La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 juillet 1923, Juillet
[" ATI Cow PAP AE FO.ABONNEMENT Canada et Etats-Unis: Un An .$1.50 Six Mois.Be Montréal et ban.Ueuo exceptés PARAIT TOUS LES MOIS Vol.16, No 7 Tout renouvellement d'abonnement doit nous parvenir dans le mois même où il se termine.tissons pas l\u2019envoi des numéros antérieurs.+ La REVUE PO- | PULAIRE est ox- pédiée par la poste entre le ler et le 3 de chaque mois.POIRIER, BESSETTE & C \u201d Edits.-Props., 181, rue Ondieux, Montréal.Montréal, juillet 1923 Nous ne gäran- PETITES RECETTES POUR TROUVER À SE MARIER Cet arlicle s\u2019adresse surtout aux jeunes filles.La jeune fille moderne n\u2019a qu\u2019une crainte, une seule: rester vieille fille et coiffer Sainte-Catherine.Pour ne pas rester vieille fille, elle serait prête à tous les sacrifices, même à épouser un député ou un échevin.Autant il est flatteur pour un homme d\u2019être resté célibataire, autant la position de vieille fille est peu enviée.Le monde s'inquiète peu de savoir pour quelle cause on est resté vieille fille, tout ce qu\u2019 \"il voit c \u2018est qu\u2019on est sur le \u201c\u2018carreau\u2019\u201d\u2019 Des vieilles filles, il n\u2019en faut plus.I] faut que tous les membres du sexe féminin convolent dans le plus bref délai.Que mes charmantes lectrices de \u201cLa Revue Populaire\u2019 me permettent de leur donner quelques petits con- | seils qui les aideront & trouve r Jed \u201calicun amour, merle qu'elles cherchent.» aves: 4ant garde de l'embrasser, donnez-lui au- * .d\u2019anxiété.D'abord, primo, il faut que les jeunes filles portent des lunettes, des lunettes à la Harold Lloyd, ça donne du reflet et du brillant à l'œil.Il faut que la jeune fille ait toujours à portée de sa main un volume de Nordmann, de Flammarion ou d\u2019Eins- aucune chance aux jeunes gens.tein, on verra tout de suite que vous êtes une jeune fille gaie, qui aime à rire.Dans une réunion de jeunes gens où vous avez été invitée, n'oubliez pas de faire la conversation, ne laissez la parole à personne autre, ne donnez Soyez sans cesse en contradiction avec le jeune homme qui s\u2019est égaré dans votre domicile le dimanche soir.Mangez à chaque repas, des oignons, des échalottes et du saucisson à l\u2019ail.Portez de grandes chaussures afin que vos picds soient bien à l\u2019aise.Portez des faux-cols et des cravates de monsieur.0! Dites souvent à votre amoureux, de façon convaincante, qu\u2019il fait -un fou de lui.Ne lui prouvez aucune tendresse ni prenez surtout bien aii Ji ee .fine i hl fi Li i li cune chance de se déclarer.Si après avoir suivi quelques-uns de ces conseils, où tous, vous ne vous êtes pas mariée dans l\u2019espace de douze mois, venez me voir et je vous offrirai mon gilet pour pleurer dedans, Paul COUTLEE, Vol.16, No 7 Dans les Indes, les grands fauves de la jungle font encore des massacres \u2014Comment un puissant léopard jeta la terreur dans une bourgade et tua deux femmes et un enfant.\u2014La vengeance que la population en tira \u2018 On entend fréquemment parler de des fauves qui, dans les lointaines con trées de l'Asie, sèment la terreur dans les villages où, quand l'appétit les pousse, ils vont chercher leur proie.Le tigre et le léopard sont friands de chair humaine.Îls épient le moment où les hommes sont à la chasse pour envahir un village et se repaître du sang et de la chair des femmes sans défense.Ceci arrive encore non pas seulement dans les villages les plus re- oulés des Indes, par exemple, mais aussi sur les territoires qu\u2019oceupent les Européens.On a signalé dern re- ment les ravages exercés ves sanguinaires dans d Mes où stationnent des trou & glaises.Un savant explorateur thglais, le yrofesseur J.F.Rock, raconte dans s relations de ses voyages aux Indes omment il participa à une chasse à poque des ¢ gea d\u2019une fag combattre, uni sopard qui avait dévoré en un jour.1 leux formes ki un enfant, Le but de traire c \u2018est le hasard qui voulut qu\u2019 : vec quelques indigènes il traquê 1 un \u2018bourg qui jusque- à avait été très = souvent inquiété par les incursions des grands fauves de la jungle vois Pour expliquer son voyage, il : faut revenir en arrière et laisse de côté pour un moment le récit d'une chasse mouvementée que nous repren.LE drons d'ailleurs tout à l'heure.- = L'une des plus grandes plaies de l'humanité depuis les âges les plus reculés, c'est la lèpre; aucun doute 1a dessus.Nous ne savohs pas bien notre bienheureux pays ce qu\u2019 \u2018est lèpre.Nous allon ns vous en dire qu ques mots.D'abord, nous le répétons, la lèpre.infection chronique de la peau, déterminée cifique, est vi élle existait en Egypte ot dans les 1500 a apprend ! PARA gt Hating if pet Et 1 Vol, 16, No 7 Monfréal, juillet 1923 LA REVUË POPULAIRE \u2018 | ' = FE ret TI = = = Fr = = 2 = = + ne EEE 5 7 2 1 ww ble ie GE th fh A i bi uh 1 fies HR Sp IE UN ffi 7 7 i ir ot = | y % 2, : ie és - RQ a it & fi if A Bh 2 i vr I TA CH Bt a 7) 2 Hy \\ 1 ve ) 4 4 0 i x.5 ve i > i 8 | i i = Tx ; vz: 2 1 2 \u2014 2.65 - Tadd i ANY ] \u201c oy 2e Se 5 a js rt 7 RRA I fl | SN fi Pa WN À 2 jis fi RN [runs x | : 3 (à ti de \\: 4 \\ A = AR _ a = id Ë % hh, on Sa NA ifr li 5 4 = nr of dr it ! ir Sy es, To Hi = 2) Ù fn pe Peel Pa oF ro fy i if i ei ile i 4 i SS 7, i Qu G 0 5 a3 = i ine iy je 7] VE, \\§ Cet it Whi, | ve 7; En Bi ML Lu Me ex ih i 5 iti it! EC EN qe \u201c3 7 oh a Pk 2 pe ii ie SS $ M ju te NP i 2] AY moi ors re \u2014\u2014 sa Ps 1 HE A | RRR 4 Ki i i \" i fr gi N mn h b he Le léopard se feta sur les deux femmes et les tua ainsi que i le plus petit des enfants que l\u2019une d'elles tenait fl = dans ses bras, \\ : TR a Vol, 18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 toute l\u2019Europe.Grâce à des mesures sévères et parfois inhumaines, on ne tarda pas à la faire disparaître en partie.Toutefois, elle continuait à sévir épidémiquement sur le littoral de la Méditerranée et de la Mer Noire, en Espagne, en Norvège, dans l'Inde, la Chine, l\u2018Amérique même et en France, dans les Vosges et en Bretagne.De nos jours, la lèpre tend en Europe à reprendre sa marche envahissante, ce qui a donné l\u2019idée d'installer à nouveau des sanatoriums pour lépreux, des léproseries, dont une, notamment, a été établie en France, à Neufchä- teau.La nature réelle de la lèpre n\u2019a été connue qu'à la fin du XIXe siècle, grà- ce à la découverte de son bacille spécifique par À.Hansen.contagieuse et héréditaire, et, par conséquent, il faut appliquer à ceux qui en sont frappés les mesures prophylactiques ordinaires, et notamment l'isolement.Comme traitement, les antiseptiques locaux n\u2019amènent qu\u2019une amélioration passagère.Ce sont les régimes généraux, toniques et reconstituants, qui ont jusqu'ici donné les meilleurs résultats.Or, puisqu\u2019il est question de la lèpre et des soins à lui donner, avant la chasse au léopard, revenons à dire que le professeur Rock parcourait les Indes pour y trouver une herbe dont on lui avait parlé et dont l'une des propriétés les plus intéressantes était de guérir la lèpre.Il trouva cette herbe, Guérit-elle réellement de la lèpre ?c\u2019est ce que nous saurons plus tard.Pendant qu\u2019il se trouvait aux Indes, dans un tout petit village que ne protégeait qu'une cinquantaine de soldats coloniaux anglais, tout le territoire fut mis en émoi par une incursion de bêtes fauves.La lèpre est.En une nuit, deux femmes et un enfant furent massacrées par un ou plusieurs léopards, par un seul même, car, le lendemain, les habiles chasseurs ne releverent les traces que d\u2019une seule bête.Le maître de la maison était à la chasse quand se présenta le léopard affamé, de bonne heure, le matin.Il franchit d\u2019un bond la palissade qui entourait la cabane et entra dans la pièce que les deux femmes et l\u2019enfant, un bébé de quelques mois, occupait.Les deux femmes, la mère et la tante de l\u2019enfant, sortirent par une porte d\u2019arrière emportant le petit, mais le léopard les suivit et les rattrapa toutes les deux dans la cour.Là, d\u2019un coup de patte, il renversa la mère et d\u2019un coup de gueule coucha l\u2019autre à ses côtés.Quant à l'enfant, il s\u2019étendit dessus, l'étouffant sous ses flancs pendant qu\u2019il se repaissail du sang des deux femmes.Il les dévora en partie, puis repartit pour la jungle, emportant le cadavre du petit pour le manger en paix dans son antre.Le mari arriva là- dessus et jeta l\u2019alarme dans le bourg.Une chasse fut organisée.Le professeur Rock et quelques indigènes étaient d\u2019avis de relancer le léopard dans la forêt, mais le chef de la tribu et quelques-uns de ses meilleurs guerriers trouvèrent plus sage d'attendre la bête dans le village même, à l'endroit où il avait fait son massacre.CTS aa oe, .\"Aptis avoir dévoré l'enfant.se di- IX Sy saient/fls, il reviendra à l'endroit où il sait qu'il y a encore de la viande fraîche à manger.Ils lui tendiren! donc une embiche et attendirent patiemment.Le léopard ne se montra que trois jours plus tard.Il revenait chercher les cadavres des deux femmes qu'iln'avait puemporter. Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 19 yi Il se montra, c\u2019est une façon de parler, il se fit entendre plutôt.En effet, étant tombé dans le piège, il poussa des gémissements épouvantables qui furent satendus dans la nuit par les veilleurs.Tout le monde fut sur pied en quelques instants et tout le monde, pour venger les pauvres victimes, voulut loger une flèche dans sa carcasse.Le léopard fut percé de centaines de flèches et de dards.Il eut la mort que sa férocité lui avait méritée.0 .LES MARIS REVES! Un journal parisien.\u201cEve\u201d.demandait récemment à ses lectrices: \u201cSi vous n'étiez pas Francaise, à quelle nationalité voudriez-vous appartenir?\u201d 13,914 lectrices ont répondu: Américaines! L'Italie a réuni 1,977 suffrages, l'Angleterre 1,617.354 jeunes filles ou jeunes femmes souhaiteraient d\u2019être Polonaises\u2014mais 18 seulement se sentent lâme turque.\u201cEve\u201d a posé une autre question: \u201cSi une amie vous demandait votre opinion qui lui conseilleriez-vous d\u2019épouser?\u201d Résultats de ce referendum : Industriel.9.015: savant, 3.447 ; banquier.1,968; artiste de cinéma, 1.293: avocat.936: littérateur, 651 : auteur dramatique, 516 : couturier, 423; aviateur, 360 ; compositeur de musique, 270; peintre, 177; boxeur, 141; directeur de journal, 117; artiste lyrique, 51.Cette liste prouve une baisse des voeux féminins a I'égard des intellectuels et des boxeurs.LES CURIOSITES DE LA HOLLANLE Dans notre pays, on déménage to les ans; c\u2019est une coutume national! Mais, du moins on déménage comr des gens sensés, en automobile, voiture, en brouette.En Hollande, population est moins portée vers déménagement, mais, quand les ge y changent de domicile, ils emporte tout avec eux, jusqu\u2019au terrdin sur ] quel était construite leur maison.C\u2019est extraordinaire comme la t pographie d\u2019un pays affecte les mœu et coutumes de sa population.I Hollandais, par exemple, sont les \u20ac claves de leur situation géographiq qui les oblige à des choses incroy bles.Une portion considérable du Par Bas se trouve au-dessous du niveau la mer.Et c\u2019est pour résister aux c bordements des eaux, aux inondatic que furent construites dans toute c te partie du pays les innombrables | tées ou digues que l\u2019on y trouve Ge qui n'empêche pas certair contrées, comme la province de O1 ryssel, d'être submergées depuis c siècles.C\u2019est là que l\u2019on trouve le p curieux petit village flottant de G thoorn.Pour barrer l\u2019envahissem des eaux de la mer, les habitants de petit pays découpent des landes | terre qu'ils portent à l\u2019endroit mef cé et qu\u2018 servent de digues.Au nada.on vante les flotteurs qui voi comme des libellules sur des billf en Hollande, on est fier des ha\u2026, flotteurs qui pilotent ces landes terre, sur les eaux, au risque de vie.Sur ces landes de terre, v: nent enstiite se construire les gi Tout le village de Giethoorn qui er te plus de 2.000 habitants s\u2019est \u20ac de cette manière. PSE -Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 Après l'assassinat du faux-moine Ras= poutine, la révolution russe éclata, renversant la monarchie\u2014Le peuple souverain gouverne.\u2014 La famille impériaie, le tsar, la tsarine et leurs enfants sont massacrés.\u2014La triste histoire du moine Iliodor, un adversaire redoutable du bolchévisme.La famine en Russie, les massacres.\u2014 Comment les femmes et les enfants devinrent la propriété de PEtat.Après que la famille impériale tout entière, le tsar, la tsarine et leurs enfants, eussent été massacrés par des soudards bolchévistes dans des circonstances épouvantables qu\u2019il est impossible de décrire, le communisme battit son plein.Nous venons de parler du massacre en bloc de la famille impériale de Russie.Sait-on que les sept personnes qui en faisaient partie, après avoir été emprisonnées pendant six mois dans une cabane infecte, furent conduites dans un pavillon de chasse au coeur d'une forét et là, rprès avoir subi des outrages mille ois pires que la mort.furent percées le coups de baïonnettes et tirées à out portant?Le moine Iliodor, dont nous racon- ons ici l\u2019histoire en même temps que (Suite et fin) celle de Raspoutine dont nous donnions.le mois dernier, le récit de là mort dramatique, eut le bonheur d'obtenir la dernière entrevue\u2014au- dience, devrions-nous dire\u2014que donna l\u2019impératrice russe avant d'être livrée à ses bourreaux.Il revint de la prison de ses souverains la mort dans l'âme et décidé à combattre de toutes ses forces le bolchévisme envahissant.Mais que pouvait-il contre cette population déchaînée de millions et de millions d'habitants ?Rien, sinon mourir.l! ne trouva pas la mort dans sa lutte contre le régime soviétique, la chance l\u2019ayant favorisé, mais l'exil, le moine Iliodor habitant aujourd'hui les Etals-Unis avec sa femme, Mme Trufanoff.En quittant la prison où gémissaient dans les fers les êtres que toute la Russie avait un jour vénérés, Ilio-.dor retourna à son monastère de la ville de Tsaritzin dans le but de soulever \u201ctoute 1a population contre le nôMWéäi\u201d gouvernement \u2018 et essayer d\u2019obtenir la relaxation des prisonniers impériaux.Mais les évènements se précipitaient avec une telle rapidité que quand il arriva à son monastère, les anciens maîtres de la sainte Russie avaient été tués et que lui-même eutde \u2014 Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, fuillet 1928 graves difficultés avec les autorités.La doctrine du communisme était partout prêchée au peuple et faisait parmi lui de nombreux adeptes.Iliodor éprouva pour cette doctrine nouvelle une répugnance invincible.\u201cQue le communisme s\u2019établisse dans le pays, disait-il, et l\u2019Etat sera maître de la vie ou delà mort des individus, des liens matrimoniaux, des rapports entre la mère et ses enfants et naturellement de la propriété.Rien aux individus, tout a 1'Etat.\u201d En effet, tant que 1'époux reste attaché à son épouse, la mère à sa fille, le fils à son père, il n\u2019y a pas de communisme possible.C\u2019est la famille, l\u2019esprit de famille qu\u2019il faut détruire; le communisme, c\u2019est l\u2019esprit d'état et pas autre chose.Quand Iliodor retrouva la population de Tsaritzin qui avait suivi si fidèlement son culte, elle était déjà toute gagnée au communisme.Elle professait que les femmes, filles et mères, que les enfants sans exception appartiennent à l\u2019Etat.Des assemblées, données par des orateurs, hommes et femmes, qui traversaient la Russie en wagons spéciaux, groupaient toute la population.Tliodor, acompagné par sa femme, se rendit à l\u2019une d'elles, un soir, et, à la suite de tous les prédicateurs bolché- vistes, bondit sur l\u2019estrade pour défendre au risque d\u2019être écharpé par la foule, la sainteté et | iviolablile du mariage.Heureusement.popr, iii, Tliodor comptait dans cette assemblée quelques chauds partisans qui réussirent à lui frayer un chemin vers la sortie et l\u2019escortèrent jusqu'à sa demeure.Mais le lendemain, il n\u2019était question dans la ville que de la trahison du moine et de son arrestation imminente.SN It dut se cacher dans sa propre maison.Mais un jour des soldats bolché- vistes, commandés par un commissai- §: re, se présentérent & sa maison et in- E terrogèrent sa femme qui .déclara avec beaucoup de sang-froid que son mari avait pris la fuite et qu\u2019il nepour Ÿ rait jamais, même en cherchant des @ années, le trouver dans sa maison.[§ À la vérité, Hiodor était caché dans une cave dont la trappe, pratiquement invisible, s\u2019ouvrait sur la salle à manger, derrière un tapis.Voulant écouter la conversation qui se tenait là- haut, le moine eut Pimprudence de soulever la trappe.Le bruit qu\u2019il fit fut entendu par l\u2019un des gardes qui en prévint son ohef.On le tira de sa retraite et on le livra à deux soldats qui le ligottèrent.| \u2014~Quant à vous, la femme, dit le commissaire, pour avoir donné refuge à un traître de la nation, vous allez pourrir en prison avec les femmes de votre sorte!\u201d Bien que ma femme ne Ë fût coupable que du crime d\u2019avoir mis Ë son propre mari à l'abri d\u2019injustes § persécuteurs; bien qu'elle fât mère B de trois enfants, dont un n\u2019avait qu\u2019un an à cette époque, ces gredins s\u2019en emparèrent et la jetèrent dans une sorte de vieille barge qui flottait sur la Volga, à l\u2019ancre, et dans laquelle des centaines de femmes crevaient de faim, rongées par la vermine.La plupart de ses compagnes étaient d\u2019honnêtes et vertueuses femmes, de bonnes mères, de loyales épouses et deË douces fiancées qui avaient préféré laf mort à la honte et au déshonneur.Elle y resta enfermée pendant dis mois.Puis, par hasard, un jour, ur inspecteur du gouvernement vint © passer par là.Le commissaire Melipei de son nom, un ingénieur de profes sion, fils d\u2019un des citoyens les plu REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 Ta jeune Zolkina se tua avec le propre revolver dé Son fiancé plutôt que de consentir à se marier suivant la mode bolchévisté.pectés de la banlieue de Tsaritzin, là.sur un misérable grabat.Le com- avait été, avant la révolution, l\u2019un missaire s'arrêta devant etle.mes plus intimes amis.Il visita \u2014Alors, la belle, ça ne va pas au- s les quartiers des femmes.jetant jourd\u2019hui?Allons, levez-vous et lais- chacune d'elles un regard curieux.sez-moi me mirer dans ces beaux femme reposait, malade, ce jour- grands yeux, = 42 =m TE me mee Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, fuillet 1928 Mme Trufanoff se leva à son commandement.Elle pensait à ses pauvres enfants et s\u2019humiliait pour assurer leur salut.Elle n\u2019osait désobéir à cet homme qui pouvait lui rendre la liberté.\u2014Fh bien, madame, dit-il poliment en constatant qu\u2019il avait affaire à une dame, que peut-on faire pour vous?\u2014J\u2019ai trois enfants, dit-elle, pour eux, je demande que vous me rendiez ma.liberté.Le lendemain, l\u2019homme revint à la prison, muni d\u2019un papier officiel, tout couvert de sceaux qui attestait que ma femme pouvait se considérer libre et l\u2019autorisait à prendre soin de scs enfants.- Ma femme l\u2019en remercia avec effusion, pensant qu\u2019il n'avait fait cela qu\u2019en souvenir de mon mari.Mais les jours suivants, il se présenta régulièrement à la maison, se montrant pour ma femme d\u2019une gentillesse extrême.Me croyant mort, il voulait l\u2019épouser à la mode bolchéviste.Mais elle ne voulut rien entendre, certaine qu\u2019elle était que je n\u2019avais pas été mis à mort et qu\u2019elle me retrouverait.Surpris de cette résistance inattendue, il se procura un certificat de décès, le certificat de mon propre décès: \u2014Ilindor est mort, lui déclara-t-il sans aucun ménagement, vous vous devez à \u2018vous-même et à vos enfants de devenir ma femme.Mais elle supplia le commissaire de nir à son flancé suivant la nouvelle loi maritale bolthéviste.Pour se tuer, elle s'était emparée du revolver de son fiancé, soldat de l\u2019Armée Rouge et s\u2019était tiré un coup dans le coeur: \u2014Je vais mourir, dit-elle en expirant à son amoureux qui se tenait à ses côtés; je t\u2019aime, mais jamais je n\u2019aurais pu m\u2019unir à toi en dehors de ma religion.Adieu, Alexis, adieu.Cet exemple que venait de lui donner cette jeune fille fortifia encore davantage sa foi et son amour.Elle fit mander le commissaire et lui joua aussitôt cette petite comédie: \u2014Je consens, lui dit-elle, à vous épouser à votre gré.Vous me promettez de veiller sur moï et sur mes enfants.Votre geste est des plus généreux.Mais, jamais je ne consentirai à épouser un noble seigneur comme vous dans de pareils haillons.Donnez- moi de l'argent que je me fasse un trousseau digne de vous.Le commissaire, qui ne pouvait croire que cette femme eût l'audace B de le tromper, la combla de roubles d\u2019or et s'éloigna de la maison, lui laissant une semaine entière pour se préparer au mariage.Que fit-elle?Jeta-t-elle cet argent aux couturières et modistes?Non, fidèle à son mari toujours qu\u2019elle croyait | encore vivant, fidèle à ses enfants, aux enfants qu\u2019elle avait eus de lui, elle acheta des vivres au marché, quel- gi ques chauds vêtements de voyage et lui donner encore quelques jours pot 4N cheval.Trois jours plus tard, elle réfléchir avant de lui rendre,une.réponse déflnitive sce qui fut aceordeé.Dans l'intervalle, elle apprit qu\u2019une jeune fille de sa connaissance, nommée Zolhina, une belle et pure enfant qu'elle aimait beaucoup et qu'elle n\u2019avait pas revue depuis sa sortie de prison, s'était suicidée plutôt que de s\u2019u- «partait pour un village voisin, situé àB trente milles de là, où elle avait desk parents et de là prenait le train pour Moscou.Ainsi, la femme du moine Iliodor fut sauvée des mains du commissaire et sauvée temporairement du bolché- visme.Mais toutes les femmes ne fu- V Vo.16, No 7 rent pas aussi hetüreüses qu'elle et le bolchôvisme a fait des centaines de milliers de martyrs parmi elles.Parmi ces victimes d\u2019un régime nouveau, il ne faut pas oublier cette pauvre jeune fille dont nous parlions tout à l\u2019heure et qui se suicida pour sauver son honneur et suivre les préceptes de sa religion.Les femmes ré- caloitrantes qui ne se tuérent pas furent d'ailleurs massæcrées en bloc.A Moscou, Mme Trufanoff retrouva @ son mari, qui continuait là, après # avoir échappé à la prison et à la mort WW son oeuvre de propagande anti-bol- chéviste.Ii y a dans le Communisme une autre doctrine qui veut que tout appartienne à l\u2019Etat, que l'individu n'ait sur rien un droit établi de propriété.Ayant retrouvé sa femme, le moine Iliodor partit un jour avec un vieillard qui l'assistait dans ses tournées de propagande pour une petite ville située non loin de Moscou.Ghemin faisant, ils rencontrèrent trois soldats bolchévistes armés de fusils et de revolvers.Les voyageurs avaient avec eux un samovar, des vivres et quelques vêtements.Les soldats s'en emparèrent sous menace de mort.\u2014Frères, dit le moine, partagez notre repas.partagez nos vêtements, si vous voulez, mais laissez-nous notre part.\u2014Ne savez-vous donc pas, répondit l\u2019un d\u2019eux, que tout appartient à l'Etat?Nous sommes les soldats du nouvel Etat.Donc, l'Etat c\u2019est nous.Ge qui est à vous est par conséquent allons vous entrer nos fusils dans le ventre! Les trois malheureux poursuivirent leur route, lestés de tout ce qu'ils LA REVUE POPULAIRE | à nous.Plus un mot là-dessus où nous - = 14 \u2014 Montréal, juillet 1928 avaient par des défenseurs du pays qui se conduisaient comme des voleurs de grand chemin.Hs arrivèrent à Maicop, où la population était nette - ment antipathique au bolchévisme.A ce moment, un détachement de l'armée contre-révolutionnaire du général Denikine s\u2019approchait de Maicop.Le lendemain de leur arrivée là, comme ils se reposaient tous trois dans le jardin de leur hôte, un aéroplane des forces de Denikine survola cet endroit en jetant partout des proclamations: \u201cLe général Denikine ne fait pas la guerre aux habitants paisibles, portait l\u2019une d\u2019elles.Les Blancs \u2014 (c\u2019est le mot qu\u2019on employait alors pour distinguer les contre-révolutionnaires, des bolchévistes appelés Les Rouges) \u2014Les Blancs ont pitié des petits enfants, des femmes et des innocents.\u201d Ces lignes furent lues avec joie par tous les habitants, de sorte que quand les troupes d'avant-garde entrèrent dans la ville et que l\u2019ordre fut donné aux habitants de se rassembler sur la place, tout le monde s\u2019y rendit avec empressement.Le général Pokrovsky devait y prononcer une harangue.Tous s'attendaient à un discours de paix et de miséricorde.Et quel fut l\u2019étonnement de cette foule quand elle s'entendit interpelée de cette sorte : \u201cChiens, bêtes immondes, crapauds de Maicop, je ne sais ce qui me retient de vous livrer tous sans aucune distinction à mes bourreaux pour qu\u2019ils vous foueltent jusqu\u2019à ce que vous creviez, fous! Bande de lâches, de re- négâts et d\u2019hypocrites que vous êtes! Pendant que nous nous approchions de la ville et que nous combattions les bolchévistes, vous vous cachiez dans vos caves ou sous vos lits et nous laissez faire le travail tout seuls.Maintenant, vous venez ici avec des souri- ts kd i i detent e rig dre 1) f nn i x) Montréal, juillet 1923 Vol 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE p | 74 a a) 4 |! © 4 Ho ÿ ! mn 5 y \u201c y; 3) I os ar hie ld hid se Hl 6 * se 2 ps 9 if 4 bi ; E fs oh 4 Ë vi tr i os ; 5 Fe 25 a ah i a \u201ca fil: + it a ur ili the 2) RE) et Bl i?iy lt Ly ol il ÿ ÿ gr | A 5 ; He 14 7 | ie) fr Ki ce yl 1 M he As 7a td oi 3 | AN 3e pp bi 6 2) TE 5 8 Oaché sous un conapé, il pleurait comme un enfant.Au lieu Rr Pi poo 3 SN.ih Rady pe [ A = fr ve a 25% 13 RE, és a £1 3 CL A (a 2 kel x vu Ze 7 H = éd 4 : Ls Eh, | ¥ A a ji i Mi) ; 5 ko ith if ii A J ; 0 ui aril 3 © NG 13 > A TH i fe i de le conduire au Lieu de supplice, on le tua sur place.oli ¥ 24 ¥ d (} ry 5 i Le an Bi i 5! a TA i di sean i DR = i pe Ig ke N 57 A h \u2014 ii i, ih ih $ Se I RA: 4 Ny 7 7 83 oA iss po / gl es i i | \u201ciy, h 5 Jy ih Za ih Hi Le ministre Protopoff ne montra aucun courage devant la mort.hi NC _ _- qi fh ou eu ue ty i it Ru ï tl i RRR LR, Vol, 16, No 7 LA REVUE res d'hospitalité sur les 1évres, comme si vous ne nous aviez pas trahis.Le fouet pour vous tous, sans exception.\u201d Puis il s'arrêta, les veines de la figure si saillantes, la figure si empourprée que tous pensèrent qu\u2019il allait éclater.Cet homme ne comprenait pas du tout la population de cette malheureuse petite ville.Il ignorait que les bolchévistes avaient privé ses habitants de toutes leurs armes.Le moine Iliodor voulut implorer la clémence, demander pitié pour ces pauvres gens qui n\u2019étaient coupables de rien.\u201cGénéral, dit-il, permettez-moi de vous fournir quelques explications.Vous ne les comprenez pas.Quand vous m\u2019aurez entendu, vous n\u2019infligerez aucun châtiment & ces miséreux.Mais il ne put poursuivre plus avant.Le général, furieux, se jeta sur lui et le livra à ses bourreaux pour qu\u2019il fût fouetté à mort avec cinq cents autres citoyens.Il subit cette atroce supplice sans proférer une seule plainte, sous les yeux de sa femme qui tomba sans connaissance à ses côtés et du vieillard qui avait partagé toutes leurs vicissitudes.Il fut laissé sur le terrain, quand on le crut mort.Les soldats le mirent à nu.Mais, la troupe disparue, sa femme le pansa, lui prodigua des cordiaux que des habitants lui apportèrent et il reprit connaissance.- Après s\u2019être remis des affreuses blessures que le fouet avait laissées sur tout son corps, il reprit le chemin de Bolschoye, en Sibérie, dans le but d\u2019y revoir son vieux père.I] le revit en effet, mais pour assister à sa mort, aux mains des bolché- vistes.\u2018En me jetant dans ses bras, POPULAIRE Montréal, juillet 1923 au pas de la porte de la maisonnette qu\u2019il habitait encore et où j'étais né, il m\u2019apprit que ma pauvre mère était morte de faim.\u201d Le lendemain, comme le moine Tliodor se tenait à la fenêtre, prenant mille précautions pour ne pas être vu, à cause de l\u2019ordre qui avait été donné aux soldats rouges de s\u2019en emparer en quelque iieu qu'ils le trouvassent, des hommes se présentèrent, en uniformes de gardes rouges, qui démolirent la grange pour renouveler leur provision de bois de chauffage.Le vieux père d\u2019lliodor s\u2019interposa: \u201cVous détériorez sans raison ma propriété, leur dit-il, allez chercher votre bois ailleurs\u2019.\u2014De quel droit, s\u2019écriérent-ils tous ensemble, nous empéches-tu de faire ce qui nous plait?Nous sommes soldats de la république.Nous avons tous les droits et toi, nous allons te tuer.\u201d Ce disant, ils levèrent sur lui leurs armes et firent feu.Il tomba roide mort.Mais, pour avoir suivi son cortège, le lendemain, le moine Iliodor fut arrêté et ramené à Moscou pour comparaître devant le célèbre commissaire Derzinsky qu'on avait surnommé le \u201c\u2018plus terrible homme de Russie\u2019.C'est lui qui, aux plus sanglants jours de la Russie, avait tué de ses propres mains cent généraux monarchistes enchaînés, cela en une après-midi.Quand Iliodor comparut devant le commissaire, celui-ci lui dit, un sourire sardonique aux lèvres \u201cTrès heureux de vous voir, cher ami, parce que la Russie a besoin d'hommes comme vous pour l'exécution de son vaste programme.C\u2019est dans cette même chambre qu\u2019ont comparu devant moi vos coïiègues, l\u2019évêque Efrem, l'évêque Cronstadl et plusieurs autres.= 16 \u2014 Vol.18, No 7 D\u2019ici, ils sont sortis, ou plutdt, ont été sortis dans la cour pour y être massacrés.Tous marchèrent courageusement à la mort, excepté le ministre Protopoff.| Quand je dennai ordre au ministre Protopofi de rejoindre ses camarades dans la cour pour y être tué, il éclata en sanglots et se réfugia sous ce canapé, que vous voyez là.Je donnai ordre à quatre gardes rouges de l\u2019en sortir.Mais, malgré les coups de baïonnettes que ceux-ci lui donnaient dans le corps, il persistait à ne vouloir sortir de sa retraite, criant qu\u2019il ne voulait pas mourir, que personne\u2019 n'avait le droit de le mettre à mort.I] était tout couvert de sang quand on parvint à le sortir de là.Les soldais le finirent à coups de crosse.Vous saurez, si le goût me prend de vous faire mourir, mon cher moine IHodor, montrer plus de courage devant la mort, n\u2019est-ce pas?\u201d Un mois plus tard, le moine Iliodor et sa femme se réfugiaient aux - Btats- Unis.0 * UNE INGENIEUSE REPONSE L'\u2018\u2018Aum:érique latine\u2019, revue française, à posé à un certain nombre de personnalités ces trois questions: 1.La découverte de l'Amérique et son peuplement par les Européens ont ils été utiles ou nuisibles: 10, aux indigènes; 20, à l'Europe?.\u2026- \u2014 2.L\u2019influence de l'Amérique s sur la politique, le commerce et les moeurs de l'Europe a-t- elle été bonne ou mauvaise ?3.Peut-on, d\u2019après le passé et le présent, augurer ce que sera, dans un avenir plus ou moins prochain, l\u2019in- LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 fluence de l'Amérique sur les destinées de l\u2019Europe ?M.Jules Véran a répondu spirituellement: \u201cJe suis reconnaissant à l'Amérique de nous avoir donné le tabac, la pomme de terre, les plans de vigne grâce auxquels notre vignoble à pu être reconstitué après le phylloxéra, les beaux soldats qui nous ont aidés à bouter dehors les barbares, enfin, pour nos femmes, les Galeries Lafayette J'admire le magnifique exemple que donnent les riches Américains en favorisant la recherche scientifique par des subventions considérables aux Universités et aux laboratoires, mais je n\u2019admire pas ceux qui font augmenter le prix du champagne dans les restauranis en le payant n\u2019importe quel prix.Je suis heureux que les Américains nous aient apporté la jupe courte, mais je suis fâché que les Américains aient répandu la mode des visages rasés.Je ne vols pas très bien quelles te- çons nous pourrions prendre chez les hommes d\u2019Etat américains.Il n\u2019y en a qu\u2019un, dans l\u2019Amérique du Sud, qu\u2019il serait profitable d\u2019étudier: Bolivan Au point de.vue politique, j'attache à l'heure actuelle, une importance particulière à la première page de l\u2019histoire des Etats-Unis où s\u2019affirme une certaine attitude d\u2019indépendance envers l'Angleterre qui ne leur a pas mal réussi.oe \u201cQuant à prédire ce que sera dans l\u2019avenir, l\u2019influence de 1\u2019 Amérique sur les destinées de l'Europe, M.Jules Vé« ran ne veut pas s\u2019y hasarder, le rôle de prophète en histoire lui semble - dangereux, et il ne se sent pas de taille, dé clare-t- 11, à découvrir de nouveau l'Amérique be Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Juillet 1923 Oo nde, Si vous perdiez un million.« WG of Aas STM, 3 E° 74 xx XX el J LE dou.SX XxX \u2014Que feriez-vous le lendemain de cette catastrophe ?Vous mourriez de désespoir?I} n\u2019y a pas de raison.Un millionnaire grec perd toute sa foriuns en un jour dans l\u2019incendie de Smyrne, revient aux Etats-Unis et se remet au travail, dans l\u2019indus= trie du tabac, pour la refaire.Mettez-vous à la place de l\u2019homme extraordinaire d\u2019énergie dont nous allons vous parler tout à l'heure, Supposez que vous avez amassé après vingt ans d\u2019un travail ardu une fortune de près d\u2019un million de dollars.Puis, à ce moment, une catastrophe survient brusquement qui vous vole de toute cette fortune et vous laisse absolument sans le sou du jour au lendemain, avec pour unique perspective de recommencer votre vie.Plusieurs, arrivés là, deviennent fous ou se suicident.perdu toute ambition avec leur fo?ne, de mener une vie très modeste, \"dès\" sespérant de jamais reprendre le terrain perdu.Mais ce n\u2019est pas ce que fit un nommé Christo Georges Piro- caco qui, ruiné complètement, se remit au travail et est en train d'amasser un million pour remplacer celui au\u2019il vient de perdre.D'autres se contentent.qyaht En 1905, ce Grec vint aux Etats- Unis, le pays par excellence des grosses fortunes et se lança dans l\u2019industrie du tabac, après s\u2019être fait naturaliser citoyen américain.Il commença comme mécanicien à $20 par semaine.Au -bout de vingt ans, il valait $600,000.TI plaça toute sa fortune dans de vastes plantations de tabac, près de Smyrne.ville très importante de la Turquie d'Asie.Il y-passait l\u2019été dans une somptueuse villa sise sur «le port même de Smyrne, non loin du palais de l'ambassade française.L'hiver, il revenait à New-York, non pour y jouir des plaisirs qu\u2019offre à tous cette saison mouvementée, mais pour surveiller les affaires de son commerce.Alors qu\u2019il était parvenu par ses seuls moyens au faîte de la prospérité, les Tures, on se rappelle cet évène- ment qui ne date que de quelques mois, envahirent la ville de Smyrne et a mjrenià feu et & \u2018sang -Dans l\u2019hor- fit elmrasSacre qui suivit de moitié de la cité fût consumée et \u2018des milliers d'habitants furent tués.sans distinction de sexe ou d\u2019âge.Les propriétés du grec millionnaire Pirocaco furent rasées et toutes ses plantations détruites.Il était ruiné et c\u2019est miracle s\u2019il échappa au massacre.\u2014 18 \u2014 Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1928 Il revint de nouveau en Amérique, dans les mêmes conditions que vingt ans auparavant, c'est-à-dire avec juste quelques dollars en poche.Que fit- il?I emprunta une centaine de piastres, se loua un petit bureau et lança une agence de tabac.Et maintenant, l\u2019inorovable Pirocaco est à refaire sa fortune.Je me suis remis dans l\u2019industrie du tabas.disait-ii dernièrement, parce que'd\u2019abord je lui ai consacré toute ma vie et que c\u2019est une affaire que je connais dans ses moindres détails.Mais il y a une autre raison à ce choix.Le tabac esl un objet de luxe et il y a toujours de l'argent dans les objets de luxe.Les obiets indispensables à la vie, les premières nécessités, soit ) 4 i A i a i d tai Vol, 16, No T LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1928 l'hab'!>ment.soit la chaussure, soit l'alim \"+i on sont sujets aux fluctuations d !n bourse et subissent des fortunes \u201civorses.Mais, il n\u2019en est pas pe ds le tabac.Le tabac se vendra pre, bien.: à mon honnêteté que je dois min frriune et c'est parce que j'ai toujours été honnête que je retrouve au- jourd'hui des gens prêts à faire des affair- avec moi.L'honnêteté.le chie en affaires.voila le grand point.Si j'ai réussi, c\u2019est que j'ai su économiser.Je n\u2019ai pas trop économisé.je n\u2019ai pas thésaurisé comme les avares ou les pingres.Le grand point.c\u2019est de mettre 20 pour cent de ses profits de côté et de jouir du reste.En maintenant toujours de côté 20 pour cent de mes bénéfices.je me suis amassé une fortune en jouissant de la vie comme pas un homme n\u2019a certai- nemeni mieux joui que moi.J'ai pris à Paris, à Monte Carlo, au Caire ce que la vie offre de pius agréable, j'ai eu des châteaux, j'ai eu des écuries de chevaux, j'ai eu un yacht digne d\u2019un emnereur pour mes croisières sur la Méditerranée; tout cela est perdu, mais je ne regrette rien.J'ai acquis ainsi de l\u2019expérience et je connais, maintenant la véritable valeur des choses.Je suis prêt à dire, bien que cela puisse sembler paradoxal.que pour savoir économiser, il faut d\u2019abord savoir dépenser.Faire de l\u2019argent?Sait-on bien ce que cela veut dire?L\u2019édification d'une fortune est une science exacte.L&æ-ri- chesse varie suivant des lois bien définies.Sachez ces règles, connaissez ces lois et vous ne serez jamais pauvre.Cclui, et c'est un fou celui-là, qui compte sur un \u2018coup de chance pour faire fortune, mourra sur la paille.Il n\u2019y a pas de coups de fortune.Le dieu du hasard peut commander aux cartes, à la roulette ou aux courses de chevaux.mais il n\u2019a rien à faire dans les affaires.Quand les gens disent qu'un Tel a fait fortune par un coup de hasard.ils veulent dire qu\u2019il avait de l\u2019argent en main quand une chance exceptionnelle s'est présentée et qu\u2019il a su en profiter.Ce n\u2019est pas du hasard.tela, ce n\u2019est pas un coup de chance.c'est purement de la science.La malchance en affaires est le résultat de mauvais placements.Ainsi, si je n'avais pas investi tous mes capitaux dans des plantations situées dans un pays constamment menacé par les armées d'un pays voisin ennemi, je serais encore riche aujourd\u2019hui.Il n'y a ni chance.ni malchance, il n\u2019y a que de bons et de mauvais hommes d\u2019affaires.Si l\u2019ex-millionnaire Pirocaco \u2018ne réussit pas comme il le voudrait dans l'industrie du tabac, il se promet de tenter fortune là où il y a des risques physiques à courir.\u2014Un autre bon moyen de faire de l\u2019argent.dit-il, c\u2019est d\u2019aller là où il y à du danger.Suivez le danger, il vous conduira à la fortune ! La vie d\u2019un homme est consiamment menacée en Russie.j'irai en Russie pour y exploiter des mines pétroliferes!.Lecteur, il n\u2019en tient plus qu\u2019à vous, grâce à tous ces renseignements, de faire fortune.0 : Le vie maritale ne tient debout que par le bris continuel des promesses de mariage.\u201c #* Une bonne femme inspirera un jeune homme, une femme brillante l\u2019intéressera.une jolie femme le fascinera, mais une vraie femme 1'aura.\u2014 R20 ~= Un \u2014 Vol.18, No 7 aK LE FRERE PARVENU > Li here ns.Un ancien gendarme de la police à cheval canadienne et vétéran de la guerre épouse une riche héritière aux Etats-Unis, à la grande surprise de la haute société de Boston.\u2014 Il refuse de reconnaître son frère, venu à la cérémonie du mariage.Ce fut toute une sensation dans la ville de Sherbrooke, province de Québec, quand on apprit qu\u2019un citoyen de l\u2019endroit,ancien gendarme de la police à cheval de l\u2019ouest, vétéran de la guerre, devait épouser à New-York une riche héritière.De même, quand Miss Geneviève Ramsey, fille d\u2019un capitaliste immensément riche de Boston, annonça ses fiançailles avec un ex-gen- darme de la police à cheval de l\u2019ouest canadien, ce fut toute une sensation dans l\u2019aristocratique cité.Mais les deux sensations n'étaient pas tout a Tait do la méme nature.A Sherbrooke, on se réjouissait, à Boston on déplorait qu\u2019une personne aussi riche de la société fit un mariage que per- sofine ne croyait intéressant,» bien qu\u2019il le fût énormément au contraite.On s\u2019attendait à ce qu'elle choisit pour époux un riche Américain, ou encore un duc ou un comte.Jamais on n\u2019avait pensé qu\u2019elle s\u2019enticherait d'un ancien gendarme.Le capiaine al od hi Ea T = a = 21 = =~ canadien n'avait en effet ni argent ni titres.C'etait un solide gaillard qui® avait fail son chemin tout seul et avait\u201d beaucoup voyagé.Les deux amoureux\u2019 s'étaient connus par correspondance er en Franco où Geneviève servit com-! me infirmière pendant la dernière\u201d guerre; ils avaient ensuite correspon-\u2018 du trés longtemps de New-York au Labrador où elle alla ensuite, avec une mission.Ils ne s\u2019étaient pas encore vus après avoir correspondu régulièrement pendant huit années ; quand ils se rencontrèrent, ce fut pour se marier.a Le mariage fut célébré avec une, magnificence inouïe.Rien ne fut épargné par les parents pour en faire une cérémonie digne de rester gravée dans toutes les mémoires, La mariée portait une toilette qui eût suffi à soulager tous les pauvres d\u2019une ville entière et le marié portait l'uniforme\u2019 de grande tenue de l\u2019armée anglaise dans; laquelle il avait vaillamment semviipemdant la guerre., > iLa cérémonie commença dans la gentille petite église catholique de Boston.Tout avait marché à merveille: jusque-là quand tout à coup, \u2018une voix se fit entendre à la porte de l\u2019église qui fit tourner toutes les têtes: \u2018Mais, je vous dis que je suis le frè- Montréal, juillet 1923 LA REVUE POPULAIRE Montréal, fuillet 1923 Frame quads ana a 0 008 veu 62 done Er PE rm i La figure du nouveau marié devint aussi rouge que son uniforme de gala et il balbuttaj quelques mots au placier.cr .SO 27 re du marié!\u201d, répétait un.noûveat.venu aux agents postés à la porte du temple et chargés de n\u2019accueillir que les personnes munies d\u2019une carte d\u2019invitation.\u2018\u2018J\u2019arrive directement du Canada pour assister au mariage de mon frère; il faut absoument que vous me laissiez entrer.\u201d Aussitôt.pusieurs placiers se portèrent à l'entrée pour demander à l\u2019in- {rus des explications ou le mettre à la raison.lls y virent un jeune homme de forte taille.en habit de cérémonie, qui se débattait avec les agents et es- savait de franchir les cordons.Il leur tendit une carte d'invitation qui avait \u2014 22 \u2014 « Vol, 16, No 7 été adressée au père et à la mère du | marié, à Sherbrooke, Canada.Il répéta ses expliations aux placiers: \u201cJe suis le frère du capitaine, leur dit-il, et je tiens à assister à cette cérémonie.Dites à mon frère que je suis là; il comprendra.\u201d Les placiers supplièrent l\u2019homme de garder le silence, qu\u2019ils allaient s'occuper de son affaire.L\u2019un des placiers se rendit alors auprès du marié, à genoux devant le prêtre et lui demanda ce qu\u2019il allait faire du soi-disant invité.Le capitaine, à ce moment était aussi rouge que son uniforme .de gala.Il lui bredouilla quelques mots.Tous les assistants suivaient cette scène avec beaucoup de plaisir.Le placier revint donc apprendre à l\u2019intrus que le capitaine le priait de quitter l\u2019église aussitôt, qu\u2019il ne le connaissait pas et prendrait les | moyens de l\u2019éloigner, s'il ne vidait pas les lieux.En apprenant cela, l\u2019indignation la plus violente s\u2019empara de l'étranger et il se mit à raconter son histoire \u2018aux centaines de curieux qui, aux abords de l\u2019église, attendaient la sortie des nouveaux mariés.I] leur dit qu\u2019il était bien le propre frère du marié, que ses, parents l\u2019à- vaient chargé de les représenter au mariage, parce que tous ne pouvaient pas venir.\u201cVous verrez, ajouta-t-il, quand mon frère sortira de l'église, il me reconnaîtra et tout s\u2019arrangera\u201d\u2019.Mais ies choses ne se passèrent pas du tout comme il s\u2019y attendait, car, lorsque les nouveaux mariés, en se dirigeant vers leur limousine, passèrent à côté de lui, aweun d'eux ne sembla le reconnaître.Le frère détourna même la tête.LA REVUE POPULAIRD Montréal, juillet 1928 Il s\u2019aperçut alors que son frère, enorgueilli par son mariage princier, ne voulait pas le connaître, le snobait bel et bien, et il reprit, tout peiné, le chemin de la gare.Quant au père de la mariée, à la prière de son gendre, il dit à tous les invités réunis dans son hôtel particulier pour le déjeuner de noces que le jeune homme qui avait troublé la cérémonie et s'était arrogé le titre de frère du capitaine, n\u2019était qu'un imposteur.0 ON VA SE FAIRE MAIGRIR EN SUEDE M.Pavl Souday, dans le \u201cTemps\u201d, novs parle d'une décision prise par le conseil mun'c'pal d\u2019une petite ville de Suède, qui ne tendrait à ric- de moins qu'imposer les personnes accusant £ la balance un poids supérieur à 122 livres.Cet impôt ne vous semble-t-il \u2018pas un peu bien injuste?Alors, parce que la nature vous aura taillé non pas en hercule, mais simplement en s0- sida gaillard, il faudra en rendre compta au fiso?Pour être possible, il faudrait que cet impôt fût proportionnel.Car les personnes qui mesarent près de six pieds peuvent peser plus que les petits sans aucun excédent de graisse.Espérons que la classe des bons vivants suédois va protester vivement.\u2014\u2014 MUSTAPHA KEMAL Ft pourtant, la loi coranique est formalle: reproduire les traits d'un personnage vivant, c\u2019est offenser Dieu.Mais il faut oroire que les idées se sont modifiées là-bas depuis quelques années.En tout cas, l\u2019image d'Epinal fait son chemin en Turquie où l\u2019on ne la désigne plus que sous ce titret \u2018Ta peinture de France.\u201d Un ingénieux commerçant a fait faire en France une sorte d'image d'Epinal, fortement coloriés, qui représente les phases les plus marquantes de la vie de Mustapha Kemal.Il paraît que cette gravure s\u2019enlève littéralement au pays du Orois- sant.Il n'est pas un seul foyer turo si modeste soit-il, qui ne tienne à s'orner du portrait du libérateur et de ses ministres, Vol, 18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 { Y- her Le a pis dés 5, (35 wrdy TK FE Il est impossible de comprendre Yinvraisemblable petit roman que nous alions raconter en peu de mois si l\u2019on n'aime pas les bêtes à la folie.Imaginez un jeune homme, un très riche jeune homme qui ne veut nas se marier dans la crainte de se montrer infidèle vis-à-vis son.chien, auquel il est atlaché d'une façon insensée.Ce chien est un bull-dog d'une rare beauté et d\u2019une intelligence plus qu'ordinaire, mais enfin! peut-on comprendre qu\u2019un célibataire, même très endurci, invoque cette absurde raison pour éloigner de lui toutes les beautés qui lui offrent leur amour?L'égoïsme de ce jeune homme dépasse les bornes permises.Et quel doit être le supplice des belles qui, après avoir espéré séduire ce cœur, se voient transplantées par un malheureux chien.Ulysse portait à son chien un véritable culte, ce qui ne I'empéchait pas d\u2019aimer Pénélope.Mais ce garçon, un canadien anglais immensément riche, issu d\u2019uneyvieille famille anglaise, et \u2018qui habité Paris pour la scule raison que la capitale française offre plus de distractions que Montréal, a peur en se mariant d\u2019être obligé de se séparer de son chien ou de s\u2019en occuper -moins, à cause des ennuis qu'il pourrait avoir avec sa femme à son sujet.7 LES BELLES ET LA BETE Ÿ 220 XX x Percy, c\u2019est le prénom de notre traî- ne-chien, est devenu une figure célè-R ble dans le \u2018\u2018gai Paris\u2019.On ne le voi nulle part sans son bull-dog, dans le: cafés les pius chic, sur les boulevardsÿ dans ses promenades en voiture a Bois de Boulogne, ete.Pour deveni célèbre, rien n'est plus facile, on n'i qu'à adopter une manie, une excenf tricité.quelque chose enfin que touf: le-monde ne fait pas.C\u2019est-à-dire quilles riches peuvent devenir célèbref ainsi, parce que les pauvres mania ques ou excentriques sont considéré fous ou criminels et on les enfermel! Et ce ne sont pas les partis qui manf quent pourtant.Combien de mère.ont les yeux sur lui! Très souvent, i fut question de son mariage avec ung jeune Française titrée, une riche Améëf ricaine, une captivante Argentine, und Anglaise d\u2019un rang princier, une ar tiste de renom, et combien d\u2019agtres | Les choses semblaient assez bierj mar| cher, puis, tout à coup.Percy sd ravi: sait et il revenait à son chien, trom pant tous les espoirs.