L'union médicale du Canada, 1 juillet 1917, Juillet
[" l\u2019UNION MEDICALE DU CANADA Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, fondée en 1872. EE PUBLIÉE PAR MM.R.BOULET, M.A.LeSAGE, MM.L.de L.HARWOOD, J.E.DUBE, .A.MARIEN, Tout ce qui concerne la rédaction doit être adressé à M.le Dr A.LeSAGE, 46, Avenue Laval, Montréal.Rédacteur en chef Vol.XLVI ler JUILLET 1917 No 7 Etude médico-littéraire GUY DE MAUPASSANT PARALYTIQUE GENERAL (1) 1850-1893 Vous connaissez tous Alphonse Daudet ?.Il fut l\u2019esprit, la grâce même en littérature française qu\u2019il orna à la façon d\u2019une dentelle de Venise en bordure d\u2019un tissu de soie.Qui de vous n\u2019a pas lu au moins une de ses \u201clettres de mon moulin\u201d, qu\u2019il écrivit \u201cloin des brouillards de Paris, dans un coin de province, sur cette colline lumineuse où il se plaisait d\u2019entendre tour à tour, disait-il, des orphéons de mésanges, le fifre des pâtres et le rire des belles filles brunes disséminées dans les vignes.\u201d L\u2019endroit était mal choisi pour broyer du noir, cependant il écrivit, un jour, à une dame qui lui demandait des histoires gaies, la légende mélancolique de \u201cl\u2019homme à la cervelle d\u2019or.\u201d La voici en quelques mots: \u20141I1 était, une fois, dit-il, un homme qui avait une cervelle d\u2019or ; oui, madame, une cervelle toute en or.\u2014Lorsqu\u2019il vint au monde, son crâne était demesuré et sa tête si lourde que les médecins en furent alarmés.Mais \u201cil grandit comme un beau plant d\u2019olivier\u201d, néanmoins, il souffrait, car il se cognait à tous les meubles en marchant.(1) Conférence faite aux étudiants en médecine de 3ème et de 4ème année pour terminer la série des leçons sur \u201cLa paralysie générale progressive\u201d afin d'illustrer, par une observation médico-littéraire, l\u2019exposé didactique.A.L / 320 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Un jour, en tombant, il vint donner du front contre un marbre et son crâne résonna comme un lingot On le releva.On s\u2019aperçut qu\u2019il portait une légère blessure d\u2019où s\u2019échappaient.des gouttelettes d\u2019or, caillées dans ses clreveux : v\u2019enfant avait une cervelle d\u2019or! On en garda le secret; ie petit ne se douta de rien.A sa question \u201cpourquoi ne me laisse-t'on plus courir devant la porte\u201d, sa mère répondait : \u2014On vous volerait mon beau trésor.À dix-huit ans, on lui révéla le secret de son destin et on lui demanda un peu d\u2019or en retour des bons soins qu\u2019on lui avait donnés\u2014 Aussitôt, il s\u2019arracha du crâne un morceau d\u2019or massif, gros comme une noix, qu\u2019il déposa fièrement sur les genoux de sa mère.Puis, ivre de sa puissance, fou de désirs, il quitta le toit paternel pour aller par le monde gaspiller son trésor.Un: jour, effrayé de la brèche faite à son lingot, il s\u2019arrêta et s\u2019en alla vivre a l\u2019écart, du travail de ses mains.Mais un ami qui connaissait son secret et qui l\u2019avait suivi dans sa solitude lui en arracha, une nuit, pendant son sommeil en lui causant une effroyable douleur.Puis, ce fut la petite femme blonde, dont il devint amoureux et à qui il acheta des pompons, des plumes blanches et de jolis glands mordorés battant le long des bottines, qu\u2019il paya en bel or fin.Un matin elle mourrut, comme un oiseau.Il lui fit de belles funérailles.Le trésor touchait à sa fin.Un soir, à l'heure où les bazars s\u2019illuminent, il s\u2019arrêta devant une lar®e vitrine regardant deux bottines de satin bleu bordées de duvet de cygne.\u201cJe sais quelqu\u2019un a qui ces bottines feraient bien plaisir\u201d, se disait-il en souriant.Il avait oublié que sa femme était morte.Il entra.La marchande, de l'arrière boutique où elle se tenait, entendit un grand cri \u201celle accourut et recula de peur en voyant un homme debout accoté au comiptoir et la regardant douloureusement, d\u2019un air hébété.Il tenait d\u2019une main leg bottines bleues à bordure de cygne et présentait l\u2019autre toute sanglante, avec des raclures d\u2019or au bout des ongles, \u2014II y a de par le monde, ajoute-t-il en terminant, de pauvres gens qui sont condamnés à vivre de leur cerveau, et payent en bol or fin, avec leur moelle et leur substance, les moindres choses de la vie.C\u2019est pour eux une douleur de chaque jour et puis, quand ils sont las de souffrir.\u2014C\u2019est à cette légende que je songeais, MM.en rédigeant l\u2019obser- L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 321 vation de Maupassant, dont l\u2019oeuvre intéresse tout particulièrement le médecin.Si les lecteurs trouvent, en les tournant, un tel goût de vie, avec ses tristesses et ses sourires, aux pages de ses livres, c\u2019est qu\u2019à chacune d\u2019elles, nous le verrons, plus encore qu\u2019aux strophes de Mus- set, pend quelque goutte du sang de l\u2019écrivain.Nous y rechercherons donc, ensemble, les symptômes de la maladie qui l\u2019emporta, et nous nous demanderons quelle influence elle a pu exercer sur son génie littéraire.Une carrière aussi brillante, une oeuvre aussi.considérable, et souvent paradoxale, une fin si rapide et si misérable, dans une maison de santé, devaient tenter plus d\u2019un médecin parmi lesquels il y a tant de psychologues.Ils n\u2019y ont pas manqué.Quelques critiques ont affirmé que c\u2019est manquer au respect dû à la mémoire d\u2019un homme de génie, que d\u2019étudier sa vie physique! Je leur répondrai, avec un de ses meilleurs biographes, que \u201cles vies intellectuelles et physiques ne sont pas deux univers séparés, mais, au , contraire, harmonieusement mêlés et confondus\u201d ; que rien d\u2019humain ne nous est étranger, à nous médecins, et qu\u2019enfin la pensée inquiète cherche, seulement pour de nouvelles oeuvres et de nouveaux progrès, le mystère d\u2019un génie qui s\u2019effondre comme en pleine lumière.Le Château de Miromesnil où naquit Guy de Maupassant.1°\u2014Antécédents héréditaires : Maupassant naquit en Normandie le 5 août 1850 à deux pas de la mer, au château de Miromesnil.Père: son père, Gustave de Maupassant, menait une vie assez dissipée.Il recherchait beaucoup les succès mondains et se montrait fort - 322 L'UNION MÉDICALE DU CANADA empressé auprès des jolies femmes La vie commune entre lui et Laure Maupassant, sa femme, fut souvent traversée d\u2019orages ; elle devint bientôt inipossible.\u2018La séparation eut lieu à l'amiable par simple acte sur papier timbré en 1872.Mère: Mme de Maupassant fut, dit-on, une femme remarquablement intelligente et cultivée, et une mère admirable pour Maupassant, son fils.Mais elle souffrit toute sa vie de troubles nerveux dont nous ne pouvons pas déterminer la nature exacte.En 1872, âgée de 30 ans, elle écrit à Flaubert, un ami de la famille, le protecteur de Guy : .\u201cJe me sens effroyablement faible.Il y a des instants où ma tête est comme brisée et où je me demande positivement si je rêve.Cette impression est courte, mais pénible.C\u2019est une véritable détresse.\u201d Mme de Maupassant souffrait de migraines ; elle avait des troubles visuels et elle usait d\u2019éther et de chloral pour calmer ses douleurs.Le professeur Potain, mon illustre maître, qu\u2019elle consulta en 1880, déclare qu\u2019elle est affectée d\u2019un rhumatisme nerveux qui menace la moëlle épinière et peut amener la paralysie.En maintes circonstances Mme de Maupassant fit preuve d\u2019une émotivité exagérée.Voici quelques faits relatés dans une lettre de son mari à Flaubert : \u2014\u201cMme de Maupassant est arrivée à un tel paroxysme de fureur, qu\u2019à la moindre chose elle a des attaques terribles qu\u2019il est impossible de cacher à l\u2019enfant (Hervé) et qui lui font un mal énorme.Depuis huit jours sa tête déménageait et elle était inabordable, elle traitait ma belle-fille comme la dernière des femmes, elle trai- nait sa famille dans la boue, bref, samedi, dans une attaque, elle chassait sa femme de chambre.Celle-ci descendit pour lui dire adieu: dans l\u2019intervalle Mme Maupassant avait avalé deux flacons de laudanum.Elle était anéantie.\u2018On: courut chercher le médecin.Quand elle revint à elle, sa fureur ne connut plus de bornes.Elle se deva, bouscula ma fille et se sauva dans la rue.Elle fut ramenée et couchée.Mme Maupassant avait profité de ces quelques minutes pour s\u2019étrangler avec ses cheveux.Il a fallu les couper.Alors elle a eu des étouffements, des convulsions terribles.Elle demande qu\u2019on la soigne dans une maison de santé\u201d.(Lombroso).\u2014Son frère :\u2014Hiervé, est mort a 34 ans dans une maison de santé : au cours d\u2019une paralysie générale.Grand-père \u2014 se ruina dans des opérations extravagantes.\u2014Donc, au point de vue de l\u2019hérédité, Guy de Maupassant apporta e L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA.323 à sa naissance un état constitutionnel prédisposé aux affections du système nerveux.\u2014Antécédents personnels : Guy de Maupassant passa son enfance à courir sur les plages et les falaises.À treize ans, il entre au séminaire d\u2019Yvetot, mais il ne semble pas se conformer de bonne griee aux régiements de la maison.Sa mère est déjà inquiète sur son compte à cause de ses notions précoces sur les origines de la vie!.\u2014\u201cLe pauvre garçon\u2014écrit-elle\u2014a vu et compris bien des choses ; il est presque trop mûri pour ses quinze ans.\u201d Elle fut obligée de le retirer de cette maison religieuse \u201cparce qu\u2019on avait refusé à son fils une dispense de maigre exigée par le médecin.\u201d À cette époque, dit-on, Maupassant souffrait d\u2019un affaiblissement nerveux qui demande un régime très tonique.Lombroso affinme que le petit être était déjà observateur, rusé, areligieux.Il fut renvoyé du séminaire et mis au lycée de Rouen où il compléta ses études.À sa sortie du lycée, 11 s\u2019engagea dans l\u2019armée, car c\u2019était l\u2019_époque de la guerre franco-prussienne.II ne s\u2019éloigna guère de la Norman- die.Il entendit parler du few sans en subir les atteintes.Il échangea plutôt des coups avec les volontaires de sa Majesté l\u2019Amour, et il ne conserva de sa campagne que des souvenirs scabreux dont 1l allait subir peu à peu les atteintes mortelles, et le mépris de toutes les guerres, même les \u201cguerres en dentelle\u201d dont d\u2019Esparbès devait, plus tard, devenir l\u2019historien inimitable.\u2014En 1871, Maupassant vint à Paris où il entra comme employé au ministère de la marine.En ce temps-là, comme aujourd\u2019hui, le \u201crond de Cuir\u201d était un placement de tout repos pour les talents qui germent ou qui ont peur de mourir avant que d\u2019éclore ; et pour les autres, ceux qui ont poussé dans \u201cle vase où meurt cette verveine\u201d, et qui ont abandonné d\u2019espoir des grasses prébandes entrevues dans leur rêve de somnambule.Au bout de 10 ans, il en sortit triomphalement après le succès de sa nouvelle: \u201cBoule de suif\u201d.\u2014Tous ses amis, à cette époque, célèbrent à l\u2019envie son aspect robuste et sa bonne santé.| \u201cDe taille moyenne, écrit de Hérédia, a la carrure athlétique, il était d'esprit vigoureux et sain.Je crus voir un de ces beaux étalons qui foulent «l\u2019un sabot solide l\u2019herbage normand.\u201d \u201cCelui-là, écrivait Zola, je l'aime, car c\u2019est un mâle\u201d, 324 L'UNION MEDICALE DU CANADA \u201cSolide comme un roc, a écrit Edouard Rod, sanguin, vigoureux comme une homme des temps anciens, lutteur, il jouit d\u2019une renommée de don Juan qui fut justifiée.On raconte quelques anecdotes étonnantes, et certes il est le héros de plus d\u2019une de ses nouvelles.\u201d (1883).Parlant de son teint rustique fouetté par les brises, Henry Roujon nous dit \u201cqu\u2019il buvait sec, mangeait comme quatre et dormait d'un somme ; le reste à l\u2019avenant.\u201d GUY DE MAUPASSANT Au début de sa carrière Ajoutons, qu\u2019à cette date, la spécificité n\u2019était pas douteuse : la syphilis germait dans ses veines, Max Nordau est moins enthousiaste.\u201cC\u2019est le front bas, dit-il, l\u2019arcade sourcilière saillante, le nez court et épais, la moustache brouis- sailleuse, la bouche vulgaire, brutalement sensuelle, l\u2019ensemble de la physionomie d\u2019un sous-officier partant le dimanche à la recherche des conquêtes faciles, qui m\u2019impressionna presque la seule fois que je vis Maupassant\u201d. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA.325 LES CAUSES PREDISPOSANTES Déjà, à cette époque, ses amis le voyaient avec surprise terrassé pendant de longues journées par de terribles migraines.Maupassant disparaissait alors et s\u2019enfermait dans l'obscurité avec des anesthésiques.Il souffrait d'arthritisme, dont la manifestation la plus évidente était sa grande sensibilité au froid (cryesthésie.) \u201cIl était frileux, écrit Pierre Giffard; pour un homme qui vivait sur l\u2019eau, le torse à demi-nu, c\u2019était incompréhensible.\u201d En effet, Maupassant à toujours aimé la Seine où il canotait, en compagnie de Mime Mouche, presque chaque jour.I] se plaignait fréquemment de battements de coeur, que le sang circulait mal.Il fit des cures assidues dans les stations balnéaires fréquentées par les rhumatisants.Malgré tout, il menait la plus joyeuse vie du monde, goûtant à tous les plaisirs avec ardeur: excès de boissons, excès de table, excès génitaux considérables et ice avec \u201cdes adversaires conscients et libres\u201d, selon l\u2019expression pittoresque de [Lombroso.Ajoutez à cela l\u2019abus des stupéfiants pour calmer ses migraines: \u2014\u201cI1 buvait de l\u2019ether, dit le Dr Henriot, de la cocaïne, du haschisch et de la morphine.\u201d \u2014\u201c Plus tard, écrit le Dr Maurice de Fleury, il se servit de l\u2019ether pour faciliter son travail, et il s\u2019est livré longtemps à l\u2019abus des excitants artificiels \u2018de la pensée.\u201d Cependant, on a écrit que de 20 à 30 ans, ce fut la période heureuse de sa vie.Gistucci ajoute dans son livre que \u201cmalgré ses superbes manifestations d\u2019activité physique, Maupassant avait toujours connu des crises de vigueur et d\u2019abattement, de force apparente et de faiblesse secrète, comme s\u2019il couvait un mal mystérieux.\u201d A 30 ans, il apparaissait déjà à son ami comme \u2018un homme puissamment détraqué par la maladie.\u201d \u2014 Vers 1880, nous pouvons fixer ainsi la personnalité de Maupassant: aspect physique excellent cachant des migraines violentes et des troubles nerveux ; un caractère gai, mais par explosions sur un fond de tares psychiques.Sur ce terrain prédisposé vinrent agir les excès vénériens et alcooliques, l\u2019abus des stupéfiants et enfin la spécificité. 326 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Notre hêros brûle les étapes.A ce moment, tel que nous avons fixé, Maupassant entre dans la période productive de sa vie.De 1880 & 1890, il publie presque tous ses livres à raison de trois volumes par an.Il vécut à Paris, célèbre, fêté, recherché.: \u2014Si on étudie cette oeuvre, elle apparaît d\u2019abord comme remarquablement robuste et saine.Les tableaux sont clairs et ensoleillés ; les héros, paysans, marins, employés, hommes du monde, sont tout d\u2019une pièce et regardent franchement la vie, le sourire moqueur aux lèvres et l\u2019oeil allumé ; les femmes sont jolies et amoureuses ; la mer est presque toujours bleue.Mais a la seruter davantage, notre sérénité se trouble, certaines \u201cnouvelles\u201d nous inquiètent, elles nous frappent comme de véritables explosions d\u2019un esprit obsédé, poursuivi par une idée fixe, et nous en gardons une impression de tristesse et de douleu- reuse mélancolie.C\u2019est là qu\u2019il faut aller chercher les prodromes du mal qui germe.LES PRODROMES : \u2014 TROUBLES PSYCHIQUES 1° La tristesse: on la rencontre partout dans ses livres.Tantot ælle s\u2019exprime avec douceur et philosophie à propos d\u2019une scène pittoresque : .\u2026.\u201cJ\u2019ai un peu de fièvre depuis quelques jours, écrit-il, je me sens souffrant ou plutôt je me sens triste.\u201cD\u2019où vinrent ces influences mystérieuses qui changent en découragement notre bonheur et notre confiance en détresse?On dirait que l\u2019air, l\u2019air invisible est plein d\u2019inconnaissables puissances dont nous subissons les voisinages mystérieux.Je m\u2019éveille plein de gaité, avec des envies de chanter dans la gorge\u2014 Pourquoi?Je descends le long de l\u2019eau ; et soudain, après une courte promenade, je rentre désolé comme si quelque malheur m\u2019attendait chez moi.Pourquoi?.Est- ce la forme des nuages, ou la couleur du jour, la couleur des choses, si variables, qui, passant par mes yeux, à troublé ma pensée ?sait-on ?Tout ce qui nous entoure, tout ce que nous voyons sans le regarder, tout ce que nous frôlons sans le connaître, tout ce que nous touchons sans le palper, tout ce que nous rencontrons sans le distinguer a sur nous, sur nos organes et, par eux, sur nos idées, sur notre coeur lui-même, des effets rapides surprenants et inexplicables.