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La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel
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Juin
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La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1922-06, Collections de BAnQ.

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[" ft 3 Sel £ act \u2018(La Revue Populair Montréal, juin 1922 Vol, 15, No 6 4 N MEN POIRIER, BESSETTE & CIE ( ABONNE T P it tous Editeurs-Propriétaires, Canada et Etats-Unis: \u2018 aral | \u201c 181 rue Cadieux.MONTREAL.Un An: $1,50 \u2014 Six Mois: = = = \u201c5 Montréal et banlieue excepté les moîs La REVUE POPULAIRE est expédiée par! la poste entre le 1er et le 5 de chaque Tout renouvellement d'abonnement doit nous parvenir dans le mois: ème ol 11 se termine.Nous ne gh: rantissons pas l'envoi = des numéros antérieurs POUR ETRE HEUREUX EN MENAGE ; rame Beaucoup d'hommes sont malheureux en ménage pour l\u2019unique raison qu\u2019ils n\u2019ont jamais essayé de comprendre leur femme.La femme est une énigme que l\u2019homme vraiment amoureux sait toujours déchiffrer.11 existe mille manières d\u2019être heureux en ménage, il n\u2019en existe qu\u2019une seule pour être malheureux, et, chose bizarre, c\u2019est souvent celle-là que les homntes connaissent.Pour que l\u2019homme soit heureux en ménage, il faut qu\u2019il cherche constamment ce qui pourrait le plus plaire à sa femme; il peut être assuré que, de son côté, sa femme fera de même.Il faut que l\u2019homme se rappelle que sa femme est sa plus grande admiratrice, et que les compliments des autres femmes ne doivent pas compter.Il faut avoir une nombreuse famille, les enfants sont le plus fort lien du ménage.Il ne faut pas oublier que les nerfs d\u2019une épouse peuvent être aussi fatigués après une journée de lavage que les nôtres après une journée de travail au bureau.Il ne faut pas que le succès nous monte la tête, et, que l\u2019on aille pas croire, surtout, que notre épouse est d\u2019une essence inférieure à la nôtre.Il faut que l'homme soit toute sa -\u2014 vie \u2018l\u2019amoureux\u2019\u2019 de sa femme et immanquablement sa femme sera son \u2018amoureuse\u2019.Ne vous endormez jamais le soir sans avoir dit un mot d\u2019amour à votre compagne, la même chose, le matin, au réveil.Partagez vos joies et vos peines avec votre épouse, qu'elle soit la \u201cpartenaire\u201d dans votre vie.| Montrez-vous intéressé par les travaux de couture qu\u2019elle fait et elle se montrera intéressée dans les parties de balle-au-camp auxquelles vous as= sisterez et les représentations théâtrales auxquelles vous prendrez part.Si votre maison est bien propre, di- tes-le lui, si elle étrenne une robe neuve, remarquez-là.N'ayez aucun secret pour votre femme, ne vivez que pour elle, elle ne vivra, à son tour, que pour vous.Que votre maison soit réellement \u2018votre\u2019 maison, ne passez pas toutes vos soirées dans les clubs.Pour être heureux chez soi, il faut vouloir être heureux.Pour être aimé, il faut aimer.Suivez e@s quelques conseils et le bonheur restera chez vous éternellement et vos épouses seront toujours les \u2018\u2018anges du foyer\u201d.Paul COUTLEE.\u20145- \u201cih De PR - Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 TOILET LAUNDE LA TOILET LAUNDRIES EST SANS CONTREDIT LE MEILLEUR ETABLISSEMENT DE LA VILLE POUR LE | NETTOYAGE ET LE LAVAGE DU LINGE Aucune autre buanderie ne peut donner satisfaction à sa nombreuse clientèle comme la Toilet Laundries.On fait également la - TEINTURERIE DES HABITS ET TOILETTES ET GE DEPARTEMENT EST UN DES MEILLEURS DE MONTREAL.ECRIVEZ OU TELEPHONEZ MAINTENANT.\u2014 on ; \\ | TOJLET LAUNDRIES, LIMITED Uptown 7640 f E Vol.15, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 Les partisans de la plus sanguinaire religion de l\u2019Afrique se répandent en Louisiane où lls offrent à leur divinité des sacrifices sanglants.\u2014 Les petits enfants disparaissent sans que la police puisse les protéger, pour être dévorés par le boa sacré.Nous avons déjà entretenu les lecteurs de la \u2018\u2018Revue\u2019\u2019 des sacrifices sanglants que certaines tribus africaines offraient au plus sanguinaire de leur dieu, le serpent.Nous savons depuis que toutes les horreurs de la religion de voodoo, nom donné à ce farouche serpent, ont été apportées par quelques noirs fanatiques dans la Loui- ; \u2026 siane.Déjà, en dépit des efforts des autorités qui surveillent de très près ces nouveaux immigrants, vingt-sept holocaustes humains ont été sacrifiéspar la secte des immolateurs à cette divinité noire.Des enfants en nourrice, des jeunes gens et des adultes ont été froidement massacrés par ces adorateurs.Quelques-unes de ces victimes furent même volontaires et supplièrent même qu\u2019on leur mît le couteau sous la gorge.Depuis environ vingt ans, on a ren- :contré dans toute l'Amérique des disciples de ce culte, mais des disciples bien pacifiques et bien humains comparés à ces nouveaux prêtres du ser- nent.Les noirs qui forment une très bonne partie de la population du sud des Etats-Unis ont depuis longtemps abandonné les rites sanglants de leur da ae Semen cae 4 7 + i \\ 4s A À ete LURE the cites Mint ols ft ME edit CL AL EE CE de A dE LE culte; ils sont même les premiers à redouter les voodoistes.Le dernier crime qu\u2019on impute à cette sale engeance est celui des cinq membres de la famille Broussard, famille établie au lac Charles.On retrouve dans cette tragédie toutes les coutumes de cette secte redoutable.Félix Broussard était un excellent type de noir français.Il était intelligent et ingénieux et vivait très heureux avec sa femme et ses trois enfants.Bien que personne des siens ne fut rhalade, il dit la veille de la tragédie, à l\u2019un de ses amis, que lui et les siens seraient bientôt appelés au ciel, comme s'il eût pressenti son sort.Le lendemain; les cinq cadavres gisaient dans leurs lits.Félix Broussard et sa femme furent retrouvés dans leur chambre, le crâne ouvert.La hache qui servit à leur meurtre était sous le lit.\u2018Chacurie des victimes de ces barbares avait les doigts des mains écartés au moyen de petits morceaux de bois, pareils à des allumettes.Les deux mots \u2018Le Serpent\u2019 inscrits sur la porte en lettres de sang expliquérent la nature de ce crime.Les voodoistes écartent ainsi leg doigts de leurs victimes pour faire ressortir le chiffre cinq, qui est pour eux le chiffre fatidique.C\u2019est pourquoi ils essaient le plus souvent de trouver cinq victimes pour les immoler en même temps au dieu serpent.Cinq autres victimes furent sacrifiées plus tard à Lafayette ; et ainsi de suite, depuis quelques mois, » de sorte = m0 Sve Pa re.- wm Tom ET EE RE PAPE RTA ! Kk 5 jie ' \"4 ' Bg of \"A 0 pi RE i f ph.Be a Bl.RK Voi.15, No G LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 oF I \u201c re an Ea A > \u201c # 3 22 sy.NC ik TAN ele 1 SAN 4 Ou A À £ ba oN i x N pa, vol -d © A # ce aa 2, % a B, Ps Sg if EH A, ÿ AS ar 5, try 5 i H W he Mop ,y \u201c RAR ; + % J.ne A a J \u20acs * CE i Ix - Ig 2 bd Lived 3 wl } \u201cAs YX ; ; \u2019.4 \u2018 \u20ac g : $ a» \u20ac 8: { td ; = 3 on adn)! N 3 ro 0 ; LP en R37 \" : f y uo br + 0 qe FEN # E A 3 R¢ a 4 Ji Le A 3; i 5 Ÿ # 4», Lye Fo f I as 2 %, 3 4 % A J 4, NE # ' ga] A & Ca a ho j J off 3 A 3 A oy fot w 4 Fa oni 6 19 ra) Ly x a po! 7 oh % R oy 72 M n 33 J ei te 2 f #418 x i; Pace, = i Hi EY) ni HE [5] > Es fe pe 4 oF f yn vt 4 ; 7 wrod eo 34 .4 FH _ { $ /; ta y sa ' ; Cf 7 fa oy tig an A : \u2026 nw AIS \u2019 (2 À ; t \u201c : LEAS % pr , à; A > = 2) 1) ; ! Xf .w A kt + 2, as Yoh Ty HA { pt IT 4 4 ; » ; $ ve LS 0 7 4 hu ve, iy i} y/ 2% 3 3 À 2 st ÿ Ys Sn 4 Ly ê : 2 a | H u a ps > 7 21, ; ; EC PASS + Lu \u201c xe yg SIA.re 2 A EX V) yy pis $ oY + \\ 1, Jos A x AH hs fl.vi a 5 * ) pa nl 4 8 pa J: Li?pese re 3 » 5 .\u2026 ae a a; v, Ean Fa 3 - a Prod 09 °.ei 2 Ny I WN 1 y 9 $ Oz.4 SG om 2 00 5 on 3 hi) IP s 11 ss > vv, de om Lu ¥ £ ) A t \u201c BA PA I) 3 vi Ap 7 oe w T Wg on @ 4 » Rad 5 Xp YD 4 >\u201d, he A WT #8 11 ar \"F3 | QR k a i J 5 3 4 ÿ / JA 8 Gi [rf PY i.ne es wi pie A N ap i a Wt 2 beh, in; ad, x soni La ot 6 Ne He ; da % a JEN, 20 Es ui 35 x a av xd 9 ua x : \\ 2 Na x ?: A 2 DAC .+ ! \\ Xo =.Nan he ha 2 re 5 an rei Fee pty ; #4 & si ST \u2014 sr essai 5 IY +; ps A va - ct LE Cf 2 FR; ph fa, © Ar egy, 3 OTN ce a, Ad De M A ÿ Of DE À 3 3 3 2001 se 2 Li \u201cJ, £ > apt, .; : es T< >t sf RY Lu ar PA = 2 = le gen - ! 4 hy 5 pi A ce 4 2 Te the Sa » 5 5h LR I ?wv, 1a A / Ÿ 21) de) ; Len 0 ke A Ad Fe ; ee a hoe ve >) 1 \u20ac 33 A VNER 4e 3.Lf wl I si oA, ; $ / 7 .1 à 4 eu As Ww.% 267 me % ; Pa (oy zy a a i ~ LEN Ç des = A + 4 ea + \u201cre ed iN : He a 5 Yj 3 LS\u201d i i \" o- | ~\u2014\u2014 LE Ma UN ee \u2018 Si J = 22 a Bei a A wa Ji 5 ni \u2014 8 \u2014= ri De ÿ NIORT RER pote PI or IR 5 RN Coie te ds sn \"7 BR > Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 que les familles de cinq membres s\u2019entourent de toutes les précautions.La police n\u2019a encore aucun indice sur ces malfaiteurs extraordinaires.Les noirs redoutent tellement les ministres du culte du voodoo qu'ils ne les trahiraient pas pour un monde, ce qui rend la tâche de la police particulièrement difficile.La religion du serpent-doré compte en Afrique des adeptes innombrables.Ce serpent est sacré et c'est surtout avec des sacrifi- Ces barbares écartent au moyen de petits morceaux de bois les doigt de leura victimes, de manière à leur faire représenter le chiffre cinq.ces d'enfants qu\u2019on arrive à apaiser ses colères.On lui livre ces enfants qu'il étouffe et assouplit sous l'étreinte de ses anneaux avant de les engloutir.Ce serpent adoré est le plus souvent un boa.À Cuba et dans les îles de Haiti, les adorateurs du serpent sont fort nombreux et offrent de fréquents sacrifices humains à leurs idoles.A Haiti, les cérémonies sanglantes débutent par un bain de sang de chèvre.Le serpent sacré est ensuite emporté dans une eage d'osier et le sacrificateur lui adresse de bruyantes prières.Pendant DS que ce dernier récite et chante des hymnes, un aide taquine le boa pour le forcer à se contorsionner de toutes les manières, au grand émerveillement des spectateurs qui supposent, naturellement, que c\u2019est là pour le boa sa manière de marquer son approbation.Ensuite, s'il se trouve là des postulants à la religion voodoiste, ils formulent des voeux atroces et boivent une coupe de sang humain que leur tendent les anciens.Après cela, commencent les danses .et chaque couple a droit, à discrétion, à une coupe commune de sang humain et de rhum.A ce moment, la scène se transforme en un enfer.Tous arrachent leurs vêtements et pris soudain d\u2019une rage que leur inspire la vue du serpent, ils s'égratignent, se coupaillent et se massacrent de la plus belle façon.Et la fête continue ainsi jusqu'à ce que tous ceux qui y participent tombent sur le sol, exténués ou morts.Ceux qui surviennent comme ceux qui, malgré leurs blessures, peuvent encore se tenir debout, offrent au serpent une chevre sans cornes.Cette tête est brûlée lentement devant le serpent, tenu encore dans sa cage.Ce sacrifice consommé, la porte de la cage est ouverte et le grand sacrificateur offre au serpent doré un enfant qu\u2019il porte au bout des bras.Le boa s\u2019en empare, le broie et le mange.Puis, il s'endort et les adorateurs se disper- \u201c sent, pour se retrouver bientôt, à la prochaine cérémonie, O\u2014\u2014\u2014 La science nuit autant à ceux qui ne savent pas s'en servir, qu\u2019elle est utile aux autres, es 9 == TE Ae Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal.juin 1922 Ne TTC TELE FT Te RCA ON VC ERIC TT EL TETE DEEE REV IE CO OT PTE LEO EE ER CPR IR TE TE TY TD IAE IE A LES MONSTRES OCEANIQUES Sur la plage d\u2019une station d\u2019eau du Midi de la France, une baigneuse est assaillie par une seiche géante qui l\u2019eut entraînée au fond des eaux sans la miraculeuse intervention de trois pêcheurs de la côte.Ue n'est pas la première fois qu\u2019il nous est donné d\u2019entretenir les lecteurs de la \u2018Revue\u2019\u2019, de ce géant des mers, la poulpe, connue ici sous le nom de pieuvre et que les savants océanographes appellent l'octopus.Depuis que le fameux Jules Verne en à parlé dans plusieurs de ses romans extraordinaires, tout le monde con- nait l\u2019octopus et il suffit de citer son nom pour se représenter tout de suite la terreur qu\u2019elle inspire aux gens de mer et aux baigneurs mêmes.Car c\u2019est de baigneurs qu\u2019il s\u2019agit en cette histoire.| La scène se passe dans un des coins les plus enchanieurs du Midi de la France, à Pardigon, dans la petite baie de Saint-Tropez qui s'ouvre sur la Méditerranée.Le climat de cette partie de la Riviera française est celui des tropiques.Grâce à la position toute spéciale de la baie, l'eau y est très calme et beaucoup plus chaude.Gette eau est en même temps d\u2019une verte transparence ou translucidité et à sa surface vivent les plus étranges échantillons de la faune océanique.Les dauphins iridescents s'amusent à montrer à la surface de ces belles eaux vertes leur dos blanc et bleu et les crustacés les plus fantastiques font leur nitée sous des touffes d'herbes marines pareilles à des oursins.Bien rares sont les touristes et les villégiaturistes qui songent aux dangers que recèlent ces eaux paisibles.Mais les pêcheurs de la côte savent à quoi s\u2019en tenir et les mettent en garde contre les poulpes qui se rencontrent en abondance dans ces parages.Cette baie, en effet, au dire des naturalistes, est le refüge favori d\u2019une grosse et dangereuse variété d'octopus.Tout ce que demande ce monstre pour vivre en cet endroit est un trou qui le préserve de l\u2019intrusion des hommes et des bateaux, ainsi que des mouvements violents de la mer.Là, il se nourrit de pétits crustacés, crabes et homards, et attend qu\u2019une victime humaine tombe dans ses terribles tentacules.| Mais la mauvaise réputation de ce lieu charmant n'empêcha pas quatre jeunes Françaises qui passaient la .belle saison à Saint-Tropez d'aller, telles les océanides, y prendre leurs ébats.| Apres avoir nagé quelque peu.elles vinrent s\u2019asseoir sur un roc pour prendre le bain de soleil.Mais, la plus hardie n\u2019en continua pas moins de nager en gagnant le-large.Soudain, elle éprouva a la jambe une étrange sensation, celle d\u2019un bras qui étreint ou d'une herbe marine qui s\u2019enroule.Mais, elle tint le coup, fermement campée dans le sable.À cette minute, un second bras s\u2019empara de sa jambe gauche et deux étreintes nerveuses et fortes semblaient vouloir \u2014 10 \u2014 Cu PRL As tins ite Bi pe itis finns Lat ALLA Sat ait! 4 y Vol.15.No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, j utn 1922 : \u2014\u2014\u2014 an \u2014 ; S$ 0 it; (fe! ; ; i Le > i 7 nN ¥ i of.SN = a Pi\u201d 7% 0 % se, Se i Ÿ 7 EX 29 TN A ; 4 NA, D) Na sfr ; M 2 s) = 193%) Ad Ye) f, A vise ido « à ; Re I A + = Taw = Da NG a y »r | pu ey, fo PA ra f + =a fy IR 3.= SS RY 74 \\ \u20ac / \u20ac | Ce SE \u2014\u2014 É/ (\"3 A se .2 Fe 7 7 LE A rey A 7e F4 SS HE, vel 4 \"tasse = AL] 7 a VE, Ye : ~~ Os [od a pe?cer Le yy E & Te - S\u2014y wy res use 3 3 7 .> \u20ac 4 a Ë te) à É LE 4, = i Nl en 74 dt \u20ac 744 a (GE at he Z CS gi i LA 2N Ne WW A 4 Ca pes Bm Es ; Hy it i] vu \u20184 Le monstre Tavait saisie aux jombes de sgs tentacules d' avant fr Un et l'attrait à lui, en la rant de ses yeux verts.Ht À | BiH of yt Voi.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 l\u2019attirer sous les eaux.La peur et la surprise l\u2019empéchèrent tout d'abord d'appeler au secours et elle essaya de lutter contre cet ennemi dont elle ignorait encore la puissance.Mais, le monstre ayant surgi de l\u2019eau et lui étant apparu comme une bête diabolique, elle vit sous ses yeux, à la hauteur de sa taille, l\u2019'octopus avec sa tête de perroquet et ses verts tentacules qu'il agitait de tous côtés, cherchant à la saisir par tous les membres.Comme des ventouses géantes, elle sentit sur sa peau la succion de ces appendices meurtriers.Elle jeta un grand cri auquel! les trois femmes, restées sur la rive, répondirent aussitôt.L'une d'elles eut la pensée de se servir d'un petit alpenstock qu'elle avait emporté pour gravir la colline conduisant au village.De la pointe de fer aigue, elle frappa à grands coups sur le monstre qui tenait son amie dans ses pattes.A ce moment, l\u2019eau d\u2019alentour, dans un rayon de dix pieds, fut taché d\u2019un venin noir comme l'encre.C'était la sépia, cette liqueur noirâtre, qu'on retire de la sêche, de la poulpe et de la pieuvre.et dont on fait, dans d\u2019autres circonstances que celle-là, des dessins.Cette mâtière, lancée par je monstre pour se défendre, a la vertu d\u2019aveugler sa proie.Mais le jet n\u2019avait pas porté et les quatre femmes continuérent de batailler contre le monstre qui les embarrassait toutes de ses tentacules énormes.Cependant, en formant une chai.ne autour d\u2019elle, les autres femmes empéchaient la poulpe de l'entrainer au large.Mais, cette lutte était inutile .et l\u2019une des baigneuses se décida à courir sur la plage pour prévenir les pêcheurs du péril imminent que courait la victime de l'octopus.Trois pêcheurs qui faisaient sécher leurs filets entendirent ses appels au Secours et se précipitèrent à sa rencontre avec des haches, des couteaux et un harpon.Ils craignaient cependant de ne pas arriver assez tôt pour éviter une tragédie commune sur ces rives, tant la pauvre femme aux prises avec la sèche semblait de join terrassée par elle.D'un vigoureux coup de hache, le premier pêcheur fendit le dos du monstre.Un sang pourpre alla se méê- ler à l'encre.S\u2019apercevant que ses nouveaux adversaires étaient plus terribles que les autres, l\u2019octopus jeta tous ses tentacules dans leur direction.Mais, eux, les coupaient à mesure qu'ils s'allongeaient.La lutte dura quelques minutes avec cette intensité, mais bientôt la poulpe tourna l'oeil et chavira.Les pêcheurs délivrèrent la pauvre femme inconsciente et emportèrent le monstre sur la rive.Il mesurait vingt-cinq pieds de longueur.Ses huit tentacules étaient couverts d\u2019une certaine de ventouses grosses comme des pieces de cinquante sous.La malheureuse baigneuse fut sau - vée, mais elle n'oubliera de sa vie cette lutte avec l\u2019un des plus terribles habitants de la mer.\u2014\u20140 Tous les Esquimaux du Groenland son} chrétiens et sur leur territoire, on compte cinq églises.Ils ont leurs ministres, leurs médecins, aussi bien que leurs journaux.Ils ne travaillent que Six mois par année, restant dans leurs huttes, l\u2019hiver, comme des marmottes.tnt \" Vel.13, No 6 Histoire des mineurs de l\u2019Afrique australe \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 Tout au sud de la Colonie du fleuve Orange, appelée aussi l\u2019Etat libre d'Orange, circonscription politique de l'Afrique australe, dépendant de l'Angleterre, dans l'asile de Kimberley, vit un vieillard, jadis énergique et fier.Boer, du nom de Bill Skardon.C\u2019est un fou calmé qui offre à tous les visiteurs une pierre qu\u2019il tire d\u2019un sac: \u2018\u201cAllons, dit-il, prenez un de ces beaux diamants, pour me faire plaisir!\u201d Puis, quand le visiteur complaisant l\u2019a accepté et mis dans sa poche, il lui raconte qu'il a fait sa fortune sur les rives du fleuve Vaal.Le gardien de l\u2019asile a fait de son patient l'intéressante histoire.La voici, dans toute son authenticité.En 1906, des chercheurs de dia- - mants exploraient la rivière Vaal.Parmi ceux-là, se trouvait Bill Skardon, petit homme de cinq pieds cinq pouces, mais solide et excellent mineur.Le chef de l'expédition, après quelques jours d\u2019explorations, était en possession -de vingt-cinq diamants, valant environ $4,000.Arrivés à une digue naturelle, élevée à un coude de la rivière, Bill et son compagnon, ayant abandonné les autres, décidèrent de planter là leur tente et de continuer leurs fouilles à cet endroit : \u2018Nous avons trouvé un emplacement merveilleux, car tous les diamants qui se trouvent ici depuis des millions d'années sont restés bloqués par cette digue.\u201d Après s'être fabriqué des espèces de petits retranchements, d\u2019avoir fortifié leur camp, ils partirent tous deux pour un petit bourg qui se trouvait à quelques milles de là et qui portait le nom de Sydney Hodge, un riche mineur et 'administrateur de I'Etat de la rivière Vaal.Celui-ci qui s\u2019y entendait en extractions de mines approuva Bill et l\u2019assura qu'il trouverait bientôt dans sa concession des diamants pour des millions de dollars.De là, Bill Sakrdon et son camarade retournèrent à leur emplacement avec six solides gaillards.Ils creusèrent leur puits de mine au meilleur endroit et le descendirent à cinquante-deux pieds, mais inutilement! Il y avait de toutes les pierres imaginables, mais de diamants, point! Pendant trois mois, les fouilles furent inutiles.Mais, enfin, un jour que Bill et ses hommes s\u2019étaieni remis à la besogne dans un dernier effort pour mettre la main ou la pioche sur une couche de diamants, Bill s\u2019écria: \u201cJe le tiens!\u201d En effet, il tenait à la main un éclat ou coquille de diamant de trois pouces de longueur, d\u2019un bleu merveilleux, pesant environ vingt carts, qu\u2019il vendit $2,500.Mais, Bill n\u2019était pas satisfait, prétendant que l\u2019éclat qu\u2019il venait de trouver était une parcelle d\u2019un énorme diamant de 10,000 carats, valant plus d\u2019un million de dollars, \u2014 13 1: RP A TE NTR TT rE TN RR LA PT PL PLT PI PEPR PVR REA TP RICE PEUR DROLE UOTE NE EC Vol.15, No 8 Montréal, juin 1922 Bientôt, sur le terrain, travaillèrent trente hommes, jour et nuit.Tantôt c\u2019était Bill qui conduisait les travaux au fond du puits, tantôt son camarade de confiance.Les semaines passèrent et tous ces mineurs travaillaient sans relâche comme des esclaves à leur meule, dans l'espoir fou de retourner un diamant qui leur assurerait à tous la fortune.; Bill était vanné et avec sa longue barbe dans laquelle auraient pu se nicher tous les oiseaux de la région, il avait la mine d\u2019un vieillard.Mais il ne voulait pas avouer sa fatigue extrême.La somme de $2,500 avait été dépen- n \u2014 14 \u2014 - Vol.15, No 8 rie sée et bientôt, les deux associés ne purent plus payer leurs mineurs.Ils les renvoyèrent et ne gardèrent qu\u2019un petit garçon.A ce moment, Bill ne voulut pas\u2019 écduter les conseils de son ami qui lui enjoignait d\u2019abandonner de sus- .pendre plutdt leurs recherches, pour les reprendre plus tard, à la crue des eaux du Vaal.Puis, son caractère s\u2019aigrit et il ne fit que supputer la grosseur probable du diamant qu\u2019ils étaient sur le point de découvrir.Or, un matin, le camarade de Bill et le jeune garçon décidèrent d'aller sonder un peu la rivière et de chercher dans.son lit de petits diamants dont la vente leur permettrait de oon- tinuer leurs premiers travaux, sur l'emplacement où, quatre mois auparavant, ils avaient mis la main sur cet éclat de $2,500.Bill resta au camp et les deux autres partirent.Quand ils reprirent la route du cantonnement, quelques jours plus tard, ils avaient environ seize carats de diamant à vendre.Ils les portèrent chez Sydney Hodge qui en faisait le commerce et les revendait à des prix doubles et triples.De l'établissement de ce dernier, ils s\u2019en furent tous deux retrouver Bill dans son camp.Mais, 6 surprise, ils aperçurent bientôt leur vieux camarade Bill, nu cemme au jour de sa naissance, debout à la porte de sa tente, un mousqueton à la main: \u201cN\u2019approchez pas, leur cria-t-il d\u2019une voix terrible, ou je tire!\u201d \u2018Mais, les reconnaissant, il déposa son arme et leur présentant une poche pleine de pierres, lur dit: \u2018Par l\u2019Enfr, Jos, je suis heureux de te revoir.Ne le dites à personne: je viens de frapper enfin une mine de diamants; ce sac-1a en est plein.\u201d .LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1022 Mais, ces diamants n\u2019étaient que de vulgaires pierres.Le vieux Bill était devenu fou de découragement.Quelques jours plus tard, ses amis l\u2019internaient dans une asile d\u2019aliénés, rarement SUPERFIOIES COMPAREES La superficie de la Province de Québec est de 708,653 milles carrés.La superficie du Canada est de 3,726,484 milles carrés.Des neuf provinces de la Confédération canadienne, c\u2019est celle de Québec qui a l\u2019étendue territoriale la plus considérable.La province de Québec est d\u2019environ trois fois et demie plus étendue que l'Allemagne, la France ou l\u2019Espagne et près de six fois plus que le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande.À Voici d\u2019ailleurs un tableau compas _ratif : _ Pays Superficie (en milles carrés) Québec .i.708,658 Canada ., .3,726,484 E.-Unis, moins 1'Alaska.2,974,159 Russie .2,974,159 Autriche- Hongrie «.261,085 Allemagne .».208780 France.207,054 Espagne «+.4 + +.104,783 Suéde.172,876 Norvège.124,130 Royaume-Uni .124180 Italie .110,639 Continents.Europe .3,860,278 Bip MARY na ia AD CTI TER RET A ¢ Vol.15, No 86 : LA REVUE POPULAIRE {fontréai, juin 1922 Accusé de meurtre, un fermier s\u2019é= chappe de prison, simule la mort et l\u2019ensevelissement en mettant à sa piace un mannequin dans le cer= cueil, puis fait toucher à sa femme une assurance de $10,000.\u2014 Un tour macabre bien monté.3 { Lh Il y.a un mois, jour pour jour, un petit groupe d\u2019hommes d\u2019allure .fiére et déterminée, traversait le cimetière du village de Montrouge, dans 1'Alberta.Ils s\u2019arréterent devant une pierre tombale, au pied d\u2019un tertre peu élevé.Sur la pierre étaient gravés le nom de \u2018\u2018Benjamin Dancourt\u2019, le lieu de sa naissance, la date de sa - mort, et au-dessous, cette inscription: \u2018\u2018A la douce mémoire du mari et du père\u201d.| L'un de ces hommes qui portait sur sa vareuse l'insigne de chef de police ou de shérif, comme ces magistrats sont appelés en\u2018cette partie du Canada, se Yourna vers un nègre portant une béche et lui dit: \u201cVoici la tombe, Jim.Creuse ici, et en vitesse.\u201d Le noir s\u2019attela à sa tâche et apres que la terre eût formé deux rejets de chaque côté du trou, la bêche fit résonner le bois du cercueil.Bientôt la tombe apparut tout eritière aux yeux des assistants.le noir fit sauter le couvercie et tous de se pencher au- dessus de la bière (la seule qui soit autorisée actuellement en cette partie de notre pays).Un cri de stupeur sortit de toutes ces bouches.la tombe était vide! Mais pourtant, quelques semaines auparavant, des centaines de pérson- nes avaient bien vu dans\u2019 cette même bière le cadavre du défunt Dancourt; elles avaient assisté à ses funérailles, à sa mise en terre.Puis, elles se rappelaient que quelques jours après, des membres de la soctété à laquelle appartenait le défunt étaient venus seuls prier sur sa tombe.| Qu'est devenu, se \u2018demanda toute la population, le cercueil dans lequel se trouvait Dancourt, et qu\u2019est devenu son cadavre?1 1 Comment eut-ii pu être exhumé, et par qui?: | Le cimetiére n'est pas éloigné du village et à proximité de plusieurs maisons.L'éminence de terre n\u2019avait pas été dérangée avant que le noir y mit la bêche, et personne ne se rappelait avoir entendu dans le cimetière quelque bruit insolite.Et pourtant le double cercueil et le cadavre avaient disparu.La chose semblait si impossible que l\u2019un des fossoyeurs qui avaient bel et bien enterré Dancourt, dit au noir de creuser encore un peu la fosse.Mais, rien que de la terre.Quelques jours après cette stupéfiante découverte, toute la proving de l\u2019Alberta connaissait le mystère de la fosse vide.Gette histoire nous reporte aux escroqueries et foeurberies qui se retrouvent dans certains chapitres de l\u2019histoire des assurances.-\u2014 16 \u2014 Ta. aly vos Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 L'un des deux amis découvrit le cadavre ct le prêtre reconnut Dancourt.Benjamin Dancourt était de son vivant un homme de quelque importance, étant assuré pour la somme de $1C,000.Trois compagnies se partageaient cette somme, dont la société à laquelle appartenait le défunt, pour un montant de deux mille dollars.Quelques années avant sa mort, Dancourt avait acheté une ferme, où il avait pour voisin des voleurs de bestiaux.Dans le but de s'en emparer, le shérif 1e nomma gon assistant 11 se mit un jour à la tête de que!- ques cavaliers de la police montée et surprirent ces brigands en train de voler des bêtes.Ils essayèrent de les surprendre mais une violente'bagarre se produisit.Les voleurs eurent le dessous, trois des leurs ayant été tués.Geux-là avaient beaucoup d'amis et par une combinaison que nous ne pou.0 17 =~ 1] 2 ï iit feat (itd dita atau ULL SHS EERE CE AU Addi Att NTR rr ROU AN RHA HILAL 503 =n ' , , te te ' Rp f, i © Lt ye le Ww Vol.15, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréai, juin 1922 vons nous expliquer, Dancourt fut accusé de meurtre et mis en liberté provisoire, sous un cautionnement de $10,000.Sa femme fut tellement affectée par cette injustice et lui-même craignit si fortement d\u2019être pendu pour un crime qu\u2019il n\u2019avait \u2018pas commis qu\u2019il se réfugia dans le petit village de Montrouge.Mais vint l\u2019heure où il devait se rapporter à la justice pour subir son procès aux Assise.Or, preuves recueillies plus tard, c\u2019est à ce moment qu\u2019eurent lieu le faux ensevelissement et les fausses funérailles.Dancourt étant mort, ou porté mort, le procès tombait à l\u2019eau.Trois jours avant que Dancours dût se rapporter aux autorités, un médecin fut mandé à son chevet qui ne put diagnostiquer chez ce curieux malade aucun indice de maladie quelconque.Trois jours plus tard, ce médecin apprenait que son client était mort la veille.Les parents de la famille furent prévenus de la mort de leur proche et plusieurs vinrent le voir, mais tout offre d\u2019assistance de leur part fut déclinée, l'épouse disant que le cadavre avait été lavé, habillé et qu'il reposait maintenant dans la chambre mortuaire.Pendant ce temps, on faisait creuser sa fosse et on achetait pour lui une bière.Un prêtre vint visiter la famille.En entrant dans la chambre où reposait le cadavre, deux hommes, se disant les amis intimes du défunt, se présentèrent à lui.L'un des deux découvrit le cadavre et Ie prêtre reconnut Dancourt; il remarqua que les deux yeux du mort étaient dissimulés sous deux pièces d\u2019un dollar.Mais, à ce moment, la veuve éclata en sanglots et les amis d\u2019après les prièrent le prêtre de se retirer avec elle et de la consoler.Il sortit, la soutenant dans ses bras, ignorant complètement, cela s'entend, toute la tra- gico-comédie qui se jouait derrière lui.Quand il revint à la chambre mortuaire, le cercueil était recouvert et scellé.Le \u2018\u2018mort\u2019\u2019 s\u2019était levé dans l\u2019intervalle et s\u2019était réfugié dans une pièce voisine.Mais, le tour avait été bien joué; les deux amis avaient montré son \u2018\u2018cadavre\u2019\u2019 au prêtre qui, ainsi, était convaincu de la mort de Dan- court.Les funérailles eurent lieu normalement.Dans la bière avaient été déposés des pavés ou autres matières et les fossoyeurs la trouvèrent d\u2019un poids ordinaire etla jetèrent en terre.Quelque temps après, la veuve réclama le paiement de l\u2019assurance de 310,000, ce qui fut fait.Et elle se retira avec ses fils sur une terre éloignée.Elle mourut quelques mois plus tard.Mais, lors de sa mort, des gens prétendirent avoir vu le fantôme de Dancourt rôder aux alentours de la ferme.La police eut la puce à l\u2019oreille.Elle fit des recherches et se rendant sur la ferme que Dancourt tenait sous un autre nom, elle le reconnut pour le faux \u2018\u2018mort\u2019 et l\u2019arrêta.Il fut emprisonné pour la vie.Q Le coeur a bien des places à offrir, mais une seule à donner.Rien ne contribue plus à l\u2019ordre et à l'économie que de \u2018tenir chaque chose et chaque personne à sa place.ce qui peut s'appliquer au suffrage féminin.L'homme est le roi des animaux.Qui a dit cela?l\u2019homme.Lt a Une espèce de voleurs, non pas absolument nouvelle mais plus nombreuse, vient de s\u2019abattre sur la ville \u2014C\u2019est l\u2019engeance dangereuse des faux domestiques qui pénè-= trent dans les bonnes maisons pour les mettre à sac.La police canadienne vient de col- 1ectionner une série de combrioleurs d\u2019un genre peu connu jusqu\u2019ici; nous voulons parler des \u2018\u2018découvreurs\u2019\u201d\u2019 ou bandits, hommes et femmes, qui s\u2019introduisent dans les maisons riches à titre de domestiques et qui les vident petit à petit ou les font piller par des gens de leur bande.Ces voleurs dangereux savent tout faire; ils sont bonnes d'enfants, gardes-malades, gouvernantes, cuisiniers, chauffeurs, sommeliers, etc.Ils sont toujours munis de lettres de recommandation très louangeuses qu\u2019ils se fabriquent eux- mêmes.Une fois dans la maison, ils (ou elles, naturellement, suivant le cas) repèrent les endroits où sont cachés les bijoux et toutes autres valeurs et attendent sagement le bon moment pour les faire disparaître.Ce typ& nouveau est plus dangereux encore que le malandrin masqué, à là figure patibulaire, qui pénètre nuitamment dans les maisons, une lampe sourde d\u2019une main, un revolver dans l\u2019autre, parce qu'il ne soulève pas les soupçons.Il fait aussi plus de victimes et quand il vole, c\u2019est pour la peine.Au lieu de s'emparer précipitamment d\u2019un coffre à bijoux, d\u2019une liasse de billets arrachés d\u2019un coffre-fort enfoncé, il ramasse en un seul endroit tout ce que la maison contient de précieux et l\u2019enlève en un tour de main, quand les patrons sont absents ou couchés.C\u2019est très rare que leur fuite soit inquiétée, parce que ces faux-domes- tiques ont eu la précaution, avant de faire leur coup, d'étudier les allées et venues des gens et de la maison et du dehors.Ils connaissent les heures de ronde ou de patrouille des agents.En plus, pour s\u2019attirer la confiance de leurs maîtres, ils font d'excellents serviteurs, ponctuels, respectueux et travailleurs.D'ailleurs, ces cambrioleurs déguisés en honnêtes gens sont d'ordinaire des personnes de quelque éducation.Il n\u2019y a rien de plus terrible que les gens intelligents, quand ils veulent faire des mauvais coups! Tout ceci pour nous amener à parler d\u2019une de ces redoutables \u2018\u2018découvreuses\u2019\u2019, Antoinette Bureau, que la police vient de pincer.Cette femme, en trois ans, vola chez ses patrons pour plus de $250,000 de bijoux et autres objets de valeur.C\u2019est dans différentes maisons et sous plusieurs noms qu\u2019elle parvint à amasser cette petite fortune en moins de trois ans.Tous les gens que cette femme vola s'accordent pour louanger ses belles qualités de garde-malades, de dame de compagnie, de secrétaire et de gouvernante.Ce qui n'empêche que cette personne, douée de toutes ces ès.timables qualités, soulageait ses pa- \u2014 19 \u2014 Eat RS LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 \u2014 | Cette domestique était toujours munie des meilleures lettres de recommandation.trons d\u2019une somme moyenne de $7000 tous ces enfants dont les parents né- @ par mois.gligent 1'éducation, sont \u2018autant de 4 Le cinéma et les mauvais romans, causes directes de l\u2019accroissement du \u2018# les fameux romans policiers que li- nombre de fins bandits.Plus le cinéma 4 sent tous les petits garcons, les films projette de films policiers, plus les policiers qu\u2019applaudissent au cinéma maisons d'imprimerie éditent des ro- \u2014 20 == mans policiers, et plus, croyons-nous, le nombre, l\u2019habileté et l'impudence des escrocs augmentent.On représentait dernièrement à Montréal un film dans lequel jouait toute une bande de contrebandiers.Avant que la police, qui a toujours dans ces sortes de vues, un rôle des plus ingrats et souvent ridicule, ne mit le grappin dessus, ces contrebandiers avaient eu le temps de se moquer carrément d'une centaine de douaniers et de détectives.En même temps, les enfants et jeunes gens qui composaient la salle, avaient eu aussi le temps d'apprendre une centaine de bons trucs pour déjouer la douane.Quelques jours après la projection de ce film, on apprenait par les journaux que.