\u201c Ce serait ici la place de parler de grands hommes qui, dans l\u2019histoire eurent la manie des animaux et firen pour eux les plus grandes folies.S le chien d'Ulysse est célèbre, celu d\u2019Alcibiade ne l\u2019est pas moins, \u2014\u2014 \u2014 ha 1 = = a) v 2 = = = = = = = \u2014 t = I= Baha 2222 \u2014 ET \"ww i 3 = = An = = = = = = arc = = _ _\u2014_\u2014\u2014 vs A es 1 12e potins Ru i ca es \u2018ft aa Fm, \u2018 =e il 16, No 7 aN = eet = 2 hoy fa pond; 53 \u2014 oN z OF} PEN ES ab Sh ZN te =o = (2 ey B Ja Ed = Zen oN i os | WH Bo £ xfs | (reine Pan \\ £5 sy i sp A es more 25 ES om go a > Be G a CS SE.À y 3) a Ti = Te = Ti 3; bb\u201d se = \\ 5 7 x 2 24 £394 3 = Les \u20ac pe Sn xX 36 a i & = Srey 73 = ce a 2 (ad 4 petit io \\ A aN duels NL = AN 6 \u201c, £0 8 \u201ca À se es a wœ = ed To = pa ES = SE x; al i : 2 =k Les deuæ rivaux.= = « z cs = A Ha AS ME ee 8 EL a+ eh rd GL a \u201c3d gl Te = 3 2 \u2014 en Es 4 7 \u201cda id LA REVUE POPULAIRE = = GEE Es 7 3 7 GE > a on NY \u2014> 7 7 i a \u201c S et RS, NS A Ne Na 25 So 7 4 N aN Be Ys; pee N ead 4 POON J A Sly = EM : > 4; Frs = = = =.252 ty oS Eran) od = as > = = a = ed de PSE ss, us 2e 3% ra\u2019 a A = 2 a 4 A ae J: A Se FLEE Gi == ERT 20 2e 2, 24 5 = Bs SRN Xk \\ 1 EX ZT =F 55, = = RG N \u201c \u201c4 tL Ré & 5 = & es SR ment aussi flatteur, Enid, de- rait-ce que pour divertir nos jeunes puis trois semaines seulement dans la i Bectrices sténographes.le roman d'a- maison.filait le parfait amour avec le mour de cette jeune personne, roman premier commis aux écritures, une Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Mowtréal, juillet \u2018J ei rm ; ES ie Fe \u2018den de noces des vingt-neuf .ex-fiancés.dy TER LOTTI A jeunesse de son âge.seize hs, Pes le a l'heure du diner.alors que to | premier jour qu'il vit la nouvelle sté- autres employés s'amusaient au | no, ce jeune homme se jura den fai- hors, il lui passa sa bague au (fu re sa femme.Avec ses économies.il avec un baiser, son premier baiser} so procura aussitôt une bague.bonne fut le premier amour d\u2019Enid, et # tout au plus à servir de prime pour premier solitaire; mais ce pref: une marque de savon quelconque.amour ne fit pas long feu et le soli amena la chère enfant deux ou (rois ne brilla pas longtemps à son doi; fois aux vues animées, puis.un :-:\u201d.fée.« af Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1928 ; Après quelques petites scènes de le en élait venue & ne plus savoir qui jalousie, des paroles aigres, des re- lui avait donnée, pu mieux, prêtée.gards courroucés, la jolie sténographe Au bout de cing années, elle chan- Fenvoya promener son jeune premier ges de division.Dans son nouveau bu- en lui jetant sa bague à la tête.Et reau, ce furent les mêmes triomphes.d'un! pour employer l\u2019expression chè- Garçons.commis, vendeurs, gérants\u2014 re au comte de Monte Cristo.tous lui firent la cour et s\u2019en l{irèrent } Cette scène dut la rendre plus inté- avec moins une fiancée et plus une Fressante encore aux yeux de tous les \u2019 autres employés, car, dorénavant, elle n\u2019avait pius qu\u2019à lever les yeux de sa ]machine à écrire et à les jeter sur | quelque commis pour le faire succom- fber aussitôt.Enid commençait à don- |ner dans le genre vampire, très en faveur au cinéma.bague, pour employer lc langage des affaires.Et pourtant, Enid n\u2019était ni légère, ni mauvaise fille; au contraire! Si elle se flançait ainsi si souvent, c'est qu'il Du garçon de bureau au patron de lui répugnait de faire de la peine à ces l'établissement.pauvres garçons quand chacun d'eux Mlle Wentworth fut donc tour à la suppliait de l\u2019accepter pour époux.\u2018ftour fiancée au premier commis, au \u201cQuand j\u2019étais fiancée avec l'un I¥deuxiéme commis, au troisième, au d'eux, dit-elle confidentiellement à quatrième, et ainsi de suite, et rompit notre correspondant, il m'\u2019interdisait avec chacun après quelques semaines invariablement de parler aux autres de bonheur.Elle avait constamment ou de sortir avec eux.Mais, comme une bague de fiançailles au doigt, mais c\u2019était toujours ceux avec qui je n\u2019é- \u201ccette bague changeait si souvent qu'el- tais pas fiancée qui m\u2019invitaient aux = Vol.18, No 7 distractions les plus intéressantes, je rompais ponr les accepter, et ainsi, je ne trompais personne.\u201d On avouera qu\u2019une telle logique a quelque chnse de bien féminin, et peut conduire très loin.mais nous ne voulons pas d'sputer l'héroïne de notre histoire sur ses beaux motifs de conduite.Finalement, les deux premiers comptables de l'établissement se prirent aux cheveux a son sujet.Ils se donnèrent une fameuse râclée, en présence de tout le personnel.Quand la bataille fut terminée, pareille à Hélène de Troie, pour laquelle se battirent tous les plus grands héros de l\u2019antiquité.elle se moqua des deux combattants et leur dit: \u2018\u201cN\u2019espérez plus rien de moi.vous êtes tous les deux indignes de ma main, j'ai horreur du scandale.\u201d Vint le tour du patron.un millionnaire, va sans dire.Sa demande fut agréée ct le mariage eut lieu.Les vingt-neuf candidats malheureux, avec l\u2019argent qu\u2019ils eurent en revendant leur bague de flancailles respective, firent à la fiancée du patron un cadeau étrange qui dut surtout ennuyer le futur mari; un cadran ' énorme qui sonnait les heures et chantait les noms des vingt-neuf amoureux éconduits.Il est tout probable que la belle sténographe repassa le cadran comme cadeau de noces à l\u2019une de ses bonnes amies, ainsi que l\u2019on fait des cadeaux qui n\u2019ont pas l\u2019heur de plaire.Mlle Wentworth, devenue une autorité en matière de demandes en mariage, fut interrogée sur la manière idont les hommes faisaient habituellement leur proposition.Elle répondit que la manière changeait avec les individus; que les uns faisaient avant den venir au sujet, de longs discours.LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 que d\u2019autres bafouillaient deux ou trois mots ininteHigibles.Les uns se tiennent au garde à vous.comme des soldats, pour faire leur déclaration d'amour; les autres, penchés, le cha-] peau à la main, sans oser regard dans les yeux l\u2019objet de leur amour .f Un seul s\u2019était jetée à ses genoux, e# c\u2019est celui-là qu\u2019elle épousa.Elle fut demandée en mariage un peu partoutë au cinéma, dans les restaurants, da le tramway, en bateau, dans les parcag en jouant au tennis, au bureau, alo qu\u2019elle était à écrire une lettre de plus grande importance, etc, etc.Comme on le voit.autant d'homs« mes.autant de manières de demande une jeune personne en mariage.Oo UN NOUVEAU REMBRANDT tu On vient de découvrir, à Prague, vif © nouveau Rembrandt.C\u2019est le \u201cMariad li ge d'Alexandre et de Roxane\u201d, un def pen il.Rembrandt l\u2019a peint durant sa 4 e [ nesse.On y retrouve ses plus forte qualités: composition, relief, et sur] x tout cet étonnant éclairage qui ne me on que les figures en lumière.pi La toile dormait depuis des années se enfouie dans un grenier.Un jour, domestique pris de zèle entreprit la nettoyer: sous la poussière de.temps, la signature apparut, ainsi qu Ve la date: 1628.En Les habitants de Prague voudraies pe garder ce chef-d'oeuvre dans leur mi sée ; mais des offres ont été déjà faitif de l\u2019étranger.Au cours actuel du chad , ! 1 i abi is ly .= ge.elles finiront peut-être par avoi a, raison. Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Il nous faudrait pour parler convenablement de cette découverte l\u2019autorité d\u2019un homme de science; pour ne pas induire nos lecteurs dans de grossières erreurs, nous les entretiendrons le plus sobrement possible de ce nouvel élément chimique, le \u2018\u2018hafnium\u201d, que vient de découvrir, après plusieurs années de recherches un célèbre chimiste anglais, le docteur Alexandre Scott.Cette découverte, et c\u2019est la raison pour laquelle elle intéresse tout le monde, est destinée à révolutionner le système de l'éclairage au gaz, en permettant la fabrication d'un nouveau manchon de gaz incandescent d'une force de réflexion inconnue jusqu'ici.Cette découverte, l\u2019une des plus importantes sans contredit dans le monde de la chiraie, est l\u2019oeuvre d\u2019un savant travailleur, noble et modeste comme le grand Pasteur, dont on vient de célébrer le centenaire.Depuis dix années, à divers intervalles, le docteur Scott étudiait les propriétés d\u2019une petite bouteille de sable noir, don d'un de ses anciens élèves de la Nouvelle-Zélande.Des analyses en grand nombre avaient réduit, le contenu de cette bouteille magi que à un petit peu de poudre, cou-,.|.leur crème.qui contenait 75 pour cent d'oxyde de fer magnétique et 25 pour cent de sous-oxyde de titanium.Mais le savant avait l'intuition que cette poudre recéiait un merveilleux secret.I] voulut y consacrer tout son temps, mais alors éclata la guerre qui l\u2019obligea à abañdonner ses chères étu- \u2014 31 des pour se consacrer à la fabrication des gaz asphyxiants.au commte du gouvernement britannique.Ge n\u2019est que cette année qu\u2019il revint, pour la première fois denuis neuf ans, à sa mystérieuse petite bouteille, I] décida alors de faire bouillir la poudre avec une forte huile de vitriol ou acide sulfurique.Le vitriol dissout l'oxyde de fer magnétique et le titæ- nium, les deux seuls éléments connus de la poudre en question.Si ce procédé arrivait à dissoudre entièrement la poudre, il devenait possible d'en déterminer les propriétés.Lentement, la poudre se liquéfia, puis entra en effervescence.Mais tout à coup une étrange substance, couleur jaune-clair.se détacha du tout, roula dans un coin du flacon et pendant dix minutes résista à la chaleur intense.La petite bouteille rendait son secret: le \u201chafnium\u201d (jusqu\u2019à ce qu\u2019un nouveaït nom soit trouvé) était découvert.Le chimiste tempéra aussitôt sa mixture, isolant aussitôt cette globule, Le soir même, il faisait connaître sa découverte au monde savant anglais Voici, maintenant, en quelques lignes, les \u2018Commentaires que le docteur Scott donna aux journaux du monde sur sa découverte, commentaires que nous sommes parmi les premiers à reproduire, pour les faire connaître à nos lecteurs qu\u2019intéressent les choses scientifiques : \u201cLes possibilités de ce nouvel élément que je cherche à découvrir de- } È i Ya Vol LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 185 No.\u2014_\u2014 {Ul die fai de Fe Es.= AN 4 7, À DS blé [i Ear TN A 2 i 0 i ND pl a\u201d CE 7% te (où LE i RES) = pe oF = Ew I \\ FS > ges dan i EZ cry eee À i SSL A y Hi 3 NÉ i ÿ i iE i ÿ Am brn 2 1 | dm 7 4 5 } ( le fl I ir i) 7 N Y 2 7 \u201cXl Co @ J FN | | y pe Ws) 5 | pa Dan \\ xe wi & y i i ; 7, J de | = J 7) > I À NS 7, N {a ili In AV 7 > EST | ER y i ii) FN ! | pr £ LE Tih Da 5 du ae | ge ss, Es | ! == en Es == aod = Kp \u2014\u2026.re a hi (dé terne iY = qi JG ?oT le} Eder i ÿ = SE sess =, hm a 9 En mére lt ZE, i Co À Ÿ a NS (5 Ur I J ?fi \u2014 de AN, VSI mR ca i i imme CE NE Re ES \u2014 IL I ge x.nT er ea BY x T= we} 3 \" ~ ao Te 3 i Ae a as on 3 8 Win ! ces rt Ky -t TL Te or] 2 fav SE == 3 li X a w\u2014 x D me hee oe : i } git mm Ja 2) a Ei 5 Il 5 er] = = = a, 2 axe «4 ER = ul Xl nl RC = a M i cd = Ee) ra ÿ LI Lom I) neds ras HTN à i, % pe) Cd Ih a > .ra < emt?= A ES serbe L'illustre chimiste anglais dans son laboratoire où il découvrit la formule du hafnium, | ant Teg oo Puls l\u2019année 1913, sont illimitées.Je fonds changements au système de l\u2019é- i on ne suis sûr que d'une chose jusqu'à clairage au gaz.Dans plusieurs des \u201cà A eile 5 ETE TY OI present, ol est quil apportera de pro- composés modernes devenus nêces- CRDDE DES OS IT .RI RR OTR Ion) = Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1928 saires à nos besoins, tel que l\u2019acier, pour ne mentionner que celui-là, je suis certain qu\u2019il manque un ingrédient, un élément pour les rendre parfaits.On à toutes les raisons du monde de croire que cet élément existe, et, pour ma part, il me semble que cet élément peut fort bien être le hafnium.7] serait même à souhaiter que ce fût le hafnium, car il est beaucoup plus facile à trouver que le radium et coûte moins cher; il est tiré d\u2019un sable noir, lequel sable noir se trouve dans presque toutes les parties du monde.-Ün fera sans doute des mil- Tions avec le hafnium, mais je me soucie très peu d\u2019en tirer un sou.Ma découverte appartient désormais à l\u2019humanité tout entière; le côté finançier de l'affaire ne m\u2019intéresse pas, comme la chose intéresserait les Américains.\u201d Il n'y a qu\u2019une chose qui ne plaît au savant chimiste dans cette découverte: c\u2019est le nom même: hafnium.D\u2019après lui.ce nom ne convient pas du tout à la chose.et s'il l\u2019a accepté.ce ne fut que par pure courtoisie internationale.Il a même l'intention de le changer en celui de \u2018\u2019ceanus\u2019\u2019\u2014de l'Océanie où fut trouvé le sable noir qui est à sa base.Mais pourquoi cette détermination qui ne rime à rien.pour nous, \u2018\u201cHafnium?' Hafnium vient de Hafnia, Copenhague.Deux: semaines environ avant, que le docteur Scott annonçât sa prodigiense découverte.deux je nes chimistes.Coster et Hevesy.qui travaillail avec le docteur Bohr.a Copenhague, firent savoir au monde savant qu'ils avaient découvert un élément inconnu par la radiographie.Ils lui donnèrent le nom de hafnium.Le chimisie anglais leur fit part à son tour de sa découverte, mais ses confrères de Copenhague jugèrent que la poudre couleur jaune-clair qu\u2019il avait isolée ne correspondait pas du fout à leur théorie de l\u2019hafnium.Une discussion est en train à ce sujet.et tant que cette discussion ne sera pas ciose, par pure délicatesse, le docteur Scott gardera à sa découverte le rom de hafnium.Plus tard, il lui restituera son véritable nom, l\u2019Oceanus.\u2018On doit au grand chimiste anglais d'avoir trouvé diverses méthodes de conserver les antiquités, méthodes qui sont appiiquées aux incalculables trésors du British Museum.Lord Carna- von, le malheureux Lord Carnavon qui laissa sa vie en Egypte, dans le tombeau même du pharaon Tout- Ankh-Amon dont il avait violé la retraite au bénéfice de la science, le consulta sur la façon de préserver les trésors qu'il retira de ses fouilles.Le nom du docteur Alexandre Scott est connu en France où il compte de nombreux admirateurs dans le monde scientifique.STATISTIQUE Le gouvernement de Moscou vient de publier la statistique officielle du nombre de bolchévistes qui existent en Europe.D'après ce tableau, il n\u2019y en aurait en Russie que 2.650,000 ce qui, pour Une popnlation de plus de 100 mil- Hoÿs d'individus, n\u2019est vraiment pas egucoup.Avec une grande modestie, le gouvernement de Moscou ne compte que 300,000 communistes en Allemagne et 121.000 seulement en Tchéco-Slo- vaquie e* en France._ Si cetle statistique, à chiffres réduits, n\u2019est pas destinée à tromper les bourgeois, elle est rassurante. Vol.18.No 7 \u2019 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 LA \u201cLAMPE VIVANTE\u201d A LUMIERE FROIDE Une dépêche de Londres annonçait récemment que le professeur Newton Harvey, de l\u2019Université de Princeton (Etats-Unis).venait de découvrir le moyen de produire de la \u201clumière froide\u2019, à la suite de longues études sur les lucioles et les bactéries.Il'aurait extrait d\u2019un petit crustacé, originaire du Japon, un produit, la \u2018\u2018luci- férine\u2019\u2019, qui, dissous dans l\u2019eau, donne une lumière bleuâtre suffisante pour lire.r, cette découverte n'appartient pas au professeur américain : le secret de la lumière produite par les insectes (vers luisants.lucioles, pyrophores.eto.), a été découvert, il y a longtemps, par un savant français, le professeur Raphaël Dubois, de l\u2019Université de Lyon, directeur du laboratoire de biologie maritime de Tamaris.En 1887, l\u2019Académie des sciences avait décerné à ce savant le grand prix des sciences physiques.Depuis cette époque, M.Raphaël Dubois est parvenu, après de longues et délicates recherches sur les organismes producteurs de lumière, à isoler deux principes nouveaux, chimiquement définis, auxquels il a donné les noms de \u201cluciférate\u2019\u2019 et de \u2018\u2018luciférine\u2019\u2019; il a établi également le premier que la lumière vivante ainsi produite est lou- jours de la \u2018lumière froide\u201d Dans une lettre très détaillée qu\u2019il nous adresse à ce sujet, M.Raphaël Dubois met d\u2019ailleurs hors de cause son honorable collègue américain Newton Harvey.Ce dernier avait.en effet, reconnu lui-même, dès 1906, Que \u2018\u2018le mérite de cette découverte ap- clair de lune; elle peut durer un mois, partient entièrement au professeur Raphaël Dubois, de Lyon\u2019.Ce sont les autorités de l\u2019Université de Princeton qui ont lancé\u2014dans un but de réclame pour la science américaine et pour leur établissement\u2014 l\u2019annonce d'une découverte qui appartient, depuis plus d\u2019un quart de siècle, à la science française.Le savant lyonnais ne s\u2019est pas borné d\u2019ailleurs à ces travaux de laboratoire: il est parvenu à imiter les merveilleuses lanternes vivantes naturelles, en construisant une curieuse lampe alimentée par des cultures de microbes marins iumineux; il lui a donné le nom de \u2018\u201clampe vivante\u201d.Fn 1900, à l'exposition universelle de Paris, elle eut un grand succès, surtout à cause de son étrangeté.Pour l'usage pratique, son intensité éclairante n'a\u2019 pas encore atteint le degré voulu, mais elle pourrait trouver une application utile dans les poudrières.les soutes d'Explosifs, les galeries de mines, par-| tout où les autres foyers à lumière chaude sont dangereux.La lumière de cette étrange lampe rappelle celle du ne nécessite aucun entretien et ne coûte presque rien.Le professeur R.Dubois est convaincu que c\u2019est la lumiere de l'avenir.Dans tous les cas, il serait désirable que les études de la lumière froide et de ses applications fussent poursuivies ; la direction des \u201crecherches scientifiques et industrielles et des inventions\u201d pourrait, sans doute, y contribuer efficacement.Il serait déplorable qu\u2019une découverte qui est l\u2019apanage de la science française trouvât, encore une fois, comme cela s\u2019est gi souvent produit, un champ d\u2019exploitation pratique à l'étranger.i. is 1 Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 totesseur OI OI O OH GOL TOI ODF 1OEZOE 10 c sont les Hien \u2018 UN ROMAN COMPLET ja rich} sal pour | / © 2 d'u i fy i oil n nus pls © À i Vu B a 10e Fra \u2018 | - Par DANIEL LESUEUR 58 bord ; dr or IOEIOR (CTI O EI OF = OE O EO re8ors=s\u2014 10 as ét lire 3 Ja do nig I à Mademoiselle, votre jument s\u2019impatiente.Aurai-je l'honneur de vous mettre en selle.\u2014 Merci, monsieur.mon père le fait toujours.Réponse un peu sèche, dont le coupant ne s\u2019émoussa d\u2019aucun sourire.François de Mauclain eut un recul, avec une ombre de rougeur sur son visage mince, distingué et dur.Odette se retourna vers son père.le colonel marquis de Ribeyran, qui, au moment de commencer la chasse, écoutait le rapport des valets de limiers.À quelque distance.un jeune homme, un lieutenant de chasseurs à cheval, occupé à desserrer la gourmette de sa monture, mais qui observait à coups d\u2019oeil vifs et anxieux l'attitude de M.de Mauclain, eût un mouvement intérieur de joie.Ce mouvement se traduisit par une caresse aux naseaux de sa bête et par un fuptif sourire.Puis, la gourmette arrangée, il ne put se tenir de contempler pendant quelques secondes Mlle de Ribeyran.! Elle lui apparaissait presque de dos, et la tête en profil perdu.Une mer- a) de Pa riod de veille, ce profil de fierté et de délica- i tesse, sous la mutinerie du pefit tricorne, et dans l\u2019ombre cuivrée des A bouclettes brunes.On eût dit un por- oy trait de Lawrance, une de ces jeunes pi chasseresses de noble sang anglo- ih saxon d'une si royale hardiesse sous À les traits de la plus frêle et délicieuse féminité.La taille s'amincissait dans ; l\u2019habit écarlate, et, sous l\u2019étroite jupe bleue d'amazone, les jambes se devinaient inngues, fines et nerveuses.Créature de beauté.fleur humaine, précieuse et rare, épanouie dans le miracle de ses vingt ans, et toute rayonnante d\u2019un te! charme que, dans la campagne, quand elle passait, les paysans, les chemineaux, les êtres les plus rudes, les pius engourdis de laideur et de misere la salualent spontanément et parfois la suivaient du regard avec une admiration sans insolence, un naïf sourire d\u2019extase.Jean Valdret ferma les yeux, respira profondément, suffoqué par le flot d\u2019attendrissement qui lui noya le coeur.Dans l'obscurité de ses paupières, soudain il la revit, tout enfant, si petite, si lumineusement blanche parmi la frisnre sombre et rousse de ses cheveux, si affeclueuse, d\u2019une gaieté si sage que lui-même, alors garçonnet en culottes courtes, pensait que le petit Jésus aurait dû être une fille et ressembler à Odette pour qu\u2019il pût vraiment l\u2019adorer de tout son coeur.Ah! que ne pouvait-il revenir à ce temps-là, où il la tutoyait en jouant avec elle, dans l\u2019ignorance bénie de l\u2019abîme d'humiliation et de mystère lo séparant d'elle à jamais! Cette réflexion du jeune lieutenant lui fit tourner son regard vers l\u2019homme qui les avait élevés l\u2019un et l\u2019autre \u2014\u2014Mais dans quelles condtions différentes, avec quelle inégalité de sollicitude,\u2014vers le marquis de Ribeyran son père à elle, son parrain par pitié, par charité, à lui.Un parrain qu\u2019il n\u2019appelait même plus par ce nom de parenté illusoire, qu\u2019il nommait main tenant \u2018mon colonel\u201d, depuis qu\u2019au Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 sortir de Saint-Cyr la hiérarchie militaire avait aggravé, par la distance immense du grade, la distance déja si sensible entre le bienfaiteur hautain et le pauvre enfant ignorant a jamais son père.\u201cMon père.\u201d se dit Jean Valdret.\u201cIl l\u2019a connu, lui.le marquis de Ribey- ran.Pourquoi donc, grands dieux! a- t-il prêté l\u2019affreux serment de ne jamais m\u2019apprendre à quel homme je dois la naissance ?Pourquoi m\u2019a-t-il arraché celui de ne pas chercher à le savoir?\u201d La mélancolie de Jean s'imprégnait de la douceur un peu sauvage du moment et du lieu.Le rendez-vous de chasse était au carrefour de la Butte Saint-André.De cette hauteur un peu découverte.l\u2019œil apercevait.moutonnant jusqu\u2019à 1'horizon, des cimes que la nudité de l\u2019automne faisaient noires, glacées de mauve, avec çà et là de grandes trai- nées d\u2019or ou de pourpre mourante.Au-dessus.la soie bleuâtre du ciel se tendait à travers une mousseline de vapeurs.Dans ce décor.trente chevaux tout sellés attendaient sous leurs couvertures.Quelques femmes en amazone, des hommes en habit de chasse et des officiers en dolman cleu ciel.én bouffantes culottes rouges, en bottes fines, piétinaient avec des airs rieurs et frileux la première gelée blanche de l'année poudrant le sol jaune et l\u2019herbe pâle.Les chiens couplés pleuraient d\u2019impatience et tiraient sur les hardes, quand les valets retenaient avec de bruyantes et parfois cinglantes objurgations de la voix et du fouet.À l'écart, un break et un boghei promettaient leurs confortables banquettes aux gens âgés ou paresseux.Mme de Ribeyran \u2014 la marquise Pauline, comme on l\u2019appelait\u2014aurait mieux aimé se dire malade et rester au château que de réclamer un instant le secours de ces voitures.Déjà en selle, sur son grand alezan, elle redressait dans une \u2018position impeccable, dans une attiude élégante malgré tout, sa taille dont la quarantaine épaississait les lignes.Belle encore, elle n\u2019avait jamais possédé l'exquise pureté des traits de sa fille Odette ni le singulier prestige émanant de cette enfant, Elle s'en rendait compte.ne jalousant rien.trop foncièrement bonne et tendre pour nourrir cette secrète amertume tortuante des mères coquettes devant l'épanouissement.si rapide.de leurs filles.Pourtant pas une femme plus qu'elle n'était ravagée par Veffroi de la déchéance physique.C\u2019était moins le regret de ne plus plaire, de ne plus lire dans les yeux des hommes un désir que.chez elle, aucune complicité voluptueuse n'avait jamais rendu (ronblant.\u2014 c'était moins ce regrel que le désespoir de perdre chaque jour un trésor inappréciable: le trésor de sa souple jeunesse éprise d'exercices physiques.de sa peau £raîche qui bravait les veilles et le hâle.de son intrépidité devant les fatigues, de tout ce qui lui avait permis d'être pour son mari.pour ce Robert de Ribeyran qu'elle adorait toujours.le camarade aussi bien que l'amante.le compagnon de route toujours dispos en même temps que la maîtresse toujours jolie.Près de cet homme d\u2019acier.de cet actif parmi les actifs, de cet officier qui.aujourd\u2019hni.à quarante-sept ans.restait leste et robuste comme à vingt cinq.la marquise Pauline avait mené la vie qu'elle aimait.une vie de simple et loyale \u2018endresse dans une joie perpétuelle de plein air.d'horizons changeants.de prouesses.de chasses, de chevauchées.de voyages.Elle adorait tous les sports.Elle n\u2019aimait ni broder.ni lire, ni essayer des toilettes.Elle ignorait le plaisir des .coquetteries dangereuses.Et, presque toujours à cheval à côté die \u2018son mari, partout où le devoir militai- ra.ne réclamait pas l'officier, elle n\u2019avait connu ni les inquiétudes jalouses, ni les rivalités du salon.Elle commençait à souffrir secrètement.parce que tout cela revenait le passé.Bientôt 16 jour viendrait où elle serait une douairière à tête blanche qui s'appuierait.lourde et lasse, à la balustrade des perrons pour voir partir dans les éclats de gaieté, la galopa- Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 de de la jeunesse.Elle recevrail l'hommage indifférent du respect.Elle ne serait plus une femme ni pour son mari ni pour personne.C\u2019était, devant elle, trente ans, quarante ans peut-être de mort lente avant la mort.Car elle ne penserait plus à autre chose.Ce qui lui restait de vigueur charmante serait sans profit, puisque, tous les jours, elle en eons- taterait l\u2019usure.Et ce qui répugnait à sa fierté, c'est que cette souffrance était sans grandeur.: Elle appela: \u2014\u201cJean, venez done.\u201d Car elle s\u2019'impatientait des lenteurs du rapport, qui la laissaient immobile, dans le décor tragique d\u2019automne, pareil à la désolation de sa pensée.Le lieutenant s\u2019approcha.Elle eut pour lui un sourire maternel.Jadis, quand il était enfant, elle l\u2019avait détesté, parce qu'elle l\u2019avait cru le fils de son mari, issu d'un mariage secret.Certaines attitudes mystérieuses ou douloureuses de M.de Ribevran, lui donnaient alors l\u2019idée que cette passion soupçonnée restait saignante et que jamais sa propre tendresse, à elle, n\u2019en effacerait l\u2019âcre souvenir.Puis les serments solennels de cet homme d'honneur l'avaient rassurée.Jean n\u2019était pas le fils de Robert.Celui-ci, d\u2019ailleurs, à mesure que le jeune garçon grandisait, semblait lui fermer son coeur.Nul abandon n\u2019avait jamais existé entre le parrain et le filleul.Mais, au cours des années, une froideur s'accentuait entre eux, qui, chez le marquis, devenait \u2018parfois de la dureté.Mme de Ribey- Tran, au contraire, sa jalousie une fois éteinte, s'apitoysit sur l'enfant soli- \u2018taire, l\u2019abritait dans sa bonté chaude, - et, peu à peu, se mettait à l'aimer, Elle aurait tant voulu avoir un'fils ! L\u2019espèce de rivalité sexuelle qui fait que les filles appartiennent surtout au père et les garçons à la mère, rendait passionnée Jl\u2019affection paternelle du marquis pour Odette, tandis qu'elle laissait un peu vide le coeur de la marquise Pauline.Jean Valdret, à son propre insu, prenait graduellement la place vacante, et, durant l\u2019adolescence des deux enfants, la seule ombre de désaccord qui eût parfois divisé le ménage, était venue de là: M.de Ribey- ran n'ayant qu\u2019éloignement et rigueur pour le petit étranger, dont il était, par des circonstances connues de lui seul, l'unique et d\u2019ailleurs libéral protecteur; Mme de .Ribevran attirant l\u2019orphelin, le choyant, tendant à le traiter comme leur propre fille Odette.Le penchant de la marquise était d\u2019autant plus difficile à condamner ou à combattre qu\u2019il se justifiait par la beauté, l'intelligence, la délicatesse de sentiments, la conduite irréprochable de Fenfant adoptif.Si elle avait pu lire en lui, elle eût ajouté à ces raisons la reconnaissance profonde et le culte filial que lui avait voués le jeune homme.Mais ceci, elle le devinait à peine, car la réserve naturelle à Jean Valdret s\u2019augmentant par la notion de sa position inférieure et fausse, il ne témoignait à sa bienfaitrice que le plus cérémonieux respect.En ce moment.son képi à la main, la bride de son cheval passée au bras, il se tenait à pied devant la marquise Pauline.Elle se pencha sur sa selle, avec un sourire affectueux, pour lui dire : \u2014\"Eh bien, mon cher enfant, pour= quoi ne part-on pas?Que fait donc votre colonel?\u2014 M.de Ribeyran est embarrassé, répondit Jean.\u201cLa forêt est très vive, nous avons au rapport plusieurs quatrièmes têtes et un dix-cors, mais tous aveo des daguets et des hardes de biches.Les chiens vont certainement sa diviser sur plusieurs chasses.Mon colonel voudrait éviter cela, et discute minutieusement l'attaque avec son fidèle Cadier.\u2014@h! Cadier\u2026\u201d fit la marquise \u201cil connaît son affaire.Mais c\u2019est l\u2019être le plus indécis qui soit.Si Robert tire de lui un conseil un peu net, il aura de la chance.\u201d Elle parlait du premier piqueux, en ce moment à côté de son maître, qui interrogeait les valets de limiers sur la position des enceintes.De dos, les deux hommes avaient même taille, même tenue: on eût presque pu con- Vol.16, No 7 fondre !e marquis Robert de Ribeyran, colonel de cavalerie, portant un des noms les plus nobles et les plus anciens dé France, sous son costume de maitre d'équipage de ses chasses d\u2019Al- vere, avec le petit-fils d\u2019anciens serfs de sa famille, Albin Qadier, vétu exactement comme lui, ayant même quelques galons de plus sur l\u2019habit rouge.la pique de vênerie marquant ses fonctions de premier piqueux.De face, c'était autre chosie, surtout si l\u2019on entendait leurs voix.L\u2019abîme de la race, alors, sautait aux yeux.Les traits fins, les yeux de lumière et de fierté, l'organe au timbre rare, à l\u2019accent autoritaire de l'officier supérieur n\u2019admettaient pas de comparaison avec le visage terreux, le regard brouillé et la parole gutturale de son ancien ordonnance.EK M.de Ribeyran avait pour Cadier une partialité à propos de laquelle Odette le taquinait \u2014Odette, la seule personne au monde Jui pût se permettre de le taquiner.Qette faveur où le hautain gentilhomme tenait Cadier agacait un peu la marquise Pauline.Quand elle s™était mariée ce rustre lui était apparu comme une, puissance dans la maison.où elle entendait commander seule à côté du maître.Sans doute elle admettait une dette de reconnaissance envers cet homme, à cause de son dévouement durant la guerre de 1870.Gar Robert ne lui devait rien moins que la vie.Le marquis, alors sous lieutenant, avait pris part à la charge de Sedan; et c\u2019était toute une histoire héroïque de 1officier blessé, couché évanoui en travers de la selle par son ordonnance, défendu à coups de sabre contre des uhlans, et finalement emporté loin du champ de bataille.Malgré cet acte inoubliable,- Mme de Ribeyran trouvait excessive la familiarité confidentielle témoignée\u201d à cet inférieur par son mari, de qui elle ne pouvait obtenir elle-même ni familiarité ni confidences.Pourtant.comme elle était incapable d\u2019un sentiment amer son intolérance n'allait qu\u2019à certaines critiques inoffensives, comme celles de tout à l\u2019heure sur le caractère indécis de Cadier.Et elle LA REVUE POPULAIRE \u2014 38 \u2014 Montréal, juillet 1923 reconnaissait que le marquis avait parfaitement agi en le 1ettant à la tête du chenil quand il avait quitté le service militaire.Comme premier piqueux, il était irréprochable, s\u2019entendant au dressage des chiens.au soin des chevaux, connaissant à fond les moeurs et les ruses des animaux, et n'ignorant pas un sentier de cette forêt d\u2019Alvère, dont M.dé Ribeyran avait loué la chasse à courre, et où il invitait aujourd\u2019hui les officiers de son régiment.\u2014\u2018\u201cJe comprends,\u201d reprenait la marquise Pauline, que mon mari ne veuille pas manquer l\u2019hallali, cette fois entre toutes.C'est la première chasse donnée depuis que le régiment a pris garnison à Etampes.Presque toùs vos camarades sont des nôtres, et dîneront ce soir au château de Ribey- ran.Depuis que Robert est colonel, nous ne l\u2019avions pas habité.ce vieux château, plus de quelques jours à la fois.Et vous y veniez de si loin ! Une journée de chasse vous a coûté quelquefois deux nuits en chemin de fer.\u2014Oui, on ne dormait pas dans le sleeping.et cela n\u2019empéchait pas de trotter et de galoper pendant des heures.\u2014 Vous avez.madame, une énergie extraordinaire.\u2014L\u2019énergie !.Ah! mon pauvre Jean, je l\u2019ai toujours, mais ça ne suffit pas.Dieu que j'étais jeune.J'étais comme Odette.Tenez, regardez là : elle est assez svelte, fraîche !.Elle sera comme cela ce soir, en descendant de cheval.Ah! mon enfant, tous les matins.toutes les heures, toutes les minutes.vous devriez vous dire : \u201cJ\u2019ai la richessse inappréciable, le seul bonheur qui compte: je suis jeu- \u2018he.jé suis jeune ! j'ai vingt-quatre ans!\u2019 Car c\u2019est vingt-quatre ans que vous avez, n'est-ce pas?\u2014Je les aurai en mai prochain, madame.Je suis de mai soixante et onze, et nous sommes en novembre quatre- vingt-quatorze.\u2014C\u2019est vrai.Vous serez bientôt le plus jeune capitaine de l\u2019armée.\u201d Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 Jean Valdret hocha la tête et sourit.Sorti le premier de Saint-Cyr.à vingt ans, lieutenant à vingt-deux, officier de devoir, d\u2019intelligence et de discipline, il obtiendrait prochainement ses trois galons, sans protection spéciale, sans démarches de son parrain, qui, d\u2019ailleurs, n\u2019admettait pas les promotions de faveur.\u2014\u201c\u201cVous avez une belle carrière devant vous, Jean.Et moi, qui connais votre coeur, je sais qu'il vaut les facultés brillantes de votre esprit.J'envie la mère qui vous donnera sa fille.\u201d Le jeune homme fut tellèment saisi par cette phrase de la marquise, tellement remué par la gravité significative de l\u2019intonation.tellement accablé par un foudroyant espoir, que les barrières de sa réserve et de sa modestie crevèrent sous le flot impétueux de son émotion.Son secret jaillit.irrésistiblement.Il leva des yeux de béatitude, d\u2019effarement.d'ivresse.Son visage s'empourpra, ce beau visage, tout ravonnant de Jl\u2019admirable jeunesse vantée tout à l\u2019heure, et si nerveux et si male dans sa visible candeur.Son coeur bondit avec une violence qui le suffoqua.Mais le regard très doux, très appuyé.d'une si claire bienveillance dont l\u2019encouragea sa mère adoptive exalta sa joie jusqu\u2019à l'angoisse et à la peur.Il balbutia : \u2014\u201cOh! madame, prenez garde.Ne m'inspirez pas une espérance insensée\u2026 Quelle mère me donnerait sa fille?.Quel père consentirait?.\u2026 À moi, un enfant sans père, élevé par votre charité.\u201d La marquise Pauline dit simplement: \u2014 \u2018Allez rejoindre Odette, mon ami.Je vois qu\u2019elle vous fait signe.\u201d Il se retourna d'un tel mouvement de vivacité que Mme de Ribeyran sourit.Ah! elle s'en était bien doutée qu\u2019il aimait sa fille.ce cher garçon.Mais avec quelle force! Voilà ce qu\u2019elle comprenait seulement à cette minute.Elle restait toute remuée, presque éblouie, de ce rayonnement soudain, de cette flambée d\u2019espérance .et de passion sur ce visage sincère.Et Odette?L'aimait-elle de son côté ?La mère le pressentait jusqu'à la certitude.Sans cela elle n\u2019aurait pas, avec un mot, fait prendre forme au périlleux rêve.Eh bien, que manquerait-il donc pour changer ce rêve en une réalité dont s\u2019enchantait son double amour maternel?Tout d'abord peut-être le consentement du marquis, dont l\u2019orgueil se cabrerait un moment.Bah! Odette jouait avec cette volonté farouche.Ce que désirait la jeune fille serait bientôt le voeu du père.D'ailleurs le marquis, malgré sa froideur pour Jean, lui accordait hautement son estime: \u2018C\u2019est le caractère le plus droit, la volonté la plus ferme, l\u2019esprit le plus militaire de tous nos jeunes officiers\u2019\u2019, l\u2019avait-elle entendu dire.\u201cJe ne m'\u2019étonnerais pas qu\u2019il devint un chef de premier ordre.\u201d Elle lui rappellerait ces paroles.Quel gendre plus digne pouvait-il souhaiter, lui, Is colonel de Ribeyran, pour qui les intérêts sacrés avant tout étaient ceux de l\u2019armée et de la patrie?Mme de Ribeyran, qui regardait s\u2019éloigner le jeune homme, tout à coup partit au petit galop, le rejoignit en queiques foulées, \u2014\u201cJean!\u201d Il s\u2019arrêta.\u2014\u201cMadame?\u2014 Vous ne quitterez pas Odette, c\u2019est bien entendu.Et vous tâcherez qu\u2019elle soit prudente.Vous ne la laisseirez pas se rompre le cou.Le beau lieutenant eût un geste.Ah! toute sa vie pour l\u2019orgueil et la douceur d\u2019une mision pareille! Mme de Ribeyran pouvait êtré tranquille.Elle n\u2019insista pas autrement, quand le Jeune officier s\u2019inclina, sans une parole, écrasé de joie par cette intention évidente de la marquise, par cette claire volonté qui miraculeuse comme une force surnaturelle, décrétait son bonheur.Il continua de marcher vers Odette.Sous ses pas, la terre semblait se faire palpitante pour le soulever dans une ultime douceur.L'air s\u2019animait en des chuchotements d'ivresse.Les &ores parfums d\u2019automne s\u2019exaltaient dans sa poitrine gonflée.Les bois immenses tendaient vers lui des milliers de bras chargés de promesses agités \u2014 39 \u2014 Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 d\u2019applaudissements.Ce fut une minute de béatitude inouïe, un de ces éclairs par lesquels une félicité trop violente, trop inespérée, trouble l\u2019organisme humain presque jusqu\u2019à la souffrance.Debout près de sa jument, Odette, son délicat visage attentif jusqu\u2019à l'anxiété, examinait l\u2019étrivière.\u2014Qu\u2019y a-t-il, Odette ?demanda Jean.\u201d Votre étrier est-il trop haut ! Voulez-vous que je le descende d'un point?\u201d Elle dit d'un air de mystére : \u2014\u2018\u2018Avez-vous un canif?\u2014Voilà.Mais laissez-moi faire.Qu'est-ce qui cloche ?Vos petites mains ne doivent pas manier ce gros cuir.\u201d Elle prit le canif, fit glisser 1'étrivière et d\u2019un coup nerveux, agrandit l'œillet où passait l\u2019ardillon.Encore un effort et elle trancha presque la courroie.Puis elle remonta vivement la boucle avec la partie entamée sous le quartier de la selle.\u2014Oh! fit Jean, qui palit, Odette ! \u2014T'aisez-vous, voici papa! \u2014 Vous cherchez donc un accident?\u2014Eh!.l\u2019étrivière ne cassera que quand je le voudrai bien.D'ailleurs je suis aussi solide sans étrier.Elle ajouta très vite et très bas, devinant son père tout près d'eux: \u2014\u201cC\u2019est un prétexte dont j'aurai besoin.Vous verrez.Il faut que je vous parle.\u201d - La voix du marquis, tout à coup, lança très haut l\u2019ordre du départ-\u2014sa voix de commandement, cuivrée.entraînante, où sonnait en notes plus légères la gaieté de l'heure et de la chasse en perspective.\u2014\u201cAllons, à cheval, mes enfants ! Nous attaquons un dix-huit cors dans l\u2019encein:e de Fausse Montagne.\u201d - Puis, très doucement, à sa fille, devant Jean, qu'il ne regarda pas: \u2014\u2018\u2018Pourquoi donc as-tu refusé à Mauclair de te mettre en selle?\u201d 1] prenait lui-même l'attitude, sa haute taille inclinée, ses deux mains ouvertes, croisées sur le genou fléchi.Elle y posa le bout de sa bott cfine, au talon de laquelle un éperon brillait, saisit la fourche de la selle, s\u2019enleva.Le mouvement du père ne fit que suivre l\u2019élan.la preste envolée d'oiseau.Mais il s\u2019attardait à arranger les plis de la jupe, à fixer les élastiques la maintenant sous les semelles.Comme Odette ne répondait pas, il reprit: \u2014\u201cTu veux donc me faire de la peine, après ce que je t'ai dit sur le vicomte de Mauclair?\u201d Il levait vers l\u2019enfant adorée ses magnifiques yeux gris pointillés d\u2019or, si jeunes entre les tempes aux crêpe- lures de vieil argent.Son visage nerveux et martial se voilait de douceur, éteignait dans une exhalaison de tendresse les duretés de ses traits aigus, de son regard d'orgueil.\u2014 Te faire de la peine?.Oh! cher papa.Eh bien, pense, mignonne.Pense que c\u2019est un de mes grands désirs.Allons.va.Amuse-toi bien, et pas trop de témérité surtout!\u201d Brusquement tourné vers son filleul, sa physionomie changea d'expression.L'indifférence et la hauteur s\u2019y fixèrent.\u2014\u201cToi, Jean, viens avec moi.Tu vas poster ces messieurs autour de l\u2019enceinte.Quelaues-uns n\u2019ont jamais chassé.Occupe-toi d\u2019eux, n\u2019est-ce pas ?\u2014\u2014Pardon, mon colonel.La marquise m\u2019a prié de ne pas quitter Odette.Elle ne sera tranquille qu\u2019à cette condition.\u2014Eh! fit M.de Ribeyran, \u201cOdette n'aura ue trop de cavaliers.Si nous n\u2019organisons rien, tous mes officiers seront sur ses talons.Je veux une chasse sérieuse et non pas une course au flirt.Je te dis de poster ces mes-, \u2018sieurs.Odette connaît la forêt, elle \u201cmonte une bête absolument sûre.Ne 346 hêle pas de sa sécurité.Tu m'\u2019entends.\u201d Ces deux derniers mots furent détachés, significatifs et nets.Le regard qui les appuya, enfonça son acier jusqu'au cœur du lieutenant.Il s\u2019inclina.L'ivresse récente s\u2019évanouit.Qu\u2019importaient les bonnes intentions de la marquise Pauline?Elle n'avait pas de volonté devant son mari.Personne Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 n\u2019en avait devant cet homme.Jean lui même subissait le prestige, pris parfois, malgré sa propre fermeté, d'une passion d'obéissance.d\u2019une joie d'abnégation sous le hautain vouloir de son chef.Irrésistible ascendant que le marquis tenait des mystérieuses puissances du caractère et de la race ou de l'éclat de son nom.Odette y échappait un peu, étant de même trempe, trop semblable.sous sa fragilité exquise, à cet être d\u2019inflexible décision.Non moins volontaires l\u2019un que l\u2019autre, le père et ja fille se cédaient mu- .tuellement par tendresse.Ils se cé- daïent sans effort, sans se le dire, sans le savoir peut-être.Nulle occasion de lutte ne les avait jamais heurtés l\u2019un contre l\u2019autre.Jean trop charmé par la douceur d'Odette, ne discernait pas une similitudé dc caractère entre le maître qu\u2019il redoutait depuis l\u2019enfance et la jeune fille dont il ne concevait- que le sourire.L'aimât-eHe,\u2014ce dont il n\u2019était pas sûr.\u2014elle ne l\u2019aimerait pas longtemps, pensait-il, contre le gré du marquis.Cette notion, indistincte, non formulée par sa pensée trop distraite, le meurtrissait comme une douleur sourde.tandis qu\u2019il expliquait à ses camarades la tactique de la chasse à courre.T] en plaça quelques-uns en observation autour de l'enceinte.\u2014\u201cNe bougez pas.Ne parlez pas.Si le cerf saute, courez avertir le colonel.à la Groix du Grand Veneur.\u2014Et s\u2019il saute du côté opposé, demanda un sous-lieutenant, comment le saurons-nous ?L'enceinte a plusieurs hectares.\u2014 Vous entendrez sonner la vue, monsieur de Vernecourt.Con \u2014Je ne connais pas les sonneries de trompe.oo \u2014Suivez-les toujours.Vous aurez chance de ne pas perdre la chasse.\u201d A quelque distance une fanfare éclata.Déjà le sous-lieutenant rassemblait ses rênes, l'oreille tendue, cherchant la direction où il allait se lancer au galop.\u2014Non, non, dit Jean.Ne bougez pas.Ce sont seulement des recrutés.Gela ne sert qu\u2019à exciter les chiens qui cherchent à mettre debout \u201d ll n'acheva pas.Dans la perspective de la longue avenue, tout au fond, sur la trouée du ciel clair, un bondissement de fines silhouettes noires surgit, traversa la route en éclair, disparut.C'était une horde de biches.Der- @ riére elle, le cerf un instant s'arrêta.Quelques secondes il se tint immobile.d\u2019un dessin très net et très noble contre les lointaines brumes d'argent.\u2018eSs bois s\u2019enlevaient d\u2019un trait vif, comme an fusain, le couronnant avec une élégance magnifique.Jean.mordu par la frénésie de la chasse, oublia tout.\u2014Taiaut!.T'aiaut!.cria-t-il.Et il fonça en avant, d\u2019un train perdu.Il faillit se jeter sur M.de Ribevran.Le marquis franchissait le talus et le fossé, hors du taillis.par un bond formidable de son cheval, dégageait sa trompe, et sonnail des appels aux R.chiens de toute la force de ses pou- [| mons.Jean golopa au plus court vers le point où devait se trouver le premiér piqueux.Il ne pouvait l\u2019avertir par aucune sonnerie, s\u2019étant mis en uniforme, à cause de ses camarades, et n'ayant pas sa trompe.Mais Cadier, avec son oreille de forestier, presque de sauvage, ne s\u2019était pas mépris sur la direction prise par son maître.Il eût distingué la manière de sonner du marquis parmi bien d\u2019autres et à d\u2019incroyables distances.Il parut à un carrefour, suivi park les valets amenant les hardes de chiens.Derrière, un groupe de chasseurs: des habits rouges, des dolmansE bleu ciel.Le vicomte de Mauclain, qui avait le bouton de l\u2019équipage de Ri- beyran, en portait la tenue.Tout de suite Jean aperçut Odette à côté dt jeune homme.Ah! comme déjà elle se conformait aux instructions de sor père! Et quel rival que ce François du Mauclain! Rival?.Mais n\u2019était-oBl même pas trop d\u2019ambition chez le pau vre lieutenant, sans nom légitime sans fortune, de supposer une rivalit Vol.16, No 7 possible entre lui et ce gentilhomme, un des plus beaux partis de France?Gependant tous eurent bientôt rejoint le maître d\u2019équipage, qui montra à Cadier les vol-de-l'est traversant la route.Parmi les empreintes légères des biches, les valets de chiens firent remarquer le pied du dix-cors.M.de Ribeyran sonna le découpler.Toutes les trompes présentes éclatèrent à l\u2019unisson.Ge fut presque solennel.Les modulations cuivrées emplirent l'es- ace, se prolongèrent, languirent dans ?> .les échos, moururent.Le délire des chiens hurla, bondit, se rua vertigineusement vers les mystérieuses profondeurs.Puis le grand silence de la forêt retomba, mais tout secoué, tout frissonnant, avec, de temps à autre, des réveils lointains de bruits incertains et tragiques.Au hasard des chemins, des sonneries comprises ou non, des retours présumés du cerf, de la fatigue et des isympathies, les chasseurs se dispersaient.Les plus ardents se lançaient sous bois; d\u2019autres suivaient les routes; quelques-uns affirmant qu\u2019une chasse décrit toujours un cercle, s\u2019immobilisaient dans un carrefour ou cour- paient suivant un diamètre supposé.Des bouffées de fanfare, apportées par le vent, excitaient les retardataires.Les ignorants demandaient si c\u2019était le bien-aller.Mais Odette secouait la tête.