La tribune, 12 mars 2022, Cahier 4
[" P H O T O M O N S E M U R O ARTS CINÉMA BIÈRES VINS EN CUISINE VOYAGES PLEIN AIR + CINÉMA Antoine Bertrand REBONJOUR LA FRANCE?! + VOYAGES Bourlingueur UN NOUVEAU CHAPITRE + VINS Planète vins LES SUGGESTIONS DE NOS LECTEURS SEMAINE DU 12 AU 18 MARS 2022 INGRID SAINT-PIERRE TOUT DIRE SANS MOTS ÉCOLES D\u2019ART Sortie de pandémie NAUFRAGES ET RENFLOUEMENTS SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M2 PlacART CHANSON DE CIRCONSTANCE SHOULD I SEE Frozen Ghost Frozen Ghost (1987) \u2022 E X P O \u2022 S I T I O N S VOUS VOULEZ VOIR?RETAILLE D\u2019ENTREVUE SAGUENAY \u2014 Du haut de ses 50 ans de carrière, Julien Clerc s\u2019inscrit résolument dans le camp des résilients, au même titre que ses idoles de jeunesse.Plusieurs d\u2019entre elles sont devenues des modèles, en ce sens que leur cheminement et leur manière d\u2019être ont été riches d\u2019enseignements.Dont son collègue Charles Azna- vour, qu\u2019il a vu la dernière fois au Royal Albert Hall de Londres.« Il était encore très bon.Pourtant, son tour de chant avait été assez long », relate Julien Clerc.Outre la performance vocale, Julien Clerc met en relief le désir persistant d\u2019exercer son métier, chose qu\u2019Aznavour et tant de camarades ont en partage.« La scène vous régénère.Vous avez alors une montée d\u2019adrénaline », avance l\u2019homme de scène en guise d\u2019explication.N\u2019ayant aucune technique vocale, ses premières tournées avaient sérieusement malmené son outil de travail.La situation était devenue si ingérable que, dans les années 1970, le jeune homme s\u2019est inscrit à des cours.« J\u2019ai décidé de travailler ma voix et ça n\u2019a jamais arrêté.Quand je ne tourne pas, je suis deux cours de chant par semaine.On dit que la voix casse avec l\u2019âge, mais c\u2019est un mythe.Si on en prend soin, il n\u2019y a pas de raison qu\u2019elle bouge, note le chanteur.Au fond, c\u2019est comme Nadal qui vient de gagner à 35 ans, en Australie.Pour que son revers et son service restent aussi bons, il s\u2019entraîne fort avec son coach. » DANIEL CÔTÉ, LE QUOTIDIEN Coupée au montage de l\u2019entrevue du 5 février 2022.Julien Clerc \u2014 PHOTO MUSICOR DISQUES Le 12 mars aura rarement été aussi approprié que cette année.En 2008, l\u2019association Reporters sans frontières a désigné cette date comme Journée mondiale contre la censure sur Internet.C\u2019était l\u2019année des premiers JO de Pékin.La Chine était donc visée, surtout après cette étude démontrant qu\u2019en tapant « Tian an men » sur les moteurs de recherche chinois, on n\u2019obtenait que des sites de tourisme.Aujourd\u2019hui, c\u2019est le président russe qui vient d\u2019aplatir la liberté d\u2019expression de son propre peuple et de ses journalistes.Des chansons censurées, il n\u2019en manque évidemment pas.Mais des chansons sur la censure même, on en trouve beaucoup moins.Profitons-en pour ressortir des boules à mites le défunt duo torontois Frozen Ghost, qui, sur son premier album (1987), a dénoncé, avec Should I See, un phénomène qui était, à l\u2019époque, associé à toute l\u2019Europe de l\u2019Est.STEVE BERGERON EXPO Ma maison-forêt Anne-Marie Bélanger vit et travaille à Montréal.Elle a obtenu en 2018 une maîtrise en arts visuels de l\u2019Université Laval, où elle a aussi été lauréate d\u2019une bourse Première Ovation, avec le collectif Gelato.Adepte de coopération internationale ainsi qu\u2019enseignante, elle a participé à de nombreuses expositions en groupe et en solo, développant une démarche qui passe par la peinture, le dessin, la sculpture et l\u2019installation.Son affection pour les arbres s\u2019enracine dans son enfance.Pour être bien partout, il lui faut transporter une forêt dans sa tête.Tout comme les arbres, elle a besoin d\u2019une riche vie communautaire.La présente exposition propose donc un corpus de créations faisant état de l\u2019influence des arbres sur la manière d\u2019habiter de l\u2019artiste.Car pour Anne-Marie Bélanger, habiter, c\u2019est être réconforté.Au Musée Beaulne de Coaticook, jusqu\u2019au 17 avril.STEVE BERGERON \u2014 PHOTOS MUSÉE BEAULNE Palmarès des ventes \u203a FRANCOPHONE 1 Sous le même toit, 2Frères 2 Ginette à ma façon, Guylaine Tanguay 3 Multitude, Stromae 4 Aubades, Jean-Michel Blais 5 Elle, Angèle Dubeau 6 Au premier tour de l\u2019évidence, Tire le Coyote 7 Dubois solide, Claude Dubois 8 Gazoline III, Gazoline 9 Les jours heureux, Julien Clerc 10 On ira, William Cloutier \u203a NON FRANCOPHONE 1 Tipping Point, Tears for Fears 2 Love Sux, Avril Lavigne 3 Rock Believer, Scorpions 4 30, Adele 5 Phœnix, Charlotte Cardin 6 Encanto (b.o.f.), Artistes variés 7 Between Illness and Migration, Your Favorite Enemies 8 =, Ed Sheeran 9 Standing under Bright Lights, Alex Henry Foster 10 Synchro Anarchy, Voïvod 2Frères \u2014 PHOTO MUSICOR laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M3 MUSIQUE VALÉRIE MARCOUX Le Soleil QUÉBEC \u2014 So Happy It Hurts, de l\u2019iconique Bryan Adams, est un hommage au rock et à la spontanéité.Ce quinzième album studio « parle de liberté, d\u2019autonomie, de spontanéité et du frisson de la route », résume l\u2019artiste canadien, qui était à Londres au moment de l\u2019entrevue téléphonique.Le lendemain de celle-ci, le musicien canadien devait donner le premier spectacle de lancement de son nouvel opus.Bryan Adams a choisi d\u2019ouvrir son concert en interprétant la théâtrale Kick Ass, une ode au rock and roll électrisante de plus de cinq minutes, sur laquelle on entend la voix de l\u2019acteur et humoriste anglais John Cleese.« Je savais que ça serait ainsi du moment qu\u2019elle était terminée.Ce sera une super-chanson pour ouvrir le spectacle.Je n\u2019ai jamais eu une chanson comme celle-là.C\u2019est diffé- rent de ce que j\u2019ai fait auparavant », soutient le rockeur, qui l\u2019a coécrite avec Mutt Lange.Les douze nouvelles compositions de Bryan Adams ne laissent aucun doute : il est un optimiste.« En général, je pense qu\u2019il y a un optimisme qui se dégage de ma musique et de mes paroles, et cet album ne fait pas exception », souligne le musicien de 62 ans, qui s\u2019est bien accommodé des contraintes de la pandémie même s\u2019il a pensé que c\u2019était peut-être la fin des tournées pour lui.En se penchant sur ce qu\u2019il avait déjà accompli, l\u2019artiste s\u2019est rapidement apaisé.« Je me suis dit que j\u2019en ai fait beaucoup et que j\u2019ai eu une bonne vie, donc pas de problème.Je vais faire pousser des légumes maintenant », raconte le rockeur fièrement végane.Il n\u2019a finalement pas eu à troquer la musique pour le jardinage.« L\u2019o p t i m i s t e u l t i m e, c \u2019e s t quelqu\u2019un qui continue d\u2019attendre le meilleur, même face au pire.Vivre dans l\u2019instant plutôt que dans la peur.Transformer les négatifs en positifs. » «?AUCUN HOMME N\u2019EST UNE ÎLE?» Habitué d\u2019être en tournée deux semaines sur quatre, Bryan Adams en a profité pour passer du temps en famille et se lancer dans ce nouveau projet d\u2019album.« Je l\u2019ai fait parce que je ne pouvais pas faire de tournée », confie-t-il.Les membres de son groupe étant éparpil lés à travers le monde, le musicien a pris sur lui d\u2019enregistrer la majorité des instruments qu\u2019on entend sur So Happy It Hurts.Il y a longtemps qu\u2019il ne s\u2019était pas engagé autant à ce chapitre.Or, puisqu\u2019« aucun homme n\u2019est une île » comme disait son père, Bryan Adams a tout de même fait appel à Keith Scott pour certains solos de guitare, ainsi qu\u2019à Mutt Lange et Pat Stewart, qui ont joué respectivement de la guitare et de la batterie sur quelques morceaux.« Il arrive un point où l\u2019on réalise que l\u2019on n\u2019est que la moitié de la pizza et que quelqu\u2019un d\u2019autre est l\u2019autre moitié », évoque celui qui affirme cuisiner aussi bien qu\u2019il joue de la musique.Somme toute, il voit plusieurs ressemblances entre la cuisine et la musique.Surtout au moment d\u2019enregistrer et d\u2019assembler les différents ingrédients qui formeront ses chansons.« C\u2019est comme faire un gâteau! » s\u2019enthousiasme-t-il.Dans I Ain\u2019t Worth Shit without You, le chanteur rend hommage aux femmes, ces partenaires de vie essentielles qui lui ont mainte fois démontré qu\u2019elles étaient de loin le sexe le plus fort.DANS LA LENTILLE DE BRYAN ADAMS En plus de cuisiner un album, le rockeur canadien s\u2019est impliqué dans trois initiatives en photographie.Il a ainsi mis ses talents au service de la 48e édition du calendrier Pirelli.« Avant, c\u2019étaient des photos de mannequins nues, mais maintenant, c\u2019est plus un projet artistique et on voulait mon avis sur la façon de le faire », explique le photographe d\u2019expérience.Il a donc décidé de placer les artistes de la scène au centre de ce projet.Adams a croqué des portraits de vedettes avec l\u2019intention d\u2019évoquer une journée dans la vie de cette personne.Parmi les célébrités qui figurent au calendrier Pirelli 2022, on compte notamment Cher, Jennifer Hudson, Iggy Pop et Grimes.La musique et la photographie se complètent dans son univers.Ainsi a-t-il composé la chanson On the Road pour accompagner ce projet du même nom.Dans le visuel qu\u2019il a créé pour son nouveau disque, le musicien ne voulait laisser aucun doute au public sur ses intentions.On y voit une voiture, une guitare et lui- même : « Il n\u2019y a pas de question à se poser : c\u2019est un album rock », tranche Bryan Adams.E n p l u s d \u2019a v o i r c o n ç u s a pochette, le photographe a également réalisé celle du prochain opus du groupe Rammstein.« Ça sortira cette année et j\u2019en suis vraiment très fier », affirme l\u2019artiste, qui avait déjà photographié cette formation par le passé.La tournée canadienne de Bryan Adams pour So Happy It Hurts doit commencer en septembre et se terminer à la fin du mois de novembre.BRYAN ADAMS ODE AU ROCK ET À LA SPONTANÉITÉ Bryan Adams a lancé le 11 mars un quinzième album en carrière, So Happy It Hurts.\u2014 PHOTO BRYAN ADAMS Le Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens (PACC) a annoncé, cette semaine, l\u2019intronisation de deux nouvelles légendes de la musique : Bryan Adams et Jim Vallance.Le partenariat entre les deux artistes a été reconnu comme l\u2019un des plus prolifiques de l\u2019histoire du rock au Canada par le président du conseil d\u2019administration du PACC, Stan Meissner.« Je suis ravi de voir Jim Val- lance obtenir la reconnaissance qu\u2019il mérite : c\u2019est un auteur- compositeur magistral et un musicien incroyable », a déclaré Bryan Adams.« C\u2019est un réel plaisir de voir mon nom ajouté à la liste des auteurs-compositeurs que j\u2019admirais à mes débuts il y a 50 ans, et que j\u2019admire encore aujourd\u2019hui, comme Joni Mitchell, Neil Young et Robbie Robertson, pour ne nommer que ceux-là.Je suis particulièrement heureux d\u2019être intronisé avec mon ami et partenaire d\u2019écriture de chansons Bryan Adams », a pour sa part déclaré Jim Vallance.Tout en continuant à collaborer avec Adams, Vallance est devenu un compositeur, un producteur et un auteur-com- positeur convoité par certaines des plus grandes icônes de la musique, dont Ozzy Osbourne, Aerosmith et The Go-Go\u2019s.Bryan Adams et Jim Vallance seront honorés lors du Gala du PACC le 24 septembre au Massey Hall de Toronto.VALÉRIE MARCOUX, LE SOLEIL UNE ENTRÉE AU PANTHÉON BRYAN ADAMS So Happy It Hurts ROCK ANGLO BMG SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M4 SHERBROOKE \u2014 Entre enfance et vieillesse, le cœur d\u2019Ingrid Saint- Pierre tangue.On savait déjà tout son amour pour les personnes pleines d\u2019années, ne serait-ce que par sa chanson Ficelles, sur sa grand-mère atteinte d\u2019Alzheimer, et qui a mouillé bien des yeux (dont ceux de Gregory Charles) à Star Académie dimanche.Quelques jours avant, on apprenait, lors de l\u2019émission 1res fois, qu\u2019une de ses précieuses amies, quand elle était gamine, s\u2019appelait Madame Croft, une dame âgée habitant la maison voisine.Avec Ludmilla, l\u2019album instrumental que l\u2019autrice-compositrice vient d\u2019oser, c\u2019est plutôt l\u2019enfance qui est mise en musique, la plupart des pièces étant inspirées par ses souvenirs de petite fille.Mais les âges vénérables ne sont jamais bien loin.À preuve, la pièce-titre tire son nom d\u2019une poupée de chiffon baptisée Ludmilla par la grand-mère d\u2019Ingrid, reposant sur un édredon fleuri, dans la chambre bleue, à l\u2019étage, où dormait la fillette chaque fois qu\u2019elle visitait sa mamie.Une chambre refuge, source de réconfort, d\u2019échappatoire pour trouver le calme et apaiser tous les maux, les petits bobos d\u2019enfance, et aujourd\u2019hui, les tristesses d\u2019adulte.« C\u2019est mon endroit préféré, et même s\u2019il n\u2019existe plus, il est encore dans mon cœur.Et c\u2019est un peu là où ce projet d\u2019album prend racine, car cette chambre bleue est un point central de mon enfance.J\u2019ai découvert ensuite que Ludmilla avait vraiment existé, soit Ludmilla Chiriaeff, qui a créé les Grands Ballets canadiens.En plus, ma mère est peintre, et elle peint des ballerines en ce moment.C\u2019était trop de syn- chronicité pour ne pas appeler cet album Ludmilla. » De la synchronicité, il y en a aussi dans le fait qu\u2019Ingrid figure sur l\u2019album Nos artistes chantent Passe-partout, paru la semaine dernière.Elle y interprète une chanson qu\u2019elle a écrite pour l\u2019émission et qui était initialement chantée par Passe-Carreau.Le titre : Mon ami aux cheveux blancs.« Je trouvais ça beau de mettre en scène une amitié entre un enfant avec quelqu\u2019un de plus vieux.Pour moi, l\u2019amitié entre les générations est tellement importante! Si on crée cette curiosité et ce respect tôt chez les enfants, on aura des gens qui auront envie de prendre soin de l\u2019autre qui vieillit.Notre société valorise beaucoup la jeunesse, la performance, la perfection, mais pouvons-nous aussi créer un intérêt envers nos bibliothèques vivantes, une envie de connaître leurs secrets?Alors d\u2019entendre Passe-Carreau chanter qu\u2019elle a un ami précieux, plus précieux qu\u2019un bijou, j\u2019ai trouvé ça cool. » On lui fait alors remarquer qu\u2019elle a dû être vraiment bouleversée par les répercussions de la pandémie sur les aînés.« Ça m\u2019est tellement rentré dedans! D\u2019autant plus que j\u2019avais un projet avec des gens âgés juste avant la pandémie! Le mélange des générations m\u2019émeut beaucoup, mais depuis deux ou trois ans, il n\u2019y a plus de personnes âgées dans ma vie que je peux côtoyer régulièrement, et ça me manque énormément! Alors je ne peux m\u2019imaginer la solitude qu\u2019ont vécue ces per- sonnes-là! J\u2019ai trouvé ça vraiment difficile pour elles. » MUSIQUES DE FILM.SANS FILM Ingrid Saint-Pierre espère donc que plusieurs pourront s\u2019approprier la dizaine de petits joyaux instrumentaux qu\u2019elle vient de faire paraître.En réalité, pour elle, il s\u2019agit carrément de musiques de film.sans film.« Le film, il est dans ma tête.Ce sera à chacun maintenant de se le faire », confie l\u2019artiste, qui, même s\u2019il n\u2019y a pas de paroles, trouve que ces nouvelles créations en dévoilent plus sur elle qu\u2019elle ne l\u2019aurait cru au départ.« Ce sont comme de petites cartes postales de ma vie.Derrière chacune se trouvent plein d\u2019histoires et plein de secrets.Les gens qui me connaissent très bien pourront sans doute en reconnaître, mais la beauté de la musique sans paroles, c\u2019est qu\u2019elle laisse totalement le champ libre.Rien ne dicte comment la recevoir.Les gens pourront y mettre leurs propres secrets.C\u2019est ça qui est magique. » Les pièces de Ludmilla sont le fruit d\u2019une accumulation de mélodies, complètes ou fragmentaires, enregistrées sur le cellulaire d\u2019Ingrid Saint-Pierre, parfois depuis un bon moment.« En fait, avant la pandémie, j\u2019avais commencé à écrire des nouvelles littéraires, de courts récits, des bouts de vie, et j\u2019entendais les trames sonores de ces histoires.Je les pianotais entre les prises alors que j\u2019étais en studio pour un autre projet, jusqu\u2019à ce que mon réalisateur Philippe Brault, pour moi un grand mentor et un master de la musique de film, vienne me demander : \"Qu\u2019est-ce que tu joues?\" » C\u2019est à force de discussion avec son ami que la musicienne s\u2019est aperçue que ces morceaux, pour lesquels elle cherchait des paroles, pouvaient très bien vivre sans mots.« Ils n\u2019avaient pas besoin de ce lan- gage-là pour transmettre l\u2019histoire, qui est racontée différemment, c\u2019est tout », résume celle qui ignore toujours si elle publiera un jour les courts récits à l\u2019origine de Ludmilla.Ingrid Saint-Pierre en compagnie de Marily lors du variété du 6 mars de Star Académie.