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Titre :
L'union médicale du Canada
Éditeur :
  • Montréal :[Revue L'union médicale du Canada],1872-1995
Contenu spécifique :
Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Bulletin de l'Association des médecins de langue française de l'Amérique du Nord) ,
  • Gazette médicale de Montréal
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L'union médicale du Canada, 1917-08, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, fondée en 1872.ati PUBLIÉE PAR MM.R.BOULET, M.A.LeSAGE, MM.L.de L.HARWOOD, J.E.DUBE, A.MARIEN, Tout ce qui concerne la rédaction doit être adressé à M.le Dr A.LeSAGE, 46, Avenue Laval, Montréal.Rédacteur en chef Vol.XLVI ler AOUT 1917 No 8 Une observation d\u2019hémi-athetose secondaire a la diphterie (1) Par Albert LeSAGE Professeur de Pathologie Interne Médecin de l'Hôpital Notre-Dame - et Roch Hébert, Interne.On désigne, sous le nom de mouvements athétosiques, des mouvements de caractère spasmodique, involontaires, qui se localisent à l\u2019extrémité périphérique des membres et aussi à la face.Ils sont irrégu- llers, lents, moins accentués au repos, mais ils ne cessent tout à fait que très rarement, ils augmentent par les excitations psychiques et les mouvements actifs.Ils cessent pendant le sommeil, la volonté les influence peu.Cette sorte de troubles moteurs s\u2019observe le plus souvent sous forme d\u2019hémi-athétose\u2014une moitié du corps\u2014en rapport avec les affections aiguës du cerveau, principalement après la paralysie cérébrale infantile ou après l\u2019apoplexie avec hémiplégie des adultes.Ces notions sont classiques, mais il importe de les bien retenir car la cause qui provoque ces troubles est souvent difficile à déterminer.Sans doute, il est facile de conclure de l\u2019effet à la cause lorsque les troubles coïncident avec une maladie aiguë, mais il est plus diffi- (1) Travail du service de médecine à l'Hôpital Notre-Dame \u2014 session d'été. L'UNION MÉDICALE DU CANADA cile d\u2019en préciser le mécanisme intime dans chaque cas particulier.L\u2019observation suivante le démontre bien.OBSERVATION La malade se présente pour des contractions des membres supérieur et inférieur droits avec mouvement athétosiques de la main droite, des troubles de la parole et de la faiblesse générale.1° Antécédents héréditaires.Père \u2014Mort à 50 de tuberculose pulmonaire qui dura un an.Aucun autre antécédent pathologique.Vie sobre et régulière.Mère Morte à 43 ans.Suites de couches pathologiques, morte un mois après son accouchement.Frères :\u20145 morts jeunes, entre 2 jours et 12 ans.L\u2019un est mort à 9 ans des fièvres typhoïdes.Soeurs \u2014?en bonne santé, sans dossier pathologique.2° Antécédents personnels.Rougeole: à 9 ans, qurée un mois.Daphthérie : à 10 ans, attaque sévère qui dura un mois et demi et s\u2019accompagna de complications cérébrales.Rhumatisme: Douleurs généralisées à toutes les \u2018articulations.I a malade s\u2019est plaint depuis l\u2019âge de 17 ans c\u2019est-à-dire depuis 13 ans.Fiévres typhoides: a l\u2019âge de 23 ans.Durée 3 mois.La malade en fut atteinte 4 ans après son frère, qui en mourut.3° Maladie actuelle : Il y a 20 ans alors qu\u2019elle souffrait de diphtérie accompagnée de céphalée intense la malade se leva la nuit pour respirer l\u2019air à une fenêtre.Prise de faiblesse, elle perdit connaissance.Quand elle revint à elle, on constata de l\u2019himplégie de tout le côté droit avec impossibilité de parler.Les choses en restèrent là pendant 3 jours, puis graduellement la malade recouvra la parole et les mouvements mais imparfaitement.Il y a 7 ans, hospitalisée à l\u2019Hôtel Dieu, Mlle D suivit un traitement électrique qui dura 15 jours et qui fut appliqué chaque jour.Flle parut améliorée, mais peu à peu, durant un an, tout revint à l\u2019état où-est aujourd\u2019hui la malade, état qui est celui qui a précédé le traitement.Etat actuel: Les troubles sont surtout marqués à la main droite.On y note des mouvements d\u2019extension, de flexion, d\u2019adduction et d\u2019abduction, exécutés avec une grande lenteur.Il y à raideur initiale dans le L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 37, mouvement passif que la malade ne peut contrôler une fois qu\u2019il a commencé.Les mouvements actifs doivent être amorcés, pour se produire, par un grand effort de volonté.Du côté du bras, on remarque que le biceps du même côté est plus développé que celui du côté gauche et la malade constate qu\u2019elle est plus forte de ce bras que de l\u2019autre.Du côté de la jambe droite, il ya un peu de claudication.On a du Babinski, mais aucun trouble de la sensibilité.Depuis l\u2019âge de 10 ans également la malade est sujette à des céphalées intenses qui, arrivées à leur maximum d\u2019intensité, lui font perdre connaissance.Ces pertes de connaissance surviennent 2 ou 3 fois par semaine plus fréquemment après un repos sans aucun prodrome.Elles durent à peu près 10 minutes et laissent la malade dans un état de fatigue qu\u2019elle ressent une couple d\u2019heure après l\u2019absence.La malade s\u2019est quelquefois \u2018blessée dans ses chutes.Du côté des facultés intellectuelles on peut dire qu\u2019il y a faiblesse.4° Examen des dwers appareuls.Appareil digestif: Digestion difficile et laborieuse.Pesanteur et douleurs fortes au creux épigastrique après les repas, quelq}efois vomissements.Constipation habituelle.Appareil respiratoire : Dyspnée d\u2019effort.Appareil circulatoire: Appareil génito-urinaire : (a) Gémital: Règles à 15 ans, règles abondantes durant 8 à 10 jours et accompagnées de dysmenhée.La malade a dû passer des caillots.Amenorrhée de 3 mois à l\u2019âge de 17 ans.Les règles surviennent irrégulièremnet, soit qu\u2019elles précèdent ou qu\u2019elles dépassent le temps voulu.(b) Urinaire: Dysurie continuelle, quoique la malade ne fasse pas de pollakiurie.Système nerveux: Déjà vu.Appareil cutané : Rien à noter.Vue : Douleurs à la région frontale quand la malade est obligée de s'appliquer à un travail rapproché et qui demande de l\u2019attention.REFLEXIONS 1°Que s'est-il passé, au début, lorsque cette enfant a perdu connaissance ? 378 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Nous ferons des hypothèses, mais une hypothèse est quelquefois logique.: Nous pouvons supposer, qu\u2019au moment de la crise, au cours de sa diphtérie, une embolie septique a pénétré dans la sylvienne gauche, qu\u2019elle y a provoqué une obstruction passagère accompagnée de troubles apoplectiques et de paralysie qui a duré quelques jours.Peu à peu, la lumière du vaisseau a permis à une certaine quantité de sang d\u2019y pénétrer ; la paralysie a disparu assez rapidement, mais l\u2019irrigation du territoire affecté a toujours été insuffisante, l\u2019irritation a persisté, les troubles dynamiques sont devenus permanents parce que le calibre de l\u2019artère est rétréci.Au moment de la crise et durant les quelques jours qui ont suivi, les troubles d\u2019apoplexie locale ont provoqué des lésions passagères dans les territoires limitrophes des fasceaux pyramidaux: troubles de cir- \u201cculation au début, lésions de sclérose plus tard, qui sont devenus une cause d\u2019irritation permanente dans le voisinage et qui entretiennent cet état de spasmodicité qui se manifeste par la contracture des parties correspondantes.Nous comprenons, ainsi, pourquoi les mouvements volontaires sont lents à amener un changement dans l\u2019attitude du membre affecté, et pourquoi, aussi, une fois déclanché, le mouvement se prolonge presque automatiquement jusqu\u2019à la fin de sa course, où il se résume dans une contracture, comme au début.Il y a irritation et non destruction des cellules pyramidales parce que les muscles ne sont pas atrophiés.Ils ont augmenté de volume.Leffort excessif qu\u2019ils font pour se mouvoir est équivalent à un exercice physique prolongé dans le but d\u2019augmenter le volume et la résistance des muscles.Ces troubles sont plus accentués sous l\u2019influence de la marche, du travail, de l\u2019excitation cérébrale, en un mot tout traumatisme capable de troubler la pression artérielle et de gêner la circulation locale.I1 s\u2019en suit que la tension locale augmente, qu\u2019un état spasmodique plus ou moins complet de l\u2019artère malade provoque de nouveau des troubles psycho-moteurs tels que la contracture et la perte de connaissance.C\u2019est la crise du début qui se répète, due à un trouble circulatoire causé par un état méiopragique permanent de l\u2019artère sylvienne anciennement lésée.2° Que pouvons-nous?Pronostic.De prime abord, on peut croire qu\u2019une plaque de méningite irrite le cortex au niveau de la scissure de Rolando et y provoque une irritation qui se déclanche définitivement sous forme de crise: on pense à l\u2019épilepsie Jacksonnienne et on conclut volontiers en faveur d\u2019une intervention chirurgicale. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 379 Mais en observant la malade on constate que le repos au lit atténue les accidents et fait disparaître les crises.La parole est plus intelligible, l\u2019idéation plus claire.L'état spasmodique des membres est moins prononcé, les mouvements sont moins lents à partir.Seul un trouble circulatoire peut expliquer la génèse des accidents que nous avons observés.La précision a une grande importance dans ce cas-ci, car elle nous indique la marche à suivre, et elle fixe le pronostic.Contre un trouble circulatoire causé par une embolie dans le territoire de la sylvienne nous ne pouvons rien tenter avec succes.Inutile d\u2019ajouter d\u2019autres commentaires.Une intervention chirurgicale ne donnerait aucun résultat parce que nous ne pouvons pas atteindre le point vulnérable.Et, d\u2019ailleurs, le pourrions-nous, que la tentative serait également infructueuse : il serait téméraire de procéder à une dilatation de la sylvienne.Le pronostic est donc grave, en ce sens, que la lésion est permanente.Le pronostic est donc grave, en ce sens que la lésion est permanente.Le retentissement sur le cerveau sera considérable.L\u2019atraphie possible et la sclérose peuvent conduire notre malade à l\u2019idiotie et à urr état spasmodique permanent des membres correspondants, semblables à cesui que l\u2019on observe dans la seconde période de l\u2019hémiplégée par hémorrhagie cérébrale.Nous ajouterons en terminant qu\u2019il ne faut pas confondre la chorée avec l\u2019athétose.Dans la chorée les mouvement sont involontaires, sans but, brusques et se succèdent sans aucune règle; ils existent aussi bien à l\u2019état de repos qu\u2019à l\u2019occasion des mouvements volontaires dont la coordination est extrèmement troublée.Il n\u2019y a pas de contracture.Il suffit d\u2019y songer pour éviter l\u2019erreur.Nous avons done, malgré les instances de notre malade, refusé toute intervention, parce qu\u2019elle eut été inutile et dommageable dans les circonstances.Attitude de la main dans un cas d\u2019hémi-athetose Observation Clinique (1) Un cas de Gonococcie Uréthrite, polyarthrite et endocardi.e Parle Dr Anselme LEGER Assistant à la clinique de l'Hôpital Notre-Dame Monsieur le docteur Albert Le Sage, professeur de pathologie interne, m\u2019a gracieusement invité à présenter, aux lecteurs de l\u2019Union Médicale, l\u2019observation clinique dun cas de gonococcie, admis, en juillet 1916, au grand service de médecine de l\u2019hôpital Notre-Dame.J'étiquette \u201cgonococcie\u201d, parce qu\u2019en effet, il s\u2019agit, ici, non pas seulement d\u2019une vulgaire inflammation de la muqueuse uréthrale, avec extension à Tappareil génito-urinaire, mais, aussi, de manifestations morbides à d\u2019autres points de l\u2019organisme, avec troubles organiques et fonctionnels, qui, de toute évidence, sont déterminés par l\u2019action pathogène du gonocoque ou de ses toxines.Monsieur E.-G., âgé de 23 ans, est admis à l\u2019hôpital salle Saint- Jean de Dieu, le 13 juillet 1916, souffrant de douleurs très vives dans les articulations du pied gauche, du pied, du genou et du poignet droits.Il présente, en outre, des symptônres généraux infectueux.Antécédents héréditaires.\u2014 Rien de notable.Ancêtres morts vieux.Père vivant, 55 ans, alcoolique.Frères: 3 vivants, (16, 18, 22 ans) bonne santé.2 morts, dans le bas âge.Soeurs: 1svivante, bonne santé.1 morte, fièvre typhoïde.Antécédents personnels :\u2014 Aucune maladie infantile.Croissance normale.Débardeur depuis l\u2019âge de 15 ans (travaille souvent la nuit).Fume deux paquets de cigarettes par jour, depuis l\u2019âge de 12 ans.Aleoolique.(Cuite tous des samedis et jour de fête, depuis l\u2019âge de 15 ans).Gros mangeur de viande (3 repas par jour).Maladie actuelle :\u2014 En septembre 1915, E.