L'union médicale du Canada, 1 novembre 1918, Novembre
[" L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, fondée en 1872, \u2014\u2014 +\u2014>e Em PUBLIEE PAR MM.R.BOULET, M.A.LeSAGE, MM.L.de L.HARWOOD,.J.E.DUBE, A.MARIEN, Tout ce qui cencerne la rédaction doit être adressé à M.le Dr A.LeSAGE, 46, Avenue Laval, Montréal.Rédacteur en chef\u2019 Tout ce qui concerne l\u2019adfinistration doit être adressé à M.T.VALIQUETTE, 2734.Christophe-Colomb ou Boîte Postale No 3626.Téléphone St.Louis 1767.Vol.XLVII NOVEMBRE 1918 No 11 BULLETIN La leçon de nos morts Les journaux ont signalé.depuis le commencenrent de l'épidémie que nous traversons, la mort de nombreux médecins des campagnes et des villes.Certains ont pris le mal à soigner des soldats, ainsi le jeune docteur Olivier, victime de son surmenage aux hôpitaux militaires de Saint-Jean, \u2014 d\u2019autres sont morts après avoir travaillé sans relâche, au soulagement des malades de leur région, \u2014 tel le docteur Sirois, des Trois-Pistoles.Il faudra, un jour, dresser la liste complète de ces héros du devoir fait humblement, par charité chrétienne, et par humanité.Il conviendra également, au lendemain de la cessation de l'épidémie, que les pouvoirs provinciaux et municipaux s'entendent pour poser bien en vue dans un endroit pu- blie, \u2014 ainsi sur les murs de l'hôtel du gouvernement à Québec, \u2014 une tablette commémorative du dévouement des médecins qui ont donné ces semaines-ci leur vie pour.feurs frères souffrants.On y devra associer les noms des infirmières et des infirmiers victimes, eux aussi, du devoir.La province se doit de témoigner publiquement sa reconnaissance à leur mémoire, G.P.Lorsque ces lignes furent écrites la liste de nos médecins morts de la grippe n'était pas démesurément allongée comme celle que nous publions aujourd\u2019hui.À date, depuis le 1er octobre, 27 médecins ont succombé dans la province de Québec, à peu exception prés, tous dans la fleur de l\u2019âge, et victimes de leur dévouement à combattre l\u2019épidémie communément appelée la grippe espagnole.Désireux de ne pas diminuer le mérite de la suggestion faite par monsieur Georges Pelletier dans \u2018Le Devoir\u201d, je prête loreille aux =! Le as a- L'UNION MÉDICALE DU CANADA TOMBES AU CHAMP D'HONNEUR VICTIMES DE L\u2019INFLUENZA durant le mois d'octobre 1918 OUIMET, Magloire, LAPIERRE, J.-A., * FALARDEAU, Romulus, © MacPHERSON, J.-J, ST-PIERRE, J.-C.* BELANGER, J.-D, \u201c OLIVIER, J.-À., PICOTTE, J.-Roméo, * GAGNE, Arthur, MERCIER, A.-F., r DALPE, W.-H., - MORIN, Gaston, * LAMBERT, E.-M, - PEPIN, R., * SIROIS, H, * TURCOT, GA.BROWN, G.-T., * DUBUC, Chs-Ed, - RINGUET, Conrad, FREMONT, Jules, DEMERS, J.-A, * ('AMIRAND, Omer, - POISSON, J.-A, » POIRIER, Aimé, * FERRON, Alfred, * SAINT- JACQUES, F., Dr JANELLE, Louis.St-Eleuthère.Montreal.Montréal, Montréal, Montréal, Montréal, Montréal, Montréal, Montréal, Montréal.Montréal.Ottawa, Ottawa, St-Célestin, Trois-Pistoles, Nicolet, Danville, Dorval, Rimouski, Québec, Boucherville, Cap de la Madeleine, St-Boniface, St-Polycarpe, Grand\u2019mère, Ste-Anne-des-Plaines, Rivière Bleue, Cr oD C5 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Voix de nos morts, et j'essaye d'interpréter Ja lecon qui se dégage de leur sacrifice.C'est une causerie de novembre: elle s\u201cinspire d'un fait inéluctable et d\u2019un sentimnt universel.Nous avons feuilleté les annales du Bureau pour savoir si pareille hécatombe «de médecins, en un si court espace de temps, ne fut jamais accompli.Rien de semblable ne s\u2019est offert à notre souvenir.Ni en 1885, lors de l\u2019épidémie de variole, ni en 1890 lors de l'épidémie de grippe, ni même lors du grand choléra, en 1849.Le spectacle fut impressionnant.Un mois durant, l\u2019un après l\u2019autre, vingt-sept sont tombés! Sans doute le goût du métier, sinon l'amour du devoir, les a rendus vigilants jusqu\u2019à la témérité.