\u2014 PHOTO ÉRIC MYRE INGRID SAINT-PIERRE ENTRE AUBE ET CRÉPUSCULE STEVE BERGERON steve.bergeron@latribune.qc.ca laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M5 HARMONIUM ET BANJO Qualifiant l\u2019œuvre de broderie, voire de pointillisme musical, minima- liste mais empreint de beaucoup d\u2019émotivité, Ingrid Saint-Pierre a tenté d\u2019enlever le plus de couches possible.Ce qui ne l\u2019a pas empêchée d\u2019aller parfois où on ne l\u2019attendait pas, question de disperser un peu le cortège de fleurs bleues et de nuages souvent associé à sa douceur et à sa voix menue.Sur Dire au revoir, par exemple, elle a marié l\u2019harmonium avec.du banjo! « J\u2019adore quand je peux réussir à surprendre.Ça peut sembler être un contre-emploi, mais le banjo, qui peut souvent être vu comme très ludique, a un côté qui m\u2019émeut beaucoup. » De la même façon qu\u2019elle émeut, elle aussi, en racontant comment et pourquoi elle a mis la voix de son fils Polo sur Je te collectionne.« Enfant, je collectionnais plein de choses : les pierres, les insectes.Mais ma plus belle collection en 37 ans, c\u2019est mon fils : ses mots, la poésie accidentelle qu\u2019il me lance parfois.Un soir que j\u2019étais couchée avec lui dans son lit et qu\u2019il me disait des mots doux, j\u2019ai sorti mon téléphone et je l\u2019ai enregistré.J\u2019ai tellement eu peur de perdre ce mémo vocal que je me suis organisée pour l\u2019immortaliser : il sera maintenant sur iTunes! » dit-elle avec une fierté amusée.Polo n\u2019est pas la seule voix humaine sur Ludmilla : on entend également la belle-mère d\u2019Ingrid, d\u2019origine japonaise, réciter une comptine à sa petite-fille Namiko.Quant à Petite chorale, pour lequel l\u2019artiste a démultiplié sa voix, il lui permettait de faire un clin d\u2019œil à cet élément important de sa vie.On a d\u2019ailleurs appris dimanche dernier, à Star Académie, qu\u2019Ingrid s\u2019était présentée aux auditions la première année, quand elle n\u2019avait que 17 ans, et qu\u2019elle avait alors chanté.du grégorien! Ce n\u2019était toutefois pas une surprise pour ses admirateurs de la première heure : dès sa première tournée de spectacles, Ingrid racontait son attrait pour les églises et offrait même un court extrait de grégorien, devant une salle plongée dans un silence, c\u2019est le cas de le dire, religieux.« Ça fait toujours partie de ma personnalité.Encore aujourd\u2019hui, quand il y a des funérailles dans la famille, ou à la messe de Noël à Cabano, je suis là.J\u2019avais même écrit un agnus dei pour le disque, mais j\u2019ai décidé de ne pas le mettre, à cause du côté ecclésiastique qui correspond moins à mes valeurs.Mais pour moi, le grégorien, c\u2019est la plus grande des méditations.C\u2019est avant tout le côté spirituel et intérieur qui me fascine dans tout ça. » \u2014 PHOTO LA PRESSE, HUGO-SÉBASTIEN AUBERT INGRID SAINT-PIERRE Ludmilla INSTRUMENTAL Simone Records P H O T O R O Y A L G I L B E R T « Ce sont comme de petites cartes postales de ma vie.Derrière chacune se trouvent plein d\u2019histoires et plein de secrets.Les gens qui me connaissent très bien pourront sans doute en reconnaître, mais la beauté de la musique sans paroles, c\u2019est qu\u2019elle laisse totalement le champ libre.Rien ne dicte comment la recevoir.Les gens pourront y mettre leurs propres secrets.C\u2019est ça qui est magique. » \u2014 Ingrid Saint-Pierre SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M6 LES ÉCOLES D\u2019ART APRÈS LA PANDÉMIE SONIA BOLDUC sonia.bolduc@latribune.qc.ca SHERBROOKE \u2014 En arabesque pendant un moment, les deux académies de ballet estriennes, les Ballets classiques de Richmond et l\u2019Académie de danse Barbara Desrochers, n\u2019auront finalement pu tenir la pose au-delà du dernier confinement.Elles ont cessé leurs activités, définitivement dans le cas de la première, peut-être temporairement pour la seconde.Fondés en 2013 par la danseuse et chorégraphe Cynthia Pigeon, les Ballets classiques de Richmond regroupaient près de 80 élèves, dont 19 garçons, lorsque sa directrice a mis fin aux activités de son école à l\u2019automne 2020, en partie pour des raisons personnelles, en partie à cause des règles sanitaires.« Je pensais déjà à fermer pour retourner finir mon bac en enseignement de la danse, et la COVID est venue confirmer mon choix.J\u2019ai donné huit semaines de cours en ligne pendant l\u2019automne 2020.Ce n\u2019était pas optimal pour l\u2019apprentissage de chorégraphies », raconte Cynthia Pigeon, désormais installée à Montréal.Tout juste avant la pandémie, Barbara Desrochers accueillait 125 élèves à l\u2019Académie sherbroo- koise qui portait son nom depuis 2016.« On prenait notre envol et tout s\u2019est arrêté », lance d\u2019emblée Barbara Desrochers, qui a décidé de ne pas relancer ses activités au printemps 2022, malgré les assouplissements annoncés.« Le dernier confinement avant les Fêtes, ça m\u2019a mise à terre.C\u2019était déjà limite, mais on se donnait une dernière chance.Là, ça ne sert à rien de tenter de faire une session de printemps de quelques cours seulement.Et puis les élèves ne sont plus au rendez-vous : soit ils ont changé d\u2019activité, soit leurs parents sont davantage dans la planification de vacances en famille que de cours de ballet », explique Barbara Desrochers, qui se donne jusqu\u2019à la fin de l\u2019été pour prendre une décision sur la reprise ou non des activités de son académie.DES COURS EN LIGNE NON CONCLUANTS « En 2020, on avait tenté l\u2019aventure des cours en ligne, mais ça n\u2019avait pas été concluant.On avait aussi réussi à donner quelques cours en présentiel, mais avec tellement de limites que ce n\u2019était pas viable.Le spectacle de l\u2019automne n\u2019avait pas pu avoir lieu, mais les frais encourus, il a fallu les payer.Vient, avec le ralentissement et l\u2019arrêt de nos cours, un certain endettement dont je dois tenir compte », précise encore Barbara Desrochers.« C\u2019est dommage, il a fallu faire le deuil des projets, dont celui de lancer un programme bal- let-études pour le primaire et le secondaire qui aurait été un plus pour l\u2019Estrie », regrette Cynthia Pigeon.La danseuse et chorégraphe Cynthia Pigeon a mis fin aux activités des Ballets classiques de Richmond et a repris ses études en enseignement de la danse.\u2014 PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE, MAXIME PICARD Barbara Desrochers se donne jusqu\u2019à la fin de l\u2019été pour décider de la pertinence de relancer les activités de l\u2019Académie qui porte son nom, à Sherbrooke, mais a préféré ne pas reprendre le collier à ce moment-ci, alors que la session est avancée et que les élèves sont moins au rendez-vous.\u2014 PHOTO LA TRIBUNE, JESSICA GARNEAU Comment nos écoles d\u2019art privées ont-elles traversé la pandémie?Malheureusement, il y a eu des naufrages, des navires bloqués au port, des vaisseaux endommagés, mais aussi des bâtiments qui ont tenu le coup, certains ayant même gagné des galons.Alors que les eaux se calment, La Tribune est allée voir l\u2019état des lieux en musique, en danse et en théâtre.STEVE BERGERON LES ACADÉMIES DE BALLET LÂCHENT LA BARRE laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M7 LES ÉCOLES D\u2019ART APRÈS LA PANDÉMIE SONIA BOLDUC sonia.bolduc@latribune.qc.ca SHERBROOKE \u2014 La valse des restrictions sanitaires des deux dernières années a coupé les élans de bien des amateurs d\u2019arts vivants qui avaient leurs habitudes auprès du Théâtre du Double Signe.Non seulement la création de l\u2019automne dernier, Une fille en or, a connu moins de succès qu\u2019espéré à la billetterie, mais c\u2019est aussi tout l\u2019achalandage des ateliers- théâtre, offerts au grand public depuis une trentaine d\u2019années, qui a encaissé les coups.« On l\u2019a eu rough », lance d\u2019emblée la directrice générale du Double Signe, Lilie Bergeron, pour qui l\u2019annulation des spectacles de fin de session s\u2019avère l\u2019enjeu principal pour ces ateliers qui permettent à Monsieur et Madame Tout-le- Monde de s\u2019initier au théâtre et de monter une véritable pièce, avec un metteur en scène professionnel.Les spectacles sont habituellement présentés en mai et juin, au Théâtre Léonard-Saint-Laurent, lors du traditionnel Printemps du Double Signe.« Les gens qui s\u2019inscrivent aux ateliers le font entre autres pour cette rencontre avec le public qui vient conclure les sessions, souligne Lilie Bergeron.Là, ç\u2019a été annulé dès le début de la pandémie et ça nous a fait perdre une bonne partie de nos participants qui étaient pourtant des habitués.En fait, historiquement, environ 70 pour cent de nos participants revenaient d\u2019une session à l\u2019autre, et on a perdu une bonne partie de ces habitués. » Si on arrivait chaque année sans problème à former huit groupes d\u2019environ 14 personnes auparavant pour les ateliers-théâtre, on a peiné, en 2021-2022, à regrouper suffisamment d\u2019intéressés pour en former cinq.L\u2019achalandage a pratiquement fondu de moitié.ASSUMER LES PERTES Le Printemps du Double Signe sera d\u2019autant plus important cette année qu\u2019il pourrait relancer la roue, mais aussi regarnir un peu les coffres.Les dernières sessions ont en effet été offertes aux mêmes tarifs de 200 $, et ce, même si aucun revenu de spectacle ne venait en contrepartie.« On s\u2019est dit qu\u2019il valait mieux assumer des pertes pendant quelques sessions que de monter les prix et perdre encore plus d\u2019inscriptions.Ce sont les participants aux ateliers qui vendent les billets auprès de leurs familles et amis qui remplissent les salles et nous permettent de balancer.Mais depuis deux ans, il n\u2019y a pas de spectacles, donc pas d\u2019équilibre dans le budget.Il faut absolument que ceux de mai soient présentés, pour des raisons financières, mais surtout pour relancer les habitudes des gens », explique encore la directrice générale du Double Signe, qui déplore aussi la perte de quelques animateurs de ces ateliers.« On a honoré les contrats et ils ont été généreux, organisant même des ateliers en ligne pour motiver les troupes, mais c\u2019était difficile.Ç\u2019a vraiment été un dur coup pour le Double Signe, et on sent qu\u2019on devra être créatifs pour ramener les gens vers le plaisir de la scène et de la salle.Il faut y croire. » Lilie Bergeron du Théâtre du Double Signe.\u2014 PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE, JESSICA GARNEAU En temps normal, les ateliers- théâtre du Double Signe attiraient une centaine de comédiens amateurs chaque année.En 2022, seulement cinq groupes ont pu être formés, mais au moins, les spectacle devraient reprendre en mai.\u2014 PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE, FRÉDÉRIC CÔTÉ ATELIERS-THÉÂTRE DU DOUBLE SIGNE LA PANDÉMIE A FAIT MAL Avec BRUNO PELLETIER et DANIEL LAVOIE sous les traits de Gringoire et de Frollo 819 820-1000 Centreculturel.ca NOUVELLE REPRÉSENTATION : 10 SEPTEMBRE, 20 H 8 et 9 septembre, 20 h 10 septembre, 14 h 0090682 SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M8 LES ÉCOLES D\u2019ART APRÈS LA PANDÉMIE ARIANE AUBERT BONN aabonn@latribune.qc.ca Initiative de journalisme local RICHMOND \u2014 La pandémie a mis à mal plusieurs écoles d\u2019art, mais c\u2019est l\u2019effet contraire qui s\u2019est produit à l\u2019école de musique du Centre d\u2019art de Richmond, alors que la clientèle a plus que doublé et que l\u2019offre de cours s\u2019est aussi bonifiée.« Tout a fermé pendant un certain temps, et la première chose qu\u2019on a pu rouvrir, c\u2019est l\u2019école de musique, pour les cours individuels », se rappelle Marie-Ève Bourdages, codirectrice générale, volet artistique, du Centre d\u2019art de Richmond.Elle ajoute : « Il a fallu s\u2019adapter beaucoup, faire des remboursements, être flexibles.La diffusion de concerts était impossible, alors on avait le temps de se consacrer à l\u2019école de musique.Est arrivée une enseignante qui est maintenant coordonnatrice de l\u2019école, Roxanne Beaulieu, qui vient de la région.Elle avait plusieurs contacts. » L\u2019école a donc été en mesure de recruter un plus grand nombre d\u2019enseignants et de bonifier son offre de cours.« Tout le monde partait avec un calendrier blanc.Habituellement, les enseignants ont des spectacles en cours d\u2019année.Il faut donc jongler avec leur horaire.Là, on les a attrapés à un moment où ils pouvaient prendre des mandats.Alors on s\u2019est bâti une belle équipe.On est passés de trois à dix profs et l\u2019offre de cours a beaucoup augmenté, pour un total de treize disciplines », souligne Mme Bourdages.Marie-Ève Bourdages précise que, non seulement les enseignants étaient plus disponibles, mais la population s\u2019est aussi montrée plus ouverte et disposée à apprendre la musique.« Il y a eu un engouement de la part des gens qui se sont retrouvés à la maison et qui avaient envie d\u2019apprendre quelque chose de nouveau.On est passés de 30 élèves à pratiquement 80. » PARTENARIATS AVEC LA COMMUNAUTÉ « La COVID a apporté une collaboration avec le milieu communautaire », poursuit Mireille Soucy, codirectrice générale, volet gestion.Elle affirme que, dans les efforts gouvernementaux pour favoriser la santé mentale, entre autres, des maillages ont été possibles.« Ainsi, le projet d\u2019éveil musical découle d\u2019une collaboration avec la maison de la famille Les Arbrisseaux, dans le cadre du Fonds de lutte à la pauvreté.Les enfants s\u2019intègrent aux groupes existants.Une collation est offerte et un dédommagement est possible pour le transport. » Des ateliers de percussion corporelle adressés aux adolescents font également partie des activités de l\u2019école et seront offerts 23 fois l\u2019été prochain, en plein air, dans les 18 municipalités de la MRC du Val-Saint-François, en partenariat avec les maisons des jeunes et Valcourt 20-30.ÉCOLE DE MUSIQUE DU CENTRE D\u2019ART DE RICHMOND UN ENVOL GRÂCE À LA PANDÉMIE STEVE BERGERON steve.bergeron@latribune.qc.ca SHERBROOKE \u2014 Sans employer l\u2019adjectif « profitable », comme cela s\u2019est passé à l\u2019école de musique du Centre d\u2019art de Richmond, Tristan Longval-Gagné, un des propriétaires de l\u2019école de musique Pianissimo à Sherbrooke, constate que son académie a bien tenu le coup, deux ans après le début de la pandémie.« La plus grosse perte est survenue lorsque les activités parascolaires en musique sont tombées à l\u2019école primaire Vision Sherbrooke.C\u2019est Pianissimo qui avait le mandat de s\u2019en occuper.C\u2019est un peu comme une pépinière d\u2019élèves pour nous, car certaines familles qui souhaitent poursuivre au privé se tournent souvent vers nous.La perte a été difficile.On vient juste de recommencer là-bas », rapporte-t-il.Les cours de groupes comme les chorales ou ceux consacrés à l\u2019éveil musical pour les tout-petits étaient aussi devenus impossibles.En revanche, Pianissimo a connu une légère hausse quant aux cours particuliers destinés à la clientèle adulte.« C\u2019est une catégorie d\u2019élèves qui acceptait plus facilement les cours en ligne, probablement parce que c\u2019est plus facile pour eux, plus que pour les enfants en tout cas.Nous avons vu, par exemple, beaucoup d\u2019adultes qui avaient déjà fait de la musique dans leur jeunesse retrouver le goût de jouer de la guitare ou d\u2019un autre instrument pour occuper leurs temps libres.Mais pour les élèves orientés vers les prestations, c\u2019était beaucoup plus déprimant, car il n\u2019y avait plus aucun concert ni concours.Ils se sont tannés assez vite des concerts virtuels. » DES ARMES PAS TOUJOURS ÉGALES La baisse n\u2019a toutefois pas été assez importante pour placer Pianissimo en danger de fermeture.Tristan Longval-Gagné, qui enseigne aussi le piano au Cégep de Sherbrooke, a quand même eu le sentiment que les écoles privées n\u2019étaient pas toujours à armes égales par rapport à l\u2019enseignement public.« Au cégep, j\u2019ai continué à enseigner presque entièrement en personne.Il n\u2019y a pratiquement pas eu de cours d\u2019instruments en ligne.Parallèlement, les professeurs de Pianissimo pouvaient aller enseigner à domicile, même si nous n\u2019avions aucune façon de surveiller le respect des consignes sanitaires dans ce contexte-là.Il aurait pourtant été possible de faire cette surveillance à l\u2019école même, d\u2019installer des plexiglas, de désinfecter les pianos après chaque cours.Mais nous n\u2019avions quand même pas le droit, pendant certaines périodes, d\u2019accueillir les élèves dans nos écoles.C\u2019était parfois incompréhensible. » Le pianiste ne souhaite toutefois pas se plaindre ni jeter de blâme, d\u2019autant plus que son établissement a bénéficié du soutien financier du gouvernement pour traverser la tempête et ne pas émerger de la pandémie à découvert.