L'Action française., 1 octobre 1921, Nos amis les livres
[" NOS AMIS LES LIVRES Nos amis les livres ! Vous n\u2019éprouvez, certes, aucun étonnement d\u2019entendre qualifier les livres du doux nom d\u2019amis.Oui, nos amis, nos chers amis les livres ! Amis, reconnaissants de notre moindre bon vouloir, attendant l'heure où, recueillis, pacifiés, intérieurement silencieux, nous allons vers eux; amis patients, peu exigents, sans récrimination, amertume ou raillerie; amis ne tenant compte ni de la lassitude qui nous les fait repousser, ni de la hâte fiévreuse qui nous empêche de les bien pénétrer; amis des heures souriantes ou des jours sans soleil, bons compagnons sur les routes solitaires de la vie; amis devenant nos confidents, nos conseillers, nos éducateurs, nos maîtres ! Que ne deviennent-ils pas auprès de nous nos doux amis les livres ! Ils ont même la faculté, \u2014et ici la distine- tion s'impose, elle est impérieuse, elle est nécessaire, \u2014 ils ont la faculté de se transformer, par notre faute, par notre manque de vigilance et de discernement, en amis pervertisseurs.A nous d\u2019y prendre garde, de nous rappeler que les livres ce sont de passifs camarades, dont le vouloir n\u2019existe qu\u2019en vertu dunôtre, dont nousavons l\u2019entière liberté du choix.Ce choix témoigne de nos habituelles tendances d\u2019esprit, de la forme de notre sensibilité, de la profondeur ou de la puérilité de nos sentiments.Gare donc ! Veillons ! Un livre, passez-moi le mot, souriez-en, un livre c\u2019est un peu comme la fentme que l\u2019on épouse.Elle est choisie, mais elle ne choisit pas.J\u2019ajoute, car mon sexe est sans pitié, ce sera tant pis pour le mari s\u2019il y à mésentente.Il n\u2019avait qu\u2019à y regarder de près.Il faisait son choix en toute liberté.Que nos amis les livres ne tiennent donc pas le rôle de 618 L'ACTION FRANÇAISE corrupteur, puisqu\u2019aussi bien l'entière responsabilité de l\u2019influence exercée retombera sur nous, non sur eux.À nous de reconnaître qu'à un esprit français qui peut se réclamer d'un goût délicat, qu'à une âme catholique dont l'idéal doit habiter les sommets, scules conviennent les hautes et saines lectures.Et, lorsque mis en présence des livres dans ces impressionnantes nécropoles de la pensée humaine que sont les bibliothèques; lorsque frappés par le nombre, les tailles diverses, l\u2019apparence tantôt luxueuse, tantôt modeste de milliers de volumes rangés en files serrées ; lorsqu\u2019enfin nous sommes tentés d\u2019étre dominés par eux, réagissons, ne nous laissons ni éblouir, ni duper par le mirage imposant du nombre ou de la forme.Souvenons-nous qu\u2019entre les feuillets que presseront nerveusement nos doigts, sont déposés l\u2019essence d\u2019une pensée, le sang d\u2019un coeur, la force d\u2019action bienfaisante ou pernicieuse d\u2019une âme.Souvenons- nous que cette pensée, ce coeur, cette âme vont se livrer à nous; qu\u2019une conception de Dieu, de la vie et du monde nous sera exposée, Et que la voix soit harmonieuse ou rude, concise ou prolixe ; qu\u2019elle chante, berce, s\u2019émeuve, disserte, raille, cette voix pénètre en nous en éveillant des échos.Notre âme devient une lyre touchée par une main invisible et ardente.Tout près de notre coeur, un autre coeur s\u2019agite, tremble, se désespère, ou s\u2019élève à des hauteurs d\u2019où il embrasse l'infini.Nos amis les livres s\u2019offrent donc complaisamment à nous, à notre humeur du moment, aux besoins de notre esprit, aux exigences de