\u2018des contrebandiers avaient réussi à faire entrer en Canada des joyaux frappés de lourds impôts en les cachant dans la frêle écorce d'une noix, dans la pomme dorée d'une canne, etc.Où, sinon au cinéma ou dans des romans policiers, ces escrocs avaient - ils appris ces trucs?Puisque, de nos ours, les filous, voleurs dé toute espèce, sont si adroits nos détectives et agents de sûreté oni besoin d\u2019être plus nombreux et plus habiles.0 L\u2019ELEVAGE DU CASTOR I] paraît qu\u2019il n\u2019y a plus ou presque plus de castors en France, et c\u2019est grand dommage, car la fourrure de ce rongeur \u2014 qui pour l'instant nous vient d\u2019Amérique\u2014 vaut un prix élevé.Jadis il fourmillait dans certains points de la France.Sous Louis XIV, il était très répandu dans la banlieue LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1923 eus parisienne, et comme, à ceile époque, on l\u2019appelait \u2018\u2018\u2019bièvre\u2019\u2019, d\u2019aucuns prétendent qu\u2019il donna son nom à la petite rivière dont s'enorgueillit autrefois le quartier Mouffetard.| Inutile de dire que le castor a disparu de l\u2019Ile-de-France.Il n'ya plus qu\u2019en Provence, et encore sont-ils rares.En revanche, ils sont magnifiques, ne pesant pas moins de 20 à 25 kilos et ne mesurant pas moins de 80 centimètres de la pointe du museau à la naissance de la queue.Il y a 25 ans, on prétendit que les castors avaient miné les digues éle= vées sur les bords du petit Rhône, en Camargue, pour protéger les nouvelles plantations de vignes: un syndical se forma méme pour mettre & prix la tête de ces méchants sapeurs (13 dollars).Mais, plus tard, les castors furent reconnus innocents, et dès lors, - au lieu de les détruire, on voulut les protéger: la chasse au castor fut interdite.Bien plus, un zoologue minois, M.Galien Mingaud, a préconisé la casto- riculture, comme au Canada ou aux Etats-Unis.où ce système est extrêmement fructueux.Le castor, il est vrai, se multiplie peu: certains affirment que la femelle ne fait qu\u2019une portée annuelle et d\u2019un seul petit.D'autres, par contre, prétendent qu\u2019elle est plus féconde.Quoi qu\u2019il en soit, la question de la castoriculture paraît intéressante et mérite qu'on y prête attention.O Un Gascon racontait que dans une querelle il avait reçu un soufflet.\u2014Un soufflet?mais il a dû en résulter des suites ?\u2014Je crois bien, j'ai eu la joue enflée pendant huit jours! = 21 dé i\u201d ; rie! ify! i , ; odie dor iter aut i titer MU CE A AE LE dre CE LL I EE PENSE re REPRE Montréal, juin 1922 Voici comment; il y a deux siècles (en 1672) on traite à Québec, un homme et une femme, (le mari et la femme.) convaincus du crime d'empoisonnement: Apres avoir tous deux demandé pardon à Dieu, au roi et à la justice, à genoux, en chemise, devant la porte de l'église paroissiale.on leg conduisit à la place où avait été préparée une croix de Saint-André (en forme de X) sur laquelle le mari fut étendu.Le bourreau, prenant alors une barre de fer lui en applique un coup sur le bras droit qui brise l\u2019os de ce membre.Ensuite le patient est étranglé, puis le bourreau reprenant sa barre, lui rompt l\u2019autre bras et les jambts, \u2014 en présence de sa femme.Cetee malheureuse est saisie à son tour et pendue sur le lieu, puis son corps est attaché sur, une roue que l\u2019on installe, bien en vue des passants, sur le Cap.La cage de la Corriveau n'est pas un fait isolé dans les horreurs des procédés de la haute justice.Mais voici mieux (ou pire) encore: L'année suivante, un meurtrier est rompu vivant, sur la croix, à coups de barre, puis pendu et étranglé.Cela fait, le cadavre est exposé durant sept heures sur la roue.Finalement, au lieu de l\u2019enterrer on le place sur des fourches patibulaires pour y rester jusqu\u2019à parfaite consommation.Lorsque vous entendrez raconter des légendes de revenants, qui sont si répandues dans nos campagnes, je vous prie de penser qu\u2019une population PN égayée par des spectacles de ce genre, .a bien pu, sans extravagance, se laisser entraîner à des effets d\u2019imagination un peu sombres.En notre siècle d\u2019électricité et de becs de gaz nous ne ferions pas autrement.# eg 100 Oyez, oyez, oyez! \"En 1667 une sentence est portée contre deux hommes convaincus de vol.Le plus coupable est condamné a être étranglé par la corde jusqu\u2019à ce que mort s'en suive, sur la plaeg de la haute ville de Québec, son complice devant être placé sous le gibet durant l'exécution, et ensuite fouetté par la main du bourreau.Late à \u201cVers le même temps, un autre voleur fut condamné à être battu de verges et à faire amende honorable devant la porte de l\u2019église paroissiale du même lieu.Cette dernière cérémonie se faisait ordinairement la.corde au cou, un flambeau à la main et le corps revêtu d\u2019une simple chemise, Je crois me rappeler qu\u2019il existe un proverbe populaire en Canada qui fait allusion & cela.La loi faisait-elle quelque cas des rigueurs de nos hivers en pareille occurence ! LE JE Si les lois modernes traitaient les.duellistes comme les traitaient jadis celles de la Nouvelle France, il est à peu près sûr que cette monstruosité disparaîtrait bientôt des moeurs des peuples civilisés.\u2014 22 \u2014 PET 1% I sesscosmmrssssacemss since i, ogy, Voi.185,'No § LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1022 La recette était celle-ci: on pendait par le cou, jusqu\u2019à ce que mort s\u2019en suivit, celui des deux adversaires qui survivait à l\u2019autre.Pas compliqué du tout le procédé, et d\u2019un effet merveilleux sur le moral des peuples! Notfe époque n\u2019a pas conservé tout ce qu\u2019il y avait de bon dans la législation du temps de nos pères.\u201dC\u2019est un tort.La % 4 us En 1766, & Québec, une femme fut fouettée pour avoir emprunté une cuillère d'argent d\u2019un monsieur de cette ville, sans permission et sans m- tention de la rendre.- C\u2019est la \u201cGazette de Québec\u201d qui parle ainsi.Voici un autre fait qu'elle nous rapporte.Louis B., accusé d\u2019avoir volé une hache et autres menus articles, est condamné à être fouetté derrière une charette, depuis la porte du palais de justice jusqu\u2019à Saint-Roch (de Québec) et de là en revenant au point de départ.\u201c Ce qu\u2019il y à de curieux, c\u2019est qu\u2019un individu Jean M., condamné à la peine du fouet pour vol d\u2019une paire de culottes, servit de bourreau à Louis.Puis, quand vint le tour de Jean, il fut fouetté par Louis.Il est à croire que de part et d\u2019au- trè of eut se ménager.» % % Il existe encore nombre de gens qui ont vu fesser des condamnés.Une anecdote, à ce sujet, m'a été racontée par un témoin oculaire: Vers 1820, un jeune homme à l\u2019apparence maladive était attaché au poteau, le buste nu, prêt à recevoir les caresses du \u2018\u2018chat\u2019\u2019.Survient un Sau- cage qui regarde un instant l'appareil du suppplice, s\u2019en rend compte, fend la\u2019 foule et s\u2019adresse au bourreau: \u2014Frère, vas-tu le fesser ben longtemps lui?\u2014J\u2019ai ordre de lui infliger six coups fut la réponse.\u2014Oui, oui, reprend le Sauvage, le ton dolent particulier à sa race, deux fois plus que six ça fait qunize, hein frère?\u2014Non pas! ça fait douze.Mais qu'est-ce que tu me veux! laisse-moi plutôt faire mon devoir.\u2014Arrête, arrête, tu vas le faire ton devoir.Et le Sauvage, laissant tomber prestement son capot, enleva sa chemise en un tour de main.\u2014Voyons donc! lui dit le bourreau, es-tu fou?\u2014Moi pas fou.tu dis que ca fait - douze, eh ben, donne-moi douze coups \u2014et pis laisse.l\u2019enfant tranquille.La scène intéressait vivement les spectateurs.Contre l'habitude du temps, on commençait à partager la sympathie du Sauvage pour la victime, d\u2019une loi barbare.Pour couper court à toute manifestation un juge de paix qui était présent, donna ordre au bourreau de délivrer le jeune homme et d\u2019attacher son libérateur à sa place, faisant signe en même temps de ne frapper que quatre coups au lieu de six.| Le Sauvage se prête à la manoeuvre avec tout le stoicisme imaginable: Aprés chaque coup, on entendait sa Voix sotirde qui comptait: Une.Deux.Une pause.L'exécuteur s\u2019étdit arrêté.\u2014\u2014Allons, frère, un petit coup de coeur, dit le Sauvage en détournant la Trois.Quatre.| = 2h ; ; ; i\u201d tir, igi , Ze til J u 1 iti il dedi Hea ai ET EI PRIT inition RES RIRE Ira t Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 tête pour encourager le bourreau du regard et de la voix.\u2014C\u2019est fini, dit celui-ci, je vais te détacher.-\u2014Ben non! ben non! t'as fesse quatre fois.Pas douze.Je sais compter! On eut quelque.peine à lui faire comprendre qu\u2019ii était décidément dé-' chargé du reste de la punition.0 QUAND DOIT-ON REMONTER SA MONTRE?C\u2019est une question que pose souvent Je client à l\u2019horioger.La brochure \u201cNos montres et nos pendules\u2019 y répond, et voici ses conseils raisonnés et pratiques qui intéressent tous les possesseurs d\u2019une montre, c\u2019est-à-dire à peu près tout le monde.Une montre doit être remontée aus.ei régulièrement que possible, et il vaut mieux effectuer cette opération le matin que le soir.Pourquoi?Le porteur d\u2019une montre sait génc- ralement que la force motrice qui met le balancier en mouvement, est produit par l'élasticité d\u2019un ressort, mais il ignore que cette force n\u2019est pas régulière.La tension du ressort est la plus forte lorsqu'on vient de remonter la montre, et cette tension diminue au fur et à mesure que le ressort se défend: le balancier est donc mené plus vivement lorsque le ressort est complètement arnré, et amplitude des oscillations diminue en même temps que la tension.Or, si l\u2019on remonte sa montre le soir, le ressort exercera sa force maximum pendant que la pièce est posée bien tranquillement.à l'abri de toute secousse; cette force maximum serait bien plus utile lorsque la montre est dans la poche de son propriétaire, En effet, les secousses du porter seront bien moins sensibles pour le balancier si celui-ci est lancé avec plus de vigueur.Si donc on remonte sa montre le matin avant de la mettre en poche, elle supportera mieux les secousses et sa marche souffrira moins.\u2026 n6 D\u2019un autre côté, il.faut rappeler qu'une montre est construite pour marcher 30 à 32 heures; or, si on a l'habitude de la remonter en, se couchant, à 10 heures par exemple, el qu\u2019on l\u2019oublie un soir,.glle s'arrêtera le matin vers 4 à 6 heures, et.chaçun sait combien il est ennuyeux de ,ne pas avoir l\u2019heure quand on se réveille.Si, au contraire, le remontage se fait le matin, et qu'on oublie un jour cette petite opération, l\u2019arrêt de la montre se produira au milieu du jour, et il sera bien plus facile de remédier à cet oubli et à ses conséquences.Une autre considération est celle- ci: quand on sort la montre de la po- ch\u201d, la température du milieu dans lequel on la place est presque toujours inférieure à celle de la poche; or, si le refroidissement est trop subit, et qu'on vienne de remonter la pièce, le ressort complètement bandé, ne pourra se contracter et il sautera.Ge risque n'existe pas lorsqu\u2019on remonte sa montre le matin au moment de la mettre en poche; la température plus élevée dans laquelle on la place a pour effet de dilater le ressort, c\u2019est-à-dire de l'allonger, et il n\u2019y a aucune crainte à avoir qu\u2019il saute.Enfin, on est généralement plus fatigué, plus énervé ou plus distrait le: soir que le matin: pour ce seul motif, \u2018 il est plus prudent de remonter sa\u2018 montre le matin, et, puisqu'il importe de la remonter régulièrëment, terminons par un dernier argument: la régularité du lever est en générale plus grande que celle du coucher.\u2014\u2014' 24 \u2014 \u2014 =.\\ FIER 2 Pat CENTRE TOO) pme AVL «> Vol.15, No L 8 -., 2.mA ET \u201c= 4 On vient de rétrouver au centre méme de la ville de Rome les vestiges de la première chapelle souterraine des chrétiens.\u2014 Deux magnifiques peintures représentant de pied en cap les saints apôtres Plerre et Paul sont au hombre des richesses reli- gleuses et historiques retirées de \"ces fouilles.Tandis que dans des pays jeunes comme le nôtre, tout ce qu\u2019un passant songeur, qui marche, les yeux rivés à la pointe de ses chaussures, peut trouver d\u2019intéressant sur la chaussée ou dans une ride de trottoir, est une vieille pièce de monnaie, à Rome, les gens qui \u2018\u2018regardent où ils marchent\u201d donnent Ja plupart du temps sur des antiquités de quelques siècles, des fragments de statues, des tambours de colonne, -des couvercles de sarcophage.Les terrassiers font mieux encore, ceux à qui chaque coup de pioche révèle l\u2019existence de quelque église souterraine ou quelques restes de Catacombes.; C'est ainsi que.le mois dernier, deux ouvriers italiens découvrirent dans le centre de Rome, en creusant les fondations d\u2019un immeuble, les vestiges de la première église des chrétiens et deux portraits très anciens et surtout très.authentiques des apôtres Pierre et Paul.Les ouvriers qui virent les premiers ces remarquables peintures restérent frappés d\u2019étonnement et d\u2019admiration devant ces deux peintures représentant, tels qu\u2019on se les représente habituellement, les deux grands apôtres.Avant d\u2019aller porter au dehors la nouvelle de leur découverte, ils s'age- nouillérent et firent chacun une ardente priére aux deux premiers saints de l'Eglise militante.Ces peintures d'ailleurs avaient quelque chose de surnaturel.Gravés dans le mur, grandeur naturelle, les deux saints semblaient vivre, semblaient même, comme les chefs- d'oeuvre de Michel-Ange, vouloir parler.Leurs yeux, très grands, à l\u2019exemple des peintures byzantines, noirs et vifs, avaient un regard grave et solennel.À son arrivée dans ces décombres, le professeur Paribeni, directeur des Antiquités, à Rome, partagea les mêmes impressions, Il resla à son tour en religieuse admiration devant ces représentations séculaires des deux apôtres.Naturellement, les travaux qui se poursuivaient à cet endroit furent arrêtés et les numismates entreprirent des fouilles à leur profit veur retirer de cet emplacement tou! ce qui pouvait s\u2019y trouver de vestiges historiques.Quant au professeur que nous venons de nommer, il déclara tout de suite que dans ces excavations ne pouvait que se trouver la première véritable église chrétienne de Rome.C\u2019est là, ainsi que dans les Catacombes, qu'avaient dû se tenir les premiers disciples de Jésus-Christ pour célébrer le culte divin et aussi pour se réfugier au cours des persécutions.Ge temple souterrain comprenait de vastes salles, des escaliers dérobés, \u2014 25 \u2014 Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 des galeries, des retraites et enfoncements et des cryptes.Deux salles plus grandes que les \u2018autres.portent aux murs les noms des frères (fra- tres) Aurelius Felicissimus.Ge temple dérobé dut être construit quelques années seulement après la mort de Notre Seigneur, et certainement du vivant de ses premiers Disciples.Et l\u2019église\u2014car aucun doute que RRA oe fun Lu Vol.15.No 6 LA REVUE POPULATRE Montréail.Juin 1928 amano ce fut une église\u2014servit certainement aux fins du culte chrétien.Les entrées secrètes qui en permettent l'accès le prouvent.Les peintures murales qui sont facilement reconnaissables, représentant des\u201d scènes des Saints Evangiles, pouvaient se camoufler pour tromper les espions et les observateurs païens.En effet, le païen qui d'aventure se fut trouvé dans ce tem- .ple, eut pu s\u2019imaginer être dans une chapelle consacrée au culte d'Orphée ou de quelque autre divinité mythologique.Dans une peinture très réaliste et très belle dans toute l'expression de la vérité, on voit Jésus prononçant le Sermon sur la Montagne.Le Maître a la figure et l\u2019habit d'un berger assis au milieu de\u2018son troupeau, sur un roc élevé.un livre ouvert sur ses genoux.Un autre groupe représente trés distinctement le Christ préchant dans le temple de Salomon, peinture qui, pour les profanes, eut suggéré l'idée de quelque dieu païen majestueux, se montrant à ses adorateurs.Pour tromper davantage les espions des empereurs, sur certains murs, bien en vue, se trouvaient des groupes peints ou gravés de personnages en procession et voire même des paysages très simples de la campagne romaine.Les fidèles savaient distinguer entre les peintures païennes et les peintures pieuses dont elles pouvaient distinguer la signification au travers des déguisements symboliques obligatoires.Les peintures des Saints Pierre et Paul témoignent aussi indiscutablement du caractère de ces lieux.L'artiste qui les fit dut connaître les deux apôtres et les peignit d'après le souvenir qu\u2019il garda d\u2019eux.Saint Pierre a les traits forts et durs.et dans ses yeux brille l\u2019étincelle de son courage et de sa détermination.C\u2019est bien comme devait être cet humble pêcheur qui jeta là ses filets pour suivre le Sauveur.La fermeté que veflète son visage nous explique pourquoi Jésus changea son nom de Simon en celui de Pierre.\u2014 roc\u2014: \u2018Tu es pierre et sur cette pierre je bätirai mon église.Saint Paul, surnommé l'Apôtre des gentils, naquit à Tarse.en Cilicie, vers le commencement de l'ère chrétienne et fut martyrisé à Rome en 67.Sa famille, juive d\u2019origine, acquit à Tarse le droit de cité romaine.I reçut le nom de Saül.Après avoir poursuivi les adeptes de la religion nouvelle, il reçut la mission de les rechercher dans toute la Syrie.Il se rendait à Damas, à la tête d\u2019une troupe armée, lorsque Jésus lui apparut et le terrassa en disant: \u2018\u2019Saül.Saûl.pourquoi me persécutes-tu?\u201d\u2019 Converti par ce miracle, il annonça la résurrection de Jésus-Christ aux'Juifs stupéfaits d'un tel revirement.Il se rendit alors à Jérusalem pour voir Pierre, le chef de l'Eglise naissante.| Il fut une première fois arrêté à Jérusalem par les Juifs et remis au préfet du prétoire à Rome, puis, deux ans plus tard.rendu\u2019 à la liberté par Néron.Durant l'année 66, il se trouvait à Rome en nième temps que saint Pierre.Enfermé avec celui-ci dans la prison Mamertine, il eut la tête tranchée sur la route d'Ostie, au lieu appelé les Eaux Salviennes.Sur son tombeau, fut élevée la basilique Saint- Paul-hors-les-Murs.Quant à saint Pierre, né à Bethsai- de, Galilée, il fut martyrisé lui aussi à Rome, tout probablement en l\u2019an 67.\u201carmé comme son collaborateur oe QL] w= RTC TE AO ONE ER ONE CITE TAC RESTE CEE RES EEE ES Gd LA HR nN Ei qu Hi CTRL Lr rae, ot ! 1 ty .| deuil Thiele DAC LI AT ER AMAR EE QUES prie Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 dans la prison Mamertine, il fut crucifié, la tête en bas, sur la colline Vaticane, le jour même où saint Paul eut la tête tranchée.\u2018 0 .LA SAINT-JEAN-BAPTISTE Cette féte renferme pour nous un enseignement très éloquent, et qu'il ne faut pas oublier.Elle a été fondée à l'époque de nos grandes agitations nationales.Le vaisseau qui portait alors nos destinées politiques allait sombrer au milieu des tempêtes soulevées par les préjugés et les injustices.Le danger nous pressait de tout côté.Il fallait s'unir, se compter.La Saint-Jean-Baptiste a été l\u2019heureux trait d'union entre les Canadiens.français en ces jours mauvais.Le souvenir de la bravoure et du dévouement des pionniers de la foi et de la civilisation sur cette terre du Canada, l\u2019histoire de toutes les choses grandes et sacrées que nos pères ont accomplies avant de pouvoir nous léguer ce sol et nos institutions civiles et religieuses, tous ces beaux souvenirs évoqués au jour consacré à la patrie, ont nourri, fortiflé et enflammé le patriotisme.On a compris le besoin de l'union.L'union devient notre devise nationale, et le petit peuple du Canada laissa venir la tempête avec calme, et y résista avec courage.\u201cLa victoire a couronné ses efforts.Notre union, dans la résistance, a désarmé nos ennemis, et notre attachement inébranlable à nos \u2018\u2018institutions\u2019 et à tout l\u2019héritage national transmis par nos pères, à prouvé à ceux qui voulaient nous ravir cé dépôt précieux que nous étions dignes d\u2019en jouir et de le conserver.La tempête a passé, et aujourd\u2019hui, le beau navire de notre prospérité na- id Cre tionale vogue à pleine voile, par un jour serein, et sur un flot paisible et favorable.Ce triomphe est dû à l'union et à l\u2019harmonie entre tous les Canadiens dans ces temps d'agitations.La fête de Saint- Jean- Baptiste\u2018 n\u2019est pas une fête exclusive.Notre étendard national est assez large.pour abriter toutes les races qui vivent sur ce sol.Nous tendons une ain franche et sincère à tous nos compatriotes.d'origines étrangères.Que nos vainqueurs ne craignent point de venir célébrer avec les enfants de Champlain et de Montcalm les journées \u2018\u2018d\u2019Oswégo\u201d de \u201cWilliam-Henry\u201d de \u2018la Monon- gahéla\u201d, de \u201cCarillon\u2019\u201d et de \u201c\u2018Cha- teauguay\u201d.Appelés à travailler ensemble, à combattre côte à côte sous le même drapeau, à remporter ensemble des victoires ou subir des défaites, il faut se connaître d'avance: et sympathiser comme des frères.0 LA CONSULTATION À DU CORDON- Un médécin de village porte une paire de vieilles bottines chez son cordonnier.| \u2014\u2014Inutile, monsieur le docteur, dit le bon \u2018\u2018bouif\u2019\u2019.Ces bottines-là ne valent pas les frais d\u2019un ressemelage.\u2014Tant pis! dit le médecin; et il va pour se retirer, quand l'artisan le retient par la manche: \u2014Pardon.Et ma petite note, monsieur le docteur?Cn -\u2014Quelle note?-: \u2014Mais l\u2019écu que vous me devez.\u2014L\u2019écu que je vous dois?\u2014Dame, oui! Quand je vais vous voir pour ma santé, est-ce que vous ne me prenez pas cent sous, même quand vous ne me faites rien? F La i3 Vol.15, No t LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 LA JERUSALEM DELIVREE DOI EEE TE HLH RTH SEH GES RULE A D OO TO TE TD rE t SA {IT CT I Ty Te CO CTT EE IT TRE FOOT Sauvée une premiére fois par des Ce tunnel traversera les profon- ~ hommes de foi, sous Godefroy de deurs de Jérusalem du nord au sud, Bouillon, chef des croisés, elle l\u2019est et, quand il sera terminé, l\u2019antique une seconde fois, en notre siècle, cité sera éclairée, comme Montréal, par des hommes de science qui veu.par (de vulgaires lampes à arc ou ré- lent rendre à la vlile salnte des juifs verbères et de grotesques tramways et des chrétiens son antique splen- circuleront dans ses rues.Voilà bien \u201c deur.\u2014Le tramway dans la vieille le culte que portent les Ariglais com- cité de Salomon.| mercants aux antiquités.Ils ne savent | rien respecter des vieilles choses, allant jusqu'à faire tourner un petit Des travaux de génie civil considé tramway autour des pyramides d\u2019E- rables vont bientôt être entrepris en gypte! Palestine.Il s'agirait tout simplement Pour en arriver à tous ces perfec- de \u201cfaire revivre\u2019\u2019 la Mer Noire, dont tionnements modernes, il va falloir les profondeurs médiocres et les con- élever un viaduec souterrain de trente- ditions générales sont peu favorables sept milles de longueur et d\u2019une chu- à l'établissement de grands ports.Ces te, ou pente inclinée, de 1000 pieds.travaux se feront sous la surveillance La Mer Noire, qui est probablement de plusieurs équipes d'ingénieurs an- l\u2019une des plus grandes merveilles na- glais qui, tout d'abord, perceront un turelles du monde, se trouve.a 1,295 tunnel qui traversera toute la sous- pieds au-dessous du niveau de la mer Terre Sainte.Les eaux de la Méditer- Méditerranée, et en quelques endroits ranée seront amenées dans ce tunnel a 1,300 de profondeur.Le Jourdain et jetées dans la Mer Noire pour lui est la rivière qui lui déverse le plus de redonner l'importance qu'elle avait ses eaux, mais plusieurs autres petits aux temps préhistoriques, et aux cours d'eau viennent aussi s\u2019y jeter, temps bibliques.- de sorte qu\u2019elle reçoit environ six Ce projet, ou mieux la mise à exé- millions de tonnes d'eau toutes les cution de ce magnifique projet rendra vingt-quatre heures.la vie et la santé, par le moyen d'une Tandis que l\u2019eau qui lui est ainsi irrigation bien faite, à des milles et versée: est fraîche, la couche de sel \u2018!des milles d\u2019un territoire aride et sec qui formé son lit l'absorbe immédia- + comme le désert.En plus, grâce à la -tement, de sorte que ses eaux sont construction de turbines sur différents bientôt salées dans la\u2019 proportion de points du tunnel, toute la Palestine 25 pour cent, ce qui tue la végétation serait enfin munie d\u2019un pouvoir élec- et empêche les poissons d\u2019y vivre.trique assez puissant pour alimenter Ainsi, grâce au\u2018projet dont nous toutes les indusiries du pays et en parlons, sinon que les eaux de la Mé- .éclairer toutes les habitations.\u2018diterranée se jetteront dans la Mer \u2014 29 \u2014 ue Vol, 15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, -Juin 1922 Noire, le trop plein de celle-ci s\u2019épandra sur tout le territoire environnant, et le volume de ses eaux sera si grand qu\u2019ainsi le percentage de sel ne sera pratiquement pas plus élevé que celui de la mer, : Les ingénieurs qui veulent ramener la vie végélative, animale et industrielle sur tout le territoire de la Mer Noire se rendent parfaitement compte de toutes les difficultés qu'ils rencontreront dans l\u2019exécution de leur vaste projet, mais \u2018ils restent persuadés qu\u2019il ne s\u2019en trouvera pas d'assez grandes pour les empêcher de le réaliser., Le tunnel Simplon, qui traverse les Afpes, entre la Suisse.et l\u2019Italie, fut percé dans le roc le plus solide et à une grande altitude, dans des conditions beaucoup plus désavantageuses.Il se trouvera certainement du roc à faire sauter en Palestine, mais en moins grande quantité que .sous.les Alpes.Cette chute de 1,800 pieds rendra possible la constriction de stations de pouvoir hydraulique, sous la terre, ou l\u2019eau tombera sur des turbines rotatives, génératrices de pouvoir électrique à l\u2019usage des usines, des factoreries et des chemins de fer, dans tout le sud de la Palestine.La surface de la terre ne sera pas pour cela changée sur, toute la superficie de Jérusalem ; les temples et endroits historiques et religieux de la wt 30 see fr 15 Vol.15, No & LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 Ville Sainte ne seront non plus nullement endommagés.: D'un autre côté, il se peut que le climat de cette contrée subisse, à la suite\u2018de ces radicales transformations, un \u2018changement notable.L'évaporation des eaux plus frai- ches sera plus rapide; la surface de la mer s\u2019étendra en recouvrant les plaines environnantes et conséquer- ment, les pluies seront plus\u2018abondantes.On pourrait craindre, par contre, des inondations.Mais, la chose a été prévue, et des précautions ont été prises pour qu\u2019aucune des villes de la Palestine ne soit submergée.Les eaux reculeront vers le nord, le long - de là vallée du Jourdain et se répan- ede Tenge me + 7 .dront sur ün terrain désertique.TEES PMP UN ETAT SRE - Une fois de\u2018 plus, comme dans les - temps bibliques, la Terre Promise, la terre du \u2018\u2018lait et du miel\u2019, verra prospérer les pasteurs et agriculteurs.Quant à la mer Méditerranée qui va fournir de ses eaux à la Palestine.on sait qu\u2019elle est une mer intérieure des plüs typiques, s'étendant du Détroit de Gibraltar à l'Asie, et couvrant une superficie de plusieurs milliers de milles.Cette mer peut dépenser des.millions de tonnes d'eau, parce qu\u2019elle est alimentée et grossié par les grandes rivières de l\u2019Europe, de l'Asie et de l\u2019Afrique.o-\u2014\u2014\u2014 AU PALAIS - \u2018Un avocat catse vivement avec un collègue.\u2014Padon!.pardon! Gé n\u2019est pas à moi qu\u2019il faut venir dire que votre nouveau \u2018client, M.X., n'est pas un escroc.Je le connais bien, moi.Je l'ai fait acquitter dans le temps! 21 Apso LE CHEVAL MYOPE Un journal médical américain parle d'un cheval qui porte des lunettes.Le fermier ayant remarqué que la pauvre bête avait là vue basse il eut l\u2019idée de consulter un excellent oculiste, et lui commanda de grandes lunettes.appropriées à la tête de l\u2019animal et se retenant par un système ingénieux.On ne trouva pas tout de suite le numéro convenable, mais un jour le cheval fut si visiblement à l\u2019aise qu\u2019on eut la certitude d\u2019avoir bien rencontré.Dans les premiers jours, le cheval parut étonné et gêné par l\u2019attirail tout nouveau qu'on venait d'ajouter à son harnachement de tête.Mais peu à peu il s'y fit ct finit par l'aimer et s\u2019y attacher fortement.\u201cLe fait est\u2014-dit son propriétaire\u2014 que lorsque je le conduis au pâturage sans mettre ses lunettes, dans l\u2019idée que pour brouter ells lui sont parfaitement inutiles.la pauvre bête est mal à l'aise et triste.\u2018\u201cUn jour, il hennit si plaintivement en s'en voyant privé, que je pris l\u2019appareil a besicles et que je le lui mis.\u201cAussitdt il parut tellement content, qu'il me caressa les bras et la poitrine avec ses naseaux; et lorsque je le pris ensuite par la bride pour le conduire au pâturage, il \u2018\u2018jeta les talons en l\u2019air\u2019\u2019 et courut en sautillant jusqu'au pré; bref, il était hors de lui de joie.\u201d : 0 Il y a des gens qui ne peuvent laisser tomber une sottise sans la ramasser.dg He 5 Le coeur a la forme d\u2019une urne c\u2019est le vase sacré rempli de secrets, ? Vol.15, No 6 uA REVUE POPULAIRE ; Montréal, juin 1922 Elue maire d\u2019une petite vilie d\u2019environ dix mille habitants, une Jeune femme de vingt-quatre ans la dé= barrasse en quelques mois de tous ses mauvais citoyens et en fait une municipalité moderne.Lorsqu'une forte délégation de femmes canadiennes fut reçue au buffet du Parlement provincial, au mois de février dernier, par le premier ministre Taschereau, pour lui faire entendre les doléances et suppliques des femmes qui veulent obtenir le droit de vote, celles qui prirent la parole insistèrent pour qu'on leur donnât l\u2019occasion de faire Jeurs preuves.Il est en effet bien difficile de juger des facultés de quelqu'un si ses facultés n\u2019ont jamais été éprouvées, Il leur fut répondu que les femmes pourraient certainement conduire les affaires du pays avec, peut-être, autant d'intelligence que les hommes, mais que le refus apporté à leur demande de suffrage était motivé par des raisons d'une nature plus élevée.Il n\u2019y a aucun doute en effet que les femmes peuvent aisément être députés, maires de municipalité, ministres ou tout ce que l\u2019on voudra, bien que nous ne souhaitons nullement qu'elles le deviennent pour leur plus grand bien.Aux Etats-Unis, dans certains états surtout où les femmes ont tous les droiis, des femmes ont tenu toutes les charges publiques jusque-là réservées exclusivement aux mâles.Ainsi, au Canada, où, le mois CROP TEE EE A ET PRO RE EEE LD ER RE RE dat : Re rR ° : Ke dernier, une jeune fille de vingt-quatre ans, fut élue, à urie forte majorité, maire (et non plus mairesse) d'une petite ville du Manitoba, d\u2019une population de 7,000 âmes environ.Dans cette petite ville, où se retrouvent des éléments de toutes les nationalités du monde, formée en une proportion plus ou moins égale de bons et de mauvais sujets, pépinière de contrebandiers d'alcool, de faussaires et de mécréants d\u2019autre acabit, jamais un maire ou un chef de police ne s\u2019était préoccupé d\u2019en nettoyer les bas-fonds et les mauvais citoyens pratiquaient au grand jour les commerces d'alcool et de drogue sur une haute échelle.Cette jeune personne, lors de sa campagne électorale, avait déclaré n'avoir aucun programme.Tout ce que je me propose de faire, avait-elle dit, si vous m\u2019élisez, est de purger la ville de tous les bandits qui lui ont mérité sa vilaine réputation.Elle fut élue, mais@les contrebandiers n\u2019en continuèrent pas moins pour cela d'exercer leurs différents nfétiers dans le monde interlope de la petite cité.Mais la période de leurs vacances allait bientôt finir.La première chose que fit cette femme-maire fut d\u2019assumer tout de suite les charges de chef de police, de présidente du bureau d\u2019hygiène, de magistrat de police et de chimiste analyste.Ayant été garde-malade pendant de nombreuses années; ayant étudié le droit pendant ses loisirs, elle se croyait de taille, we 82 \u2014 PAR OR CRE SO SMIC Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 CSE Ate wh mew em ae ESPEN SCL ONAN ® E\u2014\u2014 avec la collaboration temporaire d'un médecin, de remplir ces différentes fonctions d'une façon {très satisfaisante.