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La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel
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Décembre
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chaque mois
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La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1925-12, Collections de BAnQ.

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[" Tdi YW x ee | i i # agi © ÿ PER R-334 BNQ opulaire Histoire - Litterature \u2014 Sciences | VoL.18, No 12 DECEMBRE [925 ¥ * / i | (| | yr i ' ; | A 5 a) 72 2 \\ D 72 { ~{/ - 8 US si de ce oy § ai / ) | | \u2018 53 = ae I fe ml (i por\u201d EW Qi M \\ | | | | | te.hi x I | | ji Ps (et | L 4 Las\u201d à AI A / i$ > 4 i ASS ordre i! PU i i Rad Hl i Un roman complet TIMUR UI Nii AVENTUR Cee par Fv vt Avid ff oe aL | ont la pyorrhée En luttant contr2 la pyor- \u201c rhée, vous luttez contre \u2018un terrible -désavantage.Les statistiques démontrent que quatre personnes sur cinq de plus de 40 ans \u2014 et F - des milliers plus jeunes \u2014 = payenT teur four rib la \u201cpyôrrhée.Serez-vous du nombre?- .Soyez en garde .ua\" = oe contre les indices de la Pyorrhée Tout \u2018comme la stabilité d'une bâtisse dépend de la solidité de ses fondations, ainsi les dents saines dépendent-elies des gencives saines.Les gencives.qui saignent sont le premier indice d'une pyorrhée menaçante.Elles commencent alo-s à se contracter et leur saine couleur rose fait place à une teinte pâle et -blanchâtre.Bientôt les dents sé déchaussent, des poches de pus se forment, transportant dans tout l\u2019organisme des poisons Forban est plus qu'une pâte dentifrice qui engendrent indigestion, rhumatisme, névrite et autres maladies.Forhan pour les gencives est l'agent le plus efficace dans la lutte contre la pyorrhée.Elle contient la proportion voulue d'astr.ngent Forhan (tel qu\u2019employé par les dentistes), pour neutraliser les poisons de la bouche et conserver les gencives en état de santé, fermes et fortes En outre, elle nettoie et blanchit les dents et garde la bouche propre, fraîche et saine.ordinaire ; elle enraye la pyorrhée.Des milliers de personnes en bénéficient depuis des années.Dans votre propre intérêt, procurez-vous le Forhan pour les gencives.Chez tous les pharmaciens, en tubes de 35c et de 60c.Formule de R.J.Forban, D.D.S.Forhan\u2019s Limited, Montreal.orhan POUR LES GENCIVES Plus qu\u2019une pâte dentifrice ordinaire \u2014elle enraye la pyorrhée.La stabilité ses fondations, d saines.IL Sol \\ i co \u2014 = 2° Hi Hi \u2014- ll, IF == FORMULA OF Za ill | Titty hon ll NH \u2014 = Specialist i 3 Il DISEASES OF THE MO édifice dépend de 2 même les dents = saines de gencives 4 on Vol.18, No 12 LA REVWE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Quand il vous arrive des Visiteurs Inattendus.et que vous désirez servir un dessert convenable, alors que le temps vous fait défaut pour faire de la cuisine, les Garnitures de Tartes \u2018\u2018Meadow-Sweet\u201d résoudront votre problème en faisant en peu de temps un dessert incomparable, succulent et appétissant.oN per PEE ESR x HAA VW id 2 , ès i - i, F® à NS Soe AV Na, Na NTs ou a vote Let Chut ka 20 = : = by fe > CII 5 \\ fhe ONO GAL qoprtocs carats ce\u201d ave 18 CA 2 re Q a PES TRI Ir A AC EAA .save ose, ees 232028880 4300S VK A li Pr \u2014 ceed Spee 0.0 ae\u201d Ns Sef.«Ls \u201cx Ne sa Foal as Y i iy Rte ace eats re esl ON IR 1 pe \\ En ; 2.22, a 1138 e2ts Î OO ° .TEVVESUCV SLA 00000000 0000000 0) BE ft = Ta.1iepstise : Rea serene i.en tebe SSCL > = RW pi! .hy 4 - - - .: X > .4 AM te te 2: > CORA A Wal UE > > - .à M = fete\u201d oe Doon .« .ne RO ma 0° oan te tae » > Nod A) Was > el Se Nicene.; .PR + RRO - Er 6 ÿ = oy BEET.LEWES FLEA 3 fee © GTO Ry + p 3 a 8 >, LE TE = v J B par\u201d \u2019 Lg al 9 oy ; rl fe CN 'R cas ya) ng ge = a .La COR A ALES ER hei AR 6 s hi En E I 8 a = comes : T a A SRS a Fe : = iy - 5 Un RE Ce ay E a ce sex = Phare a\u2014\u2014\" g \" pat = vus eet = i S A Cas protease BE on.= rn 4 = = = Re un an SERN x B : ER ron DE 0 26 Directeur : JEAN CHAUVIN Vol.18, No 12 ABONNEMENT a A LA REVUE Canada et ï LITTERATURE POPULAIRE Etats-Unis D Ÿ HISTOIRE est expédiée par la A R _ poste entre le ler Un an .$1.50 8 RE > © et le 5 de chaque Six mois .75¢ } a \u2018 mois.Montréal et MENSUEL : ire BESSETTE & CIE banlieue exceptés POIRIER, ILLUSTRE Edits.-Props.SCIENCES 131, rue Cadieux, Montréal, décembre 1925 Montréal, Qué.Entered March 23, 1908, at the Post Office of St.Albans, Vt, U.S., as second class matter under the Act of March 3rd 1879.PRENOMS GROTESQUES C\u2019est chose assez curieuse qu\u2019on ne mette jamais les parents en garde contre ces noms de baptême qu\u2019on traîne toute sa vie après soi comme un objet ridicule, ces prénoms aussi grotesques qu\u2019un sobriquet.Chez nous surtout où vraiment on exagère!! Ce serait peu si l'on ne mettait le nouveau-né que sous le vu- cable du saint que fête l\u2019Eglise, le jour de sa naissance, \u2014 encore que certains noms du calendrier comme Timoléon, Philyone, Frumence, Oné- siphore, Basilisse, Vitaline, Hygin, en cours et bien portés sans doute à l\u2019époque, ne soient plus maintenant prononcés qu\u2019avec ie sourire, \u2014mais cela ne suffit pas, on met à contribution les héros et les grands événements de l\u2019histoire et de l\u2019actualité, les langues étrangères.Des familles entières portent des noms de baptême allemands; dans d\u2019autres, tous les prénoms sont de désinence italienne.Nous ne donnons pas d'exemples, pour ne blesser personne.| Mais, fort heureusement, un vilain prénom, un prénom qui incite à la raillerie, ne vient jamais seul.Il est précédé et suivi de maints autres, entre lesquels on peut choisir à l\u2019âge où l\u2019on commence à souffrir du mauvais goût ou de la hâte de ses parents.Car il arrive qu\u2019on souffre de son nom.Gela est inconcevable, insensé, mais il nous semble, quelquefois, qu'un nom ridicule ne peut affubler qu\u2019une personne prétentieuse ou comique! Une jeune fille n\u2019est-elle pas prévenue contre un bonhomme qui se nomme Erysipèle?N\u2019y a-t-il pas là de quoi gâter une existence?Donner un nom à l'enfant qui vient de naître est besogne délicate et difficile.Mais on a plusieurs mois pour ie choisir, pour en choisir au moins deux! Pourquoi aussi chercher midi à quatorze heures ?Pourquoi certains pères tirent-ils vanité du nom pompeux qu\u2019ils donnent à leurs fils?Qu'on cherche un peu un nom de baptême tout simple, et si l\u2019on ne trouve rien qu\u2019on prenne un nom que tout le monde porte, une initiale même (A.E I.G.U.Y.), bien que cela ne soit guère orthodoxe, plutôt que d\u2019infliger à un être sans défense l\u2019épreuve d\u2019un prénom qui le fera pester plus tard contre ses parents.\u201d Jules JOLICOEUR.\u2014 5 \u2014 on TE CTE Ee ETIENNE TO STEEN AOE OT re AO 4 ie EE Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 SONNET INEDIT Première Neige Pour Noël et le Jour de l'An Puisqu\u2019il faut que chacun s\u2019afaire, S\u2019ouvre, à la maison Frimas Frères La première vente de blanc.A Couvrant d\u2019un albe scapulaire E Les édifices corpulents, La neige d\u2019un geste dolent Câlinement baise la terre.1 Pour inaugurer la saison, À Sautant de maison en maison, A Bonhomme Hiver vient moudre à De la farine sur les toits; iv.Et les gens regardent, narquois, % Montréal qui se poudre.cs L i + 2 } A + fr A .dP A ; 4 M.le docteur Philippe Panneton est, avec M.Louis Francoeur, | À l'auteur d\u2019un recueil de pastiches, \u2018A la manière des Auteurs A canadiens\u201d\u2019, qui remporta un prix David en 1924 ainsi qu\u2019un .4 très grand et très mérité succès de librairie.Fr Ry: fe à : i Ie if p ti, â | by 3 A \u20146 \u2014 2 ' Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 LA VÉRITÉ SUR LE CHINE GCTUELLE « Depuis Voltaire jusqu\u2019à Claude Far- _rère, les littérateurs français nous ont représenté l\u2019image symbolique de la Chine sous la forme du vieux mandarin lettré, commentateur des ouvrages de Confucius.\u2014 On ne trouve plus vingt mandarins du genre sur 400,000,000 d\u2019habitants.\u2014 La chirurgie et la médecine en Chine.\u2014Le pays du travail.\u2014 En Chine, l\u2019enfant est adoré et respecté.Les pays lointains, écrit Just Lucas- Championnerie, ancien chef de Clinique chirurgicale à la Faculté de Paris, dans le Journal de Médecine et Chirurgie pratiques, ne sont pas des contrées fabuleuses où les conditions de la vie sont radicalement différentes de celles des climats tempérés.Les maladies et affections qui nous sont familières ne les épargnent pas.La pratique de la médecine, aux pays chauds, n\u2019est pas essentiellement différente de ce qu\u2019elle est chez nous.Sans doute, on trouve certains facteurs de variation, le facteur ethnique; il v a aussi le climat; la chaleur humide transforme ies pays tropicaux en une véritable étuve, favorable aux éclosions microbiennes, et rend l\u2019agression des agents extérieurs plus redoutable.Mais le facteur de variation le plus complexe que le médecin doit étudier avec soin est le facteur social.Les conditions de la vie d\u2019un peuple modifient grandement et l'allure générale des affections et les possibilités thérapeutiques.La Chine est, dans le monde, le seul grand pays parfaitement civilisé où les méthodes européennes restent complètement en marge de la vie sociale.| Les modifications qu\u2019a apportées à la vie chinoise l\u2019esprit technique européen sont minimes.Des villes européennes, comme Shangai, ont bien, çà et là, poussé orgueilleusement ; les grands commerçants chinois sont venus s\u2019y installer.Mais à côté a subsisté et prospéré la vieille cité chinoise, avec son activité désordonnée, sa crasse, son odeur de vidange et de friture, ses petits artisans, ses petits boutiquiers.Le contact européen a à peine modifié les conditions de la vie et les habitudes sociales.Pour qui veut étu- \u2014 7 \u2014 Vol.18, No 12 dier l\u2019action d\u2019un état social sur l\u2019évolution des maladies et les possibilités de la pratique médicale, la Chine est un pays de choix.La Chine est très mal connue des Européens; c\u2019est un monde qui à souvent échappé à la sagacité des ethnographes, voyageurs officiels qui n\u2019en ont découvert que le petit coin que les fonctionnaires européens ont désiré leur dévoiler.Dépuis Voltaire jusqu\u2019à Claude Farrère, les littérateurs français nous ont représenté l\u2019image symbolique de la Chine sous la forme du vieux mandarin lettré, vêtu de soie brodée, com- Une élégante chinoise mentateur des ouvrages de Confucius, ét soucieux de suivre les règles de l\u2019invariable milieu.II n\u2019y a pas en Chine vingt mandarins qui ressemblent, même de fort loin, à celui de Claude Farrère sur une population de quatre cent millions d'habitants.La Chine est un pays essentiellement démocratique, qui ne possède pas d'oisifs.Pas de nobles, pas de -LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 grands propriétaires vivant du revenu de leurs terres.Le mandarin de Claude Farrére est un fonctionnaire qui a conquis ses grades par un labeur constant, dans des concours successifs.Le riche Chinois est un commerçant dont les fils travailleront.Il n\u2019y a pas en Chine d\u2019oisiveté traditionnelle.La Chine est le pays du Travail Travail musculaire forcené; activité agricole, activité commerciale, activité administrative.Peu de repos; les magasins et les ateliers de la cité chinoise sont ouverts une partie de la nuit.Le Cinois ne dort que quelques heures.La concurrence est telle en Chine que les salaires ou traitements suffisent à peine aux besoins quotidiens.Dès qu\u2019un enfant chinois est capable de travailler, il est employé.Aussi, c\u2019est un pays où l\u2019individualisme n'a pas de sens et où l'isolement est le prodrome de la mort.L'esprit chinois, inaccessible à la - pitié, émotion occidentale, est plus que le nôtre dominé par l\u2019instinet de solidarité.Seuls existent et vivent en Chine les groupements chinois.A la base, le groupement familial, si profondément uni, que la loi chinoise admet, au cas de défection de l'accusé, la responsabilité pénale du plus proche parent.La nécessité de l\u2019action du conseil de famille dans toutes les décisions graves à prendre, et, en particulier, dans l\u2019acceptation de la visite d\u2019un médecin européen, implique que le chirurgien ne verra jamais le patient au début d'une affection chirurgicale.Les groupements professionnels ont une discipline rigoureuse.et les décisions de grève sont toujours unanimement respectées.\u2014 8 \u2014 mo Me A CR OO EE ET IRON RTE RRR, RI EP UI WI SITY ROIs) em Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE SEE Montréal, décembre 1925 L'unité de la Chine n\u2019est pas dans l'Etat chinois qui a pu se désagréger sans que la Chine fit faillite.Elle est dans sa force de groupement, dans sa conscience de là nécessité de la solidarité humaine qui entraîne une habitude séculaire de négociations entre groupements rivaux.Pagodes L'Europe, pour avoir introduit en Chine, les groupements politiques à systèmes opposés, sans terrain d\u2019entente laissant place aux négociations, à troublé l\u2019ordre chinois.Le Chinois moyen (puisque c\u2019est un terme récemment adopté) est un être instruit, mais sans culture, au sens où nous l\u2019entendons en Europe.Nous ne nous rendons pas assez compte du luxe que constitue pour un individu la culture, même envisagée à son premier degré: l\u2019éducation primaire.Le Chinois est pauvre, et les Chinois sont nombreux.La nécessité du gain quotidien les oblige à faire le plus rapidement possible l\u2019effort intellectuel immédiatement utile à l\u2019action, et l\u2019étude de l'instrument effroyablement complexe qu\u2019est la langue, prend au Chinois tous ses efforts de jeune écolier.S\u2019il se sent la force d\u2019embrasser la carrière mandarinale, et d\u2019affronter les concours des lettrés, il apprendra à manier le pinceau, à écrire jusqu\u2019à l\u2019âge des cheveux blancs.L'état de la langue chinoise entretient dans l\u2019esprit chinois une perpétuelle confusion.Les Chinois non lettrés ne se comprennent pas de province à province, et parfois même de classe sociale à classe plus élevée.Le Chinois, travailleur acharné, conserve toute sa vie le souci du pain, ou plutôt du riz quotidien.Petit temple funéraire Il vit dans le présent ; le devenir l'angoisse si peu qu\u2019au cours des évangélisations, la notion d\u2019un paradis lointain, d\u2019une vie future d\u2019éternelle béatitude est difficilement acceptée des néophytes.0 \u2014 fl \u201d in » A VA 1 ! Vol.1§, No 12 \u2014 Le chirurgien doit connaitre cet état de la mentalité chinoise.Pauvreté et insouciance du lendemain font que le chirurgien sera toujours appelé à l\u2019extrême limite de l\u2019opérabilité.En fait, dans un grand nombre de cas, les vrais Chinois, non europani- sés, qui appellent le chirurgien européen, au milieu de la nuit, à travers les ruelles obscures de la cité, ne lui présentent qu\u2019un agonisant.Il a fallu d\u2019abord la visite répétée du médecin chinois, dont l\u2019art est intermédiaire entre celui du sorcier et le nôtre ; puis, l\u2019avis du conseil de famille dont les vieux membres, à voix prépondérante suivent les progrès du mal, et ne se résignent que par désespoir à remettre le sort du malade entre les mains européennes.En un mot, l\u2019intervention chirurgicale, dans la majorité des cas, est réduite à tout ce qui menace directement la vie ou la fonction indispensablerà la vie.Le Chinois est d\u2019ailleurs un être d\u2019activité physique et non de pensée: la culture du moi, l\u2019entretien de la vie spirituelle demande des loisirs; et le Chinois n\u2019en a pas.La vie individuelle est si peu de chose devant l\u2019incessant labeur de la vie familiale.La mort n\u2019est d'ailleurs pas pour lui un mystère redoutable.La mort est un repos; et c\u2019est en même temps la continuation de la vie terrestre sous une forme où le Chinois sera assuré des hommages et des soins de sa famille.Elle est donc presque enviable.La vie a du bon; la mort la complète.À quoi bon, dans ce cas, accepter la vie avec une diminution physique préjudiciable au travail?Je ne crois pas qu\u2019il existe un pays au monde où l\u2019enfant soit plus adoré et plus respecté qu\u2019en Chine.Depuis sa naissance jusqu\u2019à la puberté, l\u2019en- LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 fant y est traité comme un petit dieu, comme un tyran a qui tout est permis, envers lequel toute violence est impie, pour lequel tout sacrifice est légitime.Une mère, dont je soignais l\u2019enfant, me disait par l\u2019intermédiaire d\u2019un interprète les soins dureront-ils longtemps ?\u2014Oui.\u2014 Sera-t-il ensuite guéri, et semblable exactement à ce qu\u2019il était auparavant?\u2014 Non.\u2014 Alors, j'aime mieux qu\u2019il meure, j'en aurai un autre.Si barbare que nous paraisse cette conception lorsque nous la jugeons avec nos sentiments d\u2019européens spiritualistes, avec notre individualisme forcené, elle est logique, conforme à l\u2019esprit chinois.Et nous devons en tenir compte.Bibliographie Canadienne Par JULES JOLICOEUR \u2014\u2014 Les derniéres parutions d\u2019écrivains canadens, nous ayant été communiquées trop tard pour qu\u2019il nous fût possible de les bien lire et d'en tirer une honnête critique, nous devons remettre au mois prochain notre chronique habituelle.Au programme : LE FRANÇAIS, par Damase Potvin, journaliste au journal \u201cLe Soleil\u201d, de Québec, représentant en cette ville de la Société des Auteurs Dramatiques de France, ainsi que certaines autres nouveautés.Une critique généreuse, encore que strictement impartiale, de tous les livres canadiens est faite, chaque mois, dans les colonnes de La Revue Populaire.Aux auteurs de nous faire parvenir leurs oeuvres.Un livre est chez nous jugé et non forcément louangé.C\u2019est la politique de notre maison, politique excellente, on en conviendra, b\u2018en que rarement suivie par la plupart de nos publications.Voir page 99 notre critique des livres francais.a \u2014 10 \u2014 nn aa ñ PRB) A 0 Li \u2014 Bly Tab 14157 Ce rte \u201cné doch KA _- 6 Vol.13, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Fe TO I CT TT OTT [CITT TR TA a OO AIT A ET A TT OT IT CTI / LE PLUS BEAU MONUMENT DE L\u2019ANTIQUITE Le Parthénon, temple de Minerve, situé au centre de !\u2019Acropole, est le plus beau monument qui nous reste de l\u2019antiquité\u2014 L\u2019Erechthéion et le portique des cariatides.\u2014 La ville d\u2019Athènes et ses environs Le Parthénon, dont le nom veut dire temple de la Vierge, est situé au centre de l\u2019Acropole d'Athènes.L'ancien temple qui était à cette place avait été détruit par les Perses; ce fut Périclès qui éleva l\u2019édifice avec les contributions payées par les alliés des Athé- niens.Callicrate et Ictinus en furent les architectes, et Phidias eut la direction de tous les travaux décoratifs.Le plan du Parthénon est un parallélogramme: sa longueur est de 225 pieds, sa largeur de 110 pieds.Il est d'ordre dorique: notre première figura nous montre le Parthénon tel qu\u2019il était avant sa destruction.Les deux frontons étaient décorés de statues exécutées par Phidias ou sous sa direction.De ces frontons, le seul document qui nous reste cst un dessin exécuté par Carrey, élève de Lebrun, qui visita Athènes au XVIIe siècle.Lorsque les statues ont été prises et emportées à Londres, elles étaient par terre, au milieu des cailloux et des ronces.De toutes les Minerves créées par Phidias et par la statuaire antique, la plus célèbre comme art est cette grande Minerve du Parthénon ; sa hauteur est d'environ 29 pieds.Elle était en or et en ivoire, debout, la poitrine couverte par l\u2019égide ornée de la tête de Méduse, et tenait d\u2019une main sa lance, de l\u2019autre une Victoire.Le casque était surmonté d\u2019un sphinx au milieu, avec un griffon de chaque côté.La place qu\u2019elle occupait dans le temple se voit sur notre gravure 3.Le Parthénon avait été converti en église par les chrétiens; les Tures en firent une mosquée, en y ajoutant un minaret, qui a été enlevé depuis.C\u2019est seulement depuis 1687 que ce monument n\u2019est plus qu\u2019une ruine.Le Parthenon restauré Pendant le siège des Vénitiens, une bombe mit le feu à un magasin de poudre établi par les Turcs, et le temple sauta: huit colonnes du portique nord et six du portique sud furent renversées, ainsi qu\u2019une grande partie de la Cella &vec sa frise: Le temple se trouva coupé par le milieu et fit comme deux morceaux.On peut en juger par notre seconde gravure.L\u2019Acropole, parmi tant de monuments célèbres, cumprenait encore l\u2019'Erechthéion qui était un édifice double, comprenant deux temples celui de Pandrose, à l\u2019ouest, et celui de Minerve Poliade (ou protectrice \u2014 11 \u2014 EY) Vol.18, No 12 de la ville), a Pest et sur un niveau plus élevé, Si le Parthénon était par sa dimension le monument le plus important de l\u2019Acropole, l\u2019Erech- théion en était le plus vénéré.C\u2019est là qu\u2019était la plus ancienne statue de Minerve, celle qui était tombée du ciel.C\u2019est là que Neptune et Minerve s'étaient disputés pour la possession d'Athènes; on y montrait la source sacrée produite par le trident de Neptune dont la marque se voyait sur le rocher, et le fameux olivier, source ~~ A, LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre.1925 le centre de la fête des Panathénées, la plus grande féte des Athéniens.L'édifice est bâti en marbre penté- lique; il était entièrement couvert, et une lampe d'or, précieux ouvrage sculpté par Callimaque, y brûlait nuit et jour devant l'image vénérée de la déesse.Cette lampe était suspendue à un palmier de bronze qui montait jusqu\u2019au plafond et dissimulait la fumée, Le temple renfermait, en outre, une infinité de reliques saintes; les trophées pris sur les Perses avaient Vue du Parthénon \u2014Etat actuel féconde de la richesse publique, puis- qu\u2019il était la souche de tous les oliviers de l\u2019Attique, l\u2019olivier saint que Minerve avait fait surgir en frappant la terre de sa lance et que les flammes n\u2019avaient pu détruire.Là aussi étaient l'autel de l'oubli, que les Athéniens élevèrent pour réconcilier les divinités, ei ie tombeau d\u2019Erech- thée.Enfin ce temple racontait l\u2019origine même d\u2019Athènes, puisqu\u2019il était bâti sur l\u2019emplacement de la maison de Cécrops.Aussi l\u2019Erechthéion était été déposés là, à l\u2019exception du trône de Xerxes, qui était dans le Parthénon, La facade ouest (fig.3) était comprise dans l'enceinte réservée des prétresses, qui sont probablement figurées sous forme de cariatides dans le joli portique appelé Pandrosion.Ces jeunes filles, dont le mouvement est si souple, dont la forme est si élégante, sont conçues et traitées d\u2019une façon qui en fait des supports présentant à l\u2019oeil l'apparence d\u2019une merveilleuse solidité: des colonnes sem- \u2014 12 \u2014 i Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE SEL EL Lt UA Montréal, décembre 1925 bleraient moins résistantes.Ces figures sont exhaussées sur une plinthe, et chacune d\u2019elles fléchit la jambe qui se trouve le plus près du centre de l\u2019édifice, ce qui donne de la variété au groupe en même temps que de la logique au mouvement.C\u2019est là qu\u2019on peut voir à quel point le sculpteur entrait dans les vues de l\u2019architecte, à quel point leurs études étaient dirigées simultanément et convergeaient vers le même but.On serait tenté de croire, en voyant ce monument, qu\u2019il est l\u2019oeuvre d'un artiste unique, architecte et sculpteur tout à la fois.Extrémité du Pandrosion\u2014Le portique des car:atides La silhouette de cet édifice est extrêmement remarquable, particulièrement dans la composition des angles.La chevelure des jeunes filles est disposée pour recevoir un chapiteau circulaire, orné d\u2019un rang d\u2019oves et de fers de lance, et, comme un fronton aurait surchargé ces supports féminins, la tribune est simplement.couverte par une terrasse, et l\u2019entablement sans frise se compose d\u2019une simple corniche qui porte sur J\u2019architrave.Quand on quitte l'Erechthéion, on trouve, à l'angle de l'enceinte sacrée, un rocher aplani, marquant l\u2019emplacement d'un vaste piédestal.C\u2019est là que s\u2019élevait la fameuse Minerve ço- lossale, coulée en bronze par Phidias, Cette statue qu'il ne faut pas confondre avec celle qui était dans le Par- thénon, s'élevait d\u2019un tiers plus haut que tous les édifices, et on l\u2019apercevait de partout, mais principalement en regardant l\u2019Acropole du côté nord, comme le montre notre dernière figure.C\u2019est de ce côté que le rocher offre son plus grand escarpement.La ville d\u2019Athénes.\u2014 Lysippe dit dans une de ses comédies : \u201cQui ne désire pas voir Athénes est stupide ; qui la voit sans s\u2019y plaire est plus stupide encore, mais le comble de la stupidité est de la voir, de s\u2019y plaire et de la quitter.\u201d\u2019 Malgré l'immense célébrité d'Athènes, nous trouvons peu de descriptions de la ville même dans les auteurs anciens; ils parlent à peu près exclusivement des monuments qui la décoreni.Mais le portrait coloré qu\u2019en a tracé Viollet-Le-Duc résume très bien l\u2019idée que nous pouvons nous faire de cette cité célèbre: \u201cNulle cité, dit-il, n\u2019était plus active, et, pour qui venait de l'Asie ou de l'E= gypte il semblait, en parcourant Athènes, qu\u2019on entrait dans une fourmis lière.Possédant au moment de sa plus grande puissance les trois ports de Munychie, de Phalère et du Pirée, elle couvrait un territoire dont le périmètre était de deux cents stades (le stade est de six cents pieds), mais c\u2019était autour de l\u2019Acropole que les maisons étaient serrées et la population toujours en activité.Là, les chariots se croisaient, pleins de marchandises, venant des ports ou les y conduisant.Le peuple, vivant sur les places, dans - les rues, était affairé, menant grand bruit.Puis des boutiques, des ateliers entraient et sorlaient sans cesse des étrangers qui venaient acheter et vendre, des esclaves portant des messa- \u2014 13 \u2014 gh pr hile! Ii Bes pi Be Ki.1 ERE A Bet Sey Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 ges ou des objets.Les femmes circulaient dans les rues comme les hommes, se rendant aux marchés, aux jeux, aux confréries.Dès l\u2019aube, de grosses troupes de paysans apportaient des légun:es, des fruits, des volailles, et criaient leurs denrées par ve RE Sn RAT SLR EE Brea maitre et qui, répétant les propos vrais ou faux qui couraient la vilie, faisaient causer les esclaves, raillaient entre eux les étrangers qui passaient ou les interpellaient pour se donner le plaisir de critiquer leur accent, leur démarche, leurs habits.\u201d pape Rene À 1 : 0 I= ae woh =.Vue de U'Acropole d\u2019Athénes les rues.Les maisons élégantes occupaient la seconde zone; elles possédaient, la plupart, un jardin et parfois des dépendances importantes.On voyait autour d'elles des clients, des parasites qui attendaient l'heure du Quoique la première place revienne de droit à l\u2019Acropole, quand on parle d'Athènes, la ville elle-même présente le plus vif intérêt, soit sous le rapport de l\u2019art, soit à cause des souvenirs dont on trouve la trace à chaque pas.POUR FAIRE UN BON NETTOYAGE DES BOUTEILLES \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 Lorsque les bouteilles ont contenu des corps gras ou sont imprégnées d\u2019une certaine odeur, pour les nettoyer et enlever toute trace des corps y ayant séjourné.il suffit d\u2019introduire dans les bouteilles quelques cuillerées à soupe de sciure de bois de chêne ou de marc de café encore humide, lorsqu\u2019il vient de servir.On mélange cette sciure de bois ou ce marc de café avec un peu d\u2019eau très chaude, on promène bien le mélange dans.toutes les parties des bouteilles que l\u2019on veut nettoyer et ce mélange entraîne tous les corps gras qui empêchent le verre d\u2019être transparent.0 On recommence la même opération deux ou trois fois pour que le nettoyage soit complet, puis on rince à grande eau et on met les bouteilles à égoutter.\u2014_\u2014 14 \u2014 fre 1 eee es eee RULES Vol.18, No 12 Bouquins et Il est certain qu\u2019on ne trouve nulle part autant de bouquinistes qu\u2019à Paris et ceux de ia Seine, dont les boites s\u2019échelonnent sur les parapets, sont célèbres dans le monde entier.Mais on en trouve ailleurs.À New- York, les boutiques de livres d'occasion se rencontrent par centaines et nous en connaissons bien une cinquantaine, tout au moins, à Montréal, où ce négoce n\u2019eût pu faire vivre son homme il y a vingt ans.Le bouquiniste doit être fin matois, comme le marchand de tableaux ou d\u2019antiquités auxquels il s'apparente.C'est un commerce qui demande un certain sens artistique, du goût, de vastes connaissances, de la psychologie et, encore plus que le sens artistique, le sens des affaires.Dans le négoce des vieux livres, comme dans celui des vieux tableaux et des antiquités, on n\u2019est jamais bien sûr de faire un bon marché.Le plus souvent, on roule ou l\u2019on se fait rouler.Quoi qu\u2019il, en soit, une boutique de vieux livres est l\u2019endroit le plus agréable du monde; l\u2019hô- te est le plus souvent un homme qui cause et ses clients, bibliomanes ou bibliophiles, les mortels les plus doux et les plus sympathiques.Pas tous pourtant, car il en est de très bêtes.Edmond de Goncourt écrit, dans son \u2018Journal\u2019, que c\u2019est devant un tableau que se débitent les Beuquinistes âneries les plus carabinées (M.de Goncourt, fort heureusement, ne s'exprime pas ainsi, mais c\u2019est là sa pensée.) Peut-être bibliothécaires, libraires et bouquinistes en entendent- ils davantage et de plus fortes.Une jeune élégante entre chez un marchand de livres d\u2019occasion et lui demande douze pieds carrés de livres, quels qu\u2019ils soient, tous reliés en un beau chagrin rouge, pour s\u2019harmoniser avec les couleurs de la bibliothèque qu\u2019elle fait aménager dans sa nouvelle maison.Dans une boutique considérable de New-York, chez Schulte, où sont entassés 1,500,000 volumes, entre une autre dame.De sa sacoche elle extrait un coupon de soie mauve qui doit servir de bordure à sa prochaine robe.Elle demande un livre dont la reliure soit de même nuance.Le libraire, sans se soucier des raisons de cette bizarre cliente (il en a entendu bien d\u2019autres!) avise un manuel d\u2019électricité qui dormait sur un rayon empoussiéré.La reliure est d\u2019un mauve idoine à la robe.Et avant de sortir, la jeune personne explique au marchand que son père, grand amateur de livres, sera heureux, quand il én- trera ce soir-Jà, de la voir lire un volume aussi bien habillé qu\u2019elle-même.Chez un autre, survient un jeune homme qui, s'arrêlant devant huit a TE Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 rayons de livres reliés en maroquin, demande: \u201cCombien pour tout le lot?\u201d \u2014\u201c$800.\u201d \u201cTrop cher\u2019, fait-il.Le bouquiniste hésite un instant, pour la forme, car il ne faisait pas un mauvais marché: \u201cFh bien! prenez le tout a $750\".Le client paya en beaux billets, héla un taxi-auto, et pendant que tous les commis le chargeaient, le patron s\u2019en fut a la banque faire vérifier ses billets.Ils étaient bons.Un mois plus tard, le jeune homme revint; sans préambule, il dit: \u2018Vous avez dû croire que j'étais complètement fou d\u2019acheter ainsi tant de livres sans même les regarder?\u201d Le marchand ne croit pas nécessaire de dire sa pensée, qui eût été déplaisante pour un aussi bon client.\u201cVous allez me comprendre, continue ce dernier, Un oncle millionnaire, dont\u2019 je suis le protégé, m'envoie chaque mois $250 pour mes achats de livres.Je n\u2019en ai jamais acheté un seul.Mais, ayant reçu de cet oncle un télégramme m\u2019annonçant son arrivée, avee un cadeau de $1000 pour bien le recevoir, il me fallait a tout prix me monter une bibliothèque en un jour.Les livres que vous m'avez vendus ont fort impressionné mon oncle, mais maintenant qu\u2019il est reparti, vous aurez sans doute l\u2019obligeance de les reprendre au prix que vous me ferez.\u201d Les clients les plus faciles à satisfaire sont naturellement ceux-là qui ne se pourvoient de livres que pour garnir les tabletles de la bibliothèque achetée à même la maison et pour qui ne comptent que les reliures.Si la pièce est tapissée de bleu, il leur faut des couvertures bleues, pas plus difficile que ça.Il y a aussi les gens qui mettent leurs livres en gage, quittes à les reprendre, laissant un fort pourcentage chez le libraire.Les manies des véritables biblio- manes sont innombrables et MM.Déom et Ducharme doivent avoir de bien amusantes histoires à raconter! o-\u2014\u2014 ENVELOPPEZ VOS CADEAUX DANS DES DECOUPURES DE PAPIER- TENTURE Pri pp \u2014 Pour changer un peu d\u2019a- à vec le papier de soie, don- xiiner un caractère d'origi- =) nalité à vos paquets de cadeaux et utiliser les découpures de papier-tenture qui vous restent de votre dernier tapissage, en- veloppez-en vos boîtes de présents de Noël ou du Jour de l\u2019An.Les papiers de tenture à fleurs se prêtent partieu- lièrement bien à cet usage.Et plusieurs autres aussi bien.Vous les ficelez des petits fils de soie rouge ordinaires.Si vous n'avez pas chez vous de ces retailles de papiers peints, demandez- en au magasin; on se fera probablement un plaisir de vous en céder quelques-unes, car cela n\u2019est pour les marchands d\u2019aucune utilité.Vous pouvez encore vernir votre ficelle, la dorer ou l'argenter à votre goût, pour l'adapter à la couleur du papier- tenture, \u2014\u20140 Mettre un frein a sa langue! Le plus difficile des devoirs et l\u2019un des plus importants.La source de.ce péché est presque toujours la vanité * ** L\u2019entêtement est une faiblesse absurde.Si vous avez raison, il amoindrit votre triomphe: si vous avez tort, il rend honteuse votre défaite.+ + + La vanité au dehors est la marque la plus évidente de la pauvreté au dedans.