\u2014 L\u2019épidémie les à tentés.Le vulgaire s\u2019affolait.Par dévouement, par curiosité, ou par intérêt, prêtons à leur geste le mobile que nous voudons, ils se sont jetés au sein du mal pour le vaincre, et ils en sont morts.Voilà le fait.\u2018Cest un peu une vision de cette sorte que donnent les citations à l\u2019Ordre de Armée, Seulement, dons l\u2019armée, le grand chef et le petit soldat, l'homme du peuple et l\u2019homme du monde, le savant et l\u2019illettré, le noble et le paysan, l'artiste et l\u2019ouvrier, le vieux qui est déjà presqu'un vieillard et le jeune qui est encore presqu\u2019un enfant s\u2019y mêlent dans une immense communion.Chez noz médecins morts au postz, durant cette épidémie de grippe, ce qui frappe c\u2019est la vigueur commune, l\u2019uniformité de l\u2019âge, la physionomie de leur jeunesse à peine mûrie.Regardons de nouveau la liste: A part deux qui dépassent 60 ems et qui souffraient d\u2019un mal antérieur à l\u2019influenza, un seul atteint 55 ans, 3 ont 50 ans, et les 21 autres échelonnent leur âge entre 23 et 48 ans.Les médecins ont remarqué que l\u2019un des caractères de la présente épidémie était de vaincre de préférence les forts.Ne dirait-on pas qu\u2019ils ont voulu illustrer cette vérité par un exemple personnel ?Sans choisir entre ces victimes du devoir, sans les classer ni leur assigner des rangs, il aimportera de faire ressortir quelques-unes des figures qui résument davantage la vaillance commune.Cela est déjà ébauché par la grande et par la petite presse.Avec le temps, les souvenirs et les impressions prendront corps, les chaires universitaires vont retentir de leurs noms.Puisse l\u2019admiration de courte durée, et o 24 L'UNION MÉDICALE DU CANADA surtout la reconnaissance du peuple retenir le fait et en tirer quelques leçons.Habituée à voir la médecin jour et nuit sur picd, indifférente à ses fatigues parce que toujours sûre d\u2019être bien accueillie, la foule tout de même s\u2019étonne du spectacle de tant de médecins morts.En parlant des victimes de la grippe avec qui que ce soit, aujour- d'hui, le nom d\u2019un ou de plusieurs médecins émaille la conversation.L'on commence à comprendre les risques professionnels, et le sentiment d\u2019altruisme qui fait le médecin indifféremment traiter le fiévreux, le variolé ou le pestiféré.Chaque médecin, croit le peuple, s\u2019est inoculé, à son heure, le virus du dévouement.Et la foule de constater, et l\u2019histoire de confirmer qu\u2019en face du danger, les médecins sont universellement les mêmes.(C\u2019est en parlant d\u2019eux qu\u2019il faut dire sans hésiter, avec foi: \u201cIls ont la grace d'état!\u201d Mais pour que de public, chez nous, le reconnaisse, il a fallu édifier ce navrant martyrologue.Pour nous qui demeurons à la tâche, la perte subite de vingt- sept confrères au sein d\u2019une épidémie comporte une leçon de portée beaucoup plus large.Je voudrais la tirer, Il est d\u2019une profession, de la nôtre en particulier.comme d\u2019une famille, comme d\u2019un peuple, comme d\u2019une race.Elle n\u2019est noblement exercée que si elle s'inspire d\u2019une doctrine saine et de traditions généreuses, si possible, séculaires.L'histoire de la médecine au Canada n\u2019a jamais été écrite.L\u2019on - peut dire qu\u2019elle n\u2019a pas été enseignée, Depuis quelques années, un cours d\u2019histoire da la médecine en général a été inauguré danz nos