\u201cComme il est profond ce mystère de l\u2019Irrésistible! nous ne le pouvons sonder avec nos sens misérables, avec nos yeux qui ne savent apercevoir ni le trop petit, ni le trop grand, ni le trop près, ni le trop loin, ni les habitants d\u2019une étoile, ni les habitants d\u2019une goutte d\u2019eau\u2026 . L'UNION MÉDICALE DU CANADA 397 avec nos oreilles qui nous trompent, car elles nous transmettent les vibrations de l\u2019air en notes sonores.Elles sont des fils qui font ce miracle de changer en bruit ce mouvement et par cette métamorphose, donnent naissance à la musique, qui rend chantante l\u2019agitation muette de la nature.avec notre odorat, plus faible que celui du chien.\u201cAh! si nous avions d\u2019autres organes qui accompliraient en notre faveur d\u2019autres miracles, que de choses nous pourrions découvrir encore autour de nous.\u201d (1) \u2014 Il est triste, lorsqu\u2019il écrit à sa mère des lettres désespérées comme celle-ci : \u201cJe me trouve si perdu, si isolé, si démoralisé, que je suis obligé de venir te demander quelques bonnes pages.J\u2019éprouve des moments de détresse si complets que je ne sais plus à qui me jeter.\u201d.\u2014\u201cJe ne tiens pas plus à moi qu\u2019aux autres, écrit-il, ailleurs.Tout se divise en ennui, farce et misère.Je prends tout avec indifférence.Je passe les deux tiers de mon temps à m\u2019ennuyer profondément.J\u2019occupe le troisième tiers à écrire des lignes que je vends le plus cher possible, en me désolant de faire ce métier abominable.Je n\u2019ai pas une espérance qui me fasse sourire.\u201d \u2014Et ailleurs:.\u201cDes hommes, a-t-il écrit, parcourant d\u2019un éclair de pensée le cercle étroit des satisfactions possibles, demeurent atterrés devant le néant du bonheur, la monotonie et la pauvreté des joies terrestres.Dès qu\u2019ils touchent à 30 ans, tout est fini pour eux.Qui attendraient- ils?Rien ne les distrait plus; ils ont fait le tour de nos maigres plai- 2, sirs.\u201d.\u2014En 1881, en pleine aurore de célébrité, il laisse échapper cet aveu : \u201cJ'ai froid plus encore de la solitude de la vie que de la solitude de la maison\u201d.\u2014On a pu dire de son oeuvre qu\u2019il se dégage une impression de tristesse morne telle que jamais aucun écrivain, en commençant par \u201cLe livre de Jol\u2019 en finissant par Schopenhauer ou Léopardi n\u2019est parvenu à produire, \u2014 Maurice Talmeyer, causant avec lui, est frappé par la tristessse profonde et douloureuse de ses yeux.\u201cD\u2019un bleu mélancolique et vague, congestionnés au point d\u2019en être sanguinolents, avec une expression de sensibilité maladive, quelque chose de désespéré et pourtant de souriant, ils avaient dans ce visage carré et hâlé, baré d\u2019une moustache, on ne sait quoi d\u2019extraordinaire.C\u2019était la désespérance d\u2019Ossian dans la face du berger Guillot.\u201d (1) Le pessimisme de Maupassant, Lyon 1904. 328 L'UNION MÉDICALE DU CANADA \u2014 Mais, me direz-vous, cette tristesse n'était-il pas l\u2019enfant naturelle d\u2019une philosophie toute négative ?Sans doute, Maupassant fut toute sa vie un pessimiste incrédule.Selon lui, il n\u2019y a rien, ni pensée, ni jeunesse ; le travail est vain, l\u2019espoir chimérique, l\u2019amour est la seule certitude.Et pourtant il proclame ouvertement son profond mépris pour la femme.\u201cLa femme, écrit-il, je l\u2019ai toujours haïe, méprisée, exécrée, parce qu\u2019elle est perfide, immonde, bestiale, impure ; elle est la femme de perdition, l\u2019animal sensuel et faux chez qui \u2019dme n\u2019est point, chez qui la pensée ne circule pas.\u201d \u2014 Tout s'écroule, écrit-il encore: Il n\u2019y a'pas d\u2019hommes honnêtes ou bien Ils ne le sont que relativement aux crapules.Plus on est haut, plus on est (ou devient) imbécile.\u201d \u2014A peine âgé de 25 ans, il écrivait ce qui suit à sa mère: \u201cTI me vient par moment des perceptions si nettes de l\u2019inutilité de tout.et du vide de d\u2019avenir.\u2014Mais le mal accentuera davantage cette tendance native, et cette mélancolie revêt le caractère d\u2019un signe prodromique par son accentuation et sa fixité.Nous en \u2018avons donné des preuves suffisantes.2° \u2014Les obsessions : apparaissent aussi à cette époque.Tout le pessimisme de Maupassant reposait sur l\u2019idée de la mort.\u2014\u201cTout est inutile puisque tout finit, disait-il.\u201d \u2014\u201cJai vraiment, d\u2019une façon aiguë, la notion de l\u2019impuissance humaine.\u201d Cette idée obsédante explique toutes les pages du désespoir de l\u2019oeuvre de Maupassant.Dans un de ses comptes \u201cla tombe\u201d il s\u2019apitoie sur la mort de son héroïne.\u201cJamais nulle part cet être n\u2019existera plus.Elle pensait.Elle souriait.it son corps frais et chaud, si doux, si blanc, si beau.en pourriture dans le fond d\u2019une tombe sous la terre.\u2014Cette obsession le poursuit sans cesse et elle se doublait de l\u2019obsession de soi-même.(b) L\u2019obsession de soi-même faisait souvent l\u2019objet de ses conversations, de ses plaintes, car il se plaignait souvent de cette faculté d\u2019a- naylse qui caractérise l\u2019homme de lettres.\u201cN\u2019enviez pas l\u2019écrivain, disait-il, il semble avoir deux âmes : l\u2019une qui note, explique, commente chaque sensation de sa voisine ; l\u2019autre, l\u2019âme naturelle, commune a tous les hommes; et il vit condamné à être toujours, en toute occasion, un reflet de lui-même et un rerlet des autres, condamné à se regarder, sentir, agir, aimer, penser, souf- L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA.frir, et à ne jamais souffrir, penser, aimer, sentir comme tout le monde, bonnement, franchement, simplement, sans s\u2019analyser soi-même après chaque joie, après chaque sanglot.\u201d.\u2026.M.de Heredia raconta plus tard que Maupassant lui détailla l\u2019obsession constante, odieuse ide cet autre soi-même qui assiste a tous vos actes, à toutes vos pensées et qui vous souffle à l\u2019oreille: \u2018\u201cjouis de la vie: bois, mange, dors, aime, travaille, voyage, regarde, admire.À quoi bon?Tu mourras.\u201d \u2014Ce petit fait est intéressant à noter.Nous le verrons plus tard apparaître déguisé sous la forme d\u2019une hallucination autoscopique, car du souvenir à l\u2019obsession, de l\u2019obsession à l\u2019hallucination il n\u2019y a que des différences de degrés.(c) La peur: se greffa naturellement sur l\u2019idée obsédante de la mort.\u201cla peur, écrit-rl, (1) c\u2019est quelque chose d\u2019effroyable, une sensation atroce, comme une décomposition de l\u2019âme, un spasme affreux de la pensée et du coeur dont le souvenir seul donne des frissons d\u2019angoisse.\u201d \u2014Et ailleurs dans \u201cune Apparition\u201d.\u201cpersonne ne peut les comprendre avant de les avoir ressenties, ces épouvantables et stupides terreurs.L?\u2019âme se fond: on ne sent plus son coeur, le corps en- \u20ac tier devient mou comme une éponge ; on dirait que tout l\u2019intérieur de nous s\u2019écroule.\u201d \u2014Ft que d\u2019autres faits je pourrais rapporter et qui prendront plus tard les formes plus accentuées de l\u2019hallucination.(d) Le mutisme: apparaît fréquemment comme une obsession; tour à tour, il vante et maudit la solitude : \u201cQuant à moi, disait-il avec orgueil, j'ai fermé mon âme.Je ne dis plus à personne ce que je pense et ce que j'aime.Me sachant condamné à l\u2019horrible solitude, je regarde les choses sans jamais émettre mon avis.J'ai des phrases banales pour répondre aux interrogatoires de chaque jour et un sourire qui dit oui quand je ne veux même pas prendre la peine de parler.J\u2019ai toujours été un solitaire, un rêveur; J'ai vécu seul, sans cesse, par suite d\u2019une sorte de gêne qu\u2019imprime en moi la présence des autres.Je sens entrer en moi l\u2019ivresse d\u2019êtr: seul.écrit-il d\u2019autre part.Quinze jours sans parler.quelle joie!\u201d\u2019.(e) Et amour, ce sentiment profond de l\u2019âme qui élève les êtres qui en comprennent la force et la beauté, que devient-il chez lui?Une autre obsession.Il y a chez Maupassant, à cette époque, l\u2019inquiétu- (Q) Le Horla, p.5-6.\u20141903. 330 L'UNION MÉDICALE DU CANADA de perpétuelle, absorbante de la femme, la poussée irrésistible de l\u2019instinct sexuel dans ce qu\u2019il y a de plus primitif et de plus général.Le désir, qui se renouvelle sans cesse, n\u2019a d\u2019intérêt que son assouvissement régulier.Aussi ses descriptions sont-elles d\u2019un réalisme vraiment pathologique.En voici une: elle est empruntée à \u201cMarocca\u201d.\u201cLes seins étranges, écrit-il, allongés et droits, aigus comme des poires de chair, élastiques comme s\u2019ils eussent renfermé des ressorts d'acier, donnaient à son corps quelque chose d\u2019animal, fasiaient d'elle une sorte d\u2019être inférieur et magnifique\u201d ete.© \u201cIl est des moments, écrit-il, ou j'ai envie de crier de plaisir avec les chouettes, de courir sur les toits comme un chat et un impétueux, un invincible désir d\u2019aimer s\u2019allume dans mes veines.\u201d \u2014\u201cEn morale, écrit Roujon, Maupassant aimait à inspirer l\u2019indignation.Il affectait l\u2019éthique d\u2019un apache contempteur de tout, ne croyant à rien.Mais derrière cette carcasse de carnaval se cachait un excellent coeur\u201d.\u2014 C\u2019est ici le moment de parler d\u2019un cas d\u2019inversion génitale dont on trouve un bel exemple dans sa nouvelle \u201cun cag de divorce\u201d.\u2014\u201cJ\u2019aime les fleurs, dit-il, non point comme des fleurs, mai: comme des êtres matériels et délicieux.Je passe mes jours et mes nuits dans les serres où je les cache, comme les femmes des harems.Qui connaît, hors moi, la douceur, l\u2019affollement, l\u2019extase frémissante, charnelle, idéale, surhumaine de ces tendresses et de ces baisers sur la chair rose, sur la chair rouge, sur la chair blanche, si miraculeusement différente, délicate, rare, fine, onctueuse des admirables fleurs.J'ai parfois pour une d\u2019elles une passion qui dure autant que son existence.On l\u2019enlève alors de la galerie commune et on l\u2019enferme dans un mignon cabinet de verre, où murmure un \u2018fil d\u2019eau contre ur lit de gazon tropical.Et je reste près d\u2019elle, ardent, fièvreux et tourmenté, sachant sa mort si proche et la regardant se faner, tandis que je la pos- sede, que je l\u2019aspire, que je la bois, que je cueille sa courte vie d\u2019une inexprimable caresse\u201d ; \u2014Cle tableau ne manque pas de grâce, mais il est brossé par un déséquilibré.Malgré ces obsessions, les yeux sombres de Maupassant s\u2019illuminaient parfois, il redevenait soudain, au contact de d\u2019amitié sincère, le joyeux compagnon d\u2019autrefois.Mais ces heureux moments devenaient de plus en plus rares.Balloté du plaisir à la douleur, de l\u2019obsession sensuelle à l\u2019obsession intellectuelle, il passait tour à tour de l\u2019optimisme le plus exhubérant au pessimisme le plus sombre. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 331 Cette dualité qui faisait se succéder pour lui les heures gaies et les heures tristes cadre bien avec le caractére changeant, inégal, égoiste du paralytique général.Ajoutez à ces troubles psychiques son activité intellectuelle fébrile, ses propos inconvenents devant ses hôtes à la campagne : juges, avocats, dames et jeunes filles de bonne compagnie, et vous serez en mesure d\u2019affirmer que se sont bien là les prodromes psychiques de tout premier ordre dans de la paralysie générale.IT TROUBLES SOMATIQU'ES : 1° Ce sont d\u2019abord des troubles de l\u2019estomac qui s\u2019accentuent vers 1883, pour lesquels il retourne à Chatel Guyon chaque année.Il ne prenait ni potage, ni roti et buvait seulement du thé.La constance et la modération relative des symptômes, la forme et l\u2019inefficacité des traitements ordonnés permettent de supposer qu\u2019il s'agissait là d\u2019une de ces gastrites chroniques dans la pathogénie desquelles le système nerveux joue un rôle important.Le coeur :\u2014Il se plaint beaucoup de son coeur, et il en parle fréquemment dans ses lettres.Les yeux \u2014le font beaucoup souffrir à cette époque.\u201cMes yeux ne vont pas du tout, écrivait-il en 1884 et plus tard, en 1886, dans une lettre a sa mere, il s\u2019exprime ainsi: \u201cPardonne-moi de t\u2019écrire si peu, je n\u2019y vois plus tant j'ai fatigué mes yeux.Il faut qu\u2019ils se reposent absolument.\u201d A ce moment il se plaint déja de strabisme divergeant ressenti une premiere fois a Cannes en écrivant son livre retentissant \u201cBel Ami\u201d.Ce trouble ne fera que s\u2019accentuer.La vision binoculaire deviendra impossible.Déjà, à cette date, le Dr Landolt nous raconte que Maupassant se plaignait d\u2019un embarras de la parole survenant parfois avec des troubles oculaires, \u201csous l\u2019influence du trouble digestif\u201d, disait-il.Puis, une autre fois, il se plaint d\u2019amnésie.Il avait des troubles de la réaction pupillaire et de l\u2019accomodation de l'oeil gauche.Cette paralysie, inconstante et variable au début, tendit à s\u2019établir chroniquement par la suite, et la gêne visuelle \u2014selon Landolt\u2014résultait de \u201c\u2018l\u2019impossibilité d\u2019accorder les deux yeux pout le travail binoculaire.\u201d La migraine .\u2014vers la même date, 1886 ou 1888, apparaît cette migraine dont il semble avoir souffert depuis longtemps, mais qui devient rapidement plus tenace.Elle semble occuper tout le territoire du trijumeau.Partout, dans ses voyages, il se plaint de ses migrai- 332 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA nes qui l\u2019empêchent de dormir et de travailler.\u201cDès que j'ai écrit dix lignes, je ne sais plus du tout ce que je fais, ma pensée fuit comme l\u2019eau d\u2019une écumoire.\u2019 Nous savons qu\u2019il en souffrit dans sa jeunesse.Sa propriétaire nous parle de ses migraines qui le prenaient subitement et qui le for- caient à se coucher toute la journée.Gistucci, son ami, nous raconte qu\u2019il fut surpris de le trouver, un jour, \u201ccouché de tout son long sur son lit, la face pâle, la tête enveloppée \u2018de linges et les yeux clos.\u201d \u2014\u201cCe n\u2019est rien, murmura-t-il, c\u2019est la migraine\u201d, Son fidèle valet de chambre nous raconte que son maître\u2014plus tard\u2014\u201ca eu la migraine et qu\u2019il a les yeux rouges.C\u2019est à peine s\u2019il prend un peu d\u2019éther et d\u2019antipyrine pour ses grands maux de tête.\u201d Laissons parler Maupassant lui-même, dans sa nouvelle (sur l'Eau).la migraine, l\u2019horrible mal, la migraine qui torture comme aucun supplice ne l\u2019a pu faire, qui broie la tête, rend fou, égare les idées et disperse la mémoire m\u2019avait saisi et je dus m\u2019étendre dans ma couchette, un flacon: d\u2019éther sous les narines.Pendant dix heures je dus endurer ce supplice contre lequel il n\u2019est point de remède et le lendemain, alerte comme après une convalescence, je partis pour St-Raphaël.\u201d Il est nécessaire d\u2019insister sur cette céphalée nocturne qui est liée très étroitement avec les troubles des yeux.Des ce moment il a du scotôme scintillant, cebte sorte d\u2019atmosphère en mouvement circonscrite par des lignes brisées et colorées.Ces troubles paralytiques s\u2019accompagnaient parfois de rougeurs de la face entière, voire même de la conjontive.Mais le mal qui germait en Maupassant allait bientôt accentuer les habitudes maladives de cette intelligence qui sombrait rapidement.La période d\u2019état s\u2019annonce.Tous les troubles psychiques et s0- matiques que nous venons de signaler s'imposent à l\u2019attention de tous ceux qui l\u2019approchent.Amnésie: c\u2019est d\u2019abord la mémoire.Il se plaint d\u2019oublier les faits, les mots, les personnes.Il ne peut plus écrire dix lignes sans souffrir d\u2019amnésie.Puis le délire ambitieux apparaît.Avec l\u2019année 1888, commence, en effet, une série de procès qui se poursuivra jusqu\u2019en 1890 et 1891.C\u2019est le directeur du Figaro, à qui Maupassant intente un procès pour des coupures faites sans son autorisation dans un article auquel il attachait, disait-il, une grande importance \u201ccar cette étude exprime L'UNION MÉDICALE DU CANADA 333 ce que je pense sur le roman et répond à des critiques qui m\u2019ont souvent été adressées,\u201d | En 1890, il intente un procès à l\u2019éditeur Charpentier parce que ce dernier avait publié son portrait sans son autorisation.\u2014\u201cVotre procédé est inqualifiable et inexplicable.\u201d \u2014\u201cJ\u2019ai refusé le même privilège au \u201cMonde illustré\u201d, à \u201cl\u2019Illustration\u201d.\u2014.\u201cJe vous préviens que je réclame d\u2019abord l\u2019enlèvement de cette eau forte du Champ-de-Mars ensuite sa destruction.Vers la même époque il assigne devant le tribunal son ami l\u2019éditeur Havard parce qu\u2019il n\u2019a pas imprimé assez tôt une nouvelle édition de \u201cla Maison Tellier.\u201d \u2014Nous le voyons, Maupassant exagère.Un jour, dans les bureaux du \u201cGil blas\u201d, où il se présente, il attire l\u2019attention de ses amis par son aspect.C\u2019est Maurice Talmeyer qui raconte l\u2019incident : \u201cNous étions à causer, dit-il, quand un pauvre être étique et ri- daillé, un vrai squelette flottant dans des vêtements d\u2019une élégance outrée, avec gilet de satin et gros diamant à la chemise entre d\u2019un pas mal assuré.Il regarde un instant autour de lui.puis passe au guichet où on lui remet un billet de banque qu\u2019il nous montra aussitôt avec ostentation, l\u2019élevant en J\u2019air et nous disant : \u201cMM.c\u2019est un billet de 500 francs.oui messieurs, 500 francs pour un article.