\u2014 16 \u2014 © ah LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Wh SN \\ \u20acor ~ ~ = \u201d ; | iy Au > a 4 Le Menu d\u2019un Réveillon de Noël canadien CRETONS Mode de préparation: Enlever la peau de la panne, puis couper la panne en petits morceaux: sel (pas d\u2019eau).Faire cuire sur un feu doux jusqu\u2019à ce qu'elle soit croustillante, passer au tamis.Laisser refroidir les résiäus puis les hacher au moulin.Hacher du ma\u2018gre de porc, le faire cuire avec un oignon par pinte de viande hachée.Pendant la cuisson ajouter les résidus de panne, sel, poivre, feuilles de laurier, deux tiers de maigre de porc pour un tiers de panne ou résidu.Laisser mijoter deux heures; déposer dans des moules rincées à l\u2019eau froidc.RAGOUT DE BOULETTES DE PORC FRAIS livres porc, sel, poivre, fines Ingrédients: 2 a 3 farine, 1 pinte eau herbes, graisse, 1 oignon, chaude.Mode de prépuration: Hacher la viande au moulin, y ajouter l\u2019o\u2018gnon haché fin, le sel et le poivre.Façonner en boulettes, les passer dans la farine; faire chauffer la graisse, y faire saisir les boulettes, ajouter l'ea1 chaude, laisser mijoter lentement jusqu'à \u2018parfaite cuisson.TOURTIERES Ingrédients: Douze à quinze livres de porc frais, quatre à cinq oignons.Un peu d\u2019eau.Assaisonnements.Mode de préparation: Hacher la viande, faire cuire dans un chaudron, avec sel, poivre, oignon haché fin.Mettre très peu d\u2019eau, afin que la viande ne se défasse pas.Brasser presque continuellement pendant la première partie de la cuisson.Après parfaite cuisson de la viande.déposer la préparation dans une pâte brisée en procédant comme pour les tartes.: PETITS PATES DE PORC FRAIS Ingrédients: (a) Restes de porc frais, 1 c.à table graisse de rôti, sel, poivre, fines herbes, | oignon, restes de sauce ou de bouillon, 4 tasses de farine.(b) 4 tasses de farine, 114 c.à thé de sel, 2 cuillerées à thé de poudre à pâte, 1 tasse de graisse, 3 tasses eau froide.\\ Mode de préparation: (a) Hacher les restes de viande, faire revenir lcignon dans la graisse, ajouter la viande, le sel, le poivre et les fines herbes.Mouiller d\u2019un peu de bouillon ou de sauce pour obtenir un hachis délicat, mais pas trop clair.(b) Préparer une pâte brisée et procéder comme pour les tartelettes, BOUDIN ; Ingrédients: 1 pinte de sang, 1 livre oignons, épices mélées, moulues, fines herbes au goût, 1 chopine de lait, 1 livre de panne ou gras de lard.Note.\u2014La premiére chose à faire, lorsque l\u2019on fait tuer un porc, c\u2019est de recueillir le sang, qui a une grande valeur pour la confection du boudin.On le recueille dans une poêle dans laquelle on a mis un peu de vinaigre et de sel, afin de l'empêcher de se coaguler; aussitôt recueilli, le couler.Mode de préparation: Hacher l'oignon fin, mettre cuire au feu doux, avec un quart de livre de saindoux, l'ajouter au lait et au sang, la panne ou le gras coupés en petit dés: assaisonner de sel, poivre, fines herbes, épices moulues.Amalgamer le tout: introduire cette préparation dans les boyaux cu la verser dans une lèchefrite; faire cuire au bain-marie pendant une heure et demie à deux heures.Laisse: refroidir, couper par tranches épaisses, faire rôtir dans une poêle avec du saindoux.\u2018 Beignets\u2014Deux oeufs bien battus, une tasse de sucre, une tasse de lait.4 tasses de farine, 2 cuillerées à thé de poudrc à pâte, cuillerées à thé de sel.Biscuits à la anélasse-\u2014Une tasse de mélasse, 2 cuillerées à soupe de lait chaud, 1 cuillerée à thé de gingembre, une demi-tasse de poudre à pâte et assez de farine pour faire une pâte molle.\u2014 AT rd er) Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 ur ait BY, A Lu, ar Ramune dint Les fables modernes de Franc-Nohain LA TORTUE QUI VEUT SE FAIRE AUSSI | PETITE QUE LA COCCINELLE Dans un de ses plaisants récits Que, pour les grands et non pour les petits, Composait Jean de la Fontaine, Récits que les petits apprennent, 4 Mais, rien ne dit : Qu'ils les comprennent, Le Bonhomme a conté l\u2019ambition soudaine À D\u2019une jeune grenouille à qui 1 Ce désir saugrenu venait troubler l\u2019esprit : \u2014 Etre un boeuf, quel rêve ! \u2014 Et qui creve.C\u2019est d\u2019une tortue aujourd\u2019hui Que je dirai l\u2019analogue aventure, Et comme un manque de mesure , Tout droit au trépas nous conduit, \u2014 C\u2019est fort bien fait, se plaignait la Tortue, C\u2019est fort bien fait de porter sa maison Mais ce n\u2019est pas une raison Pour qu\u2019elle m\u2019écrase et me tue, Je I'aimerais plus exigue \u2014 18 \u2014 Vol.18° No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Et coquette à proportion; | - Voyez plutot la Coccinelle, | | Elle est la perle du jardin; / Devenir légère comme elle, ; ,! Etre comme elle tout carmin !.Cela doit être d\u2019abôrd question de régime; E Pour être belle, il faut savoir souffrir; i Je vais commencer par me faire maigrir, | Et réduire E Ma nourriture aux rations les plus minimes.Espérons que le jour viendra, a Où, comme mon modèle ainsi favorisée, A Ce festin me laissera | Rassasiée et grisée : E Boire une goutte, au coeur des roses, de rosée.; Sans souci de son mal, sans souci des risées, a La T'ortue a jeûne avec ferveur EL Elle y perd, avec l\u2019appétit, toute vigueur, $ Dépérit à faire peur, Et de langueur se meurt sous l'oeil moqueur E De la Coccinelle légère.Les jeunes gens croyaient naguère ; À l\u2019incompatibilité .Du génie avec la santé E.Du pot-au-feu avec le feu sacre: E Le pot-au-feu, le coin du feu, quelle misère ! id Et il leur semblait nécessaire, ; Et, mieux, que cela suffisait, Pour être Byron ou Musset, De vivre débauché et mourir poitrinaire.TEs Ro ru LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Histoire Géographie gm $ NOËLS ANCIENS DE LA NOUVELLE-FRANCE Quels noëls chantaient nos ancêtres?Ernest Gagnon et Ernest Myrand nous renseigneront, qui ont consacré à ce sujet d\u2019importants travaux.Nous avons pensé reproduire quelques fragments de la préface de l'ouvrage de M.Ernest Myrand, ouvrage intitulé: Noëls anciens de la Nouvelle= France.C\u2019est peut-être la meilleure manière de s\u2019instruire superficiellement, en une page ou deux, d\u2019un sujet trop vaste pour être plus amplement développé dans le cadre de cette chronique.\u201cÀ J'ignore absolument, écrit M.Ernest Myrand, si quelque chercheur, amoureux du bizarre et de l'inconnu, essaya jamais de résoudre cette énigme située au-delà de toute conjecture.(Quelles chansons chantaient les Sirénes,\u2014 ce rapprochement n\u2019est pas très heureux) mais j'en sais une autre plus susceptible de recherches fructueuses, intéressantes, utiles, et de satisfaisante solution: Quels noëls chantaient nos ancêtres?Ce livre en sera la réponse.\u2014 Réponse imparfaite, hélas ! fâcheusement incomplète.Mais en pouvait-il être autrement?Je n'ai eu à ma disposition, dans la poursuite de ce travail aride, que cinq vieux recueils de cantiques français Sans \u2018la rarissime édition des Poésies chrétiennes de l\u2019abbé Pellegrin\u2014 dont l\u2019'Hôtel-Dicu de Québec est seul à posséder, au Canada, un superbe exempiaire\u2014l\u2019histoire des Noëls anciens de la Nouvelle-France eût été impossible a écrire, car ce livre en est véritablement la clef de voûte.Nos ancêtres Français-canadiens et Cana- diens-français chantèrent tous les noëls de Martial de Brives, de Pelle- grin, de Garnier, de Daulé et bien d\u2019autres encore: l\u2019événement en est sûr ; cependant la certitude absolue ne constituerait pas une raison de les rééditer en bloc.\u2014 20 \u2014 A a ate en Ts a a dt Cl 7777107 PN RT I OORT RI CICR AE TR religieusement conservés à l\u2019Hôtel-Dieu de Québec. Vol.18.No 12 L'intérêt, comme l'utilité, de cette étude est de rechercher dans cette foule compacte de cantiques centenaires quels noéls nous chantons encore aujourd\u2019hui que chantaient autrefois nos ancétres.La musique des Noëls anciens de la Nouvelle-France est empruntée, pour le plus grand nombre, à de simples et naïves mélodies populaires.En raison du sujet et des personnages qui les chantent, cette simplicité même devient un mérite; la fraîcheur des motifs, la couleur locale, l\u2019archaïsme du style musical et littéraire, tout conspire à conserver à ces liens religieux une faveur constante.Ces noëls nous semblent exquis, surtout par l'habitude que nous avons de les entendre: ils ont réjoui notre jeunesse, bercé notre première enfance.Aussi les trouvons-nous ravis- sanis, incomparablement beaux, à cause des souvenirs délicieux qu\u2019ils évoquent.Musset avait raison d\u2019écrire ces vers que j'ai choisis comme épigraphe à cet ouvrage: Et rien n\u2019est mrilleur que d\u2019entendre Air doux et tendre Jadis aimé! L'identité des sources où les noëls français puisent leurs suaves inspirations leur donne & tous une ressemblance frappante, un cachet indélébile, un air de famille irrécusable.Bien qu\u2019on les reconnaisse pour frères aux traits de la physionomie, la différence LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 des provinges, des époques, des caractères et des coutumes locales leur imprime en même temps une grande variété.\u201cIci, écrit Pierre Veuillot, domine la grâce, là ressort plus particulièrement l\u2019allégresse.Le noël breton a surtout de l\u2019émotion, de la simplicité forte: le noël bourguignon brille davantage par l'esprit et la verve ; les noëls rnéridionaux sont vifs, ailés; au centre ct au nord de la France, le cantique de noël nous attendrit, nous pénètre jusqu\u2019à I\u2019dme.\"\u201d LE MARIAGE A LA GAUMINE Dans l\u2019ancienne jurisprudence française, on nommait mariage à la Gaumine un mariage contracté devant un prêtre, sans aucune bénédiction.Gette union tirait son nom d\u2019un certain Gaumin, qui s\u2019était marié de cette façon, Cette coutume détestable ne fut pas étrangère au pays, car les registres de nos paroisses nous ont conservé le nom de plusieurs personnes qui se marièrent de cette façon.En 1727, pendant que M.Ger- vais Lefebvre, curé de Batiscan, célébrait une messe basse, Daniel Portail, fils de Daniel Portail, maire perpétuel de ia ville de St-Florent-le- Lièvre, diocèse d'Angers, contractait mariage à la Gaumine avec Marie- Antoinette Langy, de Levrault.Les coupables firent réhabiliter leur mariage, le 6 septembre 1728.A la Pointe-aux-Trembles, de Montréal, le 15 février 1754, Pierre Bernard et Catherine Laviolette s\u2019étaient mariés à la Gaumine, pendant l\u2019Elévation de la Sainte Hostie.Le dimanche suivant, le mandement de Monseigneur de St- Valier, sur le mariage à la Gaumine, fut lu en chaire par le curé et les mariés furent en conséquence excommuniés, Vol.18.No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 LE SUPPLICE DE DAMIENS | | PO TE OO TE Pour avoir attenté à la vie de Louis XV, le 5 janvier 1757, Robert- François Damiens est torturé pendant deux mois à la Conciergerie puis écartelé en Place de Grève.Le plus affreux supplice enregistré par l\u2019histoire.\u2014 Notre récit est tiré du \u201cVitriol de Lune\u2019; par Henri Béraud.Au point du jour fixé pour l\u2019exécution, Paris tinta comme une enclume.La cavalerie franchissait les portes.Il en arrivait de tous côtés, mais les gros escadrons venaient par la rue du Bac de l\u2019Ecole Militaire et de l\u2019écurie des Invalides.La température était douce, amollissante; les cabaretiers avaient, le long de la Mortellerie, disposé des tables; une aigre odeur de vin se mélait au fumet des clievaux d'armes, attachés aux anneaux dans les carrefours.Vers une heure, les cloches commencèrent de sonner, annonçant que le prisonnier, tiré des brodequins, allait être conduit en Grève après l\u2019amende honorable.Un remous de la multitude s\u2019élargit dans les rues environnantes.Blaise et Giambattista, qui se tenaient par le bras, furent poussés vers le port-au-foin.Des rumeurs lointaines, qui grossirent en se rapprochant, annonçaient le cortège.Poursuivi de clameurs furieuses, il contourna le vieil abreuvoir, puis entra dans le grand carré vide de la grève.Le buste du condamné dépassait les hautes ridelles du tombereau.Blaise, à l\u2019instant, reconnut Damiens.OT TA A DO TO AO A A DIE CA or TT ET HTT EAH LUNE ERA TR HI EH HY sue Gh Pâle, mais ne montrant point d\u2019angoisse, il regardait la multitude silencieuse.On avait arrêté la voiture au coeur de la place.Damiens portait un cierge de cire ardente, qui brûlait à côté de sa figure Il aperçut tout à coup l\u2019échafaud, assez bas, et, sur le plancher, unè table de bois, une chaudière d\u2019huile qui fumait.\u2018des outils nois.Quatre heures sonnèrent.\u2014La journée sera rude, murmura le condamné.Co Le fond du tombereau s\u2019abattit sur le pavé, les valets du bourreau s\u2019approchant , mirent une échelette et l\u2019homme descendit.Il était nu, sous une chemise de toile, et grelottait.L\u2019aigre bise de mars chassait sur les toits quelques nuages d\u2019un gris plombé.Sous le beffroi, l'horloge au cadran bleu marquait deux heures.Alors le glas commença de tinter très haut dans le ciel et le vent semblait avaler le bruit lugubre.Damiens, les pieds sur le carreau, regardait ses membres dévêtus, il attendait.Le greffier ordonna qu\u2019on lui prit le cierge des mains, ce qu\u2019un acolyte fit.Aussitôt les prêtres entonnèrent les psaumes.Ce fut court.L'un des confesseurs, le moliniste, leva la croix et l\u2019on poussa le condamné vers l\u2019échafaud.Il ne pouvait marcher.La question avait fait craquer les os de ses chevilles, on le poussait cependant, il fit effort, se raidit et monta.Le glas se tut, afin qu\u2019on entendit crier l\u2019homme dans les supplices.\u2014 22 \u2014 RI ERR EAE 1 oem ere - I = ves \u2018re wr Cy \u2014\u2014 re RE EE # Vol.13, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Damiens regardait durement le brasier, qu\u2019un aide attisait au moyen d\u2019un soufflet de cuir écarlate.Le moment venu, il tendit, avec un rude courage, sa main droite.Deux archers le maintenaient au biceps et à l\u2019avant- bras.En face, un franciscain brandissait le crucifix noir et parlait à mots pressés.La chair furna, Damiens se tordit et poussa, les dents serrés, un long gémissement.On le lacha.L\u2019odeur fit reculer le moine.Le condamné haletait, secouait dans le vent son moignon noir.Il le regarda longtemps.sans rien dirc.puis, levant la tête, 11 fixa sur le greffier qui s\u2019avançait ses prunelles agrandies.- \u2014Nommez vos complices.\u2014 I] ne répondit rien, tourna la tête.Alors ses regards tombèrent sur Blaise et Giambattista et, craignant qu\u2019une expression de son visage ne le trahit, il ferma les yeux et s\u2019abandonna aux soldats qui le jetaient sur la table, arrachaient sa chemise.Le bourreau tira de la braise ses tenailles.On le vit se pencher sur le corps étendu, tourner furieusement autour de la table, faisant avec une hâte et une dextérité de jongleur sa diabolique besogne.Il tenailla aux bras, aux cuisses, aux mamelles.Damiens se tordait, bavait, son ventre dansait comme une eau bouillante.Mais lui gardait toujours le silence.Six aides partirent, avec d\u2019horribles spatules fumantes qu\u2019ils vidaient dans les six plaies.Puis ils replongeaient leurs cuillers dans les chaudrons, que d\u2019autres leur tendaient, au ras de 1'échafaud, pour les vider encore dans les trous saignants de la chair.C\u2019étaient l\u2019huile.la poix, le soufre, la cire et le plomb.Aux premières brûlures du plomb on entendit, au fond de la place, un hurlement de bête enragée, suivi d\u2019un long sanglot, ensuite la voix de Da- miens s\u2019éleva, monotone et déchirante : \u2014Mon Dieu! de la force! Seigneur, ayez pitié, Dieu, donnez-moi la patience, mon Dieu, de-la force, Seigneur!.Cela se prolongeait comme une litanie, sans relâche, sans que la voix montât ou baissÂt.Les valets avaient disparu avec leurs instruments.Da- miens, lié sur la table, continuait de crier, le visage couvert de sueur, le teint couleur de plomb.Ses larmes ruisselaient.Des femmes criaient, s'évanouissaient.Les hommes, béants d'horreur, tendaient la tête vers la table, d\u2019où partaient l\u2019infatigable plainte.À ce moment, la grande porte de l'Hôtel de ville s\u2019ouvrit.On entendit gronder les cloches et la jaune lumière des cierges clignota dans le jour.Un carillon furieux, tombant du beffroi, couvrit enfin la voix du malheureux.Il gémit, puis devint immobile, serra les lèvres, parut reprendre ses sens.On attendit un peu.Le bourreau regardait vers le dais où trônaient Maupeou, Molé, Pasquier, Severt, les quatre commissaires, vêtus de robes rouges.Ils ne bronchaient point.Aux balcons, des dames s\u2019éventaient.On disait que le roi voyait tout d\u2019une maison, au-dessus des colonnades.Cela courait en rumeur dans la foule et les regards allaient aux fenêtres closes, cherchaient à percer le mystère des rideaux.Cependant, Maupeou baissait la tête.Le condamné fut saisi, porté des tables rouges sur le pavé, allongé les bras en croix.Ses forces étaient re- 3 \u2014 Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 venues; sur ses joues, que creusait la souffrance, les couleurs paraissaient.Il put se soulever un instant et voir les quatre chevaux du Perche que les charretiers menaient vers son corps nu.Un sergent, pris d'une obscure pitié, le renversa.La foule se taisait, retenant son souffle.Mais le greffier revint, se pencha trés bas sur Damiens: \u2014N\u2019avez-vous pas de déclarations ultérieures?| \u2014Non, répondit-il, d\u2019un ton ferme et sépulcral.a Les aides novaient déjà les traits, le bourreau levait la main, et bientôt, dans les cris des charretiers, la foule perçut un autre cri.Elle vit en frémissant se tendre les bricoles et le corps étalé bondir horizontalement vers le ciel et retomber, suspendu aux cordes, qui tendaient, au coeur de la Grève, une grande croix de chanvre noir.Le fracas des cloches étouffait tous les bruits.On n\u2019entendait plus le claquement des cloches, ni le cliquetis des fers, ni lc hurlement de l\u2019écartelé.Rien ne vint.Les chevaux glissaient.I! fallut les laisser souffler.De nouveau, le corps nu reposa sur la pierre.A chaque jambe, le bourreau.fit ajouter un cheval, puis, sur un signe, les fouets tracèrent dans le ciel leur quadruple paraphe et le supplicié s\u2019éleva, d\u2019un bond plus brutal.Dans la tête renversée et roulante, d\u2019où la chevelure en sueur pendait, on voyait la bouche, grande ouverte, qui vomissait des hurlements, face au ciel.Les membres s\u2019allongeaient, ne cédaient point.Peut-être les chevaux tiraient mal.Le bourréau, apitoyé, alla aux genoux du chancelier prier qu'on lui permit de donner un coup de tranchoir aux jointures.Cela fui refusé, le supplice recommença.La, voix des cloches s\u2019enflait dans un grondement de canonnade, De partout, aux abords de la place, entre les mousauets des gardes, des poings se tendaient vers Maupeou.Brusquement, le branle s\u2019apaisa, fondit dans l\u2019air comme un écho et, à mesure que le bruit d\u2019en haut diminuait, on entendait mieux les cris du patient, La nuit venait et, avec elle, la rage du peuple.Maupeou sentit qu\u2019il fallait en finir.Il accorda la permission de taillader les épaules et les hanches.Le bourreau le fit sur le corps étendu, alors que les chevaux tiraient à plein collier, Damiens se tut enfin.Cette épouvante finit après deux heures et quart.o-\u2014\u2014\u2014 LES TRANSATLANTQUES ITALIENS La \u2018\u2019 Navigazione generale\u2019 construit actuellement le \u2018Roma\u2019, jaugeant 30,000 tonnes, mûü par 4 turbines, pouvant filer 22 milles à l\u2019heure.Le \u201cRoma\u2019 sera le plus grand transatlantique de la marine italienne.Il sera lancé cette année et entrera en service dans l'automne 1926 pour desservir, avec le \u201cDuilio\u2019, la ligne de l\u2019Amégique du Nord.Un autre transatlantique, l\u2019\u2018\u201cAugustus\u2019\u2019, pareil au \u2018Roma\u2019, sera mû par des moteurs Diesel, Il sera le plus grand du genre, et avec le \u201cJules-Cé- sar\u201d\u2019 desservira l'Amérique du Sul où les Italiens éraigrent en grand nombre.D'autres services sont en projet pour les lignes de l\u2019Australie, de l\u2019Amérique centrale et du Sud-Pacifique, Deux navires de 15,000 tonnes sont déjà commandés.Ils posséderont des cabines, des troisièmes classes et un vaste espace pour les marchandises, -\u2014_ 24 \u2014\u2014m BE Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 NO ME fetal Sg fale es : = = \u2014 = = 7 qi AE TT I HITT] LEI I IT IRE IGT, J La Sellette La société tire au sort un accusé et un accusateur.Puis elle se forme en demi-cercle à l\u2019une des extrémités du salon, pendant que l'accusé s\u2019assied isolément à l\u2019autre extrémité.L'accusateur se tient debout devant les juges.I CT] II] PIER = pT I tii Oe I TG I UR JEUX DE SALON ET JEUX DE BOUDOIR WITTE IT ET grep EE CE Le BT CEE CE [I Er) > Face = SR ME at a F5 REY S i I i TT i ET OC gO Ee OC EET IIE I a l'accusé et les lui expose alternativement, en s\u2019écartant toutefois de l\u2019ordre dans lequel elles lui ont été faites.À chaque accusation, l\u2019accusé nomme le juge qu'il en suppose l\u2019auteur; chaque fois qu'il devine juste, le juge donne un gage, et, à la fin, le juge que l\u2019accusé a deviné le premier est mis à son Lour sur la sellette.La sellette au XVIIIe siècle L\u2019accusateur commence le jeu en déclamant ainsi: \u2018\u20181llustres juges, sa- vez-vous pourquoi l\u2019aceusé est sur la sellette?\u201d Puis il s'approche de chaque juge qui lui fait connaître à voix basse son opinion.L'accusateur prend note des différentes déclarations: lorsqu\u2019il les a toutes recueillies, il s\u2019avance vers Tirez; lâchez Les jeux les plus simples sont parfois les plus amusants; ainsi essayez celui-ci: Un joueur se procure autant de rubans qu\u2019il y a de personnes dans la société; il les prie ensuite de se disposer en demi-cercle devant lui, re- \u2014 25 \u2014 Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 met un bout de ruban à chacune, et tient tous les autres dans sa main.Quand il prononce le mot: \u2018\u2018Lächez\u201d\u2019, il faut tirer; et quand il dit: \u201c\u201cTirez\u2019\u2019, on doit lâcher.On ne saurait croire quel nombre de gages procure ce plaisant passe-temps.Percer une pièce d\u2019un sou avec une aiquille Enfoncez une aiguille dans un bou- \u2018chon jusqu\u2019à ce que la pointe atteigne et dépasse à peine l\u2019extrémité opposée du bouchon.Cassez la tête de l\u2019aiguille à fleur du bouchon, et placez le sou sur une table de bois blanc cu sur un écrou.Mettez ensuite le bouchon sur le sou, et donnez un fort coup de marteau sur le bouchon.L\u2019aiguille traversera le sou très facilement.Faire entrer un oeuf dur dans une bouteille Faites brûler du papier dans une bouteille renversée; puis, placez un oeuf sur la bouteille, de telle sorte qu\u2019il la bouche hermétiquement.L\u2019air de la bouteille ayant été dilaté, et l\u2019oeuf se trouvant poussé par la pression atmosphérique, il s\u2019allonge et finit par tomber dans la bouteille.Soulever une carafe pleine d\u2019eau avec une paille Pliez la paille avant de l\u2019introduire dans la carafe, en le cassant en deux, de façon que le petit bout agisse par compression sur le bord intérieur de la carafe.La force de résistance de la tige de paille suffira pour soulever la carafe.Un nouveau téléphone Si vous appliquez votre montre à l\u2019une des extrémités d\u2019une paire de pincettes et que vous appuyiez le manche à l\u2019oreillie d\u2019une personne, elle entendra distinctement le tictac de la montre, qu\u2019elie n\u2019eût pu percevoir à la même distance, sans le secours de ce téiéphone d\u2019un nouveau genre.Enlever une persenne avec quatre doigts Il faut être quatre pour exécuter cette expérience: deux placent leur index sous la bottine de celui qu\u2019on doit soulever, deux autres placent l\u2019index sous son coude.Au signal convenu, les quatre personnes font un effort simultané et enlèvent facilement le patient.Deviner le nombre que quelqu\u2019un aura pensé \u2018 Proposez à une personne de penser un nombre, de le tripler, et ensuite de prendre la moitié exacte de ce triple, s\u2019il est pair, ou la plus grande moitié si la division ne se peut faire exactement.Faites encore tripler cette moitié et demandez ensuite combien de fois le nombre 9 s\u2019y trouve compris; le nombre pensé sera le double, si la division par la moitié a pu se faire ; dans le cas contraire, il faudra ajouter 1 au double du quotient de la division par 9.Qu'on ait pensé 5, son triple est 15 qui ne peut se diviser par 2.La plus grande moitié de 15 est 8; si on le multiplie encore par 3, -on aura 24, où 9 se trouve deux fois.Le nombre pensé est donc 4 plus 1 ou 5.Manière de faire tenir un oeuf sur sa partie la plus pointue Pour faire tenir un oeuf sur sa pointe, il suffit de l'agiter assez long- AVR PA PE Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 temps, de manière que le blanc et le jaune soient bien mêlés ensemble.Si, dans cet état, on met l\u2019oeuf sur un plan bien horizontal, il se tiendra sur sa pointe sans tumber, à cause de l\u2019équilibre parfait de son contenu bien mélangé, ce qui maintient le centre de gravité de l\u2019oeuf dans la ligne de direction.Singulières ondulations On met trois parties d\u2019eau dans un verre, on verse dessus une partie d\u2019huile et on laisse le reste du verre vide.Ensuite on l\u2019entoure circulairement d\u2019une ficeile dont les deux bouts sont fixés l\u2019un d\u2019un côté, l\u2019autre de l\u2019autre et tiennent le verre suspendu.On lui donne alors un mouvement de balancement.L\u2019eau sera fortement agitée, mais l\u2019huile restera sans mouvement.C\u2019est cette propriété, de l\u2019huile qu\u2019on utilise dans les tempêtes, pour sauvegarder les vaisseaux.Faire passer un oeuf dans une bague Il suffit de faire tremper un oeuf dans le vinaigre ; il devient mou, flexible, et peut {raverser une bague.Après s\u2019être aliongé, il reprend sa première forme.Faire paraître des vers sur la viande.Cette mystification n\u2019est peut-être pas d\u2019un goût bien délicat, \u2014 mais d\u2019un succès certain.Un plat chaud étant apporté, le mystificateur jette adroitement dessus des petits morceaux de chanterelle de violon, qui est la corde la plus mince des instruments à manche.La chaleur, dilatant la corde, ne tarde pas à faire prendre à chacun de ces morceaux la forme et le mouvement de véritables vers.Les convives poussent des cris de dégoût, jusqu\u2019à ce qu\u2019on leur ait expliqué cette fumisterie.0 L\u2019HEURE DE NOEL DANS LE MONDE ENTIER - \u201cLes cloches de Noël sonnent sans discontinuer pendant vingt- quatre heures et cela parce que, comme chacun sait, l'heure change avec les pays.| Ainsi, tandis qu\u2019en Angleterre, les habitants prennent leur repas du midi de la veille de Noël, à Sydney, Nouvelles- Galles-du-Sud, les cloches annoncent la naissance de l\u2019Enfant-Dieu.Celles de Perth, capitale de l\u2019Australie occidentale, ne sonnent que deux heures et vingt minutes plus tard.Et il faut encore à l\u2019heure de Noël deux heures et demie pour traverser le continent australien.Noël passe de Perth à Hong-Kong en moins de huit minutes, mais, en revanche, il n'arrive de Hong-Kong à Calcutta qu\u2019après deux heures et dix- sept minutes.Trente-cing minutes plus tard, Noël est annoncé à Madras et trente minutes plus tard encore, à Bombay.De là, Noël se rend à Moscou, Jérusalem, Constantinople, le Cap de Bonne-Espérance ; puis à Berlin, Rome, Rotterdam, et est célébré à Paris neuf minutes avant Londres.Bien que Noël soit carillonné à la même heure environ, dans toute l\u2019Angleterre, il n\u2019est véritablement Noël à Liverpool que douze minutes après Londres, à Glasgow que dix-sept minutes après Londres et Penzance que six minutes après Glasgow.\u2014 27 \u2014 Vol.18 No 12 -\u2014 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Cu: TE PO PO OPA OO ET D CRE TE AE TER 1 TOTEM RINE EOIAT 133 ESAS P| EERIE DOI A Ei PA TET TE EY EE RRC FE CEE YY Fy AR TEE ECE Pro IE MA TO OT ENT EE IIS - | LES PLUS GRANDS DIRIGEABLES DU MONDE É.| A, pe a ET (is 1908 1913 1918 1912 1918 to19 1923 EE CI IE TE I CT AO I A TETE HI ETA HT nT tein Fr ETE Rim LZ1 LZS LZ18 LZ40 LZ62 L Z 104 Das Afrike-Schiti L Z 113 LZ 120 Bodenses Nordstern LZ 126 Los Angeles ae Les plus grands dirigeables du monde du modèle Zeppelin.Le L Z-40 fut le premier dirigeable de guerre; le L Z-104 fit ia célèbre randonnée d'Afrique.\u2014 28 \u2014 Le L Z-126 zppartient aux États-Unis.fe Vol.18, No 12 \u2018 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 FAITES-VOUS CETTE JOLIE LANTERNE JAPONAISE EN PAPIER Vous réaliserez sans peine une lanterne japonaise en employant uniquement du papier fort, sans la moindre monture en métal ou en bois.Nous vous donnons ici un modèle de lanterne de forme très simple, à base carrée.On pourrait la faire de la même façon à 5, 6 ou 8 pans.Ou.par un procédé analogue, lui donner une forme cylindrique.Cette lanterne aura des dimensions proportionnées à la grandeur de la pièce, à l'intensité de la lampe qu'elle contiendra.de papier collant, n\u2019est-ce pas?Puis vous peignez à l\u2019aquarelle, en forçant les tons, à cause de l\u2019effet de transparence.La peinture achevée, encadrez chaque face de la future lanterne\u2019 d\u2019une marge noire, al\u2019encre de Chine, marge qui fera ressortir les vignettes, masquera l'absence de monture de la lanterne et cachera aussi les doubles épaisseurs de papier, aux endroits où vous allez coller.La face supérieure de la lanterne ne sera pas décorée, puisqu'elle est invi- tu le dessus ur a de la douille lonterne lerminer À Prenez donc une feuille de papier fort, et tracez-y au crayon la figure que représente un de nos croquis.Ge tracé étant achevé, vous allez peindre le papier.Nous vous avons indiqué comment vous pouvez vous y prendre si vous n\u2019âvez pas le talent nécessaire pour dessiner de chiec-\u2014et en vous inspirant d\u2019estampes japonaises.Un peu de papier à décalquer et sible.Une simple teinte plate pour éviter un reflet de lumière crue vers le plafond.Puis, vous découpez le papier, suivant le tracé, el vous procédez au pliage, le long des arêtes.En pliant partout à angle droit, vous voyez la lanterne prendre corps et former une sorte de boîte à un seul fond.\u2014 29 \u2014 Vol.18, No 12 Quand ce sera bien collé.vous pourrez repasser les marges à l\u2019encre de Chine.Plusieurs couches sont nécessaires pour obtenir un noir absolu.Vous pourriez mème coller une bande noire par-dessus l\u2019arête.Ce n\u2019est pas indispensable.loin de là, mais cela donne à l\u2019ensemble une bonne rigidité.Cette lanterne devra être suspendue à un anneau du plafond et envelopper, pour ainsi dire.l\u2019ampoule électrique, suspendue elle-même au bout de son fil.Pour rester dans le style, munissez votre lanterne de quatre rubans de satin noir, collés à l\u2019intérieur des angles.Ces rubans seront noués à l\u2019anneau de suspension.Le couvercle.\u2014 Nous \u2018ne pouvons donner d\u2019autre nom à la surface supérieure de la lanterne.La difficulté consiste, non pas à le fixer, car il devra rester mobile, mais à laisser un passage pour la douille de l\u2019ampoule.Voici comment il faut procéder pour obtenir un assez bon résultat.T'aillez dans le couvercle deux lignes, en croix de Saint-André, au centre de laquelle vous ménagez un cercle pour le passage du fil.La lanterne étant déjà suspendue, passez la douille de la lampe \u2014 non munie de celle-ci\u2014a travers le couvercle.Puis placez l\u2019ampoule.L\u2019ampoule étant logée dans la lanterne, faites glisser le couvercle le long du fil, jusqu'au contact de la lanterne.Les quatre rubans le maintiendront indéfiniment en place.Pour mettre le dernier détail, qui fait tout le chic de l\u2019ensemble, fixez à chacun des quaire coins inférieurs un gland de soie noire, ou de perles de verre, également noires.Et la lanterne est terminée.LA REVUE POPULAIRE .tontréal, décembre 1925 DERVICHES TOURNEURS 7 \u2014 \u2014_ Les derviches sont, dans les pays musulmans, et particulièrement en Perse et en Syrie.des religieux dent les uns vivent dans des sortes de monastères, et dont les autres vivent à leur guise et voyagent à travers le monde musulman.Les plus pittoresques sont les derviches tourneurs.Ceux-là dansent en tenant une main ouverte vers le ciel pour recevoir d\u2019Allah les grâces qu'ils lui demandent.F\u2019autre main, à demi fermée, est tournée vers la terre pour laisser tomber un à un les bienfaits d\u2019Allah sur les fidèles croyants.Autrefois, c\u2019était sur le sultan, ear leur principale préoccupation était de prier pour la conservation des jours précieux de Sa Majesté qui, pour les récompenser, leur envoyait, deux ou trois fois par semaine, des moutons et prenait soin de ia mosquée et du monastère.Ils tournent environ une heure au son du tambourin et de plusieurs flûtes.Plus la musique devient accélérée, plus les tours sont rapides.C\u2019est à donner le vertige aux profanes.Ne devient pas derviche qui veut.Il faut d\u2019abord faire mille et un jours de noviciat pour apprendre, non seulement à tourner d\u2019après les rites, mais encore tous les secrets d'un ascétisme assez compliqué.Ce n'est qu\u2019après cette épreuve qu\u2019on peut être reçu derviche.Et encore.au moment de commencer leurs mouvements, les candidats ont eu une demi-heure de méditation en commun et ils n\u2019entrent en: danse que sur l\u2019ordre du supérieur qui est censé ,en recevoir l'inspiration d\u2019Allah.> \u2014 30 \u2014 ee ES te Ih | Ir Li sadn a ddl dit eT ON TE DA \u201c4 1 1 Te ! + cas Spm Rr HIER SN Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 LA FABRICATION DES DISQUES PHONOGRAPHIQUES i Le phonographe, son invention, son utilité, ses progrès.\u2014La fabrication des disques phonographiques.\u2014 Renseignements fort intéressants et utiles sur ce sujet, par Jacques \u201c Chabannes.\u2014Le rôle futur du phonographe.nes artistes que de pouvoir entendre E et étudier ces maîtres en leurs arts! i Mais le phonographe a un rôle plus vaste encore.Il existe à la Sorbonne, 4 à Paris, un important service que di- Li rige M.Poireau.Ce sont les archives o de la parole, l\u2019Institut Phonétique.La, i sur de minces plaques de cire les voix de tous les hommes illustres qui ont be, visité la France sont conservées.Là, A un spécimen de chacun des dialectes i.existant au monde\u2014et dont beaucoup 3 ne se sont transmis que par la parole 4 et risqueraient de disparaître\u2014est en- | registré pour le bonheur des philolo- A gues.E Le phonographe est un excellent A professeur de langues vivantes, car 4 les appareils modernes transmettent Er la voix sans la moindre altération.E En Amérique, les hommes politique i font leurs campagnes .électorales au i moyen du phonographe.Parmi toutes les étonnantes inventions scientifiques de ces soixante derniéres années, le phonographe n\u2019est certes pas la moins surprenante.Il en est de plus sensationnelles et de plus grandioses, mais point de plus troublantes.