- Elle courait sans parler d\u2019une vitesse folle.dans l'espoir secret d\u2019éparpiller le peloton d\u2019officiers qui s\u2019attachaient à son train de vertige.Quelques-uns, moins bien montés qu\u2019elle, durent rester en arrière, rageant, mais ne se souciant pas de claquer leurs chevaux.M.de Mauclain galopait à sa droite, et, quoi qu\u2019elle fit, le faisait comme elle, de la même allure, du même élan, sans une remarque, la face imperturbable, Jean demeurait à quelques foulées derrière eux, parmi le groupe de ses camarades.De temps à autre, Mlle de Ri- beyran tournait la tête, le cherchait des yeux, ouvertement.Tout à coup la jeune fille se jeta sous bois.Et Jean s'étonnait; car, à LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 quelque cent mètres.se trouvait une tranchée profonde qu'Odette, si hardie qu\u2019elle fût, avait déjà refusé de sauter.Mais il n\u2019eût pas le loisir de réfléchir.Il l\u2019entendit tout de suite qui leur criait: \u201cAttention! il y a un trou!\u201d Puis il la vit en l\u2019air avec son cheval.M.de Mauclain sautait aussi.Jean était moins sûr de sa bête.Mais dans l'ivresse d\u2019une chasse \u2014 ivresse que les chevaux et les chiens partagent avec les hommes \u2014 les facultés physiques se décuplent.On peut tout attendre alors des chevaux, et leur précision nerveuse devient telle que les accidents sont rares.Les cinq ou six officiers qui suivaient Odette se seraient cassé le cou plutôt que d\u2019hésiter.Un seul n\u2019eût pas de chance.Les sabots de devant de sa monture crevèrent le rebord opposé; un glissement se produisit.Le cheval et le cavalier firent une chute lente et gigantesque au fond du fossé.Ce fut ridicule, mais sans conséquence dangereuse.Deux amis se dévouèrent.descendirent pour aider le capitaine malheureux.L\u2019azur de son dolman disparaissait sous une couche de vase noirâtre.Quand il ful certain que Mlle de Ribevran continuait sa Toute et ne pouvait l'entendre.il jura comme un possédé.La jolie fille riait en dedans, heureuse qu'il n\u2019y eût pas de membres rompus.car elle avait eu quelques secondes d'angoisse Un remords la prenait.Ces jeunes gens ne montaient pas l\u2019admirable bête dont elle était sûre.Et puis, Odette, était si légère ! Oui.elle avait eu tort.Son idée stupide de les arrêter ne pouvait que provoquer un malheur! Comment suppo- \u2018séf que des officiers reculeraient.mê- *Hi¥ dévant une folie, quand une femme l\u2019accomplissait à leur tête.Et Maiclain non plus n'avait pas manqué de crânerie.Elle l'aurait pourtant humilié avec plaisir, celui- la.Elle se retourna.Il n\u2019y avait plus derrière eux que Jean et deux sous- lieutenants dont les chevaux s'essoufflaient.Odette donna un coup sec dans son étrier.L\u2019étrivière qu'elle avait en- s Voi, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 taillée, cassa.On entendit un choc de métal contre une pierre.\u2014Ah! dit-elle en s\u2019arrêtant, j'ai perdu mon étrier.\u2019 Les quatre hommes mirent pied à terre.On ramassa l\u2019objet, qui brillait parmi des ronces.Odette, la main à la fourche, sauta de sa selle.M.de Mauclain tint la bride de son cheval.Jean Valdret maniait l\u2019étrivière avec une expression de visage un peu éperdue, et une pâleur que ne pouvait susciter un accident si peu grave.Mais il savait cet accident voulu.Et, avec une contraction du coeur, il se demandait ce qui allait suivre.\u2014'\u2018\u201c\u2018 ]] faudrait un canif pour faire des trous dans le cuir\u2019, dit quelqu\u2019un, \u201cet de Ja ficelle\u201d.\u2014J\u2019ai un canif,\u201d pronong¢a Jean d\u2019une voix mal sûre, comme s\u2019il avouait une complicité.\u2014\u201c\u201cLe capitaine a toujours sur lui de la grosse ficelle pour les réparations de ce genre,\u2019 avança l\u2019un des sous-lieutenants.Il nomma l'officier qui avait culbuté dans le fossé.En retournant, il le rencontrerait.\u2014 \u201cCe n'est pas certain.\u201d fit Odette, \u201ccar il a pu gagner la route s\u2019il n\u2019était plus en état de nous suivre.Mais vous êtes deux.Si l\u2019un a l\u2019obligeance de rebrousser chemin.l\u2019autre peut prendre une traverse quo je vais lui indiquer, et, quelaur direction qu\u2019ait adopté le capitaine, vous le retrouverez sûrement.Il serril plus simple, mademoiselle, \u201cfit obser->r M.de Mauclain,\u201d que je vous dominsse une de mes étrivieres.\u2014El!o ne passerait pas par la boucle de ma selle\u2019, dit un peu sèchement Odette.\u2018Et d'\u2019aillleurs je n\u2019accepte pas que personne se prive pour moi d'étrier.Allez, messieyrs,L® Vous prie.\u201d +.She V905 1 7 Les deux jeunes gens remontèrent à cheval, s\u2019empresserent.Odette resta avec Jean Valdret et François de Mauclain.Une anxiété étreignait Jean.Il observait dans l\u2019attitude d\u2019Odette, dans la gravité nouvelle de sa physionomie, jusque dans l\u2019inflexion changée de sa et 43 = de la jeune fille ne supportait pas l\u2019interpretation d\u2019une étourderie ou d'un -enfantillage.Mauclain prononça avec voix, quelque chose de déterminé, de résolu.En même temps, il acquerrait la certitude que la jeune fille voulait, ce jour même, le distinguer partiecu- lièrement.Qu\u2019elle se sût aimée de lui, il n\u2019en doutait guère.Qu\u2019elle l\u2019aimât, il en avait tout à coup comme l\u2019intui- [E tion irrésistible, à la fois délicieuse et JE presque redoutable, \u2014 car oserait-il jamais prétendre à sa main?Mais les Bi attentions qu\u2019elle avait eues ouverte- R- ment pour lui, son regard qui le cher- [E: chait, la fantaisie bizarre de l\u2019étrier, et tout à l\u2019heure les réflexions de la [| marquise, le pénétraient d\u2019une trou- BE blante espérance.Maintenant il sen- B.tait le moment venu.Qu\u2019allait-il se passer ?i Odette s\u2019adressait à M.de Mauclain.\u2014\u201cMonsieur,\u201d dit-elle, \u2018je vous serai reconnaissante de suivre la chasse.Vous entendez les trompes.Mon père sonme le bien-aller.Nous .étions tout près de le rejoindre quand cette maladroite aventure m\u2019est arri- Eg vée.Rattrapez-le pour l'empêcher de [Ei s\u2019inquiéter s\u2019il ne me voit pas à l\u2019hallali.\u201d ; M.de Mauclain regarda la jeune fille, puis Jean, et sa mince figure impassible, barrée d\u2019une moustache noire, s'empourpra.Mlle de Ribeyran le congédiait, pour rester seule avec oet officier, son camarade d enflanoe.Etant donné que le vicomte aspiraiît notoirement à sa main et lui faisait une cour presque officielle, l\u2019action d\u2019Odette prenait une signification extraordinaire.François de Mauclain, blessé jusqu\u2019à l'âme, demeurait immobile.\u2014\u201cVous ne m\u2019avez pas comprises, monsieur?\u201d _ Maintenant il pâlissait.La décision bi qu iil i fifo fil.nat ui css une gauche tentative d\u2019ironie: \u2014 \u201cOh! si, parfaitement\u2026 Plus que vous ne pensez.\u2014Pas plus que je ne désire\u201d, affir- ma-t-elle.Jean Valdret, haletant d\u2019émotion et d'attente, n\u2019avait qu\u2019une idée nette :| \u201cS'il se permet une réflexion inconve ess Vol.16, No 7 LA REVUE nante.je le frappe.\u201d, Et sa main se crispait sur l'étrivière coupée, prête pour l'insultante correction.François de Mauclain attacha sur \u201cles yeux d'Odette un regard plus douloureux qu\u2019offensant.\u2014*\u201cMademoiselle,\u201d fit-il, *\u2018 dans votre intérêt.j'aimerais mieux ne pas me soumettre.\u2014Que voulez-vous dire?\u2014Nous sommes nombreux aujour- d\u2019hui à la chasse.Tous les officiers du régiment que commande votre père s\u2019en raconteront les incidents.Ceux que vous venez d'éloigner vous retlrou- veront seule avec monsieur.\u201d H eut vers Jean un geste de menton souligné par l'élévation impertinente des sourcils.L\u2019officier frémit.Mais il contint la brutale ébullition de .son sang.Ou\u2019aurait-il pu dire ?L'argument de M.de Mauclain n'était-il pas l'évidence.la raison même?Ne fallait il pas senver Odette de sa propre imprudence?Que faire tontefois?Jean pouvait-il soutenir l\u2019homme détesté ?Osait-i! même avoir la fatuité de comprendre?Odette parlait.de sa voix pénétrante.avec une fermeté qui parut au lieutenant commie un phénomène imprévu et saisissant.\u2014 \u201cNe vous inquiétez pas de ce qu\u2019on peut dire.monsieur.Les médisances, les calommnies même ne pourront que me servir.J'ai résolu de me compromettre avec M.Jean Valdret.\u201d Cette phrase toudroyante pour les deux hommes, les laisssa pélrifiés, sans parole.Puis.brusquement, d\u2019un accent rauque, ces mots ¢chappérent à Mauciain : \u2014 \u201cUne Ribeyran ne doit pas se compromettre avec un homme qu'elle ne peut pas épouser.\u201d Le combat, chez Valdret, fut terrible, un soulèvement de l'être, un tourbillon de furie et de douleur.l\u2019espace d\u2019un éclair.Puis il se dressa dans la claire impression de sa conscience, dans l\u2019orgueil du renoncement: \u2014\u2018\u2019Monsieur de Mauclain, la lâcheté de ce que vous dites ne m'empêchera pas d\u2019en reconnaître la vérité.J'aime Odette de Ribeyran jusqu'à la POPULAIRE Montréal, juillet 1923 mort, mais non pas jusqu'au crime.Or.j'en commettrais un en abusant de sa généreuse partialité.puisqué je ne suls ni d'un rang ni d'un nom qui m'autorisent à briguer sa main.Mon devoir est de m'éloigner.Mais sachez, monsieur.que ce devoir, je ne l\u2019ai pas appris de vous.\u2019 Il se {tourna vers la jeune fille, vers l\u2019adorée créature debout contre l\u2019écran roux des taillis.Oh! sa beauté, sa svelte grâce.la soudaine révélation de son amour pour lui!.D'un regard pouvait-il jui jeter toute sa reconnaissance, son inexprimable ferveur?.Mais 11 devait fuir.Il toucha la bride de son cheval.\u2014 \u201cJean.restez!.\u201d eria-t-elle.Marchant vers lui, elle lui prit la main.\u2014 \u2018Venez.\u2019 Son corps nerveux.son ame toute d'ardeur ignorée d'elle-même vibraient jusqu\u2019à l'exaltation.Jean percevait le tremblement de ses doigts légers entre les siens.\u2014\u2018\u2018\u2019Venez.que je vous présente à cel homme qui ose vous prétendre indigne de moi.\u201d Machinalement.il fit deux pas.Elle dit à Mauclain, avec une aisance fière, .comme dans un salon: \u2014 Le lieutenant Jean Valdret, mon fiancé.\u201d T y eut un profond silence.Le mystère de la forêt auguste envelonpait ces trois jeunes êtres.Une grandeur émanait de cette scène.Toute la passion de leurs vingt ans l\u2019amplifiait.Jean ponvait-il se dérober encord, quitter la jeune fille après une telle parole?!l ne distingua plus entre les injonctions de l\u2019honneur et celles de l'amour.Peut-être se confondaient- elles.Il mit un genou en terre.courba le front.Au-dessus de lui.Odette se dressait.mince, élancée, pareille, dans son habit écarlate, à un grand lys rouge.Les lignes délicieuses de son visage.la fraicheur nacrée de son teint, la profondeur sombre et bleue de ses prunelles.l\u2019admirable jeunesse de sa chevelure.l\u2019armaient d\u2019une falalité de bonheur au de désespoir.Elle était ce qu'on implore, ce qu'on réve, ce qu'on 13 Vol.15, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Juillet 1923 désire, ce pourquoi l\u2019on meurt.Et elle était aussi une petite fille aux imprévues caprices.François de Mauclain détourna la tête.Des larmes lui montaient aux yeux.Mais il ne s\u2019en allait pas.Les chevaux oubliés, sans chercher à s'enfuir, tendaient le cou vers les branches hasses, arrachaient les dernières feuilles rousses des chênes, dont la sécheresse décevait leur gourmandise.À la fin M.de Mauclain prit le sien par la bride, mit le pied à l\u2019étrier.Une fois en selle, il regarda en arrière, dans le mouvement ,de saluer, Odette posait la main sur la tête de Jean, et celui-ci, saisissant cette main, y appuyait ses lèvres.Le cavalier partit au galop.L\u2019atten- \u2018drisement spontané de sa douleur s\u2019empoisonnait de colère, d\u2019amertume.Pendant quelques minutes il avait trop souffert pour haïr.Une rouge fureur l\u2019aveuglait.L'image de Jean à genoux, baisant la main d\u2019Odette, fixée dans son cerveau le faisait délirer.Il se figurait le transport d'orgueil du petit lieutenant, le déchainement de son désir, il devinait sa face de fatuité, lui prétait une hâte de certifier sa victoire par quelque indélicate caresse et ces imaginations le convulsaient de rage.Puis il voulait se persuader qu\u2019il n\u2019éprouvait pas d\u2019amour pour Mlle de Ribeyran.\u201cMon pére et le sien,\u201d pensait-il \u201cétaient d'accord avant que j'y songeasse.Des convenances exceptionnelles de fortune et de race nous destinent l\u2019un à l\u2019autre.Notre mariage est indiqué.il est nécessaire, il se fera.Oui.il se fera! Le marquis .tuerait sa fille plutôt que de la donner à ce garçon, Mais, quand Odette sera Mme de Mauclain, elle me paiera ca \u2019 fa; : Vg IS TET qu'elle a fait aujourd'hui!\u201d 1 Tandis qu\u2019il rugissait intérieurement ceux qu\u2019il laissait derrière lui s\u2019enchantaient dans la communion de leurs yeux, dans la charmante exagération de leurs paroles.Odette disait à Jean: \u2014\u201cTu te doutais bien de mon amour puisque je devinais le tien.Voyons, y a-t-il eu autre chose que toi pour moi et que moi pour toi depuis notre enfance ?Ecoute, je ne puis m'empêcher de te dire \u2018tu\u2019, comme lorsque nous étions petite.Plus tard, on nous l'a défendu.Pourquoi?Je sais bien que mon père fronçait les sourcils lorsque de retour à la maison, il nous trouvait jouant ensemble.Mais ma mère t\u2019attirait toujours.Elle t\u2019aime comme un fils, j'en suis sûre.Je lui disais: \u2018Maman, c\u2019est dimanche, allons chercher Jean au lycée.\u201d Jamais elle ne refusait.Te rappelles-tu le parloir, et ton nom au tableau d\u2019honneur?J'étais toute fière en le lisant.Quand tu paraissais, quelle joie ! Je n\u2019aurais pas osé te la peindre.Mon coeur débordait.Mais aujourd\u2019hui tu sauras {out; tu sauras ce que j'ignorais moi-même à cette époque; c\u2019est que je t'aimais.Je t'aime.|, yu.Et Jean : EE TE TR ee IT \u2014\u201cOdette.\u2026.\u201d 94 SERRES LITE Sa passion se criait toute en ce seul nom prononcé; puis il déclarait, dans l\u2019extase absurde et divine de sa joie : \u2014\u2018\u2019Je voudrais mourir maintenant.Car vivre pour un tel bonheur, c\u2019est un miracle impossible.Je ne suis pas digne de vous! \u2014Oh! ne répète pas cet affreux mot de M.de Mauclain { Pas digne de moi! Pas digne d\u2019une insignifiante petite fille comme moi, toi, le travailleur, le savant, l\u2019officier impeccable!.\u2019 Elle ajoutait avec une câlinerie voluptueuse, dont elle ne soupçonnait ni le danger, ni la hardiesse : \u2014\"Toi mon Jean, le plus beau lieutenant de l\u2019armée! \u2014 Votre père ne voudra jamais.Ah! ce n\u2019est pas Jean Valdret, l\u2019enfant du hasard, qui peut épouser Mlle de Ri- beyran.\u201d Elle lui mit une main sur la bouche.\u2014*\u201cNe blasphémez pas, mon cher fiancé.\u201d Du bruit sous la futaie.un.craquement de branches, puis le hennissement d'un cheval, qui flairait la présence de ses compagnons.Jean s'écarta.De la pointe de son canif, il se mit à percer des oeillets dans l\u2019étrivière., Sa main tremblante ct tdi) .x Vol.16, No 7 n\u2019y parvenait pas.Et il rougissait, sentant son trouble visible.Odette s'assit sur une grosse racine d\u2019arbre.Sa joue si fine était à peine plus rosée que d'habitude.Heureuse, elle levait les yeux sur l\u2019homme aimé.\u2014Avez-vous rencontré le capitaine?Apportez-vous la ficelle, Verne- court ?cria Jean pour assurer son aplomb.Puis quand il reconnut le cavalier : \u2014\u201c\u201cComment! c\u2019est toi, Chautard?\u201d dit-il à son ordonnaice, qu'il avait laissé deux heures plus t6t sur le seuil du chenil, à Ribeyran.\u2014\u201c Mille excuses, mon lieutenant\u201d, fit le soldat, se jetarit à bas de sa selle et la main au shako.\u201cUne lettre pressée est arrivée pour vous, au quartier.Le capitaine adjudant de semaine a tout de suite fait partir un cavalier pour Ribeyran.Mais mon lieutenant était déjà en route avec la chasse.J'ai pensé que je pourrais peut-être rattraper mon lieutenant.Des paysans m'ont reuseigné sur la direction.Et M.de Vernecourt, que je viens de croiser sur la route m'a dit que je vous retrouverais ici.\u2014Cette lettre?demanda Jean.Où est-elle?\u2014 Voici mon lieutenant.C'était une enveloppe mauve, satinée, de forme oblongue.Un parfum s'en exhalait.La haute écriture grêle de l'adresse indiquait une main de femme.Jean souffrit de la recevoir en présence d'Odette.Non qu'il devinât la correspondante.Tout lui en était inconnu.Mais il craignait une de ces déclarations que sa mâle jeunesse et son uniforme lui attiraierit assez fréquemment, et dont il avait cessé de tirer plaisir ou vanité.L'excès de son adoration pour Odette eût rendu pénible comme un sacrilège une telle lecture en sa présence.Ji voulut glisser le papier dans sa poche.\u2014Lisez donc, puisque c\u2019est pressé, fit-elle.Il la regarda, et la vit si calme en sa droiture confiante qu\u2019il en eut le coeur gonflé d'attiendrissement.Ftait- ce ignorance ou fierté?Les Jdevx sans LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 doute: La naïveté de la vierge, qui croit l\u2019amour sacré aux autres comme à elle-même.et la hauteur de la créature souverainement noble et belle, déirable par dessus tout.Jean ouvrit la lettre.lut et devint très pâle.L'avant terminée.il gardait la petite feuille mauve entre ses doigts sous son regard fixe.Odette remarqua de la perplexité dans son attitude.La sécurité cu'elle puisait en sa propre volonté comme en l\u2019indéniable puissance de leur réciproque amour la préservait de toute inquiétude et de tout soupçon.Elle craignait seulement qu'il ne s'abaissät jusqu'à l'invention d\u2019un prétexte.Elle dit.aprlant artglais à cause de l'ordonnance : \u2014\u201cNe m'expliquez rien.mon cher Jean.J\u2019ai la certitude que tout ce qui vous préorcupe.tout ce que vous ferez ou penserez sera toujours digne de vous et de moi.Rappelez-vous cette phrase et rappelez-la moi.si jamais je doute.Elle est mon acte de foi.Je mourrais avant de m'en dédire.\u201d Ge fut avec l'idée qu'il faisait et réclamait uno chose héroïne, presque sublime que Jean s'asprocha d'Odette, lui dit : \u2014 \u2018Je vais vous ra» rer à votre père, puis quitter la ch.L\"\"r aussitôt que je pourrai.F!- ++ Is mandez pas pourquoi.«°° - \u201cisrée.I m\u2019est impossible de vo\u2018 nrendre> Malgré l\u2019enfantine i -sse qui faillit faire sauter den- \u201cmes hors de ses yeux.Odette 1°: grande Application de simpliei* 1 'n question : \u2014 Rien de triste.1 492 +-C'esl ce que j'ignore.| \u2014Vous ne dînerez pas ce soir à Ri- beyran?\u2014Impossible.Je dois me rendre à Paris., \u2014Mes parents seront contrariés.Je vais obtenir la permission de votre pere.\u2014 Jean.mon cher fiancé.quand vous reverrdi-je?Elle figura les mots avec ses jolies ièvres plutôt qu\u2019elle ne les pronones.A quelques pas.l'ordonnance du Heu- tonant s'activait à réparer l\u2019accident de 8 Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Juillet 1928 l\u2019étrier.Avec son gros couteau de soldat, il amincissait une de ses étrivières et la fixait à la selle de Mlle de Ribeyran.L'officier eut vers l\u2019homme un regard.Puis il répondit, sans oser baisser la voix: \u2014\u201c\u2018\u2018Demain, je serai de retour à Etampes, au quartier.Pour venir à Ri- beyran, j'attendrai les indications de mon colonel.\u201d | La jeune fille, qui voulait une autre parole, eut de nouveau recours à l\u2019anglais, \u2014 cette langue qu\u2019ils avaient balbutiée ensemble, tout enfants, avec les gouvernantes d'Odette.Elle demanda, posant sur lui des yeux de séduction ingénue et de passionnée tendresse : \u2014\u201c\u201cYou are mine?\u201d Et lui, avec l\u2019émotion.la solennité du plus ardent serment d'amour: \u2014*1 am yours, for ever!\u201d II A la gare d\u2019Etampes, Jean Valdret monta.vers cinq heures, dans l\u2019express de Paris.Il se jeta dans un compartiment, et se laissa tomber sur les coussins, tout étourdi.Revenu à lui à grande allure, il avait changé de vêtements.mis un pantalon gris et une jaquette noire ; puis s'étant élancé vers la gare.avec la seule pensée de ne pas manquer le train.Maintenant, enfin.il allait pouvoir réfléchir.1] tira d'abord la lettre mauve de son porte-cartes.Mais il la garda un instant pliée entre ses doigts.Le regard dirigé au dehors.vers les ténèbres déjà profondes de cette soirée de novembre.il revovai! l'image d\u2019Odette se détachant sur l\u2019écran ronx : du taillis de chénes.Tout & corn il eut la sensation d'être infiniment nin d\u2019elle.Comment obtiendrait-il jamais sa main ?Oserait-i] la demander au marquis de Ribeyran ?Si brave qu'il fût, cette idée fit battre son coeur comme celui d'un onfaui ride, Mnis, plus que la hauteur du mince, c'était la splendeur mên:e d'un pareil rêve qui l\u2019anéantissait, l\u2019écrasait.I avait été fou de l\u2019envisager, lâche peut-être d\u2019avouer son amour à cette jeune fille.Mais dans quel piège innocent et fort elle avait pris sa volonté! Jean demeurait immobile.Ses pensées se faisaient confuses.Il était tout à la vision intérieure, à la magie de l'évocation amoureuse.Une voix résonnait en lui; des mots se répétaient, toujours les mêmes; des gestes se dessinaient, passaient sur son âme; et il les ressuscitait à l'infini sans en épuiser la douceur.\u2019 A la fin il tressaillit, se reprit.Ses doigts serraient la lettre mauve.Il la relut.Et longtemps il considéra la signature.C\u2019était son nom, son nom à lui: \u2018\u201cValdret.\u2019\u201d\u2019 Jamais encore il ne l\u2019avait rencontré.Il savait le tenir de sa mère.Mais elle était morte sans laisser de parents, lui avait-on dit.Il se croyait seul de son obscure race.Et voici que quelqu'un surgissait, s\u2019appelant comme lui, et qui affirmait avoir dans les veines le même sang que le sien.Oh! un être de sa famille, à lui le sans famille.Quelle sourde et puissante tendresse l\u2019envahissait à cette idée! Et cet être était une femme.Elle signait: \u201cMarguerite Valdret\u201d.Mais elle allalit mourir, disait-elle.La pensée que cette inconnue, dont quelques heures auparavant il ignorait l\u2019existence, disparaîtrait si vite, consternait l\u2019officier.Et ce qui le poussait maintenant vers elle, ce qui lui faisait trouver lente la marche du train, c\u2019était moins la crainte de manquer des révélations imminentes sur sa naissance, qu'une inexplicable sollicitude pour cette créature pétrie de sa chair, la seule dans l'immense monde qui fût à ce poini proche de lui, qui partageât les énergies et les fatalités secrètes de ses Tibres et de ses nerfs.Phrass à phrase, il recommença la .lecture de la lettre : \u201cMonsieur, \u201cJr suis votre cousine germaine, la Alle du frère de votre mère.Je me trouve s°tle au monde, et je suis con- damute par les médecins.Je mourrai, Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 j'en suis sûre, plus promptement qu\u2019ils ne le croient.Je désire vous voir, et il n\u2019y a pas un instant à perdre.\u201cPourquoi je ne me suis jamais fait connaitre & vous, je vous le dirai, si cela vous intéresse.L'essentiel est que je possède certains souvenirs de votre père et de votre mère, et qu\u2019ils ne doivent point passer entre des mains indifférentes.Je brûlerai les lettres si vous ne venez pas les chercher.Je les brûleräi bientôt, car-je suis à bout dé force, et j'aurais peur de remettre jusqu\u2019à ce qu'il fûf trop tard.Or il y ena d'importantes.\u201cVenez le plus tôt possible.\u201cVotre cousine dont la pensée affectueuse vous a toujours suivi, \u201cMarguerite Valdret.\u201d\u201d Au-dessous de la signature se lisait l'adresse: 16 bis, rue Raynouard, à Passy.Dans cette rue, à neuf heures du soir, lorsque Jean y pénétra, c'était comme une nuit lourde et muette de province.Trottoirs déserts, volets clos, et d\u2019un côté, l\u2019'interminable mur d\u2019un jardin immense, avec des sil- lhouettes d'arbres réfeuillés plus noirs que l\u2019ombre.Le 16 bis était une maison à plusieurs étages.Dans la loge endormie, quand ii demanda Mlle Val- dret, ce fut un étonnement.Le concierge éleva sa lampe afin de le dévisager.\u2014\"\u2018Te ne voudrais pas déranger Mlle Valdret à cette heure-ci\u2019\u2019, dit le visiteur.mais lui faire savoir que je suis à Paris et m'informer du moment où elle pourra me recevoir demain.Y a-t-il quelqu'un chez elle qui puisse me répondre?\u2014Estelle! cria le concierge à.sa femme, invisible derrière les rideaux fermés d\u2019une alcôve, sais-tu si la bon- : ne de Madame Valdret est remontée?Il appuya sur le mot \u2018\u2018 madame\u201d, pour donner une leçon à ce monsieur qui disait \u2018mademoiselle\u2019.\u201cComment\u201d, pensa Jean désappointé.\u2018Ne serait-elle ma cousine que par alliance?\u201d Une voix aigre s'échappa de l'alcôve.\u2014\u201c\u201cTu le sais bien voyons, qu'elle est remontée, puisqu'elle a demandé s\u2019il y avait des lettres.\u2014Au deuxième, la porte à droite, dit le concierge.En haut, quand la bonne ouvrit à Jean, il eut soin de s'informer si \u2018\u2018madame\u2019 Valdret était chez elle.\u2014\u2014Oh! s'écria la petite servante, à l\u2019air éveillé et confidentiel, êtes-vous le cousin de Madame?e H avait à peine répondu affirmativement qu\u2019elle poussa une porte, s\u2019exclamant: \u2014\u2018 Madame, c\u2019est lui, c\u2019est vot\u2019 cousin!\u2019 L\u2019officier se trouva introduit sans qu'il pût s\u2019en défendre.Il s\u2019avança, gêné, balbutiant une excuse au sujet de l'heure tardive.\u2014\u2018Iln\u2019y a pas d'heure tardive pour moi: jè ne dors jamais\u2019, dit une voix dont le timbre naturel devait être musical mais qu\u2019assourdissait une fatigue ou une faiblesse.La première impression de Jean fut de délicatesse, de charme.Un décor d'élégance faite de rien ou de très peu de chose: harmonie de lignes simples et de nuances douces: caresse de la lumière teintée par l'abat-jour fleuri: papillottement d'objets qu'on ne distingue pas dans l\u2019inattendu de leur aspect multiplié.mais dont l\u2019accueil est pourtant distinct et d\u2019une signification qui, tout de suite ici, fut sympathique.Une allégresse détendit le visiteur.Il avait prévu une chambre de malade, un lit fiévreux, des fioles de médicaments.Et il pénétrait dans un petit salon ol les soies fines des coussins exhalaient une odeur de violette.Margucrite Valdret souleva son buste hors d'une chaise longue.Quoi! si jeune!.Jean, d'abord, lui donna vingt ans.Plus tard il sut qu\u2019elle en avait vingt-cinq,\u2014dix-huit mois de plus que lui.Ce qui le frappa, au premier coup d'oeil, ce fut cette grande jeunesse, accentuée par un air de miraculeuse fragilité, Sous la mousse impalpable des cheveux d\u2019or pâle, le visage s'allongeait, d\u2019une suavité déconcertante, presque surnatu- \u2014 45 \u2014 ur, A Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE - Montréal, juillet 1928 relle et insexuelle.Dans le peignoir lâche, le corps ondulait.fondait, d\u2019une grâce inquiétante en l\u2019indécision des contours: tandis que, parmi la dentelle.deux mains fluettes se jouaient, adorables et attendrissantes, pareilles à des fleurs nacrées écloses loin du soleil.\u2014Que vous êtes bon d'être venu chuchota le doux enrouement de la voix.| -\u2014\"Vous êtes donc ma cousine \u201d, fit Jean, qu'une émotion étreignait.Tous deux se contemplèrent.Puis les yeux clairs de la jeune femme devinrent brillants de larmes.Elle allongea la main sur le guéridon près d\u2019elle,p rit un petit cadre, le tendit à son visiteur.L'officier considéra la photographie.jeta une exclamation de surprise.C'etait lui-même.wieilli, la moustache pius dure.les cheveux plus longs, le regard trop inquiet.mais si reconnaissable qu'il fut saisi comme d'une angoisse.\u2014\"C'était mon père !\u2019 dit Marguerite.Getle étonnante manifestation du sang les rapprocha.fondit la gêne de la première minute.Ils sentirent dans leur âme et dans leur chair.se confondre les existences réveillées.des ancêtres communs.Ils se virent avec des yeux fraternels, Jean tira de son porte-cartes une miniature de sa mère.tout ce qu\u2019il avait d'elle.C'était son parrain qui la lui avait donnée.Et.dans les traits atténués.émaciés de la petite malade, il crut découvrir aussi une ressemblance.Il n\u2019osait pas Pncore poser de question sur son père.à lui.Une indéfinissable appréhension le retenait.Sachant que d'un instant à l'autre il nou- vait connaître ce secret.il n'avait plus - de hâte.Il était comme ces gets qui, recevant une lettre où lrur avenir se résout.la retournent entre leurs doits sans se décider à l'ouvrir.Maintenant il parlait à Marguerite de sa situation à elle.de sa santé.de cette santé dont il ne fallait pas désespérer.Qu\u2019avait-elle ?De l\u2019anémie seulement, n'est-ce pas ?Pourquoi parler de mort?Elle irait dans le Midi, et elle se remettrait.La jeune femme secoua-la tête et lui jeta un regard où il lut un découragement suprême, la volonté de ne pas guérir.Mais pourquoi?.pourquoi?Avait- elle quelque sujet de chagrin ?Elle devait avnir confiance en lui, ne rien lui cacher de son existence.Elle fondit en larmes.L\u2019officier dit d\u2019une voix nerveuse: \u2014 \u2018Allons, il n\u2019y a pas là de quoi pleurer.Entr\u2019aidons-nous sans juger les sentiments personnels de nos parents.Soyez calme.Parlez-moi de ce passé que j'ignore, de ma mère, de mon père, que je n\u2019ai pas connus.À vous.du moins, on vous a raconté.\u201d Elle l\u2019interrompit: \u2014Pas connus! répéta-t-elle avec -stupéfaction.\u2014 Vous devez savoir que ma mère est morte en me mettant au monde?\u2014 Mais.votre père?Elle prononça ces trois mots avec un accent bizarre, le buste avancé, les yeux élargis.\u2014\u2018\u201cMon père,\u201d reprit Jean, j'ignore tout de lui, jusqu\u2019à son nom.Celui qui pourrait me renseigner s\u2019est toujours refusé à le faire.\u2014Gelui qui pourrait vous rensei- gnerl.Il y eut un effarement dans cette phrase en écho, après laquelle les lèvres de Marguerite restèrent frissonnantes.Et, dans ses veux, quel regard de trouble et de pitié étranges! Jean se sentit au bord d\u2019un abime.Il y glissait.pris de vertige, n'osant pas risquer le mot, le nom qui, peut- être.achèverait de le précipiter.L\u2019appréhension des choses non dites, en lui, fut effroyable.Et la pâle petite fille blonde, elle aussi, s\u2019épeurait devant la\u2018muette et invisible catastrophe que leurs paroles allaient accomplir.Ce fut elle qui poursuivit.Le souffle de sa voix palpita, solennel.Son ame g\u2019amplifiait en touchant & de tel- tes fatalités d'amour, dont celui-ci, comme eïle-même, était victime.-\u2014\u2014 Ne parlez-vous pas,\u201d dit-elle, \u201cdu marquis de Ribeyran?\u201d = 49 \u2014 td Voi, 16,, No 7 LA REVUE POPULAIRE Mentréal, juillet 1923 Jean eut un cri de violence qui la rejeta en arrière.terrifiée.\u2014\u201cAh! taisez-vous!\u201d ordonnait-il.\u201cSi c'est cela que vous pensez, taisez- vous! ne le dites pas! Cela n'est pas! cela ne peut pas être!\u201d Elle était retombée sur les coussins.Un tremblement la secouait.Jean eut peur en voyant les longs cils descendre sur les prunelles chavirées, et les maiñs se tordre, convulsives.\u2014\u2018\u2018Marguerite.pauvre enfant ! Pardonnez-moit Revenez a vous.Ah! je vous ai mal devinée.n\u2019est-ce pas ?Vous ne pouvez pas avoir cette idée.oh! cette idée affreuse.que le marquis de Ribeyran soit mon père?\u201d Elle ie regarda, gémit.\u2014 \u201cCh! mon Dieu!.mon Dieu!.\u2014 Répondez-moi.Parlez! sup- plia-t-il, Elle sanglota : \u2014 \u2018\u2018Partez.Quittez-moi.quittez cette maison.Vous m\u2019avez parlé avec tant de bonté!.Souvent j'ai pensé à vous, dans ma vie de solitude, comme à un frère inconnu.J'étais presque heureuse de mourir, puisque, enfin, cela me permettait de vous voir.Et voilà que je vous fais du mal.oh! je le sens bien, tant de mal!\u201d I1 ne s\u2019attendrit ni sur lui-méme, ni sur elle.Calme à présent, d\u2019une voix presque sèche, i! demanda: \u2014\u201c\u2018Avez-vous une preuve que le marquis de Ribeyran soit mon père?\u201d Un tourbillon d'images se déchai- nait en jui.Odette.sa soeur!\u2026 Mais cela, c\u2019était moins douloureux qu\u2019il n\u2019aurait cru.Avait-il jamais eu.mé- me aujourd\u2019hui, même l\u2019espace d\u2019une seconde, le ferme espoir de l\u2019épouser?N\u2019était-elle pas.de toule façon, inaccessible?Leur amour réciproque!.\u2026 Quoi! Allons donc! Le malaise n\u2019en- pouvait naître qu\u2019à la réflexion : chkp= deviendrait peut-être un remords af-' tificiel et littéraire.Pour le moment, le jeune homme en était aux impulsions instinetives.aux soulevements irrefrénables qu\u2019un choc inoui provoque dans ie tréfonds de I'étre.Or.ce qui dominait tout, ce qui planait très haut.c\u2019était la figure d'orgueil du marquis de Ribeyran.Jean le revoyait, glaçant son enfance et sa jeunesse à force de distante froideur.de sévérité, presque de dédain.Et cet homme serait son pére!.Cet homme qui ne l\u2019aimait pas!.Et encore.dans la folle débandade de ses pensées, tandis que Marguerite tergiversait.tâchait d\u2019atténucr une vérité qui semblait si foudroyante.par quelque ombre de doute, le malheureux garçon se disait: \u201cDu moins je l'admirais.Il m'éblouissait vraiment par une splendeur de loyauté, de noblesse d\u2019âme.de volonté droite et fière.Toute son existence n\u2019est donc qu\u2019un mensonge.si je suis son fils?Oh! le mensonge de cette de- mi-adoption; de ce pain de charité dont il m\u2019a nourri!\u201d Ces idées, plus vues que formulées, suggérées par des souvenirs surgis; par des images galopantes.traversaient en un vol de temnête le cerveau de Jean.Comme dans les sensations physiques intenses, leur multitude prolongeait le temps.Quand une accalmie se produisit.un vide un trou dans l\u2019essaim des visions, il fut tout surpris d\u2019entendre Marguerite répondre seulement à sa question.\u2014\u201c\u2018Une preuve positive.mon Dieu.non.Ai-je donc eu tort de parler?Mais qu'ai-je dit?.C'est vous qui avez deviné.Moi.je croyais que vous saviez cela.Qu'est-ce qui vous trouble?N\u2019êtes-vous pas fier d\u2019être le fils du marquis de Ribevran?\u2014Son fils! cria J-an.\u201cMais il] me hait presque; et s\u2019il ne me méprise pas.c'est seulement parce qu\u2019au prix de constants efforts.je lui ai arraché son estime.D'ailleurs, il y a autre chose.il v a pire que son aversion et son dédain.\u201d Maintenant.plus tyrannique, c'était la pensée d\u2019Odette.I! l\u2019évoqua dans la -: forêt, droite et fine contre le taillis rouk'dés chênes.La séduction émanant d\u2019eilé déchira Jean comme une soudaine blessure.Qu'osait-il songer tout à l\u2019heure: qu\u2019il n'avait jamais espéré2 Oh!.Brusquement il comprenait, au contraire.qu'il avait vécu dans un immense espoir.Oui.cette démence l'avait soulevé, emporté sans qu\u2019il s'en doutât dans une sphère d\u2019in- \u2014 50 \u2014 Vol, 16, No 7 croyable ardeur.Aussi loin qu\u2019ii se rappelait, son ambition, son py: n\u2019avaient pas eu d\u2019autre source.C'est pour Odette que, jadis, au lycée, il étudiait le front dans ses petits doigts tachés d\u2019encre.Quand il entrait au parloir, et qu\u2019il l\u2019apercevait debout devant le tableau d'honneur, où flfimboyait son nom, il se sentait grand comme le monde sous son air indifférent d\u2019écolier sage.Et plus tard, à son premier galon!.Et dans la fièvre de l\u2019avenir conquis, dans les chimères d\u2019avancement, de guerre et de gloire, toujours ce sourire de la jeune fille qui rayonnait, perspective unique, récompense suprême.Qu\u2019est-ce que cet assaut enragé du destin sinon l\u2019entreprise insensée de se rapprocher d\u2019elle et de la conquérir?Devant les veux fixes du jeune homme, dont le regard, invinciblement, revenait au dedans de lui-même, vers le désastre de son coeur, Mar guerite sc désolait, \u2018A la fin, sur un mot plus pénétrant de compassion, qu\u2019elle trouva, il perdit sa tranquillité lugubre.Il eût comme la secousse d\u2019un sanglot.Il lui dit: \u2014 \u201c\u2018 Ma cousine, pardonnez-moi ; Vous êtes malade, désespérée vaus- même jusqu\u2019à la mort.Elle fit un geste.\u2014\u201c\u2018Oh! vous me l\u2019avez laissé entendre.Et je vous bouleverse, je vous épouvante par le mystère de ma douleur, \u2014vn mystère que je dois sceller au plus profond de mon être, que je.ne puis dévoiler à personne.pas même à vous.\u201d \u2018Marguerite murmura: \u2014\u201cT] ya donc une malédiction sur notre sang.Je n'ai vu personne d\u2019heureux parmi ceux de notre nom.\u201d L'officier reprit: Crag \u2014\u201cJe n'ose reculer plus longtemps.votre repos.L'heure s'avance.Ma visite, ce soir, était bien indiscrète.\u2014 Oh! dit-elle, je ne m\u2019endors que très tard \u2014 quand je m\u2019endors,\u2014 et ce ne sera pas cette nuit.\u2014Je dois pourtant me retirer.déclara le lieutenant.\u2018\u2019Je reviendrai demain, si vous m'y autorisez.\u201d LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 IIT Ce soir de chasse\u2014tandis que, dans la retraite intime de Passy, Jean Val- dret s'entretenait avec sa cousine \u2014 là-bas, près d\u2019Etampes, au fond de la noire campagne, le château de Ribey- ran se trouait de clartés, résonnait de Voix et de rires.On se levait de table.Les officiers offraient le bras à leurs voisines pour aller voir la curée aux flambeaux, dans la cour du chenil.Du côté masculin, les convives semblaient assez pareils sous le dolman bleu clair: quelques habits noirs seulement faisaient disparate.Les femmes différaient davantage.Des élégantes de province.épouses de fonctionnaires se sentaient un peu ironiquement observées par quelques Parisiennes, filles de race, dont les maris portaient l'épée par tradition héréditaire dans un régiment aristocratique.De petites bourgeoises timides, récemment épousées par des officiers sortis du rang; prêtaient à sourire par leur gaucherie, leurs rougeurs, leurs béantes admirations.Odette s\u2019approchait de celles-ci, les mettait à l'aise, leur parlait avec une grâce encourageante, qui n\u2019empéchait pas le pétillement d\u2019une malice secrete.Mlle de Ribeyran, dans sa toilette blanche.ne ressemblait qu\u2019à peine à la chasseresse nerveuse et belliqueuse de l'après-midi, François de Mauclain qui regardait la limpidité radieuse de ses yeux, le rire léger de sa bouche puérile.se persuadait qu\u2019il avait assisté dans la forêt, à une boutade d\u2019enfant, à un coup de théâtre comme on en imagine dans les pensionnats.\u2018\u201cJ\u2019ai eustort de prendre au tragique,\u201d son- geait-il.\u201cDe tous les hommes non ma- M.de Ribeyran puisse être flatté d\u2019accorder la main de sa fille.Il ne souffrirait ni diminution ni déchéance d\u2019aucune sorte.L\u2019idée qu\u2019il accepterait pour gendre ce petit lieutenant est grotesque.Peut-être se doute-t-il de l'équipée de sa fille et a-t-il déjà mis Valdret à la porte, car autrement ä riés qui sont ici, il n'y a que moi a qui - I i ih Ii (a Rb SA Vol, 16, No T LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1928 est inexplicable que ce garçon ne soit pas ici ce soir.\u201d Sur cette réflexion, le vicomte risqua une tentative auprès d'Odette: \u2014\u2018 Daignerez-vous.mademoiselle, accepter mon bras pour la corde?\u201d Le délicieux visage se leva vers lui gravement : \u2014\u201cVolontiers.monsieur.\u201d : Il eût mieux aimé de la sécheresse, du dépit.un refus peut-être, que cette douceur résolue.cette soudaine transformation en profondeur de la mobile physionomie.Le rayonnement des grands yeux bleus le déconcerta.Leur volonté tranquille pénétra lentement dans les siens.Une émotion imprévue l\u2019étreignit.Il gésista.se tendit intérieurement.Ce qu'il voulait, c'était conquérir et non pas aimer.S'il aimait, il serait désarmé pour la lutte.D'ailleurs, elle l'avait dédaigné.bravé.N'était-elle pas l'ennemie?Il rêvait de la punir, de l\u2019humilier.Mais en descendant le perron, tandis qu\u2019elle agrafait sous son menton délicat un collet de fourrure.il glissa son regard vers elle.Le clair profil, aux lignes d\u2019inexprimable suavité, émergeait de l'ombre confuse.La transparence indécise de la nuit en exaltait le charme.Quelqu\u2019un parla à Odette.Elle se retourna.François de Mauclain sentit que désormais chaque geste de cette enfant aurait une répercussion dans sa chair et dans son âme.Elle prit son bras.Ils marchèrent sur le gravier qui criait.Les allées s\u2019enfonçaient, blanches sous le reflet des nuages.entre des masses noires.L'air.depuis le matin, s\u2019était adouci.Une brise molle.presque tiède.leur frôlait par instants le visage.La forte odeur humide de l\u2019automne s\u2019exhalait des vieux arbres et des larges pelouses qu\u2019une buée estompait.Il fallait marcher pendant quelques minutes pour atteindre le chenil.M.de Ribevran Pavait fait construire assez loin du château afin de n\u2019être pas incommodé par les nboiements des chiens.Les coiiples des invités s'rspacaieni inconsciemment pour cette courte promenade, au charme un peu irou- as blant de mystère.eDs jeunes femmes riaient haut.peureuses et pour s'entendre elles-mêmes et qu'on les entendit.D'autres s'absorbaient dans un frisson de réminiscence romantique, l'imagination extravaguant derrière le mur paisible de leur correction mondaine.Quelques-unes ralentissaient le pas.penchaient la tête, l'oreille captivée par les chuchotantes litanies d'un caprice amoureux qui s'attendrissait.On entendit la voix du marquis, cette voix dont la netteté de métal porta très loin à travers le silence noeturne.Il s'écriait: \u2014\"\u201cJe ne comprends pas Cadier.À quoi pense-t-il?Mille pardons, mesdames! Mais on devait nous envoyer les hommes avec leurs torches.\u201d \u2018 François de Mauclain disait à Odet- e : \u2014 \"Mademoiselle.votre cruauté m'a honoré d\u2019une confidence qui m'a brisé le coeur.mais dont je n'abuserai pas.Vous pouvez être tranquille, je agrderai votre secret.\u201d Elle répondit: \u2014\u2018\u2019Vous n'avez à garder aucun, secret, monsieur.Més parents sauront, dès cette nuit.ce qui s'est passé entre nous.Si vous trouvez quelque intérêt à en colporter le récit.je vous y autorise.\u2014 Pourquoi me parlez-vous sur ce ton.mademoiselle Odette?Jugez-vous que je n'ai pas assez souffert aujour- d\u2019hui ?Que vous ai-je donc fait ?Je vous aime.c\u2019est vrai.Vous le saviez.puisque vous avez pris soin de me désespérer.Mais voyez.C\u2019est la première fois que j'ose vous le dire.Vous m'en avez donné le droit en attaquant.en frappant cet amour.que mon respect vous cachait.Je na me serais jamais permis.sans l\u2019autorisation de votre père, de vous découvrir un sentiment.\u201d T1 s'arrêta.Une émotion réelle lui serrail la gorge.car son désir s\u2019avivait.par la déception.par la magie de l'heure et de l'ombre.par tout le char- ne.sondainement révélé.de cette jeune file.Mais il conservait une lu- cicilé assez nette pour s'applaudir, au gênées,. is 10 \u2014\u2014 * 13TH Hig Tip hijey te | sant freon ines me À ie, ani 9 qi ous, f- métal i nee | 114 [gs FE mover À dot.à li voté À ; 1 en | Vol.16, No 7 Montréal, juillet 1923 même instant, de l'habile mauvaise foi de sa phrase.Ge respect, dont il se vantait, ne lui avait jamais fermé la bouche, puisqu\u2019il m'avait rien eu à dire, se fiant, avec le plus grand calme, aux négociations paternelles.Mais n\u2019était-ce pas adroit de mettre sa réserve en contraste avec l\u2019empressement audacieux qu\u2019il attribuait à Jean Valdret, et en contraste aussi avec la détermination hardie de Mlle de Ribeyran?L\u2019indirecte leçon devait inspirer à cette fille si fière quelque mécontentement secret d'elle-même et surtout une première rigueur de jugemént à l\u2019égard de celui qu\u2019elle croyait aimer.En même temps cette discrétion de M.de Mauclain, qui lui prétait une attitude si avantageuse, permettait à celui-ci de se peindre rétrospectivement comme le plus fervent des adorateurs.Sous son mutisme passé, il pouvait montrer les ardeurs, les tourments, les délicatesses d\u2019une passion contenue, Il n\u2019y manqua pas.Le thème prêtait aux effets d'éloqu'ence, et le vicomte était beau parleur.Sa sincérité du moment eût nourri la chaleur de ses phrases, alors même que les ressources d\u2019une virtuosité de boudoir telle que la sienne n\u2019y eussent pas suffi Ce n'était pas un mauvais garçon que le vicomte de Mauclain.Il avait infiniment de vanité et peu de coeur, Mais on ne fait pas toujours du mal avec cela, et l\u2019on fait parfois du bien avec moins encore.Tout dépend des circonstances, \u2014\u2018\u201c\u2018Monsieur de Mauclain, j'appré- cie-]e sentiment de délicatesse qui, di- tes-vous, à contenu si longtemps l'\u2019aveu que vous me faites.Je regrette que.ce sentiment ne soit pas de ceux, dont je puisse vous savoir gré.Je yous, avouerai même que l'espèce d'entente; que je voyais s'accentuer entre nos.deux familles, et qui, sans vous permettre de me parler d'amour, semblait vous autoriser & me traiter un peu en conquête assurée, me blessait presque.me.disposait mal pour vous.Toutefois peu importe ! Ni ma fierté, ni ma loyauté, ne me laissaient LA REVUE POPULAIRE libre de tolérer ,un tel malentendu.J'ai cru devoir le dissiper aujourd\u2019hui, Pardonnez-moi si je vous ai causé plus de peine que je ne vous croyais susceptible d\u2019en éprouver à cause de moi.\u2014Oh! mademoisellé.\u2026.\u2014Ne me dites plus que vous m\u2019aimez, monsieur.C\u2019était peut-être nécessaire à l\u2019explication de ce soir.Après ce que vous savez de mon.coeur, ce serait manquer, à cet ex- tréme respect quc vous professez pour .moi, et auquel j'attache beaucoup de.prix, je vous assure, \u2014Mais mademoiselle, vous n'êtes pas encore la femme de M.Valdret.\u2014Je suis sa fiancée.\u2014Pour vous et pour lui, peut-être.\u2014\u2014Est-ce que cela ne suffit pas?.dit Odette.Ce cri de foi et d\u2019indignation fut accompagné d\u2019un foudroyant regard, \u2014aussi foudroyant quo pouvait l'être la flamme'humide de beaux yeux bleu ombre, en ce moment presque noirs dans la clarté pâle de ta nuit.Mlle de Ribeyran s'était écartée de son compagnon.François se troubla, dans le choc intérienr de son dépit contre une sourde ardeur, qui étail faite d\u2019admiration et du désir da posséder, de dompter cette créature si fière.En même temps, il n\u2018oubliait pas qu\u2019elle appartenait à une famille dont la généalogie était irréprochable, et qu\u2019en l\u2019épousant il effacerait la légère tare exotique ot napoléonienne de sa propre lignée.Oh! comme à cette minute, il la souhaitait pour femme.avec une violence qui ressemblait à l\u2019amour; mais qui ressemblait aussi à la haine, Des paroles de rage et de bra- vasa,.}h mantaient au bord des lèvres, touk.A la: fois avee quelque insensée supplication.Mais il ne les prononca pas.Maitre de lui, cherchant à bien jouer son rôle, i! ne trouva qu\u2019une phrase assez plate, à laquelle l\u2019inclination lente de sa tête ct la vibration savante de sa voix prêtèrent quelque noblesse.\u2014\u201cJe souhaïtea#\" \u201cft-11, \u201c\u2018que vous Vol.16, No 7 ne vous lrompiez pas et que vous soyez heureuse.\u201d Tout près de là.des lueurs rouges palpitérent entre les arbres.Une odeur fumeuse de résine se répandit.Et, brusquement, des abois furieux éclatèrent.Puis une fanfare de tromper.\u2014\u2018\u201c C\u2019est la curée\u201d.dit Odette.\u201cNous nous sommes trompés de chemin.[L# chenil est par là.Prenons ce sentier.retournons.\u201d Ils firent rapidement quelques pas, longèrent un mur, pénétrérent par la grille large ouverte.