La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 août 1929, Août
[" Ake A, of fe ne .pa ain | 3 i dig ht ft qu 1 0 .A ve rie pic vu i yn borg : Hor tt Eu pu ; il i te By > s sa ' .ie nd rie iter (0 ce a 0 0 ii oh i igi I fits Her ra : On | ih tte ut hn A ui ii i ie Hl rnd Yoh it i it ' it oh ped thi Sided sat ver bit dlr, aiden eet Ja ; \\ tl, i ii hit i {li fit iit] ir A ce on i third deisliish dy di gf gt shiny d ; 1 mn nf Ith titel fi if fit it H il np 6 ve fit fi tt diss ft tig he gh if ft fil He fib oi nn a ji} dit i ft pi 7 LG Hess 4 i fH HH Hr ty Qe ct | Tu i fits He ihe it) i Bi i I$! AOUT 1929 i Nowe tuman 1 A REV ANC HE Ot MYR AM pond Dri 1} : if j 53 tile.+ be PER il i fi Ge ii 5 i pet eu iit fo 2-33 § te, fr i à file BAnQ At gh ad ji i i oh hod i hited fl A i of ah he fe ils it iy ih i! bi tite i it ft A yt fis i ét i | i ha | Ptrot ; fd ; fr fi | dee : i i! 0 : d i : ii i i ! ® j i | i : iit fife i ih ty Ut de ts itt ih al i it fil fil 08 i i f ijt it Gt, THs 5.Us tot i) Hi Hl by i it Hie LE ily [THs ji a Sle ; i | Iu duds fol Ue «dirais IH ytatidi | fi i ' 5 er re = 2 x = css i i 7 ft = is ; hs ¥) i 56 Sar ; fi os i Gs > it ih it ee se 8 = 55 ai its i i a) ! \u20ac | : ti sie i i itd i | \\ 25 | ie i iti | i Be i 4 fi a ee i 2 : 5 Eo 7 \u20ac | 7: \u20ac a I i : NT Le se a = i if = A Hu he 3 2 if 4 SE S .> 2 bites = 3 us hich, i a ii ity 3 wo © té 1 then iret Wit x ie pee ete % 5 \u2026 in | re = 2 ; à i ers ol hn it { i ihn x He = i vi 3, $ ih i | nh 2 vu = oF ih! ih 0 0) a .| te ph ui : vi hs où æ i i, Lr (08) i Cat = il) ile!) hi ; A.Bit eh 0 se he ha D i vhs it | 3 .' ¥ 8 acts : he i 500 us 2 fn fr | ! lu or 7 iii I) \u2018 | ee ily! ifs ih a 3 of 5 > i ifn dey is 2 2 = 5 ; it SA Se 5 or \u2018 Lt i$ Ya vi i ' # | : 5 i ! : Eh 5 ÿ 4 3 > ce i ; & 4 4 = ; : .S i his fh is = ht hte » A fli ithe 2e = Bien = vu Et 3 it tetes 1 i Ht = di, $ A So 1 pie hk WY ios by : ui : iste i! Er XN his # 5 ii 4 iis ih & 2 ES it + E ne fh it ile ART % i ith od a du A.10 \u20ac Hi it LETTRES A E à 4 il 3 = Wy | $ SCIENCES ; : £ 2, 3 an ; HISTOIRE : oe 3 : ts eu xX ou è CERRY Hihith REEL ep ity Hil} i 6 7 a \u2019 \u2019 \u201c J'eus tout à coup l'impression que mon mari avait HONTE DE MOI\u201d ce .et c\u2019est le soir même de ce jour que je fis venir votre Echantillon de Beauté qui m\u2019enseigna la plus importante leçon de ma vie.\u201d Par MMe JEANNETTE DE CORDET E fis cette pénible constatation un J jour que, dans une ville étrangére.\\ Robert et moi fûmes invités à diner chez un de ses vieux camarades de collège.\u201cViens avec ta femme\u201d, lui dit-il, \u201cque je n\u2019ai pas encore le plaisir de connaître.\u201d Robert, voulant que son ami gardât une bonne impression de sa femme, me fit porter mes plus jolies toilettes.Mais, quand il me présenta, j'eus l\u2019impression qu\u2019il était désappointé.Et, ce qui me fut plus pénible encore, je m'aperçus que mon mari avait honte de moi! Pouvais-je le blâmer, dans ce chic restaurant où nous dinions et où toutes les femmes étaient charmantes à voir ?Pour la première fois, je me rendis compte que j'avais complètement négligé le soin de ma beauté, et je m\u2019expliquai pourquoi Robert n\u2019insistait plus pour sortir avec moi.Pourquoi aussi il préférait faire seul ses voyages d\u2019affaires.C\u2019est le soir même que je fis venir votre Echantillon de Beauté et votre Brochure qui m\u2019apprirent la plus importante leçon de ma vie ! D\u2019abord, mon type de beauté et, ensuite, les moyens de le faire ressortir.Avec cela, quoi de plus facile que d\u2019être attrayante! N'est-il pas aussi facile de choisir las teintes qui vous conviennent que les mauvaises ?De recourir aux cosmétiques qui vont avec votre genre de beauté ?Je suis bien convaincue que mon mari ne se souvient même plus qui! fut un temps où il pouvais rougir de moi! Ces auxiliaires de beauté apportent le bonheur Les moyens qui firent le bonheur de cette femme.vous les trouvez dans ma petite brochure, \u201c Votre Type de Beauté \u201d, et mon Echantillon de Beauté.Cette brochure est un catalogue de beautés typiques, joliment illustrées en couleurs.Vous y trouverez votre .propre type, car VOUS en avez un.Je vous y indique Russi la nuance de Poudre et de Rouge Pompeian à employer.Parmi les diverses nuances de Poudre et de Rouge Pompeian, il s\u2019en trouve une pour vous.Il existe cinq nuances exquises de Poudre Pompeian, préparée chacune pour relever un teint particulier.Cinq nuances de Rouge aussi, de teintes si bien étudiées qu\u2019il s'en trouve une pour chaque figure.Lisez cette brochure d\u2019abord, et essayez ensuite votre nuance de Poudre Pompeian.L\u2019Echantillon contient les cing nuances de Poudre Pompeian dans cing jolis petits tubes.Essayez tout de suite votre nuance! 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[ ie T'AS-PAS ESSayé UNE BLACK HORSE 7 cest auss: CHANCEUX QUE DE *TOUCHER LE BOIS\" #2/4 dites simplement - 66 2 Août 1929 vidi.rte \u201c+ ta, i Août 1929 ABONNEMENT LA REVUE POPULAIRE VoLu.22, No 8.Montréal, Août 1929 Directeur: JEAN CHAUVIN T SOMMAITIRIE K> da, D) Pages S Le Totémisme .oo wo ww ow ow 7 @ >) Livres et Revues .2 ee NI \u201c Paysages de Montréal .\u2026 \u2026 \u2026 \u2026 14 CX Nos romans : LA REVANCHE DE MYRIAM (fin par Delly .\u2026 \u2026 19 UN AMOUR MYSTERIEUX par Marie Thiery .\u2026 33 Xi COUR, AS Chronique féminine .\u2026 \u2026 \u2026 \u2026 53 NY 39) Les règles du jeu de golf.\u2026 \u2026 \u2026 \u2014 59 5 Chronique d'art .62 5 L\u2019 Aviation d\u2019aujourd\u2019hui et de demain .64 5 Me voici quand tu m\u2019appelles.67 ©, Causerie financière ; Le Maréchal Foch; Etc.V7 da En Septembre: AMOUREUSE ESPERANCE, par T.Trilby TARIF D'ANNONCES FOURNI SUR DEMANDE Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de dix jours, au moins, et tout changement d\u2019adresse doit mous parvenir avec mention complète de l\u2019ancienne adresse.Entered March 23, 1908, at the Post Office of St.Albans, Vt., U.S.A., as second class matter under the Act of March 3rd, 1879.OX AAA) Ce Qté vase Hie adit .te, \" ; PRIE ct ste a ibn in} | me dis plante LA REVUE POPULAIRE est expédiée par la poste entre le ler et le 5 du mois.Editeurs-Propriétaires: POIRIER, BESSETTE & CIE 975, rue de Bullion MONTREAL \u2014 CANADA Tél: LAncaster 5819 oy A GHO6XO \\ 4 00600996 OX OIXAKAKAX Toe 6© AN NY La 060 Za te ni on al ir nat vi io * of il cl lily fii in 1 i, fo TL I étais hi \u201c LA REVUE POPULAIRE Août 1929 } 13 ui in, J A ÿ | 4 A hy i i it i Ah i iy a i it Ji i jt 1 : i ee choix wl Hie Hi tom, A 1 de ceux My i i : qui s\u2019y | il à wf : Hi in ih CO nnaissent/ | | i à i; i | he 5 = i a 4 i i) id Ei ke: » Old Stock ale 1 i i Ti Mürie à Point + d 5 sit Fo 8 IN q ea GIE j 24 > de 2) A ÿ 6) or GREWÈRIE DS 4, st AB 20) ce 36e i cs #7 EF ¥ x >, > co on ca; ac A se vy aX y RS à OOOO $ 5 # Ÿ es se 50550 = 18 RL RG ATID Août 1929 LA REVUE POPULAIRE Site et tt Le td i jit enn Ciao eue Schema Poteaux ou mâts totémiques, à Albert Bay, Colombie britannique.LE TOTEMISME des Indiens de I\" Amérique du Nord De nombreux faits illustrent d\u2019une façon singulière l'existence du totémisme chez les Indiens de l\u2019Amérique du Nord.Nous y retrouvons tous les principes fondamentaux qui régissent les sociétés à totem: la division politique des tribus amérindiennes en clans dénommés d\u2019après l'ancêtre totémique commun, l'étroite solidarité qui unit les membres du clan et l\u2019observation des règles exogami- ques qui permettent d\u2019éviter le mélange du même sang.Cette étude sur le totémisme mnord- américain est extrait d\u2019un récent ouvrage, LE TOTEMISME, publié par Maurice Besson, aux Editions Rieder, 7, Place Saint-Sulpice, Paris.Plus évolué que le totémisme \u2018australien, le totémisme nord- américain\u2019 apparaît comme un système social plus complet, plus cohérent et dont nous saisissons mieux le processus et les conséquences générales.Les légendes amérindiennes sur la descendance totémique abondent et expliquent l\u2019origine des noms de chaque clan.Au point de vue politique et historique l'union de plusieurs clans a été la base de la création de confédérations de véritables peuples, hostiles les uns et les autres, toujours prêts à entrer dans le sentier de la guerre et que nos ancêtres du temps du mar- ( Photo du gouvernement canadien.) quis de Montcalm appelaient la Nation huronne, la Nation iroquoise, la Nation des Delawares, etc.Ainsi les Indiens Creeks dont il existe encore quelques tribus étaient divisés en vingt clans entre autres ceux de l\u2019Ours, du Cerf, de la Panthère, du Chat Sauvage, du Loup, du Renard, du Castor, du Crapaud, de la Taupe, du Raton; les Iroquois comptent des clans de la Tortue, de I'Ours, du Loup, du Daim; les Iouwas comprenaient des clans dits de l\u2019Elan, du Castor, du Buffle, de l\u2019Aigle.Plus la \u2018nation\u2019 était nombreuse, plus considérables se trouvaient être les différents noms portés par les Confédérés et cela en raison de la multiplicité des clans.Chacun de ces derniers conservaient et conservent, s'ils subsistent encore, des traditions fort précises sur leurs Origines éponymes, légendes où se montre l'apparentement avec l\u2019animal totem.Tantôt il y a véritablement filiation, tantôt simple association entre un groupe d\u2019hommes et de bêtes: le clan des Ecre- visses chez les Indiens chotaws a été formé parce qu\u2019un jour des Chotaws parvinrent à faire sortir de la vase quelques écrevisses et que, loin de leur faire du mal, ils leur apprirent à marcher sur deux jambes, à se couper les ongles des pieds et à s\u2019arracher les poils ; ainsi peu à peu ces crustacés se transformerent en hommes, d\u2019où l'origine du clan en question.Parfois la filiation est plus complexe: un corbeau ramasse un coquillage qui se transforma en une petite fille qui devint l\u2019épouse du corbeau et donna naissance à un clan d\u2019indiens.Souvent le clan serait créé à la suite de l\u2019union sexuelle d\u2019une bête, l'animal totem, avec une femme, ou d\u2019un homme avec une femelle, Castor, Louve, etc.Les légendes indiennes sont moins explicites de totems inanimés comme la pluie, le tonnerre, l\u2019eau, le sable: des tribus Creeks désignent comme totems le vent, le sel, la neige.Chez les Indiens Kaws une tente remplit le rôle de totem artificiel, de même un couteau de chasse chez les Maudans ou la balle de fusil chez les Iroquois Onondagas.Il est probable que, dans ces cas, à l\u2019idée de parenté s\u2019est substituée l\u2019idée de protection ; la balle totem ne doit pas frapper I'Onondaga qui porte son nom.On a signalé des \u2018\u2018totems couleurs\u201d.Les Cherokees comptent parmi leurs clans quelques-uns qui ont adopté comme totem les teintes bleue et rouge.Il importe, chaque clan ayant son totem et chaque membre du dit clan ayant des devoirs vis-à-vis de ses \u2018\u2018frères\u2019\u2019 et de son totem, que LA REVUE POPULAIRE des signes extérieurs permettent de reconnaître le \u2018\u2018signe\u201d\u2019 de ce clan soit sur l'individu, soit sur le campement, soit sur les armes.Le caractère emblématique du totem apparaît donc nettement.D'autre part, l'homme du clan d\u2019un totem animal s'efforce donc de prendre l'allure de l'ancêtre du groupe et nous retrouvons chez les Peaux-rouges ces tatouages, ces mutilations, ces habillements des tribus totémiques australiennes.Les hommes du clan de la Tortue chez les Omabas portent les cheveux coupés de façon à ce que le crâne imite la carapace de cette bête alors que six mèches de cheveux Totems du cimetière d\u2019Albert Bay, Colombie britannique.viennent compléter la ressemblance pour imiter les pattes, la tête et la queue de l'animal en question.Ceux du clan \u2018des Petits Oiseaux\u201d \u2018laissent une toute petite mèche de cheveux au-dessous du front pour figurer un bec ; quelques-uns en laissent à la partie postérieure de la tête pour représenter la queue de l'oiseau; des touffes de cheveux au-dessus de chaque oreille imitent les ailes.\u201d\u201d Dans certaines circonstances, les hommes du clan se peignent, se tatouent et se \u2018\u2018camouflent\u201d pour employer un terme moderne de façon à ressembler le plus possible au totem adopté ; Août 1929 ainsi à l\u2019occasion des danses, des fêtes, des funérailles, les clansmen se déguisent en buffles, en loups, en oiseaux et, en règle générale, tout individu porte au moins une partie caractéristique et facilement reconnaissable de son totem.Par ailleurs, le tatouage normal, celui qui est porté tous les jours est utilisé comme marque de reconnaissance entre les membres d\u2019une tribu.Ce tatouage comporte sou-' vent la représentation du totem, ou, du moins, des signes conventionnels et toujours identiques.L'emblème totémique est gravé ou peint sur les armes, les boucliers de cuirs, ou bien sur les ustensiles usuels, sur les tentes.Fra- zer a noté, par exemiple, à ce sujet que dans la région de l'Alaska et parmi les clans Thlinkits *\u2018devant chaque demeure des chefs et hommes principaux on trouve des poteaux qui portent le totem sculpté des habitants de la maison.Comme elles sont habitées quelquefois par plusieurs familles de totem différent le poteau montre souvent un certain nombre de totems l\u2019un au dessus de l'autre.Selon d\u2019autres ces totems superposés représentent les totems paternels de la ligne féminine car, comme la descendance est en ligne maternelle, le totem paternel n'est pas toujours le même de génération en génération.Les Indiens de la côte de la Colombie anglaise sculptent leur totem sur les poutres qui supportent les toits de leur demeure, ils les peignent aussi au- dessus de la porte.Les Pawnies marquent leur hutte, et même leurs vêtements et leurs parures, de leur totem.Les Delawares peignaient autrefois leur totem sur leur maison; le clan de la Tortue représentait une tortue entière, mais le clan des Dindons peignait seulement une patte de dindon; le clan du Loup simplement une patte de loup, ou quelquefois les contours de l'animal entier.Dans les villages Otawas les différents clans totémiques occupaient des = à is diabetes Août 1929 LA REVUE POPULAIRE Les totems du Parc Stanley, à Vancouver.(Photo du Pacifique Canadien.) quartiers séparés; aux portes de ces quartiers on érigeait des poteaux qui portaient la figure du totem ou une partie de celui-ci.Chez les Iroquois le signe totémique au-dessus de chaque wigwam consistait, au moins dans quelques cas, en la peau du totem (castor, chevreuil, ours).Quelquefois on empaille la peau et on la met sur un pieu devant la porte\u2019\u2019.Les poteaux dont il s'agit sont souvent ils ont de neuf à trente Un village Haïda clevés ; pieds de haut.est tout hérissé de ces poteaux.Les Iroquois Onondagas appartenant aux clans du Loup, de la Tortue, de la Bécasse, du Castor, de la Balle ne devaient prendre femmes que dans les clans du Cerf, de l\u2019Anguille ou de l\u2019Ours, consti- He jth il fi doit ; seul thet : tan ; Cranial] ada i i à 3 puits pith SHEAR sited 44 Lalit tata aah titibibi iat pata HR FE Br ALAM SHALE HEE SEE bispisuutt 10 tuant la seconde phratrie de la Tribu Onondagas.De même les Thlinkits se subdivisent en deux phratries, celle du Corbeau avec les clans du Corbeau, de la Grenouille, de l\u2019Oie, de l\u2019Otarie, du Hibou, du Saumon et celle du Loup avec les clans du Loup, de l\u2019Ours, de l'Aigle, de la Baleine, du Requin; les affiliés des clans à la phratrie du Corbeau ne peuvent épouser que les membres des clans passés dans la phratrie du Loup et vice-versa.Ces phratries se sont créées, suivant l'opinion de Morgan, par la subdivision d\u2019un clan et cette division serait due à ce que l'animal totem unique aurait été diversifié par la présence de variétés de cette race animale, loups blancs, loups gris, buffles bruns, buffles noirs, chez les Ojibeways du Minnesota par exemple, le clan de I'Ours s'était fragmenté en deux celui de I'Ours commun et celui de I'Ours Grizzly, ou chez le clan TERR IRA Wrangell Masks, (Photo C.P.R.) LA REVUE POPULAIRE primitif de la Tortue de la tribu des Omabas qui s\u2019est subdivisé en ceux de la grande Tortue, de la \u2018Tortue tachetée à yeux rouges, de la Tortue qui ne s\u2019enfuit pas.Ce mouvement de segmentation a même été plus loin et l\u2019animal ou l'objet totem a été \u201c dépecé \u201d, si l\u2019on peut s'exprimer ainsi, un clan prenant les pattes, l\u2019autre les cornes, un troisième la queue, l\u2019estomac, etc.D'autre part, comme nous indique Hale dans son Iroquois Book of Rites, chez les Haï- das 1l s\u2019est produit des fusions, les Ours noirs se sont fondus dans le clan des Rocquals.On a parfois confondu les phratries des tribus amérindiennes avec les associations d\u2019allure magico- religieuse qui manifestent principalement leur activité par des danses.Ces groupes portent le nom d\u2019un animal, ils ont des ornements spéciaux rappelant souvent une partie de la bête patronymique; les membres n'en sont pas unis par un lien totémique et réunissent généralement les gens du même âge, parfois de sexe différent.Ce sont de véritables associations, dont les unes n\u2019ont qu\u2019un but; se réunir et danser, et dont les autres jouent un rôle dans la vie sociale en intervenant pour maintenir l\u2019ordre dans le camp ou régler les opérations de la chasse.