- Le phonographe fut inventé par Charles Cros, voici quarante-six ans déjà.Aujourd\u2019hui, il est partout, dans les mansardes comme dans les salons, et au fond de l\u2019Afrique même.: Mais ses applications sont infinies et l\u2019importance de certaines d\u2019entre VAL vs Ce elles augmente chaque jour.Son role ne consiste pas uniquement à distraire des amateurs de chansonnettes.Il a doté de procédés nouveaux la police, la justice, la philologie et la pédagogie.Il a permis de conserver pieusement l\u2019art des grands exécutants et des plus illustres comédiens.Il existe, dans les caves de l'Opéra de Paris, une collection complète des voix des chanteurs célèbres.Grâce au phonographe, l\u2019archet de Jacques Thibaut, la voix de Caruso demeureront.Quel précieux enseignement pour les jeu- Enfin, en médecine, il à permis, E pendant la guerre, aux spécialistes des blessures de la bouche d\u2019étudier le traitement des grands blessés et de leur rendre ainsi plus facilement la parole.Voici quelques-unes des utilisations modernes du phonographe.L'industrie du phonographe et des disques n\u2019est pas aussi développé ni aussi importante en Angleterre, en France, qu\u2019aux Etats-Unis, encore qu\u2019en France, tout un peuple de manoeuvres, une armée de spécialistes RUB ADL UL OL Vo!.18, No 12 travaillent dans les nombreuses usiries des grands fabricants.La production française des disques de phonographe s\u2019évalue à sept millions deux cent mille, soit environ vingt mille par jour.Il faut, pour se rendre compte de ce qui se dépense de science.d'habileté, de patience, pour fabriquer, enregistrer, mettre au point, un disque de phonographe, visiter une de ces usines.Voici le magasin des matières premières.Il y a ià des marchandises de toutes sortes: bois, gomme, cire, métal.La gomme vient des Indes; on la mélange à des poussières de coton - importées d\u2019Egypte, à du sulfate de baryum.Ce produit ainsi obtenu est la \u2018cire\u2019.On mélangera à la pâte des rognures, des vieux disques cassés ou usés, qui retrouveront une jeunesse nouvelle.Ces produits sont .broyés et blutés dans un bâtiment surmonté d\u2019un réservoir.Une circulation importante d\u2019eau est nécessaire, pour assurer une réfrigération régulière.La pâte passe ensuite entre deux laminoirs rotatifs puissamment chauffés par un courant de vapeur.Pa Les disques sont alors moulés sur des plateaux, sortes de moules chauffés au gaz.Un \u2018tour\u2019 les dégrossit.On les alèse ensuite.Puis on les \u201c\u2018finit\u2019\u2019 en les faisant passer sous une raboteuse à pointe de saphir qui achève d'en égaliser la surface.Il va de soi que le phonogramme initial, sur lequel la voix ou le son a été enregistré ne saurait servir indéfiniment.11 faul donc donner à la matière la résistartce.qui permet de reproduire à jamais un cliché photographique, par exemple.\u2014 3 LA REVUE POPULAIRE .chauffée, qui ie ramollit.Montréal, décembre 1925 tt Les cylindres matrices sont coulés en cuivre, par la galvanoplastie.Trente-six cuves dont la capacité varie de mille deux cents à deux mille huit cents litres servent à cette opération.Grâce à ce procédé on peut couler des milliers de disques, copies exactes du phonogramme primitif.Pour tirer des copies de la matrice, on place le disque vierge sur une table On le met ensuite sur le galvano préalablement chauffé, puis on le recouvre d\u2019un second galvano semblable.Ce moule est ensuite mis sous la presse hydraulique.Le travail de vérification n\u2019est, on le conçoit, pas sans importance.Le laboratoire de chimie recherche les défauts d\u2019impression.Chaque galvano est examiné, puis la première épreuve.Ensuite, d'heure en heure, on écoute le morceau, sur une épreuve prise au hasard.Alors, seulement, l'\u2018\u2019exeat\u2019\u2019 est donné.Dans les plus petits détails, le travail de cette usine est de précision.Les diaphragmes, par exemple, sont examinés individuellement, par projection sur écran.Les pavillons, s\u2019ils sont moins délicats, ont un role important.L'atelier qui les fabrique contient de vastes machines.L\u2019une découpe les tbles, 'autre les estampe et leur donne la forme, une troisieme emboutit les tubes coudés.L\u2019émaillage et la peinture se font aussi automatiquement.Enfin, les ateliers de montage et de vérification des appareils: ébénisterie, menuiserie, ete.les halls où l\u2019on procède à l\u2019empaquetage et à l\u2019emballage.Il ne faut pas quitter cette usine sans visiter le \u2018\u201cienneau\u201d\u2019.Ici, tous les grands artistes vinrent faire entendre \u2026 \u2014 pe Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 leur voix: Noté, Delna, Calvé, Carusu, Muratore, Fanny Heldy, ont chanté devant ce pavillon.C\u2019est une salie en forme cylindrique, capitonnée.Aucun bruit ne parvient de l'extérieur.L'enregistrement se fait sur un grand cylindre, dont la précision est minutieusement réglée.Tous les interprètes d\u2019une opérette en vogue, viennent justement chanter les airs les plus réussis.Voici Edmée Favart, brune et souriante, Jean Pé- rier et Henri Defreyn.Telle est cetle curieuse industrie, qui a fait appel à la science la plus compliquée, au profit de l\u2019art.O-\u2014 COMMENT LES MILLIONNAIRES AMERICAINS UTILISENT LEUR FORTUNE _ A La munificence des multimillionnaires nord-américains, lit-on dans lès échos du \u2018Mercure de France\u201d, est légendaire.Il n'y a pas longtemps que deux seulement d\u2019entre eux consacraient, le même jour, 52,500,000 dollars pour des fins d\u2019intérêt public.L\u2019un d\u2019eux, M.George Eastman, fabricant des appareils photographiques Kodak, a\u2014d\u2019après la \u2018Review of Reviews\u2019 \u2019\u2014fourni de ce geste l\u2019explication suivante: | \u201cSi un homme a de la fortune, il doit faire un choix, car l\u2019argent s\u2019amoncelle.Il peut l'empiler en tas et le laisser à d'autres qui, après sa mort, l\u2019administreront.Il peut aussi le mettre en action et s'amuser pendant qu\u2019il est en vie.Moi, je préfère le mettre en action en l\u2019adaptant aux besoins de l\u2019humanité.\u201d D'autre part, voici.d\u2019après le \u2018\u201cLit- terary Digest\u2019\u2019, de New-York, une liste de dons récents\u2014il ne s\u2019agit guère que des dix dernières années\u2014faits à la communauté par des riches Américains : John D.Rockefeller $575,000,000 Cleveland Foundation \u2026\u2026\u2026epsureece 350,000,000 Henry C.Frick \u2026\u2026.\u2026\u2026\u2026verseseserrsr\u2026\u2026 83,000,000 Milson S.Hersbey _\u2026\u2026\u2026.sressrrsresensesesnences 60,000,000 George Eastman \u2026\u2026.\u2026\u2026\u2026rerecssrevemeresssess 58,000.000 James B.Dak@ .\u2026\u2026\u2026.\u2026\u2026reresensenrsenversncrencs 41.500.000 Mrs Russell SaAg@ Œ\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026rrrenernrrencens 40,000,000 Henry Phipps \u2026.\u2026.\u2026\u2026rcereresesesesrensenrersensencee 31,500,000 Benjamin Altman \u2026\u2026.\u2026cveoressersecsrsseesereene 30,000,000 John Stuart Kennedy \u2026.\u2026.\u2026\u2026\u2026seresesenes 30,000.000 John W.Sterling \u2026\u2026 vi sseeseresseesemes 20.000000 Edmund C.Converse rer 20.000,000 J.R.De Lamar serres 16,500,000 Mrs Stephen W.Harkness ere 16.000.000 Augustus D.Juilliard ere 15,000,000 Henry E.Huntingdon serres 15,000,000 George F.Baker ccc.12,000,000 J.P.Morgan einen 10.000.000 Mrs Elizabeth Milbank Anderson.10,000,000 Wm.J.et C.H.Mayo .8.000,000 Pierre S.et T.Coleman du Pont.8,000,000 J.Ogden Armour \u2026\u2026.\u2026\u2026\u2026\u2026.eerere 6.000.000 George R.White eee 5,000,000 W.A.Wiebolt near 4.500.000 August Heckscher ns 4,000,000 John Jacob Astor es 4 000.000 Sotta Crabtree ns 4,000,000 Somme toute, un joli denier que oes dollars qui, réunis, font un total de 1 milliard 629,000,000! Et l\u2019auteur de cette petite note ajoute, à l\u2019adresss de John D.Rockefeller, la petite méchanceté que voici: \u2018\u2018Rockfeller est le plus fameux et le plus âgé des milliardaires américains.Il a actuellemont &C ans.J\u2019ai connu, en 1913, à Nimes, un membre de la branche restée française de sa famille, M.de Roquefeuille, qui, tombé dans le dénuement et dans la plus extrême vieillesse, me fit rédiger, en anglais, à l'adresse du riche cousin yankee, de l\u2019Asile des Petites Soeurs des Pauvres, où, après une carrière agitée, il avait dù chercher un abri, une longue supplique très documentée, qui resia sans réponse, bien que remise, à New-York, directement à l'intéressé, par un ami du rabbin de Nîmes, qui s\u2019y étail alors rendu.\u201d \u2014 33 \u2014 OT LUE Rr I RE TOT FITS Ie gyre Vol.13, No 12 DEPUIS QUAND PORTE-T-ON DES LUNETTES?Rien ne prouve que les anciens connaissaient les lunettes, bien que la loupe, sous forme de globe de verre creux rempli d\u2019eau ou de sphère de cristal, leur fut familière.On savait encore que les lentilles de verre (telles les lentilles découvertes dans les fouilles de Ninive et de Pompéi) avaient pour propriétés de concentrer les rayons du soleil sur un objet, de facon à l\u2019échauffer et même à l\u2019enflammer, mais jamais on ne s\u2019en servit pour corriger là vue.Chez les anciens et des passages de Cicéron, Cornélius Nepos, Suétone nous le prouvent, lorsque les vieillards ne pouvaient plus lire, ils se faisaient faire la lecture par un esclave.C\u2019est pourquoi l\u2019émeraude que l\u2019auteur de \u2018\u2018Quo Vadis\u201d met dans la main de Néron et dont il se serait servi pour mieux voir les spectacles du cirque et les supplices des chrétiens, est un anachronisme.Les lunettes n\u2019ont donc fait leur apparition qu\u2019à la fin du XIIIe siècle.Nous possédons là-dessus de nombreux témoignages et, entre autres, un sermon du Frère Giordano da Ri- valto, prononcé à Florence en 1305, et dans lequel il rappelle que l\u2019art de fabriquer des lunettes remonte à une vingtaine d'années.Quel en fut l\u2019inventeur?On relève l'inscription suivante sur une dalle de l\u2019église de Sainte-Marie- Majeure, a Florence: \u2018\u201c\u2018Ci-git Salvino degli Armati, de Florence, inventeur des lunettes.Dieu lui pardonne ses péchés.L'an de Dieu 1817.\u201d Mais ce n\u2019est point là le véritable inventeur, lequel a nom Roger Bacon, moine anglais.Ce célèbre moine, LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 né en 1214, mort en 1294, était entré, en 1240, dans l\u2019ordre des Franciscains; sa science prodigieuse l\u2019avait fait surnommer le \u2018\u2018Docteur admirable\u201d.Accusé de sorcellerie, il passa en prison une grande partie de sa vie.\u2014 L\u2019ART DE S\u2019ENRICHIR Tous les millionnaires américains se sont enrichis à l\u2019école de la patience et du courage.Un homme est encore tout jeune à 50 ans, et lui arri- verait-il à cet âge de perdre toute sa fortune qu\u2019il serait encore temps pour lui de la reconguérir.On a vu des hommes tomber à rien à 50 ans et se trouver à soixante à la tête d\u2019heureuses entreprises.Les cas ne sont pas rares de grands financiers.de grands industriels.de grands commerçants qui perdent et refont leur foriune plusieurs fois en une vie.| Et l\u2019on cite le cas de Woodrow Wilson qui n\u2019était qu\u2019un modeste professeur d\u2019université à 50 ans, incapable de nourrir sa femme et ses trois enfants, et qui, 4 60 ans, était président des Etals-Unis et l\u2019homme célèbre que l\u2019on sait.| \u2014\u2014\u20140 ACCUSE DE RECEPTION \u201cLe Mégantic\u201d, de Thedford-les= Mines Nous accusons réception de la première livraison d\u2019un nouvel hebdomadaire, publié à Thetford-les-Mines, \u201cLe Mégantic\u2019\u2019, et dont M.Antoine Dumais est le directeur.Il nous fait plaisir de souhaiter à cette publication intéressante la plus longue et la plus heureuse carrière. tes a Vol.18, No 12 - LA REVUE POPULAIRE * Montréal, décembre 1925 L\u2019IMPRUDENTE , \u2018UN ROMAN COMPLET \\ AVENTURE Par HENRI ARDEL J PREMIERE PARTIE I Quand, au matin, Claude s'approcha de la fené- tre pour inspecter le cie! épandu sur la baie de Douarnenez, il reçut en plein visage le choc du vent, qui entrainait dans l'espace de lourdes nuées, ourlées de soleil, et lançait, vers la plage de Morgat, la course tumultueuse des vagues.Au large, des stries d\u2019écume rayaient l\u2019eau haletante, marbrée de lapis et de vert g'auque.Et il pensa: \u2014Diable! il vente ferme! L'entrée des grottes ne sera pas facile.si elle n\u2019est impossible.J espère que mon petit flirt s'en apercevra elle-même! Il fut détrompé dès qu\u2019il retrouva Ariane sur la terrasse de l\u2019hôtel, où elle s\u2019abandonnait, avec délices, au souffle de la brie violente.\u2014Bonjour! Claude.Comme la mer est superbe, œ matin!\u2026 Nous danserons, sans doute un peu, pendant notre promenade aux grottes.Ce sera amusant! \u2014A supposer que nous puissions embarquer ! téméraire petite fille.Je ne suis pas sûr du tout que la vedette consente à naviguer par un vent pareil.\u2014C\u2019est une brise délicieuse! Elle nous portera.Je comp-ends pourquor vous me traitez si volontiers de \u201cpetite fille\u201d.Vous avez une prudence de vieux mons:eur! Obscurément, Claude se rebiffa devant cette déclaration désinvolte.Mais il n\u2019en témoigna rien, fort de son expérience.Toutefois une ombre d\u2019impatience avait dû effleurer son visage, car elle questionna: \u2014Vous avez l\u2019a:r fâché.pourquoi donc?Que rumine encore votre sagesse\u201d Surtout, si le souci du vent vous trouble, n'en témoignez rien devant Mme Salviéres.Incontinent, elle serait saisie de la certitude que nous allons nous noyer et, de gré ou de force, nous retiendrait a terre! Claude eut envie de rire devant cette clairvoyance: | Ç \u2014Je m'engage à ne pas éveiller l\u2019esprit d\u2019inquiétude chez Mme Salvières.\u2014Ah! très bien.Cela vous va rudement mieux de ne pas faire \u201cle père de famille\u201d.Ne l\u2019oubliez pas ! \u2014Je ne l'oublierai pas, riposta Claude, un peu vexé par l'appellation qui, de nouveau, s\u2019abattait sur lui.: Mais les yeux d\u2019Ariane le regardaient, mi-rail- leurs, mi-câlins; et, dans les régions les plus obscures de son coeur, jaillit le désir, âpre comme une soif, de voir enfin troublées par lui, les prunelles chaudes et limpides.Elle avait dix-sept ans, tout juste: et elle était la fille de René Mussigny, le directeur actuel de l'Opéra-Comique.Celui-ci, veuf, vivant plutôt en garçon dans son accueillant hôtel de la rue d\u2019Of- fémont, confiait volontiers sa délicieuse mais encombrante petite fille au chaperonnage de mères de famille, honorables et bienveillantes;\u2014quand il ne pouvait l'installer à l'étranger, dans quelque couvent cosmopolite, \u201cpour y apprendre la langue\u201d.Ainsi, elle avait successivement habité l\u2019Angleterre, Wiesbaden et Florence; ayant demandé à jouir d'exils variés.Ainsi, elle se trouvait à Mor- gat, sous la protection de Mme Salvières, la femme du compositeur, qui, au temps de Pâques, y avait emmené sa smalah d\u2019enfants et de gouvernantes.Claude, lui, avait vingt-six ans.Petit-fils, fils de marins \u2014son père était le vice-amiral Symo- res\u2014il avait résolument rompu avec la tradition familiale; dominé par un impérieux amour du théâtre, qui avait fait de ce Breton, d\u2019austère ascendance, un auteur dramatique, fantaisiste charmant, absolument parisien d'inspiration, d\u2019esprit, de talent.À tel pcint, qu\u2019il aurait frayé sa route dans le sens souhaité par lui, eût-'l possédé moins de volonté, de séduction personnelle\u2014et de fortune.Tenté par un lumineux avril, il avait filé sur Morgat, quelques semaines plus tôt, sous couleur d'achever sa pièce nouvelle, dans une bienfaisante solitude, devant la mer, dont, par atavisme sans doute, il demeurait fanatique.Et puis, à peine arrivé dans le Palace, seul ouvert aux touristes avant la saison, il avait - aperçu, à l'heure du lunch, goûtant, sous l'aile d\u2019une duègne exotique que:que vieille miss\u2014une gamine toute jeune.Or, cette gamine avait une fraîcheur d'enfant, des cheveux.ondés couleur de noisette dorée, roulés à la diable sur ia nuoue, le profil d\u2019une impertinence caressante, comme l'expression je n\u2019en Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 fichiste, des yeux trés bleus, de la bouche volontaire.\u201cTentatrice s\u2019il en fût,\u201d avait-il, le lendemain, confié à son amie d'enfance, Dominique Stéven- nes, qui passait de longs mois à Morgat pour sä délicate petite fille.Et, amusée, elle lui avait glissé, en souriant: \u2014Quel enthousiasme! Ce n\u2019est pourtant pas votre genre, les jeunes filles! Je ne vous croyais pas encore assez vieux pour leur trouver de la saveur! : Et lui, de répliquer alertement: \u2014A la mer, je redeviens gosse! En effet, à Paris, il ss montrait plutôt gourmand de distractions ou les jeunes filies n'avaient rien a Voir.Mais à Morgat, sans doute, ses goûts étaient autres.Car il avait été ravi de retrouver, un peu plus tard, la gamine inconnue en compagnie d\u2019une famille surgie le matin même, \u2018celle du compositeur Maxime Salvières, chez qui, à Paris, il fréquentait.Mme Salvières, prodigue de paroles, l\u2019avait bien wite initié à l\u2019histoire d\u2019Ariane Mus- signy,\u2014de son vrai nom, Marie-Andrée,\u2014 l\u2019appellation mythologique, en mémoire du ,célébre et premier opéra de son père.Et Claude, en écoutant, s'était senti devenir pitoyable à cette petite, sans foyer, transplantée de pays en pays, sous la garde de la vieille Anglaise qui l'avait élevée.Il ne s\u2019était plus étonné de son indépendance d\u2019allure.Les circonstances l\u2019avaient habituée, bon gré mal gré, à se débrouiller seule dans l\u2019existence.Elle y avait, d\u2019ailleurs, gagné une originale ouverture d\u2019esprit et une maîtrise d\u2019elle- même qui lui constituaient une personnalité, inattendue chez une créature si jeune.Claude en avait été stupéfait dès qu\u2019il avait causé avec elle et l'avait regardée vivre.Car leur commun séjour au Palace les avait nécessairement rapprochés.ils s\u2019étaient rencontrés au tennis.Is avaient bavardé sur la terrasse de l'hôtel, ou allongés sur le sable, ou durant leurs nombreuses promenades.Ariane, selon son humeur, se montrant, tour à tour, nonchalante et contemplative, puis insatiable des longues courses fouettées par le vent de mer qui la grisait.Avec une Iiberté tout anglaise, les deux jeunes gens vagabondaient, cn téte-a-téte.A moins que Mme Salvières, prise d'un accès de correction, ne leur infligedt la présence de l\u2019un de ses enfants.Chaperonnage bien inutile.Si libre d'action fût-elle, Ariane Mussigny\u2014Claude l'avait tout de suite remarqué,\u2014était, en réalité, d\u2019une farouche réserve qui n\u2019eût permis aucune familiarité.Et lui-même se faisait un point d'honneur de n\u2019ou- b'ier jamais que personne ne veillait sur elle.Mais, en silence, il l'observait sans cesse.D\u2019abord, curieux et amusé.puis intéressé, impatient de la trouver insaisissable; et, peu a peu, inconsciemment captivé par loriginalité de cette enfant, que la force des choses avait fait si différente de\u2019 ses jeunes contemporaines.Leurs idées s'étaient tour à tour fuies, rapprochées, heurtées; lui, fort de son expérience, elle, rebellée contre la domination du cerveau masculin.Petite plante humaine gonflée de sève, poussée à tous les vents, sans tuteur, dans la solitude d\u2019un pittoresque manoir d'Auvergne, qui avait pour horizon la chaîne bleutée des puys.Elle lui en avait parlé avec enthousiasme, un jour qu\u2019elle s'était laissée aller à évoquer son enfance.Par exception.Ce qui lui tentait le plus.fort au coeur, elle semblait résolue à le garder en elle-même; si hardiment franche fût-elle, en revanche, dans l'expression de ses idées les plus subversives, les plus paradoxales; produit de ses propres réflexions.que personne n\u2019avait orientées.En effet, sa grand\u2019mère Mussigny, près de qui elle avait grandi, s'était contentée de la gâter.Car elle estimait qu\u2019il faut laisser se développer librement les êtres jeunes, sans les emprisonner sous des bandelettes qui tuent la personnalité.Système d\u2019éducation qui avait eu pour effet de gratifier sa petite-fille d\u2019un amalgame de scepticisme précoce et d\u2019audacieuses illusions, le tout agrémenté d\u2019une candide et fervente adhésion à la doctrine du bon plaisir.Et Claude trouvait cet amalgame extrêmement savoureux; si savoureux même qu\u2019il devenait un peu inquiet, constatant le charme exercé sur lu:, contre toute prévision.n\u2026sceuu us 0080 90000000s0000000alttasioNsroRErriIeserisrettitssineseseiineatsscssncsssnissnsst rth Ariane lui avait demandé: \u2014Est-ce que vous pourrez vous informer de l\u2019heure exacte du départ de la vedette?Il obéit.Le directeur du Palace émit aussitôt de sages objections, vu la violence du vent.Claude les écarta, aussi dédaigneusement qu\u2019Ariane elle-même eût pu le faire.Trois jeunes Anglais et un vieux couple, également d\u2019'outre-Manche, étaient, eux aussi, prêts à embarquer contre vent et marée.Le patron de la vedette déclara \u201cqu\u2019après tout, si ces messieurs et dames avaient envie de se faire mouiller, on pouvait partir\u201d.Aussi, à l'heure dite, Ariane, radieuse, descendait les marches du perron en courant, tant elle avait peur d\u2019être retenue, à l'ultime moment, par la prudence de Mme Salvières qu\u2019elle avait distraite, avec tout son art, pour l'empêcher de constater l\u2019état de la mer.Claude la suivait, beaucoup moins ravi, conscient de la responsabilité qu'il assumait.Mais il ne pouvait plus revenir en arrière.Ariane ignorait l\u2019obéissance et, tout bonnement, partirait seule, si, à la dernière minute, il tentait de l\u2019arrêter.Près de lui, sur le chemin, elle trottait, les mains dans les poches de son chandail et le vent plaquait l\u2019étoffe de sa jupe contre son jeune corps, la rendant un peu haletante.\u2014La vedette est là, Claude.Ils atteignaient le petit port, où la houle heurtait les barques les unes contre les autres.Sur la jetée ruisselante, attendaient le vieux couple et les trois jeunes garçons.Le patron souleva son béret à la vue d'Ariane.\u2014Ainsi, la petite dame n\u2019a pas peur de sauter?fit-il, secœué d'un rire de bonne humeur.\u2014 Mademoiselle est très brave, corrigea Claude.\u2014Alors, embarquons! Ariane laissa descendre la vieille Anglaise, dont la face couperosée iuisait sous son feutre, puis alla s'installer à l'avant; Claude sauta près d\u2019elie; les garçons se campèrent à leur fantaisie, au milieu de la vedette, qui fila aussitôt vers Ia pointe de Gador, à l'extrémité de la baie.\u2014 360 \u2014 pe CE x Vol, 18, No 12 \u2014Vous voyez bien, Claude, que nous sommes à peine secoués!.\u2026 s\u2019exclama Ariane triomphante ; et elle trempa le bout de ses do\u2018gts dans l\u2019eau frémissante, que le soleil frôlait d\u2019éclairs.Mais Claude, plein d'expérience, décréta: \u2014Attendez d\u2019avoir tourné la Porte de Gador! Elle ne répondit pas, trop occupée à regarder.La vedette approchait de la pointe qui fermait la baie, hérissée d\u2019écueils, que heurtait, sans relâche, le choc furieux des vagues.\u2014Attention! Tenez-vouss bien, nous tournons, commanda le patron qui, impassible, s\u2019affa\u2018rait dans sa manoeuvre.La vedette, bravement, franchit le cap.Et, soudain, elle ne fut plus qu\u2019un joujou, bondissant et fragile, secoué éperdument par les rafales.Les garçons, le vieux couple, imperturbables, regardaient.Le capitaine avait mis la direction sur le Trou d\u2019Enfer.Mais, entre les dents, il marmotta à Claude qu'il devinait un habitué des courses en mer : \u2014L'\u2019entrée sera dure.J'espère que nous réussirons.Recommandez à la petite demoiseile de s\u2019amarrer solidement.Elle a l\u2019air d\u2019un brin de plume que le grand souffle aurait vite fait d\u2019emporter! Claude, à travers le bruit formidable du vent et de la mer à l'assaut des roches, transmit l\u2019ordre à Ariane, qui regardait autour d\u2019elle, avec des prunelles enchantées.Il devina qu'elle lui affirmait se tenir bien.Mais, tout de même, se courbant pour n\u2019être pas renversé, il se rapprocha d'elle.L'ouverture de la grotte apparaissait, barrée par les récifs déchiquetés entre lesquels la vedette devait passer pour pénétrer dans la grotte elle- même, portée par la vague.D'un mouvement sûr, le pilote ,à l\u2019aide de la gaffe, maintenait la direction, écartant le bateau, des roches, pour fuir un choc qui l\u2019eût brisé.Une vague géante arrivait, se soulevant droite, et elle saisit, dans son élan, la vedette qu\u2019elle inonda d'eau écumeuse, Impérieusement, Claude attira Ariane, exaspéré d'avoir cédé à son caprice.Contre lui, il sentit la tiédeur du jeune corps que son bras enveloppait.Elle riait, mordant ses lèvres mouillées par la mer; et, nerveuse, comme aux montagnes russes, elle serrait la main de Claude, les yeux fixés sur la face tranquille du capitaine qui, maître de la vague, piquait droit sous la voùte obscure.Claude entendit le vieux couple prononcer: \u2014Beantiful, indeed!.Tandis que les boys saluaient I'adresse du marin de hurrahs qui résonnaient contre les parois de la grotte, Claude, lui, ne savait qu\u2019une chose: la douceur merveilleuse de sentir toujours contre lui Ariane, protégée par son bras qu\u2019elle n\u2019essayait pas d\u2019écarter, consciente de sa fragilité devant cette eau démontée qui fouettait le granit de remous haletants Pour la première fois, il voyait, en cette indépendante, une petite fille docile, se confiant à plus fort qu\u2019elle; et, intensément, il jouissait de cette révélation imprévue.La mer était si haute que l'impression s\u2019évanouissait de l'élévation de la voûte vers laquelle montait une clameur de tempête.Pourtant, le patron, imperturbable, s\u2019évertuait à expliquer les LA REVUE POPULAIRE DO A AN Montréal, décembre 1925 curiosités de la grotte.Ainsi faisait-il aux jours de calme.Mais, vaguement, ses passagers comprenaient ou l\u2019écoutaient, ballottés sur l'eau en révolte, ivres de vent, de bruit, de vapeur salée, leurs yeux distraits par l\u2019effort incessant du pilote pour garder la vedette, à distance du jet aigu des roches.\u2014Et maintenant, nous sortons ! Attention ! commanda le capitaine.le regard sur le goulet où il fallait s'engager.I] attendait la vague descendante qui les rejetterait au dehors, sur l'immense nappe poudrée de lumière.: \u2014Ariane, appuyez-vous bien contre moi, ordonna Claude.Elle inclina la tête et glissa la main sous le bras du jeune homme, au moment même où, soulevée par la vague, la vedette se dressait, comme si elle eût voulu atteindre la voûte, puis retombait dans l'eau profonde, éparpillant sur le fréle bateau les gouttelettes d'un panache d\u2019écume.\u2014Ouf! murmura la voix rieuse d\u2019Ariane, Quelle chute! Si Mme Salviéres nous avait vus!.Sous la violence du choc, elle avait un peu pâli.Mais ce ne fut qu\u2019une seconde.Tout de suite, une onde pourpre remontait à ses joues mordues par le vent, et, cette fois, elle se dégageait de l\u2019étreinte protectrice, refoulant ses cheveux sous le polo trempé.Son caoutchouc ruisselait, et Claude, penaud, s\u2019excusa: \u2014J'ai été fou de vous laisser partir.Ï \u2014Ne regrettez rien! Cette promenade est si amusante!\u2026 Heureusement, nous avons encore plusieurs grottes a voir.\u2014Je crois qu\u2019il vaudrait mieux rentrer, insi- nua-t-il, sans confiance sur l'accueil qu\u2019allait recevoir sa proposition, \u2014Rentrer!.Elle levait sur lui des yeux indignés.\u2014.Rentrer! N'est-ce pas, capitaine, nous visitons toutes les grottes?, \u2014Pas toutes, non.Il y en a tout de même où Je ne pourrais vous faire entrer ce tantôt.quoique vous soyez une crâne petite demoiselle.Mais je vous mènerai voir.ce qu\u2019on peut voir aujour- d\u2019hui.Un autre jour, nous retournerons pour le reste.\u2014Entendu! accepta-t-elle, avec ce sourire qui attirait comme un aimant.La vieille figure tannée du marin séclaira toute et il lança allègrement la vedette vers l'autre courbe de la baie, qu\u2019elle traversa avec grande peine, toute gémissante, soulevée par les vagues qui semblaient s\u2019élancer à l'assaut de Morgat.>Béuetse PHUHS00HUN0U0NU00OU0AN200H06336000 0200000022 000000 *OUÉVUIMIRO0HHRO0OOO0 SM +1 520 20000000 .Quand, une heure plus tard, les promeneurs re- - montèrent, en troupe fraternelle, les degrés du Palace, ils étaient trempés autant que s'ils sors talent de l\u2019onde même: et Ariane, malicieuse, glissa à Claude: \u2014Îl s'agit maintenant de filer dans ma chambre sans que Mme Salvières m'\u2019aperçoive ainsi troussée! Nous prendrons le thé ensemble dans un moment, voulez-vous\u2019.Pour nous réchauffer!.J'envo'e Kenney le commander.Claude acquiesça.Lui.si jaloux de sa liberté, n'avait plus, dans l'heure présente, d\u2019autre volon- \u2014 37 \u2014 - Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 té que celle de cette petite fille qui, sans y prendre garde, l\u2019attirait follement.Il en avait conscience et, symptôme inquiétant, n\u2019essayait plus de lutter contre le charme; peut-être parce qu\u2019il avait la résolution, très sincère, de partir le lendemain.Il Ia retrouva dans la galerie vitrée.Tout en blanc, bras et cou nus, scus le frisson de ses cheveux légers, elle avait un éclat de fleur.Ils s\u2019installèrent parmi les membres de la colonie anglaise, absorbés par les rites du five o'clock.Et, tout de suite: \u2014 Quelle bonne après-midi! s\u2019exclama-t-elle, joyeuse, tendant à Claude le sucrier.Comment avez-vous pu, un moment, avoir l'air tout à fait fâché que nous soyons embarqués sur cette innocente vedette?\u2014Innocente, soit\u2026 Mais pas autrement solide, en somme ! et j'avais toujours peur d\u2019une panne ou d\u2019une rupture de notre fragile moteur.\u2014Et alors?.\u2014Alors, nous en aurions été réduits aux rames ) ou à la seule perche.\u2014Quel dommage que l'accident ne se soit pas produit.quand nous n\u2019\u2018avions plus qu'à revenir.ÇC'aurait été une impression nouvelle de plus! \u2014 J'imagine que si la chose s\u2019était passée ainsi, malencontreusement, vous ne l\u2019auriez pas trouvée drôle du tout! fit-il, amusé de son accent convaincu.Mais une impatience ja'ouse l\u2019énervait, de cette insouciance qui heurtait son propre trouble.\u2014Peut-être avez-vous raison, monsieur l'homme sage.Ne froncez pas ainsi les sourcils.parce que je rends hommage à vos qualités.Vous ne pouvez savoir a quel point je vous suis reconnaissante d\u2019avoir veillé sur moi comme sur un bébé.Ce m\u2019était une sensation toute neuve de voir un monsieur s'occuper de mon sort avec une sollicitude que, seul, pére me montre quand, par hasard, nous voyageons ensemble.\u2014Pas une sensation désagréable, j'espère, interrompit Claude qui, aussitôt, regretta son instinctive question, dont il avait discerné l\u2019accent inquiet.\u2014Oh! non! pas désagréable, au contraire, très réconfortante\u2026 Je vous remercie beaucoup, Claude, de me l'avoir fait connaître.Claude tressaillit.Par-dessus la table étroite qui les réunissait presque conjugalement, elle lui tendait sa main, vierge de tout anneau, sans souci des yeux qui pouvaient les observer.Il se pencha et posa ses lèvres sur la peau tiède, indifférent, lui aussi, à ceux qui les entouraient.Elle eut un imperceptible frémissement qu\u2019il sen- ht.\u2014Hum!.hum!.que va penser la colonie anglaise?., \u2014Je m'en fiche! lanca Claude, impatient et confus un peu,\u2014trés peu.Je vous en prie, n\u2019imaginez pas avoir à mc remercier de l\u2019aide insignifiante que j'ai pu vous apporter.Elle était bien naturelle, ayant fait limprudence de vous laisser embarquer.Douce, elle dit lentement: \u2014 Vous savez très bien protéger.Je crois vraiment que si nous avions continué à vivre à Mor- gat, en proches voisins, j'aurais fini par vous con- sidérér comme un ami.Ce qui eût été une grande sottise! \u2014Une grande sottise! jeta Claude, sursautant.Et pourquoi, s\u2019il vous plait?\u2014Pourquoi?\u2026 Parce que je me serais naturellement habituée au plaisir d\u2019avoir un ami.J'aurais pris, sans y songer, le besoin de votre presence et tout ce qu'elle pourrait mettre de bon, dans ma solitude.Or, puisqu\u2019il est probable que nous ne sommes pas destinés à nous revoir à Paris mieux valait rester des étrangers l'un pour l\u2019autre.\u2014Vous croyez que nous ne nous reverrons pas à Paris?\u2026 Pour quelle raison, en serait-il ainsi?.Elle précisa, d\u2019un ton de crtitude: \u2014Vous ne serez plus isolé de vos- relations et, retrouvant vos amis, vos distractions, vos travaux, etc, ete, vous aurez v:te fait, comme de juste, d'oublier la petite passante dont la vie d'hôtel vous a, quelques jours, rapproché.Presque indigné, il la regardait.\u2014Vous croyez vraiment que je vous oublierai?Elle posa sur lui des prunelles qui, soudain, avaient un regard de femme, d\u2019une sincérité ironique : \u2014Vous vous souviendrez de moi.comme des vieux Anglais qui étaient avec nous sur la vedette.Des inconnus, rencontrés sur votre route, prés desquels vous avez cheminé un moment, parce que le hasard vous a réunis.C\u2019est tout.Aussi, à aucun prix, je ne veux vous considérer comme un ami\u2026 Pour moi, le mot enferme trop de choses.que vous ne pouvez, naturellement, me donner\u2026 Et je m\u2019abstiens, bien résolue à ne pas m\u2019exposer, par ma faute, au regret de \u201cperdre\u201d.Voilà! \u2014 Voilà! répéta Claude, en qui une obscure ré- voite bondissait.Ariane, à votre âge, tant de scepticisme n'est pas permis!.Comment osez- vous dire toutes ces patoles mensongeres?.\u2014Pourquoi ron, puisque je les pense?Vous me traitez toujours de petite fille.Vous oubliez que les petites filles livrées à elles-mêmes, habituées à vivre seules avec leurs idées, et obligées a regarder la réalité en face, sont bien plus vieilles que leur âge.Eles ont dû comprendre un tas de choses ignorées des autres, pourvues d\u2019une \u2018\u2018maman\u201d.Et là-dessus., Elle se levait, repoussant sa tasse vide.\u2014.La-dessus, je m'en vais, sur la plage, prouver à Mme Salvières que je ne suis pas au fond de la baie de Douarnenez.Au revoir, Claude, à ce soir.Vous ne partez que demain, je crois?\u2014OQui, demain matin.Je compte m'\u2019arrêter quelques heures à Quéménéven, pour voir mon père, au passage.\u2014Bien!.Alors, a ce soir, les adieux.Eile parlait d\u2019un ton détaché, mais l\u2019expression de ses yeux était étrangement profonde quand ils effleurèrent le visage de Claude.Elle se détourna, allant parler à son Anglaise.Et lui n\u2019eut pas un mot pour la retenir, raidi contre le désir de rester près d'elle, qui grondait absurdement en lui.Un geste de sagesse et de clairvoyance tendait sa volonté devant une tentation insensée à laquelle il discernait, sans illusion, l\u2019imprudence de céder.- - 1 La 0008 = 38 \u2014 IT « TERRE Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Il Mais il sentait, peut-être, la nécessité de fortifier cette volonté, car, Ariane disparue, lui aussi sortit pour s\u2019en aller vers Dominique Stévennes, son habituelle confidente.Une semaine plus tôt, comme tous deux bavardaient dans le studio de la jeune femme, elle lui avait montré qu\u2019elle s\u2019effrayait un peu de le voir s\u2019abandonner à la séduction d'Ariane Mus- signy, avec un plaisir insouciant.Et il avait ri: prétendant posséder les qualités de la salamandre, quand elle lui avait déclaré amicalement moqueuse : , \u2014Mon grand Claude, j'ai eu peur que vous ne soyez en passe de faire une sottise.\u2014Vraiment?.Laquelle?.\u2014Celle de vous éprendre sérieusement de la gamine \u201cfantasque ct grisante\u201d comme vous dites.Or, vous ne me paraissez pas du tout mûr pour le mariage.Oh! mais.pas du tout!.