| Quand la population apprit cela, \u2018elle fut alors convaincue que leur nouveau maire était encore plus \u2018\u2018fou\u201d\u2019 qu\u2019elle n\u2019avait osé le croire.Mais, les gens ne restèrent pas longtemps sous cette impression.Bientôt, l\u2019on vit le- maire accompagné de son chign Aire- dale et de deux agents errer dans des quartiers que jamais n\u2019avait osé visiter un détective ou un policeman.Elle - pénétrait dans tous les bouges, dans tous les tripots.Deux semaines plus tard, trente contrebandiers étaient arrêtés, condamnés à de fortes amendes et expulsés.Ses perquisitions continuèrent ainsi pendant des mois et chacun lui révélait l\u2019existence d\u2019une bande nou- \u2014 34 \u2014 PR CRE EEE CRE OR CEE TT ANNE RENE TEE EEE EN CORRE ET SEL ECO GONE HY AT RE PCR Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 velle ou d\u2019un nouveau tripot, organisé à la suite d\u2019une razzia faite dans le premier.Elle fut sans pitié, emprisonnant les uns, condamnant les autres à des amendes si fortes qu'ils se trouvaient dans l\u2019impossibilité de se remettre sur pied et expulsant les plus dangereux.Naturellement, cette chasse aux escrocs, aux contrebandiers, aux faussaires, n\u2019allait pas sans danger, et elle reçoit chaque jour des lettres de menaces, qui, cependant, ne l\u2019empêchent pas de tenir ses promesses et de débarrasser la ville de tous les mauvais sujets.Mais les coups de balai qu\u2019elle donna de tous les côtés n'en firent pas moins du joli travail.Quand, son terme terminé, elle se représenta devant ses électeurs et électrices, la ville qu\u2019elle avait si bien administrée s\u2019était acquis, durant son règne, la réputation d\u2019une municipalité modèle, où ne se trouvaient que des honnêtes gens.oo Comme on peut le voir par cet exemple, tiré de la réalité, les femmes pourraient certainement bien conduire les affaires publiques, si Dieu ne leur avait pas donné dans la vie un autre but à remplir; s\u2019Il ne les avait pas façonnées, dans sa grande sagesse, pour remplir d'autres devoirs, non moins augustes quoique plus simples, ceux qui les retiennent au foyer.\u2014 Les hommes seraient de grands saints s'ils aimaient autant Dieu que les femmes.\u2014Saint Thomas.\u2014)-_+ Pour une femme délicate, la plus séduisante déclaration d'amour est l\u2019embarras d\u2019un homme d\u2019esprit.LES FEMMES JUREES ANGLAISES DONNENT DES DECEPTIONS \u2019 L'introduction des femmes dans le Jury ne semble pas avoir donné, en Angleterre, les résultats qu\u2019on attendait de cette innovation.Le plus souvent, les \u2018\u2018jurées\u2019\u201d\u2019 se font excuser ou, pis encore, ne répondent même pas à la convocation, et quand elles consentent à siéger avec les hommes, elles rendent la tâche du président du tribunal si difficile que celui-ci est bien souvent tenté de les renvoyer à des tâches mieux appropriées à leur sexe.Il y a quelques jours, dans un procès d\u2019assises, une femme jurée s\u2019évanouit quand l\u2019accusation produisit un linge taché de sang.À Newcastle, une autre n\u2019a même pas attendu l'ouverture de l\u2019audience pour perdre ses esprits.À peine arrivée au banc des jurés, elle fut prise de vapeurs, et quelques minutes ne s'étaient pas écoulées qu\u2019elle se pâmait tout doucement, au grand émoi des\u2018messieurs de la Cour.TT No ENR » 0 LES FERMES AU CANADA Voici, d'après les dernières statistiques, le nombre de fermes cultivées au Canada par provinces: Ontario.184,337 Québec .12,017 Saskatchewan .120,900 Alberta .86,000 Manitoba .55,184 Nouvelle-Ecosse .46,269 Nouveau-Brunswick .35,502 Colombie Britannique.14,211 Ile du Prince-Edouard .888 Total général .698,368 © EK oo ot Ÿ Li ie A a us ren ont trs de irtétatetet, côte Mic ; ait ST Li TOR AS to ER Let LE CR A EE CAT AA CU TE SR EEE Montréal, juin 1922 Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE () \u2014\u2014\u2014 (= \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014C\u2014\u2014 (=) \u2014\u2014\u2014\u2014 (=) \u2014 OO ET O | A UN ROMAN COMPLET TN DE PLTE Par Arthur DOURLIAC = 0510 + \u20140 mo CT O FI O Eee OO Eee O EX O Er O O E1 0 Erermmnreememnel me I solennelles circonstances: baptêmes, E Denis Bourel était le plus pauvre habitant d\u2019un très pauvre village de l'Oise, dont Jean Monroy était le plus riche fermier.Celui-ci avait la plus belle ferme du canton, celui-là, la plus pauvre chaumière.{ L\u2019un avait des prés, des bois, des vignes, des moissons au soleil, des chevaux à l\u2019écurie, des vaches à l\u2019étable, des moutons au pâturage, des volailles peuplant la basse-cour, des pigeons roucoulant sur le toit des granges regorgeant de blé.L'autre n\u2019avait ni champ, ni récolte, ni bétail, pas même la poule au pot du roi Henri, et sa masure, couverte de chaume, aux murs lézardés, à la cheminée branlante, semblait s\u2019'affaisser honteusement sur elle-même, sous le regard méprisant de sa voisine à la facade en pierre de taille, à la couverture d\u2019ardoise et au balcon surplombant la route sur lequel ouvraient les six fenêtres du grand salon.\u201cOuvraient\u2019\u2019 est une façon de parler, car, en général, les volets étaient hermétiquement clos sur les splendeurs de ce lieu magique dont les bon- noces, enterrements.En temps ordinaire, la famille se tenait dans la \u2018\u2018salle\u2019\u2019 où maîtres et serviteurs prenaient leurs repas en commun, à l\u2019ancienne mode.Sur un seul point, il y avait égalité entre le gros propriétaire et le pauvre journalier; tous deux avaient la même postérité: six garçons, tous bien vivants.bien portants bien mangeant.ce qui était parfois un inconvénient, non à la ferme où la huche était toujours amplement garnie; mais à la chaumière, où elle était absolument vide.: Au fond, maître Jean, jaloux de primer en tout, trouvait fort mauvais que la bénédiction divine, se manifestant, dit-on, en pluie de marmots, ne favorisât pas plus sa demeure que celle de Denis, Cela eut été plus équitable et plus sage.Mais Denis n\u2019en jugeait pas ainsi et était aussi fier de sa lignée que son orgueilleux voisin.; Un potentat disant: \u2018Mes peuples\u201d, un gentilhomme disant: \u2018\u201cMes aïeux\u201d, un financier disant: \u2018\u201c Mes millions \u201d, n\u2019avait pas l\u2019air plüs triomphant que lé pauvre hère sans sou ni maille di- eg ve Rusant: \u2018Mes fieux\u201d.TI Ses fieux! c\u2019était toute sa richesse hi et toute sa joie et quand le dimanche KE nes gens ne parlaient qu'avec une respectueuse déférence et qui n\u2019apparaissait à leurs yeux éblouis que dans les pata on taste SR PAIL ra She bai PER SN TT PES CRT CE NIT CE TE NE EICE , COR EE EE TUE UE Th ' ERR Hp Vol.15.Ne 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 les Monroy et les Bourel se rencontraient au pied du chemin escarpé conduisant à l\u2019église, si le journalier cédait modestement le pas à son patron, son regard.se reposant sur sa famille.disait clairement: \u201cEn cela.mon maître; vous n'êtes pas plus riche que moi.\u201d A ceux qui le plaignaient de cette - lourde charge.il répondait avec ce ton mi-naif, mi-narquois, particulier aux terriens: \u201cN'est point pére qui veut!\u201d Chaque fois que dame Monroy donnait un héritier a son mari, dame Bou- rel s'empressait de l\u2019imiter et l\u2019on n'eût pu dire chez qui le nouveau venu était le mieux reçu.En fait, si l'ange, qui les apportait dans les plis de sa robe, eût dévoilé à chacun l'avenir qui l'attendait et lui eût donné à choisir entre la masure enfumée où l\u2019on se serrait pour lui faire place et la vaste demeure regorgeant d\u2019abondance, plus d\u2019un eût certainement tendu ses petits bras vers la chaumière des Bourel, où le nid était moins chaud, moins moelleux, mais où les coeurs étaient plus tendres.Denis, brave homme s\u2019il en fut, supportant gaiement sa misère, ne se plaignant jamais, riant toujours, doux, facile à tous et en particulier aux siens, était le meilleur des pères, s\u2019Ô- tant le pain de sa bouche pour nourrir ses petits, travaillant, peinant, souffrant pour eux, prêt à donner son sang pour les faire sourire, à donner sa vie pour les empêcher de pleurer.Un jour, au marché franc qui se Le- nait tous les mois à la ville, son dernier né réclamait à cor et à cris un polichinelle trop cher pour la bourse du père, il s'était bénévolement fait arracher une dent \u2018\u2018 sans douleur \u201d > pour gagner les quarante sous attachés à la démonstration et était rentré chez lui la mächoire endolorie, la joué doublée de volume.mais le marmot radieux sur son épaule tenant serré dans ses bras le pantin désiré.Maître Jean au contraire, dur à tous ses inférieurs: bêtes.gens, administrés (il était maire de sa commune), l'était également à sa famille, Sa femme, douce et patiente créature.le craignait comme le feu, n\u2019osant jamais élever la voix pour exprimer un avis ou hasarder une prière.Ses fils tremblaient devant lui, du plus petit au plus grand, moins heu-| reux que les garçons de ferme, sans un sou dans leur poche, sans une heure de liberté, sans l'ombre d\u2019une bonne parole ou d\u2019une caresse.Aussi, lorsque l'aîné atteignit ses vingt et un ans, le premier acte de sa majorité fut-il de s'engager, la discipline militaire lui semblait infiniment moins rude que la discipline paternelle.| Maitre Monroy ne lui pardonna pas cet acte d'indépendance et défendit même de prononcer son nom.La pauvre mère dut cacher ses lar- mes et, à son lit de mort, n\u2019eut même pas la consolation d'embrasser son premier-né qui se battait alors en Cri-F mée.Cependant, lorsque, après avoir obtenu les doubles galons d\u2019or, Justing décrocha la croix d'honneur à l\u2019assaut de Sébastopol, le vieux, flatté dans saf \u201d vanité, parut s\u2019humaniser un peu et écrivit à son fils qu'a l'issue de la campagne, il pourrait venir reprendref sa place à la ferme.Hélas! il comptait sans son hôte ou plutôt sans son hôtesse.; - bien i Le jeune sergent blessé avait été} © soigné chez deux dames russes qui luif, \u201c - RP * EE Vol.15, No 6 avaient témoigné tant de bienveillant intérêt que le pauvre garçon, peu gâté sous ce rapport, en avait été profondément touché.Mme Reskine, qui avait perdu un fils de cet âge, le traitait maternellement; quand à sa fille Lydia, elle était si douce, si compatissante, que son sourire était le meilleur baume pour toutes ses blessures.Aussi.au moment de quitter cette \u201c maison hospitalière, le soldat éprouva un tel déchirement, qu\u2019il ne put résister au besoin d\u2019épancher son coeur et d\u2019avouer à la mère le sentiment qu\u2019il éprouvait pour sa fille.Mme Reskine lui ouvrit les bras, Lydia lui tendit la main.Mais leur consentement n\u2019était pas le plus difficile à obtenir.Aux premiers mots, le père éclata\u2026 Son fils ! un Monroy! épouser une étrangère, une Cosaque! Avec la défiance instinctive du terrien pour ce qui ne vient pas de \u2018\u2019chez rious\u2019\u2019, il n'avait pas assez de mépris pour \u2018\u2018ces gens de là-bas\u2019, des aventurières! des enjôleuses! cherchant à capter son héritage.Puis ce projet de mariage dérangeait« absolument les siens.> Il avait un frère propriétaire d'un beau moulin à l\u2019autre extrémité du village.Bien que se rengontrant fréquemment au marché, à la messe, le fermier et le meunier ne se parlaient pas, brouillés de longue date par une de \u2018ces rivalités de succession aussi tenaces dans les campagnes que la haine des Capulet et d=s Montégut.| Cependant, à l\u2019article de la mort, Pierre Monroy se réconcilia avec son aîné et lui confia si fille unique, Rose, souhaitant qu\u2019elle épousât un de ses cousins.a 24 rs Lu 3: : - LA REVUE POPULAIRE id Cases tit ant rs sabre Ed Le Tete ES OA LA EEE dc ESA AE Les Montréal, juin 1922 Le beau sergent était absolument celui qui lui convenait le mieux comme âge, caractère: il était loin de déplaire à sa cousine et le père, avec l\u2019âpreté du paysan le plus -riche à \u2018\u201cs'arrondir\u2019\u2019, éprouvait une vive satisfaction à l\u2019idée des \u2018beaux biens au soleil\u201d qui réunirait un tel mariage.Aussi ordonna-t-il rudement à son fils de renoncer à ses billevesées et de se disposer incontinent à épouser l\u2019héritière de Pierre Monroy, Loin d'obtempérer à ee désir qui avait, au reste, toutes les formes d'un ordre, Justin répondit avec une respectueuse fermeté que son coeur était pris, sa parole engagée, il réclamait instamment le consentement paternel et chargeait son vieil ami, l\u2019instituteur M.Beaubuit, de le lui obtenir.Ce dernier, à bout d'arguments, eut l'imprudence de représenter à l\u2019irascible vieillard que son fils, étant majeur, pourrait à la rigueur s'en passer, s'il n'était retenu par le respect filial.Ce fut un comble! Blanc comme un linge, frémissant d'indignation, Monroy redressa sa haute taille: \u201cDes sommations,-alors! gronda-t- il d\u2019une voix tonnante; vous me menacez de sommation!.Au contraire, je.\u2014Assez, monsieur Beaubuit! Puisque la loi permet & un enfant de se révolter contre son père, il n\u2019y a pas à discuter.Voici l\u2019acte que vous me demandez, mais pour moi, c\u2019est l'acte de décès\u2019 de Justin Monroy, dont je trace le nom pour la dernière fois.\u201d Il tint parole, refusant, sans les décacheter, les lettres portant le timbre de Russie et fermant la bouche de qui-e conque voulait lui parler du rebelle. Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréai, juin 1922 Un jour, cependant, sa porte, sinon son coeur, dut s'ouvrir devant l'enfant prodigue qu\u2019on lui ramenait hâve, épuisé, mourant, sans regard, sans voix.| Mme Reskine était morte, Justin et sa jeune femme s\u2019étaient embarqués pour la France.Le navire, assailli par une tempête, avait fait naufrage en vue de la Corse; l\u2019équipage et les passagers avaient péri.{ Justin, recueilli par des pêcheurs, avait été miraculeusement sauvé, mais sa raison avait sombré dans cette épouvantable catastrophe; et, malgré sa dureté, le père n'eut pas le courage de repousser cette lamentable épave humaine.,( D'ailleurs son esprit autoritaire trouvait une orgueilleuse satisfaction à montrer à fous, terrassé, vaineu, frappé de la foudre, l\u2019audacieux qui avait bravé la puissance paternelle: \u201cAinsi le Ciel châtie les fils ingats !\u201d semblait-il dire.Et chacun courbait la tête, sans oser plaindre ni consoler cette grande infortune.Justin, indifférent à tous, ne reconnaissant personne, demeurait des heures entières, silencieux, morne, accablé, l'oeil atone regardant vaguement devant lui, ne répondant ni au cordial : \u201cBonjour sergent!\u2019 d'Etienne Bour- rel, son ancien compagnon d\u2019armes ; ni au: \u2018\u2018Salut, Justin Ivanowitch!\u201d du père Cosaque, le vieux yagabond à qui jadis il ne refusait jamais une piécette.La Seule, sa jeune belle soeur, Rose, qui avait épousé son frère cadet, parvenait à le tirer de son apathie.Lorsque, pleine d\u2019une tendre compassion, elle venait s'asseoir près de lui, son petit enfant nouveau-né dans ses bras, chantant à demi-voix quelque berceuse, une lueur d\u2019intelligence animait le regard éteint de l\u2019infortuné et de grosses larmes roulaient lentement sur ses joues creuses.\u2019 Il traîna ainsi pendant tout l\u2019été : puis, à la chute des feuilles, il s\u2019alita et s\u2019éteignit doucement sans avoir recouvré la raison.7 À l'heure même où Justin Monroy rendait le dernier soupir, une femme aux traits jeunes.mais pâles et fatigués, à la mise simple, mais décente, portant dans sés bras débiles un paquet enveloppé d\u2019un châle de laine, se dirigeait vers le village dont les premières maisons, la ferme des Monroy et la chaumière des Bourel se faisant vis-à-vis, apparaissaient à travers la brume matinale comme deux chiens de garde de taille différente.Elle allait vite, vite, les lèvres serrées, le front penché, ne levant les yeux que pour mesurer la distance qui la séparait encore du but de son voyage et les reposant humides et froublés sur cette chose fragile emmaillotée de triples langes, perdue sous les couvertures, étroitement serrée contre son coeur, qui était un petit enfant.Alors, elle effleurait d\u2019un baiser furtif, la coque d\u2019un bonnet dépassant la capeline comme l\u2019aile d\u2019un papillon et elle murmurait doucement: \u201cDors, mon mignon, nous arrive- \u2019 rons bientôt.\u201d : + Le jour se levait lentement comnie un vieillard frileux quittant a regret sa couche, 'ombre opaque de la nuit se rayait de lignes blanchâtres et derrière une sorte de gaze transparente s\u2019éclaircissant peu à peu, apparaissaient les-coteaux boisés se teintant de rose, les palines verdoyantes, les sapinières du Fond-de-Vaux formant une tache sombre, l\u2019étang à demi desséché w= 38 \u2014 C il Tm cu pau fide r I! {dr ; uf \u201cui ge! Vil.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 balançant ses joncs et ses roseaux, comme les vagues de là mer, la rivière bordée de gais moulins et éfmaillée de vertes cressonnières; puis au fond du tableau, se confondant à l'horizon avec la grisaille d'un ciel d'automne, la masse noire ét profonde de la forêt de Compiègne.Des deux côtés de la route en dos d'âne les tilleuls fabougris semaient leurs feuilles rouillées sur les tas de cailloux méthodiquement alignés à leurs pieds comme une double rangée de tumulus sur lesquels les branches dénudées esquissaient une bénédiction.Peut-être la jeune mère éprouva- t elle cette impression de marcher entre des tombes, car elle frissonna et serra plus fort son enfant contre son sein.Soudain, comme pour ajouter à cette illusion lugubre, du haut du clocher dominant la vallée tomba lentement le son du glas.\u201cQui est mort?\u201d murmura la voyageuse en s\u2019arrêtant oppressée.Elle n'était pius qu\u2019à quelques pas de la ferme sur laquelle planait un lourd silence, interrompu seulement par le chant du coq lançant sa note claire comme un appel de clairon.Et l\u2019étrangère, tremblante, en proie à une sorte d'angoisse superstitieuse, demeurait immobile, muétte, hésitante, le regard rivé a ces grands bati- ments mornes et clos comme une prison.teint jaune et bilieux, parut sur le seuil poussant devant lui un pauvre hère tout déguenillé qu\u2019il jeta dehors d'une main vigoureuse, trahissant l\u2019autorité du maître : La porte charretière s\u2019ouvrit vio- \u2018 lemmient : un homme aux cheveux gris \u201cet ditis, aux sourcils broussailleux, au Puis le lourd battant de chêne se referma avec un bruit sourd.L'individu, si brutalemient éconduit, fit quelques pas en titubant et, montrant le poing à la ferme: \u201cSac & vin! Sac à vin! grommela- t-il d'une voix avinée, tu en as menti, Ivan Ivanowitch, je n'ai méme pas bu un verre de \u201ckwass\u2019 et j'ai la gorge sèche comme un fagot de bois mort.\u2018D'abord, je n\u2019ai dit qu\u2019la vérité.y a qu'la vérité qui fâche.T'as tué ton garçon.Jean Monroy.aussi sûrement que notre grand tsar Pierre, le sien.\u201cPauvre Justin Ivanovitch! Il était bon pour tout le monde, lui?.même pour le vieux père Cosaque.\u201d Tout en monologuant de la sorte, il ramassait son bâton et son bissac, roulés dans la poussière, et essuyait en maugréant les quelques croutes qui s\u2019en étaient échappées.C'était un vieillard aux cheveux d'un blanc jaune, aux traits usés et flétris, auËnez écrasé des Kalmouks, aux paupières rougies et clignotantes, à*la barbe hirsute et sale.Malgré ses véhémentes protestations, l\u2019odeur d'alcool qui se dégageait de toute sa personne, sa parole empâtée et le peu d'assurance de sa démarche, trahissaient son intempérance et justifiaient la mesure d\u2019expulsion dont il était l\u2019objet.Brusquement, il se retourna, les yeux troublés.Une main tremblante s'était posée sur son bras.\u201cQu\u2019y a-t-il pour votre service, la petite mère?bégaya-t-il d\u2019un air hébété.\u2014 Qui.qui donc est mort là ?\u201d demanda la jeune femme d\u2019un accent étrange en désignant la porte close.= J) ay 10 + Vol.15, No G \u201cQui?.un bon coeur comme sont toujours ceux qui partent.les méchants restent, eux; l\u2019aîné des Mon- roy.et le meilleur de tous.Tenez, v'la encore la cloche des morts.Un nouvel appel d\u2019en haut invitait les fidèles à escorter d\u2019une prière le chrétien qui partait pour ne plus revenir.L\u2019ivrogne s\u2019agenouilla, bredouillant une oraison avec force signes de croix tandis que \u2018la voyageuse s\u2019affaissant sur elle-même semblait l'imiter.Mais i] se releva seul.\u201cVoila une petite mere bien dévo- tieuse, murmura-t-il; eh! ma fine! ne restez point comme ca.votre marmot prendrait froid.pauvre petit pigeon.Bon! l'vlà qui pleure.est- ce qu'elle ne l\u2019entend pas?\u201d I] la toucha doucement.A ce simple contact, elle perdit l\u2019équilibre, ses bras s'\u2019ouvrirent ,laissant glisser leur précieux fardeau, et elle retomba en arrière, inerte, glacée.®.II Dame Bourel faisait chauffer la soupe de ses hommes et la bouillie de ses marmots, dont l\u2019un, pendu à sa jupe, suivait tous ses mouvements, tandis que l'autre s\u2019agitait dans son berceau, dès qu\u2019elle cessait de le balancer du pied.Dans la cour, Denis et sés aînés, manches retroussées, chemise ouverte, faisaient leurs ablutions matinales dans un seau d\u2019eau fraîchement tirée du puits; les plus jeunes barbotant comme des canetons, s\u2019éclaboussant à plaisir; le père secouant, après chaque plongeon, sa face ruisselante et son épaisse toison rayée de fils d\u2019argent, en découvrant ses dents blanches dans un large sourire.\u201cul TT Or PI DORE ON Staton RU PRET a te LA REVUE POPULAIRE Au premier tintement du glas, tout s\u2019immobilisa au dedans comme au dehors.| La mère demeura la cuillère en l\u2019air, les petits le bec ouvert, les grands cessèrent leur jeu et Bourel montrant sur le seuil sa bonne face rougie jusqu'aux oreilles par le rude contact du torchon de grosse toile, dit tristement: \u201cC'est fini.\u201d \u2014Un bon chrétien de moins, observa la Denise.\u2014Un bon patron aussi, appuya le fils aîné d\u2019un ton de regret sincère.Maître Justin était doux et humain au pauvre monde, il ne molestait pas ses! serviteurs et ne méprisait personne.Là-bas, au régiment malgré ses galons, il avait toujours une bonne parole et un paquet de tabac pour les camarades.\u2014 Maître Monroy, doit être bien triste, malgré sa dureté pour son garçon, dit la mère.\u2014N\u2019empêche que c\u2019est lui qui l\u2019a \u2018ué, à ce qu\u2019on prétend, opina le cadet.\u2014Tais-toi, Charlot, ne répète pas de semblables choses, interrompit Denis; crois-tu Dieu possible qu\u2019un père tue son enfant?\u2014Un père comme le nôtre, ben sûr que non; mais, en face, ce n'est point la même chose, et malgré leurs écus et leurs biens au soleil, je ne changerais pas mon sort avec celui des héritiers de la ferme.\u2014Ni mois ni moi! \"8 \u2018écrièrent d\u2019une seule voix les trois frères én âge d'exprimer leurs sentiments, dans un élan d\u2019enthousiasme auquel les plus petits se joignirent de confiance.\u201cC'est que nous nous aimons solidement, mes fieux, dit le père rayonnant, et que tout l\u2019or du monde ne \"UT BG Montréal, juin 1922 Co = Vol.15, No 6 vaut pas le bonheur d\u2019être unis comme les cinq doigts de la main.Dieu nous conserve pareillement! \u2014Ainsi soit-il ! répondit pieusement dame Bourel en embrassant son dernier-né, tandis que son mari plaquait à la ronde de gros baisers sonores ou des tapes amicales.Sa soupe avalée à la hâte, il mit une chemise blanche.sa blouse bleue du dimanche, et se disposa à aller rendre ses devoirs à son patron.L\u2019aîné, Etienne, qui travaillait aussi à la ferme depuis son congé, s\u2019ap- prétait à l'accompagner.\u2018Tu viens avec moi, garçon?interrogea Denis.\u2014S il vous plaît, mon père, je serais content de revoir une dernière fois mon ancien sergent.Il m\u2019a appelé au milieu de son délire, à ce que raconte ie père Cosaque; mais maître Monroy n\u2019a permis à personne d'approcher son fils vivant; il ne le défendra plus maintenant qu\u2019il est décédé.\u2014Tout ça, ce sont des menteries d\u2019ivrogne que des gens de bon sens ne devraient pas répéter.Je suis sûr que.M.le maire te ferait bon acceuil.\u2018\u201c Seulement, vois-tu, mon gars, ajouta le brave homme en se grattant la téte, il doit avoir un gros chagrin et comme*t'as quasiment l'âge du défunt et que vous avez servi ensemble, ça pourrait doubler sa peine.\u2014Vous avez raison, dit Etienne ; sensible à cette délicatesse du coeur, que l'éducation ne suffit pas à donner; je n\u2019irai pas aujourd\u2019hui.\u201d Denis ouvrit la porte donnant sur la route et se dirigea vers la ferme.Mais à peine eut-il fait trois pas, qu'un cri de surprise appela toute la maisonnée.\u201cJésus! Seigneur! Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a, mon homme?\u2019 s\u2019écria la Denise LA REVUE POPULAIRE Montréaï, juin 1022 toute apcurée en voyant son mari enlever dans ses bras robustes le corps inanimé d'une femme dont la tête livide se renversait sur son épaule.Doucement, ii la déposa avec précaution sur la couchette, pendant que dame Bourel ramassait délicatement le petit enfant roulé dans le fossé, riant et gazouillant sur son lit de gazon avec l'heureuse insouciance de son age.La bonne créature lui fit une petite.place à côté des siens et s\u2019empressa auprès de la mère, s\u2019efforçant vaine- \u2018ment de la ranimer, lui passant sur la figure un linge mouillé, lui frottant les tempes avec du vinaigre, lui frappant dans les mains.Etienne disposait des serviettes devant l'âtre pour réchauffer ses membres tandis que le père expédiait ses autres fils dans toutes les directions.\u2018Cours à la ferme, Charlot, le médecin y est peut-être encore; toi, Michel, va prévenir M.le curé, et toi, Claude, le garde-champétre.\u201d Chacun obéit, et de toute la nichée, il ne resta au logis que l'aîné et les deux derniers.François, bébé-de dix mois qui partageait son dodo avec le bébé inconnu, et Prosper.jeune homme de trois ans qui, intimidé par le triste spectacle, demeurait à la porte, le doigt dans son nez d'un air dubitatif.Le médecin arriva le premier, mais il ne puf que constater le décès causé par la rupture d'un anévrisme.\u2018Pauvre femme, dit-il, en laisssant retomber sa main inerte, elle n\u2019a guère plus de vingt ans.Vraiment la mort fauche aujourd\u2019hui les jeunes pousses.Si jeune et si belle!\u201d soupira le Denise, en contemplant avec une pro- ; uv 41 mm Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 fonde pitié le pâle visage de l\u2019étrangère.C\u2019était, en effet, une charmante créature: ses traits fins et délicats étaient encadrés d\u2019une épaisse chevelure d\u2019or retombant en lourde masse sur l\u2019oreiller de grosse toile; ses veux fixes et vitreux étaient d\u2019une nuance indéfinissable entre l\u2019émeraude et le saphir; ses mains blanches ne semblaient pas habituées aux rudes travaux des champs et bien que sa mise fût des plus simples, elle indiquait une certaine aisance Quant & I'enfant, ses langes brodés, son bonnet ruché.sa pelisse ouatée, n'avaient rien de commun avec la livrée des malheureux.\u201cQui est-elle?d\u2019où vient-elle?où allait-elle ?\u2019\u201d interrogea le médecin.Triple question à laquelle nul ne pouvait répondre.On fouilla vainement les vêtements de la morte; ils ne contenaient ni argent, ni papiers.ni aucuns indices propres à reconstituer son identité, et l'enquête ordonnée a cet effet n\u2019 \u2018eut pas un meilleur résultat.Quelques jours après.deux cercueils, l\u2019un couvert de couronnes, suivi d\u2019un nombreux cortège d\u2019amis et de parents en tête desquels marchait le maire de Duvy, entouré de ses enfants, \u2014 l\u2019autre orné d\u2019un simple bouquet de fleurs des champs et suivi de Denis et de sa famille, \u2014 gravissaient lentement l\u2019étroit chemin montant au cimetière.| Justin fut solennellement déposé dans le caveau de la famille des Mon- roy.L\u2019inconnue reposa sous une simple croix de bois, sans nom, sans épitaphe.Apres le défilé, Denis, son chapeau a la main, s\u2019approcha du maire, sanglé dans sa redingote.\u2018Allons, décidément.monsieur le maire.vous/ne voulez rien faire pour ce \u201c\u2018fiot\u201d là?\u201d dit-il en désignant l\u2019orphelin que la Denise portait maternellement dans ses bras.\u2018\u2018Ce serait pourtant une brave action et qui ferait plaisir à celui que nous pleurons tous.\u201d Le fermier eut un geste sec de refus : \u201cNon, répondit-il durement.la com: mune a assez de ses indigents.sans s'embarrasser de ceux du dehors: celui-ci sera envoyé à l'hospice.gné.point.monsieur Monroy, et puisque vous le prenez ainsi, tant pis pour vous.Vous avez un enfant de moins.J'en ai un de plus!\u201d Avec \u2018\u2018un de plus\u2019 la bénédiction divine sembla s'asseoir à l\u2019humble foyer.Le chômage et la famine.sa soeur, ces deux-plaies des ménages pauvres, s'en allèrent de compagnie, les bras eurent leur besogne.les estomacs leur ration et la huche ne se trouva plus jamais vide comme devant.\u201cC'est toi, mon p'tit gars, qui nous apporte la chance\u201d\u2019, disait Bourel en caressant de sa main calleuse, les boucles blondes de I'orphelin; \u2018je ne suis pas beaucoup plus riche depuis que tu es là.mais assurément je suis moins pauvre.\u201d D'ailleurs \u2018\u2019contentement passe ri - chesse\u2019\u2019 et le bonhomme content de lui et des autres.satisfait de sa bonne action, ne demandait à Dieu que travail et santé.La prière était trop modeste pour n\u2019étre pas exaucée \u201c Aves \u2018\u2018un de moins\u2019\u2019 la tristesse et le deuil entrèrent à la ferme des Mon- roy.vo 43 =e PR Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE \u2018Montréaî, juin 1923 La mort en avait appris le chemin, elle ne l'oublia plus et.bien des fois, les fenêtres closes du grand salon s\u2019ouvrirent pour regarder de leurs yeux de verre, passer, l\u2019un après l\u2019autre, les héritiers du maître qui, morne et silencieux, les conduisait rejoindre leur aîné.Peu à peu.le caveau de famille s\u2019emplissait, la maison se vidait.Bientôt, de toute cette lignée dont il était si fier.il ne resta plus au malheureux père qu\u2019une petite-fille née du mariage de sa nièce et du frère de Justin.\u201cPauvre homme! il fait pitié, on lui donnerait cent ans\u2019\u2019.disaient les commères en le voyant tout courbé.suivre tête nue le cercueil de son dernier.Sa haute taille s'était voûtée, ses cheveux grisonnants étaient devenus tout blancs, sa démarche était moins ferme.Mais il se raidissait quand même, sa voix demeurait brêve et impérieuse, ses yeux secs et son front, creusé de rides profondes, ne s\u2019inclinait même pas pour la prière., Tel un chêne superbe, malgré les orages brisant ses rameaux, dispersant son feuillage.dresse encore fièrement sa cîme altière vers le ciel en feu.Gependant, lorsqu\u2019à la porte du cimetière.il vit défiler.chapeaux bas, les six robustes gars des Bourel, le maire ne put réprimer un mouvement de sourde colère et, quand le septième, Justin, sa petite main dans celle de son père adoptif, passa à son tour devant lui, il lui jeta un si mauvais regard que le pauvret se serra tout craintif contre Denis.Jean Monroy se rappelait-i] que ses malheurs successifs dataient de la venue du petit étranger?Se reprochait-il sa dureté?Voyait-i] une punition divine dans ces deuils répétés le laissant seul au bord de la tombe?Méditait-il les paroles de l\u2019humble journalier: \u2018Vous avez un enfant de moins, .J'en ai un de plus!\u201d \u201cUn enfant de moins!\u201d Quelle amé- re ironie! C\u2019était maintenant: Tous de moins.Et pas un ne serait là pour lui fermer les yeux.| Avec le courage du désespoir, il se cramponna au seul bien qui lui restét, « sa petite Rosette.C\u2019était une mignonne fillette, frêle .et délicate comme sa mère, à qui ells avait coûté la vie.Privée des soins maternels et confiée aux servantes, elle avait à grand\u2019- peine franchi les difficiles étapes de la première enfance, arrêtée à chaque pas par quelque fièvre, quelque bronchite la terrassant à l'improviste comme un voleur au coin d\u2019un bois.Et le grand-père, épouvanté, mettait la maison en émoi.donnant les ordres les plus contradictoires, faisant courir à droite, à gauche, envoyant à la ville, télégraphiant à Paris, appelant les plus célèbres médecins au chevet de sa chère malade.Ce père si dur, si impitoyable, était le plus tendre des \u2018\u201cbons papas\u201d.Rosette n\u2019avait qu\u2019à exprimer un désir pour qu\u2019il fût obéi comme nn ordre, qu'à proférer une plainte pour que bêtes ou gens, ceux qui avaient le malheur de lui déplaire, fussent sacrifiés sans miséricorde, \u2018 Tous les coqs de la ferme eurent le cou tordu parce que le chant matinal réveillait trop tôt \u2018\u201cla demoiselle\u2019, et plusieurs servantes reçurent leur congé pour ne pas salisfaire assez vite ses caprices.| \u20140 û er ARE \u2018fl a 4 1 3 RN Bi B { y Vol.15, No G LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 Le résultat de cette belle éducation fut de gâter absolument les qualités naturelles de l'enfant.Flattée, adulée.choyée, elle ne tarda pas à se croire d\u2019une essence supérieure à tous ceux qui l'entouraient et devint aussi fière, aussi intraitable, aussi arrogante que maître Monroy lui-même.111 Le petit Justin (Etienne, son parrain.lui avait donné ce nom en souvenir de son ancien chef) venait d\u2019atteindre ses neuf ans.C'était un ravissant blondin, aux joues vermeilles, a la peau transparente, aux yeux changeants comme ceux de sa mere.Nature fine et nerveuse, il contrastait avec ses fréres d\u2019adoption qui, plus épais, plus lourds, avaient pour lui une admiration protectrice, et une.tendresse pleine de précautions, comme pour un objet fragile et précieux.\u201c11 est si mignon \u2019\u2019.avait coutume de dire le père Bourel en caressant délicatement ses boucles soyeuses.\u201cQuand je l\u2019embrasse, j'ai toujours peur de le casser\u2019, ajoutait Etienne avec un gros rire.C\u2019était la joie de leur coeur, le plaisir de leurs yeux, et jamais ombre de jalousie ne s\u2019était glissée dans ces âmes simples.Aussi l\u2019orpHelin ado- rait-il cette famille qui s'était faite sienne, sans\u2019 oublier celle qu'il n'avait pas connue.Doué d\u2019une intelligence vive et d\u2019une sensibilité précoce, il sentait profondément ee qu'il avait perdu et ce qu'il avait trouvé, gardant pieusement le culte des morts et, vouant-une reconnaissance au-dessus de son Age aux vivants qui s\u2019étaient si volontiers serrés pour lui faire place a leur foyer, a leur table et dans leur coeur.