trois universités, Les titulaires n\u2019ont guère eu le temps, jusqu'ici, que de raconter la vie d\u2019Hypocrate et ce qu\u2019était l\u2019Ecole de la Grèce.Que peut-on enseigner en dix ou vingt leçons?Qu\u2019importe! Notr: histoire aura son tour.C\u2019est l\u2019important.S1 les digressions sont ennuyeuses dans un livre, elles sont permises et très prisées ça milieu d\u2019une conférence ou d'un cours.Un professeur, quel qu\u2019il soit, peut toujours rappeler à ses élèves l\u2019incomparable linceul de dévouement dans lequel furent ensevelies nos victimes de l\u2019influenza, au mois d'octobre 1918.Ce souvenir, pour ma part, je l\u2019invoque comme compensation aux défaillances qui surgissent, parfois, dans nos rangs.Pour la régénération des peuples les sacrifices semglants sont nécessaires.ITA RE ee ea 258 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Cr WO St Pour la régénération de notre profession, travaillée comme tant d\u2019autres par le mercantilisme ct toutes les passions mauvaises que suscite la concupiscence des yeux, sinon l\u2019orgueil de la vie, j\u2019invoque nos morts, sûr que je suis qu\u2019entre eux et nous l\u2019union existe, et que ce n\u2019est pas en veän qu\u2019ils sont allés vaillamment jusqu\u2019au sacrifice suprême dans l\u2019accomplissement de leurs devoirs professionnels.Vivent les morts! Dr Joseph GAUVREAU Oo NOS MORTS Dernière solitude Dans cette mascarade immense des vivants, Nul ne parle à son gré ni ne marche à sa guise ; Faite pour révéler, la parole déguise.Et la face n\u2019est plus qu\u2019un masque aux traits savants.Mais vient l'heure où le corps, infidèle ministre, Ne prête plus son geste à l\u2019âime éparse au loin.Et, tombant tout à coup dans un repos sinistre, Cesse d\u2019être complice et demeure témoin.Alors l\u2019'obseur essaim des arrière-pensées, Où avait su refouler lu force du vouloir, Se lève et plane au front comme un nuage noir Où gît le vrai motif des oeuvres commencées.Le coeur monte au visage, où les plis anxieux Ne se confondent plus aux lignes du sourire ; Le regard ne peut plus faire mentir les yeux, Et ce qu\u2019on n'a pas dit vient aux lèvres s\u2019écrire.C\u2019est l\u2019heure des aveux.Le cadavre ingénu Garde du souffle absent une empreinte suprême, Et l\u2019homme, malgré lui redevenant lui-même, Devient un étranger pour ceux qui l'ont connu.Le rire des plus gais se détend et s\u2019attriste, Les plus graves parfois prennent des traits riants ; Chacun meurt comme il est, sincère à l\u2019improviste, C\u2019est la candeur des morts qui les rend effrayants.SULLY-PRUD'HOMME.(Les Solitudes). NECROLOGIE Le professeur Alphonse Mercier \u201c 1870-1918 Alphonse Mercier est décédé le 24 octobre, après une courte maladie.Comme beaucoup d'autres, il a succombé à la tâche, emporté prématurément par une de ces complications qui équivalent à un arrêt «le mort.Avec lui, disparaît une de nos figures les plus proéminentes de la médecine canadienne-française, pour un grand nombre un bon ami et un gai compagnon, ct pour tous un érudit et un esprit d'une rare supériorité.Nous avons vécu plus de vingt-cinq ans dans une intimité de chaque jour, nous avions appris à nous connaître.Nous le regretterons lontemps.Au collège, Mercier s'est toujours fait remarquer par son application au travail, ses succès rapides et constants.