\u2018De très bonne grâce, il avait reconnu qu'elle disait vrai.Et elle avait conclu, en souriant, \u2014Et bien, acceptez mon conseil de grande sœur.Vous avez tres suffisamment im\u2018té la salamandre, causé, flirté, fait moisson de documents psychologiques sur cette petite fille.Allez- vous-en à Paris, finir votre pièce et reprendre votre existence coutumiére.Croyez-moi.I1 était resté quelque peu songeur de cette conversation, car il savait la valeur du jugement de Dominique.Mais, peut-être, avait-il pensé ensuite, qu'en l'occurrence, elle était influencée par le souvenir de son propre mariage, qui avait été non une \u201cimprudente \u201d, mais une lamentable aventure, Fille du célèbre sculpteur Danloux, remarquablement douée elle-même pour la peinture, elle avait épousé, dans la ferveur de ses dix-huit ans, un artiste qui eût pu devenir un Maître, mais s'était montré un très mauvais mari, dont la mort prématurée avait été une délivrance pour sa jeune femme., Et voici qu\u2019au sortir de la promenade aux grottes, il constatait que c\u2019est elle qui avait vu juste.Trop juste!.\u2026 Alors, il allait chercher le contact de sa claire pensée.-Comme tant de fois déjà, en des heures de doute.Elle écrivait, leva la tête au bruit de son pas et, tout de suite, remarqua l'expression inaccôutu- mée de son visage., Lui tendant la main, elle interrogea: \u2014Quel vent vous amène?mon ami Claude.Un bon, j'espère.Venez vous installer dans le petit coin pour confidences et dites ce que vous voulez de moi., , Elle s'était assise sur le divan bas placé dans une encoignure; mais lui ne prit pas la bergère qu\u2019elle lui indiquait et resta debout, contemplant, à travers la vitre du bow-window, la houle de la mer, apaisée par le couchant.+ \u2014Eh bien, Claude, qu\u2019y a-t-il donc?question- na-t-elle, étonnée qu\u2019i! restât silencieux.Cette fois, il la regarda et dit lentement: , \u2014[l y a que j'ai besoin de la clairvoyance de votre jugement.Vous aviez raison de me crier \u201ccasse-cou\u201d\u2019, dans une de nos dérnières causeries.J'ai été imprudent, j'ai joué avec le danger et, tantôt, j'ai pris conscience que je m\u2019en allais à la dérive.\u2014Pourquoi \u201ctant6t\u201d?.Qu'est-il survenu entre vous et votre flirt?\u2026.Car c\u2019est elle, j'imagine, qui représente le danger?A \u2014Qui.\u2014Oui.Et ensuite\u201d.Je puis, n\u2019est-ce pas, vous demander ce que vous avez fait ou dit, tantôt, qui vous préoccupe ainsi?\u2014Ce que j'ai fait\u2019\u2026 Je suis allé, avec elle, faire l\u2019excursion des grottes.\u2014Par ce vent?.\u2026 Vous aviez bien choisi votre jour! .\u2014Elle l'avait désiré, parce qu\u2019aujourd\u2019hni seulement je pouvais l\u2019accompagner.Je pars demain matin.\u2014Vous partez?.vraiment?.\u2014Je fais, Dominique, ce que votre sagesse m\u2019a recommandé il y a quelques jours.\u2014Très exact.Mais alors, vous ne jugiez en rien utile de m'\u2019écouter, certain de pouvoir, à votre gré, disposer de l'avenir, arrêter le flirt avec la petite Ariane dès qu'il vous semblerait bon.\u2014C\u2019est vrai.Tout cla, je l\u2019ai pensé, aussi sincèrement que je vois aujourd\u2019hui la nécessité de m'en aller hors d'ici, reprendre ma liberté de jugement.si je ne veux être entraîné à courir comme vous dites, une \u201cimprudente aventure\u201d.L\u2019atmosphère parisienne me remettra au point pour voir clair en moi.Il y eut un silence.Le regard de Dominique était pensif.\u2014Enfin, que s'est-il passé, durant cette promenade, pour vous déterminer tout à coup à briser le charme?\u2014Il ne s\u2019est rien passé d\u2019extraordinaire.Nous avons été rudement secoués.Et, pour empêcher ma petite compagne d\u2019être projetée hors du bateau par le vent ou les vagues qui nous balayaient, j'ai mis mon bras autour de ses épaules et je l\u2019ai tenue confiante contre moi, autant qu\u2019une petite enfant!.\u2014Elle avait peur?\u2014Non.oh! non!\u2026 Tout juste, je l\u2019ai vue pâlir une seconde, quand la vague nous a lancés en trombe hors de la grotte.Impression toute physique, j'imagine, car ses couleurs sont instantanément revenues et elle a repris son air de petite fille ravie de se voir sur la mer, dans une coquille de noix.Elle s\u2019est dégagée.trop vite!\u2026 Mais l'impression demeure en moi de la douceur qu'il y a à protéger un être tout jeune qui se confie absolument.Près de moi, en ces quelques instants, Ariane était comme votre enfant auprès de vous!.Au fond des prunelles de Dominique, une affectueuse curiosité luisait, saupoudrée de malice.\u2014Je ne vous aurais pas cru capable déjà de sentiments paternels.\u2014Paternels!.Vous parlez comme elle.\u201cFraternels\u201d serait mieux.Car, vraiment, je l\u2019ai été tantôt! Et j'y ai eu du mérite.Je n\u2019ai rien d'un ascète, n'étant qu\u2019un faible garçon, très vite envoûté par le charme féminin, sous toutes ses formes.Avec humilité, j'avoüe que, quand elle était soutenue par mon bras, les sentiments qui bouiilonnaient dans mon moi obscur n\u2019avaient rien d\u2019ascétique, \u2014 39 \u2014 or a Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 .\u2014A la bonne heure, mon ami Claude.Ainsi je vous retrouve!.Encore un silence.Puis, entre haut et bas, \u2014Domi, dites toute votre pensée.C\u2019est pour la connaître que je suis venu à vous.Eh bien, parce que, je crois vous l\u2019avoir déjà fait remarquer, vous n\u2019êtes pas mûr pour le mariage.Rappelez-vous de récents souvenirs.Et je serais bien étonnée que vous ne soyez pas de mon avis.\u2014]1 faudra pourtant bien, Domi, que je fasse une fin.\u2014 C'est-à-dire que vous vous mariiez ?.Le Moment vous en paraît venu?Vous vous sentez suffisamment saturé des \u201cà côté\u201d, pour accepter l\u2019amour conjugal, l\u2019amour d\u2019une seule, quand votre carrière vous ouvrira, chaque jour, des chemins de traverse.engageants?Et dame! vous étes très curieux, habitué à explorer, à votre guise, les.inconnus qui vous tentent.Alors, tirez vous- meéme les conclusions.Il eut un geste impatient.\u2014Evidemment, si c'est ma raison qui s\u2019en charge, elles seront les vôtres.\u2018Mais vous avez lu Pascal, \u201cle coeur a des raisons\u201d.\u2014Peuyt-étre est-il nécessaire de ne pas les écouter trop vite, sans réflexion.La vérité toute nue, Claude, c\u2019est que vous êtes jaloux d\u2019une extrême indépendance, plutôt impérieux dans ses volontés, vos goûts, vos idées.Elle aussi, sous ses dehors civilisés, c\u2019est une petite sauvageonne très intelligente que personne n\u2019a élevée, pourvue d'opinions plus ou moins justes, que personne n\u2019a dirigées.Vous la dites fantasque: vous-même avez l'esprit capricieux.Oh! combien! Alors, comme ni vous ni elle, ne pouvez savoir les difficultés de la vie à deux, enclose dans le mariage, je crains pour vous les heurts qui ont chance de\u201d se produire.| \u2014Elle est si jeune.Je la formerai telle que je la souhaite.\u2014Pygmalion et Galathée!\u2026 Rappelez-vous ce qu\u2019il est arrivé à Pygmalion.Presque fâché, Claude regarda la jeune femme, fit quelques pas de long en large dans la pièce, puis revint à elle.\u2014Domi, vous êtes impitoyable.et décourageante! Vous vous acharnez contre mon rêve, très imprévu, c'est vrai.et vous le disséquez sans merci.\u2014Par amitié pour vous, Claude.Pour vous aider à mesurer dans quelle aventure grosse de conséquences, vous êtes tenté de vous engager.à l\u2019aveuglette! \u2014Merci bien.\u2014Ai-je pas raison\u2019.\u2014Oh! si.si.mais, hélas! à la manière de Cassandre.puisque vous aimez les comparaisons tirées de l'antiquité.Enfin! je vais m\u2019appliquer à réfléchir, s'il m\u2019est possib:e, Pardon de vous avoir ainsi retenue, mon amie.Ma faiblesse se cramponne égoïstement à votre fermeté.Encore une raison, cet égoïsme, pour ne pas entrer en ménage, n'est-ce pas?Adieu, Domi, Merci de votre consultation et des salutaires vérités que vous \u2018m\u2019avez administrées.Elle se mit a rire, \u2014Méditez-les pour votre bien et pour \u2018celui de la jeune Ariane.\u2018 Une seconde, il resta silencieux.Puis, hésitant un peu, il pria, les yeux fixés sur le visage charmant de la jeune f.mme: \u2014Domi, vous serez trés bonne.Vous ticherez de la voir; elle est si scule, la pauvre gosse.Et vous m'écrirez vos observations à son sujet.\u2014Vraiment?.Oh! ce serait bién indiscret!.\u2014Tant pis!\u2026 TH le faut.\u2014Ah?.Soit si, après quinze jours de Paris, vous me le demandez, oui, je vous confierai ce qui peut vous intéresser à son sujet.\u2014C\u2019est promis\u201d.\u2014Promis.\u2014Merci et adieu, chère.Il s\u2019inclinait sur la main qu\u2019elle lui ava:t tendue d\u2019un geste d'affection.\u2014C'est bien adieu, décidément, non pas \u201cau revoir\u201d qu\u2019il faut vous dire?\u2026 Vous ne reviendrez pas?Claude.I] haussa les épaules.\u2014Que sais-je?\u2014C'est vrai, à l'heure présente, vous flottez vers l'inconnu, Bonne chance et bonne inspiration, mon grand Claude.Il sentit sur lui la chaude lumière des yeux de la jeune femme.Et :i sortit.HI Deux mois et demi p:us tard, les Echos mondains de tous les journaux.annonçaient \u201cle mariage très parisien du spirituel auteur dramatique Claude Symores, fils du vice-amiral, avec Mlle Ma- rie-Andrée-Ariane Mussigny.fille du sympathique directeur de l\u2019'Opéra-Comique\u201d\u2026 DEUXIEME PARTIE I Revenus du Tyrol et en partance pour la Bretagne, Claude et Ariane Symores avaient passé la nuit à Paris amusés de s\u2019y voir a I'hétel, faute d'un logis installé pour les abriter De leur fenêtre, ils pouvaient apercevoir l\u2019ave- \u2018nue des Champs-Elysées, ¥avenue des jours d'août poussiéreuse et brûlée par la flamme de l\u2019été, qui en avait roussi les feuilles, , Le ciel était du bleu ardoisé, voilé de brume.des jours d'intense chaleur; et Claude, allongé dans un confortable fauteuil, jouissait de la frai- cheur relative de la chambre, dont le store abaissé alpitait comme une aile.Il ouvrit le journal que e groom venait de lui apporter: Mais il le laissa aussitôt retomber, La porte du cabinet de toilette s'écartait devant Ariane, toute fraiche, toute parfumée par son bain.Le saut-de-lit en crêpe blanc laissait nus les bras, la ligne naissante des épaules, et ses plis, mal rapprochés, cachaient à peine la gorge: bien qu'avec un geste de baigneuse au sortir de l'eau, elle serrât, autour d\u2019elle, l'étoffe neigeuse.D'un regard avide et orgueilleux de propriétaire, Claude l\u2019enveloppa et interrogea gaiement: \u2014 40 \u2014 x te Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE BAP BROAN OL Montréal, décembre 1025 \u2014Savez-vous bien, madame, a queile date nous sommes?Elle fit un geste d\u2019ignorance.\u2014Non.mais ça m'est égal! \u2014 Venez ici, que je vous instruise, jeune femme oublieuse.Et il l\u2019attirait, entourant d\u2019une étreinte tendre, le corps dévêtu sous le long manteau de crêpe.\u2014Eh bien, il y a aujourd'hui six semaines que nous avons été liés l'un a l'autre.pour toujours.\u2014Brrr\u2026.Pour toujours.C\u2019est effrayant, tu ne trouves pas°\u2026 Vraim:=ni, nous avons été très braes de nous lancer dans une pareille équipée, à notre age!.\u2014Tu le regrettes, mon tout petit?.\u2014Non.pas encore! déclara-t-elle, taquine câ- linement.Et toi?\u2014Moi?pas encore non plus, fit-il.limitant.\u2014Alors, pauvres nous, vivons au jour le jour.Quels vieux mariés, nous représentons déjà.Jamais je n\u2019aurais cru que tant de jours aient passé depuis que nous nous sommes engagés à un tas de choses inutiles.Tu répondais aux questions d\u2019un ton si sérieux que j'en ai été abasourdie.Mon grand mari, tu avais tout à fait l'air de croire à ce que tu disais.\u2014Comment \u201cJ'avais l\u2019air\u201dP.\u2026 tite créature.\u2014Tu étais convaincu?.pour de vraf?.Mon Claude, ie t'adore quand tu paras si sir de m\u2019aimer toujours, fidélement.uniquement.Etellese blott't contrelui, etlui frôlait de baisers gourmands, la chair veloutée.Avec les yeux de l'âme, elle revoyait la chapelle, fleurie à profu- fusion où, sur leur commun désir, ils avaient été mariés dans une stricte intimité, mais au son d\u2019une incomparable musique, choisie par Mus- signy lui-même.Le soir même, ils étaient partis pour le domaine du Cantal, cher au coeur d'Ariane, que sa grand\u2019mère lui avait légué.\u2026 Puis pour le Tyrol, qu'ils avaient parcouru avec la fantaisie capricieusement enthousiaste de jeunes époux grisés l'un par l'autre.Maintenant, ils s\u2019en allaient dans la maison d\u2019enfance de Claude, au Pont-Guen, présenter Ariane au vice-amiral Symores, qui, souffrant, n\u2019avait pu assister au mariage.Seule, sa soeur, avec laquelle il vivait, Mlle Armelle, était venue et avait effaré Ariane par son abord austère.En revanche, la fiancée avait absolument bouleversé la vieille demoiselle, dont l'esprit dé- orienté accablait Claude de sa muette désappro- ation impertinente pe- Ariane avait deviné le sentiment de Mlle Sy- mores, et c'était bien contre son gré qu'elle allait être amenée à la retreuver.Mais puisque le choc était inévitable, elle ne daignait pas y penser, sûre d'être protégée par l\u2019amour de Claude.Cet amour enveloppant qui lenivrait comme un philtre dont elle était insatiable, chaque jour davantage.Et elle eut un sursaut de créature brutalement réveillée quand la sonnerie du téléphone éclata, ; tout à coup, dans le silence berceur de la chambre.Claude, aussitôt, fit le mouvement instinctif d'aller.vers l\u2019appareil.Mais elle l\u2019arrêta, lv: posant les deux mains sur les épaules, ; \u2014Mon Claude, nous sommes si bien ! Laisse ces gens ennuyeux accrochés à leur téléphone, tout à leur aise.Mais la sonnerie s\u2019accentuait de telle sorte que Claude, vaincu par le vacarme, écarta les bras caressants.\u2014Oui, ces gens sont odieux, mon cher amour.Laisse-moi voir ce qu\u2019ils veulent.pour nous en débarrasser.Elle s\u2019écarta aussitôt, sans plus insister; mais, tandis qu\u2019il allait vers l\u2019appareil, elle rentra dans le cabinet de toilette.Il revint après quelques minutes .° \u2014Ariane, c'est Cook qui téléphonait que, ce soir, nous pouvons compter sur deux couchettes dans le train de Quimper.Où es-tu donc?.\u2026 Ce n\u2019était pas la.peine de te sauver.Viens vite.\u2014Je m'habille.Il est très tard.Regarde la pendule.- Midi.Et, après le déjeuner, J'ai deux essayages.Non, n'entre pas, Claude.Tu m'empêcherais de me dépêcher et je suis très pressée.À l'accent de la voix, il sentit qu\u2019un nuage avait passé sur le coeur d'Ariane, qui acceptait mal que son plaisir fût troublé.De menus incidents le lui avaient révélé pendant leur voyage.Non que jamais elle se plaignit ou se montrit maussade, impatiente.Mais elle avait, il s\u2019en était vite aperçu, une sensibilité à fleur de peau; et, au moindre froissement, pour une imperceptible déception, elle se repliait sur elle-même et devenait lointaine.Quand elle sortit du cabinet de toilette, elle était une jeune dame très correcte, très élégante, dans sa claire robe d'été.Durant tout le déjeuner, elle se montra d\u2019une politesse aimable, un brin distraite; puis, seule, s\u2019alla livrer aux soins de son couturier, de sa modiste, arpenter les magasins jusqu'à l'heure du goûter, où Claude lui avait réclamé un rendez-vous.Auparavant, lui avait-elle gentiment déclaré, elle lui donnait toute liberté pour qu\u2019il pût voir, à son gré, ses \u2018amis, disséminés dans le Paris d'été.Mais il se trouva que, peu ou prou, les amis étaient absents; et, ma'gré le plaisir qu\u2019il goûtait à respirer l\u2019atmosphère parisienne après quelques semaines à l\u2019étranger; malgré l\u2019agréable assurance, reçue au théâtre des Capucines, que sa pièce allait entrer en répétitions, pour passer au début de la saison, 1l trouva lente, la fuite des heures.Et il lui fallut bien s'avouer que la cause de son ennui était l'absence d'Ariane.Sur quoi, tout ensemble, railleur et dépité, il marmotta: \u2014Ma parole, je deviens idiot!.Il va falloir que je me ressaisisse., sinon je suis un homme fichu!.Comment cette enfant a-t-elle pu jeter en moi un pareil besoin d\u2019elle?En somme, il en avait été a\u2019nsi, dès qu\u2019il l\u2019avait connue à Morgat.Docile au conseil de Dominique, qu \u2018il jugeait sage, il était revenu à Paris comme il l'avait décidé, dans une heure de prudence.Il s'était appliqué à oublier.Quelques semaines, il avait cru vraiment avoir réussi et béni la raison de son amie.Et puis la destinée l'avait, un soir de première, aux Variétés, remis en présence de Mussigny; res- \u2014 41 \u2014 Vol.18, No 12 LA REVUE PORULAIRE Montréal, décembre 1925 suscitant la sympathie née lors de la brève visite du compositeur à Morgat.Ils avaient causé, et, de nouveau, leur commun amour pour l\u2019art dramatique les avait rapprochés.Peu après, entre les branches, Claude avait entendu.chez Mme Salvières, parler d\u2019un projet de mariage pour Ariane; projet revêtu de toutes chances de suc- CEs.Le lendemain, il filzit sur la route de Morgat.Et, résultat de cet élan irraisonné, il était aujour- d\u2019hui le mari follement épris d\u2019Ariane Mussigny.Encore que déconcerté, à certaines heures, de s\u2019être ainsi laissé enfermer dans le mariage.Par quel sortilège cette petite fille l\u2019avait-elle donc envoûté?.\u2026.Il essayait parfois de le démêler en observateur dés\u2018ntéressé.Mais il arrivait surtout à la conclusion qu\u2019il ine pouvait regretter d'avoir subi le charme.Car Ariane était une amoureuse exquise\u2014un don de Mussigny, cela!.\u2014et elle le ravissait par la grâce de son corps de petite nymphe, les intuitions de son coeur, 'ardente vie de son esprit qui rendait impossible, prés delle, I'en- n'ii ni \u2018a sat.été.S:ulement, il avait dû,très vite, s\u2019apercevoir qu\u2019elle n\u2019était pas du tout une cire molle, propre à se laisser doci:ement modeler.Dans le mariage, elle gardait son indépendante personnalité; et, dès qu\u2019elle échappait à l'emprise de l'amour, elle re- de venait l\u2019insaisissable créature qui.dès leurs pre- m'ères rencontres, avait exc'té sa curiosi*é de psycho.ogue et ses convoitises de conquérant.IT Quand, à l\u2019heure empourpré du couchant, ils descendirent de wagon, devant la petit: gare de Quéménéven, tout de su\u2018te, sous les arbres.par delà les barrières, Claude apercut la charrette anglaise qui les attendait: et.debout près du cheval, le cocher en sa tenue kretonne, veste b'eu clair, aux dessins de velours noir, feutre plat aux 'ongs rubans.Il dev\u2018sait avez le poster, et sa vieille faca ridée s\u2019éclaira d\u2019un large sourire à la vue de Claude et d: !a jeune f:mme.\u2014Ah! monsieur Claude\u2019.Et Madame!\u2026.Bien le bonjour!.Claude lui tendit la main, d\u2019un geste cord'al, et Ariane limita; pour les humbles, elle était touiours accuei'lante.\u2014Ça va, au Pont-Guen?mon brave Loïc.On nous attend?\u2019 \u2014 Pour sûr.monsieur Claude.L\u2019am\u2019ral aurait b'en voulu venir à la gare, au-devant de Mon- si-nr et de Madame.Ma's la charrefte est une dabirsse qu aura\u2019t causé mort et pitié a sesrhu- m°ftismes.Alors, il a fallu qu\u2019il reste près de Ma- demo'sel'e qui, depu\u2019s ce matin.est quasi affairée our que le Pont-Guen soit beau en l'honneur de b jeune dame.\u2014Eh bien, allons vite le trouver alors.Ariane, mon chéri, veux-tu monter en voiture?.Elle grimpa d\u2019un bond.sous les yeux attentifs du postier.du chef de gere, des gamins campés d-ns l\u2019herbe, au mi'ieu des poules errantes.Loïc s'installa sur la banquette da derr\u2018ère, vois\u2018nant ainsi avec les bagages Claude saisit les rênes avec le mém~ entrain qu\u2019aux jours de sa prime ieu- nesse.Et la route se prit à fuir entre les haies, derrière lesquel'es s\u2019étalaient des prés herbus, barrés par de larges chemins aus #itreaux pressés, par la cou'ée verte des sentiers.allongés vers les fermes enfouies sous ies arbres.A pleines lèvres, Ariane numait l\u2019air attiédi et regardait autour d\u2019ele, riant des cahots qui, dans la voiture légère la secousient sans merci.Mais aussi, curieusement, elle observait Claude qui ne parlait pas et lui semblait avoir un visage tout différent de celui qu\u2019elle lui connaissait.Qu'était devenue son expressicn de Parisien scept'\u2018que, si vite nuancée d\u2019ironie?.Et elle interrogea, dun air d\u2019innocence: \u2014C\u2019est très occupant de conduire une bête paisible?Il tressaillit, comme s\u2019il avait oublié qu\u2019il n\u2019était pas seul.\u2014Ce qui est occupant, c\u2019est 'a résurrection des vieux souvenirs.Le meilleur de ma vie de petit garcon est enclos par cet horizon.C\u2019est pourquoi je désirais revoir cé pays avec toi, mon cher amour.Elle se serra un peu contre lui.\u2014Claude, mon Claude, n\u2019oublie pas que.maintenant, tu dois être à moi avant d'être au reste du monde! \u2014Parce quer.\u2014Parce que je t'adore, mon grand mari.Et tu m\u2019inqu'ètes horriblement! Si dès que tu arrives en ton cher pays, les arbres et les souvenirs s'emparent de ton attent on jusqu\u2019à te faire oublier ma présence, qu\u2019est-ce que ce sera quand tu te retrouveras dans ton Pont-Guen! Il tourna la tête vers elle, moqueur et tendre: \u2014Quelle jalouse vous êtes! jeune madame.\u2014 Mais j'en ai le droit!\u2026 Je t\u2019ai prévenu avant nos fiançailles.Tu dcis m'appartenir, autant que je t'apparticns! \u2014Entendu!.Mais.d's-moi.pourquoi, il y a un moment.m\u2019examina s-tu avec tant d\u2019attention?\u2014 Je découvrais en toi un nouveau Claude., celui du \u201cpavs nata!\u201d.\u2014Un nouveau Claude?.sizurs?\u2014Oh! oui! \u2014Parfait! Vu ma diversité, tu ne risqueras pas de tennuver avec ton mari.\u2014C\u2019est vrai.Maiheureusement, les hommes très complexes sont toujours un peu inqu'étants.Encore ce mot qui lui revenait.Claude l\u2019enveloppa d\u2019un rapide regard.\u2014Pourquoi, \u201cinquiétant\u201d?\u2014On ne sait jamais sous quelle forme on les verra apparaître.C'est, d\u2019ailleurs, cet imprévu qu: les rend inté:essants et les sauve de ressem- b'er à des livres très vite connus! \u2014Mais, ce me semble, il y a des livres que, même connus, on ne se passe pas de relire.\u2014C\u2019est qu\u2019ils ont une grande valeur!.Claude, sois de ceux-là.Autrement.El'e s'arrêta une seconde, puis finit d\u2019un ton de taquinerie caressante.\u2014.Autrem = at , RR RI = Ta : ata ss aa ve + * \u2018 » fi Le 8 oo \u2018 Vol.18, No 12 , \u2014Je vous remercie de m'\u2019avertir, madame, que Je tomberais mal à propos.Il y a des jours où Je me sens si \u201cépave\u201d cue, d\u2019instinct, je m\u2019en vais vers ceux qui peuvent m'être un appui.sans réfléchir à mon égoïsme \u2014Aujourd'hui, vous étiez dans un de ces mo- ments-Ilà ?\u2014Hélas! oui, madame.\u2014Eh bien, peut-être.à ma manière, je pourrais jouer le même rôle fortifiant que Claude?.Le croyez-vous?Il sourit encore.Jamais peut-être il n\u2019avait, à œ point, senti le rayonnement qui émanait de I'ardente vie d\u2019Ariane.\u2014Je le crois\u2026 Mais je ne veux pas vous empêcher de sortir\u2026 \u2014 : \u2014Vous avez bien raison.Je déteste qu\u2019on culbute mes projets, cela me rend de trés méchante humeur.Mais nous pouvons un moment bavarder, en marchant ensemble.Allez voir.par exemple, l\u2019exposition des pastellistes, chez Charpentier, Saisi, il la regarda, doutant qu\u2019elle parlât sérieusement, mais, envahi par une reconnaissance éperdue pour l\u2019aumône charmante qu\u2019elle iui offrait : \u2014Madame, est-ce que vraiment je puis accepter sans scrupule?\u2014Certes oui.Pourquoi non?fit-elle, un peu impatiente.De le voir si cérémonieux, elle regrettait l\u2019élan de compassion qui l\u2019avait entraînée.I! en eut l'intuition et, sortant de lui-même, il lui dit délicatement toute la joie qu\u2019elle lui apportait soudain.En l\u2019écoutant, elle pensait que si elle lui livrait quelques parcelles de son temps, c'est que Claude en avait dédaigné le don, et elle trouvait ironique et bienfaisant qu\u2019un autre accueil'ît ce même don comme un trésor dont la possession le transfigurait.En effet, il était devenu un Chazeilles qu'elle ignorait; et, entre les cils, curieusement, el'e l\u2019observait, ravie de constater son pouvoir.Ainsi un enfant se découvrirait riche d'une bæguette magique.Ils entrèrent dans l\u2019élégant hôtel où s\u2019a'\u2019gnaient les paste!s.Le cadre était harmonieux, créé par les tapisseries qui enveloppaient de leur coloris apaisés, la grâce des meubles de la Renaissanc: et du dix-huitième siècie, disséminés dans les salons.Les visiteurs, en petit nombre, parlaient bas.comme dans une chapelle.Pierre de Chazeilles et Ariane connurent alors des instants très agréables pour tous deux.Selon son habitude, Ariane regardait suivant sa fantaisie, conduite par un sens artistique qu\u2019il constatait, surpris et charmé.Et sûr d\u2019être compris, il se laissa\u2019t aller au piaisir d\u2019analyser.pour elie la qua'ité des oeuvres qui 'arréta\u2018ent.Très finement, il le faisait.sa neurasthénie ayant, un moment, rentré :es griffes.Elle s\u2019en aperçut êt, lui sachant gré d\u2019avoi- distrait sa solitude, elle lui sourit avec toute sa grace caressante: \u2014Vous n\u2019êtes plus triste maintenant?.Comment le serais-je?\u2026.Vous m\u2019avez com- blé! \u2014le vous a!.en effet, apporté un viatique ex- ccllent!.Vous avez, en ce moment, l\u2019air aussi \u2018 LA REVUE POPULAIT = Montréal, décembre 1925 satisfait que Claude quand il est au milieu de ses paperasses, devant sa table à écrire.Malgré elle, toujours, sa pensée l\u2019absent.\u2014Vous lui en voulez un peu de cette satisfaction, avouez-le?dit-il, sans réfléchir.Et, tout de suite, il le regretta, craignant d\u2019être jugé indiscret.i Mais elle dit seulement, d'un ton qui laissait douter si elle plaisantait ou non: \u2014Je lui en veux de s\u2019absorber trop dans lesdites paperasses!\u2026 Enfin! il prétend que ce lui est nécessaire pour devenir un homme célèbre.\u2014Ce qui arrivera certainement! prononça Cha- zeilles, animé ce jour-là d\u2019une particuiière générosité à l\u2019égard de Claude.1! est si bien doué! \u2014Oui\u2026 oui.C\u2019est vrai, il est remarquablement intelligent.Quand je l'écoute causer avec d\u2019autres hommes, je suis fière de lui, de son ouverture de pensée, de son esprit\u2026 Mais, en même temps, j'ai l\u2019égoïsme de regretter cette supériorité qui l\u2019éloigne de moi\u2026 Chazeilles sursauta: : \u2014Oh! madame, pouvez-vous dire une pareille monstruosité! Comme s\u2019il était possible de s\u2019éloigner de vous.Quand on n'y est pas contraint.comme je vais l\u2019être trop tôt! finit-il plus bas.\\ Elle eut un rire léger.\u2014Naturellement!\u2026 Mais nous nous reverrons, plisque ma présence paraît vous être bienfaisante.Même, nous pourrons devenir amis.\u2014Oh! non!.Je ne pourrais ni ne voudrais être votre amil.\u2014Pourquoi?.\u2014Parce qu\u2019il me faudrait une somme de sagesse que je ne possède pas! Vous êtes de ces femmes qui donnent l'invincible tentat\u2018on de toujours désirer plus que ce qu\u2019elles veulent bien accorder.Alors, je préfère vous fuir.Puisque je ne puis vous demander de me rendre le goût de la vie.File ne répondit pas Entre les cils, son regard filtrait, un peu étrange.Ce que Chazeilles lui disait, Ghislain de Kerdanec le lui avait murmuré un jour.Sa pensée, encore une fois.s\u2019enfuit vers Claude, si sûr de la garder, tout amour.Peut-être, il avait raison.Mais lui, qui se mélait de psychologie.il aurait dû se dire qu\u2019il est imprudent de revenait à laisser les jeunes femmes apprendre comment la fuite est un hommage.Après quelques secondes de réflexion, elle reprit avec désinvolture: \u2014Ce goût de la vie.si vous l\u2019avez perdu, il faut le retrouver., méme à vous tout seul! C\u2019est ce que vous avez de pius sage a faire.Ne vous laissez pas hypnotiser par ce quelle a de mauvais, Mails, au contraire, regardez les merveilles quelle nous offre aussi.Et je vous assure que vous en serez réconforté! Il la contempla\u2019t, tele l\u2019allégresse personnifiée et répéta, un peu amer: \u2019 \u2014Les choses merveilleuses.Ce sont les seules en effet, que vous connaissez.heureuse petite madame.Ç Mais, à sa grande surprise, elle secoua la tête, et sa figure rieuse devint soudain un vi n visage pensif de femme, ge pe \u2014 56 \u2014 ° PRRRPHRRRI ET a a a 5 Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE L¢ 3, .OL 4 Ha\", f Hy di pei didammarauaiiooniti candidat Lined N tr tdun tits dou ode e ati te Montréal, décembre 1025 \u2014Vous parlez sans savoir, monsieur de Cha- zeitles.Je ne suis pas trés vieille, et pourtant jai connu, moi aussi, des heures noires!.Seulement, à la différence de vous, Je n'ai jamais consenti à me laisser abattre par elles.J'ai toujours rebondi pour m\u2019'évader et aller chercher le soleil, quand il mavait fuie.Faites comme moi.De toute votre volonté, laissez-vous distraire par les spectacles de toute sorte, que chaque jour apporte à ceux qui ouvrent les yeux pour les voir! Ainsi vous penserez beaucoup moins à.vous-même et a vos soucis.Et puis.\u2014Et puis?\u2026.répéta-t-il, intrigué qu\u2019elle s\u2019arrêtât.\u2014Et puis, il est impossible qu\u2019en cherchant bien, vous ne découvriez pas quelqu'un à aimer fort, très fort.assez pour oublier tout ce qui ne sera pas ce quelqu'un.Il eut l\u2019idée qu\u2019elle se moquait de lui et protesta, nerveux: \u2014Le malheur est qu \u2018il me serait impossible d'aimer de la sorte.n'importe qui.\u2014Je ne vous ai pas dit \u201cn\u2019importe qui\u201d.mais quelqu'un qui vous plaise beaucoup.extrêmement.D'un indéfinissable accent, tout à la fois hard: et respectueux, il riposta: \u2014Vous, par exempie.madame.\u2014Moi° Oh! quelle drôle d'idée! Non, pas moi! A quoi cela vous avancerait-il?.Je ne compte plus.Je suis une terre conquise! \u2014Soit.Mais il est permis d\u2019admirer les terres conquises.et den envier le possesseur! Elle sentit que, pour elle, il avait un goût violent et elle n\u2019en fut nuilement fâchée, bien qu\u2019en réalité, il lui fût tout à fait indifférent.\"Mais l\u2019encens est agréable à respirer\u2026 Elle plongea, dans les yeux qui la contemplaient, des prunelles doucement moqueuses.\u2014Je croyais que votre sagesse vous\u2018 conseillait de me fuir?\u2014Vous l\u2019avez mise en déroute, je le crains.\u2014Peut-être ce sera très borr pour vous! Vous devez être trop rigoriste.Les préoccupations qui en résultent rendent la vie lugubre!\u2026 Déjà, sur le seul de la galerie, elle sar- rêtait, toute prête à le quitter.\u2014M.de Chazeilles, vous m\u2019avez fait passer une heure charmante, dont je vous remercie beaucoup! \u2014Oh! madame, c\u2019est moi qui dois vous dire merci d\u2019avoir été bonne.si bonne!\u2026 Je m'en souviendrai avec une reconnaissance infinie.Elle eut un léger geste d'épaules.Sa bonté !\u2026 C\u2019avait été le désir d'occuper des moments sans emploi, de prouver à Claude qu\u2019elle pouvait très bien se passer dc lui\u2026 Souci d\u2019orgueil\u2026 Personne, à cette heure du moins, ne comptait pour elle, en dehors de lui.Elle avait perçu, dans l\u2019accent de Chazeilles, une tristesse découragée et, aussitôt, elle lui offrit la chaude lumière de son sourire, disant, d\u2019un ton de badinage: \u2014Puisque j'ai le pouvoir de vous réconforter, M.de Chazeiiles, et que vous me repoussez comme amie, il faudra venir me trouver comme.\u201cdocteur\u201d, quand vous sentirez le besoin d\u2019être réconcilié avec l'existence.C\u2019est convenu, n\u2019est-ce pasr\u2026 Vous acceptez ma proposition ?\u2026 Il eut l\u2019air presque radieux, un instant.\u2014Oh! madame, en pourriez-vous douter! Soyez certaine que, seule, la crainte d\u2019être indiscret m'\u2019interdirait de recourir à votre.charité!\u2026 Et s'inclinant très bas, il baisa la main qu\u2019elle lui avait tendue.Ils sortirent l\u2019un près de l\u2019autre.Mais elle était déjà bien loin de lui, toute à la joie secrète d\u2019aller retrouver Claude.Son article devait être achevé.IX En son coeur, Ariane avait gardé la confiance que, après la représentation de sa pièce, Claude redeviendrait le mari uniquement occupé d'elle, qu'eNe avait connu aux premiers jours de leur mariage, cultivant leur amour avec la joie enivrée qu\u2019elle-même y apportait.La représentation eut lieu, et elle fut un franc succès qui, en une soirée, classa Claude Symores parmi les auteurs recherchés des directeurs en quête d\u2019une bonne pièce.|! reçut de flatteuses propositions, les écouta, mais se réserva de travailler à son heure et à son gré; se prêta aux interviews qui l'intéressaient, sans rien livrer de sa personnalité intime, ni de la genèse de ses oeuvres en projet.Il se divertit, fut satisfait ou s\u2019énerva des articles consacrés à sa pièce, moins sensible aux éloges qu\u2019a la critique; étant donné que, bien rarement, il estimait avoir réalisé ce qu'il avait conçu.Mais, en général, d\u2019ailleurs, il gardait pour lui l'impression que lui donnait son oeuvre livrée au public.Par nature, il était très distant, malgré la simplicité accueillante de son abord.Et non moins fermé, quant à ses travaux littéraires, parce qu'il détestait en occuper autrui avant l'heure nécessaire.De plus, ii voulait se mouvoir librement dans le monde des idées, à l'abri de toute influence des curiosités banaies et des vaines ingérences.Aussi ne s'ouvrait-il qu'à de rares esprits dont la sûreté de jugement.la pensée compréhensive, sympathique à toute création sincère, attiraient sa confidence.Or, il trouvait chez Ariane, une hostilité imprévue qui lui avait été très pénible, sans qu'il l\u2019'avouât\u2026.Comment ne comprenait-elle pas que pour produire, il lui fallait une solitude, un silence, une sorte de recueillement indispensables, chez lui du moins, à l\u2019éclosion de la pensée, au développement de l'oeuvre conçue qui lui faisaient redouter même la plus chère présence, quand le démon de l'inspiration l'avait saisi?.La vérité est qu \u2018Ariane sentant seulement l'emprise cérébrale exercée sur lui par le travail qu'il aimait, éprouvait peu à peu, la sensation d\u2019une porte close entre eux, contre laquelle l'élan de son coeur venait se meurtrir.Peut-être, il eüt dissipé cettc impression en l\u2019intéressant aux pages qu\u2019il écrivait.Mais, par fierté, voyant son attitude, il s\u2019enferma dans une réserve qu\u2019elle n\u2019essaya pas de briser.Seulement, tout bas, elie en souffrit follement, se croyant moins aimée, parce que leur unisson s'était faussé un feu Au sortir de sa jeunesse \u2014 57 \u2014 IEEE SR Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Fr isolée, l'amour de Claude lui avait été la révélation d'un bonheur inouï, qu\u2019elle ne pouvait plus se passer de goûter, aussi complet qu\u2019elle l'avait connu.Et si douloureuse était la soif qu\u2019elle en gardait que, un matin, une dernière fois, elle se trahit; un souffle de tempête écrasant son orgueil qui lui commandait le silence.Le hasard fit qu\u2019elie souhaitât demander avis à Claude, avant de répondre à une invitation, et, sans réfléchir, elle s\u2019en alla le trouver dans son cabinet.Il écrivait et ne releva pas la tête.Sur le bureau, autour de lui, s\u2019étalaient des feuillets rayés par son écriture hâtive.Elle eut instantanément l\u2019envie de s'éloigner avant de l'avoir troublé, consciente de lui être importune en l\u2019interrogeant.Mais il avait perçu la présence étrangère et, impatient, interrogeait: \u2014Qu'est-ce?.J'ai déjà dit qu\u2019on ne me dérange pas quand je suis dans mon cabinet.Il tournait la têteget l\u2019aperçut, prête à sortir.Aussitôt, l\u2019expression miécontente s'effaça de son visage.