\u201cOn doit, nous dit Fra- zer, probablement chercher l'origine de ces associations dans le sentiment de l'insuffisance protectrice du totem; on tâche par là d\u2019obtenir une protection plus efficace.De là vient que certaines de ces bandes ont des \u2018\u2018médecines\u2019 dont on se frotte le corps avant d'aller à la bataille pour se rendre invulnérable.\u2019 Cette question de l\u2019emploi de médecine a amené le groupement de certains individus, chez les Da- cotas entre autres, utilisant \u201cla même médecine\u201d\u2019 les \u2018\u201cmêmes gris- gris\u2019.Ces associations se rattachent quelquefois avec les premières car les affiliés nouveaux n'\u2019étalent admis à participer aux bienfaits de ces \u2018médicaments\u2019 et 7, 2 À er2 rames HW, go res oe (Photo C.P.R.) de ces \u2018\u2018sorts\u2019\u2019 qu\u2019à la suite d\u2019une danse rituelle dirigée par les sorciers du groupe choisi.Par ailleurs, chaque groupement cherchait, et le caractère magiffue de l'institution apparaît ici, à nuire à ses advarsaines par l'effet de ses \u201c médecines \u201d qu\u2019il jugeait plus puissantes que les leurs.Dans les tribus totémiques amérindiennes se pratiquent des danses qui sont particulières à chaque clan et qui ont pour objet principal de conférer au novice une puissance secrète sur les animaux qu\u2019il sera appelé à rencontrer ou à chasser.En subissast les épreuves de l'initiation le jeune Peau-Rouge cherche à bénéficier de la protection du totem du clan.On a discuté sur le caractère de cette protection que les Sioux nomment \u201cWakan\u201d, les Iroquois \u2018\u2018Orenda\u2019\u2019 (Suite à la page 80) cet ul Tr Chin fH By rt ; io tire i ÿ ir ue \u201cut a fit i r i Août 1929 LA REVUE POPULAIRE 11 2) LITTERATURE CANADIENNE par Marcel Dugas.C\u2019est aux anciens collaborateurs du Nigog, tenus autrefois pour suspects par tous les gens bien-pensants, que la littérature canadienne doit aujourd'hui d'être un peu connue en France.Grâce à Paul Morin, René Chopin, Robert de Roquebrune, Léo-Pol Morin et Marcel Dugas, de qui on dit jadis pis que pendre parce que leurs vers et leurs proses ne sentaient pas assez leur terroir et ne célébraient pas, comme il eût convenu, \u2018Baptiste et sa créature\u2019\u2019, les éditeurs et critiques français n\u2019ignorent plus l\u2019existence d\u2019une jeune littérature canadienne.Ce livre de Marcel Dugas, pour n\u2019être pas une histoire proprement dite de notre littérature, n'en retrace pas moins toutes ses grandes lignes, à la faveur de quelques études.On y trouve exposés ses grands problèmes: la littérature canadienne existe-t-elle ?doit-elle être strictement régionaliste?utilitaire, c'est-à-dire catholique et patriotique?Marcel Dugas n\u2019eût pas intitulé son livre: Littérature canadienne, s\u2019il eût douté de son existence.Mais cette littérature, une fois admise, doit-elle être strictement régionaliste?Littérature Canadienne, par Marcel Dugas.1 vol, 200 pp.Chez Firmin-Di- dot, éditeurs, 56, rue Jacob, Paris.Dans toutes les librairies canadiennes.\u201cT1 faudrait d\u2019abord s'entendre,\u201d écrit Marcel Dugas, \u201csur le régionalisme et l\u2019importance que l\u2019on y attache.Est-ce vraiment si sérieux que çà, et devons-nous en attendre, confits dans la plus béate des certitudes, le miracle spirituel qui en imposera aux siècles?Je m\u2019interroge.Tout n\u2019est-il pas régionalisme ou quelque chose d\u2019approchant?Régionalisme! Terroir! Que voilà de grands mots redoutables.Ceux qui craignent les influences neuves, les révolutions en art, les orientations multiples et ne veulent voir la sagesse que dans des formes consacrées professent, d'habitude, le plvs violent mépris à l\u2019égard du romantisme, du symbolisme, etc.Ils doutent, ils sourient, ont des gaietés de petites folles au seul énoncé de ces mots en \u201cisme\u201d.Ils ne prennent pas garde qu\u2019en attachant une importance démesurée au régionalisme et au terroir, ïäls tombent dans la même faute qu\u2019ils savent reprocher en termes sanglants à leurs prétendus adversaires qui, au fond, n\u2019en sont pas.Ils crient contre la chapelle, le cénacle, la coterie, et ils constituent eux-mêmes un état dans l\u2019état, et d\u2019autant plus dangereux qu\u2019ils se croient en possession de la vérité intégrale .\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026 Nous attendons le chef-d'oeuvre canadien et lui préparons des triomphes.Seulement, nous voulons.pour nous, la liberté des sujets, l\u2019individualisme, la fantaisie et tout ce qui nous plaît, nous amuse et nous empêche de crouler définitivement dans l\u2019ennui.Cette littérature canadienne doit- elle se mettre au service de la morale, de la religion et du patriotisme?Nous citons encore Dugas : \u201cM.Paul Morin a raison, avec Boileau et autres esthéticiens de tous les temps, de se refuser à faire de l\u2019art une dépendance de la morale, de la religion et du patriotisme.L\u2019art se suffit à lui-même: il n\u2019est pas un serviteur, plus ou moins maniable, des goûts de la multitude, des passions politiques ou religieuses.Il constitue un état dans l'état.Philosophie, histoire, questions politiques et morales peuvent étre bien servies par la littérature, mais elles ont une existence en soi, indépendante, viable.L'art, lui aussi, se meut par lui- même, et il à parfait, depuis longtemps, sa glorieuse et libre aventure.\u201d La manière de Marcel Dugas c\u2019est modifiée.Que tous les lecteurs indolents se rassurent : sa prose n\u2019est plus aussi symbolique, 1.d.hermétique.Son style est plus clair, plus facile.Faut-il déplorer ce qu\u2019il perd peut-être ainsi en éclat et en sonorité?Marcel Dugas a évidemment beaucoup changé.Voyons ce qu\u2019il écrit sur la poésie de Paul Morin : \u201cEt pourtant, qui sait si nous n\u2019aimons pas trop les mots, lui (Paul Morin) et nous?Il faudrait discuter cela un jour.Les tentants exemples ne manquent pas: Hu%o, Leconte de Lisle et tous ceux qui au-dessus de tout ont attaché le plus grand prix à la forme.Chose certaine, M.Morin lui-même nous fournirait une preuve qu\u2019il.a raison contre nous et contre lui.M.Paul Morin se répand, en prodigue, dans le monde des mots et des choses.Mais, au sein de telles richesses dont il s\u2019est fait un peu l\u2019esclave émerveillé, va-t-il se saisir entièrement, dominer la matière, les brillantes et ensorceleuses contingences?De rares fois.Il se soumet, plutôt, sans hésiter à elles; il est un homme pour qui \u201cle monde visible\u201d existe et, chargé de tous ses prestiges et couleurs, il est le chantre, toujours conscient, soigné, dandy, qui trépide dans les nuances mobiles de la terre, et qui, dressant sa lyre sur la nue.la fait vibrer à tous les vents.Mais les grands Olympiens n\u2019ont pas asservi entièrement à leur discipline ce joueur de lyre; l\u2019émotion va le surprendre, le mordre au moment qu\u2019il taquine ses paons et nous en- 12 tretient de roses et de grenades.Elle va lui venir d\u2019une petite fille aux cheveux plats qui, un jour d'hiver, rieuse et fébrile, aura galopé près de lui sur un beau cheval blanc.\u201d Morin donc, dans Poèmes de cendre et d\u2019or, s'est humanisé.Si peu pourtant! C\u2019est surtout Dugas qui s\u2019est humanisé.Il vibre, il se laisse prendre aux émotions, il nous fait sentir sa magnifique sensibilité d'homme et d'artiste.Il reste le bel ouvrier de la forme qu\u2019il a toujours été\u2014et il ne lui en coûte rien de s'être \u2018\u2018diminué jusqu\u2019à l'humanité\u201d.Nous dirions bien volontiers que la conversation de Marcel Dugas, intelligente et spirituelle, variée et érudite, volontiers profonde, mais jamais sentencieuse, est celle de notre plus agréable prosateur, si Du- gas n'avait une si sainte horreur des compliments ! DEUX PUBLICATIONS ARTISTIQUES DU PACIFIQUE CANADIEN Nous accusons réception de deux magnifiques publications des Services Maritimes du Pacifique Canadien.L\u2019une, qui fait valoir les avantages qu\u2019offre le Saint-Laurent à ceux qui vont en Europe ou qui en reviennent, porte le titre \u201cLa Route Historique vers l\u2019Eu- 1ope\u201d.L'autre, qui s\u2019intitule \u201cLes Toques Blanches\u201d, traite de l'alimentation des passagers en mer et du rôle que jouent les cuisiniers sur les grands paquebots modernes.La première de ces publications se présente sous une agréable couverture bleue portant au centre une reproduction en couleurs d\u2019une peinture de Norman Wilkinson, représentant l'Empress of Australia voguant en pleine mer.La brochure toute entière est illustrée de gravures en couleurs montrant les diverses pièces, salons, salles à manger et cabines de luxe de trois grands paquebots du service de première classe du Pacifique Canadien, Empress of Scotland, l'Empress of Australia et l\u2019'Empress of France.On y voit aussi plusieurs jolis marines du peintre anglais Norman Wilkinson, ainsi qu\u2019un superbe panorama de Québec par le même artiste.La brochurette \u201cLes Toques Blanches\u201d, bien que moins luxueuse sous le rapport de la typographie et de l\u2019illustration n\u2019en est pas moins intéressante par les détails qu\u2019elle nous donne sur le service des cuisines des paquebots de la flotte du Pacifique Canadien.Renommés dans le monde entier pour l'excellence de leur.service, la courtoisie de leur personnel et leur luxe de bon aloi, les paquebots du Pa- LA REVUE POPULAIRE cifique Canadien ne le sont pas moins pour la succulence de leur cuisine.Sur l'Atlantique comme sur le Pacifique, la flotte du Pacifique Canadien a depuis longtemps conquis la faveur du public voyageur et, dans cette popularité, nous devons voir, au moins pour une large part, l\u2019oeuvre des maîtres- queues auxquels sont confiées les cuisines de ces paquebots.Ce sont des artistes pour qui la science culinaire n\u2019a pas dde secrets; des hors-d\u2019oeuvre bien faits pour charmer le palais des gourmets les plus exigeants.Le but de la plaquette \u201cLes Toques Blanches\u201d est de faire mieux connaître le travail des cuisiniers qui, en arrière de la scène, ont pour mission de veiller à la partie gastronomique du service.Pour dissimulée qu\u2019elle soit, leur part n\u2019en est pas moins des plus importantes et il est juste que crédit leur soit accordé pour la facon dont ils s'en acquittent.Août 1929 RAPPEL L'HOMME QUI VA.par Jean-Charles Harvey.Nous étudierons, le mois prochain, le beau recueil de contes et nouvelles de M.Jean-Charles Harvey, dont La Revue Populaire a déjà parlé à plusieurs reprises.Ces contes et nouvelles, dont nous conseillons fortement la lecture, ont paru récemment aux Editions du Mercure, illustrés par Simone Routier.La chambre du crime?Non.La misérable chambre à coucher de Louis Hémon, auteur de MARIA CHAPDELAINE, à Péribonka Ro Août 1929 LE HUITIEME RAPPORT DES ARCHIVES DE QUEBEC Le dernier rapport de l\u2019'archiviste provincial, M.Pierre-Georges Roy, le huitième de la série, contient des notes d\u2019un très grand intérêt historique.M.Pierre-Geor- ges Roy nous présente cette fois-ci la série des lettres échangées entre la Cour de France et le Gouverneur Frontenac pendant la deuxième administration de ce dernier, de 1689 à 1694.On se rappelle que dans un de ses rapports précédents, l\u2019archiviste provincial avait publié la correspondance échangée entre le Roi de France et Frontenac pendant la période de 1672 à 1682, ou la première administration du célèbre Gouverneur.La fin de cette correspondance, pour la période qui s\u2019étend de 1694 à 1699, paraîtra l\u2019an prochain.Les lettres en question sont passionnantes à la lecture parce qu'elles permettent de se faire une idée juste de la façon dont la Cour de France entendait diriger les affaires de sa jeune colonie et du caractère de l\u2019homme qui avait reçu le commandement suprême de la\u2019 Nouvelle-France.Celles qui paraissent dans le volume actuel relatent l\u2019organisation et l\u2019exécution des expéditions de Frontenac contre les Anglais de la Nouvelle-An- gleterre, expéditions qui couvrirent son nom de gloire et qui firent du comte le gouverneur le plus populaire sous la domination française.Une partie de la volumineuse Plessis, qui succéda à Monseigneur Denaut sur le siège épiscopal de Québec, apparaît également dans le présent rapport.C\u2019est M.l'abbé Ivanhoe Caron qui a préparé cet inventaire comprenant des lettres adressées à la Cour de Rome, aux prêtres, aux personnages politiques, lettres d'autant plus intéressantes que le pouvoir civil était alors plutôt mal disposé envers l\u2019Eglise Catholique.La suite de cette correspondance sera également publiée dans le numéro de LA REVUE POPULAIRE l\u2019an prochain.Le rapport actuel contient aussi un mémoire sur les postes du Canada par le Chevalier de Raymond que M.Aegidius Fauteux, bibliothécaire de Saint- Sulpice, a communiqué à M.Pier- re-Georges Roy.Ce mémoire contient l\u2019histoire du commerce et des relations des autorités de la colonie de la Nouvelle-France avec les nations sauvages dans l'Amérique Septentrionale.Le journal de Joseph Gaspard Chaussegros de Le- ry, officier dans les troupes du détachement de la marine (1754- 1755) a aussi été mis a la disposition de l'archiviste provincial par Monseigneur Amédée Gosselin.Enfin, le rapport de M.Roy se termine par la publication des notes de MM.Baby, Taschereau et Williams sur l'enquête conduite dans les paroisses de la Nouvelle- France par les officiers du Roi qui correspondance de Monseigneur avaient pris le parti des Bostonnais à cette époque troublée et aussi de reformer les cadres de la milice.C\u2019est encore M.Aegidius Fauteux qui a permis a l'archiviste provincial den donner la publication dans son rapport.JE ME SOUVIENS, par André Wald (Marcelle Lesage, éditeur, Place Dauphine, Paris.) Un roman canadien écrit par un Français.Très juste.C\u2019est à lire.NE ETUDES SUR GARNEAU par l'abbé G.ROBITAILLE La nouvelle réédition de \u2018l\u2019Histoire du Canada\u201d de Garneau, a soulevé quelques mises au point.M.l'abbé Georges Robitaille, ancien professeur d'histoire au Séminaire de Joliette et déja connu par ses études critiques sur certains points de vue en histoire, vient de réunir en volumes ses observations sur 'oeuvre historique de Gar- neau.L\u2019argumentation serrée, \u2018\u2019la clin fe iittala bali er A i RARER {4 it 13 documentation abondante et précise\u2019\u2019, l\u2019impartialité et la sincérité des critiques de M.Robitaille, présentées dans un style vigoureux et bien personnel, font de ce nouveau \u201cdocument historique\u201d l\u2019un des meilleurs de l\u2019année.En lisant ces pages de critique, on connaîtra davantage, entre autres choses, l'influence de Thierry sur Garneau, les motifs qui l\u2019entraînèrent à écrire une \u2018\u2018histoire du Canada\u2019\u2019, ses méthodes, son idéal, ce qu\u2019il faut penser des historiens de Mgr de Laval et des points de vue de Garneau sur notre premier évêque.L'auteur, dans sa concision, tente de corriger quelques légendes et nous croyons qu\u2019il réussit à rétablir la vérité historique des faits et la justice dans leur appréciation.Belle édition d\u2019une toilette typographique soignée de la Librairie d'Action canadienne-française.0-\u2014\u2014\u2014 ON PUNIT EN NORVEGE LES MEDECINS QUI N'ECRIVENT PAS LISIBLEMENT On commente longuement, dans les milieux radicaux, une nouvelle loi qui vient d\u2019être promulguée en Norvège et au terme de laquelle les médecins seront désormais tenus d'écrire lisiblement leurs ordonnances.Etant donné que les pharmaciens ont toujours fait preuve de beaucoup d\u2019habileté dans la lecture des formules écrites par les disciples d\u2019Esculape, on pourrait croire qu\u2019il n\u2019y aura pas grand\u2019- chose de changé si la loi ne précisait que dorénavant les ordonnances médicales devront intelligibles non seulement pour les pharmaciens, mais encore pour les profanes, les patients directement intéressés, par exemple.Il y a plus: le législateur qui vient \u2018bouleverser résolument toutes les traditions exige que même la signature soit Hsible.De sévères peines de prison sont prévues contre les médecins qui enfreindront la loi.fes, ht (ln afi fit 14 LA REVUE POPULAIRE Août 1929 MONTREAL, vue d'ensemble prise de la montagne.