La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 juillet 1925, Juillet
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Mais il fallut penser différemment quand tout à PE.ét i He A TT TR EURE EE EX XX] 00 EEE .Cru DUHTRYRYTIRRCER ES La petite cage de 18 x 14 pouces dans laquelle l\u2019exe traordinaire contortionniste La Marletta se loge facilement.coup la cage vola en éclats el qu\u2019une femme, non pas une enfant, mais une ferpme en sortit, sautant tête .bêche, \u2014 21 \u2014 TE CO COO TOO Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 d'une hauteur de douze pieds, et arrêtée tout à coup par une corde fixée à son pied.Puis, avant que les spectateurs.fussent remis de leur surprise, la femme accomplissait toutes sortes de prouesses sur sa corde! ; Qette femme est La Marletta, une contorsionnisse célèbre.Elle a cing -pieds cing et pése 125 livres.L\u2019expli- ,cation est toute simple.Le corps se JLeplie & trois endroits, aux genoux, Aux hanches et au cou.Mais cette femme possède un secret: celui de se replier l'\u2019épine dorsale à un endroit où cenôtre est rigide.En effet, la sienne est flexible à un certain endroit entre les que cette peine ne soit pas prononcée de toute une session aux Assises.Aux Etats-Unis, ce châtiment a été supprimé dans tous les Etats, sauf dans celui du Delaware.Chaque année, à la Législature de cet Ftat, un député en demande la suppression et chaque année la mesure est rejetée, les citoyens de ce territoire tenant à garder cette forme de châtiment quelque peu moyen âgeuse, pour écarter les criminels.;\u2018 Le cellule où se donne le fouet est vieille de plus de cent années.On conserve là le poteau de flagellation, hanches et les épaules, de sorte qu\u2019elle .peut comprimer son corps dans , un , espace trois fois moindre qu\u2019il en faut à une personne ordinaire.a 4 - O \u2026 LE FOUET, DANS LES PENITEN- CIERS DES ETATS-UNIS Dans tous les pénitenciers du Ca- \"nada est appliquée à certains condamnés la peine du fouet.Même qu\u2019à cette peine, le gouvernement fédéral en -ajouta récemment une autre, moins \u201csévère, il est vrai, mais peut-être plus humiliante, celle de la fessée.On condamne \u2018ordinairement au fouet\u2014 appelé le chat à neuf queues\u2014et qui est un terrible instrument, les hom- \u201cmes condamnés à un terme quelconque d\u2019emprisonnement, long ou court, pour vol de grand chemin, vol avec effraction, viol, sévices graves à une femme, crimes contre natrue et autres.Ce châtiment, en de certaines années, est infligé rigoureusement, si, par exemple, la criminalité est en hausse.Il arrive assez souvent aussi La vieilie cellule du pénitencier central du Delaware, Etats-Unis, où est infligé le supplice - du fouet.haut de vingt pieds, muni de deux menottes pour v passer les poignets des condamnés, à hauteur d\u2019épaules.Dans un coin, se trouve un vieux pilori (appareil servant à exposer les criminels à la vue du peuple) lequel ne sert plus.Dans le Delaware, on applique la peine du fouet une dizaine de fois par année, pour diverses offenses, telles que vol d\u2019automobiles, de volailles, vol à main armée ou simple larcin.On y donne de 5 à 50 coups de fouet.\u2014 99 \u2014 Vel.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 | Gutenberg\u2014Plantin\u2014Bodonl L'invention de l'imprimerie n\u2019est pâs aussi moderne qu\u2019on le croit communément.Dès la plus haute antiquité, on tirait des empreintes avec des cachets ou des sceaux, et avec divers emblèmes taillés dans le bois.A la Chine, au Japon, l\u2019impression tabellaire est en usage depuis plus de seize cents ans.Les Grecs et les Romains connaissaient les types mobiles, et dans les ruines d\u2019Heroulanum on a trouvé des.billets d\u2019invitation imprimés par ce procédé.Mais la découverte de l'imprimerie en caracté- res mobiles, cette sublime invention qui a changé la face du monde, appartient au XVe siècle, à ce siècle qui produisit tant de merveilles, et qui serait encore grand, lors même qu\u2019il n\u2019aurait pas à se glorifier de la découverte du Nouveau-Monde.Quoique les premiers produits de ce procédé des caractères mobiles ne portent pas, du moins authentiquement, le nom de Gutenberg, l\u2019opinion générale qui lui en attribue l\u2019invention se fonde sur un tel nombre de faits et de témoignages, qu\u2019elle n\u2019est plus aujourd\u2019 hui contestée.Gutenberg naquit à Mayence, vers 1400, au sein d\u2019une famille patricienne.Gutenberg vint à Strasbourg à l\u2019âge de vingt ans.Ce .ne fut qu\u2019en 1486 qu\u2019il communiqua une inven- , tion qu\u2019on suppose être celle des caractères mobiles; puis il forma une association qui avait pour but de mettre en oeuvre un art secret et mer- veilleux.Dans la description de cet art, il est question d\u2019une presse montée de planches serrées par des vis et fixées sur la presse, lesquelles planches se décomposent quand les vis sont desserrées.Voila, & ne pas s'y méprendre, l\u2019imprimerie s'efforgant de naître.oo Les titres de Gutenberg sont done clairs et formels.Il est le père de la typographie telle que nous la connaissons.Ses premiers caractères sont sculptés en bois et percés latéralement pour pouvoir être enfilés lés uns à côté des autres.Pendant dix ans, il travailla avec ces caractères à Strasbourg, en sorte que cette grande cité peut avec raison être regardée comme le berceau de l\u2019imprimerie.Parmi les premiers grands imprimeurs, les pionniers de l\u2019art typographique, on relève les noms de Christophe Plantin et de Jean-Baptiste Ba- doni.Plantin, né en 1514, au village de Saint- Averin près de Tours, France, quitta de bonne heure son pays natal et apprit à Rouen les premiers éléments de son art.Il visita ensuite les principales imprimeries de l\u2019Europe, où il travailla en qualité de correcteur ou même de compositeur.Il vint ensuite à Paris dans le dessein de s\u2019y établir; mais ce qu\u2019on aura peine à croire, c\u2019est qu\u2019il ne put y vivre du fruit de son travail et de ses talents.Il les porta donc dans la ville d\u2019An- vers, où bientôt ils le mirent en état d'établir une imprimerie, qui ne tarda pas à devenir la plus splendide et la \u2014 23 \u2014 Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 La fabrication du papier à la main.(Vieille gravure du moyen-âge).plus célèbre de l\u2019Europe.T1 n\u2019est point de typographe qui ait seul imprimé, pouvait-on dire encore au milieu du dix-neuvième siècle, autant que Plantin.Toutes ses éditions, en hé- l\u2019élégance typographique.breu, en syriaque, en greo, en latin, etc., se font remarquer par la corree- tion et par la netteté plus que par Parmi les ouvrages les plus remarquables qui Ein ape = ER A TA te Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 sont sortis de ses presses, on cite la fameuse bible connue sous le nom'de Polyglotte d\u2019Anvers, qui fut entreprise sur la demande du roi d'Espagne Philippe II, dont il devint l\u2019imprimeur en 1570.L'Italie se glorifie avec raison de Jean-Baptiste Bodoni, né à Soluces en 1740, et que la beauté et la pureté de ses éditions de classiques grecs et latins ont rendu à jamais célèbre.De notre temps, l'invention des presses mécaniques, de ces colossa- .les rotatives, est venue donner un nouvel essor à l'imprimerie, sinon en perfectionnant cet art, du moins en popularisant ses produits par suite de l\u2019abaissement de leur prix.L\u2019Allemand Koenig est le premier qui ait conçu la pensée de ces machines intelligentes qui semblent être venues à propos pour satisfaire l'immense besoin de lecture et de publicité qui travaille notre époque.Koenig, après avoir porté, sans profit pour lui, son industrie en Angleterre, revint dans sa patrie, où sa découverte fut mieux appréciée qu\u2019à son origine.Bientôt son merveilleux instrument fut imité et modifié dans tous les pays; et l\u2019on est parvenu de nos jours à une promptitude d\u2019exécution vraiment effrayante.Mais il faut dire, d\u2019un autre côté, que les grands imprimeurs sont souvent entraînés par la concurrence à chercher plutôt les moyens de faire vite et à bon marché qu\u2019à s\u2019efforcer d'introduire de nouveaux perfectionnements dans leur art.Cependant, la typographie moderne, depuis la guerre surtout, peut s'enorgueillir d\u2019une foule de beaux travaux qui resteront pour attester que les bonnes traditions ne sont pas complètement oubliées dans notre siècle.L IMPIETE ET DIVORCE VONT ENSEMBLE | 2 ¢ C\u2019est un fait: plus les Etats sont ii= pies ou irréligieux, plus les divorcés sont fréquents.Plus, au contraire, Ms pays sont catholiques, moins les divorces sont nombreux.Voici les chiffres.Nous ne mentionnerons pas le Japon où les divorces sont effroyablé- ment populaires.Les Etats-Unis tiennent la tête, avec leurs 20 millions d'habitants inscrits officiellement comme n\u2019appartenant à aucune religion; ily a un divorce par huit mariages.L'Allemagne avait, en 1918, 13,- 344 divorces; en 1920, elle atteint le chiffre fabuleux de 36,542 divorce ; la France, en 1918, en avait 7,851 -et 11,514 en 1919; I' Angleterre sauta de 2,222 en 1918 à 7,044 en 1921.Au Canada, qui est en majorité catholique il y a 505 divorces dans toutes lès provinces protestantes, et presque pas dans les régions catholiques.La préû- ve est faite: la grâce sacramentelle &ide la nature humaine, fragile de soi, à porter courageusement les charges du mariage; elle en resserre les lietis, tandis que l\u2019impiété les brise.O À + La femme ne doit pas oublier qu'elle est la jdie, le charme, la récréation de la famille ; le grahd principe de la politique domestique est de faire que son intérieur paraisse au mari plus agréable que celui des autres.L\u2019agrèment est donc, en quelque sorte, un des devoirs de la femme.Or, ce qui répand le plus de charme sur l'intimité dans un ménage, c\u2019est la culture de l'esprit.« & % * Il y a bien des manières de gâter un enfant : on gâte son esprit par l'exagération inconsidérée des louanges; on gâte son caractère en lui laissant faire toutes ses volontés; on gâte son coeur en.s\u2019occupant de lui à l'excès, en l\u2019idolâtrant.+ + * Sf vous avez soin de bien élever votre fils, votre fils aura pour son fils la même vigilance; et ainsi se transmettra, parmi vos descendants.cet héritage de bonne éducation et de bonnes moeurs, chaîne admirable dont vous serez le premier anneau.