\u2014 est toi?mon petit.Tu veux quelque chose?\u2014Oui, je voulais ton avis avant de répondre à l'invitation des de Marsay.Qu\u2019est-ce que tu fais?.\u2014Je travaille.\u2014Tu travailles\u2026 à quoi?Elle se penchait un peu sur les papiers, la main tendue, comme prête à les saisir.Il fit un geste instinctif de protection.Elle le remarqua et répondit par un petit rire moqueur où vibrait un peu d\u2019amertume, \u2014Tu as peur que je ne malmène tes trésors ?Sois tranquille, je n\u2019y touche pas! Je sais que tu m'en voudrais à mort si je ne les respectais pas.Et je les respecte! \u2014En les détestant, avoue.\u2026, ma jalouse chérie.\u2014Oui\u2026 parce qu\u2019ils te prennent à moi\u2026 que tu me les préfères! Il allait l\u2019interrompre.Mais elle continua et l\u2019obscure révolte qui la bouleversait, vibrait en écho dans sa voix: \u2014Toi qui es un homme sage, tu devrais réserver d'écrire des pièces, pour plus tard.\u2014Pour plus tard?répéta-t-il, surpris.\u2014Oui\u2026.quand nous ne nous aimerons plus.Il la regarda, stupéfait, soudain oublieux des feuillets abandonnés devant lui, et il vint à elle, restée debout près du bureau.\u2014Tu crois sincèrement qu\u2019un jour viendra où nous ne nous aimerons plus?\u2026 Moi.pas! \u2014Je ne le crois pas.Je le crains!\u2026 \u2014Ariane! quelle supposition absurde ou quelle vilaine plaisanterie! \u2014Mais je ne plaisante pas du tout! Je constate que nous commençons déjà à marcher chacun de notre côté, avec des âmes indépendantes.trop indépendantes.pour ne pas devenir, peu à peu, étrangères l\u2019une à l\u2019autre.Il ne put retenir un haussement d\u2019épaules.\u2014Petite enfant chérie, vous dites des sottises! \u2014Je dis ce qui est, Claude.Et tu le sais bien! Tout à l'heure, quand je suis entrée.je l\u2019ai compris sans que tu aies besoin d\u2019articuler une parole, ton regard suffisait!\u2026 Quand je suis entrée, tu m\u2019as accueillie par la pensée que je te dérangeais et tu m'as souhaitée bien loin !\u2026 Hors de ton sanctuaire, tout au moins\u2026 Ce que tu écrivais t\u2019attirait bien autrement que mol.qul ne- tais qu'une visiteuse encombrante., indiscréte.\u2014Et puis.Quoi encore?interrogea-t-il d'un accent un peu âpre qui la cabra.; Et elle reprit, avec une sincérité à laquelle il ne pouvait se méprenare: \u2014Si encore tu te dérobais pour écrire des chefs- d\u2019oeuvre!\u2026 de ces pieces qui font penser., qui s'emparent, même malgré eux, des êtres amenés a les écouter, parce qu\u2019elles les prennent coeur, chair, cerveau., comme elles ont pris celui qui les a écrites.Mais la comédie qui te rend célèbre en ce moment.c'est de la mousse de Champagne! C\u2019est bien observé, c'est amusant, très spirituel.et à la portée des cervelles.de tout le monde!.\u2026 Tu es trop clairvoyant pour ne pas le discerner aussi bien que moi.Ta.comédie est charmante.mais ce n\u2019est pas une oeuvre de valeur! D\u2019un mouvement dont il ne fut pas maître, il repoussa les feuillets épars sur le bureau.Il était obscurément froissé, mais, comme elle disait, \u201ctrop clairvoyant\u201d pour ne pas reconnaître la justesse du jugement sans indulgence.\u2014Pourquoi me dis-tu ces choses désobligeantes?vraies, d\u2019ailleurs.Est-ce pour me décourager?.me dégoûter de la carrière qui te déplaît?,\u2014Te décourager?\u2026 Jamais tu ne te décourageras! Tu es écrivain, et surtout auteur dramatique, jusque dans les moelles!.Oh! non! je n\u2019ai pas la duplicité que tu supposes!.Tout simplement, je te crie ce que je sens.\u2014Quoi?.\u2014Que des piéces comme celle que tu viens de faire jouer ne méritent pas que tu leur sacrifies notre amour! Il eut un sursaut si vif qu\u2019elle devina sa protestation indignée.Mais sans vouloir l\u2019entendre, elle continua, et son accent de révolte devint tout à coup suppliant: \u2014Claude, mon Claude, écoute.Donne-moi, puisque tu m\u2019aimes.une année de ta vie, la premiére que nous passerons ensemble.Une année, pendant que nous sommes jeunes!.Une année où nous serons tout à fait l\u2019un à l\u2019autre, sans qu\u2019il y ait entre nous l\u2019ambition, la littérature, le monde, le souci même des indifférents.Enfin, tous les ennemis de notre intimité.Une année! il faut bien cela pour.pour.sceller l\u2019union de deux créatures qui sont venues, l\u2019une vers l\u2019autre, de deux mondes étrangers! Pour fondre.de manière à créer du bonheur, tant de caractères .différents qui les séparent! Accorde-moi un an, Claude!.Ensuite, je te le jure, je te rendrai ta liberté entière.Et tu sais que je tiens mes promesses!\u2026 Alors, tu pourras écrire autant de pièces qu\u2019il te plaira.Je ne te disputerai plus à la carrière que tu as choisie! Veux-tu?Claude.Il l'avait laissée parler, stupéfait et aussi, tout ensemble, curieux et irrité.D'apparence, elle était très calme, mais il la devinait toute frémissante, car la main qu\u2019elle appuyait sur le bureau trem- ait.\u2014Si je veux!.Mais mon cher, cher tout petit, tu demandes l'impossible!.Tu comprends bien que je ne puis.sans raison.,\u2014Si, pour notre amourl.\u2026 interrompit-elle-pas- sionnement, Ee D8 id PARA ERA Vol.18, No I2 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 \u2014Notre amour n'est Pas en cause!\u2026 que je ne puis entraver ma carrière à son début, volontairement!.\u2026 et que tu ne dois pas me le demander, en conscience! Elle haussa les épaules.\u2014Je n\u2019ai pas de conscience!\u2026 Jamais.heureusement ou non pour moi, je n\u2019ai été encombrée de préjugés, de liens moraux.Je veux ce qui m\u2019attire et je repousse ce qui m'est une souffrance.Ma conscience?c\u2019est mon plaisir, ma joie, ma peine, mon désir.Rien d\u2019autre! Cette fois, Claude la considéra, presque effrayé de la sincérité de son accent.Ce qu\u2019elle disait là, il était certain qu'elle le pensait, et il avait l\u2019impression de sentir, autour de lui, les rafales de tempête qui grondaient en elle.11 dit, le ton bref: \u2014Soit! je ne puis faire appel à ta conscience.Mais alors, je m'adresse à ta raison, à ton intelligence!.Tu parles d'averir! Mais tu ne comprends donc pas, petite enfant sans \u2018expérience, que si je t'écoutais, quand j'aurai passé à t'adorer des mois et des mois, d'autres auront saisi la place que, stupidement, je leur aurai laissée libre.Que, peut-être, je ne serai même plus tenté de leur disputer! Car, pour avoir pris, près de toi, le goût dévorant de l\u2019amour\u2026 quand j'aurai vécu seulement pour l'amour., quand je lui aurai sacrifié toutes mes ambitions.\u2014Tu les retrouveras vite! murmura-t-elle, les dents serrées.Tu as ambition dans le sang et je ne te suffirais pas longtemps, je le sais!.Il ne parut pas l'avoir entendue.\u2014Alors.\u2014Alors, quoi?\u2026 Dis toute ta pensée! \u2014Alors, je serai\u2026 Un homme fini.et tu n\u2019auras pas lieu d\u2019être fière de moi désormais! Ma vie sera gâchée\u2026 Lentement, elle prcnonga et ses lèvres tremblaient un peu: \u2014Ta vie sera gichéer Pacre que, pendant une année, tu cesseras d'écrire?\u2026 Pourtant, cet été, au Tyrol, tu ne travailla\u2018s pas.et tu ne te traitais pas d'homme fini, et tu ne semblais pas disposé à me rejeter de côté, pour que je n\u2019encombre pas ton chemin.\u2014Cet été, c'était la halte dél\u2018cieuuse qui, forcément, a une fin.Ensuite, il faut bien reprendre la route que l\u2019on a choisie.ou acceptée! dit-il, s'appliquant à mettre dela douceur dans sa voix.Mais son accent sonnait avec une fermeté qui atteignit Ariane comme un coup.Elle sentit que sa passion était impuissante contre une volonté d'homme sûr d\u2019être dans la vérité; et elle eut le regret âpre d'avoir prononcé une vaine prière, elle qui, d'ordinaire, avai.l\u2019orgueil de n'impiorer jamais.Mais c'était bien fini, comme la halte délicieuse.Elle n'aurait plus la bassesse de mendier un amour que Claude prétendait lui dispenser à sa guise.Peut-être, sur son visage, passa-t-il le reflet de sa pensée, car il se rapprocha d\u2019elle et pria, doucement: ,\u2014Dis-moi, mon Ariane, que tu me comprends.que tu vois comment nous devons marcher l\u2019un près de l\u2019autre, tout près, sur la route de notre vie., mais comme des êtres libres.non pas comme les prisonniers de leur union.\u2014Oui, je comprends.Nous n\u2019aimons pas de la même manière.Tu te suffis a toi-méme.Tu peux être heureux sans moi.jouir.et même jouis davantage! sans moi, de œ qui te plait, t'intéresse.de ce qui attire ta curiosité, de ce qui est beau!.Tu souhaites, en somme, te souvenir de moi, seulement à tes heures.me retrouver, en guise d\u2019intermède\u2026 Une cuire de repos pour ton esprit!\u2026 Mais poursuivre à ton gré tes occupations de cérébral, de psychologue, de mondain.Je ne te suis pas nécessaire.Il dl\u2019arrêta presque \u201cviolemment: \u2014Tu dis des choses absurdes et fausses, Ariane! Encore une fois, eile secoua la téte et poursuivit, de cet accent de conviction qui donnait à ses paroles une force émouvante: \u2014Je dis des choses vraies! du moins, des choses vraies pour moi.\u2026 .Je les ai pressenties dès que je t'ai connu là-bas, à Morgat.Te souviens- tu du jour où tu m'as emmenée au Palud, cons templer la mer sauvage?.\u2014Oui, je me souviens., fit-il, attentif.\u2014Eh bien, ce jour-là, comme nous revenions, causant dans l'ombre du crépuscule, je t'ai dit, je me le rappelle, moi, que ce serait bien imprudent à une femme de t'_épouser\u2026 Car, vous autres intellectuels, vous faites de redoutables maris.quand votre carrière vous passionne.parce que, sans hésiter, vous lui sacrifiez tout!.A com- encer par la naive épouse qui vous a confié sa vie.\u2014Que pouvais-tu en savoir?\u2014J'avais vu vivrz père, pendant les quelques mois où il a dû me \u201csubir\u201d près de lui !.Et c\u2019est pourquoi, j'ai tant hésité à dire le \u201coui\u201d que tu réclamais\u2026 J'avais peur de souffrir par toi\u2026 que j'aimais déjà trop! Mais ton amour impérieux a été le plus fort.Tu m\u2019as conquise.Et aujour- d\u2019hui, tu oublies ce dont je t\u2019ai averti dès nos premières causeries\u2026 Je suis incapable de me contenter d'une part sacrifiée dans la vie de l'homme à qui je me suis livrée, corps et âme! Je ne suis pas de l\u2019espèce des femmes qui acceptent de donner sans recevoir! \u2014Tu trouves que, ainsi, les choses se passent entre nous?Et #l posa ses deux mains sur les épaules d\u2019A- riane, assise sur le bras du divan.Il cherchait son regard.Mais elle avait la tête penchée et ne leva pas les yeux.Sa main tourmentait l'anneau nup- tal qu\u2019elle faisait glisser sur son doigt.Il y eut un silence de quelques secondes.Il insista: \u2014Tu ne me réponds pas, Ariane.Pourquoi ?Tu trouves, je le répéte, que tu donnes.sans recevoir?.Elle fit un mouvement et son anneau roula sur le tapis.Il se pencha et, lui-même, le remit à son doigt, sans qu'elle parût y prendre garde.\u2014Non.je ne le trouve pas., encore ! Mais il me vient, peu à peu.la crainte qu'il n\u2019en soit ainsi.ce qui nous séparerait.Pour être tienne absolument, Claude, pour que tu me gardes à toi toute, j'ai besoin que tu m\u2019aimes plus que tout, avant tout! Mais spontanément! Pour ta propre joie! J'aurais horreur de te deviner, près de \u2014 59 \u2014 Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1025 \u2014 moi, le prisonnier qui subit sa chaine.Sur ce po.nt, du moins, nous sentons de méme.Eilé s'arrêta, une seconde, tant son coeur battait à coups pressés.Mais, vite, elle finit: \u2014Toi et moi, nous avons un égal besoin d\u2019indépendance.Accordons-nous donc toute liberté, n'est-ce pas?mon grand mari.Et acceptons-nous tels que nous sommes.Quelque chose, dans sa voix, empêchait Claude de la croire sincère.Cette sagesse était trop soudaine.Il prit la main où luisait l\u2019anneau solitaire, symbole de la chaîne que, ni l\u2019un ni l\u2019autre, ils ne voulaient sentir et la caressa de baisers avides, murmurant: \u2014Je t'aime.Je t'aime.Je t'aime, mon Unique, comment peux-tu en douter?Elle tressaillit.Mais un sourire sceptique erra sur sa bouche: \u2014Tu m\u2019aimes, péle-méle avec tant de choses! \u2014Ariane, tu ne peux m'en vouloir parce qu\u2019il me serait impossible de laisser mon cerveau se mouvoir à vide! parce que l\u2019inaction me serait un supplice.,, parce que ma carrière m\u2019intéresse extrêmement.: De nouveau, un pli d\u2019ironie souligna la bouche d'Ariane.\u2014On ne peut servir deux maîtres.Le livre de la vérité nous l\u2019enseigne.Tu appartiens tout entier à ta carrière et tu m'aimes à travers le monde ou elle te fait vivre.Tandis que moi.je n'ai que toi dans ma vie.Tu m\u2019as appelée et tu es devenu mon univers.Ii n'y a plus en moi ni distraction, ni plaisir, ni joie.en dehors de toi, Claude.Ta présence m'\u2019est nécessaire comme l\u2019air pour respirer.Rien n\u2019existe plus pour mo! que l'ivresse de sentir ton amour\u2026 J'ai si soif que nous soyons un! \u2014 Mais nous le sommes! protesta-t-il, bouleversé par la passion qu\u2019il sentait brûler en elle.\u2014Oh! non, nous ne le sommes pas!\u2026 Et non par notre faute, mais par celle de nos caractères peut-être trop semblables.et trop différents aussi! Nous nous préparons, sans le vouloir, jen ai l\u2019intuition impitoyabie, à créer deux chemins plus ou moins parallèles, qui se croiseront, se rencontreront, ou bifurqueront, selon les circonstances.Alors que moi, j'aurais voulu pouvoir m\u2019abîmer - toute en toi, pour être avec toi partout, ne pas te quitter, même une seconde! Et cela t'aurait rudement ennuyé quelquefois, n\u2019est-ce pas?Claude, finit-elle, avec un petit rire qui sonnait comme un sanglot.Mais sois tranquille, je commence à voir que j'avais rêvé l'impossible et je vais devenir raisonnable, très raisonnable.Je m'appliquerai si bien à me guérir que, forcément, j'y arri- veral.\u2014Te guérir.de m\u2019aimer?.interrogea-t-il, penché vers elle.\u2014De t'aimer, à ma manière, qui ne valait rien! Mais.Et elle se dressa d\u2019un bond, se dérobant à la main caressante de C'aude, sur son front.\u2014.Mais je te fais perdre ta matinée, mon pauvre grand! Je m'excuse.bien que je pense qu\u2019il vaut toujours mieux s'expliquer en toute franchise.Et l\u2019occasion s'en offrait.Maintenant je vais écrire mes lettres.Travaille pour devenir un homme illustre, mon Claude.\u2014Et toi, pendant ce temps-là, que deviendras- tu?.Une femme confiante en l'amour de son mari, quoiqu\u2019il écrive des pièces?Un étrange regard passa dans les sombres; et le ton fut pareil au regard: \u2014Ce que je deviendrai?.Je ne sais pas.Et, avant qu\u2019il eût pu la retenir, elle avait quitté la pièce.prunelles X Ni lui ni elle ne revinrent sur cette explication, comme s'ils l\u2019eussent tenue pour définitive.Mais, par une sorte d\u2019accord tacite, il ne fut plus jamais question, entre eux, des occupations littéral- res de Claude.Elle le laissa désormais s\u2019y adonner en plein liberté; se gardant de toute -prière importune, elle ne réclama plus, de ses heures, celles qu\u2019il ne lui offrait pas.Elle s\u2019abstint d\u2019entrer dans son cabinet quand elle le savait occupé à écrire et ne trahit plus la moindre impatience de ses relations particulières dans le monde artiste, qui le mettaient en contact perpétuel avec de séduisantes personnalités féminines.Peut- être, elle avait compris que l'indépendance était nécessaire à Claude autant que le pain quotidien.Jamais il n\u2019entendit, non plus, une allusion même au désir qu\u2019il n\u2019avait pu exaucer, le tenant pour une exigence sentimentale d\u2019enfant très aimée.Sans doute, à la réflexion, Ariane avait reconnu son impossibilité d\u2019y acquiescer.Elle avait constaté que sa carrière ne l\u2019empêchait de se montrer ce qu\u2019il était, un mari très amoureux qui, de plus, avec une stricte équité, lui donnait le même droit d\u2019agir selon sa guise, qu\u2019il réclamait pour lui-même.Cette forme nouvelle de leur amour était, en somme, celle que Claude pouvait souhaiter, du moment qu\u2019Ariane refusait de s\u2019intéresser à son travail.Et il en eût été ravi, s\u2019il n\u2019avait, très vite, discerné qu\u2019un voile subtil s\u2019était tendu entre eux, à travers lequel ii lui devenait malaisé de bien lire en elle.Ce voile semblait clore, hermétiquement, le jardin secret où, trop souvent, il la voyait disparaitre, sourde aux questions, aux appels qui voulaient la retenir.À elle-même, maintenant, el*e paraissait se suffire, amusée de la vie toute mondaine qui devenait leur élément.Sans laisser personne, Claude surtout! soupçonner qu\u2019elle y emportait le regret nostalgique des premiers mois de leur vie à deux.Un jour de décembre, comme elle sortait d\u2019une visite quai Bourbon et s'était arrêtée pour regarder de vieux livres, vêtus d\u2019une reliure d\u2019antan, elle fut soudain distraite par le geste d\u2019un passant qui la saluait.Elle regarda et une exclamation lui échappa.\u2014Ghislain de Kerdanec! Comment, vous êtes à Paris et nous ne vous avons pas vu! C\u2019est indigne! Je ne sais pas trop si je dois vous faire l'honneur de vous reconnaître, oublieux ami!\u2026 \u2014Oh! madame, je ne mérite pas d'être accusé d'oubli.Oh! non.Pas un jour, je crois, je n\u2019ai cessé de me souvenir de vous! \u2014Alors?.[1 avait toujours son allure de jeune dieu hautain; seulement, cette fois, c\u2019était un jeune dieu habillé, non plus par un tailleur de vingt-cin- quième ordre, mais par un maître en l\u2019espèce, avec PORT RE RE DORE EE PPRE Vol.18 No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 une correction sobre, très élégante, qui ie transformait, Et Ariane ainsi, le trouva vraiment trés bien.tout a fait chic! Et puis, Ghislain de Kerdanec, c\u2019était le Pont-Guen, l\u2019inoubliable été ou C aude était tout a elle.Aussi, avec une sincérité d\u2019accent qui le fit tressaillir, elle sexclama: \u2014Oh! que je suis contente de vous voir! Il y a longtemps que vous êtes à Paris?\u2014Quelques semaines seu épuisée, el'e griffonna a son ami un affectueux billet pour qu'il vint dîner et les accompagnat, Claude et ele, a I'Opéra-Com que.; Elle comptait sur une imméd ate réponse.Mais le so:r n'amena aucune lettre; et, le surlendemain seu'ement, ele aperçut enfin, dans le courrier, l'écriture cherchée.mais défermée par le trait in- certa\u2018n des caractères.Etonnéz, elle déchira l'enveloppe rapidement et lut : : \u201cMadame, \u201cJ'aurai le très vif regret de ne pouvoir, jeudi, aller dîner chez vous; et pour une raison stupide qui ajoute à ma décept'on.ll y à cinq jours, un autobus a ma'mené rudément le taxi où je me trouvais et nous a culbutée, l'un portant l'autre.J'ai gagné au choc une foulure de l\u2019épau'e droite, d\u2019où mon horrib'e écriture que je vous prie d'excuser, et une entorse qui me ret\u2018ent prisonnier chez moi, bien fort ennuyé! J'avais rendez-vous avec l\u2019éd'teur de M.votre père au sujet des mélodies bretonnes, et voici l'envoi des épreuves encore retardé.: \u201cMais ce que je regrette par-dessus tout, dans mon immobilité forcée.c\u2019est l'impossibilité d\u2019aller jusqu'à vous.Et combien de jours!.J'en ai froid au coeur.Pour supporter Paris, il me faut vous, qui illuminez ma solitude, par votre précieuse am'tié.\u201cAu revoir, madame.Je suis sûr que vous me plaignez de ma mésaventure et ce m'est un réconfort pour supporter \u2018es journées de réclusion, bien longues, terriblement longues!\u2026 Cependant, afin de les occuver, je lis, je compose\u2026 et je médite sagement.Mais c'est très dur et très difficile quelquefois d'accepter les résolutions que la \u2018mé ditat:on trop scrupu'euse suggère.\u201cAdieu, madame et amie bien chére.Vous savez, n\u2019est-ce pas?que, de loin comme de près, je suis vôtre, avec tout ce que mon coeur et ma pensée vous offrent respectueusement.\u201cG.pe K.\u201d Une fois, deux fois, elle relut les dernières lignes, dont elle pénétrait le secret, aussi clairement que si Ghislain le lui eût avoué.[| Et son coeur fut vibrant d\u2019allégresse.Son ami était toujours à elle, quoi que Francis ait pu lui dire! Et c\u2019était si bon.tant de ferveur dans l\u2019affection offerte, qui, impér\u2018eusement, sans crainte, ni pitié.ni remords, elle souhaita qu\u2019il demeurât ainsi, à elle, tout dévoué.Elle posa la lettre et songea: ( \u2014Pauvre Ghislain! sûrement, j'irai le voir pour le distraire._, Pas une seconde, el!e n\u2019hésitait sur l\u2019opportunité de cette visite.À l'avance, elle savait l'expression qu'auraient les yeux de Ghislain quand il la verrait entrer, sans avoir osé l\u2019attendre, l\u2019espérant tout bas.Inst'nctivement, elle chercha dans la glace le visage qu\u2019il aimait.Et elle aperçut toute son image, fraîche et jeune, svelte sous la robe de maison qui la drapait d\u2019un tendre bleu verd's- sant, comme la nacre du ciel dans les crépuscules d\u2019été.Alors.contente, elle respira Avidement les violettes qui fleurissaient la cheminée, envoyées de Nice par Chazeilles, toujours gémissant et fidèle.Bien malgré lui et bien malgré elle! À l'heure du déjeuner, elle instruisit Claude de l\u2019accident arrivé à Ghislain de Kerdanec.Et aussitôt, Claude s\u2019exclama: \u2014Ce maiheureux doit s\u2019ennuyer à périr, confiné dans sa chambre, sans personne pour le distraire!.du moins, je le suppose ! Tantôt, je passerai chez lui, m'informer de ce qu'il en est.\u2014J'irai avec toi\u2026 Ce sera plus gentil, acheva tranqui:lement Ariane, enchantée de ce que les choses s\u2019arrangeaient si bien à son gré.Son mari, étonné, hésita une seconde, obéissant à un instinct confus.Cependant, il ne souleva aucune objection et dit simplement: \u2014Solt, nous y monterons ensemble.Peux-tu être prête vers trois heures?\u2026 Ensuite, je ne serai pas libre.I] s'arrêta, ne voulant pas ajouter: \u2014J\u2019ai une répétition.et puis la lecture de ma nouvelle pièce à une autorité compétente.Mais c\u2019était là, le foyer brûlant dont, l\u2019un comme l'autre, ils évitaient d'approcher.À l'heure dite, Ariane était habillée, ayant apporté à sa toilette le souci généreux d\u2019être aussi agréable à regarder qu\u2019il était en son pouvoir.Elle put constater à quel point elle avait réussi, quand les yeux de Ghislain se posèrent sur elle, alors que, avec Claude, elle était introduite dans la pièce où il travaillait.\u2014Oh! madame que vous êtes bonne d\u2019avoir bien voulu accompagner Claude! .Et il essaya de se lever pour aller au-devant d'eux.Mais son épaule douloureuse, son pied bandé lui rendaient les mouvements difficiles, et elle et Claude eurent la même exclamation: \u2014Ne bougez pas!.\u2026 Ne bougez pasl.Il n\u2019obéit point et, de son bras vatide, s'évertua pour approcher d'Ariane, son unique fauteuil.Alors seulement, il accepta de reprendre sa place sur le divan où l'ordonnance de la Faculté le tenait allongé.Près de lui, était placée une table chargée de livres de toute sorte, ouvrages de droit, revues, journaux, et encore un tout petit volume, pareil à un livre de prières, à demi disparu sous des feuilles de musique manuscrites.Le p'ano était ouvert\u2026 De l\u2019ensemble de la pièce, émanait une austérité monastique, mais non point triste.Sans doute, parce que la fenêtre s'ouvrait, de haut, sur le jardin du Luxembourg qui, aux jours d\u2019été, devait être somptueusement vert et fleuri.Les yeux d'Ariane allèrent tout de suite vers cet horizon qui était cher à Ghislain: car ces arbres de Paris évoquaient, pour lui, un peu, les feuillées de son pays breton.A certaines heures surtout, les brumes délicates de l\u2019Ile-de-France devaient lui donner l'illusion de la mer, lointaine sous le voile des nuées diaphanes.Et, séduite, elle s\u2019exclama: \u2014Vous avez raison, Ghislain, votre \u201cchez vous\u201d est admirablement situé\u2026 Mais il manque de fleurs pour f\u2019égayer! Si je l'avais su, je vous en aurais apporté!\u2026 Ce sera pour notre prochaine visite.\u2018 Il la remercia.Mais elle avait surpris chez lui, à ses paroles, un tressaillement qui l\u2019étonna.Et elle pensa: \u2014Il n\u2019est plus le même.Qu\u2019a-t-il donc?\u2014 TT \u2014 ta = EE RE Vol.18, No 12 Même physiquement, il lui semblait avoir change, durant cette quinzaine qu\u2019ils avaient passée loin l\u2019un de l\u2019autre.Le visage avait ma'gri ou s'était altéré, assombri par une expression presque grave qui en accentuait l\u2019altière régularité.Certes il avait souffert des suites de son accident.Mais comment un homme jeune et robuste comme lui, aurait-il conservé si profonde, l'empreinte de quelques mauvais jours?\u2014I1 y a autre chose, c\u2019est certain.quoi?.\u2026 comment savoirP\u2026 Et, attentive, elle l'écoutait causer avec Claude qui s\u2019intéressait fraternellement a son sort d'invalide solitaire, et cherchait a le distraire.Elle- même, bien vite, s\u2019y appliqua aussi.Mais il lui répondait brièvement, de ce ton de courtoisie presque cérémonieuse qu\u2019i! avait jadis en lui parlant, au temps de leurs premières rencontres.Il était redevenu le Ghislain de ce temps-là, emprisonné dans une réserve sévère \u2018qui ne livrait rien de son intimité.Seule avec lui, elle eût vite fait de se lancer à l\u2019attaque de cette attitude défensive qui lui était odieuse.Mais devant Claude, elle ne pouvait rien tenter; ccrtaine qu\u2019il ne livrerait pas le secret du souci grave qui donnait à son accent quelque chose d\u2019amer et de découragé.A le voir triste ainsi, elle avait envie de lui dire des mots trés doux pour consoler sa peine; comme on fait pour les jeunes, pour les êtres chers que l'épreuve atteint, fût-ce légèrement.Peut-être il le sentit, car son Visage s\u2019éclaira d\u2019un sourire reconnaissant qui, un moment, ressuscita le Ghislain des heureux jours.\u2014Vous ne vous ennuyez pas trop ?question- nait-elle, affectueuse.\u2014Non, je ne m'ennuie pas.Depuis mon arri- : Vée à Paris, j'ai dû m\u2019accoutumer à vivre seul.Je m'occupe beaucoup., pour n'avoir pas trop le loisir des tête-à-tête forcés avec moi-même.Et puis, j'ai enfin l'espérance de recevoir, d'un jour à l\u2019autre, les épreuves de mes mélodies.Ce me sera un immense plaisir.\u2014que je vous dois, madame, \u2014de les corriger.Ainsi le temps s'écoulera.\u2014N\u2019aurait-il pas été mieux d\u2019ailer te faire soigner à Treffry?proposa Claude.\u2014C'\u2019était bien inutile! D'ailleurs, je préfère ne pas quitter Paris.Ariane eut un mouvement.Pourquoi Ghislain voulait-il demeurer à Paris où il se trouvait, pour le moment, en si désagréable situation ?.\u2026.Peut-être quelque attache ignorée d\u2019eile l'y retenait.C\u2019était possible, après tout.Et la crainte d\u2019une déception la fit obscurément tressaillir.Mais Claude, pressé par ses rendez-vous, lui faisait signe et se levait.Elle I'imita.\u2014Mon vieux, nous reviendrons bientôt te voir, promit Claude, qui, lui aussi, était frappé du changement de Ghislain.Et Ariane pourra te chanter, si tu le souhaites, tes nouvelles compositions, voire même t'aider à corriger tes épreuves, si ton épaule est encore endolorie.\u2014\u2014Merci de la bonne pensée.Mais j'espère bien n\u2019être pas obligé de recourir à l\u2019obligeance de Mme Symores.Seulement comme, selon les probabilités, je vais encore être prisonnier quelques jours, je vous serai très reconnaissant de renouveler votre visite de charité.Mais quoi?\u2018LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 \u2014D'\u2019amitié, homme ingrat, corrigea prestement Ariane.À bientôt! Ainsi que Claude vous l\u2019a offert, je reviendrai vous faire de la mus:que, autant que vous le souhaiterez.Au revoir, ami.Elle lui tendait la man, un chaud sourire sur les lèvres.Il se courba, mais sa bouche n'effleura pas les doigts venus si franchement vers les siens.Et, quand il re'eva la tête, la pâleur de son visage apparut plus évidente encore.\u2014Je suis content que nous soyons venus passer un moment près de lui.dit Claude en descendant l'escalier, après que, appuyé sur une canne, le jeune homme les eut péniblement reconduits.C\u2019est lugubre, d\u2019être a\u2019nsi enfermé dans une chambre étrangère, sans âme qui vive pour prendre soin de vous! D'un signe de tête, Ariane approuva.Elle était pensive, déconcertée par l\u2019attitude de Ghislain, dont elle eût voulu savoir tout de suite la cause.- Dehors.Claude héla un taxi.\u2014Chérie, où veux-tu que je te conduise?Elle rit, \u2014Tout comme une dame de province, au Bon Marché.Puisque je suis dans le quartier, J'y prendrai des gants.Ah! mon Claude, tu m\u2019abandonnes toujours! \u2014Je tabandonne, mor\u2019.pareil mensonge?\u2014Ah! que oui! jose.Tu me sacrifies sans pitié à tes rendez-vous, à ton théâtre, à tes paperasses.Et tu as bien tort! Quel dommage que tu ne sois pas tout bonnement un modeste épicier.ou quelque chose de ce genre.\u2014Parce quer.\u2014Parce que ton sucre, ta cannelle.tes har\u2018cots, etc.etc.ne t'absorberaient pas comme ton travail intellectuel.\u2014Mais il y a surement des épiciers très absorbés par leur commerce! À teur manière, ils le sont autant que moi, Ô exigeante petite créature! riposta joyeusement Claude.Et dans l\u2019intim té de la voiture, il saisit, entre les siennes, la main dégantée qui reposait sur les genoux de la jeune femme et la voila de baisers caressants.Elle se serra un peu contre lui.savourant la douceur de se sentir chère, quoiqu\u2019eile en doutât trop souvent.Presque suppliante, elle demanda: \u2014Claude, tu me sacrifierais la littérature, dis, s\u2019il te fallait choisir entre elle et moi?\u2014 Mais naturellement!.Tout ensemble, il était -stupéfait et impatient de la retrouver sourdement obstinée dans un enfantillage dont il la croyait guérie.Elle le devina et, sans un mot de plus, rattacha sa fourrure; la voiture s\u2019arrêtait.\u2014Au revoir, mon chéri.À ce soir! dit-il tendrement.Il regrettait l'ombre amenée par sa réponse sur le jeune visage.Ne sois pas jalouse.Tu sais bien qu \u201811 n\u2019y a pas de comparaison à établir entre toi, mon amour, et mes paperasses |! Les yeux.la bouche d\u2019Ariane avaient l\u2019expression que Claude détestait, sceptique et moqueuse.elle conclut légèrement: \u2014A tes pap\u2019 \u2018ers, tu donnes la plus large part de ta pensée\u2026 A moi, le coeur.et le reste.Par Tu oses proférer un _\u2014 78 \u2014 Vol.18.No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 malheur, je voudrais le tout\u2026 Alors, notre unisson est plutôt relatif.Elle sauta sur le trottoir et le traversa.Sur le seuil du magasin, elle se retourna pour revoir encore le visage de Claude.La voiture était déjà repartie.Et elle marmotta: \u2014Ce qu\u2019il a dû faire \u201couf\u201d! en me semant.Il ne pense déjà plus à moi!\u2026 Faisons comme lui, et oublions-le.de notre mieux! Son emplette fut vite achevée et, en hite, elle ressortit du magasin, chassé par le flot d\u2019acheteuses qui rouiait a travers les galeries.Dehors, aspirant avec délices l\u2019air frais de la.rue, elle fit quelques pas.De nouveau, elle songeait à Ghislain, à son air de tristesse découragée.Et elie éprouvait une espèce de remords de n\u2019avoir pas su la dissiper.Ses yeux tombérent sur une.petite voiture de fleurs qui stationnait le long du trottoir.Aussitôt, une idée jaillit dans son cerveau.\u2014Je vais lui en porter quelques-unes.Elles lui tiendront compagnie et lui répéteront que je ne I'oublie pas.Je suis encore si prés de chez lui.Jamais Ariane n\u2019hésitait à réaliser ce qu'elle avait décidé.Elle choisit une gerbe d'iris aux pétales de velours sombre et une autre où les fleurs étaient de soie mauve, tigrées d\u2019or pâle.Elle y joignit une poignée de narcisses odorants.Et, contente, s\u2019en alla grimper les quatre étages de son ami.Devant la porte, el'e s'arrêta, un peu haletante, s\u2019attendant à se voir ouvrir par le domestique chenu qui les avait introduits, elle et Claude.Mais, en réponse à son coup de sonnette, une voix masculine pronnonca: \u2014Ne bougez pas, mon petit, je vais ouvrir.Et, à sa profonde stupéfaction, elle se trouva face à face avec son père.Deux exclamations se croisèrent.\u2014Comment, père, vous ici?\u2014Ah ça! Ariane, qu'est-ce que tu viens faire chez Kerdanec?Sans le moindre embarras, elle expliqua: \u2014Lui apporter des fleurs pour que sa prison soit plus gaie.Il y a une heure, quand je suis venue avec Claude, j'avais trouvé qu\u2019il en fallait absolument.Et en voilà! Suivie de son père, plutôt abasourdi, elle entra dans le cabinet de travail.Ghislain, debout, la regardait approcher comme il eût vu venir à lui une apparition.Elle riait, gamine, tendre sans en avoir conscience.\u2014Ceci est pour vous, Ghislain! donner des idées joyeuses! \u2014Oh! chère! chère!\u2026 murmura-t-il, prenant les fleurs.Quelle adorable et terrible petite amie vous êtes! Vite, que je place ces fleurs tout près de moi, sur ma table de travail! \u2014Non, ne remuez pasl.Cest moi qui vais les mettre dans l\u2019eau.Votre épaule blessé vous rendrait maladroit.Vous permettez que je sonne votre vieux domestique pour qu\u2019il me donne un vase?Ghislain se mit à rire, presque gaiement: \u2014Mon vieux domestique est le concierge de ma maison et, à certaines Heures seulement, il est à ma disposition.Sur la cheminée, n\u2019apercevez- vous pas un vase?Vous voudrez bien prendre l'eau de cette carafe.la.sur la table.Je suis confus.Pour vous \u2014Ne soyez pas confus!.Imaginez-vous que je suis votre infirmière.Dieu! que ce vase est laid! Je pense qu\u2019il appartient à votre propriétaire?\u2026 Heureusement, les narcisses et les iris vont l'embellir! Mais, quand je reviendrai, je vous en apporterai un plus joli.Ce sera un souvenir de votre accident.et de moi! \u2014Il n\u2019a pas besoin d\u2019un vase pour ne pas t\u2019oublier, petite coquette! dit Mussigny d'un ton de badinage.Mais ses yeux avaient une expression singulière, fixés sur les deux jeunes gens.Le regard de Ghislain ne quittait point Ariane, qui groupait les fleurs, en répliquant: \u2014Bah! il faut s'attendre à tout! Les hommes sont si légers, quelquefois! Père, vous ne m'avez toujours pas expliqué comment je vous trouve icir \u2014J\u2019'ai appris que ce jeune homme était éclopé; par conséquent, ne pouvait venir reprendre les nouvelles mélodies qu\u2019il m\u2019a soumises avant de les présenter à l\u2019édition\u2026.Et je les lui ai -rap- portées afin d\u2019en causer avec lui.