-G.contracte une blennorrhagie, vraisemblablement, une uréthrite simple, avec peu d\u2019écoulement et qui, au dire (1) Travail du service de médecine, session d'été, Hôpital Notre-Dame. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 381 du malade, a duré à peine quatre jours.Monsieur G a pleine illusion d\u2019une guérison définitive et se réjouit d\u2019avoir si peu coulé.Huit mois se \u2018passent dans l\u2019indifférence la plus complète, presque dans l\u2019oubli des évènements de septembre 1915.Le 15 juin 1916, il est pris, soudainement, d\u2019une douleur vive au pied gauche, douleur suivie de cha- y leur, de rougeurs et de gonflement.Le 25 du même mois, le pied droit se prend et quelques jours plus tard: le genou et le poignet droits.Il accuse des symptômes généraux infectieux ; mais il faut noter, l\u2019absence d\u2019angine et de transpirations abonidantes; l\u2019anémie est plutôt légère.Les manifestations articulaires s\u2019accentuent jusqu\u2019au jour de son entrée à l\u2019hôpital.Examen \u2014 Nous le voyons le 20 juillet 1916, avec le professeur A.Lie Sage.Nous notons une hydarthrose du pied gauche (articulation tibio-tarsienne ) ; au genou et pied droits, arthralgie ; douleurs dans les petites articulations de la main droite.La température est a 101°, F.Le pouls bat à 100.La langue est saburrale, ete.\u2014Du c0- té des urines : densité 1030 ; leucocytes nombreux ; présence d\u2019albumine et de gonocoques.Urêèthre: \u2014 Portions antérieure, membraneuse et prostatique sont envahies.Poumons :\u2014Normaux.Foie :\u2014Normal.Coeur :\u2014A la base, souffle systolique, foyer pulmonaire, se propa- pageant vers la clavicule gauche, partie interne.Ce souffle est superficiel, modéré, il n\u2019y a pas de frémissement.Au foyer aortique, le premier bruit est présque disparu.A la pointe, souffle mésosystolique, sus-apexien, mobile, inconstant.Hypertrophie compensatrice légére du ventricule droit.Réflexions :\u2014 Cette observation me paraît intéressante à étudier à cause, d\u2019abord, des complications au système locomoteur, qui sont, ici, polyar- ticulaires, contrairement à ce que l\u2019on constate, généralement, en clinique ; intéressante, en second lieu, à cause de la localisation du virus au système circulatoire ; intéressante, à cause de l\u2019évolution sournoise de l\u2019endocardite qu\u2019il détermine, et enfin, à cause du siège de la lésion définitive qui en résulte.Un mot, seulement, des manifestations articulaires.Elles vont, ici, de ja douleur simple jusqu\u2019à l\u2019hydarthose et comme nous l\u2019avons signalé, plus haut, elles prennent la forme polyarticulaire. L'UNION MÉDICALE DU CANADA Au coeur, nous avons trouvé un souffle systolique à la base, foyer pulmonaire, ayant tous les caractères d\u2019un souffle organique.Il s\u2019agit done d\u2019un rétrécissement pulmonaire.Cette lésion est extrêmement rare, et elle relève, le plus souvent, d\u2019une affection congénitale.Son histoire se confond avec celle de la maladie bleue.Cette affection comporte donc, toujours, un pronostic sérieux.Chez le malade qui nous intéresse, l\u2019absence de cyanose et de dyspnée nous permettent d\u2019éliminer le rétrécissement congénital.Le caractère du souffle au foyer pulmonaire, l\u2019assourdissement des bruits au foyer aortique, nous permettent d\u2019affirmer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019endocardite de date récente, à l\u2019état sub-aiguë, comme d\u2019ailleurs, le rhumatisme qui l\u2019accompagne ; endocardite, avec lésion déjà organisée, à l\u2019un des foyers atteints et qui a, incontestablement, pour cause, la maladie en évolution.L?absence de frémissement à la palpation de la région précordiale s\u2019expliquerait par le fait que les végétations valvulaires sont encore molles et non complètement retractées.Cela ne plaiderait-il pas encore, en faveur d\u2019une endocardite acquise réeemment et due, toujours, à l\u2019action pathogène du gonococque ?Et d\u2019ailleurs, ne savons-nous pas.que le gonocoque a une prédilection pour les valvules signoïdes.Après avoir tenté d\u2019établir que l\u2019affection cardiaque est de date récente et non congénitale ; qu\u2019elle est, en plus, d\u2019origine blennorrhagi- que, essayons maintenant de fixer, sur ides hypothèses, il est vrai, son mode d\u2019évolution, mais surtout l\u2019époque de son apparition.Nous sommes bien renseignés, quant à da date d\u2019apparition des manifestations articulaires; mais depuis quand évolue l\u2019endocardite?C\u2019est là un point difficile à préciser.Ce que nous avons dit précédemment du coeur, nous permet de croire que l\u2019endocardite est antérieure à l\u2019affection rhumatismale.Dans les quelques lignes qui vont suivre, nous essayerons d\u2019établir, qu\u2019elle date, des premières semaines de l\u2019affection blennorrhagique.\u201cMa chaude pisse a peu coulé\u201d, nous déclare le malade et il n\u2019admet pas de complication génitale.Ne se serait-il pas fait, dès le début de la maladie, une métastase & l\u2019endocarde ?et de ce fait, n\u2019aurions-nous pas explication du peu d\u2019écoulement uréthral?Nous savons que toute complication génitale, au cours d\u2019une uréthrite aiguë, fait disparaître temporairement l\u2019écoulement.N\u2019en serait-il pas de même (pour toute comfplication extra-génitale?Nous venons de dire que le malade n\u2019admet pas de complication extra-génitale ; et si l\u2019endocardite évolue depuis le début de l\u2019affection gonococcique, comment expliquer que le malade n\u2019en ait éprouvé aucun ennuie?La clinique me parait répondre à ces objections.L\u2019endocardite, tout en étant une \\ L'UNION MÉDICALE DU CANADA 383 maladie grave, ne se manifeste pas toujours, au début, par des troubles très accentués ; elle peut même évoluer à l\u2019insu du malade.Elle peut être complètement inconnue (du malade toujours), à sa période d\u2019acuité, et ne se révéler que quelque temps après par des signes orifi- ciels.Nous avons, dans l\u2019examen du coeur, parlé d\u2019un souffle méso- systolique, sus-apexien, mobile, par conséquent anorganique.Cette constatation pourrait nous entraîner à des considérations intéressantes, sur la fréquence des souffles anorganiques au cours d\u2019une endocardite et, particulièrement, sur le génèse de ces souffles anorganiques.Il serait oiseux, dans cette observation de nous étendre sur ce point.Il est à noter, cependant, que chez le malaide qui nous intéresse ce souffle nous paraît être le résultat des modifications apportées au mode des contractions cardiaques.De toutes ces réflexions, je crois que les conclusions suivantes sont bien logiques: 1° La blennorrhagie est souvent une maladie grave par ses compli- rations ; 2° L\u2019arthrite pseudo-infectieuse, de cause blennorrhagique, peut {tre polvarticulaire ; ° 3° Le gonocoque \u2018aime les valvules srgmoïdes ; 4° L\u2019endocardite peut éclater au début d\u2019une affection blennor- rhagique et peut évoluer sournoisement, à l\u2019insu même du malade.Il importe donc, de pratiquer méthodiquement, au cours même d\u2019un simple blennorrhagie, l\u2019auscultation quotidienne du coeur ; 5° Les souffles anorganiques, à cause des modifications apportées au mode des contractions-cardiaques, sont fréquents au cours de l\u2019endocardite. L\u2019APHASIE () Historique \u2014 Evolution \u2014 Etat actuel Messieurs les professeurs, Chers amis, L\u2019aphasie constituant un des chapitres les plus difficiles des maladies nerveuses, il importe, avant que l\u2019on entreprenne devant vous l\u2019exposition de cette maladie, de vous en donner la définition.Parmi toutes \u2018les définitions je prendrai celle qui nous a été donnée dans ce cours; elle tient le milieu entre celle que donne Déjérine, et celle de Cestan : \u201cL\u2019aphasie consiste en un déficit de la fonction du langage arti- \u201cculé, caractérisé par la perte de la mémoire des signes au moyen desquels l\u2019homme échange ses idées avec ses semblables.\u201d En outre l'aphasie doit être essentielle, c\u2019est-à-dire, que ce déficit du langage articulé ne doit pas coïncider ni avec une démence plus ou moins prononcée, ni dépendre \u201cd\u2019une paralysie des organes moteurs du langage, comprenant dans ce dernier terme aussi bien les paralysies par lésions des nerfs périphériques et des noyaux bulbaires, que celles qui résultent des lésions portant sur des voies centrifuges qui vont de l\u2019écorce aux centres bullaires des muscles du langage\u201d (Cestan).Déjérine distingue deux actes dans la faculté d\u2019échanger nos pensées avec nos semblables: l\u2019acte de comprendre ces idées et celui de les exprimer.Sur cette distinction les aphasies se divisent en deux grandes classes : les aphastes motrices et les aphasies sensorielles.Avant d\u2019entreprendre étude de l\u2019aphasie proprement dite, il faut refaire l\u2019historique de cette question.Cela nous mettra en contact avec les immenses travaux de nos devanciers, et nous fera voir quelle somme d\u2019ouvrage il leur a fallu accomplir pour amener les connaissances médicales à leur état actuel.Nous allons donc diviser ce travail en 3 parties: 1° L\u2019historique de la question que je tâcherai d\u2019exposer devant vous.2° Monsieur Lapointe vous parlera de la physiologie de l\u2019aphasie, et des aphasies motrices.3° Monsieur Sénécal vous entretiendra sur les aphasies sensorielles ; sur l\u2019évolution, pronostic et le traitement de cette maladie.(1) Travail du Cours de Pathologie Interne, à Montréal \u2014Université Laval.A.LeSage. L'UNION MEDICALE DU CANADA HISTORIQUE DE L\u2019APHASIE Je d'iviserai cette étude en 5 parties que je désigneral ainsi: 1° La phase pré-Broca.2° Celle contemporaine à la découverte de Broca.3° La phase post-Broca, jusqu\u2019à 1906.4° Attaque de P.Marie contre la localisation de Broca, polémique entre Déjéripe et Pierre Marie, travaux de Moutier.Conclusions.1°\u2014Phase pré-Broca Cette première phase fut ouverte d\u2019une façon peu scientifique par Gall et les phrénologistes.Gall fut le premier qui imagina la théorie des localisations cérébrales.Il partit cependant d\u2019un faux principe, et qu\u2019il exprimait comme suit: une bosse sur le crâne correspond a une voute dans la table interne.Or vous savez tous que cela n\u2019est pas du tout la règle.Plus une bosse était considérable, plus 11 y aurait de place pour la partie sous-jacente du cerveau de s\u2019y développer.S\u2019appuyant sur cette hypothèse Gall divisa le cerveau en 25 organes différents, centre \u2018de telle faculté, de telle vertu, et de tel vice, sécrétant plus ou moins, suivant les bosses, soit une vertu, soit un vice, ete.Vous voyez que cette théorie était quelque peu fantaisiste.Chez les gens sérieux, elle ne tarda pas à tomber en ridicule, mais chez les ignorants et les gobeurs jusqu\u2019à nos jours elle à toujours eu des adeptes.La théorie des localisations ne devait pas tarder à être remise sur un terrain plus scientfique.Les connaissances anatomo-physiologi- ques du système nerveux central allant en se perfectionnant aidèrent puissamment ces pioniers des docalisations.Ils procédèrent cependant avec réserve et prudence ayant à surmonter des adversaires que Gall leur avait suscités par ses rêveries.En 1825; c\u2019est-à-dire il y a 91 ans, Bouillaud avait remarqué que certaines lésions cérébrales entraînent une incapacité de parler indépendante de toute perturbation essentielle du langage; et en outre espérant localiser ce centre du langage il avait avancé que \u201cla face inférieure et l\u2019extrémité antérieure des lobules antérieurs du cerveau étaient le siège de cette admirable faculté (Bouilland).Quelle réserve y mettait Bouillaud cependant, car toute théorie n\u2019a droit de cité qu\u2019en présentant ses preuves ; celles-ci manquaient encore.2°\u2014Phase-Broca C\u2019est à Broca que revient la gloire de fournir ces preuves et d\u2019asseoir pius solidement qu\u2019auparavant sur des bases scientifiques la théorie des localisations; surtout celles du langage articulé.En 1861, Broca après une série de travaux confirmatifs, observa- 386 L'UNION MÉDICALE DU CANADA tions cliniques, autopsie des 2 cas célèbres d\u2019aphasie sur lesquels il appuya sa théorie, se décida à émettre une opinion sur la localisation du langage articulé.Il y eut à la suite une petite polémique de laquelle Broca sortit vainqueur.Il en conclua: 1° qu\u2019il existait un centre du langage parlé; 2° qu\u2019il se trouvait à la 3è circonvolution frontale gauche.Avait-il raison en affirmant qu\u2019il y avait des centres d\u2019où partaient les incitations motrices du langage articulé, les recherches ultérieures l\u2019ont prouvé; mais en soutenant que le céntre du langage articulé se trouvait exclusivement à la 3è circonvolution frontale gauche, il s\u2019était avancé trop loin ; il s\u2019en aperçut lui-même plus tard, mais trop tard pour reculer, il se borna alors à défendre ses idées et ne fit pas d\u2019autres recherches.Il était d\u2019ailleurs secondé dans cette voie par Aubertin le gendre de Bouillaud et les phrénologistes.En dire plus long serait empièter sur ce que j'aurai à en dire plus loin et je passe outre.3°\u2014Phase post-Broca Les 10 années qui suivirent furent remplies par des analyses ana- tomo-physiologiques et cliniques.En France, Trousseau, Charcot, Duval, Jaccoud soutiennent la théorie de Broca, que trouvaient trop exclusive Peter et Vulpian.Trousseauw écrivit alors un travail magistral sur l\u2019aphasie; il poursuivit les travaux de Broca ; ce que ce dernier avait fait pour la parole articulée, il le fit pour la lecture et l\u2019écriture.Dans ces observations il not que les aphasiques aphémiques prétendent comiprendre parfaitement ce qu\u2019ils lisent, mais il remarque que ceux-ci en prenant un livre et le lisant, liront toujours la même chose ou bien tiendront le livre à l'envers; qu\u2019ils écrivent aussi ma: qu\u2019ils parlent, cependant s\u2019ils ne peuvent écrire spontanément, ils peuvent copier.Trousseau expliquait tout cela par de l\u2019amnésie.Par ce que nous venons de voir il semble allier l\u2019aphémie avec l\u2019alexie et l\u2019agraphie.En Angleterre l\u2019étude de l\u2019aphasie fut l\u2019ojet de nombreux travaux.Ogle créa le mot agraphie; Bastian en 1869 fut le premier à reconnaitre les altérations de perception du sens auditif, et à distinguer la surdité verbale de la vraie surdité ; le malade entend mais ne peut comprendre ce qui se dit autour de Jui.