« J\u2019ai l\u2019impression que les autorités ont simplement essayé de diminuer le plus grand nombre de rassemblements possible.Ultimement, l\u2019enseignement de la musique s\u2019en est très, très bien tiré. » ÉCOLE DE MUSIQUE PIANISSIMO Une tempête bien traversée Tristan Longval-Gagné \u2014 PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE, JESSICA GARNEAU Mireille Soucy et Marie-Ève Bourdages, codirectrices du Centre d\u2019art de Richmond, affirment que la clientèle est passée de 30 à près de 80 élèves.\u2014 PHOTO LA TRIBUNE, ARIANE AUBERT BONN laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M9 MUSIQUE MÉLANIE NOËL melanie.noel@latribune.qc.ca SHERBROOKE \u2014 Ariane Vaillan- court est pianiste, choriste, enseignante, coach vocal, arrangeuse et claviériste, notamment pour Cœur de pirate et Tire le Coyote.Mais quand elle se glisse dans la peau de l\u2019autrice-compositrice-inter- prète et réalisatrice de son nouveau projet musical, elle s\u2019appelle Anna Valsk.L\u2019artiste originaire de Sherbrooke sort, ces jours-ci, Morphologie A, un microalbum inspiré des paysages hivernaux de sa région d\u2019adoption, Lanaudière.« C\u2019est une façon de scinder ma vie professionnelle et créative.Je voulais offrir à mon projet et mes chansons un alter ego à la fois mystérieux et ludique.Anna, c\u2019est le nom que je me donnais toute petite quand je jouais à la guerrière dehors.C\u2019est mon prénom de courageuse.Valsk, ça commence par les mêmes lettres que mon nom de famille et, en même temps, on ne sait pas trop d\u2019où vient la personne qui porte ce nom et j\u2019aime ça », explique l\u2019artiste, qui avait lancé un premier microalbum en 2016 sous son nom de baptême.Entre les deux microalbums, la musicienne a beaucoup voyagé.La tournée découlant du premier s\u2019est étirée sur deux ans au Québec et même en France.Aux côtés d\u2019autres artistes, à titre de musicienne et choriste, elle est montée sur de belles grandes scènes.Elle a pris le temps de se définir comme artiste et de se positionner.L\u2019ancienne élève des programmes de musique de l\u2019école Sacré-Cœur et Mitchell- Montcalm, déménagée à 17 ans à Montréal pour poursuivre ses études musicales au Cégep Saint- Laurent, s\u2019est également installée à Saint-Alphonse-Rodriguez.« Mon chum voulait des rivières, je voulais des montagnes et des lacs, on a tout ça ici, dans Lanau- dière.Le paysage est vraiment très inspirant, on a un grand terrain et c\u2019est une partie de ce territoire qui m\u2019a inspiré le cycle de mon projet Morphologie », raconte Anna Valsk, précisant qu\u2019il y aura une suite puisqu\u2019elle compte dévoiler un microalbum par saison au cours de la prochaine année.« Je trouve que les saisons sont encore plus clairement découpées et intenses au nord.L\u2019hiver est plus long et ardu.L\u2019été est plus court, mais tellement fleurissant.Les saisons ont eu un énorme impact sur moi et ma création. » LAISSER RESPIRER LE TEMPS Les trois chansons de Morphologie A sont assez longues (jusqu\u2019à six minutes), comparativement à la tendance qui est autour de trois minutes, un standard imposé par les stations de radio.« En fait, je ne choisis pas de format : c\u2019est la composition qui guide le format.Je n\u2019essaie pas de me mouler aux standards radiophoniques parce qu\u2019il y a de l\u2019argent à faire là : j\u2019essaie de laisser l\u2019espace pour que la charge émotive passe, pour que le temps respire aussi.Mes chansons partent d\u2019un sentiment qui tranquillement définit les mots et la composition.Et quand je trouve ce que je veux, je donne tout ce que j\u2019ai.Je suis allée avec ce que l\u2019hiver évoque en moi.Ça nous paraît à la fois épique et interminable et ça nous prend de la résilience pour passer à travers », explique l\u2019artiste de 32 ans dont la musique, par moments, adresse des clins d\u2019œil aux univers de James Blake, Laura Mvula et Bon Iver.Morphologie A est le fruit de plusieurs collaborations, notamment avec Jonathan Harnois (coécriture), Jean-Luc Huet (co-composition, prise de son, guitare, synthé) et Philippe Lussier Baillargeon (co- composition, batterie, percussions).C\u2019est aussi une première expérience de réalisation pour Anna Valsk.« J\u2019ai adoré.J\u2019ai beaucoup d\u2019idées p o u r d e s a r ra n g e m e n t s.L a musique est un langage simple pour moi.Et pour le volet technique, je pose des questions et j\u2019apprends », note-t-elle en riant.Un vidéoclip de la chanson Et si tu m\u2019oublies est en ligne.Les illustrations et animations sont signées Sylvain Papillon Gignac.Naissance hivernale et musicale d\u2019Anna Valsk Anna Valsk, l\u2019alter ego d\u2019Ariane Vaillancourt, traduit en musique les paysages hivernaux de son territoire sur Morphologie A.\u2014 PHOTO L\u2019ATELIER 2 ANNA VALSK Morphologie A POP FRANCO L\u2019atelier 2 « Les saisons ont eu un énorme impact sur moi et ma création. » \u2014 Anna Valsk vieuxclocher.com 819.847.0470 La culture pour nous rassembler et pour vivre de grands moments avec les artistes de chez nous ! Bienvenue! On est là pour vous.LES ANNÉES CAT STEVENS SAM.12 MARS 2 FRÈRES VEN.18 ET SAM.19 MARS ALEXANDREBARRETTE VEN.15 AVRIL LUCE DUFAULT SAM.7 ET dIM.8 MAI SIMON GOUACHE VEN.25 ET SAM.26 MARS CE SOIR P.-A.MÉTHOT VEN.1er ET SAM.2 AVRIL PHILIPPE LAPRISE dIM.3 AVRIL VEN.1er ET SAM.2 JUILLET GUyLAINE TANGUAy SAM.16 AVRIL 0090743 SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M10 ARTS VISUELS SONIA BOLDUC sonia.bolduc@latribune.qc.ca MAGOG \u2014 La solitude, la peur, le déracinement, le questionnement, la beauté, le tumulte.Tout ce qui nous habite trouve place de façon récurrente et permanente dans les œuvres de Yong Sook Kim-Lambert.L\u2019artiste magogoise d\u2019origine coréenne avait pourtant amorcé sa carrière dans l\u2019éphémère d\u2019installations, après ses études aux beaux-arts de l\u2019Université Hong Ik, à Séoul, dans les années 1980.Mais en prenant mari et multiples pays, la créatrice a troqué le monumental pour les pinceaux et les outils de gravure, qu\u2019elle allait trimbaler aux quatre coins du monde.« Je rêvais de voyager, de voir le monde, de créer », raconte celle qui a vécu tantôt aux États-Unis, tantôt au Québec, mais a aussi exploré le monde et ses possibilités avec son mari québécois et leurs enfants.Après avoir enseigné pendant des années en Pennsylvanie, et après que les enfants ont pris leur envol, ils sont revenus s\u2019installer dans leur maison de Magog pour profiter de la retraite.« Je voulais me consacrer au travail artistique à temps plein », explique celle qui a installé son atelier au sous-sol de la maison, là où les adeptes du circuit des arts ont eu l\u2019occasion d\u2019entrer dans son intimité de créatrice.CE QUE PROVOQUENT LES PAYSAGES Mais Yong Sook Kim-Lambert a aussi proposé maintes fois peintures, gravures et estampes au grand public, ici et ailleurs depuis quatre décennies, par l\u2019entremise d\u2019expositions collectives, mais quelques fois aussi en solo, comme c\u2019est le cas jusqu\u2019au 3 avril chez Boréart, à Granby.C\u2019est par une sélection d\u2019une quarantaine d\u2019œuvres que Yong Sook Kim-Lambert nous entraîne Entre les terres qui nous habitent.« Mais je ne fais pas de paysages », prévient-elle en montrant ces peintures sur toiles, ces dessins sur feuilles de riz, ces gravures tout en délicatesse.« Ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est ce que ces paysages, ces villes, ces rencontres provoquent en moi, en nous.C\u2019est ça que je crée ensuite, et ce n\u2019est pas moi qui le décide, c\u2019est l\u2019œuvre qui s\u2019impose. » Et ces êtres sans traits, leur solitude, leur plénitude parfois, leur angoisse à d\u2019autres moments, les vagues d\u2019inquiétudes et de quiétude aussi, viennent nécessairement s\u2019imposer à nous.Qu\u2019elle joue sur grand format avec le rouge symbolique de la Corée, qu\u2019elle décline les bleus nordiques ou qu\u2019elle mixe acrylique et gravure sur des papiers fins, Yong Sook Kim-Lambert laisse à chacun le loisir d\u2019absorber ses œuvres à la fois figuratives et abstraites.On glissera tantôt dans la douceur, tantôt dans le désordre, tantôt encore vers une invitation au mouvement.S\u2019APPROPRIER LE FLOU « J\u2019aime les lignes et les personnages flous que tout le monde peut s\u2019approprier, auxquels on peut s\u2019identifier, peu importe qui on est. » « Je pense qu\u2019on peut identifier différentes périodes dans mon travail.Les deux dernières années de pandémie et certains événe- ments ont été difficiles, ça se voit dans mon travail actuel.Je passe beaucoup de temps en forêt, j\u2019en rapporte des images que je ne reproduis pas vraiment, mais qui me permettent d\u2019aller ailleurs, d\u2019exprimer ce qu\u2019on a vécu », explique- t-elle en faisant défiler des œuvres mouvementées sur du papier fin rapporté de Corée il y a déjà longtemps.Yong Sook Kim-Lambert laisse à chacun le loisir d\u2019absorber ses œuvres à la fois figuratives et abstraites.On glissera tantôt dans la douceur, tantôt dans le désordre, tantôt encore vers une invitation au mouvement.\u2014 PHOTO LA TRIBUNE, JESSICA GARNEAU « J\u2019aime les lignes et les personnages flous que tout le monde peut s\u2019approprier, auxquels on peut s\u2019identifier, peu importe qui on est », explique Yong Sook Kim-Lambert.\u2014 PHOTOS LA TRIBUNE, JESSICA GARNEAU Vous voulez voir?Entre les terres / Between lands Yong Sook Kim-Lambert Galerie Boréart 279, rue Principale, Granby ykimlambert.com ENTRE LES TERRES DE YONG SOOK KIM-LAMBERT « Ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est ce que ces paysages, ces villes, ces rencontres provoquent en moi, en nous.C\u2019est ça que je crée ensuite, et ce n\u2019est pas moi qui le décide, c\u2019est l\u2019œuvre qui s\u2019impose. » \u2014 Yong Sook Kim-Lambert laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M11 0090709 NUMÉR IQUE Petit prix.Grande info.L\u2019abonnement numérique à 2,50$par semaine.Plus 4 semaines d\u2019essai gratuit.Numérisez le codeQRpour en savoir plus! SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M12 LIVRES LÉA HARVEY Le Soleil QUÉBEC \u2014 Karine Tuil a été très marquée par les attentats du 11 septembre 2001.Depuis, les questions \u2014 identitaires, juridiques, morales, politiques, voire philosophiques \u2014 entourant ce type de crimes se déposent tranquillement en elle.Après L\u2019invention de nos vies (2013), où elle aborde le parcours d\u2019un djihadiste, l\u2019écrivaine française publie La décision, un roman qui raconte le quotidien d\u2019une juge d\u2019instruction antiterroriste.« On a beaucoup d\u2019éléments sur les attentats, leurs auteurs, les victimes, etc.Mais on a très peu de détails sur les juges qui travaillent en amont et instruisent les affaires.Ils dirigent pourtant les enquêtes, interrogent les mis en cause.C\u2019est un métier de l\u2019ombre », explique d\u2019entrée de jeu Karine Tuil.Dans La décision, c\u2019est Alma Revel qui occupe cet emploi aux fonctions particulières.Son rôle est d\u2019instruire, d\u2019examiner les dossiers des accusés avant que ces derniers soient jugés en cour.Dans son bureau, Alma Revel doit ainsi tenir le coup devant les images des attentats, analyser les exécutions filmées, faire face à la cruauté des meurtres, etc.Mais elle doit également accueillir les familles des victimes, des témoins ou encore les accusés eux-mêmes.Au fil des 304 pages, les lecteurs suivent le personnage dans son quotidien, mais aussi dans un dossier en particulier : celui d\u2019Abdeljalil Kacem.Soupçonné d\u2019avoir rejoint l\u2019État islamique, en Syrie, le jeune homme de 21 ans est placé en examen.Alma le questionne.Elle doit, au bout d\u2019un long interrogatoire, décider s\u2019il sera ou non remis en liberté.VERTIGINEUSE RESPONSABILITÉ « [Ces juges] sont amenés au quotidien à prendre des décisions qui ont potentiellement un impact sur la sécurité de la nation.La responsabilité, elle est vertigineuse.C\u2019est une pression et une tension d\u2019une incroyable dureté. » « Ces hommes et ces femmes, chaque jour, sont confrontés à la noirceur, à la douleur.Émotion- nellement, c\u2019est extrêmement dur.Et ils doivent en plus prendre des décisions sensées, réfléchies, humaines et justes », lance Karine Tuil, qui voit en cet emploi une réelle « vocation », une « abnégation de soi ».En France, on ne peut d\u2019ailleurs pas pratiquer la profession pendant plus de dix ans, souligne-t-elle.« C\u2019est un métier où l\u2019on risque sa peau, mais que l\u2019on exerce sans se poser de questions, un peu comme les soldats qui partent en mission.Ça fait partie du job.La mort est en option », écrit d\u2019ailleurs Karine Tuil alors qu\u2019Alma Revel reçoit des messages menaçants, remplis de haine.L\u2019autrice en convient : l\u2019affaire Kacem, le dilemme d\u2019Alma, le déroulement de sa vie professionnelle, tout ça aurait pu nourrir suffisamment les pages de son livre.Or, il était important pour elle de montrer également l\u2019intimité de son personnage principal.« Très vite, j\u2019ai compris que, quand vous êtes soumis à un tel stress, vous êtes forcément transformé dans votre vie privée. » « Comment pouvez-vous rentrer chez vous, être une bonne mère et une bonne épouse quand, durant la journée, vous avez vu des vidéos de décapitation, rencontré la mère d\u2019un enfant qui a été assassiné dans un attentat? » s\u2019est demandé la lauréate du Goncourt des lycéens 2019.Prix qu\u2019elle a reçu pour son livre Les choses humaines, portant sur une affaire de viol.S\u2019ajoute ainsi à la trame narrative de La décision la vie amoureuse d\u2019Alma : d\u2019un côté son mariage en déclin et, de l\u2019autre, sa liaison avec l\u2019avocat qui représente le jeune Kacem.Ses trois enfants parcourent également le récit.PARTICIPER AU LIVRE On s\u2019en doute \u2014 et Karine Tuil le confirme \u2014, La décision est le fruit de nombreuses recherches.L\u2019écri- vaine a fait plusieurs rencontres avec des juges et des avocats en amont de sa création.Elle a assisté à des procès et lu bon nombre de documents pour mettre en lumière le métier de juge d\u2019instruction antiterroriste.Si elle rédige son livre en respectant une « intégrité intellectuelle » pour être « au plus près du réel », la Parisienne tient toutefois à rappeler son titre de romancière.Ce qui la passionne, c\u2019est l\u2019intrigue de ses ouvrages.Celle qui aborde bon nombre d\u2019enjeux sociaux dans ses livres fait d\u2019ailleurs tout en son pouvoir pour que ses lecteurs demeurent « actifs » lorsqu\u2019ils ont le nez plongé dans ses histoires.« Ça donne lieu à de grands débats.En librairie, avec le public ou même avec les journalistes, j\u2019ai des débats sur des questions de société.Ça, pour moi, c\u2019est le rôle et la place de littérature aujourd\u2019hui », affirme-t-elle.Roman d\u2019actualité, La décision paraît d\u2019ailleurs en plein procès des attentats du 13 novembre 2015, ces attaques qui ont fait 130 morts et 350 blessés et qui ont eu lieu à proximité du Stade de France, dans des cafés et restaurants parisiens ainsi qu\u2019au Bataclan.« Ce n\u2019était pas voulu que le roman soit publié en même temps.Le livre a été très bien accueilli en France.Et, en fait, ça m\u2019a confortée dans l\u2019idée que nous avions besoin de penser ces sujets. » « Même si ça a été une épreuve qui nous a tous marqués et que les procès sont médiatisés, même si tout ça participe à la construction d\u2019une mémoire collective, je crois que la littérature a aussi son rôle à jouer. » « Les gens s\u2019intéressent au livre, me posent des questions sur le métier de juge antiterroriste.C\u2019est finalement une façon de découvrir ce sujet sous un autre angle », souligne Karine Tuil, qui estime avoir montré dans son roman des pulsions de mort, mais aussi de vie et de lumière.Avec La décision, Karine Tuil signe son douzième roman.\u2014 PHOTO FRANCESCA MANTOVANI KARINE TUIL JUGER LE TERRORISME KARINE TUIL La décision ROMAN Gallimard 304 pages « Ces hommes et ces femmes, chaque jour, sont confrontés à la noirceur, à la douleur.Émotionnellement, c\u2019est extrêmement dur.Et ils doivent en plus prendre des décisions sensées, réfléchies, humaines et justes. » \u2014 Karine Tuil laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M13 LIVRES LÉA HARVEY Le Soleil QUÉBEC \u2014 Après la parution des Villes de papier, livre pour lequel elle a remporté un prix Renaudot, Dominique Fortier a tenté de s\u2019attacher à un nouveau projet, sans succès.L\u2019univers d\u2019Emily Dickinson l\u2019habitait encore.L\u2019autrice croyait alors avoir raconté toute la vie de cette poète américaine du XIXe siècle, mais l\u2019histoire de son œuvre, elle, n\u2019était pas terminée.Il lui manquait une moitié.