L'union médicale du Canada, 1 septembre 1926, Septembre
[" L\u2019UNION MEDICALE DU CANADA Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, fondée en 1872 Vol.LV SEPTEMBRE 1926 No 8 BULLETIN A PROPOS DES ÉLECTIONS DES GOUVERNEURS DU C.M.C.P.Q.Un électeur rural, de passage à Montréal, m\u2019aborde en ces termes : \u2014 Quels sont donc, me dit-il, ces nouveaux apôtres-atout qui parcourent nos districts ruraux et qui prêchent un évangile de réformes à nul autre pareil, clament-ils ?\u2014 Et quel évangile !.\u2014 Une des dernières encycliques du Chapitre propose de dicter aux hôpitaux les mesures nécessaires pour empêcher un malade de consulter un médecin compétent s\u2019il fait partie du personnel de l'établissement.\u2014 C\u2019est moi que vous consulterez, dit Latrémouille \u2014 le réformateur \u2014 pas l\u2019autre.Je suis.je suis.Eh oui.qui suis-je.Le malade sourit en songeant qu\u2019il accorde sa confiance à qui la mérite, et il va où il lui plait.On veut avec un règlement empêcher des choses comme celles-là\u2026 Naiveté !.\u2014 Et le charlatanisme !.ah! ah! la belle affaire.Connait-on une bonne définition du charlatanisme ?Les nouveaux apôtres croient tout simplement qu\u2019il consiste dans la pratique de la médecine sans autorisation.Moi, je crois qu\u2019un brave homme qui fait une bonne action n\u2019est pas un charlatan, parce qu\u2019il n\u2019a pas un parchemin, tandis qu\u2019un médecin ignare ou malhonnête est un véritable charlatan.breveté.C\u2019est contre celui-ci qu\u2019il faut dresser ses batteries: cura te ipsum.Le médecin qui possède des parts dans une compagnie de médecines brevetées.est un charlatan; Le médecin qui surprend la bonne foi du malade en lui imposant des séances inutiles et abusives de radiothérapie ou autres machines semblables.est un charlatan; : 534 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Le médecin qui opère un bandeau sur les yeux tandis que la main est largement ouverte pour recevoir le prix d\u2019un larcin.est un charlatan; Le médecin qui partage les bénéfices avec un voisin bon enfant fait un \u201cbedit gommerze\u201d sur le dos de son client: c\u2019est un charlatan.Dans mon humble opinion, le charlatanisme, c\u2019est un abus de confiance, tout simplement.Médecin, guéris-toi toi-même et le charlatanisme en mourra.\u2014 Et les élections des gouverneurs, tous les deux ans; et les réunions bi-annuelles du Bureau \u201cpour donner toute la maturité possible à ses décisions\u201d?Tu parles !.Et l'élection du Président chaque année ?-\u2014 Au bout de deux ans nos finances seront dans le marasme.Elles iront combler les déficits de notre chemin de fer national sans profit pour nous.\u2014 Et les devoirs d'un gouverneur, d\u2019après le nouvel encyclique: Fonder des hôpitaux dans son district.Examiner le personnel à la loupe pour savoir s\u2019il y a en parmi eux qui ont des cors aux pieds ou des écrouelles.Solder les budgets des orphelinats et hospices.Faire installer des filtres où il en faut.Dresser les procès-verbaux de tous les actes dérogatoires à l'honneur professionnel, y compris la fiche des charlatans avec leur photographie et leur généalogie compléte pour savoir si les lois de Mendel ont suivi leur cours.[nstituer la corvée dans 'intérét de la profession: deux jours par mois, le gouverneur suspend son travail et fait- un examen de conscience collective: avortements, cocainomanie, morphinomanie, parégorique.Puis il se remet a I'ceuvre le troisième jour, pour rédiger un rapport au registraire a qui on impose ces lectures malsaines en sus d\u2019une réduction de salaire.Emonder les programmes universitaires et en diriger la refonte mensuelle, car la science évolue par bonds prodigieux ! !.Surveiller l\u2019enseignement et, en cas d\u2019incompétence, suspendre les professeurs ou se substituer à eux \u2018sous l'égide du Collège\u201d, institution encyclopédique Qui, mieux qu\u2019un tel gouverneur, peut assumer une tâche aussi lourde de responsabilités après soixante années de pratique active date L UNION MEDICALE DU CANADA 535 dans la paroisse de I'Epi ou dans le village des Jersey; surtout s\u2019il a été marguillier \u201cen chasse\u201d.| Mon cher ami, avec un programme comme celui-là, ça n\u2019est pas un gouverneur qui dirige, c'est un forçat qui peine.Quelle sinécure ! À lui seul il est tout le Collège.Supprimons donc le College.-\u2014 Fadaises que tout cela !.Je préfère ce que les plus anciens ont fait.Sans bruit, ils ont construit des édifices solides qui résistent au temps et qui constituent des abris sûrs contre les intempéries des quatre saisons et les théories illusoires des promoteurs dangereux ou inexpérimentés.A la campagne, tu sais, on a le temps de réfléchir: je songeais à ce bon Lafontaine, en lisant ces sermons : LA MONTAGNE QUI ACCOUCHE Elle jetait une clameur si haute, Que chacun crut qu\u2019elle accoucherait D\u2019une cité plus grosse que Paris.\u201cElie accoucha d\u2019une souris.\u201d Je me figure un auteur Qui dit: je chanterai la guerre Que firent les Titans au maître du tonnerre.C\u2019est promettre beaucoup: ma:s qu\u2019en reste-t-il souvent ?Du vent.Electeurs !\u2026.Electeurs !\u2026.méditez les paroles du Sort dans la fable de l\u2019Ane et ses maîtres: .Tous gens sont ainsi faits: Notre condition jamais ne nous contente: La pire est toujours la présente.Nous fatiguons le ciel à force de placets.Qu\u2019à chacun Jupiter accorde sa requête, Nous lui romprons encore la tête.\u2014 Allons, cher ami, je retourne dans mon domaine.J'espère que les électeurs du Québec se souviendront qu\u2019une once de bon sens vaut mieux qu\u2019une tonne de papier noirci.et qu\u2019un loup se déguisa un jour sous les habits d\u2019un berger.Sachons distinguer.\u201d ZUT. REVUE HISTORIQUE HISTOIRE DE L\u2019ÉCOLE DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE DE MONTRÉAL (1) Par le Professeur L-D.MIGNAULT, Secrétaire de la Faculté de Médecine de l\u2019Université de Montréal.Chapitre IV L\u2019Ecole réorganisée Par le concours du 3 novembre 1849 le nombre des membres de la corporation est porté à huit.L'Ecole à ce moment occupait encore l'immeuble de la rue Saint-Urbain, et ce n\u2019est que plus tard qu\u2019elle fut transportée sur la rue Lagauchetière.C\u2019était l'habitude, empruntée sans doute aux universités européennes, de permettre à chaque professeur de retirer directement des élèves des émoluments pour son enseignement.Les honoraires d\u2019un cours ordinaire étaient, selon le procès-verbal, de trois livres ($12.00) ; mais sans doute à cause d\u2019un nombre plus considérable de leçons données, le prix de la carte de quelques matières était majoré de cinq chelins ($1.00).Les professeurs étaient, cependant, tenus de remettre les argents reçus au Secrétaire-trésorier, et celui-ci, à la fin de l\u2019année scolaire, après avoir soldé les frais d'administration, déclarait un dividende et le partage se faisait.Si un professeur le désirait, il pouvait admettre un élève à suivre gratuitement son enseignement, mais en revanche il était responsable de sa part des dépenses de l\u2019Ecole, tout comme si l\u2019élève ainsi favorisé, avait payé sa carte en entier.Il y avait aussi un système d\u2019arrérages qui n\u2019est disparu qu\u2019en 1892 environ.Si le professeur À.avait donné des coyrs, disons en 1878, 11 pouvait percevoir sa part des arrérages payés par les élèves de cette année, tandis que le professeur B.qui était élu en 1880, ne retirait rien.Comme le nombre total des élèves de l\u2019Ecole 1845 et 1850 n\u2019a guère dépassé 48 ou 50, il est facile de concevoir que les appointements des professeurs étaient fort modestes; il fallait vivre de sa clientèle. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 537 Au commencement de ce travail, j'ai essayé de recueillir tout ce que j'ai pu trouver sur la personnalité des fondateurs; quelques détails maintenant sur leurs successeurs.M.le docteur Beaubien fit ses études à Paris.Issu d\u2019une famille canadienne distinguée, doué d\u2019une fortune personnelle, il jouissait de l\u2019estime et de la confiance de ses concitoyens, et ses collègues lui ont confié la chaire la plus importante de l\u2019Ecole: la Pathologie médicale, ou comme on le disait dans le temps, la \u201cPratique de la Médecine\u201d.Formé à l\u2019école des grands Maîtres de son temps, son enseignement a dû être très précieux pour ses élèves, et je me rappelle d\u2019en avoir entendu parler avec beaucoup d\u2019éloges par des vieux médecins que j'ai connus dans ma jeunesse.Le docteur Beaubien succéda au Dr Daniel Arnoldi comme médecin des Prisons de Montréal, en 1849.Il a conservé cette charge jusqu'aux dernières années de sa vie.Il est mort en 1882.(2) Le docteur Hector Pelletier est né à Montréal en 1822, fils d\u2019un avocat célèbre, M.Toussaint Pelletier.Sa mère, née Hérigault, était la fille et la petite-fille de médecins.A l\u2019âge de 16 ans, le jeune Pelletier traversa en Europe avec M.Bossange, et alla faire son cours de philosophie au Collège Henri IV, où il eut pour condisciples deux fils de Louis-Philippe: le Prince de Joinville et le Duc d\u2019Aumale.I] fit une partie de ses études médicales à Paris, et passa ensuite à Edimbourg où, après deux ans, il reçut son diplôme de docteur.Nommé professeur de physiologie en 1847, il est devenu plus tard secrétaire de l'Ecole et il conserva ces deux positions jusqu\u2019à sa, mort au mois de janvier 1878.À ce moment, l\u2019Ecole venait de conclure une entente avec le Recteur de l\u2019Université Laval, et le docteur Pelletier avait reçu du Conseil Universitaire sa nomination comme professeur de Physiologie.I1 ne vit pas, par conséquent, les difficultés qui allaient bientôt surgir.(2) Le docteur Laramée a trouvé dans \u201cL\u2019Abeille Médicale\u201d de janvier-février 1881 que le docteur Pierre Beaubien est né à la Baie du Febvre en 1796.Il fit ses études classiques à Nicolet, et passa en France, où il reçut, le 27 mai 1819, le diplôme de Bachelier és-Lettres.Il avait commencé l\u2019étude de la médecine en 1817, et obtint le diplôme de docteur le 16 août 1822.Ainsi, le docteur Beaubien s\u2019est trouvé à Paris peu après la bataille de Waterloo (1815), les troupes Alliées étaient encore sur le sol français, Louis XVIII était aux Tuileries, le Baron Lavrey faisait encore de la chirurgie, et beaucoup de témoins de la Terreur ont dû lui raconter des incidents maintenant oubliés.Quel malheur qu\u2019il n\u2019ait pas, dans sa vieillesse, écrit ses mémoires ! 538 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Nous lisons dans le Bulletin Nécrologique publié par la Minerve le lendemain de sa mort l\u2019éloge suivant: \u201cUn médecin distingué, professeur éloquent, citoyen honorable, homme de cœur et d'esprit, M.le docteur Pelletier avait toutes les qualités qui élèvent l'homme dans la société, et le rendent cher à sa famille et à ses amis.\u201d Le docteur Pelletier a eu, en terminant une leçon qu'il avait donnée avec son brio ordinaire, une hémorrhagie cérébrale.Transporté chez lui 1l reprit connaissance, et bientôt il fut entouré par ses collègues qui lui prodiguèrent leurs soins.Il semblait heureux de les voir, et conserva sa bonne humeur ordinaire.Le docteur Coderre, qui était présent, m'a raconté que quelqu'un ayant demandé \u201cs'il voulait de la bière\u201d, il répondit: \u201cPourvu que vous ne me mettiez pas dedans.\u201d Le docteur d\u2019Orsonnens, dans l\u2019Union Médicale, rapporte que le docteur Pelletier reçut, avant de tomber dans le coma, la visite du prêtre, qu\u2019il se confessa et fut administré en pleine connaissance.Presque tous les médecins de la ville, et un grand nombre de citoyens étaient réunis pour rendre les derniers honneurs au défunt.ja Faculté de Médecine de l\u2019Université McGill avait suspendu ses.cours, et invité ses élèves à suivre le cortège.Parmi les assistants se trouvait le Dr McDonald, forcé par ses Infirmités à rester dans son traîneau.Or, comme nous contournions le carré Victoria, un cheva emballé renversa la voiture du vieux médecin qui est mort deux Jours après des suites des blessures qu\u2019il avait reçues.Le docteur Coderre, avec qui j'ai eu des rapports presque journaliers pendant plusieurs années, était certainement la figure la plus intéressante des membres de l\u2019Ecole de son temps.Il était de petite taille, toujours vêtu de noir, comme du reste la plupart des médecins de ces temps, très courtois dans son langage, adoré par sa famille, et respecté par tous ceux qui le connaissaient.Il était extrêmement franc; 1l ne cachait jamais sa pensée, et il avait une volonté, comme on le disait, \u201cde fer\u201d.Il avait beaucoup étudié, et il avait une grande admiration pour les Maîtres de l\u2019Ecole française, mais comme beaucoup de vieux médecins, 1l n\u2019aimait pas les nouveautés en thérapeutique.Jusqu'à la fin de sa vie, le docteur Coderre était très opposé au vaccin.Il discutait la question avec son urbanité ordinaire, mais il était inébranlable dans ses convictions.re A L'UNION MÉDICALE DU CANADA 539 Né à Saint-Denis en 1815, il est venu à Montréal dans sa jeunesse, et comme il fallait vivre, il s'est engagé comme commis dans un magasin de la rue Saint-Paul.I] n\u2019avait néanmoins aucun goût pour le commerce, et voulant à tout prix devenir médecin, il s'est préparé pour l'admission à l\u2019étude en sacrifiant nuit après nuit, le repos dont pourtant il avait besoin après les fatigues de la journée.À l\u2019automne de 1838, la révolte contre les autorités s\u2019est produite surtout dans les comtés de Beauharnois, de Châteauguay et de Laprairie.La ville de Montréal était comparativement tranquille, \u201cmais un nommé Comeau, employé comme agent secret, ou détective, par les autorités, poursuivait sans merci tous ceux qu'il croyait sympathiques à la cause des \u201cPatriotes\u201d.Je me rappelle, par exemple, qu'une vieille femme me racontait : qu\u2019elle avait vu Comeau entrer dans l\u2019église Notre-Dame, pendant les Vêpres, pour arrêter le jeune Charles Leblanc, plus tard le shérif de Montréal.Elle ajoutait: \u2018Il aurait bien pu attendre que le monde sorte de l\u2019église.\u201d Comme la plupart des jeunes gens de son temps, le docteur Coderre était un patriote ardent.Avec sa franchise ordinaire, 1l ne dissimulait pas ses opinions.Il ne paraît pas avoir pris part aux événements de 1837, mais c\u2019est en 1838 que lui est arrivée l\u2019aventure que nous allons raconter.Comeau avait des espions partout, et l\u2019on a dû lui rapporter les propos du jeune Coderre, puisque le 6 novembre 1838, à 6 hrs a.m., il pénétra dans sa chambre et lui donna ordre de le suivre.\u2018\u201cPermettez-moi de déjeuner d\u2019abord\u201d, répondit le captif.Comeau consentit et, si je me rappelle bien, se mit à table avec son prisonnier.En parlant de cet incident, le docteur Coderre disait toujours que c\u2019était heureux qu\u2019il eût déjeuné, puisque après le repas 1l fut conduit au Corps de Garde (situé dans le temps entre le Palais de Justice et l'Hôtel de Ville) et y resta jusqu\u2019au soir sans que l\u2019on ait songé à lui donner à manger.À ce propos je pourrais ajouter que les hôtes de Sa Majesté en 37-38 n\u2019étaient ni au Ritz ni au Windsor, car le régime alimentaire, selon M.Borthwich, était d\u2019une livre de pain et d\u2019un gallon d'eau par jour.Or, le soir, escorté de la garde, le jeune Coderre, avec dix autres citoyens de Montréal et cinq cultivateurs de Saint-Athanase, fut conduit à la nouvelle prison du Pied du Courant. 