\u2014 25 \u2014 Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 L\u2019ALLEMAGNE ET LES ELECTIONS T1 est très curieux d\u2019étudier cette carte de l\u2019Allemagne, dressée au lendemain des élections présidentielles du mois d\u2019avril dernier, alors que Hindenburg, généralissime de l\u2019armée allemande.au cours de la guerre de \"4914-18, conseiller de l\u2019ex-Kaiser, chures foncées, movennes et pales marquent.respectivement soit une grosse majorité, soit une bonne avance ou une \u2018\u2018partie chaude\u201d.On verra que toutes les provinces allemandes de frontière.contigues à la Hollande, à la Belgique, à, la Fran- «ed A in PI a TER 26 \u20ac gRBATIES 2 D b TCHEcog, , v DUT fa 0 Uig pr J pd NS 4 we \\ \u2014\u2014 ry ca - AU a\\É Lone chef du parti monarchiste et symbole de la vieille Allemagne, l\u2019emporta d\u2019un million de votes sur son adversaire, le chancelier Marx.Les lignes horizontales indiquent les provinces qui donnèrent leur appui à Hindenburg, et les lignes verticales celles qui soutinrent Marx.Les ha- ce, à la Tchécoslovaquie, à la Pologne, se prononcèrent contre Hindenburg, c\u2019est-à-dire contre la guerre.C\u2019est dans les provinces de l\u2019intérieur (Berlin excepté) ou dans les provinces touchant à l'Autriche, pays ami, qu\u2019il recruta la majorité de ses partisans. Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Histoire Géographie Montréal, juillet 1925 LA GUERRE DE L\u2019INDEPENDANCE AMERICAINE (1773-1788) Nos lecteurs trouveront, à la suite de cet article, une étonnante révéla - tion de M.Jusserand.ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis, lequel.s'appuyant sur un document précieux.une lettre de Franklin, pré - tend que les Etats-Unis, au sortir de la guerre de l'Indépendance, offrirent à la France de lui céder le Canada, en remerciement de ses services.Si les Bostonnais se débarrassèrent des Anglais, en 1783, ils ne furent pas aussi heureux au Canada, et c\u2019est pourquoi, à la lecture des quelques pages de notre histoire sur la rébellion américaine.on s'étonne que les Américaines eussent pu songer à offrir à la France un pays d\u2019où ils venaient d\u2019être repoussés par la force des armes.La guerre de Sept ans, trés favorable à l\u2019Angleterre, avait porté la dette de cette puissance à quatre-vingts millions de livres sterling.Pour la payer, le gouvernement anglais soumit d\u2019abord les treize colonies américaines à l'impôt du timbre (Stamp Act), qu\u2019il remplaça ensuite par des droits sur le verre, le plomb, le thé et le papier.Les colonies anglo-améri- caines qu\u2019elles ne pouvaient pas être taxées protestérent, en prétendant - sans avoir leurs propres représentants a Londres.Le gouvernement fit la sourde oreille a leurs protestations, et des émeutes s\u2019ensuivirent.Les Bostonnais, plus ardents que les autres, brûlèrent les registres des douanes de la vice-amirauté, et saccagé- rent les bureaux des employés de la métropole.Malgré ces clameurs publiques.l\u2019Angleterre maintient des droits sur le blé, comme signe de son pouvoir souverain.À cause de cette mesure.des Anglo-Américains, travestis en Indiens.montèrent à bord de trois vaisseaux amarrés au quai, et jeterent à la mer 340 caisses de thé, sans toucher aux marchandises exonérées (1773).Pour punir les révoltés.l\u2019Angleterre fit fermer le'port de Boston, et occuper la ville par les troupes royales.Alors, un congrès général, composé des députés de toutes les colonies, à l\u2019exception de la Georgie et du Canada, s\u2019assembla à Philadelphie, et tout en restant sotimis à la couronne, protesta contre les actes du parlement britannique (1775).Le congrès fit appel aux Canadiens.Le congrès de Philadelphie publia alors la célèbre déclaration des droits.Des enrôlements de patriotes eurent - lieu.Un riche planteur, qui s\u2019était déjà signalé dans la guerre de Sept ans, Washington, fut créé généralis- ze 27 cme RE ELT, _ sur Québec, .Chaudière.Vol.18 No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 ,sime des milices nationales.Deux corps furent chargés d\u2019envahir le Canada: le premier, commandé par Montgomery, marcha sur Montréal, par le lac Champlain et le Richelieu; le second, dirigé par Arnold, s\u2019'avança par le Kénébec et la \u2018Montgomery eut du succès dans sa campagne.Il se porta sur Montréal qui lui ouvrit ses portes sans résistance.Tout fut livré: forces navales, magasins et provisions (1775).L\u2019armée d\u2019Arnold rencontra celle de Montgomery, à la Pointe-aux-Trem- bles.Les deux armées réunies, comptant 1,000 à 1,200 hommes, se rendirent à Québec, qu\u2019elles assiégèrent au commencement de décembre.A ce moment, Carleton proclama la loi martiale et fit appel aux Canadiens et aux Iroquois, qui restèrent indifférents à ses avances.Les Canadiens étaient travaillés par les agents américains qui leur promettaient, avec l\u2019indépendance, une vie plus libre, plus riche et plus heureuse.Le clergé appuya la politique anglaise, \u2018ainsi que la bourgeoisie et la noblesse.- Le siège de la ville de Québec dura tout le mois'de décembre.Dans la nuit du 30 au 51, Montgomery chargea trois petits corps d'armée d\u2019attaquer Québec par trois points diflé- rents à la fois.laient et les Anglo-Américains furent repoussés avec quelques pertes.Montgomery et ses deux aides-de-camp furent tués.Arnold, malgré les secours que lui envoya Washington (huit bataillons), \u2026 fut bientôt obligé de lever le siège de s:Québec.La petite vérole causait par- - mi ses troupes, de grands ravages et : les troupes anglaises arrivaient derrière lui.Les sentinelles veil- C\u2019étaient 9,000 hommes.commandés par le général Burgoyne qui délogea aussitôt les Américains de Sorel, de Chambly, de Saint-Jean et les repoussa jusqu\u2019à Carillon.Mais Burgoyne subit bientôt des revers à Albany et à Saratoga où il fut forcé de mettre bas les armes: le 16 octobre 1777.Sur ces entrefaites, Franklin (1706.1790) était allé solliciter le secours de la France, qui conclut en effet un traité d\u2019alliance et de commerce avec les Etats-Unis (1778).Déjà le marquis de La Fayette était accouru au secours de Washington.L'Espagne et la Hollande se déclarérent aussi contre l\u2019Angleterre.La guerre devint générale et l\u2019on vit les flottes anglaises lutter héroïquement et avec succès dans trois continents, en Europe, dans les Indes et en Amérique.A la fin, la fière Angleterre dut céder; ils étaient trop.Washington força Cornwallis, général anglais, à capituler à Yorktown (1781), dans la Virginie.Cette victoire assura définitivement l'indépendance des Etats- Unis.La paix fut conclue à Versailles en 1783, entre les Etats-Unis, la France, l\u2019Espagne et la Hollande.Par \u2018ce traité, reconnaissant l\u2019indépendance des Etats-Unis, la France reconquit quelques-unes de ses colonies avec le droit de pêche sur le littoral de Terre- Neuve; le Canada perdit le lac Champlain et les montagnes environnantes.A la suite de cette guerre, le Canada reçut 25,000 Anglo-Américains qui, pour rester fidèles à l'Angleterre, se fixèrent dans les Cantons de l'Est, dans le Haut-Canada et les provinces maritimes, au cours de l\u2019année 1784.Ces nouveaux colons prirent le nom de loyalistes, à cause de l'acte de \u2014 28 \u2014 : ET \u2018Vol.189, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 loyauté qu\u2019ils firent, en demeurant fidèles à George III.Quant aux Iroquois, ils se rangèrent du côté de leurs alliés, les Anglais.À cette nouvelle, le général Sullivan, à la tête de 5,000 hommes, entra dans leurs villages qui s\u2019étendaient de la rivière Hudson jusqu\u2019à Niagara, et les réduisit en cendres.Les débris de ces tribus se réfugièrent sur les «bords des grands lacs, où vivent encore dans des réserves leurs descendants.\u201d LA FRANCE AURAIT RENONCE DEUX FOIS AU CANADA Que penser de cette déclaration, faite récemment, par M.Jusserand, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis et historien bien accrédité, que les Etats-Unis auraient offert le Canada à la France, au lendemain de la guerre de l'Indépendance, cadeau que celle-ci aurait refusé?Voici dans quelles circonstances cette révélation fut faite.La section.intellectuelle de France-Amérique donnait, le 2 avril dernier, un diner a Paris en l'honneur de M.et Mme Jusserand.Quand l'heure fut venue de répondre aux discours ou M.Georges Tessier, de l'Institut, M.Skinner, Consul général des Etats-Unis, et d\u2019autres orateurs américains avaient fait l\u2019éloge de ses 22 années d\u2019ambassade, M.Jusserand parla en termes émus du grand effort accompli par les Américains pendant la guerre et du désintéressement qu\u2019ils avaient montré.Il compara ce désintéressement à celui de la France au moment de la guerre de l'Indépendance des Etats-Unis.À cette époque, le gouvernement des Etats-Unis, pour témoigner sa reconnaissance, offrit à la France de lui restituer le Canada.Le roi de France, voulant prouver son désintéressement dans l'appui qu\u2019il avait donné, refusa.Et M.Jusse- rand cita la lettre de Franklin où ce fait historique est relaté.Ce document est-il connu de nos historiens?Comment les Américains pouvaient-ils faire l'offre d\u2019un pays dont ils n\u2019avaient pas réussi à s\u2019emparer?Etait-ce seulement pour ac= complir un beau geste que le roi de France refusa un pareil cadeau?Nous aimerions que le \u2018\u2018Bulletin des Recherches Historiques\u2019\u2019 nous éclairât sur ce point controversé.0 UNE ARTISTIQUE PUBLICATION DU CHEMIN PE FER NATIONAL DU CANADA \u201cQuébec, la doulce Province\u201d Nous accusons réception d\u2019une fort jolie brochure, abondamment illustrée de beaux bois, éditée par le \u2018Qhe- min de fer National du Canada\u2019, et dont la rédaction française est l\u2019oeuvre d'un de nos confrères les plus estimés, M.Claude Melançon., Il faut féliciter hautement Je \u2018Chemin de fer National du Canada\u201d de ce guide précieux de notre province, ih- titulé: \u201cQuébec, la doulce Province.** 0\u2014\u2014\u2014r 9 aa LE CHATEAU DE GUISE.ops Les plus vieux chateaux de France que le gouvernement de la république ne s\u2019empresse d\u2019acheter passent pour la plupart aux mains de riches étrangers.Ou bien, ils se vendent à vil Vot.18: No 7 > LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 prix à des citoyens français, ce qui vaut tout de même mieux dans l\u2019inté- rêtide ce cher pays, dont toutes les ruihes sont précieuses.Ainsi, le château de Guise (ses ruines},qui servait de caserneadune compagnie d\u2019infanterie, vient d\u2019être mis aux enchères et acquis par un entre- * * \" preneur parisien, M.Donadio, pour la somme de 18,425 francs, soit environ $800, une bagatelle! Jadis, ce château comprenait trois lignes de fortifications élevées par Vauban, des casemates, un fossé avec pont-levis, un donjon du IXe siécle, qui domine la vallee de l'Oise, d\u2019immenses souterrains dont l'un a son débouché dans la campagne.Le duc Claude de Lorraine le: céda en 1569 au domaine royal; de ce fort, le général de Lanrezac suivit les phases de la bataille de Guise qu\u2019il gagna.De ce château, il ne subsiste plus qu\u2019un amas de pierres; il a été presque tout détruit pendant la dernière guerre.Seule persiste I\u2019énorme masse du donjon, qui a été classé comme monument historique.Son entretien coûtera cher au propriétaire, et c\u2019est bien pour, cela qu\u2019un aussi vieux château ne se vendit pas à un prix plus élevé.