L'union médicale du Canada, 1 septembre 1921, Septembre
[" L'UNION MEDICALE DU CANADA Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, fondée en 1872.\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014itif tte.PUBLIEE PAR MM.R.BOULET, M.A, LeSAGE, MM.L.de L.HARWOOD, J.E.DUBE, A.MARIEN, Tout ce qui concerne la rédaction doit être adressé à\u2019 M.le Dr A, LeSAGE, 46, Square Saint-Louis, Montréal, Rédacteur en chef Tout ce qui concerne l\u2019administration doit être adressé à M.T.VALIQUETTE, 2734 Christophe-Colomb ou Boîte Postale No 3026.Téléphone Calumet 84.Vol.XLNI SEPTEMBRE No.9 ENONCE NOTES CLINIQUES Pleuresie purulente Par J.E.DUBE, Professeur de clinique médicale, Médecin de l'Hôtel-Dieu.La pleurésie purulente est une grosse lésion qui passe pourtant inapercue assez souvent.Un à deux litres de pus logés dans une plèvre causent un obstacle assez considérable au libre jeu de la respiration pour que le médecin traitant soit frappé par tout un ensemble de symptômes cliniques qui ne lui permette pas d\u2019errer dans son diagnostic.Cependant l\u2019épanchement purulent ide la plèvre est parfois méconnu par le médecin du malade qui se cachectise et en meurt.Deux malades que j'ai vus récemment m\u2019ont incité à venir causer du diagnostic de cette lésion.Observation 1ère \u2014 Homme R.L., âgé de 45 ans \u2014 professionel.Vu en consultation avec un confrère.Après une longue promenade en automobile pendant les grandes chaleurs que nous venons de traverser, ce malade s'est senti subitement indisposé : forte fièvre, fatigue irrésistible, etc.qui le forcèrent à prendre le lit.Les deux confrères appelés à son chevet constatèrent une lésion à la base du poumon gauche puis à la base du poumon droit, qui aurait 318 L'UNION MÉDICALE DU CANADA évolué normalement, parait-il.Cependant la fièvre continuait toujours ainsi que l\u2019inappétence et une grande faiblesse durant tout le mois de juillet alors qu\u2019il était encore à la campagne.\u201cVos poumons sont guéris, la fièvre est causée par autre chose\u201d! Voilà ce que ses médecins lui affirmèrent sans cependant renouveler l\u2019examen de cet organe après la durée ordinaire de la pneumonie.En désespoir de cause, le malade fut adressé à un confrère de Montréal qui le tint quinze jours sous observation.I1 avait perdu 30lbs environ.Une ponction exploratrice, faite quelques jours avant mon examen, n\u2019avait donné que du sang.Je constatais une respiration accélérée ; le côté gauche du thorax paraissait plus volumineux que le côté droit et ne semblait nullement influencé par les mouvements respiratoires.Au palper, manque absolu de vibrations et matité complète à la percussion.A Tauscultation, souffle lointain et broncho-phonie autour d\u2019une zône silencieuse située à la base en ligne avec le bord externe de Pomoplate.Rien de notable à la partie antérieure du poumon.Le coeur légèrement refoulé à droite.Pouls 120 ; température variant de 101 à 102 chaque soir ; tension artérielle faible : 105 systolique, 75 diastolique, Une radiographie confirma le diagnostic d\u2019épanchement pleural.Je pratiquais une ponction avec une aiguille & calibre assez gros et mesurant trois pouces de longueur à l\u2019endroit le plus mat et le plus silencieux et je retirai du pus contenant des sptreptocoques et pneumocoques avec prédominance de ces derniers.Opéré le lendemain, le chirurgien débarrassa la plèvre d\u2019un litre et demi de pus et d\u2019une quantité considérable de fausses membranes, Le malade fait actuellement une convalescence normale.Le soir même de l\u2019intervention la fièvre tomba à 99°.Observation ?ième \u2014 Homme âgé de 48 ans, marchand.Malade depuis avril dernier.Surmenage suivi de refroidissement avec violent point de côté à droite et toux.Cet homme a toussé, craché et fait de la fièvre jusqu\u2019à dernièrement.L\u2019expectoration est fétide et abondante.Quelques semaines après le début de sa maladie, le malade a craché environ un demi-litre de pus très infecte.Le pouls est rapide 120, la fièvre à 101° et la tension artérielle faible: 115 systolique et 80 diastolique.Le côté droit du thorax est L'UNION MÉDICALE DU CANADA 319 moins mobilisé que le gauche par la respiration \u2014 matité absolue à la base, région postérieure remontant jusqu\u2019au hile du poumon.La limite supérieure de cette matité est oblique de haut en bas et d\u2019ar- riére en avant en suivant la scissure interlobaire.Aucune vibration, léger souffle lointain à la périphérie, silence absolu au centre.Une ponction exploratrice pratiquée en bas et en arrière de la pointe de l\u2019omoplate retira du pus.Il s'agissait donc d\u2019une pleurésie interlobaire ouverte à l\u2019extérieur par vomique avec infection secondaire probable, de la grande cavité pleurale.Le malade opéré fait une convalescence normale.Chez l\u2019un et l\u2019autre de ces malades, l\u2019épanchement purulent fut reconnu trop tardivement.| Pourquoi ?; Je m\u2019empresse de dire que là science des médecins traitant ne fut pas en défaut, car tous savent, évidemment, ce qu\u2019est une pleurésie purulente et pourraient, au \u2018besoin, la décrire, n\u2019oubliant aucun des signes qui l'a caractérisent.Mais, il y a si loin de la théorie à la pratique.C\u2019est, à mon avis, le défaut de méthode dans l\u2019examen trop rapide du malade qui cause 90% des erreurs de diagnostic.Dans l'exploration des poumons, il ne faut pas recourir à la percussion et à l\u2019auscultation avant d\u2019avoir bien examiné le thorax du malade dans ses parties antérieures et postérieures.iL\u2019attention du médecin sera, alors, attirée par la respiration accélérée, et l\u2019immobilité d\u2019un des côtés de la poitrine lorsqu\u2019il existe un épanchement considérable de la plèvre.Il n\u2019est pas indifférent non plus, de rechercher, par la palpation, la présence ou non des vibrations sur la hauteur des deux poumons.L'absence des vibrations thoraciques est très importante à constater \u2018puisqu\u2019elle indique presque toujours la présence d'un épanchement lorsqu\u2019en même temps le malade présente de la fièvre, de la toux et une augmentation plus ou moins marquée du même côté de la poitrine.Après l\u2019inspection attent*ve et la palpation soignée de tout le thorax, le médecin peut alors, et alors seulement, pratiquer la percussion et l\u2019auscultation sur toutes les parties de la poitrine.Il ne faut pas craindre d\u2019assoir le patient pour l\u2019examen de la région dor- 320 L'UNION MEDICALE DU CANADA sale si étendue et toujours si révélatrice.Le malade très affaibli peut être tourné lentement sur un côté puis eur.l\u2019autre afin de faire, sans le fatiguer, l'expioration complète.Si tant de fois la pleurésie purulente enkystie qui occupe toujours la partie postérieure de la plèvre à cause de la position couchée du malade n'est pas diagnostiquée, il faut s'en prendre à un examen rapide et fait seulement à la région antérieure de la poitrine.La matité existe dans la pneumonie comme dans l\u2019épanchement pleural, mais le souffle tubaire et les râles crépitants qui caractérisent l\u2019hépatisation nulmonaire font place au silence complet du poumon refoulé par l\u2019_épanchement.Les vibrations thoraciques exagérées «ans la pneumonie sont abolies dans la pleurés'e.Le thorax est mobilisé par la respiration chez les pneumoniques, alors que chez le pleurétique le côté malade est immobilisé.Que dirais-je de la ponction emploratrice?Que trop de médecins en ont peur! Qu\u2019elle est souvent faite avec une aiguille trop courte pour passer au-delà des fausses membranes et avec calibre trop petit pour permettre d\u2019aspirer un pus épais; qu\u2019elle est souvent faite au mauvais endroit.J\u2019ajonte enfin qu'il faut bien surveiller la convalescence du malade qui a fait une congestion pulmonaire ou ure pneumonie Que \u2018a term(ratvre soit prise chaque fois pendant 10 al5 jours après la d'ifervescence.Que le médecin examire son patient tous les 2 à 3 jours afin de surprendre dès le début l\u2019épanchement purulent =\"il doit comnliquer Ja mpeumonie guérie.La radiographie peut être d'une très grande utilité.Je me résume en quelques conseils que je formulerai ainsi :\u2014 1° Ta pneumonie et la congestion pulmonaire se complquent parfois de pleurésie purulente survenant insidieusement au cours de la convalescence.La fièvre, qui était disparue, réapparait dès le début de la complication pleurale.Il faut donc revoir le pneumonique pendant les dix jours qui suivent la défervescence et obtenir la tomnérature matin et soir.2° Toujours commencer l\u2019examen des moumons par Pinsre-tion qui permettra de déceler