N NX y i 2 Ÿ NE, Ao Ce Qu 2 fu fé S rn = oR NN So _ 4 be A ve an = ACC on Ff SN a § & 3 Red ele Xt N BAX © By : =~ TAN / LA Ba, - Fy, 7 MVS, Das SN za 15 ee SN tr pe Po SE fa oF a Lots A da @ Te be LA) §) \\ hy VAN ro F A OS ei EN ris r= putea jar pr \\ Ko hs Jind Ri 25 2 1 se g > N vu 58 EPL IAT TN 7a rd a oa GN NN RA eh i 9 0 LA Eee A Fo 2 # Hava LR TE : æ Ÿ Sy 0 PRS os a re i TH i NS ) 2 Ne La NW yy > Eu Fel = A Sige: N » = i To \u2014 toate St > \u2018es RS A ES 3 199 3) FE : N S ce TERN, Aad A Ta ral, = NV 5 in Ha 47 ES + CS £3 es a aN A pes CIS a A 2 + BL Xe £ Ee dE 3 se te LE Ë i US = 5 0 4 CS = S Sox Ti oa #5 4 st Af Es 5 [Xd 3 LR * a sX pù Le A fe Es Ne ER Zk A x Le oF NN A3 A ; Ë À PS a CL co N t à «A y $, 4 fat E LE [og A ir rr Le CN Si C: XY 70 H a £274 wk A | { DS \u201cOE 3 à i A \\ LE ARS, \\ bal Le #2 3 a ES 9 Lt TL 5 ce) 145 pects ERR AS 3 AR roc) 4) gf « 3 Ç À pan Es Li 7s US te 35 gr i Fe a a VS EN Re ; NS i A BN © N Tv RS 2 Des : HR gi 7 \u201cà (pra mé 4 \u2014 > 7 Hr pie ur = {ait ci RH AES = 3 RQ Ce Wd 2) 5 rd 0 : ve ror { PP EN, i A < Tant TER = y FA A = od i 3 i ng & À A A Lt 2 X] WE Wy WR Ft Gr a Ns ; a dh, Si ! 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Quelle ne fut pas sa surprise d'entendre tout-à-coup une femme dicter les ordres aux matelots- Jamais de sa vie il n'avait entendu parler d\u2019une chose pareille! Comment une misérable femme pouvait-elle recruter des matelots et les commander ?Son étonnement était à sion comble.Ce qu'il craignait advint: la \u2018\u201c\u2018Revanche\u2019\u2019 alla frapper le gros bâtiment danois.Le capitaine lâcha son plus fort juron et levant les yeux qu\u2019il tenait fixés sur la jeune femme se vit entouré par un essaim de coupeurs de gorge qui grimpèrent sur son navire.L'équipage du \u201cDelight\u201d fut capturé avant qu\u2019il eut le temps de se défendre.Aucune chance d\u2019utiliser les canons, parce qua les deux vaisseaux étaient trop rapprochés l\u2019un de l'au- tre- En dix minutes à peine, le \u2018\u201cDelight\u201d était tombé au pouvoir du corsaire Dampierre qui remplaça les flammes aux couleurs danoises par le pavillon noir à tête de mort de la piraterie.Quant au capitaine et à l'équipage, il les embarqua dans des chaloupes et sur des radeaux pour qu\u2019ils pussent ainsi atteindre la rive qui n\u2019était pas très éloignée.| Le capitaine Cook retourna au Danemark, son pays, où il fit rapport de son aventure au grand échiquier.Après une vive discussion sur les déclarations du capitaine, surtout sur 13 \u2014 PIE RCE TETE RU SIN Aran I J j A By K ; À Û Kt Es py 3 4 E ( Val.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 affirmation réitérée qul At d'avoir vu une femme à bord commander la frégate, il fut condamné à prendre une retraite d'un an, non \u2018pas tant pour s\u2019ê- - tre laissé jouer dans des circonstances très excusables, mais surtout pour avoir parlé de cette histoire de femme que ses juges considérèrent comme invraisemblable- Dampierre, pendant ce temps, faisait d\u2019autres prises.Bientôt arrivèrent au Danemark des confirmations qui rendirent digne de foi la déposition du capitaine Cook.De nombreux marins, échappés d\u2019un bâtiment saisi par Dam- pierre, déclarèrent à l\u2019unanimité avoir vu une magnifique créole commandant le vaisseau-fantôme- Un peu après la prise du \u2018Delight\u2019 (Les Délices), les pirates furent signalés aux Îles Galapagos, alors un riche établissement bien armé contre toutes les courses et intrusions des corsaires, grâce à une chaîne de redoutables fortifications élevées par le gouvernement espagnol.Dampierre, cependant, était aussi bon stratége qu'intréipide bandit Descendant sion pavillon noir, ca- miouflant ses canons et faisant battre l\u2019oriflamme danois du \u2018\u2018Delight\u201d, il jeta l'ancre dans le port de Galapagos et dépêcha un marin à bord demander au gouverneur de le recevoir officiellement La réception organisée, Dam- pierre, pommadé et poudré, aussi élégant gentilhomme qu'effroyable coupe-gorge, il se rendit chez le gouverneur, accompagné de son épouse, mise comme une princesse.Le gouverneur et sa famille ainsi que tous ses dignitaires furent charmés par la courtoisie et les belles manières du capitane ainsi que par la grande beauté de son épouse- Dampierre raconta à son hôte qu\u2019il était venu échanger avec lui de l'or pour les produits de son île- Tous les jeunes beaux de la colonie s\u2019éprirent d\u2019amour pour la belle Luz qui leur distribua, en retour de leurs aveux, des promesses de toutes sorles et des regards incendiaires.Le gouverneur donna une fête et le \u2018\u201c\u201ccapitaine\u2019\u2019 Dampierre en retour, le reçut à bord \u2014 les pièces d'artillerie bien dissimulées et l\u2019équipage travesti en marins de bonne mine.Les pires lascars, ceux dont la figure était complètement tatouée, furent cachés dans la cale._ Puis, alors, le gouverneur organisa une seconde réception à laquelle tous les officiers en charge des fortifications du port et la jeunesse de la colonie devaient assister- Au milieu de la fête et alors que la Senôra Luz groupait autour d\u2019elle la majorité des officiers dans un des coins -du jardin, un bruit de détonations et de ferraille éclata- Quand les invités se pprécipitèrent vers le port.ils se virent arrêtés par une horde de démons qui se jetèrent sur eux, couteaux tirés, le gentilhomme Damperre à leur tête- Ce fut vite fait En un tour de main, l'établissement et toutes ses richesses appartenaient aux corsaires.La belle Luz avait disparu- Elle vint à bord le lendemain et rit au nez de tous les jeunes freluquets qui lui avaient fait la cour la nuit précédente et qui se tenaient maintenant figés sous son regard cruel, pieds et poings liés- On a raconté à cette époque que le baron Dampierre avait fait là un butin de 600,000 pièces de huit.II brûla les forts, les châteaux, les magasins, tout, coula tous les bateaux amarrés, donna tb; Lis if ar ood kd SET .on Ce Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Art pee Ltt \u2018; Montréal, octobre 1921 à ses hommes quatre jours pour faire l\u2019orgie à terre et repartit Le corsaire savait bien que la nouvel le de ce massacre parviendrait au con- | tinent, situé à 200,000 milles de là, de sorte que pour déposer ses trésors en même,temps que pour prendre un repos bien mérité, il décida de se mëttra | en quête d\u2019un endroit solitaire et in- trouvable- Q'est ainsi que fut découvert l\u2019île | aux Cocos qui devait par la suite servir de coffre-fort à tous les pirates du Pacifique.- Joli arrive l'explication attendue sur la provenance du trésor trouvé par Keating- Le vieux vase d'argent que ce dernier rapporta devait vrais emiblable- ment avoir appartenu au gouverneur | de l'île infortunée de Galapagos.ainsi d\u2019aflleurs que tous les réaux et autres pièces de monnaie Un récit du séjour de Dampierre | dans l\u2019île aux Cocos nous est fourni par les relations d\u2019un certain Don Nicholas Canaubo, membre de son équipage qui pour avoir souventes fois sauvé la vie à son chef, obtint de lui la permission de retourner tranquillement dans son pays avec sa part de butin.Il se faisait vieux et voulait jouir un peu de sa fortune avant de mourir.Cependant, le goût de l'aventure le reprit puisqu'un an plus tard il fut fait prisonnier par une frégate anglaise dans les Îles Canaries et jeté en prison où il écrivit ses mémoires qui sont ses aventures avec le fameux Dampierre.Ce livre fut publié en 1717 dont une copie vient d\u2019être retrouvée à New-York.Cet historien improvisé raconte qu\u2019il retourna une fois de plus avec Dampierre dans l'Île aux Cocos.Il ignore la fin exacte de son ancien maître.Il sait cependant qu'il ravagea la cité de Léon, dans le Nicaragua, d\u2019où î! emporta 800,000 doublons d'or, rançon payé par le gouverneur pour sauver la ville de la ruine complète.Plus tard.il fut à Manille où il atier- rit et rafistola son bâtiment.D\u2019après toute probabilité, il mourut dans sa retraite, à I'tle aux Cocos.Or donc Keating, après sa seconde tentative pour rapporter le trésor, malgré les premiers inswocès de son entreprise, était détermimé à risquer un dernier coup- Ü resta pendent quelque temps à Panama, gardant précieusement sur lui l'or nécessaire pour acheter à l\u2019occasion une frégate- Il était décidé aussi à trier son équi page sur le volet.Il savait par expérience et à ges dépens qu\u2019il ne fallait aucunement sie fler à ses compagnons ou à ses subalternes dans de paredlles circonstanices- Il rassembla donc un équipage composé d'hommes de vingt nationalités différentes ne parlant chacun que leur langue, tous étrangers dans les ports de I'Amérique du Sud: Il ne se confia à aucun d'eux mais leur raconta que le but du voyage était la pêche aux perles.-Tl prit voile par une magnifique journée- Aucun de ses matelots, il en était sûr, ne connaissait le mystère de l'île au trésor.Ils ne pouvaient s\u2019entretenir facilement de ce sujet, ne se comprenant pas les uns les autres.Aucune crainte de mutinerie ou de trahison ne semblait possible.Mais \u2018cette tentative échoua cependant comme toutes les autres- Sa petite frégate fut surprise par une tempête qui dura quatorze jours et la désempara.Quand revint le beau temps, le bâtiment sombrait lentement La colère éclata à bord où cing hommes seulement pouvaient rester.\u2014 15 \u2014 Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 Quand la bataille éclata, tous étaient armés de coutelas, l'arme favorite.D'un commun accord, le premier homme attaqué fut Keating qui se jeta à la mer où il se réfugia sur une planche flottante Il vit la lutte mais ne sut comment elle tourna.Il alla ainsi à la dérive pendant deux jours et deux nuits et fut finalement recueilli par une baleinière- Cette baleinière était en route sur Panama et il se trouva à revenir ainsi, par un simple jeu de hasard, à son point de départ, découragé et singu- ilèrement appauvri par la perte de son bâtiment- Ses ambitions semblaient devenir irréalisables- Il se jura de ne jamais plus essayer de recouvrer son trésor et de s\u2019enlever cette idée de la tête, idée qui gâtait son existence.Trois fois, il avait failli perdre la vie à sa poursuite.Il était vieilli et brisé, quoique encore relativement jeune.Sa déicision prise, il revint tranquillement chez ses parents à Ottawa.Mais il avait perdu la carte de Thompson qu'il gardait toujours épinglée & sa chemise: Comment cela ?C\u2019est ce que nous raconterons longuement dans le prochain numéro de la À \u201cRevue\u201d.3 MARIAGE VEGETAL À Dans certaines régions hindoues, une jeune fille ne peut se marier qu'après sa soeur aînée.Mais la difficulté est tournée, la soeur aînée épousant à EG ga.guise un arbre ou une plante, en EE suivant en cela les théories de la métempsycose si en honneur dans le monde brahmanique.L'inconvénient n\u2019est pas grand d\u2019avoir pour beau- frère un peuplier ou un figuier, et on à peut toujours tomber sur un arbre ayant un coeur comme le chêne ou CEE a st Le Set Te es TRE ee ce AR sti bien sur un prunier aisé a secouer.Celles qui désirent le veuvage choisiront un saule pleureur, et celles douées d\u2019un caractère cassant, l'acacia.| Dans beaucoup d\u2019endroits, unions symboliques beaucoup celles qui les contractent.Elles convolent très bien en secondes noces, après avoir au préalable jeté dans un bûcher la plante à laquelle elles avaient consacré leurs premiers voeux.Mais dans les çontrées qui sont restées réfractaires à l'influence européenne, les engagements ainsi contractés ont la valeur et l\u2019importance d\u2019un serment religieux solennel.Celles qui cherchent à y manquer ne tarderaient pas à s\u2019en repentir.En effet, les brahmanes veillent avec un soin jaloux à ce que la promesse soit tenue très exactement, et ils disposent de moyens «de coercition très efficaces contre celles qui voudraient l\u2019étudier.Dans les districts montagneux qui entourent Delhi, la Ville Sainte, on a maintes fois Teté aux flammes les femmes parjures.Au Népaul, où les moeurs sont cependant plus rudes, les coutumes sont moins barbares; on se contente de les maintenir pendant quelques semaines dans des souterrains où elles sont enchaînées et soumises à un jeûne sévère.Par contre, on entoure de grands honneurs celles qui sont restées fidèles au serment du chèvrefeuille: c'est en effet cette souple et gracieuse plante qui est choisie presque toujours comme époux.Au printemps, l'apparition des premières fleurs de chèvrefeuille est le signal d'une grande fête, de cérémonies religieuses imposantes dans lesquelles le plus grand respect est témoigné à ces extraordinaires épousées, ces A \u2014 16 \u2014 n'engagent pas \\ = fk = ww Mr TST gant Comment un médecin des Etats-Unis, échappant à une grave sentence, pars - courut six pays du monde, poursul vi dans chacun par une escouade de détectives qui ne parviennent à mettre la main dessus qu\u2019après C'était par un après-midi de juin dans le port de New-York.Avec un lourd bruit de ferraille, le \u2018Nebraska\u2019 de retour de Buenos Aires, jeta son ancre dang les flots.Un remorqueur vint se ranger immédiatement contre son flanc, monté par douze hommes.Du \u2018\u2018Nebraska\u2019\u2019 descendit une échelle de corde.Un hommè l\u2019atteignit et le revolver à la main commença l\u2019ascension.Au-dessus du garde-fou du vaisseau émergea la figuré d\u2019un homme entre cinquante et soixante ans, étrange par sa pâleur- \u201cOn vous souhaite la bienvenue, Docteur!\u201d eria une voix du remorqueur.Très heureux de vous voir- Descendez donc.\" L'homme ainsi interpellé le regat- da drôlement Puis, il descendit dans l\u2019échelle.Au même moment, un autre individu surgit derrière lui, armé d\u2019un revolver, de sorte que le docteur se trouva au milieu de l\u2019échelle escorté de deux hommes décidés à le tuer plutôt qu\u2019à Iui permettre de s'échapper- En mettant le pied sur le pont du romorqueur, celui-ci tourna brusqué- ment vers Tottenville, Staten Island.Là, quatre automobiles, remplies chacune de deux gardes armés, atten- daient- Dans la seconde, monte le prisonnier, plusieurs années de recherches \u2014\u2014\u2014 Le quatuor d'autos partit comme une flèche dans la direction de Phila- delphie- À minuit, les gardes en descendirent qui ouvrirent la prison de l\u2019état et l'homme surnommé le \u201cDoc\u201d fut écroué dans un noir cachot- Un peu après, les détectives qui avaient opéré l'arrestation entouré- rent un homme à l\u2019allure militaire et lui dirent en guise de félicitations: \u2018Bien, major Wynne, vous avez enfin mis la patte sur ce vieux renard; ce n'est pas trop tôt, après vinet-deux ans de recherches.\u201d Ainsi prit fin cette chasse à l\u2019'homme qui n'a de comparable que la fameuse lutte\u2014peut-étre imaginaire \u2014 entre Sherlock Holmes et le professeur Moriarity.[ Dans celte cause, l'habile détective fut le major Wynne et le \u2018professeur Moriarity\u201d, le docteur William H.Bri- cker, praticien criminel, millionnaire et repris de justice.Sa poursuité comptera parmi les plus émouvantes de la eriminologie américaine.Maintenant que le docteur est en prison pour la vie, nous pouvons raconter son histoire.Or, le 18 décembre 1919, la cour suprême condamna le docteur Bricker à vingt ans d'emprisonnement.Or oe- A RR na en NT TINT EEE RE CR RET SR QUE CURE EE Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, \\octobre 1921 lui-ci ayant déjà soixante anis, aussi bien dire qu\u2019il mourra en prison- Il perpétra ses crimes dang des hd- pitaux privés et eut tellement de clients qu\u2019il devint rapidement millionnaire.Accusé un jour d\u2019 homicide, ne pouvant, par aucun moyen, séduire ses juges, il retira $500,000 de la banque et s\u2019enfuit- 1 Ici commence la chasse que lui fl- rent les plus adroits limiers de la république voisine- Le major Wynne, convaineu que son homme avait quitté Philadelphie et certain en même temps qu\u2019il voyageait dans les meilleures conditions, commença son enquête auprès des contrôleuris de wagons-lits- L'un d\u2019eux lui apprit qu\u2019il avait remarqué la semaine précédente un homme répondant au signalement donné, en route pour Washington.Le détective se lança sur cette piste- Dans ja capitale, il apprit que le fugitif était à Kissimmee, en Floride.Une enquête, menée promptement dans ce dernier endroif lui révéla que le docteur n'avait fait qu\u2019y séjourner quelques jours.Une semaine plus tard, un gentilhomme 8\u2019inserivit au \u2018Country Club\u201d de oette station balnéaire et devint trdg populaire parmi les joueurs de golf: C\u2019était le détective Voight, de l'e- tat-maijor de Wynne- En causant avec ses compagnons de olub qui avaient connu Bricker, il apprit que ce dernter était en route pour la Nou- velle-Oriéans- Le lendemain, ce chio joueur de golf montait dans le train en partance pour la Louisiane.Mais là, plus de trace du docteur.Wynne, convaineu alors que son homame voulait traverser la frontière, tous .se rendit à Washington où il obtint la permission de passer en revue tous les passeports émis depuis un mois.Sur 15,811 qu'il étudia ainsi, l\u2019un d\u2019eux le frappa particulièrement- Il était libellé de la manière suivante: \u2018William H.Moore, de Oklahoma.\u201d La photographie était celle d\u2019un homme frai- chement rasé- Bricker portait habituellement la moustache.et la barbe- Le détective fut tout de même con- vaineu que cet homme-là ne pouvait pas être un autre que celui qu'il recherchait Mais, malheureusement, ce passeport était bon pour douze états du sud- américain.Ainsi, le docteur pouvait être au Brésil, au Chili, en Argentine, dans le Vénézuéla, au Pérou ou en Co- Lombie- Plusieurs détectives firent tout de même le voyage de Rio de Janeiro.fé Dore ape id it 4 se UM ry BE Rita ut feat iting HY red itis ght is Lt yf À pit Ar Wn Vol.14, No 10 Montréal, octotre 1921 LA REVUE POPULAIRE FE nt) dy | 3d 4 NE pi: à A» a es Eu a 44 Pr) a É 2e Ni Pt 0 p 7 ÿ W fy 2 | \u201c î Ÿ Pi * RA ; As be i i CS : ih 5 À LS hs He x fo ei A » Lg 5 Bt \u201cx ; ta it \u20ac vr RS # + À 3 i ha ; ea i! % Ya \u201c ab nh + ne ol oe 14 Yn ! , ts 4 + gM 4 M oH 4 | 3 a} \u20ac us eu BVO AG rT HT ow» 2 5 2 5 47.» +) of 1 7 Es ; © @ # vi a to es 3 oN Uz ?- eee 8 D \u2018 I Di es 8 \u201ca 3 À i 2° \u2019 es py os = A or H: a Be ) | Da #3 5 i ia pe 0° i] Ad ba a?\\ &) AT y x A A 2 17 2 i ; Ke AE (os 3 wh ; a Et fg.7 He q 5 % ado\u2019 & = i Re Nf sad IR a, ; aa 25 % G add yi J LE A pall 2 4 - e 3 t { + 2 | 5 a pi 4 i Er on fox \u20ac mo D & a0?Je mA 1 ir À a en, Ant \u2014__ e° ar RLY i caca + \u201cs J Le H > - = 202 i oad?&o a ANAS if a Eire ny % ae\u2019 ai) ; ay ye 0 © ) \u2014_ ! por) 1 a Rg Ver\u201d ; : 7 aan fie | LL \u2014 a no927 kL i | \u201c re eee a po 1 2 he a A 0 % i ik ol 7 oF i Re LE se ih fer fk i a hd a 4 % # hs oy CA % N f, J KN (iF , tr \u201cNEES \u201cqd dE 2 ; 5] A by * « te AY Ad ae \u201c f 2} jé ol & J i i ee D A 2 1 pe wa 7 wr i + JE / i (7 24 7 & \u201cAY Es 2 , , i Zh % ] (SN pe Ad AU à 2 5 0 i # Ai py RJ A «4 ft i I he ga 7 TS SR Es Jo CS 7 Gif, 5 ; 7 op 7 7% 7 Les gr r> k i.7 7 J es hy Le A 27 7 53 \\ 2 En, i Ÿ Ga Pt 7 x A « PS 7 he Je ar 24: 2 7%; A % Pr Let 45 7 LE 0 cn.43 # 4 24 7 CU: 7 7, 7; a 5 oy a i ' CE GE i GA ih / 37 2 7 4 7 4, LL, 20 514 y A, 7 5 ds d Ê 7 7 4 Fo CE 7 43 bi \u2018 BA : Za \u2014\u2014\u2014 2 | ï \u2014 19 \u2014 i i i! Rte ON ; A A TE 18 i Le FR TH IN) \u2018 4x 1+ Les dit a hh Pe à Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 Leurs recherches aboutirent à la certitude que \u201cWilliam Moore\" se trouvait indubitablement à Buenos Ayres.En arrivant là, les détectives apprirent par un télégramme de Wynne que \u2018Moore\u2019 avait été vu dans la capitale Argentine par un matelot de Philadel- phie.: Assuré maintenant de la présence du fugitif à Buenos Ayres, le major Wynne commença à dresser ses plans pour obtenir ison extradition.Mais dans le traité entre l'Argentine ét les Etats-Unis, la pratique illégale n\u2019est pas considérée comme une cause d\u2019extradition suffisante.Ils étaient de nouveau acculés a un obstacle! Que faire, de quoi accuser Bricker pour obtenir son passaged\u2019 Argentine aux Etats-Unis?Dans l\u2019affidavit rédigé par le docteur à la Nouvelle-Orléans pour obtenir son passeport, il avait réclaré qu'il allait dans le Sud-Américain exploiter des terrains pétrolifères à titre d\u2019expert, au nom d\u2019une compagnie imaginaire.Dans ce même traité entre les Etats-Unis et l\u2019Argentine, il y & une clause qui pourvoit à l\u2019extradition des parjures.Le docteur s'était parjuré ; conséquemment, il pouvait être ex- tradé- Wynne avait maintenant une prise légale sur le faux M.Moore, de Buenos \u2018Ayres.\u2018 Un mois plus tard, un émissaire de Wynne se rendait à Buenos Ayres effectuer l'arrestation du docteur.Quand celui-ci arriva sur les lieux, \u2018il apprit que son homme était déjà dans les fers.Il se fit conduire à l\u2019endroit où il devait être interné et quelle ne fut pas sa surprise d\u2019être introduit dans les appartements du docteur Bri- cker qu\u2019il vit étendu sur un divan, un verre à la main, trois hommes en uni- * forme vis-à-vis lui.Et les gardes que les administrateurs de la cité avaient mis à sa disposition étaient plutôt ses serviteurs que ses géoliers- \u201cJe suis venu vous ramener, Docteur\u201d, dit le détective américain.\u201cNous vous tenons bien cette fois, il me semble\u2019.\u201cC\u2019est ce que nous allons voir\u201d, lui fut-il répondu- =n Pendant deux semaines, ce fut une lutte judiciaire entre le gouvernement des Etats-Unis, l'Etat de Pennsylvanie et le médecin fugitif.Finalement, celui-ci fut transféré à la prison du gou- gouvernement.Mais là, ce fut comme dans ses appartements, le \u2018 détenu\u201d ayant obtenu l'autorisation d\u2019aller prendre ses repas en ville- Cependant, Bricker fut'bientôt averti qu'il était rendu au bout de sa ficel- eo 20 \u2014 \u2014 Dita arte tt DE rt tte Bras TB A ri \u20ac v3 cr vu EE» A \u20ac wa Cy élent pas un pied fourchu.Je n\u2019em- bie d\u2019autre sortilège quela connais- \"ce\u2014hélas! bien incomplète \u2014 des ts de la mature.26 \u2014Alors, demanda la jeune femme, rassurée par les paroles de M.Bon- donnat et par l\u2019expression de ses traits empreints d\u2019une sereine bonhomie, notre \u201cinnocent\u201d guérira?\u2014Nous ferons du moins, tout ce qu'il faut pour cela.Et, tenez, donnez- moi du papier et de l\u2019encre! Je vais vous libeller une ordonnance que vous voudrez bien faire exécuter le plus tôt possible.Le vieillard couvrit toute une page de sa grosse écriture nette et claire comme de l\u2019imprimé.\u2014 C'est que, objecta mistress Ophé- lia, Noël est absent et ne rentrera que ce soir.Je ne pourrai envoyer à Winnipeg que demain matin.Lord Burydan intervint.\u2014Donnez-moi l'ordonnance, fit-il, je vais expédier un domestique à la ville et la faire exécuter.Il ira et reviendra à franc étrier et sera de retour dans deux heures.\\ M.Bondonnat était #etombé dans le silence.Il considérait attentivement ce jeune homme aux joues roses, au regard vague.qui devait être Joë Dorgan.I] ne retrouvait dans ce visage, d\u2019une expression très douce, rien de la physionomie, énergique jusqu'à la cruauté, qui était celle de Baruch Jor- gell.\u2014Je comprends ce qui est arrivé, dit-il à lord Burydan.La ressemblance a dû demeurer parfaite tant que Cor- nélius a eu son sujet sous la main, tant qu'il & pu contenir les efforts de la nature, qui tendaient à détruire son oeuvre! \u201cDepuls de longs mois, le malade est hors des griffes du sculpteur de chair humaine.La nature a pu reprendre sourdement, sournoisement pour ainsi dire, son lent travail de recons- \u2014 55 \u2014 Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE truction.Ce n\u2019est pas encore Joë Dor- gan que nous avons devant les yeux, mais ce n\u2019est déjà plus Baruch Jor- gell! \u2014À vous de compléter l'oeuvre de la nature! répliqua lord Burydan.\u2014J\u2019y ferai tout mon possible! s\u2019écria modestement l\u2019illustre savant.Le dément semblait avoir compris le sens de cette phrase.Un éclair d\u2019intelligence pasea dans ses yeux éteints.Il se leva, s\u2019avança jusqu\u2019auprès de M.Bondonnat et, lui prenant la main: \u2014N\u2019est-ce pas, sir, balbutia-t-il d\u2019une voix sourde, que vous ferez tout votre possible?\u2014\u2014Pourquoi donc, mon ami?demanda le vieillard avec une violente émotion.\u2014Pour me guérir! Là! là!.Et le dément porta la main à son front avec un geste égaré.puis il s\u2019enfuit dans le jardin de la Maison Bleue, en poussant un hurlement sauvage.CHAPITRE IV / Les drames du feu En bordure des propriétés de lord Astor Burydan et de M.Pasquier s'étendaient.sur une longueur de plus de cinq milles, des bois et des cultures appartenant à lord Mathieu Fless.Au centre de ce domaine, un des plus vastes du district de Winnipeg, s\u2019élevait une ferme solidement construite en pierres de taille et qui avait des allures de gentilhommière.C\u2019est là que le vieil avare s'était retiré lorsque le retour inopiné de lord Burydan l'avait forcé d\u2019abandonner le château de ce dernier.Depuis le jour fatal où il avait été forcé de déguerpir de cette résidence princière, le vieillard ne décolérait pas.Il faisait expier à ses créanciers, par mille tracasseries, l\u2019amère désillusion qu\u2019il avait éprouvée.Levé avant le jour, il chevauchait de ferme en ferme, sur une jument poussive qui eût rendu des points &| Rossinante pour la maigreur.et qu\u2019on ÿ eût crue échappée de l\u2019abattoir d'un } équarisseur.Le baronnet avait conservé l\u2019aspect ÿ que nous lui connaissons.Il ressemblait, comme par le passé, au Juif-Er- rant de nos vieilles images d\u2019Epinal.Sa barbe était seulement un peu plus! longue, son visage un peu plus fidé etf ses vêtements un peu plus sales.Ses cheveux, qui flottaient sur ses] épaules, étaient, comme jadis, proté-# gés par un bonnet de peau de lièvre,R qui tenait à la fois de la casquette, dug\u201d béret et de la mitre épiscopale.Il n\u2019avait pas cessé de porter sa ro-§ be de chambre de drap vert, chaudement doublée de peaux de lapin et in-f\" génieusement raccommodée avec desf\u201d morceaux d\u2019étoffe de toutes les cou-#\" leurs de l\u2019arc-en-ciel.Ses doigts étaient crochus et aussi maigres; par exemple.longs que ceux de certains mandarins, D'ailleurs, sa santé demeurait 2 | cellente.Ses petits yeux noirs pétillaient tou-§ jours, aussi vifs que ceux d\u2019un merle,f derrière ses sourcils broussailleux.Et son appétit, entretenu par le régime# austère que lui imposait son avarice; semblait s\u2019accroître au lieu de diminuer avec l'âge.Ce matin-là, le baronnet s'était levé fn: plus tôt que de coutume.Son premier soin, en sautant à bas du canapé aux fi ressorts détraqués qui lui servait de\u201d lit, fut de se confectionner une soupe = \u2014 56 \u2014 Montréal, octobre 1921 toujours aussi ses ongles,f étaient devenus aussifg-\u201cli a ai Voi.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 rafraîchissante avec de l\u2019oseille sauvage, qu\u2019il alla cueillir dans la clairière voisine, et des croûtes de pain sec, gardées de la veille et qu'un chien tant | soit peu délicat eût refusées avec mépris.| 1 L'avare huma avec délices ce laxatif F potage jusqu'à la dernière cuillerée.\u2026# \u2014 Excellent! murmura-t-il entre ses dents.Au printemps, le sang a besoin F d\u2019être rafraîchi.Et, maintenant que me voilà bien réconforté, en route! Je \u2018vais aller déjeuner chez mon fermier EFlambard, qui ne demeure qu'à huit milles d'ici.une vraie promenade.et chemin faisant, je verrai si les or- J ges et les avoines ont bonne mine.Le baronnet se coiffa de son bonnet de peau de lièvre, prit en main son bâ- [ton de houx et se mit en route, tout |guilleret.Ses jarrets étaient aussi secs et aussi nerveux que ceux d\u2019un vieux cerf.Aussi marchait-il avec une rapi- idité qu\u2019eût enviée un coureur de profession._ De temps en temps, il faisait halte, \u2026fs'assurait de la bonne venue d'un de _Æses nombreux champs de céréales, ar- 7 Frachait çà et là une mauvaise herbe, et fJrepartait de plus belle.I parcourut ainsi, sans ressentir le moindre symptôme de fatigue, le che- fnin qui le séparait de la ferme de Flambard.Il y arriva juste à temps pour se mettre à table.Une vaste marmite de soupe \u2018 aux #choux fumait, penduë à la crémaillère, et exhalait une vapeur qui chatouil- |la agréablement les narines de l\u2019avare.| Le fermier, assez mécontent de cet- fte visite, ne put s'empêcher d\u2019inviter le baronnet à s\u2019asseoir à la table commune.Le nouveau convive émerveilla les valets de ferme par son appétit, car, autant lord Fesse-Mathieu était sobre chez lui, autant il était avide et même glouton quand il dinait en ville.De mauvais plaisants prétendaient que, semblable au serpent boa, il pouvait manger pour quinze jours.Après avoir dévoré comme un ogre et bu comme un templier, le baronnet reçut cent dollars que lui devait son tenancier, et, bien restauré, se remit en chemin pour la ferme d\u2019un autre de ses débiteurs, qui se trouvaient à dix milles de là.Il y arriva à la tombée de la nuit, toucha cinquante dollars et dina.- \u2014La journée n\u2019a pas été mauvaise, songeait-il tout en allongeant le pas pour regagner sa demeure.Je n\u2019ai pas trop dépensé aujourd\u2019hui.Tout irait bien sans ces diables de sabots qui semblent s\u2019user à vue d'oeil.Il faudra que j'y mette moi-même de gros clous.un de ces matins\u2019 J'en ai déjà ramassé une dizaine qui feront par- , faitement l'affaire.Il était dix heures du soir lorsque l\u2019avare franchit le seuil de =a cuisine.\u2018C\u2019est à peine s\u2019il ressentait quelque fatigue, et, en dépit de l\u2019usure de ses sabots, il était.somme toute, enchanté de sa journée.Il frotta précautionneusement une allumette et s\u2019en servit pour enflammer l'extrémité, aiguisée d'avance, d\u2019une de ces branches de pin résineux que l\u2019on trouve dans les tourbières.Ce luminaire répandait une fumée Âcre et nauséabonde; mais il avait.aux yeux de lord Fesse-Mathieu, l'inappréçiable avantage de supprimer l'emploi de la bougie.du pétrole et de tous autres éclairages digpendieux.L\u2019avare relut avec soin, à la lueur de ce flambeau, son livre de comptes.Puis il alla serrer son argent dans une chambre spéciale, ferma soigneuse- 4 \u2014_ 57 \u2014 TT TO TT FON ATOS EN FETE EN] Iai y Y ! kd f 4 by: 5 Ri a Re fi K: oe ko .1 Ki\u2019 i i: di reste de défiance, facaaia iil ARI SN ale I Sl tus Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 \u201d ment serrures et verrous, et, enfin, fat'gué d\u2019une journée si bien remplie, il se jeta sur son lit, après avoir pris soin toutefois de se débarrasser de ses sabots et de son bonnet de peau de lièvre.Il s\u2019endormit presque immédiatement.Il n\u2019avait pas fermé les yeux depuis cinq minutes qu\u2019on frappa rudement à la porte.Le baronnet, en homme habitué aux alertes de ce genre, sauta rapidement en bas de son.lit, s\u2019arma du gros revolver placé sous son oreiller, et s\u2019a- vaniça pieds nus du côté de la porte, où l\u2019on continuait à frapper à coups redoublés.\u2014Qui est là?grommela-t-il.Passez votre chemin.Ce n\u2019est pas une heure pour réveiller les honnêtes gena!.Il ponotua sa phrase en faisant craquer la batterie de son arme.\u2014C'\u2019est moi, mon père, répondit une voix forte et claire.Moi, votre fils aîné.Ouvrez-moi vite.Le vent est gla- L\u2019avare avait reconnu la voix de son fils, attaché de l\u2019ambassade anglaise de New-York et dont il n'avait pas eu de nouvelles depuis un mois.Par un il ne se hata pas d'ouvrir.\u2014C\u2019est bien toi?fit-il.Parle encore, que je sois bien sûr de ne pas me tromper.\u2014Mon père, je vous en prie, s'écria le visiteur avec impatience, dépêchez- vous! La brise du nord me pique les oreilles comme un millier de fines aiguilles.\u2014Allons, ne t'impatiente pas! Je orois que c\u2019est bien toi.Je vais {'ow- vrir! Lentement, le baronnet tira les ver- jy rous, fit jouer la clef dans la serrure.Mais, d\u2019abord, il ne fit qu\u2019entr\u2019ouvrir § la porte, qu\u2019une chaîne solide maintenait entre-bâillée; puis, haussant sa # torche de résine d'une main et tenant {.son revolver de l\u2019autre, il s\u2019assura d'un coup d'oeil circonspect que c\u2019était | bien son fils aîné qui venait heurter à son huis à cette heure indue.Enfin, la chaîne tomba.La porte s\u2019ouvrit toute grande, et le fils aîné du | T baronnet put entrer dans la cuisine.| ® Grand et robuste, il était engoncé 4 \u2018jusqu\u2019aux oreilles dans une pelisse de | a renard noir et coiffé d\u2019un élégant cha- * peau de voyage.Entre le fils et le pè- = re, il y avait une dissemblance com- ° plète de tenue et d\u2019allure; l\u2019un était P aussi élégant que l\u2019autre était sale et \" négligé.Mais leurs regards à tous | deux brillaient du même feu cupide, i et Fless le diplomate, la question d\u2019â- | : ge mise à part, ressemblait trait pour # trait à Fless l\u2019avare.50 \u2014 Comment se fait-il que tu sois |j i ici?demanda le baronnet à son fils; avec surprise.Je ne t'attendais pas!\u2026 | L Tu as donc pris un congé?| \u2014 Mon père, s'écria le jeune hom-# me avec agitation, il n\u2019est plus ques- §' tion de congé, pour moi.Je viens d\u2019é-| eq tre révoqué.Ty \u2014Révoqué?s\u2019écria le vieillard avec) op saisissement.gu \u2014Eh bien, oui! Et cela, grâce al \u2018mon cousin lord Burydan.Il a fait agir - contre moi les hautes influences dont\"! il disppse en Angleterre.On m\u2019a ac-@% cusé de jouer, d\u2019avoir des amies et def faire partie d\u2019une association de ban-f 7 dits qui s'appelle la Main Rouge.~ L\u2019avare était hébété de stupeur etw de chagrin.Il chérissait son fils aîné à » - sa façon.Autant il détestait Noël * Fless, le mari d'Ophelia, l'habitant de * À CR A \u2014f Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréaï, octobre 1921 : te, E BR la Maison Bleue, autant il aimait le di- vaut mieux que vous sachiez toute la E mJ plomate.Celui-ci avait su jusqu'alors vérité.Un mandat d\u2019arrêt a été dé- i y} faire croire à son père qu'il était aussi cerné contre moi et j'ai dû m\u2019enfuir y +;} \u201céconome\u201d que lui.Et il avait eu Part précipitamment.i awl de faire déshériter entièrement son Le vieillard s\u2019était assis sur un es- ; t:} frère Noël à son profit.cabeau.en proie à un véritable cha- | i ) .: si sg \u2014Qu\u2019y a-t-il de vrai dans toutes el E jp; Ces accusations?demanida le baronnet A V8 avec inquiétude.\u2014 Mais, au moins, murmura-t-il i rl \u2014 Pas un mot.Ce sont d\u2019atroces ca- d\u2019un air soucieux, tu n\u2019es pas coupa- | \"1 lomnies.Lord Burydan\u2014qui vient de ble?4 oy se marier exprès pour nous déshériter \u2014Lord Burydan est cause de tout! 4 = \u2014ne m\u2019a jamais pardonné d\u2019avoir pris | \u2014Tu ne risques pas d\u2019être arrêté | oi] Part à son internement au \u201cLunatic ici?È 1 Asylum\u201d, de même qu\u2019il vous en vou- \u2014\u20141I1 faudrait pour cela me faire ex- E 5 Ara éternellement, mon cher père, trader.| a d\u2019être entré un peu trop vite en pos- Le vieillard, la tête dans ses mains, b bl session de ses domaines quand tout le demeura plongé quelques instants F p;] Monde le croyait mort.\u2014_ Alors, dit-il avec amertume, te E 0 \u2014 Ah! les beaux domaines! murmu- voilà réduit aux expédients, et tu viens EL a ra l\u2019avare avec un soupir de regret, les me demander de l'argent! Vraiment B i belles foréts! les bonnes terres a ble! je n'ai pas de chance! E 4 2 les beaux pâturages! Dire que j'ai été \u2014Non, répliqua de jeune homme i \"A dépouillé de tout cela! J'en ai reçu un d\u2019une voix sombre.je ne veux rien! Je bi il tel coup que je ne m\u2019en remettrai ja- ne viens pas pour vous priver des éco- | wl mais.| nomies que vous avez amassées aveo E; À Le diplomate regardait avec une tant de peine.| \u201c1 grimace de dégoût cette misérable \u2014Je n\u2019ai pas un sou d\u2019économies, E cuisine sans feu, où toutes les provi- \u2018répondit machinalement l\u2019avare.i hf sions étaient représentées par un bloc \u2014C\u2019est entendu.Mais vous seriez E #1 de pain noir qui paraissait aussi dur bien aise, j'en suis sûr, de rentrer en i sie] qu'une pierre et qui devait avoir au possession du château et des terres i J moins huit jours de date.Heureuse- qui l\u2019entourent?E Jaret ment, il avait pris la précaution de di- \u2014~Que faudrait-il faire pour cella?4 J] ner à Winnipeg.\u2014Tout simplement me laisser agir E a | \u2014 Lord Burydan est un mauvais pa- a ma guise.J'ai voué 4 lord Burydan E iy rent, dit-il après un moment de silen- une haine mortelle.Il faut que l\u2019un de 3 dol ce; c\u2019est à lui que je dois la perte de nous disparaisse.3} mon emploi et l\u2019accusiation qui pèse \u2014Mais il est marié! murmura l\u2019a- ai sur moi.vare épouvanté des sanglants projets a __Une accusation?s\u2019écria le vieil- de son fils.| lard, que veux-tu dire?\u2014Sa femme aura le même sort que uf 4 _ Ne vous ai-je pas dit tout àl'heu- lui! got?re, répliqua le jeune homme avec im- Un tragique silence plana pendant il patience, qu\u2019on avait prétendu que quelques minutes dans la cuisine gla - pi j'appartenais à la Main Rouge?.Il ciale.Ni Mathieu Fless ni son fils n\u2019o- \u2014 59 \u2014 a A 8 PRE TITRE PR PETER DONC TI TRAIN TEA EAN PER RETRO EE TE RE af to pt a ét aie Se es Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 saient dire tout haut ce qu\u2019ils pensaient.\u2014Lord Burydan est un coquin ! murmura encore l'avare.Si j'étais sûr - de le tuer sans courir aucun risque, je n\u2019'hésiterais pas un instant.Le diplomate soupira bruyamment.\u2014C\u2019est cela, mon.père! s\u2019écria-t-il.Pas de faiblesse ! Pas de scrupules inutiles! Soyons énergiques! Je suis heureux de constater que vous partagez entièrement ma façon de voir.Il'ajouta, comme s\u2019il eût voulu brusquer les choses et empêcher l\u2019avare d\u2019hésiter plus longtemps: \u2014Le vent est très violent cette nuit, il souffle de l\u2019ouest.et les terres de lord Burydan sont précisément situées à l\u2019est des vôtres, Le vieillard avait compris.\u2014 Tu veux mettre \u2018le feu?demaiftta- t-il en tremblant de tous ses membres.\u2014Ai-je dit cela?.Eh bien, je ne reviens pas sur meg paroles! Un incendie de forêt, en cette saison.produirait des ravages incalculables.Le château est précisément situé au milieu de bois d'arbres résineux.\u2014Mais mes forêts, à moi?répliqua le vieillard avec vivacité.\u2014Ne vous ai-je pas dit que le vent soufflait de l\u2019ouest?\u2014C\u2019est vrai.- Toutefois, quand même le bois et le château brûleraient cela ne nous débarrasserait pas de l\u2019excentrique ?Le diplomate haussa les épaules.\u2014Vous ne m'avez donc pas compris?murmura-t-il.L'incendie n\u2019est que le prétexte.À la faveur du désordre causé par un pareil sinistre, il peut -se passer bien des choses.Et le misérable eut un geste signifi - catif, en portant la main à la crosse de son revolver, | \u2014D\u2019ailleurs, continua-t-il, la ville de Winnipeg est trop loin pour qu\u2019il - puisse en venir du secours en temps §.i utile.Ÿ Le \u2014Mais, interrompit précipitamment Br le vieillard, la Maison Bleue, où habite | ton frère Noël et Ophélia, sa jeune § pr femme, sie trouvera forcément englo- §.: bée dans l'incendie?Ni \u2014Eh bien, tant pis | Je déteste gu Noël, Tout ce que je peux lui souhai- % » ter, c\u2019est qu\u2019il ne se trouve pas en face Bb! de moi pendant les quelques heures fy; qui vont s'écouler d\u2019ici le lever du so- fu leill Br Le baronnet n\u2019osa répondre.pui _I1 était épouvanté de ce fils qu\u2019il Bu avait pourtant élevé suivant ses prin- #i cipes, et auquel il avait appris, dès sa; plus tendre enfance, & mettre la ri- §.chesse avant toutes les autres choses.By; Le vieillard comprenait bien qu\u2019il était trop tard pour empêcher le misé-} Er Table de donner suite à son projet, et.