\u201cLES PIGEONS VOYAGEURS DE LA GUERRE oie pes \"a bun wot, sur-la vignette ci-contre : apr un pigeon voyageur qui fit, sans arrêt, un vol de 700 milles, distance qu'il y a du Manitoba, Canada, à Ft.Worth, Texas.(2) Le plus gros des pigeons de guerre, lequel traversa !oiriquante fois les lignes allemandes -dtans être touché une seule fois.(3) ÆUne'fuie sur l\u2019impériale d\u2019un auto- feds; dans l\u2019armée française, les au- obus servirent de colombiers auto- -mobiles.(4) Etui métallique à dépê- tche; fixé à la patte de l\u2019oiseau.(5) \u201cPigeon français muni d\u2019un appareil qui photographiait les lignes alleman- des au moment où l'oiseau les survolait.(6) Pigeon voyageur rentrant dans son colombier, au retour d'une excursion.(7) Cavalier pourvu d\u2019un panier d\u2019oiseaux qu\u2019il va conduire en première ligne, ou sur un point de lancement.+ % * La colombophilie, ou art d\u2019élever les pigeons voyageurs, se développa grandement dans toutes les armées qui prirent part à la dernière guerre.Ce n\u2019était pas un art nouveau que l\u2019utilisation des pigeons voyageurs à des Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 fis militaires, mais jamais on ne s\u2019en servit avec plus d'efficacité.C\u2019est durant la guerre de 1870-71 que fut démontrée la haute utilité mi- _litaire des pigeons voyageurs.Au cours de la guerre de 1914-18, les pigeons voyageurs, tout comme les chiens et bien plus efficacement, jouèrent un grand rôle dans la transmis- sion des dépêches.On en utilisa, fant chez les alliés.que dans les troupes gi- lemandes, des centaines de milliers.Chaque corps d\u2019armée possédait son groupement de colombiers.En effet, l'emploi des pigeons nécessite une organisation spéciale qui fonctionne particulièrement bien en France, en Belgique et en Allemagne.° \u2014 3] th RSI RS ES RE = = se = En fit LE Reis Re ry A\" ir ft 0 fes et, de | 6 + J i El BA e.sé Cu INI pli BU LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 Dans certains temples des Indes, on élève des troupes de singes, animaux consacrés à la divinité, de même que dans l\u2019ancienne Egypte on eût mérité la mort en tuant un chat.Les Hindous ont pour le singe et la vache le respect que portaient aux chats les Egyptiens.Personne que les prêtres et leurs acolytes ne peut pénétrer dans les salles immenses aux merveilleuses colonnades où ces bêtes passent la plus oisive des existences et jouissent d\u2019une très haute considération.Les indigènes et les blancs qui cherchent à s\u2019introduire dans la partie du temple inac- cessfble aux fidèles, s\u2019ils sont surpris, deviennent la propriété des prêtres.C'est.à eux qu\u2019il appartient de les juger et de leur faire subir le châtiment qu\u2019il méritent.Ce châtiment peut être de plüsieurs sortes.Le coupable a chance d\u2019être tué sur le champ, ou de périr dans les supplices ou encore d'être livré aux singes.Et c\u2019est ce qui arriva à un explorateur allemand dont on à découvert récemment le triste sort, En effet, depuis de nombreuses années, depuis avant la guerre, cet homme avait disparu sans qu\u2019on n\u2019eût jamais de ses nouvelles.On ne s'inquié- taitiplus de son sort; son nom même tombait dans l'oubli.[1 Un prétre hindou instruisit de son malheureux sorl les autorités anglaises qui obtinrent sa délivrance.Cela était bien inutile en vérité, car l\u2019explorateur avait perdu la raison.Il ne marche plus qu\u2019à quatre pattes, comme les bêtes qui furent ses uniques com- pagnons pendant toutes ces années.Ce courageux explorateur, voulant à tout prix pénétrer jusqu\u2019au plus profond de ces sanctuaires et leur arracher leurs terribles secrets, voulant surprendre aussi les prêtres dans leurs mystérieuses cérémonies, parvint, avec la complicité de quelques gardiens, a s'introduire dans une première enceinte interdite aux profanes.Mais il n\u2019alla pas plus outre.Il fut saisi, désarmé et mis hors d'état de se défendre.Depuis longtemps, les singes sacrés n'avaient pas eu de compagnon, de \u2018\u2018patira\u2019\u2019.Il fut décidé qu'on lui livrerait celui-là.Des boulets aux pieds, presque nu, l\u2019explorateur fut jeté dans la salle aux singes.Ceux-ci ne tardèrent pas à le maltraiter et l\u2019homme voulait-il se défendre, deux gardiens, aussitôt, lui enchaînaient les mains.Il partageait leur nourriture et couchait avec eux.Cette captivité n'avait pas duré deux ans qu\u2019il était fou.Bientôt après, détail horrible \u2018! repoussant tout autre nourriture, il ne mangeait plus que des lézards qu\u2019on lui jetait.C\u2019est dans ce triste état que les autorités anglaisés le retrouvèrent.Il fut aussitôt confié à une maison de santé où il ne tardera pas à mourir.Avant que sa curiosité de savant le poussäât à faire dans ce temple une visite qui devait lui être fatale, cet explorateur avait fait aux Indes comme dans les colonies allemandes de l'Afrique de fort intéressants voyages dont les relations avaient donné à son nom un commencement de célébrité.\u2014 32 \u2014 TT SP i 3 = _- rl 5 ~~.SN art ) 8 care oF 3 Vol.18 No 7 a 4 i (7 4 ' 3 F » = 2) y 38 F3 Ë ; > PES a BY 20 4 PE M f £ > Pl paid\u201d es \u201c ova Ce Eire x 23 BY > LE 0 1 A kd hr cs pes Ag 2 x A a oF Hn J LE = a b.5, vO WS 4 = ; EF A 2 ar \u2014 2e 3 =i oe a+ su HE 3 4 WS a ce id to Qtitabtiss \u201d IN À À ; a 7h JF.= (A > vs pe / 104 pa) si a ÿ \u201c3 4a \\ i 5 % 5 A PE Ÿ D: Ÿ NS a 5 If \\ x (A 5 EN it ; Fa Ca ve od Ÿ {t 1, 3 A CA te pS \u20ac.rie \u2014 33 \u2014 4 ; ola 5 i 3 > NS x 7A Tad BN 2 a = S rr A KS = VAS > ar XF VS S 7 Ë * ee = z / Ty = 4 À SN a ba 1\u201d LA REVUË POPULAIRE ze a of (3 \u201cy A vis x (7 7 / 1].re A A & = 2 dre fot Gr A = VN dt a ES pr yr 4 ng Pfr 7 NE Ÿ TETE 284 \u201c DNL i A 4A = < Y \u2014 ae = 4 3 = me & > N HY co NS À Ce Se, 3 TE i >, > = \u201caX CN 4 = > op F \u20ac fo 5 < [8 > Een saan 2 3 $ eus te \u2014 v \\Y by A fat J A pes \u2014\u2014 or 3 7, dt x RS * v S PS0 ee Rh in > LR © - Fr Le a.MN a EN x ve VA ad ch i LA 1\u2019 \u2014 £ ay 4 AJ] EF 2) = de 25 = À & Dés ï TN ag Aa ', 4 A Pi \u2014 + AT a y ei ge = = À % dote 4 214 fu .es pe SX %: = {A = 3 wif, ty rey 08 a i A; = =) ST Ne Hn ps = & Sr = ve, = CE, Le cou > = * == a! CH We 3 oA in À so } a?+ RANE ) Repoussant tout autre nourriture, il ne mangeait plus que les lézards qu'on lui jetait, A) Jr $ : A nd) ofS SE Li 3 po 2 5 ru \u20ac i a ra) a = = = Ry Er = gu X03 ue) B= 2 : = ï se 3 nh 2 #3 ax \u201cke - 3 a lg.x ve ei 5 Montréal, juillet i\u201c Le : Mes ae SE = EE LE RS yen we v = te tod À a, + Wr a \u201c> £ ta 3 rs be 4 : se > ni - & & > : at 3 A 1925 i> - = : oS 24° sa : a jo i \u20ac 3 we < pas = oe ¥ ns 65 mt a -2 A = a ns = we = AEE 5 PY Cari Co rr ys SI EEE at __ = Tx FEES = = = Coos x = a 233; a ed AAR Sp ER a Sa pA TR A RR a M (Rp E = Fed = SEI Ca 23 Tern = 24 2e SIAR ses ae a RE DRE GE _\u2014 Le re opt PROS ARR = eu Sat IAL TAA RNR RE RINE Ay Tet eet Sarre Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 LES SUPERSTITIONS Sachez qu\u2019il est très dangereux de passer sous une échelle, et le péril est encore plus grand lorsqu\u2019un peintre ou un colleur d'affiches est perché dessus, et travaille.Si vous mettez votre chemise à l\u2019envers, madame, gardez-vous de la retourner, cela vous annonce un cadeau.Si vous la remettez à l\u2019endroit, cela vous attirera un affront.Voyez l\u2019irrévérence avec laquelle saint Eloi traita Dagobert! N'offrez pas d\u2019émeraudes ni d\u2019opales à votre épouse, monsieur, même si elle vous le demande; cela lui porterait malheur.Et puis, avec les bijoutiers, on ne sait jamais où l\u2019on va.Sachez qu\u2019un bracelet en forme de serpent chasse l\u2019amour! Un plaisant a fait remarquer qu\u2019il était un cas particulièrement dangereux, lorsqu'on se trouvait treize à table: c\u2019est, disait-il, lorsqu'il n\u2019y a à manger que pour douze.Il y aurait un volume à écrire sur le nombre 13 et sur le vendredi.Sur ce point, les avis sont partagés.D\u2019aucuns prétendent que-le vendredi 13 est un jour faste, d\u2019autres que c\u2019est un jour maudit.Mais si vous faites des crêpes un vendredi 13,\u2014et cela est reconnu par les gens d'expérience, \u2014 vous aurez de l\u2019argent toute l\u2019année.Ne vous coupez, par contre, jamais les ongles un vendredi.Après tout, les pédicures et les manucures ont bien droit au repos hebdomadaire.Recommandez à votre bonne de ne point casser les verres en cristal, car rien n\u2019est plus dangereux; par contre, ne lui révélez pas que le fait de casser du verre \u2018\u2018blanc\u2019\u2019 porte bonheur : c\u2019est plus prudent.La mienne n\u2019essuie plus les glaces depuis qu\u2019elle a appris qu\u2019elle risquait sept ans de malheur! Depuis que Romulus a vu des corbeaux à sa gauche, les animaux couleur d\u2019ébène sont considérés comme néfastes: méfiez-vous des chats noirs \u2014Rodolphe Salis a fait faillite ! \u2014 et des charbonniers.Il ne faut pas mettre le pain à l\u2019envers sur la table: il est imprudent de croiser les mains dans un double shake-hand; il est criminel d\u2019allumer trois cigarettes avec la même allumette.Vous risquez de vous brûler les doigts! Oo Dans l\u2019intérieur de la famille, les jeunes gens doivent respecter leurs parents; au dehors, tout le monde; dans la solitude, eux-mêmes.* * * Quelqu'un me méprise; c'est son affaire.Pour moi, je prendrai garde de ne rien faire ou dire qui soit digne de mépris, PTT AIR COPA ICI PO PTE rs Vol.18, No 7 °° LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 © Eo O 1 0 Fey 0 = © EY O OO Or OO 0 UN ROMAN COMPLET Par LUDOVIC HALEVY | | PRINCESSE me OCTO CE () \u2014 {) \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014() \u2014 {) \u2014\u2014) \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 {) \u2014 {) \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 10 mars 1884, deux heures du matin.\u2014Eh bien! comment le trouves-tu?C'était tout à l'heure.Nous sortions , maman et moi, d'un bal chez les Martin-Bouchard, les gros marchands de fer de la rue Amelot.Charlotte, leur fille aînée, se marie; elle épouse un fabricant de rouenneries, affreusement riche et affreusement commun.De là cette fête qui réunissait les délicieuses notabilités de la fonde et de la cotonnade.Nous montons en voiture.Pierre, la portière refermée, n\u2019avait pas encore eu le temps de remonter sur le siège, et déjà maman, d\u2019une voix légèrement étranglée par l'émotion, m\u2019adressait la phrase traditionnelle: \u2014Eh bien! comment le trouves-tu?Alors, moi, candide: \u2014Qui ¢a, maman?\u2014Ce jeune homme! Moi de plus en plus candide: \u2014Quel jeune homme, maman?