À l\u2019Université, où je l\u2019ai rencontré et mieux connu, Mercier était le modèle de l\u2019étudiant.Assidu aux cours, il prenait de copieuses notes qu\u2019il rédigeait, le soir.ll consultait ses auteurs, annotait et complétait les leçons du professeur, qu'il se permettait quelquefois de critiquer d'une façon très judicieuse.Il fréquentait l\u2019hôpital avec ardeur et il y fit souvent preuve d'un sens clinique très précoce.Mercier, étudiant, a laissé parmi nous le souvenir d\u2019un travailleur méthodique et d\u2019ur esprit curieux et avisé.Ses professeurs lui avaient prédit une belle carrière.Cette prédiction s\u2019est accomplie.Après avoir reçu son diplôme de Docteur en Médecine, \u201cavec lu plus grande distinction\u201d, il entre à Phôpital Notre-Dame où il devient l'interne préféré de feu le professeur Brosseau, un chirurgien de grand miérte et ur maître très consciencieux.Il y acquit rapidement une grand cexpérience.Mercier était un débrouillard.I n°\u2019avait pas son \u2018égal pour les cas d'urgence.C\u2019était à l\u2019époque où les tramways électriques débutaient dans les rues de Montréal.Chaque jour des accidents nombreux nous appelaient de tous côtés.Les ambulances allaient quérir morts ou blessés.Mercier était souvent le premier sur le siège et rien ne l'attirait autant qu\u2019un membre avarié \u20ac y Hr, ry 75 } % 4 % 3 9 ka ~ LE 4 PROFESSEUR ALPHONSE MERCIER, 1870-1918, > Ot & L'UNION MÉDICALE DU CANADA qu'il pouvait traiter et guérir après une série de pansements nombreux et compliqués dont 11 connaissait tous les secrets.ÊËt malgré ce labeur quotidien écrasant\u2014car nous n\u2019étions que trois internes à cette époque pour faire la besogne\u2014 Mercier n\u2019a jamais perdu W\u2019habitude d'annoter les nombreuses observations qu'il recueillait et qu\u2019il classifilait comme un véritable bibliographe.Aussi, lorsqu'il quitta l'hôpital Notre-Dame pour aller étudier à Paris, il possédat un bagage scientifique étendu qui attira immédiatement sur lui les veux de ses nowveaux professeurs et maîtres.A.lTniversité «de Paris, fut Pétudiant que nous avions «onnu à Montréal.Perdu dans une mansarde du quartier latin.partageant son temps entre les cours, les hôpitaux, les laboratoires et les musées, il ze lança éperdûment dans Pétude approfondie de toutes les questions de médecine pure.l'ambition grandissant chaque jour au contact des sommités médicales dont le prestige fascinait sa jeune et brillante intelligence, il fit nécessairement une revue des connaissances qu\u2019il avait acquises au pays.Elles étaient insuffisantes.À chaque instant il cotoyait l'inconnu.Il prit la résolution de recommencer ses études complètes de médecine et s'incrivit comme élève à la Faculté de Médecine.I} recommence une à une Pétude des sciences médicales; 11 passe successivement et avec grand succès les épreuves du doctorat qu\u2019il complète par une thèse remarquable sur \u201cle rétrécissement milral pur\u201d.Pendant plusieurs années 11 avait fréquenté assidûment le professeur Potain, le Maitre de Paris à ce moment-là.L\u2019étude du coeur l\u2019attirait tout particulièrement: 1l en fit le sujet de =a thèse.Sans doute, une thèse est une monographie qui reflète l\u2019enseignement du professeur : l\u2019élève ne peut guère viser à l'originalité, mais il peut, néanmoins, y faire preuve d\u2019érudition dans le groupement des faits, de méthode et de clarté dans l'exposé du sujet.Mercier y réussit à merveille.La lecture de ce travail est instructive: il tend à démontrer que le rétrécissement mitral pur est le cousin germain de la tubereu- lose pulmonaire dont il descend en ligne collatérale, et qu'il se dresse sur sa route comme un rampart qui en ralentit ou en arrête complètement Ja marche.Mercier connaissait à fond les maladies de la peau.Elève assidu et attentif du professeur Fournier, à St-Louis il a vu défiler des milliers de malades affectés des lésions les plus variées de la peau.On L'UNION MÉDICALE DU CANADA