\u2018Les auteurs anglais distinguent ?sortes d\u2019aphasies : l\u2019aphasie ammésique (de Broca) qui consiste en une perte du langage articulé, et l\u2019aphasie ataxique où l\u2019on rencontre la paraphasie et la jargonaphasie.Gairder (1866) avec Trousseau émit cette loi: \u201cLes aphasiques écrivent aussi mal qu\u2019ils parlent, et ceux qui ne peuvent pas parler sont également incapables écrire.\u201d L'UNION MÉDICALE DU CANADA 387 Nbus avons terminé avec la période que l\u2019on a appelé période d\u2019analyse anatomo-clinique.Nous passons à la période dite de synthèse, où l\u2019on place la découverte des centres de l\u2019aphasie sensorielle.Wernicke en: 1874 découvre le centre des images auditives situé dans la 1ère circonvolution frontale, qu\u2019il oppose au centre de Broca.Pour lui le langage est composé de deux centres: celui de la parole articulée, et celui des images auditives.Ce dernier d\u2019après lui est le plus important, et règle le fonctionnement du premier.ISi le centre auditif se trouve détruit, on constate de l\u2019incoordination du langage, le malade quoique pouvant prononcer le même nombre de mots, n\u2019a plus de contrôle sur leur choix, et les emploie à tort et à travers; alors nous avons affaire à un paraphasique.Quelquefois même le mot est altéré, défiguré par des syllables surajoutées, ou bien remplacé par «les nouveaux termes sans aucun sens ; c\u2019est de la jargonaphasie.Kussmaul (1876) va plus loin, et dédouble l\u2019aphasie sensorielle.Nous \u2018avons la surdité verbale où les troubles auditifs prédominent et la cécité verbale où les troubles visuels sont au ler plan.Wernicke nia cette distinction, et affirma que ces variétés cliniques n\u2019étaient que des phases d\u2019une même évolution.En 1881, Exner crut trouver le centre de l\u2019agraphie dans le pied de la 2e circonvolution frontale gauche.Dans la même année Déjé- rine rapporta un cas d\u2019autopsie ide cécité verbale avec lésion du pli courbe gauche.Donc jusqu\u2019à 1881 on a décrit quatre centres du langage.Nous allons passer à une 3e période, qui dure encore aujourd\u2019hui.On y discute les relations entre les différents centres du langage, les diverses variétés d\u2019aphasies et leurs caractères cliniques propres.En 1884-1885 Lichthein se basant sur les connexions probables entre les différents centres corticaux du langage, et à l\u2019aide d\u2019un schéma bien connu établit sept variétés d\u2019aphasies possibles.En- 1885- 1886, Wernicke, développant les théories de Lichthein divisa les aphasies en corticales, sous corticales, transcorticales et de conductibilité.IL nie l\u2019existence d\u2019un centre agraphique que soutenait Lichthein.Magnan en 1881 dans une thèse établit la subordination des différents centres, mettant au premier rang le centre moteur d\u2019articulation des mots.| Charcot en 1885 avec ses éléves (Ballet, Marie, Brissaud, etc.) soutint que les centres du langage étaient autonomes, ajoutant que se- Ton le type psychique de l\u2019individu, type déterminé par l\u2019éducation, l'habitude, la lésion d\u2019un centre pourrait ou non avoir du retentissement sur les autres, que si cette lésion intéressait le centre qui chez un 388 L'UNION MÉDICALE DU CANADA individu donné prenait le plus grand développement, tout le langage en serait troublé ; tandis qu\u2019au contraire, si la lésion frappait un centre secondaire, seul le mode de langage relevant de ce centre serait lésé, Donc, une même lésion, d\u2019après Charcot, donnerait des symmptô- mes cliniques différents, suivant qu\u2019elle se :produirait chez un visuel, un auditif ou un graphique.Déjérine, dans une série de travaux cliniques et anatomo-patholo- giques, démontra que l\u2019hypothèse d\u2019un centre graphique ne pouvait expliquer les troubles survenant chez les aphasiques, que c\u2019était plutôt une altération du langage intérieur qu\u2019il fallait invoquer dans ces circonstances.Documents en mains, il démontra qu\u2019une lésion du pli courbe amenait une cécité verbale avec agraphie et paraphasie.Pour lui Ÿl y a deux espèces de cécité verbale ayant leur symptomalgie et leurs localisations propres : la cécité verbale avec agraphie, et la cécité verbale avec intégrité de l\u2019écriture.Il ajoute qu\u2019il a toujours eu pour but: d\u2019établir l\u2019intime union et la subordination des centres, suivant un ordre toujours le même chez tous les individus et créé par l\u2019éducation; de montrer l\u2019impossibilité d\u2019admettre un centre de l\u2019écriture.Enfin il divise les aphasies en 2 grandes classes suivant que le langage intérieur est ou non atteint.\u2018ai terminé, messieurs, avec la phase que j'ai nommée post-Broca, et Je vais entrer incessamment dans Ja dernière, la plus importante de toutes, qui a révolutionné certaines théories entr\u2019autres l\u2019aphasie de Broca.Je veux parler des travaux récents de Pierre Marie, attaquant la localisation de Broca, et de la polémique qui s\u2019en suivit entre Déjé- rine et P.Marie.4°\u2014 Nouvelle doctrine soutenue par P.Marie, polémique avec Déjérine, travaux de Fr.Moutier.Conclusions.Je diviserai cette dernière section en 3 parties.°.Historique de la question.2°.Documents de Broca, des auteurs et de P.Marie.3°.Conclusions.1°.Historique.\u2014 Pierre Marie qui occupe maintenant la chaire d'anatomie pathol.à la Faculté de Médecine de Paris, était alors mé- «decin dans un service de l'hôpital de Bicêtre.Il était déjà célèbre dans le monde médical d\u2019alors par des travaux sur la neurologie, et se trouvait tout indiqué pour la tâche de novateur \u2014Soupçonnant depuis longtemps la fragilité des théories de Broca devant une critique tant soit peu approfondie, il remit cette question à l\u2019étude, se gardant bien cependant de ne rien publier avant d\u2019avoir pu fortifier son réquisitoire contre les idées de Broca.Il s\u2019applique durant 10 années à recueillir L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA.389 des observations et à pratiquer des autopsies en vue d\u2019échafauder sa thèse.Cela fait, il se décida d\u2019émettre en publie ses opinions.Donc, le 23 mai 1906, dans un article inséré dans la \u201cSemaine Médicale\u201d, il affirmait sa conviction profonde que la circonvolution de Breca \u201cne joue aucun rôle dans la fonction du langage\u201d.Une centaine d\u2019observations recueillies par lui, et une cinquantaine d\u2019autopsies pratiquées dans son service établissaient pour lui \u201cque les faits ana- tomo-pathologiques et cliniques présentaient de la discordance avec les théories actuellement régnantes.\u201d Dans ces observations la circonvolution de Broca lésée ne s\u2019y rencontrait que 50 fois et toujours comme lésion secondaire.Jamais, ajoutait-il, on avait rencontré aucun cas d\u2019aphasie avec lésion exclusive de la 3e frontale; même on connaissait des cas des destruction de la 3e frontale sans aphasie.P.Marie considérait comme \u2018de pures hypothèses les notions des centres des images visuelles et auditives.Cette attaque venait d\u2019une personne trop connue par sa compétence en ces matières pour ne pas émouvoir le monde médical de cette époque.Une théorie jusqu\u2019ici considérée comme un fait était traitée de-pure hypothèse et ne manqua pas de soulever les partisans de Broca.Déjérine se chargea de répondre à cette attaque.Cette réponse n'est en réalité qu\u2019une réaffirmation des théories émises par Broca.Il soutint que la localisation de Broca n\u2019était pas une hypothèse, qu\u2019elle était prouvée par l\u2019observation intérieure.Il ne tint aucun compte des observations où l\u2019on rapportait des cas de lésion de la 3e frontale sans aphasie, expliquant cette exception, disait-il, par une autre hypothèse celle de la gaucherie, et de la suppléance cérébrale.Enfin il reprocha à Pierre Marie d\u2019avancer sa thèse sur un nombre insuffisant de cas, et lui-même ne n\u2019y oppose que 2 observations.Pierre Marie, dans sa réponse, s\u2019attaqua d\u2019abord aux ?observations que Déjérine lui opposait : la 1ère, disait-il, était incomplète (de l\u2019aveu même de son auteur) ; quant à l\u2019autre Déjérine n\u2019y aurait puisé que des arguments favorables à sa cause, et dédaigné le reste.Cela dit, P.Marie passe à l\u2019offensive, et s\u2019attaque aux aphasies sous-corticales que Déjérine lui opposait, les traitant purement de schématiques et non appuyées sur des faits cliniques.Les images visuelles, pour lui, n'avaient {pas de centres, non plus que les images auditives; et leur défaut provenait d\u2019un déficit purement intellectuel.Enfin, l\u2019aphasie motrice a son sens, n\u2019était autre chose qu\u2019un défaut d\u2019articulation, et ne devrait porter d\u2019autre nom que celui d\u2019anarthrie.Il termina en demandant aux médecins \u201c\u201cde ne pas accepter d'emblée ses idées et de les soumettre à la critique de faits nouveaux.\u201d . 390 L'UNION MÉDICALE DU CANADA À cet article Déjérine ne fit que protester de sa bonne foi et réaffirmer ses opinions.P.Marie, dans son dernier article, sapa la tliéorie de Broca à sa base même en attaquant les ?cas d\u2019autopsies sur lesquels s'appuyait Broca ; il dit que dans le ler il ne s'agissait que d\u2019un ramollissement cérébral de toute la région sylvienne, et que dans le second on ne pouvait voir aucune lésion appréciable à l\u2019écorce.P.Marie sortit donc de cette polémique avec le dernier mot, et on publia de part et d\u2019autres des observations d\u2019aphasie avec autopsie, parmi lesquelles il s\u2019en trouva où la 3e cire.frontale était indemne, d\u2019autres où elle était lésée mais jamais exclusivement.Enfin, en 1908, le président de la société de Neurologie, M.K}ip- pel, ouvrit une série de discussions où l\u2019aphasie fut mise à l\u2019ordre du jour.:P.Marie y battit en brèche le centre de Broca en tant que lésion exclusive.Il insistat sur le rôle primordial que jouait la substance blanche, la capsule externe, le noyau lenticulaire, et définit sa région du quadrilatère.Déjérine fut obligé d\u2019admettre que les l&sions exclusives sont rares.Il dut renoncer à définir ce qu\u2019il entendait par images visuelles et auditives.Si du moins chacun resta sur son terrain P.Marie avait du moins réussi à prouver qu\u2019en de certains endroits les théories de ses adver- salres n\u2019avaient pas de fondement solide.2° \u2014Dossier anatomo-pathologique.Nous allons étudier maintenant les documents sur lesquels se sont appuyés Broca, ceux qui le suivirent, et Pierre Marie pour prouver leur thèse.Nous avons donc: 1°.Documents de Broca ; 2°.«\u201c des auteurs; 3°.«\u201c Pierre Marie.1°.\u2014Documents de Broca.