la respiration accélérée, la déformation et l\u2019immobilité d\u2019un côté de la poitrine.3° La recherche des vibrations thoraciques est de la plus haute importance.L\u2019épanchement pleural est un obstacle aux v'hrations L'UNION MÉDICALE DU CANADA 321 transmises normalement à la main lorsque le malade compte à haute voix.L'absence de ce phénomène devra suggérer la possibilité d\u2019un épanchement.1° La percussion est si révélatrice comme d\u2019ailleurs l\u2019auscultation, que le médeun ne l\u2019oublie pas.Mais on négiige souvent malheureusement de l\u2019utiliser ailleurs qu\u2019aux sommets, alors que l\u2019exploration de la partie postérieure du thorax et plus particulièrement des bases, lui permettrait de faire le diagnostic véritable.5° La radiographie du thorax peut servir à localiser l\u2019épanchement.6° La ponction exploratrice est indispensable.Encore faut-il qu\u2019elle soit faite avec une aiguille assez grosse et assez longue dans la zône qui donne le plus de matité avec le minimum de bruit respiratoire.7° Le traitement de la pleurésie purulente est chirurgicale.NOUVELLE L'ouverture afficielle des cours a la Faculté de Médecine de I'Université de Montréal aura lieu le jeudi, 15 septembre.Les nouveaux applicants devront débuter par une année de sciemces pures (pré-médicale), équivalente au P.C.M, à Paris.L'annuaire spécial de la Faculté de Médecine doit paraître incessamment, car le chapitre qui concerne la Faculté de Médecine dans l\u2019Annuaire général de Univers td est ineract et très incomplet.Nous inargurons un nouveau régime dont nous augurons beaucoup de bien cour les nouveaux élèves, Nous traversons une période de réajustement lente et compliquée. Anémie pernicieuse aplastique (1) par M.Em.-P.BENOIT, Professeur de clinique médicale à l\u2019Université de Montréal, Médecin de l'hôpital Notre-Dame.On peut, avec Dominici, définir l'anémie un \u201cétat caractérisé par la diminution de la teneur du sang en globules rouges et en hémoglobine\u201d.Et cette définition nous explique la division française des anémies : anémies globulaires ou hypoglobulies (anémies simples) et anémies hémoglobiniques (chloro-anémies ou chloroses ).Cette classification n\u2019en demeure pas moins artificielle, comme toutes celles que l\u2019on a proposées d\u2019ailleurs, car l\u2019anémie simple peut être pernicieuse, c\u2019est-à-dire s\u2019accompagner d\u2019une insuffisance profonde du sang, et la chlorose nous montre presque toujours un degré plus ou moins prononcé d\u2019hémoglobulie.On a aussi divisé les anémies en primitives ou essentielles et en secondaires ou symptomatiques.L\u2019anémie secondaire relève d\u2019une «cause déterminée : altération chronique du tube digestif, infection chronique (tuberculose, syphilis), infection aiguë (fièvre typhoïde, septicémie puerpérale), intoxication (plomb, oxyde de carbone), helminthiase (bothriocéphale, ankylostome), cancers (surtout le cancer gastrique), hémorragies répétées (ulcères, hémorroïdes, métrorragies), néphrite chronique albumineuse, ictère hémolytique.L\u2019anémie primitive ou essentielle est qualifiée de cryptogénétrique, parce que la cause nous échappe.Mais si la cause nous échappe elle n\u2019en existe pas moins, En médecine, il n\u2019y a pas d\u2019effet sans cause.Et l\u2019action de cette cause Inconnue est ides plus évidentes sur les organes hématopoïétiques, C\u2019est-à-dire la moelle des os, les ganglions lymphatiques et la rate, du moins dans les formes plastiques.La classification de Barker (Médecine monographique, vol.III) est donc des plus rationnelles.Cet auteur divise les anémies en deux groupes: les anémies par spoliation du sang ou par destruction globulaire et les anémies par trouble de formation du sang ou altération de l\u2019hématopoïèse.Le premier groupe comprend les anémies post-hé- morragiques, les anémies secondaires, l\u2019anémie pernicieuse plastique.(1) Extrait des bulletins de la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, mai 1921.- L'UNION MÉDICALE DU CANADA 323 Dans le second groupe, on trouve la chlorose et les anémies par insuffisance de la moelle osseuse (y compris l\u2019anémie pernicieuse aplas- tique).Le mot primitif, essentiel ou protopathique disparait, et l\u2019anémie sous toutes ses formes devient un syndrome déterminé par une cause connue ou inconnue.On sera peut-être surpris de trouver l\u2019anémie pernicieuse éparpillée dans ces deux groupes.Voici, au sujet de cette maladie, l\u2019opinion \u2018de Barker appuyée d\u2019ailleurs, il le dit lui-même, sur Moravitz: l\u2019anémie pernicieuse plastique (type Addison-Biermer) est due à une destruction globulaire persistant malgré une réaction active exceptionnelle de la moelle osseuse, tandis que la forme aplastique est causée par l\u2019incapacité, pour la moele osseuse, de fabriquer des globules rouges.Cette vue est conforme à lPopinion française.A.Clerc, dans son article de la Pratique médico-chirurgicale (1911), affirme nettement que l\u2019isolement de l\u2019anémie pernicieuse progressive (maladie de Biermer) ne semble plus justifiée à l\u2019heure actuelle en clinique.Et Paul Ribierre (Précis de Pathologie interne, 1912) nous en donne la raison : les modifications sanguines de ces anémies essentielles ne\u2019 leur appartiennent pas en propre.Les caractères cytologiques du sang ne peuvent donner de rense\u2018gnements sur la nature de l\u2019anémie, mais mesurent simplement l\u2019intensité et le mode de réaction de l\u2019appareil hématopoïétique.De valeur nulle au point de vue diagnostic.ces réactions hématopoïétiques ont une importance primordiale au point de vue de la physiologie pathologique et du pronostic.Il apparaît donc aujourd\u2019hui que les caractères spéciaux du sang dans l\u2019anémie pernicieuse, du moins dans sw forme habituelle, ne font que traduire l\u2019effort de la moelle osseuse pour rétablir l\u2019équilibre globulaire menacé par la maladie.La présence dans le sang des globules rouges \u2018déformés, nucléés, augmentés de volume, teintés anormalement, etc, vient ide ce que la moelle des os fabrique hâtivement des formes jeunes ou embryonnaires d\u2019hématies pour parer au plus vite a la déglobulisation, si dangereuse pour la nutrition générale.La réaction hématopoïétique est intense, et se voit jusque dans la moelle diaphysaire des os longs.Elle siège surtout dans la moelle osseuse.berceau des érythroblastes, parce que d\u2019eux seuls peuvent dériver les érythrocytes sauveurs.Si la réaction intense n\u2019aboutit qu\u2019à des rémissions, c\u2019est que la cause hémolysante du sang, quelle qu\u2019elle soit, persiste et maintient son.action nocive sur les hématies, c\u2019est que la maladie est plus forte que la défense organique.Telle est, brièvement 324 L'UNION MÉDICALE DU CANADA résumée, la physiologie pathologique de l\u2019anémie pernicieuse dans sa forme habituelle ou plastique.Dans quelques cas très rares, la défense organique n\u2019apparaît pas, le sang est détruit rapidement sans réaction médullaire, l\u2019évolution est rapide sans rémission, sans érythro- poïèse, et c\u2019est la forme aplastique de l\u2019anémie pernicieuse.L\u2019on a ici une action pathogène double, portant à la fois sur le sang et sur la moelle osseuse, sans qu'il soit possible de préciser le point de départ de cette action pathologique.Ces notions sont importantes pour le diagnostic et le pronostic.Il est évident que l'examen du sang ne suffit pas pour établir le diagnostic d\u2019anémie \u2018 pernicieuse.(Certes, la présence des éléments jeunes: hématies de fort volume (8 à 10 u), hématies nucléées, hématies polychromatophiles, hématies déformées, indique une vive réaction de la moelle osseuse, une irritation profonde de l\u2019hématopoïèse, mais il faut savoir que cette réaction peut faire défaut, que le sang peut même perdre sa haute valeur globulaire, ne donner comme signe cytologique qu\u2019une hypoglobutie intense, et que l\u2019anémie dans ces formes n\u2019en est que plus pernicieuse.On a dit que l\u2019anémie pernicieuse est progressive et constamment mortelle et c\u2019est vrai; mais l\u2019anémie grave peut aussi conduire progressivement à la mort.La seule différence, c'est que l\u2019anémie grave peut guérir lorsqu\u2019on en connaît la cause, et que l\u2019on combat cette cause vivement, tandis que la cause de l\u2019anémie pernicieuse nous étant inconnue, sa thérapeutique nous échappe.Là est le point essentiel, fondamental: Une observation que nous venons de faire dans motre service à l\u2019hôpital Notre-Dame nous paraît à cet égard des plus démonstratives.Observation.\u2014 Ph.