\u201d dd Parfois, agenouillé devant le tertre de gazon où reposait sa mére, il cherchait à se rappeler cette fugitive vision, à se figurer comment elle était avant de retourner parmi les anges.Et son père?Ressemblait-il à ce bon papa Denis, qui l'aimait tant et si bien?Il unissait ces êtres chers dans la même pensée et, chaque dimanche, il suspendait une couronne de fleurs ou de feuillage, aux deux bras de la croix à la mémoire des deux absents.D'un naturel grave et réservé, sans être sauvage, il fréquentait peu les en- \u201cfants du village, se contentant de la société de ses frères.Seul le père Cosaque lui inspirait une certaine sympathie.Bien qu'il ignorât la rencontre de sa mère et du vieux mendiant (celui- ci dans sa défiance craintive des gens de justice, ayant jugé prudent de n'en point parler).Il était attiré vers lui par une sorte d'affinité, écoutant ses interminables histoires de guerre, ses récits de chevauchées et ses divagations d\u2019ivrogne sur sa jeunesse et son pays.Le père Cosaque avait eu, en effet, une existence fort tourmentée.Entré en France avec les Alliés, en 1815, il les avait laissés repartir sans lui, la terre française lui semblait sans doute plus agréable et plus douce que les désolantes steppes de l\u2019Ukraine.Il était donc demeuré à Duvy, v avait pris femme et faisait souche.On ne peut malheureusement 'ajouter \u2018\u201c d'honnêtes gens\u2019, le Russien aaynt gardé de ses incursions d'antan, des habitudes pillardes et une fâcheuse tendance à confondre le tien et le mien, qu'il avait fidèlement transmise à ses enfants, et qui leur valait, com- è Vol.15, No B NG me à lui, de désagréables démêlés avec les gendarmes.Mais il rachetait ce \u2018léger\u2019 défaut par d\u2019autres qualités fort appréciées des gens du pays.Il était d'humeur obligeante et joviale, avait toujours force drôleries à conter dans son dialecte bizarre, mélange de patois picard et de petit-russien.Il dansait la cosaque en s\u2019accompagnant sur le fifre et l\u2019accordéon avec force singeries et grimaces, et il ne pouvait y avoir de noces, de festins, de réjouissances, sans lui.Véritable bohéme, ivrogne et paresseux, il n'avait jamais voulu travailler à amasser quelques sous pour sa vieillesse.Insouciant du lendemain, comme l'oiseau sur la branche, picorant de-ci de-là, chantant partout et riant toujours, il avait atteint un âge avancé, sans modifier son genre de vie, ni se corriger de ses vices.Il vagabondait, traînant sa misère et ses haillons, errant de ferme en ferme, couchant aux étoiles l'été.dans une grange l\u2019hiver, en attendant qu\u2019on le trouvât mort au bord de quelque fossé.De toute sa progéniture, il ne lui restait qu\u2019une petite fille, répondant au nom prétentieux de Zémillia.11 I\u2019emmenait avec lui par les grands chemins; mince et fluette, elle se glissait dans les caves, les poulaillers, pour dérober quelque pichet de cidre ou quelques oeufs frais pondus qu\u2019elle rapportait au vieux renard revenant bredouille de sa quête.Zémillia était une fillette dégingandée et forte laide: Elle avait les cheveux roux et embroussaillés, le visage grêlé comme une écumoire, le nez écrasé, héritage prématuré de son grand\u2019pére et des yeux verdâtres qui n'étaient jamais d'accord.> LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 On la disait un peu idiote, cependant elle ne manquait pas de malice pour jouer de mauvais tours à ceux qui avaient le malheur de lui déplaire.Le père Monroy en savait quelque chose.Il avait beau jurer et tempéter, monter la garde lui-même autour de son verger, charger son fusil avec affectation; pas une fois, depuis nombre d'années, il n'avait pu récolter une seule de ces belles poires \u2018\u2018duchesse\u2019\u2019, d\u2019une espèce unique, dont Rosetta était si friande et qui mûrissait sous sa fenêtre.pour les belles dents ds Zémillia.\u201cSi jamais je te pince, petite maraudeuse\u2019\u2019, grondait le fermier en voyant ses poiriers dévastés.Elle ne faisait qu\u2019en rire.En revanche arrivait-il quelque accident à Justin, laissait-il s\u2019égarer quelque volaille, cherchait-il vainement les oeufs de quelque dinde (ces volatiles ayant la fâcheuse habitude de pondre toujours loin du nid), Zé- millia battait les buissons, lui ramenait le déserteur ou le conduisait au bon endroit.Elle lui témoignait une affection jalouse et inquiète, singulier mélange de protection et de soumission.Elle l\u2019eût défendu comme un petit frère et lui obéissait comme un chien, Le père Cosaque, de son côté, lui montrait une amitié particulière, lui prodiguant les noms caressants à la mode de son pays: mon petit pigeon, ma tourterelle, comme les \u2018iems- chilk\u2019\u2019 à leurs chevaux.Il lui apprenait à jouer de l'accordéon en l\u2019accompagnant sur le fifre, tandis que son tron- peau picorait autour de lui, et que Zé- millia assise sur l\u2019herbe, écoutait, extasiée, cette étrange harmonie.+ dl i \\ ly tr \u2018 pe Bi oa ig + Is Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 Justin avait beaucoup de dispositions et de goût; sans méthode et sans autres leçons que celles du vieux vagabond.il parvenait à tirer de son :n- grat et défectueux instrument des airs mélancoliques et doux, sorte de mélopée triste et sauvage à la fois, qui ravissait son maître improvisé.\u201cTu joues aussi bien que l'hetman Gourkoff, un fameux musicien pourtant, ma petite colombe, répétait-il, et tu pourrais entrer dans la musique impériale de notre petit père Alexan - dre!\" Justin avait une plus haute ambition.La musique ne lui suffisait pas.il avait soif de s'instruire.de devenir un savant comme M.Beaubuit, le mai- tre d'école.Il n'osait exprimer ce désir, retenu par un sentiment de délicatesse bien rare à cet âge.D'abord.c'était priver son nère adoptif du maigre pécule que lui rapportait son \u2018\u2018louage\u2019\u2019.comme gardeur de dindons, puis, c\u2019était un surcroît de dépense.L'école se payait alors, et, si peu que ce füt.les trente sous par mois que versait Bourel pour son dernier-né.Prosper, grevaient déjà suffisamment son modeste budget.surtout pour le profit qu'en tirait l\u2019écolier.| Prosper.en effet, était loin de montrer une passion immodérée pour l'étude.11 pleurait toutes les larmes de son corps en prenant le chemin jabhorré de la classe, et.souvent, au premier détour, il prenait.la clef des champs et venait retrouver Justin à l'herbage.\u2018\u201cLaisse-moi garder tes bôtes.lui disait-il.\u2014 Oui, seulement préte-moi ton livre'\u2019.ee À Et le nez plongé dans l\u2019abécédaire, il s\u2019évertuait & en déchiffrer les mys- téres.Un jour, Denis le surprit.dans cette grave occupation.\u201cQue fais-tu donc la.petiot?\u201d lui.demanda-t-il.pendant que maitre Prosper se dissimulait derrière un tronc d\u2019arbre.\u201cTe tâche de m'apprendre à lire.papa Denis, \u2014T'as donc envie de devenir un savant?L'enfant ne répondit pas, ses yeux parlaient pour lui.\u201cT\"es encore bien petit, mais il n\u2019est jamais trop tôt pour bien faire.Tu accompagneras Prosper à l'école et j\u2019espère que t'en profiteras mieux que lui.\u201d Le lendemain.le brave homme présenta lui-même son nouvel écolier a l'instituteur.i \u201cSeignez-le bien, monsieur Beau- buit, il a la tétc moins dure que ses fréres et vous donnera de la satisfan- tion.Pour ce qui est du prix, vous m'excuserez si je suis queiquefois en retard.° \u2014Laissez donc.monsieur Pourel.ne parlons pas de ça.Je ferai comme vous, \u2018\u2019J\u2019aurai un élève de plus!\u201d M.Beaubuit était le type de ces modestes \u2018et consciencieux instituteurs qui souvent prodiguent autant de savoir ct de mérite dans leurs humbles chaires de campagne .que bien des illustres professeurs au nom retentissant.volant de salons en salons.ed aux cours desquels on vient én'téquit page.\u2014 Si les élèves montraient moins de zèle à franchir sa porte que le public mondain celle des conférenciers à la mode, la faute n'en était certes pas à son enseignement.mais aux multiples sédluctions du dehors.- : NY ist} eid 46 \u2014 RTT fa.a > Vol.15, No 6 Le ciel bleu, le gai soleil, contrastant avec la classe triste et sombre, des papillons aux ailes diaprées, libres de s'envoler dans l\u2019azur, eux! les li- nots et les pinsons, narguant les dénicheurs, à l\u2019ombre des bois, les bluets et coquelicots se balançant sur une mer d\u2019épis dorés, comme des voiles multicolores sur les flots argentés, les.cerises vermeilles appelant les lèvres rouges, les pommes tentatrices pliant elles-mêmes les branches jusqu'aux menottes avides des petits-fils d\u2019Adam, tout cela entraîne à l\u2019école buissonnière, l\u2019été, comme l'hiver les glissades sur l\u2019étang glacé, les bonshommes de neige et les combats homériques aux projectiles moins dangereux que ceux de M.Turpin.Il fallait une force de volonté bien rare chez des écoliers, pour éviter les pièges tendus sur leur chemin, par cette bonne nature, complice du vrôte disant : Enfants, aimez les champs, les vallons, [les fontaines, Les chemins que le soir emplit de voix [lointaines, Et l\u2019onde et le sillon, flanc.jamais as- : [ soupi Où germe la pensée à côté de l\u2019épi.Prenez-vous par la main et marchez [dans les herbes, Regardez ceux qui vont liant les blon- [des gerhes, Epelez dans le ciel plein de lettres de 3 [feu Et quand un oiseau chante, écoutez [parler Dieu.Justin, lui, résistait a la tentation.Qu'il fit beau ou laid, que la pluie fit rage ou que le soleil dardat ses rayons, que la grêle le cinglât au visage ou que le vent s'engouffrât dans .\u2014 di LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 son manteau, il arrivait toujours et quand même le premier, grillé ou transi, suant et soufflant, les mains violettes ou les joues écarlates, et s\u2019installait bien vite à son pupitre.Jamais M.Beaubuit n'avait eu un pareil élève.En moins d\u2019un an, il sut lire, écrire, compter mieux que tous ses camarades.Il est vrai que, si on l\u2019eût écouté, il eût travaillé fêtes et dimanches.Mais Bourel n\u2019entendait pas de cette oreille.\u201cIl faut jouer et courir comme les autres mon-fieu, ça ne suffit pas d\u2019être bien savant, faut encore être bien portant.\u201d Justin obéisait à regret et passait enaque jeudi avec un de ses frères qui se le disputaient à qui mieux mieux et attendaient impatiemment leur tour.Avec Etienne, son parrain, il conduisait la charrue, écoutant Les récits militaires, et brandissant l\u2019aiguillon comme une baionnette, lorsque 1'ex- zouave lui racontait I\u2019 assaut de Sébas- topol ou la prise de Malakoff.Avec Charles.qui travaillait aux cressonnières, il coupait, bottelait, empilait les cressons dans les grandes mannes; s'intéressant à tout, questionnant sur tout, et si obligeant, si serviable.que le patron, en passant, avait toujours pour lui une bonne parole et une tape amicale.Avec Claude,\u2019 qui était berger, il s'en allait dans les gras pâturages, dans les vertes prairies entouré du troupeau bélant et se bousculant, des brebis, des agneaux et des chiens, qui le connaissaieht aussi bien que leur maître, il aidait ce dernier à installer le parc et parfois, par grande faveur, obtcnait de passer la nuit avec lui dans i \u2014 Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 sa petite cabane où l\u2019on a déjà si peu de place pour un! Avec François, qui était cantonnier, il cassait des pierres sur la route en échangeant un cordial \u2018\u2018bonjour\u2019\u2019 avec les voyageurs se rendant à la gare, les ménagères se rendant au marché, et le bon vieux docteur, se rendant près des malades, qui avait reçu jadis le dernier soupir de sa mère.Avec Michel, qui était \u2018garde\u2019 du moulin de feu Pierre Monroy, il apprenait à connaître ce mécanisme ingénieux et compliqué, il allait en bateau sur la rivière en se gardant bien d'approcher de la vanne dont son frère lui expliquait le danger.Et le petit garçon s\u2019évertuait à comprendre la force prodigieuse de cette eau si légère faisant mouvoir ces grosses meules si lourdes.Le nez en l'air, il regardait les sacs monter et descendre, se balancant pesamment au bout d'une corde comme d'énormes taupes blanchies; les garcons meuniers, avec leur visage enfariné comme Pierrot, passant et repassant devant les larges baies ouvertes, se penchant dans le vide, à croire qu'ils allaient tomber.Ou bien il remontait la vallée, juis- qu\u2019au Fond-de-Vaux, sorte de gorge sauvage, couronnée de bois touffus, hérissée de pins rabougris, semée de blocs de granit, creusée d\u2019innombrables terriers à l\u2019entrée desquels émer- seait de temps en temps le museau d\u2019un lapereau friand de serpolet, il s'étendait sur l'herbe verte fleurant le baume et le romarin et relisait quelque récit de guerre, évoquant les grands chocs d\u2019épées, croyant entendre gronder le canon, car il adorait les histoires militaires et les recherchait avidement comme les souvenirs de caserne de son grand frère Etienne, ou les divagations homériques du père Cosaque.Parfois alors, d\u2019un buisson de houx, ou d'un fouillis d\u2019églantiers, sortait une tête embroussaillée suivie d'un long corps en guenille, et Zémilia venait sans bruit se pencher sur l'épaule du lecteur, fixant ses gros yeux ronds sur les lignes blanches et noires, bien que ce fût lettre morte pour elle\u2019 \u201cEst-ce beau, Zémillia?demandait il en riant.\u2014Très beau, répondait-elle gravement.\u2014Ca t\u2019amuse! \u2014Oui.puisque ca t'amuse.\u201d Une étrange affection unissait ces deux êtres, sortie de pitié attendrie chez l'un, admiration naïve chez l\u2019autre.; \u201cSans papa Denis, pensait Justin, j'aurais peut être été ainsi.\u201d Et il lui semblait payer une dette à moins favorisée que lui, en ne repoussant pas cette pauvre créature disgraciée, rebutée de tous.Devinait-elle ce sentiment?com- prenait-elle cette délicatesse?appré- ciait-elle cette générosité ?Ses réflexions n\u2019allaient pas si loin.Etre tout d'instinet, elle sentait mieux qu'elle ne raisonnait, Justin était bon pour elle.Et elle elit donné sa vie pour Justin.Un matin, M.Beaubuit entra dans la salle d'école, tenant par la main une fillette dont les vétements de drap fin, la mise soignée, contrastaient oo » 3; avec les sabots et les hardeg grossic- | res des autres écoliers.Comme dans beaucoup de villages, à cette époque, l\u2019école réunissait garçons et filles, les uns à droite, les autres à gauche.avait din Ll, 4 Ma iby fi Ll, i flit si \u201cpi \u201cat A iy Cfo, Aly ey { in Ei \u201cVoila votre place, mon enfant, dit': 1 l'instituteur en désignant à la \u2018nou-# W \u201c.Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 velle\u201d un pupitre en face de Justin, qui occupait le premire rang en qualité \u2018\u2019de tête de classe\u2019.| La petite personne le toisa dédaigneusement avec une hauteur digne de son grand-père.\u2018Je voudrais bien ne pas être à côté d\u2019un mendiant\u201d, dit-elle d'un ton sec qui fit monter le rouge au front de Justin.Le maître feignit de ne pas entendre, c\u2019était la petite fille de \u2018M.le maire\u2019\u2019 et il faut ménager l'autorité dont on dépend.Mlle Rosette devait entrer au couvent, mais seulement après sa première communion.Jusque-là, son grand-père.retardant le plus possible la séparation, avait décidé qu\u2019elle suivrait la classe de M.Beaubuit où elle trouverait les égards dus à son rang.\u2018Tu es Ja petite fille de Jean Mon- roy, on ne l\u2019oubliera pas si tu ne l\u2019oublies pas toi-méme\u2019\u2019, lui avait-il dit.L\u2019oublier! elle n'avait garde.Pénétrée de son importance, fière de sa fortune et de la situation de \u201cbon papa\u2019 elle voulait primer en tout, à l\u2019étude comme au jeu.Mais pour cela, il fallait travailler d'abord, se faire aimer ensuite.Et Rosette n\u2019en prenait pas Ie chemin.En classe, dès que la leçon commençait, elle se plaignait de lassitudes, de maux de tête, et comme Jean Monroy avait bien recommandé qu\u2019on ne la fatiguât ni ne la contrariât en.'} rien, on s\u2019empressait de la reconduire a la ferme.A la récréation, elle ne voulait \u2026| jouer qu\u2019avec les enfants bien mis et + J dont les parents, fermiers, meuniers ou cressonniers, approchaient sans l'égaler, de la position de ses parents.Encore les blessait-elle par ses airs de hauteur.Bientôt elle fut universellement détestée et dans ce monde en miniature, miroir fidèle des passions bonnes et mauvaises du grañd, elle ne compta pas un ami.Pas un?Si.Et bien qu'elle se fût probablement indignée de cette audace, un de ses camarades, le plus pauvre et le plus humble, lui témoignait une véritable amitié.C'était Justin.Bien souvent.et cela depuis des années, il avait contemplé de loin cette petite figure pâle collée aux vitres de sa chambrette.pauvre fleur de serre privée d'air et de soleil.pauvre oiselet prisonnier dans sa cage dorée.Il la plaignait de tout son coeur de demeurer ainsi recluse et solitaire, tandis que les enfanls de son dge pre- haient joyeusement leurs ébats.| De son grand fauteuil, blottie sous les couvertures, enfoncée dans ses oreillers, elle les regardait d\u2019un oeil jaloux, gambader dans la poussière de la route ou glisser sur l\u2019étang glacé; et leurs cris, leurs rires, leur exubérante gaieté lui donnaient envie de pleurer._ Avec sa précoce sensibilité, Justin devinait ce gros chagrin.Souvent il s\u2019arrétait au milieu d\u2019une partie de saute-mouton ou de marelle en rencontrant le regard attristé de la petite malade où il croyait lire un muet reproche.= 2 Aussi s\u2018ingéniail-il à lui être agréable, à satisfaire ses impérieux caprices.| Il avait pour compagnon habituel un rouge-gorge apprivoisé qui lui obéissait au doigt et à l\u2019oeil, venant se poser sur su tête, se glissant dans Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 sa veste et dont le gentil manège et les joyeux \u2018\u2018tireli\u201d séduisaient fort Mlle Rosette.Elle eut un désir fou de le posséder.Bien qu\u2019il lui tint aussi fort au coeur que \u2018\u2018Sans-Souci\u2019\u2019 à son meunier, Justin le céda sans hésiter à la première réquisition de maître Monroy qui, avec ses façons d\u2019autocrate, trouvait tout naturel de jouer les Frédéric et ne le récompensa pas même d\u2019un simple \u201cmerci\u201d.Quand Zémillia, enchantée de son larcin, lui apporta une de ces belles poires fondantes, fruit de Tantale pour leur propriétaire, il gronda bien fort la maraudeuse, et la nuit méme, déposa sur la fenêtre de sa petite voisine la duchesse savoureuse qu\u2019il eut la joie de lui voir croquer à belles dents.; Un jour, il s\u2019avisa de lui donner une aubade avec son accordéon.Mais le succès ne répondit pas à son attente.Mlle Rosette, qui avait probablement ses nerfs ce jour-là, fit inviter le malencontreux musicien à aller jouer plus loin, et il obéit tout déconfit.Bien qu\u2019il n\u2019eut guère à s\u2019en louer, Justin excusait volontiers les défauts que ses camarades moins patients qualifiaient d'insupportables et dont, sans lui.ils eussent plus d\u2019une fois tiré de malicieuses vengeances.Rosette ignorait cette quasi-pro- tection, dont elle se fût montrée, au reste, plus offensée que reconnaissan - te, et détestait, autant qu\u2019elle le méprisait, l\u2019enfant trouvé dont elle faisait son souffre-douleur.C\u2019était lui, en effet, qui avait la désagréable corvée de la reconduire à la ferme, lorsqu\u2019elle avait ses \u2018\u2019vapeurs\u2019\u2019, maitre Monroy ne voulait pas que sa petite-fille s\u2019aventurat seule par les chemins, et elle ne lui rendait pas cette mission de \u2018\u2018confiance\u2019\u2019 agréable, au contraire.Assurée de l'impunité, l\u2019enfant gà- tée s'évertuait à jouer tous les tours possibles à son jeune Mentor, ministre responsable des sottises de son tyran.Mais il n\u2019osait ou ne voulait s\u2019en plaindre, tenant malgré tout à ce rôle ingrat de protecteur auquel il trouvait quand même une certaine douceur.Elle était si joliette, si brave, \u2018la demoiselle\u2019 dans son pimpant ajustement, sous son coquet chapeau de paille ombrageant son charmant visage, encadré de boucles soyeuses que ne parvenait pas\u2019 à enlaidir sa moue dédaigneuse.Et le jeune garçon au teint halé.aux gros sabots, àla veste rapée, qui la suivait à distance respectueuse, en portant son petit panier, contemplait avec une admiration naïve cette mignonne créature dont le pied léger courbait à peine les pâquerettes et les boutons d\u2019or redressant leurs têtes pour la voir passer.Un matin, c\u2019était au moment des compositions des prix, M.Beaubuit venait de dicter les questions d\u2019histoire, et Justin, laborieusement penché sur sa copie, s\u2019appliquait de tout son coeur, lorsque Rosette qui, le nez en l'air, n\u2019avait pas encore écrit une ligne, se plaignit tout à coup de violentes douleurs de tête, demandant avec insistance qu\u2019on la reconduisit à la feme.Justin se leva.\u201cFinis ta composition, mon enfant\u2019, dit l\u2019instituteur qui n\u2019était pas absolument dupe de ses feintes indispositions.Mais la fillette n'entendait pas de cette oreille; elle redoublait ses plain- Rw > TB.ea if .Fa ! 2 an .gars = Vol.15, No 6 tes, ses gémissements, tandis que l\u2019écolier faisait voler sa plume.Enfin n\u2019y tenant plus, il termina hä- tivement et tendit sa copie à son mai- tre.\u201cOh! mon pauvre Justin, je crains bien que tu n\u2019aies manqué ton prix, dit ce dernier en hochant la tête.\u2014 Je me rattraperai, l\u2019année prochaine, monsieur Beaubuit, répondit le brave garçon en étouffant un soupir; je suis prét mam\u2019zelle Rosette.\u201d La fillette passa devant lui, sans mot dire: elle avait failli attendre! Ils s\u2019en allèrent de compagnie, elle en avant, la tête haute, les lèvres pincées, l\u2019air dur et méprisant,\u2014lui, faisant contre fortune bon coeur et fredonnant un vieux noël.\u201cTais-toi, tu me fais mal à la tête\u201d dit-elle d\u2019un ton de commandement.Il obéit aussitôt et continua de marcher silencieusement.| \u201cAlors, tu n\u2019auras pas ton prix d\u2019histoire & cause de moi?dit Rosette irritée de sa soumission.\u2014C\u2019est probable, mam\u2019zelle.\u2014L'aurais-tu eu sans cela?\u2014Je n\u2019en sais rien.\u2014Moi, je n\u2019en crois rien.Heureusement, je t'ai fourni un prétexte pour excuser ton échec.\u2014Ce n\u2019est pas aimable, ce que vous me dites là, mam'zelle Rosette, mais quand on souffre, on n'est pas de bonne humeur.Ca vous fait bien mal?\u2014Pas du tout.Je m\u2019ennuyais à l\u2019école, voilà tout.\u2014 Ah! par exemple! si j'avais su., .\u2014Est-ce que tu te permettrais de - me blâmer, par hasard?\u2014(Ça ne me regarde pas.\u2014Et si ça te regardait?\u2014Eh bien! si ca me regardait.je vous dirais que ce n\u2019est pas beau de mentir.| LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 \u2014Je fais ce qui me plaît.\u2014Je le vois bien.\u2014Et s\u2019il me plaisait gronder?.\u2014Oh! ça ne serait pas la première fois.\u2014Tu n\u2019as qu\u2019à te plaindre à mon grand-père, dit-elle avec un rire mode te faire queur.\u2014Je ne me plaindrai pas; d\u2019abord ça pourrait attirer de la peine à mon père Denis.\u2014C\u2019est possible.\u2014Ensuite,.ça ne servirait à rien.\u2014 C'est certain.\u2014Enfin.parce qu'au fond vous êtes plus à plaindre que moi.\u2014 Moi! \u2014 Oui, vous.toute belle demoiselle que vous êtes, bien riche et bien considérée, vous êtes au-dessous du pauvre garçon que je suis quand vous me faites gronder injustement et c\u2019est moi qui ai à vous pardonner, ce que J'ai fait de bien bon coeur, car, au fond.vous n'êtes pas méchante, mais seulement mal éduquée.Rosette était blanche de colère.Un mendiant! un enfant trouvé ! avoir l'audace de lui parler ainsi.C\u2019était trop fort.Elle allait se plaindre à son grand- père.et sans tarder.et il l\u2019écouterait.elle.Ils étaient arrivés au pont de bois formé de quatre planches jetées sur la rivière.Selon sa coutume, Justin voulut prendre la main de sa compagne.\u201cJe n\u2019ai pas besoin de toi\u201d, dit- elle en le repoussant.Mais ce mouvement trop brusque lui fit perdre l'équilibre, son pied glissa et elle tomba à l\u2019eau.Justin poussa-un cri de terreur et plongea sans hésiter.PTT TE TNT NT : \u2019 ï : ETA FP PERE ECORI CTA A b Sr ala FES ERY PRC ae LAN TER ER Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 En quelques brassées, il la ramena à lu surface et chercha à gagner la berge.Mais il n \u2018était pas très habile nageur et la fillette cramponnée à son côu paralysait ses mouvements.T1 faisait de vains efforts pour lutter contre le courant qui l\u2019 entraînait vers le moulin.\u2018\u2018Au secours! au secours!\u201d appela- t-il d\u2019une voix haletante.Mais rien ne répondit.À cette heure.tout le monde était aux champs, les deux rives étaient désertes.Seul, un bateau sans batelier de balançait parmi les nénuphars.S'il pouvait seulement l\u2019atteindre! Mais non! le sourd grondement de la vanne se rapprochait de plus en plus, une force irrésistible les poussait vers l\u2019abime.Seul, Justin aurait pu se sauver, la pensée ne lui vint même pas.Réunissant toutes ses forces dans un suprême appel: \u201cA moi! Michel!\u201d cria-t-il.À travers le nuage opaque qui déjà couvrait ses yeux, il érut voir le bateau s\u2019agiter, une ombre se dresser et se pencher sur le bord.- Il voulut crier encore.mais l'eau I\u2019étouffait déja.il se sentit couler et perdit connaissance.Quand il revint a lui, il était dans le grand lit des Bourel, tous réunis à son chevet.\u201cAh! mon pauvre fleu! quelle peur tu nous as faite!\u201d s\u2019écria dame Bourel en s\u2019essuyant les yeux avec son tablier tandis que Denis respirait comme un soufflet de forge.\u201cEt.et mam\u2019zelle Rosette?\u2014Sauvée aussi, répondit Michel en se mouchant bruyamnient; le médecin t'a quitté pour retourner près d\u2019elle.~\u2014Sauvée par qui?\u2014Malis par toi, je pense, mon gars, vu que Michel vous a retrouvés ensemble sur la berge., mam\u2019zelle Rosette cramponnée à ton cou et toi la serrant si fort, si fort qu'on n \u2018pouvait quasiment vous détacher.\u2014Et le bateau ?\u2014Le bateau?il était sur la rivière donc et ne serait pas venu tout seul à votre secours?_\u2014Je croyais., je me serai trompé.\u2014En attendant, filleur, maitre Mon- roy te doit une fière chandelle\u201d, dit Etienne.ce | Justin ne répondit pas, il n\u2019était qu\u2019à demi rassuré sur les conséquences de cet accident qui pouvait -lui être imputé à blâme., es En effet, dans son désespoir, le vieillard l\u2019accusait de son malheur.Il n'avait pas veillé sur Roselte, © c\u2019était de sa faute! | Et au lieu d\u2019éloges bien mérités, Justin ne reçut que d'amèrs reproches.La fillette seule eût pu le justifier et, malgré son humeur vindicative, elle n\u2019y eût pas manqué sans doute.Mais hélas! à la suite de cette commotion, une fièvre violente g\u2019était déclarée et elle était dangereusement malade.ste Pendant plusieurs mois elle fut e entre la vie et la mort et dès qu\u2019elle fut transportable, les médecins ordonnèrent son départ pour Nice.Co Lorsque la voiture, qui emportait le grand-père et la petite-fille, sortit de.la ferme, Justin, qui se tenait tout triste sur le seuil de la\u2019 chaumière, aperçut un mouchoir s \u2018agitant à la portière.Mais il n'osa prendre pour lui cet adieu.\u2014 D2 wu Vol.13, No 6 LA REVUE POPULATRE Montréal.fuin 1022 eames.IV * Rosette était maintenant en pension.A son retour du Midi, son grand- père l\u2019avait placée à Paris, chez les dames de Sainte-Clotilde, où elle de - vait terminer son éducation à peine ébauchée.; \u2018 Justin, lui, était au collège.M.-Beaubuit, émerveillé de ses brillantes dispositions, avait demandé une bourse pour lui.Lorsqu'il avait prié le maire d\u2019apostiller sa demande.ce dernier s\u2019y était vertement refusé.À quoi bon développer chez ces gens-là des idées au-dessus de leur position?De pauvres diables destinés à gratter la terre en savaient toujours assoz long! L'instituteur avait tenu bon et, avec une fermeté à laquelle maître Monroy n'était pas habitué, avait insisté sur cet acte do justice auquel, plus que tout autre \u2018M.le maire\u2019\u2019 devait son concours, après le service signalé rendu par Justin à sa petite-fille.Le fermier avait froncé le sourcil.Il n\u2019aimait avoir d\u2019obiigations à personne et n\u2019admettait pas plus les leçons que les idées généreuses qui ne sortaient pas de son propre cerveau.\u201cJe ferais volontiers quelque chose pour ce garçon s\u2019il se conduisait bien, plus tard, dit-il froidement; mais encourager une ambition déplacée serait lui rendre un mauvais service.D'ailleurs, vous vous exagérez l\u2019importance de ses petits succès.À votre école il est le premier, parce qu'il est avec des ânes, mais au collège il serait vraisemblablement le dernier.\u201d Et sans en écouter davantage, il avait tourné le dos à l'instituteur déconfit.Mais M.Beaubuit ne s'était pas tenu pour battu.Profitant d'une absence de l'irasei- ble vieillard, il avait chaleureusement - plaidé la cause de son élève auprès de l'adjoint, homme just ect bienfaisant qui s\u2019y était intéressé, avait pris l'affaire en.main et mené toutes los démarches si rondement, que lorsque le mairo était rentré dans sa commune, elle comptait un administré de moins et le collège de Beauvais un élève de plus.| Trap fier pour manifester une co- lére inutile, maitre Monroy se renferma dans une dédaigneuss indifférence, affectant d'ignorer même l\u2019existence du jeune boursier.Mais M.Peaubuit se faisait un malin plaisir de la lui rappeler.\u201cIl marche.notre protégé.il marche!\u201d lui répétait-il quand il le rencontrait, en lui énumérant complaisamment ses succès.\u201cGrand bien lui fasse!\u201d répondit sè chement le fermier.Il avait fini par prendre en grippe cet enfant trouvé, si durement repoussé par lui jadis, et qui sans lui, malgré lui-même, gagnait peu à peu sa place au soleil.Son éloge l'irritait comme une critique personnelle.Son dévouement même n\u2019avait pas obtenu grâce devant lui.Il lui en voulait doublement d'être beau, intelligent et bon, et s'il ne lui reprochait pas d\u2019avoir saucé sa chère Rosette, il cherchait à en diminuer le mérite.Après tout il n'avait fait que réparer son imprudence et sa sottise; c\u2019était à lui de mieux veiller sur le trésor qui lui était confié.Au fond, il souffrait, dans sa vanité, \u2018de l\u2019intervention de ce mendiant, de ce va-nu-pieds, dans sa vie, dans ses affections.Lui être redevable de quelque chose était insupportable à son NI TE RECETTE ET RE RE RTS RON PER TT ECO RP TETE 7 ! ju RE RE Vol.15, No 4 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Juin 1922 orgueil.La moindre allusion a ce sujet le mettait hors de lui.Rosette partageait-elle ces sentiments?Assurément elle était trop petite- fille de son grand-père pour qu\u2019une certaine dose d\u2019humiliation ne se mêlât pas à sa reconnaissance, La généreuse conduite de Justin lui rendaft plus sensible la conscience de ses torts, et sa fierté se révoltait à l\u2019idée que celui qu\u2019elle traitait avec tant de mépris s'était encore une fois montré supérieur à elle.Aussi, pendant toute la maladie, résista-t-elle au désir de remercier elle-même son sauveur, retenue par une fausse honte l\u2019emportant sur l'impulsion de son bon petit coeur.S\u2019îl allait se moquer d'elle?lui rappeler ses méchants propos, ne füt-ce que par un sourire, un regard ironique trahissant cette pensée : \u201cSans moi, pourtant, vous seriez au fond de la rivière! Non! elle ne s'abaisserait pas devant lui! co Cependant, à l\u2019heure du départ, au moment de quitter ces lieux où elle avait failli mourir, son ingratitude lui parut vraiment trop odieuse.Quoi! pas même un simple \u2018\u2018merci\u2019\u2019 à ce pauvre garçon qui avait risqué sa vie pour elle! Justement il était là sur le bord de la route, son bonnet à la main, pas l'air vainqueur, ni fanfaron, au contraire, mais triste, abattu: commé' un chien rebuté par le maitre qui I'abandonne.Cette vue fit 4 Rosette I\u2019effet d\u2019un muet reproche, et sans réfléchir davantage, obéissant a un irrésistible élan, elle se pencha à la portière et agita son mouchoir.\u201cA qui done dis-tu adieu, petite ?\u201d interrogea maître Monroy.Et elle répondit en rougissant: \u201cAu village, grand-père.\u201d L'étincelant soleil d'août \u2018dorait les moissons plus riches, plus abondantes que de coutume.Le ciel propice aux\u2018\u2019moissonneurs, était d\u2019un bleu de saphir, et les épis gonflés de grains, les arbres chargés de fruits, promettaient aux hommes une ample récolte de tous les biens de la terre.Les oiseaux gazouillaient dans les branches; les cigales- chantaient dans les blés.et ni la fronde d\u2019un écolier, ni l'acier du faucheur, - ne venaient troubler leur ramage.La nature, abandonnée à elle-même, déployait toutes ses magnifieences pour l\u2019oeil du Créateur.On se fût cru au sixième jour de l\u2019écriture, alors que Dieu n\u2019avait pas encore: donné de roi à la création.On n\u2019était cependant plus à l'âge d\u2019or des temps bibliques, mais en l\u2019année de fer, de feu et de sang: 1870, que le poète devait appeler' si justement \u2018l\u2019année terrible\u2019.Et si ja solitude et le silence régnaient sur nos belles campagnes, c\u2019est que le spectre de la guerre et de l\u2019invasion les emplissait de terreur et de désolation.Seul, un piéton, blanc de-poussière, une valise à la main, hâtait le pas sur la route déserte suivie par \u201csa mère seize ans auparavant.at Sa Certes, elle-même n\u2019eut pas reconnu, dans ce grand garçon distingué; au sévère uniforme de: Grignbn, àla- lèvre ombragée d'un léger duvet, le tout petit être blotti dans ses'bras et serré frileusement contre son coeur.Justin venait de terminer brillam- \u201cment ses études, il avait tenu toutes des promesses de son enfance, et par \u2014 54 \u2014 rd Vol.15, No 8 - son labeur acharné, sa conduite exenr plaire, avait mérité l'estime de ses maîtres et l\u2019amitié de ses condisciples Mais il ne s\u2019enorgueillissait pas de ses succès, en faisant hommage à son vieux maître.