\u2018Comme nous l\u2019avons vu plus haut Broca s\u2019appuya sur 2 observations et autopsies pour prouver sa théorie.Je veux résumer ces 2 cas devant vous.Cas de Leborgne\u2014Ici les lésions (ramollissement) ne se bornaient pas a la seule 3e frontale, mais s\u2019étendaient dans tout le territoire sylvien ; elles étaient anciennes et avaient amenée une atrophie considérable de tout l\u2019hémisphère.Broca, par raisonnement et déduction, s\u2019appuyant sur l\u2019observation du malade, fut conduit à attribuer à la 3e frontale le rôle primordial dans l\u2019aphasie.À cette époque on croyait que les lésions de ramollissement étaient progressives de nature inflammatoire, s\u2019étendant par la périphérie comme un abcès.Trouvant que c\u2019était la 3e frontale qui présentait le plus de destruction, il en avait donc conclu que c\u2019était par là que la lésion avait débuté.ee MEET ! i + | 4 L'UNION MÉDICALE DU CANADA 391 Etant donné que Leborgne était depuis longtemps aphasique avant d\u2019ê- tre paralytique, c\u2019était donc la lésion de la deuxième frontale qui avait amené l\u2019aphasie.Cas de Lelong \u2014C\u2019était un vieillard de 84 ans, était-il dément, ou simplement aphasique, Broca était hésitant.À l\u2019autopsie, voici ce que l\u2019on trouva : Les Re et 3e frontales présentaient une dépression recouverte d\u2019un kyste séreux maintenu par les méninges.Broca se crut en présence d\u2019un ancien foyer hémorragique cause de l\u2019aphasie.Première erreur: Il n\u2019existe pas de foyers apoplectiques corticaux, c\u2019est une chose connue aujourd\u2019hui ; seconde erreur: \u201cles sol-disants kystes séreux sont de simples collections de liquide céphalo rachidien, déterminées par des cavités creusées par l\u2019atrophie sénile entre les circonvolutions,.alors on a l\u2019apparence assez réussie d\u2019une dépression cicatricielle (Moutier).\u201d On a constaté au musée Dupuytren, sur le cerveau de 'Lelong l\u2019intégrité absolue de la 3e frontale, et c\u2019est à peine si la 2e f.était un peu grèle.: Donc, de ces 2 cas, il n\u2019en reste qu\u2019un seul où il y avait lésion à la 3e frontale, et encore ce n\u2019était pas une lésion exclusive.2° \u2014Documents des auteurs \u2014Broca par la suite eut des doutes sur l\u2019exactitude de sa localisation, parce qu\u2019il avait noté que \u2018\u201cl\u2019intensité des symptômes aphasiques n\u2019avait aucune relation avec l\u2019étendue des lésions de l\u2019écorce (Benoit).\u201d L\u2019enthousiasme de ses partisans l\u2019empêcha cependant de revenir sur ses affirmations, et il se borna à défendre ses idées.Moreau (de Tours) constata à l\u2019autopsie chez une femme épileptique, n\u2019ayant jamais souffert d\u2019aphasie, une destruction de la 3e cire.fr.gauche, expliquant ceci par des hypothèses telles que : celles des droitiers du cerveau, de la suppléance des centres nerveux, et de la rééducation de ces centres.De Broca à Pierre Marie (1861 à 1906) on publia 363 cas d\u2019aphasie, retranchons en 59 ou il n\u2019y a pas ew d\u2019autopsie; il n\u2019en reste plus que 304.Voila le tableau que François Moutier en a tiré: Relevé total des cas avec autopsie .+.42 20 +4 +0 22 +0 +.304 Observations inutilisables .vt th tr th te te ++ se ee es aa se 201 Restent 103 observations avec destruction localisée.1° TFavorables 4 la 3e frontale .22 24 44 40 04 ++ ee ee + 19 (2) Lésion corticale .42 44 200 48 40 24 00 00 46 00 00 00 0000 8 (b) Lésion sous-corticale .424 40 04 44 04 00 00 4 0e 00 00 IL 2° Contraires à la 3e frontale .2.22 44 22 44 La 00 0e ++ o.oo.89 (a) Il y a eu aphasie avec F3 intacte .DT (b) Pas d\u2019aphasie F.3 (pied) étant détruit .27 (a) Par transmission (9); (b) par tumeur (14) (c) Par ramollissement (5) ; (d) des 2 côtés (2) ; (e) Chirurgicalement chez un droitier (2). L'UNION MEDICALE DU CANADA Donc même avant P.Marie les observations d\u2019aphasie n\u2019étaient pas favorables à la théorie de Broca.3°\u2014 Documents de Pierre Marie \u2014Comme nous l\u2019avons Tu plus haut, Pierre Marie a étudié pendant 10 ans dans son service à Bicêtre.Sur 100 cas de cette maladie, il y a eu 50 cas d\u2019autopsie dont 25 ont été cités par F.Moutier.12 cas ont été étudiés d\u2019une facon particu- liere par des coupes microscopiques en série, et colorés selon les moyens appropriés.C\u2019est avec cette méthode que P.Marie a constaté que l'aphasie était due à des lésions situées à la partie médiane ou postérieure de l\u2019encéphale, et que la 3e frontale quand elle est intéressée (et pas toujours) ne l\u2019est que secondairement.Il à indiqué comme étant les causes d\u2019aphasie les lésions situées aux régions suivantes: \u201cl\u2019insula, la capsule externe, le noyau lenticulaire, la capsule interne, le gyrus supra marginalis, de pli courbe de la 1ère temporale la 2e temporale ; dans certains cas la 3e frontale est prise également\u201d ceci comprend toute la partie médiane et postérieure de l\u2019encéphale.Comme on peut le voir la lésion est loin d\u2019être limitée à l'écorce, et surtout au pied de la 3e frontale.Dans ce territoire de l\u2019aphasie, nous voyons 2 régions: l\u2019une est la « Zone de Wernicke (gyrus supra marginalis, pli courbe de la 1ère temporale) ; une lésion de cette zone entraîne un trouble du langage intérieur, une altération psychique du langage, somme toute une aphasie sensorielle.Ici le malade peut parler, mais il y a paraphasie ou jargonaphasie.L'autre région, qui est située en avant, séparée de l\u2019autre par l\u2019isthme pariéto-temporal, contient l\u2019insula, la cansule externe, noyau lenticulaire et la capsule interne.Elle est nommée par P.Marie zone lenticulaire, et sur une coupe horizontale ces 2 zones forment un quadrilatère (quadr.de Marie).Toute lésion si petite qu\u2019elle soit, de la zone lenticulaire provoque la perte du langage articulé, sans trouble de l\u2019intelligence des mots, ni du langage intérieur; alors nous sommes en présence de l\u2019anarthrie.Si les 3 zones sont prises alors nous aurons perte de la parole, avec \u2018des troubles spéciaux de d'intelligence, ajoutons-y des troubles de compréhension des mots entendus ou lus.Pour résumer, disons que la localisation du langage articulé n\u2019est pas aussi Jimitée que le croyait Broca, ni située à l'endroit qu\u2019il pensait; que Wernicke n\u2019avait expliqué qu\u2019une partie de l\u2019aphasie, bien mise en lumière par P.Maric.Pour terminer ce travail, nous allons parler des travaux de F.Monutier sur l\u2019artère sylvienne.En injectant dans 50 cerveaux 100 sylviennes F.Moutier a constaté que l\u2019artère sylvienne n\u2019a pas de divi- L'UNION MÉDICALE DU CANADA 393 sion fixe, par conséquent le siège d\u2019une lésion causant les mêmes symptômes d\u2019aphasie est variable, et l\u2019on pourrait dire avec F.Moutier \u201cque chaque malade aura donc l\u2019aphasie de ses artères.\u201d Il résulte de ces travaux que l\u2019artère sylvienne se divise ordinairement en 2 groupes: 1° L'une pour les circonvolutions frontales, l\u2019inscla et le gyrus supra marginalis; 2° L\u2019autre pour les temporales, et le gyrus encore.Les rameaux qui irriguent la 3e frontale sont petits et embranchés a contre courant; cela seul enlève de importance & ces artérioles.3° CONCLUSIONS.1° Les combinaisons d\u2019aphasie sont variables ; 2° La 3e circonvoluation frontale peut participer avec d\u2019autres régions à l\u2019aphasie dans certains cas, et non dans beaucoup d\u2019autres.3° La 3e frontale peut être lésée exclusivement sans aphasie ; 4° Le territoire anatomo-physiologique de l\u2019aphasie est compris dans un espace qui comprend en avant la zône lenticulaire de P.Marie, et en arrière la zône postérieure de Wernicke: le tout formant un vaste quadrilatère sur un des points desquels existent les lésions anatomo- pathologiques dans les différents types d\u2019aphasies sensorielles et motrices.Ceci termine un travail un peu long sur l\u2019histoire de l\u2019aphasie, mais la question en vaut la peine.J.A.MIGNATLT, E.E.M, Elève de 4éme année a Laval a Montréal. La Phycho-Physiologie du langage inté~ rieur l\u2019Aphasie motrice pure.MM.les professeurs, Messieurs, La pratique de la médecine comportant une large part de psychologie, il n\u2019est plus permis à un médecin de faire abstraction complète de l\u2019individualité de son malade pour ne considérer que la lésion organique, S'il est vrai qu\u2019aujourd\u2019hui nous traitons non plus des maladies mais des malades, cela est vrai en ce que le médecin qui saura le mieux étudier l\u2019état psychique de son patient aura le plus de chances de succès.Si donc, tous tant que nous sommes, nous devons développer dans la mesure du possible notre tact psychologique, je me sens tout à fait à l\u2019aise pour traiter devant vous le premier item de cette étude ; la psycho-physiologie du langage intérieur.Il imiporte de bien connaître la psycho-physiologie de ce langage malgré que, de prime abord, cette connaissance semble relever plutôt de la philoscphie pure que de la médecine.Mais, et c\u2019est là son trait de supériorité manifeste, la médecine est une science si compréhensive, qu\u2019elle présuppose de celui qui s\u2019y adonne presque toutes les connaissances et que, ce manquant, elle les lui donne.Or, dans l\u2019état actuel d@ la science, la psychologie est seule capable de nous donner des indications susceptibles de nous guider dans le dédale des hypothèses que soulèvent les lésions anatomiques du cerveau.Lorsque nous pensons il nous est possible de le faire de deux manières différentes: Ou bien nous pensons avec des images d'objets, ou bien nous pensons avec des images de mots.Dans ce dernier cas, nous causons avec nous-mêmes ; c\u2019est le langage intérieur.\u2018Le langage articulé, lui, est toujours subordonné, et la parole n\u2019a de valeur et ne peut avoir de sens qu\u2019en autant qu\u2019elle représente une idée, or cette idée si elle est juste suppose ou bien un travail d\u2019intellect actuel ou bien une proposition passée dont elle est la conclusion.Dans l\u2019un ou l\u2019autre cas, avant de prendre une signification pour l\u2019extérieur, il faut que le mot nous satisfasse de son sens, L'UNION MÉDICALE DU CANADA 285 il faut que nous nous le disions à nous-mêmes, en somme nous tenons dans notre fort intérieur un langage qui précède et dirige notre langage articulé.La connaisance du mécanisme de ce langage intérieur est donc très nécessaire puisque c\u2019est la clef des aphasies, celle qui nous permettra de les bien connaître et de les bien comprendre.Le rôle des différents organes du langage verbal consiste à présenter, particulièrement aux manifestations de l\u2019activité psychique et sy- nergiquement avec elle, une condensation de réactions et d\u2019impressions qui lui permettent de s\u2019évoluer, se préciser et de se configurer.C\u2019est en ces organes que sont conservés les mots, et l'importance des mots n\u2019est pas à démontrer.Ainsi, lorsqu\u2019un objet exerce sur nos sens un certain nombre d\u2019impressions hétérogènes (impressions visuelles, auditives, olfactives, etc.,) ces impressions sont gardées par le cerveau mais, comme il n\u2019existe entre elles aucun lien autre que leur communauté d\u2019origine et que ce caractère n\u2019est pas suffisamment important pour nous permettre de les retrouver et de les grouper au sein de la masse de sensations sans cesse éprouvées, il paraîtrait impossible que l\u2019esprit humain sortit de ce chaos, si à chaque groupe constitué par des éléments de même provenance ne correspondait une empreinte verbale déterminée.Grâce à celle-ci une sensation n\u2019est pas forcée, en arrivant au cerveau, d\u2019y joindre toutes celles qui viennent de l\u2019objet dont elle émane ; il lui suffit de réveiller le mot qui Jes signifie toutes.La pensée de l\u2019homme, soit qu\u2019elle s\u2019appuie sur des souvenirs d\u2019impressions passées, soit qu\u2019elle se fixe sur une sensation présente, dispose de forces nombreuses et variées, qu\u2019esle emploie simultanément ou successivement au moment opportun.Indépendamment des souvenirs d\u2019impressions visuelles, auditives, motrices et graphiques verbales, il existe des souvenirs d\u2019impressions visuelles et auditives non verbales, d\u2019impressions gustatives, olfactives et tactiles, des souvenirs de mouvements effectués, d\u2019impressions thermiques, douloureuses, d\u2019actes organiques et inorganiques.Ces souvenirs ont-ils tous la même valeur ?N\u2019en est-il pas de favoris?Quel est leur mode d\u2019emploi, quel est le jeu de ces différents éléments?car lorsque quelqu\u2019un pense et que sa pensée se porte sur un objet, ils ne peuvent tous se juxtaposer dans sa mémoire ou se présenter simultanément.Ainsi l\u2019idée de mer, par exemple, peut évoquer en nous; l\u2019image visuelle des vagues, l\u2019empreinte auditive du bruit qu\u2019elles produisent, l\u2019empreinte olfactive de l\u2019air marin, l\u2019impreinte gustative de l\u2019eau salée, l\u2019empreinte tactile de son contact sur la peau, et l\u2019idée motrice de la nage.Cette idée de mer peut aussi évoquer la représentation visuelle du 396 L'UNION MÉDICALE DU CANADA mot mer, sa représentation auditive, sa représentation motrice d\u2019articulation et enfin sa représentation graphique.Cela fait au minimum une dizaine de souvenirs différents.Or cela est trop.Il est évident que cette multiplicité d'images et partant l\u2019impossibilité dans laquelle se trouvent les différents départements cérébraux d\u2019en faire l\u2019apport simultané et, supposant le cas où ils y parviendraient, la neutralisation partielle des souvenirs produits, nuiraient certainement à la rapidité de la conception.Aussi faut-il sims plifier et c\u2019est ce que fait inconsciemment l\u2019être humain en se servant d\u2019un mot: le nom de l\u2019objet.Le mot est ainsi l\u2019aboutissant d\u2019un ensemble parfois très considérable de souvenirs, il en constitue le terme synthétique et abrégé: Nous pouvons donc dire que le mot exprime, sous une forme très brève, un complexus d\u2019éléments disparates qu\u2019il remplace parfaitement pour la conception de celui qui l\u2019emploie ou de celui qui l\u2019entend.Par Jà, il soulage l\u2019esprit et constitue un merveilleux moyen de simplification.