(Er.), quarante-quatre ans, journalier, entre à l\u2019hôpital Notre-Dame (service de chirurgie), le 22 novembre 1920, pour douleur lombaire et hématurie.Histoire de famille.\u2014 Le malade appartient à une famille de tuberculeux.La mère est morte jeune, à la suite d\u2019un accouchement ; un frère, à trente-huit ans, de tuberculose laryngée; des oncles et des tantes ont succombé à la tuberculose.Le malade lui-même a présenté, il y à trois ou quatre ans, une affection pulmonaire que son médecin a prise pour une tuberculose ; il y avait, dit-il, des râles et des craquements qui n\u2019ont pas duré longtemps, \u201cla maladie ayant passé à l\u2019état chronique\u201d.Pas d\u2019autre maladie antérieure à noter.Histoire antérieure.\u2014 La maladie remonte à un an.À ce moment, automne ide 1919, le malade a ressenti une douleur soudaine an L'UNION MÉDICALE DU CANADA 325 côté gauche, à la façon d\u2019un lumbago ; cette douleur a duré trois semaines et s\u2019est terminée par une hématurie.Puis elle est revenue de temps à autre, assez fréquemment.Enfin, l\u2019hématurie a repris il y a trois semaines et n\u2019a pas cessé depuis.Le malade a perdu des forces et s\u2019est anémié.Le teint est devenu jaune et cireux.Examen actuel.\u2014 L\u2019urine du malade, recueillie dans un bocal, est uniformément rouge ; elle dépose, mais sans perdre sa coloration.L\u2019examen révèle la présence de nombreux globules rouges et d\u2019un peu d'albumine.La densité est de 1028.Il y a 13 gr.50 d\u2019urée au litre.L\u2019urée au litre de sang est de 0.41.La constance uréique est de 0.12.L\u2019urine ne contient pas d\u2019urobiline.Les chirurg:ens endorment le malade, le 27 novembre et prat1- quent une cystoscopie, dont le résultat est négatif.Le malade, ramené à son lit, a un gros frisson.Le lendemain une épistaxis abondante exige le tamponnement des fosses nasales.(Cette épistaxis se renouvelle le 2 et le 3 décembre.L'hématurie est toujours aussi abondante.Le malade s\u2019affaiblit visiblement.Aucune tumeur n\u2019est palpable dans l\u2019abdomen.Le ler décembre, la température s'élève à 102°,2 F.La pression artérielle est de maxima 110, minima 55 (Tycos).Nous sommes appelés en consultation le ler décembre.Nous trouvons un homme excessivement pâle, amaigri, cachectisé.Les muqueuses sont exsangues, le teint est jaune cire.Le pouls bat à 100: il est très petit et excessivement déprimé.Le malade est très faible, très affaissé.L'examen des organes demeure à peu près négatif : bruits du coeur affaiblis, souffle anémique, aire de sous-matité au sommet du poumon gauche, sans signes positifs de T.B., douleur dans la région splénique sans hypertrophie de la rate ou des ganglions, matité hépatique légèrement diminuée (8 centimètres), fièvre sans symptômes abdominaux.L'examen du sang donne : hémoglobine 30 p.100 ; globules rouges 1.323.000; valeur globulaire 0,90; globules blancs, 4.700.La formule leucocytaire est la suivante: mononuiléaires 39 mp.100, poly- nuch'aires 60 p.100, éosinophiles 1 p.100.Pas de globules rouges déformés.Te cas était un peu déconcertant ; l\u2019hématurie faisait penser à la tuberculose ou au cancer du rein avec anémie consécutive.L'adjonction de l\u2019épistaxis signalait une action hémolytique générale sur le sang.L\u2019examen du sang donnait les signes d\u2019une hypoglobulie simple, mais accompagnée de leucopénie et avec une valeur globulaire delative- ment élevée.Ces derniers caractères, joints à lexistence de la fièvre et à l\u2019absence de lésions organiques appréciables, nous firent porter le 2326 | L'UNION MÉDICALE DU CANADA «diagnostic d\u2019anémie pernicieuse.Le malade est alors transporté dans notre service de médecine.Nous assistâmes pendant quinze jours à une déchéance en quelque -sorte foudroyante de l\u2019organisme, bien que l\u2019hématurie eût cessé.Les muscles fondent à vue d\u2019oeil; le pouls est misérable, le malade s\u2019affaisse de plus en plus, devient somnolent, délire ; il présente à la fin du tremblement musculaire; la fièvre se change en hypothermie.On «a toutes les peines à alimenter le malade.La liqueur de Fowler à hautes doses, le citrate de fer, quinine et strychnine, le vin de quinquina, rien n\u2019arrête l\u2019évolution rapide de l\u2019anémie (commencée d\u2019ailleurs de longue date).Le malade succombe le 18 décembre.Autopsie.\u2014- Cadavre très émacié, de couleur jaune cire et absolument exsangue.Les incisions ne donnent presque pas de sang; les -cavités du coeur ne contiennent pas de caillots ni de fibrine; on ne \u2018trouve du sang clair que dans les gros vaisseaux profonds.Le coeur \"et les poumons sont sains, sauf une adhérence pleurale du côté gauche \"au sommet.Rien au tube digestif ni au foie.Pancréas petit, mais normal.Rate petite, renfermant à la partie médiane un gros infarctus.Reins normaux ; le droit renferme un caillot dans son bassinet.Vessie \u2018et prostate normales.Faute d\u2019autorisation, l'examen du système ner- \u2018veux et de la moelle des os n\u2019a pas été fait.L'on a pas non plus pratiqué la recherche des pigments ferriques.Nous idevons regretter que l\u2019autopsie n\u2019ait pas été plus complète.\u2018Telle quelle est, cependant, elle prouve surabondamment que le malade a succombé aux progrès rapides d\u2019une anémie pernicieuse et que la douleur lombaire était due vraisemblablement à l\u2019infarctus de la \u2018rate.Aucune lésion organique, sauf la dénutrition générale, ne peut ici expliquer la mort.L'examen du sang a démontré que la moeile \"osseuse n'avait pas réagi.Il s\u2019agit d\u2019une anémie pernicieuse évidente, à forme aplastique.Tous les auteurs sont d\u2019accord pour affirmer que la forme aplas- tique de l\u2019anémie pernicieuse est rare, et qu\u2019elle donne lieu-à des hémorragies plus abondantes et plus graves que la forme plastique.\u2018R.C.Cabot (Osler's Modern Medecine, 1908), dans le tableau (p.\u201c638)' de 24 cas connus d\u2019anémie pernicieuse aplastique, n\u2019en cite qu\u2019un ayant déterminé de l\u2019hématurie.Il mentionne ailleurs 182 cas d\u2019anémie pernicieuse plastique dont deux seulement s\u2019accompagnaient d\u2019hémorragies des voies urinaires, tandis que l\u2019épistaxis existait 53 fois.\u2018Le cas que nous rapportons n\u2019en est donc que plus intéressant, L'UNION MÉDICALE DU CANADA 327 Nous pouvons conclure de la facon suivante: 1° L'autopsie n\u2019a révélé qu\u2019une anémie excessive sans lésion déterminante évidente ; 2° L'examen du sang a montré l\u2019intensité de l\u2019anémie et l\u2019absence complète ide réaction défensive ; 3° Il s\u2019agit donc bien d\u2019une anémie pernicieuse à forme aplasti- que.4° Peut-être cette forme rare a-t-elle été favorisée chez notre malade par une prédisposition constitutionnelle (tuberculose familiale), une faiblesse hématopoïétique (méiopragie).5° L?intensité de l\u2019hématurie, sans lésion rénale, est remarquable et doit être qualifiée de cryptogénétique.La cause est évidemment l\u2019extrême altération du sang.6° Nous sommes absolument désarmés en face d\u2019une manifestation aussi intense et de nature inconnue.NOUVELLE.Le professeur Benoit a été nommé \u201c\u2018Correspondant de la Société Médicale des Hôpitaux\u201d le 12 juin 1921.Nous empruntons au bulletin du 20 \u2018'mni les conclusions dw rapporteur sur sa candidature: RAPPORT SUR LA CANDIDATURE DE M.BENOIT.PROFESSEUR A L'UNIVERSITE DE MONTREAL (CANADA), AU NOM-D'UNE COMMISSION COMPOSEE DE MM.ROGER, GUINON ET GARNIER (1), par M.GARNIER, rapporteur.M.le Dr Em.-P.Bemoit, professeur de clinique médicale à la Faculté de médecine de l\u2019Université de Montréal (Canada), médecin de lhôpital Notre-Dame, demande à être nommé membre correspohdamt de la Société.A l\u2019appui de sa candidature, M.Benoit nous envoie deux notes: l\u2019une concerne un cas de syphilis pulmonaire associée à la tuberculose ; l\u2019autre une observation d\u2019anémMmie pernicieuse aplastique.Dans ces notes, M.Benoit fait preuve d\u2019un sens clinique avisé ; il montre qu\u2019il est au courant aussi bien de la littérature médicale framçaise que des \u2018 publications de langue anglaise.J\u2019ajouterai que M.Benoit n\u2019a pas ou- iblié les origines de sa famille et qu\u2019il est un fervent ami de la France.C\u2019est une nouvelle raison ajoutée à celles provenant de ses titres universitaires et hospitaliers.pour nous engager à le présenter à l\u2019agrément de vos suffrages.L'Union Médicale adresse au professeur Benoit ses félicitations pour l\u2019honneur qu\u2019on lui décerne.La voie est désormais ouverte, et il convient que nos travaux soient mieux connus en France, où on nous accueille avec empressement si on veut bien se donner la peine de faire le geste qui convient.