#1, par une réflexion rapide, il en arrivait) à trembler pour lui-même et pour son B trésor.ba \u2014Allons, dit précipitamment le fils - de l\u2019avare, hâtons-nous! Les heures le sont précieuses.Vous m\u2019accompa- | le.CE gnez?bi \u2014Je.je ne sais!.balbutia leg \u201cih baronnet.i.\u2014Je vols que ¢a vous ennuie.Bon! | Je n'ai besoin de personne pour agir! oy Ah! une dernière recommandation.a Si je ne reviens pas, ayez nulle inquié-l vie tude.Si j'ai réussi, je m\u2019arrangeraig pour «disparaître pendant quelque} ® temps, de façon à ce qu'aucun soup-p çon ne puisse tomber sur moi.J\u2019ai surf * le lac Winnipeg une petite embarca-y \u2018 tion avec laquelle je me rendrai où je) ï voudrai.En tout cas, n\u2019avouez jamais,f ., quoi qu\u2019il arrive, que vous m'avez vul % ce soir i wl ma 60 coon : | A \u201cre 1 AT, ad Vin dam \u20ac wil § rol lueur qui alla en élargissant lente- ali rot | ile w \u201cmph \u2018Vol.14, No 10 qi LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 \u2014 Bien ! bien ! murmura l'avare avec inquiétude; bonne chance! Le fils de Mathieu Fless avait déjà disparu dans la nuit.| Lord Fesse-Mathieu demeura quelque temps immobile et accablé sur le seuil.Puis, prenant subitement une résolution désespérée, il se munit de son revolver et se glissa à son tour \u2018A dans la forêt.La nuit était brumeuse et froide, un furieux vent d\u2019ouest faisait gémir mélancoliquement le tronc élastique des sapins et semblait murmurer aux oreilles de l\u2019avare de confuses et ter- | ribles paroles.Le baronnet frissonna, et, enfon- cant sur ses oreiiles son bonnet de peau de lièvre, il se dirigea vers cette | partie de sa forêt qui confinait aux \u2018| propriétés de lord Burydan.Il avait fait à peine une centaine de pas, qu\u2019à une assez grande distance, entre les arbres il vit jaillir une petite ment.Le crépitement du brasier, qui commençait à s\u2019allumer, parvint à ses oreïlles.La lueur, pourtant, demeurait fulgineuse.Malgré le vent furieux qui l\u2019activait, l\u2019incendie couvait, dévorant les buissons et les brindilles jusqu\u2019à ce qu'il eût rencontré quelque ; bouquet d'arbres résineux qui lui fourniraient un aliment.Retenu par une horrible curiosité, le baronnet continua à longer le saut- de-loup qui séparait sa propriété de celle de-lord Burydan.Coup sur coup, il vit s\u2019allumer deux autres foyers d\u2019incendie.Un moment viendrait où les trois brasiers n\u2019en feraient plus qu\u2019un, où la forêt flamberait comme une torche immense, cer- nant le château de l\u2019excentrique d\u2019une mer de feu.Une heure s'écoula.L\u2019incendie s\u2019accroissait avee une imposante lenteur.C\u2019était comme une aurore sanglante qui se levait peu à peu entre les hauts troncs noirs des sapins, entre les troncs blancs des bouleaux et des érables.La forêt de lord Burydan était.main- \u2018tenant recouverte d'un dôme de fumée noire d'où jaillissaient des millions d\u2019étincelles.L\u2019avare n\u2019avait plug froid.Le rayonnement intense du brasier le pénétrait à travers ses haillons, et il se reculait.épouvanté de cette lueur qui montait, toujours plus terrible de minute en minute.Tout à coup.de grands cris éclatèrent dans le silence.suivis de sons de cloche et jusqu\u2019au bruit aigu d\u2019une trompe d\u2019automobile.| A travers le rideau mouvant des flammes.l\u2019avare aperçut des ombres qui allaient et venaient avec des gestes fous.Des coups de cognée retentirent, entremélée d\u2019ordres brefs.Comme cela se pratique en pareil cas.lord Burydan essayait de limiter le fléau par des abatages; à la tête de ses serviteurs, lui-même guerroyait contre le feu envahisseur.Il était.d\u2019ailleurs, vaillamment secondé par ses amis.Goliath faisait tomber des hétres en trois coups de cognée.Bob Horwett, Kloum dirigeaient les serviteurs du château sur les points les plus menacés.Puis on vit arriver une escouade de bûcherons sous la conduite de Noël Fless.Caché derrière le tronc d\u2019un chêne, l\u2019avare assistait à ce poignant spectacle et, lui aussi, de son coin, se page OR RB Le ' He SE gy add MAI RL RESTE ITY 1 RTH SER 1 tRY Lunt es incandescents, Certains taillis Dir Vo.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE.Montréal, octobre 1921 | y! sionnait pour cette bataille contre le plus destructeur des éléments.\u201c \u2014TÎls sont capables de venir à bout de l\u2019incendie, grommelait-il avec rage.Voilà déjà toute une partie de préservée.Heureusement que nous avons le vent pour nous.Une demi-heure s'écoula.Le nombre des travailleurs s'augmentait de minute en minute.La fureur de l\u2019avare ne connut plus de bornes lorsque les deux autos et le mail-coach, expédiés en toute hâte, débarquèrent une nouvelle troupe de bûcherons.Tous ces efforts n'auraient servi de rien.si lord Burydan n'avait eu une idée de génie.\u2014Nous ne viendrons jamais seuls à bout du fléau, s\u2019écria-t-il, sommes pas assez nombreux! Que tout le monde laisse les abattages et qu'on se rende au Ruisseau rugissant.On avait compris.\u2014Le lord a raison! cria la foule des travailleurs, il faut faire un barrage! L'eau seule est capable de lutter con- fre le feu!.Le torrent vaincra l\u2019incendie! Des pierres, des trones d\u2019arbres, des sacs de sable, furent précipités dans le lit du torrent.En moins d'un quart d'heure un solide barrage fut élevé.Dégringolant impétueusement les pentes, les eaux se précipitèrent vers le brasier, qui s'y trouvait reflété comme dans un miroir.Puis il y eut un long sifflement.Entre les éléments ennemis, la lutte commençait.Toute la forêt fut envahie par un âcre brouillard de fumée et de vapeur d'eau.T1 y avait de grands arbres dont le pled était déjà entièrement baigné et qui continuaient à flamber comme des torches.en projetant de tous côtés leurs branches changées en tisons for- nous ne .maient comme de petites îles de feu | que l\u2019action de l\u2019eau diminuait de minute en minute et qui finissaient par s\u2019écrouler avec un bruit strident, nef laissant à leur place qu'un grand nua-j ge de vapeur blanche.L'incendie n\u2019avait heureusement, pas atteint les hauteurs de sorte quet le Ruisseau rugissant, dont les eauxf ; ne cessaient de se déverser, finit par en avoir presque complètement raison.| De sa cachette, le baronnet Flessi avait suivi les péripéties de ce dramel en grinçant des dents.T1 voyait aveci rage que son fils avait commis un cri-| me inutile.Mais il était écrit quele vieux coquin épuiserait, cette nuit-là, la coupe de l\u2019horreur.Mêlé aux travailleurs qui avaient combattu l\u2019incendie à son.début, le Peau-Rouge Kloum avait, à un moment donné, aperçu un homme quif , étendu à plat ventre, et prenant les) oy plus grandes précautions, amoncelai des brindilles sur un foyer disposé| 9 dans le creux d\u2019un vieux sapin.Taciturne de sa nature, Kloum ne dit rien à personne de sa découverte { tl mais, se séparant de ses compagnons f fe il se mit à la poursuite de l\u2019incendiai-} re et, avec l\u2019habileté spéciale aux gens! de sa race, il le suivit de loin, sans enÿ #tre aperçu.| Au moment où le misérable.croyant son oeuvre terminée, se disposait a prendre la fuite par un sentier qui aboutissait au lac, le Peau-Rouge se dressa devant lui et, avant qu\u2019il eût eu y; le temps de faire un geste, lui sauta à la gorge et le terrassa.a\" Puis, mettant un genou sur la poi- by trine de l\u2019homme ainsi abattu, il le\u201d ; considéra avec attention, à la lueur,\u2018 rougeâtre de l\u2019incendie, | Loo ila me kil il | Rk \u2018 ott Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 \u2014Tiens! fit-il, le fils de lord Fesse- Mathieu! Cela ne me surprend pas.\u2014Laisse-moi m'enfuir! râla l\u2019incendiaire à demi étranglé.+ \u2014Non! dit froidement Kloum en armant son revolver.\u2014Grâce! Jai dans ma poche, un portefeuille plein de banknotes.Il est à toi, si tu me laisses aller.- \u2014Non., \u2014Au moins, murmura Îe fils de l\u2019avare dans un râle, ne me tue pas maintenant! Conduis-moi à ton maîi- tre!.Lord Burydan est mon cousin, il est l\u2019ami de mon frère, il me fera grâce! Tu n\u2019as pas le droit de me tuer, toil { \u2014 Eh bien! je le prends ! répliqua Kloum impassible.Et, appuyant le canon de son arme sur la tempe de son ennemi, il lui brûla la cervelle.Le conps fut agité d\u2019un long tressaillement, puis demeura immobile.L'héritier de lord Fesse-Mathieu était mort.Au bruit de la détonation, un homme avait surgi brusquement de derrière le chêne où il s\u2019était tenu caché jusqu\u2019alors.C'était l\u2019avare lui-même.Il se dirigea en hâte vers le corps ensanglanté, qu\u2019il avait reconnu au premier coup d\u2019oeil, pendant que Kloum s\u2019évanouissait, comme une ombre, dans l\u2019épaisse fumée.L'avare vit son fils le front troué d\u2019une balle, la face encore hideusement crispée par une suprême grimace de haine et d\u2019épouvante, et il n\u2019eut pas une parole.11 souleva cette tête inerte que le réflet des flammes ento- rait d\u2019une auréole sanglante, effleura de ses lèvres ce front encore tiède et tomba évanoui.\u2026 Quand il revint à lui, il se trouvait environné d\u2019une vive clarté, des bouquets de mélèzes flambaient, en jetant wune lueur blanche éblouissante.Chacune de leurs branches, gonflée de sève humide, éclatait comme un feu d'artifice.C\u2019était le bruit de ces détonations qui avait tiré le vieillard de sa torpeur.Chose étrange, il ne vit plus à çôté de lui le cadavre de son fik.Quel- qu\u2019un avait profité de son évanouissement pour l'emporter.L'auteur de cette disparition n\u2019était autre que Kloum.Ne sachant trop comment lord Burydan pourrait apprécier le supplice de l\u2019incendiaire, le Peau-Rouge avait jugé prudent de porter le cadavre à l'endroit où les flammes étaient les plus ardentes.Le baronnet regarda quelques instants autour de lui, avec hébétement.Tout à côup, il jeta un cri d\u2019épouvante et de stupeur.DM était environné d\u2019un cercle de flammes qui allait sang cesse en se rétrécissant.\u2014Le feu! s\u2019écria-t-il atterré, le feu! Et c\u2019est mon propre bois qui brils!.Comment cela se fait-il?.Bondissant à travers les flammes, il s'enfuit en hurlant, droit devant lui, sans savoir ce qu'il faisait.Voici cé qui s\u2019était produit: Pendant que lord Burydan.ses amis et ses serviteurs s\u2019occupaient à combattre le fléau, le vent avait brusquement sauté de l\u2019ouest au nord-est, et l\u2019on s'était aperçu, à un moment donné, que c'esit vers la forêt appartenant à l\u2019avare que se déversait une pluie d\u2019étincelles, de charbons ardents et de branches enflammées.Tout entier à ses préoccupatons, le baronnet ne s'était pas aperçu que l\u2019incendie, rampant sournoisement au de lord Fesse-Mathieu, Vol.14.No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 ras du sol, avait fait un long détour et l\u2019avait peu à peu encerclé.La barbe grillée, son bonnet de peau de lièvre roussi.il se retrouva, on ne \u2018sait comment, dans sa propre maison.Il en ressortit presque aussitôt pour crier, appeler au secours! Mais sa voix se perdit dans le tumulte de l'incendie.Le feu, presque éteint dans la propriété voisine, semblait prendre pour ainsi dire\u2019 une revanche, en dévorant les bois qui appartenaient à l\u2019avare.es bûcherons avaient été longtemps sans s\u2019apercevoir que les bois eux aussi, étaient en flammes.Quand ils s'en furent rendu compte, ils refusèrent énergiquement d'aller continuer chez le baronnet leur travail de préservation.\u2014Ce vieil égoïste peut bien griller tout vif dans sa tanière! dit l\u2019un ; ce in\u2019est pas moi qui lèverais un doigt pour le sauver! \u2014Tl n\u2019a jamais secoury personne, dit un autre.I] n'est pas juste que l\u2019on vienne à son secours! \u2014Qu'\u2019il crève! dit un troisième.Ge \u2018sera un bon débarras! Par une malchance que l\u2019on consi- \u2018déra plus tard comme un châtiment providentiel l\u2019eau du Ruisseau rugissant trouvait son écoulement naturel dans le fossé du saut-de-loup qui entourait les bois de l\u2019avare.de telle sorte que l\u2019incendie put se donner libre carrière en cet endroit.Le feu dévora \u201cdone plusieurs hectares sans rencon- \u2018trer d'obstacles, et il s\u2019arrêta de lui- \u2018même à l\u2019espace découvert qui se trouvait tout autour de la maison d\u2019habitation.2 Lord Burydan était'd\u2019un caractère trop généreux pour laisser les flam- \u2018mes dévorer les propriétés de son en- Ophelia faillit s\u2019évanouir, mes pas accourus -\u2014 64 \u2014 nemi.Il fit honte aux travailleurs de leur égoïsme, et, suivi de Goliath, de Bob Horwett, de Kloum, de Noël Fless et de sa femme Ophélia, il entra dans les bois de l\u2019avare.Mais l\u2019excentrique arriva trop tard.Lui et ses amis ne purent constater qu\u2019une chose, c'est que le sinistre n\u2019avait produit que des dégâts, somme toute.peu considérables dans les futaies de lord Fesse-Mathieu.Ils se contentèrent donc de circonscrire par quelques fossés le feu qui couvait encore sourdement, propagé par les racines des arbres.Une petite pluie qui se mit à tomber acheva d\u2019éteindre complètement les souches embrasées.Ils se retirèrent complètement rassurés.Noël Fless et Ophélia, qui étaient demeurés les derniers, allaient en faire autant, lorsqu'ils distinguèrent, au milieu d\u2019un monceau de cendres, un squeleite .complètement carbonisé.persuadée que c'étaient là les restes de l\u2019avare.\u2014 Grand Dieu! s\u2019écria-t-elle, mon beau-père a été victime de l\u2019incendie.Aussi, c\u2019est notre faute; nous ne som- à son aide assez promptement.Noël était devenu très pâle.\u2014Ce serait pour moi un éternel remords.s\u2019il en était ainsi, murmurait- il, mais je doute fort que ces ossements noircis soient ceux de mon père.Il n\u2019a jamais porté des chaussures aussi fines.Et il montrait une des bottines du défunt qui, par hasard, avait complètement échappé au feu.\u2014C\u2019est vrai, s'écria la jeune femme dont la physionomie se dérida, je ne l\u2019ai jamais vu que chaussé de gros sabots.14 lia for i ; | aha, Site Yala BAY Val.14 No 10 \u2014 A \u2014N\u2019importe! Je ne veux pas rester \u2018dans le doute! Mettons-nous à la recherche de mon père.Il est assez surprenant, tu l\u2019'avoueras, que personne ne l\u2019ait vu sur le lieu du sinistre- Les deux jeunes gens n\u2019étaient qu\u2019à quelques pas de l'habitation de l\u2019avare.Ils trouvèrent la porte grande ouverte, ils entrèrent.Les meubles et les ustensiles étaient \u2018en désordre, Evidemment, la demeure de lord Fesse-Mathieu avait été le thé - âtre de quelque drame.Trèg inquiets, Ophéélia et son mari parcoururent dans tous les sens 18 rez- de-chaussée et les chambres du première étage.Ils explorèrent même, mais toujours sans résultat, les granges, les étables et les remises.\u2014I1 n'y a que le grenier que nous n\u2019avons pas vu, dit tout à coup Ophé- lia, \u2014Allons-y! murmura Noël, en s'efforçant de dissimuler l'inquiétude qu'il ressentait.Ophélia gravit la première l'escalier qui conduisait au grenier.Aux clartés de l\u2019aube livide et grise, elle aperçut un spectacle effrayant.Lord Fesse-Mathieu, réduit au dé- gespoir, s'était pendu à l\u2019une des poutrelles de soutènement du toit.Demeuré économe jusqu\u2019au dernier moment, il avait eu soin de déposer son bonnet de peau de lièvre.sa robe de chambre de drap vert et ses sabots avant de se décider à passer sa tête dans le fatal noeud coulant.À ses pieds, on voyait encore l\u2019escabeau sur lequel il s\u2019était hissé pour mettre à exécution son funeste projet Ophélia était heureusement une femme d'action à qui la vie en plein air, Jeg longues chasses, les fatigantes randonnées à travers bois avaient \u2014 65 \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 communiqué une énergie et une robustesse presque viriles.Son premier geste fut de couper la corde qui enserrait le cou du vieillard, sans même attendre que son mari fut \u2018là pour l'aider.Quand Noël Fless fut à son tour parvenu dans la soupente, la jeune femme avait étendu le baronnet sur une gerbe de paille, et, constatant que le corps était encore souple et tiède, elle s'était mige en devoir de lui prodiguer tous les soins usités en pareil cas.\u2014T1 est mort?s\u2019écria Noël terrifié.\u2014Non, dit Ophélia, mais il n\u2019en vaut guère mieux.- \u2014Pauvre père! murmura le jeune homme profondément troublé.\u2014Il ne s\u2019agit pas de perdre notre temps en doléances inutiles! Aide- moi.Peut-être peut-on encore le sauver | Tous deux, par bonheur, étaient au courant des derniers progrès de la science; ils pratiquèrent la respiration artificielle, les tractions rythmées de la langue.Au bout d'un quart d\u2019heure; l\u2019avare ouvrait les yeux, puis les refermait après avoir poussé un profond soupir.\u2014Il est sauvé! s'écria joyeusement Ophélia.® CHAPITRE V Double guérison M.Bondo.nat se proiucnait lentement dans ui- des allée: =: rardin qui s\u2019étendait derr:: re \u2019+ château.Plongé dans ses réflexions, il ne songeait même pas, comme il le faisait d\u2019ordinaire, à classer dans sa mémoire les nombreux échantillons de la flore canadienne qui s\u2019épanouissaient dans les pet RE LL pie ES nhatiaiace Satara rte Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre21 plates-bandes, méles aux plantes originaires de la vieille Europe.Le naturaliste semblait préoccupé.De temps en temps il tirait de sa poche un carnet couvert de chiffres et de formules, et le consultait d\u2019un air de mécontentement.\u2014 Evidemment, s\u2019écria-t-il, s\u2019oubliant à parler tout haut, je n\u2019ai en- \"core obtenu que la moitié d\u2019un résul- tati! \u2014Eh bien! il faut tâcher de l\u2019obtenir tout entier, ce fameux résultat ! cria à deux pas de lui une voix joyeuse.Lord Burydan sortit en riant de derrière un massif de sorbiers, où il s\u2019était caché pour faire une niche à son vieil ami.\u2014Je m\u2019apergois, milord, dit M.Bondonnat en souriant.que vous m\u2019espionnez.Aussi, c\u2019est de ma faute.Je n'ai pas besoin de dire tout haut ce que je pense.\u2014Parions que j'ai deviné quel est ce fameux résultat auquel vous faisiez allusion.\u2014~Ce n'est pas bien difficile.Vous savez qu'en ce moment, je ne pense qu'à une chose, à guérir complètement notre \u2018\u201cdément de la Maison Bleue \u201d qui, certes, n\u2019est plus un dément, mais qui n\u2019a recouvré ni son intelligence, ni sa mémoire.\u2014Vous l\u2019avez vu?\u2014Oui.J'arrive précisément de la Maison Bleue, où j'ai eu l\u2019occasion de me trouver avec votre cher cousin, le baronnet Fless.\u2014Que dit ce vieux coquin?Son fils a eu vraiment bien de la bonté de ne pas le laisser où il était.\u2014Ne dites pas cela.Le baronnet est entièrement converti.Il a reconnu ses torts.demandé pardon à son fils et à sa belle-fille de toutes les misères a - qu'il leur a faites.I1 est changé à cb point qu'il ne parle que de dépenser de l'argent.C\u2019est presque un prodigue.\u2014Allons done ! fit l\u2019excentrique avec siupéfaction.\u2014 C'est comme j'ai l\u2019honneur de vous le dire- Le baronmet est vêtu de neuf.Il a sacrifié son bonnet en peau | de lièvre et sa robe de chambre verte, qui servent maintenant d\u2019épouvantail aux oiseaux.Il a fait tomber sa barbe broussailleuse; il est rajeuni de dix ans.Un pédicure, venu de la ville, a rogné ses griffes diaboliques, plusieurs bains à la cendre de lessive l'ont débarrassé de la crasse invétérée qui lui faisait comme une carapace.Il est maintenant propre comme un sou neuf.\u2014Allons, tant mieux ! fit l\u2019excentrique, très égayé de cette métamorphose.Il faudra que je me donne la satisfaction d\u2019aller l\u2019admirer sous son | nouvel aspect.Puis nous lui ménagerons une entrevue avec son ancien serviteur Slugh.Ce sera réjouissant! Pour T'instant, laissons de côté lord Fesse-Mathieu, et revenons à notre malade.\u2014\u2014Gomme je vous le disait, aucun changement ne se produit dans son état.Il a retrouvé presque entièrement sa personnalité physique, et c\u2019est lui, à n\u2019en pas douter, le véritable Joë Dorgan, mais l'intelligence et la mémoire laissent beaucoup à désirer.\u2014O'est peut-être moi, dit alors lord Burydan en tirant une lettre de sa poche, qui vais vous donner le moyen de rendre plus complète sa guérison.Osoar m\u2019a écrit.\u2014Qu'\u2019 annonce-t- it?\u2014Î m'envoie des renseignemerns très intéressants.Lisez donc.Grâce à certains journaux de médecine et grâce aux brochures mêmes de Corné- am 68 wa 60 fe ows Ym Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Se Montréal, octobre 1921 lius, il à pu reconstituer les procédés employés par le sculpteur de chair humaine pour réaliser quelques-unes de ses cures les plus merveilleuses.M.Bondonnat prit la lettre que lui tendait lord Burydan et la lut avec attention.\u2014 Voilà, fit-il en montrant du doigt un des paragraphes de la missive, des détails qui vont m'être particulièrement précieux.C'est la formule même des ordonnances employées par Cor- nélius pour guérir une vieille dame milliardaire, devenue folle de chagrin à la suite de la mort de son fils.Pour y réussir il s\u2019est contenté d'abolir chez elle, mais pour quelques mois seulement, la mémoire des choses passées .\u2014Fh bien?\u2014Vous ne comprenez pas?Corné- .lius a dQ certainement se servir du même moyen dans le cas qui nous oo- cupe, et comme le traitement a été publié, {1 y a plusieurs années de cela, dans une revue médicale, je n'ai plus qu\u2019à suivre l\u2019ordonnance même de Cornélius pour guérir notre malade.\u2014Oscar est décidément un garçon précieux.\u2014Je vais, sans perdre un instant, confectionner moi-même la potion indiquée dans la lettre de notre ami.S'il ne s'est pas trompé, le résultat de cet te médication serait extrêmement rapide.\u2014Quand, par exemple, produirait- elle entièrement son effet?\u2014 Mais, d'aprés les substances qui y sont employées, si ma supposition est juste, quelques heures suffiraient pour chasser de l\u2019organisme les substances stupéfiantes qui ont paralysé le cerveau et pour rendre à la mémoire du malade toute sa netteté., ov @F me \u2014~Ce serait trop beau ! murmura l\u2019excentrique.Enfin, nous allons bien voir.M.Bondonnat remonta dans le laboratoire qu\u2019on lui avait installé au château.Une heure après, il en ressortait, tenant un flacon de l\u2019énergique médicament indiqué par Cornélius lui-m8- me.Celui-ci, sans doute, était bien loin de penser qu\u2019il était battu par ses propres armes et que M.Bondonnat se servait d\u2019un article de revue médicale où le sculpteur de chair humaine avait consigné une des merveilleuses \u2018guérisons opérées par lui.Le vieux savant voulut aller lui- même à la Maison Bleue faire ses recommandations à Noël Fless et à sa femme sur la manière dont ils devaient administrer la potion à leur pensionnaire- M.Bondonnat ne dormit guère cette nuit-là.Il était anxieux de savoir si son traitement allait réussir, et fl se disait que si le moyen venait à échouer il n\u2019en voyait aucun autre qui lui parut efficace.Dès l'aurore, il était sur pied et, par les sentiens qui traversaient la forêt, dans cette partie heureusement &par= gnée par l\u2019inoendie, il se dirigeait vers la Maison Bleue.Ce fut Ophélia qui vint lui ouitrles, les yeux enoore bouffis de sommeil, \u2014(Qomme vous êtes matinal, cher maître! dit la jeune femme em souriant.\u2014Oui, oui, répandit le vieillard vec impatience.Comment va noine malas de?\u2014Je n'en saig rien.Il doit encore dormir.Personne n'a pénétré dans ca chambre, Voi.14, No 10 .LA REVUE POPULAIRE \u2014J\u2019y vais moi-même.Ne dérangez pas votre mari, J'ai hâte d'être fixé! M.Bondonnat gravit précipitamment l'escalier du premier étage.An- rivé en face de la chambre du malade, il s\u2019arrêta, tourna doucement la clé dans la serrure, ouvrit la porte sans bruit et entra sur la pointe des pieds.D'amples rideaux étaient tirés devant la fenêtre.M.Bonidonnat les écarta avec précaution, Quelques rayons du soleil printanier s\u2019'aventurérent alors dans la chambre aux meubles d\u2019une couleur claire et gaie, montrant au vieillard son malade encore endormi, Un vague sourire errait sur ses lèvres, comme s\u2019il eut été sous l'empire de quelque bon rêve.M.Bondonnat réveilla doucement le jeune homme, qui, d\u2019abord, regarda autour de lui avec stupéfaction.Puis fui prenant la main: \u2014 Comment vous trouvez-vous ce matin, mon cher Joë?\u2014\u2014Très bien, monsieur.Mais il me semble que, depuis hier, il s\u2019est produit en moi un grand changement.Il se tut brusquement et tomba dans une profonde réverie.M.Bondonnat le surveillait anxieusement.\u2014C'est étrange! murmura le malade d\u2019une voix faible.II me semble qu\u2019un bandeau est tout à coup tombé de mes yeux.Que la nuit qui enveloppait ma mémoire s'est dissipée!.\u2026.\u2014-Puissiez-vous dire vrai!.murmura le vieux savant avec émotion.Joë porta les mains à son front avec une sorte de fatigue.\u2014I1 me semble, fit-il, que j\u2019ai parcouru, dang la nuit, des régions inconnues.Il me semble que je sors d'un rêve, Mais soudain, il jeta un cri perçant, et se redressa, squs l'impression d\u2019une pensée d'épouvante, \u2014Les bandits! s'écria-t-il.Tout le monde a péri autour de moi! Et mon [ père, qu\u2019a-t-il dit?.J'ai dû courir un grand danger.avoir le délire pendant longtemps!.a.1 s\u2019était caché la tête dans ses mains f,, et s\u2019était mis à pleurer à chaudes lar- p\u201d.mes Après, il regarda M.Bondonnat comme s\u2019il me l\u2019eût jamais vu auparavant, et, rassuré par la physionomie bienveillante du vieux savant, il lui sourit.\u2014Monsieur, lui dit-il, vous paraissez vous intéresser à moi.Il faut que vous m\u2019aidiez à me retrouver dans mes souvenirs.Mais qui êtes-vous?\u2014Je suis un médecin, qui vous soigne depuis quelque temps, se hâta de dire M.Bondonnat, et qui est bien heureux de voir que vous êtes en pleine voie de guérison.\u2014Mais mon père?\u2014Votre père se porte bien.Vous le i | verrez bientôt.Pour le moment, ne parlons pas de lui, I) est nécessaire que vous m\u2019expliquiez minutieusement ce que vous ressentez, ce dont vous vous souvenez.-\u2014\u2014Voyons, reprit le malade avec une sorte d\u2019'hésitation, je suis bien Joë Dorgan, n'est-ce pas?Le fils du milliardaire, le frère de l\u2019ingénieur Harry ?\u2014Mais oui, mon ami.A quelle date, selon vous, remonte cette perte de la mémoire dont vous avez souffert?\u2014Je ne saurais vous le dire au juste.J'ai perdu pour ainsi dire la notion du temps, répondit Joë avec effort, mais ce dont j'ai un exact souvenir, c\u2019est d\u2019un drame sanglant.au delà duquel je ne me rappelle plus rien.\u2014Raconte-le-moi en quelques mots.:\u2014 68 \u2014 Montréal, octobre 1921 J M aile on que f \u2014 Vol.14, No 10 \u2014Mon père m\u2019avait envoyé dans le Sud toucher des sommes importantes.J\u2019avais une escorte d\u2019une douzaine d'hommes.Nous avons été attaqués dang les défilés du Black-Cannon par les \u2018\u2018tramps\u201d Nous nous sommes battus courageusement.Tous les miens ont été tués.Moi, on m'a fait prisonnier.Tandis qu\u2019on m'emmenait, un des bandits m\u2019a collé sur le visage quelque chose de froid, d\u2019une odeur violente.\u2014Un masque de chloroforme?\u2014Oui, c\u2019est cela.Et c\u2019est à partir de cet instant qu\u2019il y a comme un trou d'ombre dans mes souvenirs, comme une lacune ténébreuse.C\u2019est comme une interminable nuit qui aurait été pleine de ces cauchemars qui \u2018laissent à peine une trace au réveil.Il y avait un endroit où j'étais maltraité, d'où je me suis échappé.Mes souvenirs un peu précis ne recommencent qu\u2019à partir de mon arrivée dans cette forét.dans cette maison.\u2014Tout va bien! interrompit joyeusement M.Bondonnat.Vous êtes sauvé.C\u2019est à moi, maintenant, de vous expliquer tout ce qui vous paraît incroyable.Vous avez été victime d\u2019une épouvantable machination.Un génial savant, qui est en même temps un grand criminel, a modifié votre personnalité, et.pendant quelque temps vous avez porté pour ainsi dire comme un masque\u2014Ile visage d'un autre \u2014mais vous allez tout savoir.M.Bondonnat passa deux longues heures à raconter à Joë Dorgan l\u2019odyssée sanglante de la Main Rouuge et les audacieux attentats perpétrés par Baruch et les frères Kramm.Au cours de cet entretien, M.Bon- donnat constata, avec une indicible satisfaction, que Joë avait recouvré non seulement la mémoire, mais en- \u2014 89 \u2014\u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 core toute son intelligence.Il ne restait plus en lui aucune trace de la métamorphose opérée par Cornélius.Sauf quelques cicatrices, quelques imperceptibles déviations de certains organes, il était redevenu lui-même.C\u2019est avec le sentiment d\u2019une infinie béatitude qu\u2019il respirait, par la fenêtre grande ouverte, l\u2019air embaumé du jardin; il lui semblait naître à l\u2019existence une seconde fois.Tout l'enchantait, il était heureux de vivre.Enfin, il épruavait une immense reconnaissance pour tous ceux qui l'avaient sauvé, abrité, guéri.Il serra en pleurant la main de M.Bondonnat.Il voulut aller embrasser Noël Fless et Ophélia, il embrassa leur enfant ; il embrassa même le lord Fesse-Mathieu peu habitué à de pareilles effusions.\u2014Tout cela est fort bien, dit M, Bondonnat s\u2019adressant & la fois à Noël Fless et 4 Joé Dorgan.Mais vous savez ce que je vous ai dit.Je cours à Winnipeg.Faites en sorte que tout soit prêt à mon retour.Une demi-heure après, le vieillard avait rejoint lord Burydan qui sautait en auto et se faisait conduire chez M.Pasquier.L'homme d\u2019affaires 1'introduisit presque aussitôt dans le corps de logis habité par William Dorgan, toujours caché sous le pseudonyme de Clark.\u2014-I1 faut m\u2019accompagner à l'instant, dit l\u2019excentrique au vieux milliardaire.\u201cOù cela?\u201d écrivit le muet sur ses tablettes.\u2014Vous allez le voir.Hâtons-nous! \u201cDe quoi s'agit-il?\u201d traça de nouveau W.Dorgan qui ne paraissait guère disposé à se déranger.\u2014C\u2019est une surprise, s\u2019écria lord Burydan impatienté.Mais il faut que vous veniez! STIS Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 | Le milliardaire finit par céder aux Instances de son ami, et prit place, à ses cOtés, dans l'auto qui partit en quatrième vitesse pour ne s'arréter qu\u2019à la porte même de la Maison Bleue.Unie nombreuse société se trouvait déjà réunie dans la salle à manger, William Dorgan aperçut Andrée, Frédérique, mistress FEllénor, M.Bondon- nat, Kloum, Bob Horwette.Il y avait encore plusieurs personnes que n'avait jamais vues le milliardaire et qui n'étaient autres que lord Mathieu Fless, son fils et sa belle-fille.Suivant la recommandation expresse de Bondonnat, nul ne fit mine de reconnaître William Dorgan, qui prit place sur le siège\u2018 que lui offrit M.Bondonnat.William Dorgan était en proie à une étrange émotion.Il comprenait que l\u2019heure était solennelle.Les témoins de cette scène n\u2019étaient pas moins émus.Ce n\u2019est que depuis le matin que l\u2019on savait que W.Dor- gan n'avait pas succombé à la catastrophe du pont de Rochester.Aussi, chacun comprenait que de graves évé- nements se préparaient.\u2014Mes amis, commença lord Bury- dan au milieu d\u2019un profond silence, je vous ai fait venir ici pour vous associer à un aote de justice et de réparation.J'ai de grandes nouvelles à vous apprendre.\u201cD\u2019abord notre ami, le milliardaire William Dorgan, est vivant, bien vivant.Mais, pour échapper aux assas- gins qui le memacaient, pour faire éclater la vérité, il a dû laisser croire à sa mort | D'un geste rapide, l'excentrique avait enlevé les lunettes noires que portait le vieillard.Toutes les miains se tendirent à \u2018l\u2019envi vers le ressuscité, qui, ne connaissant pas Je but exaot de cette scène, était profondément troublé.\u2014Je n\u2019ai pas fini, reprit lord Bury- den en faisant signe à tout le monde de ge rasseoir.W.Dorgan avait un fils qu'il affectionnait tendrement.Ge fils fut pris par des bandits, puis revint après quelques mois de captivité.Ou du moins \u2018on orut qu'il revenait, car c\u2019était un imposteur qui avait pris les traits, la physionomie, l'apparence physique du véritable Joë Dorgan.\u2018Un criminel de génie, un savant sans conscience, Gornélius Kramm, le sculpteur de chair humaine, avait réalisé ce prodige de donner à Baruch Jorgell, les traits de Joë Dorgan et à Joé ceux de Baruoh.\u201cPendant que la victim®e, atrocement mutilée, languissait dans une maison de fous, l\u2019assassin, caché derrière ce \\masque de chair vive que l'infernal Cornélius avait appliqué sur ges.traits| semait la mort et la ruine autour de lui.C\u2019est Cornélius et Baruch qui ont fait sauter le pont de l\u2019Estacade; c'é-| taient eux les possesseurs de l\u2019île des| Pendus; ce sont eux, enfin, les lords; \u201cde la Main Rouge!.Un silence de consternation plana quelques minutes sur les assistants.\u2019 Tous étaient effrayés de ces réwéla-.tions.Ce fut au milieu du plus pro-4 fond recueillement que lord Burydan, poursuivit: J \u2014Heureusement, trouvé à qui parler! Grâce à la sciencegy et au courage de nos amis, nous on} \u201c i mes sur le point de triompher dans 1 le vrai Joë.Nous lui avons rendu s véritable physionomie.Lord Burydan n\u2019acheva pas.Dun 1 lutte.D'abord nous avons\u2019 cs | geste impétueux, il arracha le rideau : \u2014 70 a les bandits ontd | ol : 1 Û 1 } k \"mr Vol.14, Na 10 derrière lequel Jo8 s'était tenu caché pendant toute cette sicène.Le jeune homme se précipita dans les bras de son père.| \u2014Mon fils! s'écria le milliardaire à la stupéfaction de tous les assistants.La violence de la commotion morale ressentie par le milliardaire avait été telle, qu\u2019il se trouvait brusquement guéri de sa mutité.\u2014Mon espoir s\u2019est réalisé! s\u2019écria M.Bondonnat avec exaltation.Je savais qu\u2019une violente émotion était seule capable de guérir le mal causé par une autre émotion violente.J'ai tenté cette audacieuse expérience, et je suis heureux de voir qu'elle a com- plétement réussi! Master Dorgan, vous êtes guéri.complètement guéri.Ce coup de théâtre avait été si saisissant, si poignant, que tous ceux qui venaient d\u2019y prendre part demeuraient accablés de stupeur.Ce fut lord Bury- dan qui rompit le premier le silence.\u2014Nous ne venons d'assister, dit-il, qu\u2019au premier acte du drame final.Il nous reste maintenant à mettre Cor- nélius et Barwoh hors d\u2019état de nuire.et à leur infliger le châtiment qu\u2019ils méritent.Je vous donne ma parole d'honneur que je ne faillirai pas à cette tâche!.DS DEUXIEME PARTIE BAS LES MASQUES I CHAPITRE PREMIER Un proje d\u2019ynion « 1 etait bruit depuis quelque temps dans le monde des \u2018\u2018Cing Cents\u201d que de l\u2019instatlation.à New-York, de la genora Carmen Hernandez.La jeune LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 fille, qui devait, à Ta mort de sa mère, se trouver à la tête d'une fortune de plus d\u2019un milliard et demi, avait abandonné Buenos-Ayres, où elle possédait .deg domaines aussi vastes que plusieurs départements français, et avait acheté un des plus luxueux hôtels de la cinquième avenue.La cinquième avenue, dont certaines \u2018rues de la Plaine Monceau et des Champs-Elysées peuvent donner une idée, n\u2019est habitée que par des milliardaires et ne ge compose que d'une suite de palais et d\u2019hôtels entourés de jardins.dont quelques-uns ont coûté des fortunes.Habiter la cinqüième avenue est déjà une preuve de grande richesse.L'hôtel qu'avait choisi la senora Carmen était la reproduction exaote d'un palais de la Renaissance espagnole, dont le modèle se retrouverait dans une des rues les plus pittoresques de la vieille cité de Cordoue.On pensa, non sans raison, que done Carmen avait élu\u2019 entre tant de men- veilleuses demeures, celle qui faisait le cadre le plus avantageux à sa beauté.Carmen offrait, dans toute sa splendeur, le type de la race castillane que n\u2019altérait en elle le mélange d'aucune goutte de sang étranger.Très blanche de peau, avec des cheveux si noirs qu\u2019ils avaient dans l\u2019ombre de métalliques reflets bleuÂtres, Carmen avait des traits d'une pureté de dessin admirable, et ses adorateurs ne manquaient pas de comparer ses regards, à la fois fulgurants et dominateurs, à de beaux diamants dans un \u201c écrin de velours sombre.Ses lèvres étaient pareilles aux pétales couleur de sang de la fleur du grenadier, et ses dents étaient comme d\u2019étincelantes gouttes de lait.\u2014t TY et CE AO EEE RE a i Sa Vol.14, No 10 Le pied cambré, la main petite et fine, Carmen avait un corps d\u2019une beauté sculpturale.Sa gorge était belle sans exagération et ses hanches harmonieusement développées ; elle avait, en marchant, cette rythmique nervosité: Qui d\u2019un seul mouvement révèle une [déesse.D'ailleurs, Carmen Hernandez avait autant d'esprit, de bonté et de franchise que de beauté.Les plus indifférents devenaient ses amis dévoués, ses -adorateurs même, dès qu\u2019ils l'avaient vue, dès qu\u2019elle avait souri ou prononcé quelques paroles.En dépit de leurs milliards, les \u201cCinq Cents® n'offrent pas un grand nombre d'exemples d\u2019une pareille perfection ; les jeunes filles rechignées et laides, méchantes et vulgaires n'y sont pas rares; aussi l\u2019arrivée de la senora Carmen produisit-elle, dans les salons de la cinquième avenue, l'effet d\u2019une apparition quasi céleste._ En Amérique, on est pratique avant tout.On commença par se renseigner exactement sur la fortune et sur la situation de la charmante senora, et voici ce que l'on apprit.Dona Carment était la fille unique de Pablo Hernandez, un des plus riches propriétaires fonciers de la République Argentine.Il avait encore doublé sa fortune en installant, au moment le plus opportun, des filatures de coton.C'était le milliardaire Fred Jorgell, alors propriétaire du trust cotonnier, qui lui fournissait la matière première.Pablo Hernandez était mort environ trois ans auparavant, dans de tragiques et mystérieuses circonstances.Il LA REVUE POPULAIRE chester.