- Entre des bâtimeents bas.dans une vaste cour.l\u2019épilogue lugubre de la chasse à courre se passait.De distance en distance.autour d\u2019un espace reetangulaire, l'éclat rougeoyant des torches s'ensanglantait encore sur les habits écarlates des valets de chiens qui les portaient.Leurs lieurs détachaient en taches claires les visages des invités, massés vers un angle en un groupe sombre sous les fourrures et les ttahteatx.Non loin d\u2019eux en face de la meute hurlante, contenue par les cris et le fouet.se jouait la comédie lamentable de l\u2019agonie du cerf.Sur les entrailles du vain- eu, sa dépouille magnifique, sa longue robe fauve et sa tête intacte, couronnée par ses bois de dix-cors.s\u2019étendaient dans un simulacre de vie.Un homme s\u2018approcha, enjamba cette ap- arence de corps, prit l\u2019extrémité des bois, redressa la belle tête aux admirables yeux d\u2019angoisse.et la balança devant 14 meute en des mouvements qui figutdient un reste de palpitante existence.- _ Une clameur d'horrible rage, de bestiale férocité, de gloutonneriq folle, éclata.Les chiens se pressaient.se bousculaient, tas grouillant et forcené, pleins de cris et de rouges gueules avides.formidablement soulevé par la faim antique, par l'ivresse du carnage, cette force basse et sinistre, qui, du fond des forêts primitives.a conduit le monde jusqu'aux civilis=- tions raffinées.Cependant la frérésie de la ment se disciplinait sous l'éducation séeu- LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 laire.Ces brutes =élevaient jusqu'à la domination de leur instinct déchainé.Trois fois le premier piqueux les laissa bondir jusqu'à la dépouille du cerf.Trois fois, par la puissance de sa voix.les claquements de fouet, l\u2019hypnotisme de !'homme surla bête, il fit reculer les soixante chiens.Leur élan l\u2019eût renversé.brové.si la révolte ouverte d'un seul eût précipité la meute sur la proie.Mais.gosliculant, criant.dans le tourbillon de son long fouet.il les tint en respect sous son regard.C'était le triomphe de Cadier.Sa haute stature, dans sa tenue de chasse.son martial et vulgaire visage y prenaient une espèce de grandeur.; Et toujours, derrière lui, aux mains du valet, la pauvre tête du cerf s'agitait.à la fois si noblement morte .et si grotesquement vivante.Car ce balancement ridicule, elle ne l\u2019avait pas eu.elle ne l'aurait jamais eu.dans la grâce et la fierté douloureuse de sa véritable agonie.L \u2014\u201cAh\"\" dit Odette à M.de Mau- clain.\u201cquelle cruelle coutume! Je ne puis m'y habituer.Chaque fois.cela me fait mal.Pourquoi ne pas respecter le vaincu?\u201d Il ne put répondre.Cadier donnait le signal.Les soixante chiens se ruèrent.Et le valet, qui soutenait les bois du cerf, n'eut que le temps de courir, de se précipiter dans une écurie tout proche.ouverte exprès, tirant après lui la dépouille.afin de la soustraire aux chiens.Une traînée de sang apparut derrière lui sur les dalles.La moitié de la meute bondit sur ses talons, se heurta contre une porte refermée en hâte.L'antre moitié dévorait les entrailles.les répugnants débris tout à coup mis à découvert.Les aboiements s'étaient tus: un bruit de mâchoires claquantes et de grognements hargneux snecéda.Des chiens qui n\u2019avaient pns eu leur part couraient çà et là.se nla\u2018gnaient, léchaient le sang sur Jos pavés.\u2018M ds Ribevran se tenait à côté de 5 rép: 1 da brigade.Ce grand chef = ci tente la chasse.mais.y.t1ve- heureuse, était arrivé \u201c1% {fol 16, No 7 \u2014\u2014 LA REVUE POPULAIRR Montréal, juillet 1923 ith flans sa voiture précisément pour ited J\u2019haMali.sas}: \u2014\u201cMon général,\u201d dit le marquis, lil }f*vous permettrez a mon piqueux de dui vous offrir le pied.\u201d mis-[} Cadier 'apportait, saluant militai- \u201cvu-[jrement.Les trompes sonnérent les x fhonneurs.nek Le général mania curieusement le rippled, dont la section se dissimulait ds fisous des laniéres de la peau velue /k[jadroitement tressées.lit \u2014 \u201cMais,\u201d dit-il, \u2018\u201cceci reviendrait >sk-fplutôt à une dame.mf] \u2014Eh bien! mon général, vous le wien piprésenterez de ma part, avec mon profond respect, & madame la générale.J'y joindrai la tête.et je ferai monter ile tout, avec la date.\u201d mèf| Le général remercia.Les adieux el }commencèrent.Car les invités pré- tfisents ne rentraient pas au château.nh} Ceux qui passaient la nuit à Ribeyran »yf étaient restés dans les salons avec la marquise Pauline.Des breaks atten- In- [| daient les autres près du chenil pour sf les transporter à Etampes.Les jeunes ui | officiers partirent à cheval.Quelques ag | voisins de campagne s\u2019en retournèrent | dans leurs propres voitures.François de Mauclain prit congé | d\u2019Odette.Mais, au lieu de se diriger Mains Cap I} tout de suite vers son boghei.qui l\u2019at- h tendait, il chercha le premier piqueux.\" | \u2014\"Cadier,\u201d dit-il, \u2018je vous recom- | mande mon cheval, qui reste dans vos sf} écuries.Je viendrai le chercher moi- = même demain matin.nn Monsieur le vicomte ne veut pas sf que je le fasse reconduire à Mouclain?1 \u2014Non, je compte le monter.11 ne , | sera pas si fatigué qu\u2019il ne me porte af] pour le retour.|.Certes non, monsieur, la chasse +t n'a pas été dure.Et monsieur le vicomte a une si merveilleuse béte! \u2014Je voudrais vous demander quelques conseils à propos de ce gheval, Cadier.Serez-vous, là demain, vers dix heures?\u2014Toute la matinée.monsieur, ici, { su chenil.Car monsieur le vicomte sait que j'ai vonin avoir son cheval sous mes yeux.J'ai déferiu qu'on je mette là-bas dans les écuries du château.\u2014\u2014Merci, Cadier.Je préfère d'ailleurs ne pas aller jusqu\u2019au château.C\u2019est à vous que j'aurai affaire.Vous n'avez besoin d\u2019en parler à personne.Cadier, surpris.mais flatté, eut un geste d\u2019empressement et de discrétion : \u2014\u201cC\u2019est entendu.M.le vicomte.\u201d Il y eut des roulements de voitures qui s'éloignaient.des éclairs de lanternes dans.les allées désertes sur des .taillis défeuillés.puis le silence et l\u2019ombre s'accrurent, s\u2019étendirent.souverains ct profonds.Les massifs s\u2019alourdirent en de frissonnantes ténèbres , tandis qu'une c'avié bafarde baignait les grandes pr'ouses pâles.Cette clarté tombait d'un ciel d\u2019ouate troué par instants de déchirures argentées où l\u2019on devinait la lune de novembre.\u2018 Odette de Ribeyran.au bras de son père.revenait vers le château.Tous deux furent silencieux d\u2019abord; puis le marquis prononea: \u2014*\u201cTu t'es amusée.fillette?\u201d Elle eut une hésitation.\u2014Amusée ne serait pas exact, mon cher papa.Vivement, avec une anxiété plus maternelle que virile et singuliére- ment touchante chez ce sévére, chez ce presque rude officier, il questionna : \u2014\u201c\u2018T] ne t\u2019est rien arrivé de désagréable, j\u2019espère.Ton cheval?.non?pas d'accident?Aucun de ces messieurs n\u2019a pu manquer d\u2019égards envers toi.j'imagine ?\u201d \u2014Oh! non, mon père.\u2014Alors?.que veux-tu dire?\u201d Et comime elle se taisait, il ajouta, très téfidre : \u2014\u2018\u201cJe connais si bien ma petite Odette! Pour qu\u2019elle ne prenne pas un plaisir absolu à une belle chasse comme celle d'aujourd'hui, il doit y avoir quelque chose.Voyons.parle, mignonne.\u201d Elle r\u2019ouvrait pas toujours la bouche.Le marquis ralentit le pas.Bien que l'allée fht sombre, il distingua les Vol.16, No 7 paupières abaissées de sa fille.Il murmura.soudain plus grave : -\u2014\u2018François de Mauclain ne t'a guère quittée.Se serait-il permis de te \u2014-Il m'a dit qu\u2019il m\u2019aimait ,oui, mon père.La marquis tressaillit des pieds à la tête.Pour le première fois, Odette prononcait nettement de tels mots, faisant une allusion ouverte à l'amour et à l'amour qu\u2019elle pouvait inspirer.Il y eut !à.pour le père, durant quelques secondes, une sensation singu- Tière.pénible, presque intolérable.Blessure d\u2019une espèce de pudeur paternelle ani, facilement, s\u2019exagère dans les familles où une grande réserve existe sur ce sujet entre les parents et les enfants; jalousie inconsciente, très âpre quoique très pure : appréhension de l'arrachement prochain.Un mélange de tous ces sentiments bouleversa le marquis, qu'au jour sa fille eut vu pâlir.Un antagonisme courd s'éleva en lui contre ce François de Mauclain, que, cependant, il souhaitailf pour gendre.\u2014\u2018Je suis étonné.\u201d dit-il.(Et sa voix exprimait plus que de l\u2019étonnement.) \u2018Le vicomte de Mauclain a trahi ma confiance.Je ne l\u2019avais pas autorisé à une démarche pareille.\u2014'\u201cT} ne faut pas lui en vouloir,\u201d prononça Odette.\u201cC\u2019est moi qui l\u2019ai poussé à se déclarer comme il l'a fait.\u2014 Toi ! Le marquis lâcha le bras de sa fille, l\u2019écarta de lui.Cette fois, dans la lumière diffuse d'une éclaircie, leurs yeux se pénétrèrent.Jamais Odette n\u2019avait senti sur les siens une flamme si âpre.Flle éprouva une soudaine angoisse, et surtout une gêne oppressan- fe.Ce qu'elle voulait dire était si difficile! Mais elle était de \u2018ces \u2018natures: chez qui le pressentiment de la résistance ou du danger, loin de paralyser les facultés, les aiguise.Plus hardie devant la sévérité paternelle qu\u2019elle ne l\u2019eût été devant la tristesse ou ln tendresse, elle s\u2019expliqua : \u2014\u2018\u2018Père.je savais que François de Mauclain songeait à m\u2019épouser.Ces choses-là se devinent.En partant, LA REVUE POPULAIRE = 56 \u2014 Montréal, fuillet 1923 vous m'avez parlé de lui d\u2019une certaine façon.Vous vous rappelez?.J'ai compris que peut-être vous lui aviez donné quelque espoir.Un espoir qu\u2019il eût été déloyal à moi d'en- FR: courager.\u2014Déloval ! \u2014Oui, père, car jamais je n\u2019épou- ff, serai le vicomte de Mauclain.La physionomie de M.de Ribeyran s'éclaira.L\u2019inconséquence d'Odette s\u2019était produite dans le sens contraire à celui qu\u2019il avait craint.C\u2019était toujours une inconséquence, mais sa fierté ne s\u2019en trouvait pas atteinte comme elie l\u2019eût été par une avance de sa fille à ce jeune homme.Sa fille! Son Odette!.S\u2019il avait dû l\u2019imaginer moins altièrement digne et inaccessible qu\u2019il la voulait dans son orgueil de père.quelle souffrance n\u2019eût pas été la sienne! Il reposa le bras de l'enfant sur le sien, se remit à marcher, puis, tout à coup : \u2014 \u201cIl te déplait, Francois de Mau- clain?\u2014Oui, père.\u2014 Comment! à ce point-là ?\u201d s\u2019écria- t-il, saisi par l\u2019accent d'Odette.\u2018Mais qu'as-tu contre lui?\u2014J\u2019ai, mon père que ce n\u2019est pas un homme qui soit bon ou méchant, intelligent ou borné, aimable ou antipathique.C\u2019est le vicomte de Mau- clain.Ce que vous voyez en lui, c'est le garçon élégant qui porte bien un tres beau nom, et qui est à la tête d'une des dernières grandes fortunes domaniales de France.Avouez, papa, que c\u2019est sa situation plutôt que sa personne qui vous a semblé digne de notre alliance?\u201d Elle avait apporté, à ce jugement sur les intentions paternelles, une grdce de ton, une mutinerie d\u2019accent §- qui en atténuait le côté irrespectueux.\u2018 Elle touchait, d\u2019ailleurs.si juste, que M.de Ribeyran ne put s'empêcher de sourire.,| T \u201c Voyez-vous cela, mademoisel- \u201cei.Puis, avec gravité : -\u2014\u201cCertes, tu ne te trompes que sur un seul peint, mais il est important ; POPULAIRE Montréal, juillet 1923 \u2014\u2014 \u2018est que, si le vicomte de Mauclain \u2018était pas par son caractère, par sa ersonne, le parfait gentilhomme u'il est par sa naissance, je n\u2019aurais as un instant songé à en faire ton ari, fût-il plus noble que le roi et ossédat-il plus de terres que le mar- uis de Carabas.\u201d A quel instant et pourquoi \u2014 dans cette sécurité renaissante \u2014 le marquis reçut-il en plein coeur, comme un choc inattendu et étourdissant le nom de Jean Valdret, prononcé par Odette?Ce n'étail pas encore un aveu qui venait aux lèvres de la jeune fille.Toutefois le seul fait qu'elle amenait ce nom dans une conversation pareille, et l'intonation qu\u2019elle y mit, glacèrent le sang du père.Cet homme fort eut comme une défaillance d'\u2019inquiétude, la lerrassante répercussion physique de l\u2019angoisse morale, qui brise les membres et suspend la respiration.- Il s\u2019arrêta, il répéta, encore, dans sa stupeur : \u2014\u2018\u2018Jean Valdret?.Qu\u2019est-ce que tu dis de Jean Valdret.\u201d rir Odette se suspendit à son cou, et \u201clast tout près de son oreille : | \u2014\"\u201cJe l\u2019aime.père.II m\u2019aime \u2018aussi.C\u2019est mon fiancé devant Dieu.Je n'épouserai que lui.\u201d Oh! le recul du père, l'arrachement brutal de ces bras d'enfant qui lui emprisonnaient si doucement la tête! Pouvait-elle deviner, elle.la petite me de simplicité sentimentale, dans quelle chair vive d'orgueil.ni sur % cerfa), nie?vous uj Anse i: don.ff = Dépou Ribevnan 0 Odelfe contraire tail ou Das & leinte vanes Sa fll! l'imagl- ef Inge 36 or 0 lt sir lo bout à À sans colère 2 Yau it pas chat antl-| Maud'est pn {ele fines pe p #1 candide confession venait de tomber pif comme un atroce vitriol ?Elle s\u2019at- | tehdait à un premier mouvement de surprise.à un, blâme, à un refus.qui fléchirait ensuite.::mais pas à cela.non .2: pas à cela! pas à cet effrayant changement de physionomie, à ces: veux de menace.à cette fureur du geste.pas surtont à ce mot unique.implacable.jeté avec toute l\u2019énergie d\u2019un être si âpremeht énergique: \u201cJamais! jamais! jamais!\u201d Elle trembla.Ses mains se joignirent.\u2014*\u201cOh! pére.\u201d mest ue vent jeu, qe f de sole ar Hs, quelle plaie ancienne et secrète.sa - Il répéta une quatrième fois, les mâchoires serrées.toute sa volonté comme ramassée dans une tension inouïe : : \u2014\u201cJamais!.\u201d : Pendant quelques secondes, à travers l'ombre transparente, il la contempla.Flle demeurait immobile, mystérieuse de muet émoi, les yeux élargis et humides, les lèvres closes.Sous sa fine pâleur, qu'y avait-il?Soumission ou ténacité secrète?Oserait- elle défendre son absurde, son détestable amour ?Le père haletait, pris maintenant de désespoir, de terreur, à l'idée de la lutte possible contre cette enfant adorée.Des lâchetés tendres gémissaient en lui, sous la rigide facade de son grand corps dominateux et de son visage de soldat.Quel moment pour tous deux, dans la paix bila- farde de cette nuit de novembre, dans le silence des jardins morts! Rien ne remuaif.Un souffle très doux passa; L\u2019âcre saveur de l'automne s\u2019insinya dans leurs fibres inconscientes.lus tard.au cours des déclins à \u2018venir, ils tressaillirent quand des émanations humides de feuilles flétries ressusoi- teront là poignante scène.Tout à coup, le père dit, presque brutalement : P » Presa \u2014*\u201cRentrons.\u201d f Car vainement il avait attendu qu\u2019elle parlât.Et cette inertie d\u2019Odette l'impressionnait plus que ne l\u2019eussent impressionné les récriminations, les larmes ou même la révolte.: Jusqu'au châtéau.ils n\u2019échangèrent plus une parole.Us trouvèrent la marquise Pauline seule dans un salon.Toutes les girandoles.de;:Mmmière éteintes, sous une petita:lampescoiffée dun minuscule æbafHiourzempire.elle lisait.#>\u2014#Ah!\"\" s\u2019exclama-t-elle.levant la tête.\u201cje commencais à m\u2019inquiéter.Nos hôtes sont couchés.On ne veille pas wn soir de chasse.\u201d ~ Elle vit son mari et sa fille si raidis, si muets, qu\u2019elle eut peur.\u2014\u201cQu\u2019est-ce ,que vous avez?il est arrivé quelque chose!.\u201d, Puis, tout de suite, en femme d\u2019of- \u2014 57 \u2014 Vol.18.No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 192 ficier.craignant quelque mésaventure hiérarchique : Est-ce que le général?\u2014li ne s'agit pas du général, inter- rompif M.de Ribeyran.Odette m\u2019a infligé co soir le plus cuisant chagrin que j'ai ressenti de ma vie.\u2014Ode'te! s\u2019écria la marquise en regardant su fille.Il se tourna vers leur enfant, lui aussi.espérant un geste, un mot de ré- tractalion.Comme elle se taisait, il ordonna durement: \u2014-\u2014-Répétez à votre mère l\u2019aveu que vous m'avez fait tout à l\u2019heure! Le visage blanc jusqu'aux lèvres, d'une voix accablante, mais avec un extréme vouloir de franchise et de fermeté, Odette prononça : \u2014-J'ai dit à mon père.maman, que je n\u2019épouserai personne autre que Jean Valdret.I] cest digne d\u2019elle! s\u2019écria la mar quise.\u2014\u201cAh! maman.\u2026.\u201d Et, avec un sanglot, la jeune fille se jeta dans ses bras.Au ot imprévu de sa femme, le marcr : de Ribeyran, cet homme d\u2019une si froide correction, s\u2019oublia.\u2014\"\u201c\u2018Etes-vous folle?cria-t-il.La marquise Pauline écarta Odette.\u2014\u201cMon ami.\u201d commenca-t-elle.Une émotion lui serrait la gorge.L'habitude d'une longue déférence admirative envers ce mari supérieur par l\u2019intelligence et le caractère, et tellement doué par la domination, arrêtait le chaud plaidoyer qui lui montait du coeur.D'ailleurs, une consternation la paralysait, car jamais elle n\u2019aurait prévu chez-le marquis cette attitude violemment hostile à son plus cher projet.Toutefois, certaine maintenant de l\u2019amour réciproque de, ses deux enfants, elle trouva, payr eux,;Le courage qu\u2019elle n'avait pas eu pour elle-même.\u2014\u2018Vous pouvez ne pas aimer Jean\u201d, dit-elle, \u2018\u2018et j'ignore pourquoi.Mais pour aucun homme vous n'avez professé devant moi une plus rare estime.\u2014rare surtout chez vous.Robert.qui avez le droit d\u2019être sévère à l'égard des autres.Vous m\u2019avez exprimé de A1 hautes prévisions quant à l'avenir de ce brave enfant.Et il a le plus noble, caracteére.BE \u2014\u2014Discuterez-vous ma volonté ouf, ma pensée devant notre fille?.\u201d dit M.de Ribeyran avec une si véritableÿ _- autorité que les deux femmes frissonnèrent.\u2014 \u2018Retire-toi, mon enfant,\u201d balbu-{.tia la marquise.i Odette vint embrasser sa mére: puisf,.s\u2019approchant de son père, presque dé- pe faillante, elle lui tendit son front.on \u2014\u201cVa.\u201d dit-il la repoussant d\u2019un bo geste glacial.a Elle fondit en larmes, et.très lente, oy espérant un rappel de tendresse, quit- pts ta la chambre.hi Robert de Ribeyran T'avait suivief.des yeux, dans l\u2019attente contraire om qu\u2019elle reviendrait, renierait sa chi-[ > mère de petite fille romanesque, so bg caprice, quil ne voulait pas croire unet passion.Quand la porte se fut refer- por mée sur elle, il se tourna vers s@ 5 femme.) je rem LIER if \u2014*\u2018\u2018Pauline.écoutez-moi bien,\u201d prois nonça-t-il.\u2018\u201c Vous me conmaissezgtin n'est-ce nas ?Vous savez que je ne \u2014 prends pas des résolutions à la légére gl: que je ne décide rien sans réflexion.ke Soyez sûre que.dans une circonstanc eff: aussi grave, le bonheur de notre en-ffim fant me préoccupe autant que vous.ff Veuillez admettre encore que je puisgir.prévoir tous les arguments tirés des - mérites incontestables du lieutenant] - Valdret.de la confiance que j'ai moi-{*.même en son avenir; ajoutez-y toutes: les fioritures sur les fatalités irrésisti-4# bles de l'amour, sur la noblesse de l\u2019A-4 1 me égale à la noblesse du sang; mettezÿ _ que tout cela ait été établi, discuté, fr: pesé entre nous.ipuis faites atteñtionj x à ma réponse: Jamais, entendez-vous, fu jamais je ne donnerai mon consente- Ja ment au mariage de Jean aveo Odette.pu; Maintenant agissez en cette affaire pr, comme votre prudence maternelle jt.vous le ennseillera.\u201d Lg i Sur cette péroraison, sèche comme > la chute d\u2019un couperet.M.de Ribey- p;4 ren fit demi-tour, prêt à sortir.te ; +-\u201cHélas!\u201d murmura Pauline trem- plante, \u201ccomment, en rapprochant ces ; enfants, n\u2019avez-vous pas prévu?.\u201d Le marquis eut un mouvement de violence.\u2014\u201c\u201c\u2018C\u2019est vous qui les rapprochiez! Je remplissais un devoir sacré en élevant mon filleul.Mais sa place n\u2019était pas sous notre toit.Vous avez été affreusement imprudente.Et, avec vos petites finesses, vos imperceptibles empiètements de femme, qui prend oujours un peu plus qu\u2019on ne lui bandonne, vous avez eu raison de ma s,{rolonté même, vous avez usé lente- ue ent mes résistances.D'ailleurs, je qu \u2018étais pas toujours là; les devoirs de imon commandement m'absorbaient.\u201d \u2018j i - .i Il s\u2019interrompit pour jeter un cri 0 .yg chi {rissa \" ball re pu que dé oi | 1f fulf In \u2014.Aurais-je pensé qu'une Ri- eyran.que ma propre fille, songerait hausser jusqu\u2019à elle un garçon de rien?\u201d / La marquise Pauline se leva, s\u2019avance comme vers une vision d'angoisse, tous les nerfs tendus, pour l'effort qu\u2019elle allait oser.\u2014\u2018\u2018Un garçon de rien ?.\u201d\u2019 répé- ta-t-elle.\u2018Vous ne parleriez pas ainsi de ce brave enfant.Robert, vous n\u2019ar- griveriez pas à des paroles de cette cruauté, de cette injustice, s\u2019il n\u2019y avait pas à ce mariage un obstacle pire.\u2014Achevez! dit-il rudement.\u2014*\u201cAh! Robert.avouez-moi la vé- grité.Je vous pardonnerai de me l\u2019avoir cachée pendant vingt ans.| raie vers \"pr mais jt gun exion stat 1p vous s pl s » foal | mol ful ssi big UE .\u2014 Vous.me pardonner!.qi eria-t-il.Hf Mais sa dureté fondit soudain: l'assaut des émotions contre lesqueiles il x/#luttært-depuis une heure eut enfin raison de son orgueil quand il vit sa femme chanceler.Pauline glissa presque ji à genoux sur un siège bas.se cacha le visage et gémit.\u2014\u2018\u2018Ma pauvre amie!.ma chère femme!.qu\u2019as-tu?Quelle pensée te bouleverse ?\u2018 Mon Dieu !\u201d sanglota-t-elle.\u201cJean est ton fils! Et tu ne m'as pas aimée assez pour me le dire!.\u201d 2, Il bondit sous le mot.1 vA se- LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 À ce cri, où se révélait une si délicate, une si intense douleur, le colonel de Ribeyvran sentit ses paupières battre, furtivement humides.Puis le soldat se retrouva, ombrageux quant à la valeur de sa parole.\u2014\u201c\u2018Je t'ai juré que non.autrefois, à plusieurs reprises, Meltrais-tu en doute mon serment sur l'honneur?\u201d Elle leva ses veux bruns.encore si frais, si tendres, et tout resplendissant de larmes.\u2014\"\u201c\u2018Ah!\u201d dit-elle, \u2018les hommes ont une loyauté si spéciale envers les femmes! Ils ne conviennent pas qu\u2019ils leur mentent, parce qu'ils ne leur reconnaissent pas le droit de savoir la vérité.\u201d Un âÂpre sourire passa sous la moustache martiale du marquis.Il hocha la tête.avec une expression singulière, qui ne dissipa point les soupçons torturants de sa femme.\u2014\u201c\u2018Jure-le-moi encore !\u201d supplia- t-elle tout bas.T] le jura, l\u2019air ironique et condescendant.Elle I'implorait de ses yeux anxieux, désespérée de ne pouvoir tout à fait croire ni tout à fait douter.C\u2019était peut-être précisément cet état d\u2019âme que son mari voulait lui suggérer, s\u2019il réfléchissait que le moindre indice d\u2019une fraternité de sang et de chair.entre Jean et Odette devait inspirer à la marquise l\u2019horreur d'un mariage que lui-même combattait.Ne préfé- rait-il pas être accusé secrètement par elle d'un mensonge si odieux et si persévérant, plutôt que de la voir entretenir dans le coeur de leur fille la chimère qu'il détestait ?Mais savait-il combjent'il lui faisait de mal?.\"Dans 18\" d8tresse \u2018de Soh amour sai- \u2018gndff, \"He sa\u201d conflance défaillante, dans là\u2019 révolte et l\u2019inquiétude de sa double tendresse maternelle, Pauline puisa la force inattendue.extraordinaire de se dresser en face de son mari.\u2014\u2018FEh bien,\u201d dit-elle, soutenant le regard d'acier qui se durcissait à mesure, prisque Jean n\u2019est pas votre fils, je ne considère pas qu\u2019il y ait en- \u2018+ Jui et Odette un obstacle sérieux, Vol.16, No 7 LA T.VUE POPULAIRE Montréal, juillet 19 un obsfacle qui mérite qu\u2019on s'y arrê- projets d\u2019éloignement, de disgrâce.te, et qu'en fasse le malheur de ces demanderait un changement de corps deux pauvres enfants.pour son subordonné.il l\u2019exigerait, i Cet obstacle.prononça le marquis le lui imposerait.Jamais cet odieux avec une concentration de colère froi- garçon ne devait revoir Odette.Mais de, ee sera ma volonté.Et, prenez gar- dans son exaspération presque hai de.Pauline, au rêle qu\u2019il vous convien- neuse.des idées de satisfaction immé dra de jouer dans cette affaire!.diate, dont la mesquinerie lui faisai \u2014Vous me menacez?balbutia-t- honte sans qu\u2019il pût les écarter, assailf elle.laient M.de Ribeyran.Si impeccable \u2014Oui, je vous menace des catas- officier que fût Jean, il le trouverai trophes qui pourraient fondre sur cet- bien une fois en faute; alor il le puni te maison, et dont vous seriez la cause.rait, il l\u2019humilierait, il châtierait en \u2014Ah! soupira la pauvre femme, lui.sous le premier prétexte, l\u2019amo \u201cpourquoi ne suis-je pas morte, Ro- \u2014monstrueux, jugeait-il\u2014que cet e bert, avant de vous entendre me par- fant de malheur avait osé concevoir.Ter ainsi!\u201d Pendant cette méditation féroce I] ajouta seulement: \u201cVous réfléchi- Jean, ne se doutant pas qu\u2019Odette avai chirez,\u2019\u2019 puis sortit du salon sans vou- parlé.préparait les discours naïve loir s'attarder ni s\u2019attendrir, ni surtout ment maladroits par lesquels il pensai diminuer par l\u2019amollissement des ex- la persuader de renoncer à lui.Il re plications et des phrases Pimpression fuserait son amour, \u2014cet amour mer nette, froppante, qu'il espérait avoir -veilleux et interdit, cet amour qu\u2019il | produite.- fallait juger coupable bien qu\u2019il 1 sentit si pur, \u2014 mais il solliciterai w son amitié fraternelle.Oui, il pronon cerait ce mot, qu\u2019elle ne pouvait pren Dans la cour du quartier, le 50° dre au sens littéral: il la supplierai ghasseurs à cheval se déployait en or- d'être pour lui une soeur.dre de marche, prêt à sortir.Le régi- Ainsi.à tous les tournants de sé ment se rendait à une revue d'inspec- songerie.le jeune homme se revoyai tion, provoquée par l\u2019activité toute aux côtés de celle qu'il aimait, lisan neuve d\u2019un commandant d'armée de l\u2019affection dans ses yeux, écoutan promotion récente.l'approbation dahs sa voix.C'était sd Ge jour-là, deux hommes avaient chimère d'amour de la veille, à peiné sur le visage seulement, non au fond changée.I] ne s\u2019en doutait guère.Soi de l\u2019âme, le calme guerrier dans l\u2019at- imagination, il est vrai, s\u2019interdisai \u2018mosphère duquel s\u2019avançait le beau l'image des caresses, même les plug régiment.chastes: mais au frisson qui parcou Le colonel] de Ribeyran et le lieute- Trait sa chair dans la trop vive sugges pant Jean Valdret ne s'étaient pas tion dune troublante présence, il au rencontrés depuis cette récente jour- rait pureconnaitre.s\u2019il n\u2019avait eu peu née de \u2018chasse, marquée \u2018pour tous de le soupgonner seulement, que deux de si étranges, st\u2018 différentes, Passion n'avait pu mourir d\u2019une révé mais également inoubliables Ynipres-=\"lation admise par son cerveau, et qu sions.Ét combien à cette heure.en tous ses projets de fraternité impos suivant légèrement du buste le balan- sible ne servaient qu'à en décevoir lg cement de son cheval.te regard en torturante douceur.avant, la physionomie rigide et fer- Quelle journée pour lui et pour 14 mée, chacun d\u2019eux se sentait follement colonel de Ribeyran que cette journée sensible à la proximité de l\u2019autre.de mise en scène et de parade, où la Chez le supérieur.c'était une fu- belle tenue du régiment, la précisio rieuse opposition de tout son être.une des évolutions de cavalerie valuren dureté qui le raidissait sur sa selle.qui au 50e chasseurs et à son chef leg tui faisait ruminer confusément des flatteuses félicitations d\u2019une très hau-i aff VOL 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 ie te et presque illustre personnalité mien litaire! .il | Le régiment revint au quartier par a ai la nuit noire, a la fin d\u2019un court apres- io id midi d\u2019automne.M.de Ribeyran dina \u201c2 en ville, comme il en avait \u2019habitude qu uf quand les nécessités du service l\u2019em- Ig nechaient de se rendre au château.Lil\u201d Apres le diner, de retour dans son 4.858 cabinet de travail, il fit appeler le lieu- Ye tenant Valdret.KR Jean se présenta sans aucune ap- ani, préhension.Son attitude et celle de ivi @ son peloton, durant la revue, avaient \u201cAR été si brillantes qu\u2019il s'attendait à des ve cet eo éloges.evo Il entra.fing D'un côté du grand bureau ministre ei chargé de brochures et de papiers, un sui secrétaire écrivait.En face, dans la lu- Ips mière d\u2019une haute lampe à gaz, dont il## l\u2019abat-jour n\u2019abritait que son front et unl ses yeux, le colonel de Ribeyran était qi assis.quil | \u2014\u2018\u201cVeuillez approcher, monsieur\u201d, er dit-il.prong Jean ne s\u2019étonna pas de cette forme tell de langage dans la bouche d'un hom- pi me qui l'avait élevé et qui le tutoyait.Au quartier, en service, le marquis &# s\u2019adressait à lui exactement comme vi aux autres officiers.La présence du ie secrétaire suffisait à justifier ce ton nt cérémonieux, dont, sous l'uniforme, le if colonel ne se départait guère, même pi en particulier.oo Si Le jeune homme s\u2019avanga, puis sur pif] un signe de son supérieur, prit un :14 siège.| arc) \u2014\u201cH y a quelques jours, monsieur, yr vous m'avez demandé la permission jai de vous rendre a Paris pour affaires\u2019.y | Jean tressaillil.\u201cwf © \u2014=20ui, mon colonel.qu \u2014 Vous m'avez 'télégraphié votre of désir d\u2019y rester quelques heures de if plus qu'il n\u2019était convenu.Je vous y ai autorisé.rk \u2014~Oui, mon cclonel.J'ai eu I'hon- nf neur de vous en remercier à mon retour.M.de Ribeyran fit un geste de la main.qui signifiait: \u201cIl ne s\u2019agit pas de cela\u201d, puis il poursuivit: \u2014 61 \u2014 \u2014\u201c\u201cVous m'\u2019avez dit en revenant, quand je vous ai demandé si vous aviez terminé ces affaires importantes \u2014que j'ignore.\u201d I] s\u2019arrêta, pesant sur le mot.Jean balbutia : \u2014\u2014Mon colonel, si je n'ai pu vous expliquer.\u2014\u2014Monsieur.reprit le marquis, en lui coupant la parole.\u2018je n'ai pas l'habitude de provoquer les confidences de mes officiers, et pas même les vôtres, bien que j'y eusse plus de droit.Je veux simplement marquer le confiance Loute part'culière que je vous ai témoignée.en vous accordant.sur vo- .treeseule \u2018equête.et sans aucune raison exposée de votre part.une permission extraordinaire.Si votre motif avait été futile.vous auriez commis une faute grave.dont je ne vous croyais pas capable.\u201d Ce \u201cje ne vous croyals pas\u201d au pass¢, et I'intonation glaciale du marquis commençaient à inquiéter Valdret.Il répondit, sans emphase, mais avec fermeté : \u2014\u2018\u2018Le motif était très sérieux, mon colonel.\u2014Précisémenl.prononça le marquis en fixant sur lui ses larges veux de flamme, \u2018c\u2019est ce dont je suis certain.Eh bien, monsieur, puisque vous m'avez informé lors de votre retour que vous n\u2019aviez pas réglé tout ce qui vous appelait à Paris, et que vous me seriez reconnaissant d\u2019une autre permission aussi prochaine que possible, voici ce que j'ai décidé.Comme je n\u2019aime ni les irrégularités ni les mys- teres.\u201d Il détachait nettement les syllabes.À leur tour les prunelles du lieuténant se chargèrent d\u2019étincelles.C\u2019était cet - homme, possesseur d\u2019un si lourd se- .2&ret, C'était ce père clandestin qui parlait ainsi, qui blâmait d\u2019une parôle tellement tranchante les actions irrégulières et mystérieuses!.Involontairement le jeune homme le pénétra d\u2019un si intense regard que les paupières du marquis\u2014ces paupières longues.noblement coupées, qui rappelaient tant celles de sa fille\u2014palpitè- rent, éteignirent l\u2019acier de ses yeux, Vol, I8, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 Mais aussitôt une pourpre de colère flamba sur la maigreur des joues pâles.M.de Ribeyran répéta avec plus de force : \u2014\u201cComme je n'aime ni les irrégularités.ni les mystéres, et que depuis plus d\u2019une année vous ne vous êtes pas absenté du régiment, je vous accorde le congé d\u2019un mois auquel vous avez droit.Mais \u2014puisque vous avez affaire à Paris\u2014ce congé, vous me ferez le plaisir de le passer à Paris.Comme votre colonel, je vous l'accorde; comme votre parrain et votre\u2019 conseiller, je vous en indique l'emploi.C\u2019est entendu, monsieur.n\u2019est-ce pas ?Vous partirez demain pour Paris?\u2014Est-ce un exil, mon colonel?\u201ddemanda le pauvre garçon, pâle d'une brusque angoisse.et dont la voix trem- la.\u2014\u201cUn exil!.D\u2019ou?Comment ?Qu\u2019entendez-vous par là.monsieur?\u201d La réplique résonna si âpre que,par un sursaut irrésistible, le secrétaire leva la tête.C\u2019était un sous-lieutenant qui, tout aussitôt, effrayé de sa curiosité irrespectueuse, se remit à écrire avec acharnement.Jean Valdret le regarda, puis regarda le colonel, et se tut.Pouvait-il, devant cet étranger, risquer la moindre allusion au château de Ribeyran, aux deux femmes qui l\u2019habitaient, à la marquise, à sa fille ?C\u2019était d'elles qu\u2019on l\u2019éloignait: il venait soudain de le sentir; et il ne voualit pas, par uné répartie imprudentèx se le faire signifier plus ouvertement en présence de cet officier, son camarade inférieur.Le colonel attendit une minute ; puis, comme Jean, éperdu, paralysé, gardait le silence, il prononça cette phrase, d'une dureté cruelle en sa po- Îîtesse tranquille : \u2014\u201c\u201cJe vois que vous m\u2019avez\u2019 compris, monsieur.\u201d Que répondre?.Une telle détresse gonfla le coeur du lieutenant que, s'il eût été seul avec celui qu'il nommait tout bas son père, il eût peut- être éclaté en quelque folle supplication.Oui il se fât humilié comme, dans son enfance, lorsqu\u2019il tremblait devant un -châtiment trop sévèrement = 62 \u2014 disproportionné à ses fautes légères.Il eût conjuré le marquis de ne pas l\u2019arracher aux plus exquises affections, de ne pas le bannir comme un être malfaisant.II eût protesté de ses f sentiments respectueux.désintéres- sés\u2014 peut-être eût-il osé dire \u2018\u2018 fraternels\u201d\u2014pour Odette.Sans doute, M.de Ribeyran avait conçu quelque | : soupçon.Oh! comme avec sincérité il eût pu lui jurer qu\u2019aucune pensée d'amour, aucurié ambitieuse chimère de mariage ne subsistait en lui.I] brûlait [ de faire ce serment; il aurait trouvé des mots capables de convaincre, trop capables peut-être, car il eût risqué de trahir son secret.Ah! savait-il seu-§ = lement s\u2019il n\u2019aurait pas perdu la tête, s\u2019il n\u2019aurait pas crié à cet homme : \u2014\u2018\u201c\u2018Père, ayez pitié!.Mon père, il est impossible que vous me rejetiez, ui que vous torturiez ainsi votre fils!.\u201d [= Malgré le tumulte de ces impulsions } dont il frémissait, de ces cris qui lui}! montaient aux lèvres, le jeune homme restait immobile, d\u2019une impeccable correction militaire.Toutefois, son extrême pâleur, sa bouche convulsive, la fixité pénible de ses yeux avaient - une éloquence douloureuse, qui peut Ë être eût troublé M.de Ribevran, si le F marquis n\u2019y eût vu les preuves d\u2019un amour contrarié, de cet amour dont la ÿ seule idée le mettait hors de lui.Il reprit donc: \u2014\u2018\u201cVotre congé commence demain.Vous partirez directement pour Paris.Je vous excuserai auprès de Mme de Ribeyran et de ma fille.\u2014Mon colonel, hasarda Jean, \u2018\u2018ne me permettirez-vous pas de faire mes adieux à ces dames?Quand je reviendrai.elles seront sans doute dans le Midi.\u2014Je croyais que vous m\u2019aviez compris, monsieur, répliqua le marquis avec un regard foudroyant.Le lieutenant Valdret s\u2019inclina et sortit.I1 descendit un escalier, s\u2019éloignant avec la démarche d\u2019automate que prennent nos corps quand nos âmes s'hypnotisent en des pensées trop ac- cabléntes.Il fit appeler son ordonnance. nlf 199] eme 6961, : 1e mag s affee- noe | 1e de sey teres \u201c \"fm < douts, Qeiquef cérité | ste dg: ire de | bral \u201ctrouvé ve, lrep risqué Al see Ja tle me: = = = æ fe es Vol.16.No 7 LA REVUE POPULAIRL Montréal, juillet 1928 \u2014 \u2018Va chez moi, prépare ma valise\u201d, ordonna-t-il.\u201cJe pars demain pour Paris.\u201d Dans sa chambre, en ville, devant une petite malle ouverte, son ordonnance vidait une armoire, empilait sur les chaises des chemises empesées.\u2014\u201cVa-t'en\u201d, dit le lieutenant, \u201ctu finiras demain matin.\u201d - L'homme disparut.Alors Jean s\u2019assit et pleura.Des sanglots d\u2019enfant secouaient l\u2019uniforme sur ses mâles épaules, Qu\u2019importait! Ah! qu\u2019importaient sa fierté, sa virile domination de lui-même, son impassibilité de soldat, ses ambitions, ses efforts.les succès de sa jeune carrière ! L'épreuve était trop dure! T1 señtait sur lui une fatalité trop cruelle! Ce mot de falalité.qui s\u2019imposait.qui revenait à ses lèvres hbégoyantes, réveilla dans sa mémoire un écho mélancolique: \u201cLes Valdret n\u2019ont pas de chance: aucun de notre fiom ne fut heureux.\u201d La pâle figure de Marguerite lui apparut.Il songea.avee mn Âpre-sou- rire, que |e märquis de Ribeyrän l\u2019envoyait vers elle, vers la dénonciatrice involontaire.Car les affaires qui appelaient Jean à Paris, c'était l'intérêt de sa cousine, à qui il comptait venir moralement et matériellement en aide.Les humiliations, les amertumes devinées ou découvertes dans cette existence dévoyée détournèrent en pitié sa douleur.\u2019 Il vint à Paris.Il s\u2019installa dans un .de ces jolis \u2018\u2018family hotels\u2019 encadrés de féuillages.dant les grilles volées de lierre of Tea lardinets fleuris de roses rendent l'ruscizhe si gracleuse- ment hospitalière.aux environs de la Muette.Il se trouvait à trois minutes de la rue Raynouard.Des son arrivée, il alla voir sa cou-_ sine.AY Au chéteau de Ribeyran.le nom de Jean Valdret n\u2019était plus prononcé qu\u2019à la dérobée, à voix basse.comme le nom d\u2019un coupable ou d'un mort.Le lendemain de son départ pour Paris, le marquis avait dit à sa femme \\ ei à sa fille, simplement, du ton le plus naturel : \u2018 \u2014 \u201cJean s\u2019est absenté pour un mois, en congé.Je me suis chargé de vous présenter ses adieux.\u201d Puis, sur un geste involontaire d\u2019Odette, M.de Ribeyran avait ajouté \u2014 cette fois avec plus d\u2019emphase et en regardant la jeune fille au fond des prunelles : \u2014 \u201cCie sont des adieux qui comptent pour longtemps.Avant son retour.vous serez dans le Midi.Quand \u2018vous reviendrez, il aura permuté dans un autre régiment.]] aura même sans doute quitté la France.Vous savez qu\u2019une expédition à Madagascar est à peu près décidée.Où je ne connais pas Jean.où il! demandera à partir.\u201d Odette.sur qui ces paroles tombèrent avre un choe de douleur atroce, ne pleura pas, ne s\u2019évanouit pas.Son ravissant visage ne changea que par la pâleur des joues.l'ombre soudain hoircie din regare bleu.Le père eut un impercenfihie sourire d\u2019orgueil; il se roconnaissait \u2018rétrouvait sa race.Il eût embrasse\u201c sa fillé pour une si vaillante fermoié.Mais en même temps il s\u2019inquiéfa Le mal était-il encore plus profond mi n'aurait cru?Les jeunes filles qui ne dissipent pas- dans les larmes et les crises de nerfs une amourette contrariée.ont une force de sentiments bien redoutable.Ce sont celles-là qui meurent sans rien dire, à moins qu'elles ne se fassent enlever ou qu'ell»s n'rrfrent au couvent.Devant !s silence d'Odette et l\u2019in- quicindo da Panline.qui édouvait son enfant do ace vein effirés, ce fut le colonel ds Ribeyran qui se troubla.On ne s\u2019on aperçut certes pas.Mais il battit rn vefraite.prétexta une affaire, quitta la chambre.Quand il eût disparu; les deux femmes \u2018restèrent encore un moment muettes.à se regarder.Puis la marquise fandit en larmes.\u2014\u2018\u2018Mon enfant.ne pense plus à ce pauvre garçon.Renonce à lui.J'ai dit tout ce que j'ai pu à ton père.Jamais il ne consentira ! Eh bien, maman, la mort est plus cruelle que les pères inflexibles; elle \u2014 63 \u2014 Vol.16; No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 arrache les êtres adorés des bras de ceux qui les aiment, qui ne peuvent vivre sans eux.Du moins, moi je sais que Jean est vivant.Cette réponse, proférée d\u2019un ton calme.stupéfia la mère.Puis, à la ré- Lexion, elle s\u2019en réjouit et dit à Odet- e :.: \u2014\u201cC\u2019est cela, ma chérie, tu prends bien les choses.Tu es courageuse et raisonnable.Tu sais que j'aurais souhaité ce mariage.Rien ne m\u2019eût rendue plus heureuse.Mais.puisqu'il est impossible.résignons-nous.ma mignonne.Ah! si tu savais, dans la vie des femmes, comme il y a des circonstances douloureuses, comme fl nous faut de l\u2019énergie!\u2026 J'aurais donné ce qui me reste à vivre pour obtenir l\u2019assentiment de ton père.Cela m\u2019eût ôté un poids terrible du coeur.La marquise ne pouvait expliquer à sa fille que, depuis la veille.le soupçon endormi vingt ans, le soupçon que Jean était le fils de Robert, s'était réveillé en dépit des serments.Son mari avait mis à renousser ce mariage une \u2019 horreur angoissée bien étrange chez cet homme «de calme et de raison, et impossible a interpéter par la simple absence de race chez un garçon dont ; ON Ne pouvait nier la valeur person- «nelle.11 v avait autre chose.Et que ~pouvait-il y avoir, sinon ce lien détestable du sang?L'idée en était intolérable à Pauline \u2014 moins par une jalousie rétrospective que la trouble lueur dont s\u2019é- \u2014 claireraleïit, en la réalité de cette hye pothése, des points obscurs dans 15 caractère et le coeur de son mari, Il y - aurait donc toujours eu un mystère entre eux! Ses vingt années de bonheur sonmis, de' éonfiante''adtration -en seraient ternies: tous\u2018ses souvenirs \u2014\u2018\u201c\u2018J\u2019ai toujours eu beaucoup de chagrin de la sévérité systématique de ton père à l'égard de Jean, de la façon froide et distante dont il traitait ce garçon si travailleur, si raisonnable, si loyal.Je voulais donc dire que, s\u2019il avait consenti à votre mariage, \u2018ce grief que je garde contre lui aurait donc été effacé.\u2014Ïl ne faut pas entretenir de grief contre papa, chère maman.C\u2019est l'ê- tre le plus noble qui soit au monde.Il ne peut obéir à un motif mesquin.Je suis persuadée qu'il croit agir dans mon intérêt.\u2014 Mais, mon enfant, dit Ja marquise, qui continuait à se méprendre sur le véritable sens de cette résignation, \u201cpourquoi ne pas lui avoir parlé ainsi à lui-même?Ta docilité l\u2019eût rendu bien heureux.Tandis que, si tu te tais, il peut s\u2019établir entre vous un malentendu qui m'épouvante.\u2014Mon père ne doute pas de mon respect, ma mère : je n\u2019ai pas besoin de l\u2019en informer dans une occasion si pénible.Je pense lui en avoir donné une preuve presque au-dessus de mes forces en ne discutant pas sa volonté.\u2014Mais il n\u2019a pas compris que tu t'y soumets, à cette volonté.\u2014 Aussi, maman, je ne m'y soumets pas.Mme de Ribevran eut un sursaut.\u2014* Tu comptes toujours épouser Jean?\u201d \u2014Je ne sais pas sl je l'épouserai ; mais, ce dont je suis sûre, c'est que je n\u2019en épouseral jamais un autre.\u2014Ne parle pas ainsi.Ne pense plus à lui, je t'en supplie, ne pense plus à lui!\u201d s\u2019écria la marquise.ep Odette eut un régard de triste reproche.à & s'imprégneraient d\u2019un goût amérsrEt p7 «\u2014\u201cComment, mère.c\u2019est vous qui s:quel fardeau deviendrait son affection I\"abandonnez!.si vite!.# pour Jean, cette affection maternelle \u2014Je ne l'abandonne pas.Mais, j'ai : qu\u2019elle ne pourrait pas.qu\u2019elle ne vou- peur.Ah! j'ai peur! Ton père doit drait pas tuer en son coeur, mais qui avoir de si graves raisons! Mon enfant = y pèserait désormais d\u2019un poids si tu ne sais pas où lu peux nous con- lourd! duire \u2018ons.J'en mourrai de chagrin! Pouvait-e!le laisser soupçonner à sa \u2014 Mais non, maman\u2019 dit Odette, s fille le-drame d\u2019un pareil doute?Elle \u201c\u2018vouws ne mourrez pas de chagrin par- Jui dit seulement : ce que 19 ne me marierai pas.\u201d 22 He 151 gan ewe pt 4 1g \u2014_\u2014 jp de ique de | à facon | di cel nad, Le sil 2 aural | gril ite de, |] in, Je dans | ur le afin, isi § endl fas, | jleu- à mon il | msi mg ms nié UT} pels | eu Vol.16, No 7 LA REVUE POPULATRE Elle eut dans le ton un peu de la sécheresse bautaine de son père.\u201cQue vais-je faire?\u201d pensa Odette.\u2018Mon père me sépare de Jean.Il a dû l'éloigner par contrainte.Peut-être après quelque scène terrible.Ce qu\u2019il m'a dit est épouvantable et inévitable.Jean demandera à partir, pour Madagascar.Si cette campagne se fait.elle aura lieu au printemps.Jusque-là on me retiendra dans le Midi.à notre propriélé de Carqueiranne, ce trou d'où les nommunieations sont si difficiles.A Madagascar.Jean peut mourir.Serait-ce possible que je ne le revoie plus?\u201d .Un frisson la secoua de la tête aux pieds; puis une exclamation lui échappa.presque à voix haute dans !e blanc silence de sa chambre de jeune fille.\u201cOh! gnel bonheur de l'avoir nommé mon fiancé, de m'être attachée à lui, de l'avoir attaché à moi par un lien sacré!\u201d [ Mais elle pouvait ne jamais le revoir.apprendre tout à coup qu'il était mort loin d'elle.C'était abominable.Du moins il falla\u2018! qu\u2019il emportât quel- - que chose d'elle, une lettre, l\u2019assurance que.quoi qu'il arrivât.elle n\u2019en épouserait jamais un autre.Elle résolut de lui écrire.Assise devant son petit bureau laqué de clair.à tablette de maroquin vieux rose.Mlle de Ribeyran.la plume à la main.se disait : \u201cComment lui envoyer le moindre met.Je n'ai pas son adresse Je ne sais même pas où il est.\u201d Elle réfléchit.\u2018\u2019Adresser la lettre au quartier avec l'indication de faire suivre.c\u2019est bien hasardé.Si elle tombait sous les veux de mon père, il reconnaîtrait mon écriture.\u201d : Odette songea un instant à mettre sa mère dans la confidence.Mme de Ri- beyran ne désapprouverait pas un adieu à l\u2019exilé, et peut-être obtien- drait-elle de savoir.Mais non: outre que ie marquis ne dirait sas doute pas plus à sa femme qu\u2019à sa fille où se trouvait Jean.il était imprudent de compromettre cette \u2018pauvre maman intimidée et éperdue, qui ferait quel- he Montréal, juillet 1928 ~ que maladresse ou rencontrerait quelque\u2019 ennui.\u201cBah!\u201d se dit la jeune fille.\u2018écrivons loujours., Ensuite je découvrirai bien un moyen de faire parvenir ma lettre.\u201d ! Voici ce qu'elle traça de son écriture ferme, franche.volontaire, une écriture qui ne défigurait pas le snobisme ang'ais, les longz caractères anguleux qui banalisent sous une forme impersonnelle et a la mode une des plus intimes manifestations de l'âme: \u201cMon cher Jean.mon cher fiancé, \u201cYous étes loin de moi.pour longtemps peut-être.En écrivant ces mots, J'éprouve la première douleur profonde que j'ai ressentie de ma vie.Jamais je n'aurais soupconné que des obstacles graves et durables s\u2019élèveraient entre nous.Jamais je n'aurais eru que mes parents hésiteraient à nous unir, puisque n°tus sommes leurs deux enfants.qu'ils nous ont laissés grandir presque côte à côte, que j'ai été pour eux une lille aimante et respectueuse, et vous un fils adoptif qui leur faisait honneur.\u2018\u2019Mais, mon cher Jean.j'ai réfléchi que mon père.opposé pour le moment à notre mariage.sera bientôt dans l'impossibilité de nous refuser son consentement.Ne croyez pas que je veuille faire allusion à ma majorité, qui arrivera dans un an.ni à ces horribles choses qu'on appelle des sommations respectieuses.Jamais, dussé- je mouri».le marquis de Ribeyran ne recevra.ra sa fille ces odieuses paperasses légales, Non.Seulement, qu'arrivera-t-il?Que vous avancerez brillamment dans votre carrière, que vous aceomplirez de belles et nobles actions, et que moi je refuserai obstinément de me marier à tout autre que vous.Bien que mon père ne soit pas très facile à conquérir ni à\u2019 lasser, vos succes le conquerront et ma fermeté le lassera.