(1) Communication faite dans la séance du 13 mai. Des affections oculaires dans la syphilis et la trypanosomiase humaine chez les indigènes de l'Afrique par le Dr J.-N.ROY, Professeur agrégé à l\u2019Université de Montréal, \u2019 Médecin de l\u2019Hôtel-Dreu, Ex-chargé de mission par le Gouvernement Canadien, Lauréat, de l'Académie de Médecine de France.Parmi les nombreux sujets d\u2019études qui nous ont le plus intéressé, lors de notre dernier voyage en Afrique, dont nous avons fait le tour et visité vingt-deux différentes colonies, se trouvent la syphilis \u2018et la trypanosomiase humaine.Si la répartition géographique de la maladie du sommeil est re- sativement facile à faire, puisque cette affection a pris naissance dans ce continent, il n\u2019en est pas de même de la syphilis qui a été importée à des époques variées et s\u2019est introduite par des voies mul- *tiples.Bien des travaux ont été écrits sur l\u2019origine de la vérole.Toutefois, ce n\u2019est pas notre but de les résumer ici ; nous nous contenterons seulement d\u2019exposer les principales théories se rapportant au sujet que nous traitons.| D\u2019après l\u2019opinion émise par Sydenham, Haller et plus tard Sprengel (1796), l\u2019Afrique aurait été le foyer primitif de la syphilis venue ensuite à l\u2019Europe.Suivant nous, cette hypothèse est incomplète, car si nous sommes prêts à l\u2019accepter en partie, nous devons la rejeter comme idée fondamentale.En effet, il est généralement admis que l\u2019Asie a été le berceau de cette affection et qu\u2019elle existait dès la plus haute antiquité dans les Indes Orientales.Les Ethiopiens, et surtout les Egyptiens, en rapports journaliers avec les peuples habitant le littoral de la Mer Rouge et du Levant, étaient tout naturellement exposés à la contagion.De plus, les premiers wonquérants arabes, syphilisés depuis très longtemps, vinrent s\u2019établir définitivement en Afrique septentrionale au VIIe siècle, en repoussant les Berbères ou en se mélangeant avec eux.En 711, les Maures envahirent le sud de l\u2019Espagne, qu\u2019ils occupèrent pendant L'UNION MÉDICALE DU CANADA 329- plus de 700 ans, et durant cette période, des troupes indigènes traversaient constamment le détroit de Gibraltar.En Europe, nous pouvons dire que l\u2019histoire de la vérole date surtout de 1493, époque à laquelle Christophe Colomb revenait de son premier voyage en Amérique.Nous ne discuterons pas les opinions émises sur les probabilités de l\u2019importation ou de l\u2019exportation de cette maladie par les marins de l\u2019intrépide navigateur génois.Nous nous contenterons seulement de rappeler qu\u2019en Amérique du Sud des lésions spécifiques ont été constatées sur des squelettes d\u2019in- aiens qui habitaient ce pays avant la conquête espagnole.D\u2019ailleurs, comme nous l\u2019avons déjà exprimé dans une autre communication, pour nous les Peaux-Rouges sont des Mongols qui ont traversé le détroit de Bering et qui ont peuplé ce vaste continent.Et il est admis de plus que les Chinois sont syphilisés depuis un temps indéfini.Comme on a pu le remarquer, les nègres n\u2019ont pas encore été rnis en cause, et il faut consulter les travaux plus récents pour trouver une hypothèse plus précise.Miihry (1856) pense que la syphilis a été importée au XIVe siècle de l\u2019Afrique tropicale au Portugal pendant le règne du roi Henri le Navigateur.Nous ne saurions partager cette opinion, car de tout le Continent Noir, c\u2019est justement dans la région péri-équatoriale que la syphilils est la moins com- inune et ses mianifestations héréditaires sont excessivement rares.De plus, dans la grande forêt, cette affection était inconnue avant l\u2019ar- vivée des Européens.Sans entrer dans plus de détails, nous pensons que le long séjour des Maures en Espagne, chassés de l\u2019Andalousie en 1492 par Ferdinand et Isabelle, a contribué pour une large: part à syphiliser cette partie de l\u2019Europe, même avant le retour de Colomb.\u2018 Nous croyons donc que la syphilis a été importée de l\u2019Asie en Afrique Septentrionale et que les Arabes et les Berbères ont infecté les Maures de la Mauritanie qui, à leur tour, ont transmis leur vérole aux nègres avec lesquels ils sont venus en contact.Les Ethiopiens ont été contaminés par deux voies différentes: d\u2019abord par les Egyptiens, toujours en guerre avec eux, et ensuite par les Arabes qui, venus de l\u2019Yémen, ont traversé l\u2019Erythrée et la Côte des Somalis et se sont emparés de Harar, la capitale du pays des Gallas.Leur très long séjour à cet endroit a laissé certaines coutumes propres à leur civilisation, notamment chez la femme, et que l\u2019on retrouve encore aujourd\u2019hui.H.Blanc est d\u2019opinion que les: 330 L UNION MEDICALE DU CANADA Abyssins ont été infectés par les Portugais au XVe siècle.A cette époque la syphilis existait sûrement déjà au Portugal, mais elle se rencontrait aussi et depuis longtemps en Abyssinie.Du mélange des Fellahs d\u2019Egypte avec les noirs naquirent les Peuhls qui habitent la région du haut Sénégal-Niger, et les Foulahs que l\u2019on rencontre surtout au Fouta-Djalon, en Guinée Française.Ces Foulahs, appelés Fellanies dans les colonies anglaises, ont vaincu et contaminé la puissante tribu des Haoussas, localisée dans les environs de Sokoto et de Kano en Nigérie.Il est intéressant de noter que ces derniers noirs connaisser: et pratiquent actuellement l\u2019abaissement de la cataracte.Cette hab\u2019- tude leur vient de Fellanies qui, eux, l\u2019avaient prise de leurs ancêtres les Fellahs d\u2019Egypte où cette opération a toujours été très en honneur.Ces Peuhls, ces Foulahs-Fellanies et ces -Haoussas, races très nomades et fortement infectées par la syphilis, ont été un agent de propagation des plus importants dans tous \u2018les endroits qu\u2019ils ont parcourus.| Pendant nos voyages dans cette partie de I\u2019Afrique, nous avons constaté que les noirs en relation avec les Arabes, les Maures, les Lgyptiens et leur mélange, ont hérité non seulement de la vérole, mais aussi du trachome.Cette conjonctivite est excessivement commune chez les indigènes qui habitent le nord de ce continent, contrairement à l\u2019opinion de Swan Burnett et de certains autres auteurs qui croient que le nègre y est réfractaire.Les complications oculaires et palpébrales sont aussi fréquentes et multiples chez eux que chez les autres races qui en sont atteintes, et dans les endroits désertiques, cette affection, à tous les points de vue, est des plus graves.Toutefois nous devons ajouter que, dans toute la partie africaine située au sud du cinquième degré parallèle nord, le trachome est très rare, et que dans la grande forêt, il est tout à fait inconnu.L\u2019Angola a été infectée par les Portugais -qui possèdent cette colonie depuis plus de quatre cents ans, et l\u2019Afrique orientale portugaise a subi le même sort.L\u2019Afrique du sud, théâtre de nombreuses guerres entre les indigènes, les Hollandais, les Boers et les Anglais, a vu ses superbes noirs rapidement et de plus en plus contaminés, surtout par les soldats.Cependant, nous\u2019 deyons dire que la dernière campagne anglo-boere a été la plus funeste., Ceci d\u2019ailleurs s\u2019explique facilement puisqu\u2019il est reconnu qu\u2019en Europe il se trouve trois fois plus L'UNION MÉDICALE DU CANADA 831 de maladies vénériennes dans l\u2019armée britannique que dans les autres, et notamment de syphilis.De plus, il a été constaté qu\u2019après chaque guerre, ce genre d\u2019affection se manifeste toujours avec une grande recrudescence.Les Zoulous, qui représentent une des races ies plus belles et les plus saines de l\u2019Afrique.entière, ne corinaissant pas la syphilis avant l\u2019arrivée des Européens, l\u2019ont appelée \u201cla maladie de \u2019homme blanc\u201d (the white man\u2019s disease).La civilisation n\u2019a pas apporté aux Cafres seulement ce cadeau, elle leur a légué en plus la tuberculose, et de nos jours ils sont souvent atteints de_phtisie a'gué contractée dans les mines de Johannesburg ou autres.Comme il est admis que la race jaune souffre beaucoup de la verole, il aurait été intéressant de rechercher la syphilis chez les Hottentots et les *Busghimans qui ont dans leurs veines du sang mongol, comme nous avans eu l\u2019occasion de le dire dans un travail - Antérieur.Malheureusement, il est presque impossible de pouvoir rejoindre et étudier sur plage un nombre suffisant d\u2019indigènes de ces deux tribus, maintenant presque: éteintes, pour arriver a des conclusions.En outre, les moyens de communiquer avec eux sont des plus difficiles, puisqu\u2019ils habitent les frontières de l\u2019Angola Portugaise, du sud-oue:t africain allemand et des possessions anglaises avoisinantes., » L\u2019Afrique orientale anglaise g été infectée surtout par les Hindous importés de l\u2019Asie et que !