«Montréal, octobre 1021 se rendait à Jorgell-City, seul, en automobile, pour effectuer lui-même, entre les mains de Fred Jorgell, un paiement considérable, lorsqu'il avait été assassiné par des malfaiteurs demeurés inconnus.On avait retrouvé son cadavre à quelque distance de la ville, près d\u2019un ruisseau marécageux, à deux pas de l\u2019auto d\u2019où le malheureux avait dû descendre pour quelque réparation.Les banknotes avaient disparu.Mais, chose extraordinaire, le cadavre ne portait aucune trace de blessure, sauf une légère contusion, une imperceptible tache noire derrière l'oreille.Les assassins ne furent jamais dé- couverts- ; D'autres crimes se produisirent par la suite, dans les mêmes circonstances, sans que le mystère fût éclairci ; mais on se répétait tout bas que les meurtres qui désolaient Jorgell-City avaient brusquement cessé dès que Baruch Jorgell, le fils du milliardaire, avait quitté la ville pour se rendre sur le vieux continent, où il devait bientôt acquérir une sanglante célébrité en assassinant son hôte gt son bienfaiteur, M.de Maubreuuil.A la mort de son mari, dona Juana Hernandez, aidée par quelques serviteurs de confiance, avait continué à administrer, avec beaucoup d'activité et d'intelligence, les propriétés et les manufactures.Quand le trust avait passé des mains de Fred Jorgell à celles de William Dorgan, elle avait continué à acheter, chaque année, à ce dernier, des quantités de coton qui se chiffraient par des millions de balles.Elle apprit avec beaucoup de chagrin la mort de William Dorgan, tué dans la catastrophe du pont de Ro- pr = 72 \u2014 gf ul r 1h EU vbs a fie ll 3 da.ay a A id] se À EE Nii NH nid} uv 0 dnt .Juana.lé +4 Vol.14 No 10 Elle connaissait les deux héritiers du défunt.Harry et Joë Dorgan.C'est avec peine qu'elle vit le procès engagé entre eux et qui devait Avoir pour résultat, en dépouillant l\u2019ingénieur Harry, d'assurer la propriété à peu près entière du trust à Joë et à ses deux associés, Cornélius et Fritz Kramm.Joë Dorgan-\u2014\u2014ou plutôt Baruch auquel l\u2019art diabolique de Cornélius avait donné les traits de ga victime\u2014 - tenait à ne pas perdre une cliente aus- , si importante.Aussi, multiplia-t-il, à ce moment, ses visites chez la senora Harry.Dorgan, qui dirigeait pour le compte de son beau-père la Compagnie des Paquebots-Eclair, fut loin de se montrer aussi assidu.Il ne fit que quelques visites de loin en loin, et les deux orgueilleuses Espagnoles \u2026 la fille aussi bien que la mère \u2014 gardèrent rancune au jeune homme de sa négligence.Baruch sut profiter habilement de la situation.I] gagna entièrement les bonnes grâces de la vieille dame.et, un beau soir, il lui déclara qu\u2019il était passionnément épris de dona Carmen et qu\u2019il sollicitait l'honneur de devenir son époux.Dona Juana ne fit d\u2019objections que pour la forme, ° \u2014Vous aimez ma fille, dit-elle avec une franchise toute espagnole je ne sais pas si elle vous aimé, mais je vous crois capable de la rendre heureuse.\u2014Toute ma vie, murmura le prétendant, sera consacrée à faire le bonheur de votre adorable fille! \u2014Parbleu, répliqua dona Juana, qui avait le parler un peu libre, croyez- vous que, de son côté, ma Carmen ne vous &pportera pas une somme de bonheur supérieure de beaucoup à celle que\u2019 vous lui promettez?Quelle LA REVUE POPULAIRE St tre snag Montréal, octobre 1921 femme est plus capable de rendre heureux un époux?«Je sais, murmura galamment Baruch, que jé suis indigne d'une personne aussi parfaite à tous égards que dona Carmen.\u2014\u2014Trève de compliments ! #'écria brusquement la vieille dame, à laquelle un soupçon de moustache.grise donnait quelque chose de viril.Je vous ai dit déjà qu\u2019au point de vue des qualités morales, au point de vue de l\u2019affection, je vous crois digne de devenir le mari de mon enfant.Vous êtes intelligent, énergique, et je vous crois loyal.Mais il y & une question, hélas! dont il faut bien parler.La question d'argent?\u2014Oui, senor, et traitons-la tout de suite pour n\u2019y plus Tevenir.\u2014De ce côté-là, répondit Baruch avec une parfaite assurance, je crois que nous nous entendrons rapidement.' \u2014Vous êtes en procès avec votre frère?\u2014Sans doute, mais je suig sûr d\u2019avoir gain de cause.Tout le monde vous le dira, et quand même je perdrais,\u2014ce qui est invraisemblable,\u2014 il me resterait encore assez de millions de dollars.(C'est bon.Dans ce cas, mon no- tairé\\se mettra dès demain en rapport avec votre sollicitor, et, sitôt que je serai fixée sur ce point important, vous serez officiellement autorisé à faire votre cour à Carmen.\u2014Je ne demande qu\u2019à en finir avec toutes ces formalités le plus vite possible, reprit le jeune homme d\u2019un air détaché.Mais ce n\u2019est pes la a mon sens, la question la plus importante.\u2014Que voulez-vous dire?\u2014Dona Carmen a-t-elle quelque e sympathie pour moi?Voilà ce qui me RTT RRR RT Vol.14, Na 10 LA REVUE POPULAIRE iain aiacesseaintac sac cut) Montréal, octgbre 1921 préoccupe avant toute chose.Elle ne m\u2019aime pas, je le sais, mais je serais au désespoir de lui étre antipathique.La vieille Espagnole eut un fin sourire.\u2014Je \u2018crois pouvoir vous affirmer, murmura-t elle, que Carmen n\u2019a aucune prévention contre vous.Je puis dire, sans nullement m\u2019avancer, que vous êtes plutôt de ceux qui lui sont sympathiques.\u2014Je ferai l\u2019impossible.s'écria Ba- Tuch avec un geste de protestaton émue, pour conquérir entièrement l'affection de la senora.L'endroit où cette conversation avait lieu était un-petit salon d\u2019été, meublé de sièges de bambou, encombré de plantes vertes, et qui donnait, par une large baie, sur le magnifique jardin du palais.\u2014Voici précisément Garmen elle- même, dit aimablement dona Juana en montrant de loin la jeune fille qui s\u2019avançait, insoucieuse, sous une grande allée de magnolias.\u201cJe vous laisse.Si vous craignez que Carmen n\u2019ait quelques préven- trons contre vous.il ne tient qu'à vous de les dissiper.Mais, surtout, pas un mot de nos projets, n\u2019est-ce pas?Et, mettant un doigt sur ses lèvres avec un malicieux sourire, la vieille dame disparut au moment même où Carmen pénéirait étourdiment dang le salon.A la vue du jeune homme, elle eut un petit ori de surprise.Ses jours se couvrirent d\u2019un vif incarnat.\u2014Je ne vous savais pas là, Mmurmu- ra-t-elle, master Joë.Le jeune homme baisa respectueusement la main petite et charmante que lui tendait la senore.\u2026 \u2014J\u2019espère, fit-il, que ma visite ne vous dérange pas?née la semaine os Th \u2014 \u2014Nullement, cher monsieur.C\u2019est toujours avec grand plaisir que nous vous voyons, ma mère et moi.La conversation se continua quelque temps ainsi, alimentée par des lieux communs de politesse mondaine.Baruch parla négligemment des millions qu\u2019il allait toucher sous peu.Il dit un mot des dernières représentations théâtrales, de la réception don- précédente par un membre des \u2018\u2018Cing Cents''\u2014Iles Rock- feller\u2014et où, par une excentricité que tout le monde trouva d\u2019un goût exquis, le dîher fut servi par des singes apprivoisés, admirablement dressés et d\u2019une taille ingénieusement appropriée aux mets qu\u2019ils étaient chargés d\u2019ap:- porter.Ainsi, ce fut un orang-outang qui ge chargea du rôti; un gorille apporta le saumon; un macaque, les légumes ; un sapajou leg entremets, et de délicieux ouistitis les desserts.\u2014Et le café?demanda Carmen qui riait de tout son coeur.\u2014Ce fut un négrillon.\u2014Décidément, voilà un dîner charmant.Mais je pense qu\u2019il faut avoir bien envie de faire parler de soi pour trouver du plaisir à de pareils festins.\u2014Bah! il faut bien donner des fé» tes originales.Quand vous serez mariée, il vous faudra avoir aussi vos réceptions.\u2014Oh! nious avons le temps d\u2019y penser! murmura Carmen en rougissant imperceptiblement.Elle leva les yeux vers Joë.\u201c- Leurs regards se rencontrérent.Tous deux avaient réciproquement pénétré leur pensée.Baruch, d\u2019un geste très doux, prit la main de Carmen, qui ne la retira Pad.tout \u20ac l'âtre mele\u201d nice Vol.14, No 10 \\ \u2014Ecoutez, senora, dit-il, je suis la franchise même, et je ne puis vous cacher plus longtemps que j'ai pour vous; la plus profonde admiration, le dévouement le plus entier.\u2014Est-ce une déclaration?répliqua la senora en retirant promptiement sa main.| Puis, prenant tout à coup'un air sérieux : \u2014Vous venez de dire tout à l\u2019heure, master Dorgan, que vous étiez la franchise même.J\u2019ai la prétention d\u2019être tout aussi franche que vous pouvez l'être, et vous allez connaître en deux mots mon opinion sur le mariage.Je n\u2019accepterai d\u2019époux que celui que ma mère me désignera.\u2014A condition, bien entendu, qu'il vous plaise.\u2014Oh! ma mére ne me mariera jamais contre mon gré.Elle serait désolée de me faire de la peine.Moi, de mon côté, vous m\u2019entendez.jamais je ne prendrai pour mari quelqu\u2019un qui \u201c déplairait à ma mère.\u2014Senora, murmura le jeune homme avec un trémolo dans la voix, quelle serait votre décision si la senora Juana avait agréé ma demande?\u2014Je ne sais.murmura la jeune fille, surprise par cette question inopinée.Je n'ai jamais pensé 4 une telle chose.Cette conversation, qui commencait a prendre une allure tout & fait intime, fut brusquement interrompue par l\u2019entrée d\u2019un domestique qui portait sur un plateau de vermeil une carte de visite couverte d\u2019une fine écriture.Le jeune milliardaire brûlait d\u2019envie de connaître le nom \u2018du visiteur inopportun.Mais, malgré toute sa curiosité, il ne put arriver à déchiffrer ce qui était écrit sur le bristol.LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 Carmen, après y avoir jeté un coup d\u2019oeäl, était levée précipitamment.\u2014 Exousez- moi, master Dorgan, fit- elle.Je vous laisse pour quelques minutes.Si vous n'êtes pas trop pressé, attendez mon retour.Le piano et les albums du salon vous aideront à patienter.Il y a aussi des havanes bien secs dans le petit meuble d\u2019ébéne.Vive et légère comme une fée, Carmen avait déjà disparu, sans attendre la réponse de son adorateur.Baruoh était enchanté.Par la pensée, il se voyait déjà à la tête de la royale fon- tune de dona Hernandez.\u2014Tout va bien, murmura-t-il.Je crois que, cette fois, j'atteindrai mon but sans trop de, mal | Il prit nonchalamment, dans le meuble d\u2019ébène, une régalia couleur d\u2019or, le fit craquer d'un coup d'ongle et l\u2019alluma, voluptueusement étendu dans un rocking-chair.Il s'abandonnait aux idées les plus riantes, enseveli dans un nuage d\u2019odorante fumée, sans s'apercevoir de la fuite du temps.Une heure déjà s'était écoulée, et dona Carmen n\u2019était pas encore revenue.Si Baruch avait pu deviner quels étaient les visiteurs pour lesquels dona Carmen l'avait lâissé, il eût été certaîïnemen:t moins rassuré.Voici ce que portait la carte de visite remise à la jeune fille : \u201cLord Astor Burydan et Mme Andrée Paganot, née de Maubreuil, se rappellent au souvenir de dona Carmen Hernandez, et la prient de leur accorder quelques minutes «d\u2019entretien, pour une affaire extrêmement sérieuse.\u201d Carmen connalssait lord Astor et Andrée, qu\u2019elle avait rencontrés à dif- ~ / Vol.14, Na 10 férentes reprises, dans les salons des \u201cCinq Cents\u201d.Elle s'empressa donc d'accueillir leur demande.Elle avait cru d\u2019abord qu'il ne s\u2019agissait que d'une question mondaine.Mais, dès que lord Burydan eut prononcé quelques mots, la jeune fille comprit que ce qu\u2019on avait à lui dire était de la plus exceptionnelle gravité.Quand elle vint enfin rejoindre Baruch, ses traits éxprimaient encore une violente émotion et ses beaux yeux de velours étaient rougis par des larmes, mais elle fit effort pour ne rien laisser paraître de ses inquiétudes.Ce fut même avec un visage souriant et un calme parfait\u2014du moins en appa- rencè\u2014qu\u2019élle pénétrà dans le petit salon.\u2018Si Baruch avait été plus observateur, ou, plutôt, s\u2019il n'avait pas été abusé par la certitude du succès, il eût remarqué que les paroles ét les manières de la jeune fille n'avaient ni la même insouciance, ni la même franchise.Une secrète contrainte se devinait dans ses moindres gestes, dans ses phrases les plus insignifiantes.\u2014Excusez-moi de vous avoir fait attendre, dit-elle.Je n'ai pu me libérer plus tôt d\u2019une visite importune.Mais maintenant je suis tout à vous.\u2014De grâce, ne vous excusez pas, senora.* | \u2014Vous avez dû vous ennuyer?.\u2014Qu'importe! Vous voici, vous êtes pardonnée.Ft il ajouta hardiment: \u2014Vous plait-il, senora, que nous reprenions la conversation à l'endroit où elle a été interrompue?\u2014 De quoi parlions-nious donc ?murmura-t-elle avec une feinte distraction.\u2014Ne vous souvient-il plus qu\u2019il était question de mariage?LA REVUE POPULAIRE \u2014 78 \u2014 Montréal, octobre 1:21 \u2014C\u2019est vrai, dit Carmen avec un brusque mouvement.\u2014Je vous disais, reprit Baruch, que vous me rendriez le plus heureux des hommes, senôra, en consentant à m\u2019accorder votre main.Carmen rougit et pâlit tour à tour.Ce fut en se contraignant terriblement qu\u2019elle répondit: \u2014En effet, master Dorgan.Et je vous expliquais que je n'accepterais de mari que s\u2019il était agréé par ma mere.\u2014Je crois, mufmura Baruch avec une émotion bien jouée, que j'ai les plus grandes chances d'obtenir le consentement de dona Juana.-\u2014Je ferai ¢e que me dira ma mére.dit-elle én baissant les yeux.Elle ajouta, avec une inflexion de voix qui parut étrange & Baruch: \u2014Je n\u2019aime personne, certes.Mais j'avoue que j\u2019accorderais tout de suite ma main à l'homme qui réussirait à découvrir les assassins de mon père et à venger sa mort.Baruch était devenu livide.\u2014Je sais, balbutia-t-il avec de grands efforts, que le senor Pablo Hernandez a péri.de fagon mystérieuse a Jorgell-City.Croyez, senora, que je ferai l\u2019impossible pour vous être agre- able et pour découvrir les meurtriers.Si je n\u2019y réussis pas, personne n\u2019y réussira! Carmen avait reconquis tout calme, toute son amabilité.\u2014Je vois master Dorgan, dit-elle en souriant, que nous nous entendrons parfaitement.N\u2019oubliez pas, surtout, que là chose importante c\u2019est d'obtenir le consentement de dona Juana.Elle tendft sa main & Baruch qui y déposa un long et respectueux baiser, Le bandit se retira la joie dans le coeur.0° son fo.+ {Hl (A.ra _\u2026.\u201crs 3 Vol.14, No 10 Il ne voyait pas d'obstacle sérieux à son union avec la charmante Espagnole.Il était même surpris de n\u2019avoir pas rencontré plus de difficultés.D'abord vaguement inquiet des paroles de la jeune fille au sujet de l\u2019assassinat de Pablo Hernandez, il s\u2019était promptement rassuré.\u2014Carmen est comme toutes les jeunes fille, s\u2019était-il dit: elle aimerait à épouser le vengeur de son père.C\u2019est une romantique déclaration qui fait bon effet.Carmen est sans doute, d\u2019ailleurs, très sincère en s\u2019exprimant de la sorte.Mais le mort du vieux filateur est une affaire déjà bien lointaine; elle est maintenant classée, oubliée, il serait invraisemblable qu\u2019elle revint sur l\u2019eau.\u201cJe ferai quelques enquêtes pour la forme.Je promettrai des primes ; Carmen sera enchantée de mon zèle.Mais à l'impossible nul n\u2019est tenu.On s\u2019apercevra bien que les assassins sont introuvables; on n'y pensera plus.J'ai le consentement de dona Juana, tout ira bien.Avant trois mois, je serai I'époux dgne charmante femme et l\u2019homme le plus riche de toute l\u2019Amérique.Huit jours plus tard, les journaux de l\u2019Union annonçaient, à mots cou\u201c verts, le très proche mariage de la bel - lee Carmen et du jeune et célèbre directeur du trust des cotons et maïs.CHAPITRE II Un sauvetage Une grande automobile, de forme massive et fermée hermétiquement, était partie, depuis la veille, du château que possédait lord Burydan dans les environs de Winnipeg, au Canada.Ces TT \u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1021 Par ce clair matin de printemps, elle longeait la rive du Rio Rouge, qui arrose l\u2019Etat de Minnesota, en bordure de la frontière canadienne.En tout autre pays qu'aux Etats- Unis, où chacun a pour principe de ne pas se mêler des affaires de son voisin, cette voiture eût attiré, pour plus d\u2019une raison, l\u2019attention des curieux.Elle n\u2019était éclairée que par deux petites lucarnes de verre dépoli intérieurement grillagées.On eût dit une vraie prison roulante.D'ailleurs, en dépit de sa solidité et de son poids, elle était munie d\u2019un moteur très puissant et elle dépassait aisément à l\u2019occasion une vitesse de cent vingt à l'heure.Trois personnes occupaient cctte mystérieuse voiture.L'une, que l\u2019on ne: voyait jamais, était, au dire des deux autres, un malade frappé d\u2019aliénation mentale, el que l\u2019on conduisait dans l'Etat de New-York, où il devait être enfermé dans une maison de santé.C\u2019était ce qu\u2019avaient affirmé ses conducteurs lorsqu\u2019on avait franchi la frontière canadienne.Les douaniers yankees, plus méfiants que dans tout autre pays du monde, avaient demandé à voir le malade.On leur avait montré, affalé dans le fond de la voiture, un personnage maigre et bléme dont le brag était entouré d\u2019un appareil et qui sembiaii piongé dans un anéantissement proche du coma.Les douaniers n\u2019avaient plus eu alors aucun doute.D'ailleurs, avait ajouté l\u2019un des chauffeurs, \u2014un homme d\u2019une stature gigantesque qui répondait au nom de Goliath, \u2014 nous \u2018sommes obligés à beaucoup de précautions, car notre malade, M.Slugh, est sujet à de violents accès de fièvre chaude. adoré paes ré a a Vol.14, No 10 qu J LA REVUE POPULAIRE > Montréal, octobre 1921 Tout cela avait paru fort vraisemblable.| La vigilance des deux gardiens était telle, à l\u2019égard de leur prisonnier, qu'ils ne lui permettaient jamais de descendre de la voiture, même pour prendre ses repas.Quand ils s'arrêtaient, \u2014c'était toujours en face de quelque auberge isolée,\u2014Goliath, le premier, allait manger.laissant son compagnon, Bob Hor- wett, en sentinelle, puis c'était le tour de ce dernier, de façon que Slugh ne fût jamais seul une minute.Précaution peut-être superflue, car le pauvre diable paraissait dans un si lamentable état, qu\u2019il lui eût été bien difficile de parvenir à recouvrer sa liberté.Goliath et Bob Horwett, sans se relâcher de leur surveillance, avaient fini par se tranquilliser complètement sur la possibilité d\u2019une évasion de la part de leur prisonnier.Un matin, charmés par la beauté de la température, ils étaient montés tous deux sur le siège après avoir eu soin d\u2019enfermer Slugh à double tour dans sa prison roulante.Ils prenaient plaisir à regarder les rives du Rio Rouge bordées de peupliers, d\u2019aulnes, de saules et de grands \u2018osiers, qui commençaient à se couvrir de bourgeons.Dans la forêt voisine, on entendait le bruit cadencé de la cognée d\u2019un bûcheron, et ce coin de solitude avait quelque chose de sauvage et de paisible en même temps, qui reposait l\u2019esprit et la vue.: \u2014Tiens! dit tout à coup Goliath en tirant de son gousset un énorme chronomètre en or (un cadeau de lord Bu- rydan), il n\u2019est pas loin de onze heures et j'aperçois là-bas une maisonnette qui est peut-être une taverne?\u2014C\u2019en est une certainement, répondit Bob Horwett.Je vois d'ici l\u2019enseigne.\u2014Dans ce cas.nous allons nous y \u201c arrêter pour déjeuner.L'air vif de la rivière m'a donné une faim de loup.\u2014(C'\u2019est comme moi.Et nous pourrions aller loin, avant de trouver un endroit aussi propice.Quelques minutes après, l'auto stoppait devant la taverne, une jolie construction de bois peinte en rouge et en vert, neuve et bien vernie, comme un de ces chalets que l\u2019on offre aux enfants à l'époque du jour de l\u2019an.Devant la porte s\u2019étendait une tonnelle, en ce moment dépouillée de son feuillage de houblons et de gobéas, mais d'où l\u2019on avait un6 vuë magnifique sur la rivière.\u2014 Nous serons admirablement bien là, dit Goliath en appelant le patron d'un coup de poing qui fit craquer la \u201ctable.\u2014T1 y a déjà du monde, fit Bob Horwett en montrant, à l\u2019autre extrémité de la tonnelle, deux hommes deux gentlemen en costume de touristes, attablés devant une bouteille de whisky.\u2014Bah! ce sont des excurstonnistes! \u2014Pour une fois.proposa Bob Hor- wett, nous pourrions bien déjeuner ensemble, Slugh ne va pas s > envoler.\u2014Entendu.Il.n\u2019y a rien de si désagréable que de manger seul.D\u2019ailleurs, tout en mangeant je surveillerai la voiture.Le patron, un Ecossais de mine joviale, était aocouru.\u2014Or çâ! lui dit Goliath, en se donnant un coup de poing sur le thorax qui sonnait le creux, que vous reste- t-il dans votre garde- manger?Je vous préviens que j'ai un appétit sérieux- Va.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Blt tN BEE UL 7 Montréal, octobre 1921 \u2014I1 n'y a qu'd vous regarder pour en être éonvaineu, répondit facétieusement l'hôte.Ce n\u2019est certainement pas en mangeant des sauterelles que vous vous êtes fait de pareils biceps! Mais, rassurez-vous, mon garde-manger est bien garni.\u2014Dites-nous donc un peu ce qu'il renferme.\u2014Rien que du bon, sirs.Bon saumon du Rio Rouge, bon jambon d\u2019ours canadien, bon rosbeaf des prairies du Minnesota.Sans compter des anguilles fumées, des tomates de San-Fran- ciseo, et d'autres bagatelles.\u2014Je vois, murmura Goliath, que nous pourrons nous entendre.Servez- nous au plus vite! ; \u2014Mais que faut-i1 vous apporter ?\u2014Ce qu\u2019il y aura de mieux et de meflleur, répliqua Bob Horwett.Nous ne regardons pas à la dépense.\u2014Servez-nous donc de tout, interrompit Goliath en montrant dans un bâillement une formidable rangée de dents.Je me sens, ce matin, une telle faim, que je serais capable de manger un mouton tout entier, comme cela m'\u2019est arrivé un jour à la suite d'un pari! Le tavernier, enchanté d\u2019avoir affaire à de si bons clients, se hâta de dresser 1e couvert qu'il flanqua symétriquement de deux cruchons de pale- ale à droite et de deux bouteilles de vin de Californie à gauche.Il se convainquit bientôt que Go- llath n'avait nullement exagéré em -partant de son appétit.C'était plaisir de le voir torcher les plats, et faire disparaître avec rapidité les tranches de saumon et Les quartiers de rosbeaf, - comme s\u2019il les eût jetés dans quelque abîme.Bob Horwett, sans posséder la puissance d'absorption de son camarade, était ce qu\u2019on appelle une belle fourchette.{ Le tavernier, qui avait fait autrefois ses études pour être professeur à Glasgow, n\u2019était pes loin de penser qu\u2019fl avait l'honneur d\u2019'héberger à sa table le fameux Gargantua et son ri- .val, le célèbre Gouliafre.HU n'était pas le seul d'ailleurs à ad mirer l'appétit des dineurs.Les deux touristes, attablés devant leur whisky à l\u2019autre bout de la tonnelle, n'étaient pas moins émerveil- Lés ; surtout \u2018l\u2019un d'eux, un viefllard à cheveux gris et à lunettes bleues, vô- tu d'un complet de molleton vert et d'une casquette de yatohman.I ne quittait pas des yeux Goliath et Bob Horwett.Oe dernier fintt par s'aperoesolir de l\u2019attention dont il était l\u2019objet et il demanda négligemment à l\u2019hôte s\u2019il oon- naissait les deux gentlemen.\u2014Ma fol non, répondit l\u2019Ecossais.Je crois que ce sont de braves gens.I sont là depuis hier et ils paient rubis sur l\u2019ongle.C\u2019est à eux le grand oas not à pétrole que vous voyez à l\u2019anore là-bas derrière les saules Ils vont à la chasse et à la pêche.Leur projet est, à ce qu\u2019ils disent, de remonter à petites journées le oours du Rio Rouge jusqu\u2019at lac Bob Horwett, rassuré par ces paroles, ne s\u2019occupa plus des deux étrangers.D'ailleurs, bientôt après tous deux se levèrent et se dirigèrent paisiblement vers l'endroit.où leur 'embaroas tion était amarrée.Pour y parvenir, ils étaient obligés de passer de l\u2019autre oôté de l\u2019auto dont la lourde masse les séparait de Goliath et de Bob Horwett.Au moment où les yatchmen pas saient derrière la voiture et où, par Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 conséquent, ils ne pouvaient être vus des dîneurs, l\u2019homme au complet de molleton sauta prestement sur le marchepied et plongea un regard inquisiteur à travers la lucarne grillagée.Tout de suite il poussa une exclamation de surprise.\u2014 Mais c'est Sulgh! s\u2019écria-t-il.Je le croyais mort! \u2014Qui êtes-vous?demanda le prisonnier avec émotion.\u2014Silence, au nom des lords! fit l\u2019inconnu en posant un doigt sur ses lèvres.Et il continua son chemin, laissant Slugh dans la stupéfaction la plus profonde.Goliath et Bob Horwett n'avaient naturellement rien vu de ce petit drame, qui s'était déroulé à quelques pas de la table même où ils déjeunaient.Quelques minutes plus tard, le yatch- man, toujours suivi de son compagnon,\u2014un vigoureux matelot,\u2014 revint du canot à pétrole à la taverne.Il demanda de quoi écrire et parut s\u2019absorber dans la rédaction d\u2019une longue lettre.| En réalité il n\u2019avait écrit qu'un billet d\u2019une dizaine de lignes et d\u2019une écriture si serrée que toute la missive tenait sur un carré de papier de dimensions très exiguës.Alors, sans éveiller l\u2019attention de personne, il alla rôder du côté de la cuisine.Sur la table massive, qui en occupait le centre, se trouvait un plateau, sur lequel étaient disposés les éléments d\u2019un repas confortable mais sans luxe.Un petit boy achevait de ranger tous les ustensiles nécessaires.L\u2019'inconnu s\u2019approcha de lui.\u2014A qui donc est destiné ce déjeuner?demanda-t-il avec un sourire plein de bonhomiie.* ment que vous avez vus sous la ton- \u2018complètement remis de la blessure \u2014 80 \u2014 \u2014Sir, répondit le négrillon, ce repas est préparé pour un malade qui voyage en auto avec les deux gentle- nelle.\u2014Et c\u2019est to! qui vas être chargé de le porter?\u2014Non pas.Ces gentlemen ont insisté pour servir eux-mémes leur ami.\u2014Ah! bien! fit l\u2019étranger en s'éloignant d\u2019un air d\u2019indifférence.Mais; dès que le boy eut tourné les talons, le wachtman revint sur ses pas et glissa dans le pain le billet qu\u2019il venait d'écrire et qu\u2019il avait roulé en.forme de tube à peu près de la longueur et de la grosseur d\u2019une allumette ordinaire.Il l\u2019'enfonça assez profondément dans la mie de pain pour qu\u2019on ne pût voir dépasser la moindre parcelle de papier.Cela fait, il sortit de la cuisine sur la pointe du pied et alla se rasseoir sous la tonnelle.Il ouvrit la portière de l\u2019auto, dépo- sa le plateau sur les genoux du bandit, ÿ qu\u2019il enferma a clef, selon son habitude.Slugh se mit à manger de bon appétit; car, quoiqu'il fit mine d\u2019être toujours très malade, il était presque qu'il avait reçue à l'épaule.Tout à coup, il sentit sous ses dents une résistance et il retira de sa bouche le billet plié qu\u2019il avait presque manqué d'\u2019avaler.Il le déplia avec soin, et, pendant qu'il en faisait la lecture, son visage rayonnait.| \u2014Je savais bien, s\u2019écria-t-il, que les lords ne m\u2019abandonneraient pas.Maintenant, je suis sir de ne pas rester longtemps prisonnier. ni EE ES \u2014 \u2014_\u2014\u2014 val.14, Na 10 LA REVUE POPULAIRE Ce état ee Montréal, octobre 1021 Avec sa prudence habituelle, Slugh déchira le petit carré de paper, le mâcha et en fit une boulette qu\u2019il avala.Peu après, Goliath revint chercher le plateau et les reliefs du repas de son prisonnier.Puis l\u2019on ne tarda pas de se remettre en route.Une de ces averses de printemps qui durent peu et auxquelles succède bientôt le soleil, s'était mise à tomber.Goliath demeura sur le siège, perdant que Bob Horwette se retirait dans l\u2019intérieur de la voiture et s\u2019asseyait à côté de Slugh.L'\u2019auto continuait à suivrè la rôute qui longe le Rio Rouge.La campagne était absolument dé- sente.Tout à coup, Slugh, qui était aux aguets depuis là lecture du mystérieux billet, entendit, dans l\u2019éloignement, trois coups de trompe régulièrément espacés.Il tressaillit.C'était le signal auquel le billet qu\u2019il avait reçu lui disait de faire attention.| Ni Goliath ni Bob Horwett ne prirent garde 4 ces sons de trompe, venant du canot à pétrole qui s\u2019était mis en marche presque en même temps que l\u2019auto et qui suivait parallèlement le cours de la rivière.Immobile dans gon coin, Slugh retenait sa respiration, le coeur palpitant d\u2019anxiété.Soudain, un grand cri s\u2019éleva.C'était le matelot du canot à pétrole qui venait de tomber à l\u2019eau et qui appelait au secours de toutes ses forces.Bob Horwett, qui, on le sait, déte- naît le record du monde dè la natation, ne prit pag le temps de réfléchir.Il ouvrit brusquement la portière, la referma négligemment en criant à Go liath de faire attention.et courut à l\u2019endroit de la berge où l'homme venait de disparaître, il piqua une tate et, filant entre deux eaux, se mit à la recherche du disparu.Slugh avait suivi Bob Horwett des yeux.Au moment préois où il le vit s\u2019en foncer dans l\u2019eau, le bandit ouvrit la portière, qui n° \u2018avait pas été refoermée à clef et se mit à éourir de toutes ses forces.Il avait momentanémeént I'evanta- ge, car Goliath, à cause de son poids énorme, était uñ médioore coureur.Lè géant s'êh rendit cèmpte immédiatement, et, lâchant un jurôn retentissant, il lançà l\u2019auto à la poursuite du fugitif qui oourait droit à la rivià- re.Co | Pendant ée temp3, le tanot à pétrole s\u2019état rapproché du bord.Slugh y monfa au moment même ou le faux noyé y mettait le pied- Celui au secours duquel Bôb Hor- wett s'était élancé si généreusement était lui-même un excellent nageur.Il avait plongé deux fois pour faire perdre sa trace à sôn gauveur, et, après avoir contourné le canot, il y était tranquillement remonté Aussitôt, le yachtman, qui n\u2019était autre que Léonello, l'homme de confiance ét le préparateur du dooteur Gornélius, mit en marche lo moteun du canot, qui fila de toute la vtesse qu\u2019il était capable de fournir.Bob Horwett, désespéré de son im+ prudence, avait compris, mais trop tard, le stratagème dont il était viol me.Furieux, désespéré, 4] suivit quêls que temps le canot à la nage.Mails ceux qui le montaient l\u2019assaillirent d\u2019une décharge de brownings, qui fit crépiter autour de lui une grêle de balles.La rage au coeur, il dut plon- Bi A io lio \u201cregagner la rive.~ Non moins exaspéré que son compagnon, Goliath tira dans la direction du canot tous les projectiles de son revoiver.Mais l\u2019embarcation, favorisée par le courant très rapide en cet endroit, ne tarda pas à disparaître.Deux heures plus tard, Slugh et Léo- nello, lassant le canot & la garde du matelot, débarquaient en face d'une station de chemin de fer et prenaient un billet pour New-York, où ils arrivaient le lendemain.Le vieil Italien conduisit Slugh à l\u2019un des hôtels qui étaient sous l\u2019occulte dépendance de la Main Rouge, \u2018puis il s'empressa d'aller rendre compte de sa mission au \u201csoulpteur de chair humaine\u201d, Il trouva Cornélius dans son laboratoire souterrain.\u2014Eh bien, Léonello, demanda le docteur avec impatience, m'apportes- tu de bonnes nouvelles?\u2014Flles sont à la fois bonnes et mauvaises.Je n\u2019ai pu mettre la main sur Jo8 Dorgan.\u2014Explique-moi cela, grommela Gornélius en fronçant le sourcil.Voilà un échec très regrettable et qui m\u2019étonne fort de ta part.Tu sais cependant qu\u2019il est très important pour nous d'avoir entre les mains le faux Baruch.\u2014Tl n\u2019y à pas eu de ma faute, vous allez vous en rendre compte.J'arrive à Winnipeg, comme vous me l'aviez ordonné, je m'informe à droite et à gauche, et j'apprends, tout d'abord, \u2018que lord Burydan et tous ses amis.parmi lesquels se trouvait M.Bondon- nat, venaient de quitter le Canada pour se rendre à New-York.| gnalée.ger, battre en retraite, et, finalement, 4 me un | idiot inoffensi Sue que: nous.© \u2014\u2014En effet, leur arrivée m'a a ot si- ment inaprable.\u2014Tu me rassures, murm lius.Si jamais Bondonna pas un ignorant, s'était avi dier de près, il eût été bien le guérir.\u201411 est impossible que IT se douter d\u2019une substitutic of > e le crois aussi.pérsonnalité \u2018qu\u2019il a ur que ce Joë aura détinitiven paru.\u2014Iiy a peu de temps, # SE sonne ne s put me dire ce qu'il étai venu.C'est alors que j\u2019appris q mystérieux prisonnier était gardé vue dans le château de lord.Bu n, \u2014 C'était Joë?\u2014Je le crus aussi, et je.mesures en conséquence captif fut emmené en au deux gardiens, je suivis d'étape en étape, et je sai re occasion pour regard chot roulant.prise en me Sort pret rte ont tan £4 Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Æontréai, \u2018octobre 1921 \u2014Je l'ai fait évader.Malheureusement, je n\u2019ai aucun renseignement à vous fournir sur Joë Dorgan.Ciornélius réfléchit un instant.\u20141I1 faut & tout prix savoir ol il est! Je ne serai pas tranquille tant qu'il sera vivant.\u2014Je suppose qu\u2019il est à New-York, ou dans les envrons.Je crois aussi qu'il ne sera pas difficile de remettre la main sur lui, en faisant suivre lord Burydan et Bondonnat.\u2014N\u2019épargne, pour y réussir, ni le temps, ni l\u2019argent.Nous avons été trop négligents à l\u2019égard de 06 Joë, il faut rattraper le temps perdu.Tout marche à .souhait.Baruoh va entrer en possession des milllons de William Dorgan, en attendant ceux de Fred Jorgell, qui nous reviendront aussi.\u2014Comment cela?\u2014JIsidora héritera de son père, l\u2019ingénieur Harry de sa femme, et Baruch de l'ingénieur Harry.C\u2019est à la Main Rouge qu'il appartient seulement de régler l\u2019époque du décès de ces trois personnages.\u2014 Quelle combinaison grandiose ! s\u2019éoria Léonello émerveillé, \u2014Grandiose?Oui, peut-être! Mais 11 ne faut pas qu\u2019une vétille, un détail oublié viennent la réduire à néant.Va vite commencer tes recherches.Il faut que Joë Dorgan soit retrouvé avant la fin de la semaine.CHAPITRE III Règlement de comptes Joë Dorgan venait de passer la soirée chez dona Carmen Hernandez, dont il était, depuis plusieurs semaines déjà, le fiancé officiellement re- connû.Ce mariage, annoncé à grand fracas par toute la presse new-yorkaise, devait avoir lieu dans trois jours, et il n'était bruit que des merveilleux cadeaux que les membres du groupe aristocratique des \u2018\u2018 Cinq Cents avaient envoyés à la jeune fille.Baruch nageait dans la joie.L'avenir s\u2019étendait devant lui comme un ciel sans nuages.Il avat décidément gagné la terrible partie qu\u2019il avait jouée.Le matin même, il avait signé, chez l\u2019homme d'affaires d\u2019Harry Dor- gan, les arrangements qui le mettraient définitivement en possession d'u trust des maïs et cotons.Tl ne voyait aucune ombre à son bonheur.\u2014Encore trois jours! avait-fl dit à dona Carmen en prenant congé d\u2019elle.Ces trois jours vont me sembler bien longs.\u2014Je n\u2019en doute pas, avait répondu la jeune fille avec un étrange sourire.Mais ne faut-il pas, en toutes choses, se montrer patient?Et, dans un geste digne d\u2019une reine, la jeune fille avait tendu sa main à Baruch, qui, comme il faisait chaque soir, y avait déposé un baiser à la fois respectueux et tendre.Il pouvait être à ce moment dix heures du soir.Le jeune homme remonta dans son auto et ne tarda pas à s\u2019absorber dans une agréable méditation.\u2014Carmen est charmante, songeait- il; un peu fière, un peu dédaigneuse et froide, mais je finirai bien par me faire aimer d'elle.J'ai réussi des choses plus difficiles que cela.Après tout, qu\u2019elle reste aussi cérémonieuse qu'\u2019elle voudra, une fois que j'aurai touché la dot.Baruch prit le cornet acoustique qui aboutissait à l\u2019oreille du chauffeur: \u2014Vous stopperez à l\u2019entrée de la trentième avenue, dit-il.© ot 8F Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 \u2014Well, sir! répondit l\u2019homme obséquieusement.Et l'auto fila à toute vitesse, à travers les avenues déjà désertes.Un quart d'heure plus tard, Baruch mettait pied à terre, et, après avoir ordonné au chauffeur de l\u2019attendre, remontait à pied la trentième avenue, le pardessus remonté jusqu'aux oreilles, comme s\u2019il eût craint d\u2019être reconnu.Il passa en face du magnifique hôtel habité par le docteur Cornélius, contourna les hautes murailles du jardih et se trouva dans une ruelle déserte, bordée de masures branlantes.Il s\u2019arrêta en face d\u2019une cahute de planches, en bordure d\u2019un terrain vague, qu\u2019entourait une palissade, et frappa quatre coups régulièrement espacés.Une porte s \u2018ouvrit, et Baruch se glissa silencieusement dans une salle basse, qu'une lampe à huile, suspendue au plafond, éclairait d\u2019une lueur tremblotante.C\u2019est dans ce local qu\u2019avaient lieu les répartitions de butin que les lords de la Main Rouge faisaient à leurs affiliés, à-des époques régulières.Æn entrant, Baruch aperçut Fritz et Cornélius, assis à une petite table sur laquelle s'empilaient des carrés de papier portant, à l\u2019un des angles, la signature de la Main Rouge.Une petite boîte, encore à demi-pleine de banknotes et d\u2019 aigles d'or, était à côté de Fritz.\u2014Eh bien! demanda joyeusement Baruch, la répartition est-elle terminée?\u2014Elle vient de finir à l\u2019instant, ré- -pondit Cornélius.\u2014J'y aurais assisté aussi comme de coutume.mais un fiancé bien épris a des devoirs.\u2014Que nous comprenons parfaitement, murmura Fritz sur le même ton jovial.Vous êtes tout excusé, mon cher! \u2014Nous n\u2019avons, je pense, reprit Baruch, aucune raison de rester .plus longtemps dans ce taudis.Nous serons beaucoup mieux ailleurs pour causer.\u2014C\u2019est ce que j'ai pensé, fit Corné- lius.J\u2019éi fait servir un petit souper dans mon laboratoire; là, nous ne serons dérangés par personne.Les trois lords de la Main Rouge sortirent un & un de la maisonnette et s\u2019engagèrent dans la ruelle, en ce moment tout à fait déserte.Ils rentrèrent dans le jardin de Cor- nélius par une petite porte dont celui- ci âvait la clef, et bientôt l\u2019ascenseur les déposa dans le vestibule du laboratoire souterrain.- Cornelius ouvrit une porte.Ce fut un éblouissement.Sans aou- te.en raison de la solennité des circonstances.Cornélius avait ordonné de magnifiques préparatifs.La vaste salle voûtée était éclairée par une centaine de lampes électriques, dissimulées par des massifs de feuillage et de corbeilles de fleurs.Les cadavres à demi disséqués, les appareils effrayants ou étranges étaient cachés aux regards sous de lourdes tentures de velours orangé.Cornélius n'avait laissé en évidence qu\u2019une grande vitrine, où se trouvaient des statues de cire, coloriées avec tant d\u2019art qu\u2019elles donnaient l\u2019illusion de la vie: Au centre du laboratoire, se dressait une table couverte de vaisselle plate et de cristaux rares\u201d que décoraient des gerbes de roses et d\u2019orchidées.Deux dressoirs lui faisaient pendants: l\u2019un chargé de flocons.poudreux des orus les plus célèbres du monde, a BA \u2014 sa sm - \"se En ~\u2014 Fn > ts pr TY Voi.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 l'autre de pâtisseries et de fruits magnifiques disposés sur des compotiers de vermeil.Léonello se tenait dans un coin, occupé aux derniers préparatifs.\u201c+ J'espère: fit Cornélius, que vous n'aurez pas trop à vous plaindre de mon hospitalité.\u2018 \u2014Elle est digne des lords de la Main Rouge, s\u2019écria Baruch avec enthour siasme.\u2014A table, messieurs ! La soirée d\u2019aujourd\u2019hui est doublement solennelle pour nous.Elle marque le couronnement d\u2019une des plus audacieuu- ses entreprises qui aient jamais été tentées|.Les trois bandits s\u2019assirent, et, tout en savourant les mefs délicats que Léonello leur servait dans des plats recouverts de cloches de vermeil, ils commencèrent à discuter des importantes affaires qui avaient motivé leur réunion.Touk d\u2019abord, on but aux fiançailles de l\u2019heureux Baruch, le futur époux d\u2019une des plus belles héritières de New-York et la plus riche peut-être.Cornélius, avec son ironie quelque peu caustique, ne se fit pas faute de rappeler au flancé les circonstances qui avaient accompagné l'assassinat de Pablo Hernandez, alors que Baruch \u2018habitait Jorgell-City.Il rappela également comment, tenu en rigueur par son père, Baruch en était réduit à escamoter les bijoux de sa soeur, miss Isidora, ou à électrocuter les passants pour se procurer quelques dollars et \u2018aller les jouer au club du \u201d\u2019 Haricot noir\u201d.Baruch était si heureux, ce soir-là, qu\u2019il ne se fâcha même pas de cetite évocation d\u2019un passé sanglant \u2014Qu\u2019imoprte tout cela! s\u2019écria-t- il.Ce sont des faits qui sont aussi loin de nous, aussi hors de notre pouvoir, que peut l'être l\u2019histoire de l'empereur Néron ou la destruction de Ba- bylone.Baruch n\u2019existe plus, grâce à la science toute-puissante du docteur Cornélius.11 n\u2019y a plus, devant vous, que Joë Dorgan, l\u2019homme le plus riche de toute l'Amérique dans quelques jours et.en ce moment mé- me, le plus heureux peut-être! \u201cJe vous le déclare ici, mes amis, je n\u2019ai pas l'ombre d\u2019un remords.Je suis fier de l'énergie qui m\u2019a permis d\u2019accomplir des actes qui épouvanteraient le commun des mortels.