540 L'UNION MÉDICALE LU CANADA Le dimanche précédent, le 4 novembre, l\u2019on écroua 120 prisonniers, presque tous des comtés de Laprairie et de Beauharnois, et parmi eux Cardinal et Duquette, exécutés le mois suivant.Pendant son séjour à la prison, le docteur Coderre m\u2019a dit qu\u2019il avait serré la main du malheureux Charles Hindelang, dont le nom paraît sur les régistres le 13 novembre.L'on sait que Hindelang monta sur l\u2019échafaud le 15 février 1839.Cependant, le nombre toujours croissant des accusés et la difficulté de les loger engagea le Gouvernement d'amener le plus tôt possible les moins compromis devant les tribunaux, et le docteur Coderre réclama une comparution immédiate.Sa conduite en cette occasion dépeint bien son caractère énergique.Un des magistrats était M.Leclaire, le père de feu le docteur Georges Leclaire, secrétaire du Conseil d\u2019Agriculture.S\u2019adressant au prisonnier, il lui dit en français: \u201cDe quoi êtes-vous accusé\u201d \u2014 \u201cCe n\u2019est pas à moi, mais à vous, Messieurs, de me dire de quoi je suis accusé.Je n\u2019en sais rien.\u201d Cette fière réponse embarrassa fort le tribunal.L'on s'attendait à des protestations d\u2019innocence et de loyauté envers la Couronne.Les juges haussèrent les épaules, et restèrent muets pendant quelques instants.Comme le prisonnier, \u2018\u2019ils n\u2019en savaient rien\u2019.\u201cRetirez-vous\u201d, lui dirent-ils enfin, \u2018nous allons examiner votre cas.\u201d L'examen n\u2019a pas dû donner de grands résultats, car le même soir Coderre fut mis en liberté.J'ai lu dernièrement, dans un journal de Montréal, que le docteur Coderre échangea son certificat d\u2019élargissement avec un prisonnier plus compromis.Cela se peut, mais je ne puis que dire que mon vénérable ami ne m'en a jamais parlé, quoique plus d\u2019une fois il me fit le récit des faits tels que je les ai rapportés.Je ne crois pas non plus que le docteur soit allé aux Etats-Unis.Il ne savait pas l\u2019anglais, et s'il avait fait un séjour de quelques années, comme on l\u2019a dit, dans la République voisine, il aurait forcément appris la langue du pays.Le docteur Coderre reçut du Gouverneur Général sa licence en 1544, et en 1846 devint membre de la corporation de l\u2019Ecole.Je crois qu\u2019il a été admis comme professeur de botanique, mais en tout cas, comme le docteur Bibaud est devenu professeur d'anatomie, le docteur Codèrre est passé à la chaire de Matière Médicale qu\u2019il conserva jusqu\u2019à ses dernières années. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 541 I! fut le Secrétaire de l\u2019Ecole, la première fois, du 4 juillet 1859 jusqu\u2019au ler juillet 1861, et de 1880 jusqu'au mois de panvier 1884.Le docteur Boyer, le Secrétaire de la Faculté, enseigna d\u2019abord la Médecine légale, et lorsque les salles de l\u2019Hôtel-Dieu furent ouvertes, en 1850, aux professeurs et élèves de l\u2019Ecole, il fut chargé de la Clinique médicale.Il s\u2019est retiré vers 1854 et il est mort en 1874.Les procès-verbaux, rédigés sur des pages non réglées, sont en général très courts et laissent voir au lecteur que le rédacteur supposait les faits trop connus peur que ce fût nécessaire de les consigner dans les minutes.II parle ainsi d'une lettre de la plus haute importance adressée à l'Ecole par le Président de l\u2019Université McGill, sans faire la moindre allusion à sa teneur; et par conséquent l'historien futur est forcé de conjecturer le contenu, mais ne peut rien dire de certain.Le docteur Trestler, à peine nommé, part pour un voyage à Toronto, laissant ses élèves sans enseignement, et à son retour n\u2019a pas l'air de vouloir reprendre sa chaire.Quelques lettres sont échangées, et M.d'Orsonnens est chargé du cours d\u2019Obstétrique jusqu\u2019à la fin de l\u2019année scolaire.Le docteur E.H.Trudel est resté membre de l'Ecole jusqu\u2019à sa mort en 1883.Comme Président de la Faculté il supporta les premiers coups de la lutte avec Laval.Le 11 mai 1850, le concours fit entrer le docteur d\u2019Orsonnens au Conseil.Le docteur Trudel passa à la chaire d\u2019Obstétrique, et le - nouvel élu le remplaça au Cours de Chimie.Le docteur d\u2019Orsonnens est le dernier des fondateurs de l\u2019Ecole réorganisée et il en est resté membre jusqu\u2019à sa mort en 1892.1 succéda au docteur Pelletier comme Secrétaire en 1878; 1l a été choisi comme Président en 1880, en remplacement du docteur Trudel.[Issu d\u2019une famille noble du canton de Fribourg, en Suisse, son pére est venu au Canada vers 1812 dans le régiment des Meurons ou il avait le grade de capitaine.Les Fribourgeois sont restés catholiques au milieu des cantons voisins qui ont embrassé le calvinisme, et dans sa jeunesse le docteur d\u2019Orscnnens a songé à se faire prêtre.Il a porté pendant quelque temps la soutane.Devenu médecin, il avait une grande clientèle, mais principalement parmi les pauvres, et il excellait surtout comme accoucheur. 542 L UNION MÉDICALE DU CANADA Comme professeur de Chimie, il avait une connaissance théorique de la science telle qu\u2019elle était dans son temps, mais au point de vue pratique, surtout devant ses élèves, ses expériences se terminaient souvent par des explosions.Il s\u2019excusait toujours avec: \u201cMais, pourtant, cela ne devait pas arriver.\u201d Gentilhomme de vieille école, il était toujours digne et courtois, méme au milieu des situations les plus difficiles.Je me rappelle certaines séances du Conseil où il avait affaire à un collègue parfois intraitable, et à d'autres qui opposaient ses propositions avec trop d\u2019ardeur, mais il ne se démentait jamais, et répondait toujours avec politesse et modération.\u2018Lors de la rupture avec Laval, il fit un voyage à Rome pour réclamer justice auprès des autorités, et les mémoires qu\u2019il a adressés aux Cardinaux sont des modèles de clarté et d\u2019élégance de style.Il ne réussit pas, mais il créa une impression si favorable, néanmoins, qu\u2019il est revenu chevalier de Saint-Grégoire.Comme Président il a conduit notre Institution à travers la tourmente de 1883.Je me rappelle encore de sa fermeté, de la dignité et du courage qu\u2019il savait inspirer à ses collègues parfois démoralisés, et il eut la joie de recevoir le fameux câblogramme du Cardinal Simeoni qui sauva l'Ecole.Je termine ici ce long chapitre où j'ai fait moñ possible pour faire revivre les personnalités de ce groupe de fondateurs de l\u2019Ecole réorganisée.Ceux qui les ont connus comme moi ne sont pas nombreux, bientôt il n\u2019y en aura plus, et c\u2019est pour cette raison que je me suis efforcé de les faire connaître à leurs successeurs. LES GROS REINS Par OSCAR MERCIER, De la Faculté de Médecine de Paris, Assistant étranger au service d'Urologie de l\u2019hôpital Lariboisière de Paris, Assistant-chirurgien au service d'Urologie de l'hôpital Notre-Dame de Montréal.La perception d\u2019une masse au niveau de la région lombaire est un symptôme fréquent en urologie.Important par sa fréquence, il l\u2019est encore du fait qu\u2019il existe parfois seul sans aucun autre trouble.En présence d\u2019une tumeur lombaire, le médecin doit se demander si elle représente un rein augmenté de volume et quelle est la nature de ce gros rein.La palpation, qui mettra en évidence les caractères physiques de la masse, les symptômes de l\u2019évolution de l'affection permettront presque toujours de poser un diagnostic exact.Les méthodes spéciales d\u2019exploration, le cathétérisme des uretères, la radiographie et la pyélographie seront des adjuvants précieux là où la clinique est insuffisante à résoudre le problème.Pour paiper le rein, on aura recours au procédé classique, dit de Guyon (fig.1).Le malade est étendu sur le dos en position horizontale, les jambes sont fléchies sur les cuisses et écartées en dehors pour obtenir le relâchement des muscles abdominaux.Le médecin se tient du côté qu\u2019il veut explorer.Une main se pose à plat dans la région lombaire, l\u2019extrémité des doigts se plaçant dans l\u2019angle costo-lombaire.L'autre main est appliquée en avant parallèle à la ligne blanche, les doigts étant sous le rebord costal.La main qui est sur l\u2019abdomen déprimera la paroi en arrière et en haut sous les côtes au moment de l'inspiration.Pendant l\u2019expiration, elle maintiendra la région déprimée.La main postérieure exerce une pression continue; elle apprécie la contracture des muscles lombaires et la plénitude de cette région et elle tend à refouler le rein en avant.Normalement, les reins ne sont pas perçus à la palpation.Tout au plus pourrait-on sentir, chez des sujets très maigres, le pôle inférieur du rein droit.Un rein moyennement gros possède certains caractères physiques (1) Extrait de Séméiologie urinaire, par Oscar Mercier.A.Legrand, éditeur, 93 boulevard Saint-Germain, Paris.(Sous presse) I | , = È 544 L'UNION MÉDICALE DU CANADA qui permettent de l'identifier.La main postérieure le sent facilement { sous forme de plénitude de la région, sans que la main antérieure ne Ÿ refoule la masse en arrière.Ce premier caractère indique que la | tumeur est lombaire.De plus, elle possède le ballottement rénal.La nression en arrière dans la région des lombes la refoule facilement Figure 1: Palper rénal par la méthode de Guyon.i en avant au contact des doigts.Pendant les mouvements de la respiration, le gros rein subit un déplacement d\u2019élévation et d\u2019abaissement en rapport avec l\u2019inspiration et l\u2019expiration.Cependant, la L'UNION MEDICALE DU CANADA 545 mobilisation se limite au ballottement et au déplacement respiratoire.La forme générale est arrondie sans bord tranchant.Enfin, la percussion antérieure montre qu\u2019il existe en avant une zone de sonorité, due au refoulement antérieur des côlons.Une insufflation d\u2019air par le rectum mettra en évidence, dans les cas douteux, cette particularité.Ÿ 8, | I ÿ J sy | M Figure 2: Palper rénal par-la méthode de Glénard.Lorsque l\u2019augmentation de volume du rein est considérable ou lorsque le rein est gros et flottant, les caractères sont moins évidents; la masse devient abdominale.Cependant, si on la refoule dans la 546 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA région lombaire, elle est alors barrée par une zone de sonorité.De plus, le gros rein flottant, après remise en place dans la loge rénale, y restera tant que le malade ne fera pas de mouvements.De nombreuses tumeurs et augmentations de volume des organes avoisinants peuvent être confondues avec un gros rein.Le gros foie sera reconnu par son bord tranchant et par son absence de contact lombaire; la recherche de la matité hépatique indiquera l'augmentation de volume du foie.Les kystes hydatiques et les tuméfactions de la vésicule biliaire sont d\u2019un diagnostic plus délicat.Leur surface arrondie se rapproche de celle du rein.Néanmoins, ces masses ne possèdent aucun contact lombaire, et, même si on parvient à les refouler dans la région lombaire, elles s'en échappent aussitôt que la pression exercée par la main cesse.[De plus, la percussion met en évidence leur matité.Lorsque le kyste hydatique se développe en arrière, il va parfois occuper la région lombaire.La palpation est alors le plus souvent impuissante à trancher la question.La masse possède le contact lombaire et est limitée en avant par une zone de sonorité.La radiographie, le cathétérisme des uretères et la pyélographie seront alors les seuls moyens capables d'éliminer une affection rénale.Une grosse rate et les tumeurs spléniques sont reconnues par la palpation du bord tranchant et crénelé.Il n\u2019existe pas de sonorité antérieure et la matité se continue directement avec celle de la rate.Enfin, la main postérieure ne perçoit aucune plénitude lombaire.Corime pour le foie, les kystes spléniques qui se développent en arrière du ligament gastro-splénique sont d\u2019un diagnostic fort difficile par la palpation.Les moyens spéciaux d\u2019exploration permettront d'\u2019arriver à une conclusion certaine.Les tumeurs des angles coliques, le diverticule de Meckel peuvent être confondus avec un gros rein.Elles sont nettement abdominales, ne peuvent être senties par la main postérieure et elles s'accompagnent de phénomènes intestinaux.Les abcès froids lombaires consécutifs à un mal de Pott fruste sont d\u2019un diagnostic très difficile du fait de l'absence ou de l'existence peu marquée des troubles vertébraux.Ces abcès peuvent présenter tous les caractères cliniques du gros rein.Cependant, leur rénitence ne permêttra guère de les confondre qu\u2019avec les kystes du rein.Un >xamen attentif du rachis et une radiographie qui montrera la lésion vertébrale les feront connaître.ne.2, - eam L'UNION MÉDICALE DU CANADA 547 Les tumeurs de la queue du pancréas peuvent provoquer des erreurs de diagnostic.Il existe une zone de sonorité antérieure, mais elle siège sur le bord externe de la masse presque en dehors d'elle, la tumeur ayant refoulé le côlon en dehors.De plus, la masse est plus interne que le gros rein et ne possède pas un contact lombaire et un ballottement net.Un rein très gros et un rein flottant par le fait de leur situation abdominale peuvent être confondus avec les kystes et les tumeurs pédiculés de l\u2019ovarre, avec les kystes du mésentère et avec les tumeurs de l\u2019épiploon.L'erreur sera facilement évitée dans la majorité des cas.Pour le gros rein, il suffit de le refouler vers la région lombaire pour le voir traversé par une zone de sonorité.De plus, le gros rein flottant se laisse sans difficulté replacer dans la loge rénale et n\u2019a pas de tendance à revenir là où il était.Au contraire, les tumeurs des autres organes, si elles ont pu être repoussées dans la région lombaire, n\u2019y restent pas dès qu\u2019on cesse la pression.Dans la majorité des cas, le contact lombaire, le ballottement rénal de la masse et la sonorité qui siège en avant d\u2019elle permettent d'affirmer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un rein augmenté de volume.Néanmoins, le diagnostic peut être hésitant.Certains moyens spéciaux d\u2019exploration viendront en aide.Parmi ceux-ci, le plus simple qui est à la portée de tous les médecins est la radiographie.Fréquemment un cliché radiographique bien fait, pratiqué au besoin avec un localisateur, mettra en évidence'les contours du rein, tout au moins du pôle inférieur.Dans certains cas, chez les sujets obèses, il y aurait avantage à radiographier le rein après insufflation de gaz dans la loge rénale selon la méthode de Carelli.Il faut toutefois avouer que cette méthode trouve de rares indications, si la radiographie simple est bien faite après avoir purgé le malade.le cathétérisme des uretères, en montrant une dilatation du bassinet ou une différence dans les éliminations fonctionnelles de chaque rein, servira encore à indiquer la présence d\u2019un gros rein pathologique.Chez quelques malades, il peut être nécessaire de recourir à la pyélographie, qui montrera une modification pathologique du bassinet et des calices.Si le diagnostic, malgré ces moyens spéciaux d\u2019exploration, ne peut être précisé, ce qui est l'exception, il faut recourir à une lombotomie exploratrice plutôt qu\u2019à une ponction.Celle-ci peut être dangereuse, s\u2019il s\u2019agit d\u2019un kyste hydatique. 