\u201cLe montant était exagéré.\u201cPuis il sortit d\u2019un pas hésitant comme s\u2019il ne savait pas exactement où mettre le pied.\u201d Il se faisait appeler M.le Marquis et mettait ses armes au fond de son chapeau.Une autre fois, il parlait d\u2019une visite faite par lui à l\u2019amiral Du- perré sur l\u2019escadre de la Méditerrannée, et d\u2019un nombre de coups de canons à la mélinite tirés en son honneur et pour son plaisir, coups de canon allant à des centaines de mille francs.Or, à quelque temps de là, l\u2019amiral Duperré disait à son interlocuteur qu\u2019il n\u2019avait pas vu Maupassant.Vers le même temps il intente un procès à un auteur américain qu\u2019il accuse de plagiat.\u201cJ\u2019accuse en même tenrps de vol et de faux, et peut-être de deux faux, et alors il faudrait augmenter l\u2019amende et demander la prison.\u201d \u2014Le délire hypocondriaque n\u2019est pas moins évident à cette époque L'UNION MÉDICALE DU CANADA Il se préoccupe constamment de son estomac, de ses yeux, de son coeur, de ses douleurs à la tête et aux jambes.\u201cJe suis tellement malade que j'ai peur d\u2019être mort dans quelques jours.\u201d \u2014\u201cIl y a des jours où je me sens fini, aveugle, le cerveau usé et vivant encore.je n\u2019ai pas une idée qui se suit, j'oublie les mots, les noms de tout, et mes hallucinations m\u2019obsèdent.Au poète de Hérédia, il dit adieu.\u201cqu\u2019il est mourant, qu\u2019il sera mort dans deux jours.qu\u2019il est entré dans la vie littéraire comme un météore et qu\u2019il en sortirait comme un coup de foudre.\u201d Ce délire devient brutal, absurbe: il touche à la démence.Au poëte Dorchain, dans une place d\u2019eaux, il dit un jour qu\u2019il avait été chassé de Divonne par \u201cune inondation du lac Léman qui avait envahi sa chambre, et par l\u2019entêtement du médecin qui avait refusé de lui administrer la douche la plus froide, celle qu\u2019on n\u2019administre qu\u2019aux forts\u201d.son excitation était extrême.\u2014\u201cVoyez ce parapluie, disait-il, il ne se trouve qu\u2019à un seul endroit par moi découvert et j'en ai fait déjà acheter plus de 300 pareils dans l\u2019entourage de la princesse Louise\u201d.Ou encore: \u201cavec cette canne, je me suis défendu un jour par devant contre trois souteneurs et trois chiens enragés par derrière.\u201d Le lendemain de son arrivée, dit le poëte Dorchain, il me glissait à loreille la confidence d\u2019un exploit amoureux avec une belle Ge- nevoise en donnant des détails sur ses forces revenues.I] se donnait fréquemment des symphonies d\u2019odeur, et il nous montrait sur sa table une rangée de flacons à parfum.Mais bientôt toutes ces obsessions deviennent des hallucinations, qui revêtent, chez Maupassant, le caractère antoscopique.Le premier témoignage nous est apporté par le Dr Sollier dans son livre: Les phénomènes d\u2019autoscopie.Voici ce qu\u2019il dit en parlant de Maupassant : .\u201cétant à sa table de travail dans son cabinet, où son domestique avait ordre de ne jamais entrer pendant qu\u2019il écrivait, il sembla à Maupassant entendre sa porte s\u2019ouvrir; il se retourna et ne fut pas peu surpris de voir entrer sa propre personne qui vient s'asseoir en face de lui la tête dans la main, et se mit à dicter tout ce qu\u2019il écrivait.Quand il eut fini et se leva, l\u2019hallucination disparut.\u201d A Paul Bourget, il raconta \u201cqu\u2019en rentrant chez lui le soir, il voyait son double assis au coin du feu.\u201d C\u2019est dans l\u2019étude spéciale d\u2019un conte, \u201cLe Horla\u2019, qu\u2019on en trouve les plus beaux exemples. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 335 Dans ce conte, il veut soutenir la thèse : qu\u2019un être inconnu est en train de détruire l\u2019homme et de prendre sa place.Tous les themes habituels dont joue Maupassant sont réunis et exposés les uns après les autres avec une gradation parfaite: \u2018cauchemars, vertiges, obsessions, Impulsions, angoisse et peur, hallucinations.Tel est le cadre dans lequel il place cet être futur qui viendra et tuera l\u2019homme \u201ccomme le vautour a tué la colombe et l\u2019homme le lion.\u201d On a prétendu que ce conte n\u2019était pas de Maupassant mais de Porto-Riche, qui lui en avait donné l\u2019idée.Possible, mais c\u2019est Maupassant qui le développa avec son intelligence maladive et affaiblie.C\u2019est Bourget, je pense, qui a écrit que \u201cLe Horla\u201d était la plainte angoissante et épouvantable du délirant qui souffre.\u2014L'agueusie est une autre forme de l\u2019hallucination.Voici un fait rapporté par Lombroso.Une nuit que l\u2019écrivain sortait du cercle, il vit tomber à ses pieds, du sommet d\u2019une haute voiture, un charretier.Il fit conduire le malheureux à l\u2019hôpital où il mourut en arrivant.Au médecin, qui était son ami, il demanda un morceau de ce cadavre qu\u2019il porta à son cuisinier.Il le fit apprêter et le mangea pour se payer une curiosité d\u2019anthropophage.Il exprima l\u2019opinion que la viande humaine est insipide au palais et qu\u2019elle a une saveur de veau fade.Il eut aussi des hallucinations de l\u2019oute.Pendant l\u2019année 1890, Maupassant se plaint du bruit qu\u2019on fait autour de lui et qui \u201cl\u2019empêche de dormir et même de travailler.\u201d Il intente un procès à son propriétaire qu\u2019il croit allié avec le boulanger qui demeure à côté.On dut résilier le bail.Il se croit persécuté.Il accuse son valet de chambre de se substituer à lui au journal \u201cle Figaro\u201d et il veut le congédier.Il l\u2019accuse aussi de lui avoir volé 6000 francs, qui deviennent 60,000 francs quelques jours après.Il se croit en butte à des perséeu- tions de médecins qui l\u2019attendent dans le corridor de la maison de santé qu\u2019il habite, pour lui injecter de la morphine dont les gouttelettes lui font des trous dans le cerveau.Il eut aussi des hallucinations de la vue.Ici, c\u2019est un fantôme qu\u2019il aperçoit sur la route d\u2019un cimetière, là, c\u2019est une aurore boréale des plus imposantes qu\u2019il contemple à côté de son fidèle valet de chambre François\u2014\u201cJamais, dit-il, je n\u2019ai vu pareille féerie dans de ciel, cela ne ressemble en rien aux aurores boréales d\u2019un rose orangé que j'ai contemplées ailleurs.Voyez-vous, c\u2019est rouge sang.\u201d C\u2019est une manifestation semblable que l\u2019on note dans une de ses 336 L\u2019'UNIOM MÉDICALE DU CANADA \u201cnouvelles\u201d où il raconte son émotion à la vue de chênes-lièges que l\u2019écorce enlevée faisait apparaître rouges.\u201cL\u2019émotion fut si forte, dit-il, que je crus entendre des plaintes, des cris déchirants, lointains, innombrables et qu\u2019ayant touché, pour raffermir mon coeur, un de ces arbres, je crus voir, je vis, en la retournant vers moi, ma main toute rouge.\u201d Les troubles somatiques continuent de s\u2019accentuer de plus en plus.Sa migraine ne désarme plus, les troubles aux yeux s\u2019aggravent ; il cesse tout à coup de voir, c\u2019est la nuit totale, l\u2019aveuglement persistant un quart d\u2019heure, une demi-heure, une heure.GUY DE MAUPASSANT, Le dernier portrait que nous avons de lui, quelques semaines avant sa mort.Puis la vision revenue, dans la hâte, la fièvre du travail repris, un arrêt subit de la mémoire.\u2018Plus tard apparaissent les troubles paralytiques au releveur de la paupière, aux droits, causés vraisemblablement par une artérite syphilitique.Puis c\u2019est la main qui ne veut plus écrire, le bras qui devient subitement impotent, les jambes qui oscillent.\u201cUn solr, écrit son valet de chambre, Monsieur a eu de la peine à monter dans le canot et à débarquer ; visiblement, ses jambes ne lui obéissaient pas.Par moment, il les levait trop haut ou les posait trop vite.Véritable ataxie comme on en rencontre quelquefois chez L'UNION MÉDICALE DU CANADA 337 les paralytiques généraux, car les deux affections peuvent évoluer ensemble.Son état général n\u2019était pas moins délabré.\u201cUn soir, écrit Maurice Talmeyer, son ami, une main se posait sur mon épaule et un monsieur vieilli, quoique jeune, très ridé et couvert de bijoux me disait en souriant, au moment où je me retournais: \u2014 Vous ne devez pas me reconnaître.\u2014Je le reconnaissais.mais 11 était comme desséché.et il me dit en m\u2019entraînant à part.\u2014Mon cher, c\u2019est l\u2019antipyrine qui m\u2019a mis dans cet état.j'en prenais pour calmer mes migraines.Malheureusement cette habitude m\u2019a tué.jéprouve maintenant des troubles cérébraux, des absences.Les mots les plus usuels, lorsque j\u2019écris, ne me viennent plus.C\u2019est d\u2019aphasie.c\u2019est affreux.\u201d Et cependant, au cours de cette même année, 1890, il écrivit trois volumes: \u201cNotre coeur.\u201d \u201cl\u2019Inutile beauté,\u201d et \u201cla vie errante.\u201d \u2014Son écriture n\u2019a plus la même apparence.Elle est un peu troublée, dit le Dr Lagriffe, la plume accroche par moments, il y a des hésitations, des ratures, des fautes d\u2019orthographe, les lettres sont mal formées, l'écriture est hésitante, raide, anguleuse, ataxique parfois, on sent l\u2019effort physique et intellectuel d\u2019un homme qui n\u2019est plus maître de lui.\u201d En lisant ses lettres on constate facilement qu\u2019il souffre de troubles sérieux du langage intérieur: cecité psychique, cecité verbale, ce- cité littérale.Enfin, le ler janvier 1892, sur les instances du son domestique, Maupassant alla diner chez sa mère, qu\u2019il embrassa les yeux pleins de larmes avec une effusion extraordinaire.A table, il raconta qu\u2019il avait été prévenu par une pilule d\u2019un évènement qui l\u2019intéressait.Devant l\u2019étonnement de l\u2019auditoire, il se ressaisit.À partir de ce moment il fut triste et le diner s\u2019acheva dans un silence soucieux.De retour chez lui, il se coucha et renvoya son domestique.Quand celui-ci revint, appelé soudain par de terribles hurlements de douleur que poussait son maître, il le trouva Je cou sanglant avec, à la main, un coupe-papier dont il avait essayé de se trancher la gorge.On vit ensuite qu\u2019il aveit essayeé, mais vainement de se servir de son revolver.Des mains prudentes en avaient, quelques jours auparavant, retiré les balles.Puis ce fut une crise de fureur telle qu\u2019il fallut trois hommes pour le maîtriser.Quelques jours après on le transportait dans une maison de santé où il continua de développer les derniers symptômes de la maladie qui 338 L\u2019UNION MEDICALE DY CANADA devait l\u2019emporter.11 colloquait toute la journée avec des personnages imaginaires ; ou bien il passait des heures entières dans le jardin, regardant les fleurs et les plantes; ou bien il était préoccupé de la profondeur de la terre et du préjudice que les ingénieurs lui portaient en la fouillant.Il mourut le 6 juillet 1893, après une série de crises épileptiformes, dont les dernières entraînèrent un coma, prélude de la mort.Ses dernières paroles furent: \u201cDes ténèbres ! oh ! des ténèbres !.\u2026\u201d Quelques amis groupés autour de son lit auraient pu répéter ensemble et en son nom ces vers des \u201cPoêmes antiques.\u201d \u201cEt toi, divine mort ou tout rentre et s\u2019efface Accueille tes enfants dans ton sein étoilé ; Affranchis-nous du temps, du nombre et de l\u2019espace, Et rends-nous le repos que la vie a troublé.\u201d = = = Telle est l\u2019observation médicale de Guy de Maupassant.Pouvons-nous faire un diagnostic ?II me semble qu\u2019il s\u2019impose car nous avons groupé dans l\u2019ordre où ils sont apparus, tous les symptômes de la Paralysie générale progressive, Sa tristessse, sa mélancolie, ses obsessions, la peur, la mort, ses excès alcooliques et génitaux, ses propos indécents, son activité intellectuelle fébrile, ses alternatives d\u2019optimisme et de pessimisme constituent les troubles psychiques du début.Les troubles digestifs, cardiaques, oculaires, sa migraine opthal- mique intermittente, son ammnésie passagère, ses crises congestives de la face et d\u2019épilepsie sensitive du bras constituent les troubles somatiques de la période prodromique.Subséquemment, nous voyons ces obsessions progresser et évoluer vers les délires ambitieux et hypocondriaque.Les hallucinations les plus variées se succèdent sans ordre et le conduisent vers l\u2019affaiblissement intellectuel, l\u2019idée fixe, la tentative de suicide .En même temps, les troubles somatiques progressent : parésie des yeux, du bras, des jambes, cécité passagère, aphémie, aphasie sensorielle ,troubles de l\u2019écriture, tremblement des bras, de la langue et aes jambes.Enfin la mort arrive après une série d\u2019ictus apoplectiformes.Nous pouvons donc conclure en faveur de la Paralysie générale.Or, le diagnostic a une grande imoprtance ici, car nous allons maintenant nous poser la question : Quelle influence la maladie de Maupassant a-t-elle exercée sur son oeuvre littéraire?, Si nous voulons bien nous rappeler qu\u2019il a publié vingt-sept volu- L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA.33 mes en dix ans, c\u2019est-à-dire de 1881 à 1891 surtout, et que c'est dans ce laps de temps que nous avons assisté à l\u2019évolution de sa maladie, nous pourrions conclure que son oeuvre n\u2019est qu\u2019une série d\u2019obsessions et de tableaux ressentis et d\u2019écrits par un esprit en voie de désagrégation.Les thèmes généraux de son oeuvre: La Peur, la Solitude, l\u2019À- mour, la Mort n\u2019étaient pas des fictions mais des obsessions vécues, Et le Dr Pillet, dans son plaidoyer \u201cpour la névrose\u201d, qui n\u2019est qu\u2019un second \u201cpro Milone\u201d ne peut s\u2019empêcher d\u2019écrire que l\u2019auteur de \u201cBel Ami\u201d, loin d\u2019être seulement un amuseur, fait passer sous nos yeux une frémissante humanité, comique par ses moeurs et ses contrastes, Mais crucifiée par le doute, l\u2019ignorance, les terreurs et les maladies.Max Nordau a pu dire que tout Maupassant se résume dans l\u2019action hypnotisante \u201cd\u2019un jupon sur un érotique\u201d; et un de ses défenseurs ajoute \u201cqu\u2019un certain lyrisme sensuel et vulgaire plane sur toute l'oeuvre de Maupassant, donnant l\u2019illusion de la vigueur saine au premier aspect, mais laissant vite apercevoir au médecin une tare pathologique.\u201d La moitié, plus encore, des héros de Maupassant sont des anormaux ou des déséquilibrés.Ses amoureux sont des érotiques ; ses ambitieux sont des amoraux ; ses savants des obsédés ; ses riches, des pervertis; ses pauvres, des brutes, et ses hommes honnêtes des imbéciles.Triste humanité, sûrement, que celle qui commence à la \u201cMaison Tel- lier\u201d et vient, poursuivie d\u2019hallucinations et de terreurs; frapper de ses mains teintes encore du sang de \u201cla petite Roque\u201d, à la porte d\u2019un asile.Ses conceptions n\u2019ont jamais varié.Mais elles ont progressé et se sont amplifiées depuis ses premiers divres jusqu\u2019à ses derniers.Ce fait illustre le mot de Lasègue: progression, amplification.Lies paysans sont grossiers, alcooliques, cupides, ses bourgeois crétins et égoïstes, ses employés minables et ridicules, ses femmes perverses, ses fétards immoraux et inconscients.Or, pour pouvoir noter avec ce soin minutieux les tares, l\u2019état d\u2019âme, la succession des pensées, le mécanisme des conceptions de ses héros dégénérés ; pour pouvoir arriver à cette richesse de documentation, à cette exactitude, à cette précision véritablement scientifique, il fallait que Maupassant s\u2019adressât à sa réaction propre, à son observation personnelle.Certaines de ses descriptions sont vraiment saisissantes.(Le Hor- la).Ainsi, l\u2019état d\u2019âme du président du tribunal, assassin, dans son conte intitulé \u201cFou\u201d, traduit tous les états progressifs de l\u2019idée obsédante ; ils y sont rigoureusement observés depuis le premier moment où l\u2019idée du crime germe dans l\u2019esprit de son malade, jusqu\u2019à la minu- 310 L'UNION MÉDICALE DU CANADA te où, conscient de ses actes, celui-ci ne peut plus résister à la force im- puisive qui l'entraîne.rien de plus scientifique que les explications qu\u2019il e zaie d\u2019en donner ; rien de plus vrai que la sensation de délivrance et de plaisir qui suit l\u2019acte accompli.f Maupassant fait toujours précéder les paroxysmes impulsifs hallucinatoires ou douloureux de ses héros, d\u2019une période de sensibilité particulière qui est un véritable tableau clinique des auras.Il y en a un exemple remarquable dans sa nouvelle \u201cQui sait.\u201d \u2014 Nous sommes d\u2019abord impressionnés par le style qui est magique, puis peu à peu la monotomie des types nous arrête.On regarde on compare, on dissèque, on est fixé.Une sensibilité exquise fut le fondement de la supériorité intellectuelle de Maupassant.Il en rompit facilement le mécanisme délicat par les excès et une maladie précoce, wa syphalis, qua engendra la paralysie générale.Il fut un pessimiste farouche, maudissant son impuissance à comprendre à mesure qu\u2019il haussait son front aux divers horizons de la pensée.Derrière eux il en découvrait d\u2019autres à l\u2019infini.