« Je me suis rendu compte que je devais encore explorer ce qui arrive quand quelqu\u2019un disparaît.Qu\u2019est-ce qui reste quand les gens nous quittent?Qu\u2019est-ce qui subsiste après la mort d\u2019une personne?Comment continue-t-elle à vivre à travers ses proches?Comment les livres nous survivent? » énumère Dominique Fortier.Si Les villes de papier est donc une « histoire de création », Les ombres blanches est une « histoire de lecture », de diffusion, de transmission.Avec ce nouveau roman, Dominique Fortier raconte la vie de ceux qui ont côtoyé Emily Dickinson, mais surtout de celles qui ont porté et fait publier ses poèmes après son décès, en 1886.Les lecteurs retrouveront donc notamment, au fil des 248 pages, la sœur d\u2019Emily, Lavinia, sa belle- sœur et meilleure amie, Susan, la maîtresse de son frère, Mabel, ainsi que la fille de cette dernière, Millicent.Reconnue aujourd\u2019hui comme une figure importante de la littérature américaine, l\u2019artiste née en 1830 au Massachusetts avait refusé de publier ses écrits de son vivant.Avant sa mort, elle a supplié d\u2019ailleurs Lavinia de brûler ses correspondances.Mais n\u2019ayant aucune indication précise concernant sa poésie, Lavinia a suivi son instinct et a décidé plutôt de la faire passer à la postérité.« C\u2019est un phénomène particulier.Cette œuvre aurait pu ne jamais voir le jour », souligne, toujours fascinée, Dominique Fortier.Selon l\u2019autrice originaire de Québec, ce nouveau livre n\u2019est donc pas vraiment le second tome du récit de la vie d\u2019Emily Dickinson, ni même une « suite » en soi.Pour elle, Les villes de papier et Les ombres blanches sont \u2014 tant grâce à leur couverture qu\u2019à leur contenu \u2014 le positif et le négatif d\u2019une même image, les deux facettes d\u2019une seule histoire.Alors que le premier ouvrage plongeait le public dans « l\u2019existence évanescente » d\u2019Emily, entre sa chambre et son jardin, le deuxième met en lumière la vie de celles, un peu plus terre à terre, qui ont gravité tout autour.« J\u2019ai essayé de montrer comment Emily survivait à travers [Lavinia, Susan, Mabel et Milicent].Elles sont toutes à leur façon ses héritières », affirme celle qui croit dorénavant avoir tout écrit ce qu\u2019elle avait à dire sur l\u2019œuvre d\u2019Emily Dickinson.LAISSER DES TRACES Si Les villes de papier flirtait entre le roman et l\u2019essai, Dominique For- tier soutient que son nouveau livre est un roman à part entière.Un ouvrage basé sur des gens qui ont existé, certes, mais où elle s\u2019est donné la liberté de combler les trous de mémoire de l\u2019Histoire.La fiction n\u2019empêche toutefois pas l\u2019autrice de soulever des questions quant à la littérature ni de réfléchir aux petits miracles que sont certaines œuvres.Avec Les ombres blanches, Dominique Fortier constate notamment un lien entre les romans et l\u2019idée de la mort, du départ.« J\u2019ai pris conscience de l\u2019une des raisons pour lesquelles on écrit, c\u2019est-à-dire la manière dont les livres ont à voir avec l\u2019absence.Je pense vraiment que, si nous étions éternels, si nous n\u2019avions pas cette certitude de la mort, peut-être que nous n\u2019aurions pas besoin d\u2019écrire, de laisser quelque chose derrière nous.Comme un témoin, une trace. » « Susan, l\u2019amie d\u2019Emily, fait un lien entre ses lettres et ses poèmes.Quand on écrit à quelqu\u2019un, c\u2019est d\u2019abord le signe d\u2019une absence.On n\u2019aurait pas besoin d\u2019en écrire si on était toujours avec les gens qu\u2019on aime.Je pense que c\u2019est la même chose avec les livres. » Au bout du fil, l\u2019autrice cite l\u2019artiste portugais Fernando Pessoa : « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas. » On l\u2019aura deviné : la lecture et la création prennent ainsi une grande place dans son quotidien.« Les êtres humains ont besoin d\u2019habiter autre chose que le réel, d\u2019ouvrir des portes qui mènent vers ailleurs.On peut le faire de plusieurs façons, avec la religion ou différentes philosophies.Moi, c\u2019est la littérature.C\u2019est ma manière d\u2019habiter un monde plus vaste.Les livres sont aussi comme des petites lanternes qu\u2019on apporte avec soi et qui nous aident à éclairer ce qu\u2019on vit », affirme la passionnée, qui signe, avec Les ombres blanches, son sixième roman.DOMINIQUE FORTIER DES DEUX CÔTÉS D\u2019UNE ŒUVRE LITTÉRAIRE Dominique Fortier, lauréate d\u2019un Renaudot pour Les villes de papier, explore à nouveau l\u2019univers d\u2019Emily Dickinson avec Les ombres blanches, son sixième roman.\u2014 PHOTO CARL LESSARD QUI EST EMILY DICKINSON?Emily Dickinson est née le 10 décembre 1830, dans la maison familiale d\u2019Amherst, dans le Massachusetts.Lieu où elle décédera 56 ans plus tard.Si sa poésie singulière et prolifique est reconnue aujourd\u2019hui comme un morceau important de la littérature américaine, l\u2019écrivaine est une figure « fascinante » en elle-même.Notamment parce qu\u2019elle a choisi de vivre recluse dans sa chambre, mais aussi parce que les historiens ne conservent qu\u2019une seule et unique photo d\u2019elle.Emily entretiendra, tout au long de son existence, des correspondances et écrira des centaines de poèmes.« C\u2019est une vie qui s\u2019est construite autour de la littérature.[Emily] ne s\u2019est pas mariée, n\u2019a pas eu d\u2019enfant.À l\u2019aube de la quarantaine, elle a décidé de cesser de sortir de chez elle.C\u2019est quelqu\u2019un qui existait uniquement par les livres et l\u2019écriture.Pour moi, elle est la quintessence de la création », explique Dominique Fortier.Pourquoi faut-il lire Emily Dickinson?Pour la liberté avec laquelle elle écrivait, son humour ainsi que son regard et sa langue, modernes et uniques au XIXe siècle, estime l\u2019autrice des Ombres blanches.Afin de ne pas perdre les traits distinctifs (et parfois imparfaits) des courts vers de cette poète américaine, Dominique Fortier conseille d\u2019ailleurs aux lecteurs francophones de consulter une édition bilingue de ses œuvres.LÉA HARVEY, LE SOLEIL La seule photo authentifiée d\u2019Emily Dickinson, un daguerréotype pris vers 1847.\u2014 PHOTO FLICKR DOMINIQUE FORTIER Les ombres blanches ROMAN Alto 248 pages SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M14 CINÉMA GENEVIÈVE BOUCHARD Le Soleil CRITIQUE QUÉBEC \u2014 Se caser ou continuer d\u2019expérimenter?Faire ou pas des enfants?À l\u2019approche de la trentaine, les points d\u2019interrogation peuvent se multiplier\u2026 Voilà la belle grande zone grise explorée par le Norvégien Joachim Trier avec Julie (en 12 chapitres), chouette comédie dramatique au parcours salué sur la scène internationale.Verdens Verste Menneske (dans sa version originale) a été présenté en compétition officielle à Cannes, où l\u2019actrice Renate Reinsve a gagné le prix d\u2019interprétation féminine.Sous le titre The Worst Person in the World, le film est également nommé au prochain gala des Oscars dans la catégorie du meilleur film international et du meilleur scénario.Comme quoi les tribulations d\u2019une presque trentenaire que d\u2019aucuns pourraient qualifier de girouette traversent aisément les frontières.En suivant pendant quelques années les amours de cette dénommée Julie, Joachim Trier dépoussière à sa manière les codes de la comédie romantique.Nous voilà devant une jeune femme qui semble avoir tout pour elle, mais qui peine à se poser.Et ça ne date pas d\u2019hier pour celle qu\u2019on nous montre, dans le prologue, troquer sur les bancs d\u2019école la médecine pour la psycho, puis pour la photo.La rencontre d\u2019un bédéiste plus âgé, dont les amis sont casés et maintenant parents, incitera Julie à essayer le modèle\u2026 Sauf pour la maternité, à laquelle elle n\u2019est pas prête.Une période de stabilité qui sera ébranlée par la rencontre d\u2019un inconnu dans un mariage où elle n\u2019avait même pas été conviée.PRESSIONS Comme son titre français l\u2019indique, le film de Joachim Trier est découpé en une douzaine de chapitres, plus un prologue et un épilogue.À travers eux, le cinéaste explore l\u2019idée de ce passage à l\u2019âge adulte, qui arrive plus tard à notre époque que par les générations passées : les aïeules de Julie, présentées à son 30e anniversaire, sont là pour en témoigner.Si elle assume son habitude de « ne jamais aller au bout des choses », Julie ressent sans plier la pression des attentes de la société envers les femmes.À l\u2019image du lynx, le personnage dessiné par son amoureux, elle fait figure de « félin sauvage dans un monde de chat domestiqué ».Renate Reinsve lui insuffle d\u2019ailleurs un côté pétillant qui fait mouche.On aurait pu se lasser du personnage s\u2019il n\u2019avait pas évolué au fil des chapitres, dont certains prennent de sympathiques libertés sur la forme.Sans entrer dans le moule conventionnel, Julie gagnera en maturité et perdra un peu de sa légèreté.Une transition notamment nourrie par la tangente plus dramatique prise par l\u2019intrigue vers la fin.Le film offre par ailleurs quelques pointes bien tournées sur le féminisme, la sexualité ou d\u2019autres préoccupations de notre époque.On songe notamment à ce personnage converti aux pratiques yoga-écolo- etc.de sa copine, mais qui a quand même l\u2019impression d\u2019avoir « la mauvaise conscience occidentale à côté de lui sur son canapé ».De quoi rire.ou réfléchir! JULIE (EN 12 CHAPITRES) La trentaine et mille questions GENEVIÈVE BOUCHARD Le Soleil CRITIQUE QUÉBEC \u2014 Quelque chose de très puissant se dégage du film Un monde de Laura Wandel, qui explore le thème de l\u2019intimidation en milieu scolaire.La réalisatrice belge se place à hauteur d\u2019enfant pour plonger le spectateur dans une violence crue devenue ordinaire, au cœur d\u2019un problème qui semble insoluble.Un monde nous ramène à l\u2019école primaire à travers le regard de la petite Nora (captivante Maya Van- derbeque).Très proche de son frère Abel (Günter Duret), elle se rend vite compte que celui-ci est victime de harcèlement de la part de ses camarades de classe.Chaque jour, les agressions verbales et physiques se succèdent.Nora veut aider, mais ses tentatives n\u2019ont pas l\u2019effet escompté, surtout qu\u2019Abel la somme de ne rien dire aux adultes, qui n\u2019y pourront de toute façon pas grand-chose.Alors que le temps passe et que son frère se replie sur lui-même, la fillette sera confrontée à son propre désir de faire sa place et d\u2019être acceptée par un groupe d\u2019amis.Une sorte d\u2019instinct de survie sociale qui se heurte à un sentiment de loyauté envers un frère perçu comme un paria.Pas simple à gérer, tout ça.Encore moins pour une si jeune enfant.UN CÔTÉ SOMBRE DÈS L\u2019ENFANCE L\u2019histoire d\u2019Un monde se passe en Belgique, mais elle pourrait se dérouler juste à côté de chez vous.Peut-être vous ramènera-t-elle même à vos propres souvenirs.Voilà justement la porte que Laura Wan- del ouvre avec cette œuvre qui nous immerge dans un paysage à la fois familier, mais aussi très dur.Sans artifices et avec un grand souci de naturalisme, tout le film est tourné du point de vue du personnage de Nora, à sa hauteur.La caméra la suit de près, se pose sur son épaule ou se braque sur son visage pour capter ses émotions devant des situations qu\u2019elle ne comprend pas toujours.L\u2019effet est saisissant.Il y a bien sûr des scènes très dures lors desquelles la fillette est témoin de l\u2019humiliation de son frère ou de ses réactions à celle-ci.Mais Un monde réussit à dépeindre le contexte plus large de cette école primaire habitée d\u2019une énergie juvénile, d\u2019une fragilité, d\u2019une imagination, d\u2019une insolence et, oui, d\u2019une violence.Comme la question ici décortiquée, rien n\u2019est simple dans le film de Laura Wandel.Pas de solution miracle, pas de jugement non plus.Juste une fenêtre ouverte sur un côté sombre de la nature humaine qui se manifeste dès l\u2019enfance.Maya Vanderbeque et Günter Duret ont tous deux été récompensés dans leur pays pour leur jeu dans Un monde.Un hommage pleinement mérité pour deux jeunes acteurs qui se donnent entièrement à un projet pas facile, mais certainement nécessaire.Impossible de demeurer insensible devant cette candeur, cette douleur, cette colère\u2026 UN MONDE Immersion dans l\u2019intimidation Maya Vanderbeque et Günter Duret ont tous deux été récompensés en Belgique pour leur jeu dans Un monde.\u2014 PHOTO MAISON 4:3 Renate Reinsve a remporté le prix d\u2019interprétation féminine à Cannes pour son rôle dans Julie (en 12 chapitres).\u2014 PHOTO MK2 MILE-END Au générique Cote : ?1/2?Titre : Julie (en 12 chapitres) (version originale avec sous-titres français) Genre : Comédie dramatique Réalisateur : Joachim Trier Acteurs : Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie et Herbert Nordrum Durée : 2 h 8 Au générique Cote : ?Titre : Un monde Genre : Drame Réalisatrice : Laura Wandel Acteurs : Maya Vanderbeque, Günter Duret et Laura Verlinden Durée : 1 h 12 laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M15 CINÉMA GENEVIÈVE BOUCHARD Le Soleil QUÉBEC \u2014 Foi d\u2019Antoine Bertrand, elle est peut-être révolue, l\u2019époque où le public français avait besoin de sous-titres pour comprendre l\u2019accent d\u2019ici.Dans Trois fois rien, nouvelle comédie de la réalisatrice Nadège Loiseau, il incarne un Québécois à la parlure bien assumée, confronté au problème de l\u2019itiné- rance à Paris.Pour l\u2019instant, personne n\u2019a rien à redire.« À la lumière des projections [en France], c\u2019est un non-sujet.On n\u2019en parle pas.Personne ne pose de question ni ne demande à Nadège pourquoi elle a choisi un personnage de Québécois », exprime Antoine Bertrand, joint cette semaine dans l\u2019Hexagone alors qu\u2019il participait à la tournée de promotion du film.« Le monde embarque dans cette histoire-là, ajoute-t-il.Je ne suis pas sous-titré et je pense que je ne me suis pas dénaturé non plus.On y va pas mal à fond dans l\u2019accent. » On a envie de dire : « Enfin. » Et Antoine Bertrand aussi.L\u2019acteur observe un changement de mentalité.Il ne joue pas le « Québécois de service » dans ce film, où trois sans- abri gagnent un montant considérable à la loterie.« Si tu veux un Français, prends un Français! » lance Antoine Bertrand, qui propose ouvertement la nuance aux réalisateurs.« Je leur dis que je suis plus lousse, plus à l\u2019aise, plus drôle de jouer un Québécois.Après, ils ont le droit de dire non.Le prochain a dit oui, alors on va embarquer un peu dans le même trip », ajoute l\u2019acteur, qui avait emprunté l\u2019accent français pour Demain tout commence, avec Omar Sy.Une carte de visite qu\u2019il est bien loin de regretter, même s\u2019il s\u2019y est senti « moins libre ».« Pour eux, ç\u2019a passé, parce qu\u2019ils ne me connaissent pas.Moi aussi, je suis content de la job que j\u2019ai faite.Mais si c\u2019était à refaire, je leur proposerais le même deal. » TRAGICOMÉDIE Dans Trois fois rien, film écrit sur mesure pour le trio d\u2019acteurs complété par Philippe Rebbot et Côme Levin, Antoine Bertrand et ses confrères nagent en pleine tragico- médie, un genre que l\u2019acteur apprécie particulièrement.« C\u2019est un sujet qui n\u2019est tellement pas facile.Il y avait des pièges, comme de les regarder de haut ou de les parodier.C\u2019est une comédie.On tient pour acquis que ces gens peuvent vivre des situations qui sont aussi comiques.Le talent de Nadège fait qu\u2019on bascule toujours d\u2019un à l\u2019autre. » Le film aborde le thème grave de l\u2019itinérance, mais trouve à faire rire à travers la dynamique entre les trois SDF (sans domicile fixe).Casquette (Rebbot) semble avoir trouvé son confort dans la rue.Plus jeune, La Flèche (Levin) y a passé presque toute sa vie, lui qui s\u2019est toujours enfui des familles d\u2019accueil où il a été placé.Et Brindille (Bertrand) s\u2019est retrouvé sans toit après une rupture.Des trois, c\u2019est lui qui espère le plus retrouver une vie dite « normale ».« C\u2019est comme tomber dans l\u2019eau glacée, évoque Antoine Bertrand.Son premier réflexe est d\u2019en sortir le plus vite possible.Mais la vie étant ce qu\u2019elle est, avec ses obstacles, tu peux te rendre compte que tu as fait sept ans de rue. On rit, mais après, le film vient aussi nous ramasser.Parce que c\u2019est sûr que le quotidien de ces gens-là est une tragédie. » SORTIE « MONDIALE » Trois fois rien arrive simultanément sur les écrans en France et au Québec, fait qui réjouit grandement l\u2019équipe.« On dit qu\u2019on a une sortie mondiale! Justement pour un film qui a été fait avec trois fois rien.On est bien contents. » Antoine Bertrand continue de dire qu\u2019il avance « en dilettante » dans son parcours en France.« Je suis content que ça m\u2019arrive à cet âge- là.Je suis bien installé chez nous, je tripe avec la carrière que je mène. » N\u2019empêche, les projets continuent de l\u2019amener dans l\u2019Hexagone.Il y jouera en mai dans le film Petit Jésus.