548 L'UNION MEDICALE DU CANAD?Lorsqu\u2019on a acquis la certitude que la masse lombaire représente un rein, il reste à préciser la nature et la cause de son augmentation de volume.Diagnostic de la nature du gros rein Cliniquement le gros rein se présente sous plusieurs aspects.Dans une première catégorie, la masse lombaire est l\u2019unique symptôme physique.Un deuxième groupe comprend les cas où la tumeur s'accompagne d\u2019hématurie.Enfin, dans la troisième catégorie doivent Être classés les malades qui en plus du gros rein ont de la pyurie.a) Tumeur: Il est encore assez fréquent d'observer comme unique symtôn:e d'une affection \u2018rénale l\u2019augmentation de volume du rein.Ce symptôme existe souvent isolément sans aucune trouble fonctionnel, et est mis en évidence à l\u2019occasion d\u2019un examen général.Parfois il s'accompagne ou a été précédé de douleurs lombaires.Le cancer du rein.a, dans quelques cas, pour seule manifestation un gros rein, Brasch a rencontré ce fait dans 15% des malades qu\u2019il a étudiés, Il peut être alors difficile de poser un diagnostic affirmatif par la simple palpation rénale.La consistance de la tumeur est ferme et à surface assez régulière.En somme, les caractères de la masse lombaire ne présentent aucune particularité qui puisse permettre d\u2019en affirmer la nature cancéreuse.Tout au plus, la consistance ferme pourra aider à éliminer les kystes du rein qui sont rénitents, presque fluctuants.La présence d\u2019un varicocèle, surtout s\u2019il est constaté à droite, éveillera l\u2019idée vers le cancer du rein.Il aidera à poser un diagnostic, s\u2019il est de date récente.L'unilatéralité de la tumeur fera éliminer le rein polykystique.La radiographie montrera l\u2019absence de calculs rénaux.L'examen devra parfois être poussé plus avant et c\u2019est alors que le médecin aura recours à l\u2019urologue.Celui-ci résoudra le plus souvent le problème par ses moyens spéciaux d\u2019exploration rénale.Ile cathétérisme des uretères, la mensuration de la capacité pyélique et au besoin la pyélographie seront employés pour arriver à un diagnostic précis.D'ailleurs, le cathétérisme des uretères sera toujours nécessaire pour apprécier la valeur fonctionnelle du rein sain, afin de poser les indications opératoires.Lorsque l'augmentation de volume du rein a pour cause un cancer du rein, l'examen des urines divisées est caractéristique.Le rein came an ama aa L'UNION MÉDICALE DU CANADA 549 malade présente une chute de toutes les éliminations, plus ou moins marquée selon l\u2019étendue du processus cancéreux.La pyélographie fournit une image particulière.Le bassinet et l\u2019uretère sont déformés .par la masse.Dans les tumeurs du pôle inférieur l\u2019uretère se rap- Figure 3: Pyélographie d\u2019un cancer du rein.proche du rachis et décrit une courbe à concavité externe.De plus, et c\u2019est là le point particulier, un ou plusieurs calices sont amputés par le cancer et n\u2019apparaissent pas sur l'image pyélographique (fig.3). 550 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Le rein polykystique est facilement reconnu par l'examen clinique en raison de sa bilatéralité.Cependant, dans quelques rares cas, l\u2019augmentation de volume est si peu marquée d\u2019un côté que la palpation ne peut nettement la mettre en évidence.Le cathétérisme Figure 4: Pyélographie de reins polykystiques.des uretères montre alors une conservation des éliminations uréiques et chlorurées.Mais il existe une polyurie plus ou moins marquée et une chute de I'élimination de la phénol-sulfone-phtaléine dont le taux est en rapport avec le nombre de kystes ou avec les lésions de L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 551 néphrite concomitantes.La pyélographie est d\u2019un secours encore plus précieux.Elle montre des calices et un bassinet de configuration génerale normale, mais très allongés (fig.4).Les calculs avec gros rein seront soupçonnés, si le malade présente des douleurs lombaires que les mouvements augmentent.Une radiographie les confirmera.Les bydronéphroses fermées ont fréquemment pour unique signe physique \"augmentation de volume du rein.Les douleurs survenant par crises et surtout la variation de volume de la masse lombaire, sa disparition accompagnée de polyurie mettront en éveil l\u2019attention \u201cet permettront de reconnaître ces rétentions pyéliques.La cathétérisme des uretères qui videra le bassinet et indiquera sa distension confirmera le diagnostic.Une pyélographie démontrera péremptoirement l\u2019existence de l\u2019hydronéphrose.C\u2019est encore la variation de volume de la masse lombaire qui permettra de reconnaître les pyonéphroses fermées.D'\u2019ailleurs, celles- ci s'accompagnent, dans la majorité des cas, d\u2019élévation thermique.Lorsque les pyonéphroses sont fermées, il ne faut pas compter sur l'examen des urines totales pour les identifier.Celles-ci sont souvent limpides.Elles contiendront du pus lorsque la rétention purulente sc vide.L'\u2019élévation thermique tombe alors et la masse lombaire diminue de volume.Le cathétérisme des uretères sera encore le moyen nécessaire pour confirmer leur existence.Les tumeurs solides paranéphritiques, développées aux dépens, soit de la capsule fibreuse du rein, soit de son enveloppe celluio- ac\u2018ipeuse ne peuvent qu\u2019exceptionnellement être distinguées cliniquement du cancer du rein.Elles ne présentent, en effet, d\u2019autres symptômes que l'augmentation de Volume du rein.Le cathétérisme des uretères et la pyélographique, en indiquant les éliminations - rénales normales et des calices normaux, permettront le diagnostic.Souvent, celui-ci ne sera confirmé que par une lombotomie exploratrice.Les kystes du re:n, soit le grand kyste unique, soit le kyste hvdatique seront suspectés, lorsque la tumeur lombaire a une consistance rénitente, parfois fluctuante.Le caractère physique de la masse et l'exploration fonctionnelle des reins, qui est normale feront, d\u2019une façon générale, trancher la question.On se doutera du kyste hydatique, lorsque le malade présente de l\u2019urticaire.Un rein unique peut être gros en raison d\u2019une hypertrophie congénitale.Le cathétérisme des uretères qui montrera l\u2019absence 552 L'UNION MÉDICALE DU CANADA d\u2019un orifice urétéral ou l\u2019absence de sécrétion de l\u2019autre côté le fera reconnaître.b) Tumeur et hématurie : Lorsque la tumeur s'accompagne d\u2019hématurie, le diagnostic devient plus simple.La présence de sang dans les urines indique nettement que la lésion siège au rein ou au bassinet.On élininera ainsi d'emblée les tumeurs paranéphritiques et même les kystes rénaux.Il restera donc à distinguer ?le cancer le rein polykystique le calcul avec gros rein l\u2019'hydronéphrose les tumeurs du bassinet Le cancer s'accompagne d\u2019hématurie totale, insidieuse et spontanée, capricieuse et intermittente.Celle-ci a une tendance à augmenter au fur et à mesure de son évolution.L'apparition du sang dans les urines à l\u2019occasion des mouvements, des promenades et du travail, sa diminution au repos doivent faire penser au calcul.L'hématurie du rein polykystique peut affecter les caractères de celle du cancer.La bilatéralité de la tumeur et les moyens spéciaux de diagnostic dont nous avons parlé permettront de le distinguer.Les symptômes les plus fréquents des tumeurs du bassinet sont l\u2019hématurie et l'augmentation de volume du rein.La concomitance de polypes de la vessie éveillera l'attention.Le cathétérisme des uretères les fera reconnaître.On les affirmera, lorsque la sonde urétérale ne ramène une urine sanglante qu\u2019au niveau du bassinet.l'évacuation en quantité considérable d\u2019un liquide uro-sanglant en rétention dans le bassinet les fera encore diagnostiquer.c) Tumeur et pyurie : Lorsqu\u2019a l\u2019augmentation de volume du rein s'ajoute de la pyurie, le diagnostic doit s'orienter vers la recherche d\u2019une cause inflammatoire.Il est certain que tous les processus néoplasiques peuvent s'accompagner de phénomènes infectieux surajoutés.Ce fait n\u2019est pas pour simplifier le diagnostic, mais il faut dire qu\u2019il est peu fréquent de voir s\u2019adjoindre aux lésions néoplasiques des lésions inflammatoires.Quoi qu\u2019il en soit, le médecin devra penser à cette complication.\u2019 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 553 D'une façon générale, en présence d\u2019un gros rein et de pyurie il faudra distinguer : les pyonéphroses banales ou tuberculeuses, les calculs infectés avec gros rein, la pyélonéphrite.I] est parfois difficile de distinguer cliniquement une pyélo- néphrite aiguë d'une pyonéphrose.Cependant, d\u2019une façon générale, la pyonéphrose s'accompagne de symptômes généraux plus intenses et la pyurie est beaucoup plus abondante.De plus, elle apparaît à la suite d\u2019une longue période d\u2019inflammation du rein, tandis que la pyélonéphrite aiguë s\u2019installe d\u2019emblée chez un sujet antérieurement sain.Le cathétérisme des uretères aidera à les distinguer.Dans la pyélonéphrite aiguë, les éliminations du rein malade restent normales, tandis que la pyonéphrose produit une diminution du fonctionnement rénal, d'autant plus marquée que la destruction du tissu propre du rein est plus prononcée.De plus, la pyurie est de beaucoup plus intense dans la pyonéphrose.La nature de la pyonéphrose sera reconnue, soit par l\u2019examen clinique du malade, soit par la radiographie.La concomitance d\u2019antécédents ou d'autres lésions tuberculeuses doit en faire soupçonner la nature bacillaire.Un cliché radiographique mettre en évidence les calculs. SUR L\u2019ÉTAT D\u2019ESPRIT DES TUBERCULEUX (1) Par le Docteur PAUL DUFAULT, Rutland State Sanatorium.Il m\u2019est facile d\u2019imaginer qu\u2019en venant ici ce soir, plusieurs d\u2019entre vous sont curieux de savoir quel va être la substance de cette causerie, et je dois admettre que je fus aussi étonné au premier abord lorsque le surintendant me demanda de parler sur l\u2019état d'esprit des tuberculeux.Seulement un instant de réflexion suffit à nous faire comprendre qu\u2019un tel sujet est tout à fait indiqué et peut être utile; 1l est en effet du domaine de la médecine tout autant que l\u2019auscultation de vos poumons; car, comme vous le savez probablement, il y a ce qu'on appelle la science de la médecine et l\u2019art de la médecine, ou si vous aimez mieux, il y a en médecine le côté matériel et le côté spirituel.La Science de votre médecin lui permettra de diagnostiquer votre maladie et de vous enseigner le moyen d\u2019en guérir; par son Art seulement, il sera en mesure de connaître vos dispositions, vos ressources morales et le degré de coopération qu\u2019il peut attendre de vous.Ilustrons cette explication trop didactique par un exemple pris dans le traitement de la maladie qui vous concerne et vous intéresse : la tuberculose.~ A votre arrivée au sanatorium, votre médecin prit votre histoire de famille, l\u2019histoire de votre passé, et termina son enquête par un compte rendu aussi fidèle que possible des différentes étapes de votre maladie actuelle; il passa ensuite à l'examen de vos poumons, et vous envoya finalement à la chambre des Rayons X.De cette enquête minutieuse, de cette auscultation sérieuse, de cette plaque radio- graphique est sorti le diagnostic.Votre médecin fut alors en mesure de veus dire que vous étiez tuberculeux ou tuberculeuse; il put juger à quel type de tuberculeux vous apparteniez; il put vous dire que votre lésion était aiguë ou chronique, récente ou ancienne, active ou inactive; il savait dès lors quelles étaient vos chances de guérison et il vous traça sur l\u2019heure une ligne de traitement à suivre.Jusqu'ici votre médecin n\u2019avait fait usage que de sa science.Le moment était arrivé pour lui d'appliquer son art.(1) Intéressante causerie destinée aux patients du Rutland State Sanatorium par un de nos anciens élèves, médecin résident. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 555 Supposons un moment que le docteur se -fût contenté de vous dire: \u201cMon cher ami, vous faites de la tuberculose et pour en guérir, il va vous falloir rester au lit pour un temps indéfini; six mois, un an, deux ans.\u201d Le cas eut été vite réglé mais que serait-il arrivé ?Sur cent patients, soixante-quinze auraient dit: \u2018Merci, Docteur, et au revoir\u201d mais 1ls seraient retournés à l\u2019ouvrage le jour suivant; ils auraient dit à qui eut voulu les entendre que leur médecin avait prescrit un traitement impossible et qu\u2019il est insensé de passer un an au lit alors qu'on se sent en parfaite santé.Les vingt-cinq pour cent qui restent, ayant de meilleures dispositions et un meilleur caractère, suivront un tel avis; mais après un certain temps ils abandonneront la cure de repos, et cela pour deux raisons: ou bien, ils ne verront pas immédiatement les effets du traitement et perdront courage; ou bien ils se sentiront tellement mieux qu\u2019ils se croiront guéris.Cet exemple suffit à démontrer que la Science seule ne fait pas le médecin et que son devoir ne finit pas, mais commence avec le diagnostic et dure aussi longtemps que le traitement lui-même, quel que soit ce dernier.Et quand il s\u2019agit de tuberculose, un médecin, quelles que soient sa science et son habileté à faire un diagnostic précoce, n\u2019a absolument rien fait s\u2019il ne peut convaincre son patient que le traitement fidèle et prolongé est la condition sine qua mon de sa guérison.Avec la cure commence la tâche parfois ardue du soutien moral; et pour cette partie si importante de la science médicale, le médecin est laissé à ses propres ressources; très peu ou rien du tout à ce sujet n\u2019est dit dans leurs gros livres.Chacun est laissé à ses ressources psychologiques personnelles.Si vous vous souvenez, et sûrement vous vous en souvenez, le jour de votre admission au Sanatorium, votre médecin vous adressa quelques mots en ce sens: \u2018Vous aurez à garder le lit pour un temps dont je ne puis encore fixer la limite: il est possible que le découragement ou l\u2019ennui s'emparent de vous par moments, mais ça passera; travaillez avec nous, soyez patient et courageux et finalement vous serez le vainqueur.\u201d Quand on vous amena à la clinique quelques jours plus tard, on vous répéta les mêmes paroles.Chaque fois que vous avez un examen périodique, les mêmes recommandations vous sont données en d\u2019autres termes.Ce n\u2019est certes plus nouveau alors, mais c'est toujours aussi utile Et à ces causeries, dans la salle commune, vous recevez beaucoup plus de l\u2019Art que de la Science médicale. 556 L'UNION MÉDICALE DU CANADA I1 me serait particulièrement agréable ce soir de vous confier quelques idées qui me sont venues à l'esprit depuis quelque temps.Je suis absolument convaincu qu'une causerie du genre de celle-ci peut vous faire quelque bien; et la raison en est simple.La nature et le repos auront soin de vos poumons, mais le traitement étant long et monotone, les résultats obtenus n\u2019était pas toujours rapides et faciles à constater, comment va se comporter votre courage ?L\u2019imagination et l\u2019esprit si actifs, si constamment en éveil, si facilement inquiets ne peuvent être mis au repos comme le corps.Et s\u2019il est facile de dire à un patient de se mettre au lit et de tout oublier excepté son traitement, il n\u2019est pas du tout facile pour le patient d\u2019obéir.Essayons de trouver ensemble ce que sont vos pensées et ce qu\u2019elles devraient être à l\u2019égard du passé et de l'avenir et aussi durant votre séjour au Sanatorium.I Le Passé et le Futur Pour prendre la cure chacun de vous eut à abandonner son travail et ses affaires, chacun dut oublier temporairement ses plans, ses projets, ses ambitions, car chacun a des plans, chacun a un but.S\u2019il était possible d\u2019arrêter ici et là différentes personnes dans les foules affairées de nos grandes villes et de demander à ces personnes la raison de leur hâte, chacune d\u2019elles donnerait sûrement une réponse différente, mais chaque réponse révélerait un but immédiat, un but éloigné.Nous nous pressons sur le chemin de la vie comme les foules se pressent dans les rues encombrées; et quelque bon jour, peut-être justement parce que vous vous pressiez trop, vous avez été arrêté par une personne inattendue, tres malvenue, nommée la Tuberculose; et oubliant forcément le but de votre course nonobstant l'importance de vos affaires, il vous fallut arrêter.Aussi n'est-il pas étonnant que vous pensiez a ce que vous avez laissé derrière vous, n\u2019est-il pas étonnant que vous deveniez quelauefois impatients; mais à vos heures sombres, de grâce, n\u2019oubliez jamais que le Sanatorium n\u2019est pas l\u2019enfer de Dantes, songez que vous-n\u2019êtes pas ici pour toujours et sans espérance, au contraire, vous n'êtes venu a Rutland que pour vous reposer un certain temps.Abrégez votre séjour dans la mesure de votre possible en étant fidèle à la cure.dam, ler L'UNION MÉDICALE DU CANADA 557 Maintenant qu\u2019avez-vous laissé derrière vous ?Un commerce ?