notre sensibilité.Vers lesquels irons- nous ?Un peu de confusion s'empare de nous.Nos regards se font incertains, trahissent l\u2019embarras de la volonté.Elle n'arrive pas à se fixer.Mon Dieu ! si quelque charitable cicerone nous guidait à travers les rayons innombrables où fraternisent les oeuvres de la pensée humaine.Vous me NOS AMIS LES LIVRES 619 pardonnerez, n\u2019est-ce pas, d\u2019user de mon expérience de bibliothécaire et de vous dépeindre l\u2019état d\u2019esprit que je sais bien être vôtre lorsqu\u2019il s\u2019agit de procéder au choix des livres.Presque tous nous sollicitent mais pour des raisons diverses.La voix grave, sans ménagement de la conscience, clame d\u2019abord très haut : \u201cPourquoi ne jettes-tu pas les yeux sur quelque traité doctrinal, il affermira ta foi; sur un ouvrage d\u2019ascétisme, il te rendra fervent; sur la monographie de saints personnages, ce sont de bons exemples à imiter\u201d.Une voix chaude repartit : \u201cSonge aux beaux vieux de l\u2019histoire, à ceux tout particulièrement qui racontent les faits glorieux de ton pays\u201d.Calme, lente, assurée, une troisième voix s'élève : \u2018\u2018Souviens-toi que par l\u2019instruction tu es armé deux fois dans la vie, contre les périls du dedans et contre ceux du dehors.Connaître, c\u2019est prévoir ou c\u2019est guérir.Ne dédaigne pas les lourds in-folios dans lesquels la science a consigné ses bienfaisantcs conquêtes\u201d.Et enfin une dernière voix se fait entendre, voix de sirène celle-là, voix qui caresse et persuade : \u201cBah ! ne vas pas sacrifier au sérieux des idées l\u2019émoi qui s\u2019éveille dans ton âme.Ton coeur tendre a besoin d\u2019aliments.Viens, recherche les douces émotions, penche la tête sur les touchantes histoires de la vie.Le roman vivra tant que des imaginations semblables à la tienne, curieuses, assoiffées d\u2019impressions émouvantes, le rechercheront.\u201d Hélas ! \u2026 j'en ai peur, la voix de sirène sera seule entendue, si nous ne savons résister tout de suite à son enchantement et À ses fausses promesses.Livres de religion, ce sont ceux que j'ai voulu rappeler à votre attention.Il faut classer nos lectures, et les classer c\u2019est tout de suite les hiérarchiser.Livres de religion, c\u2019est à-dire, ouvrages où nous puisons nos raisons de croire et d'espérer en des fins éternelles; où nous apprenons à nous incliner devant la supériorité du catholicisme romain, devant 620 L'ACTION FRANÇAISE la profondeur de ses dogmes, la beauté et le sens pratique de son enseignement moral.Les études religieuses, croyons- le, tonifient, exhaussent, décuplent la foi.Cette foi que nous sommes appelés souvent à défendre, que nous respectons mais que l\u2019on ne respecte pas toujours autour de nous.Vous le savez bien, voyons.C\u2019est tantôt l\u2019argument d\u2019un arai dont l\u2019esprit un peu léger n\u2019en avait pas soupçonnée la gravité.N\u2019allons pas nous irriter en l\u2019écoutant, nous lui répondrons avec moins de justesse.C\u2019est tantôt le doute qui subtilement s\u2019infiltre dans notre âme à la suite d\u2019une conversation que nous\u2018ne devions pas entendre, ou encore d\u2019une lecture dangereuse, sournoisement hostile à la vérité; c\u2019est surtout, par-dessus tout le sophisme, le sophisme entrat- nant, insidieux, adroit, complice des passions qui se disputent notre cour.Le sophisme plein de bonhomie que nous retrouvons jusque dans certains journaux et dans ces romans qui mettent des larmes dans vos yeux ou du