*qn rencontre également à Zanzibar et au Natal.| Depuis que l\u2019Afrique a été presque entièrement partagée entre certains pays de l\u2019Europe, ceux-ci se sont efforcés d\u2019en retirer le plus «de bénéfices possible, et pour pénétrer à l\u2019intérieur, ils ont construit des chemins de fer et des bateaux sur les voies fluviales.De cette manière, les communications étant rendues faciles, les nègres contaminés n\u2019ont pas tardé, dans leurs voygges, à transmettre leurs maladies.| Un autre moyen de contagion a été le transport de soldats syphilitiques d\u2019une colonie à l\u2019autre du même pays.Et si, à tout ce que nous venons de dire, nous ajoutong les cas épars de vérole importée par les Européens, non encore nammés, nous voyons que cette affection a pénétré en Afrique par des endroits bien différents.* * À La maladie du sommeil, à la côte oceidentale du Continent Noir, peut être répartie sur une trentaine de degrés.\u2018En effet, nous com- 332 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 7mençons à la rencontrer dans la région de St-Louis, et elle se propage au haut Sénégal, jusqu\u2019à Tombouctou sur le Niger.De St- Louis, nous la retrouvons plus ou moins fréquemment sur tout le littoral sud jusqu'à Mossamédès, en Angola portugaise.Le Gongo fran- gais et le Congo belge, avec leurs immenses fleuves, sont particuliè- 1Fment contaminés.De la région Oubangui-Chari-Tchad, la trypanosomiase s\u2019est répandue au Bahr-el-Ghazal, et les environs du Lac Victoria-Nyanza ont été infectés par le Congo belge.Depuis quelques années, elle a fait aussi son apparition dans le nord-est de la Rhodésie septentrionale, ainsi qu\u2019aux alentours des lacs Nyassa et Tanganyka.L\u2019Ouganda est la partie de l\u2019Afrique où la\u2018 maladie du sommeil à causé le plus de ravages.x > 32 Nous avons eu l\u2019occasion d\u2019examiner et d\u2019étudier d\u2019une manière spéciale cent trente-cinq nègres dont le diagnostic de syphilis a été fait sans qu\u2019il y ait de doute, et c\u2019est le résultat de nos observations sur les altérations oculaires de cette maladie que nous désirons rapporter aujourd\u2019hui.La plupart de ces noirs, vus un peu partout, nous étaient conduits dans les hôpitaux et parcouraient quelquefois une grande distance pour nous rencontrer.Trente-huit d\u2019entre eux avaient une perforation de la cloison nasale, de la voûte palatine, ou les deux à la fois, et vingt autres pré- centaient d\u2019autres lésions d\u2019ostéite.Ces syphilitiques avaient donc été très fortement infectés.Quant aux autres, rien de particulièrement intéressants, si ce n\u2019est que nous avons observé chez certains sujets une altération de la muqueuse buccale assez fortement prononcée.Comme les nègres en général se traitent assez négligemment de leur syphilis, ou retardent très longtemps avant de se faire soigner, nous avons été frappé de la résistance que leurs yeux, et surtout les riembranes profondes, présentent aux spirochètes de Schaudinn.Nous pourrons dire la même chose pour le spirochète de Cas- tellani, car dans le pian des pustules peuvent se rencontrer sur les paupières, mais aucune maladie de l\u2019oeil n\u2019a encore été constatée.Sur les cent trente-cinq cas de syphilis examinés, nous n\u2019avons trouvé que seize fois des altérations oculaires, et à l\u2019exception d\u2019une seule toutes les lésions siégeaient dans le segment antérieur.Voici d\u2019ailleurs un très court exposé de nos observations. \"L'UNION MÉDICALE DU CANADA * 333 Observation 1\u2014Amadou Diop, tribu Quolofs, homme de 22 ans, syphilitique depuis 10 mois.Iritis ceil droit.V = 1/10.(Eil gau- ¢he normal.EM.V = 9/5.Observation 11 \u2014Sidiki Sidibe, tribu Bambara, homme de \u201828 ans, syphilitique depuis un an.Iritis œil droit.V \u2014 1/8.Œil gauche normal.EM.V = 10/5.Observation III.\u2014 Amala Niamia, tribu Galla, femme de 20 ans, syphilitique depuis 11 mois.Iritis œil gauche.V \u2014 1/10.(Ei droit normal.EM.V = 9/5.Observation IV.\u2014 Makila, tribu Haoussa, homme de 25 ans, syphilitique depuis ?ans.Irido-choroïdite œil droit.\u2014 Doigts à 3 mètres, œil gauche normal.EM.V \u2014 8/5.Observation V \u2014Lufungula, tribu Batanga, homme de 31 ans, syphilitique depuis 5 ans.Ancienne irido-choroïdite double, cataracte double consécutive, perception lumineuse.Observation VI.\u2014Fondia Kamara, tribu Soussous, femme de 29 ans, syphilitique depuis 2 ans.Irido-choroidite a gauche, cataracte consécutive, séclusion pupillaire, glaucome subaigu, pas de perception lumineuse.Œil droit normal.EM.V \u2014 9/3.Observation VII.\u2014Fatimata Ba, tribu Peuhl, femme de 45 ans, syphilitique depuis 14 ans.Ancienne irido-choroïdite double, cataracte double consécutive, perception lumineuse.Observation VIII \u2014Boumba, tribu Fantis, femme de 40 ans, syphilitique depuis 11 ans.Ancienne irido-choroïdite double, OD.doigts à 2 metres; OG.doigts à 1 mètre 50.: Observation IX.\u2014Yaw Mensa, tribu Achanti, homme de 50 ans, syphilitique depuis 30 ans.Ancienne irido-choroïdite double, cataracte double consécutive, pas de perception lumineuse, perforation de la voûte palatine et de la cloison nasale.Observation X.\u2014Akula, tribu Haoussa, homme de 25 ans, syphilitique depuis un an.Trido-choroïdite double.OD.doigts à 3 mètres; OG.doigts à 2?mètres.Observation XI \u2014Agou Mabio, tribu Bassa, homme de 38 ans, syphilitique depuis 10 ans.Ancienne irido-choroïdite à droite, cataracte consécutive, perception lumineuse, œil gauche normal.EM.V == 12/5.Perforation de la cloison nasale.Observation XII.\u2014 Bakary Koulibaly, tribu Bambara, homme de 22 ans, syphilitique depuis 2 ans.Choroidite disséminée double.OD.BM.V \u2014= 1/8; 0G.EM.V = 1/10.: Observation XIIT.\u2014Simano, tribu Crooman, garcon de 17 ans, 334 L'UNION MÉDICALE DU CANADA syphilis héréditaire.Ancienne kératite parenchymateuse œil droit.Œil gauche normal.OD.EM.V \u2014 1/6; OG.EM.V = 13/5.Observation XIV.\u2014Kum Nibape Kum, tribu Duala, homme de 28 ans, \u2018syphilitique depuis 11 mois.Kératite parenchymateuse œil gauche.(Fil droit normal.OD.EM.V = 10/5; OG.doigts à 2?mètres.Observation XV.\u2014Isubi, tribu Kumba, homme de 22 ans, syphilis héréditaire, kératite parenchymateuse ceil gauche.(Eil droit normal.OD.EM.V = 9/5; 0G.doigts à 3 mètres.Observation XVI.\u2014 Koko Ayaba, tribu Macua, femme de 19 ans, syphilis héréditaire, ancienne kératite parenchymateuse double.OD.EM.V = 1/6; OG.EM.V = 1/10.Pour expliquer la très bonne vision de l\u2019œil sain, rencontrée dans quelques cas des précédentes observations, nous répéterons ce que nous avons déjà longuement exposé dans une communication, à savoir que l\u2019acuité visuelle est bien meilleure chez les nègres que chez les individus de toutes les autres races.En résumé, sur cent trente-cinq syphilitiques, nous avons eu trois cas d\u2019iritis à l\u2019état aigu, huit cas d\u2019irido-choroïdite ancienne ou aiguë, quatre cas de kératite parenchymateuse et un seul cas de maladie du fond de l\u2019oeil où la choroïde était prise.Nous n\u2019avons jamais observé de condylomes ou gommes des paupières\u2019 ou de l\u2019iris, bien que la chose doive tout de même de temps à autre se rencontrer.La rétine a toujours été trouvée saine et les nègres, d\u2019une manière générale, sont très peu exposés à l\u2019albuminurie, au diabète, à la leucémie ou autres causes qui produisent ordinairement une altération de cette membrane.La raison serait peut-être due au \u2018fait qu\u2019ils vivent continuellement an grand air, qu\u2019ils n\u2019ont aucun souci moral et que leur nourriture consiste presque entièrement en fruits, céréales et légumes.Lorsqu\u2019ils mangent de la viande ils ont l\u2019habitude de la faire bouillir tellement qu\u2019elle ne renferme plus de toxines et le peu d\u2019alcool qu\u2019ils fabriquent et boivent est anodin.La paralysie des muscles oculaires n\u2019a également jamais été constatée, ainsi que la névrite optique.Nous désirons maintenant attirer l\u2019attention sur l\u2019ataxie locomotrice et l\u2019atrophie grise consécutive.Après une investigation des plus complètes nous croyons être en état de dire qu\u2019il n\u2019y a pas encore de tabes chez les nègres de l\u2019Afrique.Cette maladie est presque exclusivement l\u2019apanage de la race blanche, car nous ne