\u2018D'ailleurs, nous n\u2019avons pas le choix, mon cher Jean.Votre courage et ma patience sont nos seules armies.Mais elles sont indomptables.n'est-ce pas?et finiront par triompher. Vol, 18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1928 \u201cVous n\u2019avez pas besoin de me répondre.Je suis sûre de vous.N\u2019oubliez pas que vous aimez une Ribeyran.Ne lui demandez jamais rien qui puisse mettre l\u2019ombre d\u2019une rougeur à son front.l\u2019ombre d\u2019un mensonge à sa lèvre.Elle est votre fiancée jusqu\u2019à la mort, et par delà la mort même.\u201cCui.mon Jean, sache-le: si je ne puis devenir {a femme, je ne me marierai jamais.\u201cJe t'aime.\u201cOdette.\u201d Gette lettre représentait bien le mélange d\u2019enfantillage, de hauteur, de volonté, de tendresse, dont se compa- sait le caractère de cette jeune fille à la fois si passionnée et si pure.Une naïveté toute puérile s\u2019y mêlait à la plus lucide énergie.Ces quelques lignes, c'était elle tout entière, dans son amour, dans sa candeur, dans sa fierté, dans son étrange force d\u2019ême.Quand elle \u2018les eut écrites, elle les mit sous enveloppe, et les serra dans un de ses mignons tiroirs secrets, capitonnés de satin et remplis de rubans, de christmas-cards, de fleurs sèches.Puis elie descendit, courut dans le parc porta du pain à ses chevaux, fentra, fit de la musique, et, le soir, à table, entre ses parents, se montra presque gaie.C\u2019est, qu\u2019elle n\u2019avait dans le coeur ni les blessures, ni les luttes, ni les expériences, ni le cruel secret qui assombrissait Jean.Son amour s\u2019affirmait par la nécessité de le défendre, l\u2019envahissait délicieusement, la grisait de cette griserie légère, étonnée et si douce, que lui avait causée, à dix ans, son premier verre de champagne.Dans sa chair jeune, dans ses artères élastiques, son sang vif charriait l\u2019espérance presque physique, la confiance au bonheur qui est comme la respiration de son âge merveilleux.Puis h\u2019y avait-il pas cette lettre au fond @'ün tiroir, et cette soucieuse gravité \u2018sur le front de son père?Odette.vaguement se sentait devenue quelqu\u2019un avec qui l'on compte et dont le vouloir tenait en échec le plus autoritaire des ' hommes.Quel prix n\u2019ajoute pas à l'amour un peu de persécution et de mystère! Pour les filles à l'imagination ardente, les petits drames de cette es- pece sont le dérivatif que représentent moins innocemment pour les hommes les aventures de garçon.C'est leur façon de vivre passionnément, ne fût- ce que quelques jours, quelques semaines, et Dieu sait avec quelle intensité dans le désespoir elles savent en jouir quand les circonstances le leur permettent.Ces beaux malheurs de la jeunesse, comme ils sont suavement amers et voluptueusement déchirants! .Il y avait déjà quarante-huit heures que Mlle de Ribeyran cherchait en vain par quel moyen elle découvrirait l\u2019adresse de son fiancé, lorsque, dans un corridor du château, elle rencontra Albin Cadier.l\u2019ancien ordonnance du marquis et son premier piqueux.Cadier tenait une lettre déjà ouverte et lue, dont l\u2019enveloppe déchirée se soulevait par le coin.Certains objets, dont la présence doit nous être douce et redoutable, s\u2019annoncent à nous par on ne sait quelle communication à distance, quel envoi mystérieux d\u2019effluves provoquant le pressentiment.Aussitôt qu\u2019Odette aperçut la lettre aux mains de Cadier, elle tressaillit, et sans avoir encore distingué nettement les caractères de la suscription, elle se sentit certine que ce papier venait de Jean.~ Le niqueux saluait et passait rien dire.Elle l\u2019arrêta.\u2014\u2018\u2018 Vous dans les appartements, Cadier!\u201d fit-elle d\u2019une voix rieuse, \u201cvoila qui est rare.Est-ce que vous voulez parler à mon père?\u201d Mlle de Ribeyran était familière avec ce brave homme qui l\u2019avait vue naître, et dont elle reconnaissait le dévouement, jadis héroïquement prouvé.\u2014 \u201c\u201c Faites excuse.mademoiselle, c\u2019est Joseph que je cherche, Joseph n\u2019est-i] pas le valet de chambre qui s'occupe des effets de\u2019 M.Jean.\u2014Oui.Pourquoi?\u2014Je viens de recevoir ce mot de M.Jean.Paraît qu\u2019il a des vêtements civils et du linge au château.Et il en à besoin.Il m\u2019écrit de les demander à Jozeph et de les lui expédier.C\u2019est à sans j 4 ë FA % i | a ay = x à 7, \"5° FF 28013 8 pce ble, = ©.an fe | er, 0 def ing § nf, | Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 moi qu\u2019il s\u2019adresse parce qu\u2019il avait des recommandations à me faire pour son cheval.\u2014pas son cheval d\u2019armes, l\u2019autre, celui que j'ai dans mes écuries.\u201d Odette restait ébahie devant le miracle de ce hasard, pourtant si naturel.Jean avait ,en effet, sa .chambre au château, son cheval dans un box, au chenil, \u2014 un trés beau cheval que M.de Ribey- ran lui avait donné.Et, durant les derniers mois, la marquise, plus maternelle que jamais, s\u2019était elle-même occupée de l\u2019installation du jeune homme, avait attribué des domestiques spéciaux à son service, aux soins de sa garde-robe.Ge qui arrivait était donc tout simple.L'officier, dans son exil, n\u2019osant écrire directement au château, par discrétion, timidité ou délicatesse, avait recours à son vieil ami Cadier, sous le prétexie d\u2019un renseignement hippique.Car\u2014Odette le savait bien \u2014Cadier, avait été pendant des années l'appui respectueux, mais presque tendre, du pauvre garçon solitaire.Ces souvenirs déjà lointains passèrent en éclair dans l\u2019esprit d\u2019Odette, tandis qu\u2019elle écoutait l\u2019explication de Cadier, se demandant par quel moyen qui ne fût pas au-dessous de sa fierté elle obtiendrait la lettre ou tout au moins l'adresse de Jean.En même temps remontait à sa mémoire l\u2019étonnement jadis partagé avec son ami d\u2019enfance devant cette insistance de Cadier à répéter à son petit camarade: \u2018Vous êtes Français et vous serez soldat.Un soldat français, un soldat français!\u201d Une fugitive sensation de mystère, d\u2019un mystère dont l\u2019ancien serviteur pourrait avoir la clef, effleura la jeune fille.Mais ce fût une ombre aussitôt évanouie.Elle était trop préoccupée de ce papier fermé ou se distinguait l\u2019écriture du cher absent.\u2014 \u2018Il me semble, Qadier, que la seconde femme de chambre s\u2019entendrait mieux que Joseph à expédier les effets de M.Jean.Klle vérifierait le linge et elle plierait les habits.Elle sait si bien enfermer les vêtements dans une toute petite place sans les chiffonner que mon père la réclame toujours pour faire ses malles.\u201d Ces détails de toilette firent ouvrir de grands yeux à Cadier.\u2014 \u201c Comme Mademoiselle jugera bon.Seulement, ajouta-t-il perplexe, où la trouverai-je cette seconde femme de chambre?\u2014 Je lui donnerai les indications moi-même.C\u2019est la liste que vous tenez là, n'est-ce pas?\u2019 questionna Mlle de Ribeyran, qui avança la main.Elle rougissait.Sa nature droite et hautaine répugnait à un subterfuge, surtout à l\u2019égard d\u2019un inférieur.Et, la pruderie le cédant chez elle à un orgueilleux besoin de franchise, elle fut sur le point de demander ouvertement l\u2019adresse.D'ailleurs, Cadier n\u2019était pas un serviteur comme les autres.Un être dont elle savait qu\u2019il avait risqué sa vie pour son maître et qu\u2019il la sacri- flait volontiers pour elle-même, lui semblait mériter plutôt qu\u2019elle lui laissât deviner son secret que de le prendre en la mesquinerie d\u2019un piège.Aussi se sentit-elle plus à l\u2019aise lorsqu\u2019elle crut voir que Cadier comprenait.Il tendit la lettre sans hésiter, avec un regard absolument respectueux, mais plus expressif peut-être que s\u2019il n\u2019eût songé qu\u2019aux jaquettes et aux gilets du lieutenant; et, tout à coup, sans chercher une transition, avec cette brusquerie des simples qui caractérise leurs bons comme leurs mauvais mouvements, il dit à Odette : .\u2014 \u201cAh! mademoiselle, quel brave coeur et quel crâne officier que M.Jean! Si vous ou lui, vous avez besoin qu\u2019on se fasse hâcher, n\u2019oubliez pas.\u2026 a vot\u2019 service.\u201d Et, comme sous sa peau tannée et durcie de forestier, il rougissait à son tour, il esquissa le salut militaire, et ajouta, bouffonnant, pour cacher son embarras: \u2014 \u201cAlbin Cadier, maréchal des logis chef, présent! \u2014 Merci, Cadier, dit Mlle de Ribey- ran, avec un geste qui acceptait la lettre, et un regard de souriante gratitude qui acceptait le dévouement, \u201d Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 Elle avait saisi par quelle rude finesse il associait leurs deux noms; et, quoiqu\u2019il fut un humble et qu\u2019elle n\u2019elt pas I'intention de faire servir a leur amour sa tacite complicité, elle était heureuse de découvrir autour de ses fiançailles si secrètes, si assombries, si menacées, les voeux naifs de ce coeur honnête.Quelle n\u2019eût pas été son émotion, son étonnement, et aussi son inquiétude, si elle avait su que le premier piqueux ne venait pas d\u2019avoir à l\u2019instant l'intuition d\u2019une communauté de sentiments et de destinées entre elle et celui qu\u2019elle aimait; que, depuis plusieurs jours, Cadier songeait à leur union possible.qu\u2019il s\u2019en préoccupait, qu'il en examinait les obstacles avec les plus soucieuses réflexions.7 VI , Dans le petit salon de Marguerite Valdret, non plus sous la lueur de la lampe aux voiles roses, mais par la grise lumière d\u2019un après-midi de décembre, la jeune femme et son cousin examinaient une carte de chemin de fer.\u2014\u201cT} faudra passer la nuit a Lyon,\u201d fit observer Jean.\u2018Vous ne pourriez, Margucrite, supporter ce long voyage tout d\u2019une traite.\u2014Ah! murmura-t-elle.\u2018\u201cpour aller là-bas, je ne sentirai pas la fatigue.\u201d Elle avait prononcé ce mot \u2018\u2018la-bas\u201d avec une expression lointaine.enchantée et délicieuse.Elle ajouta.de sa voix un peu.brisée, mais si caressente et si fine : \u2014\u2018\u201c\u2018Le Midi.la Méditerranée.Voir ce pays de réve.Vivre dans la lumière, le soleil, les fleurs, respirer le grand air sans qu'il vous glace la poitrine.Oh! que ce sera bon! Tandis qu'ici.\u201d Sa main fluette eut un mouvement vers la fenêtre, vers 'embrasure assombrie de lourds rideaux, au delà desquels blémissait le brouillard.\u2014\u201c\u201c\u2018Vous verrez,\u201d dit Jean.\u2018comme vous reprendrez vite des forces.Le goût de ia vie vous reviendra: la passion de l\u2019art aussi.Vous avez déjà rouvert votre piano: c\u2019est bon signe.\u201d I désigna le clavier.dont les touches brillaient entre les plis drapés d\u2019étoffes anciennes.Ce ne fut pas vers l'instrument.ce § fut vers Jean lui-même que le regard .de Marguerite se dirigea.lorsqu'elle répondit.avec un accent profond: \u2014\u2018\u2018Oh ! maintenant.oui, je veux } vivre.\" Puis, comme saisie d\u2019une gêne.elle poursuivit aussitôt : « \u2014\u201cEt surtout je veux guérir promp- } tement.pour travailler.pour vous.épargner des sacrifices.\u2019 Le jeune homme eut un geste.\u2014\u201c\u2018Des sacrifices au-dessus de vos forces.\u201d acheva-1-elle.\u201cOui.je con-4 nais votre position.Je crois à ce petit capital que, paternellement et peu à peu, le marquis vous a constitué.Mais; vous m'avez avoué vous-même qu\u2019i est restreint.\u201d \u201c\u201c Restreint,\u201d pensa Jean.\u201c Oh certes.\u2019 Déjà il avait fait son calcul.Il pou-, vait donner à sa cousine une saisont d'avance, par suite du manque tota d'esprit pratique qui caractérisait cet-j te créature d'insouciance.de rêverie et de maladif caprice.Elle ne se doutait guère que le lieutenant Valdret posédaît pour toute fortune quelques centaines de louis, et qu\u2019il allait les consacrer jusqu\u2019au dernier à la délivrer de sa langueur physique et de st misère morale.\u2018\u2018Après.\u2019\u2019 songeait-il, \u201con verrait.\u201d T1 serait toujours temps de dire la vérité à cette pauvre enfant, qui, c\u2019éfait à prévoir ne vivrait peut-ij être pas assez pour l'entendre.D _-moins elle aurait quelques semaines \u2018de bonheur.Si elle se rétablissait.elle retrouverait avee la vigueur physique,f : le goût et la volonté du travail.D'ailleurs.comment ne pas être en- couragé dans cette tentative \u2014 fût- elle inconsidérée et imprudente-\u2014pa!, le résultat constaté dès le début?Marguerite semblait déjà une autre personne.La petite fille pâle.épuisée e\u2019 si profondément triste de naguère.retrouvait le mouvement, l'animation \u2014 mre ae ae Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 l'espoir, presque la joie ; son teint prenait une couleur plus vivante; son regard douloureux s\u2019éclairait.Jean se sentait d\u2019autant plus touché par cette reviviscence des forces intimes chez un être si atténué, si délicat, qu\u2019il devait raisonnablement y voir un panouissement suprême précédant le déclin final.Un médecin célèbre à l'examen de qui, avant toute décision, il avait soumis sa cousine, ne lui avait laissé qu\u2019un faible espoir de la tirer d'affaire.Le Midi, oh ! oui, le Midi, immédiatement, sans perdre une heure: c\u2019était la seule chance de salut, Le lieutenant, impressionné, et qui, jusqu\u2019à présent, n\u2019avait pu croire à une telle gravité du mal, essayait alors d'apprendre la nature même de ce mal; il prononçait, avec une interrogation anxieuse dans la voix, le mot sinistre: \u2018\u2018Phtisie?\u2019\u201d Mais le praticien hochait la tête et murmurait les termes vagues de: \u2018névrose, anémie, affection du coeur.\u201d avec cet air volontairement fermé par lequel les hommes de science donnent un prestige de mystère connu d\u2019eux seuls aux symptômes qui les déroutent.Puis quelque chose de curieux se produisit.Les préparatifs du départ exigeant quelques jours, Jean avait souhaité que le docteur revit une fois encore sa malade, pour les dernières instructions.Et à cette visite-là, dans les quelques mots dits en particulier, tandis que la jeune femme rajustait sa voiletle et son collet à l\u2019autre extrémité du .cabinet médical, le jeune homme avait eu la surprise d\u2019obtenir un diagnostic moins sombre.\u2014\u201c\u201cJe ne sais à quelle cause attribuer une si soudaine amélioration,\u201d prononçait le savant professeur.Votre parente n'\u2019a-t-elle pas, éprouvé quelque bienfaisante crise morale?A- t-elle rencontré une grande satisfaction inattendue?\u2014Elle est particulièrement heureuse d'aller dans le Midi.L'espoir de guérir lui est\u2018revenu, répondait Jean, qui ne pouvait entrer dans d\u2019autres détails.Ensuite, à part lui, il se réjouissait et s\u2019étonnait.Un si prompt miracle était donc possible?Il existe donc de telles natures chez lesquelles les vibrations peuvent être à la fois si subtiles et si intenses qu\u2019une perspective de délivrance morale, de changement d'existence dans un pays lumineux et souriant, puisse produire des transformations pareilles ?Cet extraordinaire succès l\u2019attachait à son oeuvre, et aussi à celle qui en était l\u2019objet, Il posait parfois sur Marguerite des regards où on lisait une nuance de fierté, d\u2019attendrissement.S\u2019y trompait- elle?Où devinait-elle que des préoccupations absorbantes éloignaient de sa personne, à des distances infinies, l\u2019esprit de cet être si dévoué, si bon, \u2018 si respectueux et qu\u2019elle sentait si supérieur, tandis qu\u2019il s\u2019attardait à lui sourire ou à la contempler?Mais comment n\u2019eût-elle pas pris le change?L\u2019amour\u2014un amour aussi profond, entier, dominateur que celui dont Jean Valdret avait le coeur em- pli\u2014ne peut se contenir entièrement, même devant les êtres auxquels on est le moins tenté d\u2019en faire confidence.Il déborde au dehors, dans la voix qu'il rend caressante, dans les yeux qu'il adoucit ou illumine, dans les gestes qu\u2019il amollit en des pressentiments de volupté.Or, Jean Valdret avait reçu la lettre d'Odette, et il vivait dans la terreur enivrée de la savoir si profondément, si résolument éprise.Quelle situation que la sienne! Dans l'impossibilité de s'expliquer avec celle qu\u2019il regardait comme sa soeur, il devait accepter silencieusement cet amour inouï, cet amour qui le brûlait et le glaçait, à la fois précipice et cime, épouvante et délice.Dans l\u2019atmosphère d'angoisse passionnée où le jeune homme vivait, comment un peu de ce chaud délire n\u2019aurait-il pas flotté sur son visage et dans les intonations de sa voix?C\u2019était de l'amour et Marguerite le vit.Mais pouvait-elle se douter qu\u2019un autre l\u2019inspirait, quand la sincère sollicitude de son cousin l\u2019entourait si uniquement, si ingénieusement elle- même, en cette semaine d'intimité où se préparait le voyage pour le Midi? Vol.T6, No 7 T/A REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 Pourquoi donc, Jean, demandait- elle, à cette veille de départ où il examinait les heures des trains, \u2018\u2018 avez- vous choisi Hyères pour y installer votre ennuyeuse malade?\" Ah! si elle s'était doutée de la réponse qui surgissait en lui-même à cette question?N'est-ce pas tout près d\u2019Hyères que se trouve situé ce pittoresque Uarqueiranne, où le marquis de Ribeyran possédait une propriété ?Tous les ans, vers cette époque, il y envoyait sa femme et sa fille, pour les y rejoindre de temps à autre, selon les brèves libertés que lui laissait son commandement.Cette combinaison qui, en l'occurence, devait plus irrévocablement séparer Odette de Jean Valdret, allait devenir grâce au ministère de charité, mêlé de quelque adroit machiavélisme entrepris par le jeune homme, une occasion de rapprochement.Il est vrai que le colonel avait formellement indiqué Paris comme séjour à son subordonné durant ce mois d\u2019indépendance.Mais ce n\u2019était pas là une consigne militaire; c'était une injonction d'ordre privé, inspirée par la plus despotique autorité, par la plus injuste méfiance.Aucune loi morale ou humaine ne contraignait Jean à s\u2019y soumettre.D'autant qu\u2019en désobéissant à la lettre, il obéirait à l\u2019esprit, puisqu'il ne recherchait Odette que pour la guérir, quand il en était temps encore, de son fatal amour, \u2014 cet amour dont il s\u2019enchantait et se désolait en de si tragiques alternatives.Il avait donc choisi pour sa cousine le séjour d\u2019Hyères, et il avait décidé qu\u2019il l\u2019accompagneraît.Pouvait-elle.si inexpérimentée, si frêle, se risquer .seule en ce long voyage?Jean descen- \u2018drait avec elle à l\u2019hôtel des Iles d'Or, \u201c resterait jusqu\u2019à ce qu\u2019il eût découvert une pension de famille décente et confortable où il pût l'installer; puis il repartirait pour Paris.Voilà 1e plan qu\u2019il lui exposait.avec les mots séduisants, l\u2019air presque joyeux qu\u2019à son insu lui prétait sa folle arrière-pensée.Et Marguerite l\u2019écoutait, prête.elle aussi \u2014 et pour quelles différentes raisons |\u2014à trouver que tout ceci ressemblait à un aventureux et délicieux rêve.Elle renouvelait sa question: \u2014*\u201cPourquoi Hyéres plutét que Nice ou Cannes?\u201d Et il répondait: \u2014 \u2018Parce que c\u2019est un endroit plus retiré, plus convenable pour une jeune femme seule; d\u2019ailleurs, c\u2019est le plus abrité de la côte.Puis,\u201d ajoutait-il avec un imperceptible trouble, \u2018\u2018je le connais un peu.\u201d \u2014Nous passerons par Marseille, par Toulon, disait-elle en suivant de son doigt mince, avec un amusement enfantin, la ligne du chemin de fer sur la carte.\u201cMontrez-moi a quel endroit nous apercevrons pour la premiére fois la mer,\u201d demanda cette Parisienne qui ne connaissait la navigation et la nature que par les bateaux mouches et par le coteau de Meudon.Comme Jean se penchait pour indiquer les Pas des Lanciers, puis le tunnel de la Nerche, d\u2019où le train surgit au-dessus de Marseille dans le rayonnement d\u2019azur de la Méditerranée, en face d\u2019un des plus beaux panoramas du monde.les deux jeunes gens tressaillirent.On sonnait à la porte de l\u2019appartement.\u2014\u201c\u2018C\u2019est mon costume de voyage!\u201d déclara Marguerite, avec une frivolité renaissante qui causait du plaisir au lieutenant tout en l\u2019inquiétant un peu, car, jusque-là.il n\u2019avait pas eu l\u2019idée que les robes et les chapeaux des femmes coûtassent aussi cher.Mais la bonne parut.C\u2019était la même fillette mal dressée qui, le premier soir, avait introduit Jean d'une façon si singulière.\u201d Elle dit tranquillement, avec une .@rôsse voix : \u2014*\"Madame, c'est Monsieur.\u201d \u2014 \u201cLe recevrez-vous, Marguerite ?Souhaitez-vous que je me retire?\u201d Elle dit : \u2014\u2018\u2018Non.je ne veux pas le voir.In- formez-vous de ce qu'il désire.\u201d Et ellé disparut dans\u2019sa chambre.Paul Lagrie entra.C'était un garçon de petite taille.au teint blane, à la barbe très noire.Sa ve Grucrs mess os = Eu == il o d de lui-même distingué cette rampante, sournoise et affreuse pensée: à savoir qu\u2019une faute qui lui donnerait, à lui, un autre père, lui arracherait un cri de joie! Ah! de ses deux mains tendues, dans un geste absurde et réel, il avait repoussé la vile suggestion.Et cependant!.Maintenant, devant les officiers, ses camarades, la main du colonel de Ri- beyran posée sur son épaule, et sous les paternelles paroles, il sentaif un chagrin plus puissant que l\u2019orgueil lui noyer le coeur., \u201cOui, je suis son fils.Il n\u2019en dirait pas plus s\u2019il voulait en donner à tous l\u2019idée, et à moi-même la certitude.Après ce qui s\u2019est passé entre nous, s\u2019il doutait de cette paternité, il mettrait à s'exprimer ainsi de l\u2019imprudence, et pire encore, de la cruauté.Mais jamais une imprudence de langage ne put être imputée au colonel de Ribey- ran.Et pour la cruauté, il est très éloigné désormais de vouloir en exercer à mon égard.Hélas! ce n\u2019est que trop vrai, je suis son fils.Quant à ce mystère, qu\u2019il garde encore par devers lui, ce mystère dont il m\u2019a presque menacé, ah! qu'il me l\u2019apprenne ou le taise, combien cela m'importe peu!\u201d Malgré son trouble, Jean touchait juste.Le marquis en parlant devant ses officiers, était tout près de l\u2019heure où il avait déterminé de dire au fils de Charlotte: \u2018Je suis ton père.\u201d Il ne craignait pas de le lui laisser pressentir.Mais avant une affirmation plus nette, il voulait se confier à la marquise Pauline.Singulier projet de la part de cet homme si sûr de soi ! Il pouvait ne s'ouvrir qu\u2019à Jean et lui imposer le secret.Reconnaître sa paternité réelle ou feinte vis-à-vis de ce garçon d\u2019hon neur suffisait.C\u2019était le silence, la sécurité.Odette se trouvait préservée du mariage haïssable.Et la tendresse confiante de la marquise pour son mari n\u2019en restait pas ébranlée.Car M.de Ribeyran ne soupçonnait guère qu\u2019une certitude cruelle rongeait cette tendresse même.Il ne savait rien ni de la lettre écrite à Hyè- res et apportée à Carqueiranne, ni de l\u2019effet produit sur sa femme par cette lettre où elle avait lu que Jean se croyait le fils du marquis.S\u2019il avait connu ces choses, il aurait eu plus de hâte encore de s'expliquer.Mais d'autres scrupules inspiraient sa franchise.Il ne se croyait pas le droit de dire à quelqu\u2019un \u2018\u2018mon fils\u201d sans que celle qu\u2019il avait faite marquise de Ribeyran l\u2019y eût autorisé.En outre, dans le redoutable alternative où il se trouvait, le hautain soldat pensa qu\u2019un coeur de femme délicat et loyal, si simple que fût ce coeur, et à cause de cette simplicité peut-être, pouvait devenir un guide digne d\u2019inspirer son orgueilleuse raison.\u201cJe vais tout dire & Pauline.\u201d Sut-il lui-même ou s\u2019avoua-t-il, quelle fraîcheur de soulagement, d\u2019abandon prévu, de naïveté confiante, cette phrase ainsi formulée fit glisser dans la rigide armature de sa conscience, parmi l\u2019amertume de ses souvenirs et sur l\u2019Âpre métal de sa volonté?\u2018Oui, je vais tout dire à Pauline.\u201d Quelle âme si durement trempée, ne murmura un jour quelque projet de ce genre, ne rêva l\u2019apaisement sous des mains douces, n\u2019eut la superstition du mot ingénieux qui balancera le poids des rudes vouloirs n\u2019aspira au ruissellement des puérils pleurs jaillis des yeux indulgents d\u2019une femme?M.de Ribeyran, ayant prétexte une urgente affaire de famille, partit pour Carqueiranne.Quand il dit à la marquise Pauline qu\u2019il avait fait le voyage exprès pour s'entretenir avec elle, lui dévoiler le secret du passé et lui demander conseil, sa fe RO RIT Ti NET CE PT CU TEE dt § mme ful boulgversée.Elle Vol.16, No 7 craignit pour lui-même autant que pour elle qu\u2019il ne se diminuât par une \u2018trop tardive confidence.Elle s'épouvanta qu\u2019il eût à revenir sur une parole plusieurs fois et solenneliement donnée.Elle préféra douter et souffrir que d\u2019avoir à lui accorder un pardon.Elle le conjura de se taire, affirmant que tout était bien dans le passé, que tout serait bien dans l\u2019avenir, mais suppliant qu\u2019il lui épargnât la responsabilité d\u2019un jugement et d\u2019un avis.\u2014\u201c\u2018Comment puis-je vous conseiller, Robert?Je n\u2019ai jamais su que vous aimer,\u201d dit-elle.Lui, n\u2019imaginant guère de quelle source troublée montait cette résistance, s\u2019étonna: \u2014\u201c 11 faut que vous sachiez tout, Pauline.C\u2019est votre devoir de m\u2019écouter comme c\u2019est le mien de parler.Vous n\u2019entendrez rien qui puisse vous être pénible.J'ai une résolution à prendre que je ne puis prendre sans vous.D'ailleurs.un seul mot vous montrera !a gravité de notre situation: Jean se croit mon fils.\u201d Fille ne put répondre.Elle n\u2019osa dire: \u201cNe l\u2019est-il donc pas?\u201d Les serments anciens résonnèrent à son oreille.Puis toutes les apparences, tous les éléments de soupcon se ruèrent dans sa pensée Son mari.l\u2019homme de vérité et d'honneur.avait-il pu mentir?Etait-il accouru de si loin pour lui mentir encore?Oh! la difficulté de croire! Les serpents sifflants qui rampent autour des coeurs les plus droits, qui souillent les plus fermes confiances ! \u2014\u2018\u201cNe comprenez-vous pas.Pauline, Jean Valdret se croit mon fils.\u201d Elle balbutia : \u2014\u201c\u2018Cest donc pour cela qu\u2019il] m\u2019a écrit, & propos d Odette.comme il avait peur de son amour.I \u20141I1 vous a écrit?Oui.\u2014I] refusait l\u2019amour d'Odette?\u2014Oui.\u2014Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit ?La marquise murmura : \u2014\"\u2018\u2018Parce qu\u2019il! parlait d'un obstacle.J'ai senti là un secret.un se- LA REVUE POPULAIRE ive Montréal, juillet 1928 ni cret qui vous serait pénible.J'au- ff 7 rais eu l'air de vous contraindre à une | J explication.\u201d L | I la regarda ironique: En \u2014\u2018\u2019Vous avez douté de moi.Pau- Æ .line?\u201d Puis, l\u2019ironie s\u2019effaçant.l'orgueil les sauva.l\u2019une de sa confusion.l'autre de 1a hlessure qu'il eilt ressenlie si ce doute n'eût pas été voulu par lui | comme le reste, \u2014 \u201cNe vous en défendez pas.ma chère amie.Un instant.j'ai presque souhaité que ma parole ne vous convainquit pas.Je l'ai rendue équivoque à cette intention.L'ombre qui subsistait en vous relativement à la naissan- Æ ;; ce de Jean suffisait à vous interdire | \u2018- Cora d'appuyer la folie d\u2019Odette.\u201d nN Elle rut un eri : ph \u2014\"\u201cAh! mais.cette ombre.j\u2019en a al fant souffert!.Ju \u2014 Vous aviez tort.TI vaudrait mieux LE pour nous tous que Jean fût mon fils.JE \u2014 Oui.mais vous me l'auriez dit.de C'était votre manque de confiance quiË qu me tuait.i \u2014Cetle confiance.aviaurd'hui je Là vous l'apporte entière.Hcculez-vous'F (indie encore devant elle, comme tout a bhp, l\u2019heure?Dei LL.aid Elle s\u2019écria : | Es \u2014Oh! non.sant ajouter : \u201cParcel tu) que maintenant je sens que je puis Mir, vous croire.\u201d Mais son geste le dit.| lim, Elle s\u2019approcha de ce Robert qu\u2019elle i on, était si haureuse de retrouver dans la 2 droiture à laquelle il n'avait pas fail- pl à = li; elle lui mit ses deux mains sur laf , \u2018 poitrine: ee \u2014* Je ne.puis souffrir de rien \u201d.} éd murmura-t-eile.que de ce qui m'em- \u201cgl, pêcheraii de l'admirer.de t'adorer\u2026\u201d.Bo Il sourit.avec un regard de haut, un \u201ciy regard adouci, fondu.où s\u2019affilait une me Leu pointe de pénétration un peu railleu- * thi\u2019, se.Dans le coeur de Pauline, un volf Sy, frémissant de souvenirs se leva.Oh! A pen ce regard-la, ce même regard aigu et tes à caressant, d\u2019une expression si parti- ing culière combien de fois jadis.dans laf iy, jeunesse de sa vie et de son amour.il 2 5 s'était posé sur elle! De quelle intense She frisson 1 Ja pénétrait! Elle savait alorsÿ \"i, 4 qu'elle avait plu; quelque grâce de sei Pa Fy Lj © bait encore, le regard Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE personne ou quelque heureuse inspiration de sa parole avait traversé la cuirasse, touché la fibre profonde.À dix ans, vingt ans de distance, elle se rappelait des heures, des circonstances, des nuances de jour, des décors d'intérieur ou de paysages, dans lesquels ce regard, tout à coup, l\u2019avait enivrée délicieusement.Et maintenant, des ichères prunelles un peu moins vives, entre les longues paupières qui se fripaient légèrement, il tom- des émotions heureuses, sur son front moins lisse, à elle-même, et sur sa chevelure où couraient des fils d\u2019argent.Oh! les minutes qui semblaient intarissables et qui onl glissé dans la nuit avec les vivants rayons d\u2019amour! N\u2019être plus jeune! N\u2019être plus jeune!.Oh! le cher regard, qui se fanera peu a peu, qui descendra sur son front, à elle, plug rïdé, sur\u201csa chevelure toujours plus blanche! : Un cwportement de tendresse et d'indicible mélancolie ouvrit les bras de la marquise Pauline, les fit sè crisper autour du buste fort dont les cruelles années useraient la force.Et, contre le drap de la jaquette, ses lèvres tremblantes, ses yeux gonflés de larmes sé posèrent.M.de Ribeyran la retint sur son coeur en murmurant: 5, \u2014 \u201cChère femme!.Mais il ne crut qu\u2019à l\u2019émotion de leur séricuse causerie.Il ne sut pas que la douce créature\u2019 venait, d\u2019être traversée par un éclair d\u2019une douleur plus profonde, de la seule invincible et inguérissable douleur.\u2014\u201cGe-quaj'aià vous dire est long, , 3 i *$i ma chèrë amie\u2019y prononça-t-i1.Si vous voulez, nous attendrons à demain matin, pendant qu'Odette fera sa pro- menads a cheval.\u201d Le lendemain.la jeune fille fut désappointée de partir seule avec son vieux groom.\u2014\u2018\u2018Pour un jour que vous passez près de nous, père.vous ne me priverez pas de cette joie.Vous consentez 4 m\u2019accompagner, dites?\u2014Non, j'ai affaire ici Alp Do Q RO \u2014C\u2019est inutile, mon enfant.Tu ne me verrais pas.Je vais m\u2019enfermer avec ta mère, que j'ai à consulter sur ce qui me préoccupe.\u201d Odette partit, dans cet état d'âme anxieux et curieux des jeunes filles dont les parents sont en conférence.Evidemment on parlerait de Jean et d'elle-même.Pour que le colonel fût arrivé si précipitamment, quelque chose de nouveau et d'important avait dû survenir.Peut-être M.'de Ribey- ran avait-il éclairci la conduite de son filleul, découvert ce que cette conduite prouvait de désintéressement, de délicatesse, d\u2019héroïque sacrifice, \u2014car de \u2018telles vertus dans ce qu\u2019elles ont de plus exalté, la jeune fille les attribuait tout naturellement à l\u2019'hommes'qu'\u2019elle aimait, Nulle inquiétude ne luï restait quant à la Mme Valdret d\u2019Hyères.L'interprétation adoptée spontanément devant son père, demeurait pour Odette article de foi.Cette femme se prêtait à une estimable comédie, jouait un rôle.Comment en être jalouse?Jean l\u2019avait installée à cent cinquante lieues de lui.Le noble garçon, qui avait écrit à Mme de Ribeyran : \u201cJe ferai tous\u2018 mes effôrts pour qu\u2019Odette me repousse\u201d, avait imaginé ce subterfuge qui devait le perdre aux yeux de toute fiancée moins absolument sûre de lui.Mais ces fils embrouillés devaient se démêler un jour ou l\u2019autre.M.de Ribeyrantavait un coeur trop généreux pour neis\u2018être pas laissé toucher.I] venaifixposer la vérité & la marquise ef lui.dire: \u201c Ce brave enfant est digne''de notre fille.Faisons leur bonheur à tous les deux.\u201d Au bord de la mer, entre les champs d'oliviers, parmi les plantations de \u201cviolettes et de roses; au flanc-des collines, dans les sentiers ombragés par les yeuses, et ol la verdure des arzou- siers se tachait de fruits écarlates, Mlle de Ribeyran promenait ce rêve.Elle ne pressait pas son cheval.À quoi bon rentrer trop tôt pour s\u2019énerver dans l\u2019attente?Au dehors tout était grâce, lumière, parfums, et tant de beauté triomphante semblait annon- Æ* Monfréel, Juillet 1923 cer confusément la félicité prochaine, Vol.16, No 7 LA REVUE aspirer la joie éparse.Ses lèvres s\u2019entrouvraient dans un vague sourire.Son jeune corps souple suivait avec une ivresse de mouvement l'allure nerveuse de sa monture.Elle goûtait une de des extases sans cause précise qui n\u2019ont leur plénitude qu\u2019au début de la vie.La jeunesse respire dans une atmosphère de félicité qui imprègne jusqu\u2019à ses chagrins, tandis que les années tardives s\u2019écoulent dans une brume de mélancolie qui en ternit même les bonheurs.Pendant que les vingt ans de leur fille rayonnaient sur des chemins d'en chantement parmi la splendeur des choses, lé märquis et la marquise de Ribeyran, dans le cabinet de travail, devant le bureau chargé de plans et de brochures Militaires, s\u2019entretenaient des causes anciennes, évoquaient les passions et les fautes passées, dont les souvenirs, les conséquences, tout le lointain enchaine- ment éféaient ou modifiaient leur vie actuelle.Robert de Ribeyran disait à sa femme : ; \u2014 \u201c11 y a vingt-cind ans, j'ai aimé.Ce n'était pas vous.Je ne vous connaissais pas.Dans la mesure où votre susceptibilité d\u2019épouse peut se froisser de cet aveu, je vous en demande pardon.Je ne vous l\u2019ai jamais fait, et mon respect pour vous m\u2019interdisait de vous le faire tant qu\u2019un puissant intérêt, ou plutôt un impérieux devoir ne m\u2019y contraignit pas.J'étais épris d\u2019une jeune fille qui n\u2019était pas de notre monde, épris jusqu\u2019à vouloir l\u2019épouser.Ce fut elle qui m\u2019empécha d\u2019entrer en révolte ouverte contre mon père.Mais elle m\u2019aimait autant que je l\u2019aimais.Elle abandonna sa famille pour me suivre.J'étais alors sous-lieutenant dans une garnison de rovince.Elle demeura près de moi et je l\u2019épousai secrètement.\u2014Qu\u2019était-ce que cette fille?demanda la marquise.avec le dédain corrosif comme du vitriol que les meilleures des femmes jettent à la face Montréal, juillet 1923 POPULAIRE la pierre des tombes.les yeux clos depuis longtemps.\u2014Gette jeune fille.corrigea le marquis.était une artiste charmante.et, jusqu\u2019à ce qu\u2019elle m'\u2019eût rencontré, de l'honnêteté la plus inattaquable.Sa famille professait une fierté bourgeoise plutôt rigide, et refusa de la revoir.Le pardon ne vint que trop tard.à son lit de mort.Elle s'appelait Charlotte Valdret.\u2014Valdret !.Ribeyran.Ge nom fut répété comme un cri de souffrance.Puis la marquise murmura : \u2014C\u2019était sa mère?\u2014Oui.mais croyez-moi.Je vous le répète, et vous allez en avoir la preuve: Je ne suis pas le père.\u2014Je vous crois.\u2014Le père fut l\u2019homme qu\u2019elle épousa en secondes noces,\u2014 me croyant mort à la guerre\u2014un Allemand.Heureuse de ces eÉplications.Pauline se lança dans l\u2019éloge de Jean.A mesure qu\u2019elle parlait, Pauline commençait à mieux discerner sa pensée: elle s\u2019expliquait devant elle-même.Tout à coup le but se dessina.\u2014 \u201cOù voulez-vous en venir ?\u201d répéta le marquis.Elle ne le savait pas tout à l\u2019heure.Soudain.elle le distingua nettement.Elle tremblait un peu lorsqu\u2019elle osa dire: \u2014\u201cOubliez le passé.Pardonnez aux morts.Vous n\u2019arrangerez rien par un subterfuge.\u201d Elle hésitait, cherchait une phrase.Il la pressa : \u2014Parlez donc.Pauline!.\u2014 En mariant Odette avec Jean, Fous feriez de lui mieux encore votre fils.\u201d M.de Ribevran demeura stupéfait.T] erut d\u2019abord que l\u2019émoi de ses confidences troublait l'esprit de sa femme.C'était elle, la jalouse Pauline, qui demandait pour gendre le fils d\u2019une femme jadis aimée par lui, Robert! Il avait si peu prévu cela.tellement.au contraire.attendu quelque décision impitoyable.qu'il ne songea pas à se révolter pour son propre comptes\u2019écria Pauline de | | tn | dx : Înfer Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 \u2014\u2014\u2018\u2018Comment! C\u2019est vous, Pauline?Moi qui craignais qu\u2019une reconnaissance, même secrete, ne vous semblât!.\u201d Elle l\u2019interrompit : \u2014Qu\u2019entendez-vous par une reconnaissance secrète ?\u2014Je n\u2019avouerai Jean pour mon fils qu'à Ini seul, à vous et à notre fille, qui devra se conténter d\u2019urte explication sommaire.Peu importe que cette explicalion soit vraisemblable.Odette sentira que de moi à elle certaines confidences ne peuvnt être complètes.Quant à une reconnaissance officielle, je n'y consentirai jamais; pas plus, ma chère aniie.qu\u2019au mariage avec Odette.Non, non!.je n\u2019introduirai, ni par des acles civils, ni par une alliance, du sane priussien dans notre race.\u2014Mais alors, dit la marquise, \u2018en imposani votre paternité & Jean, vous dénaturez le secret à votre seul profit.\u201d Elle vit son mari tressaillir ; elle ajouta vivement : \u2014\u2018\u2018Pardonnez-moi de vous parler ainsi, Robert.La générosité de votre intention est hors de doute.Mais avez-vous tout pesé?Vous êtes-vous rendu compte de ce qui vous guidait?Vous appellerez Jean votre fils pour qu\u2019il n\u2019épouse pas Odette.Vous le sauverez ainsi d\u2019une révélation cruelle, celui de sa véritable origine.Mais oseriez-vous présumer ce qu\u2019il choisirait?Avez-vous le droit de façonner sa destinée suivant votre propre désir ?\u201d C'était avec simplicité, d\u2019un ton anxieux, nullement péremptoire, que Mme de Ribeyran s\u2019exprimait.Elle, donner une leçon à l\u2019homme dont la raison et le vouloir la surpassaient de si haut!.elle n\u2019y songeait pas.Sa conscience troublée gémissait, voilà tout.Même elle se reprochait l'audace de croire que des points de vue pussent par hasard lui apparaître qui eussent échappé à son mari.Et.se taisant elle posait sur lui ses yeux timides, brillants des larmes récentes.Il baissait la tête.Elle frissonna devant son silence.Mais, tout à coup, i! la regarda.C'était le regard fondu, adouci, des minutes heureuses, sans là pointe souriante de raillerie qui, d'habitude, en corrigeait 'attendrissement; un long regard plein, profond, sous lequel, dans un ravissement, le coeur de Pauline se mit à battre.Et elle crut rêver quand elle entendit M.de Ribeyran lui dire : \u2014\u2018\u201c\u2018Vous avez l\u2019âÂme la plus fumi- neusement droite que je connaisse.J\u2019ai bien fait de vous consulter.\u201d Elle rougit comme une petite fille.\u201cMais je ne sais pas.je ne puis pas juger.\u201d balbutia-t-elle.\u201cSeulement je me disais encore: il y a Ca- dier.Cadier obéira à votre mot d\u2019ordre en vrai chien, fidèle.Pourtant songez-y: vous demanderiez une complicité à ce brave, qui ne vous a jamais entendu altérer la vérité.\u201d Le marquis soufit, haussa légèrement les épaules.\u2014Oh! fit-il, \u201cpour des hommes de sa trempe, il y a mieux que la vérité: il y a la raison d\u2019Etat, la volonté du chef.Le païen ne discute pas les oracles.\u201d Cette boutade d\u2019ironique philosophie dépassa l\u2019honnête conscience de Pauline.D'ailleurs, elle fut immédiatement rejetée dans l\u2019añgoisse des incertitude par le changement de ton de son mari.Ge fut d\u2019une façon dure et caressante qu\u2019il reprit: \u2014\u201c Résumons-nous.Vous n\u2019êtes pas d\u2019avis que je fasse de Jean mon fils.Je réfléchirai.J'examinerai les objections très justes que vous m'avez présentées.Mais vous avez, sans vous en rendre compte, nui à la cause que vous plaidiez.Vous m'avez montré comme toujours possible le mariage de Jean avec Odette.Vous avez trahi votre obstinée inclination pour ce projet.Vous m'avez fait prévoir la lutte que j'aurai à soutenir quand, tout soupçon de ma paternité étant écarté, je vous aurai tous les trois contre moi.Je ne suis donc plus un arbitre qui plane.Je suis un homme attaqué qui se défend, qui défend son nom, son repos, son honneur, sa race.Dans ce cas on ne prend pas des balances de juge, on saisit des armes, et les plus invinoibles.Donc, je vous @ Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 at préviens, je ne renonce pas à suivre \u2014Oui, reprit M.de Ribeyran, plus l'intention que je vous ai communi- déconcerté devant cette enfantine pé- quée.Cependant, Pauline, vous êtes nétration qu\u2019il ne se souciait de le aussi forte que moi.Car je n'oublie laisser voir, \u2018\u2018ce frère, nous ne t'en pas que vous êtes ma femme, et mar- parlions pas, parce qu'un mystère que quise de Ribeyran.Je ne nommerai nous-mêmes n\u2019avions pu éclaircir en- pas cet enfant le mien si vous ne m\u2019y tourait sa naissance.D'ailleurs, c\u2019était autorisez.Remarquez que je ne parle un fils à moi seulement, un fils que pas ici de vos droits légaux, car, en- j'avais eu avant mon mariage avec ta core un coup, il ne s\u2019agit pas d'une re- mère.\u201d connaissance officielle.Me donnerez- Une rapide rougeur s\u2019alluma et s\u2019é- vous cette autorisation si je vous la teignit sur les joues de la jeune fille.demande ?Elle se taisait toujours.\u2014Vous savez que je ne vous refu- LM.de Ribeyran ajouta: serai rien, Robert.quand vous exi- \u2014 Nous avons retrouvé des pièces, geriez de marcher sur mon corps et presque des preuves, qui changent en sur les cendres de mes parents.\u201d fortes présomptions une probabilité Elle cacha son visage dans ses jusqu'à présent très vague.Enfin, mains.it lui, resta plus troublé.plus rien n\u2019est établi encore.Mais il im- ébranlé par cete soumission qu\u2019il ne porte que tu connaisses au plus tôt ces l\u2019eût été par de la résistance.indices, car.il s'agit de Jean Val- Au dehors, sur le gravier du jardin, dret.\u201d des pas de chevaux sonnèrent.M.de Odette blémit et porta les yeux vers Ribeyran s\u2019approcha d'une croisée.sa mère, qui abrissa les siens, pour ne Odette rentrait.File dégagea ses pieds pas la voir souffrir.des élastiques de sa jupe, mit Ja main \u2014\u201c Tu regardes ta mère, Odette.droite à la fourche et sauta légère- Mais rappelle-toi la lettre qu\u2019elle a ment.Elle leva la tête.Ses joues reçue de Jean, où il parle d\u2019un obsta- étaient roses, ses yeux brillaient.D'un cle insurmontahle à l\u2019accomplisse- signe et d\u2019un sourire elle demanda la ment de votre rêve insensé.Les preu- permission de monter.Son père, avec ves auxquelles je faisais allusion, il un geste, I'y invita.Puis il revint vers les possède.Il nourrit même une con- sa femme, lui toucha l\u2019épaule.viction plus entière que la mienne, \u2014Ma chère amie, contenez-vous.car j'hésite encore.Mais il me suffi- Voici notre fille.Ne démentez rien de sait d'une seule apparence pour m\u2019op- ce que je dirai, n'ayez aucun mouve- posr, comme je l'ai fait, à toute idée ment de surprise.C\u2019est une expérien- de mariage entre vous.\u201d ce que je veux tenter, un éclaircisse- A la convulsion douloureuse qui dément supréme que je cherche.\u201d figura le charmant visage, M.de Ri- Il n\u2019acheva pas.La porte s\u2019ouvrit.beyran vit que sa fille le croyait.Cette Devant les physionomies graves de mention qu'il avait faite de la lettre ses parents, Odette sentit sa joie dé- était accablante.Tout s\u2019expliquait.faillir.Son beau visage pâlit : L'azuno Comment douter?Elle se rappela 1'an- de ses yeux s\u2019assombrit de réselutiona: goigse de sa mére quand elle l'avait \u2014\u2018\u2018Mon enfant,\u201d dit son père, \u201cas- retrouvée assise sous les sapins, ce sieds-toi, écoute.Nous ne t'avons ja- papier déplié sur les genoux.Et de mais dit, ta mère et moi; que tu as quel accent la marquise suppliait ce peut-être un frère.\u2019 Ç jour-là de renoncer à Jean! Puis les Elle le regarda.sans un mouvement mystérieuses phrases qu'Odette savait étonné, défiante.Et elle plissait, com- par coeur.la fatalité dont parlait le me des voiles de soie fine, ses longues malheureux garcon! paupières, ainsi qu\u2019elle faisait, toute Mlle de Ribeyran se dressa.Elle fillette quand on voulait la détourner parla d'une voix {res calme.Mais pale d\u2019un projet par quelque histoire de comme es! elle allait mourir, elle pro- nonca: ESSOR PET SES UE SOS «~~ Vol, T8, No 7 \u2014Mon père, puisque vous avez un fils, il remplacera votre fille.\u201d \u2014Que veux-tu dire?\u2014\u2014Que vous avez pour héritier de votre nom et de vos biens le comte Jean de Ribeyran, mais que moi, sa soeur, qui l\u2019aime.qui l\u2019aime d'amour.je n\u2019ai plus qu\u2019à disparaître.Je veux me faire religieuse.\u2014Il n\u2019y a pas.il n\u2019y aura jamais de Jean, comte de Ribeyran ! s'écria le marquis.\u2018Tu es ma fille.tu resteras ma seule enfant bien aimée.Puisque tu ne peux le considérer comme un frère, nous l\u2019éloignetons, lui.\u2014II n'est donc pas votre fils, de- manda-t-elle.La marquise, haletante, écoutait.Pour ne pas crier d'angoisse, elle déchiquetait son mouchoir entre ses dents.Par instants.elle reprenait courage : son mari avait parlé d'une épreuve.Peut-être n\u2019irait-il pas jusqu\u2019au bout de sa terrible volonté.Robert et Odette de Ribeyran se dressaient de nouveau face à face.Mais aujourd'hui la jeune fille était résolue à ne pas s\u2019évanouir.Elle saurait la vérité.Elle sonderait le fond de son destin.Et l'indignation qu'elle éprouvait contre les choses obscures qu'on ne lui disait pas la soulevait comme une force.\u2014\u201cT1 n\u2019est donc pas votre fils, puisque vous ne lui donnez pas votre nom?\u201d L'homme de puissance et de prestige qu'était M.de Ribeyran hésitait, désarmé.Cette enfant lui était trop chère! 1] tremblait à la fois de troubler son innocence et de lui meurtrir le coeur.\u2014\u201cJe puis l\u2019avouer comme.mon : LA REVUE POPULAIRE x fils, mais je ne lui donnerai pas mon» nom.: \u2014Pourquoi s\u2019appelle-t-il Valdret?\u2014C\u2019est le nom de sa mere.\u2014Sa mère est morte?\u2014 Oui, avant que j'aie connu la tienne.Odette eut encore une de ses vives et fugaces rougeurs.Puis elle demanda par un lien naïf avec sa précédente question : \u2014 Cette Mme Valdret qui se trouve à Hyères, qui est-ce?\u2014 C'est une cousine germaine de Jean, celle qui lui a fourni les documents sur sa naissance.Nous avons été induits en erreur.Jamais il ne l\u2019a fait passer pour sa femme.Elle séjourne ici pour sa canté.Elle est très malade.Odette réfléchit un instant, puis reprit: \u2018 \u2014\"\u2018\u2018Ainsi, mon père.Jean n\u2019est pas coupable de la faute dont on l\u2019aceu- sait.Il est irréprochable.digne de vous.Vous le crovez votre fils.Et vous refusez de lui donner votre nom?\u2014Oui, et c\u2019est inutile d\u2019insister, tu ne peux pas comprendr.\u2014Je comprends ceci, mon père, c\u2019est que vous n\u2019êtes pas sûr que Jean soit votre fils.Autrement l\u2019homme de justice et d\u2019honneur que vous êtes ne reconnaîtrait pas son enfant en secret pour le renier ouvertement.Non, mon père, vous ne feriez pas une chose pareille.Eh bien, ce dont vous n\u2019êtes pas sûr, moi, je ne puis pas le croire.Je ne puis regarder Jean comme un frère puisque vous ne le faites pas héritier de votre nom, de votre rang, de vos biens.\u2014~Comment le regarderas-tu donc?Oseras-tu songer encore a lui comme à un fiancé, quand lui-même recule devant l\u2019hypothèse?