\u2014Vous ne souffrez donc plus, dea- manda sournoisement Cornélius, de ces \u2018cauchemars du samedi\u201d qui vous ont tant effrayé à certaine époque?Baruch eut un haussement d\u2019épaules.\u2014Bah! fit-il, j'ai fini par dompter mes nerfs.Ma santé est en ce moment aussi bonne que possible.\u2014A votre santé! s\u2019écria Fritz.Tous trois rapprochèrent leurs coupes pleines d\u2019un vieux vin de lacryma- christi aux reflets d\u2019or, et burent en silence.La conversation se continua ainsi jusqu\u2019à la fin du repas.Elle ne prit une allure plus sérieuse que lorsque Léonello eut enlevé le dessert et apporté le café, les liqueurs et les cigares.\u2014Mes amis, dit Baruch en tirant de sa poche un carnet couvert de chiffres, il est temps de parler de choses pratiques.Comme ma dépêche de ce matin vous l\u2019a appris, nous sommes maintenant entrés en possession du trust des cotons et'maïs.Grâce aux sages précautions que nous avions prises, Harry n'a touché, en tout et pour tout, de l\u2019héritage paternel que vingt millions de dollars, tandis que Vol.16, Mo 10 la part de chacun de nous dépasse quatre-vingt millions de dollars.En- oore cette somme est-elle appelée à doubler dans un laps de temps très court, à cause de l'extension, pour ainsi dire automatique, du trust qui.à un moment donné, doit englober toute la produotion américaine.Voici les détails des chiffres que vous pourrez vérifier vous-mémes.Cornélius d'abord, puis Fritz examinèrent avec une attention méticuleuse le carnet de Baruoh et le trouvèrent parfaitement en règle.Par un scrupule, assez fréquent ohex les coquins de sa trempe, Baruch avalt fait preuve, dane ce partage, d'une probité méticuleuse.Ses deux compHoes le félicitèrent chaleureusement, et tous trois, sous l'influence des grands vins et des mets de haut goût.s\u2019abandonnèrent à leurs rôves ambltieux.Baruch révait le trust des trusts, l\u2019universelle royauté de l\u2019argent.\u2014A nous trois, s\u2019éoria-t-il, nous sommes de taille & attaquer une entreprise aussi sublime.Quel roi, quel empereur posséderait une pareille puissance?Quels rêves grandioses ne pourrait-on pas réaliser avec ce levier d'or entre les mains?.Les concepts les plus audacieux, les plus ohiméri- ques deviendraient de réalisation fa- cila!.Atteindre les planètes, pénétrer jusqu'au centre de la terre, rendre l\u2019homme tmmortel, tout cela de- viendreit possible.La science n'estelle pes souveraine maîtresse?© Mornéiius jeta quelques gouttes d'eau froids sur cet enthousiasme.\u2014Æin principe, dit-il.rien de tout cela n'est impossible.Mais nous en reparierons.Pour le moment, je suis d'avis que ce que nous avons de mieux à faire, c\u2019est de consolider notre si- LA REVUE POPULAIRE + Montréai, octobre 1921 tuation, de la rendre tout à fait inattaquable et d\u2019éviter qu'on parle trop de nous.\u2014A propos, demanda brusquement Fritz, a-t-on des nouvelles de Joë?Ce fut Léonello qui se charges de répondre.\u2014Il se trouve en ce moment, dit-il, dans la propriété que possède Harry Dorgan, dans une ile du lac Ontario.\u2014N'\u2019est-ce pas là que se trouvait le buste d\u2019or massif aux prunelles d'é&- meraude?\u2014Précisément.Mais la propriété est si bien gardée qu\u2019il n'y a pas moyen d\u2019y pénétrer.Comme je l'ai expliqué au docteur, nous n\u2019avons, je crois, rien à craindre de lord Burydan et de ses amis.Ils sont oomplètement matés et ils ont bien d'autres soucis que de chercher à nous nuire.\u2014Parbleu, dit Baruch, je le sais bien.Les actions de la Compagnie des Paquebots-Eclair sont en pleine baisse! La perte du procès qu\u2019Harry Dor- gan m\u2019a intenté lui a porté un coup terrible.I1 aura bien de la chance s\u2019il n'arrive pas à la faillite.D'un autre côté, j'ai appris que M.Bondonnat allait retourner en France, en emma- nant avec lui Paganot et Ravenel.Une fois livré à lui-même, Harry n\u2019est pas de force A'soutenir la lutte.\u2014Je vais aussi, dit brusquuement Cornélius, m\u2019arranger de façon à dissoudre la Main Rouge.Les bandits dont elle se compose sont des alliés trop dangereux.Il faut faire peau neuve d'une façon complète.Nous sommes désormais d\u2019honnêtes milliardaires:; nous ne devons avoir rien de commun aveo la oanaille! Les trois bandits se séparèrent à une heure assez avancée.Baruch, en prenant congé des frères Kramm à la petite porte de la grille, leur rappela æ- \u2014 = > __ B= 2g + 1 £ Æ \u2014 EID A5\u201d es Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 qu'il comptait sur eux pour assister à son mariage, qui devait être d'une somptuosité sans précédent, même dans le monde des milliardaires.Tous deux l'assurérent de leur exactitude.Il leur donna un dernier shake-hand, et, le cigare aux dents, en flâneur, descendit nonchalamment la trentième avenue.Son auto l\u2019attendait à la place où il l\u2019avait laissée.Après y être monté, 1] s\u2019étendit tout de son long sur les somptueux coussins, les yeux mi-clos, savourant le plaisir de se sentir emporté avec une vertgineuse vitesse et se laissant bercer par sa rêverie.\u201cLe trust des trusts! songeait-il.Il faudra que j'arrive à convaincre Gor- nélius.Sa science m'est nécessaire pour memer à bien un projet aussi magnifique.Que seront tous les chefs d'Etat en présence de celui qui sera l\u2019unique détenteur de ce métal magique, de cet or que les alchimistes appelaient \u201cl'essence de soleil\u201d.Et quand je serai devenu le- roi des rois, l'empereur des empereurs, qui osera me reprocher d\u2019avoir sacrifié à la réalisation d\u2019une idée aussi grandiose quelques existences inutiles!.\u201d La vitesse de l\u2019automobile avait encore augmenté.: Elle était devenue vertigineuse.Baruch regarda machinalement par la portière et ne reconnut pas l\u2019endroit où il se trouvait.cahutes de planches, des terrains vagues, tout un misérable paysage de banlieue, que les rayons de la lune éclairaient sinistrement.° \u2014Ah çà! grommela;-t-il, ce chauffeur est ivre! Ce n\u2019est pas du tout le chemin.Chauffeur.Un ricanement sardonique fut la seule réponse qu\u2019il reçut à ses réclamations.» j D RAI RL a EE SL PTR ION FPL C\u2019étaient des Au même momerit, deux ressorts se déclenohèrent avec un bruit sec.Deux fortes plaques de tôle, glissant dans leurs rainures.vinrent obturer complètement les glaces des portières.Une obscurité profonde régna dans l\u2019intérieur du véhicule.Baruch était pris comme un rat dans une ratière.Il cria, trépigna, menaça, sans qu'on fit la moindre attention à 0e qu\u2019il disait.Voyant que tout ce qu'il faisait était inutile, le bandit se tint coi.Il com- prenaitmaintenant que sa voiture avait été remplacée par une autre exactement semblable en apparence.Son chauffeur avait sans doute ôté assagsi - né, et, lui, 11 était prisonnier.Prisonnier de qui?LA gisait l'angoissant mystère.Il souhaitait de tout son coeur d\u20198- tre tombé dans les mains de véritables malfaiteurs.Avec ceux-lx, il en serait quitte pour une rançon.\u201cCe n\u2019est pourtant pas la mpolioe, songeait-il en essayant de se rassurer lui-même.Si l'on avait dû tenter quelque chose oontre moi de ce côté, j'en.aurais déjà été prévenu.La Main Rouge a, dans les bureaux du Polioe-Of- fice des agents dévoués, comme elle en a partout.Qui sait?C\u2019est peut-être un amoureux de Carmen qui m\u2019enlève pour empêcher mon mariage?\u201d Baruch se livra ainsi, pendant quelques minutes, à toutes sortes de suppositions extravegantes, mais il ne put en échafauder une seule qui lui pa- rût vraisemblable en fin de compta L'auto qui lui servait de prison allait maintenant à une allure plus raisonnable.Enfin, \u2018elle ralentit sa mer- che et.brusquement, stoppa.Baruch eut une minute d'engotsse- I1 se demandait avec impatience si on n\u2019allait pas bientôt le faire descendre, Bi, crénténéretient te td rte ed car atate fa créent intel te catateniatee tata ca aca Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE.Montréal, octobre 1921 lui expliquer à la fin ce qu\u2019on voulait de lui.Il avait pris en main son browning, en cas qu\u2019il eût affaire à des assassins, décidé à vendre chèrement sa vie.Tout à coup, les deux portières s\u2019ouvrirent en même temps et, avant qu\u2019il ait pu faire usage de son arme, quatre hommes d\u2019une stature herculéenne l'empoignèrent et le garottè- rent.\u2014Où suis-je?oriait-il.Qui êtes- vous?Vous vous trompez.Je suis le milliardaire Jo& Dorgan.Si vous étes des bandits, je suis prét & vous payer telle rançon que vous me demanderez! Personne ne lui répondit.Mais, pour le réduire complètement au silence, un des hommes le bâillon - na avec un mouchoir, pendant qu\u2019un autre bandit lui bandait les veux.Puis il se sentit soulever de terre et emporter comme une masse inerte.Bientôt, au bruit qu\u2019il perçut, légère secousse qu\u2019il ressentit, il comprit qu\u2019on l\u2019avait déposé dans la cage d'un ascenseur.Il entendit l\u2019appareil s'arrêter.De nouveau.brutalement saisi, emporté, on le posa à terre; on lui arracha son bandeau et son bâillon.Une porte sé\u2019referma bruyamment, et Baruch se trouva au milieu dépais- ses ténèbres.CHAPITRE IV Le cauchemar du samedi - Baruch demèura plus d\u2019une heure à l'endroit où on l\u2019avait déposé, sans faire le moindre môuvement.11 était tellement atterré, tellement stupéfait qu\u2019il n\u2019avait plus la force de raisonner.La transition était tellement -\u2014 88 \u2014 brusque du pinacle triomphal ou il se plaçait par imgination à ce cachot obscur, qu'il én restait comme foudroyé sur place.Dans le désarroi d\u2019idées où il se trouvait, il en arrivait à se demandet si ce n\u2019étaient pas Fritz et Cornélius eux-mêmes qui lui avaient tendu ce traquenard.Mais il lui suffisait de réfléchir un instant pour se rendre compte que ses deux complices avaient, au contraire, le plus grand intérêt à ce qu\u2019il entrât en possession des sommes immenses qu\u2019il devait toucher.Petit à petit, il finit par se calmer, comprenant bien que, dans aucune des circonstances si périlleuses de sa vie, il n\u2019avait eu autant besoin de sangfroid, de lucidité et d'intelligence.= Baruch était brave et l\u2019idée qu\u2019ifal- lait perdre la partie au moment même où il croyait l\u2019avoir gagnée rendit à son énergie tout son ressort.Il fallait lutter de nouveau?Eh bien! il lutterait! | La conviction d\u2019avoir derrière lui de puissants alliés qui.lersqu\u2019ils connaîtraient la situation où il se trouvait, s'empresseraient de venir à son secours avec les formidables moyens dont ils disposaient, acheva de lui rendre courage.\u201cIl serait honteux, songea- t-il.de m\u2019abandonner lachement au désespoir alors que la partie est encore si belle pour moi, même dans l\u2019 état où je me trouve réduit.\" \u2019 Le premier usage que fit Baruch de son énergie reconquise fut de se dégager de ses liens; il constata avec surprise qu\u2019ils n'avaient point été extrêmement serrés, soit par suite d\u2019une négligence de la part de ses géôliers, soit à cause de la croyance où ils étaient qu'il ne pourrait s'évader. SEE EARNS OR I ti Vol.14, No 10 À l\u2019aide d\u2019une série de torsions et de mouvements des poignets, il se débarrassa des cordes qui le liaient.Au bout d\u2019une demi-heure d\u2019efforts, il eut la satisfaction de recouvrer la liberté complète de ses mouvements.\u2014 Maintenant, murmura-t-il, nous allons voir! J'ai les mains libres! ~~ Il se mit à arpenter son cachot de long en large pour rétablir la circulation du sang, et, tout en marchant, il se fouilla.À son grand désappointement, il ne retrouva ni le browning dont il était toujours porteur, ni même son mouchoir.On ne lui avait laissé aucun objet qui pût lui servir d\u2019arme ou de moyen de corruption à l'égard de ses gardiens.Dans les ténèbres profondes où il était plongé, il se mit én devoir d\u2019explorer les murs et le solde son cachot.En dépit de tous ses efforts, il ne put découvrir aucune trace de porte ou de fenêtre.Le sol, les parois, et méme le plafond de la chambre carrée où il se trouvait renfermé, étaient\u201d uniformément revêtus d\u2019un épais capitonnage, soigneusement matelassé, comme le sont les cellules où l\u2019on enferme les aliénés atteints de la monomanie du suicide.\u20ac Ce qui alarma encore plus Baruch, c\u2019est qu\u2019il s\u2019aperçut qu'on n\u2019avait mis à sa disposition ni boisson ni nourriture.Aussi se demanda-t-il en fris- somnant s'il n\u2019était pas condamné à mourir de faim dans cette cabine rem - bourrée, d'où aucun cri d'appel ne devait pouvoir arriver au dehors.Il fallait, pourtant, que l'air respirable pénétrât dans cette cage si hermétiquement close.Il n\u2019y arrvait sans doute que par des ouvertures imperceptibles et si bien dissimulées que Sens 89 \u2014 MN MR PRR IRAE , : LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobra 1921 « c\u2019eût été du temps perdu que de les chercher.Bientôt, il tomba dans un abattement profond.11 s\u2019étendit tout de son long, ferma les yeux, essaya de dormir ou de penser.Mais, dès qu'il fermait les pou- pières.il se trouvait aussitôt obligé de les rouvrir.I] songea tout à coup avec épouvante qu\u2019il se {rouvait précisément dans cette nuit du samedi au dimanche qui, pendant si longtemps, avait été hantée, pour lui, par les plus terribles cauchemars.Ces craintes hâtèrent le commencement de l\u2019hallucination même qu\u2019il redoutait.Dans ce silence profond, dans ces épaisses ténèbres, il entendait les battements de son coeur sonner à grands coups sourds dans sa poitrine, Il lui sembla ensuite que des voix chuchotaient à son oreille.En même temps, l\u2019obscurité s\u2019animait de toutes sortes de figures grimaçantes dont l\u2019aspeet se modifiait incessamment et qui voletaient, en tourbillonnant, tout autour de lui.| C\u2019était.à certains instants, comme des milliers de mouches de feu douées d'un rapide mouvement de vibration; puis ces points lumineux se réunirent pour former d'innombrables mains sanglantes, qui toutes so tendaient vers son visage et le désignaient de l'index tendu, comme pour dire : \u201cC\u2019est lui!\u201d : \u2014La Main Rouge! bégaya-t-il éperdu de terreur.Il lui semblait que ces mains, de minute en minute plus nombreuses et plus menaçantes, lui sautaient sur les épaules, lui tiraient les cheveux, se suspendaient aux basques de son habit ou se promenaient lentement sur son CO Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRB Montréal, octobre 1921 visage, en lui procurant la même gen- sation que s'il eût été frôlé par l'aile d\u2019une chauve-souris.Baruch était épouvanté.\u2014Si je reste ici plus longtemps, songea-t-il, je deviendrai sûrement fou.Il se mit à trembler d'e tous ses membres.en songeant que l\u2019endroit où il se trouvait n\u2019était peut-être que le cà- banon de quelque \u2018\u2018Lunatic-Asylum\u201d, d'où il ne sortirait jamais et ou sa raison aurait bientôt sombré.Le propre de certaines hallucinations c'est de varier avec l\u2019incessanie rapidité d\u2019un kaléidoscope.Aux mains sanglantes qui tour- noyalent autour de lui comme des oiseaux de mauvais augure, avaient suc\u201d cédé des faces grimaçantes, qui le regardaient avec de hideux sourires, et parmi lesquelles il reconnaissait les physionomies de quelques-unes de ses victimes.Il \"aperçut au premier rang, Pablo Hernandez, qui s'avangait en donnant le bras au \u2018chimiste Maubreuil.Tous deux avaient le visage d\u2019une couleur oadavérique, mais leuns prunelles rayonnaient d'un éclat insoutenable, d\u2019une cruelle fixité; et lg contemplations de ces regards avait, pour l'as- gassin.quelque chose de si terrible qu\u2019il finit par perdre connaissance.Un lourd sommeil, peuplé de mauvais rêves, succéda à cet évanouissement.Quand Baruch rouvrit les yeux, il avait complètement perdu toute notion du temps et du lieu: il lui fallut beaucoup d'efforts pour arriver à se rappeler ce qui lui était arrivé la veil- \u2018le, et dans quel endroit il se trouvait.Il avait été réveillé par le bruit d\u2019une musique lointaine, dont les sons, à la fois doux et majestueux, allaient sans cesse en s\u2019augmentant jusqu'à atteindre les grondements imposants du tonnerre, auxquels se mélangeaient des chants aériens et légers, comme si les voix célestes d\u2019un choeur d\u2019archanges se fussent mêlées aux mugissements d'une tempête.Peu à peu, les rumeurs de l\u2019ouragan eurent le dessous et le chant d\u2019allégresse et d'amour s\u2019essora plus largement en montant vers le ciel.Baruch était d\u2019abord demeuré com- men en extase, bercé par cette mystérieuse musique qui lui semblait avoir une expression surnaturelle.Il comprit bientôt que ce qu'il entendait, c'était la voix d\u2019un orgue puissant sur lequel un grand artiste exécutait de géniales improvisations.Le caraotére de la musique se modifla brusquement; il prit quelque chose de suave, d'intime et de mélancolique à la fois.C'étaient comme de tendres promesses chuchotées à demi voix, de timides aveux, des confidences entremêlées de chastes caresses, des baisers et des sourires mouillés de larmes vite essuyées.Il y avait tout cela, et bien d\u2019autres choses encore, dans ces surhumains accents qui parvenaient aux oreilles de Baruch comme s'il eût été tout proche de l'instrument qui les produisait.Tout à coup, il lui sembla que les opaques ténèbres s'illuminaient d\u2019une tremblante lueur, faible et incertaine, comme un reflet lointain qui paraissait monter du sol même de son cachot.D'un mouvement instinctif, il se leva, porta la main à son front brûlant de fièvre et se dirigea.d\u2019un pas mal assuré du côté d\u2019où venait la lumière.Après avoir traversé la cellule, il vit à ses pieds une sorte de judas, qui s\u2019était brusquement ouvert, dans le sol même, à la place d\u2019un des losanges de - = 90 \u2014 fa.VA I ass 3 ea ES Es Es ta .Le EF LEAS HE Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 cuir du capitonnage, et dont le treillis serré laissait passer la lueur qui avait attiré son attention.| Avidement, fiévreusement, Baruch s\u2019étendit à plat ventre.colla ses yeux au grillage et regarda.Le spectacle qui se déploya alors à ses regards était tel que l'assassin sentit tout son sang refluer vers son coeur.Ses oreilles bourdonnaient, et il crut un instant qu\u2019il était le jouet de quelque nouvelle hallucination.netteté) la réalité même du tableau qu\u2019il apercevait, éclairé par des cen- laines de lampes électriques, ne lui permirent pas de croire à un rêve.De son cachot situé dans les combles, Baruch voyait à ses pieds, comme au fond d'un gouffre, le choeur et la nef principale d\u2019une chapelle catholique étincelante d'ors et de lu- .mière; l\u2019autel était paré de fleurs et la fumée d\u2019azur des encensoirs s\u2019effusait en harmonieuses tpirales entre les piliers drapés de satin blanc et décorés de guirlandes de roses, de lis, de lilas blanc et de jasmin.Devant l\u2019autel.un évêque aux vénérables cheveux blancs à la chasuble coruscante de pierreries, s\u2019apprêtait à donner la bénédiction nuptiale à un jeune homme et une jeune fille qui, en ce moment, tournaient le dos à Baruch.+ Une brillante assistance remplisisait la chapelle, et Baruch reconnut avec stupeur, parmi les invités aux brillantes toilettes, lord et lady Burydan, Fred Jorgell, Harry Dorgan, mistress Isidora, M.Bondonnat, Frédérique, Andrée et leurs époux, Oscar Tournesol, Régine, Agénor et le Peau-Rouge Kloum.| Cette stupeur se changea en une véritable horreur lorsque, dans un vieux gentleman mis avec une suprême élégance qui s'était tenu jusqu'a- Mais la=- lors caché derrière un pilier, Baruch reconnut à ne pouvoir s\u2019y tromper, William Dorgan lui-même! William Dorgan, dont l\u2019acte de décès avait été dûment dressé! William Dorgan, dont Cornélius et Fritz avaient retrouvé le cadavre sous les décombres du pont de Rochester et dont lui, Baruch.avait touché l\u2019héritage presque entier, après un retentissant proces avec Harry Dorgan! Baruch porta la main à son front avec un cri sourd.Il sentait sa raison chavirer en plein cauchemar, en pleine invraisemblance.H eut un moment, la pensée, qu\u2019on lui avait fait absorber quelqu\u2019un de ces poisons du cerveau qui, comme le haschisch, ont le pouvoir de déformer les perceptions des séns.Il se pinça jusqu\u2019au sang, il se frotta les yeux.pour être bien sûr qu\u2019il ne rêvait pas.Mais non! Tout ce qu\u2019il voyait, tout ce qu\u2019il entendait était d\u2019une réalité trop intense pour appartenir au domaine du songe.Il distinguait les moindres détails des toilettes ou des costumes, il pouvait compter les perles étincelantes œu cou des jeunes femmes.La rumeur des orgues bruissait encore à son oreille et le parfum de l\u2019encens montait à ses narines.Tout ce qu'il voyait avait donc une existence bien tangible.Baruch demanda comment tous ses ennemis se trouvaient, comme par un fait exprès, réunis là, dans cette chapelle.Il n'avait pu apercevoir encore le visage de la mariée, mais il tremblait de le deviner.Il avait peur de savoir.Au moment où'la jeune fille, en somptueuse robe de brocart d\u2019argent garnie de perles, se retourna pour la | ERC Be i r AR Ci Ei: Britt a à RT EERE wT Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE I .Montréal, octobre 1921 cérémonie de l'anneau, \u2018il ferma les yeux pour ne pas apercevoir son visage.Néanmoins, la curiosité fut la plus forte, il les rouvrit presque aussitôt.Il vit la fière dona Carmen Hernandez, tout à la fois souriante, extasiée, rougissante, échanger la bague nuptale avec Joë Dorgan!.Joë Dor- gan lui-même, le visage rayonnant d'intelligence et de santé! \" Baruch eut la sensation qu\u2019éprouve un homme qui roule dans un gouffre.I] poussa un cri d\u2019angoisse et s\u2019évanouit.Le docteur Cornélins Kramm était paisiblement occupé à travailler dans son laboratoire souterrain, en compagnie de son préparateur Léonello, lorsque son frère Fritz y fit brusquement irruption.Le visage du marchand de tableaux était blême, décomposé.Ses vêtements en désordre, son front couvert de sueur, montraient qu\u2019il était accourut précipitamment sans même faire usage de son auto.I1 s\u2019écroula plutôt qu\u2019il ne s'assit sur un siège placé à côté de celui de son frère.\u2014Qu'\u2019y a-t-il donc?demanda Con- nélius avec surprise.\u2014Tout est perdu! bégaya Fritz d\u2019une voix étranglée.Baruch est pris!.Dona Carmen est mariéel!.Que me chantes-tu là?.Tu es foul.Mais c\u2019est impossible, ce que tu me racantes!.\u2014Baruch n'a pas reparu à son hôtel depuis notre dernière entrevue, -et l\u2019on n\u2019a revu ni son auto ni son chauffeur.On ne sait ce qu'ils sont deve- nusil.\u2014Voyons! tu déraisonnes\u2026 .Si Baruch est arrété ou en fuite, dona Can- men n\u2019a pas pu se marier! - ' abattu.em 92 \u2014Voila bien le plus terrible ! C'est qu'elle a épousé Joë Dorgan.En- tends-tu?le vrai Joë Dorgan!.Mais William ce n'est pas toul encore.Dorgan est ressusecité!.\u201d Cornélius tombait de son haut.\u2014Ah çä! fit-il, je commence a croire sérieusement que tu divagues:.Soyons calmes, d'abord, pas d'énervement.Avant tout, de la logique et des faits précis! Ç \u2014Il n\u2019y en à que trop, hélas! de faits précis.murmura Fritz d\u2019un air \u2014 William Dorgan ne peut pas être ressuscité.puisque c\u2019est nous-mêmes qui avons reconnu son cadavre lors de l\u2019accident du pont de Rochester.\u2014Ge n\u2019était pas lui.William Dor- gan\u2014à çe que m\u2019a conflé un de nos affiliés qui est employé au parquet\u2014a introduit une demande en rectification d'état civil.Ramassé sur le lieu du sinistre par des amis, il a été soigné jusqu\u2019à ce jour dans une maison de santé, et il possède toutes: les preuves capables d'établir la vérité de ses affirmations.L'homme qu\u2019on a enterré à sa place est un certain Murray.Tout l\u2019échafaudage.de nos projets s\u2019écroule comme un château de cartes.\u2014Nous avons été roulés comme des enfants, comme des niais, par lord Burydan.Je vais réfléchir an meilleur parti à prendre.Mais explique- moi d'abord l\u2019histoire du mariage de dona Carmen, \u2014Rien de plus simple.La jeune fille était du complot.Je viens d\u2019apprendre, mais trop tard, qu\u2019elle a eu plusieurs entrevues Burydan et Andrée de Maubreuil.Andrée et Carmen, qui, toutes deux, avaient & venger la mort de leur pére Live secrètes avec lord) 11 42 the \u201clye Eu EE ne EE mountain Vol.14, No 10 ' LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 assassiné par Baruch, se sont entendues à merveille.Et c\u2019est ainsi qu\u2019a été organisée une comédie dont nous sommes nous-mêmes victimes aujour- d\u2019hui.\u2014Je comprends maintenant, reprit Cornélius \u2018Avec une: sourde exaspération, pourquoi l\u2019Espagnole se montrait si fière et si cérémonieuse aveo Baruch, pourquoi elle ne lui accordait que de si courtes entrevues.\u2014Elle en accordait de plus longues au véritable Joë, que, paraît-il, Bon- donnal, a complètement guéri.Elle le connaissait, d\u2019ailleurs, depuis longtemps, car William Dorgan et Pablo Hernandez avaient été autrefois en relations d\u2019affaires.\u201c\u201cPersuadée par lord Burydan et par Andrée, l\u2019Espagnole est fougueusement.entrée dans la combinaison qui devait assurer sa vengeance.Quant à Baruch il a disparu, et maintenant nous allons avoir à compter à la fois avec William Dorgan et le véritable Joë.\u2014Et sans doute, ajouta Cornélius d\u2019un air sombre, avec la police des Etats-Unis.C'est une vraie catastrophe.| \u2014Dont tu peux bien accuser ton imprudence! s\u2019écria Fritz avec colé- re.Si tu avais, dès le début, comme je le demandais, supprimer Joë Dorgan, nous n\u2019en serions pas réduits à cette extrémité.\u2014 Inutile de nous quereller.Tes reproches ne servent à rien, ne signifient rien! Nous avons la partie plus belle encore que tu ne penses.Nos contrats avec le trust de William Dor- gan sont parfaitement en règle.Il faudra plaider, et, d'ici là, il peut se passer bien des événements.\u2014 Mais si l\u2019on t\u2019accuse d'avoir opéré la transformation des mies?\u2014Il faudra me le prouver.Les procédés que j'ai employés sont connus.Je les ai expliqués moi-même dans plusieurs brochures qu\u2019a pu lire n\u2019importe quel médecin.Reprends courage, mon cher Fritz, rien n\u2019est encore désespéré.\u2014J\u2019aime à te voir cette belle con- flance, murmura le marchand de tableaux un peu calmé, mais que faut-il faire?\u2014Le plus pressé, c\u2019est de retrouver Baruch, de savoir ce qu\u2019ils en ont fait.C'est lui, en réalité, la seule et vivante preuve que l\u2019on puisse invoquer contre nous.\u2014Je vais m'en occuper.Aujour- d'hui même, Slugh se mettra en campagne avec une douzaine de nos plus habiles affiliés.Mais.crois-moi, il faut que nos adversaires soient bien sûrsde triompher pour se démasquer comme ils le font.\u2014C'\u2019est précisément cette assurance qui les perdra Une fois que nous aurons retrouvé Baruch, je t\u2019affirme, moi, que je ne serai pas embarrassé ! Il est heureux, d'ailleurs, que tu m'\u2019aies prévenu.Je vais mettre à profit le temps qui nous reste pour faire disparaître certains objets et certains papiers compromettants.\u2018\u201c\u201cCrois-moi, lord Burydan et sa bande n \"ont pas encore gagné la bataille, comme ils se I\u2019 imaginent! \u2014Je voudrais te croire.\u2014On n\u2019attaque pas ainsi un homme comme moi.Je suis célèbre! Je suis riche! Et j'ai à mes ordres les poignards de la Main Rouge.physiono- .° .° .» .e .Les deux bandits passèrent trois longues heures à prendre les mesures nécessaires à leur défense.\u2014 93 \u2014 SAO Ce AC) cote) bé AO OO Vo.14, No 10 Quand Fritz Kramm sortit de chez son frère, il avait reconquis sinon toute sa sérénité, au moins toute son au- daoe.- CHAPITRE V La coupe empolsonné Quand Baruch reprit connaissance, il fut tout surpris de ne plus se retrouver dans le cachot obscur d\u2019où il avait assisté au mariage de dona Carmen.On avait profité de son évanouissement pour le transporter dans une autre prison.C'était une chambre blanchie à la chaux, éclairée par une étroite fenêtre, garnie de forts barreaux de fer et meublée d\u2019un lit de sangle, d\u2019un escabeau et d\u2019une table.L'assassin pensa d\u2019abord qu\u2019on l\u2019avait enfin livré à la justice et qu'il était dans un des états pénitentiaires de l'Etat de New-York.Mais la vue d\u2019un grand pare qu\u2019il apercevait à travers les carreaux de la fenêtre, bien qu'on eût pris la précaution de les brouiller au lait de chaux, lui fit comprendre qu\u2019il se trompait.Il chercha vainement les raisons qui avaient poussé ses geôliers à le trans- fêrer là.; Décidément tout ce qui lui arrivait depuis le commencement de sa captivité était mystérieux.Voici quel était le véritable motif de ce transfert.(était dans le palais de dona Car- \u2018men qui, appartenant 4 la religion catholique, possédait une chapelle installée dans une des ailes de sa riche \u201c demeure, que Baruch avait pu assister à son mariage.Mais, après lui avoir infligé ce premier châtiment, la jeune fille eût voulu, tout de suite, que le LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 meurtrier de son père fût livré à la justice.Lord Burydan lui démontra bien vite que c\u2019était là une chose impossible.La découverte de la vérité eût causé un scandale dont Carmen elle-même \u2018et son mari eussent été les premières victimes.En outre, lord Burydan et Fred Jorgell tenaient beaucoup à ce que mistress Isidora, qui ne savait rien de ces événements, continuât à demeurer dans l'ignorance.La jeune femme demandait toujours de temps à autre, des nouvelles de son misérable frère, et on lui répondait constamment que sa santé était satisfaisante.mais qu\u2019il ne recouvrerait jamais la raison.Elle le croyait encore au Canada, et elle avait, à maintes reprises, pris la résolution d\u2019aller l\u2019y voir.Son mari et ses amis s\u2019étaient toujours arrangés de façon à ce qu\u2019elle ne pût mettre ce projet à exécution.Très bonne et très généreuse, dona Carmen n'\u2019eût voulu causer aucun déplaisir 4 mistress Isidora.Alors, elle déclara avec beaucoup de fermeté à lord Burydan qu'elle voulait que la mort de son père fût vengée, et que, d\u2019un autre côté, elle ne pouvait conserver plus longtemps dans son palais I'infame scélérat dont la présence sous son toit lui causait un insurmontable dégoût.La question était embarrassante.Pour la résoudre, lord Burydan réunit, dans une secrète conférence, William Dorgan, Fred Jorgoll, l'ingénieur Harry et M.Bondonnat.La discussion fut longue et animée.Les \u2018uns étaient d\u2019avis que Baruch, auquel on restituerait sa véritable physionomie, fût réintégré dans le \u2018\u2019Lunatic Asylum\u2019\u2019; d'autres voulaient qu'on se débarrassât simplement de ce misé- AR) RAS Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, | octobre 1921 » rable d'un coup de revolver, comme on fait d\u2019un chien enragé.Ce fut Fred Jorgell lui-même qui trancha la question.| \u2014Mes amis, dit-il, d'une voix grave, puisque j'ai le malheur d\u2019être le père d'un pareil monstre, c\u2019est à moi seul qu\u2019appartient le droit de le châtier.Je demande donc que ce fils indigne soit remis entre mes mains.Vous pouvez compter que je ne faillirai pas à ma täche de justicier.Baruch doit recevoir Le châtiment qu\u2019il a mérité! Un profond silence accueillit ces paroles, qui mettaient fin à la discus- Personne ne s\u2019opposa à ce que demandait l'inexorable vieillard.C\u2019est ainsi que Baruch fut transporté dans une propriété que possédait Fred Jorgell dans la banlieue de New- York, propriété qui se composait d'un parc au centre duquel était édifiée une villa, inhabitée depuis de longues années > \u2026 L\u2019assassin passa le restant de la journée en proie à une indicible angoisse, Il eût voulu, à tout prix, connaître la vérité, sortir de la torturante indécision où il se trouvait.Par moments, il avait de véritables accès de rage, en songeant que, pendant qu\u2019il languissait entre les quatre murs d\u2019un cachot, son sosie Joë Dor- gan s\u2019installait à sa place et jouissait sans doute, près de la belle Carmen, des douces prérogatives d\u2019un époux.\u2014Que suis-je donc, moi, maintenant?s\u2019écria-t-il en grirçant des dents.Je ne suis plus Joë Dorgan, je ne suis même plus l\u2019assassin Baruch! Je n'existe plus que comme un spectre vivant, qui n\u2019a ni nom ni personnalité légale! Je suis à la merci du premier - venu qui voudra me tuer puisque, socialement parlant, \u2018\u2018je n'existe pas!\u2026\u201d Baruch fut tiré de ces affligeantes réflexions par la venue d\u2019un geôlier qui lui apportait des vivres.Dans cet homme, qui était d\u2019une taille colossale, il reconnut le géant Goliath, à la description que Slugh lui en avait faite, et, dès lors, il n'eut plus de doute sur ga situation.Il était évident qu\u2019il était tombé entre les mains de lord Burydan, de qui il n'avait, & coup sûr, aucune pitié à attendre.Cette découverte lui porta un coup terrible, il eût préféré mille fois être dans les mains de véritables bandits ou même de policiers.Avec les bandits, il en eût été quitte pour une rançon ; avec les policiers, il se fût réclamé de la Main Rouge, qui avait parmi eux de nombreuses et puissantes acoointances.De tels procédés n'étaient nas de mise avec des gens comme lord Burydan et Fred Jor- gell, qu'on ne pouvait ni séduire ni tromper.| Baruch s\u2019était fait toutes ces réflexions en l\u2019espuce de quelques secondes.Il pensa qu'il pourrait peut- être obtenir des éclaircissements de son geôlier.: \u2014Qui êtes-vous, mon ami?lui dit- il de sa voix la plus affable.Goliath, pour toute réponse, mit un doigt sur ses lèvres et roula de gros yeux féroces, donnant à entendre qu'il lui était défendu de parler.Il n\u2019y avait décidément rien à faire de ce côté.Le géant avait mis le couvert et posé sur la table le repas du prisonnier.Baruch avait faim.En dépit de ses préoccupations, il mangea de grand appétit, sous la surveillance de son si- Sout 95 \u2014 ; RT I +i Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 lencieux geôlier, qui ne le quitta pas des yeux une seule minute.Le repas fini, Goliath, enleva le couvercle et se retira.Baruch remarqua alors que la porte massive et blindée comme celle d\u2019un coffre-fort, était munie d\u2019un guichet, à travers lequel on pouvait le surveiller à tout instant.En proie à un sombre désespoir, que ses réflexions ne faisaient qu\u2019augmenter, l'assassin se jeta sur son lit de sangle et essaya de dormir.Brisé par la fatigue et les émotions, il tomba dans un profond sommeil et il fut tout surpris, en rouvrant les yeux, de voir qu'il avait passé la nuit entière à peu près paisiblement.Le soleil brillait joyeusement aux vitres de l\u2019étroite fenêtre.Baruch regarda quelque temps les grands an- bres du parc; puis il arpenta sa cellule de long en large en bâillant.Il ressentait déjà les premières atteintes de cette neurasthénie aiguë à laquelle succombent, tôt ou tard, ceux qui sont condamnés à la réclusion.Il y avait des moments où il eût désiré être jugé, condamné, exécuté même, pour échapper à cette existence d\u2019inaction et d\u2019effroyable monotonie.Il avait la pénible sensation d\u2019ê- tre pour toujours séparé du monde des vivants.\u201cIls n\u2019oseront pas me tuer ! son- geait-il en crispant les poings avec rage, ils vont me laisser crever d\u2019ennui dans ce trou, pour ne pas charger leur conscience d\u2019un meurtre!.Ah! j'aimerais cent fois mieux en avoir fini tout de suite!.Ces hypocrites m\u2019assassineront & petit feu! Un coup de poignard serait préférable!.\u201d \u2018Cette journée parut à Baruch d\u2019une durée interminable.Il la passa étendu sur son lit, ou se promenant de long en large dans sa cellule comme un tige en cage.Il était maintenant convaineu qu\u2019on avait décidé de son sort et qu'il ne quitterait jamais sa prison.T1 se trompait.Vers la fin de l\u2019après-midi, la porte s\u2019ouvrit brusquement Goliath entra, précédant respectueusement un vieux gentleman, dans lequel Baruch reconnut, avec saisissement, son véritable père, le milliardaire Fred Jorgell.Tous deux se regardèrent quelques instants en silence.Mais, malgré toute son insolence et toute son audace, Baruch fut obligé de baisser les yeux sous le regard sévère du vieillard.\u2014Je ne croyais jamais vous revoir, dit Fred Jorgell d\u2019un ton glacial.Je pensais, comme tout le monde, qu'après les premiers crimes que vous avez commis, vous aviez perdu la raison.Et, certes, je m\u2019en \u201capplaudissais.\u201cMes amis pouvaient ainsi prétendre, avec quelque vraisemblance, que leg assassinats de Jorgell-City, que le meurtre de M.de Maubreuil n\u2019étaient que le résultat d\u2019une sanglante démence.Je sais maintenant que vous possédiez parfaitement votre raison, que vous n'avez jamais cessé d\u2019être parfaitement intelligent, parfaitement conscient de vos actes! Les yeux baissés, Baruch écoutait son père sans mot dire, se demandant à quoi tendait ce préambule.\u2014 Vous avez une première fois échappé au châtiment, continua le vieillard, et cela par un crime plus monstrueux que les précédents.Mais tout à une fin Il est temps de mettre un terme à vos exploits, et, cette fois, ni la science infernale du docteur Cor- nélius, ni les poignards de la Main Rouge ne réussiront à vous sauver!.bb = ts .a 2 , one PB sea Baruch reconnut, à cet ordre, la prudence de Cornélius.\u2014Les lords ont eu raison.dit-il.Mais apprends-moi donc où je me trouve?\u2014T'out simplement dans la banlieue de New-York, et j'ai ici une auto qui vous conduira où vous voudrez.\u2014Eh bien, soit! Mais pas de paroles inutiles! J'ai hâte d\u2019être déjà hors d'ici.Baruch monta sur l'escabeau qu\u2019fl avait hissé sur la table et, avec l\u2019aide de Slugh, il passa par le trou pratiqué dans le plafond et se trouva dans un grenier, d'où il fut facile aux deux bandits de gagner le paro, à l\u2019aide d\u2019une échelle.La même échelle leur servit aussi à franchir le mur d'en- ceinte- Pt, enfin, Baruch eut la satisfaction de se retrauver dans une aubd \u2014Jl\u2019automobile de fantôme elle-mê- me\u2014 qui, pilotée par Slugh, partit à toute allure dans la direction de New- York, dont les lumiéres formajent an fond de I\u2019horizon, comme une brume de clarté.Baruch éprouvalt une Immense ef tisfaction en se voyant si miraculecs sement sauvé, après avoir été pour ainsi dire effleuré par les ailes de la mort.Il aspirait ævec délices l'air frais de lea nuit, se jurant en lui-même de ne plus tomber aussi sottement entre les mains de ses ennemis.\u2014Libre! s\u2019écria-t-il avec une sorts d'iveeese, je suis Kbre! Je vale domp pouvoir prendre ma revanche! Is ont eu la sottise de me laisser échappez, ils m'ont manqué, mais moi je ne leg manquerai pas!.Se conformant aux ordres qu\u2019fl avait reçus, Slugh déposa Baruch à l'entrée de la trentième avenue, et, après lui avoir courtoisement demars fes cor be ; ; But, Jil, a bh. Vol.14, No 10 dé s\u2019il n'avait besoin de rien, il remonta en auto et disparut.Baruch Jorgell ne se trouvait qu\u2019à quelques pas de l\u2019hôtel habité par lee docteur Cornélius.Il s\u2019y rendit aussi - tôt, bien sûr qu'il y était attendu.La petite porte du jardin avait été laissée ouverte à son intention, Il entra.après s'être assuré que personne ne l\u2019avait suivi, et se dirigea vers l\u2019hôtel, dont quelques fenêtres étaient encore éclairées.Il ne rencontra sur son passage aucun serviteur.Le vestibule, le salon et les autres pièces du rez-de-chaussée où il pénétra successivement étaient désertes.On eût dit que la maison avait été abandonnée.Mais Baruch connaissait les aîtres.Il alla droit à l'ascenseur.Quelques, minutes plus tard, il frappait à la porte du laboratoire souterrain.