\u2014De nouvelles mélodies! Et vous ne m\u2019en avez pas parié?Ghislain.Moi qui suis la \u201cmarraine\u201d de votre musique!.C\u2019est bien ingrat\u2026 \u2014Oh! madame, madame.\u2014Très ingrat, je 1épète.Père, vous avez été content?\u2014Mais.assez!.Il y a un très sensible progrès dans la technique sans que l\u2019inspiration y ait perdu.Oui, je suis content.Le visage de Ghislain s\u2019éclairait.Ariane le regarda, ravie.Debout derriére les fleurs posées sur la table de travail, auréolée par la clarté de la lampe, elle tamponnait son mouchoir sur ses doigts mou'llés par l\u2019eau des fleurs, et ses dents luisaient entre ses lèvres entr'ouvertes\u2026 Elle proposa: \u2014Ghislain, voulez-vous que je vous chante vos mélodies avant de m\u2019en aller?.\u2026 J'ai une envie folle de les connaitre!.Mais il se déroba, alléguant la difficulté de lire les feuilles manuscrites.Et Mussigny l\u2019approuva.\u2014Tu les jugeras mieux, les déchiffrant en de meilleures conditions.Maintenant, chérie, puisque le hasard t\u2019a conduite sur mon chemin, tant pis! je te remmène avec moi, pour profiter un peu de notre rencontre.C\u2019est si rare que je puisse, en paix, causer un moment avec ma fille.J'ai une voiture qui m'attend et je te déposerai où tu voudras.Entre ses paupières, rapprochées une seconde, elle considéra son père avec stupéfaction.D'où lui venait cette fantaisie de l'emmener ?justement alors qu\u2019elle n\u2019avait nulle envie de repartir si vite.Mais elle sentit que, sous un prétexte ou un autre, il s'arrangerait pour qu\u2019elle l\u2019accompagnât.Et, comme elle était bien résolue à revenir interroger son ami, seule à seule, elle dédaigna de faire acte d'indépendance.De fort bonne grâce, elle parut acquiescer au désir de Mussi- gny.\u2014Père, je vous suis, quand vous le voudrez! Ghislain, je vous laisse les gâteaux que j'avais apportés pour goûter avec vous.Tout seul, vous les croquerez, à mon intention.\u2014Je les croquerai avec beaucoup de reconnaissance pour votre attention, ma \u2014 70 \u2014 Vol.13, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 + \u2014Parfait.Vous me permettez de vous en voler un?Je meurs de faim! Pére, vous ne m'imitez pasr\u2026 Ni vous?Ghislain.Comme pour jes enccurager, elle mordit dans une brioche avec une conv ction qui amusa Muss:gny.Mais, tout bas, elle pensait soudain au goûter du séminaire.Peut-être, lui aussi, Ghislain s\u2019en souvenait.Pas plus qu\u2019elle, il n\u2019y fit allusion.Seulement son visage avait repris l'expression sombre et tendue dont Ariane voulait, à tout prix, savoir le pourquoi.XVIII Pour cela, il fallait qu'enfin elle le vit seul\u2026 Et, huit jours plus tard, n\u2019ayant reçu de lui aucun message, incapab.e de supporter plus longtemps ce mystérieux silence qui les séparait, eile lui envoya un pneu, pour l\u2019avertir qu\u2019elle ira.t vers trois heures, ce jour-là, constater où en était sa guérison.\u2014Ainsi prévenu, il s\u2019arrangera pour me recevoir librement.Et, enfin! enfin! nous pourrons causer comme nous aimons.Entre lui et moi, 1l est impossible que des ombres demeurent.Et toute Joyeuse d\u2019espoir, humant la fraîcheur du matin qui sentait le printemps, elle reprit le chemin de chez elle, de son pas vif, pareil à un vol.En route, cependant, elie s\u2019arrêta chez un antiquaire, pour y prendre un vase en vieux Japon chamarré d\u2019arabesques d'or et de dragons bleus et pourpres, qu\u2019elie voulait apporter à son ami, fidèle à sa promesse.Cette dernière course l'avait mise en retard.Rentrée, elle eut juste le temps de passer une robe très seyante, de soulever l\u2019ondulation de ses cheveux, de les vaporiser de son parfum.Puis elle s\u2019en fut, le coeur en fête, présider un déjeuner intime, tout masculin, où Claude avait groupé quelques convives de choix, pour une de ces libres causeries que tous goûtaient.Pour sa part, sans compter, Ariane leur offrit fe régal de sa grâce de femme et l'originalité pri- me-sautière de ses propos.Ils l\u2019amusèrent, l\u2019intéressèrent, avivant la saveur de son jeune esprit, au grand plaisir de Claude, très brillant lui-même.Si bien qu\u2019ils furent ravis les uns des autres et trouvèrent le déjeuner charmant et trop court.Mais quand Claude fit mine d'emmener ses convives au fumoir, elle lui glissa légèrement, en aparté: oo \u2014-Tu n\u2019as pas reçu de* nouvelles de Ghislain ?J'en prendrai tantôt.J'ai une visite dans son quartier.; (Les femmes ont toujours a faire une visite dans le quartier où elles dés:rent aller).Puis elle prit congé de ses hôtes qui, avec ensemble, eussent souhaité la retenir, chacun regrettant que ce pût être en son particulier.Pour être homme d'esprit, artiste, on n\u2019en est pas moins un homme tout court; et tous les camarades de Claude le proclamaient \u201cun heureux mortel\u201d! Chez Ghislain, elle s'attendait à être reçue par l\u2019un des vieux serviteurs de son ami, et fut stupéfaite de le voir répondre lui-même à la sonnerie du timbre.\u2014Comment, vous êtes tout seul au logis?s\u2019ex- dama-t-elle gaiement, sans ombre d'une arrière- pensée.| \u2014Comme vous voyez!.Mes domestiques de rencontre sont occupés de leurs propres affaires et m'ont abandonné sans scrupule.Cela ne vous contrarie pas\u2019.\u2014Mais non! pourquoi cela me contrarierait-il?C\u2019est vous, mon am: Ghislain, que je viens voir.\u2014Votra mot m'est parvenu trop tard pour que je vous réponde.\u2014Me répondre?.quo\u2019r.de ne pas venir?À demi-voix, comme pour lui seul, il murmura: \u2014Oui\u2026.si j'en avais eu le courage, en ayant la possibi.ité.\u2014Heureusement, vous ne l'avez pas eue ! Je voulais causer avec vous, ami.II avait ouvert devant elie la porte du cabinet, fleuri cette fois a profusion, pour la recevoir.Elle ie remercia d'une exc.amation ravie: \u2014Oh! c'est bien mieux ainsi! Avouez que vous avez eu très raison de suivre mon conseil! Vous êtes de goûts si austères que je n'étais pas du tout sûre que vous m\u2019écouteriez\u2026 Alors, dans le doute, moi auss:, j'ai fait provision de fleurs à l'intention de votre home.Vous les mettrez sur votre table à écrire, dans le vase que je vous avais annoncé.et que voici! Un tel éclair de joe reconnaissante flamba dans les yeux sombres qu\u2019ele en fut saisie.Elle avait bien prévu qu\u2019elle lui ferait plaisir.mais pas a ce point! Une seconde, sans qu\u2019il y prit garde, le regard de Ghislain trahit l\u2019adoration que , silencieusement li iui avait vouée, et elie eut la sensation d\u2019une lueur de feu qui la'frôlait.Presque bas, il dit: : -\u2014Ah! madame, vous ne pouvez savoir combien vous me rendez heureux.Trop heureux!! \u2014Eh bien, alors, si nous ne sommes pas brouillés, vous devez me le prouver, en redevenant vraiment mon ami, fit-elie avec une douceur caressante.\u2014Ne l\u2019étais-Je donc plus?-\u2014Je n'en sais rien.Vous vous êtes montré tellement différent de vous-même quand je suis venue avec Claude.Et ensuite, devant pere! Est-ce leur présence qui vous transformait au point que je ne vous reconnaissais plus dans le monsieur courtois et cérémonitux qui me recevait?.Il passa la main sur son front.Son visage s\u2019était soudain assombri.\u2014Je m'\u2019excuse d\u2019avoir été, involontairement, si maussade\u2026 \u2014Non, pas maussade., triste.\u2014C'est que je suis d'humeur inégale., hélas! \u2014Oh! jamais autant que moi! interrompit-elle, rieuse\u2026 Conciusion: de bonne grâce, acceptons- nous pour ce que nous sommes et profitons, de notre mieux, des moments que nous pouvons passer ensemble.Le voulez-vous?\u2014Oui, certes, je le veux.Il prononça ies simples mots d'un accent si grave qu\u2019elle s\u2019étonna et pria: \u2014Ghisla\u2018n, vous avez quelque chose.Quoi ?Je suis votre amie.Vous devez me confier ce qui vous préoccupe.Vous avez des ennuis?\u2026 tout au moins un souci sérieux?.Est-ce pour votre musique?.L\u2019éditeur ne vous a pas envoyé vos mélodies?\u2014Si.Elles sont là TN iB id Vol.18.No 12 LA REVUE POPULAIRE STA Dot .Montréal, décembre 1925 \u2014Tant mieux! Je vais les voir tout à l\u2019heure.Est-ce que vous n'en êtes pas content?Ami, dites ce qui ne va pas\u2019.Et elle se pencha un peu.pour chercher la vérité dans le regard qui ne s'abandonnait pas.D'un ton de badinage, que démentaient les notes profondes de la voix, il prononça: \u2014Tout va b'en, puisque vous êtes là, mon amie.Mais que c\u2019est terrible et doux de vous avoir ici, venue pour moi.[I] s'interrompit, effrayé des mots qui se pres- satent sur ses lèvres, et qu\u2019il ne devait pas dire.Il essaya encore d\u2019en fuir la hantise et de mettre entre eux la musique divine évocatrice d'idéal.S'efforçant à sourire, ii dit: \u2014Ple nement, je veux profiter de votre visite.Pourrais-je vous demander de chanter, comme vous avez eu \u2018a bonté de me l\u2019offrir, ma dérnière composition?Je souhaiterais si fort l\u2019entendre dans votre voix.Je vais essayer de vous accompagner.Je vrois que mon épaule me le permettra.\u2014Vous la fatiguerez sans nécessité.Tout sim- pement, écoutez-mo:\u2026 Vous vous rendrez ainsi bien mieux compte de votre oeuvre! Vive, elle enievait son chapeau, sa veste, g'issant les doigts, du geste cher aux yeux de Ghislain, dans l\u2019onde un peu froissée de ses, cheveux.Puis elle s\u2019assit au piano.L'expérience de Mussigny ne l\u2019avait pas trompé.Les courtes pièces qui se suivaient.pareilles aux strophes d\u2019une conti.ène d'amour, étaient de valeur infiniment supérieure à tout ce quil ava: :t jusqu\u2019alors écrit.Ariane était déjà trop compétente pour ne pas le reconnaître tout de suite.Ces harmonies, ces moduiations, tour à tour arden tes, douloureuses et suppliantes, un artisie seul avait pu les trouver.\u2014insp'ré par ie sentiment souverain qui emporte triomphalement les âmes au-dessus d\u2019elles-mêmes.Sans l'arrêter jamais, ni indiquer un mouvement, une nuance, assis loin du piano, il écoutait, le visage penché entre ses mains.Ce fut elle qui vint à lui et elle posa les doigts sur son épaule.Alors seuement, il releva la tête et elle vit ses traits si bouleversés qu\u2019elle le considéra, saisie.\u2014Ah! Ghislain, qu\u2019 \u2018avez- vous?.Comment pou- vez-vous être triste, étant capable d'écrire des pages comme ce poème! Sûrement, vous deviendrez un grand musicien ! : Les prunelles d\u2019ombre s\u2019éciairèrent d\u2019une lueur fugitive.\u2014Ce sera peut-être ma consolation.\u2014Votre consolat'on.de quoi?\u2014De ce que la vie me refuse.Madame, puisque vous aimez mon oeuvre, acceptez-en l\u2019hommage, je vous en supplie, et la\u2018ssez-moi l\u2019appeler Poème pour mon amie\u2026 en souvenir de cette dernière heure près de vous.Dites, vous consentez, n\u2019est-ce pas°\u2026 Elle Iinterrompit par son exclamation de plai- sit \u2014Ah! Ghislain, comment en doutez-vous?C\u2019est une pensée délicieuse que vous avez là! Et je vous en remercie avec toute la joie que vous me donnez!\u2026 Vous ne pouvez imaginer combien je suis fière de vous, mon ami! ll la comprit absolument sincère et, dans sa détresse d'âme, il sentit que ces quelques mots seraient aussi son viatique, quand elle serait partie.\u2018 Affectueuse, elle demandait: \u2014 Voulez-vous que je recommence votre poème pour que vous m'indiquiez, cette fois, comment je dois le chanter, afin que ce soit bien a votre gré ° Mais il secoua négativement la tête et sa voix s'assourdit : \u2014Pas aujourd\u2019hui.Il est tard.\u2014Vous préférez que je revienne?interrogea-t- elle en riant.Soudain, elle charchait à réagir contre le trouble que l'attitude du jeune homme insinuait en ella, \u2014Je suis guéri maintenant.Vous ne reviendrez plus.\u2014A mons que vous ne le souhaitiez.\u2014Je ne le souhaite que trop!.\u2026 C\u2019est pourquoi il ne faudra pas revenir.\u2014Oh! Ghislain!.Cest vous.vous! qui me dites cela! E.le avait pali, comme si, brutalement, il l\u2019avait écartée.\u2014Votre frère vous a changé.Il vous a imposé de ne pius me voir! Comment avez-vous la faiblesse de l'écouter?\u2014Ce n\u2019est pas de la faiblesse.c'est mon devoir!.Depuis longtemps déjà, je ne pouvais plus m'illusionner\u2026 Mas le courage me manquait pour accomp ir le sacrifice.\u2014Ghisla\u2018n, vous êtes mon ami, je ne veux pas vous perdre.parce que vous êtes obsédé par l\u2019idée vaine \u201cde la tentation\u201d, comme vous dites, Pourtant, vous ne faites rien de mal en ayant de l\u2019affect'on pour moi\u2026 Ne le sentez-vous pas?\u2014De Taffection!.Si c'était de l'affecton seulement, je ne subirais pas le supplice que J'endure, vous avant tout près de moi, sans perdre un instant la conscience que je n\u2019ai même pas le droit de vous murmurer.qu'il me faut vous fuir, car je vous ame trop!.L\u2019aveu était tombé de ses lèvres victorieux de son vouloir.Et !< coeur av\u2018de d'Ariane le recueillit.si divinzement émouvant qu\u2019elle supplia: \u2014Ghislain!.oh! Gh'sain!, ne dites pas de folies qui déch'reraient notre amitié.\u2014Notre amitié! Et il haussa ies épaules, désespérément.\u2014Notre amit'é! Oui.a vous, il est permis de parler d\u2019amitié.Vous ne me donn\u2018z rien de plus.Mais, mo\u2019.je mentirais misérablement, si je vous imita\u2019s.Maintenant, ce que vous me donnez ne me suffit p'us!.Ce m\u2019est une torture de penser que jamais.jamais! quel mot horrible!.je n'aurai le droit de vous faire mienne.alors que j'en suis venu à vous aimer plus que tout ce qui m\u2019'a été le pius cher.Vous m'avez pris.je crois, depu's \u2018a minute où je vous ai aperçue, dans le cimetière en fleurs de Quéméné- ven! Votre robe bianche vous donnait l\u2019air d\u2019une toute jeune fille.Maïis.vos yeux éta:ent des yeux de femme et leur rcgard m'a saisi tout entier quand il est tombé sur moi.\u2014Ghisla\u2019n.je n\u2019ai rien fait., œ jour-là., pour vous attirer!\u2026 \u2014Non.Et comme j'étais sage, en ce temps!.\u2026 j'ai tout de suite entrevu le danger.Résolument, je suis resté à l'écart, fuyant le Pont-Guen, Vol.18, No 12 \u20ac et Treffry, quand je savais que vous y viendriez.Et puis, le hasard m\u2019a remis en votre présence.vous vous rappelez?.ce beau matin ou Tug vous avait conduite à Coatz-Kériou?.\u2014Je me rappelle! fit-elle presque bas, le coeur frémissant à l\u2019évocation du lumineux été qui, en secret, demeurait pour elle, un paradis de rêve que la réalité lui avait fermé._ Comme si une lassitude imprévue l\u2019écrasait tout à coup, elle s'était assise sur le divan et, les mains serrées, la tête penchée, eile écoutait Ghislain, debout devant elle, qui continuait son ardente confession.Le sceau, sur ses lèvres, était brisé par la certitude d\u2019une séparation que sa conscience exigeait.\u2014.Vous avez été borne, trés bonne'!.Vous avez accueilli le sauvage garçon que j'étais.Sans le savoir, vous réalisiez tout ce que j'attendais encore pour aimer.Et j'ai fait alors ce rêve insensé de vous adorer tout bas\u2026., vous le laissant ignorer.\u2014O mon cher, cher Ghislain! murmura-t-elle.Et elle leva les yeux vers lui.En son coeur éperdu, elle pensait: \u2014 Jamais Claude ne s\u2019est ainsi abandonné à mot.Oh! pourquoi n\u2019est-ce pas lui qui me parie! C'est ainsi que j'ai soif d\u2019étre aimée.Si je pouvais me figurer que c'est lui que jentends!.Instinctivement elle abaissa ses paupières.Pour mieux chercher illusion bén'e?.Pour ne plus voir le visage tragiquement beau de Ghislain, dans la tempéte qui grondait en lui?Mais au plus profond d'elle-même s\u2019abimaient les mots que disait la voix brûlante et basse.\u2014.A Paris, je vous ai retrouvée.J'ai connu l\u2019effrayant bonheur d'être m&'é à votre vie, de la frôler de si près que je me demande encore comment, tant de jours, j'ai pu parvenir à me taire! Aujourd\u2019hui.toutes mes résolutions sont en cendres.J'en suis arrivé à haïr Claude à qui vous appartenez à qui tout m'\u2019interdit de vous disputer.Je hais l\u2019éducation que j'ai reçue et qui m\u2019avertit, sans pitié, du mal que je ne dois pas faire, sous peine de me rendre indigne.Je hais la clairvoyance de Francis qui, dès qu\u2019il nous a vus ensemble, a deviné la vérité, a mesuré le danger et l\u2019a rappelé à ma conscience, déjà bien averte\u2026 Je ne le savais que trop qu\u2019il avait raison.Alors, pendant qui! me reste encore un atome d'honneur, je vous dis: Allez-vous-en, mon cher amour!.Eile tressaillit au plus profond de son âme.\u201cMon cher amour\u201d!.\u2026.Si souvent Claude l\u2019appelait ainsi.Oh! pourquoi, en ce moment, lui apparaissait- il loin d\u2019elle, si loin! Ses mains se Joignirent, d\u2019un élan d'angoisse, sous l'impression qu\u2019elle s\u2019enfonçait dans une nuit ardente, petite épave frêle, saisia par la rafale qui entraînait Ghislain.\u2014Allez-vous-en, mon cher amour, bien vite, tout de suite.parce que, de ma sagesse d\u2019autrefois, il ne reste plus rien.Allez-vous-en.Mais emportez un dernier aveu, la vérité méme!.Vous savez si j'adore la musique.Eh ben, je vous le jure, pour être aimé de vous, pour sentir vos lè- Vres sous les miennes, pour vous avoir entre mes bras, j\u2019'acœpterais ne plus écrire une note, ne souhaitant plus que le bonheur d\u2019être votre chose.Un frisson la secouait toute.Les mots qu\u2019il disait là, c\u2019étaient ceux mêmes qu\u2019elle avait si fol- LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 lement\u2014et en vain!\u2014souhaité entendre sur les lèvres de Claude.Et ele répéta: \u2014Pour que je sois vôtre, vous consentiriez à un pareil sacrifice\u201d.Ah! ccmme vous m\u2019aimez.Jamais.lamais! je n'oublierai ce que vous venez de m\u2019offrir.ce que vous étiez prêt a faire pour moi.O Ghislain.mon ami très cher, ne soyez pas triste.Moi aussi, je vous aime!.Il devint très pâle, une joie merveilleuse irradiait son regard.mais il répéta, une dern:ère fois, et sa voix se brisait: \u2014Mon amour, partez.je vous en supplie'\u2026 Il lui tendit ses deux mains pour qu'elle se mit debout.Lente, elle se dressa, ainsi qu'elie se serait mue en rêve.D'un accent de petite fille obéissante, elle articula faib:ement: \u2014Oui.je m'en vais.Adieu, Ghislain.Et elle iui offrit soi.front.XIX Toute la mat née, Claude avait travaillé, oublieux de tout ce qui n\u2019était pas les êtres auxquels son cerveau donnait la vie.[1 relut les dernières scènes qu\u2019il venait d\u2019écrire et il eut conscience au\u201d! pouvait en être satisfait.Alors une sorte dailégement apaisa la fièvre de ses nerfs.11 éprouva, impérieusement, un besoin physique de mouvement, d'air vif, de marche au soleil d'avril qu\u2019ii voyait, à travers les vitres, épanolir la jeun: verdure.Il rerarda la pendule de son bureau.Elle marquait onze heures et demie.\u2014Bon! jai le temps de faire un peu de footing avant le déjeuner.Si Ariane pouvait venir.Qui, celit été I':déal repos de l\u2019emmener pour une de ces courses d'amoureux que l\u2019un et l\u2019autre avaient tant aimées, l\u2019été précédent.Ii sinforma, mais la femme de chambre, apparue à son appel, répondit que \u201cMadame était déjà sortie\u201d.- Et, décu, il s'en alla seul gagner l\u2019avenue du Bois, si fraîche dans la lumière du matin, qu\u2019elle semblait la majestueuse allée de quelque parc.Dans le flot des promeneurs qui, en flänant, l\u2019arpenta:ent\u2014par plaisir., par habitude., par snobisme.\u2014Claude apergut, presque tout de suite, Mussigny, fidèle quotidiennement à ce qu\u2019il appelait, une promenade hygiénique.Il redesccndait vers Paris.La rencontre de son gendre l\u2019arrêta très volontiers.Ce garçon spirituel, passionné pour le théâtre autant que lui- même, était fort à son goût; et, avec un égal agrément, ils devisaient ensemble.Aussi, retardant son retour, il se prit à remonter l\u2019avenue, à côté de Claude.Presque à chaque pas, tous deux \u2018saluaient des visages connus.\u2014A propos, demanda tout à coup Mussigny, où en est l\u2019entorse de votre ami Kerdanec?Avec lui, nous avions convenu qu\u2019il demanderait à Ariane de venir me chanter sa dernière composition qui, à la lecture, m\u2019a paru étonnante.tout à fait remarquab'e\u2026.Ce garçon est doué à miracle!\u2026 Et puis, je reçois de lui un mot de défaite: \u201c.A son immense regret, écrit-il, il ne peut, en ce moment.s'occuper de musique.\u201d Qu'est-ce que cela veut dire?\u2026 Est-ce qu\u2019il est brouillé avec Ariane?\u2014 82 \u2014 \u2014 proie ritiricinne ce Ouen Vol.18.No 12 Ett tit ot CLS LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1025 Claude eut un geste d\u2019ignorance et prononça: \u2014Non, pas que je sache.\u2014Aprés tout.il n'y aurait peut-être pas grand dommage a cela! marmotta Mussigny, entre haut et bas.La réflexion avait dû lui échapper, car une expression de contrariété très vive effleura son visage, en constatant que Claude l\u2019avait entendue et, aussitôt, interogeait avec surprise: \u2014Que voulez-vous dire?Muss gny ne répondit pas - immédiatement, comme s'il mesurait ses paroles.Mais, sans doute, il comprit que,Claude ne lui permettrait pas de se dérober et, en souriant, il reprit: \u2014Bon D:eu! mon cher garçon, ne bondissez pas ainsi pour ia confidence d\u2019une simple impression.que j'aurais dû conserver pour moi! \u2014Quelie impression?insista Claude, le ton tres net.Il avait cessé de voir le mouvement des promeneurs autour de lui.\u2014L\u2019impression.,, puisque vous souhaitez le connaître.que ces deux petits, Ariane et Kerdanec, sont très gentils a voir.mais qu'il est toujours imprudent de laisser les enfants jouer avec le feu.Surtout sous les yeux d\u2019un public plus ou moins malve/llant\u2026 qui prend rarement en bonne part même les actions les plus innocentes.Uune lueur de colére flambait dans les yeux de Claude.Mais sa vo'onté s'était tendue au point qu\u2019il paraissait très caime.Et 1l salua, au passage, une jolie femme qui les croisait, tandis qu'il interrogeait, impératif sans s\u2019en rendre compte: \u2014Que vous a-t-on dit sur Ariane et Ghislain?Il me paraît plutôt utile de le savoir.si possible ! \u2014Rien, bien entendu.Vous pensez bien que, vous et moi, nous serions les derniers à connaître les propos des bonnes âmes sur ces jeunes gens, qui affichent leur amitié avec une candeur désarmante., et significative.\u2014Ghis'ain est un gamin encore, et, pour Aria- ne, un simple camarade.\u2014Je le crois aussi.Mais, écoutez-moi, Claude, puisque le hasard amène cette conversation, croyez-en ma vieille expérience, ne laissez pas \u2014 ainsi ces enfants déambuier à travers Paris en tête-à-tête, se montrer tranquillement ensemble dans les thés, aux concerts.expositions, etc.Aria- ne étant charmante,\u2014je le remarque comme tout le monde.\u2014Ghislain trés beau, ils attirent inévitablement l\u2019attention.Et, aussi b:en que moi, vous savez combien vite, en notre milieu, les potins naissent sur les jolies femmes très en vue, par suite, jalousées et convoitées\u2026 Surtout quand elles pratiquent le complet je men fichisme d\u2019'A- riane et que le.sigisbée est, comme de juste, follement amoureux de sa dame.Claude, cette fois, ne put réprimer un mouves ment.Attentif, il avait écouté, le visage dur, dominé tout à coup par une furieuse volonté d\u2019apprendre ce qui se disait, entre les branches ou même ouvertement.Mais, ctte fois, il interrompit Mussigny : \u2014Vous aussi, vous croyez Ghislain épris d\u2019A- riane?Pourquoi?.\u2014Parce que je l\u2019ai vu près d\u2019elle, bien des fois, surtout parce que j'ai été saisi de l'expression dé son visage, le jour où, me trouvant chez lui, J'y ai vu afriver Ariane porteuse de fleurs et gâteaux; \u201cpour leur goûter\u201d, m\u2019a-t-elle d\u2019ailleurs expliqué avec une sincérité évidente, qui a dissipé le plus gros de mon étonnement.Mais, tout de même, je suis resté un peu.ébahi du caractère d\u2019intimité qu'a pris leur amitié.Et, finalement, j'ai emmené avec moi cette petite qui, vraiment, sans malice, je suppose, induisait à plaisir son ami en tentation.Je l\u2019ai même un peu chapitrée a ce sujet.\u2014Je vous en remercie, vous avez eu parfaitement raison, dit Claude, à qui l\u2019orgueil donnait la force\u2018 de dissimuler complètement l'espèce d'anxiété qui, tout à coup, l'étreignait.Je sais que, en effet, Ariane, après la visite faite avec moi à Ghislain, est retournée un peu plus tard prendre encore de ses nouvelles.Elle me l'a dit.Mais je n\u2019avais pas compris qu\u2019elle fût montée chez lui.Elle a eu tort.Elle aurait dû se contenter de renseignements pris chez le concierge.Je vais tâcher de la rendre plus correcte, pour l\u2019avenir.\u2014Et j'estime \u2018que vous aurez raison, fit légèrement Mussigny qui, en son for intérieur, était très \u2018\u201cembêté\u201d l\u2019avoir provoqué cette conversation par sa réflexion, jetée à l\u2019étourdie.Et cependant.cependant, il n'\u2019arrivait pas à regretter d\u2019avoir mis en branle l\u2019attention de Claude, sans le chercher.Tant lui avait été.désagréable, l\u2019arrivée familière d\u2019Ariane chez Ghislain de Kerdanec Certes, elle semblait trés éprise de son mari.Mais l\u2019expérience avait rendu Mussigny sceptique sur la constance des coeurs féminins.Et, souriant, malgré lui, de l\u2019ironie de ses soudaines préoccupations morales, il reprit: \u2014Vous devez me trouver d\u2019un puritanisme bien imprévu!\u2026 C\u2019est que, en l\u2019occurrence, il ne s\u2019agit pius de moi, mais de notre petite.Et je vous ai livré mon sentiment intime \u2014dont vous ferez.ce que vous jugerez bon.\u2014parce que nous sommes solidaires quant a la réputation de cette jeune imprudente.Pour ma part, jestime qu\u2019il ne faudrait pas laisser l\u2019amitié de ces enfants, très innocente, en réalité, paraître, aux yeux du public, une amourette, sinon de l\u2019amour tout court\u2026 \u2014Non, il ne faudrait pas, en effet, articula- Claude, avec une sorte de rire sec.Ariane, vous avez raison, a, pour l'opinion du monde, un dédain que je partage trop pour avoir essayé de l\u2019en corriger.Je vois que c'était une sottise et je vais m'appliquer à l\u2019en persuader.- Merci de me l'avoir rappelé.Pendant ces derniers mois, je me suis laissé absorber par le désir de mener ma nouvelle pièce à bonne fin, et j'y ai un peu perdu la notion de la réalité.\u2014Vous l'avez terminée?interrogea Mussigny, \u2018 soucieux de mettre un point final à cette fâcheuse conversation.\u2014Oui, fit-il, distraitement\u2026.A peu près, Mussigny n'\u2019insista pas.\u2018 Comme l'heure avançait, il appela un taxi et quitta son gendre avec un vif sentiment de délivrance, que Claude partageait.Machinalement, resté seul, celui-ci continua de marcher seul dans l'avenue, pareil & un homme étourdi par un formidable choc, dont il subit encore I'ébranlement.Les noms de Ghislain et d\u2019A- riane se heurtaient dans son cerveau, y éveillant \u2014 83 \u2014 Vol.18, No 12 LA REVUE un tumulte si violent qu\u2019il ne parvenait pas à réfléchir, pour pénétrer le sens de la visite d'A- riane chez le jeune homme.Cette visite qu\u2019elle lui avait cahhée et dont le caractère d'intimité devait être bien particulier pour avoir pu effaroucher l'immense indu'gence de Mussigny.Après tout, cette visite n\u2019était peut-être pas la première! De là, l\u2019aisance d\u2019Ariane\u2026 L'idée l\u2019atte\u2018gnit en piein coeur, y creusant l\u2019abime du doute et de la jalousie! Comment la pensée que l\u2019amour pût naître entre Ghislain et Ariane, sans cesse l\u2019un avec l\u2019autre, comment cette pensée si simp'e ne l\u2019avait-elle jamais effleurér D'où venait sa foi absoiue et im- sensée?.De la loyauté de Ghislain?\u2026 Quand souffle la passion, même chez les plus dro:ts, la loyauté devient un fétu de paille.Il ne l\u2019ignorait pas, cependant! Mais Ariane, sa fière petite Ariane, si exquise- ment amoureuse! .Etait-ii donc possible qu\u2019elle se fut attachée à un autre, tout en restant pour lui la femme qui le grisait?\u2026 Tout est possible, en cet ordre de choses.Il avait bien trop d'expérience pour ne pas le savoir.Et puis, Ariane était la fille de Mussigny, dont | vie privée eût pu fournir matière à une chronique d\u2019amours inconstantes Elle-même le lui avait déclaré audacieusement, sa conscience, c'était son bon plaisir ou sa peine.Sans scrupudes, prétendait-elle,.et il avait crua une boutade!\u2026 elle allait vers œ qui l'attirait, insouciante de ce qu\u2019il en adviendrait\u2026.De plus, elle supportait mal, cela aussi il le savait, qu\u2019il donnât une large part de sa vie à sa carrière, dont elle était jalouse.Alors?.Il murmura, inconsciemment: \u2014Mais, c\u2019est à devenir fou! Comment retrouver la \u2018paix en acquérant une certitude?Oui! comment?\u2026 Si Ariane était résolue à se taire, elle défendrait farouchement son secret.Et Ghislain, bien entendu, saurait ne pas la trahir.Une œrtitude?il en avait une déjà, celle de la visite où elle était arrivée, comme à un rendezvous, sous prétexte de goûter.apportant des fleurs.Sa raison essaya une explication.\u2014Ghislain était souffrant, triste., solitaire.Mais sa raison, soudain, était devenue sans puissance.Il fouillait dans sa mémoire.Et sa blessure s\u2019avivait.Un matin, il s'en souvenait, le matin même où il avait un déjeuner d'hommes, elle lui avait dit que, passant près de chez Gh:slain, elle prendrait de ses nouvelles.Et il l\u2019avait laissée aller\u2026 distrait\u2026 sans objection.C\u2019était inoui, cette confiance Ah! il leur avait fait la partie belle!.\u2026 Et voici qu\u2019un autre souvenir revivait, d\u2019une précision terrifiante\u2026 Le soir de ce même déjeuner, elle et lui dinaient en ville; et, pendant le repas qui les séparait, son regard l\u2019avait cherchée, comme souvent, dans le monde.Alors, il avait été surpris de l\u2019expression inaccoutumée de son visage, une étrange expression de rêve, de rêve enivré\u2026 Surpris aussi de l\u2019éclat des yeux, qui avaient un\u2019 regard lointain, dans leur flamme lumineuse.Elle ne causait pas, visib'ement loin de cette salle où, sule, était présente, en cette minute, sa forme charmante.POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Et il se- souvenait de s\u2019être demandé quelle pensée la transfo-ma: 't ainsi.Puis, son voisin lui avait parlé.Son masque passionné avait disparu, et \u20ac elle était redevenue, à peu près, l\u2019Ariane mondaine, capricieusement séduisante.Ce jour-là, avait-alle donc encore vu Ghislain?Toujours l'inconnu.Et se heurter à cet inconnu lui était une telle souffrance, qu\u2019il comprit nettement son impossibilité d\u2019en accepter la torture, un seul jour même.XX \u2014Comme tu rentres tard, Claude! s'exclama-t- elle, le voyant apparaitre dans le petit salon ou eile feuilietait une revue, pour distraire son attente.Au hasard, il jeta une explication: \u2014J\u2019avais mal a la tête.Je suis sorti un peu.\u2014Tu as l\u2019air très fatigué encofe!\u2026 Ta promenade ne t\u2019a pas fait grand bien.\u2014Non, maheureusement\u2019.Ces propos famil\u2018ers sonnaient étranges dans son cerveau, tenaillé par l'ango\u2019sse du doute.\u2014Si j'avais su que tu comptais sortir, je serais allée avec toi, continua-t-eile.Pour peu que je ne t'aie pas paru génante.\u2014Jamais tu ne me gênes! \u2014Oh! sil.Ohl que sil.Et l\u2019indéfinissable expression que Claude détestait erra dans son sourire.Le domestique annonçait le déjeuner.Ils passèrent dans la salle à manger.Aussitôt, Claude sentit quel supplice ç\u2019al!ait être de se maîtriser pour ne pas chercher, immédiatement, la certitude, b'enfaisante ou affreuse, qu\u2019à tout prix il lui fallait.Sans soupçon .du drame qui se déroulait en lui, elle causait, avec sa vivacité amusante.Mais, peu à peu, s'apercevant qu\u2019il répondait à peine, elle le crut tombé dans une de ces crises de silence où l\u2019entraînait parfois l'étude de quelque conception nouvelle, Et elle ne parla plus, son esprit ramené vers ses personnels sujets d\u2019intérêt.Lui, l\u2019observait comme il aurait regardé une étrangère.D\u2019un coup d'oeil aigu, il enveloppait la forme flexible et svelte, la chair veloutée des bras, du cou, du visage, où l\u2019ombre des cheveux abritait le mystère des yeux qui savaient dire tant de choses., le dessin caressant des lèvres.ces lèvres dont il avait cru être seul à connaître le baiser.Et, sans pitié, il jugea sa folie d'avoir laissé Ghislain respirer le parfum de cette jeunesse tentatrice, librement.de tout prés., si souvent!.\u2014Pourquoi m\u2019examines-tu avec tant d\u2019aten- tion?Claude, interrogea-t-elle tout à coup, surprise de l'expression des yeux de son mari, arrê- \u201ctés sur elle.La voix mordante, il dit lentement: \u2014 J'essaie de me rendre compte de l'impression que tu peux produire sur un homme très jeune.\u2014J\u2019espère bien que cette impression serait excellente! \u2014Tu es très.coquette.Avec une moue joyeuse, elle riposta: \u2014Est-ce donc de la coquettere de préférer étre trouvée gentille, plutôt.qu\u2019autrement ?À moi, ça semble tout naturel, \u2014\u2014 84 \u2014 - \u2014 Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 [1 ne répondit pas.Le domestique rentrait pour le service et, jusqu à la fin du repas, il s\u2019imposa de causer avec elle de choses indifférentes.Mais, à son tour, elle était devenue distraite, surprise de la bizarre façon d\u2019être de Claude.Elie ne se rappelait pas l\u2019avoir jamais vu ainsi\u2026 Peut-être, tout simp'ement.il était victime de la mig-aine dont il venait de se plaindre en rentrant.Et elle le crut plus encore quand, le café servi, il le but en hâte, puis lui dit: \u2014Excuse-moi\u2026 Je vais me reposer un instant dans mon cabinet.\u2014Oh! Claude, tu n\u2019es pas souffrant?\u2014Nuliement.Je t'ai dit que j'avais la tête un peu fatiguée.Et puis, j'ai besoin de réfléchir.Elle pensa qu\u2019une pièce nouvelle s\u2019élaborait en son cerveau et ne le questionna pas davantage.Mais, tout bas, elle se demandait si un simple mal de tête était suffisant pour expliquer la contraction de ses traits et en accuser pareillement les lignesP.\u2026.Avait-il un ennui grave?.\u2026.Le lui demander serait inutile.[I lui répondrait, ure fois de plus, la traitant comme une enfant gâtée, à qui tout souci doit être épargné: \u2014Ne t'inquiète pas, mon petit.Je n'ai rien qui vaille la peine de t'en parler.Songeuse, elle le laissa passer dans la bibliothèque voisine du petit salon.Mais l'impression éveillée en elle par son allure et ses paroles demeurait si pénible que, pour y échapper, elle se réfug'a au piano, avec le désir de chanter les mélodies bretonnes de son ami, qui bercœraient la secrète blessure que Claude venait de lui faire.Ce ne fut pourtant pas l\u2019une de ces mélodies que ses doigts modulèrent, mais le poème qu\u2019il lui avait offert, en un jour inoubliable.