(Photo Pacifique Canadien.) PAYSAGES DE MONTREAL Si mobile est l'aspect de Montréal depuis quelques années que nous avons voulu du moins fixer, au moyen de quelques photographies inédites, l'image que présente en 1929 cette immense cité de plus d\u2019un million d'habitants, appelée à de magnifiques destinées en ce vingtième siècle qui est, a-t-on dit, celui du Canada.Ces documents nous ont été fournis par le Pacifique Canadien et la Compagnie Aérienne Franco- Canadienne, dont le siège social est à Montréal et qui entretient une base à la Pointe-aux-Trembles (13838 est, rue Notre-Dame) pour le transport des passagers et du fret, unc base secondaire à La- chine et une troisième à Sillery, près Québec.La ville était autrefois dominée par les tours, dômes et flèches de ses églises, catholiques et protestantes.Elle le sera demain par les énormes monolithes des gratte- ciel qui se dresseront comme un rempart entre la montagne et le fleuve.Et ainsi, pour son malheur peut-être, Montréal, comme Toronto, comme toutes les neuves cités de la Prairie et de la côte du Pacifique, offrira l\u2019aspect de toutes les villes américaines construites en série.A Montréal,\u2014primitivement Ho- chelaga, puis Ville-Marie, \u2014 fut fondé par M.de Maisonneuve, gentilhomme français.Dès que la navigation le permit, une petite flottille, portant M.de Maison- neuve et tous ses colons, quitta Québec pour se rendre à Montréal.M.Puiesaux, madame de la Peltrie et le père Vimont, supérieur des Jésuites, faisaient partie de l'expédition.Dès l\u2019aube du 18 mai 1642, on atteignait l\u2019endroit désigné d'avance pour le nouvel établissement.Les invasions iroquoises aux environs de Ville-Marie forcèrent M.de Maisonneuve à passer en France pour obtenir des recrues.Il revint à Montréal (1653) avec 100 hommes de bonnes moeurs, robustes, courageux, et sachant manier la houe et le fusil.La paix signée avec les Iroquois permit à M.de Maisonneuve de mettre ses hommes à l'ouvrage en arrivant: l\u2019hôpital fut agrandi et mis en état de défense.Ville-Marie devint dès iors comme le bouclier de la colo- ni et la sauva en 1660.En 1663, la population totale de la Nou- velle-France est de 2,500 âmes.Un siècle plus tard, le pays était cédé aux Anglais En 1760, Montréal capitule et le Canada tombe sous la domination anglaise.Montréal est choisi, en 1843, comme capitale du Canada.En 1849, apres l'incendie des édifices parlementaires, il est décidé que Toronto et Montréal seront alternativement.tous les quatre ans, le siège du gouvernement.Mais, dès 1857, Ottawa est choisi par la Reine comme capitale du Canada.Inauguration du Pont Victoria, en 1860.En 1876, fondation de l\u2019Université Laval. LE, M J f ( 9 il A, Hitt i XR i iy i ey fr , es * it fhe Ait fe | iat £4 of i el rie i x i i ty ol hi ite ht acte : i Lu » sn il t i if i wn in J né th it ui of j rires arise a diiisiud itd td ditgielils dat > g ett tou fig dci utiles ter j j ue it i de nt th ji Hn il it pith = ie i i nd ality: Lu gilt fg 4 tt ith th I, flit jit) pity i i it re fit pict ite fits É i t r d | i à fi co a] GL i Cr i g td ce jd i fle die tia tne glides ides gis {its if i .geil i pe on pin | : Hil i ie fh fit i J: it it i tt i yi LA REVUE POPU AIRE 15 fi Août 1929 Hl pi dr fi Hh hi D f i 1 ut ae = ie 5e Si NX 7 RE Te .5 = i NK Ze S oi] a al iv N et i ti 7 Se 2 ih Se ï 3 ve Cn ; a i > \u2014 % i À S 5 ane AR .# RS ou ot i N # iw ane Sev 4! i a % + ok es (i 4 2 gi , 3 + ie LE i : ld if Re vs DA : a.= Le N AR qe ses, Eu NR Sah A = >, 4 bo te : » N br 4 2 pie ès sas ; a + 74 8 S \" Ya its $ os 5 wm 3 5 Fc ka i + Le, JA + se SN .59 fs he i fl ae Xe %s = CE rd if han Se in a 3 ti Be Bi * Le ne tt 73 =F A) Ri je.oe se ft 1 % # wd A se En 2 À « ue i ar i 3! jus, di .hn 7 iv S TN NY be À i of > ; i E% i a % de 55 FA 3 PA \" & es 7 Du gt en re A ih ! 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MASON 5 et 1 2 a.al i 0 ile ne.sit i ; cet sh; ; i i i it He i! is s.ct i; ht it rt cr oi : it : i he qu ih i eh de thy ni ai on er \u2018 cu = = fr i i ir, ci i on it i 4 Jil ir Hii iii i ; i i i ite filiacaisis Aik hin oid deli {ol ig tis i fh ji 4 dut 4 Lis rib eth à fads {i i pid ht i i ft tl pit Eu fet i i at sui fi it it ea i fii ied i i Lit il (huit Hil ji pedi i it 1 te fis il 5 in ft fii 4 He i ii i i i dun tr et iui i itl i à ig 1 cod gt de Got ni 1 ilk ti ih Hotte és tit ti ht t th fs ES g go iia Ht i fil fd fie i) is ith Hi i cd, fit tt Jit anti th i pr it ft, fle i Kt ih (i | th ite [alt I! i 1 fill it : A 17 ili gi Août 1929 LA REVUE POPULAIRE KD i\" il di tes ih En He, ihe pe ef Ht i i i ho ÿ ts i wt, fies \u201d - i i ci i A E ES i fi fe sue i di hi i THR Si 3 es {i _ ve \u201c fes pr 5 1 ge i es ie es de ils! he: dil ;' els) wo ite i, | ile 7 \\ 7 Hot fu a 2 22 .fils ait ile - $ wy So) i 0 NN iti on 7 %.i C0 ce - 7 ° | i ile GEN _ i , Ga x a se 7 ii i RN i a , a 3 .au à ; 7 2 i RE = 3 = > i ! i , 7 $ > 2.2 7 7 7 5 5 i T a x 7 R | es = io i 3 NN = + i RE 1 Be = Lo = © a oy N lotus .à 45 .\u2019 5 ; Ne 7 2 = ii : ths / ne i as i ; 1 2 24 at Lars 1 S DY 7 po qi oy For es, i 2 7 S | ; 2 7 NE i i aw ANN N en i 5 7 = NR : ' a a.Xe a a D A Le owen 3 4 Fo it Ii | XR ha pix: Sy 5 5 = | | 2 oi bit a Re = fith 53 EQ 2e 5 er % wi = 5 x 22 Wi À in i es a ps i à , ss £ + Se ARF Te Iti a = a) S Se but it 0 Ny 8.: ir : : fit \\ Se AN \\ .x on EA SN ii ii i 7) 4, A æ sa Cr NN N 5 i Se = 44 = % f WN of ile i == a \\ + es a v CGT WR MR * fi a 2 A .NS \u20ac sé pes 4 gating Hil S oF Dns: i ar 3 18 Zoo gr NY i el a Gr re = fh.prete > SN i 45 pd wa 2, ts bi > 2 fant Jo; fo te Ps id a it bi % VA, ft LE = or NE 7 \u201d it \u201c A Bh .ea 0m Hits, ihe oe N $ ge so >» i iin iil si SX Ne D a i 5 ie 1 fe HA i ini, NM > T rt a Lo tis i i » = i NN Le HR if iit \\ ile il hte ii its i N | i 7, 5 = x 2 2 SA ih i ire = | Wh tt i Sc | 4 de y's iti Qu .si i # $ 4 .i » i Ai (Hs 5 à ÿ = \u2014 S f H?ih - 5 7 2 2 ; il H S hs No .iH] at a ÿ an hf het 1 + i h i ii i Bh 5 i wv 5 x il yi in i i x Vtt S er iffy Nu X pitt i i ! i i | 5 5 ih: i piles -~ i hit it fin iyo it ren Lt bite hl Se GE die es = \u201c© it .i 3 ue © a : i .5 Qa No he aN i S Vi Sh 1 i tr i 4 7 .a _ 2 2 4 i ii i CE one .© $ 7) RN WN i A : ile hi .> 7 A ; = \\ De iti LL = ; « _ , i\u201c 7 (4 Zi if La 7 i 2 7 4 i 5: ue y 0 .= She RN Gé 7 : i ol Mi Sh > $ CE GE Hs x Wo 2 7 7 NS oe 5 he SHR x i 7 a = ei & li i fit\u2019 as .> = 4 Gi >.SS Ce = > ui Ze i NN Se a +.i | 5 RX N Tu Lo = i TES a lite NS i aN S i 3 AS S N je i, = = ; .Se Zi 3 i RN Sa, = bh RN .su oS Ti 2 5 7 N TY iit iti pan i i 7 on i 5 2 1 Nh je 1 = A i > | or GE 2 i i he i = S a 2 Li ge .is i SD AI i fi 7, 7.Sie N « I ih A pes 3 i CS Se LE 2 \u2026 tr = \\ i > SN 7 D bhi 2 - = = + 2, sn vi eos Y 7 Bh S lues! 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Il n\u2019est pas admissible qu\u2019il vienne me régenter ici, après ce qui a été convenu entre nous.S'il est nécessaire, je le lui ferai comprendre.Un éclair de satisfaction passa dans le regard de son interlocutrice.\u2014Si vous en avez le courage, vous n\u2019avez pas tort d\u2019agir ainsi, déclara Mme Sulzer.Car il faut bien que je vous le dise, Madame, les visites de Son Altesse ici ne passent pas inaperçues, grâce à cette bavarde de Dorothée, et suscitent des commentaires.désagréables pour vous.Myriam rougit plus fort, tandis que Mme Sulzer poursuivait: \u2014On se doute bien que ce n\u2019est pas pour Rachel seulement que le prince vient dans cette maison\u2026 Et alors, qu\u2019est-ce qu\u2019on peut penser?Rien qui soit agréable pour vous, Madame.Mieux vaudrait donc essayer d\u2019éloigner Son Altesse, de façon discrète, en lui faisant entendre que vous tenez à votre liberté.Mon cher prince est très autoritaire, et du moment où il ne vous verra pas disposée à plier, il se retirera.En elle-même, Mme Sulzer se félicitait de son machiavélisme.Mettre en contact la fierté de Myriam et l'orgueil du prince lui apparaissait, en effet, comme le plus sûr moyen d\u2019empêcher cette réunion des deux époux qu'elle redoutait comme une catastrophe.Il lui était insupportable de penser que son maître, celui qu\u2019elle mettait au- dessus de tous les autres mortels, pouvait se laisser fléchir par le charme de Myriam, renoncer à l\u2019ostracisme dédaigneux adopté par lui tout d\u2019abord.Et c'était avec un véritable frisson d\u2019horreur que Mme Sulzer songeait a cette éventualité: la petite-fille du vieil Eliezer amenant, par le pouvoir de sa beauté, le prince de Hornstedt à lui donner en face de tous le nom auquel, en réalité, elle avait droit.par Delly (Suite et fin) (Commencé dans le numéro de Juin} La tactique de la vieille femme devait réussir.Myriam se trouvait profondément froissée par la manière d\u2019agir de Siegbert, et tourmentée à la pensée de ce qu\u2019on pouvait imaginer à son sujet.Flle aurait voulu le faire entendre au prince\u2026 mais de quelle manière?\u201cPourtant.il faut qu\u2019il cesse de venir!\u2026 ou du moins qu\u2019il espace ses visites!\u201d songeait-elle fiévreusement.Mais cette pensée lui donnait une singulière impression «d\u2019angoisse, d\u2019émoi douloureux.La caisse de musique annoncée arriva le lendemain matin, et Myriam se mit aussitôt à ranger les partitions et morceaux dans un des placards du parloir.Elle accomplissait machinalement cette besogne.Son esprit était loin de là.il s\u2019en allait vers ce château de Hoendeck où demeurait celui qui, après tout, était le maître de son destin.car Mme Sulzer avait raison, quand elle lui disait: \u201cVous ne serez libre que tant qu\u2019il le voudra bien\u201d.La jeune femme, tout à coup, eut un léger sursaut.La porte du parloir s\u2019ouvrait sous une main ferme, le prince entrait, le visage encore animé par la course qu\u2019il venait de faire à cheval, ainsi qu\u2019en témoignait sa teune.\u2014Sulzer a décidément la spécialité des portes ouvertes! dit-il en se découvrant.Il faudra lui en faire l\u2019observation: ce n\u2019est aucunement prudent.Il s\u2019avança vers Myriam, dont le teint s\u2019était vivement coloré, et prit la folie main délicate qui se tendait vers lui d\u2019un geste machinal.En même temps, son regard, animé d\u2019un intérêt passionné, enveloppait la physionomie quelque peu bouleversée de la jeune femme, qui luttait contre son émoi pour prendre lair de froideur qu\u2019elle voulait opposer au prince, aujourd\u2019hui plus que jamais, après ce que lui avait appris Mme Sulzer.\u2014\u2014Etes-vous fatiguée?demanda Sieg- bert.Vous n\u2019avez pas fort bonne mine, ce matin.\u2014Fatiguée, non.Je souffre seulement de quelques névralgies, répondit- elle briévement.Elle retirait en méme temps sa main, que Siegbert retenait dans la sienne.\u2014Est-ce habituel chez vous?\u2014Non, je n\u2019en ai que depuis peu de temps.\u2014T1 faudrait consulter Blück.\u2026.Peut- être vous fatiguez-vous trop?Je vois là des broderies qui doivent exiger une somme «d\u2019attention excessive pour une personne un peu délicate.En parlant ainsi, il jetait sa cravache sur un fauteuil et s\u2019approchait de la table sur laquelle étaient étalés des parures de corsage, une nappe d\u2019autel, des objets de layette ornés des plus exquises broderies.Myriam avait tout préparé pour l'emballage de ces objets, destinés à la maison qui lui donnait du travail.Le couvercle du carton était là, bien en vue, portant cette indication: Muller\u2014 Brenden\u2014 Broderies et dentelles \u2014Vien- ne.Et audessus se trouvait cette mention: envoi de Mme de Hakenau.Le coeur de Myriam se mit à battre plus vite, la rougeur se fit plus brûlante sur son visage.Il allait voir cela.et demanderait une explication.\"Tant mieux, ce serait le prétexte cherché pour lui faire entendre ce qu\u2019elle voulait.Mais en même temps, une sensation d\u2019angoisse, de profonde souffrance envahissait la jeune femme.Siegbert se pencha vers la nappe d\u2019autel et la considéra avec attention.\u2014C'\u2019est un travail ravissant! Je ne doute pas qu\u2019il soit dû à votre habileté, servie par un sens artistique vrai ment raffiné?Elle répondit, en essayant de contenir le frémissement de sa voix: \u2014En effet, Altesse.\u2014C\u2019est réellement admirable ! Vous avez, décidément, les plus rares talents.Il s\u2019interrompit.Son regard venait de tomber sur l'adresse.Se tournant aussitôt vers Myriam, il rencontra le regard fier et résolu de la jeune femme, qui se raidissait pour faire face à Torage prévu.\u2014Qu'\u2019est-ce que cela?\u2026 Imagineriez- vous, par hasard, de faire du commerce?demanda-t-il impérativement.\u2014En effet, je vends ces broderies.\u2014Dans quel but?FARO ii iti teal + i i! tN A } + 20 \u2014J\u2019ai l'intention de subvenir, par mon travail, à mes besoins et à ceux de ma soeur.Dans quelques années, j'espère arriver à donner des leçons de chant et de piano; je pourrai dès lors prier Votre Altesse de cesser le versement de ces revenus qu\u2019elle a cru devoir me servir, mais qui me sont pénibles à recevoir.Pendant un moment, Siegbert demeura sans parole, ses yeux chargés de sourde irritation attachés sur la jeune femme si belle dans sa courageuse fierté.\u2018 \u2014Pourquoi cela vous est-il pénible! Le ton, bref et dur, fit tressaillir Myriam.\u2014Parce que vous me les accordez comme une compensation pour la fortune de ma mère, à laquelle vous m\u2019avez interdit de toucher.Mais cette fortune, je n\u2019aurais quand même jamais voulu en user.Quand nous en aurons la libre disposition, Rachel et moi la distribuerons à des oeuvres charitables Ainsi done, je n\u2019ai pas à recevoir de compensation pour un sacrifice que je suis résolue à accomplir de mon plein gré.Vous m\u2019avez fait dire autrefois par Mme Sulzer que j'étais libre.Eh bien, j'use de cette liberté pour arriver à conquérir mon indépendance pécuniaire, que je trouve indispensable à ma dignité, dans la situation qui est la mienne.\u2014Et moi je vous déclare que je ne le permettrai jamais ! Comment Sulzer s\u2019est-elle prêtée à ce trafic?Je vais lui défendre de laisser désormais sortir d\u2019ici quoi que ce soit, pour une destination de ce genre.Myriam eut un mouvement d\u2019indignation.\u2014Vous ne le ferez pas, Altesse! Ce serait outrepasser indignement vos droits ! T1 fit un pas en avant et dit, avec un accent de sourde violence : \u2014Mes droits ?S'il m\u2019a plu de les abandonner jusqu\u2019ici, vous saurez désormais que j'entends les exercer entièrement.Sans baisser les yeux devant le regard où étincelait une orgueilleuse irritation, Myriam répliqua avec une fermeté hautaine : \u2014J\u2019ai toujours pensé, Altesse, que celui qui a cru bon d\u2019écarter les devoirs n\u2019avait pas de droits à revendiquer.Les traits de Siegbert se contractèrent légèrement, tandis qu\u2019une rougeur montait à son teint mat.Reculant de quelques pas, la physionomiè tout à coup durcie, il dit avec un accent un peu rauque : \u2014Vous avez raison, Madame.donnez-moi de l\u2019avoir oublié.Il s\u2019inclina, prit sa cravache et sortit du parloir.Myriam prêta l\u2019oreille au bruit des pas qui s\u2019éloignaient, des éperons qui résonnaient sur les dalles du vestibule.Puis le galop d\u2019un cheval se fit entendre, et se perdit bientôt dans le lointain.La jeune femme, pâle et frissonnante, s\u2019affaissa alors dans un fauteuil, se couvrit le visage de ses mains.\u2014C\u2019est fini! murmura-t-elle.Etun grand frémissement de douleur passa dans tout son être.« & * Par- Les jours suivants, Rachel attendit vainement le prince de Hornstedt.Pen- LA REVUE POPULAIRE .chée à la fenêtre, elle écoutait si elle n\u2019entendait pas le bruit des sabots de Mahmoud, le magnifique alezan qu\u2019elle admirait tant\u2026 Mais Mahmoud n\u2019apparut pas et Rachel, trés décue, se demanda quelle raison empéchait\u2019le prince de venir.\u2014Voyons, que peut-il avoir, Myriam?\u2014Je l\u2019ignore\u2026.Il est sans doute occupé par les hôtes qu\u2019il attend, répondait Myriam.La jeune femme n\u2019avait dit mot à sa soeur ni à Mme Sulzer de la scène qui s\u2019était passée entre elle et Siegbert.Elle faisait dévier aussitôt que possible l'entretien, quand Rachel parlait du prince de Hornstedt et, par un grand effort de volonté, arrivait à dissimuler ectte émotion qui l\u2019étreignait dès qu\u2019elle entendait parler de lui.Mme Sulzer semblait se rasséréner, à mesure que les jours s\u2019écoulaient sans que reparût son maître.Elle témoignait une sollicitude inaccoutumée à Myriam, dont elle remarquait lair de lassitude, la pâleur plus grande.