| \u2014Mon enfant, tu sais bien de qui je veux parer.Si je le savais! Il était évidemment question d\u2019un certain blondin tirant sur le roux, lequel m'avait été présenté par madame Marquesson, une marieuse enragée qui nen est pas avec moi à son coup d'essai.De dix heures du soir à une heure du matin, ce monsieur avait fait, entre maman et moi, une égale répartition de son esprit et de ses grâces, m'obsédant de ses invitations, m\u2019arrachant, a force d\u2019importunités une valse et deux quadrilles, puis, dès que je réussissais à me tirer de ses griffes, se rejetant sur maman, qui le couvrait du regard, souriait a ses discours et paraissait charmée de son éloquence.Je me méfiais de ce jeune rougeaud.C'est toujours à moi qu'ils en veulent, ces petits messieurs qui font la cour à maman.Celui-là, d'ailleurs, n'avait eu qu'à se Montrer pour me prendre sur les nerfs.Cependant.continuant de jouer les ingénues, je répondis à maman: \u2014Je ne sais pas du tout, pas du tout de qui tu veux parler.\u2014Mais de ce jeune homme avec qui tu as dansé le dernier quadrille! Et, là-dessus, voilà maman qui s'enflamme, la voilà qui, toute frémissante et toute débordante em\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014J0rI0 Emme O d\u2019enthousiasme, se met à me raconter l'existence de ce monsieur.Elle commence.par passer en revue toute sa famille, une vieille et respectable famille dans laquelle il n\u2019y a jamais eu que bons coeurs et de braves gens.Le père.magistrat intègre, conseiller à la cour de Paris; la mère, une sainte et digne femme, ayant admirablement élevé ses enfants.car il a deux soeurs, ce monsieur, charmantes toutes deux, et mariées, l\u2019une à un charmant notaire et l\u2019autre à un non moins charmant médecin.Quant à lui, oh! lui la huitième merveille du monde, le mérite, la sagesse et la raison mémes!.Très intelligent.très distingué, adorant sa mère et.c'était 1a le bouquet!.et sorti le premier de l\u2019Ecole centrale! \u2014Le premier! répétait maman, ie premier! le premier!!! ! Alors, moi, je ne fus pas maîtresse d\u2019un véritable mouvement de colère, et, prenant ka parole à mon four: \u2014Un ingénieur! jamais, maman! jamais?J'en ai déjà refusé sept ou huit.tous sortis de l\u2019Ecole centrale ou de l'Ecole polytechnique, tous gen- -tils comme des amours, tous sages comme des images!.Et, s\u2019il s'en présente d\u2019autres, je les refuserai tous, sans même prendre la peine de les regarder.Sache bien cela, et cesse de me tourmenter ainsi.Tu y mets de Pacharnement.c'est une véritable persécution, et j'en meurs, maman, oui, jen meurs!.Je n\u2019étais pas au bout de cette belle tirade, que nous tombions dans les bras l\u2019une de l\u2019autre, en larmes toutes deux: moi des larmes d\u2019énervement, maman, des larmes de tendresse; moi désespérée, maman bouleversée.Elle est si bonne, si bonne, si bonne; sans cette rage de me faire épouser un ingénieur, œ serait une véritable perfection que maman.Jamais il n\u2019y eut.dans un landau, de une heure à une heure un quart du matin scène plus navrante et plus ridicule.Tout en confondant nos larmes, nous échangions des phrases entrecoupées : \u2014Ma chérie, tu sais comme je t'aime.\u2014Oui, maman, je le sais, mais pas d'ingénieur! \u2014Je ne veux que ton bonheur.| \u2014Pas d\u2019ingénieur! \u2014Ne parlons pas de cela.\u2014Si fait\u2026 parlons-en\u2026 pas d'ingénieur |.pas d'ingénieur] NES ro = 8D sa Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 Nous avons fait la paix, naturellement, maman et moi.Elle m'a promis de ne plus jamais me dire un mot du personnage de ce soir.Et cependant je me sens prise d\u2019un immense découragement.Je n'échapperai pas à ma destinée.Je me défendrai, je me débattrai, mais pour succomber, en fin de compte, et pour être !a proie d\u2019un de ces anciens éièves de l'Ecole polytechnique ou de l'Ecole centrale qui me guettent, m'entourent et m'enserrent.En ce moment.j'entends marcher sous ma fenêtre, les pas résonnent nettement dans le silence de la nuit.C'est un ingénieur, j'en suis sûre, c'est un ingénieur ou un chimiste, car ils en sont aussi, les chimistes! : 11 mars.Et pourquoi maman a-t-elle un coeur si faible et des yeux si tendres pour ces jeunes savants acharnés à ma poursuite?Parce que j'ai un frère, un méchant petit garnement.très gentil d'ailleurs, très drôle, et que j'adore.lequel frère a autant de fureur pour le plaisir que d'horreur pour le travail.Ce n'est pas moi qui l'en blâmerai.Octave a vingt-trois ans, et en voilà dix-neuf qu\u2019il fait le désespoir de papa et de maman.Il avait quatre ans\u2026 on l\u2019a planté devant un alphabet et on a essayé de lui apprendre ses lettres.Il s\u2019est mis à crier, à pleurer, à hurler: J'veux pas travailler! J'veux m'amuser! Il est aujourd'hui exactement dans les mêmes idées.Il s\u2019en est tenu à cette phrase-là et n\u2019a jamais dit autre chose: il ne veut pas travailler, il veut s'amuser.Lorsque papa pour le mettre au courant des affaires de la maison, a voulu le calfeutrer dans un bureau, de neuf heures du matin à cinq heures du soir, Octave s'est mutiné.Il a déclaré qu\u2019il n\u2019entendait et n\u2019entendrait jamais rien à la fabrication et à la vente du papier, qu\u2019il ne ferait que des bêtises s'il s\u2019avisait de faire quelque chose.et que, dans l'intérêt même de la maison, il valait bien mieux qu'il ne fit rien du tout.Et sa résistance a été si ferme, sa paresse si énergique que papa a dû s'avouer vaincu et se contenter de payer docilement les dettes d'Octave.De là de gros orages mais, comme il n\u2019y a rien de meilleur que papa, si ce n\u2019est maman, tout finit par s'arranger.Il est riche, papa.trés riche, cela n'est pas douteux.\u2026.Quand Octave a commencé à se divertir, il a trouvé tout de suite des gens qui se sont disputé l'honneur de lui prêter de l'argent, et il me disait : \u2014Vois-tu, Catherine, nous pouvons être tranquilles\u2026 Papa a beaucoup, beaucoup d'argent.Je trouve du crédit très facilement et à des intérêts très raisonnables.C\u2019est de bon augure.Et, au mois de décembre dernier, lorsque papa, d\u2019un seul coup, a dû tirer de sa caisse une cinquantaine de mille francs, Octave me disait: \u2014Evidemment papa a crié, il ne pouvait pas ne pas crier: mais, pour qu'il n\u2019ait pas crié plus qu\u2019il n\u2019a crié, il faut qu\u2019il soit diablement richel.Il y a des millions dans la maison, Catherine, et nous pouvons nous amuser.Alors Octave fait danser l\u2019argent de.papa, et comme il est pleinement démontré que jamais il ne sera bon à rien, que jamais il ne pourra reprendre la suite des affaires de papa.que jamais 3 il ne pourra diriger nes ateliers de Paris, nos usints d Angoulême et nos mouiins de Besançon, ii faut que ce soit moi.moi qui me sacrifie! ce n'est pas moi qui suis à marier, c\u2019.st la fabrique! A qui les grandes papeteries Duval?.Et, pardessus le marché, à qui la pauvre petite Duval qui n'est ni trop laide, ni trop sotte°\u2026 C'est, du moins, mon tres humble avis.Et je devrais, les yeux fermés en jeune fille bien bête, bien sage et bien obéissante.accepter le premier ingénieur venu qui saura faire marcher nos machines et tourner nos moulins.Non.Non! cent fois non! Octave s'amuse.c'est à merveille, mais moi aussi je veux m\u2019amuser.et je m'amuserai! 12 mars.Quelle est au juste la fortune de papa?Quelle sera ma dot?Voilà ce que j'aimerais à savoir.Et comment aborder avec maman cette grosse question?Je ne manque certainement pas d\u2019aplomb, et je n'ose pas cependant, je n'ose pas.Je me rappelle très bien.quand j'étais petite fille, papa et maman parlaient très souvent affaires et argent devant moi\u2026 c'était même.le soir, après le dîner.le fond de la conversation.J'avais dix ou douze ans, je jouais encore à la poupée; dans mon coin, j'avais l\u2019air de ne pas écouter, mais j'entendais très bien.Souvent papa s'amusait à faire des comptes sur de grandes feuilles de papièr, et maman répétait avec admiration: \u2014Quoi.tant que cela! Quoi, tant que cela! On ne disait pas les chiffres, mais je comprenais qu'ils devaient être gros.Et puis papa me prenait dans ses bras et me faisait sauter sur ses genoux en disant: \u2014Elle ne mourra pas de faim, cette petite bonne femme-là.Depuis que cette petite bonne femme-là est devenue une grande jeune fille.on ne fait plus de comptes devant elle.Papa, quelquefois, cependant, ne peut pas se tenir; il est fier de mener si bien cette grande maison, il est fier de gagner, a lui tout seul, tout cet argent-là\u2014ce n\u2019est pas Octave qui l\u2019aide, bien au contraire\u2014et alors il lui échappe, de temps en temps, des phrases qui me prouvent qu\u2019il ne lui serait pas difficile de me donner une dot énorme.si la fantaisie lui en prenait.Mais, tout aussitôt, à ces phrases-là, maman dresse l'oreille, et, par de petits clignements d\u2019yeux précipités, avertit papa qu\u2019il ne faut pas parler de ces choses-là devant moi\u2026 Cela pourrait me donner des idées de luxe et de grandeur.Pauvre maman! Si elle savait! Il y a longtemps que gest chose faite! Toute petite, je les avais, ces idées-là! J'étais déjà ce que je suis, on change si peu\u2026 on se développe.voilà tout.J'aimais à faire de l'effet, et j'en faisais, car j'avais\u2014et fort heureusement, je les ai toujours\u2014de très grands, de très beaux yeux, lumineux, profonds et parlants.J'avais l'instinct du luxe et de la dépense; l\u2019argent\u2014dès que j'en avais\u2014ne me tenait pas aux doigts; il ne me paraissait bon qu\u2019à être dépensé, et tout de suite, tout de suite.J\u2019adorais les joujoux qui coûtent très cher et se cassent trés vite.Mais ma folie, c\u2019était la toilette.Un jour\u2014j'avais six ou sept ans\u2014papa me demanda ce que je voulais pour ma fête: ca 86 =a ea tee or ge Ic G cotes tt cer Aa ce Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 \u2014Une robe, m'écriai-je, une robe rouge pour être belle et pour qu'on me regarde dans la rue.Je ne pouvais voir, sans jalousie, sans colère, sans désespoir, celles de mes potites amies qui étaient mieux mises que moi, et plus élégantes, et plus regardées.Comme\u2019 je les ai connues cs douleurs-là, et comme je les connais encore! Maman, avec son intelligence qui est très grande, maman n\u2019a jamais su ce que gest qu'une couturière, jamais ce que c'est qu'une robe.Elle ne s'en doute pas; elle se laisse mettre n importe quoi sur les épaules, et se croit habillée; quand je proteste, quand jimplore, quand je supplie, quand je demande à genoux une autre couturière, une couturière qui me comprenne, et qui fasse de moi ce qu\u2019on peut en faire.il me semble, maman me répond qu\u2019elle ne quittera jamais madame Saillard! Et pourquoi?Ah! c'est une question de sentiment ! Madame Saillard a fait la robe de noces de maman\u2026 et maman a été si heureuse depuis cette robe-là! Car il n'y a pas au monde de ménage comparable au ménage de papa et de maman.Ils vont célébrer dans six