À demi- voix, elle en commença les premières strophes, pour elle seule, recueillie dans un rêve que voilaient ses paupières abaissées\u2026.Puis la voix s\u2019éleva, sans qu\u2019elle s\u2019en aperçut, parce que le poème déployait ses ailes comme un oiseau merveilleux qui l\u2019'emportait dans son vol.\u2014Qu'\u2019est-ce que tu chantes-là, que je ne connais pas?Claude était sur le seuil de la pièce.Dans la bibliothèque, la porte demeurée ouverte, il avait dû l\u2019écouter.Elle se redressa, brusquement rejetée hors du rêve, et regarda le Claude inconnu qu\u2019elle voyait surgir, autoritaire et rude.oo \u2014Ce que je chante?.La dernière composition de Ghislain.\u2014Jamais je ne l'avais entendue.\u2014Non, il me l'a récemment donnée a déchiffrer.Oh! ce lien maudit de la musique! Comment l\u2019avait-il, stupidement, laissé s'établir entre eux et pourrait-il le briser?Mais cela, c\u2019était l\u2019avenir.A heure présente, seule, une implacable volonté le tenait entre ses griffes.Celle de savoir.\u2014Récemment?.Quand donc?\u2026 Avant son accident?\u2014Non, depuis.Mais, me diras-tu, Claude, ce que signifient ces questions, prononcées sur un ton.que.que je ne suis pas habituée à entendre et préfère ne pas qualifier! Il sentit qu\u2019elle se cabrait; tout de suite, révoltée contre le joug senti et il songea: \u2014Si je lui parle impérieusement, elle ne dira rien.Il faut être patient.très doux.Mais il comprit, en même temps, que son angoisse, exaspérée par la réflexion depuis que ce doute tait en lui, son angoisse lui rendrait cette prudence impossible.Il essaya pourtant de se dominer.\u2014Ai-je pris un ton qui te blesse?\u2026 C\u2019est involontairement\u2026 Mais j'ai été surpris.très surpris par tes paroles.Tu as donc revu Ghislain depuis.depuis que nous sommes allés ensemble chez lui?I] espérait, contre toute évidence, qu\u2019elle allait réporidre: \u2014Non, il m\u2019a envoyé ces feuilles manuscrites.Mais, quoiqu\u2019elie elt pili, elle dit, avec une aisance qui semblait le braver: \u2014Oui\u2026 j'y suis retournée.\u2014Pourquoir.Explique pour quelle raison?.\u2014Parce que cela m'a convenu! répliqua-t-elle, hautaine.Cette fois, une flamme avait passé sur son visage et ses yeux étincelaient.\u2014Ah ça, Claude! qu\u2019est-ce que cœ subit accès de jalousie.Me diras-tu enfin.franchement, le motif qui le provoque?.J'ai l\u2019horreur et le mépris des insinuations.Il saisit et rejeta violemment un cahier de musique, sur le piano, d\u2019un geste inconscient.\u2014Tu m'as.donné le droit de te demander des explications, en me taisant des visites dont le plus élementaire sentiment des convenances aurait dû te garder.Que, moi, je t\u2019aurais formellement interdites.\u2014Vraiment?.Tu oublies un peu trop qu\u2019entre nous, il a été convenu que nous ferions de nos heures de liberté ce qui nous plairait personnellement.Je ne t'interroge jamais sur la façon dont tu emploies les tiennes, consacrées, prétends-tu, a ton travail.Tu me dois la méme confiance! \u2014Oui, à condition que tu le mérites.\u2014Cette confiance.subitement, aujourd\u2019hui, je ne la mérite plus?à ton avis?\u2014Nonl\u2026 puisque tu ne te conduis pas ainsi que doit le faire une femme, quand elle a le moindre souci de sa réputation.Elle haussa les éphules et, dédaigneuse, articula, un grondement d\u2019orage dans la voix: \u2014Est-ce que je me soucie de ma bonne ou de ma mauvaise réputation ?\u2026 Je fais œ qui me convient.et, bien entendu, peu m\u2019importent les conclusions tirées pai les gens qui jugent à tort et à travers, sans rien savoir, avec une méchartœté stupide.Oui, je suis allée chez Ghislain de Ker- danec souffrant, sans me cacher.Je t'en ai averti et père m\u2019y a vue.\u2014Tu savais que tu trouverais ton père chez lui ?\u2014Non! \u2014Tu m\u2019as prévenu, moi, que tu comptais monter chez lui, en allant prendre, soi-disant, de ses nouvelles?\u2014Non! Elle répondait avec une netteté audacieuse, non pas en petite fille insolente, mais en femme consciente de ce qu\u2019elle dit et acceptant la responsabilité de ses paroles, dont elle méprise l\u2019importance, : \u2014Pourquoi es-tu allée chez Ghislain?\u2014\u2026 BD an Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 \u2014J\u2019avais besoin de causer avec lui, sans tiers entre nous.; \u2014Qu'avais-tu à lui dire?.\u2026 Je veux le savoir.Ces derniers mots iui étaient échappés.S'il n\u2019en avait compris aussitôt le mortel danger, il en aurait eu la révélation sur le visage d\u2019Ariane, Il venait de parler en maître et il comprit qu\u2019elie se fût laissé briser plutôt que de répondre à une question, prononcée sur ce ton.Une seconde, l\u2019étau qui broyait Claude se desserra.\u2014Alors, qu\u2019allais-tu faire chez lui?\u2014Le voir.parce qu\u2019il était souffrant.\u2014A quel titre?\u2014Celui d\u2019amie.\u2014Alors, va-t-en le rejoindre.Tu es libre.L'\u2019amour que j'avais pour toi n\u2019est plus qu\u2019une loque salie que je voudrais pouvoir rejeter au bout du monde.Va-t-en!.Le malheur est entré dans ma vie le jour où je t'a: rencontrée! Elle le laissait dire, les mains crispées, toute droite, et son jeune visage avait une rigidité in- flex'ble et sombre qui faisait d\u2019elle une femme que Claude n\u2019avait jamais vue.D\u2019une voix sans timbre, elle articula: \u2014Tu as raison.Nous n\u2019avons plus qu\u2019à nous séparer\u2026 Mais tu te souviendras que\u2026 ce qui arrive aujourd\u2019hui, tu en es responsable.\u2014Moi?.\u2014Oui, toi! Tu as voulu, par-dessus tout, vivre pour ta carrière, tes pièces, tes articles, tes livres, tes artistes, pour le monde, pour tout ce qui t'intéressait.Bien plus que pour la gamine amoureuse que tu voulais seulement voir en moi.\u2014Ce n\u2019est pas vrail.jeta-t-il impérieusement.\u2014Si, c'est vrail.Tu m\u2019as aimée.pour toi ! comme une espèce de poupée vivante, dont.le corps, la jeunesse, la personnalité, neuve pour ton goût, te plaisaient, t'amusaient.J\u2019étais le repos.Mais tu ne t'es pas mis en peine de m'apprendre à vivre en femme.Tu savais pourtant, quand tu m\u2019as épousée.\u2014je te l\u2019ai dit, répété, là-bas, à Morgat,\u2014que j'étais une petite fille depuis son enfance livrée à elle-même, que personne n\u2019avait moralement dirigée, que personne n\u2019avait avertie du danger de suivre uniquement son bon plaisir.D'ailleurs, cela, comment l'aurais-tu fait?Tu vivais selon le même principe que mo:! Et.de même, plus ou moins, tous ceux que je côtoyais\u2026., sauf Ghislain et Dominique.Aussi ces deux-là ont reçu une part de mon coeur que je n\u2019ai donnée\u2026 ni n\u2019ai été tentée de donner à nul autre.\u2014Ariane!.\u2014Laisse-moi dire.Je veux que tu saches, pour comprendre.Oui, peut-être, tu as raison, j'étais ridiculement exigeante en te voulant tout à moi.Oui, c\u2019était un désir d\u2019enfant gâtée, un désir puéril\u2026 tyrannique, indigne d\u2019être pris au sérieux.Mais enfin, c\u2019était un désir de femme qui aime follement! Tout sacrifice pour l'amour de toi m\u2019aurait été une joie, si tu avais pris la peine de me le demander, avec l\u2019accent qu\u2019il fallait.Mais voilà!\u2026 Tes plaisirs d'intellectuel t\u2019occupaient trop pour que tu perdes ton temps à déméler ce qui se passait dans le cœur de ta femme-enfant.Trop altérée de ton amour, elle! Tant pis pour toi, si, ailleurs, j'ai trouvé ce que tu ne me donnais pas! \u2014Tais-toi.tu mens! Je t'en supplie, ne te calomnie pas ainsi! Immobile, il l\u2019avait écoutée à son tour, sans.même un geste pour l'arrêter.Mais le cri de sa révolte lui échappait.Elle secoua la téte.\u2014Je ne mens pas.Je ne me calomnie pas.Je dis ce que j'ai éprouvé.ce qui est.pour notre malheur! \u2014Ariane, défends-toi!\u2026 mais défends-toi donc! Réponds-moi que, étourdiment.tu as mis les apparences contre toi.Par ma faute, je 'admets.Certains de tes reproches sont justes.Jure-moi que tu m'aimes encore! Une seconde, l\u2019ombre d\u2019une hésitation détendit le visage sombre d\u2019Ariane\u2026 Il eût trouvé le mot qu\u2019il fallait pour la reconquérir.et la tempête s'éloignait.Mais elle eut l'intuition du doute terrible qui désormais vivait entre eux et elle fit un geste négatif: \u2014A quoi bon jurer?.Demain., ce soir.,, plus tôt encore, tu ne me croirais plus.Imagine tout ce que tu voudras.La vérité est à moi, je la garde ! Il recula.\u2014Garde-la\u2026.C\u2019est à Ghislain lui-même que je vais la demander.Et il faudra bien qu\u2019il me la livre., si abominable soit-elle! La bouche frémissante, elle martela: \u2014Ce n\u2019est pas maintenant qu'il te la livrera, en tout cas.11 n'est pas à Paris.Claude la considéra avec stupeur.\u2014Ghistain n'est pas a Paris?.Allons donc! Tu imagines cet invraisemblable départ pour m\u2019empêcher de l\u2019aller trouver! Elle eut un geste d\u2019épaules, sans daigner même répondre.Et Claude sentit alors l\u2019aveugle tentation d\u2019user de sa force pour la traiter ainsi qu\u2019une enfant insolente et rebelle.De toute sa volonté, il parvint à se maîtriser, pourtant.\u2014Où est-il?\u2014Il voyage.\u2014Comment le sais-tu?\u2014I1 m\u2019a envoyé un mot d\u2019adieu.\u2014Natureilement!.Ma question était plus que naive!.Eh bien, maintenant, tu vas me dire où je peux le joindre, pour que nous nous expliquions\u2026 puisque tu as refusé de me répondre.\u2014Je ne connais pas son adresse.\u2014Tu mens!.Cette adresse, tu ne veux pas me la donner.parce que tu as peur pour ton ami.Soit! chez lui, je la saurai.\u2014Va.trouve-le.Il te répondra.comme il jugera devoir le faire.Mais tu peux lui dire que, moi, je l\u2019autorise à te confier toute la vérité.Encore une pause.Puis, d\u2019un accent giacé, elle interrogea : \u2014Tu n'as plus rien à me demander, n\u2019est-ce pas?.Alors, adieu! Ciaude.Elle se détournait.Il n'eut ni un mot ni un mouvement pour la retenir.L'ind:gnation, la colère, l\u2019orgueil les étreignaient tous deux, domptant l'instinct désir qui criait en eux.Lui, de l\u2019attirer sous les lèvres pour une suprême interrogation.Elle, d\u2019en appeler au coeur qui, jadis, l\u2019avait si amoureusement élue et, aujourd\u2019hui, la rejetait sans pitié.ET) Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Elle rentra dans sa chambre.Lui, pensait: | \u2014Jl faut que je sache! XXxi \u201d Il avait, moralement.ia certitude qu\u2019Ariane lui avait dit vra:, quant au départ de Ghis!ain.Pourtant.sans hésiter, il se rendit chez le jeune homme.Là, le vieux domest que lui répondit, avec sa tranquillité somnolente, que, \u2018depuis quatre jours, M.le comte était parti en voyage, disant qu'il enverrait son adresse sous peu\u2019.Mais l'adresse n\u2019était pas encore parvenue et des iettres l'attendaient.\u2014Montrez-ies moi, dit Claude, d'un accent d'autorité si impérieuse que le vieillard e%aré, lui tendit.sans discussion.quelqu.s enveloppes.Aucune ne portait : écr.ture d\u2019Ariane.Parbleu! malgré ses dénégations, ele savait bien où écrire directement.II quitta la maison, écrasé par la sensation de se mouvoir dans un cauchemar.Le bouleversement de sa vie était d'une brutalité si soudaine qu'il y perdait la notion de la réalité, la possibilité même de concevoir et de juger avec lucidité.D'instinct, pour essayer de ca.mer sa fièvre, il s\u2019en alla au hasard des rues, s'efforçant de ne pas penser, acharné à observer les choses extérieures, tandis que son cerveau se débattait dans le dé- daie où le hasard venait de le préc/piter.La chute du jour seule.ie ramena vers sa maison et lui rendit la conscience qu\u2019il ne pouvait ainsi continuer à a SU ; d Ç 4 As ee p a uid ei Dé à x 2 DY B SRT A 3 Le «oc ; Î i pe by re y .20 de.Lee as A 35 AR a oP EN = Cay cr + a = x k ; = 0k s [HEY x net k ! ym / A Pp a i ain | A! D ih A I | | | aii Où vont les ours l'hiver! rait, au coeur de l\u2019hiver, une injection hypodermique d'extrait de thyroïde sortirait de son lourd sommeil pendant quelques heures.C\u2019est pourquoi, par suite de l\u2019engourdissement, en quelque sorte, de cable et il n\u2019est plus capable d\u2019aucun effort.En dépit de son épaisse fourrure et de la bonne température d\u2019automne, ses os se glacent.Et les choses vont ainsi de mal en pis jusqu\u2019à ce que, ne se sentant plus propre à rien, \u2014 94 \u2014 Val.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE 1 Ut PI PAPE .tat à var ee + 4 t) ide PRR ERAT) (29 \" Lt) distalet tits th Ltt itd tg prier Ca Po ALT LE LT fe RAR IGS ICL CLR HS LLL EEE Ladle A dati tht dete petit ld of BUELL HAA HA LAN A A Ba i i ¢ 4 Montréal, décembre 1925 il lui reste juste assez de force pour se creuser un terrier sous un arbre abattu, s\u2019y enterrer et se laisser aller au sommeil.Et alors, durant tout l\u2019hiver il lui restera juste assez de chaleur dans le corps pour ne pas geler.dous les eaux glacées, dans la boue froide se tiennent les tortues et les grenouilles et sous l'écorce des arbres le peuple des insectes.Les serpents rampent sous les troncs d'arbres et les grenouilles des bois s\u2019enfouissent sous des monceaux de feuilles mortes et s\u2019engourdissent.Si l'ours se ménage une petite ouverture entre les feuilles et la neige qui recouvrent son trou, on peut dire que la plupart des animaux hibernants se passent d'oxygène pendant tout l\u2019hiver.On connaît l\u2019expérience de la chauve-souris.Une chauve-souris endormie fut placée dans l\u2019eau pendant seize minutes et dans une pièce saturée d\u2019un gaz mortel pendant dix minutes sans qu'elle en souffrit le moindrement.Quand elle fut éveillée, le printemps revenu, on la remit à l\u2019eau et au gaz pendant en tout trois minutes et elle mourut.L\u2019HIBERNATION DES ABEILLES EN PLEIN AIR (Notes des fermes expérimentales) Trois choses sont nécessaires pour bien hiverner les abeilles : (1) une nombreuse population de jeunes abeilles dans la ruche, (2) des provisions saines en abondance \u2018et (3) une bonne protection.C\u2019est courir à un désastre que de négliger l\u2019une ou l\u2019autre de ces choses.On unira donc ensemble les colonies faibles en automne et on n\u2019attendra pas plus tard que la première semaine d'octobre pour donner les provisions d\u2019hiver.Quant à l\u2019époque où la protection doit être donnée aux ruches, elle dépend de la méthode employée.Le système qui consiste à hiverner les abeilles en plein air se répand de plus en plus; on hiverne aujourd\u2019hui les abeilles dans de simples caisses d\u2019emballage où l\u2019on s\u2019'imaginait autrefois qu\u2019elles ne pourraient résister au froid.Ces caisses sont faites pour contenir une ruche, deux ruches ou quatre ruches; les dernières sont les plus économiques, car il faut moins de matériaux pour chaque ruche.Mais quelle que soit la caisse dont on se sert, il faut qu\u2019elle soit assez grande pour que l\u2019on puisse mettre de 4 à 6 pouces de \u2018\u2019bourre\u2019\u201d\u2019 ou *\u2018substance isolante\u2019' entre les ruches et les parois de la caisse, sur le fond et sur les quatre côtés, et de six à huit pouces sur le dessus avec un espace d\u2019air d\u2019au moins un pouce entre l'emballage du dessus et le couvercle de la caisse.Les ruches sont mises serrées l\u2019une contre l'autre dans les caisses, sans bourre entre elles.Il faut aussi pourvoir à une galerie entre l'entrée de la ruche et le trou de vol qui est pratiqué dans la caisse.Les colonies que l\u2019on hiverne par ce système sont mises dans les caisses vers la fin de septembre ou au commencement d\u2019octobre et on les entoure de bourre immédiatement.On enlève les couvercles des ruches pour pouvoir mieux les rapprocher.Dès que les colonies sont dans les caisses, on leur donne toute la nourriture que les abeilles peuvent absorber.Le nourrissage doit se faire aussi régulièrement que possible, et dès qu\u2019il est terminé, on recouvre les ruches .d\u2019une couverture ou d\u2019un sac et l\u2019on met la bourre par dessus ce sac.Les 5 OD =a Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 abeilles n'exigent pas d'attention jusqu'au printemps suivant.Les abeilles hivernées en dehors doivent être protégées contre les grands vents par un bon brise-vent.Pour plus de renseignements à ce sujet, écrire au Bureau des Publications, du Ministère fédéral de l\u2019agriculture ou au Service de l\u2019apiculture, ferme expérimentale, Ottawa, pour demander le feuillet n° 22 sur \u201cL\u2019hi- vernement des abeilles au Canada\u201d qui est distribué gratuitement.o-\u2014\u2014\u2014 GRES FELES Préparez avec de l\u2019eau et du sucre un sirop concentré, mais encore liquide.Versez cette solution dans le pot à réparer.; Inclinez ce récipient de manière que la solution arrive en contact avec la fente.Il s\u2019agit de faire pénétrer cette solution à l\u2019intérieur de la fente.On opère au-dessus d\u2019une flamme de gaz pas trop chaude et en changeant constamment le point d'attaque de cette flamme, pour éviter un éela- tement du récipient.Au bout de peu de temps, la solution a traversé et vient charbonner à l'extérieur.Arrêtez l\u2019opération et le pot est solidement et définitivement obturé, parfois même recollé.O Les manières sont l\u2019ornement de l\u2019action: et il y a une façon de dire une bonne parole ou de faire une chose obligeante qui en rehausse singu- lièremént le prix.+ % * L'homme juste n\u2019est pas celui qui ne commet point d'injustice, mais celui qui, pouvant être injuste, ne veut pas l\u2019être.x % * M n\u2019est pas de succès qui puisse compenser le mal qu\u2019une nation se fait à elle-même quand elle renonce à prendre la justice pour la loi suprême.CE QUI FAIT LE SUCCES D\u2019UN LIVRE Une maison d\u2019édition de New-York a demandé à sa clientèle pour quelle raison elle avait lu un de ses livres, dont le succès avait été éclatant.711 personnes ont répondu qu\u2019elles avaient lu le livre dont il s'agissait, parce que des amis leur en avaient dit du bien.408 l\u2019avaient lu sur la foi de comptes rendus élogieux publiés par les journaux.114 parce qu\u2019elles avaient trouvé, de ce livre, dans certaines revues, des extraits à leur goût.86 parce qu\u2019elles appréciaient particulièrement l\u2019auteur, dont elles avaient lu de précédents ouvrages.84 parce qu\u2019elles l\u2019avaient aimé en feuilleton et voulaient le relire en volume.| 23 enfin l'avaient acheté parce qu\u2019elles tenaient à être au courant du mouvement littéraire et à pouvoir parler de tous les livres nouveaux dans les salons.oc TRESORS On mande de Mexico qu\u2019une Américaine vient de découvrir, dans l\u2019E- tat de Sonora, sous les fondations d\u2019une chapelle en ruines, trois sacs contenant des pièces d\u2019or espagnoles du XVIIe siècle et six lingots d\u2019argent.L'\u2019Américaine en question avait procédé aux fouilles d\u2019après les indications d\u2019une Mexicainè fixée aux Etats- Unis et qui lui avait remis un plan et des documents dont sa famille était en possession depuis des siècles.On estime à 750.000 dollars la valeur du trésor découvert.| Vol, 18, No 12 Sli WERT ; ¢ yt elle ereyist ?Ltn i td ray rie LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 x om CL OT OO OT AT OO TC ET TE I TENT : | | EH I I CC FOOD M.Alphonse Labitte, attaché au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, raconte sur le courage et le génie des guêpes l\u2019anecdote suivante: \u201cUne forte colonie de guêpes (Vespa media) construisit son nid dans une haie formant en partie cloison de mon ermitage.Les guêpes avaient choisi pour l\u2019édifier une assez forte branche d\u2019Erable, à 5 pieds du sol environ; malheureusement pour elles \u2014et aussi pour moi, car j'avais le désir de faire sur elles certaines expé- riences\u2014ce nid était placé du côté extérieur de la haie bordant une route passagère; mais il se trouvait exposé au midi, et c\u2019était la raison du choix fait pour son emplacement.A la fin d\u2019août, la construction était complètement achevée, mais les feuilles qui la voilaient s'étaient écartées, et le couvert n\u2019était plus assez épais pour cacher sa rotondité et l\u2019abriter des regards des passants.Des enfants, un beau jour, le remarquèrent, et dès lors sa destruction fut décidée, malgré la surveillance que j'apportais a sa conservation.\u2019 Le ler septembre, le nid était encore intact.Le 4 au matin, je le trouvai tronqué à la base.Le lendemain, 5, la partie enlevée était refaite; seul le trou d\u2019entrée était un peu plus large que le trou primitif.Le 6, toujours au matin, le nid était tout à fait démoli; les gâteaux avaient été enlevés, sauf un que j'emportai; du dôme, il ne restait plus que la calotte.Ma surprise fut grande deux jours après, le 8, lorsque je vis dans des dimensions plus le nid entièrement reconstruit mais dans des dimensions moindres que le premier.Le 9, le nid reçut encore la visite des petits saccageurs.Les courageuses petites bêtes se remirent au travail, mais cette fois, contre toutes leurs habitudes, elles le construisirent horizontalement, en forme de dirigeable.Le 11, nouvelle ruée des vandales sur le pauvre nid et le 12, sa mutilation est encore plus complète.Le 16, les guêpes, sans se lasser d\u2019assister à leur ruine presque jours nalière, sans même chercher à se venger sur leurs bourreaux par quelques bonnes piqûres, se remettent à l'ouvrage; cette fois, elles bâtissent un nid plus restreint, une sorte de grosse boule; mais le 18, il est démoli de fond en comble, .et le lendemain 19, je ne trouve plus qu'une branche nue, sur laquelle une soixantaine de guépes sont groupées, serrées les unes contre les autres, n\u2019ayant plus aucun abri.Cependant, d\u2019un courage qui aurait pu désarmer les mauvais gamins, les guêpes recommencèrent la construction de leur demeure tant aimée; le 22, elle était déjà ébauchée ; le 26, une grande partie de la calotte est terminée, mais le 28, pour la sixième fois, je constate l\u2019anéantissement absolu de la dernière construe- tion qui était en vcie d\u2019achèvement modestes, et les guêpes exterminées.De toute la \u2014 07 \u2014 Er Am {x A RC ER PSN H hi Bl.i Be ro Voi.18 No 12 Montréal, décembre 1925 LA REVUE POPULAIRE ZN Va x ATA) < == Cf ~ UN of ro 7 Lo mt = ; 8 4 | = es 7 fg; a NR = = be TA 2 ÿ LA Ze -_ == = \u2014\u2014 \u2014_\u2014\u2014 \u201ca 7 \u2014\u2014\u2014 N =, 7 ) ) | ss Or = 2 f= = 7, tl = = Jr == f = 9 p27 rs ped : Cy A TE 2 Ho \u2014 3) ee.TLL Wr LL = pe > 4 Ÿ FE) hid Eo À = 3 = Cc) = 4 7 bre bre or bre S57 Ahi Ay LL \u2014 er A) 2 N = 77 7 Zi à == vr bre ur\u201d NS = = I 97 == 87 J rep 7e, U - = - = 27° NS nv bre Let) re 12 7 bre 167 Nil i NJ EP ra YA 7 -\u2014 i VEN tore : prs .a LPO pare EE , CCE ps => Seek = bre 22 197 6 7 bre | Q od 2 \"CT pp -\u2014\u2014 rr TTI tS 5 FA pe 2 | te ph er 7 25) AR CS A 27 if 5) ap CA 28 7 bre i tre 2 ER 7, 2 2587 à même figure 1 IL Ga pi Histoire illustrée d\u2019un nid de guêpes florissante colonie, il ne restait que dans ma main, elles ne firent aucune trois ouvrières inertes au milieu des défense et ne sortirent point leur ai- débris de leur nid.Lorsque je les pris guillon.\u201d ; | ; ; I RRR EER .19 No 2 \u2014 ERTIES AE TRE ME AEE Tee TET LA REVUE POPULAIRE TET Montréal, décembre 1925 IEEE EE IEE IEEE 0 * LES GRANDS LIVRES CATHOLIQUES af ! La Maison du Fou \u201c J La Maison du Sage à il : .ul ¢ Le Vin de ta Vigne $ ; Par LOUIS ARTUS + à EEE EE CE NN ME TENET EET (En vente à la librairie DEOM, 251 est, rue Sainte-Catherine, Montréal) Il existe en France, comme on sait, une élite puissante de jeunes écrivains catholiques qui travaillent au renouveau du sentiment religieux, de la poésie et de la spiritualité et à la diffusion d\u2019un mouvement néo-thomiste que soutient une forte presse et qui entraîne de nombreux prosateurs, poètes et auteurs dramatiques.Les principaux interprètes de ces aspirations sont Paul Claudel, Jacques Maritain, Henri Ghéon, Paul Baumann, Henri Massis; chez les ai- nés, Louis Bertrand, Joseph Bédier, Goyau, et enfin Louis Artus.Ge dernier publia, au mois de juin dernier, trois romans, édités par Grasset, qui remportent en ce moment un immense succès de librairie et dont toute la critique s\u2019est ardemment préoccupée.Ces ouvrages méritent, en notre pays catholique, d'être lus et répandus par tout le monde.Frédéric Lefèvre écrit à leur sujet dans \u2018Les Nouvelles Littéraires\u201d \u2018\u201cCes trois ouvrages constituent à ce jour toute l'oeuvre romanesque de M.Louis Artus à qui vingt-cinq ans de théâtre (tout le monde se souvient du succès de \u2018Coeur de Moineau\u201d) avaient acquis une célébrité assez dif- ferente de celle qu'il semble briguer aujourd\u2019hui.Toutefois, la brisure est plus apparente que réelle: M.Artus ne semble pas avoir tout à fait renoncé au théâtre puisqu'on applaudira de lui, la saison prochaine, une adaptation à la scène du Tristan et Yseult de M.Joseph Bédier.D'autre part, les trois romans dont on nous donne aujourd\u2019hui une réédition, sont des oeuvres que le roman- cler catholique portait en lui depuis longtemps.Il nous a même avoué que l\u2019étran- - ge nouvelle intitulée \u2018\u2019Le Moine\u201d qui ouvre le \u2018Vin de ta Vigne\u201d, îl l\u2019avait conçue lorsqu'il était encore élève de Philosophie.Cette nouvelle est inspirée par la conception assez surprenante à première vue et qui semblera paradoxale à plusieurs que \u2018l\u2019homme n\u2019a fait que tomber depuis la Création\u2019.Mais M.Louis Artus n\u2019est pas un moraliste morose.Le père de \u2018Coeur de Moineau\u2019 a gardé le goût-de la vie et le sens de l\u2019humour.\u201d Nous parlerons le mois prochain du SAINT-PAUL de Baumann.\u2014 99 \u2014 Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 es rE rT ETITE | LE CHENIL | \u2014 _ Ce - .\u2014 = \u2014 Par ALBERT PLEAU L\u2019EVOLUTION DES RACES CANINES Dans un récent numéro de La Revue Fopulaire, j'ai promis à nos amateurs de revenir sur le sujet si important, de l\u2019évolution des races canines.Le premier po'nt traité portera sur le populaire chien de berger allemand, dont M.C.Van Camp, de Montréal, nous donne dans \u201c Kennel and Bench\u201d, du mois de mai un résumé très restre.nt.Il débute en disant qu\u2019on lui a demandé d\u2019expliquer, ou de traduire si vcus le voulez, le mot allemand \u201cSieger\u201d, ce dont il s'acquitte par une tirade sur la maniére dontles ch.ens bergers allemands sont jugés, en Amérique et au Canada.Pour moi, le mot \u201cS'eger\u201d équivaut au titre de champion des champions dans une exposition de spécialité, ce qui veut dire expos'tion d\u2019une même race de chiens, organisée par un club qui spécialise, par exemple, le club de chiens de bergers du Canada, lequel ne s\u2019occupe que des races bergères.Monsieur Van Camp nous dit qu'au Canada, il suffit qu\u2019un chien gagne d'x points à différentes expositions et qu\u2019il soit jugé par trois juges différents pour obten.r son titre de champion, ce qu'il semble désapprouver.I! y ajoute: \u201cC\u2019est la raison pour laquelle je n'ai personnellement pas confiance dans ces prétendus champions\u201d.(Heureusement qu\u2019il a ajouté personnellement, car il a certainement réalisé que cela n\u2019entraverait en rien la marche du progrès canin).Monsieur Van Camp oublie que la plupart des expositions canadiennes organisées su vant les règlements du \u201cCanadian Kennel Club\u201d sont pour toutes les races sans exception, et chacune des races a droit de conquér.r pour le titre de champion de sa race.Monsieur Van Camp nous dit de plus que les choses ne se passent pas a.nsi en Europe; c'est b'en poss\u2018ble, puisqu\u2019il ne se fait que des expositions de bergers ai:emands, exclus vement.Donc, ce serait une grande erreur et chose impossible qu\u2019il y ait deux champions mâles, la même année.En Allemagne, on précon'se les expositions spéciales d\u2019une même race dans un but de com- erce, afin de faire un \u201cS'eger\u201d nouveau qu'on mettra en vente et qui rapportera un prix exorbitant.Tous les ans ils ont changé le type des races de chiens allemands afin de faire déprécier les types primés antérieurement pour nous imp'anter leurs nouveaux \u201cSieger\u201d.Monseur Van Camp nous parle de l'ignorance \u2018nexcusable de nos juges.Peut-être a-t-il eu à sæ plaindre de quelques-uns et cela avec raison, mais en disant qu\u2019il n\u2019y a pas de juges compétents ici pour juger le berger allemand, it se trompe.Il fait encore double erreur lorsqu\u2019il traite de farce, les concours de ch\u2019ens Policiers aux Etats-Unis et au Canada, disant qu\u2019on ne devrait pas prendre pour juges des hommes dont les seu'es connaissances ont été puisées dans ces concours de farce.(Quel est le plus farceur?) II dit qu\u2019il était présent à une exposition à Bruxelles où six ch:ens présentés n\u2019ont obtenu qu\u2019un second prix, étant jugés de qualité infé- reure et ne pouvant se classer premiers.Nous sommes d'accord avec lui et ces juges.Mais où est la différence de juger en Belgique et au Canada, puisqu\u2019il y a une clause dans les règlements du C.K.C.défendant aux juges d'attribuer des premiers prix à des animaux qui ne méritent qu\u2019un second ou un second à ceux qui ne méritent qu\u2019un \u2018troisème?D\u2019après cette clause qui est la clause 14 des règlements susdits et qui se lit ainsi: \u201cThe judge of each class shall withold any or all the prizes for want of merit\u201d, le juge peut même refuser de primer un animal, s\u2019il le trouve à propos.Au sujet des couleurs du chien de berger allemand, Monsieur Van Camp nous parle du (b'ack and tan) noir et feu, comme étant préféré; cela se peut pour quelques-uns et non pour tous, car cela est une quest.on de goût et non de race.On verra, parla suite de cet article.le rôle que la couleur a joué dans cette race si précieuse pour la bourse des éleveurs a lemands.Monsieur Van Camp nous dit qu\u2019il exposa\u2018t des ch:ens bergers allemands à Montréal, il ya douze ans.C\u2019est vrai, mais pourquoi exposait-il des chiens gris loup et à long poil?Nous al'ons le lui d're, ainsi qu\u2019aux amateurs de cette race qui n\u2019ont lu que l'ouvrage allemand de Von Stephanitz sur cette race et qui va disparaître dans un avenir très prochain.par le changement du Standard, ce qui va mettre les é'eveurs anglais et américains dans l'alternative soit de perdre les m'Ilers de dollars investis sur cette race ou de faire une race à part en conservant le vieux Standard.L'origine de cette race date du Xe siècle et elle a été créée par les Pères du Monastère de la vallée de Munzter en Alsace qui vinrent s\u2019y établir vers cette date et qui amenèrent d\u2019Ecosse quelques ch:ens bergers de leur pays.Ces chiens se cro sérent avec des loups de la rég'on et produisirent le chien de berger alsacien à poil \u2014 100 \u2014 II IPI SE SSRI RI] fr iG lon G } pr Vol.18 No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 gris foncé, à poil demi long, d\u2019autres à poil long avec les oreilles droites et la queue portée basse garnie de poil à l'extrémité.Cette race s\u2019est très ben conservée pendant des s.ècles, et quoique de peu d'apparence, était d\u2019une intelligence supérieure, et c'est ce qui les fit remarquer par les Allemands après la prise de l\u2019AI- sace à la France en 1870.Mais ce ne fut qu\u2019en 1888 qu\u2019ils commencèrent à s\u2019en emparer et à est aujourd'hui, le chien de berger allemand.Dans son livre, \u201cLe chien et ses races\u201d, publié en 1890, Otto Friedrick, une des plus grandes autorités du temps, ne nous parle aucunement du chien de berger allemand dit alsac\u2019en, mais il donne une descr.ption trés détaillée du chien de berger allemand qui existait antérieurement et, a cette époque, tout en déplorant sa disparition presque totale de l\u2019Ailemagne.Donc s\u2019il ne parle pas du chien de berger allemand moderne, c\u2019est qu'il n\u2019existait pas.C'est après avo.r constaté la disparition de leur chien berger allemand que les éleveurs de ce pays ont pensé à le remplacer et fnaturellement \u2018ls ont tourné leurs regards vers le berger aisacien.Mais il fallait le changer afin de tromper les gens et d'en faire leur chien national.Ils ont commencé par introduire du sang de loup, c\u2019est ce qui a donné le gris loup, et en examinant minutieusement le chien de berger allemand, on trouvera facilement les traces du sang loup, d\u2019abord par l'oeil petit et oblique placé dans la direction du nez.Chez le chien qui ne possède pas ce sang, l'œil s'ouvre plus à angle droit, comme chez l'homme.Les flancs relevés, la queue un peu touffue, un museau trop pointu avec un crâne trop léger, l'air sou-nois et méfiant, sont autant d'ind\u2018ces du sang loup.Encore un \u2018ndice du sang loup: chez le chien qui possède du sang loup, les deux doigts me- diants des membres postérieures sont plus développés que chez le chien ordinaire, où tous les doigts sont presque de même grandeur.De ce croisement, il en résulta que les sujets étaient nerveux et manqua.ent de caractère ; on songea alors aux ch'ens du Nord, I'Esquimau, et le grand sp.tz blanc, ce qui a fourni plusieurs couleurs disparates qu'on retrouve toujouks dans es portées.Les indices du sang Esquimau chez le berger allemand sont la queue roulée en trompette sur e dos, un crâne large, les oreilles courtes, planées bas, très écartées, j'ai même vu un spécimen qui avait le même physique que l\u2019Esquimau, moins la queue en trompette.On a aussi introduit du sang de Beaucerons rançais afin d'en changer la couleur, ce qui a robablement donné le noir et feu (black and an).Par la sélection et une attention toute particulière, on a réuss' à en faire un chien très es- imé des amateurs.Le premier sujet à être enregistré au livre des orignes al'emandes le fut en 1895.Au début la race qui était donné comme chien de travail mesura\u2019t pour les mâles 22 à 24 jpouces.Les femelles 20 à 22 pouces, et à poil iong.Aujourd'hui, le chien doit être à poil court.Comme c'était à leur avantage, les Al'emands ont jprimé des types un peu d.fférents chaque année, \u2014 l\u2019améiiorer physiquement pour en fare ce qu'il afin d\u2019activer leur commerce.De 24 pouces ils ont élevé la taille du chien à 26 pouces, puis ils ont primé des chiens de 2754 pouces dont Cito Von Bismarkain qui est aux Etats-Unis et dont la couleur est gris argent (Silver Grey).Il vint un moment où leur élevage ne leur donnait certa\u2019nement pas tous les bénéfices qu\u2019ils en attendaient, car ils décidèrent de primer un noir et feu (Black and Tan) couleurs dont ils possédaient des sujets en quantité.Le premier primé de cette couleur fut Erick Von Grafenwerth qui fut vendu au \u201cHamilton Farm Kennel, New Jersey\u201d, Etats-Unis, à un prix fabuleux; ensuite vint Alf Von Tolensetal, encore un noir et feu.Alors la mode étant au moir et feu, ils escomptaient des ventes sans limites.Mais ils comptaient sans les éleveurs américains et an- g'ais qui ont investi des sommes énormes dans l'élevage de ce chzen et qui n\u2019étaient pas prêts à sub'r des pertes irréparables dans leurs élevages pour les eaux yeux des éleveurs allemands, et comme ces deux pays font une grande concurrence à l\u2019élevage allemand on a cherché et trouvé le moyen de l'arrêter.