rire sur vos lèvres.Le sophisme nous guette partout et toujours.C\u2019est à la vérité religieuse surtout, que l\u2019on en a.Et le sophisme sert admirablement les desseins de ceux qui la combattent.Rapidement il gangrène annihile, ruine les forces de l\u2019âÂme.De nos jours, sachons-le bien, le sophisme, voilà l\u2019ennemi.Ayons-en donc l\u2019horreur, et où qu\u2019il se trouve, d\u2019où qu\u2019il vienne, pourchassons-le ! Hélas ! ils sont passés les temps où tous s\u2019inclinaient, sans les discuter, devant les grands principes catholiques; où la vénération à leur égard pouvait\u201dà elle seule suffire.Des connaissances doctrinales précises s\u2019imposent aujourd\u2019hui.Le lai- -que n\u2019a pas le droit de s\u2019interdire le grave terrain de la théologie.Et nos prêtres zélés se déclareraient tropheureux si chacun d\u2019entre nous décidait de commenter, afin de les graver profondément par l\u2019étude, les substantiels enseignements qui, chaque dimanche, tombent de leurs lèvres. NOS AMIS LES LIVRES 621 Oui, ils sont passés ces temps où l\u2019esprit se reposait sur les souvenirs jamais entièrenent oubliés du petit catéchism«, où la foi du coeur pouvait suppléer à celle toujours un peu vaine de l'intelligence.Foi du charbonnier celle-là, dont se contenta un savant comme Pasteur, un merveilleux poète comme Coppée.Elle n\u2019est plus possible pour nous.Il ne nous faut pas mieux, il nous faut autre chose.La foi ne se présente plus ainsi qu\u2019un bien à chérir, à magnifier, c\u2019est un trésor menacé à défendre.Que nos mains vigilantes glissent donc plus souvent sur la table de travail les livres de religion.Que l\u2019on y voit apparaître, s'unir harmonieusement la Bible, les Pères de l\u2019Eglise, Thomas d'Aquin, Bossuet, Lacordaire, Monsabré et les modernes avec Brunetière, Goyau, le père Janvier, le père Ives de la Brière, l\u2019abbé Sertillanges.Grâce à ces maîtres, la doctrine catholique la plus pure s\u2019imprégnera dans nos esprits.Les livres de religion nous rendront les services que nous en attendons.Ils accompliront la grande oeuvre de l\u2019affermissement de la foi.Nous nous approchons maintenant, et nos coeurs tressaillent, et nos têtes fièrement se lèvent, des beaux vieux livres de l\u2019histoire.Tous les pays ont les leurs écrits par la main ou l\u2019épée des ancêtres.Tous les considèrent avec respect, les ouvrent avec orgueil, s\u2019en inspirent avec enthousiasme, les aiment avec un inlassable amour.Et nous ?Notre piété envers les morts de la patrie, envers les luttes sans égales qu\u2019ils subirent, qu'est-elle ?L\u2019on nous a tant et si bien dit : \u201cL\u2019histoire de votre pays, 6 Français du Canada, n\u2019est comparable à nulle autre.Elle est écrite avec le sang, les veillées, les sueurs, les fatigues inouïes de héros plus grands que nature.Des chevaliers à l\u2019âÂme plus droite, plus pure, plus hardie qu\u2019était l\u2019âge de vos chavaliers, non, l\u2019on n\u2019en trouvera pas.Dollard, croyez-vous que le Léo- 622 , L'ACTION FRANÇAISE nidas de la Grèce antique l\u2019ait surpassé dans son acte sauveur ?Allons done ! Cartier, Champlain, Maisonneuve, Closse, Le Moyne, croyez-vous que les capitaines des guerres les plus saintes et les plus civilisatrices, les dépassèrent en vaillance, en hauteur d\u2019âme, en magnanimité conquérante ?Allons donc ! Et les femmes ?Les Marie Rollet, les Marie de l\u2019Incarnation, les Madeleine de la Peltrie, les Jeanne Mance, les Marguerite Bourgeoys, les Barbe de