\u2014 Une personne de confiance en prendra soin durant votre absence.Recouvrez votre santé et vos clients reviendront à votre boutique ou à votre magasin quand vous y retournerez.Supposons même que votre commerce souffrirait de votre absence, pourquoi vous décourager; vous l'avez établi une première fois, qui vous empêcherait de faire de même une seconde fois en profitant de votre expérience © Et si vous perdez un peu d\u2019argent dans l'intervalle, votre santé en vaut la peine.Abandonner vos affaires est sage.Sans le traitement, sans la cure, combien de temps pourrez-vous tenir ?Certes, l'argent est une chose utile, mais il ne remplace pas tout, et pour jouir de la vie, la santé est plus nécessaire que la richesse.Avez-vous dû quitter une épouse, ou un mari et des enfants ?Si tel est le cas, vous avez toute ma sympathie.Mais même à vous je dirai: \u201cN'abandonnez pas la cure; restez avec nous pour un temps et cela dans votre propre intérêt et dans l\u2019intérêt de votre famille.Dans votre propre intérêt.Le Sanatorium est l\u2019endroit unique pour vous, père et mère de famille, le seul endroit où il vous soit possible de prendre la cure de repos effectivement.Si vous restez chez vous, vous, le père, vous ne pourrez résister à la tentation d\u2019aider votre femme au soin de la maison et des enfants.Vous aurez à tenir compagnie aux visiteurs, vous serez tenté de sortir pour les emplettes quotidiennes, etc, etc.et après six mois OU UN an vous n\u2019aurez rien gagné, au point de vue santé; heureux serez-vous si vous n\u2019avez rien perdu.Quant à vous, mère de famille, les conditions du traitement à domicile sont encore plus mauvaises Comment pourriez-vous supporter que votre mari fasse l'ouvrage à la maison et pourvoie à l\u2019entretien des enfants après sa journée de labeur?Il y aura probablement de la poussière sur les meubles et quelques plats sales sur la table; et d\u2019avoir ces choses sous les yeux tout le jour vous rendra tellement nerveuse que finalement vous quitterez votre lit pour tout remettre en ordre.Et les enfants, ignorants de votre condition de santé, ne seront pas sans vous demander l\u2019une ou l\u2019autre des mille choses dont ils ont toujours besoin et vous aurez encore à vous lever.Ajoutez à cela la dépression morale résultant du mauvais état des choses autour de vous et il vous sera facile d'imaginer de quel avantage il serait pour vous de prendre la cure dans de pareilles conditions.J'ai ajouté: \u201cRestez ici pour l\u2019amour des vôtres.\u201d Chez- 558 L'UNION MÉDICALE DU CANADA vous, vous, vous seriez une charge de plus sur les bras de votre mari ou de votre femme, tandis qu'ici on a soin de vous sans qu\u2019il vous.en coûte beaucoup.Mais surtout, pensez a vos petits.Vous ne voudriez pour rien au monde, j'en suis sûr, les voir devenir tuberculeux vers l\u2019âge de seize à dix-huit ans et les voir passer par le chemin que vous avez à parcourir.Le meilleur moyen d\u2019éviter une telle éventualité est de rester loin d\u2019eux au moins aussi longtemps que votre maladie semble active et que votre expectoration contient le bacille T.B.Vous.pouvez dire que cela n\u2019est pas facile à faire et que je ne sais ce que je dis.J'admettrai que je ne vaux guère mieux que la grande majcrité des gens et qu'il peut m\u2019arriver souvent de parler sans connaissance de cause, mais dans ce cas-ci, j'ai quelque expérience.Plus d\u2019une fois ai-je vu des hommes puissamment bâtis et encore dans toute leur force, pleurer misérablement en pensant aux êtres.chers abandonnés là-bas quelque part, et, prenez-en ma parole, c\u2019est un spectacle qui fait mal au cœur.Mais dans presque chaque cas, j'ai vu le patient reconquérir sa tranquillité d'esprit et regagner son courage après quelques semaines de repos, à la constatation que la santé lui revenait et que les siens ne manquaient de rien.À qui encore avez-vous dû dire au revoir avant de partir pour le Sanatorium ?A un fiancé ou a une fiancée ?Cela vous fait rire ce soir, mais êtes-vous bien certains que cela ne vous a pas fait pleurer quelqu\u2019un des jours ou quelqu\u2019un des soirs qui ont suivi votre admission 7 Or quand je vois des yeux en larmes, je suis sûr que derrière ces larmes, il y a une souffrance quelconque et peu m'importe quelle en est la cause.Si vous avez pleuré au sujet de votre ami ou de votre fiancée que vous croyiez perdu, vous avez dû.être malheureux et à ce moment votre malheur vous parut aussi vrai et aussi complet que les plus grands chagrins imaginaires.Rien de difficile et de délicat comme de panser une plaie du cœur, et je crains de le tenter.Laissez-moi seulement vous donner un conseil.De deux choses l'une.Votre ami vous sera fidèle ou vous abandonnera.S'il est fidèle, il vous attendra et sera le même le jour- où vous quitterez l'institution avec un cas inactif ou arrêté que le jour où vous y êtes entré.S'il n\u2019est pas fidèle et vous abandonne, dites-vous qu\u2019il vaut mieux qu\u2019il en soit ainsi aujourd\u2019hui que plus tard si telles sont ses dispositions.Je me suis adressé particulièrement à mes auditrices; que mes auditeurs changent les genres et ce que j'ai dit s\u2019applique- 2 8 uaa L'UNION MEDICALE DU CANADA 559 à eux.Si vous êtes abandonné vous serez sûrement très malheureux tout d\u2019abord, c\u2019est inévitable; mais le grand guérisseur de tous maux qu\u2019est le Temps vous sera secourable comme il le fut au cours des âges à tous les cœurs brisés; et nombreux ont-ils été, depuis le commencement de ce vieux monde qui, en dépit de l\u2019électricité, en dépit des automobiles, des aéroplanes et des radios n\u2019a pas du tout changé dans le domaine de l'amour.Et un beau matin, \u2018après quelques sombres et interminables jours, vous serez tout à fait étonné de découvrir que le soleil, qui vous semblait disparu à jamais, est toujours aussi brillant dans un ciel aussi bleu; que ses rayons sont aussi chauds et aussi caressants, que les arbres et les fleurs répandent le même parfum enveloppant; qu\u2019il fait encore bon de respirer et de vivre; et tôt ou tard (ceci varie un peu avec les tempéraments) vous vous apercevrez qu'il y a encore de-ci ,de-là, quelques jolies demoiselles pour vous, messieurs, et quelques grands garcons intéressants pour vous, mesdemoiselles.Allez-vous me dire maintenant que vous avez dû quitter un joli et confortable chez-vous ?Vous ne pouvez exiger que tout soit ici aussi accommodant que dans votre propre maison, mais les conditions de vie au Sanatorium sont tout à fait convenables; et vous ne devez pas oublier qu\u2019après tout vous n\u2019êtes ici que pour un temps plus cu moins court.Vous surprenez-vous maintenant à penser a l'avenir 7 Rappe- lez-vous le vieux dicton: \u201cA chaque jour suffit sa peine\u201d.Au cours de cette longue et souvent fatigante étape qu\u2019on appelle la vie, vous avez dû laisser les autres vous devancer et il vous a fallu vous reposer un peu.Qu\u2019importe si les autres continuent.Reposez-vous aussi longtemps qu\u2019il le faudra et quand vous serez prêts à repartir, il y aura encore place pour vous dans les rangs.Vous aurez peut-être désormais à marcher un peu moins vite que la foule, mais à la fin, vous vous rendrez tout aussi loin.II Que faire durant la cure ?Chez l\u2019être humain, l\u2019esprit étant inséparable de la matière, l\u2019âme inséparable du corps, il est évident que l'être spirituel a une certaine influence sur l\u2019être matériel et que l\u2019état d\u2019esprit d\u2019un patient est en relation intime avec son état de santé et vice versa.Or, durant ces longs jours, ces longues semaines, ces longs mois de 560 L'UNION MÉDICALE DU CANADA repos au lit qu\u2019adviendra-t-il de l\u2019état d\u2019ame des patients ?Question assez difficile à résoudre.Essayons un peu ensemble.Dormez et rêvez toute la nuit et tout le jour si vous le pouvez; ne vous inquiétez pas des repas; quelqu'un vous éveillera en temps.On peut s'entraîner au sommeil cu tout au moins a la somnolence prolongée; et après un essai consciencieux et persistant vous serez vous-même étonné de votre succes.J'ai remarqué que dans certaines salles, à n'importe quelle heure du jour, la majorité des patients semblent dormir; peut-être ne dorment-ils pas très profondément, mais au moins, ils ne bougent pas et leurs yeux sont clos; il est fort possible qu\u2019ils ne soient fermés qu\u2019au monde extérieur et grands ouverts sur leurs pensées et perspectives intérieures.Pas la moindre objection à ceci pourvu que votre.imagination suive des sentiers faciles et agréables.S'il en est ainsi, je dirai: \u201cContinuez aussi longtemps qu'il vous plaira.\u201d Bâtissez d'innombrables châteaux en Espagne, créez toutes les fantaisies possibles et impossibles.Laissez votre imagination errer sans contrôle, vous en avez tout le temps.Et dans l'intervalle vos poumons seront au repos, les tubercules se calcifieront, la sclérose s'organisera et le jour venu, votre médecin vous éveillera de votre léthargie, vous dira que vous êtes guéris, que l\u2019époque des rêves est passée et que vous êtes prêts à reprendre contact avec la vie et ses réalités.Lisez.ll est devenu banal de répéter que les livres sont nos plus fidèles amis, et que nous pouvons toujours compter sur eux.Nous les oublions, nous les négligeons absolument pour des mois, mais arrive un de ces jours sombres et pluvieux comme en connaissent tous les étés, arrivent les interminables soirs d'hiver, vienne une maladie qui nous immobilise temporairement, nos vieux amis, les livres, nous reviennent en mémoire.Retournons à l\u2019étagère où ils ont été abandonnés sans soins et sans attention durant des mois, enlevons la poussière qui les recouvre et comme jadis ils nous feront paraître courtes et agréables des heures qui autrement seraient si jongues et parfois si tristes.La lecture est un puissant moyen de distraction et d\u2019oubli, et l\u2019oubli est ce qu\u2019il faut à chacun de nous en certaines occasions.Lisez des revues scientifiques si vous vous en sentez le goût, mais ne vous fatiguez pas.Si vous préférez des sujets légers: littérature, poésie, fiction, c\u2019est encore très bien.Soyez optimistes; voyez les choses du bon côté.Je sais que cela dépendd beaucoup du tempérament et des dispositions intimes; mais l\u2019entraînemert et j'ajouterai l'imitation peuvent vous être d'un L'UNION MÉDICALE DU CANADA 561 grand secours pour corriger une tendance naturelle à la mélancolie.L\u2019optimisme est en quelque sorte communicable et vous avez remarqué vous-même, j'en suis sûr, qu'il suffit d\u2019un seul roger-bon- temps, d\u2019un seul gai compagnon pour changer l\u2019atmosphère de toute une salle.Malheureusement, l'opposé est vrai, et un seul professeur de pessimisme peut aussi avoir une influence déprimante sur son entourage.Si, par malheur vous appartenez à cette drenière catégorie, le moins que vous puissiez faire dans votre propre intérêt et dans l'intérêt de ceux qui vous entourent est de garder pour vous seuls vos idées déprimantes et ne pas répandre de noir autour de vous.A propos, quelques mots seulement au sujet de ceux que j'appellerai neurasthéniques.Ii y a des patients qui quoique se sentant bien, et n'ayant pas de fièvre, en dépit des affirmations de leur médecin, ne veulent pas croire que leur condition s'améliore et sont au contraire convaincus qu'ils vont de mal en pis.S\u2019il vous plaît, ne soyez pas de ceux-là ! Trop de sollicitude à ce sujet est pire qu\u2019un peu de laisser-aller.Votre médecin n\u2019a pas d'intérêt à vous tromper et il a droit à toute votre confiance.L\u2019optimisme - vous sera secourable en toute occasion.Il est possible que parfois votre ciel se couvre de nuages et s\u2019assombrisse, que les heures, les jours, les semaines vous paraissent sans fin et que l\u2019avenir semble décourageant.À certains moments la vie elle-même peut vous sembler vide au point qu\u2019il ne vaille pas même la peine de livrer un si long combat pour la conserver.S'il vous arrive de vous sentir de telles dispositions, souvenez-vous que vous souffrez simplement d\u2019un état de dépression passagère, qu\u2019il est naturel d\u2019aimer à vivre, que cette heure, ce jour, cette semaine passeront, que ces nuages se dissiperont, et que cette cure au Sanatorium prendra fin.C\u2019est à peu près tout ce que j'avais à vous dire.Il est possible que demain, vous ne vous souveniez plus guère du sujet de notre causerie, mais j'aimerais qu\u2019à l\u2019occasion vous vous rappeliez ceci: un froncement de sourcils est le résultat de l\u2019action combinée de quatorze muscles; un sourire ne demande l\u2019entrée en fonction que de cinq muscles ! Ne vous surmenez donc pas en prenant des airs sévères, ménagez-vous plutôt en souriant. IRITIS ET INFECTION DENTAIRE (1) Par le Docteur HERVE LEGRAND, Assistant au service du Docteur Lassalle, Attaché au service ophtalmologique et oto-rhino-laryngologique de l'Hôtel-Dieu.Des trois membranes dont la superposition constitue le globe oculaire, l'uvée est la plus vasculaire et de ce fait la plus exposée aux inflammations, vu la plus grande quantité de sang et aussi de toxines qu\u2019elle reçoit.L'uvée comprend d\u2019avant en arrière: l'iris, le corps ciliaire, la choroïde.Si le processus infectieux se localise à l\u2019iris, la maladie prend le nom d'iritis; s\u2019il s'étend au corps ciliaire, irido-cyclite; s\u2019il atteint enfin la choroide, irido-choroidite.L\u2019iritis peut être la conséquence d\u2019une infection extérieure envahissant le globe oculaire à la faveur d'une plaie pénétrante ou d\u2019une ulcération de la cornée.Mais le plus souvent elle résulte de la localisation irienne d\u2019une infection endogène.\u201cDans ce dernier cas, d'après Morax, l\u2019agent infectieux a pénétré par un point éloigné de l'organisme et n\u2019a atteint l\u2019iris qu\u2019en suivant la voie sanguine et en franchissant les parois vasculaires.\u201d Il résulte donc que l\u2019iritis est toujours une maladie secondaire dont il faut chercher la cause dans une infection d\u2019origine endogène ou exogène.L'iritis d\u2019origine endogêne peut se produire chez un malade souffrant d\u2019une infection généralisée, au cours d\u2019une septicémie, qu'elle soit puerpérale, postopératoire ou traumatique; dans la syphilis (75% des cas); dans certdines maladies infectieuses: rougeole, variole, fievre typhoide, influenza, erysipèle, oreillons, fièvres intermittentes, pneumonie, tuberculose, dysentérie, etc.; au cours de certaines affections dycrasiques: goutte, rhumatisme, diabète, chlorose, leucémie, néphrite, etc.L'iritis causée par infection sanguine peut encore apparaître chez une personne attéinte d\u2019une simple infection à distance bien localisée, comme dans le cas que j'ai l'honneur de vous présenter.C\u2019est un patient traité avec succès par M.le docteur Bousquet et qu'il a eu l\u2019amabilité de me prêter pour la circonstance.