« Ça parle de la foi, de la croyance, décrit-il.Ce sont des sujets qu\u2019on ne touche pas nécessairement en comédie.C\u2019est un bon scénario et je suis content qu\u2019ils me fassent confiance. » Plus près de nous, Antoine Bertrand sera de la distribution du film Le frère de Bachir Bensaddek.« Mais une grosse partie du film se passe en France.Si même les films québécois que je fais se tournent en France, je ne serai pas souvent à la maison! » ANTOINE BERTRAND EN QUÉBÉCOIS, SVP?! Antoine Bertrand dans le film Trois fois rien.On peut aussi le voir dans Au revoir le bonheur, qui a repris l\u2019affiche vendredi, après seulement quelques jours de projection en décembre dernier.\u2014 PHOTO MK2 MILE END aurevoirlebonheur.com ANTOINE BERTRAND PATRICE ROBITAILLE LOUIS MORISSETTE FRANÇOIS ARNAUD JULIE LE BRETON CHARLOTTE AUBIN «Un FEEL-GOOD MOVIE\u2026 c\u2019est MAGNIFIQUE!» - Catherine Beauchamp, 98,5FM «Les quatre comédiens sont FORMIDABLES!» - René Homier-Roy, Culture club ICI Première «Du BONHEUR, GARANTI.» - Elizabeth Lepage-Boily, Cinoche.com «RASSEMBLEUR qui FAIT DU BIEN.» - Manon Dumais, Le Devoir UN FILM DE KEN SCOTT PRODUIT PAR CHRISTIAN LAROUCHE 0089795 SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M16 Q uand j\u2019écoute Lisa Linton me raconter son parcours, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle a eu plus d\u2019une vie.Idem pour son conjoint, Patrice Drouin.Leurs chemins, entremêlés depuis plusieurs années, les ont menés vers deux havres de paix en plein cœur de Saint-Ferréol-les-Neiges : Cheval et campagne d\u2019abord, et Auberge et campagne, la suite logique.Sur la route qui me ramène de La Malbaie, Lisa m\u2019appelle et me propose de passer à la ferme avant de poser mes pénates dans leur nouvelle enseigne.Sur place, je découvre un vaste domaine offrant un coup d\u2019œil sur les sommets environnants de Saint-Ferréol, le mont Ferréol et le mont Sainte-Anne.On s\u2019y fait facilement des amis : Lisa et Patrice ont plusieurs chevaux et des chiens qui viennent me souhaiter la bienvenue.(Dont Zappa, sympathique labrador brun qui m\u2019accompagne pour ma petite promenade et qui a un faible pour ma mitaine\u2026) En période estivale, Cheval et campagne suggère différents forfaits permettant entre autres de se familiariser avec les chevaux.L\u2019endroit laisse deviner toutes les heures de travail investies : là, la maison du couple; un petit chalet à louer à quelques pas; un peu plus loin, une vaste salle de réception où on célèbre des mariages.Le décor parfait pour se dire oui pour la vie.Ces projets sont arrivés après un long passage dans l\u2019événementiel.Lisa, Suédoise, a rencontré Patrice en Europe, lors d\u2019un Championnat de vélo de montagne où Patrice était consultant.Son conjoint est le fondateur de Gestev et compte une feuille de route impressionnante, dont la fondation de l\u2019Association québécoise de vélo de montagne.Après avoir réalisé un stage au Québec, Lisa n\u2019est plus jamais repartie.Leurs passions mises bout à bout ont donné vie à Cheval et campagne.« C\u2019est drôle comment la vie est un cycle.Mes parents ont demeuré à Montréal quand j\u2019avais deux ans.Mon père était capitaine (\u2026) J\u2019ai habité deux ou trois ans à Montréal au début de ma vie.Après on est retourné en Suède », dit celle qui a aussi habité en France.La vie s\u2019est chargée de la ramener ici, aux côtés de celui qui allait ISABELLE PION CHRONIQUE isabelle.pion@latribune.qc.ca SORTIE PRENDRE L\u2019AIR Il était une fois Auberge et campagne laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M17 PLEIN AIR devenir le père de son fils.Lisa Linton a toujours côtoyé les chevaux.Ses fidèles compagnons ont rapidement fait leur arrivée sur la terre une fois celle-ci achetée.« J\u2019en ai acheté deux, puis après ça je suis allée m\u2019acheter une paire de souliers et\u2026 je suis revenue avec un cheval.Après, on a pris des chevaux laissés à l\u2019abandon.Chacun a son histoire.Je ne veux pas acheter un cheval parce qu\u2019il est parfait pour moi\u2026 Le cheval arrivait chez nous parce qu\u2019il a eu la chance d\u2019une deuxième vie\u2026 » Le couple dessine les contours de leur propriété de 39 acres, tranquillement.Comme tant de gens, la vie professionnelle de Lisa a été chamboulée par la pandémie.En événementiel, les agendas s\u2019effaçaient à vitesse grand V.Pendant ce temps, la mère de famille a eu deux belles années à la ferme, raconte-t-elle.Lorsque le couple a appris que l\u2019ancienne école du village était à vendre, il n\u2019a pas « réfléchi très longtemps », précise Lisa, et il a acquis le bâtiment construit en 1863, qui a également déjà abrité un magasin général.Les lieux, qui ont été « le cœur du village pendant des années », deviendraient une belle offre complémentaire à Cheval et campagne.De là est née Auberge et campagne, un établissement comptant 10 chambres, dont un appartement et un petit bar.Le couple a conservé le cachet et plusieurs traces d\u2019histoire, en commençant par les photos d\u2019époque qui agrémentent le corridor.Le matin, on y sert de copieux petits déjeuners, y compris les brioches suédoises de Lisa\u2026 et le miel de l\u2019endroit.Le salon, où trône un piano, et la salle à manger offrent une aire charmante pour l\u2019après-ski\u2026 ou toutes les autres activités que l\u2019on peut faire dans le secteur.Ici, les possibilités ne manquent pas : on est tout près des pistes de ski alpin et de ski de fond du Mont-Sainte- Anne, du réseau de fatbike\u2026 qu\u2019on peut d\u2019ailleurs rejoindre depuis l\u2019auberge, qui fait la location de fatbike électriques.C\u2019est sans compter les nombreux attraits sur la Côte-de-Beaupré, comme le cap Tourmente dont je vous parlais cet automne, et la proximité de Charlevoix.Les possibilités de randonnée sont multiples.Ici, l\u2019amour des animaux se reflète même sur les murs, où les portraits des chevaux enjolivent les chambres\u2026 qui portent aussi leur nom.Les clients qui séjournent à l\u2019auberge ont accès à la ferme.Un amour qui se traduit également par la place faite aux compagnons canins, qui peuvent être hébergés avec leurs maîtres dans l\u2019une des chambres de l\u2019établissement, située en retrait.Bref, une belle enseigne où combiner plein air et campagne.La chroniqueuse était l\u2019invitée d\u2019Auberge et campagne.Suggestions, questions, commentaires?Écrivez-moi à isabelle.pion@latribune.qc.ca Suivez-moi sur Instagram à isabelle.pion 4 Il est possible de louer un petit chalet sur le site de Cheval et campagne.\u2014 PHOTO LA PRESSE, MARTIN TREMBLAY Les chemins de Lisa Linton et Patrice Drouin les ont menés vers deux havres de paix en plein cœur de Saint-Ferréol- les-Neiges : Cheval et campagne d\u2019abord, et Auberge et campagne, la suite logique.\u2014 PHOTO LA PRESSE, MARTIN TREMBLAY 1 Suédoise, Lisa Linton s\u2019est installée au Québec en 1999 et elle n\u2019est plus jamais repartie.Elle ne parlait pas du tout le français lorsqu\u2019elle s\u2019est installée à Saint-Ferréol-les-Neiges, se souvient-elle.\u2014 PHOTO LA PRESSE, MARTIN TREMBLAY 2 Vue sur le mont Sainte-Anne de l\u2019auberge.\u2014 PHOTO CAROLINE GRÉGOIRE 3 On se fait rapidement de nouveaux amis chez Cheval et campagne, qui compte plusieurs chiens.\u2014 PHOTO LA PRESSE, MARTIN TREMBLAY 1 3 4 « C\u2019est drôle comment la vie est un cycle.Mes parents ont demeuré à Montréal quand j\u2019avais deux ans.Mon père était capitaine (\u2026) J\u2019ai habité deux ou trois ans à Montréal au début de ma vie.Après on est retourné en Suède.» \u2014 Lisa Linton 2 SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M18 SUR LE WEB latribune.ca @LT_LaTribune facebook/ quotidienlatribune RAPHAËLLE PLANTE Le Soleil QUÉBEC \u2014 L\u2019été dernier, les Québécois ont été plus nombreux que jamais à explorer la Côte-Nord en parcourant la route des Baleines, de Tadoussac à Natashquan et jusqu\u2019au panneau indiquant la fin de la 138 à Kegaska.Du 1er mai au 30 septembre 2021, les 20 bureaux d\u2019accueil touristique de la Côte-Nord ont accueilli un record de 96 477 visiteurs, comparativement à 61 727 en 2020 et 75 774 en 2019.Sans surprise, pas moins de 96 % des visiteurs provenaient du Québec, selon les chiffres fournis par Tourisme Côte-Nord.L\u2019autrice de ces lignes est au nombre des vacanciers québécois qui se sont aventurés pour la première fois au-delà de Tadoussac et de ses croisières aux baleines, pour sillonner le littoral du fleuve Saint-Laurent jusqu\u2019aux confins de la Minganie.S\u2019il est difficile de résumer une virée de neuf jours \u2014 et de plus de 2300 km! \u2014 en quelques lignes, nous vous présentons quelques coups de cœur où les paysages volent la vedette.ÊTRE AUX OISEAUX Situé à une trentaine de kilomètres de Baie-Comeau, le Parc nature de Pointe-aux-Outardes représente un concentré d\u2019écosystèmes : marais salé, dunes, tourbière, forêt boréale, plages, battures, aulnaie et forêt de pins rouges.Ce site naturel protégé compte un réseau de sentiers de 10 km et offre la possibilité d\u2019y faire du camping\u2026 ou de dormir dans un nichoir géant! Nous avons dormi dans la Chouette lapone, un chouette nichoir sur deux étages tout équipé où on n\u2019a qu\u2019à apporter nourriture et sac de couchage.Les lits superposés à l\u2019étage permettent d\u2019accueillir jusqu\u2019à 5 personnes.Info : parcnature.com UNE CHUTE DU TONNERRE Avant d\u2019atteindre Rivière-au-Ton- nerre, un arrêt s\u2019impose au km 1088 de la route 138, où se trouve le bureau d\u2019accueil touristique de la Minganie.C\u2019est l\u2019occasion de se dégourdir les jambes pour admirer la chute Manitou, haute de plus de 25 mètres.Un court sentier aménagé permet de se rendre au pied de la chute, où on prend une pause CÔTE-NORD JUSQU\u2019AU BOUT?DE LA 138 3 laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M19 VOYAGES avant de remonter les escaliers de quelque 200 marches.ACCUEILLANTE GOUTTE D\u2019EAU Gérée par Parcs Canada, la réserve de parc national de l\u2019Archipel-de- Mingan propose diverses formules de camping et d\u2019hébergement, dont les insolites Ôasis en forme de goutte d\u2019eau.Nous avons passé la nuit dans l\u2019un de ces prêts- à-camper sur l\u2019île du Havre, en face de Havre-Saint-Pierre, où un bateau nous a déposées en fin d\u2019après-midi.Dans ce confortable nid surélevé, près de la rive mais caché par quelques arbres, on était bien à l\u2019abri du vent et de la pluie.On a dormi confortablement installées sur une mezzanine de style hamac \u2014 une banquette avec table se transforme aussi en lit.Le site est très bien équipé, mais il faut se rappeler qu\u2019on se trouve malgré tout sur une île sauvage : toilette sèche un peu plus loin, pas d\u2019eau potable, peu de réseau cellulaire\u2026 et il faut prévoir suffisamment d\u2019eau et de nourriture pour y rester plus longtemps, si jamais les conditions maritimes empêchent les bateliers de revenir nous chercher.Ce fut notre cas : au lieu de repartir en matinée, on a dû se rendre à un autre point de rencontre sur l\u2019île où un bateau a pu accoster en après-midi (on était heureuses de voyager léger!).MAJESTUEUX MONOLITHES L\u2019archipel de Mingan est un incontournable pour les amateurs de plein air, d\u2019excursions maritimes et d\u2019observation de nombreux oiseaux, dont l\u2019emblématique macareux moine.Mais si ses îles attirent sans cesse davantage de visiteurs, c\u2019est aussi en raison de l\u2019attraction qu\u2019exercent les majestueux monolithes de calcaire qui caractérisent leur paysage.Nous avons visité l\u2019île de Niapiskau, où une guide de Parcs Canada explique l\u2019origine de ces géants \u2014 ou devrions-nous dire géantes, puisque l\u2019anse où nous accostons est surnommée l\u2019Anse aux bonnes femmes.L\u2019une des silhouettes, aux courbes prononcées, a été baptisée « Madame de Niapisca » par le poète nord-côtier Roland Jomphe.On aurait aimé avoir plus de temps pour visiter les autres îles de l\u2019archipel (on se promet d\u2019y retourner).La visite des îles se fait uniquement par bateau, au départ de Havre-Saint-Pierre ou de Longue-Pointe-de-Min- gan.Il faut réserver auprès d\u2019un transporteur maritime reconnu par Parcs Canada.Info : www.pc.gc.ca/fr/pn-np/qc/ mingan SENTIER BIEN CACHÉ Le Cap Ferré ressemble étonnamment au paysage unique de l\u2019archipel de Mingan avec ses monolithes, sa lande caillouteuse et ses falaises taillées dans le calcaire.On marche environ 900 mètres pour atteindre le magnifique Ruisseau Rouge et ses petites cascades.Attention : l\u2019accès au sentier est facile à manquer! Il est situé à environ 20 minutes de voiture de Havre-Saint-Pierre, en direction est.Au kilomètre 1232 de la route 138 (pancarte Grande- Pointe), il faut emprunter un chemin de gravier sur environ 5 km, en gardant toujours la droite, jusqu\u2019à un petit stationnement.De là, on accède au sentier pédestre.GALETS HISTORIQUES Près de 800 km séparent Natash- quan de Tadoussac, porte d\u2019entrée de la Côte-Nord.Un vent de poésie souffle sur le village natal de Gilles Vigneault, sa plage de sable fin et le site historique des Galets, emblème de Natashquan.Une douzaine de petits bâtiments d\u2019entreposage en bois appelés « magasins » se dressent toujours sur le site autrefois consacré aux activités de pêche à la morue.Construits sur un cran rocheux s\u2019avançant dans le golfe du Saint-Laurent, certains de ces « magasins » ont plus de 150 ans.On peut y accéder par un sentier en bois aménagé le long de la plage.REMONTER LE TEMPS En plus de la maison natale du célèbre poète, Natashquan accueille le Centre d\u2019interprétation le Bord du Cap, une reconstitution du magasin général du village qui regorge d\u2019objets et de photographies d\u2019époque.Une exposition rassemblant tout un bric-à-brac selon diverses thématiques, qui nous fait remonter le temps.FIN DE LA ROUTE Depuis 2013, la route 138 se rend jusqu\u2019au petit village de pêcheurs de Kegaska, à une cinquantaine de kilomètres de Natashquan.En suivant la route de terre, on est frappée par le paysage menant à l\u2019entrée de la Basse-Côte-Nord, où les arbres se font de plus en plus rares et petits.Le panneau indiquant la fin de la route est recouvert d\u2019autocollants, témoignages de nombreux passages (et égoportraits) à cet endroit.Info : tourismecote-nord.com Note : les frais de ce voyage ont été assumés par Tourisme Côte-Nord.CÔTE-NORD JUSQU\u2019AU BOUT?DE LA 138 3 Nichoir géant au Parc nature de Pointe-aux-Outardes.\u2014 PHOTO LE SOLEIL, RAPHAËLLE PLANTE 1 Chute Manitou.\u2014 PHOTO LE SOLEIL, RAPHAËLLE PLANTE 2 Hébergement Ôasis sur l\u2019île du Havre, dans l\u2019archipel de Mingan.\u2014 PHOTO LE SOLEIL, RAPHAËLLE PLANTE 1 2 4 Les Galets, à Natashquan.\u2014 PHOTO LE SOLEIL, RAPHAËLLE PLANTE 4 SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M20 VOYAGES A près combien de temps cesse-t-on de célébrer des anniversaires?Après combien de temps devient-il farfelu de souligner un événement marquant?On compte les premiers mois de bébé pendant presque deux ans avant de marquer sa naissance une fois l\u2019an.On fait presque pareil pour les mariages, du moins pour les échevelés comme moi, en passant des noces de paillettes aux noces de dentelles, avant de se rappeler une fois l\u2019an qu\u2019on s\u2019est passé un peu d\u2019or au doigt.C\u2019est peut-être la pandémie qui s\u2019est accompagnée d\u2019un grand brouillard.Peut-être juste la vie, aussi, qui s\u2019embrouille en même temps que la mémoire, et qui se rend compte qu\u2019on aura tôt fait d\u2019avoir trop de choses à se rappeler.Voilà dix ans, maintenant, que le Bourlingueur est né.À ma grande surprise, c\u2019est à peine si j\u2019ai pris cinq minutes pour regarder combien de vécu peuvent contenir dix années si on entasse tout bien soigneusement.Dix ans, c\u2019est peu et plutôt long en même temps.C\u2019est beaucoup de changements, par-dessus tout, dans une industrie, le tourisme, qui s\u2019était particulièrement démocratisée avant de se placer au neutre pour presque deux années complètes.C\u2019est assez pour avoir fait un tour complet sur soi-même, pour avoir vécu le vertige de se lancer à l\u2019aventure au tournant des années 2010, et retrouver la même faiblesse dans les genoux d\u2019avoir perdu ses repères avant de plonger une nouvelle fois.J\u2019ai commencé à voyager il y a plus de dix ans.Mais c\u2019est en 2012 que je suis parti longtemps, que j\u2019ai commencé à raconter.Voyager, c\u2019est comme apprendre une nouvelle langue : plus on pratique, plus on apprend de ses erreurs, plus on met de côté le sentiment de l\u2019imposteur.Et quand on s\u2019arrête trop longtemps, on fait dix pas en arrière et on trébuche dans nos propres lacets avant même le premier pas.Avant, j\u2019illustrais mon amour du voyage comme une envie de me mettre en danger.Aujourd\u2019hui, avec le recul, cette expression ne colle plus.Le mot « danger » ne prend plus le même sens.On part pour relever un défi qu\u2019on se lance à soi-même, peut-être, mais on devrait surtout chercher à s\u2019ouvrir les esprits.