| Ce fut Cornélius qui vint lui ouvrir.Tous deux se serrérent la main avec effusion.| \u2014Mon cher Baruch, dit le docteur, je suis charmé de vous revoir en liberté.Je viens d\u2019apprendre, il y a une demi-heure à peine, le succès de votre évasion.- \u2014(Comment! vous saviez déjà?.murmura Baruch avec surprise.\u2014Oui.Un de nos affiliés m\u2019a téléphoné sitôt que vous avez été hors de votre prison.\u2014 Je vous dois tous mes remerciements pour votre intervention.Slugh est arrivé juste à point.I] m\u2019est appa- Tu Comme un messager céleste au moment même où j'appuyais de canon d'un revolver sur ma tempe, Cornélius fronça le sourcil.\u2014Vous vouliez done vous suicider?fit-il avec une subite méfiance.\u2014Je voulais, n\u2019est pas le mot, j\u2019étais forcé de me suicider, LA REVUE POPULAIRE ~ Montréal, octobre 1021 En quelques phrases rapides, Baruch raconta & Cornélius ses aventures des jours précédents.Tout en parlant, ils étaient entrés dans le laboratoire, où se trouvaient déjà Fritz et Léonello, que Baruch mit aussi au courant de sa captivité et de son évasion.Ses regards, pendant qu\u2019il parlait.erraient distraitement autour de lui.Il constata qu\u2019un grand nombre des appareils et des moulages coloriés qui garnissaient les murs et les vitrines avaient disparu.\u2014T1 me semble, fit-il, qu\u2019il y a chez vous quelque chose de changé.\u2014Oui, répondit Fritz, nous avons dû prendre quelques précautions, détruire certains objets compromettants car il n\u2019y aurait rien de surprenant à ce que la police fit ici une perquisition.Et Fritz, à son tour, mit Baruch au courant de ce qu\u2019il ignorait, et lui fit comprendre la gravité de la situation.Tous trois demeurèrent quelque temps silencieux, comme si nul n\u2019eût voulu émettre son opinion le premier.\u2014Que faut-il faire?demanda enfin Baruch avec agitation.\u2014I] ne vous reste, répondit Gorné- lius, qu\u2019un seul parti à prendre.C\u2019est de fuir le plus vite possible.Cette nuit même, à l\u2019instant.Et de vous en aller très loin, jusqu\u2019à ce que nous ayons réparé l\u2019échec que nous venons de subir., Baruch était atterré, anéanti.\u2014Je n'aurais jamais cru, fit-il, à une catastrophe aussi complète.C\u2019est ÿ * l'écroulement de tous nos projets!.Pour mon compte je ne crois pas que | cet échec soit réparable.\u2014Vous avez tort, fit hypocritement Cornélius.Nos adversaires ne sont pas immortels.Les trains peuvent dérail- F \u201c ler, les paquebots sombrer, les mai- \u2014 100 \u2014 | u_- = = = «© == Ss > T= HI = 2 prie eat ere LTTE cena a OU Cet Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 sons sauter.Il pourrait suffire d\u2019un seul de ces accidents pour rétablir complètement nos affaires! J\u2019ai gagné autrefois des parties plus difficiles! \u2014-Vous me rendez un peu d\u2019espoir, murmura Baruch avec :accablement.Je vais vous obéir de point en point.\u2014Tout a été disposé pour votre fuite.Dans une heure, vous serez à bord d\u2019un paquebot dont le capitaine est des nôtres et qui met à la voile pour les Antilles.\u2014 Mais, dit Fritz avec un bizarre sourire, vous devez avoir besoin d\u2019argent.Voici toujours une liasse de bank-notes pour parer au plus pressé.Vous en recevrez d\u2019autres, sitôt votre arrivée à la Havane.\u2014 | \u2014J\u2019accepte les bank-notes, fit Baruch en serrant le portefeuille que Fritz lui tendait.Je voudrais bien aussi que vous me fassiez donner quelque chose à boire; j'ai la gorge sèche, je meurs de soif.Sur un geste de Cornélius, Léonello apporta trois coupes et alla chercher, dans la glacière où elle était tenue au frais, une bouteille d\u2019extra-dry.Fritz et Cornélius trinquèrent au bon voyage de leur complice.Baruch se leva et se disposa à partir.\u2014Léonello va vous conduire jusqu\u2019au paquebot dans-mon automobile, dit Cornélius.Il ne vous quittera que quand vous serez monté à bord.Adieu done, mon cher Baruch, et bon voyage! Les trois bandits échangèrent un dernier et cordial shake-hand.Baruch se dirigea vers la porte du laboratoire, suivi à quelques pas par Léonello, qui s\u2019était courtoisement effacé pour le laisser passer le premier.Comme l'Italien allait entrer dans le vestibule, il se retourna et échangea un rapide coup d'oeil avec le docteur Cornélius.Baruch entrait déjà dans l\u2019ascenseur.Au moment précis où, tournant le dos à Léonello, il baissait la tête pour franchir la porte de la cage vitrée, l\u2019Italien, d\u2019un geste prompt comme la foudre, le frappa d\u2019un coup de stylet aigu à la base du crâne.Le coup avait été porté avec une sûreté et une précision qui eussent fait honneur à un spadassin de profession.La pointe affilée de l\u2019arme avait atteint la moelle allongée, l\u2019endroit que les anciens anatomistes appelaient le \u2018\u2018noeud vital\u201d et dont la moindre lésion amêne une mort foudroyante.Baruch roula comme une masse sur les coussins de l'ascenseur.Il était mort sans avoir poussé un cri.Léonello essuya sur les vêtements du mort le stylet à peine rougi et rentra danis le laboratoire.\u2014C\u2019est déjà fait ?demanda Fritz avec surprise.\u2014 Oui, maitre ! répondit l'Italien avec un calme parfait.\u2014 Maintenant, dit Cornélius, il faut, sans perdre une minute, porter ce cadavre dans le four électrique et y lancer un courant aussi puissant que nos accumulateurs pourront le fournir.Avant une demi-heure, il n\u2019en restera qu'une poignée de cendres.Léonello chargea aussitôt sur ses épaules le cadavre encore chaud et alla le déposer dans l\u2019intérieur du four électrique.\u2014C'est curieux, murmura soudain Fritz devenu songeur, Baruch meurt presque dans.les mêmes conditions que le chimiste français, M.de Mau- breuil, qu\u2019il assassina autrefois! \u2014Ne croirais-tu pas à la Providence?s'écria sarcastiquement le sculp- \u2026\u2014 101 \u2014 + 4} hy! . Voi.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréai, octobre 1921 teur de chair humaine.Moi, j'y crois.Ce doit être elle qui nous a permis de nous débarrasser si aisément de Ba- ruoh, qui ne pouvait que nous compromettre, et dont nous avions retiré toute l'utiKté possible.\u2014\u2014D'une façon ou d'une autre, il n\u2019eurait pas été très gênant, reprit Frîtz, puisqu'il devait, cette nuit mê- mre, se brûler la cervelle.Si j'avais été prévenu de cela, je n'aurais certes pas dérangé Slugh pour le faire éveder.\u2014 Cette disparition me met tout à fait à l'aise.Que lord Burydan et sa bande osent maintenant porter plainte contre moi! Il leur sera impossible de prouver une seule de leurs accusations.Baruch était une vivante pièce à conviction, et maintenant il n\u2019en reste rien.\u2014Qe qu'il y a de mieux, reprit Fritz aveo un sourire de satisfaction, d'est que nous avons touché notre part du trust des maïs et cotons.\u2014Sans oublier qu'il nous reste encore un grand nombre de diamants de M.de Maubreull.Cornélius s\u2019interrompit brusquement.Depuis quelques instants il jetait des regards anxieux dans la direo- tion du four électrique \u2014Que fait donc cet antmal de Léo- nello?grommela-t-il.Nous devrions déjà sentir la chaleur du four.Est-ce que par haserd, le courant serait in- ferrompu?Ce serait alors une vraie makohanoe! Le soulpteur de chair humaine s\u2019était levé d\u2019un mouvement brusque et s'était dirigé vers le four.A peine avait-il tourné les talons que Fritz tira de sa poche un petit flacon et laissa tomber quelques gouttes de son contenu dans la coupe de Gornélius, qui était dameurée à demi pleine après le départ de Baruch.Puis il reboucha le flagon.le fit disparaître avec prestesse et se leva pour aller rejoindre son frère, en simulant un grand intérêt pour l\u2019acoident arrivé à l'électricité.\u2014Qu'allons-nous faire, dit- 11 ai la courant vient à manquer?Nous - serons obligés d'attaquer le corps à l\u2019aide des acides ?\u2014Nous n\u2019aurons pas cette peine, ricana Cornélius, le courant marohe de nouveau à merveille.Dans une minute, la température dépassera deux mille degrés dans l\u2019intérieur du four.\u2014Où est donc Léonello ?\u2014 11 est allé me chercher une clé \"anglaise L\u2019Italien revint, en effet, un instant après, tordit un fil, resserra un boulon et les portes de métal me tardèrent pas à devenir inoandescentes malgré l\u2019amiante dont elles étaient doublées.Une violente chaleur força les trois bandits de se retirer à l\u2019autre extrémité de la pièce.\u2014Le rayonnement de ce four est insupportable, dit Cornélius du ton le plus naturel.Rien que d\u2019être demeuré quelques minufes dans son voisinage, je me sens la gorge desséchée.Je vais boire un peu.\u2014Moi, de même! - Fritz ot Cornélius se rapprochèrent de la table.Léonello acheva de remplir les coupes, qui étaient à moitié vides et il g\u2019en servit une lui-même.Tous trois burent la pétillante liqueur jusqu\u2019à la dernière goutte.\u2014JI1 me semble, dit Cornélius d\u2019un ton singulier, que oe vin a un goût bi- Zarre.\u2014Je ne trouve pas, moi, répondit Fritz.qui rougit imperceptiblement.\u2014Vois-tu que je me sois empoisonné, ajouta le dooteur d\u2019un ton de cin- => Eo se BE w LS BT a = = 2 = RR 0 Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 glante raillerie.C\u2019est pour le coup, que tu serais en droit de dire qu'il y a une Providence.Sans compter que je te laisseraig un héritage assez rondelet.\u2014Pourquoi parler de cela ?mun- mura Fritz avec embarrass.\u2014 Bah! il faut bien dire quelque chose.Mais qu'as-tu done?II me semble que tu es pâle! \u2014e n'est rien, balbutia le marchand de tableaux qui ressentait depuis quelques instants un commencement de malaise.J'ai la tête lourde.\u2014Tant mieux, que ce ne soit rien.Je reviens à ma plaisanterie de tout à l'heure.Je disais donc que je te laisserais, mon cher Fritz, un héritage assez important.Puis, faisons une supposition.vo \u201cMon cher Fritz se dti un beau matin que son legs se fait décidément bien attendre, que le dooteur Corné- lius est un parent compromettant, et que ce serait vraiment un très heureux hasard, si le dit Cornélius venait à mourir de mort pubite.: \u2014Je n'ai jamais eu une parellle pensée! protesta Fritz dont le visage s'était couvert d\u2019une pâleur livide, mais ne me parle plus ainsi.\u2014Je plaisante.Laisse-moi continuer ma petite histoire.La mort de son excellent frère Cornélius est donc devenue chez Fritz une idée fixe, et, comme dit un proverbe, \u201c\u2018l'ocoasion fait le larron\u201d.Un beau jour que les deux frères sont à boire tranquillement une coupe de champagne, Fritz profite de ce que Cornélius a le dos tourné pour jeter du poison dans gon verre.\u2014Grâce! grâce! balbutia Fritz qui commençait à sentir dans ses entrailles comme la brûlure d\u2019un fer rouge.Cornélius continua, avec une tranquillité parfaite: / - \u2014Heureusement pour lui, Corné- lius, sur qui veille la Providence dont nous parlions tout à l'heure, a vu dans la glace de Venise le geste.pourtant rapide, de son cher Fritz.Que fait Cornélfus?Il dit un mot à l\u2019oreille de son fidèle Léonello.Celui-ci va au fond du laboratoire sous prétexte de chercher une clé anglaise et change les verres, de sorte que.Pendant cette explication, Léonello s\u2019était éclipsé.Fritz se tordait sur sa chaise.L'effet du poison était si rapide que déjà son visage se marbrait de larges plaques rougeâtres.\u2014Grâce, Cornélius! répétait-il d\u2019une voix déchirante en jetant le flacon dont il s\u2019était servi sur la table ! Tu dois avoir le contre-poison, ajouta-t- if.Je l\u2019ai, répondit froidement Corné- lius.\u2014Donne-le-moi } Tu peux encore me sauver| \u2014Non! \u2014Je t'en supplie!\u2026 \u2014 Non! Tu m'as trahi, tu mourras! Fritz n\u2019avait plus même la force de parler.I1 poussait des gémissements inartioulés, tordent vainement ses mains suppliantes vers Cornélius, qui le regardait avec un sourire inflexible.Subitement, Fritz battit l\u2019air de ses \u2018bras, roula à terre.Tout son corps fut agité de spasmes violents.Puis, brusquement, il demeure immobile.Le poison avait fait son oeuvre! Cornélius oria de loin: \u2014Léonello ! H faudra porter ce corps dans le four électrique avec l\u2019autre! Léonello apparut au bout d\u2019un Instant.Mais son visage était bouleversé.\u2014Maître ! s\u2019éorla-t-il, nous avons | attendu trop longtemps ! L'hôtel est cerné | La rue est barrée par un cordon wot JOB we: is Sa vis, SOS | Vol.14, No 10 de policemen, et il y a des détectives plein le jardin!.\u2014Alors, vite! Fuyons! Nous avons encore quelques minutes devant nous! Ouvre la porte de fer pendant que je prendrai les papiers de Fritz- Une minute après, les deux bandits s'engageaient dans une issue secrète qui aboutissait au laboratoire.Ils refermèrent avec soin, derrière eux, la porte blindée qui y donnait ac- cès- À peine venaient-ils de disparaître, qu\u2019une cinquantaine de détectives, le revolver au poing, firent irruption dans le laboratoire.Mais au même moment une terrible commotion ébranla le sol.Une gerbe de flammes enveloppa l'hôtel lançant de tous côtés des moellons-.des poutres et des débris embrasés- Le laboratoire du sculpteur de chair humaine venait de sauter- CHAPITRE VI Epllogue La nouvelle de l'explosion de l\u2019hôtel du docteur Cornélius Kramm eut, dans toute l'Amérique, un profond retentissement; dans certains milieux dévots, protestants ou catholiques, on affirma que c\u2019était le diable en personne qui, sur un cheval de feu, était venu emporter, tout vivant, dans les enfers, le sculpteur de chair humaine- Ailleurs, le bruit s'était répandu que c\u2019étaient Cornélius et Fritz les grands chefs, les lords de la Main Rouge, et cette découverte causait dans la socié- {6 new-yorkaise une émotion considérable.1 Pendant trois jours, un cordon de policemen entoura les ruines de l'hôtel, et des détectives, assistés d\u2019une LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 escouade de travailleurs, explorérent les décombres- On retrouva plusieurs cadavres, plus ou moins défigurés.Celui de Fritz Kramm fut le premier qu'on put identifier; un autre, découvert dans un four électrique et à demi carbonisé, était absolument méconnaissable.On supposa, avec quelque vraisemblance, que c'était celui de Léonello, qui, trop bien informé des secrets de son mai- tre, avait dû être assassiné par lui.Seuls, lord Burydan et Fred Jorgell, mis en présence du corps, avaient parfaitement reconnu Baruch.Mais ils gardèrent pour eux leur secret, et le nom de l'assassin de M.de Maubreuil ne fut même pas prononcé au cours de l\u2019instruction qui fut ouverte pour essayer de déterminer les causes de l\u2019explosion, où plus de cinquante policiers avaient perdu la vie.Quelques-uns des hauts fonctionnaires du Police Office connurent la vérité.Mistress Isidora, à laquelle on ne voulait causer aucun chagrin inutile, ne soupçonna jamais de quelle façon son misérable frère était mort.Ce ne fut que de longs mois après, qu\u2019une lettre du Canada lui annonça que le dément de la Maison Bleue s'était éteint doucement, sans avoir recouvré la raison- Lorsque l'on eut terminé le déblaiement, on se trouva en présence du cadavre de Cornélius affreusement mutilé, mais, au dire des détectives, suffisamment reconnaissable.: Un fait qui causa beaucoup d\u2019étonnement, c\u2019est qu\u2019on ne trouva trace, ni dans les banques, ni dans les ruines de l'hôtel, des sommes considérables en or et en bank-notes que possédait Cor- nélius, au vu et au su de tout le monde.On supposa que le docteur avait été prévenu à l\u2019avance de l\u2019arrestation qui le menaçait et qu\u2019il avait mis son __\u2014 104 \u2014 ~~ J ee eme Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 argent en lieu sûr, en le confiant à quelqu'un des affiliés de la Main Rouge., Quant à la fortune de Fritz, elle eut une destination inattendue- I existait chez un notaire de New-York un testament en bonne et due forme, par lequel Cornélius, Fritz et Joë Dorgan se léguaient réciproquement tout ce qu\u2019ils possédaient.Ce fut donc le véritable Joé Dorgan, I\u2019époux de Carmen, qui entra en possession des vastes magasins remplis de tableaux et d'objets d'art.Le jeune milliardaire ne voulut garder de cette fortune suspecte que quelques tableaux sans valeur et les diamants provenant du vol commis chez M.de Maubreuil, dont un certain nombre n\u2019avaient été ni taillés ni ven- dus- Ce testament, que Fritz et Cornelius avaient imposé à leur complice Baruch eut pour conséquence de rendre Joë seul propriétaire du trust des maïs et cotons.Il s'empressa de partager intégralement avec son frère.l'ingénieur Harry, les capitaux provenant de cet héritage.Un moment, certains journaux, probablement dans une intention de chan- - tage, insinuèrent que Joë Dorgan avait été en trop bons termes avec les deux frères pour ne pas être leur complice Mais les hauts fonctionnaires de la police de New-York, parfaitement au courant de la véritable personnalité de Baruch, eurent vite fait de réduire au silence les maîtres chanteurs.\u201d Débarrassée de ses adversaires financiers, la Compagnie des Paque- bots-Eclaits entra dans une ére de prospérité qu'elle n'avait jamais connue, et, bientôt.elle fusionna avec le trust des maïs et cotons, où lord Bury- dan possédait une part d'actions très importante.Fred Jorgell et William Dorgan, devenus inséparables, avaient abandonné la direction des deux trusts à Joë et à Harry.Ces derniers auraient été ravis de garder près d\u2019eux\u2014à de royaux ap- pointements\u2014l\u2019ingénieur Paganot et le naturaliste Roger Ravenel, dont ils avaient pu apprécier le mérite; mais, après tant d'aventures, les deux jeunes gens et leurs femmes, Andrée et Frédérique, désiraient revenir en France.M- Bondonnat, lui aussi, réclamait à grands cris san laboratoire et ses magnifiques jardins du p&ys breton.Les Français demeurèrent encore un mois près de leurs amis de New- York; puis ils s\u2019embarquérent sur l\u2019\u2018\u2019Ariel\u2019\u2019, que lord Burydan tint à commander lui-même pendant la traversée de New-York à Brest- Andrée et Frédérique, en se séparant d\u2019Isidora et de Régine, leur avaient fait promettre de venir les voir en France, à la première occasion fa- vorable- : Les Américaines tinrent leur promesse, six mois plus tard, à l\u2019occasion d\u2019une fête de famille qui réunit dans la propriété de Kérity-sur-Mer tous les amis de l\u2019illustre Bondonnat- À huit jours de distance, Andrée et Frédérique étaient devenues mères.La fille d\u2019Andrée fut appelée Frédérique, le fils de Frédérique, Prosper, ainsi que l'avait désiré son grand-pès- re jours et donnèrent lieu à des réjouissances dont on n\u2019a pas perdu le souvenir dans ce coin de Bretagne- M.Bondonnat, qui venait de rem- [E: porter 1s prix Nobel, à la suite de la publication de son beau livre, * La \u2014 105 \u2014 RIT A CAT UE Les fêtes du baptême durèrent huit - Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 Conscience des végétaux\u201d, put voir réunis autour de sa table presque tous ceux qui, de près ou de loin, avaient pris part à ses fantastiques aventures.C\u2019était d\u2019abord Harry Dorgan et mistress Isidora qui avaient voulu tenir ,sur les fonts baptismaux, la petite Frédérique Paganot.tandis que Joë Dorgan et Carmen étaient les parrain et marraine du petit-fils de M- Bon- donnat.William Dorgan et Fred Jorgell étaient venus aussi heureux de revoir le vieil ami dont la science et l\u2019abnégation leur avaient rendu de si grands services Les deux milliardaires étaient chargés de cadeaux qui eussent, par comparaison, fait taxer de mesquinerie et d\u2019avarice les génies des Mille et une Nuits et les princesses deg contes de fées M.Bombridge, qui était en train de devenir milliardaire grâce à la création par sélectionnement d\u2019un escargot géant exceptionnellement savoureux, n\u2019avait pu venir, absorbé par le souci des affaires; en son lieu et place, il avait délégué sa fille, la gentille Ré- gine, et son gendre, Oscar Tournesol.C\u2019est avec la plus profonde émotion que l'ex-bossu mit le pied sur le sol de la terre natale et qu\u2019il revit ses bienfaiteurs et ses amis, M.Bondonnat et sa famille Il fut aussi très heureux de revoir son camarade, le Peau-Rouge Kloum, qui était venu avec lord Burydan, le cosaque Rapopoff, à présent garçon de \u2018laboratoire, et la petite Océanienne Hatôuara, qui avait quitté, pour assister au baptême, l\u2019institution parisienne où elle faisait ses études- Ce fut également une grande joie pour lui de se rencontrer avec lord Burydan, qu'accompagnait l\u2019indispensable Agénor- Depuis son mariage, l\u2019excentrique avait cessé d\u2019occuper l\u2019attention des feuilles humoristiques des deux mondes En revanche, il était complètement guéri de sa neurasthénie, et c\u2019est à la charmante Ellénor, à \u2018la dame aux scabieuses\u201d\u2019, qu\u2019il attribuait, non sans raison, tout le mérite de cette guérison- M.Bondonnat n\u2019avait eu garde d\u2019oublier dans ses invitations Lorenza et son mari, le peintre Grivard, qui avait commencé quelques semaines auparavant, un superbe portrait du vieux savant.Tout le monde admira la beauté de la guérisseuse de perles, dont la santé, un instant compromise par les privations qu\u2019elle avait endurées pendant sa captivité chez les bouddhistes, était plus florissante que jamais Le chien Pistolet, comme on peut le penser, eut aussi sa part des réjouissances et, s\u2019il n\u2019eût été un animal presque aussi raisonnable et aussi sobre qu\u2019un être humain, il fût certainement mort d'indigestion, tant il lui fut offert de sucreries, de gâteaux et de friandises de toutes sortes La semaine que durèrent les réjouis\u201d sances s\u2019écoula avec la rapidité d\u2019un réve- Ce fut avec un vrai chagrin que les invités de M- Bondonnat songèrent enfin à se séparer de leurs amis- La veille du départ, le vieux savant et les deux milliardaires se trouvaient seuls sur une des terrasses du magnifique jardin de la villa.Les massifs de fleurs embaumaient l'air; le ciel étincelait de milliers d\u2019étoiles- On entendait, dans le lointain, la chanson murmurante de la mer contre les rocs.Les trois vieillards demeurèrent longtemps silencieux, prêtant l'oreille au bruit des rires et des voix joyeuses qui w\u2014 106 \u2014 J A EEE Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 s\u2019échappaient de le villa aux fenêtres iMuminées- \u2014Eh bien, demanda tout à coup M.Bondonnat, et la Main Rouge?\u2014(omplètement anéantie, répondit Fred Jorgell- Le gouvernement américain s\u2019est enfin décidé à prendre des mesures énergiques Plus de dix mille arrestations ont été opérées.Le Police Office a été épurd.On a révoqué tous les détectives qui, de près ou de loin, avaient appartenu à la sanglante association.Un seul des bandits que nous avons connu & pu échapper à toutes \u2018les recherches.C\u2019est Slugh.\u2014Que peut-il bien être devenu?\u2014On suppose qu\u2019il s\u2019est retiré dans un des cantons perdus de la frontière mexicaine, où il existe encore des bandits La dernière fois que j'ai entendu parler de lui, c\u2019est lorsqu\u2019il tenta de mettre à sao l\u2019hacienda de San-Ber- nardino, qu\u2019habitent toujours Dorypha et son mari.Les tramps, en cette oir- constance, rencontrèrent une résistance à laquelle ils ne s\u2019attendaient pas- Trois d\u2019entre eux restèrent sur le carreau, et Slugh fut gravement blessé.| \u2014Fit nos amis de la Matson Bleue?demanda encore M.Bondonnat.\u2014C'est moi, répondit William Dor- gan, qui suis à même de vous donner dé leurs nouvelles- Ils sont très heureux.Lord Fesse-Mathieu, qui est mort le mois dernier, leur a laissé une fortune princière- On a découvert après son décès, dans un caveau soigneusement blindé, un trésor de près d\u2019un million de dollars en or et en bank-notes- \u2014J\u2019espère, dit Ie vieux savant avec un sourire, qu\u2019ils en feront un meil- ieur usage que le baronnet.Puis, passant brusquement à une autre idée: \u2014Souvent, murmure-t-il, 11 m'er- rive de penser à 0e mystérieux docteur Cornélius qui est mort en emportant son secret- C'est pour moi une - p .sionomie inoubliable.\u2014Croyez-vous qu'il soit mort ?dit Fred Jorgedl \u2014On a retrouvé son oadavre, fit William Dorgan.\u2014Etait-ce bien le sien?Vous savez mieux que personne, monsieur Bon- donnat, que le soulpteur de chair humaine excellait dans l\u2019art de truquer les pièoes anatomiques- Or, il y avait à l'Île deg Pendus un bandit qui offrait la ressemblance exacte de Cor- nélius et qui n\u2019a jamais été retrouvé.N'est-ce pas le cadavre de ce bandit qui a été exhumé des décombres ?Voilà ce que je me suis souvent demandé avec une certaine perplexité.\u2014Mais par où se serait-il échappé?reprit William Dorgan \u2014Je n'ose rien affirmer.Mais on s'est aperou, en déblayant le terrain, i qu\u2019un couloir, aboutissant à un ancien égout et fermé d\u2019une porte de fer, communiquait avec le laboratoire de Cornélius- S'il s\u2019est échappé, cela n\u2019a; pu être que par cette issue.\u2014Ce qui confirmerait cette hypothèse, dit M- Bondonnat après un ins- §: tant de réflexion, c'est que les sommes énormes qu'il avait à sa disposition ont disparu avec lui- \u2014T'enez, dit Fred Jorgell en tiraniff de sa poche un journal tout froissé ff: voici un numéro du \u201cSydney Times\u201d Il contient un portrait d'un cerfair|f docteur Malbourg, qui, en dépit de se: M ressemble étonnamment | Cornélius- Le plus étrange, c\u2019est qu'\u2019er ff; quelques mois il s\u2019est fait, en Austra [| lie, une réputation grâce à des tour fR: de force chirurgicaux qui ressemblen favoris, = 107 \u2014 Vol.14, No 10 | LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 singulièrement à ceux qu\u2019opérait jadis Cornélius- \u2014Il n'y a peut-être là qu'une simple coïncidence, murmura M- Bon- donnat devenu songeur.\u2014Qui pourra jamais nous le dire ?@ s'écria Fred J orgell en se levant Personne ne releva ces paroles.Et # les trois vieillards regagnèrent silen- W cieusement la villa toute bruissante de W l'animation et de la gaieté des invités.J Fin du Mystérieux docteur Cornéllus- \u2014 6 \u2014\u2014 [ lf >= SOUDDHISME Le bouddhisme est une doctrine phi- 1 @'osophique et religiedse dont le Boud- @dha est à la fois le fondateur et le Æpoint central.Cette religion, répandue j maintenant en Chine.dans l\u2019Indo-Chi- W@ne, au Japon et au Thibet, est née dans d'Inde centrale, sur les confins du Né- paul, dans le courant du VIe ou du Ve 3 $cc avant l\u2019ère chrétienne.Ir.à i Les dogmes du bouddhisme sont Dyresque tous empruntés à la philoso- 3 hie brihmanique.Ajuatre vérités essentielles qui sont Ils énoncent les 1 d'artout où vit l'homme, existe la souf- grance ; la souffrance naît de désirs Anassouvis; le seul moyen d\u2019apaiser la ouffrance et d\u2019éteindre le désir et ce Jooven est enseigné dans la doctrine fe Bouddha.nme L'état de ceux qui, par la méditation, l'étude, le renoncement au monde, l\u2019abnégation du.\u201cmoi \u201d, atteignent la perfection, est appelé le Nivvâna, qui est bien comme nous le disons un état et non un lieu comparable au Paradis de la religion catholique.Les commandements de cette religion asiatique comportent cinq interdictions et-dix péchés.Bouddha prêche l\u2019abstention de meurtre, de vol, d'adultère, de mensonge, de médisance, d\u2019injures, de bavardage, d'envie et de haine.Les six grandes vertus sont l\u2019'aumône, la moralité parfaite, la patience, l'énergie, la bonté, la charité et l\u2019amour du prochain.La métempsycose, ôu transmigration des âmes d'un corps dans un autre, qu\u2019enseigne le bouddhisme, conduisait ceux qui l\u2019admettaient à ne pas se nourrir de viande de peur de manger l\u2019un de leurs parents, L'âme de celui qui avait été bon passait dans une personne ou une chose supérieure; celle du méchant entrait dans un rat, uh ver ou une pierre.{ Si uné ménagère nettoie mal ses parquets, à sa mort elle devient un balai; si un méchant petit garçon brise une fenêtre volontairement, à sà mort, pour punition, il est changé en vitre, etc.Un bouddhiste dévot ne tuera jamais une mouche de peur que l\u2019âÂme de sa grand\u2019mère ne soit dans ce moustique.Ils adorent leurs ancêtres.Tout pieux qu\u2019ils sont les bouddhis- ies n\u2019ont pas de Dieu.Mais, par contre, ils croient à l\u2019existence de 136 géhennes ou enfers, dans lesquelles les pécheurs peuvent séjourner de dix millions à dix milliards d'années.- an \u2014 rt mms Dee ape = 1 amer ces or me Lo Vol.14, No 10 peus Sek ge sige LA REVUE POPULAIRE PAGES \u201d cavapiemves Montréal, octobre 1921 ¢ a A LE DETROIT DE BELLE-ISLE Embouchure du golfe Saint-Laurent au nord; ses courants Le projet, à l'état théorique, d'un barrage du détroit de Belle-Isle, occupe spasmodiquement, il est vrai, mais aussi très sérieusement l\u2019attention depuis au moins un quart de siècle., D'aucuns espèrent vivement, d\u2019autres entrevoient avec conviction, dans l\u2019exécution du projet, une protection efficace contre les banquises du nord qui, alors, s\u2019en iraient vers quelques pays comme la Norvège, ce qui, comme conséquence, devrait déterminer un adoucissement extraordinaire du climat sur une vaste étendue de pays et, comme action réflexe.favoriser singulièrement la colonisation et l\u2019agriculture.Aprés une accalmie, la question est remise à neuf sur le tapis dans le monde géographique et économique.Les documents sur le compte du détroit de Belle-Isle ne sont pas nombreux.Cependant nous ne serions pas surpris d\u2019apprendre que certaines sur la côte nord du Saint-Laurent.ont des cahiers de notes sur les marées, les courants, le mouvemert des glaces, leur effet sur la temrératere, suivant leur rapprochement ou éloignement des côtes, sur !a direction dominante des vents, etc.9° QE \u2014 109 \u2014 Ces personnes n\u2019ont qu\u2019un moyen de sauver leurs manuscrits: c\u2019est de les publier.La Socété de géographie de Québec leur offre l\u2019hospitalité dans son bulletin.Quant à la littérature officielle ès- matière, si elle n\u2019est pas encore très étendue, elle se fait plus abondante et plus précise, et c\u2019est merci à elle, si nous sommes en mesure aujourd\u2019hui de causer du détroit de Belle-Isle, et nous en sommes redevable à la parfaite obligeance de M.W.Bell Dawson, d'Ottawa, ingénieur civil, docteur ès-science, membre de la Société des Ingénieurs de ponts et chaussées de France, et surintendant du service d\u2019explorations des marées et courants du Canada.M.Dawson a bien voulu mettre à notre disposition, des saisons de 1894 et 1906, et l\u2019autre donnant les tableaux des marées su: les côtes du Canada à l\u2019est, y com J: pris naturelement le détroit (pages 6( et 61 de la brochure) pour 1920.Il a eu aussi la complaisance d\u201d ajouter un article de lui, sur les con ditions du détroit, article qui est u résumé des observations qu'il a faite By! Et A Bi k iy of = eS deux brochures.J texte anglais, l\u2019une traitgnt des cou- |\u2019 rants du détroit de Belle-Isle, au cour: |g: Se D AE Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréai, octobre 1921 lui-même sur place durant deux saisons.Nous en offrons à nos lecteurs une traduction aussi fidèle que\u2019 possible.Voici ce que dit M.Dawson sous le titre de \u2018Courants du détroit de Belle- Isle.Entrée du Golfe Saint-Laurent du côté Nord\u201d.@ \u201cLe détroit de Belle-Isle qui relie le Golfe Saint-Laurent à l'Atlantique, au nord de Terreneuve, est de grande importance pour la navigation, puisque d\u2019après un grand cercle, partant du lac Erié, contournant la vallée du Saint-Laurent et traversant l\u2019Atlantique, jusqu\u2019à Londres, en Angleterre, ce cercle se trouve à passer droit à travers le détroit.\u201cIl est donc sur la ligne de navigation la plus directe qui soit entre Montréal, Québec et la Grande-Bre- 4 tagne.On a en conséquence cru de- #- voir étudier la nature de ses courants \u201c et de ses glaces dès 1894, aussitôt que \u2018A le service d\u2019exploration des Marées et Courants-a été organisé.\u201cIl est difficile de s'expliquer pourquoi l\u2019on a mis tant d'années à se - rendre compte des faits qui ont été ÿ mis à jour.{ \u2018Dès même 1854, Sun officier du q | , gouvernement de Terreneuve, faisait l'examen du caractère des courants du 1 détroit et en rédigeait un rapport 4 exact; cependant, ce rapport ne fut @.pas publié; ce ne fut que plus tard @ qu\u2019il parut dans les rapports de la @ Commission d'exploration des marées.1 Quant au projet que l\u2019on discute en 4 ce moment d\u2019un barrage du détroit, \u2018on peut asurer qu\u2019en somme, il ne À s'appuie que sur une conception erro- @ née des faits.Le courant du détroit est @ à la merci des marées et pratique- À ment.il y a parité d\u2019écoulement entre À tle flux et le reflux d\u2019une marée.Ceci a été démontré par l'examen minutieux que la Commission d\u2019exploration a fait des conditions du détroit en 1894, et à plus complètement établi encore en 1906, au moyen d\u2019expériences sous la conduite personnelle du surintendant de la Commission d'exploration.\u201cLe bateau a vapeur qui servit à ces expériences, pourvu qu\u2019il était - d'appareils d'ancrage à eau profonde, pouvait rester à l\u2019ancre plusieurs jours de suite, quelque fût l'endroit du détroit.Ce bateau était outillé de maréographes qui, au moyen de l\u2019électricité, enrégistraient sans arrêt, jour et nuit.les courants, leur vélocité et leurs directions.Il y avait aussi à bord des instruments servant à vérifier les courants du fond, et, au moyen d\u2019un anémométre et d\u2019autres ingtruments employés dans les observations météorologiques, on obtenait l\u2019état de la température.\u201cLe détroit mesure entre 10 et 16 milles de largeur, sur une étendue de 50 milles, après quoi il s\u2019élargit brusquement de chaque côté.Dans son endroit le plus étroit, la profondeur de l\u2019eau n'excède pas 35 brasses (environ #10 pieds).d\u2019un bord à l'autre.\u201cOn a constaté que le courant, à son état normal, change régulièrement toutes les six heures avec la marée, tout comme les autres cours d\u2019eau soumis à l\u2019action des marées.Parfois, le volume d\u2019eau se fait plus abondant, dans une direction que dans l\u2019autre, et il est possible que cette précipitation se fasse, sans intermittence, durant Yeux ou trois jours consécutifs avec comme rapidité, une variante qui coincide soit avec le montant, sait avec le déclin de la marée, c\u2019est-à-dire que cette précip:tation plus continue s'opère tantôt vers le golfe Saint-Lau- Vol.14, Ne 10 rey Leda LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 rent, au montant, tantôt du côté de l\u2019Alantique, au baissant.D\u2019après les observations enrégistrées pendant toute la saison, depuis juin jusqu'à septembre, il est établi qu\u2019en somme, le débit reste & peu prés le méme; cependant, au cours de toute une année, il peut aussi arriver que le flot qui entre, accuse un excédant de débit au bénéfice du Golfe Saint-Laurent.Un rapport publié originairement en 1895 par la Commission d\u2019exploration hydrographique, sous le titre de \u201cLes courants du détroit de Belle- Isle,\u201d renferme une description complète de la nature du détroit.II en existe une autre édition publiée en 1907, qui contient des renseignements enicore plus détaillés.Dans ce rapport, des diagrammes indiquent la concordance qui existe entre les volte-face du courant dans son état normal et le flux et le reflux de la marée, tel qu\u2019enregistré par une jauge marégraphique à la baie Forteau dans le détroit.\u201cL\u2019action du vent sur le courant y est aussi entièrement traitée, attendu qu\u2019il imprime à la surface de l\u2019eau une poussée en sens contraire du mouvement régulier d\u2019entrée ou de sortie de la masse d\u2019eau actionnée par le courant du fond.De plus on y donne un état complet de la température de l'eau, à partir de la surface jus- su\u2019au fond de la mer, au cours des racis d\u2019éité.\u2018Il est évident, d\u2019après l\u2019état de choses que l\u2019on rencontre dans le dé- cit de Belle-Isle, qu\u2019il n\u2019y a pas d'in- \u2018 rations continues d\u2019eau glacée pro- - nant du courant du Labrador.dans - golfe Saint-Laurent, et qu\u2019un bar- _- «e aurait pour objet d\u2019empêcher.\u201cCe que l\u2019on s'explique difficilement, c\u2019est la persistance © de l'idée que l\u2019on a de l'existence de cet épanchement d\u2019eau glacée, en face des renseignements de toute exactitude publiés depuis vingt-cinq ans dans les rapports du gouvernement canadien.Cette idéle erronée est au moins disparue des cercles maritimes, vu que l\u2019on & pris la peine de porter à la connaissance des navigateurs les faits exaots.En effet, de suite, en décembre 1895, parut un \u2018\u2018Avis aux Marins\u201d\u2019 exposant tous les faits que l\u2019on avait vérifiés; autrement, la fdusse opinion que l\u2019on avait de la direction du courant dans un détroit de l'importance de celui de Belle-Isle, pouvait par un temps de brume être la cause d\u2019une erreur de manoeuvre et amener un accident.\u2018La seule explication que l'on puisse donner de la croyance à ce courant constant qui s\u2019opèrerait à travers le détroit, c\u2019est qu\u2019elle à pu naître d\u2019observations passagères du mouvement des glaces.Après avoir dépassé l\u2019extrémité du détroit de Belle-Isle du côté de l\u2019Atlantique, nombre de banquises sont entraînées vers le sud, sous l\u2019impulsion du courant du Labrador, et, à la marée montante, ou au moment où le courant s'affirme vigoureusement au jusant, quelques- unes des plus petites banquises se trouvent emportées vers le golfe, et finissent pour la plupart par aller s\u2019échouer sur les rivages du détroit ou au delà de sa limite à l'intérieur, et se brisent; de sorte qu\u2019il en est peu qui reviennent à la mer.\u201cC\u2019est ainsi que la masse d\u2019eau manifeste son allure au montant de la marée et non & son déclin.Un observateur peut done 8tre induit en erreur, si, au lieu de séjourner quelque temps dans le détroit, il ne fait qu'y passer.\u2014 111 \u2014 Vol.14, No 10 \u201cIl est aussi de fait, qu'au printemps, à bonne heure, ces glaces erratiques qui viennent de régions du nord, peuvent s\u2019introduire dans le détroit, au retour du courant vers l\u2019intérieur, mais le courant de sortie emporte toutes les glaces du détroit et le fait libre.\u201cGe qui a pu contribuer à ancrer davantage l\u2019erreur dans les esprits, c\u2019est qu\u2019au montant le courant du détroit est parfaitement visible par suite du mouvement des glaces, tandis que celui de retour vers l'Atlantique, n'offre rien de semblable, \u201cIl est tout de même à espérer que d'autres que des marins étudieront avec soin les tenants et aboutissants du détroit de Belle-Isle, pleinement décrits qu\u2019ils sont dans les rapports susmentionnés, avant que l\u2019on fasse des plans pour l\u2019exécution d\u2019une entreprise aussi coûteuse que le barrage du détroit de Belle-Isle\u2019, 0 - L\u2019ADIANTE DU CANADA Le nom de cette plante dérive d\u2019un mot grec \u2018\u2018adiantos\u2019\u201d\u2019 \u2018\u201c\u2018non mouillé\u201d, parce qu\u2019elle a la propriété de rester sèche quand on la plonge dans l\u2019eau- Elle est de la famille des fougères: elle a des folioles d\u2019un vert pur placées sur un petiole lisse, glabre, d\u2019un rouge brillant.Les anciens la dédiaient à Vénus parce qu\u2019ils attribuaient à son parfum délicat et particulier la vertu d'éveiller l'amour chez les personnes rebelles à ce sentiment et de préserver de tous les tourments, de toutes les tristesses et de tous les accidents que l'amour peut inspirer ou causer: mensonges, trahisons, = | » - * .