(1) Communication faite au Dimanche du Praticien à l\u2019Hôtel-Dieu.le 10 mai 1926. L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 563 M.X., âgé de 36 ans, est fermier de son métier, et semble jouir d\u2019une santé excellente.Aucun antécédent héréditaire ou personnel intéressant.Ses systèmes nerveux, digestif, respiratoire, circulatoire et génito- urinaire sont en parfait ordre.Wassermann sanguin négatif.Aucune infection sinusienne rhino-pharyngée ou buccale, sauf deux dents fortement cariées.Il y a dix semaines, l\u2019œil droit est devenu rouge et douloureux.Le patient a attendu trois semaines avant de venir consulter.A son arrivée à Montréal, il présentait tous les symptômes d\u2019une iritis aiguë à forme grave.La pupille était fortement contractée et ne réagissant pas à la lumière.[] existait non seulement une injection périkératique, mais toute la région bulbaire s'étendant du pourtour de la cornée aux culs-de- sac était fortement congestionnée et d\u2019un rouge sombre.Il existait une douleur spontanée du côté du globe, autour de l\u2019orbite, et s\u2019irradiant au sommet du crâne.La vision dans cet œil était presque nulle, par suite des exsudats déversés dans la chambre antérieure.L\u2019humeur aqueuse était trouble et à travers ce léger nuage nous apercevions une iris ayant perdu son brillant.Sur-le-champ fut institué le traitement classique.Instillations dans l\u2019œil deux fois par jour d\u2019une solution de sulfate neutre d'atropine 1%.L'atropine met l\u2019œil au repos absolu en paralysant l\u2019iris, supprime le contact de l'iris avec la cristalloïde antérieure et empêche la formation de synéchies.Enfin en dilatant l\u2019iris elle rétrécit les vaisseaux sanguins et diminue l\u2019afflux de sang dans cette région.A T'atropine nous avons ajouté l\u2019application de compresses bori- quées chaudes souvent répétées afin d'activer la résorptian et aussi de calmer les douleurs.Nous avons également pratiqué quelques saignées locales à la tempe droite par l\u2019application de sangsues, pour aider à décongestionner l'iris.Nous avons prescrit des purgatifs légers souvent répétés; nous avons injecté quelquefois de la pilocarpine pour provoquer des transpirations abondantes et faire éliminer des toxines.Et nous avons réglé le régime alimentaire afin de ne pas mettre en circulation dans l'organisme de nouveaux produits toxiques. 564 L'UNION MÉDICALE DU CANADA Mais les jours passaient et l\u2019iritis ne semblait pas vouloir lacher prise.Bien que le Wassermann sanguin fût négatif, nous avons quand même donné une série de neuf injections intraveineuses de cyanure de mercure à 1° tous les deux jours, avec résultat nul.Je vous ai dit que le malade ne présentait aucune manifestation rhumatismale apparente, mais nous lui avons donné quand même du salicylate de soude à la dose d\u2019un gramme trois fois par jour.Dans le même esprit nous avons aussi administré le Nitroyl Leysin en injections intramusculaires temporales avec toujours le même insuccès.Finalement, ce patient auquel nous avions toujours conseillé de faire enlever ses mauvaises dents, et qui en remettait systématiquement l'extraction au lendemain, s\u2019exécuta.Et chose surprenante, deux jours plus tard, l\u2019œil commençait à s'améliorer sensiblement, et depuis nous n\u2019avons cessé de constater la marche de ce progrès rapide et quotidien.Cette observation, il me semble, nous prouve d'une façon irréfutable, d'une part, l\u2019échec absolu d\u2019à peu près toute la médication la plus complète que l\u2019on puisse employer dans un cas d'iritis aiguë grave, dont la cause était un petit foyer infectieux à distance, paraissant bien bénin; d\u2019autre part, comme corollaire, l'amélioration immédiate et rapide d\u2019une affection oculaire rebelle par la simple zvulsion de deux dents.cariées.: Et ce qui est vrai pour la carie dentaire l\u2019est aussi pour la pvorrhée dentaire, les abcès dentaires méconnus, les tumeurs ade- noïdes et les amygdales infectées, les sinusites latentes, les otites chroniques suppurées, les métrites, les salpingites, les ovarites, l\u2019appendicite chronique, la pyélo-néphrite, etc, enfin pour tous les foyers infectieux ou toxiques locaux pouvant déverser leurs produits septiques dans le courant circulatoire, et aller causer à distance des complications oculaires comme de la papillite, de la choroïdite, de l\u2019irido-cyclite, de l\u2019amblyophie, de la sclérite, de la kératite phlycté- nulaire, etc, etc, affections très graves parfois, toujours tenaces ct récidivantes aussi longtemps que n\u2019a pas été supprimé le foyer infectieux causal. CONDITIONS PATHOGÉNIQUES ET ÉTIOLOGIQUES DU POLYMORPHISME ANATOMO- CLINIQUE DE LA TUBERCULOSE HUMAINE (1) Par le-Professeur EMILE SERGENT, De la Faculté de Paris, Membre de l\u2019Académie de Médecine.Les dissemblances des différents types anatomo-cliniques de la tuberculose humaine sont telles qu\u2019on comprend aisément les hésitations de plusieurs siècles pour reconnaître en elles les manifestations d\u2019une même maladie.Ce polymorphisme donne la clé des longues et passionnées discussions qui séparèrent, si près de nous encore, les unicistes de l\u2019école française (Laënnec, Lebert, Thaon et Gran- cher.) des dualistes de l\u2019école allemande (Reinhardt, Wirchow.).Le doute n\u2019est plus possible depuis que Villemain démontra l\u2019inocu- labilité en série de tous les produits tuberculeux et que Koch apporta la découverte du microbe pathogène.Maisi, si l\u2019unicisme d\u2019origine et de nature de ces lésions et de ces états morbides, d\u2019aspect et d\u2019allure si disparates, n\u2019est plus à démontrer, il.n\u2019en demeure pas moins que ce polymorphisme surprend et déroute encore l\u2019observateur et qu il reste à en déterminer les causes et le mécanisme intime.À quelles sources s\u2019alimente ce polymorphisme ?Ici se dessine le cadré de discussions pathogéñiques auxquelles le médecin ne peut rester indifférent.Il est bien clair que les causes premières de ce polymorphisme ne peuvent être cherchées en dehors des variations d'influence réciproque des deux facteurs en présence: le bacille inoculé et le terrain ensemencé.Qu'il me suffise de signaler que, (1) Cet article est tiré de la leçon d\u2019ouverture du premier cours de perfectionnement sur la tuberculose, fait à la \u2018Charité, dans mon service, en juin, 1919, avec la collaboration de MM.Ribadeau-Dumas, Courcoux, Bertier, Brissaud et Pruvost.Cette leçon d\u2019ouverture avait pour titre: Evolution clinique générale de la tuberculose; avec les deux qui la suivirent: Eléments du diagnostic de la tuberculose consitérés en général et Eléments du pronostic de la tuberculose considérés en général, elle forme la trame\u2019des Généralités cliniques sur la tuberculose écrites pour le Traité de Pathologie médicale et de Thérapeutique appliquée publié sous ma direetion, en collaboration avec Ribadeau-Dumas et Babonneix (Maloine, éditeur).(Se reporter à la 2e édition de ce Traité.) N.D.L.R.: Nous sommes heureux de publier ce bel article du professeur Sergent, extrait de son important ouvrage \u201cNouvelles études cliniques et radiologiques sur Ja tubereulose\u201d, paru chez Maloine.Paris, 1926. 566 L'UNION MÉDICALE DU CANADA si les qualités et la quantité des bacilles, les propriétés de leurs poisons adhérents ou diffusibles jouent incontestablement un rôle important.l\u2019état du terrain et l'influence des conditions et circonstances occasionnelles qui peuvent le modifier apparaissent avec évidence \u2018déjà dans les différences qui séparent les caractères évolutifs de la tuberculose chez l\u2019enfant et chez l\u2019adulte, pour ne prendre que cet exemple.De l\u2019étude analytique et synthétique des constatations actuellement classées par l'observation clinique se dégagent certaines notions que nous devons enregistrer comme acquises.Nous ne pouvons mieux nous rendre compte de l\u2019évolution générale de la tuberculose qu\u2019en la suivant, comme nous l'avons fait dans la première partie de cette leçon, dans ses diverses modalités cliniques, depuis la première enfance jusqu'à la vieillesse la plus Aavancàe, et en marquant.les principales circonstances occasionnelles qui, à chaque étape, scandent les accalmies, les trêves et les recrudescences de sa\u2018marche ou'se retrouvent régulièrement -à l\u2019origine de chacun de ses principaux types.(2) Dans la première enfance, la tuberculose évolue comme une septicémie toxi-infectieuse ; ses déterminations locales sont réduites à leur plus simple expression et cèdent le pas: jamais elles ne se présentent sous la forme de foyers isolés à tendance progressivement ulcéreuse; la caverne ne se rencontre pas ou, du moins, elle est exceptionnelle.Dans la seconde enfance et dans l'adolescence, commencent à s\u2019ébaucher les formes localisées, sous la caractéristique prédominante des réactions ganglionnaires intensives et des manifestations polymorphes de la scrofulo-tuberculose.À cette période de la vie, les formes septicémiques, sans être aussi fréquentes que dans la première enfance, se rencontrent encore assez souvent, plus souvent en tout cas qe chez l\u2019adulte, et affectent particulièrement le type de la tvoho-bacillose.- Chez l\u2019adulte, la tendance de la tuberculose à se localiszr se précise davantage encore.À ne considérer que la tuberculose chronique, la notion des trêves et accalmies, celle des rechutes et réveils de lésions depuis longtemps considérées comme éteintes, celle de poussées évolutives, survenant à titre d\u2019épisodes aigus, plus ou moins durables, dans le cours d'un processus chronique et lentement progressif, celle des généralisations secondaires qui viennent terminer (2) Consulter: Burnet.La tuberculose, de l\u2019enfant à l\u2019adulte (Bulletin de l'Institut Pasteur, 30 mai et 15 juin 1911). L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 567 la marche torpide d\u2019une phtisie ancienne ou d\u2019une vieille adénite ou ostéo-arthrite, sont autant de constatations qui permettent de présumer que l\u2019évolution de la tuberculose doit être commandée, plus ou moins impérieusement, par l'intervention de conditions étiologiques représentées par les diverses circonstances occasionnelles de la vie humaine.C\u2019est en rapprochant les notions expérimentales, d'une part, et les notions cliniques, d'autre part, que nous pouvons tenter d\u2019édifier une conception rationnelle, capable d'expliquer la généralité des faits que les médecins peuvent observer, et d'éclairer la pathogénie du polymorphisme de la tuberculose.a) Voyons, tout d'abord, sur quelles bases expérimentales nous pouvons nous appuyer; retenons deux ordres d\u2019expériences: l\u2019expérience de Koch et celles de Rœmer.L\u2019expérience de Koch est grosse de déductions; si on réinocule un cobaye déjà inoculé et chez lequel la tuberculose est encore en évolution, on n'obtient qu\u2019une lésion locale, nécrotique, ulcéreuse, et non point un véritable chancre d'inoculation accompagné de caséification des ganglions du groupe correspondant.Les expériences de Ræmer complètent et élargissent l\u2019interprétation qu\u2019on peut tirer de celle de Koch.Si, dans une première expérience, on réinoculé, avec une faible dose, un cobaye antérieurement inoculé, cette nouvelle inoculation reste sans résultat, à la condition que la tuberculose de première inoculation ne soit pas encore complètement éteinte; cependant, l\u2019animal ne conserve qu\u2019une immunité relative; il il ne réagit pas à une dose minime, qui serait nocive à un cobaye neuf; mais (deuxième expérience) il réagit plus vivement, au contraire, qu\u2019un animal neuf, si la dose de la seconde inoculation est forte ou si on fait des inoculations minimes, mais nombreuses et rapprochées.Ces expériences contiennent la notion d'un état humoral créé par une premiére inoculation, état humoral bien spécial, fait, à la fois, d'une immunisation relative et d\u2019une sensibilisation particulière; c\u2019est à cet état qu\u2019on peut donner, avec Von Pirquet, le nom d'état allergique.L'importance de cette notion est capitale; nous verrons tout l'intérêt qu\u2019on peut en tirer pour l'interprétation des constatations 568 L UNION MÉDICALE DU CANADA cliniques; qu\u2019il nous suffise, pour l'instant, de rapprocher de cette donnée expérimentale les constatations de Bazin sur la bénignité de la phtisie scrofuleuse et les.observations de Marfan sur la rareté de la phtisie chez les anciens écrouelleux.De même, ces expériences apportent l'explication de certaines particularités du polvrmorphisme anatomo-clinique de la tuberculose; chez l'adulte, qui, du fait d\u2019atteintes antérieures, jouit d\u2019une immunité relative, la caverne, lésion ulcéreuse, nécrotique, est la règle et la réaction ganglionnaire, l\u2019exception; chez l'enfant, organisme neuf, non encore vacciné, la caverne est l'exception et la réaction ganglionnaire intense, la règle.Dès maintenant apparaît nettement la distinction nosographique qui s'impose entre les tuberculeux de premiére inoculation et les tuberculeux de réinoculation ou d'éclosion; les premières, caractérisées par un chancre d\u2019inoculation avec réactions ganglionnaires et tendance à la généralisation; les secondes, définies par des lésions ulcéreuses, nécrotiques, sans réactions ganglionnaires, tendent à rester localisées en fovers uniques ou successifs.b) Voyons maintenant les bases cliniques de notre argumentation.Voici, tout d\u2019abord, les statistiques d'autopsies de Küss, d\u2019Hutinel, de Næglé, qui établissent la nécessité de distinguer la mortalité de la morbidité par tuberculose et montrent que la mortalité décroit à mesure que l'enfant avance en âge, tandis que, au contraire, Ja morbidité augmente avec l\u2019âge, subissant certaines recrudescences, qui correspondent à certaines périodes de la vie humaine, et n\u2019existant pour ainsi dire pas avant le troisième mois, ce qui va à l\u2019encontre de l\u2019hérédité tuberculeuse de graine.Voici maintenant les statistiques des tuberculo-réactions de Nægelé, de Von Pirquet, de Hamburger et Monti, qui apportent les mêmes conclusions et établissent que la réaction est a peu près constamment négative dans les tout premiers mois de la vie, d'autant plus souvent positive que l'enfant est plus âgé, et presque constamment positive (95 p.100 au moins) chez les adultes, ce qui revient à dire que tout adulte, ou peu s'en faut, est tuberculisé.L'observation chimique la plus ancienne nous a apporté un autre contingent de constatations des plus importantes.Nous venons de rappeler les observations de Bazin, confirmées et complétées par celles de Marfan.De tout temps, les médecins ont parlé des poussées successives dans le cours de la tuberculose, de ses trêves, de ses accalmies, de ses rechutes, et bon nombre de cliniciens ont noté L'UNION MÉDICALE DU CANADA 569 l\u2019influence de certaines causes occasionnelles dans l\u2019étiologie de la tuberculose; ils ont insisté sur le rôle de la croissance, de la puberté, de la grossesse, de l\u2019accouchement, de l'allaitement; ils ont été frappés par la fréquence des cas de tuberculose dans la même famille, dans le même milieu; les uns ont invoqué l\u2019hérédité, les autres la contagion.Ces divergences d'interprétation du passé importent peu devant la similitude des constatations; ne conservons que les constatations et cherchons à les interpréter à la lumière des notions scientifiques aujourd\u2019hui acquises.Constatons encore les différences évolutives qui séparent la tuberculose du citadin de celle du campagnard, brusquement transplanté à la ville, et surtout du nègre enlevé à sa tribu et débarqué dans quelque grand centre, où la civilisation, avec ses bienfaits, lui offre le bacille; le citadin fait une tuberculose lente, souvent fibreuse, qui tend à la cicatrisation; le campagnard fait volontiers la pneumonie caséeuse ou la phtisie galopante; le règre meurt rapidement de tuberculose aiguë généralisée, comme le petit enfant.Voyons, enfin, l'enfant que sa famille a tenu à l\u2019écart de toutes les chances de contagion, le garant de la tuberculose comme de la rougeole; le jour où le service militaire l\u2019appelle vers la vie collective, il fait une rougeole grave ou succombe, en organisme neuf ne jouissant d'aucune immunité relative, à la granulie ou à la méningite.Ces diverses notions, expérimentales et cliniques, rapprochées les unes des autres, nous conduisent à formuler les propositions suivantes, qui résument la conception pathogénique la plus rationnelle aujourd'hui : A.