À une époque où on confond dictature et encadrement pour le bien collectif, où on crie à l\u2019aide quand on se cogne le petit orteil alors que d\u2019autres s\u2019agenouillent devant des chars d\u2019assaut pour sauver leur patrie, voyager devrait aussi servir à s\u2019éduquer.S\u2019il était encore un peu exceptionnel, en 2012, de partir faire le tour du monde, il est moins rare aujourd\u2019hui de trouver des jeunes adultes aux passeports bien remplis.Tant mieux.C\u2019est en constatant ma propre différence, dans une mer d\u2019étrangers où personne n\u2019avait la peau blanche, que j\u2019ai complètement compris ce que ça signifie de ne voir nulle part quelqu\u2019un qui nous ressemble complètement.L\u2019industrie, néanmoins, a changé.Elle renaîtra grandie, je le souhaite, des turbulences des années 2020.On a passé deux ans à se crier des noms.À se (faire) traiter de « moutons » en bêlant trop souvent pour rien.Ne devenons pas des moutons et cessons de n\u2019aller que là où tout le monde est déjà allé.Donnons-nous le droit de voir Venise, Orlando, Paris ou Rome, Le début d\u2019un nouveau cycle Donnons-nous le droit de voir Venise, Orlando, Paris ou Rome, mais aventurons-nous là où le touriste n\u2019est pas l\u2019unique ami qu\u2019on puisse rencontrer.\u2014 PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE, JONATHAN CUSTEAU JONATHAN CUSTEAU CHRONIQUE jonathan.custeau@latribune.qc.ca LE BOURLINGUEUR laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M21 VOYAGES mais aventurons-nous là où le touriste n\u2019est pas l\u2019unique ami qu\u2019on puisse rencontrer.Cherchons des moyens d\u2019investir vraiment dans les communautés qui nous accueillent et évitons de les démolir pour quelques mentions sur Tik Tok.D\u2019ores et déjà, il est un public qui le réclame.Et c\u2019est tant mieux.L\u2019industrie a changé parce que nous avons tous le monde entier au bout du doigt, sur un écran lumineux que je me refusais encore de trimballer dans mes bagages il y a dix ans.Ce formidable outil contribue à notre sécurité, nous permet de nous retrouver quand nous sommes perdus et de traduire le moindre mot qui nous paraît incompréhensible.Plus besoin d\u2019apprendre tout le dictionnaire avant de partir, Siri nous soufflera le lexique qu\u2019il nous importe de connaître.Merveilleux.Les cartes des villes à consulter hors ligne, pour les dinosaures comme moi qui n\u2019achètent pas de carte SIM à l\u2019étranger et qui n\u2019ont pas de forfait de données à tout casser, sont l\u2019invention du siècle.Mais je l\u2019avoue, je m\u2019emmerde un peu de dépendre de la batterie de mon téléphone, qui me lâche toujours de plus en plus vite.Je m\u2019ennuie aussi des bons vieux guides qui me faisaient visiter un musée en groupe, sans que je sois forcé de me coller un écouteur sur l\u2019oreille et de me scotcher un écran dans le visage.Je m\u2019ennuie un peu de la simplicité, du contact humain, de l\u2019entraide qui ne venait pas d\u2019une machine.Ce qui a changé, aussi, c\u2019est la sécurité toujours plus contraignante dans les aéroports et le réflexe à ne plus négliger de contrevérifier les exigences avant de prendre le large : vaccins, visa, tests PCR, pas de cailloux dans les souliers, pas de liquides dans les poches, pas de tampon israélien dans le passeport.Contraignante, la sécurité l\u2019est plus aussi avec les risques accrus d\u2019attaques terroristes.On nous recommande souvent d\u2019éviter les attroupements, on a fait des grandes villes des cibles où il arrive qu\u2019on se montre soudainement méfiant.En dix ans, il est devenu moins aisé de visiter la Chine, l\u2019Ukraine, la Russie, le Mali.En contrepartie, les Émirats et l\u2019Ouzbékistan exigeaient des visas pour les Canadiens, en 2012.Ce n\u2019est plus le cas.L\u2019anglais s\u2019est propagé aussi, rendant les communications plus fluides pour tous ceux qui baragouinent la langue de Shakespeare.Dans quantité de domaines, les transports, l\u2019urbanisme, on suggère que la relance post-covid pourrait être verte.Que l\u2019occasion est toute désignée pour combattre les changements climatiques en même temps qu\u2019on redéfinit des industries.Je suis impatient de voir comment le tourisme se saisira de ce grand défi.Impatient, aussi, de lancer un nouveau cycle de dix ans qui n\u2019aura de toute évidence plus rien à voir avec mon parcours des années 2010.La piste de bobsleigh des Jeux olympiques de Sarajevo avait été transformée en repaire pour les tireurs d\u2019élite.\u2014 PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE, JONATHAN CUSTEAU En dix ans, il est devenu moins aisé de visiter certains pays, comme la Chine.\u2014 PHOTO ARCHIVES LA TRIBUNE, JONATHAN CUSTEAU Je m\u2019ennuie aussi des bons vieux guides qui me faisaient visiter un musée en groupe, sans que je sois forcé de me coller un écouteur sur l\u2019oreille et de me scotcher un écran dans le visage.Je m\u2019ennuie un peu de la simplicité, du contact humain, de l\u2019entraide qui ne venait pas d\u2019une machine. SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M22 BIÈRES/COCKTAILS MONSIEUR COCKTAIL PATRICE PLANTE Collaboration spéciale O n l\u2019appelle Acerum.Normal que ce nom n\u2019évoque rien de précis dans votre esprit : c\u2019est un nouveau spiritueux noble 100 % érable, 100 % québécois.Mais qu\u2019est-ce que l\u2019Acerum?Il s\u2019agit d\u2019une eau-de-vie tirée à un minimum de 35 % d\u2019alcool, obtenue exclusivement par la distillation de l\u2019alcool issu de la fermentation de la sève d\u2019érable.Contrairement aux autres alcools de base, qui sont faits à partir de céréales, de fruits ou de canne à sucre, l\u2019Acerum est unique au Québec.Il provient de la contraction du mot latin « Acer » et du mot anglais « Rum », faisant référence à une fermentation et à une technique similaires au rhum, mais dans lesquelles le sucre de canne est remplacé par l\u2019érable.Cette appellation est une nouvelle façon de mettre en valeur notre or québécois.De la même manière que les Écossais ont le scotch et les Mexicains la téquila, c\u2019est un spiritueux propre à notre territoire, qui révèle tout en finesse les arômes de l\u2019érable.Cette eau-de-vie n\u2019a donc rien à voir avec les liqueurs d\u2019érable qui sont directement sucrées au sirop d\u2019érable.Ici, le goût de l\u2019érable tend vers la délicatesse.Je vous conseille d\u2019ailleurs d\u2019aborder l\u2019Acerum comme une vodka, et de l\u2019utiliser en cocktail avec des recettes simples qui mettent ce spiritueux en valeur.L\u2019Acerum peut également être vieilli en fût, ce qui apporte de la texture et fonctionne bien avec des cocktails classiques inspirés des univers du rhum et du whisky.Quelques distilleries québécoises offrent d\u2019ores et déjà leur interprétation de ce nouveau spiritueux.Je vous invite à le découvrir, car c\u2019est pour moi un véritable coup de cœur en toute simplicité.Santé! Cosmocerum INGRÉDIENTS \u2022 1,5 oz d\u2019Acerum \u2022 0,5 oz de liqueur d\u2019orange* \u2022 0,5 oz de jus de canneberge pur \u2022 Zeste d\u2019orange (pour décorer) PRÉPARATION 1 Ajouter tous les ingrédients au shaker et mélanger avec de la glace.2 Filtrer au tamis fin dans une coupe refroidie.3 Décorer d\u2019un zeste d\u2019orange.*Si votre liqueur d\u2019orange n\u2019est pas assez sucrée, n\u2019hésitez pas à ajouter une larme de sirop d\u2019érable clair, au goût délicat.L\u2019OR DU QUÉBEC P H O T O M A Ë L L A L E P A G E D u 1er au 10 avril 2022, l\u2019Association des mi- crobrasseries du Québec (AMBQ) présentera la toute première semaine des bières de micros du Québec.Annoncé aux membres de l\u2019AMBQ dans le cadre du dernier congrès annuel, cet événement a pour but de célébrer les bières et le savoir-faire des micro- brasseries du Québec en offrant plusieurs activités.Je vois cette semaine comme un grand changement dans le marché de la bière au Québec.Pour la première fois, l\u2019approche visée par cette initiative n\u2019est pas de sensibiliser le public à la difficulté de vendre de la bière de micro- brasseries au Québec, mais de souligner l\u2019incroyable vitalité de la culture bière au Québec.La bière de microbrasseries a la cote depuis des années.Il est impossible de savoir quelle est sa part de marché, mais je crois qu\u2019on s\u2019approche du 20 %, voire plus, si je me fie aux dernières estimations basées sur différentes sources de données.Autant dire que la bière de micros va bien.À quoi s\u2019attendre pendant cette première semaine?À beaucoup d\u2019activités, de lancements de produits, de dégustations et de visites de brasseries.Toutes les initiatives sont affichées sur le site sbmq.ca/programmation.Je vous en ai sélectionné quelques-unes qui me semblent intéressantes : VISITE ET DÉGUSTATION - BOB MAGNALE ARTISANS BRASSEURS 9 AVRIL 2022 \u2022 DE 12 H À 17 H Bob Magnale vous invite à découvrir ses installations et son équipe.Je vous encourage à aller rencontrer cette équipe fort sympathique qui vient de s\u2019installer à Acton Vale.EXERCICE DE DÉGUSTATION À L\u2019AVEUGLE \u2013 BRASSERIE DIEU DU CIEL DU 1ER AVRIL AU 10 AVRIL J\u2019adore les exercices de dégustation à l\u2019aveugle.Ils permettent de se concentrer réellement sur le goût de la bière et de s\u2019assurer que nos perceptions sont les plus objectives possible.Brasserie Dieu du Ciel de Saint-Jérôme vous invite à découvrir la bière surprise du jour.Vous pourriez même gagner une carte-cadeau d\u2019une valeur de 25 $.QUIZ SPÉCIAL MICROBRASSERIES \u2013 BERCÉE MICROBRASSERIE 6 AVRIL 2022 \u2022 DE 19 H 30 À 21 H Vous voulez tester vos connaissances sur la bière de microbras- series?Ce jeu-questionnaire est pour vous! Quoi de mieux que de passer une soirée de quiz, une bière à la main.Je vais peut-être m\u2019y inscrire\u2026 ATELIER DE DÉGUSTATION AVEC UN BRASSEUR \u2013 BORÉALE 8 AVRIL 2022 \u2022 DE 13 H À 17 H La description de l\u2019activité n\u2019indique pas forcément si le brasseur sera le maître brasseur de Boréale, Gabriel Dulong, mais cela risque d\u2019être très intéressant pour l\u2019amateur de Boréale qui désire poser toutes les questions sur les produits de la maison.Un petit test de connaissances des houblons sera également organisé.Je crois bien qu\u2019on s\u2019y verra\u2026 DÉGUSTATION DÉCOUVERTE \u2013 MICROBRASSERIE ARTISANALE BENELUX DU 1ER AVRIL AU 10 AVRIL Un plateau de dégustation des bières du Benelux avec fiche explicative, voilà qui vous permettra de mieux découvrir les bières de cette brasserie.Pour la programmation complète, on visite le sbmq.ca Une première semaine des bières de microbrasseries La première semaine des bières de micros du Québec propose de nombreuses activités.\u2014 PHOTO 123RF PHILIPPE WOUTERS CHRONIQUE philippe.wouters@lescoops.ca laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M23 VINS D eux ans déjà et toujours aussi passionnément heureuse de partager avec vous chaque semaine mes découvertes et mon amour pour l\u2019univers du vin.Ceci est ma 105e chronique, pour un total d\u2019environ 600 vins suggérés, et au moins 2000 bouteilles dégustées, afin de faire les bons choix pour ce rendez-vous hebdomadaire.Alors j\u2019avais envie de vous lire à mon tour et de savoir ce qui anime vos papilles en ce moment.Vous avez été nombreux à m\u2019écrire et je vous en remercie, ça me fait toujours tellement plaisir de recevoir vos messages, vos commentaires et suggestions.J\u2019ai fait la sélection en fonction des vins qui sont disponibles en ce moment et pour mettre en lumière différentes régions de notre belle province.DONNHOFF TONSCHIEFER RIESLING TROCKEN 2020 34,50 $ \u2022 14574208 \u2022 12 % \u2022 3,5 G/L On débute avec le coup de cœur de Martine, de la grande région de Montréal, qui adore le riesling et spécialement celui-ci qu\u2019elle considère comme étant l\u2019ultime représentation du riesling allemand sec.D\u2019ailleurs, elle en a même mis au cellier pour le laisser vieillir, car effectivement, c\u2019est le genre de bouteille qui se bonifie avec le temps.Je ne peux que célébrer son choix.C\u2019est un vin que j\u2019ai énormément apprécié aussi pour ses notes mordantes de vivacité à l\u2019approche, puis son onctuosité florale se déclinant en longueur.Parfait pour célébrer la journée internationale du riesling allemand ce dimanche.UNION LIBRE UL SEYVAL BLANC - VIDAL 2020 17,95 $ \u2022 13797979 \u2022 12 % \u2022 3,8 G/L Voici une suggestion qui donne l\u2019eau à la bouche, partagée par Barbara qui écrit : « Voici mon vin réjouisseur de papilles, découvert depuis mon arrivée au Centre-du- Québec.Il était fabuleux avec un plat de morue à l\u2019orange et au gingembre, servi sur riz de chou-fleur, baigné d\u2019huile de tournesol, fleur de sel et fleur d\u2019ail lactofermentée.Miam! » DOMAINE THIBAULT LIGER-BELAIR BOURGOGNE LES DEUX TERRES 2018 28,20 $ \u2022 14556190 \u2022 13 % \u2022 2,1 G/L Alain de la région de Québec a choisi un rouge qui met en valeur les cépages-roi de deux grandes terres du vin, la Bourgogne et le Beaujolais, réunis ensemble dans un assemblage de gamay et pinot noir.« En ce moment, pour ma copine et moi, c\u2019est le vin qui nous comble les papilles.Du pur bonheur! » CHÂTEAU LAGRANGE GRAVES 2018 29,10 $ \u2022 14815104 \u2022 14 % \u2022 3 G/L Michel du Saguenay partage sa récente découverte de la région de Bordeaux.Un vin qu\u2019il apprécie particulièrement pour sa structure, sa texture tannique riche en fruits et son excellent rapport qualité-prix.Un vin des vignobles Reynaud, élaboré à partir de Merlot 70 %, cabernet- sauvignon 20 % et cabernet franc 10 % qui a profité d\u2019un élevage de 12 mois en barrique de chêne français.Superbement équilibré et prêt à boire maintenant, mais qui pourra bénéficier d\u2019encore quelques années de garde, entre 8 et 10 ans selon le millésime.MEINKLANG BURGENLAND NEUSIEDLERSEE 2020 18,60 $ \u2022 13971164 \u2022 12 % \u2022 1,7 G/L \u2022 BIO, NATURE Ma collègue Virginie porte l\u2019Ou- taouais dans son cœur, sa région d\u2019origine.Sommelière chez Goulot et au resto Rioux et Pettigrew de Québec, elle suggère d\u2019essayer le blau- fränkisch autrichien, un cépage méconnu, parent du gamay, qui gagne à être découvert en raison de son profil gustatif où les notes de cassis et de framboise rencontrent une finale sur les cinq épices.Pour les accords, elle suggère le canard laqué ou confit, la goulash, les côtelettes d\u2019agneau ou un risotto aux betteraves! Ce vin de Meinklang le présente en assemblage avec le Zweigelt et le Saint-Laurent, aussi elle recommande de surveiller le prochain arrivage de Markowit- sch qui produit une cuvée à 100 % blaufränkisch.CRAMA REGALA CABERNET SAUVIGNON 7,70 $ \u2022 13181971 \u2022 13 % \u2022 3,2 G/L Du côté des Cantons-de-l\u2019Est, Philippe a été impressionné par un vin qu\u2019il a découvert lors d\u2019un souper chez des amis.« Je l\u2019ai beaucoup aimé et quand ils m\u2019ont dit le prix, je n\u2019en revenais pas.C\u2019est devenu mon vin de table. » Je peux confirmer qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019erreur dans les chiffres, il s\u2019agit d\u2019un vin de Moldavie, primé Or dans le cadre des Sélections mondiales des vins du Canada.Naturellement, on se méfie des vins offerts à si bas prix mais dans ce cas-ci, pour une entrée de gamme, vous ne serez pas déçus! Pour des suggestions quotidiennes de vins, suivez-moi sur Instagram @nrartdevivre ou sur mon site natalierichard.com Les vins préférés des lecteurs NATALIE RICHARD PLANÈTE VINS Collaboration spéciale nrichard@gcmedias.ca Deux ans déjà et toujours aussi passionnément heureuse de partager avec vous chaque semaine mes découvertes et mon amour pour l\u2019univers du vin.\u2014 PHOTO COLLABORATION SPÉCIALE, NATALIE RICHARD SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M24 LE MAG FRANCIS HIGGINS Le Soleil Alors que certaines toilettes de restos font frissonner de dégoût, d\u2019autres épatent par leur élégance, leur couleur ou leur originalité.Le Mag est parti à la rencontre de restaurateurs de Québec pour qui le design et le souci du détail sont numéro un jusque dans les salles d\u2019eau.Allons faire un tour au petit coin\u2026 TOILETTES DE RESTAURANTS À L\u2019ÈRE DES TOILETTES «?INSTAGRAMMABLES?» TANIÈRE3, UNE « EXPÉRIENCE GLOBALE » « La nourriture, le service, l\u2019atmosphère dans la salle à manger et \u2014 oui, les toilettes aussi \u2014 font tous partie de l\u2019expérience globale.Il n\u2019y a pas de dichotomie entre ces moments », affirme Karen Therrien, du Groupe La Tanière, qui possède notamment le chic restos Tanière3.C\u2019est pourquoi on a tenu à assurer une continuité visuelle entre les salles à manger voûtées et les toilettes.On a créé un lieu coquet et intime, « pas industrialisé comme dans un centre d\u2019achat », avec des portes de pleine hauteur pour un maximum d\u2019intimité, des murs de pierre, de grandes céramiques, des pans de murs d\u2019un noir profond et une touche de cuivré, entre autres.On a choisi un élégant comptoir vitré et plein de verdure pour jouer la vedette dans cette pièce.On a aussi aménagé dans une alcôve une salle aux miroirs pour celles qui souhaitent retoucher leur maquillage.En 2021, la firme Rebel Design a d\u2019ailleurs obtenu un Lauréat Or aux Grands prix du design pour le concept entier du resto qui « respectait le côté patrimonial tout en apportant une touche de modernisme ».P H O T O S L E S O L E I L , E R I C K L A B B E KUNDAH HÔTEL, CLIN D\u2019ŒIL CULTUREL Dans un recoin juste avant les cuisines, le resto indien Kundah Hôtel cache deux petites salles d\u2019eau voisines aux décors bien différents.