à ses parents adoptifs, et c'était à eux aussi qu'il sem- pressait d\u2019en rapporter le fruit.Plein d\u2019une généreuse ardeur, il ne songeait : qu'à leur rendre par son travail ce qu\u2019ils avaient fait pour lui et à entourer leur vieillesse des mêmes soins qui avaient entouré son enfance.Aussi, tandis que ses professeurs, encourageant ses aptitudes.lui prédisaient les triomphes universitaires, lui ne songeait qu'à son village et à tous les êtres chers qui y attendaient son retour.D'ailleurs il avait suce.sans gloute avec le lait de la bonne Denise.l'amour de la terre; il n'avait pas pour ses irobles travaux.le mépris qu\u2019affectent trop souvent les gens des villes.A Beauvais, sur les bancs du collège comme sur le pavé des,ures il était demeuré le \u2018\u2018terrien\u2019\u2019 attaché au sol arrosé de la sueur de ses pères et aspirant à le.faire fructifier à son tour.Il préférait être un bon \u201crural\u201d qu'un.mauvais \u2018\u2019citadin\u2019\u2019, et il n\u2019avait point tort, Longtemps (et c'avait été son chagrin) il avait craint que la force lui manquât, il se trouvait si délicat, si frêle, en-se comparant à ses frères si robustes.Mais en grandissant, il avait compris qu'à notre époque de progrès, la.terre-elle-même se cultive autant axec la tête,qu'avec les bras et que l'instruction est un instrument aratoire tout comme la herse et la charrue.Aussi laissant de côté Polytechnique et la Normale, vers lesquelles le poussaient ses professeurs, prépara- t-il, modestement son examen pour LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 Grignon, où il venait d'être admis dans un bon rang et dont il étrennait l'uniforme.tout joyeux de faire cette bonne surprise à ses chers parents.Mais, contre son attente et contre la coutume, personne n\u2019était venu le recevoir à la gare, et le coeur angoissé, comme celle qui le portait jadis, il suivait la longue route poudreuse, se demandant quel malheur l\u2019attendait au bout et pourquoi pas un visage souriant.pas une main tendue, \u2018pas une voix amie.\u201cBonjour, Justin!\u201d Le ton était rauque et la figure qui se levait du fossé, laide sale et repoussante.Pourtant, dans sa tristesse de son isolement, le jeune homme en fut tout réchauffé, et il répondit par un affectueux : \u2018Bonjour, Zémillia.\u201d La grande fille.que les années n\u2019avaient pas embellie, au contraire, vint à lui en dandinant son long corps maigre et le regardant avec une naïve admiration, se mit à rire niaisement en frappant dans ses mains.Jamais.depuis qu'il avait quitté le village.elle n'avait manqué de venir ainsi saluer son retour.C\u2019est que pqur elle, surtout, ce départ avait été un réel malheur, -elle s\u2019était sentie plus abandonnée que jamais et privée de cette protection efficace, de cette influence bienfaisante, elle s'était retrouvée en butte aux persécutions haineuses des gamins dont le fabuliste a pu dire avec tant de raison : 4 Cet âge est sans pitié ! Puis, elle-même sous le coup du.désespoir et de la colère, était deve- \u201cnue plus méchante, ne se.bornant plus \u2014 DE w= EIS ECE TENTE CRA : AOC TETE ER CET, BEE A spd EE RTT | be \\ ff RC ré D DUO DL .Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE aux vois et aux rapines qu'on lui reprochait déjà avec raison, mais fai- sat !e mal sans motif.sans excuse, pour rien, pour le plaisir, ouvrant la perie des bergerics et des poulaillers au loup et au renard, étranglant les lapins dans les étables.martyrisant les bestiaux dans les pâtures, leur arrachant le lsine, leur coupant la queue, déve stent jardins et vergers.etc.On l'ava!'! même accusée, chose plus grave.d'avoir fait chanter le \u201ccoq rouge\u201d.selon l\u2019expression vendéenne, et une fermière qui avait eu l\u2019imprudence de lui interdire sa grange vit, en une nuit, flamber trois de ses meules.La clameur publique désigna clairement Zémillia.mais, faute de preuves, l'affaire n'eui pas de suite.Les villageois n'en demeurèrent pas moins cohvaincus de sa culpabilité et toutes les portes se fermèrent devant les deux vagabonds.D\u2019ailfeurs avec l'âge, les facultés du père Cosaque s'élaient affaiblies, il ne pouvait plus \u2018racheter ses déprédations et payer son écot par ses grimaces, ses chansons et ses bouffonneries.Ge n'était plus maintenant qu\u2019un débris sinistre et lamentable de l\u2019ivrognerie et du vice.Tl était presque hébété, ne parlant plus, ne remuant plus: la paralysie : qui avait envahi ses jambes, gagnant peu à peu le reste du corps, Emu de cet état pitoyable, on avait voulu le faire entrer à l\u2019hospice.Mais à cetle idée, l'énergie du vieillard s\u2019était réveillée; il ne voulait pas qu'on l\u2019enfermât, lui, qui jadis courait librement dans:le steppe.prétendait mourir au soleil du bon Dieu.11 pria, pleura, supplia et de guerre lasse, craignant d'être enlevé par ses gendarmes, il s'enfuit une nuit, traîné par sa petite-fille, dans une méchante brouette volée à son propriétaire.Depuis lors, ils erraient tous deux dans les bois, se terrant le jour comme des bêtes fauves.se nourrissant de racines.de mûres sauvages et de baies de sorbier, se désaltérant aux sources vives et ne traversant que la nuit les villages endormis.\u201cOù est-il maintenant ton grand- père?interrogea Justin, ému malgré lui à ce récit confus, embrouillé de divagations.Il sommeillait doucement, derrière une meule, sa têle grise dodelinant de ci de là.| \u201cGrand-pére, c'est Justin\u201d, dit sa petite fille en le secouant.H ouvrit un oeil trouble ét égaré et fixa le jeune homme un instant fans le reconnaître, puis il eut un rire silencieux qui découvrit ses gencives édentées et bégaya d\u2019une voix pâteuse : \u201cJustin Justinowitch,.oui,.fa- meùx musicien,.pour lui.plus tard.\u201d Et ébauchant un clignement d\u2019yeux.il tapotait sur son accordéon en tirant quelques sons criards.- Soudain des cris d'effroi, mêlés au bruit d\u2019un galop furieux, arrachèrent le jeune homme à ce triste spectacle.| Un cabriolet, emporté par son cheval, volait dans un tourbillon de poussière, cahoté sur les pavés, rasant les tas de pierres qu'il menacait de gravir, les fossés où il menaçait de- verser.[ wii Sans hésiter, Justin \u2018se \u2018jéta à la bride de l'animal affolé et, se laissant traîner pendant quelques mètres, parvint à l'arrêter sans autre accident.Deux voyageurs sautèrent aussitôt en bas de la voiture, \u2014 55 \u2014 BR AR RIT EH Montréal.juin 1922 fire qu i \" ul Ie Bi har Dé Vol.15, No 6 .LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 L'un était 1 un valet de ferme, blême de terreur, l\u2019autre une jeune fille aux joues rosées par l'émotion.\u201cMerci, monsieur, dit-elle en'tendant la main au jeune garçon, je vous dois probablement la vie.Et ce n\u2019est pas la première fois, mam'zelle Rosette, observa le domestique avec un gros rire; pas vrai, monsieur Justin?\u2014Rosette ! \u2014Justin! Quoi! c'était là sa petite compagne de jadis, l'enfant terrible qui lui causait tant de soucis et de peines, qui le faisait gronder et punir et qu \"il avait tirée de la rivière.Quoi! c\u2019était là l\u2019enfant trouvé, son souffre-douleur, le petit \u2018\u2018mendiant \u201d qui portait son panier et escortait à , distance.respectueuse la \u2018 \u2018demoiselle\u2019 qui ne daignait pas l'honorer d'un regard.Depuis cette époque lointaine, ils ne s'étaient jamais revus.Justin ne venait qu'aux vacances el Rosette .les passait tout entières au bord de la mer, dont l'air salubre était nécessaire à, sa santé délicate.| Cette année seulement.la gravité des évènements avait modifié le programme et ramené la jeune pension- \u201cnaire à là vieille maison familiale.Confuse, rougissante, elle regardait à travers ses longs cils baissés son ancien camarade, lui trouvant bonne tournure et pas du tout l'air paysan.Lui s\u2019émerveillait de la voir si grandelette.si avenante, avec des façons de petite femme.Le silence devenait embarrassant.Rosette le.rompit en disant gaiement: \u201cDécidément, Justin, le ciel vous place toujours sur mon chemin pour réparer mes sottises.Merci encore pour cette fois.et pour l\u2019autre.\u201d Elle l\u2019appelait \u2018Justin\u2019 comme par le passé, avec une franche camaraderie, mais elle n\u2019employait plus le tutoiement méprisant de jadis.\u2018Voulez-vous remonter.mam\u2019zelle Rosette, voilà bijou calmé, dit le valet en flattant le cheval.| \u2014Oh! non, Jean-Pierre.j'ai eu trop grand\u2019peur, si jamais j'essaye encore de conduire moi-même! Ramène le cabriolet à la ferme, je rentrerai à pied comme autrefois, seulement je tâcherai d\u2019être plus raisonnable.\u201d Elle riait en montrant ses dents blanches, et tandis que Jean-Pierre remontait en voiture, elle passa gentiment son bras sous celui de son jeune compagnon.Ils descendaient vers le village, marchant à petits pas en faisant la causette comme de viéux amis, Rosette voulait-elle racheter ses dédains passés?elle se montrait si gracieuse, si aimable, que le pauvre garçon, tout confus, ne savait coma ment répondre à cette bienveillance inattendue.Elie lui parlait de ses études, s\u2019intéressait à ses succès.le questionnait sur ses projets d'avenir, le mettant à \u201cl'aise par ses manières simples et cordiales.| \u201cIl faudra venir nous voir souvent, lui dit-elle en passant la grande porte de la ferme, nous sommes vos obliges et nous ne l'oublierons plus, croyez-le, Justin.Vous êtes très changé, mais je le suis un peu aussi.\u2019 Combien elle l'était en effet! Et qui eût pu reconnaître dans cette jeune fille modeste, douce et affable, l\u2019altière pelile pécore de jadis?Le couvent avail fail ce miracle. Va.15, No 6 te Habituée à voir tout plier devant elle à la ferme comme à l\u2019école, Rosette avait apporté, dans ce nouveau milieu, des idées d\u2019indépendance et des façons autoritaires qui n\u2019avaient été du goût ni des maîtresses, ni de ses compagnes.Gelles-ci, filles de riches cultivateurs ou de gros propriétaires, ses égales.par conséquent, n'avaient consenti à subir, ni ses caprices, ni ses exigences et lui avaient durerent fait sentir le niveau égalitaire du pensionnat.Rosette avait eu des colères terribles, des rages folles, trépignant, criant.{ \u201cJe suis trop malheureuse ici, je veux retourner chez mon grand-père.\u201d Mais \u2018\u2018grand-père\u2019\u2019 n\u2019était plus là pour l'écouter, ni Justin pour la ramener à la ferme.Force lui fut de dévorer ses larmes impuissantes et de se résigner à son triste sort.Cependant, après avoir longuement ruminé ses griefs, après avoir bien ressassé les toris \u2018\u2018évidents\u2019\u2019 de son entourage, Rosette songea qu\u2019elle pou vait bien aussi en avoir quelques-uns.Ce fut une lueur, vague d\u2019abord, mais qui, grandissant rapidement, illumina bientôt son esprit.sourd que celui qui ne veut pas entendre, pire aveugle.que celui qui ne veut pas voir.Rosette ne se boucha ni les yeux, ni les oreilles, et fit sévèrement son examen de conscience.Flle n\u2019était ni méchante, ni sotte, mais seulement \u2018mal éduquée\u2019\u2019, comme le lui avait ingénument déclaré Justin.Cette conviction entrée dans son cerveau, elle s\u2019attacha résolument à se corriger elle-même.: Ce fut long et difficile, le pli était .pris, depuis sa naissance, l\u2019arbrisseau avait poussé librement sans tuteur et la contrainte lui était insupportable.\u2014 58 \u2014 LA REVUE POPULAIRE Il n\u2019est pas pire\u201d Ta Montréal, juin 1923 Mais c\u2019était une petite nature énergique et décidée; elle apporta au bien | la méme ardeur que jadis au mal, fit a tant d\u2019efforts, montra tant de bonne volonté, s\u2019aida si bien, que le ciel dut forcément lui accorder son aide.(| En quelques années, son caractère | et ses idées se modifièrent complète- | ment i i Quand elle quitta ce couvent \u2018\u201c\u2018abhorré\u2019\u2019, elle n\u2019y laissait que des amies et la Rosette.première maniïère, était Ie.demeurée à jamais derrière les grands murs.Vv tl Si Bourel et ses fils n\u2019avaient pas été au-devant de l\u2019enfant prodigue, si ir maître Monroy avait laissé sa petite- fille revenir seule, c\u2019est que de graves 8 évènements rassemblaient les villa- Jus geois sur la place de la mairie, ou le pi garde champêtre venait d\u2019apposerune J & affiche blanche qui.lue et commentée, gl faisait monter les larmes aux yeux et la rougeur au front.C\u2019était.l'annonce, tragique dans sa qi briéveté, de nos premiers désastres, 10 l'envahissement du territoire, la pa- Ii trie en danger.Et toutes les préoccu- [ pations personnelles, les affections 5 égoïstes se taisaient devant le péril commun, le deuil public.| Ge mot sinistre: l'invasion, volait de groupe en groupe, y faisant courir 5» un frisson.| Quelques vieux à la démarche chancelante, quelques vieillards au chef 2 branlant, témoins attardés des gran- J des guerres du premiér empire, rappelaient de leur voix cassée les souvenirs de 1814-1815 : les pandours : aux longues lattes embrochant volail- ; les et bestiaux; les uhlans, aux casques pointus, brûlant fermes et chau- qu ' i RR STR RIE SI INE TIO) | picid natondt ott Out ARUGREL THES Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE A Montréal, juin 1922 mières, les Cosaques à barbe jaune saccageant moissons et vergers, galopant à travers les blés mürs sur leurs petits chevaux de l'Ukraine.Allait-on revoir ces jours maudits?Le maire parut, il était grave et triste: derrière lui.M.Beaubuit; faisant office de greffier, vint s'asseoir une petite table et attendit la plume la main.| \u201cMes enfants, dit maitre Monroy en redressant sa hatte taille, il y a soixante ans, c\u2019était mon grand-père, Jean Monroy.dont la voix annoncait aux vôtres l'envahissement de nos campagnes et l\u2019approche de l'ennemi.Il faisait appel à tous les bras, à tous les coeurs.et la commune envoya à l\u2019armée trente volontaires dont les noms sont inscrits sur nos régistres et en tête desquels figurait mon père, Justin Monroy.Aujourd\u2019hui, comme il y a soixante ans, la France a besoin de votre dévouement.Je n\u2019ai plus, hélas! de fils à lui donner, mais j\u2019adopterai pour miens tous ceux que la guerre fera orphelins; et les hommes qui seront au service de la patrie seront payés comme s'ils étaient au mien.\u201d Un murmure d'approbation salua ces généreuses paroles et, entraînés par un irrésistible élan, une dizaine de jeunes gens défilèrent devant l'instituteur qui inscrivait leurs noms.les larmes aux yeux.Denis était là avec sa famille.Il .avait écouté silencieusement.Son regard triste erra un instant sur ses six robustes garçons rangés autour de lui, il étouffa un gros soupir, et penchant sa bonne tête grise vers sa vieille com- à à + pagne qui levait sur lui sa pauvre figure tout angoissée: \u201cC\u2019est dur.ma femme.dit-il avec douceur, mais que veux-tu?il le faut.Mes gars, ajouta-t-il simplement, M.le maire a bien parlé: quand la patrie est en danger, il n'y a plus ni père ni mère, avant d'être à nous, vous devez être à la France.Allez donc, mes fieux.advienne que pourra!\u201d Ils n\u2019attendaient que cette permission et s\u2019élancèrent joyeusement derrière les autres.Denis consolait tendrement sa femme qui pluerait en écoutant, sini:\u201d comme un appel de mort, les noms ses six enfants tomber l\u2019un après l'autre : \u201cEtienne Bourel.\u2014Charles Bourel, \u2014Michel Bourel.\u2014~Claude Bourel.\u2014François Bourel.\u2014Prosper Bourel.\u2014Justin Bourel\u201d, dit un septième.Il v eut un triple cri: \u201cMon fieu! \u2014Mon petit gars! \u2014Mon cher éléve!\u201d Justin passait des bras de ses parents dans ceux de son vieux maître.Puis la première émotion calmée: \u201cInscrivez-moi à côté de mes frères, monsieur Beaubuit\u2019\u2019, dit-il.Mais la mère intervint vivement: \u2018Non.pas toi, mon Justin, supplia- t-elle, s'attachant désespérément à lui.Reste-nous, au moins, nous sommes si vieux, et tu es si jeune.\u2014J'ai l\u2019âge de Prosper, mère.\u2014 Mais tu n\u2019es point membré et cor- poré comme lui.La mère a raison, mon fieu.Et puis es-tu seulement Français?\u2014Je suis du pays qui m\u2019a reçu adopté, élevé, le pays de mes frères, le vôtre.Vous avez dit \u2018oui\u2019 pour tous vos enfants, ne me comptez-vous pas parmi eux?\u201d \u2014 59 \u2014 Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Eo Montreal, juin 1922 Denis baissa la téte et ne répondit pas.\u201cEcrivez Justin Boeurel!, plaît, monsieur Beaubuit.\u2014Boure!.Bourei.on dirait que ce nom vous appartient!\u201d observa sèchement le maire avec un mauvais regard.Sa jalousie haineuse s\u2019était réveillée, sa vanité souffrait de n'avoir plus de fils, lui! de ne plus voir figurer, comme jadis, le nom de Monroy sur le livre d\u2019or de la commune.Et ce nom répété de Bourel l\u2019irritait particulièrement.L'arrivée inopinée de Justin mit le comble à son exaspération et lui arracha cette phrase brutale qui souleva un léger murmure.Mais Justin n'y prit pas même garde et dit tout simplement: \u2018Bah! monsieur Monroy, le nom ne fait rien à la chose, ne discutons pas là-dessus, et si ça vous taquine\u2026 Mettez \u201cUn de plus\u2019, je serai \u201cUn de plus\u201d au régiment, comme dans la famille, comme à l\u2019école, et là aussi, on m'\u2019acceptera bien par-dessus le marché!\u201d , Cette année-là, le froid fut précoce et terrible.Les fléaux ne vont jamais seuls! Ce n\u2019était pas assez du spectre rouge de la guerre, secouant sur nos campagnes sa torche enflammée ; le spectre blanc de l\u2019hiver accourait à son tour, bousculant son pâle frère, l\u2019automne, jetant son manteau de glace sur nos blessés, son linceul de neige sur nos morts.Les blés avaient pourri sur leurs tiges, les fruits gelaient sur leurs branches et dans ce mois d\u2019octobre, éclairé naguère par les rires des vendangeurs -et les gais propos des chasseurs, on n'enténdait plus que le pas lourd et s\u2019il vous tre cadencé des chevaux.mecklambour- geois et le \u201cWer da!\u2019 monotone des sentinelles prussiennes.Duvy n\u2019avait pas échappé à l\u2019invasion.Un matin, un détachement de hussards polonais s'était abattu comme une nuée de frélons sur le pauvre village qui, pillé, rançonné, dévasté, avait pu se croire revenu soixante ans en arrière.3 Cependant, maître Monroy défendait énergiquement sa commune con- les vexations des.vainqueurs, payant de sa personne et de ses biens avec une indomptable vigueur, rare chez un septuagénaire.Grâce à lui, malgré la rapacité tudesque, les lourdes charges de la guerre \u2018et les rigueurs hivernales, ses administrés ne, souffrirent ni de la misère, ni du froid, ni de la faim.\u2018 Mais l\u2019homme ne vit pas seulement de pain, encore moins la femme, la mère! Coe La charité, en quelque sorte officielle, du riche fermier, pouvait bien remplir la huche et le bûcher, elle ne pouvait réchauffer les coeurs endeuillés.Heureusement, maître Jean n'était pas seul.Tandis qu'il apportait l\u2019aumône qui soulage, Rosette, elle, apportait la pitié qui console.Elle vénait s\u2019asséoir à tous ces pauvres déserts à la place du fils absent, prier avec l'une, pleurer avec l\u2019autre, laissant derrière elle une traînée lumineuse d'espoir, de confiance, de résignation.ta Le grand-père devait adôpter les vieux privés de leur fils.Aussi \u2018\u2018la bonne demoiselle\u2019 (son nom s'était enrichi de ce qualificatif) ! fi ¥ i était maintenant aussi aimée et bénie ! que \u2018\u2018la demoiselle\u201d autrefois détestée et honnie, (tout court) était § [13 Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 Entre toutes ces chaumières désolées, celle des Bourel n\u2019était pas oubliée, au contraire.Etait-ce à cause du voisinage?Etait-ce que là les vides étaient plus nombreux encore?Etait-ce sa reconnaissance pour Justin qu\u2019elle reportait sur ses parents adoptifs?Co Mais, en tout cas, la préférence était si manifeste que le fermier lui en fit un jour l'observation.\u2018On ne voit que toi chez ses gens- là, ma fille, dit-il avec un peu d'aigreur.\u2014Dame, grand-père, je n\u2019ai pas seulement un fils à remplacer prés d'eux, mais sept, et c'est de l'ouvrage! - Ils sont si malheureux! \u2014Malheureux! je paie six journées de travail au pèré Bourel et ils ne sont que deux à manger.\u2014Je ne parle pas d'argent, grand- père, ils ne s\u2019en soucient guère et si ce n\u2019était pour envoyer à leurs garçons où soulager plus pauvres qu'eux.\u2014La charité'est un luxe qui appartient à ceux qui ont de quoi, fillette.Alors, pourquoi sont-ce ceux-là qui la font le moins?.Oh! je ne dis pas cela pour vous, grand-père, tout le monde sait que vous êtes charitable et humain.plus même que vous ne voulez le paraître.Seulement.on ne pense pas toujours.Vous êtes si occupé.Quelquefois le plus juste se trompe.Ainsi, tenez, pour les Bou- rel\u2026 en bon compte, grand-père, vous leur devriez non six journées, mais sept.N\u2019ont-ils pas sept fils sous les drapeaux?ol \u2014Il n'y a que six Bourel d\u2019inscrits sur le registre des naissances, petite, retorqua sèchement le fermier, feignant de ne pas comprendre, \u2018Et Justin?\u2014S'il leur plait d'adopter tous les vagavonds, tous ies chemineaux, cela ne me regerde pas.\u2014Décidément bon papa, vous n'aimez guére votre petite-fille.\u2014 Toi! prot*sta le vieiliard interdit.\u2014\u2014Sans doute puisque \u2018vous êtes dur, injuste, cruel avec celui qui deux fois m'a sauvé la vie.Vous l'estimez donc bien peu! Vous auri>z done préféré que je reste au fond d> la rivière ou que je sois brovée su> la route?\u2014Tais-toi, filiette, ne dis point de pareilles sotliscs.Seigneur Dieu! \u2014Alors, sovez bor envers mon sauveur au lieu d'en dire du mal.\u2014Je ne lui veux pis de mal, à ce garçon: seulement.vois-tu.ma fille, On ne M'a pas écouté, c'est la faute de Beaubuit qui lui a monté la tête, donné des idées.une éducation.Un peu plus.il se croirait notre\u2018égal, ma parole! Mais, il l'est, grand-père, j'ai causé avec lui.c'est un jeune homme trés intelligent.très instruit.Il pourra plus tard vous rendre de grands services au moulin ou à la ferme.Et moi, a votre place, au lieu de le rebuter, j'esssayerais de me l'attacher.Vous n'êtes plus jeune, bon papa, vous avez besoin de vous reposer sur quelqu\u2019un qui le soit, lui, el comme vous n'avez ni fils, ni petit-fils.\u2014J'irais chercher celui des Bourel! le dernier.va-nu-pieds du village !\u201d gronda le vieux devenu subitement tout pâle.TN La fillette le regardait étonnée, presque inquiète.\u201cLaissons cela, petite, reprit-il d'un ton plus doux; à tort ou à raison, je n'aime pas ces gens-là et leur Justin en particulier, Pourtant, s'ils ont besoin de quelques pièces de cent sous, we 0] \u2014 ( ¢ Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Juin 1922 puise dans ma bourse, elle t\u2019est largement ouverte.-\u2014Oh! ils ont bien assez pour eux., seulement depuis hier, ils ont pris a leur charge le pere Cosaque.qui est bien bas, paraît-i!, et pour payer le médecin, le pharmacien , nourrir sa petite-fille.\u2014 Comment! ils ont ramassé cette engeance! et c'est pour ça que tu me demandes des secours ! C'est trop fort!.Après tout le mal qu\u2019elle nous a fait, cette maudite espionne, qu'elle nous fera encore.\u2019 En effet, la terreur prussienne qui régnait dans le pays avait trouvé une \u2018précieuse auxiliaire en la personne de Zémillia dont la méchanceté diabolique semblait inspirée par un esprit malin'entré dans sa cervelle d\u2019idiote.Ah! les villageois payaient cher leurs rebuffades et leur mépris ! Du plus pauvre au plus riche, tous tremblaient = devant la vindicative créature dont les gros yeux ronds lisaient à travers les - murs et jusqu'au fond des coeurs.C\u2019est elle qui avait dénoncé aux Prussiens la conduite patriotique du maire et l\u2019enrôlement des volontaires, qui leur indiquait les ressources des habi-' tants et les poussait à les pressurer, qui conduisait les pillards aux réserves les plus secrètes, aux cachettes les mieux choisies.Le père Cosaque, l\u2019eût-il voulu, n\u2019eût pas eu la force de s'opposer aux actes odieux de sa petite-fille.Inconscient, morne, hébété, il n\u2019était plus qu\u2019une chose inerte et passive, poussée de-ci de-là, f'inspirant que mépris et dégoût aux vainqueurs et vaincus.| Nul n\u2019éprouvait de pitié pour ces deux êtres enveloppés dans la même réprobation.On l\u2019eût laissé mourir comme un chien au bord de la route.Mais le coeur généreux de la bonne Denise s\u2019était révolté à ce lamentable spectacle.Le souvenir de son petit Justin, recueilli à cette même place, et de son amitié pour le vieux vagabond, avait triomphé de ses répugnances.Et pour l\u2019amour de son fieu absent, elle avait ouvert-sa porte aux deux parias.Ge soir-là, Rosette s'eri revenait à la brume.\u2018 { Elle s'était un peu attardée chez une pauvre vieille aveugle habitant le bout \"du pays et elle hatait le pas pour regagner la ferme en longeant la rivière.Le ciel était noir, un vrai ciel de novembre, la neige tombait a gros flocons, une bise glaciale se glissait sous sa mante ét mordait ses doigts sous ses gants tricotés.Et elle songeait tristement à tous ces pauvrés soldats sans pain, sans abri, sans souliers, à celui surtout qui l'avait arrachée à cette eau profonde où se reflétaient les saules rabougris comme des'arbres funéraires, sur des tombes.Les sept frères .s'étaient trouvés disséminés, Claude et François étaient enfermés dans Paris assiégé; Michel se battait à l'armée de la Loire; Prosper et Charles étaient à \u2018l\u2019armée du Nord, Mais d\u2019'Etienne et de Justin on était sans nouvelles depuis Sedan.Avaient-ils été pris dans la capitulation?étaient-ils prisonniérs, blessés, morts?, \" Elle frissonnait à cette pensée.Soudain, comme elle arrivait gu petit pont, une ombre se dressanit -d'e la berge fit un pas vers elle.1 9577 Elle crut à quelque prussien ivre ou malintentionné, et recula vivement.\u201cN\u2019ayez peur, demoiselle, dit l\u2019homme d\u2019une voix étouffée, mais en bon français, je ne vous veux point de mal, Lr ee, +3 LN .+2 by Vol.15, No.8.» _eharnés de son ancien .ne parut ni la voir, ni l\u2019entendre; il était sans regard et sans voix.LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 .Au contraire, et vous me connaissez bien, je suis Etienne Bourel.\u201d Elle eut un cri de stupeur.\u201cEt Justin?interrogea-t-elle anxieusement.\u2014Dieu vous bénisse, mam\u2019zelle Rosette, vous.ne l\u2019avez donc pas oublié?\u2014Où est-il?\u2014Là.\u201d, 11 désignait un bateau caché dans les roseaux, une forme noire mouchetée de neige se dessinait au fond.Rosette s\u2019approcha tout émue et, à la pâle clarté de la lune glissant un oeil curieux sous un nuage opaque, elle reeonnut les traits hâves et dé- \u2018camarade.Lui La fillette le contemplait avec une douloureuse pitié, tandis qu\u2019Etienne lui contait hâtivement leur lamientable odyssée., = _ Echappés au désastre de Sedan, ils s\u2019étaient jetés dans Metz.Hélas! Metz avaibcapitulé à son tour.À cette nouvelle, Justin, qui, blessé à Rezonville, était ettore à l\u2019hôpital, avait été pris d\u2019une sorte de: délire.I] ne voulait pas se rendre, être prisonnier des Prussiens, envoyé à Magdebourg.Il était sûr de mourir en route!! Avec une obstination enfantine, une exaltation de thalade, il conjurait Etienne de le soustraire à ce supplice, de fuir avec lui, de l'emmener, de l'emporter s\u2019il était trop faible.Et le grand frère n\u2019avait pas su lui résister.Comment avait-il pu s'évader, faire | cent Jieues de pays infesté d'ennemis avec un malade, presque un mourant?Lui-ihéme, n\u2019eût pu le dire; le dévouement rend ingénieux et Dieu protège les braves coeurs.D\u2019étape en étape, se cachant le jour, voyageant la nuit, il avait enfin gagné le village que, dans les divagations de la fièvre, Justin appelait comme un port de salut.Il croyait les Prussiens partis, leur présence l\u2019atterra.Que faire?Où aller?Justin était à bout de forces; depuis trois jours, il ne parlait plus, ne se traînait plus.Etienne le portait dans ses bras robustes, comme un petit enfant.\u201cIl ne pèse pas lourd, allez, mam\u2019 zelle Rosette, disait-il les larmes aux yeux, et j'irais bien au bout du monde avec lui, mais lui n\u2019y arriverait pas vivant.\u201411 est done perdu?| \u2014 Il est bien las! C\u2019est qu\u2019aussi, il a brûlé la chandelle par tes deux bouts, Si vous l'aviez vu! si hardi, si brave ! supportant peines et fatigues comme un vieux troupier, lui, si mignon! \u2014Î1 faut le sauver, déclara Rosette d\u2019un ton décidé.\u2014Oh! s\u2019il était chez nous, si les vieux pouvaient le couver, le réchauffer comme lorsqu\u2019il était tout petit, ils le guériraient bien sûr.Serait-ce un effet de votre bonté de prévenir la mère, mam\u201dzelle Rosette?je n\u2019ose pas me montrer das le village.\u2014Inutile, mon pauvre Etienne, vos parents logent des Prussiens et leur chaumière est trop petite.- \u2014 Seigneur, bon Dieu ! eomment faire, alors?\u2014La ferme est garnde, la place n\u2019y manque pas, nous pourons y cacher notre blessé.je lui donnerai ma propre chambre.On ne viendra pas l\u2019y chercher.\u2018 | = \u2014Mais que dira maître Monroy?\u2014Grand-père est à la ville, il ne rentrera qu\u2019à minuit ; d\u2019ailleurs, il veut tout ce que je veux.Attendez done que la nuit soit plus épaisse, amenez votre frére par le chemin Vol.15, No 6 creux, derriére la grange, je vous ouvrirai moi-même la petite porte.De cette façon, Justin sera en sûreté et dame Bourel pourra le.soigner tout à son aise sans éveiller les soupçons.Le programme fut suivi de point en point.Justin toujours sans connaissance, fut transporté chez Rosette, et quand maître Monroy rentra à la ferme, elle comp\u2018ait un hôte de plus VI Le lendemain, à son réveil, maître Monroy vit entrer sa fille.Elle avait l'air grave et préoccupé.\u2018\u201cQu'\u2019as-tu donc, fillette, as- tu fait quelque mauvais rêve?\u2019 Justement, bon papa, j'ai rêvé que vous étiez fâché contre moi.\u201cBah! ce serait la première fois, ma Rosette.\u201d Câlinement, elle vint s'asseoir sur ses genoux, ébouriffant ses cheveux blancs.\u201cAlors, comme ça, en dormant, nous étions brouillés, ma fille?\u2014Un peu.\u2014Et à quel propos?\u2014A propos de.C'est toute une histoire.\u2014Conte-moi ça pendant que je vais me raser, j'en ai besoin.\u2014Oh! oui, bon papa, ça pique.\u201d Elle se frottait la joue en riant.\u201cAllons, jabote, fillette.\u201d Debout devant son miroir, il promenait le rasoir avec un soin méticuleux sur sa figure savonneuse, tout en écoutant complaisamment la petite lui narrer son aventure, mais sans en nommer les héros.\u201cQuelle tête décidée! Peste! tu t'entendrais aussi bien que moi à mener la commune et à tailler des croupiè- LA REVUE POPULAIRE Montréal, Juin 1922 res aux Prussiens!.Et c'est pour ça \u2019 que je grondais?\u2014OQui.\u2014C\u2019est que j'ai bien mauvais caractère en rêve.-\u2014Vous m'approuvez done?\u2014Assurément.\u2014Oh! que je suis contente! \u2014Parce que.?\u2014Parce que.lise.\u2014C\u2019est peu probable.\u2014Mieux que cela grand-pére, ¢\u2019est certain.\u2014Mon histoire était vrafe, elle m'est arrivée Mier et le blessé est dans ma chambre._ \u2014Voyez-vous la petite futée! comme elle sait bien m\u2019enjôler! \u20141I1 est trop tard pour gronder, bon papa, aidez-moi plutôt.\u2014A quoi?\u2014A bien cacher mon malade, à assurer son salut et sa guérison, = \u2018 .si mon rêve se réa- \u2014 Comment faire ?\u2014C\u2019est bien simple : donner une entorse.\u2014Par exemple! _ \u2014Une entorse pour rire, grand- père! Vous ferez demander le docteur à son passage chez les Bourel et cela n\u2019éveillera aucun soupçon.Est-elle finaude! murmura le grand- père émerveillé.\u2014C\u2019est dit, je me sauve! \u2014Attends au moins l\u2019étrenne de ma barbe\u201d, dit le vieillard essuyant en toute hâte les joues sur lesquelles elle plaqua deux gros baisers.Puis, légère comme un oiseau, \u2018elle s'envola en quête de son entorse.Lorsque le fermier et le médecin pénétrèrent dans la chambre, dame , Bourel tout en larmes était déjà au 4 chevet de son fleu, avec Rosette, - je vais me -\u2014 G4 wan a - £3 «x v3 x - * potes, i AIRES eidadrid {iid Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 En reconhaissant les traits pales de Justin, maitre Monroy poussa une sourde exclamation.\u201cEncore!\u201d gronda-t-il avec un véritable accent de haiñe.Rosette ne parut pas s\u2019en apérce- - voir.\u2018Vous avez si vite accueilli ma demande que je n'ai pas eu besoin de vous dire qu\u2019il s'agissait de mon sauveur\u201d, lui glissa-t-elle avec un grain de malice.Les sourcils froncés, il ne répondit pas.: | ~ Le docteur procédait à un rapide examen.\u2018La blessure n\u2019est pas grave.mais c\u2019est la fatigue.la faiblesse, l'épuisement.Enfin! avec des soins vigilants, du repos, pas de secousse.\u201d La mère Bourel pleurait en contemplant ce pauvre visage émacié, ces yeux éâves, ce front plombé.\u201cNous le sauverons, allez!\u201d lui dit gentiment Rosette en embrassant la bonne femme, \u2018\u2018nous ne le quitterons pas et nous le soignerons bien.\u201d Maitre Jean ouvrit la bouche pour protester contre cet arrangement, mais un doux sourire de sa petite fille arréta une méchante parole.et il se tut, rongeant son frein.Comment, toujours et partout, ce mal venu se dresserait devant lui et malgré lui, forçant sa volonté, sa porte même! Ne pourrait-il rester à l'ambulance, suivre les autres en Prusse, à Magdebourg, au diable ! ou mourir \u2018dans quelque fossé ! Il s\u2019exaspérait d\u2019autant plus qu\u2019il \u201cdevait comprimer sa\u2018colère devant Rosette.Ce tyran domestique devant qui femme et enfants avaient tremblé; ce maître aprés,Dieu dans sa commune comme le capitaine sur son navire ; cel énergique sepluagénaire qui tenait si vaillaimment tête aux envahisseurs et ne courbait son front blanehi, ni devant les hommes, ni peut-étre devant Dieu, tremblait comme un enfant devant le muet reproche des yeux bleus de sa petite fille.Aussi, lorsque trois jours après.un officier porteur d'un mandat de perquisition, se présenta avec son détachement.le maire eut un soupir de soulagement et ne protesta que pour la forme.Il était incapable de vendre son hôte.mais il n'était pas fâché qu'on lui en eût épargné la besogne.Ce n'était pas sa faute.il s\u2019en lavait les mains.et son indignation contre cette maudite espionne.montrant son museau de fouine derrière les soldats, était plus simulée que réelle.C'était.en effet.encore un mauvais coup de Zémiilia.Tout en veillant son grand-pere sous le hangar des Bourel, elle ne perdait rien de ce qui se passait autour d'elle.Les allées etvenues de dame Denise et du médecin avaient éveillé ses soupçons.La nuit elle observait la chambre de Rosette éclairée par une veilleuse, comptant les ombres qui s\u2019agitaient autour du lit et distinguant parfaitement le dos voûté de la vieille femme et la mince et élégante silhouette de la jeune fille.Pour sûr on cachait quelqu'un à la ferme.Qui?Elle l'ignorait, mais certainement un parent, un ami, un être cher.Son arrestation feraii couler les larmes de ceux qu'elle exécrait le plus au monde, Jean Monroy moins encore que sa petite-fille.Cependant si la rigueur de l\u2019un excusait cette haine la douleur de l\u2019autre aurait dû la désarmer.Au contraire, les bons procédés de Rosette semblaient exaspérer la sau- \u2014 65 \u2014 Vol.15, No 6 vage créature qui, terrée dans l\u2019âtre des Bourel, regardait la belle visiteuse d\u2019un oeil farouche que rien ne pouvait attendrir.Pourquoi?Elle n\u2019eût pu le dire, sans doute.Etait-ce jalousie instinctive?révolte du laid contre le beau?du mal contre le bien?