\u2014 La tuberculose est une maladie de l\u2019enfance.B.\u2014 La tuberculose de l\u2019adulte est un réveil d\u2019une tuberculose endormie de depuis l\u2019enfance ou une réinfection d\u2019un organisme immunisé partiellement.C.\u2014- Les conditions étiologiques qui président à cette rechute sont de deux ordres: les unes tiennent aux prédisposition humorales de terrain; les autres, aux circonstances occasionnelles qui permettent à ces dernières de s'exercer.D.\u2014 La rechute est annoncée par l\u2019apparition d\u2019un ensemble de troubles et de symptômes qui constituent ce qu\u2019on a appelé la prétuberculose et ce qu\u2019il serait plus exact d'appeler la prérechute de tuberculose. 570 L'UNION MÉDICALE DL! CANADA A.\u2014 La tuberzulose est une ma'adie de l'enfance Il semble que cette hypothèse ait été formulée pour la première fois par Behring, il y a près de vingt-cinq ans.Mais c\u2019est a Kuss que revient le mérite d\u2019en avoir établi le fondement, en 1898, dans une thèse(3) d\u2019une portée scientifique considérable, qui est une véritable réfutation de la doctrine de I'hérédité de graine d: la tubérculose humaine.Cet auteur s'appuie sur les statisticuss d\u2019autopsies que j'ai rappelées plus haut et que sont venues confirmer les statistiques des tuberculino-réactions.La nécessité de distinguer, pour l\u2019étude de cette délicat question, la mortalité de la morbidité par tuberculose apparaît avec évid2nce sous le jour lumineux de ces statistiques.Abstraction faite de quelques rares observations dans lesquelles on a constaté la tuberculose du feetus 1ssu d\u2019une mère morte de tuberculose (Bar et Rénon trouvent le bacille dans le sang de la veine ombilicale, Landouzy et H.Martin dans les organes du nouveau-né, de même que Birsch- Hirschfeld et Schmorl), on peut poser en principe que la tuberculose n\u2019existe pas dans les trois premiers mois de la vie et que, par conséquent, elle est le résultat d\u2019un econtamination directe après la naissance.Cette contamination s'exerce d'autant plus facilement que l'enfant grandit, commence à marcher ou à se traîner par terre (tuberculose du \u201cpetit touche-a-tout\u201d); elle peut provenir, avant ce mement, de la nourrice ou du lait d\u2019une vache tuberculeuse.La tuberculose est d\u2019äutant plus sévère que l'enfant est plus jeune; plus il grandit, plus il se rapproche, a cet égard, de l'adulte, dont la résistance est parfois assez prolongée pour faire admettre la possibilité de la guérison.Si l\u2019enfant ne succombe pas à la tuberculose de-première inocu- Iztion, il conserve des lésions, incomplètement cicatrisées, toujours prêtes à un réveil plus ou moins sournois ou bruyant.L'enfant carde de cette inoculation, a laquelle il n\u2019a point succombé, une imprégnation définitive, sur laquelle Ribadeau-Dumas et Brissaud ont insisté récemment et qui se traduit par une débilité plus ou moins accentuée et par des caractères somatiques particuliers et durables.(4) Il est logique de supposer que cette imprégnaticn acquise -\u2014 Véritable état allergique fait 4 la fois d\u2019'immunisaticn (3) Kuss.L'hérédité parasitaire de la tuberculose humaine (Ta.\u2018Paris.1898).(4) Ribadeau-Dumas et Et.Bris-aud.L\u2019imvprégnation bacillaire (Journal de mél.et Ce chir.pratiques.10 mars 1918). L'UNION MÉDICALE DU CANADA 571 relative et de sensibilisation \u2014 explique, dans une large mesure, la prédisposition de certains sujets à la tuberculose et qu\u2019ainsi l\u2019hérédité de terrain n\u2019est pas toujours plus soutenable que l\u2019hérédité de graine.Sans doute, 1l n\u2019est pas niable que certaines familles sont décimées par la tuberculose et que, dans la grande majorité des cas, les enfants des tuberculeux présentent certaines tares physiologiques et somatiques qui font d'eux des malingres et des hypotoniques; mais, on ne peut nier davantage que, s\u2019ils sont, dès leur naissance, enlevés au milieu familial, source de contamination directe, les enfants issus de parents tuberculeux peuvent échapper à la tuberculose et fournir une longue carrière de sujets parfaitement bien portants; tous les médecins ont observé des cas de ce genre.Bien souvent, cependant, de tels sujets, soustraits dès la naissance à la contamination familiale, n'en restent pas moins, toute leur vie, des souffreteux, s'ils ne versent pas, tôt ou tard, dans la tuberculose confirmée.Ce sont ces faits qui nous autorisent à conserver, en la limitant ainsi, la part de l\u2019hérédité de terrain et qui rentrent, d'autre part, dans le cadre, peut-être un peu large, que Landouzy a ouvert à l\u2019hérédo-dystrophie tuberculeuse.Si l\u2019hérédité de terrain \u2014 avec les déserves que nous venons de préciser \u2014 est une des conséquences fâcheuses de la tuberculose, elle peut aussi en être, en quelque sorte, un bénéfice: la bénignité relative de la tuberculose des enfants de citadins, opposée à la gravité de la tuberculose des petits campagnards transplantés à la ville, en est une preuve.Sans entrer dans le fond de cette question, si discutable et si controversée, de l\u2019hérédité tuberculeuse,(5) retenons que la tuberculose est une maladie de l\u2019enfance, qu\u2019elle se prend après la naissance et que, si l'enfant tuberculisé survit à la premièreinocu- lation, il conserve une imprégnation particulière, qui l\u2019immunise partiellement en même temps qu\u2019elle le sensibilise.B.\u2014 La tuberculose de l\u2019adulte est un réveil d\u2019une tuberculose endormie depuis l\u2019enfance ou une réinfection d\u2019un organisme immunisé partiellement Les notions diverses que nous avons passées en revue, celle de la guérison ou, tout au moins, de la guérison apparente de la tuberculose, celle des trêves et des accalmies, celle surtout de l\u2019état allergique, forment les bases de cette proposition.(5) Consulter: Apert.L\u2019hérédité morbide. 572 L'UNION MÉDICALE DU CANADA La tuberculisation de l\u2019adulte comporte une atténuation mani- jeste du retentissement ganglionnaire.Cette particularité, qui évoque le souvenir de l\u2019expérience de Koch, suppose l\u2019association d\u2019une vaccination et d\u2019une réinfection.Le rôle de vaccination antérieure est établi autant par les constatations cliniques (observations de Bazin et de Marfan, tuberculose du citadin opposée à celle du nègre, etc.) que par l\u2019expérimentation (immunité relative créé: par Borel chez les cobayes).Le rôle de sensibilisation, acquise du fait de cette vaccination, est prouvé par l\u2019expérimentation.Cette sensibilisation est la première condition qui régit l\u2019évolution particulière de la tuberculose de l\u2019adulte, laquelle exige l\u2019intervention d\u2019une réinfection.Encore faut-il que cette réinfection s\u2019accomplisse suivant certaines conditions, que les expériences de Rœmer ont contribué à définir.Si bien que la tuberculose de l'adulte serait le revers de l\u2019immunisation due à une première atteinte et que, pour sa réalisation, des réinoculations massives ou répétées seraient nécessaires.Mais, d\u2019où peuvent venir ces réinoculations, ces réinfections ?I] doit être rare que des doses massives soient trouvées au dehors ou puisées dans les foyers tuberculeux encore actifs de l'organisme.I] est plus vraisemblable que la rechute est plus souvent le fait d'une série de réinoculations minimes et successives, provenant soit du dehors, soit de ces foyers anciens, et réalisant ce que Behring a dénommé les infections additionnelles.Quelles sont donc les circonstances étiologiques, les conditions inbérentes au milieu et au terrain, qui favorisent ces réinfections ?C.\u2014 Les conditions étiologiques qui président à cette rechute sont de deux ordres: Ïes unes tiennent aux prédispositions humorales du terrain; les autres, aux circonstances occasionnelles qui permettent à ces dernières de s'exercer Sur le nombre des sujets touchés dans l\u2019enfance 1/7 seulement meurt de tuberculose; les autres guérissent, soit par sclérose, soit par calcification.Pourquoi la tuberculose se réveille-t-efle chéz un certain nombre de ces derniers ?Ce réveil trouve son explication dans l'intervention de certaines conditions étiologiques, qui peuvent se ranger en deux catégories: les prédispositions bumorales et les circonstances occasionnelles qui permettent à celles-ci de s\u2019exercer. L'UNION MEDICALE DU CANADA 573 a) Prédispositions humerales.\u2014 A côté des prédispositions humorales, à proprement parler spécifiques, qui tiennent aux conditions d'imprégnation bacillaire, acquise ou héréditaire, que nous venons d'envisager, il convient de faire une large place à celles qui relèvent d'une aptitude bio-chimique particulière du terrain à favoriser la germination du bacille.Je ne me dissimule pas que, pour bon nombre d\u2019esprit, la doctrine de I'importance du terrain parait aujourd\u2019hui quelque peu surannée; et, cependant, il est impossible d'imaginer que la biologie humaine soit régie par des lois diamétralement opposées à celles qui gouvernent les autres phénomènes de la vie; comme je l'ai écrit ailleurs: \u201cOn ne fait pas pousser du blé sur du roc\u201d.Beaucoup de médecins reviennent, d\u2019ailleurs, à cette idée, et considèrent la préparation du terrain comme indispensable à la réceptivité bacillaire.Le .professeur Robin a montré le rôle considérable de la déminéralisation générale, et Ferrier a plus particulièrement insisté sur l'importance de la décalcification.Je me suis, pour ma part, attaché à défendre cette doctrine.Certes, il ne faut point en exagérer la portée ni prétendre invoquer, pour toutes les formes de tuberculose, une pathogénie univoque; point n\u2019est besoin, sans doute, d\u2019une décalcification progressive pour qu\u2019évolue une inoculation bacillaire massive, telle celle qui est à l\u2019origine de la granulie ou de toute septicémie bacillaire; mais, combien le déterminisme d\u2019une phtisie chronique, ulcéreuse,- apparaît plus clairement, s\u2019il est reconnu que les circonstances occasionnelles qui en marquent l\u2019origine apparente et les étapes successives sont de celles qui, précisément, agissent en minant le terrain, en le déminéralisant.On a objecté à la théorie de la déminéralisation et de la décalcification qu\u2019elle prenait l\u2019effet pour la cause.Croftan, puis Sarvonat et Rebattu (6) ont expliqué la décalcification de l\u2019organisme tuberceuleux en invoquant la neutralisation de certaines toxines du bacille de Koch par les sels de chaux introduits dans les milieux de culture.Or, on peut leur répondre que, même si on admet que, dans le but de neutraliser certains foyers bacillaires, l'organisme puise dans ses réserves calciques, il faut, précisément, que celles-ci soient abondantes; dès lors, la fixation des sels de chaux par ces foyers bacillaires apparaît comme un acte de défense, qui a sa démonstration dans le processus de guérison spontanée des tubercules par calcification; de même, se trouve démontrée avec (6) Journal de physiol.et de pathol.générale, 15 nov.1910. 574 L'UNION MÉDICALE DU CANADA évidence la nécessité de maintenir intégrales les réserves calciques du terrain et de s'opposer aux diverses causes de spoliations calcaires qui peuvent entraver la guérison spontanée des foyers tuberculeux ou provoquer le réveil de ceux qui dorment depuis l\u2019enfance et n\u2019attendent qu\u2019une occasion pour rentrer en évolution.Ainsi, la déminéralisation et, plus spécialement, la décalcification, doivent-elles être considérées comme une cause efficiente de la prédisposition humorale à la rechute tuberculeuse.b) Circonstances occasionnelles.\u2014 Elles peuvent être classées en deux groupes, dont chacun correspond à l\u2019une des deux catégories de prédispositions humorales; l\u2019un comprend les causes qui favorisent la contagion et, par conséquent, la réinfection bacillaire; l\u2019autre comprend les causes qui agissent en préparant le terrain, en diminuant sa résistance.- D\u2019une façon générale, on peut, schématiquement, poser en principe que le déterminisme de la rechute correspond au point de rencontre de ces deux groupes de causes: pour favoriser une évolution tulerculeuse il faut, a la fois, un ensemencement bacillaire et une réceptivité de terrain.Les causes qui favorisent la réimfection bacillaire sont toutes celles qui agissent par la contagion, soit en provoquant une réinoculation massive, soit en provoquant des réinoculations successives, additionnelles.Pour en comprendre le mode d\u2019action, il suffit de se reporter aux notions expérimentales que nous avons rappelées précédemment.La réinoculation massive peut, en clinique, être considérée comme très rare et, à peu près, uniquement accidentelle : c\u2019est elle qui peut s'exercer, par exemple, dans un laboratoire, par une imprudence de manipulation, ou à l\u2019amphithé;tre, au cours d\u2019une autopsie.Les réinoculations successives, additionnelles, doivent être les plus fréquentes; elles rendent compte de la fréquence de la tuberculose par contagion dans le personnel hospitalier, qui vit constamment avec des tuberculeux et se réinfecte pour ainsi dire quotidiennement ; elles expliquent les ravages dans certaines familles, dans certains milieux contaminés (logements, agglomérations, localités) ; elles peuvent avoir leur source dans la transmission de la tuberculose d'animaux domestiques (chats) ou dans l\u2019ingestion de lait provenant d\u2019une vache tuberculeuse servant à l\u2019alimentation d'une famille. L'UNION MÉDICALE DU CANADA 575 Les causes qui préparent le terrain en diminuant sa résistance humorale ne sont point capables, à elles seules, d\u2019engendrer la tuberculose.Cependant, point n\u2019est besoin toujours d\u2019une réinocu- lation bacillaire par contagion; il est possible que la réinfection bacillaire provienne de foyers endormis depuis longtemps, sinon depuis l\u2019enfance; il s\u2019agit alors d\u2019une sorte de réactivation, ayant sa cause immédiate dans la circonstance occasionnelle qui provoque la décalcification des foyers tuberculeux et la mise en liberté de nids baciilaires encore virulents; il faut reconnaître que ce processus pathogénique est loin d\u2019être démontré et n\u2019est pas admis universellement; le mécanisme de la réinfection étérogène, par contagion, est peut-être plus fréquent que celui de la réinfection autogène, par réactivation.