« Avec notre thématique indienne, ç\u2019aurait été trop facile d\u2019y aller avec le cliché religieux ou de miser sur Bollywood.On a préféré faire différent, aller au-delà des attentes », raconte le coproprio et directeur de salle Samuel Pouliot.« On a mis l\u2019accent sur l\u2019ambiance, la bouffe et le service, mais on s\u2019est aussi gardé ce coin pour faire un clin d\u2019œil, s\u2019amuser et offrir l\u2019expérience totale! » Le premier cabinet enveloppe le visiteur d\u2019un éclairage écarlate, inondé de dizaines d\u2019images de la culture indienne et d\u2019affiches de stars (dans un kitch assumé) qui tapissent les murs.Le second se prend pour une jungle avec de nombreuses feuilles collées aux murs, surplombées de branchages sur lesquels se posent oiseaux et papillons factices.C\u2019est la copine du chef, qui connaît bien cette culture pour avoir habité l\u2019Inde pendant deux ans, qui s\u2019est chargée de sélectionner les images greffées à ces décors imaginatifs.« D\u2019habitude, les toilettes sont des endroits négligés, plates et même gênants.Maintenant, nos clients les trouvent flyées, ils en parlent à la table et retournent même les voir quand ils apprennent qu\u2019il y en a deux! » ajoute M. Pouliot.P H O T O S L E S O L E I L , Y A N D O U B L E T laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M25 LE MAG TOILETTES DE RESTAURANTS À L\u2019ÈRE DES TOILETTES «?INSTAGRAMMABLES?» LA BÛCHE, REMARQUABLES BÉCOSSES Le look des toilettes de La Bûche est venu à l\u2019esprit du copropriétaire Yanick Parent à 4 h du matin, telle une inspiration matinale sortie de nulle part.« Je voulais des bécosses! Je voulais que ce soit très bois, très Québécois, en veneer [placage] tout croche, comme si c\u2019était mononcle qui l\u2019avait fait en une fin de semaine dans son camp de chasse! » explique- t-il.Son idée particulière a bel et bien pris forme : les murs sont recouverts de contreplaqués, une baignoire trône au centre de la pièce à titre de lavabo géant.Pendant longtemps, on a laissé traîner des feutres pour que la clientèle signe des œuvres et des graffitis sur les parois.Question d\u2019équilibre, on a accroché une toile du peintre Jean Gaudreau, baptisée Oreille de Christ.Au final, le concept a fait son effet.Des photos de l\u2019endroit ont fait le tour du monde, au gré des visites de touristes.Même la télé japonaise l\u2019aurait montré en ondes.Et le rapper québécois Soul- dia y a même tourné le vidéoclip de sa chanson Je n\u2019ai pas mal.Pas mal pour des bécosses! P H O T O C O L L A B O R A T I O N S P É C I A L E , P A S C A L R A T T H E LES BOTANISTES, LE JARDIN « INSTAGRAMMABLE » Passage obligé.C\u2019est l\u2019expression qui revient, deux fois plutôt qu\u2019une, quand Sophie Marchand discute des toilettes des Botanistes.D\u2019abord parce que les plantes y sont à l\u2019honneur.Une évidence puisque ce resto occupe des locaux de la jardinerie Floralies Jouvence.Ainsi, de grands cactus trônent dans un coin, avec quelques cousines succulentes réparties ça et là.Sans oublier la tapisserie verte fleurie et la fontaine centrale, qui fait office de lavabo surmonté d\u2019un petit oiseau.Le second passage obligé appartient aux clients, nombreux à se faire un devoir d\u2019aller admirer le travail ou d\u2019enregistrer sur place de courtes stories en vidéo destinées à Instagram ou à Tik- Tok.« Même nous, il nous arrive de publier des photos de nos toilettes sur nos réseaux sociaux, indique Mme Marchand.On les aime bien.Elles étaient dans nos plans dès le début de notre projet. » Nous voilà donc à l\u2019ère des toilettes « instagrammables »! P H O T O S L E S O L E I L , E R I C K L A B B E SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M26 LE MAG Q Pourquoi avez-vous commencé à dessiner des jeux de société?R Lina : Pour le plaisir, chez nous, de soir, après notre travail dans les jeux vidéo et l\u2019animation.[Mais] c\u2019est en 2014 qu\u2019on est vraiment tombé là-dedans à temps plein, à la naissance de notre fille.On s\u2019est dit que ce serait l\u2019fun de travailler ensemble tous les deux, d\u2019y aller plus petit, de choisir nos projets.David : On voulait aussi partir de Montréal et travailler de chez nous.À la base, on ne pensait pas s\u2019en tenir qu\u2019aux jeux de société, mais ç\u2019a tout de suite marché! Q Comment s\u2019est faite votre transition depuis les jeux vidéo?R Lina : Parfois, dans les jeux vidéo, c\u2019est juste beau dans le but d\u2019être beau.Le fait qu\u2019on tripait sur JEUX DE SOCIÉTÉ FRANCIS HIGGINS Le Soleil QUÉBEC \u2014 Mine de rien, depuis leur petit village en banlieue de Victoriaville, un couple d\u2019illustrateurs québécois signent l\u2019art de certains des jeux les plus célébrés de la planète.En moins d\u2019une décennie, Lina Cos- sette et David Forest se sont fait une renommée internationale \u2013 sous le pseudonyme Mr. Cuddington \u2013 et une place enviable dans l\u2019étonnante industrie des jeux de société.Ce couple d\u2019artistes dans la jeune trentaine compte déjà dans son portfolio de nombreux titres au succès de vente et d\u2019estime, notamment en raison de la qualité de leur graphisme.On pense à Brass, Santorini, Charterstone, La forêt des frères Grimm et leur pièce maîtresse Tidal Blades, une expérience unique dans leur carrière.Entrevue avec deux oiseaux rares.MR. CUDDINGTON DEUX ILLUSTRATEURS AU SOMMET DE LEUR ART 1 3 4 laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M27 LE MAG les jeux de société nous a donné le petit edge qui faisait qu\u2019on pouvait se mettre dans la peau des joueurs.Le dessin est au service de la compréhension, pour aider à jouer de façon intuitive.On planche vraiment sur la façon de rendre l\u2019expérience fluide pour les joueurs. David : La production du jeu elle-même est aussi à prendre en considération.En jeu vidéo, on peut faire ce qu\u2019on veut.Mais quand on imprime sur du carton, plus on rajoute de la complexité, plus ça coûte cher.On doit en tenir compte. Q Quelle est votre méthode de travail?R Lina : J\u2019aime considérer nos jeux comme nos bébés.On privilégie donc les contrats qui nous permettent de faire la direction artistique au complet, de A à Z.On est des touche-à-tout assez complémentaires.Selon la grosseur du jeu, les illustrations peuvent nous demander jusqu\u2019à un bon six mois de travail. David : Il n\u2019y a pas une image sur laquelle on n\u2019a pas travaillé tous les deux ensemble.C\u2019est pourquoi un voulait un nom de compagnie comme Mr. Cuddington, qui évoque un artiste unique. Q Vivez-vous de votre art?R Lina : Depuis 2014, les jeux de société représentent 100 % de nos revenus. David : On est tellement occupés et liés avec certains amis éditeurs qu\u2019on n\u2019a pas de temps pour de nouveaux contrats! Au Québec, c\u2019est rare.Même aux États-Unis, il n\u2019y a pas tant d\u2019illustrateurs que ça, par rapport à la taille de la population.C\u2019est en Europe qu\u2019on en trouve davantage. Q Oubliez l\u2019humilité : à quel point êtes-vous big dans votre industrie?R David : Il est arrivé à plusieurs personnes de nous dire qu\u2019on est leurs artistes préférés.On est souvent nommés parmi les top 10 des artistes de jeux, facilement. Lina : On est quand même assez connus sur le marché américain.Les éditeurs en sociofinancement savent qui nous sommes et nous ont sûrement déjà écrit pour des contrats.Cela dit, on ne fait vraiment pas beaucoup de conventions pour rencontrer les fans.Ç\u2019a n\u2019a pas vraiment aidé d\u2019avoir lancé notre compagnie et fait des bébés en même temps! Pendant quelques années, juste dormir était un exploit! [rires] On est rendus à un point où je peux juste contacter une personne avec qui j\u2019ai envie de travailler et lui proposer de collaborer sur un prochain jeu compatible avec nos compétences.Maintenant, les éditeurs sont contents de mettre notre nom sur la boîte! [rires] Ça veut dire que notre travail a une certaine valeur de promotion en soi. David : On est connu dans le monde des jeux de société, qui est relativement petit.C\u2019est arrivé qu\u2019on joue à un de nos jeux lors d\u2019une soirée, et les gens n\u2019avaient aucune idée que c\u2019était nous qui l\u2019avions illustré.On se cache un peu derrière nos jeux.On montre nos créations davantage que nos visages. Q Le jeu Tidal Blades a été une occasion incroyable pour vous, non?[NDLR : Tidal Blades est un jeu de cartes, de dés et de placement d\u2019ouvriers à grand déploiement imaginé dans un univers tropical fantastique où des gladiateurs relèvent des défis dans l\u2019arène et combattent les envahisseurs de leur royaume insulaire.] R Lina : Après avoir collaboré sur Grimm Forest, l\u2019éditeur nous a demandé ce qu\u2019on aimerait faire.On lui a répondu que c\u2019était d\u2019imaginer et de créer en simultané un univers grandiose dans lequel s\u2019emboîteraient ensuite les mécanismes de jeu.Il est embarqué dans notre idée folle et c\u2019est devenu Tidal Blades : Heroes of the Reef! C\u2019est vraiment typique de notre carrière de s\u2019embarquer dans des affaires où on ne sait pas ce qu\u2019on fait, mais on essaie des choses! [rires] David : On a mis beaucoup de travail sur ce jeu.Tous ces détails pas nécessaires ont servi par la suite au développement de Tidal Blades 2 : Rise of the Unfolders. Q La suite Tidal Blades 2 sera lancée bientôt.Où en êtes- vous dans ce projet?R David : C\u2019est vraiment le plus beau jeu qu\u2019on a fait.On est vraiment fiers.On a hâte de le montrer.Ce sera [familial et coloré], mais assez gamer en termes de stratégie.On a beaucoup de plaisir à dévoiler des images.Certaines d\u2019entre elles font partie de nos œuvres préférées. Lina : Pour nous, la pandémie a été un moment où nous avons été isolés, ensemble, à travailler.On a vraiment maximisé notre temps d\u2019isolement en créant plein d\u2019illustrations tropicales.On a vraiment eu du gros fun noir! Je crois que ça paraît dans les images.Q Vos enfants veulent-ils suivre vos traces?R David : Notre garçon de quatre ans trouve toujours des figurines et des jouets dans la maison qu\u2019il ajoute dans la boîte de Tidal Blades en disant que ça va rendre le jeu vraiment meilleur! Lina : Chaque fois qu\u2019on ouvre une boîte de jeu, il y a de nouvelles cartes à l\u2019intérieur.C\u2019est lui qui les a dessinées et les a mises dedans.Il dit que ce sera son travail plus tard! Info : mrcuddington.com MR. CUDDINGTON DEUX ILLUSTRATEURS AU SOMMET DE LEUR ART 2 1 et 2 Tous l\u2019univers visuel de Tidal Blades a été imaginé par Lina Cossette et David Forest.Leurs illustrations ont ensuite servi à inspirer la création du jeu.\u2014 PHOTOS FOURNIES 3 Formant couple au boulot comme en amour, Lina Cossette et David Forest sont les artistes connu sous le nom de Mr.Cuddington.4 Ce duo de créateurs québécois aime mener la direction artistique d\u2019un jeu de A à Z, comme ici pour le jeu La mascarade des frères Grimm. SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M28 LE MAG LARRY HODGSON Collaboration spéciale I l vous restait des semences à la fin de la période des semis l\u2019an dernier et vous les avez mises de côté pour une autre année.Mais sont-elles encore bonnes?Et que dire de celles d\u2019il y a 2 ans, 3 ans, même 5 ou 6 ans?En général, les semences de légumes, de fines herbes et de fleurs annuelles sont bonnes pour au moins 3 ans, à condition de les avoir gardées au sec.(Dans un milieu trop humide, elles perdent plus rapidement leur pouvoir germinatif.) Si vous les avez conservées au frais (entre 1 et 10 °C), leur viabilité augmente à 5 ou 6 ans, voire plus.D\u2019ailleurs, sous des conditions parfaites, elles peuvent durer des centaines d\u2019années! Il existe des banques de semences, comme la Réserve mondiale de semences du Svalbard, dont le but est de préserver la diversité génétique des cultures, qui conservent les graines à entre -16 et -30 °C et qui calculent que certaines semences seront encore viables\u2026 dans 7000 ans! Évidemment, il y a des exceptions.Certaines semences se conservent peu de temps.Celles de l\u2019oignon, par exemple, sont rarement viables au-delà de la 2e année.Mais en général, les semences que vous avez mises de côté seront « bonnes » pendant au moins 3 ans.POUR MIEUX CONSERVER VOS SEMENCES Ce que beaucoup de jardiniers font pour faire durer les semences le plus longtemps possible, c\u2019est de les conserver au réfrigérateur.Placez-les dans un bocal ou contenant qu\u2019on peut fermer.Ajoutez aussi au contenant un sachet de gel de silice, un absorbant d\u2019humidité que vous trouvez dans les produits de cuir, des produits électroniques, etc.Il sert à assécher l\u2019air, un facteur important dans la conservation des semences.À défaut de gel de silice, fabriquez- vous une petite enveloppe de lait en poudre qui aura un effet asséchant similaire.UN TEST DE GERMINATION Si vous trouvez un vieux sachet de semences et n\u2019êtes pas certain si les graines sont encore viables, pourquoi risquer de gaspiller du terreau en les semant quand peut- être rien ne germera?Voici un petit test de germination facile à faire\u2026 et même assez amusant! (À faire avec les enfants, par exemple.) Placez 10 graines sur un morceau de papier essuie-tout et pliez le papier en deux, par-dessus les graines.Humidifiez légèrement le papier et placez-le dans un sac de plastique transparent scellé.Placez le tout dans un emplacement chaud (21 à 24 °C) et éclairé.Après 3 à 21 jours (cela varie d\u2019après l\u2019espèce), il devrait y avoir germination.Si 7 graines ou plus germent, les graines sont encore en très bon état et vous pouvez les semer normalement.Si 4 à 6 graines germent, leur pouvoir germinatif est affaibli, mais encore raisonnable : semez-les deux fois plus densé- ment que ce qui est normalement recommandé.Si 3 graines ou moins germent, les graines sont réellement périmées et, à moins qu\u2019il ne s\u2019agisse d\u2019une plante irremplaçable, il ne vaut probablement pas la peine de les conserver, car les semis risquent de donner des plantes faibles ou peu productives.Comme la plupart des sachets de semences contiennent assez de semences pour au moins 3 ou 4 ans, il est bon de savoir que la plupart des « vieilles » semences peuvent encore vous être utiles.Bons semis! 1Avant de semer des graines des années précédentes, il peut être utile de vérifier leur viabilité.\u2014 PHOTO 123RF/ BELCHONOCK MES SEMENCES SONT-ELLES ENCORE BONNES?1.Agérate 4 ans 2.Aubergine 6 ans 3.Basilic 8 ans 4.Bette à carde 6 ans 5.Betterave 6 ans 6.Capucine 7 ans 7.Carotte 4 ans 8.Céleri 6 ans 9.Chou et autres crucifères 5 ans 10.Coléus 2 ans 11.Concombre 8 ans 12.Coriandre 5 ans 13.Cosmos 4 ans 14.Courge 6 ans 15.Dahlia 3 ans 16.Épinard 4 ans 17.Gourgane 5 ans 18.Haricot 3 ans 19.Impatiens 2 ans 20.Ipomée 3 ans 21.Laitue 5 ans 22.Maïs 2 ans 23.Melon 5 ans 24.Muflier 4 ans 25.Navet 5 ans 26.Nicotiana 5 ans 27.Œillet 2 ans 28.Œillet d\u2019Inde 3 ans 29.Oignon 2 ans 30.Panais 2 ans 31.Pavot 5 ans 32.Pélargonium 2 ans 33.Pensée 2 ans 34.Persil 2 ans 35.Pétunia 3 ans 36.Poireau 3 ans 37.Pois 3 ans 38.Poivron et piment 4 ans 39.Radis 5 ans 40.Rutabaga 5 ans 41.Thym 3 ans 42.Tomate 4 ans 43.Tournesol 3 ans 44.Zinnia 6 ans TABLEAU DE GERMINATION Pour plus de précision, voici une liste de quelques semences populaires et de leur durée de conservation habituelle à la température de la pièce.1 2 On peut tester les semences pour assurer que leur germination est encore bonne.