\u2014 \u201cCeux qui succombent par le cerveau, écrit-il en parlant de Hiei- ne et de Beaudelaire, n\u2019ont-ils pas été brisés par le même effort pour resserrer cette barrière qui emprisonne d\u2019intelligence humaine ?\u201d \u2014Ce mal moral fut-il aussi terrible pour son cerveau que le mal physique dont il était atteint, et sa tristesse n\u2019était-elle que l\u2019expression matérielle d\u2019un esprit tenu en échec devant ces troublants problèmes.?Nous ne le savons pas.\u2014\u201cLa mélancolie, a écrit Lacordaire, est inséparable de tout esprit qui va loin et de tout coeur qui est profond, et elle n\u2019a que deux remèdes: Ja mort ou Dieu.\u2014 Maupassant avait choisi la mort.Espérons, avec le poéte du \u201cBonheur\u201d, que: [NY \u201cOuverts a quelque immense aurore, \u201cDe l\u2019autre côté des tombeaux \u201cLes yeux qu\u2019on ferme voient encore.\u201d ALBERT LeSAGE, Professeur de pathologie anterne.BIBLIOGRAPHIE Dr Lagriffe\u2014Guy de Maupassant.Etude de psychologie pathologique.(Dans Annales Medico-Psychologiques, 1908-1909).La cassagne.\u2014La folie de Maupassant.(Thèse de Toulouse, 1908).D.Lange \u2014La psychose de Maupassant.1909.E.Maynial\u2014La vie et l\u2019oeuvre de Maupassant.(Mercure de France, 1907).François \u2014Souvenirs sur Guy de Maupassant.(Chez Plan-Nourrit, 1911).Lombroso.\u2014Souvenirs sur Maupassant.(Bocca-Rome, 1905).Roujon.\u2014Souvenirs d\u2019art et de Littérature, 1904.Max Nordau.\u2014Vues du dehors. Paralysie générale progressive (1) HISTORIQUE \u2014 ETIOLOGIE \u2014 ANATOMO-PATHOLOGIE Messieurs les professeurs, Mes chers amis, Après vous avoir défini ce qu\u2019est la paralysie générale et vous en avoir exposé l\u2019historique d\u2019une manière aussi claire que possible, j'aborderai, de prime abord, le sujet qui m\u2019est dévolu: vous parler des différentes causes et des diverses lésions qui intéressent cette maladie aussi complexe qu\u2019elle est fatale.LA PARALYSIE GENERALE PROGRESSIVE, SELON MM.Raymond et Sérieux, EST UNE MALADIE CHRONIQUE DES CENTRES NERVEUX, ESSENTIELLEMENT CARACTERI- SEE, AU POINT DE VUE ANATOMIQUE, PAR UNE ATROPHIE DES ELEMENTS INERVEUX, CONSECUTIVE ELLE- MEME A UNE MENINGITE ET A UNE ENCEPHALITE CHRONIQUES, ET, AU POINT DE VUE CLINIQUE, par L\u2019ASSOCIATION D'UN ETAT D\u2019AFFAIBLISSEMENT PSYCHIQUE GENERAL AVEC INCOORDINATION: MOTRICE EGA- LEMENT GENERALISEE.Son début est insidieux, sa marche lente, progressive, sa terminal- son fatale.HISTORIQUE La paralysie générale a longtemps été regardée comme une simple complication survenant dans le cours de la folie.Telle était d\u2019opinion d\u2019Esquiroll, de Calmeil et de Parchappe.C\u2019est à Bayle, en 1822, qu\u2019on doit la découverte de la paralysie générale.\u2018C\u2019est lui qui sut l\u2019isoler des autres espèces nosographiques alors admises.Les phénomènes paralytiques ont été signalés longtemps avant la découverte de Bayle.Haslam, pharmacien 4 l\u2019Hospice de Bédlam, parle en 1798 de la fréquence de la folie comme cause des affections paralytiques.(1) Travail du cours de pathologie interne.Session 1916-1917, \u2014 Université Laval, à Montréal. L'UNION MÉDICALE DU CANADA romarque, dit-il, que certains paralyséy incurables ont des idées d\u2019orgueil, tombent dans l\u2019imbécilité et le marasme et meurent d\u2019ap- poplexie.lsquiroll, de son côté, en !816, considère les symptômes paralytiques comme étant une complication de la folie.George: partage les mêmes idées, à savoir qu\u2019esle avance l\u2019incurabilité de la folic.C\u2019est à Bayle, comme nous l\u2019avons vu, que revient le mérite d\u2019avoir su isoler la paralysie générale du groupe des vésanies.Aussi, en 1826, dans sa thèse sur l\u2019arachnitis, admet-il que deux ordres de symptômes, marchent simultanément d\u2019un pas égal et relèvent d\u2019une cause unique, l\u2019inflammation chronique de l\u2019arachnoïde.À cette maladie qu\u2019il avait décrite d\u2019une façon presque complète, il donna le nom d\u2019arach- nitis chronique.Calmeil (1822) amène une théorie toute contraire : la paralysie générale relève non d\u2019une arachnitis, mais d\u2019une inflammation de la couche corticale du cerveau, qui est à peu près désorganisée.Par ses examens observés sur l\u2019encéphale de certains aliénés, morts d\u2019appoplexie, enfin ayant présenté les symptômes paralytiques généraux, il en conclut que la première est très adhérente à l\u2019écorce cérébrale, et d\u2019après les divers symptômes qu\u2019il avait relevés et mis en lumière, il lui donna le nom de périméningo-encéphalite.Parchappe (1838) formule une doctrine complète sur cette maladie.\u201cIl existe, dit-il, une espèce de folie dans laquelle il y a lésion simultanée de l\u2019intelligence et de la motilité: qui a une marche généralement aiguë, quoiqu\u2019elle puisse passer à l\u2019état chronique; qui a une terminaison constamment fâcheuse, et avec laquelle co-existent dans l\u2019encéphale plusieurs altérations pathologiques, parmi lesquelles il en est une constante, pathognomonique: le ramollissement de la couche- corticale .Si l\u2019on ajoute à ces caractères ceux qui peuvent être déduits de la rature des symptômes, on obtiendra un ensemble de caractères différentiels plus que suffisants pour fonder une espèce d\u2019aliénation mentale distinete de toutes les autres qu\u2019on peut appeler folie paralytique\u201d.Quoique cette maïadie était désormais classifiée dans le cadre nosolo- gique, bien des points cliniques restaient à éclaircir.Baillarger sut classifier (1847) les symptômes et prouva l\u2019indépendance de la paralysie générale de la folie, enfin de toute aliénation.Lunier prouva cet- to théorie par des observations publiées en 1849.Avec la découverte du microscope s\u2019ouvrit une nouvelle ère de travaux et de découvertes.(\u201cest vers ce temps que les travaux de Laségue et de J.Falret (1853) ; les découvertes de Calmeil sur les lésions des capillaires; de Rokitan- sky sur celles du tissu conjonctif de la substance nerveuse contribuèrent à leur tour au perfectionnement des descriptions cliniques de la maladie.La paralysie générale donna lieu à de nombreuses contro- L\u2019UNION.MÉDICALE DU CANADA 343 verses.Nous voyons en lisant MM.Gilbert Ballet et Paul Block que plusieurs doctrines surgirent de ces publications ultérieures.Voici d\u2019ailleurs leur opinion : \u201cLa doctrine dite uniciste supportée par Bay- le, par Parchappe, Lasègue et J.Falret, d\u2019après laquelle les troubles cérébraux sont au même titre que les troubles moteurs des manifestations d\u2019une entité morbide spéciale, prit définitivement la place de la théorie dualiste d\u2019Esquirol, qui, nous l\u2019avons vu, considérait ies désordres psychiques qui accompagnent la paralysie comme se rattachant à la folie vulgaire et les phénomènes moteurs comme une complication surajoutée à cette dernière.De ces deux théories, Baillar- ger, tout en admettant la réalité de la paralysie comme maladie, tacha de prouver qu\u2019en dehors et à côté d\u2019elle existerait une folie paralytique\u201d.Le dualisme de Baillarger n\u2019est pas plus légitime que celui d\u2019Esquirol.Depuis quelques années bien que l\u2019anatomo-pathologie ait continué à s\u2019enrichir de nouvelles données, ce sont les questions se rapportant à l\u2019étiologie et à la pathogémie, qui ont provoqué les plus grandes recherches.Il suffira de mentionner à ce point de vue les travaux d\u2019Esmark et de Jossen pour en arriver au fondateur de la doctrine de la nature syphilitique de la paralysie générale, j'ai nommé M.Fournier de Paris.C\u2019est à lui que nous devons da mémorable discussion à la Société médicale des Hôpitaux en 1893 sur l\u2019unité de la Paralysie générale avec le Tabès.Ce dernier a rencontré depuis plusieurs adeptes qui semblent justifier sa doctrine.Noguchi par des expériences toutes récentes sur le cerveau des paralytiques réussit à isoler ie tréponème.Nonne, Krafft-Ebing observent des lésions syphilitiques sur des sujets morts de paralysie juvénile.Etant données ces dernières considérations, nous pouvons dire que la syphilis est un des grands facteurs de la paralysie.Si elle ne produit pas d\u2019emblée cette méningo-encéphalite, elle prédispose par son tréponème et ses toxines au développement des symptômes paralytiques.ETIOLOGIE Les conditions étiologiques qui semblent influencer le développement de da paralysie générale sont assez nombreuses pour en imposer une classification.Dans une première partie, je traiterai des causes prédisposantes, c.-à-d.de celles qui préparent l'orgarisme à l\u2019affection paralytique.Elles comprennent l\u2019hérédité, Ta fréquence; les climats, l\u2019âge, le sexe, enfin les professions.Dans une seconde partie, je passerai en revue d'une manière auss1 succincte que rapide les causes cfficientes plutôt occasionnelles qui semblent nécessaires pour produi- 344 L'UNION MÉDICALE DU CANADA re les lésions, provoquant l\u2019état paralytique progressif.Elles se résu- nent dans l\u2019insolation, les traumatismies du crâne, les affections diverses, les causes morales.Toutefois, il est à remarquer que ces causes autrefois envisagées conme causes essentielles pouvant produire le syndronre paralytique sont maintenant considérées comme ayant peu d'importance plutôt seoendaires, depuis que l\u2019on connaît l\u2019agent spécifique de la syphilis.Si je m\u2019attarde à vous en démontrer l\u2019importance, ce sera pour compléter l\u2019histoire de l\u2019étiologie.Puis je terminerai cette question de l\u2019étiologie en vous démontrant par des expériences et des observations que le syphilis est de nos jours consdiérée comme une des causes les plus fréquentes, voire méme primordiale.1.CAUSES PREDISPOSANTES: L\u2019Hérédité, bien qu'admise par la majorité des auteurs anciens et contemporains a été très discutée.Pour certains savants (Morel, Lunier) la paralysie générale n\u2019a que peu de rapports avec l\u2019hérédité vésanique ; elle serait due à une hérédité spéciale, l\u2019hérédité congestive.Il me suffira de vous donner une statistique pour vous prouver que la tare nerveuse héréditaire est l\u2019agent indispensable, essentiel du développement de la maladie, \u201cPlus d\u2019un quart des malades, dit Calmeil, atteints de péri-encéphalite chronique diffuse comptent dans leur parenté, soit des maniaques, soit des mélancoliques, des sujets en démence, des épileptiques, des apoplectiques, des individus affectés d\u2019encephalite locale\u201d Marcé et Voisin, comme ce dernier font jouer un\u2019 grand rôle à l\u2019hérédité dans lai génèse de la paralysie générale.Qu\u2019elle soit d\u2019origine congestive ou arthritique ou bien vésanique ou névropathique, elle faciliterait sur le système nerveux l\u2019action nocive des agents toxiques ou infectieux en particulier, la syphilis.FREQUENCE :\u2014Si l\u2019on consulte les statistiques des différentes maisons d\u2019aliénés tant en Furope qu\u2019en Amérique, nous constatons un cas de paralysie générale sur quatre ou cinq cas de maladies mentales.Si elle semble plus fréquente aujourd\u2019hui qu\u2019autrefois, c\u2019est que, jadis, les symptômes de la paralysie générale rentraient dans le cadre de la démence ou de la folie.Maintenant que l\u2019agent spécifique de la sy- phillis est connu et que les méthodes pour d'isoler s'améliorent de jour en jour, la fréquence de la paralysie générale semble vouloir mieux s\u2019expliquer d\u2019elle-même.SEXE: \u2014 Les hommes semblent avoir la prédominance chez la femme.Krafft-FEbing, dans son recensement, a trouvé en moyenne 1 femme pour 8 hommes.D\u2019ailleurs les conclusions de M.Régis sont assez convaincantes \u201clèrement, dans la population des campagnes, (dit-il, la paralysie générale est à peine une f£ois et L\u2019UNION MÉDICALE DU cdvapa, 345 demie plus fréquente chez l\u2019homme que chez la femme et elle y est très rare dans les deux sexes; \u201cèmement, dans la population ouvrière des grandes villes, elle est trois fois plus fréquente chez l\u2019homme que chez la femmie et relativement commune dans les deux sexes; 3ièment, dans les classes élevées de Ja société, elle est près de treize fois plus fréquente chez l\u2019homme que chez la femme, et très commune chez \u2018le premier tandis qu\u2019elle est très rare chez cette dernière.\u201d D'où on peut conclure sans crainte de se tromper que la véritable cause qui semble expliquer d\u2019aptitude de l\u2019homme plutôt que la femme à l\u2019affection paralytique est le surmienage nerveux résultant des conditions de la vie mdoerne.Ce surmenage, auquel contribuent non seulement le travail intellectuel, mais encore les chagrins et les peines morales, paraîtra encore évident, si l\u2019on songe aux difficultés de la vie actuelle, aux efforts sans cesse croissants qu\u2019elle exige pour arriver; aux luttes, aux déceptions qu\u2019elle n\u2019épargne à personne.CLIMAT: Une imimunité relative vis-à-vis la paralysie générale semble être offerte à certains pays comme la Grèce, l'Espagne et l\u2019Italie et l\u2019Ecosse, l\u2019Irlande et la Suède.D\u2019autres, au contraire comme l\u2019Europe centrale et occidentale et l\u2019Amérique du Nord ont le fà- cheux privilège de lui fournir le plus grand nombre de cas.Cette susceptibilité à l\u2019affection de Bayle serait due à un climat plus ou moins salutaire sur la résistance de ses habitudes peu privilégiées.Sous ré- servel.AGE :\u2014Ce sont plutdt les adultes qui paient le plus grand tribut a la paralysie générale.MM.Christian et Ritti sur 168 cas ont trouvé 2 cas de 25 a 30 ans; 67 cas de 30 a 40 ans; 11 cas de 40 a 50 ans; 18 cas de 50 a 60 ans.Ni l\u2019enfance ni l\u2019adolescence n\u2019en sont indemnes.Seulement elle y est plutôt rare.Clouston, Turnbull, W'glesworth, Régis, Rey, et Manière, Charcot et Dutil ont vu la paralysie générale sévir entre 11 à 19 ans.Ce qui leur a permis de distinguer de cette dernière, une variété dite: paralysie générale ju'vé- nile.\u201d & } PROFESSION :\u2014La plupart des progressions soit libérales, soit industrielles, soit commerciales, fournissant un grand nombre de cas a la paralysie générale.D\u2019après les recherches de Contesse à Bicètre, sur une série de 300 paralytiques, on en a trouvé 116 ayant exercé des professions à travaux intellectuels soit 38%.C\u2019est dire que les artistes, les médecins, les proifesseur,s les avocats, les ouvriers d\u2019industrie, les employés de commerce, comme cœux qui s\u2019adonnent partioulière- ment au militarisme n\u2019en sont pas réfractaires.Enfin on n\u2019a qu\u2019à visiter les asiles pour se rendre compte du nombre de gens intellectuels 346 L'UNION MÉDICALE DU CANADA qui peuplent en grand nombre ces maisons de santé.On est d'opinion que ceux qui sont exposés, comme Jes cuisiniers, les chauffeurs, à l\u2019action habituelle d\u2019une haute température, seraient plus spécialement frappés.2\u2014CAUSES PFFICIENTES (OCCASIONNELLES) : Elles se régument dans l'insolation, les traumatismes du crâne, les causes morales, enfin ces infections et intoxications diverses parmi \u2018lesquelles la syphilis y rentre pour beaucoup.INSOLATION :\u2014L importance de cette cause ne saurait être niée.Comme la ménopause, la suppression d\u2019hémorrhoides anciennes, elle favoriserait la génèse de la paralysie générale par congestion cérébrale d\u2019une manière permanente.D\u2019ailleurs selon les.divers auteurs, l\u2019insolation en produisant une congestion perntanente sur l\u2019axe cérébro-spinal semble être invqouée comme cause possible de la paralysie générale.Marin, militaire, magistrat ayant séjourné longtemps dans les pays où la température est très élevée, où les rayons solaires sont très ardents semblent y avoir une prédisposition marquée.TRAUMATISME CRAINTEN:\u2014TL\u2019action des traumatismes, si elle n\u2019est pas une cause immédiate est, du moins, favorable au développement des symptômes 'paralytiques.Si des traumatismes ne déterminent pas une paralysie générale franche, ils occasionnent des troubles généraux, qui ressemblent beaucoup à ceux du paralytique.Le traumatisme peut provenir de chute, de coups de bâton, de projectiles, enfin de blessures par armes à feu ou \u2018par coup de sabre.L\u2019action immédiate peut être plus ou moins éloignée de l\u2019accident.On a vu des traumatismes avoir lieu dans l\u2019enfance, l\u2019adolescence, alors que la paralysie générale n\u2019éclate qu\u2019à l\u2019âge mûr.CAUSES MORALES:\u2014Bien que l\u2019obscurité règne encore sur bien des points de l\u2019étrologie de la paralysie générale, des nombreuses recherches faites sur ce sujet se dégagent quelques notions fondamentales.On a constaté d\u2019une façon indéniable que le surménage cérébral, les pernes morales, les chagrins, les déceptions d\u2019amour, les pertes d'argent semblent prédisposer à cette tare nerveuse ; seulement il est heureux de savoir que l\u2019action fâcheuse de ces causes morales n\u2019influencent que le candidat à la paralysie générale, tandis qu\u2019elles n\u2019ont aucune prise chez le sujet bien doué, bien sain, c.