l\u2019avons jamais rencontrée chez les Malais et les trois mille Peaux-Rouges L'UNION MÉDICALE DU CANADA 335 que nous avons examinés dans les deux Amériques.Elle est en outre excessivement rare chez les Mongols de l\u2019Asie, ainsi que chez les Hindous dont les ancêtres étaient Aryens.Le nègre, n\u2019ayant aucune préoccupation intellectuelle, n\u2019est pas exposé aux affections nerveuses, centrales ou spinales, et chez lui les manifestations les plus graves ae la syphilis sont des lésions d\u2019ostéite.De plus, comme il transpire beaucoup et qu\u2019il est constamment exposé au soleil, avec très peu de vêtement, sa peau irritée est assez fréquemment prise.Le mulâtre, au contraire, est aussi prédisposé que le blanc aux maladies du cerveau et de la moelle épinière, et il est même étonnant qu\u2019un seul mélange puisse produire chez les noirs des effets aussi considérables au point de vue de la diathèse.Nous avons également observé la même chose chez les métis.Si la proportion d\u2019irido-choroïdite semble au premier abord être un peu forte, c\u2019est que notre passage dans les différents centres étant rapidement connu des indigènes, on nous amenait volontiers les aveugles de la localité et des environs pour avoir notre avis, et que par le fait même nous avons examiné les cas les plus graves.D\u2019après les constatations que nous avons faites en Afrique, nous pouvons dire avec le docteur Santos Fernandez de Cuba, que les yeux des noirs sont assez rarement affectés dans la vérole, contrairement à l\u2019opinion du docteur Pollot, qui déclare que les nègres sont fortement prédisposés aux maladies syphilitiques oculaires.Il est probable que notre confrère américain a voulu parler du mulâtre, ne faisant pas de différence avec le nègre, lorsqu\u2019en réalité il en existe une énorme au point de vue pathologique.Comme nous l\u2019avons déjà mentionné, un grand nombre de nos cas étaient très fortement infectés et la plupart n\u2019avaient jamais subi de traitement.De plus, nous considérons que notre statistique n\u2019est pas absolument exacte, puisque les aveugles surtout nous étaient amenés et qu\u2019alors le diagnostic de syphilis était fait.Si, au contraire, nous avions examiné dans une région tous ceux qui avaient la vérole, nous pensons que le pourcentage d\u2019affections oculaires aurait été moindre que celui donné dans ce travail.Le fait que nous n\u2019ayons rencontre qu\u2019un seul cas de maladie du fond de l\u2019oeil est encore un argument en faveur de cette hypothèse.' Après avoir un peu partout en Afrique étudié la syphilis et ses manifestations en tous genres, nous sommes porté à croire que certaines tribus en sont maintenant immunisées.Les affections observées chez les noirs de ces tribus sont en général minimes et les lé- 336 L'UNION MÉDICALE DU CANADA sions osseuses des plus rares.Cependant, malheur aux autres races infectées par eux \u2014 et notamment la blanche \u2014 car dès ce moment cette maladie se déclare avec une grande recrudescence.Nous savons de plus que la vérole prend un caractère de gravité particulière lorsqu\u2019elle est transmise par le mélange des races, et surtout si elle est communiquée à un peuple primitivement indemne.En Guinée fran- caise, par exemple, nous avons rencontré un nombre considérable de Soussous, récemment contaminés par les Foulahs du Fouta-Djalon, en Nigérie, des Yoroubas et des Egbas, infectés par les Haoussas, et enfin à la Côte des Somalis, des Issas, des Somalis et des Danakils, syphilisés depuis peu par les Ethiopiens, qui présentaient de vastes berforations de la voûte palatine ou de la cloison nasale.D\u2019autres noirs voyaient leur syphilis se localiser aux os et principalement aux tibias.Pendant nos voyages en Asie et en Amérique du Sud, ce phé- uomène d'immunité nous avait également frappé chez \u2018les Chinois et surtout chez les Peaux-Rouges.D\u2019après Livingstone (1857), la vérole ne persisterait sous aucune forme parmi les races indigènes de sang pur de l\u2019Afrique centrale, mais elle se manifesterait au contraire sur les populations métissées.Les auteurs qui rapportent cette opinion pensent que si ce fait se vérifiait par une longue observation, il faudrait admettre une immunité liée à la race bien plus qu\u2019au climat.Suivant nous, ce grand explorateur, missionnaire écossais, aurait été frappé du nombre considérable de mulâtres syphilitiques rencontrés dans les grandes villles du Sud-Africain.Une fois à l\u2019intérieur du pays, ne voyant plus cette affection, il en aurait conclu que les nègres, vivant au centre du Continent Noir, y étaient plus ou moins réfractaires et que chez eux la syphilis guérissait toujours sans laisser de traces.Nous n\u2019avons pas besoin d\u2019insister pour dire que telle n\u2019est pas la marche ordinaire de la vérole.De plus, cette maladie n\u2019existait pas chez les indigènes de la grande forêt avant l\u2019arrivée des Européens, et même de nos jours elle s\u2019observe très rarement.Quant à l\u2019immu- rté, nous l\u2019admettons volontiers, mais seulement chez les peuples sy- philisés depuis plusieurs générations, et le climat n\u2019aurait rien à y faire.Nous croyons de plus que cette immunité peut se rencontrer chez toutes les races.* += + La littérature médicale relate déjà un certain nombre de cas d\u2019affections des yeux dans la trypanosomiase humaine.Thiroux et d\u2019Anfreville de la Salle ayant observé quatre nègres qui présentaient L'UNION MÉDICALE DU CANADA 337 des troubles oculaires s\u2019expriment ainsi: \u201cDans le premier cas, il s\u2019a- \u201cgissait d'une diminution de j'acuité visuelle avec héméralopie et \u201cdouleurs très violentes des deux globes oculaires chez un malade \u201cqui n\u2019avait jamais pris d\u2019atoxyl et qui présentait un œdème assez \u201cintense de la papille, Le traitement, que nous craignions d\u2019appli- \u201cquer dans ce cas, fit disparaitre en quelques jours les accidents\u201d.\u201cDans deux autres cas, nous avons observé de l\u2019irido-cyclite ; \u201cdans un des cas, l\u2019inflammation de l\u2019iris a disparu très rapidement \u201csous l\u2019influence de la médication ; dans le second, elle a été plus te- \u2018\u201cnace et s\u2019est maintenue pendant environ trois semaines, entraînant \u201cla production de quelques petites synéchies postérieures, malgré \u201cusage de l\u2019atropine.Chez cette malade, l\u2019iritis a été précédé par \u201cde la conjonctivite phlveténulaire et par quelques petites lésions de \u201ckératite ulcéreuse qui ont assez rapidement évolué sous l\u2019influence \u201cde pancements au calomel.\u201d \u201cLe quatrième malade a été atteint de kératite diffuse à mar- *\u201cche chronique, diminuant d\u2019intensité au moment des traitements \u201cet présentant des poussées plus intenses au moment des rechutes.\u201cLes variations étaient surtout rendues sensibles par l\u2019aspect plus ou \u201cmoins opaque de la cornée.Cette kératite chez l\u2019homme, quoique \u201cà marche moins rapide, ressemble beaucoup à celle que Fon ob- \u2018serve si fréquemment chez les animaux trypanosomés.\u201d Le docteur Heckenroth, dans une communication verbale, nous dit avoir traité à Brazzaville un tirailleur âgé de quarante ans, de la tribu des Malinkès, pour une kératite parenchymateuse de l\u2019œil droit datant de quatre mois.Ce noir \u2014 qui n\u2019était mas syphilitique \u2014reconnu atteint de Ia maladie du sommeail, recut une injection de \"5 centigrammes d\u2019atoxyl.Cette injection améliora considérablement sa vision.Dans la suite, le malade prit pendant huit jours 75 centigrammes d\u2019orniment en pilules par vingt-quatre heures, et deux semaines anrès le début du traitement, il était tout à fait guéri de sa kératite.Avant de nous rendre dans la capitale du Congo fran- cais, le hasard avait voulu nous faire rencontrer ce tirailleur (Bakary Kamara) dans le service du docteur Thiroux, à St-Louis du Sénégal.Bien qu\u2019il fut ma\u201cade depuis deux ars et demi, son état général état «ncore ascez satisfaisant, ses cornées étaient parfaitement trancpa- rentes et ses yeux emmétropes avaient une vision de 9/5 chacun.