\u2014Je vous l\u2019ai dit: j'entrerai au couvent.\u2014 Mais c'était ton premier mot, quand tu gratifiais Jean du titre de comte! Voyons, mon enfant, mets un .peu de clarté dans ta téte.D\u2019ailleurs, Tu laissons cela pour aujourd\u2019hui.causeras avec ta mere, tu réfléchiras.\u201d Au fond c\u2019était lui, le marquis de Ribeyran, qui reculait.Odette le comprit.\u2014\u201c\u201cPardon, mon père.J'ai eu tort de prononcer ce mot de couvent trop vite.J\u2019étais si bouleversée, si saisie ! Non, je vous le jure, je n\u2019y entrerai pas si vous faites de Jean mon frère aux yeux de tous, aveo le même nom, les mêmes droits.Pourquoi le couvent alors?Je ne serai que trop séparée de lui.Aucune loi divine ou humaine ne Montréal, juillet 1923 giv 2 Vol, 18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1928 consacrerait notre mariage.Mais, tant qu\u2019il restera Jean Valdret, je serai partagée entre deux alternatives: douter de votre parole ou de votre équité paternelle.J'aurai peur de moi.défiance de vous.Ah! vous ne sauriez m\u2019imposer une telle vie! Mille fois plutôt les murs d\u2019un cloître!\u201d M.de Ribeyran la sentit sincère.Il connaissait maintenant cette volonté, issue de la sienne.Depuis des mois il se heurtait, impuissant, à la tranquille résistance de cette petite fille.Sur le terrain particulier de leur lutte actuelle, il céda donc.Mais il céda comme il pouvait seulement le faire, avec plus de dureté, de rigueur que s\u2019il eût triomphé.Son attitude, jusque-là un peu amollie, plus hésitante que de coutume, se raidit comme par une armature de fer son ton, presque conciliant, devint sec; son visage se glaça.Et, avec une hauteur si souveraine il convint de son subterfuge, que nulle diminution de son autorité.nulle défaillance de son autorité, nulle défaillance de son caractère ne s\u2019en pouvait déduire.Au contraire, il apparut comme le maître des contingences.comme l'intelligence supérieure à l\u2019enchaînement aveugle des effets et des causes et avant le droit de le modifier, lorsqu\u2019il dit avec une force froide : \u2014\u201cFh bien, mon enfant.tu l\u2019auras voulu.Les tristesses que j'ai tenté de nous épargner à tous seront ton oeuvre.Quant à Jean, tu viens de prononcer sa condamnation.Non.il n\u2019est pas ton frère.Mais il se croit tel.Et si je pensais lui laisser le bienfait de cette illusion, c\u2019est que je ne la lui ôterai que par une révélation équivalente à un coup de mort.II te fuirg sépare de toi.Tu as douté de ton père.N\u2019en doute plus à cette minute: car je te dis la vérité, sur mon honneur de soldat.Tu m\u2019as entendu.Va maintenant.\u201d Odette sortit, gagna sa chambre, s\u2019assit.Elle tremblait comme sous une bise de giace; ses dents se heurtaient 7 hla + frémissement.Pourtant elle se disait: \u201cIl n\u2019est pas mon frère !\u2019\u201d\u2019 et cette phrase la délivrait d\u2019un cauchemar pire que sa terreur présente.Une femme de chambre parut sur le seuil du cabinet de toilette.À voir Mademoiselle si pâle.les yeux fixes, les doigts enfoncés dans ses cheveux qu'elle tordait et arrachait sans le savoir, cette fille s\u2019exclama, s\u2019empressa.Avec un prompt empire sur elle-même Odette se mit debout.Les beaux traits reprirent l\u2019harmonie de leurs lignes : les paupières battirent pour corriger l\u2019égarement du regard.et, d'une voix qui chevrotait à peine, Mlle de Ribey- Tan prononca: \u2014 \u201cCe n'est rien.Ailez.Je vous sonnerai si j'ai besoin de vous.\u201d La femme \u2018de chambre se retira.Alors Odette secoua ses cheveux trop lourds, dont ses mains crispées avaient tout à l\u2019heure fait sautr les épingles d\u2019écaille.La torsade entière se déroula jusqu\u2019à sa taille comme un gros serpent sombre aux reflets de cuivre.Et la jeune fille.ainsi qu\u2019un poulain trop nerveux, continuait à agiter la tête, ce qui fit voltiger les longues mèches.Ue mouvement la soulagcait.Un paravent de glace.déplié dans un angle, lui montrait sa silhouette svelte et sauvage dans la grande chevelure éparpillée.Elle adressa la parole à cette image : \u2014\u201c\u201cAh! si tu avais su.mieux eût valu te taire.Mais tu aurais trop souffert de le voir traiter en enfant paria.qu\u2019on n\u2019avoue pas.Maintenant.qu'est ce qu\u2019ôn va lui dire?.Oh!le rencontrer.le prévenir.le supplier de vivre et d'espérer, quoi qu'on lui ap- | J : \u2018Rs prenne!\u201d d\u2019ailleurs plus résolument que jamais, D nae b A .1800 parce qu\u2019il mesurera l\u2019abîme qui le \u2018Rite Fépéta le mot de son père: \u201cUn abime.\u201d\u201d Elle frappa dans ses mains: \u201cUn abime entre nous.ah! cela fait rire.\u201d Elle rit en effet; puis, tout a coup, elle sanglota.Et elle continuait à se regarder dans la glace, avec une pitié mêlée d\u2019épouvante en voyant des larmes sur sa figure si blanche entre l'obscur effarement de ses cheveux.hs celle Ed i Vol.16, No 7 XI Madame Valdret, s\u2019il vous plait?\u2014Madame est souffrante, je ne sais pas si elle reçoit.\u2014 Voulez-vous lui dire que c\u2019est Mlle de Ribeyran qui désire lui parler.\u2014Si Mademoiselle veut bien s\u2019asseoir.Tandis que la petite bonne naïve\u2014 qui d\u2019ailleurs commençait à se dégourdir dans el Midi\u2014s\u2019éclipsait derrière une portière.Odette regarda autour d\u2019elle.Mais son examen ne s\u2019arrêta pas à la pièce où elle se trouvait, une pièce d'entrée.tenant de la salle à manger et du vestibule, et sauvée de la banalité de son ameublement d\u2019acajou par la profusion d\u2019éventails, de parasols et de masques japonais, que Marguerite y avait disposés en des groupements bizarres.Ce qui attira la visiteuse, ce fut un mimosa gigantesque, dont les branches fleuries d\u2019or et baignées de parfum pénétraient par la fenêtre ouverte.Odette.charmée, s\u2019en approcha.et ses yeux plongèrent dans un jardin mal cultivé, mais ravissant dans son désordre.Des orangers laissaient tomber leurs fruits parmi l\u2019herbe qui couvrait les allées; des camélias en fleurs cachaient le mur ; des faux poivriers s\u2019échevelaient comme des saules; et, tout au milieu de la pe- Jouse, envahis d\u2019iris mauves, de gueules de loup et de lavande, un énorme camæœrops étalait magnifiquement des palmes larges et frangées comme des ombrelles de soie verte.Odtte sourit à ce tableau de grâce et de silence.Elle tâcha de se représenter la jeune femme qui choisissait un logis modeste.mais où les caresses des fleurs entraient à pleine croisée, et elle augura bien de sa visit, , + Depuis son unique lettre: äcJeën;- c\u2019était la première fois que la jeuñe fille risquait en secret uné démarche hasardeuse.Mais puisque a présent elle savait que cette personne était une cousine de son fiancé, et, de plus, une malade, une mourante, pourquoi n\u2019irait-elle pas la voir?Cette inconnue avait des obligations à Jean.Re- fuserait-elle de s\u2019employer pour lui, LA REVUE POPULAIRE = 107 \u2014 Montréal, julllet 1923 D de lui transmettre un message, de le protéger contre le coup mystérieux qui le menacait, de l\u2019encourager à espérer, surtout à vivre?Mlle de Ribeyran, un après-midi où sa mère ne sortait pas, était donc montée dans le panier, attelé d\u2019un poney qu'elle conduisait elle-même, et § était partie pour Hyères.Elle n\u2019avait pas eu à invoquer quelque prétexte d\u2019emplette.Car on lui laissait la direction et la responsabilité de ses actes.Une largeur presque anglo-saxonne avait inspiré son éducation.La liberté que la marquise Pauline lui eût accordée par faiblesse, M.de Ribey- ran la lui accordait par système.Cet autoritaire\u2014chose rare\u2014aimait à développer la personnalité chez les autres.Et maintenant même que des cir- 0 constances particulières auraient pu gi le lui faire regretter, il continuait a | s\u2019en applaudir.M.de Ribeyran croyait Bi avec raison, sa fille incapable de cer- Fi taines fautes; l\u2019eût-il soupçonnée d'y pouvoir tomber, il n\u2019aurait pas pensé qu\u2019aucune discipline eût assez d\u2019effl- cacité pour relever une nature basse ou l\u2019empêcher de faillir.En repartant.pour Paris, il n\u2019avait recommandé àla Ë marquise nul redoublement de sur- jg veillance.1 Odette n\u2019éprouvait donc pas, et n'a- fii! vait jamais éprouvé, cette couardisel spéciale et tant soit peu avilissantel des enfants qui, ne sachant pas em ployer leur conscience à distinguer la valeur de leurs actes, l\u2019utilisent à supputer la rigueur du châtiment qu\u2019ils pourraient bien subir s\u2019ils étaient découverts.Le léger trouble qui l\u2019agitait, naissait de son incertitude sur se démarche, de la prudence qu'elle devrait mettre à la conduire jusqu\u2019ail - bout, et de ce que le résultat en poul#, \u2018vait offrir d\u2019aléatoire.Elle ne se ca \u2018chait pas en gardant pour elle seul les émotions et les responsabilités df cette visite; elle n\u2019avait même pa pris l'humiliante précaution d\u2019arrête sa voiture au tournant de la prochain rue pour empêcher le groom de vo] où elle allait.Le petit équipage, ave son petit cheval et son petit domesft.tique, attendait devant la porte, A Vol.16, No 7 LA REVUE \u2014\u2018\u201cSi Mademoiselle veut entrer \u201d, dit tout à coup derrière elle la voix de la servante.Odette pénétra dans un étroit boudoir, arrangé d\u2019une façon simple et délicieuse, avec des nättes claires et des éeoffes Liberty.Ce boudoir sem- ÿ blait suspendu dans le jardin sauvage Met embaumé.car une de ses parois s\u2019ouvrait en large baie sur un balcon, et les balustrades de ce balcon disparaissaient sous le prolongement des tentures souples et l\u2019envahissement des plantes grimpantes.Un grand voile de verdure sombre.étoilé par les délicates corolles pâles des anémones de Jérusalem, s'étirait, les rameaux retenus par un ruban, jusque dans l\u2019angle intérieur du bow-window # au-dessus dé la chaise longue.Sur l\u2019osier de cette chaise se creusait un nid de coussins à volonts légers, faits de mousselines claires ramagées de fan- ÿ tastiques floraisons.Marguerite le quitta pour accueillir la visiteuse.Quel contraste que celui de ces deux #créatures, jeunes, charmantes el amoureuses du même homme.qui se trouvaient en présence! La débilité morale et physique de l\u2019une, son mol @ abandon aux circonstances.se devi- 1aient 4 sa taille pliante.à l\u2019excessive délicatesse de son teint.à la lan- zueur de ses prunelles; des deux côtés M le son mince visage descendaient ses M andeaux soveux et fins.d'un or lavé: it ses mains fluettes, où couraient des M \u2018eines À peine bicues.ramenaient au- M our de ses épaules un châle des Pyré- Brées aux longs poils blancs : car elle vait froid sous ce climat de soleil.La 1alade avait fait des progrès dans cet rganisme sans résistance.Odette sent une pitiè dans son propre regard.t tout de suite.elle sourit pour en Missimuler l\u2019expression, Elle, chez qui le sang et les nerfs, imagination et la volonté s\u2019équili- \u2018aient si admirablement.eut vague- ent conscience de sa force devant nt de fragilité.Et, bien que la plus une, la plus ignorante des tristes se- gets de l'existence, elle prit involon- POPULAIRE Montréal, juillet 1928 tairement dans leur causerie une autorité de soeur aînée.46 \u2014 Madame \u2019, dit-elle avec sa brusque franchise, \u201cvous me crovez la soeur de Jean Valdret.Lui aussi le croit, et il doit en souffrir infiniment, car, avant qu\u2019il fût arrivé a cette per- suasron.nous nous étions fiancés et il m'aimait autant que je l'aime encore.Mais j'ai, depuis quelques jours.la certitude, la certitude absolue qu'il y a dans sa naissance un autre mystére et qu aucune parenté n'existe entre nous.En même temps j'ai appris quelle danger peut-être mortel d'une cruelle révélation le menage.Et je suis venue à vous, madame, parce que je sais que vous lui êtes dévouée.Vous m\u2019aiderez.n'est-ce pas .à le préserver d'une catastrophe morale, à l'empêcher d'accomplir quelque acte de désespoir à lui rendre la confianee en l'avenir?\u201d Les yeux de Marguerite s\u2019élargis- salient.ses lévres s'écartaient comme devant-la soudaine apparition de quelque spectacle d'effroi.Odette ne s\u2019étonna pas que cette jeune femme s'alarmât de la sorte pour son ami.son cousin, son bionfaiteur.D'ailleurs, c'était sans doute anssi la surprise de découvrir ani! n'é'ait ras.comme alle le supposait, le fils du marquis de Ri- bevran.Elle essaya de la rassurer.po» se rassurer elle-même.Que pouvait-il y avoir de si grave dans la naissance de Jean?Fût-il le fils d'un criminel ou du pire ennemi de son père à elle- même.ce ne serait pas une raison pour prendre un parti désespéré.L'important élait qan'au moment où il aurait la révélation de cr fatal secret, périlleux.comme une l\u2019-ssure mor- teile.il eût près de.lui quelqu'un qui le consalât, qui l'encourageât.qui lui fi£ envisager les choses avec calme.et surtout qui lui parlât d'elle, Odette qui pût témoigner qu'elle n\u2019avait pas changé.qu\u2019elle ne changerait jamais en dépit de toutes les combinaisons mauvaises et imprévues des citcons- tances.\u2014\u2018 Vous pourriez lui écrire tout cela.\u201d termina Mlle de Ribeyran.\u2018car j'ai peur.non.n'est-ce pas?\u2019 ajou Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 ta-t-elle avec hésitation, \u2018\u2018vous n\u2019êtes pas assez bien en ce momnt pour faire le voyage?\u201d Voilà pourquoi elle était venue ct ce qu\u2019elle avait espéré.Mais, malgré la cruauté naturelle aux amoureux, elle se rendait compte que, de ce voyage de vingt heures dans le Nord glacial, la frileuse malade dont les mains se crispaient fiévreusement dans le châle, aurait des chances de ne jamais revenir.\u2014\u2018\u2018Comment êtes-vous si sûre de n\u2019être pas sa soeur?\u201d demanda Marguerite.Sa voix passait comme un souffle entre ses lèvres à peine plus blanches que tout à l\u2019heure.Elle n'avait pas pu pâlir, son visage étant depuis quelque temps si décoloré! C'était même pour cela qu\u2019elle avait adopté la coiffure en bandeaux, parce qu\u2019elle trouvait trop laides ses petites oreilles de cire.\u2014\u201cJ'en suis sûre,\u201d déclara Odette avec l\u2019accent et le regard du marquis de Ribevran.\u2018parce que mon père m'en a donné sa parole d'honneur de soldat.\u201d Un imperceptible sourire accueillit cette réponse.Naturellement ce gentilhomme n\u2019allait pas avouer & sa fille.Oh! certes, ils étaient frère et soeur, Marguerite aurait souffert à mourir sur-le-champ si elle en avait douté.Elle souffrait assez comme cela, mon Dieu ! Car Jean l\u2019aimait, cette belle créature si vivante, si ardente, si fière! Elle comprenait maintenant pourquoi il avait défailli comme sous un coup de poignard en découvrant qu\u2019il était le fils du marquis de Ribeyran.Et elles\u2019expliquait sa mélancolie, ses regards attendris ou obsents, cette atmosphère de passion dans laquelle il vivait près d'elle.si loin d\u2019elle !.atmosphère dont l\u2019ardeur l\u2019avait elle-même enve- cabin loppée, brûlée.\u201cIl pensait à elle quand jé le\u2018croydis occupé de moi,\u2019 songea \u2018Marguerite.\u201cOh! comme son aspect s\u2019est glacé quand il a deviné mon amour!\u201d Une désolation sans bornes l\u2019accabla.Elle dégagea ses mains de la neige soveuse du châle, s'en cacha le visage et fondit en pleurs, Mlle de Ribeyran resta déconcertée.Un éclair d\u2019intuition lui traversa l\u2019esprit.Mais elle manquait de perspicacité comme les natures extrêmement franches, qui, n'ayant guère de dessous, n\u2019en conçoivent pas chez les autres.Elle pouvait contenir ses sentiments, non les dissimuler.À la place de Marguerite, elle n\u2019eût pas eu la faiblesse des larmes, mais, s'étant par hasard trahie aussi ouvertement, elle n\u2019aurait pas eu, non plus, la finesse de celle-ci, qui releva la téte pour dire aveo l\u2019intonation la plus naturelle: \u2014\u201cPardonnez-moi.J'ai tant de chagrin en pensant que Jean m\u2019a tirée de peine et que je ne puis pas en faire autant pour lui! Car je suis inutile en ce monde.Je suis une mourante.Je ne puis méme pas entreprendre ce voyage, et courir à lui quand il souffre.Voilà l\u2019idée qui me désole.\u2014Ah! s\u2019écria Odette, \u2018vous êtes bonne, madame.J*ai bien fait de m\u2019adresser à vous.Mais ne vous affligez pas.Nous découvrirons un autre moyen.Si vous lui écriviez?.Voulez- vous que nous convenions de ce que vous pourriez lui écrire?\u201d Puis, s'apercevant de l\u2019égoïsme de son amour, qui négligeait la mélancolie de cette pauvre malade, elle ajouta chaleureusement: \u2014\u201cD\u2019ailleurs, il ne faut pas vous dire mourante.Vous êtes si exquise- ment sympathique et jolie!.La vie doit vous être douce.Quand vous nous aurez aidés à organiser notre bonheur, Ç il faudra vivre pour le partager.Jean Ë et moi nous vous guérirons.\u201d _ Marguerite Valdret eut un énigmatique sourire, \u2014\"\u2019Que voulez-vous de moi, mademoiselle ?J'ai assez de reconnaissance et d'affection envers Jean pour ira- vailler à son bonheur, même sans compter y avoir jamais une part.Odette la pria d\u2019écrire au jeune homme le résumé de leur conversa-l lion.Evidemment le marquis n\u2019avaitf pas encore détrompé Jean sur sa nais-l sance, puisque, la veille, Margueritek avait reçu de lui une lettre qui ne tra hissait aucun changement de projet ou d'idées.S'il était prévenu, à quel-B \u2014 109 \u2014 Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 que moment que l'atteignit le choc d\u2019une pénible révélation, il aurait pour le souterir cette pensée qu\u2019Odette lui demeurerait fidèle malgré tout.Au.fond ce dont la jeune fille souhaitait qu'il fût instruit le plus tôt possible, c'est qu'elle n'était pas sa soeur.\u2014\u2014 \u2018Mais pourquai ne le lui écrivez- vous pas vous-même ?7\u2019 interrogea subitement Marguerite après cette longue conversation.~\u2014Oh! madame.dit Odette, \u201c auriez-vous écrit directement à un ham- me que vous aimiez contre le gré de vos parenis?Je l\u2019ai fait une fois, en me donnant pour excuse que ma ferme résolution de ne jamais renouveler une telle démarche.Songez que vous êtes sa seule parente, sa vraie soeur, vous.I] me semblait si simple et si bon d'aller à lui à travers votre coeur! D'ailleurs si mon imprudence lui en révêlait trop ou trop peu, vous veus seriez refnsée à la transmettre.Ainsi j'avais vos serupules pour appuyer la faiblesse des miens.\u201d - Marguerite la regarda longtemps.avec une expression singulière Et très douce.Puis elle demanda la permission de l\u2019embrasser.Quand Mlle de Ribeyran l\u2019eût quittée, elle écrivit à Jean.Sa lettre rendait un compte exact et sans commentaires de tout cz qui avait été dit.\u2018Tandis que Marguerite traçait les pages de cette-épître, la petite bonne mal dressée était venue s'informer à plusieurs reprises si \u201cMadame ne voulait pas diner.\u201d Madame avait seulement réclamé une lampe.Il était huit heures quand la sonnette appela la domestique dans lo boudoir.\u2014Allez mettre immédiatement cette lettre à la poste.\u2014 Quand Madame dinera-t-elle donc?dit la rustique personne avec humeur.\u2014Je ne dinerai pas.En revenant vous pourrez manger et vous caucher.Vous ne rentrerez plus ici dans ma chambre.Je n\u2019ai plus besoin de vous.Gette perspective de libarté attendrit la petite servante.Flle daiz7na s'apercevoir que la baie qui tenait tout le côté de l'étroit boudoir était encore ouverte.\u2014 Mais, madame.vous devez être gelée! vous attraperez du mal!\u201d s'ex- clama-t-elle, abandonnant l'usage laborieux de la troisième personne.F! le médecin qui vous a tant défendu de respirer l\u2019air une fois la nuit tombée ! \u2014_\u2014Oul.je vais fermer.Ne vaus inquiétez pas.Partez.cette lettre est pressée, dit Marguerite.Quard la bonne eut disparu.la Jeune femme éteignit sa lampe.mais elle ne ferma pas la fenêtre.Au contraire e!le avança la chaise longue sur le ba!con \u2018 La nuit.la splondide nuit screine du Midi.ruissalajt d'astros, Marguerite renversa la tête en arrière sur les coussins ot regarda les éloiles.Elle ne les voyait pas toutes.parce que les branches di mimaso.mainicnant noi- 3 éerii> de grandes plumes funèbres UE cachaient tout un pan du ciel.Des oof ndenrs canstallées tombait un éersnd silence.Marguerite.au- descans .delle.devipait la solitude mu c£ parfumée du jardin sauva- 8.Les aromes des plantes s'exaspé- raiont dans la fraîcheur du soir.Elle sentit son coeur s\u2019amallir ef comme se dissecudra parmi l\u2019haleine trop suave des fleurs.Les effluves des orangers montaient avee tant de force qu\u2019en les aspirant zes lèvres crayaient percevoir l'effleurement d\u2019una caresse douce à défaillir.Les sauges, le romarin.la lavapde.dévarant les pelouses.l\u2019enveloppaient de leurs exhalations Acres comme le scuffle drs solitudes bralées et désortes.Une odeur légère de térébenthine flottait autour des géraniums arhorescents.Des roses invisibles s\u2019é- fuillaient.pétalr à pétale, parmi l\u2019abs- curité des massifs.Et, tout près de la jeyna frnime.le mimosa touffu évaporait dens espace le miel et l'encens de ses «ranpes d'or.Elle grisait son immense iristessc avec tous ces parfums, elle l'aggravait par tout» la désolation de cet infini silene-, clle l'enchantait d\u2019une promesse d'étornité \u2018ue dans les étoiles amies.Un appel veuait dans la nuit.\u2014 110 \u2014 Vol, 16, No 7 Descendait-il de ces soleils lointains, en un rêve de renaissance, de splendeur, d'immortelle compensation?Ou s\u2019élevait-il de la terre odorante, des fleurs fragiles.en une tentation de sommeil et de néant?.Tout à coup, Marguerite fut ébranlée d\u2019un frisson.Le froid de cette clai- LA REVUE POPULAIRE Montréal, fuillet 1928 s\u2019était entretenu que de la santé ou de l\u2019entraînement de ses bétes de chasse, de l\u2019état de la forêt et des ruses des cerfs, l'homme frère d\u2019armes de jadis, l\u2019être de vaillance et de dévouement qui avait partagé ses dangers et gardé à travers la vie, sous le silence du serviteur, son secret de re et glaciale soirée\u2014 presque encorè\\ sang et d'angoisse.une soirée d\u2019hiver\u2014la pénétra.Elle eut un mouvement instinetif pour serrer autour d\u2019elle le châle qu\u2019elle gardait encore sur les épaules.Mais elle se ravisa, sourit.D\u2019un geste rapide.elle écarta ce châle; puis elle ouvrit le jabot en dentelles de son peignoir.Autour de son cou minee, sur sa frêle poitrine seroués par la toux, glissa l\u2019air vif, embaumé.mortel.Elle resta ainsi plus d\u2019une heure.Quand elle rentra ¢i forma enfin les larges battants vitrés ses dents claquaient, ses membres tromblaient.Fl- le eut à peine la force de se traîner jusqu\u2019à son lit.XII Mon colonel m'a fait demander ?disait Codier, debout sur le seuil du vaste ol somptueux cabinet de.travail, au châfeau de Ribeyran.\u2014\u201cQui, mon ami, entre.Et ferme bien la porte surtout!\u201d Le premier piqueux s'assura par une poussée que le pêne était entré à fond dans la gâche.Puis il s\u2019avança vers le bureau, un massif bureau ministre en ébène à 'incrustations d\u2019étain.Et il s'étonna de rencontrer le regard de son maître chargé d\u2019une gravité particulière.Ge n'était donc pas pour l\u2019organisation d'une chasse, ou pour des achats de chevaux et de chiens qu\u2019on l'avait fait venir?Il s'immobilisa, raide comme au port d'armes, dans une attitude respectueuse; .\u2014\u2018\u201cAvance, Gadier.Co quo.j'at à te dire est très confidentiel, Ainiads-toi\u201d L'ancien soldat obéit, vaguoment tronblé.M.de Ribevran le cons déra un instant.avec une pénétration intense.comme pour rofrouver dans cet homme on veston nt casquette de volaurs, avec lequel, depuis des années, i] ne \u2014 111 \u2014 Sous cet examen, le visage bronzé de Cadier se fonga d'une rougeur.C'était là un signe d'émotion, non d\u2019embarras.Le marquis reconnut, sous ces traits que le respect tâchait de maintenir inexpressifs, toute l\u2019ancienne et inaltérable loyauté.Gadier, dit-il, sais-tu que Jean Valdret s\u2019est battu en duel?Et en sais-tu la cause?\u2014 Oui, mon colonel.La rougeur de Cadier s\u2019accentua jusqu\u2019au ton de la brique.Cette fois, M.de Ribeyran éprouva une inquiétude.L'homme avait tressailli comme sous un élancement de conscience.Le marquis n\u2019en fit pas à haute voix la remarque, mais fronça les sourcils et aiguisa d\u2019une interrogation le regard dont il transperçait le piqueux.\u2014-Mon colonel.commença (a- dier.\u2014AÂAchève, voyons.C\u2019est done toi, maintenant, qui as quelque chose à me dire?fit assez rudement son maître, en voyant qu\u2019il hésitait.\u2014J\u2019ai seulement à vous dire, mon colonel, que M.le vicomte de Mau- clain avait essayé de me faire parler à propos de la naissance de M.Jean.\u2014Toi?\u2014 Oui, mon colonel.\u2014Il savait donc que tu pouvais connaltre?.\u2014Son père, M.le comte, lui en avait appris beauçoup, mon colonel, et, entre autres, ceci, que je ne vous avais pas quitté pendant.(il cherchait sos mots) enfin pendant les mois avant.Qu'\u2019as-tu dit?.Ou plutôt, pardon- ne-mal.mon brave; se reprit M.de Ribeyran.qu\u2019a-t-il pu interpréter de ton silcnee?Car 11 est inutile de pro- toster de tr discrétion: je ne la mets pis ch doute. Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE __ ~\u2014Merci, mon colonel, s'écria Ca- dier, dont la poitrine se dégonfla comme si on lui ôtait un poids de dessus le coeur.\u2018Si vous saviez quel moment j'ai passé! Un monsieur savant comme M.le vicomte, qui s\u2019avise d\u2019entreprendre un pauvre diable pas malin tel que vous me connaissez, mon colonel, lui ferait renier sa part de paradis.\u2018\u201cCa-.dier, vous ne me donnerez pas le change, car je sais tout,\u201d qu\u2019il me disait: Et là-dessus de me raconter des histoires, auxquelles je ne pouvais dire ni oui ni non sans compromettre le secret de mon colonel.\u2014Oui, je vois.Mais pourquoi ne m'\u2019as-tu pas averti de cette tentative?Cadier fourna entre ses doigts sa casquette de velours.\u2014Mon colonel, il y a si longtemps que vous ne m\u2019aviez plus dit un mot de.de.C\u2019était comme enterré en vous.Jamais je.n'aurais osé.\u201d Il ne pouvait pas exprimer ce qu\u2019il éprouvait d'habitude devant le visage impérieusement fermé de son maître.Depuis des années aucune allusion n\u2019âvait entre eux ressuscité le souvenir.L'ancien ordonnance en arrivait à se demander s\u2019il avait réellement vu \u201cles scènes qu\u2019il retrouvait dans sa mémoire, ou encore si l\u2019étrange pouvoir mora] de son chef n'allait pas jusqu\u2019à supprimer, comme n\u2019ayant jamais eu lieu, Tes choses terribles d'autrefois.\u2014Enfin, reprit M.de Ribeyran, que s\u2019est-il passé entre toi et le vicomte de Mauclain?Sois franc.Je ne puis t'en vouloir si ta simplicité a été surprise.Il te suffit que je ne doute pas de ta fidélité.\u201d Cadier résuma leur conversation.Il n\u2019omit qu\u2019un détail: les promesses indéterminées mais positives avec lesquelles M.de Mauclain avait esssayé qu\u2019elle ne leur donne pas son sang, \u2014Ainsi, dit Ie marquis, tu lui as\u2026 donné à entendre que Jean n\u2019est pas - de tenter sa discrétion.mon fils?\u2014Pouvalis-je faire autrement, mon colonel?Il menaçait d'aller dire au lieutenant.-\u2014Ce que le lieutenant croit lui- même; et ce que j'ai failli lui laisser == 112 \u2014 croire, prononça le marquis en étudiant la figure de Cadier.L'homme, tout Œ'abord, ne comprit pas.Puis, comme si les prunelles magnétiques de son chef eussent déterminé l\u2019évolution de sa pensée, il saisit brusquement.\u2014Mon colonel! Oh! mais alors.\u2014Poursuis.\u2014Je n'ai rien & dire, mon colonel.~~ \u2014II ne fallait pas, mon ami, prendre cet air bouleversé.Qu'est-ce qui te trouble?Réponds.Je te l\u2019ordonne.Cadier balbutia: \u2014Mlle Odette.\u2014~Comment, toi aussi?fit le marquis aveciun recul de buste et une expression de visage qui glaça le piqueux.\u2018Toi, un soldat!.Toi qui t'es battu en brave.toi qui as vu !.Tu peux imaginer la fille de ton colonel mariée avec le fils d\u2019un.ennemi, du plus lâche de tous nos ennemis!\u201d Cadier ne répondit pas.\u2014 Mais parle donc ! Crois-tu me manquer de respect en t\u2019expliquant ?Sois tranquille: je ne t\u2019attridDucrai pas la présomption de vouloir me contredire ou me conseiller, ajouta le marquis avec sa facile hauteur.Je suis curieux de ton impression, parce que c'est celle d'un honnête homme et d\u2019un coeur dévoué.N'aie pas peur.Dis-moi ce que tu penses.\u2014DMon Dieu, mon colonel.Je ne sais pas bien vous dire comment je comprends les choses.Pour moi, le lieutenant Jean Valdret.c\u2019est un français, et un bon.Son père était Prussien ça.C'est un accident.\u201d Un irrépressible sourire courba la lèvre du marquis.\u2014Mais sa mère, poursuivit Cadier, était-elle bien française, celle-là?.Une mère, est-ce que ce n\u2019est pas elle qui met les nfants au monde?Est-ce son coeur?Alors quoi?Une belle de- moisells allemande ne voudrait donc pas non plus épouser M.Jean?Il serait donc comme une espèce de maudit entre deux peuples.parce que ces deux peuples se sont fait la guerre ?Pourquoi n\u2019appartiendrait-il pas au pays qui l\u2019a élevé, qu\u2019il aime, qu\u2019il sert Montréal, juillet 1923 nf \u201cae wile JO Vol.16, No 7 loyalement et dont il porte l\u2019uniforme?Crédité.mon colonel, sauf respect, moi je considère la mère de cet enfant-ià comme une sainte et une victime, et lui comme un officier qui marchera sur vos traces, et l\u2019être que je respecte le plus sur la terre, après mon colonel et Mlle Odette.\u201d M.de Ribeyran avait d\u2019abord songé, en prolongeant son ironique sourire, que le pauvre Cadier ne possédait que des notions extrêmement vagues sur l\u2019hérédité et la race.Mais ce dédain de sa supérieure raison s'effaca devant quelque chose de profond et d'ému qui se souleva en lui.Un étonnement le prit de découvrir, dans le domaine inconscient de son âme, comme un obscur acquiescement.ll demeura pensif.Sa voix.en effet.se brisa.I] passa le revers de sa main sur ses panpiè- res.Octte émotion mâle et sobre remua le marquis plus que les attendrissements féminins devant lesquels il s\u2019était raidi.Et quels souvenirs évoquait l\u2019ancien compagnon de ses dangers et de ses douleurs ! C'était la puissance émouvante du passé.où la vision de nous-mêmes lcls que nous ne serons plus prête un- si poignante magie même aux pires tortures de jadis.Sur les prunelles d'acier les cils battirent.Puis.d\u2019une voix qui se faisait confiante dans ses intonations basses et alenties, M.de Ribeyran prononca: \u2014\"\u201cLa pauvre morte!.J'ai fait tout ce que j'ai pu pour elle.Mais de quelle vivante veux-tu parler?\u201d Gadier répondit bravement : \u2014De Mlle Odette.\u2014Enfin, s\u2019écria le marquis redres- LA REVUE POPULAIRE Montréal, Juillet 1928 moi.Comment vous dire?J'ai su qu\u2019ils s\u2019aimeraient avant seulement qu\u2019ils s\u2019en soient aperçus eux-mêmes.Et ça me faisait plaisir, parce que deux coeurs comme ça, il n\u2019y en a pas souvent la paire en ce monde, et si ces coeurs-là s\u2019entendaient pas à travers des beaux et jeunes visages!.Mais, pardon, mon colonel.je ne dois peut-être pas.Vous m'\u2019aviez commandé de parler.Pourtant, j'ai idée que je passe la permission.\u2019 Pour ce cerveau fruste, une telle conversation semblait incompatible avec le respect qu\u2019il professait envers son maître.Cadier avait certes plus souci de la distance entre eux que le marquis :ui-même.D'ailleurs, la difficulté de s'exprimer le paralysait.N'ayant\u2018 pas dans son vocabulaire des nuances correspondantes à ses sentiments, il éprouvaït la gêne qui contraint les gens timides appelés à discourir dans une langue qu\u2019ils connaissent imparfaitement.L'injonction for melle du marquis et sa propre émotion avaient seules pu lui suggérer une manière d\u2019éloquence.Il avait hâte de rentrer dans le mutisme un peu farouche d\u2019où il ne sortait guère que pour s\u2019entretenir des choses de sa profession.Ce sujet-là, il - le connaissait bien; les mots alors ne lui manquaient pas.Mais ce qu\u2019il appelait les paroles de romance, n\u2019étaient pas dans ses cordes.Jamais il n'avait voulu se marier, jamais même il n'avait, comme on dit dans sa classe, fréquenté\u201d aucune jeune personne.Le oman de son maître avait absorbé ses facultés sentimentales, le secret qu'il portait\u2019 lui scellait le coeur.Peut-être la défiance de ce qu'il pourrait révéler sous les caresses sé, elle ne t\u2019a pas fait de confidence, : d\u2019une femme ne lui inspirait-elle cette je suppose! :\u20182# réserve un peu sauvage.Il n\u2019en savait \u2014\u2014Oh! non, mon colonel.Mais:jus- rien.Il ne raisonnait pas l'influence Ju tement, parce que je ne suis qu\u2019un pauvre homme bien simple.un domestique que les jeunes maîtres tutoient quand ils sont petits.je me trouve plus près des enfants qu\u2019un chef comme mon colonel.Et je les ai vu grandir.M.Jean et Mlle Odette.Je jouais avec eux, ils bavardaient devant e= 113 \u2014 qu\u2019avait pu exercer sur son caractère et sur sa vie le drame où il avait joué un rôle.Depuis les heures lointaines et si soigneusement ensevelies, jamais Ca- dier n'avait été secoué par une émo- lion aussi puissante que celle de cet entretien dont le but lui échappait., BAL abi Us iia Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 Comment aurait-il pu croire que ses phrases incorrectes, hésitantes et gauches touchaient jusque dans les plus secrets replis du coeur ce chef dont l'intelligence et la fierté le dominaient de si haut?Comment se fût-il douté que sa naïveté même était une force?Comment eût-il entrevu les sources bienfaisantes qu\u2019il faisait jaillir, ni mesure les rocs d\u2019orgueil qu'il ébran- ait?., XII Devant les mêmes objets, presque dans la même attitude, parmi les teintes sombres et les lignes sévères de son cabinet de travail, M.de Ribeyran se tenait de nouveau le lendemain.Son regard, qui, par furtifs éclairs, se dirigeait vers l\u2019une des hautes portes en bois oncé comme les lambris et sans portière, trahissait l\u2019attente.Mais cette fois ce n\u2019était pas Cadier qu\u2019il avait fait mander auprès de lui.Malgré sa maîtrise de lui-même, l\u2019anxiété perçait dans la contraction de ses sourcils, les tressaillements légers de son corps et, par instants, le pianote- ment impatient de ses doigts.On frappa.Le moment était arrivé.L'agitation inaccoutumée de ses nerfs cessa.Il retrouva l\u2019impossibilité extérieure et même l\u2019impénétrable tranquillité de ses yeux.Il cria : \u2014 Entrez! Jean Valdret parut.Quoique ces deux hommes eussent à entendre ou à se dire, la scène serait brève et calme.Un tel sentiment du tragique était en eux et une telle volonté de maintenir leur fierté supérieure à tout, que rien ne pouvait les ébranler ni les surprendre.Leurs paroles furent rapides et simplest\u2019appeler de ce nom, à ensevelir ainsi ce qu\u2019il y a de douloureux pour toi et pour moi dans le passé, à le sceller par un mot irrévocable.Je ne m\u2019en Suis pas reconnu le droit.\u201d Jean était préparé à cette déclaration, Il avait reçu la lettre de Margue- , qs \u2014Jean, prononga M.de Ribeyran, - .* \u201ctu n\u2019es pas pas mon fils.J'ai songé à rite.La joie immense de pouvoir aimer Odette n'éclata done pas brusquement en lui pour le terrasser.Toutefois, il sentit comme des chaînes qui lui tombaient du coeur.Tant que le marquis n'avait pas parlé, il doutait.Maintenant son âme se dilatait aux mots de délivrance.Mais son visage ne changea pas.Que dire, en effet?Il se tut.M.de Ribeyran souleva le médaillon posé devant lui sur son bureau.Le bout d\u2019une chaîne fine et brisée pendait.Par une intuition singulière, Jean remarqua d\u2019abord cette trace de violence.M.de Ribeyran, qui observait ses yeux, vit ce qui le frappait.Lui-même jusque-là n\u2019y avait pas fait attention: Cadier, dans sa hâte.le soir fatal, avait dû arracher le bijou.Quel détail à évoquer en ce moment! -\u2014Regarde ce portrait.(Le marquis erut entendre une autre voix que la sienne : pourtant l\u2019intonation n était seulement grave et basse.) \u201cC'est la mère de ton père.Au revers, lis la dédicace: tu connaîtras celui dont tu es le fils.\u201d La main de Jean tremblait un peu sur le fermoir.Il ouvrit.La crainte d\u2019une honte lui contractait la poitrine.Sa respiration s\u2019arrêia.Puis soudain le souffle revint, ample et profond.Ce nom sonore, aux syllabes vaillantes, cette écriture délicate, ces mots de confiante tendresse.Cela respirait l'élégance et l\u2019honneur.Il dit à mi-voix: \u2018Henri de Cantri.\u201d\u2019 Puis il retourna la miniature et contempla les traits de cette femme.sa grand- mère ! Mais ces gens l\u2019ignoraient.ne voulaient rien être pour lui.Il s\u2019endurcit comme eux, releva la tête.Et froidement : \u2014Vit-il encore?; M.de Riheyran dit: \u2014Non.Le jeune homme songea qu\u2019alors il n\u2019était pas lui-même dédaigné volontairement.Mais, tandis qu\u2019un tourbillon de pensées l\u2019oppressait, il vit entre ses doigts une lettre.D\u2019un geste machinal il venait de la prendre.= 114 \u2014 5 A Vol, 16, No 7 Montréal, juillet 1928 \u2014\u2014Lis-la, disait le marquis.Tu coñr prendras.Jean examina la suscription, puis la rapprocha de la dédicace du pot- trait.Ses veux allaient de l'un à l\u2019autre.Les-mots allemands, le titre de capitaine, la direction de la lettre, les timbres à date peu à peu prirent une signification.Ce fut comme quelque chose d\u2019effroyable flottant sous un nuage.puis se dégageant, surgissant, devenant distinet.Mais non.ce n\u2019était pas possible!.Comment croire?I] se tourna vers le marquis.M.de Ribeyran se tenait accoudé sur son bureau, le visage dans ses mains.Attitude plus significative que toutes les révélations.Ainsi donc cet homme d'un orgueil si haut ménageait son orgueil à lui, se voiiait les yeux pour ne pas le voir pâlir \u2018et souffrir.Une ivresse d'énergie souleva Jean.\u201cQu\u2019il me regarde! se dit-il.\u2018Après tout, je suis moi-même.Je ne faiblirai pas plus que lui.\u201d Puis d'une voix nette: \u2014Mon colonel.Le marquis redressa le front.\u2014Ce que François de Mauclain m\u2019a jeté à la face, c'était donc vrai?\u2014\u2018\u201c\u201cNon.mille fois non.N\u2019as-tu pas lu ?\u201d : \u2014Je n\u2019ai pas besoin de lire.Je vous demande à vous, marquis de Ri- beyran, la vérité.Suis-je le fils d\u2019un officier allemand?\u2014Tu es le fils d'un officier allemand mais de descendance française et portant un nom français, Henri de Cantri n\u2019était pas de race prussienne.Il était né dans le grand duché de Bade.d\u2019une mère qui lui parlait français et lui apprenait à aimer la Farnce.C\u2019est ce que tu devais voir dans cette lettre.\u2014Mauclain que sait-il?\u2014Rien.C\u2019était une reconstitution ne reposant sur aucun indice précis, sur aucune preuve.Il n\u2019y croyait sans doute qu\u2019à peine, il n\u2019y croit plus au- jourd\u2019hui, après les démentis que lui ont infligés mes décisions et mes démarches.\u2014Ma naissance est donc vraiment un secret?\u2014 115 \u2014 -\u2014C\u2019est un secret tel, que je pou- vals\u2014que j'ai voulu un moment\u2014te faire passer pour mon fils.\u201d Ce mot évoqua pour Jean l'image d'Odette.Qu'elle était loin de lui maintenant!.Il comprenait l\u2019opposition du marquis, la lutte, les duretés inexplicables.Et il ne savait pas tout.Car cet homme qui lui dévoilsit sa funeste origine, cet homme avait aimé sa mère! À cette idée une horreur le saisit.Il n\u2019osa plus questionner, resta muet.Alors M.de Ribeyran parla.\u2014Eceoute-moi Jean.Ton patriotisme est sauf.1] est bien faible le filet de sang allemand qui coule dans tes veines.Rien ne peut atteindre ton honneur d\u2019officier français, car personne au monde.tu m\u2019entends bien, ne contestera jamais ta nationalité.Mais, entre nous.il y a autre chose.Ta mère et moi nous nous sommes aimés de la facon la plus absolue, la plus haute.Mais ton père est venu\u2018et me l\u2019a prise.Il me l\u2019a prise par violence.Elle mérite ton respect comme le mien.mieux encore: ton admiration, Elle a bravé !es pires dangers; elle a été victime.Elle en est morte de douleur.\u2014Ah! murmura Jean, je suis dono le fils d\u2019un lâche! \u2014Tu es le fils de la plus noble des femmes et le descendant d\u2019une lignée de soldats.Les Cantri furent toujours braves.\u2014\u2014-Merci, mor cslonel, dit le lieutenant avec un as\" sourire.Une immense tristesse se peignit sur les Jeunes traits mâles du lieutenant.Quel effort devait coûter au marquis cette phrase de\u2018 bienveillance envers jui.le fils de l\u2019Allemand, le fils du rival exécré, du brutal larron d\u2019amour! De quelle pitié dédaigneuse elle \u2018surgissait sans doute et à quelle distance elle le maintenait, cette phrase de lointaine protection! Son avenir ¢ Quel avenir envisagerait-il en dehors de ce qui avait rempli sa vie, enthousiasmé sa jeunesse: son dévoueement fanatique pour le chef prestigieux, sa tendresse filiale pour la marquise Pauline, et son amour.ah! son ingués BARU RL Hatt ta as Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 rissable amcur pour Odette!.Au- jourd'hui tout s\u2019écroulait.s'effnndrait sous un vent de désastre, sous le souffle d'abomination qui montaif du passé |! Et comment Jean Valdret eût-il pu concevoir autre chose, pressentir le sourd travail qui s\u2019opérait dans l'esprit dit marquis?Qui donc lui eût dit que ce nom de Cantri n'était connu que depuis la veille par son colonel et que celui-ci l'avait accueilli comme le rayon qui dissipe un cauchemar?Ainsi cet enfant considéré si longtemps comme le fils d'un Prussien.avait dans les veines une large dose du plus pur sang français! Il descendait d\u2019un compagnon d\u2019armes et du sauveur même d\u2019un Ribeyran ! Cette découverte, faite après tant d'assauts sous lesquels pliait sans le savoir son âme ébranlée, avait produit un effet extraordinaire sur le marquis.Si inflexible qu'il se croyait, ne gardait-il pas, comme une rosée dissolvante au fond du coeur, tant de larmes discrètes, de paroles douces, de suggstions humbles?Ne craignait-il pas pour sa fille?Maintenant il la savait capable d\u2019une résolution désespérée.D'ailleurs.à chaque expérience nouvelle.son estime pour Jean grandissait.Et.plus que dey,tous ces mobiles secrets, dont il subissait l\u2019action.M.de Ribevran s\u2019étonnait encore du singulier émoi ressenti ia veille aux paroles de Cadier.Ces phrases sans artifice.cet accent rude et brisé.cette générosité simple de soldat.pourquoi donc tout cela vi- brait-il au fond de lui-même en une répercussion qui ne s'éteignait pas?Jean ne pouvait avoir aucune idée d\u2019un pareil état d'âme.Il ne mesurait que l'abîime creusé entre eux par la redoutable confidence.Sa main replia.sur le médaillon la lettre qu'il tenait toujours et qu\u2019il n'avait pas lue.Sen regard tomba sur le porte-cartes d\u2019où elle avait été tirée.\u2014C\u2019est tout ce que vous aviez à me remettre, mon colonel?\u2014 Prends aussi ce porte-cartes.\u2026.Mais tu n\u2019y découvriras rien de plus.D'une lèvre glacée le jeune homme demanda : \u2019 \u2014Puis-je me relirer, mon colonel?\u2014Va, dit le marquis avec un léger sursaut.> M.de Ribeyvran suivit des yeux ce grand garcon droit sous son dolman, et dont le calme commencait a déconcerter sa propre force d'âme.Où allait-il ainsi avec le mystère de son chagrin?Pourquoi donc ne s'éait-il ni ému.ni affligé.ni indigné?Etait-ce possible qu\u2019il eût pris en soudain dégoût une existence issue d\u2019un désespoir et l'in crime?Savait-on quelles conclusions violentes et fataies pouvaient s'imposer à un coeur de vingt- trois ans trop subiilement délicat et fier.et d\u2019ailleurs saignant d\u2019une cruelle plaie d'amour?\u2014Jean!.C\u2019était la voix du marquis résonnant dans la vaste pièce.Mais l'inflexion en était singulière.La syllabe se fondit avec douceur.\u2014Mon colonel?\u20140t vas-tu, mon ami?\u2014Au quartier, mon colonel.\u2014-Ce n'est pas ce que je veux dire.Viens ici.Parle-moi.Que comp- tes-tu faire?Le jeune homme retourna de deux pas.Il vit une expression changée sur le visage de-son chef.Ou donc était cette haine contre laquelle son orgueil s\u2019était âprement raidi?Où donc cette impassibilité devant laquelle sa propre impassibilité se dressait?il balbutia: \u2014~Ce que je compte faire, mon colonel?.\u2014Oui.Tout à l\u2019heure je te parlais de {a carrière.J'ai cru que tu me comprenais.Mais je ne t'en ai pas dit assez.Ecoute, Jean : le vie Trouble, cavail élevé des barrières entre l'enfant que tu étais et moi-même.Ce que j'ai fait pour toi.je ne l'ai fait que par devoir.Tu n'as senti que ma dureté.Mais maintenant tu es un homme; tu as créé ta personnalité; ce ne sont plus les autres que je vois en toi, c'est toi-même.Eh bien.mon ami, l'homme.le soldat que tu es.a toute mon estime.et - je veux que tu le croies\u2014-mon affection.\u201d TS Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montrsa!, juillet 1928 La voix expressive du marquis ap- uyait sur certains mots; ses prunel- es à présent se laissaient pénétrer ; un charme émanait de lui.Et il continua avec une nuance revenue de commandement: \u2014\u2018\u201cJe désire savoir ce que tu penses.Je m'intéresse à tes projets.\u201d Une buée embruma les yeux de Jean; ils prirent la splendeur mouillée et attendrie des yeux de femme.Et leur contraste avec la masculine énergie des paroles toucha M.de Ribeyran.\u2014\u2018\u201c Mon colonel, votre estime et votre affection me sont plus précieuses que ie ne saurais vous dire.Vous êtes mon maître, mon modèle.J\u2019espère être toujours digne des sentiments que vous veñez de m'\u2019exprimer.\u201d M.de Ribevran le regarda un instant avec pénétration.Puis il prononça d\u2019une voix lente, de cet air souverain qu\u2019il adoptait inconsciemment, et comme s\u2019il eût disposé de royales fa- | Veurs: \u2014 \u201cAs-tu quelque chose à me demander?\u201d Jean devint pourpre, puis, brusquement, tout à fait pâle.Et il rendait regard pour regard, avec la même intensité.Certes, cet homme avait sur sa destinée plus de pouvoir qu\u2019un roi; il lui dispenserait s\u2019il le voulait la plus grande somme de bonheur concevable.Etait-ce possible qu\u2019il ouvrit à son espoir?.\u2026\u2026« Mais quelle pensée de démence! Le jeune homme recula devant le piège de son imagination.\u2014 \u201cMon colonel, vous pouvez obtenir ma permutation dans le corps expéditionnaire de Madagascar.\u201d M.de Ribevran eut une respiration profonde.H avait craint une plus pré- | somptueuse prière.Il dit vivement: \u2014\u2018\u201c\u201cAinsi tu veux partir?.C\u2019est toujours ton intention?patrie bien-aimée.Je veux remplir le voeu de ma mère.Là-bas, si mon sang coulé, on verra qu'il est français.\u201d La jeune emphase des mots, la vibrante ardeur plurent à M.de Ri- beyran.Mais ce qui le frapppa plus doignait, et s\u2019éloignait ser \u2014Plus que jamais, mon colonel.\u2018 un\u201d J\u2019ai hâte de servir ma patrie, ma seule\u2018 = 117 favorablement encore, ce qui jui sem- w> bla d\u2019une rare, d\u2019une\u2019 admirable valeur morale.ce fut l'acceptation hau- laine et simple du destin.Jean, d'un\u2019: i coup d'ocil, avait jugé nettethont, avéc des conséquences.Le pasdé fermait l\u2019avenir à son amour.il ne récriminait pas.I] prenait le parti hércïque: il s\u2019é-, - | parler.; \u201cIl a, en vérité du discornement et // de la hauteur d'Âme,\u201d senroa M.Ribeyran.| .Et, dans le secret de lui-rcême, il\" ajouta cette phrase, énorme pour cet | esprit que séduisnient Irs seules vers tus séculaires et les fiertés héréditaires du sang : sd \u201cAh! il est des nôtres.\u201d \u201c8h Alors son sourire plongea très doucement dans les beaux jeunes veux où.ii voyait étinceler la fougue, l'intrépi- 1, dité, la fortitude altière de res vieux?Cantri du scizième siécle dont l'un ai sauva son aïcul.1 q \u2014\u2014\"C'set bien, mon enfant,\u201d dit-il, \u2018° Je tapprouve pleinement.Compte sur!