mois leurs noces d'argent, et c\u2019est encore aujourd\u2019hui, après un quart de siècle, la même affection, la même tendresse.Marguerite, la vieille bonne qui m\u2019a élevée, me raconte, de temps en temps, et toujours avec attendrissement, l\u2019histoire du mariage de maman.Rien de plus touchant.Grand-papa, qui était déjà très riche, voulait faire épouser à papa la fille d'un notaire qui avait cent mille écus de dot; mais papa voulait épouser maman qui était pauvre, qui était belle et qui était sa cousine.absolument comme dans les romans anglais.mais seulement aprés deux longues années de combats, de luttes et de souffrance, pendant lesquelles, hé- roiquement, papa refusait tous les beaux mariages qui lui étaient offerts par grand-papa.Il ne voulait que maman et il l\u2019a eue, et ils ont été parfaitement heureux, et ils le seraient encores'ils n'avaient pas un fils qui aime trop le plaisir et une fille qui n'aime pas assez les ingénieurs, Papa a toujours vécu pour sa fabrique et maman pour papa.La fabrique allait bien, papa allait bien, tout allait bien\u2026 On a continué de vivre dans cette maison, comme on y vivait, il y a cinquante ans.Dans le salon, les mêmes vieux fauteuils d'acajou rangés contre le mur depuis le premier Empire.Des meubles de Jacob, des meubles terribles, inusables, éternels, indestructibles.J'ai essayé de casser un fauteuil, je n'ai pas pu.Une excellente cuisinière et une très bonne .table, voilà notre seul luxe, parce que papa est gourmand, et que, lorsqu'il a bien travaillé toute la journée, il aime A bien diner le soir.Quant à maman, pas un défaut, pas un.pas méme celui- la.Elle vivrait d'un sou de pain et de deux sous de pommes de terre frites.Seulement elle regarde manger papa, et, comme elle voit qu'il est content, elle est heureuse.Avare, certes, maman ne l\u2019est pas; ce serait un défaut, et elle est parfaite; seulement cela ne Pamuse pas de dépenser de l'argent.excepté pour les pauvres.De ce côté-là, elle donne beaucoup.Ainsi, dernièrement, trente mille francs, d'un seul coup, pour des constructions dans un orphelinat de jeunes filles du faubourg Saint-Antoine.Et elle ne s'en est pas vantée.C\u2019est Octave qui a su la chose indirectement, et, à cette occasion, lu me tenait le langage le plus sensé.\u2014Ce n'est pas raisonnable, me disait-il, ce n\u2019est pas raisonnable.de la part de papa, de ne vouloir me donner que quinze mille francs de pension.Il peut bien faire pour moi autant\u2018 que pour les petites orphelines du faubourg Saint-Antoine.Eh bien! si j'avais quarante mille francs par an, avec ça et avec le bésigue, je pourrais joindre les deux bouts.parce que je gagne toujours au bésigue.Mais quinze mille francs ! Qu'est-ce qu'on veut que je fasse avec quinze mille francs ?G'est la misère\u2026 Alors j'emprunte à dix ou douze pour cent.et ce n'est pas cher par le temps qui court.il faut que papa inspire une fameuse confiance.Seulement, au bout du compte, ces dix, ces douze pour cent, qui est-ce qui les paie, ça n\u2019est pas moi, c\u2019est papa\u2026 Il aurait donc avantage à les économiser, en me donnant quarante mille francs par an.J'ai tâché d'expliquer cela à maman, elle n'a pas compris.elle ne pouvait pas comprendre, Tu la connais, maman.Quinze mille francs, ça lui fait l\u2019effet d'une somme énorme.Je suis sûr \u2018qu\u2019elle trouve que je devrais mettre de l'argent à la caisse d'épargne.Je dois dire que, ca jour-là, j très contente d'Octave.\u2014Papa est colossalement riche, a-t-il ajouté.J'ai su, ces jours derniers, qu'il y a trois ans.au moment où l\u2019on voulait tout mettre en actions, un banquier lui avait offert d'acheter en bloc, pour huit millions, les papeteries, les usines, les chutes d'eau, le matériel, les terrains, les bâtiments, l'achalandage, tout enfin.Et papa a refusé huit millions, \u2018 c'est-à-dire près de quatre cent mille livres de rente, cela signifie qu\u2019il gagne un demi-million par an\u2026 Et alors, comme papa ne dépense rien, je ne.sais pas, moi.je n'ose même plus ca\u2018cu'er\u2026 Nous devons avoir un jour, chacun.cing, six, sept millions.Et ce n'est rien pour papa que quarante mille francs.Si, d\u2019ailleurs, je les demande pour moi, a-t-il ajouté, j'estime qu\u2019on devrait aussi les dépenser pour toi.Est-ce qu\u2019on ne devrait pas te laisser monter à cheval?Ah! si papa faisait les choses comme il devrait les faire, au lieu de brocanter, dans mon dénuement, au Tattersall ou chez Chéri, de malheureuses biques de cinquante louis, je m\u2019en irais à Londres, et je ramènerais de là-bas deux vrais chevaux, l\u2019un pour toi, l\u2019autre pour moi.Tu srais délicieuse en amazone.Tu es charmante, tout à fait charmante, c'est moi qui te le dis, et j'ai la prétention de m'y connaître.Si tu étais entre les pattes d\u2019une couturière sérieuse\u2014et je pourrais t'en indiquer, des couturières\u2014il n'y aurait pas de plus jolie fille que toi dans Paris.Tu t\u2019ennuies, tu veux te marier; les petits ingénieurs de maman ne te tentent pas, tu les envoies tous promener, tu as cent fois raison.Ce n'est pas juste qu\u2019on veuille te condamner à épouser un ingénieur, parce que je suis incapable de diriger la maison.Je sais bien œ que tu désires, et le mari qu'il te faudrait.Ce n'est pas maman qui te trouvera ce mari-là, c'est moi.Avec la taille que tu as, et la dot que tu dois avoir, nous n\u2019aurions pas fait ensemble dix fois le tour du Bois, que nous verrions trotter et galoper derrière nous de jolis , ai été contente, petits messieurs munis d\u2019un titre et d'une parti- VO Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 cule, et grillant d\u2019envie d\u2019échanger la moitié de ce titre et de cette particule contre la moitié des millions de papa.Et cela ne me déplairait aucunement d'avoir un beau-frère qui serait du monde.Mais va donc faire comprendre ça à papa et à maman! Ils ont été heureux en vivant d\u2019une certaine façon, et ils sont convaincus que nous ne pouvons être heureux qu\u2019en vivant de cette façon-là.Il n'y a pas à leur en vouloir, mais il faut tenir bon, ma chère, il faut tenir bon.C\u2019est à quoi j'étais résolue.pour ma part; je n\u2019en ai pas moins été très heureuse de trouver Octave dans des idées aussi parfaitement raisonnables.Mais pourquoi suis-je telle que je suis?Pourquoi sommes-nous, Octave et moi, si différents de papa et maman?Papa si avide de travail, et Octave de plaisir! Papa si enragé pour gagner de l'argent, et Octave pour en dépenser! Maman si calme.si reposée, si paisible! Moi si nerveuse, si inquiète, si agitée! ctave dit que papa et maman sont de leur temps, et nous deux du nôtre qui n\u2019est pas du tout le même, qu\u2019ils ne sont plus dans le mouvement, que nous y sommes en plein, et que nous avons raison d\u2019y être.Octave va plus loin.Il considère que c'est notre devoir de faire rentrer dans la circulation un peu\u2014et même beaucoup\u2014 de l\u2019argent entassé dans cette maison.Tachons donc de remplir, et de notre mieux, et le plus tôt possible, cette fonction sociale.22 mars.Papa, le matin, reçoit quatre ou cinq journaux.H les regarde plutôt qu\u2019il ne les lit.c\u2019est l\u2019affaire d\u2019un petit quart d'heure.et les journaux vont s\u2019entasser dans la corbeille à papier.Alors moi, de temps en temps, dans la journée, quand papa n\u2019est pas là, je vais fourrager dans la .corbeille.C\u2019est mal ce que je fais là, c'est très mal, je le sais, car maman ne veut pas que je lise les journaux.et elle a bien raison, maman! Il y a des choses, dans les journaux, des choses!\u2026 Mais, dès que je tombe sur une de ces choses-là, tout de suite, le plus honnêtement du monde, et sans même essayer de comprendre, je passe.le pass re que je recherche avidement, c'est tout ce qui me parle de Paris, du vrai Paris, de ce Paris qui commence dans les environs de 'Opéra et qui finit dans les environs de l\u2019Arc de I'Etoile.A elle distance de nous, hélas! Rue Pavée, au arais! C\u2019est là que je suis née, là que je vis, là ue j'étouffe, dans notre vieille maison flanquée de notre vieille fabrique de papier, en pleine province.Quand nous sortons en voiture avec maman, c\u2019est tout un voyage pour arriver a Paris.Enfin, voici la rue de la Paix et ses quatre files de voitures alignées devant les grandes couturières.les grandes modistes et les grands bijoutiers de Paris.L'air devient plus vif, plus léger, plus doux à respirer.je retrouve ma patrie\u2026 Chez moil.je me sens chez moi! Une voiture s'arrête, un merveilleux petit coupé, le comble de l\u2019élégance dans sa simplicité.Un groom ouvre la portière, une femme traverse rapidement le trottoir, et tous les regards sont sur elle.Sa jeunesse est douteuse, cependant, et sa beauté médiocre; mais ce qui en elle est admirable et ce qui est admiré.c'est un tas de petits chiffons délicieusement arrangés et audacieusement portés.puis c\u2019est une certaine allure, une certaine démarche, un certain air dégagé, libre, hardi.: Ah! comme je saurais bien le prendre, cet air- la! Comme je saurais être riche, et comme je saurais être jolie.si maman me laissait seulement- m'habiller à ma guise en ne me condamnant pas à passer par les mains de l\u2019affreuse madame Sail- lard.En attendant, dans les journaux de papa.je lis, le dévore tous ces articles intitulés: La Vie Parisienne \u2014High life \u2014Echos du grand monde, etc.etc.Toutes ces chroniques signées: Violette, Fanfreluche, Brimborion, Veloutine, etc, tous ces récits de grands mariages.grands bals, grandes premières représentations, grandes ventes de charité.Dans ces articles, je trouve des noms de femmes du monde, et aussi des noms de femmes de théâtre.On me raconte par qui et de quelle façon les unes et les autres sont habillées, si bien que c'est un curieux petit méli mélo de baronnes et de modistes, de comédiennes et le miarquises, de corsetiéres et de duchesses.Une cinquantaine de femmes.toujours les mêmes, paraissent représenter, à eiles seules, le luxe et l'élégance de Paris Du matin au soir, dans ces chroniques, je les suis, pas à pas, heure par heure.On me montre la princesse de X*** galopant.à dix heures du matin, dans l'allée des Acacias, sur un cheval de douze mille francs.On me dit les noms des cavaliers qui lui font cortége.Elle s'arrête à la Potinière, et là.le plus joyeusement du monde, bavarde pendant un quart d'heure.Et je sais ce que c'est que la Potinière\u2026 Octave me l\u2019a expliqué.Il monte à cheval, lui, le matin, il va à la Potinière.lui! Cette princesse de X***, je la retrouve à la Marche dans l\u2019après-midi\u2026 et lé chroniqueur me décrit minutieusement son costume: une sorte de vareuse de matelot, à boutons de\u201d métal.avec un petit chapeau de canotier planté sur l\u2019oreille\u2026 Sur la pelouse, à côté du mail.on a dressé, une table toute couverte de roses; la princesse et ses amis mangent du pâté dc fo'e gras et boivent du vin de Champagne.Je la retrouve.la soir.