\u2019autre part, puisque le mot sert à remplacer et à résumer toutes les sensations qu\u2019il désigne, l\u2019activité psychique consciente peut négliger complètement celles-ci où ne conserver d\u2019elles que les plus importantes.C\u2019est ce qui a lieu dans la majorité des cas et à l'emploi du mot s\u2019ajoute ou se substitue celui de l\u2019image visuelle appropriée, empreinte, dont on comprend facilement la supériorité sur toutes les autres, car les yeux fournissent à l\u2019homme des notions du monde extérieur plus nombreuses, plus précises, dans la majorité des cas, que n\u2019importe quel autre organe et le substratum habituel du langage intérieur se résume: en une représentation mentale, visuelle, motrice ou auditive du nom de l\u2019objet et secondairement une image visuelle de Pobjet.C\u2019est ainsi que dans l\u2019exemple précité, pour peu que vous fassiez d\u2019auto-observation vous constaterez que, pour vous, le concept de mer signifie; l\u2019audition mentale du mot mer avec la notion des mouvements nécessaires à son articulation, sensation qui s'accompagne d\u2019une image visuelle, variable selon les sujets, de tel ou tel endroit de la mer.Cependant il peut arriver que l\u2019homme ne soit que visuel : ainsi lorsqu\u2019il localise sa pensée sur un objet déterminé dont la forme seule lui apparaît.Par exemple souffrant d\u2019amnésie passagère nous pour- Tons en certains cas ne pas nous rappeler Je nom d\u2019une personne que nous connaissons parfaitement tandis que nous la voyons très bien mentalement.D\u2019autre part l\u2019homme peut n\u2019être que verbal et le mathématicien qui pense ax + bx + \u20ac = o ne voit, ne prononce et n'entend mentalement que des lettres ou des chiffres ce qui revient à dire L'UNION MÉDICALE DU CANADA.397 qu\u2019il n\u2019a que des représentations verbales.Dans l\u2019un et l\u2019autre cas le mécanisme de la pensée peut redevenir \u2018habituel, en premier lieu si au bout de quelque temps le nom de l\u2019individu nous revient à la mémoire et dans le second cas quand la formule, ayant été résolue, signifie une figure géométrique ayant les trois dimensions.Nous concluons donc que l\u2019homme, pour penser, se sert de deux mémoires : da mémoire sensorielle de l\u2019objet, et la mémoire verbale du nom de l\u2019objet En d\u2019autres termes nous pouvons, pour nous souvenir d\u2019un objet, ou rappeler en nous même la sensation qu\u2019il a provoquée, ou penser à son nom.Parlez à quelqu\u2019un d\u2019un bateau.Aussitôt les uns se représentent un bateau comme s\u2019ils Je voyaient ; mémoire des sens, d\u2019autres ne voient rien de distinct et pensent tout simplement au mot bateau qui retentit pendant quelque temps dans leur audition intérieure : mémoire du mot.Nous avons donc une grande division générale entre les visuels: ceux qui pensent surtout avec des 1mages, pour qui les pensées sont des séries d'images nettes, précises ou idéalisées dans lesquelles les mots s\u2019effacent employés comme à regret, et les verbaux: ceux qui pensent surtout avec des mots.Mais nous pouvons connaître un mot de trois façons.Ou c\u2019est in mot que l\u2019on entend, ou c\u2019est un mot que l\u2019on prononce, ou c\u2019est un mot qui est lu.Accessoirement chez l\u2019homme instruit le mot peut être connu par les mouvements qu\u2019il faut exécuter pour l\u2019écrire.De là, l'existence supposée de trois centres verbaux qui seraient : 1° Le centre de la conservation des empreintes verbales auditives, situé dans la partie postérieure de la première circonvolution temporale gauche et dont la destruction causerait la surdité verbale.2° Le centre d\u2019emmagasinement des mouvements d\u2019articulation, nécessaire pour prononcer un mot, situé dans le pied de la troisième circonvolution frontale gauche, d\u2019après Broca, dans la zone lenticulaire de Wernicke, d\u2019après Pierre Marie, dont la lésion causerait l\u2019aphasie motrice.3° Le centre de la représentation visuelle des mots du langage, situé dans le pli courbe du lobule pariétal inférieur, centre dont la lésion entraînerait la cécité verbale L\u2019agraphie ou perte du souvenir des mouvements indispensables à l\u2019acte d\u2019écrire résulterait de la destruction du niveau de la deuxième frontale gauche.Mais, messieurs, il n\u2019est pas nécessaire de lire, d'entendre et de prononcer mentalement le nom de l\u2019objet.Il suffit d\u2019employer un (les trois procédés et, parmi les hommes, sans que l\u2019on ait pu détermi- 368 L'UNION MÉDICALE DU CANADA ner la raison de cette préférence, lorsqu\u2019ils pensent à un mot, les uns le lisent, les autres l\u2019entendent et enfin d\u2019autres le prononcent mentalement.Le langage intériuer se peut donc diviser en deux classes: le langage antérieur sensoriel, celui de ceux qui lisent et entendent mentalement les mots de leurs pensées, ce sont les verbo-visuels et les verbo- auditifs; de langage intérieur moteur, celui de ceux qui prononcent mentalement le mot, ce sont les verbo-moteurs.Comme types purs du langage intérieur nous aurons donc les verbo-auditifs, les verbo- visuels et les verbo-moteurs.Nous indiquons immédiatement, pour faciliter la compréhension, la classification générale que nous avons faite en: Types purs.Types mixtes.Types équilibrés.Types indifférents.1° Types purs \u2014 .\u2014 (a) Verbo-auditifs: \u2014 Chez les verbo-auditifs le mot donne en quelque sorte l'impression de sensation ou de réveil de sensation.Il s\u2019imprime en eux comme sur une plaque sensible.De là vient qu\u2019ils me font pas leur pensée mais la subissent.Ils entendent en dedans \\d\u2019eux-mêmes, mentalement, intérieurement, tous les mots de leur pensée.Ils se gravent les textes dans la mémoire en les lisant et en les écoutant sans remuer les lèvres.Lorsqu\u2019ils apprennent par les yeux l\u2019imaige visuelle du mot en éveille l\u2019image auditive et ils entendent ce mot.Ils parlent et pensent sous da dictée de leur conscience.Pour eux, penser c\u2019est écouter.(b) Verbo-visuels \u2014 Les verbo-visuels sont ceux qui lisent mentalement les mots de leur pensée comme s\u2019ils étaient écrits devant eux.Tantot les mots leur paraissent écrits de leur propre écriture, tantôt d\u2019une écriture purement imaginaire, ou bien les mots apparaissent en caractères d\u2019imprimerie.Pour eux, penser c\u2019est lire.(c) Verbo-moteurs :\u2014 Les verbo-moteurs sont ceux à qui une pensée donne l\u2019impressiun d\u2019une action, d\u2019un commencement de réaction, d\u2019une réaction non venue à terme ou même d\u2019une réaction arrêtée. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 399 Em tant que réaction leur moi a conscience de la produire et de la diriger.Ils s'entendent généralement parler mais cette auto-audi- tion leur semble accessoire et secondaire.L\u2019articulation mentale est le fait capital, elle cause et précède l\u2019audition secondaire.Pour eux, penser c\u2019est parler.: Cependant ces types purs, contestés par les uns.n\u2019existent qu\u2019exceptionnellement et ce sont les types mixtes, ceux qui présentent une association relative et variable des types purs, qui sont la généralité.- 2° Types mixtes.Lis se divisent en trois sortes: Les auditivo-visuels, qui lisent et entendent mentalement leur pensée.Les visuels-moteurs, qui lisent et prononcent mentalement leur pensée.Enfin les auditivo-moteurs qui s\u2019entendent parler mentalement.Ces derniers sont les plus nombreux et on peut considérer: Ceux chez qui les images verbales auditives et les images verbales d\u2019articulation sont d\u2019un apport presque simultané.L\u2019apparition de l\u2019une des images étant sous la dépendance immédiate \u2018de l\u2019apparition de l\u2019autre., ° Ceux qui parlent les mots de leur pensée et entendent ceux des observations ou des réponses qu\u2019ils prêtent aux autres.Enfin ceux qui sont ou verbo-auditifs ou verbo-moteurs selon la nature de leur occupation et le plus ou moins de précision de leur pensée.3° Types équilibrés.C\u2019est le sujet chez lequel les trois sortes d\u2019images, un même mot de la pensée paraissent se succéder au cours de certaines phases de l\u2019idéation ou tout au moins de l\u2019introspection.Ainsi, si l\u2019audition secondaire se développe chez un visuelo-moteur, celui-ci se rapproche autant que possible de l\u2019état d\u2019équilibre par la juxtaposition des trois images.4° Types-différents.Celui qui prononce mentalement un discours qu\u2019il doit débiter, qui lit en lui-même quand il pense à une lecture qu\u2019il a faite et qui entend mentalement quand il pense à des paroles prononcées devant lui.Comme conclusion, nous pouvons affirmer que pour que le langage 400 L'UNION MÉDICALE DU CANADA intérieur fonctionne normalement il faut que les trois centres d\u2019images soient intacts.\u2018La lésion d\u2019un de ces centres retentit à la fois sur tous les autres avec prédominance de troubles sur le groupe d\u2019images directement désé.- Voilà messieurs un exposé, aussi clair et aussi succint qu\u2019il m\u2019a été possible de le faire, de cette question si souvent égnorée du langage intérieur.Mais si cette étude a pu être intéressante, elle ne saurait être complète si on ne la fait suivre d\u2019un corollaire presque nécessaire ; la formaton des images chez l\u2019enfant.Comment l'enfant apprend-il à penser?Pour percevoir il faut une synthèse d\u2019images.plus simplement, deux éléments sont nécessaires: l\u2019in qui vient du dehors; c\u2019est l\u2019évè- nement physiologique agissant sur les nerfs et les centres sensoriels et qui se traduit dans la conscience par l\u2019état vague que l\u2019on appelle la sensation, l\u2019autre venant du dedans et ajoutant à la sensation présente les images appropriées résidu d\u2019expériences antérieures.Quel est l\u2019ordre de ces expériences chez l\u2019enfant ?C\u2019est la progression de trois images.Une image auditive, une image motrice et une image wi- suelle., Nous ajouterons que la perception exige un apprentissage et qu\u2019il faut d\u2019abord sentir, puis mal percevoir, pour enfin bien percevoir.\\ Ainsi prenons comme exemple la formation de la notion de cloche.Nous supposons que l\u2019enfant est aidé dans son apprentissage par la direction de sa mère, ou d\u2019une autre personne, qui lui fait voir les relations fortuites et conventionnelles dont il doit tenir compte comme par exemple celle qu\u2019il y a entre la chose et le nom, relation que l\u2019enfant ne saurait trouver par Jui-même et sans laquelle il ne peut avoir \u2018l\u2019idée juste du moins objectivement.Donc nous considérons que l\u2019enfant subit d\u2019abord une impression auditive que lui cause soit l\u2019articulation du mot cloche, soit le son produit par le battant sur la cloche ou le plus souvent l\u2019association des deux.La sensation éprouvée n\u2019est d\u2019abord qu\u2019une sensation vague, sans caractère particulier qui la rattache à tel ou tel objet.Elle ne diffère en rien d'une impression auditive quelconque.Nous avons ici le premier élément de la perception, l\u2019évènement physiologique, celui qui vient du dehors.Nous n\u2019avons pas encore l\u2019élémeut résidu d\u2019expériences antérieures.Cependant, à mesure que l\u2019audition, soit du son produit par la cloche, soit du mot cloche, et le plus communément, grâce au rôle L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 401 éducateur de la mère, des deux à la fois, 1l se produit une accumulation d\u2019impressions auditives identiques, chaque image auditive venant accentuer l\u2019image déjà existante.