Boullon- gne, et plus tard les Jeanne Le Ber, les Madeleine de Ver- chères, les Madame d\u2019Youville, où donc trouvera-t-on une telle élite féminine, réunie sur une terre lointaine, dans un pays inculte, rempli de dangers, pour lequel on sacrifie tout avec ravissement ?Les beaux vieux livres de notre histoire qui racontent avec une aimable simplicité les actes des aïeux, qui révèlent l\u2019héroïsme et la noblesse suprêmes de leurs âmes, c\u2019est à genoux, j'oserais dire, que nous devrions les lire.Dites, qui donc, sans que leurs coeurs battent d\u2019émoi, sans que des larmes obscurcissent parfois leur regard, jette les yeux sur ce monument® de notre histoire : les émouvantes, les délicieuses \u2018Relations des Jésuites\u201d ?Les lettres de nos missionnaires ! Dieu ! qu\u2019elles ont gardé la même puissance d\u2019entraînement que jadis, alors que la publication de chacune d\u2019elles faisait se lever la moisson de héros qui venait vers la Nouvelle-France.Elles enflammaient alors ! Elles attendrissent aujourd\u2019hui.Elles réchauffent et gardent le patriotisme.Nos prodigieux et saints missionnaires ! Quels surhommes véritables ont été ces Le Jeune ces J ogues, ces Garnier, ces Vimont, ces Brébeuf, les trois Lallemant ! Et les infatigables Récollets ! Le père Le Caron, mort de douleur en 1636, parce qu\u2019on ne lui permettait pas de revenir au Canada, le frère Sagard, l\u2019historien, les pères Denis Jauray, Duplessis, Nicolas Viel, lo martyr.Et les Sul- 1 NOS AMIS LES LIVRES 623 piciens ?\u2026 Ah ! pourrons-nous, je le répète, par assez de vénération, de culte, par la reconnaissance approfondie de l\u2019histoire, acquitter un peu de notre dette envers eux ?Vous le savez, presque tous ont payé de leur sang, dans les plus douloureux supplices l\u2019honneur d\u2019implanter sur la terre canadienne, la civilisation catholique et française.Les beaux vieux livres de l\u2019histoire nous rappellent enfin dans quelle voie nous devons rester engagés sous peine de faillir à l\u2019honneur et de manquer à l\u2019appel de la patrie.Ils orientent nos destinées raciales.Ils en décident.Ils en disposent.Et enfin les jalons de la route parcourue, ouvrons les pages d\u2019une autre merveilleuse histoire : celle de la noble France.Elle fut le berceau de nos ancêtres.Péné- trons-nous également, en sujets fiers et intéressés, des grands gestes qu\u2019accomplit l\u2019Angleterre, pays dont la force d'expansion coloniale demeure toujours admirable.Et alors les beaux vieux livres de l\u2019histoire seront heureux.Ils échangeront à l\u2019heure où l'ombre les envahit, les assemble et les fond, de tendres propos.Ils se sentiront beaucoup aimés, eux qui enferment entre leurs feuillets les battements de coeurs incomparables.Il me semble que nous nous dirigeons en ce moment» avec aisance et un contentement souriant, vers les livres lumineux de la science.C\u2019est que notre esprit s\u2019est fortifié au contact des vérités religieuses bien comprises, bien assimilées; c\u2019est que notre coeur s\u2019est vigoureusement trempé dans l\u2019atmosphère où vécurent les aïeux.Le temps est venu de tourner les yeux vers les traités contenant les éléments des sciences humaines.D'abord nous puisons un peu partout des trésors.Et, à moins que l\u2019Eglise dont la sagesse préventive demeure toujours en éveil n\u2019ait prononcé son \u201cpon licet,\u201d nous allons de l\u2019avant.En des synthèses vivantes, admi- 624 L'ACTION FRANÇAISE rablement vulgarisées, nous prenons connaissance