\u2018 Mais Rosette était belle et bonne et Zémillia la détestait.Depuis la veille, Justin était sorti de sa torpeur.Une violente agitation avait succédé au profond coma où il était plongé et une fièvre ardente s\u2019était déclarée.Inondé d\u2019une sueur brûlante, les yeux brillants et injectés, la tête en feu, il ne reconnaissait personne, ni Etienne lui disant adieu pour aller rejoindre ses frères, ni le bon Denis se glissant en cachette jusqu\u2019à lui, ni dame Bou- rel, ni Rosette qui le soignait avec un angélique dévouement.Assis sur son séant, le regard fixe et hagard, suivant quelque fugitive vision, il délirait sans repos ni trêve, confondant le présent, l'avenir et le passé, le temps de l\u2019école et le temps de la guerre; ses chagrins d\u2019enfant, ses angoisses de soldat, Rosette et les Prussiens, les récits du père Cosaque et ses rêves de revanche.Il se croyait perdu dans quelque steppe immense poursuivi par des loups affamés et il pressait les chevaux \u2018\u2018 imaginaires \u2019\u2018\u201c d\u2019un traîneau \u201cimaginaire\u2019\u2019, les conjurant d\u2019aller vite, vite, s'épuisant en supplications; puis avec un cri de désespoir, il retombait se débattant sous la dent des fauves en appelant \u2018\u2018Matouchka! Ma- touchka! (Mère! Mère!) d\u2019une voix faible et plaintive comme celle d\u2019un petit enfant a I TEE PRIE EI PIC OR LA REVUE POPULAIRE Montréal, julp 1922 Les deux femmes épouvantées essayaient vainement de l\u2019apaiser, de le calmer, tandis que le docteur, très inquiet, demeurait à son chevet, consultant son thermomètre et sa montre, prenant sa température ou comptant ses pulsations et s\u2019assombrissant davantage à chaque nouvelle constatation: \u201cLà! là! les Prussiens! regardez- les,.ils sortent de terre comme des taupes!.un, deux, trois, la plaine en est toute noire.Ecrasez-les, camarades!.han!.han!.à ceups de crosse! à coups de talon!.encorel!\u2026 encore.il en viendra donc toujours, ce sont des loups.des loups.Pas se rendre, non.non! A mort.tuez!.tuez! A Berlin!.Nous y sommes.Ah!.Vive la France!\u201d Busquement la porte s\u2019ouvrit.Les deux femmes se dressérent terrifies à la vue des sombres uniformes.Rosette posa vivement sa main tremblante sur les lèvres de Justin Trop tard! L'officier avait entendu.\u201cCet homme est prisonnier de guerre, dit-il froidement, et doit être remis immédiatement aux autorités militaires.; \u2019 \u2014Impossible! monsieur, vôus voyez bien qu\u2019il est mourant, supplia Ro- setle.\u2014Mon pauvre fieu! vous n\u2019allez pas me le prendre, ben sûr! gémit'la mère Bourel.| \u2014Grand-père, défendez-le.\u2014Hélas! mon enfant, je n\u2019y puis rien.\u2014Je devrais vous inquiéter, monsieur le maire.Je veux bien n\u2019en rien faire, mais ce garçon doit m\u2019être livré, les lois de la guerre sont formelles.\u2014Les lois de l\u2019humanité doivent passer avant, monsieur, intervint le \u2018= cop # Vo.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 docteur, et je m'oppose énergiquement à ce que l\u2019on touche à mon malade.| \u2014Je connais mon devoir.\u2014Et moi, le mien.Je ne marchande mes soins à- personne, pas plus à vos soldats qu\u2019aux nôtres, et si un officier français voulait emmener un Allemand blessé, au risque de le tuer, je résisteraig à lui comme à vous; j'empêcherais' un acte de barbarie.- \u2014Nous ne sommes pas des barbares.4 \u2014 Prouvez-le donc.Voilà un enfant de seize dns, blessé, mourant, hors d\u2019état de vous nuire.Je réclame le droit de le soigner librement jusqu\u2019à ce qu\u2019il soit -transportable.heure, ca ferait son arrêt de mort, et il serait plus simple et plus généreux de lui donner le coup de grâce.\u2014Monsieur,.le droit des vainqueurs.\u2014Les vainqueurs doivent respecter les vaineug!\u201d Rosette et dame Bourel les mains jointes, shppliaient, de leur côté, l\u2019officier qui, gêné et embarrassé déjà par les véhémentes paroles du docteur, hésitait & prendre un parti, se déoi- dant pour un moyen terme: \u201cJe vais en référer à la commanda- ture, dit-il simplement ; jusque-là, monsieur le maire, le prisonnier est sous votre garde, vous m'en répondez sur votre tête.\u201d \\ Et faisant demi-tour avec la raideur prussienne, il quitta la chambre, suivi de ses hommes, derrière lesquels apparaissait Zémillia.Elle n'avait pu suivre cette scène, la carrure massive des soldats masquant la porte de la pièce.Elle voulut y jeter un regard furtif avant de s'éloigner et, se haussant A cette sur la pointe des pieds, elle risqua un oeil par- dessus l'épaule du maire.Soudain un cri rauque s *échappa de ses lèvres: \u201cJustin!\u201d Elle venait de le reconnaître.Maintenant à genoux près de son lit, elle sanglotait, se frappait le front, bégayait des mots sans suite, si désespérée, si pitoyable, que, malgré leur douleur, ni Rosette, ni dame Bourel ne trouvaient un mot de reproohe.Seul, le fermier lui dit durement: \u201cTu vois ce que tu as fait, petite misérable.si ton Justin meurt en route ce sera ta faute, rien que ta faute.\u201d Elle se redressa d'un bond.\u201cIl ne faut pas qu'on 'emmeéne, }e ne veux pas, moi.On te consultera peut-être! \u2014N\u2019y aurait-il pas moyen d\u2019empô- cher un pareil crime, grand-père?\u2014Dame, petite, je-ne vois pas trop.\u2014I] faut le faire évader, dit Zémil- lia.\u2014~Comment?\u2014Je ne sais pas.mals je trouverai.Je l\u2019ai bien tiré de la rivière.oui,.oui, quand il allait se noyer à cause de vous.qu\u2019il ne voulait pas lacher.\u2014C\u2019était tol! \u2014Je le sauverai bien encore, cette fois.\u2014Ouais! la belle! tu oublies que je réponds de sa personne.\u2014Qu\u2019est-ce que cela fait?\u2014~Cela falt que je n'ai pas envie d\u2019aller & Magdebourg à sa place.\u2014Alors.alors.vous allez le livrer?\u20141I1 le faut bien.\u2014Vous allez livrer.fils?\u201d Jean Monroy devint bléme.\u201cvotre petit ove @] a \u20ac \u2018 oy Vol.15, No 6 \u201cCette fille est folle, bégaya-t-il.\u2014Non.non.je ne suis pas folle.je sais.c'était le secret de grand-père.le mien.je ne voulais pas le dire.\u2014Tu mens, malheureuse ! «Non.\u2014La preuve?la preuve?\u2014Attendez.\u201d Elle s\u2019élança au dehors.Un lourd silence planait sur les spectateurs de cette scène, frappés de stupeur.Tous regardaient Jean Monroy.De grosses gouttes de sueur perlaient sur son front.il contemplait d\u2019un oeil fixe le blessé moins livide que lui.Zémillia rentra.Elle apportait l'accordéon de son grand-père et le déposa devant le fermier.\u201cVoilà, dit-elle, c\u2019est l'héritage de Justin.grand-père l'a assez répété, les papiers sont dedans.ceux qu\u2019on n\u2019a pas trouvés sur la femme morte.\u2026 et que le grand-père avait ramassés.\u2019\u201d D'une main fébrile le vieillard feuilletait une liasse de papiers jaunis.Il devint plus pâle encore et redressant sa haute taille: \u2018Sortez tous |\u201d rauque., Le VIL C\u2019était son petit-fils, l\u2019enfant de son premier né.Comme son mari, Lydia avait été recueillie, de son côté, par un navire anglais faisant route vers le Cap el c\u2019était là que le petit était venu au monde.À peine remise, la jeune mère s\u2019était embarquée de nouveau à la recherche de son époux dont elle ignorait le destin.Après bien des pas et démarches, elle avait réussi à retrouver sa trace dit-il d\u2019une voix LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 et, malgré la terreur que lui inspirait son terrible beau-père, elle s\u2019était mise bravement en route, pleine de joie à l\u2019idée d\u2019embrasser son Justin et de lui présenter son fils.Hélas! elle s\u2019était heurtée à une tombe et son coeur meurtri déjà par tant de secousses, s'était brisé.Elle était morte sur 1a\u2019 grande route, à la porte de la ferme inhospitalière, d\u2019où on l'avait brutalement repoussée.L\u2019orphelin, maudit par son grand- père avant même d\u2019être né, avait été abandonné par lui à la charité du plus pauvre habitans du hameau, Tout l\u2019orgueil du vieillard se révoltait à cette pensée, Mais ce n'était pas seulement sôn orgueil.A son insu, un sentiment plus doux s\u2019infiltrait dans cette âme \u2018de bronze que Rosette ne remplissait pas tout entière.Un petit-fils! il avait un petit-fils, un être de son sang, de sa chair, qu\u2019il eût pu voir grandir sous son toit, près de son coeur, qui fût venu, derrière la fillette, apporter son front pur au baiser de l\u2019aïeul.Et il l\u2019avait perséeuté de sa haine aveugle, s'acharnant contre lui, le vouant à l'ignorance, à là misère, à la 4 mort peut-être.Et il éprouvait quelque chose qui {.ressemblait à un remords.Quand, après l\u2019autre, il s\u2019était trouvé sèul comme un chêne dépouillé de ses rameaux ÿ il n'avait pas vu, à ses pieds, la petite ff *- pousse jaillir du vieux tronc.Et au remords se mélait un regret! J un ° Dire qu\u2019il avait un petits «fils, Monroy comme iui, et qu\u2019il allait peut être mourir, sans jemais lui avoir tendu les bras, sans jamais 1 l'avoir appelé.\u2018grand-père.\u2019 Lo 63 wa tous ses fils fauchés l\u2019un \"*: Re | = A n- ii : vr! ie Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 Et au regret s\u2019ajouta la douleur.Cet enfant trouvé, dont il jalousait les dons naturels, qu\u2019il eût souhaité laid, méchant, bête, difforme, comme cette horrible Zémillia.dont les gros yeux ronds se fixaient parfois sur lui avec une sorte d\u2019ironie singulière qu\u2019il s\u2019expliquait maintenant.C'était son petit-fils, l\u2019enfant de son premier-né! Ainsi tout le mal qu\u2019il avait fait ou voulu faire se retournait contre luil.Les coups qu\u2019ils avait portés retombaient sur l\u2019un des siens!\u2026.Il avait cru livrer un étranger.Il livrait son petit-fils, l\u2019enfant de son premier-né.Un sanglot souleva sa poitrine.Oh! non!.pas cela!.pas cela! Justin, assoupi un instant, souleva un instant ses paupières alourdies.Il aperçut cette tête grise cachée dans deux mains tremblantes.Il crut reconnaître Denis et murmura faiblement: \u201cPère.\u201d À cet appel, le coeur du vieillard se brisa et, chancelant, le visage inondé de larmes, il vint tomber à genoux au pied du lit en sanglotant: \u201cJustin!.mon petit Justin!.\u2018mon fils!\u201d Dans la pièce voisine, les témoins de cette scène imprévue gardaient un silence gros de pensées.Dame Bourel, bouleversée à l\u2019idée que son \u2018\u2018tiot fieu\u201d\u2019 fût un riche et si huppé personnage, s\u2019émerveillait et s\u2019attristait à la fois.7 Petit-fils de Jean Monroy, il serait encore à elle?Lui permettrait-on de garder souvenance de ses parents d\u2019adoption?Le laisserait-on les embrasser seulement une fois l\u2019an?GR Logg } Le coeur gros, elle se reprochait son chagrin égoïste.Le bon Dieu fait bien ce qu\u2019il fait : son Justin si beau, si brave, si fier, n'était.pas né pour rester simple paysan, et si elle en souffrait, elle, lui en serait plus heureux.D'ailleurs, son salut était à ce prix.On ne traite pas l'héritier d\u2019un gros fermier comme le fils d\u2019un pauvre diable.Avec cette naïve confiance des gens simples dans le pouvoir du rang et de la fortune, il lui semblait que par ce seul fait d'être petit-fils du maire, le jeune homme était à l\u2019abri de tout danger.Et la bonne créature s \u2018essuyait les yeux en se répétant: \u201cMon petit Justin est sauvé!\u201d Zémillia n'en jugeait pas ainst.Morne, accablée, anéantie, devant le mal dont elle était l\u2019auteur, elle opposait un mutisme obstiné aux mul- tiques questions du docteur grandement intrigué par cette étrange aventure.Peut-être, au reste, eût-elle été fort embarrassée d'expliquer nettement la raison du silence gardé si longtemps.Fidèle à ses habitudes de rapines, le père Cosaque n\u2019ayant pu résister à la tentation de fouiller les poches de la morte s\u2019était trouvé ensuite fort en peine de son butin.Il faut être juste: en reconnaissant la nature de ces paperasses, son premier mouvement avait été de les rendre à leur propriétaire.Mais: \u201cIl faut se défier du premier mouvement parce que c\u2019est\u2026 le bon\u201d, a dit M.de Talleyrand.Sans avoir vécu dans l'intimité du prince de Bénévent, le vieux vagabond appliquait sa maxime.\u2014 0 Bl Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 Une restitution équivalait à un aveu, c\u2019était se livrer aux gendarmes.Et puis comment maître Monroy prendrait-il la chose?Voudrait-il reconnaître son petit-fils ?Ne pouvait-on craindre pour lui le sort de son père?Ne valait-il pas mieux attendre que l\u2019enfant fût devenu un homme capable de revendiquer ses droits?Et jusque-là n\u2019était-il pas plus heureux dans la chaumière croulante de Bouerl que derrière les murs imposants de la ferme?Enfin n\u2019était-ce pas une vengeance dont se réjouissait la malice du vieux bohémien, que d'imposer au riche et orgueilleux fermier, cette humiliation de reconnaître son héritier sous les haillons d\u2019un mendiant?Et il s'était tu, se bornant à témoigner au petit Justin un intérêt particulier où il entrait peut-être quelque remords, et à recommander de lui remettre fidèlement \u2018\u2018son héritage\u2019 On a vu comment les évènements se précipitant, avaient forcé Zémillia à devancer l\u2019heure fixée par son grand- père.Quant à Rosette, étourdie par cette révélation inattendue, elle demeurait partagée entre la joie et la crainte.Quoi! son souffre douleur de jadis était son propre cousin, le fils de cet oncle Justin dont chacun, au village et à la ferme, avait le nom sur les lèvres et dans le coeur, malgré l'ostracisme paternel! \u2014 Comme elle était honteuse de l\u2019avoir méconnu si longtemps; mais fière aussi d\u2019avoir loyalement reconnu ses torts, de les avoir réparés de son mieux en le recueillant, le soignant comme un frère! Un frère! M di SE N\u2019en serait-il pas un pour elle maintenant?Elle était tout heureuse de cette idée a laquelle ne se mélait aucune ombre de jalousie.Au contraire, elle se promettait de lui faire oublier ses misères passées à force de gentilles prévenances, de se faire toute petite pour lui laisser la meilleure place dans la maison et dans l\u2019amitié de son grand-père.Pauvre grand-père! Quel chagrin il devait éprouver a cette heure, quel regret de son inus- tice! quelle angoisse de perdre cet enfant si miraculeusement retrouvé ! Maître Monroy parut.Il était pâle, mais calme., Il ne vit ni sa petite fille ni dame Bourel, ni le docteur.Il ne prononça pas une parole.Mais d\u2019un signe impérieux, il appela Zémillia et referma la porte derrière elle.Que se passa-t-il entre ces deux êtres si différents, si hostiles?L'entretien fut long, enfin le fermier sortit de la chambre.\u201cYous allez faire transporter ici le père Cosaque, doeteur, je désire qu\u2019il ne transpire rien au dehors de cetteri- dicule histoire.Vous pouvez retourner auprés de ce garçon, dame Bourel, jus-, qu\u2019à ce que l\u2019on vienne l\u2019emmener.Quant à toi, Rosette, va faire ta malle.\u2014Mais, bon papa.\u2014Tu partiras ce soir chez ta tante de Normandie.Et tu : sais, pas de bavardage !\u201d San ton bref, cassant, ne permet- tait-ni réplique, ni discussion.Rosette le regardait atterrée à travers ses larmes.| Jamais on ne lui avait parle ainsi.Elle ne reconnaissait plus son grand- pere, si bon, petite-fille! si tendre, si facile avec sa Vol.15, No 6 ~~\" LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 Pas un mot de Justin.\u201cCe garçon\u2019 avait-il dit.\u2014 C\u2019était pourtant son petit-fils.Elle en était bien sûre, elle.Pourquoi?Elle eût été sans doute bien embarrassée de répondre.Mais elle en avait la conviction et elle la lui ferait bien partager.En aurait-elle le temps?- Partir ce soir! Et Justin que l\u2019on emmènerait aussi sans doute, quand elle ne serait plus là.\u201cOh! non, grand-père! Elle voulait parler, plaider la cause de son cousin.Mais le vieillard lui ferma la bouche.Et lorsque, quelques heures après, elle monta en voiture, elle n\u2019avait pu revoir Justin, ni niême prononcer son nom.La réponse de la commandature avait été un refus.Le lendemain matin, Justin devait être dirigé sur Senlis et de là sur Mag- debourg.À la notification de cet arrêt, maître Monroy inclina simplement la tête et dit: \u201cC\u2019est bien.\u201d L\u2019officier ne s\u2019étonna pas de cette passivité; il n\u2019avait pas été sans remarquer la froideur du fermier à l\u2019égard de son hôte et, ignorant leur parenté, il jugeait qu\u2019au fond, il n\u2019était pas fâché de s\u2019en débarrasser.Aussi se borna-t-il, par acquit de concien- ce, à recommander bonne garde aux soldats logés à la ferme et dont un détachement devait demeurer en permanence dans la salle pour veiller sur le prisonnier.Le vieillard n\u2019y prêta aucune attention.Assis au coin de la vaste cheminée, fumant tranquillement sa pipe, il ne franchit pas une fois le seuil de la chambre de Justin, ?° regardant les Prussiens aller et venir pour jeter un coup d'oeil sur le blessé, et ne tournant même pas la tête.Justin était retombé dans une morne prostration.Dans l\u2019ombre des rideaux, on voyait seulement ses mains s\u2019agiter, ramenant frileusement le dra psur la poitrine, dans ce geste machinal et fatidique que le peuple appelle \u201c\u2018faire son paquet\u2019.À son chevet, dame Bourel, sa pauvre vieille figure tout angoissée, restait silencieuse, immobile, mais tressaillant chaque fois que la voix de la grosse horloge lui annonçait qu\u2019une heure de moins la séparait de l\u2019instant cruel des adieux.Zémillia, tout occupée de son grand- père, agonisant dans une pièce de derrière n'avait pas reparu, et le médecin allait de l\u2019un à l\u2019autre, leur prodiguant des soins inutiles, à en juger par son hochement de tête découragé.Minuit était passé depuis longtemps, tout dormait, le docteur dans son fauteuil, les Prussiens autour du poêle, les chevaux à l\u2019écurie, les bestiaux à I'étable, il n\u2019y avait plus d\u2019éveillés à la ferme que dame Bourel près de son garçon, Jean Monroy près dé son feu.- Soudain dans le grand silence de la nuit, un murmure, confus d\u2019abord, s\u2019éleva de la chambre du blessé.La fièvre le reprenait sans doute, et des mots inintelligibles s\u2019échappaient de ses lèvres.\u2018Du schnaps!.matouchka!\u2026 du schnaps!.pour un kopeek.kopecks.attelez le kibitk,.les Français arrivent.du schnaps!.A voix basse, comme s\u2019il pouvait la comprendre, Denise le suppliait de se taire, de se calmer.I] ne l\u2019entendait pas et se débattait sous sa douce contrainte, rejetant ses couvertures qu\u2019elle ramenait sur lui 0 T1 \u2014 deux | Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 avec des soins maternels, le recouchant, le bordant.Le docteur, réveillé en sursaut, joignait ses efforts à ceux de la pauvre femme; penché sous les rideaux, il maintenait le malade, sur sa couche, non sans peine, tant il y avait encore de vigueur dans ce corps débile.\u2018Voulez-vous que je vous aide?\u201d dit en mauvais français un soldat qui s'était avancé au bruit.La mère se retourna avec un geste d\u2019effroi.\u201cNon! non! Allez-vous-en.° \u2014Votre présence pourrait l\u2019irriter\u201d expliqua le médecin d'un ton conciliant.L\u2019autre n'insista pas et s\u2019éloigna en se dandinant.Maitre Monroy n \u2018était pas intervenu, seulement ses lèvres tremblantes avaient laissé échapper sa pipe, qui s\u2019était brisée en tombant.L\u2019accés maintenant atteignait son paroysme, un délire furieux s\u2019était emparé du blessé, des sons inarticulés, des cris rauques, des éclats de voix réveillaient les échos de la ferme et les Prussiens, troublés dans leur sommeil, s\u2019étiraient en bâillant avec humeur et allaient se grouper près de la porte en murmurant: \u201cCapout!\u201d C\u2019était la fin, en effet, la dernière lueur de la lampe, la suprême révolte de la vie.\u201cA moi! Cosaques! en avant!.Be- ningsen est là!.Eylau!.en avant! Moscou brûle! A Paris!.\u201d | Et dans le râle il se mit à chanter: À nous l\u2019pompon, Les Bourbons'sont en France! À nous l\u2019pompon A bas Napoléonl., Puis se redressant tout droit sur sa couche: \u2018\u201c\u201c Hourra! Hourra! Vive le tsar !\u201d cria-t-il d\u2019une voix éclatante comme un appel de clairon.Et il retomba lourdement en arrière.Les Prussiens, masssés sur le seuil, s'étaient précipités dans la chambre, jurant, vociférant, bousceulant le docteur, repoussant dame Bourel, secouant rudement le prisonnier, tandis que d'autres, donnant l\u2019alarme, cou- raientrréveiller l\u2019officier.Il arriva de son pas rapide, automatique, s\u2019approcha du cadavre revêtu, déjà, de l\u2019auguste sérénité de la mort.Ce n\u2019était pas Justin, c'était le père Cosaque.\u201c Ou est le prisonnier ?\u201d demanda sévèrement le Prussien au maire, que deux soldats poussaient devant lui à coups de crosse.\u201cEn liberté, dit le vieillard impassible.\u2014Qui l'a fait évader?\u2014 Moi.\u2014Vous saviez que votre vie répondait de la sienne, cria l\u2019officier blème de rage.\u2014J\u2019aime mieux donner ma vie que celle de mon petit-fils\u2019, répliqua simplement le grand-père.VIII Rosette, enfoncée dans un coin de la voiture pleurait silencieusement.La dureté de son grand-père, ce brusque départ, le danger de Justin l'avait bouleversée, et un bon quart d'heure se passa avant.qu\u2019elle levât les yeux sur son compagnon.Soudain le cheval s'arrêta.\u201cQu\u2019y a-t-il, Jean-Pierre, demanda- t-elle.en retirant son mouchoir.Liat at fd at > pe \u2014 \u2014 is LW Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 \u2014Ge n\u2019est pas Jean-Pierre, mam\u2019 - zelle Rosette, \u2014 Denis! Comment! ¢\u2019est vous qui m'accompagnez?! \u2014Oui.est-ce que ¢a vous fiche?\u2014-Au contraire.mais Justin?\u2014 Justin est en bonnes mains ét n\u2019a pas besoin de moi pour le moment.\u2014Que faites-vous donc, père Denis?Vous le voyez, mam\u2019zelle Rosette, j'ouvre votre malle.Tenez-vous beaucoup à ce qu\u2019il y a dedans?\u2014C\u2019est mon trousseau de pensionnaire.\u2014Et un ben joli trousseau, ma fine! C\u2019est fâcheux de gâter tout cela, mais à la guerre comme à la guerre, et il faut faire la part du feu.ou de- l\u2019eau.\u201d - Et à la grande stupéfaction de la fillette, il mit les bras au fond de la caisse, en retira robes, chapeaux, dentelles, linge, rubans, et jeta le tout à la rivière.\u2018Vous êtes fou! père Denis.\u2014Non, rassurez-vous, demoiselle, j'obéis à mes instructions, je vous expliquerai cela tout à l'heure.\u201d Et lançant quelques grosses pierres sur un fichu qui surnageait, il remonta en voiture, prit le trot accéléré.,Ç \u201cLà, maintenant personne ne peut nous entendre et je vais vous dégoiser la chose.Maître Monroy a obtenu un laissez passer pour deux personnes, et comme nous allons être trois, nous mettrons le troisième aux bagages où il passera inaperçu.Justin ?\u2014Dame, il ne sera pas trop bien, et ce lit-là ne vaudra pas le vôtre, mam\u201d- zelle Rosette, mais en rase campagne nous lui donnerons de l'air et puis en- \u2014 ~~ fin! cela vaut encore prison.mieux que la Mais si on ouvre la caisse comme tout à l'heure avant de partir?\u2014Pas de danger! -À la prière de votre grand-père, le capitaine prussien y a gracieusement apposé son calhet pour y éviter le désagrément d\u2019une nouvelle visite.\u2014 Mais Justin?Nous allons l\u2019attendre au \u2018\u2018chemin des meuniers\u2019\u201d\u2019 où Zémillia s\u2019est chargée de le conduire.\u2014Oh! elle réussira! pour une idiote, c'est une fine mouche!\u201d La substitution opérée rapidement par les soins du docteur et de maître Monroy était passée inaperçue et Justin, transporté dans une pièce de derrière, y était demeuré jusqu\u2019à la nuit.Puis, tandis que l'attention se concentrait sur la chambre où ralait son grand-père, Zémillia avait étendu le jeune homme bien enveloppé, dans sa brouette vide de son locataire, et, passant le long des granges, avait traversé le village endormi.Elle allait doucement, avec précaution, pour éviter le moindre bruit, le moindre choc au blessé à qui le docteur avait administré un puissant somnifère.Elle rasait les maisons, recherchant l'ombre des murs, pour éviter les mauvaises rencontres.Au milieu du pont, où Etienne avait abordé Rosette quelques jours auparavant, elle croisa deux Prussiens à moitié ivres, regagnant le village.\u2018Où vas-tu ainsi?dit l\u2019un\u201d.: \u2014Que caches-tu dans ta brouette?ajouta l\u2019autre.\u2014G'\u2019est mon grand-père qui est ma- \u2018lade, vous nous connaissez bien?ré- pondit-elle hardiment, = Tq =e it ÿ it 7 ih! AR ie fight fis = Ke fd i: At BR Di À , à \u2018Vol.15, No 8 .LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 \u2014Eh oui! c\u2019est la petite qui dénonce les bonnes caves | dit le second, laisse-la tranquille.\u2014Faut voir.faut voir.attends que je frotte une allumette.\u2019\u201d\u2019 répétait l\u2019autre avec une obstination d'ivrogne.Zémillia frémit.traversa sa pensée.Le pont était étroit, la nuit noire, l\u2019eau profonde, ces hommes chancelant déjà sous les fumées de l'ivresse.Si elle les poussait dans la rivière! \u201cAvancez\u2019\u2019, dit-elle avec une résolution farouche.Heureusement pour eux, l'humidité empêchait les allumettes du premier soldat de prendre et le second impatienté l\u2019entraîna en disant: une idée terrible \u201cTy vas nous geler ici.\u201d Zémillia respira fortement : elle était sauvée.| Ses forces décuplées par le sentiment du danger évité, elle atteignit bientôt le chemin creux ou attendaient Rosette et le pére Bourel.Ce dernier enleva \u2018\u2018son fiu\u2019\u2019 dans ses bras comme une plume et le déposa dans la malle demi-assis, demi- couché.| \u201cLa! oe n\u2019est qu\u2019une nuit à passer, demain nous serons à Brévannes, où les Prussiens ne sont pas encore, et de là nous gagnerons la Normandie.\u2014Dieu vous entende, Denis!\u201d soupira la fillette en glissant un châle en guise d'oreiller sous la tête.pâle de Justin.\u201cSeulement il s\u2019agit de ne pas flâner, demoiselle.| \u2014Oui.oui.mais attendez un peu, mon bon Denis.\u201d Et sautant légèrement en bas de la voiture, elle alla à Zémillia debout sur la route.\u201cVeux-tu venir avec nous?lui dit- elle affectueusement.\u2014Non.\u2014Veux-tu m\u2019embrasser au moins?\u2014Non.\u201d Ge fut si dur, si farouche, que Rosette recula, le coeur serré.\u2018\u2018Au revoir, alors\u2019, dit-elle avec douceur.La voiture s\u2019ébranlait lentement quand, se ravisant, l\u2019étrange créature grimpa sur l\u2019essieu et, se penchant dans l\u2019intérieur, déposa rapidement un baiser sur le front du jeune homme.Avant que Rosette fût revenue de sa surprise, Zémillia, reprenant son éternelle brouette, disparut dans la direction opposée.Toute la nuit, le village fut en révolution.On fouilleit toutes les maisons, de la cave au grenier, toutes les granges, du sol jusqu\u2019au faîte.réveillant brutalement dans leur sommeil les malheureux habitants affolés, croyant à quelque sinistre cxécution.Enfin la déception des deux soldats qui avaient rencontré Zémillia et sa brouette apporta un peu de lumière et, dès le matin, le capitaine lança un détachement de uhlans sur cette piste.Assurément, avec un équipage aussi primitif, les fugitifs ne pouvaient être bien loin.En effet, leurs traces s\u2019arrêtaient au chemin des meuniers, à partir de là commencèrent les difficultés.La brouette, comme prise de folie, faisait cent tours et détours, remontant vers Séry, escaladant les talus, descendant les ravins au grand mécontentement et dommage des hommes et des chevaux essoufflés.Puis brusquement, faisant demi- tour, elle avait filé sur Nanteuil. Vol.15, No 6 Là, un sergent commandant l\u2019exercice, l'avait vue passer daris la brume, glissant sur Ormoy comme une ombre fantastique.Zémillia s'était-elle égarée?Cher- chait-elle vainement un refuge?Sui- vait-elle un plan déterminé?En tous cas, elle devait avoir des bras et des jambes d'acier, car son pas ne se ralentissait nullement et cependant l\u2019empreinte de la roue fortement creusée dans le sol humide, indiquait un poids pesant.Le crépuscule tombait déjà quand les cavaliers se retrouvèrent à l\u2019entrée du Fond-de-Vaux.| C\u2019était une gorge profonde, encaissée entre deux collines, hérissée.de pins rabougris et de roches moussues, où bien souvent.jadis, Justin venait étudier ses leçons, tandis que Zémillia cueillait des mûres sauvages.Les chevaux harassés avancaient lentement, enfonçant dans la vase, buttant aux troncs d'arbres, glissant sur les herbes visqueuses tapissant ce \u2018terrain marécageux.Soudain l\u2019un d'eux fit un brusque écart qui désarçonna son maître et l\u2019envoya rouler à dix pas.Il se releva couvert de boue et revint, jurant, menaçant, vers l'animal qui hennissait de douleur.Une pierre, se détachant du sommet de la colline, venait de lui déchirer la croupe.| Une seconde suivit.puis une troi- siéme.Les uhalns surpris levèrent les yeux.Ils ne virent personne.La grêle continuait, bossuant les casques, blessant les hommes, irritant les chevaux qui ruaient et se cabraient en désordre.Furieux, les soldats cherchaient vainement cet ennemi invisible et te- LA REVUE POPULAIRE \u2018 nace, quand om TB ee Montréal, juin 1923 l\u2019un d\u2019eux aperçut, à l\u2019entrée d\u2019une sorte de terrier masqué par un entassement de roches, deux grands bras maigres se levant et s\u2019abaissant, chargés de projectiles qu\u2019ils lançaient d\u2019un mouvement mécanique avec la régulatrité d\u2019une catapulte.\u201cLà! là!\u201d oria-t-il en mettant aussitôt pied à terre.Ses compagnons l\u2019imitèrent et se précipitèrent à l\u2019assaut de cette redoute improvisée, grimpant sur les _ mains et les genoux, se cramponnant aux rares touffes d\u2019herbes aux ronces - piquantes, aux arbustes flexibles, étourdis, aveuglés par la pluie de pierres et de gravats qui roulaient sur leurs têtes et ensanglantaient leurs fronts.Enfin ils arrivèrent devant la barricade, se ruèrent dessus et la démolirent en un clin d'oeil.Résolue et farouche, comme une lionne devant la tanière qui abrite ses petits, Zémillia les attendait de pied ferme sur le seuil que dépassait un des brancards de la fameuse brouette.Epuisée, à bout de force, les pieds déchirés, les mains en sang, elle n\u2019avait pu aller plus loin, s'était tapie là, comme une bête aux abois, venant mourir près de son gîte, mais faisant payer cher la curée aux chiens qui la poursuivent.\u201cRends-toil\u201d\u2019 vociférèrent les Prussiens.Elle éclata de rire et, pour toute réponse leur jeta une poignée de sable au visage.Exaspérés par la douleur, ils tirèrent leurs sabres et fondirent sur la malheureuse qui, le crâne ouvert, la poitrine trouée, roula devant la brouette si chèrement défendue.Ils la tirérent au dehors et arrachèrent le manteau qui la recouvrait avec un ori RR TRF PETE, Été fe a: sn oY ol A SA Coo Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 de triomphe qui se changea en un cri de rage.La brouette ne contenait que des pierres.Les beaux jours étaient revenus.Le soleil brillait de nouveau sur nos campagnes en deuil, les torches de la guerre étrangère étaient enfin éteintes, la paix et la confiance renaissaient dans les âmes comme les bourgeons sur les arbres et les blés dans les champs.Un cabriolet, trainé par notre ami Bijou, suivait encore une fois la route de Duvy.Trois personnes en occupaient le fond: Un vieillard aux traits sévères, adoucis par une joie lumineuse; Un jeune homme pâle encore, sous son sourire un peu triste; Une jeune fille radieuse, saluant gaîment jusqu'aux pierres du chemin et ne se rejetant en arrière qu\u2019à la vue d\u2019un casque à pointe assombrissant le front de ses compagnons.C\u2019étaient maître Monroy et ses enfants./ Après une dure captivité, stoïquement supportée pour l\u2019amour de son petit-fils, il regagnait enfin ses foyers.\u201cVoyez donc, Justin, comme l'air est pur, le ciel bieu et le soleil caressant, disait Roselte avec enthousias- \u201cme.Toute la nature nous fait fête.Les oiseaux saluent notre retour de leurs plus douces chansons et voilà un bleuet, le premier que j'apercois, qui semble s\u2019ouvrir exprés pour nous sourire.\u201d Le jeune homme sauta légèrement à terre et courut le cueillir.\u201cAvec ce coquelicot, son voisin, et les pâquerettes que voici, cela vous fait un bouquet tricolore, ma cousine.\u201d ne Elle le remercia gentiment.\u201cAllons- done, Justin, nous n\u2019arriverons jamais\u2019, dit le fermier grillant d\u2019impatience de revoir sa ferme.Elle montra bientôt ses toits ardoisés qui firent monter deux larmes aux veux du vieux terrien.Cependant elle ne devait pas avoir sa première visite., Le cabriolet s'arrêta d\u2019abord devant la chaumière des Bourel, au-devant de leur \u201cfieu\u201d déjà dans leurs bras.Hélas! tous ne s\u2019ouvraient pas pour le recevoir: Prosper, Claude manquaient à l'appel, et Etienne, une manche flottante, n'avait plus qu\u2019une main pour serrer celle de son filleul.N'importe! Après les douleurs et les souffrances de cette horrible guerre, on se trouvait encore heureux de ne pas compter plus de vides autour de soi; et, après le souvenir ému donné aux morts, on embrassait une fois de plus les vivants.: \u201cJ'ai tenu à ce que vous ayez ma première visite, mes amis, dit affee- tueusement le mâire; j'ai tenu à vous exprimer ma reconnaissance pour tout le bien que vous avez fait à mon petit-fils.11 est plus à vous qu'à moi; \u2018et après l'avoir repoussé jadis, je ne saurais vous le redemander aujour- d\u2019hui.