\u2014Vous devriez parler de votre santé au docteur Blück, madame, dit-elle un jour.Vous maigrissez, vous avez des joues beaucoup trop blanches, et la marche paraît vous fatiguer.\u2014Ce ne sera rien du tout, madame Sulzer.D'ailleurs le bon docteur est malade en ce moment; je ne voudrais pas aller le déranger sans réelle nécessité.Mais les Oldrecht s\u2019apercevaient aussi.du changement de Myriam.Mme Oldrecht en parla à son oncle qui hocha la tête d\u2019un air soucieux.\u2014Le prince de Hornstedt doit être pour beaucoup dans cela, dit le vieillard.Mais je ne comprends pas que lui, qui a l\u2019expérience de la vie, qui est \u2014 qui était du moins une âme honnête et vraiment élevée, compromette ainsi cette toute jeune femme, ignorante, elle, des pièges et des dangers de ce monde.\u2014Ne pensez-vous pas que mon devoir serait d\u2019avertir Mme de Hakenau, mon oncle?\u2014Oui, surtout si le prince recommence ses visites fréquentes, auxquelles il semble avoir renoncé depuis quelque temps.Peut-être a-t-il réfléchi, et sa conscience lui a-t-elle indiqué la voie à suivre.Il avait une nature énergique, autrefois.Mais elle est si merveilleusement belle, cette Myriam! Notre pauvre Luitpold en était bien épris et j'ai presque été satisfait quand ses chefs l\u2019ont rappelé de cette manière inopinée qui nous a paru si étrange.\u2014Oui, le cher enfant souffre de cette passion qui ne peut être que sans espoir.Mme de Hakenau, par son origine paternelle, est trop au-dessus de nous.et d\u2019autre part notre fils, issu d\u2019honnétes -gens, ne pouvait épouser la petite-fille d\u2019un voleur, qui lui aurait apporté une fortune illégitimement acquise.\u2014Oui, oui, d\u2019aucune façon, cela n\u2019était possible.Lioin d\u2019elle, Luitpold se consolera, j'espère.Quant au prince de Hornstedt, il sera maintenant oec- cupé avec ses hétes, ce qui chagnera peut-étre le cours de ses idées.On préparait en effet à Hoendeck les appartements pour les invités du prince.Un dimanche, au retour de la messe, Mme Holmer s\u2019arrêta un instant à la Maison des Abeilles, en disant qu\u2019elle était très, très pressée.Août 1929 \u2014La comtesse de Hornstedt est arrivée.hier soir, et nous attendons dans quelques jours la princesse Cécile, la veuve du défunt prince Maximilien.La pauvre femme, brisée après tous ses malheurs, comme vous pensez, s\u2019est montrée fort touchée de la délicatesse dont le nouveau prince faisait preuve à son égard, et lui a voué une grande affection.Elle a refusé de rester à Goedbrunn, comme il l\u2019en priait, mais elle le voit souvent à Vienne, où elle habite l\u2019hiver\u2026 Et cette année, elle vient passer quelque temps à Hoen- deck.Une bien aimable personnel.Nous aurons aussi le comte Athory, cousin préféré de Son Altesse, et sa jeune femme, une charmante Fran- caise.Puis le comte Marklein, un jeune lieutenant de lanciers qui est gai comme pas un.Sil pouvait donc arriver à changer l'humeur de notre prince ! Celui-ci a son air sombre des plus mauvais jours, tante Martha!\u2026 Pourtant, que peut-il bien lui manquer?On dit que la jeune archiduchesse Maria- Clara ne rêve que de lui, et que l\u2019empereur serait tout disposé à favoriser ce mariage.Pour le coup, je crois qu\u2019il n\u2019aurait plus rien à désirer! Connaissant l\u2019idolâtrie de sa tante pour le jeune seigneur, Mme Holmer s\u2019attendait à une explosion d\u2019allégresse.Mais à sa profonde surprise, elle vit la physionomie de Mme Sulzer se renfrogner, tandis que la vieille femme marmottait en levant les épaules : \u2014Ah! bien oui!.\u2026 l\u2019archiduchesse ou une autre! Cette conversation avait lieu dans la salle à manger, qui communiquait avec le parloir.Après le départ de sa nièce, Mme Sulzer traversa cette pièce et jeta au passage un regard noir sur My- riam, occupée à broder.La jeune femme n\u2019avait pas perdu un mot des paroles de Mme Holmer.Et elle songeait avec une douloureuse amertume: \u201cQuel obstacle je suis pour lui!\u201d .Oui, un obstacle qu\u2019il devait détester Pendant quelque temps, il avait sans doute cédé à la compassion que lui inspiraient l\u2019isolement, la jeunesse de My- riam.Mais sa nature orgueilleuse avait repris le dessus et il s\u2019applaudissait au- jourd\u2019hui, certainement, d\u2019avoir rompu les relations avec cette jeune femme qui représentait pour lui une si lourde entrave.Des larmes montèrent aux yeux de Myriam, tandis qu\u2019elle songeait douloureusement : \u201cMon Dieu, si ma petite Rachel n\u2019avait pas besoin de moi, je vous bénirais de m\u2019envoyer la mort, afin qu\u2019il devienne libre et puisse être heureux\u201d.Vv La comtesse Sophie, au lendemain de son arrivée à Hoendeck, trouva dans son courrier une lettre de sa filleule dont la lecture lui fit faire tout d\u2019abord une légère grimace.\u2014Hum! C\u2019est un peu délicat! mur- mura-t-elle en repliaint machinalement la feuille parfumée.Pourtant, cela peut réussir On ne sait jamais, avec les hommes.Et la chére enfant est si habile! Mais oserai-je en praler à Sieg- bert?.surtout dans la disposition d'\u2019esprit qui parait sienne en ce moment?Fort perplexe, Mme de Hornstedt des- Aout 1929 cendit dans l'espoir de rencontrer son neveu et de juger d\u2019après sa physionomie s'il était d'humeur à accueillir, sans trop de mécontentement, la requête dont Carolia la chargeait de se faire l'intermédiaire près de lui.Le hasard la servit favorablement.Siegbert se trouvait sur la terrasse, occupé à indiquer au forestier-chef les coupes à faire parmi les arbres proches du château, qui communiquaient une trop grande humidité à l\u2019habitation.\u2014Vous partez en promenade, ma tante?demanda-t-il distraitement.\u2014Noh, mon cher enfant, je te cherchais\u2026 pour te demander quelque chose\u2026 Son air embarrassé n\u2019échappa point au prince.\u2014 Voulez-vous m\u2019accorder deux minutes, et je suis à vous?.\u2026 C\u2019est donc convenu, Marshall, vous allez faire marquer les arbres indiqués et l\u2019abattage sera commencé dès cette semaine.M\u2019avez-vous apporté les notes relatives à Léopold Gloster?\u2014Oui, Votre Altesse, les voici.Siegbert prit les papiers que lui tendait le forestier-chef et les parcourut du regard.\u2014Vous insistez beaucoup sur sa mauvaise santé.L\u2019empêche-t-elle vraiment de faire son service?\u2014 Souvent, du moins, Altesse.Il me paraît indispensable de lui donner un remplaçant.Un geste du prince l\u2019interrompit.\u2014De cela, il ne saurait être question.Gloster conservera son emploi, mais vous lui donnerez tous les congés nécessaires.De plus, en raison de ses charges de famille, je double ses appointements.Un garde supplémentaire assurera le service jusqu\u2019à ce que sa santé lui permette de la reprendre.Au reste, dites-vous bien, Marshall, que cet homme sera toujours de ma part l\u2019objet d\u2019une bienveillance particulière, et qu\u2019entre vous et lui, s'il survenait des ennuis, je n\u2019hésiterais pas à choisir.Le forestier-chef devint écarlate, en balbutiant : \u2014Mais vraiment, il n\u2019y a rien.Votre Altesse peut être certaine.Qui donc avait pu renseigner le mai- tre sur les petites persécutions qu\u2019il faisait subir à Gloster, dont il voulait la place pour un de ses protégés ?Quelle puissante influence avait agi en faveur du garde près du prince, qui nt s\u2019occupait jamais de ces détails?Congédiant du geste Marshall ahuri, Siegbert se tourna vers la comtesse, qui attendait un peu plus loin, très satisfaite de constater que son neveu avait la physionomie moins sombre en ce moment.\u2014Je suis à votre disposition, ma tante.De quoi s'agit-il?\u2014Je viens de recevoir une lettre de la comtesse de Sargen\u2026 Elle est revenue de Biarritz et passe quelques jours à Rennbrau, chez les Govicz\u2026 Si près de Hoendeck, elle souhaiterait revoir la vieille demeure tant aimée d\u2019elle autrefois.: \u2014Hé ! hé ! murmura ironiquement Siegbert, dont un éclair sarcastique traversait le regard.Mme de Hornstedt poursuivit, en baissant un peu les yeux et en frois- LA REVUE POPULAIRE sant fébrilement la lettre qu\u2019elle avait sortie de sa poche : \u2014Elle n\u2019ose cependant venir sans invitation.Elle craint que.que.\u2014Que je la mette à la porte?Je ne serais pas capable de cette incivilité, croyez-le.La comtesse, gênée par l\u2019air narquois de son neveu, balbutia: \u2014Onh! Siegbert! Nous savons.Je sais bien que tu es trop gentilhomme pour.Non, non, Carolia ne redoute pas cela.mais seulement de te déplaire.\u2014Me déplaire ?Oh! je vous avoue que sa présence me sera parfaitement indifférente.Si cela vous fait plaisir, vous pouvez lui répondre que vous l\u2019attendez.vous, pas moi, ne confondons pas, surtout! La comtesse le remercia d\u2019un air enchanté.Cet acquiescement, en dépit du ton de Siegbert, lui semblait de bon augure.Puis, ici, les anciens souvenirs revivraient mieux, Siegbert se laisserait peut-être plus facilement toucher par les regrets de son amie d\u2019enfance, par cet amour si vif qu\u2019elle avait avoué à sa chère marraine.J 5 En septembre AMOUREUSE ESPERANGE Roman complet par TRILBY AA\u2019 Rose, Madame par COLETTE YVER A ( \u201cIl y a vraiment quelque mérite de ma part à aider ainsi cette pauvre enfant\u201d, se disait Mme de Hornstedt avec complaisance.\u201cCar, enfin, mon neveu pourrait faire un mariage autrement brillant! Mais je viens d\u2019apprendre qu\u2019il a décliné les offres impériales au sujet de l\u2019archiduchesse.Refus incompréhensible et foul.Alors, jaime autant que ce soit ma filleule plutôt qu\u2019une autre qui devienne princesse de Hornstedt.\u201d La bonne dame n\u2019aurait plus conservé cet espoir, s\u2019il lui avait été donné de connaître en ce moment les pensées de Siegbert.Tandis qu\u2019il regagnait ses appartements, il songeait avec une satisfaction railleuse : \u201cAh! elfe veut revoir Hoendeck, cette belle comtesse! Qu\u2019elle vienne!\u2026 qu\u2019elle vienne donc! Je lui montrerai\u2014puis- qu\u2019elle s\u2019obstine à ne pas le comprendre \u2014 que l\u2019ancien Siegbert est bien mort, et profondément enterré.qu\u2019il ne reste qu\u2019un homme professant pour 21 les ambitieuses et les lâches coquettes de son espèce lé plus intense émpris!\u201d Sur son bureau, dans son cabinet de travail, se trouvait une enveloppe scellée aux armes impériales.C'était une lettre autographe du souverain, comme celui-ci en adressait assez fréquemment au prince de Hornstedt\u2026 En la regardant Siegbert eut un sourire de plus vive ironie.Il pensait aux regrets affolés de Carolia.il s\u2019imaginait les combinaisons de cet esprit ambitieux et faux, pour reconquérir l\u2019homme autrefois dédaigné, devenu le favori de l'empereur, possesseur de biens immenses, disposant d\u2019une influence due autant à ses rares qualités personnelles qu\u2019à son rang élevé.Oui, elle avait dû plus d\u2019une fois pleurer de rage et de désespoir, la blonde Carolia.En levant les épaules, Siegbert songea avec mépris \u201cElle est comme bien d\u2019autres.La ruse, la comédie, voilà leurs armes.Pourtant, j'en connais une qui est toute franchise, toute lumière.L\u2019ambition ni la coquetterie n\u2019ont de place dans son âme, je l\u2019affirmerais\u2026 Myriam\u2026 ma pure et incomparable Myriam!\u201d Il se mit à marcher de long en large, nerveusement à travers son cabinet.Depuis la scène avec Myriam, il avait essayé de combattre l\u2019amour inspiré par cette jeune femme qui avait si fortement froissé en lui un orgueil jusqu\u2019alors indomptable.Il se traitait de fou, pour avoir imaginé de renoncer à la ligne de conduite prise au moment du mariage.Myriam, ce rejeton du comte Würmstein et de Salomé Ohhacz, devait continuer de vivre dans la solitude, dans l\u2019obseurité.Là s\u2019écoulerait sa jeunesse, là se fanerait sa beauté.Lui, pendant ce temps, mènerait son existence brillante en apparence, morne et douloureuse en réalité \u2014cent fois plus douloureuse maintenant qu\u2019il avait connu la femme idéale, qu\u2019il l\u2019avait aimée avec toute la chaleur d\u2019un coeur ardent, exclusif, qui jusqu\u2019alors ne s\u2019était pas donné.Mais plus il s\u2019efforçait d\u2019écarter le souvenir de Myriam, plus ce souvenir s\u2019imposait à lui, délicieux et troublant.La fière attitude de la jeune femme, cette énergie morale qui existait chez elle, unie à tant d\u2019exquise douceur, augmentaient chez lui l\u2019estime qu\u2019elle lui inspiraiît déjà \u2014 et aussi donnaient une force plus irrésistible à sa passion.Pour avoir résisté à des prétentions qu\u2019elle jugeait injustes, pour lui avoir répondu avec tant de noble dignité, sans souci d\u2019une irritation qui aurait fait courber tant d\u2019autres fronts, My- riam lui devenait encore plus chère.Et de nouveau il songeait à la revoir, à solliciter son pardon \u2014 lui, l\u2019orgueilleux Hornstedt\u2014à lui dire qu\u2019il ne pouvait vivre sans elle.Mais maintenant qu\u2019il la connaissait mieux, Siegbert se demandait avec perplexité si elle accepterait la situation ambiguë qu\u2019il voulait lui faire.Et lui-même, dont l\u2019amour se mêlait de fervent respect pour cette âme délicate et fière, envisageait aujourd\u2019hui avec une sorte de répugnance la solution à laquelle il s\u2019était arrêté.Eh bien, alors, il ne restait qu\u2019un moyen: faire connaître à tous Myriam sous le nom de princesse de Hornstedt.Cette idée soulevait encore chez Sieg- bert une vive protestation.Non, non, 22 il ne pouvait aller jusque-là! Myriam le 'comprendrait et accepterait de lui faire ce sacrifice.- Oui, peut-être.si elle l\u2019aimait.Cet amour il avait cru le voir parfois dans les yeux admirables au regard si expressif.Mais la froideur habituelle de la jeune femme, à son égard, le laissait perplexe.Depuis surtout leur dernière entrevue, il craignait qu\u2019elle lui en voulût beaucoup, ainsi que le laissaient supposer quelques-unes des paroles prononcées par elle.Ah! c\u2019est qu\u2019elle n\u2019était pas une femme ordinaire, cette Myriam.une femme que l\u2019on prend avec l\u2019appât du luxe, des plaisirs.de l\u2019orgueil d\u2019être distinguée par l\u2019un des hommes les plus recherchés, les plus adulés de l\u2019Europe.Non, elle n\u2019avait jamais témoigné qu\u2019elle s\u2019aperçut de l\u2019admiration passionnée dont elle était l\u2019objet, sinon pour en paraître gênée.Fallait-il en conclure qu\u2019elle n\u2019éprouvait pour lui qu\u2019indifférence, et peut-être qu\u2019antipathie?Ah! il le saurait!.il fallait qu\u2019il le sût! Aujourd\u2019hui même, il retournerait vers elle.Aussi bien avait-il la nostalgie de son regard, de son sourire, de sa voix.Près d\u2019elle, il se sentait devenir meilleur, il retrouvait son coeur généreux et vibrant d\u2019autrefois, que le scepticisme avait glacé\u2014seulement à la surface, grâce au ciel! Oui, Myriam le reverrait, non plus en maître qui prétend imposer sa volonté, mais en homme qui reconnaît ses torts et veut les réparer, de tout son pouvoir.# * a.Une heure plus tard, Dorothée, la servante de Mme Sulzer, introduisait le prince dans le parloir où Rachel se trouvait seule.La fillette l\u2019accueillit par un cri de joie.\u2014Ah! je croyais que vous ne reviendriez jamais! \u2014J\u2019ai été occupé, ma petite Rachel.Mais vous voyez, me voilà.Comment allez-vous, ma mignonne?\u2014Un peu mieux, Altesse.Mais je m'\u2019ennuyais bien de ne pas vous voir! ajouta-t-elle câlinement.\u2014Pauvre Rachel! dit-il en caressant la joue de l'enfant.J'espére, ma chérie, ne plus rester si longtemps sans venir vous faire une petite visite.Mais votre grande soeur serait-elle sortie?\u2014Non, pas du tout; elle est au jardin, où elle cueille des fleurs pour l\u2019église, Je vais dire à Dorothée de la prévenir.\u2014Non, non, jy vais moi-même.À tout à l'heure, Rachel! Il ouvrit la porte-fenêtre et s\u2019éloigna d\u2019un pas rapide, le long des allées étroites bordées de plates-bandes garnies de fleurs.parmi lesquelles dominaient les préférées des abeilles, Mme Sulzer ayant depuis deux ans rétabli les ruches autrefois existantes au fond de l\u2019enclos.C\u2019était un vieux jardin avec une charmille, des bordures de buis, des poiriers en quenouilles.L'air, très chaud cet après-midi, était embaumé des parfums pénétrants qui s\u2019échappaient des corolles autour «desquelles bourdonnaient les diligentes abeilles.Siegbert s'arrêta tout à coup.L'\u2019étroite allée tournait, conduisant à une petite roseraie.Myriam se trouvait là, debout, un peu penchée, promenant son sécateur à travers les fleurs.Elle Eady Rabi LA REVUE POPULAIRE était vêtue d\u2019une robe de batiste mauve, très simple, mais qui semblait encore augmenter sa beauté.Sur sa nuque, découverte par le col un peu échancré, tombait en souples torsades la chevelure aux tons d\u2019or roux, sur laquelle le soleil mettait en ce moment de merveilleux reflets.Elle paraissait ainsi plus jeune encore, plus ravissante, et Siegbert ébloui s\u2019oubliait à la contempler.Mais elle tourna la tête et l\u2019aperçut.Sur ses lèvres une exclamation mourut; son teint s'empourpra, et la petite corbeille pleine de fleurs qu\u2019elle tenait à la main glissa à terre.En quelques pas, il fut près delle.