* al r .#9 abandon, causes de jalousie, infidéli- M; tés, désillusions- LA REVUE POPULAIRE \u2014 112 \u2014 Montréal, octobre 1921 L\u2019adiante, dit Avicenne, est le préservatif de toutes les entreprises diaboliques qui emploieraient la voie des maléfices pour faire parvenir à quel- qu'un, secrètement, d'une façon occulte des maladies contagieuses, une infirmité incurable.Il est le contre- charme qui délivre des maléfices, qui protège et fait retomber sur des ennemis le mal qu\u2019ils ont méchamment essayé de causer.Il préserve les maladies de coeur.C\u2019est aux suaves émanations de son parfum seules qu\u2019on attribue cette mystérieuse puissance ainsi que celle .qui consiste à faire retrouver les objets qui ont été dérobés.La chimie extrait de l\u2019adiante du Canada une matière amère, des acides galliques et tanniques, et surtout \u2018l\u2019huile essentielle\u201d à laquelle sont attachées des vertus si puissantes- La médecine lui attribue des effets béchiques et expectorants, et elle recommande les infusions de 10 à 20 grammes de feuilles d\u2019adiante du Canada par mille grammes d\u2019eau coupée avec du lait ou 30 à 100 grammes quotidiens de sirop préparé avec cette plante, pour la guérison rapide des rhumes, des bronchites et des catarrhes.Le capillaire de Montpellier, dont la nom scientifique rappelle qu\u2019il était lui aussi dédié à Vénus \u2018\u2018Capillus Ve- neris\u2019\u2019, ainsi que la doradille des murs et le cétérach des boutiques sont des succédanés de l'adiante du Canada, mais leurs mérites sont plus atténués.0 UN CONCOURS INTERESSANT En 1919, le ministère fédéral de l\u2019agriculture voulut instituer un concours interprovincial pour la fabrica- ;tion du beurre.Chaque province du Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Dr EU Montréal, octobre 1921 Canada était invitée à envoyer à Montréal, pendant plusieurs mois consécutifs, une vingtaine d\u2019échantillons de son meilleur beurre, pris dans diverses beurreries._ On voulait savoir si toutes les provinces produisaient du beurre de pre- miére qualité, découvrir les meilleures méthodes de traitement du lait et de fabrication du beurre, établir un type modèle pour l\u2019exportation, promouvoir unè sainé rivalité entre les différentes provinces.Les juges étaient MM.Geo- H- Barr, P.W.MeLagan, J.B- Muir et M.In- gersoll- Ils classifiaient le beurre en quatre catégories: extra, No 1, No 2, inférieur.La province de Québec arriva de beaucoup la première dans le concours.Sur 23 échantillons qu'elle présenta, 17 furent dans la classe extra, 6 dans la classe No 1, aucun dans les deux dernières classes.On verra la place des autres provinces dans le tableau suivant: Provinces Nombre Extra No 1 No2 Inférieur d'échantillons Col.-Britannique .18 6 10 2 \u2014 Alberta .22 15 T \u2014 \u2014 Saskatchewan.22 8 11 3 \u2014 Manitoba , .20 14 4 \u2014 2 Ontario .19 2 7 10 \u2014 Québec .23 17 6 \u2014 \u2014 Nouv.-Brunswick.23 5 9 9 \u2014 Nouvelle-Ecosse .14 8 6 \u2014 \u2014 Ile du P.-Edouard.20 6 8 6 \u2014 Tel fut le résultat du premier examen, à l'arrivée du beurre.D\u2019après les conditions du concours, un second examen devait avoir lieu quelques mois plus tard, pour voir si le beurre conserverait sa saveur.Entre temps, il était déposé dans un entrepôt froid.À cette seconde épreuve, laprovince de Québec resta seule dans les deux premières classes, toutes les autres provinces déclinant sensibleme n t, comme or peut en juger par ce second tableau : | Provinces Nombre Extra Nol No2 Inférieur d\u2019échantillons Ccl.-Britannique .18 \u2014 11 6 1 Alberta .23 9 8 3 \u2014 Saskatchewan.22 4 13 5 \u2014 Manitoba .20 14 4 2 \u2014_\u2014 Ontario ., .19 1 2 5 11 Québec .23 9 14 \u2014 \u2014 Nouvelle-Ecosse.14 1 7 5 1 Ile du P.-Edouard.20 8 1 7 9 Il y a quelques années, par snobisme ou par ignorance, certaines gens de chez nous, affectaient de ne vouloir que du beurre de l'Ontario.On voit par ces tableaux jusqu'à quel point ceg gens avaient raison- La supériorité de Québec, que l\u2019on vient de constater officiellement en ce qui concerne le beurre, existe dans beaucoup d'autres choses, mais les Canadiens-français, surtout ceux qui posent en hommes d\u2019affaires et en per sonnes éclairées, seront sans doute les derniers à le reconnaître- Quand nous aurons confiance en nous-mêmes, quand nous exalterons et encouragerons nos compatriotes.au lieu de les déprimer et de nuire à leur commerce en favorisant celui des autres, alors nous commencerons peut-être à occuper la place qui nous revient dans le pays de nos ancêtres- Ô Le cuivre au Canada D'immenses dépôts de cuivre viennent d\u2019être découverts dans une partie étendue du nord du Canada- L'étude des échantillons extraits de ces mines donne à croire qu\u2019ils ressemädlent à - ceux de la formation géologique de la région du lac Supérieur, reconnue paur ses gisements miniers.La superficie embrassant ces terrains va du lac des Ours, suit le cours de la Copper Mine River qui se jette dans le golfe du Couronnement.C\u2019est une richesse de plus que des mineurs canadiens peuvent exploiter.\u2014 113 \u2014 Vol.14, No 10 di.lik FEMMES Toutes les femmes font partie des trois régnes: animal, végétal et minéral.Il y a des femmes qui sont des tigresses des souris, des agneaux ; d\u2019autres ont un tempérament de pommes de terre et quelques-unes ont un tempérament de cristal de roche.0 .La raison pour laquelle plusieurs mariages sont malheureux c\u2019est qu\u2019en amour la femme est idéaliste tandis que l'homme est réaliste et que les deux ne parlent pas le même langage- e +» Une once de tact vaut une livre de = x »# Pourquoi une femme mariée aime- t-elle à présenter un ancien amoureux à son mari alors que son mari déteste souverainement présenter une ancieñne flamme à sa femme.®t %k » Regardez passer un célibataire et demandez-vous comment il se fait que ce même homme était autrefois pour une femme le plus bel enfant de la terre.kk + Plus la jeune fille est âgée plus l'engagement est court ataires | HOMMES Un homme traitera une femme de menteuse parce qu\u2019elle ne lui dira que la moitié de la vérité qu\u2019elle con- nait sur son compte, à lui + + # Un vieil amour ressemble à une fleur fanée il n\u2019a ni couleurs, ni parfum, ni forme, il ne reste que les souvenirs de l\u2019imagination- % + + Aucun célibataire ne peut croire qu\u2019une femme puisse rire de lui, même après qu\u2019une femme s\u2019en est joué.* % à L'amour intéressé est comme une fleur sans parfum ou un oiseau qui ne chante pas- * 4 = La jalousie est le sel de l'amour, mais après le mariage le sel perd beaucoup de sa saveur- B® ok 8 La femme compte ses chapeaux avant qu\u2019ils soient payés ; le mari compte son argent après qu\u2019ils sont payés et ça ne lui prend pas grand temps.® Xx * Il n\u2019y a rien de doux en amour comme les rêves os 114 \u2014 tt Vol.14, No 10 FEMMES Toute femme mariée veut faire marier sa meilleure amie, tandis que tout homme marié - conseille à son meilleur ami de rester célibataire + $ Pour la vampire la vie n\u2019est qu\u2019un célibataire après un autre célibataire- +« +# - Toutes les jeunes filles qui souffrent du manque d'amour le font parce qu'elles n\u2019ont à se plaindre de rien autre chose.® 3% & Apréds tout, qu\u2019est-ce que peut bien avoir l\u2019amour d\u2019un célibataire pour que nous en soyons si folles ?\u201c-# + La femme qui contribue au succès financier de son mari est un trait d\u2019union entre le réveil-matin et l\u2019oreil- ; ler.+ + # Une petite pluie de larmes peut re- fraîohir la fleur de l'amour, mais un ; déluge continuel la fait immanquable- : ment périr- +.+ + La femme qui n'épouse pas l'homme qu'elle veut avoir est malheureuse pendant quelque temps; mais la femme qui épouse oelui qu'elle désire avoir est malheureuse toute sa vie.\u201c = & , Si toutes les brfilantes lettres d'amour avaient été détruites sitôt lecture faite, elles n\u2019allumeralent pas tant de conflagrations plus tard- LA REVUE POPULAIRE Monutré.l, octobre 1921 HOMMES L'occupation favorite du vieux célibataire est de songer à toutes les jou- nes filles qui l\u2019ont aimé et qu\u2019il a oubliées.es Lorsqu\u2019un homme marié % trouvé une bonne excuse pour entrer chez lui à quatre heures du matin; et que sa femme ne se réveille même pas pour le recevoir, il connait alors toutes les sensations d\u2019un génie incomprises L'amoureux regarde la lune, l'homme marié son journal.+ # + Le célibataire traite !la femme qu\u2019il aime comme la fleur à sa boutonnière ; il la montre tant qu\u2019elle n\u2019est pas fanée, mais la met de côté sitôt qu\u2019elle n'est plus fraîohe- v + \u20ac La chose la plus redoutable chez _ Uno veuve est son attirance vers les jeunes gens.| + & @ Le monsieur qui se marie une fois est un bon homme; celui qui se marie deux fois est un optimiste, mais celut qui se marie trois fois est un \u2018\u201cdopé\u201d\u2019.= «* Un célibataire ne comprendra jamais pourquoi lorsqu\u2019il demande à une jeune fille si elle l'aime, pourquoi cal- le-ci lui répond: naturellement Le célibataire à un coeur, mais le dépot de cyixsme qui le recouvre est si profond que même la plus femme des jeunes filles n\u2019y peut créer une impression. LA\"REVUE POPULAIRE \u2018 Montréal, octobre 1921 Lèg philosophes, sévants, écrivains et artistes de génie, én um mot fous les-cérébeaux, ceux qui vivent éni éôn- tinnelle conversation eves leurs Idées, font dè Mauvais maris.C\u2019est un axiome què nous pourrions illustrer d'une centaine dè cas: rious né donnerons que celui de Léo Tolstoi, l'éminent penseur russe, qui rêvait la paix uni- versellé et ne là connut même pas er ménage.Voici uné letfré qu\u2019il écrivait de Moscou à sa femmé en 1870, et qui fut rétrouvée dans lew papiers de [£0 Nabokoff, contemporain et ami intime de Tolstoï, décédé dernièrement à New-York: \u201cMa chère Sonia, \u2014Mon ami Nabo- koff qui revient dé l'AleskA m'a rapporté quelques livres d\u2019écrivains américains, et, entre autres, dé Emerson, Hawthorne, Longfellow et Thorean.Le plus intéréssant de tous ést Emerson; les vers de Longfellow me laissent indifférent.Nabokoff me conseille de visiter l\u2019Amérique.Je brûle de me familiariser aveo les conditions sociales du Nouveau-Monde.Si l\u2019agriculture est aussi florissante là-bas qu'ici, je m\u2019y construirai un ranch et vivrai dans\u2019la solitude.Je sais que vous vous ôpposerez à ce projet, mais je sais aussi que je dois faire ce voyagé.Vous détestez les Anglais et les Américains, parcè que vous les regardez comme des proprié- Une note écrite par Nabokoff sur les relations de Tolstpï avec sa femme (après huit ans de mariage) est d\u2019un grand intérêt.\u2018\u2018 Autant Toôlstoï est désireux de venir én Amétriquè, autant sa femme ne l'est pas.D'ailleurs, ils ne s'entendent aucunement.Le phiolsophe me répond infailliblement quand je 1'interroge sur ee sujet: Je pense qu\u2019un homme qui vit pour l'humanité ou embrasse quelques grands idéals ne doit pas se marier.haisons qu\u2019un ange méme ne pourrait posséder toutes les vertus qu\u2019il exige dans so cerveau, d\u2019une femme.Les enfants de tous 16s grands hommes, à part quelques rares exceptions, sont deg médiocrités ou des rachitiques, exemple: les enfants de J.J.Rousseau, Voltaire, ete.Mà femme n'est qu\u2019une poupée pour moi et je 1a préfère ainsi parce que j'ai les femmes d\u2019une haute intelligence en aversion.Quand une femme devient trop intellectuelle et trop in- 11 ést tellement - anarchiste dans ses ôpinions ét incli- téressée aux affaires extérieures de la | vie, elle perd son charme.Turgenieff | (un romancier russe remarquable)me | disait souvent qu\u2019il n\u2019embrasserait jamais unè femme de tête mais préférait une femme de coeur.\u201d Léo Tolstoi, d'ailleurs, quand il | composait un roman ou quelque autre | ouvrage philosophique, oubliait sa | femme, et les questions de ménage.Et} Hy il en est ainsi de presque tous les gé- pe nies, Su 1 taires d\u2019esclaves et des massacreurs a d'Indiens; moi, je les admire à cause 1 de leur amour de la liberté et de la vie aventureuss.\u2019 \u2019 Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 ET JEUX DIVE DE SOLE FE Jeux en famille pour les enfants Ceci peut parailre facile au premier abord, mais c\u2019est beaucoup plus diffi Passez sur ces deux figures un cile qu\u2019on ne croit \u2018 trait de plume sur toutes les lignes .inutiles afin de ne laisser que les li- | © gnes indispensables pour former les ani A LE figures montrées plus bas.Essayez.jeunes amis, et amusez- y Rappelez-vous bien qu\u2019il ne faut vous à faire les figures joyeuses et effacer que les lignes inutiles et non grimacantes de nos deux bonshom- les autres.mes.2 = 117 \u2014 Lr taransalaiainiatalabyiaieialatatatyl Vol.14, No ¥0 OHASSEZ VOTRE TIMIDITE Consells aux amoureux Plus d\u2019un jeune homme n'a pas réussi à gagner le coeur de son adorée à cause de sa timidité incontrôlable.Pour cette raison, nos experts ont compilé les règles suivantes qui peuvent servir de guide aux amoureux gênés et trop modestes.En les suivant, il n\u2019est pas un prétendant qui ne se trouvera pas aussi à son aise aveo les dames qu'avec ses plus intimes camarades.Etudiez ces règles soigneusement et regardez disparaître votre timidité.Puis, soyez-nous reconnaissants de l'assistance absolument gratuite que nous vous aurons donnée.Premièrement.\u2014 Quand vous allez voir une jeune personne de votre connaissance, ne rougissez pas, ne grimacez et ne vous agitez pas comme un poisson rouge dans son bocal.Au contraire, faites quelques pas à sa rencontre et dites-lui combien vous la trouvez charmante.N\u2019oubliez pas surtout de trouver sa mine fraîche et réjouissante et sa tenue élégante.Allez- y de vos plus beaux compliments.C\u2019est três important.D'un autre côté, ne montrez pas trop de familiarité et ne la tutoyez pas à la première entrevue.Les deux extrêmes sont à éviter.Deuxièmement.\u2014 Si vous lui-de- mandez de faire une partie de théâtre et qu'elle vous réponde qu\u2019elle préfère aller au bain, ne lui avouez pas que vous ne savez pas nager.Vous avez 99 chances sur 100 qu\u2019une fois sur la plage efle ne trempera même pas son eos tume à l\u2019eau.Les femmes vont au bain pour étaler leur petite académie et non pour se jeter à l\u2019eau.LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 Troisièmement.\u2014 Si vous amenez votre blonde faire une promenade en : automobile, assurez-lui tout le confort possible.Prenez garde de vous asseoir sur sa robe.Si elle se plaint du froid, passez-lui votre bras autour du cou Maintenant, si vous ne savez pas conduire d\u2019une seule main, n'ayez pas d'auto.Ça vaut mieux.Quatrièmement.\u2014 A votre retour à la maison avec elle, soyez poli et courtois.Pendant que vous cherchez un endroit propice pour vous asseoir, elle vous étudie du coin de l'oeil.Rap- pelez-vous que si vous déchirez une voilette ou si vous froissez une robe dans une salle de dahse, vous serez traité de malpoli, mais que dans un salon \u2014 bien \u2014 c\u2019est différent! S\u2019il vous arrive de jouer tous les deux ou avec d\u2019autres personnes une partie de cartes, ne faites pas la bêtise, si vous gagnez, de refuser l'argent de | votre amoureuse.Rappelez-vous qu'a- #.près votre mariage avec elle, elle ne se gênera pas pour vous en demander ou tout simplement en voler dans vos poches.Expliquez-lui l'intrigue des films que vous avez vus au cinéma et illustrez votre récit de certains gestes héroïques qu\u2019eurent les principaux per- 1 \\ sonnages.Les femmes aiment les histoires bien racontées.Si par hasard, dans quelque endroit que se werd b être, une de ses frisettes tombe par # terre, empressez-vous de lui dire pour ; la tirer d\u2019embarras que vous saviez que \u2018\u2018ses frisettes n\u2019étaient pas naturelles, mais que vous l\u2019aimez tout autant.\u201d N\u2019ayez jamais peur de lui tenir les mains avec tendresse; il n\u2019y a pas de # mal à cela.En plus, sachez que c'est là une bonne pratique parce que dans g le mariage, vous aurez souventes fois.we 118 \u2014 fel Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 , l\u2019occasion de les tenir \u2014 pour l\u2019empêcher de vous battre! Dernièrement.\u2014 Quand vous demandez au père Ja main de sa fille, ne fondez pas en abordant ce sujet.Ne lui offrez pas de cigare à moins que vous sachiez qu\u2019il ne fume pas.Dites- | lui carrément que vous voulez épouser sa fille et s\u2019il vous fait remarquer Æ \u201cqu\u2019il pourra difficilement supporter que son enfant quitte son toit\u2019\u2019, répli- »$ quez-lui à brûle-pourpoint que vous # ne lui infligerez pas cette peine, votre À intention étant de vivré dans sa pro- | pre maison! 0 LA POMME D\u2019AMOUR Combien de personnes reconnaissent dans la populaire tomate comestible la pomme d\u2019amour qui.très longtemps, ne fut cultivée que dans un but décoratif.Son actuelle popularité en tant \u2018ÿ qu\u2019aliments, est due à M.Adam Duncan, membre de la Société Royale d\u2019Hortieulture, lequel mourus récemment.Lorsqu'il vit pour la première fois {la tomate, c'était une chose ridée et \u201cBP laineuse.Par de savantes hybridisa- \u2018Ÿ tions il réussit à obtenir le brillant TY fruit & peau soyeuse d\u2019aujourd hui.| M.Duncan était le fils d\u2019un berger \u201c1 de Banffshire; il ne fréquentait l\u2019école \u201cI que pendant deux périodes de trois mois chacune, les hivers étant trop rudes pour qu\u2019il pût garder les troupeaux paternels.\\ Ses premiers succès en \u201chorticulture datent du moment où il fut assez heureux pour transformer le chrysanthème en la fleur de nos jours, qui épanouit ses pétales allongés et artistiquement incurvés.alors que primitivement ce n'était qu\u2019une modeste corolle.° LES COMMANDEMENTS DE LA SANTE La commission américaine contre la tuberculose a préparé une propagande sanitaire des plus pratiques, conféren - ces, tracts, affiches, cartes postales.Elle s\u2019efforcera notamment de vulgariser les \u2018douze commandements de la santé\u201d qu\u2019elle conseille aux enfants de lire chaque jour jusqu\u2019à ce qu \u2018ils les sachent par coeur: \u201cJe m'engage à essayer: 1° De respirer de l\u2019air frais partout où je travaille et joue; 2° De rester au grand air autant que possible; 3° De dormir avec les fendtres ouvertes ; 4° De respirer par le nez et non par la bouche; 5° De prendre un bain au moins une fois par semaine; 6° De conserver mes vêtements propres et bien tenus, 7° De me tenir toujours droit à l\u2019école ; 8° De-ne pas salir ma classe; 9° De brosser mes dents,surtout le soir avant d'aller me coucher; 10° De ne pas cracher dans les endroits publics; 11° De ne pas porter à la bouche les objets sur lesquels la salive des autres a pu se poser; .12° De me laver les mains avant les repas.+ 0 De toutes les vertus en amour qui ne paient pas de dividendes, le désintéressement tient la première place Les amoureux se marient parce qu\u2019ils sont d'accord sur tous les sujets, principalement sur les sujets qu\u2019ils n\u2019ont pas discutés- \u2014 119 \u2014 phéot MAISON DE VERDURE Une tente recouverte de vigne pour servir à l\u2019amusement des enfants et ornementer en même temps le jardin ou le parterre, voilà ce que représente notre vignette.Elle consiste en une armature en bois recouverte de fils de fer sur lesquels croît la vigne.Le ca- en =, 4; yr A gx .4 Lo +, ve 7 ~~ dre est fait de sept poteaux de 6 pieds; sa hauteur doit être de cinq pieds.Il peut être peinturé en vert pour avoir meilleure apparence.En six ou huit semaines, cette maison de jeux est terminée.La saison étant très avancée cette invention ne peut servir pour personne, cette année.Mais, l'été prochain, songez-y de bonne heure pour que vos enfants en jouissent tout de suite- 1 Ld LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 APPUI-LIVRES Vous pouvez vous fabriquer sans l\u2019aide de personne un appui-livres pratique et artistique avec seulemenf£L === dl EI = \u2018 \u2019 deux feuilles métalliques de 4 pouc par 10, assez rigides pour ne pas pli facilement.Avant que le métal soit découpé, ! A dessins désirés doivent être faits Wu. Wi Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 découpés à même.Les pointes d'acier d'un compas ordinaire sont assez in- | cursives pour tracer suffisamment les lignes à découper.Quand ceci est fait, pliez les deux feuilles par le milieu, à angle droit.On doit prendre garde à ce que l'inclinaison soit bonne et proprement calculée.Un mince morceau de caoutehouc peut être collé à chaque côté de l\u2019ap- pui-livres pour empêcher les feuilles de glisser.us > 0 tool ve LE LAVAGE DES PHOTOGRAPHIES eat Voici une excellente suggestion qui s'adresse au photographe amateur.Quand l'eau coule à toute pression dans le plateau à laver les photographies, un courant èst établi.Les imprimés viennent en contact et se collent.Ainsi sont-ils empêchés de re- N Sex 9 = x TE ce CENUSREUTES \u201cSNS AY ai = VX J - ss .> cevoir le larg6 nécessaire.Un simple verre placé au milieu du plateau pré- Vient cet ennui- L'eau coule du robi- Met dans le verre et tombe ensuite dans le plateau.De cette façon, aucun i \u2018pourant ne se produit dans le réci- \u201csient qui reçoit quand même assez l'eau pour nettoyer les imprimés- nf CONTRE LES VOLEURS A \u2014\u2014meimtanenm Quand elles ont mis leur porte sous ~ clef, beaucoup de personnes s\u2019imaginent qu'il suffit, comme mesure préventive, de laisser la clef dans la serrure, de façon à ce que la porte ne puisse être ouverte du dehors.Si cette précaution peut dérouter le malandrin amateuf, elle est inefficace dans le cas d'un voleur professionnel qui porte toujours avec lui un instrument destiné à tourner les clés dans les serrures et à les faire tomber à l\u2019intérieur.Pour empêcher cela, pliez un morceau de fer solide en U pour s'adapter à la poignée de la porte.Faites un bout plus long que l\u2019autre, le plus long descendant à un pouce en bas de la ser- rure- Tournez la clé dans la position fermée et glissez le fil dans la tête de la clé, l\u2019autre bout passant autour de la poignée de la porte.Après cela, la clé ne peut ni tourner ni tomber par terre.tt i i i i ph.I il K+ 4 Bi Voi.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Bono, ee Montréal, octobre 1921 UN JARDIN PEU COUTEUX Prenez un vase de terre poreux, emplissez-le d\u2019eau et appliquez sur sa surface humide des graines oléagi- ° pes DRY $ æ.ON ES 2 es, ask 3 4 \u2019 313 & BIT 0) Chea ou.At LAT ee pur { = CRY Lat > rh #.neuses: lin, moutarde, etc, au bout def quelques jours le vase sera une véritable boule de verdure- COMMENT CURER UNE PIPE \u2014\u2014n rT Le nettoyage d\u2019une pipe n'est jamais une opération intéressante.On peut sans doute en retirer commodément les malpropretés au moyen de oyre-pipe, petites tiges enveloppées de coton, que vendent tous les marchands de tabac.Mais ce procédé ne 4 MR ) nettoie qu\u2019imparfaitement le tuyau d\u2019une pipe.Il en existe un meilleur.Un tube de caoutchouc (G dans le diagramme ci-contre) est adapté à J'embouchure de la pipe et à la bulbe - de verre T qui surmonte le morcea de liège C.Le tube A est rempli d\u2019al cool.La lampe est allumée (K) et l'ex trémité du tube d'alcool tenue sur flamme.L'alcool s'évapore en quel ques secondes; il s\u2019infiltre dans lef tubes et pénètre dans la pipe.Une foi l\u2019alcool sorti du tube, l'appareil es retiré de la flamme; l'alcool refroidif a et revient dans le tube entraînant tou M, tes les impuretés dissioutes.ig Cette opération peut être répété tll, plusieurs fois si la pipe est bien bou Tg chée; autrement, une seule suffit.Comme on le voit, la cure ne dej ts mande qu\u2019un tube d\u2019essai et un boud™; chon ou tampoz en caoutchouc.buy £3 - Ji vine comédie Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 > 1) C= A HATTIE TR I TA TE EMITTERS ED IRR EIS HIM OO OT CETTE (ADO DTA FT CEC Ef CE NT EC CE Ce DUET TY CEILI LRNO IRR L408 RMT NERY Ye 2 LE 6eme CENTENAIRE DE DANTE L'année 1921 marque de nombreux anniversaires.Nous avons eu déjà ce- / lui de Shakespeare, de Napoléon, de Baudelaire; mais les deux plus remarquables sont le centenaire de Bonaparte et le sixième centenaire de | Dante, le plus grand général et le plus | grand poète.Dante.Il y a six cents ans, le 14 septembre, que l\u2019immortel auteur de la Di- s\u2019éteignit à Ravenne, exilé de Florence, sa ville natale et sa } véritable patrie.Dante, (degli Alighieri) Durante, par contraction Dante, ce qui faisait dire au cruel Jules Vallés: \u2018\u2018Durante, Durand comme tout le monde!\u201d, est né à Florence, en 1265 et mort en 1321.I] appartenait à une famille noble.Son père, avocat de renom, mourut alors que son fils était encore tout jeune; mais sa mère, sage et intelligente personne, le confia au célèbre Brunet- to Latini, renommé comme savant et homme d\u2019Etat.Il dut achever son instruction dans quelque université, à.Bologne sans doute, car aucune branche du savoir humain ne lui fut étrangère, et il semble avoir étudié à fond au moins la jurisprudence et la théologie.On le dompare en cela avec avantage à Léonard de Vinci qui excellait dans tous les arts comme dans toutes les sciences et au prestigieux Pic de la Mirandole qui étourdissait de son savoir tous les artistes et les savants qui fréquentaient la cour de Laurent de Médicis, le Mécène florentin.Un épisode de sa jeunesse doit être mentionné, car il eut une énorme influence sur sa vie entière et sur son génie: c\u2019est sa rencontre avec Béatrice, fille de Folco Portinari.Il voua aussitôt à cette jeune fille un amour à la fois idéal et passionné qui se transforme après sa mort en une vénération mystique et religieuse, d'une nature toute particulière.Dante fit, dès lors, de Béatrix, son guide et l'inspiration de toutes ses pensées et de toutes ses actions et expliqua même dans un de ses livres parus en 1292, la Vie Nouvelle (Vila Nuova) son amour platonique et pieux Ll Daft eA CERT CTE SE F0 . iatulotibiil rt sitalatel dita at afiatadaiatiifalnd of Pete ttc Vol.14, No 10 LA RFVUE POPULAIRE pour cette merveilleuse enfant qui fut l\u2019unique Muse de son puissant génie.Il y a trois hommes en Dante: l\u2019amoureux, le poète et le patriote.L\u2019amoureux, ce fut l'intelligence surhumaine s\u2019inclinant devant la frai- che beauté, se laissant guider dans les Enfers par la main tremblante de Béatrice; ce fut le cérébral chaste et sévère pour lui-même conservant son talent et toute son existence à la glorification d\u2019un amour d\u2019une essence divine.Le poète, c\u2019est Dante auteur de la Divine Comédie.Il n\u2019est pas regardé seulement comme le plus magnifique poète de l'Italie mais, aussi et surtout comme l\u2019un de ces génies qu'un monde entier connait et qui s'appellent Homère, Virgile, Shakespeare, Racine et coeterl.Nous retrouvons dans l\u2019oeuvre de James Russell Lowell sur Dante des considérations lumineuses concernant les travaux qu\u2019il laisse à l\u2019humanité.Avant d\u2019entreprendre la composition de son poème immortel, il avait déjà taquiné la Muse dans des essais timides, sonnets amoureux, canzones, etc.C\u2019est probablement en 1289 qu'il écrivit les premiers chants de la Divine Comédie qui fut l\u2019oeuvre de sa vie entière et qu\u2019il acheva à Ravenne quelques années avant sa mort.Ce poème épique fut imprimé pour la première fois en 1472.C'est une trilogie, à l\u2019action immense, en trois actes: l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis.| Dante lui-même se trouve au milieu du chemin de sa vie quand paraît à ses yeux, à l\u2019orée d'une forêt obseu- re, l\u2019ombre de Virgile qui lui propose de le guider dans le monde des âmes.Ils font ainsi le tour de l'enfer et du purgatoire.Quand ils arrivent au Pa- .radis, un autre guide, Béatrice, le conduira dans ses sphères inaccessibles à ; un paien.\u2018 Le poète à fait de son poème une ; immense encyclopédie où est enfermée toute la Science de son temps ex- j\u201d primée en vers d\u2019une puissance incomparable.Le mérite de Dante, et ce n\u2019est pas le moindre, est d\u2019avoir, pour ainsi dire, créé la langue italienne.Il} fut pour son pays ce que Ronsard, du Bellay et la Pléiade furent pour ja) France.Les autres ouvrages, bien moins célèbres et bien moins importants, sont un traité de politique: \u2018\u2018La monarchie\u2019\u2019, et \u2018\u2018le Banquet\u201d, ouvrage philogophique.| | | -\u2014 124 \u2014 Montréal, octobre 1921 | 3 ue Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE er J) = Montréal, octobre 1921 - Reste à étudier le grand patriote.A l'époque où Dante atteignit l'âge viril, Florence était en proie aux plus » violentes dissensions.Deux partis, les guelfes et les gibelins se disputaient le pouvoir.Dante, par sa famille, était | güelfe et c\u2019est à ce titre qu\u2019il s'occupait de politique.Appelé au pouvoir, il s\u2019appliqua à pacifier Florence mais souleva contre | lui tous ses anciens amis et ses parti- | sans.Un premier décret le condamna à l\u2019exil et un second à la mort.Sa maison fut rasée et ses biens confisqués.oo Sa famille, (car à on sait que Dante avait épousé, deux ans après la mort de Béatrice, la fille d\u2019un de ses pires ehnemis, Gemma Donati, dont il eut cinq enfants) continua cependant d'habiter Florence et ne fut plus inquiétée.\"Dante mena alors une vie de proscrit, allant de ville en ville, acclamé là et banni ailleurs jusqu\u2019au jour où un seigneur de Ravenne l\u2019accueillit avec de grands égards et le pria de finir ses jours dang son château.| \u201c Aujourd'hui, c'est en vain que Florence réclame à Ravenne les cendres du grand homme parce que Ravenne donna à Dante l'hospitalité que lui refusait sa propre ville natale.Il fut enterré dans l\u2019église des frères mineurs de St-François \u2018où son tombeau, plusieurs fois réparé, se voit encore.0 LES FRAUDEURS AU MOYEN AGE Les fraudeurs ont de tout temps exercé leur coupable industrie.Leur audace était si grande déjà au | XVe siècle, que des ordonnances judiciaires avaient été rendues contre eux.\u2014 125 \u2014 ridin rar hi I Des peines sévéres les atteignaient et ils devaient y regarder a deux fois avant de vendre du lait mouillé.Aujourd\u2019hui, le fraudeur s\u2019en tire avec uné amende ou quelques jours de prison, il n'en était pas de même au moyen âge.Qu\u2019on en juge.M.Antonin Rollet cite, à ce sujet, l'ordonnance judiciaire suivante, datant de 1411: \u201cTout homme ou femme qui aura vendu du beurre contenant navet, pierre ou autre chose serd\u2018haisi et bien sérieusement attaché à notre pilori du Pontel.Puis, sera, ledit beurre, rude- \u201cment posé sur sa tête et laissé là tant que le soleil ne l'aura pas entièrement fait fondre.Pourront les chiens le venir lécher et le menu peuple l\u2019outrager par telles épithètes diffamatoires qu'il lui plaira (sans offense de Dieu, ni roi, ni d'autre).Et si le temps ne s\u2019y prête et n\u2019est'le soleil assez chaud, sera, ledit délinquant en telle manière exposé dans la grande salle de la géd- le, devant un beau gros et grand feu où chacun le pourra venir voir.\u201cA tout homme ou femme qui aura vendu lait mouillé, sera mis un entonnoir dedans sa gorge et ledit lait mouillé entonné, jusqu'à ce qu\u2019un médecin ou barbier dise qu\u2019il n\u2019en peut, sans danger de mort, avaler davantage.\u201d Il y a fort à parier que si l'on soumettait à un pareil régime les laitiers fraudeurs, l\u2019effet en serait plus durable que l\u2019amende et la prison.Véritablement la loi sur la répression des fraudes contient des dispositions bien douces à côté de celles qui atteignaient les fraudeurs dans le bon vieux temps.RAP PIA GR Ei 1 TEE TT 1 CC EL LS pau DIET dei : ( ol i! rép ad ta dd eat tafata ta ain Saag LA REVUE POPULAIRE Une infirmière canadienne réclame d\u2019un coiffeur la somme de $25,000 pour la perte locale de ses cheveux, à la suite d\u2019une ondulation permanente.\u2014Le juge lui en accorde cinq mille , Les juges sont là pour trancher les litiges les plus variés.Ils doivent étudier souvent des questions extraordinaires, si inattendues qu\u2019elles semblent, le cas advenant, invraisemblables.Ainsi, à Toronto.l'an dernier, un magistrat à barbe blanche, tenu par sa lamille et ses connaissances pour un homme de grand savoir, dut s\u2019abaisser à présider un procès survenu entre une jeune fille et un coiffeur au cours duquel il fut longuement parlé de \u2018l\u2019ondulation permanente\u2019 du shampoing ordinaire et d\u2019un tas d\u2019autres traitements administrés aux dames de la société par les disciples les plus avancés de Figaro- Une jeune infirmière nouvellement démobilisée de l\u2019armée canadienne, se rendit chez le plus chic coiffeur de sa ville natale (que nous ne nommons pas pour ne pas désigner le salon de coiffure où l'affaire eut lieu) pour se faire laver et friser les cheveux, embroussaillés par un long voyage- Le coiffeur lui fit prendre place dams um fauteuil confortable et lui conseffla, au lieu d'une temporaire, une ondulation permanente dont la maison avait le secret.Il fut si pressant, fit ressortir avec tellement d'éloquence les avantageg uniques, exceptionnels de son art que la oliente à la belle chevelure dorée séda.ondulation | Elle céda comme nous faisons pres- , que tous sous le flot de paroles que déversent sur nous les barbiers avant de nous inonder de leur sale Eau de Co- logne- Ecoutez le barbier à qui vous de- | mandez simplement \u2018\u201c\u2018une barbe\u201d, cinq | minutes avant de prendre le demier train du jour.\u2014Mon rasoir coupe-t-il bien ?\u2014Mais trés bien.Faites vite je ne! veux pas pour tout l'or du monde manquer mon train: \u2014Oh!! vous avez bien le temps.Il a | toujours du retard.Un bon \u2018\u2018shampoo\u2019\u2019 vous rafraîchirait! \u2014Non, merci, inutile \u2014Je peux en une seconde vous donner un massage électrique dans les 3 XI \u2014N'insistez pas, je vous en prie.| Vous avez mauvaise grâce à m\u2019impatienter ainsi! \u2014Je remarque, Monsieur, que vous } perdez vos cheveux.Si vous ne vous les faites pas \u2018\u2018singer\u2019\u201d\u2019 tout de suite, il est probable qu'il ne vous en restera pas un seul sur la tête, demain- \u2014Pas de blagues, dépêchez-vous- \u2014Une lotion, monsieur?Nous avons la Pompéia, la Kismy Quick, la Djer- Kiss la Kisstemaeckers, le Parfum de Facteur, l'Aimée de son Concierge, le Parfum de la Dame en jaune, le Par- | -\u2014 126 \u2014 Montréal, octobre 1921 M ou & Vol.14, No 10 Duieiouitss LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 fum des îles Borromées, la mimosa de- l\u2019île Grosbois, eto- \u2014Rien de tout cela.Sec et dépê- ohez-vous ou je pars sans vous donner de pourboire- ; \u2018/ Or l'infirmière dut subir semblables propos avant d\u2019accepter cette fameuse ondulation permanente qui.mal administrée, lui brûla la peau et les cheveux.\u2018 En sortant de là, elle se rendit chez un avocat qui, au wom de sa cliente, intenta au chef de ce salon de coiffure une action de $25,000 pour dommages.La plainte en question était ainsi *\u2026artioulée.(Nous la reproduisons dans les termes exacts, comme elle nous a été transmise) : 1-\u2014Pout brûlure du cuir chevelu, la douleur causée.les ennuis qui en résultèrent et la perte du sommeil RTE OR EEE AE OR RE ETC EE ET INR CEE EC TE IE CU EE \u2019 WHAT ' PARU CGR et de l'appétit provoquée directement par cette brûlure.$5,000 2\u2014Pour affection du nerf occipital droit à l\u2019endroit brûlé, l\u2019inflammation, irritation .5,000 3-\u2014Pour la neurasthénie résultant de cette blesgure, et les soins spéciaux que la victimesera obligée de se procurer dans l'avenir 5,000 4.\u2014Pour la perte de ses cheveux.5,000 5-\u2014 Pour la cicatrice permanente.5,000 Total des dommages.25,000 Le tribunal, tout en admettant l\u2019entière culpabilité du coiffeur, ne le condamna qu\u2019au paiement de la somme de $5,000, trouvant trop élevé le montant réclamé Le jugement mécontenta beaucoup là demanderesse qui déclara à son avocat que si ses cheveux ne valaient que $5,000, elle aimait mieux ne rien recevoir pour les payer.Elle fit présenter une motion à l\u2019effet de réclamer un nouveau procès.Mais le juge maintint se décision et ordonna qu\u2019elle fut exécutée Dans sa déposition.la plaignante .raconta qu'elle fut introduite dans un petit salon où Auguste, le coiffeur à la mode, lui proposa pour le prix de $18.00 une ondulation permanente fournie par un outillage des plus modernes.Elle se laissa facilement convainore et alors ses cheveux furent séparés en deux torons de façon à faire quinze boucles qui furent emprisonnées dans des crayons d'acier ressemblant aux fers dont se sert une femme pour ses bégoudis- Une pâte spéciale fut ensuite appliquée sur les cheveux enroulés en ate Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 neaux, en plus de l\u2019eau et de la glycérine.Les cheveux furent ainsi tenus dans la position requise et alors les tubes métalliques furent assujettis aux boucles.Un appareil électrique communiqua alors un courant chaud'à «chaque crayon de métal et des bourrelets furent disposés entre le cuir chevelu et le métal mour empêcher les tubes de toucher la peau- De la sorte, les cheveux sont bouclés, frisés et chauffés à la vapeur et tenus ainsi jusqu\u2019à ce qu\u2019ils soient secs.Cette opération terminée, les cheveux restent frisés pendant près d\u2019un an et aucun lavage ne peut leur enlever leur ondulation.C\u2019est là la -Ahéorie de l\u2019ondulation permanente.Après un an et quelquefois six mois, les cheveux reviennent à leur rigidité première- Quand l\u2019infirmière aperçut l'énorme machine que lè coiffeur allait lui déposer sur la tête.elle ne put réprimer \u201cun mouvement de frayeur.Celui-ci \u2018ne prit pas attention et tourna le com- -mutateur.La cliente eut tout de suite -Alne sensation de brûlure.\u2018Arrêtez !\u201d Éceria-t-elle Mais Auguste, le brillant coiffeur, se moqua de sa peur.Pen- ; dant ce \u2018temps, la douleur se faisait \u201cplus cuisante.\u2018Les femmes sont si sensibles, se - contenta de remarquer, le coiffeur.El- \u201cles crient toujours quand on leur fait cette opération\u201d Mais, enfin, devant les protestations _réitérées de sa cliente, il s'empressa \u201cde fermer le courant- Et ce ne fut pour s\u2019apercevoir que la peau de la malheureuse.sous l'oreille droite, était brûlée à fond.