Cr oo oo recherchait son opinion à cause de l'expérience très étendue qu'il avait acquise là-bas et du soin méticuleur avec lequel il desséquait les manifestations les plus diverses de notre capricieux épiderme.Enfin, après cinq annéts d\u2019études sérieuses il revint à Montréal rejoindre ses amis qui l\u2019attendaient.Il ne s\u2019empressa pas d\u2019ouvrir un bureau de consultation.Je l'ai vu, pendant plusieurs mois, rédiger complètement les notes qu\u2019il avait prises a Paris, et relire a fond toute =a médecine en attendant le moment propice.Aussi, sa carrière de médecin fut-elle rapide et fructueuse.Sa réputation l'avait devancé; on attendait avec impatience son retour au pays pour de consulter.Mercier exerçait depuis dix-huit ans.Il avait une clientèle nombreuse et lucrative Petit de taille, mais solide, Mercier aurait (dit vivre jusqu\u2019à un âge avancé.Gros mangeur ct grand fumeur, il était sobre.Travailleur acharné il souriait à la besogne.Esprit lucide il aimait le point litigieux, et il arrachait souvent à la nécropsie le secret qu\u2019il n\u2019avait pu ravir à la nature vivante.Plein «le bonhomie, 1l savait lancer la pointe sèche qui tombe le ridicule ou dissipe l\u2019ennui.Généreux pour ses amis et les autres qui souffraient, il cultivait l\u2019aisance et pensait à l'avenir.linicien réputé à cause de son érudition et de =a large expérience, il abandonnait volontiers une part de son bien à l\u2019assistant qui le fréquentait.- L'étudiant l'aimait comme on aime un aîné qui peut tout nous apprendre ct tout nous pardonner.Médecin consultant averti.il entendait à la fois la plainte du malade et celle du médecin, Il les réconfortait tous deux, quelquefois, le premier par un bon traitement, le second par un bon diagnostic.Us étaient, à la fin, tous d\u2019accord : honni soit qui mal y pense! Ami sincère, Mercier avait toujours le mot qui fait rire.Il avait le don le raconter une bonne histoire, entre la poire et le fromage durant nos soirées d\u2019études en comité particulier.Il aimait à rendre service, sans bruit et sans regret.Membre de la Société Médicale, Mercier, dans ses rares apparitions, attirait toujours les membres.11 possédait le sens médical.Ses observations étaient rédigées avec un soin méticuleux et dans un L'UNION MÉDICALE DU CANADA 529 style sobre mais attrayant.Elles sont des modèles du genre.L\u2019Union Médicale les a publiées au fur et à mesure.T1 savait intéresser et instruire.On lui reprochait souvent ses absences prolongées.\u201c Pauvre vieux, disait-il, je n\u2019ai pas le temps de rédiger mes observations.\u201d J\u2019ai écrit plus-haut qu\u2019il est mort victime de son dévouement : c\u2019est un fait.Appelé auprès d\u2019un malade atteint de pneumonie avec une température ide 106, et qui mourut au bout de quelques jours, il tomba lui-même à son tour.Cher Mercier! tu es mort comme tu as vécu, en luttant: même contre tout espoir et en conservant, jusqu\u2019à la dernière minute, toute ta lucidité d\u2019esprit.Tes amis te regretteront pour ta bonne camaderie et les souvenirs qui formaient notre patrimoine commun; tes clients pour la sagesse de tes conseils; tes \u2018élèves pour la clarté et l\u2019érudition de ton enseignement ; ta famille pour l\u2019éclat que tu as fait rejaillir sur elle: enfin, ta femme pour ta fidélité d\u2019époux et ta générosité de chef de famille.Nous nous consolerons en pensant que la mort d\u2019un homme de bien n\u2019est qu\u2019une survivance et que chacun de nos regrets sera comme un évocation du souvenir agréable que tu nous auras légué comme héritage.Albert LESAGE.Q LE PROFESSEUR FALARDEAU La Faculté de Médecine de l'Université Laval est éprouvée.Après avoir, au cours de lannée, perdu son Doven, voici qu\u2019un nouveau deuil Patteint par la mort d'un de ses membres les plus brillants.Le 5 octobre est décédé, à l\u2019Hôtel-Dieu.le docteur Romulus Falardeau, assistant à la clinique chirurgicale de cette institution et chirurgien en chef de l'Hôpital Sainte-Justine.Cette mort nous a tous frappés de stupeur tant par sa rapidité foudroyante que par son invraisemblance.