(Voici la briquel) Friedrick dans son livre publié en 1890.à Nous lisons dans la revue \u201cAlsatian\u201d de Lon- res : \u201cLe rapport d\u2019un mouvement qui se fait en ce moment en Allemagne pour restaurer l\u2019ancienne taille du chien berger allemand (c\u2019est-à-dire 24 pouces) est pius \u2018:mportant que ne le réalisent les éleveurs de notre pays.)l\u2019Ang'eterre(.Von Ste- phanitz qui sera toujours considéré comme le doyen des propagateurs du chien, est très en faveur du projet (que va devenir son livre avec ses chiens de 26 et 27 pouces?).Il a même suggéré qu'on commence immédiatement à supprimer les ch'ennes de grande taille, et 4 ne primer que les petites, ce qui a été fait à l\u2019exposition de chiens de berger allemands a Frankfort, au mo\u2019s de septembre, où les petites ch.tnnes ont toutes remporté les premiers honneurs.Il doit y avoir eu une assemblée de tous les éleveurs allemands convoquée par la soc été pour l\u2019é'evage du chien allemand Verein a \u201cOssig\u201d ou fut discuté et établi le nouveau Standard de la race.\u201d (Not so in Canada, M.Van Camp).\u2014 101 \u2014 a To Ee RE es RCE RO RENE SELLERS RE HH ai Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal,\u2019 décembre 1925 LE PRIX DES FEMMES, 2,000 ANS AVANT J.-C.De nouveaux documents viennent d\u2019être exhumés de la patrie d\u2019Abraham, Ur, ville de Chaldée L\u2019emplacement en fut découvert, au milieu du dix-neuvième siècle, dans le désert de la Syrie, à dix milles à l\u2019ouest de l\u2019'Euphrate et à quatre-vingt milles du golfe Persique.Qu'apprend-on de ces documents merçants connaissaient une comptabilité qui ressemble tout à fait à la nôtre.Une année de gages représentait, pour le salarié, la moitié du prix d\u2019un âne et il en fallait trois et demi pour acheter une femme.C\u2019est ainsi que Jacob dut travailler sept années, sous les ordres de Laban, - \u2018 \u2018 Top T2 000 re ed vu ' i a G; LAS ls ns ui | ÿ ai =\" Jacob et la fille de Laban nouveaux?\u2014 que les hommes libres de la Chaldée, deux mille ans avant Jésus-Crist, devaient travailler sept années environ pour acheter une femme légitime, que leurs gages étaient ridiculement minimes, que les com- pour conduire sa première femme sous sa tente et sept autres années pour convoler avec Rébecca.Les esclaves étaient très nombreux; ils coûtaient quelque chose comme $1.50 de notre monnaie.\u2014 102 \u2014 3 , Magazine de vues animées est le seul Magazine de Vues Animées, en français, en - relations directes avec les ; grands studios.Concours du Billet de Banque de $1.00 CHAQUE MOIS SONT MIS EN CIRCULATION, DANS LES VILLES DE MONTREAL ET DE QUEBEC, 25 BILLETS DE $1 QUI RAPPORTENT A CEUX QUI LES TROU VENT $25.00, $10.00 er $5.00 : De chaque côté de la figure, vous voyez deux mêmes numéros en rouge, précédés et suivis quelquefois d\u2019une lettre Ce sont ces numéros, donnés dans LE FILM qu\u2019il faut remarquer.Presque tous les numéros sortis depuis le commencement du concours ont été retrouvés et payés.Voyez la liste des gagnants du concours dans LE FILM.DANS LE NUMERO DE DECEMBRE, UNE QUANTITÉ D'ARTICLES ABONDAMMENT ILLUSTRES.10 cents LE NUMERO Chez tous les dépositaires.NEA PERS A Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Pour remettre en état un aspirateur de poussière Si l'aspirateur de poussière fonctionne bien électriquement, c\u2019est-à- dire si le moteur n\u2019est pas détérioré, il ne reste plus à examiner que le sac à poussière et les roulements du mécanisme.Le sac à poussière ne doit pas être trop rempli de poussière, et il doit être bien fixé.Dans le cas où l'aspirateur comporte une brosse rotative, celle-ci doit être propre et Lourner librement.Enfin, l\u2019orifice-d\u2019aspiration ne doit pas être obstrué, car il empêcherait l\u2019air de passer et donnerait un surcroît de travail au moteur.Il faut graisser de temps à autre les paliers de roulement et vérifier si les balais du moteur ne sont pas usés.Lorsque le moteur fonctionne, s\u2019il se produit des étincelles, c\u2019est que les extrémités des charbons frottent mal sur le collecteur ou sur les bagues.On retire les charbons et les balais et on les passe au papier de verre, de manière qu\u2019ils aient une surface bien nette; on les essuie et on les remet ensuite soigneusement en place.Bien entendu, ces opérations doivent être faites une fois que le courant a été interrompu.Le chant des oiseaux par T.S.F.La radiotéléphonie, ou transmission du son à distance, par télégraphie sans fil, voit chaque jour s\u2019étendre le champ de ses applications: Les ondes sonores apportent tour à tour les échos d\u2019un concert, la cote de la bourse, les prévisions atmosphériques, le sermon d'un prédicateur ou l'appel d\u2019un ministre des finances.Les Américains ont imaginé de transmettre le chant des oiseaux.Pourquoi pas! Les chantres ailés du bon Dieu, insouciants des gros cachets.représentent certainement pour les agences de transmission une catégorie d\u2019artistes intéressante.La plupart des oiseaux du Jardin zoologique de Londres ont défilé devant le microphone.Quelques-uns se sont prêtés de bonne grâce à cette audition; d\u2019autres se montrèrent réfractaires.Perché sur le microphone d\u2019une station américaine, l\u2019oiseau qui est représenté ici semble très à son aise.Lames de sûreté repassées sur cuir de rasoir Evidemment, les rasoirs de sûreté sont très commodes, mais comme chaque lame ne peut guère durer longtemps, cela finit par devenir coûteux, vu que les repasseurs spéciaux sont également hors de prix.Pour remettre en état vos vieilles lames, il vous suffit d\u2019avoir un cuir à rasoir ordinaire et vos deux mains.= 116 \u2014 Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 \u201cloujoursde bonne humeur ! JE MANGE TOUTCE | Fours demas fu eur J ) JE MANGE | QUE JE VEUX PUIS 72° 91) Un = WM (PEU ET JE SOUFFRE JE PRENDS UN f= COMPRIME | \"SATURAL PHARMACIE LACHANCE - voudrez bien expédier poste payée a fz L/ cApresles We 14 Repas fait Toute la différence au Monde.Madame! Mangez tout ce que vous voudrez et tant que vous voudrez \u2014les indigestions, la dyspepsie ne sont plus à craindre.Prenez un COMPRIME SATURAL apres les repas et vous n\u2019aurez plus de malaises, plus de brûlements d'estomac, plus de gaz.Les COMPRIMES SATURAL se vendent, partout, 50cts la boîte de 50.=F Adressez=nious ce coupon avec !Octs pour traitement d'essai.454,, rue Ste-Catherine Est, Montréal Messieurs:\u2014Ci-inclus 10cts en: paiement de 10 Comprimés Satural que vous pes Appuyez votre cuir contre une paroi ou un meuble et maintenez-le horizontalement en appuyant l\u2019autre bout sur votre poitrine.Prenez la lame des deux mains, la tenant entre vos pouces et index, posez-la à plat sur le cuir, les doigts contre le cuir et en allant en avant et en arrière, affilez tantôt l\u2019un, tantôt l\u2019autre tranchant.Retournez la lame, et répétez jusqu\u2019à ce que le fil soit refait.Comment transformer une serrure ordinaire en serrure de sûreté Etant donné le prix élevé des serrures de sûreté.il peut être intéressant de connaître un procédé qui per= | \u201cVis mette de réaliser dans une serrure ordinaire une petite combinaison simple, de façon à constituer une fermeture de sûreté qu\u2019il soit presque impossible de forcer.\u2014 117 \u2014 Vol.18, No 12 Il faudra pour ouvrir la serrure une clé spécialement agencée ainsi que nous allons l'indiquer ci-dessous.Dans la serrure, on fixe à la partie inférieure, une petite vis qui est peu apparente.On peut méme utiliser une 4 222 SRE i Serrure en coupe petite vis à tête fraisée dissimulée dans la fente de la vis avec un peu de mastic.Cette adjonction suffit pour mettre la serrure à l\u2019abri d\u2019un passe- partout et pour ouvrir la porte, il - est Clé d'extérieur nécessaire d\u2019avoir deux clés différentes: l\u2019une qui servira à ouvrir la serrure de l'extérieur et l\u2019autre pour fermer la porte de l\u2019intérieur.Il est nécessaire que la clé soit entaillée d\u2019une profondeur telle que, dans son Clé d\u2019intérieur fonctionnement, elle puisse laisser le passage de la vis.Il est assez difficile à celui qui veut forcer la serrure ou la crocheter de soupçonner qu\u2019une combinaison de ce genre a été réalisée et il cherchera\u2019 sans doute fort LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 longtemps avant de trouver le dispositif particulier qui a été adjoint à la serrure pour augmenter la sécurité de la fermeture.| O- LES PIGEONS METTENT EN PERIL LA CATHEDRALE DE SAINT PAUL À LONDRES On constate depuis de nombreuses années le danger que court l\u2019une des plus belles et des plus anciennes églises de Londres, la cathédrale de saint Paul.Ses fondations semblent si peu solides qu\u2019on craint que le temple ne s'écroule quelque jour dans la Tamise.Diverses raisons ont été soutenues pour expliquer les déprédations subies par un monument construit à une époque où l\u2019on bâtissait solide : le brouillard, la suie, les pluies continuelles, quoi encore?Il y aurait autre chose.Les pi geons qui volent par milliers autour de cette église, en becquetant constamment, et depuis des siècles, le mortier d\u2019entre les pierres, mettraient ainsi à mal le temple qui est un des sujets d\u2019orgueil de Londres.Aussi, a-t-on demandé au Parlement d\u2019en débarrasser la cathédrale.Si les pigeons sont en faute, peut-être aussi en pourrait-on dire autant de l\u2019architecte autrefois célèbre, Sir Christopher Wren, qui éleva ce monument de style renaissance.Si les lignes en sont belles, incontestablement, les fondations sont insuffisantes, à preuve que huit piliers du dôme central se sont crevassés, au cours de ces dernières années.Sa tour principale est aujourd\u2019hui aussi penchée que celle de Pise.\u2014\u2014 118 \u2014 Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre LES ANTIQUES CIVILISATIONS EN ANNAM A mesure que la colonisation se développe en Indo-Chine, les merveilleux vestiges des civilisations anciennes, enfouis jusqu\u2019alo¥s sous la végétation tropicale, sont mis successivement à jour par les archéologues.Deux races ont régné jadis sur ces contrées encore mystérieuses, les races khmère et cham.On a découvert dans les grandes forêts siamoises et cambodgiennes des ruines imposantes de la domination khmère.De son côté, M.Pierre Viennot a eu, après M.Parmentier, l\u2019occasion, au cours d\u2019une mission scientifique dans 1\u2019Annam, d\u2019observer les ruines de la cité sainte de Mi-Son.En pleine brousse hantée par les tigres, le long de la route mandarine, on voit, clairsemées au pied de la chaîne annamitique, les tours de Pharang, de Nhatrang, de Tuy-Hoa, et les importants ensembles de Quand- Tra-Kien, Mi- Nom, Dong-Duong, Son.On compte dans ce périmètre plus de 68 édifices religieux.Leur construction, généralement en brique, s\u2019échelonne du Ve au XIIe siècle.Les Annamites pillèrent les temples chams, et la brousse de plus en plus envahissante fit le reste.\u2014\u20140 COMMENT RETIRER UNE BALLE D\u2019UN FUSIL Pour ôter une balle qui adhère dans le barillet d\u2019un fusil, on se procure une tige d\u2019acier qui s'adapte au barillet et on la place dans un étau.Puis on met un peu d\u2019huile dans le barillet, on insère la tige dans le canon du fusil et on emploie celui-ci comme pilon.Cette méthode permet d\u2019ôter une cartouche sans abîmer le fusil.et AMARYLLI S LUBIN Paris vous envoie cette merveilleuse création aux senteurs délicates, indispensable, Madame, à votre élégance, Parfum suave, subtil et\u2019 tenace.Poudre qu donne à l'épiderme ce velouté, cet éclat ravissant que toute femme doit avoir pour être séduisante.EAU de TOILETTE Sr rs LOTION SACHET SOIE PARFUM POUDRE SAVON QUEDRUE & DUBOSQ,.6, SAINT-SACREMENT, MONTREAL Mon traitement Æ = vous offre la santé Femme, j\u2019ai subi | comme vous maux ~ .de tête, maux de reins, constipation, attaques de nerfs et insomnies.L'expérience et l\u2019étude m'ont enseigné les remèdes à ces maux.Je puis maintenant vous venir en aide.Envoyeze moi simplement des détails sur votre compte et je vous expédierai absolument gratuit, un traitement d\u2019essai de.dix jours.Je suis venue en aide à des centaines de femmes.25F MME.M.SUMMERS BOITE 37 WINDSOR, ONT.RC \u2014 119 \u2014 Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 OJ; Ne kv.alk 1 UN MEUBLE DE BOUDOIR D\u2019un petit buffet de bois blanc, on peut faire un joli meuble de vestibule ou de boudoir.- Après sa transformation, on ne le reconnait plus.D\u2019abord la targette a été ôtée, ainsi que le bouton du tiroir que l\u2019on a scié au ras du bois.Ensuite, à l\u2019aide d\u2019une scie, on a, de chaque côté, enlevé un petit triangle dans le montant du meuble.>< 0-2 22 On a ajouté, avec quelques pointes, du bois coupé en biseau, de facon a obtenir la forme indiquée par la figure.De sorte que les deux pans, de verticaux qu\u2019ils étaient, ont pris une 4 MENUISERIE 99) EBENISTERIE 7 A LA MAISON ligne oblique, qui est plus élégante.Pour que ce rajustage ne se voie pas, on l\u2019a masqué par une plaquette de bois très mince taillée dans la forme obtenue et retenue par quelques pointes sans tête: afin de donner du chic aux deux côtés, on en applique sur les parties marquées par un X sur le croquis, un morceau de bois.mr meme © La planche du dessus, ayant été trouvée un peu étroite, a été élargie au moyen d\u2019un peu de bois, fixé, de chaque côté, par trois points.Et voici pour l\u2019architecture.Passons à la partie décorative.Notre meuble, ayant été bien poncé au papier de verre, & été pyrogravé et teinté.Les fleurs sont restées dans le ton naturel.Le reste a été passé au bichromate de potasse qui a donné un beau ton orange.\u2014 120 \u2014 Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1923 CHAUVES ! LA MERVEILLEUSE POMMADE DE Infaillible pour la guérison des maladies du cuir chevelu, empêchera vos cheveux de tomber, les fera repousser et, de plus, vous débarrassera des pellicules en moins de HUIT JOURS.30 ANS DE SUCCES A TITRE D'ESSAI apportez cette annonce à nos bureaux et nous vous donnerons un flacon de cette pommade valant $1.50 pour 25 cents.(Envoi par la poste, 10 cents en plus.) Agence Générale de Nouvelles et de Publicité 709 - 710, EDIFICE DU CANADA CIMENT Tél.: Lancaster 7973 Montréal, P.Q.\u2014 121 \u2014 Vol, 18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 * Quand il a été sec, on a mélangé du brou de noix au reste de bichromate, et de nouveau on a badigeonnd le meuble, mais sauf les fleurs et les dessins géométriques.Le tiroir s\u2019est vu ornementé par une poignée en cuivre contourné, et les portes ont été garnies avec des plaques de cuivre repoussé.Un bon astiquage à l\u2019encaustique a terminé le tout.Yl hr Ea - At === in 14 © fk M i a 14 i 4 °° \u2014 | \u201cag, ep / Ce petit meuble est recouvert d\u2019un dessus en étoffe batikée qui supporte un grès fleuri.Et voilà comment le pauvre petit buffet de cuisine d\u2019hier est devenu, aujourd'hui, une petite merveille d\u2019antichambre, de vestibule ou de boudoir.- POUR FAIRE UN JOLI DIVAN- \u2018 BIBLIOTHEQUE Ce meuble, très décoratif, a le double avantage d\u2019être très pratique et de pouvoir être fait à la maison par le menuisier amateur.Trois vieilles caisses d'emballage que vous vous procurerez à peu de frais vous permettront d\u2019établir le corps du divan et les deux casiers à livres.Ges deux dernières devront être en bois lisse, étant destinées à recevoir une couche de peinture, alors que celle formant le corps du divan sera recouverte de tissu.Il faut donc vous procurer: 10.Une caisse sans couvercle de la longueur désirée pour le divan.20.Deux caisses plus petites pour les casiers à livres.| 30.Des sangles de moyenne largeur.40.Des clous à tête dorée.50.Quelques vis.| oo 60.Deux petites planchettes, \u2014 122 \u2014 RE PORTER PIN RR RTI RRS I ST OCR ACER POUR Vol.18.No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Pose des sangles.\u2014Une fois munis de ces fournitures, commencez à poser les sangles sur la grande caisse, comme il est indiqué ci-contre sur le croquis explicatif.Tendez d\u2019abord les sangles dans le sens de la longueur, clouez-les en tendant fortement.Tendez les autres dans la largeur en les entre-croisant avec celles-ci.Recouvrage.\u2014Le devant du divan est recouvert d'étoffe, vous le tendrez donc de cretonne imprimée ou de tout autre tissu que vous fixerez par une rangée de clous à tête dorée.Peinture des casiers à livres \u2014Po- lissez au papier de verre les deux .caisses servant de casiers à livres, afin que le bois en soit absolument net.Puis donnez une couche légère de peinture à l\u2019huile.Quand celle-ci est absolument sèche, donnez-en une seconde couche et même une troisième, si le bois absorbe trop.Assemblage des trois caisses.\u2014 Voyez le croquis montrant la planchette vissée servant à réunir les casiers à livres au divan.Elle doit être vissée par six vis.Après quoi, il ne reste plus qu\u2019à garnir le divan d\u2019un matelas et de quelques coussins.= ene LES LIVRES D\u2019après une statistique établie par M.À.Billy, les éditeurs ont lancé dans la circulation, en 1923, 1,579 livres relevant de la littérature d\u2019imagination, 1,009 romans, 2,881 pièces de théâtre et 285 volumes de vers.En 1913, les chiffres étaient bien moindres en ce qui concernait le théâtre, il y avait 680 volumes de vers.La poésie se meurt-elle en France?BEAUTE DES YEUX PRODUITS IMPORTES DE LA GRANDE MAISON BICHARA DE PARIS.Vous pouvez maintenant vous procurer le secret du charme des yeux en employant le MOKOHEUL BICHARA qui donne aux yeux un éclat diamanté.Employé par les plus grandes artistes du monde et les beautés européennes.PRIX : $2.00 CILLANA BICHARA Produit pour rendre les cils et les sourcils abondants et les maintenir droits, aussi pour leur donner une couleur attrayante, CHATAIN \u2014 pour les blondes NOIR \u2014 pour les brunes PRIX : $2.00 PARFUMS Les parfums Bichara sont incontestablement les meilleurs parfums de nos jours et jouissent d\u2019une réputation européenne sans rival.ROSE-ROSE \u2014 YAVOHNA \u2014 CABRIA NIRVANA \u2014 SYRIANA \u2014 AMBRE Petit flacon: $1.00 Fournisseur de la Cour Royale d\u2019Espagne.EN VENTE CHEZ TOUS LES PHARMACIENS ET PARFUMEURS.Expédié franco par la malle sur réception du prix.PRODUITS BICHARA 502, RUE SAINTE - CATHERINE EsT Suite 111 - 113 - 115 Tél.Est 3200 MONTREAL, Can.Geo.Latourelle, agent pour le Canada.FUMEZ LE CIGARE \"CARENITA\" - EN VENTE PARTOUT :- 10 cts Tel.: Plateau 5524 \u2014 123 \u2014 PTI Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 4 \\ PAIN OO TE AE EE OO AE LA CHASSE AUX GRANDS FAUVES AVEC L\u2019ARC ET LA FLECHE CTH TI TRIED EE \u2014\u2014 (LT I DIET A re CEE Er EG IT TH A Un chasseur anglais abat en une jour= née, dans l\u2019Afrique Orientale Anglaise, un lion, un léopard, un renard, trois mançoustes, Un marabout, une gazeile et une autruche, tout cela avec un arc et un carquois de fièche.\u2014 et\u2014 La mode est aux folies aventureuses, au moyen des procédés les plus imprévus.L\u2019un traverse seul l\u2019Atlantique et le Pacifique dans un cotre long d'une vingtaine de pieds à peine; cet autre, un lieutenant de l\u2019armée canadienne, traverse la Manche et toutes les rivières de la France et de l'Italie, dans un canot de toile, du type Peterboro: c\u2019est encore la traversée du déserl en automobile et celle du continent américain, de l\u2019ouest à l\u2019est, en yacht.Cette fois, nous avons affaire à un groupe de chasseurs qui poursuivent les grands fauves des jungles de l\u2019Afrique Orientale Anglaise, armés seulement d'un arc et de flèches.Et pour donner plus de piquant encore à leur aventure, ces archers voyagent en auto, dans la jungle même.Aux Indes, on chasse à dos d\u2019éléphant, au moyen du fusil et de la carabine; là, c\u2019est en automobile, au moyen de flèches.On n\u2019a pas idée de commettre un pareil anachronisme! La flèche, lancée par un blanc, si habile soit-il, ne tue pas proprement comme un projectile d\u2019arme a feu.Témoin le massacre que Saxton \u2018J'armai mon src EEE OPA DE OL DOTE OU EAST OA DT ES Pope fit d\u2019un superbe lion qu\u2019il transperça de dix flèches et qui n\u2019expira qu\u2019au bout d\u2019une heure d\u2019atroces souffrances.Mais l\u2019expérience qu\u2019on voulait faire de l\u2019arce est concluante; cette arme remise en honneur est maintenant jugée supérieure au javelot des indigènes et aussi sûre, à courte distance, que le fusil.Saxton Pope raconte comment il abattit un lion de dix flèches, après avoir tué, dans sa journée, les animaux énumérés ci-haut: Le vieux lion était couché tout près de sa femelle.Nous approchâmes du couple en auto.Le mâle se leva et nous regarda fixement.La lionne se leva à son tour et tous deux dévalèrent devant nous, mais sans courir très fort.Ils se retournaient de temps à autre, et avaient l\u2019air ennuyés de notre insistance à les suivre.Tout à coup, le mâle prit position et nous attendit de pied ferme.La lionne le laissa seul.Il n\u2019était plus qu'à cinquante verges de noûs environ.Par ses mouvements de colère, le feu qui brillait dans ses prunelles et ses sourds grondements, nous perçumes qu\u2019il allait tantôt nous livrer bataille.De là, il nous sauterait dessus par bonds répétés.deux flèches partirent coup sur coup et le lion fut atteint à la tête et à l'épaule.Mais il ne tomba pas pour cela.Il se dressa plus grand encore et rageait de colère et de dou- \u2014 124 \u2014 CAS ERA RC ILE Vol.18, No IZ LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 EMBELLISSEZ VOTRE POITRINE EN 25 JOURS AVEC LE Réformateur Myrriam Dubreuil ETES - VOUS DELAISSEE ?Plus d\u2019une femme, de nos jours, souffre en silence de se voir abandonnée et de ne pas savoir pourquoi.Le secret du charme féminin est la perfection physique naturelle qui la fait admirer partout où elle va; c'est-à-dire cette chose qui en fait une vraie femme.Ce .charme, disons-nous, est sa beauté plastique.Les bourrures ne remplacent pas un buste.Une beauté physique artificielle n'a pas d\u2019attrait.Vous êtes une vraie femme, et pour cela vous tenez à être physiquement développée à la perfection, comme le veut la nature.- Le Réformateur Myrriam Dubreuil mérite la plus entière confiance car il est le résultat de longues années \u2018d\u2019études consciencieuses; approuvé par les sommités médicales.Le Réformateur Myrriam Dubreuil est un produit naturel possédant la propriété de raffermir et de développer la poitrine en même temps que, sous son action, se comblent les creux des épaules.Seul produit véritablement sérieux, garanti absolument inoffensif, bienfaisant pour la santé générale comme tonique.VOUS AVEZ UNE AMIE ! Mme MyRRIAM DUBREUIL vous offre un tonique merveilleux qui donne aux personnes nerveuses et maigres le buste parfait qui doit leur rendre la beauté convoitée.Ce tonique développe harmonieusement le buste de toute femme et fille en très peu de temps.Pas n\u2019est besoin pour cela de crèmes, de stimulateurs électriques, de massage ou\u2019 d\u2019un faux traitement gratuit, bon pour tromper les gens.Notre traitement à nous est simple, efficace, sans danger d'aucune sorte.Et c'est en 25 jours que le traitement de Mme Myrriam Dubreuil augmentera votre poids et votre buste.Envoyez 5 cents en timbres et nous vous enverrons GRATIS une brochure illustrée de 32 pages, avec échantillons du Réformateur Myrriam Dubreuil.Notre Réformateur est également efficace aux hommes maigres, déprimés et souffrant d\u2019épuisement nerveux, etc., quel que soit leur âge.55° TOUTE CORRESPONDANCE STRICTEMENT CONFIDENTIELLE Les jours de consultation sont: Jeudi et Samedi de chaque semaine, de 2 heures à 5 heures p.m.Mme MYRRIAM DUBREUIL, 230 Parc Lafontaine, Montréal DEPARTEMENT | \u2014 Boire PosTALE 2353 (A A TT LT ST TE TT Or TT EE EE TIT Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 entre ses dents et la broya.Pour l\u2019achever, je vidai mon carquois et atteint de nouveau à la tête et à la poitrine, il expira dans un grand soupir.leur.Une troisième flèche l'atteignit à j la patte; il s'étendit sur le côté, fai- | sant & chaque instant des mouvements pour se soulever et bondir en avant.Mais, le sang qu\u2019il perdait =.2m > = AN 2 Larcher Saxton Pope et le lon qu\u2019il abatt.t dc dix fiéches.abondamment rendait inutile son superbe courage.Tout ce qu\u2019il pouvait faire était de lécher ses blessures en grognant.Une autre flèche tomba devant lui, sans le toucher.Il la saisit Sa dépouille mesurait quarante- trois pouces de taille, 112 pouces de longueur, queue comprise.Son poids était de 400 livres.\u2014\u20140 LA PROCHAINE TENTATIVE D\u2019AMUNDSEN \u2014\u2014\u2014\u2014 Au mois de mai prochain, l\u2019explo- Ellsworth, son compagnon américain, rateur Amundsen tentera de nouveau la conquête du pôle Nord par la voie des airs.Cette fois, le capitaine Roald Amundsen et le lieutenant Lincoln entreprendront un vol sans escale de 1,800 milles autour du sommet du monde, de la Norvège en Alaska.Le dirigeable semi-rigide dont se A \u2014 126 \u2014 Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 i É a Pourquoi rester une malade languissante quand il ne tient Er iN qu'à vous d'être bien portante ?La guérison est assurée ke D 2 avec \u2014 A KE FE e » e a yr VY Le Traitement Médical Guy / mé C\u2019est le meilleur remède connu contre les maladies fémi- i SS NN nines; des milliers de femmes ont, grâce à lui, victorieuse- pi os 2 ment combattu le beau mal, les déplacements, inflamma- E ia 5 tions, tumeurs, ulcères, périodes douloureuses, douleurs pr.Amr ae dans la téte, les reins ou les aines.pi! Zo > .4: i! = Avec ce merveilleux traitement, plus de constipation, Er fe iG) palpitation, alourdissements, bouffées de chaleur, faiblesse bo a nerveuse, besoin irraisonné de pleurer, brûlements d\u2019esto- : macs, maux de coeur, retards, pertes, etc., etc.i.Veillez à votre santé surtout si vous vous préparez à pi devenir mère ou si le retour d'âge est proche.E.Envoyez cinq cents en timbres et nous vous enverrons GRATIS une brochure illustrée de 7 32 pages avec échantillon du Traitement F.Guy.4 Consultation: Jeudi et Samedi, de 2 hrs a 5 hrs p.m.4 Mme MYRIAM DUBREUIL, 230 Parc LAFONTAINE, MONTREAL, Qué.A Boîte Postale 2353 \u2014 Dépt.25.i i.H : BEAUTE ET FERMETE DE LA POITRINE i DISPARITION DES CREUX DES EPAULES ET DE LA GORGE PAR L\u2019EMPLO! DU bi TRAITEMENT DENISE ROY | EN TRENTE JOURS is Le Traitement Denise Roy, réalisant les plus récents pro- i grès, garant: absolument sans danger, approuvé par les som- i mités médicales, développe et raffermit tres rapidement la À poitrine.i D'une efficaciié remarquable, il exerce une action reconsti- 4 tuante, certaine et durable sur le buste, sans faire grossir les Er autres parties du corps.is Très bon pour les personnes muigres et nerveuses.4 Bienfaisant pour la santé comme tonique pour renforcir; bi: facile à prendre, il convient aussi bien à la jeune fille qu\u2019à bY \u2014 la femme faite.4 PRIX DU TRAITEMENT DENISE ROY (de 30 jours) AU COMPLET : $1.00 bi.(Renseignements gratuits donnés sur réception de trois sous en timbres) bi Mme DENISE ROY.Dépt.5, B.P.2740, 313 Amherst.MONTREAL.Ë OFS a Loc - Ee msn ame a a ESS ESS hs \u2014 127 \u2014 Ë Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE serviront ces deux hardis explorateurs, dénommé le N-1, sera fabriqué en Italie.Après avoir atteint le pôle Nord, premier objectif.on le dépassera pour atterrir en Alaska.Le N-1 aura à son bord, de Rome à Spitzberg, et de là en Alaska, après une course de 1,800 milles au-dessus des glaces de l\u2019Arctique, un équipage de vingt personnes.Il s\u2019agit d\u2019ouvrir une route transpolaire entre l\u2019Europe et l\u2019Asie et d'explorer le 1,000,000 de milles carrés de la zône arctique.On espère y rencontrer des terres qui expliqueraient l\u2019action des courants des environs de l\u2019Alaska.Des savants, en effet, prétendent qu\u2019il doit y avoir une terre ferme au nord de.l\u2019Alaska.oO\u2014\u2014 LE COURAGE DES INFIRMES Dans vos moments de lassitude, quand la vie vous semble insupportable et pleine de contrariétés, pensez un peu à ces trois infirmes vraiment prodigieux de courage et d\u2019ingéniosité : Mme Agnès Svetkovitch, de Brooklyn, qui, à la suite d\u2019une opération pour l\u2019ablation d\u2019un goître, opération qui ne réussit pas, vit sous la menace constante d\u2019une mort subite, éleva quand même trois enfants, tient sa maison et assiste son mari dans ses affaires.Martha Morris, une jeune fille sans bras, apprit à force de patience à écrire au clavigraphe, tricoter, tisser des paniers et faire divers autres ouvrages, avec ses doigts de pieds.Harold Wursthorn est dans le même cas.Il a gagné récemment, dans un concours, un prix d\u2019écriture.Ce Montréal, décembre 1925 jeune homme écrit de même avec ses pieds.Helen Keller enfin qui, bien qu\u2019aveugle, sourde et muette de naissance, à appris à parler.à lire et à écrire romans et nouvelles.Elle est l\u2019une des femmes les plus cultivées d\u2019Amérique.De pareils exemples nous enseignent à prendre nos petits malheurs en patience.0 ON SE MARIE JEUNE, AUX ETATS- UNIS Aux Etats-Unis, les mariages de jeunes filles de quinze ans sont si nombreux que I'inspecteur général de l\u2019enseignement, M.William Bodine, veut renvoyer en classe toutes les jeunes mariées qui n\u2019ont pas atteint seize ans.Et les maris de ces jeunes femmes seront responsables de l\u2019assiduité scolaire de leur épouse.M.Bodine vient de prononcer une allocation indignée contre les pasteurs qui, pour quelques dollars, a-t-il dit, sanctifiaient l\u2019union de jeunes hommes avec des fillettes encore en âge de jouer à la poupée.Rien qu'à Chicago, 80 jeunes mariées de quinze ans ont été renvoyées en classe.0 PENSEES Celui-là seul est vertueux qui l\u2019est de son propre mouvement, qui n\u2019est pas conduit par l\u2019espoir de la récompense ou la crainte de la peine.Xx X Xk Plus l\u2019avare amasse, plus il est pauvre; car plus il a, plus il désire, ce qui est précisément la pauvreté.x x * Les paresseux ne sont Jamais que des gens médiocres, en quelque genre que ce so.t.\u2014 128 Vol.-18, No 12 LA REVUE POPULAIRE .Montréal, décembre 1925 Fe Samedi COUPON D'ABONNEMENT Ci-inclus veuillez trouver la somme de $3.50 pour 1 an ou $2.00 pour 6 mois (Etats-Unis: $5.00 pour 1 an ou $2.50 pour 6 mois) d\u2019abonnement au magazine LE SAMEDI.Magagme hebdomadare illustré LITTERAIRE \u2014 MUSICAL HUMORISTIQUE POIRIER, BESSETTE & CIE, 131, RUE Capieux, ~~ MONTREAL jaevile COUPON D'ABONNEMENT \u201cPopulaire La seule revue mensuelle iÏlustrée qui instruit et amuse en même temps.75c pour 6 mois d'abonnement à LA REVUE POPULAIRE.Ci-inclus veuillez trouver la somme de $1.50 pour | an ou A ALCSSE oeoeveeieeirrreeiretiretiessnsrneereierassresesssenstassetsssasstuensasssnssensoses vassacessenccase0 avc ees Ville vevvererrnineeieiiernnrnsneseeserenntenmanssssssenanaasssnssenses Province POIRIER, BESSETTE & CIE, 131, rue CaADIEUX, MONTREAL JE L | Lu M COUPON D'ABONNEMENT est Le seul Magazine de Vues Ammées, en français, en relations directes avec les Ci-inclus veuillez trouver la somme de $1.00 pour grands studios.1 an ou 50 cents pour 6 mois d'abonnement au FILM.NOM B.ncccrrersencre serre sansasn0er porasessansesranestr ns eSS era sessassensessansesessoscsssstacactene cena nca nnaTena00 0008 ACTESSE \u2026.\u2026+sssrsrrecseesserecemnrensrapesrarerennan res cansssaasteassss came ss esse saar0000 \u2018asseseccnssesceensa scene .Ville Lesosrrerrerrrensareraresaonassraspsss are sse nas ser nas nea sas esen ss PrOVINCE Œ.\u2026canorserenossesnrances vausssces POIRIER, BESSETTE & CIE, 131, RUE CADIEUX, MONTREAL | ol \u2014 129 \u2014 He ks Bre i: 4 i ARES E y By ; flit.Bt Bil, He ii i fic ! ji Rr re Vol.18, No 12 LA REVUE POPULAIRE Montréal, décembre 1925 Mumero de Noel Je 20 Tirage: 50,000 10 sous Fe Bamedi de Noel de 1925 est un numéro de luxe aussi riche et volumineux que les publications les plus réputées du monde IL COMPREND : 68 pages de texte et d'illustrations Une couverture en quatre couleurs i Une gravure centrale en cing couleurs de 14 x 21 pouces À 3 pages de musique: NOEL, cloches joyeuses, musique à de Haendel, paroles d\u2019Ed.Hamelle A | Nombreuses nouvelles sentimentales Curiosités, inventions, modes et cuisine Chronique du Petit Jardinier DEUX nouveaux romans : LE SECRET D'HELENE, par Paul Rouget ANITA, par Delly \u2014 EN VENTE LE Retenez votre numéro 15 DECEMBRE de bonne heure \u2014 130 \u2014 [ L'Auto de Luxe de première qualité le moins coûteux de l'univers est STEARNS KNIGHT INNO move IIT PY | ge >) KG .Son moteur est garanti pour au-delà de 50,000 milles Le a sans avoir à y toucher, et le tout pour aussi longtemps 4 que vous prendrez soin de le huiler.De fait, sa haute qualité de construction en général est sans égale.VOUS N'AVEZ QU'A QUESTIONNER L\u2019UN DES PROPRIE- EL TAIRES DU FAMEUX AUTO \u201cSTEARNS KNIGHT\u201d 5 | ET LA REPONSE VOUS CONVAINCRA.(NI) REI - % EE 2 1 ç 4 @ À a E Sedan, 5 places, six cylindres.Garanti développer 90 forces (H.P.), C E 100 milles à l\u2019heure, et couvrir 18 milles par gallon de gazoline.De plus, C E son entretien est reconnu comme étant le moins coûteux de tous les automobiles Ç É.de marque.PRIX DE LIVRAISON IMMEDIATE: $6100 NET.K | 72 modèles différents de 2 à 7 places et à prix variés Hi © L.-J.GAUTHIER & CIE 3421, AVE DU PARC, Montreal.Tél.: Plateau 5650 AA RAA RAA AE EAE FOE AZ RL RE BRAVE EO ETRE ST ST ST SA TS NST SITTIN TN \u2014_ I RATER ERREUR TO VET CO ER ORC WRB Tea i hh \u2019 Ea SECTE RERO CES ON RUES PE > MEME EE ENT ES ET TE EN EN NE NN EN EN TN SE oe rT \"2 SEEN He ie du CE TETE EE TETE TEE TI ET TT EE ES La Mode de Paris est la source d\u2019inspiration de nos dessinateurs SOC Cs | C\u2019est la France, terre du bon goût et de l\u2019imagination, qui, depuis des centaines d'années, dicte les élégances féminines à l\u2019univers.C\u2019est pourquoi nos dessinateurs vont chercher leurs inspirations a Paris, ou nous avons, en permanence, un représentant chargé de retenir les plus belles créations des grands couturiers.me Hd o TTS § OTR nimeVe vi TR EE =~ TT â an A leur arrivée, les modeles choisis sont l\u2019objet, entre les mains de nos artistes, de ces mille et une légères modifications qui leur confèrent l\u2019indi- vidualite et l'exclusivité si recherchées aujourd\u2019hui par la femme élégante.C\u2019est par ces modifications que les modèles qui nous sont fournis deviennent de véritables creations Desjardins et que nous évitons la monotonie des reproductions en série.(Has DESJARDINS & (GE, 1170, RUE ST-DENIS (Pres Ste-Catherine) [a 2 o p A) a PER Eu ASN oA !INIBe As MTR ode INR e AS MIRepe Ny ANTENNES ee 0 Kp Lie fro ili SAINT - os MTRe po MMBege li ae Jub Be \u2014 \"an rem [354 4 me # "]
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