-à-d.chez celui dont l\u2019hérédité et les antécédents personnels ne sont pas affectés par aucune tare nerveuse.On explique cette action nocive des causes morales par une dilatation vasculaire des régions intellectuelles, qui a pour effet de provoquer une congestion permanente.Ce ce qui se dégage de cette condition étiologique, on peut dire que la maladie de Bayle a son L'UNION MÉDICALE DU CANADA 347 maximum de fréquence dans les villes ou dans les pays où la civilisation est intense; qu\u2019elle est rare, presque inconnue dans les campagnes et les contrées où l\u2019activité cérébrale est faible.INTOXICATION, INFECTION :\u2014On a remarqué que la paralysie générale se développe très rarement à la suite d\u2019infections comme la grippe, la fièvre typhoïde, la pneumonie, la diphtérie, la variole, et parfois l\u2019érysipèle de la face.Ces mêmes maladies et quelques autres, telles que méningite, convulsions de l\u2019enfance, fièvres palustres, peu- rent laisser dans les centres nerveux des lésions résiduelles qui seront plus tard le point de départ des accidents paralytiques.Enfin on a vu Ja paralysie générale se développer à la surte de la suppression brusque de la menstruation, d\u2019hémorrhoïdes, de la sécrétion lactée.Ceci arriverait par congestion cérébrale.Le saturnisme, de même que l\u2019alcoolisme ont souvent été invoqués comme pouvant \u2018produire la paralysie générale.MM.G.Ballet et P.Blocq ont constaté l\u2019accroissement du nombre de cas de paralysie générale chez les alcoloiques.Toutefois, ils notent la rareté de cette maladie dans les pays où l\u2019alcoolisme est le plus développé comme l\u2019Irlande et la Suède.3.\u2014SY PHILIS :\u2014Les opinions les plus contradictoires sont encore actuellement en présence, bien que la majorité des observateurs accorde à la syphilis une grande valeur au point de vue étiologique.Jassen, Esmark, considéraient dès 1857 la paralysie générale comme reconnaissant toujours une origine syphilitique.Cette manière de vair ne fut confirmée qu\u2019à la suite des travaux de M.Fournier de Paris.Voici les conclusions suivantes qu\u2019il formula dès 1879: \u201cOn peut observer, dit-1l, deux ordres de faits: 1èrement : des lésions syphilitiques plus ou moins diffuses du cerveau, susceptibles de donner naissance cliniquement à un complexus symptomatique plus ou moins identique à la paralysie générale ; 2ièmement : La paralysie générale vraie qui peut se rencontrer chez des syphilitiques, mais en dehors de l\u2019action de la vérole.\u201d Il créa de la 1ère conclusion le type pseudo-paralysie générale syphilitique, qui donna lieu à de nombreuses discussions et recherches.Beaucoup adoptèrent sa théorie, qui fut soutenue en Allemagne par Erb, en France par Régis et nombre d\u2019autres.Reprenant la question en 1893, M.Fournier se dédlara convaincu de la réalité de la syphilis comm epouvant aboutir, se terminer presque toujours fatalement par la paralysie générale vraie.Tout en acceptant les conceptions de Fournier, Levaditi se demanda si réellement l\u2019agent spécifique de la syphilis existait dans le cerveau des paralytiques.Après maintes recherches, il ne réussit pas à résoudre ce problème parce que les méthodes employées n\u2019étaient pas assez complètes pour y déceler le 018 L'UNION MÉDICALE DU CANADA spirochète.Noguchi, ce savant japonais, poursuivit ces mêmes recherches et réussit à trouver le tréponème dans le cerveau des paraly- liques morts en actus apoplectiforme.Par deux séries d\u2019expériences mémorables, 11 confirma ses nouvelles données.Dans la 1ère expérience, il démontra la présence du spirochète pâle typique dans 12 cas sur 70 cerveaux de paralytiques ; dans la 2ième, il étudia 130 autres cerveaux et trouva 36 cas positifs.Ce qui donne, en réunissant les deux séries ensemble, 48 cas positifs sur 200, soit 259% de résultats positifs, Le- vaditi, reprenant ses expériences avec Kankoski, rapporta 3 résultats positifs sur 14 par Ja méthode de l\u2019mprégnation À l\u2019argent ; des résultats tout aussi positifs dans 6 cas de sujets morts pendant une attaque par de procédé de Burri, c.-à-d.à l\u2019encre de Chine.Forster ct Tomaszewski obtenaient deux résultats positifs sur 4 cas dans lesquels les matériaux furent tirés des malades au moyen de la ponction.Nes- ser et Pollack observèrent des mouvements actifs de cet organisme.'No- guchi en transmettant le spirochète pâle directement d\u2019un cerveau de paralytique à un lapin démontra que leur virulence était faible pour le lapin et qu\u2019ils étaient susceptibles de produire l\u2019infection.Il remarqua que chez deux lapins d\u2019une série, inoculés avec le matériel tiré de lun des cas, que le parenchyme testiculaire et la peau scrotaie étaient indurés au bout de 97 jours pour l\u2019un et de 200 jours pour l\u2019autre.Chez le premier lapin, il y avait peu de spirochètes pâles, tandis qu\u2019ils affluaient chez le deuxième.Partant de ce fait que le système nerveux central des singes et des lapins est très réfractaire à l\u2019infection syphilitique bien que le virus soit introduit directement dans la substance cérébrale, il constata que ces animaux avaient besoin d\u2019être sensibilisés pour que le tréponème puissse produire l\u2019infection cérébrale.Après des inoculations répétées de spirochètes pâles morts ou vivants dans les veines de 12 lapins pour les sensibiliser, il fit une inoculation intra-cérébrale d\u2019une parcelle minuscule de syphilôme testiculaire et conclua ainsi : des douze lapins inoculés, quelques-uns présentèrent des troubles progressant constamment qui ressemblèrent au-syndrome de la paralysie générale.Lia réaction de Wassermann négative au début donna une réaction positwe plus tard.Sacrifiés l\u2019un après l\u2019autre, dans un intervalle de trois à cinq mois pour l\u2019examen du cerveau, il trouva chez ces animaux de la méningite exsudative non purulente diffuse, de l\u2019atrophie unilatérale des lobes frontaux et des plaques jaunes d\u2019environ ?m.m.x 2 mm.dans la région temporale.Les coupes colorées par le procédé de l\u2019imprégation à l\u2019argent mirent en évidence sur un cerveau de nombreux granules et quelques spirochètes bien déterminés.Comme résumé de ces expériences, il produisit expérimen- 0 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA.349 talement l\u2019encéphalite syphilitique diffuse chez les animaux.De ces expériences, on peut dire que si la syphilis ne produit pas par ses lésions la paralysie générale, au moins la para-syphilis, c\u2019.-à-d.le com- plexus paralytique produit non par le tréponème, mais par ses toxines, crée cet état nerveux pathologique.Pour vous convaincre de l\u2019existence Au tréponème dans le cerveau des paralytiques, qu\u2019il me suffise de vous rapporter deux des observations publiées par Levaditi, Marie et Bankoski : lére OBSERVATION :\u2014Boug.49 ans; syphilis datant de 1900, entre à l\u2019asile de Villejuif le 21 mars 1913, présente de l\u2019embarras de la parole, tremblement musculaire.Signe d\u2019Argyll-R.anesthésie bucco-linguale, en un mot, synyptômes typiques de la paralysie générale.Wassermann positif avec le sérum.Affirme avoir été traité par le 606 il y à trois mois.Syphilis conjugale.Décès le 16 avril 1913.La nécropsie faite rapidement après la mort indique des dé- sions caractéristiques.\u2018La méthode par l\u2019argent ne démontre pas ide spirochètes.Les méthodes rapides : procédés de Fontana-Tribondeau, de Burri, de Loeffler mettent en évidence des spirochètes assez nombreux vers la partie postérieure de la 1, 11 et 111 frontale et au milieu de la frontale ascendante.2ième OBSERVATION :\u2014Dum.37 ans; le 16 février 1913 Le Dr Clérambault diagnostique la paralysie générale avec mégalomanie, idée de richesse et de bonheur universel.Inégalité pupillaire, réflexes rotuliens très exagérés.Le Dr.Briand à Sainte-Anne note des idées ambitieuses, incohérentes, de l\u2019hésitation de la parole et de l\u2019inégalité pupillaire.Signe d\u2019Argyll-R.Syphilis à 14 ans, (le testicule gauche est volumineux).Le malade dit avoir eu des coliques de plomb.Décédé le 16 mars 1913 à la suite d\u2019un ictus à apoplec- tiforme.À l\u2019examen histologique, on trouve des lésions méningées assez intenses dans la substance grise du cortex, des altérations péri- vasculaires typiques, de l\u2019imprégnation intense des fibriles.Les coupes à l\u2019argent n\u2019indiquent pas de spirochètes.Les méthodes rapides y décélent d\u2019assez nombreux parasites vers le milieu de la frontale ascendante, rares à la partie postérieure de: la première frontale, et en avant et en arrière de la 11 frontale ; très rares au milieu de la pariétale ascendante ; très rares parasites vers la partie postérieure de la première frontale ; pas de tréponèmes dans les noyaux gris du bulbe.Tout cet exposé confirme la découverte de Noguchi et permet de formuler avec Levaditi: que la paralysie générale est une maladie due à ta pullulation du tréponème dans l'écorce cérébrale et aux lésions que cette pullulation engendre.La prolifération des parasites paraît procéder par 350 L'UNION MEDICALE DU CANADA \\ poussées successives; ses Jocalisations varient d\u2019un cas a l'autre, tout en étant plus fréquentes au niveau des zones antérieures du cerveau.On aura done plus de chances de décéler le tréponème dans le cerveau des paralytiques qui succombent en ictus apoplectiforme que chez les malades qui meurent dans l\u2019intervalle des poussées parasitaires aigues à la suite de maladies intercurrentes.AN ATOMO-PATHOLOGIE Nous allons passer en revue les principales lésions de chaque partie de l\u2019encéphale, de la moëlle et de ses enveloppes.La lésion fondamentale de la paralysie générale est une méningo-encéphalite diffuse.Cette méningite, d\u2019un aspect blanchâtre, opaque, épaissi, adhérente à l\u2019écorce cérébrale, de sorte que la moindre décortication du cerveau détermine des érosions, des ulcérations, est diffuse parfois plus accentuée sur le lobe frontal et à la convexité.La dure-mère épaissie, hypérémiée, contractant des adhérences avec le crâne s\u2019incruste de productions ostéoïdes, situées le long de la grande cloison inter-hémisphé- rique.Sa face interne \u2018étant le siège de fausses membranes, tantôt épaisses, tantôt très vasculaires est quelquefois le siège de pachymé- ningite hémorrhagique ou bien l\u2019origine d\u2019épanchements sanguins à la surface du cerveau (hématôme).L\u2019arachnoïde trouble, épaissie, quel- quefeis tapissée de produits fibrineux disséminés en ilots est tantôt congestionnée, tantôt infiltrée de sérosité.La pic-mère présent des ésions analogues à calles de l\u2019arachnoïde.Ordinairement congestion- mée, épaissie, sillonnée de varicosités veineuses, elle a surtout son siège de prédilection sur les lobes antérieurs, sur les régions pariétales ct sur Jes lobes temporaux.Une lésion remarquable qu\u2019on a longtemps considérée comme pathognomonique, ce sont les adhérences intimes que la pie-mère contracte avec la substance grise des circonvolutions.V'a- riable est l\u2019étendue et le nombre de ses adhérences qui sont très prononcées au niveau des lobes frontaux, des circonsvolutions frontales, et qui sont plus rares dans les régions postérieures des hémisphères et souvent nulles à da base.On remarque que le cerveau est atrophié dans sa totalité.Son poids a considérablement diminué, et ses circonvolutions amincies, ramollies, sont séparées par de profonds sillons, gorgés de sérosité.Décolorées comme flétries elles passent au gris simple ou au gris ardoisé.D\u2019après Baillarger cette dernière coloration serait duc à la présence d\u2019escharres déterminant l\u2019infection purulente.Si au-dessous de cette substance grise altérée, on jette un regard sur la substance blanche, on constate qu\u2019elle est ferme, résis- L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 351 tante et qu\u2019elle prézente des crètes qu\u2019il est facile de dépouiller de la substance grise qui les recouvre.Lockart Clark a trouvé dans un cas la substance blanche criblée de nombreuses cavités rondes, ovales, fusiformes, lui donnant l\u2019aspect d\u2019un fromage de Gruyère.Dans le bulbe, les ventricules dilatés et gorgés de sérosité provoquent une épen- dymite épaissie, qui est couverte de granulations lui donnant un aspect chagriné analogue pour certains auteurs à la langue de chat.Les lésions qui concernent l\u2019apparetl vasculaire sont assez nombreuses.La plus constante et la première à se manifester est l\u2019altération des vaisseaux, c.-à-d.de leur tunique propre.Elle consiste dans l\u2019hypertrophie des capillaires qui, s\u2019épaississant, en rétrécissent peu à peu le calibre, jusqu\u2019à en obstruer complètement l\u2019orifice.Cette prolifération des noyeux des capillaires bien que diffuse est plus prononcée en certains points et forme des bosselures alors plus ou moins développées.On rencontre, pour compléter le tableau anatamo-vathologique, des anévrysmes miliaires, une nouvellle formation de noyaux sous l\u2019adventice qui semble démontrer qu\u2019un travail de sclérose s\u2019est accompli aux différents stades de la maladie de Bayle.Les altérations des éléments nerveux sont surtout secondaires.Les cellules sont a la longue le sié- ge d'une inflammation parenchymateuse débutant par le gonflement oedémateux et aboutissant a une désintégration granulo-graisseuse.On constate l\u2019épaississement et l\u2019hypertrophie des cylindres-axes, les gaines de myéline se fragmentent et la membrane granulo-graisseuse se désintegre.Il n\u2019est pas rare de trouver la couche optique et les corps striés indemnes de toute lésion.Ils résistent longtemps au processus inflammatoire et scléreux.Toutefois on peut y rencontrer de petits foyers d\u2019hémorragies et de ramollissement, qui produisent une hémiparésie persistante.Selon Westrhal, on constate à la moëlle une simple désintégration granuleuse disséminée dans tout l\u2019axe spinar: tantôt il s\u2019agit de sclérose, de dégénérescence grise atteignant soit les cordons postérieurs, soit les cordons latéraux, mais qui le plus souvent n\u2019est pas symétrique.D\u2019après Bonnet et Poincarré, les cellules des ganglions du grand sympathique subiraient une altération pigmentaire pour disparaître à la longue et y être renrplacées par un tissu cel- lulo-adipeux.Les nerfs présentent des altérations diverses qui se résument dans l\u2019atrophie du sciatique, la dégénérescence des nerfs cutanés, enfin la sclérose des nerfs olfactifs et optiques, des moteurs oculaires communs, des sixièmes et huitièmes paires.Le cervelet, quoique sujet au ramollissement, à la sclérose, à l\u2019atrophie des cellules de Pur- kinje est ordinairement indemne.Laissant de côté les nombreuses théories soutenues par les neuro- 352 L'UNION MEDICALE DU CANADA logistes pour expliquer Je point de départ de la méningo-encéphalite diffuse à m'arche centripète, je vous donnerai un court aperçu de la marche de la syphilis dans la paralysie générale.Pour certains auteurs, M.Fournier, de Paris, et d\u2019autres, la lésion initiale qui engenare Je syndrome paralytique serait d'abord un processus inflammatoire des parois vasculaires constitué par un corps étranger, le tréponème ou ses toxines, qui provoquent un amas lymphocytaire, puis, à mesure que ce processus se développe, artères, veines, capillaires, s\u2019épaissiraient jusqu\u2019à oblitérer complètement leur orifice.De là, un autre processus d\u2019origine scléreuse s\u2019instituerait en donnant naissance à une gomme, à un syphilome comparable à un véritable obus naissant qui comprime tous les éléments nobles du tissu nerveux.Puis le travail de sclérose s\u2019étendant peu à peu aux gaines des nerfs, aux différents septas, aux enveloppes des racines rachidiennes complèterait les divers stades de la méningo-encéphalite par la nécrose de la substance encéphalique.Pour terminer, on peut conclure que la paralysie générale, aussi complexe dans ses causes que dans ses lésions, est une maladie fortement influencée par la syphilis ou la para-syphilis.Il est à espérer qu\u2019avec l\u2019évolution de la science médicale progressant de jour en jour, de nouvelles données permettront de préciser d\u2019une manière plus juste certains caractères encore mal définis.ROMEO PICOTTE, Elève de quatrième année, Faculté de Médecine Laval. Paralysie générale progressive: SYMPTOMES Messieurs les Professeurs, Mes Amis, Maintenant que nous connaissons bien l\u2019historique, l\u2019étiologie et l\u2019anatomie pathologique de la paralysie générale, il serait convenable, je crois, du reste c\u2019est mon devoir, que nous repassions ensemble les principaux symptômes de cette maladie.Nous diviserons donc la symptomalgie de la meningo-encepha- lite diffuse progressive en deux périodes : 1\u2014 Période prodromique 2 \u2014 Période d\u2019état.I PERIODE PRODROMIQUE (\u201cest le plus souvent avec lenteur que le malade entre dans la para- dysie générale.Il est bien rare que cette maladie se présente avec un cortège de symptômes caractéristiques d\u2019emblée.Avant l\u2019apparition des symptômes nets, psychiques, le malade présente, \u201cquelque chose d\u2019anormal\u201d.C\u2019est le début.On ne peut guère préciser le début comme la fin de cette période préparalytique.Les limites sont assez vagues; mais nous savons qu\u2019il existe des différences notables entre les personnes adonnées à des travaux intellectuels chez lesquelles les moindres manifestations psychiques ne tardent pas à se révéler ; tandis que chez les ouvriers manuels, les troubles de mémoire passent plus aisément inaperçus.La durée de la période prodromique est d\u2019une estimation délicate, car l'appréciation de la valeur des symptômes dépend de l\u2019expérience de l'obeerväteur.Elle ne persiste guère que pendant un à deux mois mais on l\u2019a vue se prolonger durant plusieurs années. 