à minuit chez la duchesse de Z***.C\u2019est une das grandes fêtes de la saison, des tableaux vivants.Un rideau s\u2019en- tr\u2018ouvre, et, parmi les fleurs et les verdures, sous un flot de lumière électrique, l\u2019amazone du bois de Boulogne, la canotière de la Marche, transformée en Diane chasseresse, montre des bras incomparables, des épaules idéales et les deux plus jolis pieds de Paris.Voilà ce que papa ne lit pas dans les journaux, mais voilà ce que je lis, moi.Il me semble alors que je pénètre dans un monde enchanté, où tout est joie.plaisir et ravissement.C\u2019est comme une féerie qui se déroule sous mes yeux, dans un ruissellement_de satin et de dentelles, de perles et de diamants.Un seul rêve emplit ma pensée, un seul désir m'\u2019agite.une seule ambition me saisit et me possède tout entière.Moi aussi.être, un jour, une de ces femmes sur lesquelles Paris a sans cesse les yeux fixés! Et, [= = Fr à LT Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 moi aussi, au lendemain d\u2019un grand bal, délicieusement lasse, entendant encore à mon oreille le bourdonnement de déclarations aimables et tendres, sentant encore sur mes épaules la caresse et la flamme de mille regards admirateurs) moi aussi lire, dans le Carnet d'une mondaine ou dans les Notes d\u2019une Parisienne, que la plus jolie à ce bal, et la plus fêtée, et la plus entourée, et la mieux attifée.et la plus jalousée, c\u2019était moi.moi, moi, Catherine Duval, métamorphosée en marquise, ou en comtesse de je ne sais quoi! + 24 mars.Cependant, à côté de la combinaison de l\u2019ingénieur.il y aurait bien pour maman une autre combinaison.Si j'aimais! oui.si j'aimais! Elle n'avait pas un sou de dot, maman, et papa la épousée par amour.De cette grande aventure, il lui est resté un petit fond romanesque et sentimental.S'il y avait par hasard.dans les bureaux de papa.un bon petit commis a douze cents francs, bien pauvre, mais bien sage, bien raisonnable, bien appliqué et soutenant sa vieille mère par son travail.et si j'allais trouver maman, et si je lui disais: \u201cMaman, voilà celui que j'aime!\u201d maman se sentirait le coeur attendri.et, comme papa fait toujours docilement tout ce qu\u2019elle désire, je deviendrais la femme du petit commis.Et après?Ce serait la vie de maman.Y a-t-il là quelque chose pour me tenter?La vie de maman, c\u2019est d\u2019être toujours levée la première dans la maison; c\u2019est de trotter, tous les matins, pendant trois heures, un gros trousseau de clefs à la main, de la cave au grenier, pour tout régler et tout ordonner; c\u2019est de ranger ses grandes armoires à linge qui fleurent une odeur de province, une odeur de lavande et de verveine; c\u2019est de faire impitoyablement la guerre au plus léger grain de poussière qui s\u2019abat sur ses chers vieux meubles d\u2019acajou\u2026 En somme, toutes les petites manies et toutes les petites joies d\u2019une petite bourgeoise économe et rangée.Maman a été en quelque sorte surprise par la fortune.Elle avait jusque-là vécu trés étroitement.Elle est restée ce qu\u2019elle était.Elle ne sait pas être riche.et comme je le saurais bien, moi! D'ailleurs, la vie de maman, avant tout et pardessus tout, c\u2019est papa! Courir, elle-même, dès qu\u2019il rentre, chercher ses pantoufles et l\u2019installer, elle-même, au coin du feu.dans son fauteuil, entre ses cigares et ses journaux; aller, elle-même, surveiller avec amoui à la cuisine les petits plats dont il est friand; lui faire, elle-même, quand il est souffrant, du thé ou de la camomille; enfin, avoir toujours, comme un bon caniche fidèle et tendre, les yeux plongés dans les yeux de papa pour surprendre ses moindres désirs.Eh bien ! tout cela, c'était peut-être le bonheur autrefois, mais ça n\u2019est plus le bonheur aujourd'hui; je me sens en goût de plaisirs plus violents.C'est une sainte, maman.L'abbé Picard lui disait l\u2019autre soir: \u2014Voilà vingt ans, madame Duval, que vous édifiez le Marais.Et cela est vrai.Mais je ne suis pas une sainte, moi, je suis une trés jolie petite Parisienne de 1884, et je plains le Marais, s\u2019il n'a que moi, après \u201c maman, pour son édification |! 27 mars.Octave est dans la joie ! H a été reçu hier membre d\u2019un club tout à fait chic qui a été fondé dernièrement, bouievard Malesherbes, et qui 5 été baptisé du sobriquet de cercle des Petits- ois.Octave m'a donné un exemplaire de l'annuaire du club, et je viens de faire moi-même, avec beaucoup de soin, le pointage de ses deux cent soixante-deux membres, dont cent quatorze titrés: un duc (Espagnol, c\u2019est vrai), deux princes (Italiens, c\u2019est encore vrai), sept marquis, soixante-trois comtes, dix-neuf vicomtes et vingt-deux barons.Et, dans le nombre, des noms hors ligne, des noms éclatants.des noms historiques! C'était, depuis quelque temps, l\u2019ambition d\u2019Oe- tave de pénétrer dans ce œrcle; il m\u2019en parlait bien souvent et me disait avec désespoir: \u2014Ah! je n\u2019y arriverai jamais! Tu ne sais pas comme c\u2019est dur, Catherine, de s'appeler Duval, quand on veut se faufiler dans le vrai monde.Il en est venu à ses fins, cependant, et avec une habileté merveilleuse.Sa grande passion, c\u2019est le bésigue; il y est de première force, et passait la moitié de sa vie dans un affreux petit cercle de rien du tout, un cercle de jeu, où se rencontrent, par amour de la dame de pique, sans se connaitre, des gens de tous les mondes.Or, au commencement du mois dernier, Octave a ey la chance de mettre la main sur un certain petit comte, de grande, de trés grande famille.et qui a, lui aussi, la rage du bésigue.Il s\u2019est enfilé, le petit comte-\u2014c'est l'expression consacrée.\u2014Oc- tave me parle la langue de son monde, et rien ne m'amuse davantage.Au bout de la première séance, une séance de sept heures, le petit comte perdait une dizaine de mille francs; il était bléme, verditre.l\u2019air enfin de quelqu\u2019un qui a perdu dix mille francs et qui ne les a pas dans sa poche.Au petit jour, Octave lui avait dit avec le plus aimable sourire: \u2014Ne me payez pas, je vous en prie\u2026 Je vous donnerai votre revanche.Il la lui a donnée, le soir même, et aussi les soirs suivants; mais la veine, obstinément, se déclara pour Octave, qui gagnait, gagnait toujours.Le petit comte, au bout de la semaine.perdait plus de trente mille francs.Or il était à la côte et hors d'état de payer, en ce moment, une pareille somme.Octave le savait bien; il se montra beau joueur, accepta toutes les revanches demandées et laissa venir patiemment un retour de chance qui permit à son adversaire de s'acquitter, sans bourse délier.Mais quel résultat pour Octave ! Quand ils avaient joué, la semaine précédente, leur pre mière partie, c\u2019est à peine s\u2019ils se connaissaient: \u2014Voulez-vous faire un bésigue, monsieur?\u2014Avec plaisir, monsieur.Voilà où ils en étaient.Ils s'appellent mon cher ami maintenant, et, lorsque Octave, le plus négligemment du monde, donna à entendre qu\u2019il ne oi serait pas désagréable d'entrer aux Petits- ois: \u2014Comment donc, mon cher ami, s\u2019écria le petit comte, je suis du comité et je veux être votre \u2014 39 \u2014 Vol.18, No 7 LA REVUE parrain.Nous serons là bien mieux qu'ici pour faire \u2018notre bésigue.Et voilà comment Octave cst entré aux Petiis- Pois! 29 mars.Nous déjeunions, ce matin.tous les trois, papa, maman et moi; nous prenions notre chocolat, notre immuable.notre éternel chocolat.ll était huit heures cinq, et à huit heures, montre en main, je dois être habillée, corsetée, coiffée, prête à tout événement.Je ne sais pas-ce que c'est qu'un peignoir.I! faut que je sois, dès l'aube, dès le saut du lit, correctement sanglée et ficelée.J'ai été élevée et suis strictement maintenue dans les bons principes.Et, tous les jours, entre ie premier et le second déjeuner, une heure de piano, une heure de français et une heure d'anglais, Autrefois, il a même été question d'ajouter à tout cela une heure de ménage et de cuisine.\u2014Les filles de la reine d'Ang'eterre, me disait maman, apprennent à se servir elles-mêmes, à balayer leurs chambres, à savonner et à repasser, à faire la cuisine, etc, etc.Mais j'ai résisté.Papa a été pour moi.Il est quelquefo:s pour moi contre maman, papa.Voilà pourquoi je ne suis pas une femme complète, pourquoi je ne sais pas faire mon lit et les oeufs brouillés.Tous les autres talents, sans aucune exception, je les ai.Mon Dieu! mon Dicu! quand ne sera-ce plus tous les jours, à la même heure, impitoyablement la même chose?C\u2019est le bonheur de maman.cette existence rigide, ponctuelle, précise, mathémat:- que.tirée au cordeau\u2026 Cest mon supplice, à moi! Maman, que de vertus vous me faites haïr! Oui, je prends en horreur l'ordre, l'exactitude, la régularité.Je me sens, par accès, des instincts de vagabonde et de bohémienne.Je voudrais ètre mal vêtue, mal couchée, mal nourrie, jouer avec les apprentis de la fabrique dans la rue, déjeuner de deux sous de pommes de terre frites, boire dans le creux de ma main aux fontaines publiques, monter à cheval dans un cirque, crever des cerceaux de papier et danser sur la corde raide sans balancer.Tous les jours, à huit heures dix minutes, pendant le chocolat, Pierre apporte le courrier de papa, un énorme courrier, cinquante, soixante, quatre-vingts lettres, des gens qui écrivent de partout pour avoir du papier, du papier, du papier! Or, ce matin, dans le courrier, j'aperçois une lettre de faire part.Un mariage! Eiles m'appartiennent, par droit de conquête, ces lettres-là! Je suis toujours la première à les reconnaître, la première à sauter dessus.Et voici ce que je lis dans cette lettre de ce matin: Monsieur et madame Bermnardel ont l'honneur de vous faire part du mariage de mademoiselle Léonie Benardel, leur fille, avec monsieur le comte Roger de Maumusson.Léonie Bernardel! je la connais un peu.Nous avons fait ensemble, à l'église Saint-Paul, notre première communion.Son père est fabricant de papier, comme papa, mais moins riche, bien moins riche que papa.J'ai souvent entendu parler de la ?POPULAIRE Montréal, juillet 1925 maison Bernardel comme d'une bonne maison de second ordre, ricn de plus; tandis que nous sommes, nous, de premier ordre.Lt la voilà comtesse, cette Léonie Bernardel.une vilains courtaude, rougeaude, lourdaude, blondasse et fadasse.Jë ne peux retenir un petit cri.\u2014Qu est-ce donc?dit maman.\u2014Tiens, lis.Et maman aussi a son petit cri.\u2014Ces Bernardel sont fous! \u2014Complètement fous! ajoute papa, après avoir lu à son tour.Par là-dessus, grand, grand discours de maman.Rien de plus ridicule que ces mariages-là! Ils tournent mal toujours! On ne doit pas chercher à sortir de son monde! Et caetera.