\u2014Pardonnez-moi ! Vous ai-je fait peur ?Tl s\u2019interrompit, en voyant des larmes dans les yeux qui se levaient sur lui.\u2014Qu'\u2019avez-vous ?Pourquoi pleurez- vous?Il prenait la main tremblante, en attachant sur la jeune femme un regard anxieux.\u2014Je pensais à mes pauvres amis Oldrecht et au bon docteur Blück, qui sont si malheureux! \u2014Que leur est-il donc arrivé?\u2014Le fiancé de Valérie, un excellent et très honnête garçon, s\u2019est trouvé compromis dans une affaire de malversations dont il ignorait pourtant le premier mot.Un de ses chefs, qui le déteste, le charge autant qu\u2019il peut.C\u2019est un homme qui possède de belles relations et a toujours fait son possible pour nuire au pauvre Ludwig Marl- bach.Celui-ci est coupable seulement d\u2019une imprudence, ainsi qu\u2019il ressort .des renseignements qu\u2019a pu se procurer le docteur Blück.\u2014Mais il doit pouvoir le prouver?\u2014Il l\u2019essaye, mais il lui est difficile de lutter contre l'acharnement de son accusateur\u2026 Mes pauvres amis sont bien inquiets, et c\u2019est en pensant au chagrin de Valérie que je pleurais tout à l\u2019heure.De nouveau, ses yeux se remplissaient de larmes.Siegbert se pencha vers elle, en disant avec émotion : \u2014Ne pleurez plus, Myriam! Je vais m\u2019occuper de cette affaire, et si ce jeune homme est innocent, comme je me plais à le croire, il sortira indemne de cette vilaine passe.Un regard rayonnant se leva sur lui.\u2014Vous feriez cela?Quel bonheur ! En ce cas, M.Marlbach sera certainement sauvé! Combien je vous remercie! D'un geste spontané, élle tendit la main à Siegbert.Il s\u2019inclina et appuya longuement ses lèvres sur les doigts délicats.\u2014N\u2019auriez-vous pas osé me le demander, Myriam ?Il se redressait, en couvrant d\u2019un regard passionné le beau visage bouleversé par une vive émotion.Elle murmura, en baissant un peu ses yeux troublés par ce regard: \u2014Non\u2026 car on m'avait dit que vous n\u2019acceptiez jamais de vous occuper de ces choses .\u2014En effet.Mais je le ferai pour vous.et un peu aussi pour ce bon Blück.J\u2019ai appris hier qu\u2019il était malade.Il n\u2019y a rien de grave, je pense?\u2014Non, et il va heureusement mieux.Août 1929 \u2014J\u2019irai le voir ces jours-ci.ou plutôt aujourd'hui même, pour lui apprendre que son futur neveu n\u2019a plus rien à craindre, s\u2019il est vraiment innocent de ce dont on l\u2019accuse\u2026 Et maintenant que vous voilà consolée, venons à l\u2019objet de ma visite.La dernière fois que je vous ai vue, Myriam, j'ai été dur et violent.Je vous en ai ensuite beaucoup voulu de votre résistance à ma volonté, de vos paroles si fiéres.et si justes.Toute rougissante, elle murmura: \u2014 Moi aussi, je n\u2019ai peut-être pas assez mesuré mes paroles \u2026 \u2014Non, non, vous aviez raison! Votre bonté vous porte à chercher des excuses en vous accusant vous-même! dit-il avec un sourire attendri.Mais je reconnais qu\u2019en la circonstance je n\u2019avais pas le droit d\u2019ordonner.Il me restait la ressource de la prière.Elle crut qu\u2019il voulait encore lui demander de renoncer à ses projets de travail.Et comme elle se sentait frémissante sous la lueur de ces prunelles bleues si charmeuses, si caressantes aujourd\u2019hui, elle eut peur de faiblir et se raidit en une attitude de froide fermeté, en disant vivement: \u2014Non, c\u2019est impossible! Votre Altesse devrait comprendre.Il l\u2019interrompit avec impatience : \u2014Je vous en supplie, pas de ces appellations cérémonieuses quand nous sommes seuls! Nommez-moi Siegbert et réservez le reste pour les occasions où nous nous trouverions en présence d\u2019étrangers.Elle répliqua froidement, avec un fier regard: \u2014Comme j'ai peu de dispositions pour la comédie, j'aurais trop peur, en ce cas, d\u2019oublier mon rôle.Siegbert tressaillit, et sa main se posa, un peu dure, sur le poignet de la jeune femme.\u2014Avez-vous juré de m'\u2019exaspérer ?Que vous faut-il donc?Que demandez- vous?Une stupéfaction mêlée de quelque effroi apparut sur la physionomie de la jeune femme.\u2014 Mais je ne demande rien! balbu- tia-t-elle.Puis, se reprenant aussitôt, elle ajouta, avec une soudaine résolution: \u2014Si, Altesse, j'ai une requête à vous adresser.Voici longtemps déjà que je désirais être renseignée à ce sujet.Pourquoi donc mon père et le vôtre nous ont-ils imposé ce mariage?Déjà le mouvement de colère était tombé chez Siegbert.Sa main, sans quitter le poignet de Myriam, se fit tout à coup très douce, presque caressante.\u2014Pardonnez-moi encore ! Mais je n\u2019ai pas coutume d\u2019être contredit, j'ignore ce que c\u2019est que de recevoir un blame ou un reproche.Pour répondre à votre question, je vais vous redire ce que m\u2019apprit mon père mourant.Myriam, les yeux machinalement attachés sur la corbeille qui gisait toujours à terre, écouta sans mot dire le récit de Siegbert.Quand il eut fini, elle dit avec un visible frémissement, sans lever les yeux: \u2014Oui, c\u2019était affreux pour vous! Sa main se trouva tout à coup emprisonnée dans celles de Siegbert, une voix ardente dit avec chaleur: Août 1929 \u2014Parce que je ne vous connaissais pas, Myriam! Mais aujourd\u2019hui, il n\u2019en est plus ainsi! D\u2019un mouvement vif, elle dégagea sa main et, reculant de plusieurs pas, très pâle, les yeux étincelants de fierté, en même temps que d\u2019une sorte de défi, elle demanda: \u2014Pourquoi n\u2019eri serait-il! plus ainsi, Altesse ?Aujourd\u2019hui comme autrefois, je suis toujours la petite-fille d\u2019E- liezer Onhacz, ne l\u2019oubliez pas ! Lui aussi palit.et, sans en avoir conscience, il fit, comme elle, quelques pas en arrière.Les beaux yeux noirs qui le regardaient se couvrirent d\u2019une ombre douloureuse, la bouche frémissante eut une sorte de sourire amer, d\u2019une poignante mélaricolie.A cet instant, Siegbert laissa échapper un brusque mouvement de colère, et ses sourcils se froncèrent violemment.\u2014Eh bien, que vous prend-il, Sulzer?Mme Sulzer, la mine inquiète et agitée, apparaissait au tournant d\u2019une allée.Elle s\u2019arrêta, cramoisie et toute tremblante, clouée au sol par la dure apostrophe de son maître.\u2014.Que venez-vous faire ici?\u2014Je venais.aider Mme de Hake- nau.voir si.\u2014Mme de Hakenau n\u2019a aucun besoin de vous, du moment où je suis là.Vous ferez bien, une autre fois, d\u2019agir plus discrètement et de ne pas oublier à qui vous avez affaire.Les mots tombaient, coupants et brefs, des lèvres de Siegbert\u2026 Et sous le regard irrité de son maître, l\u2019ancienne femme de charge semblait littéralement assommée.\u2014Il ne faut pas lui en vouloir; elle ne savait sans doute pas que Votre Altesse était là, dit une voix douce et apitoyée.La physionomie de Siegbert s\u2019adoucit quelque peu, à cette intervention de Myriam.\u2014Soit, admettons-le!.Ne faites pas cette tête lamentable, Sulzer, et retournez à vos affaires.Un geste de la main appuyait ce congé en bonne et due forme.Mme Sulzer s'inclina profondément et s\u2019éloigna d\u2019un pas précipité.Myriam se pencha pour ramasser les roses éparses à terre.Mais la main de Siegbert se posa sur son bras.\u2014Laissez, je me charge de cela.Pendant qu\u2019il s\u2019acquittait de la besogne, Myriam, machinalement, cueillait quelques fleurs.Elle le vit tout à coup près d\u2019elle, la corbeille de nouveau remplie à la main.\u2014Voilà réparé le petit malheur causé par mon arrivée impromptue.Désirez-vous que j'en cueille d\u2019autres?\u2014I1 ne me faut plus que quleques roses.\u2014Donnez-moi votre sécateur et di- tes-moi celles qui vous plaisent.Tenez, cette blanche nacrée\u2026 Prestement, le sécateur tranchait la tige de la fleur indiquée.Myriam dit vivement : \u2014Oh! pas celle-là! Mme Sulzer ne veut pas qu\u2019on cueille ces roses auxquelles elle tient beaucoup.\u2014Elle ne veut pas ?Se permettrait- elle, par hasard, de vous refuser quelque chose?Spidey shirts LA REVUE POPULAIRE \u2014Je m\u2019en abstiens de moi-même, sachant que je lui causerais un déplaisir.Il sourit, avec une ironie légère, tandis que son regard s\u2019éclairait de cette flamme ardente qui émouvait et troublait si profondément Myriam.\u2014Vous lui direz que celle-ci a été cueillie par moi, elle sera consolée tout de suite.Et vous lui direz qu\u2019elle l\u2019a été pour vous.Avant que Myriam put faire un mouvement, il glissait dans sa ceinture la tige de la rose.Puis, soulevant son chapeau, il s\u2019éloigna rapidement.Dans la soirée de ce même jour, la famille Oldrecht reçut la visite du prince de Hornstedt.Il se montra aimable pour tous, témoigna une parti- eulière cordialité au bon docteur Blück et apprit à Valérie qu\u2019ayant connu par Mme de Hakenau les ennuis de son fiancé, il allait s\u2019occuper de cette affaire et prendre en main la cause de Ludwig.\u2014Ne vous tourmentez donc plus, mademoiselle, ajouta-t-il, en s\u2019adressant à la jeune fille stupéfaite et tremblante de joie.Cette désagréable histoire va se régler au mieux pour votre fiancé, j'en suis persuadé.Quand, un peu plus tard, les jeunes filles rentrées dans leur chambre, le docteur se trouva seul avec sa nièce, il dit d\u2019un air soucieux : \u2014Le prince a donc revu Mme de Hakenau?Je voulais espérer qu\u2019il avait eu la sagesse de s\u2019éloigner\u2026 mais, hélas! je craignais bien au\u2019 fond que le charme fût trop fort.Mme Oldrecht, en hochant la tête, déclara: \u2014Je crois qu\u2019il faudra que j\u2019avertisse un de ces jours cette pauvre jeune femme.C\u2019est un devoir pour moi, étant donné son âge et son inexpérience.Sur la route de Gleitz à Hoendeck, le prince, absorbé dans une profonde songerie, laissait aller ses chevaux presque à leur gré.Le valet de pied qui l\u2019accompagnait dit ce soir-là aux gens de l\u2019office : \u2014Son Altesse avait l\u2019air bien distrait, aujourd\u2019hui.Heureusement que les bêtes connaissaient la route.Mais il y a un passage près des carrières où je n\u2019aurais pas été tranquille, si je ne savais combien, en toutes circonstances, notre prince reste homme de sangfroid, quelles que \u2018puissent être ses préoccupations.Claudia, la femme de chambre dela comtesse Sophie, sourit d\u2019un air entendu.\u2014I] est facile de deviner le motif de sa distraction.Notre puissant seigneur rêvait à de beaux yeux.Oh! de très beaux yeux, on ne peut dire le contraire ! Le valet chuchota: \u2014Cette jeune femme qui habite près du parc?Je l\u2019ai aperçue l\u2019autre jour.Oui, elle est merveilleusement belle ! Et vous croyez que le prince?\u2026 Murken, le valet de chambre que la faveur de son maître investissait d\u2019une grande autorité sur le personnel domestique, interrompit d\u2019un ton péremptoire : \u2014Vous n\u2019avez pas à vous occuper de ce que peut penser ou faire Son Altesse.N\u2019oubliez pas, vous tous, que le prince a horreur des bavards, et que sil t'avait attendu tout à l'heure, 25 Klaus, ton compte aurait été vite réglé.Klaus baissa le nez, sans répliquer, tandis que Claudia ripostait, avec un clignement d'yeux, plein de malice: \u2014Oh! vous, Murken, vous voudriez que tout le monde fit aussi discret que vous ! VI Mme de Hornstedt n\u2019avait pas perdu de temps pour répondre a Carolia, et celle-ci devait se trouver toute prête au départ, car on la vit arriver quelques jours plus tard, en même temps que la princesse Cécile de Hornstedt.La réception affectueusement empressée faite par Siegbert à cette dernière fit mieux ressortir l\u2019indifférence avec laquelle il reçut son amie d\u2019enfance.Très nettement, sous son impeccable politesse d'homme bien élevé, il sut lui faire comprendre qu\u2019elle était linvitée de sa tante, non la sienne.Aussi Carolia, en se retrouvant seule avec la comtesse Sophie, se jeta-t-elle à son cou en gémissant: \u2014Il ne veut pas oublier! Ah! chère marraine, que je suis malheureuse! \u2014Ne te désole pas, ma belle chérie ! Un homme de ce caractère ne peut céder tout de suite, comprends-le bien ; il te faudra beaucoup de souplesse, de douceur, d\u2019humilité, pour arriver à te faire pardonner.Mais tu finiras par vaincre, chère enfant; tu seras princesse de Hornstedt.\u2014Ah! puissiez-vous dire vrai! murmura Carolia dont les yeux étincelèrent.L\u2019enivrante perspective ! Toutes les satisfactions de luxe et d\u2019orgueil que peut souhaiter une femme se trouveraient comblées par ce mariage\u2026 Et cette fois, l'ambition serait pleinement d\u2019accord avec le coeur.Plus Siegbert lui témoignait de froideur, plus Caro- lia sentait augmenter la passion qu\u2019il lui inspirait.Oui, vraiment, elle serait la plus heureuse des créatures, le jour où il lui dirait: \u201cJe vous pardonne.et je vous aime comme autrefois, Ca- rolia\u201d.Tout à son rêve éblouissant, Mme de Sargen choisit avec soin la toilette qu\u2019elle devait revêtir pour le diner.Siegbert avait un goût très sûr, très affiné, qu\u2019il ne fallait pas risquer de heurter\u2026 Quand elle se vit dans sa vaporeuse robe blanche garnie de dentelles, la belle comtesse eut un sourire de satisfaction.Quelque difficile que fût le prince de Hornstedt, il ne pouvait manquer de trouver que son amie d\u2019enfance était après tout une bien jolie personne.Comme Carolia, une fois ce jugement flatteur porté sur elle-même, attachait à ses poignets de riches bracelets, cadeaux du défunt prince de Storberg, Mme de Hornstedt entra, rouge et visiblement agitée.\u2014Que vous arrive-t-il, ma chère marraine?demanda Carolia.D'un coup d\u2019oeil, la comtesse désigna la femme de chambre.\u2014Je n\u2019ai plus besoin de vous, Marie- chen, dit Mme de Sargen.Tout à l'heure, vous viendrez ranger ici.Puis, la servante disparue, elle vint s'asseoir près de la comtesse qui s\u2019était écroulée dans un fauteuil.\u2014Voyons, qu\u2019y a-t-il? 24 \u2014Claudia vient de m'apprendre des nouvelles!.Te rappellestu ces petites filles dont mon beau-frère s'était imaginé de prendre la tutelle, peu de temps avant sa mort?\u2014Les petites Wiirmstein?.les petites-filles de cet affreux usurier?\u2026 \u2014C\u2019est cela! Après la mort de son père, Siegbert, repoussant loin de lui une telle tutelle, la confia à Glotz.Or, il paraît qu\u2019il a imaginé cette année de la reprendre \u2014 celle de la plus jeune, du moins, car l\u2019autre a été mariée et est veuve.On ne sait même pas, entre parenthèses, ce qu\u2019était ce M.de Ha- kenau \u2014 c\u2019est le nom que porte cette jeune femme\u2014ni où et comment s\u2019est fait le mariage.Les deux soeurs vivent chez Sulzer\u2026 Et depuis qu\u2019il est ici, Siegbert se rend très fréquemment à la Maison des Abeilles.\u2014Comment est-elle?demanda Caro- lia, dont le teint frais se couvrait de pâleur.\u2014Claudia assure qu\u2019il est impossible de rêver beauté plus admirable! murmura Mme de Hornstedt avec un accent désespéré.Une lueur de colère jalouse traversa les yeux de Carolia.Mais presque aussitôt elle redressa la tête en disant résolument : \u2014Je me sens de taille à lutter contre n\u2019importe qui!\u2026 en admettant que Sieg.que le prince de Hornstedt ait conçu quelque inclination pour cette petite-fille de voleur, ce qui n\u2019est aucunement prouvé.\u2014Cependant, cette idée de se faire le tuteur de la petite.\u2014Une fantaisie quelconque.Il faudrait tâcher d\u2019interroger Sulzer, marraine.Personne mieux qu'elle ne doit être au courant.\u2014Sulzer ne dit jamais que ce qu\u2019elle veut bien; il ne faut guère compter sur elle, mon enfant.