des secrets du savoir.Nous écoutons toutes les voix de la nature; nous avons la vision de chaque être existant, fût-ce le plus infime; nous touchons aux diverses créations du génie divin; puis, ensuite, aux productions du génie humain, image éclatante du premier.Et ce ne sera que lorsque toutes ces voix se seront tues, lorsque ces spectacles se seront évanouis que nous réclamerons les voix et les spectacles que de mystérieuses affinités rapprochent de nos intelligences.Ce sera l\u2019acheminement vers l\u2019utile spécialisation.Ce sera l\u2019apparition probable, pour le plus grand bien et l\u2019honneur de la science, du chimiste, du médecin, du géographe, de l'ingénieur, du sociologue, de l\u2019industrie], de l\u2019ébéniste, du graveur.voire même du docteur en droit canon et du littérateur.Ce sera, que sais-je encore ! Les routes de la science sont nombreuses et jamais tant de clartés ne les illuminèrent.; Il faut se pénétrer de ceci.Aucune société ne saurait se passer de savapts et d\u2019érudits.Ce ne serait alors qu\u2019une association rudimentaire, un groupement de nomades, d\u2019hommes de bonne volonté, mais dont la puissance créatrice scra nulle ou inférieure.Quel arrêt malfaisant de toutes choses ! Quelle stagnation ! Au contraire un peuple, une nation, une race instruite, quelle force civilisatrice, quelle élite dirigeante et conquérante ! Ne l\u2019oublions jas mais, au Canada aussi bien qu\u2019ailleurs, la science doit compter ses fidèles, ses amis, ses martyrs.L\u2019humanité vit des découvertes des intelligences supérieures.Et nos amis les livres le sévent bien, eux qui durent leur existence à un génie laborieux, patient, doucement têtu, à Gutenberg le fondateur de l\u2019imprimerie.O ces belles et riches intelligences de savants enfermées le plus souvent dans un corps débile, disgracié, au tempérament bizarre, et qu\u2019accompagnent NOS AMIS LES LIVRES 625 des distractions trés hilarantes parfois ! C\u2019est la rançon du génie.Saluons donc très bas, à l\u2019occasion, ce modeste qui passe et nous effleure.sans nous voir ! Par sa science, c\u2019est un des bienfaiteurs de l\u2019humanité.Que les mamans me permettent ce conseil : lorsque leurs petits se penchent, les yeux agrandis, sur quelque livre de vulgarisation scientifique, sur la flore ou la faune d\u2019un pays, sur les merveilleuses expériences des sciences exactes et appliquées, et qu\u2019ensuite, relevant le front, les questions tombent pressantes de leur bouche mignonne, ah ! de grâce mères patientes et douces, réjouissez-vous, souriez, répondez sans vous lasser.Encouragez ce goût qui nait spontanément, ces premiers balbutiements peut-être d\u2019une vocation scientifique qui germe.Commentez la page et l\u2019image qui ont frappé le cerveau de l\u2019enfant.Quelle gloire de déclarer un jour à tous : Messieurs, cet homme que vous acclamez, dont vous bénissez les utiles travaux, c\u2019est à sa mère d\u2019abord qu\u2019il doit la réussite de ses efforts.J'ai dirigé, orienté cet esprit depuis qu\u2019il a l\u2019exercice de sa pensée.Non, vraiment, à moins d'être soi-même une ferñime exceptionnelle, \u2014 la Providence le permet plus souvent qu\u2019on ne le croit ! \u2014 à moins d\u2019être une Maria Agnesie, une Sophie Germain, une Caroline Herschel, une Madame Curie, ou une Sainte Thérèse, il n\u2019y a rien de plus enviable, de plus digne d\u2019éloge, de plus admirable que d\u2019être mère d\u2019un savant dont on a, la première, façonné l\u2019âme et la pensée.Voilà