354 L'UNION MÉDICALE DU CANADA LES SYMPTOMES DE LA PERIODE PRODROMIQUE sont d\u2019ordre psychique et d\u2019ordre somatique.(a) Troubles Psychiques \u2014Nous verrons que des troubles psychiques de la période prodromique seront essentiellement les mêmes que dans la période d\u2019état; mais que là, ils diffèreront par leurs degrés d'intensité.La tristesse de la période préparalytique devient, à la période d\u2019état, le délire hypocondriaque.La satisfaction et l\u2019exubérance deviendront le délire ambitieux.L\u2019affaiblissement intellectuel s'appellera la démence.C\u2019est avec raison que Me.Lasègue disait: \u201cDans la paralysie générale, les troubles sont progressivement croissants sans pourtant changer de forme.\u201d Souvent c\u2019est la tristesse, la mélancolie qui apparaissent en premier lieu.Si la tristesse passe inaperçue, les proches du malade constatent bientôt un véritable changement d\u2019humeur chez le sujet.Ce mari doux et patient devient irritable, se met en colère pour un rien.À ce moment interviennent alors les préoccupations de nature hypocondriaque : le malade accuse des douleurs mal localisées, dans la tête, dans le dos, dans les lombes, ou parfois il se plaint de la gorge ou de l'estomac et consulte à ce propos des spécialistes.Après la tristesse, souvent avant elle, se montre une suractivité mentale.Il arrive même parfois que certains malades, sous l\u2019influence d\u2019une surexcitation cérébrale, malheureusement transitoire, peuvent vraiment donner l\u2019impression d\u2019une intelligence plus vive et produire des oeuvres remarquables, par exemple : Maupassant.Souvent ces malades entreprennent de longs voyages, se lancent dans des spéculations risquées, font des achats excessifs ; enfin, il n\u2019est pas rare qu\u2019ils se livrent à Ja débauche.Les éxcès alcooliques sont alors habituels, d\u2019où la fréquence des troubles toxiques au début de la paralysie générale.On observe souvent une surexcitation sexuelle qui se traduit par des excès génitaux, pouvant entraîner le malade à des actes immoraux.Poussés par leur besoin pathologique d\u2019activité, les malades commettent à l\u2019occasion des actes bizarres, extravagants, qui frappent d\u2019autant plus qu\u2019ils sont en complet désaccord avec la personnalité antérieure du sujet.C\u2019est-la période médico-légale si bien connue des avocats au point de vue criminel.En effet, l\u2019affaiblissement de d\u2019intelligence est souvent visible de bonne heure pour le médecin.Le sujet se plaint d\u2019être astreint à baucoup d\u2019efforts pour pouvoir continuer ses occupations, faciles auparavant.Sa mémoire est diminuée pour les L'UNION MÉDICALE DU CANADA 355 faits récents; il y a des lacunes dans ses écrits.Souvent le malade a une parfaite conscience de sa situation pathologique, de sa dépression intellectuelle, dont il se préoccupe alors extrêmement.(b) Troubles somatiques: \u2014 Ces troubles sont caractérisés, soit par des attaques apoplectifonmes, soit par des aphasies transitoires, ou encore par des accès épileptiformes ou par la migraine opthalmique, et enfin par les troubles dyspeptiques.Parfois le malade accuse de simples étourdissements, ou encore des vertiges surveannt à des intervales assez espacés.D\u2019autre fois la perte de connaissance est plus ou moins complète et dure un temps plus ou moins variable.| C\u2019est une véritable attaque d\u2019apoplexie dont l\u2019ictus produit une hémiplégie, habituellement transitoire, qui peut durer quelques jours ou quelques semaines.Souvent, au réveil, le malade s\u2019aperçoit avec étonnement qu\u2019il ne peut plus proférer un mot, qu\u2019il ne sait plus écrire.C\u2019est l\u2019aphasie.Heureusement que cette aphasie est transitoire, ne persiste guère qu\u2019une heure ou deux, puis disparaît souvent complètement pour reparaître un mois ou deux après, sous la même forme d\u2019accès passager.En d\u2019autres cas ce sont des accès épileptiformes que l\u2019on observe.Ces accès peuvent se montrer sous la forme \u201cd\u2019EPILEPSIE ESSENTIELLE\u201d ou sous forme d\u2019accès d\u2019\u201cEPILEPSIE PARTIELLE\u201d, motrice ou sensitive.Dans ce dernier cas l\u2019accès est plus significatif.Cette forme d\u2019accès d'epilepsie partielle sensitive a fait dire à Charcot \u201cque le médecin ne devra pas manquer, quand il rencontrera le syndrome de l\u2019EPI- LEPSIE PARTIELLE SENSITIVE, chez un sujet auquel il n\u2019aura découvert aucun trouble concomitant, de réserver toujours le diagnostic de paralysie générale.\u201d Il arrive aussi que ce sont des névralgies qui ouvrent ia scène mur- bide.Celles-ci occupent le domaine du trijumeau dont elles affectent une ou puusieurs branches, pouvant s\u2019accompagner de troubles sécrétoires et de plaques d\u2019anesthésie.Il existe un autre syndrome dont Mr.Charcot a signalé la haute signification : il s\u2019agit de la migraine ophtalmique, qui se montre habituellement en semblable cas.Sous sa forme dite \u201caccompagnée\u201d, cette migraine est caractérisée par le Scotome scintillant ; le sujet croit voir une sorte d\u2019atmosphère en mouvement circonscrite par des lignes brisées et colorées.Une cephalée sus-orbitaire intervient ensuite et les vomissements terminent la scène, du moins dans les cas simples. 356 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Lorsque la migraine est \u201caccompagnée\u201d, il survient, de plus, soit de l\u2019hémiopie, soit de l\u2019aphasie, soit de d\u2019engourdissement ou de la parésie du bras ou encore des attaques épileptiformes partielles.Chacun de ces incidents, ordinairement transitoires, peut persister plus ou moins longtemps.L\u2019inégalité pupillaire et la modification des reflexes à la lumière sont des prodromes que nous étudierons dans la période d\u2019état.Quant aux parésies des membres on les rencontre assez souvent à la suite d\u2019un ictus.Elles revêtent la forme monoplégique ou hémiplégique et n\u2019ont qu\u2019une durée éphémère.On a signalé aussi dans la même période des troubles des divers appareils, et en particulier des désordres dyspeptiques: digestion pénible, accompagnée de ballonnement, d\u2019éructations, de bouffées de chaleur au visage et d\u2019insomnie.En effet, presque toujours le sommeil est troublé dès le début; et souvent il existe une insomnie tenace, difficilement calmée à l'aide des moyeñs habituels ; contrairement à cette insomnie, il peut parfois exister de la somnolance.II\u2014PERIODE D\u2019ETAT Comme les symptônres de la période d\u2019état ne diffèrent pas, pour la plupart, quant à leur nature, de ceux de la période prodromique, si ce n\u2019est que par \u2018la progression et la gradation des symptômes, nous parlerons donc, d\u2019abord ; des troubles psychiques, puis des troubles somatiques.Troubles psychiques: \u2014 Les uns sont constants, comme l\u2019affaiblissement de l\u2019intelligence et la dénrence ; les autres inconstants, comme les délires et les hallucinations.Quelle que soit la forme du début, malgré le voile de la suractivité cérébrale, les caractères de la démence deviennent de plus en plus caractérisques.Cet effondrement de l\u2019énergie psychique atteint, à des degrés divers, toutes les modalités fonctionnelles du cerveau: Intelligence et affectivité sans en épargner aucune.C\u2019est la mémoire qui est le siège de l\u2019altération la plus précoce et la plus significative.L\u2019amnésie dont il s\u2019agit a pour caractères de porter sur toute la mémoire ; même de supprimer en premier lieu les souvenirs les plus récents.Les sujets ne se rappellent plus les menus faits de leur existence de la veille ; ils ne savent plus les noms propres, se trompent grossièrement dans les calculs les plus simples, perdent leur chapeau, leur canne ; ils ne se reconnaissent plus dans les rues: d\u2019autre part, par même oubli, ils négligent les soins de leur toilette et L'UNION MÉDICALE DU CANADA.357 n\u2019observent plus les convenances les plus élémentaires.\u2018Les idées deviennent mobiles et contradictoires.Des troubles du jugement résultent de la difficulté de coordonner et de synthétiser les idées, d\u2019où les incorrections dans les conceptions.Attaquée à son tour, la volonté fait place à l\u2019irrésolution et à l\u2019apathie la plus complète.- Les troubles de l\u2019affectivité se révèlent surtout par l\u2019indifférence à l\u2019égard des proches \u2014Le malade prend en grippe les personnes de son entourage ; il perd toute notion des conventions sociales, s\u2019oublie dans son langage et dans ses \u2018actes, en arrive enfin à commettre les pires indélicatesses.Au début, la démence n\u2019est ordinairement appréciable que pour l\u2019entourage ; le malade met plus de temps pour faire le même ouvrage.SI C\u2019est un commerçant, 11 commet des inexactitudes et des fautes dans ses comptes.Si c\u2019est un artisan, il gaspille les matériaux avec lesquels il travaille.Si c\u2019est un homme adonné aux professions libérales, il fait des fautes d\u2019ortographe et des ratures.Tous présentent déjà une mémoire infidèle, oublient les visites et les rendez-vous.Uh peu plus tard, la démence est appréciable dès qu\u2019on cause avec le malade, par les lacunes du souvenir, le défaut d\u2019attention, l\u2019inaptitude à comprendre, par le langage enfantin et puéril.A un degré plus avancé encore, la mémoire du sujet est complètement éteinte.Cet affaiblissement intellectuel progressif et général aboutissant insensiblement à la démence terminale, figure, parfois, à titre de symp- tome psychique unique; mais d\u2019autres fois, il s\u2019y joint des conceptions délirantes.I] y a donc des paralysies générales sans délire, mais il n\u2019en existe pas sans troubles intellectuels.Non seulement le délire n\u2019est pas constant, mais il est transitoire, variable de fonme d\u2019un malade à l\u2019autre, et chez le même sujet.À la clinique de Ste-Anne, à Paris, du mois de septembre 1892 au mois de mai 1893 on a vu 55 malades dont 36 ont présenté des conceptions délirantes et 19 n\u2019en ont pas eues.Lies conceptions délirantes revêtent soit la forme de délire expansif c\u2019est-à-dire de satisfaction, de grandeur; soit la forme de délire dépressif c\u2019est-à-dire de mélancolie, d\u2019hypocondrie et de persécution.Mr.Bullen pense, malgré l\u2019opinion contraire de quelques auteurs, que c\u2019est le type expansif qui prédomine.Il l\u2019a trouvé dans 64 pour 100 des cas, alors que la dépression existait seulement dans 13 pour 100.Le délire ambitieux n\u2019est que la traduction mentale de la suractivité fonctionnelle de la période prodromique, \u2018porté à son summum. L'UNION MÉDICALE DU CANADA oo Cr ow Le malade est content de sa personne, enchanté de sa situation.Il vante, sans cesse, l'excellence de sa santé robuste la vigueur de ses muscles, la fraîcheur de son teint, etc.Ses vêtements sont superbes, son habitation est fastueuse.À un degré plus avancé, l\u2019exagération: devient excessive: tel prétend par son souffle renverser les murs, celui-ci boirait un tonneau de vin.Enfin, les malades s\u2019attribuent: titres, puissance et richesses.Ils sont députés, princes, rois, pape, Dieu.Il n\u2019est pas de bornes à leur immense richesse qui se chiffre par des millions et des milliards.lls offrent des honneurs et distribuent, en parole, des fortunes à leurs interlocuteurs.Le type de la forme dépressive est le \u201cdélire hypocondriaque\u201d.À un premier degré, les malades se plaignent seulement de sensations vagues, de maux d\u2019estomac, de constipation.Au deuxième degré c\u2019est le délire de négation.Ils croient que leurs organes sont obstrués ou détruits, ils n\u2019ont plus de bouche, leur estomac est plein.A un troisième degré ils nient jusqu\u2019à leur existence, vont jusqu\u2019à se croire morts.Les uns sont obsédés par des idées de ruine, de culpabilité, qui les poussent au suicide ; les autres sont persécutés et ne voient que des ennemis.Parfois la forme ambitieuse ou hypocondriaque persiste isolément pendant toute la durée de la maladie.D\u2019autres fois, l\u2019un des délires suécède à l\u2019autre: Après une période d\u2019excitation \u2018survient une période de dépression.On a même caractérisé cette variété sous le nom de paralysie à double forme.| Troubles somatiques \u2014Les troubles somatiques sont aussi nombreux que caractéristiques.Ce sont, 1° les troubles de motilité: 2° les troubles de la parole: 3° troubles de l\u2019appareil visuel: 4° troubles de la sensibilité: 5° les troubles des reflexes: 6° les troubles trophiques : 1° Troubles de motilité.\u2014 Contrairement à ce que le terme de \u201c\u201cparalysie générale\u201d semble impliquer, on a reconnu que malgré l\u2019opinion des anciens auteurs, les véritables troubles moteurs de la paralysie générale ne consistent pas dans la paralysie.A aucune période de la maladie, le malade ne perd la faculté de contracter ses muscles volontairement.Mais il paraît incontestable, d\u2019autre part, que la difficulté de la marche qui survient, soit au cours de la maladie, soit à la période avancée, est due en partie à la faiblesse musculaire.Les troubles moteurs qui dominent dans la paralysie générale et qui la caractérisent surtout sont: le tremblement et l\u2019incoordination » L'UNION MÉDICALE DU CANADA 359 motrice.Ces troubles peuvent ou exister à l\u2019exclusion l\u2019un de l\u2019autre ou coexister chez le même sujet.(a) \u201cTremblement\u201d: \u2014 Le tremblement n\u2019est pas permanent ; c\u2019est-à-dire qu\u2019il ne persiste pas dans le repos complet.En effet, l\u2019influence des efforts est très évidente.Il existe un appareil enrégistreur qui nous fait voir clairement le contraste qui existe entre le tremblement normal de la langue qui est une courbe unie; tandis que dans la paralysie générale, la graphique figure une ligne ondulée et tremblée.Le tremblement envahit en premier lieu les lèvres, la langue et les muscles de la face.Il se manifeste dès que le malade ouvre la bouche pour parler.\u2018On: l\u2019observe alors sous forme de petites secousses, surtout \u2018appréciables au niveau des zigomatiques et des muscles du menton.On le provoque a coup sûr en faisant tirer la langue du malade.Le tremblement peut rester plus ou moins limité à la face; mais très souvent il s\u2019étend aux membres supérieurs, atteignant parfois un seul côté pour se généraliser ensuite.(b) \u201cL\u2019incoordination des mouvements\u201d est assez particulière et ne ressemble pas absolument à celle du tabes.Elle se caractérise par plus d\u2019ampleur et surtout de brusquerie dans les contractions musculaires.Aux membres supérieurs, l\u2019incoordination se montre d\u2019assez bonne heure, sous forme d\u2019une desharmonie des mouvements qui gêne l\u2019exercice de la profession lorsque celle-ci exige une certaine habilité manuelle ; par exemple: les dessinateurs, les graveurs, les horlogers.Le malade (levient d\u2019une maladresse tellemnt prononcée qu\u2019il ne peut plus effectuer les actes les plus simples.Il est incapable de remonter sa montre ; de boutonner son pantalon ; Mais c\u2019est par les désordres de l\u2019écriture que le trouble se traduit de la façon la plus appréciable, et à un point tel que l\u2019aspect d\u2019une signature permet parfois, à lui seul, d\u2019établir le diagnostic.Toutefois, d\u2019écriture est altérée, non seulement en raison des troubles moteurs, mais encore en conséquence des troubles psychiques auxquels sont dûs Les oublis de mots et de lettres, les répétitions, les fautes d'orthographe, les ratures, ete.Le tremblement et l\u2019incoordination entraînent pour lJeur compte l\u2019inégalité et surtout l\u2019irrégularité des lettres dont les traits sont brisés, tremblés, surtout dans les lettres longues.\u2019 L\u2019incoordination atteint plus tardivement les membres inférieurs ; mais, elle se manifeste ouvertement.La démarche devient maladroite, incertaine et embarrassée ; les malades avancent péniblement, courbés en avant, écartant les jambes à pas inégaux, tantôt lents, tantôt précipités, retombant lourdement 60 L'UNION MÉDICALE DU CANADA en Jes soulevant à peine, les difficultés s\u2019exagèrent et les malades chancellent dès qu\u2019il s\u2019agit de changer de direction, de faire volte-face ou de s\u2019arrêter.2° \u2014 TROUBLES DE LA PAROLE :\u2014Les troubles de la parole ont une importance capitale dans la paralysie générale et on dit : \u201cqu\u2019il est presque permis d\u2019affirmer que le diagnostic n\u2019est vraiment ferme qu'alors qu\u2019on les a constatés.Ils sont, en effet, très caractéristiques et très différents de ceux observés dans d\u2019autres maladies.Ces troubles sont des: dyslogies, des dysphasies, et des dysarthies.