\u2018Pourtant je suis bien vieux, bien seul, ma maison est bien vide.\u2018Soyez bons, venez tous la remplir, ne formons qu'une seule famille, remplaçant celle que j'ai perdue\u201d .Auparavant, on se rendit au petit cimetière où si souvent Justin avait suspendu des couronnes sur la tombe de sa mère inconnue.Cette tombe n'existait plus et, sur le caweau de famille des Monroy, a côté du nom de Justin, on lisait celui LE a wm 76 ve accourus \\ is Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE iptgigt el Mortréal, juin 1922 de Lydia, qui dormait enfin auprès de son époux.Et leur fils, s\u2019agenouillant pieusement sur la pierre, pria pour ses parents qu\u2019il n\u2019avait pas connus et qu'il eût tant aimés, À quelques pas de là, un monument tout neuf, érigé sur l\u2019ordre de maître Monroy, réunissait les restes du père Gosaque et de sa petite-fille.Justin et sa cousine s'y arrétérent un moment, pensifs, émus, au souvenir de cette étrange existence, de cel héroïque dévouement.\u201cNous parlerons souvent d'elle\u2019, dit doucement Rosette.Et, détachant de sa ceinture le bouquet tricolore, don de Justin, elle le déposa, comme un délicat hommage, sur la tombe de la pauvre morte.FIN ) DANS NOTRE NUMERO DE JUILLET NOUS PUBLIERONS UN ROMAN COMPLET qui aura pour titre : LA VENGEANCE DU Dr MOHR PAR | 0H GUSTAVE LE ROUGE RETENEZ DES MAINTENANT VOTRE PROCHAIN NUMERO.\u2014 ame \u2014 T1 \u2014 L\u2019INVENTION DE L\u2019IMPRIMERIE On expose actuellement aux Etais- Unis, parmi les plus précieux incunables, le premier livre imprimé en caractères mobiles\u2014la Bible de Gutenberg, qui daterait de l\u2019an 1450.Avant de parler de I'imprimeur Gutenberg et de l'invention de l\u2019imprimerie, disons tout de suite que la seule Bible authentique de Gutenberg, la \u2018\u2018Mazari- ne\u2019\u2019, n\u2019a que quarante-deux lignes et fut composée en collaboration avec Fust.En effet, des essais typographiques de Gutenberg, à Strasbourg, et qui devaient être le commencement d\u2019une Bible, il ne reste rien.Comme il n\u2019a jamais mis son nom sur les livres sortis de ses presses, il ne saurait y avoir de certitude; mais on est fondé à lui attribuer plusieurs Donats, deux éditions de Lettres d\u2019indulgences et le Psautier de 1457.Gutenberg n\u2019a pas, comme on le dit souvent, inventé l'imprimerie, connue bien avant sa naissance; il a perfectionné la presse et le matériel de l\u2019imprimeur, et, en améliorant la typographie, c\u2019est-à-dire le système des lettres mobiles, il a permis à l'imprimerie de prendre un développement considérable.Jean Gutenberg est né et mort à Mayence, 1397-1468.En 1450, Gutenberg .s\u2019associa avec le banquier Jean Fust.Gutenberg, seul, aurait imprimé en son bon temps, jusqu\u2019à trois cents feuilles par jour.0 Les diamants peuvent être blancs ou noirs, quelquefois ils sont bleus, rouges, bruns, jaunes, verts, roses et oranges; on n\u2019en trouve pas de violets, quoiqu\u2019en plus des améthystes, il existe des saphirs, des rubis et des grenats de cette couleur.EERIE A FE Vol.15, No 6 Les annales de la médecine et de la chirurgie portent les noms d'Hippo- crate et d\u2019Esculape comme étant ceux des premiers hommes qui se rendirent célèbres en ces sciences.D'autres noms se sont ajoutés à ces deux premiers, qui ont attiré moins d'attention mais qui méritent cependant une mention plus distinguée.Le premier de ceux-là qui nous vient à l\u2019esprit est celui d\u2019Ambroise Paré, ce célèbre chirurgien français qui vécut de 1510 à 1590.La période où il exerça son art, avec une science et un dévouement qui font l\u2019admiration des plus grands médecins et savants de notre époque, était traversée par des guerres intestines et religieuses.Les combats continuels qui se poursuivirent pendant toute son exis- - tence donnèrent moultes occasions à \u2018Ambroise Paré de prodiguer ses soins aux soldats blessés.\u2018Il perfectionna ie traitement des sétons et cicatrices de toutes sortes et pratiqua des amputations remarquables.Avant les découvertes de Paré, les charlatans et médecins improvisés de la campagne avaient accoutumé à verser de l'huile bouillante dans les blessures de fusil, dans le but, fort louable il est vrai, de combattre le poison que contenait la poudre usitée, (si vraiment poison il y avait).Bien qu'on lui attribue l\u2019invention des ligatures ou cordonnets, morceaux d'étoffe, charpies servant à arrêter l\u2019effusion du sang, Paré n\u2019a jamais voulu admettre dans sa grande modestie avoir imaginé cette savante méthode.LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 Il rappelait à bon escient à ses admirateurs que l\u2019histoire avait donné le nom de \u2018\u201c\u2018bandelettes d'Hippocrate\u201d à certains cordons employés dans l\u2019antiquité à cet usage.C\u2019est cependant lui, Ambroise Paré, qui, le premier, se servit de ces ligatures pour panser les plaies et comprimer les moignons des membres amputés pour empêcher l\u2019hémorrhagie, au lieu de brûler les dits moignons au moyen de fers rougis ou d'huile bouillante.Il n\u2019est pas difficile de comprendre la gratitude, la reconnaissance que les soldats de cette époque devaient porter à leur bienfaiteur qui leur épargnait par son invention des souffrances atroces.Les supplices qu'ils enduraient aux mains des chirurgiens d'alors, simples bouchers, étaient tels que plus d\u2019une fois un patient exaspéré, surmontant ses douleurs, tua son tortionnaire.Mais Paré était plus qu\u2019un grand chirurgien.Il arriva à la célébrité avec son seul génie.Sa vie (il vécut jusqu\u2019à l\u2019âge avancé de quatre-vingts ans, ce qui était beaucoup à cette - époque tourmentée) se passa à la cour et dans les camps, où il approcha dans l\u2019intimité les flgures les plus connues des mondes social, militaire et politique.; On trouve dans ses volumineux écrits la marque de son esprit et de son caractère.Ses découvertes et ses expériences sont racontées dans le langage le plus simple.Beaucoup se sont demandé s\u2019il fut bon catholique ou bon huguenot, mais quelqu'\u2019ait été sa secte particulière, il fut excellent (f \u2018| ' qu fé \u2014\u2014\u2014 rat oral FL \u2018 n ova Val.15, No 6 ~ chrétien, attribuant toutes ses guérisons à l\u2019intervention de la divine Providence.Il était doux et charitable, compatissant à ses parents et amis et à ses patients de toutes sortes, grands et petits, pauvres ou riches.Il portait aux soldats une affection toute particulière.| Ambroise Paré amassa dans la pratique généreuse de sa profession beaucoup d\u2019argent.En plus d'un paté AMBROISE PARE (1510 1590) de maisons prés du Pont St-Michel, il possédait un vignoble à Meudon et diverses propriétés.Il secourut avec cet argent tous les miséreux et donna de l\u2019aisance à tous ses parents et à tous les parents de sa femme.Il naquit à Boung Hersent, petit village situé non loin de la cité de Laval.Son père était le valet de chambre et le barbier du Sieur de Laval.Gertains historiens prétendent qu\u2019il eut un frère chirurgien-barbier à Vi- LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 tré.C\u2019est avec lui, paraît-il, que Paré aurait commencé ses études de chirurgie à Vitré même ou à Angers.Quand il arriva à Paris, vers l'an 1532, il prit le titre d\u2019apprenti chirur- gien-barbier.Ce n'était pas facile à cette époque de prendre le titre de médecin ou de chirurgien, La profession médicale était divisée en trois classes : les médecins, membres de la Faculté de Médecine ; les chirurgiens, membres de la Confrérie de Saint Côme; finalement, les chirurgiens barbiers.Après avoir fait quelques années d\u2019infernat à l'Hôtel-Dieu, hôpital fondé à Paris, au septième siècle, il entra dans une formation sanitaire de l\u2019armée.Dès sa première campagne, il révolutionna le monde scientifique en inventant, pour la compression des moignons et la cicatrisation des plaies de balle, la ligature ou la bandelette.A l'instar de toutes les grandes découvertes, la sienne lui fut suggérée par un incident banal, ou plutôt par un accident.Les troupes françaises s\u2019étaient emparées du château de Vil- laine, après un rude combat.Paré, dans la relation de cette campagne, raconte qu\u2019il scigna les premières blessures à l'huile bouillante, d\u2019après la méthode prescrite par Jean de Vi- go.Mais le nombre des blessés était si grand que le chirurgien manqua bientôt d\u2019huile.Il employa à Ia place une mixture de jaunes d'oeufs, d\u2019huile de roses et de térébenthine.Mais, dans la nuit il se représenta les pauvres soldats souffrant cruellement de ses pansements sommaires.Et c\u2019est là qu\u2019il conçut l\u2019idée de ses ligatures.Parmi les célébrités que soigna Ambroise Paré, mentionnons: Antoine de Bourborf, roi de Navarre et frère du prince de Condé; le prince de la + ns ty dC sult tes TR dt ore. ee rd J ta a pi.Ji i A Vol.15, No G LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 Roche-sur-Yon; monsieur de Guise et nombre d\u2019autres.Ambroise Paré contribua donc à adoucir les rigueurs de la chirurgie, qui, cependant n\u2019eut rien de bien gai, jusqu\u2019au commencement du dix-neuvième siècle.On cicatrisait, pansait, amputait sans anesthésie.Une boucherie! Nos ancêtres avaient plus de résistance physique que nous, qu'une civilisation avancée a ramollis.Nous trouverions aujourd\u2019hui très peu de patients pour subir de pareilles opérations et très peu de chirurgiens pour les pratiquer.: La rudesse de nos ancêtres, leur quasi-insensibilité devant la douleur physique, leur inhumanitarisme et leur fanatisme religieux sont les causes profondes de la sauvagerie du moyen âge, par exemple, et de l\u2019atrocité de ses supplices.La simple pendaison, la guillotine, l\u2019électrocution eussent paru à ces gens châtiments trop doux.C\u2019était une grande faveur à faire à un condamné que de l'étourdir un peu avec un maillet avant que de les brûler! , Ces états d'âmes se retrouvent au- jourd'hui chez les peuples ignorants; en Chine, en Russie et dans les contrée lointaines où n\u2019ont pas pénétré nos civilisations débonnaires.De nos jours, la sensibilité morale et physique, l\u2019humanitarisme, l\u2019instruction, qui font de l\u2019homme un être apparemment moins grossier font que nos lois semblent \u2018plus clémentes.La révolution française a fait adopter par le monde l'égalité devant la mort et l\u2019uniformité des supplices, alors qu\u2019auparavant les châtiments étaient proportionnés aux crimes.Dans cent ans, peut-être, nos descendants, trouvant barbare la peine da mort, aboliront-ils cette coutume et mais les artistes.nous paraîtrons à leurs yeux des êtres aussi grossiers que les justiciers médiévaux.On ne trouverait de-nos jours de juges pour condamner leurs semblables à toutes les tortures prévues par le code pénal du passé, ni de bourreaux pour exécuter de pareilles sentences.Le progrès et la science ont en quelque sorte adouci nos moeurs et émoussé en même temps notre résistance physique.OQ LE PONT DES SOUPIRS Le \u201cPont des Soupirs\u2019\u2019, à Venise, fameux dans le monde entier pour sa triste réputation, vient d\u2019être transformé en une galerie d\u2019art, que fréquenteront dorénavant, non plus les criminels conduits: aux supplices, Pour la première fois depuis quatre cents ans, le célè - bre pont qui relie le Palais des Doges à l\u2019ancienne prison d'Etat donnera passage à des hommes libres et joyeux au lieu qu'avant passaient sur lui les condamnés à mort et à la torture, ainsi que les condamnés à la détention perpétuelle.Le Palais des Doges est donc converti en un musée d'art et le Pont des Soupirs en deviendra l\u2019une des galeries.En général, comme aucun souvenir historique précis ne se rattache à ce pont, qui a exercé fréquemment l'imagination des romanciers et des poètes, on sait simplement et c\u2019est déjà assez qu\u2019il conduisait du palais des Doges aux prisons tous les condamnés.Il date du seizième siècle.Il est suspendu à une certaine hauteur au-dessus d\u2019un canal étroit.| aa 5 Vol 15, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Juin 1922 VAUDEVILLE vs CINEMA \u2014_ Bien que les étoiles du cinéma fassent pâlir, depuis quelques années, les étoiles du vaudeville, ou plutôt de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler vaudeville en Amérique, les danseurs, chanteurs, musiciens, acrobates et prestidigitateurs se payent encore très cher.Aux Etats-Unis comme en Canada, les théâtres de vaudeville, nombreux, font encore de belles affaires.Gepen- dant, le bon vieux temps a passé pour ces artistes bizarres dont la vie consiste à répéter pendant des années, sur toutes les scènes du continent, une heure par jour, en matinée et en soirée, les mêmes boniments ou les mêmes tours! Il est bien inulile de les présenter à nos lecteurs qui les connaissent tous pour les avoir vus et entendus dans les trois ou quatre théâtres de Montréal où l\u2019on donne encore quelques numéros de vaudeville, malgré la vogue dont jouitle cinéma, lequel maintenant constitue l\u2019art qui attire le plus de gens.mm a Dans les établissements Princess, Orpheum, Loew's, de ce temps-oi, comme autrefois au Français et au Théâtre de Sa Majesté, les artistes donnent leur numéro deux fois par jour et ailleurs quatre fois par jour, dans l'après-midi et dans la soirée.Qu'il s\u2019agisse de chant, de danse, de musique ou d\u2019acrobatie, ce sont toujours les mêmes rengaines qui reviennent d\u2019une semaine à l\u2019autre, rengaines qu\u2019il ne coûte pas beaucoup à ces \u201c\u2018artistes\u2019\u2019 de se mettre dans le coco, puisqu'ils gardent le même programme pendant une année entière.C\u2019est encore les nègres, les juifs et les jeunes gommeux qui remportent le plus de succès.Il existe dans Montréal des milliers de personnes et mal« heureusement des centaines de Ca- nadien-français qui ne manquent jamais une semaine du Gaiety, par exemple, pour apprendre là quelques- unes des blagues insipides que débitent le cireur de bottines nègre ou le marchand juif, blagues qu\u2019ils vont = 81 = Vol.15, No 6 colporter un peu partout dans le but d\u2019épater les imbéciles et de faire pro - fiter la civilisation latine en Amérique | ; Cependant, il faut de temps à autre que les artistes du vaudeville fassent preuve d'un certain sens psychologique, dans le choix de leurs morceaux, quand, d\u2019aventure, ils se décident à remanier un peu leur \u2018numéro\u2019.Ils doivent pour cela se baser .sur les goûts actuels du public, connaître ses chansons favorites, ses danses préférées, les noms mêmes des étoiles du cinéma dont il s'attend à entendre parler ou à voii parodier sur la scène.Mais dans toute cette affaire, les plus psychologues doivent être les gérants des théâtres de vaudevillles ou les distributeurs d'artistes.Ces sortes d'impresarios doivent savoir parfaitement ce qui convient à leurs clients ou habitués de chaque ville et petite ville et même de chaque jour.Les clients changent avec les jours et avec les endroits.Il est des jours, le lundi, par exemple, où l\u2019on voudra des amusements reposants (pour se reposer des fatigues du dimanche, jour de repos), des farces faciles a comprendre, de la musique de chambre, des petites femmes légèrement mises qui ne font aucun bruit en glissant sur la scène dans des danses antiques; d\u2019autres jours, le samedi en matinée et en soirée, le public exigera des distractions plus excitantes et c'est aux gérants à savoir tout cela.Ainsi, dans certaines villes, les marchands juifs et les nègres ont de la vogue tandis qu'ils sont conspués dans d\u2019autres, Aux gérants encore à ne pas l\u2019ignorer.Dans une troisième localité, ce que le public réclamera sera ce comédien irlandais à la trogne grosse comme une tomate dont le pan LA REVUE POPULAIRE Montréai, juin 1922 de l\u2019habit est toujours relevé par une bouteille dont le goulot dépasse, et ainsi de suite.Quels sont les salaires de tous ces artistes ?Il y a quelques années, vingt-cinq ans pour préciser, un cachet de $40 à $200 par semaine satisfaisait tous les comédiens du monde burlesque ou vaudevilliste, monde qui doit comprendre une vingtaine de milljers d\u2019habitants.Aujourd\u2019hui, un billet de $400 par semaine est le moins qu\u2019on puisse leur offrir.Il en est même qui touchent jusqu\u2019à $3,000 par semaine pour une quinzaine d\u2019apparitions sur la scène, apparitions qui durent le temps d\u2019un songe, quelques minutes.| Et ce qu\u2019il y a de plus particulier dans ce genre d\u2019art théâtral, c\u2019est qu\u2019à part de très rares exceptions, de plus \u2018en plus rares, grâce à l\u2019indulgence du public, ceux qui le pratiquent n\u2019ont besoin d\u2019aucun talent.Sans doute, faut-il que les prestidigitateurs, les hypnotiseurs connaissent leurs métiers, aient les doigts déliés ou les yeux vifs; sans doute, faut- il que les pianistes, les violonistes et les xylophonistes possèdent quelques notions de la musique ou sachent au moins leurs gammes, mais tous les autres comédiens ou comédiennes n\u2019ont besoin d'aucun talent particulier.Les danseuses doivent être bien tournées et richement mises, ou encore mises tout simplement de manière à ne pas être complètement nues.Point n\u2019est nécessaire qu\u2019elles connaissent les premières notions de l\u2019art chorégraphique ; savoir faire quelques bonds élégants, se ployer le corps en arrière, -dodeliner de la tête, saluer très bas pour remercier des applaudissements voilà ce qu\u2019il faut eg Loh RR I RE RP eT TN rT rE Tey TRI TE LRT EN ORT ET RST RI TATOO YT A OR IF URRY IY A PR PRO at ADP A PPT EE all [Liste CARTE the En a $n J lin ! fe fh iff a im - RE we US = = Val.15, No 6 pour être première danseuse au vaudeville.| Les chanteurs et chanteuses sont presque tous des gens qui pourraient rivaliser aveo les colporteurs, les vitriers, les petits camelots qui crient les journaux ou les marchands ambulants de bananes! Les acrobates mêmes pratiquent à peine un tour ou deux, préférant pour cacher leur inhabileté jouer, entre chaque saut en hauteur, un petit air de banjo, de façon à faire croire aux gens qu\u2019ils ont tous les talents.D\u2019ailleurs, de deux acrobates qui apparaissent en même temps sur la scène, il en est toujours un qui ne sait rien faire.Pour donner un exemple de la facilité avec laquelle on peut, grâce à des influences ou à une oertaine chance, atteindre à la célébrité dans le genre vaudeville, nous allons citer le cas d\u2019une franco-américaine du nom d\u2019E- va Tanguay, née à Holyoke, Mass.Simple employée dans une factorerie de sa ville natale, elle fut embauchée un jour par un impresario à qui elle avait fait part de son ardent désir de faire du théâtre.Celui-ci, pour s\u2019amuser, lui avait permis de paraître sur la scène, un soir, juste un soir.Contre l\u2019attente de ce gérant qui n\u2019attendait rien de bon d\u2019Eva Tanguay, celle-ci fit fureur.Ses toilettes, son allure, plurent beaucoup au public qui l\u2019ap- plaudit- à outrance.Sans savoir danser ni dire de façon même ordinaire, cette jeune personne avait été lancée.Elle apprit par la suite à chanter et à danser, et devint, étant jolie fille et très élégante, la coqueluche de tous les habitués de vaudeville des Etats- Unis.Reste à savoir maintenant si le vaudeville saura lutter longtemps contre LA REVUE POPULAIRE Montréel, juin 1088 le cinéma et si tous les artistes de ce genre ne seront pas obligés un jour d'aller chercher leur subsistance dans quelque compagnie cimématographi- que.\u2014\u2014\u2014) LES CENT MANIERES de S\u2019ASSEOIR Les Egyptiens s\u2019asseyaient tout d\u2019un coup, comme s'ils avaient été lancés par une flèche; ils joignaient les genoux et les pieds et les tenaient étroitement serrés.Les anciens monuments donnent la reproduction fidèle de la position des Egyptiens assis.C\u2019était là l\u2019attitude des cérémonies religieuses.Les Grecs et les Romains, quand leurs sièges n\u2019avaient pas de dos et quand il ne s\u2019agissait pas de s\u2019asseoir devant un personnage respectueux, comme un prêtre, un roi, un haut magistrat, s'asseyaient en se portant en avant, comme accroupis; quand les sièges avaient des bras, les Romains s\u2019accoudaient d\u2019un seul côté.À l'encontre des Egyptiens, les Chinois s\u2019asseyaient les jambes écartées: on retrouve cette posture dans des idoles, des statues, qui ont plus de quatre mille ans.Les Saxons et les anciens Normands sont représentés dans les vieux manuscrits, sur les médailles ou monnaies, dans la même posture.A une époque plus récente, les rois et les reines recevaient assis avec une raideur dont ils ne se départaient pas : ç'eût été faillir à la dignité royale.Aujourd\u2019hui, les Souverains reçoivent debout., Quant à nous, nous croisons les jambes, ce qui est mauvais et malséant; nous ne savons que faire de nos bras, ce qui est disgracieux, il y a peu de gens qui savent s\u2019asseoir, - 88 a Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 La comédie-et la société française empruntèrent à l'époque de la Renaissance les personnages de la fameuse comédie italienne, et partieu- lièrement le joyeux Pierrot, le tendre Arlequin et l'espiègle Colombine.Deux siècles plus tard, avec le théâtre moderne, on vit apparaître en France le jeune premier, le mari malheureux, la granda coquette et l'ingénue.Les Américains, dont le théâtre et surtout le cinéma sont de récentes créations, adoptèrent à leur: tour les personnages de ia comédie française : la grande coquette à laquelle ils donnèrent le nom de \u2018\u2018vampire\u2019\u2019; le jeune: premier qu\u2019ils baptisèrent \u201cbutterfly man\u2019 et la jeune ingénue, l\u2019enfant terrible, appelée depuis quelques mois a supplanter la vampire, qu\u2019ils nomment dans leur langage naïf et amu- .sant à la fois \u2014la \u2018sweet sixteen\u2019\u2019.Or donc, la mode est en ce moment à la jeune ingénue ou à l\u2019enfant terrible.Va pour l\u2019enfant terrible! Ces petites jeunes filles dégourdies, la coqueluche du cinéma et de la société, doivent avoir seize ans et la beauté du diable.Elles sont très émancipées, comme savent l'être sans aucune difficulté toutes ces petites demoiselles qui se sont \u2018débarrassées de la douce influence de leur mère et n\u2019acceptent pas les conseils des vieilles personnes, voulant vivre seules leur vie, à la manière des hommes ou.des veuves.Au cinéma, on les fait fumer, sans tousser, boire des cocktails sans s 'étourdir et jouer le poker sans avoir peur de perdre de fortes sommes.Naturellement, ces jeunes ingénues américaines, qui ne manquent pas pourtant dans notre bonne province où les femmes s\u2019émancipent de plus en plus, ne prennent pas les chaperons au sérieux.Puis, pour terminer cette description, ces petits bouts de femme doivent savoir danser le jazz comme des \u2018\u201c numéros de vaudeville \u201d et toutes les gigues du répertoire négro-amé- ricain.Que deviendront à un certain âge ces jeunes ingénues qui se mogquent de toutes les loïs sociales et se rient de toutes les conventions?Des névrosés, des déséquilibrées ou des propres à rien.D'ailleurs, il est facile de distinguer, non pas seulement au cinéma mais dans la rue, dans les familles, dans les salons, le caractère et la morale d'une personne par sa toilette et son allure particuliére?Or, ce qui nous prouve que nos pe=- tites jeunes filles se laïssent facilement influencer par les artistes qu'\u2019ei- les admirent au cinéma, c\u2019est que leur mise\u2019 s\u2019en ressent, ainsi que leurs conversations et leurs manières.Au lieu de s'intéresser aux soins du ménage à la maison, de se familiariser avec leurs devoirs domestiques présents et futurs, d\u2019orner leur esprit de sciences pratiques et d\u2019études spéculatives, littérature à petite dose, histoire, etc., qui en feraient des épouses complètes, nos jeunes filles de seize à vingt ans préfèrent depuis quel- F+ < at Le Fn dy Vol.15, No'8 ques années poser aux jeunes blasées, danser les gigues les plus grotesques, au son d'un grammophone, pénétrer dans tous les théâtres sans distinction, se laisser courtiser par tous les jeunes gens assez délurés pour leur faire fumer des cigarettes ou lire n\u2019importe quel livre.\u201c On disait jadis, jadis, avec un geste de désespoir: \u201cI n\u2019y a plus d'enfants!\u2019 a LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 nous débarrasserait de tous les bas- bleus.Les mères et les pères devraient se montrer d\u2019une sévérité plus marquée à l\u2019endroit de leurs jeunes filles.Le salut de la race est en jeu, Si, avec le temps et la malsaine influence de la civilisation américaine, le nombre de nos \u2018enfants terribles\u2019 augmente, où les hommes prendront-ils les épousaa ENS EST PTT IH \u2018 \u201cur Eu , Vale, M - -Aujourd\u2019hui, c\u2019est: \u201cIl n\u2019y a plus de jeunes filles qu\u2019il faut dite?\u2019 \u201c3 + En effet, et cette opinion peut surprendre bien des personnes fort intelligentes, les jeunes filles de nos jours sont trop instruites ou ne le sont pas du tout.Il faudrait établir une moyenne d\u2019éducation.uniforme qui formerait \u2018des.jeunes personnes:intéressantes et qui leur feront des compagnes agréables et leur donneront des enfants?Et puisque nous voulons parler de l\u2019éducation intellectuelle des jeunes filles, voici, si nous étions surintendant de l'instruction publique, le programme d'études que nous imposerions aux jeunes filles dans toutes les institutions religieuses ou laïques: \u2014 85 \u2014 Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Juin 1922 Catéchisme et apologétique, arithmétique, (quatre règles simples, règles de trois, intérêts, etc., toutes choses strictement nécessaires à l'épouse pour conduire les affaires de son ménage et à la femme séparée de biens, célibataire ou veuve pour administrer ses biens propres), histoire et préceptes de littérature, histoire du Canada et universelle, géographie, étude toute particulière des langues française et anglaise, notion élémentaires de droit, notions d'art et d\u2019architecture, musique, dessin, chant, broderie, couture et art culinaire.Nous en passons certainement, mais enfin, ce programme est suffisant pour former une femme intéressante, dans le sens ou nous l'entendons, une femme qui, au sortir du couvent, trouverait dans le soin de sa maison, la lecture et les arts d\u2019agrément des distraclions beaucoup plus grandes et beaucoup plus satisfaisantes que les danses ou le cinéma.O LES ANIMAUX QUI BLANCHISSENT EN HIVER Chez certains animaux des régions septentrionales, la couleur de la fourrure change avec les saisons et semble se mettre à l\u2019unisson des choses de la nature: foncée en été, leur robe devient blanche en hiver.Le naturaliste anglais Lydekker, qui a étudié spécialement cette question, est arrivé à cette conclusion qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un renouvellement semestriel complet de la fourrure des animaux, et non pas, comme on l\u2019a souvent pensé, de la coloration variable d\u2019une seule et même fourrure.Il fait remarquer, à l\u2019appui de cette opinion, que les poils blancs d\u2019hiver sont longs, alors que ceux d\u2019été sont courts.De plus, le phénoméne de changement de coloration suivant les saisons a été observé chez certains animaux d\u2019une façon si marquée entre les nuances d\u2019hiver et d\u2019été qu'il est impossible d\u2019en expliquer l'alternance autrement que par la substitution complète, au printemps et à l\u2019automne, d\u2019une robe à une autre.La poussée des poils blancs et longs à l\u2019époque où doivent se produire les chutes de neige, semble avoir un but de protection: l'animal échappe ainsi à la vue de ses ennemis.Mais, ici, une question se pose.Le renard bleu et le renard blanc, dont les fourrures sont si recherchées, peuvent-ils être considérés comme un seul et même animal, bleu en été, blanc en hiver ?M.Lydekker pense qu\u2019il s'agit de deux animaux différents: l\u2019un, blanc en hiver et gris cendré par endroits-en été: : l\u2019autre, bleu en hiver et brunâtre en été.Ge dernier vit à ses risques et périls, en hiver, dans les contrées couvertes de neige, et cela lui vaut d\u2019attirer d\u2019une façon dangereuse l\u2019attention des chasseurs.En somme, le \u2018\u2019processus\u201d\u2019 du changement de pelage chez les animaux est le même que celui du blanchiment des cheveux chez l'homme.Ce que l\u2019on constate, en effet, ce n\u2019est pas tant une décoloration des cheveux primitifs, que la chute progressive de ces cheveux suivie de l'apparition de cheveux nouveaux dénués de pigment coloré.Il se produit là un changement analogue à celui que nous montrent les animaux des hautes latitudes septentrionales; seulement, pour les animaux, le phénomène, au lieu d\u2019être graduel, est relativement rapide et périodique.Te - oni 80 = Vol.15, No 6 Malgré le mystére dont s\u2019entourent les bolchévistes pour empêcher l\u2019étranger de constater les résultats de deux années et demie de leur charmant régime, la vérité commence à filtrer.Et elle n\u2019est pas belle, cette vérité! Qu'on en juge: Un ancien député social-démocrate de Pétrograd, M.Alexinsky, a fait récemment un séjour sur les confins de la Russie\u2018 soviétiste et a pu se procurer la copie sténographique de rapports lus par Lénine, par Ttrostzky, par Kameneff, président du Soviet de Moscou, par Tomsky, président du conseil central des unions professionnelles ouvrières, et surtout par Ry- koff, qui, en sa qualité de président du conseil supérieur de l\u2019économie nationale, dirige tout le travail de rétablissement de l\u2019industrie.Grâce à ces renseignements puisés, on le voit, aux sources les plus pures du bolchevisme, on peut avoir une idée de ce qu\u2019était la situation économique de la Russie à la fin de janvier 1920.Citons d\u2019abord le commencement du rapport lu par Rykoff, le 25 janvier 1920, devant le congrès réuni des délégués des conseils de l'économie nationale des unions professionnelles et du soviet de Moscou: \u2018\u201c\u2018Après les années de la guerre im- \u201cpérialiste, et de la guerre civile, l\u2019é- \u2018\u2018puisement de tous les pays européens \u201cet surtout de la Russie a pris des \u201cproportions iouïes.Cet épuisement \u201cse faisait sentir pendant la durée de \u201cla guerre impérialiste, mais en ce qui \u201cconcerne le gaspillage des richesses ~ \u201cnationale et la ruine des forces ma- \u201ctérielles et vivantes, la guerre civile \u2018\u2018est beaucoup plus lourde dans ses \u2018\u201cconséquences que la guerre impé- \u2018\u2018rialiste, parce qu\u2019elle a envahi la \u201cplus grande partie du territoire de la \u201c\u201cRussie soviétiste et s\u2019est manifestée \u201cnon seulement sois la forme de con- \u201cflits entre les armées, mais sous la \u2018forme de destructions, d\u2019'incendies, «\u2018\u2018d\u2019anéantissements de valeurs, et de \u2018biens, pour des sommes incalcula- \u201cbles.La guerre civile ayant eu \u201cpour conséquence une perte inouïe \u2018des forces matérielles et vivantes de \u2018la république, aboutit à une crise \u2018\u2018économique.Dans ses traits essen- \u2018\u2018tiels, cette crise se réduit à la crise \u2018\u201cdes transports, à la crise des com- \u2018\u201cbustibles, et à la crise de la main \u2018\u201cd\u2019oeuvre.\u2019\u201d La crise des transports est telle que peu à peu la vie du pays s'arrête.Avant la guerre, dit Rykoff, dans les plus mauvais moments, 15% environ des locomotives étaient en réparation: actuellement, il y en a 60%, Jadis, on en réparait 8% par mois: au- jourd\u2019hui, on en remet péniblement 2% par an en état, de telle sorte que chaque mois, 200 machines disparaissent ainsi de la circulation.Et à ce même congrès, Trostzky accuse le camarade Rykoff de voir les choses trop en beau! La vérité serait plus lamentable encore.Il en résulte naturellement \u2018\u2018qu\u2019on \u2018ne peut exploiter aucune de ces ré- \u201c\u2018gions de blé, de matières premières, \u2018de combustibles qu\u2019on a annexées à \u2014 81 es LE re Vol: 15, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1923 \u2018la Russie soviétiste a la suite des vic- \u2018\u201c\u2018toires de l'armée rouge.\u2019 Veut-on des exemples?Pour transporter des riches régions métallurgiques de l\u2019Oural, les-métaux destinés aux usines de l'intérieur, on ne dispose que d\u2019un seul train par mois ! De même pour ravitailler en coton du Turkestan les fabriques textiles de la région de Moscou, on a deux trains par mois.À cette vitesse, conclut mélancoliquement Rykoff, il faudrait plusieurs dizaines d'années pour effectuer les transports indispensables.Et ce n\u2019est pas à cette crise ou à celle du combustible, qui sont intimement liées qu'il faut attribuer uniquement l'absence des matières premières qui paralyse la vie des usines : en réalité, la production de ces matières à baissé dans des proportions dont on peut citer quelques chiffres.Tandis qu\u2019avant la guerre, on récoltait en Russie environ 320,000 tonnes de lin, en 1918, après la nationalisation, la production est tombée à 72,000 eonnes et en 1919, \u2018une grande baisse se produit.\u201d Même phénomène dans la production des peaux et de la laine.\u2018La \u201cquantité de peaux, dit Rykofi, que \u201cI'Etat peut avoir à sa disposition (car \u2018\u201cla voie de naturalisation) diminue \u201cd\u2019un mois à l\u2019autre.\u201d Quant au bois de chauffage, 24 à 28 millions de mètres cubes étaient nécessaires dans les villes pour l\u2019hiver 1919-1920.Les administrations chargées de.cet .approvisionnement en ont péniblement dirigé cinq millions de mètres cubes vers les chemins de fer ou vers les fleuves et, par suite de la pénurie des moyens de transport, une infime quantité seulement de ce bois est parvenue dans les En ce qui concerne le ravitaillement, les chefs bolchevistes déclarent froidement qu\u2019ils n\u2019arriveront pas \u201ca avoir des réserves assez grandes pour que chaque ouvrier puissé disposer d\u2019une ration suffisante.