\u201d moi.On envoie à Madag&scär un esca= \u20187 dron de cavalerie.un seul, et de chasseurs précisément.Je prends sur moi\u201c de te promettre que tu en feras par- 14 tie.Tu n\u2019auras pas de peine à y rem- \u201d plir brillamment ton devoir.Tu es,\u2019 vaillant devant la vie: c'est plus diffi- 4° cile que d\u2019être vaillant devant la mort.* Le 1 2\" _ Un matin, comme la petite servante * de Marguerite Valdret venait d\u2019ouvrir, Ï les volets dans ta chambro de sa mai-\"! tresse elle regarda vers le lit et s\u2019écria: \u2014 \u201cJésus! madame.Est-ce que; vous êtes plus mal?\u201d ; Marguerite était assise, mais elle nés\u2019appuyait pas contre les oreillers.On pe * 3 5% ~ 5 les plâcait tout droits et soulevés par düssim parce qu\u2019étendue sur 18°\" : dof \u2018@fle ne respirait plus.Pourtant ils\u2019?s\u2019enfonçaient trop encore,:ét maintenant, courbée en avant, ses genoux \u201d ramenés vers le busté, elle haletaif.3 Sous la batiste de la chemise, plaquée par la sueur, ça délicate épine dorsale\u2019 dessinait les fines vertèbres.Ses bras HE + \u2019 I a Pot les causes révéldes, Penchainement\u2019 { de\u2019 | i i J.io i fe: a in 2: 9 a 8 Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 pendaient, comme brisés, les mains si blanches qu'êlles se distinguaient à peine du drap.Les cheveux dénoués coulaient jusqu\u2019à ses reins, en un grêle et pla! ruisselet d\u2019or.Dans le silence ed la chambre hoquetait son souffle court.\u2014\u2018\u2018Macdame.souffrez-vous?Par- lez-mo:.Faut-il aller chercher le médecin?\u201d La malade leva la tête.Ses yeux s'ouvrirent.démesurément élargis entre le double enfoncement des tempes, de part et d\u2019autre du nez aminei et au-dessus des b!lêmes joues creuses.ils saillissaient un peu hors des orbites.Le gris tendre des prunelles était voilé comume de l\u2019eau sous une imperceptible couche de glace.La malade murmura: \u2014\u201cAllez tout de suite au télégraphe.Il faut qu'il vienne.Je veux le voir.\u2014Le médecin, madame ?Je vais courir chez lui.\u2014Non.non.pas le médecin.\u2014Mais qui donc?\u2014Monsieur Jean.\u2014Oui, madame, j'y vais.Mais je chercherai aussi le.médecin.La bonne savait l'adresse du lieutenant Valdret.Elle avait mis à la poste assez de lettres dont elle renonçait à étudier [a suscription, parce que c'était toujours la même.Elle rédigea la dépêche.C'était inutile, car la veille Madame en avait fait porter une.Elle pensa bien faire d\u2019écrire dans les mêmes termes : \u201cSuis très mal, venez \u2014 Marguerite.\u201d Probablement le lieutenant était dé- ja en route.© Quand elle rentra, la bonne trouva le médecin auprès de Madame.; Une voisine l'avait introduite dans l'appartement.Il dosait un liquide dans une petite seringue dont le cylindre était gradué.Ensuite il y vissa une canule fine et pointue comme une aiguille ct qui trempait dans un bain antiseptique.Marguerite réclamait les piqûres.Aussitôt après, elle recouvrait un peu de force.Elle ne vivait plus qu'avec Ce soutien.Ta \u2014\u201cAh! docteur.,\u201d soupira-t-elle en hochant la tête, \u2018vous ne m'en ferez plus beaucoup.C'est fini, n'est-ce 9 3 pas ?Je ne vous en ferai plus quand vous serez guérie.\u2014Oh! guérie.\u2026.Le navrement d\u2019un sourire glissa, s'effaça, sans qu\u2019eût changé la tristesse fixe des yeux.\u2014\u2018\u201cMais, chère madame, vous n\u2019êtes pas raisonnable.Pourquoi voir les choses en noir?Il n'y a pas deux, semaines que vous avez pris le lit.Un peu de patience.\u201d Dans la pièce japonaise qui servait d'entrée, parmi le parfum mourant du grand mimosa presque défleuri, le médecin, d\u2019une voix basse, dit à la bonne: \u2014\u2014À-t-elle des parents, votre maîtresse ?\u2014Elle a son cousin, M.Jean Val- dret.\u2014Ïl faudrait le prévenir.\u2014Le prévenir de quoi?dit la jeune fille effarée.Vous assuriez à Madame qu\u2019elle guérirait.\u2014Eh! certes! fit le médecin avec un gesto d\u2019ennui.Mais appelez ce monsieur le puls tôt possible, ou don- nez-moi son adresse.\u2014Oh! quant à ça, monsieur, il viendra.Jo lui ai encore télégraphié ce matin.Mais dites.n'est-ce pas?Madame ne va pas mourir! Cette dernière phrase monta en un cri aigû, puis se brisa dans une explosion de sanglots.Le médecin saisit le bras de la bonne et l\u2019entraîna sur le palier.\u2014\u2019\u2019Taisez-vous.malheureuse !\u2019 Il le calma.Elle frotta ses yeux avec le coin de son tablier.\u2014 \u201cAllez la sôigner, votre mai- tresse.Ne lui montrez pas d\u2019émotion.Et si que'que chose vaus inquiète, venez me chercher.à n'importe quelle heure du jour et de la nuit.Mais il faut avoir l'air gai si vous voulez que Mme Val!dret guérisse.\u201d Le temps de retraverser les deux pièces, la petit bonnz avait repris son rcoeirnec, Toit en avant une peur terrible de là murt, elle n'y croyait LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1928 .pas.Jamais elle n\u2019avait vu mourir.Ça ne devait pas arriver comme ça tout à coup, à une personne qui vous parlait il vy a cing minutes.Et elle vint de nouveau faire rayonner dans la cham- bro sa fraiche santé de paysanne, sans que son regard, allant du miroir où brillait son teint de pêche mure au frêle ivoire de la pauvre face mourante, lui révélât dans un frisson le sens lugubre du contraste.\u2014Ecoutez, petite, lui dit sa mai- tresse quelques heures plus tard, \u201cje me sens mieux.Aidez-moi à passer ün peignoir; puis vous\u2019 m\u2019installerez à côté, sur la chaise\u2018longue, près de la fenêtre.je regarderai le jardin, je verrai les fleurs.\u201d Il y eut une faible protestation.N'était-cçe pas une imprudence ?Si Madame allait avoir une syncope?En tout cas, il faudrait fermer la croisée.\u2014Au contraire, haleta Marguerite, j'étouffe.j'ai besoin d'air.Elle se traîina jusqu'au boudoir.Et elle sourit de joir en revoyant le cadre si frais d\u2019étoffes claires sous la lumière verdie que filtraient les plantes grimpantes.On put laisser le bow-window à demi ouvert: l\u2019atmosphère était plus chaude au dehors.Une splendeur de soleil ruisselait sur le désordre embaumé du jardin.Le silence y paraissait plu: profond dans cette lourdeur de clarté Même sous la fine chevelure des peivriers, sous les éventails des cameerops.sous la verdure immobile et métailique des orangers.l'ombre ne parvenait pas à être noire : on y voyait scintiller des paillettes d\u2019or.Et dans cette gloire de lumière, le vertige des parfums montait.\u2014Apportez mon miroir, demanda Marguerite.après être restée quelques minutes sans un geste, accablée d\u2019épuisement.sur 'a chaise longue.La bonne soufint devant elle une glace étreite oo endre de vieil argent: Alors con nienca une opération longue of labaricuse.Marguerite voulut arranger elle-méme ses bandeaux, velouter l'un nuage de poudre rosée son visag> moi\u201d n° fi*vre.mettre une teinte de rouge à ses lèvres sèches.Après chaque geste de ses bras, elle devait prendre un instant de repos.Ah! quel travail d\u2019Hercule ! Jamais elle n\u2019irait jusqu\u2019au bout sans défaillir.Mais elle savait que le train de Marseille arrivait à quatre heures.Si Jean venait aujourd\u2019hui il serait bientôt là.Et elle trouva l\u2019énergie d\u2019achever sa suprême tâche.- \u2014 \u2018Oh! que madame est jolie ainsi recoiffée, dans son beau peignoir de dentelles, et contre les feuillages de la croisée! On dirait un tableau\u2019\u2019, s\u2019exclama la servante.\u201cMadame a tout à fait bonne mine.\u201d C'était presque vrai.La volonté qu'ont les femmes d'être belles pour l\u2019homme qu\u2019elles aiment les transfigure.Kt celle-ci ne craignait dans la mort que la déchéance de sa grace.\u2014Oh! songeait-elle, \u2018pourvu qu\u2019il vienne aujourd\u2019hui.Demain, je n'aurai sans doute plus la force.\u201d Un instant après il était devant elle, \u2014Me voilà.Chère mignonne amie que se passe-t-il?.Vous m\u2019avez fat grand'peur.Elle lui en fit plus encore, car l\u2019émotion la secoua trop violemment, Elle s\u2019évanouit.Jean se désolait.Et, tout en aidant à la faire revenir, il posait des questions à la bonne.Quelle était la cause de cette rechute brusque ?Pourquoi ne l\u2019avait-on pas averti plus tôt.Car, jusqu\u2019au télégramme de la veille, Marguerite lui avait caché son état.La jeune fille ne donna guère d'explications.Madame s'était enrhumée un soir.à la fenêtre.Alors elle s'était mise à tousser.Le médecin venait tous les jours.Ce matin il avait dit qu'elle guérirait bientôt.Jean contemplait avee une tristesse infinie ce visage ravagé, où l\u2019évanouissement/ressemblait à la mort, et dont le désastre l\u2019épouvantait malgré les touchants artifices de coquetterie.Enfin Marguerite revint à elle, eut un sourire d\u2019extase.Une flamme singulière ressuseita sa beauté.Et le jeune officier reprit espoir, crut qu\u2019il s'était effrayé a tort.D'ailleurs, elle ne voit lut pas qu'on parlât de sa santé.D\u2019aus tres sujets la préoceupaient, \u2014 119 \u2014 i: LA Rt Hi if i} H HY 48 3 i 1H Vol 16, No 7 LA REVUE - POPULAIRE Montréal, juillet 1923 J \u2014\u201cDites-moi tout,\u201d fit-elle.\u201cVos lettres m'ont renseignée bien vaguement.Vous avez, mi écriviez-vous, la preuve que vous n\u2019êtes pas le fils du marquis de Ribeyran.Quel est donc voirs nère?Je n'ai pas de père, il est mort,\u201d répliqua Jean.dont la voix, involontairement.so dureit.\u2014-\u2018Veus ne voulez pas me dire?.\u2026.Pourtant.il n'irait pas loin, votre se- crel.Et il serait bien gardé,\u201d ajouta- t-elle avec mélancolie, car elle songeait: \u201cOh! oui, dans le tombeau.\u201d \u2014\u2018\u201cJe n'ai pas de secret pour vous, chère fidèle amie.Mais mon père fut coupable.J'e n\u2019ai pas le droit de parler de lui.\u201d Il v eut un long silence.Marguerite avait appuyé sa tête et fermait les yeux.Jean s\u2019inquiétait.Puis il l'entendit murmurer: \u2014\u201cAlors vous n'êtes pas son frère?.\u201d Et plus bas encore, dans un souffle à peine perceptible: \u2018Comme elle sera heureuse!.\u2014 Hélas! dit Jean, \u2018il m\u2019est interdit de l\u2019aimer.\u201d Marguerite rouvrit les yeux, les fixa sur lui avec stupéfaction.Puis elle eut un léger rire, un peu lugubre.\u201cAh!\u201d reprit-elle, \u2018\u2018est-ce que c\u2019est ossible?Si vous l'aviez entendue! t vous-même ! Je comprends tout maintenant.Vous étiez comme possédé d'amour.Oh ! l'amour semblait votre respiration même.Vous brûliez les coeurs qui vous approchaïent.\u201d Elle mit dans cette phrase quelque chose d\u2019ardent, de farouche et de chaste.Comment avouer mieux et le plus délicatement son supplice ?Jean frémit de sympathie et de regret.Mais ne souffrait-il pas autant qu\u2019elle-même?Ah! le fatal pouvoir, le cercle magique, I'Invincible Charmel.,.Dou vient cette sélection itmpérieuse qui parmi tous les êtres désirables nous en fait élire un seul, puis le rend indispensable, à notre coeur, à nos regards.à-nos baisers, \u2014 indispensable au point que si nous ne le possédons pas, nous préférons mourir?Et cette - \u2014- Bi meurtrière puissance, c\u2019est le piédestal formé par tant de tombeaux qui du fl; besoin à fait un dieu.ire: \u201cJean avait pris la main de Margue- WF rite, qui trembla dans la sienne com-W_ me un grêle oiselet tombé du nid.Il yBj; mit un baiser.La malade sourit.divi- Mn nement.Puis, le voyant triste, elle dit Mi avec un éclair d\u2019animation et d'un ton J presque enjoué : Bou \u2014*\u201cAllons, égayez-vous, bel amou-g'l reux.Car, je vous le prédis, vous\u2018 serez le mari d\u2019Odette de Ribeyran.fk Vous et elie étes de ceux que le destin ne sépare pas.Une force vous entraîne##\" l\u2019un vers l\u2019autre.Tenez, savez-vous cof iid qui m\u2019étonne!.C'est que.puisque\" vous voilà ici, elle, qui vient souventff «di depuis notre première entrevue, n\u2019aitgffl im pas eu le pressentiment de votre pré-dfllélen sence.Oh! mais rassurez-vous.[uu Elle ne tardera pas.Elle me sait bieng! li mal.Elle voudra prendre de mes nou gilli velles.% an \u2014 Marguerite.balbutia Jean, \u2018\u201c\u2018voug#-=\"h' ne m\u2019aviez pas dit.Je ne me doutaigffiter pas.\u201d sil).AN La malade hocha la téte.Sur sa bou pi, i che pâle où le sourire devenait trem.\" blant et convulsif, dans ses larges prufg, nelles troubles, se réfléta toute l\u2019ab# négation du sacrifice.Le jeune hommdy courba le front sur la main fluette qu\u2019 iff\u201c Vi tenait toujours.Et tous deux gard dèrent le silence.po Dans l'air odorant et léger qui mon, \"= : tait du jardin, un coup de sonnett@k Mi tinta.On entendit des portes s'ouvrir - Jean sentit son coeur s'arrêter -de bat@£ \u201c\u2018vr tre.Il suffoquait d'une joie indiciblog ki délicieusement douloureuse.PCA Mlle de Ribevran parut.La sensadf à tion de sa présence éclata foudroyan4- i: te, et comme irréalisable.Mais ¢\u2019é4f My taient bien les lignes adorées de s@ff \u2018-\u2026 personne, mouvarito sous les délicatedf wi étoffes, l'ovale suave de sa face, s@ \u2018+, bouche, ses yeux.l'ombre brune dd} sa chevelure.Sur le seuil de la cham-f\u2026.«, bre sa beauté resplendissait.Et ellgl restait inierdite.car la servante n@\u2018tta, l'avait pas avertie que M.Valdret s@f\".torture d\u2019amour est ce qu'il y a de trouvait là.gun) plus noble dans l\u2019amour.C'est la Enfin leurs doux noms s\u2019exhalèren#f ij J \u201cRik \u2014 120 \u2014 i LT , No 7 Montréal, iuillet 1928 ns l'élan de leurs coeurs l\u2019un vers autre: \u2014Jean!.\u2014Odette!.\u2026.Hs se rapprochèrent, se dirent de hnales phrases, cär toute leur pensée ait dans leurs veux, qui se contem- aient ardemment.Ils oubliaient la ourante.Mais Odette, avec un sur- fut y pensa la première.Tous deux 8 tournérent vers Marguerite.i Elle les regardait à travers d'intra- i f isibles larmes.Quand elle se vit grprise.elle cacha son visage sous gs doigls amaigris.1 11s s'agenouillèrent de chaque côté ff la chaise longue.Et chacun saisis- nt une de ces mains qui tentaient finement de résister, ils la caressent avec de douces paroles.A un mo- gent Odeite.comme Jcan lui-même ÿ-vait fait tout à l\u2019heure.posa ses lè- jes contre les délicates phalanges.«f_ Oh! pas cela.\u201d balbutia Mar- (@erite avec une noble angoisse.\u2018Ma- ÿmoiselle.vous ne devez pas m'em- jasser la main.Si vous saviez!\u201d Et la malade leva sur Jean l'humi- é de son regard.assombri par le venir des déchéances anciennes.\u2014 Pourquoi?\u201d dit l'officier.Et Igmmie Odette.un peu génée.laissait fhapper les doigts rebelles: \u2018\u2019Made- biselle de Ribeyran \u2019, ajouta-t-il ec une légère emphase, \u2018\u2019reprenez tte main, elle est digne de votre giser.\u201d\u2019 : Une expression d'extase illumina le age de la malade.\u2014 \u201cAh! soupira-t-elle.ent est done possible! .JElle fut redressée comme par une pousse.puis retomba sur ses cous- Rs.Ses veux se fermèrent.Un mur- le relève- \"> Fire sortit de ses lèvres.Jean et *Metie se penchèrent.Elle disait: -_ *F\u2014Soyez bénis.oni.tous les x.soyez bénis.\u201d jAlors elle s'immobilisa.Mais sa boule demeurait entr\u2019ouverte.Et, de sa itrinc.un son rauque et irrégulier chappait.Mon Dieu! murmura Odette.\u2014Je vais.dit Jean, envoyer la bon- ÿ chez le médecin.«ee, LA REVUF POPUT.AIRE rr rp ie \u2014Non, répiiqua la jeune fille.\u201cen- voyez-y inon doincestique.qui est en bas avec le poney.Qu'il cherche le docteur et le ramène d\u2019où qu'il soit.Quant à ja bonne.elle va m'aider à recoucher sa maîtresse.\u201d Tandis que Mlle de Ribevran s'activait avec la servante autour du frêle corps.si léger qu'elles le soulevèrent sans peine, Jean attendit dans la pièce décorée de japoneries.Une mélancolie amère l\u2019oppressait.'\u2018Portait-il donc le malheur avec lui?De ces deux créatures charmantes qui l'aimaient, l\u2019une al'a't mourir.et autre lui présenterai\u201d inuilfement l\u2019offraûñde de sa pirrvoilleuse jeunesse.Puis, soudain.ean mâ% coeur élastique bon- dizen\u2019t (I tremphe.Odette était près de :ui! 1] l'avait vue! il allait la revoir!.Quelques minutes sans doute seulement, mais des minutes plus pré- cæuses qu\u2019une vie entière.Qu'elle était belle, énergique et bonne! Chacun de ses gestes traçait un sillon de grâce qu'il gardait dans sa mémoire pour s'extasier à l\u2019infini.Oh ! quel souvenir d\u2019adoration il emporterait sur l\u2019immensité des mers et dans les flévreuses profondeurs de l\u2019île noire! Une porte s'ouvrit.Mlle de Ribey- ran jeta d\u2019une voix altérée : \u2014\u2018\u2019Jean, je vous en supplie, venez vite.\u201d Il s\u2019élanca.Etendue dans le lit, le busté soutenu par les oreillers.Marguerite, les yeux enlr\u2019ouverts et novés d ombre, le visage incroyablement transformé et vieilli depuis tout à Fheure, ne respirait plus que par saccedes.Un hoquet toujours plus rare agitait son corps qui.autrement.eût paru inanimé.La petit Bonne À genoux sur la carpette, sé Jam°njait à grands cris.: oo [ites-la partir.\u201d réclama Ode*- te avee un regard vers la mourante, qui.peut étre entendait encore.L'officier emmena doucement la servante.Puis il rentra, ferma ia porte.Ft tons deux.debout près de ce lit, ¢iroints par la plus solennelle angois- sy ils eontemplérent oeuvre abominable de la mort. Vol.16, No 7 Gala, - dura, un long moment.Tout à enn.Vhorseus d\u2019un cri jaillit de la beuche tordue.haletante.Une con- vuision ft onduler les draps.Puis tout se fina dans une immobilité terrifiante.enn étreignit la main d\u2019Odette.La > file s\u2019abattit contre lui en trem- ni.ef tous deux demeurèrent ainsi gueigues secondes, le coeur bouleversé par l'angoisse de la mort, tandis que riaigré eux, dans leurs corps pour la première fois si proches, leur sang impétuaux chantait l'hymne de la vie.Bientôt.l\u2019un après l\u2019autre, ils baisèrent le front de la morte.Puis Mlle de Ribeyran descendit au jardin chercher quelques fleurs.Quand elle remonta.un saisissement l\u2019arrêta dès la porte.La transfiguration des premières heures de la mort déjà embellissait Marguerite.L\u2019affreuse vieillesse de l'agonie avait disparu.La chair des joues.légérement gonflée, s\u2019arrondissait en une figure gracieuse.Les lèvres détirées se joignalent, presque souriantes.Les longs cils blonds soulignaient les paupières soyeuses.Et, des deux côtés du visage, les bandeaux si coquettement lissés et que la courte lutte suprême n\u2019avait pas défaits, s\u2019abaissaient comme deux ailes caressantes.Mlle de Ribeyran placa une grappe de boules-de-neige sur l\u2019oreiller.près de cette tête charmante, et dans les mains des iris blancs et mauves, Jean la regardait faire.Le médecin entra.I] ne; fut pas étonné.Mais quelle satisfaction de songer que son intéressante malade avait eu des parents près d'elle à son dernier moment! Le matin même, il s\u2019en préocceupait, il craignait bien qu\u2019elle ne passat pas la journée.11 offrit ses services pour les renseignements relatifs aux funérailles, et il se retira avec de' \u2018profonds saluts.car il avait rconnu la fille du marquis de Ribevran.Quand il fut parti, Odette dit à Jean: \u2014\u2018\u201cMon ami, je dois vous laisser seul près de votre pauvre cousine.Ma mère serait inquiète.Mais je vais lui dire votre deuil, et je reviendrai demain avec son autorisation.Je suis sûre qu\u2019elle ne me la refusera pas.LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 \u2014\u2014Veuiilez lui présenter tous mes} respects, répondit le jeune homme.J\u2019 \u201cDès que j'aurai rendu les derniers fF devoirs a cetle seule parente que jeg possédasse, à cette nièce de mon in-f fortunée mère, j'irai voir la marquiseg a Garquei rannie.Mon colonel m\u2019avaitf: lui-même engagé à lui porter mes i adieux, ainsi qu\u2019à vous.Odette.Cetted ~ marque de sa confiance me rendait.jag\"\" l'avoue, très fier, après ses récentedf rigueurs.pou \u2014Vos adieux?répéta la jeune filleÿ * troublée.Dr \u2014Ne le savez-vous pas?Je quittef \"* momentanément la France.Mon colo4 * 4 nel a obtenu ma permutation dang: l\u2019escadron des chasseurs d Afrique\u201c! qu\u2019on envoie à Madagascar.RL \u2014Oh! Jean.f gadis Elle, si volontaire, si ferme, full i; ébranlée par le choc.Son beau visagll ym: se décolora jusqu\u2019 aux lèvres; des lar) orm mes perlèrent à ses cils.: \u2014Ma bien-aimée.murmura Jean * c'était la seule solution possible.da \u2014Une solution !.fit-elle impég La tueusement.; D\u2019un regard triste, il lui désigna face muette d Margurite.J \u2014Oh! pardon.s\u2019écria Odette ofl faisant deux pas vers le lit.1 Mais les émotions de cette journé \u201cpm eurent enfin raison de cette naturŸ \u2018ii mesurée et énergique.Mlle de Ribeyy \u2018in à; ran s\u2019abandonna à une passagère exald Ma tation.me ¢ \u2014Pardon! répéta-t-elle en s'agef lily nouillant devant la morte.\u2018Mais of iy qui intéresse notre amour ne saura | fil troubler votre repos, n\u2019est-ce paf &ny chère, adorable amie?Vous souhaitie 4s notre bonheur.Vous vouliez qui de Dar nous fussions l\u2019un à l\u2019autre.Eh bie: ke, je le jure sur votre visage d'ange: s\u2019f at, lui arrive malheur là-bas, je mourr in, comme vous.Si l\u2019on me sépare Ch, lui, j\u2019entrerai dans un couvent pour r ls jamais appartenir à un autre.\u201d ip Elle se releva saisit la main de Jea fog y et l'étendant au-dessus du lit : Lt \u201cJure aussi.toi.\u201d dit-elle, \u201cjurÿ &4 toi, mon.fiancé, devant Dieu.que \u2018| ly ne vas pas chercher volontairement 1.\" Hy Hvar 16.No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1928 = us nf ; | it lef Mort, mais que tu vivras pour me circonférence d'un disque d'argent.se fgg conquérir malgré tout.\u201d .suspendaif dans la timpidité ténébreu- mu 1 le jura.Tous deux étaient boule- se du ciel.Sa ciärté effaçait les étoi- umf Versés.Des larmes ruisselaient sur les.Cependant quelques-unes palpi- hui] leUrs visages.Alors, l'antique foi de sa taient.larges el pures.vers l'horizon wn race lui domptant le coeur, Mlie de opposé.là où I'azur noir s'inclinait «i A Ribeyran ajouta : pour s'appuver sur la crête plus noire \u2014\u201cPrions.prions pour elle et encore des foréls.pour nous.\u201d çÇ La surface du fleuve présentait le Le silence descendit sur leurs jeunes scintillement d'un vaste miroir.Ses épaules inclinées, sur leurs fronts res- eaux que leur li: d'argile rouge rend pectueux.«leurs yeux baissés, leurs .sangiantes en plein jour, brillaient en eit.Oe rendait 3 rien I fa \u2019 Jef mains jointes.ee moment d'un reflet uni et métalli- fll Mais on frappa timidement a la por- que.Une très grande ile les coupait A Re te.La pelite bonne avait pris sur elle de sa proue comme un vaisseau à l'an- 4 ion i de chercher un rameau bénit et un cre: tandis qu'en aval tout un minus- : A jf crucifix chez des voisines.cule archipel couvert de palétuviers | \u2018 Elle dit à Jean: semait cefle nappe étincelante de ta- \u2014\u2018\u201cMa pauvre maîtresse est en pa- ches tonffurs pt obscures.i radis.Le curé était venu hier soir.\u201d Un calrné infini planait, un calme eme | Odette l\u2019aida à disposer les objets qui pourtant n\u2019était pas le silence.Car aus sacrés.Files allumèrent des bougies.une trépidation éparse, un sifflement {si fermèreut les volets.continu.un bourdonnement pareil à Puis Mlle de Ribeyran posa encore celui de la vapeur dans une chaudière i ses lévres sur le front glace.serra là emplissait l'espace.C\u2019était le concert ri\u2018 main de Jean et.sahs ajouter un seul des insectes, où dôminait la note per- sb mot.quitta la chambre.çante et saccadée de milliers de ciga- Je 1 les.XV Parfois un long hurlement déchirait C'était un soir de septembre 1895, l'air.d'autres y répondaient; d\u2019affreu- à Madagascar.ses clamenrs éclataient, toutes pro- Un officier de chasseurs d'Afrique ches: et, de distance en distance.jus- se promenait à cheval sur un chemin que dans les loinlains où elles mou- 1 \u2018s\u2019éloignant d'\u2019Ankaboka dans la direc- raient.des clamours semblables se ré- i ¢ tion du sud-est.Il allait lentement, pétaient, comme réveillées.Lugubre i i lative fraicheur noc- lamentatinn des chiens sauvages.qul i pour goûter la re Ic ) : 8.\u2018turne et la sauvage magnificence du lançaient à la lune de! mysterieu- tableau.- ses imprécations.DBrusfuement ils 5 À sa droite, le terrain se bossuait de se taisaient: et, sur les eaux, sur les ; Vi faibles ondulations qui recouvraient Îles, sur les.berges vaseuses Ou s'en- 9 #8 les profondeurs sombres de ja brous- gourdissait le sommeil des crocodiles, i D se.A sa gauche.s'étendait l'estuaire sur I'immense étendue de la brousse hil i} de: Betsiboka.Le lit des eaux.rétréci où les zébus dormaient sur leurs ge- \u201cM par le commencement de la saison de noux pliés, la paix retombait.insonda- IR 1a gécheresso, laissait & découvert une, bl rt i double et large bande d\u2019alluvions.Ady.4 près l\u2019écrasante chaleur de la jour- si delà se dressait la montagneuse rive née.la nature fiévreuse reprenait ha- iy droite avec le massif de Maroveay.in- leine.Pourtant l\u2019étouffement de la a distinet à cette heure.Un peu en ar- buée tiède pesait encore.Et, dans cet- | rière et en contre-bas de la route.te atmosphère épaisse, les âcres sèves 2 l'officier en se retournant, eût aperçu exhalaient leurs effluves.Le monde ; les oits de charpente et de toile de innombrable des plantes, sans cesse re- l'hôpital militaire.naissant et pourrissant, alourdissait F4 Une admirable lune des tropiques, encore l'air par l'odeur formidable de 4 au contour net et aigu comme la fine sa fermentation. iB 4 i.H i 3 i a Vol.18, No 7 Jean Valdret laissait osciller ses épaules au\u2019 balancement de son cheval.Jamais l\u2019étrangeté de telles impressions sur ses sens ne lui avait paru pius hostile.Que ne pouvait-il ébranler de son énergie cette solitude farouche! Le désespoir de son impuissance l\u2019accablait.Détaché au service des étapes dès le débu* de la campagne, il avait été nommé commandant du gîte et de l\u2019hôpita! d\u2019Ankaboka.Distinction maudite qui le retenait depuis quatre mois, inactif.à ce poste.Devant lui avait passé toute l\u2019armée d\u2019attaque, les futurs héros de la Colonne Volante, le général Duchesne et son état-major, la brigade Metzinger, tous les autres.Et lui restait là, défenseur Kun village obscur que rien ne menacait, ayant a maintenir une route ouverte sur laquelle les piteux ennemis ne se hasardaient plus, et recevant de temps a autre les lamentables convois de fiévreux qui tâchaient de se traîner jusqu\u2019à la mer.Le plus grand nombre ne poussait pas plus loin sur le chemin de l\u2019espérance et du retour.Ils s\u2019abattaient là pour mourir, dans les sinistres baraquements de l'hôpital.Jean Valdret suivait leur bière\u2014ou plutôt, hélas! le léger cadre de bois sur lequel on fixait les morts, enveloppés dans une toile et recouverts par un verdoyant: linceul de fougères et de roseaux.Il plantait sur le monticule de terre deux branches liées en forme de croix, rendait hommage à l'humble soldat qui s\u2019endormait toujours si loin de la patrie, le remerciait au nom de la France, faisait présenter les armes el regagnait sa case, le visage impassible, mais le coeur défaillant de chagrin pée de ces pauvres morts! salué de son >.inutile épée, qu\u2019il ne tirerait pas du fourreau pour un autre usage.La campagne s\u2019'achevait.D'un instant à l'autre Tananarive tomberait aux mains de nos troupes.Et il n\u2019y serait pas! [] ne se serait pas battu.distingué comme il avait rêvé.Il reviendrait sans gloire, sans blessure, sans rien de ce qui pouvait avancer la cause de son LA REVUE POPULAIRE Oh! comme il en avait salué deil\u2019é-, \u2018Majunga.Montréal, juillet 19 amour.Le colonel de Ribeyran aurait peut-être un sourire ironique lors-f qu'il apprendrait de si médiocres ex-§ I ploits.Ce n\u2019était pas eux qui change-% «1 raient son inflexible détermination.Et} = Odette elle-même, si nt éprise qu\u2019elle fût, Odette, avec so énergie ardente, son goût des actions hardies, quel désappointement secret n'éprouverait-elle pas si l\u2019homme guillon d\u2019une inquiétude ni la griseriell | d\u2019une fierté! .\u2014*\u2018Malédiction I\u201d murmura Jes qui, tout & coup, fit retourner son che val dans la direction d\u2019Ankaboka.cris frénétiques.Cela l'aurait soulagé de hurler, lui aussi, sous l\u2019immensitéE l du ciel, comme ces chiens stupides kr qui troublaient la nuit magnifique des} angoisses de leur faim ou de leur hi épouvante.la Tout à coup il tressaillit.Les brutes} # furieuses s'étaient tues.Le galop pré-} © cipité d\u2019un cheval retentissait sur laf route.i\u2019 Dé Jean porta la main à ses fontes, saisit son revolver.Ce ne pouvait être * qu\u2019un des siens.car l'équitation est un art inconnu des Hovas, Mais, en pays ennemi, nulle précaution n\u2019est superflue.Le cavalier arrivait d\u2019Ankaboka.Bientôt il devint visible sur la route X blanche de lune.Jean cria: Ye \u2014Qui va 1a?.+ \u2014Frarçais.mon lieutenant ! y C\u2019était un de ses hommes.Encore quelques foulées et il s'arrêta devant .son chef.\u2014\"Mon lieutenant.¢\u2019est une estafette.\u2019 (Il haletait.) \u201cLe colonel Bailloud l\u2019envoie par une canonnière Qui vous attend.On.vous rappelle à \u2014À Majunga! Ce fut une exclamation de désespoir.Le destin s\u2019acharnait donc après lui ?Quoi, non seulement on ne lui permettait pas de marcher en avant, mais maintenant on le faisait revenir en arrière ! Des larmes de rage humeo tèrent ses yeux.Il dit au soldat: LT | | Vol.EF ap gi og edlocres ef Ju chanel mination, ff nde dee sl des actu Dent sec hom itn [of la grise | pure Je son CL bla À lation é9 Thales 4 1 soulés nme stupid fique de de le 3% bris i op Jie ar fonte ait 1 ost 1 ep [AY supe\u201d ok.ou i HE Ig gl 44 if Pl | 16, No 7 \u2014C\u2019est bien.I] pressa son cheval jusqu\u2019à ce que le nerveux animal s\u2019emballât, et il regagna le campement à un train verti- ginux.Cette violence d\u2019allure le détendit, lui permit de retrouver son calme.Dans sa case, il trouva l'estafette.L'homme lui tendit la lettre du colonel Bailloud.I lut.Ses yeux brillèrent;.sa poitrine se dilata.Le colonel le mandait en toute hâte pour lui confier une mission confidentielle, urgente et dangereuse.C\u2019étaient les termes, On n'avais pas douté que le dernier ne l\u2019aiguillonnât.1 l\u2019eût porté à ses lèvres, ce mot qui le ravissait.Un capitaine d'infanterie, qui devait le remplacer, venait d'arriver par la canonnière.Jean lui donna quelques brèves indications et se rendit à bord.La descente de Betsiboka, sous la magie de ce clair de lune, eût été pour un poête une excursion d\u2019enchantement.Mais l'officier ne songeait plus au paysage.À chaque instant il réclamais plus de vitesse du commandant de la canonnière.Le fin et rapide bateau franchit les soixante kilomètres en trois heures.Avant minuit, Majunga.Le colonel Bailloud piétinait d\u2019impatience.Rien que par l'accueil nerveux et bref de ce crâne petit homme dont 1e soldat disait: \u201cUn chie type ! N'a qu'à vous regarder, il vous fiche le feu au ventre.\u201d Jean comprit qu'on attendait de lui quelque chose de peu ordinaire., \u2014 Monsieur, dit le colonel, \u2018\u2018voici.\u201cTe m'adresse à vous parce que, dans Jean débarquait à \u2018tout le rayon de mon commandement, être le mireux \u201cVous me paraissez Thomme qu\u2019il me néral Duchesne va entrer a4 Ta- nanarive ; c'est une affaire de jours, peut-être d'heures.Il a en poche un traité qu\u2019il doit imposer à la reine et qu\u2019il a emporté de Paris.Mais, au dernier moment, le Gouvernement français.se ravise.Je reçois par câble le texte chiffré d'un autre traité, plus avantageux, el que faut.LA REVUE POPULAIRE \u201cMontréal, juillet 1928 ee mem tm wm mm mam te en \u2014\u2014 \u2014\u2014 ra tm \u2014 la situation nous met en mesure de faire accepter.Il faut que le général en chef l\u2019ait avant la prise de la capitale.Vous saisissez l'importance.Je n\u2019insiste pas.Vous allez vous charger d'une copie de ce traité.Si vous la remettez au général en chef avant les premièrs négociations avec la reine, la France vous devra beaucoup.Etes- vous prêt, monsieur?\u2014Ah ! mon colonel, s'écria Jean, quelle reconnaiésance ne vous.dois- ie pas pour l'honneur que vous me faites! \u2014 Phrases inuliles.jeune homme.Vous avez devant vous cent lieues & faire à franc étrier, dans un pays ennemi, plein de surprises et d\u2019embûches.Vons ne pouvez emmener que très peu d'hommes, cing ou six au plus.mais résolus.et avec des hêtes solides.Ceux qui ralentiraient le train, vous les lâcherez en route.Voici des pouvoirs pour réquisitionner ce qu'il faudra aux gîtes d'étape.Mais ces gites sont rares; ils n'existent plus à \u2018partir d\u2019Andriba ; chacun d\u2019eux n\u2019a guère qu'un cheval, celui du chef de \u2018poste, si encore c'est un chef monté.Si vous avez des préférences quant à vos compagnons et à vos montures, je vous laisse libre; sinon prenez un maréchal des logis et quatre chasseurs de ma garnison que j'ai fait tenir prêts.On vous montrera aussi un cheval d\u2019une vitesse et et d\u2019un fond extraordinaires.Jo vous le donne.:Si vous ne le montez pas tout de suite, faites-le conduire en main derrière vous.Il vous fournira le premier: relais.Soyez en route avant une heure.\u201d Jean répondit simplement: \u2014 Bien.mon colonel.\u2014Voici le traité, reprit le comman- \u201cdaht de Majunga.\u201cIl est écrit avec un Le\u2018 \u2019gé-\"' chiffre que èes sauvages auraient du mal à débrouiller.Malgré cela j'espère que vous ne les y laisserez pas mettre les pattes.Aucune témérité inutile.n'est-ce pas ?.On tentera de vous barrer la route.N'essayez pas de jouer au plus fort quand vous pourrez jouer au plus malin.\u2014\u2014GConintez sur moi, mon coionel, et si je meurs. Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 \u2014Faut pas mourir, monsieur, faut passer, dit le colonel Bailloud d\u2019une voix rude.C\u2019est pour cela que je vous ai choisi.Donnez-moi la main et.bonne chance! Une heure après commençait pour Jcan une période unique, vertigineuse, rêve tel que la fièvre ou l'ivresse n\u2019en inventent pas de plus ardents.Le premier jour fut joie; gonflement d\u2019orgueil, griserie de vitesse, volonté impérieuse du succès, mira- ouleux espoir.Un mois auparavant, le plus court eût été de remonter en bateau la Ber- giboka jusqu\u2019à Marololo et de ne prendre que là le chemin de terre.Mais \u2018depuis la fin d'août, le fleuve n\u2019était lus navigable que de Majunga à An- laboka, et encore pour les seules canonnières.Gagner Ankaboka par cette voie n\u2019eut avancé à rien, car ensuite 1] eût fallu traverser perpendiculairement l\u2019estuaire pour retrouver la route militaire à Marovoay, et les vases profondes des rives, la perfidie des pleines d\u2019alluvions rendaient en ce cas retard certain et les enlisements probables.Jean prit donc dès le départ la voie de terre, qui, tout d\u2019abord, s\u2019écarte beaucoup de la vallée pour éviter précisément la région des marécages.Il dut à la nécessité de cet itinéraire l\u2019impression la plus'saisissante de cette fantasmagorie de paysages, franchit presque sans les voir en l\u2019hypno- tisation du but devant soi.Ce fut au sommet de la hauteur qui domine Ambodinabarékély.Partis en pleine nuit, les cavaliers couraient depuis trois ou quatre heu- pes à peine.Hommes et chevaux dépensaient à pleins muscles leur jeune vigueur et leurs forces toutes fral- ches.Leur somptueux ennemi le soleil s\u2019annonçait déjà.au fond de cetorient vers lequel on s'élançait.I] fallait mettre les foulées doubles avant qu\u2019il fût assez élevé pour les ralentir par \u2018l\u2019'effrayante pesanteur de ses rayons.Brusquement, au fond de la brousse.il émergea rose et radieux.presqur ; moffensif encore dans son attenur.sante splendeur.On se trouvait alors dans un Âpre désert de vérdure.La vue s\u2019étendait de tous côtés sans obstacle, ne rencontrant que la houle basse, immobile.les herbes dures et des grasses plantes épineuses.Depuis Majunga.la route montait, d\u2019une pente presque insensible.Jean ne s'en doutait pas, ou du moins il cal- .culait mal le niveau atteint.Tout à coup, en avant de lui.se dessina une ligne droite.nette et cassée comme un crête de falaise.On cût dit la fin de la terre ferme, un enfoncement dans le clair infini d\u2019où le soleil surgissait par une ascension glissante et douce.Jean s\u2019étonna, poussa son cheval jusqu\u2019au bord, et s'immobilisa dans un saisissement émerveillé.À ses pieds descendait à pic un escarpement de plusieurs centaines de metres.En bas.une vallée riante s'élargissait en une région de miracle, aux nuances vaporeuses, invraisemblables, et coupée par un étonnant fleuve rose.Des hameaux y nichaient parmi les touffes de bananiers; les rivières fauchées.sèches à cette saison, la bordaient d\u2019un feston d\u2019or mat; et l\u2019abondance des eaux sinueuses étincelait entre des Îles envahies par l\u2019opaque verdure des palétuviers.Vers la gauche, dans la distance, un groupe de collines crénelées de murailles.dessinait une silhouette de forteresse géante et participait au caractère un peu fantastique de ce surprenant paysage.Le songe reprit les proportions de la réalité lorsque Jean tira une carte de sa poche.Cet admirable fleuve rose c'était la Betsiboka.Les alluvions ferrugineuses abandonnées sur les rives par ses eaux,\u2018lécrnissantes et dont elle roulait des parcelles, donnaient à ses flots et à une partie du paysage cette teinte din- carnal, adoucie par la distance et plus tendre encore sous la lumiére du matin.La route militaire, qui s\u2019en était \u201cioignée d'abord, était revenue vers > rivière comme un arc vers la corde él ma L'an unl, imme » infin aed.selon | bord, mend LA REVUE Vol.16, No 7 qui le sous-tend.Mais cette colline fortifiée au loin?Jean maintenant la reconnaissant: c\u2019était celle de Maro- voay, si souvent aperçue de l'autre rive, là-bas, de l\u2019extrémité de -la plaine rose, dans ses éternelles et décourageantes promenades autour d\u2019Anka- boka.Marovoay.On y serait bientôt.après avoir descendu les lacets que les soldats du génie, par un travail considérable, ont taillé sur le flanc de la falaise.Là on trouverait au poste important, des chevaux frais, des vivres.On s\u2019arrêterait quelques minutes pour respirer.En avant done! La petite troupe repartit gaiement.C\u2019était presque du plaisir encore.L'épreuve n\u2019avait pas commencé.Elle commença le soir même de ce premier jour dont l\u2019aube était apparue si merveilleuse.T1 faisait nuit depuis deux heures ; on approchait de Marololo, Jean voulait atteindre ce gîte d\u2019étape avant d\u2019ordonner une halte.Mais la lune n\u2019était pas encore levée.On avançait difficilement sur un sol friable, défoncé par le passage de l'artillerie.La lassitude et le sommeil se faisaient lourdement sentir.L'officier n'avait pas ménagé les chevaux, puisqu'il pouvait encore compter sur les relais.devant lui.Il serait temps de ralentir quand.sur la terrible voie de la Colonne Vo- Jante.on n'aurait plus à espérer de nouvelles ressources.La l\u2019économie des forces deviendrait le premier mot de la sagesse.Pour le moment, il importait de les épuiser et de les remplacer le plus rapidement possible.Elles n\u2019étaient pas égales.La résistance n\u2019était pas la même chez ces six hommes, non plus que chez leurs montures.Comme on quittait les terres sablonneuses pour rentrer dans la brousse, un des chevaux s'abattit.Le cavalier tomba si malheureusement que son front s\u2019ouvrit sur une pierre.11 demeura sans mouvement.Tandis que ses camarades lavaient sa blessure, à la lueur d'un falot.rvec l'eau de vie d\u2019une gourde, Jean étudia un instant sa carte.POPULAIRE Montréal, juillet 1928 \u2014\u201cNous devons être tout près d'un village sakalave.dit-il au maréchal des logis, \u2018Qes gens-là ne flous sont pas hostiles.Si je trouve, comte je le crois, ce village à peu de distahce sur notre droite, nous y laisserons ce pauvre garçon.Je ne peux me résoudre à l\u2019abandonner ici.Attachez-le sur- le cheval lihre qui nous reste.et empor- tons-le.Quant à sa bête.ajouta-t-il, en sadressant à deux des hommes qui faisaivnt de vains efforts pour la relever, \u2018\u2018laissez-la\u201d\u201d Environ une lieue plus loin, ils aperçurent.en effet.des indices d\u2019habitation.Des éclaircies s'ouvraient dans la brousse, des zébus dormaient dans un parc fermé.Près de la routé, l\u2019ombre se trotia Wun reflet rougeâtre, puis 03: pereut comme des elameurs de fouls.Jean se touria vers si suite: \u2014\u2018\u2018Arrêtez.\u201d dit-il.\u201cQuand il sera temps je vous appellerai.S'ils vous voyaient à l\u2019improviste.ces sauvages croiraient à une attaque.Je veux d\u2019abord m'expliquer avec leur chef.\u201d Il sauta de cheval et s'avança seul, à pied.Le bruit de voix devenait plus dis- tinet, mêlant des timbres nombreux, mais tous rudes et guituraux.- \u201cQue diable font ces \u2018singes-là?\u201d se dit Jean.\u201cCélèbrent-ils quelque rite en l'honneur de la lune qui se lève ?\u201d\u201d Cependant il débouchait de la brousse.Une surprise l\u2019immobilisa.Au milieu d\u2019un espace découvert, un grand feu rougeoyait:; Autour de ce feu, des êtres accroupis en cercle parlaient et gesticulcient, des êtres dont les noires silhouettés se fondaient presque dans la nuit, tandis que leurs Visages.éclairés par les flammes, se détachaient, masques blanchâtres, bffrayants, où brillaient des veux de éricité et de fureur.A côté de chacun une sagais était posée sur le sol, la pointe dirigée vers le hrasier.Jean avait entendu ,pärler de ces \u2018kabar\u2019\u201d\u2019 de guerre, de ces conseils où se décident les expéditions, et auxquels les chefs sakalaves n'assistent qu'en tenue de combat et à figure peinte en jaune pâle.Il comprit aus- res à ,,, Sitôt le sens du sauvage spectacle qu\u2019il \u2018avait sous les yeux.Mais jamais il ne , l'aurait imaginé si saisissant, avec cet- , le profonde obscurité tout autour.qui Le; faisait effroyablement saillir l\u2019horreur \u201cdes faces plâtreuses, trouées par le farouche étincellement des prunelles.2 Malgré le tapage des contradictions va ec: des cris, l\u2019arrivée de Jcan fut en- ol tendue ou aperçue.Quelques têtes se Cat -tournèrent.puis toutes les autres.Un > silence poignant s'établit.Comment 2 jamais oublier ce cercle de visages de oh pierre dans ce rutilement de flamme, oon la Laineuse méfiance de tous ces yeux?oy Deux ou trois des guerriers se levè- #97\"rent, sans oublier de saisir leurs sa- oe gaics.Ils s\u2019approchérent de l\u2019intrus en #2\" hurlant et en agitant les bras.L'offi- Bi\" cier braqua son revolver, OI Ils parurent un peu intimidés par fo l'arme à feu.L'un d\u2019eux qui estropiait ya duclques me's de français, sembla 2 Vouler psriemanier.HO% Les au\u2018vcs se turent.Maintenant \"ll toute l'assemblée était debout, une 134 trentaine d'hommes armés et mena- of pants.; i __ Le porte parole, tant bien que mal, niet comprendre qu'ils avaient d abord \u201cpété amis des Français, car ils détes- \u201c taient les Hovas.Mais les soldats fran- al ais de Marololo avaient pillé leur vil- = pi1- lage.On avait pris leurs volailles, leurs \u2018r.Destiaux.Pourtant ils ne refusaient so Pas de vendre à des prix justes, et mê- 20 me ils ne demandaient pas cher pour euoz1°8 femmes.À présent, puisqu'oñ les > avait dépouillés, ils se vengeraient.Jean, qui jugeait la prudence indispensable, montra une poignée de monnaie et fit signe qu\u2019ils en auraient beaucoup plus s\u2019ils posaient-leurs armes.si or Puis il éleva son revolver er tou .chant la sagaie du plus proche, pour Les \u201cdonner à entendre qu'on les extermi- , ,herait s'ils attaquaient les blancs.a9 * La vue de l\u2019argent changea l'ex- \u201csy.Pression des hideux visages.Une con- (top YOitise y parut.Les chefs inclinaient à quoi 1?conciliation.L\u2019interpréte répétait : \" \u201cAmis.Frangais bons.Monnaie, monnaie.\u2019 On aliait s\u2019entendre.Jean songeait à laisser son blessé comme 1 Li 11.Vol.16, No T LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 gage de l'argent promis, qu\u2019il ferait envoyer le lendemain de Marololo, avec des boutjanes et des soldats pour emmener le chasseur.Mais tout à coup hors du silence de la brousse éclata un son inattendu.Un cheval hennit.Co fut sinistre.Une seconde de stupeur suivit.Puis les guerriers, avec des clameurs affreuses, se précipitèrent sur Jean, Naturellement ils crurent à un piège.Ils s\u2019attendaient à voir une armée sortir de la brousse.Avant tout ils voulaient massacrer le traître.Jean en abattit deux avant au ils l\u2019eussent touché.Ensuite il ne se hata pas de tirer les autres balles de son revolver, ce qui l\u2019eût désarmé.Il braquait l'arme d\u2019un air si tranquille, n\u2019ayant pas rompu d\u2019un pas, que les sauvages hésitaient, imaginant qu\u2019il avait le pouvoir de les\u2019 tuer tous, lui attribuant d\u2019après son attitude quelque talisman qui le rendait invulnérable e} Cependant, aux détonations, les soldats acoururent.Alors les guerriers sakalaves se ruèrent.La rage du guet- apens supposé exaltait leur bravoure.Jean tira encore, mais il reçut un si rude coup de sagaie en pleine poitrine qu\u2019il chancela.Ses hommes, poussant leurs chevaux, faisaient tous les efforts possibles pour le dégager, qurtant ils n\u2019osaient trop décharger eurs reyolvers, car, dans ce groupe obgcur, iis eussent pu atteindre leur chef.Pendant quelques minutes la.situation fut critique.Puis tout à coup, le lieutenant apparut isolé, sous la lueur tournovante de son sabre, auquel il faisait décrire un formidable \u2018\u2019MHéttinet.\u2018Aussitôt deux cavaliers rompirent le cercle des sauvages, furent à ses côtés, et ies détonations se succédèrent si foudroyantes que les adversaires lâchèrent pied.Ce fut un évanouissement d\u2019ombres dans la nuit.Ils s'enfoncèrent au sein de la brousse.Une dcuzaine des leurs restaient sur la place.À la lueur du foyer, qui éclatait intermittente, on voyait quelques \u2014\u2014 feral aeilolo, 300 ai lf rise thera] de ls SEE Cait pie armée its | il bg ull, 188 qu'il hi el ris ki kK wat 1 9 ] | 1 .certainement tué Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1928 faces peintes se soulever hideusement, la bouche tordue par l\u2019agonie.Un des quatre chasseurs était mort.Le cheval d'un-autre gisait, le flanc ouvert.Le maréchal des logis avait une main traversée par un coup de sagaie.Quant à Jean.il ressentait une douleur à la poitrine et comme une brûlure au bras gauche.Pourtant.il déclara que ce n\u2019était rien et demanda son cheval.Le chasseur qui en avait la garde ne l'avait pas lâché pour se battre, l'entraînant avec le sien pour charger les sauvages.Mais celui qui portait.attaché à la selle.le soldat blessé, ne se retrouva pas.Effravé par les coups de revolver.et d'ailleurs plus frais que les autres.l\u2019animal.se dégageant d'un écart.s'était enfui avec son fardeau inanimé.\u2014\u2018T] le ramènera à l'étape.\u2019 déclara Jean.\u2018\u2018Allons.mes amis, nous avons perdu une demi-heure.Nous la regagnerons sur notre sommeil, à Marolo- lo.Partons.\u201d Se penchant vers le chasseur mort: \u2014*\u201cAdieu.ami, el merci.\u201d mur- mura-t-il.Les autres.d\u2019un geste grave, portèrent militairement la main à leur casque de toile.A Marololo, les blessures furent pansées.Le coup de sagaie dont la violence avait éhranlé Jean l'aurait sans la quadruple épaisseur du parchemin cousu dans ses vêtements contre sa poitrine.Le pli scellé était percé de part en part.Mais au-dessous ne paraissait qu\u2019une entaille peu profonde.La plaie du bras.une lanière de peau énlevée, était pius douloureuse.Le major déclarait Jean incapable de poursuivre sa dangereuse mission.Celui-ci répli- par un sourire._ Le maréchal des logis dévoré de fièvre.demeura à l'hôpital.Jean hésitait à emmener à sa place un des artilleurs, seuls cavaliers qui se trouvassent à Marololo.\u2018\u2018Ils n'ont pas assez l\u2019habitude du cheval.