(a) Les dyslogies résultent des défectuosités de intelligence ; mais waffectent pas la fonction même du langage.Ils sont caractérisés par la rapidité de la parole dans la période expansive, ou au contraire par sa lenteur ou par du mutisme dans sa forme dépressive.Le langage se fait aussi remarquer par son illogisme et souvent par sa grossièreté.(b) Les troubles dysphasiques sont relativement rares.Ils résultent d\u2019altérations de la fonction du langage, elles-mêmes produites par des lésions des centres cérébraux.C\u2019est de l\u2019aphasie.Toutefois il peut y avoir, sinon perte coniplète des images verbales, du moins, diffieulté à se les rémémorer.\u201cC\u2019est l\u2019écolier qui ne sait pas sa leçon et qui bredouille.\u201d (e) Certains malades peuvent présenter des désordres dans la lecture ou paralexie; c\u2019est-à-dire substituer, en lisant, des mots dépourvus de sens aux mots corrects.\u2018L\u2019embarras de la parole dans la paralysie générale est surtout le fait d\u2019une dysarthrie.Je veux dire le trouble de l\u2019appareil de l\u2019articulation des mots qui provient du tremblement et de l\u2019ataxie musculaire des organes préposés à ces mouvements.À cet égard, il existe des mots d\u2019épreuve qu\u2019on devra faire répéter au malade pour déceler le trouble; par exemple: \u201cArtilleur d\u2019artillerie, polytechnicien de polytechnique, transsubstantiation.\u201d Le timbre de la voix est lui-méme modifié, le son est uniforme, grave, voilé, La parole est hésitante, parfois les lèvres s\u2019avancent pour proférer un mot qui n\u2019est pas encore énoncé.Lse syllables sont scandées, souvent sautées; de plus, elles sont répétées \u201cEnrp-pe-reur\u201d.Bientôt le langage aboutit à un bredouillement, qui, à la fin devient tout à fait incompréhensible.3° \u2014TROUBLES DE L\u2019APPARFIL VISUEL:\u2014Les troubles oculaires font partie intégrante de la maladie et en constituent une importante manifestation.La lésion oculaire \u201ccapitale\u201d de la paralysie générale est l\u2019ophtalmoplégie interne à développement graduel et progressif.\u201d L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 361 Ce trouble de la vision peut précéder, parfois d\u2019assez longtemps, l\u2019apparition des autres manifestations de la maladie.Chez le paralytique, les pupilles, lorsqu\u2019elles restent égales, peuvent être toutes deux dilatées ou toutes les deux affectées de myosis.Ce dernier cas est plus rare, contrairement à ce qui se passe dans le tabes.I y a différents degrés d\u2019ophtalmie interne.Tout d'abord, parésie du mouvement de réaction pupiMaire à la lumière ; puis abolition de ce même mouvement ; ensuite vient la parésie de accommodation ; et enfin il y à paralysie complète à Ja lumière et à l\u2019accommodation.Le trouble ne progresse pas symétriquement et il est fréquent qu\u2019il affecte inégalement les deux yeux.D\u2019un côté la réaction sera tout à fait nulle à la lumière et à l\u2019accommodation, tandis que de l\u2019autre côté, il n\u2019existera encore que le signe d\u2019Argyll-Robertson, c\u2019est-à-dire perte de la réaction à la lumière avec conservation des mouvements d\u2019accommodation.D\u2019après Renaud, nous trouvons ces troubles dans 82 pour cent des cas.Les paralysies musculaires d\u2019un ou de plusieurs des muscles moteurs du globe oculaire sont beaucoup plus rares.4° \u2014 TROUBLES DE LA SENSIBILITE:\u2014Les troubles de la sensibilité générale, soit du tact, soit à la douleur, ou à la température, sont tout à fait exceptionnels dans la paralysie générale.Cependant, il arrive que le malade se blesse ou se brûle accidentellement sans manifester aucune douleur.Dans le domaine de la sensibilité spéciale, on constate parfois certaines altérations de l\u2019odorat, du goût et de l\u2019ouie.5° \u2014TROUBLES DES REFLEXES :\u2014Mr.Renaud a examiné a cet égard 42 malades de paralysie générale.Il a constaté : la conservation du reflexe rotuléen dans 66 cas; l\u2019exagération dans 348 cas, abolition dans 68 cas.Ses recherches lui ont permis de conclure que l\u2019exagération des reflexes est de règle, dans la première période de la maladie; mais que cette exagération tend à faire place à l\u2019abolition à mesure que le processus pathologique se généralise et que la démence progresse.Quant aux reflexes cutanés et, en particulier, du reflexe cutané plantaire, ils sont altérés chez les deux tiers des malades.6°.\u2014TROUBLES TROPHTQUES :\u2014On peut dire que les troubles trophiques sont exceptionnels dans la paralysie générale.On a signalé des éruptions diverses: Zona, Purpura.Le mal perforant a été signalé souvent, mais c\u2019est l\u2019eschare sacrée qui survient le plus souvent, soit au début, soit quand le malade est condamné au décubitus.L\u2019atrophie musculaire se rencontre assez souvent, mais, les arthropathies sont rares : ainsi que les fractures spontanées des os. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA TROUBLES DES APPAREILS DE LA VIE ORGANIQUE.La digestion se fait d\u2019une façon à peu près normale chez les paralytiques généraux.L\u2019appétit est même augmenté lors de la période d\u2019expansion, parfois jusqu\u2019au point d\u2019en arriver à une véritable bou- lémie.Mais si les malades offrent du délire hypocondriaque; non seulement ceux-ci vont jusqu\u2019au refus d\u2019alimentation, mais d\u2019habitude, ils sont atteints du même état saburral que les autres mélancoliques.Quant à la nutrition générale, elle n\u2019est guère atteinte que dans la dernière période de la maladie.Parmi les complications, permettez-moi de vous signaler \u201cI\u2019héma- tôme de l\u2019oreille.\u201d\u201d Il s\u2019agit d\u2019une tumeur sanguine variant de la dimension d\u2019un pois à celle d\u2019un oeuf de pigeon, qui apparaît soit d\u2019un côté, soit des deux côtés, au niveau du pavillon.La peau est rouge foncée et amincie, la consistance de la tumeur est renitente, parfois fluctuante au centre.La ponction donne issue à du sang pur ou à la sérosité colorée par les hématies.Abandonnée à elle-même, la tumeur peut se résorber et laisser comme trace de son existence des bosselures cicatricielles inégales et indélébiles.Comme l\u2019origine de cette affection est encore discutée, je ne m\u2019y attarde pas davantage.J.A.DUFRESNE, E.E.M, Elève de IVème. Intéréts professionnels À la Séance de septembre dernier, les membres du collège des Med., et Chir.de notre province ont enfin évolué dans la voie des résolutions énergiques et des grands moyens pour rétablir l\u2019équilibre entre les revenus et les dépenses du bureau et créer plus tard un fonds de réserve pour parer à toute éventualité d\u2019obligations imprévues ; ils ont fait preuve d\u2019un grand sens pratique des affaires et se sont révélés comme administrateurs en règleant, en quelques heures, les plus 1m- portantes questions tendant à relever le crédit du collège et à inspirer confiance à toute la classe médicale.I] a fallu beaucoup de courage à bon nombre de gouverneurs pour décreter la diminution des membres du bureau et peut-être leur déchéance aux \u2018prochaines élections, mais sans trop murmurer ils ont accompli ce généreux sacrifice dans l\u2019intérêt général.Ils ont aussi compris que la suppression de l\u2019assemblée de juillet tout en allégeant le budget de $1,200.00, leur enlèverait l\u2019obligation d\u2019aller rôtir pendant une demie journée dans les fournaux de l\u2019Université Laval, à Mont- réa.Par l\u2019adoption du serutin secret, pour l\u2019élection des gouverneurs, et d\u2019un nouveau mode de procédure pour leur mise en nomination, le bureau a fait disparaître une foule d\u2019inconvénients de nature à frustrer les aspirations des médecins réellement qualifiés à remplir cette charge.Toutes ces réformes adoptées par le bureau ne peuvent être mises en pratique qu\u2019après la sanction de la lévislature, et en attendant cette approbation, il faudra pratiquer une stricte économie dans nos finances pour éviter l\u2019accumulation des déficits qui dénotent une administration défectueuse.,' Le comité de législation du bureau médical, pour renseigner les médecins de la province sur les projets importants qui seront présentés à la prochaine session de notre législature, a fait distribuer à profusion et en temps opportun, une petite brochure contenant tous ces amendements ; cet acte de courtoisie nous procure lJ\u2019avantage de bien étudier et de mûrir ces projets pour y substituer quelque chose de plus pratique s\u2019il y a lieu. L'UNION MÉDICALE DU CANADA Encouragé par cet invite à la discussion de ces projets de réforme à notre loi médicale, je me fais un devoir d\u2019accorder mon entière adhésion à tous les amendements apportés excapté à ceux à l\u2019article 4895 Statuts Refondus P.Q.9 Edouard VII, qui se lisent comme suit : 4.\u2014\u201cLe Collège des Médecins et Chirurgiens de la province de \u201cQuébec pourra, quand il le jugera à propos, établir un fonds de re- \u201ctraite et de secours dont les revenus seront appliqués au soulage- \u201cment des médecins vieux et nécessiteux.\u201d Si le Comité de la législation vise à la création d\u2019une société St- Vincent de Paul où les vieux médecins indigents pourront aller faire application, et à l'établissement systématique de la quête qui est presque devenue une institution nationale dans notre province, ce paragraphe est bien trouvé et ne manque pas le but, mais je le considère entaché de manque de respect pour la classe médicale, qui doit avoir des visées plus élevées \u2014 d\u2019ailleurs le petit nombre des applications pour secours en démontré la futilité.\u201cCe fonds sera constitué par le versement, chaque année, de la \u2018moitié du surplus des recettes ordinaires sur les dépenses tel qu\u2019éta- \u201cbli par le rapport de l\u2019auditeur.\u201d Que l\u2019auditeur ne puisse établir un surplus des recettes sur les dépenses à cause de la diminution des revenus par l\u2019acceptation du cours de six années proposées par l\u2019Université McGill et que les dépenses augmentent du fait de nouveaux besoins ou de conditions imprévues, je plains les bons vieux médecins et la maigre pitance qu\u2019on leur servira.La remise à deux dollars de la taxe annuelle, si les revenus du collège le permettent, serait mieux appréciée de la classe médicale que ce projet mal conçu et peu pratique.\u2018 \u201cLa distribution des revenus de ce fonds sera du ressort du Co- \u201c\u201cmité exécutif du bureau des gouverneurs, qui, dans chaque cas, fera \u201cune enquête sommaire.Dans chaque cas de demande de secours par un vieux médecin, le Comité exécutif devra s\u2019enquérir si l\u2019appliquant prend un petit coup plus souvent qu\u2019à son tour, et appartient à plusieurs congrégations.Le certificat de confession sera peut-être exigé.\u201cCe fonds pourra être placé, soit sur des immeubles, soit suivant \u201cles dispositions de l\u2019article 981 du Code civil.\u201d C\u2019est bien pensé, après avoir soulagé la faim et les misères des L'UNION MÉDICALE DU CANADA 365 vieux médecins nécessiteux, la balance des fonds sera employée à l\u2019achat des lots au Labrador.\u201cLe bureau des gouverneurs est autorisé à souscrire la somme \u201cde mille dollars au fonds patriotique.\u201d Nous avons déjà souscrit par résolution à la Croix Rouge $1000.que nous n\u2019avons pu payer faute ide fonds et à l\u2019Hôpital de Laval en France, $1000.00 que des circonstances fortuites nous ont empêché de payer ; la petite caligraphiste de notre Régistraire a aussi absorbé son $1000.par petites bouchées, et l\u2019on voudrait maintenant trouver un moyen légal de soulager la caisse du bureau d\u2019un autre $1000.que nous serons peut-être obligés d\u2019emprunter.Cette manie de la souscription à tous les fonds devient dangereuse, laissée aux soins des membres du bureau, il faut la faire disparaître et se mettre en garde contre cette explosion de sentiments de générosité qui se manifestent chez plusieurs d\u2019entre eux pourvu qu\u2019ils ne soient pas les ipayeurs.Apres cette petite digression tres opportune, dans ces temps de crise que nous traversons, je reviens au projet de l\u2019établissement d\u2019un fonds de secours de retraite proposé par le comité de législation, pour venir en aide aux bons vieux médecins qui ont mieux soigné leurs concitoyens que leurs petites affaires et avec une loupe grossissante, je puis trouver dans toutes les clauses de ce travail, les avantages offertes a la classe médicale par \u201cLa Caisse Médicale\u201d projet que j'ai proposé à l\u2019étude des membres du bureau à l\u2019assemblée de juillet 1915, et que Je crois de mon devoir de soumettre de nouveau à l\u2019approbation des médecins de notre province, pour qu\u2019ils s\u2019en forment une idée claire et précise.Projet Trudel & Aubry CAISSE MEDICALE 1°.Le Collège des médecins ide la province de Québec aura à l\u2019avenir une caisse médicale.2° \u2014Elle aura un bureau de direction composé du président, d\u2019un des vice-présidents, du régistraire et d\u2019un directeur-gérant.3°.\u2014Le président sera le président du Collège et le régistraire en sera le secrétaire; mais le directeur-gérant choisi par les médecins membres du collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec, aura la charge de l\u2019administration générale, pourvoyant d\u2019abord à la fondation de la caisse et à son fonctionnement, par la suite.4° \u2014 Nul officier n\u2019aura de salaire. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 5° \u2014Tout médecin licencié et inscrit au registre médical pourra faire partie de la caisse, a condition bien établie d\u2019être praticien, en bonne santé, admis par le bureau de direction et âgé de moins de 65 ans, 6°.\u2014La caisse médicale émettra des certificats de la valeur de $2,000.Pour être membre de la Caisse le versement d\u2019entrée sera de : 22 à 30 ans .$ 5.00 30 a 40 ans .10.00 40 à 50 ans .15.00 55 à 60 ans .25.00 60 à 65 ans .35.00 8° \u2014 Au décès d\u2019un membre de la calsse, tous les autres membres seront appelés à verser, au bureau de la caisse, la somme de $2.00 dans tes quarante jours qui suivront l\u2019avis du décès, et leur négligence à se conformer à cet avis leur fera perdre tous les droits et privilèges comme membres de la caisse.9° \u2014 Tous les argents ainsi perçus ne seront pas confondus avec les argents provenant des ressources du Collège, mais déposés dans une banque offrant toutes les garanties voulues et au nom du bureau de direction.10°.\u2014Dans les 60 jours qui suivront la mort d\u2019un porteur de certificat, la caisse médicale \u2018paiera aux héritiers le taux de la somme portée au certificat $2,000.11°.\u2014La caisse médicale ne commencera ses opérations qu\u2019après l\u2019émission de 1200 certificats et sur proclamation du président du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec.12° \u2014Après cinq années d\u2019existence, le bureau de direction de la caisse médicale pourra, s\u2019il le juge à propos ou opportun, émettre des dividendes et ensuite à tous les cinq ans.\u2019 13° \u2014Pour avoir droit aux dividendes, il faudra avoir été membre de caisse cinq années révolues lors du dernier dividende.14°.\u2014Le bureau de la caisse fixera la date de la distribution des dividendes.15°.\u2014Le collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec pourra changer ses règlements.16°.\u2014Le Collège des médecins et chirurgiens de la provinece de Québec prêtera au bureau de la caisse le montant nécessaire pour commencer les opérations.Par l\u2019établissement de la \u201cCaisse Médicale\u201d le bureau créera entre tous les membres de notre noble profession, cet esprit de solidarité L'UNION MÉDICALE DU CANADA 367 st d\u2019entente qui nous manque souvent pour inspirer de respect et réussir ; tous les membres de la famille médicale s\u2019intéresseront d\u2019autant plus aux affaires du collège qu\u2019ils y trouveront des avantages.L\u2019administration de la Claisse ne coûtera que l\u2019impression et la papeterie.| L\u2019échelle des prix d\u2019entrée indique que tous les médecins pratri- ciens pourront en faire partie, que le jeune médecin pourra obtenir un certificat d\u2019assurance \u201cvie entiére\u201d à meilleur marché que dans les compagnies d\u2019assurance, et que le médecin plus âgé qui a négligé \u2018de s\u2019assurer suffisamment pour ensoleiller les jours sombres de la vieillesse, trouvera \u2018par la Caisse le moyen de réparer sa faute.La Caisse Médicale ne commencerait ses opérations qu\u2019après l\u2019émission de 1200 certificats, et étant admis que la mortalité n\u2019est pas plus de un pour cent chez les médecins de 22 à 65 ans, à la mort d\u2019un membre la caisse, après paiement du montant du certificat $2,000.00, mettrait 8100.00 au fonds de réserves ; et s\u2019il en disparaissait douze dans l\u2019année, elle paierait $24,000.pour les certificats et ce qui ferait une encaisse de $4,800.après cinq années formerait la jolie somme de $24,000.que le collège pourrait ou distribuer en dividendes ou laisser en repos dans une institution financière.Tous les sociétaires de la Caisse n\u2019auraient à payer annuellement que $24,00 et peut-être moins pour une assurance de $2,000.lorsque dans toute compagnie d\u2019assurance, système \u201cvie entière\u201d ils auraient à payer pour le même montant de 22 à 30 ans .