| Quoi qu\u2019il en soit, les causes qui agissent en diminuant la résistance du terrain sont sous la dépendance, d\u2019une part, des conditions physiologiques, inhérentes aux différents âges de la vie, à l\u2019hygiène générale et alimentaire, et, d'autre part, des conditions pathologiques créées par certaines maladies intercurrentes.Parmi les conditions physiologiques, l\u2019âge occupe une des premières places; il est intéressant, précisément, de constater que les points culminants des courbes des statistiques de la tuberculose correspondent à certaines périodes de la vie humaine, suivant le sexe.Chez les jeunes filles, la tuberculose est extrêmement fréquente à l\u2019époque de la puberté, où elle prend souvent le masque de la chlorose ou de cet état dit, autrefois, \u2018maladie de langueur\u201d, et qui n\u2019est, en réalité, qu\u2019une forme larvée de la bacillose.- Plus tard, chez la femme, c\u2019est le début de la vie gémitale (tuberculose nuptiale), puis la grossesse, puis l'allaitement; encore, convient-il de noter en passant que la grossesse marque souvent un temps d'arrêt dans l\u2019évolution d\u2019une tuberculose déjà déclarée, alors que, dès les jours qui suivent l'accouchement, la maladie reprend, au contraire, sa marche inexorable et se hâte vers l'issue fatale (8) ; plus tard encore, c'est le réveil de la tuberculose à l\u2019époque de la ménopause.Chez le garçon, c'est aussi la crise de la puberté, la grande poussée de croissance de cette époque; ou bien, c'est l\u2019onanisme; plus tard, ce sont les fatigues des examens, les veilles prolongées, l'insuffisance d'exercices physiques et d'aération; au régiment, ce sera la fatigue d\u2019une longue marche militaire sous la pluie qui, s\u2019ajoutant aux (7) Emile Sergent.Tuberculose et grossesse (Presse médicale, 5 juillet 1913), et autres publications réunies plus loin dans ce Recueil. 576 L'UNION MEDICALE DU CANADA chances de contagion dans les chambrées, aux méfaits d'une sypbhili- sation intercurrente, marquera l\u2019éclosion de la rechute tuberculeuse.Chez l\u2019adulte, c\u2019est le surmenage, imposé par un travail excessif, par les obligations d\u2019une carrière arrivée à son apogée.Chez le vieillard, c\u2019est la défaillance générale des résistances organiques.Chez les uns et les autres, à tout âge et quel que soit le sexe, c'est un refroidissement qui pourra être la cause occasionnelle; certes, il ne faut pas assigner à cette cause banale l'importance prépondérante que lui accordaient les anciens, mais il faut lui laisser une place pas tout à fait négligeable.Le traumatisme a été souvent invoqué aussi; il n\u2019est certes pas sans influence; les grandes contusions peuvent localiser un réveil de tuberculose; mais les blessures pénétrantes de poitrine n\u2019exercent qu\u2019une action insignifiante et indirecte.(8) Chez tous également, les fautes d\u2019hygiène générale (aération insuffisante des lycées, des écoles, des ateliers) ou d'hygiène alimentaire (alimentation insuffisante, mal réglée, déminéralisante.) interviennent à titre de facteurs étiologiques.Certaines conditions pathologiques peuvent exercer une action favorisante analogue.Combien de tuberculoses se développent à la guite d\u2019une rougeole, d'une coqueluche, d'une variole, d\u2019une fièvre typhoïde.Tous les médecins connaissent le rôle de l'alcoolisme dans la pathogénie de la tuberculose.La phtisie diabétique est classique; quoi d'étonnant à constater la fréquence de la tuberculose comme terminaison du diabète, puisque le diabète est une maladie particulièrement déminéralisante et puisque la glycémie offre au bacille un milieu tout particulièrement favorable à sa germination.La syphilis a un rôle, à mon avis, tout au moins aussi important que l\u2019alcoolisme ; avec Potain, avec Landouzy, avec Fournier, avec tant d\u2019autres, je me suis attaché à montrer qu\u2019elle \u201cprépare le terrain pour la graine de la tuberculose\u201d.(9) Enfin, certaines entérites tenaces, par les abondantes spoliations calcaires qu\u2019elles entretiennent et que Loeper et Esmonet ont également bien étudiées, marquent souvent le début d'une poussée tuberculeuse, surtout lorsque les sujets sont soumis à des régimes trop exclusifs en même temps qu\u2019à une médication trop longtemps prolongée par les ferments lactiques.(10) (8) Emile Sergent.La tuberculose chez les soldats à la suite des traumatismes du thorax (Soc.méd.des hôp.de Paris, 30 juin 1916, et discussion dans les séances suivantes).(9) Emile Sergent.Syphilis et tuberculose (Masson, édit.).(10) Emile Sergent.Les entérocolites prétuterculeuses (Société méd.des hopit., 3 février 1911). L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA 577 D.\u2014 La rechute est annoncée par l\u2019apparition d\u2019un ensemble de troubles et de symptômes qui constituent ce qu\u2019on a appelé la prétuberculose et ce qu\u2019il serait plus exact d\u2019appeler la prérechute de tuberculose.\u201cLorsque, à l\u2019occasion d\u2019une des circonstances occasionnelles qui permettent aux prédispositions humorales de s'exercer, la tuberculose, latente depuis l'enfance, est réactivée, un état pathologique nouveau s\u2019installe; cet état pathologique, qu: correspond a la rupture d'immunité de l'organisme ou à sa réinfection, se traduit par un ensemble de symptêmes et de troubles morbides, qui précèdent les signes apparents de germination bacillaire locale et constituent la caractéristique clinique de la prétuberculose.\u201d Je-n\u2019ai rien à changer à cette formule, que j'ai énoncée dans mon article du Journal médical français (15 août 1913) : \u201cCe-qu'il faut entendre par prétuberculose\u201d.Elle concilie les conceptions cliniques d'hier avec les notions étiologiques et pathologiques d'aujourd'hui; la prétuberculose ne peut plus être, pour les phtisiologues contemporains, une sorte d'état de prédisposition à la tuberculose; elle est constituée par l\u2019ensemble des symptômes qui annoncent le réveil, la rechute d\u2019une tuberculose latente, endormie, mais non éteinte.Certes, le mot est mauvais, si on le prend dans son sens littéral; mais, s\u2019il exprime une erreur pathogénique, il correspond à une réalité clinique.On a proposé de le remplacer pär le mot préphtisie; ce mot n\u2019est guère meilleur, à mon avis, pour la raison, tout au moins, que, s\u2019il évite une autre confusion, celle de la synonymie entre les mots \u201ctuberculose\u201d et \u201cphtisie\u201d \u2014 qui expriment des états fort différents \u2014 il ne tient pas compte des diverses localisations de la tuberculose, lesquelles sont loin d\u2019aboutir toutes à la localisation pulmonaire et à la phtisie.C'est pourquoi j'estime que le mot qui convient le mieux pour exprimer l\u2019état clinique envisagé est celui de prérechute.Les symptômes et troubles morbides qui constituent cet état de prérechute peuvent être groupés en deux catégories dont chacune correspond à l\u2019une des deux conditions pathogéniques de la rechute.A la réinfection bacillaire appartiennent la fièvre, l\u2019anémie, l'amas- grissement, les signes physiques de la localisation tuberculeuse (pulmonaire ou autre), les troubles de la fonction respiratoire.À la défaillance du terrain se rattachent les troubles dyspeptiques et intestinaux, tout le cortège des conséquences de la déminéralisation et de la décalcification, l\u2019asthénie et les divers troubles imputables aux perturbations fonctionnelles des glandes endocrines et, particulièrement, des surrénales et de la thyroïde. 578 L'UNION MÉDICALE DU CANADA De cet-exposé général nous pouvons dégager les notions suivantes.Tout d\u2019abord, dans la pathogénie de la tuberculose, deux facteurs combinent leur action : le microbe et le terrain.Sans bacilles il n\u2019y a pas de tubercules; sans défaillance du terrain il n\u2019y a pas d'évolution tuberculeuse, tout au moins chez l'adulte.En second lieu, le polymorphisme anatomo-clinique de la tuberculose trouve son explication dans la pluralité des modes de combinaison et d'association de ces deux facteurs pathogéniques.L'un et l'autre, en se combinant, nuancent le mode évolutif de la maladie.La.variabilité des formes ne peut tenir uniquement à la variabilité des races bacillaires: une forme de tuberculose se transmet en une autre par contagion, telle par exemple la tuberculose pulmonaire \u2018\u2018stagnante\u201d de l\u2019aïeul, qui confère au petit-fils la méningite tuberculeuse; d\u2019autre part, sur le même terrain, la tuberculose a une remarquable tendance à se répéter, sous la même forme évolutive, à chacune de ses rechutes, telles les diverses manifestations de la scrofulo-tuberculose chronique, à marche lente, interrompue par toute une longue série de trêves et d'accalmies et dont chaque étape est conditionnée par les mêmes circonstances occasionnelles.Ces deux ordres de considérations établissent l'importance du rôle du terrain dans l\u2019évolution de la tuberculose.Elles comportent des conséquences du plus grand intérêt pratique.Dire que la tuberculose est la plus curable des maladies est répandre une erreur: la guérison de la tuberculose est exceptionnelle.Mais, si la tuberculose ne guérit qu\u2019exceptionnellement, une première atteinte confère une immunité relative.Or, pour conserver cet état d\u2019immunité, 1] ne suffit pas d'éviter les causes de contagion, sources de réinfection nouvelle, 71 faut aussi maintemr l'équilibre de résistance du terrain, équilibre dont la rupture est une des causes favorisantes les plus fréquentes de la rechute.Aussi bien, la prophylaxie antituberculeuse, si elle veut être effective, doit-elle viser autant la lutte contre la contagion que la lutte contre l'affaiblissement de la race et de l'individu.Aussi bien, le traitement de la tuberculose, s\u2019il veut être efficace, doit-il remplir deux indications parallèles et nullement contradictoires: la lutte contre le bacille, chaque fois qu\u2019il est possible (vaccination préventive, vaccinothérapie, chimiothérapie) et, surtout, dans l\u2019état actuel de nos moyens, la lutte contre la défaillance du terrain (cures de repos, d\u2019aération, d'alimentation, médications réminéralisantes et récalcifiantes.(11).(11) On trouvera dans la 2e édition de mon article du Traité de Pathologie médicale et de Thérapeutique appliquée les indications complémentaires et notamment la mention des analogies qui existent entre ma conception de l\u2019évolution clinique générale de la tuberculose et celle qu\u2019en a exposée, depuis, Cummins dans son travail: Infection et résistance dans la tuberculose. BIBLIOGRAPHIE NOTIONS ELEMENTAIFRES D'OTO-RHINO-LARYNGOLOGIE à l\u2019usage des praticiens, par le Dr Geo.Liébault.Gaston Doin & Cie, éditeurs, Paris.Comme il est indiqué dans la préface, ce volume s\u2019adresse surtout au médecin général.y L'auteur publie quinze leçons qu\u2019il a faites dans son service de l\u2019Hôpital de la Glacière, à Paris, en s\u2019inspirant de l\u2019enseignement donné par le professeur Moure, à l\u2019Ecole de Bordeaux.Dans sa première conférence, il décrit l'angine aiguë, et rappelle qu\u2019il existe une certaine variété de diphtérie bénigne ambulatoire où l\u2019on observe de petites trainées blanchitres discrètes sur la paroi latérale du pharynx.Il met en garde contre les attouchements à l\u2019iode, ou autres substances irritantes, et préconise les badigeonnages au chlorure de zinc au 1/50, et les gargarismes alcalins.Au point de vue pathogénique, l\u2019abcès de l\u2019amygdale se rencontre chez les personnes qui ont ces glandes enchatonnées et un pôle supérieur caché dans l\u2019intérieur du voile du palais.Aussitôt diagnostiqué, l\u2019abcès doit être ouvert précocement avec le.bistouri ou le galvano-cantère, sans attendre que la collection purulente soit trop considérable.Pour empêcher les récidives, on doit pratiquer l\u2019amygdalectomie.Les troubles paresthésiques de la gorge se présentent sous la forme d\u2019hypersensibilité ou d\u2019hyposensibilité.Les malades se plaignent de troubles divers du pharynx qui ne sont pas en rapport avec ce qui est observé lors de l'examen.Il faut convaincre ces nerveux qu\u2019ils n\u2019ont rien, les faire dormir, et prescrire des antispasmodiques.L'huile mentholée en badigeonnage peut aussi rendre des services.L'hypertrophie amygdalienne peut se rencontrer congénitalement.Si l\u2019hypertrophie est unilatérale et que l\u2019amygdale est plus dure qu\u2019à l\u2019ordinaire, il faut penser à un sarcorne.Comme traîtement, l\u2019auteur rejette à juste titre la discision et la cautérisation ignée.A moins de circonstances exceptionnelles, où l\u2019on doit faire l\u2019amygdalectomie, il est partisan de l\u2019amygdalotomie \u2014 avec la pince de Ruauilt, ce qui a lieu de nous étonner.Nous ne voyons pas bien non plus la nécessité de sectionner le pilier antérieur, dans certains cas, pour cette petite opération.L'enrouement, l'aphonie, le malmenage vocal.Toutes les affections du larynx produisent de l\u2019enrouement, ou de l\u2019aphonie, qui peut être considérée comme le degré ultime ou l\u2019aboutissant de l\u2019enrouement.Les personnes qui se servent de leur larynx de façon défectueuse peuvent avoir du malmenage vocal, lequel est dû à un trouble de la mécanique respiratoire, à un mauvais fonctionnement de la glotte, ou encore à une mauvaise utilisation des résonnateurs.L'obstruction nasale, ses causes.ses conséquences.L'auteur passe en revue les atrésies congénitales ou acquises, les malformations de la cloison, les proliférations de la muqueuse et les tumeurs.Il fait ressortir l\u2019irmportance d\u2019une bonne respiration nasale au point de vue de la santé générale.Il préfère les pommades antiseptiques aux instillations huileuses, 580 L'UNION MÉDICALE DU CANADA et ne conseille pas les cautérisations au galvano-cautère pour les rhinites hypertrophiques.Il aime mieux alors réséquer la partie du cornet augmentée de volume.L'hydrorrhée nasale se manifeste sous deux formes distinctes, à savoir le coryza périodique appelé rhume des foins, et le coryza apériodique ou spasmodique, qui peuvent être produits par différentes causes.Il faut d\u2019abord rendre les fosses nasales absolument normales par un traitement approprié, et faire ensuite des massages vibratoires électriques.Lorsque l\u2019étiologie des coryzas purulents semble être obscure, on doit examiner soigneusement ls sinus.Troubles oculo-orbitaires et céphalées d'origine nasale.L\u2019infection des fosses nasales peut causer un phlegmon orbitaire \u2014 et même une thrombo-phébite du sinus caverneux qui est toujours mortelle.Les narines sont aussi le point de départ de tumeurs malignes ou hénignes susceptibles d\u2019envahir l\u2019orbite.Une simple infection des sinus amène quelquefois des troubles du côtë du nerf optique, ce qui nécessite l\u2019ouverture de ces cavités accessoires.Pour atteindre le sinus sphénoïdale, l\u2019auteur préfère la voie endo-nasale à la voie endo-septale.L'épistaxis.Certaines hémorragies supplémentaires des règles, et certaines épistaxis survenant chez les artério-scléreux hypertendus doivent être respectées.Les autres cas doivent être traités par des cautérisations au galvano-cautère lorsque l\u2019artériole est- visible,et par des tamponnements antérieurs s\u2019il est impossible de localiser l\u2019hémorragie.Dans les circonstances exceptionnelles il faut recourir au tamponnement postérieur et antérieur à la fois.La cause de l\u2019épistaxis sera toujours recherchée pour pouvoir ensuite instituer un traitement approprié.Les végétations adénoïdes s\u2019observent à tous les âges de la vie.Elles s\u2019infectent fréquemment, et peuvent occasionner des complications du côté des oreilles, des bronches et des voies digestives.Produisant de l\u2019obstruction des voies respiratoires supérieures, elles amènent des troubles de l\u2019organisme.Ces tumeurs doivent être enlevées à la curette, et l\u2019auteur préfère ne pas endormir ses opérés.L\u2019etite externe, les corps étrangers du conduit, le cérumen.Il faut diagnostiquer l\u2019otite externe diffuse, et le furoncle de l\u2019oreille après un examen complet du conduit auditif, pour que ces affections ne soient pas confondues avec la mastoïdite.Les corp: étrangers du conduit doivent être presque toujours enlevées au moyen de lavages.Ainsi en est-il de même pour le cérumen, qui doit être ramolli avec de la glycérine antiseptique avant l\u2019ablation.L'otite moyenne aigué se manifeste presque toujours à la suite d\u2019une infection venant du rhino-pharynx.Il faut donc désinfecter le cavum.Lorsqu'il y a suppuration, l\u2019auteur est partisan des lavages, et à la der- dernière période, de drainanges avec des mèches sèches dans le conduit.L\u2019otite moyenne suppurée chronique est quelquefois entretenue par une lésion du nez ou du pharynx.Les lavages sont également indiqués pendant quelque temps, et après il faut recourir aux mèches.Si ce traitement échoue, il faut faire l\u2019évidement pétro-mastoïdien, et des pansements consécutifs avec l\u2019ambrine pour amener l\u2019épidermisation. \u201cUNION MÉDICALE DU CANADA 581 Les mastoïdites s\u2019observent consécutivement aux otites moyennes suppurées aiguës, ou chroniques réchauffées, et doivent être diagnostiquées aussitôt que possible, ainsi que leurs complications.