\u2014 Nous verrons.En tout cas, je vais tâcher d\u2019apercevoir cette jeune femme, pour juger si Claudia n\u2019a pas exagéré.Demain, à la messe, peut-être.Mais Mme de Sargen, à l\u2019entrée et à la sortie de la grand\u2019messe, chercha en vain sa rivale présumée.Myriam avait coutume d\u2019assister pendant Fété à la première messe, et ce n\u2019était pas au- jourd\u2019hui qu\u2019elle aurait changé ses habitudes, sachant que les hôtes de Hoen- deck viendraient à la seconde, le prince, vu la brièveté de son séjour au vieux château, n\u2019ayant pas jugé utile d\u2019y faire venir un chapelain.Mais Rachel se trouvait là, avec Mme Sulzer, et l\u2019on remarqua le signe affectueusement amical adressé par Sieg- bert à la petite fille qui s\u2019en allait entre Valérie et Aennchen vers la demeure du docteur Bliick.Carolia demanda, en s\u2019adressant au prince : \u2014Ne serait-ce pas là cette petite Wirmstein que nous rencontrâmes jadis avec sa soeur ?Siegbert, debout près du phaéton dans lequel il avait amené une partie de ses hôtes, causait avec le comte Athory et sa femme.arrivés la veille dans la soirée en même temps que le comte Marklein, fringant officier de lanciers, dont lanature franche et gaie avait Fheur de plaire au prince de Hornstedt.Celui-ci, à la question de Carolia, répondit laconiquement: \u2014C\u2019est bien elle, en effet.te rime: tb ri St AL HL LA REVUE POPULAIRE \u2014Il me semblait la reconnaître.Toujours contrefaite, pauvre petite ! Et sa soeur?Le prince riposta tranquillement : \u2014Oh! Sa soeur west pas contrefaite du tout.\u2014Je m'en doute! A peine la réplique était-elle lancée, que Carolia aurait donné tout au monde pour pouvoir la reprendre.Car un regard surpris et railleur se fixait sur elle, tandis que Siegbert demandait avec un léger accent de sarcasme : \u2014Pourquoi vous en doutez-vous, Madame?\u2014Mais.elle n\u2019avait rien qui annon- cat, autrefois.et elle a dit devenir fort jolie.Comme s\u2019il n\u2019avait pas entendu, Siegbert se tournait vers la princesse Cécile, qui se trouvait à quelques pas de là, près de Mme de Hornstedt.\u2014Je vous emmène dans ma voiture, n\u2019est-ce pas, ma cousine?Il faut que je vous fasse faire connasisance, dès ce matin, avec mon vieux parc.\u2014Mais bien volontiers, mon cher Siegbert, répondit-elle avec un sourire qui enleva pour un instant à son doux visage flétri, l\u2019habituelle expression mélancolique.\u2014Et vous, Gabrielle, êtes-vous des nôtres?demanda Siegbert, en s\u2019adressant à la comtesse Athory, occupée à examiner la façade ancienne de l\u2019église.\u2014Certes! Ce doit être délicieux, une promenade en voiture dans ce parc.Venez-vous aussi, Mathias?\u2014Ma, chère amie, je m\u2019excuse pour ce matin.Nous devons, Marklein et moi, monter jusqu\u2019aux ruines pour voir le point de vue.\u2014Liberté complète! déclara le prince.Ici, nous faisons fi de l\u2019étiquette\u2026 Naturellement, vous ne quittez pas votre marraine, Madame?Avant que Carolia eût pu répondre, Mme de Hornstedt protestait vivement : \u2014Oh! il n\u2019est pas du tout nécessaire qu\u2019elle se prive pour moi d\u2019une distraction! J'en serais trop fâchée, vraiment ! \u2014Mais puisqu'elle vient ici pour vous, nous ne voudrons pas vous empêcher de jouir de sa présence le plus possible.N\u2019est-il pas vrai, Madame?Quelle ironie dans le regard qu\u2019il dirigeait vers la jeune veuve! Un frémissement d\u2019impuissante colère agita Carolia, tandis qu\u2019avec un doux sourire elle répondait gracieusement : \u2014Certes, il me serait pénible de perdre quelques-uns des instants trop courts que je passe près de ma chère marraine ! Cependant, quand l\u2019élégant équipage conduit par Siegbert se fut éloigné, quand la calèche attelée de paisibles bêtes se fut engagée à son tour sur une route déserte de Ia forêt, Carolia ne cacha pas à Mme de Hornstedt sa très vive angoisse.\u2014Vous voyez comme il me traite ! Et hier soir, il ne m\u2019a pas adressé trois fois la parole ! La comtesse Sophie essaya de la consoler.Mais au fond d\u2019elle-méme, elle n\u2019était pas sans inquiétude sur l'issue des tentatives matrimoniales de sa filleule.Août 1929 Quand Siegbert et ses compagnes revinrent de leur promenade, ils virent sur la grande terrasse du château, un fort aimable tableau.Mme de Horn- stedt, étendue béatement dans un fauteuil, écoutait la lecture que lui faisait Carolia, toute fraîche dans une coquette toilette rose.\u2014J\u2019ai fait avec grand plaisir la connaissance d\u2019une partie de ce parc superbe, chère comtesse, dit la princesse Cécile, en s\u2019asseyant près de Mme de Hornstedt.Vraiment, je comprends que mon jeune cousin aime cette résidence, en dépit de son aspect austére.Ce pendant vous l'aviez délaissée pendant plusieurs années, Siegbert?\u2014Oui, je m\u2019en étais quelque peu désintéressé.Mais pendant le court séjour que j'ai fait ici au début de mars, cette année, le charme de ma vieille forêt m\u2019a repris, et l\u2019enchanteresse m\u2019a irrésistiblement attiré, cet été, à l'ombre de ses belles futaies.Il souriaitt\u2014d\u2019un sourire énigmatique, parut-il à Carolia qui sentit un frisson d'inquiétude courir sous son épiderme.\u2014 Mais elle ne va pas garder à jamais Votre Altesse, cette chère forêt ?La question était faite par Mme de Sargen, du ton gracieusement déférent qu\u2019elle prenait toujours en s\u2019adressant à Siegbert.Il riposta, avec un accent de gaieté moqueuse: \u2014Qui sait! Elle me tient, elle ne me lâchera pas! \u2014Et que dirait Sa Majesté ?s\u2019écria la comtesse Athory.Notre souverain ne permettrait certainement pas une pareille retraite de celui qui a toute sa confiance.\u2014Vous oubliez, ma chère cousine, que je suis l\u2019indépendance personnifiée, et que tous les désirs, tous les ordres impériaux eux-mêmes n\u2019auraient pas rai- Son d\u2019une résolution bien fermement prise par moi.\u2014Oh! nous savons que vous n\u2019avez rien d\u2019un courtisan\u2026 et nous nous en félicitons, mon cousin.\u2014Oui, Siegbert est fier, dit la princesse Cécile.Ses doux yeux bleus, fatigués par les larmes versées, s\u2019attachaient, sympathiques et approbateurs, sur son jeune parent.Elle ajouta : \u2014C\u2019est une fierté?permise, et même recommandée, car elle témoigne d\u2019un caractère élevé, d\u2019une âme énergique.Ah! voici, je crois, nos deux promeneurs.Les comtes Athory et Marklein apparaissaient en effet au débouché d\u2019une allée.Quand ils furent à quelques pas de la terrasse, Siegbert s\u2019écria en riant: \u2014Vous avez l'air bien agité, Mark- lein! Auriez-vous rencontré la fée du malheur qui rôde, assurent nos bons paysans, dans les ruines du vieil Hoen- deck ?\u2014Une fée du mahieur! Ah! non, par exemple! Votre Altesse ne tombe pas bien! Une fée, oui\u2026 mais une fée d\u2019idéale beauté, une fée de lumière, une merveille, un rêve! \u2014O ciel, quel enthousiasme ! s\u2019écria Carolia en éclatant de rire.\u2014Demandez au comte Athory si je ne dis pas vrai, Madame.Il l\u2019a vue comme moi.\u2014En effet, et les termes dont se sert le comte Marklein ne sont pas exagé- Août 1929 rés, déclara Mathias en souriant.Nous avons aperçu cette jeune inconnue près des ruines du château \u2014 ce que j'ai trouvé assez imprudent, car tout cela croûle lamentablement là-haut, Sieg- bert.\u2014Des cheveux roux.mais de quel roux admirable! continuait l\u2019enthousiaste lieutenant.Et un teint idéal! et des yeux ! Non, vous ne pouvez vous imaginer l'impression produite par cette apparition toute vêtue de mauve pâel, au milieu de ces vieilles pierres dorées par le soleil ! \u2014Vous êtes complètement emballé, comte! s\u2019écria gaiement la comtesse Athory.Mais je voudrais bien, moi aussi, connaître cette merveille.Comme seigneur du pays, vous devez savoir qui elle est, mon cousin?Le prince avait un peu tressailli, en entendant la description faite par son jeune hôte.Mais instantanément il s\u2019était fait une physionomie impassible.À la question de la comtesse, il répondit laconiquement : \u2014Je ne connais guère les habitants de Gleitz.\u2014Oh! celle-là n\u2019est pas une villageoise! Si vous aviez vu avec quelle aristocratique aisance elle répondait à notre salut, bien qu\u2019elle fût très visiblement surprise et intimidée par notre apparition ! La comtesse Sophie, qui venait d\u2019échanger un coup d\u2019oeil avec Mme de Sargen, dit avec un accent de dédain: \u2014Je suppose qu\u2019il s\u2019agit de cette sorte d\u2019aventurière, une dame de Hake- nau\u2026 Siegbert se tourna vers elle, d\u2019un mouvement presque violent.\u2014Mme de Hakenau n\u2019est aucunement une aventurière, mais bien une jeune femme digne de tous les respects.Bt si c'est vraiment d\u2019elle qu\u2019il s\u2019agit, Marklein, je puis vous assurer que sa valeur morale surpasse encore son charme physique.La comtesse Sophie, atterrée, baissait les yeux sous le regard de son neveu, étincelant d\u2019irritation.Le comte Athory, lui, à ce nom de Hakenau, n\u2019avait pu réprimer un brusque mouvement de surprise et considérait son cousin d\u2019un air passablement ébahi.Quant & Carolia, elle était devenue bléme et devait faire appel a toute sa science mondaine pour ne pas laisser voir son trouble.\u2014Votre Altesse la connaît ?s\u2019écria le comte Marklein.Le prince répondit brièvement: \u2014Oui; je suis le tuteur de sa soeur.\u2014Est-elle veuve?interrogea la comtesse Athory, secrètement intriguée, car elle avait remarqué le mouvement de son mari et s\u2019étonnait de voir le prince de Hornstedt prendre avec tant de feu la défense de cette étrangère.\u2014Non, elle ne l\u2019est pas.La comtesse Sophie balbutia : \u2014Comment?\u2026 On m'avait dit?\u2014Eh bien, on s\u2019est trompé, voilà tout, ma tante.Son mari est bel et bien vivant et n\u2019a aucune envie de mourir.\u2014Mais que fait-il ?Le connaissez- vous?demanda la comtesse Athory.\u2014Quelque peu, oui.C\u2019est un pauvre aveugle, qui avait trop longtemps igno- Té le trésor que Dieu lui avait donné.Mais enfin, il a vu clair, grâce au ciel! LA REVUE POPULAIRE \u2014Cette pauvre jeune femme était donc abandonnée?s\u2019écria le jeune officier.\u2014Oui\u2026 Mais c\u2019est fini maintenant, dit Siegbert, avec une tranquille fermeté.\u2014Ah! il est revenu près d\u2019elle?Et quelle sorte d'homme est-ce donc?\u2014Un homme comme les autres, mon cher, répondit le prince, d\u2019un ton bref, tout en ouvrant le porte-cigaretites qu\u2019il venait de prendre dans sa poche.La voix de Carolia s\u2019éleva, douce et légèrement moqueuse.\u2014Non, pas tout à fait comme les autres, certainement.car, enfin, tout le monde n\u2019aurait pas eu le triste courage d\u2019épouser la petite-fille d\u2019Eliezer On- hacz ! Une pâleur intense couvrit pendant quelques secondes le visage de Sieg- bert\u2026 Et son cousin Mathias appuya si brusquement la main sur une petite table placée près de lui que le bois lé ger fit entendre un craquement.Mais presque aussitôt, la couleur revenait au teint du prince et la voix vibrante s\u2019élevait, dure et nette: \u2014J\u2019estime qu\u2019un honnête homme n\u2019a pas failli en épousant la comtesse My- riam Wiürmstein, dont les rares qualités morales, les vertus exquises compensent l'\u2019indignité de son aïeul et les fautes de son père.\u2014Ni en usant de la fortune gagnée par l\u2019estimable usurier?murmura Ca- rolia avec un petit rire mauvais.Un regard de hautain mépris s\u2019abaissa vers elle.\u2014Le mari de Mme de Hakenau n\u2019a jamais touché à cette fortune mal acquise, et cette jeune femme, elle-même, ni sa soeur n\u2019en vivent plus depuis qu\u2019elles en connaissent la source.Ces deux admirables créatures sont douées d\u2019une grandeur d\u2019âme et d\u2019une délicatesse de conscience que pourraient leur envier bon nombre de femmes qui n\u2019ont pas cependant un Eliezer dans leur ascendance.Venez-vous fumer une cigarette, Marklein?.et toi, Mathias?Trés calme en apparence, bien que ses yeux, devenus d\u2019un bleu sombre, témoignassent d\u2019une violente émotion, Siegbert se tournait vers son cousin et le jeune officier.Tous deux acquiescèrent et suivirent leur hôte hors de la terrasse.Carolia regagna presque aussitôt son appartement\u2014pour donner un ordre à sa femme de chambre, dit-elle.Mais quand elle se trouva seule, la jeune veuve tomba dans un fauteuil et se laissa aller à une crise de désespoir.Elle avait conscience qu\u2019elle venait de commettre une épouvantable maladresse et que le prince lui en voudrait mortellement.Mais qu\u2019existait-il donc, entre cette jeune femme et lui, pour qu\u2019il prit sa défense de cette facon?.au point méme de paraitre considérer comme négligeable son origine maternelle ! Et qu\u2019était-ce que cette histoire de mari mystérieux que nul, sauf lui, ne connaissait, qui abandonnait sa femme et revenait tout à coup ?Pourquoi donc, en ce cas.Mme de Hakenau avait-elle passé jusqu'ici pour veuve?\u201cOh! il faut que je sache la vérité!\u201d songea Carolia en tordant le fin mouchoir dans lequel ses dents s'étaient enfoncées tout à l'heure.\u201cMais d\u2019abord, il faut que je Ia voie, cette fem- 25 me\u201d dont la valeyr morale surpasse encore le charme physique.\u201cAvec quelle chaleur il a dit cela, lui qui fait profession de mépriser les femmes!\u201d VII L\u2019atmosphére ca matin-là était d\u2019une accablante lourdeur.Dans le ciel d\u2019un bleu trop foncé, des nuages cuivrés montaient, annonçant pour l\u2019après-midi une de ces tempêtes effrayantes comme il s'en produisait de temps à autre dans cette contrée.Escortée par Hamid, Myriañh, un peu lasse, avançait lentement sur une route de la forêt.Flle revenait de chez les Gloster, qu\u2019elle avait trouvés tout radieux.Le prince de Hornstedt augmentait le traitement de Léopold, il donnait au pauvre homme malade un congé jusqu\u2019à complet rétablissement.Et le forestier-chef, si arrogant auparavant, se montrait maintenant tout sucre et tout miel.Emma avait demandé à Myriam: \u2014Qui a donc pu donner l\u2019idée à Son Altesse de s\u2019occuper de nous?Ne serait-ce pas vous, madame?Myriam avait répondu négativement.Mais presque aussitôt elle s\u2019était souvenue qu\u2019un jour Rachel et elle avaient parlé devant Siegbert de la triste situation des Gloster.Il n\u2019avait pas semblé alors y accorder d\u2019attention.Mais elle constatait que le fait s\u2019était trouvé quand méme noté par lui.Il savait se montrer bon, très bon, quand il le voulait \u2014 quand sa nature hautaine et volontaire ne l\u2019emportait pas.Grâce à lui, la famille Oldrecht, elle aussi, renaissait à l'espérance.Oui, incontestablement, il possédait de grandes, de nobles qualités.Un regret douloureux serrait le coeur de Myriam.Puisqu\u2019elle devait être séparée de lui, mieux aurait valu qu\u2019elle ne connût pas ee Siegbert trop charmeur, qu\u2019elle restât sur l\u2019impression de l'homme injuste et violent d'autrefois.Alors, elle n\u2019aurait pas éprouvé cette sensation de souffrance aiguë, à la pensée que bientôt il s\u2019éloignerait de Hoen- deck\u2014pour toujours peut-être.Hamid, qui marchait fort sagement près de sa jeune maîtresse, jeta soudainement un joyeux aboiement et s\u2019élança vers une personne qui apparaissait au débouché d\u2019un sentier.\u2014Ah! c'est Mme Oldrecht! dit My- riam.Vous venez de chez votre tante Anna?Comment va-t-elle?\u2014Je trouve qu\u2019elle baisses un peu, physiquement.Toutefois, elle reste gaie et vaillante.\u2014Et le docteur?\u2014Lui va beaucoup mieux, grâce au ciel! Ce matin, il était ravi\u2014et nous aussi! Son Altesse lui a écrit un petit mot charmant pour lui apprendre que tout s\u2019annoncait pour Ludwig sous les meilleurs auspices et qu\u2019il n\u2019y avait plus lieu de conserver aucune inquiétude.Vous vous imaginez la joie de ma Valérie ! \u2014Oh! combien j'en suis heureuse ! dit Myriam avec émotion.\u2014Ca bonheur, nous vous le devons en partie.car enfin, c\u2019est vous qui avez parlé au prince.\u2014J\u2019ai simplement exposé le cas.C'est de lui-même qu\u2019il a offert son intervention. 26 \u2014Oui, évidemment.évidemment.Mme Oldrecht semblait soucieuse et embarrassée.Pendant un moment, elle marcha sans mot dire près de Myriam, en tourmentant nerveusement le gland de son parapluie.| Enfin, paraissant prendre une résolution, elle leva les yeux sur la jeune femme qui cheminait un peu pensive, les yeux fixés droit devant elle vers la profondeur verdoyante de la route fo- restiére.\u2014Ma chère enfant, j'ai à vous parler.Je voulais le faire depuis quelque temps déjà.\u2014Qu\u2019y a-t-il done, chère madame ?demanda Myriam avec surprise.\u2014Peut-être vous paraîtrai-je un peu indiscrète .mais vous me pardonnerez en faveur de ma profonde amitié pour vous.Il me semble parfois que vous êtes un peu ma fille.N\u2019avez-vous pas songé parfois, Myriam, qu\u2019étant donné votre âge et vôtre situation, les fréquentes visites du prince de Hornstedt à la Maison des Abeilles devaient étonner?.peut-être provoquer des commentaires désagréables pour vous?Une brûlante rougeur monta au vi sage de la jeune femme, qui s\u2019arrêta brusquement.\u2014Ah! on s\u2019étonne ?Oui, je comprends.Mais je ne puis rien.Il a le droit.comme tuteur de Rachel.