\u201d songeait le lieutenant.Pourtant l\u2019entrain hardi de l\u2019un d\u2019eux le tenta.ll l'adjoignit aux trois chasseurs qui lui restaient.qua par un haussement d\u2019épaules et, oublier la fatigue.À partir de Marololn 15 potits frou- pe connût les veritab'es souffrenecs et les périls incossunls, L'atlaque des Sata'av presque élé qu'un pass/rrmnt hors d'oeuvre auprès de la \u2018angie sournoise et exaspérante des Hoves, Ceux- ci, on ne les vovait quère: imposs ble de les charger el de se soulager en fendant quelques-tns da ces fronts jaunes à cheveux plats sous lesquels luisent les yeux ohliques.fourbes et cruels des Malais.Du plus loin qu\u2019ils apercevaient les cavaliers français.ils se sauvatent à toutes jambes et l'on ne pouvait gaspiller le temps à les poursuivre.Mais.grâce à la vitesse de leurs enureurs professionnels.de ces bourjanes qui tiennenl lieu de bêtes le somme.ils donnaient l'alarme en avant.et alors.sur le passage des chasseurs, de tous les taillis des forêts, de tous les buissons de la brouse, une grêle de balles partait de fusils invisibles.Par bonheur les Hovas ignorent absolument l'art de visr.Presque tous les coups portaient trop haut.Parmi ce sifflement devenu habituel des projectiles.les soldats \u2018avaient fini par éprouvrr plus de colère que d\u2019inguié- tude.Pourtant nine balle traversa le casque de Jean.Une autre tua un cheval.On en avait encore un en main, -qui le remplaça.Mais au matin du troisième jour, comme on longeait un parc de zébue.tout à coup, entre les nopaais de la haie.un éclair brilla.Un des chasseurs s\u2019affaissa sur sa selle, puis {tomba à terre comme une masse.li était mort.Les autres saisirent son cheval par la bride.et.sous le feu d'une nouvelle décharge, tous s\u2019élancérent en avant.La fureur leur faisait quelque peu Dans les vastes \u2018plaines nues et mornes.où l\u2019excitation .de ces fusillades manquait.les heures semblaient plus longues.Jamais Jean n'avait imaginé pareille souffrance.Les pansements non renouvelés se collaiënt à ses plaies en rudes tampons où séchaient la sueur et le sang.Pour que ses hommes eussent leur maigre compte de sommeil, i] prenait la faction comme eux, à tour n'avait (1:12 head \u2014 129 \u2014 Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE v de rôle.Le problême était de trouver de la nourriture pour eux et leurs bé- tes.Ils firent des razzias dans les villages.Cela leur coûta encore un homme, l\u2019artilleur de Marololo, tué dans une bagarre.Et ensuite ils n\u2019osaient guère s\u2019avanturer, préférant rester à jeun que de risquer des luttes où ils hasardaient ainsi le succès final de leur mission.Jean pensait arriver à Tananarive au amiin du quhfrième jour.Une forêt embrasée lui barra le chemin.Les Hovas y avaient mis le feu pour arrêter nos troupes.Fille brûlait depuis deux semaines.Il fallut la tourner.Mais, de l'autre côté, ce fut un désastre: on no retrouvait plus le chemin.L'officier finit par se lancer au hasard sur la foi de sa boussole.Après aveir erré plusieurs heures, tout a coup, & quelque distance sur sa gauche, il apergut une voiture Lefévre culbutée; il poussa un cri de joie.Il marchait depuis un moment parallèlement à la route.Bientôt il en vit se dérouler l\u2019étroit ruban rougeâtre.Cette poussièrs rouge constituait un de leurs supplices.D'une ténuité ex- rême elle pénétrait dans leurs yeux, dans leurs oreilles, sous le linge noirci qui se raidisait contre leur chair; elle iMmprégnait lsur peau.C\u2019était une intolérable Yrritation.Cependant ils avaient dépassé An- driba.Ils suivaient maintenant le douloureux et glorieux chemin de la Colonne Volante, Une oppression morale s'ajoutait a leurs tortures physiques.Devant eux, sous les pas de leurs chevaux, d'énormes et hideux oiseaux de proie, de ceux que nos petits \u2018\u2018marsouins\u2019\u2019.dans toutes les colonies, ap- pelient du nom ignoblement pittoresque de \u2018\u2019charognards\u2019\u2019, s\u2019élevaient en battant lourdement des ailes; et, sous leur vol effaré.apparaissaient des corps À demi déchiquetés, des lambeaux d\u2019uniforme ou des ossements déjà blanchis.A mesure qu\u2019on approchait de la capitale, les traces de la marche meurtrière se multipliaient.La terre, foule et couverte de débris, criait l\u2019hé- goisme el le martyre.Des cadavres montraient des faces d'enfant, réduites et fondues par la fièvre, sous les fronts rasés, bruns ou blonds.Des voitures Lefèvre demeuraient enchas- sées jusqu\u2019à l\u2019essieu dans les ornières.Des carcasses de mulets se décomposaient avec des exhalaisons infectes.Des ceintures pleines de cartouches, des sacs, des fusils jetés par les malades jonchaient le sol.Plus loin encore.ils commencèrent à rencontrer des malheureux qui respiraient encore.Une forme vivante s\u2019agitait faiblement.Près d\u2019eux monta ce cri d'infini détresse, toujours le même sur la lèvre du petit soldat qui meurt: \u2018\u2018Maman.ah! maman.\u201d Un des chasseurs se signa; l\u2019autre détourna les yeux.Gelui-ci, l\u2019après-midi du quatrième jour, cria tout à coup: \u201cJe ne puis plus.ah! c\u2019est fini!.\u2019 Il vacillait sur sa selie, comme ivre.Mais la terreur d\u2019être abandonné le redressa.Il parcourut encore quelques kilomètres; puis il glissa et roula sur le sol.Son cheval épuisé s'affaissa près de lui sur la route déserte.Jean et son dernier compagnon n\u2019avançaient plus qu\u2019avec lenteur.Maintenant ils marchaient côte à côte.Jusque-là, le lieutenant avait gardé sa place, en avant de ses hommes ; non par une étroite idée de hiérarchie.mais pour l'exemple, l\u2019entraînement et surtout l'autorité, sans laquelle il n\u2019eût pas obtenu la constance disciplinée d\u2019un pareil effort.Désormais, dans l\u2019agonie de la dernière étape, il pouvait effacer les distances.D'ailleurs, qui eût reconnu l\u2019officier du soldat ?Tous deux étaient en lambeaux; tous deux avaient de maigres visages noircis.ardents et poudreux, dans lesquels d\u2019effrayants yeux d\u2019angoisse luisaient.Et ces yeux, sans ciller, se fixaient en avant, au fond de l'horizon, sur une masse hlenâtre.colossale comme une montagne et découpée de lignes nettes comme une forteresse; ils savaient que c'était le \u2018\u201cRova\u201d, le groupe des palais royaux, accroupi lourdement sur le plus élevé des trois sommets qui porte Tananarive.Depuis le matin ils l\u2019apercevaient.Une force renouve- Montréal, juillet 1023 Mem om Cm eer eda Vol.18, No LA REVUE POPULAIRF, Montréal, juillet 1923 lée les entraînait vers le but si proche.Mais une magie le reculait.Au soir ils désespérèrent.\u2014 \u201cQui vive?\u2014Amis!\u201d Oh! l\u2019indescriptible joie de ce double cri!.Enfin! - C'était le premier poste de l\u2019armée française.\u2014Où est votre chef ?Sait-il où eampe le général Duchesne.Je suis le lieutenant Valdret.J arrive de Majun- ga en mission urgente.\u2014Le général Duchesne campe a la résidence, mon lieutenant, répondit joyeusement le soldat.\u2018\u2018 Tananarive est pris.\u201d Le juron énergique lancé par l\u2019officier étonna les hommes du poste, sortis pour voir.Il avait d\u2019ailleurs si piètre mine à la lueur des falots que peu s\u2019en fallut qu'on ne l\u2019arrêtat.Mais son ton de commandement en imposa au sous-officier: et il se disposait à poursuivre sa route vers la ville, quand une supplication l\u2019arrêta.\u2014\u2018\u201cMon lieutenant.\u201d murmurait son.dernier compagnon de route.\u2014Qu\u2019y a-t-il?Tu veux rester ici, mon pauvre garcon?Le chasseur balbutia: \u2014S1 vous le permettez, mon lieutenant.\u2014Prenez soin de lui, il le mérite, dit Jean aux soldats., En s\u2019éloignant, il songeait: \u2018Pauvre diable! il n\u2019a pas l\u2019espoir qui m\u2019a soutenu.\u2019 Alors pour la première fois depuis six jours, il prononça tout haut le nom que.sans cesse.il s\u2019était redit en secret: \u201cOdette.chére Odette!\u201d Gependant il était à bout de forces.Quand il descendit de cheval, il chancela.Il se fit porter en filanzane au palais de la résidence.Introduit immédiatement auprès du général Duchesne, il s\u2019appuya au bras d\u2019un soldat jusqu\u2019à la porte du cabinet.La, il rassembla une dernière fois son énergie, entra droit comme à la parade.\u2014\u201cComment !\"\u2019 s\u2019écria le général qui le connaissait de vue.\u201cC\u2019est vous, Valdret! Et dans quel état! Vous venez d\u2019Ankaboka?\u2014Je viens de Majunga, mon général.1] fit part de sa mission, remit le traité.L\u2019enveloppe et son contenu apparurent, traversés d\u2019un coup de sagaie et tachés de sang.Le général en chef posa un long regard sur le jeune officier.\u2014Ah! s\u2019écria-t-il en découvrant le contenu, quel dommage qu'un si héroïque effort ait été accompli inutilement! La reine a apposé, hier, sa signature sur le traité que j'avais emporté de Paris.\u2014~Que voulez-vous.mon général ?répliqua Valdret.Ce n\u2019est pas moi qui suis en retard, c\u2019est votre victoire qui était en avance.Le général sourit.\u2014\u2014Mais, reprit-il après un instant de réflexion, vous auriez pu l\u2019apprendre en route.N\u2019avez-vous pas rencontré le courrier que j'envoyais à Ma- junga sous bonne escorte, pour prévenir Bailloud, qui télégraphiera la nouvelle au Gouvernement?\u2014 Non, mon général.\u2014 Comment est-ce possible?Il n\u2019y a pas deux chemins.Jean Valdret gardait un silence d\u2019étonnement.Tout & coup il comprit.Il avait dû croiser le courrier dans la région de la forêt incendiée.Il la contournait d'un côté pendant que l\u2019envoyé du général et son escorte la contournaient de l\u2019autre.\u2014Ah! ne put-il s'empêcher de dire avec un sourire amer, \u2018c\u2019est toujours la fatalité qui me poursuit! \u2014Peste ! vous appelez cela de la fatalité, riposta avec bonhomie le général en chef.\u201cVous avez encore votre peau sur les os, après l'avoir risquée plus que pas un de nous ns toute la campagne.Mais votre avenir est fait, jeune homme! On racontera votre belle prouesse dans les anecdotes sur les héros célèbres.Maintenant, ajouta-t- il en lui tendant la main, allez vous reposer potr qu'on n\u2019y ajoute pas en épilogue le récit de vos derniers moments.\u201d Jean put à peine sourire: \u201cMerci, mon général.\u201d Il sortit-en s'appuyant Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE au mur, un planton le reçut dans ses bras, au seuil du cabinet.Le général Duchesne,qui vit l\u2019affaissement soudain, s\u2019élança, appelant un de ses officiers d'ordonnance.\u2014\"\u201c\u201cQu'\u2019on installe le lieutenant Val- dret dans la chambre voisine de la mienne.Qu\u2019on prévienne le major.\u201d Il était alors dix heures du soir.Deux fois dans la nuit le général fit prendre des nouvelles.Le matin, dès l\u2019aube, il se rendit près du malade.Jean délirait.La mâle et jeune tête, toujours belle malgré la maigreur et le hale, s\u2019agitait sur l\u2019oreiller.Le cou qui émergeait de la chemise ouverte, contrastait par sa couleur de brique avee la blancheur de la poitrine.Ce ton de la peau et la barbe de six jours donnaient un air sauvage à la physionomie.Mais l\u2019ensemble était saisissant de grâce robuste et de vitale énergie.\u2014Quel superbe gaillard, fit le général, Il s\u2019en tirera, n\u2019est-ce pas.major ?\u2014J\u2019en suis presque sûr, mon général.\u2014Tant mieux! Nous n\u2019avons pas heaucoup d\u2019officiers de son intelligence et de sa trempe dans la nouvelle génération.Mais.que dit-il?Des mots sans suite agitaient les lèvres de Jean.Le major eut un sourire.\u2014Ecoutez, mon général.Le général en chef se pencha.D'abord il n\u2019entendit que des syllabes incohérentes, Puis il distingua dès paroles.Un nom revenait toujours: \u2018\u2019Odette.\u2019 Enfin le malade murmura tout d\u2019une haleine: \u2014\u201cOdette, vous êtes contente de _moi'?, Votre! père, maintenant, vou- 8 e, general Duchesne se redressa en riant: i 4.-\u2014\u2014Allons, dit-il.\u2018tout va bien.Et si Odetie.n\u2019est pas sa blanchisseuse, on la lui donnera, nom de nom! J'irai moi-même la demander à ce père récalcitrant.\u201d XVI Sur une terrasse du château de Ri- beyran, Odette se tenait assise et son- geait.Elle regardait la beauté royale de l\u2019automne resplendir sous ses réseaux de rouille et d\u2019or au front des séculaires futaies.Où donc l'automne est-il aussi divinement mélancolique et d'une grâce plus pénétrante que dans un vieux parc à la francaise\u2014un de ces parcs dont l\u2019Âme poignante flotte sur les toiles de Vatteau et dans les vers de Verlaine?Les jardiniers français des derniers siècles ont ajouté une province spéciale et exquise aux domaines divers mais limités de l'idéal: ils ont créé du rêve.C'étaient d'humbles et anonymes génies.comme ceux qui suspendaient des élans.des douleurs et des extases aux façades palpitantes des cathédrales.Un seul survit: Lenô- tre,\u2014le plus froid peut-être.celui qui par trop d'amplitude et de magnificence cffaroucha un peu le charme frissonnant tapi & l\u2019angle des parterres et parmi les labyrinthes si délicieusement maniérés de ses prédécesseurs.La réverie de Mlle de Ribeyran était triste.Elle savait que Tananarive venait de tomber aux mains de notre armée et que Jean ne s\u2019y trouvait pas.Elle avait eu régulièrement de ses nouvelles par son père.Chaque fois que M.de Ribeyran recevait unè lettre.il la résumait à la marquise et à leur fille.Dans les dernières il avait pressenli un profond découragement.Et il y avait ajouté ce commentaire: \u2018Jean s'énerve de rester à Anka- boka.It à tort.Un soldat fait son devoir quand il accepte joyeusement le poste qu'on lui confie, quel qu'il soit.Il afut souvent plus de bravoure pour la patience que pour l\u2019action.\u201d Malgré cette réflexion généreuse.qui relevait le rôle de Jean au lieu d\u2019en considérer ironiquement la relative sécurité.Odette souffraif dans son orgneil d\u2019amoureuse.D'ailleurs, son inquiétude n\u2019en était pas moins vive, car elle voyait avec raison plus de péril dans la fièvre sournoise que dans la tactique maladroite des Ho- vas.Quel humiliant désespoir si le bien-aimé succombait dans un lit moite, sans avoir tiré l'épée, au lieu de Montréal, juillet 1928 Vol.16, No 7 périr glorieusement sur un champ de bataille! Ce serail le perdre deux fois.Et s'il revenait sain et sauf, mais sans être allé plus avant que cette misérable bourgade presque au seuil de la conquête.Comment accomplirait-elle son projet de se dresser bravement devant son père et de lui dire: \u201cJean est un héros, un vainqueur.Vous ne pouvez plus lui refuser ma main.\u201d Car, dans ses vaillantes chimères, elle avait rêvé un dénouement de ce genre.et elle commençait à douter qu\u2019il s\u2019accomplit.Dans J\u2019après-midi d'automne où Odette, du haut de la terrasse, contemplait les tons mordorés des feuillages, les pelouses qui se veloutaient sous un soleil déjà pâle et les flocons des petits nuages voguant dans un ciel léger, elle éprouvait donc un peu de l\u2019amertume qui remplissait le coeur \u201cde celui qu\u2019elle aimait lors de la lente promenade nocture au bord de la Bet- siboka.Elle entendit des pas de chevaux et vit un cavalier qui se dirigeait vers les écuries tenant en main la monture habituelle du marquis.- \u2014Tiens, pensa-t-elle, mon père ets arrivé d\u2019Etampes.C\u2019est une surprise.Nous ne comptions pas sur lui pour ce soir.Elle demeura encore un peu, ne se pressant pas d'aller au-devant de lui, mettnt une coquetterie filiale à l\u2019attendre là.Car certainement il la chercherait, viendrait en flânant la surprendre.Et elle se préparait, dans une innocente rouerie, à ne pas l'apercevoir trop vite, pour qu'il eût le loisir d\u2019observer sa tristesse.Mais M.de Ribeyran ne parut pas.La marquise rié s&e pencha pas à une fenêtre pour &æppeler sa fille.Nulle bruit néllévéRéne's\u2019échappaient des baies \u2018éifr ouvertes.Une brusque anxiété saisit Odette.Elle se leva, rentra d'un pas vif.Personne ne se rencontra dans les pièces où elle croyait trouver ses pa- rens.Elle monta jusqu\u2019au cabinet du colonel.Devant la porte elle s'arrêta, hésitante.Quand on conférait là-de- dans c\u2019était toujours grave, et, tacite- LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 ment, il lui était interdit de s\u2019y mêler.Mais l'inquiétude fut la plus forte.Elle frappa.La voix du marquis s\u2019éleva: \u2014Entrez ! Odette pénétra dans la pièce.Son père marchait de long en large, le visage sombre; sa mère pleurait.Tous deux la regardèrent avec une pitié qui la bouleversa : Elle jeta un cri: \u2014 \u201cIl est arrivé malheur à Jean!\u201d Le silence qui suivit était une réponse.\u2014Mon Dieu ! gémit-elles \u201cIl est mort!\u201d Puis d\u2019un ton changé, sans larmes, les yeux farouches : \u2014\u201c\u201cEh bien, j'en mourrai aussi.J\u2019en ai fait le serment.\u2014Odette! sanglota sa mère en ouvrant les bras.Là jeune fille se jeta sur sur sa poitrine.Toutes deux pleurérent ainsi un moment.M.de Ribeyran les contemplait; et les griffes d'une terreur inconnue lui entraient dans le coeur.Car\u2014et c'était la première fois \u2014 il tremblait véritablement pour sa fille.Soudain .elle se dégagea, presque calme.Elle voulait tout entendre.D'abord on ne savait rien.Tant d\u2019erreurs sc commettaient.La nouvelle pouvait être fausse.N\u2019avait-on pas renvoyé à une de leurs amies des lettres qu\u2019elle écrivait à son fils, avec la mention qu\u2019il était mort?Par bonheur dans le courrier qui rapportait ces lettres, il y en avait une du fils lui- même.Ce a \u2014\u201c C'était un simple troypier,\u201d #14 \u20183! Satin 547038 prononca M.de Ribevran.\u2018Des b- reurs semblables ne se prodiiir, ight pas au sujet d'un éPibié BRIT burs.ma pauvre enfant, lis ceci.Mais viens près de moi, aie du courage.N\u2019oublie pas que tu es la fille d\u2019un soldat!\u201d La voie impérieuse prit des inflexions si tendres, si vibrantes d\u2019une intense sympathie qu\u2019Odette leva les yeux de saisissement.~\u2014DMon père, murmura-t-elle, c\u2019est vous qui me consolez?.ou du moins, qui admettez ma douleur?.Mais. Œ Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 ne m'\u2019interdisez-vous de penser à.Paimer.?Sa phrase se hacha, sombra dans un sanglot.\u2014H¢élas! tu l\u2019aimais, ma pauvre petite.En ce moment, je n\u2019envisage plus autre chose.\u2014Ah! père.pèrel.Maintenant c\u2019était dans ses bras, à lui, qu\u2019elle était, le front contre son épaule.Quel soulagement, mais en même temps quel déchirement que la victoire de son affreux deuil sur les préjugés, les résistances, la détermination obstinée de ce coeur volontaire! Ah! il cédait donc enfin.mais c\u2019était devant un cercueil! Un vertige d\u2019attendrissement et de regret, a cette pensée, emportait la force et la raison d\u2019Odete.Pourtant, malgré l\u2019angoisse intraduisible, son triomphe lui fut cher, l\u2019orgueil de son amour la souleva.\u2014Pére, dis-le.dis-le.que mon choix était juste.que Jean était digne de moi! \u2014Si je ne 'avais pressenti déja, je le saurais, dit M.de Ribeyran, par la façon dont il est mort.\u2014Oh! père que tu me fais du bien! Sois béni pour cette parole!.A présent tu peux tout me dire.Parle.Regarde-moi.Tu vois bien que j'ai du courage.Elle redressa un front de guerrière, cette fille et cette flancée de soldats.M.de Ribeyran prit devant lui une lettre déplié.\u2014\u2014\u201c\u2018Voici ce que j'ai reçu.\u2019 dit-il.\u201cpar estafetté du ministre de la guerre.\u201d C\u2019était\u2014avec des condoléances of- -ficielles sur \u2018Ia triste et glorieuse fin de ce fils adoptif dù marquis de Ribevran \u2014urie éopie de la dernière dépêche câblée de Majunga.Le colonel Bailloud communiquait au Gouvernement la signature du traité, \u2014du premier traité, celui que le général Duchesne avait emporté de Paris.Le gouverneur de Majunga avait reçil le second avant de connai- tre-la prise de Tananarive.Aussitôt, il en avait chargé un des jeunes officiers les plus intelligents, les plus énergiques et les plus sûrs, avec mission de les porter a franc étrier au général en chef.Le lieutenant Jean Valdret était parti avec cinq hommes résolus.L'entreprise paraissait bien hasardeuse.presque désespérée.Aussi le colonel Bailloud avait-il fait suivre ce premier message d\u2019un courrier ordinaire, fortement escorté, qui marcherait par étapes rapides mais raisonnables .et qui avait chance d'arriver encore au moment opportun, pour peu que le siège se prolongeât.Or dix jours après le départ du lieutenant Valdret, le colonel Bailloud avait reçu un exprès du général Du- chesne, apportant la nouvelle de la prise de T'ananarive et de la signature du premier traité.En rapprochant les dates, i] était facile de constater que ce double événement correspondait au \u2018deuxième jour de la mission du lieutenant.Donc cette mission n\u2019avait pu aboutir en temps utile.Mais ce qui ressortait non moins évidemment, c'est que Je courrier venu de Tanana- rive aurait dû rencontrer l'officier ainsi qu'il avait rencontré le détachement parti en second de Majunga.Le fait de ne pas l'avoir croisé en route eût à lui seul donné tout à craindre.Malheureusement des indices plus précis ne laissaient aucun espoir de revoir jamais vivant le courageux messager.Un maréchal des logis de sa suite, resté à _Marololo, racontait une rencontre avec les Sakalaves où le lieutenant Valdret s\u2019était battu comme un lion.Il avait poursuivi sa route.malgré des blessures qui ne pouvaient guère lui permettre d'aller loin.Et la dépêche du colonel Bail- loud faisait encore entendre que d'autres circonstances, trop longues à indiquer, prouvaient abondamment qu\u2019il avait dû périr victime de'sôn héroïque obstination.\u2019 Tel était le bref et poignant compte rendu que le marquis de Ribeyran placait sous les veux de sa fille.Quelle lecture pour ces yeux de charme et d'amour, faite pour réfléter toutes les flammes de la passion heureuse! Et rien n\u2019était trop noir dans le tableau esquissé par le colonel Bailloud.Les 0 ta} Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 circonstances auxquelles il faisait allusion sans les indiquer offraient bien le caractère de preuves.En effet.le courrier et son escorte, partis de Tananarive avaient, à cinq journées de marche de la capitale, trouvé le cadavre d\u2019un chasseur d\u2019Afrique.tué d\u2019un coup de feu.Cette mort qui semblait récente, survenue dans un endroit dépassé par l\u2019armée depuis longtemps.parut si singulière que le commandant de la petite troupe recueillit les papiers du malheureux soldat pour établir son identité.Ges papiers, le colonel Bailloud devait les reconnaître pour ceux d\u2019un des compagnons de Jean Valdret.A Marololo, le major qui avait pansé les blessures du lieutenant certifiait que, sans être graves, ces blessures devaient déterminer la fièvre et un affaiblissement absolument incompatible avec 'effort que se proposait l\u2019officier.Enfin, à quelques heures de là.au poste d'Ambato.la garnison restait encore stupéfaite de l\u2019arrivé d\u2019un chasseur à demi-mort, lié sur son cheval, ce qui indiquait un raffinement de cruauté de la part des sauvages.Cet homme avait rendu le dernier soupir sans reprendre connaissance.Le marécha] des logis avant négligé de parler de ce camarade malchanceux, cause de leur échauffourée avec les Sakalaves les envoyés du général Duchesne, traversant ensuite le village d\u2019Ambato, se crurent en face d'un troisiéme épisode tragique apres lequel il leur était impossible de ne pas conclure à la disparition définitive de l\u2019infortuné lieutenant.Si quelque faible espoir pouvait encore subsister.ce n\u2019était que dans le coeur d\u2019une femme amoureuse.Odette s\u2019écria en pleurant: \u2014Je ne veux pas me considérer comme sa veuve.OÔ père, donnez-moi cette satisfaction suprême de me dire sa fiancée! La marquise Pauline intervint, de sa voix timide, pénétrée d'émotion: \u2014'\u2018\u2019Robert.accordez-lui ce qu\u2019elle demande! Votre fille se meurt de douleur, ne le voyez-vous pas ?Et l\u2019autre.cet admirable enfant.ne mé- rite-t-il pas?.\u201d Le marquis de Ribeyran demeura un moment indécis, puis il prononça avec fermeté: \u2014\u201cOui, je serais fier de Jean s\u2019il était né de moi.Sa vie d'enfant et de jeune homme est pleine d'honneur, de loyauté, d\u2019intelligence et de devoir.J\u2019ai jugé dernièrement de la.délicatesse de son coeur.Sa mort est celle d\u2019un héros: car l\u2019énergie avec laquelle il avait entrepris cette mission, la hardiesse dé sa lutte.sa volonté de poursuivre malgré ses blessures prouvent une indomptable intrépidité.\u201d Odette gcoutait avidement les paroles de soh père.Sa douleur en était suspendue.Un tel éloge de celui qu\u2019elle aimait, et sorti d\u2019une telle bouche, suscitait en elle un enthousiasme qui emportait tout.Un rayonnement éclatait dans ses magnifiques yeux, sous le cristal des larmes.Un sourire de douloureux orgueil flottait sur ses lèvres.Elle murmura : \u2014J\u2019ai lu tout cela en lui.Je ne me trompais pas.\u2014Je puis ajouter, reprit le marquis, moi qui connais sa naissance, que son sang le rattache à une ancienne et noble famille, aussi ancienne, aussi noble que la nôtre.\u201d Ge détail n\u2019ajouta rien à l\u2019émotion d\u2019Odette.L'impétuosité de s@ juvénile prédilection faisait bon marché des lois de l\u2019atavisme.Jean était lui-même; il n'avait pas besoin d\u2019aïeux.En cela seulement elle ne ressemblait pas à son père.qui poussait jusqu\u2019au penchant excessif.trop partial même, l\u2019estime des grandes races.Cependant, après quelques secondes de silence, M.de Ribeyran reprit: \u2014\"\u2018Malgré ce que je viens de dire, ma fille, en faveur de l\u2019homme que tu aimes, malgré la sincérité absolue de cette appréciation, j'affirme qu\u2019il m\u2019en coûte infiniment.que c\u2019est pour moi un incaleulable sacrifice.de te nommer sa fiancée.même devant son tombeau.\u201d Il articulait avec lenteur, comme si chaque syllabe lui eût causé un arrachement.Puis d\u2019un ton plus rapide; Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 \u2014D\u2019autant plus que je ne triche pas avec la mort.La parole que je te donnerais en ce moment je ne la reprendrais pas si un de ces hasards prodigieux, comme il en survient a la guerre, ramenait celui \u2018que nous ne comptons plus revoir.\u2014Ah! soupira Odette, abaissant ses paupières devant une vision de suprême espérance.Tous trois se turent.La solennité du moment leur étreignait le coeur.Mais la marquise Pauline se leva.Elle saisit la main de sa fille, la placa dans celle de son mari, et fondant en pleurs : \u2014Fiance-la, murmurast-elle, \u201cà notre autre enfant.qui dort là-bas.pour jamais.Nous l\u2019aimons tous.Tu l\u2019aimais, Robert.tu l\u2019aimais, toi aussi.\u201d Deux larmes jaillirent des yeux du marquis de Ribeyran\u2026 Vivement, dans la surprise de ces larmes, il se cacha le visage, et l\u2019on vit une ondulation convulsive ébrarler ses nerveuses épaules.Puis il se redressa, contempla sa fille, ct.d\u2019une voix ferme: \u2014Odette de Ribeyran, j'accorde ta main à Jean Valdret.\u201d La jeune fille éperdue se jeta dans ses bras.Et elle songeait, secouée d'un frisson affreux : \u2014*\u201cMalheureux père!.Moi qui ai juré de la porter, cette main, à mon epoux, dans le tombeau!\u201d , XVII Elles furent longues les semaines des fiançailles de deuil, du virginal .Veuvage.Odetta de Ribeyran connut les jour- - nées de lente détresse, \u2018les élancements aigus d&3 IX jirs.le navrement des soirs et Ie es décevants des nuits, suivis au réveil par un sursaut plus atroce du chagrin.La maladie de Jean s'était prolongée, ayant pris le caractère d'une fièvre cérébrale, un second courrier du général Duchesne, parmi des communications.annonçait au colonel Bail- loud l\u2019arrivée tardive de son messager, mais en ajoutant que le malheureux a officier ne survivrait sans doute pas à ses effroyables fatigues.Le commandant de Majunga qui, d'ailleurs, n\u2019avail parlé du lieutenant dans les dépêches officielles que pour expliquer l\u2019insuccès de la mission, ne rectifia donc pas l'hypothèse de sa mort.Ce fut quelques semaines plus tard, par une lettre détaillée du général Duchesne, que le ministre de la guerre eut connaissance à la fois des dangers courus par Jean Valdret et de sa guérison, désormais presque assurée.Le général en chef réclamait pour lui une éclatante récompense.Au moment où le ministre manda par télégramme le colonel de Ribey- ran, pour lui remettre en personne cette bonne nouvelle, aucun message de Jean n\u2019éait encore arrivé à Etam- pes.Ce fut donc avec l'étourdissante soudaineté d'un coup de théâtre que le marquis apprit ceci: et que Jean Valdret allait revenir en congé de convalescence, et qu'à son retour il recevrait le brevet de capitaine avec la croix de la Légion d'honneur.Si robuste d'âme et de corps que fût M.de Ribeyran.il jugea par l'émotion ressentie qu\u2019il devait en ménager pour sa fille la trop foudroyante secousse.La nature énergique de cette enfant s\u2019atténuait dans les larmes se- crêtes.Elle ne supporterait pas en un seul choc cet accablement de bonheur.I] lui en ferait part peu à peu.Cette prudence lui vaudrait à lui-même la gradation exquise de la joie qu'il dispenserait.Oh! les lueurs d\u2019enchantement qui, doucement comme une hésitante a'irore.s'épanouiraient dans les beaux veux!.Oh! la sève fleurie de la jeunesse, remontant.flot après flot.vers ies transparentes joues de nacre!.Oh! la résurrection, la vie impérieuse reprenant sa cours ! {Et les bras autour de son cou a lufi-npé- me, le corps frêle et chéri sur sa poitrine, les balbutiantes bénédictions! Regrettait-il sa parole engagée, le colone!-marquis de Ribeyran?Non, car cet homme d'acier.dans le compartiment solitaire du train qui le ramenait à Ftampes.avait des tressaillements d'impatience, des sourires | Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 nerveux, et, sur les prunelles, des brumes furtives, dans l'oppression trop délicieuse du merveilleux salut qu\u2019il apportait à sa fille.Et, lorsqu'il la vit.parmi le crépuscule d'hiver.descendre au-devant de lui le perron\u2014pauvre petite ombre, frissonnante dans l\u2019effroi de cette communication pour laquelle on avait mandé le colonel au ministère- de la guerre,\u2014-il oublia sa tactique, il ne put, lui, st maître pourtant de ses sensations, se contenir, et il dit aussitôt, l\u2019enlaçant dans la crainte qu'elle ne chance!ât : \u2014\"I1 vit.Odettel.seras sa'femme!\u201d : Elle crispa ses doigts dans les lourds vêtements militaires, son buste se raidit.sa respiration s'arrêta, ses yeux se révulsèrent sous les paupières palpitantes.Mais ce ne fut qu\u2019un instant.\u2014 \u201c N'aie pas peur, cher papa.n\u2019aie pas peur.Emmène-moi vers maman.\u201d Au seuil du salon, elle écarta le bras qui la soutenait.\u2014\u2018\u2018Voyons, il me faut être assez fl vit | Tu Quand la marquise aperçut Odette, lransfigurée malgré sa pâleur accrue, le visage illuminé d'une expression ineffable, elle se dressa en s'écriant: \u2014LKEst-ce possible?.La jeune fille inclinait la tête, suffoquée, sans paroles.Alors le marquis de Ribeyran s\u2019avança, et, avec un beau sourire mâle et heureux : \u2014\u2018\u2018Madame, félicitez votre fille.Elle vous présentera bientôt son fiancé, le capitaine Jean Valdret, chevalier de la Légion d'honneur.\u201d Trois mois plus tard le rêve d\u2019amour se réalisait, le mariage était célébré.Une fois de plus, sous les cieux éternels et changeants, la frêle étoile de bonheur se levait, palpitait pour un couple humain.Une fois de plus, l'Invincible Charme opérait son miracle.et la plus magnifique illusion terrestre éblouissait deux êtres, afin que, .dans l\u2019abime des choses triomphât toujours du néant.la splendeur merveilleuse et incompréhensible de la Vie.forte pour entrer seule.\u2019 FIN ?= 2 4 - 2 DANS LE PROCHAIN NUMERO DE \u201c LA REVUE POPULAIRE \u201d , nous publierons un roman complet QUI AURA POUR TITRE : coral Ho tants - co via aa ol ashe Caton 66 \u2019 A 230 in [ \u201cLE MAL D\u2019AIMER* * ft PAR HENRI ARDEL RETENEZ D'AVANCE VOTRE PROCHAIN NUMERO L J = ) LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 PAGES CANADIENNES Nous reproduisons du Bulletin de la Sociéié de Géographie de Québec ce très intéressant et curieux article, signé de Francis J.Audet.La découverte du Canada en l'an 1000 ! Voilà, certes, de quoi faire sourire les gens versés dans l'histoire et la géographie du pays.Enfoncés, alors Cabot, Cortéréal, Verazzani et Jacques Cartier, gui n'auraient fait que redécouvrir le pays! Ce serait, en effet, renversant.cette nouvelle; mais combien d'idées, jusqu'à ces derniers temps reçues comme paroles d\u2019Evan- gile, ont été mises au rancart par la découverte de documents inconnus à nos devanciers, ou plus ou moins bien interprétés par ceux qui les ont connus?La découverte du Canada en l\u2019an de grâce 1000, voilà pourtant ce que prétend révéler un savant professeur de 8éographie de Copenhague.Selon fy en à fait séoglaphiquement partie) serait la première partie de l\u2019Amérique qui aurait reçu la visite des Européens, et la province de Québec aurait été le premier pays occupé et habité par eux.Si la version que nous donne M.Steensby du récit de voyage de Karlsefni est fidèle, et son interprétation juste, l'Île aux Lièvres dans le Saint-Laurent, aurait eu l'honneur de DECOUVERTE DU CANADA EN L\u2019AN 1000 ! voir naître le premier enfant blanc de toute l'Amérique.On raconte.en effet, que l'épouse de Karlsefni y aurait donné le jour à un fils qui fut nommé Snorri.Qu\u2019y a-t-il de vrai dans cette découverte?C\u2019est une question à laquelle je ne prétends pas répondre.mais sur laqueile je désire attirer l\u2019attention.Si l'on ne doit point avoir la foi du charbonnier.il est néanmoins préférable de ne pas agir avec trop de précipitation dans une question de ce genre, et rejeter.sans l'avoir lue.la version nouvelle.tout étonnante qu'elle soit.Elle vaut.croyons-nous.d'être examinée sans parti pris.et étudiée avec tout le soin que mérite son extrême importance géographique et historique.Ce n'est que de cette fa- con que l'on pourra porter un jugement sûr et impartial.Mais, hache en bois; -Pad fonctionne peut être facilement démontré par la gravura ci-jointe et la lecture de l'explication suivante: Le PLAYAO-PAD est fait d'une partie forte et flexible \"E\"\u201d qui s'adapte aux mouvements du crepe et est parfaitement confortable à porter.Sa surface intérieure est adhésive (commie un emplâtre adhésif, bien que complétement diffémente) tampon \u2018B\u2019 de glisser et de se déniacer., | \u201cA est une extréinité élargie du PLAPAO-! AD que couvre les muscles atrophiés et affai\u2019is et les einpé- che de se déplacer plus loin.] CoB\u201d est un tampon convenablement fait pour fermer l'ouverture herniaire et empfeher la saîllie des intestins.En même temps, ce tampon forme réser- , LA SURFACE IN- TERIEURE EST FAITE ADHESIVE POUR MAINTENIR LE PiAPAOP2DFER.MENENT EU CORFS CFO TIERTLE PifFaocoNs- & TAMMEMTNEPLI- Ë QUEE 5 LECOUSSIM 0° NES v CLISSER.à bunmie ee pour empêcher le voir.Dans ce réservoir est placé le merveilleux remède absorbant-astringent Plapav.Dès que le remède est échauffé jar la chaieur dw corps, il devient soluble et s\u2019Achappe A travers la petite ouverture mar- guie \u201cCC\u201d ot est absorbé par les peres de la peau pour fortifier les muscles affaiblis et effectuer la fermeture de la hernie.Fest l'extrémité du PLA- PAO-PAD qui s'applique sur les os des hanches\u2014partie du squelette qui domime le solidité et le support nécesswire au PLAPAO- PAD.FAITES LA PREUVE A MES 0 FRAIS GLISSANTHQH- RAIDE ET CEQUIE CONTIENT,CEST LAPAR- TIE LAPLUS MMPORTANTE N'envoyez pas d'argent.Je veux vous prouver a mes frais que vous pouvez guérir votre hernie et quand les muscles affaiblis à auront recouvré leur élasticité et leur farce, et quand \"horrible tion de \u2018'' pesanteur\u2019 sera sans retour, alors vous itrez que votre hernie est rie \u2014 et vous me remercienez ss \u2018èrement pour vous avoir com- f sole si - fortement d\u2019accepter ! 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Vol, 16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 JW de ce côté surtout par ce temps de tempête.» LE VOYAGEUR.\u2014Le gouvernement 1 de Moseou (mouvement des deux vieux) ne protège guère les voyageurs qui s'aventurent sur les routes désertes des steppes russes.(Le voyageur sort un révolver qu'il dépose sur le grabat.) (8) YVAN.\u2014-Nous ne savons pas, monsieur.Nous sommes d'honnêtes gens qui gagnons notre vie tant bien que mal des fruits et légumes de la durant !a belle saison.MARCIA-\u2014Couchez-vous, à et dormez bien.4 YVAN \u2014\u2014Vous êtes le très bienvenu | dans notre humble demeure.(Le lon ä sur lequel! sont dits ces mots font que le voyageur se'relève sur son grabat.) YVAN (continue)\u2014Le grabat n'est pas douillet mais c\u2019est le seul que nous avons et nous vous loffrons.Nous sommes si pauvres, monsieur, si pauvres.\u2019 LE VOYAGEUR.\u2014 Peut-être des temps meilleurs luiront-ils pour vous sous peu.Nous ne savons jamais ce que l'avenir nous réserve.YVAN.\u2014Ce que j'ai toujours dit à ma chère Marcia.monsieur.Mainte- annt, bonne nuit et que Dieu vous protège.LE VOYAGEUR.\u2014Bonne nuit.{Yvan et monsieur (9) Marcia sortent en empor- ui à \u201c> SCENE III 4 Le voyageur ne tarde pas à s\u2019endormir après avoir vérifié son révol- ver.Un temps.La lumière joue par la porte où sont sortis les deux vieux.Yvan et Marcia entrent de nouveau.TH terre, SCENE IV MARCIA.\u2014Entre, il dort.(10) YVAN.\u2014 Non.pas maintenant.MARCIA\u2014Le premier sommeil est le plus lourd.(Elle prend sur la table J 5 le couteau -à pain et le tend à son, » mari.) * YVAN\u2014Apporte la lumière près def moi.Plus près.(La femme approcheÿ * la lumière.Les deux sont au-dessus .du lit de l'étranger.) Approche que je | I AN à .me vois l'endroit où je dois frapper.(D'un seul coup l'homme a frappé l'étran- .ger en plein coeur.Le sang gicle.Leÿ 2 grabat est rougi.Un seul cri du mou- 2 rant.Un long silence.Yvan retourne qi le corps sur le grabat.) A MARCIA.\u2014Est-il.?mi YVAN.\u2014 Oui.(La femme va dépo-§ ser la lumière sur la table pendant \u2026 que l\u2019homme enlève la ceinture duf voyageur.) (11) Jo (On étend l\u2019argent sur la table et} fy Yvan se met à empiler l\u2019argent en tas) 7 YVAN.\u2014-On a toujours trouvé def m fortes sommes sur des voyageurs.Ils te: ont toujours de l'argent sur eux.Mais lei il faut se débarrasser du corps.On} ne sait jamais.C'est peut-être uni} \u201ch émissaire du gouvernement.Peut-être ff; in venait-il pour nous dénoncer ou nous \u2018il arrêter.lu l'as entendu.il s'est in-fR à formé de moi sans deviner heureuse-f} \"a ment que j'étais la personne qu\u2019il Z -' cherchait.> RU (On frappe à la porte du fond.) A (Mouveraent des deux.) bey YVAN.-\u2014Ne bouge pas.: - L MARCIA.-\u2014Dieu nous sauve.| YVAN.\u2014Qui peut venir?Le diable! |.(Il cache vivement son argent sous un linge sur la table.Qui frappe?UNE VOI1X.\u2014O0Ouvrez.¢\u2019est moi.BE MARCIA.\u2014C\u2019est Tanya.Ouvre, ¢ ou- 1 vre vite, {12) Jif ot W .Vol, 16, No T \u2018mari était trés anxieux.LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 JE REGAGNAI 65 LIVRES \u201cDans les premiers temps de mon mariage il y a cing ans, javais une énergie merveilleuse.Je pouvais aller toute la journée sans ressentir la moindre fatigue.J'avais un bon appétit et je pouvais manger n'importe quoi.Je pesais 147 livres.J'étais très occupée toute la journée et lorsque le soir arrivait je me mettais au lit et je ne me réveillais pas une seule fois dans la nuit.Il y a treize mois mon premier bébé naquit et aussitôt après, mon énergie sembla m'abandonner.J'étais continuellement fatiguée et j'étais obligés de me forcer pour exécuter les travaux du ménage.Au lieu d'être un plaisir comme avant, ces travaux étaient pour moi une corvée.Je perdis toul appétit et rien ne me tentait, j'étais obligée de me forcer pour manger.Le soir je me mettais au lit et me tournais et me retournais pendant des heures.Enfin je finissais par m'\u2019endormir mais pour me réveiller dix ou quinze minutes après.Naturellement lorsque le jour arrivait, n\u2019ayanf pas dormi, je eommen- çais la journée avec une, fatigue complète.J'étais agitée et nerveuse.Le moindre bruit m'effrayait et me faisait battre le coeur.Je voyais que mon Je perdais du poids toutes les semaines et déjà j'avais perdu 54 livres.J'essayai toutes sortes de toniques, mais ils ne-me firent aucun effet.Un soir que je n'oublierai jamais, parce que c\u2019est à ce moment que je retrouvai le chemin de la santé et du bonheur \u2014 mon mari m'apporta une bouteille de Carnol.Un ami lui avait dit que le Carnol avait sauvé sa femme, et \"il insista pour que j'en fasse l'essai.Au bout de six semaines mon poids augmentait et de 93 livres passait à 158, une augmentation de 65 livres.Aujourd'hui je suis très bien, je saute allègrement du lit prête à faire n'importe quel travail et al Beei, Cod Liver Oil Et aujourd'hui chaque minute de la journée est pour moi une minute de bon- oat à \u2018 heur.\u201d Lab =o Le Carmel! est\u2019 en vente chez votre pharmacien.- Si après en avoir fait l'essai vous pouvez affirmer en toute conscience qu\u2019il ne vous a fait aucun bien, renvoyez la bouteille vide à votre pharmacien et il vous remettra votre argent.8-622 x and Giycerophorphates : JI, KX & Each fluid ounce comp the scluble ruentive: BL perties of two aunces of §! | gl fresh Beef, the alkaloide ¥' 5 of une ounce of \\ Cod Liver O M and ren'icraiss \u201d Gtycerophue À combinaum 3 DOSE\u2014For eduits, one À 3 IS wablespoonful before each À id meal and a bedtime.4 Children, one tacpoor 3 ÿ ui, or according to age Mo.32607 0 SOO SA À Bin AA ERT BY i FRANK W HORNER denses Bli MONTREAL LA REVUE Vol, 18, No 7 POPULAIRE Montréal, Juillet 1923 SCENE V TANYA, (entrant dans une rafale de neige qui pénètre à l\u2019intérieur.) \u2014 Bonjour, Yvan Pétroviteh.bonjour Marcia.YVAN.\u2014Bonjour, Tanya.MARCIA, (montrant le grabat).\u2014 Chut, un voyageur qui sommeille.TANYA (gaiement)-\u2014Un voyageur.(Allant vers le grabat.) Alors il est arrivé ?YVAN.-\u2014 Oui.il dort.Il s\u2019est perdu sur la route et est venu demander un abri pour la nuit.TANYA.\u2014Alors vous ne savez pas?YVAN .\u2014-Quoi done?TANYA.\u2014 Vous ne savez pas qui dort sur ce grabat?MARCIA.\u2014T'u le connais, Tanya ?TANYA.\u2014 Ah ! comme vos deux coeurs vont bondir lorsqu'il se réveillera.Je l'ai rencontré sur la route.C\u2019est moi qui vous l'ai envoyé.Je ne lui ai pas dit votre nom pour lui causer une surprise.J'avais cru que vous vous reconnaitriez.(L\u2019homme et la femme se regardent avec terreur.) J\u2019ai couru chez moi chercher quelque chose à manger et à boire, j'ai cru que vous n\u2019auriez pas grand chose ici.Regardez.(Elle ouvre son grand panier.) J'ai apporté de la viande.du thé, des oignons.du vin blanc pour ; fâter son retour au foyer.YVAN.\u2014Fêter son retour au foyer?MARCIA \u2014Son retour?TANYA.-\u2014Mais, c\u2019est Fédor.C'est votre enfant.Ne l\u2019avez-vous pas reconnu?MARCIA (se jetant sur le corps de Fédor) .-\u2014\u2014Fédor, Fédor.(18) YVAN /g\u2019écroulant sur la table au milieu des pièces d\u2019or).\u2014Mon fils, mon.fils.TANYA (regardant le corps de Fé- dor).\u2014 Mais il ne remue pas.Il est mort.Regardez-le.Regardez ses veux.MARCIA.\u2014 Oui, mort.YVAN.\u2014-Nous l\u2019avons tué pour lui voler son or.TANYA.-\u2014Ah, misérables, misérables.(Elle se sauve en laissant la norte ouverte.La neige entre dans la pièce pendant que le père et la mère pleurent et gémissent.) La toile tombe lertement.mon enfant est ACUESSOIRES 1 grabat.un buffet.4 chaises.une: table.du bois, un panier, du linge, des couvertures.une bougie.un morceau de viande, des sacs contenant des victuailles.une bouteille de vin.une ceinture, des pièces d'or, couteau à pain, ete., ete.\u2014\u2014\u2014\u2014y POUR DE L'OR Mise en scène (1) Yvan est au buffet et Marcia à droite, à la cheminée.° (2) Yvan est descendu à la table et Marcia est revenu au centre.Positions: Yvan.4; Marcia, 2.SE (3) Yvan va à la porte du fond, Marcia reste sur place.(4) Le voyageur entre.Positions : le voyageur.1: Yvan, 2; Marcia, 3.(5) Le voyageur passe à la cheminée.Positions: Yvan, 1 ; Marcia, 2 ; voyageur, 3. ole § lèce lu | Vol, 16, No LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 \u201cJE SUIS SI FATIGUEE \u201d YL arrive parfois qu'on se sente temporairement fatigué par suite d\u2019un travail pénible.Cet état de fatigue est soulagé par une bonne nuit de repos.Mais quand le moindre effort vous épuise et que vous trouvez que la tâche \u2018quotidienne est trop forte pour vous, c'est le temps de s'occuper de la condition du système nerveux.Vous êtes facilement irritable et vous .> .3 vous inquiétez pour un rien, vous n'avez pas énergie et la force de faire votre labeur quotidien, vous ne dormez pas bien e};ixous vous levez fatiguée le matin, vous avez des migraines, vous au \u2019 : z vous $éntéz découragée et abattue.Vos nerfs sont fatigués, épuisés et affaiblis, et vous avez besoin du secours, lequel est très bien donné par la Nourriture du Dr Chase pour les Nerfs.que chose qui me fit tant de bien que la Mlle Amy L.Metcalf, R.R.No 3, Arthur, Ont., écrit: \u201cJ'ai employé avec le meilleur résultat la Nourriture du Dr Chase pour les Nerfs.Un printemps j'étais très faible et épuisée, et ne dormais point.J\u2019étais très nerveuse et je criais pour Im rien Mon coeur \u2018était faible et j'avais presque constamment anal à la tête: Les remèdes du médecin ne me firent aucun bien, et finalement je commençai à prendre la Nourriture du Dr Chase pour les Nerfs.Après avoir pris six boîtes de ce remède je me sentis bicn.Je n'avais jamais employé quel- Nourriture du Dr Chase pour les Nerfs, et j'ai aussi trouvé que les Pilules du Dr Chase pour le Foie et lés Reins étaient un excellent remède.2j.4,1 (\u201cCeci est pour certifier que je.cop, nais MHe Amy Metcalf, et\u2019 qire Je oll { sa déclaration touchant Jes \u201cremaddes duly Dr Chase être vraie et conforme \u201d\u201d \u2014 A.R.Springer.ministre \u201cmiéthodiste, Arthur, Ont.) La Nourriture du Dr Chase pour les Nerfs, 50 cents la boîte, chez tous les marchands ou chez Edmanson, Bates & Cie, Limitée, Toronto.pdf Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 DECOR DE NEIGE PORTE Haire a | Soca 0 chon V3 [2 TAY 9 = ™ = = me ™ Décor (6) Marcia va au buffet, puis à la cheminée sans que les autres personnages changent de place en scène.(7) Le voyageur s\u2019assied à la table, à gauche, puis, Yvan, au centre, puis Marcia à droite.(8) Le voyageur s\u2019est levé, puis dirigé vers le grabat.Mêmes numéros pour tous.(9) Yvan et Marcia sortent à gauche.(10) Positions: Voyageur, 1; Yvan, 2; Marcia, 3.(11) Yvan et Marcia reviennent au centre de la pièce.Positions : voyageur, 1; Yvan, 2; Marcia, 3.(12) Tanya entre.Positions: Voyageur, 1; Tanya, 2; Yvan, 3; Marcia, 4.(18) Positions: Voyageur, 16 Marcia, 2; Tanya, 3; Yvan, 4 ms éme 5 UNE CURIEUSE HORLOGE G .i ) ENBIR ie dH {Gis qui vient de la feo 1strujze, AL y * nig.vingt- trois ans.Lite dn?en beis, haute de 3 mètres, large de 2, pesant 5 quintaux, comprend 18 autres horloges, 22 personnages mobiles, 16 cloches, 2 canons, une boîte à musique.Comme dans les horloges des cathédrales de Strasbourg et de Beauvais, sa marche déclañïthe la marche des personnages.le son des cloches, sans doute le déjonateur.des Sanens, et fait, ainsi que \u201cdans\u201d ès peti + bleaux que l\u2019on voyait GR {y quelques années, dans quelques vieilles demeures, marcher un petit train automatique.Le constructeur de I'horloge vien- noise, M.Jacob Jaivurell, a l'intention de la promenr | un : peu partout en Europe.# 0. e A Aa A AE CE A Vol.16, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1923 AT A A AEE >
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