\u201cN\u2019en parlez pas, Madame, lui dit- Ll, ma position est en jeu- Ce n'est - Tien qu\u2019une pelite brûlure; je vous guérirai en peu de jours.Mettez d\u2019a- l'hôpital.bord un peu de vaseline- Surtout, n\u2019en soufflez mot & personne\u2019.L\u2019infirmiére n\u2019en parla pas à ce moment et se rendit à la caisse où, au lieu de $18 on lui en réclama 825- Elle était si abattue qu'elle paya sans pro- tester- & I Mais la brûluredevintsi douloureuse que Mlle Milson se décida à exercer une réclamation contre le maladroit garçon «de coiffure et s\u2019en fut voir un avocat qui exigea pour elle le montant sus-mentionné avec le résultat qu\u2019on sait Le procès fut compliqué et donna lieu de part et d\u2019autre à une argumentation interminable sur l\u2019art du coiffeur et du perruquier, argumentation qu\u2019un grave magistrat dut suivre sans intérêt, cela va sans dire, pendant toute une journée- O UN POETE QUI HERITE tag Autrefois les poètes mouraient à Heureusement pour lui, le doux Francis Jammes ne connaîtra point ce triste sort.On nous annonce en effet que le \u201ccygne d\u2019Orthez\u2019\u2019 vient d\u2019hériter d\u2019une vieille demoiselle, fervente admiratrice de son oeuvre.Celle-ci laisse à M.Jammes une belle propriété avec château confortablement aménagé et meublé, plus quatre métairies, le tout estimé à 5 ou 600,000 francs.Le nouveau châtelain quittera incessamment Orthez pour s\u2019établir dans sa nouvelle et somptueuse demeure, en plein pays basque.Ce sera le riche sous l\u2019espalier.Décidément, le mysticisme mène à tout, à la condition d\u2019y persévérer.open emma Sl wa ger \\ BE A -\u2014 cc.eau aT sr es æœ v Te es +2 Vol.14, No 10 RT Dans la.province de Québec, la sai- sony des sports W'été ge termine habituellement par une course de 200 mil- L\u2019EXPLOIT D\u2019UN CANOTIER = - er AL SY eg 8 EE J rate Joy Iran vrai i grep 8 A EC A Cr TT AC A HR TER (OY ITT RIO JT LET OTT FE ASCE ER Te armoire sr ER I pe ER TR TA ror mm rte rrr TY Rn £ gnes- Des forts à l'aviron viennent de.tous les côtés de la province participer à cette course dont leg deux vain- queuns sont consacnés les meilleurs avironneurs de tous les lacs et rivières environnants._ Qette course dure une semaine, les concurrents faisant en moyenne du quatre milles à l\u2019heure et davantage vers la fin, quand leurs muscles raidis fonctionnent automatiquement sans aucune fatigue apparente ; c\u2019est un fait que si la distance à parcourir par étapes est grande, les hommes de canot reviennent au but aveo plus de vitesse qu'ils en sont partis- En quatre jours, cinq jours au plus, les plus habiles couvrent aisément les deux cents milles- Aux Etats-Unis, le concours qui passe pour le plus intéressant, est celui auquel vient de prendre part un seul concurrent qui fit en sept heures le tour de l'Île Manhattan, soit une ) = distance de trente milles- les qui se dispute la plupart du temps sur les rivières Jésus et Ottawa, en passant par le lac des Deux-Monta- L'île Manhattan est l'emplacement L\u2019exploit n'a rien de banal.Celui qui l\u2019a accompli a dû canoter sur une eau presque aussi tourmentée que celle d\u2019un de noc lacs en tempête, au milieu de paquebots, de remoqueurs, de côtiers et de canots-automobiles qui lui faisaient en passant des vagues presque aussi hautes que des montagnes ou de gratte-ciel.Les «difficultés devaient être grandes pour que les journaux américains aient porté aux nues le héros qui les surmonta, le sport était là-bas très \u2014 129 \u2014 oh pe?ai y Vol.14, Xo 10 LA REVUE POPULAIRE avancé.C'est la première fois que semblable randonnée en canot se fait La route est maintenant ouverte aux amateurs qui ne msn: ueront pas de vouloir répéter cet exploit en grand nombre.l\u2019an prochain.La saison dernière a été riche chez nous en exploits de la sorte, marquée par plusieurs concours en canot de course, en canot de plaisance et en pirogue.C\u2019est un de nos sports nationaux les plus dignes d'encouragement mas { tr LES AVANTAGES DE LA PAUVRETE \u2014 Heureux ceux qui sont sans le sou, dit le philosophe.Ie n\u2019ont pas à compatraître devant le grand jury pour expliquer l\u2019origine de leur fortune.IIs n\u2019ont pas à payer la taxe de luxe.Ils ne sont pas obligés de passer l\u2019hiver dans le Sud pour y geler.Ils restent simplement à la maison, au coin d\u2019un bon feu.Ils n\u2019ont pas à se vider les méninges pour trouver le chiffre de leur taxe sur le revenu ou chercher les moyens de l\u2019éviter.Ils n\u2019ont pas à passer leurs soirées chez des gens ennuyeux pour soigner leurs relations Le cinéma à 10 cents est toujours là pour les distraire après la journée de travail.Ils n\u2019ont pas à s\u2019asseoir dans une loge et à écouter de la musique d\u2019opéra que personne ne comprend.Ils n'ont pas 4 passer l'été dans Les stations de villégiature où tout le monde ne songe qu\u2019à potiner.Us peuvent, Les soirs de grande chaleur, s'offrir un tour de \u201c\u201cp\u2019tit char\u2019 à | la montagne sans perdre leur prestige social.| Ils n\u2019ont pas à se courber tous les soirs sous leur lit et leur commode pour chercher des boutons de manchettes ni jurer contre leur \u2018cravate, leur plastron ou leur faux-col.Ils n\u2019ont pas à divorcer tous les deux ou trois ans.Ils n\u2019ont pas à craindre qu\u2019un anarchiste, un bolcheviste ou un ouvrier sans travail ne jette une dose d\u2019arsé- nio dans leur verre d\u2019eau minérale.Ils peuvent jouer avec teurs enfants, | se promener avec un petit chien de | \u2018 Nace croisée, laid, mais fidèle et intel - ligent, aller en Ford, monter dans les montagnes russes (\u2018\u2018soenic railway du Parc Dominion), fréquenter les petites vues et se faire voir dans les poulaillens à quinze sous, g\u2019amuser en un mot sans contrainte.Ils ne perdent pas l\u2019appétit à se tre - casser au sujet des fluctuations de la Bourse.Tls n\u2019ont pas à se demander, vers l\u2019âge de quarante ans, comment leurs enfants useront de leur héritage, s'ils le feront fructifier ou s\u2019ils le dilapideront aux courses ou dans la compagnie de personnes légères.Is n\u2019ont pas à se demander si après la quarantaine ils pourront encore manger de la viande et boire du bon vin ou s\u2019îls devront plutôt suivre un régime alimentaire sévère et se soumettre à une diète de moine.Ils n\u2019ont pas à ge tourmenter enfin sur le sort qui leur est destiné après la mort, le Seigneur ayant dit que son Paradis était pour les Faibles et les Pauvres.ae 130 wm Montréal, octobre 1921 M Le \u2014 2 202 vol.14, No 10 Les harems de Turquie, regardés depuis des siécles comme la plus cruelle et la plus misérable institution humaine, se vident peu 4 peu Plusieurs des femmes qui y ont vécu comme des oiseaux en cage, la figure voilée, tous leurs mouvements épiés par des espions eunuques, ont été rendues à la liberté et celles qui vivent encore dans ces appartements grillagés, sious l'oeil des esclaves noirs, sont traitées plug charitablement.Ge n\u2019est pas un sursaut de sens moral qui incite les Turcs à abandonner cette coutume chère à tous d\u2019é- - pouser plusieurs femmes et de les séquestrer sans pitié.La raison principale de ce changement est une raison purement économique.Une baisse dans les finances des plus fortunés accomplit aujourd'hui cette réforme que poursuivent depuis des siècles les puissances civilisées et les missionnaires de ces puissances.Depuis la guerre, la cherté de la vie est plus g#ænde encore en Turquie que dans tout autre pays.Tout coûte si cher que les Turcs les plus riches seulement peuvent envisager les dépenses énormes qu\u2019entraîne l\u2019entretien d\u2019un harem d\u2019épouses et de concubines.Le citoyen ordinaire doit ouvrir les portes verrouillées de son sérail ou faire banqueroute- | A la suite de la guerre et de l\u2019élévation du coût de la vie, 1\u20acs nobles Turcs ne peuvent plus nourrir leurs nombreuses épouses et se voient forcés d\u2019ou= vrir les portes du sérail \u2014\u2014\u2014 Le pays est à la veille d\u2019une ruine financière.La plupart des grands palais royaux et des somptueuses demeures des princes sont vides et dilapidés.Les magnifiques résidences qui garnissent les rives du Bosphore, décrites par Pierre Loti et Claude Farrère, où jadis sur les marches de marbre et les allées fleuries avaient l\u2019habitude de se promener les beautés mormoréen- nes du sérail, sont désertes.Ces conditions nouvelles qui mend- cent la Turquie d\u2019une crise imminente ont rendu à la femme musulmane une liberté qu'elle tentait vainement de conquérir depuis des siècles.Avec la disparition graduelle des harems, les femmes trouvent l'opportunité de se rencontrer, de se faire courtiser volontairement et d\u2019épouser l\u2019homme de leur choix- Des milliers de jeunes gens sont obligés, pour des raisons monétaires, de renoncer au plaisir d\u2019avoir leur - harem et de se marier à une seule femme- Bien que les tramways et les trains comiportent encore des compartiments distincts pour les femmes qui voyagent,\u201d compartiments des dames seules\u2019\u201d\u2019, plus de le moitié de la population féminine de Constantinople se promène maintenant dans la ville, le voile relevé.oo WEE ! dé JTE Vol.14, No 10 Dans leurs propres demeures, elles ont le droit extraordinaire de recevoir sans surveillance des chrétiens, de diner et de converser avec eux aussi librement, plus librement même qu'\u2019avec leurs propres compatriotes- C\u2019était une chose inconnue en Turquie avant la guerre qu\u2019une femme travaillant au dehors- Aujourd'hui, beaucoup de femmes sont employées dans les magasins et les banques de Constantinople.LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 _ C'est une erreur de.croire que les Mahométans sont les premiers à garder cette attitude vis-à-vis des femmes, Les Hébreux firent à peu près de même, ainsi que les Babyloniens et bien-d\u2019autres peuples de l\u2019antiquité- Dans le Livre d\u2019Esther, par exemple, il est plusieurs fois fait mention du gynécée ou appartements séparés destinés aux femmes.L'influence de l'Islam doit être cependant tenue responsable, depuis Dans le vieux temps, une femme ne pouvait voir que son mari et quand une des.reines du harem entretenait ses compagnes, les musiciens qui les faisaient danser étaient tous des aveugles.La défense pour led femmes de se montrer sans voile devant leur mari ou leurs plus proches parents seulement est énoncée dans le Coran- * mille ans, de la conservation du harem dans l\u2019Orient.: En Turquie, jusqu\u2019à ces dernières années, un incroyant ou gentil, un chrétien surtout, ou un mahométan mâle qui ne tombait pas dans la catégorie des parents rapprochés, ne pouvaient pénétrer dans un sérail qu\u2019au risque de sa vie- - TX v3 Cam EX rs y \u2014\u2014 mn.Tt DTT fT.-\u2014s \u2014- _\u2014-_ nm tinction Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 Une seule porte ouvrait sur le harem et cette porte était gardée jour et nuit par des sentinelles armées.Les femmes menaient une vie ennuyeuse el solitaire- Leurs s'eules distractions étaient de fare de la musique et de la/danse entre elles ou de visiter les esclaves des harems voisins avec leurs servantes- ) Le Coran donne à tout fidèle le droit & quatre femmes.Mais, par une loi non écrite, le Sultan a droit à sept épouses légitimes et à un nombre illimité de concubines.Partout, l\u2019une d'elle prenait le dessus et accaparant les bonnes grâces du maître gouvernait sur les autres.Cette vie rend les femmes paresseuses et insouciantes.Tous les crimes, toutes les cruautés, toutes les immoralités, toutes les intrigues les plus basses ont germé dans ces cloitres.Mais tous ces changements qui viennent de s\u2019opérer dans le coeur du Ture ne sont que de surface.Le Ture est très conservateur- Il s\u2019écoulera encore beaucoup de siècles avant que l\u2019esprit et la compréhension de la famille au sens chrétien soient compris par les musulmans.Aussi, il y a beaucoup à faire au point de vue éducationnel des femmes, car, bien que plusieurs d\u2019entre elles soient très cultivées, le Turc ne leg apprécie pas mieux, ne recherchant que la compagnie des hommes et regardant celle de la femme qu'agréable à l'heure des plaisirs.0 L\u2019HABITANT Voici ce qu\u2019un voyageur américain dit d\u2019un cultivateur de la province de Québec.C\u2019est un peu différent de la légende ancienne: \u2014 138 ur Tn oe { sui RE fi i am ACER RE ETATS RTE SET RRR HTT HEE RES lus : ja \u201cLe cultivateur n\u2019a pas seulement en cédant à la pénétration du progrès scientifique moderne,amélioré sa condition et soulagé son labeur, mais son foyer même s\u2019est moderisé, a revêtu le confortable des habitations urbaines.Le cultivateur possède aujourd hui les machines perfectionnées qui lui adoucissent sa tâche et il a son automobile et souvent le téléphone et l\u2019électricité dans sa maison- I] a par suite développé sa puissance de production tout en se réservant une part plus large de la joie de vivre- C'était la coutume de décrire ainsi l\u2019habitant des campagnes: simple, bizarre, étranger à la vie moderne, content dans ses champs.Récitant ses prières et chantant sa chanson avant d'aller dormir, indifférent aux bruits du monde et à ses innovations qui troubleraient la sérénité de sa vie.Cet habitant peut encore se trouver dans les paroisses recgilées, heur, il faut le dire, mais si l\u2019on parcourt la province, on rencontre au- jourd\u2019hui le cultivateur affairé et remuant, avec ses machines modernes et autres perfectionnements qu\u2019il a adoptés avec un peu de répugnance, peut-être car il est par tempérament réfractaire au changement.Depuis dix ans, la ferme a été singulièrement améliorée.On y entend en passant beaucoup de piano.Beaucoup de fermes sont chauffées comme des maisons de ville La production du sol lui- même a augmenté de près de 25%.Les cultivateurs ont maintenant les moyens d'appliquer les méthodes nouvelles.La terre est bien labourée.Le travail qui était autrefois difficile, ardu, déplaisant, est devenu facile, etc, avec les instruments nouveaux et la terre rend davantage- je th HU et avec bon- ~ atalslsiataiaialilainl ait Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE » Depuis des siècles, les savants et les explorateurs de tous les pays cherchent les ossements du plus fort animal de la création.Ce n\u2019est que le mois dernier que fut extrait de fouilles poursuivies pendant plusieurs années, le fossile du gigantosaurus, quadrupède fantastique qui n\u2019a d\u2019égal parmi les animaux vivants que la fameuse baleine sulfureuse qui mesure 140 pieds de longueur tandis que le gigantosau- rus en compte 160.| La plupart des gens croient que dans le commencement des temps, les êtres animés avaient des proportions colossales.Les ossements retrouvés d\u2019hommes et de bêtes prouvent en effet que nos ancêtres et ceux des animaux avec lesquels nous vivons au- jourd\u2019hui n\u2019étaient pas précisément petits.| = Une autre catégorie de savants professe au contraire que la terre est habitée en ce moment par des animaux, cétacés, reptiles ou mammifères, aussi puissants, aussi gros que tous ceux ¢ i dit-on, peuplèrent le monde dans les siècles reculés.Il n\u2019y a pas très longtemps qu\u2019on reconstitua pour la première fois les ossatures de sauriens, rampants qui ressemblent au lézard.On découvrit plus tard le cetiosaurus anglais, le diplodocus américain, reptile diplodoc!- dé du jurassique cuplricur du Colora- La terre est aujourd\u2019hui même habitée par des monstres aussi gros que les mastodontes des temps préhistori ques.les reptiles d\u2019alors.\\ Cate Les baleines de nos jours; \\ do et Wyoming.Vinrent ensuite le brontbsaurus et les dinosaures dont nous avons fréquemment entretenu les lecteurs.L'un des plus grands diplodocus mesure 85 pieds de la tête à la queue.Il faut dire que cette tête et cette queue sont énormes et que pour cela le corps même n\u2019est pas aussi gros qu'on pourrait le croire.L'atalantosaurus s\u2019en approche beaucoup, les fémurs de ce reptile ayant 6 pieds 2 pouces.Toutes ces bêtes immondes ne vivaient pas sur terre; c\u2019étaient des créatures aquatiques ou amphibies qui ne manoeuvraient pas mieux sur un terrain ferme que l\u2019alligator.Mais dans les lacs peu profonds du Jurassique (terrain secondaire dont le Jura fournit de nombreux exemples), à vingt pieds, ces bêtes marchaient ou couraient à leur aise, avec leur long cou et le corps en partie plongés sous les eaux.Ils en sortaient pour chercher leur nourriture et faire leurs délices des riches herbages et des roseaux de eouleur sombre qui garnissaient de franges ces étangs tropicaux.Pour cette raison, les grands sauriens doivent être considérés comme des amphibies et on ne peut les comparer à la faune terrestre de nos jours.Mais, de toutes façons, il n\u2019existe 1ctuellement aucun reptile de cette Montréal, octobre 1921 > c-\u2018w\u2026 wy -\u2014 pry Vol.14, No 10 taille.Pas le moindre doute là-dessus, L'hypothèse que des créatures de ce genre pourraient encore habiter les coins inexplorés et impénétrables de l'Afrique n'est pas assez sérieuse pour \u2018qu\u2019on s\u2019y arrête.Les sauriens disparurent il y a des millions d'années avec l'ère mésozoï- \u2018que.Aucun climat ne pourrait aujour- d\u2019hui leur convenir et il est peu pro- LA BALEINE GEAR TE, Iho pds oo i à la plus grosse baleine de nos mers.bable qu'ils se soient suffisamment modifiés pour vivre dans notre atmosphère.Inutile de faire des explorations pour découvrir un de ces animaux fan- tomiatiques.Mais étaient-ils bien les plus gros des sauriens?On le crut jusqu\u2019au mois dernier alors qu\u2019un médecin européen trouva près de Tendagoroo.à cinquante milles de la côte de l'Afri- [EIT FREE) ORNS LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 que occidentale allemande, les ossements d\u2019un fossile ressemblant au di- ploidocus et à l\u2019atalantosaurus, mais certainement deux fois plus long et plusieurs fois plus volumineux.Cette bête mystérieuse porte maintenant le nom de gigantosaurus et remonte aux couches sablonneuses de l'ère mésozoique, Le CIGANTO AACR US lod pieds Le gigantosaurus, le plus puissant des quadrupèdes des temps préhistoriques, comparé - Son fémur mesure dix pieds, sa queue quatre-vingts pieds, la tête et le cou quarante pieds; au complet, 160 pieds.Tous les savants cependant ne lui décernent pas aussi facilement la palme de la grandeur.Certains le comparent à la plus grosse baleine, dont l\u2019espèce est très répandue «dans nos mers, et qui quoique ne mesurant que 140 A RE M A ee EE BETAS STR CT I RT RER ET PER CE TT Tr ren] IDR 1 SANE \u2018 oF SE ! LE Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 pieds & un volume plus fort et plus lourd.Il est intéressant de noter ici comment certaines familles et espèces d\u2019animaux ont grossi ou diminué.Les plus grands sauriens existants ne couvrent pas plus d\u2019espace que l\u2019avant- patte de leurs ancêtres.Presque tous les reptiles de notre temps sont petits.Au contraire, le mammifère n\u2019a probablement jamais eu les puissantes proportions que nous lui connaissons aujourd'hui.Plus les reptiles ont diminué et plus les mammifères ont grossi.Le roi des éléphants de: l\u2019Afrique est plus grand et un peu plus volumineux que tous les mammouths et mastodontes découverts.| Notre cheval, vigoureux et de belle taille, est le fruit d\u2019une lente évolution venant de l'éohippus, animal des terrains éocènes de la grosseur d'un terrier.| L'homme moderne est probablement plus fort aussi que ses ancêtres préhistoriques, Quant à la baleine, mammifère cétacé, elle est autrement plus imposante que son ancêtre, un véritable quadrupède ressemblant à un chien.1] faudrait conséquemment croire que les conditions atmosphériques du monde antique contribuaient à l\u2019accroissement des sauriens ou reptiles et que celles du monde moderne conviennent mieux aux mammifères.Orem LA PAUVRETE DES GRAISSES CHIMIQUES Les qualités et vertus nutritives des graisses communément employées ne sont pas riches, aux yeux du professeur Mendel, de l\u2019Université Yale.Pour éprouver la valeur de ses théories, il flt de nombreuses expériences.Ainsi, après avoir nourri de jeunes animaux au lard seulement, il remarque chez eux après trois mois de ce régime, une cessation de croissance et une diminution de poids.La graisse de beurre produit un tout autre effet et les animaux qui en sont nourris s\u2019en trouvent plus forts et plus lourds.Le coton .en coque est aussi dommageable que le lard, ainsi que toutes ces graisses chimiques qui sont vendues depuis la guerre de 1914 comme succédanés de beurre.Les préparations auxquelles sont soumis ces produits sont de nature à déprécier, sinon à détruire leur valeur nutritive.Une longue cuisson à une température élevée est, paraît-il, ce qui rend ces graisses chimiques nuisibles à la santé.Oo LE MOT DU MEDECIN > Guillaume II ne s\u2019est pas s'iicidé, comme le bruit en avait couru, mais il était malade et l\u2019on avait appelé auprès de lui plusieurs médecins: d\u2019où le bruit en question.Leur consultation terminée et les ésultats en ayant été satisfaisants, le Kaiser se sentit en veine de'facéties.1 avisa le plus âgé des médecins, un Hollandais, et lui dit en riant: \u2014 Voyons, docteur, combien avez- vous tué de gens pendant votre vie?\u2014 Sire, répondit le vieillard, plusieurs millions de moins que Votre Majesté. Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 GIE SLT OT ao CNT OUT ET TOTEOTS EB ITH TTITHG AD AST: I EI ~ LA LICORNE A-T-ELLE EXISTE Bien qu\u2019il soit fait mention dans la Bible et les auteurs anciens de cet animal à corps de cheval qui porte une corne au front, la science moderne nie son existence Qu\u2019est devenu le plus étrange des animaux mentionnés dans l'Ancien Testament, la licorne?Où vivait cet animal fabuleux à corps de cheval, avec une corne, unique au front et pourquoi est-il disparu ?Autant de questions destinées, selon toute probabilité, à rester sans réponses.La science s'est toujours intéressée, depuis des siècles, à cette bête dont il est parlé dans les Saintes Ecritures ainsi que dans.nonmtbreux ouvrages des _ auteurs anciens, | Les thérapeutes et médecins de l\u2019antiquité avaient foi en la puissance magique de la corne d\u2019une licorne et les rois et les chefs de l\u2019Eglise payaient des sommes fabuleuses la moindre dose du médicament préparé avec cet objet.\u201cLa licorne, écrit Pline, historien de Rome, avait la tête d\u2019un cerf, les pattes d\u2019un éléphant, la queue d\u2019un REP EEE fl sé PÉÉTOTRE | be \u2014 137 \u2014 .Of sanglier et le corps d\u2019un cheval ; il avait comme signe caractéristique une corne au milieu du front d\u2019une longueur de deux coudées.Cet animal ne pouvait être capturé vivant.\u201d D\u2019autres écrivains des premiers siècles, mémorialistes ou historiens, Ctésias et Aristote, par exemple, font aussi mention de la licorne, connue alors sous le nom d'âne indien ou âne blanc.Ils lui attribuent une force et une puissance merveilleuses.C'était même une tradition dans l'Eglise chrétienne que la licorne ne pouvait être capturée que par une vierge ;\u201caussi cet animal devint-il le symbole de la pureté et de la religion.Notre gravure principale montre une licorne poursuivie vainement par des chasseurs et une meute venant se réfugier auprès d\u2019une jeune fille modeste et pure.; C\u2019est ainsi que le comprenait José- phin Péladan, célèbre écrivain catho- ERE ee te AE GI ERTIES i RER EEE THE LT 2% : i cost CSS OCR SAN EE EE EE CEE NS EN EE Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 lique français, grand mage de l\u2019ordre de la Rose Croix quand il écrivit son roman intitulé: \u2018\u2018La Licorne\u2019\u2019, histoire d\u2019un jeune artiste et d\u2019une ravissante jeune fille qui éprouvent l\u2019un pour l\u2019autre le premier amour de leur vie.Les premiers traités de zoologie sont plutôt nébuleux, de sorte que celui qui suit la trace de la licorne à travers la littérature du passé trouvera dans ses pages une furte tendance à confondre la licorne avec le rhinocéros qui lui aussi à une corne unique au front.posé en 1573: \u201cLe monoceros, (famille d'animaux qui comprendrait la .licorne aussi bien que le rhinocéros) renferme dans sa corne un antidote contre le poison et les morsures de chiens enragés, contre les épidémies de peste bubonique, de fièvres et de toute autre maladie.\u201d Cependant cet auteur, comme tous les autres.déclare à la fin de gon livre, qu\u2019il n\u2019a jamais vu une licorne et qu'il ne connait personne qui \u2018puisse jurer l'avoir vue.L'antiquité et le moyen-âge admirent aussi que la corne de cet animal avait la vertu de neutraliser les poisons et de guérir toutes les maladies.Job dit, touchant la nature invincible de la bête: \u2018\u2018Sa vertu est aussi fameuse que sa force et dans sa corne réside un infaillible antidote contre tout poison.\u201d A son tour, André Bacci, écrivain florentin, dit dans \u2018\u2018L\u2019Alicorne\u2019\u2019, com- La corne de la licorne était difficilement employée à cause de sa rareté et de son prix élevé.Ce n\u2019était pas en effet le médicament modèle.pour le pauvre diable.Les princes, les potentats et les capitalistes seuls pouvaient s'offrir ce luxe.C\u2019est que la moindre corne était cotée à $12,000 ; les meilleures se vendaient jusqu'à $200,000.En considérant la valeur d'achat de l'argent ea Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE - à cette époque, on peut done dire qu\u2019une corne valait un demi-million de dollars.La dose ordinaire était d\u2019environ 10 ./ sc., .\u2018grains, administrée dans l\u2019eau soit dang le vin, avec en même temps un émétique.excitant destiné à provoquer le vomissement.L'histoire rapporte qu'une corne de ce genre fut présentée.en guise de remède, au pape Grégoire XIV, à l'arti- ole de sa mort.Elle &e trouve maintenant au American Museum.On peut lire sur l\u2019étui qui l\u2019enveloppe qu'elle fut offerte au pape, en 1590, par le prieur et les Frères du Monastère de Sainte-Marie de Guadeloupe, ordre religieux italien.Son efficacité ne fut pas grande en cette circonstance, l\u2019état du Saint- Père n\u2019ayant été nullement restauré par ce fortiflant.| Comme nous l'avons dit plus haut, la licorne revient & plusieurs passages de la Bible, ou mieux, le terme hébraïque a été traduit en celui de licorne, mais rien ne dit que le mot ne voulait pas signifier plutôt le rhinocéros ou le boeuf blanc.Mais le zoologiste peut aussi bien se demander dans ce cas comment les Is:- raélites pouvaient connaître l\u2019existence du rhinocéros ou encore du boeuf blanc.Les auteurs ne disent pas comment, au moyen âge surtout.la licorne en vint à symboliser le Saint-Esprit, par extension l'Eglise ou la religion, ou encore à entrer dans l\u2019art héraldique.Nous savons cependant qu\u2019à partir d\u2019une époque assez reculée, la licorne se trouva sur plusieurs blasons, en Ecosse principalement.Une paire de licornes figuraient sur les armes du roi d\u2019Ecosse et après l\u2019élévation de Jacques VI sur le trône \u2014 139 \u2014 RP PE EE RENE EN PEN EE Ea re EET d\u2019Angleterre, sous le nom de Jacques Ier, la licorne passa au blason royal anglais où elle se tient maintenant debout avec le lion eur les armoiries portant en exergue la devise britannique \u201cDieu et mon Droit\u201d.CONSEILS AUX PIETONS Si vous avez la mauvaise habitude de tourner les coins de-rue en vitesse, ayez la précaution de vous tenir la tête baissée.Comme cela, si quelqu'un se dirige vers vous avec une canne ou un parapluie vous n\u2019en recevrez pas la pointe dans les yeux.Si vous rencontrez dans un pare un de vos amis accompagné d\u2019une jeune personne à qui il vous présente, ne lui parlez pag tout de suite de votre automobile, de votre yacht ou de votre motocyclette, elle peut vous prendre pour un voyageur de commerce.Si vous voyez une dame lier sa chaussure sur la marche d\u2019une entrée de porte, ne vous empressez pas de lui demander si vous pouVez lui être de quelque utilité.Ne frappez pas légèrement sur l\u2019épaule de la petite fille qui marche devant vous pour lui demander si elle ge rend à l\u2019école.Grâce à la mode des jupes courtes, vous pouvez par inadvertance vous adresser ainsi à votre grand\u2019mère.Si vous marchez avec votre femme et rencontrez votre manucure ou votre sténographe, ne dites pas: \u201c\u2018Bonjour, ma chère\u201d; un simple signe de tête ou un coup de chapeau disoret suffisent.Si une dame devant vous échappe son mouchoir, inutile de la suivre pendant un quart d'heure avant de l\u2019en prévenir, RE RE EE ETAGE WEG bi A A a hi AH Skyy HE hn RRR SEE re a ra pa - - \u201ca - vo nn 2 x, _ SRT BS Ta 95% IST Re ox fi +. Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1521 Le plus grand m illiardaire de l\u2019Europe RS A RATE PRE EEE OT COR ES SCO A A TE NU TS RO ES ONE TI ARNO DU TE RRQ TRS TUE QUES Hugo Stinnes a fait une fortune considérable durant et depuls la guerre.\u2014 Un allemand qui contrôle 57 journaux et la presque totalité Ces mines de fer et d\u2019acier.\u2014Un membre du Reichstag allemand.Hugo Stinnes est sans contredit le plus grand milliardaire européen.Cet homme sans scrupules a bénéficié de la défaite de son pays.Il tient l'Allemagne au coeur.Il contrôle tout et les millions et les millions de marks viennent s\u2019entasser dans ses coffres.Cet homme, Hugo Stinnes, a édifié sa fortune sur la ruine de son pays; il marchaient sur Paris en 1914; il jubilait lorsque les alliés repoussaient les Allemands hors de France; il jubilait encore à la signature de l\u2019armistice.C\u2019est ce même homme qui sanglotait en apprenant les termes de la Paix de Versailles, c\u2019est ce même individu qui a prétendu que l\u2019Allemagne ne pourrait payer, ét qui, dans ce pays appauvri, endetté, abattu, a trouvé le moyen de ramasser des milliards.Et aujourd\u2019hui, Hugo Stinnes contrôle l\u2019Allemagne.Il contrôle 70% des mines de fer et d\u2019acier de l\u2019Allemagne, une part considérable dans les mines de charbon; il possède plusieurs navires, des manufactures de pulpè, des stations d\u2019électricité, des puits d\u2019huile, il possède également 57 journaux et a un siège au Reichstag.Herr Stinnes contrôle le travail organisé en Allemagne et la situation économique.Il a plus d'argent liqui- jubilait lorsque les armées du Kaiser - \u2014 140 \u2014 de à sa dispositioh que la plupart des milliardaires du monde entier.En 1904, Hugo Stinnes avait un revenu de $100,000; en 1908 il valait $7,000,000.Mais même en ce moment il ne pouvait rivaliser avec les grosses fortunes allemandes, Cepen- .dant il avait déjà fait sa marque et s\u2019apprétait déjà à devenir la puissance.qu\u2019il est présentement.: Avant la guerre il fallait se rendre dans leg mines de charbon pour entendre prononcer le nom de Hugo Stinnes.Sa famille venaï des terrains miniers et il avait hérité d\u2019une petite somme assez rondelette.À l\u2019âge de trente-quatre ans, il acheta toutes les parts de mines qu'il put trouver sur le marché.Ç Après le fer et l'acier, il acheta des forêts et des navires, dans lesquels il pouvait transporter son charbon et son acier.Puis quelques années plus tard, il acheta des voies ferrées, La guerre se déclara ef des.gens prétendirent que la fortune de Stinnes devait fondre dans le cataclysme.Mais Stinnes se releva plus fort que jamais.Il s\u2019allia pour un certain temps avec les Krupp et autres puissances financières.Le Kaiser lui-même acheta des actions dans les entreprises de Stinnes et profita par cela même des transactions du milliardaire allemand.On a même dit que des commandes furent Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 exécutées pour les ennemis de l\u2019Allemagne et expédiées en Scandinavie.Pour Stinnes la victoire allemande ne signifiait pas de nouveaux territoires pour l\u2019Allemagne, elle signifiait de nouvelles mines de charbons, de fer et d'acier, plus de navires et plus d\u2019usines.Si l'Allemagne gagnait, il gagnait, si l'Allemagne perdait, il gagnait encore, tel était son raisonnement.Pour aider les industries allemandes, il employa la main-d'oeuvre belge durant la guere.Il est dit que Stinnes était certain de la défaile allemande dès les débuts dela guerre, il conduisit donc ses affaires en rapport avec cette idée.Il fit au-delà de 5500,000,000 de profits durant la guerre seulement.La guerre finie, Stinnes évita de payer la taxe sur la revenu en disant à l\u2019Allemagne.: Prenez mes mines et mes propriétés et conduisez-les vous- même.\u201d - L'Allemagne savait ne pas être capable de conduire les entreprises de Stinnes et oublia de réclamer ses taxes au milliardaire allemand.Il y eut des troubles parmi les employés des mines: Prenez mes mines et conduisez-les, répondit Stinnes à ses employés\u201d.Vous savez que \u2018vous ne pouvez le faire, et dans trois mois vous viendrez me demander de reprendre la direction de mes affaires.Stinnes fut invité à faire partie de la conférence de la paix.Il insulta les autres délégués et affirma que l\u2019Allemagne ne pouvait payer.Il oubliait les milliards enfouis dans ses coffres- forts, et les ouvriers sous ses ordres qui pouvaient produire le charbon que la population française réclamait à grands cris, \u2014 141 \u2014 \u201cNous ne paierons pas, avait dit Stinnes, et la parole de Stinnes devint celle de l\u2019Allemagne.À Berlin, on fit de l\u2019opposition à Stinnes.Les journaux parlaient des profits énormes réalisés par le milliardaire allemand; on doutait de son patriotisme.Est-ce que Stinnes laissa dire et se croisa les bras?Pas du tout.Il acheta les journaux hostiles, et les remplit'de sa prose, et s\u2019en servit pour sa propagande.Il se fit élire membre du Reichstag, afin de pouvoir discuter au grand jour et en toute liberté.Bientôt il devenait le dictateur de l\u2019Allemagne: Hugo Stinnes a maintenant cinquante ans.Il est aussi sinistre au physique qu\u2019au moral.II a une main de fer, et ses cheveux n\u2019ont pas été blanchis par les malheurs de sa patrie.Ses yeux sont noirs et perçants.Il ne paraît pas que son étoile doive diminuer avant longtemps.Il achète partout, en Autriche et dans tous les pays, même ceux qui furent les ennemis de sa patrie.Hugo Stinnes a un revenu plus considérable\u2019 que celui du Reichstag allemand.0\u2014\u2014 LA REPOPULATION La France veut des enfants.C\u2019est probablement pour cette raison qu\u2019un nommé Louis Domergue vient d\u2019être disculpé du crime de bigamie pour avoir répondu au juge d'instruction, que s\u2019il avait épousé simultanément deux femmes, c'était simplement dans le but de donner plus d\u2019enfants à la France ! Les deux épouses vivaient sans se connaître à vingt milles l\u2019une de l\u2019autre.Elles ont fait de leur mari commun des éloges enthousiastes. Voi.14, No 10 LES ENFANTS DU TZAR Le tuteur anglais des enfants du tzar vient de publier dans une revue londonienne, quelques pages de souvenirs sur ses jeunes élèves impériaux.Si ces pages ne paraissent qu'aujourd\u2019hui, si longtemps après le drame d\u2019Ekaterinburg, c'est que M.J.B.M.Epps eut bien des difficultés à surmonter pour revenir en Angleterre.Du reste M.Epps n'a rien & dire sur le drame en lui-même, car il fut obligé de demeurer à Pétrograd où il apprit la terrible nouvelle du masacre de la famille impériale.Mais quand enfin il obtint l\u2019autorisation de quitter la Russie, M.Epps put aussi conserver les différents menus objets datant d\u2019une période plus heureuse.notamment quelques dessins puérils et charmants faits entre les leçons par les enfants du tzar, spépialement par les grandes duchesses Olga et Tatiana.M.Epps raconte que pour égayer les leçons auxquelles la tzarine assis tait assez souvent, il avait pris l\u2019habitude de chanter quelques vieilles chansons éenfantines anglaises.Un jour où la petite séance musicale avait eu plus de succès que d'habitude, les princesses demandèrent avec insistance un \u2018\u2018bis\u2019.Mais M.Epps était au bout de son répertoire.Il annonça qu\u2019il allait chanter une chanson chinoise, ce qu\u2019il fit en inventant force mots étranges aux intonations bi-_ zarres et en improvisant au piano un air au rythme extraordinaire.Les princesses furent enchantées et avouèrent n\u2019y avoir rien compris.Elles réclamèrent une traduction que M.Epps remplaça par une nouvelle invention.LA REVUE POPULAIRE \u2014 142 \u2014 Il raconta en la déformant un peu, une vieille légende anglaise.Le tuteur se rendit vite compte que le meilleur moyen pour obtenir de ses élèves une conduite studieuse et une émulation constante, était d\u2019adopter la maxime \u201cPas de travail, pas de chanson\u2019.En pluiseurs occasions la grande duchesse Olga et la grande duchesse Tatiana, donnèrent à leur professeur de curieux dessins pleins de naïveté.mais qui dénotaient une certaine \u2018adresse et une grande faculté d'observation.Plusieurs fois ne sachant comment expliquer ce qu\u2019elles avaient vu dans la journée, par exemple un bijou aperçu au cours d\u2019une réception ou une salle d'hôpital visité en compagnie de la Tzarine, elles firent des croquis rapides et cependant précis que M.Epps a conservés précieusement.La plus curieuse anecdote que rapporte M.Epps est assurément celle où il montre combien les princesses avaient de spontanéité ingénue: Un jour.M.Epps, expliquait aux princesses les noms composés qui abondent dans la langue anglaise.Les princesses ne semblaient pas comprendre comment en juxtaposant deux mots, on pouvait en former un troisième.\u2014Ce sont, dit M.Epps, des combinaisons de mots./ Les princeses demeurérent muettes.\u2014Ne savez-vous \u2018pas ce que c\u2019est qu\u2019une combinaison ?questionne le tuteur.\u2014Oh si! ripostèrent sans hésitation les princesses Olga et Tatiana, .nous en portons.» Montréal, octobre 1921 Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Ça 0 = La grève de la faim des détenus dans les prisons irlandaises attira l\u2019attention universelle sur un sujet qui excita toujourg l'attention des sommités médicales.Combien de temps un être humain peut-il vivre sans aliment?