\u2014Par lintermédiaire de Mme Sul- zer, vous pourriez peut-être lui faire comprendre.Je le crois trop honnête homme pour ne pas tenir compte du tort qu\u2019il cause à une jeune femme isolée, sans famille, telle que vous lêtes.Myriam dit avec un accent frémissant: \u2014Oui, je.je le pense aussi.et je vous remercie, chère et bonne amie.Mme Oldrecht prit la main un peu tremblante, en attachant un regard affectueux sur le beau visage qui témoignait d\u2019une pénible émotion.\u2014I ne faut pas vous tourmenter de cela, mon enfant.Je voulais simplement prévenir votre inexpérience du péril possible.et des commentaires que pourraient susciter des rapports trop fréquents avec un homme de l\u2019âge et de la situation du prince.Myriam dit avec effort: \u2014Vous avez bien fait.Je n\u2019avais pas, en effet, envisagé sous ce jour.Merci encore, chère madame Oldrecht.La nièce du docteur prit congé dela jeune femme pour s\u2019engager dans un sentier qui la conduisait directement à Gleitz, tandis que Myriam continuait vers la Maison des Abeilles.Une sourde irritation se mélait en elle à la souffrance plus vive.Ainsi donc, il n\u2019était venu, ce prince de Hornstedt, que pour troubler de toutes façons l\u2019existence de la femme délaissée! Si, comme elle le pensait quelquefois, il avait été dirigé par une sorte de compassion à son égard, eh bien, il fallait convenir qu\u2019il avait singulièrement réussi, en rendant sa position plus difficile, plus délicate que jamais! Ef maintenant, elle devrait lui faire entendre qu\u2019elle ne pouvait plus recevoir ses visites.Car Mme Sulzer n\u2019accepterait jamais de se faire son intermédiaire près du maître qui \u2014 elle le savait pour en avoir fait tout récemment encore la pénible expérience\u2014ne supportait pas qu\u2019elle eût l\u2019air de jouer 2 LA REVUE POPULAIRE un rôle de mentor près de Myriam\u2014 près de sa femme.Car enfin, elle était sa femme.Il avait le droit.oui, le droit absolu de l'emmener où il lui plairait.celui aussi de continuer ses visites à la Maison des Abeilles, s\u2019il lui convenait de tenir pour non avenue la prière de Myriam.\u201cIl ne le fera pas! Il comprendra.\u201d songea-t-elle.Une sorte de détresse, de regret déchirant l\u2019oppressait.Tout à l'heure, elle allait elle-même briser les rapports qu'il avait plu à Siegbert d\u2019établir entre eux.Ce serait donc fini, elle ne le verrait plus.elle ne rencontrerait plus de regard qui la troublait et faisait courir en elle un frisson de joie\u2014ce regard qu\u2019il avait eu pour elle l\u2019autre jour dans la roseraie.Comme il avait été violent, à ce moment! Violent et tendre, énigmatique plus que jamais! Et comme, aussi, elle l\u2019avait vu reculer, quand elle lui avait rappelé qui était son grand-père! Myriam eut un long frémissement de douleur à ce souvenir, à la pensée que son origine la rendait pour lui un objet de répulsion.\u2018Mais il fallait que cette situation prit- fin.Elle ne pouvait aboutir à rien \u2026 qu\u2019à plus de souffrance.Siegbert s\u2019intéressait à elle, très vivement, Myriam ne pouvait le méconnaître.De son côté, elle s\u2019avouait avec un émoi profond qu\u2019il ne lui était pas indifférent.Puis- qu\u2019ils ne pouvaient vivre l\u2019un près de l'autre, il était nécessaire que lui se retirat, qu\u2019il laissût Myriam à son abandon.Mais avec un poignant déchirement, elle se disait que, maintenant, son souvenir ne la quitterait plus.Hamid, tout à coup, dressa les oreilles.On entendait le bruit des sabots de chevaux frappant le sol.Précipitamment, Myriam se jeta sous bois.Elle se blottit derrière un large tronc d\u2019arbre et, appelant Hamid, le retint par son collier.Un groupe de cavaliers et d\u2019amazones apparut bientôt.La route forestière étant relativement étroite à cet endroit, ils avançaient deux par deux.En tête se trouvaient une gracieuse jeune femme brune et un cavalier en qui My- riam reconnut aussitôt le cousin du prince qui avait servi de témoin à celui-ci pour son mariage.Ils étaient suivis du prince Siegbert et d\u2019une jeune femme blonde dont l\u2019amazone foncée faisait ressortir la fraîche beauté.Les mains de Myriam se crispèrent un peu sur la poignée de son ombrelle.Mme Halmer, en annonçant à sa tante l\u2019arrivée de la comtesse de Sar- gen, avait raconté à Myriam, sans que celle-ci l'en priât, toute l'histoire de Carolia d\u2019Eichten.\u2014Elle vient chercher à rattraper le beau poisson qu'elle a si sottement laissé échapper! avait-elle ajouté en riant.Ce sera difficile.Mais sait-on jamais avec les hommes ! La belle comtesse est très coquette et mettra tout en oeuvre pour arriver à ses fins.A quoi Mme Sulzer avait riposté en levant les épaules : \u2014Notre prince n\u2019est pas un homme à oublier comme.cela, tu peux m'en croire!\u2026 Et ce n\u2019est pas moi qui lui souhaiterais pour femme une sans coeur de cette espèce! Août 1929 Elle était bien jolie, pourtant, cette Carolia! Et de quel air doux\u2014humble même\u2014elle parlait en ce moment au beau cavalier dont la cravache frappait au passage des branches d\u2019arbustes, comme s\u2019il eût voulu se venger sur eux.de quoi?\u2026 peut-être de cette odieuse contrainte de son mariage avec la pauvre Myriam?Qui sait, en dépit de ce qu\u2019affirmait Mme Sulzer, s\u2019il n\u2019aurait pas été disposé à renouer avec son amie d\u2019enfance les projets d'autrefois?Hamid, qui sentait son maître tout près, tiraiît fortement sur le collier que retenait avec peine Myriam.Il lui échappa enfin et bondit sur la route avec un sonore aboiement de joie.\u2014Hamid! Toi, ici ! Siegbert avait arrêté son cheval et se penchait pour caresser la superbe tête qui se dressait vers lui.Puis il jeta autour de lui, vers le sous-bois, un long regard de recherche.\u2014Ton Hamid est ici, mon cher Sieg- bert?Comment ne l\u2019avons-nous pas encore vu?demanda le comte Athory.\u2014I ne m\u2019appartient plus, répondit laconiquement Siegbert.\u2014Vraiment, tu as vendu cette bête à laquelle tu tenais tant, et qui t\u2019était si attachée?\u2014Vendue, non, mais donnée.Du reste, elle n\u2019a pas perdu au change.Va-t-en, maintenant, Hamid, mon bon chien.Hamid leva sur lui ses yeux qui semblaient dire: \u201cPourquoi ne viens-tu pas, toi?\u201d Puis il s\u2019éloigna, suivi du regard par son maître, jusqu\u2019à l\u2019arbre derrière le tronc duquel se cachait My- riam.Les promeneurs s\u2019étaient déjà remis en marche depuis un long moment que la jeune femme se trouvait encore 1a, songeuse et triste\u2014oh! si profondément triste! Enfin, elle reprit sa route, d\u2019un pas rendu plus las encore par la lourdeur de l\u2019atmosphère.Une heure plus tard, dans sa chambre.elle achevait d\u2019écrire le billet destiné au prince.Des larmes glissaient de ses yeux, et l\u2019une d\u2019elles tomba sur le feuillet couvert de sa fine écriture, un peu tremblée aujourd'hui.Cela, c\u2019était la fin En gentilhomme qu\u2019il devait être, Siegbert comprendrait qu\u2019il ne pouvait plus chercher à revoir celle qu\u2019on appelait Mme de Hakenau.Mais comment lui faire parvenir cette lettre?Par la poste, elle passerait entre les mains des domestiques, et qui sait ce qu'imagineraient encore les commérages, à la vue de cette écriture fémiinine et du timbre de Gleitz?Le plus sûr moyen serait que Mme Sulzer acceptât de l\u2019aller remettre au prince en mains propres.Mais elle était sortie pour faire quelques achats à Gleitz et ne rentrerait que tout à l'heure.Sa lettre à la main, Myriam descendit, pour aller rejoindre Rachel dans le jardin.Comme elle atteignait le vestibule, la sonnette de l\u2019entrée retentit.Sachant Dorothée occupée au fond de l\u2019enclos, Myriam se dirigea vers la porte et l\u2019ouvrit.Elle eut un léger sursaut, et un involontaire mouvement de recul, en voyant devant elle la jeune femme blonde qu\u2019elle avait devinée être la comtesse de Sargen.d\u2019après le portrait qu\u2019en avait fait Mme Halner. i Aout 1929 Quel que fût l'empire .que.son habitude du monde lui permettait de conserver sur elleméme, Carolia ne put, au premier moment, maitriser l\u2019impression produite ,par cette ravissante apparition.Ce fut Myriam qui, se remettant la première, et un peu surprise de létrange façon\u2014rien moins que bien- veillante-\u2014 dont la considérait l\u2019étrangère, demanda avec une politesse froide : \u2014Que désirez-vous, Madame?\u2014Mme Sulzer est-elle ici?demanda la comtesse d\u2019une voix sèche, qui semblait passer difficilement entre ses lèvres blémies.\u2014Non, madame, mais elle ne tardera certainement pas à rentrer.Si vous voulez l\u2019attendre?\u2014C\u2019est inutile, je reviendrai.Son regard, à ce moment, tomba sur Hamid qui se tenait derrière Myriam, en attachant des yeux défiants sur l\u2019étrangère.\u2014Mais c\u2019est le chien du prince de Hornstedt?Comment se trouve-t-il ici?\u2014Le prince a jugé que dans cette maison fort isolée, la présence d\u2019un chien vigoureux n\u2019était pas inutile, répondit Myriam dont la voix se troublait légèrement, tandis que son regard, gêné, se détournait légèrement, des yeux inquisiteurs de Carolia.La comtesse laissa échapper un petit rire sarcastique.Quelle sollicitude pour cette excellente Sulzer! Abandonner en sa faveur un chien de ce prix, auquel il tenait beaucoup, paraît-il.\u2014Il ne l'a pas abandonné, puisqu\u2019il est libre de le reprendre quand il lui plaira, dit froïdement Myriam.\u2014Tiens, il nous a dit ce matin qu\u2019il ne lui appartenait plus! Qui croire, de lui ou de vous?\u2014Je ne connais pas les intentions du prince de Hornstedt à ce sujet, répondit Myriam avec la même froideur.Une sourde impatience la saisissait, et maintenant elle regardait en face, avec une fermeté hautaine, cette femme à la physionomie curieuse et ironique, en qui, aussitôt, elle pressentit une ennemie.\u2014Vraiment ?dit Carolia d\u2019un ton railleur.Cependant, vous devez le voir assez souvent, puisqu'il est, paraît-il le tuteur de votre soeur?\u2026 Je me souviens fort bien de vous deux, quand le comte Siegbert et moi vous avons rencontrées jadis dans le parc de Hoen- deck.Depuis lors, je n\u2019avais plus entendu parler de vous.Et je vous retrouve veuve maintenant\u2026 car vous êtes bien veuve, n\u2019est-ce pas?Oh! ce douloureux mensonge qui pesait sur elle, depuis deux ans! Avant qu\u2019elle revit Siegbert il lui était moins pénible.Mais maintenant.Ses lèvres tremblantes se refusérent à laisser passer le \u201coui\u201d menteur et elle se contenta sites LA REVUE POPULAIRE drais être cause d\u2019une souffrance pour notre chère petite soeur! Cette affirmation, et la douceur affectueuse de l\u2019accent, dilatèrent le coeur de Myriam, déjà palpitant de bonheur.Dans son regard Siegbert put lire le plus fervent des remerciements, et une tendresse profonde qui donnait un charme irrésistible à ces yeux admirables.Il murmura, avec une sorte d'ivresse: \u201cMa Myriam.enfin, enfin!\u201d Et ses lèvres baisèrent longuement les paupières tremblantes.Puis, sans un mot de plus, ils prirent le chemin du château.Les alentours de la vieille demeure se trouvaient déserts, chacun s'étant retiré à l\u2019abri de la tourmente.Dans le vestibule, un valet accourut à la sonnerie impérative du prince.EH dépit de son impassibilité de serviteur bien stylé, cet homme ne put dissimuler complètement sa stupéfaction, à la vue de cette jeune femme, si belle et si pâle, qui s\u2019appuyait au bras de son maître.\u2014Préviens Mme Halmer qu\u2019elle vienne me parler à l'instant et dis à Mur- ken de nous servir le thé dans mon appartement, ordonna le prince.Et tandis que le valet, visiblement ahuri, s\u2019en allait dans la direction de l\u2019office, Siegbert conduisit Myriam au premier étage, dans un salon, très vaste, décoré avec un luxe sévère.Des peaux d\u2019ours étaient jetées sur les tapis anciens, quelques oeuvres d\u2019art précieuses que le prince amait à voir toujours autour de lui, décoraient les antiques crédences et les bahuts aux sculptures délicates.Des vases et des coupes en cristal de Bohême étaient garnis de violettes dont le parfum léger se répandit à travers l\u2019atmosphère attiédie par un clair feu de bois que Murken avait eu la précaution d\u2019allumer tout à Theure, en constatant le refroidissement de la température.Siegbert fit asseoir la jeune femme près de la cheminée, après l\u2019avoir débarrassée de son manteau.La chevelure superbe, à demi détachée par la tempête, se répandit en partie sur les épalues de Myriam.Comme celle-ci faisait le geste de la relever, Siegbert intervint avéc vivacité : \u2014Non, je vous en prie!\u2026 Tout à l'heure, je vous ménerai a votre appartement, et vous pourrez vous recoiffer à loisir.Mais laissez-moi maintenant admirer cette merveille.D\u2019un geste prompt, il enleva les épingles qui demeuraient enocre et la magnifique chevelure d\u2019or roux se répandit en larges ondulations jusqu\u2019à la taille de la jeune femme.\u2014Siegbert, que faites-vous?dit My- riam avec confusion.Mme Halner va venir.et votre valet de chambre.\u2014T1s mettront cela sur le compte de la tempéte.et ils admireront, eux aussi.I! souriait, en considérant avec une amoureuse complaisance la jeune femme roueissante et profondément émue, cette délicieuse Myriam au coeur si pur, à l'âme candide et forte, qui serait la compagne idéale et pour laquelle il se sentait prêt à tous les sacrifl- ces.S'asseyant près d\u2019elle, il prit ses mains froides et frissonnantes.\u2014Vous allez boire quelques tasses de thé pour vous réchauffer bien vite.AREA HT chivas Terr hu 29 Puis il faudra prendre meilleure mine, maintenant.Vous avez maigri et pâli, en ces derniers temps\u2026 \u20act je crains que ce soit par ma faute.Mais je vous aimerai tant que j'espère arriver à vous faire oublier mes torts.\u2014Oh! j'ai tout oublié! Le charmant visage pâli s\u2019éclaïrait d\u2019un rayonnement d\u2019amour et la chaude lumière des yeux veloutés fit tressaillir Siegbert d\u2019une joie passionnée.\u2014Ma femme chérie! Avec ferveur, il baisa la cicatrice de la blessure que lui avait montrée tout à l'heure Myriam.\u2014Cela aussi est-il tout à fait pardonné ?\u2014Tout, tout!.Et.je suis si heureuse! acheva-t-elle avec un soupir de bonheur.\u2014 Répétez-moi encore cela, mon amour?Dites-moi bien que vous n\u2019aurez plus peur de moi, de mon mauvais caractère?Elle eut un rire frais, que Siegbert n\u2019avait jamais entendu.\u2014Mais si, j'en ai très peur, au contraire! Aussi faudra-t-il bien vous garder de me le montrer jamais! IX Peu après, dans tout le chateau, se répandit incroyable nouvelle : cette belle jeune femme, qui jusqu\u2019alors portait le nom de Hakenau, était en réalité une très légitime princesse de Hornstedt.Le prince l\u2019amenait prendre à Hoendeck la place qui lui était due, et Mme Halner avait reçu l\u2019ordre d\u2019apporter les derniers aménagements à l'appartement de la défunte comtesse, qui lui était destiné.Par Jl\u2019entremise de sa femme de chambre, la comtesse Sophie, elle aussi, fut bien vite au courant.Tout d\u2019abord, elle ne voulut pas y croire.Mais Claudia précisait : \u2014Mme Halner l\u2019a vue.Elle se trouvait dans l'appartement de Son Altesse, assise près du feu, belle comme une princesse des contes de fées, avec ses cheveux déroulés sur ses épaules.Le prince était près d\u2019elle, et il n\u2019avait plus du tout, paraît-il, son air sombre de ces derniers temps.Mme de Hornstedt, abasourdie, leva les mains au plafond.\u2014C\u2019est inimaginable ! C\u2019est fou! Mais enfin, admettons qu\u2019il se soit laissé prendre par cette habile intrigante.il n\u2019est pas possible que lui.lui, songe à nous la présenter sous le nom de princesse de Hornstedt ! \u2014Cependant, Son Altesse a bien dit à Mme Halner: \u2018Voici ma femme, la princesse de Hornstedt, à laquelle vous devez la même obéissance et le même dévouement qu\u2019à moi-même\u201d.La comtesse Sophie n\u2019était pas encore revenue de son premier saisissement quand apparut le comte Athory.Il venait lui apprendre, au nom de Siegbert, le mariage secret dont il avait été autrefois l\u2019un des témoins et la décision qu\u2019avait prise le prince de le rendre maintenant officiel.\u2014Ainsi donc, c\u2019était vrai?s\u2019exclama la comtesse, dont le blême visage rougissait de colère.Mais c\u2019est une chose épouvantable! Lui, Siegbert, époux de la petite-fille d\u2019Eliezer Onhacz!.Comment pouvez-vous rester calme devant ii coi oi 30 une pareille abomination, comte Atho- ry ?'