\u2014 PHOTO 123RF/BELCHONOCK 2 laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M29 LE MAG L\u2019analphabétisme émotionnel À quand remonte votre dernière émotion?Probablement il y a quelques secondes, quand le titre de cette chronique a piqué votre curiosité.En fait, dès le réveil, votre journée a été une succession d\u2019émotions, certaines qui ont effleuré votre conscience, d\u2019autres qui ont fait accélérer votre pouls.Peut-être avez-vous ressenti de la joie en avalant une première gorgée de café; du dégoût lorsque vous avez trouvé des fruits pourris dans le frigo; de l\u2019amour lorsque votre blonde ou votre chum vous a enlacé en arrivant dans la cuisine; de la compassion lorsque vous avez vu sur votre téléphone des photos d\u2019Ukrainiens fuyant la guerre.C\u2019était comme ça le reste de la journée.Votre kaléidoscope émotionnel n\u2019arrête jamais, ou presque.Si votre cerveau est normalement câblé, vous ressentez au moins une émotion 90 % de votre temps d\u2019éveil, selon une étude menée auprès de 11 000 personnes et publiée en 2015 dans la revue scientifique PLoS ONE.L\u2019émotion la plus fréquente est la joie, suivie de l\u2019amour et de l\u2019anxiété, selon cette étude.Les gens ressentent des émotions positives 2,5 fois plus souvent que des émotions négatives.Souvent, ils ressentent aussi des émotions positives et négatives en même temps.Mais savez-vous les nommer?Il y a une quinzaine d\u2019années, Brené Brown, travailleuse sociale, professeure de recherche à l\u2019Université de Houston et, depuis trois ans, conférencière étoile de Netflix, a essayé de mesurer l\u2019étendue de notre littératie émotionnelle.Avec son équipe de recherche, elle a demandé à 7000 personnes de faire la liste des émotions qu\u2019elles pouvaient reconnaître et nommer alors qu\u2019elles les ressentaient.La moyenne des émotions identifiées était de 3 : tristesse, colère, joie.Quand on pense à toute l\u2019étendue des émotions humaines, c\u2019est l\u2019équivalent d\u2019un analphabétisme émotionnel.Dans un livre paru à la fin 2021 et intitulé « Atlas of the heart » (« L\u2019Atlas du cœur », pas encore traduit en français), Brené Brown nous aide à élargir notre palette émotionnelle en cartographiant 87 émotions différentes.Vous pourriez penser que c\u2019est là un formidable guide pour s\u2019enfar- ger dans les fleurs du tapis.Mais Brené Brown croit que la capacité de nommer précisément nos sentiments est une compétence cruciale.Plus vous avez un vocabulaire précis pour décrire vos émotions, plus vous comprenez ce qui se passe à l\u2019intérieur de vous.Des psychologues parlent d\u2019une plus grande « granularité » émotionnelle quand vous êtes en mesure de déceler les nuances de vos émotions.Et cette capacité, montre la recherche, est associée à une meilleure gestion des émotions et à un niveau de bien-être plus élevé.Un des passages les plus intéressants du livre de Brené Brown concerne un bouquet d\u2019émotions qu\u2019on ressent quand on échoue.Disons que vous suivez un cours de perfectionnement dans votre domaine et que vous obtenez une note de 46 % à un examen.Comment réagiriez-vous?Vous pourriez ressentir de la honte (« Je suis tellement stupide »), de l\u2019humiliation (si, par exemple, un camarade de classe se moque de vous), de la culpabilité (J\u2019aurais dû étudier au lieu de faire la fête la veille de l\u2019examen).Quand vous avez honte, explique Brené Brown, vous avez l\u2019impression qu\u2019il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez vous, que vous méritez de ne pas être aimé.Or, quand vous vous sentez humilié, vous avez le sentiment que ce n\u2019est pas vous le problème, mais l\u2019imbécile qui vous a traité injustement.La culpabilité, quant à elle, est l\u2019inconfort que vous ressentez quand vous agissez à l\u2019encontre de vos valeurs.Tous ces sentiments, si vous évitez de les mélanger dans le grand panier à linge sale des émotions négatives, suggèrent des réponses différentes.Si vous réalisez que vous vous êtes senti humilié, c\u2019est peut-être que vous devriez confronter votre bourreau.Si vous vous êtes senti coupable, il faudra peut-être étudier davantage la prochaine fois.Et la honte?C\u2019est peut-être une occasion de vous interroger sur la manière dont vous vous parlez à vous-mêmes.Êtes-vous vraiment stupide parce que vous avez échoué à un seul examen?Un peu d\u2019auto-compassion ne vous ferait pas de tort, suggère Brené Brown.Mais le meilleur antidote contre la honte, ajoute Brené Brown, c\u2019est l\u2019empathie.Si vous pouvez exprimer votre « expérience de honte » avec une personne qui répond avec empathie, « la honte se dissipe », écrit-elle.Mais pour chasser la honte - ou l\u2019humiliation, ou la culpabilité -, vous devez d\u2019abord reconnaître ce que vous ressentez.Ce discernement vous aidera à naviguer à travers les 9 minutes sur 10 qui sont accaparées par vos émotions.Et pour la minute restante?Vous pouvez prendre une pause.Si votre cerveau est normalement câblé, vous ressentez au moins une émotion 90 % de votre temps d\u2019éveil, selon une étude.\u2014 PHOTO 123RF/9DREAMSTUDIO MARC ALLARD CHRONIQUE Le Soleil NOUS, LES HUMAINS Des psychologues parlent d\u2019une plus grande « granularité » émotionnelle quand vous décelez les nuances de vos émotions. SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M30 LE MAG RICHARD BOISVERT Le Soleil QUÉBEC \u2014 Il y a poutine et Poutine.On s\u2019entend généralement pour dire que la première est née dans les années 1950 dans le Centre-du- Québec avant de devenir populaire au-delà des frontières de la province.Le second, lui, est venu au monde à peu près dans les mêmes années, à Saint-Pétersbourg (autrefois Leningrad), et sa vraie nature vient de se révéler au monde.Depuis l\u2019invasion de l\u2019Ukraine, qui voudrait avoir quoi que ce soit en commun avec le dictateur russe?À ce compte, la poutine doit-elle changer de nom?Le Soleil a posé la question au spécialiste en marketing Luc Dupont.Q Avec l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie sur ordre de Vladimir Poutine, croyez-vous que la poutine est condamnée à changer de nom?R Je ne crois pas qu\u2019on va changer le nom de la poutine.Je pense que ceux qui changent le nom du plat [en ce moment] le font en faisant un calcul marketing, en se disant que, l\u2019espace d\u2019un instant, on va les voir apparaître sur les écrans radars.On parle souvent de petits restaurants dont les budgets publicitaires sont quasi inexistants.Trouver un nom, c\u2019est plus difficile qu\u2019on le pense.Alors non, je ne crois pas qu\u2019on va changer le nom de la poutine, de la même manière que la bière Corona s\u2019appelle toujours Corona [malgré le corona- virus].Et d\u2019ailleurs, contrairement à une histoire qu\u2019on a peut-être vue sur le Web, les ventes de la Corona n\u2019ont pas reculé au début de la pandémie.C\u2019est une des marques de bière qui ont connu la plus forte croissance ces dernières années.Si ça avait eu à faire mal, ça aurait fait mal.Q Si Hitler s\u2019était appelé Hamburger, mangerait-on des hamburgers aujourd\u2019hui?R C\u2019est une bonne question\u2026 Maintenant, est-ce qu\u2019on est dans quelque chose qui peut être aussi marquant, qui peut durer aussi longtemps que la Seconde Guerre mondiale?Je ne crois pas.Au moment où on se parle, nous sommes dans un conflit militaire localisé en Europe de l\u2019Est et la poutine ne va pas s\u2019appeler autre chose que poutine.Mais si on s\u2019aperçoit qu\u2019on vient d\u2019entrer dans la Troisième Guerre mondiale et que ça va durer cinq ou six ans, là, on verra.Q Trouver un nom est difficile dites-vous.Avez-vous des exemples de produits ou de compagnies qui ont changé de nom dans l\u2019histoire? R D es fois tu veux g ommer quelque chose qui est devenu problématique.Gaz Métro est devenu Énergir parce qu\u2019il produit aussi de l\u2019électricité à partir de sources éoliennes, hydrauliques et solaires, Poulet frit Kentucky est devenu PFK, British Petroleum est devenu BP.Ton nom, c\u2019est souvent ce qui contribue à te positionner dans l\u2019esprit des gens.De la même façon, tu ne veux pas évoquer une ville en particulier, c\u2019est pourquoi la Banque de Montréal est devenue BMO, la Toronto Dominion, la TD, d\u2019autant plus qu\u2019elles sont toutes les deux très présentes aux États-Unis.Parfois, des noms sont problématiques.Amazon s\u2019appelait au début Cadabra et la légende veut que durant une réunion, quelqu\u2019un n\u2019a pas très bien compris le nom de l\u2019entreprise et a dit « cadavre » [\u2026] Parfois, tu veux un nom avec plus de punch, comme Sony qui s\u2019appelait autrefois Sonus Sound.Ou un nom plus évocateur : Biscuits Leclerc, autrefois Frs Leclerc.Parfois aussi, on tient au contraire à se donner un nom qui n\u2019évoque rien du tout, comme le fabricant de tabac Philip Morris, associé aux cigarettes et au cancer du poumon, qui est devenu Altria.Q Le nom, la réputation, c\u2019est quelque chose de capital.Pour une entreprise, qu\u2019elle soit européenne, japonaise ou nord-américaine, faire affaire avec la Russie est devenu à peu près impossible aujourd\u2019hui\u2026 R Reconnaissons qu\u2019on est dans un nouveau type de guerre.Autrefois, la guerre se réglait avec des bombes, des tanks et des fusils.Aujourd\u2019hui, une partie de l\u2019offensive passe premièrement par les multinationales et le message qu\u2019elles envoient avec leur sortie du marché [russe].Et la liste de ces entreprises est vraiment longue.Les prochains jours, les prochaines semaines vont nous dire si cette forme de guerre-là peut changer les choses ou pas.Parce qu\u2019il ne faut pas que ça reste des vœux pieux.Pour moi, en tout cas, c\u2019est un univers tout nouveau.POUTINE : FAUT-IL CACHER CE NOM?INFOGRAPHIE LE SOLEIL, PHOTO AFP/SPUTNIK, ANDREY GORSHKOV ET 123RF/FUDIO laTribune SAMEDI 12 MARS 2022 M31 LE MAG L\u2019 idée de rendre toujours invariable le participe passé conjugué avec « avoir » m\u2019indispose et m\u2019inquiète.Cela m\u2019apparaît comme une démission et un coup d\u2019épée dans l\u2019eau.Je crains aussi pour la compréhension dans certains contextes.Je vous fournis deux exemples.Le premier : « Elle évoque les causes chères à Justin Trudeau, qu\u2019elle a embrassé (ou embrassées) toute sa vie. » Le deuxième : « Je vous annonce la mort d\u2019un homme que j\u2019ai désiré (ou désirée) toute ma vie. » Avouez que, dans ces deux cas, l\u2019accord traditionnel du participe passé est franchement de nature à clarifier le propos! Martin Parent Québec Je suis, moi aussi, déjà tombé sur ces deux exemples largement partagés sur les réseaux sociaux par ceux et celles qui croient que les règles d\u2019accord du participe passé employé avec avoir devraient être maintenues.Effectivement, dans ce cas-ci, cela permet d\u2019éviter ce qu\u2019on appelle une équivoque.Mais en réalité, ces cas sont exceptionnels.Ils ne se rencontrent pas assez souvent pour justifier, à eux seuls, une règle à ce point complexe.Deuxième argument : ce ne serait pas l\u2019unique contexte où la façon dont une phrase est construite peut conduire à une équivoque.Et dans ces situations, il n\u2019y a pas 36 solutions : on réécrit autrement.Et cela n\u2019implique aucune règle à coucher dehors.Pour vous donner quelques exemples, je suis retourné à un ouvrage d\u2019un de mes anciens professeurs de grammaire à l\u2019Université de Sherbrooke, André Marquis.Dans Le style en friche \u2014 L\u2019art de retravailler ses textes (Triptyque, 1998), il aborde toutes sortes d\u2019erreurs et maladresses à éviter lorsqu\u2019on est rendu au peaufinage, une fois qu\u2019on possède suffisamment la grammaire et la syntaxe pour être fonctionnel, mais qu\u2019il nous reste à développer un style le moindrement élégant.QUAND SEMER?Les équivoques font partie de ce genre de fautes qui, lorsqu\u2019on écrit occasionnellement ou moins attentivement, donnent des tournures qui peuvent porter à confusion.Tu récolteras ce que tu auras semé à la fin de la saison.Ici, est-ce que la personne qui parle veut dire à son interlocuteur de récolter à la fin de la saison ce qui a été semé auparavant ou seulement ce qui a été semé à la fin de la saison?On suppose un peu la réponse, car rarement on sème à la fin de la saison, mais pour dissiper tout doute, mieux vaut déplacer le complément circonstanciel.Tu récolteras, à la fin de la saison, ce que tu auras semé.Voici d\u2019autres cas de structures qui créent une forme de malaise syntaxique.Yvonne a été rudoyée par une inconnue et elle s\u2019est excusée.Située au bout du couloir, la chambre de Cybile n\u2019offrait aucune autre issue et elle se demandait comment fuir sans être aperçue.Ici aussi, on suppose, à juste titre, que ce n\u2019est pas Yvonne qui s\u2019est excusée mais l\u2019inconnue.Sauf que, dans une phrase où deux propositions sont juxtaposées (« Yvonne a été rudoyée par une inconnue », suivie d\u2019« elle s\u2019est excusée »), une règle stipule que le pronom elle renvoie au sujet de la proposition précédente, donc Yvonne.Le résultat est bancal, même si on comprend ce que l\u2019auteur veut dire.Dans la deuxième phrase, on se doute également que le pronom elle renvoie à Cybile.Sauf que, si vous regardez bien, Cybile n\u2019est pas le sujet de la première proposition : il est le complément du sujet chambre (complément du nom).Alors encore une fois, on efface et on recommence.Yvonne a été rudoyée par une inconnue, qui s\u2019est excusée.Située au bout du couloir, la chambre de Cybile n\u2019offrait aucune autre issue et l\u2019héroïne se demandait comment fuir sans être aperçue.CONSEILLER DES MÉDECINS?D\u2019expérience, ce genre d\u2019erreur peut se produire lorsqu\u2019on passe du discours oral au discours écrit.Je vous donne un exemple remontant à mes premières années de journalisme.J\u2019avais interviewé la porte-parole d\u2019une association de personnes hypo- glycémiques qui m\u2019énumérait les services offerts aux gens croyant avoir ce problème de santé : « On fait passer un questionnaire pour vérifier si c\u2019est bien l\u2019hypoglycémie, on conseille des médecins déjà sensibilisés à ce problème de santé\u2026 » Lors de la conversation, il était clair que la porte-parole m\u2019exprimait que l\u2019association ORIENTAIT les personnes vers certains médecins spécialistes, sauf qu\u2019en l\u2019écrivant tel qu\u2019elle me l\u2019avait dit, j\u2019ai créé une équivoque et j\u2019ai reçu un appel dès le matin de la publication : « Mais où avez-vous pris qu\u2019on donne des conseils aux médecins? » J\u2019aurais dû ajouter le pronom personnel leur (« on leur conseille des médecins ») pour parer à toute confusion.EMBRASSER TRUDEAU?Revenons maintenant à vos exemples.Oublions celui avec Justin Trudeau, car sincèrement, qui croirait dans cette phrase qu\u2019il est question d\u2019embrasser avec les lèvres?Prenons plutôt la deuxième et tentons de voir comment nous pourrions la reformuler.Cet homme, dont je vous annonce la mort, je l\u2019ai désiré toute ma vie.J\u2019ai désiré cet homme toute ma vie, mais je vous annonce sa mort.Je vous l\u2019annonce : cet homme est mort.C\u2019est ce que j\u2019ai désiré toute ma vie.Toute ma vie, j\u2019ai désiré la mort de cet homme.Je vous annonce que ce moment est enfin arrivé.Comme vous voyez, les solutions sont nombreuses, peu importe le sens de départ.Et pas besoin d\u2019inventer de règle.En fait, on néglige souvent cette option de changer la tournure d\u2019une phrase problématique.Vous n\u2019êtes plus certain d\u2019une règle ou vous hésitez sur l\u2019accord à faire?Remodelez le passage qui vous chicote.Bien sûr, ce n\u2019est pas toujours possible de s\u2019en sortir de cette façon quand on est à l\u2019école.Mais lors d\u2019un examen impliquant la rédaction d\u2019un texte, ou une fois sur le marché du travail, plusieurs difficultés scolaires peuvent disparaître si on a aussi appris à écrire d\u2019une façon à éviter ce genre d\u2019obstacles.PERLES DE LA SEMAINE Examens sur les arts en général, avec des bourdes en particulier.Léonard de Vinci a peint des tableaux, mais aussi des inventions.Bartholdi a envoyé aux Américains la statue de la Liberté sous une toile pour leur faire une surprise.Quand ils sont malheureux, les peintres vont se soulager dans la nature.Louis de Funès est très rigolo dans Radis Jacob.Dans le film « Iznogoud », Michael Youn joue un vizir qui veut prendre la place du canif.Source : Le sottisier du collège, Philippe Mignaval, Éditions Points, 2010.Questions ou commentaires?Steve.bergeron@latribune.qc.ca Justifier la règle par l\u2019exception ?STEVE BERGERON SÉANCE D\u2019ORTHOGRAPHE steve.bergeron@latribune.qc.ca Publié en 1998 (notre photo) chez Triptyque, réédité en 2012, Le style en friche \u2013 L\u2019art de retravailler ses textes d\u2019André Marquis est notamment of fert chez Renaud-Bray en format numérique. SAMEDI 12 MARS 2022 laTribune M32 Prenez une pause avec nous.Café LaTribune Mélange classique, corsé et équilibré aux arômes de noix grillées et de chocolat noir.100% ArAbicA 454 g et 2,27 kg Essayez-le ! Pour chaque achat de café, un montant sera versé à la coopérative LaTribune.Merci de contribuer à maintenir l\u2019information locale! En vente chez : cAfé Hubert SAint-JeAn, cooP Alentour, iGA, MArcHé ProSPect AXeP, ProviGo.En ligne à : cafehubertsaintjean.ca 0085035 "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.