\u201cest la formation: du deuxième élément nécessaire à la perception, l\u2019élément de contrôle.Bientôt la sensation de plus en plus nette et immédiatement reconnue que causera à l\u2019enfant soit le môt cloche ou le son produit par une cloche portera l\u2019enfant à vouloir articuler ce mot; cloche.Après plusieurs tatonnements, l\u2019image auditive déjà existante critiquant et guidant son essai actuel d\u2019articulation, l\u2019enfant parvient à coordonner ses mouvements d\u2019articulation de façon à ce que le son qu\u2019ils produisent corresponde à l\u2019image auditive directrice.Aussitôt s\u2019établit une relation étroite et permanente entre l\u2019image auditive du son de la cloche, et du mot cloche et l\u2019image motrice de ce mot.Une fois cette notion auditive et motrice du mot cloche et du son qu\u2019elle produit établie, elle se complète nécessairement de l\u2019image visuelle de l\u2019objet et de son image tactile.À vrai dire ce rapport s\u2019établit en général simultanément et c\u2019est ainsi que l\u2019enfant apprenant à parler a aussi appris à penser ou plutôt nous dirons: l\u2019enfant parle parce qu\u2019il pense.Tous, messieurs, vous avez constaté l\u2019acuité de l\u2019image chez l\u2019enfant.Un bout de bois est un cheval, un chiffon une poupée.D\u2019où cela vient-il ?C\u2019est que l\u2019image quand elle entre dans la conscience traverse deux moments.Durant le premier elle apparaît comme une réalité pleine et entière, elle est objective, durant le second, qui est définitif, elle se dépouille de son objectivité réduite à l\u2019état d\u2019évènement tout intérieur \u2018par l\u2019effet d\u2019autres états de conscience qui contredisent et finalement annihilent son caractère objectif.Il y à affirmation puis négation, impulsion, puis arrêt.En ce qui concerne le cas particulier de l\u2019enfant des deux moments que l\u2019image traverse dans la conscience, le premier, celui de l\u2019affirmation, est tout, Te second, celui de la rectification n\u2019est rien.Pour l\u2019adulte, c\u2019est Te contraire, même dans beaucoup de cas, par suite de l\u2019expérience et de l\u2019habitude le premier moment n\u2019est que virtuel.Et c\u2019est par la prédominance de plus en plus marquée du deuxième moment, celui de la rectification, que se fait l\u2019évolution du type enfant vers le type adulte, que l\u2019enfant délaisse peu à peu sa poupée ou son dada.C\u2019est ainsi, messieurs, que je conçois la formation des images chez l\u2019enfant et j'ose espérer que ce faible exposé contribuera à préci- 402 L'UNION MÉDICALE DU CANADA ser les notions plus ou moins complètes que vous aviez de cette question.- Maintenant que mous avons compris la formation des images chez l\u2019enfant et que mos notions sur le langage intérieur sont meilleures Il est logique d\u2019en venir à l\u2019étude de l\u2019uphasie motrice pure.Quelle que soit l\u2019opinion que l\u2019on partage, que l\u2019hypothèse de centres différenciés et nettement déterminés nous satisfasse, ou que nous en contestions l'existence, il n\u2019en est pas moins vrai que le langage intérieur existe ; que le phénomène se passe en tel endroit ou ailleurs, il existe et c\u2019est là le fait capital.L'activité psychique a la facilité de réagir par des mouvements d'amplitude limités, nombreux, anologues et cependant distincts qui correspondent aux impressions condensées des organes cérébraux du langage.\u2018Ces mouvements sont ceux du langage articulé.La fonction du langage s\u2019opère au moyen d\u2019un appareil moteur composé de centres nerveux corticaux et bulbaires, \u2018de trajets et d\u2019organes périphériques.Or ce qui mérite l\u2019attention c\u2019est qu\u2019une partie de cet appareil moteur s\u2019est fonctionnellement dissociée et que sans cette partie la faculté de parler subsiste bien mais que les mouvements effectués ne correspondent plus à ces impressions condensées grâce auxquelles l\u2019activité psychique se précise et se mesure.Il est aisé de comprendre ce trouble car pour exprimer une idée il faut: Que l\u2019idée soit conçue.Que l\u2019appañeil moteur fonctionne de la façon qui la représente et la signifie.| Si le geste et la voix peuvent traduire une idée simple, une sensation, une réaction rapide et peu réfléchie, il faut s\u2019il s\u2019agisse d\u2019une pensée compliquée, synthétique, que l\u2019intelligence trouve les signes qui représentent cette pensée, de façon à pouvoir donner aux mouvements de l\u2019appareil moteur d\u2019intensité et la forme correspondant aux dits signes.Cette partie dissociée de l\u2019appareil moteur est cet organe qui permet d\u2019émettre par \u2018la voix les mots correspondants aux idées pen- zées, par la notion qu\u2019il donne (des mouvements qu\u2019il faut faire pour les prononcer.C\u2019est l\u2019organe de Broca ou l\u2019organc conformateur ct régulateur de la parole.C\u2019est lui qui, règlant l\u2019adantation exacte des réactions motrices de Pappareil phonateur aux idées à émettre par la voix, permet l\u2019emploi d\u2019un langage raisonné.C\u2019est grâce à lui que l\u2019acte moteur de phonation se manifeste lors de l'émission d\u2019un mot, d\u2019une façon identique L'UNION MÉDICALE DU CANADA 403 à celle dont il s\u2019était manifesté chaque fois que le même mot avait été émis auparavant.Donc, lorsque ce centre est lèsé, nous avons la perte de la connaissance (des mouvements à effectuer pour parler.Le malade ne parle pas parce qu\u2019il ne sait plus parler.Il n\u2019est pas paralysé, l'appareil moteur est intact.il a la faculté de faire les mouvements nécessaires pour parler, mais Hl ignore la façon de faire usage de cette faculté.Nous pouvons donc définir l\u2019aphasie motrice pure ou aphémie : L\u2019impossibilité \\d\u2019émettre des mots articulés en dehors de toutes paralysies ou parésies du larynx, de la langue ou des lèvres.P.LAPOINTE, E.E.M, Elève de 4ème année\u2014Université Laval, Montréal. Les Aphasies sensorielles! Messieurs les Professeurs, chers confrères : Je continue l\u2019étude des aphasies commencée la semaine dernière, par deux confrères, et je termnierai cette question en vous parlant des aphasies sensorielles.Un malade est atteint d\u2019aphasie sensorielle quand il est dans l\u2019impossibilité de comprendre le langage écrit ou parlé.Nous \u2018divisons généralement les aphasies sensorielles en deux grande classes, qui sont: la surdité verbale et la cécité verbale.I D\u2019abord la surdité verbale : c\u2019est la perte de la mémoire des mots entendus ou \u2018plutôt de la signification des mots avec conservation intégrale de l\u2019audition commune.Le malade entend parfaitement les mots, mais il n\u2019en comprend pas la signification.Il est dans la situation \u2018de celui qui entend pour la première fois une langue étrangère.Il est certain qu\u2019en perdant la mémoire de la signification des mots entendus, on perd la majeure partie des images anditives; mais les mots ne sont pas les seuls signes audibles ide la pensée.Toute une série de sons coordonnés et méthodiques sont des équivalents d\u2019idées : le timbre d\u2019une horloge, de siflet d\u2019une machine, etc, tous les bruits, qui sont appelés d\u2019une manière générale des signaux, ont une signification dont la perte, à l\u2019état pathologique, relève de l\u2019aphasie.La surdité verbale peut être complète ou incomplète.Dans ce dernier cas le malade peut reconnaître un certain nombre de mots, son propre nom, par exemple.Enfin chez les polyglottes, la surdité verbale peut porter seulement sur une ou plusieurs langues, la compréhension des autres restant intacte.Il résulte de ce que nous venons de voir que la surdité verbale, ou toute autre surdité de même ordre, n\u2019a rien de commun avec la surdité proprement dite, puisque l\u2019ouïe n\u2019est pas altérée, puisqu\u2019elle est indépendante de l\u2019état normal ou morbide de l\u2019oreille.Symptomatologie\u2014Nous pouvons établir trois catégories.Dans une première catégorie, les malades perçoivent la voix qui leur parle, se retournent quand on les appelle, mais ils ne se doutent pas qu\u2019on L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 405 leur parle.Ils se retournent parce qu\u2019ils ont entendu du bruit.À une deuxième catégorie, appartiennent ceux qui (comprennent qu\u2019on parle, mais qui ne comprennent pas ce qu\u2019on dit.Pour eux, leur langue maternelle leur semble une langue étrangère.Enfin dans une troisième catégorie, sont ceux qui, reconnaissant la langue qu\u2019on leur parle, peuvent répéter les mots qu\u2019on leur dit, mais ne comprennent ni ce qu\u2019on Jeur dit, ni ce qu\u2019ils répètent.Toutefois ces trois catégories sont forcément schématiques, car ces trois modalités cliniques du syndrome coexistent la plupart du temps chez le même sujet.De plus la complexité de l\u2019ensemble varie suivant la localisation anatomique, selon la date de la maladie, le moment de la journée et surtout selon les mots ou les phrases qu\u2019on prononce.Lia surdité verbale, en effet, est rarement complète ; quelques mots, quelques monosyllables sont encore interprétés.L\u2019analyse des troubles morbides est d\u2019autant plus difficile et délicate que le patient est presque toujours atteint d'hémiplégie et que, par conséquent, il se trouve dans la presque absolue impossibilité de traduire ses impressions par l\u2019écriture.Enfin, quelquefois, à la surdité verbale, s'ajoute un certain degré de cécité verbale.Le malade, qui, entendant le son de la voix articulée, ne se doute pas qu\u2019il correspond à un langage, est généralement silencieux, apathique et comme stupide.\u2018Les sons coordonnés de phonation qu\u2019il émet sont des vibrations dont il n\u2019a même plus aucune idée.Celui qui comprend qu\u2019on lui parle, mais qui ne comprend pas ce qu\u2019on dit, a gardé tout au moins l\u2019idée que l\u2019on veut entrer en convet- sation avec lui.On voit dans sa figure qu\u2019il désire comprendre, il es- sale de saisir la pensée \u2018de celui qui lui parle, il croit la deviner, et, comme il n\u2019a pas perdu la faculté de s\u2019exprimer, il fait les réponses les plus variées, motivées quelquefois par d\u2019intonation de la question posée, mais souvent sans aucun rapport avec la question elle-même.Ces malades n\u2019ont pas le regard impassible de ceux qui ne savent même plus qu\u2019on leur parle.Leur élocution d\u2019ailleurs est forcément très défectueuse.Quelques-uns sont aphémiques en vertu d\u2019une lésion con- comittante des centres moteurs du langage, mais l\u2019aphémie s\u2019explique encore aisément en dehors de cette complication.Si tel sujet, grâce à une aptitude personnelle, pense auditivement, c\u2019est-à-dire s\u2019il ne pense que par les sons qui doivent exprimer sa pensée, s\u2019il se parle mentalement à lui-même sa pensée au fur et à mesure qu\u2019il va s\u2019exprimer, il est certain que le jour où 1l perd la mémoire de la signification des mots, il perd du même coup la faculté de parler correctement.Toutefois le malade a conservé les images motrices des mots.Si 406 L'UNION MÉDICALE DU CANADA on lui pose une question par écrit, le malade comprend et il répond a haute voix.C\u2019est en se servant de ses images motrices que le malade peut répondre mais tout en sachant qu\u2019il parle, il ne comprend pas au- ditivement sa réponse.Un exemple aidera à faire comprendre l\u2019état d\u2019un tel malade.Supposons un violoniste atteint de surdité verbale et qu\u2019on lui demande de jouer un morceau qu\u2019il sait par coeur.Il va commencer de jouer avec la mémoire des mouvements combinés du doigté ; mais comme il ne s'entend pas jouer, que son oreille ne lui sert plus 4 mesurer les tons, les intervalles et à contrôler continuellement l\u2019action des doigts, au fur et à mesure qu\u2019il exécutera le morceau, il se demandera si c'est bien ce morceau qu\u2019on lui a demandé de jouer et alors il s\u2019embrouillera et ne pourra plus continuer.Tout malade frappé de surdité verbale a d\u2019ailleurs beaucoup moins de difficulté à exprimer sa pensée par l\u2019écriture que par la parole, il est toujours plus porté à écrire qu\u2019à parler, Enfin, il y a les malades qui, tout en reconnaissant la langue qu\u2019on leur parle et étant capables de répéter ce qu\u2019on leur dit, ne comprennent ni ce qu\u2019on leur dit ni ce qu\u2019ils