| | Malheureusement, en raison de sa nature, un tel sujet ne se prête pas aux investigations scientifiques.Nombreux sont ceux qui suocombèrent à la famine à la suite de naufrages, Schéma montrant Ja méthode employé: pour dvalwar ba force des contractions de Peetomoc vide des personnes mormales, B.BaHon de caoutchouc dans l'estomac : F.Fiotteur er liège avec plæœquetie indicatrice; L.Manomé- tre flottent; R.Tube de caoutchouc reliant le ballon au manomètre.Les sensations de ceux qui meurent de faim A IH HP A Ee EE TE ET HARRIE RIAL I En i eu A (EX TO PTE ATE TE PE PE IL IIR HR LR ROS TL LO IR HORE ITE ETI Le SE TT eC Ye ET ESE it! ES ; EEE ERA, casion d'étudier sur des êtres humains en état de bonne santé, les effets d\u2019une longue privation d\u2019aliments, d\u2019une privation volontaire se prolongeant jusqu\u2019à la mort et il est regrettable que les conditions dans lesquelles éclata la grève de la faim en Irlande n'aient pas été plus favorables à l\u2019observation scientifique.C\u2019est, dans les masses populaires, un sentiment acquis qu'une personne obèse, bien nourrie, tremblements de terre, accidents de mine ensevelissement sous les neiges.Queïques-uns, perdus dans la solitude sauvage des régions arctiques, moururent aussi d\u2019inanition, mais tous ces misérables expirèrent loin des centres civilisés où résident habituellement les gloires médicales.Les observations de ce qu\u2019on appelle populairement la famine, au cours de maladies quelconques, ont été assez nombreuses, mais les hommes de science ont eu rarement l\u2019oc- étant égales, \u2018\u2018durera™ plus longtemps qu\u2019une dont les dépôts adipeux ne sont pas considérables.La croyance du peuple est véritable.Le corps humain tire de sa néserve de tissus une nutrition qui le fait subsister quand la \\ quantité normale d'aliments est supprimée.Ainsi, de deux personnes de hauteur, d\u2019âge et d\u2019activité fonction= nelle égales, celle qui pèsera 200 livres résistera plus longtemps, dans une épreuve de famine, que celle dont le poids ne dépassera pas 100 livres, STE toutes ohoses ou H + su / Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 Notre poids ne varie pas beaucoup lorsque nous sommes en bonne santé, car les dépenses du corps balancent ses acquisitions.Un équilibre physiologique est maintenu.Quand un animal est privé de nourriture, ses tissus eux-mêmes sont consommés, L'étendue de cette consommation différe considérablement selon les organes.Le coeur, par exemple, ne perd que très peu de sa pesanteur, au début de l\u2019inanition, alors que les au- tresmuscles s\u2019annihilent presque complètement.La graisse et la gélatine disparaissent entièrement.Les organes dont l\u2019activité fonctionnelle est plus intense, tel le système nerveux, se conservent mieux, mais ceux où elle est moyenne se détériorent rapidement.Pendant le jeûne, les pertes des différents tissus, avant que la mort n\u2019ait lieu, sont d\u2019environ 40 pour cent du poids total.Les tissus qui perdent lus de quarante pour cent sont: La graisse 93.3; le sang, 75; la rate, 71,4 ; le pancréas, 64,1; le foie, 52; les intestins, 42,4; les muscles, 42,3.Ceux qui perdent moins de 40 pour cent sont l'enveloppe musculaire de l'estomac, 39,7; le pharynx et l\u2019oesophage, 34,2; la peau, 33,3; les rognons, 31,9; l'appareil respiratoire.22,3; les os 16,7; les yeux, 10; le systéme nerveux, 19.La graisse disparait entiérement, a \u2018l\u2019exception d\u2019une petite quantité qui reste dans les alvéoles oculaires et autour des rognons.Le volume du sang diminue et les qualités nutritives de ce liquide s\u2019annihilent.Les muscles subissent une sensible diminution de volume et deviennent mous et relä- chés.Le système nerveux souffre moins que le reste de l'organisme; il \u201cne perd pas plus de deux pour cent quand la mort survient.Les apparences qu\u2019offre le corps après la mort par inanition sont celles de l\u2019anémie et d\u2019une grande émaciation; une absence presque totale de graisse et de sang, une diminution du volume des organes et le vide absolu de l\u2019estomac et des intestins.La décomposition est rapide et provoque une odeur des plus fétides.La durée de la vie, après une complète privation de nourriture, peut varier de huit à treize jours.Cette limite peut s'étendre à quelques jours de plus, voire même à des semaines, s\u2019il est fait usage d\u2019un peu d\u2019eau.Tout liquide est en effet plus nécessaire à l\u2019organisme en ces états physiques que tous les aliments.C\u2019est ainsi qu\u2019au dire du savant Bérard, un bagnard français put vivre d\u2019eau seulement pen- dans 63 jours.Les phénomènes caractéristiques de l\u2019inanition sont les suivants: la faim, une soif intense, reux à l\u2019estomac et aux intestins, faiblesse musculaire, émaciation ou amaigrissement extrême, diminution dans le volume du sang, putréfaction du corps, vertiges, stupeur, délire, convulsions intermittentes, dépression de la température du corps, et finalement, la mort par épuisement.Dans de pareilles conditions, comment doit-on s\u2019y prendre pour faire revivre des forces perdues dans un corps privé de nourriture depuis plusieurs jours?On sait qu\u2019il faut manger très modérément après une certaine diète.Aussi, faut-il servir d\u2019abord à un estomac épuisé par une longue abstinence que du lait, du jus d'orange et quelques autres liquides.Un célèbre statisticien anglais, le professeur Sohn, a fait des calculs précis sur la somme d'alimentation qu\u2019il aurait fallu à Fitzgerald, le pre- malaises doulou- ry YT bx Yt C2 see : oo Lee ; PRIE pred el tes sf] nade al 9 of Site olen gh, J tte! ol i elitists dole EN § di side CA Cri RE RUT ah latest etant Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE (ies taste Montréal, octobre 1921 mier deg grévistes de la faim irlandais, pour se tenir dans un état normal pendant les 68 jours qu\u2019il a été sans mai- ger Lbs Onces Lait .0.0 17 .SUCTE + vit vv tees anna 4 Viande, poisson et oeufs.58 Beurre et fromage .\u2026.4 Pain .Cee 68 .Fruits etlégumes .59 YA » Co var \u2014\u2014 Total .210 26 Le lord maire MacSwiney, qui mourut le 74ème jour de son jeûne, aurait absorbé pendant cette période un peu plus dei230 livres de nourriture\u2014 soit le double de son poids normal.Tout en s'étonnant devant la longueur du jeûne volontaire soutenu par les grévistes de la faim en Irlande, l\u2019on ne doit pas oublier que des \u2014oins adroits leur furent donnés pour maintenir en leur corps une chaleur artificielle et leur épargner ainsi des tourments physiques et moraux.Le repos absolu et la position horizontale contribuèrent aussi au prolongement anormal de leur existence.Le grand Benedict prétend à ce sujet que le repos total, en engourdissant toutes les facultés, met en même temps le corps à l\u2019épreuve de fatigues, cela pendant des mois.Il fit faire l\u2019expérience à l\u2019un de ses sujets qui, après un jeûne de 31 jours, s\u2019entretint familièrement avec des confrères de Benedict, et le soir se mit & chanter et à danser pour marquer joyeusement la fin de son abstinence.Il ne convient donc pas de s\u2019étonner outre mesure de la longueur du jeûne des patriotes irlandais ni de croire que la stience fut pour cela déroutée.\u2018La science prévoit tous ces phénomènes.\u2014 145 \u2014 LA GUILLOTINE nutes) Voici une anecdote révolutfonnaire fort peu connue sur la guillotine.Il s\u2019agit de l\u2019exécution du chevalier Leguen du Martellier, ancien officier de marine, guillotiné à Nantes, sur la place du Bouffay, en 1794.Leguen du Martellier, pris les armes & la main, aux environs de Beau- préau, en Vendée, avait été hissé sur la fatale charrette en nombreuse compagnie.Sa qualité de chef de bande lui valut.comme aggravation de peine, le triste honneur d'être exécuté le dernier.|.1001 8 Or, ée jout-là, le touperet retomba quarante fois, fauchant quarante têtes ou juvéniles, ou chenues.Quand le tour du chevalier, la sinistre machine, mise à des épreuves trop répétées, refusa let service, eo des cinq morsures, qu'à la suite de cinq épreuves successives la guillotine imprima au cou du patient, aucune ne fut jugée sérieuse.À la fin, le bourreau délia le chevalier en lui disant: \u201cà demain!\u201d Mais un courrier arrivé dans la nuit, apporta la nouvelle du 9 Thermidor, et M.du Martellier fut sauvé.Il se retira à Richemond, près de Londres, et ne voulut jamais revoir sa patrie.Le retour des Bourbons lui valut une pension sur la cassette royale.La lettre de remerciement du vieil émigré à Louis XVITI portait la signature suivante: \u2018Le chevalier Leguen du Martellier, guillotiné cinq fois dans le même jour pour le service du > 39 .rol f it ft Be.Ret ye pe Er 1 Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 LP ADI CE OT AE TEE OT EU TE PO TEE AR TE A I OO OO CCE TE CT ET AT EH EY RT CT TT I FE ER A TRY EY YETI, vo eee LA SUPERIORITE DE LA FEMME A ET A TES TER TT PR TE I CI RT PITT OER LTE NTI] FN & TET Ny La Jeune fille apporte à l\u2019étude plus d\u2019intelligence et plus de soins que les collégiens et universitaires.\u2014 L'homme est trop distrait parles plaisirs et le sport.\u2014La femme est notre égale, sinon notre supérieure.Il n\u2019eut pas fallu, il y a vingt-cinq ans, conseiller aux sages personnes, séculiers ou ecclésiastiques, qui s\u2019occupent dans notre province de l\u2019enseignement, de donner aux jeunes filles une éducation égale à celle des jeunes gens en vue de les diriger vers les professions libérales.L'ignorance a toujours été le plus grand obstacle au féminisme.Tant que la femme ne sait lire que son cahier de recettes, ne sait compter que les factures de l\u2019épicier ou du boucher, ne connaît du droit que ces mots entendus le matin de ses noces: fidélité, obéissance et soumission, elle ne songe nullement à s\u2019affranchir et encore moins, même libre, à entrer dans une carrière publique.Depuis que les femmes s\u2019instruisent, elles ont changé.L'étude, la lecture leur ont bouleversé les idées.Aujourd'hui, les modestes petites servantes d'antan se disent supérieures à l\u2019homme.Qui sait si elles n\u2019en sont pas les égales sur presque tous les terrains, scientifiques ou intellectuels?Des enquêtes poursuivies serupu- leusement en France, aux Etats-Unis, au Canada et particulièrement dans la province de Québec apportent à cette question des brillants éclaircissements.Dans notre province, la moyenne des jeunes filles munies d\u2019une agréable et utile instruction est aussi forte que celle des hommes.Les bachelières ès-lettres et ès-arts qui participent chaque année aux épreuves du baccalauréat, sur le même pied que les rhétoriciens et les philosophes des collèges classiques décrochent leurs diplômes aussi aisément que ces derniers.Gertains professeurs déclarent même que les jeunes filles canadiennes- françaises apprennent les langues d\u2019une manière plus intelligente que les jeunes garçons et.réussissent mieux la composition littéraire.Aucun doute que chez nous, la fem- \u2018me ne soit pour l\u2019homme une digne compagne, aussi intelligente et cultivée que lui.Aux Etats-Unis, les jeunes filles, partout, dans les écoles primaires, les \u201chigh schools\u2019, les lycées, les universités, dament le pion aux étudiants.On calcule que les points obtenus annuellement par les femmes sont de 84.46 et par les hommes de 76.91.Ceci est une proportion qui montre la supériorité de l\u2019étudiante américaine sur ses camarades masculins.D\u2019aileurs, invariablement, les statistiques sont favorables au sexe faible.\u2014 146 \u2014 Vol.14, No 10 Il est facile à un homme poli ou soucieux d\u2019éviter des disputes de répondre, quand on l\u2019interroge sur ce sujet que les femmes sont, en moyen- le, supérieures aux hommes.Mais le bont-elles réellement?Voilà ce qu\u2019il \u2018aut plutôt prouver.| La femme diffère de l\u2019homme de jar sa nature, son tempérament et LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 même sa conformation physique.Quelque soit son instruction, elle ne peut briser les barrières qui séparent les deux sexes.Elle peut avoir plus d'imagination, d\u2019instinet et d\u2019intelligence naturelle et moins de jugement et de raisonnement.Une comparaison parfaite entre le cerveau masculin et féminin, en fai- Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 sant entrer en ligne de compte les avantages naturels ou la faiblesse de chacun des sexes, ne sera jamais faite et d\u2019antiques préjugés nous empêchent de trancher définitivement cette question.Cependant, rien ne nous interdit de considérer ce sujet excitant et de continuer notre enquête.Voici les différents rapports que nous avons reçus à la \u2018\u2018Revue\u2019\u2019 d\u2019universités canadiennes et américaines: \u2018Les jeunes gens excellent en mathématiques, droit, économie politique, sciences et législation commerciale.Les jeunes filles l'emportent sur eux en littérature, composition et linguistique, ou étude comparative des langues.Elles professent vis-a-vis les sciences une certaine indifférence.Les étudiantes tiennent la téte des cours d'histoire, de géographie, de belles-lettres parce qu\u2019elles donnent deux ou trois heures de travail par jour tandis que les collégiens ou universitaires n\u2019étudient pas deux heures par semaine, le jeu captivant toute leur attention.Souvent, il arrive que les places obtenues par les jeunes filles sont la conséquencé d'un travail acharné et non la manifestation d\u2019une puissante intelligence.\u201d Le directeur d\u2019une institution mixte du Québec dit: \u201cLes statistiques de ces cinq dernières années démontrent clairement que les femmes nous sont intellectuel - lement supérieures.\u201d Un autre est plus juste, I] nous écrit: \u201cLes étudiantes brillent dans les matières qui demandent plus de mé- .moire que de raisonnement.Elles travaillent infiniment plus que leurs compagnons.Si je veux une bonne récitation, je m'adresse aux élèves fémini- \u2014 148 \u2014 nes; si je veux l'explication d\u2019un dur problème, délayé avec originalité, je le demande à un garçon.\u201d LES ROIS ECRIVAINS © Un livre d\u2019un genre absolument nouveau vient d\u2019être édité en France.C\u2019est l\u2019oeuvre de Gabriel Boissy, intitulée \u2018Pensées choisies des rois de France\u201d.L'auteur définit nettement sa position dans son introduction- \u201cLe lecteur, écrit-il, ne devra pas voir là le livre d\u2019un royaliste, mais, \u2018simplement, celui d\u2019ün Français\u201d.Il continue en disant qu\u2019il est maintenant possible de juger les rois, de dire sur eux la vérité depuis que leur règne est passé et qu'aucune parlisannerie n \"oot à redouter.rs La France a compté près de quarante rois- Certains d\u2019entre eux ont été des hommes de génie qui auraient occupé une grande place dang I'histoire même s\u2019ils n'avaient pas hérité un trône.Dans ce livre sont écrits et paroles de recueillis les seize auteurs royaux.Neuf portent le nom de Louis- Ceux dont il est surtout parlé sont Henri IV et Louis XIV.Le premier contribuera en une large part à l\u2019épuration et à la stabilisation de la langue française.\u2018Mes mots ne sont pas de deux couleurs, avait-il accoutumé à dire; j'ai au coeur ce que j'ai sur les.lèvres\u2019\u2019, laissant entendre par là qu\u2019il n\u2019altérait pas sa façon de penser, ment, pour être compris- Il à donné au style sa précision, sa clarté Louis XIV lui appoîta le richesse, la somptuosité et I\u2019élaquence.\u201cL'Etat, c\u2019est moi\u201d, résume la politique du Rol- Soleil.ne 4 mâchait pas ses mots ét parlait nette-.| Cv vaitioriaceu 1 dé SA Cr ry agg prpcide Cagis ode + A + tlt dit Gunna ae TEL TER) ; dE OO EE SEE EE SET e Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRL Montréal, octobre 1921 E ~ Ei fio =H) ; ) ° e » 1 oi La foudre © Un Buste Bien Dessinée A a foudre ne peut : | É | FAIT VALOIR LA BEAUTE, LA GRACE DE LA gi Ag p__ TAILLE pu être évitée LES a Grau oo LL PILULES it PERSANES a : : .de Tawfisk Pacha de ie: On ne saura jamais le dernier mot Tenéran, Perse.fr Cd FAT ont pour effet de dé- bi de la pretendue V érité scientifique sur velopper le buste.de E les phénomènes du tonnerre, des corriger la malgreur bi fata excessive, de suppri- it éclairs, de la foudre en un mot, le mer le creux des n grand fléau de la saison chaude.Les épaules et d'effacer | i oo a ,Ç \u2018ota oF les angles disgra- ih, opinions des météorologistes, élec.; f cieux qui aéparent ol triciens et autres sur cette matière une jeune fille ou une jeune femme.En OT dae | Prix: $1.00 la boite; 6 boîtes pour $5.inh sont tellement partagées que, person- Mlle Angela V., écrit: \u201cJe viens de prendre 2 ne à moins de ne se fier à sa propre la quatrième boîte de vos fameuses PILU- Lu ., .y il! \u2014 interprétation de la chose, ne peut sa- [oo TERRES UE mervellienx Ê voir d\u2019une façon définitive si dans tel- E le ou telle.oceasion, la foudre le tuera SOCIETE DES PRODUITS PERSANS Er; ou non.Botte Postale 2675, Dépt- A.Montréal.{ i: En somme, nous pouvons dire qu\u2019en : E ceci tout le monde est fataliste et que y E la foudre ne peut être évitée.Alors, ACHETEZ i c\u2019est avouer qu\u2019en dehors des para- E tonnerres qui protègent imparfaite- ; ment les hangars et maisons, il n\u2019y a aucun moyen de se protéger - contre le tonnerre.Les dangers sont plus grands à la campagne qu\u2019à la ville ; sous un arbre qu\u2019en rase campagne.Voilà déjà quatre choses reconnues, mais à part cela, nul ne sait si, où qu\u2019il soit, la foudre l\u2019épargnera ou le brûlera.| Nous reproduisons, pour amuser le lecteur sur un sujet qui n\u2019a pourtant rien de bien drdle les opinions contradictoires des principaux savants que nous avons interrogés sur ce sujet : SIEFILM| | THEATRES ET VUES ANIMEES Journal officiel des grandes Cies de cinéma Nombreuses illustrations.i Dans chaque numéro une pièce de théâtre.E Imprimé sur papier de luxe.| E En vente dans tous les dépôts de journaux.E SEULEMENT LE NUMERO : T ; A É Question \u2014Un enfant en bas âge a POIRIER, BESSETTE & OIE | été tué l\u2019autre jour dans une petite \u201céditeurs-propriétaires È voiture métallique sous un pomique.131, rue Cadieux, | Montréal : : Est-il dangereux pour les bébés de 4 E Voi.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 dormir dans des carrosses de métal ou sur une vérandah ?Première réponse\u2014 Le métal n\u2019a probablement rien à faire ici avec cel aocident mortel; mais si l\u2019enfant avait été dans la maison, il n\u2019aurait probablement pas été touché.Deuxième réponse\u2014Si le métal de la voiturette avait touché terre, la foudre l'aurait suivi comme elle fait sur un paratonnerre et l\u2019enfant n'aurait pas été tué- Troisième réponse-\u2014Si l'éclair a frappé ce point, cela est dû à des causes profondes et ignorées.Le bébé se trouvait là et il a été foudroyé, voilà tout.Autre question \u2014 Des joueurs de golf ont été terrassés par la foudre sur le terrain affecté à cet amusement.Cela est-il dû aux orosses, dites \u201cclubs\u201d qu\u2019ils portaient en leurs mains, ces crosses étant en métal ?Réponse\u2014La canne métallique ou club n'a rien à faire là-dedans.C'est un facteur absolument insignifiant dans toutes les forces qui ont participé à ce phénomène.Deuxième réponse \u2014 Un homme tant soit peu intelligent devrait bien savoir qu'Îl est imprudent de jouer le golf pendant un orage.Question \u2014 Est-il bon de fermer les fenêtres pendant un orage électrique ?- Réponse \u2014Si la foudre doit tomber là, ce n\u2019est d'aucune utilité.Que peut faire un carreeu contre une force capable de déraciner les arbres les plus forts?Deuxidme réponse\u2014Oui, c\u2019est une excellente chose que de fermer les fe- nôtres de sa maison à l\u2019approche d\u2019un orage.Maintes expériences ont démontré que l\u2019air chaud est meilleur conduoteur que l'air froid.Si l\u2019air de la maison était plus chaud que celui du dehors, l'éclair serait attiré vers la fenêtre si elle était ouverte.Question\u2014Est-il dangereux de téléphoner pendant un orage?Première réponse\u2014Daans une ville où les fils sont sous terre, aucun danger.Mais là où les fils sont tenus a des poteaux télégraphiques au-dessus des maisons il y a danger (Exemple: Montréal) Autre réponse: Les demoiselles du téléphone se tiennent à leurs tableaux pendant tout le temps que dure, l\u2019o- rege.Les téléphones sont munis d'interrupteurs de l\u2019éclair ou de la foudre qui empêchent toute décharge éleo- trique soudaine de toucher le récep- teur- En somme, comme on le voit, dans toutes les allées et venues de la foudre, l\u2019homme joue un bien petit rôle- Toutes les précauttons qu\u2019f est accoutumé à prendre lui sont suggérées par son instinct de conservation qui voit de la sûreté et de la protection dans toutes sortes d\u2019endroits qui rationnellement n\u2019en offrent pas du tout.Cependant, ainsi que nous l'a- vonis dit plus haut, il y a des points généraux que tous savent et qui sont leurs talismans contre la foudre: paratonnerre, etc- Alors même que nous connaîtrions tous les secrets de la foudre, par une crainte héréditaire, nous la redouterions tout autant- | AVIS TRES IMPORTANT N'oubliez pas que malgré les frais élevés que nécessite la publication d'un magazine contenant autant d'articles et de gravures que LA RE VUE POPULAIRE alle ne se vend maintenant que 4Bc- seulement oun 180 em we + = TEE esata ASE EAR 11 115+ vpm- Vol.14, No 10 .LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1021 + a\u201d 5 4 F LYE RE aks E Labi 5 ant 5 Wis 2 0 iy aR ITE TTT = HORS HET RH THI - Lesjardins » + \u2014 Fourrures de Qualité et de Bon Goût Nous attirons tout partioulièrement l'attention des personnes qui recherchent ce qu'il y a de mieux en fait de fourrures, sur la Yare et clientèle, ainsi que sur l'abondante variété de modèles inédits qu'elles trouveront en 06 moment dans nos salons.MANTES, MANTEAUX ET PARURES DIVERSES Notre collection ne comprend que des oréa- tons nouvelles, toutes du goût le plus sobre et le plus délicat.Une visite est respectueusement sollicitée.- Cas Desjardins (@ Litt 130 Rae St-Denis Montréal\u201d \\ \u2014 151 \u2014 i AU UCM LUG Lid el haute qualité de celles que nous offrons à notre \u2018 ts.@ 5 of Bt roma © SIA OT Oo OT OT ER EYE CK EC TE Ee Ee J Ee TE OI EEE TEA II) A Hy «3 A RU CNET 7 Br a cas ; ro Best pute i Mi, il él !, feo.pie.Be BA ae pate i ties = pui, = 3 ç El ye 5 BE, oy { 0 Er.= ETE mom 1} 7 Ng Vol.14, No 10 Henry Ford, le roi de la mécanique, l\u2019inventeur et l\u2019unique fabricant de cette populaire automobile qui, bien que ridiculisée et caricaturée, est répandue dans le monde entier à cause de son coût minime et de son endurance, projette de bouleverser l\u2019industrie ferroviaire en réduisant de moitié le taux de transport de voyageurs et marchandises.Les directeurs des compagnies de chemins de fer canadiennes et américaines sont curieux de savoir ce que peut bien remuer ce génie dans son puissant cerveau pour arriver à corc- sultat.| Ford est & étudier présentement deux locomotives de volume ordinaire dans le dessein de découvrir pourquoi on les fabrique si lourdes et si embarrassantes.\u2018\u2018Je ne vois pas de raisons.dit-il, pour qu\u2019une locomotive ne pèserait pas 100 tonnes au lieu de 200\u201d, | : Conséquemment, il entretient en même temps l\u2019espoir de diminuer de 50 p.c.les taux du fret et du transport des voyageurs.En un mot, Ford veut populariser le chemin de fer, le mettre à la portée des bourses les plus pauvres comme il fit pour l\u2019automobile de son invention, toutes proportions gardées.Ainsi leg locomotives, les wagons, les voies ferrées et les ponts seraient construits avec des matériaux plus lé- LA REVUE POPULAIRE Ce richissime manufacturier travaille à diminuer de moitié le coût d\u2019exploitation et de transport des chemins de fer les unir dans une même pensée de paix | \u2018re d\u2019un réseau de chemin de fer.\u2014 152 \u2014 Montréal, octobre 1921 gers et partant le coût d'exploitation des chemins de fer serait moins élevé.D'un autre côté, il ne faut pas supposer que Ford veuille abolir la locomotive à vapeur au bénéfice de l\u2019engin ma par le gaz ou l\u2019électricité.Il | se propose simplement de combiner §£ les deux systèmes.| La locomotive à gaz servirait au § transport deis voyageurs et la locomo- # tive à vapeur serait-aff ectéë\u2018y de marchandises, voil£ tôut.- | Et qui est-il maintenant ce fameux Henry Ford qui rêva en 1917 de ra- } mener la paix sur la terre par ses milliards et sa seule intervention?Un hal- -§ luciné, un rêveur, un fou?Disons plutôt un humanitaire actif et dévoué, un socialiste millionnaire qui emploie son immense fortune à soulager la condition des travailleurs et à répandre le } bien autour de lui; un pacifiste qui à travaille à rapprocher les peuples et à | et de concorde, Lo Il y a vingt ans, Ford était le plus pauvre des hommes.: g Aujourd'hui, il dirige les plus vastes usines du monde.Il est le seul particulier propriétai- Il administre l\u2019hôpital le mieux équipé du monde.| Il fabrique environ 100, 000 automobiles par mois, sur 200,000 commandes qu\u2019il reçoit.1X trains ¥ Da i ; de se geld os 1 eeis 2s cael lad Li, Erg RE 8 i 3 À ii alti dit et rit tte dE goo ft gel els ed Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 =x3'b JLOS Di Elle est heureuse d\u2019avoir une belle peau Iln\u2019y a pas de plus grand bonheur que de savoir que votre peau et votre teint ont toujours une jolie apparence.Que de fois vous avez souhaité voir une amélioration sensible \u2014 vos joues reprendre le velouté et la fraîcheur de la jeunesse! Ne fournirez-vous pas à la >rème Orientale Gouraud l'occasion d'accomplir cela pour vous?Elle développera votre beauté au plus haut point.Si vous avez des imperfections faciales permanentes, elle réussira à les cacher.Hautement antt- septique\u2014en usage depuis 80 ans pour le traitement des affections de la peau.Essayez-la aujourd\u2019hui.ee se Envoyez 18c.pour en avoir un échantillon A wd Le Savon Medicamenté Gouraud Œ = G est destiné à accomplir trois choses, savoir : nettoyer, purifier et protéger la peau et le teint.Un de ses ingré- CR a dients est universellement employé dans le traitement | des affections de la peau comme l\u2019eczéma, etc.En usa £e constant, il protège la peau en pré- bé l'infection.Servez-vousen pour popped] Deny, éparer la peau avant d'appliquer la rm SEE a NN Crême Orientale Gouraud.: Envoyez IOc.peur en avoir un échantillon FERD.T: HOPKINS & SON 344 St, Paul st, W., Montréal, Qué.KE ESS Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Il a ramené son industrie aux taux d\u2019avant-guerre longtemps avant tout autre manufacturier.Deux mois après l'armistice, ses ouvriers touchaient des salaires triples de ceux de 1914 et ses machines se vendaient au prix de 1914.Il paie à ses employés un boni d\u2019un jour toutes les quinzaines.Il donne du travail aux prévenus, aux malheureux qui.à la sortie des prisons, sont partout rejetés comme indésirables.Il a fondé l'Institut de Technologie Ford pour l'entraînement des experts techniciens.Il a fondé aussi une école commer- eiale pour les garçons.Il possède une ferme de 8,000 âcres sur laquelle on ne voit ni vaches ni chevaux.Il édite un journal quotidien, le \u201cDearborn Independant\u2019, à tendance antisémitique.Ce journal fut prohibé par diverses villes américaines à cause de la guerre ouverte qu\u2019il fait aux Juifs.: Il dirige une usine d\u2019un capital de $7,500,000 & Troy, N.-Y.ou il ne fabrique que les tracteurs-automobiles pour l'usage des fermes.| Il est à la fois meunier, épicier, boucher, marchand, aviseur légal, instituteur et médécin pour les 75, 000 ouvriers qu\u2019il commande.La manufacture d\u2019Henry Ford, longue d\u2019un mille, située à la Rivière Rouge, dans le Mchigan, est le centre de la seule industrie du monde entier qui se suffit à elle-même., En plus de cet établissement.il \u2018possède l\u2019usine de Highland Park où travaillent 43,000 hommes et 17 autres manufactures aux Etats-Unis, au Canada, en Espagne, en Irlande, en Angleterre et au Danemark.leur permettre de garder auprès d\u2019el4 Montréal, octobre 1921.| ra L'hôpital que ce philanthrope tient F à la disposition de ses ouvriers et de leurs familles, lui a coûté cinq millions de dollars.Il y a place pour 1200 malades.\u2014\u2014\u20140 DES FEMMES DONT L\u2019EXISTENCE Mme J.R.Forbes qui vient de rentrer en Angleterre après un long voyage d'exploration du Maroc en Syrie, rapporte que sa découverte la plus surprenante fut celle d\u2019une tribu de femmes menant une existence souterraine.On les trouve dans les cavernes des montagnes de la Tripolitaine.Elles ne viennent à la lumière du jour qu\u2019 une SE PASSE SOUS TERRE = seule fois dans leur vie, c\u2019est-à- dire] quand elles se marient et doivent se rendre au domicile conjugal.Comme elles séjournent continuel-f lement dans ces lieux retirés, il sel produit de grands changements dans} leur apparence.Leur peau devient très blanche et leurs yeux acquièrent un éclat surprenant, À la lumière du jour, elles sont presque aveugles, elles titubent com4 me si elles se trouvaient sous l\u2019influen4 ce d\u2019une boisson alcoolique.Les de | meures sont assez spacieuses pout les tout leur bétail, méme leurs cha meaux.| Une autre curieuse remarque fuf celle quelle fit dans le harem du cheilf Syrien Mohammed Abdullah.A uné { fête à laquelle elle avait été invitéef on servit un mouton rôti tout entier e | afin d\u2019honorer son hôtesse, Mohamt med Abdullah fit lui-même l\u2019extract tion des yeux de l'animal et les ofrri à la voyageuse.| \u2014 154 \u2014 4 Vol.14, No 10 LA REVUE \u201c cat .tt delete ec oy | Le HOE .ctinfeelode ditty s y pra lt ag Latter hile titine dd dads OA asd that di digit POPULAIRE idly ot Sedsrrgl ih ; Me .Ht , rl d SUG dé A ed Montréal, octobre 1921 \"Ph de OÙ iq Regarde, Maman, Voilà Ton Remède.\u201cOUlL chère, voilà le remède qui a remis maman en santé, et je suis certaine qu\u2019aucune de vous ne l\u2019oubliera\u201d.\u201cEs-tu pour-en acheter?\u201d \u201cNon, chère, je n\u2019en ai plus besoin.Tu sais comme je dors bien, que ces terribles migraines ne m\u2019incommodent plus, et que nous sommes capables de faire nos belles longues promenades quotidiennes\u201d.\u2018Vous n\u2019aviez pas coutume de sortir, n\u2019est-ce pas?\u201d \u201cNon depuis longtemps.Mes nerfs étaient si délabrés que je ne pouvais rien faire, j'avais toujours peur, j'étais très irritable et morose avec ton père et toi, mais grâce à la Nourriture du Dr Chase pour les Nerfs, ces choses sont passées et je sais ce que c\u2019est que d'être en santé et heureuse\u201d.\u201cPourquoi tous ceux qui sont malades ne prenpent-ils pas ton remède?\u201d \u201cBeaucoup d\u2019entre eux le prendraient cé remède, s'\u2019ils connaissaient seulement le bien qu'il leur ferait.J\u2019en ai parlé à nombre de mes amies et elles en ont retiré autant de bien que moi-même\u201d.| Un cerveau lucide, une meilleure cireu- lation du sang, un bon teint, un sommeil paisible, réparateur, une bonne digestion, une plus grande force mentale et corporelle et une meilleure santé, sont les résultats de l\u2019emploi de la Nourriture du Dr Chase pour les Nerfs, 50 cents la boîte, chez tous les marchands ou d\u2019Edmanson Bates & Co.Ltd, Toronto.13 rahaaaitiasaodaiandethinialaii sata aiaatnatabos sarang: Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 4 f Paderewski, le premier ministre de ia Pologne, est connu et est acclamé dans le monde entier comme le virtuose et comme le magicien suprême du piang.Jusqu\u2019à ces dernières années, les Polonais étaient seuls à savoir .que\u2019 toutes les préoccupations de l\u2019illustre maestro n\u2019étaient pas d\u2019ordre musical, et qu\u2019avant l\u2019exécution d'une sonate de Chopin ou de Rubinstein, il savait placer le devoir patriotique.Patriote ardent, il l'est à la manière de Thadéo Kusciusko ; et il l'a prouvé en sacrifiant tout aux destinées de la \u201cmalheureuse Palogne\u2019', et en accourant au premier appel pour collaborer & la résurrection de son pays.\u201c Et aujourd'hui, nous assistons a ce spectacle\u2014non point paradoxal, mais peu commun; un musicien à la tête d'un gouvernement.Rien de plus populaire que la longue et maigre silhouette de Paderewski, surmontée d\u2019une étonnante, d\u2019une invraisemblable chevelure découvrant le front et broussailleuse, rejetée en arrière \u2018\u2018à l\u2019artiste\u2019\u2019.- , Le fameux peintre anglais Alma Ta- meda, qui était un ami et un grand admirateur du virtuose, se plaisait à \u2018raconter, à propos de cette chevelure, ,une anecdate dont vous aimerez la co- casgerie, même si vous n\u2019en croyez pas un mot, ce dont vous aurez toute liberté : ! Il paraîtrait qu\u2019un jour, a la \u201cFlower \u2018Show\u2019, à l'exposition annuelle des \u2018fleurs les plus belles et les plus rares, qui se tient & Londres aux Temple \u2018sité musicale, un étrange rituel pré-K \u201cne odeur exquise, Gardens, une dame caressa de la TE la tête de Paderewski, assis près d\u2019un massif de verdure.Elle avait eru\u2014et son erreur était] amusante, en effet, mais non pas inex-j plicable, qu\u2019elle avait sous la main un} nouveau et extraordinaire spécimen de chrysanthème.| On raconte encore qu\u2019à Londres, aux années déjà lointaines où, marchant de succès en succès, il rempor-fl tait la palme indiscutée de la virtuo-f pe cédait toujours les auditions de Padé-ÿ rewski, | | l Lorsqu\u2019approchait le moment - dey apparition du maitre devant le pu-fss blic, un aide venait auprès du virtuosd avec tous les signes extérieurs de la déférence et d'une admiration quasi | mystique, et lui tendait un vase de Sèvres d\u2019une incomparable beauté, con | tenant une eau chaude parfumée d\u2019u | | Paderewski daignait alors trempety seg doigts précieux dans le liquide e les essuyait ensuite à un linge orn d\u2019une merveilleuse dentelle.Il ne montait jamais sur la plate forme, à côté de son piano, sans avoif accepté cet hommage rendu à sa di4 gnité et à son génie.| On peut découvrir un certain symbolisme dans cetle cérémonie; mais à y avait aussi du symbolisme, pouf ceux qui savaient comprendre, enten # dre et regarder, dans l'exécution tem# pétueuse de l\u2019artiste.Son jeu était délicatement beau} cela va sans dire, mais il y avait, so \u2014- ee 166 \u2014 Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 LE SANG, C\u2019EST LA VIE M Pour le traitement de l\u2019Anémie, de la Neurasthénie, de la Tuberculose, du Rachitisme et de toutes les affections pulmonaires L\u2019HISTO-FER GARNIER | est le remède tout Indiqué.C\u2019est le tonique le plus puissant de nos jours.Résultats assurés.PRIX : $1.25 LA BOUTEILLE.EN VENTE DANS LES MEILLEURES PHARMACIES ET AUX PHARMACIES MODELES DE GOYER oid den 5 AGENTS SPECIAUX : Fo ab moitibne: 180 rue Ste-Catherine Est 217 rue Ste-Catherine, Maisonneuve Tel.Est 3208 Lasalle 1664 3 \u201c.parfum recherché \u201c FAÎTES-MOI REVER \u201d de J.JUTRAS , Toute personne qui m\u2019enverra son nom.et son adresse, recevra des gentils buvards parfumés à l\u2019arôme de FAITES-MOI REVER.Ecrivez immédiatement comme suit : J.JUTRAS, parfumeur 1421, ave Papineau Montréal, Can.Prix $2.50 Ponce 35c la bouteille d\u2019essai RIT (atl Bl, LRU ICE filakdhintalaleioind Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE ~ Montréal, octobre 1921 ce doigté, mieux que de la délicate beauté.Tout à coup, sous le murmure cristallin et si ténu, si léger, si irréel des notes égrenées, se révélait l\u2019brage et le cyclone éclatait avec une fureur démoniaque, comme si le marteau de Thor avait frappé soudain les touches d'ivoire du clavier et toute l\u2019âme agitée, passionnée, en révolte de la Pologne opprimée chantait et rugissait par la voix de l\u2019instrument.- Il est inutile de rappeler qu'au cours de ses tournées artistiques à travers le monde, Paderewski amassa une fortune colossale.Le public des grands concerts des deux hémisphères versa à flots l'or dans sa cassette.Une seule \u201csaison\u201d aux Etats-Unis lui rapporta plus d\u2019un million et demi.Mais Paderewski n'a pas \u2018\u2018accumulé.T1 a dépensé sans compter, comme une cigale, et il a consacré le plus gros de sa fortune, qui est encore considérable, à souterfr des oeuvres philanthropiques s\u2019intéressant plus particulièrement à ses compatriotes, et à la propagande polonaise.Il possède un somptueux château en Pologne et une merveilleuse villa en Suisse, où il séjournait surtout alors que sa patrie morcelée gémissait encore sous l\u2019oppression séculaire de la Russie, de l'Allemagne et de l\u2019Autriche.Une anecdote assez significative se rattache à un de ses voyages en Pologne.quelques années avant la guerre.Paderewski avait loué une maison meublée dans une ville d'eaux des environs de Posen et, selon son habitude, il passait quelques heures par jour à jouer du piano.En face, sous ses fenêtres, des ouvriers travaillaient à la réparation d\u2019une maison, Paderewski, lâchant soudain son pia- .no, alla s'accouder à la fenêtre et vit tous ces travailleurs, qui avaient dé-} posé leurs outils, demeurer inactifs: ils écoutaient sa musique, dans le ravissement.Quelques heures après, il eut l\u2019occasion de causer avec leur contremai- tre : \u2014Le travail ne paraît pas bien pres- 862 lui dit-il.\u2014Au contraire, Monsieur, lui ré-| pondit cet homme; mais quand vous jouez du piano, tout le monde s'arrête pour vous entendre.\u2014Alors, sourit le maestro, vous y perdez sans .doute?\u2014Pas du tout, répondit l\u2019 autre; vous \u201cplongés | a comiprendrez l\u2019enthousiasme: de ces p L oa pauvres ouvriers quand vous saurez, tout au contraire, qu\u2019ils ne sont payés ni à la journée, ni à l'heure, mais \u2018\u2018aux pièces\u201d.Pendant ses loisirs, lorsqu'il vit en Suisse, le maître a, comme distrac-}_ tion favorite, le jardinage.Et puis, il s\u2019occupe de ses propriétés, | I] ne chasse pas, il ne pêche pas, ik ne fait pas d\u2019automobile.Il enfile une paire de gants épais pour protéger se of doigts, dont la peau.le toucher, doif conserver une extrême délicatesse, e il bêche son jardin, comme un peti propriétaire.Il possède sept pianos différents dans sa villa.0 Nettoyage du verre poli\u2014Frotter d'sg bord avec un chiffon fin imprégné d\u2019alcoo puis avec un chiffon imprégné d\u2019essence de térébenthine; on enlève ainsi toute tracé de matière grasse ou de vernis.Si verre ne paraît pas suffisamment propre frotter avec une brosse fine et dure, d savon mou et du tripoli.Bien laver @ l'eau claire et sécher avec un chiffon, + : 168 \u2014 Maids RAT SO PO | { | Vol.14, Na 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 _ EXAMEN DES YEUX GUERISON DES YEUX sans medi- .caments, opération ni douleur.Nos Verres Toric, nouveau style A ORDRIL, sont garantis pour bien VOIR de LOIN ou de PRES, tracer, coudre, lire et écrire.| Consultez le Meilleur de Montréal.Le Spécialiste BEAUMIER \u2019 ! , .: Com Av: Hôtel-du- Viit, | A FSSTEET 144 rue Sainte-Catherine Est, \u201c\"\"Movrnnext \u201c AVIS.\u2014Cette annonce rapportée vaut 15c par dollar sur tout achat en lunetterie.Spécialité : Yous artificiels.N\u2019achetez jamais des \u2018\u201cpedlers\u201d, ni aux magasins \u201cà tout faire\u201d si vous tenez à vos yeux.NS \u2014 ane AVIS A NOS LECTEURS Fidèles au programme que nous nous Sommes proposé et désireux de donner satisfaction à nos lecteurs en général, voulant en un mot que le Revue Populaire soit impeccable comme revue canadienne-française, nous tenons à informer nos abonnés, surtout les Directeurs et Directrices d'Etablissements d'Education, les Pères de famille, bref, tous ceux qui s\u2019intéressent à la saine culture de l'esprit de notre jeunesse, que nous venons de sacrifier les intérêts pécuniaircs de la Revue Populaire pour qu\u2019elle soit abso]lument sans reproche.On nous reprochait souvent de publier certaines annonces au vocabulaire plutôt déplacé dans une revue de famille comme l\u2019est la Revue Populaire.Or, ayant compris la justesse de ces réclamations, nous tenons à affirmer qu\u2019à l'avenir aucune annonce de ce genre ne paraîtra dans la Revue Populaire.: ; : Nos amis voudront bien prendre note de notre résolution à ce sujet, et, nous n\u2019en doutons pas, ils recommanderont la lecture de ia Revue Populaire, désormais à l\u2019abri de tous commentaires fâcheuæ.: ECRIVEZ-NOUS.\u2014Si les articles ne vous donnent point satisfaction ou si vous êtes ttompés d\u2019une manière quelconque par les annonceurs de cette revue, écrivez-nous et nous verrong à vous faire rendre justice., EE \u20ac Es 4 ye ah A ER aE >> IE The RE SE I EE RL TET RRR ES CIRE = CASE Te Vol.14, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, octobre 1921 La réfection de l'université de Louvain f On se rappelle qu'avant d\u2019incendier \u2018la magnifique cathédrale de Rheims, + vieille de dix siècles, les Allemands ?réduisirent en cendres l\u2019un des plus ; beaux et des plus anciens monuments | d\u2019architecture gothique de la Belgi- ; que, l\u2019élégante et somptueuse univer- ; sité de Louvain, dont la bibliothèque, { formant un corps séparé, était considérée comme une des merveilles du monde.Le peuple américain, et il convient * de s\u2019incliner devant ce beau geste, a offert à ce pays de reconstituer à ces | frais ce monument.Ce travail est com- ; mencé, sous la direction d\u2019un archi- | tecte de New-York, qui espère le com- : pléter vers l\u2019année 1925.i Pas un seul livre de \u2018cette biblio th è- i que qui contenait dans ses rayons des ?manusorits vieux comme le monde et : les premiers imprimés de 1500 n\u2019a « été sauvé.Mais ils reviennent sous la forme de fidèles repliques.Chaque mois, il en arrive une cargaison de dix mille.C'est comme si, pareils au phénix, ces bouquins précieux renaissaient de leurs cendres.Ils sont exportés d\u2019Allemagne qui les imprime et les relie à ses frais et restitue tous ceux qu'elle a voles.Un comité choisi par les autorités de l\u2019Université mais nommé par le roi Albert visite toutes les grandes biblio - thèques allemandes, à Leipzig, Bonn } Heidelberg et récupère petit à peti tous les trésors historiques qui ressemblent à ceux qui ont été brûlés pa la culture allemande.Ces livres, dont les rayons pour les contenir ne sont pas encore fabriqués, sont logés un peu partout dans la villag de Louvain.| Le don que fait la grande Amérique à la petite Belgique est digne de mention.Elle va lui remettre sur pied sa { Yo "]
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