qu\u2019enfin les livres récréatifs apparaissent.Ils viennent À leur heure, à la place qu\u2019ils doivent occuper, et qui ne sera jamais la première.Mais que lirons-nous donc ?Que lirons-nous lorsqu\u2019une détente intellectuelle s'impose ?Vous souriez, vos lèvres forment aussitôt le mot de roman.Vous avez raison, c\u2019est vers le roman que nous allons, vers 626 L'ACTION FRANÇAISE les belles ou douloureuses histoires d\u2019amour, vers celles qui, gonflent le coeur et font réver un peu.Le roman !.je veux d\u2019abord m\u2019en expliquer avec vous et déclarer nettement ceci : le roman romanesque n\u2019est pas à encourager, ou du moins, doit être considéré avec indifférence, voire même un peu de dédain.Seuls, je le crois, les êtres très jeunes, ou puérils ou artificiels se plaisent aux récits de livres qui ont pour but de nous émouvoir sur des invraisemblances et des chimères.Ces livres, nous présentent-ils autre chose que des héros parés, vernissés, fortunés comme des princes héritiers, qui ont tous les talents, dont les aptitudes sont géniales, qui sont à la fois athlètes, savants, poètes, et si béatement amoureux.Et les héroines I.Tenez, je refuse de vous les dépeindre, ma plume s\u2019affole, les mots qu\u2019elle assemblerait, lui paraissent indignes des éblouissantes personnes que présentent les romanciers.Je vous le répète, toute cette fantasmagorie dorée du roman romanesque, je la repousse au-nom du bon goût et du bon sens.Mieux vaut le charmant conte de fées, le \u201cSi Peau d\u2019âne m'était conté\u2026 !\u201d Non,sau roman moderne nous demanderons autre chose, des aliments plus substantiels : quelques idées, des thèses religieuses ou sociales, des tableaux de la vie haute, que ce soit dans les campagnes soleilleuses, ou dans les villes enfumées.Que l'intrigue paraisse ensuite, que l\u2019amour, les conflits du coeur, la lutte entre la passion et un grand devoir vous émeuvent, ce sera tant mieux, ce sera dans la logique des pauvres vies humaines.L'amour, mais c\u2019est parfait d\u2019y songer, d\u2019y rêver un peu, d\u2019en méditer souvent.Et puis si nos émotions demeurent saines, qui donc pourrait s\u2019y opposer ?Aucune casuistique, je suis sûre.Lisons donc les romans qui parlent d\u2019amour, et\u2026 d\u2019autres choses aussi.Voyez-vous, il ne faut pas plus abuser du sentiment que.de lu morphine par exemple, I! faut vivre NOS AMIS LES LIVRES 627 et non dormir pour faire éclore les rêves.Vivre c\u2019est aimer sans doute, mais c\u2019est également travailler, lutter et se sacrifier.Je termine par quelques mots.Nos amis les livres ne nous tromperont pas.Les promesses qui nous ont été faites, seront tenues et\u2026 au-delà.Nous savons même que, suprêmement délicats, nos amis les livres nous laisseront puiser nos trésors où nous le désirons, où nos aptitudes intellectuelles et morales nous porteront.Choisissons bien ! Que nos amis les livres demeurent sans cesse des causes de joie, des motifs d\u2019apaisement, des éclaireurs, des flambeaux rayonnant d\u2019amour, de beauté, de vérité ! ; Marie-Claire DAVELUY AA Notre prochaine enquête.\u2014\u2014+ Avec les prochaines livraisons se terminera l\u2019enquête sur nos forces économiques.Cette entreprise s\u2019est révélée trop profitable pour que l\u2019Action française n\u2019ait pas déjà songé à en organiser une semblable pour l\u2019an prochain.Le sujet à traiter, Notre avenir politique, est de la plus grande importance.- DEP "]
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