\u2026 et caetera.Je le connaissais, ce discours, pour en avoir été bien souvent régalée.Papa approuvait en silence, de la tête, tout en parcourant ses lettres, ses chères lettres d'affaires.Moi, je n'ai pas bronché, j'ai eu l\u2019air de ne pas entendre.Je découpais et je beurrais mes tartines avec un soin tout particulier; mais j'ai trés bien vu que maman.tout en parlant, me jetait de petits regards à la dérobée, pour tâcher de lire quelque chose sur mon visage.2 avril.Pauvre maman! Comme je la connais! Quand elle est entrée.ce matin.comme tous les matins, à sept heures et demie, dans ma chambre, je n'ai eu qu'à la regarder pour voir qu\u2019elle n\u2019avait pas son air de tous les jours.Je me suis dit: \u201cPre nons garde! Il doit y avoir quelque ingénieur sous roche.\u201d Je me trompais; ce n'était pas un ingénieur, c\u2019était un notaire; mais quel notaire! La perle du notariat! Tout jeune.Trente et un ans.C\u2019est hier, dimanche, à la messe, qu'il a eu le bonheur de me voir.Il n'y a guère, dans notre monde, que deux combinaisons pour les exhibitions matrimoniales: la messe ou l\u2019Opéra-Comique.J'ai tout d'abord demandé le nom de ce parfait notaire.Certainement je ne nrattendais pas a ce qu'il s'appelat la Trémoille ou La Rochefou- cauld.Un notaire! Mais enfin, je voulais savoir.Maman était visiblement hésitante, embarrassée.J'ai compris tout de suite que ce devait être horrible.et ça l'était! Mouillard ! Il se nomme Mouillard! Je serais madame Mouillard ! Quel rêve! Et, pendant que je restais là, écrasée sous l\u2019horreur d\u2019un tel nom, maman se lançait dans un long discours.Ah! ces Mouillard! ces Mouillard! Une vieille étude, une vieille maison! Et cette maison était là, près, tout près de nous.rue Saint-An- toine\u2026 Je resterais sous l'aile maternelle.Le grand-père Mouillard était notaire, sous Louis-Philippe, là, rue Saint-Antoine.Le pére Mouillard, notaire, sous Napoléon III, là, rue Saint-Antoine.Le fils Mouillard\u2014le mien\u2014 est notaire, sous la République, la, rue Saint-Antoi- ne\u2026 Et, si je consentais à devenir madame Mouil- lard, au XXe siècle, sous je ne sais quel roi, quel empereur ou quelle république.un petit Mouil- lard, auquel j'aurais contribué.serait notaire, là, toujours rue Saint-Antoine.Ce serait délicieux! Maman a le talent de découvrir dans Paris de vieilles familles momifiées, pétrifiées, qui ne dé- wee 40 eat 7 fu a Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 ménagent jamais, sincrustent là où elles naissent, et y vivent d'une vie qui ressemble à la mort.: Et pendant que je me répétais avec stupeur: \u201cMadame Mouillard! madame Mouillard!\u201d maman poursuivait éloquemment le panégyrique de son notaire.I! avait eu une jeunesse admirable!.C'est encore une des manies de maman de me chercher un mari ayant eu une jeunesse admirable.Je sais très bien ce qu\u2019elle entend par la.et, d'ordinaire, je lui permets de célébrer la candeur de ses candidats; mais aujourdhui je n'ai pu me contenir, j'ai déclaré que ce que maman appelait une jeunesse admirable, je l'appelais, moi, une jeunesse ridicule.Maman de lever les bras au ciel et de s\u2019écrier: \u2014Ridicule!.\u2014Oui.ridicule, tout ce qu'il y a au monde de plus ridicule! Mais restons-en là, je ten prie, maman.Je ne peux pas concevoir que tu ailes eu la pensée de me proposer un mari portant un pareil nom.Tu veux m\u2019exaspérer.me pousser à bout, me rendre folle.\u2014Te rendre folle?\u2014OQui, et m'obliger à aller me jeter dans un couvent.\u2014Dans un couvent! \u2014Oh! cela finira ainsi.Est-ce qu'on peut appeler madame Mouillard! Mon parti serait bientôt pris entre ce nom-là et le couvent! Maman a eu toutes les peines du monde à me \u2018calmer, mais j'ai eu encore cause gagnée.Il ne sera plus question de ce monsieur.5 avril.Ce matin, sous ce titre: Les grandes mondaines de l\u2019avenir, j'ai trouvé, dans un des journaux de la corbeille, le récit d\u2019un bal blanc chez la marquise de Massy-Pressac, pour les débuts de sa fille Théodorine, une des plus jolies, des plus spirituelles et des plus riches jeunes filles du high Life parisien.Elle doit apporter en dot à'son mari deux millions et un château historique en Touraine.C\u2019est le journal qui dit tout cela.et aussi que la jeune initiée, ravissante dans sa fraîcheur d'aurore, a conduit le cotillon avec le comte de Cor- nillet, un maître dont l'imagination enfante des merveilles.Sa dernière création: Le Brouillard d\u2019or, a enlevé tous les suffrages.Les jeunes filles à un moment donné, ont été enveloppées, comme par miracle, d'un immense voile de mousseline blanche.toute pailletée d\u2019étoiles d\u2019or.Les danseurs, avec des gestes désespérés, s\u2019efforçaient vainement de percer cette muraille transparente qui les séparait de leurs danseuses.L'effet a été irrésistible.On donnait les noms de ces vingt jeunes filles enfermées dans ce nuage doré.Toutes appartenaient à la plus haute aristocratie ou à la plus haute finance.On calculait qu\u2019elles devaient représenter cinq millions, l\u2019une dans l\u2019autre, c'est-à-dire, en bloc, une centaine de millions.Et l'on vantait le teint de roses de mademoiselle de Frondeville et le teint de nacre de mademoiselle de Simiane, les yeux mordorés de mademoiselle de Frenanges et les épaules exquises de mademoiselle Palmer.Et moi aussi j'ai des épaules, et, si je pouvais les montrer, et, si des chroniqueurs étaient là pour les voir, moi aussi, j'en suis sûre, j'aurais d'excellents articles dans les journaux.Mais maman est une femme d'autrefois, qui a les idées d'autrefois.\u201cUne jeune fille ne doit pas se décolleter.\u201d Et quand je lui dis: \u201cPourquoi, maman, pourquoir\u201d elle me répond par des phrases ems barrassées\u2026 mais je lis clairement dans sa pensée.Maman considère qu'une jeune fille doit conserver pour son mari la primeur de ses épaules, Il n\u2019y a plus qu\u2019une mère dans Paris pour avoir des idées pareilles, et il faut que ce soit la mienne! J'ai encore été obligée de me laisser traîner au bal chez les Poupinel rue des Archives, au Marais, toujours au Marais! Nous n\u2019en sortons pas! Mortel, œ bal! Un tas de tout petits jeunes gens, frais et niais, qui me regardaient avec des yeux ahuris et avaient tous la même phrase sur les lèvres: \u2014Vous êtes, mademoiselle, la reine de ce bal! Eh! je le savais bien.Mais la reine d\u2019un pareil bal.le beau mérite et le beau plaisir! Ma pauvre chère maman s'obstine à ne pas comprendre que ces fêtes insipides sont pour moi de véritables supplices.Elle adore ces Poupinel, qui sont un peu nos cousins.une bonne vieille famille patriarcale, bien nombreuse, bien unie, et où les baptêmes n'arrêtent pas.Il y a là six ou sept jeunes ménages constamment bénis par la Providence, et chacune de ces bénédictions est le prétexte d\u2019une épouvantable fête de famille.Quarante, cinquante, soixante personnes autour d\u2019une table en fer à cheval: grands-pères, grand\u2019mères, pères, mères.et des potées d'enfants et de petits-en- ants.Le moment terrible.c\u2019est le dessert; les vieux portent des toast et chantent des chansons de circonstance, les mioches débitent des compliments et récitent des fables de La Fontaine.Puis on apporte le nouveau-né au centre du fer à cheval, on lui barbouille les lèvres avec deux ou trois gouttes de vin de Bourgogne, le petit enfant pousse aussitôt des cris affreux.et ce sont des rires, des enthousiasmes, des pamoisons! Il est ravissant ! Tout le portrait de son père.de sa mèrel Et maman.de l\u2019autre bout de la table, me regarde d\u2019un air attendri, et je sais œ qu\u2019il veut dire, cet air attendri\u2026 Elle rêve un banquet semblable, et, comme héros de la fête, piaillant et braillant dans sa robe de dentelles, un petit ingénieur de l'avenir.Et, après œ petit ingénieur, d'autres encore, et tous fabricants de papier, tous, tous 5 avril.Ce soir, après le dîner, papa lisait son journal dans son fauteuil.toujours le-même journal, à la même heure dans le même fauteuil.Maman travaillait à son éternelle broderie, la même toujours.Moi, mécaniquement, automatiquement, du bout des doigts, sans plaisir aucun, la pensée ailleurs, je jouais quelque chose sur le piano.de l'Haydn ou du Mozart! Les choses d'autrefois.toujours! oilà nos soirées! Pour papa et maman, voilà le bonheur! Le coin du feu, les joies du foyer.\u201cCatherine, un peu de Mozart.\u201d Ansi parle maman, tous les soirs, vers huit heures et demie, lorsque nous avons diné tous les trois, en famille, \u2014 LL sa e Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 Je me dirige vers le piano, et, victime obéissante, je commence.Papa, de temps en temps, s'interrompt dans sa lecture: maman dans.sa broderie; ils se pelotonnent dans leurs fauteuils, ils se regardent.ils me regardent, épanouis, souriants\u2026 Puis ils reprennent lecture et broderie, pendant que je continue moi, à les bercer de ces vieux petits airs rococos qui les enchantent et qui m\u2019endorment.J'ai pianoté ainsi pendant trois quarts d'heure; puis je me suis levée.et, vacillante, somnolente.pour me réveiller, j'ai marché un peu, de long en large, dans le salon.Je me suis arrêtée devant une fenêtre.La soirée était charmante.une sorte de petit brouillard d\u2019argent avait l\u2019air de danser sous un grand clair de lune.J'ai demandé la permission \u2018d\u2019aller faire un petit tour dans le jardin.Maman de jeter les hauts cris.\u2014Et le froid! Tu vas t'enrhumer! \u2014Tu sais bien, maman, que je ne m'enrhume jamais.Et je suis partie, non sans avoir été préalablement emmaillotée par maman dans je ne sais combien de manteaux et de tricots.Dans le jardin, c'était unë autre musique, mais la même aussi toujours et bien connu de moi.Toutes les machines de la fabrique chauffaient, sifflaient, ronflaient, grinçaient, grondaient.Une odeur de suie et de charbon me prenait à la gorge, et surtout cette fade odeur de papier ! Les affaires de papa vont à merveille en ce moment.Il gagne un argent fou, et depuis six semaines, on travaille toutes les nuits jusqu\u2019à deux et trois heures du matin.Rien ne va.paraît-il, dans le monde, excepté le papier.Je marchais le long du grand mur des bâtiments de la fabrique; je me suis approchée dun des petits soupiraux qui éclairent le sous-sol, j'ai regardé.La grande roue de la machine tour nait À toute volée; des hommes, à pleines pelletées, jetaient du charbon sur les brasiers des fourneaux chauffés à blanc.C'est pour moi qu \u2018elle travaille, cette machine, pour moi que cœs ouvriers vont passer la nuit dans cette fournaise, pour moi que, dans nos grandes usines d'Angoulême, roulent d'autres machines et travaillent d'autres ouvriers, pour moi que, sur le Doubs, des chutes d\u2019eau font marcher une dizaine de moulins.oui, pour moi\u2026 pour que je sois riche, très riche! Mais ce n'est pas pour moi seulement que tant de gens, jour et nuit, se donnent tant de mal, et que, depuis tant d'années.des Duval, de père en fils, au prix de tant de tant de travail, entassent tant d'argent.C'est aussi pour une petite blonae qui se nomme Pauline Verdier et qui joue la comédie au théâtre du Palais-Royal.Je l\u2019ai vue aujourd\u2019hui, pour la première fois, cette petite blonde.Nous étions allées, maman et moi.dans notre vieille calèche du temps de Louis- Philippe, faire une visite rue de la Chaussée- d\u2019Antin.Sur le boulevard des Italiens, nous tôm- bons dans un embarras de voitures; nous voilà au pas, au tout petit pas.Au même moment, dans un délicieux petit coupé venant en sens contraire, j'aperçois, épanoui, radieux, triomphant, mon frère, mon très cher frère.en compagnie d\u2019une ravissante blondinette, toute jeunette, toute drô- lette, et qui riait à belles dents.Octave me voit, et tout aussitôt, évideniment sur un mot de lui,- la blondinette déploie, d\u2019un seul coup, un grand éventail japonais, derrière lequel s'effondre et disparaît monsieur mon frère.Cependant les deux voitures s'avancent lune vers l'autre, prises dans la rigueur de la file et condamnées à se\u2019 frôler ; leurs roues se touchent presque, et je surprends au passage un regard attentif de la blondinette qui nous enveloppait tous: maman, les chevaux.le cocher, la voiture et moi\u2026 et une imperceptible moue de ses lèvres, signifiant clairement: \u201clls n'ont aucun chic, ces gens-là!