\u2014Je ne méconnais pas, croyez-le, les désagréments que mon cousin rencontrera du fait de cette pénible origine.Mais d\u2019autre part, la jeune princesse est un être d\u2019élite, à tous points de vue, et elle rendra fort heureux ce cher Siegbert, qui en est des plus épris.Du moment où, comme je vous l\u2019ai expliqué, il était obligé à ce mariage, par le serment de son père, mieux valait que la situation se dénouât de cette manière.\u2014Mais il ne pourra pas reparaître à la cour! Tout son magnifique avenir est brisé, anéantil.Et il faudra que je voie cette aventurière - prendre la première place ici?Et vous croyez que je pourrai vivre côte à côte avec ce rejeton du vieil Eliezer?Mathias dit froidement: \u2014Je vous conseille, chère comtesse, de modérer votre contrariété.Vous connaissez mieux que moi le caractère de Siegbert; par conséquent, vous n\u2019ignorez pas qu\u2019il entendra que la femme jugée digne par lui d\u2019être amenée dans la demeure de ses ancêtres soit entourée d\u2019égards, et qu\u2019elle n\u2019ait à souffrir aucun froissement.Je ne crois pas me tromper en pensant que les personnes assez mal avisées pour témoigner même quelque froideur à cette charmante princesse auraient à s\u2019en repentir sérieusement.Mme de Hornstedt palit, s\u2019agita sur son siège et enfin déclara d\u2019un ton fort adouci : \u2014Personne n\u2019aura cette idée.non, personne, mon cher comte, vous pouvez en être certain.Siegbert est libre, naturellement.Mais au premier moment, la surprise.Le comte riposta, en retenant un sourire: \u2014C\u2019est chose très compréhensible.Je vais maintenant informer de la nouvelle les hôtes de Siegbert.Ce soir, nous excuserons mon cousin près d\u2019eux.Il reste avec sa femme, que la tempête a fatiguée.Demain seulement, la princesse de Hornstedt leur sera présentée.Aussitôt que le comte Athory fut sorti, Mme de Hornstedt se précipita vers Yappartement de Carolia.Mais la femme de chambre lui apprit que Mme de Sargen, souffrant d\u2019une violente migraine, s\u2019était enfermée dans sa chambre, en défendant qu\u2019on la dérangeât.Et la comtesse Sophie revint chez elle, en se répétant avec désolation: Quelle catastrophe! Ce malheureux Siegbert est fou ! * & * En tout cas, il semblait un fou trés heureux, ainsi qu\u2019en témoignait sa physionomie tandis qu\u2019il attendait le lendemain matin, dans son cabinet de travail, Myriam qui s\u2019habillait pour se rendre avec lui à la Maison des Abeilles.Il sourit en la voyant entrer dans la grande pièce un peu sombre qui parut tout éclairée par sa fraîche robe mauve et sa radieuse beauté.\u2014Vous avez choisi ma couleur favorite, dit-il en baisant les petites mains qu\u2019il avait prises entre les siennes.\u2014Ah! tant mieux! Je ne connais pas encore vos goûts, Siegbert: il faudra me les apprendre.C\u2019est Rachel qui m\u2019a tourmentée pour que je quitte mes robes noires.LA REVUE POPULAIRE \u2014Vos robes de veuve ! Ma pauvre chérie!\u2026 Mais ne pensons plus à cela et allons vite embrasser notre petite soeur.Comme ils sortaient du cabinet de travail, un domestique apparut, venant informer le prince que Léopold Gloster demandait à lui parler pour une importante communication.Siegbert donna l\u2019ordre de l\u2019introduire.La nouvelle de l\u2019existence d\u2019une jeune princesse qui n\u2019était autre que Mme de Hakenau s\u2019était déjà répandue jusqu\u2019à Gleitz, Gloster, passant -par le village ce matin-là, en avait été informé.Aussi ne manifesta-t-il aucune surprise en trouvant chez le prince Myriam, qui l\u2019accueillit par un amical sourire.Le garde avait une mine à la fois joyeuse et agitée, que remarqua aussitôt Siegbert.\u2014Eh bien, que vous arrive-t-il, Glos- ter ?\u2014Une chose bien extraordinaire, Votre Altesse!\u2026 Ce matin, en m\u2019en allant faire ma tournée, voilà que je regarde vers les ruines, et je m\u2019apercois que tout un grand pan de mur avait croû- lé.Pour mieux me rendre compte, je monte jusque-là et je constate que c\u2019est la partie la mieux conservée, celle où se trouvait la grande cheminée.Comme le temps me pressait, j'allais me retirer, quand je remarque, dans un pan de mur encore debout, comme l\u2019ouverture d\u2019une cavité.Je m\u2019approche et je vois.le candélabre, le fameux candélabre d'or! Myriam et Siegbert laissèrent échapper une exclamation.\u2014Et moi qui considérais cela comme une légende ! dit le prince en riant.Vous êtes sûr, Gloster?\u2014Onh! bien sûr, Votre Altesse ! je ne révais pas!.Et je suis accouru bien vite, parce que, si quelque rôdeur venait par là \u2026 .\u2014Certes! Prenez avec vous un domestique et rapportez-moi cela ici.Je suis enchanté que ce soit vous qui ayez fait cette découverte, Gloster, car vous aurez sujet de vous en souvenir.agréablement.Gloster, ravi de la promesse d\u2019une généreuse récompense, contenue dans cette phrase, salua profondément et s\u2019éloigna pour accomplir l\u2019ordre donné.\u2014Voyez-vous, Myriam, moi qui faisais l\u2019esprit fort en traitant de crédules ceux qui croyaient à l\u2019histoire de ce fameux chandelier d\u2019or! s\u2019écria gaiement Siegbert.L\u2019autre jour encore.j'en plaisantais avec la comtesse Athory.Mais je vais être maintenant assiégé par tous les enfants d\u2019Israël.désireux de posséder cette relique de leur passé national et religieux.Les collectionneurs, également, se mettront de la\u2019 partie.Malheureusement, la découverte va s\u2019ébruiter; il ne me restera que la ressource de refuser impitoyablement ma porte à tous les solliciteurs.\u2014Quel bonheur que ce soit ce brave Gloster qui l'ait trouvé!\u2026 Car j'ai compris que vous seriez très généreux pour lui, mon cher Siegbert.\u2014Oui, plus encore que pour un autre.Je n\u2019oublie pas que c\u2019est chez lui que je vous ai connue.Du reste, je suis prêt à faire tout ce qui vous sera agréable pour ceux que vous me recommanderez, Myriam très aimée.prie, Août 1929 \u2014Eh bien, je vous prends au mot, sans tarder.Vous avez trouvé dignes d attention les dessins de Luitpold Ol- drecht; ne pourriez-vous aider ce pauvre garçon à réaliser sa vocation artistique ?Toute sa famille en serait si heureuse ! \u2014Certainement, je m\u2019en occuperai avec plaisir.\u2014Que vous êtes bon! Je n\u2019osais trop vous en parler, parce que j'avais cru remarquer chez vous une sorte d\u2019antipathie pour lui.Siegbert retint un sourire.Il ne voulait pas lui dire qu\u2019il avait été un instant jaloux de Luitpold Oldrecht et que le brusque rappel de celui-ci, par ses chefs, était dû à l'intervention du tout puissant prince de Hornstedt.\u2014Mais non, il ne me déplaît pas du tout! Je vous assure que je serai très heureux de lui rendre service.Partons vite, maintenant, car ce légendaire chandelier nous a retardés.Comme la voiture que conduisait Siegbert quittait les abords du château, une fenêtre s'\u2019entrouvrit au premier étage, une tête blonde se pencha un peu.des yeux brillants de rage et de désespoir, suivirent l\u2019élégant équipage jusqu\u2019à ce qu\u2019il eût disparu dans les allées du parc.Alors la fenêtre fut brusquement refermée.Et la femme de chambre, appelée par une sonnerie impatiente, re- eut l\u2019ordre de commencer immédiatement les malles, la comtesse de Sargen partant par le train de l\u2019après-midi.* # * Siegbert avait résolu que sa femme serait dès ce jour présentée à ses hô- tes et qu\u2019elle remplirait aussitôt son rôle de maîtresse de maison.Myriam affrontait cette épreuve avec appréhension, en dépit des assurances que lui donnait son mari à ce sujet.Quelle serait l\u2019attitude de la parenté du prince, devant cette jeune femme qui arrivait là comme une intruse et que Siegbert entendait mettre aussitôt à la première place?Que dirait-il, lui, s\u2019il la voyait mal accueillie ?Mais elle fut vite rassurée.La princesse Cécile et la comtesse Athory étaient femmes de trop de tact et de coeur pour ne pas chercher à éloigner tout motif de froissement.Au reste, elles subirent aussitôt le charme de Myriam et ce fut très spontanément, avec une maternelle tendresse, que la princesse Cécile embrassa la jeune femme, avant de se retirer ce soir-là, en disant à Siegbert qui les.regardait avec émotion : \u2014Vous me permettrez de la considérer un peu comme ma fille, n\u2019est-ce pas, mon cher enfant ?\u2014A la condition que vous me permettrez d\u2019être pour vous un fils très affectueux, répondit-il en lui baisant les mains.Quant à la comtesse Sophie, qui étouffait de colère, elle s\u2019était d\u2019abord montrée suffisamment aimable dans le seul but de ne pas exciter le courroux de son neveu.Cependant, à la fin de la soirée, elle était déjà presque conquise, et en regagnant son appartement, elle songeait: \u201cQuand on la connaît on comprend un peu la folie de Siegbert\u2026 Et il est bien certain que Carolia ne pouvait lutter avec elle !\u201d Aout 1929 X Dans tout l'Empire, da nouvelle de l'étrange mariage du prince de Horn- stedt provoqua la plus vive stupéfaction.Quant aux habitants de Gleitz, le premier étonnement passé, ils s\u2019en montrèrent fort satisfaits en constatant que la nouvelle princesse restait exquisement bonne et charitable, que le jeune seigneur, jusque-là fort indif- férent, se révélait plein de bienveillance pour tous.Nul n\u2019ignorait que ce changement était dû à Myriam, il en résulta que la jeune femme, peu connue en dehors des pauvres qu\u2019elle visitait, devint, sa grâce et sa beauté aidant, l\u2019idole de tout le pays.Les Oldrecht, tous les premiers, ne manquaient pas une occasion de témoigner leur reconnaissance à la jeune princesse et à son mari.Celui-ci avait fait reconnaître sans peine l\u2019innocence de Ludwig Marlbach et l\u2019offieier qui poursuivait celui-ci de sa haine venait d\u2019être envoyé en disgrace dans une petite garnison perdue.Mais le prince n\u2019avait pas borné là son intérêt.Valérie, dont il devait être l\u2019un des témoins, avait reçu l\u2019assurance que sa protection suivrait toujours Ludwig au long de sa carrière.Quant à Luitpold, recommandé par lui à un célèbre peintre viennois et pourvu d\u2019une excellente sinécure administrative, il travaillait avec ardeur en essayant d\u2019oublier le rêve qui avait envahi son coeur.Les hôtes d\u2019Hoendeck continuaient d\u2019entourer la jeune princesse de sympathie et d\u2019admiration.Myriam se sentait vraiment heureuse dans cette vieille demeure, en cette calme existence où les seules distractions étaient la musique, la chasse, les promenades.Heureuse ?\u2026 Non pas cependant quand lui revenait cette crainte atroce que Siegbert éprouvât un jour des regrets.Alors, le coeur battant d\u2019angoisse, elle épiait tous les mouvements de sa physionomie, toutes les intonations de sa voix.Il avait décidé qu\u2019ils passeraient l'hiver à Goelbrunn parce qu\u2019il lui était impossible de présenter à Vienne la petite-fille de l\u2019usurier, de l'homme qui avait eu pour victimes nombre de membres de l\u2019aristocratie autrichienne.En ce moment, il ne mesurait peut-être pas l\u2019étendue du sacrifice qu\u2019il accomplissait ainsi, pour l'amour de My- riam.Il ne voyait encore qu\u2019elle seule et dans son bonheur oubliait tout.Mais si, un jour, il venait à l\u2019aimer moins?Si cet homme jeune, actif et d\u2019une si profonde intelligence, regrettait le rôle prépondérant qu\u2019il semblait être appelé à jouer dans son pays ?Ces retours d'inquiétude étaient vite devinés par la vigilante sollicitude de Siegbert.II multipliait alors les tendres attentions.et jamais mieux qu\u2019en ces instants Myriam ne comprenait la force et la délicatesse de son amour.Souvent, ils montaient aux ruines, pour revivre pendant quelques moments les émotions éprouvées là.Dn vieil Hoendeck, il ne restait plus guère aujourd\u2019hui que des débris.Le candélabre d\u2019or, enlevé de sa cachette, se trouvait maintenant dans le grand salon du château.Siegbert, comme il l\u2019avait prévu, recevait de fréquentes sollicitations et de nombreuses offres d\u2019a- LA REVUE POPULAIRE chat.Mais, écrites ou verbales, ces demandes étaient écartées sans examen, et le secrétaire du prince avait ordre d\u2019éconduire tous ceux qui se présenteraient à ce sujet.Cependant, un après-midi, il se trouva fort embarrassé devant l\u2019insistance d'un petit vieillard à barbe blanche, au type sémitique prononcé, qui demandait à voir Son Altesse elle-même.\u2014Je n\u2019ai pas à cacher que je viens dans le but d\u2019acquérir ce précieux souvenir de notre patrie, ajouta-t-il.Mais ce que j\u2019offrirai en échange au prince de Hornstedt sera pour lui d\u2019un prix inestimable.Cette parole fit hésiter le secrétaire.D\u2019autre part, la physionomie du visiteur, son regard surtout, sournois et doucereux, ne lui plaisaient guère.Craignant d\u2019encourir le mécontentement du prince, il répondit par une fin de non recevoir a linsistance du personnage.Mais comme l'étranger sortait, il se rencontra dans le vestibule avec Sieg- pert qui rentrait du parc.Tout aussitôt il présenta sa requête.Sans même le laisser achever, le prince déclara sèchement: \u2014Inutile, cet objet n\u2019est pas à vendre.Et il allait passer, quand l'inconnu dit à mi-voix : \u2014Pas même en retour d\u2019une révélation qui ferait le bonheur de Votre Altesse ?Siegbert eut un léger tressaillement et abaissa un regard scrutateur sur l\u2019énigmatique physionomie.\u2014Que voulez-vous dire?Du geste, le vieillard montra qu\u2019il ne pouvait parler devant les valets présents dans le vestibule.Siegbert hésita un instant.Puis, se décidant.il dit d\u2019un ton bref : \u2014Venez.Dans son cabinet, il demanda, en toisant l\u2019étranger d\u2019un froid regard: \u2014Expliquez-moi vos paroles.\u2014Altesse, je suis Eliezer Onhacz.Le prince eut un sursaut et ses yeux étincelèrent de colère méprisante.\u2014Vous!\u2026 Et vous osez vous présenter ici ! \u2014Que Votre Altesse se rassure.Je n\u2019ai pas l'intention de demander à voir mes petites-filles.Siegbert serra les poings.\u2014Pour la raison trés simple qu\u2019elles ne me sont rien, acheva paisiblement Eliezer.\u2014Qu\u2019entendez-vous par là ?\u2014Votre Altesse va comprendre.Mais auparavant, je voudrais qu\u2019elle me promit le chandelier d'or, en retour de la révélation que je vais lui faire.\u2014Il me faudrait d\u2019abord juger si elle vaut ce prix.\u2014Votre Altesse me la payerait beaucoup plus encore, j'en suis persuadé ! Mais j'ai confiance en sa justice, en son honneur, et je vais tout lui dire\u2026 Celle que Fon a toujours considérée comme ma fille, Salomé Onhacz, se nommait en réalité Hedwige Baroczy, et elle était la fille du comte Miheli Baroczy et de la comtesse Sarolta Va- razyi, sa seconde femme.Pile d\u2019émotion, Siegbert s\u2019exclama: \u2014Quol ?Que me racontez-vous là ?Prenez garde à vous, si vous forgez quelque tromperie! a yy tl it ÿ fo he 5 .eh er « st tree ia AR i i 31 \u2014Ce que je dis est l\u2019absolue vérité.Voilà ce qui se passa.Le comte Baroc- zy et sa femme étant morts à quelques jours de distance, la petite Hedwige se trouva confiée à la tutelle de son frère Béla, né dun premier mariage.Ce jeune homme, joueur, pourvu de tous les vices et n'ayant conservé aueun scrupule, avait déjà dilapidé une partie de la fortune paternelle et, en quelques mois, dévora le reste.\u201cIl eut alors recours à moi.Je lui avançai de fortes sommes, puis, le voyant complètement insolvable, je cessait les prêts et fis vendre son domaine patrimonial.\u201cUn jour, il vint me trouver, la mine bouleversée, pour me supplier de lui donner une somme de trois mille flo- rins\u2014la dernière, assurait-il\u2014Je fus impitoyable, et il s\u2019en alla en déclarant qu\u2019il ne lui restait plus qu\u2019à mourir.\u201cOr, le même jour, nous venions de perdre notre petite Salomé, notre unique enfant, et ma femme était plongée dans un sombre chagrin.Je connaissais la petite Hedwige Baroczy, un joli bébé confié par son frère à une mercenaire quelconque, fort irrégulièrement, ou même pas du tout, et aui soignait fort mal la pauvre créature.Devant le chagrin de ma femme \u2014le seul être que j'aie jamais aimé\u2014une idée me vint, et je la mis aussitôt à exécution.J\u2019allai trouver le comte Baroczy et lui offris la somme demandée, à condition qu\u2019il me donnerait sa soeur et ne se réclamerait jamais de ses droits sur elle.\u201cTout joyeux, il accepta avec empressement.Dès le lendemain, j'allai chercher la petite fille et la portai à ma femme, qui s\u2019y attacha passionnément.Le comte Bela mourut quelques mois plus tard, tué en duel.Il avait rompu depuis plusieurs années avec sa famille, et Hedwige n\u2019avait plus que des cousins assez éloignés, qui vivaient en France.Personne ne se souciait d'elle et nul ne me «
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