\u2019 En conséquence, \u2018\u2018ils ravitailleront surtout les groupes d\u2019ouvriers qui sont spécialement nécessaires à la production \u201d Les autres attendront des jours meilleurs.Et malgré ce privilège accordé aux ouvriers de recevoir une ration plus forte que les autres citoyens, le nombre de ces ouvriers diminue de jour en jour.De dix millions qu\u2019il était avant la guerre, il est tombé à moins d\u2019un millioh.N\u2019assistons-nous pas cependant au prétendu triomphe du prolétariat ?Oui, mais quelque triomphateur qu\u2019il soit, le prolétaire n\u2019en meurt pas moins de faim.C\u2019est pour essayer de manger qu\u2019il déserte en masse les usines.Que devient-il ?Tomsky nous le dit dans son rapport: les uns sont parvenus à se faire enrd- ler dans l\u2019armée rouge, où là, du moins, on mange à peu près à sa faim.Les autres sont retournés dans les campagnes, où l\u2019on mange aussi.Car,,en Russie, à l'heure \u2018aétuelle, le grand problème est là: manger.Possible à résoudre dans les eampagnes, cé probleme est à peu près insoluble dans les villes.Aussi les usines, quoique nationalisées, sont-elles fermées en masse.Quelques-unes seulement restent ouvertes.Leur rendement est déplorable.Dans l\u2019industrie textile, par exemple, Rykoff nous dit que la production atteint seulement 10% de ce qu'elle devrait être.Dans la métallurgie, les usines, en 1919, n'ont pu se procurer que 15% de la quantité de métaux qui auraient été nêcesaires.Les hauts , w= 88 \u2014 JT NO TIN) qu inte (ris cher ely leur RE idée +.- 1 = aa.-1 ap?Vol.15, No 6, - verte ETP fourneaux donnent moins de 20% de la production normale.La conclusion?Rykoff nous l\u2019indique: \u201cCelà veut dire, explique-t-il, qu\u2019en \u201cce qui concerne l\u2019industrie ravitail- \u201clant la population en chaussures, en \u2018\u2018vêtements, en métaux, etc, la Rus- \u201csie soviétiste ne vit qu\u2019un tiers de la \u201cvie que vivait la Russie au temps de \u2018la paix.Gela pouvait durer une ou \u201cdeux années, pendant lesquelles \u2018nous.existions grâce aux anciennes \u2018\u2018réserves, grâce à-ce qui nous restait \u201cde la précédente époque de l\u2019histoire \u2018Russe.Mais ces réserves s\u2019épuisent \u2018et d'un jour à l\u2019autre, d'une heure à \u2018l\u2019autre, nous approchons d\u2019une crise \u2018complète dans ces branches de l\u2019in- \u201cdustrie.\u201d : Et voilà pourquoi les bolchévistes interdisent aux peuples civilisés l\u2019entrée de la Russie.Ils veulent empêcher univers de se rendre compte de l\u2019état effroyable auquel ils \u2018ont réduit leur pays, Ce serait une trop mauvaise réclame pour la propagation de leurs idées.0 LA LO! DE LYNCH ues législateurs américains viennent de voter, à une écrasante majorité, l\u2019abolition de la terrible loi de Lynch.Il a fallu près de deux siècles pour que cette mesure fût officiellement prise dans un pays ou la souveraineté populaire se substituait parfois, avec une cruauté irrésistible et soudaine, au pauvoir judiciaire et exécutif.Fait digne de remarque: les lyncheurs les plus exaltés.étaient souvent, dans le commun, des hommes réputés pour leur habituelle douceur LA REVUE POPULAIRE > avons = et leur parfaite moralité.Par quel prodige ces mêmes individus se trans- formaient-ils subitement en vengeurs implacables, en véritables bourreaux?On sait comment s\u2019appliquait éette loi expéditive et sommaire.Un crima était commis.La rumeur publique dé= signait un coupable.Aussitôt, la foulq s\u2019emparait de lui, sans attendre l\u2019intervention de la justice régulière, et procédait au jugement du prisonnier.Pour la forme, on entendait les tés moins à charge et à décharge.Le vers dict prononcé,\u2014il s\u2019agissait presqua toujours de la peine de mort,\u2014on im= provisait une potence et le criminel était \u2018lancé dans l'éternité\u201d.L\u2019exécution, selon la nature du dé« lit et l\u2019état d\u2019exaltation de la foule, pouvait revêtir un caractère partieu+ lièrement atroce.On cite le cas de quatre malheureux Indiens, attachés à un poteau et brûlés à petit feu, après qu'on eût enduit de pétrole leurs vêtements.Or, il fut établi.une heure plus tard, qu\u2019on, avait puni des innocents.De plus, sous le couvert de cette fameuse loi, les haines de races se donnaient libre cours.On ne sait pas combien d'hommes de couleur furent lynchés par les blancs, et ce, quelquefois, sur un simple soupçon! Les législateurs ont raison qui exigent que les accusés soient jugés et condamnés uniquement par les voies légales.Un tribunal est faillible, il est vrai: les annales judiciaires sont là pour en témoigner.Mais il est certain que la justice rendue dans le calme du prétoire s\u2019entoure de toutes les garanties possibles, tandis qu'une foule hurlante et déchatnée, dominée par de sauvages instinets, perd tout contrôle et risque de commettre de ces monstrueuses erreurs qui font douter de la sagesse humaine.\u2026 Montréal, juin 1922 Cele Voi.15, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 ess EET ET i I LE VERITABLE SOMMELIER À TE RETIENS OA A CU Ce FC LE TT TT TE) TR TOUS (RETRO OT TCC ETI iS HP HE NORAIE) HER PALIT 1 HEIL NNT UITTE1 LRA FRELGE L388) PET SEE MO ESLEL HY FAURE AIAN Petite charge contre les artistes de vues animées Il est de mode dans le monde cinématographique de tout exagérer, de charger les personnages.de raidir les aftitudes.de dramatiser les moindres gestes, d'engraisser ceux qui devraient être maigres et de maigrir ceux qui devraient être gras.Il s'agit tout particulièrement des sommeliers de grande maison, connus en Amérique et désignés même en Canada sous le nom de \u2018\u2018butlers\u2019\u2019, dont le cinéma aurait, au dire de certaines personnes intéressées qui ne peuvent être que des sommeliers ou leurs enfants, des êtres grotesques.On nous a raconté qu\u2019un nommé Charles Green, sommelier du duc de Marlborough et d\u2019une douzaine des plus grandes maisons d'Angleterre, regardant au au cinéma se défiler un film dans lequel figurait un \u2018\u2018butler\u2019\u2019 mal stylé, énorme comme un clown de cirque, maladroit et grossier, quitta précipitamment la salle en s'écriant: \u201cJe proteste au nom de tous les sommeliers des \u2018\u2018 Vieux Pays\u2019; ce n\u2019est pas ça du tout; on nous caricature; les Américains n\u2019ont aucune idée du sommelier tel qu\u2019il est réellement chez les aristocrates!\u201d Le gérant de l'établissement, le voyant ainsi se précipiter à la sortie, lui demanda ce qui n'allait pas.\u201cMais, monsieur, je n'ai jamais vu de sommeliers pareils.Je ne puis supporter plus longtemps la vue de cet éléphant qui joue dans la vue que ancien sommelier.vous montrez ce soir.Vous leur mettez invariablement des pattes de lié- vre, ce qui est expressément interdit en Angletèrre\u201d.Puis, comme ii se trouvait dans ce théâtre des artistes de cinéma, le sommelier mécontent.se retira avec eux à l'écart et leur donna des renseignements précis sur les gens de son métier.pardon, de sa noble profession.\u201cIl n\u2019y a que les sauvages, conti- nua-t-il, pour servir les plats de la main droite, En plus, le butler n\u2019a rien à faire avec les bagages et colis.Il y a des gens pour cela.\u201d D'ailleurs, et nous résumons la conférence que tint cet illustre sommelier au gérant et à quelques-uns de ses amis, le \u201cbutler\u201d de luxe ne sert ni ne dessert la table.Il doit être de taille moyenne et ce type \u2018John Bull que les directeurs et metteurs en scène américains choisissent de préférence pour en faire un sommelier ne se voit nulle part en Angleterre.En somme, la composition théâtrale du sommelier est si mal rendue par les directeurs et acteurs yankees que tous les films dont l\u2019action se déroule à Londres, dans les grandes familles, font la risée des Anglais de \u2018l\u2019autre côté\u201d.Les Londoniens s'amusent à tel point qu'ils vont voir comme une comédie burlesque les drames américains dans lesquels on joue un de ces faux sommeliers.Le rôle exclusif du sommelier consiste à servir le vin, non les entrées ni les plats de résis- \u2014 90 \u2014 \u201cta ee.œæ TE ER © \u2014 gm - pr = = = ES es ai Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1923 tance.Comme l\u2019indique le dictionnaire, le sommelier est une personne qui, dans une riche maison, a soin du linge, de la vaisselle plate, des provisions et principalement de la cave.Ses auditeurs furent tellement surpris, amusés et instruits par sa dissertation sur le rôle des \u2018\u2018 butlers \u201d qu'un directeur de grande compagnie embaucha aussitôt Green pour servir d'instructeur dans tous les ateliers cinématographiques de Hollywood, Il est devenu l'arbitre des élégances'et des belles manières.Ayant vécu pendant de nombreuses années dans la \u201ccompagnie\u201d des princes, des lords, des ducs et des duchesses, il peut en montrer à tous les acteurs et actrices du cinéma américain sur le savoir-vivre et l\u2019étiquette.Il enseigna à tous en général et à ses élèves en particulier qu'un sommelier se jetterait plutôt du haut du Pont des Tours que de sourire et de faire de l'oeil & une fille de service pendant un diner; que le valet en pied qui servirait un plat de la main droite serait expulsé sur le champ du palais; qu'un hôte qui commettrait dans un diner une faute grossière contre l\u2019étiquette sera banni à jamais d ela société; qu'une fille de service ne traverse jamais la salle à manger pendant un repas; que les cocktails ne sont pas servis dans les fi'°ms américains com- me ils devraient l'être ou plutôt comme ils le sont à Londres.Un sommelier n\u2019est jamais en habit de cérémonie à.9 heures du matin.il a sa livrée spéciale ou ses habits bourgeois.Il se tient derrière la chaise de la maîtresse de céans ou de son maître ou quelquefois appuyé au buffet.Il est là pour servir les vins seulement et il \u201cse déshonorerait\u201d en mettant la \u2014 91 \u2014 + at tale a Va.15, No 6 main à quelque plat, à moins qu\u2019il ait & servir un roi ou une reine.Les sommeliers n\u2019ont non plus au- tune surveilalnce à exercer sur les at- tres domestiques qui sont supposés cohnaître leur service.Le sommelier Green remarque.en plus que les artistes américains, même dans les rôles de ducs ou comtes ou lords anglais, mangent très mal, aussi mal que leurs serviteurs.Il se propose de leur faire passer ces mauvaises habitudes.Il a noté Aussi qu\u2019on faisait ouvrir la porte aux sommeliers; il y a des valets préposés à ce service.Le sommelier se contente de recevoir leurs noms ou leurs cartes et de les transmettre à son maître.La maîtresse de la maison n\u2019adresse jamais la parole à son sommelier en lui donnant son prénom.Elle lui garde gon nom de famille.Les autres serviteurs sont appelés par leur prénom, à l'excetpion du sommelier seul.Finalement, les sommeliers ne sont jamais en manches de chemise et ne portent jamais non plus la perruque, à moins que des rois et reines ne sont reçues dans la maison où ils sont attachés.Le port de la perruque pour les sommeliers et autres domestiques constituent un anachronisme.La chose se faisait sous la reine Victoria mais elle est sortie des usages modernes.Grâce à ce sommelier modèle que les ateliers ont pris à leur service, nous verrons dorénavant de véritables \u201cbutlers\u2019\u2019, tels qu\u2019ils sont à Londres et non plus des caricatures.o- Un hornme digne de ce nom ne doit pas se spécialiser: la spécialité rapetisse l'intelligence et réduit la volonté.LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin\u2019 1922 UN DUEL On raconte que Sainte-Beuve ayant, dans un article du \u2018\u201c\u2018Globe\u2019\u2019 appelé uh certain M.Dubois (de la Loire-Infé- rieure) \u2018M.Dubois de la Gloire Inférieure\u2019\u2019, à propos d'un méchant livre dont ce monsieur était l\u2019auteur, fut provoqué en' due! et dut s\u2019aligner un tatin où la pluié tombait à torrents.Sainte-Beuve n\u2019était pas un homme belliqueux.Avec le plus grand sangfroid, il demanda à son adversairé la permission d\u2019ouvrir son parapluie.M.Dubois, rageur, protesta que l'heure n\u2019était pas à la plaisanterie.Il n'empêcha pourtant pas le critique d\u2019agir à sa guise, au grand étonnement des témoins.\u2014Je veux bien être tué, dit Sainte- Beuve, mais je ne tiens pas à être mouillé.0 Lote 21 Sous le règne de François Ier, un Grec réfugié nommé Angelo Verge- cio, vint en France.C\u2019était un calligraphe merveilleux; son écriture fut admirée par tous les connaisseurs et sa réputation devint bientôt européenne.Il fit beaucoup d\u2019élèves et le nom d\u2019Angelo\u2014ange, en français \u2014servit à exprimer l\u2019idée de la perfection en écriture.De là se forma la locution familière: \u2018\u2018écrire comme un ange\u201d, dans le sens de \u2018\u2018peindre comme un Raphaël\u201d, sculpter comme un \u2018\u2018Cano- va\u201d; éte.Los + * x .Une noce est réunie dans un restaurant plus que modeste.On est à table, \u2014Allons! bon, dit la mariée effarée, voilà qu\u2019en le coupant, j'ai laissé tom - ber mon bifteck par terre; bien sûr, le chien va me le manger! \u2014-N\u2019ayez pas peur, répond galamment le marié, j'ai le pied dessus! Hl Val.15, No.8 Montréal, juin woe Le plus cruel des douze Césars Caius Caligula, flls de Germanicus et.d'Agrippine.né à Antium l\u2019an 12 après J.-C., mort à Rome en 41, se remarqua,;bien plus que Néron, par son goût morbide pour les supplices et le raffinement qu'il apporta lui-même ou fit apporter par ses bourreaux à leur exécution.Ce mot est de lui : je veux faire en sorte que mes victimes se sentent mourir.Parmi les cruautés que l'Histoire, juge éternel, lui reproche et que Sué- tone a consignées dans son livre fameux sur les douze Césars, notons le massacre de toute sa famille, à l\u2019exception de ses soeurs qu'il garda auprès de lui pour les déshonorer.Il condamnait aux mines, aux travaux des chemins, aux bêtes, une foule de citoyens distingués, après les avoir flétris d\u2019un fer brûlant.1 y en eut qu\u2019il enferma dans des cages où ils étaient obligés de se tenir à quatre pattes; il en: fit-scier d'autres par le milieu du corps.Il forçait les pères à assister au supplice de leurs enfants Il fit battre avec des chaînes pendant plusieurs jours de suite l\u2019intendant de ses spectacles et de ses chasses, et n\u2019ordonna sa mort que lorsqu'il se sentit incommode de l\u2019odeur de sa cervelle en putréfaction.Un chevalier romain, exposé aux bêtes, s\u2019étant écrié qu\u2019il était innocent, sur l'ordre de César, on l\u2019emmena, on lui coupa la langue et on le ramena au supplice.Tous les dix jours, il faisait la liste des prisonniers qu\u2019on devait exécuter, Ares t Ta CAIUS CALIGULA = COTE AEST TE CE PTT TET AT CT TTI CE FA Ce TH.La + et il appelait cela \u2018\u2018apurer ses comptes\u2019\u2019.11 prétendait que tout lui était permis, et envers tous.Il ne faisait guère périr ses victimes qu'à petits coups réitérés.La même cruauté qui accompagnait ses paroles et ses actions ne le quittait pas dans ses délassements, dans ses jeux et dans ses festins.Souvent, pendant qu\u2019il dînait on faisait une orgie, on appliquait la question sous ses yeux.Un soldat, habile à décapiter, coupait indifféremment toutés \u2018les têtes des prisonniers.À la dédicace d'un pont, il appela près de lui une foule de gens qui étaient sur le rivage, et tout à coup il les jeta tous dans la mer.A Rome, dans un repas public, un esclave avait détaché d'un lit une lame d'argent.Il le livra sur-le-champ au bourreau, ordonna qu\u2019on lui coupât les mains, qu'on les suspendit à son cou, et qu'on le promenât devant tous les convives, précédé d\u2019un écriteau qui indiquait la cause de son châtiment.Au moment où l\u2019on allait faire un sacrifice, il prit l\u2019habillement de ceux qui égorgent les victimes, et, ayant levé sa massue il immola le sacrificateur.Dans un splendide festin, il se mit tout à coup à éclater de rire.Les consuls, assis à ses côtés, lui demandèrent avec douceur pourquoi il riaît: \u201cC\u2019est que je songe, dit-il, que, d\u2019un signe de tête, je puis vous faire égorger tous deux.\u201d , Toutes les fois qu\u2019il baisait le cou de sa femme Césonia, il ajoutait à ses mots d\u2019amour: \u201cCette: belle tête tome TR 7 \u2014 93 \u2014 Vol.15, No 6 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 bera quand je voudrai.\u201d Souvent même, il disait qu\u2019il ferait donner la question (la torture) à sa chère Césonia pour savoir d'elle pourquoi il l\u2019aimait tant.On pourrait avec raison imputer à une maladie mentale les vices les plus opposés du caractère de Caligula, une confiance extrême et une crainie excessive.Cet homme, qui méprisait tant les dieux, fermait les yeux et s\u2019enveloppait la tête au moindre éclair, au plus léger coup de tonnerre; et si ce bruit redoublait.il s'élançait de sa couche et se cachait sous son lit.Il exerça avec passion les talents les plus divers, et les plus opposés, étant tour à tour gladiateur, cocher, chanteur et danseur, après avoir été philosophe et poète.Il eut la mort que méritaient tous ses crimes, On montre encore, dans une galerie écartée du Palatiin, l\u2019endroit où Caii- gula tomba, percé de trente coups de poignard.Sa femme Césonia et leur fille périrent en même temps que lui.Son nom fut rayé de la liste des empereurs.O DIOGENE ET SA LANTERNE Diogène ou le Cynique, né à Sicope, sur le Pont-Euxin, vers 413 avant Jésus-Christ, philosophe célèbre par son tonneau (devenu son unique logis), par sa besace et son bâton, par son écuelle, qu'il jeta comme superflue à l'aspect d\u2019un enfant qui buvait dans le creux de sa main; surtout, par cette \u2018\u2018lanterne\u2019\u2019 avec laquelle il cherchait un homme en plein midi, c'est-à-dire un homme digne de lui; par sa réponse à Alexandre le Grand: \u201cCe que je veux de toi?Que tu t'ôtes devant mon soleil!\u201d Zénon d'Elée, lé plus violént adversaire de Diogéne, s\u2019efforçait de prouver par les arguments les plus subtils l'impossibilité du mouvement; Dio- gène, pour le convaincre du contraire, se présentait à lui et marchait.On sait aussi qu\u2019il embarrassa plus d\u2019une fois Platon lui-même.Celui-ci avait défini l'homme: \u2018\u2018un animal à deux pieds, sans plumes.\u2019 Diogène lui jeta, en présence de ses auditeurs, un eoq plumé, en s\u2019écriant: \u2018Voilà l\u2019homme de Platon.\u201d Il se montra l'adversaire des distinctions entre les cités, des préjugés, des artifices, en un mot de tout ce que l'homme avait ajouté et ajoutait à la pure nature.Il mordait qui lui déplaisait et affectait de tout se permettre publiquement, disant que ce qui n\u2019est pas mal en soi doit pouvoir se faire dans la rue comme à la maison.Toutefois, s\u2019il était l\u2019ennemi de l\u2019art et du luxe, il n\u2019était point l'ennemi du travail; et s\u2019il bravait toutes les opinions, il bravait aussi la fatigue, le froid, le chaud, les privations.Devenu esclave, après avoir été vendu à Co- rinthe pas des pirates, il dédaigna de se faire racheter, et il éleva les deux fils de son nouveau maître.Son carae- tère était un bizarre mélange de finesse et de grossièreté, de bon sens et d'absurde révolte, de simplicité et d\u2019orgueil, d\u2019austérité souvent affectée, d'abandon complet aux instinets de la nature animale.0 Si on n\u2019épouse pas le jeune homme que l\u2019on aime, c\u2019est la comédie de l\u2019amour; si on l\u2019 épouse, C \u2018est la .tragédie de l'amour.- ae en ma umo O4 =» PERRET, 13 A Val.15, No 6 Tous les habitués et fervents du vaudeville se rappellent cet acrobate bouffon vertigineux qui exécutait des tours à donner le frisson.Son nom, William Dooley, est resté dans toutes les mémoires: Qui l\u2019a vu une fois d\u2019ailleurs dans un quelconque des théâtres du Canada ne peut l\u2019avoir oublié.Il était unique et peu de cirques possèdent un contortionniste aussi extraordinaire.On eut dit que son corps, que ses membres étaient de caoutchouc.Il en faisait ce qu'il voulait.C\u2019était pour lui un jeu et l\u2019enfance de l\u2019art que de sauter par dessus les feux de la rampe, faire deux boucles dans l'air et retomber en plein sur la tête sur le piano de l'orchestre.- L\u2019une de nos vignettes illustre cet exploit qui est tel que nous l'avons vu, sans aucune exagération.La malheureuse personne, présente au spectacle, qui aurait tenté de répéter ce tour se serait fatalement rompu l\u2019épine dorsale.Il \u2018travaillait\u2019 avec son frère.Leur coup le plus connu était celui-ci: son frère qui s\u2019appelait Gordon sautait en l'air et venait le frapper des deux pieds en plein estomac, et William se laissait retomber tout droit par terre, faisant sonner sur le plateau son dos et son crâne.Il se relevait aussitôt, le sourire sur les lèvres et prêt à recommencer, Et savez-vous comment mourut cet acrobate à toute épreuve?de la façon la plus stupide du monde.Par une ex- taordinaire ironie du sort, ce phénomène en culbutes et chutes violentes s\u2019arracha le gros orteil en descendant d\u2019un taxi-auto, tomba sur la chaussée pour se fracturer le crâhe \u2014 qui en avait vu bien d'autres pourtant!\u2014 et mourut des suites de ses blessures._ Naturellement, il y a quelque chose de truqué dans toutes ces cilbutes et ces chutes sur la tête et le dos.C'est-à-dire que cela vient à la suite d\u2019un long entraînement, grâce à l\u2019assouplissement du corps et à la possession de certains petits secrets du métier.Tous ces tours sont pratiqués et répétés des containes do fois et l'acrobate s'arrange pour trouver une manière de tomber de telle façon que le coup, ce que ne voit pas le public, ne porte sur aucune des parties vitales, boîte cranienne ou épine dorsale.Au cirque, quand nous voyons des sauteurs bondir pardessus une couple d'éléphants, les dépassant rmiëme de plusieurs pouces, nuus sommes émerveillés.Quand le clown vient ensuite pour tenter le même exploit ct retombe sur l'éléphant au lieu de chuter à côté, nous rions de sa mésaventure.Et cependant le travail qu'accom- pit le clown et les risques qu'il court sont bien plus grands et bien plus dignes d\u2019applaudissements que ceux du vulgaire sauteur, ln effet, il! doit être d\u2019abord aussi bon sauteur que les autres et il doit en plus, ce qui est beaucoup plus difficile, rater son bond intentionnellement pour tomber sur une partie quelconque de l'anatomie de l'éléphant.Mais, alors, il se laisse choir sur les parties charnues, le derrière de préférence, tout en ayant l\u2019air PTE Vol.15, No 8 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 de s'être fait mal.En même temps, sa chute doit faire rire.Ce qui doit rendre la chute grotesque.et amusante est précisément ce qui en constitue le danger.Un mauvais calcul peut amener des accidents mortels.Ainsi ad- vint-il à un nommé Nash qui fut acrobate célèbre.Au lieu de retomber-sur une partie charnue de l'éléphant, il Mais il y a une limite à cette hypertrophie, Les muscles du coeur perdent alors leur élasticité.La pulsation du coeur devienl plus faible et irrégulière.C'est là la dilatation du coeur qui peut causer la mort de la façon ia plus inattendue.Quand l\u2019athlète s\u2019aperçoit de ces accidents, dilatation du coeur, difficulté à respirer, faiblesse prog sg TF ù 900 Qn a .0 | To glissa sur son dos et se brisa les poignets en glissant par terre.Il est très peu de clowns et d\u2019acrobates comédiens qui ne se sont pas fracturé quelque part, au moins une fois dans leur vie.Les dangers continuels auxquels sont exposés les sauteurs sont précisément ceux qui menacent tous les athiètes et notamment l\u2019hypertrophie ou l'accroissement contre nature du tissu du coeur.Dans tout travail physique vigoureux, il y a une forte con- après chaque tour, il abandonne son art et se met au repos.Peu de personnes se rendent compte de la somme de \u2018\u2018nerf et cerveau\u201d requise pour l\u2019exécution d\u2019un des exploits communs aux acrobates comédiens.Peu de personnes savent aussi l\u2019entraînement continuel, ininterrem- pu dont ils ont besoin-pour se garder en forme.: Nous sommes certain que le lecteur serait tellement surpris de savoir les préparatifs que demande le méme ex- CT Ew oy) sommation de muscle qui doit être \u2018renouvelée à même le sang.Le coeur doït battre plus vite pour diriger plus de sang vers les muscles épuisés par les efforts que demandent les sauteurs l'en longueur et cn hauteur, les voltiges \u2018et le lancement des poids.D'où vient l'hypertrophie.ploit'äécompli tous les\"jôurs par\u2019 les acrobätés \u2018bontortionnistes qu\u2019il n\u2019en croirait pas ses yeux, à les lire ici.Voici un exemple, la fente ou écar- temenl, quand l\u2019acrobate ou le clown étire ses jambes latéralement jusqu\u2019à ce qu'elles soient en angles droits par rapport au corps.Dans cette position, LC ATSIMISG zu server cette race dans toute sa beauté et même la perfectionner autant que possible, en se prêtant mutuellement les meilleures bêtes de reproduction.Cette race, représentée à l'exposition internationale de Stuttgard en 1875, pour la première fois, par le \u201c chien César, appartenant à M.Bergman, et la chienne Jünon-de M, Fried- en éleva huit des plus parfaits, parmi rick, a reçu du jury le nom de \u2018Chien 2801 SR Chien de montagne (St-Bernard, de provenance allemande).lesquels les chiennes Junon et Minka et le chien Moulon acquirent une grande popularité.Ces chiens se distinguaient par ure tête magnifique, une plénitude extraordinaire de for-, mes, une taille conforme, une queue panachée et touffue et un poil épais et ondulée.{ M.Friedrick et Bergman se sont donné beaucoup de peine pour con- 177 RARE ICO RER PPR EE de Montagne\u201d à cause de sa beauté extraordinaire, de sa grandeur et de sa force.a Le jury de cette exposition était composée du prince Charles de Wal- dembourg-Zeil-Wurzback, du professeur Dr Vogel, du professeur Dr G.Jager, du vétérinaire militaire Franz, du peintre d\u2019animaux IF.Specht dont personne ne récusera la compétence. Val.15, No 4 ~ Cette nouvelle race recut du reste la médaille d\u2019or, premier prix de cette exposition, à cause de ses qualités ex- çellentes.LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1923 gne en éclat, en douceur et en fermeté; la propreté rend, du reste, le chien de montagne plus apte a servir de chien de maison.ea Chiens St-Bernard de provenance anglaise, espèce la plus répandue en Amériqu.LE CHIEN ET SON ELEVAGE Le chien de montagne n'atteint son complet développement qu\u2019au bout de sa troisième année.Autour du cou et de la poitrine se forme une belle erinière et la queue est ornée d'une touffe épaisse.La tête est pleine d'expression sans avoir l'air sombre, les oreilles sont larges, le dos est droit et les jambes sont fortes et nerveuses, Le chien de montagne ne change de poil qu\u2019une fois par an, tandis que le Léonberg le perd pendant toute l\u2019année.Il ne bave point et n\u2019a pas les yeux larmoyants du Léonberg; aussi est-il considéré comme un bon chien dé maison.Il est bon de peigner tous les jours avec un peigne mouillé et de brosser avec une brosse bien ferme, les chiens à :ong poil.C'est ainsi que le poil ga- Le chien s'est répandu comme l'homme et même avec lui sur toute la terre, et dans tous ses espèces il est le compagnon le plus fidèle, le moins prétentieux et le, plus dévoué de l\u2019homme.Si les opinions des naturalistes sont divergentes au sujet de l'origine du chien, elles sont unanimes pour célébrer les bonnes qualités communes à toutes les espèces, Guvier a dit: c'est la conquête la plus complète, la plus singulière et la plus utile que 'homme ait faite; toute l'espèce est devenue notre propriété; chaque individu est tout a fait ef tout entier à son maître, prend ses moeurs, connaît et défend son bien, lui reste attaché jusqu'à la mort; et tout cela ne vient ni du besoin, ni de la con- \u2014 121 \u2014 Vol.15, No 6 trainte, mais uniquement de la reconnaissance et d'une véritable amitié.La viiesse, la force et l\u2019odorat du chien en ont fait pour d'homme un allié puissant contre les autres animaux, et cela était peut-être nécessaire à l\u2019établissement de la société.Il est le seul animal qui ait suivi l'homme par toute la terre.Dès les temps les plus reculés, les hommes à coeur noble étaient les plus grands amis du chien.L'amour envers LA REVUE POPULAIRE Montréal, juin 1922 nimal non pour le tourmenter, mais pour étre un maitre plein d\u2019amour.L\u2019homme juste a pitié méme de ses animaux; mais le coeur de l\u2019'homme impie est sans miséricorde.Cette parole biblique nous indique dans la plus large mesure ce que nous devons aux animaux et particulièrement au chien.Les poètes, les sculpteurs et peintres des temps anciens et modernes ont, dans leurs chefs-d oeuvres en BARRY.photographie prise au musée de Berlin.Yes animaux.leur protection.surtout l\u2019amour envers !rs animaux domestiques les plus utiles et les plus méri- tanfs qui partagent avec nous le vivre - et le couvert, ne sont point une simple sentimentalité du coeur, mais une preuve de la moralité du genre humain.Celui qui ne ressent aucune pitié pour les animaux, a reçu une fausse éducation.T] lui manque la conscience comme homme d\u2019être placé au-dessus de l\u2019avers, en marbre ou en peinture, représenté le chien si près de l\u2019homme par la dignité et la noblesse que nous n'avons qu\u2019à nous en réjouir.Mais nous rappelons ces faits à ceux qui voudraient repousser le chien avec indifférence et aversion, afin qu'ils apprennent à mieux connaître et à apprécier les bonnes qualités du chien.Le chien partage avec son maître souffrance et plaisir.Dans les traits de son maître il lit avec ses yeux intelli- \u2014t 122 = \u2014-q [2 Vol.15, No 6 gents et une compréhension rapide, deuil et chagrin, peine et souci, mais aussi joie et plaisir.Il lèche ses blessures, souffre la faim avec lui et meurt de douleur s\u2019il a le malheur de le perdre.Le chien est le gardien de son maître et de tout ce qui lui est cher.Il brave tous les dangers en tout temps et tout lieu.Il joue avec les enfants de son maître \u2018dont il se sent, pour ainsi dire, le protecteur.Il reconnaît aussi a leurs, cris les plus petits d\u2019entre eux, et supporte patiemment même les souffrances qu\u2019ils lui font endurer, comme s\u2019il savait que ce sont encore des enfants et en outre les favoris de son maître, ainsi que ceux de la maîtresse.Celui qui pense que c\u2019est une passion exagérée.ne vous connaît pas, créatures si fidèles, si braves et si intelligentes dont le dévouement ét la fidélité sont souvent méconnus et payés d\u2019ingratitude par l'homme.Le chien montre dans ses actions, réflexion et mémoire.Il a sa volonté, distingue facilement l'ennemi de l\u2019ami, aussi que ce qui appartient à son maître.Il reconnaît avec une\u2019 sûreté étonnante l\u2019homme bien mis de celui qui est habillé simplement et surtout du mendian ten haillons.Il est sûr que le chien reconnaît plus vite que son maître et les siens si l\u2019étranger a de bonnes ou de mauvaises intentions.| I] a déjà souvent réussi à se faire comprendre pour garder les siens de revers ou d\u2019accidents fâcheux.Il faut beaucoup s\u2019oceuper de ses chiens; ces rapports leur donneront un plus haut degré d'éducation et d'intelligence, les rendront toujours de plus en plus capables de nous être utiles.LA REVUE POPULAIRE Que le chien est noble au moment où l'homme est en danger ! 11 sauve non seulement son maître et les siens de la neige, de l'eau et du feu, mais aussi tout autre homme dont la vie est en danger.Si un homme est atteint par le sort, il est abandonné de ceux qui le flattaient et jouaient les hypocrites auprès de lui, son chien seul lui reste, serviteur et ami aussi fidèle qu\u2019autrefois.Peu lui importe et le rang ou la position sociale.la richesse ou les titres; il reste le même en fidélité et en amour.Il n'y a pas un chien qui quitte son maître pauvre pour chercher une meilleurs nourriture, si ce maître est du reste bon envers lui.Il accepte bien un peu de nourriture des étrangers mais il retourne aussitôt chez son mat- tre.Lorsqu'on pense à ces qualités du chien.connues et universellement estimées.on ne peut concevoir que le nom de chien soit devenu un nom injurieux et une expression de mépris, car le mot \u2018c'\u2019rn) est égal à tout ce qu'il y a de p'»s vil et de plus lâche.Mais c\u2019est jusf ment dans ces termes injurieux devenus synonymes de bassesse que se t\u2019ouve un nouvel avantage du chien.car ce n\u2019est que vis-à-vis son maître qu'il montre cette bassesse dont on l\u2019accuse, ce n\u2019est que de lui qu'il accepte avec des regards suppliants et en frétillant de la queue des punitions et des brutalités imméritées.Mais aussitôt qu\u2019un ennemi s\u2019approche de ce maître nous voyons le chien maltraité ne se rappeler que l\u2019amour de son maître et le défendre avec courage au péril de sa vie.A.PLEAU.Montréal, juin 1922 Vol.15, No 6 _ \u2014\u2014 0 0 ¢ 0 ¢ Avant de poursuivre 1 échenillage de nos expressions défectueuses, nous tenons à citer les noms des philologues qui.depuis un siècle, ont cherché à épurer notre langage.Les noms de ces grammairiens et linguistes méritent d'être conservés dans toutes les mémoires.Ce sont : Jacques Viger, ancien maire de Montréal, auteur d'un dictionnaire des \u2018\u2018mots créés en Canada\u2019, édité en 1810; l'abbé Thomas Maguire, 1846: Arthur Buies, 1865, J.F.Gingras, 1867; Hubert Larue, J.P.Tardivel.l'abbé N.Garon et Oscar Dunn.Napoléon Legendre, Alphonse Lusignan.Louis Fréchette.Sylva Gla- pin, Raoul Rinfret, Henri Roullaud, N.E.Dionne.Louvigny de Montigny et l'abbé Etienne Blanchard.Nous pourrions ajouter à cette énumération, MM.Olivar Asselin, Benjamin Sulte, Thomas Chapais, Edmond de Nevers.le sénateur Poirier.Avant d'aller plus loin, il serait peut-être intéressant de relever ici même quelques termes de marine, apportés par nos ancêtres normands, navigateurs par état, qui ont cours dans notre parler.Nous disons: appareille-toi, pour.prépare-toi à sortir.= Du verbé gréèér, garnir un bâtiment de ses voiles et cordages, nous avons fait le discutable et malsonnant ter- mé: gréyer, qui devient dans l\u2019usage courant; greye-toi.habille-toi.De quel bord vas-tu?au lieu de: de quel côté te diriges-tu?LA REVUE POPULAIRE > CA AAT AS AS, A AT SAT SATS AD A A SO AT AO ATA CS OS SAS) LE FRANÇAIS, TEL QU'ON L'ÉCORCHE \u2014 124 \u2014 PE Montréai, juin 1923 là OO TH >> SSS SISTA SS ISS DISS QA Tr AS SS AD
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