\u2018Contrairement à certains auristes qui préconisent la glace, l\u2019auteur préfère les pansements humides chauds sur la région mastoïdienne, avec naturellement la désinfection de la caisse.Si la trépanation est nécessaire, elle doit être large, et dans les cas d\u2019infection du sinus latéral, il n\u2019est pas partisan de la ligature de la jugulaire interne.Les otites scléreuses.Après avoir -classifié les différentes variétés d\u2019otite scléreuse, l\u2019auteur en expose l\u2019étiologie et le traitement.Pour ce genre d\u2019affections malheureusement la thérapeutique donne des résultats bien peu encourageants.Ce volume est écrit dans un style clair, précis et fort agréable à lire; aussi nous le conseillons à tous les praticiens qui désirent avoir des potions en oto-rhino-laryngologie.Comme le Dr Liébault, ancien interne des Hôpitaux de Paris, est un médecin brillant de grande expérience, et que dans ses conférences il a synthétisé l\u2019enseignement renommé de l\u2019Ecole de Bordeaux, les spécialiste mêmes trouveront un réel intérêt à prendre connaissance de ce livre.J.N.ROY. SOCIÉTÉS Société Médicale de Montréal Séance du 16 mars 1926 Présidence de M.Léo Pariseau 1.\u2014Lecture et adoption du procès-verbal de la dernière séance.2.\u2014 Correspondance : Lettre de la Montreal Anti-Tuberculosis and Health League invitant les membres de la Société de Montr al à l\u2019assemblée de la Ligue, tenue le 16 mars 1926, à 4 h.30 P.M,, à l\u2019hôtel Windsor.Lettre de la Canadian Medical Association accusant réception de celle du secrétaire de la Société Médicale de Montréal au sujet d\u2019une soirée médicale devant être tenue sous les auspices de la Société Médicale de Montréal.Lettre de la Canadian Medical Association annonçant que MM.les docteurs Brousseau et Fitzgerald seraient les conférenciers à la Soirée médicale du 20 avril 1926.Lettre du Dr A.S.Kasatchenko demandant la permission à la Société Médicale de Montréal de lui permettre de lire à une de ses séances quelques correspondances de- Russie à propos de nouvelles découvertes en médecine.M.Bourgeois demande si M.Kasatchenko est le même qui a donné dernièrement dans le \u201cMontreal Daily Star\u201d une interview où il dit faire partie du personnel médical de l\u2019hôpital Notre-Dame.M.Louis Paré dit que c\u2019est le même, et qu\u2019il doit publier une mise au point dans le même journal à l\u2019effet qu\u2019il ne fait pas partie de l\u2019hôpital Notre-Dame.M.W.Derome dit que M.Kasatchenko a obtenu de M.le docteur Harwood la permission d\u2019aller à l\u2019hôpital Notre-Dame faire des travaux de recherche sur le cancer, mais qu\u2019à sa connaissance, bien que M.Kasat- chenko soit allé au laboratoire de l\u2019hôpital Notre-Dame trois fois, ses travaux de recherche sur le cancer ne.sont pas encore commencés.M.Pariseau dit: Que M.Kasatchenko fasse partie ou non de l\u2019hôpital Notre-Dame, comme il n\u2019est pas membre de la Société Médicale de Montréal il devra faire lire sa communication par un membre.3.\u2014Présentation de malades : \u2019 a) Un cas de syphilis nerveuse.\u2014M.J.R.Toupin.L\u2019auteur présente l\u2019histoire d\u2019un cas de syphilis nerveuse, survenue à la seconde période, malgré un traitement intensif institué dès l\u2019apparition du chancre, et bien que le Wassermann du sang et du liquide céphalo-rachidien eût été en tout temps négatif.M.le Président demande de suspendre elprogramme et présente M.Dufournentel, en visite chez nous et l\u2019invite à venir parler à la Société de la chirurgie autoplastique. L UNION MEDICALE DU CANADA 583 M.Dufournentel: La chirurgie réparatrice du temps de guerre a fait place à la chirurgie esthétique où le chirurgien doit employer les ressources de son art à réparer les grandes blessures de la Nature ou des ans.M.Dufournentel, à l\u2019aide do schémas, expose la technique de différentes opérations.M.J.N.Roy remercie le conférencier.M.Pariseau, au nom de la Société Médicale de Montréal, remercie et félicite M.Dufournentel pour scn intéressante communication.b) Thrombo-phlébite virulente de la jugulaire à la suite d\u2019une amygdalite aiguë \u2014 M.Armand Paré.L\u2019auteur préconise dans ces cas le traitement chirurgical: ligature de la veine et enlèvement du thrombus.c) Résection intestinale avec bouton de Murphy \u2014M.Rhéaume.M.Rhéaume présente un cas d\u2019anastomose du gros et du petit intestin qu\u2019il a opéré et qui se porte aujourd'hui très bien.DISCUSSION.\u2014M.Armand Paré prétend que le succès de l\u2019opération est dû non seulement à l\u2019habileté du chirurgien, mais aussi au fait que le malade, ne souffrant pas d'occlusion intestinale, n\u2019était pas profondément intoxiqué.Et il conseille de faire toutes les opérations où il ya occlusion intestinale en deux temps: 1° anus artificiel, pour permettre la désintoxication; 2° enlever la cause de l\u2019occlusion.4\u2014 Travaux originaux et pratiques.M.Pariseau: À cause de-l\u2019heure avancée, les travaux de MM.Panneton et W.Dérome sont remis à la prochaine séance.: b.\u2014Affaires de routine.M.Robichaud demande que la Société Médicale se joigne à l\u2019Action Médicale pour protester contre l\u2019amendement apporté à la loi des accidents de travail, par lequel amendement l\u2019ouvrier blessé devra se faire traiter par le médecin que lui désignera la compagnie d\u2019assurance.Dans la discussicn qui suivit, et à laquelle prirent part MM.Pariseau, Dubé, Robichaud et Rhéaume, on décida que M.Parizeau irait interviewer le premier ministre et lui transmettre les vues de la Société Médicale de Montréal à ce sujet.5-\u2014Avis de motion: Nil.- La séance est levée à 11.05.Le secrétaire : LEON GERIN-LAJOIE, M.D.Séance du 6 avril 1926 Sous la présidence de M.Léo Pariseau 1.Lecture et adoption du procès-verbal de la dernière séance.2.Correspondance: Il est fait lecture d\u2019une lettre de la Canadian Medical Association annonçant officiellement que MM.Brousseau et Fitzgerald seraient les 584 L UNION MEDICALE DU CANADA conférenciers à la prochaine SOIREE MEDICALE, tenüe le 20 avril 1926, sous les auspices de la Société Médicale de Montréal.3.Présentation de malades et de pièces anatomiques: Calculs vésicaux.\u2014M.le professeur Bourgeois.M.Bourgeois nous raconte l\u2019histoire de deux malades à qui il a enlevé, tout dernièrement, des calculs vésicaux.Ces deux malades se sont très bien remis de leur opération, mais, douze jours après, sans prodromes, ou a peu pres, ils sont mort, apparemment d\u2019embolie pulmonaire.DISCUSSION: M.Rhéaume trouve réellement curieux que la lithiase vésicale soit apparemment beaucoup plus rare qu\u2019elle ne l\u2019était autrefois.M.Bourgeois prétend que la diététique et l\u2019hygiène mieux comprises ont, d\u2019après lui, contribué pour beaucoup dans le fait que les calculs vésicaux se voient moins souvent; de plus, comme on enlève les prostates hypertrophiées beaucoup plus facilement qu\u2019on ne le faisait autrefois, la rétention urinaire est beaucoup plus rare qu\u2019elle ne l\u2019était.Le rôle de la rétention urinaire dans la pathogénie de la lithiase vésicale, fait remarquer M.Bourgeois, pour qu\u2019il croit devoir insister sur ce sujet.M.Crépault rapporte l\u2019histoire de deux ans de fillettes souffrant de ce que l\u2019on croyait être de la coxalgie, et qui n\u2019était autre chose que de la lithiase vésicale.Il se demande comment on a pu faire pour confondre les symptômes de ces deux maladies.M.LeSage dit que ce qui l\u2019intéresse dans l\u2019histoire des deux cas rapportés par M.Bourgeois c\u2019est la mort qui a frappé ces malades, précisément au moment où tout le monde les croyait parfaitement guéris.Pourquoi ces deux cas très bien opérés, sont-ils morts dix ou douze jours après presque subitement ?Embolie ?Pourquoi embolie ?N\u2019y aurait-il pas chez ces malades une période phlébogène, pendant laquelle il conviendrait de traiter et de les désintoxiquer, avant de les opérer.M.Bourgeois prétend que l\u2019embolie postopératoire est relativement rare, mais qu\u2019elle existe, comme le prouve les deux cas qu\u2019il a présentées.Elle est causée: I\u2014par une thrombo-phlébite des sinus prostatiques; IT\u2014par une cystite ulcéreuse.M.Pariseau rapporte que Libman, dans un travail qu\u2019il a lu à Paris, prétend que l\u2019embolie peut très bien ne pas partir de la plaie opératoire, mais qu\u2019elle est très souvent due à une endocardite végétante qui ensemence à distance.4.Travaux originaux et pratiques: a) Mort subite d\u2019origine thymique.\u2014M.R.Fontaine.L\u2019auteur rapporte l\u2019histoire d\u2019un enfant mort d\u2019asphyxie, due à la compression de la trachée par un thymus hypertrophié.DISCUSSION: M.Masson dit que d\u2019après lui la trachée ne peut pas être écrasée par le thymus, parce que le thymus qui est relativement mou ne saurait comprimer la trachée qui est, elle, relativement dûre.Il pré- aman L'UNION MÉDICALE DU CANADA 585 tend que les morts subites d\u2019origine thymiques sont plutôt dues à une intoxication suraiguë d\u2019origine endocrinienne.M.Armand Paré partage les opinions émises par\u2018 M.Masson.M.Grenier fait remarquer que l'hypertrophie du thymus guérit très bien, si on le traite par radiothérapie.M.Fontaine ajoute que les pétéchies sous-pleurales qu\u2019il a remarquées chez l\u2019enfant dont il nous a parlé indiquent qu\u2019il est réellement mort d\u2019asphyxie, et que cette asphyxie a bien pu être causée par la compression du pneumogastrique.M.Pariseau cite deux cas de mort d\u2019origine thymique, dont le diagnostic post-mortem a été fait par Félix Plater au XV siécle.b) Respectons les épistaxis: M.Philippe Panneton.M.Panneton rappelle aux membres de la Société que les épistaxis sont la plupart du temps dues à une hypertension artérielle, et, qu\u2019au lieu d\u2019essayer de les arrêtr, on doit, au contraire, les respecter en attendant d'en avoir découvert la cause, et de l\u2019avoir fait disparaître.M.Gérin-Lajoie fait remarquer que les épistaxis-dont a parlé M.Fanneton ressemblent beaucoup à certaines métrorrhagies qui ne cessent que quand on fait disparaître l\u2019hypertension arérielle qui en est la cause.5) Affaires de routine: Sur la proposition de M.Vidal la Société Médicale de Montréal, vote des condoléances à M.le professeur Dubé pour la mort de son fils, Paula) Ce que j'a\u2019 vu, entendu et fait à Québec.\u2014M.Léo Pariseau.M.Pariseau fait rapport à la Société Médicale de son voyage à.Québec, où il est allé interviewer les membres du Gouvernement au sujet de l\u2019amendement à la loi des accidents du travail.M.Pariseau s\u2019est buté à l\u2019entêtement gouvernemental, et n\u2019a pu rien obtenir, si ce n\u2019est le droit pour l\u2019ouvrier de pouvoir choisir l\u2019hôpital où il voudra être traité.M.Panneton demande ce qu\u2019a fait le Collège des Médecins et Chirurgiens de la province de Québec dans cette circonstance.Mais cette question est restée sans réponse.b) Le Canadian Medical Association et nous.\u2014M.Léo Pariseau.M.Pariseau \u2018critique en quelques mots un article paru dans le dernier numéro de l\u2019\u201cAction Médicale\u201d où on prétendait que les médecins cana- diens-français ne- devraient pas faire partie de la Canadian Medical Association.M.eBaudoin propose un vote de remerciement à M.Pariseau.6.Avis de motions.Motions: nil Le secrétaire: LEON GERIN-LAJOIE, M.D. 586 L\u2019UNION MÉDICALE DU CANADA Séance du 20 avril 1926 A neuf heures dix, le Président, le Docteur Léo Pariseau, ouvre ia séance extraordinaire donnée sous les auspices du Comité des Cours de Perfectionnement de la Canadian Medical Association, en présence de 91 auditeurs.Le Secrétaire fait part de l\u2019invitation des membres de la Montreal Medico-Chirurgical Society, à participer à la Soirée Médicale Canadienne de cette Société, laquelle aura lieu le 28 avril suivant.Le Président s\u2019excuse d\u2019être dans l\u2019impossibilité de pouvoir présider cette soirée.Il est sorti du lit pour venir saluer MM.Fitzgrald de Toronto, et A.Brousseau de Québec, et les présenter aux membres de la Société Médicale de Montréal.Il charge à notre vice-président, le docteur J.À.Baudouin, le soin de les remercier.Le docteur J.G.Fitzgerald, professeur d'hygiène et de médecine préventive, directeur de l\u2019Ecole d\u2019hygiène et des laboratoires Connaught de la Faculté deM édecine de l\u2019Université de Toronto, en prenant la parole, remercie les membres de l\u2019avoir choisi comme conférencier et s'excuse d\u2019avoir à s\u2019exprimer en français, n\u2019étant pas très familier avec cette langue.Le conférencier avait choisi comme sujet de sa communication: \u201cContrôle spécifique de certaines maladies contagieuses par action d\u2019immunité\u201d.L'auteur étudie d\u2019abord longuement la vaccination antivariolique, en rappelle l'historique et cite les travaux de Jenner; il rappelle comment Pasteur en vint à découvrir le virus antirabique, puis le vaccin dudu charbon; il souligne enfin le développement du vaccin de la typhoïde par Pfeiffer, Kolle et Wright.Toute cette période qui s\u2019étend de Jenner à Roux (élève de Pasteur) est considérée comme la période d\u2019immunité active.Puis il aborde la période d\u2019immunité passive, ou prophylaxie temporaire spécifique, c\u2019est-à-dire la prévention, qui naquit avec les travaux de Roux et Yersin, qui découvrirent le sérum antidiphtéritique.L\u2019auteur met en regard la vaccination ou immunité active et l\u2019immunité passive, et montre les rapports essentiels qui les font différer.Il nous amène graduellement à l\u2019introduction de la réaction de Shick; pour aborder la question de l\u2019anatoxine et la compare aux mélanges toxine- antitoxines.L'auteur termine en parlant de I'immunité contre la.scarlatine grace a la méthcde des Dick.Quelques transparents illustrent les avancés du professeur.» Le docteur A.Brousseau appelé à la tribune, traite des Etats .d\u2019Epuisements \u2014 leurs manifestations neurologiques et psychiatriques.Très souvent méconnus peuvent être rapportés aux causes les plus diverses: surmenage, ou três violent ou très
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