\" Maman.par bonheur, n'avait rien vu\u2026 Je ne l\u2019avais jamais rencontrée, cette jeune personne, et son visage cependant ne m'était pas inconnu.Je cherche, et brusquement, je me souviens.À peine rentrée à la maison, je cours dans la chambre de mon frère, et là.sur son bureau, dans un album tout p:ein de photographies d'acteurs et d\u2019actrices de Paris, je retrouve une petite blonde habillée ou plutôt déshabillée en pêcheur napolitain\u2026.au-dessous du portrait, ces mots : Pauline Verdier, Palais-Royal.Pendant que je me promenais.ce soir, mélancoliquement, seule, dans le jardin, elle, mademoiselle Verdier.étalait.sans doute, sur la scéne du théâtre du Palais-Royal, quelque toilette merveilleuse payée par les ouvriers et les machines de papa! 8 avril.Que de choses aujourd\u2019hui dans les journaux de papa! D\u2019abord la description du trousseau de mademoiselle de Luc-Gardannes, qui épouse le vicomte de Blavigny.Hier, tout Paris a défilé dans les salons de madame Valérie, la grande faiseuse, pour admirer ce trousseau sorti de l'imagination - des fées.Un article de deux grandes colonnes ne suffit pas à l'énumération de toutes ces merveilles.J'ai découpé ces deux colonnes, et je les ai tant et tant de fois lues et relues, seule, dans ma chambre, que je tiendrais et gagnerais la gageure de les réciter par coeur.imperturbablement.Chemises en batiste avec fichu tout en valenciennes, forme Récamier; pour voyages, chemises en pongées, rose, ciel, crème, genre bébé; pantalons en batiste.fôrme des culottes marquis Louis XV; chemises de nuit Manon Lescaut coquillées de rubans et de valenciennes: peignoirs Nansouk transparents avec grand col Directoire; sauts de lit flanelle blanche garnis de vieilles dentelles de Vienne; sortie de bal en cachemire de l\u2019Inde brodé d'or, frangé de corail rose et de queues de zibeline; robe de chambre de soie Pompadour garnie de maines et doublée de pékin bien mourant; et vingt douzaines de bas de soie chair, et vingt douzaines de bas de soie noire; et trente douzaines de paires de gants à vingt boutons.À vingt boutons! etc.etc.La merveilleuse description de ce trousseau est suivie de la merveilleuse description d'une fête de charité.Un théâtre avait été dressé dans la galerie d\u2019un des plus nobles hôtels du faubourg Saint-Germain, et là, de grandes dames, de très grandes dames, ont joué un vaudeville, chanté une opérette et même dansé un petit fandango avec castagnettes et tambours de basque.i 42 md à p u 4 4 Tm us 4 «Tw Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 N'est-ce pas admirable?Faire le bien en s'amusant à la folie: assurer ainsi, du même coup, son agrément dans ce-monde et son salut dans l'autre; tout concilier: le devoir et le plaisir, Dieu et le Diable! | A la bonne heure, voilà comment Je comprends la charité, et voilà au moins des pauvres qui font honneur à celles qui leur viennent en aide.Elles en ont eu pour leur argent, toutes ces jolies femmes qui se sont habillées en Auvergnates dans le vaudeville, en Chinoises dans l\u2019opérette, en Espagnoles dans le ballet.On payait fort cher\u2014cent francs la p'ace\u2014I honneur d\u2019admirer et d\u2019applaudir ces comédiennes d'un seul soir.Quand je pense.à côté de cela, aux oeuvres de charité de maman! Elle est présidente d'un comité de patronage pour les jeunes apprenties de la librairie et de la papeterie.Et nous avons, tous les ans, à la mairie de notre arrondissement, un bal par souscription.Quel bal! Tous les paquets du Marais! une exposition rétrospective des modes d'il y a trente ans! Je suis naturellement de cœtte fête, dans ma virginale robe de mousseline blanche, entourée de l'état-major des petits ingénieurs de papa, lesquels pour la modique somme de dix francs, \u2014 c'est donné'\u2014achétent le droit de me faire danser et de me faire mourir d\u2019ennui, de dix heures du soir à deux heures du matin.Ce brillant état-major vient de faire une très brillante recrue.Papa a eu la chance de mettre la main sur un jeune chimiste qui va nous aider à gagner un peu plus d\u2019argent que par le passé.J'ai, du matin au soir, les oreilles rebattues de l'éloge de ce monsieur.I] a imaginé, pour la décoloration ou le pourrissage des chiffons, je ne sais pas au juste, une certaine solution de savon, de résine et d\u2019alun, qui est, paaît-il, une chose absolument exquise.Il se nomme Caffin.cet ingénieux jeune homme, et me regarde avec des eyeux fort complaisants.Il serait assez joli garçon, je crois, s'il se portait un peu moins bien; mais il a deux bonnes petites joues roses, fraîches et rebondies, deux vraies pommes d\u2019épi.Il devrait bien, dans ses loisirs, trouver quelque solution chimique pour sa propre\u2019 décoloration.Si j'ai dit: \u201cIl est assez joli garçon, je crois\u201d, c\u2019est que je n\u2019ose guère me prononcer en semblable matière.Je ne comprends pas grand\u2019chose à ce qui s'appelle la beauté des hommes.Ainsi ce Coffin dinait hier à la maison, et.avec lui, toute la tribu des Chavirannes, de vieux amis de maman.Nous sortons de table ; Geneviève Chavirannes s'empare de moi et, m\u2019emmenant dans un coin du salon : \u2014Ah! par exemple, tu ne diras pas qu'il n\u2019est pas beau, celui-là! Elle était écarlate d'enthousiasme, plus écarlate que le Caffin lui-même.Alors, je l'ai regardé avec beaucoup d'attention, œ chimiste; je l\u2019ai examiné des pieds à la tête; j'ai fait.de la meil- eure foi du monde, un sérieux effort pour le trouver beau.Je n'ai pas pu.Je n'ai pas pu! Genevieve Chavirannes a la bonté de m\u2019honorer de ses confidences, et trés souvent je la vois ainsi tomber en pamoison devant des messieurs qui me laissent absoiument froide.Serais-je, d'aventure, un affreux petit monstre d'indifférence et d\u2019insensibilité ?Dernièrement, dans la chambre d\u2019Octave, je lisais en maraude un roman de Balzac, que j'avais trouvé traînant sur une table.G'était l'histoire d\u2019une petite innocente de province, Ursule Mi- rouet, qui de la fenêtre de sa chambre, aperçoit à une croisée, de l\u2019autre côté de la rue, un jeune homme en train de se faire la barbe.Elle l\u2019'admire peignant ses moustaches noires et sa virgule sous le menton.Puis, à la vue de son cou blanc et rond, elle sent tout à coup une vapeur lui monter, par vagues, au coeur, dans le gosier, à la tête.et si violemment, que, tremblante, ne pouvant se tenir debout, elle est obligée de s'asseoir.Alors elle s'en va consulter sur ce grand trouble son vieux bonhomme de tuteur qui lui dit: \u201cC\u2019est l\u2019amour, l\u2019amour tel qu'il doit être, involontaire, rapide, venu comme un voleur, qui vous prend tout.oui, tout!\u201d Jamais il ne m\u2019a rien pris, ce voleur-li.non, rien! Jamais aucun homme ne m\u2019a fait monter, par vagues, la moindre vapeur du coeur à la tête.Il est vrai que cette petite Mirouet savait que ce jeune homme, élégamment occupé à se faire la barbe, se nommait le vicomte Savinien de Por- tenduère.C\u2019était peut-être pour cela qu\u2019elle l\u2019avait regardé avec un soin si particulier, et pour cela que son âme s'était si facilement ouverte à cette grande passion.; C\u2019est comme cette fameuse rencontre de Roméo et Juliette! Il faudrait s'entendre là-dessus une fois pour toutes.Juliette aperçoit un jeune homme qu\u2019elle ne connaît pas et s'écrie: \u201cQui est-ce, nourrice, qui est-ce?Va tout de suite savoir qui c\u2019est?C'est mon fiancé! Lui ou la mort!\u201d Fort bien! mais raisonnons un peut Où cla se passe-t- il?Dans un bal, chez les Capulet, c'est-à-dire chez des gens dela plus haute volée, ce qu\u2019il y avait alors de mieux à Florence.Roméo était vêtu d\u2019étoffes somptueuses, tout couvert de satin, d\u2019or et de velours.On n'avait pas encore inventé cet horrible habit noir, cette hideuse livrée démocratique, la même pour tous pour les princes et les ingénieurs, pour les petits bourgeois et les grands seigneurs.Juliette pouvait être tranquille.Elle était bien sûr que sa nourrice n\u2019allait pas venir lui dire: \u201cC\u2019est un jeune chimiste qui a découvert une solution de savon, de résine et d'\u2019alun\u2026\u201d Dans de telles conditions, moi-même, toute gla- clale que je sois, je n'aurais peut-être pas hésité à trouver Roméo délicieux.Gu'on se laisse foudroyer, qu\u2019on y trouve même un certain plaisir, soit, mais encore faut-il savoir d\u2019où vient le coup de tonnerre.Oui, Juliette devient amoureuse, amoureuse à première vue, mais dans son monde, qui était le grand monde de ce temps-là et qui n'avait rien pour lui déplaire.Je n\u2019ai, moi, nullement la fantaisie de devenir amoureuse dans mon monde qui me déplait souverainement.11 avril 1884.Aujourd'hui, à six heures et demie, jachevais de m\u2019habiller, car je m\u2019habille et me coiffe moi- .méme! L\u2019éducation de nos grand\u2019'méres! Pas de femme de chambre ! Maman me dit : \u201cTu as Marguerite, elle sait coiffer,\u201d Pauvre chère vieille \u2014 45 =\u2014 TR ne pis HE ord it ce A \u2018ii va VAR + Vol.18, No 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, juillet 1925 Marguerite! Elle ne connaît qu\u2019une coiffure: les bandeaux à.la vierge! J'aime mieux me passer de ses services.J'ai inventé un certain petit ébourif- fement qui fait le désespoir de maman, mais qui n\u2019encadre pas trop mai le visage que je tiens de la nature.Or je m
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