$ 36.00 de 30 à 40 ans .40.00 de 40 a 50 ans .58.00 de 50 4 60 ans .90.00 de 60 à 65 ans .134.00 Je sollicite de tous les gouverneurs qui bientôt iront à Montréal discuter le saffaires du bureau, une étude sérieuse de ce projet, et toute suggestion pour l\u2019améliorer serait gracieusement accueillie.Je le recommande surtout à ceux qui n\u2019ont peur ni de l\u2019ampleur, ni de la nouveauté d\u2019une proposition qui ont horreur du statu quo.EDMOND S.AUBRY, M.D.Hud, 11 juin, 1917. La lutte antituberculeuse Je viens de parcourir le 16me rapport annuel de l\u2019association canadienne antituberculeuse.Je me rappelle encore, comme si c\u2019était hier, ces intéressantes réunions à Québec, en septembre dernier.La ville était encore sous le coup de l\u2019intense émotion qui l\u2019avait secouée.Une sorte de stupeur planait au-dessus des maisons et du fleuve, comme si, de vaincre l\u2019espace, le génie humain avait dû se reconnaître une fois encore incapable.La chute de la travée centrale du pont de Québec avait fait naître plus d\u2019un doute sur la possibilité du triomphe définitif.Et au lendemain de cette deuxième catastrophe, la foi entrait plus vive et plus énergique dans l\u2019âÂme des quelques médecins assemblés dans la vieille capitale pour y proclamer l\u2019effort persévérant dans la lutte contre la tuberculose.L\u2019attention publique, toujours avide de sensations, se portait invinciblement sur ce désastre, en somme bien minime, à côté du désastre commun et quotidien de la peste blanche.Il faut le constater, la profession médicale s\u2019était éloignée des réunions savantes où se discutèrent les graves intérêts hygiéniques du peuple.Ume parole plus autorisée que la mienne a déjà signalé à la profession médicale cette abstention.\u201cUne seule chose m\u2019a profondément surpris et déplu, écrit le Dr J.E.Dubé, dans l\u2019Union Médicale d\u2019octobre, c\u2019est le petit nombre de médecins présents aux séances du congrès.Soixante-quinze confrères seulement avaient cru bon de se déranger de leurs occupations pour répondre à l\u2019invitation des trois sociétés.Je connais l\u2019apathie des médecins et leur manque d\u2019union, mais cela dépassait toutes mes prévisions.\u201d Soixante-quinze, certes, c\u2019était bien peu.Or, aux réunions de l\u2019association canadienne antituberculeuse, les médecins canadiens étaient particulièrement moins nombreux.\u201d Aussi, faut-il s\u2019étonner si le peuple se désintéresse d\u2019une question L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 369 qui le concerne, mais dont il n\u2019a aucune science, et qu'il ne peut profondément étudier ?S\u2019il se fait relativement peu de chose dans la province de Québec contre la tuberculose, la faute en est-elle à l\u2019opinion publique qui ignore ?.La profession médicale a-t-elle une idée de ce qu\u2019on fait dans les autres provinces ?: Le rapport de l'association canadienne antituberculose en apprendrait long 4 ceux qui voudraient seulement le parcourir.Mais ce travail gigantesque accompli dans les provinces voisines est-il dû à un dévouement des médecins plus grand que le nôtre ?\u201cIndividuellement, les médecins sont charmants, ils travaillent souvent jour et nuit, et ils ont, je ne crains pas de le dire, le monopole du dévouement.Ils sont hors concours en matiére de charité envers leurs semblables, reconnait le Dr Dubé, dans son méme article.\u201d Alors, est-ce que les hommes de là-bas auraient dans l'âme plus de patriotisme, et, comprenant que l\u2019avenir de la nation est en jeu, feraient un suprême effort pour vaincre le mal?Non, nos médecins gardent l\u2019amour du pays aussi profondément enraciné dans leur coeur, que la vieille tradition canadienne française, et ils sont prêts à tous les sacrifices.Enfin, est-ce que le besoin de lutter serait moins pressant chez nous, et aurions-nous encore le temps de nous croiser les bras ?LOIN DE LA ; la province de Québec est gravement atteinte, plus gravement même que ne le découvre la statistique, car il ne faut demander à cette dernière, surtout en ce qui concerne la tuberculose, que ce qu\u2019elle peut donner et rien de plus.Les chiffres sont là qui prouvent le mal.\u201cD\u2019effrayantes statistiques, disait le lieutenant gouverneur de la province de Québec, dans son adresse de bienvenue, démontrent que chaque année, dans notre province, 3000 personnes succombent à la tuberculose.\u201d Cela n\u2019est-il pas suffisant pour réclamer notre travail promptement et activement ?Or, devant un mal si grand, devant des pertes si énormes, nous n\u2019avons, pour lutter contre la tuberculose, que le bon plaisir, souvent variable, de la générosité privée avec un peu d\u2019aide pécuniaire de nos gouvernements.Eh bien! là est tout le secret de l'oeuvre gigantesque accomplie chez nos voisins: la lutte antituberculeuse se fait avec de l\u2019argent.Sans doute l\u2019argent seul ne fait pas des miracles, et, forcé de 370 L'UNION MÉDICALE DU CANADA choisir entre l\u2019argent et le dévouement, je choisirais le dévouement car il est un levier puissant capable de soulever tout en monde.Mais dans une ère d\u2019organisation sociale aussi compliquée que la nôtre, où il faut s'adapter à toutes Jes conditions et prendre toutes sortes de moyens, l'argent reste une condition nécessaire à la lutte antitubereu- leuse.Du dévouement et de l\u2019argent, voilà deux choses qui assurent le succès.Mais là où manque le nerf de la guerre, la victoire ne peut être espérée.Aussi, les faits sont là qui prouvent à l\u2019évidence que sans argent nous ne pouvons rien faire.Alors que dans Ontario il y a des sanatoria populaires, alors que la Colombie Britannique, le Manitoba et le Nouveau-Brunswick ont des hôpitaux et des senatoria pour la classe ouvrière, la province de Québec n\u2019en a que pour ceux qui sont capables de payer.Pour le peuple qui souffre, plus nombreux, de la tuberculose, pas d'hôpital, pas de sanatorium.Rien qu\u2019un refuge, une retraite pour s\u2019en aller tranquille et inoffensif dans les bras de la mort.Et encore, combien sont morts dans l\u2019attente de cette asile!.Tout le reste de la lutte antituberculeuse, chez nous, appartient à l\u2019initiative privée, appuyée un peu par nos gouvernements et par la charité publique.Faut-il donc s\u2019étonner que l\u2019organisation soit encore rudimentaire et que nous fassions si piètre figure à côté de nos com- pariotes des provinces voisines.Nous irions même jusqu\u2019à accepter cet affront à notre amour propre si le réusltat final n\u2019était pas à notre honte.Sir James Grant disait à Québec : \u201cD\u2019après les renseignements que j'ai obtenus des ministres de l\u2019E- vangile, hommes de professions, prêtres et instituteurs, j\u2019'avance carrément que pendant les dernières années, la mortalité, au Canada, par tuberculose, a été réduite de 25% .\u201d Notre province profitait des victoires des autres.Car cette diminution devrait être supérieure, et de fait elle l\u2019est pour d\u2019autres provinces que la nôtre, et il apparaît bien clairement que, par notre inertie, nous restons un poids mort dans le mouvement du progrès sur cette question.En effet, d\u2019après le Dr J.W.Daniel, la mortalité par tuberculose, à St-Jean N.B., est tombée de 11.8 qu\u2019elle était en 1900, à 6.7 en 1915.Dans l\u2019Ontario, de 160 en 1900, à 89 par 100,000 en 1915, à Hamilton de 13.5% sur la mortalité générale en 1898, à 6.4% en 1916.La province de Québec comptait une moyenne de 192 par 100,000 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 371 dans les dix années de 1896 à 1906 ; et sa mortalité par tuberculose n\u2019a baissé qu\u2019à 155 en 1913.L'A RAISOIN:?Il suffit de fouiller un peu les statistiques pour voir que, par exemple, Je gouvernement d\u2019Ontario accorde au bureau provincial d'hygiène $108,000.00, tandis que le conseil Supérieur d\u2019hygiène de la Province de Québec n\u2019en a que le tiers, soit $32,000.00; que, paf exemple encore, Ottawa a dépensé $106,100 pour une population de 100,561 ; soit un peu plus qu\u2019une piastre par tête, que Toronto dépense 0.55 sous par tête pour l\u2019hygiène, en général, alors que Montréal, avec 540,000 âmes ne dépense que 39 à 40 sous par tête.Ottawa a dépensé, en 1916, $32,600.00 pour la lutte antituberculeuse, et sa mortalité par tuberculose, qui était de 104 pour 67,572 de population en 1916, était, en 1916, de 111 pour 100,661 âmes.À Winmpeg, avec 200,090 de population et une lutte bien organisée, le taux de mortalité par tuberculose pulmonaire, qui était de 93.9 en 1909, tombe, en 1916, à 79.5 par 100,000.Ces chiffres me sont fournis \u2018par le Dr Douglas, chef du service d\u2019hygiène.Toronto dépense annuellement $158,496.00 pour les institutions antituberculeuses, et son taux de mortalité qui, en 1895, était de 230 par 100,000, descend à 110 en 1916.Hamilton, pour une population de 104,490 âmes, dépense 0.85 sous par jour pour chaque patient de la ville hospitalisé dans le sanatorium local, et, en différents temps, d\u2019après les chiffrese officiels du Dr James Roberts, elle dépense, pour la tuberculose $150,000.00.Aussi, le taux de mortalité par tuberculose n\u2019était plus, en 1916, que 6.4% de la mortalité générale quand il était, en 1898, de 13.5%.Par contre, Montréal dépensait, en 1915, $17,432.50 pour la tuberculose, et son taux de mortalité par tuberculose était, en 1915, de 189.6 pour 100,000 ayant été de 229.9 en 1906.Nous mesquinons pour sauver le peuple.C\u2019est ainsi que s'explique une mortalité qui ne baisse pas dans les mêmes proportions que chez nos voisins.Mais, aussi, faut-il avouer que nous sommes excessivement prodigues d\u2019une part pour être si avares de l\u2019autre.POINT DE VUE ECONOMIQUE Ne voulant pas dépenser l\u2019argent nécessaire pour mener à biez, et d\u2019une façon efficace, la luttte contre la tuberculose, nous perdons en valeur économique plusieurs millions par année.Cette valeur économique, remarquons-le bien, n\u2019est pas rien qu\u2019un 372 L'UNION MÉDIVALE DU CANADA mot: C\u2019est une réalité, ce n\u2019est pas une chose abstraite qui peut éclore, à l\u2019occasion, dans le cerveau d\u2019un sociologue théoricien sans affecter le moins du monde le cours des échanges économiques; c\u2019est une valeur concrète mise au chapitre des profits et pertes dans Ja richesse d\u2019une nation.Cette valeur économique comprend le prix d\u2019une vie humaine, la somme moyenne des salaires perdus, et le coût de la maladie chez les tuberculeux.Or, que perdent la Province de Québec et Montréal en particulier, par Ja tuberculose ?L'évaluation moyenne d\u2019une vie humaine, en Amérique, est de $2000.00.A ce prix, la province de Québec perd annuellement $6,000,000.00, que l\u2019on pourrait considérer comme valeur foncière, et Montréal a perdu en 1916, $2,048,000.00.L\u2019évaluation de la productivité sujette à variations suivnat les temps, les conditions et le travail, est, en moyenne, de $500.00 par année.En comptant une incapacité de travail d\u2019un an, la province de Québec perd $1,500,000.00 en salaires et Montréal $512,000.00.À ces pertes, il faut ajouter ce qui a été réellement dépensé pour la maladie des tuberculeux décédés: soit, une anné à 0.50 sous par jour, la province, alors, a perdu $547,000.00 et Montréal $186,880.00.Par ces seuls morts, la Province a perdu $8,047,500.00 sur lesquels Montréal perd $2,746,880.00 par année.Ce n\u2019est pas malheureusement là où s\u2019arrête l\u2019immense désastre.Il faut ajouter ceux qui sont malades et dont l\u2019activité est diminuée et qui ont fait des dépenses supplémentaires pour se soigner.Or, quand il y a un tuberculeux qui meurt, d\u2019après les statisticiens les plus imminents, et d\u2019après le Docteur Boucher, il y a dix personnes atteintes de tuberculose.Ainsi, notre province avec ses 30,000 tuberculeux, perdrait, par les salaires non gagnés (à $150.00 par année) $4,500,000.00 et Montréal, avec ses 10,240 tuberculeux $1,536,000.00.Et nous obtenons comme grand total $12,547,500.00, desquels Montréal a $4,282,880 pour sa part.Réellement, voilà des chiffres stupéfiants.Et serions-nous excusables de nous étonner que nos gouvernements fassent si peu pour arrêter une perte économique aussi considérable?Car, à vrai dire, il suffirait de s\u2019y mettre pour voir aussitôt les excellents résultats d\u2019une lutte antituberculeuse bien organisée.\u201cQuoiquet je ne sois pas optimiste, écrit le D.C.H.Vrooman dans L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 373 son rapport du sanatorium de Tranquille, en Colombie Britannique, au point de croire qu\u2019en: dix ans on pourrait complètement extinper la tuberculose comme source de mort, cependant j'ai confiance que si cette province voulait dépenser 20% de la perte économique annuelle dans une campagne bien dirigée, dans dix ans au moins la moyenne des décès serait réduite de moitié.C\u2019est l'expérience d\u2019autres pays, et je ne vois pas pourquoi elle ne serait pas la nôter OUI, pourquoi ne serait-elle pas la nôtre, à nous aussi?Si la province de Québec dépensait, par année, seulement un cinquième de ce qu\u2019elle perd uniquement par tuberculose en dix ans, cette province aurait épargné près de quatre millions.Voilà des aperçus qui doivent faire réfléchir, et nul homme sérieux, exerçant une influence quelconque dans notre organisme social, faisant partie de la classe dirigeante, qui s\u2019occupe du présent économique et de l\u2019avenir national, ne peut se dérober à l\u2019étude de ces suprêmes questions.La profession médicale, dans la Province de Québec, sait parfaitement bien à quoi s\u2019en tenir sur ces problèmes.Elle sait, avec conviction, ce que formule le rapport de la commission Royale.\u201cLa campagne antituberculeuse s\u2019appuie sur ce trepied: éducation, législation et l\u2019argent.\u201d Elle voudra bien remarquer, cependant, que le premier mouvement à organiser, c\u2019est l'éducation de opinion publique, qui agira sur les gouvernements par ondes concentriques d\u2019autant plus intenses que les coups auront été plus fermes, et dont le résutalt sera une meilleure organisation antituberculeuse.Cette éducation de l\u2019opinion publique, c\u2019est aux médecins à la faire.Dans le Bulletin Médical de Québec, le Dr Nadeau écrivait, avec sa merveilleuse sagacité : \u201cC\u2019est pourquoi le nerf de la guerre, si nécessaire pour la solution de nos problèmes sociaux, ne sera accordé que si l\u2019opinion publique le réclame impérieusement.Il appartient donc, par sacerdoce, aux hygiénistes de carrière et à la profession médicale en général, de façonner l\u2019opinion publique dans ce sens.Lorsque le public, mieux averti et moins ignorant de ces problèmes, réclamera des réformes et des octrois, comme autrefois les Romains réclamaient \u201cdu pain et des jeux\u201d ceux qui nous gouvernent respecteront la volonté de leurs administrés.\u201d L'éducation de l\u2019opimion publique par le médecin : tout est là.Le gouvernement de Québec est, en principe, très favorable aux moure- 374 L'UNION MÉDICALE DU CANADA ments d'hygiène dans la province.Sir Lomer Geuin demandait publiquement aux médecins d\u2019éduquer le peuple, et de lui apprendre, à lui-même, Premier Ministre, la portée de nos demandes.Peut-être la tièdeur de notre enthousiasme, trop publiquement affichée, a-t-elle fait naître des doutes dans l\u2019esprit du Premier Ministre, sur la vigueur de nos convictions.Nous aurions dû nous montrer plus nombreux et plus unis.En tout cas, l\u2019opinion PUBLIQUE EST LA QUI attend notre direction.Sachons la façonner parfaitement en tous sens.Le médecin peut faire admirablement bien l\u2019éducation de sa clientèle privée de sa clientèle de dispensaire ou d\u2019hôpital.Sa parole aura un poids plus grand et une portée plus longue.Pour ce qui est de notre ville de Montréal, l\u2019opinion publique doit encore prévaloir.Instruisons le peuple.Donnons notre concours, aux programmes et aux demandes réitérées du Dr Boucher.Parmi nos administrateurs municipaux, il en est qui se rient des menaces de la justice, mais qui reculent devant l\u2019opinion publique.Sachons nous en servir dans l\u2019intérêt de l\u2019hygiène, pour le bien du peuple qui souffre et qui compte sur nous seuls pour plaider sa cause, pour l\u2019avenir du pays; enfin pour tous les nobles intérêts qui font l'idéal de notre profession et le but de notre vie.Dr J.A JARRY, Directeur de l\u2019Institut Bruchési, antituberculeux, à Montréal.LE CONSEIL MEDICAL FEDERAL Klections À la dernière réunion du Conseil fédéral, le Professeur E.P.Lachapelle, doyen de la Faculté de Médécine de Montréal, a été élu, à l'unanimité, Président du Bureau.La nomination est très heureuse.Nous en félicitons le titulaire et les membres qui l\u2019ont élu."]
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