répètent.Ces malades ont une série d'images auditives créées par l\u2019éducation, mais ils ont perdu les idées auxquelles ces images correspondent.Les images auditives sont en rapport direct avec les images motrices.Ce rapport est très étroit, ce qui fait que le malade qui necom- * prend pas le mot qu\u2019on lui dit et qu\u2019il répète, peut arriver par la répé- tintion à haute voix à faire naître tout-à-coup l\u2019idée que ce mot exprime.C\u2019est cette variété de surdité verbale qui a été appelée surdité psychique des mots, car ici ce qui fait défaut c\u2019est la mémoire d'adaptation de l\u2019idée d\u2019une chose au son articulé qui représente cette chose.Nous avoms™vu que la surdité verbale est souvent incomplète, il faut ajouter qu\u2019elle est quelquefois partielle et limitée à la mémoire auditive d\u2019une langue.Un Russe, vu par Charcot, comprenait encore très bien le français et le russe mais il n\u2019entendait plus que difficilement l\u2019allemand.Tout ce qui vient d\u2019être exposé relativement à la surdité verbale proprement dite peut s\u2019appliquer également à la surdité musicale ou amusie réceptive et à la surdité des noms de nombres.Tous ces symptômes que je viens d\u2019exposer seraient causés par une lésion du centre de Wernicke qui siège à la partie postérieure des premières et deuxré- mes circonvolutions temporales gauches.Quant au pronostic, je crois L'UNION MÉDICALE DU CANADA 407 qu\u2019il est un peu décevant, étant donné que la rééducation du centre cortical une fois détruit par une lésion, est impossible.Cependant le malade récupère un peu da faculté de comprendre ce qu\u2019on lui dit en se servant de ses autres centres sensoriels.En: effet, on a remarqué que les sujets atteints de surdité verbale comprennent mieux Jes personnes qui leur parlent souvent.Une malade du professeur Charcot parvenait à comprendre, quand on lui répétait la même chose plusieurs fois et qu\u2019elle regardait bien la personne qui lui parlait.Cette malade se servait de son: centre visuel pour suppléer à son centre auditif.Elle regardait les mouvements des lèvres de son interlocuteur et ces mouvements des lèvres réveullaient des images motrices similaires que d\u2019articulation des mêmes mots exigeait d\u2019elle-même.La compréhension nécessite donc une grande attention visuelle et le résultat malgré tout n\u2019est jamais que très imparfait.II Je passe maintenant a la cécité verbale et aux différentes formes cliniques que nous recontrons: telle qus la cécité littérale et la cécité psychique \u2018des mots.La cécité verbale c\u2019est la perte totale ou partielle de la mémoire des signes écrits, quels qu\u2019ils soient, reconnus conventionnellement comme autant de représentations d\u2019idées.C\u2019est Kusmaul qui le premier à su distinguer la cécité verbale des autres variétés de l\u2019aphasie.La personne atteinte de cette maladie n\u2019a aucun trouble visuel proprement dit puisqu\u2019elle voit bien les différentes lettres d\u2019un mot, mais ces signes pour elles ont cessé d\u2019être la représentation graphique d\u2019un son déterminé.Symptomatologie.\u2014 Les manifestations cliniques sont très variables, car le plus souvent outre la cécité verbale, le malade présente en plus, soit de la surdité verbale, soit de l\u2019aphasie motrice, soit de l\u2019agraphie, soit une combinaison de ces symptômes réunis.C\u2019est pourquoi il n\u2019est guère possible d\u2019étudier la cécité verbale comme un trouble toujours identique à lui-même, mais comme un ensemble de phénomènes simliaires dont la schématisation sinon la description rigoureuse, est relativement facile.\"Tout d\u2019abord, il faut dire que l\u2019hémiplégie n\u2019est pas forcément associée à la cécité verbale; d\u2019autre part, la cécité verbale peut faire suite a un ictus hémiplégique qui n\u2019entraine pas une paralysie définitive, elle peut aussi survenir sans ictus et constituer toute la symptomatologie du ramollissement cortical.Dans le cas ou elle est combinée avec une hémiplégie, il existe alors du côté droit une impotence fonctionnelle des membres ; si cette impotence se trouvait du côté gauche, nous pourrions conclure de ce 408 L'UNION MÉDICALE DU CANADA fait, presque sans restriction, que les deux hémisphères cérébraux alors seraient lésés.Une lésion de l\u2019hémisphère gauche est seule capable de produire la cécité verbale, de même qu\u2019il n\u2019y a que la.face et les membres du côté gauche qui sont paralysés quand la lésion siège à l\u2019hémisphère droit seulement.Dans la cécité verbale le malade ne peut dire, mais il peut parler, il comprend ce qu\u2019on lui dit et peut \u2018écrire, mais son écriture est mal assurée car il ne peut contrôler sa propre orthographe ; il écrit comme s\u2019il avait les yeux fermés, et ayant en plus une hémianopsie droite, il commence toujours à l\u2019extrême bord gauche de la feuille et s\u2019arrête souvent ua milieu de la page.Quant à la lecture des chiffres, elle peut disparaître concurremment avec la lecture des lettres, mais elle peut aussi être conservée.Nous voyons en effet certains malades atteints de cécité verbale, qui peuvent lire l\u2019heure, jouer aux cartes sans se tromper, \u2018compter des pièces de monmaies et faire des problêmes d\u2019arithmétique.La valeur représentative de ces signes n\u2019est pas altérée.Nous avons vu que le malade ne peut plus lire, qu\u2019il a perdu la mémoire du signe graphique ou encore du signe à lire, mais il na pas perdu la mémoire du signe à écrire.Si, par exemple, on montre à ce malade le mot table, 11 ne peut pas le lire ; mais si on lui demande comment il épelle ce mot, il répondra très bien, sans se tromper, table.T1 se souvient donc des éléments constitutifs du mot, mais ces éléments ne sont autre chose que les images motrices du mot table qu\u2019il est encore parfaitement capable d\u2019écrire.Ces faits démontrent l\u2019indépendance entre le centre cortical de la mémoire motrice graphique et celui de la mémoire visuelle.Une variété de la cécité verbale, c\u2019est la cécité littérale: elle consiste dans la perte de la mémoire des lettres écrites.C\u2019est encore Kus- maui qui le premier la distingua parmi les formes plus ou moins complexes ide la cécité de l\u2019écriture.Les observations cliniques nous démontrent que la cécité littérale est plus complète pour les caractères imprimés que pour ceux écrits à la main.Ceci toutefois n\u2019est pas tout à fait exact et voici pourquoi : lorsqu'un malade qui ne peut plus se relire, prend une plume et la fait repasser sur les lettres qu\u2019il a tracées, il réveille l\u2019image motrice de ces lettres ct parvient ainsi à les nommer l\u2019une après l\u2019autre.On conçoit que l\u2019image motrice soit plus facilement réveillée par les mouvements qu\u2019il fait quand il écrit, que par les mouvements graphiques des lettres d'imprimerie dont il n\u2019a pas une très grande habitude.Comme on L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA.409 voit, le malade lit avec son centre graphique moteur et selon la formule de Charcot, il ne lit qu\u2019en écrivant.Peñr les sujets qui ne lisent pas beaucoup et qui sont obligés d\u2019épeler des mots, un peu comme un enfant qui apprend à lire, pour ceux- là, la cécité littérale entraîne nécessairement la cécité verbale.[Ne connaissant plus les composants du mot, ils ne peuvent plus en faire la construction.:Ainsi en général la cécité verbale est la conséquence de la oécite littérale.Mais la cécité littérale peut aussi exister sans la cécité verbale.Ce qui paraît peut-être plus difficile à comprendre au premier abord, mais en réalité cela existe.Un malade de Broca qui était atteint de cécité littérale partielle, c\u2019est-à-dire qui avait perdu la mémoire visuelle d\u2019autant de lettres qu\u2019il en avait conservées, pouvait lire même les mots dans lesquels figuraient les lettres qu\u2019il ne connaissait plus, et l\u2019on pouvait \u2018dans le cours (d\u2019un mot changer des lettres de place, même en supprimer, sans qu\u2019il s\u2019en aperçut.Broca faisait, à ce propos, remarquer que de tels malades reconnaissent leg mots comme on reconnaît un paysage dont on a pas analysé les détails.Mais cette variété d\u2019aphasie sensorielle ne peut être constatée que clrez des personnes qui ont beaucoup lu.Une autre variété que j'exposerai brièvement : c\u2019est la cécité psychique des mots qui consiste en ceci que le malade peut lire les lettres et les mots, les copier même sans en saisir le sens.Un exemple fera bien comprendre ce dont il s\u2019agit.Un élève qui étudie le grec au college peut rencontrer un mot dont il ne connaît pas la signification.Il peut lire le mot, le transcrire, nommer des lettres qui le composent, mais sans en connaître la signification.\u2018Or le malade atteint de cécité psychique des mots est exactement dans cette situation.Ou encore, ce qui arrive souvent, lorsque nous lisons en pensant à autre chose.Nous sommes rendus au bas de la page et nous ne savons rien de ce que nous venons de lire.Il faut reprendre à l\u2019endroit où le défaut d\u2019attention nous a placés dans la situation physiologique d\u2019un sujet atteint de cécité psychique des mots.La cause de ces différents symptômes que nous venons de voir, serait une lésion du lobule pariétal inférieur gauche, au voisinage du pli courbe et comme celui-ci est atteint simultanément, c\u2019est ce qui explique l\u2019hémianopsie droite concomittante.Et je termine, Messieurs, avec le pronostic.Quelle que soit sa forme, la cécité verbale est parfois incurable ; mais d\u2019autres fois elle est susceptible d\u2019améliorations.Tout dépend de la possibilité qui reste au malade de suppléer à la perte de la mémorie visuelle graphique par 410 L'UNION MÉDICALE DU CANADA la mise en jeu des autres mémoires.La mémoire auditive et la mémoire motrice du malade lui permettront ide refaire l\u2019éducation de sa mémoire visuelle en y créant de nouvelles images.L.P.SENECAL, E.Ii.M,, Elève de 4éme année a Laval, a Montréal. CORRESPONDANCE (1) Lespain complet se meurt.\u2014 Protestation.Monsieur, 11 y a quelques jours votre journal écrivait ce qui suit: \u201cChez nous, \u201cle pain naturel gagne, chaque jour beaucoup de terrain.Les boulan- \u201cgers se mettent à le confectionner et en vendent chaque jour davantage.\u201cOn nous assure que dans certaines campagnes on vend plus de \u201cpain naturel que de pain blanc.\u201d Ce n\u2019est pas la première fois que la cause du vrai pain bénéficie de vos bonnes paroles et tous ceux qui s\u2019y intéressent vous doivent de la gratitude.En général, le pain naturel a eu une excellente presse par toute la province.Si tout le monde avait fait pour le propager les efforts des journalistes et des membres du clergé, 1l serait encore plus en voie de progrès.Je remercie les propagandistes au nom des intérêts supérieurs de la race qu\u2019on ne saurait mieux promouvoir qu\u2019en répandant dans toutes les couches de notre peuple les principes d\u2019alimentation saine et simple.| : Malheureusement, ce n\u2019est pas si beau que semble l\u2019indiquer l\u2019entrefilet sympathique cité plus haut.Malgré la campagne menée avec dévouement depuis plusieurs mois, on peut compter sur les doigts les meuniers qui font de la farine de meule riche et aromatique et les boulangers qui font du \u201cbon pain d\u2019habitant.