À notre connaissance, sept observations d\u2019affections des we-x, dans la trypanosomiase humaine, ont été publiées chez des Furo- péens.Malheureusement que'quer-une= de ces obrervations sont in- \u2019 338 L'UNION MEDICALE DU CANADA complètes, puisque dans certains cas les troubles oculaires sont exprimés d\u2019une manière très vague et dans d'autres, l\u2019examen du fond de l\u2019oeil n\u2019a pas été pratiqué.Le docteur Morax, dans\u2019 une série d'articles fort intéressants et documentés, a exposé la pathologie de l\u2019oeil dans la maladie du sommeil et les trypanosomiaces.Ayant examiné en Afrique, dans différents hôpitaux ou camps de concentration, quatre cent dix-huit nègres atteints de cette terrible maladie, nous relaterons brièvement ce que nous avons constaté au point de vue oculaire.Nous dirons tout d\u2019abord que les altérations des yeux chez les indigènes de ce continent sont excessivement rares dans la trypanosomiase humaine.Sur ce nombre pourtant assez considérable, à peine avons-nous trouvé trois cas qui présentaient des troubles du fond de l\u2019ocil, et encore l\u2019étiologie offrait des doutes, comme nous allons maintenant le démontrer.Observation I.\u2014Ikolo, tribu Mongo, femme de 22 ans.Cette malade souffre de trypanosomiase depuis un an et demi.Elle a été traitée depuis le début par l\u2019atoxyl.Depuis quinze jours, elle accuse une diminution de sa vision.En ce moment elle reçoit le satoxyl en injections hypodermiques.Elle n\u2019est pas syphilitique.Cette femme se plaint de violents maux de tête et présente des phénomènes de méningite.Etat général mauvais.A l\u2019examen des yeux nous constatons une papillite œdémateuse double assez fortement prononcée.Les veines de la rétine sont dilatées, mais il n\u2019y a pas d\u2019hémorragie.Pas de dyschromatopsie.La sensibilité de la conjonctive est conservée.Etat normal des autres parties de l\u2019oeil.Vu l\u2019apathie dans laquelle la malade se trouve, il nous est impossible de faire sa réfraction.Observation II.\u2014 Lukongo, tribu Batetela, homme de 24 ans.Atteint de la maladie du sommeil depuis deux ans.À toujours été traité par le satoxyl en injections hypodermiques.Sa vision diminue depuis dix jours.N\u2019a jamais contracté la syphilis.Céphalalgie intense et méningite.Etat général trés mauvais.A l\u2019examen ophtalmoscopique nous constatons une papillite œdé- mateuse double.Dilatation des veines de la rétine, mais pas d\u2019hémorragie.Les couleurs sont perçues facilement.La conjonctive a conservé sa sensibilité.Bonne réact'on pupillaire.Les autres parties de l\u2019oeil sont normales.Comme dans le cas précédent, nous ne pouvons nous renseigner sur sa réfraction.Observation III.\u2014 Sakana, tribu Ababua, femme de 23 ans. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 339 Cette malade est infectée depuis un an.Elle a été traitée tout d\u2019abord par l\u2019atoxyl.Le satoxyl en injections hypodermiques lui est maintenant donné.Il y a un mois, à son entrée à l\u2019hôpital, le 6 février 1913, cette femme se plaignait de diminution de l\u2019acuité visuelle, de maux de tête et présentait, paraît-il, des symptômes de méningite.L\u2019examen du fond de l\u2019oeil n\u2019a pas alors été pratiqué.Elle n\u2019est pas syphilitique.Sous l\u2019influence du traitement, son état général s\u2019est rapidement amélioré.L\u2019examen de yeux révèle une légère papillite œdémateuse double avec un peu de dilatation des veines de la rétine, sans hémorragie.Les couleurs sont bien reconnues.La sensibilité conjonctivale est conservée.La pupille réagit bien.Etat normal des autres membranes ceulaires.Sa réfraction nous donne \u2014 O.D.EM.V \u2014 4/5; O.GEM.V = 4/5.Dans nos deux premières observations, les malades, à la dernière extrémité, présentaient franchement des phénomènes de méningite et l\u2019ædème papillaire pouvait être aussi bien causé par une augmentation du liquide céphalo-rachidien que par une infection directe des trypanosomes.Dans notre dernier cas, n\u2019ayant fait qu\u2019un examen, il nous a donc été impossible de suivre l\u2019évolution de sa trypanosomiase et les conséquences de sa papillite.Cependant sous l\u2019influence du traitement au satoxyl, les symptômes généraux et son acuité visuelle s\u2019étant rapidement améliorés, sans ponction lombaire, nous croyons que cette fois nous sommes en présence d\u2019un œdème papillaire produit par les trypanosomes.Nous ferons remarquer que la première observation de Thiroux et d\u2019Anfreville de la Salle est semblable à la nôtre quant à la papille.Aussi, jusqu\u2019a ce que le microscope ait tranché la question sur la présence ou l\u2019absence de cet agent spécifique dans les lésions anatomiques, nous devrons nous contenter de faire des hypothèses.Nous avons toujours été frappé de l\u2019excellente acuité visuelle des noirs atteints de trypanosomiase et nous avons même constaté au Congo belge, chez un garçon de 18 ans, de la tribu des Basokos (Lingenda), une vision de 20/5.| D\u2019après nous l\u2019asthénopie de l\u2019oeil observée chez certains.sujets à la dernière période serait plutôt due à l\u2019état d\u2019apathie dans lequel ils sont avant de mourir (et qui est caractéristique) qu\u2019à une manifestation oculaire spéciale dans la maladie du sommeil.1 340 L'UNION MEDICALE DU CANADA Le signe d\u2019Argyll-Robertson n\u2019a jamais été vu.Sur nos quatre cent dix-huit malades, nous avons trouvé dix- neuf atrophies blanches, toutes consécutives au traitement par l\u2019ato- xyl ou autre sel arsenical.Ceci présente toutefois un intérêt plutôt médiocre puisque cette atrophie médicamenteuse est très bien connue.Nous n\u2019avons jamais eu l\u2019occasion de rencontrer des cas d\u2019ce- dème palpébral, d\u2019iritis, de cyclite, d\u2019irido-cyclite, de kératite parenchymateuse, de choroïdite et de chorio-rétinite, tels que rapportés par les auteurs qui ont étudié la maladie du sommeil.La raison est probablement due au fait que presque tous les sujets examinés étaient sous l\u2019influence d\u2019un traitement qui les avait déjà plus ou moins stérilisés, et qu\u2019en conséquence toutes complications oculaires étaient relativement écartées.Si nous comparons les observations publiées, nous voyons que le pourcentage des affections des yeux dans la trypanosomiase humaine est bien supérieur chez les Européens que chez les Nègres.La période d\u2019incubation est aussi beaucoup plus courte chez les premiers que chez les derniers.| Comme les syptomes objectifs sont les mémes chez les sujets atteints de lésions oculaires dans la maladie du sommeil et la syphilis, et qu\u2019un certain parallèle peut être établi entre ces deux affections, nous croyons que l\u2019oeil du noir est plus résistant aux trypanosomes qu\u2019aux spirochètes.La trypanosomiase du Brésil semble ne pas donner de manifestations oculaires ; cependant, il existe de temps à autre de l\u2019ædème palpébral.Pour conclure, nous dirons que l\u2019Afrique n\u2019a pas été le berceau de la syphilis.Cette affection, venue de l\u2019Asie, a d\u2019abord ravagé les populations du nord-est et du nord de ce continent, et a été transmise ensuite aux nègres.Plus tard, à des époques différentes, la vé- \u2018role a fait son apparition à la côte, importée surtout par les Européens.Dans la maladie du sommeil, les altérations des yeux se rencontrent très rarement chez les noirs de l\u2019Afrique.Chez eux, cet organe résiste très bien à l\u2019infection, et beaucoup plus que chez les animaux trypanosomés qui présentent souvent des lésions oculaires.Dans la syphilis, les affections de l\u2019oeil s\u2019observent presque toujours dans le segment antérieur et leur fréquence est moindre chez les nègres que chez les blancs, d\u2019ailleurs comme dans la trypanosomiase humaine. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 341 Le système nerveux chez les noirs paraît ne jamais présenter de manifestations spécifiques.\u2019 Quelques tribus de l\u2019Afrique semblent avoir un certain état d\u2019immunité contre la vérole qui chez elles est très bénigne, et cette immunité nous avait déjà frappé en Asie et en Amérique du Sud.: BIBLIOGRAPHIE A.BRODEN, La trypanosomiase chez l\u2019Européen.Bulletin de la Société d\u2019Etudes coloniales, 1915.\u2014Un nouveau cas de trypanosomiase chez l\u2019Européen.Ibid, 1905.P.MANSON, Trypanosomiasis on the Congo.British Medical Journal, 28 mars 1903, p.720.: P.MANSON et C.W.DANIELS, Remarks on a case of trypanosomia- sis.British Medical Journal, 30 mai 1903, p.1249.V.MORAX, Kératite interstitielle au cours des trypanosomiases.Annales d\u2019Oculistique, t.136, p.394.\u2014Les affections oculaires dans les trypanosomiases.Annales d\u2019Oculisti- que, t.136, p.437.\u2014 Manifestations oculaires dans la trypanosomiase humaine.Annales d\u2019Oculistiqne, t.140, p.39.V.MORAX et KERANDEL, Un cas de cyclite dans la trypanosomiase humaine.Bulletin de la Société de Pathologie exotique, 1908, p.398.L.NATTAN-LARRIER et A.MONTHUS, Iritis et trypanosomiase chez Thomme.Bulletin de la Société de Pathologie exotique, 1908, p.277.J.