À tous, il nous paraissait que Falardeau était bâti pour vivre cent ans.let cependant l\u2019expérience médicale révèle qu\u2019en temps d\u2019épidémie, ce sont les sujets d\u2019apparence les plus robustes qui suceom- bent le plus facilement parce qu\u2019ils sont portés à abuser de leur santé et à faire, sans s\u2019en rendre compte, du surmenage.(était le cas de Falardecau.On peut bien dire de lui qu'il est mort les armes à la main.Et sil nous était permis d'adresser un reproche à ce confrère disparu, qui laisse un si grand vide au sein de la profession médicale, ce serait de s'être exposé avec tant d\u2019imprudence aux coups de la camarde.Mais voyons plutôt dans ce dénouement soudain, le sort réservé au médecin de devoir qui, jusqu\u2019à l\u2019extrême limite de ses forces (il s'est levé de son lit très malade pour opérer) veut être secourable à l'humanité souffrante.Les autorités religieuses, par la voix de notre vénéré Archeré- que, ont tenu à exprimer publiquement en quel estime elles tenaient v¢ médecin catholique.En des termés qui ont touché profondément ceux qui assistaient an Libera chanté en la chap-lle de PITôtel-Dieu pour le repos de son âme, Sa Grandeur Monseigneur Bruchési a fait ressortir le rôle de bienfaisante.charité que feu notre confrère a rempli avec tant de zèle ct d\u2019abnégation sur les deux rincipaux théâtres de son activité chirurgicale, l\u2019Hôtel-Dien et PITOpital Srénte-Justine.De son côté la presse francaise a signalé comme il convenait les détails de cette mort inopinée.EFllèà a loué Pactivité inlassable du jeune chirurgien qui ne comptait plus ses succès et qui à 3+ ans occupait dans le personnel des hôpitaux une p'ace enviable, Tout lui souriait: l\u2019avenir souvrait brillant devant lui.On s\u2019accordait à lui reconnaître l\u2019habileté opératoire, le jugement, le coup d\u2019ocil, le sens y= doe Le L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 531 clinique qui font les grands chirurgiens.En un jour, tout s\u2019est écroulé.En déposant sur la tombe ide cet ami si cher qui n\u2019est plus les hommages qui lui sont dûs, nous voulons, l\u2019ayant plus intimement que d\u2019autres connu, dégager de sv courte mais fructueuse existence, les leçons qu\u2019elle offre à la jeunesse étudiante et aux jeunes praticiens éncore au début de leur carrière.Ce qui caractérise la vie du Docteur Falardeau c'est une ardeur infatigable au travail.Nos relations prirent naissance à l'Université.Il était le modèle des studieux.Avec quelle méthode ne ré- digeait-il pas ses notes; avec quel soin scrupuleux ne revoyait-il pas au jour le jour les lecons tombées des lèvres de ses professeurs.Aussi fit-il de brillantes et solides études.L était ponctuel en tout point: il arrivait aux cours à Pheure marquée: au dispènsaire de chirurgie de Phôpital Notre-Dame, il était toujours le premier arrivé: toujours il était le dernier parti.Déjà sa vocation chirurgicale se dessinait.Plus tard, quand il devint interne à l'Hôtel-Dieu, on ne connut de \"agiaire plus zélé.I s'intéressait à ses cas, en consignait dans ses cahiers l\u2019observation détaillée.En deuxième année d\u2019internat, 11 con-
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