\u201d Le pain qu\u2019en ces derniers temps, on propage avec entrain, est une contrefaçon du pain naturel.C\u2019est là le piège, la manoeuvre, le vieux truc des conspirateurs meuniers-boulangers qui a servi partout ailleurs à donner le coup de grâce à toutes les tentatives de retour aw pain normal.Depuis deux mois dans le district de Montréal surtout, les voyageurs de commerce de grandes meuneries \u2018poussent la vente\u201d d\u2019un mé- (1) Nous recevons du Dr Nadeau une lettre que nous nous empressons de publier dans l\u2019intérêt du bon pain naturel.C.A. 412 L'UNION MÉDICALE DU CANADA lange de blé et autres céréales qu\u2019on a dénommé farine complète.Les boulangers ont reçu le mot d\u2019ordre de crier bien fort qu\u2019ils ont maintenant le vrai pain naturel, le pain du Professeur Rousseau ou celui de votre serviteur.Et il faut voir avec quel beau zèle ils s\u2019acquittnt de leur tâche.Au début de notre campagne, quand le public réclamait du pain à 85, ils se faisaient tirer l\u2019oreille, ne remplissaient que la moitié des commandes, \u201cchacun son tour\u201d.Et il fallait entendre les quolibets à l'adresse du \u201cpetit médecin de campagne\u201d qui recommandait ce pain \u201cimpossible\u201d.Aujourd\u2019hui le petit Esculape campagnard est devenu grand homme, les boulangers sortent leurs grandes voitures qu\u2019ils chargent jusqu\u2019au faîte, et \u2018l\u2019impériale\u201d déborde de pain noir.Et ceux qui criaient à tue-tête que la farine à 85 était \u201cdure à cuire\u201d, travaillent aujourd\u2019hui dans l\u2019allégresse avec cette gaudriole de ipanification autrement plus redoutable.Non seulement ils en donnent à ceux qui en demandent, mais ils l\u2019offrent avec des réclames de Syriens.Les meuniers leur ont fait comprendre que c\u2019était le meilleur moyen de se débarrasser des médecins hygiénistes et de leur marotte.Ce pain noir est de taille à contenter \u201cune fois pour toutes\u201d les amis du progrès scientifique de bon aloi.J\u2019en ai reçu des échantillons qui pourraient dégoûter des gens en pleine famine.Pour avoir le courage d\u2019y mordre, il faut que le pain naturel ait eu une bonne presse ; il faut une fol a transporter les montagnes et à digérer les morceaux les plus grossiers, Ceux qui ne sont pas avertis achèteront cette espèce de \u201cpain d\u2019orge du pauvre homme\u201d intolérable pour la plupart des estomacs, et quand leur gaster \u201cdemandera quartier\u201d ils crieront à la grande erreur du pain naturel avec toute la rage qu\u2019on met en jeu, en ce pays, pour ruiner ce qui est rationnel et scientifique et pour prôner les charlatans.La preuve que le meunier est de mauvaise foi, c\u2019est qu\u2019il ne prend pas la peine de bluter cette farine, de lui enlever la bale, opération des plus faciles.La preuve que le boulanger n\u2019est pas de bonne foi, c\u2019est sa volte- face, c\u2019est qu\u2019il ne récrimine plus contre une farine beaucoup plus dure à cuire que la farine à 85.La farine complète à 100 p.c.faite exclusivement de blé même moulu au cylindre est chose préférable à la farine blanche du commerce, mais elle a de sérieux inconvénients que j'ai'exposés dans le Bulletin No.24 du ministère de l'Agriculture que tout le monde peut se à L UNION MEDICALE DU CANADA 413 procurer gratuitement.Le cadre que je me suis tracé dans cette petite correspondance ne me permet pas de refaire toute cette discussion.Si les boulangers munis de farine à cylindres complète, à gros son ayant subi double mouture, mettaient sur Je marché un pain qu\u2019ils apipelleraient pain Graham, je ne protesterais pas.Mais qu\u2019avec un mélange de céréales inférieures ils fassent un pain à gros grains qu\u2019ils baptisent du nom du Professeur Rousseau ou du mien, voilà.un procédé malhonnête, une imposture, une honteuse exploitation de la bonne foi du public.Quel remède apporter aux menées de ces êtres sans scrupules?Je n\u2019en vois pas de meilleur que celui de répéter par toute la presse, le cri d\u2019alarme.Les médecins sérieux, dans leurs clientèles, les curés, dans les réunions publiques, pourraient mettre les consommateurs en garde contre le tripotage qui est en frais de compromettre un si'beau mouvement, si salutaire aux intérêts de la santé publique.On m\u2019écrit de partout pour protester ; on accumule sur mon pupitre les échantillons ide pain suspect.Mais je n\u2019ai pas le don d\u2019ubiquité, et 11 m\u2019est impossible de monter la garde autour de tous les malfaiteurs de la province de Québec.Je ne suis pas non plus Lord North- cliffe avec une douzaine de grands journaux à ma disposition et à la dévotion du vrai pain.On me demande comment reconnaître le pain louche.Jwsqu\u2019ici c\u2019est très facile, car le true est dans tout l\u2019épanouissement de sa grossièreté : les écailles de gros son ont la largeur du pouce.Mais vous allez voir que l\u2019exploiteur démasqué ne tardera pas à corriger ce détail.(Ceux qui connaissent le pain de Maskinongé, (vendu à Montréal par Morisset et Cie, rue St-Hubert) le pain du Sanatorium du Dr De- Blois, et ceux de MM.Charest et Falardeau, de Québec, ne se laisseront pas prendre facilement.Il y a toujours nroyen de s\u2019en procurer pour faire la comparaison.M.le Dr Bournival, de Montréal, parle de protéger le produit authentique au moyen d\u2019une marque de commerce.Je suis à me demander comment ça pourra fonctionner sans entraver la sacro-sainte liberté du commerce, si souvent protectrice du voleur.Si quelqu\u2019un peut suggérer des mesures gouvernementales ou autres de nature à protéger le fabricant honnête, nous recevrons avec bonheur et transmettrons à qui de droit leurs remarques.En attendant, c\u2019est la presse qui peut nous sauver en criant à l'imposteur en toute occasion.Déjà, \u201cLa Presse\u201d et \u201cLe Devoir\u201d ont prouvé leur souci de l\u2019intérêt public en protestant vigoureusement.Es- 414 L'UNION MÉDICALE DU CANADA pérons que leur noble exemple sera suivi par tous leurs confrères.Pour ma part, je fréquente tous les clans, j'écris un peu dans tous les journaux, je ne veux pas que la cause sainte du Bon Pain souffre de préférences ou de faveurs, et j'ai tout fait pour éviter de froisser les rivalités de boutiques.On pourrait également profiter des prochaines expositions régio- males, pour montrer au public nombreux qui s\u2019y presse le vrai pain de farine de meules à 85.Il y aurait moyen, l\u2019Etat-Providence aidant, de mettre le produit authentique sous le nez comme sous la dent des visiteurs.Et les gens \u201ccurieux\u201d soucieux de leur bien-être hygiénique, seraient fixés à jamais.On pourrait exhiber toutes les sortes de pain pour établir la comparaison.M.le curé de Ste-Foy, qui a tant fait pour populariser le pain naturel, dans le but de soustraire nos familles aux procédés des boulangers sans vergogne, propose le retour à la panification à domicile.Le \u201cRésumé\u201d du Bulletin No.24 publié par le Ministère de l\u2019Agriculture donnera tous les détails et toutes les précisions à ce sujet.J'ai l\u2019honneur d\u2019être, avec gratitude, Votre serviteur, Dr AURELE NADEAU.Q ii NECROLOGIE JULIEN MASSELON Le docteur Masselon, un des oculistes les plus distingués de France, vient de mourir à Meudon, qu\u2019il habitait depuis de nombreuses années.Il naquit à Rouen en 1844 et après avoir été, dans \u2018son enfance, dessinateur et photographe, il étudia ensuite la médecine et se spécialisa en ophtalmologie.Arrivé à Paris en 1871, il devint chef de clinique du Dr de Wecker et l\u2019année suivante il passait sa thèse ide doctorat sur l\u2019amblyopie nico- tinique.Dès lors Masselon commence une série de travaux qu\u2019il publie seul ou en collaboration avec son maitre.Parmi les plus importants nous mentionnerons : En 1878, un recueil de cliniques de de Wicker sur \u201cLa thérapeutique oculaire.\u201d En 1879, un autre recueil de cliniques du même auteur sur \u201cLa chirurgie oculaire.\u201d Membre de la Société française d\u2019ophtalmologie, il faisait assez souvent des communications ; et en 1883 il décrit, avec observations, la suture en bourse de de Wiecker.En 1884, il présente des observations de verrucosités de la rétine.En 1885, il expose une étude ophtalmoscopique des prolongements anormaux de la lame criblée.En 1886, Mlasselon publie son ouvrage le plus important: un \u201cPrécis d\u2019ophtalmologie chirurgicale.\u201d En 1893, il décrit une opération rationnelle de l\u2019ectropion granuleux.| En collaboration avec de Wecker, il publie en 1889 un \u201cManuel d\u2019ophtalmologie\u201d et ensuite, des \u201cEchelles métriques pour déterminer l\u2019acuité visuelle ainsi que des planches coloriées, destinées à mesurer les sens chromatiques et lumineux.\u201d En 1891, un \u201cManuel d\u2019ophtalmologie clinique.\u201d Dans ce manuel, Masselon se révéla véritable artiste, car les 80 planches qu\u2019il dessina sur nature, tout en étant très précises au point de vue des détails, sont d\u2019une grande beauté.Toujours en collaboration avec de Wecker, il invente plusieurs 416 L'UNION MÉDICALE DU CANADA instruments qui servent à l\u2019examen des yeux, entr\u2019autres : le \u2018\u201cKératos- cope\u201d pour mesurer l\u2019astigmatisme, le \u201cStrabomètre\u201d pour le etra- bisme et \u201cl\u2019Ophtalmo-statomètre.\u201d Masselon semblait se plaire à \u2018paraître de chef de clinique de de Wiecker, tout en étant en réalité son collaborateur et associé de trente ans.Doué des plus belles qualités de l\u2019esprit et du coeur, d\u2019un savoir qui n\u2019eut d\u2019égal que sa modestie, Masselon \u2014 exemple rare \u2014 s\u2019effa- ca toujours devant son maître.Opérateur des plus élégants, il faisait l'admiration des oculistes étrangers qui, de passage à Paris, venaient à la clinique de de \u2018Wecker, rue de Cherche-Midi.Connaissant merveilleusement bine le fond de l\u2019oeil, il excellait à faire les diagnostics les plus difficiles et très souvent des conifrères oculistes demandaient son avis.Aissociant mes regrets à ceux qu\u2019en 1906, j'exprimais dans un article lors de la mort de mon maître de Wiecker, chez qui je fus chef de clinique pendant deux ans, aujourd\u2019hui je me fais un pieux devoir de témoigner, dans ces quelques lignes, toute l\u2019admiation que j'ai pour l\u2019oeuvre de mon maître Masselon et de rendre ce dernier hommage à sa mémoire., J.N.ROY.~~ - Histoire de la Médecine UN CAS D\u2019ALLAITEMENT TARDIF Dans la masse de documents qui sont conservés au palais de justice de Montréal, il y a des faits à révéler qui pourraient probable- nient intéresser ceux qui s\u2019occupent de l\u2019histoire de la médecine et de la chirurgie au Canada, sous le régime français.En voici deux cueillis au hasard, à titre d\u2019exemple.* * * Un marchand de Montréal, Pierre Roze, souffrant d\u2019une maladie qui devait être contagieuse engagea une sauvagesse pour l\u2019allaiter ! Le malheureux n\u2019en mourut pas moins, quelques semaines plus tard, et comme sa nourrice n\u2019avait pas reçu son salaire elle réclama ce qui lui était dû par une requête adressée au lieutenant général civil et criminel, c\u2019est-à-dire au juge de la prévotée de Montréal.Voici le texte de la requête : À Monsieur le Lieutenant général de Montréal, Suplie humblement, Marie Chambli, et vous remontre qu\u2019elle auroit aletté le sr Pierre Roze environ un mois et demi, pour raison de quoy, ledit Roze luy avoit promis, en présence de monsieur de Mari- cour et de François Roze de l\u2019habiller à la françoise de pied en cap.Et comme le \u2018dit Roze est décédé depuis trois à quatre jours sans avoir satisfait à sa promesse, Elle a recours à vous pour y estre pourveu.Ce considéré, Monsieur, il vous plaize avoir égard aux paines et risques dans laquelle ladite supliante est exposée à contracter la maladie dudit défunt Roze, Et en conséquence de la promesse dudit Roze, Et après avoir entendu le dit sieur de Maricour et le dit François Roze son frère, à tels jour et heure qu\u2019il vous plaira, ordonner au sieur Pas- caud, l\u2019exécuteur de son testament de me fournir les chosse qui me seront nécessaires pour m'habiller suivant ma condition de pied en cap, conformément à la dite promesse, Et vous ferez justice.ARDOUIN, fesant pour la suppliante.Soient assignés le dit sieur Pascaud et le dit sieur de Maricour et le dit Roze à comparaître par devant nous en nostre hostel, mardy prochain, heure d\u2019audience. L'UNION MÉDICALE DU CANADA Mandons, etc.Fait à Villemarie le 17e jour de fév.1702, JUCHEREAU DE ST-DENIS.Trois jours après, le 20 février, le juge procédait à l\u2019inventaire des biens de feu Pierre Roze, en présence des sieurs Pierre Richier Coulonge, Jean Jacques LeBer et François Roze, frère du défunt.Sans doute, la sauvagesse reçut le prix de son service.UN (AS DE DYSTOCIE C\u2019est dans les registres de la paroisse de Lachine que se trouve le singulier acte de sépulture suivant: Ce jourdhuy, vingtuniesme mars, mil six cent quatre vingt quinze, 'a esté inhumé dans le cimetiére de cette église le corps de deffuncte Estienette Badel, femme de Hugue Messaguier dit Laplaine, labour- reur, laquelle mourut le jour d\u2019hier, à midy, n\u2019aiant esté néantmoins ondoïé le jour précédent au passage lorsqu\u2019il presenta la teste pour sortir, par la sage femme de cette coste, nommée Barbe Duchesne, mère de la défunte, après quoy et s\u2019estant retiré dans le ventre de sa mère il y mourut et luy causa aussy la mort.Cette inhumation a esté faitte en la présence de son mary, de ses père et mère, soeurs et beaux frères quy ont déclaré ne savoir signer, les sieurs Pottier et d\u2019Aoust ont signé avec Jacque Chasle.REMY.Le signataire, le curé Pierre Rémy, aimait à dire tout ce qu\u2019il savait dans les actes et les pièces qu\u2019il rédigeait, aussi ses manuscrits sont-ils des mines de renseignements.E.Z.MASSICOTTE, Directeur du Bureau des Archives de Montréal."]
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