-N.ROY, L'Ozène chez les différentes races de la terre.Annales des maladies de l\u2019oreille, du larynæ, du nez et du phhrynæ, août 1915.\u2014De la vision chez les noirs de l\u2019Afrique.Annales d\u2019Oculistique, octobre- novembre 1918.J.SANTOS-FERNANDEZ, Las enfermedades de los oios en los negros v mulatos.Cronica Medico-Quirurgica de Habana, t.XXVII, p.385.A.THIROUX et L.D\u2019'ANFREVILLE DE LA SALLE, La maladie du sommeil, et les trypanosomiases animales au Sénégal.Librairie J.B.Baillière et Fils, Paris 1911.R.WURTZ et L.NATTAN-LARRIER.Un cas de maladie du sommeil traité par l\u2019atoxyl et le mercure.Revue d\u2019hygiène et de médecine tropicales, octobre 1907, p.3.NOUVELLE M.le Docteur Roy a été nommé professeur agrégé à la chaire d\u2019ophtalmologie de l\u2019Université de Montréal, à la dernière séance de juin 1921.Ses nombreux et importants travaux, tant ici qu\u2019à l\u2019étranger, durant Ja guerre l'avaient, depuis longtemps désigné pour oecuper cette importante fonction qu\u2019on lui a confiée, à l\u2019unanimité des suffrages.C\u2019est une juste récompense accordé au mérite à tous égards.Nous er félicitons le nouvel agrégé.\u2014 N.D.L.R. Institut Bruchési RAPPORT DU DISPENSAIRE Par M.Jarry, Professeur agrégé, Médecin en chef du Dispensuire.Les statistiques du Digpensaire, pour année 1919-1920, accusent des variations assez prononcées, que nous constatons, sans pouvoir les expliquer.Ainsi, l'année 1918-1919 nous a amené 1794 malades, parmi lesquels 1007 ont subi un premier examen pour les poumons.Or, cette année, avec un chiffre de nouveaux patients passablement plus élevé, 2152, nous n\u2019avons eu que 1010 premiers examens pour les poumons.Où réside la cause ?Les autres services notent une augmentation marquée sur les années précédentes, même celle de 1917-1918.Et cependant, nous n\u2019avons rien négligé: le traitement à la Tubercuiiue et au Pneumothorax artificiel s\u2019est poursuivi régulièrement : les Rayons X sont intervenus assez fréquemment dans le diagnostic ; nos Religieuses gardes-malades ont : presque doublé leurs visites à domicile; nous avons donné 1150 injections pour le traitement par vole hypode ermique, et nous constatons que les malades viennent moins nombreux pour les poumons, Je suis porté à croire que les cas non tuberculeux, éliminés au Dispensaire, après un certain temps d\u2019observation, ont fait l\u2019éducation de leurs connaissances et les ont averties que le Dispensaire est avant tout un dispensaire pour les malades atteints de tuberculose ou d\u2019affection pulmonaire.C\u2019est ce qui expliquerait que nous ayons moins de nouveaux patients et pius de tuberculeux.Cette année, anciens et nouveaux comptent pour 545.Les tuberculeux nouveaux, au nombre de 186 se répartissent ainsi aux différentes périodes: Première rériode .118 dont 39 hommes 73 femmes.Deuxième période .63 dont 36 hommes 27 femmes.Troisième période .,., .11 dent 6 hommes 5 femmes. L'UNION MEDICALE DU CANADA r 343.Aux périoies mauvaises nous avons plus d\u2019hommes que de femmes, et l'on peut déduire de nos statistiques qu\u2019il meurt plus d'hommes que de femmes, par la Tuberculose.Arrive-t-on, avec les statistiques des autres institutions et des Bureaux d\u2019Hygiène, à la même conclusion?Je ne sais.Mais, elle est conforme aux statistiques comjpilées aux Etats-Unis par la \u201cMétropolitaine\u201d: les hommes meurent de tuberculose en plus grand nombre.que les femmes.L'âge moyen de nos tuberculeux est de 30 ans 14.(Cest l\u2019âge où l'individu est entré dans la vie ide la manière la plus décisive.Son développement physique et intellectuel est supposé achevé.Son travail est déterminé pour presque toute sa vie, et son apprentissage déjà long l\u2019a rendu ouvrier habile et productif.Il porte sur ses épaules le fardeau d\u2019une famille trop jeune encore.pour pouvoir se passer de son assistance.Il occupe dans la vie sociale une p:ace qui a son importance \u2018dans l\u2019administration de la chose- publique.C\u2019est une entité de grande valeur que l\u2019intérêt général nous défend de sacrifier aux coups de la Tuberculose.On ne peut songer, sans être ému, à cette moyenne d\u2019âge du- Tuberculeux, que l\u2019on évalue à 45 ans la moyenne de la vie, et l\u2019on voit ce malheureux s\u2019arrêter tout à coup, aux deux-tiers du chemin, invalide.La société, pendant le premier tiers de son existence a dépensé.pour lui, sans rien recevoir.Dans le deuxième tiers, elle formait l\u2019être qui devait la rémunérer de ses sacrifices et ajouter au bien-être de- tous.Et voilà que la dernière partie de sa vie est inutilisée, coupée radicalement.Or il meurt dans le Canada, chaque année, 10,000 tuberculeux.N°y a-t-il pas là, pour les hommes à l\u2019âÂme sincère et qui recherchent le bonheur et la prospérité du pays, un sujet fécond de méditations pratiques ?\u201cDepuis bientôt dix ans, l\u2019Institut Bruchési cherche à former l\u2019opinion publique pour qu\u2019elle agisse avec une intensité proportionnée à celle du fléau de la Tuberculose.Et, à part le petit nombre de nos.souscripteurs, à part les médecins dévoués qui se prodiguent au traitement de ces malades, combien ont envisagé sous son véritable jour- le problème de la Peste Blanche ?Combien, qui, en ayant senti la gravité, l\u2019ayant touchée du doigt, \"344 l\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA pourrais-je dire, à son passage dans leur famille, ont pris la résolution «d\u2019apporter à loeuvre commune, au moins leur appui moral Depuis 10 -ans, les malades tuberculeux et nous, nous demandons instamment un hôpital pour les Tuberculeux.Voyons-nous seulement poindre l\u2019aube de sa création?Quant à nous, comprenant que dans les conditions actuelles, nous ne pouvons mieux faire que préparer l'avenir et rendre au point de vue le l'hygiène, notre peuple meilleur, nous avons entrepris l\u2019éducation antituberculeuse de ce peunle.Nous ne l\u2019avions pas négligée.Flle avait même été l\u2019un des fac- \u2018teurs des progrès de notre oeuvre.Nous avons choisi pour le moment un mode de propagande que Pexpérience de tous les âges ct de tous les pays a reconnu excellent.L'image a toujours prouvé qu\u2019elle avait un attrait irrésistible sur limagination des r-ands comme des petits.L'image simp'e, symbole clair d'une idée simple et pratique, se \u2018grave profondément dans l\u2019intelligence humaine; et dans le déploiement ultérieur des idées, se retrouve un jour, non plus comme une nouveauté; mais comme une vérité acceptée et près d\u2019être mise eñ pratique.Les cartes postales que :e Comité de la Campagne d\u2019éducation \u2018antituberculeuse de l\u2019Institut Bruchési a fait éditer, sont tout cela \u2018et rien que cela.Elles n\u2019ont d\u2019intre ambition que d\u2019aller porter, partout où on les enverra, la vérité de l\u2019Hygiène, pour combattre la Peste blanche.Elle s'offre à tous: (coliers et hommes d\u2019affaires, petites pensionnaires \u2018et dames du more, peuvent leur confier leur correspondance ouverte: elles leur promettent en retour de jeter à tous ceux qui les regarderont, la semence de savoir et d conviction qui nous donnera un peuple sain et fort.Plusieurs séries sont éditées, D\u2019autres sont sur le métier.Nous n\u2019en resterons pas la.Li» Comité entend travailler d\u2019une façon énergi- \u2018que et persévérante.Notre propagande mar l\u2019image prendra d\u2019autres formes attrayantes; elle ira s\u2019adresser à tous: à la gent écolière, aux \u2018ouvriers, aux jeunes filles, aux mères, aux éducateurs, aux classes di- Tigeantes, à tous ceux dont la lutte antituberculeuse attend la collaboration.aujourd\u2019hui ou demain.Tes différents services du Dispensaire ont accompli leur besogne a la satisfaétion de tous. L'UNION MEDICALE \u2018DU CANADA 345 La Clinique des Enfants a conservé Son importance au point de vue de la prévention.oo Cette année le nombre des petits patients a augmenté notablement et il s\u2019est fait à leur clinique un travail très intéressant.Au reste, je vous transmets le Rapport du Chef de ce service, le Dr P.Del Vecchio.RAPPORT DU Dr P.Del VECCHIO A Monsieur le Dr Jarry: - Jai l'honneur de vous soumettre le rapport de l\u2019année 1919-1920, concernant le dispensaire antituberculeux pour les enfants.Du 1er juillet 1919 au ler juillet 1920, nous avons recu 410 nouveaux malades divisés comme suit : Cas Divers .Cee eee ee 118 Prédisposés héréditaires .2e 0 178 Prédisposés par maladies acquises Lee 6 80 Tuberculose pulmonaire .3 Tuberculose glandulaire .27 Tuberculose osseuse , . \u201d \u201cce "]
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